<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.infokiosques.net/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>infokiosques.net</title>
	<link>https://infokiosques.net/</link>
	<description></description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.infokiosques.net/spip.php?id_auteur=306&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>infokiosques.net</title>
		<url>https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L144xH144/favicon-3-256-37457.png?1781144708</url>
		<link>https://infokiosques.net/</link>
		<height>144</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Le nouveau mouvement ouvrier am&#233;ricain</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article571</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.infokiosques.net/spip.php?article571</guid>
		<dc:date>2008-07-07T15:14:07Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Paul Mattick, Jr., Peter Herman</dc:creator>


		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ves et luttes des classes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Deux textes des ann&#233;es 70 sur la dizaine que compte la revue initiale, l'un est descriptif sur le fonctionnement du syndicat de l'usine General Motors de Lordstown, et l'autre est une analyse plus g&#233;n&#233;rale du syndicalisme.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique20" rel="directory"&gt;N&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot95" rel="tag"&gt;Gr&#232;ves et luttes des classes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH135/arton571-e9be5.jpg?1781193617' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='135' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff571.jpg?1207754174&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;GAGNER SA VIE EST UNE NECESSITE BIEN REELLE. La plupart des gens cherchent &#224; s'y adapter en choisissant certains rythmes de vie. Souvent ils divisent leur existence en compartiments : d'une part, le travail, de l'autre, la vie. D'un c&#244;t&#233; le travailleur est un producteur qui passe la plus grande partie de ses heures de travail &#224; faire une besogne monotone et ennuyeuse, qui affronte le patron tous les jours, qui peut participer &#224; des gr&#232;ves, et qui est souvent pr&#234;t &#224; se fiche de notions abstraites comme le &#171; patriotisme &#187; ou l'&#171; int&#233;r&#234;t national &#187; lorsqu'il les rencontre. De l'autre, en dehors du travail, la m&#234;me personne peut se r&#233;v&#233;ler un citoyen parfaitement respectable, parfois propri&#233;taire de sa maison, et croyant en beaucoup de mythes de l'&lt;i&gt;american way of life&lt;/i&gt; (le mode de vie am&#233;ricain). En dehors de son travail, le travailleur est un atome : il ne se m&#234;le pas aux gens avec qui il travaille, m&#234;me s'il les conna&#238;t intimement, et il m&#232;ne sa vie au sein de sa famille et d'un petit cercle d'amis, plus particuli&#232;rement depuis que les rapports de bon voisinage se sont d&#233;t&#233;rior&#233;s dans les grandes villes. Tant que leur m&#233;tier leur rapporte suffisamment pour maintenir un niveau de vie suffisamment &#233;lev&#233; et tant que, dans le domaine ext&#233;rieur au travail, rien ne vient envahir les petites niches qu'ils se sont creus&#233;es, les gens semblent pr&#234;ts &#224; vivre au milieu des contradictions et &#224; oublier le prix qu'ils doivent payer pour leur s&#233;curit&#233; mat&#233;rielle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;AU C&#338;UR MEME DU PAYS : LA GREVE DE LORDSTOWN&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quand vous traversez en voiture les espaces cultiv&#233;s de l'Ohio, en prenant l'autoroute entre Youngstown et Claveland, vous d&#233;couvrez soudain une &#233;norme usine, s'&#233;talant sur presque un mile le long de la route. Cette vision surprenante est le grand complexe industriel de la General Motors, dont la construction a co&#251;t&#233; plus de 100 millions de dollars en 1966, et qui emploie plus de 13000 personnes. Il comprend une usine de production des carrosseries Fisher, une usine de montage Chevrolet et une usine de camions Chevrolet ; le complexe de Lordstown fabrique principalement la plus petite des Chevrolets : la Vega. Il a la cha&#238;ne de montage la plus rapide et la plus automatis&#233;e du monde, qui produit plus de 100 voitures &#224; l'heure. Des techniques parmi les plus avanc&#233;es quand &#224; l'efficacit&#233; de la production ont &#233;t&#233; int&#233;gr&#233;es lors de sa construction. Tous les travaux sont d&#233;compos&#233;s ; de nouveaux robots-soudeurs y ont &#233;t&#233; install&#233;s. La GM a pu fi&#232;rement annoncer que Lordstown repr&#233;sentait l'usine du futur. Ils s'attendaient peu &#224; ce qu'en quelques ann&#233;es Lordstown devienne le symbole national du m&#233;contentement des cols-bleus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Parmi les articles existant sur Lordstown, les meilleurs que j'ai lus sont : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Quand j'ai demand&#233; &#224; des ouvriers pourquoi ils travaillaient &#224; Lordstown, j'ai toujours eu la m&#234;me r&#233;ponse : &#171; Le boulot n'est pas dr&#244;le, mais &#231;a rapporte &#187;. La GM a construit cette usine dans une r&#233;gion o&#249; la plupart des ouvriers travaillaient dans les usines et aci&#233;ries des entreprises Youngstown-Akron de l'acier et du caoutchouc ; les conditions y &#233;taient difficiles et la paye et les avantages sociaux relativement faibles. La GM n'a pas eu de mal &#224; recruter des travailleurs ; m&#234;me des hommes &#226;g&#233;s abandonn&#232;rent avec plaisir les ann&#233;es d'anciennet&#233; accumul&#233;es aux aci&#233;ries pour aller travailler &#224; Lordstown, o&#249; les conditions de travail &#233;taient meilleures et la paye plus &#233;lev&#233;e. Bien que la GM paye des salaires qui, pour un travail non qualifi&#233;, sont relativement &#233;lev&#233;s (un travailleur se fait, au d&#233;part, environ 111000 dollars par an), peu de travailleurs &#224; Lordstown ont de grosses &#233;conomies ou une quelconque s&#233;curit&#233; financi&#232;re. Beaucoup d'entre eux r&#234;vent de quitter leur travail et de se mettre &#224; leur compte, mais la plupart de le peuvent pas. Un travailleur m'expliqua que : &#171; La GM a une fa&#231;on tr&#232;s particuli&#232;re d'attirer les gens : un type s'am&#232;ne et trouve un boulot, et il se fait plus d'argent l&#224; qu'il n'en a jamais fait avant dans sa vie ; au d&#233;but &#231;a fait vraiment quelque chose - on se retrouve avec beaucoup d'argent en plus. Mais, vous savez comment c'est, on regarde la t&#233;l&#233;, ils font de la publicit&#233; : on doit avoir ci, on doit avoir &#231;a - et assez vite ce monsieur se met &#224; d&#233;penser comme Monsieur Millionnaire. Et l&#224;, si on travaille &#224; Lordstown, on a le cr&#233;dit tout de suite. Il a eu son cr&#233;dit et tr&#232;s vite et s'est retrouv&#233; avec plein de choses sur les bras. Je connais un type qui travaille avec moi, &#231;a fait un an qu'il est mari&#233;. Il a achet&#233; une maison de 16.000 dollars, et, sur un pr&#234;t de trente ans, avec les int&#233;r&#234;ts et tout &#231;a, &#231;a lui revient &#224; 48.000 dollars. Et puis il a d&#251; emprunter un millier de dollars pour sa voiture, il lui a fallu acheter &#224; sa femme une machine &#224; laver et une s&#233;cheuse, il a les factures de meubles, et par dessus le march&#233;, ils ont eu un petit b&#233;b&#233;, et bon dieu, en plus ils ont une trentaine de poissons rouges. Il dit qu'il a trente huit personnes &#224; charge, et qu'il doit gagner de l'argent autant qu'il peut &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces citations sont tir&#233;es d'interviews d'ouvriers de Lordstown que Peter (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Un ouvrier comme celui-l&#224;, bien s&#251;r, ne d&#233;pense pas vraiment comme Mr Millionnaire. La plus grande partie des d&#233;penses d'un jeune couple est incompressible et dans une &#233;conomie en inflation comme celle de ces derni&#232;res ann&#233;es, pendant lesquelles les salaires r&#233;els des ouvriers ont baiss&#233;, les salaires donn&#233;s &#224; Lordstown sont &#224; peine suffisants &#224; une famille pour pouvoir subvenir &#224; ses besoins sans trop de privations ; beaucoup de travailleurs en fait, ne gagnent pas assez d'argent pour payer leurs factures. Pour faire face &#224; ce probl&#232;me, beaucoup de femmes travaillent, et, comme il faut quelqu'un pour s'occuper des enfants, souvent l'homme travaille la nuit, et la femme le jour.&lt;br class='manualbr' /&gt;Un ouvrier m'a d&#233;crit sa situation familiale : &#171; Je n'arrive jamais &#224; voir ma femme. Quand je sors, elle rentre, et quand je rentre, elle sort. Nous faisons de petites r&#233;unions pour r&#233;gler les probl&#232;mes, et parfois elles prennent plus de temps qu'il ne faudrait. La semaine derni&#232;re, on m'a fait une observation parce que j'&#233;tais en retard au travail. J'ai dit au contrema&#238;tre qu'il avait fallu que je discute un probl&#232;me avec ma femme, et il m'a r&#233;pondu : &#171; Ecoute, ici c'est du s&#233;rieux. On n'a pas le temps pour &#231;a. Rien &#224; faire de vos probl&#232;mes de couple &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;La plupart des travailleurs sont emprisonn&#233;s par leur travail &#224; Lordstown parce qu'il leur est impossible de trouver un travail ou un salaire meilleur ailleurs. C'est cet argent qui leur permet de supporter la monotonie mortelle d'une m&#234;me op&#233;ration r&#233;p&#233;t&#233;e sans cesse et la vitesse inexorable de la cha&#238;ne qui ne permet aucun changement de cadence - 10 heures par jour &#224; faire le m&#234;me travail. Une cadence de 100 voitures par heure signifie que l'ouvrier doit r&#233;p&#233;ter son op&#233;ration toutes les 36 secondes. La &#171; Vega &#187; elle-m&#234;me devient un objet ha&#239;. Peu de travailleurs ont des Vegas et la plupart en parlent de fa&#231;on n&#233;gative. Un ouvrier d&#233;crit ainsi ce qu'il pense du travail &#224; Lordstown : &#171; On le fait automatiquement, comme un singe ou un chien ferait quelque chose par conditionnement. On se sent sans vie ; chaque chose est r&#233;p&#233;t&#233;e encore et encore et encore. C'est comme si tout ce qu 'on allait faire c'est travailler, et comme si le seul but de la vie &#233;tait de faire cette op&#233;ration, et quand on rentre chez soi, on est si fatigu&#233; d'avoir pass&#233; toutes ces heures &#224; essayer de garder la cadence de la cha&#238;ne qu'on a l'impression qu'on n'avance pas d'un pouce. &#199;a fait que l'individu moyen se sen t &#224; peu pr&#232;s comme une loque &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce qui se passe lors du changement d'&#233;quipe t&#233;moigne bien de la haine qu'ont les ouvriers pour leurs conditions de travail. Les hommes de l'&#233;quipe qui va commencer tra&#238;nent autour de leur voiture dans le parking ou fl&#226;nent doucement vers l'usine. A l'oppos&#233; les ouvriers qui ont fini se pr&#233;cipitent hors de l'usine, sautent dans leurs voitures, et s'en vont &#224; toute vitesse, en faisant fonctionner leurs klaxons et grincer leurs freins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'AUTORITE ET LA PEUR&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Il y a quelques ann&#233;es, des magazines importants (comme Life et Newsweek) ont publi&#233; des articles de fond sur le travail sur les cha&#238;nes de montage. Quand ils ont essay&#233; d'expliquer pourquoi les ouvriers &#233;taient m&#233;contents dans des endroits comme Lordstown, ces journaux ont insist&#233; sur la monotonie et l'ennui du travail sur les cha&#238;nes de montage. Les travailleurs &#233;taient trait&#233;s plut&#244;t avec sympathie, mais m&#234;me ainsi, l'interpr&#233;tation &#233;tait superficielle. La clef r&#233;elle du m&#233;contentement ouvrier est le syst&#232;me de relations de domination dans lequel se trouvent les ouvriers, tout un ensemble de structures interd&#233;pendantes de pouvoir et de domination, &#224; la fois de la direction et des syndicats, structures qui sont faites pour les rendre isol&#233;s et sans pouvoir, et qui renforcent l'ennui et la monotonie du travail lui-m&#234;me. Le premier sympt&#244;me de ces relations est le climat de peur qui r&#232;gne &#224; l'usine. Un travailleur dit : &#171; Toute l'usine marche &#224; la peur. Le type qui est &#224; la t&#234;te de cette usine a peur de quelqu'un qui se trouve &#224; D&#233;troit. Et le type en-dessous de lui a peur de lui, et tu sais, &#231;a descend tout droit jusqu'aux contrema&#238;tres, et les contrema&#238;tres ont vraiment une peur bleue. Et comme ils ont une telle peur, ils s'acharnent sur les gens, et les gens ont une peur bleue parce qu'ils craignent de perdre leurs boulots. Et ils savent que s'ils ne font pas le boulot, ils perdent leur emploi, &#224; cause de ce syndicat idiot... Moi je vous le dis, ces types l&#224;, ils pensent qu'ils ont un super syndicat, mais il ne fait rien en fait. &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Ces sentiments de peur sont end&#233;miques &#224; tous les niveaux de l'usine, mais la distinction de la structure de pouvoir est fondamentale et s'&#233;tend &#224; des domaines aussi banals apparemment que des places de parking s&#233;par&#233;es, des endroits pour manger et des tenues vestimentaires distinctes. Pour un directeur, m&#234;me assez &#171; bas &#187;, la corporation est &#171; nous &#187; ; pour un ouvrier, la GM, c'est &#171; eux &#187;. Quand j'ai demand&#233; &#224; un contrema&#238;tre (ce qui est un travail assez bas) ce qu'il faisait quand il recevait une mauvaise directive d'un membre plus &#233;lev&#233; de la direction, il a bien expliqu&#233; cette distinction : &#171; Un contrema&#238;tre, en tant que membre de la direction, doit accepter cette d&#233;cision, il est partie prenante de la d&#233;cision, et il ne peut pas laisser les ouvriers savoir qu'il est d'accord avec eux. S'il est d'accord avec les ouvriers, il est fini comme contrema&#238;tre, il a perdu la balle pour ce qui est de conduire son travail de membre de la direction de fa&#231;on satisfaisante. S'il est d'accord avec les ouvriers, il ne peut certainement pas le leur laisser voir. Il y a eu beaucoup d'occasions dans lesquelles mon coeur a plut&#244;t pench&#233; du c&#244;t&#233; d'un ouvrier que je devais sanctionner, quand je devais faire quelque chose de d&#233;plaisant, mais je devais le faire, et je pensais dans ma t&#234;te que c'&#233;tait mon travail, que j'&#233;tais partie prenante de la d&#233;cision, et que c'est comme cela que cela devait &#234;tre. &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour un travailleur &#224; la cha&#238;ne, accepter d'&#234;tre promu contrema&#238;tre, c'est traverser la ligne de pouvoir de &#171; nous &#187; &#224; &#171; eux &#187;. Un ouvrier, qui a &#233;t&#233; contrema&#238;tre &#224; Lordstown jusqu'&#224; ce que, d&#233;go&#251;t&#233;, il abandonne, m'a expliqu&#233; &#224; quoi &#231;a ressemblait : &#171; Apr&#232;s avoir accept&#233; une place de directeur en formation, je suis vraiment arriv&#233; &#224; comprendre &#224; quel point le personnel de direction agissait de fa&#231;on malhonn&#234;te ; parce qu'ils avaient accept&#233; que j'aille assister &#224; leurs cours pour apprendre ce qu'ils attendaient de moi, et comment s'y prendre pour diriger ces &#171; idiots sans cervelle &#187; sur la cha&#238;ne, ces &#171; gens qui agissent m&#233;caniquement &#187;, vous savez, &#171; n'importe qui peut faire le travail que ces idiots que nous avons