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		<title>L'anarchiste</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;lis&#233;e Reclus</dc:creator>


		<dc:subject>Anarchismes, anarchie</dc:subject>
		<dc:subject>Apache &#233;ditions (Paris)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par d&#233;finition m&#234;me, l'anarchiste est l'homme libre, celui qui n'a point de ma&#238;tre. Les id&#233;es qu'il professe sont bien siennes par le raisonnement. Sa volont&#233;, n&#233;e de la compr&#233;hension des choses, se concentre vers un but clairement d&#233;fini ; ses actes sont la r&#233;alisation directe de son dessein personnel. A c&#244;t&#233; de tous ceux qui r&#233;p&#232;tent d&#233;votement les paroles d'autrui ou les redites traditionnelles, qui assouplissent leur &#234;tre au caprice d'un individu puissant, ou, ce qui est plus grave encore, aux oscillations de la foule, lui seul est un homme, lui seul a conscience de sa valeur en face de toutes ces choses molles et sans consistance qui n'osent pas vivre de leur propre vie.&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Paru dans &lt;i&gt;Almanach anarchiste pour 1902&lt;/i&gt;, Paris.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique5" rel="directory"&gt;A&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Anarchismes, anarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot115" rel="tag"&gt;Apache &#233;ditions (Paris)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L142xH150/arton1184-0eb51.jpg?1780985869' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='142' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1184.jpg?1423841637&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Par d&#233;finition m&#234;me, l'anarchiste est l'homme libre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Et qui veut &#234;tre libre. (NdAE)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, celui qui n'a point de ma&#238;tre. Les id&#233;es qu'il professe sont bien siennes par le raisonnement. Sa volont&#233;, n&#233;e de la compr&#233;hension des choses, se concentre vers un but clairement d&#233;fini ; ses actes sont la r&#233;alisation directe de son dessein personnel. A c&#244;t&#233; de tous ceux qui r&#233;p&#232;tent d&#233;votement les paroles d'autrui ou les redites traditionnelles, qui assouplissent leur &#234;tre au caprice d'un individu puissant, ou, ce qui est plus grave encore, aux oscillations de la foule, lui seul est un homme, lui seul a conscience de sa valeur en face de toutes ces choses molles et sans consistance qui n'osent pas vivre de leur propre vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cet anarchiste qui s'est d&#233;barrass&#233; moralement de la domination d'autrui et qui ne s'accoutume jamais &#224; aucune des oppressions mat&#233;rielles que des usurpateurs font peser sur lui, cet homme n'est pas encore son ma&#238;tre aussi longtemps qu'il ne s'est pas &#233;mancip&#233; de ses passions irraisonn&#233;es. Il lui faut se conna&#238;tre, se d&#233;gager de son propre caprice, de ses impulsions violentes, de toutes ses survivances d'animal pr&#233;historique, non pour tuer ses instincts, mais pour les accorder harmonieusement avec l'ensemble de sa conduite. Lib&#233;r&#233; des autres hommes, il doit l'&#234;tre &#233;galement de soi-m&#234;me pour voir clairement o&#249; se trouve la v&#233;rit&#233; cherch&#233;e, et comment il se dirigera vers elle sans faire un mouvement qui ne l'en rapproche, sans dire une parole qui ne la proclame.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'anarchiste arrive &#224; se conna&#238;tre, par cela m&#234;me il conna&#238;tra son milieu, hommes et choses. L'observation et l'exp&#233;rience lui auront montr&#233; que par elles-m&#234;mes toute sa ferme compr&#233;hension de la vie toute sa fi&#232;re volont&#233; resteront impuissantes s'il ne les associe pas &#224; d'autres compr&#233;hensions, &#224; d'autres volont&#233;s. Seul, il serait facilement &#233;cras&#233;, mais, devenu force, il se groupe avec d'autres forces constituant une soci&#233;t&#233; d'union parfaite, puisque tous sont li&#233;s par la communion d'id&#233;es, la sympathie et le bon vouloir. En ce nouveau corps social, tous les camarades sont autant d'&#233;gaux se donnant mutuellement le m&#234;me respect et les m&#234;mes t&#233;moignages de solidarit&#233;. Ils sont fr&#232;res d&#233;sormais si les mille r&#233;voltes des isol&#233;s se transforment en une revendication collective, qui t&#244;t ou tard nous donnera la soci&#233;t&#233; nouvelle, l'Harmonie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La libert&#233; suffira... (NdAE)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Paru dans &lt;i&gt;Almanach anarchiste pour 1902&lt;/i&gt;, Paris.]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Et qui veut &#234;tre libre. (NdAE)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La libert&#233; suffira... (NdAE)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'Anarchie</title>
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		<dc:date>2006-11-17T10:32:37Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;lis&#233;e Reclus</dc:creator>


		<dc:subject>Anarchismes, anarchie</dc:subject>
		<dc:subject>en stock</dc:subject>
		<dc:subject>CCAN (Nancy)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#201;lis&#233;e Reclus pr&#233;sente sa conception de l'anarchie...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;&lt;i&gt;L'anarchie n'est point une th&#233;orie nouvelle. Le mot lui-m&#234;me pris dans son acception &#034;absence de gouvernement&#034;, de &#034;soci&#233;t&#233; sans chefs&#034;, est d'origine ancienne et fut employ&#233; bien avant Proudhon.&lt;/i&gt;&#034;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Anarchismes, anarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot72" rel="tag"&gt;en stock&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot78" rel="tag"&gt;CCAN (Nancy)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH144/arton394-1d13c.jpg?1780466358' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='144' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff394.jpg?1163780058&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Conf&#233;rence prononc&#233;e par &#201;lis&#233;e Reclus aux membres de la loge ma&#231;onnique &#171; Les amis philanthropes &#187;, &#224; Bruxelles, le 18 de Juin 1894.