BROCHURES
Collectif (première parution : 2007)
Mis en ligne le 20 juin 2007
Thèmes :
Prison, justice, répression
(75 brochures)
Formats : (HTML) (PDF,787.6 ko)
Version papier disponible chez : Hobolo (Paris)
Glossaire
MA : maison d’arrêt
MAF : maison d’arrêt de femmes
CD : centre de détention
CJD : centre de jeunes détenus
.24 novembre, Centrale de Moulins-Yzeure. Trente-trois détenus prennent vers 10h30 le contrôle de l’atelier de marquetterie et détiennent quatre otages (trois surveillants et un membre du personnel technique). Ce mouvement est lié à un récent durcissement des règles pénitentiaires (fermeture des portes). Après l’intervention du GIGN et des ERIS, ils libèrent les otages.
.juin, suite à la fouille du QI de Bois d’Arcy, communiqué du groupe "Y a pas d’arrangement".
.16 avril, Centrale de Clairvaux. Cette fois-ci, la révolte part des ateliers du bâtiment B, qui sont incendiés par 80 prisonniers, notamment en protestation contre la fermeture stricte des cellules le jour. Suite à l’intervention des forces de l’ordre en fin d’après-midi, 13 prisonniers sont transférés les jours suivants. Retour en maison d’arrêt, et QI pour certains.
.14 avril, MA de Luynes. Triple évasion.
.12 février, Centrale de Moulins-Yzeure. Trois détenus, dont un ancien membre d’Action directe, ont tenté de s’évader mercredi en prenant un otage et en utilisant des explosifs rudimentaires avant d’être maîtrisés et l’un d’eux blessé.
.8 février, Centrale de Clairvaux. Dans le bâtiment A, une cinquantaine de prisonniers saccagent le bâtiment, vite déserté par les matons : surveillance vidéo, réfectoire, système électrique, feu aux matelas, le tout en protestation contre les sanctions prises contre deux d’entre eux. Ils fracturent aussi des portes de cellules, brisent des fenêtres et inondent les coursives et tiennent 7 heures avant l’assaut des CRS et des gendarmes mobiles. Le bâtiment, devenu insalubre, est vidé de ses tumultueux occupants... Pour le dire autrement : balluchonnage pour tous, dans des maisons d’arrêt de la région parisienne et du nord-est de la France, et en sus, pour certains, le quartier d’isolement. Ce n’est qu’en septembre que la cinquantaine de mutins a été remis à Clairvaux ou dans d’autres centrales.
.3 février, MA de Seysses. Une soixantaine de détenus de la nouvelle maison d’arrêt se rebellent alors qu’ils devaient remonter dans leur cellule après leur promenade. Les détenus mécontents notamment de la nourriture, d’un manque de convivialité et de l’organisation des parloirs, refusent de remonter dans leur cellule entre 15h30 et 16h00 : ils cassent les carreaux de la cour de promenade et tentent de mettre le feu à des draps et des matelas jetés dans la cour par d’autres détenus. Intervention des surveillants qui les maintiennent en joue avec des fusils à balle en caoutchouc en attendant l’intervention de la gendarmerie, qui s’est achevée vers 19h00. Cinq ou six détenus, considérés comme les « meneurs de la rébellion », sont évacués vers d’autres établissements.
.9 mars, MA et centre de semi-liberté de Varces. Refus de remonter de promenade. Intervention policière brutale.
.15 avril, Centrale de Lannemezan. 8 détenus agressent 3 surveillants à coup de barreaux de chaises métalliques. Ces incidents font suite au bouclage des cellules pendant la journée.
.2 avril, Centre pénitentiaire des Baumettes. 200 détenus refusent de remonter de promenade, protestant contre les règles de discipline.
.15 novembre, Centrale de Poissy. 250 détenus occupent la cour pour protester contre les conditions de détention.
.6 août, Centrale de St Martin de Ré. 50 détenus refusent de remonter de promenade suite à une tentative de suicide et s’emparent de la citadelle. Intervention des CRS et du GIGN.
.27 juillet, MA de St-Michel (Toulouse). 40 détenus refusent de remonter de promenade.
.20 juillet, MA de la Santé. Zouad Malek et Rachid Nafta montent sur les toits, où ils resteront près de quarante-huit heures, pour protester contre la lourdeur de leur peine ; 120 détenus refusent de regagner leurs cellules en signe de soutien.
.22 juin, MA de St-Paul (Lyon). Les 800 prisonniers organisent un chahut contre la maigreur du projet d’amnistie.
.6 avril, Centrale d’Ensisheim. 270 détenus réduisent en cendres les trois quarts des bâtiments.
.7 décembre, MA de Bourg-en-Bresse. Grève de la faim d’une dizaine de détenus pour protester contre les sanctions prises à l’encontre de quatre d’entre eux pour chahut.
.4 décembre, MA et centre de semi-liberté de Besançon. 22 détenus du QI prennent en otage 3 surveillants et détruisent le quartier. Ils réclament l’arrêt des transferts et la suppression de l’isolement, c’est-à-dire la suppression effective des QHS, leur réintégration en centrale et une rencontre avec la presse. Après vingt-quatre heures de discussion, les otages sont libérés.
.22 novembre, MA de Bois-d’Arcy. Incendies dans les cellules pour protester contre les conditions de détention.
.12 novembre, Centrale de St-Maur. La centrale s’embrase. Les insurgés demandent plus de remises de peine, de conditionnelles et de permissions de sortie. Ils s’emparent de 12 otages (9 surveillants, le directeur et 2 enseignants).
.13 août, Centre pénitentiaire des Baumettes. Des détenus s’emparent de clefs et saccagent des cellules. Des affrontements avec les forces de l’ordre s’ensuivent. Les mutins réclament l’amélioration des conditions de détention (plus de douches).
.23 juillet, MAF de Rennes. Une cinquantaine de détenues observent une grève de la faim de deux jours en solidarité avec les récentes protestations contre les conditions de détention.
.20 juillet MA et hôpital de Fresnes. Un mouvement de grève des détenus fait suite à la mort de Selliah Chandrabose.
.juillet, MA de Colmar. 40 détenus refusent de regagner leur cellule, allument des incendies et cassent du matériel ; ces évènements font suite à la mort suspecte d’un prisonnier. À Nice, des détenus montent sur les toits, P. Truc en profite pour s’évader.
.18 juillet, MA d’Amiens et de Douai. Une trentaine de détenus refusent de remonter de promenade.
.17 juillet, Centre pénitentiaire des Baumettes. Mouvement de toute la prison contre les sanctions. Sont réclamés plus de parloirs, dont des parloirs sexuels, et plus de douches. À Fleury-Mérogis, 300 détenus refusent de regagner leur cellule, une camionnette est incendiée et 30 mutins montent sur les toits.
