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		<title>Lordstown 1972 ou les d&#233;boires de la General Motors</title>
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		<dc:creator>Pomerol &amp; M&#233;doc</dc:creator>


		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ves et luttes des classes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Lordstown 1972 &#187; fut publi&#233; en suppl&#233;ment au journal &lt;i&gt;Quatre millions de jeunes travailleurs&lt;/i&gt;, en 1973. Il s'agissait autant, en partant des gr&#232;ves et troubles ayant touch&#233; l'&#233;norme usine General Motors de Lordstown (Ohio, USA), de faire l'&#233;loge de la destruction de l'outil de travail que de souligner le lien entre l'activit&#233; de r&#233;volte ouvri&#232;re et une activit&#233; post-salariale et communiste, en refusant les m&#233;diations classiques de &#171; la conscience &#187;, du &#171; parti &#187;, du passage de l'&#233;conomique au politique.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique18" rel="directory"&gt;L&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot95" rel="tag"&gt;Gr&#232;ves et luttes des classes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH124/arton699-4628b.jpg?1780575640' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='124' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff699.jpg?1242841626&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'Organisation des jeunes travailleurs r&#233;volutionnaires fut fond&#233;e en 1970 &#224; l'instigation des dirigeants du PSU. L'OJTR regroupa de jeunes ouvriers r&#233;volt&#233;s de cette p&#233;riode, avec comme devise la formule de Liebknecht : &#171; la jeunesse est la flamme de la r&#233;volution prol&#233;tarienne &#187;. Malgr&#233; des influences l&#233;ninistes, la base de l'OJTR avait n&#233;cessairement raison contre les dirigeants. L'OJTR se saborda rapidement, apr&#232;s avoir publi&#233; la brochure &#171; Le militantisme, stade supr&#234;me de l'ali&#233;nation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Lordstown 1972 &#187; fut publi&#233;, apr&#232;s la dissolution de l'OJTR, en suppl&#233;ment au journal &lt;i&gt;Quatre millions de jeunes travailleurs&lt;/i&gt;, en 1973. Il s'agissait autant de faire l'&#233;loge de la destruction de l'outil de travail que de souligner le lien entre l'activit&#233; de r&#233;volte ouvri&#232;re et une activit&#233; post-salariale et communiste, en refusant les m&#233;diations classiques de &#171; la conscience &#187;, du &#171; parti &#187;, du passage de l'&#233;conomique au politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte a &#233;t&#233; republi&#233; aux &#233;ditions de l'oubli en 1977 et, plus r&#233;cemment, dans l'anthologie &lt;i&gt;Rupture dans la th&#233;orie de la r&#233;volution. Textes 1965-1975&lt;/i&gt;, Senonevero, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brochure mise en page fin avril 2009, la veille d'un premier mai certainement &#224; nouveau &#171; d&#233;cisif &#187; pour les centrales syndicales, surtout pour calmer les ardeurs d'ouvriers de plus en plus &#233;nerv&#233;s : s&#233;questrations de patrons (Caterpillar, Molex, Sony), blocages de sites (Amora, Toyota) &amp; saccages de b&#226;timents priv&#233;s ou publics (Continental, Caterpillar), coupures sauvages cibl&#233;es par les travailleurs d'ErDF... Le climat social se d&#233;grade. Tant mieux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Termin&#233;e en 1970, l'usine de Lordstown, qui poss&#232;de les machines les plus modernes et les plus sophistiqu&#233;es, avait &#233;t&#233; con&#231;ue comme un mod&#232;le du genre. Au lieu de cela, elle est devenue le &#8220;Woodstock&#8221; de l'industrie : cheveux longs et tenues hippies y sont de rigueur, et l'absence totale de discipline rend impossible le bon fonctionnement de la cha&#238;ne. En choisissant cette petite localit&#233; de l'Ohio, loin de Detroit et de ses habitudes en mati&#232;re de construction automobile, la General Motors esp&#233;rait rassembler une main d'&#339;uvre jeune et totalement nouvelle. Elle l'a eue... &#187;&lt;br&gt;
&lt;i&gt;L'Expansion&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;I.&lt;/p&gt;
&lt;/b&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I&lt;/strong&gt;naugur&#233;e en juin 1970, l'usine o&#249; l'on monte la voiture &#171; super-compacte &#187; Vega est revenue &#224; plus de 100 millions de dollars &#224; la General Motors (GM). La nouvelle unit&#233; de fabrication d'une conception ultramoderne et bourr&#233;e d'innovations technologiques, devait permettre de faire face &#224; la crise que traverse l'industrie automobile am&#233;ricaine face &#224; la saturation du march&#233; et &#224; la concurrence &#233;trang&#232;re. Elle se trouve &#224; Lordstown (Ohio). Selon le directeur g&#233;n&#233;ral de Chevrolet, dont la division prenait en main l'usine, celle-ci repr&#233;sentait &#171; un niveau de qualit&#233; qui n'a encore jamais &#233;t&#233; atteint, en mati&#232;re de fabrication, dans ce pays ni probablement dans le monde entier &#187;. Il ajouta que les 8.000 employ&#233;s de Lordstown &#233;taient &#171; tr&#232;s attach&#233;s &#224; cette usine &#187;. &#171; C'est la voie de l'avenir &#187;, observait, apr&#232;s une visite, un analyste boursier dans le &lt;i&gt;Wall Street Journal&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que Lordstown soit devenu &#171; la voie de l'avenir &#187;, c'est ce que nous nous proposons de montrer ici. Nous n'irons cependant pas jusqu'&#224; pr&#233;tendre que notre point de vue corresponde aux esp&#233;rances des habitu&#233;s de Wall Street ! En f&#233;vrier 1972, les ouvriers &#224; Lordstown votent &#224; 97% une gr&#232;ve pour riposter aux mesures de r&#233;organisation et aux suppressions d'emploi d&#233;cid&#233;es par la division montage de la GM (GMAD), qui a remplac&#233; la division Chevrolet &#224; la t&#234;te de l'usine. Mais les ouvriers dont l'&#226;ge moyen est de 24 ans n'avaient pas attendu la d&#233;cision de gr&#232;ve pour passer aux actes. Et quels actes ! Selon le &lt;i&gt;New York Review&lt;/i&gt; du 23 mars 1972, &#171; D&#232;s avant ce vote, les usines de Lordstown s'&#233;taient acquises une triste c&#233;l&#233;brit&#233; : changements de direction, licenciements, sanctions disciplinaires, augmentation des d&#233;fauts de fabrication, protestation des ouvriers contre l'acc&#233;l&#233;ration des cha&#238;nes de montage, coulage des temps, absent&#233;isme &#233;lev&#233;, accusations r&#233;p&#233;t&#233;es de sabotage. La direction affirme que les ouvriers ont ray&#233; les peintures, d&#233;t&#233;rior&#233; les carrosseries, les si&#232;ges et les tableaux de bord des voitures, et elle a offert 5.000 dollars de r&#233;compense &#224; toute personne qui donnerait des renseignements sur un incendie qui s'est d&#233;clar&#233; dans les circuits &#233;lectriques de la cha&#238;ne de montage elle-m&#234;me. &#187; Le &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; pr&#233;cise le tableau : &#171; La production a &#233;t&#233; s&#233;rieusement d&#233;sorganis&#233;e sur la cha&#238;ne de montage la plus rapide du monde... GM estime que la perte de production s'&#233;l&#232;ve &#224; 12.000 voitures Vega et &#224; quelque 4.000 camions Chevrolet, pour une valeur d'environ 45 millions de dollars. La direction a d&#251; fermer l'usine &#224; plusieurs reprises depuis le mois dernier apr&#232;s que les ouvriers eurent ralenti les cadences et laiss&#233; passer des voitures sur la cha&#238;ne sans effectuer toutes les op&#233;rations. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A.B. Anderson, le directeur de l'usine, a d&#233;clar&#233; : &#171; Il y a des blocs moteurs qui sont pass&#233;s devant 40 hommes sans qu'aucun d'eux ne fasse son travail. &#187; La direction a &#233;galement accus&#233; les ouvriers d'actes de sabotage, d'avoir cass&#233; des pare-brise, des lunettes arri&#232;re, d'avoir lac&#233;r&#233; des garnitures, tordu des bras d'indicateurs de direction, mis des rondelles dans les carburateurs et cass&#233; des cl&#233;s de contact.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au cours des derni&#232;res semaines, une aire de stationnement d'une capacit&#233; de 2.000 voitures a fr&#233;quemment &#233;t&#233; remplie de Vegas, qui avaient d&#251; &#234;tre retourn&#233;es &#224; l'usine pour des r&#233;parations avant m&#234;me d'avoir &#233;t&#233; exp&#233;di&#233;es aux concessionnaires. Ces deux derni&#232;res semaines, les ventes de Vegas sont tomb&#233;es de moiti&#233;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Article du New York Times traduit dans Informations Correspondances (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre 1971, donc avant la prise en main de l'usine par la GMAD, les ouvriers de la carrosserie avaient d&#233;clench&#233; une gr&#232;ve sauvage. Le m&#233;contentement n'avait donc pas pour unique cause le changement de direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gadgets automatiques et autres robots qui peuplent l'usine n'ont pas voulu &#234;tre en reste et ont apport&#233; leur contribution &#224; la f&#234;te. Selon le &lt;i&gt;Wall Street Journal&lt;/i&gt;, &#171; les pistolets automatiques de peinture, au moment o&#249; ils doivent &#8220;se rappeler&#8221; si la voiture &#224; peindre est un coup&#233;, une limousine ou un break, ont tendance &#224; s'affoler et &#224; envoyer de la peinture dans toutes les directions, sur les vitres des voitures et sur tout ce qui se trouve &#224; proximit&#233;. Une machine auxiliaire, qui avait pour t&#226;che de pr&#233;senter les pi&#232;ces aux robots Unimates, est tomb&#233;e en panne &#224; maintes reprises par &#8220;surmenage des pi&#232;ces ma&#238;tresses&#8221;. La GM eut m&#234;me la malchance de vendre au magazine &lt;i&gt;Car&lt;/i&gt; une Vega d&#233;fectueuse. Apr&#232;s examen des d&#233;fauts de la voiture, les ing&#233;nieurs de Chevrolet diagnostiqu&#232;rent une &#8220;erreur de montage&#8221; due &#224; un ordinateur, la voiture (qui avait une bo&#238;te automatique) ayant &#233;t&#233; mont&#233;e avec la suspension avant du mod&#232;le &#224; bo&#238;te manuelle &#224; trois vitesses. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Automation et OS &#224; la General Motors &#187;, paru dans le New York Review du 23 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les faits rapport&#233;s ici, bien qu'ils aient pris une ampleur particuli&#232;re &#224; Lordstown et que la publicit&#233; faite par la GM &#224; cette &#171; usine mod&#232;le &#187; ait contribu&#233; &#224; les faire conna&#238;tre, ne sont pas limit&#233;s &#224; une seule usine. Il s'agit d'un ph&#233;nom&#232;ne qui touche l'ensemble de l'industrie automobile am&#233;ricaine. Et m&#234;me un peu plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sabotage n'a pas &#233;t&#233; invent&#233; &#224; Lordstown. C'est une vieille tradition ouvri&#232;re, qui revient fort &#224; la mode ces derniers temps, il permet, ici, de se d&#233;tendre les nerfs en assouvissant une petite vengeance, et, l&#224;, de se gagner un peu de repos en attendant les r&#233;parations. Mais aux &#201;tats-Unis on commence vraiment &#224; sortir de l'&#232;re du bricolage !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;II.&lt;/p&gt;
