<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.infokiosques.net/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>infokiosques.net</title>
	<link>https://infokiosques.net/</link>
	<description></description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.infokiosques.net/spip.php?id_auteur=225&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>infokiosques.net</title>
		<url>https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L144xH144/favicon-3-256-37457.png?1780453177</url>
		<link>https://infokiosques.net/</link>
		<height>144</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Dans le Ventre de l'Ogre</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article427</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.infokiosques.net/spip.php?article427</guid>
		<dc:date>2007-06-08T23:01:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Collectif Alertez les b&#233;b&#233;s</dc:creator>


		<dc:subject>Zanzara ath&#233;e (Paris-banlieue)</dc:subject>
		<dc:subject>Prison, justice, r&#233;pression</dc:subject>
		<dc:subject>Antipsychiatrie</dc:subject>
		<dc:subject>Critiques de l'&#226;gisme et de l'&#233;ducation</dc:subject>
		<dc:subject>Schizo&#239;des Associ&#233;s (P&#233;rigueux)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;De Ferry (Jules) &#224; Ferry (Luc), en passant par Jospin et Fillon, les r&#233;formes en mati&#232;re d'&#233;ducation poursuivent et d&#233;veloppent &lt;br class='autobr' /&gt;
toutes la m&#234;me logique : le formatage des esprits et des corps, l'adaptation de tous aux lois du march&#233;, la mise au pas du monde scolaire. Au-del&#224; des luttes corporatistes et des contestations parcellaires, ce recueil de textes prend le parti de nourrir la r&#233;flexion sur la fonction m&#234;me de l'&#233;cole, de diss&#233;quer le &#171; ventre de l'ogre &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sommaire :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Introduction &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'utopie au piquet &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Psychiatrisation scolaire, les recommandations des &#034;experts&#034;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La vie sexuelle conditionn&#233;e
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Id&#233;ologie s&#233;curitaire : un concept qui fait &#233;cole &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; T&#233;moignage d'une coll&#233;gienne (avril 2002)&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;D&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot7" rel="tag"&gt;Zanzara ath&#233;e (Paris-banlieue)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot20" rel="tag"&gt;Prison, justice, r&#233;pression&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot22" rel="tag"&gt;Antipsychiatrie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot57" rel="tag"&gt;Critiques de l'&#226;gisme et de l'&#233;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot77" rel="tag"&gt;Schizo&#239;des Associ&#233;s (P&#233;rigueux)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L80xH150/arton427-6f5d3.jpg?1780504478' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='80' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff427.jpg?1175034893&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes presque tous&lt;br&gt; des petites &#233;coles ambulantes.&lt;br&gt;
Les d&#233;molir, c'est se reconstruire !&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;e recueil de textes qui suit est le fruit d'un travail collectif sur l'&#233;cole, une mise en commun refl&#233;tant les diverses influences de ses participants : certains s'int&#233;ressent plus particuli&#232;rement aux probl&#232;mes d'environnement, d'autres aux questions de sant&#233; publique et &#224; la m&#233;dicalisation, d'autres encore &#224; la lutte contre les prisons. Certains ont des enfants, d'autres pas ; l'une est prof, d'autres sont RMistes... Autant de diff&#233;rences qui ont permis de croiser les regards sur l'institution scolaire, ses contradictions, ses r&#233;alit&#233;s quotidiennes ; de confronter les exp&#233;riences, d'associer les connaissances et de les mettre en regard des expressions de malaise ou des contestations internes &#224; ce syst&#232;me qu'est l'&#201;ducation nationale. L'&#233;cole n'est pas le probl&#232;me de l'&#233;cole : elle est travers&#233;e par toutes les probl&#233;matiques de la soci&#233;t&#233; et soumise aux lois du march&#233;. Pour mener cette r&#233;flexion collective et replacer notre sujet dans un contexte historique et g&#233;n&#233;ral, il nous a fallu d&#233;passer les particularismes, les points de vue corporatistes qui conduisent &#224; l'isolement et trop souvent &#224; l'aphasie. Nous avons plac&#233; le sens de l'apprentissage et ses contenus au coeur de nos r&#233;flexions, en privil&#233;giant l'int&#233;r&#234;t des enfants et non celui du syst&#232;me. Prenant appui sur la litt&#233;rature institutionnelle Bulletin officiel, directives minist&#233;rielles et autres documents sp&#233;cialis&#233;s), nous avons tent&#233; de comprendre les tendances et les orientations en mati&#232;re d'&#233;ducation, telles qu'elles sont formul&#233;es par les minist&#232;res et les institutions supranationales, et nous avons confront&#233; les discours aux r&#233;alit&#233;s quotidiennes, &#224; la lumi&#232;re des lois qui installent la justice et la police de plus en plus au coeur de l'&#233;cole. Cela nous a &#171; naturellement &#187; amen&#233;s &#224; nous interroger sur les finalit&#233;s du syst&#232;me scolaire, sur ses outils et ses m&#233;thodes. Car, au-del&#224; de l'image &#171; sociale &#187; de l'&#233;cole (organisme public charg&#233; de la transmission du savoir et de la culture pour tous), peu de critiques du syst&#232;me &#233;ducatif s'aventurent &#224; explorer la nature de cet appareil d'&#201;tat destin&#233; au contr&#244;le et au formatage de masse. Et pourtant, ces derni&#232;res ann&#233;es ont &#233;t&#233; &#233;maill&#233;es de mouvements de contestation au sein de l'&#201;ducation nationale. Ils ont mis le plus souvent en avant la question des effectifs et des moyens, des statuts des personnels, du renforcement de l'autorit&#233; de l'&#201;tat et de la la&#239;cit&#233;, mais n'ont pas remis en cause l'identification du corps enseignant, des parents, etc., au r&#244;le r&#233;pressif du syst&#232;me scolaire et, donc, ont &#233;vit&#233; d'aborder la fonction de l'&#233;ducation avec ses contenus et ses programmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce travail ne pr&#233;tend pas avoir cern&#233; l'ensemble de la probl&#233;matique, loin s'en faut. Il ne demande qu'&#224; &#234;tre enrichi de textes th&#233;oriques, mais aussi de t&#233;moignages retra&#231;ant des luttes, des exp&#233;riences concr&#232;tes d'opposition &#224; la r&#233;pression et au conditionnement de l'&#201;ducation nationale, et en particulier celles de coll&#233;giens et de lyc&#233;ens dont la parole est paradoxalement toujours absente des d&#233;bats qui les concernent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'utopie au piquet&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;&lt;/strong&gt;cole, enfant ch&#233;ri de la R&#233;publique... Deux mille ans d'histoire te contemplent ! Formalis&#233;e de mani&#232;re militaire par les Grecs, adapt&#233;e aux formes monastiques par l'&#201;glise, puis r&#233;cup&#233;r&#233;e (beaucoup plus tard) par les r&#233;publiques modernes, l'&#233;cole n'en finit plus de fa&#231;onner les corps et les esprits aux besoins de l'&#201;tat... quels que soient les r&#233;gimes. Assez loin des d&#233;clarations humanistes sur l'&#233;mancipation par l'&#233;ducation, illustr&#233;es par Rousseau et les penseurs des Lumi&#232;res, et adopt&#233;es par les constitutions modernes pour appuyer le renforcement et la centralisation de l'&#201;tat, l'&#233;cole est devenue une gigantesque machine de programmation de masse. L'objectif est annonc&#233; sans d&#233;tour par Jules Ferry devant le S&#233;nat, le 5 mars 1880 : &#171; Il y a deux choses dans lesquelles l'&#201;tat enseignant et surveillant ne peut pas &#234;tre indiff&#233;rent : c'est la morale et la politique, car en morale comme en politique, l'&#201;tat est chez lui, c'est son domaine, et par cons&#233;quent c'est sa responsabilit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par Paul Nizan dans Les Chiens de garde, Masp&#233;ro, 1982.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Il ajoutait, ailleurs, que l'&#201;tat s'occupait de l'&#233;ducation &#171; pour y maintenir une certaine morale d'&#201;tat, certaines doctrines d'&#201;tat qui importent &#224; sa conservation. &#187; Suivront quelques pr&#233;ceptes de p&#233;dagogie vite adopt&#233;s par les &#171; hussards noirs de la R&#233;publique &#187;, selon lesquels &#171; en d&#233;pit de toutes les dissidences, il y a, &#224; la base de notre civilisation, un certain nombre de principes qui, implicitement ou explicitement, sont communs &#224; tous [...] : respect de la raison, de la science, des id&#233;es et des sentiments qui sont &#224; la base de la morale d&#233;mocratique. Le r&#244;le de l'&#201;tat est de d&#233;gager ces principes essentiels, de les faire enseigner dans ses &#233;coles, de veiller &#224; ce que nulle part on ne les laisse ignor&#233;s des enfants, &#224; ce que partout il en soit parl&#233; avec le respect qui leur est d&#251;[...]&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Buisson, Dictionnaire de p&#233;dagogie.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; On reste donc tr&#232;s loin, comme on peut le voir, du mythe de l'&#233;l&#233;vation de l'&#226;me par la libre acquisition des connaissances... L'&#201;tat r&#232;gne en ma&#238;tre sur ses sujets, les citoyens lui appartiennent et les vaches sont bien gard&#233;es...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce lourd h&#233;ritage que porte l'&#233;cole la&#239;que et r&#233;publicaine actuelle, o&#249; l'apprentissage des savoirs a toujours eu plus &#224; voir avec le maintien de l'ordre social qu'avec la d&#233;couverte du monde. L'autorit&#233; n'y est pas une d&#233;rive, mais une v&#233;ritable marque de fabrique ! Elle s'exprime &#224; travers la s&#233;paration par classes d'&#226;ge, le concept de lieux ferm&#233;s, clos sur eux-m&#234;mes (une id&#233;e tir&#233;e des couvents, qui se syst&#233;matisera d&#232;s le XVIIIe si&#232;cle et s'appliquera &#233;galement aux h&#244;pitaux, aux casernes et aux ateliers), o&#249; les enfants sont seuls face aux enseignants, les programmes et les emplois du temps &#224; horaires fixes contraignants (assurant la rentabilit&#233; du temps, un contr&#244;le ininterrompu, la pression de la surveillance et l'interdiction de tout ce qui peut distraire : concevoir un temps int&#233;gralement utile r&#233;pondant &#224; l'id&#233;al de la non-oisivet&#233; formalis&#233; ici encore par un groupe religieux j&#233;suite, les Fr&#232;res de la Vie commune&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;In Michel Foucault, Surveiller et punir, Gallimard, p.163-164.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, afin d'organiser leur vie communautaire, et d'o&#249; les &#233;coles et coll&#232;ges j&#233;suites tir&#232;rent leurs principes de fonctionnement par la suite). Mais l'autorit&#233; au sein de l'&#233;cole, c'est aussi un rythme de vie commune qui s'inspire beaucoup du r&#233;gime militaire, o&#249; l'activit&#233; des &#233;coliers est scand&#233;e par des injonctions, des coups de sonnette, d'alarme, des contraintes exerc&#233;es sur les corps d&#232;s les premi&#232;res ann&#233;es d'&#233;cole (obligation de rester assis, de se taire, d'ob&#233;ir aux consignes et de r&#233;primer son corps et ses n&#233;cessit&#233;s : interdiction de boire, de faire pipi pendant la classe, etc.). En r&#233;sum&#233;, la grande r&#233;ussite de l'&#233;cole, et sa grande fiert&#233;, est bien de parvenir &#224; enseigner &#224; des g&#233;n&#233;rations en culotte courte la soumission &#224; l'autorit&#233;, quelle qu'elle soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;cole, un dr&#244;le de turbin !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise du syst&#232;me scolaire est souvent pr&#233;sent&#233;e comme une crise de l'autorit&#233;, un refus d'assumer le &#171; mod&#232;le de r&#233;f&#233;rence &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Conf&#233;rence de presse de Luc Ferry le 2 septembre 2002.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, alors que les mutations mondiales que nous vivons actuellement sont en train de changer en profondeur les structures de toute la soci&#233;t&#233;. Le mod&#232;le social qui pr&#233;valait jusqu'au milieu du &#233;tait celui d'&#201;tats nationaux, souvent fortement centralis&#233;s comme en France, s'appuyant sur une administration dont chaque agent faisait appliquer une m&#234;me logique globale (le service public). &#192; cela correspondait le souci de l'ind&#233;pendance nationale, de la souverainet&#233; des &#201;tats, dont la pr&#233;servation de la main-d'oeuvre allait de pair avec la bonne sant&#233; de l'industrie et des affaires. L'&#233;cole y assurait sa mission d'int&#233;gration sociale et de contr&#244;le - tout comme l'arm&#233;e -, de formatage des enfants aux besoins industriels, productifs et civiques au service de la nation (que les &#233;l&#232;ves soient manuels ou intellectuels, les objectifs &#233;taient globalement remplis &#224; travers des &#233;tudes courtes, pour la plupart, o&#249; l'acc&#232;s &#224; l'emploi &#233;tait pratiquement garanti).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les choses sont bien diff&#233;rentes aujourd'hui : le gigantesque march&#233; mondial ouvert par la &#171; globalisation &#187; de l'&#233;conomie a fait voler en &#233;clats les &#171; souverainet&#233;s nationales &#187; (les orientations en mati&#232;re d'&#233;ducation sont largement d&#233;cid&#233;es par l'OCDE &#224; l'&#233;chelle mondiale), les protectionnismes des &#201;tats-nations et leurs politiques de protections sociales (les acquis sociaux). La centralisation, particuli&#232;rement forte en France, est souvent remise en question au profit d'une d&#233;concentration des pouvoirs et de leur redistribution (ainsi que des pr&#233;rogatives qui en d&#233;coulent) vers d'autres instances (d'autres services de la fonction publique, des organismes agr&#233;&#233;s, des entreprises, des associations : par exemple, les vigiles priv&#233;s qui renforcent les effectifs de police, les contrats emploi-jeunes qui secondent les instituteurs et font de l'animation dans les &#233;coles, etc.). S'il y a une volont&#233; affich&#233;e de faire des &#233;conomies, ce processus r&#233;v&#232;le &#233;galement une vraie modification de fond dans le fonctionnement social. Cette disso lution des anciennes pr&#233;rogatives de l'&#201;tat s'appuie sur l'id&#233;ologie du contr&#244;le citoyen, de la responsabilit&#233; citoyenne, o&#249; chacun doit participer b&#233;n&#233;volement &#224; l'autogestion de la domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie du travail elle-m&#234;me, si elle est toujours invoqu&#233;e comme r&#233;f&#233;rence sociale, a chang&#233; de contenu : elle ne s'applique plus seulement &#224; l'exercice de la profession, mais aussi aux p&#233;riodes transitoires de ch&#244;mage (consid&#233;r&#233;es comme autant d'interm&#232;des entre deux boulots), aux formations compl&#233;mentaires, aux acquisitions de comp&#233;tences m&#234;me extra-professionnelles, consid&#233;r&#233;es comme des plus-values venant s'ajouter au savoir-faire professionnel lui-m&#234;me... &#192; un savoir technique &#233;parpill&#233;, morcel&#233;, correspond ainsi une id&#233;ologie de plus en plus diffuse. Dans un monde o&#249; s'accroissent le ch&#244;mage de masse et son alternance avec des petits boulots ponctuels, o&#249; la qualification professionnelle ne vaut que par ses remises &#224; niveau r&#233;guli&#232;res (quand il ne s'agit pas de reconversions r&#233;guli&#232;res), o&#249; les individus sont interchangeables (cons&#233;quence formelle du &#171; tous &#233;gaux &#187;) et soumis &#224; la mobilit&#233; obligatoire, l'activit&#233; professionnelle n'est plus le &#171; d&#233;nominateur commun &#187; des individus - comme l'&#233;tait autrefois l'appartenance &#224; un corps de m&#233;tier ou &#224; un syndicat, une qualification professionnelle reconnue, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, d'une certaine mani&#232;re, les nouvelles normes sociales sont int&#233;gr&#233;es d&#232;s le plus jeune &#226;ge : &#224; l'heure de la &#171; libre comp&#233;tition &#187;, de la lutte de tous contre tous o&#249; tous les coups sont permis, comment pourrait-on encore faire croire aux jeunes qu'il suffit de &#171; travailler pour r&#233;ussir &#187; quand tous les mod&#232;les de r&#233;ussite sociale qui leur sont pr&#233;sent&#233;s se situent en dehors du travail et m&#234;me parfois contre lui (de Bernard Tapie aux cr&#233;ateurs de start-up, des vedettes de t&#233;l&#233; aux porteurs d'actions en Bourse) ? Si le constat vaut pour la masse de dipl&#244;m&#233;s qui se retrouvent aujourd'hui au ch&#244;mage, il est encore plus net dans les milieux les plus d&#233;favoris&#233;s, et notamment ceux issus de l'immigration, o&#249; l'&#233;chec de la promotion sociale par les &#233;tudes subi par les g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes ach&#232;ve de convaincre les plus jeunes que l'&#233;cole n'est non seulement pas faite pour eux mais totalement contre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, les enseignants continuent de perp&#233;tuer le mythe du &#171; m&#233;tier &#187;, de la valeur des dipl&#244;mes et de la qualification professionnelle, comme celui de l'&#171; &#233;galit&#233; des chances &#187; (malgr&#233; des scolarisations in&#233;gales en qualit&#233;, des classes surcharg&#233;es, des effectifs minimalistes, etc.), au risque de justifier l'existence de l'&#233;cole telle qu'elle est... une fa&#231;on sans doute de tenter d'&#233;chapper au naufrage, &#224; l'heure o&#249; le gouvernement leur explique qu'ils ne sont, pas plus que les autres, des employ&#233;s indispensables, puisque une grande partie de la formation peut tr&#232;s bien se faire sans eux et &#224; moindres co&#251;ts, dans un monde &#233;ducatif que les d&#233;cideurs voudraient transformer en un march&#233; comme les autres. L'&#233;cole n'est d&#233;sormais plus le lieu exclusif de l'apprentissage des savoirs et des comp&#233;tences, puisque c'est l'existence enti&#232;re des individus atomis&#233;s qui est peu &#224; peu soumise &#224; la formation permanente obligatoire, comme le pr&#233;conisent l'OCDE et la commission des Communaut&#233;s europ&#233;ennes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'apprentissage &#224; vie doit r&#233;pondre &#224; plusieurs objectifs : favoriser (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D'o&#249; la multiplication des fili&#232;res et leur d&#233;clinaison pour tous les publics : &#233;veil pr&#233;natal, logiciels &#233;ducatifs pour les enfants d&#232;s 2 ans, ateliers p&#233;dagogiques extra-scolaires, formation continue, &#171; boutiques &#187; de formation, stages r&#233;mun&#233;r&#233;s ou non pour les ch&#244;meurs, les handicap&#233;s, les femmes, les salari&#233;s, etc. L'essentiel de cet apprentissage n'est pas tant dans la qualit&#233; des savoirs et des comp&#233;tences acquis que dans la facult&#233; des apprenants &#224; toujours se recycler pour entrer dans les crit&#232;res en perp&#233;tuel mouvement des march&#233;s. Les mieux lotis socialement trouveront les &#233;tablissements priv&#233;s qui conviennent, les relations qui s'imposent pour asseoir leur carri&#232;re, alors que les pauvres &#171; rebondiront &#187; de job en job... La dur&#233;e de vie des connaissances utiles &#224; l'entreprise se r&#233;duit d'ailleurs de plus en plus avec l'informatisation des syst&#232;mes de production. Cela se traduit dans les programmes scolaires par des mesures comme l'instauration du BII (Brevet informatique et Internet), attribu&#233; en fin de classe de 3e, sanctionnant l'aptitude de l'&#233;l&#232;ve &#224; utiliser l'outil informatique, ind&#233;pendamment du contenu de la recherche effectu&#233;e et des informations manipul&#233;es. L'objectif n'est pas de savoir si l'enfant sait articuler des id&#233;es, des concepts ou collecter des informations et les analyser, mais seulement de v&#233;rifier qu'il sait cliquer sur une souris et d&#233;rouler des menus &#224; l'&#233;cran... Il y a donc bien glissement de l'acquisition de savoirs vers celle de simples comp&#233;tences, qui accro&#238;t la perception de l'&#234;tre humain comme un auxiliaire de la machine. Cela r&#233;pond parfaitement aux &lt;i&gt;desiderata&lt;/i&gt; de l'ERT (Table ronde europ&#233;enne), un organisme regroupant les grands dirigeants industriels europ&#233;ens (Rh&#244;ne-Poulenc, Saint-Gobain, Renault, Petrofina, etc.), qui exige depuis 1983 une r&#233;novation acc&#233;l&#233;r&#233;e des syst&#232;mes d'enseignement et des programmes afin de mieux les adapter aux &#233;volutions technologiques des entreprises. Aux slogans d'apr&#232;s Mai 68 qui r&#233;clamaient une prise en compte de l'individu dans le processus de l'enseignement, l'&#201;tat a r&#233;pondu par des &#171; parcours individualis&#233;s &#187;, o&#249; l'&#233;valuation des comp&#233;tences de chacun est venue s'ajouter aux s&#233;lections couperet des examens de fin d'ann&#233;e. Ces &#171; comp&#233;tences &#187;, qui prennent le pas sur les qualifications autrefois valid&#233;es exclusivement par l'&#201;tat, sont explicitement d&#233;finies comme des aptitudes reconnues dans le savoir, le savoir-faire et... le savoir &#234;tre. Dans cette strat&#233;gie d'individualisation tir&#233;e des nouvelles politiques de &#171; gestion des ressources humaines &#187;, on appr&#233;hende, on &#233;talonne et on normalise en fonction de grilles pr&#233;d&#233;finies non plus seulement les savoirs acquis, mais la personnalit&#233; globale des individus, leur aptitude &#224; s'impliquer totalement et activement dans la production, leur degr&#233; de docilit&#233;, de conformisme et de flexibilit&#233; dans la machine sociale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. L'&#201;cole n'est pas une entreprise, Christian Laval, L'Harmattan, 2003.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour ce faire, la Commission europ&#233;enne a demand&#233;, en 1996, &#224; des entreprises de mettre au point la &#171; carte d'accr&#233;ditation des comp&#233;tences &#187;, c'est-&#224;-dire un syst&#232;me flexible et permanent d'accr&#233;ditation des unit&#233;s de connaissances par des m&#233;canismes d'&#233;valuation et de validation informatique, &#224; l'issue duquel chaque individu poss&#233;dera une carte personnelle notifiant ses comp&#233;tences. Pour pr&#233;parer la jeunesse &#224; cette oppressante r&#233;alit&#233;, des livrets de comp&#233;tences sont &#233;tablis d&#232;s l'&#233;cole maternelle, et le bilan de comp&#233;tences doit se poursuivre tout au long de la vie scolaire, puis professionnelle : capacit&#233; &#224; prendre des initiatives, &#224; travailler en &#233;quipe, &#224; utiliser diverses technologies, mais aussi &#224; s'auto&#233;valuer en permanence et &#224; se former sans cesse dans le cadre du temps de travail, mais aussi en dehors, afin de suivre de fa&#231;on continue les besoins du march&#233;. L'objectif final &#233;tant - sans rire ! - de fournir &#224; chacun un Smic, ou &#171; stock minimum incompressible de comp&#233;tences&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Construire des comp&#233;tences d&#232;s l'&#233;cole, Philippe Perrenoud, ESF, 1992.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut quand m&#234;me pr&#233;ciser ce qu'induit cette notion d'&#233;valuation permanente des comp&#233;tences dans le domaine scolaire. Si elle appara&#238;t &#224; premi&#232;re vue plus souple et plus juste qu'un examen de fin d'ann&#233;e aux r&#233;sultats impr&#233;visibles, elle s'impose comme un contr&#244;le continu permanent totalement m&#233;canique, qui, de par son syst&#232;me d'&#233;valuation par grille et mots cl&#233;s, privil&#233;gie la forme au contenu et la technique au sens. Par son caract&#232;re permanent et parce qu'elle vient s'ajouter aux dipl&#244;mes, elle accro&#238;t la charge de travail en obligeant les &#233;l&#232;ves &#224; g&#233;rer la masse de tensions et de stress de mani&#232;re continue, sans rel&#226;chement possible, et ce pendant plusieurs ann&#233;es (toutes les notes d'&#233;valuation continue entrent dans l'attribution des dipl&#244;mes sur deux ans pour le Brevet des coll&#232;ges et pour le Bac). Bref, comme chez les j&#233;suites, l'&#233;ducation moderne ne d&#233;teste rien tant que l'oisivet&#233;... Enfin, si les enseignants d&#233;fendent avec vigueur le principe des grands examens comme le Bac (les seuls &#224; avoir tent&#233; de le remettre en cause pendant la gr&#232;ve du printemps 2003 ont &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;s comme de v&#233;ritables tra&#238;tres &#224; la patrie par leurs coll&#232;gues !), ce n'est pas pour toutes ces bonnes raisons, mais plut&#244;t en vertu d'un attachement assez jacobin au r&#244;le de l'&#201;tat, au caract&#232;re national des dipl&#244;mes et &#224; une &#233;galit&#233; toute th&#233;orique entre les &#233;tablissements, &#224; quoi on peut ajouter pour un bon nombre d'entre eux la d&#233;fense d'une routine bien s&#233;curisante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#224; ce propos &#171; Retraites &#224; vau-l'eau &#187;, suppl&#233;ment au n&#176;13 de la revue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Vivre ensemble &#187;, de gr&#233; ou de force&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste quand m&#234;me &#224; l'&#233;cole sa fonction de gardiennage plus ou moins gratuit, de contr&#244;le et de normalisation des corps et des esprits, d'apprentissage du conformisme aux exigences de la soci&#233;t&#233;. Car m&#234;me si celle-ci, en retour, n'offre plus la contre-partie de l'int&#233;gration professionnelle, elle veille &#224; &#171; calibrer &#187; les individus, &#224; diffuser non plus un savoir au profit de la soci&#233;t&#233; mais des comportements qui lui soient conformes et la p&#233;rennisent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Il est essentiel de renforcer la coh&#233;sion sociale. Certains d'entre nous (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tel est l'objet de l'instruction civique dans les &#233;coles, qui ne porte plus ce nom d'ailleurs, mais celui de &#171; Vivre ensemble &#187;, ce qui laisse bien entendre que l'on n'est plus dans un civisme &#171; &#224; la papa &#187; (travail, famille, patrie, colonies), mais dans une citoyennet&#233; moderne g&#233;r&#233;e comme une entreprise, globalis&#233;e &#224; l'&#233;chelle europ&#233;enne, voire mondiale, o&#249; tout le monde est un &#171; collaborateur &#187; et participe &#224; la gestion d'une affaire qu'il n'a pas choisie, o&#249; chacun contr&#244;le (et est contr&#244;l&#233; par) l'autre (le fameux esprit d'&#233;quipe !), o&#249; les d&#233;bats s'apparentent &#224; des cercles de qualit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les &#171; cercles de qualit&#233; &#187;, apparus en France dans les ann&#233;es 1980, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;... Ainsi, la normalit&#233; d'un individu scolaris&#233; se traduit-elle par son identification r&#233;ussie &#224; son r&#244;le de citoyen-gestionnaire de l'ordre social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;ducation citoyenne des enfants, qui constitue l'une des deux priorit&#233;s de l'enseignement primaire avec l'acquisition de la langue fran&#231;aise, a la particularit&#233; d'&#234;tre &#224; la fois une mati&#232;re &#224; part enti&#232;re et une &#171; supra-mati&#232;re &#187; qui impr&#232;gne toutes les autres et doit s'&#233;tudier &#224; travers toutes les autres (litt&#233;rature, sciences, arts plastiques, sport)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'&#233;ducation civique n'est pas, en priorit&#233;, l'acquisition d'un savoir, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi, pass&#233; les quelques rudiments sur les &#171; grands symboles de la France et de la R&#233;publique : l'hymne national, le drapeau et quelques monuments &#187;, les choses s&#233;rieuses commencent avec les temps de d&#233;bats impos&#233;s &#224; heures fixes (une heure tous les quinze jours en cycle III), o&#249; les enfants vont d&#233;couvrir &#171; que les contraintes de la vie collective sont les garants de leur libert&#233;, que la sanction, lorsqu'elle intervient, ne rel&#232;ve pas de l'arbitraire de l'adulte mais de l'application de r&#232;gles librement accept&#233;es. &#187; Pour construire sa personnalit&#233; au sein de la communaut&#233; scolaire, l'enfant prend &#233;galement &#171; conscience de son appartenance &#224; une communaut&#233; qui implique l'adh&#233;sion &#224; des valeurs partag&#233;es [...]. D'un c&#244;t&#233;, la perception de principes sup&#233;rieurs que l'on ne discute pas, &lt;i&gt;normalement impos&#233;s&lt;/i&gt;, conditions de la libert&#233; et du d&#233;veloppement de chacun. De l'autre, la &#034;libre organisation&#034; d'un groupe et ce que l'on peut d&#233;j&#224; appeler &lt;i&gt;l'&#233;laboration d'un contrat, apr&#232;s discussion, n&#233;gociation, compromis&lt;/i&gt;. &#187; Voil&#224; un programme qui rel&#232;ve de la pure publicit&#233; mensong&#232;re. Seul le cerveau mit&#233; d'un fonctionnaire de l'&#201;tat peut faire passer une accumulation de contraintes pour la libert&#233;, une sanction pour une r&#232;gle librement accept&#233;e et un r&#232;glement int&#233;rieur pour un contrat... Et nulle part on ne verra dans les &#233;coles de la R&#233;publique des groupes s'organiser librement... Le langage va &#224; bon compte s&#233;duire les p&#233;dagogues pas regardants et les convaincre de la bonne influence des p&#233;dagogies &#171; alternatives &#187; sur l'institution scolaire. Mais derri&#232;re les mots se cache &#224; peine la menace sourde &#224; l'encontre des r&#233;fractaires et de tous ceux qui seraient tent&#233;s de prendre la loi au pied de la lettre ; les r&#232;gles de la d&#233;mocratie s'apprennent ici pour imm&#233;diatement s'y &#233;chouer : la libert&#233;, c'est accepter de se plier &#224; des lois que l'on n'a ni voulues ni discut&#233;es, les d&#233;bats sont des papotages sans effets, le contrat social est une extorsion de fonds intellectuelle n'autorisant ni n&#233;gociation, ni compromis (il se pr&#233;sente en d&#233;but d'ann&#233;e sous la forme d'un r&#232;glement int&#233;rieur que les enfants sont, d&#232;s la classe de CP, tacitement tenus de signer, alors qu'ils ne savent bien souvent m&#234;me pas ce qui y est &#233;crit)... Le jeu de la d&#233;mocratie se montre ainsi d&#232;s les plus jeunes ann&#233;es de scolarit&#233; sous son jour le plus ordinaire, &#224; savoir un jeu de dupes ! Dont beaucoup d'enfants ne restent finalement pas dupes si longtemps, m&#234;me s'ils feignent de jouer le jeu...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le citoyen-&#233;l&#232;ve mod&#232;le appara&#238;t donc comme un sujet docile, qui d&#233;bat aux heures impos&#233;es de sujets qu'il n'a pas choisis et dans les termes politiquement corrects impos&#233;s par l'administration, qui signe son contrat-r&#232;glement sans poser de questions et sans demander son reste sur la longue liste d'interdictions auxquelles il accepte de se soumettre sans contreparties ; ce citoyen-&#233;l&#232;ve accepte la raison du plus grand nombre comme sa propre pens&#233;e et se r&#233;jouit d'avoir pu donner son avis en sachant qu'il n'a aucune prise sur la r&#233;alit&#233;, aucune chance de faire changer quoi que ce soit par ses propositions. Enfin, il vit dans la peur de ne pas correspondre &#224; la norme, &#224; ce que l'on attend de lui, il a peur d'&#234;tre stigmatis&#233; au point d'accepter tout ce que ses ma&#238;tres lui proposent, et il se trouve soulag&#233; quand un camarade sorti du rang est sanctionn&#233;. Car l'entretien de la peur est certainement l'arme la plus efficace que le pouvoir ait trouv&#233;e pour justifier et faire accepter les mesures s&#233;curitaires, que ce soit dans l'&#233;cole ou dans le reste de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque cette m&#233;canique citoyenne bien huil&#233;e ne parvient pas &#224; maintenir l'ordre, l'&#201;ducation nationale recourt &#224; d'autres moyens : &#171; l'&#233;cole ouverte &#187;, qui, comme son nom ne l'indique pas, n'a pas pour objet d'ouvrir l'&#233;cole sur le monde, mais bien d'enfermer les enfants, les mercredis, samedis et vacances dans l'enceinte de l'&#233;cole ; la camisole chimique et la m&#233;dicalisation pour les enfants soi-disant hyperactifs ou d&#233;pressifs et ceux que l'&#233;cole rend nerveux ; la mise au travail au plus t&#244;t par l'entremise des dispositifs en alternance d&#232;s le coll&#232;ge et, enfin, la r&#233;pression directe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Souriez, vous &#234;tes soign&#233;s...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Je sens tout ce que demande l'int&#233;r&#234;t de la &lt;br class='autobr' /&gt;