.16 juillet, Centre pénitentiaire des Baumettes. 100 détenus montent sur les toits pendant quatre heures. Un atelier de menuiserie brûle et le bâtiment B est presque détruit.
.15 juillet, MA et CJD de Fleury-Mérogis. 130 détenus forcent une porte et s’introduisent sur le chemin de ronde pendant trois quarts d’heure. À Douai, des détenus montent sur les toits ; à Rouen, une centaine de détenus protestent contre la qualité de la nourriture et le surpeuplement, un début d’incendie éclate dans les ateliers.
.14 juillet, Fleury-Mérogis. Suite à 18 transferts vers Rennes, 200 détenues de la MAF refusent de remonter de promenade, provoquant l’intervention des CRS. 800 prisonniers des Dl, D2, D4, D5, restent dans la cour aux cris de : « Non à la mort lente ! » Ils brûlent la chaufferie, les matelas et la literie, l’infirmerie est saccagée. Intervention des gendarmes mobiles, des CRS et du GIGN.
.13 juillet, Fleury-Mérogis. 181 détenus refusent de remonter de promenade. De même, à la MAF : 209 détenues ne regagnent leurs cellules qu’au bout de cinq heures. À Loos-lez-Lille, 6 détenus montent sur les toits, les autres décident de ne pas remonter de promenade.
.6 octobre, MAF de Fleury-Mérogis. Une vingtaine de détenues refusent les plateaux solidairement avec 2 prisonnières espagnoles en grève de la faim. _ .24 mai, Centre pénitentiaire des Baumettes. 300 détenus ont refusé de regagner leur cellule pendant vingt minutes pour protester contre les sévices portés à un prisonnier.
.14 mai, MA et hôpital de Fresnes. Les détenus relevant de la catégorie DPS sont en grève de la faim depuis 4 jours. Ils protestent contre une sanction infligée à l’un d’entre-eux et contre le statut de DPS.
.19 mai, MA de Montpellier. La prison est détruite par les détenus. Affrontements avec la police prise à revers par la foule dehors. Saccages et débuts d’incendies dans plusieurs prisons.
.11 mai, MA d’Évreux, de Saintes, de Coutances. Des détenus montent sur les toits.
.10 mai, MA d’Amiens. Une cinquantaine de détenus sur les toits. À Nice, ils sont 60, bientôt rejoints par une vingtaine de mineurs pendant les affrontements avec les CRS. À Béziers, 130 détenus prennent en otage 3 surveillants et un infirmier.
.9 mai, MA et hôpital de Fresnes. 400 prisonniers sur les toits. Les affrontements avec les flics font un mort. À Compiègne, une dizaine de détenus montent également sur les toits. À Rouen, deux jours de suite, une cinquantaine de détenus du quartier des mineurs utilisent le même mode d’action, tandis que des cellules sont saccagées.
.8 mai, MA et CD de Loos-lez-Lille. Une dizaine de détenus montent sur les toits.
.6 mai, Fleury-Mérogis. 300 détenus refusent de remonter de promenade au D1 ; l’infirmerie est incendiée. À Bois-d’Arcy, une quinzaine de détenus mineurs montent sur les toits : ils y resteront jusqu’au 9 mai grâce à l’aide des autres détenus.
.5 mai, à Fleury-Mérogis. Les détenus du D4 se soulèvent et détruisent toutes les installations.
.23 janvier, MA de Beauvais. 30 détenus refusent de remonter en cellule. À Nice, 100 détenus montent sur les toits, déclenchant l’intervention des CRS. Dans les deux cas, les exigences sont les mêmes : parloirs libres et amélioration des conditions de détention. À la fin d’une semaine de mobilisation, la chancellerie supprime les grâces et transfère ceux qu’elle qualifie de « meneurs ».
.22 janvier, Centre pénitentiaire des Baumettes. Intervention des CRS : 12 détenus sont blessés. Les parloirs sont refusés aux familles et les remises de peine pour bonne conduite annulées. Le même jour, à Fleury-Mérogis, 200 détenus refusent de remonter de promenade et 57 s’automutilent pour demander des parloirs libres et l’amélioration des conditions de détention.
.21 janvier, MA de Bastia. 30 détenus refusent de remonter de promenade.
.20 janvier, Centre pénitentiaire des Baumettes. 300 détenus montent sur les toits en faveur des parloirs libres. Mouvement similaire à Nîmes où 50 détenus refusent de remonter de promenade. À Melun, 180 détenus font la grève dans les ateliers.
.15 janvier, Fleury-Mérogis. 41 détenus se coupent les veines pour demander des parloirs libres, l’abolition du mitard et du prétoire, la reconnaissance du droit d’association.
.8 novembre, MA et hôpital de Fresnes. 3 détenus protestant contre leur mise en QHS sont tabassés et envoyés au mitard ; ils entament immédiatement une grève de la faim pour protester contre les sanctions prises à leur encontre. Leur action est tout de suite relayée par 5 détenus du QHS.
.Septembre, MA et hôpital de Fresnes. Le Comité d’intervention des détenus publie une liste de revendications dans la presse : abolition des QHS, des QSR et du mitard, instauration d’un service juridique pour les familles et les détenus.
.Août, MA St-Joseph à Lyon. 15 détenus se mettent en grève de la faim pour protester contre le tabassage d’un des leurs.
.25 juin, MA de la Santé. Plus de 400 détenus participent à une grève de la faim contre les QHS et les conditions de détention ; les grévistes réclament aussi une refonte des procédures pénales et d’amnistie. Le mouvement s’arrête le 28 juin avec de nombreux transferts dans les QHS de province. Les détenus de Fleury-Mérogis prennent le relais : ils sont 300 en grève de la faim le 1er juillet.
.13 juin, MA et hôpital de Fresnes. 80 détenus se mettent en grève de la faim pour réclamer l’abolition des QHS, l’augmentation du nombre des permissions de sortie, des conditionnelles et des parloirs, l’application de la réforme de 1975. Certains sont transférés dans des QHS de province.
.24 mai, Dieppe. 12 détenus réussissent à monter sur les toits pour protester contre l’étroitesse des cellules et le manque de loisirs. Transfert en masse vers la prison de Rouen.
.10/13 mai, MA de Bois-d’Arcy. Les détenus refusent de remonter de promenade. Le 11, les CRS interviennent pour évacuer la cour, un détenu est blessé. Durant les deux jours qui suivent, les prisonniers sont de plus en plus nombreux à refuser de remonter. L’administration procède au transfert de 100 détenus.