&lt;/b&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;'usine de montage de la Vega, qui devait &#234;tre la solution au marasme de l'industrie automobile am&#233;ricaine, s'est en fait pr&#233;sent&#233;e comme l'illustration exemplaire des probl&#232;mes fondamentaux de la production marchande. Les d&#233;boires de la General Motors &#224; Lordstown pr&#233;figurent de fa&#231;on concentr&#233;e et limit&#233;e la crise future du syst&#232;me capitaliste. Cette crise se pr&#233;sentera sous la forme d'impasse dans les domaines &#233;conomique, technique et humain. Nous ne nourrissons pas d'illusions sur les faibles chances d'une contagion de tout le syst&#232;me &#224; partir d'un foyer tr&#232;s limit&#233;, mais nous croyons que les m&#234;mes causes produiront les m&#234;mes effets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien ne peut garantir que des actions radicales ne seront pas finalement r&#233;cup&#233;r&#233;es par le syst&#232;me et dig&#233;r&#233;es par des r&#233;formes. Aucun volontarisme ne peut aller contre. C'est &#224; travers la r&#233;cup&#233;ration et son d&#233;passement que la vieille taupe r&#233;volutionnaire progresse et ressurgit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les r&#233;volutions bourgeoises, comme celles du 18e si&#232;cle, se pr&#233;cipitent rapidement de succ&#232;s en succ&#232;s, leurs effets dramatiques se surpassent, les hommes et les choses semblent &#234;tre pris dans des feux de diamants, l'enthousiasme extatique est l'&#233;tat permanent de la soci&#233;t&#233;, mais elles sont de courte dur&#233;e. Rapidement, elles atteignent leur point culminant, et un long malaise s'empare de la soci&#233;t&#233; avant qu'elle ait appris &#224; s'approprier d'une fa&#231;on calme et pos&#233;e les r&#233;sultats de sa p&#233;riode orageuse. Les r&#233;volutions prol&#233;tariennes, par contre, comme celles du 19e si&#232;cle, se critiquent elles-m&#234;mes constamment, interrompent &#224; chaque instant leur propre cours, reviennent sur ce qui semble d&#233;j&#224; &#234;tre accompli pour le recommencer &#224; nouveau, taillent impitoyablement les h&#233;sitations, les faiblesses et les mis&#232;res de leurs premi&#232;res tentatives, paraissent n'abattre leur adversaire que pour lui permettre de puiser de nouvelles forces de la terre et se redresser &#224; nouveau formidable en face d'elles, reculent constamment &#224; nouveau devant l'immensit&#233; infinie de leurs propres buts, jusqu'&#224; ce que soit cr&#233;&#233;e enfin la situation qui rende impossible tout retour en arri&#232;re... &#187; (Marx, &lt;i&gt;Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le peu d'int&#233;r&#234;t des consommateurs pour les achats de voitures et l'importance croissante de la concurrence des constructeurs &#233;trangers, dont les propres march&#233;s sont satur&#233;s, ont mine la sant&#233; de l'industrie automobile. &#171; Depuis le lancement de la Vega, l'industrie automobile am&#233;ricaine a &#233;t&#233; le secteur le plus d&#233;prim&#233; d'une &#233;conomie de d&#233;pression. 1970 fut une ann&#233;e d&#233;sastreuse pour les fabricants d'automobiles. La production fut la plus basse enregistr&#233;e depuis 1961 ; elle &#233;tait inf&#233;rieure d'un tiers &#224; celle de 1965, ann&#233;e record ; d'un cinqui&#232;me par rapport &#224; 1950. 955 marchands de voitures neuves firent faillite, soit un sur 28... M&#234;me l'abolition de la taxe sur les voitures ne parvint pas &#224; stimuler les b&#233;n&#233;fices pendant la seconde moiti&#233; de 1971... Mais en d&#233;pit de cette subvention, les constructeurs d'automobiles ne purent gu&#232;re accro&#238;tre leurs programmes de production. Ils n'achet&#232;rent que peu de mati&#232;res premi&#232;res suppl&#233;mentaires et embauch&#232;rent tr&#232;s peu d'ouvriers. Leur prudence s'est av&#233;r&#233;e sage, les ventes de voitures en 1972 &#233;tant jusqu'&#224; pr&#233;sent rest&#233;es d&#233;cevantes. En f&#233;vrier, le minist&#232;re du Commerce a calcul&#233; que les projets d'achat de voitures ont baiss&#233; de 8,4% par rapport &#224; l'ann&#233;e derni&#232;re et de 4,4% depuis le mois d'octobre... &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Automation et OS &#224; la General Motors &#187;, op.cit.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Les b&#233;n&#233;fices de l'ensemble de l'industrie automobile sont m&#233;diocres. La proportion de capital par employ&#233; n'a pratiquement pas augment&#233; ces derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la Vega, c'est encore un &#233;chec. Gerstenberg, nouveau pr&#233;sident de la GM, d&#233;clarait quinze mois apr&#232;s son lancement qu'elle n'avait pas encore subi &#171; l'&#233;preuve du march&#233; que nous lui souhaitons &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marchandise pilote, l'automobile cr&#232;ve de son succ&#232;s m&#234;me. Son abondance rend sa possession d&#233;risoire. Elle perd simultan&#233;ment sa valeur de moyen de transport et sa fonction de prestige. Le consommateur qui avait cru pouvoir se procurer libert&#233; et puissance &#171; &#224; peu de frais &#187; se retrouve prisonnier du premier embouteillage venu et impuissant face au plus trivial probl&#232;me de stationnement. F&#233;tiche en perte de vitesse, l'automobile n'est plus qu'un pi&#232;tre engin de transport. L'on croit acheter un carrosse et l'on se retrouve comme Cendrillon, une fois l'enchantement pass&#233;, avec une vulgaire citrouille. La puissance financi&#232;re des firmes, m&#234;me jointe &#224; celle de l'&#201;tat, ne peut payer le fantastique d&#233;veloppement des &#233;quipements collectifs qu'exige leur expansion. En cas de r&#233;cession &#233;conomique, elle est dans les premi&#232;res touch&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est remarquable, ce n'est pas qu'il devienne plus difficile de vendre des voitures, c'est que l'on continue &#224; en vendre. Leur manque de qualit&#233;s personnelles se trouve compens&#233; par les tares grandissantes du syst&#232;me. D&#233;risoirement, l'automobile accorde un peu de tranquillit&#233; &#224; la sortie du travail, elle permet de s'&#233;chapper de la ville pour le week-end.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne prenons pas de grands risques en pr&#233;disant que la question de la gestion de l'industrie automobile ne posera pas beaucoup de probl&#232;mes lors de la r&#233;volution. On arr&#234;tera la production. Le nombre de v&#233;hicules en circulation permet de r&#233;gler tous les probl&#232;mes de transport en attendant que l'on mette au point des engins moins mis&#233;rables et les unit&#233;s de production automatis&#233;es o&#249; ils seront fabriqu&#233;s. La simple utilisation rationnelle des automobiles (optimum de passagers par v&#233;hicule, minimum de temps de stationnement, distribution des engins en fonction des capacit&#233;s des routes : les 2 CV en ville, les DS sur autoroute), associ&#233;e &#224; la r&#233;duction du temps de transport n&#233;cessaire pour la plupart des gens, permettra de mettre en r&#233;serve la grande majorit&#233; des v&#233;hicules. Cela r&#233;duira la pollution, ainsi que le nombre des embouteillages et des accidents. Peut-&#234;tre retrouvera-t-on le plaisir de la conduite et de la vitesse. La fabrication des pi&#232;ces de rechange et la r&#233;paration des engins n'occupant qu'une tr&#232;s faible partie des efforts de la soci&#233;t&#233;, les anciens serviteurs de l'industrie d&#233;funte trouveront ailleurs des occupations plus agr&#233;ables et plus utiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Ford, l'augmentation de la productivit&#233; dans l'industrie automobile, qui &#233;tait de 4,5% par an de 1960 &#224; 1965, est descendue &#224; 1,5% pour la seconde moiti&#233; de la d&#233;cennie. Cette baisse est li&#233;e &#224; la stagnation des techniques de production. N. Cole, de la GM, estime que &#171; dans notre branche, les possibilit&#233;s de progr&#232;s technologique sont moindres que par le pass&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette impossibilit&#233; de progresser est-elle due &#224; des raisons purement techniques et scientifiques ? Certainement pas : toutes les connaissances qui permettraient d'automatiser &#224; fond la production des automobiles, et de bien d'autres marchandises, existent ; mais elles ne peuvent pas &#234;tre mises en application parce que les rapports de production freinent le d&#233;veloppement des forces productives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a vingt ans, Norbert Wiener, le fondateur de la cybern&#233;tique, consid&#233;rait que les usines enti&#232;rement automatis&#233;es pourraient &#234;tre construites en l'espace de quelques ann&#233;es &#224; partir de principes th&#233;oriques d&#233;j&#224; &#233;labor&#233;s. Apr&#232;s avoir montr&#233; comment les deux derni&#232;res guerres mondiales avaient permis d'importants d&#233;veloppements technologiques &#224; partir de d&#233;couvertes auparavant inutilis&#233;es, il imagine l'impact d'un nouveau conflit de grande envergure qui exigerait &#224; la fois le maintien de la production industrielle et une mobilisation importante dans l'infanterie. &#171; Nous sommes aussi avanc&#233;s d&#233;j&#224; dans la voie du d&#233;veloppement d'un syst&#232;me unifi&#233; de machines &#224; commande automatique que nous l'&#233;tions pour le radar en 1939... Le personnel d'habiles amateurs de radio, de math&#233;maticiens et de physiciens, qu'on avait si rapidement convertis en ing&#233;nieurs &#233;lectriciens en vue de la construction du radar, est toujours disponible pour la t&#226;che, tr&#232;s voisine, de la construction de machines automatiques... La p&#233;riode d'environ deux ans qu'il a fallu pour utiliser le radar sur le champ de bataille avec un degr&#233; &#233;lev&#233; d'efficacit&#233; serait &#224; peine d&#233;pass&#233;e par la dur&#233;e d'&#233;volution de l'usine automatique. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Norbert Wiener, Cybern&#233;tique et soci&#233;t&#233;, 10/18, 1962 [1950], notamment le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Wiener d&#233;crit de fa&#231;on th&#233;orique, mais en rentrant dans les d&#233;tails, ce que pourrait &#234;tre une usine automatique centr&#233;e sur un ordinateur. Il cite l'usine d'automobiles et la cha&#238;ne d'assemblage comme des cas particuli&#232;rement favorables &#224; l'application de ces techniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme s'est r&#233;v&#233;l&#233; incapable d'effectuer cette r&#233;volution technique. Il existe bien s&#251;r des machines automatiques tr&#232;s perfectionn&#233;es et m&#234;me de grands ensembles de production qui excluent presque toute intervention humaine. L'automation concerne des industries en expansion qui peuvent investir les capitaux n&#233;cessaires Elle exige que la forme des marchandises produites ne varie pas trop souvent et que les ventes soient assur&#233;es. Les &#171; sp&#233;cialistes &#187; estiment que seulement 8% de la production am&#233;ricaine, en se basant sur le nombre de travailleurs employ&#233;s, est automatisable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains id&#233;ologues essaient de faire passer cette faiblesse pour le comble de la bont&#233; : &#171; La sagesse empirique r&#233;side peut-&#234;tre &#8211; en France &#8211; dans une certaine lenteur des &#8220;conversion&#8221;' qui m&#233;nage &#224; la fois les finances et les hommes. Quand Renault a cr&#233;&#233; l'usine de Flins, il aurait pu r&#233;duire de 88% le nombre des ouvriers (tout au moins dans une partie de l'usine) en poussant au maximum concevable l'automatisation des cha&#238;nes. Renault a bien fait ; mais ses partenaires du March&#233; commun auront ils autant de scrupules ? Un bienfait est toujours co&#251;teux. &#187; (Devaux, &lt;i&gt;Automates, Automatisme, Automation&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Lordstown est l'usine automobile la plus moderne du monde, et si les dirigeants de la GM n'ont pas eu les scrupules de Renault, elle est loin d'&#234;tre une usine automatique. &#171; Certaines t&#226;ches d'OS ont &#233;t&#233; confi&#233;es &#224; des machines, mais il est tr&#232;s rare que celles-ci pr&#233;sentent un progr&#232;s technique important ou transforment de fa&#231;on r&#233;volutionnaire la nature des t&#226;ches restantes... Le directeur g&#233;n&#233;ral de Chevrolet a &#233;crit que la machine &#224; souder automatique &#8220;&#233;vite &#224; l'ouvrier le maniement des pesantes pinces &#224; souder&#8221; mais aussi &#8211; ce qui est sans doute plus proche du fond de sa pens&#233;e &#8211; qu'on a &#8220;m&#233;canis&#233;&#8221; des secteurs qui, normalement, risquent d'&#234;tre des sources de d&#233;fectuosit&#233;s dues aux insuffisances humaines. D'ailleurs, on ne peut attendre d'un ouvrier qu'il fasse &#224; la main cent grosses soudures &#224; l'heure... Les machines qui ont le plus d'impact sur le travail des ouvriers sont celles qui servent &#224; rendre plus rigide l'organisation de la production et &#224; red&#233;couper le travail pour l'adapter au rythme rapide de la cha&#238;ne de montage. Les ing&#233;nieurs de la GM sont particuli&#232;rement fiers de leur technique d'int&#233;gration des op&#233;rations. Une de leurs grandes ambitions &#233;tait &#8220;d'utiliser la technologie de l'ordinateur&#8221; afin de rendre le travail de chaque ouvrier &#8220;plus facile &#224; accomplir et, en m&#234;me temps, plus pr&#233;cis&#8221;, il revient moins cher d'augmenter la pr&#233;cision et la cadence du travail de production que de remplacer les ouvriers par des robots plus rapides : les machines remplacent plut&#244;t les v&#233;rificateurs et les surveillants que les ouvriers non qualifi&#233;s. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Automation et OS &#224; la General Motors &#187;, op.cit.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit, l'automatisation ne concerne pas l'ensemble du processus de production. La machine remplace rarement l'ouvrier, elle sert plut&#244;t &#224; encadrer et &#224; rythmer son travail. On fait effectuer par des automates ce qui freine la vitesse de fabrication. Cela permet d'augmenter les cadences. Le travail est plus con et plus p&#233;nible ; l'ouvrier est mieux encha&#238;n&#233; &#224; son poste de travail et mieux contr&#244;l&#233;. &#171; Les ordinateurs charg&#233;s du r&#233;glage se comportent comme leurs homologues humains de toujours, en plus inexorables. Par exemple, l'ALPACA (&lt;i&gt;Assembly Line Production and Control Activity&lt;/i&gt;) &#8220;donne &#224; chaque ouvrier le temps qu'il faut pour accomplir sa t&#226;che&#8221;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Automation et OS &#224; la General Motors &#187;, op.cit.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Dans une interview parue dans le &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; du 23 janvier 1972, le pr&#233;sident de la section syndicale de Lordstown d&#233;clare : &#171; C'est la cha&#238;ne la plus rapide du monde. Les gars n'ont que 40 secondes pour faire ce qu'ils ont &#224; faire. La direction fait ses calculs et nous dit qu'elle n'a ajout&#233; au travail qu'une seule petite chose. Sur le papier on peut croire que l'ouvrier a assez de temps. Mais quand on n'a que 40 secondes, la moindre chose qui vient s'ajouter peut vous tuer. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Automation et OS &#224; la General Motors &#187;, op.cit.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La GM trouve d&#233;j&#224; que Lordstown lui est revenu trop cher. L'industrie automobile ne peut pas se payer l'automation. L'importance des capitaux &#224; engager est sans commune mesure avec le co&#251;t des usines actuelles et s'opposerait de toute mani&#232;re &#224; un renouvellement rapide des mod&#232;les. La transformation technologique en profondeur exclut le renouvellement de l'apparence des marchandises. Les n&#233;cessit&#233;s de la rotation du capital s'opposent &#224; des investissements &#224; long terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital ne se contente plus de transformer les hommes en robots, il ravale les robots au rang de gadgets. Que cette op&#233;ration prenne des aspects co&#251;teux et grandioses (projet Apollo, 250 fois le prix de Lordstown), ou carr&#233;ment sinistres (bombardiers sans pilotes), ne la rend que plus d&#233;risoire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme aurait peu de chance de survivre &#224; un d&#233;veloppement massif de l'automation. Wiener lui-m&#234;me ne se faisait pas trop d'illusions : &#171; Il est &#233;vident que ceci produira un ch&#244;mage en comparaison duquel les difficult&#233;s actuelles et m&#234;me la crise &#233;conomique de 1930-1936 para&#238;tront une bonne plaisanterie. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Norbert Wiener, op.cit.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Le ch&#244;mage, l'effondrement des prix, puis le changement radical et massif des hommes dans le processus de production, par le passage des t&#226;ches d'ex&#233;cution &#224; des t&#226;ches de conception, effondreraient le syst&#232;me. L'automation exige la fin du salariat, de la production marchande, et donc l'av&#232;nement du communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme est actuellement sauv&#233; d'une telle crise par son inertie. Il y a une diff&#233;rence qualitative entre l'automation de quelques secteurs, qui peuvent reconvertir leurs travailleurs et &#233;couler leurs marchandises, parce qu'ils sont pr&#233;cis&#233;ment en expansion, et qui de plus freinent la baisse du taux moyen de profit de l'ensemble du syst&#232;me par la baisse de leur productivit&#233; particuli&#232;re, et une automatisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Mais cette baisse du taux moyen de profit n'a pu et ne pourra &#234;tre combattue que par une augmentation g&#233;n&#233;rale de la productivit&#233;. L'automation est une n&#233;cessit&#233; autant qu'un p&#233;ril pour le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne pouvant augmenter suffisamment la productivit&#233; du travail par le d&#233;veloppement du machinisme, les entreprises tentent d'y rem&#233;dier en intensifiant et en rationalisant l'effort de leurs employ&#233;s. Cela ne se limite &#233;videmment pas &#224; l'industrie automobile. Ces mesures par exemple touchent de plus vu plus les employ&#233;s de bureau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement pour eux, les patrons se heurtent &#224; une main-d'&#339;uvre de moins en moins docile. Cette r&#233;sistance s'est exprim&#233;e depuis la fin des ann&#233;es 60 par une augmentation des gr&#232;ves sauvages et des arr&#234;ts spontan&#233;s de travail, mais aussi par l'absent&#233;isme, le &#171; turnover &#187; et le sabotage larv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'absent&#233;isme : il s'est d&#233;velopp&#233; en particulier parmi les travailleurs &#224; la cha&#238;ne. &#192; la GM, chez Ford et chez Chrysler l'absent&#233;isme a doubl&#233; en dix ans. Il est de 5 &#224; 10% en moyenne. 5% des absents le sont sans motif &#224; la GM. Ford a d&#251; embaucher des &#233;tudiants &#224; temps partiel pour remplacer les travailleurs (10%) qui sont absents les lundis et les vendredis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers am&#233;ricains ne sont pas les seuls &#224; avoir pris l'habitude d'allonger leurs cong&#233;s. Dans un article du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; (08.10.71) sur la situation sociale italienne, on pouvait lire : &#171; &#192; ces maux s'ajoute l'absent&#233;isme, devenu la maladie chronique d'une partie du personnel italien. On estime que, par roulement, sept travailleurs sur cent sont absents chaque jour dans la m&#233;tallurgie et la m&#233;canique au nord de l'Italie, la proportion passant &#224; 12% dans la r&#233;gion de Naples. Le taux d'absent&#233;isme aurait progress&#233; de 15 &#224; 20% en quelques mois. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; turnover &#187; : les travailleurs ont la bougeotte et changent facilement d'emploi, ou, apr&#232;s avoir amass&#233; une certaine somme d'argent, s'arr&#234;tent de bosser pour un moment. Le taux des d&#233;parts chez Ford a &#233;t&#233; en 1969 de 25%. Des ouvriers partent en milieu de journ&#233;e sans m&#234;me prendre leur paye.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces comportements sont surtout le fait des jeunes, mais les jeunes g&#233;n&#233;rations ne se calmeront certainement pas beaucoup en vieillissant. D'apr&#232;s Malcolm Denise, directeur du personnel chez Ford : &#171; L'ouvrier d'usine des ann&#233;es 70 ren&#226;clera de plus en plus devant le rythme et le travail uniformes des cha&#238;nes de montage. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La peur de perdre son emploi n'a pas jou&#233; &#224; Lordstown : &#171; Dans beaucoup de cas, les p&#232;res des jeunes ouvriers de l'automobile travaillent dans les industries de l'acier et du caoutchouc et ont vu leurs emplois menac&#233;s par les difficult&#233;s caus&#233;es &#224; leurs usines par la concurrence &#233;trang&#232;re. Mais la menace du ch&#244;mage et les pressions exerc&#233;es par les parents, la presse et les &#233;lus locaux, n'ont &#224; ce jour que peu d'effet sur les jeunes ouvriers &#8220;gauchistes&#8221; (en anglais : &lt;i&gt;militant&lt;/i&gt;) qui ont engag&#233; la lutte contre GM en octobre dernier. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Article du New York Times traduit dans Informations Correspondances (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; La direction a organis&#233; des s&#233;ances de &#171; sensibilisation &#187; pour calmer les travailleurs, mais en vain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais que faire ? Ni les ouvriers, ni les syndicats, ni les managers n'en ont id&#233;e. Les syndicats avaient mis&#233; tout d'abord sur la r&#233;duction de la dur&#233;e du travail. Lors de la n&#233;gociation du contrat 1970, l'UAW avait demand&#233; &#224; Ford et &#224; Chrysler d'&#233;tudier la possibilit&#233; d'une semaine de 40 heures en quatre jours. Chrysler notamment s'&#233;tait montr&#233; int&#233;ress&#233; par la formule, dans l'espoir de r&#233;duire non seulement l'absent&#233;isme, mais l'instabilit&#233; de son personnel. Mais, apr&#232;s huit mois de n&#233;gociations, le projet fut abandonn&#233; : la grande entreprise, d&#233;pendant de milliers de fournisseurs, n'&#233;tait pas capable, semble-t-il, de s'adapter &#224; un autre rythme que la semaine de cinq jours.&lt;br&gt;