l&#224;-bas font &#187;, &#171; si on entra&#238;ne un singe on pourra l'envoyer l&#224;-bas - ce genre de discours qu'ils m'ont tenu pour montrer que je valais plus que le type qui travaillait sur la cha&#238;ne. Ces cours ont tent&#233; de m'apprendre comment je pouvais provoquer quelqu'un tout en restant calme moi-m&#234;me. Je ne pouvais pas le croire. Il y avait l&#224; des contrema&#238;tres tout &#224; fait m&#251;rs, qui m'apprenaient des tactiques dignes de la Gestapo &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le mode de vie habituel de Lordstown c'est le r&#232;gne de l'autorit&#233;. En entrant au parking, on voit un panneau immense indiquant que c'est une propri&#233;t&#233; priv&#233;e, que la GM d&#233;gage toute responsabilit&#233; quant aux pr&#233;judices que quelqu'un pourrait encourir, et que le parking est surveill&#233; par un circuit interne de t&#233;l&#233;vision. J'ai parl&#233; avec un des cadres de la direction, et je n'ai pas &#233;t&#233; &#233;tonn&#233; de voir, au dessus de son bureau, un portrait de Napol&#233;on me fron&#231;ant les sourcils de son mur. Si les ouvriers arrivent en retard, ils peuvent recevoir une mise &#224; pied disciplinaire dont la dur&#233;e peut aller du restant de la journ&#233;e &#224; une semaine. Le contrema&#238;tre peut donner un &#171; Ordre Direct Formel &#187;, auquel le travailleur doit ob&#233;ir s'il ne veut pas encourir une sanction disciplinaire pour insubordination. Un travailleur doit avoir la permission de son ou sa chef pour quitter la cha&#238;ne pour aller aux toilettes, et le contrema&#238;tre peut facilement tra&#238;ner &#224; accorder une telle permission. Les gardiens arm&#233;s vous demandent &#224; chaque porte de montrer votre carte d'identification en plastic. Un ouvrier de Lordstown a fait tr&#232;s justement remarquer que, en travaillant &#224; l'usine, il &#171; en &#233;tait arriv&#233; &#224; r&#233;aliser que les dictateurs ne sont pas tous dans les pays communistes. Le complexe de Lordstown est lui-m&#234;me une dictature, un petit monde en soi, et tout ceux qui s'y trouvent tombent sous ce r&#233;gime de dictature &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le comportement des syndicats aggrave l'impuissance de l'ouvrier sur la cha&#238;ne. Si un travailleur a une plainte &#224; faire, par exemple contre un contrema&#238;tre, il ne doit pas d&#233;poser sa plainte lui-m&#234;me, mais il doit demander &#224; ce m&#234;me chef d'appeler le d&#233;l&#233;gu&#233; syndical. Ce fait en lui-m&#234;me emp&#234;che souvent que les plaintes soient r&#233;dig&#233;es, parce que le contrema&#238;tre peut tr&#232;s bien par la suite en vouloir &#224; l'ouvrier.&lt;br class='manualbr' /&gt;Une fois que le d&#233;l&#233;gu&#233; a &#233;t&#233; appel&#233;, l'ouvrier &#171; plaignant &#187; n'a plus qu'&#224; se m&#234;ler de rien dans l'affaire ; celle-ci passe par la &#171; proc&#233;dure des plaintes &#187; qui est extr&#234;mement bureaucratique et lente &#224; fonctionner. Le cas met souvent plusieurs mois avant d'&#234;tre r&#233;gl&#233;, temps au bout duquel le motif de la plainte a souvent perdu toute importance. Un travailleur dit : &#171; Il n'y a rien de pire que quand on appelle son d&#233;l&#233;gu&#233;, qu'il vient, &#233;crit quelque chose sur un bout de papier et puis s'en va ; c'est la derni&#232;re fois qu'on entend parler de lui - et c'est toujours vous qui restez l&#224; &#224; faire le boulot &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LA COLLUSION SYNDICAT-PATRONNAT&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Les racines de la situation actuelle entre la compagnie, le syndicat et les ouvriers de base &#224; Lordstown, sont &#224; rechercher profond&#233;ment dans l'histoire du travail aux USA&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jeremy Brecher, Strike ! (Gr&#232;ve !), San Francisco, 1972, chap. 5.3, &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans les grandes gr&#232;ves sur le tas des ann&#233;es 30, le syndicat, en &#233;change du droit d'&#234;tre reconnu comme repr&#233;sentant des ouvriers pour discuter dans les n&#233;gociations des contrats et des gr&#232;ves, a accept&#233; de sanctionner les travailleurs qui s'engageaient dans des actions de gr&#232;ves sauvages sur le tas ou qui cherchaient &#224; prendre un certain pouvoir sur le processus de production. Ce march&#233; a &#233;t&#233; jug&#233; inacceptable par de nombreux ouvriers, et il y a eu une vague importante de gr&#232;ves sur le tas pendant l'&#233;t&#233; 37, juste apr&#232;s que l'accord sur les n&#233;gociations collectives ait &#233;t&#233; sign&#233; par la GM et le syndicat. Pour une fois les ouvriers sont arriv&#233;s &#224; contr&#244;ler la cadence de la cha&#238;ne. Le syndicat a combattu ces actions et a r&#233;ussi &#224; contr&#244;ler la situation. Les mesures prises alors furent d&#233;crites dans le New York Times : &lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; 1. D&#232;s qu'une gr&#232;ve sauvage arrive ou menace d'arriver, des responsables nationaux ou des repr&#233;sentants de la UAW sont envoy&#233;s pr&#233;cipitamment sur place pour terminer ou emp&#234;cher la gr&#232;ve, remettre les ouvriers au travail et amener un r&#232;glement dans l'ordre des revendications.&lt;br class='manualbr' /&gt;2. Des ordres stricts ont &#233;t&#233; donn&#233;s &#224; tous les organisateurs et repr&#233;sentants qu'ils seraient renvoy&#233;s s'ils autorisaient des arr&#234;ts de travail sans l'accord des repr&#233;sentants nationaux, et que les unions locales des syndicats ne recevraient pas d'argent de la direction syndicale si la production &#233;tait, sans autorisation, stopp&#233;e ou emp&#234;ch&#233;e.&lt;br class='manualbr' /&gt;3. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s sont form&#233;s pour appliquer la proc&#233;dure de r&#232;glement des conflits &#233;tablie dans le contrat de la GM, et un syst&#232;me est mis en place, dont les syndicats croient qu'il convaincra les ouvriers de base de l'inutilit&#233; des gr&#232;ves. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;New York Times, 11 avril 1937.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Ainsi, depuis le tout d&#233;but, le syndicat a &#233;t&#233; d'accord pour marcher la main dans la main avec la GM en acceptant de sanctionner les ouvriers qui agissaient par eux-m&#234;mes, o&#249; qui revendiquaient des choses non reconnues dans le contrat, en particulier le droit de dire son mot dans les d&#233;cisions prises concernant la production.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pendant le grand boom de l'industrie automobile qui eut lieu apr&#232;s la Seconde guerre mondiale, la majorit&#233; des membres de l'UAW qui avaient v&#233;cu les privations de la Crise, furent d'accord pour discuter afin d'obtenir une part plus grande du g&#226;teau financier. Comme l'industrie se d&#233;veloppait rapidement pendant cette p&#233;riode, le patronat pouvait se permettre de faire des augmentations substantielles des salaires et des b&#233;n&#233;fices - et en particulier parce que de tels co&#251;ts salariaux pouvaient &#234;tre r&#233;percut&#233;s sur le consommateur sous forme d'augmentation des prix ; le r&#244;le de l'UAW fut alors accept&#233; sans plaisir. Apr&#232;s la signature du contrat de 1955, tout le pays a connu des gr&#232;ves sauvages sur des probl&#232;mes locaux de conditions de travail ; pendant ces gr&#232;ves l'UAW a r&#233;prim&#233; les sections les plus combatives et &#233;tabli un syst&#232;me incluant les conditions de travail dans les n&#233;gociations au niveau local, pour mieux contr&#244;ler les revendications des ouvriers de base.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pendant la &#171; gr&#232;ve &#187; de l'UAW contre la GM en 1970, la collusion patronat-syndicat a &#233;t&#233; &#233;vidente. Pour la GM et le syndicat, le but de cette gr&#232;ve longue et co&#251;teuse &#233;tait, selon le Wall Street Journal, d'&#171; essayer d'&#233;roder les espoirs des membres du syndicat &#187;, &#171; de cr&#233;er une soupape pour laisser sortir les frustrations des ouvriers dues &#224; leurs conditions de travail qu'ils jugent intol&#233;rables &#187; et de&#171; renforcer la position des dirigeants syndicaux &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Wall Street Journal, 29 octobre 1970. Voir aussi William Serrin &#171; 777e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La GM en retour esp&#233;rait que la gr&#232;ve stabiliserait la main-mise du syndicat sur les ouvriers et qu'elle &#171; ach&#232;terait la paix des ann&#233;es &#224; venir &#187; Comme les n&#233;gociations locales prolongeaient la gr&#232;ve au del&#224; de la p&#233;riode pr&#233;vue par le syndicat, la GM a pr&#234;t&#233; &#224; l'UAW 30 millions de dollars pour l'aider &#224; r&#233;gler ses frais d'allocations de gr&#232;ve et engagea des discussions secr&#232;tes avec la direction syndicale pour l'aider &#224; r&#233;gler ce qui mena&#231;ait de devenir &#171; une gr&#232;ve foutoir dont les dirigeants avaient perdu le contr&#244;le. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Wall Street Journal, 5 octobre 1970.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Pendant les ann&#233;es 1970-72, l'industrie automobile am&#233;ricaine, malgr&#233; sa grande richesse marchait avec de grandes difficult&#233;s. Les profits et les ventes &#233;taient peu &#233;lev&#233;s ; il y avait une importante concurrence &#233;trang&#232;re sur le march&#233; int&#233;rieur. Au total, l'industrie ne marchait qu'&#224; 80% de son potentiel productif. Dans de telles conditions, alors que les plus importants investissements en capitaux &#233;taient faits avec r&#233;ticence, il y eut de gros probl&#232;mes pour justifier les 100 millions de dollars d&#233;j&#224; d&#233;pens&#233;s pour Lordstown. Pendant la d&#233;pression de 1970, l'usine fut transform&#233;e pour construire la nouvelle Chevrolet Vega, un petit mod&#232;le de voiture con&#231;u pour contrebalancer la mont&#233;e de la concurrence japonaise (Toyota, Datsun) sur le march&#233; am&#233;ricain. Le complexe de Lordstown - carrosseries Fischer et montage Chevrolet - construisait la Vega du d&#233;but &#224; la fin et &#233;tait cens&#233; &#234;tre assez efficace pour pouvoir produire toutes les Vegas pour l'ensemble des Etats-Unis. Etant donn&#233; la stagnation de l'industrie automobile, le moyen le plus simple que les soci&#233;t&#233;s automobiles avaient de maintenir des profits &#233;lev&#233;s &#233;tait d'augmenter la productivit&#233; du travail. Les cha&#238;nes de Lordstown ont &#233;t&#233; con&#231;ues avec pr&#233;cis&#233;ment ce genre d'efficacit&#233; en t&#234;te. Le but &#233;tait de r&#233;duire les mouvements inutiles des ouvriers &#224; un minimum absolu, et ainsi d'&#233;liminer de chaque t&#226;che chaque seconde de temps perdu. On a estim&#233; que si chaque travailleur de Lordstown travaille une seconde de plus par heure, la GM en un an, augmentera ses profits de deux millions. L'effet de la technologie &#171; avanc&#233;e &#187; &#224; Lordstown est donc d'augmenter l'intensit&#233; et le rythme du travail du monteur. Lordstown est un exemple parfait de Taylorisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;DECOURAGEMENT, ABSENTEISME, SABOTAGE&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Apr&#232;s la transformation de la cha&#238;ne pour construire la Vega, la GM a voulu essayer de tester la capacit&#233; productive maximum de l'usine ; elle a augment&#233; la cadence de la cha&#238;ne de 60 voitures &#224; l'heure au chiffre jamais atteint de 100 voitures &#224; l'heure. Un ouvrier dit : &#171; On travaillait d&#233;j&#224; dur, mais ce n'&#233;tait rien en comparaison de ce que &#231;a a &#233;t&#233; apr&#232;s l'augmentation des cadences. Le premier jour ils ont sorti une pancarte - &#171; Grande premi&#232;re dans l'histoire de la GM, 100 voitures &#224; l'heure &#187; - Certains anciens de la botte ont applaudi, mais moi j'ai seulement pens&#233; qu'on &#233;tait fous d'accepter &#231;a. Ensuite ils ont commenc&#233; &#224; faire de l'&#233;mulation ; ils nous ont dit que la premi&#232;re &#233;quipe tournait &#224; 110 voitures &#224; l'heure. Assez rapidement m&#234;me les anciens ont &#233;t&#233; d&#233;go&#251;t&#233;s de cette merde et ont dit : &#171; Si ceux de la premi&#232;re &#233;quipe veulent sortir 110 autos, qu'ils aillent se faire foutre, laissons-les faire. Mais nous on ne va pas le faire &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;En 1971, la situation est devenue critique pour la GM &#224; Lordstown. L'absent&#233;isme, d&#233;j&#224; &#233;lev&#233;, a beaucoup augment&#233;, et de nombreux travailleurs ont commenc&#233; &#224; laisser passer des voitures sur la cha&#238;ne sans y faire leur travail. Il y a aussi eu des cas de sabotage actif. Les ateliers de r&#233;paration se sont vite remplis de Vegas, et la &#171; Voiture de l'Ann&#233;e &#187; (selon le Motor Trand) a bien &#233;t&#233; connue par les acheteurs comme une voiture qui n&#233;cessitait de nombreuses r&#233;parations. Les ventes ont d&#233;gringol&#233; et la Vega non seulement n'est pas arriv&#233;e &#224; d&#233;passer la Datsun et la Toyota mais de plus, s'est retrouv&#233;e derri&#232;re la Ford Pinto. La GM a alors d&#233;cid&#233; de se durcir et en Septembre 71 elle a annonc&#233; que la totalit&#233; de l'usine allait &#234;tre mise sous la direction du GMAD (General Motors Assembly Divisich - D&#233;partement de montage de la General Motors) une &#233;quipe sp&#233;ciale de cadres, le mois suivant. L'augmentation de la productivit&#233; du travail est devenue la pr&#233;occupation majeure de la GM. Ceci explique l'ascension rapide, dans la soci&#233;t&#233;, du GMAD qui, depuis sa formation en 1965 a pris la direction de 18 usines et contr&#244;le 75% de toute la production automobile de la GM. La raison d'&#234;tre du GMAD est la recherche de productivit&#233; maximum. Les membres du GMAD ont instaur&#233; une &#233;mulation entre leurs 18 usines, ce qui implique un relev&#233; quotidien de la productivit&#233; et de la qualit&#233; de la production de chaque usine par un ordinateur central. Les r&#233;sultats pour chaque usine sont affich&#233;s publiquement. Les bonus et la promotion des membres du GMAD sont proportionnels aux r&#233;sultats de cette comp&#233;tition interne, et les pressions que celle-ci exerce sur la direction de chaque usine sont &#233;normes. Ces pressions ont cr&#233;&#233;, parmi les cadres des usines contr&#244;l&#233;es par le GMAD, une &#233;thique de discipline extr&#234;mement dure.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'annonce de l'imminente prise de contr&#244;le par le GMAD a d&#233;clench&#233; une courte gr&#232;ve sauvage &#224; l'usine de production des carrosseries Fisher de Lordstown. En Octobre, la premi&#232;re chose faite par le GMAD a &#233;t&#233; d'augmenter encore plus la productivit&#233; de tout le complexe de Lordstown. Il a renvoy&#233; pr&#232;s de 300 hommes et a r&#233;parti leur travail entre les autres ouvriers. Il a aussi introduit de nouvelles mesures disciplinaires tr&#232;s s&#233;v&#232;res pour tenter de contr&#244;ler l'absent&#233;isme et le sabotage. Au lieu de ma&#238;triser les travailleurs, les mesures r&#233;pressives du GMAD n'ont fait que renforcer leur d&#233;termination &#224; ne pas c&#233;der. Pendant les premiers mois o&#249; le GMAD dirigeait l'usine, plus de 5000 formulaires de plaintes ont &#233;t&#233; remplis. Le conflit s'est aiguis&#233; ; l'absent&#233;isme, le sabotage et les ralentissements du travail ont augment&#233;. Le New York Times, de fa&#231;on significative, a &#233;crit que : &#171; Le syndicat et la direction &#224; la fois ont &#233;t&#233; surpris de la profondeur de la r&#233;sistance... chez les ouvriers &#187; et le Pr&#233;sident du syndicat local a d&#233;clar&#233; qu'il avait &#233;t&#233; pris une d&#233;cision de travailler &#224; l'ancienne cadence, non par la direction syndicale, mais par la base &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;New York Times, 23 Janvier 1972.