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		<title>Nous f&#251;mes les rebelles, nous f&#251;mes les brigands...</title>
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		<dc:date>2012-06-03T11:57:11Z</dc:date>
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		<dc:creator>Belgrado Pedrini</dc:creator>


		<dc:subject>Anarchismes, anarchie</dc:subject>
		<dc:subject>Prison, justice, r&#233;pression</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>
		<dc:subject>Agitations arm&#233;es</dc:subject>
		<dc:subject>Antimilitarisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;C'est l'histoire d'un jeune homme autodidacte de 18 ans qui s'engage dans la lutte r&#233;volutionnaire. Le parti fasciste est alors install&#233; aux commandes de l'Etat italien depuis pr&#232;s d'une dizaine ann&#233;es. C'est l'histoire d'un anarchiste qui s'arme contre lui bien avant 1943, ann&#233;e du d&#233;barquement anglo-am&#233;ricain en Sicile, de la chute provisoire de Mussolini et des d&#233;buts officiels de la R&#233;sistance. Bien avant la fin de la tr&#234;ve entre le fascisme brun et le fascisme rouge. Celle qui a par exemple conduit le Parti communiste italien, inf&#233;od&#233; &#224; Togliatti, &#224; proposer &#224; ses militants d'infiltrer les indispensables structures de masse cr&#233;&#233;es par les fascistes pour un jour les retourner &#224; son propre service.&lt;br class='manualbr' /&gt;Un jour&#8230; L'attente dans une nuit sans fin, en cette p&#233;riode qui pr&#233;c&#232;de le second conflit mondial. Des poign&#233;es d'hommes courageux et d&#233;termin&#233;s sont pourtant pr&#234;ts &#224; risquer le tout pour le tout plut&#244;t que de continuer &#224; survivre sous un tel r&#233;gime. Comme sous n'importe quel r&#233;gime d'ailleurs, d&#232;s lors qu'il est plac&#233; sous le r&#232;gne de l'Etat, de l'exploitation ou de la marchandise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Introduction &#224; l'&#233;dition fran&#231;aise de &lt;i&gt;Nous f&#251;mes les rebelles, nous f&#251;mes les brigants&lt;/i&gt;, novembre 2005.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique20" rel="directory"&gt;N&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Anarchismes, anarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot20" rel="tag"&gt;Prison, justice, r&#233;pression&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot91" rel="tag"&gt;Agitations arm&#233;es&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot161" rel="tag"&gt;Antimilitarisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L82xH150/arton952-be797.jpg?1780981743' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='82' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff952.jpg?1336584728&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un certain go&#251;t pour la libert&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est l'histoire d'un jeune homme autodidacte de 18 ans qui s'engage dans la lutte r&#233;volutionnaire. Le parti fasciste est alors install&#233; aux commandes de l'Etat italien depuis pr&#232;s d'une dizaine ann&#233;es. C'est l'histoire d'un anarchiste qui s'arme contre lui bien avant 1943, ann&#233;e du d&#233;barquement anglo-am&#233;ricain en Sicile, de la chute provisoire de Mussolini et des d&#233;buts officiels de la R&#233;sistance. Bien avant la fin de la tr&#234;ve entre le fascisme brun et le fascisme rouge. Celle qui a par exemple conduit le Parti communiste italien, inf&#233;od&#233; &#224; Togliatti, &#224; proposer &#224; ses militants d'infiltrer les indispensables structures de masse cr&#233;&#233;es par les fascistes pour un jour les retourner &#224; son propre service.&lt;br class='manualbr' /&gt;Un jour&#8230; L'attente dans une nuit sans fin, en cette p&#233;riode qui pr&#233;c&#232;de le second conflit mondial. Des poign&#233;es d'hommes courageux et d&#233;termin&#233;s sont pourtant pr&#234;ts &#224; risquer le tout pour le tout plut&#244;t que de continuer &#224; survivre sous un tel r&#233;gime. Comme sous n'importe quel r&#233;gime d'ailleurs, d&#232;s lors qu'il est plac&#233; sous le r&#232;gne de l'Etat, de l'exploitation ou de la marchandise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'histoire d'un condamn&#233; qui, attendant son ex&#233;cution dans la prison de Massa avec ses compagnons pour avoir tu&#233; des fascistes, est lib&#233;r&#233; avec tous les autres par un groupe de partisans en juin 1944. C'est l'histoire d'un combattant qui ne d&#233;pose pas les armes &#224; la lib&#233;ration du territoire national. C'est l'histoire d'un ex-partisan de 32 ans qui est arr&#234;t&#233; en mai 1945 et condamn&#233; quatre ans plus tard &#224; 30 ans de prison, accus&#233; d'avoir tu&#233; un policier et d'expropriations au d&#233;triment d'industriels fascistes de Carrare, Milan et La Spezia. D&#233;lits de droit commun, car commis avant 1943, et par des anarchistes. Condamn&#233;, tout comme des centaines d'autres ex-partisans qui ne sont pas dispos&#233;s &#224; accepter les joies de la d&#233;mocratie impos&#233;es par le Parti communiste et les partis bourgeois chr&#233;tiens ou r&#233;formistes. C'est l'histoire d'un prisonnier qui, de tentatives d'&#233;vasion en mutineries collectives, ne sort de l'enfer carc&#233;ral qu'au milieu des ann&#233;es 70, en toute fin de peine. C'est, enfin, l'histoire d'un r&#233;volt&#233; qui continue ensuite &#224; user de toutes les armes de la critique, de la fondation du Circolo Culturale Anarchico (biblioth&#232;que populaire) et du Circolo Bruno Filippi, &#224; ses articles dans L'amico del popolo, en passant par son appui au groupe de lutte arm&#233;e libertaire Azione Rivoluzionaria (1976-1979).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette histoire aurait pu &#234;tre le r&#233;sum&#233; de la vie de Belgrado Pedrini, qui a commenc&#233; &#224; en consigner quelques &#233;clats avant de mourir en f&#233;vrier 1979. Il les a malheureusement laiss&#233;s inachev&#233;s, confiant &#224; un ami&#8230; le soin d'en faire ce qu'il en voulait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pedrini fut un de ces hommes dont on aime &#224; conna&#238;tre le parcours, qu'on peut ais&#233;ment citer comme exemple presque d&#233;finitif dans une conversation sur la continuit&#233; de l'engagement, pour sa radicalit&#233;, son courage ou sa d&#233;termination. Parce que cette histoire peut d&#233;sormais tr&#244;ner &#224; son tour sur une &#233;tag&#232;re de ce c&#244;t&#233;-ci des Alpes, on pourrait certes se limiter &#224; une telle lecture partielle de la traduction de ses m&#233;moires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme pour les milliers d'individus qui ont combattu lors de la guerre de classe espagnole avant-guerre et dont il ne reste trace qu'&#224; travers la reconstruction de biographies pour les plus connus d'entre eux, on sait bien peu de chose des centaines d'anarchistes italiens qui se sont lanc&#233;s &#224; corps perdu dans la lutte pour la libert&#233; au cours des ann&#233;es 20 et suivantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'ils n'en ont pas eu le temps. Parce qu'ils ne sa- vaient ou ne voulaient pas &#233;crire. Parce que l'oralit&#233; conserve une saveur particuli&#232;re qu'aucun texte ne peut rendre sans la d&#233;naturer et porte en elle l'intimit&#233; propre &#224; un rapport vivant. Parce que la m&#233;moire des d&#233;faites est toujours plus difficile &#224; transmettre. Parce que bien peu d'oreilles avaient envie de les &#233;couter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce titre, les fragments qu'a laiss&#233; Pedrini nous sont pr&#233;cieux. Ils nous offrent la possibilit&#233; de recevoir, au-del&#224; des fronti&#232;res et des ann&#233;es, un peu de l'exp&#233;rience et de l'humanit&#233; d'un compagnon qui a su affronter le monde avec ses moyens. Un monde qui a certes un peu chang&#233;, mais qui plonge ses racines dans les m&#234;mes eaux glac&#233;es de la domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses fragments ne sont ni une longue succession de hauts faits d'armes qui nous renverraient &#224; une &#233;poque lointaine o&#249; on pouvait encore forcer les engrenages adverses et porter des coups significatifs &#224; l'ennemi, ni une mise en sc&#232;ne auto complaisante. L'auteur est suffisamment sinc&#232;re et entier pour laisser libre cours &#224; ses appr&#233;ciations ou pour tenter, &#224; l'aune de sa seule vie de r&#233;volt&#233;, une br&#232;ve analyse de quelques m&#233;canismes de la servitude volontaire carc&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi un t&#233;moignage sur des compagnons oubli&#233;s ou disparus, sur une lutte et un engagement toujours actuels. Non pas pour encourager artificiellement et de mani&#232;re rh&#233;torique les compagnons d'aujourd'hui &#224; continuer le combat, mais parce que, des ann&#233;es 30 &#224; la fin des ann&#233;es 70, dedans comme dehors, Belgrado Pedrini les a v&#233;cu et partag&#233;s ainsi.&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne s'&#233;tonnera donc pas de trouver dans le texte cette forme d'id&#233;alisme d'une g&#233;n&#233;ration qui portait en elle de fa&#231;on bien vivante les luttes sanglantes du prol&#233;tariat de la fin du si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent et la diffusion des id&#233;es anarchistes de l'&#233;poque de Malatesta. Ni de rencontrer parfois une rigidit&#233; qui le porte &#224; parler durement de ses compagnons d'infortune en prison. Une attitude que l'on ne peut comprendre que dans le contexte de l'&#233;poque (les prisons des ann&#233;es 50 et 60 d'avant les grandes mutineries), et qu'&#224; travers le parcours d'un r&#233;volt&#233; r&#233;tif aux compromis, dont la captivit&#233; fut rendue plus rude encore par la soumission diffuse qui l'entourait et l'isolement dans lequel il se trouvait. Cette situation ne le conduit pourtant pas &#224; d&#233;sesp&#233;rer. Car s'il est bien une chose que Pedrini conserve tout au long de ces ann&#233;es, c'est l'espoir. Non pas l'esp&#233;rance, qui confine &#224; la foi religieuse ou se confond avec l'attente des lendemains qui chantent, mais l'espoir d'une lib&#233;ration totale, individuelle et collective, v&#233;cue comme un possible &#224; port&#233;e de la main. Un possible &#224; conqu&#233;rir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons pas voulu gommer ces asp&#233;rit&#233;s par une traduction complaisante, car nous y voyons des complexit&#233;s qui font de Pedrini non pas un personnage historique, mais un in-dividu dans toute la richesse de son irr&#233;ductible humanit&#233;, et un compagnon de route auquel nous nous attachons par ces liens myst&#233;rieux qui peuvent parfois unir une g&#233;n&#233;ration &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps de l'affrontement arm&#233; contre le fascisme est devenu un sujet de roman noir ou l'occasion de f&#234;ter le bonheur de l'exploitation pacifi&#233;e. Le capitalisme d&#233;mocratique ne s'en sert plus que comme &#233;pouvantail lorsqu'il s'agit de resserrer les rangs, et l'on voit &#224; l'occasion r&#233;appara&#238;tre les figures des incontr&#244;l&#233;s espagnols ou des bandits italiens, mais d&#233;pouill&#233;s de leur qualit&#233; de r&#233;volutionnaires. Non pas au sens g&#233;n&#233;rique du mot ou des formes institutionnelles qui s'en revendiquent, mais comme l'aspiration qui leur a donn&#233; une raison de vivre et la force d'affronter &#8212;la rage au c&#339;ur et l'arme au poing&#8212; l'ennemi qui se pr&#233;sentait alors sous le visage du fascisme. Sans attendre, par tous les moyens coh&#233;rents avec leur &#233;thique individuelle, pour une libert&#233; bas&#233;e sur l'autonomie et la r&#233;ciprocit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui caract&#233;risait une partie des partisans, a fortiori les anarchistes, ce n'&#233;tait en effet certainement pas l'antifascisme tel que les d&#233;mocrates et les staliniens de toujours peuvent &#224; pr&#233;sent le d&#233;peindre, mais au contraire un certain go&#251;t pour la libert&#233;. Les cha&#238;nes qu'ils se sont &#233;vertu&#233;s de briser n'&#233;taient pas tant celles d'un r&#233;gime particuli&#232;rement inf&#226;me pour tout esprit un tant soit peu critique, mais celles qui r&#233;duisent une vie &#224; la condition d'exploit&#233;, et la libert&#233; &#224; un choix entre diff&#233;rentes oppressions. Il ne s'agissait pas pour eux de ne lib&#233;rer qu'une seule portion de terre d'une occupation &#233;trang&#232;re, comme les peuples colonis&#233;s en ont fait l'am&#232;re exp&#233;rience apr&#232;s 1945, mais de d&#233;truire tous les Etats et leurs fronti&#232;res dans une perspective internationaliste. Tout comme il ne s'agissait pas pour eux de ne s'attaquer qu'aux seuls exploiteurs collabos, mais bien de d&#233;truire les rapports de classe dans une perspective anticapitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pedrini n'a en effet &#233;t&#233; &#171; partisan &#187; que parce que le r&#233;gime se nommait &#171; fasciste &#187;, c'est l'Etat et le pouvoir en soi qu'il combattait. Il n'a &#233;t&#233; &#171; mutin &#187; que parce que les murs qui le retenaient se nommaient &#171; prison &#187;, ce sont toutes les structures qui emprisonnent la libert&#233; au nom de la justice ou de la raison (comme les asiles, contre lesquels il a &#233;crit plusieurs textes) qu'il combattait. Il n'a &#233;t&#233; &#171; expropriateur &#187; d'industriels fascistes que parce l'argent dont il avait besoin pour lutter &#233;tait concentr&#233; l&#224;, c'est le syst&#232;me capitalisme, m&#234;me d&#233;v&#234;tu de sa chemise noire, qu'il combattait. Il n'a &#233;t&#233; &#171; terroriste &#187; &#8212;comme l'Etat nommait ceux qui s'opposaient &#224; lui les armes &#224; la main dans les ann&#233;es 70, avant d'&#233;tendre le sens du mot &#224; toute dissidence radicale&#8212; que parce que c'&#233;tait le langage d'une critique pratique de la domination qui en appelait tant d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; des formes d'organisation qui privil&#233;gient toujours l'autonomie et l'affinit&#233; (les actions individuelles clandestines avant 1943, les groupes de partisans autonomes et coordonn&#233;s jusqu'en 1945, les &#233;vasions &#224; petit nombre ou les mutineries collectives en fonction des possibilit&#233;s lors de sa longue incarc&#233;ration, l'appui aux groupes affinitaires coordonn&#233;s au sein d'Azione Rivoluzionaria &#224; la toute fin de sa vie), Pedrini n'a privil&#233;gi&#233; aucune forme de lutte. La distribution de tracts clandestins et le collage d'affiches &#233;tait le compl&#233;ment n&#233;cessaire aux actions arm&#233;es contre les fascistes. L'&#233;criture &#8212;de tracts avant la prison, de po&#233;sies en gal&#232;re ou d'articles &#224; sa sortie&#8212;, n'a par exemple jamais &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e comme une activit&#233; secondaire. L'agitation, qui voulait dire pour l'anarchiste participer aux luttes &#224; sa fa&#231;on et &#234;tre ouvert aux transformations sociales en cours, avait pour objectif une r&#233;volution libertaire pour toutes et tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'antifascisme est une id&#233;ologie bien utile pour d'une part amener une partie des domin&#233;s &#224; une collaboration de classe, et pour d'autre part se dissocier de perspectives de lutte qui ne se limiteraient pas &#224; viser tel ou tel aspect du fascisme, mais tenteraient d'analyser et donc de frapper l'expression m&#234;me du pouvoir, quelles que soient les formes historiques dont il se pare (en agissant par exemple hors des p&#233;riodes de &#171; front uni &#187; ou &#224; l'ext&#233;rieur des &#171; dictatures concern&#233;es &#187;). Face &#224; de telles perspectives pratiques, s'&#233;vanouit en g&#233;n&#233;ral imm&#233;diatement l'alibi antifasciste, alibi qui r&#233;sonnait jusque-l&#224; comme une sorte d'autorisation morale de se lancer dans une lutte f&#233;roce contre le pouvoir et ses serviteurs. Nombre d'antifascistes sont alors pris de doute, finissant par se demander si c'est vraiment le moment d'attaquer, s'il n'existe pas de moyens de mener une autre forme de lutte politique contre le pouvoir, une lutte sinon r&#233;formiste, mais au moins capable de prendre en compte les degr&#233;s r&#233;pressifs qu'une d&#233;mocratie est toujours en mesure de proposer &#224; ses adversaires. Une grande partie de ces antifascistes soudainement dubitatifs finit souvent par abandonner ceux qui continuent de lutter contre la domination sans le moindre respect pour les p&#233;riodes historiques officielles (apr&#232;s 1945 pour les Fran&#231;ais ou les Italiens).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des quelques lignes que nous a laiss&#233;es Pedrini, &#233;mergent d'autres parcours qui viennent nous rappeler la continuit&#233; de compagnons qui n'ont pas limit&#233; leur engagement radical &#224; la seule r&#233;sistance tol&#233;r&#233;e contre le virage fasciste du capital. Giovanni Mariga, vice-commandant de la formation partisane &#171; Elio &#187;, fut condamn&#233; &#224; perp&#233;tuit&#233; en 1946, accus&#233; du meurtre d'un ex-secr&#233;taire du parti fasciste commis apr&#232;s-guerre. Il est sortit de prison en 1968 &#224; l'&#226;ge de 69 ans, apr&#232;s 22 ans de gal&#232;re. Giovanni Zava, un autre partisan carrarais, est sorti de prison en 1974, apr&#232;s 31 ans de gal&#232;re, accus&#233; des m&#234;mes d&#233;lits que Pedrini : meurtre d'un policier en 1942 et expropriation d'industriels fascistes. Elio Wochiecevich, le commandant de la formation de partisans qui a port&#233; son nom, sort de prison &#224; la fin des ann&#233;es 60 apr&#232;s avoir purg&#233; 10 ann&#233;es, accus&#233; d'&#234;tre l'auteur d'un attentat accompli dans l'imm&#233;diat apr&#232;s-guerre contre une caserne de CRS &#224; Carrare. Goliardo Fiaschi, anarchiste engag&#233; dans la R&#233;sistance &#224; l'&#226;ge de 13 ans, est arr&#234;t&#233; le 30 ao&#251;t 1957 &#224; Barcelone en compagnie de l'espagnol Luis Agustin Vicente. Avec Jos&#233; Lluis Facer&#237;as, assassin&#233; le m&#234;me jour par la police, il faisait partie d'un groupe de gu&#233;rilleros urbains italo-espagnol retourn&#233; affronter le fascisme de l'autre c&#244;t&#233; des Pyr&#233;n&#233;es. Condamn&#233; &#224; 20 ans de prison, il sera extrad&#233; vers l'Italie en 1965. L&#224;, il effectuera une peine de 13 ans de prison, accus&#233; d'un braquage commis en 1957 &#224; Casale Monferrato afin de financer les actions antifranquistes. Fiaschi ne sortira de gal&#232;re qu'en 1974, 17 ann&#233;es apr&#232;s son exp&#233;dition ib&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, au-del&#224; de ces quelques compagnons que Pedrini a continu&#233; de croiser dans les diff&#233;rentes ge&#244;les de son pays et avec lesquels il a parcouru le chemin sinueux de la r&#233;volte, il y a toutes les actions accomplies par les anonymes, celles dont il ne reste volontairement pas de traces &#233;crites, ceux qui sont rest&#233;s &#224; l'ombre des projecteurs de justice, hors de port&#233;e des griffes des nouveaux bourreaux d&#233;mocratiques. D'expropriations en gestes explosifs, une partie des anarchistes qui avaient eu l'occasion de combattre la domination sous le fascisme n'ont pas mis un terme &#224; leur vie d'irr&#233;guliers et &#224; leur soif de libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne les autres compagnons, plus connus du lecteur italien, on ne rappellera ici que la m&#233;moire de quelques uns : ceux qui ont d&#233;cid&#233; de frapper de l&#224; o&#249; ils &#233;taient, en exil, alors qu'ils auraient pu profiter des quelques garanties formelles offertes par les d&#233;mocraties qui les avaient accueillies bien malgr&#233; elles (rappelons que des milliers de r&#233;publicains Espagnols furent incarc&#233;r&#233;s dans des camps de concentration du sud de la France d&#232;s 1939, et que nombre d'Italiens furent expuls&#233;s) et se contenter des p&#233;titions, manifestations et autres comit&#233;s unitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 3 septembre 1923 &#224; Paris, Mario Castagna &#233;limine le fasciste Gino Jeri. En f&#233;vrier 1924, on assiste &#224; une s&#233;rie d'attentats en France contre les si&#232;ges du parti fasciste et les consulats italiens. Le 20 f&#233;vrier 1924 dans un restaurant parisien, Ernesto Bonomini tue de plusieurs coups de feu Nicola Bonservizi, responsable du parti fasciste &#224; l'ext&#233;rieur, correspondant du Popolo d'Italia et r&#233;dacteur du journal fasciste de Paris, L'Italie Nouvelle. En septembre 1927, Di Modugno commet un attentat contre le comte Nardini, consul de Paris. Le 22 ao&#251;t 1928, le marquis Di Mauro, consul d'Italie, est bless&#233; par un attentat anarchiste &#224; St Rapha&#235;l. Le 8 novembre 1928, Angelo Bartolomei tue &#224; coups de revolver le pr&#234;tre fasciste don Cesare Cavaradossi, vice-consul de Nancy, qui lui avait propos&#233; de devenir une balance pour &#233;viter l'extradition. En 1928, une grenade explose contre un si&#232;ge du parti fasciste de Juan-les-pins : Malaspina est arr&#234;t&#233; et tortur&#233; en prison avant d'&#234;tre acquitt&#233;, faute de preuves. Il mourra l'ann&#233;e suivante &#224; Paris des suites de ce s&#233;jour forc&#233;. En 1932, attentat anarchiste &#224; Marseille contre le si&#232;ge de l'union des anciens combattants italiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dehors de ces quelques anarchistes italiens qui ont agi individuellement par choix ou suite &#224; une analyse de l'absence de r&#233;action &#171; des masses &#187; &#8212;selon l'expression de Pedrini&#8212;, nombre d'entre eux ont particip&#233; aux groupes de partisans qui se sont d&#233;velopp&#233;s outre-Alpes &#224; partir de fin 1943. Limit&#233;s num&#233;riquement, ils &#233;taient en g&#233;n&#233;ral int&#233;gr&#233;s aux brigades Garibaldi (li&#233;es au parti communiste) ou Matteotti (li&#233;es au parti socialiste), bien que certains aient r&#233;ussi &#224; constituer des groupes disposant d'une relative autonomie. Mais &#224; la fin de la guerre, comme cela s'&#233;tait d&#233;j&#224; produit au sein des formations antifascistes espagnoles en 1937 lorsque les communistes ont entrepris de militariser les milices, ces quelques formations autonomes de partisans anarchistes italiens ont &#224; leur tour subi le changement de cap des cadres staliniens. Il visait cette fois &#224; transformer leur lutte r&#233;volutionnaire en une lutte de lib&#233;ration nationale, afin de ne r&#233;tablir qu'un ordre bourgeois diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve par exemple des groupes anarchistes au sein de la 28e Brigata Garibaldi dans la zone de Ravenna, au sein de la Divisione Garibaldi-Friuli dont le premier noyau fut libertaire, au sein de la formation &#171; Silvano Fedi &#187; autour de Pistoia (53 hommes), au sein des brigades &#171; Malatesta-Pietro Bruzzi &#187; (1 300 hommes) int&#233;gr&#233;es aux formations Matteotti &#224; Milan, au sein de la 23e Division autonome &#171; Sergio De Vitis &#187; &#224; Turin, au sein des brigades &#171; Pisacane &#187; et &#171; Malatesta &#187; (400 hommes) &#224; G&#234;nes, au sein des formations autonomes &#171; Michele Schirru &#187;, &#171; Gino Lucetti &#187;, &#171; Elio &#187; et &#171; Lunense &#187; coordonn&#233;es dans la Brigata Apuana autour de la r&#233;gion de Carrare. En outre, on peut citer pour m&#233;moire le cas de certains anarchistes qui ont fini par occuper des responsabilit&#233;s au niveau national, comme Emilio Canzi &#224; Piacenza, qui s'est retrouv&#233; &#224; la t&#234;te de trois divisions et 22 brigades (soit plus de 10 000 hommes) ou Giovanni Domaschi qui, apr&#232;s 11 ann&#233;es de prison, 9 ann&#233;es de mise au banc et deux &#233;vasions, devient le fondateur du Comit&#233; de Lib&#233;ration Nationale de V&#233;rone (instance locale coordinatrice de la R&#233;sistance), avant d'&#234;tre arr&#234;t&#233; et de mourir en d&#233;portation &#224; Dachau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, suite notamment &#224; la liquidation de la temp&#234;te sociale des ann&#233;es 70 qui a port&#233; une possibilit&#233; inachev&#233;e mais toujours f&#233;conde (et dont les premi&#232;res armes ont &#233;t&#233; fournies par d'anciens partisans), l'Etat est parvenu &#224; prendre une bonne longueur d'avance sur les r&#233;volutionnaires. On pourrait ainsi d&#233;crire &#224; l'infini les instruments militaires, technologiques ou l&#233;gislatifs qu'il affine. Une de ses plus grandes victoires reste cependant la paix sociale qui s'est impos&#233;e de force contre les rebelles avec la r&#233;signation ou la complaisance d'une bonne partie de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tout n'est pas si solide. M&#234;me le vieux verbe creux des gauches s'est &#233;puis&#233; au contact de leur mis&#233;rable opposition, voire de leur excellente gestion de la domination. L'id&#233;ologie s&#233;curitaire, qui prend pr&#233;texte des ill&#233;galismes de la survie et des quelques actions spectaculaires qui touchent parfois l'Etat et ses sujets, s'est ainsi d&#233;velopp&#233;e afin de maintenir des conditions d'exploitation que le d&#233;veloppement du capitalisme rend toujours plus difficiles dans cette partie du monde. Le meilleur exemple en est la politique contre les immigr&#233;s : il ne s'agit ni de les expulser r&#233;ellement tous, ni de les emp&#234;cher de fuir les conditions de survie auxquelles ils sont accul&#233;s, mais bien de les pr&#233;cariser ici par la matraque et la peur des contr&#244;les afin de les mettre au travail dans des conditions proches de celles de leurs pays d'origine (citons simplement les secteurs du b&#226;timent, du textile ou de la restauration qui en vivent largement). Enfin, le retour en force de la figure du &#171; terroriste &#187; avec sa d&#233;finition toujours plus extensive qui englobe toute perturbation de l'ordre social, politique et &#233;conomique &#8211;m&#234;me minime comme l'occupation ou la gr&#232;ve sauvage&#8211;, est le sympt&#244;me d'une logique r&#233;pressive qui reste l'arme ultime de toujours pour tenter de faire rentrer de force les bras et les t&#234;tes dans l'infini bonheur de la marchandise lorsque le c&#339;ur n'y est plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es, de nombreux anarchistes italiens ont continu&#233; d'&#234;tre incarc&#233;r&#233;s (du proc&#232;s Marini aux op&#233;rations Cervantes ou Cor), sous le coup notamment de l'inculpation d' &#171; association subversive &#187;, suite &#224; des sabotages revendiqu&#233;s qui ont frapp&#233; l'Etat (prison, casernes, mairies, si&#232;ges de partis politiques ou syndicaux, si&#232;ges de journaux) ou des structures du capitalisme (agences d'int&#233;rim, immobili&#232;res, concessionnaires automobiles, pyl&#244;nes &#233;lectriques, laboratoires de recherche) et parfois bless&#233; leurs serviteurs. Malgr&#233; une r&#233;pression des manifestations de rue qui s'exprime avec moins de tact (de G&#234;nes aux protestations &#233;tudiantes), un quadrillage policier des quartiers populaires des grandes villes (avec son lot de rafles et d'ex&#233;cutions comme &#224; Turin), des conditions d'incarc&#233;ration o&#249; l'isolement total devient la norme pour toujours plus de prisonniers (art. 41bis), une gestion sans concession des gr&#232;ves sauvages ou la multiplication des agressions physiques des nervis au cr&#226;ne ras&#233;, il serait erron&#233; de parler d'un retour du fascisme et par cons&#233;quent d'une n&#233;cessaire entr&#233;e en r&#233;sistance. Le capitalisme a en effet largement d&#233;pass&#233; la fausse opposition fascisme/d&#233;mocratie, pour parvenir &#224; un syst&#232;me total o&#249; on peut moins que jamais affronter un de ses aspects sans remettre l'ensemble en question. O&#249; s'opposer r&#233;ellement signifie pour tous se poser en ennemi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une lecture hagiographique de ce livre en constituerait le mode le plus simple. Et le moins int&#233;ressant. Nous vivons en effet une &#233;trange p&#233;riode o&#249; la seule perspective collective possible semblerait &#234;tre soit celle du citoyennisme de la gauche alternative qui pousse &#224; une r&#233;appropriation sociale des instruments de domination, soit celle de la d&#233;sertion. Dans un tel contexte, il n'est alors gu&#232;re surprenant que les &#233;clats de vie du pass&#233; servent toujours d'avantage &#224; justifier l'inactivit&#233; contemporaine (en s'enfermant dans le culte de la charogne ou en s'&#233;vertuant &#224; d&#233;montrer que les conditions objectives ont chang&#233;), ou &#224; l'inverse &#224; mythifier les seuls faits, l'action antagoniste en soi, oubliant volontairement l'esprit qui la rendait soit br&#251;lante soit banalement au service des challengers de la domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une lecture id&#233;ologique faisant de Pedrini un exemple &#224; suivre ou admirer plut&#244;t qu'un parcours de r&#233;volte &#224; partager et critiquer, le priverait ainsi de toute sa n&#233;cessaire complexit&#233;. Tout comme une lecture privil&#233;giant la seule belle geste enl&#232;verait toute force &#224; un compagnon qui, s'il a toujours tent&#233; de s'exprimer sans compromis, le fit cependant dans une confrontation permanente guid&#233;e par sa haine de classe et son amour anarchiste de la libert&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui nous a, quant &#224; nous, pouss&#233;s &#224; publier ce petit texte, au-del&#224; des raisons de c&#339;ur et d'esprit, c'est la continuit&#233; r&#233;volutionnaire d'un compagnon qui nous inspire encore au pr&#233;sent, d'un individu en r&#233;volte contre l'ordre entier de ce monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est peut-&#234;tre bien la vivacit&#233; de ces aspirations qui lui a donn&#233; la possibilit&#233; de rester coh&#233;rent avec son &#233;thique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Aujourd'hui comme hier&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Concernant l'activit&#233; des anarchistes contre le fascisme, on peut consulter (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction &#224; l'&#233;dition italienne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En &#233;ditant ce r&#233;cit autobiographique de Belgrado Pedrini, que viennent compl&#233;ter quelques t&#233;moignages directs d'autres compagnons, nous avons trouv&#233; indispensable de le faire pr&#233;c&#233;der d'une note compl&#233;mentaire, l'&#339;uvre restant incompl&#232;te suite &#224; la mort de l'auteur. On sait que le minist&#232;re de l'int&#233;rieur, au cours des vingt ann&#233;es fascistes, avait coutume de publier des avis de recherche. Ils comportaient de longues listes de personnes subversives &#224; arr&#234;ter ou &#224; pers&#233;cuter, dont nombre d'anarchistes, pr&#233;c&#233;d&#233;es d'une note qui pr&#233;cisait que les jeunes non encadr&#233;s et rebelles &#224; la dure discipline impos&#233;e par la dictature &#233;taient &#171; oisifs &#187;, &#171; port&#233;s au vice &#187; et &#171; enclins &#224; toutes sortes de violences &#187;. C'est ainsi qu'&#233;taient d&#233;peints les compagnons Belgrado Pedrini, Giovanni Zava et Gino Giorgi, qui avaient commenc&#233; leur lutte arm&#233;e contre le fascisme bien avant le 8 septembre 1943&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;8 septembre 1943 : En 1940, l'Italie est entr&#233;e en guerre aux c&#244;t&#233;s de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces compagnons commenc&#232;rent cette lutte apr&#232;s avoir d&#233;sarm&#233; et malmen&#233; cinq militaires fascistes dans un bistrot de Carrare. Tous trois entr&#232;rent alors en clandestinit&#233; et devinrent actifs entre Milan, La Spezia et Carrare, s'adonnant aussi bien &#224; des actions de propagande qu'&#224; des attentats arm&#233;s et explosifs contre des chefs fascistes connus ou des casernes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nuit de novembre 1942, ils furent surpris par une patrouille de nazifascistes en train de coller des affiches dans une rue de Milan. A l'ordre de se rendre, les trois compagnons r&#233;pondirent avec leurs armes. S'ensuivit une fusillade qui dura plusieurs heures. Malgr&#233; l'encerclement et leur &#233;puisement, ils r&#233;ussirent &#224; &#233;chapper &#224; la capture et &#224; regagner La Spezia. L&#224;, ils furent reconnus par un espion de l'OVRA&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;OVRA : Le terme Ovra appara&#238;t pour la premi&#232;re fois le 3 d&#233;cembre 1930 dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et d&#233;nonc&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un soir, alors qu'ils rentraient d'une distribution de tracts, ils tomb&#232;rent nez &#224; nez avec une patrouille mixte de policiers italiens et allemands. Un brigadier fasciste fut refroidi au cours de l'&#233;change de coups de feu,. Les trois compagnons, gravement bless&#233;s et d&#233;sormais sans munitions, furent captur&#233;s. Tra&#238;n&#233;s de caserne en caserne, entre coups et s&#233;vices innommables, ils furent conduits de La Spezia &#224; Milan et, de l&#224;, transf&#233;r&#233;s &#224; Massa. C'est dans la prison de cette ville qu'ils attendirent un proc&#232;s dont le verdict &#233;tait quasi certain : &#234;tre fusill&#233;s. Pour ces chefs d'inculpation &#8212;d&#233;tention d'arme et meurtre d'un fasciste&#8212;, la loi martiale pr&#233;voyait la peine de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La hi&#233;rarchie fasciste avait l'intention de fusiller imm&#233;diatement les rebelles pour infliger un coup dur &#224; la r&#233;sistance arm&#233;e de Carrare. Mais le hasard voulut que Giovanni Zava, gravement touch&#233; au cours de l'affrontement, ne pouvait pas marcher. Or la loi martiale pr&#233;voyait que le condamn&#233; &#224; mort devait se rendre &#224; pied devant le peloton d'ex&#233;cution. Le proc&#232;s sommaire et l'ex&#233;cution qui devait suivre furent donc renvoy&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous verrons plus loin que ces compagnons seront lib&#233;r&#233;s par un groupe de partisans en juin 1944. Ils continueront la lutte arm&#233;e contre le fascisme dans les montagnes de Carrare jusqu'en avril 1945&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;25 avril 1945 : Ce n'est qu'en 1955 que ce jour devint celui de la f&#234;te la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et au-del&#224;. La R&#233;publique issue de la R&#233;sistance, leur offrira plus de 30 ann&#233;es de prison en remerciement de leur contribution,.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s le remarquable article du compagnon Sergio Ravenna, &#171; 1943 : dov'&#232; la verit&#224; ? &#187; [1943 : o&#249; est la v&#233;rit&#233; ?], paru dans la revue bimestrielle Il Mensile apuolunense en octobre/novembre 1984, le premier affrontement entre l'arm&#233;e d'occupation nazie et les anarchistes eut lieu le 10 septembre 1943 sur le versant est de Carrare (au lieu-dit Monte d'Armi). Les troupes nazies terminaient alors une op&#233;ration de ratissage contre un groupe de chasseurs alpins italiens de la division &#171; Val di Fossa &#187; en pleine retraite, aid&#233;s par les fameux chars Tiger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce propos, Sergio raconte : &#171; A quelques pas de moi, Marcello Grassi fut touch&#233; par un Tiger (les morceaux de son corps arriv&#232;rent jusqu'&#224; la rue en contrebas), Mauro Segnanini et Giuseppe Galeotti (Giorgio) furent touch&#233;s aux jambes, heureusement sans gravit&#233;... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet affrontement et les op&#233;rations qui s'ensuivirent se concluront avec succ&#232;s par la r&#233;appropriation des armes abandonn&#233;es par les chasseurs alpins, qui vinrent s'ajouter &#224; celles soustraites &#224; la caserne Dogali. Le d&#233;p&#244;t d'armes de la fabrique Breda, de Massa, fut &#233;galement d&#233;valis&#233; et le butin cach&#233; dans une carri&#232;re de Valbona. D'autres armes furent cach&#233;es &#224; Lorano II, dans les carri&#232;res d'Ugo Mazzucchelli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre-temps, les premiers rescap&#233;s des camps de concentration de Renicci d'Anghiari revenaient &#224; Carrare, dont les compagnons Giuseppe Azzari, Perissino Venturelli, Onofrio Lodovici, Napoleone Vanelli, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la zone des Alpes Apuanes, l'arm&#233;e nazie et la milice fasciste affich&#232;rent les premiers avis de conscription forc&#233;e, auxquels les jeunes r&#233;pondirent par un refus total, prenant le maquis pour grossir les rangs des partisans qui &#233;taient d&#233;j&#224; dans les montagnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui prirent part &#224; l'op&#233;ration du Monte d'Armi rentr&#232;rent clandestinement en ville quelques jours apr&#232;s. Ces compagnons commenc&#232;rent &#224; faire prisonniers des fascistes et des nazis isol&#233;s, et les ramen&#232;rent dans un local appropri&#233; situ&#233; via Beccheria, connu sous le nom d'il Buco (&#171; le trou &#187;). Les captifs &#233;taient ensuite transf&#233;r&#233;s de nuit dans les montagnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre-temps, les diff&#233;rents groupes de compagnons commenc&#232;rent &#224; engager plusieurs affrontements arm&#233;s dans diff&#233;rentes parties de la ville et dans les zones limitrophes (Avenza, Fossola, S. Francesco, Miseglia, Gragnana, Torano, Castelpoggio, Campo Cecina, etc.). Au cours de ces affrontements, de nombreux militaires fascistes des Brigate Nere&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Brigate Nere [Brigades Noires] : Mussolini, r&#233;fugi&#233; dans la r&#233;publique de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et des nazis furent captur&#233;s pour &#234;tre ramen&#233;s dans les montagnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la r&#233;gion de Carrare, comme tout le monde le sait &#224; pr&#233;sent, plusieurs groupes de partisans anarchistes &#233;taient actifs : celui de la SAP-FAI (f&#233;d&#233;ration anarchiste italienne), les brigades &#171; Lucetti &#187;, &#171; Lunense &#187; ou &#171; Elio &#187;. Sergio Ravenna eut un r&#244;le de premier plan dans la r&#233;sistance arm&#233;e au fascisme, comme commandant de section de la brigade &#171; Lunense &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sergio, toujours dans son article de 1984, &#233;crit : &#171; Un matin d'octobre 1943, alors que nous &#233;tions encore peu nombreux, nous avons vu passer un groupe de partisans men&#233;s par Elio Wochiecevich. Il &#233;tait en tenue de camouflage allemande : il allait attaquer la prison de Sarzana o&#249; &#233;taient emprisonn&#233;s des compagnons condamn&#233;s &#224; &#234;tre fusill&#233;s. L'action fut couronn&#233;e de succ&#232;s et les compagnons lib&#233;r&#233;s grossirent leurs rangs (...). La brigade &#8220;Elio&#8221;, dont Giovanni Mariga &#233;tait sous-commandant, fut la premi&#232;re formation de partisans anarchistes qui op&#233;ra dans les Alpes Apuanes. Elle avait sa propre autonomie, &#233;tant donn&#233; qu'elle &#233;tait la premi&#232;re et qu'il n'y existait encore aucun CLN [comit&#233; de lib&#233;ration nationale]... A l'&#233;poque, on ne nous appelait pas partisans mais &#8220;bandits&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les activit&#233;s d'Elio, de Mariga (Padovan) et de leurs compagnons de lutte se trouvent dans les archives du CLN de Carrare. Leurs actions les plus marquantes sont les suivantes : en juin 1944, la brigade &#171; Elio &#187; attaqua la prison de Massa et lib&#233;ra plus de cinquante prisonniers, parmi lesquels Pedrini, Zava et Giorgi ; le 11 novembre 1944, Elio et Padovan, rev&#234;tus d'uniformes allemands, bloqu&#232;rent au cours d'une incursion rapide une colonne de camions nazis en transit sur la route Aurelia. Sur ce, ils d&#233;sarm&#232;rent les quinze militaires qui escortaient plusieurs prisonniers menott&#233;s (dont un pr&#234;tre), et les lib&#233;r&#232;rent. Entre-temps, les autres camions pleins de militaires allemands arriv&#232;rent. Ces derniers, tromp&#233;s par les uniformes port&#233;s par les partisans, finirent par s'entretuer pendant que le petit groupe de compagnons r&#233;ussissait &#224; prendre la fuite, sans aucune perte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre l'importance qu'eut la formation anarchiste &#171; Elio &#187; dans la lutte partisane men&#233;e dans les Apuanes, nous rapportons bri&#232;vement le r&#233;sum&#233; &#233;crit par son commandant, dans son rapport intitul&#233; &#171; Costituzione, impiego ed attivit&#224; della Formazione Gruppo &#8220;Elio&#8221; nella zona Apuana &#187; (Constitution, emploi et activit&#233; de la formation &#171; Elio &#187; dans la zone des Apuanes) qui se trouve dans les archives du CLN de Carrare :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; (...) en me d&#233;pla&#231;ant &#224; Campo Cecina, j'ai cr&#233;&#233; la premi&#232;re formation, qui a pris le nom de &#171; Gruppo Elio &#187;. Dans un climat d'autonomie tactique et administrative absolue, j'ai inventori&#233; l'armement du groupe :&lt;br class='manualbr' /&gt;2 mitrailleuses lourdes type Breda, calibre 8, avec 20 000 cartouches&lt;br class='manualbr' /&gt;4 fusils mitrailleurs, 5 000 (cartouches)&lt;br class='manualbr' /&gt;2 mitrailleuses l&#233;g&#232;res allemandes avec 3 000 cartouches&lt;br class='manualbr' /&gt;7 pistolets automatiques allemands&lt;br class='manualbr' /&gt;12 mitraillettes Beretta&lt;br class='manualbr' /&gt;15 Sten&lt;br class='manualbr' /&gt;40 fusils allemands de type Mauser&lt;br class='manualbr' /&gt;50 mousquetons mod&#232;le 41&lt;br class='manualbr' /&gt;15 fusils mod&#232;le 41&lt;br class='manualbr' /&gt;200 grenades&lt;br class='manualbr' /&gt;200 mines antichars&lt;br class='manualbr' /&gt;50 kilos de tolite fondue avec m&#232;che&lt;br class='manualbr' /&gt;200 000 cartouches...