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		<title>De La Libert&#233; comme Ressort Oppressif</title>
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		<dc:date>2006-03-26T05:55:11Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Berenice Kalo, Le Chat</dc:creator>


		<dc:subject>S&#233;ditions graphiques (Paris)</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvance autonome</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ces textes sont extraits du &lt;i&gt;papier CUL&lt;/i&gt;, journal aux allures vari&#233;es, servant d'organe de propagande aux d&#233;lires du CUL (Comit&#233; Universitaire de Lib&#233;ration), publi&#233; entre 2003 et 2005, et remis en page ici par la C.R.E.T.E. (Cellule de Restitution Editoriale des Travaux Empiriques).&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;D&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;S&#233;ditions graphiques (Paris)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot73" rel="tag"&gt;Mouvance autonome&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH150/arton330-21905.jpg?1780470078' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff330.jpg?1142785235&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#034;Ce que je sens, c'est que sous couvert de propagation de la libert&#233;, et de pr&#233;servation de ce monde-ci tel qu'on nous le vend, les portes s'ouvrent &#224; la fabrication de conditions id&#233;ales pour l'instauration de nouveaux fascismes. Non seulement les micro-fascismes se d&#233;veloppent au niveau de l'appauvrissement des expressions affectives, loin des luttes racistes et nationalistes, mais aussi des macro-fascismes, structurels et syst&#233;matiques sont en train de s'armer.&#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De La Libert&#233; comme Ressort Oppressif&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
Par Berenice Kalo, membre en fuite du CUL, D&#233;cembre 2004.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Qu'est ce que &#231;a veut dire, devenir raisonnable ? Qu'est-ce que &#231;a veut dire, devenir libre, une fois dit qu'on ne l'est pas ? On ne na&#238;t pas libre, on ne na&#238;t pas raisonnable. On est compl&#232;tement &#224; la merci des rencontres, c'est-&#224;-dire : on est compl&#232;tement &#224; la merci des d&#233;compositions. Et vous devez comprendre que c'est normal chez Spinoza ; les auteurs qui pensent que nous sommes libres par nature, c'est ceux qui se font de la nature une certaine id&#233;e. Je ne crois pas qu'on puisse dire : nous sommes libres par nature si l'on ne se con&#231;oit pas comme une substance, c'est-&#224;-dire comme une chose relativement ind&#233;pendante. Si vous vous concevez comme un ensemble de rapports, et pas du tout comme une substance, la proposition &#8220;je suis libre&#8221; est strictement d&#233;nu&#233;e de sens. Ce n'est m&#234;me pas que je sois le contraire : &#231;a n'a aucun sens, libert&#233; ou pas libert&#233;. En revanche, peut-&#234;tre a un sens la question : &#8220;Comment devenir libre ?&#8221; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
G. Deleuze&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le probl&#232;me de la libert&#233; renvoie traditionnellement &#224; celui du prisonnier, de l'esclave. Ma r&#233;flexion actuelle me porte vers cette question comme une s&#233;rie d'ennuis th&#233;oriques et pratiques que je ne parviens pas &#224; r&#233;soudre seul. J'aimerais mettre &#224; plat ce qui tournoie en moi &#224; ce sujet, histoire de lancer quelques discussions avec mes amis... Selon moi, la question de la libert&#233; d&#233;passe les bornes de la d&#233;tention et de l'esclavage sur deux points, en gros :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176;) Le mot de libert&#233; semble aussi et presque surtout servir pour des discours propagandistes, autrement dit s'ins&#232;re dans des logiques de pouvoir pr&#233;cises et oppressives pour les sujets-groupes ; et aujourd'hui on fait tout et n'importe quoi au nom de la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176;) La libert&#233; se s&#233;pare nettement entre : d'une part un concept de libert&#233;, d'autre part un sentiment de libert&#233;. Je me demande jusqu'o&#249; nous d&#233;sirons sentir l'esclavage plut&#244;t que la libert&#233;, et j'aimerais distinguer les uns des autres les concepts de libert&#233;, lib&#233;ration, autonomie, ind&#233;pendance, etc. de mani&#232;re &#224; voir quel nom mettre sur le mouvement politique que poursuit mon corps dans ses pratiques, ne me sentant pas du tout convaincu de me battre &#171; pour la libert&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; A partir de ma faible culture historique et avec un effort de na&#239;vet&#233;, il me semble que nous vivons une &#233;poque particuli&#232;rement libre, les conditions de la libert&#233; en pays dits d&#233;mocratiques semblent l'aboutissement d'un certain progr&#232;s politique. On sent r&#233;ellement une marge d'action, on sent des sph&#232;res sociales d&#233;cloisonn&#233;es, du moins en d&#233;cloisonnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Acceptez les r&#232;gles du jeu, et le reste suivra. Pack libert&#233; comprise. &#171; Libert&#233;, &#233;galit&#233;, t&#233;l&#233; &#187;, annonce la publicit&#233; pour PinkTV, programmes cibl&#233;s pour homosexuels. On vote, on danse, on s'associe, on manifeste, on informe, on pousse des coups de gueule, on pamphl&#232;te...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour prouver notre libert&#233;, il suffit d'invoquer l'histoire, le Moyen Age, l'Occupation, la Monarchie absolue... ou la g&#233;ographie, l'Afghanistan, la Chine, la Birmanie... envoyer loin les yeux, construire les sentiments ailleurs, comparer le pire pour s'autoglorifier. Le monde n'a jamais &#233;t&#233; aussi libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pendant que j'entends r&#233;p&#233;ter que nous sommes les plus libres, qu'il faut veiller sur notre libert&#233;, l'assurer, je sens monter toutes sortes de logiques de pouvoir qui resserrent silencieusement nos fers, jusqu'&#224; les rendre transparents...