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		<title>Autor&#233;ductions italiennes 1970 </title>
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		<dc:date>2008-07-02T03:53:42Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre-Georges Randal, Yves Collondes</dc:creator>


		<dc:subject>Squat, logement</dc:subject>
		<dc:subject>S&#233;ditions graphiques (Paris)</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvance autonome</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Les textes qui suivent ont le m&#233;rite de combler, &#224; leur mesure, un des non-dits de l'histoire europ&#233;enne que l'on apprend en classe, un de ces moments terriblement r&#233;volutionnaires que les pouvoirs en place pr&#233;f&#232;rent faire oublier. Ici, aussi, on rencontrera des lacunes : le point de vue est tr&#232;s situ&#233;, ce sont des op&#233;ra&#239;stes qui parlent, et par exemple on ne rencontrera pas de r&#233;elle remise en question du syst&#232;me de logement contemporain, avec ses tours de banlieue compos&#233;es d'appartements individuels en p&#233;riph&#233;rie des grandes m&#233;gapoles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces textes sont extraits de deux chapitres du livre d'Yves Collondes et Pierre-Georges Randal &#034;&lt;i&gt;Les autor&#233;ductions&lt;/i&gt;&#034; (&#233;ditions Christian Bourgois, Paris, 1976).&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique5" rel="directory"&gt;A&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot5" rel="tag"&gt;Squat, logement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;S&#233;ditions graphiques (Paris)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot73" rel="tag"&gt;Mouvance autonome&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L134xH150/arton595-0f275.jpg?1780470078' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='134' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff595.jpg?1213635115&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;AVANT-PROPOS&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les textes qui suivent ont le m&#233;rite de combler, &#224; leur mesure, un des non-dits de l'histoire europ&#233;enne que l'on apprend en classe, un de ces moments terriblement r&#233;volutionnaires que les pouvoirs en place pr&#233;f&#232;rent faire oublier. Ici, aussi, on rencontrera des lacunes : le point de vue est tr&#232;s situ&#233;, ce sont des op&#233;ra&#239;stes qui parlent, et par exemple on ne rencontrera pas de r&#233;elle remise en question du syst&#232;me de logement contemporain, avec ses tours de banlieue compos&#233;es d'appartements individuels en p&#233;riph&#233;rie des grandes m&#233;gapoles.&lt;br&gt;
Cependant, ces textes montrent aussi combien les &#233;poques se suivent sans se ressembler. Les tentatives d'autor&#233;duction que l'on conna&#238;t aujourd'hui sont souvent bien isol&#233;es, et v&#233;cues par les employ&#233;s des magasins concern&#233;s, ou par les voisins des maisons occup&#233;es, comme des agressions, des actes parasitaires men&#233;s par quelques corporations surexcit&#233;es ou autres enfants de bourgeois en mal d'aventures. Nous ne vivons plus cette esp&#232;ce d'entente populaire implicite, qui faisait que les actes de r&#233;appropriation r&#233;volutionnaires &#233;taient compris, suivis ou soutenus par une grande partie de la population.&lt;br&gt;
Est-ce que les gens ne savent plus &lt;i&gt;danser&lt;/i&gt; ensemble ? Certains regardent-ils trop la t&#233;l&#233; pendant que d'autres r&#234;vent trop &#224; jouer les avant-gardes d'une r&#233;volution de professionnels ? Nous trouvons donc ici des outils pour nous souvenir &#224; quoi ressemble une organisation collective &#171; socialis&#233;e &#187;, c'est-&#224;-dire des actions men&#233;es par plusieurs univers, rassembl&#233;s autour d'envies, de questions de survie et de formes de lutte communes. Mais il nous reste &#224; penser comment retrouver cette communaut&#233; d'imaginaires et de fa&#231;ons de vivre susceptibles de renouer avec une culture populaire qui, dans l'individualisme et les querelles de chapelle, fait aujourd'hui cruellement d&#233;faut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ferdinand Cazalis pour S&#233;ditions, mai 2008.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE MOUVEMENT DES OCCUPATIONS DE MAISONS&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si le mouvement des autor&#233;ductions a pu se d&#233;velopper &#224; une &#233;chelle de masse, c'est qu'il existait en Italie des luttes d'usines particuli&#232;rement fortes et permanentes. Mais c'est aussi parce qu'&#224; la diff&#233;rence de l'Angleterre, o&#249; les ouvriers restent souvent enferm&#233;s au seul niveau de l'entreprise, au &lt;i&gt;shop floor&lt;/i&gt;, les conflits sortent de l'usine. Ils investissent le terrain social gr&#226;ce &#224; la force qu'ils ont conquise dans l'usine, et reprenant toutes les contradictions de la soci&#233;t&#233; capitaliste, les reportent en usine pour relancer le combat. Les conseils d'usine ont servi directement par exemple pendant les autor&#233;ductions au rassemblement des quittances d'&#233;lectricit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, avant de parvenir &#224; l'autor&#233;duction, les prol&#233;taires ont parcouru un long cycle de luttes sur le terrain social. Les comit&#233;s de quartiers qui ont propuls&#233; l'autor&#233;duction se sont construits &#224; partir de 1969. La question du logement a permis cette socialisation, &#8211; cette massification &#8211; des luttes, comme disent les Italiens. En juillet, Nichelino, commune de la banlieue industrielle de Turin, avait &#233;t&#233; occup&#233;e, les ouvriers refusant de payer les loyers. Un an plus tard, via Tibaldi &#224; Milan, prol&#233;taires et &#233;tudiants occupaient des appartements libres. En 1974, &#224; la rentr&#233;e des vacances, au moment o&#249; les luttes pour l'autor&#233;duction des transports et de l'&#233;lectricit&#233; commencent, des dizaines de familles occupent des appartements et des maisons via delle Cacce &#224; Turin, dans un des ghettos o&#249; logent les ouvriers de Mirafiori Sud. Le mouvement finira par entra&#238;ner six cents familles dans l'occupation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le plus vaste mouvement d'occupation jamais vu &#224; Turin. Mais c'est &#224; Rome que le mouvement de lutte sur la question du logement s'est manifest&#233; avec le plus d'ampleur. C'est l&#224; aussi que les occupations de maisons ont men&#233; aux affrontements les plus violents avec la police, particuli&#232;rement dans le quartier de San Basilio&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Toutes les grandes villes d'Italie ont connu des mouvements d'occupations, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ROME : UNE LONGUE TRADITION DE LUTTE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les luttes sur la question du logement remontent &#224; Rome &#224; l'imm&#233;diat apr&#232;s-guerre. Pendant les op&#233;rations, il se produit un afflux de prol&#233;taires venant du Latium m&#233;ridional ou du sud de l'Italie. Ceux-ci seront pour la plupart des &#171; travailleurs intermittents &#187; vou&#233;s aux bas salaires. Mais une loi fasciste rest&#233;e en vigueur &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette loi favorise tellement l'industrie du b&#226;timent qu'elle ne sera abrog&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; interdit aux immigr&#233;s l'acc&#232;s de la ville historique. C'est l&#224; que sont install&#233;s des auberges de fortune, des centres d'h&#233;bergement municipaux, anc&#234;tres des cit&#233;s dortoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant la p&#233;riode suivante, celle de la &#171; reconstruction nationale &#187;, c'est le PCI qui organise les luttes de masse, les gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales qui paralysent toute la ville. L'objectif est l'emploi et la construction de logements pour les travailleurs. Parfois m&#234;me, des ch&#244;meurs encadr&#233;s par les militants du Parti prennent en charge la construction de routes, d'&#233;gouts, d&#233;barrassent les gravats. Cette forme de lutte est th&#233;oris&#233;e comme un exemple &#171; d'autogestion &#187; susceptible de former &#171; les agents sociaux capables de diriger le travail et de le contr&#244;ler &#187;. La ligne politique du PCI est alors claire : dans une cit&#233; comme Rome, domin&#233;e historiquement par les couches moyennes des administrations et par le fascisme, et en l'absence d'une classe ouvri&#232;re vraiment importante, il faut miser sur les banlieues, sur les &#171; marginaux &#187;, sur les travailleurs temporaires, si l'on veut construire un poids