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'anarchie n'est point une th&#233;orie nouvelle. Le mot lui-m&#234;me pris dans son acception &#034;absence de gouvernement&#034;, de &#034;soci&#233;t&#233; sans chefs&#034;, est d'origine ancienne et fut employ&#233; bien avant Proudhon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs qu'importent les mots ? Il y eut des &#034;acrates&#034; avant les anarchistes, et les acrates n'avaient pas encore imagin&#233; leur nom de formation savante que d'innombrables g&#233;n&#233;rations s'&#233;taient succ&#233;d&#233;. De tout temps il y eu des hommes libres, des contempteurs de la loi, des hommes vivant sans ma&#238;tre de par le droit primordial de leur existence et de leur pens&#233;e. M&#234;me aux premiers &#226;ges nous retrouvons partout des tribus compos&#233;s d'hommes se g&#233;rant &#224; leur guise, sans loi impos&#233;e, n'ayant d'autre r&#232;gle de conduite que leur &#034;vouloir et franc arbitre&#034;, pour parler avec Rabelais, et pouss&#233;s m&#234;me par leur d&#233;sir de fonder la &#034;foi profonde&#034; comme les &#034;chevaliers tant preux&#034; et les &#034;dames tant mignonnes&#034; qui s'&#233;taient r&#233;unis dans l'abbaye de Th&#233;l&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si l'anarchie est aussi ancienne que l'humanit&#233;, du moins ceux qui la repr&#233;sentent apportent-ils quelque chose de nouveau dans le monde. Ils ont la conscience pr&#233;cise du but poursuivi et, d'une extr&#233;mit&#233; de la Terre &#224; l'autre, s'accordent dans leur id&#233;al pour repousser toute forme de gouvernement. Le r&#234;ve de libert&#233; mondiale a cess&#233; d'&#234;tre une pure utopie philosophique et litt&#233;raire, comme il l'&#233;tait pour les fondateurs des cit&#233;s du Soleil ou de J&#233;rusalem nouvelles ; il est devenu le but pratique, activement recherch&#233; par des multitudes d'hommes unis, qui collaborent r&#233;solument &#224; la naissance d'une soci&#233;t&#233; dans laquelle il n'y aurait plus de ma&#238;tres, plus de conservateurs officiels de la morale publique, plus de ge&#244;liers ni de bourreaux, plus de riches ni de pauvres, mais des fr&#232;res ayant tous leur part quotidienne de pain, des &#233;gaux en droit, et se maintenant en paix et en cordiale union, non par l'ob&#233;issance &#224; des lois, qu'accompagnent toujours des menaces redoutables, mais par le respect mutuel des int&#233;r&#234;ts et l'observation scientifique des lois naturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute, cet id&#233;al semble chim&#233;rique &#224; plusieurs d'entre vous, mais je suis s&#251;r aussi qu'il para&#238;t d&#233;sirable &#224; la plupart et que vous apercevez au loin l'image &#233;th&#233;r&#233;e d'une soci&#233;t&#233; pacifique o&#249; les hommes d&#233;sormais r&#233;concili&#233;s laisseront rouiller leurs &#233;p&#233;es, refondront leurs canons et d&#233;sarmeront leurs vaisseaux. D'ailleurs n'&#234;tes vous pas de ceux qui, depuis longtemps, depuis des milliers d'ann&#233;es, dites-vous, travaillent &#224; construire le temple de l'&#233;galit&#233; ? Vous &#234;tes &#034;ma&#231;ons&#034;, &#224; la fin de ma&#231;onner un &#233;difice de proportions parfaites, o&#249; n'entrent que des hommes libres , &#233;gaux et fr&#232;res, travaillant sans cesse &#224; leur perfectionnement et renaissant par la force de l'amour &#224; une vie nouvelle de justice et de bont&#233;. C'est bien cela, n'est-ce pas, et vous n'&#234;tes pas seuls ? Vous ne pr&#233;tendez point au monopole d'un esprit de progr&#232;s et de renouvellement. Vous ne commettez pas m&#234;me l'injustice d'oublier vos adversaires sp&#233;ciaux, ceux qui vous maudissent et vous excommunient, les catholiques ardents qui vouent &#224; l'enfer les ennemis de la Sainte &#201;glise, mais qui n'en proph&#233;tisent pas moins la venue d'un &#226;ge de paix d&#233;finitive. Fran&#231;ois d'Assise, Catherine de Sienne, Th&#233;r&#232;se d'Avila et tant d'autres encore parmi les fid&#232;les d'une foi qui n'est point la v&#244;tre, aim&#232;rent certainement l'humanit&#233; de l'amour le plus sinc&#232;re et nous devons les compter au nombre de ceux qui vivaient pour un id&#233;al de bonheur universel. Et maintenant, des millions et des millions de socialistes, &#224; quelque &#233;cole qu'ils appartiennent, luttent aussi pour un avenir o&#249; la puissance du capital sera bris&#233;e et o&#249; les hommes pourront enfin se dire &#034;&#233;gaux&#034; sans ironie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le but des anarchistes leur est donc commun avec beaucoup d'hommes g&#233;n&#233;reux, appartenant aux religions, aux sectes, aux partis les plus divers, mais ils se distinguent nettement par les moyens, ainsi que leur nom l'indique de la mani&#232;re la moins douteuse. La conqu&#234;te du pouvoir fut presque toujours la grande pr&#233;occupation des r&#233;volutionnaires, m&#234;mes des plus intentionn&#233;s. L'&#233;ducation re&#231;ue ne leur permettrait pas de s'imaginer une soci&#233;t&#233; libre fonctionnant sans gouvernement r&#233;gulier, et, d&#232;s qu'ils avaient renvers&#233; des ma&#238;tres ha&#239;s, ils s'empressaient de les remplacer par d'autres ma&#238;tres, destin&#233;s selon la formule consacr&#233;e, &#224; &#034;faire le bonheur de leur peuple&#034;. D'ordinaire on ne se permettait m&#234;me pas de se pr&#233;parer &#224; un changement de prince ou de dynastie sans avoir fait hommage ou ob&#233;issance &#224; quelque souverain futur : &#034;Le roi est tu&#233; ! Vive le roi !&#034; s'&#233;criaient les sujets toujours fid&#232;les m&#234;me dans leur r&#233;volte. Pendant des si&#232;cles et des si&#232;cles tel fut immanquablement le cours de l'histoire. &#034;Comment pourrait-on vivre sans ma&#238;tres !&#034; disaient les esclaves, les &#233;pouses, les enfants, les travailleurs des villes et des campagnes, et, de propos d&#233;lib&#233;r&#233;, ils se pla&#231;aient la t&#234;te sous le joug comme le fait le b&#339;uf qui tra&#238;ne la charrue. On se rappelle les insurg&#233;s de 1830 r&#233;clamant &#034;la meilleure des r&#233;publiques&#034; dans la personne d'un nouveau roi, et les r&#233;publicains de 1848 se retirant discr&#232;tement dans leur taudis apr&#232;s avoir mis &#034;trois mois de mis&#232;re au service du gouvernement provisoire&#034;. A la m&#234;me &#233;poque, une r&#233;volution &#233;clatait en Allemagne, et un parlement populaire se r&#233;unissait &#224; Francfort : &#034;l'ancienne autorit&#233; est un cadavre&#034; clamait un des repr&#233;sentants. &#034;Oui, r&#233;pliquait le pr&#233;sident mais nous allons le ressusciter. Nous appellerons des hommes nouveaux qui sauront reconqu&#233;rir par le pouvoir la puissance de la nation. &#034;N'est-ce pas ici le cas de r&#233;p&#233;ter les vers de Victor Hugo :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un vieil instinct humain m&#232;ne &#224; la turpitude ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre cet instinct, l'anarchie repr&#233;sente vraiment un esprit nouveau. On ne peut point reprocher aux libertaires qu'ils cherchent &#224; se d&#233;barrasser d'un gouvernement pour se substituer &#224; lui : &#034;&#212;te-toi de l&#224; que je m'y mette !