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		<title>Le mouvement &#233;tudiant anti-CPE en r&#233;gion parisienne suivi de Occupations de la Sorbonne et de l'EHESS</title>
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		<dc:date>2008-10-23T16:10:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Meeting</dc:creator>


		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>
		<dc:subject>Insurrections, r&#233;voltes, &#233;meutes</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvements sociaux</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Cette brochure revient sur le mouvement anti-CPE en r&#233;gion parisienne, et notamment sur l'occupation de l'EHESS. Elle rassemble des textes &#233;crits juste apr&#232;s le mouvement, dans le cadre de la revue &lt;i&gt;Meeting&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique19" rel="directory"&gt;M&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot92" rel="tag"&gt;Insurrections, r&#233;voltes, &#233;meutes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot93" rel="tag"&gt;Mouvements sociaux&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH100/arton618-f82ff.jpg?1780815151' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff618.jpg?1222437669&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les deux textes ici reproduits sont tir&#233;s du site &lt;i&gt;Meeting&lt;/i&gt; (revue internationale sur la communisation).&lt;br&gt; &lt;a href=&#034;http://meeting.senonevero.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://meeting.senonevero.net/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Editions Impossibles ont &#233;dit&#233; en juin 2006 la brochure &lt;i&gt;Contre le CPE et son monde, notes sur le mouvement dit anti-CPE en Avignon&lt;/i&gt; (40p. A4, avec un texte de r&#233;flexion sur les &#233;v&#233;nements avignonnais &#233;cris par deux ch&#244;meurs qui ont particip&#233; au mouvement, une chronologie d&#233;taill&#233;e de la lutte en Vaucluse, le t&#233;moignage de deux &#233;tudiants bloqueurs et la reproduction de plusieurs tracts distribu&#233;s durant les manifestations).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Editions impossibles, septembre 2006&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le mouvement &#233;tudiant anti-CPE en r&#233;gion parisienne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce texte ne peut parler que du mouvement qui s'est d&#233;velopp&#233; &#224; partir des facs parisiennes et qui en a d&#233;bord&#233;, les auteurs ne peuvent pas pour l'instant analyser ce qui s'est pass&#233; tant en banlieue parisienne que dans les autres villes, le mouvement fut pluriel mais ses composantes se sont d&#233;velopp&#233;es en parall&#232;le, avec des interactions certes mais peu de communication directe. C'est d'ailleurs une des caract&#233;ristiques de ce mouvement que de s'&#234;tre d&#233;ploy&#233; sous des formes diff&#233;rentes suivant les conditions spatiales et les segments d'acteurs en lutte, ceci m&#233;riterait une analyse approfondie...&lt;br&gt;
Ce texte est un brouillon, des choses sont r&#233;p&#233;t&#233;es, d'autres manquent, des points doivent &#234;tre approfondis.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La naissance du mouvement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une campagne syndicale classique qui peine &#224; mobiliser dans les universit&#233;s, quelques &#233;tablissements de province sont en &#233;bullition (Rennes, Toulouse). C'est seulement apr&#232;s les vacances de f&#233;vrier que des minorit&#233;s activistes d&#233;cident de bloquer les facs sur la r&#233;gion parisienne avant m&#234;me d'organiser la mobilisation. Les piquets de gr&#232;ve pr&#233;existent &#224; la gr&#232;ve elle-m&#234;me. Lors de ce mouvement, sur la r&#233;gion parisienne, se sont des minorit&#233;s activistes qui porteront &#224; bout de bras la &#171; gr&#232;ve de facto &#187; (les &#233;tudiants ne pouvant plus acc&#233;der aux cours) et jamais les AG ne regrouperont plus de 5% des usagers de l'universit&#233;, ce qui est certes une force mais n&#233;anmoins qui n'est pas un raz de mar&#233;e et pas exactement un &#171; mouvement de masse &#187;.&lt;br&gt;
Le sch&#233;ma est plus ou moins le suivant : sur une fac de 30 &#224; 40 000 usagers on trouve de 200 &#224; 300 &#171; activistes &#187; qui font vivre la lutte, de 1 500 &#224; 2 000 &#233;tudiants qui participent aux AG et aux manifestations.&lt;br&gt;
Les minorit&#233;s activistes :&lt;br&gt;
Un m&#233;lange h&#233;t&#233;rog&#232;ne d'une moiti&#233; de militants syndicalistes ou politiques de gauche et d'extr&#234;me gauche et d'une autre moiti&#233; d'&#233;lectrons libres. Tous ont peu d'exp&#233;rience (&#224; part celle des ex-lyc&#233;ens ayant particip&#233; activement au mouvement de l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente), et la grande majorit&#233; d'entre eux tiennent &#224; sauvegarder &#171; l'unit&#233; du mouvement &#187;.&lt;br&gt;
Les participants aux AG :&lt;br&gt;
