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		<title>De la Politique&#224; la Vie</title>
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		<dc:date>2009-10-31T23:14:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anonyme, Venomous Butterfly et Willful Disobedience, Wolfi Landstreicher</dc:creator>


		<dc:subject>Anarchismes, anarchie</dc:subject>
		<dc:subject>Auto-organisation, exp&#233;rimentations collectives</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>
		<dc:subject>Critiques du citoyennisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Dans ce texte sous forme de proposition g&#233;n&#233;rale pour une rupture avec la gauche adress&#233;e &#224; tous les anarchistes qui ne souhaitent plus attendre de miraculeux lendemains qui chantent, l'auteur trace des pistes claires pour une lutte anti-politique avec pour volont&#233; d'avoir une incidence sur la pens&#233;e comme sur les actes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;cette rupture avec la gauche est bas&#233;e sur la n&#233;cessit&#233; de lib&#233;rer la pratique de l'anarchie des confins et des limites de la politique, ce n'est certainement pas pour embrasser la droite ou toute une autre partie du spectre de la politique. Il s'agit plut&#244;t d'une reconnaissance qu'une lutte pour la transformation de la totalit&#233; de la vie, une lutte pour reprendre le contr&#244;le de chacune de nos vies dans un mouvement collectif pour la r&#233;alisation individuelle, ne peut qu'&#234;tre entrav&#233;e par des programmes politiques, des organisations &#171; r&#233;volutionnaires &#187; et des constructions id&#233;ologique auxquelles il faudrait s'asservir, parce que celles-ci aussi, tout comme l'&#201;tat et le capital, exigent que nous leur donnions nos vies plut&#244;t que d'en reprendre le contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos r&#234;ves sont bien trop grands pour les limites &#233;troites du r&#233;alisme politique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cela fait d&#233;j&#224; depuis trop longtemps que nous aurions du laisser la gauche derri&#232;re nous pour continuer sur notre joyeuse voie vers l'inconnu de l'insurrection et la cr&#233;ation de vies pleines et auto-d&#233;termin&#233;es.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;D&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Anarchismes, anarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot10" rel="tag"&gt;Auto-organisation, exp&#233;rimentations collectives&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Critiques du citoyennisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH148/arton748-73886.jpg?1780592243' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='148' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff748.jpg?1256664552&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;A propos de l'auteur&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Wolfi Landstreicher (de l'allemand &#171; vagabond &#187;) est un auteur anarchiste am&#233;ricain contemporain. Il est notamment l'individu derri&#232;re le journal anarchiste &lt;i&gt;Willfill Disobedience&lt;/i&gt; qui fut &#233;dit&#233; de 1996 &#224; 2005. Il s'occupe &#224; pr&#233;sent des &#233;ditions &lt;i&gt;Venomous Butterfly&lt;/i&gt; &#224; travers lesquelles il publie de nombreux textes anarchistes d'autres auteurs, les siens, de la po&#233;sie surr&#233;aliste et toutes sortes de brochures, pamphlets ou &#233;crits historiques ayant traits &#224; l'anarchisme international. Il est &#233;galement le traducteur aux &#201;tats-Unis de nombreux textes europ&#233;ens (particuli&#232;rement italiens). Wolfi a d&#233;j&#224; produit de nombreux &#233;crits en anglais, sous diff&#233;rents noms de plume. Il a pr&#233;c&#233;demment &#233;dit&#233; sous le nom &lt;i&gt;Feral Faun&lt;/i&gt;. Tr&#232;s peu de son &#339;uvre est traduite en fran&#231;ais, cependant ceux pour qui la recherche est un plaisir pourront se mettre sous la dent quelques-uns de ses &#233;crits qui, selon nous, sont assez importants pour m&#233;riter une meilleure diffusion parmi les anarchistes qui ne veulent plus attendre et qui ne souhaitent pas se contenter d'une pens&#233;e virtuelle, connect&#233;e et d&#233;connect&#233;e &#224; la fois.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De la Politique &#224; la Vie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A partir du moment o&#249; l'anarchisme fut d'abord d&#233;fini comme un mouvement radical distinct, il fut associ&#233; &#224; la gauche, une association qui a toujours &#233;t&#233; difficile. Les gauchistes qui &#233;taient en position d'autorit&#233; (incluant ceux qui se sont appel&#233;s des anarchistes, comme les leaders de la CNT et de la FAI dans l'Espagne de 1936-37) ont toujours consid&#233;r&#233; les fins anarchistes, par exemple celles de la transformation totale de la vie ou le principe cons&#233;quent que les fins doivent d&#233;j&#224; exister dans les moyens, comme des entraves &#224; la r&#233;alisation de leurs programmes politiques. L'insurrection r&#233;elle &#233;clate toujours loin et au-del&#224; de n'importe quel programme politique, et les anarchistes les plus coh&#233;rents ont vu la r&#233;alisation de leurs r&#234;ves pr&#233;cis&#233;ment en cet endroit inconnu qu'est cet &lt;i&gt;au-del&#224; de la politique&lt;/i&gt;. Pourtant, &#224; maintes reprises, quand les feux de l'insurrection venaient &#224; se rafra&#238;chir (et m&#234;me parfois, comme en Espagne en 1936-37, tandis qu'ils br&#251;laient encore), des leaders anarchistes prenaient &#224; nouveau leurs r&#244;les de &#171; conscience de la gauche &#187;. Mais si l'expansivit&#233; des r&#234;ves anarchistes et les principes qu'elle implique ont toujours &#233;t&#233; une entrave aux arrangements politiques de la gauche, ces arrangements ont aussi toujours &#233;t&#233; un fardeau beaucoup plus lourd sur le dos du mouvement anarchiste, lui pliant les genoux &#224; coup de &#171; r&#233;alisme &#187;, en l'emp&#234;chant de r&#234;ver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la gauche, la lutte sociale contre l'exploitation et l'oppression est essentiellement un programme politique qui doit &#234;tre r&#233;alis&#233; par n'importe quels moyens opportuns. Une telle conception exige &#233;videmment une m&#233;thodologie politique de lutte, et une telle m&#233;thodologie est n&#233;cessairement vou&#233;e &#224; contredire quelques principes anarchistes de base.