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		<title>Le Salaire</title>
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		<dc:date>2009-01-15T07:55:33Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nanni Balestrini</dc:creator>


		<dc:subject>Critiques du travail</dc:subject>
		<dc:subject>Hobolo (Paris)</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ves et luttes des classes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Qu'est-ce que c'est, le salaire d'un ouvrier. Moi, ma feuille&lt;br class='autobr' /&gt;
de paie, je ne la lisais jamais, parce que je m'en foutais pas&lt;br class='autobr' /&gt;
mal. Mais sur la feuille, il y a toutes les cases dans lesquelles&lt;br class='autobr' /&gt;
le patron divise la paie qu'il donne &#224; l'ouvrier. En gros, deux&lt;br class='autobr' /&gt;
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plusieurs cases : prime de production, prime d'assiduit&#233;, prime&lt;br class='autobr' /&gt;
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&#224; la production du patron. Le salaire au rendement, par&lt;br class='autobr' /&gt;
exemple, c'est la paie pour le nombre de pi&#232;ces que produit&lt;br class='autobr' /&gt;
l'ouvrier. Moyennant quoi, l'ouvrier doit toujours &#234;tre z&#233;l&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot65" rel="tag"&gt;Hobolo (Paris)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot95" rel="tag"&gt;Gr&#232;ves et luttes des classes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L107xH150/arton633-3f4e9.jpg?1780462754' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='107' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff633.jpg?1229954864&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'ann&#233;e 1969 et les ouvriers de la Fiat &#224; Turin lancent, en quelque&lt;br class='autobr' /&gt;
sorte, plus de dix ann&#233;es d'une intense lutte de classe et de l'&#233;bullition&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;volutionnaire en Italie. L'usine Mirafiori de Fiat &#224; Turin est&lt;br class='autobr' /&gt;
alors le plus vaste complexe industriel europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous reproduisons dans cette brochure le chapitre 6 intitul&#233;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Le Salaire&#8221; &lt;i&gt;de&lt;/i&gt; Nous voulons tout&lt;i&gt; de Nanni Balestrini. Publi&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
en 1971, ce r&#233;cit retrace la lutte insurrectionnelle des ouvriers&lt;br class='autobr' /&gt;
de Mirafiori. Le chapitre 6, plus th&#233;orique que les autres, est une&lt;br class='autobr' /&gt;
analyse assez limpide de ce qu'est la lutte de classe au sein d'une&lt;br class='autobr' /&gt;
usine, de comment s'expriment les rapports de force et conflits d'int&#233;r&#234;t&lt;br class='autobr' /&gt;
entre patrons, contre-ma&#238;tres, jaunes, syndicats et ouvriers...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;hobolo, novembre 2008.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Chez Fiat, &#231;a faisait d&#233;j&#224; deux ou trois semaines que c'&#233;tait commenc&#233;. Les luttes avaient commenc&#233; apr&#232;s la gr&#232;ve pour Battipaglia que les syndicats de Fiat avaient prudemment limit&#233;e &#224; trois heures. Le 11 avril avait eu lieu la premi&#232;re assembl&#233;e politique, de 1.500 ouvriers des Presses Sud de Mirafiori. &#199;'a &#233;t&#233; la premi&#232;re occasion qu'ont saisie les ouvriers de chez Fiat pour lutter contre le plan des patrons : cr&#233;er le ch&#244;mage et faire venir les M&#233;ridionaux apr&#232;s les avoir affam&#233;s. Cr&#233;er une &#233;norme masse de r&#233;serve de jeunes, et les obliger &#224; partir, comme au service militaire, pour travailler dans les usines du Nord. Le travail, apr&#232;s &#231;a, devient presque une r&#233;compense, un cadeau que nous font les patrons. Nous faire venir dormir dans les gares, ou entass&#233;s dans une pi&#232;ce au loyer prohibitif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a, c'&#233;tait