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;JUILLET 1944&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20/7 : 400 couvertures et 6 quintaux de tolite vol&#233;s &#224; la TODT&lt;br class='manualbr' /&gt;27/7 : feu d'artifice avec le pont Storto&lt;br class='manualbr' /&gt;AOUT 1944&lt;br class='manualbr' /&gt;14/8 : feu d'artifice sur la route Castelpoggio-Campo Cecina&lt;br class='manualbr' /&gt;16/8 : attaque d'un v&#233;hicule allemand, deux hommes de troupes et un officier sup&#233;rieur tu&#233;s.&lt;br class='manualbr' /&gt;23/8 : ...notre action frontale : 15 SS tu&#233;s et un commandant allemand captur&#233;... Attaque des SS sur notre position pour lib&#233;rer le commandant captur&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Retraite de l'ennemi, et blessure du soussign&#233;... Succ&#232;s lors du combat : 38 prisonniers, 15 morts, 3 mitrailleuses, 3 pistolets automatiques, 30 fusils Mauser. Avis, au commandement SS, d'ex&#233;cution des SS captur&#233;s en cas de repr&#233;sailles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SEPTEMBRE 1944&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9/9 : entr&#233;e &#224; l'h&#244;pital de Carrare, lib&#233;ration de deux partisans prisonniers captur&#233;s lors du combat du 7/9/44.&lt;br class='manualbr' /&gt;9/9 : d&#233;sarmement de la garnison des Brigades Noires.&lt;br class='manualbr' /&gt;28/9 : d&#233;sarmement de 5 SS captur&#233;s aux alentours de Grazzano.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;OCTOBRE 1944&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Patrouilles de notre groupe d&#233;guis&#233; en SS, ratissage de la ville en plein jour.&lt;br class='manualbr' /&gt;14/10 : feu d'artifice avec les postes des unit&#233;s de la Linea Gotica (&#224; M. Sagro, Campo Cecina, Castelpoggio et Torano).&lt;br class='manualbr' /&gt;19/10 : la formation au complet emp&#234;che l'explosion du pont Vara en br&#251;lant l'explosif conserv&#233; par les allemands &#224; cette fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NOVEMBRE 1944&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1/11 : action sur la route Aurelia en plein jour avec vol d'armes et munitions, d&#233;sarmement de 15 militaires, combat et d&#233;crochage de l'ennemi...&lt;br class='manualbr' /&gt;2/11 : sur notre initiative, occupation de la ville de Carrare et prise de nombreuses armes, v&#233;hicules et 35 prisonniers... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre 1944, l'arm&#233;e d'occupation nazie et les Brigate Nere fascistes effectu&#232;rent des centaines d'incendies, ratissages, massacres, destructions de maisons et atrocit&#233;s en tout genre, tout particuli&#232;rement dans les zones de Fivizzano, Carrare, Massa et Terrarossa. Tout cela fut rendu possible, entre autres, par la construction sur place de la Linea Gotica&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Linea Gotica : Il s'agit d'une ligne d&#233;fensive mise en place par le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et du fait que les Alli&#233;s, au lieu de tenir leur promesse d'offensive, attendirent que l'hiver passe. Les partisans de ces zones constitu&#232;rent un commandement unifi&#233; des brigades apuanes pour discipliner l'activit&#233; de formations jusque-l&#224; autonomes, le tout motiv&#233; par la volont&#233; de faire face &#224; la n&#233;cessit&#233; de coordonner les op&#233;rations arm&#233;es contre les nazifascistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus de militarisation mis en place par le Commandement unifi&#233; de la Brigade apuane avait pour objectif d'amener les diff&#233;rentes formations combattantes &#224; nommer leur propre repr&#233;sentant. Par ailleurs, toute la responsabilit&#233; des actions militaires du front &#233;tait attribu&#233;e au CLN, ainsi que des pouvoirs discr&#233;tionnaires concernant la discipline ou l'efficacit&#233; politique et militaire des formations dans leur ensemble. Les formations devaient donc recevoir les ordres du Commandement de brigade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elio, Mariga, Pedrini et leurs compagnons s'oppos&#232;rent &#224; cette tournure militariste de la lutte partisane. Consid&#233;r&#233;s comme des incontrolados ne supportant pas l'ordre et la discipline, ils furent marginalis&#233;s et mal vus pour leur sens de l'autonomie et de la responsabilit&#233; individuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la Lib&#233;ration, la sinistre main de l'homme de Moscou, Palmiro Togliatti&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Palmiro Togliatti (1893-1964) : Membre dirigeant du Parti communiste (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, devenu ministre de la Justice et des Gr&#226;ces, se pencha sur le sort des anarchistes, qu'il d&#233;finissait comme des ennemis. C'est ainsi que Pedrini, Zava et Giorgi furent &#224; nouveau arr&#234;t&#233;s &#8212;comme des milliers d'autres partisans qui constituaient une menace pour le nouvel ordre r&#233;publicain et bourgeois qui venait de se constituer&#8212;, &#224; propos des faits concernant l'affrontement contre les fascistes qui eut lieu &#224; La Spezia en 1942. Dans cette m&#234;me ville, ils furent condamn&#233;s &#224; 30 ans de prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Giovanni Mariga subit le m&#234;me sort que ses compagnons, bien que le Commandement britannique l'ait par exemple charg&#233; d'&#233;liminer le commandant SS Walter Reder &#8212;bourreau responsable de nombreux massacres de civils sans d&#233;fense dont ceux de Marzabotto et Vergate&#8212;, charge que lui retira ensuite le CLN Apuane par peur des repr&#233;sailles allemandes. Mariga fut aussi condamn&#233; bien que le Commandement alli&#233; britannique d'occupation en Italie (Cinqui&#232;me R&#233;giment) ait propos&#233; de le d&#233;corer de la m&#233;daille d'or du M&#233;rite Partisan pour ses innombrables et courageuses actions accomplies contre les nazifascistes. Giovanni Mariga, en anarchiste entier, refusa de toute fa&#231;on cette distinction. En revanche, il n'eut pas la possibilit&#233; de refuser la perp&#233;tuit&#233; que lui octroya &#171; avec amour &#187; la justice de la R&#233;publique italienne, n&#233;e de la R&#233;sistance, l'accusant du meurtre d'un fasciste connu et de sa femme, &#224; Santo Stefano Magra en 1946.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces compagnons s'&#233;taient rendus coupables d'un antifascisme trop radical, inconciliable avec les int&#233;r&#234;ts de la R&#233;publique et du nouveau cours de pacification nationale qu'elle souhaitait. Preuve en est que le ministre de la Justice et des Gr&#226;ces, le communiste Palmiro Togliatti, fut prompt &#224; prononcer une amnistie g&#233;n&#233;rale pour tous les fascistes, &#171; oubliant &#187; opportun&#233;ment ses vrais ennemis de classe : les anarchistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cercle anarchiste &#171; Baffardello &#187; de Carrare&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Eclats autobiographiques d'hommes contre&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les protagonistes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Carrare est une ville de pure tradition anarchiste, tradition qui remonte &#224; la nuit des temps. Un bon exemple d'amour de la libert&#233; des Carrarais nous est donn&#233; par la &lt;i&gt;Lega degli spartani&lt;/i&gt; (Ligue des continuateurs de Spartacus) qui, au si&#232;cle pass&#233;, du temps de Bakounine, comptait un grand nombre de mes concitoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces proto-anarchistes un peu rudes, souvent peu cultiv&#233;s, &#233;taient &#8212;et leur souvenir reste encore tr&#232;s vivace&#8212; particuli&#232;rement g&#233;n&#233;reux et pleins d'humanit&#233;, et surtout faisaient preuve d'un grand sens de l'autonomie comme libert&#233; premi&#232;re, qui sont les caract&#233;ristiques typiques de l'anarchisme traditionnel de ma g&#233;n&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux-ci, ne supportant pas de vivre et de travailler pour un patron, ne supportant donc pas d'&#234;tre exploit&#233;s et de se sentir esclaves, travaillaient de la fa&#231;on suivante pour rester libres : ils nettoyaient les carri&#232;res de marbre des restes abandonn&#233;s par les exploiteurs capitalistes, leur faisant ainsi une faveur. Puis, selon une ancienne coutume artisanale, ils utilisaient ensuite ces restes en ville pour construire des portants de miroir, des mortiers, vases et autres objets qu'ils vendaient, pour survivre, sur le march&#233; local ou jusqu'aux confins de leur province.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se disait &#224; l'&#233;poque que ces &lt;i&gt;spartani&lt;/i&gt; vivaient moins bien que les autres ouvriers qui travaillaient dans les carri&#232;res de marbre. On peut en d&#233;duire que ces personnes pr&#233;f&#233;raient &#8212;et elles l'ont fait pendant de longues ann&#233;es&#8212; rester dans une condition plus mis&#233;rable que celle des autres exploit&#233;s pour demeurer plus autonomes et plus libres. Pour eux, la libert&#233;, m&#234;me au moment des famines, n'avait pas de prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple identique se trouve en Ligurie, r&#233;gion voisine de celle du Carrarais. Pendant des si&#232;cles, il existait l&#224; deux types de contrats diff&#233;rents pour les travailleurs de la mer qui voulaient s'embarquer. Les deux contrats procuraient des salaires distincts. Ceux qui &#233;taient le moins bien pay&#233;s, c'est-&#224;-dire ceux qui relevaient du contrat &#224; salaire plus bas, avaient en revanche le droit de protester, de r&#226;ler et m&#234;me d'insulter le patron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de la seconde moiti&#233; du si&#232;cle dernier, les habitants de ma terre, les ouvriers, les extracteurs de marbre, les exploit&#233;s, comme la majeure partie des travailleurs liguriens de la mer, ont adh&#233;r&#233; en masse &#224; l'id&#233;ologie propag&#233;e par Bakounine d'abord, par Gori&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pietro Gori (1865-1911) : Anarchiste aux multiples facettes, notamment celle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Malatesta et Toccafondo ensuite : le socialisme libertaire. De ma terre, donc, sont issues des figures de premier et de second plan du mouvement anarchiste, mais l'histoire de ces faits et de ces hommes a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; &#233;crite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me contenterai de d&#233;crire le milieu carrarais dans lequel je suis n&#233;, l&#224; o&#249; j'ai pass&#233; les premi&#232;res ann&#233;es de mon enfance et l&#224; o&#249; j'ai m&#251;ri les id&#233;aux pour lesquels je me suis battu, pour lesquels j'ai pass&#233; plus de la moiti&#233; de ma vie en prison, pour lesquels, maintenant que je suis dehors, je veux encore me battre, gr&#226;ce auxquels j'ai surv&#233;cu, et pour lesquels j'entends encore vivre et lutter.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'avant-guerre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ma m&#232;re mourut lorsque j'avais neuf ans, et je me souviens malheureusement bien peu d'elle. Mon p&#232;re &#233;tait sculpteur, il sculptait des statues de marbre et voyageait gr&#226;ce &#224; ses activit&#233;s, visitant beaucoup de villes ; c'est pour cela qu'il m'appela Belgrado, parce que le souvenir de cette belle ville &#233;tait encore vivant dans sa m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Politiquement, mon p&#232;re ne s'est jamais engag&#233;, disons qu'il &#233;tait une sorte de libre-penseur, s'int&#233;ressait aux probl&#232;mes du peuple, des exploit&#233;s, et lisait beaucoup. Il avait sa fa&#231;on &#224; lui de voir et d'&#233;tudier la vie, surtout concernant les rapports inter-individuels. Mais il n'a jamais exprim&#233; d'id&#233;es personnelles, de v&#233;ritable militantisme, et je ne me souviens pas qu'il ait jamais boug&#233; le petit doigt pour lutter contre les patrons, l'Etat, les fascistes et l'Eglise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il soit clair que le fascisme ne lui plaisait en aucune fa&#231;on ; je me souviens qu'il aspirait et r&#234;vait au contraire d'une vie collective plus libre. Il s'est souvent exprim&#233; par de petites boutades, de brefs discours contre le fascisme et contre Mussolini. L'&#233;cho de ses prises de position parvint aux autorit&#233;s de la ville : il fut emmen&#233; &#224; la casa del fascio&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Casa del fascio : si&#232;ge local du Parti national fasciste (Pnf). La casa del (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et menac&#233;. Les fascistes lui dirent clairement que s'il voulait qu'on le laisse tranquille, il ferait mieux d'&#233;viter de s'exprimer comme il en avait l'habitude. Il n'y eut pas de suite et il continua de mal parler des fascistes &#224; l'int&#233;rieur des murs de sa maison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand nous en venions &#224; discuter de l'anarchisme, que j'avais embrass&#233; d&#232;s l'&#226;ge de 18 ans &#8212;choix dont il &#233;tait parfaitement conscient&#8212;, il aimait &#224; me dire : &lt;i&gt;&#171; Fais attention aux id&#233;es que tu professes, elles sont tr&#232;s belles mais j'ai l'impression que tu finiras mal &#224; cause d'elles. Tu verras si je me trompes, tu finiras ta vie en prison ou dans quelque asile. Ne te pr&#233;cipite pas, ne te laisse pas conqu&#233;rir par la fascination de cette id&#233;ologie, qui est la plus humaine mais aussi la plus irr&#233;alisable dans ce merdier fasciste. Selon moi&lt;/i&gt; &#8212;disait-il encore&#8212; &lt;i&gt;tu pourrais vivre plus tranquillement, ce n'est pas le moment de se battre sous une telle banni&#232;re, tu ferais mieux d'attendre la fin de la dictature. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, mon p&#232;re n'&#233;tait pas contre mes id&#233;es, &#224; tel point qu'&#224; la fin de sa vie, vu ce qui m'arrivait &#8212;entre r&#233;pression et prison&#8212;, il n'h&#233;sita pas &#224; sympathiser avec les anarchistes de Carrare et donc avec mes id&#233;es. Je peux ajouter qu'entre toutes les personnes du mouvement anarchiste que mon p&#232;re avait connues, Errico Malatesta &#233;tait celui qui l'avait le plus touch&#233;. Il l'avait connu &#224; Milan, il &#233;tait son ami et avait beaucoup d'estime pour lui. Ainsi, suite &#224; la gr&#232;ve de la faim que mena Malatesta en 1920 dans la prison milanaise de San Vittore, mon p&#232;re me parla longuement de lui en me disant : &lt;i&gt;&#171; Je n'ai jamais connu de ma vie un homme &#224; la pens&#233;e aussi grandiose et humaine. &#187;&lt;/i&gt; Il me soulignait souvent les qualit&#233;s extraordinaires d'Errico : sa sobri&#233;t&#233;, sa bont&#233;, sa g&#233;n&#233;rosit&#233; et son sens de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Je me souviens,&lt;/i&gt; me dit-il une fois, &lt;i&gt;de l'avoir vu assis sur un rocher, entour&#233; de ses compagnons, partageant avec le plus grand naturel un peu de pain et des figues. Devant cette attitude, si simple et sympathique, j'ai pens&#233; que si je n'avais pas eu tant de probl&#232;mes, une famille si nombreuse, des enfants &#224; nourrir, et si j'&#233;tais plus jeune et plus libre, je n'aurais pas h&#233;sit&#233; &#224; faire partie de son mouvement et de celui de ses compagnons. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la Premi&#232;re Guerre mondiale, les anarchistes de Carrare reprirent leur lutte contre les patrons et l'Etat. La formation du groupe &lt;i&gt;del Piastrone&lt;/i&gt;, qui s'opposa par tous les moyens dont il disposait &#224; l'av&#232;nement du fascisme, date de cette &#233;poque. Alors que Picelli avec ses &lt;i&gt;Arditi del Popolo&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Arditi del popolo [les &#171; Hardis du peuple &#187;] : Les Hardis &#233;taient un corps (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et les syndicalistes r&#233;volutionnaires cherchaient &#224; bloquer la Marche sur Rome de Mussolini &#224; Parme, les compagnons carrarais ont fait de m&#234;me dans leur ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;poque, j'&#233;tais encore un enfant, mais je ne me souviens pas avoir entendu parler d'autres formations pr&#234;tes &#224; arr&#234;ter &#224; tout prix l'arriv&#233;e du fascisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque j'&#233;tais jeune, un anarchiste carrarais qui me toucha particuli&#232;rement par sa fa&#231;on de faire, fut un certain Forzetti. Las d'&#234;tre pers&#233;cut&#233; par les fascistes et les carabiniers, il fit un jour feu sur eux pour des raisons enti&#232;rement politiques : il fut ainsi condamn&#233; &#224; 30 ans de prison, je l'ai connu &#224; la prison de Pianosa en 1937 ou 1938.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un livre entier ne suffirait pas, &#224; raconter tous les faits, anecdotes et op&#233;rations accomplies par les anarchistes de Carrare et de la Toscane contre les fascistes,. Il faut savoir que mes compagnons ne commirent pas la m&#234;me erreur que les socialistes et les communistes, qui s'&#233;cras&#232;rent compl&#232;tement devant la mont&#233;e du fascisme, et ne reprirent la lutte qu'en 1943. Les anarchistes ne se rendirent jamais et lutt&#232;rent m&#234;me au-del&#224; du 25 avril [date de la lib&#233;ration officielle de l'Italie], bien entendu dans les limites de leurs moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils publi&#232;rent des affiches et des tracts et se d&#233;fendirent avec des armes lorsque ce fut n&#233;cessaire. Pendant le fascisme, ne pouvant compter sur le concours de gros groupes de compagnons ni des masses, j'ai commenc&#233; mon activit&#233; subversive anarchiste comme individualiste. Non pas que croyais aux th&#233;ories de Nietzsche, Stirner ou Ciancabilla&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Giuseppe Ciancabilla (1871-1904) : En 1897, apr&#232;s avoir combattu en Gr&#232;ce (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, je me sentais au contraire plut&#244;t collectiviste, communiste libertaire. Mais ne pouvant lutter contre le capitalisme et l'Etat fasciste de mani&#232;re collective, de fa&#231;on organis&#233;e, j'ai fini &#8212;pour faire survivre mon anarchisme&#8212; par agir, ou plut&#244;t r&#233;agir, individuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma maturit&#233; libertaire est n&#233;e d'une analyse scientifique et personnelle que j'ai faite dans ma jeunesse. Ma r&#233;volte se dirigea imm&#233;diatement contre l'autorit&#233;, le fascisme, le capital, l'Etat, les abus, l'exploitation de l'homme par l'homme. Il me fallait lutter contre toutes ces choses qui m'emp&#234;chaient de respirer et de me sentir un individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 18 ans, j'adh&#233;rais donc au mouvement anarchiste de Carrare, mouvement qui, tout en &#233;tant traqu&#233; et combattu, survivait avec des r&#233;unions, des discussions, des lectures en commun, la circulation de livres et de journaux, la distribution de tracts, le collage d'affiches et des actions arm&#233;es contre le r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De temps en temps, on se retrouvait dans un lieu appel&#233; &#171; Buc &#187; (&lt;i&gt;il buco&lt;/i&gt;, &#171; le trou &#187;) : on descendait par une trappe dans une pi&#232;ce souterraine o&#249; on parlait du &#171; que faire &#187; &#224; la lueur d'une bougie ; on analysait le pr&#233;sent et on essayait d'avoir prise sur le futur. Les actions, souvent voulues, organis&#233;es et r&#233;alis&#233;es par un seul compagnon, ou tout au plus deux, se d&#233;roulaient avec ce qu'on pouvait r&#233;cup&#233;rer. Chacun agissait de toute fa&#231;on selon sa propre conscience : chacun pensait et mettait en &#339;uvre son projet de la mani&#232;re la plus autonome possible. C'est gr&#226;ce &#224; cette vie clandestine du mouvement que Lucetti d&#233;veloppa son projet d'assassiner Mussolini, seul avec une bombe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gino Lucetti (1900-1943) : Originaire d'Avenza dans la r&#233;gion de Carrare, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Malheureusement, sa tentative &#233;choua, mais il avait essay&#233; et cela &#233;tait tr&#232;s important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que Lucetti est le parfait exemple de l'anarchiste qui, ne pouvant pas faire d'actions collectives d'&#233;mancipation avec et parmi les masses, finit dans ce climat d'oppression et d'absence de libert&#233;s qu'&#233;tait le fascisme par porter son anarchisme, sa r&#233;volution, de la seule mani&#232;re possible : par l'action individuelle. Si on pr&#233;f&#232;re, et pour &#234;tre clair, son action fut individualiste mais juste. Il a agi contre le r&#233;gime, contre l'oppresseur, contre l'autorit&#233; et l'Etat ; il a lui-m&#234;me organis&#233; son acte, avec ses seules forces et capacit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La survie du mouvement clandestin anarchiste auquel j'ai adh&#233;r&#233; &#233;tait, pour ainsi dire, l'&#339;uvre d'individus. M&#234;me de mani&#232;re discontinue, il persistait &#224; s'exprimer. Malgr&#233; le climat d'oppression, les compagnons de Carrare imprimaient et distribuaient des tracts dans lesquels ils invitaient la population &#224; r&#233;agir contre le tyran et &#224; continuer leur propre lutte pour l'&#233;mancipation. Ils les d&#233;posaient sous les portes des maisons, dans les salles d'attente des gares, sur les tables des bars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc dans ce climat de conspiration continuelle que je d&#233;veloppais mes plans d'offensive contre le r&#233;gime et l'Etat fasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est par la lecture et l'&#233;tude que je suis arriv&#233; au &lt;i&gt;buco&lt;/i&gt;, &#224; la clandestinit&#233; : je suis remont&#233; &#224; l'anarchisme de Bakounine en &#233;tudiant la pens&#233;e nietzsch&#233;enne. Plus jeune, quand j'avais 15 ans, j'avais lu l'&#339;uvre de ce philosophe allemand : le &lt;i&gt;Cr&#233;puscule des idoles, Ainsi parlait Zarathoustra&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;Gai savoir.&lt;/i&gt; Ces ouvrages m'avaient dans un premier temps satisfait pour la haine des soci&#233;t&#233;s chr&#233;tiennes et bourgeoises qu'ils exprimaient. Avec le temps, les id&#233;es de Nietzsche ne me convinrent plus : ma pens&#233;e &#233;tait d&#232;s le d&#233;but d&#233;j&#224; li&#233;e &#224; l'&#233;galitarisme, au socialisme libertaire, au collectivisme. Ma r&#233;bellion et ma soif de savoir rencontr&#232;rent ensuite &lt;i&gt;L'Unique&lt;/i&gt; de Stirner. Quelques mois apr&#232;s, je rejetais aussi Stirner. M&#234;me lui ne me satisfaisait plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je peux dire pour conclure que j'ai pass&#233; ma vie en libert&#233; sous le fascisme en lisant, et que c'est apr&#232;s avoir &#233;tudi&#233; et r&#233;fl&#233;chi aux &#339;uvres de Bakounine, Proudhon, Kropotkine, Malatesta, Cafiero, etc., que j'ai commenc&#233; &#224; m'autod&#233;finir comme anarchiste. C'est apr&#232;s &#231;a que j'ai rencontr&#233; les compagnons de Carrare et c'est avec eux que j'ai commenc&#233; &#224; militer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ces ann&#233;es-l&#224;, je me rappelle Giovanni Zava, Oreste Bonucelli, Pelliccia, les fr&#232;res Tolaini, Orgade (&lt;i&gt;il claudicante&lt;/i&gt;, &#171; le bo&#238;teux &#187;). C'est avec eux que j'ai discut&#233; et agi, que j'ai atterri en prison, au commissariat ou en garde &#224; vue pour de br&#232;ves p&#233;riodes. C'est toujours avec eux que j'ai repris la lutte, une fois la libert&#233; recouv&#233;e. Avec eux, j'ai &#233;t&#233; tabass&#233; et d&#233;nonc&#233; pour propagande clandestine, avec eux j'ai &#233;cop&#233; de condamnations, et une fois remis en libert&#233; je recommen&#231;ais &#224; agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;poque, j'ai pens&#233; et pr&#233;par&#233; personnellement plusieurs actions, qui sont souvent rest&#233;es &#224; l'&#233;tat de projets. Une fois, j'ai m&#234;me r&#233;ussi &#224; planifier dans les r&#232;gles de l'art un attentat contre la &lt;i&gt;casa del fascio&lt;/i&gt; de Carrare, contre le secr&#233;taire du parti fasciste Renato Ricci et ses miliciens, mais cela n'a pas pu se faire.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les premi&#232;res exp&#233;riences de la prison&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comme je l'ai d&#233;j&#224; dit, j'ai fini plusieurs fois au poulailler ou au trou dans l'Italie fasciste. Pour &#234;tre exact, je ne me souviens pas du nombre de fois, ni pour quelles raisons pr&#233;cises. En 1937 ou 1938, je suis arriv&#233; &#224; Pianosa dans la 6e division : on m'a mis dans la cellule n&#176; 2 alors qu'il y avait un compagnon dans la n&#176; 3, un certain Natale Fruzzetti. On se croisait aux heures de promenade, et nous n'arr&#234;tions pas de discuter des possibilit&#233;s de r&#233;volte ou d'analyser la situation pr&#233;sente, chose m'&#233;tait devenue habituelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, &#224; l'&#233;poque, il y avait aussi d'autres prisonniers antifascistes et, parmi les socialistes, un certain Pertini&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alessandro Pertini (1896-1990) : Figure historique de la R&#233;sistance. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je me rappelle qu'au cours de ces ann&#233;es-l&#224;, la critique de ce qui se passait en Union sovi&#233;tique &#233;tait tr&#232;s d&#233;velopp&#233;e parmi les socialistes, surtout &#224; propos de ce qui passait entre Trotsky et Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, les socialistes, plus acharn&#233;s que d'habitude, ont remis en cause les th&#232;ses qui venaient d'&#234;tre d&#233;velopp&#233;es au sein du dernier congr&#232;s de l'Internationale Communiste, pr&#233;tendant que le pr&#233;tendu socialisme d'Etat n'&#233;tait et ne devait &#234;tre appliqu&#233; que dans un seul pays &#171; guide &#187;. Au cours de ce congr&#232;s, Trotsky avait pr&#233;dit et argument&#233; sur la future faillite de l'exp&#233;rience russe, aussi bien au niveau international qu'en son sein. Pour lui, cela &#233;tait li&#233; au fait que l'Union sovi&#233;tique &#233;tait justement le seul pays &#171; socialiste &#187;. Certains socialistes et communistes pr&#233;sents d&#233;fendaient au contraire que Staline avait raison de th&#233;oriser l'utilit&#233; et la n&#233;cessit&#233; de la Russie comme seul pays socialiste et seul pays guide. Pertini &#233;tait de ceux qui d&#233;fendaient Trotsky et ses th&#232;ses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Natale Fruzzetti &#233;tait un homme simple et de peu de mots, mais il sentit malgr&#233; cela la n&#233;cessit&#233; d'intervenir. Je me rappelle qu'il souligna aux socialistes et aux communistes qu'il &#233;tait inutile de s'acharner sur l'une ou l'autre hypoth&#232;se vu que la lutte entre Staline et Trotski &#233;tait d'une autre nature : Staline &#233;tait plus puissant et voyait en Trotsky un adversaire &#224; &#233;liminer, et si ce dernier &#8212; insistait Fruzzetti &#8212; avait &#233;t&#233; &#224; la place de Staline, il aurait agi de la m&#234;me fa&#231;on que son rival.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Je crois&lt;/i&gt;, a conclu Natale, &lt;i&gt;que leur dispute de famille ne nous concerne pas. Je propose donc de reprendre l'analyse de la question sociale qui nous touche de pr&#232;s, et de laisser ces deux hommes d'Etat se d&#233;brouiller entre eux et chez eux, dans leur logique de pouvoir. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette occasion, Pertini r&#233;pondait avec des phrases du genre : &lt;i&gt;&#171; Nos questions th&#233;oriques nous am&#232;nent maintenant &#224; une analyse internationale. Vous, les anarchistes, vous pouvez arriver &#224; vos conclusions mais, pour nous, ce n'est pas de la politique. En suivant votre m&#233;thodologie, on ne peut qu'obtenir un r&#233;sultat comme le v&#244;tre. Je crois que pour certaines questions, vous n'&#234;tes pas adapt&#233;s : vous &#234;tes trop myopes pour comprendre l'objectivit&#233; de nos dilemmes sp&#233;cifiques. M&#234;me si je vous comprends&lt;/i&gt; &#8212;a-t-il conclu&#8212; &lt;i&gt;et si je sais que je peux discuter avec vous sur la nature politique de la question sociale, je pr&#233;f&#233;rerai &#233;viter, sans vous offenser, de discuter de politique &#233;trang&#232;re. D'un point de vue strictement id&#233;ologique et anarchiste, vous avez parfaitement raison, mais nous &#8212;en tant que socialistes&#8212; avons int&#233;r&#234;t &#224; regarder ce qui se passe en Russie, m&#234;me s'il s'agit d'un simple probl&#232;me de pouvoir. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour moi, n&#233;ophyte &#224; l&#8216;&#233;poque, la Russie n'&#233;tait qu'un pays o&#249; il y avait eu une r&#233;volution. Pourtant, malgr&#233; le climat de conspiration dans lequel nous vivions en tant qu'anarchistes, malgr&#233; les limites de mon &#226;ge (j'avais 18 ans), malgr&#233; le peu de contacts et mes connaissances rares et parcellaires sur ce qui s'&#233;tait pass&#233; entre 1917 et 1920 en Russie, j'avais une opinion qui n'a toujours pas chang&#233; 45 ans plus tard. Je consid&#233;rais la naissance d'un Etat et d'une dictature &#171; prol&#233;tarienne &#187; rouge en Russie comme quelque chose de tr&#232;s n&#233;gatif, mais je restais fascin&#233; par le fait qu'un peuple en armes avait dans un premier temps abattu les patrons et les gouvernants, pour ensuite d&#233;fendre, dans la mesure du possible, avec ces m&#234;mes armes les conqu&#234;tes obtenues : Makhno fit par exemple sa r&#233;volution en Ukraine malgr&#233; le conflit avec les Blancs d'abord, les Rouges ensuite, cherchant &#224; mener la r&#233;volution de la fa&#231;on la plus libertaire possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes compagnons et moi, nous aurions voulu imiter les Russes dans cette premi&#232;re phase. Nous savions &#234;tre peu nombreux &#224; nous battre contre un Etat fasciste bien organis&#233;, mais br&#251;lions du d&#233;sir de donner un exemple, au nom de l'id&#233;al et d'une soci&#233;t&#233; meilleure, en modifiant ces conditions objectivement n&#233;gatives afin que dans un second temps les exploit&#233;s puissent s'organiser de mani&#232;re socialiste libertaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'histoire de la r&#233;volution russe, les &#233;v&#233;nements de Kronstadt m'avaient particuli&#232;rement touch&#233; : les marins en armes avaient cherch&#233; une derni&#232;re fois encore &#224; &#233;tendre la r&#233;volution en combattant de mani&#232;re extr&#234;me et exemplaire le pouvoir bolchevique, les nouveaux patrons rouges. La r&#233;pression qui s'ensuivit m'est bien rest&#233;e en m&#233;moire, r&#233;pression au cours de laquelle &#8212;sous les ordres de L&#233;nine et Trotsky, le chef de l'arm&#233;e rouge&#8212; furent fusill&#233;s des anarchistes, des marins et des r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la r&#233;volution russe et la constitution d'un nouvel Etat socialiste, j'ai trouv&#233; une confirmation des hypoth&#232;ses que Bakounine avait d&#233;j&#224; &#233;mises lors de la rupture avec Marx dans la Ire Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est de L&#233;nine et de Trotsky, je partage le jugement que Malatesta avait exprim&#233; &#224; la mort du premier : &lt;i&gt;&#171; L&#233;nine est mort. Bien. Vive la libert&#233; ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1942-1944&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;sistance anarchiste au fascisme &#224; Carrare et dans toute l'Italie durait depuis 20 ans d&#233;j&#224;. Les anarchistes, entraient et sortaient des prisons et de la mise au banc, &lt;i&gt;confino&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Confino di polizia [mise au banc par mesure de police] : La mise &#224; l'&#233;cart (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, pour des actes sporadiques mais permanents, accomplis individuellement ou par de petits groupes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un soir, avec quelques compagnons, nous sommes entr&#233;s dans un local de Carrare o&#249; se trouvaient sept ou huit miliciens arm&#233;s de poignards sur lesquels &#233;tait grav&#233;e l'image de Mussolini et une t&#234;te de mort. C'&#233;tait en quelque sorte leur arme de service quand ils n'avaient ni matraques ni pistolets. Avec la d&#233;licatesse coutumi&#232;re qui les distinguait, ils harcelaient les jeunes s&#339;urs du patron de l'auberge. Nous sommes intervenus rapidement, pistolet au poing, et apr&#232;s les avoir d&#233;sarm&#233;s, nous les avons gifl&#233;s. Nous n'avons pas agi simplement &#224; cause des stupidit&#233;s qu'ils &#233;taient en train de dire et de commettre, mais pour d&#233;charger une petite partie de la haine farouche que nous nourrissions &#224; leur encontre. L'op&#233;ration s'est vite conclue mais, le lendemain, la milice fasciste s'est mise en chasse sous les ordres de l'adjudant Evangelisti : ils nous ont cherch&#233; pr&#232;s de chez nous et dans les lieux que nous fr&#233;quentions habituellement. Heureusement, ils ne nous ont pas trouv&#233; car, dans le cas contraire, c'e&#251;t &#233;t&#233; notre fin. A l'&#233;poque, avoir un revolver en poche suffisait pour &#234;tre fusill&#233; sans proc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'&#233;tait pas notre premi&#232;re action &#224; visage d&#233;couvert, on allait comme &#231;a, en risquant le tout pour le tout, depuis un an. Nous &#233;tions d&#233;sormais en lutte ouverte contre le r&#233;gime, pr&#234;ts &#224; tout risquer, jusqu'&#224; la vie. Pour &#233;chapper aux arrestations suite &#224; cette histoire, nous nous sommes r&#233;fugi&#233;s &#224; Milan. L&#224;, par une nuit de novembre 1942 &#8212;l'une des ann&#233;es au cours desquelles le fascisme&lt;br class='autobr' /&gt;
se sentait plus fort que jamais et o&#249; ceux qui osaient lever la main l'arme au poing contre les chemises noires se faisaient de plus en plus rares&#8212; , je me suis retrouv&#233; viale Corsica en train de coller une affiche imprim&#233;e clandestinement qui invitait les Italiens &#224; se soulever contre la guerre, Mussolini et le fascisme. Avec deux autres compagnons, nous avons &#233;t&#233; surpris par une patrouille de police. Nous nous sommes d&#233;fendus en tirant et, apr&#232;s avoir envoy&#233; deux policiers aux urgences, nous avons r&#233;ussi &#224; filer. Un des n&#244;tres a aussi &#233;t&#233; bless&#233;, et le &lt;i&gt;Popolo d'Italia&lt;/i&gt;, quotidien du r&#233;gime, nous qualifia le lendemain de &lt;i&gt;&#171; malfaiteurs et saboteurs de la r&#233;sistance morale des forces arm&#233;es &#187;&lt;/i&gt; en d&#233;plorant que nous n'ayons pas &#233;t&#233; tu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre libert&#233;, de toute fa&#231;on, a &#233;t&#233; de courte dur&#233;e : nous &#233;tions identifi&#233;s par l'OVRA, qui n'avait pas vraiment perdu notre trace apr&#232;s le signalement fait dans toute l'Italie par la milice fasciste de Carrare. Ce soir-l&#224;, en for&#231;ant les routes, nous avons r&#233;ussi &#224; les semer Piazza Cairoli. Nous nous sommes ensuite r&#233;fugi&#233;s &#224; Porta Ticinese, dans la maison d'une de mes s&#339;urs. Le lendemain matin, rentrant apr&#232;s avoir achet&#233; du lait, ma ni&#232;ce nous pr&#233;vint que la route du bas &#233;tait pleine d'agents en civil. Faisant les cents pas les mains dans les poches, ils nous attendaient. Nos pistolets &#233;taient charg&#233;s, nous avions aussi des grenades, mais n'avons pas voulu les utiliser dans la maison de ma s&#339;ur : si nous pouvions supporter l'id&#233;e de mourir en combattant, faire mourir des femmes et des enfants nous aurait rendus responsables d'un massacre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes sortis en passant devant les agents en civil, qui nous ont suivis la main sur la crosse de leur pistolet. Je crois qu'ils avaient l'intention de nous accompagner jusqu'&#224; un lieu semi-d&#233;sert o&#249; ils pourraient calmement nous tuer sans faire trop de bruit. Parmi eux, j'ai tout de suite reconnu un fasciste de Carrare, dont on savait qu'il &#233;tait membre de l'OVRA et qui &#233;tait certainement au courant de l'histoire de l'auberge. A un moment, comme par hasard, nous sommes tomb&#233;s sur un anarchiste de Sesto S. Giovanni au volant d'un camion. Ce fut notre sauveur. Il a tout de suite compris ce qui se passait et nous a fait monter rapidement, mettant ainsi un terme &#224; une situation extr&#234;mement critique : les automobiles &#233;taient alors peu nombreuses et les fascistes n'eurent pas le temps d'en arr&#234;ter une ou deux afin de nous poursuivre. Nous avons ainsi tranquillement gagn&#233; la gare du nord et de l&#224;, cach&#233;s dans un train de marchandise, apr&#232;s de nombreux arr&#234;ts secondaires, nous sommes parvenus &#224; G&#234;nes. Nous avons &#233;t&#233; accueilli par une autre de mes s&#339;urs, qui a ensuite &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;e pour nous avoir h&#233;berg&#233;s, avant d'&#234;tre rel&#226;ch&#233;e parce ce qu'elle &#233;tait la femme d'un adjudant de l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De G&#234;nes, nous nous sommes rendus &#224; La Spezia, logeant dans une pension. Nous y avons fini notre collage et la distribution des tracts. Un soir vers 23h, &#224; peine rentr&#233;s &#224; la pension, on a frapp&#233; &#224; la porte. Nous n'&#233;tions pas encore couch&#233;s et je suis all&#233; ouvrir. Six agents de police en civil se trouvaient l&#224;, tous les mains dans les poches de leur imperm&#233;able. Avec la politesse qui les caract&#233;risait, ils nous ont brutalement demand&#233; nos papiers en ajoutant que je devais les suivre alors que les autres pouvaient rester. Il s'agissait bien s&#251;r d'une tactique stupide pour nous diviser. Sans mot dire, nous avons compris qu'ils souhaitaient juste nous s&#233;parer afin de pouvoir nous arr&#234;ter ou nous &#233;liminer s&#233;par&#233;ment. Au fond de l'escalier, nous avons remarqu&#233; d'autres &#171; pieds-plats &#187; [flics], venant confirmer cette hypoth&#232;se. Convaincus d'&#234;tre arriv&#233;s &#224; ce qu'ils nommaient de fa&#231;on st&#233;r&#233;otyp&#233;e &#171; payer l'addition &#187;, et consid&#233;rant que nous avions peu de possibilit&#233;s de sortir vivants d'une arrestation comme celle-l&#224;, nous avons choisi l'affrontement direct : ouvrir le feu. Ils d&#233;gain&#232;rent &#224; leur tour et appuy&#232;rent sur la d&#233;tente. Dans la chambre d'abord, puis dans tout le quartier, se d&#233;roula l'&#233;v&#233;nement qui reste assez c&#233;l&#232;bre dans les annales de cette &#233;poque aujourd'hui lointaine. La fusillade dura jusqu'&#224; l'aube.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous sommes d'abord d&#233;barrass&#233;s d'eux dans la pension pour tenter une sortie, mais notre optimisme &#8212;et avec lui nos vell&#233;it&#233;s&#8212;, diminuaient : le petit immeuble &#233;tait encercl&#233; par les forces de police fasciste et par les Allemands. Fascistes, policiers et Gestapo &#233;taient aussi mont&#233;s sur les toits et dans les habitations voisines. Nous nous sommes barricad&#233;s &#224; l'int&#233;rieur de la pension et, comme je l'ai d&#233;j&#224; dit, le si&#232;ge a dur&#233; jusqu'&#224; l'aube, jusqu'&#224; la derni&#232;re cartouche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'en souviens comme si c'&#233;tait hier : Giovanni Zava, un de mes compagnons, avait &#233;t&#233; touch&#233; par cinq ou six projectiles. Quant &#224; moi, j'en avais re&#231;u une paire. Mon f&#233;mur &#233;tait broy&#233;, et je ne parvenais presque plus &#224; bouger. Le troisi&#232;me compagnon, Giorgi, &#233;tait &#233;galement amoch&#233;. Autour de nous, quelques policiers &#233;taient bless&#233;s, dont un mourant. La fin de l'op&#233;ration, ou plut&#244;t la reddition, eut lieu lorsque les nazifascistes se sont rendu compte que nous &#233;tions peut-&#234;tre d&#233;j&#224; morts suite &#224; leur long assaut, ou encore vivants mais d&#233;sormais sans munitions. Par une action &#171; brillante &#187;, rapide et courageuse, ils enfonc&#232;rent la porte cribl&#233;e de balles. Tout en faisant une s&#233;rie de petits sauts inutiles, ils entr&#232;rent en masse dans la chambre o&#249; nous gisions sans connaissance, puis nous emball&#232;rent en hurlant. Dans la rue, la foule de curieux attir&#233;e par le bruit des &#233;changes de coups de feu et par la mobilisation polici&#232;re, exasp&#233;r&#233;e par les bombardements alli&#233;s des jours pr&#233;c&#233;dents, nous accueillit en criant : &lt;i&gt;&#171; A mort ! Lynchez-les ! Fusillez tout de suite les parachutistes anglais, am&#233;ricains et russes, faites-leur payer nos morts, nos malheurs, leurs bombardements a&#233;riens. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s un examen m&#233;dical sommaire, nous avons &#233;t&#233; emmen&#233;s au commissariat de La Spezia. L&#224;, ils nous enferm&#232;rent dans des cellules grandes comme une crypte, situ&#233;es au sous-sol. Ils ne nous ont ni frapp&#233;s, ni tortur&#233;s, pensant nous faire la f&#234;te un peu plus tard. En r&#233;alit&#233;, un commissaire avait d&#233;j&#224; pris les dispositions n&#233;cessaires en deux minutes, et donn&#233; l'ordre de prendre les mousquetons et les balles pour nous coller contre un mur et rendre une justice sommaire, sans trop d'histoires. Arriva fatalement un responsable du Parti national fasciste de La Spezia, avec l'uniforme th&#233;&#226;tral que les types comme lui portaient aussi bien de jour que de nuit. Avec l'autorit&#233; et le pouvoir qui le caract&#233;risaient, il bloqua l'ex&#233;cution entre deux &#171; garde-&#224;-vous, repos ! &#187; Apr&#232;s des heures d'&#226;pres discussions, il r&#233;ussit, muni de son ignorance crasse et du pouvoir que lui conf&#233;raient le Duce et le Parti qu'il repr&#233;sentait, &#224; convaincre les policiers de suspendre l'ex&#233;cution, dans l'espoir de remonter &#224; la source de notre organisation subversive et aux pr&#233;tendus mandants. Ils &#233;taient selon lui les cerveaux, les initiateurs et les auteurs de ces affiches retrouv&#233;es dans le lavabo de la chambre de la pension, que le feu n'avait pas r&#233;ussi &#224; d&#233;truire compl&#232;tement. Ce qui nous sauva donc dans ce moment extr&#234;mement critique, ce fut l'ignorance, qui est l'une des caract&#233;ristiques communes &#224; tous les bureaucrates, les violents et les autoritaires, en fait &#224; tous les fascistes. Dans l'esprit de ces pauvres cr&#233;tins, abruti par leurs faux id&#233;aux et par leur r&#244;le subalterne, nous devions n&#233;cessairement avoir un chef, une personne &#171; intelligente &#187; comme eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; un peu mieux pans&#233;s, nous avons &#233;t&#233; transport&#233;s quelques heures plus tard &#224; la prison de La Spezia. Une longue et ext&#233;nuante instruction a alors commenc&#233;, les nazifascistes esp&#233;raient remonter le fil de l'histoire. Apr&#232;s des jours de coups et de tortures, ils ont d&#233;couvert qu'il n'&#233;tait pas possible de trouver le fil d'une pelote inexistante, fruit de la fantaisie de leur cerveau. Il est connu que les anarchistes, qu'ils soient all&#233;s ou non &#224; l'&#233;cole, sont suffisamment critiques et autonomes pour &#234;tre seuls ma&#238;tres et responsables de ce qu'ils programment et font.