&lt;br class='manualbr' /&gt;Tout d'abord, la politique comme cat&#233;gorie distincte de l'existence sociale est la s&#233;paration des d&#233;cisions qui d&#233;terminent nos vies de l'ex&#233;cution de ces d&#233;cisions. Cette s&#233;paration r&#233;side dans les institutions qui font ces d&#233;cisions et les imposent. Peu importe le niveau de d&#233;mocratisme ou de consensus de ces institutions ; la s&#233;paration et l'institutionnalisation inh&#233;rente &#224; la politique constituent toujours une imposition, simplement parce qu'elles exigent que les d&#233;cisions soient faites avant que ne surgissent les circonstances auxquelles elles s'appliquent. Cela rend n&#233;cessaire la forme de r&#232;gles g&#233;n&#233;rales qui doivent toujours &#234;tre appliqu&#233;es &#224; tout instant, ind&#233;pendamment des circonstances sp&#233;cifiques. Les graines de la pens&#233;e id&#233;ologique - dans lesquelles les id&#233;es gouvernent les activit&#233;s des individus plut&#244;t que de les servir dans le d&#233;veloppement de leurs propres projets - sont sem&#233;es ici, mais j'y reviendrai plus tard.&lt;br class='manualbr' /&gt;D'une importance &#233;gale pour les perspectives anarchistes est le fait que le pouvoir git n&#233;cessairement dans cette prise de d&#233;cisions et dans ses institutions de mise en application. Et la conception gauchiste de la lutte sociale est pr&#233;cis&#233;ment d'influencer, de se r&#233;-approprier ou de cr&#233;er des versions alternatives de ces institutions. Autrement dit, c'est une lutte pour changer, et non pas d&#233;truire, les relations institutionnalis&#233;es de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conception de la lutte, avec sa base programmatique, requiert une organisation comme moyen de mener cette lutte. L'organisation repr&#233;sente la lutte, parce qu'elle est l'expression concr&#232;te de son programme. Si ceux qui s'y impliquent d&#233;finissent ce programme comme r&#233;volutionnaire et anarchiste, alors l'organisation aura pour fonction de repr&#233;senter la r&#233;volution et l'anarchie, et la force de l'organisation sera &#233;galis&#233;e avec la force des luttes r&#233;volutionnaires et anarchistes.&lt;br class='manualbr' /&gt;La r&#233;volution espagnole nous fournit un exemple clair, le leadership de la CNT, apr&#232;s avoir pouss&#233; les ouvriers et les paysans de Catalogne &#224; exproprier les moyens de production (par exemple ceux des armes avec lesquelles ils ont form&#233; leurs milices), il n'a pas dissous l'organisation pour permettre aux ouvriers d'explorer la re-cr&#233;ation de la vie sociale en leurs propres termes, elle a pr&#233;f&#233;r&#233; reprendre la direction et la gestion de la production. Cette confusion entre la gestion du syndicat et l'auto-gestion des ouvriers a eu des r&#233;sultats qui peuvent &#234;tre &#233;tudi&#233;s par ceux qui sont pr&#234;ts &#224; regarder ces &#233;v&#233;nements de fa&#231;on critique.&lt;br class='manualbr' /&gt;Quand la lutte contre l'ordre en place est ainsi s&#233;par&#233;e des individus qui la m&#232;nent et plac&#233;e dans les mains de l'organisation, elle cesse d'&#234;tre le projet auto-d&#233;termin&#233; de ces individus et devient au lieu de cela une cause externe &#224; laquelle ils ne font qu'adh&#233;rer. Parce que cette cause est &#233;galis&#233;e avec l'organisation, l'activit&#233; principale des individus qui y adh&#232;rent est le maintien et l'expansion de l'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, l'organisation gauchiste est le moyen par lequel la gauche entend transformer les relations institutionnalis&#233;es de pouvoir. Que cela se fasse en faisant appel aux dirigeants actuels et par l'exercice du droit d&#233;mocratique, par la conqu&#234;te &#233;lectorale ou violente du pouvoir d'&#201;tat, par l'expropriation institutionnelle des moyens de production ou par une combinaison de tous ces moyens &#224; la fois n'a que tr&#232;s peu d'importance. &lt;br class='manualbr' /&gt;Pour l'accomplir, l'organisation essaye de se muer en un pouvoir alternatif ou un contre-pouvoir. C'est pour cela qu'elle doit embrasser l'id&#233;ologie actuelle du pouvoir en place, c'est-&#224;-dire la d&#233;mocratie.&lt;br class='manualbr' /&gt;La d&#233;mocratie est ce syst&#232;me de prise de d&#233;cisions s&#233;par&#233;e et institutionnalis&#233;e qui exige la fabrication d'un consensus social. Bien que le pouvoir r&#233;side toujours dans la contrainte et la coercition, dans la structure d&#233;mocratique, il est surtout justifi&#233; par le consentement qu'il peut gagner. C'est pourquoi il est n&#233;cessaire pour la gauche de recruter le plus d'adh&#233;rents possibles, des num&#233;ros pour correspondre &#224; l'appui de ses programmes. Ainsi, dans son adh&#233;sion &#224; la d&#233;mocratie, la gauche doit embrasser l'illusion quantitative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La volont&#233; de gagner des adh&#233;rents exige un abaissement jusqu'au plus petit d&#233;nominateur commun. Ainsi, au lieu de pers&#233;v&#233;rer dans une exploration th&#233;orique pourtant vitale, la gauche va d&#233;velopper un jeu de doctrines simplistes et manich&#233;ennes, bas&#233;es sur la diabolisation et la litanie, souhaitant ainsi provoquer une adh&#233;sion massive &#224; ses programmes. Toute interrogation ou exploration &#224; l'ext&#233;rieur de cette structure id&#233;ologique est condamn&#233;e avec v&#233;h&#233;mence, elle peut m&#234;me paraitre incompr&#233;hensible. L'incapacit&#233; d'une exploration th&#233;orique s&#233;rieuse est le prix &#224; payer d'une acceptation de l'illusion quantitative selon laquelle le nombre d'adh&#233;rents, ind&#233;pendamment de leur passivit&#233; et de leur ignorance, constitue le reflet d'un mouvement fort, peu importent la qualit&#233; et la coh&#233;rence des id&#233;es et des pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;cessit&#233; politique de faire appel &#171; aux masses &#187; pousse aussi la gauche &#224; user de la m&#233;thode, petit &#224; petit, de la demande aux dirigeants en place. Cette m&#233;thode est tout &#224; fait compatible avec le projet de transformation des relations de pouvoir, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elle ne d&#233;fie pas ces relations &#224; leurs racines.