.Janvier. À l’initiative de 8 prisonnières en lutte contre les QHS, un mouvement de grève de la faim regroupe 685 détenus de Fresnes, Fleury-Mérogis, la Santé, Mende, Évreux, Clairvaux, St-Martin-de-Ré, Angoulême.
.6/7 novembre, Pontoise. Refus de plateaux de 177 détenus qui protestent contre les conditions d’hygiène et la qualité de la nourriture.
.7 septembre, QHS de la Santé. Taleb Hadjadj se fait passer à tabac et prend trente jours de mitard pour refus de fouille à corps. En solidarité, son voisin de cellule entame une grève de la faim.
.6 mars, MA de la Santé. 110 détenus rejoignent le mouvement lancé à Fresnes ; ils demandent : l’abolition des QHS, trois mois de grâces annuelles et les parloirs libres.
.7 mars, MA et hôpital de Fresnes. 5 détenus du QHS appellent à une grève de la faim illimitée contre leurs conditions de détention. Ils arrêtent au bout de huit jours suite aux promesses de la chancellerie. Elles ne seront pas tenues.
Depuis 1970 s’esquissent trois types de révoltes qui souvent reflètent les politiques de l’Administration pénitentiaire : les révoltes individuelles résultant des pratiques de sanctions individuelles, mouvements au sein des QI (quartiers d’isolement, créés en 1972) et des QHS (de 1975 à 1982) ; les révoltes de solidarité à la suite de brimades visant un détenu ; les révoltes conjoncturelles, provoquées par un changement pénal.
Dans tous ces mouvements de protestation c’est toujours la question des conditions de détention qui se pose. Bien sûr de manière insoluble.
Le 23 mai 1975, un décret institue les QHS et les QSR (quartiers à sécurité renforcée), autorise la radio en cellule et la télévision dans les salles collectives. Le même décret, supprime les parloirs libres. Le 30 septembre est publiée une circulaire qui étend l’application des QHS et des QSR aux prévenus. La loi du 11juillet institue l’ajournement de l’énoncé de la peine.
.30 juillet, Centrale de St-Martin-de-Ré. Un détenu s’empare des clefs d’un gardien et ouvre les portes de 200 cellules. Les mutins mettent le feu à 3 bâtiments. Dans l’un d’entre eux, des bouteilles d’acétylène explosent. Après l’assaut des policiers, on compte 2 morts.
.27 juillet, MA de la Santé. émeute au quartier haut de la prison. La répression fait un mort.
.26/27 juillet. À Paris, 2 attentats à l’explosif se produisent dans la nuit, l’un place Vendôme l’autre contre le siège d’un syndicat de surveillants, en solidarité avec la révolte dans les prisons.
.25 juillet, MA et CD de Loos-lez-Lille. Révolte générale. les détenus mettent le feu aux ateliers et détruisent complètement la prison. Répression sauvage.
.24/25 juillet, MA et CD de Caen. 200 détenus refusent de reprendre le travail. Le soir, le mouvement se transforme en révolte, les détenus montent sur les toits et commencent à mettre le feu. Le 25 juillet, les CRS interviennent avec un hélicoptère.
.20/21 juillet, MA de Nîmes. Une cinquantaine de détenus refusent de regagner leur cellule lorsqu’ils entendent en direct les déclarations de Lecanuet : « Il ne peut être question aux yeux du ministre de la Justice de laisser la violence et la révolte s’établir dans les prisons. La fermeté et la rigueur ne sont pas contradictoires mais complémentaires d’un effort profond d’humanisation. » Le chahut se transforme en émeute. Les détenus deviennent maîtres des lieux, ouvrent les cellules, pillent l’économat et mettent le feu au bâtiment administratif et aux ateliers. Le 21 juillet, après l’intervention de la police, 2 détenus disparaîssent.
.18 juillet, Centrale de Clairvaux. Les détenus se mobilisent pour réclamer la levée du mitard infligé à 2 détenus à la suite d’une altercation. La révolte débute dans l’un des bâtiments de la centrale ; les surveillants s’enfuient, laissant la prison aux mains des détenus. Les ateliers sont entièrement brûlés. Les policiers interviennent, 2 détenus sont tués, de nombreux prisonniers sont transférés.
.Juillet, CD de La Talaudière (St-Étienne). Les prisonniers refusent de remonter de promenade. Le surveillant-chef tire et tue un prisonnier. Les détenus mettent le feu au dernier étage. Intervention des CRS. À la MA d’Avignon, les détenus campent dans les cours pendant un mois sous la surveillance des CRS.
.23/26 juin, MA de la Santé. Un détenu se joint à la grève de la faim entamée par Patrick Noulet le 4juin ; celui-ci réclamait notamment la suppression de la censure sur les livres. Le 26 juin, 300 détenus refusent de remonter de promenade et montent sur les toits. Certains se tailladent les veines. Ils réclament des parloirs libres, plus de promenades, le respect... Violente répression.
.5 juin, Centrale d’Ensisheim. 250 prisonniers manifestent suite à l’arrêt du programme radio diffusé par haut-parleurs.
.18 mai, CJD de La Talaudière (St-Étienne). 17 mineurs refusent de remonter de promenade, soutenus par l’ensemble des détenus.
.17 mai, Centrale d’Ensisheim. 100 détenus refusent de remonter de promenade : ils demandent une permission de sortie pour l’un des leurs.
.3/17 mai, MA de Périgueux. Les jeunes détenus montent sur les toits et la révolte se généralise rapidement à l’ensemble de la maison d’arrêt. Les familles manifestent le 13 mai pour demander la suppression du mitard. Dans la nuit du 16 au 17 mai, 60 détenus montent sur les toits et demandent l’accélération des procédures de jugement. Violente répression.
.20 avril, Centrale de Mende. Rassemblement devant la prison organisé par le Comité d’action des prisonniers. La foule dénonce cette prison de haute sécurité et demandent sa destruction.
.16 mars, Fresnes, Fleury-Mérogis, la Santé. Des familles se rassemblent devant les prisons, demandent la suppression des mitards et des explications sur le décès de Patrick Mirval. Ce dernier avait trouvé la mort au CJD de Fleury dans l’ascenseur, alors qu’il était conduit au mitard.
.6/7 mars, CD d’Eysse. Mutinerie provoquée par la décision du nouveau directeur de supprimer les activités.
.7/8 janvier MA et CD de Melun. 300 détenus refusent de rentrer en cellule. Ils publient une lettre de revendications.
.15 septembre, MA de la Santé : 15 détenus montent sur les toits. Ils s’automutilent et écrivent leurs revendications avec leur sang (amélioration des conditions de détention). Ils forment le Comité d’action pour la défense des intérêts des détenus. Certaines de leurs revendications aboutissent : douches, cinéma, meilleure cuisine, transistors, cigarettes...