&#171; Alors Chrysler essaya autre chose. Un programme de &#8220;&lt;i&gt;job enrichement&lt;/i&gt;&#8221; (enrichissement du travail) fut lanc&#233; en janvier 1971. Th&#233;oriquement, il s'agissait de &#171; donner la possibilit&#233; aux employ&#233;s de Chrysler, &#224; tous les niveaux, d'&#234;tre fiers de ce qu'ils font et des produits qu'ils fabriquent &#187;. Dans chaque usine, un comit&#233; d'enrichissement du travail se mit en qu&#234;te de suggestions et d'am&#233;liorations des conditions de travail. Mais sur les r&#233;sultats &#224; long terme, le scepticisme l'emporte. &#201;coutons Douglas Fraser, vice-pr&#233;sident de l'UAW et dirigeant du syndicat Chrysler : &#171; Au d&#233;but, on a eu l'impression que &#231;a marcherait, mais la question est de savoir combien de temps &#231;a va durer. Est-ce que l'ouvrier devra dire, tous les mois, &#8220;alors, mon enrichissement &#231;a vient ?&#8221;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Comment s'est arr&#234;t&#233;e la cha&#238;ne la plus rapide du monde &#187; de Jim Wargo, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bureaucratie syndicale est pourtant pleine de bonne volont&#233; et cherche &#224; se montrer raisonnable. L'U.A.W, parle de n&#233;gocier une r&#233;duction de la semaine de travail &#171; qui ne porte pas pr&#233;judice a l'utilisation rationnelle des &#233;quipements de la compagnie &#187;. Selon Douglas Fraser, on ne peut pas se permettre n'importe quoi : &#171; Chez Volvo, on dit qu'ils ont entrepris de briser la cha&#238;ne et de la remplacer par des petites &#233;quipes de production. Ce n'est pas parce qu'ils font &#231;a chez Volvo qu'on peut en faire autant aux &#201;tats-Unis. L&#224;-bas, ils sortent dix ou quinze voitures &#224; l'heure. Si nous travaillions &#224; cette cadence, nos voitures co&#251;teraient 25.000 dollars. Donner un travail plus satisfaisant aux ouvriers tout en maintenant nos rythmes de production, voila de quoi ce pays a besoin. &#192; nous de trouver la solution. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trusts automobiles, malgr&#233; les difficult&#233;s qu'ils ont avec leur personnel, estiment que des transformations profondes de l'organisation du travail ne sont pas rentables. Les seules branches industrielles o&#249; l'on peut envisager d'en finir avec le travail &#224; la cha&#238;ne sont celles o&#249; l'on est pr&#234;t &#224; payer plus cher pour une meilleure qualit&#233; technique, et elles sont rares. Si l'on doit augmenter le co&#251;t de production pour vendre plus, il est en g&#233;n&#233;ral plus int&#233;ressant de faire porter l'effort sur la publicit&#233; ou le renouvellement de l'apparence des produits que sur la qualit&#233; technique. Les exceptions concernent surtout des &#233;quipements industriels. Pour l'automobile, il n'y a peut-&#234;tre que Volvo, qui puisse, en raison de son image de marque particuli&#232;re (robustesse...) s'engager dans cette voie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rem&#232;des apport&#233;s par le capital &#224; ses ennuis sont la r&#233;pression, la p&#233;nalisation des fautes, une surveillance accrue et le renforcement de la discipline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour maintenir leur taux de profit, les constructeurs cherchent &#224; s'implanter &#224; l'&#233;tranger. La GM a d&#233;cid&#233; de construire ses futures usines de Vegas dans une r&#233;gion du Qu&#233;bec o&#249; r&#232;gne le ch&#244;mage.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La GM investit beaucoup plus &#224; l'&#233;tranger qu'aux &#201;tats-Unis, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas d'aujourd'hui que les firmes am&#233;ricaines exportent massivement des capitaux qui leur rapportent des profits &#233;lev&#233;s. Mais l'exportation d'usines automobiles et la r&#233;importation de voitures correspondent &#224; un ph&#233;nom&#232;ne plus r&#233;cent : une partie croissante des biens de consommation utilis&#233;s par la population am&#233;ricaine est fabriqu&#233;e &#224; l'&#233;tranger. Les USA continuent &#224; vendre plus de biens d'&#233;quipement industriel qu'ils en ach&#232;tent, mais pas suffisamment pour compenser leurs achats de mati&#232;res premi&#232;res et de biens de consommation. Depuis 1971, leur balance commerciale est d&#233;ficitaire. Les profits r&#233;import&#233;s de l'&#233;tranger ne comblent ce d&#233;ficit que dans une faible mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela tient au fait que la productivit&#233; aux &#201;tats-Unis a progress&#233; plus lentement qu'en Europe et au Japon, alors que les salaires y restent tr&#232;s sup&#233;rieurs &#224; ceux de ces pays. La sup&#233;riorit&#233; technologique des Am&#233;ricains (ordinateurs, espace...) et ce qu'il reste de l'&#233;cart de productivit&#233; font surtout sentir leurs effets sur les biens d'&#233;quipement. Cet avantage peut &#233;videmment s'&#233;vanouir si les Am&#233;ricains se laissent rattraper. T&#244;t ou tard, il faudra augmenter s&#233;rieusement la productivit&#233;. On en revient &#224; l'automation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant, le capitalisme am&#233;ricain continue &#224; importer des profits en exportant massivement des capitaux dans certains pays sous-d&#233;velopp&#233;s. Il cherche aussi &#224; signer des contrats avec les pays dits communistes o&#249; ses biens d'&#233;quipement peuvent s'&#233;changer contre des mati&#232;res premi&#232;res. L'incapacit&#233; des bureaucraties &#224; accumuler le capital de fa&#231;on autonome vient consolider l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui-ci ne se vexera certainement pas des reproches que lui font bien injustement les petits Stalines locaux. Selon Kim Il Sung : &#171; Il faut que nous soyons des hommes qui ha&#239;ssent l'id&#233;ologie de la classe exploiteuse m&#233;prisant et d&#233;testant le travail, qui consid&#232;rent l'aversion pour le travail comme une chose tr&#232;s honteuse et le travail comme une chose sacr&#233;e et la chose la plus honorable et qui aiment &#224; travailler. Alors seulement, on pourrait dire qu'ils sont des hommes ayant l'id&#233;ologie communiste. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kim Il Sung, &#171; Th&#233;orie de la construction &#233;conomique du socialisme &#187; &#233;dit&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; D'ailleurs, Allende, le petit dernier de la famille, nous pr&#233;cise ce qu'il faut entendre par &#171; classe exploiteuse &#187;, en parlant des gr&#232;ves dans les mines de cuivre : &#171; Ceux de Chiquicamata agissent comme de v&#233;ritables banquiers monopolistes, demandant de l'argent pour leur poche sans se pr&#233;occuper en rien de la situation du pays. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Allende, Le Monde du 21.01.73. Les Fran&#231;ais n'ont aucune raison de se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'offensive id&#233;ologique du capitalisme occidental porte sur la m&#234;me question et a le m&#234;me but. Simplement, il se montre plus prudent ; il n'en est que plus obsc&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Syndicalistes et journalistes, patrons et ministres, se pr&#233;cipitent pour pouvoir &#171; regarder en face le douloureux probl&#232;me des OS, ces laiss&#233;s-pour-compte de la croissance. Chacun doit pouvoir s'&#233;panouir dans son travail. Il faut en finir avec les t&#226;ches r&#233;p&#233;titives. &#187; Puisque d'apr&#232;s l'UAW &#171; les ouvriers plus &#226;g&#233;s consid&#232;rent le travail comme une vertu et un devoir, mais non les jeunes, et leur point de vue doit &#234;tre pris en consid&#233;ration &#187;, et puisque, selon J. Godfrey, de la GMAD, &#171; parmi les gars qui n'aiment pas le travail &#224; la cha&#238;ne de montage, il y en a qui, tout simplement, n'aiment pas le travail, o&#249; qu'on les mette &#187;, on doit se montrer r&#233;formiste. Tout ce baratin illustre la d&#233;composition d'une soci&#233;t&#233; qui a sap&#233; par le d&#233;veloppement fantastique de la productivit&#233; ses propres fondements. On s'autocritique, on promet de se corriger, mais on ne veut pas discuter de la seule question s&#233;rieuse : l'abolition du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique de ces messieurs se concentre sur le caract&#232;re r&#233;p&#233;titif des t&#226;ches. L'ennemi des humanistes, ce n'est pas le capital, facteur de progr&#232;s, mais l'horrible r&#233;p&#233;titivit&#233;. Il faut donner au bon peuple de la vari&#233;t&#233; et il sera heureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est exact que le travail &#224; la cha&#238;ne soit &#224; la fois p&#233;nible et r&#233;p&#233;titif, mais il est faux de dire que le simple fait d'&#234;tre r&#233;p&#233;titif soit p&#233;nible en soi. Il y a des travaux qui ne sont pas r&#233;p&#233;titifs et qui sont plus p&#233;nibles que le travail &#224; la cha&#238;ne. Il y a des activit&#233;s &#8211; faire l'amour, faire de la balan&#231;oire &#8211; qui sont r&#233;p&#233;titives sans &#234;tre p&#233;nibles. Si le travail de montage est p&#233;nible, ce n'est pas d'abord parce qu'il est r&#233;p&#233;titif mais parce que c'est du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui caract&#233;rise le travail &#224; la cha&#238;ne c'est que l'activit&#233; de l'homme y est directement domin&#233;e, organis&#233;e, rythm&#233;e par celle de la machine, incarnation du capital. Contrairement &#224; de nombreux travailleurs, l'OS perd la possibilit&#233; de participer &#224; la gestion de sa propre ali&#233;nation. Son activit&#233; est asservie au capital, non seulement dans ses buts, mais aussi dans sa forme m&#234;me. Il perd l'illusion de la libert&#233;, mais aussi la libert&#233; de se faire des illusions. Il sait que si son travail est p&#233;nible, ce n'est pas parce que ses coll&#232;gues sont paresseux, ou que son chef est un incapable, mais parce que sa vie est colonis&#233;e par le capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique bourgeoise du travail &#224; la cha&#238;ne ne propose comme solution que la participation des travailleurs &#224; la gestion de leur propre ali&#233;nation Ce r&#233;formisme est une r&#233;surgence de celui que Marx critiquait d&#233;j&#224; chez Proudhon : il &#171; propose &#224; l'ouvrier de faire non seulement la douzi&#232;me partie d'une &#233;pingle, mais successivement toutes les douze parties. L'ouvrier arriverait ainsi &#224; la science et &#224; la conscience de l'&#233;pingle. &#187; (&lt;i&gt;Mis&#232;re de la Philosophie&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Lordstown, ce n'est pas seulement la manifestation de l'incapacit&#233; du capital &#224; affronter les probl&#232;mes fondamentaux que lui pose son propre d&#233;veloppement, c'est aussi l'apparition de la r&#233;ponse communiste aux questions qu'il ne sait pas r&#233;soudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;III.&lt;/p&gt;