un ouvrier qui l'expliquait aux ateliers des Auxiliaires, apr&#232;s la gr&#232;ve pour Battipaglia. Il a grimp&#233; sur une table de la cantine et il a expliqu&#233; pourquoi les M&#233;ridionaux sont oblig&#233;s de monter dans le Nord. Alors la direction a pris la mesure habituelle : mutation de l'ouvrier &#224; Mirafiori Nord pour l'isoler de tous. Mais le mardi 15, il y avait d&#233;j&#224; un groupe d'ouvriers qui discutaient, un second meeting. Ils sont intervenus &#224; la cantine, ont demand&#233; un arr&#234;t de travail et impos&#233; &#224; la commission interne la r&#233;int&#233;gration imm&#233;diate de l'ouvrier dans son &#233;quipe. Moi, je ne savais pas encore qu'il s'&#233;tait pass&#233; tout &#231;a, avant. Je l'ai appris ensuite, dans les discussions avec les camarades. Apr&#232;s que j'ai eu largu&#233; le turbin pour toujours. Apr&#232;s le bordel que j'ai fait ce jour-l&#224;, &#224; Mirafiori.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quarante-huit heures apr&#232;s, la lutte des Auxiliaires a commenc&#233;, pour les cat&#233;gories et les superminima : 2 heures de d&#233;brayage par &#233;quipe. On demandait l'&#233;limination de la troisi&#232;me cat&#233;gorie pour les Auxiliaires. Pour faire participer &#224; la lutte les ouvriers de la premi&#232;re cat&#233;gorie, le syndicat demandait aussi l'augmentation des superminima. Les ouvriers ont donn&#233; imm&#233;diatement le coup d'envoi des arr&#234;ts de travail. Le syndicat a suivi. Mais &#231;a n'&#233;tait qu'une phase d'essai. C'est au bout d'un mois que la lutte a commenc&#233; &#224; s'&#233;tendre progressivement &#224; tous les ateliers de Mirafiori.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment fonctionne Mirafiori. Le premier des deux grands courants de la production part des Fonderies o&#249; sont construits les &#233;l&#233;ments du moteur, monobloc et culasse d'aluminium. Apr&#232;s, la M&#233;canique, o&#249; les moteurs sont mont&#233;s et compl&#233;t&#233;s avec le reste de leurs &#233;l&#233;ments. Ensuite, les moteurs passent &#224; l'Assemblage, la cha&#238;ne de montage. Le deuxi&#232;me courant part des Presses, o&#249; sont moul&#233;es les parties en t&#244;le de la carrosserie. Puis l'Assemblage, o&#249; elles sont soud&#233;es et peintes. Pendant que les carrosseries parcourent la cha&#238;ne, on y monte le moteur et les parties m&#233;caniques. Les voitures sont habill&#233;es, dot&#233;es de leurs roues, et finalement font leur sortie sur le parc de stockage.&lt;br class='autobr' /&gt;
A la mi-mai, commencent les gr&#232;ves des caristes. Pour que les r&#233;serves s'&#233;puisent et que le contrecoup de l'arr&#234;t de travail p&#232;se sur les ateliers, que les caristes relaient entre eux par les transports internes, la gr&#232;ve s'&#233;tend sur toute la dur&#233;e des trois huit. A midi, le premier jour, Fiat avance la premi&#232;re offre : 40 lires de l'heure d'augmentation pour tous les caristes de troisi&#232;me cat&#233;gorie, de fa&#231;on &#224; sauver la hi&#233;rarchie avec la diff&#233;rence de 10 lires pour la deuxi&#232;me. Refus net des caristes de Mirafiori Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lundi 19 mai, les caristes font gr&#232;ve encore pendant toute la premi&#232;re &#233;quipe. La liaison s'&#233;tablit avec les autres postes et commencent des assembl&#233;es par atelier. On repousse la proposition des chefs d'atelier, d'envoyer une d&#233;l&#233;gation d'ouvriers discuter &#224; la direction. Les caristes r&#233;pondent que, pour eux, ce serait plus commode si Fiat envoyait ses repr&#233;sentants aux assembl&#233;es d'ouvriers. Dans les assembl&#233;es, les ouvriers d&#233;cident : ce qui importe, c'est la revendication salariale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu' est-ce que c'est, le salaire d'un ouvrier. Moi, ma feuille de paie, je ne la lisais jamais, parce que je m'en foutais pas mal. Mais sur la feuille, il y a toutes les cases dans