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont envoy&#233; notre dossier, avec les notes sur les faits de l'auberge de Carrare et ceux de Milan, la description de la nuit de si&#232;ge et l'assaut de la pension de La Spezia, ainsi que les tracts trouv&#233;s par la police, au tribunal sp&#233;cial de Rome qui, &#224; l'&#233;poque, pour des faits similaires ou m&#234;me plus insignifiants, ne pronon&#231;ait que des condamnations &#224; mort. Ce qui nous maintenait en vie, c'&#233;tait l'espoir, pour moi la certitude, que le fascisme avait d&#233;sormais perdu la guerre, et que ses jours, ou tout au plus ses mois dans la version plus pessimiste, &#233;taient compt&#233;s. Il nous suffisait de survivre quelques temps, quelques saisons au pire, pour nous en sortir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toute fa&#231;on, il faut savoir que nous nous sentions &#224; l'&#233;poque vou&#233;s &#224; une mort certaine ; pour nous, vivre ou mourir &#233;tait tr&#232;s relatif. Quelques jours apr&#232;s, j'eus pourtant la garantie que nous &#233;chapperions &#224; la mort.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est mon fr&#232;re le plus sc&#233;l&#233;rat qui m'a sauv&#233; de l&#8216;ex&#233;cution. Je ne lui parlais plus depuis des ann&#233;es et j'&#233;tais d&#233;go&#251;t&#233; que mon p&#232;re ait aussi pour fils le secr&#233;taire du Parti national fasciste de Massa. Il intervint aupr&#232;s de son coll&#232;gue de Rome, et gr&#226;ce &#224; cette embrouille impr&#233;vue, notre dossier passa du Tribunal sp&#233;cial pour la d&#233;fense de l'Etat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tribunale speciale per la difesa dello Stato [Tribunal sp&#233;cial pour la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; un tribunal ordinaire. Il est certain qu'il n'a pas uniquement fait cela &#224; cause de notre lien familial : un fasciste et un anarchiste ne peuvent en aucun cas &#234;tre fr&#232;res. Il a agi de la sorte parce qu'&#224; son poste, il ne pouvait se permettre qu'un membre de la famille soit ex&#233;cut&#233; pour d&#233;lit contre le r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes d&#233;lits relevant &#224; la fois du politique et du droit commun, il se d&#233;brouilla pour que les seconds pr&#233;valent. Comme c'&#233;tait l'usage, mon cas passa ainsi devant un tribunal &#171; normal &#187; : la cour d'assise de La Spezia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, ce proc&#232;s n'eut pas lieu en raison du transfert des juges et parce que les tribunaux ne fonctionnaient plus ou mal, &#224; cause des bombardements que la ville subissait &#224; cette &#233;poque-l&#224;. On tenta aussi de transf&#233;rer le dossier et le proc&#232;s au tribunal de G&#234;nes, mais la situation de cette ville &#233;tait analogue, ce qui les fit renoncer &#224; ce transfert. Les juges de l'apr&#232;s-guerre ont utilis&#233; cette qualification de d&#233;linquant commun, qui m'avait &#233;vit&#233; d'&#234;tre fusill&#233;, pour mieux me casser et m'envoyer au trou au lieu de me proposer la m&#233;daille du M&#233;rite dans la R&#233;sistance (m&#233;daille dont je n'aurais d'ailleurs su que faire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quels &#233;taient ces d&#233;lits de droit commun ? L'ann&#233;e o&#249; j'ai agi &#224; visage d&#233;couvert, j'avais rafl&#233; de l'argent &#224; des entrepreneurs (requins fascistes) du coin pour financer notre lutte antifasciste, notre r&#233;volution : une souscription &#224; main arm&#233;e pour l'anarchie et contre le fascisme. C'&#233;tait donc &#231;a mes d&#233;lits de droit commun. Eux, ils les ont nomm&#233;s extorsion de fonds. Quant &#224; moi, je continue et persiste &#224; les appeler expropriations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai donc pass&#233; l'ann&#233;e 1943 ballott&#233; d'une prison &#224; une autre, jusqu'&#224; celle de Massa. Mes compagnons et moi, nous avons &#233;t&#233; plac&#233;s dans la division de haute s&#233;curit&#233;, enferm&#233;s au secret en compagnie d'autres politiques et de ceux qu'ils utilisaient comme otages. Nous ne pouvions ni voir ni parler avec d'autres prisonniers. Nous &#233;tions interdits de visite et de correspondance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;tention dans le &#171; couloir de la mort &#187; fut terrible. D'abord &#224; cause de la nourriture : des SS arm&#233;s jusqu'aux dents ne nous distribuaient tous les jours qu'une louche &#224; moiti&#233; pleine de bouillon d'eau de mer (par manque de sel) et une tranche de pain d'environ 100 grammes. La faim grandissait naturellement au fur et &#224; mesure et notre sant&#233; physique s'en ressentait. Ensuite, parce qu'&#224; l'ext&#233;rieur, d&#232;s que les partisans accomplissaient une action, un officier nazi passait devant nos cellules en nous regardant sans ouvrir la porte. Il en choisissait dix au hasard, pour les fusiller dans quelque carri&#232;re de marbre abandonn&#233;e. On pensait &#224; chaque fois &lt;i&gt;&#171; c'est mon tour &#187;&lt;/i&gt;, et on mourait un peu &#224; chaque fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seuls les industriels et les entrepreneurs emprisonn&#233;s pour trahison ne couraient aucun risque : ils payaient et, au lieu d'&#234;tre fusill&#233;s, sortaient cinq ou six jours apr&#232;s. Traitement similaire &#224; celui r&#233;serv&#233; aujourd'hui aux industriels frelateurs, qui purgent leur peine de prison dans les cliniques suisses apr&#232;s avoir empoisonn&#233; des centaines de personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du reste, ils ne pratiquaient pas leur double-jeu par antifascisme. Ils nous &#171; aidaient &#187; en cachette parce qu'ils commen&#231;aient &#224; deviner notre &#233;ventuelle victoire (l'ann&#233;e 1943 d&#233;butait), et voulaient donc se pr&#233;parer &#224; acqu&#233;rir quelques titres de noblesse pour &#233;viter d'&#234;tre pendus par la suite, ou que le peuple se fasse justice contre eux comme contre les chemises noires. La plupart a ainsi sauv&#233; sa peau et son argent, et ils ont peut-&#234;tre m&#234;me re&#231;u une m&#233;daille de quelque imb&#233;cile, pendant que moi, je pourrissais en prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'avais pas d'argent, j'&#233;tais consid&#233;r&#233; comme tr&#232;s dangereux, je n'avais aucun espoir de m'en sortir, je serais tomb&#233; t&#244;t ou tard au cours d'une op&#233;ration de repr&#233;sailles. Chaque jour, j'avais l'impression d'arracher quelque chose &#224; la mort. Quand mes compagnons sont arriv&#233;s, des anarchistes venus pour me lib&#233;rer, ils m'ont trouv&#233; allong&#233; sur la paillasse &#224; m&#233;diter, cherchant &#224; m'habituer &#224; l'id&#233;e de mourir bient&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partisans sont arriv&#233;s &#224; la prison &#224; trois, deux d'entre eux &#233;taient habill&#233;s en carabiniers, le dernier menott&#233;. Ils se sont fait ouvrir les portes en faisant croire qu'ils amenaient un prisonnier. A l'int&#233;rieur, ils ont d&#233;sarm&#233; l'agent de service, celui qu'on appelait le portier. Ils ont ensuite appel&#233; les vingt autres partisans, qui &#233;taient rest&#233;s cach&#233;s &#224; l'ext&#233;rieur de la prison, tous arm&#233;s de mitraillettes et conduits par le commandant Elio. Ils ont enferm&#233; les gardiens dans le bureau des matricules, coup&#233; le t&#233;l&#233;phone et pris possession des clefs. Ils sont entr&#233;s chez les &#171; d&#233;tenus politiques &#187; et nous ont lib&#233;r&#233;s. Ils m'ont appel&#233; par mon pr&#233;nom :&lt;i&gt;&#171; Allez, Belgrado, t'es libre, fuyons tous ! &#187;&lt;/i&gt; (nous &#233;tions 52). Avant de partir, un compagnon a jet&#233; le trousseau de cl&#233;s &#224; l'int&#233;rieur de la cellule d'un d&#233;tenu de droit commun, la prison s'est ainsi compl&#232;tement vid&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut un vrai spectacle que de voir la ville envahie par des centaines de prisonniers, certains portant l'uniforme d'hiver &#224; rayures, d'autres celui d'&#233;t&#233; en tissu blanc &#224; moiti&#233; d&#233;chir&#233;, les bras charg&#233;s de tout ce qui avait pu &#234;tre vol&#233; dans les d&#233;p&#244;ts de la p&#233;nitentiaire. Nous avons aussi amen&#233; avec nous les soldats du corps de garde, mais ce n'&#233;taient que de pauvres mis&#233;reux, de stupides sicaires que nous avons ensuite rel&#226;ch&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Allemands, arriv&#233;s par la suite, ont montr&#233; moins de compr&#233;hension pour nos ge&#244;liers. Pour &#233;viter leur vengeance, le directeur de la prison s'&#233;tait enfui alors que l'adjudant, un tyran tortionnaire, se suicida pour &#233;viter de tomber entre leurs mains. Ce soir l&#224;, &#224; cause du manque de lumi&#232;re et de l'&#233;motion, je perdis le contact avec le groupe de partisans qui m'avait lib&#233;r&#233;. Deux jours apr&#232;s, je les retrouvai &#224; leur poste de combat dans la montagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On &#233;tait en juin 1944.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La lutte des partisans&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je pourrais &#233;crire, rien qu'avec des anecdotes, un volume entier sur la p&#233;riode pass&#233;e dans les montagnes. Mais pour des raisons de place et afin de ne pas raconter des faits et gestes pour lesquels la m&#233;moire risquerait de me trahir, je pr&#233;f&#232;re m'arr&#234;ter sur ce dont je me souviens le mieux. Du printemps/&#233;t&#233; 1944 au 25 avril 1945, je suis rest&#233; li&#233; &#224; la formation &#171; Elio &#187; qui tenait son nom de son commandant, un slave qui vivait et habite encore &#224; Carrare : Elio Wochiecevich (un marxiste). J'ai seulement particip&#233; une vingtaine de jours aux activit&#233;s de la formation Lucetti, dirig&#233;e par Ugo Mazzucchelli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;poque, de nombreuses formations de partisans &#233;taient actives dans les Alpes apuanes, naturellement li&#233;es entre elles et d&#233;pendant du commandement g&#233;n&#233;ral de brigade qui se trouvait dans une carri&#232;re de marbre abandonn&#233;e, appel&#233;e &lt;i&gt;Carbonera&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma formation, &#171; Elio &#187;, a compt&#233; dans ses rangs un nombre variable d'hommes, disons entre 100 et 180, g&#233;n&#233;ralement anarchistes. Dans la r&#233;gion, comme je le disais, op&#233;raient deux autres formations : l'une avec &#224; sa t&#234;te Mazzucchelli, l'autre mixte, compos&#233;e d'individus li&#233;s au mouvement anarchiste ainsi que de membres des partis socialiste et communiste. Dans les montagnes de Carrare et de Parme, je ne me souviens pas d'avoir jamais vu de formations qui ne ressemblaient pas aux n&#244;tres : je n'ai jamais vu combattre ni lib&#233;raux, ni monarchistes ou catholiques. D&#232;s lors, je fus convaincu que certains individus, parce qu'ils sont des privil&#233;gi&#233;s, ne peuvent jamais &#234;tre pr&#233;sents au moment o&#249; il faut empoigner les armes contre d'autres privil&#233;gi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens bien d'un &#233;pisode auquel j'ai particip&#233; &#224; l'&#233;poque : une fusillade entre cinq anarchistes, dont je faisais partie, et un groupe de policiers fascistes, parmi lesquels le tristement c&#233;l&#232;bre lieutenant Gallo, connu comme tortionnaire de partisans, aussi terrible que sanguinaire. Il y avait avec moi Giovanni Mariga, surnomm&#233; &lt;i&gt;il Padovano&lt;/i&gt;, Libero Mariotti et deux autres dont je pr&#233;f&#232;re taire le nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que nous cheminions sur une petite route de Sarzana, nous sommes tomb&#233;s par hasard sur des policiers. Reconnaissant quelques-uns de mes compagnons, ils ont flair&#233; en nous l'ennemi, les bandits, les partisans. Nous avons &#233;chang&#233; des coups de feu pendant quelques minutes. Un des leurs, grad&#233;, a &#233;t&#233; mortellement touch&#233; tandis que Libero Mariotti &#233;tait cribl&#233; de nombreux projectiles et perdit la vie. Nous avons r&#233;ussi &#224; d&#233;crocher, sous les regards terroris&#233;s des deux miliciens allemands qui avaient assist&#233; stup&#233;faits &#224; la sc&#232;ne. Ces deux-l&#224; ne sont pas intervenus dans le conflit parce que, tout comme les policiers, nous &#233;tions habill&#233;s en civil, et donc tous semblables &#224; leurs yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les policiers fascistes se sont aper&#231;us de la pr&#233;sence de leurs alli&#233;s alors qu'ils &#233;taient en difficult&#233;, ils se sont mis &#224; leur hurler : &lt;i&gt;&#171; Aidez-nous, ce sont des bandits, ce sont des partisans. &#187;&lt;/i&gt; Imm&#233;diatement, sans &#234;tre pris de panique et avec une dose remarquable de sang-froid, nous leur avons r&#233;p&#233;t&#233; la m&#234;me phrase. Les deux Allemands se sont ainsi retrouv&#233;s dans une situation extr&#234;mement d&#233;licate qu'ils n'avaient jamais appris dans leur manuel de guerre. Ils sont donc rest&#233;s bloqu&#233;s par la peur de tuer des fascistes. En proie au doute, ils ont gard&#233; les pistolets dans leur &#233;tui, et nous les avons d&#233;barrass&#233;s de leur g&#234;ne en disparaissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre op&#233;ration militaire, dont je me souviens comme si c'&#233;tait hier, est celle du Torrione. C'est le nom d'une des plus grandes carri&#232;res de Carrare o&#249; se trouvait un p&#226;t&#233; de maisons qui servait avant-guerre de r&#233;fectoire-dortoir pour la main-d'&#339;uvre. Nous l'avons utilis&#233;e comme base, les nombreuses chambres servant notamment d'armurerie. Il y avait aussi un &#233;norme hangar que nous avions transform&#233; en local pour nos prisonniers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La journ&#233;e dont je parle a &#233;t&#233; tellement extraordinaire que nous avons fini par l'appeler &lt;i&gt;Alba tragica&lt;/i&gt; (Aube tragique). L'op&#233;ration du Torrione s'est d&#233;roul&#233;e en novembre 1944. Les compagnons de garde nous ont signal&#233; que de nombreux chars blind&#233;s et &#224; chenille stationnaient au pont de Vara, et que leur artillerie avait commenc&#233; &#224; ouvrir le feu comme des fous sur les carri&#232;res. On entendait effectivement les grondements du canon, mais je ne me souviens pas si c'est &#224; cause de l'&#233;cho ou pour une autre raison que nous nous &#233;tions imagin&#233; que les nazifascistes &#233;taient plus loin que &#231;a. Nous avons d'abord pens&#233; qu'il s'agissait des grondements d'artillerie de la Linea Gotica [&lt;i&gt;[Linea Gotica&lt;/i&gt; : voir note 5 de l'introduction de l'&#233;dition italienne.]] qui ne se trouvait pas tr&#232;s loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je peux dire que les carri&#232;res de marbre abandonn&#233;es &#233;taient &#224; l'&#233;poque de vraies places fortes inexpugnables. Nous avons pris position et d&#233;couvert que face &#224; nous se trouvaient plusieurs centaines d'Allemands de la Wehrmacht et plusieurs dizaines de SS, flanqu&#233;s de la &lt;i&gt;Decima Mas&lt;/i&gt; de Valerio Borghese (celui qu'on appelle aujourd'hui le &#171; Prince Noir &#187;). Ils pensaient pouvoir ratisser facilement ces montagnes, aid&#233;s par leur artillerie. Les Allemands et les fascistes, couverts par le feu des chars, montaient en rampant le terrain hostile des sentiers pentus, pour atteindre le sommet o&#249; nos avant-postes les attendaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce jour-l&#224;, la formation dont je faisais partie pouvait compter sur 140 compagnons. Lorsqu'ils sont arriv&#233;s &#224; notre port&#233;e, nous avons ouvert le feu avec des mitrailleuses lourdes, annon&#231;ant le d&#233;but du carnage. Les rares hommes qui ont r&#233;ussi &#224; passer ce barrage de feu furent ensuite successivement cribl&#233;s par nos armes automatiques l&#233;g&#232;res, nos grenades et nos bombes &#224; main, ainsi que par de petites avalanches de marbre pr&#233;par&#233;es ad hoc. A un moment, je me suis retrouv&#233; isol&#233; dans un poste avanc&#233; avec une mitrailleuse, et j'ai fait face seul pendant quelques heures aux innombrables forces ennemies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accueil impr&#233;vu, conjugu&#233; aux asp&#233;rit&#233;s d'une zone qu'ils ne connaissaient presque pas, emp&#234;cha toute avanc&#233;e allemande. Ils furent oblig&#233;s de s'arr&#234;ter, leurs tentatives pour prendre nos positions de force rest&#232;rent vaines toute la journ&#233;e. Ils s'aper&#231;urent trop tard que nos positions &#233;taient presque inexpugnables avec leurs moyens, &#233;tant prot&#233;g&#233;es par l'altitude et les blocs de marbre. Le soir, les allemands ont d&#233;cid&#233; de se replier, et nous sommes redescendus pour r&#233;cup&#233;rer armes et bless&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, nous avons fait prisonniers une trentaine de jeunes Alsaciens de la SS que nous avons enferm&#233;s dans le hangar transform&#233; en prison. Ils ont &#233;t&#233; interrog&#233;s &#224; tour de r&#244;le par le chef de formation Elio et par le commissaire politique Rigo. Les prisonniers ont d'abord soutenu ne pas faire partie des SS de la garde sp&#233;ciale de Hitler, mais de la formation constitu&#233;e en Allemagne et r&#233;partie dans tous les territoires occup&#233;s dans un but de maintien de l'ordre. Ensuite, ces jeunes de 18 ans ont soutenu qu'ils &#233;taient oppos&#233;s &#224; la guerre que menaient Hitler et Mussolini contre les partisans et les Alli&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces Alsaciens n'avaient qu'une peur, &#234;tre fusill&#233;s. Pour &#233;viter cela, ils &#233;taient pr&#234;ts &#224; renier non seulement Hitler, mais aussi leur propre m&#232;re. Concernant l'ex&#233;cution des nazifascistes, nous avions ordre d'attendre la d&#233;cision du Comit&#233; de Lib&#233;ration Nationale. Dans ce cas, le CNL d&#233;cida, &#233;tant donn&#233; l'extr&#234;me jeunesse des prisonniers et vu qu'on voulait montrer aux Alli&#233;s le s&#233;rieux et la classe avec lesquels s'&#233;tait d&#233;roul&#233;e l'op&#233;ration, qu'il &#233;tait opportun de les leur livrer de l'autre c&#244;t&#233; de la Linea Gotica. Cette livraison ne s'est jamais faite car lors d'un second ratissage op&#233;r&#233; les jours suivants par les nazifascistes, nous avons laiss&#233; ces prisonniers en partie sans surveillance. Ils ont profit&#233; de ce moment propice pour s'enfuir et revenir &#224; leur base : c'est-&#224;-dire exercer &#224; nouveau le r&#244;le notoirement triste et inf&#226;me d&#233;volu aux SS.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne peux relater que quelques-unes des presque trente op&#233;rations men&#233;es par ma formation, entre juin/juillet 1944 et avril 1945. Je me souviens tr&#232;s bien d'avoir travers&#233; le front deux fois avec le commandant Elio. Ces passages ont eu lieu lorsque notre formation a d&#251; enti&#232;rement se transf&#233;rer en zone lib&#233;r&#233;e, &#224; cause de l'intensit&#233; des ratissages et de la concentration des forces nazifascistes dans la ville, qui a accompagn&#233; le renforcement allemand sur la Linea Gotica. Ce fut l'ultime tentative des nazifascistes de bloquer les Alli&#233;s sur cette ligne afin d'arr&#234;ter &#171; tout court &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;en fran&#231;ais dans le texte&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; l'activit&#233; des partisans de Parme &#224; Carrare.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre 1944, je suis entr&#233; &#224; Carrare avec les partisans de la formation Elio. J'ai donc particip&#233; &#224; l'op&#233;ration qui s'est conclue par le meurtre d'une fameuse espionne allemande (une italienne au grade de sergent, recherch&#233;e par les CNL de toute l'Italie et par les comit&#233;s de Lib&#233;ration de toute l'Europe, en plus des Alli&#233;s). L'occupation a dur&#233; quatre jours, puis nous l'avons interrompue pour que la population puisse recevoir du ravitaillement. Un retard impr&#233;vu de l'avanc&#233;e alli&#233;e avait projet&#233; le spectre de la faim la plus noire dans la population de ma ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques jours plus tard, j'ai particip&#233; au blocus de Doganella, localit&#233; proche de Carrare, avec d'autres compagnons de la Elio. Pendant ce blocus, les Allemands ont perdu le sens de la r&#233;alit&#233; et, saisis de panique, ont fini par se massacrer entre eux. Ce combat a entre autres permis l'&#233;vasion de Don Erasmo Celorio, un pr&#234;tre de l'Institut du Sacr&#233; C&#339;ur de Marina di Ronchi (Massa), m&#234;me si je n'aime pas beaucoup les cur&#233;s, et il le savait. Il pourrait, s'il est encore vivant et parfaitement lucide, se souvenir et raconter les &#233;v&#233;nements et les d&#233;tails de cette journ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai oubli&#233; de dire qu'en septembre 1944, j'ai aussi particip&#233; &#224; la bataille des carri&#232;res de marbre de Ravaccione contre les Allemands. Au cours d'une embuscade, une compagnie de SS faisant partie du groupe command&#233; par le major Rader et qui avait particip&#233; aux incendies et aux massacres perp&#233;tr&#233;s dans le village de Vinca, avait attaqu&#233; les partisans par le haut avec des armes automatiques, avant d'&#234;tre ensuite compl&#232;tement an&#233;antie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus du commandant de ma formation, Elio Wochiecevich, le commandant Alessandro Brucellaria, de la division &#171; Gino Menconi &#187; &#8212;groupe auquel &#233;tait affili&#233;e ma formation&#8212;, peut t&#233;moigner de mon activit&#233; de partisan. Ces commandants peuvent &#233;galement attester que j'ai pris part &#224; la bataille de Darma, au cours de laquelle les Allemands furent oblig&#233;s de laisser nombre de morts sur le terrain et abandonner leur garnison de la Padula &#224; ma formation. J'ai aussi pris part au rude affrontement qui s'est d&#233;roul&#233; &#224; l'embouchure de la rivi&#232;re Magra, &#224; la lib&#233;ration de Sarzana et de La Spezia.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'imm&#233;diat apr&#232;s-guerre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le 25 avril 1945, &#224; la chute d&#233;finitive du r&#233;gime, une extr&#234;me all&#233;gresse s'est d&#233;cha&#238;n&#233;e dans toutes les formations de partisans parmi ceux qui avaient d'abord mal support&#233; le fascisme, et qui avaient ensuite risqu&#233; leur vie pendant des ann&#233;es sur les montagnes : l'euphorie de ceux qui avaient eu raison de l'ennemi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, la r&#233;volte arm&#233;e avait cr&#233;&#233; une situation r&#233;solument diff&#233;rente, pour autant &#224; nous anarchistes, la nouvelle p&#233;riode ne nous apparaissait pas comme le paradis sur terre. On peut dire qu'on &#233;tait pass&#233; d'une situation monopartitaire dictatoriale &#224; une autre, plus lib&#233;rale, qui admettait plusieurs partis au gouvernement. On &#233;tait pass&#233; d'une forme de capitalisme autarcique &#224; une forme de capitalisme international. L'id&#233;ologie propag&#233;e par le nouveau r&#233;gime, entre autres par les partis, &#233;tait d&#233;cid&#233;ment cl&#233;ricale &#8212;au sens le plus moyen&#226;geux du terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lecteur peut imaginer quel genre de r&#233;flexions ont pu faire mes proches et mes compagnons sur cette situation. Je n'exag&#232;re pas en disant que les catholiques, &#224; Carrare et dans sa province, ont toujours &#233;t&#233; une minorit&#233; ethnique en voie d'extinction, et qu'on n'a jamais aim&#233; ni pu supporter les pr&#234;tres. Cette nouvelle r&#233;alit&#233; d&#233;mocratico-cl&#233;ricale, outre la pr&#233;sence des Am&#233;ricains &#224; la maison, d&#233;tonnait, ne nous enchantait pas, ne nous plaisait gu&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, anarchistes, avons de toute fa&#231;on commenc&#233; &#224; nous organiser d&#232;s le 26 avril : nous avons form&#233; des groupes et r&#233;organis&#233; la F&#233;d&#233;ration Anarchiste Italienne. Nous sommes pass&#233;s de la clandestinit&#233; &#224; une forme de propagande et de lutte typiques d'un r&#233;gime &#224; libert&#233;s formelles garanties. A partir du 26 avril, avec d'autres compagnons, nous avons d&#233;cid&#233; de clore d&#233;finitivement la partie contre le fascisme, mais &#224; notre fa&#231;on. En fait, apr&#232;s avoir chass&#233; les&lt;br class='autobr' /&gt;
Allemands, je n'avais nullement l'intention d'oublier tout le reste. Que la r&#233;volution se fasse ou non, je ferai la mienne. Je ferai payer aux tyrans, aux affameurs, aux propri&#233;taires, toute la faim, la mis&#232;re et la d&#233;sesp&#233;rance du fascisme. Je voulais les pers&#233;cuter comme eux nous avaient pers&#233;cut&#233;s. Ma vengeance aurait &#233;t&#233; mon pardon.&lt;br class='autobr' /&gt;
_&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais les nouveaux patrons n'&#233;taient pas de cet avis : Pietro Nenni par exemple&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pietro Nenni (1891-1981) : Inscrit au Parti socialiste &#224; partir de 1921, il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, commissaire aux &#233;purations, ne s'en est pas pris aux gros poissons, aux requins. Il a pr&#233;f&#233;r&#233; frapper les jeunes, les sympathisants de village, quelques pauvres cr&#233;tins qui comptaient pour du beurre. Gr&#226;ce &#224; cette man&#339;uvre, l'Etat italien se retrouva avec une magistrature et une police &#224; nouveau pleines de cadres fascistes. Le procureur de G&#234;nes savait par exemple tr&#232;s bien que nous, les victimes du fascisme, n'aurions pas pardonn&#233; si facilement et si catholiquement aux fascistes et &#224; leurs souteneurs. J'imagine que ce m&#234;me procureur, rien qu'en lisant mon dossier, avait compris &#224; quel individu il avait &#224; faire. C'est pour cela que j'ai ensuite pass&#233; 32 ann&#233;es en prison. Mon crime : avoir lutt&#233; contre le fascisme et l'avoir &#171; vaincu &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; par les policiers de la R&#233;publique bourgeoise n&#233;e de la R&#233;sistance au cours d'un guet-apens, en mai 1945 &#224; La Spezia, o&#249; j'&#233;tais en train de d&#233;busquer des fascistes que personne n'avait envie de d&#233;nicher. J'&#233;tais seul dans l'embuscade qui me fut tendue, mais des compagnons comme Giovanni Zava, qui avaient fait la r&#233;sistance &#224; Serravezza et dans la r&#233;gion de Pistoia, furent faits prisonniers presque en m&#234;me temps pour les m&#234;mes raisons. On nous accusait d'avoir particip&#233; &#224; la fusillade de 1942, au cours de laquelle un policier avait &#233;t&#233; tu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La condamnation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Notre proc&#232;s se tint en 1949, quatre ann&#233;es apr&#232;s la fin de la guerre, pour la simple raison que la plupart des anciens partisans rest&#232;rent encore arm&#233;s jusqu'en 1948, pensant, esp&#233;rant en une prochaine r&#233;volution sociale. La magistrature bourgeoise-papale vit juste et &#233;vita de faire des proc&#232;s comme le mien dans ces moments trop chauds de l'apr&#232;s-R&#233;sistance. La pr&#233;sence certaine, au proc&#232;s, d'anciens partisans chez qui l'esprit de r&#233;sistance &#233;tait encore vivace, aurait pu influer sur les jugements et les r&#233;sultats de la proc&#233;dure ouverte contre d'ex-partisans comme moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1949, l'Etat italien s'&#233;tait en revanche d&#233;finitivement consolid&#233;. Les esprits bouillants et les espoirs r&#233;volutionnaires de beaucoup &#233;taient retomb&#233;s, surtout apr&#232;s l'attentat contre Togliatti&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Palmiro Togliatti (1893-1964) : Dirigeant du Parti communiste, voir aussi (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette ann&#233;e-l&#224;, on commen&#231;ait &#224; assister aux premi&#232;res discussions agit&#233;es &#224; l'int&#233;rieur des partis de la gauche parlementaire et aux premi&#232;res h&#233;morragies cons&#233;quentes de leur base. De plus, la police avait en 1949 reconquis son plein pouvoir de contr&#244;le et r&#233;organis&#233; sa main de fer contre les r&#233;volutionnaires et anciens r&#233;sistants. Ainsi, magistrats et policiers, certains de ne pas avoir &#224; affronter de prises de position et de repr&#233;sailles, ont d&#233;cid&#233; d'entamer avec calme les proc&#232;s pendants, dont le mien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mai 1949, au cours de mon proc&#232;s, la d&#233;fense chercha en vain &#224; d&#233;montrer la valeur et le lien entre nos actions et la R&#233;sistance (celle qui prend un R majuscule). Il n'y eut rien &#224; faire. J'ai d'abord &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; perp&#233;tuit&#233; et la peine a ensuite &#233;t&#233; automatiquement commu&#233;e &#224; 30 ans, suite &#224; une disposition de la cour constitutionnelle. J'ai demand&#233; une gr&#226;ce en 1948, 1954, 1967. J'ai essay&#233; de m'&#233;vader de prison en 1948, 1952 et en 1955. Sans succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#234;tre pr&#233;cis, il faut dire qu'il fut d&#233;montr&#233; au cours du proc&#232;s que le policier mort dans l'affrontement arm&#233; n'avait pas &#233;t&#233; tu&#233; par moi. Le projectile retrouv&#233; dans son cadavre &#233;tait du 7.65 alors que j'utilisais &#224; l'&#233;poque deux pistolets de calibre 9. Quand j'ai compris que l'auteur pouvait &#234;tre un de mes compagnons, celui qui s'&#233;tait r&#233;fugi&#233; &#224; temps &#224; l'&#233;tranger, je me suis autod&#233;sign&#233; pendant l'instruction dans une lettre adress&#233;e au pr&#233;sident du tribunal. Je le fis car mon compagnon avait une femme et trois enfants alors que j'&#233;tais seul, c'&#233;tait donc un moindre mal si je restais, moi, trente ann&#233;es en prison. Et puis surtout, j'avais la responsabilit&#233; politique du groupe, il &#233;tait donc juste que je paie pour tous face &#224; l'ennemi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne pensais tout de m&#234;me pas vieillir en prison. J'&#233;tais un partisan, et nous venions &#224; peine de gagner.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Mes prisons&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mes prisons sont d&#233;cid&#233;ment diff&#233;rentes de celles de Silvio Pellico&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Silvio Pellico (1789-1854) : Ecrivain pi&#233;montais et patriote italien lib&#233;ral (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les siennes, ils les a en fait presque enti&#232;rement pass&#233;es au Spielberg. Les miennes ont &#233;t&#233; tout autres. Elles furent celles d'un rebelle qui, comme tel, a &#233;t&#233; continuellement transf&#233;r&#233;. Les raisons de ces transferts furent en substance les suivantes : tout d'abord, j'ai essay&#233; de m'&#233;vader &#224; chaque fois que c'&#233;tait possible ; ensuite, les directions des prisons voyaient en moi un fomenteur de r&#233;bellions ; tertio, je propageais des id&#233;es et les concepts anarchistes de vie et de libert&#233; parmi les d&#233;tenus, ce que ne partageaient naturellement pas les autorit&#233;s p&#233;nitentiaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1946, je suis pass&#233; de la prison de Pise &#224; celle de l'&#238;le de Pianosa. Apr&#232;s quelques mois, j'ai &#233;t&#233; transf&#233;r&#233; &#224; celle de Parme. De l&#224;, un an et demi plus tard, apr&#232;s une s&#233;rie de vives protestations et une tentative d'&#233;vasion (abandonn&#233;e de toute fa&#231;on au stade embryonnaire), j'ai &#233;t&#233; transf&#233;r&#233; &#224; l'institut p&#233;nal de Fossombrone par une direction alarm&#233;e. L&#224;, je suis rest&#233; de 1949 &#224; 1951, puis j'ai &#233;t&#233; transf&#233;r&#233; &#224; Pesaro. On me transf&#233;ra ensuite de nouveau &#224; Parme, puis &#224; Saluzzo, et une fois encore &#224; Parme. Apr&#232;s, nouveau passage par Saluzzo, puis retour &#224; Pianosa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, ils m'ont fait comprendre que j'&#233;tais un prisonnier ind&#233;sirable, compte tenu de mes ant&#233;c&#233;dents. Apr&#232;s m&#234;me pas un mois, on m'a renvoy&#233; &#224; Milan sous pr&#233;texte que j'avais besoin d'une cure et de visites m&#233;dicales. Ceci s'est pass&#233; en 1953.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;decins de la prison ont d&#233;cid&#233; de me faire passer ces visites non pas par la piti&#233; ou autres consid&#233;rations humanitaires. Au contraire, leurs requ&#234;tes naissaient du fait que les directions des prisons ne trouvaient pas d'autre syst&#232;me et cherchaient ainsi &#224; se d&#233;barrasser de moi avec l'aide du corps m&#233;dical. Il faut dire que les directeurs n'ont jamais eu aucune raison de m'aimer ou de me pr&#233;f&#233;rer aux autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la prison milanaise de San Vittore, j'ai atterri &#224; la prison de l'&#238;le de Pianosa et de l&#224;, par la suite, &#224; celle de Fossombrone. Puis je suis pass&#233; &#224; celle de Naples o&#249; je suis rest&#233; 6 mois. De l&#224;, je passais ensuite &#224; la prison de Civitavecchia. On &#233;tait en 1954, j'y suis rest&#233; 2 mois. Apr&#232;s un mouvement contre le directeur &#8212;un certain monsieur Bonamano&#8212;, auquel pr&#232;s de 150 prisonniers ont particip&#233;, je fus de retour &#224; Fossombrone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis arriv&#233; pour la &#233;ni&#232;me fois dans ce p&#233;nitencier avec une lettre d'accompagnement conseillant d'&#233;viter de me renvoyer &#224; Civitavecchia. Dans cette missive, la direction &#233;tait en outre pri&#233;e de me soumettre &#224; une punition de 10 jours. Cette demande a &#233;t&#233; appliqu&#233;e &#224; la lettre, et j'ai subi une r&#233;duction de la ration de nourriture, l'impossibilit&#233; de cantiner, une r&#233;duction des heures de promenade et l'interdiction d'&#233;crire quoi que ce soit, m&#234;me pas sur du papier toilette, tout comme le stipulait le r&#232;glement carc&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis lors, et jusqu'&#224; 1975, ma vie a &#233;t&#233; rythm&#233;e et marqu&#233;e par des transferts permanents : je suis revenu trois, quatre, cinq fois dans de quelconques instituts p&#233;naux [&#233;quivalent des centrales]. Pour un condamn&#233; d&#233;finitif, il n'y a pas beaucoup d'instituts p&#233;naux en Italie. Je crois qu'on peut les compter sur les doigts d'une main. Je connais tout d'eux : le nombre de fen&#234;tres, les portes, la contenance des cellules, les m&#232;tres carr&#233;s pour la promenade, l'&#233;tat d'usure des marches, les clous et les angles sur lesquels on peut tomber, en somme tout. Les p&#233;nitenciers insulaires, que je n'ai pas visit&#233;s en touriste, sont ceux de Pianosa, l'institut p&#233;nal de l'Asinara en Sardaigne et celui de Porto Azzurro en Sicile, o&#249; j'ai fini cinq ou six fois en punition et avec les pires r&#233;f&#233;rences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes compagnons et moi y avons men&#233; une vie extr&#234;mement difficile, avec de tr&#232;s dures restrictions. Dans cette &#238;le damn&#233;e, nous, anciens partisans, avons &#233;t&#233; l'objet d'une surveillance tr&#232;s stricte. Les autres prisonniers, ceux de droit commun, subissaient aussi dans cette prison des mesures restrictives, bien que plus l&#233;g&#232;res que les n&#244;tres. Comme je l'ai d&#233;j&#224; dit, je crois avoir visit&#233; tous ou presque tous les instituts p&#233;naux italiens car, &#224; l'inverse des 200 prisons judiciaires [&#233;quivalent des maisons d'arr&#234;t], c'&#233;taient les seuls &#233;tablissements &#224; pouvoir m'ouvrir leurs portes : j'&#233;tais un condamn&#233; d&#233;finitif sans aucun espoir de r&#233;examen de mon cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toutes ces prisons, Maschio di Volterra incluse, j'ai toujours pens&#233; et &#233;tudi&#233; la possibilit&#233; effective de tenter l'&#233;vasion, &#224; chaque fois que l'occasion se pr&#233;sentait et qu'il y avait une r&#233;elle possibilit&#233; de pouvoir la mettre en &#339;uvre. A Volterra, j'ai calcul&#233; avec soin les moyens de me faire la belle, et j'ai su, apr&#232;s, qu'un tzigane, un certain Bonora, et un Milanais y &#233;taient parvenus. Par un travail de b&#233;n&#233;dictin, ils avaient creus&#233; la galerie classique, un boyau souterrain qui les a amen&#233;s hors des murs de l'institut p&#233;nal. Ils ont &#233;t&#233; repris peu apr&#232;s sur la route nationale en direction de Pise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sais tr&#232;s bien que les Saint Vincent (surnom donn&#233; dans la prison de Bergame &#224; ceux qui vivent &#224; l'ext&#233;rieur) sont souvent fascin&#233;s par les larcins commis par les voleurs les plus habiles, par les &#233;vasions r&#233;ussies suite &#224; un bon usage du cerveau et de l'astuce, par ceux qui, d'une fa&#231;on ou d'une autre, arrivent &#224; &#233;viter de payer l'addition (l'obole qu'il faut verser aux &#8220;C&#233;sars&#8221;).&lt;br class='autobr' /&gt;
A ces individus, qui tout compte fait ne croient pas rationnellement &#224; l'Etat et &#224; ses institutions et que continuent de fasciner ceux qui essaient de s'&#233;vader de fa&#231;on romantique et intelligente, je voudrais expliquer que, si je ne suis pas devenu un &#8220;Papillon&#8221;, ce fut parce qu'apr&#232;s trois tentatives, j'ai &#233;t&#233; toujours plus contr&#244;l&#233;. En fait, la possibilit&#233; de s'&#233;vader est li&#233;e &#224; la position, &#224; la structure de la prison et &#224; la fa&#231;on dont est organis&#233;e la surveillance d'un individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s mes essais infructueux, je suis devenu un d&#233;tenu particuli&#232;rement surveill&#233; pour les matons de la moiti&#233; de l'Italie. C'est pour cela que j'ai toujours fini dans les cellules les plus s&#251;res, celles qui se trouvaient comme par hasard dans les divisions et les sections o&#249; la possibilit&#233; de sortir, pardon, de s'&#233;vader, &#233;tait quasiment nulle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, n'ayant jamais eu depuis ma jeunesse confiance dans les lois de l'Etat, pas plus que dans l'ancienne ou la nouvelle Constitution de l'Etat italien, ne pouvant compter sur une campagne de compagnons et d'antifascistes que je ne connaissais pratiquement pas, et d&#233;sesp&#233;rant d'un r&#233;examen du proc&#232;s, je ne voyais pas beaucoup de possibilit&#233;s r&#233;elles de sortir avant d'avoir purg&#233; toute ma peine. La seule fa&#231;on de respirer l'oxyg&#232;ne de l'ext&#233;rieur passait par la voie ill&#233;gale de l'&#233;vasion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour moi, esclave encha&#238;n&#233;, le seul espoir et le seul moyen r&#233;sidaient dans la voie qu'avaient d&#233;j&#224; adopt&#233;e les esclaves d&#233;sesp&#233;r&#233;s qui, au temps de Rome et son Empire, avaient suivi Spartacus.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les autres compagnons de gal&#232;re&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans les prisons de la R&#233;publique d&#233;mocratique italienne, parmi les nombreux prisonniers enferm&#233;s, j'ai retrouv&#233; des compagnons de foi et de lutte qui &#233;taient surtout d'anciens partisans anarchistes comme moi. Je vais reporter ici leur histoire telle qu'ils me l'ont racont&#233;e et comme je m'en souviens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je commencerai par me souvenir du partisan anarchiste carrarais le plus jeune : Goliardo Fiaschi. Il est n&#233; &#224; Carrare le 21 ao&#251;t 1930, fils de Pietro et de Nella Del Vecchio. Il habite encore dans cette ville, au n&#176;1 de la via Santa Maria. Ce fut un partisan combattant, identifi&#233; sous le num&#233;ro de protocole 014375. Le 9 septembre 1943, il a particip&#233; &#224; la lutte de lib&#233;ration de sa ville natale en aidant les militaires d&#233;serteurs &#224; s'enfuir et en r&#233;cup&#233;rant leurs armes, qui ont ensuite servi &#224; des groupes de partisans. Ce fut la premi&#232;re mission que des antifascistes de Carrare lui confi&#232;rent. Fiaschi s'est aussi consacr&#233; au transfert de mat&#233;riel, dont les armes, dans les caches du Comit&#233; de Lib&#233;ration Nationale. Ag&#233; d'&#224; peine 13 ans, il a soutenu pendant toute la R&#233;sistance en avoir 15.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aid&#233; par son jeune &#226;ge, il a r&#233;ussi &#224; passer au nez et &#224; la barbe des nazis de petits chariots officiellement charg&#233;s de bois et de chiffons, mais en fait bourr&#233;s d'armes, de munitions, de nourriture et de v&#234;tements. Pour lui aussi, l'antifascisme et l'aversion pour les nazis constituaient une tradition familiale : son p&#232;re militait depuis longtemps chez les opposants au r&#233;gime. Le gar&#231;on apprit vite &#224; monter et d&#233;monter des mousquetons de 1891 et de 1938, puis &#224; tr&#232;s bien s'en servir. La premi&#232;re fois qu'il tenta de tirer avec un pistolet italien &#224; tambour de calibre 12, il le fit en le tenant &#224; deux mains, mais il lui fila entre les doigts, le blessant au passage. Le deuxi&#232;me pistolet qu'il eut entre les mains, ce fut un Walter 7.65 vol&#233; avec une automitrailleuse sur une voiture allemande. Celle-ci n'arriva jamais dans les d&#233;p&#244;ts de partisans, car Fiaschi l'avait d&#233;truite en voulant &lt;i&gt;&#171; en &#233;tudier le fonctionnement &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Goliardo entra en r&#233;sistance dans la formation &#171; Gino Lucetti &#187; &#224; Carrare, et son engagement dura jusqu'&#224; la fin 1944. A l'&#233;poque, il quitta cette formation pour passer le front allemand et aller combattre avec les Alli&#233;s &#224; Serravezza. L&#224;, comme ils &#233;taient bloqu&#233;s depuis trop longtemps, il se d&#233;pla&#231;a sur le front de l'Abetone, aupr&#232;s de la 3e brigade &#171; Costrignano &#187; de la division Modena.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin de la guerre, il rentra chez lui &#224; pied car on lui refusa un cheval, et ce ne fut que pr&#232;s de l'Abetone qu'il fut pris &#224; bord d'une voiture am&#233;ricaine qui le ramena jusqu'&#224; la maison du maire de Bagni di Lucca. Il y resta trois jours et fut reconduit chez lui par ce m&#234;me commandant am&#233;ricain, le propri&#233;taire de la voiture. A Carrare, sa maison avait &#233;t&#233; &#224; moiti&#233; d&#233;truite par les bombes allemandes, mais sa famille &#233;tait sauve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on parle de cette &#233;poque, Goliardo aime r&#233;p&#233;ter ce qu'il a alors ressenti : &lt;i&gt;&#171; Je n'ai pas franchi le front pour sauver ma peau, comme beaucoup d'autres le firent, mais pour lib&#233;rer ma terre. Ma m&#232;re m'a accompagn&#233; en larmes jusqu'&#224; une colline en me suppliant de rebrousser chemin. En arrivant &#224; Bergiola, j'ai rencontr&#233; les autres partisans et nous sommes parvenus ensemble &#224; Antona. L&#224;, nous avons rencontr&#233; une colonne de civils avec laquelle nous avons travers&#233; le front. Quand on fit l'appel &#224; Serravezza, 14 personnes manquaient. J'&#233;tais parti de Carrare malgr&#233; les larmes de ma m&#232;re, car j'&#233;tais indign&#233; par les Alli&#233;s : en fait, ils n'arrivaient jamais. La ville de Carrare n'avait plus rien d'humain, les gens &#233;taient d&#233;sesp&#233;r&#233;s par la faim, par les repr&#233;sailles nazies et les canonnades alli&#233;es. Avant de partir, j'avais d&#233;j&#224; subi plusieurs bombardements. A Avenza, l'explosion d'une bombe m'a par exemple laiss&#233; &#224; moiti&#233; enseveli. Une autre fois, alors que je rentrais en ville, un coup de canon a emport&#233; la nuque d'une paysanne qui portait&lt;br class='autobr' /&gt;