&lt;br class='manualbr' /&gt;En fait, en revendiquant &#224; ceux au pouvoir, elle implique que de simples (quoique parfois extr&#234;mes) ajustements des relations actuelles sont suffisants pour la r&#233;alisation des programmes gauchistes. Ce qui n'est pas remis en cause dans cette m&#233;thode est l'ordre dirigeant lui-m&#234;me, parce que cela menacerait la structure politique de la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Implicitement se d&#233;gage, dans cette approche d&#233;cousue du changement, la doctrine progressiste. En fait, il s'agit l&#224;-m&#234;me de l'une des &#233;tiquettes les plus populaires parmi les gauchistes de nos jours qui pr&#233;f&#233;reraient prendre cong&#233; des autres &#233;tiquettes, majoritairement souill&#233;es.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le progressisme est l'id&#233;e que l'ordre actuel des choses est le r&#233;sultat d'un processus (possiblement &#171; dialectique &#187;) d'am&#233;lioration et que si nous y mettions l'effort (que ce soit par le vote, la p&#233;tition, le litige, la d&#233;sob&#233;issance civile, la r&#233;sistance passive, la violence politique ou m&#234;me la conqu&#234;te de pouvoir - en fait : quoi que ce soit d'autre que sa destruction), nous pourrions pousser plus loin encore ce processus. Le concept de progr&#232;s et l'approche revendicative qui est son expression pratique nous r&#233;v&#232;le un autre aspect quantitatif de la conception gauchiste de transformation sociale. Cette transformation est simplement une question de degr&#233;s, de position le long d'une trajectoire en mouvement. La bonne quantit&#233; d'ajustement est la solution. La r&#233;forme et la r&#233;volution ne sont simplement que des niveaux diff&#233;rents d'une m&#234;me activit&#233;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Telles sont les absurdit&#233;s du gauchisme, qui reste aveugle aux preuves accablantes d&#233;montrant que la seule trajectoire sur laquelle nous sommes, au moins depuis les d&#233;buts du capitalisme et de l'industrialisme, est l'appauvrissement croissant de l'existant, et que cela ne peut pas &#234;tre reform&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'approche r&#233;formiste et le besoin politique de cat&#233;goriser m&#232;nent aussi la gauche &#224; valoriser des gens sur la base de leur appartenance &#224; divers groupes sp&#233;cifiques d'opprim&#233;s et d'exploit&#233;s, comme les &#171; travailleurs &#187;, les &#171; femmes &#187;, les &#171; gens de couleur &#187;, les &#171; gays &#187; et les &#171; lesbiennes &#187; etc. Cette cat&#233;gorisation est la base de la politique identitaire, et la politique identitaire est une forme de fausse opposition par laquelle les opprim&#233;s choisissent de s'identifier &#224; une cat&#233;gorie sociale particuli&#232;re, renfor&#231;ant leur oppression, mais en feignant un acte suppos&#233; de d&#233;fiance contre leur oppression. En fait, l'identification continue avec ce r&#244;le social limite la capacit&#233; de ceux qui pratiquent la politique identitaire &#224; analyser profond&#233;ment leur situation dans cette soci&#233;t&#233; et d'agir en tant qu'individus contre leur oppression. Elle garantit ainsi la continuit&#233; des relations sociales qui sont la cause de leur oppression. &lt;br class='manualbr' /&gt;Lorsqu'ils ne se d&#233;finissent que comme les membres de cat&#233;gories opprim&#233;es, les gens deviennent alors des pions des man&#339;uvres politiques gauchistes, parce que de telles cat&#233;gories sociales prennent le r&#244;le de groupes de pression, de lobbies, et font le jeu de la structure d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique politique des gauches, avec ses exigences organisationnelles, son adh&#233;sion &#224; la d&#233;mocratie, l'illusion quantitative et la valorisation de certaines personnes en fonction de leur simple appartenance &#224; des cat&#233;gories sociales, est collectiviste en soi, supprimant l'individu comme tel.&lt;br class='manualbr' /&gt;Cela s'exprime dans l'appel aux individus &#224; se sacrifier &#224; des causes diverses, des programmes et des organisations de la gauche. Derri&#232;re ces appels, l'on d&#233;couvre les id&#233;ologies manipulatrices de l'identit&#233; collective, de la responsabilit&#233; collective et de la culpabilit&#233; collective. Les individus qui sont d&#233;finis comme faisant partie d'un groupe &#171; privil&#233;gi&#233; &#187; - &#171; h&#233;t&#233;ro &#187;, &#171; blanc &#187;, &#171; homme &#187;, &#171; occidental &#187;, &#171; classe moyenne &#187; - sont tenus responsables de toute l'oppression attribu&#233;e &#224; ce groupe. Ils sont alors manipul&#233;s et somm&#233;s d'expier ces &#171; crimes &#187;, donnant leur appui acritique aux mouvements de ceux qui sont plus opprim&#233;s qu'eux. Les individus qui sont uniquement d&#233;finis comme faisant partie d'un groupe opprim&#233; sont manipul&#233;s dans l'acceptation d'une identit&#233; collective, avec sa &#171; solidarit&#233; &#187; obligatoire - la solidarit&#233; f&#233;minine, le nationalisme noir, l'identit&#233; queer, etc. S'ils rejettent ou m&#234;me si ils critiquent profond&#233;ment et radicalement cette identit&#233; de groupe, ce sera compris comme une acceptation de l'oppression.