.25 mai, Centre pénitentiaire des Baumettes. Révolte contre les conditions de détention.
.5 avril, MA et CD de Melun : 40 détenus se révoltent contre les conditions de détention ; le mouvement est bientôt suivi par 200 prisonniers. L’un de leurs slogans est : « Rendez-nous nos gosses. ». Après une violente répression, 177 détenus se mettent en grève de la faim pendant cinq jours.
.15 janvier, MA Charles-III de Nancy. Les détenus font parvenir leurs revendications depuis les toits : suppression de la tutelle pénale et de l’interdiction de séjour, fin de la censure des journaux et amélioration des conditions de détention. Ils dévastent la prison et résistent plusieurs heures aux assauts des policiers qui finissent par faire intervenir un hélicoptère. Dehors, la foule est solidaire avec les prisonniers. Suite aux mouvements de Toul et de Nancy un manifeste de prisonniers est diffusé fin janvier à l’extérieur des prisons de Melun et de Muret.
.5/13 décembre, CD de Ney-de-Toul. Les détenus refusent de réintégrer leur cellule et se mettent en grève du travail. Le 9 décembre, en arrivant aux ateliers, les prisonniers du bâtiment C s’arment de leurs outils, expulsent les gardiens et se rendent maîtres du quartier des adultes. Ils dressent des barricades et exigent le renvoi du directeur, du gardien-chef et de 2 surveillants. Ils demandent également la fin des sévices et une augmentation des salaires. Au quartier des jeunes, le bâtiment est entièrement détruit. Les détenus obtiennent une promesse orale de la part de la direction pénitentiaire. Le 10 décembre, les jeunes sont transférés, mais les détenus se rendent compte que le directeur et le surveillant-chef sont encore là. Le 13, en protestation, une partie des détenus cassent leur cellule ; les gardes mobiles, toujours présents dans l’enceinte de la prison, matent rapidement la révolte.
.26 novembre, MA de la Santé. Contre la circulaire Pleven, le détenu Lacombe entame une grève de la faim. Le 1er décembre, cette grève est presque générale au quartier haut. Le mouvement s’étend à Lyon (St-Paul et St-Joseph), Nîmes, Grenoble, Draguignan et Fresnes. Une délégation d’une cinquantaine de familles de prisonniers et du GIP est reçue par un fonctionnaire du ministère.
.21 novembre, Centrale de Poissy. Durant quatre jours, 400 détenus font une grève du travail et de la faim. Les grévistes protestent contre la circulaire Pleven et les conditions de détention et demandent une augmentation des salaires.
.1er/2 septembre, Centrale de Melun. Les prisonniers se mettent en grève et sabotent les ateliers.
.1er mai, Fleury-Mérogis. Les détenus refusent de remonter de promenade au D3. Ils s’affrontent avec les surveillants et les CRS venus en renfort. Les détenus seront condamnés à des peines allant de deux mois avec sursis à six mois fermes, sous l’inculpation de « dégradation de monument public ».
.Décembre. Grève de la faim des membres incarcérés de la Gauche prolétarienne.
1. la peine privative de liberté a pour but essentiel l’amendement et le reclassement social du condamné.
2. le traitement infligé au prisonnier hors de toute promiscuité corruptive, doit être humain, exempt de vexations et tendre principalement à son instruction générale et professionnelle, à son amélioration.
3. tout condamné de droit commun est astreint au travail et bénéficie d’une protection légale pour les accidents survenus pendant celui-ci. Aucun ne peut être contraint à rester inoccupé.
4. l’emprisonnement préventif est subi dans l’isolement de jour comme de nuit.
5. il en est de même en principe de l’emprisonnement pénal jusqu’à un an.
6. la répartition dans les établissements pénitentiaires des individus condamnés à une peine supérieure à un an a pour base le sexe, la personnalité et le degré de perversion du délinquant.
7. un régime progressif est appliqué par établissement en vue d’adapter le traitement du prisonnier à son attitude et à son degré d’amendement. Cela va de l’encellulement à la semi-liberté.
8. dans tout établissement pénitentiaire où sont purgées des peines de droit commun privatives de liberté d’une durée supérieure à un an, un magistrat exclusivement chargé de l’exécution des peines aura seul compétence pour ordonner le transfert du condamné dans un établissement d’un autre type, pour prononcer l’admission aux étapes successives du régime progressif et pour rapporter les demandes de libération conditionnelle auprès du comité institué par le décret du 16 février 1888.
9. dans tout établissement pénitentiaire fonctionne un service social et médico-psychologique.
10. le bénéfice de la libération conditionnelle est étendu à toutes les peines temporaires.
11. assistance est donnée aux prisonniers pendant et après la peine en vue de faciliter leur reclassement.
12. tout agent du personnel pénitentiaire doit avoir suivi les cours d’une école technique spéciale.
13. il pourrait être substitué à la relégation un internement de sûreté en colonie pénale. Cet internement serait en principe perpétuel. Toutefois, le relégué pourrait bénéficier de la libération d’épreuve.
ON N’EST PAS VENU EN PRISON POUR TRAVAILLER !
ou pourquoi j’ai brûlé les ateliers de la prison de Clairvaux.
Pascal BROZZONI, Centrale de Moulins, février 2004.
Tout d’abord, et sans doute aux regrets de certains, ce qui s’est passé le 16 avril 2003 à la prison centrale de Clairvaux n’était pas une mutinerie, même pas le matin du grand soir.. Ni préméditation, ni concertation, ni organisation. Un mobile ? Bah. c’est simple, c’est quand même une satisfaction de voir une prison qui... Et puis, il n’y a pas de hasard : l’attitude de Danet (le directeur de la centrale) et de toute la clique de la direction n’avait que trop duré, il fallait un retour à l’envoyeur plutôt explicite !
Danet, t’as joué, t’as perdu ! Tu rejoues ?
La direction avait, par exemple, récemment changé le règlement des heures d’entrée des proches au parloir, sans prévenir les prisonniers autrement que par une pauvre affiche à laquelle personne n’avait fait attention. Ce qui devait arriver arriva : des refus de parloir pour des familles qui se tapent des milliers de bornes pour venir au parloir et dont les dix malheureuses minutes de retard à l’entrée leur ont été fatales. Ils ne manquent ni de figure, ni de lâcheté ceux qui refusent à une famille un parloir ! Suite à la protestation des détenus, dès le lendemain, la direction faisait remettre aux prisonniers un papier les informant du changement de règlement intervenu. Mais le détenu et sa famille avaient été fait marrons, alors faute avouée n’est pas pardonnée !