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; J'ignore si cela vient d'une parano&#239;a g&#233;opolitique, mais je ne peux m'emp&#234;cher de me dire que pendant que certaines formes de libert&#233;s se renversent pour &#234;tre mieux distribu&#233;es, les logiques de pouvoir transf&#232;rent leurs prises sur d'autres lignes. Ainsi de la libert&#233; d'expression ; le droit &#224; la parole et les contenus de discours ont &#233;t&#233; peu &#224; peu &#233;largis, &#224; doses mesur&#233;es, jusqu'&#224; l'oc&#233;an d'expression libre que nous connaissons aujourd'hui. Le dernier bastion du langage &#233;tant la forme du discours, s&#233;v&#232;rement prot&#233;g&#233;e par les m&#339;urs, c'est-&#224;-dire l'acceptation des affects par l'opinion commune et l'orientation m&#233;diatique des codes de l'humeur. &#171; D'o&#249; &#231;a parle ? &#187; : de partout, sans arr&#234;t. Ma boulang&#232;re commente la guerre en Irak au journal de 20heures et Bernard-Henri Levy me r&#233;-explique la paix pour la 86&#232;me fois en tribune du Monde... Il suffit de l'ouvrir pour se faire entendre. Ou d'avoir un truc &#224; vendre, de la camelote ou son corps, une opinion ou son talent, c'est &#233;gal. D&#233;mocratisation de l'expression opin&#233;e, resserrement des prises de d&#233;cision. La parole croule sous la communication et la libre expression, plus aucune s&#233;lection, plus aucune valeur des conjugaisons sur les mondes... pendant qu'on brame les valeurs de la R&#233;publique. La parole politique se trouve neutralis&#233;e et l'expression devient organe de pouvoir, loin de constituer une forme d'&#233;panouissement de nos puissances. Au &#167;96 de son Manifeste sur la soci&#233;t&#233; industrielle et son avenir, Unabomber &#233;crit : &#171; Pour que notre message ait quelque chance d'avoir un effet durable, nous avons &#233;t&#233; oblig&#233;s de tuer des gens &#187;. Je me sens triste quand on me propose de perturber une conf&#233;rence ou un sommet &#224; coups de sifflets et de tambours ; il me semble qu'une action politique n'a aujourd'hui comme espoir que les murmures de l'intime et le silence de l'action... fini le temps de celui qui criera le plus fort, &#171; L'important, ce sera peut-&#234;tre de cr&#233;er des vacuoles de non-communication, des interrupteurs, pour &#233;chapper au contr&#244;le. &#187;(1).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Idem pour la libert&#233; de circulation, quand les flux g&#233;r&#233;s ne circulent librement que dans des espaces publics humano-immunes et pr&#233;form&#233;s pour une surveillance et une orientation rationalis&#233;es. Espaces publics de couloirs et de publicit&#233;s, espaces panoptiques et polis, o&#249; l'on exp&#233;rimente le contr&#244;le des sens et des affects.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Espaces publics comme chantiers des pouvoirs sur l'odorat (diffusion de parfums pr&#232;s des magasins), la vue (publicit&#233;s et lignes s&#232;ches des architectures), le toucher (les rampes d'escalators lisses (2) comme une peau Nivea, et les marbres des halls), l'ou&#239;e (pollution sonore, messages intempestifs par haut-parleurs, les musiques d'ascenseur) et le go&#251;t (saveurs standardis&#233;es et caf&#233;s en distributeurs, mode mondialis&#233;e H&amp;M).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Espaces publics o&#249; je me sens dress&#233;e &#224; &#233;prouver mes limites affectives : pas trop de cris, de gestes... pas de larmes, pas d'&#233;clats de rires, pas de rage, pas de fougue : ma t&#234;te risquerait de d&#233;passer du troupeau (3). On observe ce renversement : pendant que le mot de libert&#233; de circulation est exalt&#233;, le lib&#233;ralisme privatise les espaces et les routes, les repos et la psychomotricit&#233;. Mais surtout je d&#233;saffecte mes lieux de vie...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; N'en d&#233;plaise &#224; ceux qui ch&#233;rissent la libert&#233;, il s'agit d'une valeur certifi&#233;e conforme par le lib&#233;ralisme et ses meurtres, le capitalisme et ses g&#233;nocides, la R&#233;publique et ses appareils d'Etat... Rien ne m'&#233;tonne dans la libre circulation des marchandises cens&#233;e entrer en contradiction avec les fronti&#232;res prot&#233;g&#233;es et assassines. Le r&#233;seau No Border voudrait-il une &#233;galisation des d&#233;placements marchandises-personnes ? Mais &#231;a viendra, n'ayons crainte, d&#232;s qu'une personne sera tra&#231;able comme l'est une marchandise. Les biopuces et les contr&#244;les biom&#233;triques (4) feront plus en ce sens que les luttes anticapitalistes. Le but n'est pas selon moi une libre circulation des personnes, mais une autonomie de notre rapport &#224; l'espace, dans l'apprentissage de constructions de lieux de vie. Le lieu n'existe pas a priori. Il exprime la construction spatiale du sujet, son agencement des puissances alentour, relativement &#224; son projet. Un lieu exprime toujours une volont&#233; politique : les espaces vierges n'existent pas. Ce qui ne fait pas lieu pour moi fait espace pour moi et lieu pour d'autres puissances. Lorsque le lieu semble venu d'ailleurs, alors on vit en mode r&#233;pressif, dans un espace - public ou priv&#233; : on peut parler d'espace a priori : cela signifie qu'un lieu exprime la volont&#233; d'autres puissances qui ont organis&#233; un lieu dans lequel nous agissons en vue de leur projet, selon des technologies de pouvoir. Or c'est dans cet espace - kantien - a priori que s'&#233;laborent les luttes contre les fronti&#232;res. Vouloir d&#233;truire les fronti&#232;res, cela revient &#224; vouloir niveler l'&#233;tranger sur le soi, ou l'inverse. Le lieu exprime le champ d'action d'une communaut&#233; de puissances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La signalisation de l'espace : panneaux, feux &#233;lectriques, passages pi&#233;tons, ponts, chemins, exprime la trace d'un sens d&#233;j&#224; donn&#233; : cette signalisation continue les fronti&#232;res historiques et &#233;tatiques. Faire plier les fronti&#232;res c'est constituer ma ville au lieu de vouloir qu'elle soit organis&#233;e. Les meurtres des sans papiers s'appuient d'abord sur des sentiments x&#233;nophopbes locaux, puis, en langage d'&#233;lite sur &#171; logiques g&#233;opolitiques &#224; l'&#233;chelle inter-&#233;tatique &#187; : autrement dit, ce qui est le plus politique dans le mouvement No Border, ce ne sont pas les revendications ni les manifestations mais ce qui se noue ou se construit dans les campements et se qui s'&#233;paissit ou se dissout quand chacun retourne &#224; sa vie collective ou s&#233;paratiste. La r&#233;appropriation d'un lieu de vie signifie la volont&#233; de rendre convenant un lieu, autrement dit cela implique une remise en question du sens de l'espace, et c'est ce que fait un campement. Mais j'ignore encore comment vivre la permanence de tels campements, nomades ou s&#233;dentaires, plut&#244;t que leur r&#233;p&#233;tition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'ici signifie le champ d'action des puissances proches des miennes, ins&#233;r&#233; dans l'horizon de mes liens affectifs directs.. L'ici signifie avant tout ce qui s'exprime le plus