&lt;br class='manualbr' /&gt;En fait, l'individu qui agit seul (ou seulement avec ceux et celles avec qui il/elle a d&#233;velopp&#233; une affinit&#233; r&#233;elle) contre son oppression et son exploitation tel qu'il/elle l'&#233;prouve dans sa vie, est accus&#233; d'&#171; individualisme bourgeois &#187;, malgr&#233; qu'il/elle lutte pr&#233;cis&#233;ment contre l'ali&#233;nation, la s&#233;paration et l'atomisation qui est le r&#233;sultat inh&#233;rent de l'activit&#233; sociale collective et ali&#233;nante que l'&#201;tat et le capital - la pr&#233;tendue &#171; soci&#233;t&#233; bourgeoise &#187; - nous imposent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que le gauchisme est la perception active de la lutte sociale comme un programme politique, il est id&#233;ologique de bout en bout. La lutte des gauches ne provient pas des d&#233;sirs, des besoins et des r&#234;ves des individus exploit&#233;s, opprim&#233;s, domin&#233;s et d&#233;poss&#233;d&#233;s par cette soci&#233;t&#233;. Elle n'est pas l'activit&#233; de personnes s'effor&#231;ant de se r&#233;-approprier leurs propres vies et de rechercher les outils n&#233;cessaires &#224; cela. C'est un programme formul&#233; dans les esprits des leaders gauchistes ou dans les r&#233;unions organisationnelles qui existent au-dessus et en-avant des luttes individuelles des gens, et auquel ces derniers doivent se subordonner. Ind&#233;pendamment des slogans du programme - socialisme, communisme, anarchisme, solidarit&#233; f&#233;minine, peuple africain, droits des animaux, lib&#233;ration de la terre, primitivisme, auto-gestion des travailleurs, etc, etc - il ne fournit pas aux individus d'outil &#224; utiliser dans leurs propres luttes contre la domination, mais exige plut&#244;t des individus qu'ils &#233;changent la domination de l'ordre dirigeant avec la domination du programme gauchiste. Autrement dit, il exige que les individus continuent de renoncer &#224; leur capacit&#233; &#224; d&#233;terminer leur propre existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; son meilleur, l'effort anarchiste a toujours &#233;t&#233; la transformation totale de l'existence bas&#233;e sur la r&#233;-appropriation de sa propre vie par chaque individu, agissant en libre-association avec ceux/celles de leur choix. Cette vision peut &#234;tre trouv&#233;e dans les &#233;crits les plus po&#233;tiques de presque tous les anarchistes connus, et c'est ce qui a fait de l'anarchisme &#171; la conscience de la gauche &#187;. Mais quel est l'int&#233;r&#234;t d'&#234;tre la conscience d'un mouvement qui ne veut ni ne peut partager la largeur et la profondeur de nos r&#234;ves, si par ailleurs nous d&#233;sirons comprendre ces r&#234;ves ? Dans l'histoire du mouvement anarchiste, ces perspectives et pratiques proches de la gauche, comme l'anarcho-syndicalisme et le plateformisme, ont toujours contenu moins de r&#234;ves que de programmes.&lt;br class='manualbr' /&gt;Maintenant que le gauchisme a cess&#233; d'&#234;tre une force significative et distincte du reste de la sph&#232;re politique, au moins en occident, il n'y a certainement aucune raison de continuer &#224; porter ce fardeau sur nos &#233;paules. La r&#233;alisation des r&#234;ves anarchistes, des r&#234;ves de chaque individu toujours capable de r&#234;ver et de d&#233;sirer ind&#233;pendamment pour &#234;tre les cr&#233;ateurs autonomes de leurs propres existences, exige une rupture consciente et rigoureuse avec la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons tenter de poser ici une base minimale pour cette rupture :&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;-I-&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le rejet d'une perception politique de la lutte sociale ; la reconnaissance que la lutte r&#233;volutionnaire n'est pas un programme, qu'elle est la lutte pour la r&#233;-appropriation individuelle et sociale de la totalit&#233; de la vie. Ainsi, elle est anti-politique en soi. Autrement dit, elle est oppos&#233;e &#224; n'importe quelle forme d'organisation sociale - et &#224; n'importe quelle m&#233;thode de lutte - dans laquelle les d&#233;cisions concernant la fa&#231;on de vivre et de lutter sont s&#233;par&#233;es de l'ex&#233;cution de ces d&#233;cisions, peu importe &#224; quel point ce processus de prise de d&#233;cisions s&#233;par&#233; est d&#233;mocratique et participatif.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;-II-&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le rejet de l'organisation, nous entendons par l&#224; le rejet de l'id&#233;e que n'importe quelle organisation puisse repr&#233;senter des individus exploit&#233;s, des groupes, la lutte sociale, la r&#233;volution ou l'anarchie. Aussi, donc, le rejet de toutes les organisations formelles - partis, syndicats, f&#233;d&#233;rations et autres formes analogues - qui, en raison de leur nature programmatique, prendront n&#233;cessairement un r&#244;le de repr&#233;sentation. Cela ne signifie pas le rejet de la capacit&#233; &#224; organiser les activit&#233;s sp&#233;cifiques n&#233;cessaires &#224; la lutte r&#233;volutionnaire, mais plut&#244;t le rejet de la soumission de l'organisation au formalisme d'un programme organisationnel. La seule chose qui requiert l'organisation formelle est le d&#233;veloppement et la maintenance d'une organisation formelle.