<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.infokiosques.net/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>infokiosques.net</title>
	<link>https://infokiosques.net/</link>
	<description></description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.infokiosques.net/spip.php?id_auteur=478&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>infokiosques.net</title>
		<url>https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L144xH144/favicon-3-256-37457.png?1780453177</url>
		<link>https://infokiosques.net/</link>
		<height>144</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>De l'&#234;tre humain m&#226;le et femelle. Lettre &#224; P.J. Proudhon</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article892</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.infokiosques.net/spip.php?article892</guid>
		<dc:date>2012-04-04T16:37:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Joseph D&#233;jacque</dc:creator>


		<dc:subject>Anarchismes, anarchie</dc:subject>
		<dc:subject>F&#233;minisme, (questions de) genre</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>
		<dc:subject>Apache &#233;ditions (Paris)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#034;Qu'est-ce que l'homme ? rien. &#8211; Qu'est-ce que la femme ? rien. &#8211; Qu'est-ce que l'&#234;tre-humain ? &#8211; TOUT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du fond de la Louisiane o&#249; m'a d&#233;port&#233; le flux et le reflux de l'exil, j'ai pu lire dans un journal des Etats-Unis, la Revue de l'Ouest, un fragment de correspondance entre vous, P.J. Proudhon, et une dame d'H&#233;ricourt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les quelques mots de Madame d'H&#233;ricourt cit&#233;s par ce journal me font craindre que l'antagoniste f&#233;minin ne soit pas de force &#8211; pol&#233;miquement parlant &#8211; &#224; lutter avec son brutal et masculin adversaire.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nouvelle-Orl&#233;ans, mai 1857.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;D&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Anarchismes, anarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;F&#233;minisme, (questions de) genre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot115" rel="tag"&gt;Apache &#233;ditions (Paris)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH122/arton892-54e8e.png?1780465048' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='122' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff892.png?1321019384&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Qu'est-ce que l'homme ? rien. &#8211; Qu'est-ce que la femme ? rien. &#8211; Qu'est-ce que l'&#234;tre-humain ? &#8211; TOUT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du fond de la Louisiane o&#249; m'a d&#233;port&#233; le flux et le reflux de l'exil, j'ai pu lire dans un journal des Etats-Unis, la Revue de l'Ouest, un fragment de correspondance entre vous, P.J. Proudhon, et une dame d'H&#233;ricourt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les quelques mots de Madame d'H&#233;ricourt cit&#233;s par ce journal me font craindre que l'antagoniste f&#233;minin ne soit pas de force &#8211; pol&#233;miquement parlant &#8211; &#224; lutter avec son brutal et masculin adversaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne connais rien de Madame d'H&#233;ricourt, ni de ses &#233;crits, si elle &#233;crit, ni de sa position dans le monde, ni de sa personne. Mais pour bien argumenter de la femme, comme pour bien argumenter de l'homme, l'esprit ne suffit pas : il faut avoir beaucoup vu et beaucoup m&#233;dit&#233;. Il faudrait, je le crois, avoir senti ses passions personnelles se heurter &#224; tous les angles de la soci&#233;t&#233; ; depuis les cavernes de la mis&#232;re jusqu'aux pics de la fortune ; depuis les cimes argent&#233;es d'o&#249; s'&#233;branle en masse compacte l'avalanche du vice heureux, jusqu'au fond des ravins o&#249; roule la d&#233;bauche souffreteuse. Alors, de ce caillou humain, ainsi frott&#233; de choc en choc, la logique, cette &#233;tincelle de v&#233;rit&#233;, pourrait jaillir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aimerais &#224; voir traiter cette question de l'&#233;mancipation de la femme, par une femme ayant beaucoup aim&#233;, et diversement aim&#233;, et qui, par sa vie pass&#233;e, t&#238;nt de l'aristocratie et du prol&#233;tariat, du prol&#233;tariat surtout ; car la femme de la mansarde est plus &#224; m&#234;me de p&#233;n&#233;trer par la vue et par la pens&#233;e au sein de la vie luxueuse officielle, ou secr&#232;te, de la grande dame, que la femme de salon n'est capable d'entrevoir la vie de privation, apparente ou cach&#233;e, de la fille du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, &#224; d&#233;faut de cette autre madeleine r&#233;pandant les f&#233;condes ros&#233;es de son coeur aux pieds de l'Humanit&#233; crucifi&#233;e et battant de l'&#226;me vers un monde meilleur ; &#224; d&#233;faut de cette voix de civilis&#233;e repentie, croyante de l'Harmonie, fille anarchique ; &#224; d&#233;faut de cette femme abjurant hautement et publiquement tous les pr&#233;jug&#233;s de sexe et de race, de lois et de moeurs qui nous rattachent encore au monde ant&#233;rieur ; eh bien ! moi, &#234;tre humain du sexe m&#226;le, je vais essayer de traiter envers et contre vous, aliboron-Proudhon, cette question de l'&#233;mancipation de la femme qui n'est autre que la question d'&#233;mancipation de l'&#234;tre humain des deux sexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il vraiment possible, c&#233;l&#232;bre publiciste, que sous votre peau de lion se trouve tant d'&#226;nerie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous qui avez dans les veines de si puissantes pulsations r&#233;volutionnaires pour tout ce qui dans nos soci&#233;t&#233;s touche au travail du bras et de l'estomac, vous avez des emportements non moins fougueux, mais d'une stupidit&#233; toute r&#233;actionnaire, pour tout ce qui est travail du c&#339;ur, labeur du sentiment. Votre nerveuse et peu flexible logique dans les questions de production et de consommation industrielles, n'est plus qu'un fr&#234;le roseau sans force dans les questions de production et de consommation morales. Votre intelligence, virile, enti&#232;re pour tout ce qui a trait &#224; l'homme, est comme ch&#226;tr&#233;e d&#232;s qu'il s'agit de la femme. Cerveau hermaphrodite, votre pens&#233;e a la monstruosit&#233; du double sexe sous le m&#234;me cr&#226;ne, le sexe-lumi&#232;re et le sexe-obscurit&#233;, et se roule et se tord en vain sur elle-m&#234;me sans pouvoir parvenir &#224; enfanter la v&#233;rit&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre Jeanne d'Arc du genre masculin, qui, dit-on, avez pendant quarante ans gard&#233; intacte votre virginit&#233;, les mac&#233;rations de l'amour ont ulc&#233;r&#233; votre c&#339;ur ; de jalouses rancunes en d&#233;gouttent ; vous criez : &#171; &lt;i&gt;guerre aux femmes !&lt;/i&gt; &#187; comme la Pucelle d'Orl&#233;ans criait : &#034; guerre aux Anglais ! &#034; &#8211; Les Anglais l'ont br&#251;l&#233;e vive... Les femmes ont fait de vous un mari, &#244; saint homme, longtemps vierge et toujours martyr !