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		<title>Mai 68 : quelques rep&#232;res historiques</title>
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		<dc:date>2008-05-12T23:26:01Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Collectif Libertaire Marius Jacob</dc:creator>

<category domain="http://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique19">M</category>

		<dc:subject>Education, syst&#232;me scolaire</dc:subject>
		<dc:subject>Schizo&#239;des Associ&#233;s (P&#233;rigueux)</dc:subject>
		<dc:subject>Insurrections, r&#233;voltes, &#233;meutes</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvements sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ves et luttes de travailleurs</dc:subject>

		<description>&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le texte qui suit ne constitue pas une &#233;ni&#232;me analyse de Mai 68 et de ses cons&#233;quences. Il n'est pas non plus le fait d'un historien. Son seul m&#233;rite serait de mettre (ou remettre) en m&#233;moire la trame, non exhaustive &#233;videmment, des &quot;&#233;v&#233;nements&quot;, assortie des traits qui nous ont paru importants. Nous avons d&#251; faire des choix&#8230;&lt;br /&gt;
Pour &#233;crire ces lignes, nous avons largement fait appel &#224; un certains nombres d'ouvrages d&#233;j&#224; &quot;anciens&quot;. Notre parti pris fut de valoriser le courage des r&#233;volutionnaires authentiques, de souligner les attitudes autoritaires et de ne pas minimiser les saloperies du gouvernement gaulliste et des complices de tous bords du pouvoir &#233;tatique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Nous n'en finirions pas de citer les groupes et &quot;cat&#233;gories&quot; dans lesquels une majorit&#233;, sinon une forte proportion d'individus, alors en gr&#232;ve illimit&#233;e, contestaient - hors th&#233;orie mais avec parfois une lucidit&#233; et une radicalit&#233; d'une ampleur in&#233;dite - le monde qu'il subissaient et la vie que le capital leur avait impos&#233;e ou qu'ils avaient accept&#233;e par facilit&#233;, ob&#233;issance ou r&#233;signation, des instituteurs aux fossoyeurs, en passant par les cadres, les publicitaires, les musiciens professionnels et les footballeurs&#8230; L'heure &#233;tait &#224; l'urgence de vivre, &#224; la contestation du travail et de toutes les hi&#233;rarchies, au &#171; vivre sans temps mort, jouir sans entrave &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.infokiosques.net/spip.php?mot57" rel="tag"&gt;Education, syst&#232;me scolaire&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="http://www.infokiosques.net/spip.php?mot92" rel="tag"&gt;Insurrections, r&#233;voltes, &#233;meutes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.infokiosques.net/spip.php?mot93" rel="tag"&gt;Mouvements sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.infokiosques.net/spip.php?mot95" rel="tag"&gt;Gr&#232;ves et luttes de travailleurs&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;IMG/arton588.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width=&quot;300&quot; height=&quot;432&quot; onmouseover=&quot;this.src='IMG/artoff588.jpg'&quot; onmouseout=&quot;this.src='http://www.infokiosques.net/IMG/arton588.jpg'&quot; class=&quot;spip_logos&quot; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le texte qui suit ne constitue pas une &#233;ni&#232;me analyse de Mai 68 et de ses cons&#233;quences. Il n'est pas non plus le fait d'un historien. Son seul m&#233;rite serait de mettre (ou remettre) en m&#233;moire la trame, non exhaustive &#233;videmment, des &quot;&#233;v&#233;nements&quot;, assortie des traits qui nous ont paru importants. Nous avons d&#251; faire des choix&#8230;&lt;br /&gt;
Pour &#233;crire ces lignes, nous avons largement fait appel &#224; un certains nombres d'ouvrages (cf. &quot;Bibliographie&quot; en fin de texte) d&#233;j&#224; &quot;anciens&quot;. Notre parti pris fut de valoriser le courage des r&#233;volutionnaires authentiques, de souligner les attitudes autoritaires et de ne pas minimiser les saloperies du gouvernement gaulliste et des complices de tous bords du pouvoir &#233;tatique.&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Rapide cadre historique du &quot;Mai fran&#231;ais&quot;&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;* Bref tour d'horizon &#233;conomique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La p&#233;riode pr&#233;c&#233;dant Mai 68 est marqu&#233;e par une tr&#232;s forte croissance &#233;conomique de la France. L'id&#233;ologie &#233;conomique domine, le ma&#238;tre mot est l'expansion. Une restructuration capitaliste sans pr&#233;c&#233;dent, assortie de subventions &#233;tatiques, voit na&#238;tre des fusions et la formation de consortiums industriels, avec &#224; la cl&#233; un renforcement du contr&#244;le des grandes banques. &lt;br /&gt;
Des suppressions de postes ont lieu mais surtout une &quot;rationalisation&quot; du travail (taylorisation : travail parcellaire &#224; la cha&#238;ne) instaurant des &quot;cadences infernales&quot; sous la f&#233;rule mena&#231;ante de l'encadrement (ma&#238;trise, &quot;petits chefs&quot;&#8230;).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parall&#232;lement, l'&#233;tat gaulliste tout en accumulant des r&#233;serves d'or consid&#233;rables profitant des accords de Bretton Woods (1944) qui assurent la conversion du dollar en or, promeut une lourde technobureaucratie qui planifie cette croissance. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les villes prennent de l'ampleur en une d&#233;cennie avec la construction de quartiers p&#233;riph&#233;riques constituant des cit&#233;s dortoirs de grands ensembles (ZUP avec HLM) qui c&#244;toient des zones industrielles.&lt;br /&gt;
L'ennui au sein du b&#233;ton rapidement va poindre&#8230; et le supermarch&#233; tout neuf qui a remplac&#233; la petite &#233;picerie et autres commerces de quartier ne le comblera pas longtemps ; pas plus que la t&#233;l&#233;vision qui &#233;quipe de plus en plus de foyers. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une crise &#233;conomique en 1967-68, li&#233;e aux reconversions &#233;conomiques, va avoir pour cons&#233;quence un d&#233;but de ch&#244;mage non n&#233;gligeable, d'autant que nombre de petits agriculteurs, mais aussi de p&#234;cheurs ou d'artisans, d&#233;sormais non rentables sur le nouveau terrain &#233;conomique, vont grossir r&#233;guli&#232;rement cette &quot;arm&#233;e industrielle de r&#233;serve&quot;, au grand plaisir des patrons qui en profitent pour limiter la moindre revendication de ceux qui ont du boulot &#8211; &quot;classique&quot; chantage - (en moins d'un an le nombre des ch&#244;meurs est pass&#233; de 270 000 &#224; 470 000 en Mai 68). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, m&#234;me si la consommation de masse est encourag&#233;e (en terme de loisirs, appareils m&#233;nagers, automobiles&#8230;) toute une partie de la population fran&#231;aise vit dans des conditions tr&#232;s difficiles et souvent extr&#234;mement pr&#233;caires. C'est le cas des jeunes issus du milieu rural que le manque d'avenir a pouss&#233; vers les villes et les centres industriels. Ils vont constituer un prol&#233;tariat &quot;sous-qualifi&#233;&quot;, particuli&#232;rement exploit&#233;, logeant dans des endroits sordides ou dans des foyers o&#249; ils n'ont aucun droit. Il faudra compter avec eux au cours du soul&#232;vement de Mai&#8230;&lt;br /&gt;
Une autre partie de la jeunesse prol&#233;taris&#233;e qui jouera un r&#244;le important est issue des grands ensembles et des &quot;nouveaux&quot; quartiers dont le cadre n'incite pas &#224; la franche ga&#238;t&#233; et aux activit&#233;s permettant de se r&#233;aliser, d'autant que &quot;m&#233;tro-boulot-dodo&quot; est la r&#232;gle pour les parents. &lt;br /&gt;
Toute une frange r&#233;volt&#233;e constituera les fameux &#171; blousons noirs &#187; qui feront peur aux bourgeois et autres &quot;braves gens&quot;, plus &#224; cause de leur apparence ou d'exactions suppos&#233;es que de violences r&#233;elles graves.&lt;br /&gt;
D'autres cat&#233;gories de pauvres et d'exploit&#233;s (plus de 10 millions de personnes) souffrent dans cette soci&#233;t&#233; que le capital remod&#232;le. Il s'agit des retrait&#233;Es, des ouvrierEs sp&#233;cialis&#233;Es (OS), des travailleurs immigr&#233;s, des ouvriers agricoles, des apprentis mais aussi des petits paysans qui ne peuvent plus joindre les deux bouts.&lt;br /&gt;
Au sein de la &#171; classe ouvri&#232;re &#187; on constate de fortes diff&#233;rences de salaire entre Paris et la province. Le SMIG (salaire minimum interprofessionnel garanti) existe &#8211; il est tr&#232;s bas - et concerne un ouvrier sur 5. Le temps de travail moyen a augment&#233; (autour de 45 heures par semaine), le rythme du travail &#233;galement et parall&#232;lement le respect des r&#232;gles de s&#233;curit&#233; reste &#224; l'&#233;tat de recommandation (en 1968, sur 16,5 millions de salari&#233;s, 2,5 millions d'accidents du travail sont d&#233;clar&#233;s &#224; la s&#233;cu).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;* Le terrain social et politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En 1968, les cons&#233;quences du colonialisme fran&#231;ais restent vives et la d&#233;colonisation &quot;violente&quot; a laiss&#233; des traces importantes et sanglantes : guerre d'Indochine, 1945/1954 &#8211; insurrection &#224; Madagascar en 1947 &#8211; exp&#233;dition de Suez en 1956 &#8211; guerre d'Alg&#233;rie, 1954/1962, apr&#232;s les bombardements fran&#231;ais de mai 1945 pour &#233;craser la r&#233;volte de S&#233;tif et Guelma (plusieurs dizaines de milliers de morts !).&lt;br /&gt;
Une partie importante de la population et particuli&#232;rement de la jeunesse ne peut accepter ce que fut le comportement de l'&#233;tat qui a b&#233;n&#233;fici&#233; de toutes les connivences - ou parfois d'une &quot;neutralit&#233; bienveillante&quot; - de son personnel politique, des &quot;socialistes&quot; &#224; l'extr&#234;me droite. Cela va entra&#238;ner l'apparition d'un p&#244;le radical &#224; la gauche de la SFIO (Section Fran&#231;aise de l'Internationale Ouvri&#232;re : socialos) et du PCF (Parti Communiste Fran&#231;ais). Par exemple, plusieurs groupes trotskistes, quelques groupes anarchistes et mao&#239;stes se d&#233;veloppent ; le PSU (Parti Socialiste Unifi&#233;) voit le jour&#8230; Le syndicat &#233;tudiant UNEF (Union Nationale des Etudiants de France), o&#249; s'expriment des courants r&#233;volutionnaires, atteint 100 000 membres en 1962.&lt;br /&gt;
Parall&#232;lement, plusieurs organisations r&#233;clamant l'ind&#233;pendance des territoires dans les DOM-TOM s'organisent sur des positions dures.&lt;br /&gt;
&#201;videmment la naissance, la renaissance, de groupes, organisations ou partis ne saurait minimiser l'importance sur le terrain de la participation active d'un grand nombre de personnes non encart&#233;es. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On ne peut oublier, au regard de l'importance du ph&#233;nom&#232;ne et compte tenu des graves cons&#233;quences, le fait que pour s'opposer &#224; l'extr&#234;me droite, regroup&#233;e en l'occurrence dans l'OAS, et aux militaires &quot;factieux&quot;, partisans de l'Alg&#233;rie fran&#231;aises (coup d'&#233;tat d'Alger en 1961), coupables d'attentats et autres crimes racistes , le pouvoir gaulliste a cr&#233;&#233; et largement d&#233;velopp&#233; des r&#233;seaux clandestins et des &quot;polices parall&#232;les&quot;, les fameuses &quot;barbouzes&quot;, &quot;les hommes &#224; l'imperm&#233;able et au feutre&quot;. En Mai 68, on retrouvera c&#244;te &#224; c&#244;te les fachos de &quot;l'Alg&#233;rie fran&#231;aise&quot;, amnisti&#233;s, lib&#233;r&#233;s ou ayant &#233;chapp&#233; &#224; la prison, et les nervis des officines gaullistes charg&#233;s initialement de combattre les premiers afin d'assurer une r&#233;pression s&#233;v&#232;re, voire meurtri&#232;re&#8230; Les CDR (comit&#233;s de d&#233;fense de la R&#233;publique) auront alors carte blanche et se d&#233;cha&#238;neront contre les gr&#233;vistes et les militants r&#233;volutionnaires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la veille des &quot;&#233;v&#233;nements de Mai&quot;, les partis de droite organisent des transactions, les partis de gauche traditionnels - tous convaincus de parlementarisme - recherchent la mythique &quot;unit&#233;&quot;, le syndicalisme, bien que d&#233;suni, a d&#233;finitivement opt&#233; pour le r&#233;formisme social, en d&#233;pit des oppositions des minorit&#233;s anticapitalistes et anarcho-syndicalistes.&lt;br /&gt;
La CNT &#8211; AIT (conf&#233;d&#233;ration nationale du travail - association internationale des travailleurs) regroupe des anarcho-syndicalistes, mais son existence est plut&#244;t symbolique. Toutefois dans les mois qui pr&#233;c&#232;dent Mai, dans les colonnes de son mensuel &quot;Le Combat syndicaliste&quot;, deux remarquables articles : &#171; Vive l'Action Directe &#187; et &#171; Le volcan gronde &#187; &#233;noncent des &#233;l&#233;ments que les &quot;&#233;v&#233;nements&quot; mettront sur le devant de l'actualit&#233;&lt;br /&gt;
Il convient de faire une remarque particuli&#232;re concernant la CFDT n&#233;e d'une scission en 1964 du syndicat chr&#233;tien CFTC : la jeune CFDT [elle a bien chang&#233; depuis et s'est vite d&#233;barrass&#233;e de celles et ceux qu'elle nomma &#171; les moutons noirs &#187; !] m&#234;me si ses oripeaux chr&#233;tiens lui collent &#224; la peau, accepte dans ses rangs des militantEs d'extr&#234;me gauche et divers contestataires exclus ou fuyant les staliniens, largement majoritaires &#224; la CGT o&#249; le PCF fait la pluie et le beau temps. Elle fait figure de syndicat d'ouverture perm&#233;able aux id&#233;es contestataires ; elle ne tardera pas d'ailleurs &#224; lever l'&#233;tendard de l'autogestion (ses heures de gloire, elle les aura au cours du conflit Lip &#224; Besan&#231;on&#8230;).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;* Le mouvement ouvrier&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Tandis que le mouvement syndical multiplie les journ&#233;es nationales d'action bien encadr&#233;es et rituelles, dans les entreprises, des conflits locaux souvent longs et tr&#232;s durs apparaissent, et ce depuis 1966 (Janvier 1967 un mois de conflit chez Dassault &#224; Bordeaux- Besan&#231;on conflit chez Rhodia puis &#224; Lyon et P&#233;age du Roussillon,dans le m&#234;me groupe &#8211; chez Berliet &#224; Lyon &#8211; un mois de conflit chez les mineurs lorrains en Mai 67 &#8211; deux mois de gr&#232;ve aux chantiers navals de St-Nazaire &#8230;).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Souvent les cort&#232;ges syndicaux avec leurs &quot;services d'ordre&quot; sont d&#233;bord&#233;s, des affrontements violents ont lieu avec les CRS, les gr&#232;ves de 24 heures sont critiqu&#233;es (Le Mans, Mulhouse, Lyon, Caen, Redon et d'autres villes de l'ouest&#8230;).&lt;br /&gt;
L'agitation ne cessera pas jusqu'au mois de Mai 1968.&lt;br /&gt;
A Caen, en particulier, aux usines Saviem, les jeunes prol&#233;taires, man&#339;uvres et OS, d&#232;s janvier 1968 entament une gr&#232;ve s&#233;v&#232;re que les syndicats suivent tant mal que bien ; ils seront vite d&#233;pass&#233;s : occupation, barricades, interventions des CRS pour faire p&#233;n&#233;trer des jaunes dans l'usine, mais aussi gr&#232;ve de solidarit&#233; de grosses bo&#238;tes de la r&#233;gion en gr&#232;ve illimit&#233;e (Jaeger, Sonormel). Des affrontements tr&#232;s violents ont lieu, les ouvriers s'arment, des incendies sont allum&#233;s, des vitrines bris&#233;es&#8230; (200 bless&#233;s dont 36 flics, 5 peines de prison ferme tombent&#8230;). D'autres bo&#238;tes de Caen se mettent alors en gr&#232;ve (Radiotechnique, SMN, Moulinex) ainsi que des entreprises du Calvados (gr&#232;ve illimit&#233;e chez Marrel) et dans l'ouest du pays ; c'est le cas &#224; Foug&#232;res, Quimper, Redon, Honfleur, La Rochelle. Les marins p&#234;cheurs (salari&#233;s et artisans) de Boulogne &#224; Cherbourg sont en gr&#232;ve illimit&#233;e.&lt;br /&gt;
Des liens de solidarit&#233; se tissent entre les gr&#233;vistes et les &#233;tudiants, enseignants et petits commer&#231;ants. Les syndicats sont souvent impuissants pour garder le contr&#244;le des mouvements. Les revendications d&#233;passent souvent le strict cadre des hausses de salaire, la hi&#233;rarchie est mise en cause ainsi que les cadences ; on revendique du temps libre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;* Le mouvement &#233;tudiant&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La jeunesse &#233;tudiante, entre autres, est tr&#232;s sensible &#224; la guerre du Vietnam conduite par les &#201;tats-unis avec son cort&#232;ge d'atrocit&#233;s. L'imp&#233;rialisme am&#233;ricain fait l'unanimit&#233; contre lui. Cet &#233;l&#233;ment sera important dans les mois pr&#233;c&#233;dant Mai 68. Il sera relativement f&#233;d&#233;rateur des diverses tendances d'extr&#234;me gauche et r&#233;volutionnaires et poussera &#224; l'engagement de nombreux jeunes (et au-del&#224;&#8230;) dont certains militeront ensuite dans les organisations ou du moins resteront mobilis&#233;s contre un &#171; ordre mondial &#187; qui ne leur convient pas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Autre point &#224; souligner, la rupture des &#233;tudiants (mais aussi de nombreux jeunes prol&#233;taires r&#233;volt&#233;s) avec le mouvement &quot;communiste&quot; traditionnel, repr&#233;sent&#233; par le PCF et la CGT (son &quot;appendice syndical&quot; ou &quot;courroie de transmission&quot; en milieu ouvrier, &#224; cette &#233;poque). &lt;br /&gt;
Les &quot;responsables&quot; du comit&#233; central du PCF ont des expressions du type : &#171; Les agitateurs - fils &#224; papa emp&#234;chent les fils de travailleurs de passer leurs examens&#8230; &#187; (Pierre Juquin &#224; Nanterre le 26 avril 1968, &#224; propos des gr&#232;ves &#233;tudiantes. Il devra prendre pr&#233;cipitamment la fuite&#8230;). Les deux Georges, Marchais (PCF) et S&#233;guy (CGT) rivalisent de b&#234;tise et d'insultes r&#233;actionnaires &#224; l'encontre des &#233;tudiants r&#233;volt&#233;s. Les membres de l'UEC (union des &#233;tudiants communistes) scandent le 1er Mai 1968 &#171; Au boulot les fils &#224; papa &#187; (ce qui en dit long sur leur niveau politique et leur sens de la dialectique). Ce m&#234;me Premier Mai, les &#233;tudiants dans le cort&#232;ge parisien r&#233;pondent par l'Internationale &#224; la Marseillaise entonn&#233;e par les &quot;communistes&quot;. Il y a des affrontements (17 bless&#233;s), tandis que les drapeaux noirs sont arrach&#233;s et d&#233;chir&#233;s&#8230;&lt;br /&gt;
M&#234;me si, &#224; la base, nombre de militants communistes participent aux divers mouvements avec beaucoup d'engagement personnel et de sinc&#233;rit&#233;, la rupture est bien r&#233;elle, profonde et sera durable. Les responsables en particulier et autres bureaucrates ne seront pas &#233;pargn&#233;s par une critique sans concession dans des pamphlets, analyses th&#233;oriques&#8230; (on peut rappeler une citation apparue apr&#232;s les &quot;&#233;v&#233;nements&quot; : &#171; Lisez l'Humanit&#233; &#224; haute voix et vous sentirez mauvais de la bouche &#187;).&lt;br /&gt;