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;-III-&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le rejet de la d&#233;mocratie et de l'illusion quantitative. Le rejet de la vision qui voudrait que le nombre d'adh&#233;rents &#224; une cause, une id&#233;e ou un programme serait ce qui d&#233;termine la force de la lutte, plut&#244;t que la valeur qualitative des pratiques de lutte comme attaque contre les institutions de domination et comme r&#233;-appropriation de nos vies. Le rejet de toute institutionnalisation ou formalisation de la prise de d&#233;cisions et, de fa&#231;on effective, de toute conception de la prise de d&#233;cisions comme un moment s&#233;par&#233; de la vie et de la pratique. Le rejet, aussi, de la m&#233;thode &#233;vang&#233;liste qui s'efforce de convaincre les masses. Une telle m&#233;thode suppose que l'exploration th&#233;orique est arriv&#233;e &#224; sa fin, que l'on a la r&#233;ponse &#224; laquelle tout le monde doit adh&#233;rer et que donc tous les moyens sont acceptables pour diffuser le message, m&#234;me si ces moyens entrent en contradiction avec nos fins. Cela m&#232;ne &#224; chercher des disciples qui acceptent nos positions plut&#244;t que des compagnons et des complices avec qui continuer nos explorations. La pratique et la lutte pour rendre effectives nos perspectives aussi bien que nous le puissions, et avec des moyens en accord avec nos fins, nos r&#234;ves et nos d&#233;sirs, pourra attirer des complices potentiels avec qui d&#233;velopper des relations d'affinit&#233; et &#233;tendre des pratiques de r&#233;volte.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;-IV-&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le rejet des revendications au pouvoir, leur pr&#233;f&#233;rant des pratiques d'action directe et d'attaque. Le rejet de l'id&#233;e que nous puissions r&#233;aliser notre d&#233;sir d'autod&#233;termination par des services demand&#233;s qui, au mieux, n'offriront qu'un ajustement provisoire de la nocivit&#233; de l'ordre social du capital. La reconnaissance de la n&#233;cessit&#233; d'attaquer cette soci&#233;t&#233; dans sa totalit&#233;, de r&#233;aliser une conscience pratique et th&#233;orique dans chaque lutte partielle de la totalit&#233; qui doit &#234;tre d&#233;truite. Ainsi, aussi, la capacit&#233; de voir ce qui est potentiellement r&#233;volutionnaire - ce qui s'est d&#233;plac&#233; au-del&#224; de la logique r&#233;formiste des revendications - dans les luttes sociales partielles, puisqu'apr&#232;s tout, chaque rupture radicale ou insurrectionnelle a &#233;t&#233; suscit&#233;e par une lutte qui a commenc&#233; comme une tentative de gagner des demandes partielles, mais qui s'est d&#233;plac&#233;e en pratique, d'une demande de ce que l'on d&#233;sire &#224; son appropriation directe, et plus.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;-V-&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le rejet de l'id&#233;e de progr&#232;s, de l'id&#233;e que l'ordre actuel des choses est le r&#233;sultat d'un processus continuel d'am&#233;lioration que nous pouvons pousser plus loin encore, probablement jusqu'&#224; son apoth&#233;ose, si nous y mettons l'effort. La reconnaissance que la trajectoire actuelle - que les dirigeants et leurs loyaux opposants r&#233;formistes et &#171; r&#233;volutionnaires &#187; appellent &#171; progr&#232;s &#187; - sont en soi nuisibles pour la libert&#233; individuelle, la libre-association, les relations humaines saines, la totalit&#233; de la vie et la plan&#232;te elle-m&#234;me. La reconnaissance qu'il faut mettre fin &#224; cette trajectoire et exp&#233;rimenter de nouvelles fa&#231;ons de vivre en r&#233;inventant les rapports est incontournable si nous souhaitons r&#233;aliser notre pleine autonomie et notre libert&#233;. (Cela ne m&#232;ne pas n&#233;cessairement &#224; un rejet absolu de la technologie et de la civilisation, un tel rejet ne constitue pas le r&#233;sultat final d'une rupture avec la gauche, mais le rejet du progr&#232;s signifie certainement un empressement &#224; s&#233;rieusement examiner de fa&#231;on critique la civilisation et la technologie, et particuli&#232;rement l'industrialisme. Ceux qui ne sont pas enclins &#224; soulever de telles questions continueront tr&#232;s probablement &#224; s'en tenir au mythe de progr&#232;s.)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;-VI-&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le rejet des politiques identitaires. La reconnaissance que, tandis que des groupes opprim&#233;s divers &#233;prouvent leur d&#233;possession de fa&#231;on sp&#233;cifique &#224; leur oppression, l'analyse de ces sp&#233;cificit&#233;s est n&#233;cessaire &#224; la compr&#233;hension pleine du fonctionnement de la domination, n&#233;anmoins, la d&#233;possession est fondamentalement le vol de la capacit&#233; de chacun d'entre nous, en tant qu'individus, &#224; cr&#233;er nos vies en nos propres termes dans la libre-association avec d'autres individualit&#233;s. La r&#233;-appropriation de la vie sociale, aussi bien que la r&#233;-appropriation de la vie dans sa totalit&#233;, ne pourra r&#233;ussir que lorsque nous arr&#234;terons de nous identifier essentiellement en fonction de nos identit&#233;s sociales.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;-VII-&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le rejet du collectivisme, de la subordination de l'individu au groupe social. Le rejet de l'id&#233;ologie de la responsabilit&#233; collective. Il s'agit l&#224; d'un rejet qui ne signifie pas le refus de l'analyse sociale, mais qui extirpe plut&#244;t le jugement moral d'une telle analyse, et refuse la pratique dangereuse de bl&#226;mer des individus pour des activit&#233;s qui ont &#233;t&#233; faites en leur nom suppos&#233; ou qui leurs sont attribu&#233;es &#224; tort en fonction d'une cat&#233;gorie sociale dont on dit qu'ils font partie, sans n'avoir fait aucun choix &#224; ce sujet - par exemple, &#171; le Juif &#187;, &#171; le gitan &#187;,&#171; le m&#226;le &#187;, &#171; le blanc &#187;, etc. Le rejet de l'id&#233;e que quelqu'un, que cela soit le r&#233;sultat d'une &#171; favorisation &#187; sociale ou de l'adh&#233;sion suppos&#233;e &#224; un groupe opprim&#233; particulier, doit une solidarit&#233; acritique &#224; n'importe quelle lutte ou