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		<title>Le progr&#232;s, c'est mal !</title>
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		<dc:date>2006-08-17T02:20:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bertrand Louart, Pierre Thuillier, Simon Fairlie, Teodor Shanin, Theodore Kaczynski</dc:creator>


		<dc:subject>Technocritique</dc:subject>
		<dc:subject>Bo&#238;te A Outils Editions (Forcalquier)</dc:subject>
		<dc:subject>Luttes paysannes, ruralit&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Cinq textes pour contribuer &#224; une r&#233;flexion sur le progr&#232;s, la science, la soci&#233;t&#233; industrielle, en repla&#231;ant ces concepts dans un contexte historique, au niveau politique social et &#233;conomique ; &lt;i&gt;L'id&#233;e de progr&#232;s&lt;/i&gt; (Teodor Shanin) ; &lt;i&gt;H. de St Victor, r&#233;volutionnaire ou r&#233;aliste ?&lt;/i&gt; (entretien avec Pierre Thuillier) ; &lt;i&gt;Les Luddites, une tentative de r&#233;appropriation&lt;/i&gt; (Bertrand Louart) ; &lt;i&gt;Le d&#233;clin de la paysannerie anglaise&lt;/i&gt; (Simon Fairlie) ; &lt;i&gt;La technologie est une force sociale plus puissante que l'aspiration &#224; la libert&#233;&lt;/i&gt; (Theodore Kaczynski).&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique22" rel="directory"&gt;P&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;Technocritique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot79" rel="tag"&gt;Bo&#238;te A Outils Editions (Forcalquier)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot123" rel="tag"&gt;Luttes paysannes, ruralit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH106/arton365-1d28f.png?1781288924' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='106' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff365.png?1154594911&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'id&#233;e de Progr&#232;s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La philosophie des XVII&#232;me, XVIII&#232;me, et XIX&#232;me si&#232;cles a l&#233;gu&#233; &#224; nos sciences sociales contemporaines un h&#233;ritage majeur, l'id&#233;e de progr&#232;s. Cette id&#233;e la&#239;que, s'&#233;cartant r&#233;solument de la pens&#233;e m&#233;di&#233;vale qui expliquait tout par la volont&#233; de Dieu, proposait une th&#233;orie forte, durable et s&#233;duisante, permettant d'ordonner et d'interpr&#233;ter l'ensemble de la vie pass&#233;e, pr&#233;sente et future de l'Humanit&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept est d'une simplicit&#233; extr&#234;me : malgr&#233; quelques al&#233;as, toute soci&#233;t&#233; se d&#233;place r&#233;guli&#232;rement vers le &#171; haut &#187;, le long d'une route qui l'&#233;loigne de la pauvret&#233;, de la barbarie, du despotisme et de l'ignorance pour la conduire vers la richesse, la civilisation, la d&#233;mocratie et la Raison (incarn&#233;e par sa quintessence, la science).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un mouvement irr&#233;versible, depuis la diversit&#233; infinie des particularismes - gaspilleurs d'&#233;nergie humaine et de ressources - jusqu'&#224; un monde unifi&#233;, simplifi&#233; et rationnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette id&#233;e de mouvement du mauvais vers le bon, de l'ignorance vers la connaissance qui a donn&#233; &#224; ce concept son &#233;thique porteuse de promesses, son caract&#232;re optimiste et son &#233;lan r&#233;formiste. Le d&#233;bat a &#233;t&#233; vif sur le r&#244;le relatif des diff&#233;rents facteurs (&#233;conomiques, culturels, politiques...), par exemple de savoir qui, de la croissance du rationalisme ou de celles des forces de production, joue le r&#244;le moteur. Par contre, le r&#244;le fondamental du contexte historique, de ses &#233;tapes dans la progression du concept, n'a pas &#233;t&#233; exploit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de progr&#232;s, dans son concept comme dans les valeurs, les repr&#233;sentations et la charge &#233;motionnelle qu'elle v&#233;hiculait, s'&#233;vada du cercle des philosophes et de la communaut&#233; des savants. Elle fit son chemin &#224; travers toutes les strates de la soci&#233;t&#233;, pour devenir partie du bon sens populaire et incontestable. Si les faits contredisent la th&#233;orie - ce qui arrivait fr&#233;quemment, c'&#233;tait un avatar accidentel ou passager ; la foi dans le progr&#232;s et ses implications demeurait intacte. La terminologie changea avec la mode : progr&#232;s, modernisation, d&#233;veloppement, croissance etc. Ses l&#233;gitimations aussi : mission de civilisation, efficacit&#233; &#233;conomique, conseil amical, etc. Mais le contenu ne s'alt&#233;ra pas, conservant sa puissance, sa popularit&#233; et sa force de conviction pendant deux si&#232;cles. Il a accompagn&#233; la naissance de la &#171; R&#233;volution industrielle &#187;, ses premiers &#233;lans de foi triomphante dans la production croissante et &#233;ternelle de biens mat&#233;riels pour le plus grand bonheur de l'Humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La modernit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon moi, l'id&#233;e de progr&#232;s a &#233;t&#233; g&#233;n&#233;r&#233;e par le besoin d'apporter une solution &#224; des probl&#232;mes majeurs pos&#233;s par l'interpr&#233;tation du monde, et qui laissaient perplexes les Europ&#233;ens &#224; l'aube de ce que l'on appellera plus tard la &#171; modernit&#233; &#187;. En premier lieu, les certitudes bien ancr&#233;es sur l'explication des interactions humaines et des modes d'organisation sociale, bas&#233;es sur l'auto-observation, avaient &#233;t&#233; bouscul&#233;es par les &#171; d&#233;couvertes &#187; de nouvelles terres, de nouveaux peuples, de nouveaux modes de vie par les voyageurs europ&#233;ens. L'ancienne dualit&#233; entre civilis&#233; et barbare ou (chr&#233;tien et infid&#232;le) se r&#233;v&#233;lait inop&#233;rante devant la masse d'inexp&#233;riences inattendues qui la contestait quotidiennement. Il allait falloir trouver un sens &#224; la diversit&#233; croissante et infinie des soci&#233;t&#233;s humaines connues, ou pour le moins les classer dans des cat&#233;gories intelligibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, la perception du temps s'&#233;tait modifi&#233;e avec l'exp&#233;rience historique. Tout au long de l'histoire &#233;crite, le temps avait &#233;t&#233; comme cyclique. La pens&#233;e humaine r&#233;fl&#233;chissait, comme en biologie, en terme de jeunesse, de maturit&#233;, de vieillesse et de mort pour les soci&#233;t&#233;s et les empires. D'o&#249; le mythe de l'&#233;ternel retour, v&#233;hicul&#233; par la religion et les l&#233;gendes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le mythe de l'&#233;ternel retour &#187;, Mircea Eliade, Gallimard 1989&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La fin &#233;tait commencement. Mais si les hommes et les soci&#233;t&#233;s &#233;voluaient selon un mod&#232;le cyclique, les structures et l'essence m&#234;me du monde demeuraient immuables. Pour un intellectuel du XVIII&#232;me si&#232;cle, la lecture de Plutarque et de Cic&#233;ron &#233;tait aussi moderne que celle d'un contemporain. Mais une &#232;re nouvelle &#233;tait en germe. Les anciennes certitudes sur les cycles temporels et la r&#233;p&#233;tition des &#233;v&#233;nements vacillaient. L'&#233;poque que l'on baptisera deux si&#232;cles plus tard la p&#233;riode de &#171; d&#233;collage &#187; de l'Europe se caract&#233;risa par la perception que le temps &#233;tait lin&#233;aire et la conscience d'entrer dans un avenir encore inexplor&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mettant en relation d'interd&#233;pendance ces deux probl&#232;mes, le concept de progr&#232;s leur apportait une solution spectaculaire. Pourquoi la diversit&#233; ? Parce que les soci&#233;t&#233;s sont &#224; des &#233;tapes diff&#233;rentes de d&#233;veloppement. Qu'est-ce que le changement social ? La n&#233;cessaire progression d'une organisation sociale &#224; une autre. Quel est l'objet de la th&#233;orie sociale ? De d&#233;m&#234;ler et d'expliciter le sens r&#233;el de la progression naturelle, par &#233;tapes, du pass&#233; vers l'avenir. Quel est le devoir d'un chef d'Etat &#233;clair&#233; ? D'utiliser les r&#233;sultats des recherches scientifiques pour acc&#233;l&#233;rer la marche vers le &#171; haut &#187;, en combattant les forces r&#233;actionnaires qui tentent de l'entraver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette nouvelle &#233;cole de pens&#233;e fit na&#238;tre un immense espoir : la croyance qu'il serait possible , une fois les myst&#232;res de ce monde d&#233;crypt&#233;s, d'en changer le cours scientifiquement, en utilisant la connaissance du n&#233;cessaire et de l'objectif. L'optimisme &#233;tait d'autant plus grand que les premiers utilisateurs du concept repr&#233;sentaient &#224; leurs propres yeux le stade le plus avanc&#233; du progr&#232;s, et par cons&#233;quent l'avenir du reste de l'humanit&#233;, un exemple universel et... un guide naturel. Ceci donna au concept une dimension d'extr&#234;me arrogance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le concept devient &#171; universel &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept de progr&#232;s, devenu outil principal d'orientation dans la complexit&#233; du monde, se mit &#224; vivre d'une vie propre. Il influen&#231;a fortement la &#171; R&#233;volution industrielle &#187;. L'urbanisation, la propagation du colonialisme, leur donnant (provisoirement) une dimension quasiment m&#233;taphysique : la n&#233;cessaire lin&#233;arit&#233;, universellement pertinente et positive dans le d&#233;roulement de l'histoire humaine. Les connaissances g&#233;ographiques furent organis&#233;es en cons&#233;quence, les soci&#233;t&#233;s r&#233;parties en soci&#233;t&#233;s &#171; d&#233;velopp&#233;es &#187; et en soci&#233;t&#233;s &#171; sous-d&#233;velopp&#233;es &#187;, les premi&#232;res devant n&#233;cessairement apporter leur aide, voire leur tutelle aux secondes... Les soci&#233;t&#233;s &#171; avanc&#233;es &#187; tra&#231;aient l'avenir des autres. Si d&#233;bat il y avait, c'&#233;tait sur les indicateurs et les facteurs de d&#233;veloppement, jamais sur la signification de telles classifications. Le concept en phase aussi bien avec l'&#233;poque qu'avec les diff&#233;rentes conceptions politiques, p&#233;n&#233;tra par la grande porte dans les jeunes disciplines acad&#233;miques des sciences sociales, la sociologie, l'anthropologie et l'&#233;conomie. On l'y retrouva sous forme de &#171; th&#233;ories de la modernisation &#187;, de &#171; strat&#233;gies de d&#233;veloppement &#187; ou de &#171; programmes de croissance &#187;. Une des variantes du marxisme kautskien de la II&#232;me Internationale devint l'id&#233;ologie officielle de l'Union Sovi&#233;tique. L'id&#233;e de progr&#232;s &#233;tait devenue universelle, d&#233;passant les clivages id&#233;ologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut bien admettre qu'&#224; premi&#232;re vue la contribution de cette th&#233;orie aux objectifs qu'elle s'&#233;tait fix&#233;s, c'est-&#224;-dire de classifier, de r&#233;duire &#224; un d&#233;nominateur commun et d'aider &#224; comprendre les r&#233;alit&#233;s humaines, fut &#233;vidente, et qu'elle r&#233;sista &#224; l'augmentation incessante des donn&#233;es pertinentes &#224; int&#233;grer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En concentrant les interrogations sur les interconnections et les causes des changements sociaux observ&#233;s, elle permit souvent une certaine compr&#233;hension. Par sa gr&#226;ce, la planification sociale devint intellectuellement envisageable, respectable et m&#234;me indispensable, fond&#233;e sur des mod&#232;les historiques &#171; objectifs &#187; et scientifiquement analysables. En cons&#233;quence, elle devint un puissant outil politique, extr&#234;mement mobilisateur.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'id&#233;e de progr&#232;s a ainsi acc&#233;d&#233; au rang d'id&#233;ologie majeure, devenant une grille de lecture profond&#233;ment ancr&#233;e dans la conscience collective. Elle est devenue jusqu'&#224; un certain point la &#171; science normale &#187;, telle que l'a d&#233;fini Kuhn&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La r&#233;volution copernicienne &#187;, Thomas Kuhn, Livre de Poche, 1992&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, pour laquelle un domaine de connaissance, une fois cern&#233;, g&#233;n&#232;re ses propres interrogations et consid&#232;re comme ill&#233;gitimes toute autre question et tout &#233;l&#233;ment qui ne cadre pas avec sa th&#233;orie. Ainsi des cohortes d'experts en d&#233;veloppement et autres politiciens endurcis, au nom des &#171; services rendus &#187; au progr&#232;s, se sont attribu&#233;s d'&#233;normes privil&#232;ges dans les domaines du pouvoir, du statut social et du niveau de vie, alors que le reste de l'humanit&#233;, devenait objet de manipulation. La majorit&#233; des hommes se vit priv&#233;e, au nom de l'organisation scientifique, du droit de choisir et m&#234;me de comprendre pourquoi sa propre exp&#233;rience &#233;tait ni&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Progr&#232;s et Etat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Etat moderne actuel est &#224; la fois l'instrument et la repr&#233;sentation concr&#232;te la plus signifiante de l'id&#233;e de progr&#232;s. Il fonde sa l&#233;gitimit&#233; sur le bien-fond&#233; de la rationalit&#233; bureaucratique et sur la n&#233;cessit&#233; objective des m&#233;thodes de gestion des &#234;tres humains. Il a l'autorit&#233; pour distribuer les privil&#232;ges et faire respecter ses modes de fonctionnement. Les luttes de pouvoir, devenues combats pour le contr&#244;le d'Etat, se passent sous couvert de d&#233;bat sur les divergences d'interpr&#233;tation des lois objectives du progr&#232;s. En cela. le foss&#233; Est/Ouest d'avant 1991 n'&#233;tait pas si profond, ce qui explique les faibles changements intervenus depuis la fin de la guerre froide. L'expansion des multinationales et la dictature officieuse des Etats-Unis par le biais du F.M.I. sur les r&#233;gions les plus faibles du globe n'ont pas non plus modifi&#233; en profondeur les id&#233;ologies du progr&#232;s et de l'Etat, qui justifient les privil&#232;ges dont jouissent les privil&#233;gi&#233;s et les irrationalit&#233;s majeures commises par les gardiens officiels de la rationalit&#233;. Ce n'est pas un hasard si, &#224; l'Ouest comme &#224; l'Est, au Nord comme au Sud, la col&#232;re et la m&#233;fiance ont pris la forme d'un anti-&#233;tatisme profond et virulent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prise de conscience de l'existence d'un &#171; Big Brother &#187; n'a jamais &#233;t&#233; aussi forte qu'aujourd'hui, m&#234;me si elle se traduit plus souvent par l'apathie que par une r&#233;bellion ouverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, l'id&#233;e de progr&#232;s devient une id&#233;ologie d'asservissement, souvent d'une remarquable cruaut&#233;, tol&#233;rable parce qu'insignifiante &#224; long terme. Le fanatisme qu'a fr&#233;quemment fait na&#238;tre cette id&#233;e n'est pas sans &#233;voquer le christianisme du Moyen-Age. Pour acc&#233;l&#233;rer le retour du Messie, les croisades propageaient les guerres et la mort dans le monde ext&#233;rieur, tandis qu'&#224; l'int&#233;rieur la Sainte Inquisition s'occupait des sceptiques et des d&#233;viants. La vie elle-m&#234;me &#233;tait sacrifi&#233;e &#224; un n&#233;cessaire avenir. Au nom du bien de l'humanit&#233; (et on ne peut nier son impact positif sur la civilisation europ&#233;enne), l'id&#233;e de progr&#232;s impose une v&#233;rit&#233; finale et une histoire totalisante &#224; l'ensemble de la race humaine. Pour paraphraser Acton, la th&#233;orie de l'absolu corrompt absolument.