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		<title>La d&#233;ception</title>
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		<dc:date>2021-09-01T13:01:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alexandre Berkman</dc:creator>


		<dc:subject>Communismes</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Chapitre de conclusion du journal de Russie d'Alexandre Berkman, &lt;i&gt;Le mythe bolchevik&lt;/i&gt; (1920-1922), ce texte dresse ses &#171; &lt;i&gt;r&#233;actions subjectives et les le&#231;ons&lt;/i&gt; &#187; qu'il a tir&#233;es de la r&#233;volution russe et de ses suites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je savais que les bolcheviks &#233;taient marxistes et croyaient en un &#201;tat centralis&#233; que moi, anarchiste, je rejette par principe. Mais je pla&#231;ais la r&#233;volution au-dessus des th&#233;ories, ce qui &#233;tait le cas &#233;galement, me semblait-il, des bolcheviks. Bien que marxistes, ils avaient contribu&#233; &#224; faire advenir une r&#233;volution qui &#233;tait totalement non marxiste, qui m&#234;me d&#233;fiait le dogme et la proph&#233;tie marxiste&lt;/i&gt; (...)&lt;i&gt;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Comme je l'avais d&#233;clar&#233; avec tant de passion &#224; notre premi&#232;re r&#233;union d'accueil &#224; la fronti&#232;re russe, j'&#233;tais pr&#234;t &#224; ignorer toutes les diff&#233;rences th&#233;oriques d'opinion. Je venais pour travailler, pas pour discuter. Pour apprendre, pas pour donner des le&#231;ons. Pour apprendre et pour aider&lt;/i&gt; (...)&lt;i&gt;. &lt;br class='manualbr' /&gt;La vie, la r&#233;alit&#233;, remettait continuellement ma foi en question. Partout je voyais l'in&#233;galit&#233; et l'injustice, l'humanit&#233; pi&#233;tin&#233;e dans la poussi&#232;re, l'exigence pr&#233;sum&#233;e dissimuler la trahison, la duperie et l'oppression. Je voyais le Parti au pouvoir r&#233;primer les &#233;lans vitaux de la r&#233;volution, d&#233;courager l'initiative populaire et l'autonomie si essentielles &#224; son d&#233;veloppement.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sommaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- En guise d'explication&lt;br class='manualbr' /&gt;- Pr&#233;face&lt;br class='manualbr' /&gt;- Les enseignements du &#171; mythe bolchevik &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;I. Mes attitudes et r&#233;actions personnelles&lt;br class='manualbr' /&gt;II. La dictature communiste et la r&#233;volution russe&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;D&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot14" rel="tag"&gt;Communismes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L134xH150/arton1846-a6913.jpg?1780501992' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='134' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1846.jpg?1629378546&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Traduction de l'anglais de Pascale Haas.&lt;br class='manualbr' /&gt;Texte publi&#233; en conclusion du livre &lt;i&gt;Le Mythe bolchevik, Journal 1920-1922&lt;/i&gt; (Paris, &#233;ditions Klincksieck, collection Critique de la politique, 2017). &lt;br class='manualbr' /&gt;Ce chapitre, &#233;crit en anglais, intitul&#233; &#171; The Anti-Climax &#187;, devait constituer la conclusion du livre d'Alexandre Berkman &lt;i&gt;The Bolshevik Myth, Diary 1920-1922&lt;/i&gt; (New York, Boni and Liveright, 1925).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;En guise d'explication&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mon travail sur la Russie, &lt;i&gt;Le Mythe bolchevik&lt;/i&gt;, que vient de publier la maison d'&#233;dition Boni &amp; Liveright, &#224; New York, est un r&#233;cit objectif de la r&#233;volution russe, un compte rendu tenu au jour le jour pendant les deux ann&#233;es o&#249; j'ai s&#233;journ&#233; dans ce pays (de janvier 1920 &#224; d&#233;cembre 1921). Il relate des faits et des exp&#233;riences v&#233;cus, sans en tirer aucune g&#233;n&#233;ralisation ni d&#233;ductions th&#233;oriques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes r&#233;actions subjectives et les le&#231;ons que j'ai tir&#233;es de la r&#233;volution, je les ai r&#233;sum&#233;es dans le chapitre final. Mais M. Liveright a refus&#233; ce chapitre qu'il a jug&#233; &#171; d&#233;cevant &#187; d'un point de vue litt&#233;raire et a insist&#233; pour que je le retire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Impatient de faire conna&#238;tre mon livre au public, j'ai accept&#233;. Mais bien que je m'int&#233;resse &#224; la litt&#233;rature, je consid&#232;re la r&#233;volution russe et ses enseignements beaucoup plus importants que les plus beaux &#233;crits. Dans un certain sens, la Russie d'aujourd'hui est en effet d&#233;cevante par rapport aux aspirations r&#233;volutionnaires de 1917. Le plus essentiel est d'&#233;lucider les causes qui ont conduit &#224; la d&#233;b&#226;cle de la r&#233;volution. Ces causes sont discut&#233;es dans le chapitre manquant. C'est pourquoi j'ai publi&#233; celui-ci dans le pr&#233;sent ouvrage, afin que le lecteur ait une meilleure compr&#233;hension du &#171; mythe bolchevik &#187;, et aussi pour &#234;tre juste envers moi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&#034;text-align: right;&#034;&gt;Berlin, janvier 1925&lt;br&gt;
&lt;i&gt;Alexandre Berkman&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pr&#233;face&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Diverses circonstances ont retard&#233; la parution de mon travail sur la Russie. Mais bien qu'il traite de conditions qui datent d'il y a deux ans, le livre d&#233;crit aussi bien la Russie actuelle que celle qu'elle &#233;tait alors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Mythe bolchevik&lt;/i&gt; couvre la p&#233;riode du communisme militaire et de la &#171; Nep &#187; qui lui a succ&#233;d&#233; &#8211; la nouvelle politique &#233;conomique instaur&#233;e par L&#233;nine en 1921. La &#171; Nep &#187; a &#233;t&#233; maintenue depuis par la force, quelles qu'aient pu &#234;tre les modifications apport&#233;es &#224; son application, tant&#244;t avec h&#233;sitation, tant&#244;t avec une intensit&#233; &#233;nergique. La pr&#233;tendue &#171; Nep &#187; n'est rien d'autre que l'introduction du capitalisme en Russie, &#224; la fois &#233;tatique et priv&#233;, qui implique de faire des concessions aux capitalistes &#233;trangers, de louer des usines et m&#234;me des industries enti&#232;res &#224; des particuliers ou &#224; des entreprises. En bref, un capitalisme renouvel&#233;, m&#233;lange de monopole d'&#201;tat et d'&#233;conomie priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mis &#224; part quelques changements mineurs, plus apparents que r&#233;els &#8211; port&#233;s aux nues par certaines d&#233;l&#233;gations syndicales et d'autres visiteurs na&#239;fs qui connaissent mal la situation en Russie &#8211;, les conditions actuelles sont pour l'essentiel telles que je les ai d&#233;crites dans mon ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vues de l'ext&#233;rieur, certaines grandes villes, comme Petrograd et Moscou, ont connu quelques am&#233;liorations. Les grandes art&#232;res sont plus propres, certains b&#226;timents ont &#233;t&#233; r&#233;nov&#233;s, les tramways et l'&#233;quipement &#233;lectrique sont plus satisfaisants et plus fiables. La vie est mieux r&#233;glement&#233;e et semble plus normale compar&#233;e &#224; la situation de compl&#232;te d&#233;sorganisation et de chaos des ann&#233;es 1920-1921.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'existence quotidienne r&#233;elle du peuple n'est en rien conditionn&#233;e par ces transformations superficielles, pas plus que celles-ci ne sont en aucun cas symboliques de l'essence et de la nature v&#233;ritables du r&#233;gime bolchevik.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre la v&#233;ritable essence d'un pays, il faut l'&#233;tudier en profondeur, dans les r&#233;seaux de l'existence sans ornement tels que les ont fa&#231;onn&#233;s et les refl&#232;tent les conditions politiques, &#233;conomiques et culturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le domaine de la vie politique, la dictature communiste demeure dans le &lt;i&gt;statu quo&lt;/i&gt; des ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes. En r&#233;alit&#233;, l'esprit de despotisme gouvernemental s'est intensifi&#233;, on s'est pour ainsi dire habitu&#233; aux pouvoirs en place en Russie. Il est plus syst&#233;matique, plus organis&#233;, bien que nettement moins justifi&#233; que dans les ann&#233;es 1919-1921. C'&#233;tait alors l'&#233;poque de l'invasion &#233;trang&#232;re, du blocus et de la guerre civile. &#192; ce moment-l&#224;, les bolcheviks n'arr&#234;taient pas de promettre solennellement que la politique de terreur et de pers&#233;cution cesserait d&#232;s que la Russie serait &#224; l'abri de toute intervention ou attaque militaire. C'est gr&#226;ce &#224; la force de ces promesses et de ces espoirs que les grandes masses russes, tout comme la plupart des &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires, ont continu&#233; &#224; collaborer avec le gouvernement sovi&#233;tique, dans l'espoir qu'en unissant leurs efforts ils sauveraient la r&#233;volution de ses ennemis de l'ext&#233;rieur et de l'int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis est venu le temps o&#249; les puissances &#233;trang&#232;res ont renonc&#233; &#224; leurs tentatives d'ing&#233;rence, le blocus a &#233;t&#233; lev&#233; et c'en a &#233;t&#233; fini des fronts avec la d&#233;faite finale des arm&#233;es de Wrangel. La guerre civile a pris fin, mais la politique de terreur et de r&#233;pression men&#233;e par les bolcheviks a continu&#233;, et m&#234;me empir&#233;. D&#233;&#231;ues dans leurs attentes, les masses populaires sont devenues encore plus aigries contre le gouvernement communiste. Progressivement, le m&#233;contentement s'est manifest&#233; de fa&#231;on active dans diverses parties du pays &#8211; dans l'est, au sud, en Sib&#233;rie &#8211;, pour culminer finalement dans le soul&#232;vement des marins, des soldats et des ouvriers de Kronstadt. L&#233;nine s'est vu obliger de faire des concessions. Il avait le choix de donner au peuple soit la libert&#233;, soit... le capitalisme. Il a opt&#233; pour ce dernier, et la &#171; Nep &#187; a vu le jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dictature d'une petite poign&#233;e de dirigeants communistes &#8211; le cercle int&#233;rieur du Comit&#233; ex&#233;cutif du Parti communiste &#8211; s'est maintenue. Car les bolcheviks craignaient d'accorder la libert&#233; au peuple, &#233;tant donn&#233; qu'elle pourrait mettre en danger le monopole exclusif qu'ils avaient de l'&#201;tat. La devise de L&#233;nine et de son parti &#233;tait : &#171; Nous conc&#233;derons tout, except&#233; la moindre parcelle de notre pouvoir. &#187; La dictature actuellement aux mains du triumvirat (Staline, Zinoviev, Kamenev) est aussi absolue qu'elle l'&#233;tait du temps de L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, la dictature s'est g&#233;n&#233;ralis&#233;e et est devenue plus syst&#233;matique en raison des conditions plus normales et plus stables que conna&#238;t le pays. La main toute-puissante de la dictature a m&#234;me atteint d&#233;sormais les sommets du Parti en faisant dispara&#238;tre Trotski, en &#233;touffant le groupe syndical et en bannissant toute l'aile gauche du Parti communiste d'Ukraine. Toute expression d'une opinion politique ind&#233;pendante, toute tentative de critique sont r&#233;prim&#233;es sans piti&#233;. Les redoutables prisons &#171; int&#233;rieures &#187; (sp&#233;ciales) de la Tcheka, les anciennes prisons du tsar et les nouvelles &#171; maisons de privation de libert&#233; &#187; sont surpeupl&#233;es. Le nord glac&#233; de la Sib&#233;rie, les d&#233;serts du Turkestan, les cachots d'Arkhangelsk et de Solovetski et les camps de concentration renferment des milliers de prisonniers politiques, d'intellectuels et d'ouvriers arr&#234;t&#233;s pour avoir os&#233; faire gr&#232;ve, de paysans qui protestent contre les charges insupportables, de non affili&#233;s au Parti soup&#231;onn&#233;s de &#171; manque de fiabilit&#233; politique &#187;. Dans la collection de documents russes en ma possession, certains d&#233;livr&#233;s aux d&#233;tenus par la Tcheka stipulent qu'ils ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s pour cause d'&#171; &lt;i&gt;appartenance&lt;/i&gt; au Parti socialiste sioniste &#187;. Ce que signifie une telle &#171; accusation &#187; est des plus explicites lorsqu'on consid&#232;re que le Parti socialiste sioniste ne demande rien de plus &#171; r&#233;volutionnaire &#187; ou &#171; contre-r&#233;volutionnaire &#187; que le respect dans les faits de la Constitution sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bolcheviks osent encore pr&#233;tendre que seuls sont pers&#233;cut&#233;s en Russie ceux qui prennent les armes contre le gouvernement sovi&#233;tique ou qui sont activement engag&#233;s dans des complots contre-r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit pour caract&#233;riser la situation actuelle en Russie de souligner le fait que &lt;i&gt;pas une seule publication politique ne peut exister dans le pays&lt;/i&gt;, &#224; l'exception des journaux et magazines communistes orthodoxes. La simple &lt;i&gt;possession&lt;/i&gt; d'une publication r&#233;volutionnaire non communiste &#233;dit&#233;e &#224; l'&#233;tranger est punissable d'emprisonnement et d'exil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est profond&#233;ment m&#233;conna&#238;tre la situation que d'appeler la Russie une dictature du prol&#233;tariat, car les ouvriers sont plus asservis et exploit&#233;s politiquement en Russie que dans tout autre pays. Tout comme de dire que la dictature est celle du Parti communiste, &#233;tant donn&#233; que les membres ordinaires de celui-ci sont enti&#232;rement soumis au Kremlin comme l'est le reste de la population. La Russie d'aujourd'hui, comme au temps de L&#233;nine, est une dictature impos&#233;e par une petite clique, connue sous le nom de &#171; bureau politique &#187; du Comit&#233; ex&#233;cutif du Parti, au sein duquel Staline, Zinoviev et Kamenev sont les seuls et uniques ma&#238;tres du destin de la Russie tout enti&#232;re et de ses cent millions d'habitants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique de la terreur a totalement r&#233;prim&#233; toute possibilit&#233; de s'exprimer librement. Elle a &#233;touff&#233; les Soviets qui &#233;taient la voix qui exprimait les besoins du peuple et ses aspirations. Elle a transform&#233; les organisations syndicales en bureaux ex&#233;cutifs communistes qui appliquent docilement les ordres du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la vie sociale et culturelle du pays, tout comme dans les domaines industriel et &#233;conomique, la dictature a pour effet une r&#233;cession et une stagnation in&#233;vitables. L'&#233;volution industrielle moderne ne peut aller de pair avec un despotisme absolu. Un relatif minimum de libert&#233;, de s&#233;curit&#233; personnelle, et le droit d'exercer ses propres initiatives et ses &#233;nergies cr&#233;atives, sont les conditions pr&#233;alables au progr&#232;s &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seul un changement des plus radicaux de la nature de la dictature communiste &#8211; de fait, son abolition &#8211; pourra sortir la Russie du mar&#233;cage de la tyrannie et de la mis&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apog&#233;e de la trag&#233;die est que le socialisme bolchevik, emp&#234;tr&#233; dans ses antith&#232;ses logiques, ne peut rien donner de mieux au monde aujourd'hui &#8211; sept ans apr&#232;s la r&#233;volution &#8211; que l'intensification des maux du syst&#232;me m&#234;me dont les antagonismes ont produit le socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les enseignements du &#171; mythe bolchevik &#187; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I. Mes attitudes et r&#233;actions personnelles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis ma prime jeunesse, la r&#233;volution &#8211; la r&#233;volution sociale &#8211; a &#233;t&#233; le grand espoir et le but de ma vie. Elle repr&#233;sentait pour moi le Messie qui viendrait d&#233;livrer le monde de la brutalit&#233;, de l'injustice et du mal, et ouvrirait la voie &#224; une humanit&#233; r&#233;g&#233;n&#233;r&#233;e bas&#233;e sur la fraternit&#233;, vivant en paix dans la libert&#233; et la beaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je peux dire sans exag&#233;ration que le plus beau jour de ma vie je l'ai pass&#233; dans une cellule de prison &#8211; le jour o&#249; les premi&#232;res nouvelles de la r&#233;volution d'Octobre et de la victoire des bolcheviks me sont parvenues au p&#233;nitencier f&#233;d&#233;ral d'Atlanta. La nuit de mon cachot &#233;tait illumin&#233;e par la gloire de ce grand r&#234;ve qui devenait r&#233;alit&#233;. Les barreaux d'acier avaient fondu, les murs de pierre disparu, et je marchais sur la toison d'or de l'id&#233;al sur le point de se r&#233;aliser. Dans les semaines et les mois d'anxi&#233;t&#233; qui ont suivi, j'ai v&#233;cu dans un &#233;tat d'&#233;bullition o&#249; se m&#234;laient l'espoir et la crainte &#8211; crainte que les r&#233;actionnaires n'&#233;crasent la r&#233;volution, espoir de rejoindre la terre promise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin est arriv&#233; le jour tant attendu, et je me suis retrouv&#233; en Russie sovi&#233;tique. Je d&#233;bordais d'enthousiasme pour la r&#233;volution, j'&#233;tais plein d'admiration pour les bolcheviks et rempli de joie &#224; l'id&#233;e du travail utile qui m'attendait au milieu de l'h&#233;ro&#239;que peuple russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je savais que les bolcheviks &#233;taient marxistes et croyaient en un &#201;tat centralis&#233; que moi, anarchiste, je rejette par principe. Mais je pla&#231;ais la r&#233;volution au-dessus des th&#233;ories, ce qui &#233;tait le cas &#233;galement, me semblait-il, des bolcheviks. Bien que marxistes, ils avaient contribu&#233; &#224; faire advenir une r&#233;volution qui &#233;tait totalement non marxiste, qui m&#234;me d&#233;fiait le dogme et la proph&#233;tie marxiste. Fervents d&#233;fenseurs du parlementarisme, ils le r&#233;pudiaient dans leur pratique. Apr&#232;s avoir persist&#233; &#224; r&#233;clamer la convocation d'une Assembl&#233;e constituante, ils l'ont dissoute sans c&#233;r&#233;monie quand la vie a r&#233;v&#233;l&#233; qu'elle &#233;tait inad&#233;quate. Ils ont abandonn&#233; leur politique agraire pour adopter celle des socialistes-r&#233;volutionnaires afin de r&#233;pondre aux besoins des paysans. Ils ont r&#233;solument appliqu&#233; les m&#233;thodes et les tactiques anarchistes lorsque la situation l'exigeait. Bref, &lt;i&gt;en pratique&lt;/i&gt;, les bolcheviks semblaient &#234;tre un parti profond&#233;ment r&#233;volutionnaire dont le seul but &#233;tait le succ&#232;s de la r&#233;volution, un parti qui poss&#233;dait le courage moral et l'int&#233;grit&#233; de subordonner ses th&#233;ories au bien-&#234;tre g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine n'avait-il pas souvent affirm&#233; que lui-m&#234;me et ses partisans &#233;taient au fond des anarchistes, que le pouvoir politique n'&#233;tait pour eux qu'un moyen temporaire de mettre en &#339;uvre la r&#233;volution ? L'&#201;tat devait mourir progressivement, dispara&#238;tre, comme Engels l'avait enseign&#233;, car ses fonctions deviendraient inutiles et obsol&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai donc accept&#233; les bolcheviks comme l'avant-garde sinc&#232;re et intr&#233;pide de l'&#233;mancipation sociale de l'humain. J'aspirais avec ferveur &#224; travailler avec eux, &#224; participer au combat contre les ennemis de la r&#233;volution et &#224; aider le peuple &#224; en r&#233;colter les fruits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans cet &#233;tat d'esprit que je suis venu en Russie. Comme je l'avais d&#233;clar&#233; avec tant de passion &#224; notre premi&#232;re r&#233;union d'accueil &#224; la fronti&#232;re russe, j'&#233;tais pr&#234;t &#224; ignorer toutes les diff&#233;rences th&#233;oriques d'opinion. Je venais pour travailler, pas pour discuter. Pour apprendre, pas pour donner des le&#231;ons. Pour apprendre et pour aider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai en effet appris, et j'ai essay&#233; d'aider. J'ai appris au jour le jour, durant de longues semaines et de longs mois, dans diff&#233;rentes r&#233;gions du pays. Mais ce que j'ai vu et appris contrastait de mani&#232;re si flagrante avec mes espoirs et mes attentes que ma confiance dans les bolcheviks en a &#233;t&#233; &#233;branl&#233;e dans ses fondements m&#234;mes. Non que je m'&#233;tais attendu &#224; trouver en Russie un eldorado du prol&#233;tariat. Loin de l&#224;. Je savais que le travail en p&#233;riode r&#233;volutionnaire &#233;tait gigantesque, et les difficult&#233;s &#224; surmonter &#233;normes. La Russie &#233;tait assi&#233;g&#233;e sur de multiples fronts ; la contre r&#233;volution s&#233;vissait &#224; l'int&#233;rieur comme &#224; l'ext&#233;rieur, le blocus affamait le pays et emp&#234;chait m&#234;me d'apporter une aide m&#233;dicale aux femmes et aux enfants malades. Le peuple &#233;tait ext&#233;nu&#233; par une longue guerre et par la guerre civile, l'industrie &#233;tait d&#233;sorganis&#233;e, les lignes de chemin de fer hors d'usage. Je me rendais compte pleinement du d&#233;sastre de la situation de la Russie, qui versait ses derni&#232;res gouttes de sang sur l'autel de la r&#233;volution, pendant que le reste du monde assistait au spectacle en t&#233;moin passif et que les puissances alli&#233;es participaient &#224; la mort et &#224; la destruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voyais l'h&#233;ro&#239;sme d&#233;sesp&#233;r&#233; du peuple et les efforts presque surhumains que faisaient les bolcheviks. Tr&#232;s proches d'eux, dans la mesure o&#249; j'entretenais des liens d'amiti&#233; personnelle avec les dirigeants communistes, je partageais leurs int&#233;r&#234;ts et leurs espoirs, je les assistais dans leur t&#226;che, et j'&#233;tais inspir&#233; par leur d&#233;vouement d&#233;sint&#233;ress&#233; et leur enti&#232;re concentration mise au service de la r&#233;volution. Le manque de sympathie de la part des autres &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires me remplissait de tristesse, voire de col&#232;re. Je m'aga&#231;ais des critiques contre les bolcheviks &#224; un moment o&#249; ils &#233;taient assaillis par de puissants ennemis. Je n'acceptais pas le refus de les soutenir, que je condamnais comme &#233;tant criminel, et j'employais toutes mes forces &#224; faire en sorte qu'il y ait une meilleure compr&#233;hension et coop&#233;ration entre les diff&#233;rentes factions r&#233;volutionnaires qui s'opposaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma proximit&#233; avec les bolcheviks, ma franche partialit&#233; en leur faveur, exasp&#233;rait mes amis et &#233;loignait mes plus proches camarades. Mais ma foi dans les communistes et leur int&#233;grit&#233; n'en &#233;tait pas &#233;branl&#233;e. Elle &#233;tait m&#234;me la preuve contre toute &#233;vidence de mes propres sentiments et de mon jugement, de mes impressions et de mon exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie, la r&#233;alit&#233;, remettait continuellement ma foi en question. Partout je voyais l'in&#233;galit&#233; et l'injustice, l'humanit&#233; pi&#233;tin&#233;e dans la poussi&#232;re, l'exigence pr&#233;sum&#233;e dissimuler la trahison, la duperie et l'oppression. Je voyais le Parti au pouvoir r&#233;primer les &#233;lans vitaux de la r&#233;volution, d&#233;courager l'initiative populaire et l'autonomie si essentielles &#224; son d&#233;veloppement. N&#233;anmoins, je m'accrochais &#224; ma foi. Obstin&#233;ment, j'entretenais l'espoir que derri&#232;re les principes erron&#233;s et les tactiques fallacieuses, derri&#232;re la bureaucratie gouvernementale et l'autocratie du Parti, couvait le d&#233;sir d'id&#233;alisme qui repousserait les nuages noirs du despotisme d&#232;s que le gouvernement sovi&#233;tique serait &#224; l'abri de l'ing&#233;rence des Alli&#233;s et de la contre-r&#233;volution. Cette lueur d'id&#233;alisme excuserait &#224; mes yeux toutes les fautes et erreurs, l'incomp&#233;tence monstrueuse, l'incroyable corruption, et jusqu'aux crimes commis au nom de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant dix-huit mois, des mois d'angoisse et d'exp&#233;rience d&#233;chirante, je me suis accroch&#233; &#224; cet espoir. Et jour apr&#232;s jour ma conviction n'a cess&#233; de se renforcer que le bolchevisme se r&#233;v&#233;lait fatal aux meilleurs int&#233;r&#234;ts de la r&#233;volution, que le pouvoir politique &#233;tait devenu le seul objectif du parti dominant, et que l'&#201;tat, avec son communisme de caserne, &#233;tait aussi asservissant que destructeur. Je voyais les bolcheviks gagner de la vitesse de mani&#232;re constante sur la pente de la tyrannie, la dictature du Parti devenir l'absolutisme irresponsable de quelques suzerains, les ap&#244;tres de la libert&#233; se transformer en bourreaux du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque jour les preuves accablantes s'accumulaient. Je voyais la tragique n&#233;cessit&#233; r&#233;volutionnaire institutionnalis&#233;e en terreur irresponsable, le sang de milliers d'&#234;tres vers&#233; sans raison ni retenue. Je voyais la lutte des classes, termin&#233;e depuis longtemps, devenir une guerre de vengeance et d'extermination. Je voyais les id&#233;aux d'hier trahis, le sens de la r&#233;volution perverti, son essence caricatur&#233;e en r&#233;action. Je voyais les ouvriers abattus, la totalit&#233; du pays r&#233;duit au silence par la dictature du Parti et sa brutalit&#233; organis&#233;e. Je voyais des villages entiers d&#233;vast&#233;s par l'artillerie bolchevique. Je voyais les prisons remplies &#8211; non pas de contre-r&#233;volutionnaires, mais d'ouvriers et de paysans, d'intellectuels prol&#233;taires, de femmes et d'enfants affam&#233;s. Je voyais les &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires pers&#233;cut&#233;s, l'esprit d'Octobre crucifi&#233; sur le Golgotha de l'&#201;tat communiste tout-puissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, je n'admettais pas l'effroyable v&#233;rit&#233;. Je conservais malgr&#233; tout l'espoir que les bolcheviks, bien que dans une erreur absolue en termes de principes et de pratique, s'accrochent encore fermement &#224; &lt;i&gt;quelques&lt;/i&gt; lambeaux de la banni&#232;re r&#233;volutionnaire. &#171; L'ing&#233;rence des Alli&#233;s &#187;, &#171; le blocus et la guerre civile &#187;, &#171; la n&#233;cessit&#233; d'une phase de transition &#187;, telles &#233;taient les raisons que j'invoquais pour apaiser ma conscience outrag&#233;e. Une fois la p&#233;riode critique pass&#233;e, la main du despotisme et de la terreur serait abolie &#8211; et ma confiance, si durement &#233;prouv&#233;e, justifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, les fronts ont &#233;t&#233; liquid&#233;s, la guerre civile a pris fin et le pays a retrouv&#233; la paix. Cependant, la politique communiste n'a pas chang&#233;. Au contraire, la r&#233;pression est devenue plus fanatique, la terreur rouge a tourn&#233; &#224; l'orgie, la force aveugle de l'&#201;tat a r&#233;pandu impitoyablement la mort et la d&#233;vastation. Le pays g&#233;missait sous le joug insupportable de la dictature du Parti. Mais aucun r&#233;pit ne serait accord&#233;. Puis est venu Kronstadt dont les &#233;chos ont aussit&#244;t retenti dans l'ensemble du pays. Pendant des ann&#233;es le peuple avait souffert d'une mis&#232;re indescriptible, des privations et de la faim. Au nom de la r&#233;volution, il &#233;tait encore pr&#234;t &#224; endurer et &#224; souffrir. Il ne r&#233;clamait pas du pain. Seulement un souffle de vie, de libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kronstadt aurait pu facilement tourner ses canons contre Petrograd et chasser les ma&#238;tres bolcheviques qui &#233;taient affol&#233;s et sur le point de prendre la fuite. Un coup d&#233;cisif port&#233; par les marins, et Petrograd aurait &#233;t&#233; &#224; eux, ainsi que Moscou. Le pays tout entier &#233;tait pr&#234;t &#224; les suivre. Jamais encore les bolcheviks n'avaient &#233;t&#233; aussi pr&#232;s d'&#234;tre an&#233;antis. Seulement Kronstadt, comme le reste de la Russie, n'avait pas l'intention de faire la guerre &#224; la R&#233;publique sovi&#233;tique. Elle ne voulait pas que coule le sang, elle ne tirerait pas la premi&#232;re. Kronstadt demandait uniquement des &#233;lections justes, des Soviets lib&#233;r&#233;s de la domination communiste. Elle proclamait les slogans d'Octobre et ravivait le v&#233;ritable esprit de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kronstadt a &#233;t&#233; &#233;cras&#233;e aussi impitoyablement que Thiers et Gallifet ont massacr&#233; les Communards &#224; Paris &#8211; et en m&#234;me temps que Kronstadt, le pays tout entier et son dernier espoir. Ainsi que ma foi dans les bolcheviks. Ce jour-l&#224;, j'ai finalement, et irr&#233;vocablement, rompu avec les communistes. Il &#233;tait devenu clair pour moi que jamais, en aucune circonstance, je ne pourrais accepter cette d&#233;gradation de la personne humaine et de la libert&#233;, ce chauvinisme de parti et cet absolutisme d'&#201;tat qui &#233;taient devenus l'essence de la dictature communiste. J'ai enfin compris que l'id&#233;alisme bolchevik n'&#233;tait qu'un MYTHE, une illusion dangereuse, fatale &#224; libert&#233; et au progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II. La dictature communiste et la r&#233;volution russe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution d'Octobre n'&#233;tait pas le fruit l&#233;gitime du marxisme traditionnel. La Russie ne ressemblait que peu &#224; un pays dans lequel, selon Marx, &#171; la socialisation du travail et la centralisation de ses ressorts mat&#233;riels arrivent &#224; un point o&#249; elles ne peuvent plus tenir dans leur enveloppe capitaliste. Cette enveloppe se brise en &#233;clats&#8230; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Marx, Le Capital, Lach&#226;tre, p. 34.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Russie, l'&#171; enveloppe &#187; a &#233;clat&#233; de fa&#231;on inattendue. Elle a &#233;clat&#233; &#224; un stade de faible d&#233;veloppement technique et industriel, alors que la centralisation de la production avait peu progress&#233;. La Russie &#233;tait un pays o&#249; le syst&#232;me des transports &#233;tait mal organis&#233;, o&#249; la bourgeoisie &#233;tait insignifiante et le prol&#233;tariat faible, mais qui poss&#233;dait une population paysanne num&#233;riquement forte et socialement importante. C'&#233;tait un pays o&#249;, semblait-il, on ne pouvait parler d'un &#171; antagonisme irr&#233;conciliable entre les forces laborieuses industrielles grandissantes et un syst&#232;me capitaliste en pleine maturit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, en 1917, un concours de circonstances a provoqu&#233;, particuli&#232;rement en Russie, une situation exceptionnelle qui a eu pour cons&#233;quence l'effondrement catastrophique de tout le syst&#232;me industriel. L&#233;nine l'a &#233;crit &#224; ce moment-l&#224; avec justesse : &#171; Il &#233;tait facile de commencer la r&#233;volution dans la situation particuli&#232;rement unique de 1917 &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces conditions particuli&#232;rement favorables &#233;taient les suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) La possibilit&#233; de faire fusionner les slogans de la r&#233;volution sociale et la demande populaire de mettre un terme &#224; la guerre mondiale imp&#233;rialiste qui avait grandement &#233;puis&#233; et m&#233;content&#233; les masses ;&lt;br class='manualbr' /&gt;2) L'occasion de rester, au moins pendant une certaine p&#233;riode, en dehors de la sph&#232;re d'influence des groupes europ&#233;ens capitalistes qui poursuivaient la guerre ;&lt;br class='manualbr' /&gt;3) La possibilit&#233; de commencer, m&#234;me durant ce bref r&#233;pit, le travail d'organisation interne et de pr&#233;parer les bases de la reconstruction r&#233;volutionnaire ;&lt;br class='manualbr' /&gt;4) La position extr&#234;mement avantageuse de la Russie, dans le cas d'une nouvelle agression de l'imp&#233;rialisme de l'Europe de l'Ouest, en raison de son vaste territoire et de l'insuffisance des moyens de communication ;&lt;br class='manualbr' /&gt;5) Les avantages d'un tel facteur dans l'&#233;ventualit&#233; d'une guerre civile ;&lt;br class='manualbr' /&gt;6) La possibilit&#233; de satisfaire presque imm&#233;diatement les revendications des paysans sur les terres, en d&#233;pit du fait que le point de vue essentiellement d&#233;mocratique de la population agricole diff&#233;rait totalement du programme socialiste du &#171; Parti du prol&#233;tariat &#187; qui s'&#233;tait empar&#233; des r&#234;nes du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, la Russie r&#233;volutionnaire b&#233;n&#233;ficiait d&#233;j&#224; d'une grande exp&#233;rience &#8211; celle de 1905, lorsque l'autocratie tsariste avait r&#233;ussi &#224; &#233;craser la r&#233;volution pour la raison m&#234;me que celle-ci tendait &#224; &#234;tre exclusivement politique et ne pouvait par cons&#233;quent ni soulever les paysans, ni m&#234;me inspirer une grande partie du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre mondiale, en r&#233;v&#233;lant la faillite compl&#232;te du gouvernement constitutionnel, a servi &#224; pr&#233;parer et &#224; acc&#233;l&#233;rer un plus grand mouvement de masse, un mouvement qui, en vertu de son essence m&#234;me, ne pouvait donner lieu qu'&#224; une r&#233;volution sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En anticipant les mesures du gouvernement, souvent m&#234;me en les bravant, les masses r&#233;volutionnaires, de leur propre initiative, ont commenc&#233; &#224; mettre en pratique leurs id&#233;aux sociaux bien avant les journ&#233;es d'Octobre. Elles ont pris possession de la terre, des usines, des mines, des fabriques et des outils de production. Elles se sont d&#233;barrass&#233;es des repr&#233;sentants du gouvernement et des autorit&#233;s les plus d&#233;test&#233;s et les plus dangereux. Dans leur immense explosion r&#233;volutionnaire, elles ont d&#233;truit toute forme d'oppression politique et &#233;conomique. Dans la Russie profonde, les processus de r&#233;volution sociale ont &#233;t&#233; mis en &#339;uvre de fa&#231;on intensive avant m&#234;me que le changement qui a r&#233;sult&#233; des journ&#233;es d'Octobre n'ait eu lieu &#224; Petrograd et &#224; Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parti communiste, qui aspirait &#224; la dictature, a &#233;valu&#233; correctement la situation d&#232;s le d&#233;but. En jetant par-dessus bord les aspects d&#233;mocratiques de son programme, il a proclam&#233; les slogans de la r&#233;volution sociale de mani&#232;re &#224; prendre le contr&#244;le du mouvement des masses. &#192; mesure qu'&#233;voluait la r&#233;volution, les bolcheviks ont donn&#233; une forme concr&#232;te &#224; certains principes et &#224; certaines m&#233;thodes fondamentales du communisme anarchiste, par exemple : la suppression du r&#233;gime parlementaire, l'expropriation de la bourgeoisie, les tactiques d'action directe, la saisie des moyens de production, la mise en place du syst&#232;me des conseils d'ouvriers et de paysans (Soviets).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, le Parti communiste a exploit&#233; toutes les revendications populaires du moment : mettre fin &#224; la guerre, accorder tout pouvoir au prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire, donner la terre aux paysans. Cette attitude qu'ont adopt&#233;e les bolcheviks a eu un effet psychologique consid&#233;rable pour h&#226;ter et stimuler la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette derni&#232;re &#233;tait un processus organique qui d&#233;coulait avec une force &#233;l&#233;mentaire des besoins m&#234;mes du peuple, d'un m&#233;lange complexe de circonstances qui d&#233;terminait leur existence. La r&#233;volution a suivi d'instinct la voie trac&#233;e par la grande explosion populaire, qui refl&#233;tait de fa&#231;on naturelle les tendances anarchistes. Elle a d&#233;truit l'ancien m&#233;canisme d'&#201;tat et a proclam&#233; le principe de la f&#233;d&#233;ration des Soviets dans la vie politique. Elle a recouru &#224; la m&#233;thode de l'expropriation directe pour abolir la propri&#233;t&#233; priv&#233;e capitaliste. Dans le domaine de la reconstruction &#233;conomique, la r&#233;volution a mis en place des comit&#233;s dans les ateliers et les usines afin de g&#233;rer la production. Des comit&#233;s du logement s'occupaient de l'affectation appropri&#233;e des pi&#232;ces d'habitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il allait de soi que le seul d&#233;veloppement juste et salutaire &#8211; qui pouvait sauver la Russie de ses ennemis de l'ext&#233;rieur, la lib&#233;rer de ses conflits internes, &#233;tendre et approfondir la r&#233;volution elle-m&#234;me &#8211; d&#233;pendait de l'initiative cr&#233;atrice &#233;manant directement des masses laborieuses. Seuls ceux qui avaient support&#233; les plus lourds fardeaux pendant des si&#232;cles pouvaient, par un effort conscient et syst&#233;matique, ouvrir la voie &#224; une nouvelle soci&#233;t&#233; r&#233;g&#233;n&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, cette conception &#233;tait irr&#233;conciliablement en conflit avec l'esprit du marxisme tel que l'interpr&#233;taient les bolcheviks, et tout particuli&#232;rement compte tenu de la conception autoritaire que s'en faisait L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Form&#233;s pendant des ann&#233;es &#224; leur doctrine &#171; clandestine &#187; singuli&#232;re, dans laquelle la foi fervente dans la r&#233;volution sociale s'unissait &#233;trangement &#224; leur foi non moins fanatique dans la centralisation de l'&#201;tat, les bolcheviks ont mis au point un syst&#232;me de tactiques enti&#232;rement nouveau. Ce syst&#232;me faisait le constat que la pr&#233;paration et l'accomplissement de la r&#233;volution sociale n&#233;cessitaient l'organisation d'une &#233;quipe sp&#233;ciale de conspirateurs, compos&#233;e exclusivement de th&#233;oriciens du mouvement, investis de pouvoirs dictatoriaux dans le but de clarifier et de parfaire par avance, par leurs propres moyens conspirationnels, la conscience de classe du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La caract&#233;ristique fondamentale de la psychologie bolchevique est la m&#233;fiance &#224; l'&#233;gard des masses. Livr&#233; &#224; lui-m&#234;me, le peuple &#8211; selon les bolcheviks &#8211; ne peut s'&#233;lever qu'&#224; la conscience d'un r&#233;formateur m&#233;diocre. Les masses doivent &#234;tre lib&#233;r&#233;es par la force. Pour les &#233;duquer &#224; la libert&#233;, il ne faut pas h&#233;siter &#224; employer la contrainte et la violence. La route qui m&#232;ne vers la libert&#233; a donc &#233;t&#233; abandonn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'&#233;crivait Boukharine, un des plus &#233;minents th&#233;oriciens communistes, &#171; la contrainte prol&#233;tarienne sous toutes ses formes, &#224; commencer par l'ex&#233;cution sommaire pour finir par le travail obligatoire, est, aussi paradoxal que cela puisse sembler, un moyen de refa&#231;onner le mat&#233;riau humain de l'&#233;poque capitaliste en une humanit&#233; communiste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; dans les premiers jours de la r&#233;volution, au d&#233;but de 1918, lorsque L&#233;nine a annonc&#233; au monde son programme socio-&#233;conomique dans ses moindres d&#233;tails, les r&#244;les du peuple et du Parti dans la reconstruction r&#233;volutionnaire &#233;taient strictement s&#233;par&#233;s et d&#233;finitivement assign&#233;s. D'un c&#244;t&#233;, un troupeau socialiste d'une soumission absolue, un peuple muet ; de l'autre, un parti politique omniscient qui contr&#244;le tout. Ce qui reste imp&#233;n&#233;trable &#224; tout un chacun est pour Lui un livre ouvert. Il n'existe qu'&lt;i&gt;une&lt;/i&gt; source de v&#233;rit&#233; indiscutable : l'&#201;tat. Mais l'&#201;tat communiste, dans sa nature et sa pratique, est la dictature de son Comit&#233; central. Chaque citoyen doit d'abord et avant tout &#234;tre le serviteur de l'&#201;tat, un fonctionnaire ob&#233;issant qui ex&#233;cute la volont&#233; du ma&#238;tre sans poser de questions. Toute libre initiative, qu'elle soit individuelle ou collective, est &#233;limin&#233;e de la vision de l'&#201;tat. Les Soviets du peuple sont transform&#233;s en sections du parti dirigeant, les institutions sovi&#233;tiques deviennent des bureaux sans &#226;me, de simples transmetteurs de la volont&#233; du centre vers la p&#233;riph&#233;rie. Tout ce qui exprime l'activit&#233; de l'&#201;tat doit &#234;tre vis&#233; du sceau d'approbation du communisme tel que l'interpr&#232;te la faction au pouvoir. Tout le reste est consid&#233;r&#233; superflu, inutile et dangereux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;clarant &lt;i&gt;L'&#201;tat c'est moi&lt;/i&gt;, la dictature bolchevique a assum&#233; l'enti&#232;re responsabilit&#233; de la r&#233;volution dans toutes ses implications historiques et &#233;thiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant paralys&#233; les efforts constructifs du peuple, le Parti communiste ne pouvait d&#233;sormais compter que sur sa propre initiative. Par quels moyens alors la dictature bolchevique esp&#233;rait-elle utiliser au mieux les ressources de la r&#233;volution sociale ? Quelle voie a-t-elle choisi, non seulement pour soumettre machinalement les masses &#224; son autorit&#233;, mais pour les &#233;duquer, leur inspirer les id&#233;es socialistes avanc&#233;es et stimuler en elles &#8211; &#233;puis&#233;es qu'elles &#233;taient par une longue guerre, la ruine &#233;conomique et la loi polici&#232;re &#8211; une nouvelle foi dans la reconstruction socialiste ? Par quoi allait-elle remplacer l'enthousiasme r&#233;volutionnaire qui auparavant br&#251;lait avec une telle intensit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux choses ont englob&#233; le d&#233;but et la fin des activit&#233;s constructives de la dictature bolchevique : 1) la th&#233;orie de l'&#201;tat communiste ; 2) le terrorisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses discours sur le programme communiste, dans les discussions aux conf&#233;rences et aux congr&#232;s, et dans son c&#233;l&#232;bre pamphlet sur &lt;i&gt;La maladie infantile du communisme&lt;/i&gt; (le &#171; gauchisme &#187;), L&#233;nine a progressivement forg&#233; cette doctrine singuli&#232;re de l'&#201;tat communiste destin&#233;e &#224; jouer le r&#244;le dominant dans l'attitude du Parti et &#224; d&#233;terminer toutes les mesures que les bolcheviks prendraient par la suite dans le domaine de la politique concr&#232;te. C'est la doctrine d'une route politique en zigzag : faite de &#171; r&#233;pits &#187; et d'&#171; hommages &#187;, de compromis et d'accords, de replis profitables, de retraits et de redditions avantageuses &#8211; une th&#233;orie parfaitement classique du compromis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le compromis et le marchandage, pour lesquels les bolcheviks avaient si impitoyablement et justement d&#233;nonc&#233; et stigmatis&#233; toutes les autres factions du socialisme d'&#201;tat, sont devenus l'&#233;toile de Bethl&#233;em indiquant la voie de la reconstruction r&#233;volutionnaire. Naturellement, de telles m&#233;thodes ne pouvaient manquer de mener dans le mar&#233;cage de la conformisation, de l'hypocrisie et de l'absence de principes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La paix de Brest-Litovsk ; la politique agraire et ses changements spasmodiques, de la classe la plus pauvre de la paysannerie au paysan qui exploite ; l'attitude perplexe envers les syndicats ; la politique intermittente concernant les experts techniques, qui balance en th&#233;orie et en pratique entre la direction coll&#233;giale des industries et le &#171; pouvoir &#224; un seul homme &#187;, les appels anxieux au capitalisme de l'Europe de l'Ouest par-dessus les t&#234;tes des prol&#233;taires du pays et de l'&#233;tranger, et enfin le r&#233;tablissement r&#233;cent, inconsistant et zigzaguant, mais incontestable et certain, de la bourgeoisie abolie, tel est le syst&#232;me du bolchevisme. Un syst&#232;me d'une impudence sans pr&#233;c&#233;dent pratiqu&#233; sur une &#233;chelle monstre, une politique de double jeu scandaleux dans lequel la main gauche du Parti communiste ignore sciemment, et m&#234;me refuse par principe, ce que fait la main droite ; quand, par exemple, on proclame que le probl&#232;me crucial du moment est la lutte contre la petite bourgeoisie (et, incidemment, selon la phras&#233;ologie bolchevique st&#233;r&#233;otyp&#233;e, contre les &#233;l&#233;ments anarchistes), tandis que par ailleurs on vote de nouveaux d&#233;crets qui mettent en place les conditions techno-&#233;conomiques et psychologiques n&#233;cessaires &#224; la restauration et au renforcement de cette m&#234;me bourgeoisie, telle est la politique bolchevique qui repr&#233;sentera &#224; tout jamais un monument de ce qui est fonci&#232;rement faux, fonci&#232;rement contradictoire, et qui ne s'int&#233;resse qu'&#224; maintenir la politique opportuniste de la dictature du Parti communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi haut et fort que cette dictature puisse se vanter du grand succ&#232;s de ses m&#233;thodes politiques, il n'en reste pas moins le fait tragique que les blessures les plus terribles et les plus incurables de la r&#233;volution ont &#233;t&#233; inflig&#233;es par la dictature communiste elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels a dit il y a longtemps que le prol&#233;tariat n'a pas besoin de l'&#201;tat pour prot&#233;ger la libert&#233;, mais qu'il a besoin de lui pour &#233;craser ses adversaires, et que, le jour o&#249; il sera possible de parler de libert&#233;, il n'y aura plus de gouvernement. Non seulement les bolcheviks ont adopt&#233; cette maxime comme axiome sociopolitique durant la &#171; p&#233;riode de transition &#187;, mais ils l'ont appliqu&#233;e &#224; l'&#233;chelle universelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terrorisme a toujours &#233;t&#233; l'&lt;i&gt;ultima ratio&lt;/i&gt; d'un gouvernement inquiet pour son existence. Le terrorisme repr&#233;sente une tentation en raison de ses formidables possibilit&#233;s. Il offre une solution en quelque sorte m&#233;canique dans les situations d&#233;sesp&#233;r&#233;es. Sur le plan psychologique, il est pr&#233;sent&#233; comme un moyen d'autod&#233;fense, comme la n&#233;cessit&#233; de se d&#233;douaner de toute responsabilit&#233; pour mieux frapper l'ennemi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, in&#233;vitablement, les principes du terrorisme rebondissent en portant un coup fatal &#224; la libert&#233; et &#224; la r&#233;volution. Le pouvoir absolu corrompt et an&#233;antit ses partisans pas moins que ses adversaires. Un peuple qui ne conna&#238;t pas la libert&#233; s'habitue &#224; la dictature. En combattant le despotisme et la contre-r&#233;volution, le terrorisme devient lui-m&#234;me une &#233;cole efficace de l'un comme de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois engag&#233; sur la voie du terrorisme, l'&#201;tat se coupe n&#233;cessairement du peuple. Il doit r&#233;duire au minimum le cercle des personnes investies de pouvoirs extraordinaires, au nom de la s&#233;curit&#233; de l'&#201;tat. Et appara&#238;t alors ce qu'on peut appeler la panique de l'autorit&#233;. Le dictateur, le despote, est toujours l&#226;che. Il soup&#231;onne partout la trahison. Et plus il est terrifi&#233;, plus se d&#233;cha&#238;ne son imagination affol&#233;e, incapable de distinguer le danger r&#233;el de celui qu'il fantasme. Il s&#232;me &#224; la vol&#233;e le m&#233;contentement, l'antagonisme et la haine. Une fois qu'il a choisi cette voie, l'&#201;tat est condamn&#233; &#224; la suivre jusqu'au bout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le peuple russe est rest&#233; silencieux, et en son nom &#8211; sous le couvert d'un combat &#224; mort contre la contre-r&#233;volution &#8211; le gouvernement a d&#233;clar&#233; une guerre implacable contre tous les adversaires du Parti communiste. Tout ce qui subsistait de libert&#233; a &#233;t&#233; arrach&#233; &#224; la racine. La libert&#233; de pens&#233;e, de la presse et de rassemblement public, l'autod&#233;termination des ouvriers et des syndicats, la libert&#233; du travail, tout a &#233;t&#233; d&#233;clar&#233; n'&#234;tre que non-sens, absurdit&#233; doctrinaire, &#171; pr&#233;jug&#233;s bourgeois &#187; ou intrigues de la contre-r&#233;volution renaissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle a &#233;t&#233; la r&#233;ponse bolchevique &#224; l'enthousiasme r&#233;volutionnaire et &#224; la foi profonde qui ont inspir&#233; les masses au d&#233;but de la lutte remarquable qu'elles ont men&#233;e pour la libert&#233; et la justice &#8211; une r&#233;ponse qui s'est exprim&#233;e dans une politique de compromis &#224; l'&#233;tranger et de terrorisme &#224; l'int&#233;rieur du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;cart&#233; de la participation directe au travail constructif de la r&#233;volution, harcel&#233; &#224; chaque pas, victime de la surveillance et du contr&#244;le constants du Parti, le prol&#233;tariat s'est habitu&#233; &#224; consid&#233;rer la r&#233;volution et son devenir comme l'affaire personnelle des communistes. C'est en vain que les bolcheviks&lt;br class='autobr' /&gt;