politique capable de contrebalancer la droite. Malgr&#233; la pr&#233;carit&#233; du travail, et la pr&#233;sence d'un sous-prol&#233;tariat, la banlieue romaine va devenir une forteresse rouge imperm&#233;able aux infiltrations de la droite. Ph&#233;nom&#232;ne qui se v&#233;rifiera &#233;lectoralement mais aussi dans des manifestations dures. La population de cette &#171; ceinture rouge &#187; est surtout constitu&#233;e des ouvriers du b&#226;timent, des rares industries existantes, des ch&#244;meurs, des petits artisans chass&#233;s dans la p&#233;riph&#233;rie au moment de &#171; l'&#233;ventrement &#187; du centre historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les heurts avec la police sont violents, comme en t&#233;moigne la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de d&#233;cembre 1947 durant laquelle la police n'h&#233;site pas &#224; tirer sur les manifestants, tuant un ouvrier du b&#226;timent au ch&#244;mage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;chec de l'insurrection &#224; la suite de l'attentat manqu&#233; contre Togliatti, secr&#233;taire du PCI, marque le d&#233;but d'un reflux progressif qui conduira aux d&#233;faites dans les grandes usines du Nord vers 1955. Le r&#244;le organisateur du PCI va d&#233;croissant. Les gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales contre le ch&#244;mage et pour l'am&#233;lioration des services ne parviennent plus &#224; paralyser la capitale. Rome accentue durant ces ann&#233;es son caract&#232;re de ville essentiellement tertiaire (administrations centrales, services publics, commerce) ; le secteur industriel se r&#233;duit au b&#226;timent et &#224; de petites usines. Parall&#232;lement, la capitale devient un lieu de passage de la main d'&#339;uvre qui, du sud, va vers le nord, et surtout un p&#244;le d'immigration r&#233;gionale et extra r&#233;gionale. L'urbanisation sauvage se d&#233;veloppe ; les bidonvilles apparaissent et la sp&#233;culation immobili&#232;re fait ses premi&#232;res armes avec succ&#232;s. En m&#234;me temps qu'il distend ses liens directs avec l'organisation des luttes, le PCI va &#234;tre amen&#233; &#224; pr&#233;ciser sa strat&#233;gie d'une &#171; voie parlementaire au socialisme &#187; ; il commence &#224; se poser le probl&#232;me de l'environnement urbain et de l'organisation de l'espace social. Il &#233;tudie la question de la &#171; rente fonci&#232;re &#187; et d&#233;couvre dans l'oligopole le &#171; &lt;i&gt; latifundium&lt;/i&gt; urbain &#187; (notamment le Saint Si&#232;ge qui se taille la part du lion). Le probl&#232;me du logement se trouve alors subordonn&#233; &#224; la question d'un d&#233;veloppement urbain &#233;quilibr&#233;, li&#233; lui-m&#234;me &#224; une lutte d'ensemble contre la rente fonci&#232;re. Selon une logique toute r&#233;formiste qui s&#233;pare dans le processus d'accumulation du capital rente et profit, pourtant li&#233;s, la rente est alors interpr&#233;t&#233;e comme le frein parasitaire au d&#233;veloppement de la ville, du pays, et comme seule responsable des poches d'arri&#233;ration. Le PCI engage alors la bataille au niveau communal et parlementaire contre la concentration de la grande propri&#233;t&#233;, contre les &#171; &lt;i&gt; latifundia&lt;/i&gt; urbaines &#187; tenues pour responsables de la p&#233;nurie du logement. C'est dans ce cadre l&#224; qu'il tentera de canaliser le mouvement populaire encore fort dans les banlieues. &lt;br&gt;
En 1950-51 se produisent les premi&#232;res occupations de maisons dans les quartiers comme Primavalle, Laurentino, Pietralata. Les &lt;i&gt;Consulte Popolari&lt;/i&gt; cr&#233;&#233;s &#224; ce moment l&#224; sont des organismes de masse unitaires PCI-PSI. Ils rassemblent diverses associations et comit&#233;s s'occupant du logement. Dans une premi&#232;re phase, leur composante locale de base est essentiellement prol&#233;taire. Au niveau central, on trouve plut&#244;t le personnel politique du PCI (conseillers municipaux, parlementaires). L'axe essentiel est d'obtenir de l'&#201;tat le blocage des loyers ou davantage d'investissements dans le secteur de la construction publique. Avec bien peu de succ&#232;s puisque de 51 &#224; 55, le pourcentage de l'aide publique tombe de 25 &#224; 12% du total. Les &lt;i&gt;Consulte Popolari&lt;/i&gt; interviennent en outre aupr&#232;s des autorit&#233;s locales pour r&#233;soudre les probl&#232;mes les plus urgents (&#233;vacuation des logements dangereux, attribution de logements aux familles expuls&#233;es, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les formes de luttes sont le plus souvent des manifestations, des d&#233;l&#233;gations, des p&#233;titions qui servent de d&#233;bouch&#233;s aux occupations spontan&#233;es qui se multiplient vers 1955, date &#224; laquelle les &lt;i&gt;Consulte&lt;/i&gt; les organisent directement pour la premi&#232;re fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Presque toutes les occupations de cette &#233;poque sont dirig&#233;es contre l'Institut pour la Construction &#201;conomique et Populaire (IACP). Les logements &#233;difi&#233;s par cet organisme public, sorte d'office des HLM italiennes, jouxtent en g&#233;n&#233;ral les quartiers de l'&#233;poque fasciste. Principalement les quartiers Goridinai, Tiburtino III, San Basilio, Primavalle, Tor Marancio. Ces zones populeuses abritent les prol&#233;taires entass&#233;s dans des conditions infectes ; client&#233;lisme et corruption vont bon train. C'est ainsi que les inscriptions sur les listes d'attente pour b&#233;n&#233;ficier d'un relogement d&#233;pendent enti&#232;rement des partis du centre et de la D&#233;mocratie Chr&#233;tienne. Les occupations organis&#233;es par les &lt;i&gt;Consulte&lt;/i&gt; ne sont pas con&#231;ues comme des actes d'appropriation mais comme des moyens de pression sur les pouvoirs publics : le probl&#232;me de leur d&#233;fense n'est donc pas pos&#233;. La ville et son administration ne sont pas consid&#233;r&#233;es comme des ennemies, mais comme des alli&#233;es contre la sp&#233;culation. En g&#233;n&#233;ral, ces occupations se terminent par une intervention sans m&#233;nagement de la police qui expulse tout le monde, et par une manifestation de protestation devant le Capitole, o&#249; sont exig&#233;s des cr&#233;dits pour permettre aux pouvoirs publics d'intervenir. &#192; San Basilio et Pietralata, il arrive que le rapport de force soit favorable aux occupants et que la lutte r&#233;ussisse. Les &lt;i&gt;Consulte&lt;/i&gt; organisent &#233;galement vers cette &#233;poque des gr&#232;ves de loyers : les termes &#233;chus ne sont pas pay&#233;s aux pouvoirs publics afin de les obliger &#224; am&#233;liorer ou &#224; cr&#233;er des services (&#233;coles, routes, &#233;gouts). Durant toute cette p&#233;riode, le PCI r&#233;ussit en fait &#224; offrir &#224; ces luttes un d&#233;bouch&#233; parlementaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, en 1956, l'exp&#233;rience du centre gauche et la loi Sullo contre la sp&#233;culation fonci&#232;re &#233;chouent. La ligne du parti va alors osciller entre des propositions technocratiques (contre-propositions, critiques des organismes existants) et des interventions populistes et d&#233;magogiques sur les situations d'abus les plus criantes autour desquelles tables rondes et p&#233;titions se succ&#232;dent. Mais aucune lutte g&#233;n&#233;rale n'est lanc&#233;e pour appuyer une intervention l&#233;gislative visant &#224; r&#233;former l'urbanisme. Les &lt;i&gt;Consulte&lt;/i&gt; changent progressivement de nature : ils se mettent &#224; rassembler &#171; tous les citoyens &#187; qui s'int&#233;ressent au probl&#232;me du logement, des services, des transports, des parcs. Ils perdent leur connotation de classe. Les luttes qui se conduisent encore prennent un tour &#171; civil &#187;. Il y a bien encore des blocus des rues et des places, comme lorsque les familles expuls&#233;es des logements d&#233;molis pour la construction des installations olympiques manifestent en 1958. Quelques gr&#232;ves de loyers comme celle de Via Grottaperfetta en 1964. Mais ces luttes ont perdu une grande partie de leur importance et, &#224; la veille de 1969, elles ne sont plus organis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des ann&#233;es 1960, parall&#232;lement &#224; la transformation de l'appareil productif et &#224; l'accentuation des flux migratoires, la p&#233;nurie de logements &#224; loyers mod&#233;r&#233;s devient le probl&#232;me num&#233;ro un. La mainmise du grand capital financier sur les terrains &#224; b&#226;tir continue de plus belle, tandis que la part des investissements publics dans le secteur des HLM passe de 16,8% pour tout le pays en 1960 &#224; 6,5% en 1965, et &#224; 7% en 1968, 5,1% en 