lesquelles le patron divise la paie qu'il donne &#224; l'ouvrier. En gros, deux parties : la premi&#232;re partie, c'est le salaire de base, il correspond aux heures de travail qu'on a faites &#224; l'usine. &#199;a devrait &#234;tre le seul salaire. En r&#233;alit&#233;, il est toujours tr&#232;s bas, c'est-&#224;&#172;-dire qu'il ne suffit jamais au minimum vital de l'ouvrier. Alors, il y a l'autre partie du salaire, la partie mobile. Dans la partie mobile, il peut y avoir plusieurs cases : prime de production, prime d'assiduit&#233;, prime de rendement, indemnit&#233;s vari&#233;es, et caetera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces divisions ne servent qu'&#224; lier le salaire de l'ouvrier &#224; la production du patron. Le salaire au rendement, par exemple, c'est la paie pour le nombre de pi&#232;ces que produit l'ouvrier. Moyennant quoi, l'ouvrier doit toujours &#234;tre z&#233;l&#233; et ob&#233;ir aux ordres de ses chefs. Parce que c'est eux qui &#233;tablissent cette partie variable de son salaire, qui lui est absolument indispensable pour vivre. Et qui permet au patron de maintenir un contr&#244;le politique sur la classe ouvri&#232;re, de faire qu'elle accepte de collaborer &#224; sa propre exploitation. Et c'est la raison pour laquelle, quand, nous, on demande des augmentations sur le salaire de base, le patron et les syndicats veulent toujours nous les donner sur la partie variable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que plus le patron nous augmente de cette fa&#231;on-l&#224;, plus le salaire de l'ouvrier est li&#233; &#224; la production, et plus augmente le contr&#244;le politique, de la part du patron. Au rendement, tout de m&#234;me, le patron, on peut encore l'avoir par la r&#233;duction volontaire de la production : en faisant moins de pi&#232;ces qu'on ne devrait. Parce que si on en fait en suppl&#233;ment, le patron y gagne toujours, en pi&#232;ces, plus que l'argent qu'il donne en &#233;change &#224; l'ouvrier. Tandis qu'avec la r&#233;duction volontaire, le pognon que ne gagne pas l'ouvrier est la contrepartie d'une tr&#232;s grande quantit&#233; de pi&#232;ces que le patron n'a pas, et c'est lui qui y perd le plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette partie variable du salaire, donc, est celle qui paie la diff&#233;rence de quantit&#233; de travail fournie par les ouvriers. Il y a aussi ce qu'on appelle la structure verticale du salaire, c'est-&#224;-dire les diff&#233;rences de salaire entre un ouvrier et un autre, selon le type de travail qu'il fait. C'est le syst&#232;me des qualifications et des cat&#233;gories, et des autres instruments que le patron utilise &#224; tour de r&#244;le pour diviser ses ouvriers entre eux : les cotations de poste, la promotion au m&#233;rite, les superminima diff&#233;renci&#233;s, l'&#233;valuation des t&#226;ches, jusqu'aux m&#233;thodes arri&#233;r&#233;es comme le dessous de table et le salaire noir. Tout &#231;a paie la diff&#233;rence de qualit&#233; du travail fourni par les ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce fait que le type de travail que fait un ouvrier a une valeur diff&#233;rente, qu'il est pay&#233; plus ou moins que le travail d'un autre ouvrier, &#231;a, c'est une invention capitaliste. C'est les patrons qui ont invent&#233; &#231;a, pour avoir en main un autre instrument de contr&#244;le politique sur la classe ouvri&#232;re. Et n'oublions pas que le parti et le syndicat aussi sont d'accord avec cette invention capitaliste. Pour eux aussi, il est juste que le pognon que re&#231;oit un ouvrier soit bas&#233; sur la diff&#233;rence de qualit&#233; du travail qu'il fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces diff&#233;rences de salaire servent au patron pour exercer un chantage continuel sur l'ouvrier : Si tu veux passer professionnel, si tu veux am&#233;liorer ta condition, faut &#234;tre sage, faut pas casser les pieds, faut pas faire gr&#232;ve, et caetera. Et &#231;a lui sert pour diviser les ouvriers pendant la lutte, parce qu'alors tout le monde pose des revendications diff&#233;rentes suivant sa qualification et sa cat&#233;gorie, et on lutte dispers&#233;s. Le patron trouve toujours un syndicat obligeant pour signer les accords d'augmentations suivant les diff&#233;rentes qualifications et cat&#233;gories.