ont d&#233;sign&#233; la guerre mondiale comme &#233;tant la cause de l'effondrement &#233;conomique de la Russie, en vain qu'ils l'ont imput&#233; au blocus et aux attaques de la contre-r&#233;volution arm&#233;e. Ce n'est pas l&#224; que se trouvaient les causes r&#233;elles de l'effondrement et de la d&#233;b&#226;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun blocus, aucune guerre contre la r&#233;action &#233;trang&#232;re n'aurait pu abattre ou vaincre le peuple r&#233;volutionnaire dont l'h&#233;ro&#239;sme sans pr&#233;c&#233;dent, l'esprit de sacrifice et la pers&#233;v&#233;rance ont eu raison de tous ses ennemis ext&#233;rieurs. Au contraire, la guerre civile a v&#233;ritablement aid&#233; les bolcheviks. Elle a servi &#224; garder vivant l'enthousiasme populaire et a entretenu l'espoir que, avec la fin de la guerre, le Parti au pouvoir mettrait en application les nouveaux principes r&#233;volutionnaires et assurerait au peuple la jouissance des fruits de la r&#233;volution. Les masses attendaient avec impatience la possibilit&#233; de profiter de la libert&#233; sociale et &#233;conomique &#224; laquelle elles aspiraient tant. Aussi paradoxal que cela puisse sembler, la dictature communiste n'avait pas de meilleur alli&#233;, pour ce qui est de renforcer et de prolonger son maintien au pouvoir, que les forces r&#233;actionnaires qui la combattaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est que la fin des guerres qui a permis de voir pleinement le d&#233;couragement &#233;conomique et psychologique dans lequel la politique despotique aveugle de la dictature avait plong&#233; la Russie. Il est d&#232;s lors devenu &#233;vident que le plus grand danger pour la r&#233;volution ne se situait pas &#224; l'ext&#233;rieur, mais &#224; &lt;i&gt;l'int&#233;rieur&lt;/i&gt; du pays &#8211; un danger qui r&#233;sultait de la nature m&#234;me des dispositions sociales et &#233;conomiques qui caract&#233;risent le syst&#232;me bolchevik.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses caract&#233;ristiques distinctives &#8211; les antagonismes sociaux qui lui sont inh&#233;rents &#8211; ne sont abolies qu'officiellement en R&#233;publique sovi&#233;tique. En r&#233;alit&#233;, ces antagonismes existent et sont profond&#233;ment enracin&#233;s. L'exploitation de la main-d'&#339;uvre, l'asservissement des ouvriers et des paysans, l'&#233;limination du citoyen en tant qu'&#234;tre humain et personnalit&#233;, et sa transformation en une partie microscopique du m&#233;canisme &#233;conomique universel appartenant au gouvernement, la cr&#233;ation de groupes privil&#233;gi&#233;s que favorise l'&#201;tat, le syst&#232;me du service du travail et ses organes punitifs, voil&#224; quelles sont les caract&#233;ristiques du bolchevisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bolchevisme, avec sa dictature du Parti et son communisme d'&#201;tat, n'est pas et ne pourra jamais devenir le tremplin d'une soci&#233;t&#233; communiste libre et non autoritaire &#233;tant donn&#233; que l'essence et la nature m&#234;me du communisme gouvernemental excluent une telle &#233;volution. La centralisation &#233;conomique et politique, la gouvernementalisation et la bureaucratisation de toutes les sph&#232;res d'activit&#233; et de tous les efforts, la militarisation in&#233;vitable et la d&#233;gradation de l'esprit humain d&#233;truisent automatiquement tout embryon de vie nouvelle et annihilent toute impulsion en vue d'un travail cr&#233;atif et constructif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte historique des masses laborieuses pour la libert&#233; se poursuit n&#233;cessairement et in&#233;vitablement en dehors de la sph&#232;re d'influence du gouvernement. La lutte contre l'oppression &#8211; politique, &#233;conomique et sociale &#8211;, contre l'exploitation de l'homme par l'homme, ou de l'individu par le gouvernement, est toujours simultan&#233;ment une lutte contre le gouvernement en tant que tel. L'&#201;tat politique, quelle que soit la forme qu'il prenne, et l'effort r&#233;volutionnaire constructif sont inconciliables. Ils s'excluent mutuellement. Toute r&#233;volution au cours de son &#233;volution est confront&#233;e &#224; cette alternative : construire librement, ind&#233;pendamment et en d&#233;pit du gouvernement, ou choisir le gouvernement avec toutes les restrictions et la stagnation que cela implique. La voie de la r&#233;volution sociale, de l'autonomie constructive des masses organis&#233;es et conscientes, va dans le sens d'un non-gouvernement, autrement dit de l'anarchie. Ce n'est ni l'&#201;tat ni le gouvernement, mais la reconstruction sociale syst&#233;matique et coordonn&#233;e par les travailleurs qui est n&#233;cessaire pour construire une nouvelle soci&#233;t&#233;. Ce n'est pas l'&#201;tat et ses m&#233;thodes polici&#232;res, mais la coop&#233;ration solidaire de tous les &#233;l&#233;ments qui travaillent &#8211; le prol&#233;tariat, la paysannerie, l'intelligentsia r&#233;volutionnaire &#8211;, s'aidant mutuellement au travers d'associations volontaires, qui nous &#233;mancipera de la superstition &#233;tatique et permettra le passage de l'ancienne civilisation abolie &#224; un communisme libre. Ce n'est pas sur l'ordre de quelque autorit&#233; centrale, mais de fa&#231;on organique, &#224; partir de la vie m&#234;me, que doit cro&#238;tre la f&#233;d&#233;ration &#233;troitement soud&#233;e des associations industrielles, agraires et autres, unies toutes ensemble ; ce sont les travailleurs eux-m&#234;mes qui doivent les organiser et les g&#233;rer, et c'est alors &#8211; et alors seulement &#8211; que la profonde aspiration des masses laborieuses &#224; la r&#233;g&#233;n&#233;ration sociale aura une base saine et solide. Seule une telle organisation du bien commun pourra faire une place &#224; la nouvelle humanit&#233;, r&#233;ellement libre et cr&#233;ative, et sera le seuil r&#233;el vers un communisme anarchiste non gouvernemental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes &#224; la veille de transformations sociales gigantesques. Les anciennes formes de vie se brisent et se d&#233;sagr&#232;gent. De nouveaux &#233;l&#233;ments voient le jour et cherchent &#224; s'exprimer d'une mani&#232;re ad&#233;quate. Les piliers de la civilisation actuelle s'effondrent. Les principes de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, la conception de la personne humaine, de la vie sociale et de la libert&#233; sont en train d'&#234;tre r&#233;&#233;valu&#233;s. Le bolchevisme est venu au monde comme un symbole r&#233;volutionnaire, la promesse de jours meilleurs. Pour des millions de d&#233;sh&#233;rit&#233;s et d'asservis, il est devenu la nouvelle religion, le flambeau du salut social. Mais le bolchevisme a &#233;chou&#233;, de fa&#231;on totale et absolue. Tout comme le christianisme, espoir jadis des invisibles, a chass&#233; le Christ et son esprit de l'&#201;glise, le bolchevisme a crucifi&#233; la r&#233;volution russe, trahi le peuple, et cherche &#224; pr&#233;sent &#224; duper d'autres millions d'&#234;tres avec son baiser de Judas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est imp&#233;ratif de d&#233;masquer la grande illusion, qui sinon pourrait conduire les travailleurs de l'Ouest dans le m&#234;me ab&#238;me que leurs fr&#232;res russes. Il incombe &#224; ceux qui ont vu par-del&#224; le mythe d'en expliquer la v&#233;ritable nature, de d&#233;voiler la menace sociale qui se cache derri&#232;re &#8211; le j&#233;suitisme rouge qui renverrait le monde &#224; des temps obscurs et &#224; l'inquisition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bolchevisme est du pass&#233;. L'avenir appartient &#224; l'individu et &#224; sa libert&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Karl Marx, &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, Lach&#226;tre, p. 34.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Anarchistes et Communistes dans le mouvement des conseils &#224; Turin</title>
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		<dc:date>2020-02-02T18:42:04Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Errico Malatesta, Luigi Fabbri, Pier Carlo Masini </dc:creator>


		<dc:subject>Anarchismes, anarchie</dc:subject>
		<dc:subject>Auto-organisation, exp&#233;rimentations collectives</dc:subject>
		<dc:subject>Communismes</dc:subject>
		<dc:subject>Le Symbiote (P&#233;rigueux)</dc:subject>

		<description>&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Les ouvriers pens&#232;rent que c'&#233;tait le moment de s'emparer d&#233;finitivement des moyens de production. Ils s'arm&#232;rent pour la d&#233;fense, transformant de nombreuses usines en v&#233;ritables forteresses, et ils commenc&#232;rent &#224; organiser la production pour eux-m&#234;mes. Les patrons avaient &#233;t&#233; chass&#233;s ou d&#233;clar&#233;s en &#233;tat d'arrestation. ... C'&#233;tait le droit de propri&#233;t&#233; aboli en fait, la loi viol&#233;e dans tout ce qu'elle a de d&#233;fense de l'exploitation capitaliste. C'&#233;tait un nouveau r&#233;gime, une nouvelle forme de vie sociale qui &#233;taient inaugur&#233;s.&lt;/i&gt; &#187; Errico Malatesta&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Sommaire : &lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- I/ Le cerveau du prol&#233;tariat : Turin&lt;br class='manualbr' /&gt;- II/ P&#233;riode de r&#233;volution&lt;br class='manualbr' /&gt;- III/ Les origines des Conseils d'usine&lt;br class='manualbr' /&gt;- IV/ La th&#233;orie des Conseils&lt;br class='manualbr' /&gt;- V/ Le mouvement des Conseils&lt;br class='manualbr' /&gt;- VI/ La pol&#233;mique sur les Conseils&lt;br class='manualbr' /&gt;- VII/ La contribution des anarchistes&lt;br class='manualbr' /&gt;- VIII/ L'action des Conseils&lt;br class='manualbr' /&gt;- IX/ La tradition des Conseils&lt;br class='manualbr' /&gt;- Annexes&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduit de : &lt;i&gt;Anarchici e comunisti nel movimento dei consigli a Torino (primo dopoguerra rosso 1919-1920)&lt;/i&gt;, 1951 - Turin&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique5" rel="directory"&gt;A&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Anarchismes, anarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot10" rel="tag"&gt;Auto-organisation, exp&#233;rimentations collectives&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot14" rel="tag"&gt;Communismes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot120" rel="tag"&gt;Le Symbiote (P&#233;rigueux)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L106xH150/arton382-76af8.png?1780476412' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff382.png?1522198275&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce n'est pas seulement pour satisfaire une curiosit&#233; - d'ailleurs vive chez beaucoup de camarades - que nous rappelons aujourd'hui le mouvement des Conseils, mais plut&#244;t pour reproposer un th&#232;me, de fa&#231;on critique et pol&#233;mique, ainsi que sur la base d'une exp&#233;rience, &#224; la classe ouvri&#232;re en g&#233;n&#233;ral, aux travailleurs communistes en particulier et enfin &#224; nos propres camarades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, dans la recherche d'une tradition r&#233;volutionnaire dans le mouvement ouvrier italien, nous ne pouvons faire abstraction du mouvement des Conseils, de m&#234;me que nous ne pouvons en faire abstraction dans la revendication et dans la reconstruction d'une &#171; constante historique &#187; de classe du mouvement anarchiste italien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce but que nous avons commenc&#233; cette &#233;tude, d&#233;ficiente et incompl&#232;te par beaucoup d'aspects, mais qui dans l'ensemble r&#233;sume le probl&#232;me dans ses aspects th&#233;oriques et pratiques en tenant compte des &#233;l&#233;ments contextuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes certains qu'&#224; peine aurons-nous &#233;crit les derniers mots de cette s&#233;rie de notes, nous sentirons aussit&#244;t le besoin de les revoir, de les compl&#233;ter et de les amplifier : ce que nous ferons s&#251;rement une autre fois dans la mesure o&#249; nous poss&#233;derons toujours mieux le sujet et o&#249; nous accumulerons une documentation plus abondante.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I - LE CERVEAU DU PROLETARIAT : TURIN&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement des Conseils, dans ses traits particuliers et distinctifs, a &#224; Turin et seulement &#224; Turin ses fondements historiques bas&#233;s sur la solidit&#233; d'une organisation industrielle avanc&#233;e et d'un syst&#232;me capitaliste tr&#232;s concentr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Turin, qui apr&#232;s l'unification&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Unification de l'Italie autour du royaume de Pi&#233;mont-Sardaigne dont Turin (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, avec le transfert de la capitale &#224; Florence, s'&#233;tait vid&#233;e, providentiellement vid&#233;e de toutes ses &#171; toiles d'araign&#233;e &#187; bureaucratiques et de tous ses privil&#232;ges de courtisans, r&#233;agit apr&#232;s une v&#233;h&#233;mente explosion de col&#232;re, impitoyablement r&#233;prim&#233;e par le gouvernement d'une dynastie qui &#224; ce moment pr&#233;cis cessait d'&#234;tre &#171; pi&#233;montaise &#187;. Elle r&#233;agit donc &#224; la nouvelle situation par un rapide effort de reconstruction sur le plan &#233;conomique dont la premi&#232;re preuve convaincante est l'Exposition de 1884.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville - bien que g&#233;ographiquement d&#233;favoris&#233;e par rapport &#224; Milan, centre de la vall&#233;e du Po et base des communications avec la Suisse, ou &#224; G&#234;nes - grand port et grande place commerciale, se place bien vite &#224; l'avant-garde du progr&#232;s industriel de tout le pays et se d&#233;veloppe vigoureusement dans son ossature d&#233;mographique et urbaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville double puis triple sa superficie, ses surfaces b&#226;ties : elle s'&#233;tend dans la plaine, assaillant les collines environnantes, ses faubourgs se d&#233;veloppant. Examinons les statistiques de l'ascension d&#233;mographique : 1808 = 65.000 habitants ; 1848 = 136.849 habitants ; 1868 = 191.500 habitants. La population triple au cours des soixante premi&#232;res ann&#233;es. Mais l'augmentation continue avec le m&#234;me rythme incessant durant les soixantes ann&#233;es qui suivent : 1871 = 212.644 ; 1881=252.852 ; 1901=335.656 ; 1911=427.106 ; 1921 = 502.274.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le premier apr&#232;s-guerre, au temps des Conseils, nous en sommes donc au demi-million (apr&#232;s la seconde guerre, la population approchait le million, elle le d&#233;passe largement aujourd'hui). Le d&#233;veloppement de certains quartiers ouvriers est encore plus significatif. En 50 ans, de 1871 &#224; 1921, le quartier de la Barri&#232;re de Milan passe de 1.901 habitants &#224; 39.967 ; le quartier de la Barri&#232;re Saint-Paul passe de 2.484 &#224; 50.204. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi tout cela ? Pourquoi la formation de Turin comme cit&#233; moderne d&#233;passe en rapidit&#233; et surtout en &#171; rationalit&#233; &#187; tous les autres centres urbains italiens ? Pourquoi &#224; Turin convergent, venant de toute l'Italie, de grandes masses d'immigrants qui, en quelques ann&#233;es, se fondent dans le nouveau creuset social jusqu'&#224; l'acquisition de caract&#233;ristiques propres et originales ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'il se produisit &#224; Turin un ph&#233;nom&#232;ne que nous pouvons observer ici d&#232;s l'origine : au cours de l'ann&#233;e 1889, naquit &#224; Turin avec 50 ouvriers et de modestes &#233;quipements l'usine Fiat. Le fait, non enregistr&#233; par les chroniques de l'&#233;poque, aura pour le destin de la cit&#233; bien plus d'importance que la concession du Statut Albertino advenue pr&#232;s d'un demi-si&#232;cle auparavant. (En 1861, Turin est la premi&#232;re capitale du r&#232;gne d'Italie, NdT.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les 50 ouvriers de la Fiat seront 50.000 apr&#232;s la premi&#232;re guerre mondiale ; au centre de Turin, en p&#233;riph&#233;rie de Turin, la Fiat plantera ses tentes d'acier et de b&#233;ton arm&#233; ; autour de ses b&#226;timents s'&#233;tabliront d'autres grandes, petites et moyennes entreprises qui, en 1911, atteindront le nombre de 5.151 et en 1927 auront plus que doubl&#233; atteignant le nombre de 11.993. Mais surtout autour de la Fiat et des autres entreprises se densifiera un prol&#233;tariat compact et homog&#232;ne, aussi unifi&#233; en son sein que diff&#233;renci&#233; des autres couches et groupes sociaux plus ou moins instables, plus ou moins h&#233;t&#233;rog&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont la consistance et la coh&#233;sion particuli&#232;res de ce prol&#233;tariat qui permirent &#224; Turin d'&#234;tre &#224; l'avant-garde de la r&#233;volution ouvri&#232;re, comme elle avait &#233;t&#233; &#224; l'avant-garde de l'unification nationale, conduite non tant par la bourgeoisie industrielle que par des groupes nobiliaires s'&#233;tant ins&#233;r&#233;s promptement dans le sillage de la r&#233;volution bourgeoise et install&#233;s dans la diplomatie, l'arm&#233;e, la bureaucratie (la &#171; culture pi&#233;montaise &#187;), et dans la transformation industrielle (promue avec la contribution pr&#233;pond&#233;rante de la jeune bourgeoisie industrielle, mais toujours avec le patronage du patriciat &#171; progressiste &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Turin, cette fois, devient protagoniste de l'histoire par la seule force du prol&#233;tariat ; m&#234;me les repr&#233;sentants de la culture bourgeoise &#171; progressiste &#187;, rassembl&#233;s autour de la &#171; R&#233;volution lib&#233;rale &#187; de Gobetti, sont attir&#233;s dans le sillage de la r&#233;volution ouvri&#232;re incarn&#233;e par le mouvement des Conseils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me fa&#231;on, le centre national de la culture, jusqu'alors fix&#233; &#224; Florence, se d&#233;place vers Turin et subit un substantiel changement de direction : c'est encore le prol&#233;tariat de Turin qui, &#224; travers ses groupes d'avant-garde, emporte la primaut&#233; culturelle et s'en fait une arme contre la fausse culture, contre la vieille culture, monopole d'une intelligentsia bourgeoise d&#233;pass&#233;e et attard&#233;e. Sur le terrain politique, les Conseils sont l'expression de cette nouvelle culture.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II - PERIODE DE REVOLUTION&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Turin a aussi &#233;t&#233; durant la premi&#232;re guerre mondiale la seule ville d'Italie qui se soit lanc&#233;e dans une protestation massive contre la poursuite du conflit au cours de l'ann&#233;e 1917. Le mouvement d'ao&#251;t 1917, internationaliste et antimilitariste, suivi d'une violente r&#233;pression accomplie par tous les corps de l'arm&#233;e et de la police (500 morts en ao&#251;t 1917, des centaines d'ouvriers envoy&#233;s au front, des milliers d'emprisonn&#233;s), porta Turin aux c&#244;t&#233;s de Kronstadt et de Wilhemshafen, et fit que les ouvriers de la Fiat furent cit&#233;s dans le courant de l'ann&#233;e &#224; l'ordre du jour de la r&#233;sistance aupr&#232;s des ouvriers des usines de Berlin et de Petrograd&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La r&#233;volte qui dura 4 jours et eut presque les caract&#232;res d'une insurrection (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est peut &#234;tre la raison pour laquelle, quand de Petrograd et de Berlin se l&#232;ve &#224; la fin de la guerre la voix des Conseils, des Comit&#233;s, des Soviets, cette voix a une r&#233;sonance imm&#233;diate chez les travailleurs de Turin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les faits, sur le plan international, les Conseils n'ont eu un contenu r&#233;volutionnaire qu'en Russie, Allemagne, Bavi&#232;re, Hongrie et Autriche ; et encore, seulement dans un premier temps. Une fois clos le cycle r&#233;volutionnaire ils perdent leur vraie fonction : ils sont dissous en Russie, supprim&#233;s en Hongrie, transform&#233;s en organismes de collaboration de classes et de pr&#233;servation du syst&#232;me capitaliste en Allemagne et en Autriche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les Conseils d'usine surgissent en effet partout avec une fonction de contr&#244;le sur la production de l'entreprise, ils se transforment bien vite en instruments d'expropriation pour la conqu&#234;te de l'entreprise, ils assument enfin la gestion directe de celle-ci tant qu'existent les conditions favorables &#224; l'offensive r&#233;volutionnaire. Lorsque ces conditions viennent &#224; manquer, les Conseils retournent aux fonctions de contr&#244;le qu'on leur avait accord&#233; dans la premi&#232;re phase et admises maintenant sous une forme de co-participation &#171; morale &#187; &#224; la vie de l'entreprise, puis on leur &#244;te m&#234;me ce droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, la naissance des Conseils, et leur fin, sont &#233;troitement li&#233;es &#224; l'extr&#234;me radicalisation de la lutte des classes durant le premier apr&#232;s-guerre ; les Conseils sont le produit d'une situation particuli&#232;re qui, dans une intense veille de conqu&#234;tes, mit les masses ouvri&#232;res face &#224; la responsabilit&#233; de devoir prendre en mains tout l'appareil &#233;conomique du pays et de le faire fonctionner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, la fin, glorieuse ou non, des Conseils en tant qu'organismes r&#233;volutionnaires, ensevelis sous les canonnades de la contre-r&#233;volution et sous les d&#233;crets-lois de la restauration bourgeoise, marque aussi le tragique &#233;pilogue du premier apr&#232;s-guerre rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience devient patrimoine th&#233;orique du prol&#233;tariat et dans de nombreux pays le drapeau des Conseils sert &#224; rassembler les forces dispers&#233;es de la minorit&#233; r&#233;volutionnaire (surtout en Allemagne et en Hollande, o&#249; naissent derri&#232;re ce symbole des mouvements organis&#233;s). Le mouvement anarchiste, n'&#233;tant pas rest&#233; indiff&#233;rent aux exp&#233;riences concr&#232;tes, ne pouvait rester indiff&#233;rent &#224; la th&#233;orie qui s'&#233;laborait &#224; partir de ces exp&#233;riences. Pour cela, il se devait de rechercher les liaisons qui s'&#233;taient &#233;tablies, ici en Italie, durant l'apr&#232;s-guerre entre l'organisation anarchiste alors pr&#233;sente, l'U.A.I. (Union anarchiste italienne, communisme libertaire), et le mouvement turinois des Conseils.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III - LES ORIGINES DES CONSEILS D'USINE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A Turin, le 27 octobre 1906, fut sign&#233;e une convention collective entre la F.I.O.M. (F&#233;d&#233;ration des Ouvriers de la M&#233;tallurgie) et l'usine automobile &#171; Itala &#187; qui instituait, pour trancher les &#233;ventuelles controverses sur l'application de cette convention, un organisme d'entreprise appel&#233; &#171; Commission interne &#187;, un organisme &#233;troitement li&#233; &#224; la vie de l'entreprise, compos&#233; d'ouvriers de l'usine &#233;lus par le personnel ; la Commission interne se pla&#231;ait donc dans une position autonome vis &#224; vis des organisations horizontales et verticales du syndicat, m&#234;me si quelquefois elle assumait un r&#244;le encore plus collaborationniste que le syndicat lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, c'est pr&#233;cis&#233;ment la Commission interne qui devait repr&#233;senter la base organique sur laquelle se d&#233;veloppera ensuite le Conseil d'usine. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'imm&#233;diat apr&#232;s-guerre, en ao&#251;t 1919, &#224; Turin, dans le plus grand &#233;tablissement de la Fiat, Fiat-Centre, celle en fonction d&#233;missionne et le probl&#232;me de sa r&#233;int&#233;gration se pose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des discussions pr&#233;vaut la proposition d'un &#233;largissement de ladite Commission, r&#233;alisable &#224; travers l'&#233;lection d'un d&#233;l&#233;gu&#233; pour chaque atelier. A la Fiat-Centre sont ainsi &#233;lus 42 d&#233;l&#233;gu&#233;s correspondants aux 42 ateliers en activit&#233;. Ces 42 d&#233;l&#233;gu&#233;s constituent le premier Conseil d'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple est vite suivi &#224; la Fiat-Brevets et dans toutes les autres usines de Turin. L'exp&#233;rience des Conseils s'&#233;tend presque aussit&#244;t &#224; d'autres centres industriels, hors du Pi&#233;mont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la mi-octobre 1919, &#224; la premi&#232;re assembl&#233;e des Comit&#233;s ex&#233;cutifs des Conseils d'usine, sont repr&#233;sent&#233;s 30.000 ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rapide affirmation des Conseils ne s'explique cependant pas si l'on ne montre pas les principes fondamentaux sur lesquels ils reposent, c'est-&#224;-dire la th&#233;orie qui s'&#233;chafaude autour d'eux : th&#233;orie non invent&#233;e par quelque fervent g&#233;nie, mais germ&#233;e sur le terrain m&#234;me des pratiques sociales comme nous le montrerons pas &#224; pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les Conseils &#233;taient rest&#233;s des &#171; Commissions internes &#233;largies &#187; avec les m&#234;mes fonctions de coop&#233;ration et de concordat, ils n'auraient pas pu constituer le plus efficient des instruments de la classe ouvri&#232;re dans cette p&#233;riode d'extr&#234;me tension r&#233;volutionnaire qui fut le premier apr&#232;s-guerre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV - LA THEORIE DES CONSEILS&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sch&#233;matiquement, la th&#233;orie des Conseils, qui fut &#233;labor&#233;e par les groupes d'avant-garde du prol&#233;tariat turinois durant l'apr&#232;s-guerre, se fonde sur une s&#233;rie de th&#232;ses que l'on peut regrouper ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;a)&lt;/strong&gt; Le Conseil d'usine se forme et s'articule autour de toutes les structures complexes et organiques de l'entreprise ; il en fouille les secrets, il en saisit les leviers et les &#233;quipements, il en enveloppe le squelette de son propre tissu. Il adh&#232;re intimement &#224; la vie de l'&#233;tablissement moderne, dans les plans et les m&#233;thodes, dans les proc&#232;s de production, dans les multiples sp&#233;cialisations du travail, dans la technique avanc&#233;e d'organisation interne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ces caract&#232;res, qui lui viennent de son expression imm&#233;diate dans les secteurs-base de l'entreprise, atelier par atelier, et en plus des fonctions qui lui sont attribu&#233;es, le Conseil d'usine, &#224; la diff&#233;rence des organisations syndicales, produit deux faits nouveaux d'une grande force r&#233;volutionnaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; En premier lieu : au lieu d'&#233;lever chez l'ouvrier la mentalit&#233; du salari&#233;, il lui fait d&#233;couvrir la conscience de &#171; producteur &#187; avec toutes les cons&#233;quences d'ordre p&#233;dagogique et psychologique que cette d&#233;couverte comporte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; En second lieu : le Conseil d'usine &#233;duque et entraine l'ouvrier &#224; la gestion, lui donne une comp&#233;tence de gestion : il lui donne jour apr&#232;s jour les &#233;l&#233;ments utiles &#224; la conduite de l'entreprise. Cons&#233;quemment &#224; ces deux faits nouveaux, m&#234;me le plus modeste travailleur comprend aussit&#244;t que la conqu&#234;te de l'usine n'est plus une chim&#232;re magique ou une hypoth&#232;se confuse mais le r&#233;sultat de sa propre &#233;mancipation. Ainsi aux yeux des masses, l'expropriation perd ses contours mythiques, assume des lin&#233;aments pr&#233;cis et devient une &#233;vidence imm&#233;diate, une certitude pr&#233;cise en tant qu'application de leur capacit&#233; &#224; s'autogouverner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;b)&lt;/strong&gt; Les Conseils, &#224; la diff&#233;rence des partis et des syndicats, ne sont pas des associations contractuelles ou au moins &#224; tendances contractuelles, mais plut&#244;t des organisations dans l'ordre des choses, n&#233;cessaires et indivisibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas un dirigeant ou une hi&#233;rarchie qui organise des individus &#224; l'esprit gr&#233;gaire dans un groupe politique d&#233;termin&#233; ; dans les Conseils, l'organisation est ce m&#234;me processus productif qui encadre fonctionnellement et organiquement tous les producteurs. Pour cela, les Conseils repr&#233;sentent le mod&#232;le d'une organisation unitaire des travailleurs, par del&#224; leurs vues philosophiques ou religieuses particuli&#232;res ; dans ce cas, l'unit&#233; est r&#233;elle parce qu'elle est le produit non d'une entente, d'un compromis, d'une combinaison, mais d'une n&#233;cessit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'unit&#233; interne du Conseil d'usine est tellement forte qu'elle rompt et lie deux r&#233;sistantes barri&#232;res qui divisent les travailleurs : entre les organis&#233;s et les inorganis&#233;s, et entre les ouvriers manuels et les techniciens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le Conseil, chacun a sa place parce que le Conseil rassemble tout le monde, int&#233;resse tout le monde jusqu'&#224; ce qu'il s'identifie avec tout le personnel de l'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une organisation unitaire et g&#233;n&#233;rale des travailleurs de l'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;c)&lt;/strong&gt; Les Conseils repr&#233;sentent la r&#233;elle pr&#233;figuration de la soci&#233;t&#233; socialiste ; le mouvement des Conseils constitue le processus de formation mol&#233;culaire de la soci&#233;t&#233; socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi l'av&#232;nement du socialisme n'est plus pens&#233; comme une institution bureaucratique pyramidale mais comme une continuelle cr&#233;ation de la base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les th&#232;mes traditionnels de la rh&#233;torique socialiste (et bolch&#233;vique en l'occurrence) comme &#171; conqu&#234;te du pouvoir politique &#187; ou &#171; dictature du prol&#233;tariat &#187; ou &#171; &#201;tat ouvrier &#187; sont &#233;vid&#233;s de leur contenu mythique et remplac&#233;s par une vision moins formelle, moins m&#233;canique et moins simpliste des probl&#232;mes r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la ligne des Conseils se trouve le r&#233;alisme r&#233;volutionnaire qui abat l'utopisme de propagande, qui ensevelit la &#171; m&#233;taphysique du pouvoir &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et m&#234;me quand dans certains groupes survit une nomenclature d&#233;sormais inad&#233;quate, c'est l'interpr&#233;tation nouvelle, c'est la pratique nouvelle qui en rompt les sch&#233;mas, les apriorismes, les fixations logiques et phras&#233;ologiques (et ce sont ces m&#234;mes groupes d'&#233;ducation anarchiste qui en forcent la r&#233;pudiation totale). C'est ainsi que les Conseils deviennent en m&#234;me temps une exp&#233;rience et un exemple, une enclave dans la soci&#233;t&#233; d'aujourd'hui et contiennent en germe la soci&#233;t&#233; de demain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;d)&lt;/strong&gt; Les Conseils, s'ils repr&#233;sentent sur le plan g&#233;n&#233;ral de la strat&#233;gie r&#233;volutionnaire l'organisation g&#233;n&#233;rale, finale et permanente du socialisme (alors que le mouvement politique vaut seulement comme organisation particuli&#232;re, instrumentale et contingente, &#171; pour le socialisme &#187;), constituent aussi sur le plan tactique une force compl&#233;mentaire de masse, un instrument auxiliaire du mouvement politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Conseils poss&#232;dent en fait une grande potentialit&#233; offensive comme unit&#233;s d'entreprises et d&#233;veloppent en phase r&#233;volutionnaire la m&#234;me fonction qu'accomplissent, durant une agitation, les Commissions internes et les comit&#233;s de gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, en phase de repli et de r&#233;sistance, les Conseils disposent d'une grande capacit&#233; de d&#233;fense. La r&#233;action, qui peut dissoudre sans trop de difficult&#233;s les partis et les syndicats, en fermant leurs si&#232;ges et en interdisant leurs r&#233;unions, se heurte, quand elle se trouve face aux Conseils, aux murs m&#234;mes de l'usine, &#224; l'organisation de l'&#233;tablissement ; et ne peut les dissoudre sans abattre ces murs, sans dissoudre cette organisation. Les Conseils, sous des noms divers, ou m&#234;me au stade semi-officiel, survivront toujours.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;V - LE MOUVEMENT DES CONSEILS&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Deux groupes politiques distincts contribu&#232;rent &#224; l'&#233;laboration de la th&#233;orie des Conseils : un groupe de socialistes et un groupe d'anarchistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun autre groupe politique ne fut pr&#233;sent dans le mouvement, m&#234;me si tous les groupes politiques italiens s'int&#233;ress&#232;rent au ph&#233;nom&#232;ne. Par contre furent pr&#233;sents de larges groupes de travailleurs sans parti, t&#233;moins du caract&#232;re d'unit&#233; prol&#233;tarienne du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le groupe socialiste se constitua dans les derni&#232;res ann&#233;es de la guerre autour de &#171; Grido del Popolo &#187; (Cri du peuple), feuille de la section turinoise du parti socialiste. La figure de premier plan &#233;tait Antonio Gramsci, qui sera plus tard le leader d'une des deux fractions qui concourront &#224; la fondation du parti communiste d'Italie. Personnages de second plan : Tasca, Togliatti, Terracini et Viglongo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si tout ce groupe contribua &#224; la fondation de l'hebdomadaire &#171; L'Ordine Nuovo &#187; (Ordre nouveau), dont le premier num&#233;ro sortit le 1er mai 1919, il n'y eut en fait que deux forces animatrices des Conseils du c&#244;t&#233; socialiste : d'une part l'esprit de Gramsci, de l'autre les groupes d'avant-garde, d'authentiques bien que modestes ouvriers turinois. Ces deux forces passeront sans t&#226;ches dans l'histoire et sauveront le nom des Conseils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; anarchiste, notons la collaboration assidue et qualifi&#233;e de Carlo Petri (pseudonyme de Pietro Mosso&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pietro Mosso, n&#233; &#224; Cerreto d'Asti le 10 janvier 1893, mort dans la zone (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) &#224; &#171; L'Ordine Nuovo &#187;. Carlo Petri, assistant &#224; la chaire de philosophie th&#233;or&#233;tique de l'Universit&#233; de Turin, est l'auteur d'un essai sur le taylorisme et les Conseils ouvriers, et d'autres &#233;crits d&#233;fendant le communisme anarchiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la contribution anarchiste se trouve surtout dans le travail d'organisation pratique des Conseils effectu&#233; par deux ouvriers m&#233;tallurgistes anarchistes : Pietro Ferrero&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pietro Ferrero est n&#233; &#224; Grugliasco, (Turin) le 12 mai 1892 ; en 1918 il est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, secr&#233;taire de la section turinoise de la F.I.O.M. et Maurizio Garino&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Maurizio Garino, n&#233; &#224; Ploaghe (Sardaigne) le 31 octobre 1892 de m&#232;re sarde (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (qui a apport&#233; des souvenirs personnels et des observations critiques &#224; ces notes sur les Conseils), et par tout un groupe : le Groupe libertaire turinois&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le Groupe Libertaire Turinois nous reprenons volontiers ces informations (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dont ils faisaient partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Groupe libertaire turinois s'&#233;tait d&#233;j&#224; distingu&#233; non seulement par sa pr&#233;sence dans les luttes ouvri&#232;res avant et pendant la guerre mais surtout par les lignes directrices qu'il avait donn&#233;es au probl&#232;me de l'action des libertaires dans les syndicats. Ce groupe avait en fait soutenu la n&#233;cessit&#233; d'op&#233;rer dans les syndicats fussent-ils r&#233;formistes (et peuvent-ils ne pas l'&#234;tre ? se demandait-il) afin de pouvoir y &#233;tablir les plus larges contacts avec les masses laborieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous cet aspect, la critique que &#171; L'Ordine Nuovo &#187; faisait &#224; l'U.S.I. (Union syndicale italienne, syndicalisme r&#233;volutionnaire) ne pouvait qu'&#234;tre approuv&#233;e par ces anarchistes m&#234;me si la forme de cette critique n'&#233;tait pas la plus apte &#224; convaincre les nombreux groupes d'ouvriers sinc&#232;rement r&#233;volutionnaires qui &#233;taient &#224; l'U.S.I.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Groupe libertaire turinois fut ainsi au centre des luttes de classes &#224; Turin durant les quatre ann&#233;es de l'apr&#232;s-guerre et donna en la personne de Pietro Ferrero, assassin&#233; par les fascistes le 18 d&#233;cembre 1922, un de ses meilleurs militants &#224; la r&#233;sistance anti-fasciste. Nous verrons aussi plus loin quelle part notable eurent les anarchistes dans l'&#233;laboration de la th&#233;orie des Conseils et quelles adjonctions th&#233;oriques ils apport&#232;rent aux points &#233;nonc&#233;s au chapitre IV du pr&#233;sent essai.