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, les limites de cette id&#233;ologie apparaissent &#233;videntes. Elle a gravement limit&#233; ou retard&#233; la compr&#233;hension d'un vaste ensemble de donn&#233;es qui ne cadraient pas avec son langage : la renaissance islamiste, l'existence de &#171; minorit&#233;s &#187; qui sont en fait des majorit&#233;s dans nombre de populations, les r&#233;gimes communistes exploiteurs, les r&#233;gimes capitalistes &#233;touffant le d&#233;veloppement &#233;conomique, etc. L'id&#233;e de croissance lin&#233;aire &#233;ternelle nous a rendus aveugles &#224; la complexit&#233; du tissu social, aux structures diff&#233;rentes et parall&#232;les qui cohabitent sans pour autant &#234;tre transitoires. Elle a retard&#233; la compr&#233;hension des probl&#232;mes d'&#233;cologie, et d'autres encore. La v&#233;ritable histoire humaine, qui s'&#233;tend et se d&#233;veloppe &#224; partir de formes complexes, et ne tend pas &#224; s'universaliser et &#224; se simplifier, &#233;tait occult&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Combattre le progr&#232;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme il est fr&#233;quent quand des concepts fondamentaux cessent d'&#234;tre pertinents, ils ne sont pas n&#233;cessairement remplac&#233;s rapidement par des concepts nouveaux. Au cours des derni&#232;res ann&#233;es, nous avons plut&#244;t assist&#233; &#224; la d&#233;mission - sous diff&#233;rentes formes - des intellectuels, comme si plus rien n'&#233;tait globalisable. Avec la critique actuelle de la modernit&#233;, et son explication par les &#171; post-modernistes &#187; qui veut que tout soit devenu relatif &#224; part la relativit&#233; elle-m&#234;me, l'id&#233;e de progr&#232;s atteint une derni&#232;re phase d'influence par sa n&#233;gation m&#234;me. La rh&#233;torique sous-jacente n'en dispara&#238;t pas pour autant, car elle sert encore des int&#233;r&#234;ts puissants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui condamnent les cons&#233;quences du progr&#232;s se contentent de les fuir &#224; titre individuel ; les &#171; masses &#187; poursuivent leur vie de consommateurs de biens et de loisirs, effray&#233;es par d'incompr&#233;hensibles &#171; march&#233;s globaux &#187; et par un &#171; ch&#244;mage global &#187;. Pendant ce temps, le coeur de la soci&#233;t&#233; se vide peu &#224; peu de tout contenu humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui veulent r&#233;agir &#224; l'&#233;chec fondamental d'une des th&#233;ories universelles &#224; laquelle l'humanit&#233; a adh&#233;r&#233; depuis deux si&#232;cles devraient commencer par l&#224; o&#249; les premi&#232;res fissures sont apparues : le contenu humain des structures sociales et des id&#233;ologies in&#233;branlables, c'est-&#224;-dire les questions de choix. Nous connaissons tous les limitations du choix humain au sein de la soci&#233;t&#233; contemporaine. Il nous faut maintenant mieux comprendre et apprendre &#224; utiliser les limites de ces limitations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Teodor Shanin&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Teodor Shanin, d'origine russe, est professeur de sociologie &#224; l'Universit&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Hugues de St Victor, r&#233;volutionnaire ou r&#233;aliste ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pour ceux qui pensent un peu h&#226;tivement qu'il a exist&#233; de tous temps une recherche pure, d&#233;gag&#233;e des contingences mat&#233;rielles et &#233;conomiques et que la science appliqu&#233;e, avec son dernier avatar, la techno-science, n'est qu'un ph&#233;nom&#232;ne r&#233;cent dont les fr&#233;quents &#171; accidents &#187; ou cons&#233;quences n&#233;fastes ne sont que des erreurs de jeunesse, Pierre Thuillier remet les pendules &#224; l'heure&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'apr&#232;s un entretien avec Pierre Thuillier, auteur de nombreux ouvrages (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hugues de Saint-Victor est un &#171; anc&#234;tre &#187;, mais qui nous touche de pr&#232;s ; ce chanoine vivait au XII&#232;me si&#232;cle sur les bords de la Seine dans l'actuel Quartier latin. Il a &#233;mis, vers 1140, l'id&#233;e d'introduire l'enseignement des techniques dans l'enseignement de la philosophie. C'&#233;tait une id&#233;e tr&#232;s hardie pour son &#233;poque. Il y avait alors, d'un c&#244;t&#233;, les &#233;coles (qui allaient bient&#244;t engendrer l'universit&#233; telle qu'elle existe aujourd'hui ; on y enseignait la th&#233;ologie, le droit, la m&#233;decine et la philosophie) et puis de l'autre une soci&#233;t&#233; qui devenait marchande, technicienne. Le nombre des ing&#233;nieurs se multipliait et Hugues de Saint-Victor disait : &#171; il faut compl&#233;ter les enseignements nobles (la philosophie, la th&#233;ologie) par l'introduction de l'enseignement des techniques &#187;. On l'a souvent, peut-&#234;tre &#224; tort, consid&#233;r&#233; comme une sorte de r&#233;volutionnaire qui, dans cette soci&#233;t&#233; f&#233;odale, cl&#233;ricale et chr&#233;tienne, voulait qu'on fasse une place &#224; des pr&#233;occupations pratiques, la&#239;ques, concr&#232;tes, adapt&#233;es au mouvement historique qui allait vers la technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot philosophie peut pr&#234;ter &#224; confusion car, au XII&#232;me si&#232;cle, la science au sens moderne du mot n'existe pas. Le terme science s'appliquait en fait &#224; la &#171; physique &#187;, comprise dans un sens tr&#232;s philosophique, une &#233;tude des causes et des effets, comme chez Aristote le mouvement, la forme, la mati&#232;re... Lorsque le chanoine, par ailleurs un &#234;tre contemplatif, mystique, dit qu'il faut introduire dans la philosophie ce qu'on appelait les &#171; arts m&#233;caniques &#187;, cela va loin. Dans les arts m&#233;caniques, il y avait par exemple l'agriculture, l'art de la forge, la fabrication de la laine, l'art de la navigation, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis l'Antiquit&#233; classique, chez les Grecs, les Latins et jusqu'au d&#233;but du Moyen-Age entre le V&#232;me et le X&#232;me si&#232;cle, le travail manuel &#233;tait m&#233;pris&#233;, ou du moins tenu en pi&#232;tre estime ; les &#171; arts m&#233;caniques &#187; &#233;taient r&#233;serv&#233;s aux basses couches de la soci&#233;t&#233;. Les chevaliers se battaient, mais ce n'&#233;tait pas un &#171; travail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux hommes de religion, ils aspiraient &#224; la contemplation, &#224; la b&#233;atitude c&#233;leste. D'o&#249; le m&#233;pris de l'action et des techniques. Or l'Occident, &#224; partir du X&#232;me si&#232;cle, conna&#238;t une sorte de r&#233;volution : il devient de plus en plus technique (progr&#232;s &#233;normes dans l'agriculture, moulins &#224; eau puis &#224; vent, machines diverses). Au Xl&#232;me si&#232;cle appara&#238;t le mot &#171; ing&#233;nieur &#187; ; le nombre de marchands se multiplie, un syst&#232;me bancaire s'&#233;labore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une soci&#233;t&#233; qui m&#233;prisait le travail manuel (&#224; l'exemple des Grecs, chez lesquels un travailleur manuel ne pouvait acc&#233;der au statut de citoyen), on en arrive &#224; de telles mutations sociales et &#233;conomiques que m&#234;me les pr&#234;tres en prennent conscience. On assiste ainsi &#224; la naissance de la soci&#233;t&#233; moderne. Certains se rendent compte qu'on ne peut plus se limiter &#224; un enseignement purement abstrait, th&#233;ologique, cl&#233;rical, qu'il va falloir mettre au point des formules qui tiennent compte de la mont&#233;e des marchands, des ing&#233;nieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;volution culturelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est probable que Hugues de Saint-Victor ait consid&#233;r&#233; avec quelque crainte cette r&#233;volution