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		<title>La soci&#233;t&#233; de l'avenir,suivi de L'&#226;ge de l'ersatz,suivi de O&#249; en sommes-nous ?</title>
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		<dc:date>2004-04-25T22:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>William Morris</dc:creator>


		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>
		<dc:subject>Anticapitalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Apache &#233;ditions (Paris)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ces textes sont trois conf&#233;rences que William Morris a donn&#233;es entre 1887 et 1894. L'ensemble de ces trois textes peut apporter une critique de la soci&#233;t&#233; industrielle, de la consommation, du progr&#232;s, du travail, de l'activisme(!) dont le point le plus interpellant est que l'on pourrait les calquer &#224; notre &#233;poque sans enlever une miette du fond. Quand bien m&#234;me on puisse avoir des divergences avec son point de vue, il para&#238;t d'une d&#233;concertante actualit&#233;... Il y a de quoi se poser des questions...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot97" rel="tag"&gt;Anticapitalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot115" rel="tag"&gt;Apache &#233;ditions (Paris)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH113/arton119-63bb5.png?1780557422' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff119.png?1646006226&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Notes de l'EditeurIce :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(Juste pour exprimer mes motivations &#224; avoir mis ces textes en brochure...)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces textes sont trois conf&#233;rences que William Morris a donn&#233;es entre 1887 et 1894. N'ayant pas l'envie de me hasarder sur une biographie, je dirais juste tr&#232;s grossi&#232;rement juste que c'&#233;tait un utopiste radical, qui - du moins au niveau des finalit&#233;s des luttes - ne voulait pas confondre ce qui &#233;tait acceptable (une vision utopique) avec ce qu'il interpr&#233;tait comme n'&#233;tant que des r&#233;formes. L'ensemble de ces trois textes peut apporter une critique de la soci&#233;t&#233; industrielle, de la consommation, du progr&#232;s, du travail, de l'activisme(!) dont le point le plus interpellant selon moi est que l'on pourrait les calquer &#224; notre &#233;poque sans enlever une miette du fond ; Quand bien m&#234;me on puisse avoir des divergences avec son point de vue, il para&#238;t d'une d&#233;concertante actualit&#233;... Il y a de quoi se poser des questions...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai gomm&#233; les textes des rapports de genre. Certes, cela donne un certain anachronisme, mais je ne pense pas du tout d&#233;voyer la pens&#233;e de l'auteur. Quoiqu'il en soit, les anachronismes me d&#233;rangent moins que les rapports de genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vous voulez le fichier au format RTF de cette brochure, mailez moi &#224; :&lt;br&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/mcpit at email.com' class=&#034;spip_url&#034;&gt;mcpit at email.com&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose qui est un peu moins temporelle est un certain vocabulaire ; particuli&#232;rement l'emploi du mot &#8216;socialiste'. Je voudrais exprimer ceci : &#224; la mani&#232;re dont il l'interpr&#232;te, je veux bien me revendiquer socialiste aussi. Le mot pourrait faire rire de nos jours, mais l'id&#233;e qu'il met derri&#232;re est visiblement tr&#232;s loin de celle que l'on pourrait avoir maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La soci&#233;t&#233; de l'avenir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous, socialistes, qui revendiquons une transformation sociale propre &#224; &#233;manciper le travail et &#224; jeter ainsi les bases d'une nouvelle soci&#233;t&#233;, nous nous contentons de r&#233;clamer ce que nous croyons n&#233;cessaire &#224; l'av&#232;nement sans doute imminent de cette soci&#233;t&#233;. Nous pr&#233;f&#233;rons cela &#224; l'&#233;laboration de sch&#233;mas utopiques et complexes pour l'avenir. Le monopole des moyens de production doit dispara&#238;tre : celleux qui participent &#224; la production marchande doivent pouvoir user elleux-m&#234;mes, &#224; tout moment, des biens qu'elleux seulEs cr&#233;ent, sans &#234;tre contraintEs d'en abandonner la meilleure part aLau propri&#233;taire oisiVe. Nous croyons aux vertus r&#233;g&#233;n&#233;ratrices de cette honn&#234;tet&#233; &#233;l&#233;mentaire et pensons que le monde ainsi lib&#233;r&#233; entrera dans un nouveau cycle de progr&#232;s. Nous sommes pr&#234;tEs &#224; assumer, avec s&#233;r&#233;nit&#233;, tous les d&#233;savantages qui pourraient r&#233;sulter de ce nouveau d&#233;veloppement ; nous sommes certainEs que se d&#233;barrasser de ce syst&#232;me sera en tout point b&#233;n&#233;&#173;fique, puisqu'il r&#233;unit en lui presque tous les inconv&#233;&#173;nients. Nous sommes persuad&#233;Es qu'en mettant fin &#224; un syst&#232;me de production d&#233;liquescent et d&#233;ficient on n'abolira pas les avantages acquis mais on les mettra au contraire &#224; la disposition de touTes, au lieu d'en limiter la jouissance &#224; quelques&#8209;unEs. En un mot, apr&#232;s avoir examin&#233; les conditions g&#233;n&#233;rales actuelles, nous en avons conclu qu'aujourd'hui le r&#244;le des r&#233;formateurIces est moins de proph&#233;tiser que d'agir. Nous devons donc utiliser les moyens en notre possession pour rem&#233;dier dans l'imm&#233;diat aux maux qui nous accablent, et laisser aux g&#233;n&#233;rations futures le soin de d&#233;fendre la libert&#233; que nos efforts leur auront acquise, et d'en jouir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toutefois, nous savons plus ou moins quelle voie empruntera le monde dans un futur proche : le cours de l'histoire pass&#233;e nous l'enseigne. Nous savons en outre que le monde ne peut pas revenir sur ses pas et que les individuEs, dans la nouvelle soci&#233;t&#233;, d&#233;veloppe&#173;ront promptement leur corps et leur esprit ; dans l'ensemble, illes rempliront leurs devoirs envers la commu&#173;naut&#233; bien mieux que ne l'ont fait les g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes. Illes ressentiront davantage la n&#233;cessit&#233; de s'associer dans leur travail et dans leur vie en g&#233;n&#233;ral. L'am&#233;lioration des conditions mat&#233;rielles qu'entra&#238;nera un travail libre laissera &#224; touTes plus de loisirs et plus de temps pour penser. Les tentations ayant chang&#233;, le nombre de crimes diminuera. Enfin, le d&#233;veloppement du bien&#8209;&#234;tre et de l'&#233;ducation nous d&#233;livrera progressivement de nos maux, tant corporels que spirituels. En bref, nous savons que le monde ne peut progresser dans les domaines de la justice, de l'honn&#234;tet&#233; et de la bienveillance sans que ne s'am&#233;liore l'ensemble des conditions mat&#233;rielles d'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; c&#244;t&#233; de ce que nous savons, qui nous incite &#224; organiser l'agitation en faveur d'une transformation sociale radicale, il y a ce que nous ne savons pas et que nous pouvons seulement imaginer. Cette image de l'avenir, cet espoir, ce r&#234;ve si vous voulez, attireront &#224; leur tour au socialisme touTes celleux qu'un simple raisonnement, fait de d&#233;ductions scientifiques ou poli&#173;tico&#8209;&#233;conomiques et d'arguments tir&#233;s des th&#233;ories les plus pertinentes, ne toucherait pas le moins du monde. L'individuE acquiert ainsi la capacit&#233; d'examiner ses motifs d'espoir et le courage de mener &#224; bien ses r&#233;flexions qui seraient sinon, comme l'a dit un roi arabe &#224; propos de l'arithm&#233;tique, trop ennuyeuses pour qu'on les approfond&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, les partisanEs de la r&#233;volution sociale se divisent, comme les autres, en deux familles d'esprit : celleux qui sont port&#233;Es &#224; l'analyse th&#233;orique et celleux qu'attire surtout l'activit&#233; constructive. Appartenant moi&#8209;m&#234;me &#224; ce dernier groupe, je suis pleinement conscient des dangers que nous encourons et, plus encore peut&#8209;&#234;tre, des plaisirs qui nous &#233;chappent. Je suis, me semble&#8209;t&#8209;il, aussi reconnaissant que je le dois aux esprits plus th&#233;oriciens qui nous remettent dans le droit chemin lorsque notre d&#233;sir d'action nous &#233;gare, et je suis aussi, je le confesse, quelque peu envieux de la b&#233;atitude qu'illes connaissent en s'ab&#238;mant dans la contemplation de la perfection de leur th&#233;orie favorite. Bonheur dont nous ne jouirons jamais, ou rarement, nous qui utilisons nos yeux plut&#244;t que la puissance du raisonnement pour examiner comment va le monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
N&#233;anmoins, puisque ces th&#233;oricienNes traitent et traiteront de chim&#232;res nos visions instinctives, et qu'illes ont presque toujours le dessus &#8209; du moins c'est leur avis &#8209; lorsque nous nous opposons amicalement, je dois mesurer mes paroles &#224; leur &#233;gard ; je me contenterai donc, pour le moment, de parler des visionnaires, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire des genTes pratiques. Je dois commencer par vous confesser quelque chose, &#224; savoir que nos visions &#224; nous, visionnaires ou genTes pratiques, diff&#232;rent largement entre elles et que nous ne sommes gu&#232;re passionn&#233;Es par celles des unEs ou des autres ; en revanche, les th&#233;ories &#233;manant des esprits analytiques diff&#232;rent peu entre elles, et celleux&#8209;ci sont extr&#234;mement int&#233;ress&#233;Es par leurs th&#232;ses respectives &#8209; de la m&#234;me fa&#231;on qu'unE bouch&#232;rE s'int&#233;resse &#224; un boeuf : pour le d&#233;pecer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne vais pas tenter de comparer mes visions avec celles d'autres socialistes, mais simplement vous parler de certaines d'entre elles, en vous laissant le soin de faire la comparaison vous&#8209;m&#234;mes (si vous faites partie des visionnaires), ou de vous consacrer &#224; la critique (si vous &#234;tes plut&#244;t th&#233;oricienNes). Je m'appr&#234;te, en bref, &#224; vous livrer un chapitre de mes confessions. Je souhaite d&#233;crire ici la soci&#233;t&#233; de l'avenir telle que je la d&#233;sire, comme si je devais y rena&#238;tre. Il est probable que vous trouverez assez &#233;tranges certaines de mes visions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une pr&#233;cision, honteuse et triste, confirmera votre impression. Je suis issu d'une classe ais&#233;e et j'ai toujours connu le luxe ; c'est pourquoi j'exige beaucoup plus de l'avenir que la plupart d'entre vous. Et la premi&#232;re de mes visions, celle qui illumine toutes les autres, est celle du jour o&#249; cette diff&#233;rence, avec toutes les incompr&#233;hensions qu'elle suscite, sera abolie et o&#249; les mots riche et pauvre, m&#234;me s'ils figurent encore dans les dictionnaires, n'auront plus qu'un sens historique ; sens que nos grandEs th&#233;oricienNes devront expliquer avec soin, en y consacrant beaucoup de temps et de paroles, sans autre r&#233;sultat qu'une feinte compr&#233;hension de la part de leur auditoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me faut bien supposer, pour commencer, que la r&#233;alisation du socialisme tendra &#224; rendre les individuEs heureuXes. Mais qu'est&#8209;ce qui rend les individuEs heureuXes ? Une vie pleine, libre, et la conscience de cette vie. Ou encore, employer agr&#233;ablement notre &#233;nergie et jouir du repos que sa d&#233;pense n&#233;cessite. Voil&#224; ce que j'entends par bonheur pour touTes ; cette d&#233;finition couvre toutes les diff&#233;rences de temp&#233;rament et d'aptitude, des plus &#233;nergiques aux plus paresseuXes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout ce qui entrave la libert&#233; et la pl&#233;nitude de la vie, quelque s&#233;duisante qu'en soit l'apparence, est mauvais ; on doit s'en d&#233;barrasser aussi vite que possible. Les individuEs cens&#233;Es, celleux bien s&#251;r qui souhaitent &#234;tre heureuXes, se doivent de ne pas l'endurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; de ma part un aveu qui, je le crains, r&#233;v&#232;le un esprit bien peu scientifique. Il sugg&#232;re que les individuEs usent de leur libre arbitre, ce que r&#233;fute, me semble&#8209;t&#8209;il, la science la plus r&#233;cente. Mais, rassurez&#8209;vous, je ne vais pas entrer dans la pol&#233;mique &#224; propos du libre arbitre et de la pr&#233;destination. Je veux seulement d&#233;montrer que si l'individuE est le produit des conditions ext&#233;rieures, comme je le pense intimement, il doit &#234;tre de son ressort en tant qu'animalE socialE (ou de celui de la soci&#233;t&#233;, si vous pr&#233;f&#233;rez) de cr&#233;er le milieu qui fait d'ellui ce qu'ille est. L'individuE cr&#233;e et doit cr&#233;er ses conditions de vie : qu'ille en soit donc conscientE et qu'ille les cr&#233;e &#224; bon escient.&lt;br class='autobr' /&gt;