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tenez, p&#232;re Proudhon, voulez-vous que je vous le dise : quand vous parlez de femmes, vous me faites l'effet d'un coll&#233;gien qui en cause bien haut et bien fort, &#224; tort et &#224; travers, et avec impertinence pour se donner des airs de les conna&#238;tre, et qui, comme ses adolescents auditeurs, n'en sait pas le plus petit mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir pendant quarante ans profan&#233; votre chair dans la solitude, vous en &#234;tes arriv&#233;, de pollution en pollution, &#224; profaner publiquement votre intelligence, &#224; en &#233;lucubrer les impuret&#233;s, et &#224; en &#233;clabousser la femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce donc l&#224;, Narcisse-Proudhon, ce que vous appelez la civilit&#233; virile et honn&#234;te ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je cite vos paroles :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/quote&gt;Non, Madame, vous ne connaissez rien &#224; votre sexe ; vous ne savez pas le premier mot de la question que vous et vos honorables ligueuses agitez avec tant de bruit et si peu de succ&#232;s. Et si vous ne la comprenez point, cette question ; si, dans les huit pages de r&#233;ponses que vous avez faites &#224; ma lettre, il y a quarante paralogismes, cela tient pr&#233;cis&#233;ment, comme je vous l'ai dit, &#224; votre infirmit&#233; sexuelle. J'entends par ce mot, dont l'exactitude n'est peut-&#234;tre pas irr&#233;prochable, la qualit&#233; de votre entendement, qui ne vous permet de saisir le rapport des choses qu'autant que nous hommes vous le faisons toucher du doigt. Il y a chez vous, au cerveau comme dans le ventre, certain organe incapable par lui-m&#234;me de vaincre son inertie native, et que l'esprit m&#226;le est seul capable de faire fonctionner, ce &#224; quoi il ne r&#233;ussit m&#234;me pas toujours. Tel est, madame, le r&#233;sultat de mes observations directes et positives : je le livre &#224; votre sagacit&#233; obst&#233;tricale et vous laisse &#224; en calculer, pour votre th&#232;se, les cons&#233;quences incalculables.&lt;/quote&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#8211; vieux sanglier qui n'&#234;tes qu'un porc &#8211;, s'il est vrai, comme vous le dites, que la femme ne peut enfanter du cerveaux comme du ventre sans le secours de l'homme &#8211; et cela est vrai &#8211;, il est &#233;galement vrai &#8211; la chose est r&#233;ciproque &#8211; que l'homme ne peut produire par la chair comme par l'intelligence sans le secours de la femme. C'est de la logique et de la bonne logique, ma&#238;tre-Madelon-Proudhon, qu'un &#233;l&#232;ve, qui a toujours &#233;t&#233;, lui aussi, un sujet d&#233;sob&#233;issant, peut bien vous arracher des mains et vous jeter &#224; la figure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mancipation ou la non-&#233;mancipation de la femme, l'&#233;mancipation ou la non-&#233;mancipation de l'homme : qu'est-ce &#224; dire ? Est-ce que &#8211; naturellement &#8211; il peut y avoir des droits pour l'un qui ne soient pas des droits pour l'autre ? Est-ce que l'&#234;tre-humain n'est pas l'&#234;tre-humain au pluriel comme au singulier, au f&#233;minin comme au masculin ? Est-ce que c'est en changer la nature que d'en scinder les sexes ? Et les gouttes de pluie qui tombent du nuage en sont-elles moins des gouttes de pluie, que ces gouttes traversent l'air en petit nombre ou en grand nombre, que leur forme ait telle dimension ou telle autre, telle configuration m&#226;le ou telle configuration femelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mettre la question de l'&#233;mancipation de la femme en ligne avec la question de l'&#233;mancipation du prol&#233;taire, cet homme-femme, ou, pour dire la m&#234;me chose diff&#233;remment, cet homme-esclave &#8211; chair &#224; s&#233;rail ou chair &#224; atelier &#8211;, cela se comprend, et c'est r&#233;volutionnaire ; mais la mettre en regard et au bas du privil&#232;ge-homme, oh ! alors, au point de vue du progr&#232;s social, c'est d&#233;pourvu de sens, c'est r&#233;actionnaire. Pour &#233;viter tout &#233;quivoque, c'est l'&#233;mancipation de l'&#234;tre-humain qu'il faudrait dire. Dans ces termes, la question est compl&#232;te ; la poser ainsi c'est la r&#233;soudre : l'&#234;tre-humain, dans ses rotations de chaque jour, gravite de r&#233;volution en r&#233;volution vers son id&#233;al de perfectibilit&#233;, la Libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'homme et la femme marchant ainsi du m&#234;me pas et du m&#234;me c&#339;ur, unis et fortifi&#233;s par l'amour, vers leurs destin&#233;es naturelles, la communaut&#233;-anarchique ; mais tous les despotismes an&#233;antis, toutes les in&#233;galit&#233;s sociales nivel&#233;es ; mais l'homme et la femme entrant ainsi &#8211;le bras appuy&#233; sur le bras et le front l'un vers l'autre pench&#233;, dans ce jardin social de l'Harmonie ; mais ce groupe de l'&#234;tre-humain, r&#234;ve r&#233;alis&#233; du bonheur, tableau anim&#233; de l'avenir ; mais tous ces bruissements et tous ces rayonnements &#233;galitaires sonnent mal &#224; vos oreilles et vous font cligner des yeux. Votre entendement bourrel&#233; de petites vanit&#233;s vous fait voir dans la post&#233;rit&#233; l'homme-statue, &#233;rig&#233; sur le pi&#233;destal-femme comme dans l'ant&#233;rit&#233; l'homme-patriarche, debout aupr&#232;s de la femme-servante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecrivain fouetteur de femmes, serf de l'homme absolu, Proudhon-Haynau qui avez pour knout la parole, comme le bourreau croate, vous semblez jouir de toutes les lubricit&#233;s de la convoitise &#224; d&#233;shabiller vos belles victimes sur le papier du supplice et &#224; les flageller de vos invectives. Anarchiste juste-milieu, lib&#233;ral et non LIBERTAIRE, vous voulez le libre &#233;change pour le coton et la chandelle, et vous pr&#233;conisez des syst&#232;mes protecteurs de l'homme contre la femme, dans la circulation des passions humaines ; vous criez contre les hauts barons du capital, et vous voulez r&#233;&#233;difier la haute baronie du m&#226;le sur la vassale femelle ; logicien &#224; b&#233;sicles, vous voyez l'homme par la lunette qui grossit les objets, et la femme par le verre qui les diminue ; penseur afflig&#233; de myopie, vous ne savez distinguer que ce qui vous &#233;borgne dans le pr&#233;sent ou dans le pass&#233;, et vous ne pouvez rien d&#233;couvrir de ce qui est &#224; hauteur et &#224; distance, ce qui perspective de l'avenir : vous &#234;tes un infirme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La femme, sachez-le, est le mobile de l'homme comme l'homme est le mobile de la femme. Il n'est pas une id&#233;e dans votre difforme cervelle comme dans la cervelle des autres hommes qui n'ait &#233;t&#233; f&#233;cond&#233;e par la femme ; pas une action de votre bras ou de votre intelligence qui n'ait eu en vue de vous faire remarquer de la femme, de lui plaire, m&#234;me ce qui en para&#238;t le plus &#233;loign&#233;, m&#234;me vos insultes. Tout ce que l'homme a fait de beau, tout ce que l'homme a produit de grand, tout les chefs-d'&#339;uvre de l'art et de l'industrie, les d&#233;couvertes de la science, les titanesques escalades de l'homme vers l'inconnu, toutes les conqu&#234;tes comme toutes les aspirations du g&#233;nie m&#226;le sont dues &#224; la femme qui les lui a impos&#233;es, &#224; lui, chevalier, comme reine du tournoi, en &#233;change d'un bout de faveur ou d'un doux sourire. Tout l'h&#233;ro&#239;sme du m&#226;le, toute sa valeur physique et morale lui vient de cet amour. Sans la femme, il ramperait encore &#224; plat ventre ou &#224; quatre pattes, il brouterait encore l'herbe ou les racines ; il serait pareil en intelligence au b&#339;uf, &#224; la brute ; il n'est quelque chose de sup&#233;rieur que parce que la femme lui a dit : soit ! c'est sa volont&#233; &#224; elle qui l'a cr&#233;&#233;, lui, ce qu'il est aujourd'hui, et c'est pour satisfaire aux sublimes exigences de l'&#226;me f&#233;minine qu'il a tent&#233; d'accomplir les plus sublimes choses !