mouvement, et la reconnaissance qu'une telle conception est une obstruction majeure &#224; n'importe quelle pens&#233;e r&#233;volutionnaire s&#233;rieuse. La cr&#233;ation de projets collectifs et d'activit&#233;s pour servir les besoins et les d&#233;sirs des individus impliqu&#233;s, et pas vice versa. La reconnaissance que l'ali&#233;nation fondamentale impos&#233;e par le capital n'est bas&#233;e dans aucune id&#233;ologie hyper-individualiste qu'il promeut, mais plut&#244;t du projet collectif de production qu'il impose, et qui exproprie nos capacit&#233;s cr&#233;atrices et individuelles pour accomplir ses buts. La reconnaissance de la lib&#233;ration de chaque individu pour &#234;tre capable de d&#233;terminer les conditions de son existence en libre-association avec d'autres individus de son choix - c'est-&#224;-dire, la r&#233;-appropriation individuelle et sociale de la vie - comme le but principal de toute r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;-VIII-&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le rejet de l'id&#233;ologie, c'est-&#224;-dire le rejet de chaque programme, id&#233;e, abstraction, id&#233;al et th&#233;orie qui se place au-dessus de la vie et des individus comme une construction &#224; servir. Le rejet, donc, de Dieu, de l'&#201;tat, la Nation, la Race, etc, mais aussi du Primitivisme, du Communisme, de l'Anarchisme, de la Libert&#233;, la Raison, l'Individu, etc lorsque ceux-ci deviennent des id&#233;aux pour lesquels nous devons sacrifier nos vies, nos d&#233;sirs, nos aspirations et nos r&#234;ves. L'utilisation des id&#233;es, l'analyse th&#233;orique et la capacit&#233; &#224; raisonner et penser abstraitement de fa&#231;on critique doivent &#234;tre des outils pour comprendre ses buts, pour se r&#233;-approprier sa vie et agir contre tout ce qui bloque cette r&#233;-appropriation. Le rejet des r&#233;ponses faciles qui se transforment en &#339;ill&#232;res contre toute tentative d'examiner la r&#233;alit&#233; contre laquelle nous faisons face, &#224; la faveur de l'interrogation continuelle, du doute et de l'exploration th&#233;orique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A mes yeux, voila ce qui constitue une rupture r&#233;elle avec la politique, avec la gauche. L&#224; ou n'importe lequel de ces rejets fait d&#233;faut - dans la th&#233;orie comme dans la pratique - les vestiges de la gauche restent, et c'est une entrave &#224; notre projet de lib&#233;ration. Puisque cette rupture avec la gauche est bas&#233;e sur la n&#233;cessit&#233; de lib&#233;rer la pratique de l'anarchie des confins et des limites de la politique, ce n'est certainement pas pour embrasser la droite ou toute une autre partie du spectre de la politique. Il s'agit plut&#244;t d'une reconnaissance qu'une lutte pour la transformation de la totalit&#233; de la vie, une lutte pour reprendre le contr&#244;le de chacune de nos vies dans un mouvement collectif pour la r&#233;alisation individuelle, ne peut qu'&#234;tre entrav&#233;e par des programmes politiques, des organisations &#171; r&#233;volutionnaires &#187; et des constructions id&#233;ologique auxquelles il faudrait s'asservir, parce que celles-ci aussi, tout comme l'&#201;tat et le capital, exigent que nous leur donnions nos vies plut&#244;t que d'en reprendre le contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos r&#234;ves sont bien trop grands pour les limites &#233;troites du r&#233;alisme politique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cela fait d&#233;j&#224; depuis trop longtemps que nous aurions du laisser la gauche derri&#232;re nous pour continuer sur notre joyeuse voie vers l'inconnu de l'insurrection et la cr&#233;ation de vies pleines et auto-d&#233;termin&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Wolfi Landstreicher.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Dix coups de poignard &#224; la politique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La politique est l'art de la s&#233;paration.&lt;/strong&gt; L&#224; o&#249; la vie a perdu sa pl&#233;nitude, o&#249; la pens&#233;e et l'action des individus ont &#233;t&#233; sectionn&#233;s, catalogu&#233;s et enferm&#233;s dans des sph&#232;res s&#233;par&#233;es, l&#224; commence la politique. Ayant &#233;loign&#233; certaines activit&#233;s des individus (la discussion, le conflit, la d&#233;cision en commun, l'accord) en une zone en soi qu'elle pr&#233;tend gouverner, forte de son ind&#233;pendance, la politique est en m&#234;me temps s&#233;paration parmi les s&#233;parations et gestion hi&#233;rarchique du cloisonnement. Elle se r&#233;v&#232;le ainsi comme une sp&#233;cialisation, contrainte &#224; transformer le probl&#232;me en suspens de sa propre fonction en un pr&#233;suppos&#233; n&#233;cessaire pour r&#233;soudre tous les probl&#232;mes. C'est justement pour cela que le r&#244;le des professionnels de la politique est indiscutable &#8211; et la seule chose qu'on peut faire c'est les substituer, en changer de temps en temps. Chaque fois que les subversifs acceptent de s&#233;parer les diff&#233;rents moments de la vie et pour changer, en partant de cette s&#233;paration, les conditions donn&#233;es, ils deviennent les meilleurs alli&#233;s de l'ordre du monde. C'est justement parce qu'elle aspire &#224; &#234;tre une sorte de condition premi&#232;re de la vie m&#234;me que la politique insuffle partout son haleine mortif&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La politique est l'art de la repr&#233;sentation.