D'ailleurs au sein du mouvement r&#233;volutionnaire, la d&#233;nonciation du stalinisme et des &quot;stals&quot; sera un point tr&#232;s important (sinon essentiel). Cela sera le cas pendant de nombreuses ann&#233;es. Les mao&#239;stes &#8211; staliniens purs et durs - qui reprochent au PCF d'avoir trahi &quot;l'id&#233;al&quot; stalinien auront, sur ce terrain, fort &#224; faire avec les militants trotskistes, anarchistes et bien s&#251;r avec les Situationnistes (et leurs &quot;descendants&quot; et autres Enrag&#233;s&#8230;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt; Dans les mois qui pr&#233;c&#232;dent Mai 68 de nombreux affrontements avec les militants d'extr&#234;me droite ont lieu en province (Toulouse et Aix en Provence entre autres) et &#224; Paris. Le groupe fasciste &quot;Occident&quot; prof&#232;re des menaces et passe souvent tr&#232;s violemment &#224; l'acte ; &#233;videmment les ripostes sont &#224; la hauteur. Le gouvernement prendra pr&#233;texte de ces faits pour faire donner &#224; plusieurs reprises ses flics. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tandis qu'&#224; Nanterre, d&#232;s l'automne 1967, l'agitation s'est propag&#233;e, 142 &#233;tudiants militants dans divers groupes d'extr&#234;me gauche (JCR [jeunesse communiste r&#233;volutionnaire] : trotskistes &#8211; CLER [comit&#233; de liaison des &#233;tudiants r&#233;volutionnaires] qui deviendra FER [f&#233;d&#233;ration des &#233;tudiants r&#233;volutionnaires] : trotskistes lambertistes anc&#234;tres du PT [parti des travailleurs] &#8211; UJCml [union des jeunesses communistes marxistes l&#233;ninistes] : mao&#239;stes prochinois), et libertaires (LEA [liaison des &#233;tudiants anarchistes]), en d&#233;pit de leur petit nombre, vont jouer un r&#244;le important en cr&#233;ant le &quot;Mouvement du 22 Mars&quot; (Toulouse verra le &quot;Mouvement du 25 Avril&quot; cr&#233;&#233; apr&#232;s des affrontements avec l'extr&#234;me droite).&lt;br /&gt; Le groupe des &quot;Enrag&#233;s&quot; souvent influenc&#233;s par les th&#232;ses et la pens&#233;e situationnistes (situ.), m&#234;me s'il ne fait pas partie de ce fameux &quot;Mouvement&quot; aura lui aussi un r&#244;le souvent d&#233;cisif en portant haut la critique la plus radicale, en refusant tout compromis et en s'attaquant, avec une lucidit&#233; et une intelligence rares, &#224; toutes les formes de domination, d'oppression et donc de soumission (y compris au sein du mouvement r&#233;volutionnaire ) pr&#233;sentes et en gestation (dont nous subissons les effets directs aujourd'hui avec la cybern&#233;tique [d&#233;finition du Robert : &#171; science constitu&#233;e par l'ensemble des th&#233;ories relatives au contr&#244;le, &#224; la r&#233;gulation et &#224; la communication dans l'&#234;tre vivant et la machine &#187;, sans commentaire&#8230;] et l'agression publicitaire par exemple). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Enrag&#233;s et les Situationnistes restent dans les m&#233;moires pour les affiches, graffitis, inscriptions diverses et bombages humoristico-d&#233;capants et souvent volontairement provocs - mais pas seulement - dont les murs de Mai se firent les supports et qui parcoururent le monde.&lt;br /&gt;
Nous n'avons ni la place, ni les comp&#233;tences pour pr&#233;senter les &#233;crits des Situationnistes, cependant nous ne saurions trop recommander la lecture de deux ouvrages sortis en 1967 et 1968 qui eurent une forte influence en Mai et longtemps apr&#232;s (et qui restent d'une fulgurante actualit&#233;) : &#171; La soci&#233;t&#233; du spectacle &#187; de Guy Debord et le &#171; Trait&#233; de savoir-vivre &#224; l'usage des jeunes g&#233;n&#233;rations &#187; de Raoul Vaneigem. Ces deux auteurs appartenaient &#224; l'IS (Internationale Situationniste : 1957-1971) pour laquelle la r&#233;volution mondiale et totale passait par l'instauration de &quot;Conseils Ouvriers&quot;.&lt;br /&gt;
Un fameux exemple des pratiques de l'IS est l'affaire de Strasbourg : affichant et criant fort une critique et un m&#233;pris du syndicalisme &#233;tudiant, les Situs s'emparent du bureau de l'UNEF en &#233;puisent les caisses en publiant une brochure rageuse et lucide d'un de leurs membres (Mustapha Khayati) : &#171; De la mis&#232;re en milieu &#233;tudiant &#187; en d&#233;cembre 1966. En janvier 67 ils d&#233;cident de fermer le &quot;bureau d'aide psychologique universitaire&quot;, critiquant radicalement les pratiques psychiatriques qui encagent la pens&#233;e. &#201;videmment le bureau de l'UNEF est dissous, le &#171; pr&#233;sident &#187; est exclu de l'universit&#233;&#8230;&lt;br /&gt;
Autre exemple, les t&#233;l&#233;grammes envoy&#233;s par le &quot;comit&#233; d'occupation de la Sorbonne&quot; (place forte des Enrag&#233;s et Situationnistes) le 17 mai 1968. Voici le d&#233;but de ceux envoy&#233;s au &#171; bureau politique du parti communiste de l'URSS Le Kremlin Moscou &#187; et au &#171; bureau politique du parti communiste chinois porte de la paix c&#233;leste P&#233;kin &#187; :&lt;br /&gt; &#171; Tremblez bureaucrates - stop &#8211; Le pouvoir international des conseils de travailleurs/ouvriers va bient&#244;t vous balayer- stop &#8211; L'humanit&#233; ne sera heureuse que le jour o&#249; le dernier bureaucrate aura &#233;t&#233; pendu avec les tripes du dernier capitaliste- stop - &#8230; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;* Les premiers &quot;&#233;v&#233;nements&quot; de Mai 68&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; La plus belle sculpture&lt;br /&gt;
C'est le pav&#233; de gr&#232;s, le lourd pav&#233; cubique&lt;br /&gt;
C'est le pav&#233; qu'on jette sur la gueule des flics &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le pav&#233; sera le symbole des &quot;journ&#233;es de Mai&quot;, tant comme projectile contre les CRS qu'en terme de mat&#233;riau pour les barricades ou, tout simplement, pavage des rues arpent&#233;es quotidiennement au cours des manifs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 2 Mai, le doyen de Nanterre d&#233;cide de fermer la fac de lettres pour la deuxi&#232;me fois depuis le d&#233;but de l'ann&#233;e &#224; la suite, entre autres, des affrontements entre l'extr&#234;me gauche et les fachos (des menaces de destruction des sujets d'exams, de divulgation des corrig&#233;s, de vols de dossiers et d'occupation des centres d'examens&#8230; p&#232;seront &#233;galement dans la d&#233;cision).&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Le 3 Mai, l'UNEF et le &quot;Mouvement du 22 Mars&quot; r&#233;agissent dans la cour de la Sorbonne. Le meeting dure&#8230; &#201;tudiants du PCF et r&#233;volutionnaires s'affrontent verbalement.&lt;br /&gt;
Quelques fascistes du groupe &quot;Occident&quot; contre-manifestent boulevard St Michel. On s'arme dans la Sorbonne sur proposition des &quot;Enrag&#233;s&quot; et L'UNEF organise un &quot;service d'ordre&quot;. 1500 CRS et gardes mobiles investissent alors le Quartier Latin puis envahissent la Sorbonne. Pendant plus de 2 heures les &#233;tudiants gar&#231;ons sont embarqu&#233;s par les flics. Le Quartier Latin se soul&#232;ve alors au passage des cars, malgr&#233; les appels au calme de l'UNEF et d'autres groupes d'extr&#234;me gauche. Quatre heures d'affrontements, 72 policiers bless&#233;s, 600 arrestations, 4 condamnations &#224; de la prison ferme&#8230; Pour la premi&#232;re fois le cri &#171; CRS &#8211; SS &#187; est lanc&#233; par des milliers de voix.&lt;br /&gt;
UNEF et SNESup (syndicat national de l'enseignement sup&#233;rieur) lancent alors un mot d'ordre de gr&#232;ve illimit&#233;e dans l'enseignement sup&#233;rieur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une manif &#233;tait d&#233;j&#224; pr&#233;vue le 6 Mai. Elle promet d'&#234;tre importante, d'autant que d&#233;sormais la police occupe la Sorbonne et que 8 militants du &quot;Mouvement du 22 Mars&quot; doivent ce jour-l&#224; passer en conseil de discipline (un &quot;Enrag&#233;&quot;, G&#233;rard Bigorgne en Avril avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; exclu pour 5 ans de toute universit&#233; !).&lt;br /&gt;
Ainsi le lundi 6 Mai, &#224; l'encontre de la strat&#233;gie de l'UNEF et du SNESup, 16 000 manifestants (&#233;tudiants, lyc&#233;ens, profs, ch&#244;meurs, ouvriers, &quot;blousons noirs&quot;) affrontent pendant 16 heures d'affil&#233;e la flicaille, boulevard Raspail, dans des combats de rue extr&#234;mement violents (voitures renvers&#233;es, incendies, barricades, pillages de magasins&#8230;), boulevard St Germain (487 bless&#233;s, dont de nombreux policiers). Les premiers drapeaux noirs fleurissent.&lt;br /&gt;
La CGT, par la voix de S&#233;guy, d&#233;nigre violemment les manifestants.&lt;br /&gt;
La presse et le spectacle politique pour lesquels un mouvement sans &quot;leaders&quot; ni &quot;t&#234;tes pensantes&quot; n'est pas envisageable vont cr&#233;er trois &quot;t&#234;tes d'affiche&quot; m&#233;diatiques du mouvement : Jacques Sauvageot (pr&#233;sident par int&#233;rim de l'UNEF, membre du PSU [parti socialiste unifi&#233;, parti politique &#224; la gauche de la gauche institutionnelle, proche de la CFDT, &quot;autogestionnaire&quot;, antistalinien ? fond&#233; en 1960 auto-dissous en 1989]), Alain Geismar (secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du SNESup qui sera un fondateur de la &quot;Gauche Prol&#233;tarienne&quot; [maos]), Daniel Cohn-Bendit membre alors du groupe anarchiste &quot;Noir et Rouge&quot; et &#233;galement du &quot;Mouvement du 22 Mars&quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lendemain, 45 000 manifestants ; un certain nombre livre bataille contre la police, boulevard Raspail apr&#232;s minuit, et ce, malgr&#233; la dispersion ordonn&#233;e par l'UNEF. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 8 Mai, le conseil des ministres maintient une position dure malgr&#233; des propos plut&#244;t apaisants du ministre Peyrefitte de l'&#233;ducation nationale. Mais la &#171; crise universitaire &#187; touche d&#233;sormais toutes les universit&#233;s.&lt;br /&gt;
30 000 &#233;tudiants se rassemblent &#224; la halle aux vins &#224; Paris (fac des sciences) ; les membres de la CGT, &#224; la tribune du meeting, se font siffler. Une manif se forme vers 22h ; Le service d'ordre de l'UNEF emp&#234;che les manifestants les plus d&#233;cid&#233;s d'affronter la police. Ces derniers parlent de &quot;trahison&quot;, terme d'autant plus justifi&#233; que des n&#233;gociations ont eu lieu dans l'ombre, se soldant par la promesse gouvernementale de r&#233;ouverture des facs et la &quot;lib&#233;ration&quot; de la Sorbonne si la journ&#233;e &quot;se passe bien&quot;&#8230;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi le 9, le recteur, selon l'accord conclu avec l'UNEF et le SNESup, annonce la reprise des cours &#224; Nanterre et la Sorbonne. Des milliers de manifestants se rassemblent boulevard St Michel et mettent en accusation les &quot;leaders&quot; syndicaux (en particulier Geismar et Sauvageot). En effet la Sorbonne est toujours aux mains des flics. Geismar fait amende honorable ! Aragon, stalinien non repenti et &quot;patriote professionnel&quot;, est pris &#224; partie, en particulier par Cohn-Bendit qui propose &#224; 3 000 &#233;tudiants de rejoindre le meeting de solidarit&#233; internationale de la JCR qui se tient se soir-l&#224;. Cela a pour cons&#233;quence d'&#233;viter la bataille avec les flics venus en tr&#232;s grand nombre. Une manif est pr&#233;vue pour le lendemain, d&#233;cision confort&#233;e par le refus cat&#233;gorique minist&#233;riel de rouvrir la Sorbonne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 10 Mai au matin, r&#233;ouverture de Nanterre et &#8230; gr&#232;ve des profs du SNESup.&lt;br /&gt;
Dans l'apr&#232;s-midi, plus de 20 000 personnes se retrouvent place Denfert-Rochereau ; d&#233;cision : se rendre &#224; l'ORTF (office de radio-t&#233;l&#233;vision fran&#231;aise) en passant par la prison de la Sant&#233; et le minist&#232;re de la &quot;justice&quot;. Tous les ponts de la Seine &#233;tant tenus par la police, les manifestants d&#233;cident d'occuper le Quartier Latin. Malgr&#233;, une fois encore, l'opposition de l'UNEF, des barricades sont spontan&#233;ment &#233;rig&#233;es (une soixantaine). En pleine nuit et pendant 4 heures, les barricadiers, dont une forte proportion d'anarchistes (soulign&#233; par Ren&#233; Vi&#233;net), de nombreuses filles, des centaines d'ouvriers, &#171; bien moins d'une moiti&#233; d'&#233;tudiants &#187; [&#233;crit Ren&#233; Vi&#233;net dans son ouvrage &#171; Enrag&#233;s et Situationnistes dans le mouvement des occupations &#187;], de nombreux lyc&#233;ens, beaucoup d'&#233;trangers, des &quot;blousons noirs&quot;&#8230;, cern&#233;s par les flics vont r&#233;sister aux assauts policiers d'une rare brutalit&#233;. Les r&#233;volutionnaires de tous horizons sont pr&#233;sentEs ; drapeaux noirs et drapeaux rouges &#233;clairent les pav&#233;s entass&#233;s, tandis que nombre d'habitants du quartier portent assistance aux &#233;meutiers. On rel&#232;ve des centaines de bless&#233;s dans les deux camps. La r&#233;pression polici&#232;re est spectaculaire.&lt;br /&gt;
Ce sera la &quot;Nuit des Barricades&quot;, l'&#233;meute est devenue insurrection. Dans le pays c'est un choc consid&#233;rable ! L'info fait le tour du monde&#8230;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Le 11 Mai, le Quartier Latin est le th&#233;&#226;tre de rassemblements spontan&#233;s de lyc&#233;ens, ouvriers, &#233;tudiants. La gr&#232;ve s'&#233;tend &#224; presque tous les lyc&#233;es et facs en province et des occupations ont lieu &#224; Bordeaux, Strasbourg, Lyon, Nantes (d&#233;j&#224; d&#232;s la fin 1967, dans cette ville les &#233;tudiantEs radicaux apr&#232;s avoir &#171; pris la section locale de l'UNEF &#187;, supprim&#233; le &quot;bureau d'aide psychologique universitaire&quot;, organis&#233; &#171; &#224; plusieurs reprises l'invasion des r&#233;sidences universitaires, les gar&#231;ons chez les filles, puis la r&#233;ciproque &#187; [Ren&#233; Vienet, ouvrage cit&#233; pr&#233;c&#233;demment], avaient occup&#233; le rectorat, particip&#233; &#224; des &#233;meutes, occup&#233; &#224; 1 500 le &#171; palais de justice de Nantes, pavois&#233; pour l'occasion de drapeaux noirs et de drapeaux rouges &#187;&#8230;).&lt;br /&gt;
Pompidou, alors premier ministre revient d'un voyage en Afghanistan et ne peut que reconna&#238;tre que l'&#233;tat et son gouvernement viennent de perdre la bataille ; les &#233;tudiants condamn&#233;s seront lib&#233;r&#233;s, La Sorbonne rouverte et le Quartier Latin &#233;vacu&#233; par la police le 13 Mai. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt; Tandis qu'en province des petits groupes r&#233;actionnaires s'opposent &#224; la gr&#232;ve avant le 13 Mai, que des contradictions apparaissent dans les syndicats (CFDT, UNEF, SNESup), le mouvement prend de l'ampleur gr&#226;ce &#224; l'action des &#233;l&#233;ments radicaux (facs de sciences et de lettres &#233;tant dans la quasi-totalit&#233; &#224; l'initiative des luttes) ; la gr&#232;ve est effective v&#233;ritablement &#224; partir du 9 Mai avec pour principal &quot;mot d'ordre&quot; : &#171; Halte &#224; la r&#233;pression &#187;, m&#234;me si dans les lyc&#233;es elle commence &#224; s'organiser d&#232;s le 6 sur des bases autonomes (formation des CAL [comit&#233;s d'action lyc&#233;ens]).&lt;br /&gt;
Le &quot;Conseil &#201;tudiant&quot; de l'universit&#233; de Strasbourg &#233;lu en assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale, en dehors de toute organisation syndicale, est un exemple de d&#233;mocratie directe. Il proclamera l'autonomie de l'universit&#233;, niant de fait toute autorit&#233; de l'&#233;tat au sein du campus universitaire et pendant plus d'un mois les &#233;tudiants imposeront cette &quot;ligne&quot; constituant un symbole national extraordinaire pour les autres universit&#233;s. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans les lyc&#233;es, des &quot;cahiers de dol&#233;ances&quot; circulent. Partout l'enseignement magistral est remis en cause ainsi que la discipline rigide ; l'administration est contest&#233;e, la r&#233;pression n'est plus support&#233;e et la libert&#233; d'expression politique revendiqu&#233;e ainsi que la participation directe aux affaires scolaires&#8230;&lt;br /&gt;
Signalons que dans les lyc&#233;es techniques, en province comme &#224; Paris, le mouvement a la m&#234;me ampleur (sinon davantage) que dans les lyc&#233;es d'enseignement g&#233;n&#233;ral (exemple en Moselle avec 99% de gr&#233;vistes le 8Mai dans ces &#233;tablissements). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt; Concernant les syndicats ouvriers dits repr&#233;sentatifs, au d&#233;but des &quot;&#233;v&#233;nements&quot;, la CFDT est embarrass&#233;e par le d&#233;saveu du SGEN (syndicat g&#233;n&#233;ral de l'&#233;ducation nationale) du mouvement &quot;&#233;tudiant&quot; du 4 Mai, FO reste &quot;apolitique&quot;, tandis que la CGT, &#224; l'instar du PCF, tient le type de propos que nous avons d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;s.&lt;br /&gt;
C'est &#224; partir du 8 Mai qu'une &#233;volution se dessine : L'UR-CFDT Paris d&#233;clare approuver les revendications &#233;tudiantes, la CGT, La CFDT (comme conf&#233;d&#233;rations) et la FEN (f&#233;d&#233;ration de l'&#233;ducation nationale) protestent contre la violence polici&#232;re et acceptent une rencontre avec l'UNEF. Cette derni&#232;re entend conserver sa libert&#233; et, finalement, apr&#232;s un communiqu&#233; commun demandant l'amnistie des manifestants condamn&#233;s et le respect des libert&#233;s syndicales et politiques, des manifs sont d&#233;cid&#233;es &#224; l'&#233;chelle nationale pour le 14 Mai ; cette d&#233;cision sera remplac&#233;e par celle d'une journ&#233;e de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale le 13 Mai.&lt;br /&gt;
Il convient de pr&#233;ciser que sur le terrain, &#224; la base, cette &quot;unit&#233; &#233;tudiants-ouvriers&quot;, est largement pass&#233;e dans les faits, en particulier dans l'ouest et en Bretagne mais aussi &#224; St Etienne et dans le Nord.&lt;br /&gt;
A Toulouse le &#171; Mouvement du 25 Avril &#187; &#224; l'initiative de la gr&#232;ve &#233;tudiante s'oppose bruyamment aux &quot;bureaucrates&quot; de la CGT, CFDT, SGEN, FEN et UNEF. A Marseille, le 11 Mai des dizaines de milliers de manifestants r&#233;alisent l'unit&#233; &quot;manuels-intellectuels&quot;, jeunes et adultes plus &#226;g&#233;s ; une banderole &#171; CRS &#8211; SS &#187; est fix&#233;e sur la fa&#231;ade de l'h&#244;tel de ville.&lt;br /&gt;