en convenance avec moi : en g&#233;n&#233;ral, il s'agit des humains que j'aime. Si mon fr&#232;re ou mon partenaire vit &#224; Londres, alors Londres exprime une part de mon ici. On peut donc parler de lieu de conscience (pour ce qui est loin mais me constitue) et de lieu de circonstance (pour ce qui m'affecte directement) : le milieu que je per&#231;ois directement constitue mon lieu comme champ d'action, sur fond du lieu-horizon (l'ensemble de mes ici) o&#249; je m'exprime comme singulier et qui correspond &#224; l'ensemble des personnes, ou autres, que j'aime. Vouloir s'impliquer pour sauver des personnes que j'ignore, au nom de libert&#233; ou du pacifisme, en Irak, ou ailleurs, cela me semble non seulement d&#233;risoire mais directement issu de logiques de pouvoir &#224; mon encontre, parce qu'enti&#232;rement constitu&#233; d'ailleurs. Vouloir la libre circulation des personnes en g&#233;n&#233;ral revient &#224; se sentir perdu dans la complexit&#233; DU monde et conduit par cons&#233;quent &#224; vivre en mode r&#233;pressif, et en servitude volontaire, par sentiment d'impuissance et peur des gros m&#233;chants super arm&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tel est un des ressort du lib&#233;ralisme, perdre dans la boue du &#171; tout se vaut &#187; et du vouloir tout &#224; la fois, rengaine du nihilisme &#233;galitaire ou libertaire. La devise de certaines des Lumi&#232;res, inscrites depuis sur les pi&#232;ces de monnaie : libert&#233;, &#233;galit&#233;, fraternit&#233;, d&#233;cline les concepts oppressifs par leur &#233;clat. En un mot comme en cent, invoquer la libert&#233; &#224; grands bruits, c'est opprimer en silence, c'est tuer &#171; au nom &#187; d'un principe transcendant et fallacieux ; &#233;galiser en droit c'est justifier l'&#233;crasement des minorit&#233;s en acte, c'est donner aux plus riches les meilleurs avocats ; socialiser par la fraternit&#233; c'est vouloir regrouper les gens selon un sch&#232;me familial, fraternel, sanguin, c'est eug&#233;niser les rapports humains. Si la d&#233;claration des droits de l'homme pose tant de probl&#232;mes, c'est surtout par sa volont&#233; de figer les devenir-r&#233;volutionnaires, de substantialiser les oppressions et les r&#233;pressions historiques. Non seulement plus on les clame, moins on respecte les droits de l'homme, mais surtout il faut toujours attendre l'inscription dans la constitution, l'amendement aux droits universels pour qu'une r&#233;pression devienne r&#233;elle. Les recherches publiques pour fabriquer des robots policiers par la firme Cybernetics, dans la vall&#233;e de Chevreuse, pr&#232;s de Paris, ne constituent pas l&#233;galement d'atteinte aux droits de l'homme et &#224; notre &#233;tat libre. Ce n'est qu'une fois qu'on se fera tabasser par des machines qu'on dira qu'il y a un petit probl&#232;me. La Raison en progr&#232;s et la judiciarisation des hommes des Lumi&#232;res marquent le mouvement de formes d'oppression sournoises, car il faut toujours attendre pour lutter : attendre que les brevets soient d&#233;pos&#233;s, attendre que les magistrats aient re&#231;us l'ordre de la loi pour emp&#234;cher les r&#233;pressions ... (5)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans cette libert&#233; absolue, tout est permis, et c'est se montrer obscurantiste ou fanatique, r&#233;actionnaire ou suspect que de dire &#171; non &#187;, refuser d'ouvrir une porte. Si le journalisme de d&#233;tail reste possible, si l'investigation fouineuse me semble encore &#224; l'abri de l'ex&#233;cution sommaire (en omettant les exemples comme l'affaire Kelly en Grande Bretagne), rien ne sert de courir ni de partir &#224; point, le travail de compr&#233;hension se noie dans l'indiff&#233;rence des consciences satur&#233;es. Au risque de reprendre la comparaison de Locke, associant la conscience &#224; un magasin, on pourrait dire que le stock est plein, il d&#233;borde, en quantit&#233; comme en intensit&#233;s. Aucun temps pour organiser les pens&#233;es, aucun moment pour hi&#233;rarchiser les critiques. Entre les bruits des voitures et les messages du m&#233;tro, entre les signaux d'orientation urbains, les 39 codes m&#233;moris&#233;s, et dans tout &#231;a penser &#224; ma m&#232;re et rester originale pour mes amant-e-s... Stiegler parle de crise &#233;cologique de la conscience. Oui, oui... mais plus qu'une crise, puisqu'aucun repos pour revenir sur la crise. Oblig&#233;e de g&#233;rer mes affects et mes amis... Cette obligation de rentrer en logique gestionnaire de l'intime me pousse &#224; croire que nous vivons sur nos derniers retranchements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Alors ils peuvent bien fabriquer des nanorobots, des robots policiers, des armes nucl&#233;aires miniaturis&#233;es, des biopuces d'identit&#233;... quel temps aurais-je pour questionner ces d&#233;cisions qui me contr&#244;leront davantage demain ? et pourquoi les critiquer si mon enqu&#234;te tombe dans une case &#171; &#224; classer plus tard &#187; chez les gens que mon discours atteindra ? Quoique cela cr&#233;e parfois de l'int&#233;r&#234;t de mettre le doigt sur les nouveaux dispositifs de pouvoir, sur les nouvelles technologies de contr&#244;le, mais pour s'entendre dire que nous vivons en pays libre et qu'on n'a rien &#224; se reprocher... On a beau ne rien avoir fait de &#171; mal &#187;, refuser un test ADN lors d'une instruction, qu'on soit innocent ou non, est passible de prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour Spinoza, la libert&#233; ne se joue pas au moment de l'action, car on est pris par l'action, il est trop tard, impossible d'avoir tout pr&#233;vu. Tout se joue dans ma mise en disposition, dans mon entra&#238;nement &#224; l'arriv&#233;e de l'&#233;v&#232;nement. Ce n'est pas une question de jugement, mais d'&#233;valuation. Evaluation de mes possibilit&#233;s, de mes d&#233;sirs et pr&#233;paration pour l'effectuation de ces d&#233;sirs et puissances. En bref, cela veut dire que ce n'est pas de se savoir libre ni de vivre libre qui compte, mais c'est la mani&#232;re dont les mondes s'agencent en vue de ce qui arrivera. Mon sentiment est que nous sommes en train d'agencer un gros monde, g&#233;opolitiquement simple dans ses antagonismes et complexe dans la justification, l'explication de ces antagonismes. Ce que je sens, c'est que sous couvert de propagation de la libert&#233;, et de pr&#233;servation de ce monde-ci tel qu'on nous le vend, les portes s'ouvrent &#224; la fabrication de conditions id&#233;ales pour l'instauration de nouveaux fascismes. Non seulement les micro-fascismes se d&#233;veloppent au niveau de l'appauvrissement des expressions affectives, loin