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VI - LA POLEMIQUE SUR LES CONSEILS&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement des Conseils trouva sa route barr&#233;e en Italie par deux forces de l'ordre constitu&#233; : les groupes de la grande industrie et les hi&#233;rarchies syndicales. Ces deux forces tendaient &#224; conserver une structure d&#233;termin&#233;e de la soci&#233;t&#233; italienne : Olivetti, Agnelli, et Pirelli entendaient conserver leurs monopoles, leur prestige et leur h&#233;g&#233;monie dans et hors de l'usine ; Colombino, D'Aragona et Baldesi entendaient conserver, gr&#226;ce &#224; leur m&#233;diation, l'&#233;quilibre instaur&#233; dans les rapports de travail et le droit exclusif de repr&#233;senter les travailleurs aupr&#232;s de leurs ennemis de classe et de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement des Conseils changea cette situation et frappa au coeur plus qu'au porte-feuille l'organisation capitaliste, destitua les organisations syndicales en leur substituant une forme d'organisation ouvri&#232;re plus ad&#233;quate au mouvement r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous verrons plus loin combien fut enrag&#233;e la r&#233;action des capitalistes pi&#233;montais et combien fut &#226;pre le ressentiment des cercles conf&#233;d&#233;raux, inquiets de voir reculer leurs positions au Pi&#233;mont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &#171; Battaglie sindacali &#187; (Batailles syndicales), publication de la C.G.L. (l'&#233;quivalent italien de la C.G.T.), le mouvement des Conseils fut soumis &#224; de violentes attaques et fut d&#233;nonc&#233; comme une soudaine &#233;ruption &#171; d'anarchisme &#187;. C'&#233;tait alors une m&#233;thode assez r&#233;pandue dans tout le camp social-r&#233;formiste europ&#233;en que d'accuser &#171; d'anarchisme &#187; tout mouvement r&#233;volutionnaire, du Spartakisme en Allemagne jusqu'au Bolchevisme en Russie : signe &#233;vident du r&#244;le pr&#233;&#233;minent que jouait alors l'anarchisme dans les luttes de classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me le groupe de &#171; L'Ordine Nuovo &#187; et avec lui toute la section turinoise du parti socialiste fut l'objet d'&#226;pres attaques dans ce sens, non tant par la pr&#233;sence dans le mouvement des Conseils d'anarchistes d&#233;clar&#233;s, que par le fait qu'il ait &#233;nergiquement d&#233;fendu le droit pour tous les travailleurs, m&#234;me les inorganis&#233;s, de faire partie des Conseils. &#171; L'Ordine Nuovo &#187; r&#233;pliquait &#224; ces critiques en d&#233;non&#231;ant dans ses colonnes les fonctionnaires syndicaux qui cherchaient partout des adh&#233;rents &#224; &#171; encarter &#187;, des moutons dociles plut&#244;t que des militants ouvriers d&#233;cid&#233;s &#224; d&#233;fendre et &#224; affirmer concr&#232;tement dans l'usine les droits de leur classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, avec l'aggravation de la tension entre la droite, le centre et la gauche du parti socialiste, la pol&#233;mique s'&#233;tendit et s'approfondit jusqu'au Congr&#232;s de Livourne, qui vit toutefois fauss&#233; le r&#233;el contraste entre gauche et droite par la question formelle de l'adh&#233;sion &#224; l'Internationale de Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pol&#233;mique au sein m&#234;me du mouvement des Conseils ou dans ses environs imm&#233;diats fut plus riche. Le d&#233;bat fut riche et f&#233;cond entre les groupes qui, comme &#171; L'Ordine Nuovo &#187; de Turin et &#171; Le Soviet &#187; de Naples, convergeaient vers la fondation du Parti Communiste Italien, et entre les groupes qui se rassemblaient autour de l'U.S.I. (Union syndicale italienne) et de l'U.A.I. (Union anarchiste italienne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous commen&#231;ons avec &#171; L'Ordine Nuovo &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journal, hebdomadaire dans sa premi&#232;re s&#233;rie - commenc&#233;e le 1er mai 1919 et termin&#233;e &#224; la fin de 1920 - [durant la seconde s&#233;rie, il devint quotidien (21-22) et il redevint hebdomadaire durant la troisi&#232;me (24-25)] pr&#233;sente deux p&#233;riodes distinctes : la &#171; p&#233;riode Tasca &#187; et la &#171; p&#233;riode Gramsci &#187;, c'est-&#224;-dire la p&#233;riode pendant laquelle le journal, dans sa ligne et ses objectifs, se ressent de l'influence pr&#233;dominante de Tasca et la p&#233;riode durant laquelle Tasca &#233;tant &#233;cart&#233;, il suit une ligne plus r&#233;solue imprim&#233;e par Gramsci. Ces deux p&#233;riodes sont historiquement bien diff&#233;renci&#233;es par un incident entre Tasca et Gramsci sur le probl&#232;me des Conseils qu'il convient de r&#233;&#233;voquer ici. Tasca, incertain, confus et peut-&#234;tre partisan peu convaincu des Conseils, avait lu un rapport sur les valeurs politiques et syndicales des Conseils d'usine, au Congr&#232;s de la Bourse du Travail de Turin, et ce rapport avait &#233;t&#233; publi&#233; dans &#171; L'Ordine Nuovo &#187; (a. II, n. 3).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'expos&#233;, la superficialit&#233; verbeuse et les consid&#233;rations abstraitement juridiques trahissaient une &#233;vidente sous-&#233;valuation de la t&#226;che des Conseils et la tentative d'ins&#233;rer la nouvelle organisation dans les cadres syndicaux afin de la subordonner &#224; ceux-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gramsci, dans le num&#233;ro suivant (a. II, n. 4), annota soigneusement l'expos&#233; de Tasca et &#233;crivit entre autre, &#224; propos d'un rapport contenu dans celui-ci, un passage qu'il nous plait de rapporter :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ainsi Tasca pol&#233;mique avec le camarade Garino &#224; propos de l'affirmation selon laquelle &#171; la fonction principale du syndicat n'est pas de former la conscience du producteur chez l'ouvrier mais de d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts de l'ouvrier en tant que salari&#233; &#187;, affirmation qui est la th&#232;se d&#233;velopp&#233;e dans l'&#233;ditorial &#171; Syndicalisme et Conseils &#187; publi&#233; dans &#171; L'Ordine Nuovo &#187; du 8 novembre 1919. Quand Garino, syndicaliste anarchiste, d&#233;veloppa cette th&#232;se au Congr&#232;s extraordinaire de la Bourse du Travail en d&#233;cembre 1919, et qu'il la d&#233;veloppa avec une grande efficacit&#233; dialectique, et chaleur, nous f&#251;mes tr&#232;s agr&#233;ablement surpris, &#224; la diff&#233;rence du camarade Tasca, et nous &#233;prouv&#226;mes une grande &#233;motion. Puisque nous concevons le Conseil d'usine comme le commencement historique d'un processus qui n&#233;cessairement doit conduire &#224; la fondation de l'&#201;tat ouvrier, l'attitude du camarade Garino, libertaire syndicaliste, &#233;tait une preuve de la certitude que nous nourrissions profond&#233;ment, &#224; savoir que dans un processus r&#233;volutionnaire r&#233;el, toute la classe ouvri&#232;re trouve spontan&#233;ment son unit&#233; pratique et th&#233;orique et que chaque ouvrier, s'il est sinc&#232;rement r&#233;volutionnaire, ne peut qu'&#234;tre amen&#233; &#224; collaborer avec toute la classe au d&#233;veloppement d'une t&#226;che qui est immanente dans la soci&#233;t&#233; capitaliste et qui n'est pas une fin librement propos&#233;e par la conscience et la volont&#233; individuelles &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En faisant abstraction des r&#233;serves que l'on peut soulever sur certaines affirmations de ce passage, la diff&#233;rence d'attitude entre Tasca et Gramsci est notable par rapport au point de vue illustr&#233; par le camarade Garino.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci est tellement vrai que Tasca, r&#233;pliquant longuement &#224; Gramsci, exprima sa foi fanatique dans la &#171; dictature du prol&#233;tariat &#187; et s'opposa &#224; toute forme de d&#233;mocratie ouvri&#232;re ; il demanda &#171; des ann&#233;es, de longues ann&#233;es de dictature &#187; et r&#233;duisit les Conseils d'usine &#224; de simples &#171; instruments &#187; du Parti ; il d&#233;finit l'id&#233;e de F&#233;d&#233;ration des Conseils comme &#171; une th&#232;se libertaire &#187; et accusa Gramsci de &#171; syndicalisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le camarade Gramsci nous a donn&#233;, dans l'&#233;ditorial du dernier num&#233;ro, sa th&#233;orie des Conseils d'usine comme base de &#171; l'&#201;tat ouvrier &#187;. Il y a dans cet article une claire description de la th&#232;se proudhonienne : &#171; l'usine se substituera au gouvernement &#187; et la conception de l'&#201;tat (sic !) qui s'y trouve d&#233;velopp&#233;e est anarchiste et syndicaliste mais pas marxiste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cette auto-d&#233;fense Tasca s'&#233;loigna de &#171; L'Ordine Nuovo &#187; qui entra ainsi dans sa seconde p&#233;riode, en ao&#251;t 1920. Cette p&#233;riode fut inaugur&#233;e par un bilan &#226;pre et autocritique &#233;crit par Gramsci lui-m&#234;me, pour conclure la pol&#233;mique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de passer &#224; une illustration de la contribution anarchiste, nous ferons une allusion aux interventions de Bordiga dans &#171; Le Soviet &#187; de Naples au cours desquelles fut soulev&#233;, entre autre, le probl&#232;me du pouvoir politique, qui intervient et &#233;crase avec son appareil r&#233;pressif toute tentative d'&#233;dification socialiste &#224; la base comme les Conseils, quand ceux-ci ne sont pas simplement incorpor&#233;s graduellement dans l'ordre bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objection &#233;tait juste, mais Bordiga, prisonnier de vieilles formules, ne r&#233;ussissait pas &#224; r&#233;soudre le probl&#232;me du pouvoir, si ce n'est dans le sens de sa conqu&#234;te plut&#244;t que dans le sens de sa destruction ; c'est pourquoi il ne pouvait comprendre la fonction imm&#233;diatement positive des Conseils au cours de la destruction de l'Etat, op&#233;r&#233;e par le mouvement politique de la classe.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VII - LA CONTRIBUTION DES ANARCHISTES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La contribution des anarchistes &#224; l'&#233;laboration de la th&#233;orie des Conseils peut se r&#233;sumer &#224; deux apports essentiels :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;a)&lt;/strong&gt; Ce n'est que pendant une p&#233;riode r&#233;volutionnaire que les Conseils peuvent avoir une v&#233;ritable efficacit&#233;, et se constituer en moyens valables pour la lutte des classes et non pour la collaboration de classes. En p&#233;riode contre-r&#233;volutionnaire les Conseils finissent par &#234;tre phagocit&#233;s par l'organisation capitaliste qui n'est pas toujours oppos&#233;e &#224; une cogestion morale de la part des travailleurs. C'est pourquoi avancer l'id&#233;e des Conseils dans une p&#233;riode contre-r&#233;volutionnaire signifie lancer des diversions inutiles et porter gravement pr&#233;judice &#224; la formule m&#234;me des Conseils d'usine comme mot d'ordre r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;b)&lt;/strong&gt; Les Conseils ne r&#233;solvent qu'&#224; moiti&#233; le probl&#232;me de l'&#201;tat : ils vident l'&#201;tat de ses fonctions sociales mais ils ne l&#232;sent pas l'&#201;tat dans ses fonctions antisociales ; ils vident l'appareil &#233;tatique de son contenu mais ne le d&#233;truisent pas. Mais puisqu'on ne peut vaincre l'&#201;tat en l'ignorant, du fait qu'il peut faire sentir sa pr&#233;sence &#224; tout moment en mettant en marche son m&#233;canisme de contrainte et de sanction, il faut d&#233;truire aussi ce m&#233;canisme. Les Conseils ne peuvent accomplir cette op&#233;ration et pour cela ils demandent l'intervention d'une force politique organis&#233;e ; le mouvement sp&#233;cifique de la classe, qui m&#232;ne &#224; bien une telle mission. Ce n'est qu'ainsi que l'on peut &#233;viter que le bourgeois, jet&#233; &#224; la porte dans ses v&#234;tements de patron ne rentre par la fen&#234;tre d&#233;guis&#233; en policier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question soulev&#233;e dans la pol&#233;mique entre &#171; L'Ordine Nuovo &#187; et &#171; Le Soviet &#187; nous semble ainsi r&#233;solue. Les &#171; ordinovistes &#187; sous-estimaient le probl&#232;me de l'&#201;tat en ce sens qu'ils avaient tendance &#224; ne pas s'en occuper&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous avons traduit accantonamento (litt&#233;ralement : cantonnement) par &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; les &#171; sovi&#233;tistes &#187; le surestimaient car ils voulaient s'en emparer, tandis que les anarchistes le pla&#231;aient au centre de leurs pr&#233;occupations pour r&#233;aliser sa liquidation, sur le terrain politique. Les occasions, les documents, les r&#233;unions dans lesquels les anarchistes r&#233;p&#233;t&#232;rent les th&#232;ses sur les Conseils, &#233;nonc&#233;es au chapitre IV, et compl&#233;t&#232;rent ces th&#232;ses avec les &#171; additifs &#187; r&#233;sum&#233;s ci-dessus, furent multiples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re occasion fut offerte par le Congr&#232;s National de l'U.S.I. qui se tint &#224; Parme en d&#233;cembre 1919. D&#233;j&#224; avant le Congr&#232;s, dans &#171; Guerra di Classe &#187; (Guerre de Classe), la publication de l'U.S.I., le probl&#232;me des Conseils avait &#233;t&#233; examin&#233; par Borghi, Garinei, et Giovannetti et &#171; L'Ordine Nuovo &#187; sous la plume de Togliatti avait soulign&#233; la m&#233;thode critique subtile avec laquelle avait &#233;t&#233; trait&#233;e la question dans ce journal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Congr&#232;s de l'U.S.I., auquel les Conseils d'usine avaient envoy&#233; leur adh&#233;sion et m&#234;me un repr&#233;sentant, Matta, un ouvrier turinois, on discuta longuement des Conseils en n'ayant cependant pas toujours une connaissance suffisante du sujet (ainsi les Conseils furent compar&#233;s au syndicalisme industriel des Industrial Workers of the World, syndicalisme anglo-saxon ; ce qui ne correspond pas &#224; la r&#233;alit&#233;, m&#234;me si th&#233;oriquement Gramsci reconnaissait avoir emprunt&#233; des id&#233;es au syndicaliste nord-am&#233;ricain De Leon) et avec l'intention de faire passer le mouvement des Conseils comme une reconnaissance implicite du syndicalisme r&#233;volutionnaire, alors que les Conseils en &#233;taient au contraire une critique et un d&#233;passement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin du Congr&#232;s, cette importante r&#233;solution, dans laquelle sont condens&#233;es les observations positives du d&#233;bat, fut approuv&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le Congr&#232;s salue chaque pas en avant du prol&#233;tariat et des forces politiques vers la conception pure du socialisme niant toute capacit&#233; de d&#233;molition ou de reconstruction &#224; l'institution historique, typique de la d&#233;mocratie bourgeoise, qui est le parlement, coeur de l'&#201;tat ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#232;re la conception sovi&#233;tiste de reconstruction sociale comme antith&#233;tique de l'&#201;tat et d&#233;clare que toute superposition &#224; l'autonome et libre fonctionnement des soviets de toute la classe productrice, unie dans l'action d&#233;fensive contre les menaces de la r&#233;action et par les n&#233;cessit&#233;s administratives de la future gestion sociale, sera consid&#233;r&#233;e par le prol&#233;tariat comme un attentat au d&#233;veloppement de la r&#233;volution et &#224; l'av&#232;nement de l'&#233;galit&#233; dans la libert&#233; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;clare pour ces raisons toute sa sympathie et son encouragement &#224; ces initiatives prol&#233;tariennes que sont les Conseils d'usine, qui tendent &#224; transf&#233;rer dans la masse ouvri&#232;re toutes les facult&#233;s d'initiative r&#233;volutionnaire et de reconstruction de la vie sociale, en mettant cependant bien en garde les travailleurs contre toutes d&#233;viations possibles et escamotages r&#233;formistes de la nature r&#233;volutionnaire de telles initiatives, contrevenant ainsi aux intentions d'avant-garde de la meilleure partie du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Invite sp&#233;cialement cette partie du prol&#233;tariat &#224; consid&#233;rer les n&#233;cessit&#233;s de pr&#233;parer les forces d'attaque r&#233;volutionnaire &#224; l'affrontement de classes, sans quoi la prise en charge de la gestion sociale de la part du proletariat ne sera pas possible &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Guerra di Classe &#187;, an VI, n. 1, 1 janvier 1920.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le Congr&#232;s explicita ensuite dans ces termes les dangers de d&#233;viation contenus dans les Conseils d'usine :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;a)&lt;/strong&gt; &#171; Les Conseils d'usine pourraient d&#233;g&#233;n&#233;rer en de simples commissions internes pour le bon fonctionnement de l'usine, pour l'augmentation de la production au profit de la bourgeoisie, pour r&#233;gler les diff&#233;rends internes, etc. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;b)&lt;/strong&gt; &#171; On pourrait invertir la logique du processus r&#233;volutionnaire, et croire que l'anticipation des formes de la future gestion sociale suffise &#224; faire tomber le r&#233;gime actuel &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;c)&lt;/strong&gt; &#171; On pourrait oublier que l'usine est propri&#233;t&#233; du patron parce qu'il y a l'&#201;tat - le gendarme - qui la d&#233;fend &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;d)&lt;/strong&gt; &#171; Il ne faudrait pas tomber dans l'erreur consistant &#224; croire que la question de forme r&#233;soudra la question de la substance de la valeur id&#233;ale d'un mouvement d&#233;termin&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La discussion fut plus ample au sein de l'Union anarchiste italienne qui se pr&#233;parait &#224; tenir son Congr&#232;s national &#224; Bologne du 1er au 4 juillet 1920.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; dans la premi&#232;re moiti&#233; de juin, les camarades Ferrero et Garino avaient pr&#233;sent&#233; la motion d&#233;fendue auparavant &#224; la Bourse du travail de Turin, au Congr&#232;s anarchiste pi&#233;montais. Celui-ci l'approuva et d&#233;l&#233;gua le camarade Garino pour la soutenir au Congr&#232;s national&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Umanit&#224; Nova &#187;, 18 juin 1920.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le 1er juillet parut dans &#171; Umanit&#224; Nova &#187; (Nouvelle humanit&#233;) un long et exhaustif rapport du camarade Garino, dans lequel &#233;taient expos&#233;s les principes inspirateurs du mouvement et de l'action des Conseils&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Annexes.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au Congr&#232;s, le camarade Garino, sur la base du rapport d&#233;j&#224; publi&#233;, illustra la motion approuv&#233;e par le Congr&#232;s anarchiste pi&#233;montais. Apr&#232;s des interventions remarquables de Borghi, Sassi, Vella, Marzocchi, Fabbri, une r&#233;solution fut adopt&#233;e, qui malgr&#233; la na&#239;vet&#233; de certaines expressions, reprend les th&#232;mes essentiels de la motion de Turin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En voici le texte :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le Congr&#232;s - tenant compte que les Conseils d'usine et d'atelier tirent leur importance principale du fait de l'imminence de la r&#233;volution et pourront &#234;tre alors les organes techniques pour l'expropriation et pour la n&#233;cessaire et imm&#233;diate continuation de la production, et sachant que tant que la soci&#233;t&#233; actuelle existera ils subiront l'influence mod&#233;ratrice et conciliatrice de celle-ci &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Consid&#232;re les Conseils d'usine comme &#233;tant des organes aptes &#224; encadrer, en vue de la r&#233;volution, tous les producteurs manuels et intellectuels, sur le lieu m&#234;me de leur travail, et en vue de r&#233;aliser les principes anarchistes-communistes. Les Conseils sont des organes absolument anti-&#233;tatiques et sont les noyaux possibles de la future gestion de la production industrielle et agricole &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les consid&#232;re en outre comme &#233;tant aptes &#224; d&#233;velopper chez l'ouvrier salari&#233; la conscience de producteur, et comme &#233;tant utiles aux fins de la r&#233;volution en favorisant la transformation du m&#233;contentement des classes ouvri&#232;res et paysannes en une volont&#233; claire d'expropriation &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Invite donc les camarades &#224; appuyer la formation des Conseils d'usine et &#224; participer activement &#224; leur d&#233;veloppement pour les maintenir, aussi bien dans leur structure organique que dans leur fonctionnement, sur ces directives, en combattant toute tendance de d&#233;viation collaborationniste et en veillant &#224; ce que tous les travailleurs de chaque usine participent &#224; leur formation (qu'ils soient organis&#233;s ou non) &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En outre, au Congr&#232;s de Bologne fut vot&#233;e une seconde motion sur les Soviets qui r&#233;affirmait selon des principes identiques l'impossibilit&#233; historique et politique d'exp&#233;riences libertaires en p&#233;riode de contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre document important se ressentant largement de l'influence des anarchistes est le manifeste lanc&#233; dans &#171; L'Ordine Nuovo &#187; du 27 mars 1920&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir reproduction int&#233;grale en annexes.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui est adress&#233; aux ouvriers et paysans d'Italie pour un Congr&#232;s national des Conseils, sign&#233; par la r&#233;daction du journal, le Comit&#233; ex&#233;cutif de la section turinoise du parti socialiste, le Comit&#233; d'&#233;tude des Conseils d'usine turinois et le groupe libertaire de la m&#234;me ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le Congr&#232;s n'eut pas lieu car d'autres &#233;v&#233;nements se produisirent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VIII - L'ACTION DES CONSEILS&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; parl&#233; de l'origine des Conseils d'usine &#224; Turin et de leur extension dans le Pi&#233;mont, o&#249; ces organismes avaient effectivement atteint un degr&#233; d'efficience &#233;lev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Turin surtout, chaque usine avait son Conseil, compos&#233; de d&#233;l&#233;gu&#233;s d'atelier et repr&#233;sent&#233; par un commissariat ex&#233;cutif d'usine, dont le secr&#233;taire constituait avec les secr&#233;taires d&#233;l&#233;gu&#233;s par les autres usines, le Comit&#233; central des usines, et donc le Comit&#233; de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nous n'avons pas encore parl&#233; de la contre-offensive que le Capital pr&#233;parait, &#224; Turin pr&#233;cis&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; au Printemps 1919, sur l'initiative de l'industriel Gino Olivetti, &#233;tait partie de Turin m&#234;me l'id&#233;e de la constitution de la Conf&#233;d&#233;ration g&#233;n&#233;rale de l'industrie (Confindustria, &#233;quivalent italien du M.E.D.E.F.) : initiative qui re&#231;ut d'imm&#233;diats et larges soutiens dans le monde &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Turin et dans le Pi&#233;mont existaient dans l'imm&#233;diate apr&#232;s-guerre d'autres organisations patronales puissantes : l'Association des m&#233;tallurgistes et m&#233;caniciens similaires (A.M.M.A.), dirig&#233;e par l'ing&#233;nieur Boella et pr&#233;sid&#233;e par le &#171; Gran Ufficiale &#187; Agnelli, la Ligue industrielle fond&#233;e en 1906, dont le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral &#233;tait l'avocat Codogni et le pr&#233;sident le &#171; Commendatore &#187; De Benedetti, l'Association pi&#233;montaise des industries du caoutchouc, fond&#233;e sur le holding Michelin, la F&#233;d&#233;ration industrielle de Verceil, la Ligue industrielle du Val d'Aoste, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces forces tinrent en mars 1920 une conf&#233;rence &#224; Turin, au cours de laquelle fut &#233;labor&#233; un plan d'attaque contre le prol&#233;tariat turinois et contre ses Conseils qui, au mois de f&#233;vrier, s'&#233;taient &#233;tendus en Ligurie aux chantiers Ansaldo, Odero, Piaggio, Ilva, aux usines Fossati, San Giorgio et qui en mars apparaissaient pour la premi&#232;re fois &#224; Naples dans les usines Miani et Silvestri. Cette derni&#232;re usine ne fut reprise aux ouvriers que par l'usage des mitrailleuses et des canons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la derni&#232;re d&#233;cennie de mars, les paysans du Novarais se mettent en gr&#232;ve tandis qu'&#224; Turin, 5.000 ouvriers de la chaussure, les ouvriers du textile et les fonctionnaires font de m&#234;me. Le 25 mars un incident a lieu &#224; l'usine Fiat, les locaux sont occup&#233;s : occup&#233;s mat&#233;riellement parce que les Conseils avaient d&#233;j&#224; &#171; envahi &#187; l'usine avant. Ils lui avaient arrach&#233; ses secrets, en avaient chass&#233; les espions et les valets des patrons, y avaient dict&#233; une nouvelle discipline interne, s'&#233;taient document&#233;s sur les indices de prix, de productivit&#233;, s'&#233;taient li&#233;s au personnel technique, avaient organis&#233; des sections arm&#233;es pour d&#233;fendre l'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les industriels r&#233;agirent en d&#233;cr&#233;tant le lock-out. 50.000 m&#233;tallurgistes entrent en gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tractations tra&#238;n&#232;rent vingt jours durant lesquels firent gr&#232;ve pour des raisons cat&#233;gorielles les ouvriers du papier et les employ&#233;s des postes et t&#233;l&#233;communications. Le 14 avril, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale est d&#233;clar&#233;e dans tout le Pi&#233;mont ; Alexandrie, Asti, Novare, Casale, Biella, Vercelli y participent. Le 15, les cheminots de la province de Turin entrent en gr&#232;ve. La gr&#232;ve s'&#233;tend jusqu'aux receveurs d'imp&#244;ts et aux gardes municipaux. Les industriels semblent vaincus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le gouvernement est de leur c&#244;t&#233; et il d&#233;cide d'envoyer des troupes &#224; Turin. Il envoie le 231&#232;me r&#233;giment d'infanterie qui sera cependant bloqu&#233; par les cheminots. On essaie de transporter des troupes &#224; G&#234;nes &#224; bord d'un navire de commerce mais les marins refusent. Finalement, on les embarqua sur le cuirass&#233; &#171; Caio Duilio &#187;, qui une fois arriv&#233; &#224; G&#234;nes trouva la ville et le port en gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. La m&#234;me chose se produisit pour les Gardes royales embarqu&#233;es sur le contretorpilleur &#171; Carini &#187;. A terre, les cheminots de Florence, Pise, Lucques imitent leurs camarades de Livourne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale s'&#233;tend par solidarit&#233; jusqu'&#224; Bologne. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous sommes d&#233;sormais &#224; la veille d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale insurrectionnelle. Les Conseils d'usine de Turin, l'Union syndicale italienne et les anarchistes l'invoquent concord&#233;ment. Des accords interviennent entre ces trois forces : socialistes des Conseils, syndicalistes r&#233;volutionnaires et anarchistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malatesta, qui &#233;tait depuis peu revenu en Italie et qui dans un rapide tour de la p&#233;ninsule s'&#233;tait vou&#233; &#224; pr&#233;parer dans la conscience des masses le concept de r&#233;volution, avait r&#233;pondu &#224; un groupe de socialistes turinois venu &#224; la r&#233;daction d'&#171; Umanit&#224; Nova &#187; pour savoir quelle serait l'attitude des anarchistes : &#171; Quelles que soient les circonstances, les anarchistes feront ce qu'ils se doivent de faire &#187;. De m&#234;me, les responsables de l'U.S.I. leur avaient donn&#233; l'assurance de leur compl&#232;te solidarit&#233; avec le mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;l&#233;gation des Conseils se rendit &#233;galement aux r&#233;unions que tenait alors &#224; Milan le Conseil national du parti socialiste (il aurait d&#251; les tenir &#224; Turin mais &#224; Turin... c'&#233;tait la gr&#232;ve) mais elle ne trouva l&#224; que l'hostilit&#233; ouverte des dirigeants du Parti, que des moqueries et des railleries et les membres de la d&#233;l&#233;gation furent trait&#233;s d'&#171; anarchistes &#187;. Ils apportaient la voix de Turin r&#233;sistante, assi&#233;g&#233;e par 20.000 policiers et soldats, et l'&#171; Avanti ! &#187; (quotidien du parti socialiste, de 1896 &#224; 1993, NdT) refusait de publier l'appel de la section socialiste turinoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La trahison de la direction socialiste, incapable de concevoir, d'organiser, de vouloir le passage victorieux de la gr&#232;ve &#224; l'insurrection, marque le sort du mouvement de Turin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 24 avril, trente jours apr&#232;s le d&#233;but de la gr&#232;ve des m&#233;tallurgistes, dix jours apr&#232;s le d&#233;but de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, c'est la reddition. &lt;br class='autobr' /&gt;
La reddition ne signifie pas seulement la capitulation des ouvriers devant le patronat mais le d&#233;but de la contre-attaque que le patronat lance cette fois avec l'aide des fascistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis longtemps &#224; Turin, des rapports &#233;troits s'&#233;taient &#233;tablis entre De Vecchi (directeur du journal fasciste l'&#171; Ardito &#187; - Hardi) et des repr&#233;sentants de la Confindustria. Comme en t&#233;moignent aujourd'hui de nombreux documents dont l'authenticit&#233; est indiscutable, ce furent les industriels turinois qui les premiers financ&#232;rent les entreprises fascistes et la presse fasciste. Agnelli, De Benedetti, Boella, Codogni, Mazzini, Lancia, Olivetti : voici les parrains du fascisme turinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le fascisme turinois servit les industriels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 27 avril, deux jours apr&#232;s la fin de la gr&#232;ve, les fascistes turinois lancent un manifeste qui est un abject tissu d'hypocrisie, mais qui m&#233;rite d'&#234;tre lu au moins pour comprendre comment la provocation et le mensonge peuvent se camoufler sous une phras&#233;ologie extr&#233;miste et philo-prol&#233;tarienne. Le 1er mai, &#224; Turin, durant la manifestation comm&#233;morative, le sang de deux travailleurs tu&#233;s et de trente autres bless&#233;s par les balles des gardes royales, consacre cette page de lutte du prol&#233;tariat turinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bataille d'Avril est finie. On se rapproche de celle de Septembre. &lt;br class='autobr' /&gt;
En septembre, cependant, l'occupation des usines ne mettait pas en avant les probl&#232;mes d'expropriation et de gestion directe mais plut&#244;t la question &#233;conomique du contr&#244;le de l'entreprise. L'action port&#233;e sur un tel terrain ne pouvait que d&#233;boucher sur des pourparlers entre la C.G.L. et la Confindustria, avec la m&#233;diation du gouvernement Giolitti. Entre les projets et les contre-projets, l'agitation, d&#233;marqu&#233;e dans de nombreuses villes des plans de la bureaucratie conf&#233;d&#233;rale par des exp&#233;riences pratiques de gestion directe &#224; la base, &#233;tait reconduite sur le terrain de la l&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, la pr&#233;sence des Conseils d'usine au cours de la lutte conduisit &#224; deux r&#233;sultats importants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;a)&lt;/strong&gt; Elle accentua le caract&#232;re r&#233;volutionnaire de l'&#171; occupation &#187;, si bien que l'accord survenu sur la base du contr&#244;le apparut aux masses laborieuses comme une trahison ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;b)&lt;/strong&gt; Elle prouva pratiquement que partout o&#249; existaient des Conseils d'usine, l'occupation ne fut pas seulement symbolique mais r&#233;elle en ce sens que, &#224; travers mille difficult&#233;s techniques et financi&#232;res, un rythme normal ou quasi-normal de production fut maintenu dans les usines. Citons comme exemple les usines Galileo de Florence (dont le secr&#233;taire de Commission interne &#233;tait un anarchiste) qui r&#233;ussirent &#224; maintenir la production &#224; 90% de la normale et &#224; surmonter les &#233;normes difficult&#233;s d'ordre organisationnel, technique, financier, militaire et d'assistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas pour rien que la r&#233;sistance fut la plus tenace et la reddition la plus difficile &#224; arracher dans les usines tenues par les Conseils.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IX - LA TRADITION DES CONSEILS&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il n'existe pas seulement une tradition italienne des Conseils, qui se rattache aux exp&#233;riences de l'apr&#232;s-guerre rouge. Il existe une tradition europ&#233;enne, mondiale. En Russie, le mouvement des Conseils eut un large d&#233;veloppement durant la p&#233;riode de pr&#233;paration r&#233;volutionnaire jusqu'en octobre puis sur la base des Conseils se d&#233;velopp&#232;rent deux courants : celui de l'&#171; Opposition ouvri&#232;re &#187; de Schiapnikov, Lutocinov et Kollonta&#239; et celui du mouvement de Kronstadt qui avan&#231;ait justement, entre autres revendications, un retour aux Conseils. Et encore dix ans apr&#232;s la r&#233;volution de 1917 un courant d'extr&#234;me gauche r&#233;sistait encore dans le parti bolchevik, courant dit &#171; de Smirnov &#187;, qui revendiquait le retour aux Conseils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Allemagne, la r&#233;volution brandit le drapeau des Conseils : les Conseils (Raete) constituent la forme concr&#232;te du d&#233;veloppement de la r&#233;volution en 1918, en 1919, en 1921 et en 1923. Le syst&#232;me des Conseils est le noyau essentiel du programme du &#171; Spartakusbund &#187; et plus tard na&#238;tra un parti partisan du communisme de Conseils : le Parti ouvrier communiste d'Allemagne (K.A.P.D.), appuy&#233; par une organisation de masse, l'Union g&#233;n&#233;rale ouvri&#232;re d'Allemagne (A.A.P.D.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Hollande se d&#233;veloppa un important mouvement th&#233;orique autour de l'id&#233;e des Conseils : ce sont les &#171; tribunistes &#187; qui s'&#233;taient d&#233;j&#224; distingu&#233;s avant la guerre par leur critique de la social-d&#233;mocratie et pendant la guerre par leur position internationaliste intransigeante, qui alors adopt&#232;rent cette id&#233;e, collaborant &#233;troitement avec la gauche allemande. Herman Gorter et Anton Pannekoek devinrent les th&#233;oriciens de cette tendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, dans de nombreux groupes, on accorde une place de choix au probl&#232;me des Conseils : le groupe &#171; Spartacus &#187; avec Ren&#233; Lefeuvre et des noyaux d'exil&#233;s italiens et allemands s'en occupent plus particuli&#232;rement. Dans la myriade de publications des groupes r&#233;volutionnaires, la question des Conseils est soumise &#224; un profond r&#233;examen critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Hongrie et en Bavi&#232;re, l'exp&#233;rience des Conseils ne se conclut qu'apr&#232;s le triomphe de la contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partout, mais surtout en Bavi&#232;re, en Hollande et en Allemagne, les anarchistes particip&#232;rent de fa&#231;on positive &#224; ce long travail pratique et th&#233;orique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Unification de l'Italie autour du royaume de Pi&#233;mont-Sardaigne dont Turin est la capitale. Turin reste capitale du royaume d'Italie de 1861 &#224; 1864, puis ce fut Florence et en 1870, Rome (NdT).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La r&#233;volte qui dura 4 jours et eut presque les caract&#232;res d'une insurrection arm&#233;e vit les anarchistes au premier plan dans l'organisation du mouvement de contestation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pietro Mosso, n&#233; &#224; Cerreto d'Asti le 10 janvier 1893, mort dans la zone d'Asti le 29 janvier 1945 au cours d'un bombardement a&#233;rien, avait collabor&#233; au d&#233;but de l'apr&#232;s-guerre &#224; &#171; L'Ordine Nuovo &#187; (citons entre autres articles &#171; Le syst&#232;me Taylor et les conseils des producteurs &#187; du n&#176; du 25 octobre au n&#176; du 22 novembre 1919 ; cette &#233;tude aurait d&#251; &#234;tre &#233;dit&#233;e comme cahier dans une collection, o&#249; l'on annon&#231;ait aussi un essai de Antonio Gramsci sur &#171; Le probl&#232;me du pouvoir prol&#233;tarien &#187;, mais l'initiative est rest&#233;e &#224; l'&#233;tat de projet ; l'article &#171; Bourgeoisie et production en r&#233;gime communiste &#187; dans le n&#176; du 7 juin 1919 ; une intervention dans la pol&#233;mique entre For Ever et le journal ayant comme titre &#171; Communisme anarchiste &#187; dans le n&#176; du 26 juillet 1919 ; une discussion avec p.t. (Palmiro Togliatti) dans le n&#176; du 30 ao&#251;t 1919, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que s'&#233;tant distingu&#233; par sa lucidit&#233; et la m&#233;thode scientifique avec laquelle il analysait les probl&#232;mes, il n'a jamais particip&#233; &#224; la vie politique militante du mouvement anarchiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait connu aussi pour son activit&#233; acad&#233;mique &#224; l'universit&#233; de Turin o&#249; il &#233;tait assistant du Professeur Annibale Pastore &#224; la chaire de logique et pour sa comp&#233;tence technique en tant qu'ing&#233;nieur m&#233;canique (syst&#232;me Mosso pour la construction de refuges blind&#233;s).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Carlo Petri, Gramsci a &#233;crit : &#171; Dans la r&#233;daction de &#171; L'Ordine Nuovo &#187; nous avons un communiste libertaire : Carlo Petri. Avec Petri la discussion est sur un plan sup&#233;rieur : avec les communistes libertaires comme Petri le travail en commun est n&#233;cessaire et indispensable : ils sont une force de la r&#233;volution &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pietro Ferrero est n&#233; &#224; Grugliasco, (Turin) le 12 mai 1892 ; en 1918 il est entr&#233; chez Fiat. Il a &#233;t&#233; un des premiers adh&#233;rents au Cercle d'&#233;tudes sociales n&#233; &#224; Barriera di Milano en f&#233;vrier 1905 qui avait pour but de lutter contre le r&#233;formisme. Lorsque le cercle s'est transform&#233; en &#171; &#233;cole moderne &#187; il en est devenu le secr&#233;taire (1911). L'&#233;cole - qui s'inspirait de l'id&#233;al p&#233;dagogique de Francisco Ferrer - avait &#233;tendu son activit&#233; dans diff&#233;rents quartiers ouvriers de la ville, et avait une v&#233;ritable fonction d'universit&#233; prol&#233;tarienne. Pendant la guerre, Ferrero a fait une propagande active dans les usines et dans l'organisation syndicale pour faire triompher la ligne intransigeante d'opposition &#224; l'entr&#233;e des repr&#233;sentants ouvriers dans les comit&#233;s de mobilisation industrielle. Autour de lui et de Garino s'est r&#233;uni un groupe de militants de la FIOM qui s'est engag&#233; dans une forte bataille antir&#233;formiste et anticorporative. Elu secr&#233;taire de la section FIOM de Turin en 1919 au cours d'une assembl&#233;e de commissaires d'ateliers, il a laiss&#233; son poste de m&#233;canicien chez Fiat et s'est consacr&#233; &#224; plein temps &#224; l'organisation des conseils d'usine. Lorsqu'il &#233;tait secr&#233;taire, la section s'est engag&#233;e dans des batailles d&#233;cisives telles la &#171; gr&#232;ve des aiguilles &#187; (avril 1920) et l'occupation des usines (septembre). Avec Garino, il a r&#233;dig&#233; l'appel &#171; Pour le congr&#232;s des Conseils &#187; paru le 27 mars 1920 dans &#171; L'Ordine Nuovo &#187;. En juillet, dans la p&#233;riode la plus explosive qui a pr&#233;c&#233;d&#233; l'occupation, il a pr&#233;sid&#233; une assembl&#233;e de membres de Commissions internes au terme de laquelle a &#233;t&#233; approuv&#233; un ordre du jour qui invitait la FIOM &#224; entreprendre la lutte aux c&#244;t&#233;s de l'USI et d&#233;clarait que &#171; la masse turinoise est pr&#234;te &#224; tout &#187;. Au cours de l'occupation il a d&#233;ploy&#233; une activit&#233; tr&#232;s intense, se d&#233;pla&#231;ant le jour et la nuit d'une usine &#224; l'autre pour maintenir le contact avec les ouvriers arm&#233;s, soutenant l'action jusqu'au bout contre tout compromis. Au congr&#232;s organis&#233; par la FIOM nationale &#224; Milan pour ratifier la d&#233;cision d'&#233;vacuer les usines &#224; la suite de l'accord D'Aragona-Giolitti, il s'est oppos&#233; vigoureusement en adoptant les paroles d'Errico Malatesta : &#171; Si les ouvriers trahis abandonnent les usines, on ouvre la porte &#224; la r&#233;action et au fascisme &#187;. Il est mort &#224; Turin le 12 d&#233;cembre 1922. Par &#171; repr&#233;sailles &#187; des blessures caus&#233;es &#224; deux fascistes pour une affaire personnelle, les gardes mobiles incendi&#232;rent la Chambre du travail, d&#233;vast&#232;rent le si&#232;ge de &#171; L'Ordine Nuovo &#187;, fouill&#232;rent, frapp&#232;rent et finalement massacr&#232;rent 22 personnes, et en bless&#232;rent autant. Parmi les victimes il y avait Ferrero, qui fut bless&#233; par plusieurs coups de feu, puis suspendu par les pieds &#224; un camion et tra&#238;n&#233;, vivant encore, sur les pav&#233;s de l'avenue Vittorio Emanuele. Son cadavre a &#233;t&#233; retrouv&#233; apr&#232;s minuit, sous la statue de Vittorio Emanuele II, et identifi&#233; seulement gr&#226;ce &#224; une carte de la Croix verte qu'il avait sur lui (NdT, d'apr&#232;s une biographie de A. Andreasi).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Maurizio Garino, n&#233; &#224; Ploaghe (Sardaigne) le 31 octobre 1892 de m&#232;re sarde et de p&#232;re pi&#233;montais, mort &#224; Turin en 1976, a v&#233;cu en Sardaigne jusqu'&#224; l'&#226;ge de trois ans, puis sa famille s'est install&#233;e &#224; Turin. Il a travaill&#233; tout d'abord comme menuisier, puis comme modeleur m&#233;canicien (il a &#233;t&#233; plus tard dirigeant d'une coop&#233;rative de production entre ouvriers modeleurs, la SAMMA). Inscrit en 1908 au mouvement des jeunes socialistes il en est sorti en 1910 pour fonder le cercle d'&#233;tudes sociales &#171; F. Ferrer &#187; de Barriera di Milano. Il a particip&#233; &#224; toutes les manifestations prol&#233;tariennes les plus importantes : &#224; la protestation contre l'arrestation et l'assassinat de Ferrer, aux agitations contre la guerre de Lybie, &#224; la semaine rouge, aux d&#233;sordres d'ao&#251;t 1917 contre la guerre mondiale imp&#233;rialiste, aux Conseils d'usine, &#224; l'occupation des usines, &#224; la lutte antifasciste, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur le Groupe Libertaire Turinois nous reprenons volontiers ces informations du camarade Garino : &#171; Le Groupe Barriera di Milano qui a tant donn&#233; au mouvement ouvrier turinois dans la p&#233;riode 1910-1922 &#233;tait le plus nombreux et homog&#232;ne et compos&#233; presque exclusivement d'ouvriers. A part moi-m&#234;me, Ferrero y adh&#233;rait et en a &#233;t&#233; le secr&#233;taire pendant quelques ann&#233;es puis laissa sa place pour devenir secr&#233;taire de la Fiom de la province ; et aussi Vianello, Mairone Antonio, intern&#233; plus tard dans les camps de concentration nazis, Garino Antonio, Piolatto, Carabba Quirico, Berra, Cocchi, Carrara et beaucoup d'autres tout aussi dignes que l'on se souvienne d'eux mais dont malheureusement je ne sais plus le nom &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous avons traduit accantonamento (litt&#233;ralement : cantonnement) par &#171; isolement &#187; qui exprime mieux la th&#232;se d&#233;fendue par &#171; L'Ordine Nuovo &#187; : le pouvoir grandissant des Conseils entra&#238;ne de fait l'extinction de l'&#201;tat qui se trouve r&#233;duit &#224; une forme sans contenu ni pouvoir (NdT).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Guerra di Classe &#187;, an VI, n. 1, 1 janvier 1920.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#171; Umanit&#224; Nova &#187;, 18 juin 1920.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Annexes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir reproduction int&#233;grale en annexes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;ANNEXES&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;POUR LE CONGRES DES CONSEILS D'USINE AUX OUVRIERS ET PAYSANS D'ITALIE&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Appel lanc&#233; par &#171; L'Ordine Nuovo &#187; (a. I, n. 42, 27 mars 1920) de Turin et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ouvriers de Turin !