&lt;/strong&gt; Pour gouverner les mutilations inflig&#233;es &#224; la vie, elle contraint les individus &#224; la passivit&#233;, &#224; la contemplation du spectacle mettant en sc&#232;ne sa propre impossibilit&#233; d'agir, la d&#233;l&#233;gation irresponsable de ses propres d&#233;cisions. Alors, tandis que l'abdication de la volont&#233; de se d&#233;terminer soi-m&#234;me transforme les individus en appendices de la machine &#233;tatique, la politique recompose en une fausse unit&#233; la totalit&#233; des fragments. Pouvoir et id&#233;ologie c&#233;l&#232;brent ainsi leurs propres noces funestes. Si la repr&#233;sentation est ce qui enl&#232;ve aux individus la capacit&#233; d'agir, leur fournissant en contrepartie l'illusion d'&#234;tre des participants et pas des spectateurs, cette dimension du politique r&#233;appara&#238;t toujours l&#224; o&#249; une quelconque organisation supplante les individus et un quelconque programme les maintient dans la passivit&#233;. Elle r&#233;appara&#238;t toujours l&#224; o&#249; une id&#233;ologie unit ce qui est oppos&#233; dans la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La politique est l'art de la m&#233;diation.&lt;/strong&gt; Entre la totalit&#233; pr&#233;sum&#233;e et la singularit&#233;, et entre les individus. Tout comme la volont&#233; divine a besoin de ses propres interpr&#232;tes et repr&#233;sentants terrestres, la Collectivit&#233; a besoin de ses propres d&#233;l&#233;gu&#233;s. Tout comme il n'existe pas dans la religion de rapports entre les hommes mais seulement entre les croyants, ce ne sont pas les individus qui se rencontrent dans la politique, mais les citoyens. Les liens d'appartenance emp&#234;chent l'union, parce que ce n'est que dans la diff&#233;rence que dispara&#238;t la s&#233;paration. La politique nous rend &#233;gaux parce qu'il n'y a pas de diversit&#233; dans l'esclavage &#8211; &#233;galit&#233; devant Dieu, &#233;galit&#233; devant la loi. Au dialogue r&#233;el qui, lui, nie le pouvoir en niant la m&#233;diation, la politique substitue son id&#233;ologie. Le racisme est l'appartenance qui emp&#234;che les rapports directs entre les individus. Toute politique est une simulation participative. Toute politique est raciste. Ce n'est qu'en d&#233;molissant ses barri&#232;res dans la r&#233;volte qu'on peut rencontrer les autres dans leur et notre singularit&#233;. Je me r&#233;volte donc nous sommes. Mais si nous sommes, adieu r&#233;volte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La politique est l'art de l'impersonnel.&lt;/strong&gt; Toute action est unique et particuli&#232;re. Toute occasion est comme l'instant d'une &#233;tincelle qui fuit l'ordre du vague. La politique est l'administration de cet ordre. &#171; Quel sens veux-tu qu'aie une action face &#224; la complexit&#233; du monde ? &#187; C'est ainsi qu'argumentent les endormis par la double somnolence d'un Si qui n'est personne et d'un Plus tard qui n'est jamais. La bureaucratie, fid&#232;le servante de la politique, est le rien administr&#233; afin que Personne ne puisse agir. Afin que d'aucun ne reconnaisse jamais sa propre responsabilit&#233; dans l'irresponsabilit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Le pouvoir ne dit plus que tout est sous contr&#244;le, il dit au contraire : &#171; Si m&#234;me moi je ne r&#233;ussis pas &#224; trouver des rem&#232;des, imaginez quelqu'un d'autre &#187;. La politique d&#233;mocratique se base d&#233;sormais sur l'id&#233;ologie catastrophiste de l'urgence (&#171; C'est nous ou le fascisme, c'est nous ou le terrorisme, c'est nous ou l'inconnu &#187;). Le vague, m&#234;me celui qui est antagoniste, est toujours un &#233;v&#233;nement abstrait, un &#233;v&#233;nement qui n'arrive jamais et qui efface tout ce qui advient. La politique invite chacun &#224; participer au spectacle de ces mouvements en arr&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La politique est l'art de l'ajournement.&lt;/strong&gt; Son temps est le futur, c'est pour cela qu'elle nous emprisonne tous dans un mis&#233;rable pr&#233;sent. Tous ensemble, mais demain. Quiconque dit &#171; Moi et maintenant &#187; ruine, avec cette impatience qui est l'exub&#233;rance du d&#233;sir, l'ordre de l'attente. Attente d'un objectif qui sorte de la mal&#233;diction du particulier. Attente d'un groupe dans lequel ne pas mettre en p&#233;ril ses propres d&#233;cisions et cacher ses propres responsabilit&#233;s. Attente d'une croissance quantitative ad&#233;quate. Attente de r&#233;sultats mesurables. Attente de la mort. La politique est la tentative permanente de transformer l'aventure en avenir. Mais c'est uniquement si &#171; moi et maintenant &#187; le d&#233;cide qu'il peut exister un nous qui ne soit pas l'espace d'un renoncement r&#233;ciproque, le mensonge qui fait de l'un le contr&#244;leur de l'autre. Celui qui veut agir tout de suite est toujours vu comme suspect. Si ce n'est pas un provocateur, dit-on, il en a certainement l'apparence. Mais c'est l'instant d'une action et d'une joie sans lendemain qui nous porte au matin suivant. Sans le regard fix&#233; aux aiguilles de la montre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La politique est l'art de l'accommodement.&lt;/strong&gt; Attendant toujours que les conditions soient m&#251;res, on finit un jour ou l'autre par s'allier au patron dans l'attente. Au fond la raison, qui est l'organe de l'&#233;chelonnement et de l'ajournement, offre toujours une bonne justification pour se mettre d'accord, pour limiter les d&#233;g&#226;ts, pour sauver quelques d&#233;tails d'un tout que l'on m&#233;prise. La raison politique a des yeux per&#231;ants pour d&#233;nicher des alliances. Tout n'est pas &#233;gal nous dit-on. Rifondazione comunista n'est certes pas comme cette droite rampante et dangereuse. (Aux &#233;lections on ne vote pas pour elle &#8211; nous sommes abstentionnistes, nous &#8211; mais les comit&#233;s citoyens, les initiatives dans la rue, c'est autre chose). La sant&#233; publique sera toujours mieux que l'assistance priv&#233;e. Un salaire minimum garanti sera toujours pr&#233;f&#233;rable au ch&#244;mage. La politique est le monde du moins pire. Et en se r&#233;signant au moindre mal, on accepte pas &#224; pas ce tout, &#224; l'int&#233;rieur duquel ne nous sont conc&#233;d&#233;es que des pr&#233;f&#233;rences. Celui qui en revanche ne veut rien savoir de ce moins pire est un aventuriste. Ou un aristocrate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La politique est l'art du calcul.