&lt;/b&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Lorsque le doigt montre la lune,&lt;br&gt; l'imb&#233;cile regarde le doigt. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;e bourgeois, ou son fr&#232;re le bureaucrate, &#233;carquille les yeux et tente de discerner une solution dans les cons&#233;quences que l'action des travailleurs pourrait entra&#238;ner sur l'organisation du travail. Il ne voit pas que cette solution se trouve tout enti&#232;re dans la r&#233;volte m&#234;me, dans l'activit&#233; d&#233;ploy&#233;e par les ouvriers contre l'organisation du travail, c'est-&#224;-dire contre le capital. La programmation de son cerveau lui interdit de concevoir que l'activit&#233; puisse prendre le pas sur la chose. Il ne peut imaginer que des variations dans la mani&#232;re dont la chose. Il ne peut imaginer que des variations dans la mani&#232;re dont la chose domine l'activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que le travail n'est utile que parce qu'il met en action le capital et lui ajoute de la valeur, les r&#233;voltes ouvri&#232;res n'ont d'int&#233;r&#234;t que par les effets qu'elles peuvent entra&#238;ner sur le capital. Au lieu de regarder ce que font les ouvriers, les id&#233;ologues bourgeois essaient d'imaginer ce que les ouvriers voudraient obtenir. On ne voit dans l'activit&#233; prol&#233;tarienne au plus qu'un facteur de perturbation ou de modernisation du syst&#232;me, jamais l'esquisse de son d&#233;passement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, la r&#233;volte des travailleurs est oblig&#233;e, provisoirement, de s'ali&#233;ner dans des victoires ou des &#233;checs partiels, donc de modifier le syst&#232;me au lieu de le d&#233;truire. M&#234;me lorsqu'elle prend des formes sauvages, elle ne peut finalement l'&#233;viter ; c'est l&#224;-dessus que les syndicats, n&#233;gociateurs de la marchandise force de travail, fondent leur survie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le mouvement prol&#233;tarien ne peut &#234;tre r&#233;duit &#224; ses cons&#233;quences imm&#233;diates et partielles. L'activit&#233; ne peut jamais &#234;tre r&#233;duite &#224; son produit direct. Le travail lui-m&#234;me non seulement est &#224; l'origine de tel ou tel objet, mais encore assure la production et la reproduction des classes sociales.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;p style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;&lt;b&gt;Ils ne font rien, ils ne disent rien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que veulent-ils ? Rien...&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela s'est pass&#233; en juin dernier dans une entreprise moyenne de construction m&#233;canique de la r&#233;gion parisienne. Entreprise sans histoires, au personnel plut&#244;t jeune et peu organis&#233; syndicalement. Un lundi matin, une gr&#232;ve &#233;clate dans un atelier et se propage. Le soir, l'usine est arr&#234;t&#233;e, mais le mouvement n'atteint pas l'encadrement. Celui-ci, au contraire, est surpris ; il n'a pas senti venir la gr&#232;ve. D'ailleurs, les visages des protestataires sont d&#233;tendus, et la journ&#233;e s'ach&#232;ve sans qu'aucune revendication ne soit d&#233;pos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Situation inchang&#233;e le lendemain matin. Les effectifs sont l&#224;, au complet, bavardant, jouant aux cartes. La direction, perplexe, prend contact avec les repr&#233;sentants du personnel et les presse de d&#233;finir l'objet de la gr&#232;ve. En vain : aucun th&#232;me revendicatif n'appara&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mercredi, les ateliers prennent un air de f&#234;te. Les gr&#233;vistes y improvisent des sayn&#232;tes, sortes de psychodrames involontaires, o&#249; la vie et les petits travers de l'entreprise sont jou&#233;s avec bonhomie. Le patron est mis en sc&#232;ne sans insolence...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeudi, la direction, d&#233;sempar&#233;e, croit d&#233;bloquer la situation en annon&#231;ant une prime de vacances de 300 F. Cette bonne nouvelle tombe compl&#232;tement &#224; plat. Les gr&#233;vistes n'ont rien demand&#233; et ne d&#233;sirent rien d'autre, semble-t-il, que de laisser les machines au repos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La semaine se termine sans autre p&#233;rip&#233;tie, et le lundi suivant tout le monde est &#224; son poste, sans complexe. La direction ne saura jamais quel d&#233;mon a saisi l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le plus extraordinaire est que cette histoire est vraie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Management&lt;/i&gt;, d&#233;cembre 1972.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, dans ses luttes, le prol&#233;tariat, m&#234;me s'il est oblig&#233; de se contenter de r&#233;formes, commence &#224; montrer qu'il n'est plus r&#233;formiste. L'on assiste &#224; cette chose extraordinairement significative : des gens se mettent en gr&#232;ve et ensuite, parfois plusieurs jours apr&#232;s, commencent &#224; formuler des revendications.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une des meilleures fa&#231;ons de ch&#226;trer d&#233;mocratiquement une gr&#232;ve est de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'activit&#233; communiste ne peut &#234;tre la cons&#233;quence d'une r&#233;organisation, d'une d&#233;mocratisation ou d'une autogestion m&#234;me tr&#232;s pouss&#233;e des conditions de travail. Elle ne se substitue pas au travail. Elle n'est pas une modification des activit&#233;s productives actuelles sous le coup ou &#224; la suite d'une r&#233;volution. Elle surgit au sein m&#234;me du vieux monde sous la forme subversive d'une lutte contre l'organisation dominante de la vie. Ses aspects &#171; primitifs &#187; sont le sabotage, le pillage, la gr&#232;ve insurrectionnelle... Elle devra d&#233;passer au cours de son d&#233;veloppement cette phase de n&#233;gation. Elle ne le fera pas parce qu'en vieillissant elle serait devenue raisonnable, mais pouss&#233;e par les cons&#233;quences de ses propres actes, en vertu de sa propre logique et de nouvelles t&#226;ches &#224; effectuer. Elle est la r&#233;volution m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte des travailleurs de Lordstown est communiste parce qu'elle s'en prend au capital et parce qu'elle est d&#233;j&#224; profond&#233;ment diff&#233;rente du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa premi&#232;re caract&#233;ristique est la spontan&#233;it&#233;. Cela ne veut nullement dire qu'elle &#233;tait bord&#233;lique, sans plan et inorganis&#233;e. L'opposition entre spontan&#233;it&#233; et organisation rel&#232;ve de la pens&#233;e bureaucratique qui est bien plac&#233;e pour pouvoir reconna&#238;tre la r&#233;alit&#233; de la spontan&#233;it&#233;, mais voudrait cependant se r&#233;server le monopole de l'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui manquerait aussi aux travailleurs, c'est la conscience. Selon un d&#233;l&#233;gu&#233; CFDT : &#171; Ce ne sont pas les OS les plus abrutis par le travail qui sont capables de remettre en cause les rapports de production, mais ceux &#224; qui, malgr&#233; leur travail, il reste suffisamment de possibilit&#233;s de r&#233;flexion pour permettre une prise de conscience. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par L'Expansion (mars 1972), il exprime le cr&#233;tinisme militant. Lorsque (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Il n'y a pas que le travail qui abrutit, le syndicalisme aussi. La conscience n'&#233;tait pas plus absente &#224; Lordstown que l'organisation. Simplement il ne s'agissait pas d'une conscience id&#233;ologique, mais d'une conscience li&#233;e &#224; une situation et &#224; des possibilit&#233;s d'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'ont fait les ouvriers de Lordstown &#233;tait directement d&#233;termin&#233; par la conscience qu'ils avaient de leur situation, de leurs int&#233;r&#234;ts et des risques &#224; prendre. En cela ils se niaient comme prol&#233;taires et comme salari&#233;s. L'ali&#233;nation du travailleur consiste en ceci que son activit&#233; est soumise &#224; une logique qui lui est &#233;trang&#232;re. Il est agi autant qu'il agit. Sa position ressemble &#224; celle du rameur qui, &#224; fond de cale, fait se mouvoir la gal&#232;re mais ne peut d&#233;cider ni de sa destination, ni m&#234;me de l'&#233;nergie &#224; d&#233;penser en fonction d'une estimation personnelle des n&#233;cessit&#233;s de la navigation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la lutte, l'ouvrier redevient ma&#238;tre de lui-m&#234;me et reprend le contr&#244;le de ses propres gestes. Le caract&#232;re sacr&#233; de &#171; l'outil de travail &#187;, le s&#233;rieux oppressant de la r&#233;alit&#233; de l'usine s'effondre. Avec le sabotage proprement dit, mais plus g&#233;n&#233;ralement avec tout ce qui s'en prend directement &#224; l'organisation du travail, la joie r&#233;appara&#238;t dans les bagnes du salariat. Cette joie peut aller jusqu'&#224; une saine et lucide ivresse lorsqu'il s'agit d'une activit&#233; collective et organis&#233;e. La panique qui s'empare des gardes-chiourme et de la direction ne peut que l'attiser ; l'impuissance a chang&#233; de camp !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici une description de ce qui s'est pass&#233; en 1968 dans une usine automobile proche de Detroit : &#171; On commen&#231;a &#224; voir dans certaines parties de l'usine des actes de sabotage organis&#233;. Au d&#233;but, c'&#233;taient des fautes d'assemblage ou m&#234;me des omissions de pi&#232;ces &#224; une &#233;chelle bien plus grande que la normale, si bien que de nombreux moteurs &#233;taient rejet&#233;s &#224; la premi&#232;re inspection. L'organisation de l'action entra&#238;na diff&#233;rents accords entre les v&#233;rificateurs et quelques ateliers d'assemblage, avec des sentiments et des motivations m&#233;lang&#233;s chez les ouvriers concern&#233;s &#8211; certains d&#233;termin&#233;s, d'autres cherchant une sorte de vengeance, d'autres encore participant seulement pour se marrer. Toujours est-il que le mouvement se d&#233;veloppa rapidement dans une ambiance tr&#232;s enthousiaste...&lt;br&gt;