soci&#233;t&#233;. Mais il serait sans doute &#224; souhaiter &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'il n'y e&#251;t pour juges que d'excellents &lt;br class='autobr' /&gt;
m&#233;decins. Eux seuls pourraient distinguer le&lt;br class='autobr' /&gt;
criminel innocent du coupable. &#187; &lt;/i&gt;&lt;br&gt;
(&lt;i&gt;in&lt;/i&gt; La Mettrie, &lt;i&gt;L'Homme-machine&lt;/i&gt;, 1744.)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;decine a son r&#244;le &#224; jouer dans les m&#233;canismes r&#233;pressifs au sein de l'&#233;cole. N&#233;e dans le sillage de la R&#233;volution fran&#231;aise (projets de loi de Lakanal d&#232;s 1791- 1793), l'id&#233;e d'une &#171; m&#233;decine scolaire &#187; prend d'abord la forme de visites r&#233;guli&#232;res d'&#171; officiers de sant&#233; &#187; dans les &#233;coles. Napol&#233;on Ier en adoptera le principe par un d&#233;cret de 1811. C'est ensuite en 1945 que seront d&#233;finis les principes g&#233;n&#233;raux de la sant&#233; scolaire tels que nous les connaissons encore aujourd'hui, qui consistaient pour l'essentiel &#224; d&#233;pister la tuberculose et surtout &#224; assurer les campagnes de vaccination massives par le BCG.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revendiqu&#233;e par tous, autant les institutions que les enseignants et les parents, comme un facteur de bien-&#234;tre social et comme une des missions essentielles de l'&#201;tat (la fameuse &#171; vigie sanitaire &#187; que se partageaient l'&#233;cole et l'arm&#233;e), la sant&#233; permet aujourd'hui d'amorcer un processus de contr&#244;le plus &#233;troit des individus. Elle devient un &#233;l&#233;ment important du pacte social (le &#171; contrat social &#187; tant pl&#233;biscit&#233; par les citoyennistes), qui est cens&#233; garantir &#224; tous une &#171; s&#233;curit&#233; &#187; aux contours extensibles, recouvrant la conjuration et la r&#233;paration des risques, des accidents, des dangers de toutes sortes, des maladies, etc., au prix d'une inquisition de plus en plus grande sur la vie de chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dimension op&#232;re aussi au sein de l'&#233;cole, o&#249; le langage et la pens&#233;e m&#233;dicale - notamment &#224; travers la psychologie - investissent les rapports : l'univers scolaire &#233;value, m&#233;dicalise et normalise le comportement des &#233;l&#232;ves (en d&#233;terminant ce qui est normal et ce qui ne l'est pas), et cherche &#224; corriger l'individu (et non plus seulement &#224; le punir comme c'&#233;tait le cas autrefois). Au final, cela aboutit, selon les cas, au traitement psychologique ou &#224; la camisole chimique (voir le r&#233;cent rapport de l'Inserm dans le chapitre &#171; Psychiatrisation scolaire &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, ce n'est plus le traitement de masse qui pr&#233;vaut aujourd'hui, mais la gestion massive des individus au cas par cas, qui tend &#224; isoler les causes et les effets, &#224; individualiser les probl&#232;mes et surtout &#224; faire porter la responsabilit&#233; des maux de toute une soci&#233;t&#233; sur les &#233;paules de chacun de ses membres. Le principe du huis clos qui s'applique au monde m&#233;dical actuel, o&#249; le malade est seul face au m&#233;decin, convient bien &#224; un syst&#232;me social qui nie de plus en plus la port&#233;e collective des probl&#232;mes, qui ne reconna&#238;t que l'instance individuelle, particuli&#232;re (traitement au cas par cas, communication obligatoirement priv&#233;e et individuelle entre enseignants et parents, parcours &#171; individualis&#233;s &#187;, prise en compte des probl&#232;mes de chaque &#233;tablissement par les autorit&#233;s administratives m&#234;me si cela rel&#232;ve de fa&#231;on &#233;vidente du fonctionnement de la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, alors que les services de sant&#233; scolaire souffrent du paradoxe de devoir surveiller de plus en plus d'enfants avec de moins en moins de personnel, ils parviennent n&#233;anmoins &#224; remplir une fonction minimale, celle de la consignation &#233;crite des sp&#233;cificit&#233;s de chaque individu, que l'on peut bien qualifier de fichage. Ce &#171; service minimum &#187; est cens&#233; &#234;tre compens&#233; par quelques campagnes promotionnelles tr&#232;s m&#233;diatis&#233;es (les journ&#233;es d'information avec les m&#233;decins scolaires, les op&#233;rations d'information sur le tabac, la drogue, la sexualit&#233;, etc., men&#233;es comme des campagnes de lancement de produits de grande consommation), et puis plus rien tout le reste de l'ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'id&#233;e de la sant&#233;, les mots de la sant&#233;, mais sans les actes qui pr&#233;viennent et gu&#233;rissent... Pour &#231;a, les enfants et leurs familles sont renvoy&#233;s vers la m&#233;decine de ville, c'est-&#224;-dire la m&#233;decine priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des citoyens de l'ordre nouveau&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce grand d&#233;ballage id&#233;ologique servi par l'&#201;ducation nationale, tout est bon pour rappeler &#224; l'ordre et &#224; la discipline. Prenons pour exemple le dispositif nomm&#233; CES (Comit&#233; d'&#233;ducation &#224; la sant&#233;), cr&#233;&#233; en 1990. Mis en place pour mener des campagnes d'information sur l'hygi&#232;ne et la sant&#233; dans les &#233;tablissements scolaires, il est transform&#233; en 1998 en Comit&#233; d'&#233;ducation &#224; la sant&#233; &lt;i&gt;et &#224; la citoyennet&#233;&lt;/i&gt; (CESC), parce que &#171; la sant&#233; fait de l'exercice de la citoyennet&#233; une partie int&#233;grante de la fonction &#233;ducative de l'&#233;cole. Le r&#244;le de l'&#233;cole dans le domaine de l'&#233;ducation &#224; la sant&#233; s'inscrit dans une perspective d'&#233;ducation globale et d'apprentissage de la citoyennet&#233;, [...] de responsabilit&#233; de chacun dans la soci&#233;t&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rapport L'&#201;cole citoyenne. Le r&#244;le du Comit&#233; d'&#233;ducation &#224; la sant&#233; et &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Ainsi, &#171; &#233;duquer &#224; la sant&#233;, c'est d&#233;velopper le sens de la responsabilit&#233; citoyenne vis&#224;- vis de soi et d'autrui &#187;. Belle id&#233;e de la sant&#233; moderne, qui se d&#233;barrasse de tout questionnement face &#224; la maladie et &#224; la souffrance, au profit des seuls aspects civiques, d'une vision culpabilisante du corps et de ses maux. Cette id&#233;e d'accoler la &#171; sant&#233; &#187; et la &#171; citoyennet&#233; &#187; suscitera d'ailleurs un peu d'&#233;tonnement jusque dans les rangs des partenaires les plus officiels, qui n'en voient pas bien l'int&#233;r&#234;t...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif affich&#233; de ces actions de propagande id&#233;ologique serait de permettre le diagnostic et la pr&#233;vention des &#171; conduites &#224; risques &#187;, de mettre en avant la lutte contre la violence et contre les comportements d&#233;viants, assimil&#233;s &#224; un risque de violence. (&#171; La premi&#232;re lecture de la transformation des CES en CESC tend &#224; faire des CESC une illustration de la red&#233;couverte de la notion d'ordre scolaire par l'&#201;ducation nationale. En effet, certains sociologues assimilent l'&#233;ducation &#224; la citoyennet&#233; &#224; &#8220;une reprise en main des jeunes pour lutter contre les comportements d&#233;viants&#8221;. &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, le changement d'objectif sanitaire en objectif de maintien de l'ordre public au sein des &#233;coles permet d'utiliser des pr&#233;textes m&#233;dicaux pour faire passer un contr&#244;le accru des &#233;coliers, se livrer &#224; une typologie d&#233;taill&#233;e des individus non plus seulement sur le plan scolaire mais surtout comportemental et, d'autre part, cela a pour cons&#233;quence d'introduire et d'&#233;largir la notion de risque, qui &#233;tait au d&#233;part un probl&#232;me de sant&#233; publique, pour faire accepter la situation actuelle comme un ph&#233;nom&#232;ne in&#233;luctable, tant au niveau scolaire que dans les autres aspects de la vie sociale (&lt;i&gt;voir encadr&#233;&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des &#171; formations &#224; la pr&#233;vention &#187; sont pr&#233;vues d&#232;s l'IUFM, comme &#224; l'acad&#233;mie de Nancy-Metz, o&#249; des stages sont mis en place pour les futurs instituteurs sur des sujets comme la gestion de l'agressivit&#233;, la sensibilisation aux dangers des sectes ou la pr&#233;vention de la maltraitance (pas celle de l'institution &#233;videmment !). Autant de dispositifs qui ne visent qu'&#224; rassurer l'institution elle-m&#234;me sur sa capacit&#233; &#224; anticiper les risques.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Gestion des risques et d&#233;veloppement durable&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; du domaine de la sant&#233; publique (&#171; population &#224; risque &#187;, &#171; conduite &#224; risque &#187;, etc.), le terme de &#171; risque &#187; sert aujourd'hui &#224; caract&#233;riser une situation g&#233;n&#233;rale face &#224; laquelle le pouvoir reconna&#238;t que les &#233;volutions &#233;conomiques, &#233;cologiques, financi&#232;res, sociales sont porteuses de d&#233;stabilisations, de d&#233;s&#233;quilibres assez forts pour entra&#238;ner des r&#233;actions ou des catastrophes, et il incite donc &#224; prendre en compte ces risques, les pr&#233;voir et les accepter (ou les sanctionner) sans lutter contre leurs causes ou le syst&#232;me qui les engendre : c'est ce que l'on appelle la &#171; gestion du risque &#187;. On sait, par exemple, que l'industrie nucl&#233;aire produit des pollutions (g&#233;n&#233;ralement invisibles, donc - pas vu-pas pris ! -, on fait comme si elles n'existaient pas !), qu'elle produit aussi parfois des d&#233;sastres, mais plut&#244;t que de mettre fin &#224; son exploitation, on explique que c'est la ran&#231;on du progr&#232;s, qu'on n'y peut rien et qu'il va falloir s'habituer &#224; vivre avec les nuisances et, parfois, les trag&#233;dies qu'elle engendre (voir le sort des populations irradi&#233;es du B&#233;larus &#224; la suite de l'explosion de Tchernobyl). La gestion des risques industriels, sociaux et autres est m&#234;me aujourd'hui devenue une science, avec ses th&#233;oriciens, ses consultants et ses gourous... Dans le domaine scolaire, on peut noter la d&#233;cision d'int&#233;grer &#224; plusieurs disciplines du coll&#232;ge et du lyc&#233;e, depuis la rentr&#233;e 2004, une mati&#232;re intitul&#233;e &#171; &#201;ducation &#224; l'environnement et au d&#233;veloppement durable &#187; (EEDD), qui semble &#224; premi&#232;re vue bien &#233;loign&#233;e de notre propos. Et pourtant, si l'on excepte le fait que plus personne ne s'&#233;tonne aujourd'hui de voir utilis&#233; le terme &#171; environnement &#187; pour d&#233;signer un ensemble vivant existant ind&#233;pendamment de l'homme (et parfois m&#234;me malgr&#233; lui !), on doit souligner dans l'adoption du &#171; d&#233;veloppement durable &#187; le produit d'un lent travail citoyenniste au service de la &#171; destruction durable &#187;, une fa&#231;on de s'accommoder du d&#233;sastre et des risques, justement. D'ailleurs, le succ&#232;s du concept de &#171; d&#233;veloppement durable &#187; ne revient-il pas &#224; la Commission mondiale sur l'environnement et le d&#233;veloppement, &#224; travers son rapport commandit&#233; par l'ONU et rendu public en 1987, le rapport Brundtland. On y apprend comment poursuivre la folle course mondiale &#224; l'exploitation en s'assurant que cela pourra durer jusqu'&#224; la nuit des temps... En reprenant ce concept sans en discuter les termes, le corps enseignant n'est pas sens&#233; faire oeuvre d'intelligence vis-&#224;-vis des enfants en leur enseignant le pourquoi de la d&#233;vastation du monde et &#224; quels int&#233;r&#234;ts elle r&#233;pond, mais &#224; leur expliquer au contraire que cette &#171; plan&#232;te bleue &#187; est la leur et que toutes les poubelles que nous y laissons sont aussi les leurs, parfois pour des mill&#233;naires, et qu'il est de leur devoir civique, de leur responsabilit&#233; morale d'assumer individuellement cette trag&#233;die et de participer &#224; sa gestion sans poser de questions. Un bon moyen d'insuffler la peur et la culpabilit&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le dispositif prend ainsi pour cible les situations les plus vari&#233;es et n'h&#233;site pas &#224; pratiquer l'amalgame pour ajouter &#224; la confusion. On y apprend donc que sont consid&#233;r&#233;es comme des conduites &#224; risques, p&#234;le-m&#234;le, l'absent&#233;isme, le d&#233;sinvestissement scolaire, le repli sur soi, les conduites suicidaires, les pratiques &#224; risques en mati&#232;re sexuelle, l'usage de produits licites ou illicites pouvant entra&#238;ner la d&#233;pendance, le recours &#224; la violence et aux incivilit&#233;s dans et hors des &#233;tablissements scolaires. Ind&#233;pendamment du jugement moral qui peut s'exercer &#224; travers ces cat&#233;gories, le fait de mettre sur le m&#234;me plan un d&#233;sint&#233;r&#234;t pour la chose scolaire (qui peut d'ailleurs tr&#232;s bien n'&#234;tre que momentan&#233; chez l'enfant) et une attaque arm&#233;e proc&#232;de du jugement d'intention (qui vole un oeuf, vole un boeuf), et il est surtout clair que ce sont toutes les formes d'inadaptation ou de rejet du syst&#232;me qui sont ici vis&#233;es... et qui devront &#234;tre pr&#233;venues, sanctionn&#233;es ou soign&#233;es. Les personnels de sant&#233; en milieu scolaire semblent jusqu'&#224; pr&#233;sent accepter sans trop d'&#233;tats d'&#226;me leur mission de maintien de l'ordre au sein du service public, et l'on attend d&#233;sormais des familles qu'elles s'impliquent totalement en &#171; collaborant &#187; (dans le pire sens du terme) avec les institutions dans le dressage des enfants. Les parents doivent ainsi se consid&#233;rer comme des &#171; citoyens-parents et non comme parents-citoyens &#187;... Dr&#244;le de soci&#233;t&#233; qui contraint les parents &#224; prendre le parti du pouvoir et des institutions contre les int&#233;r&#234;ts de leurs propres enfants...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En reconnaissant par ailleurs que le mal dont souffre l'&#233;cole est le m&#234;me que celui qui affecte l'ensemble de la soci&#233;t&#233;, l'&#201;ducation nationale se propose d'&#233;largir &#171; les fonctions d'encadrement de la jeunesse en dehors de la salle de classe, voire en dehors de l'&#233;tablissement [...] &#187;. Le dispositif pr&#233;voit donc des actions ponctuelles d'&#233;ducation citoyenne dans l'&#233;cole sur les sujets les plus divers. Ces actions doivent &#234;tre bas&#233;es : &#171; [...] sur un partenariat de proximit&#233; qui permet d'apporter des r&#233;ponses rapides et adapt&#233;es : les services d&#233;concentr&#233;s de l'&#201;tat (Int&#233;rieur, Justice, D&#233;fense, Jeunesse et Sports, Emploi et Solidarit&#233;), les collectivit&#233;s territoriales, les organismes habilit&#233;s et les associations agr&#233;&#233;es. &#187; En clair, non seulement le contr&#244;le doit s'&#233;tendre &#224; tous les moments de vie de l'enfant (&#233;cole, famille, activit&#233;s extra-scolaires), mais, en plus, on chercherait en vain dans ce programme le moindre souci d'ordre m&#233;dical ou sanitaire ; d'ailleurs, le minist&#232;re de la Sant&#233; n'est m&#234;me pas cit&#233;... alors que l'Int&#233;rieur, la Justice et la D&#233;fense, eux, n'ont pas &#233;t&#233; oubli&#233;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;l&#232;ves b&#233;tail, &#233;l&#232;ves cobayes &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, au passage, on peut s'interroger sur la teneur des partenariats qui s'&#233;tablissent entre des &#233;coles et des organismes de sant&#233; publics ou priv&#233;s et sur l'utilisation qui en est faite. Cela a &#233;t&#233; le cas, par exemple, de l'Institut de sant&#233; publique d'&#233;pid&#233;miologie de l'universit&#233; de Bordeaux III pour une recherche effectu&#233;e dans deux coll&#232;ges, dont l'objectif &#233;tait de mesurer l'&#233;volution de la consommation de tabac chez les adolescents, ainsi que l'effet &#224; long terme des diff&#233;rentes strat&#233;gies de pr&#233;vention. Comme le d&#233;clare le rapport sur les CESC de 2002, &#171; l'institution scolaire a le m&#233;rite de &lt;i&gt;rendre captif un public&lt;/i&gt; sur lequel il est possible d'entreprendre des actions de sant&#233; publique &#187;. Et l'on sait que de l'action &#224; l'exp&#233;rimentation, le pas est vite franchi... Enfin, comment &#233;voquer les liens de plus en plus nombreux qui s'&#233;tablissent entre l'&#233;cole et les entreprises priv&#233;es sans citer l'offensive g&#233;n&#233;ralis&#233;e de la publicit&#233; dans l'&#233;cole ? Totalement pass&#233;es sous silence par les enseignants, ces attaques publicitaires dont les enfants font les frais concernent pr&#232;s d'une centaine d'entreprises, qui financent des activit&#233;s, des voyages, des outils p&#233;dagogiques en imposant syst&#233;matiquement leur logo publicitaire et leur pr&#234;t-&#224;-penser. Tout a commenc&#233; vers le d&#233;but des ann&#233;es 80, lorsque l'&#201;tat, via EDF, a initi&#233; le proc&#233;d&#233; pour imposer son programme nucl&#233;aire. L'affaire s'est r&#233;v&#233;l&#233;e tellement prometteuse qu'elle s'est peu &#224; peu g&#233;n&#233;ralis&#233;e &#224; d'autres domaines, sollicitant les &#233;l&#232;ves sous des formes sans cesse renouvel&#233;es : petits d&#233;jeuners Nestl&#233; ou Danone, repas de cantine labellis&#233;s Walt Disney ou MacDonald (cette derni&#232;re propose d'ailleurs des repr&#233;sentations gratuites en milieu scolaire), pr&#233;vention dentaire Colgate ou Signal (30000 enfants en sept ans pour ce dernier), manuels de lecture contenant de pleines pages de publicit&#233;s pour les Chocos de Kellogg's ou les v&#234;tements de sport de La Redoute&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manuel C'est &#224; lire, pour CP-CE1, Hachette &#201;ducation (cf. Le Monde, 14/09/1998).