Pendant ce temps-là, et sous le prétexte fallacieux de la mutinerie du bâtiment A de février 2003, les parloirs n’étaient plus chauffés, ni nettoyés, nous obligeant donc à recevoir nos proches dans des conditions vraiment. Bon, pas besoin de dessin !
Et la détention ? Encore cette même arrogance de la direction ! Par exemple, cela faisait trois ans que les détenus se plaignaient qu’il n’y ait qu’une cabine téléphonique pour 90 détenus, que deux machines à laver (forcément régulièrement hors service) pour 150 détenus, ou que les prix des cantines extérieures soient plutôt fantaisistes. A chaque motif de mécontentement, la direction a toujours répondu par la politique de l’autruche. Bref, au silence et à la lâcheté de ces drôles d’oiseaux, fallait bien finir par répondre !
Mille motifs donc d’en avoir marre d’être pris pour des cons, alors le 16 avril 2003, j’ai présenté l’addition : l’incendie des ateliers. Paraît qu’y en a pour plus de 4 millions d’euros. J’ai été, avec douze autres détenus innocents immédiatement transféré. Direction les mitards de maisons d’arrêt de la région parisienne (Fleury, Osny, Fresnes, Bois d’Arcy) ou de l’Est (Varennes le Grand, Besançon). D’autres ont été placés au mitard de Clairvaux (en moyenne un mois), puis au Quartier d’isolement, avant leur transfert à Fresnes. Tout ce beau monde a été ensuite affecté dans une nouvelle centrale vers le début septembre.
Rien n’a été donné, tout a été pris. Et tout reste à prendre !
Suite à c’te belle journée, ou plutôt à cet incendie, forcément, plus de travail pour les détenus, et puis, comme ose l’écrire un détenu dans l’Envolée : « l’ambiance n’y était plus. Ils ont recadré la centrale comme un QHS. c’est pas convaincant, c’est du n’importe quoi ». Elle est belle l’histoire ! Bon, autant que ce soit clair, on n’est pas venu en prison pour l’ambiance, et quant à ceux qui se plaignent de ne plus avoir eu de travail par la suite, alors là, ajoutons qu’on n’est pas non plus là pour le travail ! Sans blague !
On s’en bat les ... du travail ! On est en taule, et certains veulent entrer dans le jeu de la pénitentiaire et de la justice : être sages, payer leur dette et tout irait pour le mieux ? Faut arrêter ! Aucun compromis n’est possible, et même ceux qui collaborent (on a vu les dépositions, hé hé !) sont bien mal payés en retour ! Comprend qui peut. Plutôt que de penser au boulot, faudrait plutôt se battre (ou au moins soutenir ceux qui se battent !) pour que la justice respecte ses propres lois, notamment : mi peine, mi grâce. Pour tous.
Dans toutes les luttes en prison, que ce soit celle pour les parloirs « libres » (de quoi, d’ailleurs ?), la télé, l’accès au téléphone, pour chaque amélioration des conditions de vie en détention et des aménagements dont nos proches ont profité, pour tout cela, il y a eu des morts, et aussi des années de zonzon distribuées à la minorité qui osait combattre. Les acquis des mutineries, des mouvements collectifs. de 74 ou du début des années 80 sont aujourd’hui remis en cause et personne ne se battra à notre place, et surtout pas ceux qui s’autoproclament les représentants des détenus et de leurs proches. Rien n’a été donné, tout a été pris. Et tout reste à prendre !
Pour en revenir aux conséquences judiciaires du 16 avril 2003, il faut d’abord dire qu’il n’y a pas eu d’instruction : c’est à dire que les gendarmes sont venus nous interroger entre la mi-juin et le début juillet, mais que personne n’a vu de juge d’instruction. C’est en recevant, à l’extrême limite des dix jours légaux, la convocation à l’audience du 15 décembre que nous avons chacun découvert nos chefs d’inculpation. D’ailleurs, autant dire que là-dessus ils ne se sont pas foulé. à un chouia près, c’est les mêmes pour tous.
Pour vous dire combien ces inculpations sont bidons en ce qui concerne mes coinculpés, c’est que l’un d’entre eux avait continué d’aller travailler aux ateliers de Clairvaux, il avait même été nommé par la suite à d’autres fonctions. jusqu’à ce qu’on lui fasse payer sa participation à un mouvement de protestation en novembre dernier par une inculpation dans cette affaire. Ça manque pas de culot ! Affreux !
Alors, le 15 décembre dernier, on est tous passé en audience, et on a réussit à faire reporter le procès au 9 mars. N’empêche que c’était une belle mascarade. Alors, le 9 mars, on remet ça ! Je dirais à Danet et à ses acolytes, au Proc’, au juge, à ceux qui veulent bien l’entendre. tout ce que je dis là, et si je ne me cache pas des raisons pour lesquelles j’ai foutu le feu, qu’au moins la Pénitentiaire ait aussi à répondre de ses actes.
N’en déplaise à la direction de Clairvaux, qui considère que des jours de mitard, des mois de remises de peine sucrés, des transferts qui éloignent les familles, que tout cela sont de simples « éclaboussures ». Je n’ accepterais pas ces « éclaboussures », je n’accepterais pas que des innocents prennent des années. Alors, autant que je demande à être jugé aux assises : après l’instruction, au lieu d’être une dizaine à la barre, je serais tout seul, cela ne serait que mieux, j’aime avoir mes aises ! J’assume ce que j’ai fait, mieux, je revendique. Ça perturbera certains, toujours prêts à aboyer, à vouloir être responsable, mais jamais coupable. Alors oui, responsable, coupable et fier de mes actes.
En espérant que le message ait été clair : les demandes de transfert des détenus doivent être traitées vite fait, bien fait ! il est hors de question qu’on reste à pourrir dans une taule quand ça fait des mois qu’on veut partir. Et que la Pénitentiaire respecte nos familles.
J’en profite pour saluer chaleureusement ceux qui étaient présents à l’audience du 15 décembre dernier et/ou qui viendront le 9 mars prochain pour marquer leur solidarité avec les innocents inculpés et avec moi-même, et d’ une façon générale avec les luttes des prisonniers et leurs familles.
Fouille du Q.I. de Bois d’Arcy, juin 2003.
Communiqué du groupe "Il n’y a pas d’arrangement !"
La violence des "cagoulés de Perben" s’est une nouvelle fois exercée au Q.I. de Bois d’Arcy.
Sommes-nous les cobayes de ces nouvelles méthodes d’usage de la violence par les E.R.I.S., ce nouvel escadron répressif de l’administration pénitentiaire ?
Après Mounir, Laurent il y a quelques semaines, mardi juin ce fût le tour de Rachid.
Qui sera le suivant ?
Rachid devait être transféré pour un procès concernant une évasion. A priori son transfert aurait dû se dérouler "classiquement", il commençait à faire son paquetage en prévision de son départ imminent.