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; ce que la femme a fait de l'homme ; voyons maintenant ce que l'homme a fait de la femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;las ! pour plaire &#224; son seigneur et ma&#238;tre, elle n'a pas eu besoin d'une grande d&#233;pense de force intellectuelle et morale. Pourvu qu'elle singe&#226;t la guenon dans ses grimaces et ses minauderies ; qu'elle s'attach&#226;t de la verroterie ou de la bimbeloterie au cou et aux oreilles ; qu'elle s'accoutr&#226;t de chiffons ridicules, et se fit des hanches de m&#232;re Gigogne ou de V&#233;nus hottentote &#224; l'aide de la crinoline ou de l'osier ; pourvu encore qu'elle s&#251;t tenir un &#233;ventail ou manier l'&#233;cumoire ; qu'elle se d&#233;vou&#226;t &#224; tapoter sur un piano ou &#224; faire bouillir la marmite ; c'&#233;tait tout ce que son sultan demandait d'elle, tout ce qu'il en fallait pour mettre l'&#226;me masculine en jubilation, l'alpha et l'om&#233;ga des d&#233;sirs et des aspirations de l'homme. Cela fait, la femme avait conquis le mouchoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celle qui, trouvant honteux un pareil r&#244;le et de pareils succ&#232;s, voulut faire preuve de bon go&#251;t et de gr&#226;ce, joindre le m&#233;rite &#224; la beaut&#233;, t&#233;moigner de son c&#339;ur et de son intelligence, celle-l&#224; fut impitoyablement lapid&#233;e par la multitude des Proudhons pass&#233;s et pr&#233;sents, poursuivie du nom de bas-bleu ou de quelqu'autre imb&#233;cile sarcasme, et forc&#233;e &#224; se replier sur elle-m&#234;me. Pour cette foule d'hommes sans c&#339;ur et sans intelligence, elle avait p&#233;ch&#233; par trop de c&#339;ur et trop d'intelligence : on lui jeta la pierre ; et bien rarement il lui fut donn&#233; de rencontrer l'homme-type qui, la prenant par la main, lui dit : femme relevez-vous, vous &#234;tes dignes [sic] d'amour et digne de la Libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, ce qu'il faut &#224; l'homme, c'est-&#224;-dire &#224; celui qui usurpe ce nom, ce n'est pas la femme dans toute sa beaut&#233; physique et morale, la femme aux formes &#233;l&#233;gantes et artistiques, au front aur&#233;olis&#233; de gr&#226;ce et d'amour, au c&#339;ur actif et tendre, &#224; la pens&#233;e enthousiaste, &#224; l'&#226;me &#233;prise d'un po&#233;tique et humanitaire id&#233;al ; non, &#224; ce niais badaud coureur de foires, ce qu'il faut c'est une figure de cire enlumin&#233;e et empanach&#233;e ; &#224; ce gastronome de bestialit&#233;, en extase devant les &#233;tals de boucheries, ce qu'il faut, vous dis-je, c'est un quartier de veau orn&#233; de guipures ! Si bien que, rassasi&#233;e de l'homme qu'elle trouvait si cr&#233;tin, blas&#233;e de celui en qui elle cherchait en vain l'organe du sentiment, la femme &#8211; c'est l'histoire qui le dit, je veux croire que c'est une fable, un conte, une bible &#8211; la femme &#8211; oh ! voilez-vous, chastes yeux et chastes pens&#233;es &#8211; la femme aurait pass&#233; du bip&#232;de au quadrup&#232;de... Ane pour &#226;ne, il &#233;tait naturel, apr&#232;s tout, qu'elle se laiss&#226;t s&#233;duire par la b&#234;te de plus gros calibre. Puis enfin, comme la nature l'avait dou&#233;e de facult&#233;s morales trop robustes pour &#234;tre an&#233;anties par le je&#251;ne, elle s'est d&#233;tourn&#233;e de l'Humanit&#233; et est all&#233;e chercher dans les temples de la superstition, dans les religieuses aberrations de l'esprit et du c&#339;ur, l'aliment aux aspirations passionnelles de son &#226;me. A d&#233;faut de l'homme r&#234;v&#233; par elle, elle a donn&#233; ses sentiments d'amour &#224; un dieu imaginaire, et, pour les sensations, le pr&#234;tre a remplac&#233; l'&#226;ne !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah ! s'il est de par le monde tant d'abjectes cr&#233;atures femelles et si peu de femmes, hommes, &#224; qui faut-il s'en prendre ? Dandin-Proudhon, de quoi vous plaignez-vous ? Vous l'avez voulu...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cependant vous avez, vous, personnellement, je le reconnais, fourni de formidables coups de boutoir au service de la R&#233;volution. Vous avez entaill&#233; jusqu'&#224; la mo&#235;lle le tronc s&#233;culaire de la propri&#233;t&#233;, et vous en avez fait voler au loin les &#233;clats ; vous avez d&#233;pouill&#233; la chose de son &#233;corce, et vous l'avez expos&#233;e dans sa nudit&#233; aux regards des prol&#233;taires ; vous avez fait craquer et tomber sur votre passage, ainsi que des branches s&#232;ches ou des feuilles mortes, les impuissantes repousses autoritaires, les th&#233;ories renouvel&#233;es des Grecs des socialistes-constitutionnels, la v&#244;tre comprise ; vous avez entra&#238;n&#233; avec vous, dans une course &#224; fond de train &#224; travers les sinuosit&#233;s de l'avenir, toute la meute des app&#233;tits physiques et moraux. Vous avez fait du chemin, vous en avez fait faire aux autres ; vous &#234;tes las, vous voudriez vous reposer ; mais les voix de la logique sont l&#224; qui vous obligent &#224; poursuivre vos d&#233;ductions r&#233;volutionnaires, &#224; marcher en avant, toujours en avant, sous peine, en d&#233;daignant l'avertissement fatal, de sentir les crocs de ceux qui ont des jambes vous d&#233;chirer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soyez donc franchement, enti&#232;rement anarchiste, et non pas quart d'anarchiste, huiti&#232;me d'anarchiste, seizi&#232;me d'anarchiste, comme on est quart, huiti&#232;me, seizi&#232;me d'agent de change. Poussez jusqu'&#224; l'abolition du contrat, l'abolition non seulement du glaive et du capital, mais de la propri&#233;t&#233; et de l'autorit&#233; sous toutes formes. Arrivez-en &#224; la communaut&#233;-anarchique, c'est-&#224;-dire l'&#233;tat social o&#249; chacun serait libre de produire et de consommer &#224; volont&#233; et selon sa fantaisie, sans avoir de contr&#244;le &#224; exercer ou &#224; subir de qui que ce soit ou sur qui que ce soit ; o&#249; la balance entre la production et la consommation s'&#233;tablirait naturellement, non plus par la d&#233;tention pr&#233;ventive et arbitraire aux mains des uns ou des autres, mais par la libre circulation des forces et des besoins de chacun. Les flots humains n'ont que faire de vos digues ; laissez passer les libres mar&#233;es : chaque jour ne les ram&#232;nent-elles pas &#224; leur niveau ? Est-ce que j'ai besoin, par exemple, d'avoir en propre un soleil &#224; moi, une atmosph&#232;re &#224; moi, un fleuve &#224; moi, une for&#234;t &#224; moi, toutes les maisons et toutes les rues d'une ville &#224; moi ? Est-ce que j'ai le droit de m'en faire le d&#233;tenteur exclusif, le propri&#233;taire, et d'en priver les autres, sans profit m&#234;me pour mes besoins ? Et si je n'ai pas ce droit, ai-je donc plus raison de vouloir, comme avec le syst&#232;me des contrats, mesurer &#224; chacun &#8211; selon ses forces accidentelles de production &#8211; ce qui doit lui revenir de toutes ces choses ? Combien il devra consommer de rayons de soleil, de cubes d'air ou d'eau, ou de carr&#233;s de promenade dans la for&#234;t ? Quel sera le nombre de maisons ou la portion de maison qu'il aura le droit d'occuper ; le nombre de rues ou de pav&#233;s dans la rue o&#249; il lui sera permis de mettre le pied et le nombre de rues ou de pav&#233;s o&#249; il lui sera interdit de marcher ? &#8211; Est-ce que, avec ou sans contrat, je consommerai plus de ces choses que ma nature ou mon temp&#233;rament le comporte ? Est-ce que je puis absorber individuellement tous les rayons du soleil, tout l'air de l'atmosph&#232;re, tout l'eau du fleuve ? Est-ce que je puis envahir et encombrer de ma personne tous les ombrages de la for&#234;t, toutes les rues de la ville et tous les pav&#233;s de la rue, toutes les maisons de la ville et toutes les chambres de la maison ? Et n'en est-il pas de m&#234;me pour tout ce qui est de consommation humaine, que ce soit un produit brut, comme l'air ou le soleil, ou un produit fa&#231;onn&#233;, comme la rue ou la maison ? A quoi bon alors un contrat qui ne peut rien ajouter &#224; ma libert&#233;, et qui peut y attenter, et qui bien certainement y attenterait ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et maintenant, pour ce qui est de la production, est-ce que le principe actif qui est en moi en sera plus d&#233;velopp&#233; parce qu'on l'aura