&#171; &#192; la v&#233;rification et aux essais, au cas o&#249; le moteur aurait pass&#233; la cha&#238;ne sans que des d&#233;fauts de fabrication s'y glissent, un bon coup de clef &#224; molette sur le filtre &#224; huile, sur une couverture de bielle ou sur le distributeur, arrangeait toujours les choses. Parfois m&#234;me les moteurs &#233;taient simplement rejet&#233;s parce qu'ils ne tournaient pas assez silencieusement...&lt;br&gt;
&#171; Les projets con&#231;us lors de ces r&#233;unions innombrables conduisirent finalement au sabotage &#224; l'&#233;chelle de toute l'usine des moteurs V8. Comme les six cylindres, les V8 &#233;taient assembl&#233;s de fa&#231;on d&#233;fectueuse ou endommag&#233;s en cours de route pour qu'ils soient rejet&#233;s. En plus de cela, les v&#233;rificateurs, &#224; l'essai, se mirent d'accord pour rejeter quelque chose comme trois moteurs sur quatre ou cinq qu'ils testaient...&lt;br&gt;
&#171; Sans aucun aveu de sabotage de la part des gars, le chef fut forc&#233; de se lancer dans un expos&#233; tortueux, qui lui troubla m&#234;me un peu les sens, en essayant d'expliquer aux gars qu'ils ne devaient pas rejeter des moteurs qui &#233;taient de toute &#233;vidence de tr&#232;s mauvaise qualit&#233;, mais sans pouvoir leur dire carr&#233;ment. Toutes ces tentatives furent vaines car les gars y all&#232;rent au toupet : ils lui affirm&#232;rent sans rel&#226;che que leurs int&#233;r&#234;ts et ceux de la compagnie ne faisaient qu'un, c'&#233;tait leur devoir d'assurer la fabrication de produits de premi&#232;re qualit&#233;...&lt;br&gt;
&#171; Un programme de sabotage rotatif au niveau de toute l'usine fut &#233;labor&#233; pendant l'&#233;t&#233; peur gagner du temps libre. Lors d'une r&#233;union, les ouvriers prirent des num&#233;ros de 1 &#224; 50 ou plus. Il y eut des r&#233;unions similaires dans d'autres parties de l'usine. Chaque ouvrier &#233;tait responsable d'une certaine p&#233;riode d'environ 20 minutes pendant les deux semaines &#224; suivre et, lorsque sa p&#233;riode arrivait, il faisait quelque chose pour saboter la production dans son atelier, si possible quelque chose d'assez grave pour arr&#234;ter toute la cha&#238;ne. D&#232;s que le chef envoyait une &#233;quipe pour r&#233;parer la &#8220;faute&#8221;, la m&#234;me chose recommen&#231;ait dans un autre endroit-cl&#233;. De cette mani&#232;re l'usine enti&#232;re se reposait entre 5 et 20 minutes par heure pendant un bon nombre de semaines, &#224; cause soit d'un arr&#234;t de la cha&#238;ne, soit de l'absence de moteurs sur ladite cha&#238;ne. Les techniques-m&#234;mes employ&#233;es pour le sabotage sont tr&#232;s nombreuses et vari&#233;es, et j'ignore celles qui furent employ&#233;es dans la plupart des ateliers...&lt;br&gt;
&#171; Ce qui est remarquable dans tout cela, c'est le niveau de coop&#233;ration et d'organisation des ouvriers &#224; l'int&#233;rieur d'un m&#234;me atelier et aussi entre les diff&#233;rents ateliers. Tout en &#233;tant une r&#233;action au besoin d'action commune, cette organisation est aussi un moyen de faire fonctionner le sabotage, de faire des collectes, ou m&#234;me d'organiser des jeux et des comp&#233;titions qui servent &#224; transformer la journ&#233;e de travail en une activit&#233; plaisante. Ce fut ce qui se produisit &#224; l'atelier d'essai des moteurs...&lt;br&gt;
&#171; Les contr&#244;leurs, au banc d'essai des moteurs, organis&#232;rent un concours avec les bielles qui n&#233;cessitait que des vigies soient post&#233;es aux entr&#233;es de l'atelier et que des accords soient conclus avec les ouvriers de la cha&#238;ne de montage des moteurs, par exemple pour qu'ils ne fixent pas enti&#232;rement les bielles de certains moteurs pris au hasard. Quand un v&#233;rificateur sentait des vibrations douteuses, il criait &#224; tous de d&#233;gager l'atelier et les ouvriers abandonnaient aussit&#244;t leur travail pour se mettre &#224; l'abri derri&#232;re les caisses et les &#233;tag&#232;res. Ensuite, il lan&#231;ait le moteur &#224; 4 ou 5.000 tours/minute. Celui-ci faisait toutes sortes de bruits et de coups de ferraille pour finalement s'arr&#234;ter ; dans un grand claquement sec, la bielle baladeuse crevant le carter &#233;tait projet&#233;e d'un seul coup &#224; l'autre bout de l'atelier. Les gars sortaient alors de leurs abris en poussant des hourras et on marquait &#224; la craie sur le mur un autre point pour le v&#233;rificateur. Cette comp&#233;tition-l&#224; se prolongea pendant plusieurs mois, entra&#238;nant l'&#233;clatement de plus de 150 moteurs. Et les paris allaient bon train.&lt;br&gt;
&#171; Dans un autre cas, tout commen&#231;a par deux gars qui s'arrosaient par un jour de chaleur avec les jets d'eau utilis&#233;s dans l'atelier des essais. Cela se d&#233;veloppa en une bataille rang&#233;e de jets d'eau dans tout l'atelier qui dura plusieurs jours. La plupart des moteurs &#233;taient soit ignor&#233;s, soit simplement approuv&#233;s en vitesse pour que les gars soient libres pour la bataille, et dans de nombreux cas les moteurs &#233;taient d&#233;truits ou endommag&#233;s pour s'en d&#233;barrasser rapidement. Il y avait en g&#233;n&#233;ral dix ou quinze jets d'eau en action dans la bataille, tous avec une pression d'eau comparable &#224; celle d'une lance &#224; incendie. Des jets d'eau giclaient de partout, les gars riaient, criaient et couraient dans tous les sens : dans cette atmosph&#232;re, il y en avait bien peu qui &#233;taient d'humeur &#224; faire leur travail. L'atelier &#233;tait r&#233;guli&#232;rement inond&#233; jusqu'au plafond et tous les gars compl&#232;tement tremp&#233;s. Bient&#244;t, ils apport&#232;rent toutes sortes de pistolets &#224; eau, tuyaux d'arrosage et seaux, et le jeu prit les proportions d'une foire &#233;norme pendant des heures. Un gars se promenait avec le bonnet de bain de sa femme sur la t&#234;te, au grand amusement du reste de l'usine qui n'&#233;tait pas au courant de ce qui se passait dans l'atelier des essais...&lt;br&gt;
&#171; Le conflit constant avec la rationalisation bureaucratique s'exprime tous les jours d'une fa&#231;on dramatique &#224; la sortie. La plupart des ouvriers qui ne travaillent pas &#224; la cha&#238;ne principale d'assemblage ont fini leur travail, se sont lev&#233;s et sont pr&#234;ts &#224; partir cinq bonnes minutes avant la sir&#232;ne. Et avec 30 ou 40 contrema&#238;tres en chemise blanche d'un c&#244;t&#233;, et 300 ou 400 gars de l'autre, les gars commencent tous ensemble &#224; imiter le bruit de la sir&#232;ne en hurlant, et se pr&#233;cipitent vers les pointeuses en &#233;crasant litt&#233;ralement les contrema&#238;tres, pointent en vitesse et sont d&#233;j&#224; sortis de l'usine lorsque la sir&#232;ne, la vraie cette fois, se m&#234;le &#224; leurs cris. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le contre-planning dans l'atelier &#187; paru dans Radical America, traduit (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers opposent &#224; l'organisation capitaliste du travail non pas une nouvelle organisation du travail, mais l'organisation de leur lutte et de leurs jeux. Ils s'en prennent au cloisonnement entre ateliers et introduisent la libert&#233; de circulation et de contacts entre les hommes &#224; l'int&#233;rieur de l'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La direction de Berliet tenait r&#233;cemment &#224; rappeler &#224; ses employ&#233;s que &#171; les cort&#232;ges dans l'entreprise sont interdits &#187;. Elle ajoutait : &#171; Ne sont pas consid&#233;r&#233;s comme exercice normal du droit de gr&#232;ve, les arr&#234;ts inopin&#233;s et r&#233;p&#233;t&#233;s aboutissant &#224; une d&#233;sorganisation de la production, ainsi que les restrictions volontaires de travail pour freinage de la production. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le sabotage, le rapport de domination du capital sur le travailleur est renvers&#233;. Alors que dans le travail, la marchandise est un instrument d'asservissement pour l'ouvrier, il la remet &#224; sa place d'objet que l'on utilise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas se leurrer sur le caract&#232;re destructeur que rev&#234;t l'activit&#233; communiste telle qu'elle sort des flancs du capitalisme. Elle est d&#233;j&#224; productrice d'usage. Le sabotage d&#233;truit de la valeur marchande (c'est-&#224;-dire fait perdre de l'argent), en s'attaquant &#224; l'usage que l'on peut faire d'une marchandise (pi&#232;ce utile dans la voiture), mais il produit de la valeur d'usage pour l'ouvrier puisqu'il permet de gagner du temps libre, de faire pression sur le patron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui reprochent au sabotage d'&#234;tre une activit&#233; destructrice lui font un mauvais proc&#232;s. Toute activit&#233; productrice est aussi destructrice. Tout acte de production est aussi acte de consommation : on ne fait que transformer de la mati&#232;re. Sur l'utilit&#233; des destructions, le capital n'a pas de le&#231;on &#224; donner. Il ne se g&#234;ne pas pour amortir des machines et des installations industrielles sur de tr&#232;s courtes p&#233;riodes de temps, pour polluer la plan&#232;te et s'offrir de petites guerres de temps en temps. Il n'h&#233;site pas &#224; sacrifier de la valeur d'usage sur l'autel de la valeur marchande, ce qui le g&#234;ne dans le sabotage c'est qu'il se passe exactement le contraire.