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, il y a l'horaire de travail. Huit heures de travail, quand ce n'est pas neuf ou dix, &#231;a d&#233;truit compl&#232;tement l'ouvrier. Il lui reste peu d'&#233;nergie pendant le temps qu'on dit libre, pour communiquer avec les autres ouvriers et s'organiser politiquement. Pourquoi est-ce que les patrons veulent maintenir toujours aussi &#233;lev&#233; l'horaire de travail ? Avant tout, pour avoir le contr&#244;le politique de la situation m&#234;me hors de l'usine. Au second plan, vient l'id&#233;e de faire produire plus aux ouvriers. Mais aujourd'hui, les ouvriers refusent le travail, ils veulent avoir moins d'heures de travail pour pouvoir s'organiser politiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il y a le statut, c'est-&#224;-dire la division, faite par le patron, des forces de production en deux secteurs. Les ouvriers d'un c&#244;t&#233;, les employ&#233;s et techniciens de l'autre. Par exemple, la r&#233;glementation des absences pour maladie est &#233;tudi&#233;e pour imposer le travail &#224; l'ouvrier. S'il a trois jours d'absence, l'ouvrier perd son salaire compl&#232;tement. Dans le statut des employ&#233;s et des techniciens, c'est pas pareil. Justement, c'est &#233;tudi&#233; pour emp&#234;cher l'ouvrier de rester chez lui quand &#231;a ne lui va pas de travailler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais puisque les objectifs des ouvriers, c'est uniquement le n&#233;cessaire &#233;conomique et mat&#233;riel, leurs besoins vitaux, et qu'ils se foutent compl&#232;tement des exigences des patrons, c'est-&#224;-dire de la production qui &#233;tablit dans quelle mesure ces besoins-l&#224; doivent &#234;tre satisfaits. Alors c'est clair que le probl&#232;me politique est maintenant d'attaquer tous ensemble les instruments de contr&#244;le politique que le patron a en main. Et qu'il utilise pour lier la classe ouvri&#232;re : pour la faire participer aux exigences de sa production &#224; lui, &#224; son exploitation &#224; elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'instrument qu'ont les ouvriers pour enrayer cette exploitation par les patrons, c'est le refus du salaire comme compensation de la quantit&#233; et de la qualit&#233; du travail. C'est le refus du lien qu'il y a entre le salaire et la production. C'est la revendication d'un salaire &#233;tabli pas par les patrons en fonction de la production, mais en fonction des besoins mat&#233;riels des ouvriers. Autrement dit : augmentations &#233;gales pour tous sur le salaire de base. Les primes mat&#233;rielles comme le rendement, les cat&#233;gories et caetera, pour l'ouvrier, c'est la participation &#224; sa propre exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et qui est-ce qui fait la putain pour aller n&#233;gocier avec le patron quelques sous en plus pour l'ouvrier, en &#233;change de nouveaux instruments de contr&#244;le politique ? le syndicat. Qui devient lui aussi un instrument de contr&#244;le politique sur la classe ouvri&#232;re. Dans la lutte pour ses objectifs &#233;conomiques et donc politiques, la classe ouvri&#232;re finit toujours par trouver en face le syndicat. Parce que lorsque les ouvriers veulent plus donner au patron une autre par celle de contr&#244;le politique en &#233;change d'une augmentation, alors le syndicat, qui fait la putain et qui va n&#233;gocier l'&#233;change, les ouvriers le mettent hors jeu.