opprim&#233;, qu'on lui aura impos&#233; des entraves ? Ce serait absurde de soutenir une pareille th&#232;se. L'homme appel&#233; libre, dans les soci&#233;t&#233;s actuelles, le prol&#233;taire, produit beaucoup mieux et beaucoup plus que l'homme appel&#233; n&#232;gre, l'esclave. Que serait-ce s'il &#233;tait r&#233;ellement et universellement libre : la production en serait centupl&#233;e. &#8211; Et les paresseux, direz-vous ? Les paresseux sont un incident de nos soci&#233;t&#233;s anormales, c'est-&#224;-dire que l'oisivet&#233; ayant les honneurs et le travail les m&#233;pris il n'est pas surprenant que les hommes se lassent d'un labeur qui ne leur rapporte que des fruits amers. Mais &#224; l'&#233;tat de communaut&#233;-anarchique et avec les sciences telles qu'elles sont d&#233;velopp&#233;es de nos jours, il ne pourrait rien y avoir de semblable. Il y aurait bien, comme aujourd'hui, des &#234;tres plus lents &#224; produire que d'autres, mais par cons&#233;quent, plus lents &#224; consommer, des &#234;tres plus vifs que d'autres &#224; produire, par cons&#233;quent, plus vifs &#224; consommer : l'&#233;quation existe naturellement. Vous en faut-il une preuve ? Prenez au hasard cent travailleurs parmi les travailleurs, et vous verrez que les plus consommateurs sont aussi les plus producteurs. &#8211; Comment se figurer que l'&#234;tre-humain, dont l'organisme est compos&#233; de tant d'outils pr&#233;cieux et de l'emploi desquels il r&#233;sulte pour lui une foule de jouissances, outil du bras, outil du c&#339;ur, outil de l'intelligence, comment se figurer qu'il les laisserait volontairement ronger par la rouille ? Eh quoi ! &#224; l'&#233;tat de libre nature et de merveilles industrielles et scientifiques, &#224; l'&#233;tat d'exub&#233;rance anarchique o&#249; tout lui rappellerait le mouvement et tout mouvement la vie. Eh quoi ! l'&#234;tre-humain ne saurait chercher le bonheur que dans une imb&#233;cile immobilit&#233; ? Allons donc ! Le contraire seul est possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce terrain de la vraie anarchie, de la libert&#233; absolue, il existerait sans contredit autant de diversit&#233; entre les &#234;tres qu'il y aurait de personnes dans la soci&#233;t&#233;, diversit&#233; d'&#226;ge, de sexe, d'aptitudes : l'&#233;galit&#233; n'est pas l'uniformit&#233;. Et cette diversit&#233; de tous les &#234;tres et de tous les instants est justement ce qui rend tout gouvernement, constitution ou contration, impossible. Comment s'engager pour un an, pour un jour, pour une heure, quand dans une heure, un jour, un an on peut penser tout diff&#233;remment qu'&#224; l'instant o&#249; l'on s'est engag&#233; ? &#8211; Avec l'anarchie radicale, il y aurait donc des femmes comme il y aurait des hommes de plus ou moins de valeur relative ; il y aurait des enfants comme il y aurait des vieillards ; mais tous indistinctement n'en seraient pas moins l'&#234;tre-humain, et seraient &#233;galement et absolument libres de se mouvoir dans le cercle naturel de leurs attractions, libres de consommer et de produire comme il leur conviendrait sans qu'aucune autorit&#233; paternelle, maritale ou gouvernementale, sans qu'aucune r&#233;glementation l&#233;gale ou contrative put y porter atteinte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Soci&#233;t&#233; ainsi comprise &#8211; et vous devez la comprendre ainsi, vous, anarchiste, qui vous targuez d'&#234;tre logique &#8211; qu'avez-vous encore &#224; dire de &lt;i&gt;l'infirmit&#233; sexuelle&lt;/i&gt; de la femelle ou du m&#226;le chez l'&#234;tre-humain ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecoutez, ma&#238;tre Proudhon, ne parlez pas de la femme, ou, avant d'en parler, &#233;tudiez-la ; allez &#224; l'&#233;cole. Ne vous dites pas anarchiste, ou soyez anarchiste jusqu'au bout. Parlez-nous, si vous voulez, de l'inconnu et du connu, de Dieu qui est le mal, de la Propri&#233;t&#233; qui est le vol. Mais quand vous nous parlerez de l'homme, n'en faites pas une divinit&#233; autocratique, car je vous r&#233;pondrai : l'homme, c'est le mal ! &#8211; Ne lui attribuez pas un capital d'intelligence qui ne lui appartient que par droit de conqu&#234;te, par commerce d'amour, richesse usuraire qui lui vient toute enti&#232;re de la femme, qui est le produit de son &#226;me &#224; elle, ne le parez pas des d&#233;pouilles d'autrui, car, alors, je vous r&#233;pondrai : la propri&#233;t&#233;, c'est le vol !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elevez la voix, au contraire, contre cette exploitation de la femme par l'homme. Dites au monde, avec cette vigueur d'argumentation qui a fait de vous un athl&#233;tique agitateur, dites lui que l'homme ne pourra d&#233;sembourber la R&#233;volution, l'arracher de sa fangeuse et sanglante orni&#232;re, qu'avec l'aide de la femme ; que seul il est impuissant ; qu'il lui faut l'&#233;paulement du c&#339;ur et du front de la femme ; que sur le chemin du Progr&#232;s social ils doivent marcher tous deux de pair, c&#244;te &#224; c&#244;te et la main dans la main ; que l'homme ne saurait atteindre au but, vaincre les fatigues du voyage, s'il n'a pour le soutenir et pour le fortifier les regards et les caresses de la femme. Dites &#224; l'homme et dites &#224; la femme que leurs destin&#233;es sont de se rapprocher et de se mieux comprendre ; qu'ils n'ont qu'un seul et m&#234;me nom comme ils ne font qu'un seul et m&#234;me &#234;tre, l'&#234;tre-humain ; qu'ils en sont, tour-&#224;-tour et tout &#224; la fois, l'un le bras droit et l'autre le bras gauche, et que, dans l'identit&#233; humaine, leurs c&#339;urs ne sauraient former qu'un c&#339;ur et leurs pens&#233;es un seul faisceau de pens&#233;es. Dites-leur encore, qu'&#224; cette condition seule ils pourront rayonner l'un sur l'autre, percer, dans leur marche phosphorescente, les ombres qui s&#233;parent le pr&#233;sent de l'avenir, la soci&#233;t&#233; civilis&#233;e de la soci&#233;t&#233; harmonique. Dites-leur enfin, que l'&#234;tre-humain &#8211; dans ses proportions et ses manifestations relatives, l'&#234;tre-humain est comme le ver luisant : il ne brille que par l'amour et pour l'amour !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dites cela. &#8211; Soyez plus fort que vos faiblesses, plus g&#233;n&#233;reux que vos rancunes ; proclamez la libert&#233;, l'&#233;galit&#233;, la fraternit&#233;, l'indivisibilit&#233; de l'&#234;tre-humain. Dites cela : c'est de salut public. D&#233;clarez l'Humanit&#233; en danger ; appelez en masse l'homme et la femme &#224; rejeter hors des fronti&#232;res sociales les pr&#233;jug&#233;s envahisseurs ; suscitez un Deux et Trois Septembre contre cette haute noblesse masculine, cette aristocratie du sexe qui voudrait nous river &#224; l'ancien r&#233;gime. Dites cela : il le faut ! dites-le avec passion, avec g&#233;nie, coulez-le en bronze, faites-le tonner... et vous aurez bien m&#233;rit&#233; et des autres et de vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Joseph D&#233;jacque&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Nouvelle-Orl&#233;ans, mai 1857.