Le 13 Mai, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale est un succ&#232;s relatif d'un point de vue num&#233;rique ; par contre elle est un r&#233;el succ&#232;s politique et en termes de manifs : &#224; Paris pr&#232;s d'un million de manifestants, 50 000 &#224; Toulouse, idem &#224; Marseille, 40 000 &#224; Lyon, 20 000 &#224; Nantes et au Mans&#8230; De Gaulle est conspu&#233;, les manifestants exigent son d&#233;part. De longs affrontements ont lieu avec la police &#224; Nantes, Clermont-Ferrand et au Mans o&#249; les pr&#233;fectures sont attaqu&#233;es. A Caen, les &#233;tudiants sont bloqu&#233;s par le service d'ordre de la CGT. De fait, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, les relations entre &#233;tudiants r&#233;volt&#233;s et les responsables de ce syndicat ne s'am&#233;liorent pas&#8230;&lt;br /&gt;
Le 14 Mai la Sorbonne est occup&#233;e par les &#233;l&#233;ments les plus radicaux. Le &quot;Comit&#233; d'Occupation de la Sorbonne&quot; est organis&#233; par le &quot;Comit&#233; Enrag&#233;s &#8211; Internationale Situationniste&quot; (15 &#233;lus r&#233;vocables &#224; tout moment) ; il appelle &#224; l'occupation des usines par les travailleurs et &#224; la cr&#233;ation de conseils ouvriers. Un floril&#232;ge des plus belles phrases de Mai, issues des &#233;crits des Situs, d&#233;coreront les murs. Fuyant les magouilles groupusculaires et les &quot;r&#233;cup&#233;rateurs, Enrag&#233;s et Situationnistes cr&#233;eront le CMDO (comit&#233; pour le maintien des occupations qui s'installera &#224; l'institut p&#233;dagogiques. Le th&#233;&#226;tre de l'Od&#233;on sera &#233;galement occup&#233; et les Beaux-Arts deviendront atelier populaire de cr&#233;ation (bient&#244;t c&#233;l&#232;bre gr&#226;ce &#224; se affiches !).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;* La gr&#232;ve de Mai 1968&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On consid&#232;re que la gr&#232;ve a d&#233;but&#233; en Lorraine &#224; l'usine Claas de Woippy le 14 Mai. Le m&#234;me jour, elle touche Sud-Aviation &#224; Nantes avec fraternisation ouvriers-&#233;tudiants, occupation, s&#233;questration du staff patronal, piquet de gr&#232;ve et mise en place d'une organisation pour un conflit long et dur. La gr&#232;ve gagne ensuite toutes les usines Renault, Berliet, Rhodiaceta, Rh&#244;ne-Poulenc, SNECMA. L'occupation est &#224; l'ordre du jour. La plupart des gares sont aux mains des cheminots ainsi que les centres de tri postal. Air-France, la RATP entrent dans le mouvement&#8230; Bient&#244;t tout le pays conna&#238;t la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale en dehors de toute consigne syndicale.&lt;br /&gt;
A partir du 18 Mai les appareils syndicaux vont r&#233;agir en tentant de fractionner cet &#233;norme mouvement g&#233;n&#233;ral en une s&#233;rie de gr&#232;ves de bo&#238;tes avec leurs revendications mat&#233;rielles particuli&#232;res ; leurs militants prendront souvent le contr&#244;le des comit&#233;s de gr&#232;ve. Des responsables de la CFDT et de FO d&#233;clarent cependant soutenir les occupations et souhaitent un rapprochement avec les &#233;tudiants. Dans les endroits o&#249; ils sont pr&#233;sents les militants des groupes d'extr&#234;me gauche poussent &#224; l'occupation. &lt;br /&gt;
Le 22 Mai la France compte 9 millions de gr&#233;vistes.&lt;br /&gt;
Ren&#233; Vi&#233;net &#233;crit : &#171; La CGT et le PC d&#233;bord&#233;s de toutes parts d&#233;non&#231;aient toute id&#233;e de &quot;gr&#232;ve insurrectionnelle&quot; tout en faisant mine de durcir leurs positions revendicatives &#187;. S&#233;guy d&#233;clarait que &#171; ses dossiers &#233;taient pr&#234;ts pour une &#233;ventuelle n&#233;gociation &#187; &#187;. De fait, les appels &#224; la responsabilit&#233; se multiplient, pas seulement du c&#244;t&#233; gouvernemental. Alain Delale et Gilles Ragache, historiens et auteurs de &#171; La France de 68 &#187; &#233;crivent :&lt;br /&gt; &#171; Progressivement, les mots d'ordre locaux s'uniformisent et les n&#233;gociations vont se d&#233;rouler &#224; Paris entre le patronat et les permanents syndicaux, &#233;loignant les travailleurs de leurs propres revendications. La gr&#232;ve canalis&#233;e devient sage. &#187;&lt;br /&gt;
La paralysie de l'&#233;conomie pousse les habitants &#224; s'organiser, &#224; communiquer &#224; trouver des solutions originales aux probl&#232;mes mat&#233;riels comme l'alimentation ou la sant&#233; (par exemple des bons d'alimentation ou d'essence sont &#233;dit&#233;s, les services de sant&#233; fonctionnent, des convois ferroviaires de vivres circulent, des agriculteurs offrent ou vendent &#224; bas prix leurs produits, des collectes en faveur des gr&#233;vistes sont organis&#233;es&#8230;) ; des formes d'autogestion &#224; la base fonctionnent m&#234;me timidement&#8230; Dans les usines cetainEs refont 36 avec cartes, boules, accord&#233;on&#8230;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;* &#171; La r&#233;cr&#233;ation est finie &#187; (De Gaulle, 24 Mai 1968)&#8230; mais la gr&#232;ve continue&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Jusqu'&#224; pr&#233;sent De Gaulle s'est tu ; il a laiss&#233; les ministres et, en particulier, le premier, Pompidou, face aux difficult&#233;s de l'&#233;tat. Le 24, il parle, proposant un pl&#233;biscite avec menace de guerre civile s'il est d&#233;savou&#233;.&lt;br /&gt;
La gendarmerie a re&#231;u le renfort de 10 000 r&#233;servistes le 16 Mai et le ministre des postes et t&#233;l&#233;communications, Gu&#233;na, vient de supprimer les fr&#233;quences des radiot&#233;l&#233;phones des journalistes de RTL et Europe 1, accus&#233;s d'informer les manifestants et/ou d'inciter indirectement &#224; participer aux &#233;meutes (il faut dire que les appareils de radio, dits &quot;transistors&quot;, passent de mains en mains, nuit et jour, parmi les manifestants et que l'on n'&#233;coute pas la radio &#233;tatique, hautement contr&#244;l&#233;e par la censure gouvernementale, l'ORTF). Les journalistes de ces stations utiliseront alors les lignes t&#233;l&#233;phoniques de particuliers. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 24 Mai les rues sont bond&#233;es de manifestants.&lt;br /&gt;
L'interdiction de s&#233;jour en France de Daniel Cohn-Bendit, parti en &quot;tourn&#233;e r&#233;volutionnaire&quot; europ&#233;enne le 22 Mai, va ranimer la fougue des manifestants &#233;tudiants auxquels se joindront, entre autres, nombre d'ouvriers d&#233;fiant la CGT qui entend faire cavalier seul pour peser sur l'ouverture de n&#233;gociations avec le gouvernement.&lt;br /&gt;
Au soir du 24 Mai, des &#233;meutes &#233;clatent en plusieurs points du territoire (Lyon, Strasbourg, Paris, Nantes ; Bordeaux le 25 [&#233;norme nuit d'&#233;meutes]) : partout des banderoles en soutien &#224; Cohn-Bendit : &#171; Nous sommes tous des Juifs allemands ! (allusion aux injures scandaleuses &#224; l'encontre de Cohn-Bendit, issues essentiellement des rangs staliniens) et &#171; Les fronti&#232;res on s'en fout ! &#187;.&lt;br /&gt;
Il faut souligner qu'&#224; Paris la Bourse sera saccag&#233;e et en partie incendi&#233;e, deux commissariats totalement mis &#224; sac (Od&#233;on et Beaubourg) et des cars et voitures de police br&#251;l&#233;s&#8230;&lt;br /&gt;
A Lyon, un camion, l&#226;ch&#233; par les milliers d'&#233;meutiers affrontant la police, &#233;crase un commissaire de police. &lt;br /&gt; Ce seront les plus longues &quot;nuits des barricades&quot;. Bilan : 2 morts officiels, 500 bless&#233;s hospitalis&#233;s dont 144 dans un &#233;tat qualifi&#233; de grave.&lt;br /&gt; Fouchet, ministre de l'int&#233;rieur, et les dirigeants du PCF stigmatiseront &#171; la P&#232;gre &#187; (titre d'une chanson chant&#233;e par Dominique Grange et dont le refrain proclame &#171; Nous sommes tous des Juifs allemands ! &#187;)&lt;br /&gt; Il y a plus de cent manifs en France entre le 22 et le 26 Mai&#8230;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous n'en finirions pas de citer les groupes et &quot;cat&#233;gories&quot; dans lesquels une majorit&#233;, sinon une forte proportion d'individus, alors en gr&#232;ve illimit&#233;e, contestaient - hors th&#233;orie mais avec parfois une lucidit&#233; et une radicalit&#233; d'une ampleur in&#233;dite - le monde qu'il subissaient et la vie que le capital leur avait impos&#233;e ou qu'ils avaient accept&#233;e par facilit&#233;, ob&#233;issance ou r&#233;signation, des instituteurs aux fossoyeurs, en passant par les cadres, les publicitaires, les musiciens professionnels et les footballeurs&#8230; L'heure &#233;tait &#224; l'urgence de vivre, &#224; la contestation du travail et de toutes les hi&#233;rarchies, &#171; au vivre sans temps mort, jouir sans entrave &#187;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quant aux &#233;trangers pr&#233;sents en France, citons une fois encore Ren&#233; Vi&#233;net : &#171; Rarement tant de drapeaux nationaux furent br&#251;l&#233;s par tant d'&#233;trangers r&#233;solus &#224; en finir une fois pour toutes avec les symboles d'&#233;tat, avant d'en finir avec les &#233;tats eux-m&#234;mes. Le gouvernement fran&#231;ais sut r&#233;pondre &#224; cet internationalisme en livrant aux prisons de tous les pays les Espagnols, les Iraniens, les Tunisiens, les Portugais, les Africains et tous ceux qui r&#234;vaient en France d'une libert&#233; interdite chez eux &#187;&#8230; Sans commentaire, sachant la nature des r&#233;gimes dans les pays cit&#233;s. Pour m&#233;moire plus d'un millier seront expuls&#233;s et le gouvernement ne se privera pas de d&#233;noncer le &#171; complot venu de l'&#233;tranger &#187;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 25 Mai, c'est le d&#233;but des n&#233;gociations entre le gouvernement, le patronat et les syndicats ; cela se d&#233;roule au minist&#232;re des affaires sociales, rue de Grenelle &#224; Paris (3 membres du gouvernement [Pompidou, premier ministre, Jeanneney, ministre des affaires sociales, Chirac, secr&#233;taire d'&#233;tat &#224; l'emploi] - 11 repr&#233;sentants patronaux [CNPF et PME] - 32 repr&#233;sentants syndicaux [CGT, CFDT, FO, CFTC, CGC, FEN]).&lt;br /&gt;
Prudemment les syndicats (tandis que les tensions entre CFDT et CGT sont importantes) - compte tenu de l'&#233;tat d'esprit de la &quot;base&quot; - pr&#233;cisent d'entr&#233;e qu'ils doivent rendre compte aux gr&#233;vistes des n&#233;gociations et qu'ils ne sont pas mandat&#233;s pour signer un accord d&#233;finitif.&lt;br /&gt;
Le document &#233;labor&#233; par les &quot;partenaires sociaux&quot; est d&#233;sign&#233; historiquement sous le nom d' &quot;accords de Grenelle&quot;, il est vague sur bien des points, incomplet ; tout au plus, il promet une augmentation des salaires dans l'industrie priv&#233;e de 7% imm&#233;diatement et 3% trois mois plus tard, de porter le SMIG (salaire minimum interprofessionnel garanti) de 2,22 F &#224; 3 F, de r&#233;duire de 5% le ticket mod&#233;rateur pour les soins m&#233;dicaux ; les jours de gr&#232;ve seront r&#233;cup&#233;rables en heures suppl&#233;mentaires et ne seront donc pas pay&#233;es, les gr&#233;vistes recevant simplement une avance de la moiti&#233; du total de ces heures. Enfin, le gouvernement promet de faire voter une loi sur &quot;l'exercice du droit syndical dans l'entreprise&quot; (texte propos&#233; par la CFDT et FO). Une rencontre discr&#232;te Pompidou-S&#233;guy avait eu lieu le 26 au matin&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le 27 Mai la poursuite de la gr&#232;ve est vot&#233;e &#224; l'unanimit&#233; dans les grandes entreprises (Sud-Aviation, Renault Flins et Sandouville, Citro&#235;n, Berliet, Rhodiaceta&#8230;). Le mandat des comit&#233;s de gr&#232;ve est rappel&#233; pour d'&#233;ventuelles n&#233;gociations.&lt;br /&gt;
Sur l'&#238;le Seguin aux usines Renault-Billancourt, Jeanson de la CFDT est applaudi tandis qu'il souligne son approbation de la poursuite du mouvement et la n&#233;cessaire solidarit&#233; ouvriers-&#233;tudiants-lyc&#233;ens ; S&#233;guy, apr&#232;s l'intervention de Frachon (CGT) vantant les avantages des accords de Grenelle pour la classe ouvri&#232;re, d'abord siffl&#233; et hu&#233; doit alors conclure son discours par les mots : &#171; Si j'en juge par ce que j'entends, vous ne vous laisserez pas faire &#187; - grand moment de strat&#233;gie manipulatoire et de renversement de situation&#8230;&lt;br /&gt;
Il est &#233;vident que les gr&#233;vistes ont compris que les miettes mat&#233;rielles conc&#233;d&#233;es par les &#171; accords de Grenelle &#187; seraient vite englouties par l'inflation et la hausse des prix. C'est un changement de soci&#233;t&#233;, un renversement politiques qui sont &#224; l'ordre du jour. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A c&#244;t&#233; des CCG (comit&#233;s centraux de gr&#232;ve) dans les villes, qui se consid&#232;rent comme des organes provisoires se substituant aux structures administratives locales, des CA (comit&#233;s d'action), &#224; l'image des CAL (comit&#233;s d'action lyc&#233;ens), se d&#233;veloppent un peu partout ; ils d&#233;fendent en principe l'ind&#233;pendance politique et la d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire. Ces comit&#233;s d'action sont cr&#233;&#233;s le plus souvent &#224; l'initiative des groupes d'extr&#234;me gauche mais ils regroupent aussi un grand nombre &quot;d'inorganis&#233;s&quot; qui assisteront aux rivalit&#233;s de pouvoir entre personnes et groupes et aux querelles id&#233;ologiques. L'unification de ces CA sera impossible &#224; l'&#233;chelle nationale, malgr&#233; l'objectif avou&#233; d'un &quot;double pouvoir&quot; vers une soci&#233;t&#233; &quot;socialiste&quot;. L'avant-gardisme comme strat&#233;gie des groupes d'extr&#234;me gauche autoritaires appara&#238;t d'une mani&#232;re flagrante comme un leurre et un d&#233;ni de d&#233;mocratie r&#233;elle (au sens &#233;tymologique) ; les &quot;idiots utiles&quot;, non militants de groupuscules, se r&#233;v&#232;lent souvent tr&#232;s lucides et critiquent durement manipulateurs et r&#233;cup&#233;rateurs, fussent-ils d'extr&#234;me gauche.&lt;br /&gt;
L'UNEF appelle &#224; des manifs partout en France pour le 27 Mai et convoque le m&#234;me jour &#224; un grand rassemblement au stade Charlety &#224; Paris (60 000 personnes) ; ce meeting se veut r&#233;volutionnaire, il regroupe en une partie de l'extr&#234;me gauche et des &#171; leaders &#187; politiques (Mend&#232;s-France du PSU, des membres de la FGDS [f&#233;d&#233;ration de la gauche d&#233;mocrate et socialiste qui deviendra le PS], entre autres&#8230;) en dehors du PCF et de la CGT. Certains groupes d'extr&#234;me gauche, le &quot;Mouvement du 22 Mars&quot; ainsi que les &quot;Enrag&#233;s&quot;, Situationnistes et &#233;videmment les r&#233;volutionnaires ind&#233;pendants lucides ne mettront pas les pieds &#224; Charlety.&lt;br /&gt;
Le 30 Mai il n'est plus question de cr&#233;er un &quot;grand parti r&#233;volutionnaire&quot;, comme il en &#233;tait question au moment de (et un peu avant) &quot;Charlety&quot;.&lt;br /&gt;
Lorsque le PSU annonce qu'il pr&#233;sentera des candidats aux &#233;lections l&#233;gislatives, &#171; &#233;lections - pi&#232;ge &#224; cons &#187; devient &#171; &#233;lections &#8211; trahisons &#187; (ult&#233;rieurement on verra fleurir &#171; &#233;lections &#8211; pi&#232;ge &#224; moutons &#187; et encore aujourd'hui, sous le dessin d'un mouton, la phrase &#171; dessine-moi un &#233;lecteur &#187; se rencontre dans des publications ou sur des affiches anarchistes). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les 29 et 30 Mai plus de 500 000 personnes manifestent en France tandis que les appareils politiques et syndicaux de gauche essaient de trouver un accord de gouvernement visant &#224; prendre la rel&#232;ve du gaullisme apparemment condamn&#233;. Le nom de Mend&#232;s-France est avanc&#233;, tandis que le PCF n'entend pas se contenter de miettes. Dans la coulisse Mitterrand fourbit les armes de sa strat&#233;gie&#8230;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De Gaulle, un moment d&#233;courag&#233;, se d&#233;cide &#224; frapper fort. Il part d'abord secr&#232;tement &#224; Baden-Baden en Allemagne le 29 Mai o&#249; il rencontre le g&#233;n&#233;ral Massu, commandant du corps exp&#233;ditionnaire fran&#231;ais en zone allemande occup&#233;e et tortionnaire des combattants alg&#233;riens pour l'ind&#233;pendance, ainsi que les plus importants responsables militaires des divisions op&#233;rationnelles en France. Inutile de d&#233;velopper avec quelles intentions&#8230; Dans les minist&#232;res et les partis de droite on &#233;voque l'imminence du danger communiste et la n&#233;cessit&#233; d'une r&#233;sistance arm&#233;e.&lt;br /&gt;
Le 30 Mai, le discours de De Gaulle est pour le moins muscl&#233; ; il d&#233;clare se maintenir au pouvoir, renoncer au r&#233;f&#233;rendum et annonce la dissolution de l'assembl&#233;e nationale.&lt;br /&gt;
Peu de temps apr&#232;s, une manifestation de la droite et de l'extr&#234;me droite (avec service d'ordre arm&#233;) en soutien au r&#233;gime en place et &#224; l'&#233;tat, affirmant les positions les plus r&#233;actionnaires et les plus ignobles (on entendra des slogans comme &#171; Cohn-Bendit &#224; Dachau ! &#187;&#8230;) rassemble jusqu'&#224; 800 000 personnes place de La Concorde.&lt;br /&gt;
A gauche on appelle &#224; des manifs unitaires ; elles n'auront lieu qu'en province.&lt;br /&gt;
Dans cinquante villes environ de province, il y aura des manifestations pro-gouvernementales, les jours suivants (cort&#232;ges importants &#224; Reims, Caen, Lyon, Lille et Marseille). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;* La face &quot;versaillaise&quot; de l'ordre bourgeois&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Dans les villes, fachos, militants des CDR et du SAC multiplient les agressions (Le SAC : service d'action civique [cr&#233;&#233; en 1958, c'est une police politique parall&#232;le non officielle, bref une milice qui comporte d'authentiques malfrats, assurant le service d'ordre gaulliste et la protection des &#171; personnalit&#233;s &#187;. Ses membres sont arm&#233;s et ont une carte rappelant &#233;trangement celle des policiers officiels ; ces attributs leur permettront de commettre exactions et abus de pouvoir en se faisant passer pour d'authentiques flics. Le triste Foccart dirige en sous-main cette organisation plus que trouble&#8230; En 1968 elle compte 12 000 personnes qui n'ont qu'une id&#233;e &quot;liquider les rouges&quot; ; ses chefs cr&#233;eront les CDR en Mai 68, plus &quot;pr&#233;sentables&quot;, qui comptent, quant &#224; eux, 45 000 personnes en juin 1968 et qui appelleront &#224; constituer des &quot;comit&#233;s de vigilance&quot;).&lt;br /&gt;
SM (s&#233;curit&#233; militaire), RG (renseignements g&#233;n&#233;raux) et DST (direction de la surveillance du territoire) ne ch&#244;ment pas&#8230; &lt;br /&gt;
Chez les gardes mobiles et les CRS, les critiques au gouvernement concernent sa &quot;mollesse&quot; face aux manifestantEs&#8230;&lt;br /&gt;