La pr&#233;sence relativement massive aux AG (relativement au faible nombre de ceux qui tiennent les piquets de blocages et participent aux actions) s'accompagne d'une attitude de participation minimale, d'une pr&#233;sence &#224; la limite de la passivit&#233;, une sorte de consum&#233;risme de la lutte. On arrive &#224; l'AG, on vote la reconduction de la gr&#232;ve et on rentre chez soi (si tant est que les votes sont repouss&#233;s &#224; la fin des AG pour ne pas voir les amphis se vider d&#232;s le vote accompli).&lt;br&gt;
La minorit&#233; agissante, bien que sur des positions toujours plus radicales (solidarit&#233; avec les &#233;meutiers de novembre et les sans-papiers, critique de la LEC dans son ensemble, volont&#233; d'extension aux salari&#233;s) a besoin du soutien (m&#234;me s'il n'est que passif) de la masse des &#233;tudiants pour ne pas rester seule face &#224; la r&#233;pression tant de l'administration que de l'Etat.&lt;br&gt;
Tout au long du mouvement, on sera en pr&#233;sence de deux &#171; sujets &#187; d&#233;pendants l'un de l'autre mais qui ne seront jamais sur la m&#234;me longueur d'onde : les &#233;l&#233;ments actifs dont le discours se &#171; radicalise &#187; et la masse des &#233;tudiants qui se prononce clairement contre le CPE (et seulement contre le CPE) mais &#171; d&#233;l&#232;gue &#187; la lutte aux premiers. D'un c&#244;t&#233; une forte minorit&#233; fortement investie dont le discours anticapitaliste s'affirme toujours plus et qui pratique un activisme volontariste, de l'autre une masse num&#233;riquement croissante de &#171; l'opinion publique &#187; seulement pr&#234;te (et encore pas trop) &#224; affirmer une position en d&#233;filant dans la rue et &#233;ventuellement en votant des motions lors des AG Les syndicalistes de la gauche plurielle - Unef et Conf&#233;d&#233;ration &#233;tudiante (CE) - constituent d'ailleurs les repr&#233;sentants naturels de cette masse. Les militants gauchistes (un pied dans l'un, un pied dans l'autre) forment le pont entre ces deux composantes qui autrement s'ignoreraient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;part cette alliance s'av&#232;re payante, les minorit&#233;s activistes ont besoin du nombre et de la l&#233;gitimit&#233; que cela leur conf&#232;re et le mouvement d'opinion juge relativement efficace le bordel que mettent les &#171; radicaux &#187; (y compris les syndicalistes gauche plurielle). C'est ce besoin de compl&#233;mentarit&#233;, la n&#233;cessit&#233; de l'unit&#233; entre des forces antagonistes, qui explique la forme ultra bureaucratico-d&#233;mocratique que prendra la lutte dans les universit&#233;s : pour la premi&#232;re fois dans l'histoire des luttes &#233;tudiantes, les assembl&#233;s de gr&#233;vistes sont remplac&#233;es par des assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales auxquelles sont convi&#233;s l'ensemble des &#233;tudiants (gr&#233;vistes et non-gr&#233;vistes, pro ou anti CPE). C'est cette sorte de parlement de l'universit&#233; qui se prononcera sur la reconduction de la gr&#232;ve et des blocages mais aussi sur les modalit&#233;s de la lutte. Les 200 actifs sont r&#233;ellement et formellement mandat&#233;s et d&#233;l&#233;gu&#233;s par les 1 500 pr&#233;sents/passifs &#224; l'AG pour mener la lutte en leur nom. La &#171; gr&#232;ve par procuration &#187; qui pointe son nez depuis 10 ans a finalement trouv&#233; sa forme, la chose est ent&#233;rin&#233;e et elle s'organise en tant que telle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deux mouvements pour le prix d'un&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233; il y a ceux qui veulent utiliser la couverture du &#171; plus large mouvement d'opinion possible &#187; (ce qui lui permet de ne pas se faire laminer par la r&#233;pression et rend possible le blocage des facs) pour mener une critique du syst&#232;me capitaliste ; de l'autre il y a cet ectoplasme (pr&#233;sent partout, ne se mat&#233;rialisant nulle part) qui estime, par exp&#233;rience, que seules des actions spectaculaires-m&#233;diatiques sont capables de le faire perdurer m&#234;me en tant que simple mouvement d'opinion. D'ailleurs la masse des &#233;tudiants ne d&#233;sire pas autre chose que de faire pression sur le gouvernement pour ne le faire c&#233;der que sur cette attaque pr&#233;cise contre la valeur des dipl&#244;mes. Les syndicats Unef et CE, en tant que repr&#233;sentants de cet ectoplasme n'ont aucune raison de s'inqui&#233;ter du fait que sur le terrain (dans les actions comme dans les &#171; r&#233;solutions &#187; proclam&#233;es) le foss&#233; se creuse toujours d'avantage entre activistes n&#233;o-syndicaux et la &#171; base &#187; amorphe du mouvement (et donc eux-m&#234;mes). Dans le monde de la repr&#233;sentation politico-m&#233;diatique ils tiennent toujours les r&#234;nes et les agitations des &#171; radicaux &#187; constituent avant tout pour eux une arme pour maintenir la pression. Les quelques milliers de personnes qui tiennent les piquets de blocage, organisent et participent activement aux actions n'ont jamais constitu&#233; un danger puisque maintenus dans le carcan d&#233;mocratique des AG sans lequel ils seraient isol&#233;s, ils s'autor&#233;gulent eux-m&#234;mes