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'o&#249; l'exigence ouvri&#232;re, celle du salaire garanti, ind&#233;pendant de la productivit&#233;. D'o&#249; l'exigence ouvri&#232;re d'augmentations sur le salaire de base, sans attendre les conventions collectives. D'o&#249; l'exigence ouvri&#232;re des 40 heures, 36 pour ceux qui travaillent par &#233;quipes, pay&#233;es 48 tout de suite. D'o&#249; l'exigence ouvri&#232;re de la parit&#233; statutaire tout de suite. Simplement pour le fait d'entrer dans l'enfer de l'usine : Nous voulons un salaire minimum garanti de 120.000 lires par mois :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que cet argent, nous en avons besoin pour vivre dans cette soci&#233;t&#233; de merde. Parce que nous ne voulons plus nous &#233;reinter aux pi&#232;ces. Parce que nous voulons &#233;liminer les divisions entre ouvriers que le patron a invent&#233;es. Parce que nous voulons &#234;tre unis pour mieux lutter. Parce qu'alors, nous pourrons refuser les cadences impos&#233;es par le patron. Parce que plus d'argent comme salaire de base, cela veut dire de plus grandes possibilit&#233;s de lutte. Nous voulons les 40 heures, 36 pour les &#233;quipes, pay&#233;es 48, tout de suite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que nous ne voulons pas passer la moiti&#233; de notre vie &#224; l'usine. Parce que le travail est malsain. Parce que nous voulons avoir plus de temps pour nous organiser politiquement. Nous voulons la parit&#233; statutaire entre ouvriers et employ&#233;s, tout de suite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que nous voulons un mois de vacances. Parce que nous voulons mener la bataille contre le patron tous unis, ouvriers et techniciens. Parce que nous voulons pouvoir rester chez nous sans perdre tout notre salaire quand nous n'avons plus la force de travailler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers 11 h 30, le lundi 19, les caristes de Mirafiori Nord r&#233;ussissent &#224; communiquer par t&#233;l&#233;phone avec les camarades de Mirafiori Sud. Une demi-heure plus tard, les caristes de Mirafiori Sud s'arr&#234;tent. Jusqu'&#224; 14 h 30. A la seconde &#233;quipe, encore deux heures de d&#233;brayage pour les cinquante lires. S'ils nous en offrent 50, on leur en demandera 70, qu'ils disent. Le lendemain, les syndicats pr&#233;voient pour les caristes une gr&#232;ve de deux heures au d&#233;but de chaque &#233;quipe. Les ouvriers en font trois &#224; la premi&#232;re comme &#224; la seconde. Mercredi 21, les chefs r&#233;ussissent &#224; arr&#234;ter la gr&#232;ve de la premi&#232;re &#233;quipe &#224; la sixi&#232;me heure. Mais avant la fermeture, les grutiers se lancent : ils arr&#234;tent deux heures sur le probl&#232;me des qualifications et bloquent la fourniture des pi&#232;ces aux cha&#238;nes de montage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeudi 22 mai, l'&#233;largissement du cercle autour des caristes et des grutiers se transmet aux premiers d&#233;partements fixes. Les ouvriers des Grandes Presses se joignent &#224; la lutte. Le syndicat proclame une gr&#232;ve de deux heures par &#233;quipe. La gr&#232;ve de dix heures &#224; midi de la premi&#232;re &#233;quipe commence par une manif interne qui arrache &#224; leurs machines les ouvriers qui travaillaient encore. Faillite de la derni&#232;re tentative de Fiat pour r&#233;sorber les engorgements cr&#233;&#233;s par ces premi&#232;res gr&#232;ves. Le matin, les chefs essaient de pousser la cha&#238;ne de la 124 de 600 &#224; 641 pi&#232;ces. Les ouvriers refusent de se mettre au travail. Les dirigeants et la commission interne les d&#233;cident &#224; s'y mettre mais il ne faut pas qu'ils comptent sur les 41 pi&#232;ces en plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 14 h 30, le m&#234;me jeudi 22, arrive la seconde &#233;quipe des Grandes Presses, mais elle est oblig&#233;e de travailler peu et mal parce que la gr&#232;ve des caristes bloque l'arriv&#233;e du mat&#233;riel. Une heure plus tard, commence la gr&#232;ve de deux heures, comme pr&#233;vu. A ce moment-l&#224;, circule la proposition de faire gr&#232;ve pendant les deux heures, de 21 heures &#224; 23 heures, o&#249; doit arriver le mat&#233;riel pour les caristes. Un dirigeant passe et demande aux ouvriers ce qu'ils veulent, mais per&#172;sonne ne veut rien. Le dirigeant conclut qu'ils ne savent pas ce qu'ils veulent. Dans le sillage du dirigeant, arrive la commission interne : les ouvriers des Presses ne doivent pas faire comme les caristes qui font gr&#232;ve tout seuls. Cela fait du tort &#224; Fiat tout entier, qui peut tr&#232;s bien prononcer le lock-out.