Il convient de pr&#233;ciser que d&#232;s le 11 Mai Messmer ministre des arm&#233;es a d&#233;cid&#233; sur ordre du premier ministre de mettre en alerte des unit&#233;s de l'arm&#233;e. Cette m&#234;me arm&#233;e qui se pr&#234;tera au r&#244;le de &quot;briseuse de gr&#232;ve&quot; en assurant le contr&#244;le a&#233;rien et les transports dits &quot;prioritaires&quot; (courrier et personnes) ainsi que les services de voierie, les transports en commun, le contr&#244;le douanier et m&#234;me l'inhumation des morts. La garde des &#233;metteurs de l'ORTF &#233;choit &#233;galement &#224; l'arm&#233;e en appui &#224; la gendarmerie. Le 30 Mai, des chars convergent vers Paris ainsi que des automitrailleuses ; des troupes sont mobilis&#233;es autour de Paris (&#224; l'ouest de Versailles et &#224; Satory o&#249; furent enferm&#233;s tant de Communards, dont Louise Michel - et o&#249; tant furent fusill&#233;s -, tout un symbole&#8230;)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un fort courant d'extr&#234;me droite existe chez les sous-officiers et chez certains officiers sup&#233;rieurs ; des contacts sont pris avec des civils nostalgiques de l'Alg&#233;rie fran&#231;aise et de l'OAS et des membres des divers corps de police et gendarmerie. Des groupes de combat sont form&#233;s &#224; Paris, Marseille, Grenoble et Lyon. Ils sont pr&#234;ts pour un coup d'&#233;tat militaire entre le 24 et le 27 Mai. Le risque de guerre civile n'est alors pas n&#233;gligeable&#8230; Le gouvernement s'en inqui&#232;te ainsi que les gaullistes mod&#233;r&#233;s. Ils r&#233;ussiront &#224; d&#233;samorcer la situation et &#224; isoler les tendances d'extr&#234;me droite. Il a &#233;t&#233; promis &#224; l'extr&#234;me droite une acc&#233;l&#233;ration des mesures de gr&#226;ce et d'amnistie au b&#233;n&#233;fices des militants de l'OAS &#224; condition qu'elle int&#232;gre avec ses &quot;troupes&quot; le CNAC (comit&#233; national d'action civique) gaulliste ou les CDR. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Delale et Gilles Ragache &#233;voquent le livre de Patrice Ch&#233;roff : &#171; B. comme Barbouzes &#187; dans lequel il est fait mention qu'&#224; compter du 23 Mai et jusqu'&#224; la mi-juin, d'anciens sous-officiers parachutistes donnent des &#171; cours acc&#233;l&#233;r&#233;s de gu&#233;rilla urbaine &#187; &#224; des cadres du SAC, que d'anciens l&#233;gionnaires sont sollicit&#233;s pour int&#233;grer, moyennant finance, des milices et &#171; groupes civiques &#187;. Parall&#232;lement, des groupes de combat se tiennent pr&#234;ts dans plusieurs villes de province ; ils disposent de stocks d'armes, d'&#233;metteurs-r&#233;cepteurs, de v&#233;hicules, planqu&#233;s dans des endroits isol&#233;s, achet&#233;s il y a longtemps (on retrouvera m&#234;me, en Is&#232;re, dans une ferme, des cellules pr&#233;vues pour l'incarc&#233;ration et l'interrogatoire d'&#233;ventuels prisonniers politiques&#8230;).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On devait apprendre en 1974 (Lib&#233;ration, Le Canard Encha&#238;n&#233; et Le Nouvel Observateur), que La DST aurait fourni aux responsables du SAC des listes (52 400 personnes dans 41 villes) de militants de gauche, d'extr&#234;me, gauche , de syndicalistes et de r&#233;volutionnaires (parfois de simples abonn&#233;s &#224; des revues critiques) qui devaient &#234;tre arr&#234;t&#233;es par des commandos et transport&#233;es dans des v&#233;hicules r&#233;quisitionn&#233;s (exemple autobus&#8230;) puis parqu&#233;s dans des stades. On appelle cela une rafle ! Alain Delale et Gilles Ragache, toujours eux, rappellent opportun&#233;ment que cette &#171; op&#233;ration &#187; &#233;tait du m&#234;me ordre que la rafle des Juifs, enferm&#233;s au v&#233;lodrome d'hiver parisien (v&#233;l. d'hiv.) par la police fran&#231;aise en 1942 pour le compte des nazis ; mais &#233;galement celle r&#233;alis&#233;e par le &quot;r&#233;gime des colonels&quot; en Gr&#232;ce, au stade olympique d'Ath&#232;nes, en 1967 ainsi que les &quot;regroupements&quot; meurtriers dans les stades chiliens, au moment du coup d'&#233;tat fasciste de Pinochet, en 1973. &lt;br /&gt;
Ce projet, r&#233;guli&#232;rement repouss&#233;, sera annul&#233; par Foccart le 29 Mai. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;* Une &lt;/strong&gt;&quot;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;normalisation&lt;/strong&gt;&quot;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; difficile&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;/strong&gt;Alors que les gr&#233;vistes qui &#171; paralysent le pays &#187; ont rejet&#233; les &quot;accords de Grenelle&quot;, le 31 Mai tous les partis politiques ont accept&#233; de participer aux prochaines &#233;lections l&#233;gislatives annonc&#233;es par De Gaulle.&lt;br /&gt;
Les syndicats ayant abandonn&#233; l'id&#233;e de nouvelles n&#233;gociations nationales, r&#233;clament l'ouverture de n&#233;gociations de branches. Le gouvernement exige, quant &#224; lui, un arr&#234;t imm&#233;diat de la gr&#232;ve dans les services publics : &#233;nergie, transports, communications en priorit&#233;. Les flics vont intervenir dans ces secteurs dans toutes les grandes villes pour virer les occupantEs, d&#233;bloquer les entr&#233;es, prot&#233;ger le travail &#233;ventuel des jaunes&#8230;&lt;br /&gt;
Malgr&#233; les habituelles &quot;consignes de mod&#233;ration syndicales&quot; des heurts ont lieu &#224; Dijon, Nancy, Metz, Nancy, Rennes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chez les agriculteurs, &#224; partir du 31 Mai &#233;clatent des mouvements tr&#232;s durs, le syst&#232;me capitaliste fond&#233; sur le seul profit est parfois mis en cause. A partir du 4 Juin la baisse des revenus agricoles, les difficult&#233;s, voire l'impossibilit&#233; de vendre la production, entra&#238;ne des r&#233;actions violentes, y compris parfois contre les gr&#233;vistes ouvriers. On verra des tonnes de fruits et l&#233;gumes d&#233;vers&#233;s sur les routes et nombre de r&#233;actions de d&#233;sespoir de petits producteurs agricoles&#8230;&lt;br /&gt; Le monde agricole utilise les m&#234;mes m&#233;thodes de lutte que les gr&#233;vistes et r&#233;volutionnaires, c'est-&#224;-dire l'action directe avec blocages, attaque des b&#226;timents publics, barrages routiers, &#8230;&lt;br /&gt;
La Bretagne et le sud-ouest mais &#233;galement les Pyr&#233;n&#233;es orientales et le Roussillon seront le th&#233;&#226;tre des actions les plus radicales. Les accrochages dureront quasiment jusqu'&#224; la mi-Juillet.&lt;br /&gt;
Tent&#233; au d&#233;but du mouvement par une alliance forte avec les mouvements &#233;tudiant et ouvrier, les agriculteurs refus&#232;rent dans leur majorit&#233; que telle exp&#233;rience se prolonge. Certains, simplement, ne purent (isolement, positions minoritaires) aller au bout de leurs convictions.&lt;br /&gt; Les directions nationales de la FNSEA (f&#233;d&#233;ration nationale des syndicats d'exploitants agricoles) et du MODEF (mouvement de d&#233;fense de l'exploitation familiale) furent fortement contest&#233;es et, souvent, &#224; cause de leur &quot;r&#233;formisme&quot;. Cependant, les militants paysans les plus proches des courants r&#233;volutionnaires (on les appela les &#171; minoritaires socialistes &#187;) devaient se regrouper dans l'&#233;t&#233; 68 et fonder ult&#233;rieurement le groupe tr&#232;s actif des &quot;Paysans-Travailleurs&quot;.&lt;br /&gt;
Officiellement, les &quot;&#233;v&#233;nements&quot; de Mai dans le monde paysans firent trois morts dont deux agriculteurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La reprise du travail va se r&#233;v&#233;ler difficile. Il nous est impossible ici de d&#233;tailler les multiples &#233;v&#233;nements conduisant au processus de &quot;normalisation&quot; que le pouvoir et ses divers alli&#233;s eurent du mal &#224; mener &#224; son terme. &lt;br /&gt;
A partir du 6 juin la reprise du travail eut lieu dans les secteurs de l'assurance et de la banque.&lt;br /&gt;
La CGT, en particulier, fit son possible pour briser la gr&#232;ve. Ce fut le cas &#224; la SNCF o&#249; la reprise eut lieu le 6 Juin, mais &#233;galement aux P&amp;T et &#224; la RATP (votes falsifi&#233;s, fausses infos en faisant croire dans tel endroit que dans les autres centres de l'entreprise la gr&#232;ve avait cess&#233;&#8230;).&lt;br /&gt; A France-Inter sur intervention des CRS, ce m&#234;me jour, les techniciens seront remplac&#233;s par des militaires&#8230;&lt;br /&gt; Chez les enseignants, le moins que l'on puisse dire c'est que la reprise des cours n'alla pas de soi ; deux &#233;l&#233;ments importants : dans le secondaire, le refus de nombreux syndicalistes de casser la gr&#232;ve lyc&#233;enne et chez les instituteurs/trices un d&#233;saveu par beaucoup de la direction du SNI (syndicat national des instituteurs [syndicat majoritaire appartenant &#224; la FEN]), accus&#233;e de &#171; laisser des secteurs de la classe ouvri&#232;re se battre seuls, alors que nos revendications fondamentales communes n'ont pas &#233;t&#233; satisfaites&#8230; &#187; (cit&#233; par A. Delale et G. Ragache). Ce n'est que le 14 Juin que les instits reprendront le boulot.&lt;br /&gt;
C'est encore le 6 Juin, qu'&#224; Renault-Flins les CRS expulsent les ouvriers gr&#233;vistes de l'usine. Ces derniers font appel &#224; la solidarit&#233; et des milliers de r&#233;volutionnaires veulent se rendre &#224; Flins. 3 000 en seront emp&#234;ch&#233;s par les c&#233;g&#233;tistes qui refusent que des trains soient mis &#224; la disposition des manifestants, gare Saint-Lazare. Ils emp&#234;chent &#233;galement dans la nuit du 9 au 10 Juin la d&#233;l&#233;gation ouvri&#232;re de Flins d'entrer dans l'usine de Billancourt pour demander de l'aide&#8230; Auparavant, cette d&#233;l&#233;gation s'&#233;tait adress&#233;e aux &#233;tudiants en gr&#232;ve dans les facs parisiennes et plusieurs &#233;tudiants &#233;taient alors partis pour Flins. Le 6 Juin, donc, 2 000 ouvriers et &quot;solidaires&quot; ayant pu rejoindre Flins (quelques centaines de personnes) affrontent 4 000 CRS et gardes mobiles. Les jours suivants on assiste dans la campagne environnante &#224; une traque organis&#233;e d'une rare violence, des &quot;s&#233;ditieux&quot; (jeeps, h&#233;licopt&#232;res, grenades, &#8230;).&lt;br /&gt;
Le 10 Juin dans l'apr&#232;s-midi, Gilles Tautin, lyc&#233;en de 17 ans, militant de l'UJCML, se noie en voulant &#233;chapper aux flics (qui matraquent ceux qui veulent remonter sur les berges de la Seine). Les flics &#233;vacuent les lieux le lendemain devant les menaces de lynchage.&lt;br /&gt;
Le 11 juin les ouvriers de Flins r&#233;volt&#233;s interdisent aux pontes syndicaux CGT et CFDT de p&#233;n&#233;trer dans les ateliers. Ceux-ci ayant alors recommand&#233; l'&#233;vacuation de l'usine ( !), la direction d&#233;passera leurs esp&#233;rances en d&#233;cr&#233;tant le lock-out.&lt;br /&gt;
Le m&#234;me jour, des affrontements longs et extr&#234;mement violents entre ouvriers et CRS se d&#233;roulent &#224; Sochaux, aux usines Peugeot, &#224; la suite de la gr&#232;ve avec r&#233;occupation des ateliers. Les affrontements d&#233;passent largement le p&#233;rim&#232;tre des usines. Les CRS font usage de pistolets-mitrailleurs ; une quinzaine d'ouvriers sont touch&#233;s. Deux ouvriers sont tu&#233;s. La bataille fait rage toute la journ&#233;e. Les CRS quittent la ville dans la soir&#233;e, harcel&#233;s par les ouvriers et une partie de la population. Des locaux de Peugeot sont saccag&#233;s (les syndicats dans la nuit instaureront des &quot;tours de garde&quot; pour les prot&#233;ger&#8230;). Peugeot-Sochaux sera ferm&#233;e pendant dix jours.&lt;br /&gt;
A Nantes et Saint-Nazaire, l'insurrection fera rage, &#233;galement (Sud-Aviation et les Chantiers de l'Atlantique).&lt;br /&gt;
Tandis que la CGT interdit &#224; ses militants toute manifestation, on assiste du 7 au 13 Juin &#224; des combats de rue (rappelant la &#171; gu&#233;rilla urbaine &#187;) contre la police (qui, elle, va utiliser une tactique de quadrillage-ratissage qui avait fait ses preuves durant la guerre d'Alg&#233;rie) dans plusieurs villes fran&#231;aises. Sont attaqu&#233;s permanences gaullistes et commissariats ; tr&#232;s souvent les panneaux &#233;lectoraux sont br&#251;l&#233;s&#8230;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien des cartes syndicales seront aussi d&#233;chir&#233;es par des militants de base &#233;coeur&#233;s et l'on vit des ouvrierEs &quot;retourner au chagrin&quot; en pleurant&#8230;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt; Le 12 Juin, apr&#232;s avoir r&#233;uni le conseil des ministres, le gouvernement interdit toutes les manifestations de rue pendant la campagne &#233;lectorale et dissout sept organisations d'extr&#234;me gauche ainsi que le &quot;Mouvement du 22 Mars&quot;. La &quot;g&#244;che&quot; proteste pour la forme, l'UNEF et la CFDT au niveau national acceptent d'ob&#233;ir ; il n'en sera pas de m&#234;me localement (manifs, le soir m&#234;me, &#224; Toulouse, Marseille, Strasbourg, Poitiers, Bordeaux).&lt;br /&gt;
Toujours le 12 Juin, l'Od&#233;on est &#233;vacu&#233; par surprise, tandis que reprennent les &quot;n&#233;gociations&quot; chez Renault (les ateliers red&#233;marrent le 18 Juin dans la d&#233;sunion syndicale et une atmosph&#232;re de ranc&#339;ur &#233;vidente contre les responsables CGT qui ont incit&#233; &#224; la reprise ; d'ailleurs, seule la CGT participera au &#171; d&#233;fil&#233; de la victoire). &lt;br /&gt;
Dans le m&#234;me temps le gouvernement, reconnaissant envers l'extr&#234;me droite et fid&#232;le, probablement, &#224; des engagements occultes, lib&#232;re ou amnistie les derniers condamn&#233;s de l'OAS (dont Salan, l'un des g&#233;n&#233;raux putschistes d'Alger [son comparse Jouhaud avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; lib&#233;r&#233; le 27 d&#233;cembre 1967]).&lt;br /&gt;
Le 16 Juin, &#224; la suite d'une provocation polici&#232;re (agression arm&#233;e) la Sorbonne est &#233;vacu&#233;e &#224; son tour ; il y eut quelques affrontements violents dans le quartier qui ne se prolong&#232;rent pas&#8230; (le comit&#233; d'occupation de la Sorbonne qui s'&#233;tait &quot;bureaucratis&#233;&quot;, regroupant des militants d'extr&#234;me gauche, de tendances diverses et rivales, dont certains en mal de pouvoir, avait fait expulser le 12 Juin, dans un souci de &quot;reconnaissance&quot; et de &quot;respectabilit&#233;&quot;, le groupe dit des &quot;Katangais&quot; - jeunes en errance dont certains anciens mercenaires et d&#233;serteurs - qui avait pris de l'importance dans ce milieu d&#233;sormais autoritaire ; ils seront arr&#234;t&#233;s par la police). &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Les gr&#233;vistes qui dans les facs et les usines seront qualifi&#233;Es de &quot;jusqu'au-boutistes&quot; tiendront encore plusieurs jours, voire semaines ; il y aura encore des s&#233;questrations de patrons et de cadres, des heurts violents.&lt;br /&gt;
Le 16 juillet, les ardoisiers de Fumay dans les Ardennes, ainsi que les ouvriers d'une cartonnerie bordelaise, seront les derniers gr&#233;vistes de Mai 68. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Officiellement, il fut recens&#233; 19 morts et 1798 bless&#233;s hospitalis&#233;s&#8230;&lt;br /&gt;
Les &#233;lections l&#233;gislatives donn&#232;rent une majorit&#233; &#233;crasante au parti gaulliste, l'UDR, (majorit&#233; absolue &#224; l'assembl&#233;e le 30 Juin). &lt;br /&gt; L'&#233;coeurement d'un grand nombre d'ouvriers les poussera &#224; ne pas participer &#224; la mascarade &#233;lectorale&#8230;&lt;br /&gt;
Et tandis que la guerre du Vietnam se poursuit, que les &#233;tudiantEs mexicainEs r&#233;volt&#233;s sont massacr&#233;s par l'arm&#233;e juste avant l'ouverture des jeux olympiques (300 morts &#224; Mexico), les chars russes (et ceux des autres arm&#233;es du &quot;pacte de Varsovie&quot;) &#233;crasent le &quot;Printemps de Prague&quot; en Tch&#233;coslovaquie, dans le sang et les larmes de d&#233;sespoir&#8230;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le &quot;Mai fran&#231;ais&quot; eut un retentissement mondial et l'on put observer des mouvements s'en r&#233;clamant et lui ressemblant en Italie, en Espagne, en RFA, en Belgique, en Suisse, en Angleterre, en Gr&#232;ce, en Su&#232;de mais aussi aux Etat-Unis, en Turquie, en Pologne, en Yougoslavie, en Tch&#233;coslovaquie, en Chine, au Japon, en Inde, en Indon&#233;sie, en Tha&#239;lande, au Br&#233;sil, &#224; Saint-Domingue, en Uruguay, au Venezuela, en Argentine, au Chili, au Congo-Kinshasa, au S&#233;n&#233;gal, en Alg&#233;rie, au Maroc, en Tunisie, en Mauritanie&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Voici quelques ouvrages dont vous nous conseillons la lecture
(certains sont &#233;puis&#233;s depuis longtemps, d'autres ont &#233;t&#233; r&#233;&#233;dit&#233;s
&#224; de nombreuses reprises) :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#8212; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La soci&#233;t&#233; du spectacle&lt;/i&gt; de Guy Debord &#8211; &#233;ditions Folio
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Trait&#233; de savoir-vivre &#224; l'usage des jeunes g&#233;n&#233;rations&lt;/i&gt; de
Raoul Vaneigem &#8211; &#233;ditions Folio
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Enrag&#233;s et situationnistes dans le mouvement des occupations&lt;/i&gt; de Ren&#233; Vi&#233;net &#8211; &#233;ditions Gallimard
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le livre noir des journ&#233;es de Mai&lt;/i&gt;, ouvrage publi&#233; au cours des
&#171; &#233;v&#233;nements &#187; par l'UNEF et le SNESup r&#233;unissant des t&#233;moignages
et d&#233;positions sur la r&#233;pression polici&#232;re des 10 premi&#232;res journ&#233;es de
manifs recueillis par une commission de t&#233;moignages et un comit&#233; de
secours aux victimes &#8211; &#233;ditions Seuil
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Internationale Situationniste&lt;/i&gt; 1958-1969 &#8211; &#233;ditions Champ Libre
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Nanterre 1965-66-67-68 vers le Mouvement du 22 Mars&lt;/i&gt; de
Jean-Pierre Duteuil &#8211; &#233;ditions Acratie
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Enrag&#233;&lt;/i&gt;, collection compl&#232;te des 12 num&#233;ros introuvables (Mai &#8211; Novembre 1968) republi&#233;s en 1978 &#8211; &#233;ditions Jean-Jacques Pauvert
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La France de 68&lt;/i&gt; d'Alain Delale et Gilles Ragache &#8211; &#233;ditions Seuil
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les orgasmes de l'histoire, 3000 ans d'insurrections spontan&#233;es&lt;/i&gt;
d'Yves Fr&#233;mion et Volny &#8211; &#233;ditions l'Atelier du Possible
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La C.N.T. en Mai 68&lt;/i&gt; &#8211; brochure de la CNT-AIT
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Mai 68 par eux-m&#234;mes&lt;/i&gt;, textes de t&#233;moignages et r&#233;flexions recueillis par &#171; Chroniques syndicales &#187; et &#171; Femmes Libres &#187; sur Radio
Libertaire, et par le groupe Pierre Besnard de la F&#233;d&#233;ration Anarchiste &#8211; &#233;ditions de Monde Libertaire&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Retrouvez des tonnes de lectures subversives sur :&lt;br&gt;
&lt;a href=&quot;https://infokiosques.net&quot; class=&quot;spip_url spip_out&quot;&gt;https://infokiosques.net&lt;/a&gt; &lt;br&gt;
&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;des brochures &#224; lire, imprimer, propager&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>