1969 et 3,7% en 1970 ! Rome qui est devenue la ville charni&#232;re entre le Sud et le triangle industriel du Nord gonfle d&#233;mesur&#233;ment. Le reste du Latium se vide et se d&#233;sagr&#232;ge, tandis que la lointaine banlieue sud ouest vers Latina, Pomezia Aprilia, se congestionne compl&#232;tement. La construction priv&#233;e s'oriente vers les logements de &#171; standing &#187; ; l'augmentation des loyers devient vertigineuse et nourrit la sp&#233;culation &#224; son tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'&#233;chec de sa lutte contre la rente fonci&#232;re, la politique du PCI se replie sur la demande d'une r&#233;&#233;quilibration des pouvoirs publics. Apr&#232;s 64-65, le PCI ne parle plus d'une &#171; politique de l'urbanisme &#187; ; la seule politique coh&#233;rente qui est men&#233;e est celle d'une pression pour l'assainissement de la banlieue (canalisation des &#233;gouts et recouvrement, etc.). Pour le reste, la lutte est abandonn&#233;e &#224; un niveau sectoriel et ce sont des organismes de masse interclassistes qui la m&#232;nent de fa&#231;on syndicale. C'est &#224; ce moment l&#224; que se forme l'UNIA (Unione Nazionale Inquilini e Assegnatori = Union nationale des locataires et des gens sur liste d'attente) qui offre ses conseils juridiques aux citoyens en butte aux propri&#233;taires. Les initiatives se limitent &#224; des p&#233;titions, &#224; des manifestations pour faire pression sur la commune, sur l'IACP, et obtenir la r&#233;sorption des bidonvilles, ainsi que l'augmentation de logements sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;69-75 : UN NOUVEAU CYCLE DE LUTTES URBAINES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en 1969 que se produit l'explosion r&#233;sultant des tensions accumul&#233;es durant toutes les ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes. &#192; Rome, 70 000 prol&#233;taires parqu&#233;s dans des ghettos et dans des conditions catastrophiques ont en face d'eux 40 000 appartements vides qui ne trouvent pas d'acqu&#233;reurs ou de locataires en raison du co&#251;t des loyers. L'Association des Entrepreneurs du b&#226;timent romain reconna&#238;t elle-m&#234;me qu'il s'agit l&#224; d'une &#171; marge de man&#339;uvre indispensable &#187;. Le climat politique g&#233;n&#233;ral cr&#233;&#233; par les luttes ouvri&#232;res et &#233;tudiantes exerce alors une grande influence dans le d&#233;clenchement d'un nouveau genre d'action : il ne s'agit plus d'une occupation symbolique servant de moyen de pression suppl&#233;mentaire dans le cadre d'une n&#233;gociation au sommet. Cette derni&#232;re est refus&#233;e et les occupations prennent l'allure d'une prise de possession violente qui traduit confus&#233;ment la volont&#233; des prol&#233;taires de prendre les biens n&#233;cessaires &#224; leurs besoins. Ces luttes vont avoir pour cons&#233;quence de d&#233;mystifier l'&#201;tat qui &#233;tait pr&#233;sent&#233; comme &#171; m&#233;diateur &#187; dans la prestation des services pour tous les citoyens. Elles mettent le doigt sur la nature de classe de l'&#201;tat et de l'administration communale, et concr&#233;tisent une extension directe de la lutte de l'usine vers la soci&#233;t&#233;.&lt;br&gt;
Cette volont&#233; exprim&#233;e de s'emparer des maisons sans attendre le bon plaisir des patrons, ni les investissements qui suivent les avatars du profit, marque une &#171; socialisation &#187; de la lutte, c'est &#224; dire une d&#233;fense et une r&#233;cup&#233;ration du salaire r&#233;el. Il manque certes &#224; ces premi&#232;res occupations d'un nouveau genre une participation directe des ouvriers d'usine en tant que tels. Pourtant, elles apporteront un autre &#233;l&#233;ment, que les luttes ouvri&#232;res n'ont pas encore : celle d'une organisation autonome des luttes. Les occupations spontan&#233;es de Tufello en &#233;t&#233; 69 rassembleront un groupe de militants du PCI, du PSIUP (&#233;quivalent alors du PSU) et des catholiques de gauche qui formeront la premi&#232;re forme de soutien organis&#233; de ces luttes. Apr&#232;s l'intervention de la police et l'&#233;vacuation des appartements, 120 autres logements voisins sont imm&#233;diatement occup&#233;s, puis 220 dans le quartier Celio. Le nombre monte &#224; 400 les jours suivants. Par choix d&#233;lib&#233;r&#233;, les appartements appartiennent tous aux pouvoirs publics, mais sont abandonn&#233;s et libres depuis longtemps. Cette solution offre en effet de meilleures chances de succ&#232;s et met des b&#226;tons dans les roues aux op&#233;rations de l'IAPC entreprises avec la complicit&#233; tacite des repr&#233;sentants syndicaux qui si&#232;gent en son sein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le quartier Celio se constitue un Comit&#233; d'Agitation de Banlieue, structure centrale qui regroupe des militants et des occupants, &#233;lue par les diff&#233;rentes assembl&#233;es d'occupants. Un gros effort est fait pour aboutir &#224; une prise en main de la lutte par chacun et pour former des cadres de mouvement, objectif qui ne sera que tr&#232;s partiellement atteint, en raison de l'&#233;parpillement et de la division des prol&#233;taires des bidonvilles.&lt;br&gt;
En septembre, 200 appartements sont occup&#233;s via Pigafetta dans un quartier d'Ostie ; ils font partie d'un bloc d'immeubles abandonn&#233;s, propri&#233;t&#233; des chemins de fer. Le mot d'ordre avanc&#233; est : &#171; R&#233;quisition des logements ! &#187;, car il doit &#234;tre possible d'appliquer la loi de r&#233;quisition pour calamit&#233; publique en faveur des bidonvilles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le PCI, pour la premi&#232;re fois en contradiction avec sa ligne pr&#233;c&#233;dente, condamne cette forme de lutte, se borne &#224; demander l'inscription sur les listes d'attente, et pr&#233;tend que les occupations de logements appartenant aux pouvoirs publics dressent contre les occupants ceux qui sont d&#233;j&#224; inscrits sur ces listes. C'est de l&#224; que part le processus de rupture entre le PCI et le nouvel organisme de masse ainsi qu'avec les militants communistes qui en faisaient partie. D&#233;sormais, les occupations se feront en secret et les seuls &#224; en &#234;tre avis&#233;s &#224; l'avance seront les parlementaires qui &#233;taient d&#233;j&#224; en position de fronde avec le Parti, et qui constitueront le noyau fondateur du quotidien &lt;i&gt;Il Manifesto&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les objectifs de ces occupations se pr&#233;cisent aussi : les occupants r&#233;clament que la commune r&#233;quisitionne les logements libres aux constructeurs et qu'elle les loue &#224; un loyer proportionnel au salaire, &#224; la port&#233;e donc de tous les travailleurs. Le Comit&#233; d'Agitation des Banlieues (CAB) organise une manifestation de trois &#224; quatre mille habitants des bidonvilles devant le Capitole. Il repousse la proposition du PCI d'envoyer une d&#233;l&#233;gation et fait prendre la parole &#224; des dizaines de gens des bidonvilles. Devant la pression qui se manifeste dans les banlieues, le PCI doit organiser en octobre une occupation de trois cents appartements. L'op&#233;ration &#233;choue. Le 18 novembre, les &lt;i&gt;Consulte&lt;/i&gt;, cette fois-ci avec le CAB, organisent trois cents occupations avenue Prati di Papa. Mais le jour suivant, lors de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale sur la question du logement, les manifestants interdisent au PCI de d&#233;filer avec ses banderoles en t&#234;te du cort&#232;ge. Les mots d'ordre sont durs : &#171; Ou vous nous donnez les logements, ou bien nous les prenons nous-m&#234;mes ! &#187; Le CAB organise sur la lanc&#233;e l'occupation de cinq cents nouveaux appartements construits en pleine campagne pour les fonctionnaires des minist&#232;res romains. L'&#201;tat, comprenant alors que la prochaine &#233;tape sera l'occupation de maisons priv&#233;es, organise la contre-attaque. Quinze cents CRS en tenue de combat interviennent. Apr&#232;s une bataille qui dure toute la nuit et la matin&#233;e suivante, vingt prol&#233;taires sont arr&#234;t&#233;s. L'assembl&#233;e d&#233;cide d'abandonner les appartements ind&#233;fendables, et n&#233;gocie en &#233;change la mise en libert&#233; des arr&#234;t&#233;s.&lt;br&gt;