&#034; est une parole qu'il auraient horreur de prononcer, et, d'avance, ils vouent &#224; la honte et au m&#233;pris, ou du moins &#224; la piti&#233;, celui d'entre eux qui, piqu&#233; de la tarentule du pouvoir, se laisserait aller &#224; briguer quelque place sous pr&#233;texte de faire, lui aussi, le &#034;bonheur de ses concitoyens&#034;. Les anarchistes professent en s'appuyant sur l'observation, que l'&#201;tat et tout ce qui s'y rattache n'est pas une pure entit&#233; ou bien quelque formule philosophique, mais un ensemble d'individus plac&#233;s dans un milieu sp&#233;cial et en subissant l'influence. Ceux-ci &#233;lev&#233;s en dignit&#233;, en pouvoir, en traitement au-dessus de leurs concitoyens, sont par cela m&#234;me forc&#233;s, pour ainsi dire, de se croire sup&#233;rieurs aux gens du commun, et cependant les tentations de toute sorte qui les assi&#232;gent les font choir presque fatalement au-dessous du niveau g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; ce que nous r&#233;p&#233;tons sans cesse &#224; nos fr&#232;res, - parfois des fr&#232;res ennemis - les socialistes d'&#201;tat : &#034;Prenez garde &#224; vos chefs et mandataires ! Comme vous, certainement, ils sont anim&#233;s des plus pures intentions ; ils veulent ardemment la suppression de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et de l'&#201;tat tyrannique ; mais les relations, les conditions nouvelles les modifient peu &#224; peu ; leur morale change avec leurs int&#233;r&#234;ts, et, se croyant toujours fid&#232;les &#224; la cause de leurs mandants, ils deviennent forc&#233;ment infid&#232;les. Eux aussi, d&#233;tenteurs du pouvoir, devront se servir des instruments du pouvoir : arm&#233;e, moralistes, magistrats, policiers et mouchards. Depuis plus de trois mille ans, le po&#232;te hindou du Mah&#226; Bh&#226;rata a formul&#233; sur ce sujet l'exp&#233;rience des si&#232;cles : &#034;L'homme qui roule dans un char ne sera jamais l'ami de l'homme qui marche &#224; pied !&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi les anarchistes ont &#224; cet &#233;gard les principes les plus arr&#234;t&#233;s : d'apr&#232;s eux, la conqu&#234;te du pouvoir ne peut servir qu'&#224; en prolonger la dur&#233;e avec celle de l'esclavage correspondant. Ce n'est donc pas sans raison que le nom d'&#034;anarchistes&#034; qui, apr&#232;s tout, n'a qu'une signification n&#233;gative, reste celui par lequel nous sommes universellement d&#233;sign&#233;s. On pourrait nous dire &#034;libertaires&#034;, ainsi que plusieurs d'entre nous se qualifient volontiers, ou bien &#034;harmonistes&#034; &#224; cause de l'accord libre des vouloirs qui, d'apr&#232;s nous, constituera la soci&#233;t&#233; future ; mais ces appellations ne nous diff&#233;rencient pas assez des socialistes. C'est bien la lutte contre tout pouvoir officiel qui nous distingue essentiellement ; chaque individualit&#233; nous para&#238;t &#234;tre le centre de l'univers, et chacune a les m&#234;mes droits &#224; son d&#233;veloppement int&#233;gral, sans intervention d'un pouvoir qui la dirige, la morig&#232;ne ou la ch&#226;tie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous connaissez notre id&#233;al. Maintenant la premi&#232;re question qui se pose est celle-ci : &#034;Cet id&#233;al est-il vraiment noble et m&#233;rite-t-il le sacrifice des hommes d&#233;vou&#233;s, les risques terribles que toutes les r&#233;volutions entra&#238;nent apr&#232;s elle ? La morale anarchiste est-elle pure, et dans la soci&#233;t&#233; libertaire, si elle se constitue, l'homme sera-t-il meilleur que dans une soci&#233;t&#233; reposant sur la crainte du pouvoir et des lois ? Je r&#233;ponds en toute assurance et j'esp&#232;re que bient&#244;t vous r&#233;pondrez avec moi : &#034;Oui, la morale anarchiste est celle qui correspond le mieux &#224; la conception moderne de la justice et de la bont&#233;.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fondement de l'ancienne morale, vous le savez, n'&#233;tait autre que l'effroi, le &#034;tremblement&#034;, comme dit la Bible et comme maints pr&#233;ceptes vous l'ont appris dans votre jeune temps. &#034;La crainte de Dieu est le commencement de la sagesse&#034;, tel fut nagu&#232;re le point de d&#233;part de toute &#233;ducation : la soci&#233;t&#233; dans son ensemble reposait sur la terreur. Les hommes n'&#233;taient pas des citoyens, mais des sujets ou des ouailles ; les &#233;pouses &#233;taient des servantes, les enfants des esclaves, sur lesquels les parents avaient un reste de l'ancien droit de vie et de mort. Partout, dans toutes les relations sociales, se montraient les rapports de sup&#233;riorit&#233; et de subordination ; enfin, de nos jours encore, le principe m&#234;me de l'&#201;tat et de tous les &#201;tats partiels qui le constituent, est la hi&#233;rarchie, ou l'archie &#034;sainte&#034;, l'autorit&#233; &#034;sacr&#233;e&#034;, - c'est le vrai sens du mot. Et cette domination sacro-sainte comporte toute une succession de classes superpos&#233;es dont les plus hautes ont toutes le droit de commander, et les inf&#233;rieures toutes le devoir d'ob&#233;ir. La morale officielle consiste &#224; s'incliner devant le sup&#233;rieur, &#224; se redresser fi&#232;rement devant le subordonn&#233;. Chaque homme doit avoir deux visages, comme Janus, deux sourires, l'un flatteur, empress&#233;, parfois servile, l'autre superbe et d'une noble condescendance. Le principe d'autorit&#233; - c'est ainsi que cette chose-l&#224; se nomme - exige que le sup&#233;rieur n'est jamais l'air d'avoir tort, et que, dans tout &#233;change de paroles, il ait le dernier mot. Mais surtout il faut que ses ordres soient observ&#233;s. Cela simplifie tout : plus besoin de raisonnements, d'explications, d'h&#233;sitations, de d&#233;bats, de scrupules. Les affaires marchent alors toutes seules, mal ou bien. Et, quand un ma&#238;tre n'est pas l&#224; pour commander, n'a-t-on pas des formules toutes faites, des ordres, d&#233;crets ou lois, &#233;dict&#233;s aussi par des ma&#238;tres absolus ou des l&#233;gislateurs &#224; plusieurs degr&#233;s ? Ces formules remplacent les ordres imm&#233;diats et on les observe sans avoir &#224; chercher si elles sont conformes &#224; la voix int&#233;rieure de la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre &#233;gaux, l'&#339;uvre est plus difficile, mais elle est plus haute : il faut chercher &#226;prement la v&#233;rit&#233;, trouver le devoir personnel, apprendre &#224; se conna&#238;tre soi-m&#234;me, faire continuellement sa propre &#233;ducation, se conduire en respectant les droits et les int&#233;r&#234;ts des camarades. Alors seulement on devient un &#234;tre r&#233;ellement moral, on na&#238;t au sentiment de sa responsabilit&#233;. La morale n'est pas un ordre auquel on se soumet, une parole que l'on r&#233;p&#232;te, une chose purement ext&#233;rieure &#224; l'individu ; elle devient une partie de l'&#234;tre, un produit m&#234;me de la vie. C'est ainsi que nous comprenons la morale, nous, anarchistes. N'avons-nous pas le droit de la comparer avec satisfaction &#224; celle que nous l&#233;gu&#233;e les anc&#234;tres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre me donnerez-vous raison ? Mais encore ici, plusieurs d'entre vous prononceront le mot de &#034; chim&#232;re &#034;. Heureux d&#233;j&#224;, que vous y voyez au moins une noble chim&#232;re, je vais plus loin, et j'affirme que notre id&#233;al, notre conception de la morale est tout &#224; fait dans la logique de l'histoire, amen&#233;e naturellement par l'&#233;volution de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poursuivis jadis par la terreur de l'inconnu aussi bien que par le sentiment de leur impuissance dans la recherche des causes, les hommes avaient cr&#233;&#233; par l'intensit&#233; de leur d&#233;sir, une ou plusieurs divinit&#233;s secourables qui repr&#233;sentaient &#224; la fois leur id&#233;al informe et le point d'appui de tout ce monde myst&#233;rieux visible, et invisible, des choses environnantes. Ces fant&#244;mes de l'imagination, rev&#234;tus de la toute-puissance, devinrent aussi aux yeux des hommes le principe de toute justice et de toute autorit&#233; : ma&#238;tres du ciel, ils eurent