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la seconde &#233;quipe, les syndicats avaient propos&#233; un arr&#234;t de trois &#224; cinq heures. Les ouvriers d&#233;cident ensemble de le faire durer de deux heures &#224; six heures. Vendredi 23, la premi&#232;re &#233;quipe des Presses fait les deux heures &#233;tablies par le syndicat et, apr&#232;s discussion, d&#233;cide de prolonger la gr&#232;ve jusqu'&#224; 14h30. Pendant ce temps, les ouvriers des cha&#238;nes de montage accueillent l'invitation &#224; la lutte de leurs camarades. A partir de ce jour-l&#224;, de Mirafiori ne sortent plus ni 124 ni 125, seulement quelques rares 600 et 850. Il y a d&#233;sormais 12.000 ouvriers en gr&#232;ve. Samedi 24, le syndicat d&#233;cide que ce n'est pas la peine de faire gr&#232;ve puis qu'il n'y a ce jour-l&#224; qu'une &#233;quipe. On travaille mais on r&#233;duit volontairement la production : il ne sort que 1.300 pi&#232;ces au lieu des 3.500 ordinaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les assembl&#233;es et les discussions on dit : Notre objectif, ce ne sont pas ces 50 malheureuses lires, m&#234;me si elles nous rendraient bien service, c'est l'organisation ouvri&#232;re permanente, capable de battre &#224; n'importe quel moment le patron. Dans le cul la d&#233;mocratie, &#231;a fait 25 ans qu'il y a la d&#233;mocratie et &#231;a fait 25 ans qu'on l'a dans le cul. Il faut qu'on s'organise, les syndicats, c'est nous, il n'y a aucune arm&#233;e plus forte que la classe ouvri&#232;re unie et organis&#233;e. La bataille continue les jours suivants, toujours avec des cort&#232;ges et des assembl&#233;es de d&#233;partement, et elle s'&#233;tend spontan&#233;ment aux Petites et Moyennes Presses. L&#224;, la gr&#232;ve est d&#233;clar&#233;e par les ouvriers de fa&#231;on autonome, pas par le syndicat. Pourquoi cette gr&#232;ve qui continue jour apr&#232;s jour et qui fait tache d'huile ? Que veulent les ouvriers de Fiat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers de Fiat, pour la premi&#232;re fois, ne se sont pas mis en mouvement pour des revendications de d&#233;tail avanc&#233;es par le syndicat, comme celle du d&#233;l&#233;gu&#233; de cha&#238;ne. Ils refusent en bloc l'organisation du travail &#224; l'usine et le d&#233;cident seuls. Pour 80, 90, 100 mille lires par mois, ils ont des rythmes de travail &#233;puisants, insupportables, que le patron augmente continuellement. Un fait : aux Carrosseries de la 124, on produisait 320 voitures par jour d&#233;but 1968, 360 en octobre, 380 apr&#232;s Avola. Aujourd'hui, le patron pousse jusqu'&#224; 430 et c'est seulement parce qu'il y a les luttes en cours qu'il va pas plus loin. Ces augmentations sont rendues possibles uniquement par l'acc&#233;l&#233;ration de cadence du montage &#224; la cha&#238;ne. Mais les ouvriers de Fiat ne veulent plus rien savoir, ils veulent d&#233;cider eux-m&#234;mes de leur travail.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils veulent une garantie de salaire qui leur permette de vivre, ils se foutent des augmentations au m&#233;rite, des augmentations au pourcentage, des coefficients et caetera. C'est-&#224;-dire de tous les m&#233;canismes invent&#233;s par les patrons avec le concours des syndicats, pour lier de plus en plus le salaire &#224; l'exploitation et diviser les ouvriers entre eux. Ils s'en foutent, du d&#233;l&#233;gu&#233; de cha&#238;ne pour lequel les syndicats veulent les faire lutter. Le d&#233;l&#233;gu&#233; de cha&#238;ne est une esp&#232;ce de contr&#244;leur qui doit veiller au respect de l'accord sur les cadences, autant dire sur la l&#233;galit&#233; de