A&#8209;t&#8209;ille agi ainsi jusqu'&#224; pr&#233;sent ? Je crois qu'ille a essay&#233; mais seulement avec un succ&#232;s limit&#233; et d'ailleurs sporadique. Cependant, ille est fierE des r&#233;sultats de ce succ&#232;s qu'ille appelle civilisation. De longues discussions sur ses bienfaits ou ses m&#233;faits ont eu cours parmi des genTes d'opinions vari&#233;es. Dans son excellent article sur le sujet, notre ami BaxP a, je crois, bien replac&#233; le d&#233;bat sur sa vraie base, en d&#233;montrant que la civilisation &#233;tait bonne en tant qu'&#233;tape mais mauvaise en tant que fin. C'est dans ce sens&#8209;l&#224; que je me d&#233;clare ennemi de la civilisation. Et puisque nous en sommes au chapitre des confessions, je vous dirai que ce qui motive particuli&#232;rement mon engagement comme socialiste est cette haine de la civilisation. Mon id&#233;al d'une nouvelle soci&#233;t&#233; ne pourra &#234;tre r&#233;alis&#233; sans la destruction de la civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car si le bonheur consiste &#224; jouir de l'emploi de notre &#233;nergie et du repos n&#233;cessaire, il me semble que la civilisation, consid&#233;r&#233;e d'un point de vue statique (selon les termes de Bax), tend &#224; nous interdire ces jouissances ; elle r&#233;duit l'individuE, priv&#233;E de volont&#233;, au rang de machine et lui retire progressivement, avec ses fonctions animales (&#224; l'exception des plus &#233;l&#233;mentaires), le plaisir qu'ille prenait &#224; les remplir. L'individuE de l'avenir semble devoir se r&#233;duire &#224; une panse dot&#233;e d'intelligence, form&#233;e par des circonstances sur lesquelles ille n'a aucun contr&#244;le, et &#224; qui manque la facult&#233; de communiquer les r&#233;sultats de sa r&#233;flexion aux autres panses, ses cong&#233;n&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; de l'avenir, telle que j'en con&#231;ois l'id&#233;al, se caract&#233;rise d'abord par le r&#232;gne et le d&#233;veloppement de la libert&#233; et de la volont&#233; individuelles, que la civilisation ignore et m&#234;me combat ; ensuite, par la fin de cet esclavage qui nous rend d&#233;pendantEs, non pas des autres individuEs, mais de syst&#232;mes artificiels con&#231;us pour &#233;viter aux individuEs toute peine et toute responsabilit&#233; humaines. Et, afin de renforcer cette volont&#233; chez les humainEs, j'exige avant tout qu'illes m&#232;nent une vie animale libre et sans entraves ; j'exige la suppression totale de tout asc&#233;tisme. Si nous nous sentons le moins du monde aviliEs lorsque nous sommes amoureuXes, ou joyeuXes, ou affam&#233;Es, ou fatigu&#233;Es, c'est que nous sommes des animaLaux inf&#233;rieurEs et donc des individuEs mis&#233;rables. La civilisation nous pousse &#224; avoir honte de tels actes ou de tels sentiments et nous demande autant que possible de les cacher ou, sinon, de trouver d'autres personnes pour se substituer &#224; nous. En r&#233;alit&#233;, il me semble qu'on pourrait d&#233;finir la civilisation comme un syst&#232;me organis&#233; de fa&#231;on &#224; r&#233;server &#224; une mino&#173;rit&#233; privil&#233;gi&#233;e l'exercice par procuration des facult&#233;s humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette exigence concernant la suppression de l'asc&#233;&#173;tisme en entra&#238;ne cependant une autre : la suppression du luxe. Cela vous semble peut&#8209;&#234;tre paradoxal ? Pour&#173;tant &#231;a ne l'est pas. Qu'apporte le luxe, si ce n'est une insatisfaction malsaine &#224; l'&#233;gard des joies simples prodigu&#233;es par notre douce terre ? Le luxe n'est que la distorsion de la beaut&#233; naturelle des choses en une laideur perverse, apte &#224; satisfaire l'app&#233;tit blas&#233; d'unE individuE qui n'en est plus unE, puisqu'ille ne travaille plus ni ne se repose. Dois&#8209;je vous rappeler ce que le luxe a apport&#233; &#224; l'Europe moderne ? II a couvert les pr&#233;s verts et riants de taudis pour esclaves ; il a d&#233;truit les fleurs et les arbres avec ses gaz empoisonn&#233;s ; il a transform&#233; les rivi&#232;res en &#233;gouts, &#224; tel point qu'en de nombreux endroits d'Angleterre les genTes ont oubli&#233; &#224; quoi ressemblaient un champ ou une fleur ; leur id&#233;e de la beaut&#233; est un d&#233;bit de boissons au d&#233;cor clinquant et &#224; l'atmosph&#232;re vici&#233;e, ou encore un th&#233;&#226;tre &#224; la vulgarit&#233; tapageuse. La civilisation s'en satisfait et n'en a cure. LAe riche, ellui, pense : &#8220; Tout va bien ; le peuple est maintenant habitu&#233; &#224; cela et, tant qu'il se contente de se remplir la bedaine de gruau &#224; cochons, cela suffit. &#8221; Et &#224; quoi tout cela ellui sert&#8209;il ? A commander de magnifiques portraits, &#224; se faire construire de beaux &#233;difices et r&#233;citer de bons po&#232;mes ? Oh, que non. Ce sont des cr&#233;ations ant&#233;rieures au luxe, ant&#233;rieures &#224; la civilisation. Le luxe produit plut&#244;t les clubs de Pall Mall, tout capitonn&#233;s et comme destin&#233;s au repos de dames d&#233;licates et maladives mais qui sont pour l'agr&#233;ment de graves messieurs &#224; favoris venant papoter dans ces ridicules bonbonni&#232;res ; si bien que les laquaisEs en livr&#233;e chamarr&#233;e sont ici plus honorables que celleux qu'illes servent. Je m'en tiendrai l&#224; : un seul de ces grands clubs est assez repr&#233;sentatif de ce qu'est le luxe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'&#233;tends, voyez&#8209;vous, sur le sujet du luxe, l'ennemi r&#233;el du plaisir, parce que je m'oppose &#224; ce que les travailleurEuses consid&#232;rent, ne serait&#8209;ce qu'un instant, un club hupp&#233; comme quelque chose de d&#233;si&#173;rable. Je sais la difficult&#233; qu'illes ont &#224; regarder, du fait de leur pauvret&#233; et de leur mis&#232;re, en direction d'une vie de plaisir authentique et humain. Mais je leur demande de r&#233;fl&#233;chir &#224; la bonne vie &#224; venir, qui ressemblera aussi peu que possible &#224; la vie actuelle des riches, car celle&#8209;ci ne repr&#233;sentant que l'envers de leur condition sordide, &#233;tant ainsi la cause de leur mis&#232;re, ne peut rien avoir d'enviable ni de souhaitable. Si nos adversaires vous demandent comment nous pourrons procurer une vie luxueuse &#224; celleux qui vivront dans une soci&#233;t&#233; socialiste, r&#233;pondez avec vigueur &#8220; Il n'en est pas question, et nous nous en moquons &#233;perdument ; nous n'en voulons pas et nous n'en aurons pas ! &#8221; Je suis bien certain que lorsque l'humanit&#233; sera libre nous ne vivrons pas dans le luxe. Assur&#233;ment, la vie comme les plaisirs d'individuEs libres doivent &#234;tre simples. Si nous fr&#233;missons devant cette n&#233;cessit&#233; aujourd'hui, c'est que nous ne sommes pas libres et que nous avons engonc&#233; nos vies dans un syst&#232;me de d&#233;pendance tel qu'il nous a renduEs fragiles et impuissantEs. Savez&#8209;vous ce qu'est la simplicit&#233; ? Pensez&#8209;vous par hasard que je fasse allusion &#224; un alignement de maisons de briques jaunes, &#224; couverture d'ardoises, ou &#224; un phalanst&#232;re ressemblant &#224; une pension, genre PeabodyS am&#233;lior&#233; ? A la cloche du d&#238;ner qui vous convie devant la rang&#233;e de bols de bouillon en porcelaine blanche, &#224; une jolie tranche de pain coup&#233;e au carr&#233;, &#224; une tasse de th&#233; r&#233;chauff&#233;, accompagn&#233;e d'un mauvais g&#226;teau de riz pour finir ? Non, tout cela, c'est l'id&#233;al du philanthrope, pas le mien. Je le rapporte ici pour le d&#233;noncer et dire qu'il s'agit, une fois de plus, d'un succ&#233;dan&#233; de vie et que le plaisir en est absent. Je le rejette. Trouvez ce que vous aimez et pratiquez&#8209;le, vous ne serez pas isol&#233;Es et vous trouverez sans peine de l'aide pour r&#233;aliser vos d&#233;sirs. En d&#233;veloppant vos go&#251;ts personnels, vous d&#233;velopperez la vie sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, mon id&#233;al se d&#233;finit d'abord par une vie simple et naturelle, mais aussi sans contraintes. Il faut commencer par &#234;tre libre pour pouvoir ensuite tirer plaisir de toutes les circonstances de la vie, puisque dans une soci&#233;t&#233; libre, chacunE devra abattre sa part de travail. Voil&#224; qui est totalement oppos&#233; &#224; la civilisation qui d&#233;cr&#232;te : &#8220;&#201;vitez les peines&#8221;, ce qui implique que les autres vivent &#224; votre place. Je dis, et les socialistes ont le devoir de le dire : &#8216;Prenez la peine et transformez&#8209;la en plaisir'. Telle est, je n'en d&#233;mordrai pas, la cl&#233; du bonheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tentons maintenant de nous servir de cette cl&#233; pour ouvrir quelques&#8209;unes des portes de l'avenir. Rappelez-vous bien s&#251;r, qu'en &#233;voquant la soci&#233;t&#233; de l'avenir, je me permets de passer sur la p&#233;riode de transition &#8209; quelle qu'en soit la nature &#8209; qui s&#233;parera le monde actuel de l'id&#233;al que nous devrons touTes, tant bien que mal, commencer &#224; &#233;chafauder mentalement, une fois que notre conviction en la r&#233;g&#233;n&#233;ration du monde sera &#233;tablie. Quelle sera d'abord formellement la position &#8209; la position politique &#8209; des membres de la nouvelle soci&#233;t&#233; ? La soci&#233;t&#233; politique telle que nous la connaissons n'aura plus cours : les rapports d'individuE &#224; individuE ne seront plus subordonn&#233;s au prestige ou &#224; la propri&#233;t&#233;. Ne seront pris en consid&#233;ration ni la position hi&#233;rarchique, ni la fonction de l'individuE, comme au Moyen &#194;ge, ni l'&#233;tendue de ses biens, comme aujourd'hui, mais seulement sa personne. Les lois &#233;dict&#233;es par l'&#201;tat sombreront dans le m&#234;me oubli que la sacro&#8209;sainte noblesse du sang. Ainsi serons&#8209;nous d'un seul coup d&#233;barrass&#233;Es de cette com&#233;die qui exige que chacunE de nous sacrifie sa vie aux pr&#233;tendues n&#233;cessit&#233;s d'une institution charg&#233;e de r&#233;gler des probl&#232;mes qui ne se poseront peut&#8209;&#234;tre jamais ; les conflits concernant les droits et les d&#233;sirs de chacunE seront trait&#233;s en tant que tels, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire r&#233;ellement plut&#244;t que l&#233;galement. Bien entendu, la propri&#233;t&#233; priv&#233;e ne sera pas un droit : les articles de base seront si abondants qu'entre les individuEs les &#233;changes &#233;l&#233;mentaires et directs ne seront plus imp&#233;ratifs. Personne cependant n'envisagera de s'approprier ce que chacunE aura d&#233;velopp&#233; de mani&#232;re priv&#233;e, autrement dit ce qui est devenu partie int&#233;grante de ses habitudes.&lt;br&gt;