Pour &#233;viter de stagner, le CAB cherche alors &#224; coordonner son action avec les autres groupes qui m&#232;nent une intervention sur les logements. La nuit du 10 mars, apr&#232;s un long d&#233;fil&#233; dans la ville, les objectifs d'abord envisag&#233;s &#233;tant gard&#233;s par la police, cent soixante familles occupent huit immeubles de luxe rue Serpentara, quartier de Val Melaina. La matin&#233;e suivante, la police intervient et fait &#233;vacuer. Les occupants ne se dispersent pas. Traversant la ville avec les matelas, le mobilier, ils viennent s'installer place du Capitole. Pendant plus de dix jours, ils campent, se r&#233;chauffent par des feux au pied des statues de Michel Ange, et nouent des liens de solidarit&#233; avec les &#233;tudiants, les ouvriers de l'extr&#234;me gauche. Le syndicat fait l'objet d'attaques continuelles, et son aide est refus&#233;e. L'&#233;preuve de force avec la commune &#233;choue toutefois. Par lassitude, les occupants finissent par abandonner la place. Il y aura d'autres occupations par la suite, mais elles se solderont par des &#233;checs. L'exp&#233;rience du CAB touche &#224; sa fin. Le PCI et les &lt;i&gt;Consulte&lt;/i&gt; parviennent &#224; liquider ces premiers &#233;l&#233;ments d'autogestion de la lutte, car ils obtiennent des r&#233;sultats dans leurs n&#233;gociations avec les pouvoirs publics. M&#234;me si ces r&#233;sultats ne sont pas toujours extraordinaires, ils sont loin d'&#234;tre n&#233;gligeables. Il faut dire que la situation objective s'y pr&#234;te bien. Ainsi, dans le quartier de Nuova Ostia, les promoteurs ne parvenaient pas &#224; vendre les appartements en raison des prix et des loyers trop &#233;lev&#233;s. La sp&#233;culation avait &#233;chou&#233; et leur co&#251;tait des milliards de perte s&#232;che. Les conseillers municipaux lib&#233;raux impliqu&#233;s dans l'affaire se mettent d'accord avec le PCI : la commune, &#224; la suite de l'occupation de ces immeubles, en fait l'acquisition pour y reloger les habitants des bidonvilles contre des loyers mod&#233;r&#233;s, payant la diff&#233;rence aux promoteurs !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le CAB ne surv&#233;cut pas au d&#233;clin du mouvement &#233;tudiant, aux attaques du PCI et des &lt;i&gt;Consulte&lt;/i&gt;, ainsi qu'aux dissensions internes qui mirent aux prises le &lt;i&gt;Manifesto&lt;/i&gt; et le PSIUP &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;PSIUP : Partito Socialista Italiano d'Unita Proletaria, fond&#233; en 1964, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sur les &#233;lections des instances dirigeantes de ce mouvement. Aussi, &#224; la fin du printemps de 1970, le cycle de luttes qui avait donn&#233; naissance &#224; cet organisme para&#238;t-il bien irr&#233;m&#233;diablement clos.&lt;br&gt;
Lorsqu'un an plus tard la lutte repart, elle sera anim&#233;e surtout par les groupes extra parlementaires et &#233;galement par l'UNIA, fond&#233;e par le PCI, qui, pour ne pas perdre tout contr&#244;le de la situation, lancera une grande occupation symbolique en octobre 1971. La crise qui suit 1969 avec une augmentation galopante du co&#251;t de la vie n'arrange pas la question du logement qui reste &#224; Rome un probl&#232;me aussi br&#251;lant. D'autre part, les groupes ont choisi la voie d'une socialisation de la lutte pour construire leur organisation. &#192; Milan, l'occupation r&#233;ussie avenue Mac Mahon am&#232;ne &#224; la pr&#233;paration de la grande occupation Via Tibaldi (1970).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 26 mars 1971, sur la vague de ces occupations milanaises, trente familles de San Basilio occupent avec des militants de &lt;i&gt;Potere Operaio&lt;/i&gt; deux immeubles dans la commune voisine de Casal Bruciato. Rapidement, trois cent cinquante familles s'y joignent. Malgr&#233; l'intervention de l'UNIA et du PCI qui veulent organiser une d&#233;l&#233;gation centrale &#224; Rome, les occupants se pr&#233;parent &#224; r&#233;sister activement &#224; la police, ils &#233;lisent des d&#233;l&#233;gu&#233;s d'immeubles et dressent des barricades. Lors de l'assaut donn&#233; par trois mille policiers, les heurts sont tr&#232;s violents : vingt arrestations sont op&#233;r&#233;es. La bataille gagne les rues avoisinantes, certains cherchent refuge dans une section locale du PCI qui leur ferme la porte au nez. &#192; l'assembl&#233;e suivante, malgr&#233; des divergences d'appr&#233;ciation sur la suite de la conduite &#224; tenir, il est d&#233;cid&#233; de continuer &#224; occuper. La nuit m&#234;me, &lt;i&gt;Potere Operaio&lt;/i&gt; organise l'occupation de cent autres appartements. L&#224; encore, la police intervient et expulse tr&#232;s violemment. En juin, &lt;i&gt;Potere Operaio&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Lotta Continua&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Il Manifesto&lt;/i&gt; organisent simultan&#233;ment des occupations dans les quartiers de Centocelle et Pietralata. La police fait &#233;vacuer mais, cette fois-ci, selon les exigences des occupants, sans violence. Une assembl&#233;e tenue sur le champ d&#233;cide une nouvelle occupation de soixante dix/quatre vingt familles au quartier Magliana. La police arrive imm&#233;diatement, illumine la rue comme de jour : les heurts sont violents, des voitures sont incendi&#233;es, des CRS tirent des rafales de mitraillette et organisent la chasse &#224; l'homme toute la matin&#233;e suivante.&lt;br&gt;
Pour r&#233;pondre &#224; l'occupation des groupes, l'UNIA et le PCI organisent une occupation monstre de dix mille personnes. Mais elle est symbolique. Le syndicat n&#233;gocie et s'engage &#224; obtenir six mille logements &#171; pour No&#235;l &#187;, dont on ne verra jamais la couleur, et seuls les occupants qui sont des &#171; clients &#187; fid&#232;les de l'UNIA trouveront &#224; se reloger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, il a manqu&#233; &#224; toutes ces occupations depuis 1969 la possibilit&#233; de durer. D'autre part, elles n'ont encore aucun lien organique avec les luttes d'usines ; leur protagoniste, outre les forces politiques des groupes de l'extr&#234;me gauche, est le &#171; prol&#233;tariat &#187; toujours pr&#234;t &#224; l'&#233;meute. Ce ne sera plus le cas lors de l'hiver 73 et du printemps 74.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LES OCCUPATIONS MASSIVES DE L'HIVER ET DU PRINTEMPS 1974&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode de l'hiver et du printemps 1974 aura &#233;t&#233; celle o&#249; le co&#251;t de la vie augmente &#224; la cadence de 1,4 &#224; 2,1% par rapport au mois pr&#233;c&#233;dent. Le 5 d&#233;cembre 1973, les p&#226;tes augmentent ainsi de 25% d'un coup. D'autre part, dans une ville comme Rome, o&#249; le loyer arrive &#224; repr&#233;senter en fait 50 % du salaire, on comprend facilement l'enjeu des luttes sur le logement. En janvier 1974, il y a d&#233;j&#224; deux mois que des immeubles sont occup&#233;s dans le quartier de Magliana :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Les quatre cents appartements que les patrons pr&#233;f&#233;raient ne pas louer de peur que leurs nouveaux occupants ne participent aux luttes de l'autor&#233;duction (commenc&#233;es &#224; Rome depuis 1972,&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir la brochure &#224; para&#238;tre prochainement chez S&#233;ditions, NdE&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), sont actuellement enti&#232;rement occup&#233;s par des travailleurs. Parmi ceux-ci, il y a 26 ouvriers et 51 travailleurs du b&#226;timent, 30 artisans (tailleurs et menuisiers), 71 employ&#233;s des services (h&#244;pital, garage), 14 ch&#244;meurs, 9 m&#233;nag&#232;res, 15 retrait&#233;s et invalides. Ces travailleurs proviennent de tous les quartiers de Rome.&lt;br&gt;
Tir&#233; du journal &lt;i&gt;Magliana en lutte&lt;/i&gt;,&lt;br class='autobr' /&gt;