malgr&#233;s la teneur de leurs rodomontades. Pour ne pas se retrouver isol&#233;s face &#224; la r&#233;pression (de l'administration comme des flics et de la justice) ils s'autocondamnent &#224; une semi-impuissance. Face &#224; une situation o&#249;, les syndicats ayant abandonn&#233; le terrain, une palette de choix &#233;tait possible, de fait ils furent peu nombreux ceux qui os&#232;rent bousculer les limites mises en place auparavant. Les propositions de s'emparer des batiments universitaires pour en faire &#171; autre chose &#187;, les actions de blocage du trafic des marchandises (et parmi celles-ci, la principale, la marchandise force de travail), les manifs sauvages dans les quartiers populaires, les descentes dans les lieux de travail... furent en fait peu nombreuses et &#224; la limite du symbolique sur Paris. N&#233;anmoins elles ont eu le m&#233;rite d'exister et ont &#233;t&#233; porteuses d'une vraie dynamique durant un moment. Port&#233;es par une minorit&#233; au sein de la minorit&#233; et peu compatibles avec le fonctionnement des AG souveraines pratiquant le centralisme d&#233;mocratique elles n'ont pas provoqu&#233; l'&#233;bullition, tr&#232;s vite sur Paris il y eut surtout des initiatives fortement centralis&#233;es et planifi&#233;es en interfac (l'action obligatoire du mardi et du jeudi). Parmi les activistes estudiantins, de plus en plus se sentent coinc&#233;s dans un carcan autolimitatif et partent s'organiser ailleurs, certains se voient en groupes de potes, d'autres rejoignent l'EHESS, d'autre changent de fac ou errent de manifs en actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'organisation bureaucratico-d&#233;mocratique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les quelques milliers (peut &#234;tre 10 000 sur toute la France, en tout cas jamais plus de 3000 sur la r&#233;gion parisienne) d'&#233;tudiants actifs dans la lutte, la n&#233;cessit&#233; de s'appuyer sur une forte l&#233;gitimit&#233; se pose d&#232;s le d&#233;part. Dans la premi&#232;re phase du mouvement (son extension quantitative &#224; l'int&#233;rieur de l'universit&#233;) les deux tendances dans les A.G sont, d'une part le camps &#171; responsable &#187; c'est &#224; dire les syndicalistes (gauche et extr&#234;me gauche confondues) et les n&#233;o-syndicalistes (les non-syndiqu&#233;s responsables et r&#233;alistes) et de l'autre les agitateurs plus emball&#233;s par la possibilit&#233; de bordel qui s'offre que par la perspective d'un large mouvement de masse, la premi&#232;re tendance &#233;tant largement majoritaire. L'ultra d&#233;mocratisme est &#233;rig&#233; en principe intangible, il s'accompagne d'un bureaucratisme paralysant toute possibilit&#233; d'agitation pour les franges radicales. C'est une force d'inertie colossale voulue par l'immense majorit&#233;, aucun conflit (et donc d&#233;bat r&#233;el) ne peut s'y d&#233;velopper (on s'affronte physiquement &#224; sept heure du matin sur les piquets de blocage entre bloqueurs et anti-gr&#233;vistes et l'apr&#232;s-midi on pol&#233;mique entre gentlemen en AG ; on d&#233;nonce et insulte l'Unef et on partage civilement la tribune avec elle), les radicaux ou m&#234;me les syndicats de droite y ont toute libert&#233; de parole, de toute fa&#231;on le consensus et l'unitarisme se chargeront de niveler le discours sur le plus petit d&#233;nominateur commun. Cette attitude qui permettra la paralysie des universit&#233;s (avec des piquets ne d&#233;passant que rarement 200 personnes sur des facs de 30 &#224; 40 000, les anti-bloqueurs actifs n'&#233;tant que tr&#232;s l&#233;g&#232;rement inf&#233;rieurs en nombre) et donc la possibilit&#233; m&#234;me de l'existence du mouvement, deviendra rapidement un obstacle &#224; l'organisation n&#233;cessaire &#224; une r&#233;elle dynamique (condition &#233;galement n&#233;cessaire &#224; la vie d'un mouvement de lutte) qui signifie extension vers l'ext&#233;rieur et approfondissement des raisons de la r&#233;volte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auto-organisation des &#233;tudiants en tant qu'&#233;tudiants n'est qu'un corporatisme qui paralyse le mouvement. La composante &#233;tudiante de la fraction active du mouvement, si elle a multipli&#233; les appels &#224; l'extension du mouvement vers &#171; les salari&#233;s &#187;, &#171; les ch&#244;meurs &#187; ou &#171; les sans-papiers &#187;, a tenu dans la r&#233;alit&#233; &#224; conserver ses formes d'organisation sur son &#171; lieu de travail &#187; et ainsi, en fait de salari&#233;s, elle n'a pu se lier qu'avec le personnel enseignant et non-enseignant des universit&#233;s. Pour les autres (ch&#244;meurs, pr&#233;caires ou sans-papiers) un d&#233;l&#233;gu&#233; de temps en temps &#224; la tribune pour affirmer les &#171; passerelles &#187; virtuellement possibles entre des luttes qui ne feront que se cotoyer &#233;pisodiquement, et apr&#232;s une belle salve d'applaudissements chacun retourne &#224; son ghetto.