culturelle, sociale et &#233;conomique qui se d&#233;roulait sous ses yeux. Il n'avait sans doute pas tort puisque le d&#233;veloppement des villes et des techniques annon&#231;ait l'av&#232;nement d'un monde qu'on appellera plus tard capitaliste. D&#232;s le XIV&#232;me si&#232;cle, on peut parler de pr&#233;capitalisme, de capitalisme commercial. Saint-Victor pressentait sans doute que tout un syst&#232;me &#233;tait en train de dispara&#238;tre. Les valeurs chr&#233;tiennes et spirituelles allaient c&#233;der la place &#224; une morale nouvelle, toujours actuelle : prot&#232;ge-toi, ach&#232;te, vends, cultive, cherche le rendement, le profit, l'efficacit&#233; et rationalise tout &#224; outrance, fie-toi aux experts scientifiques. On en &#233;tait alors aux balbutiements, bien s&#251;r, mais la grande mutation &#233;tait tr&#232;s nettement amorc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sormais, la nature va &#234;tre per&#231;ue autrement ; et une science nouvelle pourra appara&#238;tre : au lieu de respecter la nature, comme les animistes et les chr&#233;tiens, on va la consid&#233;rer comme un r&#233;servoir de forces, de ressources &#224; exploiter &#224; l'aide de machines puissantes, de moulins efficaces... Il faut cultiver la technique, produire des recettes, des lois qui seront utilisables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est passionnant de voir comment le XVII&#232;me si&#232;cle, par la voix de Bacon, Galil&#233;e et Descartes, couronne ce triomphe de la technique et des marchands : dominer la nature, l'analyser rationnellement pour mieux l'exploiter, ce sera un programme &#224; la fois social et scientifique qui aboutira &#224; la techno-science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les agriculteurs, qui vivaient dans une sorte de complicit&#233; avec la terre, sont supplant&#233;s par des gens plus agressifs. C'est le r&#232;gne des entrepreneurs qui construisent des usines, des arsenaux, des bateaux, organisent l'exploitation des mines et d&#233;veloppent la m&#233;tallurgie. Il s'agit d'une r&#233;volution fondamentale, celle de l'&#232;re industrielle, et il se pourrait que nous vivions aujourd'hui la &#171; fin &#187; de cette aventure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre Hugues de Saint Victor et nous, un cycle presque complet a eu lieu : le passage d'une soci&#233;t&#233; &#171; &#233;cologique &#187; &#224; une soci&#233;t&#233; qui veut mater la nature et qui en arrive peut-&#234;tre aujourd'hui, &#224; force d'exploiter les ressources naturelles, &#224; les gaspiller, &#224; polluer l'environnement sans m&#234;me que cela profite au plus grand nombre. Aujourd'hui, peut-&#234;tre prend-on conscience que le culte aveugle de la &#171; croissance &#187; conduit &#224; la catastrophe. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La science en tant que recherche pure ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s sa naissance, chez Galil&#233;e, Descartes ou Bacon, la science n'est pas uniquement contemplation. Bien s&#251;r, il y a beaucoup de scientifiques qui croient encore aujourd'hui travailler au savoir pur. Mais socialement, historiquement, l'entreprise globale de la science est n&#233;e d'un changement historique, d'une profonde mutation sociale et &#233;conomique. C'est parce qu'il y a eu des si&#232;cles d'ing&#233;nieurs et de marchands que l'Occident a pu donner naissance &#224; la Science. Elle visait &#224; &#233;tudier la nature, certes, mais ce n'&#233;tait pas dans une perspective innocente. Descartes dit qu'il faut que la science soit utile et Bacon affirme que v&#233;rit&#233; et efficacit&#233; vont de pair. Faire de la physique, d&#233;couvrir des lois dans tous les domaines, c'est produire des connaissances, mais dans une perspective utilitaire. D&#232;s ses d&#233;buts, la science moderne n'est pas pure, m&#234;me si elle se pr&#233;sente comme telle ; on voit bien que derri&#232;re elle se profilent d'&#233;normes int&#233;r&#234;ts sociaux, &#233;conomiques ou militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) Galil&#233;e, dans son livre &#233;crit en 1638 sur &#171; Deux sciences nouvelles &#187;, commence par rendre hommage aux ing&#233;nieurs de l'arsenal de Venise, grande puissance maritime, commerciale et financi&#232;re de l'&#233;poque. La premi&#232;re de ces sciences, c'est la m&#233;canique o&#249; il &#233;tudie le mouvement et o&#249; il r&#233;sout le probl&#232;me des artilleurs (&#171; comment faire pour envoyer un boulet le plus loin possible, quelle est l'inclinaison &#224; donner au canon ? &#187;). La deuxi&#232;me science, c'est l'&#233;tude de la r&#233;sistance des mat&#233;riaux, c'est-&#224;-dire une science d'ing&#233;nieurs. On peut de ce fait difficilement pr&#233;tendre que Galil&#233;e faisait de la recherche pure qui aurait &#233;t&#233; d&#233;tourn&#233;e par la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;part, Galil&#233;e est port&#233; par ce mouvement historique vers l'application pratique o&#249; militaires et marchands veulent trouver leur compte.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est l&#224; une image plus r&#233;aliste de la naissance de la science moderne qui montre bien qu'elle a toujours &#233;t&#233; li&#233;e, en Occident, &#224; des pr&#233;occupations terrestres... On a la science qu'on m&#233;rite et c'est parce que l'Occident a eu de formidables ambitions pratiques (pouvoir, efficacit&#233;) qu'il a mis au point cette science qui est une science utilitaire, une techno-science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, je ne suis pas convaincu que la science moderne soit plus corrompue qu'elle ne l'&#233;tait au d&#233;part. Je pense que ses pr&#233;tendues &#171; d&#233;viations &#187; font partie depuis longtemps de son histoire sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(entretien avec Pierre Thuillier)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les Luddites, une tentative de r&#233;appropriation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les Luddites &#233;taient des travailleurs et travailleuses anglais-e-s qui men&#232;rent un mouvement insurrectionnel et d&#233;truisirent la machinerie industrielle. Ils se donnaient pour nom collectif celui de G&#233;n&#233;ral Ludd ou Roi Ludd. Le mouvement, apparut vers la fin de 1811 &#224; Nottingham, s'&#233;tendit en Angleterre de comt&#233; en comt&#233; jusqu'en 1816.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le monde anglo-saxon, il est aujourd'hui courant que quelqu'un qui s'oppose au progr&#232;s technologique soit p&#233;jorativement tax&#233; de luddite, mais nombreux sont ceux qui depuis les ann&#233;es 1980 et 1990 ont arbor&#233; le drapeau du luddisme : occupations rurales en Espagne, actions contre les cultures transg&#233;niques en France, Belgique ou Royaume-Uni, mouvements paysans de r&#233;sistance au Br&#233;sil ou en Inde, tous font eux aussi montre d'une r&#233;bellion contre le progr&#232;s technoscientifique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette introduction est extraite de l'auto-interview de &#171; Los Amigos de Ludd (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement insurrectionnel des Luddites s'attaque aux machines et aux usines nouvellement introduites par des entrepreneurs capitalistes. Mais les tisserands, les fileurs et tondeurs de draps et leurs ouvriers qui composent l'essentiel de ce mouvement ne sont pas pour autant technophobes. Par ces actions, ils cherchent &#224; prot&#233;ger leurs communaut&#233;s, leur libert&#233; et leur autonomie contre les capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette &#233;poque il n'existe pas de &#171; protection sociale &#187; au sens moderne qui d&#233;signe en fait une prise en charge par l'Etat. La seule protection sociale qui existe est celle que ces ouvriers et artisans se sont donn&#233;e eux-m&#234;mes &#224; travers leur organisation sociale communautaire, centr&#233;e autour d'une &#233;conomie domestique, la culture familiale d'un lopin de terre et la production de drap &#224; l'aide de machines &#224; tisser ou &#224; carder. Il y a l&#224; un ensemble de relations sociales fond&#233;es sur le droit coutumier, la r&#233;ciprocit&#233; et l'entraide &#224; l'int&#233;rieur du village et dans la corporation. Cet ensemble de conditions &#233;conomiques et surtout d'institutions et de coutumes sociales leur assurait une certaine ind&#233;pendance par rapport aux marchands &#224; qui ils vendaient leur production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut donc dire que la r&#233;volte des Luddites contre les machines et l'usine &#233;tait conservatrice, mais elle n'&#233;tait pas pour autant r&#233;actionnaire, car ils s'opposaient en connaissance de cause &#224; ce qui &#233;tait en r&#233;alit&#233; une r&#233;gression humaine et sociale.&lt;br&gt;