&lt;/strong&gt; Afin que les alliances soient profitables il est n&#233;cessaire d'apprendre les secrets de ses alli&#233;s. Le calcul politique est le premier des secrets. Il faut savoir o&#249; on met les pieds. Il faut r&#233;diger des listes d&#233;taill&#233;es des efforts et des r&#233;sultats obtenus. Et &#224; force de mesurer ce que l'on a, on finit par tout obtenir, except&#233; la volont&#233; de le mettre en jeu et de le perdre. On est s'&#233;conomise, attentif et pr&#234;t &#224; pr&#233;senter l'addition. L'&#339;il fix&#233; sur ce qui nous entoure, on ne s'oublie jamais soi-m&#234;me. Vigilants comme les carabiniers.&lt;br class='manualbr' /&gt;Lorsque l'amour de soi d&#233;borde, il exige d'&#234;tre propag&#233;. Et cette surabondance de vie nous fait nous oublier, nous fait perdre le compte dans la tension de l'&#233;lan. Mais l'oubli de soi est le d&#233;sir d'un monde o&#249; il vaille la peine de se perdre, d'un monde qui m&#233;rite notre oubli. C'est pour cela que le monde tel qu'il est, administr&#233; par des matons et des comptables, doit &#234;tre d&#233;truit &#8211; pour qu'on puisse se d&#233;penser sans compter. L&#224; commence l'insurrection. D&#233;passer le calcul, mais non par d&#233;faut, comme le recommande cet humanitarisme qui pas apr&#232;s pas finit toujours par s'allier avec le bourreau, mais bien par exc&#232;s. L&#224; finit la politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La politique est l'art du contr&#244;le.&lt;/strong&gt; Afin que l'activit&#233; humaine ne se lib&#232;re pas des entraves du devoir et du travail pour se r&#233;v&#233;ler dans toute sa puissance. Afin que les ouvriers ne se rencontrent pas en tant qu'individus et n'arr&#234;tent pas de se faire exploiter. Afin que les &#233;tudiants ne d&#233;cident pas de d&#233;truire les &#233;coles pour choisir comment, quand et quoi apprendre. Afin que les membres de la famille ne tombent pas amoureux les uns des autres et ne cessent d'&#234;tre de petits serviteurs d'un petit Etat. Afin que les enfants ne soient rien d'autre que la copie imparfaite des adultes. Afin qu'on ne liquide pas la distinction entre les bons (anarchistes) et les mauvais (anarchistes). Afin que ce ne soient pas les individus qui aient des rapports, mais les marchandises. Afin qu'on ne d&#233;sob&#233;isse pas &#224; l'autorit&#233;. Afin que si quelqu'un attaque les structures de l'Etat, on s'empresse de dire que &#171; ce n'est pas l'&#339;uvre de compagnons &#187;. Afin que les banques, les tribunaux, les casernes ne sautent pas en l'air. En somme, que la vie ne se manifeste pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La politique est l'art de la r&#233;cup&#233;ration.&lt;/strong&gt; La mani&#232;re la plus efficace pour d&#233;courager toute r&#233;bellion, tout d&#233;sir de changement r&#233;el, est de pr&#233;senter un homme d'Etat comme un subversif, ou bien &#8211; mieux encore &#8211; transformer un subversif en homme d'Etat. Tous les hommes d'Etat ne sont pas pay&#233;s par le gouvernement. Ils existent des fonctionnaires qui ne si&#232;gent pas au Parlement et encore moins dans ses pi&#232;ces adjacentes ; au contraire, ils fr&#233;quentent les centres sociaux et connaissent discr&#232;tement les principales th&#232;ses r&#233;volutionnaires. Ils dissertent sur les potentialit&#233;s lib&#233;ratoires de la technologie, ils th&#233;orisent des sph&#232;res publiques non &#233;tatiques et le d&#233;passement du sujet. La r&#233;alit&#233; &#8211; ils le savent bien &#8211; est toujours plus complexe que n'importe quelle action. Ainsi, s'ils con&#231;oivent une th&#233;orie totale, c'est uniquement dans le but de pouvoir, dans la vie quotidienne, l'oublier totalement. Le pouvoir a besoin d'eux parce que &#8211; comme ils nous l'enseignent eux-m&#234;mes &#8211; lorsque personne ne le critique, le pouvoir est critiqu&#233; en tant que tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La politique est l'art de la r&#233;pression.&lt;/strong&gt; De celui qui ne s&#233;pare pas les diff&#233;rents moments de sa vie et veut changer les conditions donn&#233;es &#224; partir de la totalit&#233; de ses propres d&#233;sirs. De celui qui veut br&#251;ler la passivit&#233;, la contemplation et la d&#233;l&#233;gation. De celui qui ne se laisse supplanter par aucune organisation, ni immobiliser par aucun programme. De celui qui veut avoir des rapports directs entre individus et fait de la diff&#233;rence l'espace m&#234;me de l'&#233;galit&#233;. De celui qui n'a aucun nous sur lequel jurer. De celui qui perturbe l'ordre de l'attente parce qu'il veut s'insurger tout de suite, pas demain, ni apr&#232;s-demain. De celui qui se donne sans contrepartie et s'oublie par exc&#232;s. De celui qui d&#233;fend ses compagnons avec amour et d&#233;termination. De celui qui n'offre aux r&#233;cup&#233;rateurs qu'une seule possibilit&#233; : celle de dispara&#238;tre. De celui qui refuse de prendre place parmi la foule innombrable des fourbes et des endormis. De celui qui ne veut ni gouverner ni contr&#244;ler. De celui qui veut transformer l'avenir en une aventure fascinante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduit de &lt;i&gt;Il Pugnale&lt;/i&gt;, journal anarchiste &#224; num&#233;ro unique, Italie, mai 1996. Paru pour la premi&#232;re fois en fran&#231;ais dans la revue anarchiste internationale, &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.acorpsperdu.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;A Corps Perdu&lt;/a&gt; N&#176;1&lt;/i&gt;, d&#233;cembre 2008.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://ravageeditions.noblogs.org/post/2009/10/27/de-la-politique-a-la-vie/" class="spip_out"&gt;http://ravageeditions.noblogs.org/p...&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
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