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le double discours li&#233; &#224; la double nature du mouvement (volont&#233; de d&#233;passement ET volont&#233; de pr&#233;server l'unit&#233;) enferre la minorit&#233; active dans une contradiction, d'une part la n&#233;cessit&#233; de s'organiser sur SA fac en tant que ce qu'on est dans et pour le capital (&#233;tudiant, employ&#233; ou prof) pour garantir la possibilit&#233; et la p&#233;rennit&#233;s des AG (cette forme permettant d'utiliser les locaux, de sortir de l'atomisation et de fonder une identit&#233; collective) ; d'autre part la n&#233;cessit&#233; tout aussi imp&#233;rieuse de ne pas se cantonner au simple retrait du CPE et d'&#233;tendre la lutte &#224; d'autres secteurs, ce qui impliquerait d'ouvrir les assembl&#233;es pour en faire des p&#244;les de convergence et surtout de ne plus se consid&#233;rer en tant qu'&#233;tudiants. Dans les universit&#233;s les plus combatives (qui correspondent aux fili&#232;res offrant le moins de d&#233;bouch&#233;s) l'immense majorit&#233; des usagers sont salari&#233;s, souvent &#224; temps partiel, beaucoup viennent de la banlieue, certains sont sans-papiers... et tous ne s'expriment pourtant qu'en tant qu'&#233;tudiant. Si, individuellement, beaucoup des acteurs actifs portent des critiques qui sortent du cadre &#233;tudiant, la position collective exprim&#233;e nivelle cela au plus petit d&#233;nominateur commun.&lt;br&gt;
Concr&#232;tement cela signifie que les facs &#171; occup&#233;es &#187; et &#171; bloqu&#233;es &#187; le sont avec accord de l'administration, d'ailleurs ce n'est qu'une partie des locaux qui est conc&#233;d&#233;e pour l' &#171; occupation &#187; et selon des modalit&#233;s et des horaires n&#233;goci&#233;s consensuellement avec elle (les amphis ne sont pas pris mais quelques uns sont accord&#233;s par le pr&#233;sident, les piquets sont tenus sous le contr&#244;le des vigiles qui en r&#232;glent les modalit&#233;s, les gr&#233;vistes s'emploient &#224; ce que soit respect&#233; le r&#232;glement int&#233;rieur - interdiction de fumer, de graffiter et de cracher par terre, respect des horaires et m&#234;me contr&#244;le des cartes d'&#233;tudiant pour acc&#233;der &#224; certains couloirs), les AG se d&#233;roulent parfois sous la surveillance de vigiles ou du pr&#233;sident lui-m&#234;me, voire m&#234;me sous le regard de cam&#233;ras de s&#233;curit&#233;.&lt;br&gt;
Enfin on ne va pas rentrer dans tous les d&#233;tails, le fait est que le blocage ne se fait jamais contre la direction de la fac mais est toujours consid&#233;r&#233; comme une d&#233;cision d&#233;mocratique prise par l'AG repr&#233;sentative des &#233;tudiants &#224; laquelle l'administration serait cens&#233;e &#234;tre oblig&#233; de se plier. Et r&#233;ciproquement, les modalit&#233;s de la lutte doivent se plier au d&#233;roulement normal de l'universit&#233;, en respecter les locaux, les horaires, la hi&#233;rarchie... les usagers de l'universit&#233; (gr&#233;vistes et non-gr&#233;vistes, &#233;tudiants et profs, personnel et direction administrative) occupent d&#233;mocratiquement leurs facs.&lt;br&gt;
C'est bien le fait de s'organiser en tant qu'&#233;tudiant, en produisant une identit&#233; commune fictive et en reproduisant la s&#233;paration d'avec &#171; les autres &#187; (les &#171; faux manifestants &#187; ?), qui cimente un corporatisme qui pose qu'une fraction des exploit&#233;s - un segment de la classe - aurait des int&#233;r&#234;ts propres &#224; d&#233;fendre (pourquoi devrions-nous subir le CPE, nous qui avons des dipl&#244;mes ?). Dans l'oscillation toujours pr&#233;sente dans la frange active du mouvement, entre le discours d'identification &#224; l'ensemble des exploit&#233;s (le CPE est une mesure entrant dans le cadre d'une pr&#233;carisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e) et l'organisation sur la base restreinte de la d&#233;fense d'une condition d'&#233;tudiant (devant tout de m&#234;me offrir quelques garanties suppl&#233;mentaires par rapport au prolo lambda), c'est toujours le second terme qui l'emporte. C'est ce qui fait que les jeunes banlieusards ne peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;s que comme ext&#233;rieur au mouvement (au mieux on proposera que le mouvement &#171; tisse des liens &#187; avec eux, ne les traite pas totalement en ennemis).&lt;br&gt;
Quand les syndicats, les m&#233;dias et les partis politiques emploieront les vocables d' &#171; &#233;l&#233;ments ext&#233;rieurs &#187;, de &#171; faux manifestants &#187; ou de &#171; faux lyc&#233;ens &#187; pour d&#233;signer ceux qui, bien que participant &#224; la lutte, ne voulaient ou ne pouvaient pas se couler dans le moule unitaire (unis autour de la figure de l'&#233;tudiant responsable), il faut bien constater que, si cette novlangue n'a pas &#233;t&#233; particuli&#232;rement reproduite dans les AG, elle n'a gu&#232;re choqu&#233; et qu'en tout cas aucune voix ne s'est &#233;lev&#233;e pour s'y opposer.&lt;br&gt;
&#192; l'inverse, dans cette lutte qui, de fa&#231;on schizo&#239;de, dit se battre aussi contre la pr&#233;carit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e, la pr&#233;sence des futurs patrons et cadres sup&#233;rieurs - repr&#233;sent&#233;s par les AG des grandes &#233;coles - n'a pos&#233; aucun probl&#232;me.&lt;br&gt;