Car ce que les entrepreneurs capitalistes voulaient imposer, ce n'est rien d'autre que le salariat, c'est-&#224;-dire des rapports sociaux fond&#233;s uniquement sur l'argent et l'&#233;change marchand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etre salari&#233;, cela signifiait pour ces artisans non seulement &#234;tre aux ordres d'un patron, &#234;tre serviteur d'une machine et &#234;tre &#224; la merci des caprices du march&#233; qui peuvent, d'un jour &#224; l'autre, vous priver de travail et de revenu et vous jeter &#224; la rue - mais c'est entrer aussi dans un &#233;tat de d&#233;nuement, de d&#233;pendance et de d&#233;possession g&#233;n&#233;ral tel que l'on se voit oblig&#233; de se vendre pour devoir tout acheter&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'opposition populaire &#224; l'introduction du syst&#232;me capitaliste et industriel (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les entrepreneurs capitalistes qui introduisaient les machines et l'usine n'avaient donc rien d'autre &#224; proposer que l'esclavage, la &#171; guerre de tous contre tous &#187; et la mis&#232;re : &#171; Le foss&#233; qui s&#233;parait un &#8216;serviteur', un ouvrier salari&#233; soumis aux ordres et &#224; la discipline du ma&#238;tre, d'un artisan, qui avait le loisir &#8216;d'aller et venir' comme bon lui semblait, &#233;tait assez profond pour que les gens soient pr&#234;ts &#224; verser le sang plut&#244;t que d'&#234;tre contraints &#224; passer d'un bord &#224; l'autre. Et, dans le syst&#232;me de valeurs de la communaut&#233;, ceux qui r&#233;sistaient &#224; la d&#233;gradation &#233;taient dans leur droit. (...) Ce qui &#233;tait en jeu, c'&#233;tait tout un mode de vie pour la communaut&#233;, et nous devons donc comprendre que l'opposition des tondeurs &#224; certaines machines allait bien au-del&#224; de la d&#233;fense de son niveau de vie par un groupe particulier de travailleurs qualifi&#233;s. Ces machines &#233;taient le symbole vivant de l'empi&#233;tement progressif du syst&#232;me industriel. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. P. Thompson, &#171; La formation de la classe ouvri&#232;re anglaise &#187;, 1969&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les machines, c'est-&#224;-dire les applications des progr&#232;s scientifiques et techniques de cette &#233;poque, ont &#233;t&#233; utilis&#233;es comme une arme de guerre contre les populations, leurs communaut&#233;s et leurs moyens de subsistance autonome. Et cela conjointement avec l'appui du pouvoir politique, de l'Etat, qui priva ces travailleurs de tous leurs droits constitutionnels : non seulement les droits coutumiers et la l&#233;gislation du travail (pourtant tous deux tr&#232;s paternalistes) furent abolis, mais des lois contre les associations (c'est-&#224;-dire contre toute forme d'activit&#233; syndicale) furent &#233;galement vot&#233;es par le Parlement. Par ces diff&#233;rentes dispositions autant techniques que juridiques, les classes dominantes visaient &#224; r&#233;duire les artisans et les travailleurs ind&#233;pendants &#224; l'&#233;tat de simples instruments, de main-d'&#339;uvre exploitable &#224; volont&#233;, de rouages dociles pour leurs machines. Les machines ne rapportent des profits qu'&#224; un seul au lieu de faire vivre dignement une communaut&#233; et leur production est g&#233;n&#233;ralement de bien moindre qualit&#233;, mais elles produisent plus, plus rapidement et &#224; moindre co&#251;t. A c&#244;t&#233; des dispositions l&#233;gales, c'est &#233;galement gr&#226;ce &#224; ce dumping que les capitalistes r&#233;ussirent &#224; imposer le mode de production industriel, le salariat et l'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#224; noter que ce dumping alors dirig&#233; contre les structures sociales des peuples occidentaux, est toujours employ&#233; aujourd'hui pour d&#233;truire les &#233;conomies locales des pays dits &#171; en voie de d&#233;veloppement &#187;, moins sur les produits manufactur&#233;s que sur les denr&#233;es alimentaires. Les agricultures des pays industriels, hyper-productives autant qu'ultra-subventionn&#233;es, d&#233;versent leurs exc&#233;dents dans les pays du tiers-monde &#224; des prix d&#233;fiant toute concurrence, et particuli&#232;rement celle de la production locale. Ainsi, c'est non seulement la petite paysannerie qui ne peut plus vivre de ses productions (avec pour cons&#233;quence des disettes et des famines qui viennent justifier de nouvelles importations &#224; bas prix), mais c'est aussi l'ensemble de la vie sociale, l'ind&#233;pendance des communaut&#233;s et par l&#224; leurs rapports entre elles qui sont boulevers&#233;s (d'o&#249; exode rural, mis&#232;re urbaine, conflits ethniques, etc., qui viennent tous justifier le &#171; d&#233;veloppement &#187;, c'est-&#224;-dire le pillage des ressources de ces pays).&lt;br&gt;
Je ne veux pas pour autant pr&#233;senter les communaut&#233;s traditionnelles, dont &#233;taient issus &#233;galement les Luddites, comme une forme sociale idyllique et parfaite. Mais face au projet politique et social du capitalisme, elles avaient au moins le m&#233;rite d'&#234;tre r&#233;ellement des organisations sociales &#224; &#233;chelle humaine, o&#249; chacun pouvait trouver ou cr&#233;er un &#233;quilibre dans ses rapports avec les autres. L'&#233;conomie et la technique y &#233;taient mises au service des hommes, et non le contraire. Le prix des denr&#233;es et la r&#233;mun&#233;ration du travail, par exemple, y &#233;taient r&#233;gis par un ensemble de coutumes et parfois de lois qui effectuaient une redistribution de la richesse produite collectivement, assurant &#224; chaque membre de la communaut&#233; de quoi vivre. Les am&#233;liorations techniques &#233;taient &#233;troitement contenues dans certaines limites qui permettaient leur int&#233;gration progressive dans les m&#233;tiers sans bouleverser brutalement les rapports sociaux : il &#233;tait inacceptable pour les Luddites qu'une machine jette brutalement sur le pav&#233; des travailleurs qualifi&#233;s, car le but du travail et de la production n'&#233;tait pas le salaire ou le profit (au sens o&#249; l'entendent les capitalistes) mais bien d'assurer aux personnes les moyens d'une existence digne et ind&#233;pendante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit, deux conceptions de la vie humaine et sociale, deux projets politiques se sont affront&#233;s autour de ces machines. Dans l'optique qui est celle des Luddites, l'emploi d'un progr&#232;s technique est subordonn&#233; &#224; la ma&#238;trise individuelle et collective de l'ensemble du processus ayant trait &#224; sa mise en &#339;uvre &#224; l'int&#233;rieur de l'organisation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas la communaut&#233; et les individus qui doivent s'adapter &#224; la machine, mais bien la machine qui doit s'int&#233;grer &#224; l'organisation sociale... Car les machines &#233;taient alors suffisamment simples pour que les Luddites aient &#233;galement imagin&#233; se les approprier, en acqu&#233;rir la ma&#238;trise technique, et &#224; partir de l&#224; r&#233;former leurs communaut&#233;s dans le sens d'un plus grand progr&#232;s social et humain, d'une plus grande libert&#233; et autonomie pour les personnes. C'est pourquoi ils ne d&#233;truisirent pas aveugl&#233;ment toutes les machines, mais seulement celles des employeurs qui b&#226;claient le travail, payant trop peu leurs ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Luddites n'attendaient donc pas le progr&#232;s de l'Histoire, de l'accroissement des forces productives, des m&#233;canismes du march&#233; ou de l'Etat, mais bien de leur capacit&#233; &#224; ma&#238;triser les conditions de leur existence &#224; travers leurs m&#233;tiers et leurs communaut&#233;s et surtout de leur propre activit&#233; politique, de leur lutte contre le syst&#232;me capitaliste et industriel qui cherchait au contraire &#224; les d&#233;poss&#233;der de tout pouvoir sur leur existence.&lt;br&gt;