des luttes racistes et nationalistes, mais aussi des macro-fascismes, structurels et syst&#233;matiques sont en train de s'armer. Alors on va me traiter de catastrophiste. Sauf que je ne dis pas que &#231;a va arriver, je ne proph&#233;tise pas : je dis qu'en ce moment c'est en train d'arriver, que nous le construisons, que c'est ce que nous d&#233;sirons et ce que nous mettons en &#339;uvre au jour le jour. Je ne renvoie &#224; aucun futur, je dis que notre pr&#233;sent, la journ&#233;e que je suis en train de vivre devient fasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce monde libre justifie a priori et pr&#233;pare les pires totalitarismes ; les soci&#233;t&#233;s post-totalitaires sont celles qui ont int&#233;gr&#233; le totalitarisme comme syst&#232;me, et qui, apr&#232;s l'avoir refoul&#233;, le rejouent plus discr&#232;tement, incarn&#233; cette fois-ci (6). On sait que le r&#232;glement des ann&#233;es sombres ne fut que spectaculaire : proc&#232;s des t&#234;tes pensantes, ex&#233;cution des fortes gueules et des moins malins ; mais que le gros de la police vichyste est rest&#233;e en place, pour ne citer que cet exemple. Les mentalit&#233;s et les sentiments fascistes sont rest&#233;s, ont compris que l'expression directe ne payait pas, et ont patient&#233;. Ce que nous vivons aujourd'hui, avec l'UMP qui fait un congr&#232;s pour sacrer Sarkozy &#224; 6 ou 7 millions d'euros par exemple (7), c'est le fait que les pulsions fascistes sentent un peu de marge, elles sentent que leur long travail d'habituation en chacun de nous, leurs lentes constructions x&#233;nophobes et surveillantes se sont ciment&#233;es dans la soci&#233;t&#233; et dans les intimit&#233;s. Elles peuvent dor&#233;navant se permettre quelques coups d'&#233;clat, quelque faste, quelques bavures : la machine discr&#232;te est en marche. A toute attaque contre la techno-science, les directions eug&#233;nistes du T&#233;l&#233;thon, les champs d'O.G.M., la bureaucratie, on les entendra brailler &#171; Fascistes ! Int&#233;gristes ! &#187; comme pour nous retourner le compliment...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Jeune fille, &#224; ce stade je vous stoppe : si les affects fascistes ont surv&#233;cu aux jugements post-totalitaires, les affects libertaires des r&#233;sistants sont aussi bien pr&#233;sents, et seront toujours l&#224; pour lutter contre la b&#234;te immonde &#187;. A cela je r&#233;pondrai par une question : les r&#233;sistants fran&#231;ais se battaient-ils pour la &#171; libert&#233; &#187; ou pour des questions nationalistes et militaires - pour la France, pour le G&#233;n&#233;ral ? et comment se fait-il que si peu de r&#233;sistance existe alors que de nouveaux fascismes de contr&#244;le surgissent, qui n'ont rien &#224; voir avec ce que l'on a connu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pendant qu'en Am&#233;rique, pays de l'esclavage, des capteurs de mouvement pars&#232;ment le sol, au pied du mur qui s&#233;pare le Mexique des victimes du 11 septembre, en Europe on continue de b&#226;tir des villes forteresses, urbanisant une lutte qui d&#233;passe des classes mais oppose les d&#233;sirs organise la gestion des pulsions plut&#244;t que d'en permettre la ma&#238;trise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Hier, je me suis amus&#233;e &#224; compter les cam&#233;ras rencontr&#233;es sur un de mes trajets courants : 34 cam&#233;ras pour un trajet de 40min, depuis celle de mon hall d'immeuble jusqu'&#224; celle qui orne l'entr&#233;e de ma fac, en passant par celle de ma rue et celles du m&#233;tro. Nous vivons l'&#233;poque de l'1cam&#233;ra/minute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'&#233;poque des propositions de service de s&#233;curit&#233;, nouvelle politique accroissant la nouvelle &#233;conomie et les nouvelles technologies (8). Pour chaque sph&#232;re de ma vie des emplois plus pr&#233;caires apparaissent en m&#234;me temps que des techniques mat&#233;rielles de contr&#244;le, certes, mais aussi des emplois li&#233;s &#224; la s&#233;curit&#233;. En plus des dispositifs purement techniques, je vois au jour le jour s'amonceler des milices priv&#233;es ou publiques autour de mes gestes. Je vis cette &#233;poque o&#249; je peux voir la diff&#233;rence, j'ai aujourd'hui 25ans, et quand j'en avais 15 je ne voyais que des flics en uniforme. Ces milices priv&#233;es dont le mod&#232;le vient directement des Etats-Unis (9) sont cens&#233;es &#339;uvrer au bien public. Mais elles sont compos&#233;es de personnes qui ont peur de perdre leur emploi, et qui sont gav&#233;es de s&#233;ries et de films policiers ou d'action US. S'instaurant en cow-boys agressifs, flics bad boys, justiciers mercenaires qui prot&#232;gent ceux qui les paient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous vivons les ann&#233;es qui additionnent les micro-fascismes. Ce qui ne signifie pas qu'on entend poindre les bottes noires, mais plut&#244;t que l'on travaille &#224; l'acceptation (10), &#224; la r&#233;signation, ou qu'on dresse &#224; l'espoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si les affects jouent dans les relations de pouvoir, d'une part c'est par l'existence au sein des appareils d'Etat d'une &#171; machine abstraite qui organise les &#233;nonc&#233;s dominants et l'ordre &#233;tabli d'une soci&#233;t&#233;, les langues et savoirs dominants, les actions et les sentiments conformes, les segments qui l'emportent sur les autres &#187; (11). D'autre part, c'est par l'orientation des affects selon des sch&#232;mes reconnus par les logiques de pouvoir, cod&#233;s pour nous faciliter la vie. Le pouvoir ne fonctionnant pas du haut vers le bas mais de partout, je vois que les logiques affectives de pouvoir ne peuvent se passer de notre bienveillance, de notre d&#233;sir de simplifier nos relations avec les autres en usant de techniques de pouvoir : humiliations, voix fortes, moqueries, r&#233;tention, etc. Enfin, nos relations sont travers&#233;es de logiques de contr&#244;le qui peuvent, pour l'instant, permettre de caract&#233;riser les soci&#233;t&#233;s post-totalitaires comme des micro-fascismes de contr&#244;le. Contr&#244;les dans tous les sens : de l'Etat sur les citoyens, des entreprises sur leurs employ&#233;s, des &#233;coles et des universit&#233;s sur leurs bambins, des magasins sur leurs clients, des couples entre eux (dernier appel compos&#233;...), des amis sur leurs m&#339;urs, des groupes politiques sur leurs opinions, de soi sur soi (r&#233;gimes, calme-toi, ne crie pas trop fort en jouissant)... Qu'il soit &#233;quip&#233; de nouvelles technologies ou qu'il perp&#233;tue d'anciennes surveillances, le contr&#244;le