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;En fait, les Vegas n'&#233;taient tout simplement pas fabriqu&#233;es, ou si elles l'&#233;taient -comme le dit un travailleur de Lordstown - &#171; je n'aimerais vraiment pas en acheter une. &#199;a m'&#233;tonnerait vraiment qu'elles tiennent 6 mois &#187;. Le GMAD, d&#233;clarant que le manque de discipline des ouvriers rendait toute production impossible a fini par renvoyer les hommes chez eux tous les jours de bonne heure, esp&#233;rant que de telles baisses de salaire de fait les forcerait &#224; ob&#233;ir ; mais cette mesure, elle non plus, n'est pas arriv&#233;e &#224; ma&#238;triser la r&#233;sistance. Au contraire, la production est tomb&#233;e si bas que la situation est devenue vraiment critique pour la direction. Le syndicat local durant cette p&#233;riode a simultan&#233;ment essay&#233; d'exprimer et de contenir le m&#233;contentement ouvrier. Ce n'&#233;tait pas la direction syndicale qui avait &#233;t&#233; &#224; l'origine de la r&#233;sistance des ouvriers ; elle s'&#233;tait content&#233;e de faire des d&#233;clarations g&#233;n&#233;rales de soutien, une promesse de gr&#232;ve, et d'insister sur la n&#233;cessit&#233; pour les travailleurs de rester dans les limites de la l&#233;galit&#233; contractuelle. Voici un &#233;chantillon des tracts distribu&#233;s par le syndicat :&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;1) NOUS N'APPROUVONS PAS LE SABOTAGE&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;...le Bureau national et votre syndicat local, ensemble, insistent fortement pour que tous ses membres, quelles que soient les provocations faites par la Compagnie,... maintiennent une forte discipline syndicale et m&#232;nent la bataille contre la GM de fa&#231;on l&#233;gale. Ne vous engagez jamais dans des actions de sabotage. LUTTONS ENSEMBLE ET GAGNONS ENSEMBLE.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;2) VOILA DE QUOI IL S'AGIT&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;LES PROFITS : le GMAD se soucie peu de vos conditions de travail. Ils ont toujours plac&#233; le profit avant les valeurs humaines, c'est pourquoi ils ont instaur&#233; le r&#232;gne de la terreur dans les usines.&lt;br class='manualbr' /&gt;LA TERREUR : Utilisant des m&#233;thodes de terreur hitl&#233;riennes, le GMAD esp&#232;re terroriser les gens de sorte qu'ils tiennent leurs cadences injustes. Ils esp&#232;rent pouvoir provoquer une gr&#232;ve sauvage, et ainsi avoir plus d'atouts pour justifier leur programme de terreur. NE VOUS LAISSER PAS ENTRAINER A FAIRE UNE GREVE SAUVAGE ! C'est faire le jeu de la Compagnie. Votre syndicat local pr&#233;pare en ce moment une gr&#232;ve l&#233;gale avec le soutien total du syndicat. Votez oui pour la gr&#232;ve. Soutenons ceux qui se battent pour rendre et garder cet endroit d&#233;cent pour travailler. EN AVANT FRERES ET SOEURS ! EN AVANT !!!&lt;br class='manualbr' /&gt;Les ouvriers se rendent bien compte que le syndicat est parfaitement s&#233;rieux quand il insiste pour que les gens ob&#233;issent aux &#171; lois &#187; &#233;tablies dans le contrat. Voici l'explication d'un ouvrier : &#171; Vous savez, notre syndicat est un vrai b&#233;ni-oui-oui. Nous avons un contrat et &#224; la fois la GM et le syndicat sont cens&#233;s le tenir. Le seul probl&#232;me c'est que la GM rompt le contrat environ vingt fois par jour, alors que le syndicat respecte le contrat &#224; la lettre. Voyez par exemple, l'autre semaine, les ventilateurs se sont cass&#233;s l&#224; o&#249; je travaille et la temp&#233;rature est mont&#233;e &#224; presque 42 degr&#233;s. Notre d&#233;l&#233;gu&#233; a pr&#233;venu que nous allions enlever nos chemises - ce qui est contre le r&#232;glement - s'ils ne r&#233;paraient pas les ventilateurs. Je lui ai dit : tu peux enlever ta chemise, tu peux m&#234;me enlever ton pantalon, mais les voitures continuent &#224; &#234;tre fabriqu&#233;es, et on est cingl&#233;s d&#233;faire &#231;a. Si nous voulons que ces ventilateurs soient remplac&#233;s, laissons tous tomber le travail et sortons nous asseoir sur la barri&#232;re pendant une heure. &#199;a fait 100 voitures et ils vont devenir dingues &#224; la direction. Mais le d&#233;l&#233;gu&#233; m'a dit qu'il ne voulait m&#234;me pas entendre parler d'une telle id&#233;e. Alors je suis all&#233; vers les autres types et je leur ai dit : sortons nous asseoir une heure, mais ils ont tous dit : est-ce que le syndicat est avec nous ? Quand je leur ai dit que non, ils m'ont dit de laisser tomber. Vous voyez le syndicat ne soutiendra pas 20 ou 30 types qui font une gr&#232;ve sur le tas. Ils les laisseront &#234;tre vir&#233;s, et ce n'est rien pour la GM - ils peuvent se permettre de perdre vingt types. Mais pour les gars, c'est leur boulot ! &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;De tels refus des syndicats ont un effet extr&#234;mement inhibiteur sur les actions lanc&#233;es par les travailleurs. Pourquoi le syndicat refuse-t-il de soutenir de telles initiatives des ouvriers pour changer leurs conditions de travail ? Les dirigeants syndicaux se justifient en disant que la proc&#233;dure des plaintes est l&#224; pour s'occuper de tels petits probl&#232;mes, et que le syndicat ne peut quand m&#234;me pas faire mettre en gr&#232;ve une usine de 10 000 hommes sur un probl&#232;me qui en concerne 30. Ils disent de plus que les arr&#234;ts de travail obligent le syndicat &#224; n&#233;gocier sur des questions de discipline et non plus sur le probl&#232;me de d&#233;part. Le contre argument &#233;vident - que les strat&#233;gies de luttes possibles ne se limitent pas aux proc&#233;dures &#233;tablies - n'a rien &#224; voir ici. Le vrai probl&#232;me est celui de la nature du pouvoir syndical. Depuis le d&#233;but de l'accord sur les n&#233;gociations collectives des ann&#233;es 30 le syndicat a &#233;t&#233; une sorte de partenaire junion de la Soci&#233;t&#233;. Le but poursuivi par le syndicat a &#233;t&#233; la bonne sant&#233; et la bonne marche de l'industrie, sa prosp&#233;rit&#233; et son fonctionnement sans probl&#232;mes. En &#233;change d'un accord global sur les salaires et autres avantages, le syndicat s'est engag&#233; &#224; prendre la responsabilit&#233; de ce que les travailleurs ne fassent rien pour contester ou emp&#234;cher le fonctionnement des usines ou n'importe quel changement dans la production que la corporation jugerait utile de faire maintenir la rentabilit&#233;. Le syndicat garantit - comme le dit la formule de la convention collective - le droit de la direction &#224; diriger. Des actions &#171; spontan&#233;es &#187; non autoris&#233;es de groupes de travailleurs sont des menaces directes pour le syndicat, et naturellement, il ne soutiendra pas de tels groupes de travailleurs quand la compagnie agira contre eux. Dans ce nombreux cas le syndicat cherchera lui-m&#234;me &#224; sanctionner de tels travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LA HIERARCHIE SYNDICALE&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;La direction locale n'est pas vraiment libre de modifier ces relations de pouvoir. Si un syndicat local soutenait une gr&#232;ve sans avoir le feu vert du Bureau national, il risquerait le retrait imm&#233;diat des fonds vers&#233;s par le syndicat et des menaces de mise sous tutelle, mesure par laquelle le Bureau national d&#233;clare la direction locale dissoute, et nomme ses propres dirigeants. Et la direction nationale &#224; son tour, devrait s'assurer que les dirigeants locaux fassent respecter la discipline du travail ; en effet la GM peut faire pression sur le syndicat UAW en mena&#231;ant par exemple de refuser de coop&#233;rer ou d'aider dans les n&#233;gociations nationales - comme quand la GM pr&#234;ta &#224; l'UAW 30 millions de dollars en 1970 - ou encore en mena&#231;ant d'exporter les usines de montage hors des USA vers des pays o&#249; les salaires sont plus bas (cf. le Pr&#233;sident de la Mitsubishi Motor Compagny qui, remarquant que les salaires Japonais &#233;taient le 1/4 de ceux donn&#233;s aux USA, demanda r&#233;cemment : &#171; Est-ce que ce ne serait pas plus profitable pour un producteur am&#233;ricain d'importer des mod&#232;les plut&#244;t que de d&#233;penser des sommes &#233;normes &#224; d&#233;velopper ses propres mod&#232;les ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Takashi Oka &#171; American Made-in Japon &#187; (Des produits am&#233;ricains japonais), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce n'est pas &#233;tonnant que, en g&#233;n&#233;ral, les dirigeants syndicaux soient contents de voir la compagnie renvoyer ceux qui font des gr&#232;ves non-autoris&#233;es. C'est seulement quand les causes de m&#233;contentement deviennent si largement r&#233;pandues et si aigu&#235;s que des actions autonomes des ouvriers menacent d'entra&#238;ner une explosion spontan&#233;e de toute l'usine, que le syndicat juge qu'il est n&#233;cessaire d'agir. En Janvier 72, il est devenu &#233;vident qu'une telle situation &#233;tait imminente &#224; Lordstown. Des milliers de plaintes avaient &#233;t&#233; remplies, la production avait d&#233;gringol&#233; et le sabotage &#233;tait devenu chronique (moteurs ab&#238;m&#233;s, rev&#234;tements de si&#232;ges &#233;ventr&#233;s, fils arrach&#233;s). Le premier f&#233;vrier, le syndicat faisait un vote sur la gr&#232;ve. Bien que de nombreux travailleurs aient perdu leurs &#233;conomies pendant la gr&#232;ve de 1970, et que tous se trouvent en difficult&#233; &#224; cause de l'argent perdu pendant les r&#233;ductions d'horaire des derniers mois, 85% des membres du syndicat sont venus voter, et 97% ont vot&#233; pour la gr&#232;ve. Ces chiffres sont une preuve incontestable de l'ambiance qui r&#233;gnait alors &#224; Lordstown ; habituellement une grande apathie r&#232;gne lors des votes syndicaux, et quand 40% des travailleurs viennent voter, c'est d&#233;j&#224; bien. Le vote de la gr&#232;ve indiquait que les travailleurs &#233;taient pr&#234;ts &#224; faire un sacrifice important pour faire quelque chose sur les conditions de travail. Beaucoup de travailleurs - la plupart jeunes et sans exp&#233;rience militante - croyaient sinc&#232;rement les tracts syndicaux qui disaient que la section locale et le Bureau national se pr&#233;paraient &#224; n&#233;gocier s&#233;rieusement sur les conditions de travail. La direction de la section locale &#233;tait elle-m&#234;me jeune et r&#233;cemment &#233;lue. Le Pr&#233;sident Gary Bryner, qui n'avait que 39 ans, &#233;tait un type valable qui faisait des citations du livre The Greening of America&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NDT The Greening of America (L'Am&#233;rique reverdit) est un livre de Charles (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, tout en promettant de lutter pour &#171; l'humanisation &#187; des conditions de travail. Les travailleurs d&#233;siraient sinc&#232;rement faire confiance &#224; la section locale et marcher avec elle dans sa strat&#233;gie de gr&#232;ve.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pendant le mois de F&#233;vrier, des repr&#233;sentants de la direction locale et du bureau national, y compris le Vice-Pr&#233;sident de l'UAW Irving Bluestone, n&#233;gociaient avec le GMAD, tout en continuant &#224; insister sur la stricte l&#233;galit&#233; que devaient respecter les ouvriers : pas de gr&#232;ves sauvages ni de sabotage. Le GMAD continuait de renvoyer les hommes chez eux plus t&#244;t, empirant par l&#224; leur situation &#233;conomique, puisque, comme ils n'&#233;taient pas en gr&#232;ve, ils ne recevaient &#233;videmment pas de fonds de la caisse de gr&#232;ve. Le syndicat s'est alors trouv&#233; devant un dilemme, il &#233;tait, autant qu'avant, condamn&#233; &#224; demeurer &#224; l'int&#233;rieur de sa sph&#232;re de pouvoir reconnue. Le GMAD exer&#231;ait une pression &#233;norme sur le syndicat pour que celui-ci maintienne sont contr&#244;le sur les hommes, parce que la production baissait. D'un autre c&#244;t&#233;, le syndicat devait faire face &#224; une base unifi&#233;e et en col&#232;re qui avait d&#233;j&#224; encaiss&#233; un grand nombre de sanctions, et qui n'allait &#233;videmment pas simplement continuer &#224; ob&#233;ir au GMAD, seulement parce que le syndicat le lui demandait.&lt;br class='manualbr' /&gt;La strat&#233;gie d&#233;velopp&#233;e par le syndicat a &#233;t&#233; de faire une gr&#232;ve courte, dans laquelle les probl&#232;mes &#233;taient d&#233;finis de mani&#232;re pr&#233;cise et &#233;gale &#224; la table de n&#233;gociations et de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale et militante dans la propagande syndicale. Au GMAD le syndicat demandait seulement la r&#233;int&#233;gration des 300 hommes renvoy&#233;s lors de la compression de personnel ou par mesure de discipline depuis octobre, et r&#233;clamait quelques petites modifications techniques des r&#232;gles. Ainsi il serait possible pour le GMAD de faire des concessions qui ne signifiaient pas grand chose, en m&#234;me temps que le syndicat crierait victoire, ce qui serait bon pour le GMAD, si cela avait pour cons&#233;quence que celui-ci reprenne le contr&#244;le des travailleurs de l'usine. En bref, si le syndicat &#171; gagnait &#187;, le GMAD &#171; gagnait &#187; aussi, le syndicat dans sa propagande, avait demand&#233; &#224; maintes reprises aux travailleurs de cesser d'agir par eux-m&#234;mes, sous pr&#233;texte que seule une gr&#232;ve l&#233;gale &#233;tait le moyen de r&#233;soudre leurs probl&#232;mes. Il avait promis que la gr&#232;ve serait un combat pour humaniser les conditions de travail, pour briser le pouvoir &#171; hitl&#233;rien &#187; du GMAD, etc, etc... Le syndicat croyait que la gr&#232;ve &#233;puiserait la combativit&#233; des ouvriers et pourrait redonner aux dirigeants syndicaux leur r&#244;le de dirigeants. Le syndicat esp&#233;rait bien s&#251;r pouvoir faire fi de la contradiction, qu'il avait soigneusement &#233;valu&#233;e, entre les promesses qu'il faisait aux travailleurs et leurs intentions r&#233;elles et, de m&#234;me, du foss&#233; in&#233;vitable entre d&#233;sirs &#171; utopiques &#187; et objectifs &#171; r&#233;alistes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;UNE GREVE ORCHESTREE&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;La gr&#232;ve commen&#231;a le 5 mars. Le jour suivant le New York Times reportait deux faits remarquables : &#171; Le Bureau national du syndicat dit aux dirigeants locaux, quand il autorisa la gr&#232;ve, qu'il n 'y aurait pas tr&#232;s longtemps de fonds de la caisse de gr&#232;ve... (et) que les marchands de V&#233;ga devraient avoir un stock de Vegas pour 30 jours &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;New York Times, 6 Mars 1972.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il &#233;tait &#233;vident qu'au niveau le plus &#233;lev&#233;, la GM et l'UAW orchestraient la gr&#232;ve. La GM dit en effet : nous vous laissons soulever le couvercle de la marmite pour que la vapeur s'&#233;chappe, mais seulement pendant quelques semaines. En aucun cas la gr&#232;ve ne doit faire c&#233;der l'approvisionnement des vendeurs de Vegas. L'UAW transmettait fid&#232;lement le message aux responsables de la section locale.