Mais non ! La pénitentiaire a décidé d’agir en employant la force, ceci totalement gratuite puisque Rachid attendait de partir sans aucune réticence.
C’est donc au petit matin de ce mardi juin, que les E.R.I.S., ou on ne sait qui, puisqu’ils sont cagoulés, sont intervenus en force et sans ménagement dans la cellule de Rachid.
Il a juste eu le temps de crier cette phrase "Mais qu’est ce que vous faîtes ?" puis ses mots sont devenus incompréhensibles, sans doute a t-il été bâillonné. Il s’en est suivi une violente bousculade, impossible de réagir, Rachid était "enlevé" pour être conduit à la fouille.
A 5 jours de son procès, alors qu’il n’avait aucune attitude agressive, il se retrouve en pyjama, sans paquetage dans un Q.I. de la région lyonnaise !
Trop c’est trop, c’est la deuxième action gratuite des "cagoulés de Perben" qui ne s’arrêteront certainement pas là.
Ces "descentes" vont se multiplier jusqu’à ce qu’une bavure arrive. Ils se sentent couvert par leur ministre et, prennent de plus en plus d’assurance et de plaisir à "casser" du détenu dans les Q.I. en sachant que c’est la seule catégorie d’individus à être privés de leurs droits élémentaires, qui se retrouvent sans aucune défense face à cette institution sécuritaire qui peut agir à sa guise à l’abri des regards.
En solidarité avec notre camarade, nous avons protesté en refusant les plateaux repas.
Nous, détenus du Q.I., entendons tout faire pour empêcher ce genre d’exaction en informant le public.
Nous refusons ces méthodes fascistes et arbitraires qui laissent place à toutes les dérives.
Avignon, communiqué (27 janvier 2003)
Nous, les détenues de la Maison d’Arrêt, quartier femme, émettons le désir de ne pas être transférées dans les Maisons d’Arrêts trop éloignées de nos lieux de vie. Nous souhaitons le maintien d’un quartier femmes. La plupart, et même la majorité d’entre-nous, sommes des prévenues des tribunaux d’Avignon, Carpentras ou Tarascon. Nos familles vivent dans ces zones-là. Nous devons être transférées à Marseille, Draguignan (ou Nice), seules détentions de la région concernée. La majorité de ces prévenues n’ont pas un parcours judiciaire antérieur, ce qui rend notre population spécifique. Les instructions sont longues et pénibles, pour des femmes qui ont besoin d’être soutenues, de ce fait. La situation d’une femme incarcérée est difficile, car elle est séparée de ses enfants, de sa famille, enfants souvent pris en charge par d’autres personnes qui n’ont pas toujours la possibilité de se déplacer (familles d’accueil, foyer, parents âgés, fratrie ayant elle-même d’autres obligations ).
S’ajoute ainsi une souffrance supplémentaire, partagée par tout un milieu familial. Si on examine au cas par cas, on s’aperçoit que la délinquance féminine est aussi très particulière, souvent liée à celle de leur compagnon, entraînées dans un système de suggestions, plutôt que volonté propre. Elles sont donc doublement pénalisées. La « petite détention » quartier femmes d’Avignon, en fait un lieu à part , dans le système carcéral, ou les surveillantes ont choisi de travailler au milieu d’autres femmes. Il était prévue à la nouvelle prison du Pontet, un « quartier femmes » qui a été remplacé par un « quartier mineurs » à la demande de madame Guigou à l’époque ministre de la justice. Nous pensons, qu’il est toujours possible de conserver dans cette nouvelle prison un « quartier femmes », à la satisfaction des détenues, du personnel de surveillance féminin, et des familles. Étant une infime minorité en milieu carcéral, il ne faut pas que la femme soit de nouveau mise « aux oubliettes », car nous avons besoin, autant, que les hommes ou mineurs d’être rapprochées, au lieu d’être éloignées, de nos enfants et familles, pour le maintien des liens familiaux, ou amicaux. Nous souhaitons que notre appel soit entendu et rendu public par ceux qui partagent notre point de vue puisque nous sommes dans l’incapacité de faire entendre nos souhaits.
Arles, communiqué clandestin (2001)
Avant de lire le communiqué qui suit, il nous faut préciser que si nous nous présentons à vous encagoulés c’est pour éviter la personnalisation de l’action en cours. Nous ne sommes que des détenus longues peines parmi d’autres. Le message que nous portons est celui de milliers d’hommes et de femmes « sans voix », enfermés dans les prisons de France.
Par ailleurs, nous tenons à indiquer que c’est pour des raisons de sécurité que nous portons des cagoules. Inutile de préciser que les autorités pénitentiaires n’apprécieront pas notre initiative, que la répression qui s’abattra suite à la diffusion publique de ce document sera importante. Les mesures de sécurité que nous avons prise risquent d’ailleurs de ne pas nous épargner les sanctions, c’est pourquoi nous demandons par avance aux associations et citoyens soucieux de la défense des droits de l’homme de veiller sur la centrale d’Arles dans les jours et semaines à venir. Cela évitera que ne se produisent des violences et des abus divers, commis par des tenants de la répression.
Bien, évidemment, si le monde carcéral n’était pas ce lieu de non droit où le droit d’expression, d’association, étaient interdits aux détenus, nous n’aurions pas été obligés de mener pareille action. C’est la nature anti démocratique de la prison qui nous amène à agir de la sorte !
Enfin, nous tenons ici à préciser que le matériel utilisé pour effectuer ce reportage a été pris sans le consentement de quiconque, pour être plus précis, nous avons détourné le matériel en question sans que le détenu en charge de l’atelier vidéo de la maison centrale ne le sache.
L’année 2000 aura été, entre autres, I’année de la révélation au grand public de l’horreur carcérale en France. Une « honte pour la république » a t’il été dit par beaucoup. Nombre de problèmes ont été soulevés, dénoncés. Des parlementaires à l’Église, en passant par diverses associations, tous ont eu l’occasion de s’exprimer sur le sujet dans une certaine unanimité.
Nous en prenons acte.
Mais comme toujours, la parole n’a pas été accordée aux principaux intéressés, à ceux et celles pour qui le quotidien est l’infamie carcérale, c’est à dire les détenu(e)s eux-mêmes !
La parole ne nous est pas donnée. Jamais . C’est pourquoi nous avons décidé de la prendre, ici et maintenant.
C’est particulièrement au nom des détenu(e)s « longues peines » que nous nous exprimons, nous, les laissés pour compte, ceux pour qui l’horizon n’est que désespoir et haine.
Nous sommes là, face à vous, pour exiger que nous soient appliquées des mesures justes, équitables, qui nous permettent de croire que nous n’avons pas été condamnés à la mort lente, à des peines qui ne sont qu’un substitut à la peine de mort.