	<item>
		<title>Caen : Le SIA a d&#233;sormais un site internet </title>
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		<description>On a mis du temps avant d'atterrir sur la toile (on est nulLEs en informatique) mais &#231;a y est c'est fait (un grand merci au compagnon qui a mis en place toute l'infrastructure du site !). &lt;br /&gt;Site du Syndicat Intercorporatif Anarchosyndicaliste &lt;br /&gt;Sur ce site vous trouverez : &lt;br /&gt;Des Tracts : On ne les a pas tous mis. Seuls ceux qui ont trait &#224; des mouvements/moments de lutte importants ou qui expriment des conceptions de fond ont &#233;t&#233; mis en ligne. Les tracts t&#233;l&#233;chargeables en PDF (...)


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&lt;a href="http://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique56" rel="directory"&gt;Pas-dupes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On a mis du temps avant d'atterrir sur la toile (on est nulLEs en
informatique) mais &#231;a y est c'est fait (un grand merci au compagnon
qui a mis en place toute l'infrastructure du site !).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.anartoka.com/sia&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Site du Syndicat Intercorporatif Anarchosyndicaliste&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sur ce site vous trouverez :
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Des Tracts : On ne les a pas tous mis. Seuls ceux qui ont trait &#224; des
mouvements/moments de lutte importants ou qui expriment des
conceptions de fond ont &#233;t&#233; mis en ligne. Les tracts
t&#233;l&#233;chargeables en PDF reprennent en g&#233;n&#233;ral le maquettage
d'origine. Pour ce qui est des tracts t&#233;l&#233;chargeables en RTF, le
texte est en g&#233;n&#233;ral brut, juste sommairement mis en page.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Des brochures : On a mis en ligne toutes les brochures dont on
poss&#232;de une version &#233;lectronique. Une partie des titres qu'on
diffuse, on ne les a qu'en version &#171; papier &#187; (voir la liste
compl&#232;te de nos brochures &#224; la fin de cette pr&#233;sentation).
Qu'elles soient t&#233;l&#233;chargeables en PDF ou en RTF, ces versions
&#233;lectroniques des brochures que nous diffusons sont en g&#233;n&#233;ral
mises en ligne sans leur couverture d'origine (sauf si on les a nous
m&#234;mes &#171; repiqu&#233;es &#187;) et souvent aussi sans les illustrations,
dessins, photos qui les accompagnent (&#231;a aurait trop alourdi les
fichiers). Si vous souhaitez les republier en version &#171; papier &#187; l&#224; o&#249; vous
&#234;tes, il vous appartiendra de refaire votre propre couverture avec
vos propres coordonn&#233;es, pr&#233;sentation de votre groupe, liste de vos
brochures etc&#8230; Ce qui nous int&#233;resse c'est de diffuser ces
textes, pas de vous imposer notre couverture avec notre liste de
brochures, notre pub pour notre journal&#8230;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Une s&#233;lection d'articles tir&#233;s de notre petit journal local &#171; Solidarit&#233; &#187; : On a class&#233; ces articles par th&#232;mes. On a mis en
ligne que les articles qui nous semblaient les plus int&#233;ressants
historiquement, politiquement&#8230; Ceux qui sont t&#233;l&#233;chargeable en PDF
reprennent en g&#233;n&#233;ral le maquettage d'origine utilis&#233; dans le
journal. Quant &#224; ceux qui sont t&#233;l&#233;chargeables en RTF, l&#224; encore,
en g&#233;n&#233;ral, il s'agit du texte brut, sommairement mis en page. Vous pouvez aussi t&#233;l&#233;charger en format PDF sur ce site les 3
derniers N&#176; du journal (ce qui vous donnera un aper&#231;u, sur environ
un an, des activit&#233;s militantes et des luttes &#224; Caen).
On peut s'abonner &#224; &#171; Solidarit&#233; &#187; (3 N&#176; d'au moins 16 pages
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&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; D&#201;FINIR LE PROJET R&#201;VOLUTIONNAIRE et AU DEL&#192; DE LA RARET&#201; par
Murray Bookchin, 48 pages A5, 1,50 &#8364;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; LA POLITIQUE DE LIB&#201;RATION par John Clark, 16 pages A5, 1 &#8364;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; HISTOIRE DE L'ANARCHOSYNDICALISME ITALIEN : &#171; L'UNION SYNDICALE
ITALIENNE &#187; DE 1912 &#192; 1922 (EXTRAITS) par &#171; I nuclei libertari di
fabbrica di milano &#187;, 28 pages A5, 1 &#8364;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; DE LA DOCTRINE &#192; L'ACTION : L'ANARCHOSYNDICALISME DES ORIGINES
&#192; NOS JOURS : &#171; L'ID&#201;OLOGIE ANARCHISTE &#187; et &#171; ORIGINES DE
L'ANARCHOSYNDICALISME &#187; par Rudolf Rocker, 64 pages A5, 2 &#8364;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; LA QUESTION ANARCHISTE par Ren&#233; Furth, 32 pages A5, 1 &#8364;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; L'ID&#201;E DES SOVIETS par Pano Vassiliev, 36 pages A5, 1,50 &#8364;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; HISTOIRE DU MOUVEMENT ANARCHISTE EN BULGARIE (EXTRAITS) par
Balkanski, 36 pages A5, 1,50 &#8364; &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; L'ANARCHOSYNDICALISME (EXTRAITS) par Louis Mercier-Vega, 44 pages A5, 1,50 &#8364;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; LE SABOTAGE par &#201;mile Pouget, 64 pages A5, 2 &#8364; &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; ESPAGNE 1936 : R&#201;VOLUTION AUTOGESTIONNAIRE, 48 pages A5, 1,50 &#8364;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; ANARCHISME, VIOLENCE ET NON-VIOLENCE (Xavier Bekaert), 48 pages A5,
1,50 &#8364;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; &#201;COLE &#171; BONAVENTURE &#187; : LA FARINE ET LE SON. BILAN D'UNE
R&#201;PUBLIQUE &#201;DUCATIVE LIBERTAIRE, 72 pages A5, 2 &#8364;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; LA TENTATION TOTALISANTE : REMARQUES SUR LA NUCL&#201;ARISATION DU MONDE
EN NORD-COTENTIN par Miguel Anger, 44 pages A4, 2 &#8364; &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; DOSSIER DE CONTRE-INFORMATION SUR LES &#201;MEUTES DE G&#202;NES,
compilation de textes, 52 pages A4, 2 &#8364;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; CRITIQUE DU CITOYENNISME, compilation de textes, 24 pages A4, 1,50 &#8364;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; TAZ, ZONE AUTONOME TEMPORAIRE par Hakim Bey, 48 pages A5, 1,50 &#8364;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; LA COMMUNE HONGROISE ET LES ANARCHISTES (EXTRAITS) par A.
Dauphin-Meunier, 72 pages A5, 2 &#8364; &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; UNE TOUTE PETITE HISTOIRE DE L'ANARCHISME par Marianne Enckell, 28
pages A5, 1 &#8364;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; PROTESTATIONS DEVANT LES LIBERTAIRES DU PR&#201;SENT ET DU FUTUR SUR LES
CAPITULATIONS DE 1937 par &#171; un incontr&#244;l&#233; de la colonne de fer &#187;,
20 pages A5, 1 &#8364;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; POUR UNE HISTOIRE DE L'ANTI-IMPERIALISME ANARCHISTE par Lucien Van
Der Walt, 20 pages A5, 1 &#8364;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; L'AUTORITARISME DANS LES ORGANISATIONS LIBERTAIRES : FORMES ET
REM&#200;DES, compilation de textes, 36 pages A4, 2 &#8364;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; APERCU DU MOUVEMENT OUVRIER EN URUGUAY, compilations de textes
anars uruguayens traduits par nos soins, 64 pages A5, 2 &#8364;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; T&#201;MOIGNAGES ANARCHISTES SUR LES GRANDES MANIFS ANTI-CAPITALISTES (Prague, Toronto, Nice, G&#234;nes, Lausanne), 48 pages A4, 2 &#8364;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; LA SYMBOLIQUE ANARCHISTE, 24 pages A5, 1 &#8364;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; PAGES D'HISTOIRE SUBVERSIVE, recueil de textes parus dans le
journal du SIA &#171; SOLIDARIT&#201; &#187;, 60 pages A4, 2 &#8364;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;TEXTES COMMUNISTES DE CONSEILS :
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; L&#201;NINE ET SA L&#201;GENDE par Paul Mattick, 20 pages A5, 1 &#8364;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; LA LUTTE CONTRE LE FASCISME COMMENCE PAR LA LUTTE CONTRE LE
BOLCH&#201;VISME par Otto Ruhle, 24 pages A5, 1 &#8364;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; TH&#201;SES SUR LE BOLCH&#201;VISME par un collectif de communistes de
conseils, 36 pages A5, 1,50 &#8364;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; LE SYNDICALISME, LES CONSEILS OUVRIERS, PARTI ET CLASSE (+ une
biographie de l'auteur) par Anton Pannekoek, 44 pages A5, 1,50 &#8364;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; AUTOUR DE LA LUTTE DE CLASSE, compilation de textes, 40 pages A5,
1,50 &#8364;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; STALINISME ET BOLCH&#201;VISME par Paul Mattick, 20 pages A5, 1 &#8364;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;TEXTES DIVERS :
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; TEXTES SITUS : D&#233;finition minimum des organisations
r&#233;volutionnaires, Cr&#233;er enfin la situation qui rende impossible tout
retour en arri&#232;re, La s&#233;paration achev&#233;e, Pr&#233;liminaires sur les
conseils et l'organisation conseilliste, Avis aux civilis&#233;s
relativement &#224; l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e, 36 pages A4, 2 &#8364;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; DU MENSONGE RADIOACTIF ET DE SES PR&#201;POS&#201;S par l'Association
Contre le Nucl&#233;aire et son Monde, 20 pages A4, 1,50 &#8364;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; LE NOUVEL ORDRE PRODUCTIF et LE POST-FORDISME : MYTHE OU R&#201;ALIT&#201; ?
par Alain Bihr, 20 pages A4, 1,50 &#8364;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; LA FRANCAFRIQUE : LE JEU DE MASSACRE par Fran&#231;ois-Xavier
Verschave, 36 pages A4, 2 &#8364;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; LEXIQUE DE LA NON-VIOLENCE (EXTRAITS) par Jean-Marie Muller, 52
pages A5, 1,50 &#8364;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; AU-DEL&#192; DES PASSE-MONTAGNES DU SUD-EST MEXICAIN par Sylvie Deneuve,
Marc Geoffroy et Charles Reeve, 72 pages A5, 2 &#8364;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; POURQUOI ET COMMENT METTRE DES FLEURS DANS VOTRE MOTEUR ? Par Thomas
Plassard, 60 pages A4, 2 &#8364; &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; M&#201;CANIQUE DES FLEURS : ADAPTATION DES V&#201;HICULES DIESEL POUR ROULER
AUX HUILES V&#201;G&#201;TALES. 48 pages A4, 2 &#8364; &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; HARCELEZ LES HUILES (Kevin Keating) et LES REBELLES EN KAKI (Matthew
Rinaldi), 2 textes traduits sur la subversion dans l'arm&#233;e
am&#233;ricaine pendant la guerre du Vietnam, 96 pages A5, 2 &#8364;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-96d77.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; LUTTES SOCIALES EN IRAK : UN APER&#199;U HISTORIQUE ET ACTUEL,
compilation de textes, 96 pages A5, 2 &#8364;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