Quant aux activit&#233;s humaines, elles ne seront pas assujetties &#224; la m&#234;me division du travail qu'&#224; pr&#233;sent ; les domestiques, les &#233;gouti&#232;rEs, les tueurEuses des abattoirs, les pr&#233;pos&#233;Es des postes, les cireurEuses, les coiffeurEuses, etc., dispara&#238;tront. Nous ferons de ces activit&#233;s des t&#226;ches plaisantes, accomplies par nous&#8209;m&#234;mes, ou bien par d'autres, sur le mode du volontariat ; sinon, il nous faudra y renoncer d&#233;finitivement. De nombreux m&#233;tiers &#233;prouvants seront supprim&#233;s : nous n'apposerons pas de motif sur un tissu, ni ne mod&#232;lerons une anse de cruche pour les commercialiser mais afin de les enjoliver ou de nous divertir. Si nous fabriquons des objets de qualit&#233; grossi&#232;re ou m&#233;diocre, ce sera pour remplir certaines fonctions concr&#232;tes et non pour les vendre car la disparition des esclaves entra&#238;nera celle des objets dont seuls les esclaves ont besoin. Les machines auront probablement atteint largement leur objectif en permettant aux travailleurEuses d'abolir les privil&#232;ges et, &#224; mon avis, leur nombre diminuera beaucoup. Parmi les plus importantes, certaines machines seront consid&#233;rablement perfectionn&#233;es tandis que la plupart deviendront inutiles. Et puisque presque tout le monde aura le choix, selon son d&#233;sir, de s'en servir ou non, si par exemple nous d&#233;cidons de voyager, nous ne serons pas contraintEs comme aujourd'hui d'emprunter les chemins de fer pour le seul b&#233;n&#233;fice de leurs propri&#233;taires mais nous pourrons satisfaire nos inclinations personnelles et cheminer dans un chariot b&#226;ch&#233; ou &#224; dos d'&#226;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, les concentrations de population auront atteint leur but, qui &#233;tait de permettre aux genTes de mieux communiquer entre elleux et aux travailleurEuses de tisser des liens de solidarit&#233; : elles cesseront d'exister &#224; leur tour. Les immenses quartiers industriels seront d&#233;molis et la nature cicatrisera les plaies qu'ont cr&#233;&#233;es l'avidit&#233; insouciante et la stupide terreur des individuEs. En effet, ce ne sera plus la terrible n&#233;cessit&#233; qui d&#233;terminera que le tissage du coton co&#251;te un quart de penny de moins cette ann&#233;e que l'an pass&#233;. De notre propre gr&#233;, nous d&#233;ciderons de travailler ou non une demi&#8209;heure suppl&#233;mentaire par jour afin de jouir de maisons avenantes et de verts paysages. La faim ou la mis&#232;re de milliers de personNes ne seront plus li&#233;es aux caprices du march&#233;, o&#249; s'&#233;changent des marchandises qui ne valent m&#234;me pas la peine d'&#234;tre fabriqu&#233;es. Bien s&#251;r (j'aurais d&#251; le mentionner auparavant), de nombreux travaux d'ornement seront ex&#233;cut&#233;s en priv&#233; et sans inconv&#233;nient par chacun, pendant les heures de loisirs : en effet, la r&#233;alisation d'oeuvres d'art requiert moins d'ing&#233;niosit&#233; que n'en n&#233;cessite la conception d'une machine fabriquant des ersatz. Il va enfin de soi que les centres de l'escroquerie et du larbinisme, comme le tas de fumier o&#249; se trouvent nos demeures (je veux parler de Londres), pourraient encore plus ais&#233;ment dispara&#238;tre ; quelques villages agr&#233;ables le long de la Tamise remplaceraient ainsi avantageusement cette folie absurde autrefois appel&#233;e Londres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons maintenant ce que pourrait &#234;tre dans l'avenir l'enseignement, aujourd'hui totalement soumis au commerce et &#224; la politique. PersonNe n'est &#233;duqu&#233;E pour devenir unE individuE, mais certainEs le sont pour d&#233;tenir la propri&#233;t&#233; et d'autres pour la servir. Il faut l&#224; aussi un changement r&#233;volutionnaire, celui qu'impose une vie simple mais sans asc&#233;tisme. Nous devons &#233;galement, dans ce domaine, nous d&#233;barrasser de la n&#233;faste division du travail. ChacunE devrait savoir nager, monter &#224; cheval, piloter un bateau sur une rivi&#232;re ou sur les mers. Plut&#244;t que des activit&#233;s artistiques, ce sont de simples exercices corporels qui devraient entrer dans les moeurs de l'esp&#232;ce humaine, ainsi qu'un ou deux arts &#233;l&#233;mentaires, comme la charpente ou la ferronnerie. La plupart des genTes devraient savoir ferrer un cheval, tondre un mouton, moissonner un champ, le labourer avec une charrue (car je crois que nous renoncerons assez vite aux machines agricoles lorsque nous serons libres). Je pense &#224; d'autres activit&#233;s encore comme cuisiner, boulanger, coudre, etc., que chaque individuE sens&#233;E peut apprendre en quelques heures et devrait parfaitement ma&#238;triser. Tous ces arts &#233;l&#233;mentaires doivent entrer dans les moeurs, tout comme l'art d'&#233;crire, de lire, ainsi que celui de r&#233;fl&#233;chir qui, &#224; ma connaissance, n'est encore enseign&#233; aujourd'hui ni &#224; l'&#233;cole ni &#224; l'universit&#233;.&lt;br&gt;
&#201;duqu&#233;E dans ces moeurs et familierE des arts, lAe citoyenNe pourra ainsi jouir de la vie qui s'ouvre &#224; ellui. Car quelle que soit la mani&#232;re dont ille d&#233;veloppera l'usage de ses facult&#233;s, la communaut&#233; ellui fournira des conseils, des occasions ou des mat&#233;riaux afin de l'aider. Mais je ne songe pas &#224; ellui indiquer ce qu'ille devra faire, car je suis certain que ces m&#234;mes moeurs qui ellui auront permis de d&#233;velopper ses capacit&#233;s l'encourageront &#224; les employer. Et l'accroissement de son plaisir dans la vie quotidienne se fera non pas aux d&#233;pens des autres citoyenNes mais &#224; leur profit. Vous savez qu'aujourd'hui les r&#233;compenses offertes pour encourager l'effort de celleux qui ne sont pas stimul&#233;Es par le fouet, ou la menace de mourir de faim, sont peu vari&#233;es et se r&#233;sument en g&#233;n&#233;ral pour l'individuE de talent &#224; l'espoir d'acc&#233;der &#224; une position o&#249; ille n'aura pas &#224; employer ses forces ; bref, dans notre civilisation, l'ennui que produit la sati&#233;t&#233; couronne la vaillance de l'effort. En revanche, dans d'autres conditions sociales, on pourrait certainement retirer de l'exercice de ses facult&#233;s des avantages substantiels et vari&#233;s ; je ne crois pas du tout que le fait que les individuEs s'occupent de leurs propres affaires implique ou m&#234;me fasse courir le risque de les voir limiter leurs efforts &#224; leur int&#233;r&#234;t personnel. Ayant enfin compris que leur vie serait ce qu'illes en feraient, illes en concluront imm&#233;diatement que la vie sans effort est morne. Je ne sais pas, &#233;videmment, dans quelle direction doivent s'exercer ces efforts : je peux seulement affirmer que les individuEs seront lib&#233;r&#233;Es de la sordide obligation de travailler &#224; ce qui leur d&#233;pla&#238;t, comme c'est le sort habituel des individuEs civilis&#233;Es. J'ai n&#233;anmoins un espoir, tout &#224; fait personnel, bien s&#251;r : l'humanit&#233; va peut-&#234;tre recouvrer la vue, qu'elle a aujourd'hui en grande partie perdue. Je ne fais pas ici allusion au fait que le nombre de personNes dont la vue est d&#233;ficiente augmente mais &#224; ceci, me semble&#8209;t&#8209;il, qui n'est pas sans rapport : &#224; savoir que les genTes ont largement cess&#233; d'utiliser leurs yeux pour recueillir des impressions sensibles, tandis qu'autrefois ceux&#8209;ci &#233;taient la principale source de la fantaisie et de l'imagination. Naturellement, les genTes se servent encore de leurs yeux pour ne pas tomber dans les escaliers ou pour &#233;viter de se planter leur fourchette dans le nez au lieu de la porter &#224; la bouche mais, en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, l'usage qu'illes en font est &#224; peu pr&#232;s insignifiant. J'ai souvent observ&#233; le comportement des genTes dans les expositions de peinture. Je me suis ainsi rendu compte que la plupart s'y ennuient beaucoup, et que leurs yeux errent, inexpressifs, &#224; la surface des objets expos&#233;s ; curieusement, ce n'est jamais par le regard qu'une chose &#233;trange ou inhabituelle les attire, car ce sont surtout leurs facult&#233;s mentales qui sont sollicit&#233;es par l'entremise des yeux : en revanche, s'illes tombent sur quelque chose dont l'&#233;tiquette indique qu'il s'agit l&#224; d'un objet bien connu, illes se montrent imm&#233;diatement int&#233;ress&#233;Es et se poussent du coude l'un l'autre. Prenons un exemple : quand les profanEs visitent la National Gallery, illes veulent voir en priorit&#233; le Rapha&#235;l de Blenheim, qui est certes un tableau bien ex&#233;cut&#233; mais n&#233;anmoins fort ennuyeux pour quiconque n'est pas unE artiste. Illes r&#233;agissent de la sorte parce qu'on leur a dit que le &#8209; hum, voyons... &#8209; l'escroc qui le poss&#233;dait avait r&#233;ussi &#224; le c&#233;der &#224; la nation en extorquant en &#233;change une somme d'argent exorbitante. Mais, lorsque Holbein leur pr&#233;sente une princesse danoise du XVIe si&#232;cle, toujours pleine de vie sur sa toile et dont les yeux refl&#232;tent encore un demi&#8209;sourire de modestie, lorsque Van Eyck leur ouvre une fen&#234;tre sur le Bruges du XIVe si&#232;cle, lorsque Botticelli leur repr&#233;sente les cieux tels qu'ils furent, vivants, au coeur des hommes, avant la mort de la th&#233;ologie, illes n'en retirent aucune impression, pas m&#234;me de quoi stimuler leur curiosit&#233; et les amener &#224; se demander de quoi il s'agit. Car toutes ces oeuvres ont &#233;t&#233; con&#231;ues pour &#234;tre regard&#233;es, afin que les yeux fassent go&#251;ter &#224; l'esprit la po&#233;sie du pass&#233;, du pr&#233;sent et de l'avenir.&lt;br&gt;
Un autre exemple : un jour, au mus&#233;e de South Kensington&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aujourd'hui Victoria and Albert Museum, dont la d&#233;coration d'une des salles (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, lorsque ce qui s'appelait le d&#233;partement de l'&#201;ducation (par d&#233;rision sans doute) &#233;tait plus ou moins regroup&#233; avec le d&#233;partement des Beaux&#8209;Arts, j'ai suivi un groupe de personNes &#224; travers les merveilles produites par les mouvements artistiques du pass&#233; et je me suis aper&#231;u que leurs yeux ne fixaient jamais aucun objet mais s'illuminaient imm&#233;diatement &#224; la vue d'une vitrine pr&#233;sentant les constituants d'un bifteck analys&#233;, soigneusement mis en valeur et explicit&#233;s, &#233;tiquettes &#224; l'appui. Leurs yeux emmagasinaient alors des bribes de tout et de n'importe quoi, avec une confiance aveugle dans l'analyste en question ; je ne pouvais partager leur confiance en cet individuE car ille lui aurait fallu, me semblait&#8209;il, une honn&#234;tet&#233; surhumaine pour ne pas faire passer n'importe quelles parcelles de poussi&#232;re ou de cendre pour de myst&#233;rieuses substances que ses recherches avaient permis de d&#233;couvrir dans ce banal morceau de viande. On trouve le m&#234;me ph&#233;no&#173;m&#232;ne en litt&#233;rature : les auteurEuses qui font appel &#224; nos yeux pour transmettre des impressions sensibles sont rel&#233;gu&#233;Es au second plan, au moins, par nos critiques litt&#233;raires les plus &#8220;intellectuelLes&#8221;, qui ainsi n&#233;gligent Hom&#232;re, Beowulf et Chaucer. LAe &#8220;v&#233;ritable intellec&#173;tuelLe&#8221; place de simples rh&#233;teurEuses, &#233;corcheurEuses de mots et autres chasseurEuses d'introspection bien au&#8209;dessus de ma&#238;tresSes de la vie comme Scott et Dickens, dont les r&#233;cits &#233;veillent nos sens en leur laissant le soin de tirer eux&#8209;m&#234;mes la morale de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis quelque peu attard&#233; sur le th&#232;me de l'acuit&#233; visuelle car elle est pour moi un signe manifeste de l'&#233;volution de la civilisation vers des conditions nous r&#233;duisant &#224; cet &#233;tat de panse intellectuelle que j'ai d&#233;j&#224; d&#233;nonc&#233;, et aussi parce que je suis convaincu que l'art et la litt&#233;rature de l'avenir n'ont besoin d'aucun programme particulier : de saines conditions physiques, un solide et complet d&#233;veloppement des sens, combin&#233;s &#224; l'&#233;thique sociale que la suppression de l'esclavage nous apportera, favoriseront l'&#233;closion naturelle d'un art et d'une litt&#233;rature &#224; notre mesure, quelle qu'elle soit. Mais si je me permettais &#224; nouveau de proph&#233;&#173;tiser, je devrais ajouter que l'art comme la litt&#233;rature, mais l'art tout particuli&#232;rement, s'adresseront directe&#173;ment aux sens, exactement comme autrefois. On ne pourra plus, voyez&#8209;vous, se procurer de romans d&#233;crivant les affres d'un couple bourgeois en butte &#224; son inutilit&#233; sociale, car les mat&#233;riaux entrant dans la composition de tels chefs&#8209;d'oeuvre n'existeront plus. Les vrais r&#233;cits historiques en revanche subsisteront et on les contera, j'esp&#232;re, avec un entrain aujourd'hui inconnu. Je ne doute pas personnellement que les arts raviveront les sens d'individuEs d&#233;sormais en bonne sant&#233; physique. Ainsi l'architecture et les arts apparent&#233;s refleuriront parmi nous, comme &#224; l'&#233;poque qui a pr&#233;c&#233;d&#233; la civili&#173;sation. Car celle&#8209;ci, par choix &#233;thique et politique, emp&#234;che leur d&#233;veloppement en nous contraignant &#224; vivre dans un monde crasseux, d&#233;sordonn&#233; et inconfor&#173;table, qui heurte en permanence nos sens et nous force &#224; &#233;mousser inconsciemment leur acuit&#233;. Aujourd'hui, unE individuE sensible &#224; l'aspect ext&#233;rieur des choses ne peut que souffrir dans le Sud&#8209;Lancashire ou &#224; Londres ; ille est perp&#233;tuellement en proie &#224; la violence et &#224; la col&#232;re, et ille doit, pour ne pas devenir folLe ou encore assassiner unE &#234;tre nuisible et &#234;tre penduE pour ce crime, tenter d'&#233;mousser sa sensibilit&#233;. Cela implique bien entendu que de plus en plus de genTes na&#238;tront priv&#233;Es de cette sensibilit&#233; g&#234;nante. D&#233;barrassons&#8209;nous donc de cette coercition irrationnelle, et nos sens conna&#238;tront le d&#233;veloppement qui leur est normalement d&#251;, avec le plaisir que leur exercice procure ; ce qui, en r&#233;sum&#233;, signifie que l'art et la litt&#233;rature retrouveront ainsi leur humanit&#233; et leur sensualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais maintenant essayer de tirer une conclusion de ces remarques d&#233;cousues et vous exposer de mani&#232;re plus concise et plus aboutie mes id&#233;es sur la soci&#233;t&#233; dans laquelle j'aimerais rena&#238;tre un jour.&lt;br&gt;