naturellement leurs interpr&#232;tes sur la terre, magiciens, conseillers, chefs de guerre, devant lesquels on apprit &#224; se prosterner comme devant les repr&#233;sentants d'en haut. C'&#233;tait logique, mais l'homme dure plus longtemps que ses &#339;uvres, et ces dieux qu'il cr&#233;a n'ont cess&#233; de changer comme des ombres projet&#233;es sur l'infini. Visibles d'abord, anim&#233;s de passions humaines, violents et redoutables, ils recul&#232;rent peu &#224; peu dans un immense lointain ; ils finirent par devenir des abstractions, des id&#233;es sublimes, auxquelles ont ne donnait m&#234;me plus de nom, puis ils arriv&#232;rent &#224; se confondre avec les lois naturelles du monde ; ils rentr&#232;rent dans cet univers qu'ils &#233;taient cens&#233;s avoir fait jaillir du n&#233;ant, et maintenant l'homme se retrouve seul sur la terre, au-dessus de laquelle il avait dress&#233; l'image colossale de Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la conception des choses change donc en m&#234;me temps. Si Dieu s'&#233;vanouit, ceux qui tiraient de leurs titres &#224; l'ob&#233;issance voient aussi se ternir leur &#233;clat emprunt&#233; : eux aussi doivent rentrer graduellement dans les rangs, s'accommoder de leur mieux &#224; l'&#233;tat des choses. On ne trouverait plus aujourd'hui de Tamerlan qui command&#226;t &#224; ses quarante courtisans de se jeter du haut d'une tour, s&#251;r que, dans un clin d'&#339;il, il verrait des cr&#233;neaux les quarante cadavres sanglants et bris&#233;s. La libert&#233; de penser &#224; fait de tous les hommes des anarchistes sans le savoir. Qui ne se r&#233;serve maintenant un petit coin de cerveau pour r&#233;fl&#233;chir ? Or, c'est l&#224; pr&#233;cis&#233;ment le crime des crimes, le p&#233;ch&#233; par excellence, symbolis&#233; par le fruit de l'arbre qui r&#233;v&#233;la aux hommes la connaissance du bien et du mal. De l&#224; la haine de la science que professa toujours l'&#201;glise. De l&#224; cette fureur que Napol&#233;on, un Tamerlan moderne, eut toujours pour les &#034; id&#233;ologues &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les id&#233;ologues sont venus. Ils ont souffl&#233; sur les illusions d'autrefois comme sur une bu&#233;e, recommen&#231;ant &#224; nouveau tout le travail scientifique par l'observation et l'exp&#233;rience. Un d'eux m&#234;me, nihiliste avant nos &#226;ges, anarchiste s'il en fut, du moins en paroles, d&#233;buta par faire &#034;table rase&#034; de tout ce qu'il avait appris. Il n'est maintenant gu&#232;re de savant, gu&#232;re de litt&#233;rateur, qui ne professe d'&#234;tre lui-m&#234;me son propre ma&#238;tre et mod&#232;le, le penseur original de sa pens&#233;e, le moraliste de sa morale. &#034;Si tu veux surgir, surgis de toi-m&#234;me ! &#034; disait Goethe. Et les artistes ne cherchent-ils pas &#224; rendre la nature telle qu'ils la voient, telle qu'ils la sentent et la comprennent ? C'est l&#224; d'ordinaire, il est vrai, ce qu'on pourrait appeler une &#034;anarchie aristocratique&#034;, ne revendiquant la libert&#233; que pour le peuple choisi des Musantes, que pour les gravisseurs du Parnasse. Chacun d'eux veut penser librement, chercher &#224; son gr&#233; son id&#233;al dans l'infini, mais tout en disant qu'il faut &#034;une religion pour le peuple !&#034; Il veut vivre en homme ind&#233;pendant, mais &#034;l'ob&#233;issance est faite pour les femmes&#034; ; il veut cr&#233;er des &#339;uvres originales, mais &#034;la foule d'en bas&#034; doit rester asservie comme une machine &#224; l'ignoble fonctionnement de la division du travail ! Toutefois, ces aristocrates du go&#251;t et de la pens&#233;e n'ont plus la force de fermer la grande &#233;cluse par laquelle se d&#233;verse le flot. Si la science, la litt&#233;rature et l'art sont devenus anarchistes, si tout progr&#232;s, toute nouvelle forme de la beaut&#233; sont dus &#224; l'&#233;panouissement de la pens&#233;e libre, cette pens&#233;e travaille aussi dans les profondeurs de la soci&#233;t&#233; et maintenant il n'est plus possible de la contenir. Il est trop tard pour arr&#234;ter le d&#233;luge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diminution du respect n'est-elle pas le ph&#233;nom&#232;ne par excellence de la soci&#233;t&#233; contemporaine ? j'ai vu jadis en Angleterre des foules se ruer par milliers pour contempler l'&#233;quipage vide d'un grand seigneur. Je ne le verrais plus maintenant. En Inde, les parias s'arr&#234;taient d&#233;votement aux cent quinze pas r&#233;glementaires qui les s&#233;paraient de l'orgueilleux brahmane : depuis que l'on se presse dans les gares, il n'y a plus entre eux que la paroi de cl&#244;ture d'une salle d'attente. Les exemples de bassesse, de reptation vile ne manquent pas dans le monde, mais pourtant il y progr&#232;s dans le sens de l'&#233;galit&#233;. Avant de t&#233;moigner son respect, on se demande quelquefois si l'homme ou l'institution sont vraiment respectables. On &#233;tudie la valeur des individus, l'importance des &#339;uvres. La foi dans la grandeur a disparu ; or, l&#224; o&#249; la foi n'existe plus, les institutions disparaissent &#224; leur tour. La suppression de l'&#201;tat est naturellement impliqu&#233;e dans l'extinction du respect.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#339;uvre de critique frondeuse &#224; laquelle est soumis l'&#201;tat s'exerce &#233;galement contre toutes les institutions sociales. Le peuple ne croit plus &#224; l'origine sainte de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, produite, nous disaient les &#233;conomistes, - on n'ose plus le r&#233;p&#233;ter maintenant - par le travail personnel des propri&#233;taires ; il n'ignore point que le labeur individuel ne cr&#233;e jamais des millions ajout&#233;s &#224; des millions, et que cet enrichissement monstrueux est toujours la cons&#233;quence d'un faux &#233;tat social, attribuant &#224; l'un le produit du travail de milliers d'autres ; il respectera toujours le pain que le travailleur a durement gagn&#233;, la cabane qu'il a b&#226;tie de ses mains, le jardin qu'il a plant&#233;, mais il perdra certainement le respect des mille propri&#233;t&#233;s fictives que repr&#233;sentent les papiers de toutes esp&#232;ces contenus dans les banques. Le jour viendra, je n'en doute point, o&#249; il reprendra tranquillement possession de tous les produits du labeur commun, mines et domaines, usines et ch&#226;teaux, chemins de fer, navires et cargaisons. Quand la multitude, cette multitude &#034;vile&#034; par son ignorance et la l&#226;chet&#233; qui en est la cons&#233;quence fatale, aura cess&#233; de m&#233;riter le qualificatif dont on l'insulta, quand elle saura, en toute certitude que l'accaparement de cet immense avoir repose uniquement sur une fiction chirographique, sur la foi en des paperasses bleues, l'&#233;tat social actuel sera bien menac&#233; ! En pr&#233;sence de ces &#233;volutions profondes, irr&#233;sistibles, qui se font dans toutes les cervelles humaines, combien niaises, combien d&#233;pourvues de sens para&#238;tront &#224; nos descendants ces clameurs forcen&#233;es qu'on lance contre les novateurs ! Qu'importent les mots orduriers d&#233;vers&#233;s par une presse oblig&#233;e de payer ses subsides en bonne prose, qu'importent m&#234;me les