	<item>
		<title>qcq Insurrection des Vagins Glorieux</title>
		<link>http://www.infokiosques.net/spip.php?article583</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.infokiosques.net/spip.php?article583</guid>
		<dc:date>2008-05-08T10:58:04Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Insurrection des Vagins Glorieux</dc:creator>

<category domain="http://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique79">Collectif Avignon</category>

		<dc:subject>Insurrection des Vagins Glorieux (Avignon)</dc:subject>

		<description>Bient&#244;t, sur cette page, des brochures en provenance d'Avignon...

-
&lt;a href="http://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique79" rel="directory"&gt;Collectif Avignon&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.infokiosques.net/spip.php?mot103" rel="tag"&gt;Insurrection des Vagins Glorieux (Avignon)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;Bient&#244;t, sur cette page, des brochures en provenance d'Avignon...&lt;/div&gt;
		
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	</item>



	<item>
		<title>Un jour dans ma vie</title>
		<link>http://www.infokiosques.net/spip.php?article550</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.infokiosques.net/spip.php?article550</guid>
		<dc:date>2008-05-08T10:57:11Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bobby Sands</dc:creator>

<category domain="http://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique26">U</category>

		<dc:subject>Prison, justice, r&#233;pression</dc:subject>
		<dc:subject>Black-star (s)&#233;ditions (Grenoble - St-Etienne)</dc:subject>

		<description>Quand l'humiliation est quotidienne, le froid incessant, les corps endoloris, et la libert&#233; un mot impronon&#231;able, c'est souvent de prison dont il est question. Celle de Bobby Sands a l'odeur de la guerre d'Irlande, le go&#251;t du pas si lointain et du pourtant d&#233;j&#224; occult&#233;. Chroniques d'enfermement, ce texte r&#233;v&#232;le la bataille politique que les prisonniers continuent de mener jusqu'&#224; &#233;puisement derri&#232;re les barreaux, &#224; coup de solidarit&#233; et d'increvables espoirs.