&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, prospectus d'abonnement &#224; la presse enfantine d&#232;s la maternelle, canettes et tee-shirts Orangina, Liptonic ou Coca, agendas et cahiers de texte pleins &#224; craquer de publicit&#233;s, tampons et serviettes hygi&#233;niques, cartes de cantine portant le logo d'une banque, kits p&#233;dagogiques sur l'euro produits par les magasins Leclerc (12 000 mallettes distribu&#233;es), fiches et CD-Rom de la Compagnie g&#233;n&#233;rale des eaux sur le cycle de l'eau, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce march&#233; du marketing scolaire est tellement juteux qu'une agence de communication (Edum&#233;dia) s'est m&#234;me sp&#233;cialis&#233;e dans la confection des mallettes p&#233;dagogiques : dans une &#233;tude de 1998, le pouvoir d'achat des enfants et adolescents entre 4 et 17 ans &#233;tait &#233;valu&#233; &#224; 22 milliards de francs, ce qui excite &#233;videmment les app&#233;tits des annonceurs, qui ne se cachent pas pour &#171; &#8220;travailler&#8221; les enfants l&#224; o&#249; ils se trouvent huit heures par jour, conqu&#233;rir des consommateurs avec du potentiel, du temps devant eux &#187;, comme le d&#233;clarait un cadre Kellogg's, dont la mallette a &#233;t&#233; distribu&#233;e dans 13000 &#233;coles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait attendre du corps enseignant, si &#226;pre &#224; d&#233;fendre les valeurs du service public et les pr&#233;rogatives de l'&#201;tat face aux assauts du secteur priv&#233;, qu'il s'insurge contre ces attaques commerciales au sein des &#233;tablissements scolaires... Et c'est tout le contraire qui se produit : les enseignants et les infirmi&#232;res scolaires sont demandeurs, r&#233;clament les d&#233;pliants aux couleurs chatoyantes, les CD-Rom interactifs et les kits p&#233;dagogiques gratuits quand ils n'ont m&#234;me pas un poster de l'&#201;ducation nationale &#224; fournir &#224; leurs &#233;l&#232;ves pour expliquer le cycle menstruel. Mais plus grave que l'acte publicitaire est bien s&#251;r le conditionnement intellectuel auquel sont soumis &#233;l&#232;ves et enseignants &#224; travers ces outils de propagande. Un document sur l'&#233;nergie fourni par EDF vantera &#233;videmment les bienfaits du nucl&#233;aire ; le cycle de l'eau expliqu&#233; par la Compagnie g&#233;n&#233;rale des eaux taira la guerre que se livrent les quelques grandes compagnies pour le contr&#244;le mondial de l'eau, son caract&#232;re strat&#233;gique et son r&#244;le dans les conflits qui &#233;clatent &#231;&#224; et l&#224; dans le monde ; une grande compagnie agro-alimentaire conseillera de manger des produits hypersucr&#233;s, gras, gorg&#233;s de conservateurs, de colorants, etc., alors que, d'un autre c&#244;t&#233;, on s'inqui&#232;te de l'augmentation des enfants ob&#232;ses ou en surcharge pond&#233;rale... Derri&#232;re les logos, c'est donc tout un kit de pens&#233;e qui s'impose aux esprits, avec, comme fil conducteur, l'id&#233;e que la pub est la norme, puisque de la maison &#224; l'&#233;cole, c'est elle qui rythme les loisirs, l'apprentissage des savoirs et celle des comportements (hygi&#232;ne, alimentation, sant&#233;, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Psychiatrisation scolaire, les recommandations des &#171; experts &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;e rapport de l'Inserm rendu public d&#233;but 2003 nous informe des derni&#232;res avanc&#233;es des recherches en physiopathologie des maladies psychiques, en neurobiologie, en neurosciences cognitives, en imagerie c&#233;r&#233;brale fonctionnelle, en &#233;pid&#233;miologie. Leurs applications souhait&#233;es dans le champ du d&#233;pistage et de la pr&#233;vention des troubles mentaux chez l'enfant et l'adolescent sont longuement expos&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette expertise collective permet de faire le point sur l'&#233;volution d'un processus d&#233;j&#224; largement avanc&#233; : celui de la m&#233;dicalisation des diff&#233;rents probl&#232;mes sociaux, par le biais d'actions de sant&#233; publique, sous la haute autorit&#233; de l'id&#233;ologie scientifique. En effet, la tr&#232;s forte r&#233;duction du r&#244;le de l'&#201;tat social doit &#234;tre compens&#233;e par d'autres modes de gestion de la pr&#233;carit&#233; : par la p&#233;nalisation (r&#233;pression polici&#232;re, judiciaire et carc&#233;rale), par la m&#233;dicalisation (qui &#171; individualise &#187; les probl&#232;mes tout en pr&#233;tendant les r&#233;gler par des politiques de masse) et par la pseudo-socialisation (initiatives cache-mis&#232;re visant beaucoup plus &#224; maintenir le calme dans la population qu'&#224; agir profond&#233;ment au niveau des m&#233;canismes g&#233;n&#233;rant les in&#233;galit&#233;s, voir par exemple la politique de la ville).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais notons au passage que le champ de la m&#233;dicalisation est sans limites : les cat&#233;gories d&#233;favoris&#233;es de la population n'ayant pas l'apanage des troubles mentaux, la tentation existe d'imposer des solutions m&#233;dicales &#224; tout ce qui peut poser probl&#232;me &#224; l'&#234;tre humain (souffrances psychiques, insatisfactions, angoisse, peur, etc.). C'est ce que &#201;douard Zarifian&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Professeur de psychiatrie, pharmacologue, auteur de Des paradis plein la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; appelle &#171; m&#233;dicalisation de l'existence &#187;, cela a pour effet de mettre des millions de personnes sous l'influence de m&#233;dicaments psychotropes. Ou comment donner individuellement l'apparence de la bonne sant&#233; mentale &#224; des millions de personnes collectivement folles. Revenons au rapport de l'Inserm : un enfant sur huit serait touch&#233; par un (ou plusieurs) trouble(s) mental(aux) en France. Certains se d&#233;clarent sp&#233;cifiquement pendant l'enfance ou l'adolescence - autisme, hyperactivit&#233;, anorexie mentale, troubles des conduites -, d'autres sont aussi pr&#233;sents chez l'adulte (troubles de l'humeur, schizophr&#233;nie, troubles anxieux). Tous ont &#233;t&#233; pris en compte dans cette &#233;tude, &#224; l'exception des troubles des conduites qui feront l'objet d'une prochaine expertise...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas anodin que dans le tableau clinique, au niveau des cons&#233;quences de ces troubles, &#224; c&#244;t&#233; d'actes d'autodestruction (pouvant aller jusqu'au suicide) et de comportements r&#233;v&#233;lateurs d'une tr&#232;s grande souffrance psychique, une large part soit faite aux troubles du d&#233;veloppement (cognitif, social, affectif) et &#224; la r&#233;ussite compromise des apprentissages scolaires. Cela participe d'une repr&#233;sentation de l'enfant comme n'ayant aucune r&#233;alit&#233; en tant qu'&#234;tre mais somm&#233; de pleinement - et normalement - se d&#233;velopper et apprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons que l'hypernormalit&#233; de l'enfant, adaptation &#233;minemment pathologique au syst&#232;me familial et scolaire de conditionnement et d'ali&#233;nation, n'est bizarrement pas abord&#233;e...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion de susceptibilit&#233; g&#233;n&#233;tique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notion qui rel&#232;ve davantage de notions statistiques que de g&#232;nes r&#233;ellement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est largement &#233;voqu&#233;e : &#171; Une grande majorit&#233; des troubles mentaux chez l'enfant est de nature polyfactorielle. Les facteurs g&#233;n&#233;tiques actuellement incrimin&#233;s peuvent donc augmenter un risque, favoriser ou modifier l'expression d'un trouble, mais non l'expliquer totalement ou le provoquer : on parle ainsi de susceptibilit&#233; g&#233;n&#233;tique, c'est-&#224;-dire de facteurs g&#233;n&#233;tiques interagissant avec d'autres facteurs, en particulier environnementaux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; [Mais] on peut distinguer l'autisme, pour lequel toutes les &#233;tudes concluent &#224; l'existence de facteurs g&#233;n&#233;tiques ayant un r&#244;le essentiel dans le d&#233;terminisme du trouble [...]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce mod&#232;le de d&#233;pistage et de pr&#233;vention produit par une psychiatrie de plus en plus nourrie de neurosciences, les facteurs environnementaux ne sont plus consid&#233;r&#233;s que comme facteurs de risque... Et les probl&#232;mes sociaux, (&#171; pauvret&#233;, d&#233;sorganisation sociale, ch&#244;mage &#187; ou &#171; conditions de vie d&#233;favorables &#187;) ne sont qu'une cat&#233;gorie parmi d'autres de ces facteurs environnementaux, leur mise entre parenth&#232;ses dans le texte exprimant tout &#224; fait leur mise entre parenth&#232;ses m&#233;thodologique et &#224; l'origine leur mise entre parenth&#232;ses id&#233;ologique et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les recommandations formul&#233;es &#224; l'issue du rapport, consid&#233;rons plus particuli&#232;rement celles-ci : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; sensibiliser les parents, les enseignants et les &#233;ducateurs au rep&#233;rage des troubles du d&#233;veloppement chez l'enfant.	&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les livrets d'&#233;valuation d&#233;j&#224; disponibles dans certaines &#233;coles maternelles pourraient constituer un outil pr&#233;cieux pour la mise en &#233;vidence de dysfonctionnements dans le d&#233;veloppement sensorimoteur, cognitif et affectif de l'enfant. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; quand la formation obligatoire des parents en neurosciences cognitives ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; d&#233;pister en population g&#233;n&#233;rale. Compl&#233;ter le dispositif de surveillance syst&#233;matique de la sant&#233; mentale de l'enfant. Surveillance qui s'exerce principalement dans le cadre de la scolarit&#233;, de l'entr&#233;e en maternelle jusqu'&#224; l'&#226;ge de 16 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Citons, entre autres objectifs, celui de d&#233;pister les enfants hyperactifs d&#232;s l'&#226;ge de 3 ans, tout en pr&#233;cisant que &#171; les enfants chez lesquels une hyperactivit&#233; est rep&#233;r&#233;e &#224; l'&#226;ge de 3 ou 4 ans n'&#233;volueront pas syst&#233;matiquement vers un trouble patent avec retentissement sur les apprentissages, qui ne serait donc pas diagnostiqu&#233; ult&#233;rieurement &#187;. Dans quel but alors les d&#233;pister &#224; l'&#226;ge de 3 ans ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Autre objectif d&#233;clar&#233; : un examen syst&#233;matique des adolescents. Cet examen est justifi&#233; par le fait que &#171; &#224; l'adolescence, plusieurs troubles peuvent appara&#238;tre, comme les troubles du comportement alimentaire, le trouble panique ou encore la consommation de substances psychoactives &#187;. Notons l'assimilation de cette consommation - &#233;voqu&#233;e sans plus de pr&#233;cisions - &#224; un trouble du comportement...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chercheurs en neurosciences - toutes disciplines confondues - sont incurables : ils ne peuvent s'emp&#234;cher d'&#234;tre poss&#233;d&#233;s par le fantasme de parvenir &#224; clairement &#233;lucider les m&#233;canismes physiopathologiques des troubles mentaux et d'apporter &#224; chaque pathologie sa(ses) r&#233;ponse( s) neurophysiologique(s). Avec au-del&#224; probablement le fantasme de parvenir &#224; &#233;lucider les m&#233;canismes neurophysiologiques &#224; l'origine de la vie psychique d'un &#234;tre humain, pour ne pas dire de l'&#226;me...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet imaginaire, dont l'existence est rendue possible par une repr&#233;sentation &#233;triqu&#233;e de l'&#234;tre humain, contribue en retour &#224; d&#233;velopper cette repr&#233;sentation, celle d'une machine neuronale, produit de d&#233;terminants g&#233;n&#233;tiques et environnementaux. Cette mod&#233;lisation de l'humain continue d'annexer le champ de la pr&#233;vention, mais &#233;galement celui de la clinique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le d&#233;veloppement des programmes de pr&#233;vention et leur &#233;valuation en termes d'acceptabilit&#233; et de r&#233;sultats doivent &#234;tre encourag&#233;s dans le contexte fran&#231;ais, privil&#233;giant traditionnellement des options plus individuelles. Ces derni&#232;res gardent certes leur int&#233;r&#234;t, mais sont plus difficiles &#224; appliquer &#224; de larges populations ou en dehors des r&#233;seaux de soins classiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'illustration de la croyance toujours accrue que la pr&#233;vention est une affaire de masse. Il s'agit d'inscrire la sant&#233; de chacun dans les imp&#233;ratifs de la sant&#233; publique. La recherche de l'efficacit&#233; justifie tout, y compris la mise sous surveillance sanitaire de l'ensemble de la population dans un dispositif outrepassant le simple cadre des structures de soins, o&#249; chacun-e deviendrait l'agent de surveillance de chacun-e, de l'&#233;cole &#224; la famille en finissant par l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas plus qu'hier le d&#233;pistage ne va &#234;tre suivi de soins individualis&#233;s, dans le sens o&#249; ils prendraient en compte la sp&#233;cificit&#233; de chaque individu en envisageant des solutions respectueuses de cette sp&#233;cificit&#233; et au service de chaque individu. Au contraire, le d&#233;pistage constitue le premier maillon d'un dispositif de gestion de masse, dans le sens o&#249; c'est prioritairement la population qu'on prend pour objet, les diff&#233;rences individuelles n'&#233;tant prises en compte que dans leur &#233;cart avec la norme pour mieux &#234;tre gomm&#233;es. La technique employ&#233;e de gestion au cas par cas est secondaire : il s'agit bien d'une gestion de masse m&#234;me si elle est mise en place dans une proc&#233;dure au cas par cas. Mais les fantasmes de ces chercheurs et les voeux des experts de l'Inserm se confrontent &#224; la r&#233;alit&#233; du terrain : un dispositif de m&#233;decine scolaire fortement d&#233;ficient, et sur lequel en haut lieu on souhaite rogner par souci d'&#233;conomie, et un dispositif clinique sp&#233;cialis&#233; lui aussi largement insuffisant. Le syst&#232;me socio-m&#233;dical, qui assumerait de consid&#233;rer chaque enfant comme un malade mental potentiel et un objet de recherche scientifique, n'est pas pr&#232;s d'&#234;tre efficient !