insultes honn&#234;tement prof&#233;r&#233;es contre nous, par ces d&#233;votes &#034; saintes mais simples &#034; qui portaient du bois au b&#251;cher de Jean Huss ! Le mouvement qui nous emporte n'est pas le fait de simples &#233;nergum&#232;nes, ou de pauvres r&#234;veurs, il est celui de la soci&#233;t&#233; dans son ensemble. Il est n&#233;cessit&#233; par la marche de la pens&#233;e, devenue maintenant fatale, in&#233;luctable, comme le roulement de la Terre et des Cieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant un doute pourrait subsister dans les esprits si l'anarchie n'avait jamais &#233;t&#233; qu'un id&#233;al, qu'un exercice intellectuel, un &#233;l&#233;ment de dialectique, si jamais elle n'avait eu de r&#233;alisation concr&#232;te, si jamais un organisme spontan&#233; n'avait surgi, mettant en action les forces libres de camarades travaillant en commun, sans ma&#238;tre pour les commander. Mais ce doute peut &#234;tre facilement &#233;cart&#233;. Oui des organismes libertaires ont exist&#233; de tout temps ; oui, il s'en forme incessamment de nouveaux, et chaque ann&#233;e plus nombreux, suivant les progr&#232;s de l'initiative individuelle. Je pourrais citer en premier lieu diverses peuplades dites sauvages, qui m&#234;me de nos jours vivent en parfaite harmonie sociale sans avoir besoin ni de chefs ni de lois, ni d'enclos ni de force publique ; mais je n'insiste pas sur ces exemples qui ont pourtant leur importance : je craindrais qu'on ne m'object&#226;t le peu de complexit&#233; de ces soci&#233;t&#233;s primitives, compar&#233;es &#224; notre monde moderne, organismes avec une complication infinie. Laissons donc de c&#244;t&#233; ces tribus primitives pour nous occuper seulement des nations d&#233;j&#224; constitu&#233;es, ayant tout un appareil politique et social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute, je ne pourrais vous en montrer aucune dans le cours de l'histoire qui se soit constitu&#233;e dans un sens purement anarchique, car toute se trouvaient alors dans leur p&#233;riode de lutte entre des &#233;l&#233;ments divers non encore associ&#233;s ; c'est que chacune de ces soci&#233;t&#233;s partielles, quoique non fondues en un ensemble harmonique, fut d'autant plus prosp&#232;re, d'autant plus cr&#233;ative qu'elle &#233;tait plus libre, que la valeur personnelle de l'individu y &#233;tait le mieux reconnue. Depuis les &#226;ges pr&#233;historiques, o&#249; nos soci&#233;t&#233;s naquirent aux arts, aux sciences, &#224; l'industrie, sans que des annales &#233;crites aient pu nous en apporter la m&#233;moire, toutes les grandes p&#233;riode de la vie des nations ont &#233;t&#233; celles o&#249; les hommes, agit&#233;s par les r&#233;volutions, eurent le moins &#224; souffrir de la longue et pesante &#233;treinte d'un gouvernement r&#233;gulier. Les deux grandes p&#233;riodes de l'humanit&#233;, par le mouvement des d&#233;couvertes, par l'efflorescence de la pens&#233;e, par la beaut&#233; de l'art, furent des &#233;poques troubl&#233;es, des &#226;ges de &#034;p&#233;rilleuse libert&#233;&#034;. L'ordre r&#233;gnait dans l'immense empire des M&#232;des et des Perses, mais rien de grand n'en sortit, tandis que la Gr&#232;ce r&#233;publicaine, sans cesse agit&#233;e, &#233;branl&#233;e par de continuelles secousses, a fait na&#238;tre les initiateurs de tout ce que nous connaissons de haut et de noble dans la civilisation moderne : il nous est impossible de penser, de d'&#233;laborer une &#339;uvre quelconque sans que notre esprit ne se reporte vers ces Hell&#232;nes libres qui furent nos devanciers et qui sont encore nos mod&#232;les. Deux mille ann&#233;es plus tard, apr&#232;s des tyrannies, des temps sombres qui ne semblaient jamais devoir finir, l'Italie, les Flandres et toute l'Europe des communiers s'essaya de nouveau &#224; reprendre haleine ; des r&#233;volutions innombrables secou&#232;rent le monde. Ferrari ne compta pas moins de sept mille secousses locales pour la seule Italie ; mais aussi le feu de la pens&#233;e libre se mit &#224; flamber et l'humanit&#233; &#224; refleurir : avec les Rapha&#235;l, les Vinci, les Michel-Ange, elle se sentit jeune pour la deuxi&#232;me fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis vint le grand si&#232;cle de l'encyclop&#233;die avec les r&#233;volutions mondiales qui s'ensuivirent et la proclamation des Droits de l'Homme. Or, essayez si vous le pouvez d'&#233;num&#233;rer tous les grands progr&#232;s qui se sont accomplis depuis cette grande secousse de l'humanit&#233;. On se demande si pendant ce dernier si&#232;cle ne s'est pas concentr&#233;e plus de la moiti&#233; de l'histoire. Le nombre des hommes s'est accru de plus d'un demi-milliard ; le commerce a plus que d&#233;cupl&#233;, l'industrie s'est comme transfigur&#233;e, et l'art de modifier les produits naturels s'est merveilleusement enrichi ; des sciences nouvelles ont fait leur apparition, et, quoi qu'on en dise une troisi&#232;me p&#233;riode de l'art a commenc&#233;e ; le socialisme conscient et mondial est n&#233; dans son ampleur. Au moins se sent-on vivre dans le si&#232;cle des grands probl&#232;mes et des grandes luttes. Remplacez par la pens&#233;e les cent ann&#233;es issues de la philosophie du dix-huiti&#232;me si&#232;cle, remplacez-les par une p&#233;riode sans histoire o&#249; quatre cent millions de pacifiques Chinois eussent v&#233;cu sous la tutelle d'un &#034; p&#232;re du peuple &#034;, d'un tribunal des rites et de mandarins munis de leurs dipl&#244;mes. Loin de vivre avec &#233;lan comme nous l'avons fait, nous nous serions graduellement rapproch&#233;s de l'inertie et de la mort. Si Galil&#233;e, encore tenu dans les prisons de l'Inquisition, ne put que murmurer sourdement : &#034;pourtant elle se meut !&#034;, nous pouvons maintenant gr&#226;ce aux r&#233;volutions, gr&#226;ce aux violences de la pens&#233;e libre, nous pouvons le crier sur les toits ou sur les places publiques : &#034;le Monde se meut et il continuera de se mouvoir !&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dehors de ce grand mouvement qui transforme graduellement la soci&#233;t&#233; toute enti&#232;re dans le sens de la pens&#233;e libre, de la morale libre, de l'action libre, c'est-&#224;-dire de l'anarchie dans son essence, il existe ainsi un travail d'exp&#233;riences directes qui se manifeste par la fondation de colonies libertaires et communistes : ce sont autant de petites tentatives que l'on peut comparer aux exp&#233;riences de laboratoire que font les chimistes et les ing&#233;nieurs. Ces essais de communes mod&#232;les ont toutes le d&#233;faut capital d'&#234;tre fait en dehors des conditions ordinaires de la vie, c'est-&#224;-dire loin des cit&#233;s o&#249; se brassent les hommes, o&#249; surgissent les id&#233;es, o&#249; se renouvellent les intelligences. Et pourtant on peut citer nombre de ces entreprises qui ont pleinement r&#233;ussi, entre autres celle de la &#034;Jeune Icarie&#034;, transformation de la colonie de Cabet, fond&#233;e il y a bient&#244;t un demi-si&#232;cle sur les principes d'un communisme autoritaire : de migration en migration, le groupe des communiers devenu purement anarchiste, vit maintenant d'une existence modeste dans une campagne de l'Iowa, pr&#232;s de la rivi&#232;re