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;p&gt;Joseph D&#233;jacque (1821-1864), ouvrier, po&#232;te, militant et &#233;crivain anarchiste n&#233; a Paris, est le cr&#233;ateur du n&#233;ologisme &#171; libertaire &#187;, par opposition &#224; lib&#233;ral, dans son pamphlet &lt;i&gt;De l'&#202;tre-Humain m&#226;le et femelle - Lettre &#224; P.J.Proudhon&lt;/i&gt; publi&#233; en 1857 &#224; la Nouvelle-Orl&#233;ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inscrit le 10 mai 1848 aux Ateliers nationaux, Joseph D&#233;jacque prend part &#224; l'insurrection de juin 1848. Arr&#234;t&#233;, il est transport&#233; &#224; Cherbourg, ramen&#233; &#224; Paris, lib&#233;r&#233; en mai 1849, puis emprisonn&#233; de nouveau. Condamn&#233; pour son recueil de po&#233;sie &lt;i&gt;Les Lazar&#233;ennes, fables et po&#233;sies sociales&lt;/i&gt; &#224; deux ans de prison, il est contraint &#224; l'exil. R&#233;fugi&#233; &#224; Bruxelles puis Londres, il a de dures controverses avec les r&#233;publicains exil&#233;s : pourquoi l'&#233;chec de la r&#233;volution de 1848 ? &#192; partir de 1858 il a publi&#233; ses textes lui-m&#234;me, dans &lt;i&gt;Le Libertaire, journal du mouvement social&lt;/i&gt; dont 27 num&#233;ros paraissent &#224; New-York jusqu'en 1861, en d&#233;pit des difficult&#233;s financi&#232;res de l'auteur-&#233;diteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ouvrier d&#233;corateur, colleur de papier-peint, D&#233;jacque en est l'unique contributeur, tenant, en des colonnes serr&#233;es et une plume farouche, la chronique de l'actualit&#233; politique et sociale de son temps : comp&#233;titions et luttes des grandes nations en europe et triomphe de l'autoritarisme de carnaval, du bonapartiste bourgeois, en France, campagne anti-esclavagistes de John Brown, pr&#233;lude &#224; la guerre de s&#233;cession, mis&#232;res et illusions de la multitude d'immigrant qu'il cotoie en Am&#233;rique. Y est &#233;galement omnipr&#233;sent le sort des ouvriers dans les grandes villes industrielles des deux rives, les &#171; esclaves &#187; du capitalisme. Il y publie aussi en feuilleton divers textes th&#233;oriques et pol&#233;miques et une utopie, &lt;i&gt;&#171; L'Humanisph&#232;re : utopie anarchique &#187;&lt;/i&gt; qui est rest&#233; son texte le plus lu, le seul &#224; avoir connu plusieurs &#233;ditions au XXe si&#232;cle. Les ouvrages de D&#233;jacque sont mal connus, malgr&#233; le succ&#232;s du mot qu'il a invent&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://www.infokiosques.net/IMG/pdf/Etre-humain-male-et-femelle-A5-12p-NB-cahier.pdf" length="629178" type="application/pdf" />
		
		<enclosure url="https://www.infokiosques.net/IMG/pdf/etre-humain-male-et-femelle-a5-12p-nb-pageparpage-1857.pdf" length="821608" type="application/pdf" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>A bas les chefs !</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article891</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.infokiosques.net/spip.php?article891</guid>
		<dc:date>2011-12-16T12:28:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Joseph D&#233;jacque</dc:creator>


		<dc:subject>Anarchismes, anarchie</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>
		<dc:subject>Apache &#233;ditions (Paris)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;A toute id&#233;e pr&#233;sente et &#224; venir, salut ! L'autorit&#233; a r&#233;gn&#233; si longtemps sur les hommes, elle a tellement pris possession de l'humanit&#233;, qu'elle a laiss&#233; partout garnison dans son esprit. Aujourd'hui encore, il est difficile, autrement qu'en id&#233;e, de la saper de fond en comble. Chacun des civilis&#233;s est pour elle une forteresse qui, sous la garde des pr&#233;jug&#233;s, se dresse en ennemie sur le passage de la libert&#233;, cette envahissante amazone.&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Texte paru dans &lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt; n&#176;12, en avril 1859.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique5" rel="directory"&gt;A&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Anarchismes, anarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot115" rel="tag"&gt;Apache &#233;ditions (Paris)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L102xH150/arton891-ee184.png?1780465048' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='102' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff891.png?1323956752&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous ne sommes plus au temps fabuleux de Saturne o&#249; le p&#232;re d&#233;vorait ses enfants, ni au temps juda&#239;que d'H&#233;rode o&#249; l'on massacrait toute une g&#233;n&#233;ration de fr&#234;les innocents ; ce qui, apr&#232;s tout, n'a pas emp&#234;ch&#233; J&#233;sus d'&#233;chapper au massacre et Jupiter &#224; la d&#233;voration. Nous vivons &#224; une &#233;poque o&#249; l'on ne tue plus gu&#232;re les enfants par le glaive ou la dent, et o&#249; il para&#238;t assez naturel que les jeunes enterrent les vieux. Enterrons donc tout ce qui a fait son temps. Hercule est mort, pourquoi chercher &#224; le ressusciter ? on ne pourrait tout au plus que le galvaniser. La massue est moins forte que l'id&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A toute id&#233;e pr&#233;sente et &#224; venir, salut ! L'autorit&#233; a r&#233;gn&#233; si longtemps sur les hommes, elle a tellement pris possession de l'humanit&#233;, qu'elle a laiss&#233; partout garnison dans son esprit. Aujourd'hui encore, il est difficile, autrement qu'en id&#233;e, de la saper de fond en comble. Chacun des civilis&#233;s est pour elle une forteresse qui, sous la garde des pr&#233;jug&#233;s, se dresse en ennemie sur le passage de la libert&#233;, cette envahissante amazone. Ainsi, tels qui se croient r&#233;volutionnaires et ne jurent que par la libert&#233;, proclament n&#233;anmoins la n&#233;cessit&#233; de la dictature ; comme si la dictature n'excluait pas la libert&#233;, et la libert&#233; la dictature. Que de grands enfants, &#224; vrai dire, parmi les r&#233;volutionnaires ! et de grands enfants qui tiennent &#224; leur dada ; &#224; qui il faut la R&#233;publique d&#233;mocratique et sociale, sans doute, mais avec un empereur ou un dictateur, ce qui est tout un, pour la gouverner ; gens mont&#233;s &#224; califourchon, et la face tourn&#233;e vers la croupe, sur leur carcasse d'&#226;ne, et qui, les yeux fix&#233;s sur la perspective du progr&#232;s, s'en &#233;loignent d'autant plus qu'ils font plus de chemin pour s'en rapprocher, les pieds, dans cette position, galopant du c&#244;t&#233; oppos&#233; au devant de la b&#234;te. Ces r&#233;volutionnaires-l&#224;, politiqueurs au cou pel&#233;, ont conserv&#233;, avec l'empreinte du collier, la tache morale de la servitude, le torticolis du despotisme. H&#233;las ! ils ne sont que trop nombreux parmi nous. Ils se disent r&#233;publicains, d&#233;mocrates et socialistes, et ils n'ont de penchant et ils n'ont d'amour que pour l'autorit&#233; au bras de fer, au front de fer, au c&#339;ur de fer ; plus monarchistes en r&#233;alit&#233; que les monarchistes, qui &#224; c&#244;t&#233; d'eux pourraient presque passer pour des an... archistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dictature, qu'elle soit une hydre &#224; cent t&#234;tes ou &#224; cent queues, qu'elle soit d&#233;mocratique ou d&#233;magogique, ne peut assur&#233;ment rien pour la libert&#233; ; elle ne peut que perp&#233;tuer l'esclavage, au moral comme au physique. Ce n'est pas en enr&#233;gimentant un peuple d'ilotes sous un joug de fer, puisque fer il y a, en l'emprisonnant dans un uniforme de volont&#233;s proconsulaires, qu'il peut en r&#233;sulter des hommes intelligents et libres. Tout ce qui n'est pas la libert&#233; est contre la libert&#233;. La libert&#233; n'est pas chose qui puisse s'octroyer. il n'appartient pas au bon plaisir de quelque personnage ou comit&#233; de salut public que ce soit de la d&#233;cr&#233;ter, d'en faire largesses. La dictature peut couper des t&#234;tes d'hommes, elle ne saurait les faire cro&#238;tre et multiplier ; elle peut transformer les intelligences en cadavres ; elle peut faire ramper et grouiller sous sa botte de verges les esclaves, comme des vers ou des chenilles, les aplatir sous son pas pesant, mais seule la libert&#233; peut leur donner des ailes. Ce n'est que par le travail libre, le travail intellectuel et moral que notre g&#233;n&#233;ration, civilisation ou chrysalide, se m&#233;tamorphosera en vif et brillant papillon, rev&#234;tira le type humain et prendra son essor dans l'harmonie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien des gens, je le sais, parlent de la libert&#233; sans la comprendre, ils n'en ont ni la science ni