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ce constat est quelque peu rassurant, il ne saurait servir de pr&#233;texte &#224; l'acceptation passive de la psychiatrisation - tendance neurosciences - de l'enfant, dont l'essor produit d&#233;j&#224; des effets n&#233;gatifs... Face &#224; la psychiatrie de l'enfant et ses &#233;volutions, rester critique s'impose. Car il appara&#238;t clairement que l'enfant n'a aucun choix v&#233;ritable : il va subir toutes les contraintes psychom&#233;dicales possibles et si cela n'a pas assez d'effets normalisants, ce sera la p&#233;nalisation... C'est &#224; lui, l'enfant, de s'adapter ou d'&#234;tre adapt&#233;. Jamais la question de l'inadaptation du syst&#232;me socio-&#233;ducatif &#224; l'&#234;tre unique qu'il est ne sera pos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'exemple de l'hyperactivit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ensemble des signes constituant ce trouble mental tr&#232;s m&#233;diatis&#233; depuis une dizaine d'ann&#233;es a &#233;t&#233; rep&#233;r&#233; depuis bien longtemps ; selon les disciplines, cela &#233;tait appel&#233; &#171; hyperkin&#233;sie &#187; ou &#171; instabilit&#233; motrice &#187; avant que la terminologie issue du fameux DSM-IV am&#233;ricain&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, American (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ne s'impose et n'impose par l&#224;-m&#234;me les notions d'hyperactivit&#233; et de d&#233;ficit de l'attention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le TDAH (trouble d&#233;ficitaire de l'attention avec hyperactivit&#233;) est caract&#233;ris&#233; par trois comportements majeurs : l'inattention, l'agitation et l'impulsivit&#233;. Selon les experts de l'Inserm, le diagnostic pr&#233;coce est d'autant plus n&#233;cessaire qu'il existe des traitements efficaces et que l'hyperactivit&#233; est associ&#233;e, dans 50 &#224; 70% des cas, &#224; d'autres troubles mentaux (troubles des conduites, troubles de l'opposition, troubles anxio-d&#233;pressifs, troubles des apprentissages...). Signalons au passage que, effectivement, dans le DSM-IV, les troubles des apprentissages (trouble de la lecture, trouble du calcul, trouble de l'expression &#233;crite) font partie des troubles mentaux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; propos du diagnostic, Gerd Gl&#228;ske (professeur de politique en mati&#232;re de sant&#233;) raconte cette anecdote : &#171; On a mis un professeur, un th&#233;ologien [sic] et un psychologue face &#224; une classe et on leur a demand&#233; quels &#233;taient, selon eux, les enfants atteints du TDAH : sur les six ou sept que chacun avait nomm&#233;s, il n'y en avait qu'un nomm&#233; par les trois. C'est donc une question tr&#232;s subjective d'acceptation et de tol&#233;rance. Il s'agit de savoir jusqu'o&#249; nous sommes pr&#234;ts &#224; accepter l'agitation de ces enfants et la g&#234;ne qu'elle g&#233;n&#232;re : le probl&#232;me est l&#224;, et aussi dans la comp&#233;tence de ceux qui formulent le diagnostic&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Soir&#233;e &#171; Thema &#187; d'Arte consacr&#233;e &#224; l'hyperactivit&#233;, le 16/9/03 : Ces (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe plusieurs traitements m&#233;dicamenteux, mais les psychostimulants sont surtout utilis&#233;s. Parmi ceux-ci, le plus prescrit est le chlorhydrate de m&#233;thylph&#233;nidate, plus connu sous l'appellation commerciale Ritaline. Il s'agit d'une mol&#233;cule proche des amph&#233;tamines, son effet est de stimuler le syst&#232;me nerveux central. En Europe, c'est en Allemagne que la Ritaline est la plus utilis&#233;e. Quant &#224; l'Italie, elle ne l'a pas autoris&#233;e... En France, elle est interdite pour les adultes et les enfants de moins de 6 ans. Les effets secondaires de ce produit sont nombreux, principalement : anorexie, insomnie, troubles de l'humeur, anxi&#233;t&#233;, nervosit&#233;, c&#233;phal&#233;es. On trouve &#233;galement : tachycardie et arythmie (sur le plan cardiaque), douleurs abdominales, tics moteurs ou vocaux, mouvements compulsifs. Cette liste n'est pas exhaustive. L'effet secondaire le plus important est le ralentissement de la croissance en taille et en poids. Mais &#171; il semble que cette stagnation staturo-pond&#233;rale soit r&#233;versible &#224; l'arr&#234;t de la th&#233;rapeutique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'enfant hyperactif : approche th&#233;rapeutique &#187;, collectif,&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le probl&#232;me majeur est ailleurs : &#171; On peut dire qu'un tel m&#233;dicament a des effets sur la formation du cerveau. [...] On devrait se demander si l'on conna&#238;t r&#233;ellement toutes les propri&#233;t&#233;s de ce m&#233;dicament et ses effets sur le cerveau. &#187; (Gerald H&#252;ther, neurobiologiste)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de parents sont soulag&#233;s qu'on leur dise que leur enfant a une maladie, ils sont d&#233;culpabilis&#233;s. Voici ce qu'en dit une professeur des &#233;coles allemandes : &#171; Nous avons remarqu&#233; &#224; plusieurs reprises que les parents de ces enfants [diagnostiqu&#233;s TDAH] sont en partie heureux de pouvoir mettre un nom sur le probl&#232;me, m&#234;me si pour nous les causes sont &#224; chercher ailleurs. [...] La maladie a un nom, leur enfant peut prendre de la Ritaline ou autre chose, cela leur &#233;vite de se tourner vers d'autres th&#233;rapies et de se remettre en question. &#187; Par ailleurs, certains p&#233;dopsychiatres, certains psychologues affirment que l'enfant hyperactif sous traitement pharmacologique doit b&#233;n&#233;ficier d'une psychoth&#233;rapie individuelle et/ou familiale. Mais qu'en est-il dans la r&#233;alit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait qu'au Qu&#233;bec tr&#232;s peu d'enfants (et de familles) sont ainsi aid&#233;s, &#224; cause d'un dispositif de soins limit&#233; et surcharg&#233;. La mol&#233;cule de la Ritaline est tr&#232;s efficace face aux sympt&#244;mes incrimin&#233;s, la solution de facilit&#233; est donc d'en prescrire, point final. C'est &#171; Avale et ferme ta gueule ! &#187; Quelle est la situation en France sur ce point ? Voici ce qu'en disaient en mai 2000 plusieurs sp&#233;cialistes de la psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent : &#171; Fort heureusement, nous n'en sommes pas l&#224; en France (encore qu'une enqu&#234;te ait montr&#233; que 12% des enfants de 6 ans avaient d&#233;j&#224; re&#231;u un traitement psychotrope). Mais l'influence du mod&#232;le m&#233;dical am&#233;ricain s'&#233;tend et, malgr&#233; des contraintes r&#233;glementaires assez strictes, les prescriptions de Ritaline et plus encore d'autres psychotropes sont en augmentation dans notre pays&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Bursztejn, J.-C. Chanseau, C. Geissmann-Chambon, B. Golse, D. Houzel, &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Pour combien d'enfants la prescription de Ritaline s'inscrit-elle effectivement au sein d'un projet th&#233;rapeutique global et coh&#233;rent ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Avec les limites propres &#224; cette comparaison, c'est quelque part le m&#234;me probl&#232;me qu'avec le Subutex pour les personnes toxicomanes : on prescrit, on surprescrit tout en clamant haut et fort qu'un accompagnement psychosocial est n&#233;cessaire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mythe du bon produit - la mol&#233;cule qui explique tout, qui agit et surtout qui rapporte&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Ritaline est fabriqu&#233;e par Ciba-Geigy, filiale de Novartis. Selon Andrew (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;- est au pouvoir. Promotion d'un &#234;tre humain r&#233;duit &#224; une machinerie neuronale par des id&#233;ologues des neurosciences, chercheurs et psychiatres, et valid&#233;e au bout du compte par les autorit&#233;s scolaires et l'opinion publique. Heureusement, ils ne font pas l'unanimit&#233; chez les p&#233;diatres, ni chez les familles. Lawrence H. Diller, p&#233;diatre et psychoth&#233;rapeute am&#233;ricain, parle ainsi d'une publicit&#233; pour un m&#233;dicament pour le TDAH (il ne cite pas le produit !) : &#171; [...] Ce qui me g&#234;ne dans cette publicit&#233;, c'est qu'elle prend une t&#226;che relativement complexe, faire ses devoirs, et qu'elle la r&#233;duit &#224; un seul probl&#232;me, &#224; savoir le cerveau de l'enfant, probl&#232;me qui peut &#234;tre r&#233;solu en avalant une pilule. &#187; Puis il raconte les p&#233;rip&#233;ties du parcours de deux familles qui avaient os&#233; arr&#234;ter le traitement pharmacologique de leur enfant : &#171; Cela montre jusqu'&#224; quel point, dans la t&#234;te des autorit&#233;s scolaires et de l'opinion publique, la mauvaise conduite des enfants est un d&#233;sordre c&#233;r&#233;bral qu'il faut soigner &#224; coups de m&#233;dicaments. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dans la t&#234;te des autorit&#233;s politiques, &#224; qui ne d&#233;pla&#238;t pas l'id&#233;e de traiter &#224; coups de m&#233;dicaments, d&#232;s le plus jeune &#226;ge, les futurs d&#233;linquants - il en restera toujours assez - et qui donc ne se privent pas pour mettre &#224; profit le discours d'un bon docteur, tel Guy Falardeau : &#171; Beaucoup d'adolescents et de jeunes adultes hyperactifs continuent &#224; pr&#233;senter des probl&#232;mes de comportement, plus particuli&#232;rement ceux qui ont manifest&#233; une r&#233;action d'opposition/provocation. On calcule qu'environ 25% d'entre eux auront une personnalit&#233; antisociale. La toxicomanie [...] sera aussi beaucoup plus fr&#233;quente chez ces jeunes, tout comme les probl&#232;mes de d&#233;linquance. Environ 50 % des enfants hyperactifs auront affaire &#224; la police durant l'adolescence ou au cours des premi&#232;res ann&#233;es de leur vie adulte. Environ 20% d'entre eux commettront des d&#233;lits suffisamment graves pour devoir compara&#238;tre devant un tribunal&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dr Guy Falardeau, Les Enfants hyperactifs et lunatiques, Le Jour &#233;diteur, 1997&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;minent sp&#233;cialiste s&#233;vit au Qu&#233;bec, mais il en existe des centaines de son esp&#232;ce de par le monde qui, sur le mod&#232;le am&#233;ricain, m&#233;dicalisent les comportements s'&#233;cartant des normes, mettant ainsi le m&#233;dical au service de la pr&#233;vention des d&#233;lits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Citons, pour finir, Hans von L&#252;pke (p&#233;diatre et psychoth&#233;rapeute) : &#171; L'enfant qui se fait ainsi remarquer [...] exprime quelque chose. Il y a toujours un message derri&#232;re tout cela. [...] Il s'agit ensuite de d&#233;chiffrer ce message. C'est seulement de cette fa&#231;on que l'on aura une chance de le gu&#233;rir, bien plus qu'en essayant de le faire entrer &#224; tout prix dans un moule, car cela am&#232;ne souvent &#224; faire une croix sur les qualit&#233;s propres de l'enfant, sa vivacit&#233;, sa cr&#233;ativit&#233;, comme on l'observe chez de nombreux enfants trait&#233;s par m&#233;dicaments. &#187; Oui, et si le message concerne justement le moule et le refus d'y rentrer ? Quelle possibilit&#233; existe pour l'enfant d'y &#233;chapper finalement ? Aucune, sauf &#224; le payer, au niveau de la souffrance psychique, trop cher... Mais, intellectuellement, il est beaucoup plus facile de propager le discours - id&#233;ologique - de la souffrance de ces enfants qui ne d&#233;sireraient qu'entrer dans les normes, &#234;tre comme les autres et qui ne le peuvent pas...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des fonctions -pas la moindre- d'un tel discours est de rassurer les adultes qui le tiennent, qu'ils soient parents, enseignants ou psychiatres, en justifiant leurs actions hautement normalisatrices et en rejetant de par l&#224;-m&#234;me tout questionnement sur leur propre responsabilit&#233; dans l'acquisition par la majorit&#233; des enfants d'un tel souci de se conformer aux normes socio-culturelles, qui loin d'&#234;tre propre &#224; un certain &#171; stade &#187; de la maturation psychique de l'enfant et de l'adolescent, loin d'&#234;tre un passage, une &#233;tape, se fige dans l'int&#233;gration immuable de la Norme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La vie sexuelle conditionn&#233;e&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&lt;/strong&gt;&#233;ducation &#224; la sexualit&#233; nous para&#238;t plut&#244;t &#234;tre une normalisation et un conditionnement sexuels, auxquels l'&#233;cole participe et risque &#224; l'avenir de participer encore plus. Quelques mots sur un sujet qui m&#233;riterait un plus long d&#233;veloppement...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis une dizaine d'ann&#233;es est apparue et se d&#233;veloppe une sanctuarisation du corps de l'enfant, qui a pour cons&#233;quence une codification envahissante des &#171; rapports des corps &#187; entre l'enfant et l'adulte mais &#233;galement entre enfants et entre adolescents, sur un mod&#232;le ressemblant de plus en plus au mod&#232;le de codification am&#233;ricain. &#192; savoir : comment normer la bonne distance entre deux corps en toutes circonstances et, quand le contact ne peut plus &#234;tre &#233;vit&#233;, comment &#233;tablir les r&#232;gles strictes qui r&#233;giront le contact. C'est-&#224;-dire comment instaurer - par la violence douce, insensiblement - l'isolement du corps de chacun. Avec pour cons&#233;quences - entre autres - la r&#233;pression de gestes ou de comportements jusque-l&#224; anodins et &#224; terme l'impossibilit&#233; pour les enfants de se livrer entre eux &#224; des jeux sexuels initiatiques. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et derri&#232;re la fr&#233;n&#233;sie d'asepsie se cache mal la tentation... de l'abstinence ! &#192; laquelle aux &#201;tats-Unis de lourdes campagnes publicitaires vous incitent, sous pr&#233;texte de pr&#233;vention. Tout cela participe donc de la fabrication accrue de personnes gravement n&#233;vros&#233;es et conjointement de l'accroissement des agressions sexuelles, quand pour certains les plombs p&#232;tent, l'autor&#233;pression de la sexualit&#233; provoquant l'exacerbation des pulsions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est l&#224; &#224; l'oppos&#233; de ce qui pourrait constituer la base d'une &#171; &#233;ducation &#187; sur ce que peut &#234;tre la relation entre deux &#234;tres dans sa dimension sexuelle : mise en question du machisme, de la violence exerc&#233;e sur les femmes, de la possession consid&#233;r&#233;e comme une valeur ; r&#233;flexion sur le plaisir sexuel comme partage relationnel et non comme jouissette masturbatoire, f&#251;t-elle pratiqu&#233;e en couple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai l'impression que les enfants, au moment o&#249; ils d&#233;couvrent la sexualit&#233;, on leur a d&#233;j&#224; inculqu&#233; ce profond d&#233;sir de se conformer, y compris de trouver le plaisir dans l'interdit, ce qui est un conformisme de la soci&#233;t&#233; absolument &#233;norme. [...] Je pense que la sexualit&#233; infantile est d&#233;j&#224; conform&#233;e par la soci&#233;t&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Qu'est-ce qui fait que l'image sexuelle est tout d'un coup taboue ? C'est le r&#233;flexe social... J'ai un petit gar&#231;on de 8 ans. &#192; l'heure actuelle, d&#232;s qu'il voit &#224; la t&#233;l&#233;vision un film... m&#234;me un James Bond - Dieu que c'est puritain et pudibond [...], - il dit : &#8220;Cela n'est pas pour moi...&#8221;, alors qu'il regarde tous les trucs violents et qu'il trouve &#231;a totalement normal puisque c'est la culture ambiante... [...] &#192; mon avis, cela se joue dans une esp&#232;ce de culpabilit&#233; et c'est bien dans cette culpabilit&#233; que se trouvera le plaisir. Je pense que c'est vraiment une &#233;ducation de la soci&#233;t&#233;, dans une volont&#233; de mener les gens. C'est une chose apprise, inculqu&#233;e... Il est vrai que les enfants sont conformistes et qu'il est tr&#232;s facile de les conformer, il faut bien le reconna&#238;tre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Catherine Breillat, &#171; Existe-t-il une autre sexualit&#233; qu'infantile ? &#187;, in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;ducation carc&#233;rale o&#249; l'on emprisonne les enfants dans les n&#233;vroses graves des adultes. Moins l'&#234;tre humain regarde en face sa vie sexuelle, plus il se rapproche de l'animal. Wilhelm Reich est mort, mais, sous une illusoire lib&#233;ration sexuelle, on l'enterre toujours plus...