Cette soci&#233;t&#233; ignore la signification des mots riche et pauvre, le droit de propri&#233;t&#233;, les notions de loi, de l&#233;galit&#233; ou de nationalit&#233; : c'est une soci&#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e du poids d'un gouvernement. L'&#233;galit&#233; sociale y va de soi ; personne n'y est r&#233;compens&#233;E d'avoir rendu service &#224; la communaut&#233; en acqu&#233;rant le pouvoir de nuire &#224; autrui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette soci&#233;t&#233;, la vie sera simple, plus humaine et moins m&#233;canique, car nous aurons renonc&#233; en partie &#224; la ma&#238;trise de la nature, quitte pour cela &#224; accepter quelques sacrifices. Cette soci&#233;t&#233; sera divis&#233;e en petites communaut&#233;s, dont les dimensions varieront selon l'&#233;thique sociale de chacune, mais qui ne lutteront pas pour la supr&#233;matie et &#233;carteront avec d&#233;go&#251;t l'id&#233;e d'une race &#233;lue.&lt;br&gt;
Fermement d&#233;termin&#233;Es &#224; &#234;tre libres et donc &#224; se contenter d'une vie plus simple mais aussi plus rude que celle des esclavagistes, les hommes (et les femmes, bien s&#251;r) ne seront en g&#233;n&#233;ral que peu assujettiEs &#224; la division du travail : illes travailleront et prendront du plaisir par elleux-m&#234;mes et non plus par procuration. Les liens sociaux seront ressentis d'instinct et par la force de l'habitude, et leur formalisation ne sera pas forc&#233;ment n&#233;cessaire. La famille (au sens strict de la parent&#233; de sang) se fondra dans les relations communautaires et humaines. Les plaisirs, dans une telle soci&#233;t&#233;, seront fond&#233;s sur le libre exercice des sens et des passions au b&#233;n&#233;fice d'animaLaux humainEs en pleine sant&#233;, pour autant qu'illes ne nuisent pas aux autres individuEs de la communaut&#233; et qu'illes ne brisent pas l'unit&#233; sociale. Personne n'aura plus honte de ses sentiments humains, ni ne demandera plus que son d&#251;.&lt;br&gt;
Mais de cette saine libert&#233; na&#238;tront les plaisirs du d&#233;veloppement intellectuel que les individuEs civilis&#233;Es ont si stupidement tent&#233; de s&#233;parer de la sensualit&#233; de la vie, et de glorifier &#224; ses d&#233;pens. Les individuEs suivront l'enseignement de la beaut&#233; et en inventeront les formes, par &#233;gard pour elleux-&#173;m&#234;mes et non pour assujettir leurs semblables ; illes en seront r&#233;compens&#233;Es en trouvant beau et int&#233;ressant le travail le plus trivial, que leurs mains accompliront sans m&#234;me s'en rendre compte. L'individuE qui prenait un plaisir intense &#224; s'allonger, par une nuit d'&#233;t&#233; au milieu des moutons, dans une cabane de joncs construite &#224; flanc de colline, n'appr&#233;ciera pas moins les splendeurs d'une grande salle communale, de ses colonnes surmont&#233;es d'arcs et de ses vo&#251;tes nervur&#233;es. De m&#234;me qu'ille prenait du plaisir &#224; &#233;couter le souffle du vent et le clapotis des vagues, assis &#224; la barre de son bateau, ille sera berc&#233;E par la beaut&#233; de l'art lyrique. Car seuls les travailleurEuses, et non les p&#233;dantEs, peuvent produire un art vrai et vigoureux.&lt;br&gt;
Le travail comme le repos seront go&#251;t&#233;s avec plaisir tandis que dispara&#238;tra de la surface de la Terre la moindre trace de l'ancien esclavage. N'&#233;tant plus rong&#233;Es par la peur et l'anxi&#233;t&#233;, nous aurons le temps d'&#233;viter de d&#233;figurer la plan&#232;te par la mis&#232;re noire ou la crasse, et la laideur fortuite dispara&#238;tra de m&#234;me que celle que produisait la pure m&#233;chancet&#233;. Le constat de Carlyle, &#233;non&#231;ant que le monde est un cauchemar cockney, sera enfin p&#233;rim&#233;.&lt;br&gt;
Mais peut&#8209;&#234;tre pensez&#8209;vous que le succ&#232;s m&#234;me de cette soci&#233;t&#233;, si heureuse et paisible, l'entra&#238;nera &#224; nouveau vers la corruption ? Ce serait plausible si les individuEs n'&#233;taient pas vigilantEs et valeureuXes. Mais nous avons pris comme hypoth&#232;se qu'illes seront libres et des individuEs libres doivent &#234;tre responsables, ce qui signifie qu'illes seront vigilantEs et valeureuXes. Le monde sera certes toujours le monde, je ne le conteste point ; mais, tels que je les ai d&#233;critEs, les individuEs seront certai&#173;nement plus capables de rem&#233;dier &#224; leurs probl&#232;mes que celleux d'aujourd'hui, enlis&#233;Es dans un m&#233;lange confus d'autoritarisme et de r&#233;volte inconsciente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres pourront bien s&#251;r arguer qu'un tel &#233;tat de choses risque de conduire au bonheur, mais aussi &#224; la stagnation. Je vois une contradiction entre les deux termes, si nous sommes d'accord &#233;videmment pour penser que le bonheur consiste en l'exercice plaisant de nos facult&#233;s. Mais imaginons le pire : que le monde se repose effectivement apr&#232;s tant de tourments. O&#249; serait le mal ? (Je me souviens d'une fois, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; malade, o&#249; il avait &#233;t&#233; si agr&#233;able de rester au lit, sans fi&#232;vre ni douleur, &#224; ne rien faire d'autre qu'observer les rayons du soleil et &#233;couter les bruits de la vie au&#8209;dehors.) Et le vaste monde des individuEs, une fois d&#233;livr&#233; de la lutte fr&#233;n&#233;tique pour la survie dans ce contexte de malhonn&#234;tet&#233; g&#233;n&#233;rale, ne pourrait&#8209;il aspirer &#224; un peu de repos, comme apr&#232;s une longue fi&#232;vre ? S'en trouverait&#8209;il plus mal pour autant ?&lt;br&gt;
De toute fa&#231;on, je suis convaincu que ce serait la meilleure solution pour se d&#233;barrasser de la fi&#232;vre, quoi qu'il advienne par la suite. De m&#234;me, la vie simple que j'ai &#233;voqu&#233;e, et que certains nomment stagnation, procurerait une existence digne de ce nom &#224; la grande majorit&#233; des humainEs et serait pour elleux du moins une source de bonheur. Illes atteindraient ainsi un niveau de vie plus &#233;lev&#233;, jusqu'&#224; ce que le monde commence &#224; se peupler, non pas de genTes communs, mais d'&#234;tres honn&#234;tes, non pas d'individuEs superbement conscientEs de leur sup&#233;riorit&#233; &#8216;intellectuelle' comme aujourd'hui, mais de personNes dignes et respectueuXes de la personnalit&#233; des autres, car illes se sentiraient heureuXes et utiles, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire vivantEs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux &#234;tres sup&#233;rieurEs, si un tel monde n'&#233;tait pas assez bon pour elleux, je suis d&#233;sol&#233;, mais je leur demanderais comment illes s'accommodent du n&#244;tre, qui est pire. Je crains qu'illes ne doivent r&#233;pondre : &#8216;Nous le pr&#233;f&#233;rons car il est pire et que nous, en cons&#233;quence, nous y vivons relativement mieux.'&lt;br&gt;
H&#233;las, mes amiEs, voil&#224; les propos des folLes qui sont actuellement nos ma&#238;tresSes. Les ma&#238;tresSes de folLes alors, dites&#8209;vous ? Oui, exactement. Cessons donc d'&#234;tre folLess, et ilLes cesseront d'&#234;tre nos ma&#238;tresSes. La tentative en vaut la peine, croyez&#8209;moi, quoi qu'il advienne ensuite.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je conclurai ainsi mon r&#234;ve d'avenir : la preuve que nous ne serons plus folLess sera que nous n'aurons plus de ma&#238;tresSes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#226;ge de l'ersatz&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que l'on nomme certaines p&#233;riodes de l'histoire l'&#226;ge de la connaissance, l'&#226;ge de la chevalerie, l'&#226;ge de la foi, etc., ainsi pourrais&#8209;je baptiser notre &#233;poque &#8220; l'&#226;ge de l'ersatz &#8221;. En d'autres temps, lorsque quelque chose leur &#233;tait inaccessible, les genTes s'en passaient et ne souffraient pas d'une frustration, ni m&#234;me n'&#233;taient conscientEs d'un manque quelconque. Aujourd'hui en revanche, l'abondance d'informations est telle que nous connaissons l'existence de toutes sortes d'objets qu'il nous faudrait mais que nous ne pouvons poss&#233;der et donc, peu dispos&#233;Es &#224; en &#234;tre purement et simplement priv&#233;Es, nous en acqu&#233;rons l'ersatz. L'omnipr&#233;sence des ersatz et, je le crains, le fait de s'en accommoder forment l'essence de ce que nous appelons civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais maintenant passer en revue un certain nombre d'ersatz, afin d'examiner ce qu'ils contiennent de funeste ou de bon, et quel genre d'espoir ils autorisent. Je suis venu aujourd'hui, je ne vous le cache pas, pour critiquer un &#233;tat de fait ; mais le d&#233;noncer sans chercher &#224; le redresser serait, &#224; mon sens, une vaine entreprise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous allez sans doute penser que la plupart des exemples que j'ai choisis ne sont que des bagatelles mais l'ersatz est si omnipr&#233;sent, si intimement m&#234;l&#233; &#224; toute la trame de la soci&#233;t&#233; actuelle, que je pr&#233;f&#232;re me pencher sur les quelques cas que je connais bien. Je pense pouvoir conclure cet expos&#233; par la description de l'inqui&#233;tant tableau que compose l'addition de tous ces ersatz, la vie civilis&#233;e n'&#233;tant plus qu'un ersatz en comparaison de ce que devrait &#234;tre la vie sur Terre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je commencerai par des exemples tr&#232;s terre &#224; terre, par le sujet trivial, prosa&#239;que, du boire et du manger. On y trouve donc des ersatz ? Que trop h&#233;las ! Vous avez tous entendu parler de ce que l'on nomme le pain ; je soup&#231;onne cependant que vous &#234;tes fort peu nombreuXes &#224; avoir jamais go&#251;t&#233; la denr&#233;e v&#233;ritable, quoique l'ersatz qui l'a supplant&#233;e depuis longtemps vous soit familier. Dans ma jeunesse, c'est surtout &#224; la campagne qu'on mangeait du pain digne de ce nom et il &#233;tait rare d'en trouver en ville. Aujourd'hui, le pain pr&#233;par&#233; par les boulangerEs des villages est plus mauvais encore que celui des villes. Les genTes des campagnes, du moins de celles que je connais, ont cess&#233; de fabriquer leur propre pain. Illes l'ach&#232;tent &#224; la boulangerie locale, tandis qu'il y a encore trente ans, illes le cuisaient chez eux. Dans presque tous les vieux cottages du voisinage (dans les comt&#233;s d'Oxford, de Gloucester, etc.), on peut encore apercevoir au fond de la chemin&#233;e le petit four rond, d&#233;sormais sans emploi. Vous vous dites peut&#8209;&#234;tre que les genTes peuvent toujours faire leur pain s'illes le d&#233;sirent. Eh bien, non. Car une bonne miche de pain n&#233;cessite une bonne farine, et l'on n'en trouve plus. L'id&#233;al dula meunierE moderne (import&#233;, j'imagine, d'Am&#233;rique, patrie de l'ersatz) semble &#234;tre de r&#233;duire les riches grains de bl&#233; en une poudre blanche dont la particularit&#233; est de ressembler &#224; de la craie, car il recherche avant tout la finesse et la blancheur, au d&#233;triment des qualit&#233;s gustatives.&lt;br&gt;