Par contre l'ultrad&#233;mocratisme bureaucratique emp&#234;chera toute liaison avec les lyc&#233;ens de banlieue qui m&#232;nent au m&#234;me moment et &#224; quelques stations de RER de distance une lutte extr&#234;mement massive (plusieurs dizaines de milliers hyperactifs) et dynamique. Ils d&#233;velopperont leurs modes d'organisation et leurs actions de mani&#232;re compl&#232;tement parall&#232;le. Les banlieues parisiennes vivent au rythme local des manifs sauvages, caillassages, affrontements avec la police, actions offensives et blocages des voies de circulation sans que les &#233;tudiants parisiens n'en soient aucunement inform&#233;s. Quand des lyc&#233;es se trouvent dans l'abord imm&#233;diat d'une fac, des actions coordonn&#233;es sont organis&#233;es conjointement, c'est &#224; dire qu'il y a alliance entre les deux entit&#233;s (lyc&#233;ens et &#233;tudiants) qui restent distinctes, mais jamais fusion.&lt;br&gt;
Les quelques tentatives d'AG communes (Nanterre et Tolbiac) furent un v&#233;ritable bordel. Les lyc&#233;ens &#233;tant &#233;videment incapables de se couler dans le moule l&#233;nifiant et ultra-polic&#233; du mode d'organisation &#233;tudiant, il y fut mis un terme imm&#233;diatement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce que n'a pas produit la dynamique du mouvement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;mocratisme est la cause de l'autolimitation du mouvement, elle en est aussi la cons&#233;quence. Nous sommes face &#224; un cercle vicieux o&#249; l'impossibilit&#233; tant de concevoir la lutte comme la construction d'un r&#233;el rapport de force que de percevoir la dynamique de lutte comme radicalisation des conflits est produite par le consensus ambiant autant qu'elle le reproduit. Le d&#233;mocratisme emp&#234;che de cr&#233;er les bases mat&#233;rielles d'une r&#233;elle dynamique de lutte, et l'absence de ces bases mat&#233;rielles interdit de se passer du consensus d&#233;mocratique. C'est bien l'absence de conflits ou m&#234;me de d&#233;bats entre les deux tendances internes au mouvement (affrontement de classe ou am&#233;nagement des int&#233;r&#234;ts cat&#233;goriels) qui permet d'emp&#234;cher tout d&#233;passement. Les deux tendances se c&#244;toient dans chaque instance et moment du mouvement, elles continuent &#224; traverser chaque individu parti prenante, sans qu'aucune maturation ne se produise.&lt;br&gt;
Les syndicats ne s'y tromperont pas, ils se garderont bien de d&#233;noncer le gauchisme et l'extr&#233;misme de la coordination nationale. La force d'inertie de la masse &#233;tudiante, le fonctionnement extr&#234;mement lourd des d&#233;bats et l'isolement cat&#233;goriel pos&#233; en principe se r&#233;v&#233;lant des moyens d'autolimitation bien plus puissants que les vieilles m&#233;thodes de magouilles politiques, les syndicats &#233;tudiants peuvent abandonner les AG aux &#171; radicaux &#187; en se r&#233;servant la repr&#233;sentation m&#233;diatique, les n&#233;gociations avec le gouvernement et la diffusion capillaire du discours limit&#233; au refus du CPE.&lt;br&gt;
Le conflit est &#233;galement &#233;lud&#233; au sein des universit&#233; entre &#233;tudiants et administration. Il est surprenant de constater qu'apr&#232;s deux mois d' &#171; occupation &#187; les &#171; occupants &#187; ne se sont rien appropri&#233; des locaux, le mat&#233;riel reste g&#233;r&#233; par la direction qui, selon son bon vouloir, le conc&#232;de aux gr&#233;vistes. Rien n'est remis en cause du fonctionnement de l'institution universitaire et personne ne se permettrait de hausser la voix devant un vigile. Il faut avoir vu comment les &#171; activistes &#187; estudiantins s'adressent aux membres de la direction d'une universit&#233; - en baissant les yeux et le ton de la voix - pour comprendre ce que signifie pour eux une occupation.&lt;br&gt;
Les AG se radicalisent en vase clos : produisant une compilation de revendications dans le vent, les AG et la Coordination nationale ne s'adressent qu'&#224; ses composants par des voeux pieux. Au bout de deux mois et demi de lutte, les discours et actions des minorit&#233;s actives ont influenc&#233; une bonne part des &#233;tudiants pr&#233;sents aux assembl&#233;es, mais faute de se traduire par un changement de pratique au quotidien (dans les occupations, dans les formes d'actions comme dans les AG) cela n'entra&#238;nera aucune dynamique. M&#234;me apr&#232;s la quasi &#233;viction de l'Unef-majo et de la CE tant des AG les plus combatives que de la coord, on laissera gentiment le monopole du planning des &#233;ch&#233;ances nationales et r&#233;gionales au cartel des 12 syndicats coopt&#233;s par le gouvernement pour mener les n&#233;gociations. La volont&#233; d'&#233;largissement se traduit (du d&#233;but &#224; la fin) par un appel &#224; ce que les grands syndicats repr&#233;sentatifs lancent un appel &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Le probl&#232;me est que les acteurs de terrain n'ont gu&#232;re le choix s'ils ne veulent pas se retrouver compl&#232;tement isol&#233;s... mais en ne