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques mois se sont &#233;coul&#233;s depuis que gr&#226;ce &#224; vous le mouvement pour la constitution des Conseils d'usine a pris son essor dans l'industrie turinoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s plus de six mois de discussions, d'&#233;preuves et de dur travail, la nature et les buts de ce mouvement sont d&#233;sormais clairs. On voit maintenant quels sont ses &#233;l&#233;ments de valeur transitoire, quels sont au contraire les nouveaux principes essentiels qui inspirent la formation des organismes dans lesquels la vie et la lutte de votre classe trouvent une nouvelle forme. On voit les principes pour lesquels vous vivez et travaillez et pour lesquels vous &#234;tes pr&#234;ts &#224; lutter. Il faut tirer les conclusions du travail accompli, en extraire une norme s&#251;re pour l'avenir, utiliser les fruits de la pr&#233;cieuse exp&#233;rience que vous avez recueillie dans la tentative de r&#233;soudre les probl&#232;mes qui se pr&#233;sentent &#224; l'heure actuelle &#224; quiconque participe &#224; la vie de la classe ouvri&#232;re. Vous avez d&#233;montr&#233;, en vous mettant directement, spontan&#233;ment au travail, que vous jugez cette m&#233;thode sup&#233;rieure &#224; l'autre, qui conseille d'attendre les enseignements et les plans provenant de haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous avez d&#233;montr&#233; que vous voulez vous-m&#234;mes devenir les ma&#238;tres de votre destin, que vous comprenez la r&#233;demption de la classe des travailleurs comme une oeuvre que les travailleurs eux-m&#234;mes doivent r&#233;aliser. Vous avez d&#233;montr&#233; qu'une nouvelle conscience est n&#233;e en vous ; conscience qui cherchait une forme et un mode d'action dans lesquels se concr&#233;tiser et s'affirmer, et cette forme vous avez su la trouver. Les discussions que vous aurez aujourd'hui, les solutions que vous estimerez bonnes d'adopter, les plans que vous proposerez auront l'inestimable valeur d'&#234;tre soutenus par une connaissance qui s'est form&#233;e dans les faits, par une volont&#233; qui s'est consolid&#233;e dans l'action, par une r&#233;solution qui s'est renforc&#233;e, qui est devenue confiance tenace et in&#233;branlable. Nous jugeons donc que le moment est venu de vous inviter &#224; un congr&#232;s qui examine la quantit&#233; et la qualit&#233; du travail accompli jusqu'&#224; pr&#233;sent et dans quelle direction il faut poursuivre. Nous invitons &#224; y participer &#224; vos c&#244;t&#233;s les ouvriers des usines et les paysans de toute l'Italie, par l'interm&#233;diaire de leurs repr&#233;sentants directs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ouvriers de toute l'Italie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appel &#224; ce Congr&#232;s de Turin que nous vous adressons au nom des ouvriers turinois n'est ni un signe de vanit&#233;, ni d'orgueil particulier. Les ouvriers turinois sont persuad&#233;s que, s'ils se sont trouv&#233;s &#224; l'avant-garde du mouvement de pr&#233;paration pr&#234;t &#224; la gestion communiste future de l'usine et de la soci&#233;t&#233;, cela ne constitue pas pour eux un titre sp&#233;cial de fiert&#233; si ce n'est parce que c'est le signe qu'ils se sont retrouv&#233;s pour vivre et travailler dans des conditions sp&#233;ciales qui ont favoris&#233; le d&#233;veloppement d'une conscience r&#233;volutionnaire et une capacit&#233; de reconstruction dans la masse des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la concentration industrielle et la discipline unitaire instaur&#233;e dans les usines de Turin sont des conditions qui ont tendance &#224; s'&#233;tendre &#224; tout le monde de l'&#233;conomie bourgeoise, ce sont les conditions dans lesquelles la classe des patrons cherche son salut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ouvriers, vos patrons, vos ennemis cherchent &#224; r&#233;soudre aujourd'hui le probl&#232;me de la conservation dans leurs mains du pouvoir social, par la cr&#233;ation d'un syst&#232;me national et mondial qui garantisse le profit sans travail, qui d&#233;fende leur activit&#233; absolue, qui leur permette de vous repousser, lorsqu'ils en auront la force, dans l'ab&#238;me d'obscurit&#233; et de mis&#232;re dont vous voulez sortir &#224; tout prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Votre volont&#233; et votre conscience d'hommes se rebellent. Mais cette r&#233;bellion restera st&#233;rile, s'&#233;puisera en vaines tentatives de r&#233;volte sporadique, facilement ma&#238;trisables, difficilement dirig&#233;es vers un but durable, si vous ne parvenez pas &#224; renouveler les formes de la lutte que vous voulez entreprendre, qui s'&#233;tend toujours plus et devient &#226;pre et difficile. Vous devez passer de la d&#233;fense &#224; la conqu&#234;te, tout le monde vous le r&#233;p&#232;te, mais comment ? Les organismes de r&#233;sistance, qui vous ont conduits jusqu'&#224; pr&#233;sent, o&#249; vous vous r&#233;unissiez par cat&#233;gorie et par m&#233;tier, ont-ils en eux-m&#234;mes la possibilit&#233; de se transformer valablement vers les nouveaux buts, vers les nouvelles m&#233;thodes de lutte ? Tout d'abord leur cristallisation dans une forme bureaucratique est tr&#232;s nuisible. Elle les emp&#234;che de r&#233;pondre directement aux besoins, &#224; la volont&#233;, &#224; la conscience des masses, qui aujourd'hui, en p&#233;riode r&#233;volutionnaire, se transforment rapidement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de plus : la lutte de conqu&#234;te doit &#234;tre men&#233;e avec des armes conqu&#233;rantes et non plus de d&#233;fense seulement. Une nouvelle organisation doit se d&#233;velopper, comme opposition directe aux organismes de gouvernement des patrons. Elle doit donc na&#238;tre spontan&#233;ment sur les lieux de travail, et r&#233;unir tous les travailleurs car tous, en tant que producteurs, sont soumis &#224; une autorit&#233; qui leur est &#233;trang&#232;re et dont ils doivent se lib&#233;rer. Le pouvoir du patron prend sa forme concr&#232;te dans les organismes qui r&#232;glent la production capitaliste. La volont&#233; de votre classe aussi doit se concr&#233;tiser dans une forme d'organisation qui adh&#232;re au proc&#232;s de la production, et dans laquelle chacun de vous soit amen&#233; &#224; acqu&#233;rir la capacit&#233; d'auto-gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pour vous l'origine de la libert&#233; : l'origine d'une formation sociale qui s'&#233;tendra rapidement et universellement, et vous permettra d'&#233;liminer l'exploiteur et l'interm&#233;diaire du terrain &#233;conomique, de devenir vous-m&#234;mes les patrons, les ma&#238;tres de vos machines, de votre travail, de votre vie, du destin de votre classe, d'&#234;tre finalement les plus forts, dans la lutte des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais m&#234;me les organismes syndicaux se renforceront au contact intime avec les organismes de repr&#233;sentation des usines. On brisera l'oppression de la structure bureaucratique, l'on cherchera &#224; d&#233;passer m&#234;me dans le terrain syndical le principe de l'union par m&#233;tier, pour appliquer le principe nouveau de l'union par unit&#233; de production. L'on pr&#233;parera ainsi des organismes qui auront en eux-m&#234;mes dans un prochain avenir la capacit&#233; non plus de r&#233;gler les conditions du march&#233; de la main d'oeuvre salari&#233;e, mais de coordonner l'oeuvre des producteurs associ&#233;s pour faire valoir, sur le terrain &#233;conomique, seulement leur volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ouvriers, l'action des Commissaires d'atelier et des Conseils d'usine est la pr&#233;paration &#224; la r&#233;volution communiste de la soci&#233;t&#233;. Le fait qu'elle parte de l'&#233;quipe de travail, de l'unit&#233; &#233;l&#233;mentaire de production, ne lui enl&#232;ve pas ce caract&#232;re. Au contraire, ayant en elle tant de force, elle peut esp&#233;rer triompher avec la conqu&#234;te de tout le pouvoir social. Les patrons l'ont bien compris, ils dressent l'oreille, ils sont en train de se mettre d'accord pour coordonner leur action, afin de vous livrer bataille lorsqu'ils le jugeront bon. Vous devez aussi vous organiser dans le m&#234;me but, afin d'&#234;tre les plus forts &#224; l'heure supr&#234;me, pour ne pas disperser pr&#233;matur&#233;ment vos forces, pour les accro&#238;tre dans la concorde, dans l'union, dans un m&#234;me programme d'action. L'unit&#233; des prol&#233;taires, bien que recherch&#233;e en vain par des accords entre les diff&#233;rents organismes de direction, entre les chefs, s&#233;par&#233;s par des rivalit&#233;s personnelles, est n&#233;anmoins n&#233;cessaire &#224; votre victoire. Et bien, nous croyons qu'elle na&#238;tra spontan&#233;ment quand vous vous unirez tous, dans l'atelier o&#249; vous &#234;tes tous &#233;gaux, pour cr&#233;er des institutions qui repr&#233;sentent et expriment votre r&#233;elle volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paysans, c'est &#224; vous aussi que nous adressons l'appel &#224; participer aux travaux du Congr&#232;s des commissaires d'atelier, parce que vous aussi vous &#234;tes opprim&#233;s par la structure capitaliste pesante que les ouvriers veulent briser. C'est ici, dans les villes, que se trouvent le centre des banques qui absorbent vos &#233;conomies, qui vous les volent pour les consacrer &#224; financer les activit&#233;s de rapine du capitalisme. C'est ici que se trouvent les repr&#233;sentants du pouvoir d'Etat que vous consid&#233;rez comme un ennemi, parce qu'il garantit le droit de vos patrons et de vos exploiteurs. Les ouvriers sont vos alli&#233;s naturels, mais il vous faut vous mettre sur la m&#234;me voie qu'eux et pr&#233;parer d&#232;s l'heure tous les organismes aptes &#224; vous donner le pouvoir &#233;conomique et social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Travailleurs, camarades :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Congr&#232;s des Commissaires d'atelier qui aura lieu &#224; Turin avec la participation des ouvriers et des paysans de toute l'Italie va pouvoir marquer une date importante dans l'histoire du d&#233;veloppement de la r&#233;volution prol&#233;tarienne italienne. Nous aimerions qu'il en &#233;merge, si ce n'est une fa&#231;on de voir explicite nouvelle, tout au moins le premier signe que toute la classe a commenc&#233; &#224; s'organiser pour une conqu&#234;te effective, et que les travailleurs de l'Italie enti&#232;re se mettent spontan&#233;ment &#224; &#233;tudier les probl&#232;mes que la r&#233;volution leur pr&#233;sente, et qu'ils cherchent &#224; les r&#233;soudre de fa&#231;on unitaire, concr&#232;te, coh&#233;rente. Nous voulons que ce Congr&#232;s soit une manifestation de force et de s&#233;rieux d'une classe qui est &#224; la veille de sa lib&#233;ration. A vous de r&#233;aliser ce programme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;RAPPORT SUR LES CONSEILS D'USINE ET ENTREPRISE&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pr&#233;sent&#233; par Maurizio Garino au congr&#232;s de l'Union anarchiste italienne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me des Conseils d'usine et d'entreprise rev&#234;t en ce moment une importance particuli&#232;re en ce qui concerne le mouvement anarchiste communiste. Issu de raisons sociales profondes, il s'est impos&#233; en peu de temps &#224; l'attention des organisations politiques et &#233;conomiques de la classe ouvri&#232;re, apparaissant comme un postulat de premier ordre. Surgi au d&#233;but d'un centre industriel o&#249; l'existence d'&#233;tablissements &#233;normes avait cr&#233;&#233; des conditions tr&#232;s favorables, il s'est diffus&#233; dans plusieurs localit&#233;s. Maintenant, les tentatives de cr&#233;ation des conseils sont nombreuses, dans les conditions les plus diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, ce nouvel organisme s'est fray&#233; un chemin &#224; travers des obstacles importants. L'ambiance m&#234;me de la premi&#232;re exp&#233;rience o&#249; il s'est d&#233;roul&#233;, a offert de grandes facilit&#233;s, et elle a &#233;galement offert, pour des raisons diverses, de tenaces r&#233;sistances. Les plus importantes, au d&#233;but, apparurent sur le plan syndical, mais elles furent d&#233;pass&#233;es par l'&#233;lan des organis&#233;s eux-m&#234;mes. D'&#226;pres r&#233;sistances furent oppos&#233;es par les patrons de l'industrie, d&#232;s qu'ils eurent la certitude que les conseils tels que nous les entendions annon&#231;aient la r&#233;volution et non la collaboration ; profitant d'une situation qui nous &#233;tait d&#233;favorable, ils donn&#232;rent l'assaut avec l'intention de nous &#233;touffer. Malgr&#233; tout cela, les conseils se renforcent aujourd'hui, entra&#238;nant dans leur orbite de nombreux &#233;l&#233;ments qui leur &#233;taient contraires, gagnant chaque jour plus de sympathie dans le milieu ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc opportun de notre part d'examiner cette importante question non seulement pour &#233;clairer et pr&#233;ciser notre attitude &#224; son &#233;gard, mais &#233;ventuellement pour nous pr&#233;parer &#224; d&#233;fendre les conseils contre de possibles d&#233;viations, que des organisations ou des hommes de droite pourraient leur imprimer. La conviction que nous sommes finalement &#224; la veille d'une transformation sociale qui, si elle ne nous m&#232;nera pas &#224; la r&#233;alisation des postulats les plus importants de l'id&#233;e anarchiste, d&#233;blayera certainement le terrain pour des conqu&#234;tes ult&#233;rieures, est une pr&#233;misse indispensable avant d'affronter l'&#233;tude des conseils. La n&#233;cessit&#233; de forger, dans la recherche de possibilit&#233;s bien d&#233;limit&#233;es, des armes mieux adapt&#233;es &#224; la pouss&#233;e r&#233;volutionnaire, nous a conseill&#233; de favoriser l'&#233;closion de ces nouveaux organismes. Ce sont des instruments excellents : d'abord pour l'action imm&#233;diate, ensuite pour garantir la continuit&#233; de la production dans la p&#233;riode insurrectionnelle et enfin parce qu'ils peuvent &#234;tre les cellules de base de la gestion communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conseil d'usine est un organisme en soi. Il regroupe tous les producteurs manuels et intellectuels sur le lieu m&#234;me du travail. Etant &#233;difi&#233; sur les diff&#233;rents moments de la production, il donne une garantie pour conna&#238;tre tout le processus de la production. Par cons&#233;quent, il a en soi des qualit&#233;s suffisantes pour assumer l'&#233;ventuelle gestion, en se d&#233;barrassant de l'enveloppe capitaliste, en rejetant hors du syst&#232;me de production tous les &#233;l&#233;ments parasites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, comme moyen de lutte r&#233;volutionnaire imm&#233;diate, le conseil est parfaitement adapt&#233;, tant qu'il n'est pas influenc&#233; par des &#233;l&#233;ments non communistes. Il substitue &#224; la mentalit&#233; du salariat la conscience du producteur, en donnant au mouvement ouvrier une tendance claire &#224; l'expropriation. Une des plus grandes qualit&#233;s des conseils comme moyen de lutte r&#233;volutionnaire est pr&#233;cis&#233;ment celle-ci : il porte la lutte de classe sur son terrain naturel et il la dote d'une grande force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ascendant que la machine poss&#232;de sur l'ouvrier est immense. Donnez-lui la sensation tangible que la machine, sur laquelle il passe une grande partie de son existence et &#224; laquelle il est indissolublement li&#233;, peut et doit lui appartenir, et vous verrez qu'il demandera son droit sur elle, m&#234;me s'il n'est pas un ouvrier consid&#233;r&#233; comme &#034; subversif &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a confondu le conseil d'usine avec le soviet. Il est utile de r&#233;p&#233;ter que tandis que le premier encadre tous les producteurs sur le lieu de travail, dans le but de g&#233;rer les moyens de production, le deuxi&#232;me est l'organe politique, par lequel les communistes autoritaires entendent exercer leur pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conseil tel que nous l'entendons, devrait &#234;tre le travail librement associ&#233; et coordonn&#233; pour produire les denr&#233;es et les objets n&#233;cessaires &#224; la communaut&#233;. Loin de nous l'intention de dicter a priori une quelconque norme fixe, qui devrait organiser demain les relations entre les personnes. Nous laissons cet objectif &#224; la r&#233;volution sociale, qui fera son chemin sans s'occuper des sch&#233;mas de tel ou tel parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comme nous sommes convaincus que la production loin de diminuer doit augmenter le lendemain m&#234;me de l'insurrection et comme nous jugeons absurde dans les conditions actuelles de d&#233;truire et de d&#233;sorganiser les grands complexes industriels, o&#249; se trouvent les syst&#232;mes de production les plus avantageux et les plus rapides, nous sommes d&#233;cid&#233;s &#224; nous pr&#233;server de toute surprise en constituant d&#232;s maintenant une libre conf&#233;d&#233;ration de conseils. Au fur et &#224; mesure des besoins, elle formera des bureaux techniques et de statistiques, en &#233;tendant un r&#233;seau de rapports utiles entre les diff&#233;rentes communaut&#233;s qui auront indiscutablement int&#233;r&#234;t &#224; se mettre d'accord sur un travail d'entraide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons parl&#233; plus haut des soviets. Il est bon de pr&#233;ciser les rapports que, d'apr&#232;s les communistes autoritaires, les conseils d'usine devraient avoir avec ces organismes, sans approfondir les raisons qui nous portent &#224; croire que nous ne pouvons pas adh&#233;rer au syst&#232;me des soviets et &#224; leur fonction, comme les veulent les socialistes et tels que m&#234;me la Troisi&#232;me Internationale les a fix&#233;s. Nous jugeons que si nous devrons subir le soviet politique, il ne doit toutefois absolument pas s'introduire dans la vie des conseils d'usine. Voil&#224; pourquoi nous sommes r&#233;solument contraires aux superstructures politiques qui enveloppent les organismes de production afin de les maintenir dans l'orbite de l'Etat, m&#234;me socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les communistes autoritaires les conseils d'usine de l'entreprise devraient &#234;tre une partie des &#233;l&#233;ments constituant le soviet. C'est-&#224;-dire que le conseil devrait nommer ses repr&#233;sentants au soviet de la ville, de la province, etc... lesquels, devraient assumer avec les repr&#233;sentants des conseils des autres fractions productives, la fonction des actuels conseils municipaux, d&#233;partementaux, etc... jusqu'&#224; remplacer le parlement (repr&#233;sentants des diff&#233;rentes classes sociales, repr&#233;sentants nationaux des seuls producteurs) par le commissariat central des soviets, et le gouvernement actuel par le Conseil des commissaires du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident qu'en prenant le premier &#233;l&#233;ment de repr&#233;sentation au soviet dans le conseil d'usine ou d'atelier, les communistes le rev&#234;tent d'un mandat politique et jettent ainsi les bases de la dictature prol&#233;tarienne au beau milieu d'un organisme qui doit par sa nature rester &#233;tranger &#224; toute fonction de gouvernement. Au contraire, cette nature rend d'apr&#232;s nous le conseil un organisme authentiquement anti-&#233;tatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les finalit&#233;s des conseils, tels que les veulent nos &#171; cousins &#187;, divergent donc fondamentalement des n&#244;tres. Tandis que nous visons &#224; abattre tout pouvoir et acceptons le conseil en tant qu'organisme anti-&#233;tatique, ils veulent y jeter les bases du nouvel Etat, in&#233;luctablement centralisateur et autoritaire, lui faisant d&#233;velopper sa fonction &#224; travers la hi&#233;rarchie repr&#233;sentative des diff&#233;rentes gradations des soviets. Nous avons dit plus haut qu'&#224; leur naissance les conseils ont trouv&#233; des obstacles de la part d'organismes syndicaux pr&#233;existants. Comme ces r&#233;sistances &#233;taient motiv&#233;es par de profondes raisons d'ordre public et syndical, il est bien d'en parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vieilles organisations &#233;conomiques &#224; syst&#232;me centralis&#233; (conf&#233;d&#233;rales) et leurs dirigeants, ont vu dans l'institution des conseils (tels que nous les entendons) un grave danger, un danger m&#234;me mortel pour les syndicalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte que les personnes organis&#233;es de cette ville ont d&#251; soutenir pour ouvrir une br&#232;che dans la vieille mentalit&#233; syndicale a &#233;t&#233; tr&#232;s dure. &lt;br class='autobr' /&gt;
La victoire qu'ils ont remport&#233;e correspondait aux besoins de la masse ouvri&#232;re, lass&#233;e d&#233;sormais d'une discipline pas toujours n&#233;cessaire, et qui aspirait &#224; une plus grande libert&#233; d'action. La transformation de ces organisations fut le premier but des partisans des conseils qui, &#224; travers le syndicat, r&#233;ussirent par la suite &#224; faciliter le d&#233;veloppement des conseils. L'innovation consistait &#224; donner un droit de d&#233;lib&#233;ration dans le syndicat &#224; l'assembl&#233;e des commissaires d'atelier, qui tout en &#233;tant organis&#233;s, &#233;taient &#233;lus par tous les ouvriers syndiqu&#233;s ou non, indistinctement - &#224; raison d'un &#233;lu pour trente ouvriers -. Il est facile de comprendre pourquoi un tel syst&#232;me &#233;tait inacceptable pour cette organisation puisque les inorganis&#233;s auraient influenc&#233; les directives du syndicat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicalistes d&#233;siraient donc limiter la nomination des commissaires d'atelier par les ouvriers. Cependant le syst&#232;me que nous avons choisi et qui confondait - durant un certain temps - le conseil d'usine avec le syndicat, repr&#233;sentait le seul modus vivendi qui sauvait l'esprit des conseils d'usine et &#233;liminait dans la p&#233;riode de l'action des oppositions trop graves entre les conseils et le syndicat, en fournissant de cette mani&#232;re une base unique de d&#233;lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, en excluant les inorganis&#233;s du droit de vote, on ajoutait un nouvel appendice au syndicat. Le contraste entre les deux th&#232;se est &#233;vident ; l'acceptation de la th&#232;se syndicale aurait compl&#232;tement d&#233;natur&#233; les conseils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une seconde th&#232;se soutenue par les socialistes centristes est l'&#233;lection des conseils par tous les producteurs, qui ont droit &#224; &#233;lire des commissaires. Cependant ces commissaires sont tenus &#224; l'&#233;cart de la direction syndicale et admis uniquement en tant qu'organe consultatif et charg&#233; de certaines t&#226;ches syndicales dans les ateliers en attendant que les syndicats prennent la direction des entreprises. Cette th&#232;se est &#233;galement oppos&#233;e &#224; l'esprit des conseils en tant qu'elle les soumet &#224; des organismes auxquels - tout en ayant aujourd'hui quelques points de contact - ils ne peuvent en aucun cas &#234;tre soumis, puisqu'ils tirent exclusivement de l'unanimit&#233; des producteurs leur raison d'&#234;tre, ce qui est profond&#233;ment diff&#233;rent de ce qui anime les syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accusation de vouloir tuer les syndicats nous a &#233;t&#233; injustement faite en plusieurs occasions. Nous admettons que l'action des syndicats est en partie absorb&#233;e par le conseil, mais nous avons la conviction que ce dernier exerce une influence f&#233;conde sur le syndicat, puisqu'il le rapproche des vibrations de la masse, en le mettant en mesure d'interpr&#233;ter de pr&#232;s les besoins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous reconnaissons donc implicitement que les syndicats ont encore aujourd'hui plusieurs raisons d'exister, d'exercer des fonctions encore n&#233;cessaires. Nous leur refusons cependant la possibilit&#233; d'aller plus loin - pas de fa&#231;on absolue naturellement - que la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts des ouvriers comme salari&#233;s et de cr&#233;er - comme le conseil le fait avec une relative facilit&#233; - une prise de conscience claire de l'expropriation communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous reconnaissons cependant que le conseil a aujourd'hui une base commune avec les syndicats. Ces derniers, en tant qu'organes de protection des int&#233;r&#234;ts ouvriers comme salariat, s'engagent &#224; observer des pactes et des accords pris au nom de la collectivit&#233;, pour plusieurs usines. Le pouvoir des syndicats s'&#233;tend donc sur de vastes groupements d'usines et, surtout aujourd'hui o&#249; la tendance &#224; cr&#233;er de grands syndicats d'industries, va jusqu'aux cat&#233;gories les plus r&#233;calcitrantes p&#233;n&#232;tre dans l'usine en tant que contr&#244;le de l'application et du respect des pactes de travail des conseils, compos&#233;s presque toujours des m&#234;mes adh&#233;rents que l'organisation syndicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce terrain le conseil est oblig&#233; en fait d'aider le syndicat (dire qu'il ne le fera pas officiellement est un sophisme), sauf dans le cas o&#249; cette fonction deviendrait un objectif, ce qui comme nous l'avons vu, d&#233;naturerait le conseil. Trop souvent cette fonction que les conseils acceptent &#224; contrecoeur, leur a donn&#233; l'aspect de suite des vieilles commissions internes. Ainsi , on s'est bas&#233; sur le fait que dans certaines localit&#233;s la commission interne exer&#231;ait de grandes fonctions dont certaines &#233;taient fusionn&#233;e avec les syndicats d'industrie, pour dire que sa structure est identique au... conseil d'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La comparaison n'est valable que superficiellement, mais si nous voulons au contraire approfondir nous trouverons une nette diff&#233;rence, pour les raisons d&#233;j&#224; expos&#233;es, et non seulement &#224; cause de notre fa&#231;on de voir les conseils, mais aussi &#224; cause de celle des communistes autoritaires. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui les diff&#233;rentes th&#232;ses tendent &#224; se diviser entre deux conceptions fondamentales : le conseil en tant qu'organisme anti-&#233;tatique et le conseil en tant qu'organisme de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau pratique les partisans de celles-ci appliquent g&#233;n&#233;ralement leurs id&#233;es fondamentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les rapports entre les conseils et les syndicats les &#233;l&#233;ments socialistes, des centristes aux communistes, se sont mis d'accord en ligne g&#233;n&#233;rale sur une plateforme (congr&#232;s de la bourse de Turin, motion Tasca), qui tout en voulant laisser aux conseils la possibilit&#233; d'un d&#233;veloppement, garantit le syndicat contre l'influence des &#233;l&#233;ments non adh&#233;rents, par la cr&#233;ation de conseils g&#233;n&#233;raux form&#233;s par les comit&#233;s ex&#233;cutifs des conseils d'usine des ateliers o&#249; les organis&#233;s regroupent 75% des ouvriers, et de commissions sp&#233;ciales nomm&#233;es par les seuls organis&#233;s s'ils sont moins de 75%. L'intention du professeur Tasca est nous le croyons, ainsi que ceux qui ont accept&#233; sa motion (car je suppose qu'elle servira de base pour les discussions ult&#233;rieures au congr&#232;s socialiste) de suivre les conceptions &#233;labor&#233;es &#224; ce sujet par la Troisi&#232;me Internationale (th&#232;se Zinoviev), qui serait d'apr&#232;s Tasca la voie interm&#233;diaire entre la th&#232;se anarchiste et celle r&#233;formiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour notre part, ayant eu la chance de nous trouver pr&#233;sents &#224; ce congr&#232;s et de participer aux discussions, nous avons pr&#233;sent&#233; une motion &#224; ce sujet, conform&#233;ment &#224; nos conceptions et qui a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; approuv&#233;e par le congr&#232;s anarchiste du Pi&#233;mont. Et nous vous la soumettons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons pas la pr&#233;somption de croire que le probl&#232;me est r&#233;solu. Nous vous avons seulement soumis le mat&#233;riel &#224; notre disposition &#224; ce sujet et qui est le fruit de la dure exp&#233;rience des premiers conseils en Italie, de leur naissance &#224; aujourd'hui. Nous vous avons aussi expos&#233; synth&#233;tiquement et objectivement quelques-unes des th&#232;ses principales. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour conclure, nous jugeons souhaitable de la part des anarchistes communistes de favoriser la cr&#233;ation et le d&#233;veloppement de ces instruments de lutte et de conqu&#234;te sans en faire toutefois l'unique terrain d'action et de propagande, et comme par le pass&#233; sans nous enfermer dans le seul plan syndical, tout en continuant &#224; d&#233;velopper notre plus grande activit&#233; sur le terrain politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, sans nous faire des illusions excessives sur les vertus des conseils d'usine qui ne sont nullement miraculeuses, nous vous invitons &#224; impr&#233;gner d'esprit anarchiste ces nouveaux organismes tr&#232;s utiles &#224; la r&#233;volution et, si nous savons nous les rendre proches, au communisme anti-autoritaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous avons en partie utilis&#233; la traduction publi&#233;e par le groupe Noir et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;AUX OUVRIERS METALLURGISTES !&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un groupe d'ouvriers anarchistes (S&#251;rement r&#233;dig&#233; avec Malatesta ; &#171; Umanit&#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Vous vous &#234;tes empar&#233;s des usines, vous avez fait ainsi un pas important vers l'expropriation de la bourgeoisie et la mise &#224; la disposition des travailleurs des moyens de production. Votre acte peut &#234;tre, doit &#234;tre le d&#233;but de la transformation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moment est plus propice que jamais. Le gouvernement est impuissant et n'ose vous attaquer. Tout le prol&#233;tariat, des villes et des campagnes, vous regarde avec une f&#233;brile anxi&#233;t&#233; et est pr&#234;t &#224; suivre votre exemple. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si vous demeurez unis et fermes vous pourrez avoir fait la r&#233;volution sans qu'une goutte de sang ne soit vers&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quelques jours plus tard, dans &#171; Umanit&#224; Nova &#187; paraissait comme commentaire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais pour que cela soit r&#233;alit&#233;, il faut que le gouvernement sente que vous &#234;tes fermement d&#233;cid&#233;s &#224; r&#233;sister en utilisant s'il le faut les moyens les plus extr&#234;mes. Si au contraire il vous croit faibles et h&#233;sitants, il se tiendra sur ses gardes et tentera d'&#233;touffer le mouvement en massacrant et en pers&#233;cutant. Mais m&#234;me si le gouvernement tente de r&#233;primer, en particulier s'il essaie, tout le prol&#233;tariat s'insurgera pour vous d&#233;fendre. Cependant un danger vous menace : celui des transactions et des concessions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sachant qu'ils ne peuvent vous attaquer de front, les industriels vont essayer de vous leurrer. Ne tombez pas dans le pi&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps n'est plus aux pourparlers et aux p&#233;titions. Vous jouez le tout pour le tout, tout comme les patrons. Pour faire &#233;chouer votre mouvement, les patrons sont capables de conc&#233;der tout ce que vous demandez. Et lorsque vous aurez renonc&#233; &#224; l'occupation des usines et qu'elles seront gard&#233;es par la police et l'arm&#233;e, alors gare &#224; vous !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne c&#233;dez donc pas. Vous avez les usines, d&#233;fendez-les par tous les moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entrez en rapport d'usine &#224; usine et avec les cheminots pour la fourniture des mati&#232;res premi&#232;res ; mettez-vous d'accord avec les coop&#233;ratives et les gens. Vendez et &#233;changez vos produits sans vous occuper des ex-patrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne doit plus y avoir de patrons, et il n'y en aura plus, si vous le voulez.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;SANS REPANDRE UNE SEULE GOUTTE DE SANG&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Umanit&#224; Nova &#187; du 13 septembre 1920.&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous avons dit que la nouvelle m&#233;thode d'action r&#233;volutionnaire entreprise par les ouvriers m&#233;tallurgistes de prendre possession des usines, si elle &#233;tait suivie par toutes les autres cat&#233;gories de travailleurs, de la terre, des mines, du b&#226;timent, du chemin de fer, des d&#233;p&#244;ts de marchandises de tout genre, des moulins, des fabriques de p&#226;tes alimentaires, des magasins, des maisons, etc., am&#232;nerait la r&#233;volution, qui se ferait m&#234;me sans r&#233;pandre une seule goutte de sang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce qui semblait &#234;tre jusqu'&#224; hier un r&#234;ve, commence aujourd'hui &#224; &#234;tre une chose possible, &#233;tant donn&#233; l'&#233;tat d'&#226;me du prol&#233;tariat et la rapidit&#233; par laquelle les initiatives r&#233;volutionnaires se propagent et s'intensifient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cet espoir que nous avons ne signifie pas que nous croyons au repentir des classes privil&#233;gi&#233;es et &#224; la passivit&#233; du gouvernement. Nous ne croyons pas aux d&#233;clins paisibles. Nous connaissons toute la rancoeur et toute la f&#233;rocit&#233; de la bourgeoisie et de son gouvernement. Nous savons qu'aujourd'hui, comme toujours, les privil&#233;gi&#233;s ne renoncent que s'ils sont oblig&#233;s par la force ou par la peur de la force. Et si pour un instant nous pouvions l'oublier, la conduite quotidienne et les propos exprim&#233;s tous les jours par les industriels et par le gouvernement avec leurs gardes royales, leurs carabiniers, leurs sbires soudoy&#233;s en uniforme ou non, sont l&#224; pour nous le rappeler. Il y aurait l&#224; pour nous le rappeler, le sang des prol&#233;taires, le sang de nos camarades assassin&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais nous savons aussi que le plus violent des tyrans devient bon s'il a la sensation que les coups seront tous pour lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pourquoi nous recommandons aux travailleurs de se pr&#233;parer &#224; la lutte mat&#233;rielle, de s'armer, de se montrer r&#233;solus &#224; se d&#233;fendre et &#224; attaquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me est, et reste, un probl&#232;me de force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La phrase sans une seule goutte de sang, prise au pied de la lettre, restera, malheureusement !, une fa&#231;on de dire. Mais il est certain que plus les travailleurs seront arm&#233;s, plus ils seront r&#233;solus &#224; ne s'arr&#234;ter devant aucune extr&#233;mit&#233;, et moins la r&#233;volution r&#233;pandra de sang. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette noble aspiration de ne pas r&#233;pandre de sang ou d'en r&#233;pandre le moins possible, doit servir comme encouragement &#224; se pr&#233;parer, &#224; s'armer toujours plus. Parce que plus nous serons forts et moins de sang coulera.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA PROPAGANDE DU CAMARADE ERRICO MALATESTA&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Umanit&#224; Nova &#187; du 16 septembre 1920.&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans l'apr&#232;s-midi d'hier notre camarade Errico Malatesta a visit&#233; les &#233;tablissements m&#233;tallurgiques Levi e Bologna, et l'usine de chaussures Bernina, invit&#233; par les ouvriers de ces usines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les trois &#233;tablissements le travail continue dans l'ordre, malgr&#233; l'absence des techniciens et des employ&#233;s. L'enthousiasme est tr&#232;s vif et tous les ouvriers n'entendent plus c&#233;der les usines &#224; l'exploiteur oisif : l'ancien patron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Errico Malatesta a parl&#233;, et a &#233;t&#233; applaudi par les ouvriers et les ouvri&#232;res de Messieurs Bologna e Levi, &#224; peine la journ&#233;e de travail termin&#233;e. Il a illustr&#233; l'importance du mouvement d'expropriation actuel, l'in&#233;luctabilit&#233; de la r&#233;volution sociale. &#171; Vous avez commenc&#233; - a dit l'orateur - la r&#233;volution en Italie. Les r&#233;volutions du pass&#233; avaient chang&#233; de gouvernement, sans d&#233;truire le syst&#232;me social bourgeois. Aujourd'hui au contraire les ouvriers ont pris possession des moyens de production, et par cet acte nouveau ils ont commenc&#233; la vraie r&#233;volution. Les patrons devront travailler comme vous et avec vous, s'ils veulent manger. Le gouvernement est impuissant &#224; arr&#234;ter votre marche par la seule force brute. Bourgeoisie et gouvernement tenteront alors de vous leurrer : ils vous promettront beaucoup, tout ce que vous demanderez, les augmentations de salaires et le contr&#244;le d'entreprise qui n'est qu'un pi&#232;ge, tout pour redevenir patrons. Si vous c&#233;dez, vous rentrerez &#224; l'usine en esclaves, vos ateliers seront pr&#233;sid&#233;s par les gardes royales et les mitraillettes. Tout le prol&#233;tariat doit &#233;videmment intervenir, malgr&#233; les t&#226;tonnements et les ind&#233;cisions de vos dirigeants. Vous ne devez c&#233;der les usines &#224; aucun prix ; vous devez tenir dur. Malgr&#233; les d&#233;cisions des &#034;pompiers&#034; la cause de la r&#233;volution n'est pas encore perdue ; il faut que les douches froides de vos chefs n'aient pas prise sur vous, si vous voulez que cette fois soit la bonne pour vous &#233;manciper. Rappelez-vous de la noble mission que l'histoire vous a confi&#233; : une mission de lib&#233;ration et de progr&#232;s &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
A la fin de son discours notre camarade a &#233;t&#233; vivement applaudi.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;TOUT N'EST PAS FINI !&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Umanit&#224; Nova &#187; du 22 septembre 1920.&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tout n'est pas fini !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'apr&#232;s-midi du 20, Errico Malatesta, r&#233;clam&#233; avec insistance, se rendait &#224; l'atelier de Fibre Vulcanis&#233;e rue Monza &#224; Milan, malgr&#233; la &#034; f&#234;te nationale &#034; on y travaillait ferme, comme du reste dans les autres ateliers occup&#233;s. Aux ouvriers et aux ouvri&#232;res r&#233;unis dans la cour &#224; l'heure de la sortie, notre camarade tint un bref discours en appliquant notre pens&#233;e &#224; la situation cr&#233;&#233;e &#224; la suite de l'accord entre les dirigeants ouvriers et les patrons, conclu &#224; Rome avec l'absence inqualifiable du parti socialiste. &lt;br class='autobr' /&gt;
Retra&#231;ant &#224; grands traits l'histoire du mouvement parti d'une lutte plac&#233;e sur un plan purement &#233;conomique pour aboutir, du fait de l'occupation spontan&#233;e des usines, &#224; un v&#233;ritable mouvement r&#233;volutionnaire, notre camarade y voit une des situations les plus favorables aux principes de l'&#233;mancipation int&#233;grale, et il met en garde ses auditeurs sur les h&#233;sitations, les soucis bureaucratiques des dirigeants des organismes centraux, qui placent leurs calculs mesquins au-dessus du seul objectif que dans cette crise il faut d&#233;fendre, au dessus des efforts du prol&#233;tariat conscient : la r&#233;volution sociale.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#034; Si les circonstances vous imposent - termine-t-il - d'abandonner malgr&#233; tout les ateliers, faites-le en sachant que pour le moment par la faute de vos dirigeants ineptes, vous &#234;tes vaincus. Mais bient&#244;t vous reprendrez la lutte et alors ce ne sera pas pour obtenir des concessions qui finissent en mystification, mais pour exproprier d&#233;finitivement vos exploiteurs, sans aucune collaboration de classes d'aucune sorte &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le discours persuasif de notre camarade a &#233;t&#233; &#233;cout&#233; avec la plus profonde attention et sa conclusion a &#233;t&#233; soulign&#233;e par de tr&#232;s vifs signes d'approbations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis Errico Malatesta s'est rendu aussi &#224; l'Atelier m&#233;canique Franco Tosi et y a expos&#233; nos conceptions, tout aussi &#233;cout&#233;es. Ensuite il a a eu une discussion br&#232;ve et aimable sur les possibilit&#233;s techniques de la r&#233;volution. Notre camarade a &#233;t&#233; l'objet de la plus grande sympathie et aurait d&#251; se rendre aussi chez Pirelli, et dans d'autres &#233;tablissements, mais l'heure avanc&#233;e ne le lui a pas permis.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA PROPAGANDE DE ERRICO MALATESTA&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Umanit&#224; Nova &#187; du 23 septembre 1920.&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Accueilli par la sympathie habituelle des ouvriers, le camarade Malatesta a visit&#233; hier apr&#232;s-midi les Ateliers M&#233;caniques Italiens et l'&#233;tablissement Moneta &#224; Musocco. D&#233;sorient&#233;s, tromp&#233;s et d&#233;&#231;us par les tergiversations, les promesses illusoires et les exp&#233;dients de basse politique de leurs propres dirigeants, les ouvriers attendaient avec anxi&#233;t&#233; une parole claire et sinc&#232;re, une parole qui les rassur&#226;t et leur redonn&#226;t du courage.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#034; Ceux qui c&#233;l&#232;brent l'accord sign&#233; &#224; Rome [entre les syndicats et les patrons] comme une grande victoire, vous trompent. La victoire revient effectivement &#224; Giolitti, au gouvernement, &#224; la bourgeoisie qui se sont sauv&#233;s de l'abime o&#249; ils allaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jamais la r&#233;volution n'a &#233;t&#233; aussi proche en Italie, et n'avait eu autant de chances de r&#233;ussite. La bourgeoisie tremblait, le gouvernement &#233;tait impuissant face &#224; la situation. Le pouvoir et la violence ne furent pas utilis&#233;s parce que vous avez su opposer au pouvoir du gouvernement un pouvoir sup&#233;rieur, parce que par la conqu&#234;te des usines vous aviez pr&#233;par&#233; votre d&#233;fense avec les habitudes apprises pendant la guerre, vous aviez d&#233;montr&#233; que vous opposeriez la violence &#224; la violence et que cette fois ce n'&#233;tait pas vous, mais vos ennemis qui &#233;taient en situation d'inf&#233;riorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parler de victoire alors que l'accord de Rome vous soumet de nouveau &#224; l'exploitation de la bourgeoisie que vous auriez pu balayer, est un mensonge. Si vous livrez les usines, faites-le en &#233;tant convaincus que vous avez perdu une grande bataille et en ayant la ferme intention de reprendre et de r&#233;aliser fondamentalement la lutte, &#224; la premi&#232;re occasion. Vous expulserez les patrons des usines et vous ne leur permettrez de rentrer que comme ouvriers, comme vos &#233;gaux, pr&#234;ts &#224; travailler pour eux et les autres. Rien n'est perdu si vous ne vous faites pas d'illusion sur le caract&#232;re trompeur de la victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fameux d&#233;cret sur le contr&#244;le des usines est une plaisanterie, car il fait na&#238;tre une nouvelle bande de bureaucrates qui, bien qu'ils viennent de vos rangs, ne d&#233;fendront pas vos int&#233;r&#234;ts, mais leur place, parce qu'ils veulent combiner vos int&#233;r&#234;ts avec ceux de la bourgeoisie, ce qui est vouloir m&#233;nager la ch&#232;vre et le loup. Ne faites pas confiance aux chefs qui vous prennent pour des idiots et qui reculent la r&#233;volution de jour en jour. C'est &#224; vous de faire la r&#233;volution, si l'occasion s'en pr&#233;sente, sans attendre d'ordres qui ne viennent jamais, ou qui n'arrivent que pour vous demander d'abandonner votre action. Ayez confiance en vous, en votre avenir et vous vaincrez &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il est inutile de dire que le discours direct et sinc&#232;re de notre camarade, suivi attentivement par les ouvriers et les ouvri&#232;res, a fait une profonde impression.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;DEUX JUGEMENTS HISTORIQUES SUR LES CONSEILS EN ITALIE&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;ERRICO MALATESTA&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Umanit&#224; Nova &#187; du 28 juin 1922.&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'occupation des usines. - Les ouvriers m&#233;tallurgistes commenc&#232;rent le mouvement pour des questions de salaires. Il s'agissait d'une gr&#232;ve d'un genre nouveau. Au lieu d'abandonner les usines, ils restaient dedans sans travailler, en les gardant nuit et jour pour que les patrons ne puissent lock-outer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on &#233;tait en 1920. Toute l'Italie prol&#233;tarienne tremblait de fi&#232;vre r&#233;volutionnaire, et le mouvement changea rapidement de caract&#232;re. Les ouvriers pens&#232;rent que c'&#233;tait le moment de s'emparer d&#233;finitivement des moyens de production. Ils s'arm&#232;rent pour la d&#233;fense, transformant de nombreuses usines en v&#233;ritables forteresses, et ils commenc&#232;rent &#224; organiser la production pour eux-m&#234;mes. Les patrons avaient &#233;t&#233; chass&#233;s ou d&#233;clar&#233;s en &#233;tat d'arrestation. ... C'&#233;tait le droit de propri&#233;t&#233; aboli en fait, la loi viol&#233;e dans tout ce qu'elle a de d&#233;fense de l'exploitation capitaliste. C'&#233;tait un nouveau r&#233;gime, une nouvelle forme de vie sociale qui &#233;taient inaugur&#233;s. Le gouvernement laissait faire, parce qu'il se sentait incapable de s'y opposer, comme il l'avoua plus tard en s'excusant de l'absence de r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement s'&#233;tendait et tendait &#224; embrasser d'autres cat&#233;gories. Des paysans occupaient les terres. C'&#233;tait la r&#233;volution qui commen&#231;ait et se d&#233;veloppait &#224; sa mani&#232;re, je dirai presque id&#233;ale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;formistes, naturellement, voyaient les choses d'un mauvais oeil et cherchaient &#224; les faire avorter. M&#234;me &#034; Avanti ! &#034; ne sachant &#224; quel saint se vouer, tenta de nous faire passer pour des pacifistes, parce que dans &#034; Umanit&#224; Nova &#034; nous avions dit que si le mouvement s'&#233;tendait &#224; toutes les cat&#233;gories, si les ouvriers et les paysans avaient suivi l'exemple des m&#233;tallurgistes, en chassant les patrons et en s'emparant des moyens de production, la r&#233;volution se serait faite sans verser une goutte de sang. Peine perdue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La masse &#233;tait avec nous. On nous demandait de nous rendre dans les usines pour parler, encourager, conseiller, et nous aurions d&#251; nous diviser en mille pour satisfaire toutes les demandes. L&#224; o&#249; nous allions c'&#233;taient nos discours que les ouvriers applaudissaient, et les r&#233;formistes devaient se retirer ou se camoufler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La masse &#233;tait avec nous, parce que nous interpr&#233;tions mieux ses instincts, ses besoins et ses int&#233;r&#234;ts .