du comit&#233; de quartier de Magliana, f&#233;vrier 1974.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est &#224; partir du 15 janvier 1974 qu'on entre dans la phase ascendante du mouvement : en trois mois, plus de quatre mille appartements vont &#234;tre successivement occup&#233;s, principalement &#224; l'initiative des groupes autonomes de quartier et de &lt;i&gt;Lotta Continua&lt;/i&gt;. La r&#233;action de l'&#201;tat et des propri&#233;taires sera dans tous les cas extr&#234;mement violente : intervention syst&#233;matique des carabiniers pour expulser les occupants, ce qui sera chaque fois l'occasion d'affrontements impliquant parfois tout un quartier. De plus, pendant toute cette p&#233;riode, il sera fait un usage syst&#233;matique de bandes fascistes qui tenteront par des provocations continuelles, m&#234;me parfois des tentatives d'infiltration, de casser le mouvement. Enfin, dans le cas d'occupations directement organis&#233;es par des ouvriers d'usine (et particuli&#232;rement par l'Assembl&#233;e Autonome de la Fatm&#233;), la r&#233;pression s'accentuera : arrestations de quelques &#171; leaders &#187; ouvriers, exclusion du conseil d'usine des d&#233;l&#233;gu&#233;s qui appuient les occupations &#224; l'initiative du PCI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la mi-mars, ces actions marquent le pas devant le d&#233;cha&#238;nement de la violence de l'&#201;tat. Les occupations d'&#233;glises sur lesquelles les groupes et particuli&#232;rement &lt;i&gt;Avanguardia Operaia&lt;/i&gt; comptaient pour maintenir le mouvement sur pied cessent au bout de quelques jours. Le PCI peut saluer la fin de la lutte. L'&lt;i&gt;Unita&lt;/i&gt;, sous le titre : &#171; Une dangereuse diversion &#187;, &#233;crit le 8 mars :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Il y a des priorit&#233;s &#224; respecter en ce qui concerne l'attribution de logements &#224; ceux qui sont inscrits sur la liste d'attente ainsi que la r&#233;alisation des autres services sociaux. C'est pourquoi le type d'occupations qui a lieu en ce moment, en raison des objectifs qu'elle se fixe, repr&#233;sente une tentative de fourvoyer le mouvement de lutte r&#233;el, et ne parvient pas &#224; masquer l'aventurisme d'une tactique qui oscille entre la tentative d'entra&#238;ner des quartiers entiers dans la &#171; gu&#233;rilla &#187; et des tractations avec les institutions d&#233;mocratiques tant d&#233;cri&#233;es. Cette tactique a &#233;t&#233; isol&#233;e par la grande majorit&#233; des travailleurs, des habitants des bidonvilles, des banlieusards, qui forme un front de lutte toujours plus fort, plus responsable et plus vigilant.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce cycle d'actions pr&#233;sente des ressemblances avec celui qui avait eu lieu en 1970-71 : spontan&#233;it&#233;, dimension de masse attest&#233;e par la forte participation des femmes. Il pr&#233;sente n&#233;anmoins deux nouveaut&#233;s importantes : la participation ouvri&#232;re directe dont nous avons parl&#233;, et surtout le fait que les logements occup&#233;s ne sont plus la propri&#233;t&#233; des pouvoirs publics, mais appartiennent &#224; toutes les entreprises immobili&#232;res de moyenne dimension. Ces derni&#232;res forment &#224; Rome le c&#339;ur de la sp&#233;culation immobili&#232;re (notamment de l'ACER : l'association des promoteurs entrepreneurs romains).&lt;br&gt;
Les autres propri&#233;taires l&#233;s&#233;s ont &#233;t&#233; des groupes immobiliers li&#233;s &#224; la Fiat, &#224; la Banca Nazionale del Lavoro. On saisit l&#224; d'ailleurs l'entrem&#234;lement parfait de la rente fonci&#232;re et du profit. L'IRI et la Fiat ont op&#233;r&#233; de gros efforts de reconversion pour r&#233;pondre &#224; des commandes massives de services sociaux (transports en commun, construction) et il est parfaitement artificiel de s&#233;parer ces grandes entreprises du tissu sp&#233;culatif des moyennes entreprises &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme en t&#233;moignait un fonctionnaire de la Commune de Rome, dont l'interview (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les prol&#233;taires ne s'y sont pas tromp&#233;s qui ont frapp&#233; les deux &#224; la fois. Les techniques r&#233;pressives mises en &#339;uvre par l'&#201;tat qui ont permis de voir les limites politiques et organisationnelles des occupations, en sont aussi la preuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement des occupations &#224; Rome est arriv&#233; &#224; l'occupation des biens priv&#233;s et non plus seulement des biens d&#233;pendants des pouvoirs publics. Toute la dynamique habituelle des occupations s'en est trouv&#233;e modifi&#233;e. Les syndicats et le PCI n'ont pas pu jouer le m&#234;me r&#244;le m&#233;diateur qu'auparavant. Il ne s'agissait plus d'une prise de gages pour renforcer leur position dans les n&#233;gociations (relogement, inscriptions sur les listes d'attente), mais d'une appropriation directe qui refusait le c&#244;t&#233; symbolique qu'avaient eu les occupations pr&#233;c&#233;dentes. De ce point de vue, les occupations du printemps 1974 ressemblent beaucoup plus aux formes d'organisation des prol&#233;taires de la banlieue de Santiago, ou aux occupations, par le Comit&#233; de Moradores &#224; Lisbonne, de palais pour les transformer en h&#244;pitaux et faire fonctionner imm&#233;diatement des services de sant&#233; gratuits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, le mouvement d'occupation de maisons &#224; Rome marque un saut par rapport au reste des actions d&#233;j&#224; entreprises &#224; Milan par exemple, ou &#224; Venise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Milan en effet, o&#249; les occupations de maisons datent de 1969 et sont organis&#233;es souvent par l'Unione Inquilini (l'Union des locataires), les logements d&#233;pendant des pouvoirs publics (de l'IACP notamment : I'Instituto Autonomo Case Popolari) ont tous &#233;t&#233; occup&#233;s et distribu&#233;s. Il faut donc s'attaquer aux logements priv&#233;s avec les m&#234;mes probl&#232;mes qu'&#224; Rome &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cela donne une bonne id&#233;e de l'ampleur des luttes urbaines et de l'arri&#232;re (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br&gt;
La lutte de San Basilio &#224; Rome, en septembre, qui a co&#251;t&#233; un mort au mouvement r&#233;volutionnaire, a marqu&#233; un pas en avant et a &#233;t&#233; suivie de toute une s&#233;rie d'occupations victorieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LES EVENEMENTS DE SAN BASILIO A ROME EN SEPTEMBRE 1974&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;San Basilio se situe &#224; Rome au c&#339;ur des quartiers &#171; rouges &#187;. Ses habitants ont &#233;t&#233; de toutes les batailles : occupations de maisons, gr&#232;ves de loyers, centres sociaux investis pour les transformer en dispensaires populaires (1971), blocus des avenues qui coupent le quartier et qu'il est impossible de traverser aux heures de pointe, enfin luttes pour la cr&#233;ation d'&#233;coles. D&#232;s 1972, un propri&#233;taire du quartier, pour emp&#234;cher des occupations r&#233;p&#233;t&#233;es, &#233;tait oblig&#233; de faire blinder les portes de ses immeubles. C'est &#233;galement dans ce quartier que les habitants de Rome ont &#233;t&#233; les premiers &#224; pratiquer les autor&#233;ductions d'&#233;lectricit&#233;. Il existe &#224; San Basilio une tradition antifasciste et antipolici&#232;re tr&#232;s solide. Les exp&#233;ditions punitives organis&#233;es par la police pour rechercher de fantomatiques voleurs donnent lieu &#224; des ripostes. En 1970, les r&#233;unions &#233;lectorales du candidat d&#233;mocrate chr&#233;tien ne peuvent pas s'y tenir. En 1973, enfin, la population soutient tr&#232;s activement la r&#233;volte des prisonniers de l'&#233;tablissement de Rebiddia ; ce dernier formant le seul service public r&#233;alis&#233; dans le quartier depuis des ann&#233;es !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, la zone industrielle s'est d&#233;velopp&#233;e tout pr&#232;s de San Basilio. D'importantes luttes contre les nuisances et la pollution permettent une r&#233;unification du &#171; prol&#233;tariat &#187; marginalis&#233; des ghettos avec la classe ouvri&#232;re.&lt;br&gt;
Au d&#233;but de septembre 1974, cela fait onze mois que cent quarante sept familles occupent des immeubles appartenant &#224; l'IACP (Instituto Autonomo delle Case Popolari). Le jeudi 5 septembre, la police fait irruption dans le quartier et fait &#233;vacuer les immeubles via Fabriano, et huit immeubles via Montecarotto.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vendredi matin, la population du quartier s'organise et bloque la grande voie d'acc&#232;s, la Tiburtina. Des affrontements tr&#232;s violents ont lieu jusqu'&#224; l'apr&#232;s midi et contraignent la police &#224; abandonner les expulsions, qui n'ont &#233;t&#233; que limit&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Samedi matin, tandis qu'une d&#233;l&#233;gation se rend &#224; la pr&#233;fecture et aupr&#232;s de l'IACP, la police revient pour continuer les expulsions, mais se retrouve devant une forte mobilisation du quartier et de tous les quartiers de Rome. La police est un peu plus nombreuse, mais la d&#233;termination des manifestants est visiblement plus forte. La d&#233;l&#233;gation, qui &#233;tait partie sans trop se faire d'illusions, voit les portes s'ouvrir devant elle. La police semble s'effacer. &lt;i&gt;Lotta Continua&lt;/i&gt; demande et obtient une tr&#234;ve jusqu'au lundi soir &#224; 19 heures. Cette organisation croit avoir gagn&#233; et organise imprudemment un d&#233;fil&#233; de victoire dans les rues du quartier. Le lendemain, dimanche, les CRS reviennent en force devant les immeubles qu'ils n'avaient pu &#233;vacuer. Ils p&#233;n&#232;trent sans m&#233;nagement dans les immeubles, pi&#233;tinant tout ce qui leur tombe sous la botte, jetant les meubles par les fen&#234;tres, ouvrant