m&#234;me le sentiment. Ils ne voient jamais dans la d&#233;molition de l'autorit&#233; r&#233;gnante qu'une substitution de nom ou de personne ; ils n'imaginent pas qu'une soci&#233;t&#233; puisse fonctionner sans ma&#238;tres ni valets, sans chefs ni soldats ; ils sont pareils, en cela, &#224; ces r&#233;acteurs qui disent : &#171; Il y a toujours eu des riches et des pauvres. Il y en aura toujours. Que deviendrait le pauvre sans le riche ? Il mourrait de faim. &#187; Les d&#233;magogues ne disent pas tout &#224; fait cela, mais ils disent : &#171; Il y a toujours eu des gouvernants et des gouvern&#233;s, il y en aura toujours. Que deviendrait le peuple sans gouvernement ? Il croupirait dans l'esclavage. &#187; Tous ces antiquaires-l&#224;, les rouges et les blancs, sont un peu comp&#232;res et compagnons ; l'anarchie, le libertarisme, bouleverse leur mis&#233;rable entendement, entendement encombr&#233; de pr&#233;jug&#233;s ignares, de niaises v&#233;rit&#233;s, de cr&#233;tinisme. Plagiaires du pass&#233;, les r&#233;volutionnaires r&#233;trospectifs et r&#233;troactifs, les dictaturistes, les inf&#233;od&#233;s &#224; la force brutale, tous ces autoritaires cramoisis qui r&#233;clament un pouvoir sauveur, croasseront toute leur vie sans trouver ce qu'ils d&#233;sirent. Semblables aux grenouilles qui demandent un roi, on les voit et on les verra toujours changer leur soliveau pour une grue, le gouvernement de Juillet pour un gouvernement de F&#233;vrier, les massacreurs de Rouen pour les massacreurs de Juin, Cavaignac pour Bonaparte, et demain, s'il se peut, Bonaparte pour Blanqui... S'ils crient un jour : &#171; A bas la garde municipale ! &#187; c'est pour crier l'instant d'apr&#232;s : &#171; Vive la garde mobile ! &#187; Ou bien ils troquent la garde mobile contre la garde imp&#233;riale, comme ils troqueraient la garde imp&#233;riale contre les &lt;i&gt;bataillons r&#233;volutionnaires&lt;/i&gt;. Sujets ils &#233;taient, sujets ils sont, sujets ils seront. Ils ne savent ni ce qu'ils veulent ni ce qu'ils font. Ils se plaignent la veille de n'avoir pas l'homme de leur choix, ils se plaignent le lendemain de l'avoir trop. Enfin, &#224; tout moment et &#224; tout propos, ils invoquent l'autorit&#233; &#171; au long bec emmanch&#233; d'un long cou &#187;, et ils trouvent surprenant qu'elle les croque, qu'elle les tue !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui se dit r&#233;volutionnaire et parle de dictature n'est qu'un dupe ou un fripon, un imb&#233;cile ou un tra&#238;tre ; imb&#233;cile et dupe, s'il la pr&#233;conise comme auxiliaire de la R&#233;volution sociale, comme un mode de transition du pass&#233; au futur, car c'est toujours conjuguer l'autorit&#233; &#224; l'indicatif pr&#233;sent ; fripon et tra&#238;tre, s'il ne l'envisage que comme un moyen de prendre place au budget et de jouer au mandataire sur tous les modes et dans tous les temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combien de nains, certes, qui ne demanderaient pas mieux que d'avoir des &#233;chasses officielles, un titre, des appointements, une repr&#233;sentation quelconque pour se tirer de la fondri&#232;re o&#249; patauge le commun des mortels et se donner des airs de g&#233;ants ! Le commun des mortels sera-t-il toujours assez sot pour fournir un pi&#233;destal &#224; ces pygm&#233;es ? Faudra-t-il toujours s'entendre dire : &#171; Mais vous parlez de supprimer les &#233;lus du suffrage universel, de jeter par les fen&#234;tres la repr&#233;sentation nationale et d&#233;mocratique, que mettrez-vous &#224; sa place ? Car enfin, il faut bien quelque chose. Il faut bien que quelqu'un commande... un comit&#233; de salut public, alors ? Vous ne voulez plus d'un empereur, d'un tyran, cela se comprend ; mais qui le remplacera... un dictateur ? car tout le monde ne peut pas se conduire, et il en faut bien un qui se d&#233;voue &#224; gouverner les autres... &#187; Eh ! messieurs ou citoyens, &#224; quoi bon le supprimer, si c'est pour le remplacer ? Ce qu'il faut, c'est d&#233;truire le mal et non le d&#233;placer. Que m'importe &#224; moi qu'il porte tel nom ou tel autre, qu'il soit ici ou l&#224;, si, sous ce masque et sous cette allure, il est encore et toujours en travers de mon chemin ? On supprime un ennemi, on ne le remplace pas. La dictature, la magistrature souveraine, la monarchie, pour bien dire &#8212; car reconna&#238;tre que l'autorit&#233;, qui est le mal, peut faire le bien, n'est-ce pas se d&#233;clarer monarchiste, sanctionner le despotisme, apostasier la R&#233;volution ? Si on leur demande, &#224; ces partisans absolus de la force brutale, &#224; ces pr&#244;neurs de l'autorit&#233; d&#233;magogique et obligatoire, comment ils l'exerceront, de quelle mani&#232;re ils organiseront ce pouvoir fort, les uns vous r&#233;pondent, comme feu Marat, qu'ils veulent un dictateur avec des boulets aux pieds et condamn&#233; par le peuple &#224; travailler pour le peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord distinguons : ou ce dictateur agira par la volont&#233; du peuple, et alors il ne sera pas r&#233;ellement dictateur, ce ne sera qu'une cinqui&#232;me roue &#224; un carrosse, ou bien il sera r&#233;ellement dictateur, il aura en main guides et fouet, et il n'agira que d'apr&#232;s son bon plaisir, c'est-&#224;-dire au profit exclusif de sa divine personne. Agir au nom du peuple c'est agir au nom de tout le monde, n'est-ce pas ? Et tout le monde n'est pas scientifiquement, harmoniquement, intelligemment r&#233;volutionnaire. Mais j'admets, pour me conformer &#224; la pens&#233;e des blanquistes, par exemple, &#8212; cette queue du carbonarisme, cette franc-ma&#231;onnerie ba-b&#233;-bou-viste, ces invisibles d'une nouvelle esp&#232;ce, cette soci&#233;t&#233; d'intelligences... secr&#232;tes, &#8212; qu'il y a peuple et peuple, le peuple des fr&#232;res initi&#233;s, les disciples du grand architecte populaire, et le peuple ou tourbe des profanes. Ces affili&#233;s, ces conspirateurs &#233;m&#233;rites s'entendront-ils toujours entre eux ? Seront-ils toujours d'accord sur toutes les questions et dans toutes leurs sections ? Qu'un d&#233;cret soit lanc&#233; sur la propri&#233;t&#233; ou sur la famille ou sur quoi que ce soit, les uns le trouveront trop radical, les autres pas assez. Mille poignards, pour lors, se l&#232;veront mille fois par jour contre le for&#231;at dictatorial. Il n'aurait pas deux minutes &#224; vivre celui qui accepterait un pareil r&#244;le. Mais il ne l'acceptera pas s&#233;rieusement, il aura sa coterie, tous les hommes de cur&#233;e qui se serreront autour de lui, et lui feront un bataillon sacr&#233; de valets pour avoir les restes de son autorit&#233;, les miettes du pouvoir. Alors il pourra peut-&#234;tre bien ordonner au nom du peuple, je ne dis pas le contraire, mais, &#224; coup s&#251;r, contre le peuple. Il fera fusiller ou d&#233;porter tout ce qui aura des vell&#233;it&#233;s libertaires. Comme Charlemagne, ou je ne sais plus quel roi, qui mesurait les hommes &#224; la hauteur de son &#233;p&#233;e, il fera d&#233;capiter toutes les intelligences qui d&#233;passeront son niveau. il proscrira tous les progr&#232;s qui tendront plus loin que lui. Il fera comme tous les hommes de salut public, comme les politiques de 93, &#233;mules des j&#233;suites de l'Inquisition, il propagera l'ab&#234;tissement g&#233;n&#233;ral, il an&#233;antira l'Initiative particuli&#232;re, il fera la nuit sur le jour naissant, les t&#233;n&#232;bres sur l'id&#233;e sociale, il nous replongera, mort ou vif, dans le charnier de la civilisation, il fera du peuple, au lieu d'une autonomie intellectuelle et morale, une autonomie de chair et d'os, un corps de brutes. Car, pour un dictateur politique comme pour un directeur J&#233;suite, ce qu'il y a de meilleur dans l'homme, ce qu'il y a de bon, c'est le cadavre !...