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cependant, le travail trompeur des gens de la Conf&#233;d&#233;ration G&#233;n&#233;rale du Travail et ses accords avec Giolitti suffirent &#224; faire croire &#224; une esp&#232;ce de victoire avec l'escroquerie du contr&#244;le ouvrier et &#224; convaincre les ouvriers &#224; laisser les usines, juste au moment o&#249; les possibilit&#233;s de r&#233;ussite &#233;taient les plus grandes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LUIGI FABBRI&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Luigi Fabbri. &#171; La controrivoluzione preventiva &#187;, 1922, Cappelli Editore.&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si elle s'&#233;tait &#233;tendue &#224; toutes les autres cat&#233;gories professionnelles, et si elle avait &#233;t&#233; soutenue par les partis et les organisations du prol&#233;tariat, l'occupation des usines, en ao&#251;t-septembre 1920, aurait pu entra&#238;ner une des r&#233;volutions les plus radicales et les moins sanglantes que l'on puisse imaginer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, en la circonstance la classe ouvri&#232;re &#233;tait pleine d'enthousiasme et efficacement arm&#233;e. Le gouvernement m&#234;me a avou&#233; plus tard qu'il n'avait pas &#224; l'&#233;poque de forces suffisantes pour vaincre autant de forteresses qu'il y avait d'&#233;tablissements, o&#249; les ouvriers s'&#233;taient barricad&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en a rien &#233;t&#233;, &#224; aucun moment !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la responsabilit&#233; en retombe un peu sur tous, principalement sur les socialistes qui repr&#233;sentaient le parti r&#233;volutionnaire italien le plus fort. En juin 1919 on n'a rien voulu faire, pour ne pas porter pr&#233;judice &#224; une manifestation pour la Russie fix&#233;e par les socialistes pour les 20 et 21 juillet et qui n'eut finalement aucune efficacit&#233;. Au cours du soul&#232;vement d'Ancone en 1920 les communistes qui dirigeaient le parti socialiste ont repouss&#233; toute id&#233;e de soul&#232;vement r&#233;publicain, parce qu'il aurait amen&#233; &#224; une r&#233;publique social-d&#233;mocrate mod&#233;r&#233;e, et ils voulaient la dictature communiste : ou tout ou rien ! On sait comment s'est conclue l'occupation des usines : la tromperie de Giolitti sur la promesse du contr&#244;le des usines ! Et cette fois-ci ce sont les r&#233;formistes de la Conf&#233;d&#233;ration du Travail qui se sont oppos&#233;s &#224; la continuation et &#224; l'extension de la r&#233;volte, car ils ont eu peur que le gouvernement n'ait recours &#224; une r&#233;pression f&#233;roce pour vaincre, r&#233;pression qui aurait bris&#233;, selon eux, d&#233;finitivement tout mouvement ouvrier et socialiste. Malheureusement l'on a eu tout de m&#234;me une rupture bien pire et plus violente - comme nous le verrons - justement pour ne pas avoir eu &#224; l'&#233;poque le courage d'oser !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La responsabilit&#233; la plus grande, je l'ai dit, de ce &#034; dolce far niente &#034; retombe sur les socialistes. Mais une part de responsabilit&#233; - moins grande, naturellement, en rapport &#224; leurs forces moins grandes - retombe aussi sur les anarchistes, qui avaient acquis &#224; la fin de la p&#233;riode en question un ascendant remarquable sur les masses et qui n'ont pas su l'utiliser. Ils savaient ce qu'il fallait faire, pour l'avoir dit mille fois auparavant et pour l'avoir r&#233;p&#233;t&#233; dans leur congr&#232;s de Bologne en juillet 1920. Le gouvernement et la magistrature ont m&#234;me cru que les anarchistes avaient fait le travail de pr&#233;paration qu'ils avaient tant propag&#233;. Plus tard, quand la r&#233;action reprit le dessus, une fois Malatesta, Borghi et d'autres arr&#234;t&#233;s, on a tent&#233; de b&#226;tir des proc&#232;s sur cette pr&#233;paration que l'on supposait avoir &#233;t&#233; faite. L'on a cherch&#233; des preuves dans toute l'Italie, l'on a fait des centaines de perquisitions et d'interrogatoires. Et on n'a rien trouv&#233;. Le juge d'instruction lui-m&#234;me a d&#251; conclure que les anarchistes n'avaient fait que... des discours et des journaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je parle, naturellement, en ligne g&#233;n&#233;rale et pour l'ensemble du mouvement. Cela n'exclut pas que, dans telle localit&#233; ou telle autre, spontan&#233;ment, de diff&#233;rentes mani&#232;res, des r&#233;volutionnaires de diff&#233;rentes &#233;coles aient fait, pr&#233;par&#233; et agi. Mais tout travail d'ensemble a manqu&#233;, tout accord concret, toute pr&#233;paration un peu vaste qui aurait pu assumer une attitude r&#233;volutionnaire, m&#234;me contre la mauvaise foi et la r&#233;sistance passive des socialistes les plus mod&#233;r&#233;s. L'abandon des usines, d&#232;s la signature de l'accord entre le syndicat et le gouvernement, fut comme le d&#233;but de la retraite d'une arm&#233;e. Qui, jusqu'&#224; alors, ne faisait qu'avancer. Aussit&#244;t un sentiment de d&#233;couragement s'empara des rangs ouvriers. A l'inverse, le gouvernement commen&#231;a &#224; faire sentir sa force. Ici et l&#224; les perquisitions, puis les arrestations ont commenc&#233;. Un mois seulement apr&#232;s l'abandon des usines un premier exemple de r&#233;action a &#233;t&#233; fait au d&#233;triment du parti r&#233;volutionnaire le moins nombreux, les anarchistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Borghi, plusieurs r&#233;dacteurs et administrateurs de Umanit&#224; Nova (le quotidien anarchiste de Milan), Malatesta et d'autres anarchistes dans plusieurs villes, ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s entre le 10 et le 20 octobre avec des pr&#233;textes d&#233;risoires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces pr&#233;textes &#233;taient tellement d&#233;risoires que tous les camarades arr&#234;t&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ce qui aurait &#233;t&#233; impossible trois mois auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on a eu quelques d&#233;monstrations sporadiques, quelques gr&#232;ves locales &#224; Carrare, dans le Valdarno, dans la Romagne Toscane, mais les chefs avaient lanc&#233; le mot d'ordre de ne pas bouger et en g&#233;n&#233;ral la masse n'a pas boug&#233;. Les socialistes r&#233;unis &#224; Florence ont r&#233;pondu qu'il n'y avait rien &#224; faire &#224; ceux qui sont all&#233;s leur demander un conseil ou un appui. Les anarchistes ont &#233;t&#233; laiss&#233;s seuls.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action conservatrice avait d&#233;sormais la voie libre, et elle a continu&#233; son chemin, &#224; petit pas tout d'abord, puis de mani&#232;re progressivement acc&#233;l&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dois dire que beaucoup de camarades anarchistes ne sont pas d'accord pour reconnaitre leur part de responsabilit&#233;. A un nouveau congr&#232;s anarchiste (Ancona, novembre 1921) j'ai r&#233;p&#233;t&#233; ma pens&#233;e, et certains de mes amis m'ont reproch&#233; de fournir des verges pour nous faire fouetter. Alors que je crois qu'il y a eu des moments o&#249; les anarchistes auraient pu prendre l'initiative d'un mouvement r&#233;volutionnaire. D'autres, plus nombreux peut-&#234;tre, soutiennent que cela n'&#233;tait pas possible : que sans le concours direct et volontaire du parti socialiste et de ses organisations &#233;conomiques il n'y avait rien &#224; faire ; et donc que toute la responsabilit&#233; de la r&#233;volution manqu&#233;e retombe sur les socialistes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>Il n'y a pas de communisme en Russie</title>
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		<dc:date>2017-06-28T10:30:07Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Emma Goldman</dc:creator>


		<dc:subject>Zanzara ath&#233;e (Paris-banlieue)</dc:subject>
		<dc:subject>Communismes</dc:subject>
		<dc:subject>English</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#201;crit en 1934, ce texte d'Emma Goldman explique en quoi parler de &#034;communisme&#034; &#224; propos du r&#233;gime bolchevik dans la Russie de l'apr&#232;s-r&#233;volution de 1917 est plus qu'un abus de langage mais carr&#233;ment un mensonge. Ayant pass&#233; deux ans en Russie en 1920-1921, elle puise dans son exp&#233;rience personnelle et dans des informations obtenues dans les ann&#233;es 1930 pour jeter un regard lucide sur l'imposture &#034;communiste&#034; de la dictature bolchevik.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le communisme vise &#224; cr&#233;er une soci&#233;t&#233; sans classes, r&#233;sultant de la mise en commun des moyens de production et de distribution. Il enseigne que ce n'est que dans une soci&#233;t&#233; solidaire et sans classes que l'humain peut jouir de la libert&#233;, de la paix et du bien-&#234;tre.&lt;/i&gt; (...) &lt;i&gt;Il y a davantage de classes dans la Russie sovi&#233;tique d'aujourd'hui que dans celle de 1917, et que dans la plupart des autres pays du monde. Les bolcheviks ont cr&#233;&#233; une &#233;norme bureaucratie sovi&#233;tique qui jouit de privil&#232;ges sp&#233;ciaux et d'une autorit&#233; presque illimit&#233;e sur les masses ouvri&#232;res et paysannes.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique15" rel="directory"&gt;I&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot7" rel="tag"&gt;Zanzara ath&#233;e (Paris-banlieue)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot14" rel="tag"&gt;Communismes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot127" rel="tag"&gt;English&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L101xH150/arton1452-60ba8.png?1780476412' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='101' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1452.png?1497234603&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#201;crit en anglais en 1934 sous le titre &#171; Communism : Bolshevist and Anarchist, A Comparison &#187;, le texte &#171; There is No Communism in Russia &#187; a &#233;t&#233; publi&#233; dans &lt;/i&gt;The American Mercury&lt;i&gt;, vol. XXXIV, en avril 1935. Il s'agit d'une version &#233;pur&#233;e du texte initial, celui-ci ayant &#233;t&#233; tronqu&#233; par l'&#233;diteur, cr&#233;ant le m&#233;contentement d'Emma Goldman. Mais l'article original semblant d&#233;sormais introuvable, c'est une traduction de la version tronqu&#233;e que vous vous appr&#234;tez &#224; lire. Le texte a &#233;t&#233; traduit en fran&#231;ais par Zanzara ath&#233;e.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Il n'y a pas de communisme en Russie&lt;/h2&gt;&lt;p style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;I&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le communisme est maintenant sur toutes les l&#232;vres. Certains en parlent avec l'enthousiasme exag&#233;r&#233; des n&#233;ophytes, d'autres le craignent et le condamnent comme une menace sociale. Mais je suis presque s&#251;re que ni ses admirateurs - la grande majorit&#233; d'entre eux - ni ceux qui le d&#233;noncent n'ont une id&#233;e tr&#232;s claire de ce qu'est vraiment le communisme bolchevik.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, le communisme est l'id&#233;al d'&#233;galit&#233; et de fraternit&#233; humaine. Il consid&#232;re l'exploitation de l'humain par l'humain comme la source de tout esclavage et de toute oppression. Il maintient que l'in&#233;galit&#233; &#233;conomique m&#232;ne &#224; l'injustice sociale et est l'ennemie du progr&#232;s moral et intellectuel. Le communisme vise &#224; cr&#233;er une soci&#233;t&#233; sans classes, r&#233;sultant de la mise en commun des moyens de production et de distribution. Il enseigne que ce n'est que dans une soci&#233;t&#233; solidaire et sans classes que l'humain peut jouir de la libert&#233;, de la paix et du bien-&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon objectif, ici, &#233;tait de comparer l'id&#233;e de communisme avec sa mise en application dans la Russie sovi&#233;tique, mais &#224; y regarder de plus pr&#232;s il s'agit d'une t&#226;che impossible. En r&#233;alit&#233;, il n'y a pas de communisme en URSS&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Union des r&#233;publiques socialistes sovi&#233;tiques.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L&#224;-bas, pas un seul principe communiste, pas un seul &#233;l&#233;ment de ses enseignements n'est appliqu&#233; par le Parti communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour certains, ce constat peut sembler compl&#232;tement faux ; pour d'autres, il est immens&#233;ment exag&#233;r&#233;. Malgr&#233; tout, je suis persuad&#233;e qu'un examen objectif de la situation actuelle en Russie convaincra le lecteur sans pr&#233;jug&#233;s que j'exprime l'enti&#232;re v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, il est n&#233;cessaire de consid&#233;rer l'id&#233;e fondamentale qui sous-tend le pr&#233;tendu communisme des bolcheviks. Il est clair que celle-ci est centralis&#233;e, autoritaire, fond&#233;e presque exclusivement sur la coercition gouvernementale, sur la violence. Ce n'est pas le communisme de l'association volontaire, c'est un communisme &#233;tatique obligatoire. Cela doit &#234;tre gard&#233; en m&#233;moire pour comprendre la m&#233;thode que l'&#201;tat sovi&#233;tique utilise pour mettre en oeuvre ses projets et donner l'impression que ceux-ci sont communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re condition du communisme est la socialisation des terres, des moyens de production et de distribution. Les terres et les machines socialis&#233;es appartiennent aux gens, afin d'&#234;tre utilis&#233;es par des individus ou des groupes en fonction de leurs besoins. En Russie, les terres et les moyens de production ne sont pas socialis&#233;s, mais &lt;i&gt;nationalis&#233;s&lt;/i&gt;. Le terme &#171; nationalis&#233; &#187; est mal appropri&#233;, il est d&#233;nu&#233; de tout contenu. En r&#233;alit&#233;, il n'y a pas de richesse nationale. Une nation est une entit&#233; trop abstraite pour &#171; poss&#233;der &#187; quoi que ce soit. Que la propri&#233;t&#233; soit poss&#233;d&#233;e par un individu ou par un groupe d'individus, elle repose dans tous les cas sur une r&#233;alit&#233; quantitativement d&#233;finissable. Lorsqu'un bien n'appartient ni &#224; un individu ni &#224; un groupe, il est soit nationalis&#233; soit socialis&#233;. S'il est nationalis&#233;, il appartient &#224; l'&#201;tat ; en clair, le gouvernement en a le contr&#244;le et peut en disposer selon ses d&#233;sirs et ses intentions. Mais si un bien est socialis&#233;, chaque individu y a librement acc&#232;s et peut l'utiliser sans l'ing&#233;rence de qui que ce soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Russie, ni la terre, ni la production, ni la distribution ne sont socialis&#233;es. Tout est nationalis&#233; et appartient au gouvernement, exactement comme la Poste aux &#201;tats-Unis ou les chemins de fer en Allemagne ou dans d'autres pays europ&#233;ens. Il n'y a rien de communiste l&#224;-dedans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le reste de la structure &#233;conomique de l'URSS n'est pas plus communiste que la terre ou les moyens de production. Toutes les sources d'existence sont la propri&#233;t&#233; du gouvernement central ; celui-ci a le monopole absolu du commerce ext&#233;rieur ; les imprimeries appartiennent &#224; l'&#201;tat, tous les livres, toutes les feuilles de papier imprim&#233; sont des publications du gouvernement. Pour r&#233;sumer, le pays entier et tout ce qu'il contient sont la propri&#233;t&#233; de l'&#201;tat, comme quand aux temps anciens tout &#233;tait propri&#233;t&#233; de la Couronne imp&#233;riale de Russie. Les quelques biens qui ne sont pas nationalis&#233;s, comme certaines vieilles maisons d&#233;labr&#233;es &#224; Moscou, par exemple, ou de petits magasins miteux disposant d'un mis&#233;rable stock de cosm&#233;tiques, sont uniquement tol&#233;r&#233;s, &#224; tout moment ils peuvent &#234;tre saisis par simple d&#233;cret du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle situation rel&#232;ve du capitalisme d'&#201;tat, il serait grotesque d'y d&#233;celer quoi que ce soit de communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;II&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Penchons-nous maintenant sur les questions de la production et de la consommation, leviers de toute existence. Peut-&#234;tre y d&#233;nicherons-nous un certain degr&#233; de communisme qui justifierait que nous utilisions le terme &#171; communiste &#187; pour d&#233;crire la vie en URSS, du moins &#224; un certain niveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#233;j&#224; fait remarquer que les terres et les moyens de production sont les propri&#233;t&#233;s de l'&#201;tat. Les m&#233;thodes de production et les quantit&#233;s qui doivent &#234;tre produites par chaque industrie dans chaque atelier, chaque boutique, chaque usine, sont d&#233;termin&#233;es par l'&#201;tat, par le gouvernement central - qui si&#232;ge &#224; Moscou - &#224; travers ses diff&#233;rents organes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nos jours, la Russie est un pays tr&#232;s &#233;tendu, qui couvre environ un sixi&#232;me de la surface des terres de la plan&#232;te. Elle est peupl&#233;e par une population diverse de 165 millions de personnes. Elle comporte plusieurs grandes R&#233;publiques, de diff&#233;rentes ethnies et nationalit&#233;s, chaque r&#233;gion ayant ses besoins et int&#233;r&#234;ts particuliers. Certes, la planification industrielle et &#233;conomique a une importance vitale pour le bien-&#234;tre d'une communaut&#233;. Le v&#233;ritable communisme - l'&#233;galit&#233; &#233;conomique entre les humains et entre les communaut&#233;s - exige que chaque communaut&#233; organise la planification la meilleure et la plus efficace, en se basant sur ses n&#233;cessit&#233;s et possibilit&#233;s locales. Une telle planification repose sur la libert&#233; compl&#232;te de chaque communaut&#233; de produire et de disposer de ses produits selon ses besoins, besoins qu'elle doit fixer elle-m&#234;me : chaque communaut&#233; doit &#233;changer son surplus avec d'autres communaut&#233;s ind&#233;pendantes sans que nulle autorit&#233; externe n'intervienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est la nature politico-&#233;conomique fondamentale du communisme. Cela n'est ni fonctionnel ni possible sur d'autres bases. Le communisme est n&#233;cessairement libertaire, anarchiste.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas la moindre trace de ce communisme - c'est-&#224;-dire, de tout communisme - en Russie sovi&#233;tique. En fait, l&#224;-bas, la seule allusion &#224; une telle organisation est consid&#233;r&#233;e comme criminelle, et toute tentative de la mettre en pratique est punie de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La planification industrielle, ainsi que tous les processus de production et de distribution, se trouvent entre les mains du gouvernement central. Le Conseil &#233;conomique supr&#234;me est uniquement soumis &#224; l'autorit&#233; du Parti communiste, il est totalement ind&#233;pendant de la volont&#233; ou des d&#233;sirs des gens qui composent l'URSS. Son travail est dirig&#233; par les politiques et les d&#233;cisions du &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Kremlin_de_Moscou&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Kremlin&lt;/a&gt;. Cela explique pourquoi la Russie sovi&#233;tique a export&#233; d'&#233;normes quantit&#233;s de bl&#233; et d'autres c&#233;r&#233;ales tandis que de vastes r&#233;gions dans le sud et le sud-est de la Russie &#233;taient frapp&#233;es par la famine, au point que plus de deux millions de personnes sont mortes de faim (1932-1933).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; raison d'&#201;tat &#187; est responsable de cela. Depuis des temps imm&#233;moriaux, cette expression a servi &#224; masquer la tyrannie, l'exploitation et la d&#233;termination de tout dirigeant &#224; prolonger et perp&#233;tuer sa loi. Accessoirement, je signale que malgr&#233; la famine qui a affect&#233; tout le pays et le manque des ressources les plus &#233;l&#233;mentaires pour vivre en Russie, le premier plan quinquennal visait uniquement &#224; d&#233;velopper l'industrie lourde, industrie qui sert ou peut servir &#224; des objectifs &lt;i&gt;militaires&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est de m&#234;me pour la distribution et toutes les autres formes d'activit&#233;. Toutes les parties constitutives de l'Union sovi&#233;tique sont priv&#233;es d'existence ind&#233;pendante, pas uniquement les villes et les villages. Politiquement, elles sont tout simplement subordonn&#233;es &#224; Moscou, leurs activit&#233;s &#233;conomiques, sociales et culturelles sont con&#231;ues, planifi&#233;es et s&#233;v&#232;rement contr&#244;l&#233;es par la &#171; dictature du prol&#233;tariat &#187; &#224; Moscou. Pire encore : la vie de chaque localit&#233;, et m&#234;me de chaque individu, dans les pr&#233;tendues r&#233;publiques &#171; socialistes &#187; est g&#233;r&#233;e dans les moindres d&#233;tails par la &#171; ligne g&#233;n&#233;rale &#187; fix&#233;e par le &#171; centre &#187;. En d'autres termes, par le Comit&#233; central et le Politburo&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Politburo (en russe, contraction de &#1055;&#1086;&#1083;&#1080;&#1090;&#1080;&#1095;&#1077;&#1089;&#1082;&#1086;e &#1073;&#1102;&#1088;&#1086;, &#171; bureau politique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, tous deux sous le contr&#244;le total d'un seul homme, Staline. Donner le nom de &#171; communisme &#187; &#224; une telle dictature, cette autocratie plus puissante et plus absolue encore que celle de n'importe quel tsar, c'est atteindre le sommet de l'imb&#233;cillit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;III&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons maintenant comment le &#171; communisme &#187; bolchevik influence la vie des masses et de l'individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains na&#239;fs croient qu'au moins quelques caract&#233;ristiques du communisme ont &#233;t&#233; introduites dans la vie des Russes. J'aimerais y croire &#233;galement, ce serait un signe encourageant, la promesse d'un d&#233;veloppement potentiel dans cette direction. Mais la v&#233;rit&#233; est qu'&#224; aucun moment il n'a &#233;t&#233; tent&#233; d'appliquer les principes communistes sous une forme ou sous une autre, ni dans aucun des aspects de la vie sovi&#233;tique, ni dans les relations sociales, ni dans les relations inter-individuelles. Comme je l'ai soulign&#233; auparavant, la moindre suggestion que le communisme puisse &#234;tre libre et volontaire est taboue en Russie. Une telle conception est m&#234;me consid&#233;r&#233;e comme contre-r&#233;volutionnaire et rel&#232;ve de la haute trahison contre l'infaillible Staline et le sacro-saint Parti &#171; communiste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et je ne parle m&#234;me pas ici de communisme libertaire, anarchiste. Ce que j'affirme, c'est qu'en Russie sovi&#233;tique il n'y a pas la moindre trace de communisme, m&#234;me d'&#201;tat, m&#234;me autoritaire. Jetons donc un oeil aux faits de la vie quotidienne dans ce pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essence du communisme, m&#234;me de type coercitif, est l'absence de classes sociales. L'introduction de l'&#233;galit&#233; &#233;conomique en constitue la premi&#232;re &#233;tape. Telle a &#233;t&#233; la base de toutes les philosophies communistes, m&#234;me si elles diff&#232;rent entre elles sur d'autres aspects. Leur objectif commun &#233;tait d'assurer la justice sociale ; toutes affirmaient qu'on ne pouvait parvenir &#224; la justice sociale sans &#233;tablir l'&#233;galit&#233; &#233;conomique. M&#234;me Platon, qui pr&#233;voyait l'existence de diff&#233;rentes cat&#233;gories intellectuelles et morales dans sa R&#233;publique, s'&#233;tait prononc&#233; en faveur de l'&#233;galit&#233; &#233;conomique absolue, les classes dirigeantes ne devant pas y jouir de privil&#232;ges ou de droits plus importants que ceux situ&#233;s en bas de l'&#233;chelle sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au risque de me voir condamn&#233;e pour avoir dit toute la v&#233;rit&#233;, je dois affirmer sans &#233;quivoque et sans r&#233;serve que la Russie sovi&#233;tique repr&#233;sente le cas exactement oppos&#233;. Le bolchevisme n'a pas aboli les classes en Russie : il a simplement invers&#233; leurs relations ant&#233;rieures. En fait, il a m&#234;me multipli&#233; les divisions sociales qui existaient avant la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je suis arriv&#233;e en Russie en janvier 1920, j'ai d&#233;couvert d'innombrables cat&#233;gories &#233;conomiques, fond&#233;es sur les rations alimentaires distribu&#233;es par le gouvernement. Le marin recevait la meilleure ration, sup&#233;rieure en qualit&#233;, en quantit&#233; et en vari&#233;t&#233; &#224; la nourriture que mangeait le reste de la population. C'&#233;tait l'aristocrate de la R&#233;volution ; sur le plan &#233;conomique et social, il &#233;tait consid&#233;r&#233; universellement comme appartenant aux nouvelles classes privil&#233;gi&#233;es. Apr&#232;s lui, venait le soldat, l'homme de l'Arm&#233;e rouge, qui recevait une ration bien moindre, notamment avec moins de pain. Puis venait l'ouvrier travaillant dans l'industrie militaire ; enfin venaient les autres ouvriers, eux-m&#234;mes divis&#233;s en ouvriers qualifi&#233;s, artisans, man&#339;uvres, etc. Chaque cat&#233;gorie recevait un peu moins de pain, de mati&#232;res grasses, de sucre, de tabac et des autres produits (lorsqu'il y en avait). Les membres de l'ancienne bourgeoisie, classe officiellement abolie et expropri&#233;e, appartenaient &#224; la derni&#232;re cat&#233;gorie &#233;conomique et ne recevaient pratiquement rien. La plupart d'entre eux ne pouvaient avoir ni travail ni logement - et personne ne se souciait de la fa&#231;on dont ils allaient survivre - sans se mettre &#224; voler ou &#224; rejoindre les arm&#233;es contre-r&#233;volutionnaires ou les bandes de pillards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La possession d'une carte rouge, prouvant l'appartenance au Parti communiste, permettait de se placer au-dessus de toutes ces cat&#233;gories. Chaque membre du Parti communiste b&#233;n&#233;ficiait d'une ration sp&#233;ciale, pouvait manger dans la &lt;i&gt;stolovaya&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cantine.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; du Parti et avait le droit, surtout s'il &#233;tait recommand&#233; par un responsable plus &#233;lev&#233;, &#224; des sous-v&#234;tements chauds, des bottes en cuir, un manteau de fourrure ou d'autres articles de valeur. Les bolcheviks les plus &#233;minents disposaient de leurs propres restaurants, auxquels les membres ordinaires du Parti n'avaient pas acc&#232;s. A l'Institut Smolny, qui abritait alors le quartier g&#233;n&#233;ral du gouvernement de Petrograd&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Institut Smolny est un &#233;difice palladien de Saint-P&#233;tersbourg. Pendant la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il existait deux restaurants, un pour les communistes les mieux plac&#233;s, un autre pour ceux d'importance moindre. &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Grigori_Zinoviev&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Zinoviev&lt;/a&gt;, alors pr&#233;sident du soviet de Petrograd et v&#233;ritable autocrate du District du Nord, ainsi que d'autres membres du gouvernement prenaient leurs repas chez eux, &#224; l'Astoria, autrefois le meilleur h&#244;tel de la ville, devenu la premi&#232;re Maison du soviet, o&#249; ils vivaient avec leurs familles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, je constatais la m&#234;me situation &#224; Moscou, Kharkov, Kiev, Odessa - partout dans toute la Russie sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; ce qu'&#233;tait le &#171; communisme &#187; bolchevik. Ce syst&#232;me a eu des cons&#233;quences d&#233;sastreuses, causant de l'insatisfaction, du ressentiment et de l'antagonisme &#224; travers le pays, provoquant des sabotages dans les usines et les campagnes, des gr&#232;ves et des r&#233;voltes... On dit que l'humain ne vit pas que de pain. C'est vrai, mais sans pain il ne peut pas vivre du tout. Pour les individus lambda, pour les masses russes qui ont vers&#233; leur sang pour la lib&#233;ration de leur pays, le syst&#232;me diff&#233;renci&#233; de rations symbolisait le nouveau r&#233;gime. Le bolchevisme repr&#233;sentait pour eux un &#233;norme mensonge, car il n'avait pas tenu sa promesse d'instaurer la libert&#233;, celle-ci comprenant pour eux la justice sociale et l'&#233;galit&#233; &#233;conomique. L'instinct des masses les trompe rarement ; dans ce cas il s'av&#233;ra proph&#233;tique. Pourquoi s'&#233;tonner par cons&#233;quent que l'enthousiasme g&#233;n&#233;ral pour la R&#233;volution se soit rapidement transform&#233; en d&#233;sillusion et en amertume, en r&#233;sistance et en haine ? Combien de fois des ouvriers russes se sont plaints &#224; moi : &#171; Cela nous est &#233;gal de travailler dur et d'avoir faim. C'est l'injustice qui nous importe. Si le pays est pauvre, s'il y a peu de pain, alors partageons entre tous le peu qu'il y a, mais partageons-le &#233;quitablement. Actuellement, la situation est la m&#234;me qu'avant la R&#233;volution ; certains re&#231;oivent beaucoup, d'autres moins, et d'autres rien du tout. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me bolchevik de privil&#232;ges et d'in&#233;galit&#233;s n'a pas &#233;t&#233; long &#224; produire des cons&#233;quences in&#233;vitables. Il a cr&#233;&#233; et favoris&#233; les antagonismes sociaux ; il a &#233;loign&#233; les masses de la R&#233;volution, paralys&#233; leur int&#233;r&#234;t pour elle, &#233;touff&#233; leurs &#233;nergies et contribu&#233; &#224; an&#233;antir tous les projets r&#233;volutionnaires.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me syst&#232;me de privil&#232;ges et d'in&#233;galit&#233;s, renforc&#233; et perfectionn&#233;, s&#233;vit encore aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution russe &#233;tait un bouleversement social au sens le plus profond : sa tendance fondamentale &#233;tait libertaire, son but essentiel &#233;tait l'&#233;galit&#233; &#233;conomique et sociale. Bien avant les journ&#233;es d'octobre-novembre 1917, le prol&#233;tariat urbain avait commenc&#233; &#224; s'emparer des ateliers, des boutiques et des usines, pendant que les paysans expropriaient les grandes propri&#233;t&#233;s et mettaient en commun les terres. Le d&#233;veloppement continu de la R&#233;volution dans une direction communiste d&#233;pendait de l'unit&#233; des forces r&#233;volutionnaires et de l'initiative directe, cr&#233;atrice, des masses laborieuses. Les gens &#233;taient enthousiasm&#233;s par les grands objectifs qu'ils avait devant eux ; ils s'appliquaient passionn&#233;ment, &#233;nergiquement, &#224; reconstruire une nouvelle soci&#233;t&#233;. Seuls ceux qui avaient &#233;t&#233; exploit&#233;s pendant des si&#232;cles &#233;taient capables de trouver librement le chemin vers une soci&#233;t&#233; nouvelle, r&#233;g&#233;n&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les dogmes bolcheviks et l'&#233;tatisme &#171; communiste &#187; ont constitu&#233; un obstacle fatal aux activit&#233;s cr&#233;atrices des gens. La caract&#233;ristique fondamentale de la psychologie bolchevik est sa m&#233;fiance envers les masses. Leurs th&#233;ories marxistes, en concentrant exclusivement le pouvoir entre les mains du Parti, aboutirent rapidement &#224; la destruction de toute coop&#233;ration r&#233;volutionnaire, &#224; l'&#233;limination brutale et arbitraire des autres partis et mouvements politiques. Les tactiques bolcheviks ont abouti &#224; l'&#233;radication syst&#233;matique du moindre signe de m&#233;contentement, &#224; l'&#233;touffement des critiques et &#224; l'&#233;crasement des opinions ind&#233;pendantes, des efforts et des initiatives populaires. La dictature communiste, avec son extr&#234;me centralisation m&#233;canique, a frustr&#233; les activit&#233;s &#233;conomiques et industrielles du pays. Les masses &#233;taient d&#233;munies de la possibilit&#233; de fa&#231;onner les politiques de la R&#233;volution et ne pouvaient m&#234;me pas prendre part &#224; l'administration de leurs propres affaires. Les syndicats ont &#233;t&#233; gouvernementalis&#233;s et transform&#233;s en transmetteurs des ordres de l'&#201;tat. Les coop&#233;ratives populaires - ces nerfs vitaux de la solidarit&#233; active et de l'entraide entre villes et campagnes - ont &#233;t&#233; liquid&#233;es. Les soviets de paysans et d'ouvriers ont &#233;t&#233; vid&#233;s de leur contenu et transform&#233;s en comit&#233;s ob&#233;issants. Le gouvernement a monopolis&#233; chaque phase de la vie. Une machine bureaucratique a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e, &#233;pouvantable par son inefficacit&#233;, sa corruption et sa brutalit&#233;. La R&#233;volution &#233;tait s&#233;par&#233;e des gens, condamn&#233;e &#224; p&#233;rir ; et au-dessus de tous planait le redoutable glaive de la terreur bolchevik.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel &#233;tait le &#171; communisme &#187; des bolcheviks au cours des premi&#232;res &#233;tapes de la R&#233;volution. Chacun sait qu'il provoqua la paralysie compl&#232;te de l'industrie, de l'agriculture et des transports. C'&#233;tait la p&#233;riode du &#171; &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Communisme_de_guerre&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;communisme de guerre&lt;/a&gt; &#187;, de la conscription paysanne et ouvri&#232;re, de la destruction totale de villages paysans par l'artillerie bolchevik - toutes ces mesures sociales et &#233;conomiques &#171; constructives &#187; du communisme bolchevik qui ont abouti &#224; la terrifiante famine de 1921.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;IV&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'en est-il aujourd'hui ? Ce &#171; communisme &#187; a-t-il chang&#233; de nature ? Est-il diff&#233;rent du &#171; communisme &#187; de 1921 ? A mon grand regret je dois bien affirmer que, malgr&#233; toutes les d&#233;cisions politiques et les nouvelles mesures &#233;conomiques bruyamment annonc&#233;es, le &#171; communisme &#187; bolchevik est fondamentalement le m&#234;me qu'en 1921. Aujourd'hui en Russie sovi&#233;tique, la paysannerie est enti&#232;rement d&#233;poss&#233;d&#233;e de ses terres. Les &lt;i&gt;sovkhozes&lt;/i&gt; sont des fermes gouvernementales sur lesquelles les paysans travaillent en &#233;change d'un salaire, exactement comme les ouvriers dans les usines. Les bolcheviks appellent cela &#171; l'industrialisation &#187; de l'agriculture, la &#171; transformation du paysan en prol&#233;taire &#187;. Dans le &lt;i&gt;kolkhoze&lt;/i&gt;, la terre n'appartient que nominalement au village. En fait, elle est la propri&#233;t&#233; du gouvernement. Celui-ci peut &#224; tout moment - et il le fait souvent - r&#233;quisitionner les membres du &lt;i&gt;kolkhoze&lt;/i&gt; et leur ordonner de partir travailler dans d'autres r&#233;gions, ou les exiler dans de lointains villages pour cause de d&#233;sob&#233;issance. Les &lt;i&gt;kolkhozes&lt;/i&gt; sont g&#233;r&#233;s collectivement mais le contr&#244;le gouvernemental est tel que c'est comme s'ils avaient &#233;t&#233; expropri&#233;s par l'&#201;tat. Celui-ci fixe les taxes qu'il veut ; il d&#233;cide du prix des c&#233;r&#233;ales et des autres produits qu'il ach&#232;te. Ni le paysan en tant qu'individu ni le soviet du village n'ont leur mot &#224; dire. Imposant de nombreux pr&#233;l&#232;vements et des emprunts gouvernementaux obligatoires, l'&#201;tat s'approprie les produits des &lt;i&gt;kolkhozes&lt;/i&gt;, et se donne la possibilit&#233; d'invoquer des d&#233;lits r&#233;els ou suppos&#233;s pour les punir en r&#233;quisitionnant toutes leurs c&#233;r&#233;ales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair que la terrifiante famine de 1921 a &#233;t&#233; provoqu&#233;e principalement par la &lt;i&gt;razverstka&lt;/i&gt;, la m&#233;thode d'expropriation impitoyable pratiqu&#233;e &#224; l'&#233;poque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La razverstka &#233;tait la m&#233;thode d'acquisition des c&#233;r&#233;ales par le pouvoir (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est &#224; cause de cela, et de la r&#233;volte qui en a r&#233;sult&#233;, que L&#233;nine a d&#233;cid&#233; d'introduire la &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Nouvelle_politique_%C3%A9conomique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;NEP&lt;/a&gt; - la Nouvelle politique &#233;conomique - qui limitait les expropriations men&#233;es par l'&#201;tat et permettait aux paysans de disposer de certains de leurs surplus pour leur propre usage. La NEP am&#233;liora imm&#233;diatement les conditions &#233;conomiques dans le pays. La famine de 1932-1933, elle, a &#233;t&#233; d&#233;clench&#233;e par un retour aux m&#233;thodes &#171; communistes &#187; des bolcheviks : la collectivisation forc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouvait alors la m&#234;me situation qu'en 1921, ce qui a contraint Staline &#224; revoir un peu sa politique. Il a compris que le bien-&#234;tre d'un pays, surtout &#224; dominante agraire comme la Russie, d&#233;pend principalement de la paysannerie. Le mot d'ordre a donc &#233;t&#233; proclam&#233; : il fallait donner aux paysans la possibilit&#233; d'acc&#233;der &#224; un &#171; bien-&#234;tre &#187; plus important. Cette &#171; nouvelle &#187; politique n'est qu'un r&#233;pit momentan&#233; pour les paysans. Elle n'est pas plus communiste que les pr&#233;c&#233;dentes politiques agricoles. Depuis les d&#233;buts du pouvoir bolchevik jusqu'&#224; maintenant, l'&#201;tat n'a fait qu'exproprier d'une mani&#232;re ou d'une autre, avec plus ou moins d'intensit&#233;, mais toujours dans la continuit&#233; d'un m&#234;me processus de vol d'&#201;tat de la paysannerie, de prohibitions, de violences, de chicaneries et repr&#233;sailles, comme aux pires jours du tsarisme et de la guerre mondiale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;1914-1918.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La politique actuelle n'est qu'une variante du &#171; communisme de guerre &#187; de 1920-1921, avec encore plus d'&#233;l&#233;ments militaires et encore moins de &#171; communisme &#187;. Son &#171; &#233;galit&#233; &#187; est celle d'un p&#233;nitencier ; sa &#171; libert&#233; &#187; celle d'une cha&#238;ne de for&#231;ats. Pas &#233;tonnant que les bolcheviks d&#233;clarent que la libert&#233; est une conception bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les apologistes de l'Union sovi&#233;tique insistent sur le fait que le vieux &#171; communisme de guerre &#187; &#233;tait justifi&#233; au d&#233;but de la R&#233;volution, &#224; l'&#233;poque du blocus et des fronts militaires. Mais plus de seize ann&#233;es ont pass&#233; depuis. Il n'y a plus ni blocus, ni combats sur les fronts, ni contre-r&#233;volution. Tous les grands gouvernements du monde ont reconnu la Russie sovi&#233;tique. Le gouvernement sovi&#233;tique met en avant sa bonne volont&#233; vis-&#224;-vis des &#201;tats bourgeois, sollicite leur coop&#233;ration et entretient d'importantes relations commerciales avec eux. En r&#233;alit&#233;, il a des relations amicales m&#234;me avec Mussolini et Hitler, ces fameux champions de la libert&#233;. Il aide le capitalisme &#224; faire face &#224; ses temp&#234;tes &#233;conomiques en achetant des millions de dollars de marchandises et en lui ouvrant de nouveaux march&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici donc, dans les grandes lignes, ce que la Russie sovi&#233;tique a accompli durant les dix-sept ann&#233;es qui ont suivi la R&#233;volution. Mais en ce qui concerne le communisme proprement dit, le gouvernement bolchevik suit exactement la m&#234;me politique qu'auparavant, voire pire. Il a effectu&#233; quelques changements politiques et &#233;conomiques superficiels, mais fondamentalement il est rest&#233; exactement le m&#234;me &#201;tat, bas&#233; sur le m&#234;me principe de violence et de coercition, utilisant les m&#234;mes m&#233;thodes de terreur et de contrainte que pendant la p&#233;riode 1920-1921.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a davantage de classes dans la Russie sovi&#233;tique d'aujourd'hui que dans celle de 1917, et que dans la plupart des autres pays du monde. Les bolcheviks ont cr&#233;&#233; une &#233;norme bureaucratie sovi&#233;tique qui jouit de privil&#232;ges sp&#233;ciaux et d'une autorit&#233; presque illimit&#233;e sur les masses ouvri&#232;res et paysannes. Au-dessus de cette bureaucratie se trouve une classe encore plus privil&#233;gi&#233;e, celle des &#171; camarades responsables &#187;, la nouvelle aristocratie sovi&#233;tique. La classe industrielle est divis&#233;e et subdivis&#233;e en une multitude de cat&#233;gories : les &lt;i&gt;oudarniki&lt;/i&gt; (ces troupes de &#171; travailleurs de choc &#187; &#224; qui l'on accorde diff&#233;rents privil&#232;ges), les &#171; sp&#233;cialistes &#187;, les artisans, les ouvriers ordinaires et les manoeuvres. Il y a les &#171; cellules &#187; d'usine, les comit&#233;s d'usine, les pionniers&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Organisation Vladimir L&#233;nine des Pionniers (&#1042;&#1089;&#1077;&#1089;&#1086;&#1102;&#769;&#1079;&#1085;&#1072;&#1103; &#1087;&#1080;&#1086;&#1085;&#1077;&#769;&#1088;&#1089;&#1082;&#1072;&#1103; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les &lt;i&gt;komsomoltsi&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Union des jeunesses l&#233;ninistes communistes, cr&#233;&#233;e en octobre 1918. Apr&#232;s les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les membres du Parti, qui tous jouissent d'avantages mat&#233;riels et d'autorit&#233;. Il existe aussi la vaste classe des &lt;i&gt;lishenti&lt;/i&gt;, les personnes priv&#233;es de droits civiques, dont la plupart n'ont pas la possibilit&#233; de travailler ni le droit de vivre dans certains endroits, elles sont pratiquement priv&#233;es de tout moyen d'existence. La fameuse &#171; zone de r&#233;sidence &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Zone de R&#233;sidence (en russe, &#1063;&#1077;&#1088;&#1090;&#1072; &#1086;&#1089;&#1077;&#1076;&#1083;&#1086;&#1089;&#1090;&#1080;) &#233;tait la r&#233;gion ouest de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de l'&#233;poque tsariste, qui interdisait aux Juifs de vivre dans certaines parties du pays, a &#233;t&#233; r&#233;instaur&#233;e pour toute la population par l'introduction du nouveau syst&#232;me de passeport sovi&#233;tique. Au-dessus de toutes ces classes, r&#232;gne la Gu&#233;p&#233;ou&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Gu&#233;p&#233;ou (ou GPU, &#1043;&#1055;&#1059; en russe, &#171; Direction Politique d'&#201;tat &#187;) est le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, institution redout&#233;e, secr&#232;te, puissante et arbitraire, v&#233;ritable gouvernement &#224; l'int&#233;rieur du gouvernement. La Gu&#233;p&#233;ou, &#224; son tour, poss&#232;de ses propres divisions de classe. Elle a ses forces arm&#233;es, ses &#233;tablissements commerciaux et industriels, ses propres lois et r&#233;glementations, et dispose d'une vaste arm&#233;e d'esclaves condamn&#233;s au travail forc&#233;. M&#234;me dans les prisons et camps de concentration sovi&#233;tiques, il y a diff&#233;rentes classes avec des privil&#232;ges sp&#233;ciaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le terrain de l'industrie, on trouve le m&#234;me genre de &#171; communisme &#187; que dans l'agriculture. Un syst&#232;me Taylor sovi&#233;tis&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Frederick Winslow Taylor, ing&#233;nieur &#233;tasunien (1856-1915), a d&#233;fini une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; fonctionne dans toute la Russie, combinant des normes de qualit&#233; minimales et le travail &#224; la pi&#232;ce - le plus haut degr&#233; d'exploitation et de d&#233;gradation humaine, impliquant aussi des diff&#233;rences infinies de salaires et de r&#233;mun&#233;rations. Les paiements se font en argent, en rations, en r&#233;ductions de charges (loyers, &#233;lectricit&#233;, etc.), sans parler des primes et des r&#233;compenses sp&#233;ciales pour les &lt;i&gt;oudarniki&lt;/i&gt;. Pour r&#233;sumer, c'est le &lt;i&gt;salariat&lt;/i&gt; qui fonctionne actuellement en Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ai-je besoin de pr&#233;ciser qu'un syst&#232;me &#233;conomique bas&#233; sur le salariat ne peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme ayant le moindre lien avec le communisme ? Il en constitue son antith&#232;se. &lt;/p&gt;