Vous voyez donc qu'il est d&#233;sormais pratiquement impossible de trouver du pain. Et cela, vous devez le comprendre, est un trait essentiel du processus d'&#233;dification de la soci&#233;t&#233; de l'ersatz : on impose &#224; toute une population un ersatz quelconque, et en un laps de temps tr&#232;s court l'authentique, le produit d'origine, dispara&#238;t totalement.&lt;br&gt;
Pour prendre un autre exemple d'ersatz, je suppose que le beurre va bient&#244;t dispara&#238;tre et &#234;tre remplac&#233; par la margarine. Il est d&#233;j&#224; tr&#232;s difficile de se procurer du beurre frais acceptable, aussi bien en ville qu'&#224; la campagne. Sa fabrication d&#233;licate est incompatible avec la production que r&#233;git le nouveau mot d'ordre &#8216;Pas de complications, le profit d'abord, et peu importe le reste !' Je viens d'&#233;voquer deux denr&#233;es de base de notre alimentation et je ne m'&#233;tendrai pas plus longtemps sur ce sujet ; cependant, avant de poursuivre, je vous recommande la lecture de Cottage Economy, de William Cobbett, &#224; la fois parce que ce petit livre est charmant et amusant, et parce qu'il nous montre bien, par le contraste qu'il offre avec notre &#233;poque, la rapide progression de l'ersatz dans notre alimentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit de regarder autour de soi pour constater &#224; quel point nous sommes combl&#233;s d'ersatz dans le domaine de l'habillement. Observez n'importe quelle foule moderne : qu'il s'agisse du va&#8209;et&#8209;vient habituel de la rue, des genTes allant travailler ou se promenant, ou d'un rassemblement li&#233; &#224; la politique ou aux loisirs, la couleur ordinaire des v&#234;tements est un brun charbonneux d'o&#249; surgissent quelques nuances criardes provenant toujours des accoutrements f&#233;minins. Allez savoir ce qui nous retient de porter de belles couleurs harmonieuses, si ce n'est la tyrannie de l'ersatz quotidien ! Quant &#224; la forme de nos habits, elle est g&#233;n&#233;ralement si hideuse qu'unE &#234;tre arrivant d'une autre plan&#232;te y verrait &#224; coup s&#251;r un signe de d&#233;cadence. M&#234;me les femmes, qui jouissent d'un peu plus de latitude &#224; ce sujet en raison de leur r&#244;le ornemental, ne nous aident gu&#232;re. Si jamais elles trouvent une robe bien coup&#233;e, celle&#8209;ci est rapidement retir&#233;e des rayons alors qu'un d&#233;tail grossier et mal seyant (comme, par exemple, les horribles &#8220; manches gigot &#8221; toujours &#224; la mode) est assur&#233; du succ&#232;s. Ici &#224; nouveau, en mati&#232;re de v&#234;tement, l'ersatz nous est impos&#233; avec une tyrannie sans r&#233;plique. Non seulement il est impossible de se v&#234;tir correctement mais m&#234;me critiquer cet &#233;tat de fait, quoique ce soit futile, est une entreprise &#233;pineuse. J'ai le sentiment que vous m'en voulez de m'attarder sur ce sujet. Je d&#233;cocherai tout de m&#234;me un dernier trait en vous demandant ce que vous pensez des ersatz de chaussures produits aujourd'hui et des d&#233;formations des pieds et des jambes qu'ils entra&#238;nent ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Quoiqu'il s'agisse d'un autre point de d&#233;tail, j'aimerais pouvoir acheter de la bonne coutellerie, quitte &#224; la payer au prix fort. C'&#233;tait possible il y a trente ans, plus maintenant. On ne peut nulle part acheter un couteau dont la lame reste tranchante. J'ai perdu l'autre jour une paire de ciseaux &#224; ongles que j'appr&#233;ciais depuis longtemps ; je m'appr&#234;tais &#224; en acqu&#233;rir une nouvelle mais j'ai d&#251; en acheter trois paires avant d'en trouver une quatri&#232;me qui ne coupe que m&#233;diocrement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne consid&#232;re pas les distractions publiques comme un sujet frivole. Au contraire, je constate douloureusement que la qualit&#233; des pi&#232;ces de th&#233;&#226;tre est tomb&#233;e bien bas et que nous sont impos&#233;s de d&#233;plorables ersatz qui requi&#232;rent le travail de genTes honn&#234;tes et souvent non d&#233;nu&#233;Es d'intelligence. Ce ph&#233;nom&#232;ne m&#233;rite de retenir notre attention car la majorit&#233; des citadinEs m&#232;ne une vie si triste, leur travail est si m&#233;canique et monotone, leurs moments de d&#233;tente si vides de sens et si souvent &#233;court&#233;s par les heures suppl&#233;mentaires qu'illes se satisfont de n'importe quel divertissement. Je peux d'autant mieux saisir ce que ces ersatz ont de lugubre que je suis un des rares chanceuXes dont le travail est un plaisir constant ; ainsi ne go&#251;t&#233;&#8209;je gu&#232;re ces pr&#233;tendues distractions, tout en appr&#233;ciant les bienfaits d'un profond repos. En toute sinc&#233;rit&#233;, ce qui m'agr&#233;e le plus est un moment de calme, sans pr&#233;occupation imm&#233;diate, apr&#232;s lequel je me remets au travail l'esprit libre. Et je crois que ce d&#233;lassement, &#224; l'inverse du pitoyable ersatz, satisferait la plupart des genTes. II existe cependant un autre ersatz de divertissement consistant &#224; prendre le train pour une destination quelconque et en revenir. Deux raisons poussent les genTes &#224; agir de la sorte, selon qu'illes sont riches ou pauvres. Un d&#233;sir trouble d'&#234;tre ailleurs entra&#238;ne les riches en Suisse, sur les bords du Rhin, en Italie, &#224; J&#233;rusalem, au p&#244;le Nord, que sais&#8209;je encore ? Et comme la plupart de ces voyageurEuses gardent les yeux dans leur poche, m&#234;me s'illes satisfont leur besoin maladif de bougeotte perp&#233;tuelle, illes n'ont rien vu de plus que s'illes &#233;taient rest&#233;Es chez eux. Pour les habitantEs pauvres des grandes villes et des r&#233;gions industrielles, je reconnais que c'est diff&#233;rent : leurs maisons sont si d&#233;pourvues d'attrait qu'ils aspirent &#224; retrouver, ne serait&#8209;ce que pour quelques heures, ici ou l&#224;, les vertes prairies, le soleil &#233;clatant, et m&#234;me la pluie ou le vent.&lt;br&gt;
Cependant, se d&#233;placer d'un lieu laid et ennuyeux vers un bel endroit, l'entrevoir et s'en retourner &#224; la laideur et &#224; l'ennui n'est qu'un pauvre ersatz, en d&#233;finitive. Je ne veux pas admirer les splendeurs terrestres une fois par mois seulement, ni une fois par semaine, mais tous les jours, tout le temps, de m&#234;me que je n'accepte pas de ne d&#238;ner qu'une fois par mois. Cet ersatz de voyage se substitue au plaisir r&#233;el que vous &#233;prouveriez &#224; vivre et &#224; travailler dans des endroits beaux et agr&#233;ables. Alors vous auriez la joie de rester chez vous, d'apprendre &#224; conna&#238;tre librement la forme et le port de chaque arbre, voire de chaque rameau, la courbure de chaque colline ou de chaque vallon, jusqu'&#224; ce qu'ils soient pour vous des amiEs, des amiEs tr&#232;s cherEs. Ainsi pourrez&#8209;vous quitter l'aimable foyer pour d&#233;couvrir de nouvelles merveilles, d'autres beaut&#233;s, et impr&#233;gner votre esprit de leur souvenir pour les futurs jours de repos. Lorsque vous souhaiterez rentrer, vous saurez que vous attend l'in&#233;puisable et famili&#232;re beaut&#233; de vos maisons, bouclant ainsi le cycle du plaisir ininterrompu. Je vous ai d&#233;crit ce qui devrait &#234;tre mais quand vous aurez compris pourquoi cela ne peut exister aujourd'hui, je pense et j'esp&#232;re que vous ferez en sorte que cette fiction devienne r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rons maintenant nos maisons et voyons de quels ersatz il s'agit lorsque leur construction remonte &#224; moins d'un si&#232;cle. Il appara&#238;t clairement, m&#234;me &#224; celleux qui ne font gu&#232;re usage de leurs yeux, que presque toutes les maisons modernes sont de conception aberrante, d'aspect hideux et sont indignes d'&#234;tre habit&#233;es ; en outre, leur concentration dans les grandes villes transforme &#224; tel point les rues qu'elles en deviennent repoussantes. A la campagne, quand nous les rencontrons sur notre passage, elles font tellement tache que nous cherchons co&#251;te que co&#251;te &#224; les &#233;viter. A en juger par leur prix de revient et par les difficult&#233;s de leur mise en oeuvre, elles devraient au moins &#234;tre utilisables : il n'en est rien, au contraire ! De tous les abris que les individuEs ont construits pour se prot&#233;ger des intemp&#233;ries, ce sont les plus inconfortables, les plus saugrenus : ces constructions sont, en un mot, ineptes ! La majorit&#233; d'entre vous ignore sans doute quels absurdes ersatz ont remplac&#233; les vraies maisons b&#226;ties &#224; la mesure d'individuE droitEs et sens&#233;Es ; par la force de l'habitude et parce que vous n'avez jamais connu mieux, vous pensez que ces habitations sont ce qu'elles doivent &#234;tre et que leur taille est proportionn&#233;e aux moyens de leurs occupantEs, qu'elles aient six petites pi&#232;ces ou soixante grandes, et que leurs occupantEs gagnent soixante livres par an ou en volent soixante mille. Mais je vous donne ma parole que les rues o&#249; &#233;taient &#233;rig&#233;es de vraies maisons charmaient le regard et &#233;levaient l'esprit. L'agencement pratique et astucieux de ces demeures &#233;tait conforme aux exigences humaines ; loin de souiller le paysage de leur laideur, elles en &#233;taient le principal ornement &#8209; cela n'est devenu que trop rare. De fait, elles &#233;taient utiles et non utilitaires. A mon sens, ce dernier mot exprime une qualit&#233; qui est pratiquement oppos&#233;e &#224; l'utile : cela d&#233;signe une chose qui ne sert qu'&#224; tirer profit des besoins &#233;l&#233;mentaires des gens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux villes et aux cit&#233;s constitu&#233;es de ces pseudo-&#173;maisons, que pourraient&#8209;elles &#234;tre dans ces conditions, sinon des ersatz ? Prenons les centres industriels typiques de la civilisation moderne ou bien les villes qui ont connu un fort d&#233;veloppement du fait qu'y si&#232;ge le pouvoir local ; leur seule taille les rend d&#233;j&#224; impossibles &#224; g&#233;rer. Quel contraste entre de telles monstruosit&#233;s qui prolif&#232;rent anarchiquement, comme votre Manchester&#8209;Salford&#8209;Oldham ou encore la m&#233;tropole tentaculaire faite de brique et de g&#226;chis qu'est devenue Londres, et mon id&#233;al de ville : au centre, les &#233;difices publics, les th&#233;&#226;tres, les places et les jardins ; autour, une zone comprenant les grandes salles des guildes et les maisons d'habitation, avec ses propres parcs et jardins ; puis &#224; la p&#233;riph&#233;rie, de nouveau un quartier de b&#226;timents publics et de maisons, sans jardins propres, au milieu d'un parc. Enfin viendraient les faubourgs, o&#249; poindraient de rares maisonnettes, au milieu de champs et de vergers, jusqu'&#224; ce que vous arriviez &#224; la pleine campagne, avec de&#8209;ci de&#8209;l&#224; une ferme. Voil&#224; &#224; quoi ressemblerait une ville digne de ce nom. Je ne pr&#233;tends pas qu'elle ait d&#233;j&#224; exist&#233; car dans l'Antiquit&#233; ou &#224; l'&#233;poque m&#233;di&#233;vale les villes &#233;taient des forteresses ceintes d'&#233;paisses murailles. Mais qu'est&#8209;ce qui emp&#234;che ce type de ville d'&#234;tre le mod&#232;le des futures communaut&#233;s humaines ? Rien, ce me semble, d&#232;s l'instant que les individuEs seront libres de l'&#233;difier. Ce qui les en emp&#234;che, c'est ce &#224; quoi je vais en venir maintenant.&lt;br&gt;