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres, dans leur r&#234;ve de dictature, diff&#232;rent quelque peu de ceux-ci, en ce sens qu'ils ne veulent pas de la dictature d'un seul, d'un Samson uni-t&#234;te, mais &#224; mille ou &#224; cent m&#226;choires de baudet, de la dictature des &lt;i&gt;petites merveilles&lt;/i&gt; du prol&#233;tariat, r&#233;put&#233;es par elles intelligentes parce qu'elles ont d&#233;bit&#233; un jour ou l'autre quelques banalit&#233;s en prose ou en vers, qu'elles ont barbouill&#233; leurs noms sur les listes du scrutin ou les registres de quelque petite chapelle politico-r&#233;volutionnaire ; la dictature enfin des t&#234;tes et des bras &#224; poils pour faire concurrence aux Ratapoils et avec mission, comme de juste, d'exterminer les aristocrates ou les philistins. Ils pensent comme les premiers, que le mal n'est pas tant dans les institutions liberticides que dans le choix des hommes tyranniques. &#201;galitaires de nom, ils sont pour les castes en principe. Et en mettant au pouvoir des ouvriers &#224; la place des bourgeois, ils ne doutent pas que tout soit pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mettre les ouvriers au pouvoir ! En v&#233;rit&#233;, il faut ne plus se souvenir. N'avons-nous pas eu Albert au gouvernement provisoire ? Est-il possible de voir rien de plus cr&#233;tin ? Qu'a-t-il &#233;t&#233;, sinon un plastron ? A l'Assembl&#233;e constituante ou l&#233;gislative, nous avons eu les d&#233;l&#233;gu&#233;s lyonnais ; s'il fallait juger des repr&#233;sent&#233;s par les repr&#233;sentants, ce serait un triste &#233;chantillon de l'intelligence des ouvriers de Lyon. Paris nous a gratifi&#233;s de Nadaud, nature &#233;paisse, intelligence de mortier, qui r&#234;vait la transformation de sa truelle en sceptre pr&#233;sidentiel &#8212; l'imb&#233;cile ! Puis aussi Corbon, le r&#233;v&#233;rend de &lt;i&gt;l'Atelier&lt;/i&gt;, et peut-&#234;tre bien le moins j&#233;suite, car lui, du moins, n'a pas tard&#233; &#224; jeter le masque et &#224; prendre place au milieu et &#224; c&#244;t&#233; des r&#233;acteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tels sur les marches du tr&#244;ne les courtisans sont plus royalistes que le roi, tels sur les degr&#233;s de l'autorit&#233; officielle ou l&#233;gale les ouvriers r&#233;publicains sont plus bourgeois que les bourgeois. Et cela se comprend : l'esclave affranchi et devenu ma&#238;tre exag&#232;re toujours les vices du planteur qui l'a &#233;duqu&#233;. Il est d'autant plus dispos&#233; &#224; abuser du commandement qu'il a &#233;t&#233; enclin ou forc&#233; &#224; plus de soumission et &#224; plus de bassesse envers ses commandeurs. Un comit&#233; dictatorial compos&#233; d'ouvriers est certainement ce que l'on pourrait trouver de plus gonfl&#233; de suffisance et de nullit&#233; et, par cons&#233;quent, de plus antir&#233;volutionnaire. Si l'on veut prendre au s&#233;rieux le mot de &lt;i&gt;salut public&lt;/i&gt;, c'est d'abord, et en toute occasion, d'&#233;vincer les ouvriers de toute autorit&#233; gouvernementale et ensuite, et toujours, d'&#233;vincer le plus possible de la soci&#233;t&#233; l'autorit&#233; gouvernementale elle-m&#234;me. (Mieux vaut au pouvoir des ennemis suspects que des amis douteux.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autorit&#233; officielle ou l&#233;gale, de quelque nom qu'on la d&#233;core, est toujours mensong&#232;re et malfaisante. Il n'y a de vrai et de bienfaisant que l'autorit&#233; naturelle ou anarchique. Qui fait autorit&#233; en fait et en droit, en 48 ? Est-ce le gouvernement provisoire, la commission ex&#233;cutive, Cavaignac ou Bonaparte ? Ni l'un ni l'autre. Car s'ils avaient en main la force butale, ils n'&#233;taient eux-m&#234;mes que des instruments, les rouages engren&#233;s de la r&#233;action ; ils n'&#233;taient donc pas des moteurs, mais des machines. Toutes les autorit&#233;s gouvernementales, m&#234;me les plus autoritaires, ne sont que cela. elles fonctionnent par la volont&#233; d'une faction et au service de cette faction, sauf les accidents d'intrigues, les explosions d'ambition comprim&#233;e. La v&#233;ritable autorit&#233; en 48, l'autorit&#233; de salut universel ne fut donc pas dans le gouvernement, mais, comme toujours, en dehors du gouvernement, dans l'initiative individuelle : Proudhon fut son plus &#233;minent repr&#233;sentant (je parle dans le peuple et non dans la Chambre). C'est en lui que se personnifia l'agitation r&#233;volutionnaire des masses. Et pour cette repr&#233;sentation-l&#224;, il n'est besoin ni de titre, ni de mandat l&#233;galis&#233;s. Son seul titre, il lui venait de son travail, c'&#233;tait sa science, son g&#233;nie. Son mandat, il ne le tenait pas des autres, des suffrages arbitraires de la force brute, mais de lui seul, de la conscience et de la spontan&#233;it&#233; de sa force intellectuelle. Autorit&#233; naturelle et anarchique, il eut toute la part d'influence &#224; laquelle il pouvait pr&#233;tendre. Et c'est une autorit&#233; qui n'a que faire des pr&#233;toriens, car elle est la dictature de l'intelligence ; elle &#233;chauffe et elle vivifie. Sa mission n'est pas de garotter ni de raccourcir les hommes, mais de les grandir de toute la hauteur de la t&#234;te, mais de les d&#233;velopper de toute la force d'expansion de leur nature mentale. Elle ne produit pas, comme l'autre, des esclaves au nom de la libert&#233; publique, elle d&#233;truit l'esclavage au nom de l'autorit&#233; priv&#233;e. elle ne s'impose pas &#224; la pl&#232;be en se cr&#234;nelant dans un palais, en se cuirassant de mailles de fer, en chevauchant parmi ses archers, comme les barons f&#233;odaux &#8212; elle s'affirme dans le peuple, comme s'affirment les astres dans le firmament, en rayonnant sur ses satellites !!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle puissance plus grande aurait eue Proudhon, &#233;tant gouvernement ? Non seulement il n'en aurait pas eu davantage, mais il en aurait eu beaucoup moins, en supposant m&#234;me qu'il e&#251;t pu conserver au pouvoir ses passions r&#233;volutionnaires. Sa puissance lui venant du cerveau, tout ce qui aurait &#233;t&#233; de nature &#224; porter entrave au travail de son cerveau aurait &#233;t&#233; une attaque &#224; sa puissance. S'il e&#251;t &#233;t&#233; un dictateur bott&#233; et &#233;peronn&#233;, arm&#233; de pied en cap, investi de l'&#233;charpe et de la cocarde suzeraines, il e&#251;t perdu &#224; politiquer avec son entourage tout le temps qu'il a employ&#233; &#224; socialiser les masses. Il aurait fait de la r&#233;action au lieu de faire de la r&#233;volution. Voyez plut&#244;t le ch&#226;telain du Luxembourg, Louis Blanc, le mieux intentionn&#233; peut-&#234;tre de tout le gouvernement provisoire, et cependant le plus perfide, celui qui a tir&#233; les marrons du feu pour la r&#233;action ; qui a livr&#233; les ouvriers sermonn&#233;s aux bourgeois arm&#233;s ; qui a fait comme font tous les pr&#233;dicateurs en soutane ou &#224; rubans autoritaires, qui a pr&#234;ch&#233; la charit&#233; chr&#233;tienne aux pauvres afin de sauver le riche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les titres, les mandats gouvernementaux ne sont bons que pour les nullit&#233;s qui, trop l&#226;ches pour &#234;tre quelque chose par elles-m&#234;mes, veulent para&#238;tre. Ils n'ont de raison d'&#234;tre que par la raison de ces avortons. L'homme fort, l'homme d'intelligence, l'homme qui est tout par le travail et rien par l'intrigue, l'homme qui est le fils de ses &#339;uvres et non le fils de son p&#232;re, de son oncle ou de n'importe quel patron, n'a rien &#224; d&#233;m&#234;ler avec ces attributions carnavalesques ; il les m&#233;prise, il les hait comme un travestissement qui souillerait sa dignit&#233;, comme quelque quelque chose d'obsc&#232;ne et d'infamant. L'homme faible, l'homme ignorant, mais qui a le sentiment de l'humanit&#233;, doit les redouter aussi : il ne lui faut pour cela qu'un peu de bon sens. Car si toute arlequinade est ridicule, de plus elle est odieuse ; c'est quand elle porte latte !