&lt;p style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;V&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces caract&#233;ristiques se trouvent dans le syst&#232;me sovi&#233;tique actuel. Il faut faire preuve d'une na&#239;vet&#233; impardonnable, ou d'une hypocrisie encore plus impardonnable, pour pr&#233;tendre - comme le font les apologistes du bolchevisme - que le travail forc&#233; en Russie d&#233;montre &#171; l'auto-organisation des masses dans le domaine de la production &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;trangement, j'ai rencontr&#233; des personnes apparemment intelligentes qui pr&#233;tendent que gr&#226;ce &#224; de telles m&#233;thodes les bolcheviks &#171; sont en train de construire le communisme &#187;. Vraisemblablement, ces personnes pensent qu'une telle construction consiste &#224; d&#233;truire brutalement, physiquement et moralement les meilleures valeurs de l'humanit&#233;. D'autres font semblant de penser que la route vers la libert&#233; et la coop&#233;ration passe par l'esclavage ouvrier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Emma Goldman utilise ici le terme de &#171; labor slavery &#187;.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et la r&#233;pression intellectuelle. Selon eux, inculquer le poison de la haine et de la jalousie, de l'espionnage universel et de la terreur, constitue pour l'humanit&#233; et l'esprit fraternel la meilleure pr&#233;paration au communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne le pense pas. Je pense qu'il n'y a rien de plus pernicieux que d'avilir un &#234;tre humain et d'en faire le rouage d'une machine sans &#226;me, de le transformer en serf, en espion ou en victime d'un espion. Rien n'est plus corrupteur que l'esclavage et le despotisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une psychologie commune &#224; toutes les formes d'absolutisme politique et de dictature : les moyens et les m&#233;thodes utilis&#233;s pour atteindre un but donn&#233; finissent par devenir le but lui-m&#234;me. L'id&#233;al du communisme, du socialisme, a cess&#233; depuis longtemps d'inspirer la classe des chefs bolcheviks. Le pouvoir et le renforcement du pouvoir sont devenus leur seul objectif. Mais la soumission, l'exploitation et l'avilissement abjects ont &#233;galement d&#233;velopp&#233; une nouvelle psychologie dans la grande masse des gens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Russie, la nouvelle g&#233;n&#233;ration est le produit des principes et m&#233;thodes bolcheviks. C'est le r&#233;sultat de seize ann&#233;es de consid&#233;rations officielles, les seules &#224; &#234;tre permises sur ce territoire. Ayant grandi sous un r&#233;gime de monopole mortif&#232;re des id&#233;es et des valeurs, la jeunesse d'URSS ne conna&#238;t pratiquement rien sur la Russie elle-m&#234;me, et encore moins sur le reste du monde. Cette jeunesse compte de nombreux fanatiques aveugl&#233;s, &#224; l'esprit &#233;troit et intol&#233;rant, elle est priv&#233;e de toute perception &#233;thique, d&#233;pourvue du sens de la justice et de l'&#233;quit&#233;. &#192; ces aspects s'ajoute une classe de carri&#233;ristes, d'arrivistes et d'&#233;go&#239;stes dress&#233;s par le dogme bolchevik : &#171; la fin justifie les moyens. &#187; N&#233;anmoins, il existe des exceptions dans les rangs de la jeunesse russe. Un bon nombre d'entre eux sont profond&#233;ment sinc&#232;res, h&#233;ro&#239;ques et id&#233;alistes. Ils voient et sentent la force des id&#233;aux que professe bruyamment le Parti. Ils se rendent compte que les masses ont &#233;t&#233; trahies. Ils souffrent profond&#233;ment du cynisme et du m&#233;pris que le Parti pr&#244;ne envers toute &#233;motion humaine. La pr&#233;sence des &lt;i&gt;komsomoltsi&lt;/i&gt; dans les prisons politiques sovi&#233;tiques, les camps de concentration et l'exil, et les risques incroyables que certains d'entre eux prennent pour s'&#233;vader de ce pays prouvent que la jeune g&#233;n&#233;ration n'est pas seulement compos&#233;e d'individus serviles ou craintifs. Non, toute la jeunesse russe n'a pas &#233;t&#233; transform&#233;e en pantins, en fanatiques ou en adorateurs du tr&#244;ne de Staline et du mausol&#233;e de L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dictature est devenue une n&#233;cessit&#233; absolue pour la survie du r&#233;gime. Car l&#224; o&#249; r&#232;gnent un syst&#232;me de classes et l'in&#233;galit&#233; sociale, l'&#201;tat doit recourir &#224; la force et &#224; la r&#233;pression. La brutalit&#233; d'une telle situation est toujours proportionnelle &#224; l'amertume et au ressentiment qu'&#233;prouvent les masses. C'est pourquoi la terreur gouvernementale est plus forte en Russie sovi&#233;tique que n'importe o&#249; ailleurs dans le monde civilis&#233; actuel, parce que Staline doit vaincre et r&#233;duire en esclavage une centaine de millions de paysans tenaces. C'est la haine populaire envers le r&#233;gime qui explique le prodigieux sabotage industriel en Russie, la d&#233;sorganisation des transports apr&#232;s seize ann&#233;es de gestion militaire de fait ; cette haine populaire envers le r&#233;gime explique aussi la terrifiante famine dans le Sud et le Sud-Est en d&#233;pit des conditions naturelles favorables, malgr&#233; les mesures les plus s&#233;v&#232;res prises pour obliger les paysans &#224; semer et r&#233;colter, et malgr&#233; l'extermination et la d&#233;portation de plus d'un million de paysans dans les camps de travail forc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dictature bolchevik est une forme d'absolutisme qui doit sans cesse se durcir pour survivre, qui r&#233;prime toute opinion ind&#233;pendante et toute critique &#224; l'int&#233;rieur du Parti, y compris au sein m&#234;me de ses cercles les plus &#233;lev&#233;s et les plus ferm&#233;s. C'est une caract&#233;ristique particuli&#232;rement significative de cette situation que le bolchevisme officiel tout comme ses agents, stipendi&#233;s ou b&#233;n&#233;voles, sont constamment en train d'assurer au reste du monde : &#171; tout va bien en Russie sovi&#233;tique, tout va de mieux en mieux &#187;. Ce type de discours est d'une cr&#233;dibilit&#233; comparable aux propos d'Hitler insistant constamment sur son amour pour la paix alors qu'il renforce fr&#233;n&#233;tiquement sa puissance militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin de s'adoucir, la dictature devient chaque jour plus implacable. Le dernier d&#233;cret contre les pr&#233;tendus contre-r&#233;volutionnaires, ou les tra&#238;tres &#224; l'&#201;tat sovi&#233;tique, devrait convaincre m&#234;me certains des apologistes les plus ardents des miracles accomplis en Russie. Ce d&#233;cret renforce les lois d&#233;j&#224; existantes contre toute personne qui ne peut ou ne veut pas respecter l'infaillibilit&#233; de la Sainte Trinit&#233;, Marx-L&#233;nine-Staline. Et les effets de ce d&#233;cret sont encore plus drastiques et cruels contre toute personne jug&#233;e coupable. Soyons clairs, les otages n'ont rien de nouveau en URSS. Ils faisaient d&#233;j&#224; partie de la terreur quand j'&#233;tais venue en Russie. &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Kropotkine&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pierre Kropotkine&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/V%C3%A9ra_Figner&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Vera Figner&lt;/a&gt; avaient protest&#233; en vain contre cette tache noire sur l'&#233;cusson de la R&#233;volution russe. Maintenant, apr&#232;s dix-sept ans de domination bolchevik, un nouveau d&#233;cret a sembl&#233; n&#233;cessaire. Non seulement il renoue avec la pratique des otages, mais il punit aussi cruellement tout adulte appartenant &#224; la famille du criminel, suppos&#233; ou r&#233;el. Le nouveau d&#233;cret d&#233;finit la trahison envers l'&#201;tat comme &#171; tout acte commis par des citoyens de l'URSS au d&#233;triment des forces arm&#233;es de l'URSS, de son ind&#233;pendance ou de l'inviolabilit&#233; de son territoire, tel que l'espionnage, la trahison de secrets militaires ou d'&#201;tat, le passage &#224; l'ennemi, la fuite ou le d&#233;part en avion vers un pays &#233;tranger &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, des tra&#238;tres ont &#233;t&#233; fusill&#233;s. Ce qui rend ce nouveau d&#233;cret encore plus terrifiant, c'est la cruelle punition qu'il exige pour tout individu vivant avec la victime malchanceuse ou qui lui apporte de l'aide, que le &#171; complice &#187; soit au courant du d&#233;lit ou en ignore l'existence. Il peut &#234;tre emprisonn&#233;, exil&#233;, ou m&#234;me fusill&#233;. Il peut perdre ses droits civiques, et &#234;tre d&#233;poss&#233;d&#233; de tout ce qu'il a. En d'autres termes, ce nouveau d&#233;cret institutionnalise une prime pour tous les informateurs qui, afin de sauver leur propre peau, collaboreront avec la Gu&#233;p&#233;ou pour se faire bien voir et d&#233;nonceront aux hommes de main de l'&#201;tat les malheureux proches de coupables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce nouveau d&#233;cret devrait d&#233;finitivement balayer tout doute subsistant encore &#224; propos de l'existence d'un v&#233;ritable communisme en Russie. Il s'&#233;carte m&#234;me du pr&#233;texte de l'internationalisme et des int&#233;r&#234;ts du prol&#233;tariat. Le vieil hymne internationaliste s'est maintenant transform&#233; en un chant pa&#239;en &#224; la gloire de la patrie que la presse sovi&#233;tique servile encense bruyamment : &#171; La d&#233;fense de la patrie est la loi supr&#234;me de la vie, et celui qui &#233;l&#232;ve la main contre elle, qui la trahit, doit &#234;tre &#233;limin&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d&#233;sormais ind&#233;niable que la Russie sovi&#233;tique est politiquement un r&#233;gime de despotisme absolu, et &#233;conomiquement la forme la plus crasseuse du capitalisme d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ci-dessous, quelques extraits du chapitre 52 de l'autobiographie d'Emma Goldman, &lt;/i&gt;Living My Life&lt;i&gt;, publi&#233;e la premi&#232;re fois &#224; New York en 1931, &#224; propos de son passage en Russie pendant deux ans, lors des premi&#232;res ann&#233;es faisant suite &#224; la r&#233;volution russe, en 1920-1921. Traduction de Cathy Bernheim et Annette L&#233;vy-Willard :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On m'avait demand&#233; d'assister &#224; la conf&#233;rence des anarchistes de Petrograd. Quelle ne fut pas ma surprise de d&#233;couvrir que mes camarades devaient se r&#233;unir clandestinement ! Bill Shatoff nous avait pourtant rappel&#233; leur r&#244;le h&#233;ro&#239;que dans l'insurrection r&#233;volutionnaire. Alors pourquoi devaient-ils se cacher ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse &#224; ma question vint tr&#232;s vite, de la bouche des ouvriers des aci&#233;ries de Putilov, des marins de Cronstadt, des soldats de l'Arm&#233;e Rouge, et de l'un de nos vieux camarades qui, condamn&#233; &#224; mort, avait r&#233;ussi &#224; s'enfuir : tous criaient leur angoisse et leur rancoeur contre ceux qu'ils avaient mis au pouvoir. Ils parlaient de la trahison des bolcheviks, de l'esclavage des travailleurs, de l'impuissance des soviets, de la suppression des libert&#233;s, des prisons remplies de paysans, d'ouvriers, de soldats, de marins, de toutes sortes de rebelles. Ils me racont&#232;rent l'attaque arm&#233;e contre le si&#232;ge des anarchistes &#224; Moscou, sur ordre de Trotski, et les m&#233;thodes employ&#233;es par la Tch&#233;ka qui proc&#233;dait &#224; des ex&#233;cutions massives sans jugement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les horreurs cach&#233;es de la Russie r&#233;volutionnaire m'apparaissaient chaque jour davantage... La conf&#233;rence des anarchistes de Moscou, des discussions avec des socialistes r&#233;volutionnaires et avec toutes sortes de gens commen&#231;aient &#224; me d&#233;voiler la r&#233;alit&#233; de la dictature qui se cachait derri&#232;re la mise en sc&#232;ne r&#233;volutionnaire. La situation &#233;tait bien diff&#233;rente des proclamations officielles. C'&#233;taient les r&#233;quisitions dans les villages par les soldats en armes, l'&#233;limination de tous ceux qui osaient prendre position, la disparition des militants les plus d&#233;vou&#233;s et les plus courageux qui avaient permis aux bolcheviks d'arriver au pouvoir. C'&#233;taient les raids nocturnes de la Tch&#233;ka qui r&#233;veillait la population terrifi&#233;e et fouillait partout pour trouver des documents secrets pendant que des soldats faisaient le guet dehors, dans l'espoir de mettre la main sur des suspects. Sur des inculpations tr&#232;s l&#233;g&#232;res on envoyait souvent les gens en prison, ou en exil, quand on ne les ex&#233;cutait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant le bolchevisme &#233;tait mis &#224; nu devant moi, je ne pouvais toujours pas y croire. J'&#233;tais abasourdie, d&#233;concert&#233;e, le sol se d&#233;robait sous mes pieds.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Union des r&#233;publiques socialistes sovi&#233;tiques.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le Politburo (en russe, contraction de &#1055;&#1086;&#1083;&#1080;&#1090;&#1080;&#1095;&#1077;&#1089;&#1082;&#1086;e &#1073;&#1102;&#1088;&#1086;, &#171; bureau politique &#187;), est institu&#233; en 1919 en tant que &#171; Politburo du Comit&#233; Central du Parti communiste de l'Union sovi&#233;tique &#187;. Il &#233;tait le premier conseil (organe supr&#234;me) du Comit&#233; central du Parti communiste de l'Union sovi&#233;tique qui d&#233;finissait sa ligne directrice, et d&#233;terminait les politiques suivies par l'URSS. L'autorit&#233; du Politburo se superposait &#224; celle du gouvernement officiel de l'URSS (successivement appel&#233; le Conseil des commissaires du peuple, puis le Conseil des ministres). La fonction de Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du Comit&#233; central, charg&#233; de coordonner les activit&#233;s du Politburo, a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e en 1922, son premier titulaire &#233;tant Joseph Staline.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cantine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'Institut Smolny est un &#233;difice palladien de Saint-P&#233;tersbourg. Pendant la R&#233;volution russe de 1917, il a &#233;t&#233; choisi par L&#233;nine comme quartier g&#233;n&#233;ral des bolcheviks et a &#233;t&#233; la r&#233;sidence de L&#233;nine pendant plusieurs mois, jusqu'au moment o&#249; le gouvernement sovi&#233;tique a &#233;t&#233; d&#233;plac&#233; au Kremlin de Moscou. Apr&#232;s cela, l'Institut Smolny devint le si&#232;ge de la section locale du Parti communiste, dans les faits l'H&#244;tel de Ville de Petrograd puis de L&#233;ningrad - noms successivement port&#233;s par Saint-P&#233;tersbourg avant 1991.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La &lt;i&gt;razverstka&lt;/i&gt; &#233;tait la m&#233;thode d'acquisition des c&#233;r&#233;ales par le pouvoir bolchevik pendant la p&#233;riode du &#171; communisme de guerre &#187;, entre 1918 et 1921.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;1914-1918.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'Organisation Vladimir L&#233;nine des Pionniers (&#1042;&#1089;&#1077;&#1089;&#1086;&#1102;&#769;&#1079;&#1085;&#1072;&#1103; &#1087;&#1080;&#1086;&#1085;&#1077;&#769;&#1088;&#1089;&#1082;&#1072;&#1103; &#1086;&#1088;&#1075;&#1072;&#1085;&#1080;&#1079;&#1072;&#769;&#1094;&#1080;&#1103; &#1080;&#769;&#1084;&#1077;&#1085;&#1080; &#1042;. &#1048;. &#1051;&#1077;&#769;&#1085;&#1080;&#1085;&#1072;) &#233;tait une organisation de jeunesse, fond&#233;e en mai 1922 apr&#232;s l'interdiction du scoutisme en URSS. Les enfants int&#233;graient cette organisation &#224; 10 ans et y restaient jusqu'&#224; leurs 15 ans.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Union des jeunesses l&#233;ninistes communistes, cr&#233;&#233;e en octobre 1918. Apr&#232;s les Pionniers sovi&#233;tiques, les enfants y entraient &#224; l'&#226;ge de 15 ans et pouvaient y rester jusqu'&#224; leurs 28 ans.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La Zone de R&#233;sidence (en russe, &lt;i&gt;&#1063;&#1077;&#1088;&#1090;&#1072; &#1086;&#1089;&#1077;&#1076;&#1083;&#1086;&#1089;&#1090;&#1080;&lt;/i&gt;) &#233;tait la r&#233;gion ouest de l'Empire russe, frontali&#232;re avec les puissances d'Europe centrale, o&#249; les Juifs &#233;taient cantonn&#233;s par le pouvoir imp&#233;rial de 1791 &#224; mars 1917.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Gu%C3%A9p%C3%A9ou&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Gu&#233;p&#233;ou&lt;/a&gt; (ou GPU, &#1043;&#1055;&#1059; en russe, &#171; Direction Politique d'&#201;tat &#187;) est le deuxi&#232;me nom de la police d'&#201;tat de l'URSS entre 1922 et 1934. La Gu&#233;p&#233;ou est constitu&#233;e en f&#233;vrier 1922 &#224; partir de la Tch&#233;ka (premier nom de la police politique sovi&#233;tique) comme &#171; commissariat de l'Union &#187;. Elle est ensuite fusionn&#233;e avec le &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/NKVD&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;NKVD&lt;/a&gt; (Commissariat du peuple aux Affaires int&#233;rieures) en juillet 1934.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Frederick_Winslow_Taylor&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Frederick Winslow Taylor&lt;/a&gt;, ing&#233;nieur &#233;tasunien (1856-1915), a d&#233;fini une forme d'organisation scientifique du travail, reprise &#233;galement par nombre de ses disciples &#224; partir des ann&#233;es 1880, connue sous le nom de taylorisme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Emma Goldman utilise ici le terme de &#171; labor slavery &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Toutes les notes de bas de page sont de Zanzara ath&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Groupes libertaires et pouvoir populaire : faire imploser l'anarchisme de l'int&#233;rieur</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article1148</link>
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		<dc:date>2014-10-29T22:27:07Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Rafael Uzc&#225;tegui</dc:creator>


		<dc:subject>Anarchismes, anarchie</dc:subject>
		<dc:subject>Communismes</dc:subject>
		<dc:subject>Tout mais pas l'indiff&#233;rence (nulle part)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Certaines organisations libertaires&lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;sentent comme innovantes des&lt;br class='autobr' /&gt;
strat&#233;gies qui sont contraires &#224; la&lt;br class='autobr' /&gt;
libert&#233; et &#224; la justice sociale, comme&lt;br class='autobr' /&gt;
le socialisme autoritaire l'a prouv&#233; &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
diff&#233;rents moments de l'histoire. La&lt;br class='autobr' /&gt;
promotion du &#034;pouvoir populaire&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
de la part des initiatives anarchistes&lt;br class='autobr' /&gt;
les place &#224; la tra&#238;ne des organisations&lt;br class='autobr' /&gt;
dont la tactique est l'accumulation&lt;br class='autobr' /&gt;
de forces pour la prise du pouvoir&lt;br class='autobr' /&gt;
politique.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article, &#233;crit en Argentine en 2010, vise &#224; questionner l'utilisation du terme &#171; pouvoir populaire &#187; dans certains cercles libertaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sommaire :&lt;br class='manualbr' /&gt;- Le vieux fant&#244;me de la dictature du prol&#233;tariat&lt;br class='manualbr' /&gt;- Les deux probl&#232;mes du pouvoir populaire&lt;br class='manualbr' /&gt;- Crise de la gauche, crise de l'anarchisme&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique13" rel="directory"&gt;G&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Anarchismes, anarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot14" rel="tag"&gt;Communismes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot119" rel="tag"&gt;Tout mais pas l'indiff&#233;rence (nulle part)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L106xH150/arton1148-1a1d7.png?1780454921' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1148.png?1412813357&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'absence d'espaces d'&#233;changes comme de m&#233;canismes de discussion entre les anarchistes d'Am&#233;rique latine rend n&#233;cessaire que tout sujet que l'on souhaite tirer au clair soit pr&#233;c&#233;d&#233; d'une mention de l'endroit duquel provient la r&#233;flexion. Le manque de continuit&#233; organique ou, si l'on pr&#233;f&#232;re, de mouvement, nous oblige &#224; un &#233;ternel retour cyclique, o&#249; les sous-entendus n'ont pas leur place, si ce que l'on souhaite est un r&#233;el dialogue et une confrontation d'arguments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article vise &#224; questionner l'utilisation du terme &#171; pouvoir populaire &#187; dans certains cercles libertaires, sans pr&#233;tendre clore une discussion qui ne se fait pas encore avec la rigueur n&#233;cessaire (&#224; l'exception de quelques &#233;crits dispers&#233;s ici et l&#224;), et qui ne se fera pas non plus ici, en raison de limites d'espace. Notre invitation &#224; la discussion doit commencer par quelques clarifications. Ceux qui font la promotion de l'utilisation du terme &#171; pouvoir populaire &#187; (dans certains pays avec plus de visibilit&#233; que dans d'autres) pour synth&#233;tiser une pr&#233;tendue proposition anarchiste ad&#233;quate &#224; notre &#233;poque, le font pour se diff&#233;rencier des autres libertaires, qui sont combattus comme antagonistes, curieusement avec beaucoup plus d'ardeur que le reste de la gauche autoritaire. Selon ces promoteurs du &#171; pouvoir populaire &#187;, cet anarchisme de pouvoir populaire s'oppose &#224; un autre anarchisme qu'ils qualifient, &#224; la suite de Murray Bookchin, de &#171; style de vie &#187;, et qu'ils caricaturent comme &#233;tant &#171; dogmatique &#187;, &#171; &#233;litiste &#187;, &#171; enferm&#233; dans le pass&#233; &#187; et s'organisant principalement autour de ce que l'on appelle l'&#171; insurrectionnalisme &#187;. Nous ne nions pas que certaines initiatives, sur le continent am&#233;ricain, peuvent comprendre une partie ou l'ensemble de ces caract&#233;ristiques. Cependant, nous refusons avec v&#233;h&#233;mence que toute la vari&#233;t&#233; des expressions du mouvement libertaire, du Rio Grande &#224; la Patagonie, puisse &#234;tre simplifi&#233;e, uniquement et exclusivement, sur la base de ce manich&#233;isme : &#171; anarchisme organis&#233; &#187; (comme se nomment eux-m&#234;mes les adorateurs du &#171; pouvoir populaire &#187;) contre l'&#171; insurrectionnalisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, l'anarchisme auquel nous nous identifions est celui qui (tout en reconnaissant l'importance de la participation &#224; des groupes d'affinit&#233; sp&#233;cifiquement libertaires) pense que les valeurs anarchistes ne peuvent se d&#233;velopper que dans un espace dynamique de mouvements sociaux, horizontaux et autonomes, dans des luttes concr&#232;tes et r&#233;elles qui ont pour but d'am&#233;liorer ici et maintenant la vie des opprim&#233;(e)s de tout type. Et l'intervention anarchiste aux c&#244;t&#233;s de personnes qui ont des id&#233;es diff&#233;rentes, n'estompe pas notre identit&#233; anarchiste, mais au contraire la renforce. Parce que les valeurs -et non pas les &#233;tiquettes- que notre mouvement a d&#233;fendu tout au long de l'histoire aspirent &#224; &#234;tre v&#233;cues par toute personne ayant des aspirations de justice sociale et de libert&#233;, et non seulement par un groupe r&#233;duit d'anarchistes convaincu-e-s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le vieux fant&#244;me de la dictature du prol&#233;tariat&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La proposition faite ci-dessus n'est ni la meilleure ni la seule qui pose la question de la polarisation int&#233;ress&#233;e construite par les promoteurs rouges et noirs du &#171; pouvoir populaire &#187; : d'un c&#244;t&#233;, eux, construisant l'organisation &#224; c&#244;t&#233; du peuple, dans une interpr&#233;tation in&#233;dite et peu orthodoxe de l'anarchisme. De l'autre, les anarchistes dogmatiques de caf&#233; et de biblioth&#232;que, enferm&#233;s dans des ghettos &#233;loign&#233;s des masses, dont les initiatives aventureuses nourrissent la r&#233;action. Le fait de caricaturer la discussion en ces termes, cache la superficialit&#233; des propositions des &#171; anarchistes organis&#233;s &#187;. Prenons les choses une par une.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cette p&#233;riode de virage vers des gouvernements de gauche &#171; progressistes &#187; sur le continent am&#233;ricain, l'utilisation du terme &#171; pouvoir populaire &#187; est &#224; la mode. En g&#233;n&#233;ral, une bonne partie de la gauche propose la cr&#233;ation du pouvoir populaire sans pr&#233;ciser ce qui est d&#233;fini par ce terme. Dans nos contr&#233;es, la confusion est encore plus grande du fait que des choses correctes sont nomm&#233;es en utilisant ce concept &#233;quivoque. Nous disions auparavant qu'en tant qu'anarchistes nous nous int&#233;ressons peu aux &#233;tiquettes ; mais comme nous l'avons expliqu&#233;, cette notion de &#171; pouvoir populaire &#187; adopte n&#233;cessairement une signification qui finit justement par an&#233;antir les valeurs qui nous d&#233;finissent comme anti-autoritaires. Citons le concept utilis&#233; par le CILEP&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Centro de Investigaci&#243;n Libertaria y Educaci&#243;n Popular, cf. https://cilep.jux.co&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; en Colombie : &#171; &lt;i&gt;Le pouvoir populaire est avant toute chose une force, car il anticipe le monde futur, parce que dans le pr&#233;sent il montre ce qui est &#224; venir. Ceci est tr&#232;s important car il est vain de vouloir construire une soci&#233;t&#233; libre en utilisant des moyens hi&#233;rarchiques oppressifs et discriminatoires&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;cf. http://www.anarkismo.net/article/12227.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comme on pourra le constater, cette d&#233;finition ne d&#233;couvre rien que n'aient dit les anarchistes durant le si&#232;cle pass&#233; ; cependant cette d&#233;finition d&#233;crit quelque chose qu'avant on nommait &#171; autogestion &#187;, &#171; action directe &#187;, &#171; collectivisme &#187;, ou tout concept semblable et sp&#233;cifique au discours libertaire. La seule raison qui existe pour utiliser un terme qui vient d'autrui comme s'il &#233;tait le n&#244;tre est de construire des ponts et d'&#233;tablir des alliances avec les initiatives qui font une utilisation diff&#233;rente du terme &#171; pouvoir populaire &#187;. La contrebande linguistique est justifi&#233;e au nom d'un suppos&#233; &#171; anti-dogmatisme &#187; ; mais l'un de ses objectifs est de normaliser parmi les anarchistes l'utilisation de concepts et de r&#233;f&#233;rences venant d'organisations partidaires de gauche. Ce n'est pas un hasard si l'article du CILEP commence par une citation de Miguel Enr&#237;quez, le fondateur du MIR chilien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Mouvement de la gauche r&#233;volutionnaire (MIR, en espagnol : Movimiento de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a pu voir que les adjectifs ne sont ni accidentels ni innocents. Le terme &#171; pouvoir populaire &#187; est une r&#233;-actualisation de ce que les autoritaires d&#233;finissaient, avant la chute du mur de Berlin, comme &#171; dictature du prol&#233;tariat &#187;. Le dictionnaire russe de philosophie l'a d&#233;finie comme &#171; &lt;i&gt;une suite de la liquidation du r&#233;gime capitaliste et de la destruction de la machine de l'&#201;tat bourgeois&lt;/i&gt; (...) &lt;i&gt;Le prol&#233;tariat utilise son pouvoir pour &#233;craser la r&#233;sistance des exploiteurs, consolider la victoire de la r&#233;volution, &#233;carter &#224; temps les tentatives de restaurer le pouvoir de la bourgeoisie et se d&#233;fendre contre les agressions de la r&#233;action internationale&lt;/i&gt; &#187;. Cette explication pourrait aussi &#234;tre la n&#244;tre ; cependant s'il y a bien quelque chose que les anarchistes qui nous ont pr&#233;c&#233;d&#233; ont affront&#233;, c'est justement la dictature du prol&#233;tariat. Et la plupart des arguments qui ont &#233;t&#233; utilis&#233;s (&lt;i&gt;contre la dictature du prol&#233;tariat&lt;/i&gt;), nous pourrions les reprendre aujourd'hui pour d&#233;battre avec les enthousiastes du &#171; pouvoir populaire libertaire &#187;. Bakounine affirmait par exemple dans &lt;i&gt;&#201;tatisme et anarchie&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;qu'on aborde le probl&#232;me depuis n'importe quel point de vue, on arrive toujours au m&#234;me triste r&#233;sultat, &#224; la direction de la grande majorit&#233; des masses par une minorit&#233; de privil&#233;gi&#233;s. Mais cette minorit&#233;, disent les marxistes, se composera de travailleurs. Oui, peut-&#234;tre de ceux qui &#233;taient des travailleurs, mais d&#232;s qu'ils deviennent des chefs ou des repr&#233;sentants du peuple, ils cessent d'&#234;tre des ouvriers et regardent le peuple laborieux de la hauteur du gouvernement ; ils ne repr&#233;sentent plus le peuple, mais eux-m&#234;mes et leurs pr&#233;tentions &#224; gouverner le peuple&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus r&#233;cemment, le concept de &#171; pouvoir populaire &#187; a tent&#233; de se d&#233;velopper durant l'exp&#233;rience tronqu&#233;e de gouvernement de Salvador Allende au Chili, et plus tard comme proposition de gouvernement venant d'initiatives de gauche, comme par exemple au Venezuela d'Hugo Ch&#225;vez, o&#249; tous les bureaux du gouvernement et les minist&#232;res publics ont &#233;t&#233; refondus en tant qu'instances du &#171; pouvoir populaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les deux probl&#232;mes du pouvoir populaire &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tout comme le concept de la dictature du prol&#233;tariat soulevait auparavant deux objections, &#171; qu'est-ce que la dictature ? &#187; et &#171; qu'est-ce que le prol&#233;tariat ? &#187;, le &#171; pouvoir populaire &#187; contient d&#232;s le d&#233;part deux probl&#232;mes, d'un c&#244;t&#233; &#171; de quel pouvoir sommes-nous en train de parler ? &#187; et de l'autre &#171; qui d&#233;finit ce qui est populaire ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot pouvoir est polys&#233;mique, avec des significations diff&#233;rentes. En premier, il s'agit d'une facult&#233;, une capacit&#233; &#224; faire, le d&#233;nomm&#233; &#171; pouvoir-faire &#187;. D'autre part le mot pouvoir exprime une relation de domination, un &#171; pouvoir sur &#187;. John Holloway explique le passage d'une &#233;tape &#224; l'autre par la fracture du flux social du faire, qui le transforme en son contraire, le &#171; pouvoir-sur &#187;. Ceux qui revendiquent le &#171; pouvoir populaire &#187; depuis l'anarchisme, proposent la promotion infinie du &#171; pouvoir-faire &#187; sans pr&#233;ciser comment on &#233;vite qu'il ne se transforme en &#171; pouvoir-sur &#187;. Le marxiste irlandais n'a pas pu l'expliquer non plus, ce qui l'a fait choisir la voie anarchiste : proposer de changer le monde sans prendre le pouvoir. Et c'est ainsi car le mot pouvoir est verbe et nom &#224; la fois. En tant que proposition politique, l'utilisation du terme pouvoir (comme nom) a une signification unique : la relation d'autorit&#233; de certaines personnes sur d'autres. Et si auparavant l'utilisation du mot &#171; dictature &#187; ne pouvait qu'avoir la cons&#233;quence qu'elle a eu, aujourd'hui l'accumulation du pouvoir, peu importe l'adjectif utilis&#233;, n'aura qu'une voie : celle de l'oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, il y a une d&#233;finition propre du &#171; populaire &#187;. Le &#171; peuple &#187; est une d&#233;finition vague et impr&#233;cise qui peut tout signifier. Qu'est-ce qui est populaire et qu'est-ce qui ne l'est pas ? Supposons que ce soit na&#238;tre dans les classes les plus exclues socialement. Cette particularit&#233; d'origine se garde-t-elle toute une vie ind&#233;pendamment des r&#244;les et des actions de la personne en question ? Ignacio Lula da Silva, d'origine ouvri&#232;re, est-il un pr&#233;sident &#171; populaire &#187; ? Ou au contraire le mot &#171; populaire &#187; est-il synonyme de ce qui est accept&#233; par la majorit&#233; ? Enfin, cette mythification du &#171; populaire &#187; par opposition &#224; &#171; l'&#233;litiste &#187; mythifie ceux qui le composent, bons par nature. Et toute personne qui a &#233;t&#233; dans un quartier ou dans une favela sait que leur composition est aussi diversifi&#233;e que le reste de la soci&#233;t&#233; : des individus potentiellement r&#233;volutionnaires vivant avec d'autres, clairement conservateurs. Cette fausse confrontation, celle du &#171; pouvoir populaire &#187; contre &#171; le pouvoir des &#233;lites &#187;, cache la multiplicit&#233; des rapports de domination que Foucault a bien d&#233;crit dans &lt;i&gt;La microf&#237;sica del poder&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Recueil de textes de Michel Foucault traduits en espagnol, &#233;dit&#233; sous le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Crise de la gauche, crise de l'anarchisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas un secret que la th&#233;orie et la pratique r&#233;volutionnaires sont en crise dans le monde entier. L'anarchisme n'&#233;chappe pas &#224; la confusion et au manque de nouvelles propositions. Ce qui est curieux est que certaines organisations libertaires pr&#233;sentent comme innovantes des strat&#233;gies qui sont contraires &#224; la libert&#233; et &#224; la justice sociale, comme le socialisme autoritaire l'a prouv&#233; &#224; diff&#233;rents moments de l'histoire. La promotion du &#171; pouvoir populaire &#187; de la part des initiatives anarchistes les place &#224; la tra&#238;ne des organisations dont la tactique est l'accumulation de forces pour la prise du pouvoir politique. Nous croyons que la plupart des compagnon-ne-s qui ont opt&#233; pour cette strat&#233;gie se trompent, qu'ils n'ont pas de r&#233;f&#233;rences claires et qu'ils-elles sont ignorant-e-s concernant, entre autres la voie des luttes r&#233;volutionnaires dans le monde entier. Cependant, il est clair que quelques initiatives concr&#232;tes ont l'intention de faire imploser l'anarchisme de l'int&#233;rieur ; cela vient de la part des partis politiques de la gauche autoritaire qui, face au discr&#233;dit pour leurs maigres r&#233;sultats historiques, ont besoin de se rajeunir en adoptant une facette pseudo-libertaire. Il est une chose de se mettre &#224; la remorque des partis de gauche, aussi radicaux qu'ils se pr&#233;tendent, et une autre, tr&#232;s diff&#233;rente, de faire partie des tensions et des affrontements sociaux contre les pouvoirs &#233;tablis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est triste que les contributions les plus int&#233;ressantes pour le renforcement des conflits et la promotion des luttes populaires dans la r&#233;gion viennent des secteurs auto-d&#233;nomm&#233;s autonomes (Holloway, Colectivo Situaciones&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Collectif argentin &#171; d'enqu&#234;te militante &#187;, cf. http://colectivosituaciones.blog&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, etc.) qui justement ont int&#233;gr&#233; des valeurs anarchistes dans leurs propositions, indiquant que ce r&#233;sultat fait partie de &#171; l'&#233;volution &#187; de leur marxisme. Toutefois, cette crise, comme les autres, est aussi une opportunit&#233;. Mais pour surmonter cette impasse, o&#249; le clair recul auquel nous invitent les aveugl&#233;s par le &#171; pouvoir populaire &#187;, il faut exp&#233;rimenter passionn&#233;ment dans sa vie quotidienne et d&#233;chiffrer les &#233;nigmes et les d&#233;fis de notre temps. Nous rejoignons ici les paroles de notre bien-aim&#233; Daniel Barret&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pseudonyme de Rafael Sp&#243;sito, sociologue et militant anarchiste uruguayen, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dont nous saluons la m&#233;moire : &#171; &lt;i&gt;une cr&#233;ation sociale libertaire et socialiste ne peut pas &#234;tre con&#231;ue comme le r&#233;sultat spontan&#233; d'une l&#233;galit&#233; n&#233;buleuse historique, ni comme le dessein d'un chef, ni comme une op&#233;ration d'ing&#233;nierie sous la forme de planification centrale, ni comme un hasard, ni un av&#232;nement magique : une soci&#233;t&#233; libertaire et socialiste ne peut &#234;tre que le r&#233;sultat d'une d&#233;cision autonome profonde et d'une interminable succession de luttes et de gestes qui se forment dans la conscience collective&lt;/i&gt; &#187; .&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Centro de Investigaci&#243;n Libertaria y Educaci&#243;n Popular, cf. &lt;a href=&#034;https://cilep.jux.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://cilep.jux.com/&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;cf. &lt;a href=&#034;http://www.anarkismo.net/article/12227&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.anarkismo.net/article/12227&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le Mouvement de la gauche r&#233;volutionnaire (MIR, en espagnol : &lt;i&gt;Movimiento de Izquierda Revolucionaria&lt;/i&gt;) est un parti politique marxiste-l&#233;niniste fond&#233; en 1965 par des &#233;tudiants chiliens et des syndicalistes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Recueil de textes de Michel Foucault traduits en espagnol, &#233;dit&#233; sous le titre &#171; La microphysique du pouvoir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Collectif argentin &#171; d'enqu&#234;te militante &#187;, cf. &lt;a href=&#034;http://colectivosituaciones.blogspot.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://colectivosituaciones.blogspot.com/&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pseudonyme de Rafael Sp&#243;sito, sociologue et militant anarchiste uruguayen, 1952-2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Le texte &#171; &lt;a href=&#034;http://rafaeluzcategui.wordpress.com/2010/12/09/grupos-libertarios-y-poder-popular-dinamitando-el-anarquismo-desde-adentro/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Grupos libertarios y poder popular : Dinamitando el anarquismo desde adentro&lt;/a&gt; &#187; a &#233;t&#233; publi&#233; &#224; Buenos Aires dans le journal anarchiste &lt;i&gt;Libertad&lt;/i&gt; n&#176; 57, en janvier 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduit par Ignacio en 2014.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://www.infokiosques.net/IMG/pdf/groupes-libertaires-et-pouvoir-populaire-cahier.pdf" length="352766" type="application/pdf" />
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Crise, totalitarisme, luttes sociales et de classe en Gr&#232;ce</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article1123</link>
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		<dc:date>2014-09-12T11:30:23Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Collectif anarchiste Cercle de Feu</dc:creator>


		<dc:subject>Anarchismes, anarchie</dc:subject>
		<dc:subject>Squat, logement</dc:subject>
		<dc:subject>Communismes</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ves et luttes des classes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Apr&#232;s la r&#233;volte de d&#233;cembre [2008] et au milieu d'une&lt;br class='autobr' /&gt;