L'insurrection Luddite fut finalement r&#233;prim&#233;e f&#233;rocement par la bourgeoisie et la noblesse anglaises, toutes deux alli&#233;es par une sainte trouille de voir l'exemple de la R&#233;volution Fran&#231;aise franchir la Manche. Elles all&#232;rent jusqu'&#224; instaurer la peine de mort pour &#171; bris de machine &#187;, ce qui signifie que le fonctionnement des machines avait bien plus d'importance &#224; leurs yeux que la vie humaine. L'&#233;conomie politique capitaliste, d&#232;s ses d&#233;buts, est donc bien &#171; le reniement achev&#233; de l'homme &#187; (Marx) et tout le processus d'industrialisation au XIX&#232;me si&#232;cle ne l'illustrera que trop clairement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple l'enqu&#234;te men&#233;e dans les r&#233;gions mini&#232;res de l'Angleterre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit au passage que ce fameux &#171; march&#233; libre et autor&#233;gulateur &#187; - invent&#233; et th&#233;oris&#233; par Adam Smith dans son ouvrage &#171; &lt;i&gt;La richesse des nations&lt;/i&gt; &#187;, publi&#233; en 1776 - que les lib&#233;raux pr&#233;tendent si &#171; naturel &#187; a &#233;t&#233; en r&#233;alit&#233; impos&#233; par l'Etat, ba&#239;onnette au canon, &#224; des populations qui dans l'ensemble n'en voulaient pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'industrialisation prendra son essor au cours du XIX&#232;me si&#232;cle en engendrant une d&#233;sorganisation sociale et un d&#233;sastre humain sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire, particuli&#232;rement en Angleterre : liquidation de l'agriculture, destruction des communaut&#233;s paysannes et artisanales, paup&#233;risme, exploitation des femmes et des enfants dans les mines et les filatures, colonialisme, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le progr&#232;s technique, qui a alors entra&#238;n&#233; une ind&#233;niable augmentation des rendements et de la production, a &#233;t&#233; pay&#233; par une non moins ind&#233;niable r&#233;gression de la condition des classes populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Bertrand Louart&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Extrait de :&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
&#171; &lt;i&gt;Quelques &#233;l&#233;ments d'une critique de la soci&#233;t&#233; industrielle&lt;/i&gt; &#187; suivies d'une &#171; &lt;i&gt;Introduction &#224; la r&#233;appropriation&lt;/i&gt;, &#233;bauche de 1999 - juin 2003 &#187; Suppl&#233;ment &#224; &lt;i&gt;Notes &amp; Morceaux Choisis, Bulletin critique des sciences, des technologies et de la soci&#233;t&#233; industrielle&lt;/i&gt;, disponible au 52, rue Damr&#233;mont, 75018 Paris&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le d&#233;clin de la paysannerie anglaise&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pourquoi le capitalisme est-il n&#233; en Angleterre ? Les explications en sont nombreuses et complexes et on ne d&#233;m&#234;lera sans doute jamais les causes des effets : religion protestante, tradition maritime (donc colonialiste), climat propice &#224; la production de laine, r&#233;volution pr&#233;coce (1649) qui donne le pouvoir &#224; une classe bourgeoise lib&#233;rale.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose est n&#233;anmoins certaine, c'est que pour amorcer ce processus, l'Angleterre a d&#251; s'assurer de la main-d'&#339;uvre n&#233;cessaire pour faire tourner les rouages de l'industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant les ann&#233;es 1790 &#224; 1850, on va donc faire dispara&#238;tre la petite paysannerie syst&#233;matiquement et en quasi totalit&#233; pour atteindre deux objectifs : le d&#233;placement d'une partie de cette paysannerie pour l'inciter &#224; chercher du travail en ville et l'am&#233;lioration des techniques de production agricole pour alimenter la masse toujours croissante de ces nouveaux prol&#233;taires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La population britannique passera de 9 millions en 1800 &#224; 17 millions en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (ce qui, selon les propagandistes, ne peut s'effectuer que sur des fermes de grande superficie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'outil privil&#233;gi&#233; sera la privatisation des terres, autrement dit, la cl&#244;ture des terrains communaux (enclosures). Cela n'a rien de nouveau ; depuis le XIII&#232;me si&#232;cle, de grands exploitants se sont progressivement accapar&#233;s des terres communales pour y produire du mouton &#224; laine en tr&#232;s grande quantit&#233;, une industrie qui a apport&#233; la richesse au pays, mais qui n'emploie que peu de main-d'&#339;uvre paysanne. De plus elle ruine progressivement les petits paysans qui n'ont que des petits troupeaux. Au XVIII&#232;me si&#232;cle, la cl&#244;ture des communaux est syst&#233;matis&#233;e par la loi. Village apr&#232;s village, les paysans perdent leur droit &#224; y faire p&#226;turer leur vache ou leurs oies, &#224; y ramasser du bois ou y cultiver un lopin. De nombreuses familles appauvries n'ont d'autre recours que d'&#233;migrer vers la ville. Entre 1700 et 1845, on estime ainsi que plus de 5 millions d'hectares ont &#233;t&#233; cl&#244;tur&#233;s par les grands propri&#233;taires. En 1876, la moiti&#233; des terres agricoles anglaises et galloises appartiennent &#224; 2.250 personnes et 0,6% de la population poss&#232;de 98% de la terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Simon Fairlie&lt;br/&gt;
The land is ours&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La technologie est une force sociale plus puissante que l'aspiration &#224; la libert&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;extrait de &#171; La soci&#233;t&#233; industrielle et son avenir &#187;, Encyclop&#233;die des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un compromis durable entre la technologie et la libert&#233; est impossible : la technologie est de loin la force sociale la plus puissante, elle gagne sans cesse du terrain sur la libert&#233; par des compromis r&#233;p&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons le cas de deux voisins poss&#233;dant chacun la m&#234;me &#233;tendue de terres, mais dont l'un est plus puissant que l'autre. Le puissant exige une partie des terres de l'autre. Le faible refuse. Le puissant dit : &#171; D'accord, faisons un compromis. Donne-moi la moiti&#233; de ce que je r&#233;clame. &#187; Le faible doit c&#233;der. Quelque temps apr&#232;s, le plus puissant exige d'autres terrains, de nouveau il y a compromis, et ainsi de suite. En imposant une s&#233;rie de compromis au plus faible, le puissant lui prend &#224; la longue toutes ses terres. I1 en va de m&#234;me dans le conflit entre la technologie et la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons pourquoi la technologie est une force sociale plus puissante que l'aspiration &#224; la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il arrive