&lt;br class='manualbr' /&gt;Un ouvrier, un &#171; ancien &#187; - un des quelques uns qui avaient vot&#233; contre la gr&#232;ve, fit remarquer : &#171; J'ai d&#233;j&#224; vu &#231;a, une fois. Le Bureau national leur donne juste assez de corde pour se pendre. Ils voient un jeune dirigeant local tr&#232;s actif. Ils autorisent la gr&#232;ve... Mais ils ne leur donnent aucune aide. Ils ne leur versent aucun fonds. Ils ne laissent m&#234;me pas les autres syndiqu&#233;s se joindre &#224; la gr&#232;ve. Alors la gr&#232;ve pourrit et c'est perdu, ou bien ils s'installent &#224; D&#233;troit. Tout le monde dit : &#171; Voil&#224;, &#231;a n'a pas pay&#233; ! &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par Barbara Garson &#171; Luddites in Lordstown &#187;, cit&#233; plus haut.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;La gr&#232;ve s'est d&#233;roul&#233;e comme pr&#233;vu. Il y avait beaucoup de volontaires, tr&#232;s d&#233;termin&#233;s, pour faire le piquet de gr&#232;ve, pr&#234;ts &#224; construire des barricades en bois et &#224; allumer des feux pour se prot&#233;ger du froid, mais le syndicat n'a autoris&#233; que des petits piquets &#171; symboliques &#187; et a organis&#233; de longues r&#233;unions (le travailleur &#233;tait oblig&#233; d'y assister s'il voulait toucher ses indemnit&#233;s de gr&#232;ve). A ces r&#233;unions, ils expliquaient combien l'UAW &#233;tait b&#233;n&#233;fique pour les travailleurs, combien de programmes ils offraient, la fa&#231;on dont ils &#233;taient en train de gagner dans les n&#233;gociations, etc. Les questions un peu difficiles pos&#233;es par la base ne recevaient pas de r&#233;ponse, sous pr&#233;texte que les n&#233;gociations se trouvaient &#224; un point d&#233;licat. Pendant ce temps le GMAD assurait la r&#233;embauche de 300 ouvriers mis &#224; pied en octobre. Apparemment, il avait subi des pressions de la GM pour le faire. Le New York Times &#233;crivait le 16 avril : &#171; La gr&#232;ve de Lordstown a provoqu&#233; des dissentiments au sein m&#234;me de la direction &#224; propos de la politique suivie par le GMAD - &#224; savoir : l'efficacit&#233; de cette politique n'avait-elle pas &#233;t&#233; un peu remise en cause par les conflits du travail qu'elle avait suscit&#233;s. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;New York Times, 16 avril 1972.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Le 25 mars, un r&#232;glement du conflit &#233;tait annonc&#233;, et la section locale organisait un vote sur le retour au travail. De nouveau les chiffres parlaient d'eux-m&#234;mes. Seulement 40% environ des syndiqu&#233;s votaient, dont seulement 70% pour arr&#234;ter la gr&#232;ve, malgr&#233; une tr&#232;s forte pression &#233;conomique pour reprendre le travail. La plupart des ouvriers, en reprenant le travail, n'ont pratiquement rien trouv&#233; de chang&#233;. Les 300 r&#233;int&#233;grations ne modifiaient pas beaucoup la situation g&#233;n&#233;rale du monteur, et, bien s&#251;r, les conditions de base du travail &#224; l'usine restaient les m&#234;mes. Elles n'avaient m&#234;me jamais &#233;t&#233; discut&#233;es, ou encore moins n&#233;goci&#233;es. Gary Bryner parla de la gr&#232;ve comme d'une &#171; victoire totale &#187;, une gr&#232;ve qui &#171; avait renforc&#233; le syndicat &#187;. En un certain sens, il a raison quant &#224; la victoire. Le syndicat a r&#233;ussi exactement ce qu'il avait d&#233;cid&#233; de faire. Le seul probl&#232;me c'est qu'il n'avait rien d&#233;cid&#233; de faire pour changer les conditions de travail &#224; l'usine.&lt;br class='manualbr' /&gt;La gr&#232;ve n'a certainement pas renforc&#233; la coh&#233;sion syndicale. En effet, deux mois apr&#232;s la gr&#232;ve, le sentiment g&#233;n&#233;ral &#233;tait que le syndicat n'avait pas &#233;t&#233; de bonne foi envers les travailleurs, qu'il avait n&#233;goci&#233; - selon la formule d'un ouvrier - &#171; juste pour qu'on se remette au travail &#187;. Mais, &#233;tant donn&#233; l'absence d'une alternative quant &#224; la forme d'organisation du mouvement, et le sentiment g&#233;n&#233;ral qu'ils ne pouvaient rien faire sans le soutien du syndicat, la majorit&#233; des ouvriers de Lordstown se sentaient d&#233;courag&#233;s, cyniques, apathiques et battus d'avance. Quand la section locale s'est pr&#233;sent&#233;e pour se faire r&#233;&#233;lire pendant l'&#233;t&#233; 72, personne ne s'est int&#233;ress&#233; &#224; cette &#233;lection ; seulement 30% environ des syndiqu&#233;s sont all&#233;s voter. Bryner a reconnu que maintenant il &#233;tait hu&#233; et accueilli par des sifflets par les travailleurs, chaque fois qu'il quittait son local syndical pour aller dans l'usine.&lt;br class='manualbr' /&gt;Quand j'ai demand&#233; &#224; Bryner, voici comment il expliquait le fait d'avoir dit que la gr&#232;ve de Lordstown &#233;tait une victoire totale alors qu'il y avait un m&#233;contentement g&#233;n&#233;ral sur le r&#233;sultat des n&#233;gociations : &#171; Vous voyez, ici, c'est un syndicat tr&#232;s politique. Si un type est candidat pour &#234;tre permanent, il peut faire beaucoup de promesses, et si un travailleur est assez na&#239;f pour prendre ce qu'il dit pour argent comptant, je suppose que c'est normal qu'il soit d&#233;&#231;u. &#187; Bien s&#251;r la politique du syndicat s'&#233;tend bien au-del&#224; des &#233;lections. En fait, les paroles de Bryner s'appliquent &#224; toute sa propagande pendant la gr&#232;ve, et &#224; tous les buts et comportements syndicaux. Croire les promesses syndicales, c'est &#234;tre na&#239;f. Bryner poursuit : &#171; Si l'on y regarde de fa&#231;on r&#233;aliste, on n'&#233;tait pas parti pour changer quelque chose avec la gr&#232;ve. Nous avons dit : revenons &#224; l'accord d'octobre 72, et on attendra 73 pour n&#233;gocier sur les autres probl&#232;mes. &#187; Pendant la gr&#232;ve, la section locale dit : ne faites pas de gr&#232;ves sauvages ou de sabotages, nous nous occupons des conditions de travail dans notre gr&#232;ve. Et maintenant, en effet, le Pr&#233;sident du syndicat local dit : ne vous en faites pas si la gr&#232;ve n'aboutit &#224; rien. Nous nous en occuperons totalement dans les n&#233;gociations nationales de 1973.&lt;br class='manualbr' /&gt;Lordstown est devenu un symbole, mais elle n'est pourtant pas qualitativement diff&#233;rente des autres usines d'automobile. C'est une version l&#233;g&#232;rement exag&#233;r&#233;e des conditions g&#233;n&#233;rales qui existent dans le pays, et peut-&#234;tre qu'elle repr&#233;sente ce que seront demain de nombreuses usines. C'est pour cela qu'il est int&#233;ressant de comparer la gr&#232;ve de Lordstown &#224; une autre qui a commenc&#233; en avril 1972 &#224; l'usine GM de Norwood dans l'Ohio. Norwood fait de tr&#232;s grosses automobiles GM, comme la Firebird et la Nova. Sa cha&#238;ne est plus lente que celle de Lordstown et les ouvriers qui y travaillent ne sont pas aussi jeunes, mais les conditions de travail sont fondamentalement les m&#234;mes. La gr&#232;ve de Norwood s'est d&#233;velopp&#233;e pour des raisons semblables : mises &#224; pied et sanctions disciplinaires, mais l&#224; strat&#233;gie de contr&#244;le du mouvement par la GM et le syndicat ont &#233;t&#233; diff&#233;rentes de celle de Lordstown. Norwood n'est pas la seule usine GM qui fait la Firebird et la Nova et les vendeurs avaient un stock trop grand de ces voitures, c'est pour cela que comme l'&#233;crit le New York Times : &#171; Contrairement &#224; la gr&#232;ve de Lordstown pendant laquelle la direction de Chevrolet a tout fait pour qu'elle se r&#232;gle rapidement parce que la V&#233;ga perdait du terrain par rapport &#224; la Ford Pinto, il y a eu peu de pressions de la Compagnie sur les n&#233;gociations de Norwood. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;New York Times, 26 septembre 1972.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;La gr&#232;ve de Norwood avait l'aspect d'un lock-out ; la GM &#233;tait satisfaite de pouvoir vendre son surplus de voitures pendant que l'UAW payait les travailleurs. Cette fois-l&#224;, cependant, l'UAW s'engageait &#224; verser des fonds pris sur la caisse de gr&#232;ve sans poser de limite de temps ; elle pr&#233;cisa que le refus du Bureau national de financer une gr&#232;ve longue &#224; Lordstown n'&#233;tait pas dict&#233; par la situation &#233;conomique mais par les probl&#232;mes de march&#233; de la Vega. La gr&#232;ve de Norwood a tra&#238;n&#233; 172 jours et a finalement &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;e sans que la GM ne fasse aucune concession. Un ouvrier de Norwood a fait remarquer : &#171; En fait, &#231;a n'a &#233;t&#233; qu'une grosse farce. Mais, c'est vrai, j'ai vot&#233; (pour reprendre le travail). J'ai besoin d'un boulot &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid. 28 septembre, 1972. * NdT il s'agissait de faire un syndicat (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;UNE STRATEGIE SYNDICALE&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;La justification de d&#233;part pour la cr&#233;ation de syndicats d'industrie tels que l'UAW &#233;tait de coordonner et d'unifier le mouvement des ouvriers des diff&#233;rentes usines. Mais, malgr&#233; des similitudes entre les probl&#232;mes de Lordstown et ceux de Norwood, et bien qu'ils se soient pos&#233;s presque en m&#234;me temps, jamais l'UAW n'a tent&#233; d'utiliser la vuln&#233;rabilit&#233; de la GM &#224; Lordstown pour faire pression sur elle pour r&#233;gler le conflit de Norwood. Au lieu de cela, le syndicat a maintenu les deux gr&#232;ves dans des compartiments bien &#233;tanches. Les ouvriers de Lordstown &#233;taient tr&#232;s int&#233;ress&#233;s par la situation &#224; Norwood, mais le syndicat ne leur a fourni aucune information sur celle-ci. En fait, on pouvait voir, sur les murs des WC &#224; Lordstown des choses comme : &#171; Comment &#231;a se fait que nous avons repris le travail et que Nordwood est toujours en gr&#232;ve ? &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;A l'automne 1972, le Bureau national adopta une strat&#233;gie bien connue : il dit, de fa&#231;on &#233;nergique, mais vague, qu'un effort prioritaire pour soulager l'ennui et l'insatisfaction des ouvriers deviendrait l'un des objectifs principaux des n&#233;gociations de 1973&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, 3 Septembre 1972.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais, plus tard, sans que cela n'&#233;tonne personne, il est devenu de plus en plus clair que ce n'&#233;tait pas le cas. En d&#233;cembre, le Wall Street Journal indiquait que la plupart des revendications (dans les n&#233;gociations de 1973) se centreraient plus sur l'am&#233;nagement du temps libre en dehors du travail proprement dit (c'est-&#224;-dire plus de temps libre) que sur des modifications du travail lui-m&#234;me &#187; bien que - comme le responsable des relations avec le personnel de Ford fut assez na&#239;f pour le remarquer - &#171; il y a peu d'indications - en fait je n'en connais aucune - qui peuvent faire penser qu'une r&#233;duction du temps de travail augmenterait la satisfaction des employ&#233;s pendant leur travail. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Watt Street Journal, 8 d&#233;cembre 1972.&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;M&#234;me s'il est vrai que la plupart des ouvriers pr&#233;f&#233;reraient avoir plus de temps libre si cela n'entra&#238;nait pas une diminution de salaire, les propositions faites pour l'am&#233;nagement du temps libre ne sont pas arriv&#233;es &#224; r&#233;gler les enjeux des rapports de force &#224; l'usine, un &#233;chec qui, bien s&#251;r, &#233;tait pr&#233;vu d'avance. En fait, certains des plans pour cet &#171; am&#233;nagement &#187; &#233;taient &#224; double tranchant, et fonctionnaient comme un app&#226;t pour remettre les ouvriers dans le rang. Par exemple, le Pr&#233;sident de l'UAW, L&#233;onard Woodcock qualifiait de &#171; tr&#232;s imaginatif &#187; un plan du Vice-Pr&#233;sident Kenneth Bannen qui visait &#224; r&#233;duire le m&#233;contentement des ouvriers en leur donnant &#171; plus de temps libre pay&#233;, en leur accordant un pourcentage des heures effectivement faites pendant l'ann&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;New York Times, 28 septembre 1972 et 27 septembre 1972.&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Clairement, ce plan cherchait &#224; contr&#244;ler l'augmentation de l'absent&#233;isme dans les usines, puisque la direction peut refuser de payer &#224; un ouvrier son temps libre, s'il ne fait pas son temps de travail comme pr&#233;vu. On peut imaginer que la GM donnerait de bon c&#339;ur &#224; chaque travailleur une semaine de vacances pay&#233;es en plus, si cela lui garantissait sa pr&#233;sence r&#233;guli&#232;re et disciplin&#233;e au travail le restant de l'ann&#233;e.&lt;br class='manualbr' /&gt;Quant &#224; l'organisation de la cha&#238;ne, le pr&#233;sident Woodcock dit, carr&#233;ment, que &#171; cela ne saurait constituer un sujet de discussion dans les n&#233;gociations collectives &#187; parce que, pour qu'un probl&#232;me soit susceptible d'&#234;tre discut&#233;, &#171; il faut que le syndicat ait une id&#233;e quant &#224; sa solution, nous n'en avons pas &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, 28 Janvier 1973.&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le syndicat n'a manifestement pas chang&#233; de comportement en 1973, mais est rest&#233; solidement int&#233;gr&#233; dans les structures de pouvoir qui maintiennent le contr&#244;le de la direction sur le travail. Ce fait est le point central pour comprendre la situation actuelle des ouvriers de l'automobile et il constitue la conclusion essentielle que l'on peut tirer d'une analyse de la gr&#232;ve de Lordstown. Ces temps derniers, il y a eu de grandes discussions sur le ras le bol ? des &#171; cols bleus &#187; et sur des notions telles &#171; l'ali&#233;nation &#187; et la &#187;d&#233;shumanisation &#187; de la cha&#238;ne. Le rapport du HEW&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;HEW : Health, &#171; Education &amp; Welfare &#187; (Minist&#232;re de la Sant&#233;, de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; intitul&#233; le travail aux Etats Unis, est une contribution assez typique &#224; cette discussion, et donne un bon exemple de la fa&#231;on trompeuse dont le d&#233;bat se d&#233;roule&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Publi&#233; par U.I.T Press, 1973.&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le rapport parle des sources d'insatisfaction existant parmi les ouvriers am&#233;ricains - la pauvret&#233;, l'absence de moyens pour s'en sortir, la monotonie, une faible opinion de soi-m&#234;me - et sugg&#232;re des rem&#232;des qui semblent praticables pour &#171; humaniser &#187; : des groupes de travail autonome, l'&#233;mulation dans le travail, la rotation des t&#226;ches, l'auto-gestion pour la communaut&#233; de l'usine, etc. Ce n'est qu'en deux pages, dont une subtilement intitul&#233;e &#171; les obstacles &#224; la r&#233;organisation des t&#226;ches &#187;, que les auteurs du rapport mentionnent le petit probl&#232;me des profits, et qu'ils sugg&#232;rent joyeusement, sur la base de leur recherche, que la productivit&#233; &#224; long terme augmenterait si les travaux &#233;taient r&#233;organis&#233;s dans l'esprit d'une telle &#171; humanisation &#187;. A c&#244;t&#233; des justifications remarquablement faibles et superficielles qu'ils ajoutent en appendice, ils rejettent all&#232;grement le fait (admis par les permanents de l'UAW&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;New York Times, 3 septembre 1972.