Parall&#232;lement &#224; la production de tous ces ersatz, je dois admettre qu'il existe un type de marchandises qui ne sont pas falsifi&#233;es &#224; la fa&#231;on des ersatz &#8209; du moins si l'on s'en tient &#224; leur fabrication, sans consid&#233;rer leur destination. Je dis un, mais il s'agit plut&#244;t de deux types : d'une part, les engins qui d&#233;truisent les biens et massacrent les individuEs, pour lesquels on d&#233;ploie une ing&#233;niosit&#233; fantastique confinant au g&#233;nie (ce qui, soit dit en passant, n'est peut&#8209;&#234;tre pas mauvais car la guerre, en devenant de plus en plus on&#233;reuse, pourrait ainsi dispara&#238;tre). Voil&#224; un genre de produits &#233;labor&#233;s avec soin, pr&#233;voyance et succ&#232;s ; d'autre part, l'ensemble des machines-&#173;outils n&#233;cessit&#233;es par la production marchande, gloire de notre si&#232;cle, et qui semblent aujourd'hui approcher graduellement de la perfection. Cependant, aussi merveilleux soient le talent et l'habilet&#233; prodigu&#233;s pour leur fabrication et leur usage, leur finalit&#233; m&#234;me n'est qu'un ersatz. A quoi ces ing&#233;nieuses machines si proches de la perfection sont&#8209;elles ing&#233;nieusement destin&#233;es ? A la production d'ersatz, purement et simplement, &#224; la production d'objets que personne n'aurait l'id&#233;e d'utiliser s'il n'y &#233;tait contraint, et qui supplantent les biens authentiques dont nous userions si nous le pouvions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abordons un autre exemple d'ersatz qui ne peut, en v&#233;rit&#233;, &#234;tre dissoci&#233; de la falsification dans le domaine de la construction dont je viens de parler, et qui n'est pas moins affligeant. Il faudrait donc que la douce terre de nos a&#239;eux soit, jusque dans les campagnes les plus recul&#233;es, m&#233;tamorphos&#233;e en un ersatz ! Comprenez-moi bien : je ne pense pas seulement aux horreurs indescriptibles des r&#233;gions industrielles qui ont d&#233;figur&#233; notre pays mais aussi &#224; la banalisation du paysage rural. Les causes en sont multiples : la culture intensive, le d&#233;boisement massif, la suppression des haies, la mis&#232;re sordide aux alentours des fermes ; mais aussi le plaisir que semblent &#233;prouver les autorit&#233;s, en particulier celles qui sont responsables de la construction des &#233;coles, &#224; substituer la laideur &#224; la beaut&#233; : les grilles m&#233;talliques et les fils de fer barbel&#233;s au lieu de murets ou de haies, les ardoises &#224; la place des tuiles ou des lauzes, les plantations de m&#233;l&#232;zes et d'&#233;pic&#233;as l&#224; o&#249; devraient cro&#238;tre des ch&#234;nes et autres arbres dignes de ce nom, et ainsi de suite : autant de mani&#232;res de d&#233;mentir notre sotte vantardise quant &#224; notre prosp&#233;rit&#233; et notre bon sens. Voil&#224; donc l'une des faces de cet ersatz. L'autre est si curieuse qu'elle pourrait presque d&#233;clencher l'hilarit&#233;, plut&#244;t que la col&#232;re, car elle est due &#224; des individuEs si peu conscientEs de leur vulgarit&#233; qu'illes se croient sublimes quand illes sont simplement ridicules. Je pense aux funestes cons&#233;quences du go&#251;t des genTes riches pour la vill&#233;giature. Les conditions de vie mis&#233;rables des paysanEs sont sans doute le r&#233;sultat, en grande partie, de leur stupidit&#233; mais, dans leur cas, la pauvret&#233; peut &#234;tre invoqu&#233;e comme circonstance att&#233;nuante. En revanche, les nobles et les grosSes propri&#233;taires terrienNess n'ont pas pour avilir la campagne l'excuse d'&#234;tre sans le sou. N&#233;anmoins, d&#232;s que vous p&#233;n&#233;trez dans un village pittoresque, certes, mais g&#226;t&#233; par les am&#233;nagements ineptes et les excroissances architect&#8209;t&#251;ral&#8209;l&#251;rales&#192;, s'offrent &#224; vos yeux l'&#233;cole pr&#233;tentieuse, l'&#233;glise restaur&#233;e, le cottage de Lady Bountifuls, les pavillons dans le style de Bayswater ou les parterres proprets du jardin de MadaMonsieur lAe vicaire. Cherchez ensuite la b&#226;tisse appartenant &#224; mAonseigneurEuse, &#224; sirE RobertE, ou aLau capitaine Matamore, et vous &#234;tes certain de la trouver au plus vite (&#224; moins qu'il ne s'agisse d'une demeure ancienne, ou que vous ayez perdu l'usage r&#233;el de vos yeux). Vous regretterez alors sinc&#232;rement de ne pas l'avoir rat&#233;e tant sont r&#233;unies en elle laideur et vulgarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne ferai que mentionner les beaux&#8209;arts et la litt&#233;rature car, pour dire l'affreuse v&#233;rit&#233;, les ersatz y sont monnaie courante et cela exc&#233;derait le temps dont je dispose de seulement les citer. Juste un mot pourtant &#224; propos des beaux&#8209;arts par lesquels j'entends la peinture, la sculpture et les disciplines assimil&#233;es. J'aimerais vous amener &#224; partager mon point de vue sur une question pr&#233;cise : le fonds m&#234;me des beaux&#8209;arts est la physionomie de la nature et celle des demeures ordinaires des individuEs, dont je viens de d&#233;plorer l'&#233;tat. De fait, elles sont &#224; la fois des oeuvres d'art en tant que telles et la mati&#232;re que l'art &#233;labore ; si elles sont d&#233;grad&#233;es, il est impossible que l'oeuvre de l'artiste soit autre chose qu'un ersatz. Et je ne puis imaginer qu'il en soit autrement si son substrat m&#234;me est corrompu. Aussi bien, la musique ne peut exister sans la rumeur de la nature, le chant des oiseLlaux, le mugissement des troupeaux, le murmure des rivi&#232;res et le remous des oc&#233;ans, le bruit du vent, de la pluie et du tonnerre. R&#233;fl&#233;chissez bien &#224; tout cela : tant que la maison d'unE ouvri&#232;rE sera laide, il sera vain de vouloir de beaux tableaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aimerais vous exprimer le fond de ma pens&#233;e &#224; propos de l'ersatz en mati&#232;re d'instruction : quelle diff&#233;rence entre ce qui se fait de mieux aujourd'hui et une bonne instruction ! Cependant si nous n&#233;gligeons &#224; pr&#233;sent, pour des raisons d'&#233;conomie, d'&#233;lever autant que faire se peut le niveau de notre &#233;ducation nationale, autant abandonner toute pr&#233;tention &#224; &#234;tre un peuple pratique et sens&#233;. On pourrait r&#233;sumer la chose ainsi : vous comptiez d&#233;penser, disons, 50 000 livres, lorsque vous vous rendez compte qu'il faudrait en ajouter 10 000 pour obtenir un r&#233;sultat satisfaisant et qu'en fait tous vos efforts seraient annihil&#233;s si vous n'ajoutiez pas cette somme ; ne serait&#8209;il pas ainsi beaucoup plus &#233;conomique de d&#233;penser 60 000 livres &#224; bon escient plut&#244;t que 50 000 pour rien ? Voil&#224; &#224; mon avis le mode sur lequel nous devons envisager l'&#233;ducation : qu'elle soit la meilleure possible, quel qu'en soit le prix. Elle ne sera peut&#8209;&#234;tre pas excellente mais au moins elle nous d&#233;barrasseradecetteid&#233;eineptequela finalit&#233; de l'enseignement est de modeler les hommes et les femmes pour en faire des travailleurEuses aptes &#224; servir les besoins capitalistes. Rendre la vie plus agr&#233;able doit devenir le seul but de l'instruction : toute autre ambition se r&#233;duira &#224; un lamentable ersatz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je viens donc de passer en revue un certain nombre de th&#232;mes qui ne sont que des sp&#233;cimens du grand ersatz g&#233;n&#233;ral que l'on nomme civilisation. Et si mes vues sont justes quant &#224; l'universalit&#233; actuelle de ce ph&#233;nom&#232;ne, l'&#233;poque moderne est &#224; coup s&#251;r atteinte d'une cruelle maladie dont ces maux et d&#233;sagr&#233;ments sont les sympt&#244;mes. Je vais alors nommer cette maladie, puis en quelques mots j'en &#233;voquerai le rem&#232;de, pour autant que vous m'&#233;coutiez jusque&#8209;l&#224;. Le nom du mal qui empoisonne le monde civilis&#233;, c'est la pauvret&#233;. La raison pour laquelle nous cr&#233;ons tous ces ersatz est que nous sommes trop pauvres pour vivre autrement. Nous sommes trop pauvres pour pouvoir jouir des prairies enchanteresses, des landes battues par les vents, au lieu de quoi nous subissons les d&#233;serts effroyables qui nous entourent ; trop pauvres pour habiter des villes rationnelles judicieusement organis&#233;es et de belles maisons con&#231;ues pour abriter les honn&#234;tes genTes ; trop pauvres pour emp&#234;cher que nos enfants grandissent dans l'ignorance ; trop pauvres pour d&#233;molir les prisons et les hospices et reb&#226;tir &#224; leur place des halles et des &#233;difices publics pour l'agr&#233;ment des citoyenNes ; trop pauvres surtout pour donner &#224; chacunE la chance d'exercer l'activit&#233; pour laquelle ille a le plus de capacit&#233;s et donc &#224; laquelle ille prendra le plus de plaisir. Que dis&#8209;je ! Trop pauvres pour que r&#232;gne la paix entre nous, pour en finir avec la guerre entre riches et pauvres, entre celleux qui poss&#232;dent tout et celleux &#224; qui tout manque.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai nomm&#233; la maladie mais comment la gu&#233;rir ? A pr&#233;sent, vous &#234;tes nombreuXes dans cette assembl&#233;e &#224; conna&#238;tre au moins le genre de traitement n&#233;cessaire au malade. Mais permettez&#8209;moi de r&#233;p&#233;ter une fois de plus ce que j'ai si souvent dit, ici, &#224; Manchester : la cause de cette pauvret&#233;, dont souffrent toutes les nations mais aussi l'ensemble de la population de chaque nation, est pr&#233;cis&#233;ment cette guerre entre celleux qui poss&#232;dent tout et celleux &#224; qui tout manque, dont je parlais &#224; l'instant. Celleux&#8209;l&#224; renforcent perp&#233;tuellement leurs positions, n'imaginant pas que l'on puisse vivre dans un monde diff&#233;rent. Celleux&#8209;ci luttent perp&#233;tuellement pour gagner un tout petit peu plus, dans la mesure o&#249; illes en ont la force. Vous remarquerez aussi que cette guerre produit fatalement le gaspillage. J'ai entendu monsieur Balfour&#195; dire l'autre jour que le socialisme &#233;tait irr&#233;alisable parce qu'il entra&#238;nerait une &#233;norme baisse de la production. A cela je r&#233;pondrai que nous produirons la moiti&#233; ou m&#234;me le quart des quantit&#233;s actuelles et que nous serons cependant plus prosp&#232;res, donc plus heureuXes que maintenant, en mobilisant toute notre &#233;nergie &#224; produire les objets utiles que nous d&#233;sirons touTes, au lieu d'&#233;puiser nos forces &#224; fabriquer les choses inutiles dont personne d'entre nous ne veut, pas m&#234;me les imb&#233;ciles. Quelle &#233;trange aspect aurait un grand mus&#233;e r&#233;unissant des &#233;chantillons de toutes les marchandises produites en ce pays. N'importe quelLe individuE sens&#233;E les taxerait, pour la plupart, d'aberrations !&lt;br class='autobr' /&gt;
Mes amiEs, un tr&#232;s grand nombre de genTes sont employ&#233;s &#224; produire de pures et simples nuisances, comme le fil de fer barbel&#233;, l'artillerie lourde, les enseignes et les panneaux publicitaires dispos&#233;s le long des voies ferr&#233;es, qui d&#233;figurent les champs et les pr&#233;s, etc. Hormis ce genre de nuisances, combien de travailleurEuses fabriquent des marchandises dont la seule utilit&#233; est de permettre aux genTes riches de &#8216;d&#233;penser leur argent', comme on dit. Combien d'autres encore produisent les ersatz destin&#233;s &#224; la classe ouvri&#232;re, si pauvre qu'elle ne peut s'offrir mieux ? Travail d'esclaves pour les esclaves du travail, comme je les ai souvent appel&#233;Es. En r&#233;sum&#233;, de quelque mani&#232;re qu'on la consid&#232;re, notre industrie n'est que gaspillage car le syst&#232;me qui la gouverne permet tout juste &#224; chacunE de subsister, certainEs honn&#234;tement mais mis&#233;rablement, d'autres malhonn&#234;tement et m&#233;diocrement, un point c'est tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fin de compte, la raison d'&#234;tre de l'industrie n'est pas de cr&#233;er des biens mais des profits r&#233;serv&#233;s aux privil&#233;gi&#233;Es qui vivent du travail des autres &#8209; quoi qu'il lui arrive incidemment de produire des choses utiles sans lesquelles tout s'arr&#234;terait. Telle est la finalit&#233; de notre syst&#232;me commercial et gouvernemental et de sa splendide organisation du travail, si magnifique et si infaillible. Tentez de lui faire mettre sur pied quoi que ce soit d'autre, il s'&#233;croulera imm&#233;diatement car il est fait pour cela, exclusivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'affirme que le peuple tout entier ne sera jamais heureux sous un tel r&#233;gime, qui fait de la vie un lamentable ersatz. Le peuple tout entier ne sera heureux que lorsqu'il oeuvrera pour lui&#8209;m&#234;me et reconstruira la soci&#233;t&#233; dans ce but. Ce sera alors la fin de l'&#226;ge de l'ersatz ; car, pourquoi travailler en d&#233;pit du bon sens lorsqu'il s'agira de satisfaire nos propres d&#233;sirs ? ChacunE sera alors solidaire de saon voisinE, tout en ellui t&#233;moignant sa confiance. L'artisanE seulE conna&#238;t la complexit&#233; de sa t&#226;che et peut juger de sa perfection. Il n'y a que lorsque lae charpenti&#232;rE travaille pour lae forgeronNe, lae forgeronNe pour lae laboureurEuse, et ainsi de suite, que toute activit&#233; humaine alors empreinte d'amiti&#233; devient passionnante. Ainsi nous ne vivrons plus dans des camps s&#233;par&#233;s, arm&#233;s les unEs contre les autres, mais dans diff&#233;rents ateliers dont touTes partageront les secrets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Survient donc la vieille question : &#8216;Comment s'y prendre ?' CherEs amis, vous en