r&#233;tr&#233;cit le bocal de la libert&#233;. Bocal dans lequel le poisson se sent toujours libre, tant qu'il peut respirer et se d&#233;placer dans l'int&#233;gralit&#233; du volume d'eau qui lui est imparti. Nos poissons occidentaux sont libres : de choisir des nike ou des adidas, la gauche ou la droite, le cin&#233;ma de quartier ou le multiplexe, la glace bio ou le Mr Freeze... Mais si tu questionnes le bocal, si tu remarques son r&#233;tr&#233;cissement, tu es un marginal ou un terroriste. La loi sur le terrorisme actuelle est plus large que nos libert&#233;s : en tant que cela porte atteinte au bon fonctionnement &#233;conomique de la France, ne pas consommer d'&#233;lectricit&#233;, ou mettre trop de temps &#224; payer ses courses dans la queue d'une caisse de supermarch&#233; pourrait l&#233;galement &#234;tre soumis &#224; des poursuites pour terrorisme. Les terroristes sont partout, dans les lois, dans les peurs des chefs d'Etat, dans les facs, les gares, les centres commerciaux, les rues, partout... le plan vigipirate s'&#233;tend sur l'ensemble du territoire. Nous sommes tous des vigipirates. Rassur&#233;s par les contr&#244;les de sac dans les mus&#233;es, les universit&#233;s, les a&#233;roports... mais je me fais &#224; chaque fois la m&#234;me r&#233;flexion : j'aurais une grenade dans mon sac, je serais pass&#233; sans ennui ! Il nous faut ce spectacle du contr&#244;le, cette th&#233;&#226;tralisation du fichage et du &#171; laisse-moi jeter un coup d'&#339;il dans ton sac &#187;, sans cela on resterait chez nous morts de trouille. Quel d&#233;lice de voir des mitraillettes dans la gare de Perpignan, 100 000 habitants...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le mot de &#171; s&#233;curit&#233; &#187; est d&#233;j&#224; incorpor&#233; par tous, repris dans le concept de lutte &#171; anti-s&#233;curitaire &#187;. Mais je ne vois personne combattre la s&#233;curit&#233; ; ce sont des luttes qui refusent le contr&#244;le et la r&#233;pression politique, mais qui se laissent enfermer dans un vocabulaire de pouvoir. Les mouvements contestataires, m&#234;me les plus radicaux en restent donc &#224; un plan d'organisation transcendantale. J'ai vraiment mal lortsque la r&#233;action - lutte directe contre des vigiles ou des murs - si n&#233;cessaire et pertonente en tant que r&#233;sistance, s'installe parfois dans un r&#233;gime de priorit&#233;, rel&#233;guant au secondaire la construction de vies communes - c'est-&#224;-dire singuli&#232;res. Je me d&#233;place sur les soutiens aux expulsions sur simple appel, je participe &#224; des actions directes avec ou sans connaissance de cause, je rencontre &#224; Belgrade ou &#224; Grignoble, mais c'est &#224; chaque fois avec ce go&#251;t amer, cette sensation triste de remettre au lendemain l'action constituante de l'universit&#233; otonome ou la prise d'un squatt pour habiter avec mes proches, constituer un champ de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La pleine libert&#233; des affects et des puissances, la d&#233;charge &#224; tout va, pour plus de plaisir, un meilleur bien-&#234;tre, un confort optimis&#233;, une prise de risque d&#233;brid&#233;e : autant de modes du lib&#233;ralisme existentiel qui donnent prise au pouvoir, lui ouvrant les portes de l'intimit&#233; et des corps. Si le contr&#244;le vient d'ailleurs, tout comme la mort, en revanche la ma&#238;trise et le mourir, comme styles de vie ne peuvent que se construire en groupes restreints et affinitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On se veut et se croit libre... demandez &#224; n'importe quelle personne qui n'a pas de menottes au poignets, elle se sent libre. Le milieu libertaire et autonome est-il libre ? oui. A condition de r&#233;p&#233;ter que cette question et cette r&#233;ponse n'ont que peu de sens. La question de la libert&#233; rel&#232;ve de la m&#233;taphysique et des commentateurs sorbonnards de Suarez ou de Descartes. L'essence de la libert&#233;, de m&#234;me que d&#233;finir l'homme selon la libert&#233; ne veut rien dire. La question ne se pose pas entre fatalit&#233;, hasard et n&#233;cessit&#233;, mais entre ce qui arrive et ce qu'on accepte. Je suis sans cesse prise dans des jeux qui infirment ma libert&#233; : jeux de s&#233;duction, jeux pulsionnels, jeux langagiers, jeux d'imagination, etc. tout d&#233;pend de ma mani&#232;re d'accepter ces jeux qui ne sont pas des jeux de pouvoir a priori, mais le deviennent par la force des choses, c'est-&#224;-dire tant que je ne les &#233;value pas. Mais apr&#232;s questionnement, je peux tr&#232;s bien accepter une autorit&#233;, une hi&#233;rarchie de comp&#233;tences ou de talents... Dans une r&#233;union politique, toute libre que je puisse me sentir, il existe des autorit&#233;s et des hi&#233;rarchies, en termes d'intelligences pratiques ou th&#233;oriques, en termes de charismes et d'exp&#233;rience, etc. ; vouloir aplanir ces diff&#233;rences rel&#232;ve d'une illusion qui voudrait que tout soit contr&#244;lable dans une relation de groupe... Il suffit peut-&#234;tre de voir certains jeux et de les accepter en tant que je ne suis pas toute puissante et que j'ai des limites comme les autres en ont. Un groupe refuse les d&#233;s&#233;quilibres de puissances ou les fige dans un code pouvoir (hi&#233;rarchie) quand il refuse que chacun cr&#233;e - et non trouve - sa place au sein du groupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tandis que la libert&#233; ne vaut que comme abstraction, machine abstraite, servant all&#232;grement &#224; des prises de pouvoir, il me semble que le concept d'autonomie, non seulement prenne davantage de sens dans mes pratiques, mais se passe volontiers du concept comme du sentiment de libert&#233; - qui n'ont de sens que lors d'une mise aux fers effective. L'autonomie signifie la mise en disposition de pratiques qui entravent la transcendance du pouvoir, l'intrusion ext&#233;rieure et non d&#233;sir&#233;e de modes de vie. Comme entra&#238;nement quotidien &#224; des pratiques de critique intellectuelle ou de talent manuel. Non pas savoir mais savoir faire comme dit Beaumarchais, voici pour moi la cl&#233; d'une lib&#233;ration toujours possible. Et c'est bien le processus de lib&#233;ration qui prime sur l'&#233;tat de libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je commence &#224; peine &#224; lire Deleuze et j'aimerais comprendre ses histoires de plans, car ils me semblent &#233;clairer la notion d'autonomie. 