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout gouvernement dictatorial, qu'il soit entendu au singulier ou au pluriel, tout pouvoir d&#233;magogique ne pourrait que retarder l'av&#232;nement de la r&#233;volution sociale en substituant son initiative, quelle qu'elle f&#251;t, sa raison omnipotente, sa volont&#233; civique et forc&#233;e &#224; l'initiative anarchique, &#224; la volont&#233; raisonn&#233;e, &#224; l'autonomie de chacun. La r&#233;volution sociale ne peut se faire que par l'organe de tous individuellement : autrement elle n'est pas la r&#233;volution sociale. Ce qu'il faut donc, ce vers quoi il faut tendre, c'est placer tout le monde et chacun dans la possibilit&#233;, c'est-&#224;-dire dans la n&#233;cessit&#233; d'agir, afin que le mouvement, se communiquant de l'un &#224; l'autre, donne et re&#231;oive l'impulsion du progr&#232;s et en d&#233;cuple et en centuple la force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il faut enfin, c'est autant de dictateurs qu'il y a d'&#234;tres pensants, hommes ou femmes, dans la soci&#233;t&#233;, afin de l'agiter, de l'insurger, de la tirer de son inertie ; et non un Loyola &#224; bonnet rouge, un g&#233;n&#233;ral politique pour discipliner, c'est-&#224;-dire pour immobiliser les uns et les autres, se poser sur leur poitrine ; sur leur c&#339;ur, comme un cauchemar, afin d'en &#233;touffer les pulsations ; et sur leur front, sur leur cerveau, comme une instruction obligatoire ou cat&#233;chismale, afin d'en torturer l'entendement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autorit&#233; gouvernementale, la dictature, qu'elle s'appelle empire ou r&#233;publique, tr&#244;ne ou fauteuil, sauveur de l'ordre ou comit&#233; de salut public, qu'elle existe aujourd'hui sous le nom de Bonaparte ou demain sous le nom de Blanqui ; qu'elle sorte de Ham ou de Belle-Isle, qu'elle ait dans ses insignes un aigle ou un lion empaill&#233;... la dictature n'est que le viol de la libert&#233; par la virilit&#233; corrompue, par les syphilitiques ; c'est le mal c&#233;sarien inocul&#233; avec des semences de reproduction dans les organes intellectuel de la g&#233;n&#233;ration populaire. Ce n'est pas le baiser d'&#233;mancipation, une naturelle et f&#233;conde manifestation de la pubert&#233;, c'est une fornication de la virginit&#233; avec la d&#233;cr&#233;pitude, un attentat aux m&#339;urs, un crime comme d'abus du tuteur envers sa pupille... c'est un humanicide !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a qu'une dictature r&#233;volutionnaire, qu'une dictature humanitaire : c'est la dictature intellectuelle et morale. Tout le monde n'est-il pas libre d'y participer ? Il suffit de le vouloir pour le pouvoir. Point n'est besoin autour d'elle, et pour la faire reconna&#238;tre, de bataillons de licteurs ni de troph&#233;es de ba&#239;onnettes ; elle ne marche escort&#233;e que de ses libres pens&#233;es, elle n'a pour sceptre que son faisceau de lumi&#232;res. Elle ne fait pas la loi, elle la d&#233;couvre ; elle n'est pas autorit&#233;, elle fait autorit&#233;. Elle n'existe que par la volont&#233; du travail et de droit de la science. Qui la nie aujourd'hui l'affirmera demain. Car elle ne commande pas la man&#339;uvre en se boutonnant dans son inertie, comme un colonel de r&#233;giment, mais elle ordonne le mouvement en pr&#234;chant d'exemple, elle d&#233;montre le progr&#232;s par le progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - Tout le monde au m&#234;me pas ! dit l'une, et c'est la dictature de la force brute, la dictature animale.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Qui m'aime me suive ! dit l'autre, et c'est la dictature de la force intellectualis&#233;e, la dictature hominale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une a pour appui tous les hommes bergers, tous les hommes &#224; troupeaux, tout ce qui commande et ob&#233;it au bercail, tout ce qui est domicili&#233; dans la civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre a pour elle les individualit&#233;s faites hommes, les intelligences d&#233;civilis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une est la derni&#232;re repr&#233;sentation du paganisme moderne, le soir de cl&#244;ture d&#233;finitive, ses adieux au public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre est le d&#233;but d'une &#232;re nouvelle, son entr&#233;e en sc&#232;ne, le triomphe du socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une est si vieille qu'elle touche &#224; la tombe ; l'autre si jeune qu'elle touche au berceau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - Vieille ! c'est la loi, &#8212; il faut mourir ! ! &lt;br class='manualbr' /&gt;- C'est la loi de nature, enfant ! &#8212; tu grandiras ! !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Joseph D&#233;jacque&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Le Libertaire N&#176;12&lt;/i&gt;, 7 avril 1859&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Titre original : &lt;i&gt;L'autorit&#233; &#8212; la dictature&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;p&gt;Joseph D&#233;jacque (1821-1864), ouvrier, po&#232;te, militant et &#233;crivain anarchiste n&#233; a Paris, est le cr&#233;ateur du n&#233;ologisme &#171; libertaire &#187;, par opposition &#224; lib&#233;ral, dans son pamphlet &lt;i&gt;De l'&#202;tre-Humain m&#226;le et femelle - Lettre &#224; P.J.Proudhon&lt;/i&gt; publi&#233; en 1857 &#224; la Nouvelle-Orl&#233;ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inscrit le 10 mai 1848 aux Ateliers nationaux, Joseph D&#233;jacque prend part &#224; l'insurrection de juin 1848. Arr&#234;t&#233;, il est transport&#233; &#224; Cherbourg, ramen&#233; &#224; Paris, lib&#233;r&#233; en mai 1849, puis emprisonn&#233; de nouveau. Condamn&#233; pour son recueil de po&#233;sie &lt;i&gt;Les Lazar&#233;ennes, fables et po&#233;sies sociales&lt;/i&gt; &#224; deux ans de prison, il est contraint &#224; l'exil. R&#233;fugi&#233; &#224; Bruxelles puis Londres, il a de dures controverses avec les r&#233;publicains exil&#233;s : pourquoi l'&#233;chec de la r&#233;volution de 1848 ? &#192; partir de 1858 il a publi&#233; ses textes lui-m&#234;me, dans &lt;i&gt;Le Libertaire, journal du mouvement social&lt;/i&gt; dont 27 num&#233;ros paraissent &#224; New-York jusqu'en 1861, en d&#233;pit des difficult&#233;s financi&#232;res de l'auteur-&#233;diteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ouvrier d&#233;corateur, colleur de papier-peint, D&#233;jacque en est l'unique contributeur, tenant, en des colonnes serr&#233;es et une plume farouche, la chronique de l'actualit&#233; politique et sociale de son temps : comp&#233;titions et luttes des grandes nations en europe et triomphe de l'autoritarisme de carnaval, du bonapartiste bourgeois, en France, campagne anti-esclavagistes de John Brown, pr&#233;lude &#224; la guerre de s&#233;cession, mis&#232;res et illusions de la multitude d'immigrant qu'il cotoie en Am&#233;rique. Y est &#233;galement omnipr&#233;sent le sort des ouvriers dans les grandes villes industrielles des deux rives, les &#171; esclaves &#187; du capitalisme. Il y publie aussi en feuilleton divers textes th&#233;oriques et pol&#233;miques et une utopie, &lt;i&gt;&#171; L'Humanisph&#232;re : utopie anarchique &#187;&lt;/i&gt; qui est rest&#233; son texte le plus lu, le seul &#224; avoir connu plusieurs &#233;ditions au XXe si&#232;cle. Les ouvrages de D&#233;jacque sont mal connus, malgr&#233; le succ&#232;s du mot qu'il a invent&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://www.infokiosques.net/IMG/pdf/Dejacque-A-bas-les-chefs-A5-12p-NB-cahier.pdf" length="625593" type="application/pdf" />
		
		<enclosure url="https://www.infokiosques.net/IMG/pdf/dejacque-a-bas-les-chefs-a5-12p-nb-fil-1859.pdf" length="813901" type="application/pdf" />
		

	</item>



</channel>

</rss>