du lait &#224; des mis&#233;reux. J'ai essay&#233; de lui porter secours, il n'y avait plus rien &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le front de l'Abetone, les Alli&#233;s m'ont n&#233;anmoins donn&#233; des armes, un Sten et des grenades Sipe. Au cours du combat de Monte Lancio, op&#233;ration de jour contre les fortifications allemandes, malgr&#233; le feu nourri de l'adversaire, je suis arriv&#233; deuxi&#232;me sur la cime de la montagne, derri&#232;re mon commandant, Filippo. Le lendemain, apr&#232;s cette bataille, nous avons commenc&#233; notre marche de lib&#233;ration en direction de Fanano. La marche forc&#233;e a continu&#233; et nous avons lib&#233;r&#233; Sestola, Pavullo, Sassuolo, et enfin Mod&#232;ne. Cette phase finale n'a pas &#233;t&#233; facile, mais plut&#244;t pleine d'emb&#251;ches. Les routes et les champs &#233;taient min&#233;s, les quelques Allemands restant livraient une r&#233;sistance acharn&#233;e. Je ne me souviens plus si c'est &#224; Sestola ou Marano que les nazis ont fait un carnage : l'h&#244;pital flambait avec tous les bless&#233;s &#224; l'int&#233;rieur, nous sentions de loin l'odeur de la chair humaine en train de br&#251;ler. Enfin, nous avons travers&#233; Mod&#232;ne sous une pluie de fleurs. Je marchais orgueilleux en t&#234;te de ma brigade. J'&#233;tais si content que la guerre soit termin&#233;e, qu'on ait gagn&#233; contre les nazis, mais j'avais aussi de la peine, car je n'avais plus de nouvelles de ma famille et de ma ville. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte des partisans s'&#233;tant achev&#233;e, le jeune activiste anarchiste, apr&#232;s qu'il eut donn&#233; un exemple m&#233;morable et digne des plus hautes valeurs de la R&#233;sistance, d&#233;cida de continuer sa lutte contre le fascisme international, pouss&#233; par son esprit r&#233;volutionnaire et combatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ao&#251;t 1957, il gagna Toulouse o&#249; il rencontra Facer&#237;as, fameux gu&#233;rillero expropriateur anarchiste. On &#233;tait le 14 ao&#251;t, et Facer&#237;as avait rejoint la ville rose pour changer de l'argent fran&#231;ais en devises espagnoles, somme qui devait ensuite lui permettre de regagner l'Espagne afin de commettre un attentat contre Franco. Le 15 ao&#251;t, Goliardo Fiaschi, un certain Augustin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit de Luis Agust&#237;n Vicente. Cet &#233;pisode est &#233;voqu&#233; bri&#232;vement par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et Facer&#237;as quitt&#232;rent Toulouse pour franchir de nuit la fronti&#232;re. Ce dernier avait accueilli le jeune Fiaschi dans son groupe, touch&#233; par son pass&#233; de partisan. Tous trois pass&#232;rent la fronti&#232;re comme pr&#233;vu. S'&#233;tant aper&#231;us de l'intense surveillance des patrouilles de police malgr&#233; le climat de f&#234;te de l'Annonciation, ils durent attendre le moment propice pour passer en douce, ce qui les retarda par rapport &#224; la marche &#224; suivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon ce plan, les trois anarchistes auraient d&#251; suivre un parcours pr&#233;cis en passant par certains villages avant de parvenir &#224; Barcelone. Ce d&#233;placement de Toulouse &#224; Barcelone devait se faire &#224; v&#233;lo pour ne para&#238;tre qu'une simple excursion aux yeux de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils s'arr&#234;t&#232;rent pr&#232;s de San Juan sur une hauteur de laquelle ils pouvaient dominer les environs. Goliardo descendit dans la vall&#233;e pour se ravitailler en eau, mais au torrent, il d&#233;couvrit que les eaux &#233;taient pollu&#233;es par du crottin de cheval. Pour &#233;viter de se faire remarquer par la guardia civil du village, ils furent tout de m&#234;me oblig&#233;s d'en boire. Une vive discussion &#224; propos du retard accumul&#233; naquit entre Augustin et Facer&#237;as sur la colline : le second soutenait qu'il fallait suivre toutes les &#233;tapes pr&#233;vues et le premier, au contraire, qu'il fallait arriver &#224; Barcelone le plus rapidement possible. Facer&#237;as descendit au village pour acheter quelque chose et demanda aux deux autres de l'attendre. A son retour, il trouva les deux compagnons cach&#233;s dans le cimeti&#232;re et non l&#224; o&#249; il les avait laiss&#233;s. Ils avaient aper&#231;u une patrouille de la guardia civil et avaient choisi de bouger. Augustin, Facer&#237;as et Goliardo partirent de ce village encore plus en retard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage d'un village &#224; l'autre fut organis&#233; ainsi : Facer&#237;as devait les traverser &#224; v&#233;lo, Fiaschi et Augustin le suivraient &#224; dix minutes d'intervalle. Quand Goliardo rejoignit le premier, il lui pr&#233;cisa qu'Augustin avait d&#233;cid&#233; de gagner Barcelone en train. Ils continu&#232;rent le voyage &#224; deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pense que la police franquiste &#233;tait inform&#233;e du plan des trois r&#233;volutionnaires, et Augustin fut arr&#234;t&#233; malgr&#233; une tentative de fuite rocambolesque de la maison d'un compagnon &#224; Sabadell, le 27 ao&#251;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 28, Goliardo et Facer&#237;as &#233;taient d&#233;j&#224; &#224; Barcelone depuis vingt-quatre heures, et attendaient Augustin, mais ce dernier n'arriva jamais &#224; l'heure et au lieu convenu. Le lendemain, ils se donn&#232;rent rendez-vous dans leur refuge sur le mont Tibidabo. Facer&#237;as devait s'y trouver &#224; minuit le 29, ou &#224; midi le lendemain. Il demanda aussi &#224; Goliardo de retourner en France en cas d'absence au deuxi&#232;me rendez-vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils se salu&#232;rent, et Goliardo s'en fut vers le refuge apr&#232;s avoir rempli deux bouteilles d'eau. En chemin, il fut entour&#233; par six individus arm&#233;s de mitraillettes qui lui intim&#232;rent l'ordre de s'arr&#234;ter. Le compagnon Fiaschi, ne pouvant se d&#233;fendre parce qu'ayant les mains prises, leur lan&#231;a alors &#8212; en bon toscan &#8212; une s&#233;rie d'insultes et de jurons italiens. En l'entendant blasph&#233;mer dans cette langue, les policiers dirent : &lt;i&gt;&#171; Voici l'Italien, l'ami de Facer&#237;as. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interrog&#233;, l'anarchiste toscan affirma dans un premier temps ne rien savoir de ce qu'on lui demandait, et encore moins comment on pouvait trouver Facer&#237;as. Les flics l'emmen&#232;rent &#224; la caserne et, comme il n'arrivait pas &#224; se faire comprendre en espagnol, ils se mirent en qu&#234;te d'un interpr&#232;te. Ils trouv&#232;rent un ma&#238;tre d'h&#244;tel de Carrare travaillant &#224; Barcelone qui s'empressa de traduire l'interrogatoire. &lt;i&gt;&#171; La police avait ordre de ne pas faire de prisonnier, si tu n'avais pas parl&#233; en italien, tu serais d&#233;j&#224; mort &#187;&lt;/i&gt;, lui affirma ce dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'interrogatoire se passa durement, presque violemment. Les policiers voulaient &#224; tout prix savoir o&#249; &#233;tait pass&#233; Facer&#237;as. Fiaschi l'ignorait r&#233;ellement, il avait certainement pu s'&#233;loigner du lieu o&#249; ils s'&#233;taient quitt&#233;s, malgr&#233; les nombreux postes d'observation de la police. Les miliciens franquistes &#233;taient &#224; ce moment-l&#224; probablement en train de manger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A toutes les questions, Goliardo r&#233;pondait qu'il &#233;tait simplement venu &#224; Barcelone pour s'embarquer en direction du Mexique. Apr&#232;s avoir contact&#233; dans l'apr&#232;s-midi le commissariat o&#249; &#233;tait retenu Augustin, les policiers se firent plus durs : ils lui ordonn&#232;rent de cracher le morceau et lui signifi&#232;rent que, dans le cas contraire, il se repentirait d'&#234;tre n&#233; ; sa version aurait en effet d&#251; correspondre &#224; celle d&#233;j&#224; l&#226;ch&#233;e par Augustin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la nuit, les miliciens de la guardia civil mont&#232;rent avec lui le mont Tibidabo avec l'espoir de capturer Facer&#237;as dans son refuge secret. Goliardo passa une premi&#232;re fois devant le refuge de son ami en l'&#233;vitant volontairement, et se mit en m&#234;me temps &#224; parler tr&#232;s fort dans l'espoir que, s'il &#233;tait l&#224;, il pourrait se rendre compte de la pr&#233;sence des sbires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s un tour qu'il fit durer longtemps, Goliardo amena les policiers dans la baraque vers les deux heures du matin (certain que Facer&#237;as ne pouvait y &#234;tre &#224; cette heure-l&#224;). Les policiers, utilisant Goliardo comme bouclier, entr&#232;rent dans le refuge et n'y trouv&#232;rent personne. Ils prirent uniquement son v&#233;lo et les armes de Facer&#237;as. Fiaschi resta dans la baraque avec les policiers jusqu'au lendemain, &#224; midi et demi. Ce fut pr&#233;cis&#233;ment &#224; cette heure-l&#224; qu'il sut que Facer&#237;as avait &#233;t&#233; tu&#233; &#224; coups de mitraillette par la police. Il fut ensuite interrog&#233; pendant trois jours et trois nuits (c'est du moins ce qu'il en a d&#233;duit), parall&#232;lement &#224; Augustin mais sans qu'ils puissent se voir. Il fut aussi oblig&#233; de signer de force une feuille sur laquelle il n'a jamais su ce qui &#233;tait &#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Goliardo ne vit Augustin en prison qu'apr&#232;s 20 jours d'isolement, au cours d'une promenade. Le 12 ao&#251;t 1958, le tribunal sp&#233;cial militaire de Barcelone les jugea. L'audience dura une heure et, comme d'habitude en Espagne, la sentence ne fut communiqu&#233;e aux deux inculp&#233;s que trois jours apr&#232;s. Goliardo Fiaschi fut condamn&#233; &#224; 20 ans et un jour de prison, Augustin &#224; 21 ans et quatre mois. Le premier se comporta de fa&#231;on exemplaire au cours du proc&#232;s : il demanda quelques minutes pour parler, minutes qui lui furent conc&#233;d&#233;es &#224; titre exceptionnel. Il en profita pour d&#233;fendre, face aux juges franquistes, les qualit&#233;s de Facer&#237;as en l'appelant &#171; combattant de la libert&#233; &#187; et en exaltant la figure du r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s huit ans de prison, l'anarchiste carrarais fut livr&#233; &#224; la magistrature italienne. Le compagnon Fiaschi fut extrad&#233; en Italie car notre magistrature et notre police voulaient lui attribuer une s&#233;rie de braquages qui eurent lieu apr&#232;s la R&#233;sistance et dont les auteurs &#233;taient rest&#233;s inconnus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les forces r&#233;actionnaires italiennes l'accueillirent aux cris de : &lt;i&gt;&#171; Voil&#224; le chef des anarchistes. &#187;&lt;/i&gt; Une fois encore, je le dis l&#224; pour insister, les policiers et les magistrats refusaient de comprendre qu'il n'y a ni n&#233;cessit&#233; ni besoin de chef chez les anarchistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Italie, il fut pers&#233;cut&#233; par la magistrature et condamn&#233; (bien qu'innocent) &#224; &#234;tre enterr&#233; dans une prison pour des ann&#233;es. Il fut ainsi &#233;limin&#233; de la vie civile, de la militance, et &#233;loign&#233; de la pr&#233;sence de ses compagnons. Il fut graci&#233; en mars 1974, &#224; 44 ans. La gr&#226;ce lui fut naturellement attribu&#233;e &#224; la toute fin de sa condamnation, suite &#224; l'intervention de compagnons et des quelques (rares) hommes politiques qui ont vraiment subi le fascisme et la prison. Sa m&#232;re, plus qu'octog&#233;naire, et sa s&#339;ur tr&#232;s malade ont enfin pu embrasser leur Goliardo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de ma d&#233;tention, j'ai aussi retrouv&#233; en prison l'ancien commandant de la formation de partisans &#224; laquelle j'ai appartenu : Elio Wochiecevich. Je le revis dans le bagne de Porto Azzurro, o&#249; il purgeait dix ann&#233;es (peine qu'il accomplit en entier), car il &#233;tait tenu responsable par la police et la magistrature d'un attentat accompli dans l'imm&#233;diat apr&#232;s-guerre contre une caserne de CRS &#224; Carrare.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Porto Azzurro, Elio continuait &#224; d&#233;fendre les fondements de sa r&#233;bellion, les m&#234;mes qui l'avaient amen&#233; &#224; combattre dans les montagnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de mes p&#233;r&#233;grinations de prison en prison, j'ai aussi rencontr&#233; plusieurs fois Giovanni Mariga, le commandant-adjoint de la formation de partisans &#171; Elio &#187;. Je l'ai retrouv&#233; &#224; Fossombrone, Pise, G&#234;nes, Livourne et Porto Longone. C'est &#224; Giovanni que je laisse ma plume pour qu'il puisse raconter son histoire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Moi, Mariga Giovanni, n&#233; &#224; Padoue en 1899, je ne me suis pas int&#233;ress&#233; &#224; la politique avant la Premi&#232;re Guerre mondiale. Je me souviens qu'avant la Grande Guerre, je jouais au football le dimanche comme arri&#232;re dans le club de la Societ&#224; Calcio Padova. Dans ma vie, je n'ai jamais rien demand&#233; &#224; personne et encore moins de faire la guerre, c'est-&#224;-dire d'apprendre &#224; massacrer des gens sans en conna&#238;tre la raison. Mais ma classe fut appel&#233;e et je suis parti avec ceux de mon &#226;ge. Je suis all&#233; dans le Piave et dans la r&#233;gion du Trentin, puis j'ai particip&#233; &#224; la lib&#233;ration de Trieste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai termin&#233; mon service en 1920. Je me souviens que tout de suite apr&#232;s la guerre, alors que j'&#233;tais encore &lt;i&gt;bersagliere&lt;/i&gt; [corps de tirailleurs], ma compagnie a &#233;t&#233; dissoute &#224; Anc&#244;ne, dans la caserne situ&#233;e villa Rei. Un jour, le g&#233;n&#233;ral et le gouverneur d&#233;cid&#232;rent de nous envoyer avec d'autres troupes alli&#233;es &#233;touffer une r&#233;volte en Albanie mais, arriv&#233;s au port, lorsque les officiers nous ont donn&#233; l'ordre de monter sur le cargo, nous avons fait demi-tour pour retourner en masse &#224; la caserne. Les jours pr&#233;c&#233;dant l'embarquement, quelques compagnons (des appel&#233;s anarchistes) avaient en effet amen&#233; Errico Malatesta dans la caserne, cach&#233; dans une voiture blind&#233;e qui servait au ravitaillement de la cantine. D&#233;guis&#233; en &lt;i&gt;bersagliere&lt;/i&gt; malgr&#233; sa soixantaine d'ann&#233;es, il se mit &#224; faire des discours antimilitaristes : il invita la troupe &#224; la d&#233;sertion et condamna toutes les guerres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De retour &#224; Padoue en 1920, j'ai connu un serveur anarchiste de Trieste. Me voyant r&#233;agir contre les fascistes qui commen&#231;aient &#224; faire des embrouilles, il me donna des livres et des pamphlets. Je devins ainsi un militant anarchiste et je n'ai plus cess&#233; d&#232;s lors de r&#233;agir au fascisme. Si je ne me trompe pas, en vingt ans de dictature, de 1922 &#224; 1943, j'ai pass&#233; presque seize ans de ma vie en prison. Mes p&#233;riodes de d&#233;tention variaient entre un minimum de trois et un maximum de six ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de la r&#233;sistance arm&#233;e, j'ai &#233;t&#233; lib&#233;r&#233; par des partisans du ch&#226;teau de Malaspina, o&#249; je purgeais ma &#233;ni&#232;me peine. Je suis rest&#233; avec eux les armes &#224; la main dans les montagnes de Carrare jusqu'au 25 avril 1945. Comme Belgrado, j'ai moi aussi particip&#233; &#224; toutes les op&#233;rations de la formation &#171; Elio &#187; dont j'&#233;tais le commandant-adjoint. En fait, j'ai &#233;t&#233; lib&#233;r&#233; avant Pedrini et j'ai donc pu &#234;tre plus longtemps partisan. Par honn&#234;tet&#233;, je tiens &#224; pr&#233;ciser que j'ai accompli de nombreuses op&#233;rations seul ou avec de petits groupes de compagnons, pendant que d'autres groupes de la m&#234;me formation en faisaient d'autres. J'ai particip&#233; &#224; toutes les grandes batailles que la formation a men&#233; contre les nazifascistes et que Belgrado a d&#233;j&#224; &#233;num&#233;r&#233;es. J'ai pass&#233; la &lt;i&gt;Linea Gotica&lt;/i&gt; plusieurs fois, j'ai particip&#233; &#224; diff&#233;rentes reprises &#224; la lib&#233;ration de prisonniers italiens, anglais et russes que les allemands voulaient d&#233;porter. J'ai aussi eu l'occasion de pouvoir sauver de la faim et des repr&#233;sailles des vieux, des femmes et des enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, j'ai &#233;t&#233; inform&#233; qu'un dangereux couple d'espions, terreur de tout le pays, &#233;tait arriv&#233; &#224; Carrare. J'ai mis au point un plan qui nous a permis de les surprendre. L'une d'eux &#233;tait une Italienne au service des Allemands depuis plusieurs ann&#233;es. Elle &#233;tait sergent et avait &#233;t&#233; d&#233;cor&#233;e par eux d'une croix pleine de brillant. Elle avait au cours de sa carri&#232;re fait arr&#234;ter de nombreux partisans et antifascistes dont la plupart ont &#233;t&#233; condamn&#233;s et fusill&#233;s. Cette femme, sergent et espion, &#233;tait recherch&#233;e par les CNL de toute l'Italie et par tous les comit&#233;s de lib&#233;ration des Etats occup&#233;s par les Allemands. En me voyant, elle a tout de suite compris mes intentions et sorti son pistolet, mais j'ai &#233;t&#233; plus rapide et lui ai rendu justice avec mon Sten. Apr&#232;s cet &#233;pisode, qui n'a dur&#233; que quelques instants, l'autre femme et les Allemands pr&#233;sents, pris de panique, ont tent&#233; de s'enfuir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis souvent travesti en soldat allemand et, d&#233;guis&#233; en ordonnance, j'ai pass&#233; plusieurs fois les barrages que les Allemands, les &#171; vrais &#187;, dressaient sur les routes. Naturellement, ces op&#233;rations &#233;taient accomplies avec un v&#233;hicule militaire. Il &#233;tait conduit par un compagnon qui, m&#234;me mort, n'aurait jamais l&#226;ch&#233; le volant, bien qu'il chiait syst&#233;matiquement dans son froc. Une fois, toujours d&#233;guis&#233;, j'ai bloqu&#233; avec d'autres compagnons une colonne d'Allemands sur l'Aurelia. L&#224; aussi, nous avons lib&#233;r&#233; plusieurs Italiens, dont un pr&#234;tre. A Gardiano de Garfagnana, j'ai notamment eu l'occasion de sauver quatre Russes d'une mort certaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais un soir, quelques jours apr&#232;s le 25 avril, des individus entr&#232;rent dans un &#233;tablissement public de Santo Stefano Magra. Il s'ensuivit une fusillade au cours de laquelle deux personnes furent tu&#233;es, dont un ancien secr&#233;taire du parti fasciste. Ce dernier &#233;tait connu pour &#234;tre terrible avec les antifascistes. Il suffit de dire qu'on le surnommait &lt;i&gt;Rompiteste&lt;/i&gt; (&#8220;casse-t&#234;tes&#8221;). Ce type leur en avait fait voir de toutes les couleurs, et son surnom lui venait de la fa&#231;on dont il s'acharnait contre les antifascistes de cette r&#233;gion, g&#233;n&#233;ralement anarchistes. Quelques jours apr&#232;s les coups de feu, je suis tomb&#233; dans une embuscade, et ceux qui ont assist&#233; &#224; l'&#233;pisode ont racont&#233; que ceux qui m'ont tir&#233; une rafale de mitraillette (deux balles se sont encastr&#233;es dans les os de mon cr&#226;ne) &#233;taient des policiers en civil du bureau politique de la pr&#233;fecture, dirig&#233; &#224; l'&#233;poque par un tr&#232;s jeune commissaire, un certain Dr. Mangano.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu un proc&#232;s &#224; propos de la fusillade de S. Stefano Magra, et j'&#233;tais parmi les cinq inculp&#233;s. Tout comme les autres, je me suis toujours d&#233;clar&#233; &#233;tranger &#224; cet &#233;pisode. Malgr&#233; cela, nous avons tous &#233;t&#233; condamn&#233;s &#224; 23 ans de prison. Cela a &#233;t&#233; le premier pas de la magistrature bourgeoise pour conclure l'affaire. En effet, il n'y avait aucune v&#233;ritable preuve contre moi, mais un anarchiste est toujours un excellent coupable, une victime pr&#233;destin&#233;e, lorsque le peuple se fait justice contre un de ceux qui l'a affam&#233; et tortur&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est de l'appel, je n'ai pas r&#233;ussi &#224; trouver un seul centime pour payer un avocat. J'avais d&#233;j&#224; donn&#233; le peu que je poss&#233;dais &#224; celui qui a plaid&#233; en premi&#232;re instance. M&#234;me Flora, ma compagne, n'a pu m'aider car elle avait d&#233;j&#224; laiss&#233; en gage tout ce qu'elle avait pour payer les frais du premier proc&#232;s. En bref, sans avocat de confiance, j'ai &#233;t&#233; condamn&#233; en appel &#224; perp&#233;tuit&#233; alors que la peine des autres &#233;tait r&#233;duite. Quelques ann&#233;es apr&#232;s, j'ai pr&#233;sent&#233; inutilement deux demandes de gr&#226;ce aupr&#232;s de Saragat, alors pr&#233;sident de la R&#233;publique. Je lui ai ensuite &#233;crit deux lignes pour le &#171; remercier &#187;, lignes qui auraient d&#251; sonner comme des insultes, mais encore aurait-il fallu qu'il les comprenne. La troisi&#232;me fois que j'ai demand&#233; la gr&#226;ce, je l'ai fait avec l'aide de nombreux compagnons de Carrare et d'autres villes d'Italie. Je l'ai surtout obtenue suite &#224; l'intervention d&#233;cisive de Sandro Pertini, qui &#233;tait devenu entre-temps pr&#233;sident de la Chambre des d&#233;put&#233;s. Je voudrais ajouter qu'il est &#224; mon avis un des rares antifascistes avec un A majuscule. J'ai promis &#224; Pertini, en sortant de prison, que je ne me vengerais pas et que je ne chercherais pas ceux qui avaient mont&#233; l'embuscade contre moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai ainsi recouvr&#233; la libert&#233; apr&#232;s 22 ans de prison, &#224; 69 ans, en 1968. Je crois que la gr&#226;ce m'a surtout &#233;t&#233; octroy&#233;e pour les m&#233;rites que j'avais collectionn&#233;s en tant que partisan. Arriv&#233; chez moi, j'ai constat&#233; qu'on m'avait attribu&#233; sans que je n'aie jamais rien demand&#233;, la croix de Chevalier de Vittorio Veneto, et une d&#233;coration donn&#233;e par les Alli&#233;s avec son parchemin et une attestation de m&#233;rite. J'ai &#233;galement trouv&#233; une proposition du colonel Rossi de me d&#233;cerner la M&#233;daille d'or de la Valeur pour la lutte men&#233;e au cours de la R&#233;sistance. Voici le texte : &lt;i&gt;&#171; Proposition pour d&#233;cerner la plus haute r&#233;compense &#224; la valeur militaire au partisan Mariga Giovanni (il Padovano), membre de la formation &#8220;Elio&#8221;, par moi command&#233;e jusqu'&#224; la signature de la Constitution, pour les motifs suivants : pourvu d'une facult&#233; de courage sup&#233;rieur et &#224; toute &#233;preuve, d'une fid&#233;lit&#233; constante aux id&#233;es de la Lib&#233;ration, il sut toujours et &#224; chaque occasion se distinguer nettement et m&#233;rita l'admiration de ceux qui &#233;taient li&#233;s &#224; cette cause ; il a travers&#233; douze fois les lignes [de front] pour mener des actions individuelles, ni de risque ni d'importance moindres que le maximum. Au cours des tristes journ&#233;es qui suivirent la bataille de Garfagnana, il passa continuellement entre les lignes ennemies pour tenter de faire sortir son commandant et le major anglais Oldan de l'encerclement. Pour ses actions sur le champ de bataille, il a m&#233;rit&#233; la plus haute r&#233;compense, ce qui dans l'essence sublime est le don de peu, mais Lui fut de ces rares,&lt;br class='autobr' /&gt;
peut-&#234;tre le meilleur.&lt;br class='manualbr' /&gt;Fto. Il Comandante Militare Il Colonnello Rossi. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette m&#233;daille, que je n'avais pas demand&#233;e, comme je n'avais pas demand&#233; les autres, ne m'a jamais &#233;t&#233; attribu&#233;e. A sa place, j'ai trouv&#233; une feuille officielle du district de Padoue sur laquelle on pouvait lire que je n'&#233;tais digne d'aucune d&#233;coration puisque condamn&#233; &#224; perp&#233;tuit&#233;. Comme je le disais plus haut, les m&#233;dailles ne m'ont jamais plu, donc, au lieu de perdre du temps &#224; les r&#233;clamer, j'ai envoy&#233; une lettre recommand&#233;e au minist&#232;re priant ces messieurs d'&#233;viter de m'en attribuer d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En arrivant chez moi, j'ai eu beaucoup de probl&#232;mes &#224; r&#233;soudre, ayant 69 ans et rien pour vivre. Heureusement, ils venaient de faire une loi selon laquelle on pouvait avoir une petite pension d'ancien partisan. J'ai fait ma demande et attendu. Quelques temps apr&#232;s, j'ai &#233;t&#233; convoqu&#233; pour aider la commission qui devait attribuer ces pensions aux anciens partisans. Celle-ci &#233;tait compos&#233;e d'un lieutenant, d'un capitaine et d'un major de l'arm&#233;e. Devant eux, une montagne de dossiers et de demandes &#224; &#233;valuer et valider : il fallait simplement &#233;claircir si un tel avait &#233;t&#233; partisan ou pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je les ai aid&#233; comme j'ai pu, vu que beaucoup d'individus avaient souvent fait la R&#233;sistance sous leur seul nom de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cette raison, j'ai pr&#233;cis&#233; &#224; la commission que je pouvais donner mon avis &#224; partir de la liste des noms de bataille, mais que concernant ceux qui n'avaient pas mis ce nom &#224; c&#244;t&#233; des dates de leur &#233;tat civil, je ne pouvais donner aucune confirmation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sugg&#233;rais de toute fa&#231;on d'organiser une rencontre avec les &#233;ventuels &#233;cart&#233;s, de fa&#231;on &#224; les reconna&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin de l'op&#233;ration, la commission m'a demand&#233; s'il pouvait &#224; mon avis encore exister des partisans qui n'avaient pas fait la demande &#224; temps, ou dont la demande n'&#233;tait toujours pas arriv&#233;e. J'ai r&#233;pondu qu'il &#233;tait certain qu'un partisan manquait &#224; la liste, et que c'&#233;tait moi. Ils ont rouvert mon dossier et m'ont r&#233;pondu qu'il &#233;tait incomplet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, il fallait soutenir dans la demande avoir &#233;t&#233; partisan pendant au moins six mois et citer en plus avec d&#233;tails et r&#233;f&#233;rences au moins trois actions auxquelles on avait pris part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait difficile &#224; avaler, car 6 mois sont 6 mois, alors que j'avais &#233;t&#233; partisan pendant deux ans et que pour mourir, une fraction de seconde &#233;tait suffisante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au terme de ces journ&#233;es de travail, j'ai remarqu&#233; dans les dossiers de retrait&#233;s que 500 personnes avaient soutenu avoir fait justice &#224; l'espionne allemande. Alors j'ai compl&#233;t&#233; ma demande en disant &#224; la commission : &lt;i&gt;&#171; si vous pensez que 500 personnes peuvent avoir fait justice en m&#234;me temps d'un individu, et en fait beaucoup avaient permis de r&#233;aliser cette op&#233;ration, je crois que pour vous 500 ou 501 ne feront pas de diff&#233;rence. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu de temps apr&#232;s, j'ai re&#231;u &#224; mon tour la pension avec laquelle je vis actuellement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre compagnon d'id&#233;e et ami que j'ai retrouv&#233; plusieurs fois au cours de ma d&#233;tention, et que je vois toujours avec un grand plaisir, fut Giovanni Zava. J'ai d&#233;j&#224; &#233;crit qu'il &#233;tait avec moi &#224; l'auberge de La Spezia cette nuit fatale de 1942. Les magistrats d&#233;mocratiques issus de la r&#233;sistance avaient ajout&#233; un nouveau d&#233;lit &#224; son encontre. Ils lui coll&#232;rent donc, avec d'autres compagnons, le meurtre d'un ancien secr&#233;taire f&#233;d&#233;ral du parti fasciste dans l'imm&#233;diat apr&#232;s-guerre &#224; G&#234;nes. Il fut de toute fa&#231;on amnisti&#233; pour ce crime en 1949.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai retrouv&#233; Giovanni Zava, Goliardo Fiaschi et Giovanni Mariga par la suite &#224; Carrare, tous en libert&#233;. Zava est en libert&#233; depuis moins d'un an, c'est-&#224;-dire 1974, apr&#232;s 31 ans d'enfermement injuste en guise de m&#233;daille pour sa valeur de partisan. Il a, comme moi, fait un an et quelques mois en plus, car la magistrature n'a pas voulu d&#233;duire de la peine les ann&#233;es pass&#233;es dans les prisons fascistes de 1942 &#224; 1944.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais enfin pr&#233;ciser qu'outre les compagnons susnomm&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
que je connaissais d&#233;j&#224; et que j'ai rencontr&#233;s plusieurs fois en prison, il est tout &#224; fait possible que d'anciens partisans soient encore incarc&#233;r&#233;s comme tels, anarchistes ou pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Dans l'enfer de la vie entre la part la plus noble de l'humanit&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les autres restent sur le pas de la porte et se r&#233;chauffent. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Hebbel&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La mentalit&#233; de la plupart des d&#233;tenus&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En prison, j'ai assist&#233; plusieurs fois &#224; la m&#234;me sc&#232;ne, la raconter peut surprendre. Cette sc&#232;ne se d&#233;roule lorsque certains prisonniers, surtout ceux qui ont subi les condamnations les plus longues, sont renvoy&#233;s dehors &#224; la fin de la peine : parvenus au seuil de la porte, ils n'osent pas sortir. Ils voudraient rester, n'ont pas le courage d'affronter la libert&#233;, n'ont pas le courage de r&#233;apprendre &#224; vivre dans la soci&#233;t&#233; du &#171; dehors &#187;. Du reste, la majeure partie des d&#233;tenus, apr&#232;s quelques mois de d&#233;tention, est dispos&#233;e &#224; faire n'importe quoi pour vivre un peu mieux la prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques-uns sont m&#234;me dispos&#233;s &#224; torturer, violer, infliger des s&#233;vices ou sodomiser d'autres d&#233;tenus pour faire le beau devant la direction et recevoir en &#233;change d'infimes privil&#232;ges. Avec ou sans privil&#232;ges, ils restent malgr&#233; tout des gal&#233;riens encha&#238;n&#233;s. Ils finissent souvent m&#234;me par se faire d&#233;tester des gardiens par leur fa&#231;on d'agir. En conclusion, je peux affirmer que le d&#233;tenu qui doit purger une longue peine s'adapte en g&#233;n&#233;ral &#224; son milieu. Comme sa nouvelle maison est la prison, il essaie de trouver la position la plus commode possible. Pour atteindre un but mesquin de ce genre, il est dispos&#233; &#224; se vendre compl&#232;tement &#224; la matonnerie, &#224; la direction et au pr&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce qu'un d&#233;tenu peut faire, du l&#232;che-bottes &#224; la plus vile l&#226;chet&#233;, ne rel&#232;ve pas selon moi seulement du fait qu'un individu est d&#233;pourvu de personnalit&#233; marqu&#233;e ou d'une certaine fiert&#233; morale, et dont le seul sens critique ne d&#233;passe pas la dimension de son &#233;troite situation personnelle. Le l&#232;che botte auquel se livre ce genre de prisonnier arrive au point o&#249; il devient et se pense semblable &#224; un gardien jusque dans sa psych&#233;, un gardien sans uniforme ni casquette, un gardien en pyjama &#224; rayures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;tenus qui tentent de s'&#233;vader sont si rares qu'on n'y croirait&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me pas. Ils sont vraiment l'exception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour 1 d&#233;tenu sur 100 qui pense ou pr&#233;pare une &#233;vasion, 99 autres sont imm&#233;diatement dispos&#233;s &#224; le trahir, &#224; en informer la direction. La majeure partie des d&#233;tenus, pr&#233;f&#232;re l&#233;cher les bottes, rendre de petits services au directeur et au pr&#234;tre, et &#234;tre ainsi un peu mieux lotie, plut&#244;t que de risquer sa peau en sautant le mur, puis en prenant le risque de ne pas pouvoir survivre &#224; l'ext&#233;rieur en libert&#233;. Car dehors, il n'est alors pas facile de se faire oublier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imaginons en plus les probl&#232;mes que rencontre l'&#233;vad&#233; quand il n'a pas beaucoup de relations et cherche un moyen de changer de v&#234;tements et de manger. Ce sont de grandes difficult&#233;s, surtout pour celui qui est illettr&#233;, inculte, acritique et pas s&#251;r de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pensez bien que le premier obstacle pour un prisonnier abruti par l'enfermement, s'il voulait s'enfuir, est celui d'organiser sa propre fuite. Seulement, pour cela, il faut &#234;tre rationnel, avoir une capacit&#233; organisatrice et du sang-froid. Il ne suffit pas de lire &lt;i&gt;Le comte de Montecristo&lt;/i&gt; en bandes dessin&#233;es pour pouvoir ensuite mettre au point un plan d'&#233;vasion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aussi dire qu'un compagnon, un id&#233;aliste, un anarchiste, n'est en g&#233;n&#233;ral pas tr&#232;s atteint par la prison. Sa maturit&#233; le rend en fait plus fort. Sa t&#234;te est d&#233;cid&#233;ment critique et &#233;volutive. S'il d&#233;cide d'essayer de s'&#233;vader, il sait ce qui l'attend dehors : ses compagnons, ses vrais amis et surtout une solidarit&#233; militante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour un d&#233;tenu commun, au contraire, il n'existe &#224; l'ext&#233;rieur, dans la meilleure des hypoth&#232;ses, que le milieu de la &lt;i&gt;malavita&lt;/i&gt; avec ses lois, ses demi-comparses, ses faux mythes et sa logique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conclusion : celui qui survit le mieux en prison est celui qui vit dans l'espoir continuel de pouvoir en sortir le plus t&#244;t possible et par tous les moyens, l&#233;gaux ou ill&#233;gaux. Les autres s'abrutissent, se d&#233;naturent compl&#232;tement, deviennent dans le meilleur des cas des morts vivants, ou au pire des grandes oreilles, des bibelots, des ustensiles, des prisonniers de la direction, du pr&#234;tre et de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Mes tentatives d'&#233;vasion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;J'ai donc essay&#233; au cours de ma vie de prisonnier de m'&#233;vader trois fois. La premi&#232;re fois, j'ai tent&#233; de le faire &#224; G&#234;nes en 1947. Plus pr&#233;cis&#233;ment, nous avons essay&#233; &#224; quatre : Zava, deux autres prisonniers qui avaient sympathis&#233; avec nos id&#233;aux, et moi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La technique suivie fut la plus simple et la plus connue : j'ai travaill&#233; pendant plusieurs mois clandestinement, jusqu'au jour o&#249; j'ai r&#233;ussi &#224; me procurer une scie &#224; m&#233;taux pour couper les barreaux. Le pr&#233;cieux ustensile r&#233;cup&#233;r&#233; et les barreaux sci&#233;s, nous sommes descendus dans la cour avec une corde improvis&#233;e faite classiquement d'un drap.