les r&#233;frig&#233;rateurs, les pillant, s'offrant un petit-d&#233;jeuner. Ils pissent devant les femmes et les enfants, puis lancent des grenades lacrymog&#232;nes &#224; l'int&#233;rieur des appartements &#224; hauteur d'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que surpris, les prol&#233;taires ne tardent pas &#224; r&#233;agir. Pr&#233;venus par t&#233;l&#233;phone, des militants affluent des diff&#233;rents quartiers de Rome et harc&#232;lent violemment les forces de l'ordre toute la matin&#233;e. Le comit&#233; de lutte pour le logement de San Basilio appelle une assembl&#233;e populaire sur la place centrale de San Basilio pour 18 heures. &#192; 18h30, la police charge le rassemblement et lance des centaines de grenades lacrymog&#232;nes &#224; hauteur de visage. Les gens form&#233;s en manifestation se regroupent &#224; la hauteur du carrefour, entre les rues Fiuminata et Fabriano. Via Fabriano, de l'autre c&#244;t&#233; des immeubles occup&#233;s, un peloton de CRS cherche le contact avec les prol&#233;taires. Mais, lorsqu'il doit reculer, un autre peloton qui est derri&#232;re, en face des manifestants, se met &#224; tirer &#224; feu nourri. L'une des balles touche mortellement Fabrizio Ceruso, 19 ans, militant du comit&#233; ouvrier de Tivoli, qui meurt lors de son transfert en ambulance &#224; l'h&#244;pital. Lorsque, &#224; 20 heures, la nouvelle de sa mort est connue dans le quartier, toutes les lumi&#232;res s'&#233;teignent, sauf sur le carrefour, o&#249; la police est rest&#233;e en position. Vers 19h30, un expert fait un rapport au palais de justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce m&#233;decin pr&#233;tendra avoir contr&#244;l&#233; les armes de tous les policiers (alors que ceux-ci sont plus d'un millier !) et n'avoir constat&#233; aucune anomalie ! Tout San Basilio est dans les rues. Les policiers de nouveau sortent leurs armes, mais, cette fois, ils ont l'am&#232;re surprise de sentir que le plomb vient de la direction oppos&#233;e. Huit policiers sont touch&#233;s gri&#232;vement, dont un commissaire. Le vent a tourn&#233;. Un inspecteur, pour freiner la d&#233;bandade des policiers, leur affirme qu'un camion automitrailleur va venir, mais rien n'y fait ; ils ont perdu la bataille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'occupation militaire, qui avait dur&#233; quatre jours, prend ainsi fin. Le lendemain, les n&#233;gociations pour reloger dans les m&#234;mes conditions les cent quarante-sept familles de San Basilio, les trente de Casal Bruciato et les quarante de Bagni di Tivoli commencent. Elles aboutiront tr&#232;s vite, tant la d&#233;termination du quartier a fait peur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire que les autor&#233;ductions d'&#233;lectricit&#233; viennent de commencer, et que l'&#201;tat italien ne tient sans doute pas &#224; se retrouver avec plus de cinq mille occupations de maisons, comme au printemps 1974 &#224; Rome.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#171; accords &#187; se multiplient. Le mouvement des occupations &#233;tait d&#233;j&#224; massif &#224; Naples, Salerne et Turin. Le 27 novembre, les sept cents &#224; huit cents familles qui occupaient gagnent : trois cent soixante huit familles obtiennent un appartement dans les quinze jours, trois cent vingt cinq dans les trois mois et les cent trente autres en 1975 &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Lotta Continua du 27 novembre 1974.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elles obtiennent &#233;galement la garantie que le loyer ne d&#233;passera pas 12% de leur salaire, ce qui est tr&#232;s proche de la revendication initialement pos&#233;e : pas de loyer au dessus de 10% du salaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 3 novembre, un accord obtenu &#224; Salerne contraignait l'IACP &#224; accorder imm&#233;diatement un logement aux occupants et &#224; ceux qui &#233;taient sur les listes d'attente &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Il Manifesto du 3 novembre 1974.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;formistes, g&#234;n&#233;s par les &#233;v&#233;nements de San Basilio, pr&#233;sent&#232;rent les affrontements comme la cons&#233;quence d'une &#171; guerre entre les pauvres &#187;, comme des luttes &#171; d&#233;sesp&#233;r&#233;es &#187; d'habitants des taudis et des sous prol&#233;taires qui &#171; n'ont rien &#224; voir avec les traditions d&#233;mocratiques du mouvement ouvrier &#187;. Mais, dans le cas de San Basilio, comme durant le printemps 1974, les enqu&#234;tes effectu&#233;es sur la composition sociale des occupants montrent qu'il ne s'agit pas seulement de marginaux ou de gens habitant dans les taudis ou la &#171; zone &#187;, mais d'ouvriers, d'employ&#233;s, de petits artisans, de prol&#233;taires effectuant des travaux pr&#233;caires. Ces luttes ont par ailleurs pu mettre en crise la structure du secteur du b&#226;timent public. L&#224; o&#249;, en effet, la politique r&#233;formiste du PCI n'avait jamais r&#233;ussi &#224; venir &#224; bout de la sp&#233;culation, la lutte ouverte a commenc&#233; &#224; le faire. Le grand capital, et en particulier la Fiat, inquiet des cons&#233;quences sociales et politiques de ces luttes, a r&#233;clam&#233; une rationalisation du secteur, de fa&#231;on &#224; &#233;liminer cette poudri&#232;re permanente. L'&lt;i&gt;Unita&lt;/i&gt;, durant les affrontements, avait &#233;crit qu'&#224; Rome la ligne ultra-gauche des comit&#233;s de l'autonomie ouvri&#232;re &#233;tait en train de passer parmi les forces de la gauche extra-parlementaire (discret appel du pied &#224; &lt;i&gt;Lotta Continua&lt;/i&gt; ou au &lt;i&gt;Manifesto&lt;/i&gt; pour contr&#244;ler davantage la situation ?). Mais sans la d&#233;termination des habitants du quartier qui se sont d&#233;cid&#233;s &#224; g&#233;rer directement leur propre lutte et &#224; sortir des sentiers battus des occupations symboliques, qui se laissaient toujours expulser &#224; un moment ou &#224; un autre par la police, il est probable que les luttes pour le logement et les luttes de quartiers auraient subi un coup d'arr&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;APRES SAN BASILIO&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement des occupations se poursuit au printemps 1975 essentiellement dans deux grandes villes : Naples et Milan. Dans la premi&#232;re, en f&#233;vrier, plus de mille appartements &#233;taient occup&#233;s, essentiellement dans le quartier de San Erasmo et Don Guanella. Le mouvement r&#233;clamait un loyer ne d&#233;passant pas 10% du salaire. Il repoussait la &#171; solution &#187; propos&#233;e par le PCI et qui consistait &#224; accorder une &#171; aide &#187; de 30 000 lires par famille &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Le nuove lotte per la casa a Napoli, A. Drago et E. Cardillo, p. 10O.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Milan, l'Unione Inquilini et le comit&#233; de quartier Ticinese, l'un des quartiers historiques du centre de la ville, avaient lanc&#233; les occupations de maisons particuli&#232;res via de Amicis, exigeant la r&#233;quisition de plus de mille sept cents logements priv&#233;s dans le centre. Le 4 avril 1975, via Populi Uniti, c'&#233;tait au tour des logements d'un promoteur d&#233;mocrate-chr&#233;tien d'&#234;tre occup&#233;s. En mai 1976, le nombre de maisons occup&#233;es ouvertement &#8211; nous ne parlons pas ici des squatt&#233;risations sauvages comme il y en a &#224; Paris ou &#224; Londres &#8211; d&#233;passait la centaine. Les retards de paiement de loyers, habituellement de 1 &#224; 2%, ont grimp&#233; &#224; un niveau &#171; politique &#187; (20%) ; le d&#233;ficit qui a touch&#233; l'office des HLM italien &#233;tait de l'ordre de 5 milliards de lires en 1974 &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Massimo Todisco, Le Lotte sociali a Milano, p. 76.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de l'automne 1975, le mouvement des occupations s'est enrichi d'un nouveau type d'appropriation communiste de la ville : des groupes de jeunes prol&#233;taires des quartiers se sont install&#233;s dans des usines d&#233;saffect&#233;es et les ont transform&#233;es en centres de rencontre, de vie et de combat.