Desmoines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l&#224; o&#249; la pratique anarchiste triomphe, c'est dans le cours ordinaire de la vie, parmi les gens du populaire, qui certainement ne pourraient soutenir la terrible lutte de l'existence s'ils ne s'entraidaient spontan&#233;ment, ignorant les diff&#233;rences et les rivalit&#233;s des int&#233;r&#234;ts. Quand l'un d'entre eux tombe malade, d'autres pauvres prennent ses enfants chez eux, on le nourrit, on partage la maigre pitance de la semaine, on t&#226;che de faire sa besogne, en doublant les heures. Entre les voisins une sorte de communisme s'&#233;tablit par le pr&#234;t, le va et vient constant de tous les ustensiles de m&#233;nage et des provisions. La mis&#232;re unit les malheureux en une ligue fraternelle : ensemble ils ont faim, ensemble ils se rassasient. La morale et la pratique anarchistes sont la r&#232;gle m&#234;me dans les r&#233;unions bourgeoises d'o&#249;, au premier abord, elles nous semblent compl&#232;tement absentes. Que l'on s'imagine une f&#234;te de campagne o&#249; quelqu'un, soit l'h&#244;te, soit l'un des invit&#233;s, affecte des airs de ma&#238;tre, se permettant de commander ou de faire pr&#233;valoir indiscr&#232;tement son caprice ! N'est-ce pas la mort de toute joie, de tout plaisir ? Il n'est de gaiet&#233; qu'entre &#233;gaux et libres, entre gens qui peuvent s'amuser comme il leur convient, par groupes distincts, si cela leur pla&#238;t, mais rapproch&#233;s les uns des autres et s'entrem&#234;lant &#224; leur guise, parce que les heures pass&#233;es ainsi leur semblent plus douces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici je me permettrais de vous narrer un souvenir personnel. Nous voguions sur un de ces bateaux modernes qui fendent les flots superbement avec la vitesse de quinze &#224; vingt n&#339;uds &#224; l'heure, et qui tracent une ligne droite de continent &#224; continent malgr&#233; vent et mar&#233;e. L'air &#233;tait calme, le soir &#233;tait doux et les &#233;toiles s'allumaient une &#224; une dans le ciel noir. On causait &#224; la dunette, et de quoi pouvait-on causer si ce n'est de cette &#233;ternelle question sociale, qui nous &#233;treint, qui nous saisit &#224; la gorge comme la sphinge d'&#338;dipe. Le r&#233;actionnaire du groupe &#233;tait press&#233; par ses interlocuteurs, tous plus ou moins socialistes. Il se retourna soudain vers le capitaine, le chef, le ma&#238;tre, esp&#233;rant trouver en lui un d&#233;fenseur-n&#233; des bons principes : &#034;Vous commandez ici ! Votre pouvoir n'est-il pas sacr&#233;, que deviendrait le navire s'il n'&#233;tait dirig&#233; par votre volont&#233; constante ?&#034; - &#034;Homme na&#239;f que vous &#234;tes, r&#233;pondit le capitaine. Entre nous, je puis vous dire que d'ordinaire je ne sers absolument &#224; rien. L'homme &#224; la barre maintient le navire dans sa ligne droite, dans quelques minutes un autre pilote lui succ&#233;dera, puis d'autres encore, et nous suivrons r&#233;guli&#232;rement, sans mon intervention, la route accoutum&#233;e. En bas les chauffeurs et les m&#233;caniciens travaillent sans mon aide, sans mon avis, et mieux que si je m'ing&#233;rais &#224; leur donner conseil. Et tous ces gabiers, ces matelots savent aussi quelle besogne ils ont &#224; faire, et, &#224; l'occasion je n'ai qu'&#224; faire concorder ma petite part de travail avec la leur, plus p&#233;nible quoique moins r&#233;tribu&#233;e que la mienne. Sans doute, je suis cens&#233; guider le navire. Mais ne croyez-vous pas que c'est l&#224; une simple fiction ? Les cartes sont l&#224; et ce n'est pas moi qui les ai dress&#233;es. La boussole nous dirige et ce n'est pas moi qui l'inventai. On a creus&#233; pour nous le chenal du port d'o&#249; nous venons et celui u port dans lequel nous entrerons. Et le navire superbe, se plaignant &#224; peine dans ses membrures sous la pression des vagues, se balan&#231;ant avec majest&#233; dans la houle, cinglant puissamment sous la vapeur, ce n'est pas moi qui l'ai construit. Que suis-je ici en pr&#233;sence des grands morts, des inventeurs et des savants, nos devanciers, qui nous apprirent &#224; traverser les mers ? Nous sommes tous leurs associ&#233;s, nous, et les matelots mes camarades, et vous aussi les passagers, car c'est pour vous que nous chevauchons les vagues, et en cas de p&#233;ril, nous comptons sur vous pour nous aider fraternellement. Notre &#339;uvre est commune, et nous sommes solidaires les uns des autres !&#034; Tous se turent et je recueillis pr&#233;cieusement dans le tr&#233;sor de ma m&#233;moire les paroles de ce capitaine comme on n'en voit gu&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi ce navire, ce monde flottant o&#249;, d'ailleurs les punitions sont inconnues, porte une r&#233;publique mod&#232;le &#224; travers l'oc&#233;an malgr&#233; les chinoiseries hi&#233;rarchiques. Et ce n'est point l&#224; un exemple isol&#233;. Chacun de vous conna&#238;t du moins par ou&#239;-dire, des &#233;coles o&#249; le professeur, en d&#233;pit des s&#233;v&#233;rit&#233;s du r&#232;glement, toujours inappliqu&#233;es, a tous les &#233;l&#232;ves pour amis et collaborateurs heureux. Tout est pr&#233;vu par l'autorit&#233; comp&#233;tente pour mater les petits sc&#233;l&#233;rats, mais leur grand ami n'a pas besoin de tout cet attirail de r&#233;pression ; il traite les enfants comme des hommes faisant constamment appel &#224; leur bonne volont&#233;, &#224; leur compr&#233;hension des choses, &#224; leur sens de la justice et tous r&#233;pondent avec joie. Une minuscule soci&#233;t&#233; anarchique, vraiment humaine, se trouve ainsi constitu&#233;e, quoique tout semble ligu&#233; dans le monde ambiant pour en emp&#234;cher l'&#233;closion : lois, r&#232;glements, mauvais exemples, immoralit&#233; publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des groupes anarchistes surgissent donc sans cesse, malgr&#233; les vieux pr&#233;jug&#233;s et le poids mort des m&#339;urs anciennes. Notre monde nouveau pointe autour de nous, comme germerait une flore nouvelle sous le d&#233;tritus des &#226;ges. Non seulement il n'est pas chim&#233;rique, comme on le r&#233;p&#232;te sans cesse, mais il se montre d&#233;j&#224; sous mille formes ; aveugle est l'homme qui ne sait pas l'observer. En revanche, s'il est une soci&#233;t&#233; chim&#233;rique, impossible, c'est bien le pand&#233;monium dans lequel nous vivons. Vous me rendrez cette justice que je n'ai pas abus&#233; de la critique, pourtant si facile &#224; l'&#233;gard du monde actuel, tel que l'ont constitu&#233; le soi-disant principe d'autorit&#233; et la lutte f&#233;roce pour l'existence. Mais enfin, s'il est vrai que ; d'apr&#232;s la d&#233;finition m&#234;me, une soci&#233;t&#233; est un groupement d'individus qui se rapprochent et se concertent pour le bien-&#234;tre commun, on ne peut dire sans ambigu&#239;t&#233; que la masse chaotique ambiante constitue une soci&#233;t&#233;. D'apr&#232;s ses avocats, - car toute mauvaise cause a les siens - elle aurait pour but l'ordre parfait par la satisfaction des int&#233;r&#234;ts de tous. Or n'est-ce pas une ris&#233;e que de voir une soci&#233;t&#233; ordonn&#233;e dans ce monde de la civilisation europ&#233;enne, avec la suite continue de ses drames intestins, meurtres et suicides, violences