&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), que la reconversion des industries principales selon le sch&#233;ma sugg&#233;r&#233; serait tr&#232;s co&#251;teux et que les profits et la productivit&#233; &#224; court terme d&#233;cro&#238;traient fortement. Ce fait, en lui-m&#234;me, rend le Rapport caduc, puisque rien n'a convaincu les hommes d'affaire qu'ils ont un quelconque avantage &#224; gagner &#224; un si co&#251;teux bricolage. Ce &#224; quoi on peut s'attendre de mieux serait une op&#233;ration esth&#233;tique, semblable aux images &#233;cologiquement &#171; propres &#187; que nous projettent r&#233;guli&#232;rement les compagnies p&#233;troli&#232;res.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais ces consid&#233;rations ne vont pas au fond du probl&#232;me. Les hommes d'affaires am&#233;ricains sont profond&#233;ment convaincus que la capacit&#233; d'un homme d'affaires &#224; &#234;tre comp&#233;titif sur le march&#233; national et international est li&#233;e directement &#224; un contr&#244;le strict de la direction sur les d&#233;cisions affectant la production. C'est pourquoi consid&#233;rer un peu s&#233;rieusement de conc&#233;der aux ouvriers un pouvoir sur la prise de d&#233;cision (ce qui est, comme les hommes d'affaires le pensent &#224; juste titre, le probl&#232;me r&#233;el sous-jacent au discours de l'humanisation et l'ali&#233;nation), serait accepter la ruine &#233;conomique de leurs compagnies. Etant donn&#233; de telles attitudes, le rapport HEW doit &#234;tre compris comme un exercice de &#171; relations publiques &#187;, une tentative d&#233;lib&#233;r&#233;e de brouiller les discussions sur les causes du m&#233;contentement ouvrier en Am&#233;rique, une question qui, si elle &#233;tait s&#233;rieusement envisag&#233;e, soul&#232;verait les questions fondamentales du rapport de force entre le capital et le travail.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pourquoi les travailleurs de Lordstown ne s'organisent-ils pas pour faire quelque chose sur leurs conditions de travail ? Apr&#232;s tout, ce sont eux qui construisent les voitures ; ils peuvent arr&#234;ter la cha&#238;ne n'importe quand. La raison la plus importante de leur inertie, c'est bien s&#251;r, la vuln&#233;rabilit&#233; &#233;conomique de chaque travailleur, et l'atmosph&#232;re de peur et de manque de confiance g&#233;n&#233;r&#233;es par l'isolement bien organis&#233; et par l'absence de pouvoir du travailleur individuel. Une autre chose est que, apr&#232;s 8 ou 10 heures de travail, il ne reste pas aux ouvriers beaucoup d'&#233;nergie. Ce peu, ils le consacrent et &#224; leur famille, &#224; leur petite bi&#232;re, &#224; leur concours de pronostics, ou &#224; toute autre occupation personnelle. Un des ouvriers que j'ai rencontr&#233; m'a dit : &#171; Regardez, je me l&#232;ve &#224; cinq heures du matin, et je ne rentre pas avant six heures. Une fois que je me suis lav&#233; et que j'ai mang&#233;, et parfois que j'ai jou&#233; de la guitare une heure, j'ai mon compte pour la journ&#233;e. Je pense que je devrais lire mon contrat et aller aux meetings syndicaux, mais je crois qu'en fait, je laisse cela &#224; mon d&#233;l&#233;gu&#233;. &#187; ceci dit en passant, personne ne peut bl&#226;mer quiconque de ne pas lire le contrat de travail. Celui de Lordstown fait &#224; lui tout seul 166 pages et il est &#233;crit dans le style le plus abstrait et le plus bureaucratique qui soit, ce qui, en soi, peut justifier, aux yeux des ouvriers, l'existence d'une caste sp&#233;ciale de dirigeants capables de le lire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LA DISPERSION DES RESIDENCES&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Les conditions de vie autour de Lordstown emp&#234;chent &#233;galement toute organisation ou formation de groupes. La GM a construit son usine au milieu de la campagne dans le Nord-Est de l'Ohio, et les ouvriers habitent dans la cinquantaine de villes et de camps de caravaning situ&#233;es dans un rayon de 40 miles autour de l'usine. Il n'y a pas de centre commun &#224; la vie des ouvriers. Apr&#232;s le travail, chaque travailleur, &#224; peu pr&#232;s comme un banlieusard ais&#233;, se rend en voiture vers la ville o&#249; il habite et ne voit pas ses compagnons de travail jusqu'au jour suivant. Il lui arrive rarement de parler avec les autres de l'usine, de leur vie, ou de partager leurs probl&#232;mes. Le caract&#232;re h&#233;t&#233;rog&#232;ne de la force de travail &#224; Lordstown contribue &#224; maintenir la division des travailleurs. Ce n'est que par intermittence qu'ils per&#231;oivent leur situation commune et, comme dans le reste des USA, ils passent le plus souvent leurs animosit&#233;s les uns sur les autres.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les jeunes aux cheveux longs ne font pas confiance aux vieux &#171; hillbillies &#187; (venus des Appalaches, de l'Ouest de la Virginie et de la Pennsylvanie), qu'ils consid&#232;rent comme le noyau le plus dur de la compagnie, ou comme des p&#233;quenots. L'animosit&#233; est partag&#233;e, et les hillbillies n'aiment souvent pas les chevelus. Les hillbillies sont aussi souvent racistes, et n'aiment pas les 10% que repr&#233;sente la population noire, pas plus que le petit groupe de travailleurs Portoricains et Cubains. Les Noirs, habitu&#233;s &#224; un racisme latent de la part des plus vieux ouvriers, ont du ressentiment particuli&#232;rement envers la direction de la section locale, qu'ils voient comme une clique blanche d&#233;termin&#233;e &#224; tenir les Noirs &#233;loign&#233;s des postes de responsabilit&#233; dans le syndicat et des postes de choix que sont, par exemple, les travaux qualifi&#233;s. Il y a quelques ann&#233;es, quelques Noirs se sont empar&#233;s de la direction de la Banque coop&#233;rative de Lordstown, alors en faillite, et, en travaillant dur, l'ont transform&#233;e en une entreprise rentable. Maintenant la section locale de l'UAW souhaite reprendre la Banque, ce dont les Noirs sont irrit&#233;s, naturellement. Les Noirs &#224; Lordstown ont form&#233; un comit&#233; &#233;lectoral extra-syndical, seule organisation d'ouvriers &#224; Lordstown qui ne soit pas patronn&#233;e par le syndicat. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, le comit&#233; a patiemment tent&#233; de conqu&#233;rir le soutien et la solidarit&#233; des Noirs de Lordstown, et n'a entrepris aucune action importante &#224; l'usine. Le comit&#233; n'est pas anti-Blancs dans son id&#233;ologie officielle, mais ses dirigeants pensent que pour le moment les Noirs doivent marcher seuls pour am&#233;liorer leur situation en tant que groupe &#224; l'usine.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il n'y a que 300 femmes employ&#233;es dans ce complexe de 13000 travailleurs. Les femmes sont victimes du sexisme, &#224; la fois des contrema&#238;tres et de leurs compagnons de travail, les ouvriers m&#226;les leur en veulent, pensent qu'elles ont les boulots faciles, et l'opinion g&#233;n&#233;rale est que chaque femme travaillant &#224; Lordstown &#171; se fait de l'argent &#224; c&#244;t&#233; &#187;, c'est &#224; dire est une prostitu&#233;e. Les femmes sont harass&#233;es de propositions sexuelles que leur font cr&#251;ment les ouvriers et parfois les contrema&#238;tres.&lt;br class='manualbr' /&gt;Une femme de 20 ans m'a d&#233;crit combien elle &#233;tait isol&#233;e &#224; la cha&#238;ne. Rejet&#233;e par les autres femmes parce qu'elle &#233;tait jeune et jolie, elle &#233;tait constamment insult&#233;e et sollicit&#233;e par les hommes. Son contrema&#238;tre m&#233;langeait &#171; propositions &#187; et menaces de sanction. Elle a voulu porter plainte officiellement contre ce contrema&#238;tre, mais elle avait besoin de t&#233;moins pour confirmer ses dires. Le contrema&#238;tre l'avait abord&#233;e franchement, et les autres ouvriers, &#224; c&#244;t&#233; d'elle sur la cha&#238;ne, avaient tr&#232;s bien entendu, mais ils ont tous refus&#233; de t&#233;moigner pour elle. On lui r&#233;pondit : &#171; Ecoute, j'ai une femme et un enfant. Pourquoi est-ce que je risquerais mon travail pour toi ? &#187; Il n'y a pas de dirigeantes syndicales &#224; l'usine, et beaucoup de femmes pensent que le syndicat ne se pr&#233;occupe pas de leurs probl&#232;mes. Les privil&#232;ges d'un petit groupe d'ouvriers &#171; qualifi&#233;s &#187;, tout ce qu'il y a de blanc, sont une cause suppl&#233;mentaire de division. Leur &#171; qualification se borne &#224; savoir r&#233;parer le mat&#233;riel cass&#233;, et ne demande que quelques semaines d'apprentissage. Elle ne justifie pas en elle-m&#234;me l'existence d'une cat&#233;gorie sp&#233;ciale de travailleurs. Une des fonctions principales de la cat&#233;gorie des travailleurs qualifi&#233;s est de cr&#233;er un groupe ayant un int&#233;r&#234;t particulier &#224; l'int&#233;rieur de l'ensemble de travailleurs. Les ouvriers qualifi&#233;s ont beaucoup plus de diversit&#233; et d'autonomie dans leur travail qu'un ouvrier encha&#238;n&#233; &#224; sa cha&#238;ne. Ils se consid&#232;rent comme une &#233;lite - un ouvrier qualifi&#233;, qui avait laiss&#233; tomber l'&#233;cole, se qualifiait lui-m&#234;me de &#171; technocrate &#187; - et se jugent sup&#233;rieurs aux ouvriers de la cha&#238;ne. Comme, traditionnellement, les ouvriers qualifi&#233;s tiennent un nombre disproportionnellement &#233;lev&#233; de places &#224; la direction du syndicat, ils sont souvent un groupe puissant qui s'occupe d'abord de ses propres int&#233;r&#234;ts. Sa loyaut&#233; envers le syndicat est en cons&#233;quence beaucoup plus grande que celle des ouvriers de la cha&#238;ne. Grands d&#233;fenseurs du syndicat, les ouvriers qualifi&#233;s se faisaient voir partout, pendant la gr&#232;ve de Lordstown, participant souvent aux piquets de gr&#232;ve. Mais cette pr&#233;sence, qui, au premier abord, pourrait passer pour de la combativit&#233;, montre en fait le r&#244;le essentiellement conservateur des ouvriers qualifi&#233;s. Ceux-ci n'ont pas pris part aux actions de sabotage et se montreraient probablement tr&#232;s r&#233;ticents pour entreprendre n'importe quelle action directe, destin&#233; &#224; ralentir ou a contr&#244;ler la production.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'organisation syndicale, nous l'avons vu, contribue activement &#224; la division des travailleurs, en favorisant l'existence de groupes particuliers, en faisant de fausses promesses, et en ne donnant pas une image r&#233;elle de ce qui se passe &#224; l'usine, dans d'autres usines de la GM, et dans l'industrie automobile en g&#233;n&#233;ral. Le syndicat, &#233;galement, coopte habilement d'autres centres d'organisation potentielle par sa structure en comit&#233;s. Il y a un comit&#233; pour la communaut&#233;, un comit&#233; pour les Noirs, un comit&#233; pour les femmes, et il y a eu un comit&#233; pour McGovern en 1972. Ces comit&#233;s existent pour essayer de convaincre les diff&#233;rents groupes que le syndicat s'occupe d'eux. Ils d&#233;samorcent &#233;galement des sources potentiellement explosives, tout en renseignant les dirigeants syndicaux sur l'intensit&#233; du m&#233;contentement dans les diff&#233;rents groupes.&lt;br class='manualbr' /&gt;Bien des choses &#224; Lordstown ressemblent &#224; ce qu'on a pu d&#233;crire de la situation des ouvriers de l'automobile des Etats-Unis, il y a vingt ans . Les ouvriers d&#233;testent leur travail et se font une raison parce que &#171; &#231;a rapporte &#187;. Ils r&#234;vent de s'&#233;vader de la cha&#238;ne mais peu le font. Ils attendent et esp&#232;rent que leurs enfants auront une vie meilleure que la leur. Mais il y a aussi une &#171; nouvelle g&#233;n&#233;ration &#187; de travailleurs tr&#232;s caract&#233;ristiques &#224; Lordstown. L'&#226;ge moyen &#224; l'usine est d'environ 26 ans. Les parents de ces ouvriers ont v&#233;cu la D&#233;pression et n'ont jamais attendu du travail que peine et d&#233;sagr&#233;ment. Pour ces parents, le salaire &#233;lev&#233; et les avantages accord&#233;s &#224; Lordstown ainsi que des conditions de production plus modernes pouvaient r&#233;ellement sembler souhaitables. De tels &#171; anciens &#187;, favoris&#233;s &#233;galement par le syst&#232;me d'anciennet&#233; du syndicat ne comprennent vraiment pas pourquoi les jeunes travailleurs sont si m&#233;contents. Mais les jeunes travailleurs ont des exp&#233;riences tr&#232;s diff&#233;rentes. Ils ont eu plus d'instruction et ont grandi dans les ann&#233;es 50 et 60, p&#233;riode d'am&#233;lioration du niveau de vie pour un large &#233;ventail de la population am&#233;ricaine. Des promesses v&#233;hicul&#233;es par le mode de pens&#233;e dominant, les jeunes ouvriers ont appris &#224; attendre une vie d&#233;cente, m&#234;lant plaisir et loisir, un sens &#224; leur travail, et un certain contr&#244;le sur celui-ci. Ils sont moins pr&#234;ts que leurs parents &#224; accepter cinquante ou soixante heures de travail abruti simplement pour une grosse enveloppe.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les ouvriers se rendent compte qu'une bonne partie d'entre eux sont &#224; Lordstown pour de bon. Ils commencent &#233;galement &#224; se rendre compte qu'ils ne peuvent pas attendre du syndicat une am&#233;lioration de leur vie au travail. Gary Bryner reconnait qu'il y a une exigence de plus en plus grande de &#171; justice imm&#233;diate &#187;, que les jeunes ouvriers en ont ras-le-bol de la scl&#233;rose bureaucratique du syndicat. Ces jeunes ouvriers ont fait confiance au syndicat pendant la gr&#232;ve de 1972, et ont &#233;t&#233; extr&#234;mement d&#233;&#231;us, mais cette exp&#233;rience peut aider &#224; r&#233;v&#233;ler plus clairement la fonction r&#233;elle du syndicat. Et, la prochaine fois, les ouvriers seront moins pr&#234;ts &#224; croire aux promesses syndicales, et &#224; abandonner leurs propres actions directes.