savez long d&#233;sormais sur le sujet, aussi je ne m'y attarderai pas, sans pour autant &#233;luder le probl&#232;me. La soci&#233;t&#233; de l'ersatz continuera &#224; vous utiliser comme des machines, &#224; vous alimenter comme des machines, &#224; vous surveiller comme des machines, &#224; vous faire trimer comme des machines &#8209; et vous jettera au rebut, comme des machines, lorsque vous ne pourrez plus vous maintenir en &#233;tat de marche. Vous devez donc riposter en exigeant d'&#234;tre consid&#233;r&#233;Es comme des citoyenNes. Vous avez commenc&#233; &#224; le faire. J'estime que l'exigence d'un salaire d&#233;cent, du r&#232;glement des probl&#232;mes de ch&#244;mage, de la diminution l&#233;gale du temps de travail et autres revendications du m&#234;me ordre ne sont pas, prises s&#233;par&#233;ment, la panac&#233;e qui provoquera un changement imm&#233;diat de soci&#233;t&#233;. En revanche, l'ensemble de ces exigences, d&#232;s aujourd'hui (et leur nombre s'accro&#238;tra sans doute au fil du temps), signifie pour moi le r&#233;veil de cette revendication, &#224; savoir le droit pour les travailleurEuses de r&#233;gler leurs affaires elleux&#8209;m&#234;mes. Continuons &#224; &#233;largir la br&#232;che dans le syst&#232;me de propri&#233;t&#233; actuel, qu'il nous faut d&#233;truire, avant de pouvoir produire rationnellement, avec plaisir, et d'en finir avec l'&#226;ge de l'ersatz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, pour en arriver l&#224;, je crains que nous ne devions avoir recours &#224; un ersatz &#8209; la politique, pour la nommer &#8209;, cet odieux ersatz qui nous est impos&#233; en substitut de la discussion s&#233;rieuse et avis&#233;e de nos propres affaires, que nous r&#233;tablirons un jour &#224; sa place l&#233;gitime. Il serait bon de pouvoir nous passer de cette nuisance, mais je crois qu'au train o&#249; vont les choses, c'est le plus court chemin, et peut-&#173;&#234;tre m&#234;me l'unique, qui nous m&#232;nera au changement. Cependant, je voudrais pr&#233;venir touTes celleux qui tentent de construire les pr&#233;mices de la soci&#233;t&#233; r&#233;elle : l'action politique en soi doit &#234;tre comprise comme moyen et non comme but de ce combat ; cela semble &#233;vident mais je suis convaincu que cet avertissement est indispensable. Car les unEs et les autres, dans l'ardeur de la campagne &#233;lectorale, sont fort enclinEs &#224; oublier l'objet de la lutte (autrement dit l'&#233;galit&#233; pratique) et &#224; penser que tout est jou&#233; lorsqu'illes ont unE d&#233;put&#233;E au parlement ; en cas d'&#233;chec, leur d&#233;couragement est tel qu'illes sont capables de tout laisser tomber. Je donne donc priorit&#233; &#224; la propagande, qui consiste &#224; enseigner &#224; touTes quel est notre but, en quoi il est rationnel et combien il est n&#233;cessaire. Nous avons beaucoup fait en la mati&#232;re mais certainement pas assez. Non, pas suffisamment, tant que chaque ouvrier, chaque ouvri&#232;re, ayant envisag&#233; l'av&#232;nement possible d'un autre monde, ne l'aura soit rejet&#233;, soit accept&#233;. Oui, tant que ce monde nous ne l'aurons pas d&#233;crit assez souvent, clairement et honn&#234;tement pour qu'il soit voulu par touTes ou presque.&lt;br&gt;
Lorsque ce travail sera achev&#233;, que le socialisme sera accept&#233;, je pense que les moyens de le r&#233;aliser, en Angleterre du moins, seront &#224; notre port&#233;e ; bient&#244;t alors, nous d&#233;couvrirons pratiquement que nous, les h&#233;ritierEs de toutes les &#233;poques pass&#233;es, nous avions &#233;t&#233; frapp&#233;Es de pauvret&#233; par une sorte de mal&#233;fice et non en raison de conditions immuables et naturelles. En d'autres termes, c'est par notre faute que nous menons cet ersatz de vie dont, sachons&#8209;le, riches et pauvres p&#226;tissent &#233;galement ; les pauvres en souffrent au point d'en former comme une autre nation, de vivre dans un autre pays que celui des riches, qui ferait &#224; ces dernierEs, si on les condamnait &#224; y s&#233;journer, l'effet d'une vaste prison gouvern&#233;e par la folie et la rapacit&#233; de cruelLes ge&#244;li&#232;rEs.&lt;br&gt;
Encore un mot : je serai bient&#244;t un vieil homme et il y a peu de chances que je connaisse le d&#233;but du grand bouleversement qui remplacera les privil&#232;ges et la concurrence par l'&#233;galit&#233; et la solidarit&#233;. Mais j'esp&#232;re que beaucoup d'entre vous le vivront, et il me semble d&#232;s &#224; pr&#233;sent l'entrevoir ; quelle diff&#233;rence profonde entre la conscience de la classe ouvri&#232;re aujourd'hui et celle qui existait il y a quinze ans ! Dans cette r&#233;gion manufacturi&#232;re du Nord, j'en ai la certitude, le change&#173;ment a d&#251; &#234;tre brutal. Je dois vous avouer que lorsque je vins pour la premi&#232;re fois pr&#244;ner le socialisme &#224; Manchester, les perspectives n'&#233;taient nullement encou&#173;rageantes : c'est maintenant l'inverse. D&#233;sormais, les ouvri&#232;rEs du sud du Lancashire sont au moins sensi&#173;bilis&#233;Es, et je pense et j'esp&#232;re que leurs progr&#232;s en la mati&#232;re seront rapides. Bien des choses ont contribu&#233; &#224; cela, en particulier le fait que, m&#234;me si l'on ne s'en rendait pas compte ces derni&#232;res ann&#233;es, les genTes se pr&#233;paraient au changement, quoique de mani&#232;re imper&#173;ceptible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sormais les bl&#233;s sont m&#251;rs, il ne manque plus que les individuEs pour les r&#233;colter. Je connais ici quel&#173;ques moissonneurEuses &#233;nergiques et je veux distinguer parmi elleux le directeur du Clarion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ournal socialiste de Manchester dans lequel William Morris et ses amis (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et ses compagnonNes de travail. Il est difficile d'appr&#233;cier l'&#233;tendue des services qu'illes ont rendus &#224; la cause en d&#233;fendant le socialisme avec intransigeance, t&#233;nacit&#233; et g&#233;n&#233;rosit&#233;, et en m&#234;me temps sans hargne. Je suis donc tr&#232;s heureux de pouvoir leur exprimer ma gratitude, ici, &#224; Manchester et en public, comme je l'ai si souvent fait, chez moi, en priv&#233;. Esp&#233;rons, mes amiEs, que la nouvelle &#201;cole de Manchester effacera des m&#233;moires les plus mauvais aspects de l'ancienne qui, tout en d&#233;fendant les libert&#233;s civiles et religieuses, l'&#233;galit&#233; des citoyenNes devant la loi, l'abolition des survivances f&#233;odales ou la libre concurrence, fit l'erreur fondamentale de ne tenir pour rien les habitantEs de ce pays, en dehors de la bourgeoisie dont elle d&#233;fendait les int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tirons&#8209;en la le&#231;on et faisons en sorte que notre combat actuel supprime toute distinction de classe et apporte l'&#233;galit&#233; &#224; touTes ; c'est cette &#233;galit&#233; sociale qui permettra &#224; chaque citoyenNe de d&#233;velopper pleine&#173;ment ses propres talents, &#224; l'humanit&#233; tout enti&#232;re de b&#233;n&#233;ficier des connaissances et du savoir&#8209;faire transmis au cours des temps, et qui nous d&#233;barrassera ainsi &#224; jamais de l'ersatz.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;O&#249; en sommes&#8209;nous ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour celleux qui sont s&#233;rieusement engag&#233;Es dans un mouvement de luttes, il est bon de regarder en arri&#232;re de temps &#224; autre, afin d'examiner le chemin parcouru ; cela suppose aussi d'examiner autour de nous l'effet qu'il produit sur celleux qui n'y participent pas. De multiples raisons justifient cet examen, la meilleure &#233;tant que les individuEs engag&#233;Es dans une telle activit&#233; se laissent facilement confiner dans une atmosph&#232;re artificielle qui les s&#233;pare du monde ext&#233;rieur, les emp&#234;che de distinguer ce qui s'y passe r&#233;ellement et d'orienter &#224; bon escient la poursuite de leur action.&lt;br&gt;
Voil&#224; maintenant sept ans que le socialisme a refait surface dans ce pays. Le temps a pu sembler long &#224; certainEs, tant cette p&#233;riode fut riche d'esp&#233;rances et de d&#233;ceptions. Cependant, sept ann&#233;es ne repr&#233;sentent qu'un laps de temps tr&#232;s court dans l'histoire d'un mouvement s&#233;rieux ; peu de causes ont autant progress&#233;, et en si peu de temps, que le socialisme ne l'a fait &#224; sa mani&#232;re.&lt;br&gt;
Que cherchons&#8209;nous &#224; accomplir ? Changer l'organisation sociale sur laquelle repose la prodigieuse structure de la civilisation, qui s'est construite au cours de si&#232;cles de conflits, au sein de syst&#232;mes vieillissants ou moribonds, conflits dont l'issue fut la victoire de la civilisation moderne sur les conditions naturelles de vie.&lt;br&gt;
Sept ann&#233;es pouvaient&#8209;elles suffire &#224; faire visiblement progresser vers sa r&#233;alisation un projet d'une telle ampleur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rez de surcroit les qualit&#233;s de celleux qui s'attel&#232;rent &#224; cette t&#226;che de renverser les bases de la soci&#233;t&#233; moderne. O&#249; sont les individuEs d'&#201;tat qui ont abord&#233; les questions capitales que posaient les socialistes anglaisEs &#224; l'Angleterre du XIXe si&#232;cle ? O&#249; sont les grandEs th&#233;ologienNes qui, du haut de leurs chaires, ont pr&#234;ch&#233; la bonne nouvelle du bonheur &#224; venir ? O&#249; sont les physicienNes qui ont exprim&#233; leur joie ou leur esp&#233;rance face &#224; l'av&#232;nement d'une soci&#233;t&#233; qui saurait au moins utiliser leurs d&#233;couvertes extraordinaires pour le bien de l'humanit&#233; ?&lt;br&gt;
Inutile de mettre la main &#224; la plume pour transcrire leurs noms. LAe voyageurEuse (c'est&#8209;&#224;&#8209;dire lAe travailleurEuse) est tomb&#233;E aux mains des voleurEuses, et lAe pr&#234;treSse ou lae l&#233;vite ont pass&#233; leur chemin ; ou peut&#8209;&#234;tre, dans notre cas, ont-illes m&#234;me jet&#233; une pierre ou deux &#224; l'individuE bless&#233;E : il fallut pour l'aider unE samaritainE, unE paria, unE personnE peu respectable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et qui &#233;taient&#8209;ils, ceux qui entreprirent de &#8216;faire la r&#233;volution' &#8209; c'est&#8209;&#224;&#8209;dire, comme je l'ai dit, de donner &#224; la soci&#233;t&#233; une base nouvelle diam&#233;tralement oppos&#233;e &#224; la n&#244;tre ? Quelques ouvrierEs, plus durement atteintEs encore dans leurs mis&#233;rables conditions de travail que leurs compagnonNes ; quelques &#233;l&#233;ments &#233;pars du prol&#233;tariat cultiv&#233; dont le ralliement &#224; la cause socialiste devait ruiner les maigres chances de r&#233;ussite ; unE ou deux d&#233;class&#233;Es du monde politique ; quelques &#233;trang&#232;rEs fuyant la tyrannie bureaucratique de leurs gouvernements ; enfin, ici et l&#224;, unE &#233;crivainE ou unE artiste, chim&#233;riques et plus ou moins cingl&#233;Es.&lt;br&gt;