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le co&#251;t direct de la guerre au Vietnam s'est &#233;lev&#233; suivant le Pentagone &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers pour qui l'outil de travail n'est plus une chose sacr&#233;e qu'il ne faut surtout pas d&#233;tourner de sa fonction premi&#232;re, ceux qui n'acceptent plus de sacrifier leur vie devant des f&#233;tiches sauront, le moment venu, utiliser au mieux les instruments que leur aura l&#233;gu&#233;s le capital. Ils sauront remettre en marche tout ce qui sera n&#233;cessaire pour assurer les t&#226;ches r&#233;volutionnaires : se v&#234;tir, se nourrir, s'abriter, s'armer... &lt;i&gt;vivre&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle activit&#233; se distingue radicalement de l'ensemble des moyens par lesquels on canalise et on d&#233;value l'&#233;nergie du prol&#233;tariat. De m&#234;me que le prol&#233;tariat peut parler th&#233;oriquement &#224; travers certains actes, de m&#234;me certains actes peuvent ne plus &#234;tre que du baratin. Les processions du 1er Mai ne sont plus que les restes fossilis&#233;s des &#233;meutes spontan&#233;es par lesquelles le prol&#233;tariat du 19e si&#232;cle imposait son existence. Par les gr&#232;ves d'avertissement et autres formes de d&#233;brayage bidon, on n'agit plus directement pour imposer sa volont&#233;, on cherche &#224; montrer son m&#233;contentement, &#224; s'exprimer. Plus r&#233;cemment, on a vu l'occupation d'usines se transformer en protection de l'outil de travail gr&#226;ce &#224; la bienveillance des syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains bureaucrates extr&#233;mistes ont pu aller jusqu'&#224; essayer de r&#233;cup&#233;rer le sabotage. Le mot d'ordre mao&#239;ste &#171; Il est juste de saboter &#187; n'exprime rien d'autre. Le sabotage n'est plus une r&#233;ponse &#224; une situation concr&#232;te mais une chose bonne en soi. Le sabotage du f&#233;tiche c&#232;de le pas au f&#233;tichisme du sabotage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La col&#232;re des tisserands qui s'en prenaient aux m&#233;tiers Jacquard, voleurs de travail, &#233;tait aussi justifi&#233;e subjectivement que celle des OS qui en ont marre de travailler, mais ils avaient tort historiquement. Aujourd'hui l'histoire ne peut que donner raison aux prol&#233;taires qui refusent de sacrifier leur vie pour une production imb&#233;cile, de m&#234;me elle ne peut qu'applaudir sans r&#233;serve ceux qui se livrent au pillage. Notre &#233;poque voit l'air et l'eau devenir des marchandises, alors que toutes les denr&#233;es n&#233;cessaires &#224; la vie humaine pourraient &#234;tre gratuites. Les usines et les bureaux regorgent de gens dont les efforts ont des cons&#233;quences n&#233;fastes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rencontre entre d'une part le m&#233;pris du travail manifest&#233; par les jeunes g&#233;n&#233;rations, et d'autre part le d&#233;veloppement des forces productives qui justifient ce m&#233;pris n'est pas le fruit du hasard. Le degr&#233; d'accumulation atteint par le capital l'am&#232;ne &#224; concentrer tous les regards sur le spectacle du consommable. Le travail, origine du capital-marchandise et d&#233;tour pour se le procurer, se trouve d&#233;valoris&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les possibilit&#233;s historiques emprisonn&#233;es sous la forme marchande se vengent !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne nourrissons pas d'illusions sur la classe ouvri&#232;re am&#233;ricaine. Il lui reste encore beaucoup &#224; apprendre. Pour vaincre, le prol&#233;tariat devra se constituer en parti politique ou plut&#244;t antipolitique et affronter l'appareil d'&#201;tat bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un signe de maturit&#233; de la r&#233;volution moderne qu'elle ne se manifeste pas d'abord au niveau politique. Elle se montre sup&#233;rieure en cela aux insurrections prol&#233;tariennes du pass&#233; qui se heurtaient &#224; l'appareil d'&#201;tat sans avoir suffisamment sap&#233; les lois de l'&#233;conomie marchande. Le probl&#232;me de la r&#233;volution sociale n'est nullement de s'emparer de l'&#201;tat bourgeois, ou de constituer son propre &#201;tat afin de transformer l'&#233;conomie d'en haut. Si par le pass&#233; le prol&#233;tariat a pu &#234;tre tent&#233; d'agir par l'interm&#233;diaire d'un pouvoir politique, ce n'est pas un signe de force mais de faiblesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat doit se servir de sa position dans la production, c'est l&#224; son point fort, pour vaincre l'&#201;tat bourgeois. Il ne s'agit pas de retomber dans le vieux mythe de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale : effondrement de l'&#201;tat par paralysie de l'&#233;conomie. Il faudra saboter activement le m&#233;canisme de l'&#233;change et du salariat, abolir les barri&#232;res entre les entreprises afin de d&#233;gager les forces humaines et mat&#233;rielles du carcan &#233;conomique. Elles pourront s'orienter ainsi vers la liquidation d&#233;finitive de l'appareil d'&#201;tat bourgeois et de ses instruments de r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux &#201;tats-Unis, ceux-ci commencent d&#233;j&#224; &#224; se voir miner de l'int&#233;rieur. Le go&#251;t du sabotage et de l'indiscipline a gagn&#233; les forces militaires. Les soldats de &#171; l'arm&#233;e de la drogue &#187; au Vietnam ont montr&#233; qu'ils &#233;taient pas pr&#234;ts &#224; mourir sagement dans un combat qui n'&#233;tait pas le leur. L'US Navy, bastion du conservatisme, commence &#224; ressentir le contrecoup, et de la guerre du Vietnam, et du probl&#232;me noir. &#201;meutes raciales, sabotages et actes d'insubordination se succ&#232;dent sur les navires de guerre am&#233;ricains. M&#234;me si cette indiscipline prend souvent la forme d'un conflit racial entre noirs et blancs, &#233;tant donn&#233; les conditions dans lesquelles elle s'exerce, elle a une importance consid&#233;rable pour la r&#233;volution. Les marins sauront bien refaire leur unit&#233; contre leur v&#233;ritable adversaire, dans d'autres circonstances. D'ailleurs, le magazine allemand &lt;i&gt;Stern&lt;/i&gt; sous-titre un article sur cette question : &#171; L'arrogance d'officiers de marine blancs provoque les plus graves &#233;meutes raciales de la marine US. &#187; Il ajoute que le nombre d'incidents en un mois mena&#231;ait la capacit&#233; d'initiative de la flotte. Pour protester contre la discrimination raciale, des marins noirs et blancs ont contraint le capitaine du porte-avions &lt;i&gt;Constellation&lt;/i&gt; &#224; revenir au port (&lt;i&gt;Stern&lt;/i&gt;, 25.01.73).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;pression s'est abattue sur les auteurs de ces actes. De nombreux marins ont &#233;t&#233; condamn&#233;s &#224; des peines disciplinaires. D'autres ont &#233;t&#233; licenci&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;meutes sur les navires de guerre, les sabotages de Lordstown, et en &#233;cho le bavardage r&#233;formiste, montrent avec &#233;clat que le spectre du communisme r&#244;de aujourd'hui dans les sanctuaires de l'ali&#233;nation. On ne l'en fera pas sortir en l'aspergeant avec l'eau b&#233;nite des r&#233;formes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant le retour de la r&#233;volution sociale paraissait improbable il y a seulement quelques ann&#233;es, autant c'est le rafistolage du vieux monde qui est en passe de devenir, aux yeux des prol&#233;taires comme aux yeux des classes dirigeantes, une entreprise bien hasardeuse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Article du &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; traduit dans &lt;i&gt;Informations Correspondances Ouvri&#232;res&lt;/i&gt; (mars-avril 1972).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Automation et OS &#224; la General Motors &#187;, paru dans le &lt;i&gt;New York Review&lt;/i&gt; du 23 mars 1972, traduit dans &lt;i&gt;Les Temps modernes&lt;/i&gt; parmi d'autres articles sur des sujets proches (septembre-octobre 1972). L'article est bien document&#233; et s'appuie fr&#233;quemment sur d'autres &#233;crits parus en Am&#233;rique sur Lordstown. La tentative d'analyse reste au niveau &#171; intellectuel de gauche &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Automation et OS &#224; la General Motors &#187;, &lt;i&gt;op.cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Norbert Wiener, &lt;i&gt;Cybern&#233;tique et soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, 10/18, 1962 [1950], notamment le chapitre &#171; Premi&#232;re et seconde r&#233;volution industrielle &#187;. Au-del&#224; de la question de l'automation, &lt;br class='autobr' /&gt;
l'ensemble du livre a un int&#233;r&#234;t th&#233;orique certain.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Automation et OS &#224; la General Motors &#187;, &lt;i&gt;op.cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Automation et OS &#224; la General Motors &#187;, &lt;i&gt;op.cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Automation et OS &#224; la General Motors &#187;, &lt;i&gt;op.cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Norbert Wiener, &lt;i&gt;op.cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Article du &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; traduit dans &lt;i&gt;Informations Correspondances Ouvri&#232;res&lt;/i&gt; (mars-avril 1972).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Comment s'est arr&#234;t&#233;e la cha&#238;ne la plus rapide du monde &#187; de Jim Wargo, &lt;i&gt;L'Expansion&lt;/i&gt; (mars 1972).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La GM investit beaucoup plus &#224; l'&#233;tranger qu'aux &#201;tats-Unis, particuli&#232;rement en Asie du Sud-Est. L'&#233;t&#233; dernier elle a pris une participation dans la firme japonaise Isuzu. Quelques semaines plus tard, elle annon&#231;ait qu'elle acqu&#233;rait une usine de montage en Malaisie et qu'elle esp&#233;rait faire de la fabrication en Tha&#239;lande. Elle est d'ores et d&#233;j&#224; implant&#233;e en Cor&#233;e du Sud et demande &#224; pouvoir importer en franchise de douane des pi&#232;ces fabriqu&#233;es aux Philippines. Un des objectifs ult&#233;rieurs de la politique asiatique de la GM serait, selon des concurrents japonais inquiets, de &#8220;p&#233;n&#233;trer ce march&#233; (chinois) de 750 millions de consommateurs en passant par Tokyo&#8221;. (Les Chinois utilisent d&#233;j&#224; de co&#251;teux mat&#233;riels de terrassement fabriqu&#233;s par la GM et achemin&#233;s par un associ&#233; Italien.)...&lt;br&gt;
&#171; Il existe une autre source d'expansion rentable : la r&#233;importation vers les &#201;tats-Unis de voitures (comme les &#8220;Buick&#8221; Opel de la GM) fabriqu&#233;es &#224; l'&#233;tranger par des filiales ou des firmes associ&#233;es. Entre ao&#251;t 1970 et ao&#251;t 1971, durant la premi&#232;re ann&#233;e de la Vega et la p&#233;riode o&#249; le pays &#233;tait le plus inquiet de la rivalit&#233; entre voitures &#233;trang&#232;res et voitures &#8220;subcompactes&#8221; am&#233;ricaines, les &#8220;r&#233;-importations&#8221; des trois grands de l'automobile am&#233;ricains augment&#232;rent de 78% ; ce qui repr&#233;sente un taux &#224; peine inf&#233;rieur &#224; celui r&#233;alis&#233; par les ventes aux &#201;tats-Unis des constructeurs japonais, et un taux sept fois sup&#233;rieur &#224; celui r&#233;alis&#233; par les Europ&#233;ens. &#187; (&lt;i&gt;New York Review&lt;/i&gt;)&lt;br&gt;