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le fait de savoir si le m&#233;contentement de ces travailleurs d&#233;bouchera sur un affrontement global entre les ouvriers et la compagnie, d&#233;pend de nombreux facteurs. A pr&#233;sent, comme toujours, les travailleurs ont le pouvoir de contr&#244;ler ou d'arr&#234;ter la production. Mais, pour &#234;tre capables d'utiliser ce pouvoir, les ouvriers doivent arriver &#224; d&#233;passer la peur et l'isolement, caus&#233;s par les divisions &#224; l'int&#233;rieur de l'usine, et entre les usines, et parvenir &#224; mener leur propre politique &#224; travers leurs actions propres. La situation &#233;conomique de la GM et des USA en g&#233;n&#233;ral, aura une influence sur les choix qui s'offrent &#224; cette compagnie et au syndicat pour faire face aux pressions des ouvriers. Personne ne peut dire de quoi l'avenir serait fait. L'analyse de la situation &#224; Lordstown peut aider &#224; faire la distinction entre les futurs possibles et les futurs impossibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Peter HERMAN (1973)&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;PROBLEMES ET PERSPECTIVES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Parmi les discours creux du d&#233;but des ann&#233;es 60, un des plus agr&#233;ables &#224; se rappeler est celui prononc&#233; par A.A. Berle, Jr. au coll&#232;ge de Bryn Mawr en 1962. Condamnant ceux qui consid&#233;raient d'un oeil sceptique les r&#233;sultats obtenus par les Etats-Unis, plus particuli&#232;rement en Am&#233;rique latine, il a remarqu&#233; que nous avions toutes les raisons d'&#234;tre fiers, ne serait-ce que parce que nous &#233;tions la premi&#232;re soci&#233;t&#233; de l'histoire &#224; avoir &#233;limin&#233; la classe ouvri&#232;re. M&#234;me &#224; cette &#233;poque une pareille constatation aurait &#233;tonn&#233; le gardien d'immeuble, mais aujourd'hui cette &#232;re de bonheur a disparu, m&#234;me pour les Berle et leurs enfants. D'une part, l'&#233;chec et l'effondrement des mouvements noirs et &#233;tudiants des ann&#233;es 60 ont &#233;branl&#233;s les espoirs investis dans de nouvelles forces capables d'entra&#238;ner un changement progressif, &#224; une &#233;poque o&#249; les &#171; Am&#233;ricains moyens &#187; &#233;taient solidement attach&#233;s au statut quo. D'autre part, la fr&#233;quence et la combativit&#233; des mouvements de gr&#232;ve dans l'ensemble du monde capitaliste - surtout en Europe - et m&#234;me dans les pays de l'Est o&#249; l'&#233;conomie est sous le contr&#244;le de l'Etat, ont clairement mis en lumi&#232;re le fait que le prol&#233;tariat est une force sociale agissante. Actuellement &#171; tout le monde &#187; s'inqui&#232;te de la d&#233;prime des cols-bleus et de l'ennui des cols blancs ; des commissions gouvernementales entreprennent des &#233;tudes sur l'ali&#233;nation des travailleurs ; des universitaires et autres gangsters intellectuels s'affairent &#224; l'&#233;tude de la &#171; d&#233;mocratie industrielle &#187; et du &#171; contr&#244;le ouvrier &#187;. Ceux qui se veulent r&#233;volutionnaires doivent eux aussi r&#233;fl&#233;chir &#224; ce qu'est aujourd'hui la classe ouvri&#232;re et au rapport entre celle-ci et les probl&#232;mes et les possibilit&#233;s d'une r&#233;volution communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Marx, l'id&#233;e du communisme n'avait d'existence r&#233;elle que si elle correspondait &#224; une pratique r&#233;elle de lutte de classe de la part de la classe ouvri&#232;re. En cela il se d&#233;marquait de ses pr&#233;tendus disciples, Kautsky et L&#233;nine, pour qui le prol&#233;tariat &#233;tait plut&#244;t un agent capable, gr&#226;ce au nombre de ses membres et sa position cl&#233; dans la soci&#233;t&#233; moderne, de mettre en pratique une id&#233;e &#233;labor&#233;e par des intellectuels de la classe moyenne gr&#226;ce &#224; leur critique scientifique du capitalisme. Marx, au contraire, a d&#233;velopp&#233; sa conception du communisme et son analyse du capitalisme pour tenter d'expliquer et d'exprimer dans le domaine des id&#233;es la lutte des ouvriers contre l'organisation actuelle de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx a d&#233;fini le concept de &#171; classe &#187; par rapport au r&#244;le que celle-ci joue dans le processus social de prise de d&#233;cision. En gros, il s'agit du pouvoir de d&#233;cider de la production des biens - allant du beurre et des canons jusqu'aux livres - de tout ce qui repr&#233;sente la base mat&#233;rielle de la soci&#233;t&#233;. Fondamentalement, il s'agit du contr&#244;le des moyens de production et de ce qu'ils permettent de produire. Pour la masse des producteurs, les d&#233;buts du capitalisme co&#239;ncident avec leur mise &#224; l'&#233;cart de ce contr&#244;le. Cette mise &#224; l'&#233;cart a eu comme cons&#233;quence de transformer en marchandises - en biens destin&#233;s &#224; la vente - et les produits et la capacit&#233; de produire. Car lorsque les biens ne peuvent &#234;tre acquis qu'en les achetant aux possesseurs de l'appareil productif, les producteurs ne peuvent subsister qu'en vendant leur force de travail &#224; ces possesseurs. Les moyens de production se transforment alors en capital dans la mesure o&#249; leurs propri&#233;taires peuvent acheter la force de travail n&#233;cessaire &#224; leur fonctionnement, situation qui permet &#224; ces propri&#233;taires de conserver la diff&#233;rence (plus-value ou profit) entre ce qui est produit et ce qui est exig&#233; par les producteurs pour subsister. La classe capitaliste, celle qui poss&#232;de, prend naissance en m&#234;me temps que la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement, dans ce syst&#232;me (o&#249; les gens ne produisent pas directement pour eux-m&#234;mes) la production en tant que processus physique prend n&#233;cessairement la forme d'une inter-relation syst&#233;matique entre les producteurs eux-m&#234;mes, dans laquelle chacun d&#233;pend, pour obtenir les moyens de vivre et de produire, du travail de tout un vaste r&#233;seau d'autres personnes. C'est le cas sur le lieu de travail lui-m&#234;me, o&#249; peuvent, aujourd'hui, travailler ensemble des milliers de personnes, comme c'est le cas pour les diff&#233;rents lieux de travail et secteurs productifs. N&#233;anmoins, la production &#233;tant sous contr&#244;le priv&#233;, capitaliste, il pourrait sembler aux producteurs que leurs relations d&#233;pendent enti&#232;rement de l'emploi que leur fournissent leurs ma&#238;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque le profit des capitalistes se compose int&#233;gralement de la somme du produit social soutir&#233; aux producteurs, il y a n&#233;cessairement conflit entre les deux classes au sujet du partage du produit de travail, comme des conditions o&#249; celui-ci s'exerce. Marx croyait que cette situation provoquerait chez les ouvriers une croissance de la conscience &#224; la fois de leur int&#233;r&#234;t commun en tant que producteurs exploit&#233;s et de leur capacit&#233; d'agir ensemble pour d&#233;fendre cet int&#233;r&#234;t. L'organisation collective du travail devait fournir un cadre naturel permettant l'&#233;laboration de conceptions et de formes organisationnelles de lutte solidaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, du point de vue de Marx, le d&#233;veloppement progressif du syst&#232;me est fonction du d&#233;sir du capital de maintenir les rapports de classes existants et les positions de force individuelles inscrites dans ces rapports. Autrement dit, l'orientation et le rythme de d&#233;veloppement de ce syst&#232;me sont d&#233;termin&#233;s par la n&#233;cessit&#233; qui s'impose &#224; chaque capital individuel, et par cons&#233;quent au capital dans son ensemble, d'augmenter sa valeur (et par l&#224; son pouvoir &#233;conomique et social) par l'interm&#233;diaire de production et d'accumulation de plus-value. Cependant, comme Marx a pr&#233;tendu le d&#233;montrer, le caract&#232;re priv&#233; du syst&#232;me de propri&#233;t&#233; capitaliste entre, &#224; la longue, en conflit avec les besoins du capital dans son ensemble et menace ainsi la stabilit&#233; du syst&#232;me social. Selon lui, le processus d'expansion capitaliste cr&#233;erait lui-m&#234;me des barri&#232;res &#224; sa propre reproduction (sous forme d'une tendance &#224; la baisse du taux de profit et donc du taux d'accumulation). Il en r&#233;sulterait toute une s&#233;rie de crises dans la production de capital, chacune surmont&#233;e au prix d'une r&#233;organisation massive (principalement sous forme de concentration) des structures capitalistes et pay&#233;es par une mis&#232;re immense pour la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de telles crises, pensait Marx, la solidarit&#233; des producteurs, d&#233;j&#224; d&#233;velopp&#233;e au cours de la longue lutte pour les salaires, les horaires, etc&#8230; atteindrait le stade d'une lutte ouverte pour le contr&#244;le du syst&#232;me productif de la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me. Le bien public, produit collectif du travail, se lib&#233;rerait des limites impos&#233;es &#224; son &#233;panouissement par le syst&#232;me de propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production ; le communisme s'&#233;tablirait par l'organisation collective de la production et la gestion de celle-ci par les producteurs eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; capitaliste n'a pas &#233;volu&#233; vers une polarisation marqu&#233;e entre un petit groupe de capitalistes ais&#233;s et une masse de prol&#233;taires appauvris. Bien que, continuellement, le contr&#244;le sur le capital se concentre de plus en plus, le petit groupe de ceux qui d&#233;tiennent richesse et pouvoir se trouve au sommet d'une pyramide compos&#233;e de niveaux de richesses et de privil&#232;ge (pyramide dont les ch&#244;meurs permanents occupent la base). De plus, succ&#233;dant &#224; un pass&#233; de crises renouvel&#233;es tous les dix ou quinze ans, la deuxi&#232;me guerre mondiale a permis une r&#233;organisation du capital mondial qui a procur&#233;, dans les pays d&#233;velopp&#233;s, des revenus stables ou croissants &#224; un grand nombre de travailleurs. Il en r&#233;sulta une vingtaine d'ann&#233;es de stabilit&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette situation a permis une floraison de th&#233;ories sociales bourgeoises ne parlant pas de classes mais de statut et de niveau de revenu, les deux reli&#233;s par l'association du statut et du niveau de consommation. Les probl&#232;mes r&#233;siduels - vus comme r&#233;sultant en g&#233;n&#233;ral d'une distribution &#171; injuste &#187; des revenus et du pouvoir politique et social au d&#233;triment de certains groupes r&#233;gionaux ou raciaux - pourraient &#234;tre r&#233;solus par l'application d'une &#171; science r&#233;gulatrice des ph&#233;nom&#232;nes sociaux &#187; (social engineering), rendue possible gr&#226;ce &#224; la d&#233;mocratie politique pluraliste et la croissance infinie de l'&#233;conomie. En fait, la guerre des classes s'&#233;teindrait et, avec elle, dispara&#238;trait l'&#171; id&#233;ologie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein de la gauche, ou de ce qui se pr&#233;sentait comme telle, on pensait g&#233;n&#233;ralement que la classe ouvri&#232;re, si elle existait effectivement, ne jouerait plus un r&#244;le r&#233;volutionnaire. Dans les faits, l'analyse marxienne fut abandonn&#233;e ou subordonn&#233;e &#224; l'interpr&#233;tation bourgeoise de la situation, l'analyse de classe c&#233;dant la place dans la m&#233;thode analytique &#224; des concepts de statut/distribution de revenus. Cette interpr&#233;tation pessimiste de l'optimisme bourgeois a trouv&#233; son &#233;laboration th&#233;orique, par exemple, dans les oeuvres d'Herbert Marcuse, port&#233; par la presse et par le climat de l'&#233;poque au rang de &#171; guru de la Nouvelle Gauche &#187;. Le progr&#232;s technologique qui a permis l'expansion continue des capacit&#233;s productives et ainsi la satisfaction des revendications ouvri&#232;res, aurait r&#233;alis&#233; l'int&#233;gration politique du prol&#233;tariat dans ce qui devenait un syst&#232;me &#171; unidimensionnel &#187;. Une fois les contradictions mat&#233;rielles du capitalisme contr&#244;l&#233;es, l'opposition ne pouvait se manifester que dans la sph&#232;re id&#233;ologique - d'o&#249; l'attention port&#233;e &#224; l'&#171; ali&#233;nation &#187; ou au malaise psychologique dans un syst&#232;me d'abondance - encore que Marcuse ait soutenu que l'unidimensionnalit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e pouvait int&#233;grer dans une large mesure le domaine id&#233;ologique lui-m&#234;me. On pensait que toute opposition mat&#233;rielle ne pouvait que se borner &#224; des d&#233;veloppements ext&#233;rieurs au syst&#232;me en tant que tel ; fondamentalement, il ne s'agissait que de la menace que repr&#233;sente la plus grande &#171; rationalit&#233; &#187; des syst&#232;mes dits socialistes, dans lesquels le contr&#244;le &#233;tatique de la production a pris la place du contr&#244;le capitaliste priv&#233;. Ainsi, dans la mesure o&#249; il existait un quelconque espoir de transformation dans ce monde, il r&#233;sidait non pas dans les masses de la &#171; soci&#233;t&#233; industrielle avanc&#233;e &#187; mais dans les paysans du Tiers Monde, avec &#233;ventuellement des remous dans les pays d&#233;velopp&#233;s parmi les minorit&#233;s d&#233;favoris&#233;es et la jeune intelligentzia, tels qu'ils s'expriment par les mouvements pour les droits civiques et les mouvements &#233;tudiants d'opposition &#224; la guerre. Aucun de ces groupes ne pouvait s'identifier au prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire pr&#233;vu par Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, il est &#233;vident que la pr&#233;vision de Marx concernant la prol&#233;tarisation de la masse de la population s'est r&#233;alis&#233;e dans tous les pays capitalistes (prol&#233;tarisation qui est aussi une cons&#233;quence in&#233;vitable du d&#233;veloppement &#233;conomique que visent, les syst&#232;mes &#224; gestion &#233;tatique). Le processus qui a commenc&#233; avec l'expropriation de la paysannerie, effectu&#233;e &#224; l'Ouest sous l'&#233;gide de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et &#224; l'Est sous celle de l'Etat, continue, ainsi qu'il en ressort d'un coup d'oeil aux statistiques professionnelles. Les unit&#233;s capitalistes survivent et prosp&#232;rent en s'appropriant l'espace social &#233;conomique occup&#233; par des formes de vie pr&#233;-capitalistes ou des unit&#233;s capitalistes concurrentes. Au fur et &#224; mesure que l'entreprise, utilisatrice de travail et productrice de profit, devient la forme dominante de production de biens, toute forme de travail adopte les caract&#233;ristiques du travail salari&#233; industriel. Le petit fermier devient un ouvrier salari&#233; agricole sous les ordres d'un &#171; fermier avec compte en banque &#187;. Les travailleurs improductifs - employ&#233;s dans la distribution de biens, les &#171; services &#187; ou la manipulation de la valeur &#233;conomique (par exemple dans le secteur bancaire) - sont des salari&#233;s d'entreprises qui tirent leurs profits de la diff&#233;rence entre ce qu'elles doivent payer &#224; leurs employ&#233;s et ce qu'elles peuvent extraire du capital industriel pour les services rendus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept de &#171; classe moyenne &#187; est souvent utilis&#233; aujourd'hui par des gauchistes (&#171; radicaux &#187;) &#8211; peut-&#234;tre pour se d&#233;peindre eux-m&#234;mes - qui essaient par ailleurs d'utiliser une terminologie marxiste. Le groupe ainsi d&#233;sign&#233; comprend quelques membres de ce que l'on pourrait appeler une classe moyenne - des professions lib&#233;rales tels que les m&#233;decins, les avocats et quelques professeurs d'&#233;lite, ainsi que des petits commer&#231;ants - mais il comprend surtout des gens - administratifs et personnel d'encadrement, ing&#233;nieurs, techniciens, enseignants - qui sont des travailleurs dans le sens marxiste du terme : d&#233;pendant pour leur existence de la vente de leur force de travail. Appeler ces gens la &#171; classe moyenne &#187; ne fait que confondre l'analyse de classe avec les cat&#233;gories bourgeoises de statut/revenu. Dans les ann&#233;es 50, on nous disait que les &#171; ouvriers &#187; faisaient maintenant partie de la &#171; classe moyenne &#187; ; en fait c'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment l'inverse qui se produisait et se produit encore. Comme l'augmentation de la productivit&#233; du travail industriel due &#224; la technologie et &#224; l'acc&#233;l&#233;ration des cadences a ralenti la croissance du nombre des ouvriers en cols bleus, une bonne part de l'augmentation de la force de travail a d&#233;coul&#233; pr&#233;cis&#233;ment de la prol&#233;tarisation des professions et des gens qui faisaient auparavant partie de la classe moyenne (due en particulier &#224; l'important d&#233;veloppement des emplois gouvernementaux, r&#233;sultant du r&#244;le croissant de l'&#233;tat dans