&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Id&#233;ologie s&#233;curitaire : un concept qui fait &#233;cole&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole n'est pas un monde &#224; part de la soci&#233;t&#233;. Il n'&#233;chappe ni aux lois du march&#233; ni aux besoins de l'entreprise. La fonction de l'&#233;cole, dans une soci&#233;t&#233; capitaliste, est de former des travailleurs. Cela n'a jamais chang&#233;, m&#234;me si pendant les ann&#233;es1970, le taux de ch&#244;mage extr&#234;mement faible aidant, la fonction &#233;conomique de l'&#233;cole a &#233;t&#233; partiellement remise en cause (tentatives d'exp&#233;riences p&#233;dagogiques &#233;chappant &#224; la logique de l'&#201;tat, Dolto dans chaque foyer, remise en question de la sup&#233;riorit&#233; du travail intellectuel sur le travail manuel, etc.). Cette critique, par son ampleur, a &#233;t&#233; capable momentan&#233;ment de ralentir les r&#233;formes utilitaristes de l'&#201;tat en mettant en avant l'autonomie des &#233;l&#232;ves (foyers g&#233;r&#233;s collectivement par les lyc&#233;ens), l'exp&#233;rience des d&#233;bats critiques (assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales fr&#233;quentes dans les lyc&#233;es et d&#233;bats &#224; l'ordre du jour dans les classes). Assez rapidement, l'&#201;tat, sur la d&#233;faite de ce mouvement, a, pour le rendre inoffensif, d&#233;tourn&#233; les id&#233;es qu'il contenait ; par exemple, l'autonomie pourtant indissociable du collectif, s'est transform&#233;e en valorisation de l'individu qui r&#233;ussit non plus avec mais au d&#233;triment des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si ces luttes ont pu ralentir la logique de l'&#201;tat, celuici n'a jamais cess&#233; de poursuivre au sein de l'institution scolaire son but initial. Contrairement aux id&#233;es largement r&#233;pandues par l'ensemble de la classe politique, ce n'est pas le &#171; laxisme post-soixante-huitard &#187; qui serait &#224; l'origine de la crise que conna&#238;t aujourd'hui l'&#233;cole, ce sont bien les nouvelles contraintes impos&#233;es par le march&#233; qui dictent les orientations du syst&#232;me scolaire : ch&#244;mage croissant, pr&#233;carit&#233; des emplois et des statuts, d&#233;veloppement du travail int&#233;rimaire, d&#233;localisation, d&#233;qualification. L'&#233;cole doit g&#233;rer aujourd'hui une g&#233;n&#233;ration dont l'avenir est de d&#233;river entre RMA, emplois pr&#233;caires, ch&#244;mage : adaptabilit&#233;, polyvalence. L'&#233;cole n'a pas comme fonction de dispenser un savoir g&#233;n&#233;ral qui permettrait &#224; chacun de choisir entre diff&#233;rents emplois stables (le grand mythe de l'&#233;ducation d&#233;mocratique et r&#233;publicaine) mais d'apprendre &#224; chacun &#224; accepter de se conformer aux nouvelles r&#232;gles qui d&#233;finissent le comportement d'un bon citoyen, qu'il soit ch&#244;meur, travailleur ou pr&#233;caire. Et comme cette r&#233;alit&#233; n'est pas facile &#224; imposer, et pour cause, la tendance est plut&#244;t &#224; la r&#233;pression. M&#234;me si ces derni&#232;res ann&#233;es n'ont pas &#233;t&#233; riches en mouvements lyc&#233;ens ou &#233;tudiants, ici et l&#224; des r&#233;actions, le plus souvent individuelles et d&#233;sordonn&#233;es, parfois en se trompant d'ennemi, ne manquent pas d'exprimer leur malaise ou leur col&#232;re. Le cadre s&#233;curitaire a pour objet de pr&#233;venir et d'endiguer toute r&#233;action, tout d&#233;bordement de la part des &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alerte aux sauvageons&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis plusieurs ann&#233;es, la propagande institutionnelle d&#233;signe les jeunes comme un danger, une menace aux personnes et aux biens. Ces bandes de sauvageons sans foi ni loi ne reconnaissant aucune autorit&#233; seraient anim&#233;s exclusivement par l'app&#226;t du gain, la violence gratuite... D'une part, on ne voit pas pourquoi ces jeunes ne seraient pas m&#251;s par les m&#234;mes valeurs que celles de la soci&#233;t&#233; qui les entoure, &#224; savoir consommation et chacun pour soi ; et d'autre part les conditions de vie produisent des angoisses de plus en plus importantes, par d&#233;finition sans objet, que le pouvoir exploite sous le vocable de &#171; sentiment d'ins&#233;curit&#233; &#187;, qui provient davantage de peurs d'une autre nature, peur de l'avenir, peur d'&#234;tre licenci&#233;, etc. Le dernier matraquage m&#233;diatique date de la campagne &#233;lectorale pr&#233;sidentielle, qui faisait des &#233;coles le th&#233;&#226;tre de violences graves quotidiennes, s'appuyant sur quelques cas isol&#233;s pour en faire une r&#232;gle g&#233;n&#233;rale : les jeunes devenaient ainsi une des principales causes du d&#233;sordre social. T&#233;l&#233;, journaux, magazines, aux ordres, se sont d&#233;cha&#238;n&#233;s &#224; grands coups d'images et de reportages chocs pour bien faire entrer dans la t&#234;te de chacun l'id&#233;e que les cours d'&#233;coles s'&#233;taient transform&#233;es en lieux de violences extr&#234;mes o&#249; le viol, le racket, les tabassages &#233;taient monnaie courante et que cette r&#233;alit&#233; effrayante s'&#233;tendait m&#234;me autour des &#233;tablissements. Une r&#233;alit&#233; qui ne pouvait laisser insensible des parents d&#233;sempar&#233;s et un gouvernement toujours prompt &#224; sauver du chaos une g&#233;n&#233;ration en perdition ; face &#224; un tel tableau apocalyptique, il devenait incontournable d'adopter des mesures fortes sans ambigu&#239;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les faits et au regard m&#234;me des chiffres communiqu&#233;s par les programmes informatiques mis en place par l'&#201;tat pour &#233;valuer l'importance des faits de violence, il s'agit davantage d'un sentiment d'ins&#233;curit&#233; que d'ins&#233;curit&#233; : une fois &#244;t&#233;s les b&#226;illements, les bavardages, les moqueries qui ont toujours exist&#233; et qui t&#233;moignent plus de l'ennui que de la marque d'un esprit s&#233;ditieux, les actes graves restent peu nombreux au vu du nombre de personnes concern&#233;es (5,5 millions d'&#233;l&#232;ves pour 500 000 fonctionnaires de l'&#201;ducation nationale) ; d&#233;sormais, il suffit qu'un acte ou un comportement soit p&#233;nalisable pour qu'il soit consid&#233;r&#233; comme grave. Ces derni&#232;res ann&#233;es ont vu appara&#238;tre de nouveaux d&#233;lits : l'insulte, les menaces peuvent d&#233;sormais conduire devant les tribunaux, surtout quand ils sont dirig&#233;s contre des personnes d&#233;positaires de l'autorit&#233; publique. Les cas de violence sont &#233;videmment plus nombreux dans les grandes villes, les cit&#233;s o&#249; habitent les plus pauvres ; ce qui, il y a encore peu de temps, &#233;tait per&#231;u comme les cons&#233;quences de dysfonctionnements sociaux, &#233;conomiques, est d&#233;sormais pr&#233;sent&#233; comme relevant de la responsabilit&#233; individuelle. Bien s&#251;r, il existe encore la conscience que, pour certains, c'est plus difficile que pour d'autres d'int&#233;grer cette soci&#233;t&#233;, mais quand on veut on peut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les parents, surveill&#233;s surveillants&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les parents, apr&#232;s des ann&#233;es de propagande les d&#233;signant comme responsables du comportement de leurs enfants dans la soci&#233;t&#233;, sont d&#233;sormais assujettis par la loi, qui les oblige &#224; &#234;tre des agents du contr&#244;le social pr&#233;venant tout &#233;cart de conduite de leurs bambins, faute de quoi ils en deviennent les complices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le colloque de Villepinte en 1997, un large consensus politique ent&#233;rine l'&#233;chec de la pr&#233;vention pour axer les efforts gouvernementaux sur le tout-s&#233;curitaire et l'id&#233;ologie qui l'accompagne : individualisation, psychiatrisation, criminalisation ; ce ne sont plus les choix politiques, &#233;conomiques qui sont &#224; remettre en question quand l'&#233;chec est patent mais l'individu archa&#239;que incapable de s'adapter &#224; la &#171; modernit&#233; &#187;. Ce n'est pas son environnement social qu'on interroge mais plut&#244;t son entourage familial, qui est d&#233;sign&#233; comme l'origine du dysfonctionnement. Par exemple, dans le cas de l'absent&#233;isme de l'enfant, tout un dispositif se referme sur le parent &#171; d&#233;missionnaire &#187;, aussi infantilisant que culpabilisant. De l'&#233;cole pour parents, faite pour &#233;duquer, &#224; la suppression ou la mise sous tutelle des allocations &#224; l'assistance &#233;ducative de la famille, tout cela permet &#224; l'&#201;tat de s'immiscer dans de nombreux foyers et de d&#233;poss&#233;der partiellement ou totalement de l'autorit&#233; parentale des familles qui sont le plus souvent les plus d&#233;munies. L'amende reste une sanction forte, pr&#233;tendument &#233;galitaire (m&#234;me si le l&#233;gislateur a omis de la calculer sur la base du quotient familial). Les mesures de suspension d'allocations n'ont pas &#233;t&#233; retenues par le gouvernement pour p&#233;naliser l'absent&#233;isme, il est r&#233;confortant de constater que seulement 17 caisses d'allocations familiales sur 123 avaient accept&#233; de collaborer &#224; cette besogne. L'exemple phare anglo-saxon va plus loin. Les parents peuvent devenir de v&#233;ritables matons charg&#233;s de garder leurs enfants assign&#233;s &#224; r&#233;sidence avec ou sans bracelet &#233;lectronique, de contr&#244;ler leurs fr&#233;quentations sous peine d'emprisonnement. L'absent&#233;isme est d&#233;crit en France comme un v&#233;ritable fl&#233;au alors qu'il faut en relativiser l'ampleur. Il devient un d&#233;lit majeur, d&#233;signant les enfants et les parents comme des d&#233;linquants qu'il s'agit de redresser. Un dispositif humiliant &#171; propose aux parents d&#233;sempar&#233;s par les &#233;v&#233;nements de suivre un module de soutien qui les aidera &#224; restaurer leur autorit&#233; &#187;, explique-ton au minist&#232;re de la Famille. Si cet accompagnement cr&#233;&#233; par le pr&#233;fet de chaque d&#233;partement ne permet pas de redresser la barre, les psychologues, &#233;ducateurs, conseillers conjugaux ou d&#233;l&#233;gu&#233;s de parents d'&#233;l&#232;ves pourront visiter les familles jusque dans leur domicile. Si l'absent&#233;isme persiste, l'&#201;tat aura alors fait le maximum et passera &#224; l'amende (750 euros). Si les parents refusent de se plier aux injonctions, les textes permettent de les poursuivre pour d&#233;faut d'&#233;ducation et de les condamner &#224; deux ans de prison et &#224; 30000 euros d'amende. Un enfant est consid&#233;r&#233; comme absent s'il a manqu&#233; la classe sans motifs &#171; l&#233;gitimes &#187; ni excuses &#171; valables &#187; au moins 4 demi-journ&#233;es dans le mois. Alors l'inspecteur d'acad&#233;mie pourra activer le dispositif. De fait, depuis ce colloque de Villepinte, la gauche plurielle a explicitement plac&#233; la s&#233;curit&#233; comme une de ses priorit&#233;s. Elle a pr&#233;tendu avoir &#233;t&#233; au bout d'une politique de pr&#233;vention, d'avoir conclu &#224; son inefficacit&#233; et donc &#234;tre dans l'obligation d'opter pour le tout-s&#233;curitaire, seul moyen de r&#233;pondre aux probl&#232;mes engendr&#233;s par la restructuration du monde du travail. C'&#233;tait d'autant plus facile que la pr&#233;tendue politique de pr&#233;vention s'&#233;tait content&#233;e de quelques coups de peinture sur les fa&#231;ades des cit&#233;s ghettos. Ces quelques miettes auront finalement servi &#224; imposer, sans susciter trop de r&#233;actions, une politique r&#233;pressive et s&#233;curitaire (politique de la ville, lois sur la s&#233;curit&#233; quotidienne, loi sur la s&#233;curit&#233; int&#233;rieure, loi Perben 2, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les nouveaux dispositifs s&#233;curitaires &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arsenal coercitif enserre de plus en plus les &#233;tablissements scolaires et leurs alentours gr&#226;ce &#224; l'apport des nouvelles technologies, &#224; la red&#233;finition du cadre d'intervention des &#233;ducateurs, du milieu associatif et des forces de l'ordre, au droit omnipr&#233;sent et &#224; l'architecture de type carc&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le logiciel Sygna, install&#233; &#224; grands frais d&#232;s la rentr&#233;e 2001, permet de recenser les ph&#233;nom&#232;nes graves de violence &#224; l'&#233;cole. C'est-&#224;-dire ceux qui font l'objet d'un signalement &#224; la police, &#224; la justice, aux services sociaux du conseil g&#233;n&#233;ral, ou qui ont donn&#233; lieu &#224; un d&#233;p&#244;t de plainte. Sa mise en place permet &#171; d'harmoniser et de clarifier &#187; les proc&#233;dures de signalement et de circulation de l'information, en particulier avec les flics, les gendarmes, les parquets et les &#233;ducateurs de la PJJ (Protection judiciaire de la jeunesse). Les donn&#233;es comportent des informations sur les auteurs et les victimes, sur les lieux o&#249; se sont d&#233;roul&#233;s les faits. Les r&#233;sultats transmis par Sygna font moins de bruit que les pr&#233;tendues raisons de son installation. Ils constatent &#224; la fois que les incidents graves restent exceptionnels : peu d'&#233;coles sont concern&#233;es, 420 sur 53 000, ce qui correspond &#224; un incident pour 10 000 &#233;l&#232;ves. En 2001, 41% des &#233;tablissements qui ont r&#233;pondu n'ont signal&#233; aucun acte de violence. Dans le second degr&#233;, les violences physiques sans arme repr&#233;sentent 30 % de ces actes, les insultes ou menaces graves 23 % et les vols ou tentatives de vols 10%. Heureusement, de nombreuses &#233;quipes d'enseignants et leur directeur &#171; n'ont pas compris l'obligation de signalement &#187; et rechignent ou s'opposent &#224; l'id&#233;e d'entrer dans la logique s&#233;curitaire (&#224; sa mise en place, le taux de participation &#233;tait inf&#233;rieur &#224; 50%). La plus grande des violences reste celle que les jeunes exercent contre eux-m&#234;mes, comme une marque d'impossibilit&#233; de s'adapter &#224; ce monde, qui peut conduire au suicide, qui est une des premi&#232;res causes de mortalit&#233; chez les jeunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les architectes restent mobilis&#233;s pour d&#233;fendre la soci&#233;t&#233; contre les fl&#233;aux sociaux. Ils doivent int&#233;grer la dimension s&#233;curitaire dans leurs cahiers des charges : hauteur des murs, installation de grillages, de syst&#232;mes de vid&#233;osurveillance, de portails automatiques, de points de contr&#244;le &#233;lectroniques et informatiques, de d&#233;tecteurs de pr&#233;sence. &#171; D&#233;fendre le bien-fond&#233; d'un espace &#8220;d&#233;fendable&#8221; ne reviendrait-il pas, d&#232;s lors, &#224; d&#233;fendre le syst&#232;me social de moins en moins d&#233;fendable d'un point de vue &#233;thique et politique qu'il vise &#224; perp&#233;tuer ? &#187; (J.-P. Garnier, 2003). Il faut croire que pour contraindre, contr&#244;ler et soumettre, rien n'est hors de prix, l'&#201;tat ne manque pas de budgets quand il s'agit de s&#233;curit&#233;. La r&#233;gion Ile-de-France consacre par exemple pr&#232;s de 8millions d'euros pour installer des &#233;quipements de s&#233;curit&#233; dans les lyc&#233;es ; la r&#233;gion Provence-C&#244;te d'Azur fait de m&#234;me, le conseil g&#233;n&#233;ral des Hauts-de-Seine a pr&#233;vu d'installer un dispositif de vid&#233;osurveillance dans la totalit&#233; des 90 coll&#232;ges du d&#233;partement pour un co&#251;t total d'environ 1,7 million d'euros sur trois ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1996, l'intrusion dans une &#233;cole, un coll&#232;ge ou un lyc&#233;e constitue une contravention de 5e classe qui peut &#234;tre sanctionn&#233;e de 1500 euros d'amende. Bayrou, alors ministre de l'&#201;ducation, avait r&#233;tabli cette disposition, avec la loi anticasseurs, pr&#233;c&#233;demment supprim&#233;e en 1981 . En 1996, il y avait eu 57condamnations, 600 en 2000, au cours de l'ann&#233;e 2001-2002, les chefs d'&#233;tablissements ont fait &#233;tat de plus de 2000 intrusions.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le but des anciens &#233;tait le	&lt;br class='autobr' /&gt;
partage du pouvoir social entre &lt;br class='autobr' /&gt;
tous les citoyens d'une m&#234;me &lt;br class='autobr' /&gt;
patrie. C'&#233;tait l&#224; ce qu'ils &lt;br class='autobr' /&gt;
nommaient libert&#233;. Le but des &lt;br class='autobr' /&gt;
modernes est la s&#233;curit&#233; dans &lt;br class='autobr' /&gt;
les jouissances priv&#233;es, et ils &lt;br class='autobr' /&gt;
nomment libert&#233; les garanties &lt;br class='autobr' /&gt;