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LES ACHATS POLITIQUES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Entre le 1er septembre et le 5 septembre 1974, alors qu'&#224; Turin, il y a d&#233;j&#224; plus d'une semaine que l'autor&#233;duction du prix des transports&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir la brochure &#224; para&#238;tre prochainement chez S&#233;ditions, NdE&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a commenc&#233;, l'Italie vit &#224; l'heure d'une vaste com&#233;die : les p&#226;tes, cet aliment de base des m&#233;nages populaires italiens, ont disparu des magasins. Pourquoi ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Le gouvernement est revenu sur une premi&#232;re d&#233;cision, prise &#224; la fin du mois d'ao&#251;t, d'augmenter le prix des p&#226;tes, et tarde &#224; annoncer sa d&#233;cision d&#233;finitive ; en attendant, les commer&#231;ants stockent pour ne pas avoir &#224; vendre &#224; bas prix, provoquant la col&#232;re des m&#233;nag&#232;res ; on voit m&#234;me &#224; Naples des d&#233;buts &#171; d'&#233;meutes de la faim &#187;. C'est qu'au m&#234;me moment, on apprend que l'inflation s'&#233;l&#232;ve depuis le d&#233;but de l'ann&#233;e &#224; 18 %, ce qui constitue un record dans l'Europe des Neuf. Dans ce contexte, la fixation des prix appara&#238;t de plus en plus aux ouvriers comme un geste politique, destin&#233; &#224; reprendre sur le territoire la part du salaire qu'ils ont arrach&#233;e aux patrons dans les usines. Pourquoi ne pas imposer, alors, un &#171; prix politique &#187;, un prix ouvrier des denr&#233;es de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;DU BOYCOTTAGE...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au mois de juin, d&#233;j&#224;, &#224; Venise et &#224; Maestre, des m&#233;nag&#232;res avaient entam&#233; les premiers mouvements de boycottage des magasins les plus chers. Au supermarch&#233; Cadoro, dans le Villagio San Marco, l'un des derniers quartiers prol&#233;taires de Venise, le prix du riz ordinaire tombe de 280 lires avant le boycottage &#224; 230 lires ; en fait, sur quatorze produits de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;, valant avant leur action 8 000 lires, les m&#233;nag&#232;res imposent 1000 lires de r&#233;duction. Un comit&#233; des prix se forme avec les m&#233;nag&#232;res dont le premier objectif sera de contr&#244;ler collectivement l'&#233;volution des prix, et qui interviendra au cours de l'ann&#233;e dans une dizaine de supermarch&#233;s et de coop&#233;ratives dans Venise et dans Maestre ; ce comit&#233;, sur sa lanc&#233;e, prendra tout naturellement l'initiative des autor&#233;ductions, quand le mouvement s'&#233;tendra &#224; la V&#233;n&#233;tie, et continuera la lutte bien apr&#232;s les accords gouvernement syndicat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; A L'APPROPRIATION COLLECTIVE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quand, comme &#224; Milan et sa grande banlieue, le tissu des relations sociales qui pouvaient exister &#224; Venise a c&#233;d&#233; devant le remodelage capitaliste des quartiers qui isole et renferme chacun chez soi, le mouvement de contestation des prix ne partira plus des m&#233;nag&#232;res, mais des ouvriers d'usine ; car ce qui va faire, en Italie, l'originalit&#233; d'un tel mouvement, c'est sa sp&#233;cificit&#233; proprement ouvri&#232;re. Il ne s'agit pas de &#171; consommateurs &#187;, en qu&#234;te d'un nouveau mode de consommer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#234;me s'ils remettent aussi en cause ce mod&#232;le l&#224;.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais d'ouvriers, se battant pour leur revenu, et reconnus comme tels par une bonne part de la classe ouvri&#232;re, comme nous allons le voir.&lt;br&gt;
Des noyaux d'ouvriers d&#233;cid&#233;s vont choisir la seule forme de lutte capable de faire c&#233;der les supermarch&#233;s : l'appropriation collective, violente s'il le faut, remettant en cause le respect de toute propri&#233;t&#233; priv&#233;e ; sans qu'il s'agisse pour les ouvriers d'un vol, comme l'affirmait un tract distribu&#233; lors d'une de ces actions : &#171; Les biens que nous avons pris sont &#224; nous, comme est notre tout ce qui existe parce que nous l'avons produit.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Parti Communiste Marxiste L&#233;niniste Italien&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;br&gt;
Organis&#233;e deux fois &#224; Milan, l'appropriation ne s'est pas encore g&#233;n&#233;ralis&#233;e en Italie ; mais la br&#232;che ainsi ouverte, l'&#233;cho qu'elle a rencontr&#233; chez les ouvriers laisse esp&#233;rer des d&#233;veloppements prometteurs ; apr&#232;s tout, comme le faisait remarquer un des protagonistes de cette action directe, &#171; les occupations d'autoroute ont mis trois ans avant de s'imposer en Italie &#187;, le r&#233;cit diffus&#233; par le journal &lt;i&gt;Contro Informazione&lt;/i&gt; montre bien l'accueil que de telles appropriations peuvent recevoir aupr&#232;s des consommateurs d'un supermarch&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; l'Alfa Romeo, qui est rest&#233;e un secteur d'avant garde dans le Milanais en ce qui concerne les nouveaux types de lutte, les camarades qui faisaient r&#233;f&#233;rence &#224; l'autonomie ouvri&#232;re ont soutenu la n&#233;cessit&#233; d'&#233;tendre apr&#232;s les transports les autor&#233;ductions au gaz, &#224; l'&#233;lectricit&#233; et aux produits de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;. Cette indication a commenc&#233; &#224; faire son chemin dans la t&#234;te de pas mal d'ouvriers, y compris de ceux du PCI. Et le samedi, un point de rendez vous a &#233;t&#233; fix&#233;, et on est parti sur l'objectif. Ceux de l'Alfa et des petites usines de la zone Sempione avaient choisi comme objectif un quartier populaire, Quarto Oggiaro. Pourquoi Quarto Oggiaro ? Pour la composante sociale qu'on y trouve, ouvriers des grandes et petites usines et sous-prol&#233;taires qui sont directement touch&#233;s par le probl&#232;me de l'augmentation des prix. De plus, 50 % des habitants y pratiquent la gr&#232;ve des loyers. La chose a &#233;t&#233; bien organis&#233;e, et tout a &#233;t&#233; fait pour garantir aux camarades un maximum d'impunit&#233;, ainsi qu'aux gens qui rentraient &#171; faire des achats &#187;.&lt;br&gt;
Un retrait&#233; est sorti, le chariot plein de vivres et il a dit en milanais : &#171; Ils ont raison ceux l&#224;, on ne peut pas vivre avec 75 000 lires par mois &#187;, et il s'en est all&#233; &#224; la maison avec son chariot.&lt;br&gt;
Les gens n'ont m&#234;me pas respect&#233; le mot d'ordre syndical qui voulait qu'on paye la moiti&#233; environ du prix des produits. Ils ont compris que m&#234;me cette attitude n'est plus possible, et l'opinion selon laquelle il faut prendre les choses sans attendre l'intervention du syndicat est en train de prendre racine chez les prol&#233;taires et les m&#233;nag&#232;res exploit&#233;s du quartier, refusant la logique du contrat : &#171; Je te donne une chose et tu m'en donnes une autre. &#187; Les produits que les gens ont pris &#233;taient tous de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; : huile, viande, sucre, p&#226;tes, toutes ces choses, et pour certains, pour aider &#224; dig&#233;rer le tout, une bouteille de whisky. La presse bourgeoise a tent&#233; de donner de l'importance &#224; la bouteille de whisky, sans signaler le fait que la plupart des produits &#171; achet&#233;s &#187; par les ouvriers venus l&#224; &#233;taient tous de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me jour, au supermarch&#233; SMA, via Padova, &#224; Milan, une op&#233;ration similaire se d&#233;roule, men&#233;e par des militants du PCMLI&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Italie-nouvelle, n&#176;5-6 : &#171; D&#233;faite du r&#233;gime dans le proc&#232;s des supermarch&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais onze travailleurs sont arr&#234;t&#233;s parmi lesquels figurent deux membres d'un conseil d'usine et trois m&#233;nag&#232;res. La revue Italie nouvelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rosso, n&#176;4 : &#171; Pour nous, c'est une appropriation &#187;, novembre 1975.