Sur les causes et cons&#233;quences du d&#233;ficit de la balance commerciale am&#233;ricaine, cf. &lt;i&gt;L'Expansion&lt;/i&gt; (d&#233;cembre 1972) : &#171; L'Am&#233;rique vieillit &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kim Il Sung, &#171; Th&#233;orie de la construction &#233;conomique du socialisme &#187; &#233;dit&#233; et diffus&#233; gracieusement par le PSU !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Allende, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 21.01.73. Les Fran&#231;ais n'ont aucune raison de se montrer jaloux, G. Marchais a montr&#233; qu'il &#233;tait le digne successeur de M. Thorez. Dans une conf&#233;rence de presse sur le financement du programme commun de la Gauche, il a d&#233;clar&#233; : &#171; Les ouvriers travailleraient d'avantage s'ils avaient un gouvernement dans lequel ils ont confiance. &#187; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 24.01.73)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une des meilleures fa&#231;ons de ch&#226;trer d&#233;mocratiquement une gr&#232;ve est de la noyer dans la recherche, la discussion et la formulation de revendications. Nous ne saurions trop recommander les gr&#232;ves o&#249; aucune revendication n'est avanc&#233;e. Cela permet de s'occuper d'autre chose, de profiter pleinement de ce que repr&#233;sente un arr&#234;t de travail. On d&#233;gage la gr&#232;ve, acte de force et de plaisir, de la gangue mystificatrice de la n&#233;gociation et de l'ennui qui l'entoure.&lt;br&gt;
Il n'y a nul besoin de formuler des revendications pour qu'elles soient satisfaites Le patron pour faire reprendre le travail, c'est une n&#233;cessit&#233; pour lui, doit essayer de contenter son personnel. Seulement, &#224; l'inverse du cas habituel, c'est lui qui est en position de demandeur, lui qui ne conna&#238;t pas les cartes de l'adversaire, lui qui doit se mouiller et faire des propositions.&lt;br&gt; L'exp&#233;rience montre que dans une telle situation les directions paniquent, bafouillent, se ridiculisent et commencent &#224; se montrer plus g&#233;n&#233;reuses. Dans la guerre sociale, il faut mettre l'incertitude &#224; son service.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; par &lt;i&gt;L'Expansion&lt;/i&gt; (mars 1972), il exprime le cr&#233;tinisme militant. Lorsque nous nous en prenons au syndicalisme, nous ne voulons pas dire qu'il faut ranger l'ensemble des syndiqu&#233;s ou m&#234;me des d&#233;l&#233;gu&#233;s dans le camp des imb&#233;ciles ou des contre-r&#233;volutionnaires. Il y a de nombreux travailleurs qui tout en utilisant la forme syndicale n'en sont pas prisonniers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous empruntons cette note sur la conscience &#224; P. Guillaume (postface &#224; &lt;i&gt;Les Trois sources du Marxisme&lt;/i&gt;) : &#171; J'observe un joueur de tennis et je vois que ses coups sont insuffisamment appuy&#233;s, qu'il ne construit pas assez son jeu, qu'il ne per&#231;oit pas ou ne sait pas r&#233;pondre &#224; la strat&#233;gie de son adversaire par une autre strat&#233;gie, qu'il se contente de renvoyer la balle comme il peut. Ma conscience n'est ni juste, ni fausse, elle est abstraite, d&#233;nu&#233;e d'efficacit&#233;, et d&#233;termin&#233;e par ma situation de spectateur. La &#8220;conscience&#8221; qu'a le joueur est d'un type totalement diff&#233;rent, elle inclut entre autres la perception imm&#233;diate de la fatigue, des capacit&#233;s physiologiques, sensorielles, de perception et de r&#233;flexe, etc. Sa conscience est un moment de son jeu, indissociable de son jeu. &#187; &#171; ... Notre discussion aboutira non pas &#224; lui apporter la conscience, mais &#224; &#233;laborer un langage dans lequel nos exp&#233;riences deviennent communicables. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le contre-planning dans l'atelier &#187; paru dans &lt;i&gt;Radical America&lt;/i&gt;, traduit dans &lt;i&gt;Informations Correspondance Ouvri&#232;re&lt;/i&gt; (mars-avril 1972). [Republi&#233; in &lt;i&gt;Rupture dans la th&#233;orie de la r&#233;volution. Textes 1965-1975&lt;/i&gt;, Senonevero, 2003.]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le co&#251;t direct de la guerre au Vietnam s'est &#233;lev&#233; suivant le Pentagone &#224; 137 milliards de dollars ; ce chiffre ne rend pas compte de l'usure normale du mat&#233;riel et de l'entretien de plusieurs bases qui ont servi dans la guerre... Le projet Apollo n'a &#233;t&#233; que de 26 milliards de dollars. Tout cela reste relativement faible lorsqu'on sait que le PNB des &#201;tats-Unis s'est &#233;lev&#233; en 1972 &#224; 1.152,1 milliards de dollars.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Biblio compl&#233;mentaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;OJTR, &lt;a href=&#034;http://www.geocities.com/adel0/ojtr.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Le militantisme, stade supr&#234;me de l'ali&#233;nation&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href=&#034;http://www.geocities.com/~johngray/mondtitl.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Un monde sans argent : le communisme&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur Lordstown et bien d'autres &#233;pisodes de la guerre sociale : &lt;br class='manualbr' /&gt;John Zerzan, &#171; Un conflit d&#233;cisif. Les organisations syndicales combattent la r&#233;volte contre le travail &#187;, &lt;i&gt;&#201;changes&lt;/i&gt;, 1975, republi&#233; in &lt;i&gt;Rupture dans la th&#233;orie de la r&#233;volution. Textes 1965-1975&lt;/i&gt;, Senonevero, 2003. [si-si, Zerzan, celui-l&#224; m&#234;me qui a vir&#233; d&#233;bilo-primitiviste]&lt;br class='manualbr' /&gt;Martin Glaberman &amp; Seymour Faber, &lt;a href=&#034;http://www.mondialisme.org/spip.php?rubrique26&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Travailler pour la paie. Les racines de la r&#233;volte&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Acratie, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la situation contemporaine dans l'industrie automobile, lutte de classe comprise, des articles r&#233;guliers dans la revue &lt;i&gt;&#201;changes&lt;/i&gt;, par ex. &lt;a href=&#034;http://mondialisme.org/spip.php?article895&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; R&#233;publique tch&#232;que : l'industrie automobile moteur de l'accumulation du capital et des luttes de classes ? &#187;&lt;/a&gt;, n&#176;118, 2006, ; &lt;a href=&#034;http://mondialisme.org/spip.php?article823&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Exacerbation de la concurrence dans le secteur automobile mondial &#187;&lt;/a&gt;, n&#176;119, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nanni Balestrini, &lt;i&gt;Nous voulons tout&lt;/i&gt;, le Seuil, 1973 [roman suivant le parcours d'un prolo du sud de l'Italie, mont&#233; taffer dans le nord industriel et se retrouvant activement pris dans la r&#233;volte ouvri&#232;re qui a s&#233;rieusement secou&#233; Fiat et Turin en 1969]&lt;br class='manualbr' /&gt;Marcel Durand, &lt;i&gt;Grain de sable sous le capot&lt;/i&gt;, Agone, 2006 [un ancien OS de Peugeot &#224; Montb&#233;liard raconte la vie &#224; l'atelier]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Infos r&#233;guli&#232;res sur des r&#233;voltes ouvri&#232;res et autres humeurs offensives dans le bulletin trimestriel &lt;a href=&#034;http://www.mondialisme.org/spip.php?rubrique4&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Dans le monde une classe en lutte&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, sur les sites internet &lt;a href=&#034;http://dndf.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://dndf.org/&lt;/a&gt; ou &lt;a href=&#034;http://cettesemaine.free.fr/spip/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://cettesemaine.free.fr/spip/&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quelques bouts du paysage contemporain : 750.000 salari&#233;s en France bossent directement ou indirectement pour la fabrication des bagnoles, 700.000 pour &#171; l'usage &#187; automobile (assureurs, garagistes, distribution carburants, etc.), 1 million dans le transport (routiers, construction des routes, flics, etc.). Plus de 60 millions de v&#233;hicules sont construits par an dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec &#171; ze crise &#187;, 8.000 ouvriers devraient d&#233;gager en 2009 en France, en plus de la disparition de la quasi-totalit&#233; des postes int&#233;rimaires. Mais bien s&#251;r, les constructeurs fran&#231;ais virent avant tout dans leurs usines &#233;trang&#232;res : Br&#233;sil, Slovaquie, Espagne. Au niveau mondial on parle de trois millions d'emplois potentiellement supprim&#233;s. Sans parler de toutes les mesures de ch&#244;mage partiel. Chez les &#233;quipementiers, les gr&#232;ves se multiplient depuis l'automne 2008, bloquant r&#233;guli&#232;rement l'ensemble de la fili&#232;re. Les 9 &amp; 10 avril 2009, les salari&#233;s du sous-traitant Rencast d&#233;truisent la production destin&#233;e (en flux tendu) &#224; Renault et PSA : les quelques tonnes de pi&#232;ces m&#233;caniques ont &#233;t&#233; remises au fourneau, hop hop.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre 2000 et 2007, 20.000 emplois avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; supprim&#233;s chez les constructeurs, 15.000 chez les &#233;quipementiers. Cela permet de relativiser ce qu'est &#171; la crise &#187; : c'est toujours la crise quand il s'agit de restructurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est par ailleurs notable que l'ensemble des &#171; indicateurs &#187; tend &#224; r&#233;v&#232;ler que, depuis dix ans, la conflictualit&#233; au travail a augment&#233; (apr&#232;s une baisse continue depuis les ann&#233;es 80) : tant ce que l'administration appelle les &#171; journ&#233;es individuelles non travaill&#233;es &#187; pour ne pas dire &#171; journ&#233;es de gr&#232;ve &#187;, mais aussi le refus des heures sup, le d&#233;brayage, l'usage de la p&#233;tition, la manif, le recours aux prud'hommes, l'absent&#233;isme (en 2005 en France, les 250 millions de journ&#233;es non travaill&#233;es ont co&#251;t&#233; 7 milliards d'euros)... Ce dont les &#171; enqu&#234;tes &#187; ne parlent que tr&#232;s peu : le recours au sabotage, la r&#233;apparition des pratiques du saccage et de la s&#233;questration &#8211; et l'autonomisation face/contre les syndicats, ces &#233;ternels cogestionnaires de l'exploitation...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et vive la sociale !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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