apport&#233;es par les institutions &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
ces jouissances. &#187;&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
B. Constant.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;l&#232;ve citoyen &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le droit, qui s'insinue dans toutes les sph&#232;res de notre vie, n'&#233;pargne pas l'&#233;cole. Le droit consid&#233;r&#233; comme valeur intrins&#232;que et indiscutable du progr&#232;s place l'&#201;tat et ses lois en dehors de toute critique possible. Tout est pens&#233; pour que l'on ne s'interroge plus sur le bien-fond&#233; d'une telle conception, celle de ce droit qui pr&#233;tend r&#233;gir, organiser, r&#233;guler l'ensemble des rapports sociaux pour le bien&#234;tre de tous alors qu'il n'est que l'expression de la domination arbitraire, sinon totalitaire, d'une minorit&#233; sur tous les autres. Le droit, c'est avant tout celui du plus fort. S'exprimer dans le cadre de la loi revient &#224; aller voter, participer &#224; la vie r&#233;publicaine au sein des structures hi&#233;rarchiques pr&#233;vues &#224; cet effet, accepter la d&#233;l&#233;gation de pouvoirs, respecter les lois et principalement la propri&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans Le Droit de la vie scolaire, de Yann Butner, Andr&#233; Maureu et Blaise Thouvery (chez Dalloz), sont inscrits les droits et les devoirs et leurs pendants, les punitions : par exemple, on trouve les textes qui r&#233;glementent le droit de r&#233;union : &#171; La libert&#233; de r&#233;union reconnue en France depuis la loi du 30 juin 1881 a &#233;t&#233; &#233;tendue aux mineurs par la convention internationale sur les droits de l'enfant du 20novembre 1989. Le d&#233;cret du 8 octobre 1990 l'int&#232;gre &#224; notre droit national. S'agissant des &#233;l&#232;ves des &#233;tablissements publics d'enseignement, la r&#233;glementation reconna&#238;t cette libert&#233; depuis 1985. L'article 3-3 du 30 ao&#251;t 1985 modifi&#233; d&#233;termine en effet un r&#233;gime d'exercice encadr&#233; soumis aux principes de neutralit&#233; et de la&#239;cit&#233; dont le chef d'&#233;tablissement demeure le garant. &#187; On pourrait croire qu'avant 1985 personne ne se r&#233;unissait. Paradoxalement, depuis 1981, la loi autorise les r&#233;unions, mais le cadre qu'elle fixe les interdit de fait. Alors qu'hier le rapport de forces cr&#233;ait des espaces de rencontres, de discussions, de critiques qui &#233;chappaient &#224; la tutelle de l'autorit&#233;, aujourd'hui il para&#238;t impensable, fou, incroyable d'imaginer que des &#233;l&#232;ves puissent organiser une r&#233;union politique dans un &#233;tablissement scolaire sans en demander l'autorisation. Les mouvements lyc&#233;ens des ann&#233;es 1970 avaient impos&#233; la cr&#233;ation de foyers autog&#233;r&#233;s, de panneaux d'expression libres de toute censure. Cela faisait partie des r&#232;glements int&#233;rieurs des &#233;tablissements scolaires dans lesquels les lyc&#233;ens &#233;taient consid&#233;r&#233;s comme des adultes et non pas comme d'&#233;ternels irresponsables. L'espace public (comme l'&#233;cole) est la propri&#233;t&#233; de l'&#201;tat, contr&#244;l&#233; par ses repr&#233;sentants. Il n'appartient en rien au &#171; public &#187;, masse immature irresponsable et chaotique qui ne peut s'exprimer intelligemment en dehors des normes et des instances garantes de l'int&#233;r&#234;t collectif. Les seuls espaces de &#171; libert&#233; &#187; tol&#233;r&#233;s restent le domicile priv&#233;... dans la limite o&#249; &#231;a ne g&#234;ne pas la libert&#233; de l'autre... La libert&#233;, c'est quand on n'en prend pas ! Le droit c'est le mensonge du tous &#233;gaux devant la loi &#224; d&#233;faut de l'&#234;tre dans la repr&#233;sentation politique.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les enfants d&#233;couvrent que les &lt;br class='autobr' /&gt;
contraintes de la vie collective &lt;br class='autobr' /&gt;
sont les garanties de leur libert&#233;, &lt;br class='autobr' /&gt;
que la sanction, lorsqu'elle intervient, &lt;br class='autobr' /&gt;
ne rel&#232;ve pas de l'arbitraire &lt;br class='autobr' /&gt;
de l'adulte mais de l'application &lt;br class='autobr' /&gt;
de r&#232;gles librement accept&#233;es... &lt;br class='autobr' /&gt;
L'enfant prend conscience de son &lt;br class='autobr' /&gt;
appartenance &#224; une communaut&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
qui implique l'adh&#233;sion &#224; des &lt;br class='autobr' /&gt;
valeurs partag&#233;es, &#224; des r&#232;gles de &lt;br class='autobr' /&gt;
vie, &#224; des rapports d'&#233;changes. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'un c&#244;t&#233;, la perception de principes &lt;br class='autobr' /&gt;
sup&#233;rieurs que l'on ne discute &lt;br class='autobr' /&gt;
pas, normalement impos&#233;s,	&lt;br class='autobr' /&gt;
condition de la libert&#233; et du d&#233;veloppement &lt;br class='autobr' /&gt;
de chacun. De l'autre, &lt;br class='autobr' /&gt;
la libre organisation d'un groupe &lt;br class='autobr' /&gt;
est l'&#233;laboration d'un contrat &lt;br class='autobr' /&gt;
apr&#232;s discussion, n&#233;gociation, &lt;br class='autobr' /&gt;
compromis. &#187; &lt;br&gt;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L. Ferry, &lt;i&gt;lettre de rentr&#233;e 2002&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le r&#232;glement int&#233;rieur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; contrat &#233;ducatif &#187; ou &#171; contrat de vie scolaire &#187; est pr&#233;sent&#233; comme une charte librement accept&#233;e par la communaut&#233; scolaire. Cependant, en droit, il est un acte administratif unilat&#233;ral qui n'a pas besoin du consentement des parties pour &#234;tre ex&#233;cutoire. Il pose les obligations des usagers allant jusqu'&#224; refuser leur admission s'il n'est pas lu et approuv&#233;. Ces r&#232;glements sont mis en place d&#232;s la maternelle, lus et sign&#233;s d&#232;s 6 ans par des enfants qui ne savent encore ni lire ni &#233;crire et qui apprennent d&#232;s le plus jeune &#226;ge &#224; acquiescer sans comprendre. Le r&#232;glement qui tend &#224; s'uniformiser s'apparente &#224; un catalogue d'interdits qui, s'il n'est pas respect&#233;, entra&#238;ne des sanctions, des punitions, des mesures de r&#233;paration, voire d'exclusion. Le conseil de discipline charg&#233; de faire appliquer ces r&#232;glements int&#233;rieurs s'apparente lui &#224; un tribunal : il est constitu&#233; de onze membres (un de moins que pour une cour d'assises), six fonctionnaires, trois parents d'&#233;l&#232;ves et deux &#233;l&#232;ves. Ce &#171; pr&#233;toire &#187; scolaire vise &#224; sanctionner syst&#233;matiquement, tol&#233;rance z&#233;ro oblige, tous les contrevenants aux r&#232;gles : l'exclusion, temporaire ou d&#233;finitive, est la mesure ultime sans &#234;tre pour autant exceptionnelle ; les actes dits &#171; graves &#187; mais isol&#233;s sont sanctionn&#233;s par &#171; l'exclusion-inclusion &#187; : l'&#233;l&#232;ve reste dans l'&#233;tablissement mais prend part &#224; des t&#226;ches dites &#171; r&#233;paratrices &#187;, ou il est accueilli provisoirement dans des institutions sociales ou m&#233;dico-sociales (type Samu) ou dans des services d'incendie et de secours ; ou bien il participe &#224; des travaux d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. Enfin, les pouvoirs du chef d'&#233;tablissement se voient renforc&#233;s, il peut entre autres exclure les &#233;l&#232;ves majeurs de sa propre autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce monde o&#249; le droit tente de m&#233;diatiser l'ensemble des rapports, l'&#201;tat assure l'int&#233;grit&#233; physique, morale, mat&#233;rielle de chacun de ses citoyens en &#233;change de leur renoncement &#224; la vie politique. Dans ce syst&#232;me, chaque individu, chaque participant devient le d&#233;positaire de ce nouveau &#171; contrat social &#187; et a pour charge d'en assurer la reproduction. La prolif&#233;ration du droit induit n&#233;cessairement la cr&#233;ation des agents pour le faire respecter. &#192; l'&#233;cole, les enseignants sont prot&#233;g&#233;s, au m&#234;me titre que les policiers, par la loi qui stipule que &#171; lorsqu'il est adress&#233; &#224; une personne charg&#233;e d'une mission de service public et que les faits ont &#233;t&#233; commis &#224; l'int&#233;rieur d'un &#233;tablissement scolaire ou &#233;ducatif, ou &#224; l'occasion des entr&#233;es ou sorties des &#233;l&#232;ves, aux abords d'un tel &#233;tablissement, l'outrage est puni de six mois d'emprisonnement et de 7500 euros d'amende &#187;. La loi, en accordant un statut particulier &#224; ses fonctionnaires et en les soutenant syst&#233;matiquement lors des proc&#232;s, rend quasi impossible la remise en cause par des &#233;l&#232;ves ou des parents des pr&#233;rogatives des professeurs, m&#234;me si ceux-ci sont pris la main dans le sac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fini l'instituteur tyran, plein de pouvoirs affich&#233;s, r&#233;gnant en ma&#238;tre sur son navire. Vive l'enseignant citoyen qui d&#233;nonce aux autres rouages les dysfonctionnements qu'il observe et qu'il livre dans les mains du syst&#232;me policejustice, en pensant peut-&#234;tre qu'il n'en fait pas partie alors qu'il en devient une cheville, bien plus que le ma&#238;tre peau de vache qui pouvait se passer de cette organisation de s&#233;paration de pouvoirs. Il y a peu de temps une s&#233;paration nette existait encore entre le monde de l'instruction et celui de la r&#233;pression : m&#234;me si la police avait le droit d'arr&#234;ter un &#233;l&#232;ve dans sa classe, les r&#233;actions d&#233;sapprobatrices des professeurs et de ses camarades &#233;taient courantes voire dissuasives. Aujourd'hui chaque &#233;tablissement scolaire a un policier r&#233;f&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour garantir la paix et la tranquillit&#233;, gages de pr&#233;tendue f&#233;licit&#233;, qui a en r&#233;alit&#233; plus la saveur des antid&#233;presseurs et des programmes d&#233;bilitants du petit &#233;cran, l'&#201;tat s'est dot&#233; de moyens de contr&#244;le et de coercition de plus en plus sophistiqu&#233;s et g&#233;n&#233;ralis&#233;s. Pour le pauvre bonheur des uns, il faut contraindre tous les autres, par la force si besoin est. Le fondement du syst&#232;me capitaliste reste l'exploitation des uns par les autres. Les rapports induits par cette logique sont n&#233;cessairement conflictuels. Le droit pour ceux qui se conforment, la punition pour ceux qui l'enfreignent. Il est symptomatique que leur droit ait la couleur bleu marine, que l'&#201;tat construise des prisons et pas des &#233;coles, que pour chaque fonctionnaire qui part &#224; la retraite c'en est un en uniforme qui arrive, que les partenaires de l'&#233;cole sont des flics plut&#244;t que des po&#232;tes... N'en d&#233;plaise aux adeptes de l'&#201;tat, demander plus de droits revient &#224; contraindre de plus en plus l'espace de la libert&#233; et &#224; &#233;tendre celui de la punition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entre autres nouveaut&#233;s...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un dispositif de surveillance et de s&#233;curit&#233; adapt&#233; doit &#234;tre mis en place avec le concours des services de police et de gendarmerie, de la police municipale, le cas &#233;ch&#233;ant, des agents locaux de m&#233;diation sociale, des aides &#233;ducateurs, des services municipaux, ainsi que des entreprises participant au transport des &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mise en place de proc&#233;dures d'interventions rapides en cas d'incident afin de permettre une r&#233;action extr&#234;mement rapide et appropri&#233;e quand il se produit un incident grave... Les modes op&#233;ratoires devront s'appuyer sur les actions mises en oeuvre pour pr&#233;venir et lutter contre les ph&#233;nom&#232;nes de violence : police de proximit&#233;, brigades de la pr&#233;vention de la d&#233;linquance juv&#233;nile de la gendarmerie, adultes relais, chefs de projet des sites en contrats de ville, associations et services d'aide aux victimes, les modalit&#233;s et traitements des incidents scolaires qu'elles mettent en oeuvre (traitement en temps r&#233;el de proc&#233;dures p&#233;nales, mesures de r&#233;paration ou de m&#233;diations p&#233;nales pour les auteurs d'infractions). &#187; Pour ce faire, le minist&#232;re somme chaque d&#233;partement d'Ile-de-France d'organiser avant la rentr&#233;e une r&#233;union rassemblant pr&#233;fet, recteur, procureur de la R&#233;publique, inspecteur d'acad&#233;mie et responsables de la police et de la gendarmerie, ainsi que l'ensemble des autres services de l'&#201;tat qui pourraient &#234;tre concern&#233;s et particuli&#232;rement la direction de la PJJ et la direction d&#233;partementale de la Jeunesse et des Sports. Pour plus d'efficacit&#233;, il s'agit de mettre en lien les diff&#233;rents dispositifs existant d&#233;j&#224; sur la ville, le d&#233;partement : &#171; D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, il s'agira d'encourager le d&#233;veloppement des dispositifs contractuels existants en mati&#232;re de politique, de s&#233;curit&#233; et d'&#233;ducation, contrats de ville, CLS, contrats &#233;ducatifs locaux. &#187; Dans ces r&#233;unions, les acteurs sociaux et les professionnels de la r&#233;pression &#233;changent des informations, d&#233;noncent nominativement les fauteurs de troubles. L&#224; o&#249; jamais les municipalit&#233;s, les r&#233;gions, etc. ne demandent l'avis des citoyens sur l'int&#233;r&#234;t d'une mesure, elles les mobilisent pleinement sur le maintien de l'ordre public.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ACTION-R&#201;ACTION&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a eu des vitres cass&#233;es, les cam&#233;ras de surveillance d&#233;t&#233;rior&#233;es... rien de vol&#233;. C'est un message de la cit&#233; qui dit que vous faites partie du syst&#232;me des institutions ha&#239;es, on vous rejette, puis on balance l'adjectif de collabo &#224; un prof. Classification hautement politique, ce n'est pas une insulte classique, c'est une analyse. &#187; &lt;br&gt;
(Un prof.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On doit cependant constater que les ann&#233;es soixante ont vu appara&#238;tre et se d&#233;velopper une autre conception de l'&#233;ducation. Il ne s'agit alors plus tant de faire en sorte que l'&#233;l&#232;ve devienne autre qu'il est, que de viser, selon la formule c&#233;l&#232;bre, &#224; ce qu'il devienne ce qu'il est en &#233;panouissant pleinement sa personnalit&#233;. De l&#224; une pr&#233;f&#233;rence marqu&#233;e pour les dispositifs p&#233;dagogiques qui cultivent d'autres qualit&#233;s que les traditionnelles valeurs du m&#233;rite, de l'effort et du travail : l'expression de soi plut&#244;t que le souci des h&#233;ritages transmis, plut&#244;t l'esprit critique que le respect des autorit&#233;s, la spontan&#233;it&#233; plus que la r&#233;ceptivit&#233;, l'innovation plut&#244;t que la tradition, etc. Ces valeurs ne sont pas n&#233;gatives en tant que telles, loin de l&#224;, mais c'est finalement l'id&#233;e de norme sup&#233;rieure &#224; l'individu qui est d&#233;nonc&#233;e comme ali&#233;nante, de sorte que, derri&#232;re la critique de l'&#233;cole r&#233;publicaine, c'est un nouvel essor de l'individualisme qui s'est install&#233;. &#187; &lt;br&gt;