et fusillades, d&#233;p&#233;rissements et famines, vols, dols et tromperies de toute esp&#232;ce, faillites, effondrements et ruines. Qui de nous, en sortant d'ici, ne verra se dresser &#224; c&#244;t&#233; de lui les spectres du vice et de la faim ? Dans notre Europe, il y a cinq millions d'hommes n'attendant qu'un signe pour tuer d'autres hommes, pour br&#251;ler les maisons et les r&#233;coltes ; dix autres millions d'hommes en r&#233;serve hors des casernes sont tenus dans la pens&#233;e d'avoir &#224; accomplir la m&#234;me &#339;uvre de destruction ; cinq millions de malheureux vivent ou, du moins, v&#233;g&#232;tent dans les prisons, condamn&#233;s &#224; des peines diverses, dix millions meurent par an de morts anticip&#233;es, et sur 370 millions d'hommes, 350, pour ne pas dire tous, fr&#233;missent dans l'inqui&#233;tude justifi&#233;e du lendemain : malgr&#233; l'immensit&#233; des richesses sociales, qui de nous peut affirmer qu'un revirement brusque du sort ne lui enl&#232;vera pas son avoir ? Ce sont l&#224; des faits que nul ne peut contester, et qui devraient, ce me semble, nous inspirer &#224; tous la ferme r&#233;solution de changer cet &#233;tat de choses, gros de r&#233;volutions incessantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais un jour l'occasion de m'entretenir avec un haut fonctionnaire, entra&#238;n&#233; par la routine de la vie dans le monde de ceux qui &#233;dictent des lois et des peines : &#034;Mais d&#233;fendez donc votre soci&#233;t&#233; ! lui disais-je. - Comment voulez vous que je la d&#233;fende, r&#233;pondit-il, elle n'est pas d&#233;fendable !&#034; Elle se d&#233;fend pourtant, mais par des arguments qui ne sont pas des raisons, par la schlague, le cachot et l'&#233;chafaud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, ceux qui l'attaquent peuvent le faire dans toute la s&#233;r&#233;nit&#233; de leur conscience. Sans doute le mouvement de transformation entra&#238;nera des violences et des r&#233;volutions, mais d&#233;j&#224; le monde ambiant est-il autre chose que violence continue et r&#233;volution permanente ? Et dans les alternatives de la guerre sociale, quels seront les hommes responsables ? Ceux qui proclament une &#232;re de justice et d'&#233;galit&#233; pour tous, sans distinction de classes ni d'individus, ou ceux qui veulent maintenir les s&#233;parations et par cons&#233;quent les haines de castes, ceux qui ajoutent lois r&#233;pressives &#224; lois r&#233;pressives, et qui ne savent r&#233;soudre les questions que par l'infanterie, la cavalerie, l'artillerie ! L'histoire nous permet d'affirmer en toute certitude que la politique de haine engendre toujours la haine, aggravant fatalement la situation g&#233;n&#233;rale, ou m&#234;me entra&#238;nant une ruine d&#233;finitive. Que de nations p&#233;rirent ainsi, oppresseurs aussi bien qu'opprim&#233;s ! P&#233;rirons-nous &#224; notre tour ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'esp&#232;re que non, gr&#226;ce &#224; la pens&#233;e anarchiste qui se fait jour de plus en plus, renouvelant l'initiative humaine. Vous-m&#234;mes n'&#234;tes vous pas, sinon anarchistes, du moins fortement nuanc&#233;s d'anarchisme ? Qui de vous, dans son &#226;me et conscience, se dira le sup&#233;rieur de son voisin, et ne reconna&#238;tra pas en lui son fr&#232;re et son &#233;gal ? La morale qui f&#251;t tant de fois proclam&#233;e ici en paroles plus ou moins symboliques deviendra certainement une r&#233;alit&#233;. Car nous, anarchistes, nous savons que cette morale de justice parfaite, de libert&#233; et d'&#233;galit&#233;, est bien la vraie, et nous la vivons de tout c&#339;ur, tandis que nos adversaires sont incertains. Ils ne sont pas s&#251;rs d'avoir raison ; au fond, ils sont m&#234;me convaincus d'&#234;tre dans leur tort, et, d'avance, ils nous livrent le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#201;lis&#233;e Reclus&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;lis&#233;e Reclus&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Biographie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;G&#233;ographe de renom et th&#233;oricien anarchiste. Il na&#238;t en 1830 &#224; Sainte-Foy-la-Grande (Gironde). Son p&#232;re est pasteur protestant et sa m&#232;re institutrice. Il commence ses &#233;tudes au coll&#232;ge des fr&#232;res moraves en Allemagne, puis il suit, pendant un an, les cours de la facult&#233; de th&#233;ologie de Montauban.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite au coup d'&#201;tat de Louis-Napol&#233;on Bonaparte, il rejoint Londres, avec son fr&#232;re &#201;lie, par crainte d'une arrestation. Vivant de petits m&#233;tiers ou comme pr&#233;cepteur, il s'embarque pour les &#201;tats-Unis et visite la Louisiane et la Colombie... avant de rejoindre son fr&#232;re &#224; Paris, apr&#232;s s'&#234;tre mari&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La maison Hachette le charge de r&#233;diger des guides pour les voyageurs ; il parcourt ainsi l'Europe. En 1868, &#201;lis&#233;e publie le premier tome de La Terre qui lui apportera succ&#232;s et reconnaissance par ses pairs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Participant &#224; la Commune de Paris comme simple soldat, il est captur&#233; le 4 avril 1871, lors d'une sortie de son bataillon &#224; Ch&#226;tillon. Prisonnier &#224; Versailles, puis en rade de Brest, un conseil de guerre le condamne &#224; la d&#233;portation simple en Nouvelle-Cal&#233;donie. Gr&#226;ce &#224; une importante mobilisation de savants, la peine sera commu&#233;e en bannissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;lis&#233;e s'installe alors avec sa famille en Suisse et adh&#232;re &#224; la F&#233;d&#233;ration jurassienne de l'Association internationale des travailleurs (AIT). Apr&#232;s avoir fait la connaissance de Kropotkine, il participe &#224; la r&#233;daction du R&#233;volt&#233;, tout en s'attelant &#224; son grand &#339;uvre qui l'occupera pendant pr&#232;s de vingt ans, La Nouvelle G&#233;ographie universelle. Rentr&#233; en France, il effectuera de nombreux voyages (Afrique du Nord, &#201;tats-Unis, Canada, Europe du Sud...) pour mener &#224; bien cette publication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1894, malgr&#233; bien des r&#233;sistances dues &#224; son statut d'ancien communard et d'anarchiste, il occupe la chaire de g&#233;ographie compar&#233;e de l'Universit&#233; libre de Bruxelles et donne ses premiers cours. Le 18 mars 1898, il fonde l'Institut g&#233;ographique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la nuit du 3 au 4 juillet 1905, ce &#171; doux ent&#234;t&#233; de vertu &#187; d&#233;c&#232;de, suite &#224; une crise cardiaque, &#224; Torhout (pr&#232;s de Bruges).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D'apr&#232;s Itin&#233;raire, n&#176; 14-15&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;lis&#233;e Reclus&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Bibliographie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette bibliographie n'est pas exhaustive en raison de l'&#339;uvre extr&#234;mement prolifique d'&#201;lis&#233;e Reclus. Par manque de place mais &#233;galement par souci de clart&#233;, les ouvrages qui sont ici pr&#233;sent&#233;s ne comportent que la premi&#232;re et la derni&#232;re date d'&#233;dition. Cette bibliographie ne comporte &#233;galement que ses travaux majeurs de g&#233;ographie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;A mon fr&#232;re le paysan&lt;/i&gt;, publ. des Temps nouveaux, n&#176; 11, Paris, 1899, 8 p. ; r&#233;&#233;d. Groupe de propagande par la brochure, La Brochure mensuelle, n&#176; 46, Paris, 1926, 14 p.