fr&#233;quemment qu'une avanc&#233;e technologique qui semblait au d&#233;part inoffensive finisse par mettre en p&#233;ril la libert&#233;. Par exemple, un pi&#233;ton pouvait autrefois aller o&#249; bon lui semblait, &#224; sa propre allure, sans se pr&#233;occuper du code de la route ; il restait ind&#233;pendant de l'infrastructure technologique. Lorsqu'ils furent introduits, les v&#233;hicules &#224; moteur sembl&#232;rent accro&#238;tre la libert&#233; de l'homme ; ils n'entamaient aucunement la libert&#233; du pi&#233;ton, personne n'&#233;tait oblig&#233; d'avoir une automobile, celui qui choisissait d'en acheter une pouvait simplement voyager beaucoup plus vite. Mais le d&#233;veloppement des transports motoris&#233;s changea bient&#244;t &#224; tel point la soci&#233;t&#233; que la libert&#233; de mouvement s'en trouva &#233;norm&#233;ment restreinte. Quand les automobiles se multipli&#232;rent, il fallut r&#233;glementer consid&#233;rablement leur usage. En voiture, et en particulier dans les endroits tr&#232;s peupl&#233;s, on ne peut aller o&#249; l'on veut &#224; son propre rythme ; chaque mouvement est r&#233;gi par la densit&#233; du trafic et ses nombreuses lois. On est contraint &#224; de multiples obligations : vignette, permis de conduire, carte grise, assurance, contr&#244;le technique, paiement des traites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'utilisation d'un engin motoris&#233; n'est d'ailleurs plus l'objet d'un choix. Depuis l'invention de l'automobile, l'am&#233;nagement des villes a chang&#233; de mani&#232;re telle qu'il est devenu impossible &#224; la majorit&#233; des gens de se rendre &#224; pied &#224; leur travail, dans les magasins et dans les lieux de divertissement ; ils sont donc oblig&#233;s de se servir d'une voiture, ou bien ils doivent utiliser les transports en commun, et ils ont alors encore moins d'autonomie dans leurs mouvements. La libert&#233; du pi&#233;ton est elle aussi d&#233;sormais grandement r&#233;duite. En ville, il doit continuellement s'arr&#234;ter et respecter les feux de circulation destin&#233;s au trafic automobile. A la campagne, celui-ci rend la marche dangereuse et d&#233;sagr&#233;able le long des routes. (Veuillez noter l'importance de ce que nous avons illustr&#233; en prenant l'exemple des transports : une nouvelle technologie est souvent tout d'abord l'objet d'un choix, mais elle ne le reste pas n&#233;cessairement. Dans de nombreux cas, elle transforme la soci&#233;t&#233; de telle mani&#232;re que les gens se trouvent finalement contraints de l'utiliser.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le progr&#232;s technologique dans son ensemble restreint continuellement notre libert&#233;, chaque nouvelle avanc&#233;e technologique consid&#233;r&#233;e s&#233;par&#233;ment semble d&#233;sirable. Que peut-on reprocher &#224; l'&#233;lectricit&#233;, &#224; l'eau courante, au t&#233;l&#233;phone ou &#224; n'importe laquelle des innombrables avanc&#233;es technologiques qu'a effectu&#233;es la soci&#233;t&#233; moderne ? Il aurait &#233;t&#233; absurde de s'opposer &#224; l'introduction du t&#233;l&#233;phone : il offrait de nombreux avantages, et aucun inconv&#233;nient. Pourtant, (...) tous ces progr&#232;s technologiques pris dans leur ensemble ont cr&#233;&#233; un monde o&#249; le sort de l'homme de la rue ne d&#233;pend plus de lui-m&#234;me, ni de ses voisins et de ses amis, mais des politiciens, des cadres d'entreprise, des techniciens anonymes et des bureaucrates sur lesquels il n'a aucun pouvoir. Ce processus va se poursuivre. Prenons la g&#233;n&#233;tique : peu de gens s'opposeront &#224; l'introduction d'une technique g&#233;n&#233;tique &#233;liminant une maladie h&#233;r&#233;ditaire. Cela ne cause aucun tort apparent et &#233;vite beaucoup de souffrances. Pourtant, la g&#233;n&#233;tique prise dans son ensemble fera de l'esp&#232;ce humaine un produit manufactur&#233; au lieu d'une cr&#233;ation libre du hasard - ou de Dieu, ou autre, selon les croyances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'immense puissance sociale de la technologie vient aussi de ce que, &#224; l'int&#233;rieur d'une soci&#233;t&#233; donn&#233;e, le progr&#232;s technologique avance dans une seule et unique direction, et qu'il ne peut y avoir de retour en arri&#232;re. Une fois qu'une innovation technologique a &#233;t&#233; introduite, les gens en deviennent g&#233;n&#233;ralement d&#233;pendants, jusqu'&#224; ce qu'elle soit remplac&#233;e par l'innovation suivante. Et ce n'est pas seulement chaque individu qui en devient d&#233;pendant, mais plus encore le syst&#232;me dans son entier. (Imaginez seulement ce que deviendrait le syst&#232;me actuel si les ordinateurs &#233;taient supprim&#233;s.) Le syst&#232;me ne peut donc avancer que dans une seule et unique direction : toujours plus de technologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La technologie fait sans cesse reculer la libert&#233; - faute d'un renversement total du syst&#232;me technologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La technologie avance &#224; grands pas et menace la libert&#233; de multiples fa&#231;ons &#224; la fois (surpopulation, lois et d&#233;crets, d&#233;pendance accrue des individus vis-&#224;-vis des grandes organisations, techniques de propagande et de manipulation psychologique, recherche g&#233;n&#233;tique, envahissement de la vie priv&#233;e par les appareils de surveillance et les ordinateurs, etc.). Parer &#224; une seule de ces menaces pour la libert&#233; demanderait dans chaque cas une lutte sociale de longue haleine. La multiplicit&#233; des nouvelles atteintes &#224; la libert&#233; et la rapidit&#233; avec laquelle elles se produisent submergent ceux qui veulent la d&#233;fendre ; ils se r&#233;signent et abandonnent toute r&#233;sistance. Il est vain de vouloir combattre chaque menace s&#233;par&#233;ment. On ne peut esp&#233;rer vaincre qu'en combattant le syst&#232;me technologique dans son entier ; mais il s'agit alors d'une r&#233;volution, non d'une r&#233;forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les techniciens - nous utilisons ce terme au sens large pour parler de ceux dont la fonction sp&#233;cialis&#233;e exige une qualification - sont en g&#233;n&#233;ral tellement impliqu&#233;s dans leur travail (leur activit&#233; de substitution) qu'ils tranchent presque toujours en faveur de la technique lorsque survient un conflit entre celle-ci et la libert&#233;. Cela est &#233;vident dans le cas des scientifiques, mais ils ne sont pas les seuls : les &#233;ducateurs, les groupes humanitaires, les associations de d&#233;fense de l'environnement n'h&#233;sitent pas &#224; utiliser la propagande ou d'autres techniques de manipulation psychologique pour parvenir &#224; leurs nobles fins. Lorsque cela leur sert, les grandes entreprises et les officines gouvernementales n'h&#233;sitent pas &#224; ficher les individus, au m&#233;pris de leur vie priv&#233;e. Les droits constitutionnels des suspects, qui se trouvent &#234;tre bien souvent des gens totalement innocents, sont fr&#233;quemment une entrave &#224; l'activit&#233; des services de police et ceux-ci font tout ce qu'ils peuvent, l&#233;galement ou ill&#233;galement, pour restreindre ou tourner ces droits. La plupart de ces &#233;ducateurs, magistrats et policiers croient en la libert&#233;, au respect de la vie priv&#233;e et aux droits constitutionnels mais, quand ces valeurs entrent en conflit avec leur travail, ils ont tendance &#224; privil&#233;gier leur travail. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est bien connu, les gens travaillent en g&#233;n&#233;ral mieux et avec plus de constance lorsqu'il s'agit d'obtenir une r&#233;compense plut&#244;t que d'&#233;viter une punition ou une cons&#233;quence f&#226;cheuse. Les scientifiques et autres techniciens sont motiv&#233;s principalement par les r&#233;compenses obtenues dans leur travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ceux qui s'opposent &#224; l'&#233;rosion de la libert&#233; par la technologie &#339;uvrent pour &#233;viter un r&#233;sultat n&#233;gatif ; ils sont donc peu nombreux &#224; se consacrer enti&#232;rement et avec constance &#224; cette t&#226;che d&#233;courageante. Si les r&#233;formateurs parvenaient un jour &#224; une victoire significative, et que celle-ci leur paraisse un garde-fou prot&#233;geant la libert&#233; de nouvelles atteintes dues aux projets technologiques, la plupart d'entre eux rel&#226;cheraient leur attention et se tourneraient vers des buts plus agr&#233;ables. Les scientifiques, eux, continueraient &#224; s'affairer dans leurs laboratoires, et aucun garde-fou ne pourrait emp&#234;cher la technologie d'avancer, de cr&#233;er les moyens d'accro&#238;tre le contr&#244;le sur les individus et de les faire d&#233;pendre toujours plus du syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun am&#233;nagement social - qu'il s'agisse de lois, d'institutions, de modes de vie ou de code moral - ne peut prot&#233;ger durablement contre la technologie. L'histoire montre que tous les am&#233;nagements sociaux sont transitoires : ils changent de sens ou tournent court. A l'inverse, le progr&#232;s technologique est constant &#224; l'int&#233;rieur d'une civilisation donn&#233;e. Supposez par exemple qu'il soit possible de prendre des mesures interdisant l'application de l'ing&#233;nierie g&#233;n&#233;tique aux &#234;tres humains, ou l'emp&#234;chant de nuire &#224; la libert&#233; et &#224; la dignit&#233;. La technologie n'en restera pas moins &#224; l'aff&#251;t et, t&#244;t ou tard, ces mesures seront balay&#233;es. Probablement tr&#232;s t&#244;t, &#233;tant donn&#233; le rythme du changement dans notre soci&#233;t&#233;. Alors l'ing&#233;nierie g&#233;n&#233;tique commencera d'empi&#233;ter sur notre libert&#233;, et ce processus sera irr&#233;versible, &#224; moins d'un effondrement de la civilisation technologique elle-m&#234;me. Toute illusion de pouvoir obtenir quoi que ce soit de durable au moyen d'am&#233;nagements sociaux devrait &#234;tre dissip&#233;e par le simple exemple de ce qui se passe couramment pour la l&#233;gislation sur l'environnement. Il y a quelques ann&#233;es, il semblait exister quelques garde-fous l&#233;gaux permettant au moins d'emp&#234;cher quelques-unes des pollutions les plus graves. Il a suffi d'une modification du climat politique, et ces garde-fous ont commenc&#233; &#224; s'effondrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour toutes ces raisons, la technologie est une force sociale bien plus puissante que l'aspiration &#224; la libert&#233;. Mais il faut apporter &#224; cette affirmation une r&#233;serve de taille. Il est certain qu'au cours des prochaines d&#233;cennies, le syst&#232;me industriel-technologique subira des tensions consid&#233;rables li&#233;es aux probl&#232;mes &#233;cologiques et &#233;conomiques, et plus particuli&#232;rement aux troubles du comportement humain (ali&#233;nation, r&#233;bellion, agressivit&#233;, troubles sociaux et psychologiques divers).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous esp&#233;rons que ces tensions pr&#233;visibles entra&#238;neront le syst&#232;me &#224; sa perte, ou du moins l'affaibliront suffisamment pour qu'une r&#233;volution se produise et soit victorieuse. Alors seulement aura-t-on la preuve que le d&#233;sir de libert&#233; est plus puissant que la technologie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au premier paragraphe, nous avons utilis&#233; l'image d'un homme puissant d&#233;poss&#233;dant un voisin faible par une s&#233;rie de compromis. Supposez maintenant qu'il tombe malade et devienne incapable de se d&#233;fendre. Le faible peut alors l'obliger &#224; lui rendre ses terres ou bien le tuer. C'est un imb&#233;cile s'il l'&#233;pargne et l'oblige seulement &#224; lui rendre son bien, parce que le puissant lui reprendra sa terre d&#232;s qu'il sera r&#233;tabli. La seule d&#233;cision sens&#233;e est de le tuer pendant que cela est possible. De la m&#234;me mani&#232;re, nous devons d&#233;truire le syst&#232;me pendant qu'il est malade. Si nous acceptons des compromis et le laissons recouvrer la sant&#233;, il nous d&#233;poss&#233;dera in&#233;vitablement de toute notre libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Theodore Kaczynski&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;Le mythe de l'&#233;ternel retour&lt;/i&gt; &#187;, Mircea Eliade, Gallimard 1989&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;La r&#233;volution copernicienne&lt;/i&gt; &#187;, Thomas Kuhn, Livre de Poche, 1992&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Teodor Shanin, d'origine russe, est professeur de sociologie &#224; l'Universit&#233; de Manchester. Il m&#232;ne des recherches avec ses &#233;tudiants sur la vie dans les villages russes avant et apr&#232;s 1917&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D'apr&#232;s un entretien avec Pierre Thuillier, auteur de nombreux ouvrages d'Histoire des sciences et de &#171; &lt;i&gt;La grande implosion&lt;/i&gt; &#187;, Hachette, col. Pluriel&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette introduction est extraite de l'auto-interview de &#171; &lt;i&gt;Los Amigos de Ludd&lt;/i&gt; &#187;, bulletin d'information anti-industriel r&#233;dig&#233; et publi&#233; en Espagne. Traduction en fran&#231;ais, et autres articles sur ce th&#232;me, sur le site de &#171; &lt;a href=&#034;http://netmc.9online.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Notes et Morceaux choisis&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'opposition populaire &#224; l'introduction du syst&#232;me capitaliste et industriel au XIX&#232;me et XX&#232;me si&#232;cles est g&#233;n&#233;ralement ignor&#233;e par l'histoire officielle, alors que c'est une constante qui se manifeste &#224; chaque tentative d'implantation d'usine, quel que soit le pays. Voir par exemple &#171; &lt;i&gt;L'anti-machinisme en Espagne&lt;/i&gt; &#187; publi&#233; dans &#171; &lt;i&gt;Los Amigos de Ludd&lt;/i&gt; &#187; no 3, juin 2002 - article en fran&#231;ais disponible sur demande &#224; &lt;i&gt;Notes &amp; Morceaux Choisis&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;E. P. Thompson, &#171; &lt;i&gt;La formation de la classe ouvri&#232;re anglaise&lt;/i&gt; &#187;, 1969&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir par exemple l'enqu&#234;te men&#233;e dans les r&#233;gions mini&#232;res de l'Angleterre par Georges Orwell, &#171; &lt;i&gt;Le quai de Wigan&lt;/i&gt; &#187;, 1937. Le chapitre XII de ce livre est une discussion sur les cons&#233;quences du d&#233;veloppement complet de l'&#171; industrialisme &#187; et du &#171; machinisme &#187; - on parlerait aujourd'hui d'automatisation - qui est toujours d'actualit&#233; : &#171; Seule notre &#233;poque, l'&#233;poque de la m&#233;canisation triomphante, nous permet d'&#233;prouver r&#233;ellement la pente naturelle de la machine, qui consiste &#224; rendre impossible toute vie humaine authentique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La population britannique passera de 9 millions en 1800 &#224; 17 millions en 1850 ; dans le m&#234;me temps, celle de la France n'augmente que de 6 millions.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;extrait de &#171; La soci&#233;t&#233; industrielle et son avenir &#187;, Encyclop&#233;die des Nuisances 1998. &lt;a href=&#034;http://kropot.free.fr/kaczynski-livre.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte int&#233;gral&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Les 4 premiers textes sont parus en allemand dans la revue &#171; &lt;a href=&#034;http://www.forumcivique.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Archipel&lt;/a&gt; &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Taper le nom de l'auteur dans le moteur de recherche.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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