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parcours qu'on aurait d&#251; suivre &#233;tait le suivant : il fallait d'abord traverser les deux cours int&#233;rieures de la prison, puis escalader successivement les deux murs d'enceinte sur lesquels &#233;taient post&#233;es quatre sentinelles, &#224; l'&#233;poque arm&#233;es de mitrailleuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions pouss&#233;s par une soif de libert&#233; et par le d&#233;sir de reprendre la lutte pour l'&#233;mancipation avec les compagnons anarchistes de Carrare et ceux qui luttaient dans le reste de la p&#233;ninsule. Quand je dis nous, je parle de tous les quatre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux jeunes G&#233;nois, que je continue &#224; d&#233;finir comme des sympathisants, &#233;taient du genre extr&#234;mement sensibles et, pendant un certain temps, furent un peu les victimes de mes sermons et de ceux de Zava. Ils se transform&#232;rent bien vite en d'actifs participants de nos r&#233;unions du soir, au cours desquelles nous discutions de l'id&#233;ologie et nous analysions la r&#233;alit&#233;. Pendant les premi&#232;res discussions, les deux jeunes avaient &#224; mon avis des id&#233;es tr&#232;s confuses, ils voyaient en fait dans le communisme et le marxisme mythifi&#233;s par le parti communiste, la seule source, la seule voie italienne pour la lib&#233;ration des exploit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zava et moi, au contraire, ne voyions aucun paradis sur terre et poussions l'analyse plus &#224; fond : c'est ainsi que nous avons cherch&#233; &#224; les amener sur des positions les plus libertaires possibles. Au cours de ces r&#233;unions, je cherchais, malgr&#233; le poids des ans, &#224; utiliser tous mes souvenirs des textes de Bakounine, Malatesta et Kropotkine, pour leur faire comprendre quelles &#233;taient les diff&#233;rentes causes qui mises ensemble produisaient la question sociale, et donc l'exploitation de l'homme par l'homme. Apr&#232;s cette s&#233;rie de cours du soir sur l'anarchisme, les deux G&#233;nois s'&#233;taient effectivement emplis de notre id&#233;al libertaire, et ils ont commenc&#233; &#224; se consid&#233;rer autant que nous comme de vrais militants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, pour en revenir &#224; notre vie de &#8220;papillons&#8221;, la tentative de fuite &#233;choua. En effet, une fois descendus en silence dans la premi&#232;re cour apr&#232;s avoir sci&#233; les barreaux, nous avons grimp&#233; sur le b&#226;timent qui servait de chambre mortuaire, dont le toit &#233;tait constitu&#233; de tr&#232;s fines lamelles d'ardoise. Les plaques grises se bris&#232;rent sous notre poids, provoquant un &#233;norme raffut. Il retentit comme une alarme et &#233;veilla l'attention des gardiens qui, aux cris de &lt;i&gt;&#171; Qui va l&#224; ? &#187;&lt;/i&gt;, tir&#232;rent quelques coups de feu. En quelques minutes, tous les matons se concentr&#232;rent autour du b&#226;timent qui faisait fonction de chambre mortuaire, et nous f&#251;mes captur&#233;s comme quatre souris pi&#233;g&#233;es. Au cours de cette tentative d'&#233;vasion, il n'y a eu aucun bless&#233; de part et d'autre. Pour nous, seulement de tristes cons&#233;quences : nous avons subi plusieurs sanctions, comme la cellule d'isolement, le lit de contention, les nombreux coups des gardiens, ceux des &lt;i&gt;mozzi&lt;/i&gt; (prisonniers qui aident les ge&#244;liers pour ces op&#233;rations) et, &lt;i&gt;dulcis in fundo&lt;/i&gt;, nous avons subi un &#171; juste proc&#232;s &#187; comme le veut le r&#232;glement p&#233;nitentiaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proc&#232;s, si je m'en souviens bien, eut lieu sept ou huit mois apr&#232;s, dans une salle grise du palais, que Bakounine aurait appel&#233; d'injustice, de G&#234;nes. Zava et moi, nous avons re&#231;u en &#171; prime &#187; six mois suppl&#233;mentaires. Ce fut notre premi&#232;re tentative d'&#233;vasion s&#233;rieuse et la condamnation en &#233;tait pour la soi-disant magistrature d&#233;mocratique, la r&#233;tribution, le juste prix. Les deux sympathisants g&#233;nois prirent trois mois, car Giovanni et moi nous sommes attribu&#233;s la responsabilit&#233; compl&#232;te de la tentative : devant les magistrats, nous avons soutenu les avoir entra&#238;n&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma deuxi&#232;me tentative de fuite rocambolesque advint en 1951. J'ai essay&#233; de m'&#233;vader de la prison centrale de Saluzzo avec des &#8220;compagnons&#8221; compl&#232;tement diff&#233;rents des pr&#233;c&#233;dents. La m&#234;me histoire s'est r&#233;p&#233;t&#233;e, j'ai pass&#233; une &#233;norme partie de mon temps &#224; me procurer les moyens, les outils n&#233;cessaires &#224; l'&#233;vasion. Et m&#234;me l'argent utile pour la suite imm&#233;diate. J'ai r&#233;cup&#233;r&#233; l'ensemble de la fa&#231;on suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai attendu que quelques compagnons de confiance que j'avais connus en prison quittent librement les murs du p&#233;nitencier. Je leur ai demand&#233; de se procurer des limes et des scies, et de les cacher soit dans les semelles d'une paire de chaussures, soit de les faire cuire dans un pain, ou encore de les planquer dans le double fond d'une bo&#238;te. Apr&#232;s quelques temps, mon r&#234;ve est devenu r&#233;alit&#233; et j'ai re&#231;u tout le mat&#233;riel dans ma cellule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois les barreaux de la grille de notre fen&#234;tre sci&#233;s, nous sommes pass&#233;s &#224; la deuxi&#232;me phase du plan. Nous &#233;tions au troisi&#232;me &#233;tage, et la deuxi&#232;me &#233;tape difficile consistait &#224; descendre dans la cour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fois-ci, la tentative d'&#233;vasion s'annon&#231;ait plus compliqu&#233;e, ce fut une tentative collective, nous &#233;tions douze et non plus quatre comme la premi&#232;re fois. Pour &#234;tre plus clair, l'id&#233;e de la fuite n'&#233;tait pas le fruit de ma seule initiative, mais un plan m&#251;ri par notre chambr&#233;e. Tous les douze, nous &#233;tions des partisans, prisonniers politiques. Parmi nous, neuf se disaient communistes, et trois anarchistes. Quand nous avons d&#233;cid&#233; de gagner notre libert&#233;, les autres se sont adress&#233;s &#224; moi. Mon exp&#233;rience en termes d'&#233;vasion &#8212;dans les prisons l'information ainsi que la notori&#233;t&#233; circulent tr&#232;s vite&#8212; &#233;tait d&#233;sormais fameuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois les moyens r&#233;unis, les risques examin&#233;s puis les barreaux sci&#233;s, nous sommes pass&#233;s &#224; l'action collective : je suis descendu en premier et, une fois arriv&#233; &#224; terre, le deuxi&#232;me m'a suivi de pr&#232;s comme pr&#233;vu. Mais le troisi&#232;me, pris par l'&#233;motion, plut&#244;t que de descendre doucement, s'est laiss&#233; tomber en l&#226;chant la corde faite de draps. Dans sa chute, il a fait un bruit &#233;norme. Le raffut a alert&#233; tous ceux qui &#233;taient en prison. Quelques compagnons de la chambr&#233;e, pris de panique, n'osaient plus bouger. D'autres, au contraire, plus courageux, ont tent&#233; de descendre le plus rapidement possible, produisant comme on peut l'imaginer encore plus de bruit. Les sentinelles, quant &#224; elles, firent sonner leurs instruments : elles ont canard&#233; dans toutes les directions pendant une dizaine de minutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En un peu plus d'une heure, nous avons tous &#233;t&#233; captur&#233;s et j'ai &#224; nouveau subi les cons&#233;quences habituelles : la cellule d'isolement, le lit de contention, une bonne dose de coups, le passage devant l'autorit&#233; judiciaire et, en cadeau, un transfert-vacances dans un autre p&#233;nitencier pour une meilleure pers&#233;cution prolong&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s tout cela, je suis pour la deuxi&#232;me fois pass&#233; en proc&#232;s. Au tribunal, j'ai expliqu&#233; cette fois-ci quelle &#233;tait ma situation. Je dis que je subissais une condamnation imm&#233;rit&#233;e et que les d&#233;lits qui m'&#233;taient imput&#233;s ne relevaient que d'actions &#224; caract&#232;re id&#233;ologique ou, s'ils pr&#233;f&#233;raient, des actions purement politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La magistrature continuait &#224; nous consid&#233;rer comme des d&#233;linquants communs, malgr&#233; mes r&#233;actions au cours de la proc&#233;dure : j'ai en fait essay&#233; de transformer ma cage d'inculp&#233; en une estrade, en une tribune d'accusation et de d&#233;fense. En l'occurrence, j'ai demand&#233; au juge et aux avocats qu'ils essaient d'int&#233;resser le minist&#232;re de la Justice et des Gr&#226;ces &#224; la r&#233;ouverture de notre dossier. Naturellement, nous n'avons rien obtenu, personne ne nous a entendus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fois-ci, &#233;tant r&#233;cidiviste, j'ai pris 18 mois alors que les autres, qui en &#233;taient &#224; leur premi&#232;re tentative, prirent de 6 &#224; 8 mois. Ceux qui rest&#232;rent dans la chambr&#233;e au moment de l'&#233;vasion furent d'abord consid&#233;r&#233;s comme relativement coupables, les magistrats essayant de les inculper pour complicit&#233;. Ils ont ensuite &#233;t&#233; acquitt&#233;s, notamment parce que nous les avons d&#233;charg&#233;s de toute responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette occasion, nous avons affirm&#233; notre seule responsabilit&#233; dans l'organisation de l'&#233;vasion, qu'au moment o&#249; nous avions d&#233;cid&#233; de fuir, nous n'avions pas pens&#233; &#224; eux, qu'ils ignoraient tout puisque nous conspirions pendant la promenade, hors de la cellule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me tentative d'&#233;vasion, j'ai essay&#233; de la r&#233;aliser dans le p&#233;nitencier de l'&#238;le de Pianosa, &#238;le de l'archipel toscan &#224; environ soixante-dix kilom&#232;tres de Livourne. Sur cette &#238;le &#233;taient enferm&#233;s des d&#233;tenus &#171; communs &#187; et des &#171; handicap&#233;s physiques &#187; : je me trouvais parmi ceux de droit commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette Cayenne, j'ai connu des condamn&#233;s encha&#238;n&#233;s &#224; qui je pouvais me fier. J'organisai donc un plan d'&#233;vasion avec mes trois cocellulaires. La difficult&#233; majeure &#233;tait, cette fois-ci, comme on peut bien l'imaginer, de traverser la mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cette nouvelle tentative d'&#233;vasion, j'ai r&#233;utilis&#233; tous les souvenirs que j'avais en mati&#232;re de beaux-arts. Avant tout, j'ai donc pr&#233;par&#233; des mannequins, exploitant toute mon exp&#233;rience d'ancien &#233;tudiant d'acad&#233;mie. Je modelai de l'argile, de la craie et de la mie de pain pour sculpter des t&#234;tes qui soient les plus ressemblantes possible aux n&#244;tres, je leur collai les cheveux que nous nous &#233;tions coup&#233;s. Je collais ces t&#234;tes sur des bonshommes improvis&#233;s, construits avec de vieux pulls et des cale&#231;ons bourr&#233;s de paille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat &#233;tait satisfaisant : j'avais construit quatre sosies avec une patience chinoise. Nous avons laiss&#233; les mannequins dans les lits et nous avons termin&#233; notre travail de limage des barreaux de notre cellule. De la fen&#234;tre, nous sommes descendus dans la cour, puis avons travers&#233; un potager limitrophe de la prison. Nous avons escalad&#233; le mur du potager avec une corde munie d'un crochet et avons rejoint la mer en courant. Nous avions d&#233;cid&#233; avec quelques compagnons de Livourne qu'un canot &#224; moteur aurait d&#251; passer &#224; une heure pr&#233;cise et, avec lui, la libert&#233;. Les deux compagnons avec lesquels nous &#233;tions d'accord &#233;taient membres de la F&#233;d&#233;ration anarchiste du coin et &#233;taient &#171; en vacances &#187; au p&#233;nitencier de Pianosa pour purger une courte peine. J'avais &#233;labor&#233; avec eux le plan d'&#233;vasion dans les moindres d&#233;tails, et avais encore mis au point les derniers d&#233;tails de l'entreprise dans une lettre cod&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour dit, mes trois compagnons et moi, nous sommes mis en action pour sortir de la prison alors que les amis de Livourne se mettaient en branle pour venir nous chercher. Ils sont partis de la c&#244;te et, j'en ai eu ensuite des preuves concr&#232;tes, avec l'embarcation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, le temps a subitement chang&#233; au cours de la travers&#233;e. A cause d'une temp&#234;te, la mer est devenue agit&#233;e et impraticable. Vu ces conditions, les compagnons de la F&#233;d&#233;ration de Livourne ont d&#251; rebrousser chemin. Ils sont rentr&#233;s apr&#232;s mille difficult&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre situation n'&#233;tait pas plus plaisante. Nous &#233;tions bien s&#251;r hors de la prison, mais sur une &#238;le et sans aucune possibilit&#233; r&#233;elle de mettre d&#233;finitivement fin au bordel. Quelques heures apr&#232;s, nous &#233;tions pr&#234;ts &#224; tout, et avec l'&#233;norme quantit&#233; de courage et la soif de libert&#233; que nous portions, nous avons tent&#233; le tout pour le tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons cherch&#233;, d&#233;sesp&#233;r&#233;ment mais en toute conscience, &#224; traverser la mer en radeau. Nous l'avons construit en toute h&#226;te avec des troncs et des cordes que nous avons trouv&#233;s dans une remise de paysan. Mais le radeau, bien que construit par des gens qui voulaient l'utiliser &#224; tout prix pour gagner leur libert&#233;, une fois lanc&#233; au prix de mille difficult&#233;s, ne parvenait pas &#224; d&#233;passer la furie et la violence des vagues. La mer, cette nuit l&#224;, &#233;tait tellement agit&#233;e que, malgr&#233; nos efforts, nous n'avons pas r&#233;ussi &#224; nous &#233;loigner du rivage, pas m&#234;me de cent m&#232;tres. Apr&#232;s plusieurs heures, nous nous sommes rendus &#224; la force de la mer et, revenus sur la terre ferme, nous avons &#233;t&#233; captur&#233;s le matin suivant dans le cimeti&#232;re de l'&#238;le o&#249; nous nous &#233;tions cach&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des gardes &#224; cheval et des matons &#224; v&#233;lo sont arriv&#233;s. Ils nous ont d&#233;nich&#233;s de cet ultime refuge entre deux fusillades. Les participants &#224; cette troisi&#232;me tentative d'&#233;vasion &#233;taient deux Siciliens, un gars de Cr&#233;mone et moi-m&#234;me. Le Cr&#233;monais avait pris part au mouvement anarchiste sous le fascisme puis avait r&#233;sid&#233;, &#224; partir des ann&#233;es 30, de nombreuses ann&#233;es &#224; l'&#233;tranger. De France, o&#249; il &#233;tait r&#233;fugi&#233;, il &#233;tait ensuite pass&#233; en Espagne pour prendre part &#224; la r&#233;volution et &#224; la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenus en prison, nous avons &#233;t&#233; tabass&#233;s jusqu'au sang et transf&#233;r&#233;s pendant trois mois &#224; Porto Azzurro. Pendant cette p&#233;riode, nous avons &#233;t&#233; enferm&#233;s dans un mitard punitif. A la fin, on nous a transport&#233;s &#224; Livourne pour un &#233;ni&#232;me proc&#232;s. J'ai gagn&#233; une nouvelle prime de 18 mois. Le Cr&#233;monais un an et les deux Siciliens deux mois chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut ma derni&#232;re tentative d'&#233;vasion collective. J'ai essay&#233; une autre fois de fuir au cours d'un transfert, r&#233;ussissant &#224; me d&#233;faire des menottes qui me liaient aux carabiniers qui m'accompagnaient. Lorsqu'un prisonnier est transf&#233;r&#233; d'une prison &#224; l'autre, il est en effet d'abord confi&#233; aux carabiniers. Ceux-ci le conduisent &#224; la gare, puis ils le chargent dans un wagon cellulaire o&#249; ils l'accompagnent jusqu'&#224; destination. Lors d'un changement de train en gare, si le d&#233;-tenu arrive &#224; se d&#233;faire des menottes, il est d&#233;j&#224; chanceux. Dans ces conditions, s'il est jeune et svelte, il peut facilement fuir en courant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que je fis une fois lors d'un transfert, mais cette fois-l&#224; encore, la chance ne fut pas de mon c&#244;t&#233;. En fait, la gare dans laquelle je suis parvenu &#224; me lib&#233;rer &#233;tait par hasard remplie de policiers et de gens de la milice portuaire qui ont aid&#233; les carabiniers &#224; me reprendre. Cette fois-l&#224;, je n'ai cependant pas subi de proc&#232;s car ma &#171; fuite de transit &#187; n'&#233;tait pas consid&#233;r&#233;e comme une &#233;vasion. Pour ce que j'en sais, une fuite de ce genre doit tout de m&#234;me passer au tribunal, mais encore aujourd'hui, je ne sais pas pourquoi ce ne fut pas le cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ennemi le plus puissant qu'un d&#233;tenu doit vaincre afin de s'&#233;vader, je crois que c'est l'hostilit&#233; des autres. Une fuite implique en fait, en th&#233;orie, une l&#233;g&#232;re r&#233;pression les jours suivants pour ceux qui restent. Mais cette r&#233;pression g&#233;n&#233;ralis&#233;e ne constitue pas le facteur d&#233;terminant l'hostilit&#233; des autres d&#233;tenus, il s'agit plut&#244;t de leur &#226;me envieuse et r&#233;sign&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont dans la plupart des cas des individus sans id&#233;aux, dispos&#233;s &#224; vendre jusqu'&#224; leur m&#232;re, &#233;duqu&#233;s &#224; la violence, dipl&#244;m&#233;s en m&#233;chancet&#233; par la prison, par les souffrances et les privations en tout genre. Ces malheureux envient les compagnons encha&#238;n&#233;s qui veulent fuir et, parce qu'ils se prostituent tout de suite &#224; l'autorit&#233; carc&#233;rale, fayotent et te vendent en &#233;change de privil&#232;ges infimes et insignifiants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tentative d'&#233;vasion est l'oxyg&#232;ne des quelques d&#233;tenus suffisamment critiques, sains et jeunes, qui expriment la n&#233;cessit&#233; de r&#233;agir &#224; la prison. Souvent, on ne survit dans les prisons qu'en &#233;chafaudant des plans de fuite. Penser &#224; fuir, esp&#233;rer le faire, est un moyen de ne pas mourir dans la prison-tombeau. Mais la plupart des d&#233;tenus, comme je l'ai d&#233;j&#224; souvent r&#233;p&#233;t&#233;, constitue une multitude non-pensante et un assemblage d'apeur&#233;s. Les risques et p&#233;rils de celui qui d&#233;sire s'&#233;vader vont des sentinelles en armes &#224; la difficult&#233; de trouver des moyens de survie &#224; l'ext&#233;rieur : pour ces raisons, la masse carc&#233;rale abrutie par la taule s'y adapte sans se rendre compte qu'elle ne peut que s'y abrutir plus encore.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La &#8220;vie&#8221; dans les prisons italiennes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La situation carc&#233;rale d'aujourd'hui se distingue de la p&#233;riode fasciste par une am&#233;lioration de la nourriture, mais ce r&#233;sultat ne suffit pas &#224; satisfaire les besoins minimaux d'un &#234;tre humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On distribue au d&#233;tenu une ration qui ne d&#233;passe pas les 500 lires par jour. De plus, cette somme quotidienne est inexorablement et syst&#233;matiquement amput&#233;e par la camorra interne &#224; la prison. Les responsables en sont les d&#233;tenus assign&#233;s au service de la cuisine, les chefs de poste et les gardiens (ce sont toujours les premiers responsables de la soustraction des victuailles). Pour ces messieurs, le syst&#232;me et la r&#232;gle sont de toujours voler le plus possible aux prisonniers. Par cons&#233;quent, le d&#233;tenu qui attend dans sa cellule sa portion de nourriture d'une valeur &#233;gale &#224; 500 lires se retrouve avec des rations inf&#233;rieures de 50 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La qualit&#233; est encore extr&#234;mement mauvaise, les aliments sont toujours les pires du march&#233;. La nourriture est donc tout simplement r&#233;pugnante pour le palais d'un prisonnier. Dans quelques prisons seulement, apr&#232;s d'innombrables protestations men&#233;es et pay&#233;es par les condamn&#233;s, la situation a l&#233;g&#232;rement chang&#233; et s'est un peu am&#233;lior&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fossombrone est l'un de ces endroits. Pour toutes ces raisons, les conditions de sant&#233; d'un condamn&#233; en Italie se d&#233;gradent s&#233;rieusement apr&#232;s deux ans d'un r&#233;gime de ce genre : la plupart des individus en ressortent compl&#232;tement affaiblis. La situation ambiante, hygi&#233;nique et sanitaire est tout simplement tragique. La disposition des cellules et l'humidit&#233; des lieux sont typiques des vieux &#233;tablissements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, la plus grande partie des prisons italiennes r&#233;sulte de la transformation d'anciens couvents ou de vieilles forteresses m&#233;di&#233;vales. Ces structures paraissent inad&#233;quates au premier coup d'&#339;il : elles contiennent un nombre de d&#233;tenus largement sup&#233;rieur &#224; celui qu'elles peuvent effectivement h&#233;berger. En regardant les d&#233;tenus de toutes les centrales italiennes, la sensation qu'on &#233;prouve est la m&#234;me que celle qu'on ressent en ouvrant un tonneau de harengs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le dire de fa&#231;on intellectuelle, la situation (ou plut&#244;t le rapport espace/individus) est celle d&#233;crite par Schopenhauer pour les h&#233;rissons qui, enferm&#233;s dans un lieu malheureux, finissent par se piquer les uns les autres. Dans ces espaces r&#233;duits, les bagarres &#233;clatent pour un rien. S'affronter entre soi et d&#233;charger ainsi l'irascibilit&#233; et la souffrance accumul&#233;es rel&#232;ve de l'administration courante. Le v&#233;ritable et unique responsable de cette situation insoutenable est de toute fa&#231;on toujours et uniquement l'Etat et son gouvernement qui, du fait de leur inhumanit&#233;, n'ont pris aucune mesure depuis trente ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis absolument d'accord avec le fait que dans une soci&#233;t&#233; comme celle id&#233;alis&#233;e par les penseurs anarchistes, il ne pourra et ne devra pas exister de prison. Par contre, dans une soci&#233;t&#233; comme la n&#244;tre, qui se targue d'&#234;tre moderne et civilis&#233;e, les prisons peuvent offrir un clair exemple de son v&#233;ritable degr&#233; de civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation italienne est un exemple frappant, disais-je donc, d'une &#8220;civilisation&#8221; inhumaine pouss&#233;e au plus haut degr&#233; de l'insupportable. Le r&#232;glement carc&#233;ral en vigueur est encore celui de l'Albertino puis du fascisme, il est rest&#233; intact sans n'&#234;tre modifi&#233; ni par le Risorgimento ni par la R&#233;sistance. Ce r&#232;glement a &#233;t&#233; enti&#232;rement int&#233;gr&#233; &#224; la nouvelle Constitution r&#233;publicaine. On peut dire que les seuls et infimes changements de ces derniers trente ans ont &#233;t&#233; produits par quelques circulaires minist&#233;rielles qui ont un peu all&#233;g&#233; certaines mesures disciplinaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1968 et au cours des ann&#233;es suivantes, une s&#233;rie de r&#233;voltes ont commenc&#233; &#224; &#233;clater dans les prisons pour obtenir des r&#233;formes. La radicalisation des analyses que les &#233;tudiants et les ouvriers formulaient &#224; l'ext&#233;rieur se r&#233;percutaient et se reproduisaient aussi &#224; l'int&#233;rieur des murs des prisons de la p&#233;ninsule. Les changements qu'on mettait en avant, repris &#224; leur tour par les journaux, les radios et les t&#233;l&#233;visions, &#233;taient l'abrogation du code p&#233;nal et l'obtention d'une r&#233;forme p&#233;nitentiaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 1968 &#224; 1975, les prisonniers de toute l'Italie se sont tenus constamment inform&#233;s de toutes les r&#233;voltes politis&#233;es de chaque institut de peine, sur les grands et nombreux discours que les politiciens pronon&#231;aient pour eux de temps en temps, et sur ce que le gouvernement ne ferait jamais. La succession de r&#233;voltes a &#233;t&#233; g&#233;n&#233;r&#233;e par une prise de conscience collective des condamn&#233;s, par la m&#233;thode classique de laisser en rade tout projet de r&#233;forme, m&#234;me minime, apr&#232;s avoir prononc&#233; une montagne de discours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De r&#233;voltes en r&#233;voltes, nous sommes arriv&#233;s &#224; une situation telle que nous avons entendu les ge&#244;liers dire : &lt;i&gt;&#171; La prison, m&#234;me si elle est un concept d&#233;pass&#233;, et m&#234;me si la situation actuelle est insoutenable, est telle que nous demandons au gouvernement de nous donner carte blanche pour pouvoir contenir la situation. &#187;&lt;/i&gt; Le ministre de la Justice et des Gr&#226;ces, malgr&#233; son immobilit&#233; traditionnelle, parvint &#171; exceptionnellement &#187; &#224; donner carte blanche aux gardiens comme il &#233;tait d'usage sous le fascisme. Cette mesure leur a surtout &#233;t&#233; conc&#233;d&#233;e dans les p&#233;nitenciers o&#249; ils &#233;taient concentr&#233;s les prisonniers r&#233;volt&#233;s de toute l'Italie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut ajouter que les mesures adopt&#233;es dans les prisons de Sardaigne, Sicile et de Porto Azzurro d&#233;passent largement en cruaut&#233; et en duret&#233; celles utilis&#233;es en leur temps par les nazifascistes. Aujourd'hui, dans toutes les prisons italiennes, s'applique une r&#233;pression implacable, qui d&#233;passe m&#234;me celle conseill&#233;e en son temps par Mussolini. Selon les normes actuellement en vigueur, le d&#233;tenu a droit &#224; une heure de promenade, comme au temps du code mussolinien. Mais, laiss&#233; &#224; la discr&#233;tion du directeur de la prison, ce paragraphe peut &#234;tre interpr&#233;t&#233; de fa&#231;on &#224; ce qu'un d&#233;tenu puisse en&lt;br class='autobr' /&gt;
fait b&#233;n&#233;ficier d'une &#224; six heures. Les six heures sont octroy&#233;es dans les maisons de peine o&#249; sont d&#233;tenus les handicap&#233;s physiques et les tuberculeux. Dans toutes les autres, soit la plus grande partie, la dur&#233;e reste d'une heure maximum ou de deux si le directeur &#8220;croit&#8221; que cela peut &#234;tre n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La possibilit&#233; de communiquer entre prisonniers est relative et limit&#233;e. Deux d&#233;tenus peuvent se parler pendant la promenade, mais toujours sous contr&#244;le de l'&#339;il et de l'oreille attentive d'une paire de gardiens, officiellement mis en place pour capter et pr&#233;venir les &#233;vasions et les r&#233;voltes. Une des m&#233;thodes utilis&#233;es par les prisonniers pour communiquer entre eux est celle des petits mots qui passent d'une cellule &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre occasion pour se parler est l'heure de la t&#233;l&#233;vision et, dans ce cas, il faut susurrer les messages. Communiquer est en tout cas une possibilit&#233; toujours conditionn&#233;e &#224; la chance, au hasard des espions qui nous entourent. Si on parle de politique ou de culture, il faut faire attention. En fait, si celui qui &#233;coute a l'impression qu'il y a dans ce qu'on dit quelque chose de vaguement li&#233; &#224; une r&#233;volte, c'en est fini. On est imm&#233;diatement s&#233;par&#233;s, ramen&#233;s en cellule et on ne sait plus si on aura une autre occasion de se voir. En g&#233;n&#233;ral, la communication n'est pas du tout facile et est surtout discontinue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;tenu qui enfreint par pens&#233;e, action ou omission ce qui est prescrit et pr&#233;vu par les articles du r&#232;glement carc&#233;ral est assujetti &#224; l'isolement de cinq jours &#224; trois mois maximum. Naturellement, le nombre de jours ou de mois varie en fonction du &#171; d&#233;lit &#187; commis : s'il s'agit de bagarres, r&#233;voltes, &#233;vasion, on prend le maximum et, pour les autres infractions plus l&#233;g&#232;res, le minimum.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour les infractions graves, outre la cellule d'isolement, on a droit &#224; une r&#233;duction de la nourriture. On passe de deux repas &#224; un plat et une ration de pain par jour, c'est-&#224;-dire qu'on perd les pauvres 50 grammes de mortadelle du soir ou la maigre part de haricots. En ce qui concerne l'isolement, la punition est d&#233;cid&#233;e et inflig&#233;e par un conseil interne constitu&#233; du directeur, du m&#233;decin et de l'aum&#244;nier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier, en th&#233;orie et selon sainte m&#232;re l'Eglise, devrait &#234;tre le d&#233;fenseur du prisonnier, c'est-&#224;-dire qu'il devrait interc&#233;der aupr&#232;s des deux autres au nom de l'amour et de la charit&#233; chr&#233;tienne. De fait, le ministre de Dieu devrait consid&#233;rer le d&#233;tenu comme n'importe quel fils de Dieu et lui obtenir une r&#233;duction du ch&#226;timent ou une att&#233;nuation de la douleur. Au contraire, face au prisonnier, il devient souvent le troisi&#232;me accusateur. Cela se passe naturellement une fois le d&#233;tenu sorti de la salle et surtout si le &#171; coupable &#187; est connu pour &#234;tre un mauvais chr&#233;tien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de tout, je crois que les d&#233;tenus sont tous des pauvres en disgr&#226;ce, des pauvres diables, mais pour ce grand fils &#224; papa Etat et pour maman Eglise catholique, ils doivent se sentir divis&#233;s en &#171; bons &#187; (les repentis) qui s'assi&#233;ront &#224; la droite de Dieu, et en &#171; m&#233;chants &#187; qui resteront condamn&#233;s jusqu'au Jugement dernier. Il est statistiquement prouv&#233; que si le directeur propose une peine, le cur&#233; la r&#233;duit rarement. En ce qui me concerne, je peux m&#234;me dire que c'est souvent gr&#226;ce au pr&#234;tre qu'elle a &#233;t&#233; augment&#233;e. Naturellement, chacun peut croire qui il veut mais, pour moi, les aum&#244;niers sont avant tout de grandes crapules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;decin, par contre, ne doit se prononcer que sur les conditions physiques du d&#233;tenu, et dire s'il est apte ou non &#224; supporter la punition. Ce monsieur agit en g&#233;n&#233;ral avec une &#171; conscience prostitu&#233;e et vendue &#187; et s'exprime tr&#232;s difficilement en faveur du d&#233;tenu. On peut &#234;tre plac&#233; en isolement dans la m&#234;me prison ou dans une autre, cela d&#233;pend des capacit&#233;s, s'il y existe ou pas des cellules libres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La peine d'isolement dure g&#233;n&#233;ralement un mois, mais peut aller jusqu'&#224; trois. Les cellules utilis&#233;es pour cela sont tr&#232;s petites, &#233;troites, peu a&#233;r&#233;es, la lumi&#232;re n'y arrive jamais et on y respire en cons&#233;quence un air qu'un optimiste appellerait m&#233;phitique. Ces cellules sont syst&#233;matiquement habit&#233;es par de nombreuses araign&#233;es et par des familles enti&#232;res de puces et de poux. L'ouverture de ces pi&#232;ces est pourvue de gros barreaux et varie de 50 cm sur 50, &#224; un maximum de 60 cm par 80. Ces locaux se trouvent souvent dans les pires endroits de la prison, g&#233;n&#233;ralement en sous-sol. Pour les directions, l'important est qu'ils soient isol&#233;s au maximum, de fa&#231;on que si le d&#233;tenu crie lorsqu'on le frappe, comme cela arrive souvent, sa voix ne parvienne pas aux autres. Il y a aussi un lit dans ces cryptes (un sommier militaire pliable) avec un matelas en crin sale, souill&#233; et f&#233;tide, sur lequel on est m&#234;me d&#233;go&#251;t&#233; de s'asseoir. Ce &#8220;matelas&#8221; n'est pas lav&#233; depuis des d&#233;cennies : les t&#226;ches d'urine qui le d&#233;corent remontent au mieux &#224; l'&#233;poque fasciste. Dans ses plis, malgr&#233; l'invention de d&#233;sinfectants depuis des ann&#233;es, on peut trouver des colonies enti&#232;res d'insectes et de parasites vari&#233;s. La souillure de ces locaux, o&#249; j'ai fini plusieurs fois, est indescriptible. A part le lit, il y a une table de chevet branlante en fer qui se marie tr&#232;s bien avec le sordide des lieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet ameublement est &#233;clair&#233; par une lampe fix&#233;e au plafond, qui n'est que tr&#232;s rarement &#233;teinte la nuit. Dans presque tous les p&#233;nitenciers, la lampe reste toujours allum&#233;e pour des raisons de &#171; s&#233;curit&#233; &#187;, surtout si le d&#233;tenu fait l'objet d'une stricte surveillance. Dans cette division de la prison, except&#233; les cellules d'isolement, existent des lits de contention. Le d&#233;tenu y est attach&#233; et &#171; trait&#233; &#187; par des bourreaux et quelques d&#233;tenus qui sont officiellement balayeurs, mais qui en r&#233;alit&#233; sont plus actifs qu'un maton salari&#233;. Ces balayeurs ou &lt;i&gt;lozzi&lt;/i&gt;, comme on a l'habitude de les appeler dans le jargon p&#233;nitencier, sont de vrais porcs capables d'ex&#233;cuter n'importe quel acte n&#233;faste contre un d&#233;tenu attach&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces actions, qui devraient faire horreur, vont du tabassage sauva-ge &#224; des actes encore plus graves : souvent le &#171; balayeur &#187; finit par se masturber dans la bouche du d&#233;tenu ou par lui pisser dedans. Cela se passe surtout si le malheureux attach&#233; demande par erreur une goutte d'eau ou une taffe de cigarette. Ces faits sont tr&#232;s fr&#233;quents, j'en ai eu des preuves tangibles par les d&#233;sesp&#233;r&#233;s qui les ont subis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis retrouv&#233; de nombreuses fois sur le lit de contention et&lt;br class='autobr' /&gt;
j'ai &#224; chaque fois &#233;t&#233; tabass&#233;. Heureusement pour moi, personne n'a jamais r&#233;ussi &#224; me pisser dans la bouche : je pense avoir eu beaucoup de chance, car on a bien peu de possibilit&#233;s de r&#233;agir lorsqu'on est attach&#233;. Un d&#233;tenu puni et isol&#233; aurait lui aussi droit &#224; une heure de promenade, mais celle-ci, dans la meilleure des hypoth&#232;ses, se r&#233;duit &#224; 40 ou 45 minutes. Les autres restrictions auxquelles est assujetti celui qui tombe en disgr&#226;ce vont de l'interdiction de voir les autres &#224; l'impossibilit&#233; de pouvoir &#233;crire &#224; la famille ou de cantiner. Conclusion : en isolement, le reclus perd tous les petits droits propres aux autres prisonniers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai subi une quinzaine de fois la cellule d'isolement de trois mois, et une quarantaine de fois le lit de contention. Avant d'y arriver, j'ai naturellement subi la s&#233;ance du &#171; grand conseil &#187; form&#233; par le directeur ou par le gardien-chef, le m&#233;decin et l'aum&#244;nier. L'isolement et le lit de contention, je les ai subis pour mes tentatives d'&#233;vasion, pour mes protestations et pour les r&#233;voltes que j'ai provoqu&#233;es, suscit&#233;es ou men&#233;es plus d'une fois. Sur le lit de contention, j'ai &#233;t&#233; de nombreuses fois frapp&#233; jusqu'au sang pour des p&#233;riodes qui allaient de trois &#224; cinq jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai particip&#233; &#224; toutes les r&#233;voltes qui ont &#233;clat&#233; dans tous les instituts de peine dans lesquels je me suis trouv&#233;. Parmi les plus &#233;clatantes, je me souviens de celle de Saluzzo, celle &#224; laquelle j'ai particip&#233; r&#233;cemment &#224; Parme, et celle de Fossombrone au cours de laquelle nous nous sommes appropri&#233;s pendant quatre jours pr&#232;s de trois divisions. L&#224;, nous ne nous sommes rendus que suite &#224; l'intervention de l'inspecteur g&#233;n&#233;ral des instituts de pr&#233;vention et de peine, et du procureur d'Anc&#244;ne. Ils &#233;cout&#232;rent de ma vive voix les &#171; desiderata &#187; qui motivaient notre r&#233;volte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai examin&#233; avec ces &#171; messieurs &#187; les probl&#232;mes locaux de la prison et les carences structurelles que mes compagnons et moi ressentions le plus fort. Le r&#233;sultat que nous avons obtenu fut une augmentation des heures de promenade, une certaine am&#233;lioration de la nourriture et, surtout, la possibilit&#233; de pouvoir prendre une douche deux fois par mois au lieu d'une selon le r&#232;glement. A tout cela s'ajout&#232;rent la possibilit&#233; de jouer au football pour les plus jeunes et d'autres petites concessions de peu d'importance. Cette r&#233;volte dont je fus le promoteur, inspirateur et responsable reconnu, me procura un beau &#8220;voyage cadeau&#8221; vers le p&#233;nitencier de Porto Azzurro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, je suis arriv&#233; avec mon habituelle lettre d'accompagnement qui disait que j'&#233;tais un &#233;l&#233;ment tr&#232;s dangereux et, qui plus est, un contestataire. Gr&#226;ce &#224; cette lettre de recommandation, je suis rest&#233; un an et demi dans la division o&#249; &#233;taient h&#233;berg&#233;s les rebelles de toute l'Italie. Apr&#232;s les r&#233;voltes les plus &#233;clatantes, j'ai subi une r&#233;pression tout &#224; fait particuli&#232;re. Merci !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; frapp&#233; de tr&#232;s nombreuses fois lors de mes &#8220;vacances&#8221; en prison et plus particuli&#232;rement, comme je l'ai d&#233;j&#224; dit, apr&#232;s les tentatives d'&#233;vasion. C'est arriv&#233; une premi&#232;re fois &#224; G&#234;nes en 1947. Sur l'&#238;le de Pianosa en 1955, j'ai subi un tel tabassage que je me suis retrouv&#233; &#224; deux doigts de la mort. Pour &#234;tre plus pr&#233;cis, il faut dire qu'entre autres brimades, j'y ai subi le lit de contention selon le r&#232;glement : trois jours et trois nuits d'affil&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant tout ce temps, je n'ai eu le droit ni de boire ni de manger et, &#224; chaque fois que j'ai demand&#233; une goutte d'eau, j'ai re&#231;u de l'eau sal&#233;e et des coups de b&#226;ton. J'ai subi un traitement identique apr&#232;s ma tentative d'&#233;vasion de Saluzzo, et &#224; chaque fois que j'ai tent&#233; de porter en avant de justes requ&#234;tes par le biais de protestations, avec ou sans l'appui des autres prisonniers. Les m&#233;thodes utilis&#233;es par les matons italiens pour d&#233;truire la sant&#233; physique d'un r&#233;volt&#233; sont :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; coups de poing et gifles sur toutes les parties du corps, de la t&#234;te &#224; la poitrine, dans le dos, de fa&#231;on &#224; ce que les ecchymoses produites soient les moins visibles ;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8212; pour des punitions plus graves, nos sbires h&#233;ro&#239;ques ont recours au tabassage avec des sacs de sable (ce syst&#232;me leur permet de provoquer&lt;br class='autobr' /&gt;
de s&#233;rieuses l&#233;sions internes chez le r&#233;volt&#233; sans laisser aucune trace sur l'&#233;piderme du corps. Cela dit, les sacs, que je connais tr&#232;s bien, ont un poids qui varie entre un kilo et un kilo et demi) ;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8212; en des occasions pr&#233;cises, on peut recevoir des coups de poing et subir des &#233;tranglements, notamment des testicules. Ces ordures en uniforme tordent et serrent les testicules de fa&#231;on &#224; produire une douleur tr&#232;s aigu&#235;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces supplices sont ex&#233;cut&#233;s dans deux buts : soit pour faire &#8220;chanter&#8221; le condamn&#233;, soit comme punition qui se suffit &#224; elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement, les supplices ne sont pr&#233;vus ni par les codes ni par les r&#232;glements. Disons qu'il s'agit d'actes officieux laiss&#233;s tacitement par l'Etat &#224; la discr&#233;tion des ge&#244;liers. Lorsque j'ai tent&#233; de m'&#233;vader, je fus frapp&#233; et tortur&#233; parce qu'ils voulaient savoir comment je m'&#233;tais procur&#233; la scie, qui me l'avait envoy&#233;e, qui &#233;taient mes complices, etc. Apr&#232;s les r&#233;voltes par contre, j'avais subi leur traitement sp&#233;cial car j'avais os&#233; d&#233;fier la loi, l'ordre et les diff&#233;rents articles du r&#232;glement carc&#233;ral. Les tortionnaires sont en g&#233;n&#233;ral des incapables, des bourreaux aux ordres de leurs sup&#233;rieurs : le chef ordonne et les argousins ex&#233;cutent servilement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces individus sont des inconscients et des analphab&#232;tes, des crapules qui ne sont rien d'autre qu'un ensemble de &lt;i&gt;bravi&lt;/i&gt; [&lt;i&gt;[Les Bravi&lt;/i&gt; : A partir du XVIIe si&#232;cle, nervis pay&#233;s par le seigneur local pour ex&#233;cuter leurs basses &#339;uvres.]] &#224; disposition de la direction. Ces mercenaires sont pr&#234;ts &#224; tout, y compris &#224; tuer, si le directeur &#171; le d&#233;sire &#187;. Mais l&#224; encore, on peut distinguer les individus. Certains torturent, m&#234;me de fa&#231;on pesante, juste pour ob&#233;ir &#224; l'ordre d'un sup&#233;rieur. D'autres, la plus grande partie, le font en &#233;prouvant un grand plaisir : de fa&#231;on f&#233;roce et acharn&#233;e. Ces derniers d&#233;chargent ainsi toute leur libido, leur haine et leur cruaut&#233; refoul&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que ce mauvais esprit qui les caract&#233;rise est produit par le milieu d'o&#249; ils proviennent et o&#249; ils ont v&#233;cu de nombreuses ann&#233;es : milieux dans lesquels la violence est la r&#232;gle absolue. Les conditions intellectuelles et morales de ces gens sont tellement basses qu'ils sont capables de r&#233;agir &#224; la moindre chose et de faire n'importe quoi avec la plus grande f&#233;rocit&#233;, s&#251;rs de n'encourir jamais de sanction l&#233;gale d'aucun genre, bien prot&#233;g&#233;s par l'autorit&#233; constitu&#233;e, par l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette violence ambiante qui a fait d&#233;g&#233;n&#233;rer ces individus est celle produite par une soci&#233;t&#233; hi&#233;rarchis&#233;e, donc violente et inhumaine. La violence, on le sait, est cause et effet, c'est une autre d&#233;finition de l'Etat. Les matons sont le maillon le plus bas et &#233;vident de celle exerc&#233;e par l'Etat sur l'individu. J'ai surv&#233;cu &#224; tout cela en r&#233;agissant continuellement, gr&#226;ce &#224; une phrase que je pense valable pour ceux qui sont enferm&#233;s comme pour ceux qui sont &#224; l'ext&#233;rieur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La r&#233;bellion est la noblesse de l'esclave &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;agir pour ne pas mourir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour ne pas mourir &#8220;civilement&#8221; ou, mieux, pour que l'esprit ne meure pas quand on a une longue condamnation &#224; expier, il faut r&#233;agir en lisant, &#233;crivant et pensant. Mais dans les prisons italiennes, il n'existe malheureusement pas de grandes biblioth&#232;ques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est en g&#233;n&#233;ral tr&#232;s difficile d'y trouver des volumes d'auteurs classiques ou des biographies de scientifiques. Tous les pamphlets qu'un h&#244;te des prisons peut trouver en biblioth&#232;que, ou la plus grande partie, sont des textes d'auteurs ouvertement cl&#233;ricaux ou fascistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la prison de San Vittore &#224; Milan, il existe une &#233;norme biblioth&#232;que &#8220;mal&#8221; contr&#244;l&#233;e par l'aum&#244;nier. Gr&#226;ce &#224; sa fain&#233;antise, on peut trouver des textes de Spencer, Darwin, Hemingway, Kant et Hegel. Ces textes, je les ai relus avec plaisir, vu que malgr&#233; le climat r&#233;pressif instaur&#233; par le r&#233;gime fasciste, nombre d'entre eux &#233;taient d&#233;j&#224; en circulation &#224; cette &#233;poque-l&#224;. Malheureusement, je n'ai pas uniquement &#233;t&#233; incarc&#233;r&#233; &#224; Milan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Fossombrone, Pianosa, Parme, Castelfranco, il n'y a rien de lisible. Dans certaines prisons, je me serai m&#234;me content&#233; de lire Pinocchio. L&#224; o&#249; je n'ai rien trouv&#233; &#224; lire, j'ai r&#233;agi par la pens&#233;e et la r&#233;flexion. M&#234;me en ce qui concerne les journaux, les prisons italiennes offrent un choix tr&#232;s limit&#233;. Jusqu'&#224; il y a quelques temps, on pouvait trouver tous les quotidiens et hebdomadaires de droite (la revue plus &#8220;&#224; gauche&#8221; fut pendant des d&#233;cennies &lt;i&gt;Famiglia Cristiana&lt;/i&gt;). Malgr&#233; l'arriv&#233;e des socialistes au parlement ou au gouvernement apr&#232;s 1963, m&#234;me &lt;i&gt;ABC&lt;/i&gt; et l'&lt;i&gt;Espresso&lt;/i&gt; n'ont jamais franchi les portes d'une prison. En revanche, si un prisonnier avait d&#233;sir&#233; des textes de journaux profascistes, il n'avait que l'embarras du choix. Je me souviens que quelqu'un avait demand&#233; les anciens num&#233;ros du &lt;i&gt;Candido&lt;/i&gt; et d'&lt;i&gt;Il Borghese&lt;/i&gt;. Ils les a obtenus dans la journ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Fossombrone, j'ai &#233;crit plusieurs fois au ministre de la Justice et des Gr&#226;ces pour obtenir le permis de lire &lt;i&gt;Umanit&#224; Nova&lt;/i&gt;, journal de la F&#233;d&#233;ration anarchiste, et &lt;i&gt;L'Unit&#224;&lt;/i&gt;, journal du parti communiste. Apr&#232;s une s&#233;rie de protestations et d'autres demandes, j'obtins le droit de lire &lt;i&gt;L'Unit&#224;&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Umanit&#224; Nova&lt;/i&gt; ne m'a jamais &#233;t&#233; conc&#233;d&#233; en 32 ann&#233;es : je crois qu'ils la tenaient pour une revue trop stimulante pour un d&#233;tenu. Par contre, selon la direction,&lt;i&gt;L'Unit&#224;&lt;/i&gt; (dilu&#233;e comme elle l'&#233;tait d&#233;j&#224; &#224; l'&#233;poque) ne posait pas de probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Except&#233; ces quotidiens bourgeois et quelques heures de t&#233;l&#233;vision, il ne me restait d'autre possibilit&#233; que d'utiliser mon cerveau de fa&#231;on autonome : je me suis habitu&#233; &#224; r&#233;fl&#233;chir et &#224; penser. Un des syst&#232;mes que j'ai adopt&#233; plusieurs fois pour tuer le temps et ne pas m'abrutir, fut de me r&#233;p&#233;ter mentalement des passages de livres et des po&#232;mes d'auteurs c&#233;l&#232;bres que j'avais &#233;tudi&#233;s lorsque j'&#233;tais jeune. Je ne saurais dire le nombre de fois o&#249; j'ai r&#233;cit&#233; &lt;i&gt;A Silvia&lt;/i&gt; de Leopardi, &lt;i&gt;L'inno a Satana&lt;/i&gt; et les &lt;i&gt;Odi barbare&lt;/i&gt; de Carducci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma pr&#233;f&#233;rence allait aux &#233;ditions Sonzogno et &#224; la diffusion populaire et socialiste du d&#233;but du si&#232;cle des th&#233;ories de Darwin, Keppler, Einstein. En ce qui concerne l'histoire du mouvement anarchiste, j'ai &#233;norm&#233;ment r&#233;fl&#233;chi sur des personnages comme Cafiero qui a compil&#233; en italien, avec les compliments de Karl Marx lui-m&#234;me, les six premiers chapitres du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt;. Je me suis plusieurs fois demand&#233; le pourquoi de cette compilation, et j'y ai r&#233;pondu avec les mots employ&#233;s par les internationalistes libertaires de l'&#233;poque : &lt;i&gt;&#171; Traduire et divulguer des id&#233;es, publiciser tout ce qui peut servir &#224; faire r&#233;fl&#233;chir les masses est toujours r&#233;volutionnaire ; quand un homme devient critique en lisant et en &#233;tudiant, se d&#233;veloppent automatiquement en lui le sens de la r&#233;bellion et le d&#233;sir de r&#233;volutionner la soci&#233;t&#233;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#233;ditant, je passais le temps et avec lui s'&#233;coulait ma condamnation. C'&#233;tait comme si je lisais : l'heure de la promenade et du repas arrivaient rapidement et, avec les promenades et la nourriture, passaient les mois. Il n'en &#233;tait pas ainsi pour la plupart des autres prisonniers. Ils avaient souvent le cerveau vid&#233; de toute id&#233;e, ils ne se sont jamais habitu&#233;s &#224; &#233;tudier ou &#224; r&#233;fl&#233;chir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est triste et lugubre, pour des gens condamn&#233;s &#224; la solitude forc&#233;e, que de ne pas avoir de rep&#232;res auxquels s'accrocher ou d'id&#233;es auxquelles r&#233;fl&#233;chir. Le cerveau de ces gens se d&#233;t&#233;riore de jour en jour. Il ne peuvent que s'abrutir et d&#233;g&#233;n&#233;rer. Dans l'apr&#232;s-guerre, des cours d'alphab&#233;tisation de niveau &#233;l&#233;mentaire ont &#233;t&#233; institu&#233;s pour les prisonniers. Les enseignants &#233;taient choisis avec parcimonie par la direction des prisons : je n'ai rencontr&#233; parmi eux que des d&#233;mocrates ou des fascistes. Ces instituteurs, au lieu d'int&#233;resser aux probl&#232;mes culturels leurs &#233;l&#232;ves, qui ont entre 20 et 80 ans, ils leur parlent de sport, et ces derniers n'apprennent rien. Des centaines de prisonniers ont obtenu le certificat d'&#233;tude sans apprendre &#224; faire une soustraction &#224; trois chiffres ni le nom de Garibaldi ou le nombre de guerres d'ind&#233;pendance italiennes. En prison, les &#233;coles ont pour unique objectif de &#8220;d&#233;montrer&#8221; &#224; ceux qui vivent &#224; l'ext&#233;rieur qu'elle est un milieu de r&#233;&#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A part lire et r&#233;fl&#233;chir, j'ai aussi pass&#233; mon temps &#224; &#233;crire pour &#233;viter de me scl&#233;roser. Naturellement, ce que j'&#233;crivais n'&#233;tait pas une production &#224; soumettre &#224; des critiques litt&#233;raires. La valeur de mes &#233;crits est extr&#234;mement subjective. Je n'ai jamais donn&#233; beaucoup d'importance &#224; ce que j'ai produit : j'&#233;cris des po&#232;mes avec la m&#233;trique des classiques du si&#232;cle dernier. Je ne crois pas que la m&#233;trique qu'on nous a appris soit encore &#224; la mode aujourd'hui. Les th&#232;mes que je d&#233;veloppais &#233;taient des plus divers : la mort des compagnons en prison, le printemps, l'amour, la nature, Pietro Nenni...