sortant pas de ce cercle vicieux (crainte de l'isolement/ d&#233;pendance envers la gauche institutionnelle/ d&#233;possession des leviers de mobilisation/ encore plus d'isolement/ d&#233;pendance toujours accrue) la coord se condamne &#224; produire des d&#233;clarations toujours plus d&#233;connect&#233;es des pratiques r&#233;elles dans les facs (o&#249; m&#234;me l'UNI participe aux AG, o&#249; les &#171; occupations &#187; sont conc&#233;d&#233;es par l'administration, o&#249; les piquets sont parfois tenus avec les vigiles, etc.), &#224; voter des modalit&#233;s d'intervention sans rapport avec les forces r&#233;ellement impliqu&#233;es. Jamais les AG parisiennes (sauf celle de la Sorbonne en exil) ne se poseront la question de ce qu'elles peuvent faire &#224; partir de leurs propres forces, jamais elles ne se demanderont comment d&#233;velopper un r&#233;el rapport de force. On peut dire la m&#234;me chose de la Coordination nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un facteur de l'enlisement (et de la disparition soudaine) du mouvement, a &#233;t&#233; l'h&#233;g&#233;monie de la composante &#233;tudiante sur celui-ci, et notamment sur la composante lyc&#233;enne, beaucoup plus nombreuse et active. Si le processus qui a permis cet &#233;tat de fait est facile &#224; cerner (les &#233;tudiants sont mieux structur&#233;s et dans des &#233;tablissements plus centralis&#233;s, ils sont rentr&#233;s les premiers dans la lutte) en revanche, on peut s'interroger sur ce qui a emp&#234;ch&#233; qu'il soit remis en cause. Pour comprendre il faudrait se pencher sur les pratiques et les modes d'organisation des lyc&#233;ens, sur les coordinations d&#233;partementales ou de secteur qu'ils ont mises en place... nous n'en avons qu'une faible id&#233;e &#224; travers la lecture des journaux locaux qui rapportent des centaines d'actions, d'affrontements et manifestations, parfois de milliers de personnes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'apog&#233;e du mouvement (lorsque paradoxalement la situation devient tellement contradictoire qu'elle signifie une paralysie/agonie du mouvement) on assiste &#224; l'alliance de toutes les composantes gauchistes, n&#233;o-syndicales et agitationnistes contre les gros syndicats. Cela s'accompagne d'une certaine radicalisation du discours et des formes d'actions, d'un abandon relatif de l'unitarisme syst&#233;matique et d'une critique du fonctionnement ultra-d&#233;mocratique. Mais cela n'ira jamais jusqu'&#224; la remise en cause explicite du centralisme d&#233;mocratique induit par les seules instances existantes de d&#233;bats, d'organisation et de d&#233;cision que constituent les AG de TOUS les &#233;tudiants (et d'eux seuls), en fait ce fonctionnement a &#233;t&#233; tellement id&#233;ologis&#233; qu'il est devenu la &#171; marque de fabrique &#187; de la minorit&#233; activiste qui voit dans cette pseudo horizontalit&#233; un gage de radicalit&#233;. Ce sont toujours des &#233;tudiants mobilis&#233;s en tant qu'&#233;tudiants, sur leur &#171; lieu de travail &#187; et tenant &#224; pr&#233;server &#171; leurs &#187; locaux et &#171; leur &#187; auto-organisation qui tentent d&#233;sesp&#233;r&#233;ment de d&#233;passer une situation dans laquelle ils se sont eux-m&#234;mes enferm&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 juin 2006&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Occupations de la Sorbonne et de l'EHESS,
Bref r&#233;sum&#233; de certains aspects du mouvement anti-CPE &#224; Paris&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La question de l'occupation s'est pos&#233;e au moment o&#249; le mouvement commen&#231;ait &#224; prendre de l'ampleur dans la capitale, c'est &#224; dire surtout apr&#232;s la manifestation du 7 mars. Il devenait n&#233;cessaire de trouver une forme d'organisation qui puisse faire exister une tendance, d&#233;j&#224; largement pr&#233;sente mais qui, sur Paris, cherchait encore les voies de son regroupement pratique. Ceux qui demeuraient insatisfaits des formes st&#233;riles d&#233;velopp&#233;es dans les AG &#233;tudiantes devaient se donner les moyens de se rencontrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait logique de penser que la revendication sur le CPE allait rencontrer tr&#232;s vite l'ensemble de la question de la pr&#233;carit&#233;. En refusant le CPE, le mouvement posait la question de l'&#233;volution du rapport salarial dans son ensemble, et offrait ainsi la possibilit&#233; de ne pas se cantonner &#224; sa revendication initiale. On pouvait analyser le mouvement comme quelque chose qui ne se limitait pas &#224; une question corporatiste &#233;tudiante - et donc qui demandait que la lutte gagne des secteurs non-&#233;tudiants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agissait donc pas d'introduire dans le mouvement une dimension qu'il n'avait pas, encore moins de lui montrer la voie ou de servir de mod&#232;le. Simplement, m&#234;me si cette lutte paraissait contenir en elle-m&#234;me le d&#233;passement de la revendication et du corporatisme, rien n'&#233;tait jou&#233; d'avance. Ceux qui d&#233;cid&#232;rent de