la vie sociale et &#233;conomique). Cette p&#233;riode a &#233;galement vu une augmentation constante de l'emploi de femmes comme salari&#233;es (&#224; bon march&#233;), cette occupation venant s'ajouter &#224; leur fonction familiale de reproductrices de la force de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En voil&#224; assez sur cette notion illusoire de statut. En ce qui concerne le revenu, un ouvrier reste un ouvrier quelque soit le montant de sa paie. Il doit &#234;tre exploit&#233; &#171; que son salaire soit &#233;lev&#233; ou non &#187; parce que ce n'est que sur cette base que l'employeur peut r&#233;aliser le profit qui lui permettra de poursuivre ses affaires en tant qu'employeur. Pourtant, comme le remarquent les pessimistes de gauche, l'existence de classe n'est pas, en soi, suffisante. L'activit&#233; r&#233;volutionnaire exige des travailleurs une prise de conscience de leur position dans la soci&#233;t&#233; - conscience non seulement de l'exploitation mais compr&#233;hension du fait, qu'en tant que producteurs de toute richesse, ils ont le pouvoir de g&#233;rer la production et la vie sociale en g&#233;n&#233;ral afin de satisfaire leurs propres besoins. Selon les paroles de Marx, &#171; le prol&#233;tariat est r&#233;volutionnaire ou il n'est rien &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les id&#233;es des pessimistes de gauche, la plus bizarre de toutes, peut-&#234;tre, &#233;tait que l'int&#233;gration de la classe ouvri&#232;re, son acceptation du syst&#232;me capitaliste, &#233;tait un ph&#233;nom&#232;ne nouveau, produit par un &#233;tat nouveau (super-technologis&#233;) du capitalisme. Le syst&#232;me capitaliste se compose &#224; la fois de travailleurs et de capitalistes ; on ne peut parler d'opposition au syst&#232;me (dans son ensemble et non &#224; tel ou tel de ses effets) que lorsque le salariat, le rapport capital-travail lui-m&#234;me, est menac&#233;. De tels mouvements de r&#233;volution ou de presque-r&#233;volution ont &#233;t&#233; fort rares dans l'histoire du capitalisme. La lutte quotidienne entre employeurs et ouvriers sur les conditions et la r&#233;mun&#233;ration du travail salari&#233;, &#233;l&#233;ment in&#233;vitable d'un syst&#232;me dans lequel les int&#233;r&#234;ts des deux groupes s'opposent, n'a pas plus menac&#233; l'existence du capitalisme hier qu'aujourd'hui, aussi longtemps que la satisfaction momentan&#233;e et partielle des revendications pouvait les maintenir &#224; ce niveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui, dans le pass&#233;, a pu faire croire que la classe ouvri&#232;re n'&#233;tait pas int&#233;gr&#233;e, c'&#233;tait l'existence d'organisation &#171; de la classe ouvri&#232;re &#187;, syndicats et partis sociaux-d&#233;mocrates, partis et syndicats communistes de la Troisi&#232;me Internationale (voire de la Russie sovi&#233;tique elle-m&#234;me &#224; une &#233;poque o&#249; il &#233;tait plus facile de la consid&#233;rer comme un bastion de la r&#233;volution mondiale), id&#233;ologiquement r&#233;volutionnaires. En fait, ces organisations, m&#234;me au moment de leur plus grande puissance, ont &#233;t&#233; des instruments d'int&#233;gration de la classe ouvri&#232;re. Ici, on peut distinguer trois aspects du d&#233;veloppement et du fonctionnement des organisations ouvri&#232;res en Am&#233;rique et en Europe. Premier aspect : jusqu'&#224; r&#233;cemment, le capitalisme a connu une p&#233;riode de croissance (malgr&#233; l'interruption due &#224; des crises p&#233;riodiques). Avec le d&#233;veloppement de l'appareil productif, entra&#238;nant une mont&#233;e de la productivit&#233; du travail, le capital pouvait &#224; la fois, satisfaire aux exigences du profit et aux revendications ouvri&#232;res pour l'am&#233;lioration de la vie. C'est pourquoi les organisations ouvri&#232;res pouvaient fonctionner, au niveau gouvernemental et sur les lieux de travail, comme des structures permettant &#224; la puissance sociale des ouvriers d'arracher des gains r&#233;els. Aux Etats-Unis cet &#233;tat de fait &#233;tait encore accentu&#233; parce que, jusqu'&#224; r&#233;cemment, les conditions particuli&#232;res de ce pays ouvraient une possibilit&#233; r&#233;elle d'avancement aux ouvriers, allant m&#234;me, pour un faible nombre d'entre eux, &#224; une entr&#233;e dans les rangs des capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me aspect : les organisations qui avaient pour fonction d'obtenir satisfaction des revendications et qui, n&#233;cessairement, op&#233;raient dans une situation d&#233;finie par l'existence du &#171; march&#233; &#187; du travail, canalisaient et contr&#244;laient les &#233;nergies oppositionnelles en institutionnalisant le conflit in&#233;vitable entre classes. C'est aux Etats-Unis que ce processus a &#233;t&#233; pouss&#233; le plus loin, aboutissant &#224; la n&#233;gociation du contrat collectif moderne, compl&#233;t&#233; par une proc&#233;dure de cahiers de dol&#233;ances et de clauses anti-gr&#232;ves. Enfin, &#224; mesure que les dirigeants de ces organisations, &#224; cause de leur activit&#233; m&#234;me, se sont int&#233;gr&#233;s, d'abord de fait, puis de droit, &#224; la structure sociale et politique des rapports capital-travail et ainsi, quelle qu'ait &#233;t&#233; la puret&#233; de leur coeur (le plus souvent n&#233;gligeable), &#224; l'appareil de domination, leur int&#233;r&#234;t personnel imm&#233;diat s'est li&#233; au maintien du statu quo. Cependant, cette &#171; corruption &#187; n'est pas aussi importante que l'effet g&#233;n&#233;ral de l'institutionnalisation de la lutte, qui a retir&#233; des mains de ce qui est devenu la base, non seulement la direction de la lutte mais encore une grande partie de l'activit&#233; elle-m&#234;me ; &#224; l'activit&#233; de cette &#171; base &#187; se substitue alors celle des permanents des syndicats ou des partis. D'un point de vue r&#233;volutionnaire, la suite de victoires ouvri&#232;res remport&#233;es par les syndicats ou le parlement constitue une longue d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;gration du prol&#233;tariat est le r&#233;sultat, non pas d'une quelconque circonstance nouvelle et particuli&#232;re mais d'une adaptation naturelle aux r&#233;alit&#233;s de la vie quotidienne. Pour parler concr&#232;tement, nous pouvons dire que nos id&#233;es se forgent &#224; partir de notre exp&#233;rience du monde. Elev&#233;s dans la soci&#233;t&#233; capitaliste, avec les le&#231;ons que nous impose la vie quotidienne et que renforcent syst&#233;matiquement l'&#233;cole et les mass m&#233;dias, nous avons du mal &#224; envisager s&#233;rieusement qu'il puisse y avoir une autre mani&#232;re de vivre ensemble, tout comme concevoir une soci&#233;t&#233; sans esclavage ne venait &#224; l'id&#233;e d'aucun Grec. Et, forc&#233;ment, le d&#233;sir de vivre autrement s'amenuise lorsque les choses vont pour le mieux ou du moins pas pour le pire. En g&#233;n&#233;ral, nous aurions plut&#244;t tendance &#224; nous soumettre &#224; des maux supportables plut&#244;t que d'essayer de tout faire &#233;clater, d&#233;molissant notre routine quotidienne et notre s&#233;curit&#233; personnelle, pour une quelque chose &#224; laquelle nous avons du mal &#224; croire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, la compr&#233;hension qu'ont les ouvriers de leur capacit&#233; &#224; d&#233;terminer collectivement leur propre destin vient uniquement de l'exp&#233;rience qu'ils en font : c'est-&#224;-dire, l'exp&#233;rience de la solidarit&#233;, de leur capacit&#233; &#224; d&#233;cider et &#224; agir sans l'encadrement de &#171; repr&#233;sentants &#187;, politiques ou autres. De telles exp&#233;riences peuvent &#234;tre v&#233;cues pendant chaque gr&#232;ve, pendant chaque lutte de l'atelier. Mais d'habitude ces exp&#233;riences d'action commune se limitent aux ouvriers d'un seul atelier, d'une seule usine, d'une seule industrie, s'opposant &#224; un capitaliste unique : on est loin d'un affrontement de la classe dans son ensemble contre le capital dans son ensemble. Apparemment ces exp&#233;riences ne d&#233;veloppent pas la capacit&#233; de mettre en cause la soci&#233;t&#233; existante toute enti&#232;re qu'&#224; des moments de grande crise sociale. Alors, l'incapacit&#233; de l'ordre existant &#224; satisfaire m&#234;me les besoins r&#233;duits au minimum oblige les gens &#224; d&#233;passer les limites habituelles de la lutte pour entreprendre, &#224; l'&#233;chelle de la classe enti&#232;re, une action pour organiser des formes diff&#233;rentes de vie sociale. En tous cas, cela s'est av&#233;r&#233; vrai lors de la vague r&#233;volutionnaire en Europe en 1917-1923 (Russie, Allemagne, Italie) n&#233;e d'une crise mondiale qui avait pris la forme d'une guerre mondiale. La R&#233;volution espagnole de 1936 fut l'aboutissement de plusieurs ann&#233;es de troubles, couronn&#233;s par l'&#233;clatement de la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, dans chacun de ces cas, les m&#233;canismes qui ont conduit &#224; l'&#233;chec &#233;taient diff&#233;rents, le capitalisme a pu, chaque fois, se r&#233;organiser &#233;conomiquement et politiquement, et continuer sa course. Cependant, la p&#233;riode de l'entre-deux guerres semble avoir constitu&#233; un point tournant dans l'histoire de l'&#233;conomie capitaliste. De m&#234;me que, par le pass&#233;, ils s'&#233;taient tromp&#233;s sur la nature de l'activit&#233; de la classe ouvri&#232;re, les pessimistes de gauche sont &#233;galement pass&#233;s &#224; c&#244;t&#233; de ce qu'il y a de neuf dans la situation nouvelle. Il devient aujourd'hui nettement plus clair que le pessimisme &#224; l'encontre de la possibilit&#233; d'une r&#233;volution prol&#233;tarienne reposait sur l'acceptation trop rapide du point de vue de la bourgeoisie, satisfaite d'elle-m&#234;me, m&#234;me si, aujourd'hui, les pessimistes agitent le spectre de l'inflation galopante, des difficult&#233;s mon&#233;taires et de la mont&#233;e du ch&#244;mage, pour attirer l'attention sur ce qui se r&#233;sume &#224; une nouvelle &#233;tape du d&#233;veloppement des contradictions du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, le capitalisme ne s'est jamais relev&#233; de sa Grande Crise comme il l'avait fait des crises pr&#233;c&#233;dentes. C'est-&#224;-dire que la r&#233;organisation du capitalisme qui s'est faite pendant la crise et la deuxi&#232;me guerre mondiale n'a pas r&#233;ussi &#224; accro&#238;tre le taux de profit &#224; un point tel qu'il permettrait au syst&#232;me de continuer &#224; se d&#233;velopper au rythme impos&#233; par le pr&#233;c&#233;dent niveau de d&#233;veloppement. Par cons&#233;quent, les mesures d'intervention &#233;tatique, introduites dans l'&#233;conomie par le &#171; New Deal &#187; et ses &#233;quivalents (fascistes) dans d'autres pays, sous forme d'assistance sociale, de travaux publics et de production de guerre n'ont pas pu &#234;tre abandonn&#233;es apr&#232;s la guerre. Le ch&#244;mage massif et l'agitation sociale n'ont pu &#234;tre &#233;vit&#233;s que gr&#226;ce &#224; l'utilisation, par l'Etat, de capitaux (insuffisants pour permettre des investissements) pour colmater le trou provoqu&#233; par le bas niveau d'investissement du capital priv&#233;. Ce proc&#233;d&#233;, pr&#233;sent&#233; comme m&#233;canisme qui permettait de surmonter les sombres pr&#233;visions des marxistes, repr&#233;sentait une confirmation de la th&#233;orie du d&#233;veloppement capitaliste expos&#233;e dans Le Capital. La croissance r&#233;guli&#232;re du secteur &#171; Public &#187; est le t&#233;moignage, en fait, de l'incapacit&#233; du secteur priv&#233; - c'est-&#224;-dire de l'&#233;conomie capitaliste proprement dite - &#224; atteindre un taux de croissance ad&#233;quat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le secteur de l'&#233;conomie plac&#233; sous contr&#244;le &#233;tatique est indispensable au maintien du capitalisme en tant que syst&#232;me social. En premier lieu il fournit l'emploi, donc les moyens d'existence, &#224; des milliers d'hommes qui, autrement, seraient au ch&#244;mage. De surcro&#238;t, il fournit les mat&#233;riaux - essentiellement l'armement - qui permettraient &#233;ventuellement de construire un empire am&#233;ricain solide, futur champ d'investissement permettant de compenser le d&#233;clin de la rentabilit&#233; du capital am&#233;ricain et europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps le secteur &#171; public &#187; parasite l'&#233;conomie capitaliste de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Puisque le gouvernement ne poss&#232;de pas le capital, les fonds dont il dispose pour ses projets doivent &#234;tre soutir&#233;s par taxation ou emprunts sur le secteur priv&#233; (c'est-&#224;-dire, sur les profits : soit directement, soit par le tour de passe-passe des &#171; imp&#244;ts sur le revenu &#187;, qui se r&#233;sume en fait &#224; une r&#233;duction des salaires puisque l'argent dont les ouvriers ne voient jamais la couleur ne peut gu&#232;re &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une composante du fond salarial). Ainsi, les transactions gouvernementales se jouent en dehors du march&#233;, c'est-&#224;-dire, en dehors de l'&#233;conomie capitaliste proprement dite. Car, dans la mesure o&#249; l'Etat paie les biens fournis par le capitaliste avec de l'argent provenant des capitalistes eux-m&#234;mes, la production r&#233;alis&#233;e pour le compte du gouvernement provoque non pas la cr&#233;ation d'une nouvelle valeur et d'un nouveau profit mais seulement le transfert de la valeur d&#233;j&#224; existante, de l'ensemble de la classe capitaliste &#224; quelques uns de ses membres privil&#233;gi&#233;s. Ainsi la production que l'Etat g&#232;re ne peut pas compenser la baisse du taux de profit dans l'&#233;conomie priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque le secteur &#233;tatis&#233; cro&#238;t plus rapidement que le secteur priv&#233; (il cro&#238;t en effet pr&#233;cis&#233;ment parce que le secteur priv&#233; ne le peut pas), il arrive forc&#233;ment un moment o&#249; poursuivre son extension, bien que n&#233;cessaire pour &#233;viter une crise sociale, impliquerait l'absorption de l'espace &#233;conomique dont dispose encore le capital priv&#233;. Le capitalisme priv&#233;, qui combat le syst&#232;me &#233;conomique de contr&#244;le &#233;tatique &#224; l'ext&#233;rieur sous le nom de socialisme, tel qu'il est incarn&#233; dans les r&#233;gimes russe, chinois et alli&#233;s, le consid&#232;re, avec raison, comme une menace interne. C'est pourquoi le capital essaie p&#233;riodiquement de freiner l'expansion du secteur &#233;tatis&#233;, bien qu'il y ait encore bien du chemin &#224; parcourir avant que le secteur &#171; public &#187; n'entre s&#233;rieusement en conflit avec le secteur priv&#233;, for&#231;ant la classe dominante &#224; choisir entre une crise g&#233;n&#233;rale et l'abandon total du syst&#232;me de propri&#233;t&#233; priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci a pour r&#233;sultat la situation de tension continuelle que la classe ouvri&#232;re subit aujourd'hui. La tentative d'accro&#238;tre le taux de profit s'est traduite par la prolongation des horaires de travail, l'intensification du rythme de travail et, pour certains, une baisse constante du niveau de vie depuis la fin de la 2&#232;me guerre mondiale. Les d&#233;penses de l'Etat continuent &#224; se faire au prix de r&#233;ductions salariales sous forme d'imp&#244;ts et d'inflation, tandis que les tentatives de ralentir la croissance du secteur &#233;tatique ont pour cons&#233;quence la r&#233;cession (c'est-&#224;-dire une