l'exploitation. Et c'est justement cela que les ouvriers refusent. C'est la lutte contre les cadences de travail, que veulent les ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que les d&#233;l&#233;gu&#233;s de cha&#238;ne, les patrons les veulent, parce qu'ils en ont besoin tout de suite. Ils veulent leur pr&#233;sence &#224; des transactions rapides et &#224; la signature des conventions. Ils les veulent pour qu'ils assurent de fa&#231;on permanente et d&#233;mocratique le contr&#244;le des ouvriers, et de leurs mouvements politiques. Mais maintenant les ouvriers de Fiat ont refus&#233; d'attendre l'&#233;ch&#233;ance des conventions fix&#233;es par les patrons en accord avec les syndicats. Les conventions qui devraient bloquer toute lutte pour trois ans et favoriser les plans du patron. Tout cela est discut&#233; et d&#233;cid&#233; par les ouvriers Fiat dans des assembl&#233;es par d&#233;partement. Pendant leurs heures de travail, les ouvriers essaient de se donner pour la premi&#232;re fois une organisation autonome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats, qu'ont-ils fait jusqu'&#224; pr&#233;sent ? Ils ont cherch&#233; &#224; &#233;touffer les luttes ou &#224; les isoler. Aux Petites et Moyennes Presses, et &#224; la M&#233;canique, ils ont dit que la gr&#232;ve spontan&#233;e &#233;tait ill&#233;gale : Si vous la faites, nous, nous ne discuterons pas. Ils ont dit que la gr&#232;ve non proclam&#233;e par le syndicat est consid&#233;r&#233;e comme un sabotage. Que si l'on obtenait de fortes augmentations salariales, elles seraient ensuite absorb&#233;es par la convention nationale. Et &#231;a c'est pas vrai, parce qu'au m&#234;me moment des accords ont &#233;t&#233; sign&#233;s chez Nebiolo et chez Olivetti, qui excluent l'absorption des augmentations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont d&#233;form&#233; la r&#233;alit&#233; m&#234;me de la lutte, en faisant courir des bruits selon lesquels, par exemple, la lutte aux Presses &#233;tait finie, tandis que ce n'&#233;tait pas vrai. Disant qu'au cas o&#249; la production subirait des dommages par suite de l'engrenage des luttes, c'est-&#224;-dire du fait que les ateliers faisaient gr&#232;ve chacun deux heures en coordonnant leur action de fa&#231;on &#224; bloquer la production, Fiat prononcerait le lock-out.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils faisaient courir le bruit que si la semaine suivante les cha&#238;nes &#233;taient encore bloqu&#233;es, Fiat mettrait les ouvriers au ch&#244;mage partiel. Ils bluffaient sur les transactions, en affirmant que certains r&#233;sultats avaient &#233;t&#233; atteints, quand ce n'&#233;tait pas vrai. Ils faisaient circuler l'avis selon lequel il faudrait &#233;viter que se recr&#233;e chez Fiat le climat des ann&#233;es 50, c'est-&#224;-dire la chasse aux sorci&#232;res et le licenciement des ouvriers les plus actifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont dit que le risque existait qu'on en arrive &#224; une convention s&#233;par&#233;e, anticip&#233;e, chez Fiat, et qu'on briserait ainsi l'unit&#233; des travailleurs de la cat&#233;gorie. Comme si c'&#233;tait pas justement ce que eux, ils ont toujours fait. Ouvriers, si les syndicats ont continu&#233; &#224; isoler et &#233;touffer la lutte, si la presse de tous les partis ne dit pas ce qui se passe vrai&#172;ment chez Fiat, le mot d'ordre des ouvriers sera : Tout Fiat en lutte. Aux menaces de mise &#224; pied, les ouvriers de Mirafiori r&#233;pondent : Tout Fiat en lutte !