Luc Ferry, &lt;i&gt;Lettre &#224; tous ceux qui aiment l'&#233;cole&lt;/i&gt;, juin 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;De Dray-All&#232;gre &#224; Ferry-Sarkozy&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la psychose s&#233;curitaire les jeunes ont eu une place de choix : entre Dray, &#171; Il faut faire comprendre aux ca&#239;ds de banlieue qui sortent des commissariats en faisant des bras d'honneur que la rigolade est finie &#187;, et Chev&#232;nement, &#171; Il est urgent de mettre un terme &#224; la chienlit des sauvageons... La r&#233;pression appartient pleinement &#224; la pr&#233;vention, parce que la r&#233;pression est dissuasion &#187;, le sort de ceux qui ne s'int&#232;grent pas au syst&#232;me scolaire se profile dans une direction unique, celle de l'enfermement. Les enfants, tout comme leurs parents, n'&#233;chappent pas &#224; la r&#232;gle de la responsabilit&#233; individuelle. S'ils sont en &#233;chec scolaire, c'est qu'ils l'ont volontairement choisi et du coup ils n'ont plus qu'&#224; assumer la juste s&#233;v&#233;rit&#233; de la loi &#224; l'encontre de leurs &#233;ventuelles &#171; d&#233;viances &#187;. Il n'existe pas de droit sans punition et, pour les &#233;l&#232;ves, pas d'&#233;cole citoyenne sans prolif&#233;ration de classes relais, de centres &#233;ducatifs ferm&#233;s et de prisons pour mineurs. La jeunesse, symbole du souffle nouveau, du d&#233;sordre constructeur, des passions cr&#233;atrices, du mouvement, est d&#233;sormais synonyme de dangers producteurs de peurs et de chaos. Simplement dit, un monde sans avenir a tout &#224; craindre de sa jeunesse, le capitalisme ne s'y trompe pas et tente de les formater depuis la maternelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De la classe relais &#224; la prison&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'instruction reste obligatoire jusqu'&#224; 16 ans, mais comme l'&#226;ge p&#233;nal a baiss&#233; de 16 &#224; 13 ans depuis ao&#251;t 2002, l'enfant est encadr&#233; par une double comp&#233;tence coll&#233;giale, celle du professeur et celle du juge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les classes relais mises en place sous All&#232;gre &#224; la rentr&#233;e 1997, et qui continuent leur carri&#232;re sous tous les gouvernements depuis lors, s'adressent &#224; des &#233;l&#232;ves de coll&#232;ge &#171; entr&#233;s dans un processus &#233;vident de rejet de l'institution scolaire &#187;. Fillon en pr&#233;voit 1500 pour 2010. Ce qui est appel&#233; &#171; rejet &#187; dans ce texte, ce sont des manquements &#171; graves et r&#233;p&#233;t&#233;s au r&#232;glement int&#233;rieur &#187;, &#171; un comportement agressif &#187;, &#171; un absent&#233;isme chronique non justifi&#233; qui a donn&#233; lieu &#224; des exclusions temporaires ou d&#233;finitives d'&#233;tablissements successifs &#187; ; il peut &#233;galement se manifester par une &#171; extr&#234;me passivit&#233;, une attitude de repli, un refus de tout investissement r&#233;el et durable &#187;. Les classes relais concernent des enfants de 14 &#224; 16 ans en voie de d&#233;scolarisation mais ayant un potentiel intellectuel normal et ne souffrant pas de troubles de la sant&#233;. Ces structures cr&#233;&#233;es en partenariat avec la PJJ &#171; accueillent &#187; des jeunes pour une dur&#233;e n'exc&#233;dant pas un an, en moyenne d'un trimestre. Si leur comportement n'est pas conforme, &#171; &#233;couter les adultes, respecter la parole des autres, avoir son mat&#233;riel, effectuer le travail en classe et &#224; la maison &#187;, l'&#233;l&#232;ve fera l'objet d'un entretien avec son aide &#233;ducateur r&#233;f&#233;rent ; si aucune am&#233;lioration n'&#233;tait constat&#233;e, les parents de l'&#233;l&#232;ve seraient convoqu&#233;s ; si le comportement de l'&#233;l&#232;ve ne change pas, il sera mis fin &#224; la session.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis ao&#251;t 2002, la loi ne pr&#233;voit plus d'att&#233;nuation de la peine due au jeune &#226;ge. L'enfant est responsable de ses actes comme un adulte. La majorit&#233; p&#233;nale est d&#233;plac&#233;e de 16 &#224; 13 ans, puisque &#224; cet &#226;ge on est &#171; capable de discernement &#187;. D&#232;s 10 ans, il est pr&#233;vu des sanctions &#233;ducatives pour les chenapans, qui deviennent du coup des d&#233;linquants &#224; surveiller de pr&#232;s : &#171; confiscation de l'objet ayant servi &#224; la commission de l'infraction, interdiction de para&#238;tre en certains lieux, interdiction d'entrer en rapport avec la victime, accomplissement d'un stage de formation civique, d'une mesure d'aide ou de r&#233;paration &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les 13-16 ans, la justice se doit de donner une r&#233;ponse claire et rapide, elle pr&#233;voit une proc&#233;dure de jugement rapproch&#233; qui permet au procureur de les poursuivre devant les tribunaux dans un d&#233;lai compris entre dix jours et deux mois. Pour eux, la perspective de la prison se pr&#233;cise d&#232;s qu'ils encourent une peine criminelle ou qu'ils se soustraient aux obligations d'un contr&#244;le judiciaire, ou &#224; une mesure de placement dans un centre ferm&#233;. La mise en d&#233;tention ne d&#233;pend pas seulement de la gravit&#233; de l'acte mais du comportement de l'enfant, c'est sa capacit&#233; &#224; se soumettre au cadre qui d&#233;terminera la r&#233;ponse plus ou moins violente de l'institution. Pour r&#233;pondre d'une mani&#232;re efficace, l'&#201;tat pr&#233;voit pour le moment dans son projet de construction de nouveaux lieux d'enfermement pour les enfants, &#224; savoir 600 places de centres ferm&#233;s avant 2007 et 900 places de prison pour mineurs (pour plus de pr&#233;cisions, cf. L'Envol&#233;e, n&#176; 5, 6, 8 et 9&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Envol&#233;e est un journal et une &#233;mission de radio de lutte contre les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un si&#232;cle, un r&#233;formateur comme Victor Hugo posait comme antagoniques l'&#233;cole et la prison. Aujourd'hui la prison et l'&#233;cole font bon m&#233;nage, &#233;ducateurs et instituteurs peuvent exercer &#224; l'int&#233;rieur des murs : la prison est l'&#233;l&#233;ment r&#233;pressif n&#233;cessaire &#224; l'existence de l'&#233;cole, et l'&#233;cole est l'alibi indispensable &#224; l'existence des prisons.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;T&#233;moignage d'une coll&#233;gienne (avril 2002)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Exemple du coll&#232;ge de Poussan, dans l'H&#233;rault, avec dans le r&#244;le des prisonniers, les &#233;l&#232;ves ; dans le r&#244;le des matons, les pions. Le directeur est jou&#233; par le principal. La salle des matons se situe &#224; la vie scolaire, la cour de promenade est nomm&#233;e cour de r&#233;cr&#233;ation. Pour l'instant il est encore possible de s'en &#233;vader, et la principale sanction est l'exclusion et non le mitard.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;e coll&#232;ge est entour&#233; de grilles (il est tout de m&#234;me possible de les franchir). Les entr&#233;es et sorties sont surveill&#233;es syst&#233;matiquement par des cam&#233;ras de vid&#233;osurveillance et deux pions &#224; chaque sortie v&#233;rifient les carnets de correspondance (il existe trois r&#233;gimes de sortie). Il est bien s&#251;r interdit de rester devant le coll&#232;ge, et si au bout d'un quart d'heure personne n'est venu chercher les &#233;l&#232;ves, ils doivent se rendre &#224; l'int&#233;rieur et aller &#224; la &#171; vie scolaire &#187;, centre de surveillance de l'&#233;tablissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fouilles sont pratiqu&#233;es assez couramment. Le principal et le principal adjoint p&#233;n&#232;trent r&#233;guli&#232;rement en plein cours, sans explications, et exigent de fouiller les cartables et les trousses. Le r&#232;glement sp&#233;cifie que tous les casiers peuvent &#234;tre fouill&#233;s &#224; tout moment par l'administration. Au coll&#232;ge de La Salle &#224; Montpellier, une journ&#233;e de fouille a eu lieu afin de v&#233;rifier dans tous les agendas s'il n'y avait pas de photos &#233;rotiques (voire simplement d&#233;nud&#233;es) qui sont consid&#233;r&#233;es comme une &#171; incitation &#224; la pornographie &#187; et r&#233;pr&#233;hensibles d'une exclusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au self-service il est interdit de circuler : une fois assis, plus le droit de se lever... Une fois dans la cour, entre midi et deux heures, les pions effectuent des rondes. Ils circulent constamment pour surveiller les faits et gestes de tous les &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis des ann&#233;es, les &#233;l&#232;ves r&#233;clament l'installation de casiers. Ils seront bient&#244;t install&#233;s mais le nombre pr&#233;vu &#233;tant insuffisant, un syst&#232;me de liste d'attente va &#234;tre mis en place. L'&#233;l&#232;ve-citoyen est bien s&#251;r &#224; l'ordre du jour, la d&#233;lation est favoris&#233;e, et si les casiers sont d&#233;t&#233;rior&#233;s (tag, vol) et que le coupable n'est pas trouv&#233;, cela entra&#238;ne syst&#233;matiquement la perte du casier et le retour sur la liste d'attente. Si le coupable est trouv&#233;, il subit une double peine : d'une part il doit r&#233;parer (repeindre...) et il est d&#233;finitivement priv&#233; de casier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gendarmes peuvent entrer dans l'&#233;tablissement pour cueillir un &#171; jeune d&#233;linquant &#187; en possession d'une petite boulette de shit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;thodes de contr&#244;le et de surveillance sont de type policier. Lors d'un incident dans la cour de r&#233;cr&#233;ation o&#249; un groupe d'&#233;l&#232;ves en menace un autre, les pions prennent les choses en main et incitent &#224; la d&#233;lation en mettant en avant le droit de se d&#233;fendre face aux mauvais &#233;l&#233;ments et de r&#233;pondre aux violences. Les fauteurs de troubles doivent &#234;tre punis. Pour cela la victime est somm&#233;e, devant un registre contenant les photos de tous les coll&#233;giens de l'ann&#233;e, de reconna&#238;tre les coupables pour qu'ils soient sanctionn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Pour tous contacts : &lt;a href='https://www.infokiosques.net/alertezlesbebes at yahoo.fr' class=&#034;spip_url&#034;&gt;alertezlesbebes at yahoo.fr&lt;/a&gt; &lt;br&gt;
Toute reproduction et diffusion de cette brochure est vivement recommand&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; par Paul Nizan dans Les Chiens de garde, Masp&#233;ro, 1982.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Buisson, Dictionnaire de p&#233;dagogie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;In Michel Foucault, Surveiller et punir, Gallimard, p.163-164.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Conf&#233;rence de presse de Luc Ferry le 2 septembre 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; L'apprentissage &#224; vie doit r&#233;pondre &#224; plusieurs objectifs : favoriser l'&#233;panouissement personnel [...] ; renforcer les valeurs d&#233;mocratiques ; encourager la vie collective ; maintenir la coh&#233;sion sociale et favoriser l'innovation, la productivit&#233; et la croissance &#233;conomique. &#187; OCDE, Apprendre &#224; tout &#226;ge, 1996, cit&#233; dans L'&#201;cole n'est pas une entreprise, C. Laval, &#233;d. L'Harmattan, 2003. &lt;br class='autobr' /&gt;
La Commission europ&#233;enne, elle, parle &#171; d'un espace europ&#233;en de l'&#233;ducation et de la formation tout au long de la vie &#187; (communication de la Communaut&#233; europ&#233;enne, R&#233;aliser un espace europ&#233;en d'&#233;ducation et de formation tout au long de la vie, 21 novembre 2001). Elle a, &#224; ce titre, investi plus de 600millions d'euros dans le programme Leonardo da Vinci, afin d'encourager cette formation perp&#233;tuelle et obligatoire de la main-d'oeuvre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. L'&#201;cole n'est pas une entreprise, Christian Laval, L'Harmattan, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Construire des comp&#233;tences d&#232;s l'&#233;cole, Philippe Perrenoud, ESF, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire &#224; ce propos &#171; Retraites &#224; vau-l'eau &#187;, suppl&#233;ment au n&#176;13 de la revue Temps critiques, juillet 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Il est essentiel de renforcer la coh&#233;sion sociale. Certains d'entre nous observent un profond malaise chez les jeunes qui se signale notamment par un d&#233;sint&#233;r&#234;t et par des comportements antisociaux dans nos &#233;tablissements d'enseignement. Bien que les causes de ces comportements soient souvent ext&#233;rieures aux &#233;tablissements euxm&#234;mes, ceux-ci doivent &#234;tre un &#233;l&#233;ment de la solution car ils refl&#232;tent et contribuent &#224; fa&#231;onner l'environnement local. &#187; R&#233;union des ministres de l'&#201;ducation des pays de l'OCDE, Paris, les 3 et 4 avril 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les &#171; cercles de qualit&#233; &#187;, apparus en France dans les ann&#233;es 1980, consistaient &#224; faire participer et &#224; impliquer les employ&#233;s des entreprises dans l'am&#233;lioration de la productivit&#233;, &#224; travers des r&#233;unions r&#233;guli&#232;res notamment, en mettant en oeuvre des m&#233;canismes de groupe largement tir&#233;s des techniques de management &#224; l'am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; L'&#233;ducation civique n'est pas, en priorit&#233;, l'acquisition d'un savoir, mais l'apprentissage pratique d'un comportement. Ce domaine n'est donc pas li&#233; &#224; un enseignement, mais &#224; tous. &#187; (Bulletin officiel 2002).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rapport L'&#201;cole citoyenne. Le r&#244;le du Comit&#233; d'&#233;ducation &#224; la sant&#233; et &#224; la citoyennet&#233;, avril 2002. Toutes les citations qui suivent sont &#233;galement extraites de ce document.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Manuel C'est &#224; lire, pour CP-CE1, Hachette &#201;ducation (cf. Le Monde, 14/09/1998).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Professeur de psychiatrie, pharmacologue, auteur de Des paradis plein la t&#234;te (1994), Le Prix du bien-&#234;tre (1996), La Force de gu&#233;rir (1999), Une certaine id&#233;e de la folie (2001).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Notion qui rel&#232;ve davantage de notions statistiques que de g&#232;nes r&#233;ellement identifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, American Psychiatric Association, 4e &#233;dition, Paris, 1996&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Soir&#233;e &#171; Thema &#187; d'Arte consacr&#233;e &#224; l'hyperactivit&#233;, le 16/9/03 : Ces enfants qui ont la bougeotte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; L'enfant hyperactif : approche th&#233;rapeutique &#187;, collectif, &lt;a href=&#034;http://www.coridys.asso.fr/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.coridys.asso.fr/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C. Bursztejn, J.-C. Chanseau, C. Geissmann-Chambon, B. Golse, D. Houzel, &#171; Ne bourrez pas les enfants de psychotropes ! &#187;, in Le Monde du 27 mai 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La Ritaline est fabriqu&#233;e par Ciba-Geigy, filiale de Novartis. Selon Andrew Waters, avocat qui intenta en 2000 aux &#201;tats-Unis le premier proc&#232;s contre la Ritaline, les experts de l'American Psychiatric Association (APA) auraient profit&#233; des largesses financi&#232;res de Ciba- Geigy en &#233;change de l'assouplissement des crit&#232;res de diagnostic de l'hyperactivit&#233;... Par ailleurs, une association de parents d'enfants hyperactifs, Children and Adults with Attention Deficit Disorder (Chadd), est largement subventionn&#233;e par ces m&#234;mes laboratoires, dont elle aurait per&#231;u, d'apr&#232;s les pi&#232;ces vers&#233;es au dossier, 748000dollars entre 1991 et 1994. Est-il besoin de pr&#233;ciser que cette association est tr&#232;s favorable &#224; l'usage de la Ritaline ? [Source : L'Express du 26/10/2000, &#171; Ritaline. Agitation contre une pilule calmante &#187;, par Gilbert Charles.] Ciba-Geigy a fait un chiffre d'affaires de 350 millions de dollars en 1995 avec la Ritaline. Depuis, la vente s'est consid&#233;rablement accrue. [Source : Commission permanente des affaires sociales, Consultations particuli&#232;res concernant la consommation de m&#233;dicaments et la recherche et le d&#233;veloppement dans ce secteur au Qu&#233;bec, 14 mai 1996, Qu&#233;bec.]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dr Guy Falardeau, Les Enfants hyperactifs et lunatiques, Le Jour &#233;diteur, 1997&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Catherine Breillat, &#171; Existe-t-il une autre sexualit&#233; qu'infantile ? &#187;, in la revue Analyse freudienne Presse, n&#176;3, 2001, &#233;ditions &#201;r&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'Envol&#233;e est un journal et une &#233;mission de radio de lutte contre les prisons. Pour tous contacts : L'Envol&#233;e, 63, rue de Saint-Mand&#233;, 93100 Montreuil, envoleeradio@yahoo.fr&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Auto-&#233;dit&#233; la premi&#232;re fois en janvier 2005.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://www.infokiosques.net/IMG/pdf/Dans_le_ventre_de_l_ogre-cahier.pdf" length="944620" type="application/pdf" />
		
		<enclosure url="https://www.infokiosques.net/IMG/pdf/2007_Dans_le_Ventre-pageparpage.pdf" length="1646093" type="application/pdf" />
		

	</item>



</channel>

</rss>