-
&lt;a href="http://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique26" rel="directory"&gt;U&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.infokiosques.net/spip.php?mot20" rel="tag"&gt;Prison, justice, r&#233;pression&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.infokiosques.net/spip.php?mot101" rel="tag"&gt;Black-star (s)&#233;ditions (Grenoble - St-Etienne)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;IMG/arton550.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width=&quot;300&quot; height=&quot;424&quot; onmouseover=&quot;this.src='IMG/artoff550.jpg'&quot; onmouseout=&quot;this.src='http://www.infokiosques.net/IMG/arton550.jpg'&quot; class=&quot;spip_logos&quot; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le texte qui suit est un r&#233;sum&#233; rapide de qui fut Bobby Sands et de son r&#244;le au sein des &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;blanket-men&lt;/i&gt; &#187; [=hommes couvertures]. Il fut &#233;crit en 1997 par Gerry Adams pour pr&#233;facer les &#233;crits de B. Sands.&lt;br /&gt;
Nous avons choisi d'ins&#233;rer nous-m&#234;mes quelques explications &#224; cette pr&#233;face par des notes de bas de page.&lt;br /&gt;
Ces deux textes sont extraits du livre &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Un jour dans ma vie&lt;/i&gt;, un recueil des &#233;crits de prison de Bobby Sands publi&#233; en 2003 aux &#233;ditions &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Gatuzain&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
Le lecteur ou la lectrice qui n'est pas tr&#232;s copain / copine avec la religion (nous non plus d'ailleurs) constatera dans le texte qui suit que l'auteur fait maintes fois r&#233;f&#233;rence &#224; sa foi religieuse. Cela est du au fait que la religion catholique est fortement ancr&#233;e dans la culture irlandaise (bien qu'il y ait une forte proportion de protestants - anciens colons anglais - en Irlande du Nord). Il nous semblait important de le signaler &#224; ces lecteurs / lectrices afin qu'ils / elles ne soient pas rebut&#233;-e-s par les pages qui suivent&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour plus d'informations sur l'IRA et la situation irlandaise, nous recommandons vivement la lecture de l'ouvrage d'Agn&#232;s Maillot : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;IRA-Les R&#233;publicains irlandais&lt;/i&gt; (Presses universitaires de Caen, 2e &#233;dition revue et augment&#233;e, 2001). &lt;br /&gt;
S'il ne fallait en lire qu'un...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Pour tous commentaires, remarques, infos, insultes, etc. :&lt;br /&gt;
&lt;a href=&quot;http://www.infokiosques.net/black-star at no-log.org&quot; class=&quot;spip_url spip_out&quot;&gt;black-star at no-log.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Anti-copyright, photocopie, diffuse !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Pr&#233;face de Gerry Adams&lt;/strong&gt; [&lt;a href=&quot;http://www.infokiosques.net/#nb3-1&quot; name=&quot;nh3-1&quot; id=&quot;nh3-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[1] Gerry Adams est le pr&#233;sident, depuis 1983, du parti Sinn F&#233;in (&quot;Nous (...)' &gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bobby Sands avait vingt-sept ans et avait accompli soixante-six jours de gr&#232;ve de la faim quand il mourut le 5 mai 1981 dans le bloc H de la prison de Long Kesh.&lt;br /&gt;
Ce jeune volontaire de l'IRA [&lt;a href=&quot;http://www.infokiosques.net/#nb3-2&quot; name=&quot;nh3-2&quot; id=&quot;nh3-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[2] L&amp;#39;IRA (Irish Republican Army &#8211; Arm&#233;e R&#233;publicaine (...)' &gt;2&lt;/a&gt;] avait pass&#233; les neuf derni&#232;res ann&#233;es de sa courte vie en prison et son nom &#233;tait connu dans le monde entier au moment de sa mort. Il avait &#233;t&#233; &#233;lu au parlement britannique [&lt;a href=&quot;http://www.infokiosques.net/#nb3-3&quot; name=&quot;nh3-3&quot; id=&quot;nh3-3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[3] Le 16 mars 1981, le d&#233;put&#233; de la circonscription de Fermanagh-Tyrone-Sud,' &gt;3&lt;/a&gt;] et avait support&#233; des pressions aussi bien politiques que morales pour abandonner sa gr&#232;ve de la faim, dont son but &#233;tait de contrer le gouvernement britannique et ses tentatives de briser la lutte pour la libert&#233; irlandaise en criminalisant les prisonniers politiques irlandais. [&#8230;]&lt;br /&gt;
Des centaines de prisonniers &#233;taient d&#233;tenus dans la prison de Long Kesh sous un r&#233;gime de prisonnier politique ou de cat&#233;gorie sp&#233;ciale. Ce statut avait &#233;t&#233; introduit par le gouvernement britannique en juin 1972 &#224; la suite d'une gr&#232;ve de la faim de prisonniers r&#233;publicains dans la prison de Belfast. Suivant sa nouvelle strat&#233;gie absurde, le gouvernement londonien adopta une l&#233;gislation dans laquelle tous les prisonniers arr&#234;t&#233;s et condamn&#233;s apr&#232;s le 1er mars 1976 tombaient dans la cat&#233;gorie de criminels. Prisonniers politiques le 28 f&#233;vrier, criminels le 1er mars !&lt;br /&gt;
Ma premi&#232;re rencontre avec Bobby Sands se fit dans les cages de Long Kesh o&#249; nous &#233;tions d&#233;tenus de cat&#233;gorie sp&#233;ciale en tant que prisonniers politiques. De notre cage, la cage 11, nous pouvions voir le chantier des blocs H, en construction pour recevoir les prisonniers incarc&#233;r&#233;s sous la nouvelle l&#233;gislation londonienne de criminalisation. [&#8230;]&lt;br /&gt;
Mais qui &#233;tait Bobby Sands ? Simplement un jeune Irlandais ordinaire qui v&#233;cut et mourut dans les conditions extraordinaires qui existent dans la partie occup&#233;e de l'Irlande. Au cours de sa br&#232;ve vie, il est parvenu &#224; d&#233;fier ces conditions injustes de fa&#231;on extraordinairement courageuse.&lt;br /&gt;
Il est n&#233; en 1954 &#224; Rathcoole, un quartier du nord de Belfast &#224; pr&#233;dominance loyaliste [&lt;a href=&quot;http://www.infokiosques.net/#nb3-4&quot; name=&quot;nh3-4&quot; id=&quot;nh3-4&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[4] Le terme &quot;loyalistes&quot; d&#233;signe les protestants en Irlande (majoritaires (...)' &gt;4&lt;/a&gt;]. Il s'&#233;tait toujours int&#233;ress&#233; &#224; l'histoire de l'Irlande et, quand le mouvement des droits civiques sortit dans la rue en 1968, la r&#233;action du RUC [&lt;a href=&quot;http://www.infokiosques.net/#nb3-5&quot; name=&quot;nh3-5&quot; id=&quot;nh3-5&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[5] La RUC (Royal Ulster Constabulary) est la police nord-irlandaise &#224; (...)' &gt;5&lt;/a&gt;] &#224; cette protestation non-violente r&#233;veilla le nationalisme dans le c&#339;ur de nombreux jeunes catholiques.&lt;br /&gt;
Bobby quitta l'&#233;cole en juin 1969 et fut employ&#233; comme apprenti carrossier pendant trois ans. Il n'&#233;tait pas du tout sectaire &#8211; au contraire, il courrait pour un club protestant bien connu, les Willowfield Temperance Harriers. Mais au travail, il fut de plus en plus victime d'intimidations et en 1972 la famille Sands fut oblig&#233;e de quitter son foyer sous les menaces et les attaques. Ils emm&#233;nag&#232;rent &#224; Twinbrook, une nouvelle cit&#233; des quartiers nationalistes de l'ouest de Belfast. Bobby avait dix-huit ans et &#233;tait l'a&#238;n&#233; de ses fr&#232;res et s&#339;urs, Marcella, Bernadette et John.&lt;br /&gt;
Bobby rejoignit l'IRA &#224; cette &#233;poque et, en 1973, &#224; l'&#226;ge de dix-huit ans, il fut arr&#234;t&#233; et inculp&#233; dans le cadre d'un dossier d'armes. Il fut condamn&#233; &#224; cinq ans de prison. C'est l&#224; que je l'ai connu. On m'avait pris lors d'une tentative d'&#233;vasion du camp d'internement de Long Kesh et je purgeais une peine de prison. Nous partagions la cage 11 avec beaucoup d'autres hommes, dont certains joueraient plus tard des r&#244;les cl&#233;s dans la lutte du bloc H : Brendan Hughes, Brendan (Bik) McFarlane, Larry Marley et Pat Beag Mc Geown entre autres.&lt;br /&gt;
Bobby fut rel&#226;ch&#233; de la cage 11 en avril 1976 et rejoignit la lutte. Il &#233;tait engag&#233; dans des activit&#233;s de l'IRA mais travaillait aussi dans sa communaut&#233; locale &#224; Twinbrook. Il participa &#224; la cr&#233;ation d'une association de locataire et d'une maison de jeunes. Il &#233;tait mari&#233; et avait un fils de trois ans, G&#233;rard.&lt;br /&gt;
Six mois apr&#232;s &#234;tre sorti de prison, Bobby fut arr&#234;t&#233; de nouveau &#224; la suite d'un attentat &#224; la bombe dans un entrep&#244;t de meubles. Il s'en &#233;tait suivi une fusillade entre l'IRA et la RUC et deux des camarades de Bobby furent bless&#233;s. On trouva une arme dans la voiture et ses quatre occupants furent tous inculp&#233;s du recel de ce m&#234;me pistolet. Bobby fut conduit &#224; Castlereagh o&#249; il fut interrog&#233; pendant sept jours. Il refusa de parler aux d&#233;tectives de la Sp&#233;cial Branch et refusa de reconna&#238;tre le tribunal lors de son proc&#232;s. Un de ceux qui furent arr&#234;t&#233;s avec lui &#233;tait Joe McDonnel, l'homme qui rempla&#231;a Bobby en gr&#232;ve de la faim apr&#232;s sa mort et qui mourut &#224; son tour au bout de soixante et un jours le 8 juillet 1981.&lt;br /&gt;
Bobby fut condamn&#233; &#224; quatorze ans de prison en septembre 1977. Cette fois-ci, conform&#233;ment aux tentatives britanniques de faire passer le r&#233;publicanisme irlandais militant pour une conspiration criminelle, on lui refusa la cat&#233;gorie sp&#233;ciale ou le statut politique et il fut intern&#233; comme un prisonnier ordinaire dans les blocs H de Long Kesh.&lt;br /&gt;
Cela faisait plus d'un an que le gouvernement britannique faisait pression sur les prisonniers politiques des blocs H et de la prison de Armagh afin qu'ils se plient au r&#232;glement p&#233;nitencier : qu'ils portent l'uniforme du criminel britannique et qu'ils ex&#233;cutent les travaux obligatoires d&#233;gradants.&lt;br /&gt;
Les prisonniers r&#233;publicains irlandais qui avaient &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s dans le cadre de lois sp&#233;ciales, interrog&#233;s dans des centres sp&#233;ciaux et condamn&#233;s par des tribunaux sp&#233;ciaux sans jury refus&#232;rent de se laisser criminaliser, de porter l'uniforme ou d'effectuer le travail obligatoire. Pour essayer de se r&#233;chauffer, ils portaient une couverture : ainsi commenc&#232;rent les &#171; blanket protests &#187; ou protestations-couverture.&lt;br /&gt;
Pendant des ann&#233;es, les prisonniers furent tenus en isolement total et battus. A la longue, leur grand nombre fit que beaucoup de blanket-men se retrouv&#232;rent ensemble en cellule. Dans la prison de Armagh, les femmes r&#233;publicaines, elles aussi, r&#233;sist&#232;rent au programme de criminalisation et furent pers&#233;cut&#233;es par les autorit&#233;s p&#233;nitentiaires.&lt;br /&gt;
En mars 1978, le personnel p&#233;nitencier alla plus loin dans ses efforts pour casser le mouvement des prisonniers du bloc H en leur refusant l'acc&#232;s aux toilettes et aux salles de bain, les obligeants ainsi &#224; vivre dans des conditions d'insalubrit&#233; extr&#234;me. Cette protestation &#171; no wash / no slop-out &#187; continua jusqu'en mars 1981.&lt;br /&gt;
Peu de temps apr&#232;s son arriv&#233; dans les blocs H, Bobby Sands fut d&#233;l&#233;gu&#233; Officier aux Relations Publiques des hommes-couvertures. Ses t&#233;moignages suivent les &#233;v&#233;nements dans la prison : le d&#233;veloppement du ph&#233;nom&#232;ne des couvertures, le d&#233;but des protestations concernant la toilette, les passages &#224; tabac, les mauvais traitements en g&#233;n&#233;ral, les fouilles au corps. Ils nous montrent aussi la d&#233;termination et la dignit&#233; de ces hommes qui pers&#233;v&#233;r&#232;rent envers et contre tout, dans la plus longue protestation p&#233;nitentiaire de r&#233;publicains irlandais jamais connue, malgr&#233; la violence et la propagande du gouvernement britannique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;[&#8230;]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En 1980, malgr&#233; les luttes consid&#233;rables et la campagne de soutien populaire de grande envergure, et apr&#232;s des ann&#233;es de protestation dans la prison, le gouvernement britannique persistait dans sa strat&#233;gie de criminalisation. A l'automne, des hommes du bloc H et des femmes d'Armagh commenc&#232;rent une gr&#232;ve de la faim qui dura cinquante-trois jours et qui cessa, sans qu'il y ait eu de victime, quand le gouvernement britannique promit d'introduire un r&#233;gime carc&#233;ral plus lib&#233;ral. Bobby ne fit pas partie de cette gr&#232;ve ; il avait succ&#233;d&#233; &#224; Bendan Hughes dans la position d'Officier Commandant des prisonniers.&lt;br /&gt;
Le gouvernement Britannique n'honora pas sa promesse et Bobby et ses camarades entam&#232;rent une deuxi&#232;me gr&#232;ve de la faim, le 1er mars 1981. Bobby fut le premier &#224; cesser de s'alimenter, deux semaines avant Fancis Hughes. Il esp&#233;rait que le sacrifice de sa vie et les retomb&#233;es politiques pousseraient le gouvernement britannique &#224; n&#233;gocier un accord avant que d'autres camarades ne meurent. Quelques temps plus tard, le MP (Membre de Parlement) ind&#233;pendant de Fermanagh et Tyrone-sud, Franck Maguire, qui fut tr&#232;s actif pour la cause des prisonniers, mourut d'une crise cardiaque. Des &#233;lections furent organis&#233;es suite &#224; ce d&#233;c&#232;s et c'est Bobby qui fut &#233;lu MP de Fermanagh et Thyrone-sud sur la liste des &quot;prisonniers politiques&quot;, faisant la une des journaux dans le monde entier.&lt;br /&gt;
Cette action historique montra bien le soutien qui existait pour les prisonniers parmi les nationalistes. La propagande britannique pr&#233;tendait le contraire. L'&#233;lection de Bobby au Parlement aurait du &#234;tre l'occasion pour le premier Ministre Britannique, Margaret Thatcher, de r&#233;soudre la crise de la gr&#232;ve de la faim. Il n'en fut rien. Non seulement les britanniques refus&#232;rent de n&#233;gocier, mais en plus ils firent voter une l&#233;gislation pour changer la loi &#233;lectorale afin que toute candidature provenant d'un prisonnier r&#233;publicain f&#251;t irrecevable dans les &#233;lections &#224; venir.&lt;br /&gt;
Autant pour la d&#233;mocratie britannique !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;[&#8230;]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les nationalistes reconnaissaient les prisonniers r&#233;publicains comme &#233;tant des prisonniers politiques et soutenaient leur lutte en prison.&lt;br /&gt;
Et malgr&#233; ce r&#233;sultat, le gouvernement britannique demeura intransigeant.&lt;br /&gt;
Le Volontaire de l'IRA et Membre de Parlement Bobby Sands mourut le 5 mai, soit le soixante-sixi&#232;me jour de sa gr&#232;ve de la faim. Toute l'Irlande connaissait son nom et son sacrifice, comme celui des gr&#233;vistes qui le suivirent, renversa la propagande britannique et contribua r&#233;ellement &#224; faire avancer la cause de la libert&#233; irlandaise.&lt;br /&gt;
Au cours des trois mois suivants, neuf autres hommes-couvertures, Francis Hughes, Raymond McCreesh, Patsy O Hara, Joe McDonnell, Martin Hurson, Kevin Lynch, Kieran Doherty, Thomas McElwee et Micky Devine moururent aussi en gr&#232;ve de la faim.&lt;br /&gt;
Le 3 octobre 1981, les prisonniers se sentirent contraints &#224; abandonner leur gr&#232;ve de la faim apr&#232;s que plusieurs familles, encourag&#233;es par l'Eglise catholique, eurent sanctionn&#233; l'intervention m&#233;dicale lorsque leur fils ou mari perdit connaissance.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;[&#8230;]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bobby Sands fut donc &#224; la t&#234;te des hommes-couvertures et il mena la seconde gr&#232;ve de la faim, mais il fut aussi l'&#233;crivain le plus prolifique du bloc H. Il &#233;crivit des d&#233;clarations et des articles de presse et, sous le nom de &quot;Marcella&quot;, pr&#233;nom de sa s&#339;ur, il composa des po&#232;mes et des nouvelles qui furent publi&#233;s dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Republican News&lt;/i&gt; et ensuite dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;An Phoblacht&lt;/i&gt; / &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Republican News&lt;/i&gt; [&lt;a href=&quot;http://www.infokiosques.net/#nb3-6&quot; name=&quot;nh3-6&quot; id=&quot;nh3-6&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[6] An Phoblacht (La r&#233;publique) est le journal de l&amp;#39;IRA.' &gt;6&lt;/a&gt;], apr&#232;s la fusion de ces derniers en f&#233;vrier 1979.&lt;br /&gt;