1&#176;)Plan d'organisation transcendantale, c'est-&#224;-dire qu'on m'organise d'en haut, et avant toute exp&#233;rience que je pourrais faire, et 2&#176;)Plan de consistance immanente, c'est-&#224;-dire qu'&#224; partir de moi-m&#234;me, ou de mon groupe-sujet, j'exp&#233;rimente, j'essaie de toucher la mati&#232;re, de sentir l'&#233;preuve, je fais dans le consistant, dans ce qui a de la tenue, de la dur&#233;e intensive. Je me place donc aujourd'hui avec cet agencement : je vis de mani&#232;re d&#233;pendante, non libre et en cours d'autonomisation ; j'essaie de parcourir le plan de consistance immanente de mon groupe-sujet. Mes amis, mes proches, les sentiments et les corps de ceux que j'aime restant la base friable de mon engagement politique. Mais il n'y a pas que deux plans, j'ai essay&#233; de parler ici du plan d'espace disconvenant et du plan de lieux de convenance ; des plans d'expression libres et des plans de paroles autonomes ; aujourd'hui, je r&#233;sume l'autonomie &#224; la capacit&#233; de faire non, sur fond d'un &#171; grand oui &#187; : pouvoir s&#233;lectionner ce qui m'arrive, ne pas c&#233;der &#224; la moindre sollicitation des puissances ext&#233;rieures ou de mes puissances pulsionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et j'aimerais finir ce texte en disant que je ne me sens ni responsable ni fier de mon engagement politique. Si la libert&#233; pose probl&#232;me, c'est au moins depuis Nietzsche et sa critique de la responsabilit&#233;, comme construction morale. Selon lui, on a invent&#233; la responsabilit&#233; pour pouvoir juger, pour pouvoir dire &#224; celui qui g&#232;ne la soci&#233;t&#233; ou le groupe : &#171; tu aurais pu faire autrement, tu &#233;tais libre, mais tu as mal choisi. &#187;. Je pr&#233;f&#232;re me dire que je fais ce que je fais par rapport aux rencontres que j'ai connues, et aux directions vers lesquelles m'ont port&#233;e mes affects. Et Amor fati. Je peux assumer mes actes, mais pour &#234;tre responsable, je laisse cela aux juges, qu'ils soient fonctionnaires du minist&#232;re de la justice ou badauds. J'assume mais sans fiert&#233;, car je ressens le probl&#232;me de la gloire ressentie par le sentiment de sup&#233;riorit&#233; politique ; gloire de la diff&#233;rence qui ne fait qu'attiser en soi ce que l'on combat (12). Gloire politique quand on croit avoir mieux compris le monde et ses relations. Alors qu'on ne fait que voir par une autre lorgnette, qu'on prend d'autres lignes de fuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Avec toujours cette impression de vouloir acc&#233;l&#233;rer le temps, d'abr&#233;ger l'attente r&#233;volutionnaire. Vouloir le grand soir tout de suite maintenant. Vouloir ressentir la gloire de celui qui aura men&#233; l'action d&#233;cisive, qui restera, comme sujet-groupe, dans les livres d'histoire. Mais la r&#233;volution ne se d&#233;cide pas. Elle se fait, c'est-&#224;-dire se construit. Ce qui compte, ce n'est pas l'apr&#232;s r&#233;volution, ni le pendant, mais d'&#234;tre attentif &#224; comment la sauce a pris - devenir-r&#233;volutionnaire : qui fait quoi quand la tension monte, dans les deux camps...? Ce qui compte dans le mouvement d'autonomie, c'est qu'&#224; aucun moment on ne puisse se dire autonome comme on voudrait se croire libre. Je vois de belles latitudes dans le sentiment d'autonomie...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Enfin, l'ennemi majeur, l'adversaire strat&#233;gique (alors que l'opposition de L'Anti-&#338;dipe &#224; ses autres adversaires constitue plut&#244;t un engagement tactique) : le fascisme. Et non seulement le fascisme historique de Hitler et de Mussolini - qui a su si bien mobiliser et utiliser le d&#233;sir des masses - , mais aussi le fascisme qui est en nous tous, qui hante nos esprits et nos conduites quotidiennes, le fascisme qui nous fait aimer le pouvoir, d&#233;sirer cette chose m&#234;me qui nous domine et nous exploite. Comment faire pour ne pas devenir fasciste m&#234;me quand (surtout quand) on croit &#234;tre un militant r&#233;volutionnaire ? Comment d&#233;barrasser notre discours et nos actes, nos c&#339;urs et nos plaisirs du fascisme ? Comment d&#233;busquer le fascisme qui s'est incrust&#233; dans notre comportement ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
M. Foucault&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
Notes :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;1&lt;/strong&gt; : G. Deleuze : &#171; Vous demandez si les soci&#233;t&#233;s de contr&#244;le ou de communication ne susciteront pas des formes de r&#233;sistance capables de redonner des chances &#224; un communisme con&#231;u comme &#8220; organisation transversale d'individus libres &#8221;. Je ne sais pas, peut-&#234;tre. Mais ce ne serait que dans la mesure o&#249; les minorit&#233;s pourraient reprendre la parole. Peut-&#234;tre la parole, la communication sont-elles pourries. Elles sont enti&#232;rement p&#233;n&#233;tr&#233;es par l'argent : non par accident, mais par nature. Il faut un d&#233;tournement de la parole. Cr&#233;er a toujours &#233;t&#233; autre chose que communiquer. L'important, ce sera peut-&#234;tre de cr&#233;er des vacuoles de non-communication, des interrupteurs, pour &#233;chapper au contr&#244;le. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; 2&lt;/strong&gt; : Deleuze pr&#244;ne l'espace lisse contre le stri&#233;... je ne comprends pas encore ; j'aime penser que le rugueux, le stri&#233;, le montagneux &#233;chappent au contr&#244;le et &#224; la normalisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;3&lt;/strong&gt; :Adorno : &#171; (Huxley) prend &#224; la lettre la m&#233;taphore schopenhau&#233;rienne de la nature produite en s&#233;rie. Des troupeaux fourmillants de jumeaux sont fabriqu&#233;s dans l'&#233;prouvette, cauchemar de doubles &#224; l'infini, tel qu'il fait irruption au grand jour dans la vie quotidienne, dans la p&#233;riode la plus r&#233;cente du capitalisme, avec le sourire normalis&#233;, la gr&#226;ce apprise &#224; la charm school, jusqu'&#224; la conscience standardis&#233;e d'innombrables individus, adapt&#233;e aux industries de la communication. L'ici et maintenant de l'exp&#233;rience spontan&#233;e, rong&#233; depuis longtemps, est priv&#233; de tout pouvoir : d&#233;sormais, les hommes ne sont pas seulement les consommateurs de produits fabriqu&#233;s en s&#233;rie et fournis par les trusts, mais ils semblent eux-m&#234;mes &#234;tre produits par la toute-puissance de ces trusts et avoir perdu leur individualit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;4&lt;/strong&gt; : Le correcteur orthographique d'IBM ne reconna&#238;t pas ces deux mots : biopuce et biom&#233;trique... il me les souligne de son petit rouge dent&#233; et narquois, l'air de dire : &#171; non, non, j'vois pas de quoi vous parlez ... ce doit &#234;tre de la science-fiction... comment &#231;a s'&#233;crit d&#233;j&#224; ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;5&lt;/strong&gt; : Lib&#233;ration sam. 4 d&#233;c : &#171; &#8220;Quand une affaire d&#233;marre, l'analyse du portable est devenue un r&#233;flexe comme l'enqu&#234;te de voisinage&#8221;, explique un officier de gendarmerie. &#8220;La t&#233;l&#233;phonie est impliqu&#233;e dans 99 % de nos enqu&#234;tes de stups et de braquages&#8221;, affirme un commissaire du Nord. Qu'il s'agisse de d&#233;terminer un emploi du temps, un itin&#233;raire ou un r&#233;seau de relations, l'&#233;tude des appels t&#233;l&#233;phoniques fixes et mobiles est devenue &#8220;un recours quasi syst&#233;matique&#8221;, selon un magistrat. &#187; (...) &#171; Le r&#233;seau GSM est pr&#233;cieux pour les micros espions. Il suffit d'une puce t&#233;l&#233;phonique, la carte SIM et d'un peu de technique pour permettre &#224; un micro espion de fonctionner sur le r&#233;seau du portable. Les enqu&#234;teurs peuvent donc l'&#233;couter en toute l&#233;galit&#233; en composant un simple num&#233;ro t&#233;l&#233;phonique et profiter ainsi d'une meilleure couverture qu'un micro classique. &#187; (...) &#171; La tra&#231;abilit&#233; t&#233;l&#233;phonique a &#233;videmment un co&#251;t : 70 millions d'euros sur les 400 millions de frais de justice (analyses ADN, frais de fourri&#232;re et de scell&#233;s...) engag&#233;s l'ann&#233;e derni&#232;re par la chancellerie. &#8220;C'est le poste de d&#233;penses qui augmente le plus, explique un haut fonctionnaire. 70 millions d'euros en 2003 contre 35 millions d'euros en 2002.&#8221; Les op&#233;rateurs en t&#233;l&#233;phonie mobile sont extr&#234;mement peu diserts sur les r&#233;quisitions judiciaires : ils ne communiquent ni leurs nombres, ni leurs tarifications. &#8220;On applique la loi du 18 juillet 1991, on a une cellule qui s'occupe des r&#233;quisitions judiciaires&#8221;, indique-t-on chez Bouygues T&#233;l&#233;com. (...) &#187;. Et il ne faudrait pas penser que ce type d'intrusions se r&#233;sume aux suspects de terrorisme ou de grand banditisme, puisqu'on peut utiliser les informations priv&#233;es pour un simple fait divers : &#171; Marie Leblanc trahie par son t&#233;l&#233;phone. Marie Leblanc, 23 ans, avait imagin&#233; un luxe de d&#233;tails pour d&#233;crire aux policiers son agression imaginaire dans le RER D. Mais elle n'avait pas pr&#233;vu que son t&#233;l&#233;phone s&#232;merait le doute parmi les enqu&#234;teurs. Le 9 juillet 2004, cette jeune femme affirmait &#234;tre mont&#233;e vers 9 h 30 dans le RER D en gare de Louvres (Val-d'Oise) avec son b&#233;b&#233; &#226;g&#233; de 13 mois. Selon ses d&#233;clarations, six jeunes gens d'origines maghr&#233;bine et africaine, dont trois arm&#233;s de poignards, l'avaient bouscul&#233;e et lui avaient vol&#233; son sac. Elle affirmait que ses agresseurs, persuad&#233;s qu'elle &#233;tait juive, lui avaient taillad&#233; les cheveux, lac&#233;r&#233; jean et tee-shirt, lui griffant la peau de leurs lames et dessinant au marqueur noir des croix gamm&#233;es sur son ventre. Elle avait indiqu&#233; aux policiers avoir quitt&#233; le RER &#224; la gare de Garges-Sarcelles (Val-d'Oise), o&#249; elle avait pr&#233;venu son compagnon depuis son t&#233;l&#233;phone portable. Dans un premier temps, les enqu&#234;teurs &#233;pluch&#232;rent les bandes vid&#233;o du RER sans retrouver la trace d'&#233;ventuels agresseurs. Ils &#233;tablirent ensuite que la jeune femme n'avait pas t&#233;l&#233;phon&#233; de son portable de la gare de Garges-Sarcelles mais de Louvres, dans le Val-d'Oise. J. D. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;6&lt;/strong&gt; : De m&#234;me que les soci&#233;t&#233;s post-disciplinaires ne sont pas celles qui sont sorties des modes disciplinaires de dressage mais qui les ont incorpor&#233;es jusqu'&#224; ne plus les noter. Les cours aujourd'hui dispens&#233;s sur Foucault n'ont pas besoin de mat&#233;riel pour illustrer leur propos : ils se d&#233;roulent dans les m&#234;mes salles de classe, avec le m&#234;me dispositif panoptique et vertical, avec les m&#234;mes rapports au savoir que ceux d&#233;nonc&#233;s par Foucault. Foucault capitalis&#233; et illustr&#233; dans les modes de restitution de son apport.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;7&lt;/i&gt; : Libre UMP, qui fait voter &#233;lectroniquement... &#171; J'ai besoin de jeunes libres, pas de jeunes &#224; qui on explique ce qu'ils doivent penser&#034;, a d&#233;clar&#233; Sarkozy, avant de remercier son &#171; arm&#233;e de militants &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;8&lt;/strong&gt; : Lib&#233;ration sam. 4 d&#233;c : &#171; Le procureur de la R&#233;publique de Meaux, Ren&#233; Pech, a ouvert vendredi une information &#224; l'encontre de trois agents de la surveillance g&#233;n&#233;rale (Suge) de la SNCF pour &#8220;violences volontaires &#187; ayant caus&#233; une interruption de travail de plus de huit jours &#8220;par personnes charg&#233;es d'une mission de service public en r&#233;union&#8221;. Les trois ont &#233;t&#233; mis en examen, et l'un d'eux a &#233;t&#233; &#233;crou&#233;. Ce sont eux qui, apr&#232;s ce qu'ils appellent &#8220;une neutralisation&#8221;, auraient exp&#233;di&#233; &#224; l'h&#244;pital [Abdelkadder,] un jeune homme de 21 ans dans le coma, avec une fracture du cr&#226;ne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;9&lt;/strong&gt; : On nous rab&#226;che notre anti-am&#233;ricanisme, sans cesse contredit par l'accumulation de pratiques directement &#233;tats-uniennes. Cf la mauvaise conscience que voudrait nous inculquer les juges de l'Intelligentsia, &#8220;vous &#234;tes coupables de racisme envers les am&#233;ricains&#8221; ; mais ces intellectuels m&#233;diatis&#233;s ne parlent que pour la poign&#233;e de r&#233;els anti-am&#233;ricains d&#233;biles de France. En mettant tout le monde dans le m&#234;me anti-am&#233;ricanisme, on condamne toute critique v&#233;h&#233;mente envers la politique am&#233;ricaine. La seule bravade autoris&#233;e &#233;tant : &#8220;Ah oui ils assassinent et envahissent, ils bafouent leurs droits civiques, ils construisent ECHELON et la NSA, et des armes nucl&#233;aires miniatures, mais bon &#231;a va c'est le pays de la libert&#233;, si les Ricains n'&#233;taient pas l&#224;...