cette occupation ne voulaient pas se contenter de croire que ce qui peut arriver arrivera &#224; temps et &#224; coup s&#251;r. L'id&#233;e &#233;tait de se donner les moyens d'accro&#238;tre la puissance de ce qui &#233;tait d&#233;j&#224; l&#224; dans la mesure de nos capacit&#233;s &#224; concevoir et &#224; agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La forme d'action est li&#233;e au fond : sortir de la logique de la revendication et du corporatisme suppose de sortir &#233;galement de la logique syndicale et des formes admises de l'action. L'occupation permanente d'un lieu comme point de regroupement permet de tourner la plupart des probl&#232;mes pos&#233;s par ces formes d'organisation traditionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re occupation, celle de la Sorbonne, fut tout &#224; la fois un &#233;chec et un succ&#232;s. Ce fut un &#233;chec car l'administration r&#233;pondit &#224; l'occupation par un blocus imm&#233;diat : on laissait quelques dizaines d'&#233;tudiants isol&#233;s s'attarder dans un amphi surveill&#233; par les vigiles. Le vendredi soir, ce blocus fut tourn&#233; par des centaines de manifestants, pas tous &#233;tudiants, qui entr&#232;rent de force dans les b&#226;timents. La r&#233;action fut imm&#233;diate : il &#233;tait hors de question, pour le rectorat et le gouvernement, de laisser la Sorbonne &#234;tre le point de ralliement que les occupants voulaient qu'elle soit. Le rectorat justifia explicitement l'expulsion par le fait que des non-&#233;tudiants avaient rejoint l'occupation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut un succ&#232;s &#224; cause du retentissement que cette occupation eut dans le mouvement. L'occupation de la Sorbonne n'avait pas pour objectif premier d'&#234;tre une &#171; action symbolique &#187;, m&#234;me si chacun savait bien que cette universit&#233; est situ&#233;e dans un quartier historique et prestigieux, proche de tous les lieux de pouvoir universitaires, dans les m&#234;mes b&#226;timents que le rectorat, et que la seule &#233;vocation de son nom rappelle Mai 68. Toutefois, le cours des &#233;v&#232;nements donna &#224; cette occupation une valeur de symbole, &#224; tel point que venir s'affronter avec les CRS devant les grilles qui entouraient cette universit&#233; devint une sorte d'obsession des manifestants au moins jusqu'au 31 mars (et parfois m&#234;me avec le douteux slogan de &#171; la Sorbonne aux &#233;tudiants &#187;, qui contredisait pr&#233;cis&#233;ment les objectifs de l'occupation initiale).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une tentative improvis&#233;e et avort&#233;e au Coll&#232;ge de France, une opportunit&#233; s'offrit avec l'&#233;cole des Hautes Etudes en sciences sociales. Le choix de l'annexe de l'EHESS r&#233;pondait &#224; des questions pratiques : il fallait qu'il y e&#251;t un amphi, des salles pour des r&#233;unions, des commodit&#233;s diverses qui rendent une occupation longue possible. Il y avait surtout une possibilit&#233; apparente de complicit&#233; avec un certain nombre d'&#233;tudiants voire de professeurs du lieu- ce dernier point se r&#233;v&#233;lant par la suite quelque peu illusoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'assembl&#233;e qui se r&#233;unit chacun des quatre soirs de l'occupation de l'EHESS rompait avec le fonctionnement des AG &#233;tudiantes. Elle &#233;tait fix&#233;e au soir, vers 19 heures, pour permettre aux gens qui travaillaient d'y assister. Elle admettaient les &#233;tudiants comme les non-&#233;tudiants, mais, &#224; la diff&#233;rence de ce qui se faisait dans les facs, elle excluait ceux qui venaient pour affirmer leur opposition au mouvement. L'id&#233;e qui s'exprima rapidement &#233;tait que cette assembl&#233;e n'&#233;tait pas une AG d'&#233;tudiants et de travailleurs, et de ch&#244;meurs et de pr&#233;caires, etc. mais une assembl&#233;e de personnes qui s'inscrivaient dans la lutte, bref non pas une addition de situations diverses mais la volont&#233; d'aboutir par la lutte au d&#233;passement de ces situations. Ce n'&#233;tait pas seulement que pouvaient participer, en plus des &#233;tudiants et des lyc&#233;ens, des travailleurs, des ex-travailleurs, des ch&#244;meurs, des pr&#233;caires, ou n'importe quoi d'autre : mais encore que personne n'&#233;tait l&#224; en tant que ch&#244;meur, ou pr&#233;caire, ou &#233;tudiant, etc. mais seulement en tant &#171; qu'en lutte &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel principe commandait que l'assembl&#233;e ne soit pas ouverte &#224; ceux qui ne viendraient qu'en consommer le spectacle. Il ne s'agissait pas de demander &#224; chacun la garantie formelle de son engagement mais bien d'exclure ceux dont la position &#233;tait incompatible avec le fait de s'investir. C'&#233;tait par exemple le cas des journalistes qui sont par d&#233;finition ext&#233;rieurs &#224; l'activit&#233; commune puisqu'ils se posent comme des &#171; observateurs &#187; - et ce bien que leur pr&#233;tendue recherche d'objectivit&#233; soit d&#233;mentie tous les jours par la r&#233;alit&#233; de leur soumission &#224; la