Nous sommes là pour dire haut et fort que nul n’a intérêt à ce que nous nous transformions en « bombes humaines », car viendra le jour où nous serons libérés, où nous réintégrerons le corps social.
Qu’en sera-t-il si des années durant, le système carcéral nous meurtrie, nous avilie, nous blesse jusqu’au plus profond de notre être ? Il est temps que cette réalité cesse, il est grandement temps que cette prison mangeuse d’hommes soit l’objet d’une révolution culturelle qui lui permette d’entrer dans ce 3ème millénaire de façon plus digne.
Forts de notre expérience et au nom du respect de la dignité humaine et des droits fondamentaux de la personne humaine, nous exigeons que le gouvernement français prenne les mesures suivantes ;
Premièrement : refonte de l’échelle des peines et alignement sur les pays aux conceptions pénales les moins répressives. En clair, nous revendiquons l’abolition des « longues peines », la fin des cumuls de peines qui font que des hommes et femmes aient des décennies de prison à purger, mais également abolition de l’insupportable peine de perpétuité. Il est reconnu par tous les spécialistes en la matière que passé un certain temps, la durée de la peine n’a plus aucun sens, qu’elle n’est qu’acharnement, vengeance, destruction de l’individu.
L’an 2001 verra commémorer le vingtième anniversaire de l’abolition de la peine de mort. Voici l’occasion d’en finir avec les longues peines qui ne sont rien d’autre qu’un substitut à la peine de mort.
Deuxièmement : libération immédiate de tous les détenu(e)s atteints de maladies incurables. Mourir en prison est le sort le plus infâme que puisse vivre un être humain. Nous demandons que soit respecté le droit à mourir dignement, parmi les siens, hors du contexte carcéral.
Troisièmement : abolition des quartiers d’isolement et des mitards. C’est la fermeture pure et simple de ces outils ultra répressifs que nous exigeons. Ces lieux où bien trop souvent le droit est celui du plus fort, où le fonctionnaire devient bourreau, les morts suspectes trop nombreuses. Il faut en finir !
Voilà pour les mesures à prendre qui tiennent de l’urgence, car chaque jour qui passe est un jour que nous vivons comme une vengeance sociale qui nous serait appliquée et non pas comme une mesure de justice.
Mais la réalité carcérale présente est composée de bien d’autres mesures que nous tenons à dénoncer et voir changer dans les délais les plus brefs.
Il s’agit par exemple de l’impossibilité d’avoir des relations sexuelles, d’avoir des enfants, ou tout simplement d’avoir le droit à la tendresse. Autant d’éléments qui sont constitutifs des droits élémentaires de la personne humaine. Le projet extrêmement limité des Unité de Vie Familiale (UVF) qui toucherait 3 établissements sur les 187 actuels est une insulte qui nous est faite. Sachant que nombre de pays ont déjà doté leurs établissements pénitentiaires de lieux de rencontres spécifiques pour les rapports intimes, pourquoi la France ne se lance dans pareil projet qu’à titre expérimental et donc limité ? Combien de décennies nous faudra t il encore attendre pour que ces droits élémentaires nous soient reconnus ? Combien de familles, de couples, devront-ils se disloquer encore, avant que les décideurs politiques et autres fonctionnaires agissent de façon responsable, ou tout simplement humaine ?
Autre souci majeur ; la transformation des maisons centrales en annexes d’asiles psychiatriques.
De plus en plus de détenus n’ont rien à faire en prison. Leur état psychologique est incompatible avec la prison. Nous demandons qu’ils soient soignés dans des lieux adaptés. Nous tenons également à dénoncer le scandale des usages de produits de substitution dans le monde carcéral. Bien trop souvent, la tranquillité en détention a pour prix le maintien de détenus en état de dépendance à des drogues de substitution. Certains détenus se transforment même durant leur détention en drogués alors qu’ils ne l’étaient pas lors de leur incarcération. Que penser d’une institution qui maintient et encourage des hommes et des femmes à la toxicomanie, avec les deniers de la nation ?
Nous exigeons également que l’on en finisse avec les mesures de censure. La violation permanente de notre courrier, de nos rencontres avec nos proches, nos familles, n’ont qu’un objectif ; nous imposer une autocensure qui aboutie à l’aliénation de la pensée et l’anesthésie des sentiments, mais également à terme à la disparition des liens familiaux. A qui fera-t-on croire que l’on veut nous réinsérer alors que l’administration pénitentiaire n’a de cesse que de nous couper de la famille en nous incarcérant à des centaines de kilomètres du lieu d’habitation de nos proches et que tout le fonctionnement de l’institution ne mène qu’à l’infantilisation et à la déresponsabilisation du détenu.
Dans la rubrique des réalités scandaleuses, comment ne pas évoquer le travail pénal ?
Pourquoi le droit du travail n’est-il pas appliqué aux personnes détenues ? Pourquoi le patronat français trouve t il parfois plus d’intérêt à donner du travail aux prisons françaises plutôt que de délocaliser vers un pays du tiers monde ? La réponse est simple ; parce que le détenu est corvéable à merci et que les conditions offertes par l’administration pénitentiaire sont celles dont rêvent tous les esclavagistes modernes. Est-ce dans de telles conditions que l’on voudrait nous inciter à nous réinsérer dans la société par le travail ? Et que dire de ces salaires misérables qui ne nous permettent pas de rembourser décemment les dites parties civiles. Les décisions de justice en la matière sont sacrifiées sur l’hôtel du profit.
Autre motif d’exaspération, le désintérêt que porte l’administration pénitentiaire à la culture, à l’art, à ces aliments de l’esprit et des sens. Comment peut-on se construire ou se reconstruire si nous est niée cette part vitale de notre être, notre pouvoir de création, notre sensibilité, si la culture et l’art ne nous sont pas accessibles ?
Nous tenons à dénoncer ici, avec force, l’activité nocive d’une minorité extrêmement agissante du personnel surveillant pour qui le détenu est l’ennemi à abattre. Ces fonctionnaires refusant de respecter l’esprit des Lois, voire même souvent leur simple application, représentent un danger permanent pour l’institution en général, mais plus prosaïquement, pour la population pénale et pour leurs propres collègues. Il est temps que ces gens soient neutralisés par ceux dont la mission est la mise en application des textes et le suivi du bon fonctionnement des établissements pénitentiaires. Par ailleurs, nous tenons à attirer l’attention sur la mise en application de la nouvelle loi dite de la présomption d’innocence. Nous craignons que là encore le corps des magistrats chargés de l’application des peines ne continue dans sa grosse majorité à appliquer les textes de façon on ne peut plus restrictive. Voilà des années que la politique menée en matière d’application des peines est un désastre. Il faut que cela cesse. Il faut que cesse l’acharnement dont les longues peines sont victimes de la part du secteur ultra répressif de la magistrature française. Nous refusons d’être plus longtemps les victimes de ces bourreaux assermentés.