d&#233;pression contr&#244;l&#233;e). Simultan&#233;ment, l'utilisation des fonds de l'Etat dans le but d'assurer la s&#233;curit&#233; de l'Empire signifie mort et destruction pour la jeunesse ouvri&#232;re. A ceci, il convient d'ajouter la destruction progressive de l'environnement, qui nuit &#224; la sant&#233; et d&#233;truit les sources de plaisir pour les moments de loisir, la d&#233;gradation des centres urbains dans lesquels s'entassent les populations, et l'incapacit&#233; d'un syst&#232;me en stagnation &#224; proposer un soulagement aux masses de la population noire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces pressions p&#232;sent de plusieurs mani&#232;res et &#224; des degr&#233;s diff&#233;rents sur divers secteurs de la classe ouvri&#232;re. D'un c&#244;t&#233;, un grand nombre d'ouvriers blancs, ayant atteint l'&#226;ge moyen ou plus, sont depuis la fin de la Grande Crise dans une situation relativement stable, jouissant d'une s&#233;curit&#233; d'emploi et d'un niveau de vie &#171; raisonnable &#187;. De l'autre c&#244;t&#233;, les noirs, les jeunes (quelle que soit leur couleur de peau) et les ouvriers du sexe f&#233;minin, en nombre sans cesse croissant, re&#231;oivent de bas salaires, connaissent un taux de ch&#244;mage important et subissent des conditions de vie en d&#233;gradation permanente (ainsi qu'en t&#233;moignent les taux de mortalit&#233; &#233;lev&#233;s, la malnutrition, les effets de la tension psychologique, etc.). Ainsi que l'a exprim&#233; un chercheur, cette partie de la population travailleuse vit dans la mis&#232;re alors que le premier groupe lui a v&#233;cu le boum des ann&#233;es 50 et 60. C'est ce qui explique l'apparition d'une &#171; classe ouvri&#232;re &#187; r&#233;actionnaire en m&#234;me temps que celle de jeunes, de femmes et de noirs faisant preuve d'une hostilit&#233; grandissante au &#171; syst&#232;me &#187; - &#233;tat de fait en apparence contradictoire. L'importance de ph&#233;nom&#232;nes tels que la r&#233;cession actuelle r&#233;sulte de ce qu'ils rendent in&#233;luctable l'aggravation des conditions de vie de cette partie de la classe ouvri&#232;re jusqu'alors favoris&#233;e - aggravation qui, aujourd'hui atteint m&#234;me des techniciens et des cadres &#224; salaire et statut &#233;lev&#233;s. Cette situation ouvre la possibilit&#233; d'une mont&#233;e d'une force d'opposition regroupant l'ensemble de la classe et rempla&#231;ant les luttes sectorielles de ces derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que les &#233;tudiants soient &#224; l'&#233;cart de l'ensemble des processus de production de la soci&#233;t&#233; moderne et que leur poids social soit n&#233;gligeable, il faut prendre au s&#233;rieux le probl&#232;me de leur rapport avec un mouvement ouvrier &#224; venir. A l'&#233;poque de l'&#233;ducation de masse, il n'est plus possible de consid&#233;rer les &#233;tudiants comme des &#233;l&#233;ments petit-bourgeois ou bourgeois tout court. Pourtant, ce ne sont pas des travailleurs : ils peuvent bien suer sang et eau, ils ne re&#231;oivent pas pour autant de salaire et ne produisent aucune valeur. Ce qu'ils sont - et ici je parle de la grande majorit&#233; et non pas du futur PDG et/ou politicien &#8211; ce sont des travailleurs potentiels, des travailleurs-en-formation. Cette formation qu'ils re&#231;oivent n'est qu'en partie une formation professionnelle destin&#233;e &#224; fournir une plus grande productivit&#233; ; sa fonction est surtout de justifier un acc&#232;s limit&#233; &#224; certains emplois et certains salaires. De plus, la plus grosse part de l'&#233;ducation universitaire (et scolaire en g&#233;n&#233;ral) est purement id&#233;ologique, en ce qu'elle entretient, &#224; la fois &#224; travers son contenu et l'organisation des programmes acad&#233;miques, une saine passivit&#233; et un respect intellectuel pour le syst&#232;me &#233;tabli. L'&#233;ducation de masse existe parce que cette formation - tant des connaissances que du comportement - est importante pour la production moderne. Une bonne partie des produits de cette usine du &#171; savoir &#187; prend la, forme d'enseignants : la reproduction &#233;largie des voies de transmission des aptitudes et des id&#233;ologies. Les &#233;coles servent aussi de centres de recherches pour l'industrie et le gouvernement. Ce sont les diff&#233;rentes fonctions de l'&#233;ducation institutionnelle qui d&#233;terminent l'existence des &#233;tudiants, et fournit le cadre qui permet de comprendre le mouvement &#233;tudiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t imm&#233;diat des &#233;tudiants est de rester &#233;tudiants - c'est-&#224;-dire d'abord, de ne pas aller travailler et ensuite, quand &#231;a devient in&#233;vitable, de trouver le boulot qui soit bon. Il est &#233;vident que le premier est limit&#233; dans le temps ; le deuxi&#232;me a de moins en moins de signification (objectivement, &#224; mesure que se rar&#233;fient les postes devenus disponibles &#224; un nombre toujours croissant de dipl&#244;m&#233;s ; subjectivement, dans la mesure o&#249; le syst&#232;me de valeurs ne se v&#233;rifie pas au contact de la r&#233;alit&#233;). A l'&#233;cole, les &#233;tudiants se voient &#224; la fois laiss&#233;s pas mal libres de leurs mouvements et soumis &#224; une administration bureaucratique ; on les encourage &#224; &#171; d&#233;velopper leur esprit &#187; et simultan&#233;ment on leur enfourne tout un tas de merde pour les pr&#233;parer &#224; des boulots idiots. Le myst&#233;rieux malaise estudiantin, le conflit avec l'autorit&#233;, le rejet des carri&#232;res et des modes de vie &#171; professionnels &#187;, la radicalisation et - parmi les &#171; radicaux &#187; - une tendance &#224; accepter l'id&#233;e d'une &#171; alliance &#187; avec la classe ouvri&#232;re en sont les r&#233;sultats. En l'absence d'une classe ouvri&#232;re radicale, ceci reste un simple point de vue, &#224; moins qu'il ne se transforme en id&#233;ologie st&#233;rile, refl&#233;tant les objectifs de groupes sectaires, plut&#244;t que le d&#233;veloppement du mouvement. Mais elle acquiert un contenu pratique d&#232;s que la possibilit&#233; se pr&#233;sente comme en France, en Italie et en quelques rares cas, aux Etats-Unis. Les &#233;tudiants - pour reprendre une formule - ne sont pas travailleurs, mais la lutte des travailleurs est la leur par n&#233;cessit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne surestimera jamais assez le r&#244;le que jouent les divisions internes de la classe ouvri&#232;re, dues aux barri&#232;res &#233;normes qu'engendrent les exp&#233;riences diff&#233;rentes et les int&#233;r&#234;ts particuliers, dans sa soumission aux conditions capitalistes. Les gens travaillent &#224; la campagne et en ville ; dans de grandes villes et dans de petites villes ; dans les ateliers de production, dans les bureaux ; dans l'&#233;ducation et dans les services ; pour le capital priv&#233; et pour l'Etat. Li&#233;es &#224; chacune de ces divisions, sur chaque lieu de travail, nous trouvons une multitude de cat&#233;gories (en g&#233;n&#233;ral factices) de sp&#233;cialisations et de classifications, qui se traduisent par une hi&#233;rarchie de salaires et de statuts. Ces divisions, qui s'&#233;tendent au domaine de la vie, bien au-del&#224; du travail, dissimulent aux salari&#233;s leur position commune d'exploit&#233;s, qui unit tous les membres de la classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux facteurs id&#233;ologiques et institutionnels (en plus de la concurrence g&#233;n&#233;rale entre demandeurs d'emploi) jouent un r&#244;le important dans le maintien de ces barri&#232;res. L'&#233;ducation ou l'anciennet&#233; sont cens&#233;es justifier la hi&#233;rarchie des cat&#233;gories et des salaires. Le sentiment que la place de la femme est &#224; la maison a souvent contribu&#233; &#224; emp&#234;cher les ouvriers de soutenir la lutte de leurs coll&#232;gues f&#233;minines pour des salaires &#233;gaux, de m&#234;me que les femmes elles-m&#234;mes ont du mal &#224; exprimer de l'agressivit&#233; vis-&#224;-vis de leurs employeurs (ou &#224; soutenir les luttes de leurs maris contre les leurs). A l'heure actuelle, le plus frappant de ces facteurs est le racisme qui emp&#234;che pratiquement blancs et noirs de se consid&#233;rer comme camarades de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces barri&#232;res, et le frein qu'elles mettent &#224; la solidarit&#233; et &#224; la combativit&#233; de classe, ont &#233;t&#233; particuli&#232;rement renforc&#233;es par les syndicats. Leurs interventions sur les lieux de travail ont eu pour r&#233;sultat de consacrer la hi&#233;rarchie des postes et des salaires ; leurs structures, bas&#233;es sur les m&#233;tiers ou les industries, ont contribu&#233; &#224; diviser et affaiblir les luttes des diff&#233;rents groupes. Ils ont tent&#233; sciemment d'exclure les noirs et, en fait, la majorit&#233; des ouvriers, de la participation aux luttes qu'ils menaient et du b&#233;n&#233;fice des gains obtenus. Pour briser ces divisions entre ouvriers il faudra rejeter l'autorit&#233; repr&#233;sentative des syndicats et, en fait, t&#244;t ou tard, lutter contre ceux-ci. Les restrictions qui seront sans doute impos&#233;es aux syndicats par les employeurs et par l'Etat doivent &#234;tre attaqu&#233;es non en s'effor&#231;ant de d&#233;fendre les syndicats, mais en travaillant &#224; ce que la classe ouvri&#232;re se d&#233;fende elle-m&#234;me par la cr&#233;ation de formes d'organisation - probablement toutes sortes de comit&#233;s d'atelier - contr&#244;l&#233;es par les hommes et les femmes qui y travaillent et qui permettront l'unification la plus large possible de la classe ouvri&#232;re &#224; tout moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des &#233;l&#233;ments nouveaux les plus prometteurs dans notre situation est le fait que les organisations ouvri&#232;res traditionnelles, &#224; la fois politiques et syndicales, ne sont plus dans la course r&#233;elle. En Europe, les partis de masse, communistes, sociaux-d&#233;mocrates, et travaillistes, perdent leur couverture prol&#233;tarienne, tandis qu'aux Etats-Unis le Parti D&#233;mocrate a perdu son image d'ami de l'ouvrier. Ce qui reste de l'identification des ouvriers aux syndicats ne peut que continuer &#224; d&#233;p&#233;rir. Bien entendu, on peut s'attendre &#224; ce que les nouveaux groupements, comit&#233;s et r&#233;seaux de base deviennent de nouvelles structures d'int&#233;gration si les luttes ainsi organis&#233;es obtiennent des succ&#232;s dans leurs revendications - le plus vraisemblablement par leur absorption dans les syndicats d&#233;j&#224; existants (avec la mont&#233;e au pouvoir d'une direction nouvelle et plus combative). Mais ceci d&#233;pend de la capacit&#233; du capitalisme &#224; r&#233;aliser une nouvelle prosp&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est peu probable, si l'on s'appuie sur le pass&#233;, que nous ayons la possibilit&#233; de participer &#224; une activit&#233; r&#233;volutionnaire de masse avant que ne survienne un moment de v&#233;ritable effondrement social - bien qu'une p&#233;riode de r&#233;sistance &#224; une tension grandissante contribuera sans doute &#224; la pr&#233;paration du prol&#233;tariat &#224; ce moment. En effet, la perspective imm&#233;diate est celle d'une consolidation des forces capitalistes, entre autres par la r&#233;pression s&#233;v&#232;re de tout ce qui peut exister &#224; gauche, pour tenter de franchir la p&#233;riode difficile qui s'annonce. Pourtant, il y a une possibilit&#233; r&#233;elle d'une r&#233;apparition future de la lutte de classe &#224; une grande &#233;chelle, ce qui offre aux &#171; radicaux &#187; un espoir et en m&#234;me temps les oblige &#224; parvenir &#224; une compr&#233;hension des r&#233;alit&#233;s actuelles, indispensable &#224; leur participation active au d&#233;veloppement de cette lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Paul MATTICK, Jr. (1970)&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Parmi les articles existant sur Lordstown, les meilleurs que j'ai lus sont : Emma Rothschild, &#171; GM in more Trouble &#187; (encore plus de difficult&#233;s pour la GM) New York Review of Books, 23 mars 1972, et Barbara Garson, &#171; Luddites in Lordstown &#187; Harper's, Juin 1972.&lt;br class='autobr' /&gt;
NDT : &#171; luddites &#187; est le nom donn&#233; aux ouvriers qui, au XIXe s. bris&#232;rent les premi&#232;res machines.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ces citations sont tir&#233;es d'interviews d'ouvriers de Lordstown que Peter Schaifer et moi-m&#234;me avons faites en Juin 1972, interviews qui sont disponibles sur bandes-vid&#233;o. Toutes les citations sans notes renvoient &#224; ces interviews.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jeremy Brecher, Strike ! (Gr&#232;ve !), San Francisco, 1972, chap. 5.3, &#171; Sitdown... &#187; (Gr&#232;ves sur le tas).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;New York Times, 11 avril 1937.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Wall Street Journal, 29 octobre 1970. Voir aussi William Serrin &#171; 777e Company and the Union &#187; (l'entreprise et le syndicat), Alfred A. Knof, Inc., New York, 1973, pour un compte rendu d&#233;taill&#233; de la gr&#232;ve de 1970.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Wall Street Journal, 5 octobre 1970.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;New York Times, 23 Janvier 1972.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Takashi Oka &#171; American Made-in Japon &#187; (Des produits am&#233;ricains japonais), New York Times, 13 Juin 1971, 3e partie, Cit&#233; par N. Chomsky, For Reasons of State (Pour raisons d'Etat), New York, 1973, pp 279-280.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;NDT The Greening of America (L'Am&#233;rique reverdit) est un livre de Charles REICH, paru dans les ann&#233;es 1970, qui tente d'expliquer les changements survenus aux USA dans les modes de pens&#233;e et dans les comportements.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;New York Times, 6 Mars 1972.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; par Barbara Garson &#171; Luddites in Lordstown &#187;, cit&#233; plus haut.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;New York Times, 16 avril 1972.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;New York Times, 26 septembre 1972.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid. 28 septembre, 1972.&lt;br class='manualbr' /&gt;* NdT il s'agissait de faire un syndicat centralis&#233; regroupant les syndicats ind&#233;pendants de chaque usine, d'o&#249; leur nom d'&#171; Union &#187;, &#171; F&#233;d&#233;ration &#187;, &#171; International Union &#187;,etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid, 3 Septembre 1972.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Watt Street Journal, 8 d&#233;cembre 1972.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;New York Times, 28 septembre 1972 et 27 septembre 1972.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid, 28 Janvier 1973.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;HEW : Health, &#171; Education &amp; Welfare &#187; (Minist&#232;re de la Sant&#233;, de l'Education et des Affaires Sociales) NDT.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Publi&#233; par U.I.T Press, 1973.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;New York Times, 3 septembre 1972.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://www.infokiosques.net/IMG/pdf/root_and_branch2.pdf" length="1048870" type="application/pdf" />
		

	</item>



</channel>

</rss>