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; signale bien &#224; ce propos que les ouvriers &#171; n'ont pas soutenu une d&#233;fense du style : &#171; Je n'&#233;tais pas l&#224;, ou je passais par l&#224; &#187;. Le caract&#232;re politique de la d&#233;fense va entra&#238;ner une forte mobilisation et un grand nombre de conseils d'usines vont prendre position en faveur des accus&#233;s ; un million de lires sera recueilli &#224; Milan par le &#171; secours rouge populaire &#187;, et malgr&#233; l'accusation de &#171; vol qualifi&#233; &#187; et &#171; d'incitation au pillage &#187;, sept des inculp&#233;s seront acquitt&#233;s, les quatre autres &#233;tant condamn&#233;s &#224; des peines de prison avec sursis pour &#171; r&#233;sistance et violence &#224; particulier &#187;. L'accusation ne s'&#233;tait pourtant pas fait faute de citer des articles de l'Unita, journal du PCI, qui d&#233;crivaient les accus&#233;s &#171; comme une toute petite minorit&#233; condamn&#233;e par l'ensemble de la classe ouvri&#232;re &#187;. Mais le mouvement de protestation populaire vient d&#233;mentir ces assertions et la justice doit l&#226;cher ses proies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LES JEUNES PROLETAIRES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me ce qu'il est convenu d'appeler la d&#233;linquance est devenu, en Italie, un ph&#233;nom&#232;ne aux implications politiques : on a pu dire que ceux qui alimentent quotidiennement la rubrique des faits divers dans les journaux turinois, sont justement ces 15 000 jeunes que Fiat aurait d&#251; embaucher s'il n'avait mis en &#171; casse integrazione &#187; une grande partie de ses ouvriers. Plus concr&#232;tement, des actes d'appropriations, men&#233;s &#224; Milan et &#224; Rome, contre des boutiques de disques ou de v&#234;tements, ont &#233;t&#233; revendiqu&#233;s politiquement par les jeunes qui les ont commis. En t&#233;moigne le texte de ce tract, laiss&#233;, par un groupe de jeunes, lors du pillage d'un magasin de disques, &#224; Rome, le 14 novembre 1975 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'achat politique n'est pas un d&#233;lit, c'est une pratique juste du prol&#233;tariat. Vendredi 13, nous, jeunes prol&#233;taires, nous nous sommes organis&#233;s pour reprendre ce dont nous avions besoin, payant les produits &#224; leur juste prix (m&#234;me si cela, les journaux bourgeois l'ont ignor&#233;). &#192; 18h30, deux groupes sont entr&#233;s au magasin Stanta &#224; Talenti ; pendant qu'une partie d'entre nous se r&#233;appropriaient les produits expos&#233;s, les autres incitaient les gens &#224; en faire autant. Quelques gardiens, valets empress&#233;s des patrons, ont alors assailli quelques jeunes prol&#233;taires, arm&#233;s de barres de fer, mais ils ont re&#231;u une juste riposte de la part de nos camarades.&lt;br&gt; &#187; Les achats politiques font partie de la lutte qui voit les prol&#233;taires s'organiser aujourd'hui dans les quartiers pour l'autor&#233;duction des quittances et des charges, dans les usines pour l'autor&#233;duction des cadences, dans les &#233;coles avec la lutte contre les co&#251;ts et contre la s&#233;lection.&lt;br&gt; &#187; La campagne journalistique de ces derniers jours fait partie d'une tentative de criminaliser ce type de lutte qui sort des canaux normaux et institutionnels dans lesquels on tente de renfermer les revendications prol&#233;taires. R&#233;visionnistes et opportunistes sont en premi&#232;re ligne avec leur pratique de d&#233;lation qui de tout temps les a caract&#233;ris&#233;s. En particulier le PCI, qui a aujourd'hui un r&#244;le fondamental comme garant de l'ordre social.&lt;br&gt; &#187; Contre la criminalisation de la lutte, contre l'attaque des patrons et la d&#233;lation des r&#233;formistes et des opportunistes, g&#233;n&#233;ralisons ce type de lutte, organisons nous pour tout nous r&#233;approprier ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Toutes les grandes villes d'Italie ont connu des mouvements d'occupations, de gr&#232;ves des loyers. Nous avons choisi de mettre l'accent sur Rome. Pour les mouvements &#224; Naples et a Milan, on lira les articles tr&#232;s document&#233;s d'Antonino Drago et Enrico Cardillo : &lt;i&gt;Le nuove lotte per la casa a Napoli&lt;/i&gt;, et de Massimo Todisco : &lt;i&gt;Le lotte sociali a Milano&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette loi favorise tellement l'industrie du b&#226;timent qu'elle ne sera abrog&#233;e qu'en 1962 et apr&#232;s des luttes m&#233;morables. Nous sommes redevables de l'analyse qui suit aux articles de M. Marcelloni sur San Basilio, parus dans le quotidien &lt;i&gt;Il Manifesto&lt;/i&gt; du 13 septembre 1974, et Case romane dans &lt;i&gt;Contro Informazione&lt;/i&gt; n&#176;3 &amp; 4, pp. 10-18.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;PSIUP : Partito Socialista Italiano d'Unita Proletaria, fond&#233; en 1964, dissous en 1972. La majorit&#233; a ralli&#233; le PCI, le reste le PSI, ou a form&#233; le PDUP (Partito d'Unita Proletaria).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir la brochure &#224; para&#238;tre prochainement chez S&#233;ditions, NdE&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme en t&#233;moignait un fonctionnaire de la Commune de Rome, dont l'interview parut dans Contro lnformazione, dont voici un extrait (sur les rapports entre les banques et les promoteurs) :&lt;br&gt;
&#171; Au niveau de la construction &#233;galement doivent exister des collusions et des appuis politiques qui commandent l'avalisation du pr&#234;t. D'autre part, chose plus int&#233;ressante, les banques interviennent &#224; divers niveaux sur le territoire. Il y a les branches li&#233;es au Vatican, qui ont suivi et suivent encore avec un extr&#234;me int&#233;r&#234;t les avatars du plan r&#233;gulateur, et qui financent toutes les plus grosses sp&#233;culations. En ce sens, le discours que fait le PCI &#224; propos du capital avanc&#233; et du capital arri&#233;r&#233; sur la base des crit&#232;res de la rente fonci&#232;re et de la rente parasitaire, est compl&#232;tement erron&#233;, car on est justement en pr&#233;sence d'une intervention du capital financier dans la sp&#233;culation. Allez distinguer apr&#232;s cela si la filiale de la Fiat qui intervient sur ce march&#233; fait &#339;uvre de capitalisme avanc&#233; ou arri&#233;r&#233; !&lt;br&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment cette interp&#233;n&#233;tration qui a emp&#234;ch&#233; une action r&#233;formatrice coh&#233;rente en Italie. La loi 865 en est un exemple : elle devait op&#233;rer une rupture ; elle est rest&#233;e lettre morte. Elle pr&#233;voyait l'expropriation aux tarifs agricoles des terrains et en confiait la responsabilit&#233; aux communes. De fait, &#224; part Bologne et encore en partie, je ne connais pas de situations o&#249; elle ait &#233;t&#233; appliqu&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cela donne une bonne id&#233;e de l'ampleur des luttes urbaines et de l'arri&#232;re terrain qu'elles forment pour les pratiques d'autor&#233;duction. En automne 1976, &#224; Milan, I'Unione Inquilini &#233;valuait &#224; 5 000 le nombre de familles occupant plus de quarante &#233;difices. M&#234;me chose &#224; des degr&#233;s divers &#224; Venise, V&#233;rone, Turin, Florence, Caserta, Potenza, Avellino, Bolzano. Selon Aur&#233;lio Cipriani, l'un des trois conseillers de l'extr&#234;me gauche qui participent &#224; la municipalit&#233; de gauche mise en place apr&#232;s les &#233;lections r&#233;gionales : &#171; Il n'existe pas seulement un mouvement d'occupations, mais un bien plus vaste mouvement sur le logement. Ce qui signifie que, derri&#232;re la bataille des sans logements qui m&#232;nent des occupations, il y a 20 000 familles, rien qu'&#224; Milan, qui pratiquent l'autor&#233;duction des loyers dus &#224; l'Office des HLM (l'IACP), qui refusent les expulsions, qui pratiquent l'autor&#233;duction du t&#233;l&#233;phone. La derni&#232;re note d'&#233;lectricit&#233; distribu&#233;e ces jours ci par la poste a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; contest&#233;e et autor&#233;duite par 12 000 Milanais. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;Lotta Continua&lt;/i&gt; du 27 novembre 1974.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;Il Manifesto&lt;/i&gt; du 3 novembre 1974.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &lt;i&gt;Le nuove lotte per la casa a Napoli&lt;/i&gt;, A. Drago et E. Cardillo, p. 10O.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Massimo Todisco, &lt;i&gt;Le Lotte sociali a Milano&lt;/i&gt;, p. 76.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir la brochure &#224; para&#238;tre prochainement chez S&#233;ditions, NdE&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M&#234;me s'ils remettent aussi en cause ce mod&#232;le l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Parti Communiste Marxiste L&#233;niniste Italien&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Italie-nouvelle, n&#176;5-6 : &#171; D&#233;faite du r&#233;gime dans le proc&#232;s des supermarch&#233;s &#187;, mars avril 1975.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rosso, n&#176;4 : &#171; Pour nous, c'est une appropriation &#187;, novembre 1975.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ces textes sont extraits de deux chapitres du livre d'Yves Collondes et Pierre-Georges Randal &#034;&lt;i&gt;Les autor&#233;ductions&lt;/i&gt;&#034; (&#233;ditions Christian Bourgois, Paris, 1976).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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