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plus grande partie de mes feuilles griffonn&#233;es, je les jetais &#224; la poubelle apr&#232;s en avoir lu le contenu aux int&#233;ress&#233;s, ou juste apr&#232;s les avoir &#233;crites. Je n'ai jamais pens&#233; rassembler ou r&#233;colter ce que j'ai fait, notamment parce que je n'ai jamais eu la certitude de sortir vivant de prison. Ce qui me reste, ce sont les derni&#232;res feuilles qui sont rest&#233;es dans ma poche le jour o&#249; la porte de ma cellule s'est ouverte pour me remettre en &#8220;libert&#233;&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois, j'ai m&#234;me essay&#233; de composer une trag&#233;die. Apr&#232;s l'avoir &#233;crite en vers, je me suis mis &#224; la retranscrire en prose dans l'espoir de la rendre plus &#8220;potable&#8221;. Le th&#232;me &#233;tait sugg&#233;r&#233; par les morts blanches au travail (les morts tragiques de ceux qui tombent dans le four d'une fonderie ou ceux qui sont asphyxi&#233;s dans le grisou d'une mine). En 1964, dans la prison de Ragusa en Sicile, j'ai eu l'id&#233;e de cette trag&#233;die apr&#232;s la lecture d'un fait divers. Toujours dans la m&#234;me prison, je l'avais d&#233;velopp&#233;e &#224; partir d'une vieille chanson anarchiste de Pietro Gori qui s'intitule &lt;i&gt;Le Quattro Stagioni&lt;/i&gt;. Ce fut &#233;galement &#224; Ragusa, malheureusement, que les matons me l'ont saisie lors d'une perquisition dans la cellule. Je pense qu'ils l'ont d&#233;truite et, avec elle, l'envie d'en &#233;crire une autre *.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;* Ainsi se termine le manuscrit de Belgrado Pedrini : il est malheureusement incomplet suite &#224; sa mort pr&#233;matur&#233;e.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Belgrado Pedrini.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;[B. Pedrini, &#034; &lt;i&gt;Nous f&#251;mes les rebelles, nous f&#251;mes les brigands...&lt;/i&gt;&#034; (&#233;d. &lt;a href=&#034;http://mutineseditions.free.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mutines S&#233;ditions&lt;/a&gt;, 144 p., novembre 2005)]&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Concernant l'activit&#233; des anarchistes contre le fascisme, on peut consulter pour information : Collectif, &lt;i&gt;La resistenza sconosciuta&lt;/i&gt;, Zero in condotta (Milan), 2d ed. 2005, 206 p. et surtout Pietro Bianconi, &lt;i&gt;Gli anarchici italiani nella lotta contro il fascismo&lt;/i&gt;, edizioni Archivio Famiglia Berneri (Pistoia), 1988, 200 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nota Bene : Toutes les notes du livre sont des traducteurs. Les ouvrages qui y sont mentionn&#233;s ont pour objectif de satisfaire le lecteur curieux&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;8 septembre 1943&lt;/i&gt; : En 1940, l'Italie est entr&#233;e en guerre aux c&#244;t&#233;s de l'Allemagne nazie. Apr&#232;s une s&#233;rie de d&#233;faites (reddition des troupes italiennes en Tunisie le 12 mai, d&#233;barquement des anglo-am&#233;ricains en Sicile le 10 juillet), Mussolini est mis en minorit&#233; par le Grand conseil du fascisme, le roi le fait arr&#234;ter et nomme &#224; sa place le mar&#233;chal Pietro Badoglio le 25 juillet 1943. Pendant deux mois, celui-ci m&#232;ne une politique ambigu&#235; : tout en restant l'alli&#233;e des Allemands, l'Italie entame des pourparlers avec les Anglo-Am&#233;ricains. Sign&#233;e le 3 septembre 1943, l'armistice est rendue publique le 8 septembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le roi Victor-Emmanuel III quitte alors pr&#233;cipitamment Rome pour se r&#233;fugier &#224; Brindisi. L&#8216;arm&#233;e, qui ne re&#231;oit plus aucun ordre, conna&#238;t un large mouvement de d&#233;bandade. Lib&#233;r&#233; le 12 septembre par les nazis, Mussolini fonde le 15 son r&#233;gime de collaboration dans le nord de l'Italie, la Repubblica sociale italiana bas&#233;e &#224; Sal&#242;. Quelques jours plus t&#244;t, les opposants au fascisme se sont regroup&#233;s dans un Comit&#233; de Lib&#233;ration Nationale (CLN) qui repr&#233;sentera la R&#233;sistance italienne jusqu'&#224; la fin de la guerre. La grande histoire officielle de la R&#233;sistance commence donc ce 8 septembre 1943, avec pour objectif principal de &#171; lib&#233;rer &#187; le territoire national de l'occupation allemande, tout en acceptant l'occupation anglo-am&#233;ricaine dans la moiti&#233; sud du pays.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;OVRA&lt;/i&gt; : Le terme Ovra appara&#238;t pour la premi&#232;re fois le 3 d&#233;cembre 1930 dans un communiqu&#233; de presse de l'Agenzia Stefani, &#224; propos de l'arrestation d'un r&#233;seau clandestin milanais de Giustizia e Libert&#224;. Il y &#233;tait substitu&#233; au mot &#171; police &#187;. En l'absence de d&#233;finition officielle, ses initiales sont g&#233;n&#233;ralement interpr&#233;t&#233;es comme &#171; Organizzazione volontaria di repressione antifascista &#187; : Organisation volontaire de la r&#233;pression antifasciste. Il s'agissait de la police politique secr&#232;te du r&#233;gime fasciste, bas&#233;e sur la d&#233;lation ordinaire et un vaste r&#233;seau d'espions, qui d&#233;pendait hi&#233;rarchiquement des services d'information de la Division de la police politique et de la Division des affaires g&#233;n&#233;rales et r&#233;serv&#233;es, elles-m&#234;mes rattach&#233;es &#224; la Direction g&#233;n&#233;rale de la s&#233;curit&#233; publique du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur. Leur chef officieux, Guido Leto, l'avait d&#233;finie comme sans limitation territoriale concernant les enqu&#234;tes, avec des moyens techniques de pointe et d'&#233;normes ressources financi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En contact avec les services secrets anglo-am&#233;ricains et des chefs de la R&#233;sistance &#224; partir de fin 1943, Leto fit un bref passage en prison avant de devenir apr&#232;s-guerre directeur des Ecoles techniques de la police. Presque tous les inspecteurs de l'Ovra firent carri&#232;re apr&#232;s 1945 : Saverio Polito devint par exemple pr&#233;fet de police de Rome, tout comme Ciro Verdiani, qui devint ensuite en 1949 responsable des investigations antimafia en Sicile. Quant &#224; Gesualdo Barletta, ancien responsable de l'Ovra &#224; Rome, il fut de 1948 &#224; 1956 directeur de la nouvelle Division des affaires g&#233;n&#233;rales et r&#233;serv&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;25 avril 1945&lt;/i&gt; : Ce n'est qu'en 1955 que ce jour devint celui de la f&#234;te la victoire d&#233;finitive sur le fascisme et le nazisme. Il fut choisi de pr&#233;f&#233;rence au 28 avril (jour de l'ex&#233;cution de Mussolini avant que son cadavre soit transport&#233; du village de Dongo &#224; piazzale Loreto de Milan pour y &#234;tre expos&#233;), qui rappelait de fa&#231;on trop radicale la guerre civile au d&#233;triment de la continuit&#233; &#233;tatique et de l'imposition d'une &#171; r&#233;conciliation nationale &#187; souhait&#233;e tant par la droite que le parti communiste. Enfin, c'est le 2 mai que les troupes nazies se sont rendues aux anglo-am&#233;ricains, mais cette derni&#232;re date laissait trop peu de place &#224; la r&#233;sistance nationale italienne. Au niveau historique, le 25 avril 1945 marque uniquement la prise des pleins pouvoirs du Comit&#233; de Lib&#233;ration Nationale (CLN) et le lancement par ce dernier de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale insurrectionnelle dans trois villes du nord (Milan, Turin, G&#234;nes). Ceux qui continu&#232;rent la lutte pour la libert&#233;, comme certains anarchistes, redevinrent alors apr&#232;s avril 1945 non plus des &#171; partisans &#187;, mais des &#171; bandits &#187; et des &#171; criminels &#187; comme sous le fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Brigate Nere&lt;/i&gt; [Brigades Noires] : Mussolini, r&#233;fugi&#233; dans la r&#233;publique de Sal&#242; (Rsi) depuis septembre 1943, d&#233;cide de militariser le parti fasciste (Prf) en cr&#233;ant les Brigate Nere par d&#233;cret du 21 juin 1944, ordonnant que &#171; la structure politico-militaire du Parti se transforme en un organisme de type exclusivement militaire &#187;. Constitu&#233;es par tous les membres inscrits au Prf &#226;g&#233;s de 18 &#224; 60 ans, les brigades sont le nouveau nom des f&#233;d&#233;rations du parti : 48 Brigate Nere territoriales correspondant aux provinces contr&#244;l&#233;es par la Rsi, dont 4 brigades &#171; mobiles &#187;. Destin&#233; &#224; lutter contre l'ennemi int&#233;rieur, c'est-&#224;-dire les partisans, ce parti en arme charg&#233; des op&#233;rations de police sera sans cesse en concurrence avec les autres corps du r&#233;gime, notamment la Guardia nazionale repubblicana (compos&#233;e des carabiniers et des restes de la police des colonies africaines italiennes fid&#232;les au r&#233;gime, en plus des miliciens) et surtout des corps paramilitaires (SS italiens, division X Mas d'infanterie de Marine dirig&#233;e par Valerio Borghese). Les Brigate Nere, comme les autres corps de la Rsi, sont responsables des grands massacres de populations de l'&#233;t&#233; 1944 &#224; avril 1945, profitant notamment de la d&#233;cision des anglo-am&#233;ricains de stopper leur progression pour laisser passer l'hiver 1944, livrant les groupes partisans du nord seuls face aux nazis et aux troupes fascistes.&lt;br class='manualbr' /&gt;Voir Dianella Gagliani, &lt;i&gt;Brigate Nere, Mussolini e la militarizzazione del Partito fascista repubblicano&lt;/i&gt;, Bollati Boringhieri (Turin), 1999, 306 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Linea Gotica&lt;/i&gt; : Il s'agit d'une ligne d&#233;fensive mise en place par le commandement militaire allemand apr&#232;s la chute provisoire de Mussolini en juillet 1943 et le d&#233;barquement des Anglo-Am&#233;ricains en Sicile l'&#233;t&#233; 1943. La Linea Gotica s'&#233;tendait sur 280 kilom&#232;tres d'est en ouest de l'Italie, partant entre Massa et Carrare du c&#244;t&#233; de la mer M&#233;diterran&#233;e, traversant les Appenins et finissant au nord de Pesaro du c&#244;t&#233; de la mer Adriatique. Entre le 25 ao&#251;t 1943 et septembre 1944, ce sont donc 20 divisions anglo-am&#233;ricaines et 22 divisions allemandes qui se sont affront&#233;es le long de cette ligne, en une bataille parmi les plus dures de la guerre. Les brigades de partisans qui se trouvaient dans le dos des nazis aid&#232;rent de fa&#231;on pr&#233;cieuse les Alli&#233;s, notamment &#224; la lib&#233;ration de Pesaro puis de Rimini, ou au sud de Bologne. En repr&#233;sailles, les nazis se veng&#232;rent sur nombre de villages, dont celui de Marzabotto o&#249; 1 830 personnes furent massacr&#233;es du 29 septembre au 1er octobre 1944. Enfin, bien que les Alli&#233;s aient d&#233;cid&#233; d'arr&#234;ter leur progression pour laisser passer l'hiver 1944, de nombreux groupes de partisans d&#233;cid&#232;rent de continuer leurs attaques contre les troupes allemandes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Palmiro Togliatti (1893-1964)&lt;/i&gt; : Membre dirigeant du Parti communiste italien, il se r&#233;fugie &#224; Moscou en f&#233;vrier 1926, o&#249; il le repr&#233;sente aupr&#232;s de l'ex&#233;cutif de l'Internationale Communiste (IC). Il y d&#233;fend &#224; partir de 1931 la th&#232;se d'une lente action sur le terrain l&#233;gal dans les rares espaces laiss&#233;s vacants par le fascisme &#8212;en exploitant ses tendances &#224; cr&#233;er une base de masse&#8212; afin de cr&#233;er un mouvement capable de le renverser, puis la th&#232;se d'un front uni avec les sociaux-d&#233;mocrates &#224; partir de 1934. Nomm&#233; directeur du Secr&#233;tariat de l'Internationale Communiste, il devient ensuite d&#233;l&#233;gu&#233; de l'IC pour l'Espagne &#224; partir de 1937, et d&#233;fendra naturellement le pacte germano-sovi&#233;tique de 1939 apr&#232;s avoir contribu&#233; &#224; liquider les r&#233;volutionnaires espagnols. Ce n'est donc qu'&#224; partir de 1941 et de l'attaque des nazis contre l'URSS, puis de la chute de Mussolini en septembre 1943, que le Parti communiste italien fait de la lutte antifasciste son axe principal. En ao&#251;t 1936, il &#233;crivait en effet encore dans l'Appel aux fascistes pour le salut de l'Italie, publi&#233; par Lo Stato Operaio, revue du PCI de Paris : &#171; Nous proclamons que nous sommes pr&#234;ts &#224; combattre avec vous et tout le peuple italien pour la r&#233;alisation du programme fasciste de 1919 &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 18 ans d'exil au service de l'IC, il retourne en Italie en mars 1944 et impose imm&#233;diatement de composer avec &#171; tous les partis d&#233;mocratiques &#187; afin de former un nouveau gouvernement, et de ne pas privil&#233;gier les int&#233;r&#234;ts de classe mais uniquement l'int&#233;r&#234;t national. Il devient ainsi ministre sans portefeuille du gouvernement monarchiste Badoglio puis Bonomi d'avril &#224; d&#233;cembre 1944, avant de devenir vice-pr&#233;sident du Conseil de d&#233;cembre 1944 &#224; juin 1945 (second gouvernement Bonomi), puis ministre de la Justice et des Gr&#226;ces de juin 1945 &#224; juillet 1946 (gouvernements de gauche Parri, puis de droite De Gasperi).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc lui qui, comme dirigeant du parti communiste et ministre en exercice, a propos&#233; et appliqu&#233; l'amnistie du 22 juin 1946 qui fit sortir 7 000 des 12 000 fascistes incarc&#233;r&#233;s (dont d'ex-ministres et nombre de bourreaux et responsables fascistes notoires). A l'inverse, les anarchistes et autres partisans dissidents du PCI effectueront 30 ans de prison pour des &#171; d&#233;lits &#187; commis contre des fascistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur l'article de 1936, voir Palmiro Togliatti, &lt;i&gt;Appel aux fascistes&lt;/i&gt;, Nautilus (Paris), 1983, 60 p. Sur l'opposition de gauche et ultra-gauche au PCI dans la R&#233;sistance apr&#232;s le retour de Togliatti, voir Arturo Peregalli, &lt;i&gt;L'altra Resistenza. Il PCI e le opposizioni di sinistra (1943-1945)&lt;/i&gt;, Graphos (G&#234;nes), 1991, 390 p. Sur les activit&#233;s du ministre, voir Arturo Peregalli et Mirella Mingardo, &lt;i&gt;Togliatti guardasigilli (1945-1946)&lt;/i&gt;, Colibr&#236; (Paderno Dugnano, Milan), 1998, 128 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Pietro Gori (1865-1911)&lt;/i&gt; : Anarchiste aux multiples facettes, notamment celle d'avocat qui d&#233;fendit de nombreux compagnons (dont Malatesta et les autres accus&#233;s de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale contre l'augmentation du pain &#224; Anc&#244;ne en 1898), de parolier qui composa Addio Lugano (1894), de conf&#233;rencier en Angleterre et aux Etats-Unis, ou d'agitateur qui prit part au congr&#232;s constitutif de la FOA argentine (1901) qui donnera naissance &#224; la FORA anarcho-syndicaliste en 1904.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Casa del fascio&lt;/i&gt; : si&#232;ge local du Parti national fasciste (Pnf). La &lt;i&gt;casa del fascio&lt;/i&gt; n'&#233;tait pas qu'une simple section p&#233;riph&#233;rique de l'organisation, mais une sorte de temple de la religion politique d&#233;di&#233; &#224; Benito Mussolini, avec son culte des morts et ses escadrons de chemises noires. Lors d'un discours c&#233;l&#233;brant le premier anniversaire de la Marche sur Rome, le 28 octobre 1923, ce dernier les avait lanc&#233;es en les d&#233;finissant ainsi : &lt;i&gt;&#171; J'admire le fait que vous fassiez de beaux si&#232;ges. Nous sommes des artistes. Nous n'aimons pas les obscures caves &#224; vin. Laissons les locaux pleins de sueur et d'infections &#224; ceux qui appartiennent &#224; la basse zoologie &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Arditi del popolo&lt;/i&gt; [les &#171; Hardis du peuple &#187;] : Les Hardis &#233;taient un corps sp&#233;cial de 20 000 hommes de l'arm&#233;e italienne dont le r&#244;le consistait &#224; attaquer derri&#232;re les lignes ennemies sous le signe de &#171; la mort belle et vindicative &#187;. En 1918, &#224; travers leurs associations d'anciens combattants, une partie s'oriente vers un nationalisme revanchard qui rejoindra Mussolini &#224; Milan et Padoue, tandis que l'autre (plus proche des socialistes, anarchistes et syndicalistes r&#233;volutionnaires) transformera sa rage et son d&#233;go&#251;t de la guerre en col&#232;re r&#233;volutionnaire et anticapitaliste. De l&#224; na&#238;tront les premi&#232;res formations antifascistes sous le nom de &#171; Hardis du peuple &#187;, fin juin 1921. A Viterbo (11 juillet 1921), Sarzana (21 juillet), Ravenna (11 septembre), Rome (9-13 novembre), Piombino (24 avril 1922), Civitavecchia, Bari, G&#234;nes, Anc&#244;ne (d&#233;but ao&#251;t) et Parme, ils chasseront les fascistes de la ville, seuls ou avec la population insurg&#233;e, en utilisant leur savoir militaire dans les combats de rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous le coup de l'accord sign&#233; le 3 ao&#251;t 1921 entre les dirigeants socialistes et ceux du parti fasciste, de la dissociation du parti communiste d'Italie (PCd'I) d'Amadeo Bordiga cr&#233;&#233; en janvier et qui ne voulait voir que des groupes inf&#233;od&#233;s &#224; sa direction, mais aussi de la f&#233;roce r&#233;pression suivie de l'arriv&#233;e des fascistes au pouvoir le 29 octobre 1922, les &lt;i&gt;Arditi del popolo&lt;/i&gt; se dissolvent rapidement. Ils sont bien entendu aussi victimes de leurs propres limites, comme le manque de perspectives politiques (ils sont d'abord un groupe d'autod&#233;fense prol&#233;tarienne), et sont de toute fa&#231;on rest&#233;s d&#233;pendants d'un contexte marqu&#233; par la d&#233;faite du mouvement d'occupation des usines, de l'&#233;chec des tentatives d'insurrection, puis de l'av&#232;nement du fascisme et de son ind&#233;niable base populaire.&lt;br class='manualbr' /&gt;Voir Marco Rossi, &lt;i&gt;Arditi, non gendarmi ! Dall'arditismo di guerra agli arditi del popolo (1917-1922)&lt;/i&gt;, BFS edizioni (Pise), 1997, 190 p. ; Eros Francescangeli, &lt;i&gt;Arditi del popolo. Argo Secondari e la prima organizzazione antifascista (1917-1922)&lt;/i&gt;, Odradek (Rome), 2000, 322 p. ; Luigi Balsamini, &lt;i&gt;Gli arditi del popolo : dalla guerra alla difesa del popolo contro le violenze fasciste&lt;/i&gt;, Galzerano editore (Salerne), juin 2002, 280 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Giuseppe Ciancabilla (1871-1904)&lt;/i&gt; : En 1897, apr&#232;s avoir combattu en Gr&#232;ce aux c&#244;t&#233;s du socialiste r&#233;volutionnaire Amilcar Cipriani contre la domination ottomane, ce journaliste socialiste publiera sur &lt;i&gt;Avanti !&lt;/i&gt; l'entretien avec Malatesta qui donna lieu &#224; des d&#233;bats entre socialistes et anarchistes. Il rejoint alors les seconds. Suite &#224; la r&#233;pression des r&#233;voltes de 1898, il s'exile en Suisse, Angleterre et Etats-Unis. Fondateur du journal &lt;i&gt;L'Aurora&lt;/i&gt; et de la revue &lt;i&gt;La Protesta Umana&lt;/i&gt; en 1902 &#224; Chicago, il y d&#233;veloppe notamment l'id&#233;e de l'organisation informelle, d&#233;fendant les actes individuels contre le pouvoir (l'homicide du Roi d'Italie Umberto I par l'anarchiste Gaetano Bresci le 29 juillet 1901, celui du Pr&#233;sident am&#233;ricain William McKinley par l'anarchiste Leone Czolgosz le 29 octobre 1901).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Gino Lucetti (1900-1943)&lt;/i&gt; : Originaire d'Avenza dans la r&#233;gion de Carrare, Gino Lucetti lan&#231;a le 11 septembre 1926 &#224; Rome une bombe contre la voiture de Mussolini, qui passait piazzale di Porta Pia.. Elle rebondit malheureusement sur le capot et explosa plus loin, blessant tr&#232;s l&#233;g&#232;rement plusieurs personnes. Il fut condamn&#233; le 11 juin 1927 par le Tribunal sp&#233;cial &#224; trente ans de prison (Leandro Sorio, un serveur anarchiste de l'auberge dans laquelle &#233;tait descendu Lucetti, et Stefano Vatteroni, un ami anarchiste de Lucetti se trouvant &#224; Rome, prirent 20 et 18 ans pour complicit&#233;). Il passa de la prison Regina Coeli (Rome) &#224; celle de Portolongone (Isola d'Elba) en ao&#251;t 1927, puis &#224; Fossombrone (Pesaro) en f&#233;vrier 1930, avant de finir dans celle de l'&#238;le de Santo Stefano en juin 1932. Suite au d&#233;barquement des anglo-am&#233;ricains et l'armistice du 8 septembre 1943 conclu avec le gouvernement italien, la plupart des d&#233;tenus politiques sont lib&#233;r&#233;s. Apr&#232;s 17 ans de prison pass&#233;s dans un enfer de tortures et de faim, Lucetti sort le 11 septembre 1943. Six jours apr&#232;s, alors qu'il se trouve encore &#224; Ischia, pr&#232;s de Naples, o&#249; il a &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;, il meurt au cours d'un bombardement effectu&#233; par les nazis &#224; l'aide des canons c&#244;tiers italiens.&lt;br class='manualbr' /&gt;Voir Riccardo Lucetti, &lt;i&gt;Gino Lucetti : l'attentato contro il Duce (11 settembre 1926)&lt;/i&gt;, Cooperativa Tipolitografica Editrice (Carrare), 2000, 206 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Alessandro Pertini (1896-1990)&lt;/i&gt; : Figure historique de la R&#233;sistance. Socialiste, il s'engagea d&#232;s 1924 dans l'antifascisme, fut condamn&#233; une premi&#232;re fois en 1925 pour un tract puis, en f&#233;vrier 1929, pour avoir lanc&#233; des &#233;missions de radio clandestines &#224; destination de l'Italie depuis la France (o&#249; il est r&#233;fugi&#233; depuis 1926). Rentr&#233; au pays, il sera condamn&#233; &#224; 7 ans de prison en d&#233;cembre pour avoir &lt;i&gt;&#171; nui aux int&#233;r&#234;ts nationaux &#187;&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;&#171; attent&#233; au prestige de l'Italie &#224; l'ext&#233;rieur &#187;&lt;/i&gt;. L&#224;, il conna&#238;tra nombre de partisans des autres tendances, avec une partie desquels il sympathisera. Assign&#233; &#224; r&#233;sidence &#224; partir de 1935, il participe au Comit&#233; de Lib&#233;ration Nationale &#224; partir de 1943, r&#233;organise le Parti socialiste (Psiup) et les groupes de partisans qui lui sont li&#233;s. Apr&#232;s-guerre, il deviendra chef du Parti socialiste, puis pr&#233;sident de la Chambre des d&#233;put&#233;s (1968-1976) et pr&#233;sident de la R&#233;publique (1978-1985). Fid&#232;le, &#224; sa mani&#232;re, &#224; son pass&#233; de partisan, il appuiera des demandes de lib&#233;ration des ex-partisans incarc&#233;r&#233;s apr&#232;s-guerre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Confino di polizia&lt;/i&gt; [mise au banc par mesure de police] : La mise &#224; l'&#233;cart n'est pas une innovation fasciste. Elle figure en effet d&#233;j&#224; dans la loi Pica de 1863 contre le brigandage et s'est d&#233;velopp&#233;e &#224; la fin du 19e si&#232;cle contre les socialistes. Elle reprend de la vigueur lors de la Premi&#232;re Guerre mondiale contre toute personne &lt;i&gt;&#171; non fiable &#187;&lt;/i&gt; (pacifistes ou tout simplement opposants au gouvernement ou &#224; la conduite de la guerre), avant de trouver sa cons&#233;cration sous le r&#233;gime fasciste par le d&#233;cret du 6 novembre 1926 : mesure applicable &#224; toute personne jug&#233;e dangereuse pour l'ordre constitu&#233; ou l'ordre public. D&#233;cid&#233; en commission compos&#233;e du procureur, du pr&#233;fet de police, du commandant provincial des carabiniers et d'un responsable des chemises noires, le &lt;i&gt;confino&lt;/i&gt; pr&#233;voit une assignation &#224; r&#233;sidence de un &#224; cinquante ans dans un lieu &#233;loign&#233; du domicile du condamn&#233;, g&#233;n&#233;ralement les &#238;les d'Ustica, Favignana, Lipari, Pantelleria, Lampedusa, Tremiti et Ventotene.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les 600 politiques envoy&#233;s le mois suivant au &lt;i&gt;confino&lt;/i&gt;, figurent par exemple les communistes Amadeo Bordiga et Antonio Gramsci, les anarchistes Gino Bibbi et Luigi Galleani. La loi d&#233;finitive sur le &lt;i&gt;confino&lt;/i&gt; date de 1931 et pr&#233;voit, en plus de l'obligation de travail, un couvre-feu, l'interdiction de fr&#233;quenter les lieux publics, le pointage r&#233;gulier dans les locaux de police ou de ne pas s'&#233;loigner du lieu d'assignation &#224; r&#233;sidence. De novembre 1926 &#224; juillet 1943, ce sont pr&#232;s de 17 000 personnes qui ont &#233;t&#233; envoy&#233;es en &lt;i&gt;confino&lt;/i&gt;, dont quelques &#171; droits communs &#187; condamn&#233;s pour meurtre ou trafic, quelques Libyens (une quarantaine en 1930), antifascistes albanais et nationalistes slov&#232;nes. En juillet 1943 et la chute provisoire de Mussolini, le mar&#233;chal Badoglio fait d'abord sortir les rares catholiques, r&#233;publicains-lib&#233;raux et t&#233;moins de J&#233;hovah, puis les socialistes et communistes, dont les partis entrent au gouvernement. Les anarchistes sont par contre transf&#233;r&#233;s au camp de concentration de Renicci d'Anghiari (Arezzo), o&#249; ils finissent par s'affronter durement avec les gardiens, avant que ces derniers n'abandonnent la partie en septembre, &#224; la signature de l'armistice avec les anglos-am&#233;ricains. Les milliers d'anarchistes de retour du confino rejoignent d&#232;s lors les rangs ou forment les premiers groupes de partisans dans leur r&#233;gion d'origine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Tribunale speciale per la difesa dello Stato&lt;/i&gt; [Tribunal sp&#233;cial pour la d&#233;fense de l'Etat] : Institu&#233; par la loi du 25 novembre 1926, il se trouvait au sommet de l'architecture judiciaire fasciste. Cette loi r&#233;introduisait la peine de mort &#8212;abrog&#233;e en 1889 par le code Zanardelli&#8212;, pour un nombre incalculable de d&#233;lits politiques qui allaient jusqu'&#224; la &lt;i&gt;&#171; conspiration contre l'ind&#233;pendance et l'unit&#233; nationale &#187;&lt;/i&gt; ou, bien s&#251;r, l'insurrection et le &lt;i&gt;&#171; d&#233;cha&#238;nement de la guerre civile &#187;&lt;/i&gt;. Des peines de 1 &#224; 30 ans &#233;taient pr&#233;vues pour les autres activit&#233;s politiques antifascistes. Pr&#233;sid&#233; par un militaire et cinq juges membres de la Milice, ce tribunal condamnait en r&#233;alit&#233; le simple passant qui s'&#233;tait exprim&#233; contre Mussolini, jusqu'aux partisans. C'est une commission qui d&#233;cidait s'il y avait lieu d'y d&#233;f&#233;rer les accus&#233;s ou de les renvoyer &#224; une juridiction classique. Entre 1926 et 1943, les chiffres officiels de cette commission mentionnent 15 800 antifascistes renvoy&#233;s devant le Tribunal sp&#233;cial.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;en fran&#231;ais dans le texte&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Pietro Nenni (1891-1981&lt;/i&gt;) : Inscrit au Parti socialiste &#224; partir de 1921, il en devient rapidement l'un des dirigeants, devenant r&#233;dacteur en chef du journal &lt;i&gt;Avanti !&lt;/i&gt;. Il se r&#233;fugie en France &#224; l'automne 1926 et promeut un grand parti r&#233;formiste italien qui aboutit au Congr&#232;s de Paris de 1930, r&#233;unifiant les tendances non-communistes. Par la suite partisan d'un front uni avec ces derniers, il signe un &#171; pacte d'unit&#233; d'action &#187; en 1934 qui tiendra jusqu'&#224; la fin de la guerre, malgr&#233; le pacte germano-sovi&#233;tique de 1939. Si&#233;geant pour les socialistes dans le Comit&#233; de Lib&#233;ration Nationale (CLN), il devient vice-pr&#233;sident du Conseil et ministre charg&#233; de la Constitution de juin 1945 &#224; juillet 1946 (gouvernements de gauche Parri, puis de droite De Gasperi), puis ministre des affaires &#233;trang&#232;res jusqu'en janvier 1947 (second gouvernement De Gasperi). Il fut aussi Haut Commissaire charg&#233; de l'&#233;puration, de juin 1945 &#224; la suppression de ce poste en f&#233;vrier 1946, et r&#233;dacteur de la loi (en fait un d&#233;cret entr&#233; en vigueur le 14 novembre 1945) qui porte son nom. Elle eu pour effet de diminuer consid&#233;rablement l'&#233;puration en cours, confiant par exemple aux administrations publiques la charge de s'&#233;purer elles-m&#234;mes, malgr&#233; leurs 23 ann&#233;es de bons et loyaux services pass&#233;es au service du fascisme.&lt;br class='manualbr' /&gt;Sur ses fonctions de &#171; grand &#233;purateur &#187;, voir Hans Woller, &lt;i&gt;I conti con il fascismo. L'epurazione in Italia (1943-1948)&lt;/i&gt;, il Mulino (Bologne), 1997, pp. 437-511&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Palmiro Togliatti (1893-1964)&lt;/i&gt; : Dirigeant du Parti communiste, voir aussi note 6 de l'introduction &#224; l'&#233;dition italienne. Le 14 juillet 1948, un jeune de droite tente de l'assassiner et le blesse gri&#232;vement. Des r&#233;voltes spontan&#233;es, vite &#171; calm&#233;es &#187; selon les derni&#232;res instructions du chef avant que celui-ci ne perde connaissance, &#233;clatent &#224; Abbadia San Salvatore (Toscane), o&#249; les mineurs insurg&#233;s tuent un policier et un carabinier avant de couper les contacts t&#233;l&#233;phoniques entre le nord et le sud de l'Italie. A G&#234;nes, les marins et les ouvriers s'emparent de la ville et d&#233;sarment les policiers. A Turin, la FIAT est occup&#233;e, son directeur s&#233;questr&#233;. La situation est aussi pr&#233;-insurrectionnelle &#224; Venise, tandis qu'&#224; Rome une foule immense attend des dirigeants du PC le signal de l'insurrection. La r&#233;pression polici&#232;re fera 16 morts et 204 bless&#233;s lors des diff&#233;rents affrontements. Retourn&#233; sur la sc&#232;ne politique en septembre, Togliatti ne sera plus seulement le repr&#233;sentant personnel de Staline, mais bien son &#233;quivalent symbolique italien, sachant exploiter au maximum son statut de &#171; rescap&#233; &#187; pour introduire un culte de la personnalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Silvio Pellico (1789-1854)&lt;/i&gt; : Ecrivain pi&#233;montais et patriote italien lib&#233;ral qui lutta contre l'occupation autrichienne. Arr&#234;t&#233; pour conspiration politique en 1821, il fut condamn&#233; &#224; mort, peine commu&#233;e en quinze ans de taule. Il est l'auteur du livre &lt;i&gt;Mes prisons&lt;/i&gt;, publi&#233; en 1833, qui raconte son incarc&#233;ration dans la prison Sainte Marguerite &#224; Milan, celle des Plombs &#224; Venise, puis dans la forteresse du Spielberg en Moravie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il s'agit de Luis Agust&#237;n Vicente. Cet &#233;pisode est &#233;voqu&#233; bri&#232;vement par Antonio T&#233;llez Sol&#225; dans &lt;i&gt;Sabat&#233; : Gu&#233;rilla urbaine en Espagne (1945-1960)&lt;/i&gt;, &#233;d. Rep&#232;res-Silena (Toulouse), 1990, pp. 256-257. Et plus largement dans Antonio T&#233;llez, &lt;i&gt;Guerilla urbana : Facer&#237;as&lt;/i&gt;, ed. Ruedo Ib&#233;rico (Paris), 1974. A noter que les liens entre Jos&#233; Lluis Facer&#237;as et l'Italie vont bien au-del&#224; de cette rencontre avec Goliardo Fiaschi, puisqu'il est rest&#233; dans ce pays de 1952 &#224; 1957 sous le nom d'&lt;i&gt;Alberto&lt;/i&gt;. En plus de ses activit&#233;s d'autofinancement et d'attaques, il s'y est par exemple impliqu&#233; dans l'aide aux objecteurs de conscience, a soutenu la F&#233;d&#233;ration Anarchiste de G&#234;nes, a lanc&#233; le journal &lt;i&gt;Lotta Anarchica&lt;/i&gt;, contribu&#233; &#224; la r&#233;daction des &lt;i&gt;Quaderni del Militante&lt;/i&gt;, organis&#233; des rencontres internationales et traduit des classiques anarchistes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'Anarchisme contre l'antifascisme</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article722</link>
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		<dc:date>2009-10-19T09:58:45Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alfredo M. Bonanno, Antoine Gimenez, Belgrado Pedrini, Emilio Strafelini, Non Fides, Severino Di Giovanni</dc:creator>


		<dc:subject>Anarchismes, anarchie</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>
		<dc:subject>Agitations arm&#233;es</dc:subject>