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;L'Anarchie&lt;/i&gt;, publ. des Temps nouveaux, n&#176; 2, Paris, 1896, 23 p. ; r&#233;&#233;d. Sextant, coll. Le d&#233;codeur, Paris, 2006, 62 p.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;A propos de l'anarchie&lt;/i&gt;, Bruxelles, Biblioth&#232;que des Temps nouveaux, n&#176; 3, 1895, 17 p.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;A propos du v&#233;g&#233;tarisme&lt;/i&gt; (extrait de &#171; La R&#233;forme alimentaire &#187;, mars 1901), s.l., s.d., pagin&#233; 37-45.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Les Chinois et l'lnternationale&lt;/i&gt; (article publi&#233; pour la premi&#232;re fois dans &#171; l'Almanach du peuple &#187;, 1874), s.l., s.d., 9 ff non ch. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Les Colonies anarchistes&lt;/i&gt; (extrait des Temps nouveaux , 7-13 juillet 1900), s.l., s.d., 4 ff. non ch. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Correspondance&lt;/i&gt;, &#171; t. I, d&#233;cembre 1850-mai 1870 &#187;, Schleicher fr&#232;res, Paris, 1911, 352 p. ; &#171; t. II, octobre 1870-juillet 1889 &#187;, Schleicher fr&#232;res, Paris, 1911, 519 p. ; &#171; t. III, septembre 1889-juillet 1905 &#187;, A. Costes, Paris, 1925, 339 p. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Du sentiment de la nature dans les soci&#233;t&#233;s modernes&lt;/i&gt;, &#233;d. CNT-AIT, Cahier libertaire, n&#176; 3, Pau, s.d. [1953], 19 p. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Du sentiment de la nature dans les soci&#233;t&#233;s modernes&lt;/i&gt; et autres textes, pr&#233;s. et notes de Jo&#235;l Cornuault, &#233;d. Premi&#232;res Pierres, Charenton, 2002, 210 p. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;&#201;lie Reclus. 1827-1904&lt;/i&gt;, L'&#201;mancipatrice, Paris, s.d. [1905], 32 p. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;&#201;volution et r&#233;volution&lt;/i&gt;, publ. des Temps nouveaux, n&#176; 38, Gen&#232;ve, 1880, 25 p. ; r&#233;&#233;d. gr. Fresnes-Antony (FA), Volont&#233; anarchiste, n&#176; 45, Fresnes-Antony, 1997, 39 p. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;L'Evolution, la r&#233;volution et l'id&#233;al anarchique&lt;/i&gt;, P.-V. Stock, Biblioth&#232;que sociologique, n&#176; 19, Paris, 1898, 296 p. ; r&#233;&#233;d. pr&#233;f. de John Clark, Lux &#233;d., coll. Instinct de libert&#233;, Montr&#233;al, 2004, 219 p. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;L'Evolution l&#233;gale et l'anarchie&lt;/i&gt;, Biblioth&#232;que des Temps nouveaux, n&#176; 3, Bruxelles, 1895, 17 p. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Le Gouvernement et la morale&lt;/i&gt;, s.l., s.d., 4 ff non ch. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Histoire d'une montagne&lt;/i&gt;, illustr. de L. Benett, Hetzel et Cie, Paris, s.d. (1880), 255 p. ; r&#233;&#233;d. pr&#233;f. de Jo&#235;l Cornuault, Actes Sud, coll. Babel, n&#176; 325, Arles, 1998, 226 p. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Histoire d'un ruisseau&lt;/i&gt;, ill. de L. Benett, Hetzel et Cie, Paris, s.d. [1869], 320 p. ; r&#233;&#233;d. Actes Sud, coll. Babel, Arles, 1995, 217 p. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;L'Homme et la Terre&lt;/i&gt;, illustr. de F. Kupka, 6 vol. [1. &#171; Les Anc&#234;tres. Histoire ancienne &#187;, 2. &#171; Histoire ancienne (suite) &#187;, 3. &#171; Histoire ancienne (suite). Histoire moderne &#187;, 4. &#171; Histoire moderne (suite) &#187;, 5. &#171; Histoire moderne (suite). Histoire contemporaine &#187;, 6. &#171; Histoire contemporaine (suite) &#187;], Librairie universelle, Paris, 1905-1908 [en fascicules] ; r&#233;&#233;d. de la derni&#232;re partie, &#171; L'Histoire contemporaine &#187;, 2 vol., Fayard, coll. Corpus des &#339;uvres de philosophie en langue fran&#231;aise, Paris, 1990, 846 p. ; [reprend int&#233;gralement l'&#233;d. en 2 vol. de 1982] La D&#233;couverte, coll. La D&#233;couverte Poche, n&#176; 46, 1998, 420 p. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Lettre aux compagnons des &#171; Entretiens &#187;&lt;/i&gt;, pr&#233;c&#233;d&#233; de Paul Adam, &lt;i&gt;&#201;loge de Ravachol&lt;/i&gt;, Groupe de propagande par la brochure, La Brochure mensuelle, n&#176; 69A, Paris, 1928, 14 p. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;M&#233;tamorphoses du progr&#232;s&lt;/i&gt; (extrait de l'&#171; Almanach de la Question sociale &#187; pour 1899), s.l., s.d., pagin&#233; 17-19.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Nouvelle G&#233;ographie universelle&lt;/i&gt;, 19 vol. [1. &#171; L'Europe m&#233;ridionale &#187;, 2. &#171; La France &#187;, 3. &#171; L'Europe centrale &#187;, 4. &#171; L'Europe du Nord-Ouest &#187;, 5. &#171; L'Europe scandinave &#187;, 6. &#171; L'Asie russe &#187;, 7. &#171; L'Asie orientale &#187;, 8. &#171; L'Inde et l'Indochine &#187;, 9. &#171; L'Asie ant&#233;rieure &#187;, 10. &#171; L'Afrique septentrionale (premi&#232;re partie) &#187;, 11. &#171; L'Afrique septentrionale (deuxi&#232;me partie) &#187;, 12. &#171; L'Afrique occidentale &#187;, 13. &#171; L'Afrique m&#233;ridionale &#187;, 14. &#171; Oc&#233;an et terres oc&#233;aniques &#187;, 15. &#171; L'Am&#233;rique bor&#233;ale &#187;, 16. &#171; Les &#201;tats-Unis &#187;, 17. &#171; Indes occidentales (Mexique, isthmes am&#233;ricains, Antilles) &#187;, 18. &#171; L'Am&#233;rique du Sud &#187;, 19. &#171; L'Am&#233;rique du Sud (suite) &#187;], Librairie Hachette, Paris, 1876-1894.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Origine de la religion et de la morale&lt;/i&gt; (extrait des &#171; Temps nouveaux &#187;, 27 f&#233;vrier, 5, 12 et 19 mars 1904), s.l., s.d. 26 ff. ; r&#233;&#233;d. L'Id&#233;e libre, Herblay, s.d., 31 p. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Ouvrier, prends la machine ! Prends la terre, paysan !&lt;/i&gt;, Imprimerie jurassienne, Gen&#232;ve, 1880, 8 p. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;La Peine de mort&lt;/i&gt;, &#233;d. du R&#233;volt&#233;, Gen&#232;ve, 1879, 10 p. ; r&#233;&#233;d. La Ruche ouvri&#232;re, Paris, 1972, 15 p. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Les Ph&#233;nom&#232;nes terrestres&lt;/i&gt;. &#171; [I] Les Continents &#187;, Librairie Hachette, Paris, 1870, 224 p. ; &#171; [II] Les Mers et les m&#233;t&#233;ores &#187;, Librairie Hachette, 1872, 234 p. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;La Terre. Description des ph&#233;nom&#232;nes de la vie du globe&lt;/i&gt;. &#171; I. Les Continents &#187;, Librairie Hachette, Paris, 1868, III-820 p. ; &#171; II. L'Oc&#233;an, l'atmosph&#232;re, la vie &#187;, Librairie Hachette, Paris, 1869, 781 p.-XXVII ; r&#233;&#233;d. les 2 vol. (4e &#233;d.), id., 1877. ; les 2 vol. (5e &#233;d.), id., 1883.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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