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mardi 27 mai : Gr&#232;ve de 8 heures. A l'int&#233;rieur de l'usine se forme un cort&#232;ge qui parcourt les ateliers 5, 7, 13 en hurlant : Pouvoir ouvrier. Les pancartes portent : Nous voulons travailler moins et gagner plus. La manif a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233;e en assembl&#233;e par les ouvriers d&#232;s leur entr&#233;e &#224; l'usine. Pendant l'assembl&#233;e, on a d&#233;cid&#233; qu'on voulait : l'augmentation salariale de 50 lires pour tous plus 80 lires pour la nuit sur 5 semaines. L'attaque a port&#233; sur les temps de production. Le syndicat doit devenir l'instrument d'ex&#233;cution des d&#233;cisions des ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#232;ves d&#233;clar&#233;es par les ouvriers dans des assembl&#233;es internes : Atelier 13, premi&#232;re et seconde &#233;quipe, Atelier 1, premi&#232;re &#233;quipe 4 heures, deuxi&#232;me &#233;quipe 4 heures. Atelier 3, premi&#232;re &#233;quipe 4 heures, deuxi&#232;me &#233;quipe 4 heures. Gr&#232;ves d&#233;clar&#233;es par les syndicats : Auxiliaires, premi&#232;re &#233;quipe 2 heures, deuxi&#232;me &#233;quipe 2 heures. Atelier 5, premi&#232;re &#233;quipe 4 heures, d&#233;clar&#233;es : deux heures. Deuxi&#232;me &#233;quipe 8 heures, d&#233;clar&#233;es : 2 heures. La production de la journ&#233;e atteint le niveau le plus bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Journal pour les portes 15 et 17, ateliers des Presses : &lt;i&gt;Fiat se paie notre poire en nous offrant 7 lires. Les syndicats se foutent de notre gueule en disant que Fiat offre 36,30 lires. Voyons un peu ces 36,30 lires. 21,50, nous les avons d&#233;j&#224;, par l'accord sur la cantine du mois dernier. 9,80 sont li&#233;es au rendement, et nous devrons donc les gagner jour apr&#232;s jour, &#224; la sueur de notre front. Plus 5, les 5 lires que la direction, par un violent effort, a port&#233;es &#224; 7. Ne nous vendons pas pour 7 lires. Le combat continue. La M&#233;canique et les cha&#238;nes sont sur le point de se joindre &#224; notre combat&lt;/i&gt;. Journal pour les portes 18 et 20, &lt;i&gt;M&#233;canique : La lutte aux Presses et aux Auxiliaires continue. Il faut l'&#233;tendre &#224; la M&#233;canique et aux cha&#238;nes. Nous devons demander la deuxi&#232;me cat&#233;gorie pour tous, y compris les travailleurs des cha&#238;nes m&#233;caniques. Nous devons r&#233;aliser le contr&#244;le ouvrier sur les cadences et sur le nombre de machines auxquelles il faut travailler&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Textes des journaux de lutte distribu&#233;s aux portes 1 et 2 des cha&#238;nes : &lt;i&gt;La gr&#232;ve des Presses continue, ne croyez pas les bobards mis en circulation par les chefs. Les Presses et les Auxiliaires ne peuvent faire gr&#232;ve seuls, ils vous demandent votre collaboration. Les raisons de lutter sont les m&#234;mes : Contr&#244;le sur la production. Passage de cat&#233;gorie pour tout le monde. Comment nous pouvons lutter avec les Presses et les Auxiliaires ? En arr&#234;tant les cha&#238;nes qui fonctionnent encore&lt;/i&gt;. Mercredi 28 mai : Aux cha&#238;nes des carrosseries, les ouvriers se sont arr&#234;t&#233;s et ont tent&#233; de former un cort&#232;ge. Le chef d'atelier est arriv&#233; et a r&#233;ussi &#224; les en emp&#234;cher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeudi 29 mai : Un jeune ouvrier m&#233;ridional a tent&#233; d'entrer avec une pancarte. Les gardiens l'en ont emp&#234;ch&#233;, il y a eu affrontement. A la seconde &#233;quipe, un groupe de quatre-vingts ouvriers environ, des cha&#238;nes de la Carrosserie, aussit&#244;t apr&#232;s avoir point&#233;, s'est r&#233;uni au bout des cha&#238;nes et s'est dirig&#233; en cort&#232;ge vers la cha&#238;ne de la 500, la seule qui ces jours derniers ait continu&#233; &#224; produire &#224; plein temps, dans l'intention de la bloquer. A ce moment-l&#224;, chefs et syndicats, intervenant d'un commun accord, ont r&#233;ussi &#224; r&#233;duire la manif &#224; une quinzaine d'ouvriers. Ces quinze-l&#224; s'en sont foutus, ils ont continu&#233; &#224; se d&#233;placer au milieu des autres en discutant et peu &#224; peu le cort&#232;ge s'est reform&#233;, bloquant compl&#232;tement la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Plus une seule voiture ne sort de chez Fiat.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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