		<dc:subject>Critiques du citoyennisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'anti-fascisme est la lutte contre l'un des diff&#233;rents modes de gestion de l'&#201;tat et de la domination. Il se place aux cot&#233;s de l'anti-th&#233;ocratisme, l'anti-d&#233;mocratisme, l'anti-r&#233;publicanisme etc. Il n'est qu'un composant minimal parmi tant d'autres de l'anti-autoritarisme. Si nous d&#233;cidons cependant de prendre la plume contre l'anti-fascisme d'un point de vue anarchiste, ce n'est pas par amour du fascisme, mais bien par haine de tous les modes de gouvernement de l'&#201;tat, du pouvoir et de ses ennemis qui ne souhaitent que le gerer ou le remplacer par un autre.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'anti-fascisme a trop souvent servi d'excuse &#224; des unions sacr&#233;es et des fronts unis d'alliances contre-nature, il a trop souvent servi &#224; renforcer la succession du fascisme par d'autres soci&#233;t&#233;s de domination, telles que la d&#233;mocratie. Lorsque l'anti-fascisme n'est que l'autre nom de la d&#233;fense de l'existant, il n'est qu'un autre adversaire du projet anarchiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi nous opposons ici l'anarchisme &#224; l'anti-fascisme.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique5" rel="directory"&gt;A&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Anarchismes, anarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot91" rel="tag"&gt;Agitations arm&#233;es&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Critiques du citoyennisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L106xH150/arton722-8fb85.jpg?1780789914' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff722.jpg?1249252391&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'Anarchisme contre l'antifascisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Depuis 1945 r&#232;gne dans les pays anciennement fascistes un mythe structurant. D&#233;livr&#233;s du joug de l'&#233;pisode fasciste de l'Etat, et aussit&#244;t pass&#233;s &#224; l'&#233;pisode d&#233;mocratique, la condition des habitants de ces pays aurait &#233;t&#233; radicalement boulevers&#233;e. Beaucoup s'en r&#233;jouissent encore aujourd'hui, une cinquantaine d'ann&#233;es de pacification sociale plus tard, en t&#233;moigne les nombreuses manifestations et comm&#233;morations annuelles inscrites au calendrier de tout bon Etat qui se respecte. Les exploit&#233;s, les ind&#233;sirables auraient alors miraculeusement chang&#233; de condition. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ce mythe est le mythe de la lib&#233;ration de 45, c'est le mythe antifasciste, nous allons tenter d'en d&#233;gager quelques traits.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a dans cette mythologie, comme dans toute mythologie, une illusion qui pourchasse la raison. Les ind&#233;sirables extermin&#233;s, massacr&#233;s, tortur&#233;s &#224; mort sous le r&#233;gime fasciste et ceux enferm&#233;s, exploit&#233;s, expuls&#233;s, contamin&#233;s, g&#233;n&#233;tiquement fich&#233;s sous le r&#233;gime d&#233;mocratique n'ont en fait jamais chang&#233; de condition, ils n'ont chang&#233; que de conditions de vie. &lt;br class='manualbr' /&gt;Chaque r&#233;gime a eu ses cat&#233;gories d'ind&#233;sirables, parfois les m&#234;mes. Chaque groupement humain autoritaire a poss&#233;d&#233; ses esclaves, ses ennemis, son langage sp&#233;cifique, ses tendances &#224; la domestication, sa part de servitude volontaire et son arsenal punitif. De la tribu primitive au fascisme, de la d&#233;mocratie &#224; la tyrannie. Il suffit que le principe d'autorit&#233; surgisse pour qu'un contrat plus ou moins forc&#233;, qu'il soit &#171; laxiste &#187; ou enti&#232;rement coercitif, soit scell&#233; par ceux qui d&#233;tiennent le moindre pouvoir et ceux que la faiblesse mat&#233;rielle et sociale encage aux confins de la domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cons&#233;quences de ce mythe sont multiples et nombreuses, elles sont tellement ancr&#233;e depuis les bagnes scolaires jusqu'aux bagnes fun&#232;bres que s'en d&#233;faire rel&#232;ve d'une d&#233;construction profonde, et pour beaucoup, douloureuse. Mais essayons tout de m&#234;me de poser quelques notes sur ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;***&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;1.	Attaquer dans le but de causer des d&#233;g&#226;ts au pouvoir et jeter le d&#233;sordre en son sein pour l'affaiblir tant id&#233;ologiquement que mat&#233;riellement.&lt;br class='manualbr' /&gt;2.	Accentuer les conflictualit&#233;s pour tracer des lignes de d&#233;marcation nettes et belliqueuses entre les partisans de la libert&#233; sans concession et les partisans de la domination et du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux moyens ont toujours &#233;t&#233; de fa&#231;on compl&#233;mentaire et pour beaucoup d'anarchistes, des cartes &#224; jouer pour assouvir notre faim effr&#233;n&#233;e de libert&#233;. C'est ce qu'ont fait de nombreux anarchistes des temps pr&#233;-d&#233;mocratiques sous les divers fascismes, de l'Europe (Gr&#232;ce, Italie, Espagne, Portugal, France&#8230;) &#224; L'Am&#233;rique Latine (Chili, Argentine, Guatemala&#8230;). Avec des moyens plus ou moins radicaux : du sabotage &#224; la diffusion de tracts et de placards muraux, de l'utilisation d'engins explosifs ou incendiaires &#224; l'&#233;dition de journaux. Beaucoup se sont &#233;lanc&#233;s &#224; corps perdu dans cette lutte, beaucoup l'ont pay&#233; au prix de leur vie ou de leur libert&#233;, ce qui revient au m&#234;me, et beaucoup d'entre eux sans ne jamais rien attendre d'autre en retour que le triomphe de l'id&#233;e anti-autoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seulement, ils sont moins nombreux, ceux qui identifi&#232;rent leur ennemi irr&#233;conciliable avec justesse, ceux pour qui la b&#234;te immonde &#224; abattre &#233;tait le pouvoir, et non le &lt;i&gt;mode de gestion&lt;/i&gt; du pouvoir, aussi fasciste soit-il. Peu nombreux aussi ceux qui n'ont pas baiss&#233; les armes lorsqu'en face la d&#233;mocratie venait d'h&#233;riter de l'arsenal scientifique, mat&#233;riel et id&#233;ologique du fascisme dans une m&#234;me continuit&#233; de la domination &#233;tatique et &#233;conomique.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il y en eut qui n'abaiss&#232;rent pas les armes apr&#232;s la passation de pouvoir, les r&#233;cits sont discrets mais nombreux. Belgrado Pedrini&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Condamn&#233; &#224; mort par le fascisme, Pedrini se voit lib&#233;r&#233; en 1944 de la prison (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est de ceux qui furent &#171; bandits &#187; sous Mussolini, parce qu'ils s'insurg&#232;rent contre l'ordre fasciste, et &#171; criminels &#187; au sortir de la guerre, parce qu'ils refus&#232;rent de s'en remettre aux autorit&#233;s d&#233;mocratiques issues de la R&#233;sistance. il y en avait qui, malgr&#233; le fait qu'ils n'aient pas surv&#233;cu au fascisme, essayaient d&#233;j&#224; d'attirer l'attention sur le fait que l'ennemi v&#233;ritable &#233;tait le pouvoir et non le fascisme, comme Severino Di Giovanni, insistant lui, sur le fait que les puissants, fascistes ou non, sont toujours les m&#234;mes : &#171; Avec eux, il ne pourra jamais y avoir de r&#233;conciliation. Au m&#234;me titre que les phalanges &#224; t&#234;te de mort d'aujourd'hui, ils ont hier (oui, eux, les antifascistes d'aujourd'hui, les opposants et r&#233;fugi&#233;s politiques, ceux qui ont v&#233;g&#233;t&#233; dans les marais m&#233;phitiques de la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente) &#233;t&#233; des maquereaux, ils ont v&#233;cu dans les coulisses du Viminal&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le palais pr&#233;sidentiel italien.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou dans les chambres du parlement, appuyant ou soutenant le r&#233;gime et ses infamies. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans Il nostro antifascismo, extrait de Culmine N&#176;16, 23 d&#233;cembre 1926.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il leur aura fallu dissiper l'&#233;cran de fum&#233;e fasciste pour leur permettre d'identifier les jeux de pouvoirs qui derri&#232;re le rideau, tiraient les ficelles. Le fascisme est au pouvoir ce que le dialecte est au langage, un simple mode d'expression parmi d'autres, et ces autres sont la dictature, la th&#233;ocratie, le communisme et la d&#233;mocratie. C'est la d&#233;mocratie qui de nos jours, a su se rendre le meilleur mode de gestion politique et social du capitalisme occidental. C'est aussi pour cette raison que le fascisme a fait son temps. Il ne reste de lui qu'une brumeuse nostalgie dans les esprits de quelques imb&#233;ciles bien trop isol&#233;s et inconstants pour menacer la d&#233;mocratie ; qu'ils d&#233;ambulent en costard de politicien ou munis d'une batte de base-ball ne semble rien changer &#224; l'affaire. La d&#233;mocratie a ent&#233;rin&#233; la d&#233;faite des modes de gouvernement omni-coercitifs en occident. Si nous nous foutons de la vie des quelques fascistes d'aujourd'hui, et cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas les combattre eux aussi, nous nous sentons bien plus concern&#233;s par la d&#233;g&#233;n&#233;rescence et la r&#233;cup&#233;ration d'un antifascisme de lutte contre le pouvoir des ann&#233;es pr&#233;-d&#233;mocratiques par un antifascisme nouveau cru et vid&#233; de tout sens.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;***&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cet antifascisme l&#224;, n'est en fait rien d'autre qu'une sc&#232;ne culturelle, un milieu avec une identit&#233; communautaire tel que les ann&#233;es 80/90s ont tant su en produire : Skaters, gothiques, fans de jeux-vid&#233;os, traders, satanistes, technophiles, new-borns, ravers, baby-boomers, v&#233;liplanchistes et je ne sais quoi d'autre encore. L'autoproclam&#233; antifascisme est aujourd'hui devenu, comme tous ceux cit&#233;s avant, un vulgaire mode de consommation collectif et &#233;ph&#233;m&#232;re. L'on est antifasciste quelques ann&#233;es avant de devenir trader ou m&#233;canicien. Parfois on le reste &#233;ternellement comme d'autres d&#233;dient leurs vies &#224; Michael Jackson, &#224; leur collection de boite d'allumettes ou &#224; leur travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord le code vestimentaire, du lacet au cale&#231;on, il y a les marques conseill&#233;es et les marques bannies &#8211; le plus souvent parce qu'elles sont d&#233;j&#224; r&#233;serv&#233;es par la communaut&#233; oppos&#233;e : les n&#233;o-fascistes - le gang adverse de celui des n&#233;o-antifascistes, vous suivez ? Ensuite il y a le lien social : les f&#234;tes, les bars, squats et salles de concert attitr&#233;s, tout autant d'occasions d'&#233;prouver son style et son charisme au devant de l'alt&#233;rit&#233; intra-communautaire. Aussi la musique officielle et les all&#233;geances collectives aux divers outils de la domestication tels que les syndicats ; l'antifasciste va choisir tel ou tel syndicat -celui que son identit&#233; communautaire lui sugg&#232;re- de la m&#234;me mani&#232;re qu'un nationaliste corse au supermarch&#233; va choisir un fromage corse parmi une centaine d'autres. Puis une bonne dose de mythomanie, de mythologie et de peopolisation &#224; propos des affrontements de rue avec l'ennemi fantasm&#233; tentaculaire afin de justifier l'antifascisme au-del&#224; de son obsolescence manifeste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y en a d'autres encore, de ces &#233;l&#233;ments qui font que l'antifascisme aujourd'hui n'est plus qu'un simple loisir. Avec la mort du fascisme, on a du maintenir l'anti-fascisme sous respiration artificielle, et avec un acharnement th&#233;rapeutique sans barri&#232;res, jusqu'&#224; ce que l'on aboutisse &#224; cet avatar d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; &#224; la fois de la soci&#233;t&#233; de consommation et de la nostalgie d'une lutte offensive contre le pouvoir. Alfredo Bonanno nous raconte, apr&#233;s avoir soulign&#233; l'importance de la m&#233;moire et de la transmission des anciens qui ont combattu le fascisme les armes &#224; la main : &#171; Je comprends moins ceux qui un demi-si&#232;cle plus tard et n'ayant pas v&#233;cu ces exp&#233;riences (ne se trouvant donc pas prisonniers de ces &#233;motions) empruntent des explications qui n'ont plus aucune raison d'exister et qui ne sont souvent rien de plus qu'un simple &#233;cran de fum&#233;e derri&#232;re lequel se cacher confortablement. Je suis anti-fasciste !, vous jettent-ils &#224; la figure comme une d&#233;claration de guerre, et vous ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans le texte Che ne facciamo dell'antifascismo ?, publi&#233; dans la revue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;***&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si de nombreux r&#233;volutionnaires se tournent vers un futur trop lointain, donc impalpable, les antifascistes eux, sont tourn&#233;s vers un pass&#233; tout aussi impalpable. Vers des &#233;motions qui ont &#233;t&#233; v&#233;cues par nos anciens, les rares survivants de ces temps r&#233;volus. Si ils ont tant de choses &#224; raconter, il n'y a pour autant plus aucun antifasciste pour les &#233;couter. C'est que nos anciens sont des ennemis de l'&#201;tat, anarchistes, qu'ils ne sont donc pas c&#233;l&#233;br&#233;s chaque ann&#233;e par l'&#201;tat, et sont donc inconnus de tous ceux qui ne s'y sont pas int&#233;ress&#233;s de fa&#231;on autonome et individuelle. C'est ainsi que nos antifascistes se tournent vers la m&#233;moire de r&#233;sistants communistes autoritaires, parfois nationalistes et parfois gaullistes. Ces m&#234;mes r&#233;sistants qui au lendemain de la guerre ont pris le pouvoir, qui ont pers&#233;cut&#233; nos compagnons. L'histoire ayant toujours &#233;t&#233; &#233;crite par les dominants, et la curiosit&#233; et l'&#233;rudition manquant &#224; l'appel, c'est de cette r&#233;sistance mythifi&#233;e dont se p&#226;ment les antifascistes d'aujourd'hui, et nous ne parlons l&#224; que de ceux qui se r&#233;clament de l'anarchisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ils sont nombreux et tr&#232;s peu &#224; la fois, ceux qui se r&#233;clament de l'anarchisme dans le mouvement culturel antifasciste ; je m'explique. La sc&#232;ne artistique antifasciste d'aujourd'hui se plait &#224; m&#233;langer les symboles et les ic&#244;nes. Souvent se trouvent c&#244;te &#224; c&#244;te des symboles du folklore anarchiste (drapeaux noirs, A cercl&#233;s, marins r&#233;volt&#233;s de Kronstadt et autres figures historiques mis en avant pour leur h&#233;ro&#239;sme...) et des symboles dont le folklore nous rappelle les massacres et les peines d'emprisonnement anti-anarchistes : Les trois fl&#232;ches de la S.F.I.O. de Jaur&#232;s et de Blum devenue logo officiel des antifascistes, les drapeaux rouges et les visages de L&#233;nine, Mao, parfois Staline et autres bouchers comp&#233;titeurs des pires fascistes. Tant de symboles m&#233;lang&#233;s entre eux, donc vid&#233;s de tout sens. La sc&#232;ne culturelle antifasciste joue aujourd'hui le r&#244;le d'un agent de confusion efficace au service de l'affaiblissement de toute clart&#233; r&#233;volutionnaire, au service du pillage de la m&#233;moire des anarchistes qui ont combattu le fascisme et qui n'ont pas d&#233;pos&#233; les armes lorsque la sale gueule de la d&#233;mocratie pointait son nez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voila pourquoi nous ne sommes pas antifascistes. Notre anarchisme est de fait antifasciste puisque le fascisme n'est qu'un &#233;ni&#232;me mode de gestion, certes plus violent, plus spectaculaire et plus identifiable de la domination. Mais l'anarchisme est un courant qui a toujours su identifier ses ennemis : l'Etat et la domination, qu'ils soient fascistes, antifascistes, d&#233;mocrates ou communistes, ou pr&#233;tendument anarchistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme en Espagne o&#249; les Cenetistes Juan Garc&#237;a Oliver et Federica Montseny (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nous opposons l'anarchisme &#224; l'antifascisme.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Non Fides.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Que faire de l'anti-fascisme ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le renard sait beaucoup de choses. &lt;br class='manualbr' /&gt;Le porc-&#233;pic n'en sais qu'une, mais une grande. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Archiloque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fascisme est un mot &#224; sept lettres qui commence par F. &lt;br class='manualbr' /&gt;Les gens aiment jouer avec les mots, qui en dissimulant en partie la r&#233;alit&#233;, les d&#233;chargent de toute r&#233;flexion personnelle ou de toute prise de d&#233;cision. Le symbole agit &#224; notre place en nous fournissant un drapeau et un alibi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et placer &#171; &lt;i&gt;anti-&lt;/i&gt; &#187; devant le symbole n'&#233;quivaut pas &#224; &#234;tre absolument contre tout ce qui nous d&#233;go&#251;te. Nous nous sentons &#224; l'aise de ce c&#244;t&#233;-ci, avec le sentiment du devoir accompli. Avoir recours &#224; ce &#171; &lt;i&gt;anti-&lt;/i&gt; &#187; nous donne une conscience claire, nous enfermant dans un domaine bien gard&#233;, et tr&#232;s fr&#233;quent&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, les choses &#233;voluent. Les ann&#233;es passent, tout comme les relations de pouvoir. De nouveaux patrons prennent la place des vieux et le cercueil tragique du pouvoir passe d'une main &#224; l'autre. Les fascistes d'antan ont observ&#233; le jeu d&#233;mocratique et ont laiss&#233; leurs drapeaux et leurs croix gamm&#233;es &#224; quelques t&#234;tes brul&#233;es. Et pourquoi pas ? Apr&#232;s tout, nous parlons l&#224; d'hommes de pouvoir. Les bavardages vont et viennent, le r&#233;alisme politique est &#233;ternel. Mais nous, qui ne voulons savoir que peu ou rien de la politique, nous demandons &#224; nous-m&#234;mes, embarrass&#233;s, qu'&#224;-t-il bien pu se passer pour que les chemises noires, les fascistes &#224; barres de fer que nous avons combattus avec r&#233;solution, disparaissent de la sc&#232;ne ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Ainsi, comme des poules sans t&#234;tes nous cherchons un nouveau bouc &#233;missaire contre lequel nous pouvons l&#226;cher notre &lt;i&gt;pr&#234;t-&#224;-ha&#239;r&lt;/i&gt;, alors que tout autour de nous, tout tend &#224; devenir plus subtil et plus m&#251;r et que le pouvoir nous invite &#224; entrer en dialogue avec lui : Mais marchez vers l'avant je vous prie, en avant, dites ce que vous devez dire, ce n'est pas un probl&#232;me ! N'oubliez pas, nous vivons en d&#233;mocratie, chacun a le droit de dire ce qu'il veut. D'autres &#233;coutent, sont d'accord ou ne sont pas d'accord, mais les purs d&#233;cident du jeu. La majorit&#233; gagne et il ne reste plus &#224; la minorit&#233; que le droit de continuer &#224; n'&#234;tre pas d'accord. Tout cela, aussi longtemps que la totalit&#233; se r&#233;duit &#224; la dialectique du &#171; &lt;i&gt;choisir son camp&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous devions r&#233;duire la question du fascisme &#224; de simples mots, nous serions forc&#233;s d'admettre que tout cela n'ait &#233;t&#233; qu'un jeu, ou peut-&#234;tre un r&#234;ve. &lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;Mussolini, un honn&#234;te homme, un grand politicien. Il a fait des erreurs. Mais qui n'en fait pas ? puis il est devenu hors de contr&#244;le. Il a &#233;t&#233; trahi. Nous avons tous &#233;t&#233; trahis. De la mythologie fasciste ? Laisse tomber ! Il n'y a aucun int&#233;r&#234;t &#224; penser &#224; de telles reliques du pass&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Hitler&lt;/i&gt; &#187;, se souvient Klausmann, en faisant le portrait sarcastique de la mentalit&#233; de Gerhart Hauptmann, le vieux th&#233;oricien du r&#233;alisme politique, &#171; &lt;i&gt;mes chers amis ! ... sans rancune ! Essayons d'&#234;tre... Non, si vous me permettez, ... permettez moi ... objectif ... Voulez vous que je vous serve un autre verre ? Ce champagne... vraiment exquis - Ce Hitler l&#224;, je veux dire ... le champagne aussi, d'ailleurs, quelle grande &#233;volution ... la jeunesse allemande... environ 7 millions de votes ... comme je le dis souvent &#224; mes amis juifs... ces allemands... incroyable nation... vraiment myst&#233;rieuse ...des impulsions cosmiques... Goethe ... la saga de la dynamique ... des tendances &#233;l&#233;mentaires et irr&#233;sistibles...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, que cesse le papotage. Les diff&#233;rences s'att&#233;nuent autour d'un verre de bon vin, et tout devient une question d'opinion. Parce que, et c'est l&#224; la chose importante, il y a des diff&#233;rences, pas entre le fascisme et l'anti-fascisme, mais entre ceux qui veulent le pouvoir et ceux qui se battent contre le pouvoir et le refusent. Mais quelles sont les bases de ces diff&#233;rences &#224; d&#233;chiffrer ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Peut &#234;tre en ayant recours &#224; analyse ? Non, je ne pense pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les historiens sont la cat&#233;gorie la plus utile d'idiots au service du pouvoir. Ils pensent connaitre &#233;norm&#233;ment, mais plus ils &#233;tudient furieusement des documents, plus ils ne connaissent rien d'autre. Les documents qui certifient ind&#233;niablement ce qui est arriv&#233; proc&#232;dent de la volont&#233; de l'individu emprisonn&#233; dans la rationalit&#233; de l'&#233;v&#233;nement. L'&#233;quivalent de la v&#233;rit&#233; et du fait. Consid&#233;rer qu'autre chose est possible devient un vague passe-temps litt&#233;raire. Si l'historien a la moindre lueur vacillante d'intelligence, il se dirige imm&#233;diatement vers la philosophie, s'immergeant dans l'angoisse commune, dans les contes de f&#233;es et de ch&#226;teaux enchant&#233;s. En attendant le monde autour de nous se voit emprisonn&#233; entre les mains des puissants, et leur culture du livre de r&#233;vision d'examens est incapable de souligner la diff&#233;rence entre un document et une pomme de terre cuite. &#171; &lt;i&gt;Si la volont&#233; de l'homme &#233;tait libre&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit Tolsto&#239; dans &lt;i&gt;Guerre et Paix&lt;/i&gt;, &#171; &lt;i&gt;toute l'histoire serait une s&#233;rie d'&#233;v&#233;nements fortuits... Si au lieu de cela il y a une loi dirigeant seule les actions de l'homme, alors le libre arbitre ne peut exister, parce que la volont&#233; de l'homme doit &#234;tre soumise &#224; ces lois.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait est que les historiens sont utiles, particuli&#232;rement pour nous fournir des &#233;l&#233;ments confortables, des alibis et des b&#233;quilles psychologiques. Quel courage ces Communards de 1871 ! Ils sont morts comme de braves hommes, dos au mur du P&#232;re Lachaise ! Et le lecteur est excit&#233; et se pr&#233;pare &#224; mourir aussi si n&#233;cessaire, dos au prochain mur des communards. Attendre des forces sociales qu'elles nous mettent dans la condition du mort h&#233;ro&#239;que nous traverse alors quotidiennement, souvent au seuil de la mort sans m&#234;me que cette occasion ne se pr&#233;sente. Mais les tendances historiques ne sont pas si exactes. Donnez ou prenez une d&#233;cennie, nous pourrions manquer cette occasion et nous retrouver les mains vides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vous voulez mesurer l'imb&#233;cillit&#233; d'un historien, faites lui raisonner sur les choses qui arrivent aujourd'hui plut&#244;t que dans le pass&#233;. Cela vous ouvrira l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, pas d'analyse historique non plus : la discussion peut-&#234;tre politique ou politico-philosophique, du genre que nous nous sommes habitu&#233;s &#224; lire ces derni&#232;res ann&#233;es. Le fascisme est quelque chose une minute et quelque chose d'autre la minute suivante. La technique n&#233;cessaire pour en arriver &#224; cette analyse est vite vue. Prenez le m&#233;canisme h&#233;g&#233;lien d'affirmation et d'infirmation simultan&#233;es, extrayez-en une affirmation pure &#224; propos de ce qui vous vient &#224; l'esprit. Cela ressemble &#224; ce sentiment de d&#233;ception que l'on a lorsqu'apr&#232;s avoir couru pour attraper un bus, on r&#233;alise que le chauffeur, m&#234;me s'il nous a vu, a acc&#233;l&#233;r&#233; au lieu de s'arr&#234;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien, dans ce cas on peut d&#233;montrer, et je pense qu'Adorno l'a fait, que c'est pr&#233;cis&#233;ment une vague de frustration inconsciente - caus&#233;e par la vie qui nous &#233;chappe et devient insaisissable - qui d&#233;ferle en nous, nous donnant envie de tuer le conducteur. Tels sont les myst&#232;res de la logique H&#233;g&#233;lienne ! Ainsi, le fascisme devient progressivement moins m&#233;prisable. Parce qu'&#224; l'int&#233;rieur de nous, se cachant dans un coin sombre de notre instinct animal, le rythme du c&#339;ur s'excite. Pourtant inconnu de nous-m&#234;mes, un fasciste se cache en nous. Et c'est au nom de ce potentiel fasciste que nous venons &#224; justifier tous les autres. Pas d'extr&#233;mistes, bien entendu ! Tant de gens sont-ils morts ? &lt;br class='manualbr' /&gt;Plus s&#233;rieusement, au nom d'un sens bancal de la justice, des personnes qui &#233;taient pourtant dignes de respect mettent les non-sens de Faurisson en circulation. Mais non, mieux vaut ne pas s'aventurer le long de cette route.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les connaissances sont rares et que le peu de notions que nous avons semblent sautiller sur place dans une mer orageuse, il est facile de devenir la proie d'histoires invent&#233;es par ceux qui sont plus intelligents avec les mots que nous le sommes. Dans le but d'&#233;viter une telle &#233;ventualit&#233;, les Marxistes, gracieux programmeurs d'esprits qu'ils sont, ont entretenu l'id&#233;e que le fascisme &#233;tait l'&#233;quivalent de la matraque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'oppos&#233;, m&#234;me des philosophes comme Gentile&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Giovanni Gentile (Castelvetrano, le 30 mai 1875 - Florence, le 15 avril (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ont sugg&#233;r&#233; que la matraque, en agissant sur la volont&#233;, est aussi un moyen moral en ce qu'elle construit la symbiose future entre &#201;tat et individu dans cette unit&#233; sup&#233;rieure o&#249; l'acte individuel devient collectif. L&#224; nous voyons &#224; quel point les Marxistes et les fascistes sont originaires d'un m&#234;me stock id&#233;ologique, avec toutes les cons&#233;quences pratiques qui s'ensuivent, camps de concentration inclus. Mais continuons. Non, le fascisme n'est pas juste la matraque, il n'est pas non plus juste C&#233;line, Mishima, Pound&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ezra Weston Loomis Pound (Hailey, Idaho, &#201;tats-Unis, 30 octobre 1885 - 1er (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou Cioran. Il n'est pas un seul de ces &#233;l&#233;ments, ni aucun autre pris individuellement, mais tous, lorsqu'ils sont r&#233;unis. Ce n'est pas non plus la r&#233;bellion d'un individu isol&#233; qui choisit sa propre lutte personnelle contre toutes les autres, en incluant de temps en temps l'&#201;tat, et qui pourrait m&#234;me attirer cette sympathie humaine que nous ressentons pour tous les rebelles, m&#234;me les plus inconfortables. Non, cela n'est pas le fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le pouvoir, le fascisme brut comme celui qui a pu exister sous des dictatures &#224; des p&#233;riodes diverses de l'histoire n'est plus un projet politique praticable. De nouveaux instruments apparaissent aux cot&#233;s des nouvelles formes de gestion du pouvoir. Alors laissons cela aux historiens pour qu'ils puissent m&#226;cher autant qu'ils le veulent. Le fascisme est d&#233;mod&#233; m&#234;me en tant qu'insulte politique ou accusation. Quand un mot en vient &#224; &#234;tre instrumentalis&#233; de fa&#231;on d&#233;sobligeante par ceux qui sont au pouvoir, nous ne pouvons pas l'ignorer. Et parce que ce mot et le concept li&#233; &#224; ce mot nous d&#233;go&#251;tent, il serait bien de mettre l'un et l'autre loin dans le grenier avec toutes les autres horreurs de l'histoire et l'oublier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oublier le mot et le concept, oui, mais surtout pas ce qui s'y dissimule. Nous devons garder cel&#224; &#224; l'esprit pour nous pr&#233;parer &#224; agir. La chasse aux fascistes pourrait en effet &#234;tre un sport plaisant de nos jours, mais il pourrait aussi repr&#233;senter ce d&#233;sir inconscient d'&#233;viter toute analyse plus profonde de l'existant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je peux comprendre l'anti-fascisme. Je suis un antifasciste aussi, mais mes raisons ne sont pas semblables &#224; celle des anti-fascistes ! J'en ai entendu par le pass&#233; et j'en entend toujours aujourd'hui qui se d&#233;finissent comme tel. &lt;br class='manualbr' /&gt;Pour beaucoup, il fallait combattre le fascisme il y a vingt ans lorsqu'il &#233;tait au pouvoir en Espagne, au Portugal, en Gr&#232;ce, au Chili, etc. Mais pourtant, lorsque les nouveaux r&#233;gimes d&#233;mocratiques ont pris leurs marques dans ces pays, l'anti-fascisme qui poss&#233;dait tant de f&#233;roces adversaires s'est &#233;teint. C'est l&#224; que je me suis rendu compte que l'anti-fascisme de mes vieux camarades de lutte &#233;tait diff&#233;rent du mien. Pour moi rien n'avait chang&#233;. Ce que nous avons fait en Gr&#232;ce, en Espagne, dans les colonies portugaises et en d'autres endroits pourrait avoir continu&#233; m&#234;me apr&#232;s que les nouveaux &#201;tats d&#233;mocratiques aient h&#233;rit&#233; des succ&#232;s pass&#233;s du vieux fascisme. &lt;br class='manualbr' /&gt;Mais beaucoup n'&#233;taient pas d'accord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est n&#233;cessaire de savoir &#233;couter les vieux camarades qui nous racontent leurs aventures et les trag&#233;dies qu'ils ont connu, lorsqu'ils nous parlent de tous ceux qui furent assassin&#233;s par les fascistes, de la violence et de tout le reste. Mais, comme disait Tolsto&#239;, encore lui, &#171; &lt;i&gt;l'individu qui joue un r&#244;le dans des &#233;v&#233;nements historiques n'en comprend jamais vraiment la signification. S'il essaye de la comprendre, il devient un composant st&#233;rile&lt;/i&gt; &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Je comprends moins ceux qui un demi-si&#232;cle plus tard et n'ayant pas v&#233;cu ces exp&#233;riences (ne se trouvant donc pas prisonniers de ces &#233;motions) empruntent des explications qui n'ont plus aucune raison d'exister et qui ne sont souvent rien de plus qu'un simple &#233;cran de fum&#233;e derri&#232;re lequel se cacher confortablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je suis anti-fasciste !&lt;/i&gt; &#187;, vous jettent-ils &#224; la figure comme une d&#233;claration de guerre, &#171; &lt;i&gt;et vous ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un tel cas, ma r&#233;ponse quasi-spontan&#233;e est - Non, je ne suis pas un antifasciste. Je ne suis pas un antifasciste de la fa&#231;on dont vous l'&#234;tes. Je ne suis pas un antifasciste parce que je suis all&#233; combattre les fascistes dans leurs pays pendent que vous restiez au chaud dans votre d&#233;mocratie. Je ne suis pas un antifasciste parce que j'ai continu&#233; &#224; me battre contre la d&#233;mocratie qui a remplac&#233; ces innombrables versions du fascisme dans ce v&#233;ritable feuilleton m&#233;lodramatique. La d&#233;mocratie utilise des moyens de r&#233;pression bien plus modernes, elle est, si cela vous fait plaisir, plus fasciste que les fascistes eux-m&#234;mes. Je ne suis pas un antifasciste parce que j'essaye encore d'identifier ceux qui d&#233;tiennent le pouvoir aujourd'hui et je ne me laisse pas aveugler par des &#233;tiquettes et des symboles ; tandis que vous, vous continuez &#224; vous appeler anti-fascistes uniquement dans le but d'avoir une justification pour parader dans les rues &#224; vous cacher derri&#232;re votre banderole &#171; &lt;i&gt;&#224; bas le fascisme !&lt;/i&gt; &#187;. Bien s&#251;r, si j'avais eu plus de huit ans du temps de la &#171; r&#233;sistance &#187;, peut-&#234;tre aurais-je &#233;t&#233; moi aussi exalt&#233; par tant de jeunes m&#233;moires et d'antiques passions et surement que je n'aurais pas &#233;t&#233; si lucide. Mais je ne pense pas. Parce que si l'on examine soigneusement les faits, m&#234;me dans le conglom&#233;rat embarrass&#233; et anonyme de l'anti-fascisme des formations politiques, il y en eut qui ne se sont pas conform&#233;s, qui sont all&#233;s plus loin, ont continu&#233; et ont port&#233; leurs convictions bien au-del&#224; du &#171; &lt;i&gt;cessez-le-feu !&lt;/i&gt; &#187;. Parce que la lutte vitale n'est pas seulement contre les fascistes en chemises noires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les chemises noires, ou Milice Volontaire pour la S&#233;curit&#233; Nationale (MVSN) (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; du pass&#233; et ceux du pr&#233;sent, mais aussi et fondamentalement contre le pouvoir et tous ses &#233;l&#233;ments d'appui qui nous oppriment, m&#234;me lorsqu'il porte la figure laxiste et tol&#233;rante de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Dans ce cas la, vous auriez du le dire plus t&#244;t&lt;/i&gt; &#187; pourrait-on me r&#233;pondre - &#171; &lt;i&gt;vous &#234;tes un antifasciste aussi&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Et comment pourrait-il en &#234;tre autrement ? Vous &#234;tes anarchiste... donc vous &#234;tes anti-fasciste ! Arr&#234;tez de vous couper les cheveux en quatre et de nous emmerder.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je pense qu'il est utile de faire des distinctions claires, je suis anarchiste et je n'ai jamais aim&#233; les fascistes, ni leur projet. Pour d'autres raisons (mais qui apr&#232;s examen s'av&#232;rent &#234;tre les m&#234;mes), je n'ai jamais aim&#233; les d&#233;mocrates, les lib&#233;raux, les r&#233;publicains, les Gaullistes, les travaillistes, les Marxistes, les communistes, les socialistes ou n'importe lequel de ces projets. Contre eux, je n'ai jamais vraiment oppos&#233; mon anarchisme mais plut&#244;t ma diff&#233;rence : Tout d'abord mon individualit&#233;, ma propre compr&#233;hension de la vie, ressentir des &#233;motions, chercher, d&#233;couvrir, exp&#233;rimenter et aimer. Je permets seulement l'entr&#233;e &#224; ce monde qu'aux id&#233;es et aux gens qui m'attirent ; le reste je le garde g&#233;n&#233;ralement &#224; bonne distance de moi, poliment, ou autrement.&lt;br class='manualbr' /&gt;Je ne me d&#233;fends pas, j'attaque. Je ne suis pas un pacifiste et je n'attends pas que les choses aillent au-del&#224; du niveau de s&#233;curit&#233; limite. J'essaye de prendre l'initiative contre ceux qui pourraient -m&#234;me potentiellement- constituer un danger pour ma fa&#231;on de vivre la vie. Et une partie de cette fa&#231;on de vivre est aussi le besoin et le d&#233;sir des autres - pas comme des entit&#233;s m&#233;taphysiques, mais comme des autres clairement identifi&#233;s, ceux qui ont une affinit&#233; avec ma fa&#231;on d'&#234;tre et de vivre. Et cette affinit&#233; n'est pas quelque chose de statique et grav&#233;e &#224; jamais dans la pierre. Il s'agit d'une affinit&#233; dynamique qui change et continue &#224; se cultiver et &#224; s'&#233;largir, en r&#233;v&#233;lant encore d'autres personnes et d'autres id&#233;es et en tissant un r&#233;seau de relation immense et divers, mais o&#249; la constance de ma fa&#231;on d'&#234;tre et de vivre avec toutes ses variations et &#233;volutions, n'est pas menac&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai voyag&#233; aux quatre coins du royaume des hommes et je n'ai pas encore trouv&#233; d'endroit pr&#233;cis o&#249; satisfaire ma soif pour la connaissance, la diversit&#233;, la passion, les r&#234;ves : un amant amoureux de l'amour.&lt;br class='manualbr' /&gt;Partout j'ai vu d'&#233;normes potentialit&#233;s se laisser &#233;craser par l'inconvenance, et de maigres capacit&#233;s fleurir au soleil d'une constance de l'engagement. Mais tant que fleurit l'ouverture vers ce qui est diff&#233;rent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;la r&#233;ceptivit&#233; &#224; se laisser p&#233;n&#233;trer et &#224; p&#233;n&#233;trer au point de ne plus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'affinit&#233; est possible ; c'est possible de r&#234;ver &#224; un engagement commun, perp&#233;tuel et au-del&#224; du contingent, telle est l'approche humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et plus nous nous &#233;loignons de tout cela, plus les affinit&#233;s commencent &#224; s'affaiblir et finalement, &#224; dispara&#238;tre. Et alors nous les retrouvons l&#224;, tous ceux qui portent leurs opinions comme des m&#233;dailles, qui montrent leurs muscles et qui font tout ce qu'ils peuvent pour appara&#238;tre fascinants. Et au-del&#224;, la domination du pouvoir, ses lieux et ses hommes, la vitalit&#233; obligatoire, la fausse idol&#226;trie, le feu sans chaleur, le monologue, le bavardage, le tumulte, toutes ces choses qui peuvent &#234;tre pes&#233;es et mesur&#233;es demeurent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tout cela que je souhaite &#233;viter, voici mon anti-fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alfredo M. Bonanno&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Titre original : &lt;i&gt;Che ne facciamo dell'antifascismo ?&lt;/i&gt;, publi&#233; dans la revue italienne &lt;i&gt;Anarchismo&lt;/i&gt; N&#176;74. R&#233;edit&#233; en anglais avec d'autres textes de Bonanno dans le recueil &lt;i&gt;Dissonances&lt;/i&gt; en 2000 par Elephant Editions, coll. Work in Progress, &#224; Londres.&lt;br class='manualbr' /&gt;Traduction et adaptation en francais par &lt;i&gt;Non Fides&lt;/i&gt;, juillet/aout 2009.&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Tu es antifasciste, oui ou non ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Combien de fois m'a t-on pos&#233; cette question ? Je ne me souviens plus. Et &#224; chaque fois que j'ai cherch&#233; &#224; affronter cette discussion, cela a conduit &#224; mille incompr&#233;hensions et &#233;quivoques. Le fascisme n'a-t-il pas &#233;t&#233; l'incarnation du Mal absolu ? Alors il va de soi que l'antifascisme ne peut que repr&#233;senter le Bien absolu, une vertu &#224; exhiber en public, &#224; afficher en toute occasion. Gare &#224; vous si vous vous montrez distant en sa pr&#233;sence, si vous ne montrez pas la r&#233;v&#233;rence due &#224; son &#233;gard, si vous ne transmettez pas la glorieuse tradition, on vous regardera avec suspicion. Refuser d'applaudir devant l'antifascisme est forc&#233;ment synonyme d'une ambig&#252;it&#233; louche, voir pire...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, le fait que la rh&#233;torique antifasciste soit arriv&#233;e en bout de course devrait paraitre assez clair pour quiconque, surtout aujourd'hui o&#249; tout le monde se proclame &#171; antifasciste &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Tous, y compris l'actuel pr&#233;sident de la Chambre (si, lui-m&#234;me, l'ex-dauphin d'Almirante, ce fusilleur de Partisans). Si si. Mais ceci est l'effet de l'obsolescence des mots et de leur sens : le terme &#171; fasciste &#187; a tellement &#233;t&#233; utilis&#233;, et on en a tellement abus&#233;, qu'il finit par d&#233;finir tout et son contraire ; et au final, pratiquement rien. Pourquoi donc utiliser encore et toujours ce terme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant tout, une pr&#233;cision. Laissons de c&#244;t&#233; les &#233;lucubrations s&#233;mantiques. Suis-je antifasciste, oui ou non ? Je suis un ennemi du fascisme, bien s&#251;r. Mais la d&#233;finition &#171; antifasciste &#187; provoque chez moi un certain agacement. Elle est trop r&#233;duite et suffocante. Je pense que l'antifascisme est effectivement une bonne chose, mais de fa&#231;on tr&#232;s partielle. A peine s'organise-t-il qu'il veut se transformer en totalit&#233;, il devient alors une calamit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour m'exprimer plus clairement, j'utiliserai une analogie. Vous croyez en Dieu ? Moi non, je ne crois en aucun &#234;tre supr&#234;me. En cela, je suis hostile &#224; toute religion, quelle qu'elle soit, car elles construisent toutes leur pouvoir sur la pr&#233;tendue existence de ce Dieu fantasm&#233;. Je suis certainement ath&#233;e. Et ceci fait de moi en m&#234;me temps un anti-chr&#233;tien, un anti-musulman, un anti-juda&#239;que, etc...&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais ces derniers traits sont pour moi secondaires, ils m'appartiennent sans me caract&#233;riser enti&#232;rement. Ils sont, pour l'instant, des descriptions partielles qui, prises isol&#233;ment, n'expriment pas l'enti&#232;ret&#233; de mon &#234;tre. Ils sont les vieilles demi-v&#233;rit&#233;s qui &#224; force d'&#234;tre r&#233;p&#233;t&#233;es, risquent de devenir des mensonges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une d&#233;monstration ? Mettons que quelque jeune homme occidental m'approche et m'invite &#224; participer &#224; une initiative anti-musulmane. Que devrais-je faire, accepter ? Ne plaisantons pas. Je suis contre l'Islam, certes, mais pas seulement. Je sais trop bien que la lutte contre l'Islam attire des hordes de jeunes crois&#233;s en chemises noires ou vertes pour que ce genre de proposition pue imm&#233;diatement l'int&#233;grisme catholique.&lt;br class='autobr' /&gt;
De la m&#234;me fa&#231;on, si une jeune orientale m'abordait et m'invitait &#224; une initiative anti-chr&#233;tienne, je d&#233;clinerais l'offre. Je suis antichr&#233;tien, je l'admets, mais pas seulement. Parce que je n'aime pas non plus la compagnie de celui qui fait de la lutte contre l'Eglise sa propre guerre sainte, je r&#233;pugne trop au fondamentalisme islamique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je devais me d&#233;finir sur la base des mes id&#233;es vis-&#224;-vis de la religion, j'userais uniquement du terme ath&#233;e. Tout autre d&#233;finition, pourtant correcte en elle-m&#234;me, me semblerait trop limit&#233;e, trop vague et ambig&#252;e. Aussi parce que chaque initiative antichr&#233;tienne, pour m'int&#233;resser, doit manifester clairement son hostilit&#233; envers toute religion. &lt;br class='manualbr' /&gt;Cela limiterait les occasions de rencontres et les contacts avec d'autres exp&#233;riences ? J'en suis conscient. Mais de certaines rencontres et contacts je tiens &#224; me pr&#233;server...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien, prenez ce raisonnement et transposez-le du R&#232;gne des Cieux aux &#201;tats de la Terre. Le r&#233;sultat est le m&#234;me. Je suis ennemi du fascisme, mais &#233;galement ennemi de la d&#233;mocratie. Entre le b&#226;ton et la carotte, entre la tyrannie du nombre et la tyrannie de quelques-uns, je ne vois pas de grandes diff&#233;rences. Pour moi il ne s'agit que de formes particuli&#232;res que l'Etat peut assumer, selon les circonstances et les exigences, pour imposer sa propre autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais celui qui veut se lib&#233;rer de cette domination parce qu'il consid&#232;re que toute forme d'autorit&#233; est la n&#233;gation de la libert&#233;, ne peut que les rejeter l'une et l'autre, avec m&#234;me force et d&#233;termination.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour cette raison, je n'arrive pas &#224; &#233;prouver une quelconque sympathie pour l'antifascisme, pas plus que pour l'anti-d&#233;mocratisme. Je me rends compte que le premier attire plus de gens &#171; bien intentionn&#233;s &#187;, et le second plus de personnes &#171; mal-intentionn&#233;es &#187;. Mais les intentions, aussi &#171; bonnes &#187; ou &#171; mauvaises &#187; soient-elles, ne doivent jamais b&#226;illonner l'esprit critique.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'antifascime reste un r&#233;ceptacle du d&#233;mocratisme le plus born&#233;, et que tant de r&#233;volutionnaires ont soutenu par le pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme cela a &#233;t&#233; confirm&#233; depuis quelques temps, &#224; part d&#233;verser des cris d'alarme &#224; propos des agressions commises par des milices &#171; fascistes &#187;, l'antifascisme n'est pas parvenu &#224; exhumer sa vieille rh&#233;torique. Le culte de la charogne n'est pas seulement rentable avec les humains, mais aussi avec les id&#233;es. Ignor&#233; tant qu'il n'y avait plus de chemises noires &#224; l'horizon, d&#233;sormais le drapeau de l'antifascisme est agit&#233; pour son pouvoir mobilisateur. Un drapeau est un drapeau, il sert &#224; rassembler autour de lui. L'antifascisme ayant &#233;t&#233; largement critiqu&#233;, m&#234;me s'il s'av&#233;rait le plus efficace num&#233;riquement parlant, il faudrait pourtant le ranger au fond d'un placard, ou l'enterrer.&lt;br class='manualbr' /&gt;La dignit&#233;, la coh&#233;rence, l'amour-propre... Autant de tr&#232;s belles choses, pour s&#251;r, mais qui s'en soucie ? Comme le disait avec innocence une vieille canaille d'ex-ministre : &#171; il ne faut pas confondre &#233;thique et politique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi au contraire, ent&#234;t&#233; que je suis, je continue de penser que la lutte contre le fascisme ne doit pas &#234;tre noy&#233;e dans la marre antifasciste, faite d'eaux si troubles qu'on s'y perdrait &#224; coup s&#251;r. Cela serait non seulement nuisible d'un point de vue th&#233;orique, mais sur le long terme, cela le deviendrait &#233;galement sur le plan pratique une fois l'illusion quantitative &#233;vapor&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les miliciens qui se sont r&#233;cemment multipli&#233;s dans les rues sont une excroissance, voir un reflet du monde dans lequel nous vivons ; ils en sont peut-&#234;tre la partie la plus visible et la plus &#233;c&#339;urante, mais rien de plus.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il est n&#233;cessaire de s'auto-d&#233;fendre contre leurs agressions, et de les neutraliser &#224; l'occasion, mais sans pour autant en faire l'ennemi public num&#233;ro un. Les mettre sous le feu des projecteurs contribue &#224; attirer l'attention g&#233;n&#233;rale et &#224; choquer les bonnes &#226;mes, &#231;a se comprend, mais cela permet aussi de laisser prolif&#233;rer dans l'ombre tout ce qui pr&#233;c&#232;de, entoure et produit ces horreurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne pense pas qu'on puisse taire cet aspect, sous pr&#233;texte de &#171; proximit&#233; &#187;. Si tant de subversifs ne l'ont pas fait lorsque, dans les ann&#233;es 1920/1930, le fascisme r&#233;gnait et brutalisait le pays tout entier, pourquoi devrions-nous le faire aujourd'hui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#171; Ma tu, sei antifascista si o no ? &#187;&lt;/i&gt;. Texte extrait de Machete N&#176;3. Traduit et adapt&#233; de l'italien par Non Fides. Extrait de la brochure &lt;i&gt;L'anarchisme contre l'antifascisme&lt;/i&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'antifascisme est le pire produit du fascisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question de l'antifascisme, ces derni&#232;res ann&#233;es, est intervenue exclusivement en r&#233;action &#224; de graves attaques consid&#233;r&#233;es comme n&#233;o-fascistes. La r&#233;ponse a pris, au mieux, la forme d'une multitude de d&#233;clarations grandiloquentes appelant &#224; la lutte contre ce n&#233;o-fascisme.