crise g&#233;n&#233;ralis&#233;e du syst&#232;me, il est indispensable pour les anarchistes de diffuser le plus largement possible leur discours et leurs positions, &#224; travers leur pr&#233;sence politiquement distincte et leur intervention dans les luttes sociales et de classe, dans le but de contribuer &#224; la radicalisation de ces derni&#232;res, &#224; leur connexion ainsi qu'au renforcement des ruptures que celles-ci sont capables de cr&#233;er avec le r&#233;gime. Mais cette pr&#233;sence et cette intervention ne doivent pas &#234;tre momentan&#233;es et occasionnelles ; elles doivent &#234;tre durables et organis&#233;es. Pour contribuer &#224; la cr&#233;ation d'un mouvement r&#233;volutionnaire massif capable de renverser l'Etat et le capital, ouvrant le chemin vers l'Anarchie et le Communisme. &#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique7" rel="directory"&gt;C&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Anarchismes, anarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot5" rel="tag"&gt;Squat, logement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot14" rel="tag"&gt;Communismes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot95" rel="tag"&gt;Gr&#232;ves et luttes des classes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L106xH150/arton1123-054a8.jpg?1780454921' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1123.jpg?1403173463&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;ENTRETIEN&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand le collectif Cercle de feu s'est-il cr&#233;&#233; et dans quels champs intervient-il ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : Le collectif politique anarchiste Cercle de feu &#171; loge &#187; dans le squat de Lelas Karagianni, le plus ancien squat de Gr&#232;ce qui date de 1988. L'histoire du collectif est &#233;troitement li&#233;e &#224; celle du squat. Le Cercle de feu s'est cr&#233;&#233; en 2006. Il est issu de la rencontre du groupe anarchiste qui existait d&#233;j&#224; dans le squat avec des compagnons de l'Assembl&#233;e Ouverte d'Anarchistes/Anti-autoritaires de l'&#233;poque. Il tire son nom du magazine Cercle de feu qui &#233;tait publi&#233; par le collectif Cercle d'anarchistes &#224; la fin des ann&#233;es 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C : Le noyau de pens&#233;e politique de ce groupe remonte &#224; tr&#232;s loin et le collectif d'aujourd'hui est form&#233; de compagnons qui se sont rencontr&#233;s dans des luttes et des processus collectifs auxquels les gens du squat participent depuis pas mal d'ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi le d&#233;finissez-vous comme &#171; collectif politique anarchiste &#187; ? Un collectif anarchiste n'est pas de facto politique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : Non. Il y a aussi des approches anti-politiques qui ne se r&#233;f&#232;rent pas &#224; l'anarchie en terme de mouvement. En revanche, nous &#8211; comme d'autres compagnons &#8211; nous soutenons qu'un mouvement anarchiste le plus fort possible est indispensable. Un mouvement qui peut se trouver en interaction, inspirer, s'inspirer et puiser dans les luttes sociales et de classe, tout en gardant sa pr&#233;sence politique distincte, sans s'auto-dissoudre dans le social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il s'agit de ce que l'on appelle &#171; anarchisme social &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : Non, nous n'acceptons pas ce terme, car nous consid&#233;rons que l'anarchisme s'adresse de facto &#224; la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C : Nous, nous parlons de r&#233;volution sociale. Le terme d' &#171; anarchistes sociaux &#187; n'est pas le n&#244;tre. C'est celui qu'emploient les individualistes pour se distinguer de nous.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les fronts de lutte qu'on ouvre, les fronts auxquels on participe et dans lesquels on investit nos forces, ont beaucoup &#224; voir avec l'histoire des gens qui forment ce groupe. En effet, parmi nous, il y a des compagnons qui ont une grande exp&#233;rience des luttes du pass&#233;. De nombreuses questions dont on s'occupe maintenant avaient &#233;t&#233; d&#233;j&#224; pos&#233;es depuis longtemps, m&#234;me si ce n'&#233;tait pas avec l'intensit&#233; d'aujourd'hui.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il y a d'abord la question de l'antifascisme. La question des r&#233;sistances de classe et du renforcement de structures comme les syndicats de base. L'intervention dans les quartiers avec la contribution &#224; la cr&#233;ation et au renforcement d'assembl&#233;es locales, comme c'est le cas de l'Assembl&#233;e de R&#233;sistance et de Solidarit&#233; Kypselis-Patission.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il y a aussi la question du pillage de la nature et la collaboration avec d'autres compagnons sur des fronts diff&#233;rents li&#233;s &#224; cette question, comme celui du mont Parnitha&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le mont Parnitha, &#224; c&#244;t&#233; d'Ath&#232;nes, a subi les cons&#233;quences n&#233;fastes de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le front de la lutte contre le d&#233;tournement et la construction de barrages du fleuve Ach&#233;lo&#252;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le projet pharaonique de d&#233;tournement de l'Ach&#233;lo&#252;s et de construction de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ou encore celui de la lutte des habitants du Nord-Est de la Chalcidique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La lutte des habitants des villages de Ierissos et Megali Panagia, en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; contre l'installation de mines d'or.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ensuite, il y a la mobilisation autour de structures auto-organis&#233;es comme celles des squats et leur d&#233;fense dans le cadre de la lutte anarchiste et antiautoritaire plus large, et cela particuli&#232;rement depuis d&#233;cembre 2008, depuis que ces lieux auto-organis&#233;s se trouvent &#224; la pointe de l'attaque r&#233;pressive de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : Il y a 2-3 semaines, il y a eu une invasion polici&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'invasion polici&#232;re au squat de Lelas Karagianni a eu lieu le 15 janvier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ici, dans le squat de Lelas Karagianni 37, apr&#232;s l'expulsion violente de deux autres squats, ceux de Villa Amalias et de Skaramanga. Et nous avons imm&#233;diatement r&#233;occup&#233; le b&#226;timent, ce qui nous permet d'ailleurs de parler en ce moment ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C : Il y a d'autres domaines dans lesquels des compagnons du collectif s'impliquent, comme celui de l'art, de l'expression artistique auto-organis&#233;e. Et il y a aussi la question de la solidarit&#233; avec la lutte des zapatistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : Ce squat est un squat anarchiste. Nous sommes anarchistes et squatteurs. Pour nous, le squat constitue un moyen de notre lutte plus large en tant qu'anarchistes, et non pas un but en soi. Car il y a aussi une autre conception des squats, compl&#233;tement auto-r&#233;f&#233;rentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C : On participe quotidiennement &#224; des mouvements de lutte, &#224; des mouvements de solidarit&#233; avec des militants pers&#233;cut&#233;s, avec des immigr&#233;s, que ce soit &#224; notre initiative ou &#224; celle d'autres compagnons. Nous sommes un collectif ayant une analyse sur les questions sociales, mais en m&#234;me temps un collectif activiste qui intervient continuellement dans le champ social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment entendez-vous le terme &#171; crise &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : La question de la crise est une question &#233;norme. Nos r&#233;ponses sont le r&#233;sultat d'une discussion et d'un &#233;change d'id&#233;es au sein du groupe, mais conservent toujours une dimension personnelle. Parce qu'il s'agit de quelque chose qui &#233;volue, qui r&#233;sulte de la r&#233;alit&#233; elle-m&#234;me de la vie et de la lutte. La discussion sur la crise est un processus en continuelle &#233;volution. A mon avis, l'usage lui-m&#234;me du mot &#171; crise &#187; et la fa&#231;on dont on con&#231;oit ce mot d&#233;signe un certain choix politique pour analyser la r&#233;alit&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est &#233;vident que pour les travailleurs, les ch&#244;meurs, les pauvres, les exclus, c'est-&#224;-dire pour notre classe, la &#171; crise &#187; signifie l'apog&#233;e de la guerre sociale et de classe de la part des dominants. On parle de la crise d'ensemble d'un syst&#232;me qui se trouve en d&#233;composition et qui s'efforce de conqu&#233;rir tout aspect du social afin de continuer &#224; se reproduire lui-m&#234;me.&lt;br class='manualbr' /&gt;Notre conception de la crise pr&#233;suppose la reconnaissance du capital en tant que rapport social, et pas simplement en tant que valeur &#233;conomique. La production, la consommation, la vie sociale, les mentalit&#233;s et les conceptions sociales r&#233;sultent du mode d'organisation sociale dominant. Les manifestations de la crise constituent le produit d'une r&#233;alit&#233; sociale fond&#233;e sur le fait d'imposer l'in&#233;galit&#233; sociale et de classe. De ce point de vue, la crise est avant tout une crise des rapports sociaux et de classe qui sont form&#233;s par le monde de l'&#201;tat et du capital. C'est-&#224;-dire que c'est le r&#233;sultat des conditions qui sont impos&#233;es par la distinction primordiale entre dirigeants et dirig&#233;s, exploitants et exploit&#233;s.&lt;br class='manualbr' /&gt;Cette crise d'ensemble se manifeste dans tout champ de l'activit&#233; sociale, c'est-&#224;-dire dans le champ &#233;conomique, politique, dans le champ de la nature et de l'environnement, dans celui des id&#233;es et des valeurs. Elle se manifeste tant sur un plan local que sur un plan international.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le mot &#171; crise &#187; signifie, entre autres, l'apparition intense du sympt&#244;me d'une maladie. Dans la terminologie sociale et politique, ce que l'usage de ce terme d&#233;signe est en r&#233;alit&#233; l'apparition accrue de la contradiction qui r&#233;git le monde de l'&#201;tat et du capital, celle entre les possibilit&#233;s sociales r&#233;elles et la r&#233;alit&#233; telle qu'elle est form&#233;e par le fait d'imposer l'in&#233;galit&#233; sociale et de classe.&lt;br class='manualbr' /&gt;Sur un plan th&#233;orique, les marxistes mettent surtout l'accent sur le foss&#233; qui r&#233;sulte de l'appropriation individuelle des moyens de production et sur les restrictions que cette derni&#232;re impose sur le d&#233;veloppement des possibilit&#233;s sociales productives r&#233;elles. Moi, je consid&#232;re que cela constitue une partie importante de la contradiction d'ensemble. Malgr&#233; tout, je ne n&#233;glige pas l'importance d'une s&#233;rie de restrictions qui ne concernent pas seulement la domination de la bourgeoisie sur le prol&#233;tariat, mais aussi une s&#233;rie de rapports de pouvoir, comme par exemple ceux de s&#233;parations sexu&#233;es ou raciales, des rapports qui sont li&#233;s &#224; l'organisation elle-m&#234;me de la soci&#233;t&#233; par l'&#201;tat, c'est-&#224;-dire &#224; la distinction entre dominants et domin&#233;s. C'est une distinction qui, dans tous les cas, emp&#234;che la lib&#233;ration sociale et le d&#233;ploiement des possibilit&#233;s sociales r&#233;elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A : Les marxistes &#8211; du moins les marxistes traditionnels &#8211; sont exclusivement centr&#233;s sur le champ &#233;conomique et plus pr&#233;cis&#233;ment sur la contradiction entre forces productives et rapports de production, une contradiction qu'ils consid&#232;rent comme dominante et dont ils saisissent le d&#233;nouement de mani&#232;re d&#233;terministe. C'est-&#224;-dire qu'ils consid&#232;rent que, d'une mani&#232;re ou d'une autre, &#224; un certain moment, elle sera tellement accrue que son d&#233;nouement sera in&#233;luctable.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans un tel sch&#233;ma, ce n'est pas la lutte des travailleurs, des ch&#244;meurs, des femmes, des immigr&#233;s qui joue un r&#244;le primordial dans le processus de lib&#233;ration sociale. Il s'agit plut&#244;t des &#171; r&#233;actions in&#233;vitables &#187; des opprim&#233;s, r&#233;actions qui ob&#233;issent aux &#171; lois &#187; de cette contradiction.&lt;br class='manualbr' /&gt;En revanche, pour nous en tant qu'anarchistes, ce qui a une importance particuli&#232;re c'est la dynamique sociale qui se d&#233;veloppe quand les opprim&#233;s d&#233;passent les r&#244;les pr&#233;determin&#233;s impos&#233;s par le r&#233;gime et d&#233;ploient une richesse de r&#233;sistances collectives, de luttes et de r&#233;voltes, indicative de leur possibilit&#233; de renverser l'&#201;tat et le capital. Et ce d&#233;passement peut plus facilement se r&#233;aliser et se g&#233;n&#233;raliser dans une &#233;poque de crise, puisque c'est dans de telles &#233;poques que de plus en plus de gens perdent confiance dans les institutions dominantes et sont plus ouverts aux projets d'auto-organisation, de r&#233;sistance et de solidarit&#233;, si, bien s&#251;r, ils se rencontrent avec ces forces politiques qui promeuvent dans les faits ces projets.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous, nous entendons la crise comme une crise du syst&#232;me dans son ensemble, en consid&#233;rant ses diff&#233;rentes dimensions (&#233;conomique, politique, environnementale, crise de valeurs) comme un produit de la contradiction accrue du syst&#232;me existant d'organisation sociale. Il s'agit de la contradiction entre les besoins sociaux r&#233;els et les rapports sociaux et de classe qui imposent leur mutilation et rendent impossible leur satisfaction. C'est d'ailleurs pourquoi, la crise, au moins en Gr&#232;ce, appara&#238;t avant tout comme une crise de l&#233;gitimation du syst&#232;me, ce qui oblige l'&#201;tat &#224; se r&#233;former et &#224; se cuirasser pour l'affronter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C : Ce n'est pas un hasard si le mod&#232;le de reproduction du r&#233;gime politique qui &#233;tait en vigueur depuis presque 40 ans, depuis la chute de la dictature &#8211; mod&#232;le bas&#233; sur l'alternance au pouvoir de deux grands partis politiques, la Nouvelle D&#233;mocratie et le parti socialiste (PASOK) &#8211; a &#233;t&#233; renvers&#233; et si on est entr&#233;s dans une p&#233;riode de modifications continuelles et de maintien du r&#233;gime &#224; travers des alliances de partis tr&#232;s &#233;ph&#233;m&#232;res. Le r&#233;gime utilise toutes ses r&#233;serves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : S'il y a un terme qui puisse traduire la r&#233;alit&#233; d'aujourd'hui, c'est celui de totalitarisme moderne. Pour nous, il signifie la mobilisation de tout m&#233;canisme de la domination, soit officiel comme le m&#233;canisme judiciaire et policier, soit non officiel comme les groupes fascistes, ou encore le m&#233;canisme m&#233;diatique qui reproduit la propagande du r&#233;gime et contribue &#224; la diffusion du cannibalisme social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avant d'aller plus loin, pouvez-vous expliquer ce que vous entendez par le terme &#171; cannibalisme social &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C : Dans ses grandes lignes, c'est l'effort de l'&#233;lite politique et &#233;conomique du r&#233;gime pour d&#233;tourner la col&#232;re sociale vers l'int&#233;rieur de la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : C'est-&#224;-dire pour transformer la guerre de classe en une guerre entre pauvres, en une guerre au sein de la classe des exploit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C : Et cet effort a des r&#233;sultats concrets et pr&#233;cis, comme par exemple ce que l'on appelle &#171; automatisme social &#187;, c'est-&#224;-dire le fait de dresser un secteur de travailleurs contre l'autre pour annihiler toute r&#233;sistance. Cela passe aussi par la revalorisation du ph&#233;nom&#232;ne fasciste et son encouragement pour que les fascistes s'attaquent aux immigr&#233;s, en tant que la partie la plus faible des exploit&#233;s, ainsi qu'aux militants. Et un troisi&#232;me point, c'est l'accentuation des conditions d'exploitation d'une partie de la population, &#224; tel point qu'apparaissent en son sein des ph&#233;nom&#232;nes de violence anti-sociale, c'est-&#224;-dire que les faibles se retournent contre les plus faibles, en int&#233;riorisant la hi&#233;rarchie sociale de pouvoir et en reproduisant la logique du darwinisme social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : La base id&#233;ologique de cette condition r&#233;side depuis des ann&#233;es dans la question de l'individuation, dans la dissolution de tout esprit collectif de ceux d'en bas. Cette condition a &#233;t&#233; promue et maintenant que s'intensifient toutes sortes d'attaque du r&#233;gime, elle s'intensifie elle aussi et prend la forme du cannibalisme social. C'est-&#224;-dire que l'existence individualis&#233;e s'&#233;vertue &#224; &#233;craser celui qui est &#224; c&#244;t&#233;, puisqu'elle a &#233;t&#233; impr&#233;gn&#233;e par l'id&#233;e de la concurrence. La concurrence ayant pour but l'ascension sociale prend maintenant la forme du cannibalisme social, puisque ce qui est en jeu c'est la survie elle-m&#234;me.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour revenir &#224; la question plus large du totalitarisme moderne, je veux dire qu'il y a une s&#233;rie de ph&#233;nom&#232;nes qui est &#233;vidente, m&#234;me si leur connexion n'est pas toujours simple car l'attaque men&#233;e par l'&#201;tat est en &#233;volution. Par exemple, la pauvret&#233; augmente, le foss&#233; entre les riches et les pauvres augmente, la taille et les possibilit&#233;s des forces r&#233;pressives augmentent. Le cadre juridique devient de plus en plus rigide (lois &#171; anti &#187;terroristes, ADN, etc), des limitations constitutionnelles et juridiques qui existaient tombent en d&#233;su&#233;tude. Les salaires diminuent, la force de travail est d&#233;valu&#233;e, il y a des licenciements. L'extr&#234;me droite et le fascisme montent, les m&#233;dias jouent un r&#244;le particulier, la propagande &#233;tatique est continuellement retransmise. C'est tout cela qu'on appelle en r&#233;alit&#233; totalitarisme moderne. C'est-&#224;-dire pauvret&#233;, mis&#232;re, r&#233;pression, tout cela ensemble forme, essaie de former une nouvelle soci&#233;t&#233;. C'est finalement le but de tout cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C : Graduellement, pas &#224; pas, toute forme de r&#233;sistance est mise hors-la-loi. On se vit d&#233;j&#224; dans une &#233;poque o&#249; il y a un &#233;tat d'urgence permanent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : Le r&#233;gime fait tomber en d&#233;su&#233;tude toute limitation juridique et constitutionnelle entravant son mouvement. Ces limitations, en r&#233;alit&#233;, &#233;taient le r&#233;sultat du repli de l'&#201;tat face aux luttes sociales et de classe qui ont eu lieu en Gr&#232;ce jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 1970. A travers ces luttes que l'&#201;tat a affront&#233;es tant avec la r&#233;pression qu'avec l'assimilation avaient &#233;t&#233; conquises certaines choses qui sont maintenant supprim&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C : Il y a principalement deux &#233;l&#233;ments id&#233;ologiques utilis&#233;s pour promouvoir le totalitarisme moderne. D'abord, celui de l'int&#233;r&#234;t national, du salut du pays qui se pr&#233;sente comme une voie &#224; sens unique. Et ensuite celui de la &#171; guerre des extr&#234;mes &#187; et de la d&#233;fense de la l&#233;galit&#233;. Par la diffamation, ils s'efforcent de d&#233;former les caract&#233;ristiques des luttes sociales et de classe au nom de la d&#233;fense de la d&#233;mocratie bourgeoise contre les &#171; extr&#234;mes &#187;. Il s'agit l&#224; d'un des modes de valorisation des fascistes par l'&#201;tat. Tous ceux qui r&#233;sistent sont pr&#233;sent&#233;s comme appartenant &#224; des &#171; groupes d'extr&#233;mistes &#187; et sont mis sur le m&#234;me plan que les bandes fascistes. De cette fa&#231;on, l'&#201;tat se pr&#233;sente comme arbitre entre les &#171; extr&#234;mes &#187;, protecteur de la soci&#233;t&#233; et garant de la l&#233;galit&#233;. D'une l&#233;galit&#233; qui change continuellement en s'avan&#231;ant rapidement vers la fascisation de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : En r&#233;alit&#233;, il n'y a pas deux extr&#234;mes, il y a deux mondes antagonistes. Il y a, d'une part, l'&#201;tat et le capital qui collaborent avec les fascistes pour d&#233;fendre le r&#233;gime, quelle que soit la forme de sa gestion politique. Un &#233;l&#233;ment commun de base qui les unit c'est la confrontation avec ceux qui luttent. C'est-&#224;-dire que ces derni&#232;res ann&#233;es, il y a une alternance entre des attaques fascistes meurtri&#232;res contre des gens et des lieux de la lutte et des invasions polici&#232;res, des op&#233;rations r&#233;pressives, des attaques polici&#232;res tr&#232;s dures contre des blocs de manifestants, des tortures, des arrestations, des d&#233;tentions pr&#233;ventives. Ainsi, un compagnon, membre de l'Assembl&#233;e de R&#233;sistance et de Solidarit&#233; Kypselis-Patission, a failli mourir apr&#232;s une attaque meurtri&#232;re des flics pendant une manifestation ayant eu lieu le jour d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale.&lt;br class='manualbr' /&gt;Un autre exemple caract&#233;ristique, ce sont les tortures inflig&#233;es aux compagnons arr&#234;t&#233;s le 30 septembre 2012, quand une manif &#224; motos antifasciste a affront&#233; dans la rue et avec succ&#232;s des fascistes qui faisaient un pogrom contre des immigr&#233;s. Les forces de r&#233;pression sont alors intervenues, elles ont arr&#234;t&#233; des antifascistes, elles les ont tortur&#233;s dans le B&#226;timent de la S&#233;curit&#233; et les compagnons arr&#234;t&#233;s ont &#233;t&#233; accus&#233;s avec de lourdes charges. Et cela n'est pas un &#233;v&#233;nement isol&#233;, mais fait partie d'une attaque r&#233;pressive g&#233;n&#233;ralis&#233;e o&#249; des membres des assembl&#233;es de quartier sont battus par la police quand les assembl&#233;es descendent en cort&#232;ge dans la rue, o&#249; les photos des arr&#234;t&#233;s prises par la police sont diffus&#233;es par les m&#233;dias, etc.&lt;br class='manualbr' /&gt;Et tout cela va de pair avec les attaques contre les gr&#232;ves. Un exemple caract&#233;ristique c'est celui de l'usine de Halyvourgia&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La gr&#232;ve aux aci&#233;ries de Halyvourgia &#224; Aspropyrgos, d&#233;clench&#233;e le 30 octobre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; o&#249; les ouvriers faisaient gr&#232;ve depuis presque neuf mois, qui a &#233;t&#233; envahie par la police et qualifi&#233;e par l'&#201;tat de &#171; foyer d'anomie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Anomie : absence de lois. Le terme &#171; foyer d'anomie &#187; a &#233;t&#233; aussi utilis&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il y a aussi l'attaque r&#233;pressive contre des ouvriers du nettoyage en gr&#232;ve &#224; l'Universit&#233; de Thessalonique, la r&#233;quisition r&#233;cente des gr&#233;vistes du m&#233;tro et l'intervention de forces sp&#233;ciales de la police dans le d&#233;p&#244;t occup&#233; par les gr&#233;vistes. Et ces attaques sont accompagn&#233;es d'une rh&#233;torique qui prend souvent un caract&#232;re de guerre civile de la part du gouvernement lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : Ici, il faut dire qu'il y a d'une part une longue tradition d'importantes luttes sociales et de classe, de luttes tr&#232;s massives et embl&#233;matiques ; et d'autre part, il y a une longue tradition de violence et de r&#233;pression &#233;tatique, une tradition de formes de gestion politique qui n'avaient rien &#224; voir avec ce que l'on appelle la &#171; d&#233;mocratie bourgeoise &#187; dans toute la p&#233;riode entre la Guerre Civile et l'instauration de la dictature militaire. Et cela est utilis&#233; comme une menace de la part des dominants. Pour le dire simplement, ils disent aux gens : &#171; soyez sages, parce que si vous n'aimez pas la situation qui existe maintenant avec la pauvret&#233;, les licenciements, etc., il y a aussi l'autre solution &#187;. La solution d'une dictature formelle ou informelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est-&#224;-dire que l'&#201;tat utilise la menace de la Guerre Civile ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : Non, il n'utilise pas la menace de la Guerre Civile, il utilise la menace de la dictature ou plut&#244;t la menace de sa victoire dans une guerre civile.&lt;br class='manualbr' /&gt;Concernant le r&#244;le des fascistes et de l'&#201;tat, ajoutons qu'il ne s'agit pas seulement d'un usage en alternance des bandes fascistes et des forces r&#233;pressives contre ceux qui r&#233;sistent. Il y a parfois une collaboration ouverte entre forces r&#233;pressives et fascistes, surtout en ce qui concerne les attaques contre des immigr&#233;s, peut-&#234;tre parce qu'ils pensent que l&#224; ils sont plus l&#233;gitim&#233;s pour le faire.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ici, on d&#233;crit une r&#233;alit&#233; tr&#232;s dure. Or, il est bon de pr&#233;ciser que celle-ci r&#233;sulte du fait que l'&#201;tat n'est pas parvenu &#224; &#233;liminer les r&#233;sistances en Gr&#232;ce et c'est pourquoi il a recours &#224; toutes ces formes de r&#233;pression brutale. C'est-&#224;-dire qu'il ne s'agit pas l&#224; de l'omnipotence de l'&#201;tat, mais de la crise de sa l&#233;gitimation sociale. Il y a eu des luttes tr&#232;s importantes, des r&#233;voltes, des mobilisations massives et dynamiques : la r&#233;volte de d&#233;cembre 2008 qui &#233;tait un moment de manifestation d'une dynamique sociale mena&#231;ante pour le r&#233;gime et ses &#233;quilibres, ainsi qu'une s&#233;rie de mobilisations combatives les jours de vote des m&#233;morandums.&lt;br class='manualbr' /&gt;Un exemple caract&#233;ristique de l'instabilit&#233; politique cr&#233;&#233;e par l'impossibilit&#233; du syst&#232;me d'assurer le consensus social, c'est le fait qu'en une p&#233;riode tr&#232;s courte, depuis octobre 2011 jusqu'&#224; juin 2012, deux gouvernements tri-partitaires diff&#233;rents ont &#233;t&#233; form&#233;s. Parce que la situation sociale &#233;tait explosive. Par exemple, le 12 f&#233;vrier 2012, jour de vote du deuxi&#232;me m&#233;morandum, 400 000 personnes sont descendues dans les rues et la disposition &#224; l'affrontement avec les forces de l'ordre &#233;tait majoritaire. Ce jour-l&#224;, ils tenaient vraiment avec difficult&#233; le contr&#244;le de la ville, car il y avait beaucoup de manifestants dans les rues, dont une partie s'affrontait avec la police et une autre partie les soutenait, ne se dispersait pas, mais restait dans la rue au milieu des affrontements. Et cela n'est pas tomb&#233; du ciel. Ce jour a &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;d&#233; par des rassemblements massifs et combatifs, comme celui du 29 juin 2011 qui a eu lieu avant le vote du programme des mesures d'aust&#233;rit&#233; pr&#233;vues par le m&#233;morandum.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour reprendre depuis le d&#233;but, suite &#224; la r&#233;volte de d&#233;cembre 2008, le gouvernement de la Nouvelle D&#233;mocratie est tomb&#233; apr&#232;s avoir eu recours &#224; des &#233;lections anticip&#233;es en octobre 2009. A cette &#233;poque-l&#224;, la crise en Gr&#232;ce &#233;tait encore sous-jacente. Une partie des gens qui &#233;taient descendus dans les rues en d&#233;cembre vivait d&#233;j&#224; ses cons&#233;quences &#8211; les ch&#244;meurs, les travailleurs pr&#233;caires, etc. Certes, la situation d'alors n'a rien &#224; voir avec l'intensit&#233; et l'&#233;tendue de la crise qu'on vit aujourd'hui.&lt;br class='manualbr' /&gt;En 2009, le parti qui gagne les &#233;lections avec une majorit&#233; forte est le PASOK, un parti disposant d'une tradition d'int&#233;gration des luttes. C'&#233;tait un choix important de la part des patrons, un gouvernement-commando pour faire passer tout ce que n'importe quel autre gouvernement n'aurait pas pu faire, en mettant le pays sous la tutelle du FMI, de l'UE et de la BCE. Non seulement le gouvernement du PASOK n'a pas pu r&#233;sister longtemps, mais le parti lui m&#234;me a failli dispara&#238;tre. Non seulement il n'a pas pu jouer le r&#244;le de m&#233;diateur, mais &#224; un certain moment il s'est m&#234;me affaibli au point de devenir un petit parti. Et cela est d&#251; au fait qu'il y avait une situation diffuse d'agitation sociale dans les rues, des manifestations, des attaques contre des politiciens du gouvernement, etc., une situation de tension continuelle et de mobilisation.&lt;br class='manualbr' /&gt;Apr&#232;s la crise du gouvernement PASOK &#8211; qui a abouti &#224; l'annonce par le premier ministre d'un r&#233;f&#233;rendum sur l'approbation du deuxi&#232;me m&#233;morandum et qui l'a amen&#233; finalement &#224; d&#233;missionner &#8211; ils ont essay&#233;, en novembre 2011, la solution du premier gouvernement tri-partitaire sans avoir recours &#224; des &#233;lections, la solution d'un gouvernement pr&#233;sent&#233; comme consensuel et issu de la collaboration PASOK/ND/LAOS dirig&#233; par un banquier. Eux non plus ne sont pas parvenus &#224; perdurer en tant que gestionnaires politiques et &#224; assurer le consensus sur une politique de vote de mesures de plus en plus dures. C'est devenu manifeste avec les &#233;v&#233;nements de la manifestation massive et combative du 12 f&#233;vrier qui a conduit &#224; l'usure de ce gouvernement et a oblig&#233; le r&#233;gime &#224; avoir recours &#224; des &#233;lections. C'est exactement dans cette p&#233;riode que le discours &#233;tatique sur les &#171; foyers d'anomie &#187; s'est intensifi&#233;, les immigr&#233;s ont &#233;t&#233; de plus en plus cibl&#233;s, l'Aube Dor&#233;e (Chryssi Avgui) s'est renforc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A : Bien entendu, la crise du syst&#232;me politique, la remise en question du parlementarisme, n'am&#232;ne pas &#224; elle seule &#224; la lib&#233;ration sociale, elle peut aussi amener &#224; la fascisation de la soci&#233;t&#233;. Et certes, pour le r&#233;gime il est pr&#233;f&#233;rable que la crise se manifeste dans ces termes plut&#244;t que de conduire &#224; l'accentuation des luttes sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cat : C'est pourquoi le renforcement de l'Aube Dor&#233;e par &#171; l'&#201;tat d&#233;mocratique &#187; fait partie d'une strat&#233;gie de contre-insurrection ou de contre-r&#233;volution, en particulier apr&#232;s la r&#233;volte de d&#233;cembre 2008 et dans des conditions de crise : d'une part, les fascistes servent au syst&#232;me en tant que groupe d'attaque contre des gens en lutte, contre des anarchistes, des gr&#233;vistes, des immigr&#233;s, avec des attaques sanglantes et meurtri&#232;res successives qui sont r&#233;alis&#233;es soit en collaboration soit sous couverture de la police ; et d'autre part, ils sont utilis&#233;s pour la gestion de la col&#232;re sociale, des impasses et du d&#233;sespoir, de sorte que celle-ci se retourne contre les faibles et pas contre l'&#201;tat et les patrons. Pour que la soci&#233;t&#233; s'aligne avec l'&#201;tat m&#234;me dans sa forme la plus totalitaire. C'est leur r&#244;le historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A : Les fascistes sont une des r&#233;serves du r&#233;gime, un des moyens qu'il utilise pour s'attaquer aux gens qui luttent. Et en tant que tels, ils sont consommables, dans le sens o&#249; si leur action ouverte ne s'av&#232;re plus utile &#224; l'&#201;tat, ce dernier n'h&#233;sitera pas &#224; les d&#233;noncer en continuant toujours de les utiliser pour imposer son totalitarisme &#224; la soci&#233;t&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En septembre 2013, apr&#232;s qu'ait eu lieu cet entretien, quand les fascistes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : Il faut ajouter que, de l'autre c&#244;t&#233;, dans l'espace de la m&#233;diation, appara&#238;t une nouvelle force, SYRIZA, qui tente de contr&#244;ler les mouvements, de les assimiler, de les int&#233;grer dans la sc&#232;ne politique dominante, s'effor&#231;ant d'&#233;quilibrer une situation qui cr&#233;e des perturbations importantes dans le syst&#232;me politique. Il y a une force dans les rues qui est &#8211; jusqu'&#224; un certain point &#8211; incontr&#244;lable. Et ils essaient de l'affronter, soit &#224; travers la r&#233;pression, soit &#224; travers la diffusion d'une illusion : la possibilit&#233; d'une autre gestion politique bas&#233;e sur le faux dilemme m&#233;morandum ou contre-m&#233;morandum. De cette mani&#232;re, la raison de la crise - qui est l'existence du syst&#232;me &#233;tatique et capitaliste lui-m&#234;me - est dissimul&#233;e. Et on parle de crise de la dette, de l'effort d'en effacer une partie, d'une approche diff&#233;rente de l'Union Europ&#233;enne. Le but est de canaliser la contestation sociale diffuse de sorte qu'elle soit inoffensive pour le syst&#232;me.&lt;br class='manualbr' /&gt;Certes, c'est aussi li&#233; au mode d'organisation de ceux d'en bas, &#224; leurs limites. Il est vrai que toutes ces luttes importantes avaient une limite : l'absence d'auto-organisation des masses qui descendaient dans la rue, sur un plan quotidien, social, de classe, politique. Il y a eu de tr&#232;s grandes explosions, particuli&#232;rement les jours pr&#233;c&#233;dant le vote des mesures. Mais quand les mesures &#233;taient vot&#233;es, c'&#233;tait la d&#233;ception. Et c'est sur ce terrain de la d&#233;ception qu'a travaill&#233; la social-d&#233;mocratie, le r&#233;formisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cat : Les limites de ces luttes ne sont pas strictement organisationnelles. Elles sont aussi li&#233;es &#224; la question de savoir jusqu'&#224; quel point l'indignation diffuse est accompagn&#233;e d'une vision sur la mani&#232;re dont la soci&#233;t&#233; pourrait vivre diff&#233;remment, sans &#201;tat ni patrons. C'est-&#224;-dire, au moment du rejet des politiques impos&#233;es et de l'affrontement avec les gestionnaires politiques, que la soci&#233;t&#233; ne d&#233;pose pas son sort entre les mains du prochain &#171; sauveur &#187;, qu'elle prenne sa vie en main. Le projet de la r&#233;volution sociale qu'on a choisi pour accompagner toujours nos mots d'ordre, nos affiches, nos banderoles dans ces manifestations massives r&#233;sume le but pour lequel on lutte, celui du renversement total de l'&#201;tat et du capital, mais aussi nos valeurs dans cette lutte, nos projets dans le pr&#233;sent pour la cr&#233;ation de la soci&#233;t&#233; de demain. C'est-&#224;-dire, m&#234;me dans les conditions de mis&#232;re cr&#233;&#233;es par la crise, l'entraide contre la r&#233;signation et l'individuation, la solidarit&#233; contre le racisme et le cannibalisme social, l'auto-organisation des r&#233;sistances et besoins sociaux contre toute forme de m&#233;diation.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'objectif du nouveau gouvernement tri-partitaire qui est issu des &#233;lections de 2012, avec en t&#234;te le parti de la Nouvelle D&#233;mocratie, &#233;tait d'&#233;liminer toute r&#233;sistance et d'attaquer les couches pl&#233;b&#233;iennes de la soci&#233;t&#233;. Cette nouvelle phase a &#233;t&#233; inaugur&#233;e avec l'invasion de la police dans l'usine de Halyvourgia, et elle a &#233;t&#233; suivie par l'op&#233;ration polici&#232;re contre les immigr&#233;s appel&#233;e par euph&#233;misme &#171; Xenios Zeus &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Xenios Zeus : dans la mythologie, c'est ainsi qu'on qualifiait Zeus de dieu (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, leur enfermement dans des centres de r&#233;tention et des descentes polici&#232;res dans des lieux de lutte occup&#233;s.&lt;br class='manualbr' /&gt;Quant &#224; l'attaque des squats, il faut dire qu'elle avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; annonc&#233;e quelques mois apr&#232;s d&#233;cembre 2008 par le procureur g&#233;n&#233;ral de l'&#233;poque, ce qui t&#233;moignait de la d&#233;termination du syst&#232;me &#224; d&#233;raciner les lieux de lutte qui constituent les points de r&#233;f&#233;rence visibles d'un mouvement qui a jou&#233; un r&#244;le catalyseur dans la r&#233;volte, de sorte que ne se reproduise jamais quelque chose de semblable, surtout dans les conditions explosives de la crise. A cette &#233;poque-l&#224;, en 2009, cette op&#233;ration a &#233;t&#233; provisoirement stopp&#233;e par la mobilisation en solidarit&#233; avec les squats, certes dans le climat plus large de tension sociale qui pr&#233;dominait peu apr&#232;s la r&#233;volte de 2008. Dans les ann&#233;es qui ont suivi, avec l'instabilit&#233; politique qu'on a d&#233;j&#224; d&#233;crite, une telle op&#233;ration aurait &#233;t&#233; risqu&#233;e pour l'&#201;tat et elle &#233;tait toujours remise &#224; plus tard. Mais m&#234;me aujourd'hui, alors que l'&#201;tat croyait peut-&#234;tre qu'il se d&#233;barrasserait plus facilement de ce front de lutte, et dans des conditions d'une apathie sociale apparente, on a vu qu'apr&#232;s les expulsions de squats la lutte de solidarit&#233; multiforme et combative d&#233;clench&#233;e par la r&#233;occupation de Villa Amalias, l'occupation des locaux du parti de la Gauche D&#233;mocratique, et la manifestation de 10 000 militants &#224; Ath&#232;nes &#233;taient le pr&#233;texte pour qu'une dynamique sociale reprenne le devant de la sc&#232;ne, une dynamique sociale qui, bien s&#251;r, d&#233;borde de loin la question des squats. Ainsi, apr&#232;s l'&#233;chec de l'expulsion du squat Lelas Karagianni&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 20 d&#233;cembre 2012, la police a proc&#233;d&#233; &#224; l'&#233;vacuation du squat Villa (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, cette offensive a &#233;t&#233; provisoirement enray&#233;e.&lt;br class='manualbr' /&gt;En tout cas, pour nous, ce qui continue d'&#234;tre en jeu c'est le renforcement du front social et de classe sur tous les points o&#249; se manifeste l'attaque de l'&#201;tat et des patrons, de sorte que ce front puisse non seulement emp&#234;cher cette attaque, mais aussi cr&#233;er les conditions d'une contre-attaque. La question est de savoir comment se rencontreront, dans des processus de lutte et dans les rues, tous ceux qui, &#233;tant touch&#233;s par la pauvret&#233;, le ch&#244;mage, l'exploitation intense et la r&#233;pression, luttent sur des fronts diff&#233;rents, et auxquels l'&#201;tat choisit de s'attaquer s&#233;par&#233;ment en misant sur leur diffamation et leur isolement afin qu'ils restent fragment&#233;s, limit&#233;s et finalement inoffensifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : Et c'est ici qu'appara&#238;t l'importance du politique, de la pr&#233;sence des anarchistes dans toutes ces luttes avec leurs caract&#233;ristiques politiques, en tant qu'anarchistes c'est-&#224;-dire. Parce que contre les conceptions r&#233;formistes de m&#233;diation, on travaille de fa&#231;on durable depuis des ann&#233;es sur la diffusion du projet anti-&#233;tatique et anti-capitaliste. En m&#234;me temps, en ce qui concerne l'offensive du r&#233;gime, &#224; la fois &#224; travers la r&#233;pression &#233;tatique et les bandes fascistes, on d&#233;montre leur caract&#232;re unifi&#233; et, dans les rues, avec des rassemblements, des manifestations, des patrouilles, on s'efforce et on parvient souvent &#224; dresser un mur contre eux.&lt;br class='manualbr' /&gt;Un exemple, c'est l'effort des fascistes pour s'implanter place d'Am&#233;rique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quartier proche du centre d'Ath&#232;nes o&#249; se situe le squat de Lelas Karagianni.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; apr&#232;s l'avoir fait dans le quartier d'Agios Panteleimonas. Nous avons fait une s&#233;rie de mobilisations qui avaient les caract&#233;ristiques d'un front social et de classe des gens d'en bas, de sorte que les fascistes ne puissent pas s'implanter sur la place d'Am&#233;rique. Pour donner une image, cette confrontation est aussi une confrontation &#171; territoriale &#187;, aussi &#233;trange que cela puisse para&#238;tre. En particulier, en ce qui concerne le centre de la ville, c'est un conflit continuel o&#249; &#224; chaque point o&#249; les fascistes s'efforcent de s'&#233;tendre, nous nous effor&#231;ons de notre part de les arr&#234;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C : En mobilisant toutes les forces sociales qui sont antagonistes aux fascistes en termes de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : Et en mettant en avant des caract&#233;ristiques pr&#233;cises, anti-institutionnelles et horizontales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C : Et en mettant aussi en avant dans notre discours, non pas simplement la solidarit&#233; avec les immigr&#233;s, mais surtout les luttes communes avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : Pour nous, les luttes communes avec les immigr&#233;s, c'est un enjeu essentiel. Dans une s&#233;rie de fronts sociaux et de classe, qu'il s'agisse de luttes antifascistes, de gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales, de luttes de communaut&#233;s locales, ou de luttes pour la d&#233;fense de la nature, il y avait une pr&#233;sence d'anarchistes avec un discours qui chaque fois liait le partiel, l'objectif de ce moment-l&#224;, au global. Et &#231;a, c'est quelque chose qui, justement parce qu'il a lieu depuis longtemps dans plusieurs luttes, a donn&#233; des fruits et a rendu l'effort d'assujettir ou d'assimiler toutes ces luttes encore plus difficile pour les dominants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C : Plus pr&#233;cis&#233;ment, on pourrait dire que l'intervention des anarchistes a comme r&#233;sultat le fait que des couches sociales plus larges s'approprient leur mode d'action, tel que les luttes dynamiques, les affrontements dans la rue, mais surtout le projet d'auto-organisation et la cr&#233;ation de structures de r&#233;sistance et de lutte, de structures stables. Et cette influence sociale des anarchistes est devenue visible surtout &#224; partir de la r&#233;volte de d&#233;cembre 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : Il y a deux points importants &#224; signaler ici. Le premier, c'est l'histoire des luttes sociales et de classe des quarante derni&#232;res ann&#233;es en Gr&#232;ce, c'est-&#224;-dire de la p&#233;riode qui a commenc&#233; avec la chute de la dictature militaire en 1974. Le deuxi&#232;me, c'est la rencontre de l'histoire de ces luttes avec celle du courant des anarchistes/anti-autoritaires qui a &#233;merg&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Plus pr&#233;cis&#233;ment, en ce qui concerne la p&#233;riode d'apr&#232;s-guerre, la premi&#232;re (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et qui a commenc&#233; &#224; cro&#238;tre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rappelons que le d&#233;but des ann&#233;es 1980 a &#233;t&#233; marqu&#233; par l'arriv&#233;e au pouvoir (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; au sein de ces luttes.&lt;br class='manualbr' /&gt;D'une part, apr&#232;s la chute de la dictature et jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 1970, on a une vague de gr&#232;ves extr&#234;mement dynamiques dans les usines, des gr&#232;ves sauvages qui rev&#234;tent le caract&#232;re d'une r&#233;volte contre la dictature du patronat et constituent les premi&#232;res tentatives des ouvriers de s'organiser directement sur les lieux de travail. On a des moments importants de r&#233;sistance ouvri&#232;re au d&#233;but des ann&#233;es 1990. On a les longues gr&#232;ves-occupations dans les mines de Mantoudi et dans l'industrie textile Piraiki-Patraiki contre la restructuration et les licenciements massifs. Par la suite, il y a eu des luttes qui n'avaient plus la forme de gr&#232;ves longues et dures, mais d'une r&#233;sistance sur les lieux de travail, c'est-&#224;-dire des gr&#232;ves et des mobilisations massives surtout contre toute tentative de l'&#201;tat de proc&#233;der &#224; une r&#233;forme des retraites et de la s&#233;curit&#233; sociale. C'est ainsi qu'on peut expliquer par exemple le fait que l'attaque dans le domaine de la s&#233;curit&#233; sociale en 2001 s'est heurt&#233;e &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale tr&#232;s massive o&#249; tout a &#233;t&#233; paralys&#233;, obligeant l'&#201;tat &#224; se replier, ne serait-ce que provisoirement. C'est-&#224;-dire que l'&#201;tat et le capital, dans leurs efforts continuels de s'attaquer aux travailleurs, se heurtent &#224; des obstacles puissants y compris sur les lieux de travail. Cela ne signifie pas qu'ils ne parviennent pas &#224; remporter aussi des victoires &#8211; ce qui est largement d&#251; aux directions syndicales vendues, ainsi qu'aux positions et au r&#244;le de la gauche de r&#233;gime.&lt;br class='manualbr' /&gt;En m&#234;me temps, dans cette p&#233;riode, on a &#8211; &#224; part les luttes de classe &#8211; des luttes sociales fortes. Des r&#233;sistances contre les plans de restructuration du syst&#232;me &#233;ducatif qui se d&#233;ploient dans les ann&#233;es 1990 et 2000. De grandes mobilisations d'&#233;l&#232;ves accompagn&#233;es d'affrontements durs avec la police, des mobilisations d'&#233;tudiants qui acqui&#232;rent aussi une forme dynamique. Je me r&#233;f&#232;re ici aux mobilisations de 2006-2007, quand presque toutes les universit&#233;s du pays ont &#233;t&#233; occup&#233;es et qu'une mobilisation continue dans les rues a abouti &#224; des affrontements durs avec la police devant le Parlement.&lt;br class='manualbr' /&gt;On a aussi des r&#233;sistances de communaut&#233;s locales contre les plans de l'&#201;tat et du capital visant &#224; la destruction de r&#233;gions enti&#232;res au nom du d&#233;veloppement. Un des exemples les plus importants est celui de la lutte intransigeante des villages de Varvara et d'Olympiada en Chalcidique contre l'installation de mines d'or dans les ann&#233;es 1990, une lutte qui a oblig&#233; la compagnie multinationale TVX Gold &#224; abandonner ses plans. Un autre point o&#249; des luttes se sont d&#233;ploy&#233;es est celui de la destruction de la nature, avec l'exemple repr&#233;sentatif de la destruction du mont Parnitha et du d&#233;tournement du fleuve Ach&#233;lo&#252;s.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans toutes ces luttes, petites et grandes, sociales et de classe, des compagnons anarchistes &#233;taient toujours pr&#233;sents &#8211; ce qui a une importance particuli&#232;re. Ils y participaient ou y &#233;taient solidaires tout en tenant leur propre discours qui d&#233;passait les limites &#233;troites de revendications corporatistes. Leur discours et leurs positions ont &#233;t&#233; diffus&#233;s : l'organisation des luttes par en bas, la promotion d'un esprit collectif et la confrontation dynamique l&#224; o&#249; l'&#201;tat et le capital essaient de s'imposer. Cela signifie que pas mal de gens, en plus des anarchistes eux-m&#234;mes, &#233;taient d&#233;j&#224; familiaris&#233;s avec la logique de l'auto-organisation, de la cr&#233;ation d'un esprit collectif au sein des luttes et de l'affrontement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et de quelle mani&#232;re cela s'est-il manifest&#233; en d&#233;cembre 2008 ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : En d&#233;cembre 2008, quand un &#233;l&#232;ve de 15 ans, Alexandros Grigoropoulos a &#233;t&#233; assassin&#233; &#224; Exarchia, un lieu embl&#233;matique &#224; la fois pour les anarchistes et pour une partie de la jeunesse, c'est tout un monde qui s'est insurg&#233;. Un monde qui avait particip&#233; aux luttes qu'on a d&#233;crites auparavant, qui avait derri&#232;re lui l'histoire des luttes de metapolitefsi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Metapolitefsi : terme d&#233;signant la p&#233;riode qui s'ouvre avec la chute de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui a saisi cet assassinat comme un coup contre lui et non pas comme un incident isol&#233; et a d&#233;cid&#233; d'y r&#233;pondre. Et sa r&#233;ponse a &#233;t&#233; &#224; la fois massive et offensive. On parle d'une situation o&#249; dans presque toutes les villes de Gr&#232;ce, notamment &#224; Ath&#232;nes qui est le centre m&#233;tropolitain, des &#233;l&#232;ves, des ch&#244;meurs, des travailleurs, et bien s&#251;r les anarchistes sont descendus dans les rues. Il y a eu de grandes manifestations et des affrontements tr&#232;s durs avec les forces de la r&#233;pression. Des lieux universitaires ont &#233;t&#233; occup&#233;s, des assembl&#233;es ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;es. Des assembl&#233;es ayant un caract&#232;re anti-hi&#233;rarchique et incontr&#244;lable, dans le sens o&#249; elles n'&#233;taient pas contr&#244;l&#233;es par un centre politique li&#233; &#224; n'importe quel parti de gauche qui aurait permis &#224; l'&#201;tat d'ouvrir un dialogue afin de pouvoir assimiler la r&#233;volte de d&#233;cembre.