marchandise et &#224; l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son fonctionnement, l' assembl&#233;e refusait les tours de parole, le vote, la pr&#233;sence d'une tribune et l'existence d'une pr&#233;sidence de s&#233;ance formalis&#233;e. Il n'y avait pas d'ordre du jour. Il y avait pourtant bien une forme d'autor&#233;gulation du d&#233;bat, certains intervenant parfois lorsque les m&#234;mes personnes monopolisaient la parole, ou pour emp&#234;cher de parler ceux qui venaient affirmer un point de vue oppos&#233; au mouvement ou, &#224; la fin, pour &#233;viter qu'un des professeurs qui avaient tent&#233; de virer les occupants ne s'exprime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'important toutefois n'&#233;tait pas uniquement l' assembl&#233;e en elle-m&#234;me mais tout ce qu'elle devait rendre possible. L'occupation &#233;tait permanente, et l' assembl&#233;e ne prenait que trois ou quatre heures sur les vingt-quatre que compte une journ&#233;e. &#192; partir, donc, des discussions tr&#232;s vari&#233;es (parfois chaotiques, parfois plus construites) qui avaient lieu dans l' assembl&#233;e devaient s'organiser d'autres &#233;changes plus restreints qui pouvaient aboutir &#224; des textes, des actions, etc. L' assembl&#233;e &#233;tait plut&#244;t un forum qu'une instance &#171; souveraine &#187; ou &#171; d&#233;cisionnelle &#187; car une &#171; d&#233;cision &#187; ne pouvait exister que parce qu'une partie des gens avaient d&#233;cid&#233; de la rendre effective. Ceux qui le voulaient prenaient l'initiative de rendre les propositions faites en assembl&#233;e effectives sous forme de d&#233;bats, discussions, actions ou toute autre forme de pratique collective. Pour devenir action, une proposition n'a jamais besoin que de l'assentiment de ceux qui sont pr&#234;ts &#224; s'engager pour elle. Cela dit, &#224; l'EHESS comme apr&#232;s, il y eut beaucoup de propositions et peu de r&#233;alisations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'occupation semblait secondaire puisque l'important n'&#233;tait pas l'occupation elle-m&#234;me mais ce qu'elle devait permettre : mais plus elle fut n&#233;glig&#233;e, plus l'occupation se vengea en exigeant bien plus d'&#233;nergie pour se maintenir d'une mani&#232;re insatisfaisante que ce dont elle aurait eu besoin pour fonctionner correctement si elle avait &#233;t&#233; bien men&#233;e d&#232;s le d&#233;but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s la deuxi&#232;me journ&#233;e, la perspective n'&#233;tait plus que de tenir pour attendre l'assembl&#233;e du soir : et au matin du quatri&#232;me jour les occupants furent expuls&#233;s par les flics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la suite, &#171; l'AG en lutte &#187; s'est r&#233;unie dans une salle qui &#233;tait pr&#234;t&#233;e pour l'occasion dans un squat de la rue Servan. La perspective d'un mode d'organisation incluant, sur un lieu unique, l'assembl&#233;e, les rencontres, les r&#233;unions en petit comit&#233; et les d&#233;parts d'action s'&#233;loignait. Mais, m&#234;me fonctionnant d'une mani&#232;re tronqu&#233;e, L' assembl&#233;e se poursuivit jusqu'&#224; la fin du mouvement, et m&#234;me encore un peu au-del&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au total, le bilan de &#171; l'AG en lutte &#187; se r&#233;sume en quelques initiatives relativement peu nombreuses. La premi&#232;re &#233;tait l'appel &#224; l'occupation de l'EHESS qui posait le d&#233;passement du CPE et du cadre &#233;tudiant du mouvement. La seconde &#233;tait un appel &#224; la g&#233;n&#233;ralisation du blocage des voies de circulation et de l'&#233;conomie, avec l'organisation d'actions allant dans ce sens. La troisi&#232;me appelait &#224; la &#171; bifurcation &#187; des manifestations hors des parcours programm&#233;s par les syndicats et la police comme des pi&#232;ges pour les manifestants. La derni&#232;re eut lieu lors de la br&#232;ve occupation d'une Bourse du travail pr&#232;s de R&#233;publique et, d&#233;non&#231;ant la fin programm&#233;e du mouvement par la satisfaction de la revendication, elle affirmait que &#171; notre situation dans le capitalisme ne peut qu'aller en empirant &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question se pose de savoir pourquoi &#171; l'AG en lutte &#187; fut si bavarde mais r&#233;alisa relativement peu de choses. Comparativement, l'Assembl&#233;e de Jussieu durant le mouvement des ch&#244;meurs de 1998, en fonctionnant peu ou prou de la m&#234;me mani&#232;re, fut beaucoup plus active. Les limites de &#171; l'AG en lutte &#187; ne sont peut-&#234;tre pas autres que celles du mouvement en g&#233;n&#233;ral, et cela parce que cette assembl&#233;e n'&#233;tait pas une formation ext&#233;rieure au mouvement. Son r&#244;le sp&#233;cifique &#233;tait de chercher &#224; exprimer sous une forme condens&#233;e ce qui se confiait, se murmurait ou se disait de mani&#232;re diffuse ailleurs dans le mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 juin 2006&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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