&#8221; Sans compter qu'en faisant porter le d&#233;bat sur les Etats-Unis, on &#233;vite de regarder la politique fran&#231;africaine meurtri&#232;re, les abus policiers ou vigiliers fran&#231;ais, etc. &lt;br class='autobr' /&gt; A noter que les Etats-Unis commencent &#224; envoyer des robots arm&#233;s de mitraillettes en Irak, &#224; la place de soldats. Voir le journal t&#233;l&#233;vis&#233; d'Euronews, &lt;a href=&#034;http://www.euronews.net&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.euronews.net&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;10&lt;/strong&gt; : Philippe Mallein a cr&#233;&#233; Ad-Valor, une entreprise qui propose des services d'acceptabilit&#233; : quand un produit de nouvelle technologie risque de subir une critique, comme ce fut le cas pour les O.G.M., Mallein et son &#233;quipe lancent un protocole sociologique cens&#233; faire accepter plus lentement mais plus s&#251;rement l'innovation aux destin&#233;es &#233;thiques ambigu&#235;s. Ses client sont E.D.F., Danone, Bouygues, etc. et des anonymes pour qui il fait des &#171; Expertise d'usage sur un syst&#232;me de bracelet &#233;lectronique pour la surveillance d'enfant &#187;. Allez voir son site...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;11&lt;/strong&gt; : G. Deleuze, &#171; Le vieux fascisme si actuel et si puissant qu'il soit dans beaucoup de pays, n'est pas le nouveau probl&#232;me actuel. On nous pr&#233;pare d'autres fascismes. Tout un n&#233;o-fascisme s'installe par rapport auquel l'ancien fascisme fait figure de folklore. (...) Au lieu d'&#234;tre une politique et une &#233;conomie de guerre, le n&#233;o-fascisme est une entente mondiale pour la s&#233;curit&#233;, pour la gestion d'une &#8220;paix&#8221; non moins terrible, avec organisation concert&#233;e de toutes les petites peurs, de toutes les petites angoisses qui font de nous autant de micro-fascistes, charg&#233;s d'&#233;touffer chaque chose, chaque visage, chaque parole un peu forte, dans sa rue, son quartier, sa salle de cin&#233;ma. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;12&lt;/strong&gt; : Quand Nietzsche parle de pathos de la distance, il pense aux pairs, ce n'est pas une question de sup&#233;riorit&#233; mais de convenance d'organisation pulsionnelle. Le sentiment de tenir une diff&#233;rence, de tenir une place, d'aimer la d&#233;fendre et continuer &#224; la cr&#233;er, par la surprise des rencontres convenantes. On n'a pas besoin des conseils de personnes qui se sentiraient sup&#233;rieures, pas de consultants, mais de strat&#233;gies &#233;labor&#233;es en commun pour augmenter notre puissance ou du moins &#233;laborer et faire vivre nos d&#233;sirs au lieu de les inhiber et de les entraver trop. Un &#233;paississement intensif de l'affectivit&#233; et non une d&#233;sorganisation pulsionnelle qui veut tout sans rien vouloir vraiment. Mais pour cela, il me semble que l'&#233;preuve consiste &#224; vouloir sentir des affects, non pas contradictoires et emm&#234;l&#233;s, - mais contrari&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;MILANO CENTRALE
&lt;p&gt;Contre-po&#233;sie du Chat&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Leurs demandes sont floues, prohib&#233;es par la clart&#233; de nos slogans. En certains endroits nouveaux de la grande ville, il n'est de salut que leur chute. &lt;br&gt;
Nos pupilles pulv&#233;risent leurs yeux glabres. Un matin, le rajout de couleurs vives fut d&#233;cid&#233; unanimement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que fait le sans-toit ?&lt;br&gt;
Il suinte des bancs publics telle une plante grasse.&lt;br&gt;
La parole ?&lt;br&gt;
Plus saoule que les soldats russes apr&#232;s la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bavardage est pris de grippe. Il dit ce qu'une putain ne dirait pas. Les danseuses ont un regard de mort.&lt;br&gt;
Une petite pluie &#224; roulettes d&#233;ferle sur les pav&#233;s. En dedans, nous devenons &#224; peu pr&#232;s des gens de maison.&lt;br&gt;
Le plastique cr&#232;ve le bois. On tousserait bien une centaine de mygales, pour jouer &#224; les regarder d&#233;taler sur la ferraille.&lt;br&gt;
Pourquoi ne pas rompre le dos d'un vieux, et s'en faire un si&#232;ge ?&lt;br&gt;
Les lutins de gare sont plus humides que les corniches moisies de l'H&#244;tel Moderne.&lt;br&gt;
Les agents suivent d'ing&#233;nieux carrosses emplis de sucre, qui roulent sur nos pieds. &lt;br&gt;
Le marbre pr&#234;t&#233; par la municipalit&#233; susurre des boiteries et des ulc&#232;res, des lumbagos et des rages de dents. Les rigoles de pisse, s'il ne gelait, auraient bien la vulgarit&#233; de l'&#233;clat. Ensemble, nous m&#226;chons des piments lisses, vitamin&#233;s, au go&#251;t de violette.&lt;br&gt;
Les grands-parents sont pl&#226;tr&#233;s sur les &#233;tag&#232;res de tous les buffets de France, &#224; c&#244;t&#233; du passe-plat. C'est pourquoi nous pensons qu'il est dans votre int&#233;r&#234;t de ne pas agir.&lt;br&gt;
Ah les imbus, les propres ! Les enregistrements &#224; court et &#224; long terme !&lt;br&gt;
Il a &#233;t&#233; dit que demain &#224; l'aube trente veuves disputeraient le marathon de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dort &#224; mes c&#244;t&#233;s le dernier voyageur d'Europe. &lt;br&gt;
Nous avons parl&#233; de toi.&lt;br&gt;
Nous nous sommes tenus sur la br&#232;che, o&#249; l'aube et le cr&#233;puscule se disputent les contraires.&lt;br&gt;
Tu nous as demand&#233; de compter les habitants de Milano Centrale, entre le Jour du Seigneur et le premier rendez-vous de la semaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;compte du 17 octobre, 2 : 59.&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Moribonds : 7&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Colleurs d'affiches, pr&#233;parant l'arriv&#233;e des Acheteurs : 12
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; R&#233;fugi&#233;s, sains, avec bagages : 19
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Voyageurs et/ou rateurs de train : 6
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Curieux : 1
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Manutentionnaires de caisses m&#233;talliques, de chariots, avec musique : 0
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Policiers et gendarmes : 40
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Chats : 0.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 : 30. Retour de la voix qui annonce et qui d&#233;nonce. &lt;br&gt;
Nous avions &#224; pr&#233;sent la mine roussie et le bras cass&#233; de l'extincteur.&lt;br&gt;
Nous avons pris note de ta proposition selon laquelle est &#224; chercher ce qui n'existe pas encore. Nous disons : s'il faut murmurer quelque belle parole, qu'elle fasse route entre la marchande de loto et l'homme au costume gris, entre les Erythr&#233;ennes endormies et le fr&#232;re qu'elles attendent, qu'elle se dissipe entre deux hommes semblables.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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