Et malgr&#233; tout, illes &#233;taient assez nombreuXes pour agir. Contrairement &#224; toute pr&#233;vision, ce mouvement vers la libert&#233; qui existe depuis sept ans, &#224; travers elleux si ce n'est gr&#226;ce &#224; elleux, a profond&#233;ment grav&#233; dans son &#233;poque l'id&#233;e de socialisme. Certes, les travailleurEuses n'ont pas encore r&#233;colt&#233; le b&#233;n&#233;fice de leur action mais c'&#233;tait impossible qu'ils le pussent : aucun profit mat&#233;riel et durable ne peut leur &#234;tre acquis tant que le socialisme reste une simple cause et n'est pas parvenu &#224; fonder une nouvelle soci&#233;t&#233;. Mais comme je l'ai &#233;crit la semaine derni&#232;re, ce mouvement a du moins r&#233;ussi en ceci qu'aucunE individuE conscientE n'est satisfaitE des choses comme elles sont. Si les exclamations de triomphe glorifiant la civilisation &#233;touffaient autrefois les r&#233;criminations des plus pauvres (il y a tout au plus une dizaine d'ann&#233;es), elles ont maintenant tourn&#233; &#224; l'apologie mal assur&#233;e de l'horreur et de la stupidit&#233; du syst&#232;me existant, que nous supportons faute de mieux (c'est la seule justification de son maintien), jusqu'&#224; ce que nous ayons trouv&#233; les moyens de le jeter aux oubliettes. Et les ouvrierEs, dont on pensait &#224; l'&#233;poque de la &#8216;prosp&#233;rit&#233; galopante' qu'illes avaient atteint le bout du rouleau et qu'illes se satisferaient d'une sorte de paradis terrestre pour subalternes, montrent maintenant qu'illes n'en resteront pas l&#224;, quoi qu'il arrive. Les principes du socialisme commencent &#224; &#234;tre si bien assimil&#233;s que, pour certainEs d'entre nous qui les ont entendu &#233;noncer tr&#232;s souvent, ils font figure de lieux communs sur lesquels il semble inutile de s'appesantir ; jugement que je ne peux cependant en aucun cas partager, comme je vais tout de suite m'en expliquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela est du pass&#233;. Comment ? Et pourquoi ? Est&#8209;ce en vertu des qualit&#233;s de celleux qui sont &#224; l'origine du mouvement ? Cette petite bande d'excentriques qui a fait siennes les th&#232;ses socialistes au cours des derni&#232;res ann&#233;es, valait&#8209;elle mieux que ne le laissaient croire les apparences ? Nous avons pour la plupart fait preuve d'humanit&#233;, certes, mais on ne peut pas dire que se soient d&#233;velopp&#233;s parmi nous de grands ou d'inattendus talents pour la gestion et la conduite des affaires, ou de grandes qualit&#233;s de pr&#233;voyance. Nous avons &#233;t&#233; ce que nous paraissions, du moins aux yeux de nos amiEs, et c'&#233;tait la moindre des choses. Nous avons commis dans nos rapports internes autant d'erreurs que n'importe quel parti dans un laps de temps &#233;quivalent. Plus souvent qu'&#224; notre tour, nous avons vid&#233; des querelles et parfois aussi, par crainte de celles&#8209;ci, nous avons acquiesc&#233; &#224; ce avec quoi nous &#233;tions en d&#233;saccord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons connu l'&#233;go&#239;sme, la vanit&#233;, la fain&#233;antise et l'irr&#233;flexion jusque dans nos rangs, ainsi, tout de m&#234;me, que le courage et le d&#233;vouement. Lorsque j'ai rejoint le mouvement, j'esp&#233;rais tout d'abord que se r&#233;v&#233;leraient un ou m&#234;me plusieurs meneurEuses, issuEs du milieu ouvrier, et qu'illes deviendraient, en repoussant toute aide de la bourgeoisie, de grands personnages historiques. je garderais bien cet espoir s'il semblait proche de se concr&#233;tiser, car il me tient &#224; coeur en v&#233;rit&#233; ; mais, en toute franchise, cela ne para&#238;t pas en prendre le chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, je le r&#233;p&#232;te, malgr&#233; tous les obstacles, nous avons obtenu des r&#233;sultats. Pourquoi ? Mon propos ci&#8209;dessus a d&#233;j&#224; fourni une partie de la r&#233;ponse mais il faut en r&#233;p&#233;ter la teneur : parce que l'infra&#173;structure de la soci&#233;t&#233; moderne qui semblait inexpu&#173;gnable va &#224; la ruine. Elle a fait son temps et va se transformer en autre chose. Voil&#224; donc la raison qui, en d&#233;pit de nos erreurs, nous a permis d'agir. Je ne crois pas non plus que puissent se r&#233;unir les moyens du grand changement sans que parall&#232;lement se d&#233;ve&#173;loppe la capacit&#233; des piliers de la soci&#233;t&#233; (c'est&#8209;&#224;&#8209;dire des ouvrierEs) &#224; prendre en charge ce changement et &#224; construire le nouvel ordre qui en sortira.&lt;br&gt;
Voil&#224; du moins de quoi nous encourager. CertainEs d'entre nous ne sont&#8209;illes pas d&#233;&#231;uEs, malgr&#233; la fa&#231;on nouvelle dont le socialisme est g&#233;n&#233;ralement consid&#233;r&#233; ? Cette d&#233;ception n'est que trop naturelle. Lorsque au d&#233;but nous avons commenc&#233; &#224; nous unir, presque rien n'&#233;tait exprim&#233; en dehors des grands id&#233;aux du socialisme. Et sa r&#233;alisation nous semblait tellement lointaine que nous ne pouvions gu&#232;re envisager les moyens de sa mise en oeuvre, si ce n'est sous la forme de grands &#233;v&#233;nements dramatiques qui auraient certes transform&#233; nos vies en trag&#233;dies, mais nous auraient extirp&#233;Es de la &#8216;paix' sordide qu'est la civilisation. Avec l'influence croissante du socialisme, cela aussi a chang&#233;. Notre succ&#232;s m&#234;me a estomp&#233; les grands id&#233;aux qui nous guidaient alors, car l'espoir d'une r&#233;alisation partielle et, pour ainsi dire, vulgaris&#233;e du socialisme nous a rendu impatientEs. Nous sommes touTes convaincuEs, je pense, qu'il se r&#233;alisera ; il n'est donc pas extraordinaire que nous mourrions d'envie de le voir se r&#233;aliser de notre vivant. Par cons&#233;quent, ce sont les m&#233;thodes pour y parvenir plut&#244;t que les grands id&#233;aux qui nous pr&#233;occupent. Mais il est inutile de parler de m&#233;thode si elle n'est pas, du moins en partie, imm&#233;diatement applicable ; et c'est dans la nature m&#234;me de telles m&#233;thodes partielles d'&#234;tre prosa&#239;ques et d&#233;courageantes, bien qu'elles soient n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux tendances coexistent &#224; propos de ces m&#233;thodes : d'un c&#244;t&#233;, notre vieille connaissance qu'est le r&#233;formisme, qui prend aujourd'hui beaucoup plus d'importance qu'auparavant en raison du m&#233;contentement grandissant et des nets progr&#232;s du socialisme ; de l'autre, la r&#233;volte, ou plut&#244;t l'&#233;meute, limit&#233;e, dirig&#233;e contre les autorit&#233;s qui r&#232;gnent absolument et sans partage et qui peuvent ais&#233;ment la r&#233;primer : elle est donc n&#233;cessairement vaine et incons&#233;quente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je d&#233;sapprouve les deux m&#233;thodes : principalement parce que les palliatifs que sont les r&#233;formes doivent &#234;tre mendi&#233;s et que les &#233;meutes sont le fait d'individuEs qui ne savent rien du socialisme et ignorent totalement quelle pourrait &#234;tre l'&#233;tape suivante si, contrairement &#224; toute pr&#233;vision, leur lutte &#233;tait victorieuse. Par cons&#233;quent, nos ma&#238;tresSes, au mieux, seraient toujours les ma&#238;tresSes car rien ne les remplacerait. Nous ne sommes pas pr&#234;tEs pour un tel changement ! Les autorit&#233;s pourraient &#234;tre un peu bouscul&#233;es sans doute et l&#233;g&#232;rement plus enclines &#224; c&#233;der du terrain face aux revendications des esclaves, mais celleux&#8209;ci le demeureraient : car les individuEs resteront assujettiEs tant qu'illes ne seront pas pr&#233;par&#233;Es &#224; prendre elleux&#8209;m&#234;mes leurs affaires en main. Je pense m&#234;me que l'utilisation de moyens violents et partiels n'&#233;branlera pas du tout le pouvoir des autorit&#233;s mais au contraire le renforcera car les timides de toutes les classes, qui ensemble font la masse des individuEs, se rallieront alors &#224; lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je viens d'&#233;voquer les deux directions que celleux que j'appelle les partisanEs de l'impatience d&#233;clarent ouvertes. Avant de d&#233;crire la seule m&#233;thode qui puisse convenir &#224; certainEs d'entre nous, je veux exprimer, aussi bri&#232;vement que possible, mon avis sur l'&#233;tat actuel de notre mouvement. Celleux qui sont plus ou moins attir&#233;Es par le socialisme, sans &#234;tre vraiment socialistes, se tournent g&#233;n&#233;ralement vers le nouveau syndicalisme ou le r&#233;formisme. Ces individuEs estiment qu'illes peuvent arracher aux capitalistes quelques lambeaux de leurs profits et privil&#232;ges. Les ma&#238;tresSes croient aussi, &#224; en juger d'apr&#232;s leurs r&#233;centes menaces de coalition, que cela pourrait advenir. Mais ces avantages ne seraient que tr&#232;s partiels, et nous, socialistes, contrairement &#224; d'autres, savons bien que les genTes ne pourraient pas en rester l&#224; si cela arrivait. Passons l&#224;&#8209;dessus pour le moment. L'aspect parlementaire de la lutte semble &#234;tre actuellement en suspens et il a fait place &#224; l'aspect syndical. Mais, bien entendu, il r&#233;appara&#238;tra. Et, en son temps, si rien ne vient entraver le cours logique des &#233;v&#233;nements, une loi finira par proclamer la journ&#233;e l&#233;gale de huit heures, sans que cela ne change grand&#173;-chose pour les travailleurEuses et leurs ma&#238;tresSes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, je crois que le socialisme d'&#201;tat n'est ni d&#233;sirable en soi, ni surtout possible comme projet global. Cependant, une r&#233;alisation quelconque en sera certainement tent&#233;e et, &#224; mon avis, cette tentative pr&#233;c&#233;dera toute &#233;dification du nouvel ordre des choses. A ce propos, le succ&#232;s de l'utopie de monsieur Bellamy, aussi mortellement ennuyeuse soit&#8209;elle, prouve que son ouvrage est dans l'air du temps. Et l'attention g&#233;n&#233;rale que l'on porte &#224; ces genTes habiles que sont nos amiEs conf&#233;rencierEs et pamphl&#233;taires fabienNes&#181; n'est pas due &#224; leurs talents litt&#233;raires : les genTes ont r&#233;ellement le regard plus ou moins tourn&#233; dans leur direction.&lt;br&gt;
Aujourd'hui les genTes sont m&#233;contentEs, illes con&#231;oivent l'espoir d'am&#233;liorer leurs conditions de travail, et pourtant les moyens d'atteindre ce but restent incertains, ou plut&#244;t on confond le commencement de l'emploi de ces moyens et la fin elle&#173;-m&#234;me ; et c'est justement parce que les genTes s'enthousiasment pour un socialisme dont illes ignorent souvent &#224; peu pr&#232;s tout qu'il faut mettre en avant ses principes &#233;l&#233;mentaires, sans aucun souci de politique &#224; court terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lecteurIces saisiront mieux mon propos si j'ajoute que je m'adresse &#224; celleux qui sont r&#233;ellement socialistes, aux communistes donc. Pour nous, maintenant, la t&#226;che essentielle est de former des socialistes, et je ne crois pas que nous puissions mener d'activit&#233; plus utile aujourd'hui. Celleux qui ne sont pas de vraiEs socialistes &#8209; les syndicalistes, les fauteurEuses de troubles, que saisie &#8209; feront ce qu'illes sont contraintEs de faire et nous n'y pouvons rien. Quelque chose de bon se d&#233;gagera peut&#8209;&#234;tre de leur action, mais nous n'avons nul besoin de travailler de concert avec elleux &#8209; d'ailleurs nous ne pourrions le faire de gaiet&#233; de coeur &#8209; puisque nous savons que leurs m&#233;thodes ne m&#232;nent pas dans la bonne direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons, je le r&#233;p&#232;te, former des socialistes, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire convaincre les genTes que le socialisme est b&#233;n&#233;fique et qu'il est r&#233;alisable. Lorsque nous aurons r&#233;uni assez d'individuEs autour de cette conviction, ils d&#233;couvriront d'elleux&#8209;m&#234;mes le type d'action n&#233;cessaire pour pratiquer leurs id&#233;es. Tant qu'aucune prise de conscience massive n'existe, l'action en vue d'un changement total qui profiterait &#224; toute la population est impossible. En sommes&#8209;nous l&#224;, en approchons-nous ? Certainement pas. Si nous nous &#233;loignions de cette atmosph&#232;re ensorceleuse qui &#233;mane du combat militant, nous verrions clairement ceci : aussi nombreuXes soient celleux qui croient possible de contraindre par quelque moyen les ma&#238;tresSes &#224; mieux se comporter vis&#8209;&#224;&#8209;vis d'elleux et qui sont impatientEs de les y forcer (par des moyens pr&#233;tendument pacifiques comme la gr&#232;ve, par exemple), aucunE d'entre elleux, except&#233; une toute petite minorit&#233;, n'est pr&#234;tE &#224; se passer de ma&#238;tresSes. Illes ne se sentent pas capables de prendre leurs affaires en main et de devenir responsables de leurs vies dans ce monde. Lorsqu'illes y seront pr&#234;ts, le socialisme sera alors r&#233;alis&#233; mais sinon rien ne peut raccourcir ce d&#233;lai, ne serait&#8209;ce que d'un jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Formons par cons&#233;quent des socialistes. Nous ne pourrons rien faire de plus utile, et propager sans cesse nos id&#233;es n'est pas un moyen d&#233;pass&#233;. Au contraire, pour celleux qui comme moi ne croient pas au socialisme d'&#201;tat, c'est le seul moyen rationnel d'arriver &#224; un nouvel ordre des choses.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Aujourd'hui Victoria and Albert Museum, dont la d&#233;coration d'une des salles fut la premi&#232;re commande importante de Morris &amp; Co&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ournal socialiste de Manchester dans lequel William Morris et ses amis exposaient leurs id&#233;es, apr&#232;s que Commonweal fut devenu un mensuel anarchiste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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