Pour conclure cette liste non exhaustive, nous souhaitons dire combien il nous semble nécessaire, vital, que les autorités pénitentiaires s’attachent à remplir leur mission d’aide à la réinsertion des détenu(e)s. Force est de constater que nous, détenu-e-s des maison centrales de France, ne bénéficions pas de mesures allant en ce sens. Manifestement, la volonté politique n’existe pas, et les moyens mis en place sont quasi inexistants. Il nous paraît clair que l’on nous sacrifie, que l’on nous destine à la récidive systématique. Nous refusons de servir de matière première à la politique sécuritaire de l’État.
Bien évidemment, nous saluons tous nos camarades qui se trouvent présentement emmurés vivants dans les quartiers d’isolement, ainsi que ceux et celles qui subissent l’insupportable sanction du Mitard. Force, courage et détermination à toutes et à tous.
Un salut empreint de solidarité également pour tous les détenus se trouvant en maison d’arrêt. Les détestables conditions de vie en maison d’arrêt sont aujourd’hui connues de tous. Les changements s’imposent et vite !
Enfin, nous souhaitons adresser un message à tous les jeunes des cités, à tous les enfants du prolétariat et du sous prolétariat, à tous ceux et celles appartenant à la classe des sacrifiés du système. Hier, vos parents et grands parents, nos parents et grands parents, étaient transformés en « chair à canon », envoyés au front pour y crever en défendant des intérêts qui n’étaient pas les leurs. Aujourd’hui, c’est le destin de « chair à prison » qui nous est offert, qui vous est offert. Refusez cette tragédie, refusez cette logique. Prenez conscience de tout cela avant qu’il ne soit trop tard. Car les portes de prison se referment de plus en plus sur vous et de plus en plus longtemps, alors que les véritables délinquants, ceux qui vivent sur le dos de la misère, de notre misère, de toute leur arrogance, se goinfrent en rigolant de nos malheurs, de nos vies sacrifiées.
Les Baumettes, témoignage sur la mutinerie de juillet 1987.
"Le jeudi 16 juillet 1987 aux Baumettes, ce n’est pas 40, 50 ou 60 détenus qui se sont révoltés pour se vider de la haine dont on les ait emplis, mais 600 ou 700, car les 200 détenus que vous avez vus à la télévision, sur les toits des bâtiments A et B, et sur les toits des coursives des promenades, ne représentaient qu’une partie des mutins. A l’intérieur du bâtiment B où il n’y avait plus de surveillants, tous les détenus étaient hors de cellule. L’explosion des Baumettes est celle de 55 000 détenus des prisons françaises, elle représente le ras-le-bol de tous les détenus.
Ce n’est pas la prison qui est en cause, c’est le système, la justice et la police qui en sont les causes. Répression, répression est le seul mot qu’ils connaissent, prévention et aide à la réinsertion, ils ne connaissent pas. Ils savent très bien qu’en plaçant 55 000 détenus dans des établissements qui ne peuvent en contenir que 32 000, ils amorcent la mèche qui va tout faire sauter. Politique, pouvoir, individu, qui se cache derrière tout cela ? Là est la question, qui peut tirer les marrons du feu sans se salir ou se brûler ? Finalement, à la haine répond la violence, qui engendre les mutineries carcérales. Les révoltés vont encore subir les contre-coups des mêmes coupables, justice, police, pouvoir. On dit que tout délit mérite châtiment, j’en connais beaucoup, des délits qui restent impunis. Pourtant justice et police eux aussi sont au courant.
Alors pourquoi la France, pays démocratique, a-t-elle une justice de classe ? Que veulent dire ces beaux mots, liberté, égalité, fraternité ?
Les médias dénoncent assez souvent des personnalités mouillées dans des affaires plus que louches, mais justice et police, complices du pouvoir, combinent de façon à étouffer ces affaires puis, les médias écrasent des coups qu’ils avaient dénoncés. Pour laisser la une à des braquages, des vols de voitures, des cambriolages qui alimentent les quotidiens des journaux, afin de laisser bien tranquilles les coupables du genre V.I.P., à leur sales coups.
Vous avez dénoncé le trop plein des prisons, qui impose une promiscuité, dénoncé aussi la prise en charge et le paternalisme des directeurs des établissements pénitentiaires : on ne peut pas prendre une initiative personnelle sans en avoir au préalable fait une demande écrite. Ces demandes réclament, pour nous, une réponse prompte. Hélas, que ce soit le directeur, le surveillant chef ou tout autre service auquel elle est adressée, une réponse se fait toujours attendre. S’il y en a une, de plus, elle est rarement claire, il faut donc la refaire, et bien souvent, la réponse est négative.
Ici nous avons explosé au nom des 55 000 détenus qui sont opprimés en France (pourtant nous avons un secrétaire d’État aux droits de l’homme !). Il faut que les Français sachent qu’ils sont tous en liberté provisoire. Lisez bien le code pénal, alors ça y est, c’est fait ? Donc, à bientôt dans ma sombre cellule. C’est un optimiste qui vous l’écrit : s’ils veulent construire des prisons pour avoir le double de capacité, c’est qu’ils comptent mettre 110 000 français dans ces prisons. Ici, en ce moment, les matons ouvrent les portes aux CRS qui sont dans l’établissement et ils fracassent du détenu. Que fait notre cher secrétaire d’État aux droits de l’homme ? Rien, il s’en fout complètement. Pensez-vous, en France, pour lui, les droits de l’homme ne risquent pas d’être bafoués, non, vu que l’on ne sait même pas ce que cela veut dire.
Nous demandons un droit de regard de la cour européenne de justice sur les prisons françaises et aussi des commissions des droits de l’homme dans nos murs. Mais qui est qui ? Qui veut quoi ? Arrêtez de vous cacher, hommes irresponsables, et laissez la place à des hommes compétents et emplis d’humanité. 156 détenus des Baumettes ont écrit au procureur de la République de Marseille pour s’accuser d’avoir participé au mouvement de revendications du jeudi 16 juillet 87, car seuls, 15 de nos camarades étaient montrés du doigt par la justice.
Nous voulons crier et être entendus. Seule, une salle d’audience d’un palais de justice rempli de 170 détenus peut être l’endroit idéal pour s’exprimer et se faire entendre. Nous aurons la parole et nous parlerons.
A bientôt, Monsieur Malhuret !"
Les Baumettes
Le 27 juillet 1987