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me, c'est que l'essentiel de ces r&#233;actions montrent le lien ind&#233;fectible entre l'antifascisme comme id&#233;ologie, et son sempiternel bagage rh&#233;torique, mythomane et alarmant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'antifascisme, comme d'autres terrains d'action s&#233;par&#233;s (animalisme, antimilitarisme, antiracisme, antisexisme), sont de fait limit&#233;s (et limitant) &#224; une r&#233;action antagoniste partielle, et quasiment nuls en ce qui concerne la projectualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque effort d'&#233;mancipation qui ne se rapporte pas &#224; la subversion int&#233;grale, &#224; l'auto-d&#233;termination, est de fa&#231;on tragique vou&#233; &#224; l'&#233;chec. La r&#233;sistance a devant elle un avenir d&#233;mocratique, donc non-r&#233;volutionnaire, et elle n'emp&#234;che ni la perte de libert&#233;, ni ce que nous consid&#233;rons comme des attaques liberticides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les attaques n&#233;o-fascistes, au m&#234;me titre que l'exploitation des humains, des animaux et des ressources naturelles, prolif&#232;rent sur le terrain fertile de l'id&#233;ologie et de la paix sociale, qui savent si bien s'y adapter.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le manque de perspectives r&#233;volutionnaires nous pousse de plus en plus vers le conformisme du &#171; &lt;i&gt;moins pire possible&lt;/i&gt; &#187;, et ce m&#234;me conformisme laisse la voie ouverte &#224; une progression lente et inexorable de la perte de libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette situation, l'attitude de ceux qui pr&#233;f&#232;rent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme des victimes plut&#244;t que comme des partisans de la subversion se distingue dangereusement, car les r&#233;volutionnaires sont incompris des &#171; &lt;i&gt;masses&lt;/i&gt; &#187;, celles-l&#224; m&#234;mes qui s'acoquinent tant&#244;t avec les populistes, tant&#244;t avec les victimistes.&lt;br class='manualbr' /&gt;Sont antifascistes &#233;galement ceux qui r&#233;&#233;crivent l'histoire des anarchistes morts au combat, en leur collant l'appellation crapuleuse de &#171; &lt;i&gt;communistes&lt;/i&gt; &#187;. Antifascistes ceux qui ont vot&#233; pour les centres de r&#233;tention, pour l'intervention militaire au Kosovo, pour la l&#233;galisation des squats, et qui ont ferm&#233; les yeux lorsque la r&#233;pression du juge Marini s'est abattue sur les anarchistes durant l'op&#233;ration Cervantes.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le sont encore ceux qui, face &#224; des pratiques d'attaques (ou seulement des pratiques radicales), participent &#224; la d&#233;lation ; antifascistes, toujours, les esth&#232;tes de l'affrontement &#224; coup d'explosifs et de poignards, mais seulement lorsque cela se produit &#224; des milliers de kilom&#232;tres de chez eux. M&#234;me les pompiers, en somme, sont antifascistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a, sur le front antifasciste, de la place pour tous les types d'autoritarisme et de confusion. Pas de quoi s'&#233;tonner alors qu'une lutte si partielle tienne uniquement &#224; coup de slogans, de symboles et de folklore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les actions coup-de-poing men&#233;es par les n&#233;o-fascistes sont la partie visible de l'iceberg ; mais sans critique pratique anti-autoritaire, toute r&#233;action &#224; ces violences sera impossible. De la m&#234;me fa&#231;on qu'il sera impossible d'attaquer le monde qui produit de telles horreurs sans une critique globale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il appara&#238;t clairement qu'agir sur le mode de l'urgence, du particulier, fait le jeu de tous les politiciens qui, soulevant leur propre petit drapeau, visent &#224; limiter et encadrer la r&#233;volte, pour maintenir non seulement la paix sociale dans laquelle ils prosp&#232;rent, mais &#233;galement, avec le bon vieux pr&#233;texte historique du Front Antifasciste, pour accompagner toute forme de lutte d&#233;mocratique et institutionnelle, r&#233;cup&#233;rant et &#233;touffant les antagonismes v&#233;ritables sous le poids mort de l'Unit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De deux choses l'une : soit l'antifascisme s'inscrit dans une perspective anti-autoritaire, soit il restera une pauvre agitation rituelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des anti-autoritaires effront&#233;s&lt;/strong&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; Turin, 20/7/05.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;Il Peggior prodotto del fascismo e' l'antifascismo&lt;/i&gt; &#187;. Texte &#233;manant d'El Paso occupato (ne'centro ne'sociale... ne'squat) de Turin. Traduit et adapt&#233; de l'italien par Non Fides. Extrait de la brochure &lt;i&gt;L'Anarchisme contre l'antifascisme&lt;/i&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Clore d&#233;finitivement la partie contre le fascisme, mais &#224; notre fa&#231;on &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le 25 avril 1945, &#224; la chute d&#233;finitive du r&#233;gime, une extr&#234;me all&#233;gresse s'est d&#233;cha&#238;n&#233;e dans toutes les formations de partisans parmi ceux qui avaient d'abord mal support&#233; le fascisme, et qui avaient ensuite risqu&#233; leur vie pendant des ann&#233;es sur les montagnes : l'euphorie de ceux qui avaient eu raison de l'ennemi.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, la r&#233;volte arm&#233;e avait cr&#233;&#233; une situation r&#233;solument diff&#233;rente, pour autant &#224; nous anarchistes, la nouvelle p&#233;riode ne nous apparaissait pas comme le paradis sur terre. On peut dire qu'on &#233;tait pass&#233; d'une situation monopartidaire dictatoriale &#224; une autre, plus lib&#233;rale, qui admettait plusieurs partis au gouvernement. On &#233;tait pass&#233; d'une forme de capitalisme autarcique &#224; une forme de capitalisme international. L'id&#233;ologie propag&#233;e par le nouveau r&#233;gime, entre autres par les partis, &#233;tait d&#233;cid&#233;ment cl&#233;ricale &#8212;au sens le plus moyen&#226;geux du terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lecteur peut imaginer quel genre de r&#233;flexions ont pu faire mes proches et mes compagnons sur cette situation. Je n'exag&#232;re pas en disant que les catholiques, &#224; Carrare et dans sa province, ont toujours &#233;t&#233; une minorit&#233; ethnique en voie d'extinction, et qu'on n'a jamais aim&#233; ni pu supporter les pr&#234;tres. Cette nouvelle r&#233;alit&#233; d&#233;mocratico-cl&#233;ricale, outre la pr&#233;sence des Am&#233;ricains &#224; la maison, d&#233;tonnait, ne nous enchantait pas, ne nous plaisait gu&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, anarchistes, avons de toute fa&#231;on commenc&#233; &#224; nous organiser d&#232;s le 26 avril : nous avons form&#233; des groupes et r&#233;organis&#233; la F&#233;d&#233;ration Anarchiste Italienne. Nous sommes pass&#233;s de la clandestinit&#233; &#224; une forme de propagande et de lutte typiques d'un r&#233;gime &#224; libert&#233;s formelles garanties. A partir du 26 avril, avec d'autres compagnons, nous avons d&#233;cid&#233; de clore d&#233;finitivement la partie contre le fascisme, mais &#224; notre fa&#231;on. En fait, apr&#232;s avoir chass&#233; les&lt;br class='autobr' /&gt;
Allemands, je n'avais nullement l'intention d'oublier tout le reste. Que la r&#233;volution se fasse ou non, je ferai la mienne. Je ferai payer aux tyrans, aux affameurs, aux propri&#233;taires, toute la faim, la mis&#232;re et la d&#233;sesp&#233;rance du fascisme. Je voulais les pers&#233;cuter comme eux nous avaient pers&#233;cut&#233;s. Ma vengeance aurait &#233;t&#233; mon pardon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais les nouveaux patrons n'&#233;taient pas de cet avis : Pietro Nenni par exemple&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pietro Nenni (1891-1981) : Inscrit au Parti socialiste &#224; partir de 1921, il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, commissaire aux &#233;purations, ne s'en est pas pris aux gros poissons, aux requins. Il a pr&#233;f&#233;r&#233; frapper les jeunes, les sympathisants de village, quelques pauvres cr&#233;tins qui comptaient pour du beurre. Gr&#226;ce &#224; cette man&#339;uvre, l'Etat italien se retrouva avec une magistrature et une police &#224; nouveau pleines de cadres fascistes. Le procureur de G&#234;nes savait par exemple tr&#232;s bien que nous, les victimes du fascisme, n'aurions pas pardonn&#233; si facilement et si catholiquement aux fascistes et &#224; leurs souteneurs. J'imagine que ce m&#234;me procureur, rien qu'en lisant mon dossier, avait compris &#224; quel individu il avait &#224; faire. C'est pour cela que j'ai ensuite pass&#233; 32 ann&#233;es en prison. Mon crime : avoir lutt&#233; contre le fascisme et l'avoir &#171; vaincu &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; par les policiers de la R&#233;publique bourgeoise n&#233;e de la R&#233;sistance au cours d'un guet-apens, en mai 1945 &#224; La Spezia, o&#249; j'&#233;tais en train de d&#233;busquer des fascistes que personne n'avait envie de d&#233;nicher. J'&#233;tais seul dans l'embuscade qui me fut tendue, mais des compagnons comme Giovanni Zava, qui avaient fait la r&#233;sistance &#224; Serravezza et dans la r&#233;gion de Pistoia, furent faits prisonniers presque en m&#234;me temps pour les m&#234;mes raisons. On nous accusait d'avoir particip&#233; &#224; la fusillade de 1942, au cours de laquelle un policier avait &#233;t&#233; tu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Belgrado Pedrini.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Chapitre 6 : &lt;i&gt;L'imm&#233;diat apr&#232;s-guerre&lt;/i&gt;, extrait de &lt;i&gt;&#171; Nous f&#251;mes les rebelles, nous f&#251;mes les brigands... &#187;&lt;/i&gt; de Belgrado Pedrini, &#233;d. &lt;a href=&#034;http://mutineseditions.free.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mutines S&#233;ditions&lt;/a&gt;, 144 p., novembre 2005, pp. 61-63]&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelques attentats antifascistes de la d&#233;cennie 1923-1933&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Liste d'actions mentionn&#233;es en note dans le rapport secret adress&#233; par l'anarchiste Emilio Strafelini en ao&#251;t 1933 &#224; l'Association Internationale des Travailleurs (AIT), par l'interm&#233;diaire du Comit&#233; d'&#233;migration de Paris (&#224; l'&#233;poque, Emilio se trouvait dans la capitale fran&#231;aise). Ces actions, avec d'autres et en plus des tentatives c&#233;l&#232;bres d'assassiner Mussolini men&#233;es par les anarchistes Lucetti, Sbardellotto, Zamboni et Schirru, confirment une fois de plus que la r&#233;volte arm&#233;e contre le fascisme n'a pas commenc&#233;e le 8 septembre 1943, comme l'historiographie lib&#233;rale et stalinienne l'ont toujours pr&#233;tendu. Il y a eu des compagnons qui n'ont attendu aucune consigne d'un parti ni aucune collaboration des troupes alli&#233;es pour s'insurger, armes en main, contre le capitalisme en chemise noire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Le 3 septembre 1923 &#224; Paris&lt;/strong&gt;, l'anarchiste Mario Castagna, suite &#224; une agression, tue &#224; coups de revolver le fasciste Gino Jeri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;En f&#233;vrier 1924&lt;/strong&gt;, s&#233;rie d'attentats en France contre les &#171; case del fascio &#187; [si&#232;ges locaux des fascistes mussoliniens] et les consulats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Le 20 f&#233;vrier 1924 &#224; Paris&lt;/strong&gt;, l'anarchiste Ernesto Bonomi &#233;limine Nicola Bonservizi, secr&#233;taire des fascistes italiens &#224; l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;En 1926&lt;/strong&gt;, l'anarchiste Vincenzo Capuana est condamn&#233; aux Etats-Unis pour un attentat contre le si&#232;ge du Corriere d'America dirig&#233; par Luigi Barzini &#224; New York.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;En septembre 1927&lt;/strong&gt;, attentat contre le comte Nardini, consul fasciste &#224; Paris, l'&#339;uvre de l'anarchiste Di Modugno.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;En ao&#251;t 1928&lt;/strong&gt;, attentat anarchiste &#224; St Rapha&#235;l (France) contre le consul fasciste Di Muro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;En 1929 meurt pr&#232;s de Paris&lt;/strong&gt;, suite aux privations et tortures subies en prison, le jeune anarchiste Malaspina, impliqu&#233; (et absout pour manque de preuves) dans un atentat explosif contre la &#171; Casa del fascio &#187; de Juan-les-Pins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt; &lt;strong&gt;Le 24 octobre &#224; Bruxelles&lt;/strong&gt; &lt;/strong&gt;, le socialiste Fernando De Rosa tire un coup de pistolet contre le prince Umberto.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Dans les ann&#233;es 1930 et 1931&lt;/strong&gt;, s&#233;rie d'attentats en Italie contre les si&#232;ges et repr&#233;sentants fascistes, &#224; Barrafranca, Antignano, d'Asti, Piacenza, Poggio Catino, Varale, Milan, Montevecchio, dans les Pouilles, &#224; Bologne, Turin et G&#234;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;En 1930&lt;/strong&gt;, un bourreau de la Milice fasciste de Faentino est &#233;limin&#233;. Au cours d'une fusillade qui s'en suit, 9 fascistes sont bless&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Le 7 octobre 1930&lt;/strong&gt;, l'anarchiste Giovanni Cavolcoli tire contre le chef [Podesta] et le secr&#233;taire du parti fasciste de Villasanta (pr&#232;s de Milan).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Le 2 avril 1931&lt;/strong&gt;, l'anarchiste Doro Rossoni assassine &#224; Sarzana l'industriel Di Biasi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;En mai 1931&lt;/strong&gt;, l'anarchiste Tranquillo Pusteria est arr&#234;t&#233; &#224; Arezzo, on lui attribue l'intention de commettre des attentats terroristes ; les quatre autres co-inculp&#233;s, tous des travailleurs, fuient en Suisse mais sont reconduits aux autorit&#233;s fascistes et condamn&#233;s pour tentative de massacre, d&#233;tention d'armes et d'explosifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 1932&lt;/strong&gt;, trois anarchistes sont arr&#234;t&#233;s &#224; Paris, surpris en train de transporter une valise pleine d'explosifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Toujours en 1932&lt;/strong&gt;, attentat anarchiste contre le si&#232;ge marseillais des anciens-combattants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;En &#233;t&#233; 1933&lt;/strong&gt;, s&#233;rie d'attentats explosifs &#224; Livourne, mis en &#339;uvre par des anarchistes et communistes contre la caserne de la Milice et quelques lieux fascistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;[Extrait d'un num&#233;ro sp&#233;cial d'Adesso, que l'on peut lire sur le site de &lt;a href=&#034;http://toutmondehors.free.fr/italie/Rovereto/italadesso090304.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Tout le Monde Dehors&lt;/a&gt;.]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Notre Antifascisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Severino Di Giovanni, n&#233; &#224; Chieti (Italie) en 1901, &#233;migre &#224; Buenos Aires en 1923 juste apr&#232;s l'arriv&#233;e des fascistes au pouvoir dans son pays natal. Sa br&#232;ve vie sera marqu&#233;e par une agitation incessante, entre les journaux qu'il animera (Culmine, Anarchia) ou dans lesquels ils publiera (L'Adunata dei Refrattari), les tracts, brochures et livres qu'il s'acharnera &#224; publier, mais aussi toute une s&#233;rie d'expropriations et d'actions diffuses, et sans oublier la tentative de faire &#233;vader des complices emprisonn&#233;s. Ses attaques explosives viseront en particulier les int&#233;r&#234;ts italiens (du consulat &#224; des domiciles ou commerces de fascistes install&#233;s en Argentine), mais aussi am&#233;ricains lors de la campagne internationale pour tenter d'arracher Sacco et Vanzetti &#224; la chaise &#233;lectrique. Arr&#234;t&#233; le 29 janvier 1931 apr&#232;s avoir tu&#233; un dernier flic et bless&#233; un autre dans sa fuite, il sera fusill&#233; trois jours apr&#232;s (son ami et complice argentin, Paulino Scarf&#242;, le sera le lendemain).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin 1926/d&#233;but 1927, date des deux textes de Di Giovanni que nous avons r&#233;unis, la question de la lutte arm&#233;e contre le fascisme italien se posait &#224; bien peu de monde en-dehors des anarchistes et de quelques rares autres r&#233;volutionnaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Rappelons ainsi que le parti communiste italien s'est par exemple oppos&#233; aux Arditi del Popolo qui, en 1921/22, ont tent&#233; dans plusieurs villes de r&#233;sister les armes &#224; la main avec la population &#224; la progression fasciste vers le pouvoir. Quant aux dirigeants socialistes, les m&#234;mes qui avaient contribu&#233; &#224; envoyer des milliers de prol&#233;taires au massacre &#224; partir de 1915, ils signaient un accord de non-agression avec leurs homologues fascistes en ao&#251;t 1921 dans le dos de ces m&#234;mes Arditi. Enfin, pr&#233;cisons que d&#232;s 1931, Togliatti, dirigeant historique du PCI r&#233;fugi&#233; &#224; Moscou, d&#233;fendra au nom de son Parti la th&#232;se de s'infiltrer lentement dans les structures du r&#233;gime plut&#244;t que de l'affronter, et publiera m&#234;me en ao&#251;t 1936 son Appel aux fascistes pour leur proposer une alliance.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L' &#171; arm&#233;e &#187; antifasciste grossit terriblement. Elle enfle comme un torrent limoneux et trouble qui charrie avec lui tous les d&#233;bris de la temp&#234;te, tous les rebuts du r&#233;gime dictatorial (Sala, Fasciolo, Bazzi, Rossi, Rocca&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit d'ex-fascistes tous plus d&#233;testables les uns que les autres, et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), ce sombre ramassis d'aventuristes.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ricciotti Garibaldi, Raimondo Sala et d'autres personnages c&#233;l&#232;bres plus occultes (dont pourraient aussi faire partie les fr&#232;res Ezio et Peppino Garibaldi, ne serait-ce que pour ne pas faire mentir cette lign&#233;e de tra&#238;tres qu'a si bien engendr&#233;e le fils du H&#233;ros des deux mondes disparu il y a peu de temps&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Giuseppe Garibaldi (1807-1882) est consid&#233;r&#233; officiellement comme un des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) sont en train de nous faire subir la m&#234;me trahison inf&#226;me qu'ils ont si bien drap&#233;e d'une chemise rouge.&lt;br class='manualbr' /&gt;Qui pourrait en effet nous assurer que n'importe quel ex-fasciste ne reparte pas demain, malgr&#233; les mesures ridicules prises par l'infantilisme du Duce, rejoindre les rangs des t&#234;tes de mort et se mettre une fois encore au service de l'Iscariote [Mussolini] ? Pourrons-nous un jour redonner notre confiance &#224; un Massimo Rocca&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Massimo Rocca (1884-1973) est un bon exemple de ces figures vilipend&#233;es par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, au nom du seul fait qu'il ait &#233;crit les pages les plus accusatrices contre le chef des Chemises Noires ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Pourrons-nous refaire confiance &#224; tant d'abjection incarn&#233;e ? A des hommes n&#233;s pour trahir, aussi bien nous que les fascistes ? A des hommes qui ont aid&#233; les sicaires &#224; aff&#251;ter leurs armes ? Je ne crois pas !&lt;br class='manualbr' /&gt;Notre calvaire a &#233;t&#233; tr&#232;s douloureux, nous avons d&#233;j&#224; trop mis notre confiance dans les mains du premier aventurier venu, pour r&#233;p&#233;ter une fois encore les m&#234;mes erreurs et consacrer &#224; nouveau de fausses idoles.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous devons repousser au loin tous ces mis&#233;rables, seulement dignes des plus louches march&#233;s, ces alchimistes de la bonne foi des autres, ces canailles qui nagent encore dans le sang des victimes, un sang qu'ils ont sem&#233; en abondance tout au long de la route qu'ils ont parcourue.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous devons rester nous-m&#234;mes &#8211;sans la Tch&#233;ka rouge et sans la Tch&#233;ka noire, sans Fasciolo et sans Rossi, et sans les politicailleries pseudo r&#233;volutionnaires&#8211; &#234;tre nous-m&#234;mes, anarchistes de foi, anarchistes dans la foi, anarchistes avec la foi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant &#224; eux, ils peuvent aussi bien s'&#234;tre d&#233;lect&#233;s au creuset de toutes les bassesses, s'auto-d&#233;signer antifascistes &#224; pr&#233;sent pour avoir une plus grande part d'h&#233;ritage lorsque le fascisme d&#233;c&#233;dera, que mener &#224; leur tour une autre politique fasciste demain, lorsqu'ils seront enfin assis au poste de commande.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous ne pouvons pas les emp&#234;cher de se proclamer antifascistes. Qu'ils s'agitent, qu'ils s'embrassent, qu'ils s'aiment et qu'ils s'enlacent, certes, mais entre eux. Sans nous contaminer et sans nous imiter avec ce mot : antifascisme, un mot qui prend pour nous un sens plus r&#233;volutionnaire, plus sublime et plus insurrectionnel.&lt;br class='manualbr' /&gt;Avec eux &#8211;comme avec les fascistes&#8211;, il ne pourra jamais y avoir de r&#233;conciliation. Au m&#234;me titre que les phalanges &#224; t&#234;te de mort d'aujourd'hui, ils ont hier (oui, eux, les antifascistes d'aujourd'hui, les opposants et r&#233;fugi&#233;s politiques, ceux qui ont v&#233;g&#233;t&#233; dans les marais m&#233;phitiques de la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente) &#233;t&#233; des maquereaux, ils ont v&#233;cu dans les coulisses du Viminale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Viminale : Palais pr&#233;sidentiel italien.&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou dans les chambres du Parlement, appuyant ou soutenant le r&#233;gime et ses infamies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons rester loin d'eux et, au m&#234;me titre, refuser tout contact avec n'importe quelle classe d'aventuriers, car ils peuvent d'un moment &#224; l'autre devenir les plus terribles de nos perfides adversaires, les plus abjects des cracheurs de venin qui, comme des serpents, viennent se nicher en notre sein pour nous blesser ensuite de leur morsure mortelle.&lt;br class='manualbr' /&gt;Notre dynamisme, une vigueur exub&#233;rante, une t&#233;nacit&#233; sans fin, un h&#233;ro&#239;sme extr&#234;me et un sacrifice qui s'&#233;l&#232;ve au-del&#224; de la gloire sont des bases inexpugnables sur lesquelles nous pouvons compter, sans avoir besoin de rien ni de personne pour livrer la bataille finale que nous avons engag&#233;e contre le fascisme.&lt;br class='manualbr' /&gt;Donnons &#224; la pl&#232;be &#8211;dont nous sommes la partie rebelle&#8211; le courage et la confiance, soyons de fer devant nos consciences d'acrates, ne reculons pas d'un pouce sur la base de nos id&#233;es, et les plus belles victoires couronneront notre travail d'agitation f&#233;brile.&lt;br class='autobr' /&gt;
Libres, sans la ris&#233;e obsc&#232;ne de contacts impurs, demeurant alertes contre le fascisme et contre l'antifascisme occasionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[Severino Di Giovanni, &lt;i&gt;Il nostro antifascismo&lt;/i&gt;,&lt;br class='autobr' /&gt;
dans &lt;i&gt;Culmine n&#176;16&lt;/i&gt;, 23 d&#233;cembre 1926]&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comment se battre ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas se leurrer sur les potentialit&#233;s du fascisme : de l'ext&#233;rieur, il pourra se d&#233;sagr&#233;ger au premier choc venu contre un adversaire aguerri, parce qu'une grande partie de ses &#8220; h&#233;ros &#8221; rassemble soit des embusqu&#233;s de la derni&#232;re guerre soit des &#8220; valeureux &#8221; habitu&#233;s &#224; se battre contre des ennemis d&#233;sarm&#233;s ; mais de l'int&#233;rieur, il s'appuie sur une forte structure militaire et polici&#232;re.&lt;br class='manualbr' /&gt;Quant aux grandes masses populaires et prol&#233;taires, elles sont encore trop terroris&#233;es et avilies, elles ressentent encore trop am&#232;rement les trahisons pass&#233;es et &#224; venir pour pouvoir r&#233;pondre au premier appel insurrectionnel. Les derni&#232;res lois r&#233;pressives et l'assignation &#224; r&#233;sidence ont &#233;galement affaibli davantage encore les r&#233;sistances actives et intelligentes.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il en d&#233;coule que vouloir lancer d&#232;s aujourd'hui un assaut frontal est t&#233;m&#233;raire, et qu'il pourrait se conclure par un de ces massacres que le fascisme r&#234;ve d'accomplir afin de consolider son pouvoir.&lt;br class='manualbr' /&gt;D'autre part, seule l'action peut servir contre le fascisme. On doit agir pour le vaincre en cherchant les conditions d'un effritement qui rendront &#224; leur tour possibles des mouvements g&#233;n&#233;raux &#224; plus large &#233;chelle.&lt;br class='manualbr' /&gt;A tous ceux qui veulent harceler l'ennemi jusqu'&#224; l'&#233;puiser, nous sugg&#233;rons donc, en Italie et ailleurs, une gu&#233;rilla autonome et en ordre dispers&#233;, compos&#233;e de petites entit&#233;s plus difficilement atteignables et identifiables.&lt;br class='manualbr' /&gt;Que se forment donc dans les diff&#233;rents milieux et les diff&#233;rents cercles des comit&#233;s restreints ou des groupes d'action. Il n'est pas dit que chacun doive n&#233;cessairement accomplir des actes violents ; que chacun accomplisse en revanche des actions qui offensent l'ennemi en fonction des attitudes, capacit&#233;s et moyens des membres d'un groupe d&#233;termin&#233;, constitu&#233; par l'affinit&#233; et la confiance r&#233;ciproque. Que chaque groupe fasse et accomplisse sa part d'actions sans se demander ce que feront les autres groupes.&lt;br class='manualbr' /&gt;Tous tendus vers un but unique. Et parce que l'ennemi veille, attentif et insidieux, que chaque comit&#233; et groupe d'action connaisse et contr&#244;le ses membres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trop de ren&#233;gats de tous les partis &#8211;hier peut-&#234;tre de bonne foi&#8211; ont rejoint le fascisme contre de l'argent, et il est probable que ce dernier tente, &#224; travers des &#233;l&#233;ments louches, d'organiser des complots et des intrigues pour simuler &#224; son tour l'existence de tels groupes. La plus grande prudence est donc n&#233;cessaire.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il faut aussi pr&#233;venir la population qu'il est tr&#232;s probable que le fascisme, en Italie et ailleurs, fasse accomplir des actes bestiaux et n&#233;fastes par ses sicaires pour les attribuer ensuite &#224; ses adversaires.&lt;br class='manualbr' /&gt;Quant &#224; un accord entre les diff&#233;rents groupes, y compris dans une m&#234;me ville, nous sommes de l'avis qu'il n'est pas urgent pour le moment. Ce serait imprudent et dangereux, car cela mettrait trop d'&#233;l&#233;ments &#224; la merci de tra&#238;tres &#233;ventuels.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si un vaste accord pour une action commune &#8211;et certainement pas avec ces &#233;l&#233;ments ambigus qu'a couv&#233; le fascisme et qui voudraient retourner &#224; ce pass&#233; qui fut un p&#232;re aimant pour le fascisme&#8211; doit se r&#233;aliser, il m&#251;rira automatiquement et logiquement lorsque les &#233;v&#233;nements m&#251;riront.&lt;br class='manualbr' /&gt;A pr&#233;sent, r&#233;p&#233;tons-le, il est souhaitable que les groupes d'action se multiplient sans que l'ennemi puisse se reposer, qu'ils soient pr&#234;ts &#224; lancer les n&#233;cessaires repr&#233;sailles, mais en d&#233;veloppant une action autonome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si une telle action d&#233;clenche une lutte sans piti&#233; et sans quartier, pas d'effarement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le fascisme l'a voulu ainsi, cela doit &#234;tre ainsi, cela le sera !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[Severino Di Giovanni, &lt;i&gt;Il nostro antifascismo&lt;/i&gt;, dans &lt;i&gt;Culmine n&#176;16&lt;/i&gt;, 23 d&#233;cembre 1926 et extrait de &lt;i&gt;Per una maggior lotta contro il fascismo&lt;/i&gt;, dans &lt;i&gt;Culmine n&#176;18&lt;/i&gt;, 5 f&#233;vrier 1927]&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; La guerre entre deux formes d'esclavage &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Italien d'origine, Antoine Gimenez, de son vrai nom Bruno Salvadori (1910-1982), a particip&#233; &#224; la guerre d'Espagne dans les rangs de la colonne Durruti.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au d&#233;but des ann&#233;es 1930, il se r&#233;fugie &#224; Marseille. Il adopte une vie de trimardeur qui le m&#232;ne en Espagne dans les milieux subversifs de Barcelone.&lt;br class='autobr' /&gt;
La police politique de Mussolini le suivant partout il d&#233;cide d'acqu&#233;rir une nouvelle identit&#233; : le personnage d'Antonio Gimenez appara&#238;t en 1936.&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;fugi&#233; &#224; Marseille apr&#232;s la guerre, il y r&#233;dige entre 1974 et 1976, ses Souvenirs, qu'il communique &#224; ses amis anarchistes peu avant sa mort en 1982. Ce court extrait conte le retour du front pour quelques jours &#224; Barcelone en Novembre 1936 :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A notre passage &#224; Bujaraloz, on nous remit une forte somme d'argent. La solde de trois mois. Dix pesetas par jour pour essayer de nous faire tuer. C'&#233;tait pas trop mal pay&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais bien entendu dire que pour ne pas effaroucher les gouvernements des pays d&#233;mocratiques qui pouvaient nous aider en nous vendant des armes, le Comit&#233; r&#233;volutionnaire avait &#233;t&#233; oblig&#233; de remettre en circulation les pesetas. Mais pour moi, ce fut comme une r&#233;v&#233;lation : la r&#233;volution avait &#233;chou&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme en Russie, quelques temps apr&#232;s la victoire des masses ouvri&#232;res et paysannes, les chefs du Parti Communiste d&#233;clar&#232;rent qu'il fallait faire un pas en arri&#232;re et r&#233;tablir la valeur de la monnaie. Ce premier pas avait &#233;t&#233; suivi de beaucoup d'autres, et le peuple russe n'avait fait que changer de maitre : Apr&#232;s le tsar p&#232;re de toutes les Russies, le petit p&#232;re du peuple : Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Barcelone ne fit qu'augmenter mon amertume : les ramblas regorgeaient de monde, la prostitution r&#233;gnait en souveraine sur la grande ville. Les miliciens en permission, reconnaissables &#224; la salopette (mono) qu'ils avaient adopt&#233;s, remplissaient les rues de leurs chants et de leurs rires sans voir que la cause &#233;tait trahie, la r&#233;volution morte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne restait plus que la guerre contre le fascisme, la guerre entre deux formes d'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Antoine Gimenez, &lt;i&gt;Les fils de la nuit. Souvenirs de la guerre d'Espagne&lt;/i&gt;, 1974-1976.]&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Petite bibliographie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Belgrado Pedrini&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;Nous f&#251;mes les rebelles, nous f&#251;mes les brigands...&lt;/i&gt; &#233;dit&#233; par Mutines S&#233;ditions, 144 p., novembre 2005. Il est possible de lire ce livre en ligne sur le site de Mutines S&#233;ditions : &lt;a href=&#034;http://mutineseditions.free.fr/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://mutineseditions.free.fr/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Antoine Gimenez&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;Les fils de la nuit. Souvenirs de la guerre d'Espagne&lt;/i&gt;, 1974-1976, co&#233;dit&#233; par l'Insomniaque et Les Gimenologues. Il est possible de lire ce livre en ligne sur le site de l'Insomniaque : &lt;a href=&#034;http://insomniaqueediteur.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://insomniaqueediteur.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Dans &lt;strong&gt; &lt;i&gt;A Corps Perdu&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; N&#176;2, Revue anarchiste internationale sortie en juillet 2009, on peut lire sur le sujet l'article &lt;i&gt;Radiographie d'un r&#233;gime&lt;/i&gt;. On peut y lire &#233;galement &lt;i&gt;Notre antifascisme&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Comment se battre ?&lt;/i&gt;, deux textes de &lt;strong&gt;Severino Di Giovanni&lt;/strong&gt; de d&#233;cembre 1926 et f&#233;vrier 1927. &lt;a href=&#034;http://www.acorpsperdu.net/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.acorpsperdu.net/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Contre l'antifascisme, contre l'&#201;tat&lt;/strong&gt;. Brochure &#233;dit&#233;e &#224; Grenoble par &lt;i&gt;Petit peuple du cagibi&lt;/i&gt;, 2005. Elle regroupe diff&#233;rents textes critiques sur le fascisme, son anti, et l'usage qui en est fait. Si les textes pr&#233;sents dans cette brochure ne partent pas du m&#234;me point de vue que ceux que vous avez entre vos mains (farouchement anti-marxiste), nous pensons qu'elle pr&#233;sente un int&#233;r&#234;t certain pour des communistes libertaires souhaitant d&#233;passer l'antifascisme. Elle est lisible et t&#233;l&#233;chargeable sur le site infokiosques.net&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'article &lt;i&gt;Fascisme de la mis&#232;re, mis&#232;re de l'antifascisme&lt;/i&gt; extrait du journal &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Oiseau Temp&#234;te&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;, s'int&#233;resse lui, &#224; l'antifascisme r&#233;formiste, une autre forme de l'antifascisme. Il s'att&#232;le &#224; d&#233;construire le discours derri&#232;re les &#171; fronts r&#233;publicains &#187; contre le fascisme, en prenant l'exemple r&#233;cent des pr&#233;sidentielles d'avril 2002, durant lesquelles le fasciste Jean-Marie Le Pen arrivait au second tour. Il est lisible en ligne sur le site de la CNT-AIT : &lt;a href=&#034;http://cnt-ait.info/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://cnt-ait.info/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://www.non-fides.fr/spip.php?article385" class="spip_out"&gt;http://www.non-fides.fr/spip.php?ar...&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Condamn&#233; &#224; mort par le fascisme, Pedrini se voit lib&#233;r&#233; en 1944 de la prison de Massa par un groupe de partisans. Condamn&#233; de nouveau en 1949, &#224; trente ans de prison cette fois pour avoir abattu, &#224; l'heure o&#249; c'&#233;tait devenu interdit, un policier aux sympathies fascistes av&#233;r&#233;es et expropri&#233; quelques industriels de Carrare, Milan et La Spezia, anciennement acquis au Duce, il n'en sortira qu'en toute fin de peine, au milieu des ann&#233;es 1970.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le palais pr&#233;sidentiel italien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans &lt;i&gt;Il nostro antifascismo&lt;/i&gt;, extrait de Culmine N&#176;16, 23 d&#233;cembre 1926.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans le texte &lt;i&gt;Che ne facciamo dell'antifascismo ?&lt;/i&gt;, publi&#233; dans la revue italienne &lt;i&gt;Anarchismo&lt;/i&gt; N&#176;74.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme en Espagne o&#249; les Cenetistes Juan Garc&#237;a Oliver et Federica Montseny devinrent ministres de la Justice et de la Sant&#233;. Pour eux, la r&#233;volution sociale devait &#234;tre d&#233;fendue tout en maintenant l'&#201;tat anti-franquiste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Giovanni Gentile (Castelvetrano, le 30 mai 1875 - Florence, le 15 avril 1944) &#233;tait un philosophe italien, id&#233;aliste et n&#233;o-h&#233;g&#233;lien, proche de Benedetto Croce. Il se d&#233;crit lui-m&#234;me comme le &#034;philosophe du fascisme&#034;, et a en grande partie r&#233;dig&#233; pour Benito Mussolini la Doctrine du fascisme en 1932. Il est &#233;galement &#224; l'origine de l'id&#233;alisme actuel, un courant philosophique qui entendait se distinguer de l'id&#233;alisme transcendantal de Kant et de l'id&#233;alisme absolu de Hegel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ezra Weston Loomis Pound (Hailey, Idaho, &#201;tats-Unis, 30 octobre 1885 - 1er novembre 1972 &#224; Venise) est un po&#232;te, musicien et critique am&#233;ricain qui a fait partie du mouvement moderniste du d&#233;but des ann&#233;es 1920 et qui est souvent rattach&#233; &#224; la G&#233;n&#233;ration perdue. Pound &#233;tait le chef de file de plusieurs mouvements litt&#233;raires et artistiques comme l'imagisme et le vorticisme. Pound &#233;tait &#233;galement un fervent supporter de Benito Mussolini, il fut critiqu&#233; pour ses prises de position antis&#233;mites. Son engagement aux c&#244;t&#233;s de Mussolini lui vaut d'&#234;tre condamn&#233; en 1945. Il est reconnu malade et intern&#233; jusqu'en 1958.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les chemises noires, ou Milice Volontaire pour la S&#233;curit&#233; Nationale (MVSN) &#233;tait la principale milice des fascistes italiens.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;la r&#233;ceptivit&#233; &#224; se laisser p&#233;n&#233;trer et &#224; p&#233;n&#233;trer au point de ne plus craindre l'autre, mais plut&#244;t une conscience de ses propres limites et capacit&#233;s et donc aussi des limites et des capacit&#233;s de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pietro Nenni (1891-1981) : Inscrit au Parti socialiste &#224; partir de 1921, il en devient rapidement l'un des dirigeants, devenant r&#233;dacteur en chef du journal Avanti !. Il se r&#233;fugie en France &#224; l'automne 1926 et promeut un grand parti r&#233;formiste italien qui aboutit au Congr&#232;s de Paris de 1930, r&#233;unifiant les tendances non-communistes. Par la suite partisan d'un front uni avec ces derniers, il signe un &#171; pacte d'unit&#233; d'action &#187; en 1934 qui tiendra jusqu'&#224; la fin de la guerre, malgr&#233; le pacte germano-sovi&#233;tique de 1939. Si&#233;geant pour les socialistes dans le Comit&#233; de Lib&#233;ration Nationale (CLN), il devient vice-pr&#233;sident du Conseil et ministre charg&#233; de la Constitution de juin 1945 &#224; juillet 1946 (gouvernements de gauche Parri, puis de droite De Gasperi), puis ministre des affaires &#233;trang&#232;res jusqu'en janvier 1947 (second gouvernement De Gasperi). Il fut aussi Haut Commissaire charg&#233; de l'&#233;puration, de juin 1945 &#224; la suppression de ce poste en f&#233;vrier 1946, et r&#233;dacteur de la loi (en fait un d&#233;cret entr&#233; en vigueur le 14 novembre 1945) qui porte son nom. Elle eu pour effet de diminuer consid&#233;rablement l'&#233;puration en cours, confiant par exemple aux administrations publiques la charge de s'&#233;purer elles-m&#234;mes, malgr&#233; leurs 23 ann&#233;es de bons et loyaux services pass&#233;es au service du fascisme.&lt;br class='manualbr' /&gt;Sur ses fonctions de &#171; grand &#233;purateur &#187;, voir Hans Woller, I conti con il fascismo. L'epurazione in Italia (1943-1948), il Mulino (Bologne), 1997, pp. 437-511&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il s'agit d'ex-fascistes tous plus d&#233;testables les uns que les autres, et qui ont fini en exil suite &#224; des dissensions internes au r&#233;gime de Mussolini. Raimondo Sala et Massimo Rocca &#233;taient par exemple membres d'Italia Libera (courant monarchiste et nationaliste) avant de devoir s'exiler. Bazzi et Rossi, deux ex-membres du Parti Fasciste, &#233;taient alors en exil &#224; France : leur nom est devenu c&#233;l&#232;bre lorsqu'ils furent attaqu&#233;s &#224; Paris en mars 1926 par Mingrino, un ex-d&#233;put&#233; socialiste fondateur des Arditi del Popolo, manipul&#233; par les services fascistes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Giuseppe Garibaldi (1807-1882) est consid&#233;r&#233; officiellement comme un des p&#232;res de la nation pour sa contribution arm&#233;e &#224; la r&#233;unification de l'Italie. Il est surnomm&#233; le &#8220; h&#233;ros des deux Mondes &#8221;, pour ses combats aussi bien en Am&#233;rique du Sud (Br&#233;sil, Uruguay, Argentine) qu'en Europe. Son quatri&#232;me fils, Riciotti (1847-1924), apr&#232;s avoir combattu &#224; la t&#234;te de l&#233;gions garibaldiennes en France (1870) et en Gr&#232;ce (1897, 1912), finira par rejoindre le fascisme. L'un des fils de Riciotti, Ezio Garibaldi (1894-1971), rejoint &#224; son tour le fascisme, dont il fut notamment l'ambassadeur &#224; Mexico en 1923/24 puis d&#233;put&#233; de 1924 &#224; 1934. L'autre fils de Riciotti cit&#233; ici, Peppino Garibaldi (1879-1950), a &#233;t&#233; mercenaire pour de nombreuses arm&#233;es (l'Empire Anglais contre les Boers Afrique du Sud en 1903, V&#233;n&#233;zuela, Guyane, Mexique contre le dictateur Diaz en 1910, la France contre les Allemands en 1914/15 puis Italie contre l'Autriche en 1915/18) avant de mener des actions contre Mussolini tr&#232;s confuses en 1922, notamment avec l'appui de responsables Francs-Ma&#231;ons.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Massimo Rocca (1884-1973) est un bon exemple de ces figures vilipend&#233;es par Di Giovanni. Apr&#232;s avoir &#233;crit dans des publications anarchistes, rejoint les socialistes autour du quotidien Avanti !, puis fait le choix de l'entr&#233;e en guerre de l'Italie (&#8220; interventionisme &#8221;), Rocca est ensuite pass&#233; du c&#244;t&#233; du journal fond&#233; par Mussolini (Popolo d'Italia), avant de continuer en devenant un des fondateurs du Mouvement Fasciste (1919) puis du Parti Fasciste (1921). En 1923, il fonde une opposition interne au fascisme, le courant dit &#8220; r&#233;visioniste &#8221;, qui s'opposera aux &#8220; intransigeants &#8221;. En 1924, il est exclu du Parti Fasciste, doit abandonner son mandat de d&#233;put&#233; et se r&#233;fugier en France.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Viminale : Palais pr&#233;sidentiel italien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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