Ses &#233;crits couvrent les quatre derni&#232;res ann&#233;es de sa vie, pass&#233;es dans les blocs H 3, 4, 5, et 6. Il les r&#233;digea sur des feuilles de papier hygi&#233;nique de la prison ou sur du papier &#224; cigarette avec une recharge de stylo &#224; bille qu'il gardait dissimul&#233;e dans son corps. Il &#233;crivit aussi en tant que &quot;jeune r&#233;publicain de Belfast-Ouest&quot; et en tant que responsable des Relations Publiques des hommes-couvertures des blocs H 3, 4 et 6.&lt;/p&gt; &lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;UN JOUR DANS MA VIE&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il faisait encore nuit et il neigeait doucement quand je me suis r&#233;veill&#233;. Je ne pense pas avoir dormi plus d'une heure durant cette longue nuit tortueuse et sans r&#233;pit. Le froid &#233;tait intense et mordait cruellement mon corps nu. Je me roulai sur le c&#244;t&#233; pour la milli&#232;me fois au moins, serrant mes couvertures le plus fort possible. Le froid glacial m'avait emp&#234;ch&#233; de dormir et j'&#233;tais fatigu&#233; et vaseux. Tous les os de mon corps semblaient d&#233;noncer mon &#233;puisement d'avoir pass&#233; encore une nuit d'&#233;preuve sur un matelas-mousse humide &#224; m&#234;me le sol. Encore une nuit sans sommeil ! J'&#233;tais frustr&#233; et en col&#232;re. Je me roulai en boule en tentant de me r&#233;chauffer. Si j'avais pu shooter dans quelque chose, j'aurais shoot&#233; - voil&#224; comment je me sentais. J'avais essay&#233; toutes les positions possibles pour avoir un peu plus chaud, mais toujours le froid p&#233;n&#233;trait. Mes trois pauvres couvertures ne pouvaient rien contre le terrible froid qui se faufilait entre les barreaux de la fen&#234;tre situ&#233;e au-dessus de ma t&#234;te.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bon Dieu, un jour de plus, me dis-je, et c'&#233;tait loin d'&#234;tre une pens&#233;e agr&#233;able.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quelqu'un cria &quot;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Wing shift !&lt;/i&gt;&quot; et cela ne laissait aucun doute sur ce qui se produirait ensuite.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&quot;Bon ! Toi ! Dehors et d&#233;p&#234;che-toi !&quot;, hurla Grande-gueule. Je sortis de ma cellule et le couloir &#233;tait noir d'uniformes, chacun assorti d'une matraque mena&#231;ante.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&quot;Pas assez vite !&quot; cria-t-il encore, et soudain, deux paires de mains m'agripp&#232;rent comme des &#233;taux. On me poussa les bras dans le dos et mes pieds quitt&#232;rent le sol. Une masse noire s'affairait autour de moi et avan&#231;ait tout d'un coup, m'entra&#238;nant avec elle.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&quot;Bon !&quot; cria le premier, &quot;L&#226;che la serviette, tourne-toi, touche tes pieds !&quot;&lt;br /&gt;
Je l&#226;chai ma serviette, fis un tour complet et restai plant&#233; l&#224;, g&#234;n&#233; dans ma nudit&#233;, leurs yeux riv&#233;s sur moi.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&quot;T'as oubli&#233; qu&#233;qu'chose !&quot; grogna le porte-parole.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&quot;Pas vrai.&quot; b&#233;gayai-je.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&quot;Touche tes pieds, salet&#233; !&quot; siffla-t-il &#224; deux doigts de mon visage, d'une voix mena&#231;ante. Je me cramponnai &#224; moi-m&#234;me, sachant ce qui m'attendait. &quot;Je ne le ferai pas.&quot; dis-je.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Une &#233;ruption de rires forc&#233;s et de blagues salaces suivit. &quot;Fera pas !&quot; se moqua-t-il.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&quot;Fera pas ! Ha ! Ha ! Il ne le fera pas, les mecs !&quot; lan&#231;a-t-il &#224; ses coll&#232;gues impatients.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mon dieu, &#231;a y est, me dis-je. Il se mit &#224; c&#244;t&#233; de moi, toujours en rigolant, et me frappa. En quelques secondes, au milieu de mille chandelles blanches, je tombai par terre sous les coups qui pleuvaient sur moi de toutes parts. Ensuite, je fus soulev&#233; et balanc&#233; comme un quartier de viande sur une table. On m'&#233;tala comme une peau de b&#234;te, des dizaines de mains m'&#233;cartant au maximum les bras et les jambes, me tirant la t&#234;te en arri&#232;re. Un sale pervers commen&#231;a &#224; me fouiller l'anus. C'&#233;tait tr&#232;s amusant : tout le monde se tordait de rire - sauf moi - pendant que les coups pleuvaient sur mon corps nu. Moi, je me tordais de douleur. J'&#233;tais pris comme dans un &#233;tau et tabass&#233; impitoyablement. Sous mon visage, la table &#233;tait macul&#233;e de mon sang. J'&#233;tais compl&#232;tement sonn&#233;. Ensuite, on me tira de tous les c&#244;t&#233;s et on me laissa tomber brutalement par terre. Ma premi&#232;re r&#233;action fut de me couvrir de ma serviette, la serrant autour de ma taille meurtrie. Des mains invisibles me forc&#232;rent violemment les bras derri&#232;re le dos et me tra&#238;n&#232;rent vers l'autre aile de la prison. J'aper&#231;us un de mes camarades. On le battait et on le tra&#238;nait vers la table &#224; son tour. Derri&#232;re lui, un autre que l'on sortait de sa cellule &#224; coups de pied. Une porte de cellule s'ouvrit brusquement et je fus jet&#233; &#224; l'int&#233;rieur. Elle se referma dans un bruit de tonnerre et je restai seul. Allong&#233; par terre sur le b&#233;ton, &#233;puis&#233;, je reprenais p&#233;niblement mon souffle et faisais le bilan des d&#233;g&#226;ts. En guise de consolation, je me dis que &#231;a aurait pu &#234;tre pire, mais mon corps meurtri refusa de se laisser convaincre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le froid &#233;tait si intense que je ne pus rester plus longtemps allong&#233; sur le sol. En me levant, lentement et douloureusement, chaque muscle criait sa protestation. Un filet de sang coula de ma bouche sur ma longue barbe et fit une petite flaque par terre. Ma peau &#233;tait bariol&#233;e de bleus et d'&#233;gratignures. Je tremblais. Je n'avais pas vraiment eu le temps d'avoir peur ; tout s'&#233;tait produit si vite. Heureusement que je ne dormais pas quand ils &#233;taient arriv&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Un jour on les aura, ces salauds, me dis-je. Et l&#224;, on verra s'ils sont grands et forts. Avec cette pens&#233;e r&#233;confortante, je crachai un caillot de sang dans un coin.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On verra s'ils sont grands et forts.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je me mis &#224; faire les cent pas. Le froid glacial inondait la cellule par la fen&#234;tre ouverte et, avec ma seule serviette, je le sentais jusqu'aux os. Dieu que j'avais mal. D'autres corps se faisaient tra&#238;ner dans le couloir dans un bruit d'enfer.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les salauds gueulaient comme des malades, ivres de notre sang et de notre douleur. Les sadiques ! Dieu seul sait combien de temps il faudra attendre avant qu'ils d&#233;cident de nous jeter une couverture. Bordel ! Une cellule vide et glaciale, un corps &#224; vif et noir de bleus, transi par le froid, une meute de psychopathes qui battent des hommes en bouillie de l'autre c&#244;t&#233; de la porte ... et ce n'est pas encore l'heure du p'tit-d&#233;j !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Doux J&#233;sus, est-ce que &#231;a peut &#234;tre pire que &#231;a ? Mais la r&#233;ponse &#233;tait connue d'avance : je savais tr&#232;s bien que &#231;a pouvait l'&#234;tre et c'est justement ce qui m'inqui&#233;tait.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;J'essayai de faire abstraction de mon corps meurtri et continuai &#224; tourner en rond pour tenter de trouver un semblant de chaleur. Mes pieds &#233;taient maintenant bleus de froid et je craignais que mon corps ne survive pas &#224; ces conditions polaires. Le choc du passage &#224; tabac &#233;tait pass&#233; et &#224; pr&#233;sent j'&#233;tais rong&#233; par la douleur et le froid sans merci. De nouveau, la neige se mit &#224; tomber et dehors, sur le fil, il n'y avait pas le moindre corbeau.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quelques camarades &#233;taient en train de partager leurs exp&#233;riences par la fen&#234;tre des cellules voisines.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;J'entendis le bruit du chariot qui nous apportait le petit d&#233;jeuner - et toujours pas de couvertures ou de matelas. N'oublie pas de regarder qui sont les matons de garde aujourd'hui quand la porte s'ouvrira, me rappelai-je. Cela nous ferait du bien d'en avoir des calmes apr&#232;s l'&#233;pisode de ce matin. Deux auxiliaires ouvrirent la porte et me lanc&#232;rent leur habituel regard narquois. Ils me donn&#232;rent le maigre repas matinal : une chope de th&#233; dans une main, un bol de bouillie d'avoine recouverte de deux tranches de pain dans l'autre. Une t&#234;te de rat coiff&#233;e d'un chapeau noir apparut dans l'entreb&#226;illement de la porte et, d'un ton sarcastique, me dit :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&quot;Bonjour ! Voudriez-vous mettre votre habit de prison et aller travailler, nettoyer votre cellule, faire votre toilette ou cirer mes bottes ?... Non ? Eh, bien, on verra &#231;a plus tard !&quot; et il partit en claquant la porte. &quot;Salaud !&quot; dis-je en retournant dans le coin de ma cellule pour inspecter la deuxi&#232;me catastrophe de la journ&#233;e, le petit d&#233;jeuner. Je r&#233;ussis &#224; extraire les deux tartines de la bouillie gluante et balan&#231;ai le bol avec le restant de son contenu contre le mur du fond. D&#233;go&#251;t&#233;, je me for&#231;ai &#224; ing&#233;rer ma maigre cro&#251;te et le th&#233; ti&#232;de. Il faisait tellement froid que je dus faire les cent pas entre mes gorg&#233;es de th&#233;. Je repensais aux trois matons qui se tenaient pr&#232;s de ma cellule pendant qu'on me donnait mon petit d&#233;jeuner : les matons A, B et C. C'&#233;tait vraiment tout ce qu'il me fallait aujourd'hui. Trois tortionnaires primaires &#8211; et ils seraient ici toute la journ&#233;e. Merde et double merde, me dis-je.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Celui qui venait de m'adresser la parole &#233;tait A. Il &#233;tait cruel, sournois et intelligent quand il s'agissait de torturer un homme nu. Avec lui, il n'y avait rien de physique, mais des ruses et des attaques purement psychologiques. Dans le genre form&#233; &#224; Auschwitz, il devait &#234;tre premier de la classe et, comme la plupart des matons, il prenait grand plaisir &#224; d&#233;molir la dignit&#233; de prisonniers de guerre nus. C'&#233;tait un vrai m&#233;galo mais, finalement, ne l'&#233;taient-ils pas tous quand ils rev&#234;taient leur petit costume noir aux boutons brillants et tenaient leur matraque et leur pistolet ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le deuxi&#232;me &#233;tait B, bigot et sectaire. De taille moyenne, il &#233;tait beau, brun et plein d'&#233;nergie. Il &#233;tait aussi alcoolique et tr&#232;s adroit avec sa matraque, surtout sur les plus jeunes. C'&#233;tait une pratique habituelle chez lui.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le dernier, et peut-&#234;tre le pire des trois, &#233;tait C. Il nous d&#233;testait plus encore que le bigot B et il redoublait d'imagination pour nous le montrer. Il ne souriait jamais et ne parlait que pour insulter ou hurler sa haine.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Trois vrais salauds, me dis-je, en maudissant le froid, mon corps meurtri et la faim qui ne cessait de me ronger. Je continuai mon voyage vers nulle part en tournant dans ma cellule comme un cochon d'Inde, m'arr&#234;tant de temps &#224; autre pour identifier les noms griffonn&#233;s sur la porte et les murs : t&#233;moignage simple s'il en &#233;tait et rappel poignant que d'autres avaient &#233;t&#233; dans la m&#234;me situation que moi &#8211; et que certains l'&#233;taient encore. Il y avait une certaine fiert&#233; dans ces noms gribouill&#233;s aux auteurs tortur&#233;s. Ils avaient de quoi &#234;tre fiers aussi, me dis-je en me tournant vers les phrases gratt&#233;es en ga&#233;lique. Je remarquai les progr&#232;s faits dans les cours de ga&#233;lique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&quot;Cours de ga&#233;lique&quot;, r&#233;p&#233;tai-je, et je trouvai cela bizarre. Mais c'&#233;tait bien bizarre quand on consid&#232;re qu'il nous fallait nous tenir &#224; la porte de la cellule pour entendre la le&#231;on du jour cri&#233;e &#224; tue-t&#234;te par le camarade-professeur, de l'autre bout du couloir, quand les matons prenaient leur repas.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je continuai toujours. Le froid semblait s'intensifier. Si on ne me donnait pas bient&#244;t une couverture ou deux, j'aurai des probl&#232;mes. J'avais appris depuis longtemps qu'il ne fallait surtout pas en demander. Montrer le moindre signe de faiblesse, c'&#233;tait creuser sa propre tombe. Et puis, de toute fa&#231;on, il y avait quarante trois de mes camarades exactement dans la m&#234;me situation que moi. Alors, je me dis qu'il valait mieux essayer de me r&#233;chauffer un peu au lieu de m'apitoyer sur mon sort. Il &#233;tait dangereux de trop penser &#224; mon malheur. Cela fait d&#233;primer et la d&#233;prime est bien pire que le froid et mon corps meurtri r&#233;unis. Je me mis &#224; r&#234;ver de nourriture. Vendredi / jour de poisson. Patates froides et &quot;pois-boulets de canon&quot;. Mais il me restait une lueur d'espoir qu'ils seraient servis chauds et avec du sel. J'esp&#233;rais, oui, pourtant cela n'arrivait jamais. Sans doute avais-je besoin d'espoir et d'esp&#233;rance, comme ceux qui r&#234;vent de gagner au loto. J'avouais qu'il y avait plus de chance de gagner au loto. Ne faisions-nous vraiment que vivre d'un repas froid et infect &#224; l'autre, en nous cr&#233;ant de faux espoirs, en nous accrochant &#224; la moindre rumeur qui circulait ? &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Sc&#233;al &lt;/i&gt;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Sc&#233;al &lt;/i&gt;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Sc&#233;al &lt;/i&gt; ! Le terme irlandais pour nouvelles ou info, &#233;tait tellement employ&#233; que m&#234;me les matons le disaient.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&quot;As-tu des &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Sc&#233;al &lt;/i&gt; ?&quot;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&quot;Avez-vous entendu des &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Sc&#233;al &lt;/i&gt; ?&quot;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&quot;Les &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Sc&#233;al &lt;/i&gt; sont mauvaises, ou p&#233;nibles ou fantastiques.&quot;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'&#233;tait tout &#224; fait compr&#233;hensible. Il nous fallait pouvoir esp&#233;rer, sp&#233;culer, nous projeter, nous accrocher. C'&#233;tait incroyable comme des &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Sc&#233;al &lt;/i&gt; juteuses mettent de l'ambiance chez nous. Apr&#232;s la marche de Coalisland &#224; Dungannon, quand un des jeunes nous a rapport&#233; une estimation des effectifs et une photo, j'ai failli en pleurer et je suis s&#251;r que je n'&#233;tais pas le seul. Je n'oublierai jamais ce moment, en plein milieu d'un v&#233;ritable cauchemar, sans ami aucun, et quand arriva mon tour de voir l'image j'avais l'impression que c'&#233;tait l'instant le plus merveilleux de toute ma vie. Je restai &#224; fixer la photo, voulant la tenir &#224; la main &#224; tout jamais. Ne sont-ils pas formidables, ces gens, me dis-je et j'&#233;tais fier de lutter avec eux. Encore maintenant, j'ai la gorge serr&#233;e &#224; y penser. Ah, bon Dieu, s'il faisait moins froid et si j'avais moins mal, je pourrais peut-&#234;tre chanter une petite chanson ou deux pour passer le temps. Mais l&#224;, vraiment, je n'en ai ni l'envie, ni les moyens physiques.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Personne ne bavarde aux fen&#234;tres. Trop occup&#233;s &#224; faire les cent pas et &#224; panser leurs blessures.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&quot;Maton dans le rond !&quot; cria quelqu'un pour nous pr&#233;venir qu'un gardien r&#244;dait dans les parages. C'&#233;tait comme cela qu'on donnait l'alerte quand on ent