&lt;br class='manualbr' /&gt;Un signal de contre-attaque a &#233;t&#233; donn&#233;, contre-attaque qui d&#233;passait l'indignation et la col&#232;re contre l'assassinat de Grigoropoulos et qui puisait dans la col&#232;re contre l'oppression quotidienne, sociale et de classe. Et cela a &#233;t&#233; clairement exprim&#233; en termes de position politique par les anarchistes. Dans toutes les mobilisations, quelle que soit la forme qu'elles aient rev&#234;tue, il y avait une participation massive et une acceptation de la part de larges franges de la soci&#233;t&#233;. Et pour que cela puisse avoir lieu, la pr&#233;sence des anarchistes avait une importance particuli&#232;re, car &#224; part le fait qu'ils ont donn&#233; le signal initial de la contre-attaque &#8211; ils &#233;taient les premiers &#224; descendre dans les rues d'Exarchia et &#224; s'affronter aux forces de l'ordre d&#232;s le premier moment apr&#232;s l'assassinat, ce qui a dissip&#233; la paralysie et la peur d'autres parties de la soci&#233;t&#233; &#8211; ils ont aussi contribu&#233; &#224; la formation du contenu de ce mouvement pour qu'il puisse &#234;tre socialement compr&#233;hensible, que soient compr&#233;hensibles ses causes et ses objectifs. Et cela avait aussi de l'importance parmi les r&#233;volt&#233;s. C'est-&#224;-dire qu'une orientation claire a &#233;t&#233; donn&#233;e, contrairement &#224; d'autres r&#233;voltes o&#249; la logique de confrontation &#224; l'int&#233;rieur de la classe n'&#233;tait pas absente. Cela n'a pas eu lieu en d&#233;cembre 2008, parce qu'&#224; travers une logique politique, anarchiste, il a &#233;t&#233; clairement d&#233;fini qui &#233;tait l'ennemi : l'&#201;tat, ses structures et ses appareils, le capital et ses symboles. Et cette logique &#233;tait particuli&#232;rement diffuse parmi ceux qui participaient &#224; la r&#233;volte. C'est-&#224;-dire qu'il &#233;tait d&#233;fini &#224; qui on s'attaque et pour quelle raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pensez-vous que d&#233;cembre 2008 a influenc&#233; les mobilisations de la p&#233;riode post&#233;rieure ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : Il est clair que la r&#233;volte de d&#233;cembre a influenc&#233; ceux qui y ont particip&#233; et qui n'&#233;taient pas peu nombreux. Il a laiss&#233; derri&#232;re lui un mode de pens&#233;e sur la base duquel des initiatives organisationnelles ont &#233;t&#233; prises et il y a eu une multitude de squats, de locaux, d'assembl&#233;es de quartier. Apr&#232;s d&#233;cembre 2008, les luttes qui avaient lieu &#233;taient clairement influenc&#233;es par cette r&#233;volte, tant en ce qui concerne leurs contenus qu'en ce qui concerne leurs formes. Un exemple repr&#233;sentatif est celui de la lutte dans le parc Kyprou et Patission, o&#249; la d&#233;cision du maire de l'&#233;poque de d&#233;truire le parc pour le transformer en parking a conduit &#224; des affrontements avec les forces r&#233;pressives. C'est une lutte qui, sous une autre forme, continue jusqu'&#224; aujourd'hui&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Apr&#232;s sa destruction, le parc Kyprou et Patission a &#233;t&#233; r&#233;investi, par des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Oui, d&#233;cembre 2008 a clairement influenc&#233; les mobilisations de la p&#233;riode post&#233;rieure. Surtout les jours de vote des mesures d'aust&#233;rit&#233; pr&#233;vues par les m&#233;morandums, il y avait une mobilisation intense, des b&#226;timents publics &#233;taient occup&#233;s, des rues &#233;taient bloqu&#233;es, des attaques massives contre les forces de r&#233;pression avaient lieu. &#201;videmment, c'est aussi li&#233; &#224; la violence des mesures ainsi qu'&#224; l'histoire des luttes sociales qu'on a &#233;voqu&#233;e auparavant. Ce n'est pas non plus un hasard si, apr&#232;s d&#233;cembre, l'id&#233;e de l'auto-organisation a commenc&#233; &#224; s'&#233;tendre socialement &#224; tel point qu'il y a eu un effort pour l'assimiler en la vidant de son sens politique. Je me r&#233;f&#232;re ici au mouvement des indign&#233;s apparu en 2011, m&#234;me si, &#224; cette &#233;poque-l&#224;, la pratique de l'auto-organisation a r&#233;ellement fonctionn&#233; dans les quartiers. Au sein de ce mouvement, il y a eu un effort d'en maintenir la forme en en &#233;liminant le contenu, c'est-&#224;-dire en &#233;liminant la critique de l'&#201;tat et du capitalisme. Un exemple caract&#233;ristique de la grande influence des id&#233;es de l'auto-organisation, c'est que tous s'y r&#233;f&#233;raient quand ils descendaient dans les rues. C'est-&#224;-dire qu'on voyait m&#234;me des partis de gauche parler de l'auto-organisation en essayant de l'investir de leurs propres caract&#233;ristiques politiques, des caract&#233;ristiques r&#233;formistes et pacifistes, sans plus avoir la possibilit&#233; de dire ouvertement &#171; nous sommes un parti &#187;. Ils avaient un projet politique, mais ils ne se pr&#233;sentaient pas comme un parti, ils se pr&#233;sentaient comme des individus.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le mouvement des indign&#233;s a rencontr&#233; ses limites les 28 et 29 juin 2011, quand le rassemblement pacifiste des indign&#233;s s'est transform&#233; en champ de bataille o&#249; l'auto-organisation a trouv&#233; ses vrais caract&#233;ristiques, o&#249; un esprit de soutien mutuel, de solidarit&#233; a &#233;merg&#233; et la station de m&#233;tro de Syntagma&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Place Syntagma : litt&#233;ralement, place de la Constitution. Place o&#249; se trouve (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a &#233;t&#233; occup&#233;e. Il faut dire bien s&#251;r que ces jours-l&#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale avait &#233;t&#233; d&#233;clar&#233;e. Et quand la manifestation appel&#233;e &#224; la suite de la gr&#232;ve a rencontr&#233; le rassemblement des indign&#233;s &#224; Syntagma, la partie la plus radicale de la manifestation a donn&#233; ses caract&#233;ristiques &#224; cette rencontre, des caract&#233;ristiques qui ont &#233;t&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;es. Ce n'&#233;tait pas une minorit&#233; qui s'affrontait avec les forces de la r&#233;pression, mais beaucoup de gens qui soit participaient aux affrontements, soit les approuvaient, des gens de tous &#226;ges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A : Mais, comme on l'a d&#233;j&#224; signal&#233;, ces moments d'explosion sociale ont des limites, dans le sens o&#249; ils sont en fin de compte r&#233;cup&#233;rables par le syst&#232;me, posant ainsi une question de perspective politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : A travers d&#233;cembre 2008 et &#224; travers ces luttes auparavant &#233;voqu&#233;es, &#224; travers notre pr&#233;sence et notre intervention dans ces luttes, on a constat&#233; que notre mode d'organisation n'&#233;tait pas suffisant et que, tant sur un plan politique que sur un plan social et de classe, on a besoin d'organisations de base qui puissent fonctionner en commun. J'entends par l&#224; qu'il y a maintenant beaucoup de monde, que les conditions ont chang&#233;, que les personnes qui participent &#224; ces luttes sont tr&#232;s nombreuses. Et toutes ces personnes ne peuvent pas s'organiser en groupes affinitaires. On a besoin d'autres formes d'organisation qui gardent le caract&#232;re de l'auto-organisation et le caract&#232;re anti-hi&#233;rarchique, mais qui r&#233;pondent en m&#234;me temps aux nouvelles donn&#233;es o&#249; de grandes masses de gens ont besoin, cherchent, essaient de s'exprimer contre le r&#233;gime et doivent avoir un mode de rencontre sur une base permanente.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est &#224; travers ce processus qu'ont en r&#233;alit&#233; &#233;merg&#233; entre autres les assembl&#233;es de quartier, alors que des syndicats de base avaient d&#233;j&#224; commenc&#233; &#224; se cr&#233;er. Les squats, les locaux et les espaces occup&#233;s se sont multipli&#233;s dans tout le pays. Particuli&#232;rement en ce qui concerne les anarchistes, il y a eu l'id&#233;e et le besoin de cr&#233;er une organisation anarchiste qui, selon un cadre politique issu d'un accord commun et sur une base durable, s'efforce d'intervenir sur un plan politique central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A : Aujourd'hui, cinq ans apr&#232;s la r&#233;volte de d&#233;cembre et au milieu d'une crise g&#233;n&#233;ralis&#233;e du syst&#232;me, il est indispensable pour les anarchistes de diffuser le plus largement possible leur discours et leurs positions, &#224; travers leur pr&#233;sence politiquement distincte et leur intervention dans les luttes sociales et de classe, dans le but de contribuer &#224; la radicalisation de ces derni&#232;res, &#224; leur connexion ainsi qu'au renforcement des ruptures que celles-ci sont capables de cr&#233;er avec le r&#233;gime. Mais cette pr&#233;sence et cette intervention ne doivent pas &#234;tre momentan&#233;es et occasionnelles ; elles doivent &#234;tre durables et organis&#233;es. Pour contribuer &#224; la cr&#233;ation d'un mouvement r&#233;volutionnaire massif capable de renverser l'&#201;tat et le capital, ouvrant le chemin vers l'Anarchie et le Communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ath&#232;nes, f&#233;vrier 2013&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le mont Parnitha, &#224; c&#244;t&#233; d'Ath&#232;nes, a subi les cons&#233;quences n&#233;fastes de l'offensive &#233;tatique et capitaliste (construction d'un casino, installation d'antennes, de radars et de bases militaires, construction urbaine, etc.). En 2007, un incendie provoqu&#233; par les pyl&#244;nes de l'Entreprise Publique d'Electricit&#233; a d&#233;truit une partie de ses for&#234;ts et br&#251;l&#233; vifs les animaux qui s'y trouvaient. Mais &#171; le casino a &#233;t&#233; heureusement sauv&#233; &#187;, selon les d&#233;clarations officielles du ministre de l'Ordre Public de l'&#233;poque. Le 29 juillet 2007, le casino a &#233;t&#233; attaqu&#233; symboliquement &#224; coup de peinture par 27 militants et militantes, acte qui a mobilis&#233; un grand nombre de forces polici&#232;res terrestres et a&#233;riennes pour les poursuivre dans la for&#234;t. A la m&#234;me p&#233;riode, des marches contre le pillage de Parnitha et des blocages de la route menant au casino ont eu lieu, et depuis 2008, un camping et des manifestations annuels sont organis&#233;s contre la destruction de la montagne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le projet pharaonique de d&#233;tournement de l'Ach&#233;lo&#252;s et de construction de barrages hydro&#233;lectriques sur ce fleuve, l'un des plus grands du pays, entra&#238;nera la disparition de vall&#233;es, d'&#233;cosyst&#232;mes et de villages. La lutte a d&#233;but&#233; en 1990 quand les habitants de Messochora, l'un des villages menac&#233; d'&#233;vacuation, ont occup&#233; le chantier de construction du barrage de l'Entreprise Publique d'Electricit&#233; et se sont affront&#233;s &#224; la police. Depuis 2008, des interventions-manifestations, telle que la marche vers le barrage de Messochora, ont lieu chaque &#233;t&#233; dans la r&#233;gion, &#224; l'initiative de la &#171; Rencontre Autonome de Lutte &#187; constitu&#233; par des collectifs de compagnons d'Ath&#232;nes et d'autres villes du pays.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La lutte des habitants des villages de Ierissos et Megali Panagia, en Chalcidique, contre le projet de la multinationale Eldorado Gold d'installer des mines d'or dans la r&#233;gion, remonte &#224; 2009. Ce projet implique la contamination du sol et du sous-sol par de grandes quantit&#233;s de substances toxiques n&#233;cessaires &#224; l'extraction de l'or. Dans les ann&#233;es 1990, une lutte similaire dans des villages voisins avait men&#233; &#224; la r&#233;volte, obligeant une autre compagnie, la TVX Gold, &#224; abandonner ses plans d'installation de mines d'or dans la r&#233;gion. La lutte massive et dynamique de Ierissos et Megali Panagia s'est confront&#233;e &#224; une r&#233;pression f&#233;roce, notamment &#224; des invasions polici&#232;res et &#224; des arrestations d'habitants accus&#233;s de sabotage.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'invasion polici&#232;re au squat de Lelas Karagianni a eu lieu le 15 janvier 2013, un peu avant que l'entretien ait lieu.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La gr&#232;ve aux aci&#233;ries de Halyvourgia &#224; Aspropyrgos, d&#233;clench&#233;e le 30 octobre 2011 contre la r&#233;duction des heures de travail accompagn&#233;e d'une r&#233;duction de 40 % des salaires, fut la plus longue gr&#232;ve d'usine en Gr&#232;ce : elle a dur&#233; neuf mois. Malgr&#233; les difficult&#233;s financi&#232;res &#233;normes, les licenciements continus et les attaques r&#233;p&#233;t&#233;es de briseurs de gr&#232;ve qui ont essay&#233; d'entrer dans l'usine, la lutte n'a pas fl&#233;chi. Le 20 juillet 2012, juste apr&#232;s la formation du gouvernement issu des &#233;lections de juin, la police a envahi l'usine et arr&#234;t&#233; des gr&#233;vistes, premier acte de la politique r&#233;pressive du nouveau gouvernement qui se poursuivra, entre autres, avec l'attaque des squats et des lieux auto-organis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Anomie : absence de lois. Le terme &#171; foyer d'anomie &#187; a &#233;t&#233; aussi utilis&#233; dans le discours gouvernemental essayant de l&#233;gitimer l'op&#233;ration r&#233;pressive contre les squats et les lieux de lutte auto-organis&#233;s. Ce terme t&#233;moigne de la volont&#233; de l'&#201;tat de d&#233;truire tout espace &#233;chappant &#224; son contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En septembre 2013, apr&#232;s qu'ait eu lieu cet entretien, quand les fascistes ont assassin&#233; Pavlos Fyssas, l'&#201;tat a proc&#233;d&#233; &#224; des arrestations de cadres du parti n&#233;onazi Aube Dor&#233;e, en se pr&#233;sentant comme protecteur de &#171; la l&#233;galit&#233; d&#233;mocratique &#187; et en utilisant cette affaire pour l&#233;gitimer l'application de lois d'urgence qui seront par la suite utilis&#233;es contre ceux qui luttent. Voir Les fascistes sont des sections d'assaut de l'&#201;tat et des sbires des patrons. Le monde de la r&#233;sistance les &#233;crasera, eux et leurs protecteurs, tract du Cercle de feu traduit en fran&#231;ais sur le site &lt;a href=&#034;http://squathost.com/anar_gr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;squathost.com/anar_gr&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Xenios Zeus&lt;/i&gt; : dans la mythologie, c'est ainsi qu'on qualifiait Zeus de dieu de l'hospitalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le 20 d&#233;cembre 2012, la police a proc&#233;d&#233; &#224; l'&#233;vacuation du squat Villa Amalias qui a &#233;t&#233; r&#233;occup&#233; symboliquement le 9 janvier 2013 par un grand nombre compagnons. Ce m&#234;me jour, apr&#232;s l'intervention des forces polici&#232;res et apr&#232;s des arrestations massives, tandis que d'autres compagnons occupaient les locaux de la Gauche D&#233;mocratique, qui &#224; l'&#233;poque participait au gouvernement, la police a expuls&#233; un autre squat, celui de Skaramanga. Plus de 10 000 personnes ont particip&#233; &#224; la manifestation du 12 janvier appel&#233;e par les squats, signe d'une dynamique sociale inqui&#233;tante pour le gouvernement. Trois jours plus tard, la tentative d'&#233;vacuer le squat de Lelas Karagianni fut un &#233;chec : apr&#232;s l'op&#233;ration polici&#232;re, le b&#226;timent a &#233;t&#233; imm&#233;diatement r&#233;occup&#233; par de nombreux compagnons rassembl&#233;s &#224; l'ext&#233;rieur du squat pour manifester leur solidarit&#233;. Cela a marqu&#233; la suspension provisoire de l'op&#233;ration r&#233;pressive contre les squats et les lieux de lutte auto-organis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Quartier proche du centre d'Ath&#232;nes o&#249; se situe le squat de Lelas Karagianni.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment, en ce qui concerne la p&#233;riode d'apr&#232;s-guerre, la premi&#232;re pr&#233;sence d'anarchistes est li&#233;e aux &#233;v&#233;nements de la r&#233;volte de l'&#201;cole Polytechnique de 1973, un peu avant la chute de la dictature. La participation de compagnons anarchistes &#224; cette r&#233;volte a &#233;t&#233; tr&#232;s importante, pas en raison de leur nombre mais en raison de leur contribution politique particuli&#232;re, dans le sens o&#249; ils ne se limitaient pas &#224; des slogans contre la dictature, mais, au contraire, ont adopt&#233; des caract&#233;ristiques politiques plus larges, anticapitalistes et anti-&#233;tatiques. Cela a marqu&#233; l'histoire et l'&#233;volution du mouvement anarchiste/anti-autoritaire, un mouvement qui, dans les ann&#233;es 1970, constituait la composante la plus radicale d'une dynamique sociale et politique remettant en question le passage de la dictature militaire &#224; la d&#233;mocratie parlementaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rappelons que le d&#233;but des ann&#233;es 1980 a &#233;t&#233; marqu&#233; par l'arriv&#233;e au pouvoir du PASOK (PS) et par l'assimilation de luttes sociales. Par opposition aux gauchistes, les anarchistes ont &#233;t&#233; les seuls &#224; ne pas &#234;tre assimil&#233;s par le r&#233;gime. En 1985, apr&#232;s l'assassinat par la police dans le quartier d'Exarchia du jeune de 15 ans Michalis Kaltezas, ils ont &#233;t&#233; &#224; l'origine d'une multitude de r&#233;sistances combatives, voire m&#234;me de r&#233;voltes qui ont elles-m&#234;mes constitu&#233; un terrain de rencontre entre les anarchistes et la jeunesse sauvage. A partir du d&#233;but des ann&#233;es 1990, l'intensification de l'offensive de l'&#201;tat et du capital, au nom de la modernisation et de la restructuration, a donn&#233; lieu &#224; une s&#233;rie de luttes de travailleurs et d'&#233;tudiants, cr&#233;ant parfois de nouvelles formes d'intervention anarchiste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Metapolitefsi&lt;/i&gt; : terme d&#233;signant la p&#233;riode qui s'ouvre avec la chute de la dictature militaire en 1974, caract&#233;ris&#233;e par un esprit d'agitation sociale particuli&#232;rement intense qui est le signe d'une dynamique sociale et politique d&#233;bordant largement le cadre d'un passage pur et simple de la dictature militaire &#224; la d&#233;mocratie parlementaire. Mettre fin politiquement &#224; cette p&#233;riode a longtemps constitu&#233; &#8211; et sous certains aspects constitue encore &#8211; un enjeu majeur pour l'&#201;tat, et ce quelle que soit la forme de sa gestion politique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Apr&#232;s sa destruction, le parc Kyprou et Patission a &#233;t&#233; r&#233;investi, par des habitants du quartier et des solidaires, et est devenu un foyer d'activit&#233;s sociales auto-organis&#233;es. Le maire actuel, apr&#232;s avoir coup&#233; l'eau pour obliger en vain l'Assembl&#233;e de R&#233;sistance et de Solidarit&#233; Kypselis-Patission &#224; l'abandonner, tente de le r&#233;cup&#233;rer en pr&#233;textant sa r&#233;novation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Place Syntagma : litt&#233;ralement, place de la Constitution. Place o&#249; se trouve le Parlement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Guerre de classe</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article992</link>
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		<dc:date>2012-11-27T15:12:51Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>prole.info</dc:creator>


		<dc:subject>Anarchismes, anarchie</dc:subject>
		<dc:subject>Communismes</dc:subject>
		<dc:subject>Anticapitalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Fuck may 68 fight now ! (Marseille)</dc:subject>
		<dc:subject>Oppressions de classe</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Nous n'avons ni propri&#233;t&#233; ni business pour faire de l'argent, du coup on est bien oblig&#233;s de vendre notre temps et notre &#233;nergie &#224; quelqu'un d'autre. Nous sommes la classe ouvri&#232;re d'aujourd'hui : les proles.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Nous sommes la classe des travailleurs qui voulons abolir le travail et les classes. Nous sommes la communaut&#233; de ceux qui veulent foutre en l'air les communaut&#233;s existantes. Notre programme politique c'est de d&#233;truire la politique. Pour cela, nous devons appuyer les tendances subversives qui existent aujourd'hui, jusqu'&#224; ce qu'elles&lt;br class='autobr' /&gt;
bouleversent la soci&#233;t&#233; de fond en comble. Il y a un temps, c'est ce&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'on appelait la &#171; r&#233;volution &#187;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Work - Community - Politics - War&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; publi&#233; en 2005 sur le site am&#233;ricain &lt;a href=&#034;https://prole.info/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;prole.info&lt;/a&gt;. D&#233;j&#224; traduit dans une dizaine de langues, nous avons voulu diffuser ce manifeste &#171; pour une guerre de classe &#187; en version fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&#034;https://we.riseup.net/assets/134753/versions/1/Guerre%20de%20Classe.mp3&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Version audio&lt;/a&gt;.]&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique13" rel="directory"&gt;G&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Anarchismes, anarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot14" rel="tag"&gt;Communismes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot97" rel="tag"&gt;Anticapitalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot113" rel="tag"&gt;Fuck may 68 fight now ! (Marseille)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot157" rel="tag"&gt;Oppressions de classe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH105/arton992-603da.jpg?1780476412' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='105' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff992.jpg?1351622830&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Work - Community - Politics - War&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; publi&#233; en 2005 sur le site am&#233;ricain &lt;a href=&#034;https://prole.info/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;prole.info&lt;/a&gt;. D&#233;j&#224; traduit dans une dizaine de langues, nous avons voulu diffuser ce manifeste &#171; pour une guerre de classe &#187; en version fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour toutes remarques, suggestions et sollicitations, ou bien &lt;strong&gt;si vous souhaitez diffuser ce bouquin (imprim&#233; &#224; plus d'un millier d'exemplaires)&lt;/strong&gt;, un petit mail &#224; &lt;a href=&#034;mailto:vinaigre_at_riseup_._net&#034; class=&#034;spip_mail&#034;&gt;vinaigre&lt;/a&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte &#034;brut&#034; est &#224; t&#233;l&#233;charger &lt;a href=&#034;http://infokiosques.net/IMG/rtf/wcpw_fr_text.rtf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Et la brochure au format pdf, &lt;a href=&#034;http://infokiosques.net/IMG/pdf/wcpw_brochure.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l&#224;&lt;/a&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Enfin, il existe une &lt;a href=&#034;https://we.riseup.net/assets/134753/versions/1/Guerre%20de%20Classe.mp3&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;version audio&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A lire, &#233;galement de PROLE.INFO,&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href=&#034;http://infokiosques.net/spip.php?article563&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;A bas les restaurants&lt;/a&gt; !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2116 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/wcpw_fr_01-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/wcpw_fr_01-2-d9c68.jpg?1780476412' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2117 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/wcpw_fr_02.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/wcpw_fr_02-faa31.jpg?1780476412' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2118 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/wcpw_fr_03.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/wcpw_fr_03-1baa3.jpg?1780476412' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2119 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/wcpw_fr_04.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/wcpw_fr_04-b8549.jpg?1780476412' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2121 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/wcpw_fr_05.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/wcpw_fr_05-c98ff.jpg?1780476412' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2122 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/wcpw_fr_06.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/wcpw_fr_06-8dd1c.jpg?1780476412' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2123 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/wcpw_fr_07.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/wcpw_fr_07-301bf.jpg?1780476412' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2124 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/wcpw_fr_08.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/wcpw_fr_08-4f2d0.jpg?1780476413' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2125 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/wcpw_fr_09.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/wcpw_fr_09-3b009.jpg?1780476413' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2126 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/wcpw_fr_10.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/wcpw_fr_10-a39b2.jpg?1780476413' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2127 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/wcpw_fr_11.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/wcpw_fr_11-e8b6c.jpg?1780476413' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2128 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/wcpw_fr_12.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/wcpw_fr_12-f0b4e.jpg?1780476413' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2129 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/wcpw_fr_13.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/wcpw_fr_13-af3c8.jpg?1780476413' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2130 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/wcpw_fr_14.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/wcpw_fr_14-e275a.jpg?1780476413' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2131 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/wcpw_fr_15.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/wcpw_fr_15-4d3ce.jpg?1780476413' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2132 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/wcpw_fr_16.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/wcpw_fr_16-ce1dc.jpg?1780476413' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2133 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/wcpw_fr_17.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/wcpw_fr_17-ec95f.jpg?1780476413' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2134 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/wcpw_fr_18.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/wcpw_fr_18-36278.jpg?1780476413' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2135 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/wcpw_fr_19.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/wcpw_fr_19-be627.jpg?1780476413' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2136 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/wcpw_fr_20.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/wcpw_fr_20-780bd.jpg?1780476413' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2137 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/wcpw_fr_21.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/wcpw_fr_21-a3435.jpg?1780476413' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2138 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/wcpw_fr_22.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/wcpw_fr_22-22ac2.jpg?1780476414' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2139 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/wcpw_fr_23.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/wcpw_fr_23-8424d.jpg?1780476414' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2140 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/wcpw_fr_24.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/wcpw_fr_24-36bc7.jpg?1780476414' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2141 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/wcpw_fr_25.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/wcpw_fr_25-f72a7.jpg?1780476414' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2142 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/wcpw_fr_26.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/wcpw_fr_26-30c29.jpg?1780476414' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2143 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/wcpw_fr_27.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/wcpw_fr_27-02120.jpg?1780476414' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2144 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/wcpw_fr_28.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/wcpw_fr_28-13072.jpg?1780476414' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2145 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/wcpw_fr_29.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/wcpw_fr_29-2b1e3.jpg?1780476414' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Contre le mythe autogestionnaire</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article805</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.infokiosques.net/spip.php?article805</guid>
		<dc:date>2011-04-06T19:02:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Des prol&#233;taires</dc:creator>


		<dc:subject>Auto-organisation, exp&#233;rimentations collectives</dc:subject>
		<dc:subject>Communismes</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ves et luttes des classes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;A travers l'analyse des exemples-phares autogestionnaires que sont l'Espagne en 1936, l'atelier Lip &#224; Besan&#231;on en 1973 et l'Argentine depuis d&#233;cembre 2001, notre volont&#233; est de montrer en quoi la perspective de gestion des processus productifs et d'&#233;change est un arr&#234;t du processus r&#233;volutionnaire, un renforcement de l'ordre &#233;tabli qui renvoie le prol&#233;tariat &#224; la seule place que lui laisse le capital, celle de producteur de valeur quitte &#224; lui laisser le r&#244;le de gestionnaire pendant un temps ! Les exp&#233;riences alter &#233;co sympa en pleine paix sociale n'ont rien de contradictoire, elles sont des entreprises capitalistes sans ambigu&#239;t&#233;. Ce qui nous questionne, c'est l'antagonisme qui traverse tout mouvement de classe dans sa dynamique combative, vivante et donc profond&#233;ment contradictoire&lt;/i&gt; (...)&lt;i&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;A travers la critique de l'autogestion, l'enjeu de cette analyse du processus r&#233;volutionnaire est de nous permettre de mieux saisir o&#249; nous en sommes aujourd'hui, &#224; travers toutes nos forces et nos contradictions internes.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique7" rel="directory"&gt;C&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot10" rel="tag"&gt;Auto-organisation, exp&#233;rimentations collectives&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot14" rel="tag"&gt;Communismes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot95" rel="tag"&gt;Gr&#232;ves et luttes des classes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH106/arton805-3aa94.png?1780476414' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='106' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff805.png?1301448026&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;CONTRE LE MYTHE AUTOGESTIONNAIRE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;	Dans sa lutte aux quatre coins de la plan&#232;te contre la barbarie du Capital, le prol&#233;tariat porte en lui la destruction radicale des fondements du monde bourgeois. L'Etat, la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, l'argent sont remis en question par une multitude de pratiques allant de la r&#233;sistance quotidienne aux gr&#232;ves ou &#233;meutes, parfois jusqu'&#224; l'insurrection g&#233;n&#233;ralis&#233;e, pratiques qui sont autant de moments de n&#233;gation des conditions de survie. Contre cette perspective de n&#233;gation, la bourgeoisie ne reste pas inactive et sait mettre en avant telle ou telle solution qui correspond le mieux &#224; la d&#233;fense de ses int&#233;r&#234;ts. Ici nous n'allons pas nous arr&#234;ter sur la &#034;solution&#034; qui consiste &#224; &#233;craser brutalement toutes les r&#233;voltes, parce que celle-ci arrive toujours apr&#232;s d'autres qui sont d'autant plus pernicieuses qu'elles se pr&#233;sentent comme proche de nous (par la posture, le verbiage) en proposant de r&#233;former le monde. Le propre de ces projets sociaux-d&#233;mocrates est de vider nos luttes de leur substance r&#233;volutionnaire en les y encadrant, en les y enfermant. L'un de ces projets pr&#233;conise la &lt;i&gt;conqu&#234;te&lt;/i&gt; de l'Etat (par la violence ou non), c'est le propre du l&#233;ninisme et de tous les groupes ou partis qui s'en revendiquent. Aujourd'hui cette perspective n'a plus vraiment la cote, et la mode est plut&#244;t aux projets pr&#233;conisant de g&#233;rer son existence par soi-m&#234;me, en laissant de c&#244;t&#233; la question de l'Etat, &lt;i&gt;du pouvoir&lt;/i&gt;, en attendant qu'il tombe de lui-m&#234;me. Dans les deux cas, l'Etat est sauv&#233; et m&#234;me s'est renforc&#233; comme cela s'est v&#233;rifi&#233; au cours de l'histoire. Aujourd'hui qu'il s'agisse du syndicat SUD ou de la CNT, de l'EZLN ou des altermondialistes, de d&#233;marches franchement citoyennes ou de concessions social-d&#233;mocrates en milieu radical, le &lt;i&gt;gestionnisme&lt;/i&gt; est cette tendance pacificatrice, tr&#232;s diverse dans la forme selon les latitudes, mais ayant toujours comme point commun la r&#233;pression de toute violence r&#233;volutionnaire, de toute organisation cons&#233;quente qui se fixe comme objectif la destruction de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoiqu'ils en disent, les partisans de l'autogestion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Terme qui a un sens radicalement diff&#233;rent de la dite autogestion des luttes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ne s'inscrivent pas dans la perspective de destruction du monde de la marchandise, le gestionnisme n'est rien d'autre que la gestion de la soci&#233;t&#233; capitaliste par les producteurs eux-m&#234;mes. Pourtant force est de constater que ce mode d'exploitation de la force de travail sous une forme pseudo-lib&#233;r&#233;e se pr&#233;sente aujourd'hui avec une &#233;vidence aberrante comme la voie &#224; suivre pour s'acheminer &lt;i&gt;progressivement&lt;/i&gt; vers une &#232;re nouvelle, celle du socialisme, du communisme, d'un monde sans classe. Cela, c'est le discours. Lisse, s&#233;duisant, creux&#8230; La r&#233;alit&#233; rattrape vite ces bonimenteurs, car leur mince couche de vernis sur la vieille machinerie capitaliste ne peut pas faire illusion bien longtemps. Tout cela revient &#224; r&#234;ver d'une soci&#233;t&#233; capitaliste pure, sans ses contradictions, sans mis&#232;re ni exploitation, sans ces &#034;d&#233;tails&#034; que l'on pourrait gommer par une gestion diff&#233;rente. Dans le fond, ils ne remettent en cause aucun des fondements m&#234;mes de cette soci&#233;t&#233; : Ni le march&#233; (o&#249; sont achet&#233;es les marchandises n&#233;cessaires au processus productif et o&#249; est vendue la marchandise finale &#224; la valeur d&#233;termin&#233;e par ce m&#234;me march&#233;), ni l'ensemble du processus productif (aussi bien dans sa finalit&#233; que dans ses aspects techniques), ni la division du travail, ni le principe de l'achat et de la vente, ni l'existence d'unit&#233;s autonomes productrices de valeur (appropriation priv&#233;e). Comme si le d&#233;veloppement des forces productives &#233;tait quelque chose de neutre. Alors que chaque atome de l'ensemble des forces productives est atome du capital. Il n'y a pas de technologie que l'on pourrait utiliser &#224; bon escient, tout simplement parce que celle-ci n'a pas &#233;t&#233; pens&#233;e dans l'int&#233;r&#234;t de l'humanit&#233; : La &lt;i&gt;production&lt;/i&gt; ne g&#233;n&#232;rera en tant que telle jamais rien d'autre que des &lt;i&gt;marchandises, &lt;/i&gt;le but poursuivi &#233;tant la valorisation, l'accumulation des capitaux, la valeur d'usage se r&#233;duit malgr&#233; toute vell&#233;it&#233; philanthropique &#224; un simple support de la valeur d'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte est une tentative d'&#233;laborer une critique de cette perspective largement r&#233;pandue aujourd'hui dans les milieux militants qui se revendiquent, du moins formellement, de la n&#233;cessit&#233; de changer radicalement le monde. Outre le mensonge de leur discours, leur pratique montre clairement leur r&#233;el positionnement dans la guerre de classe. A travers l'analyse des exemples-phares autogestionnaires que sont l'Espagne en 1936, l'atelier Lip &#224; Besan&#231;on en 1973 et l'Argentine depuis d&#233;cembre 2001, notre volont&#233; est de montrer en quoi la perspective de gestion des processus productifs et d'&#233;change est un arr&#234;t du processus r&#233;volutionnaire, un renforcement de l'ordre &#233;tabli qui renvoie le prol&#233;tariat &#224; la seule place que lui laisse le capital, celle de producteur de valeur quitte &#224; lui laisser le r&#244;le de gestionnaire pendant un temps ! Les exp&#233;riences alter &#233;co sympa en pleine paix sociale n'ont rien de contradictoire, elles sont des entreprises capitalistes sans ambigu&#239;t&#233;. Ce qui nous questionne, c'est l'antagonisme qui traverse tout mouvement de classe dans sa dynamique combative, vivante et donc &lt;strong&gt;profond&#233;ment contradictoire&lt;/strong&gt;. Ces luttes sont l'expression d'une classe qui vit et combat contre la dictature de l'&#233;conomie, et ont pu servir de vague sur laquelle ont surf&#233; avec prestige les plus fieff&#233;s sociaux-d&#233;mocrates, nous vendant leur soupe pour &lt;i&gt;alimenter &lt;/i&gt;nos propres faiblesses et contradictions. Leur activit&#233; contre-r&#233;volutionnaire consiste pr&#233;cis&#233;ment en cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A travers la critique de l'autogestion, l'enjeu de cette analyse du processus r&#233;volutionnaire est de nous permettre de mieux saisir o&#249; nous en sommes aujourd'hui, &#224; travers toutes nos forces et nos contradictions internes. Il nous faut comprendre comment renforcer les dynamiques d'associationnisme prol&#233;tarien afin de donner aux luttes d'ampleur &#224; venir l'ancrage et les structures autonomes qu'elles n&#233;cessitent. Il nous faut d&#233;terminer quand, comment et dans quelles limites une r&#233;appropriation des moyens de production peut renforcer l'&#233;lan r&#233;volutionnaire ou au contraire le saper &#224; la base. Il nous faut identifier les m&#233;canismes bourgeois reproduits par nous-m&#234;mes ou mis en &#339;uvre directement par l'Etat qui emp&#234;chent l'extension du mouvement et par cons&#233;quent le condamnent &#224; une mort certaine. Il nous faut reconna&#238;tre nos ennemis de classe et en particulier ceux qui nous semblent proches par des postures et des tons &#034;radicaux&#034; mais dont la fonction (malgr&#233; la sinc&#233;rit&#233;, l'abn&#233;gation de ces militants) est de r&#233;cup&#233;rer le potentiel destructeur du vieux monde pour remettre sur les rails la soci&#233;t&#233; capitaliste &#233;branl&#233;e pendant un temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre modeste contribution ne fait que s'inscrire dans la continuit&#233; de celles formul&#233;es avant nous, les prenant en compte, s'en nourrissant. Elle ne peut qu'&#234;tre partielle et se veut un appel pour que d'autres prol&#233;taires, d'autres r&#233;volutionnaires apportent leur contribution dans ce permanent mouvement de constitution et de renforcement de notre classe. Cette critique, la r&#233;volution la porte en actes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1936 : L'Espagne autogestionnaire ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on a appel&#233; par un euph&#233;misme commode la &#034;guerre d'Espagne&#034; m&#233;rite une attention particuli&#232;re dans le sujet qui nous occupe : il s'agit de la principale r&#233;f&#233;rence du courant autogestionnaire, son &#034;&#226;ge d'or&#034;, le mythe sur lequel il fonde le simulacre de sa radicalit&#233;. Nous n'approfondirons pas ici le r&#244;le contre-r&#233;volutionnaire de l'antifascisme, ni la &#171; trahison &#187; de la CNT. Ces aspects appara&#238;tront in&#233;luctablement comme partie prenante de l'illusion autogestionnaire tr&#232;s pr&#233;sente &#224; l'esprit du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire d'alors&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il se trouve que la frange la plus radicale du prol&#233;tariat &#233;tait alors (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des analyses de cette p&#233;riode s'accordent &#224; d&#233;crire les premiers mois comme r&#233;volutionnaires jusqu'&#224; l'entr&#233;e de la CNT dans le gouvernement (3 novembre 1936) et la militarisation des milices. Pourtant, d&#232;s les premiers jours, la r&#233;action se structure et amorce sa contre-offensive. Il nous faut voir la constitution de cette force bourgeoise comme un mouvement compos&#233; de facettes multiples, mais pr&#233;sentant une convergence fatale pour nous. Dans cette optique l'appartenance de tel ou tel protagoniste &#224; tel ou tel courant compte peu, par rapport &#224; son appartenance ou non au &lt;i&gt;parti de l'ordre&lt;/i&gt;. Car on ne peut prendre pour argent comptant le discours selon lequel la CNT aurait simplement remis la r&#233;volution au lendemain de la victoire du camp antifasciste. Ce camp &#233;tait d&#233;j&#224; d'accord politiquement sur la n&#233;cessit&#233; de &lt;strong&gt;sauver l'Economie&lt;/strong&gt; (m&#234;me si leurs conceptions diff&#233;raient quant &#224; sa gestion), tout en &lt;strong&gt;encadrant la rage prol&#233;tarienne&lt;/strong&gt;. Au contraire d'une grande partie de la &#034;base&#034; c&#233;n&#233;tiste, essentiellement r&#233;volutionnaire dans sa pratique, ce que ces dirigeants d&#233;fendaient revenait &#224; d&#233;fendre le capitalisme pour ensuite le modeler &#224; leur image, il s'agissait bien de contre-r&#233;volution effective, et d'ailleurs la plus efficace de par son implantation dans &#171; les masses &#187;. C'est en ce sens que notre critique s'attachera ici surtout &#224; d&#233;noncer l'id&#233;ologie autogestionnaire port&#233;e par la CNT, comme une forme d'offensive contre-r&#233;volutionnaire parmi d'autres dont nous ne parlerons pas trop ici (PSUC, UGT, PCE, POUM, catalanistes comme l'Esquerra, etc&#8230;), leur fonction de remise au pas du prol&#233;tariat apparaissant pour la plupart de mani&#232;re &#233;vidente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;ponse au &lt;i&gt;pronunciamento&lt;/i&gt; du 17 juillet &#233;clata deux jours plus tard une insurrection prol&#233;tarienne &#224; Barcelone et dans l'ensemble de la Catalogne. Gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, surveillance des casernes et saisies d'armement avant le putsch, attaque des militaires soulev&#233;s et de la flicaille, les contraignant souvent &#224; la fraternisation avec armes et bagages, fuite d&#233;sordonn&#233;e des riches des principales villes insurg&#233;es, etc. La r&#233;volution sociale se mat&#233;rialise par les expropriations diverses, les patrons tu&#233;s, en fuite, ou d&#233;poss&#233;d&#233;s de leur richesse et de leur pouvoir, les &#233;glises qui br&#251;lent, les portes des prisons qui volent pour tout le monde, &#034;politiques&#034; comme &#034;droit commun&#034;, etc. Le lendemain des affrontements, des milices ouvri&#232;res se cr&#233;ent pour passer &#224; l'offensive et porter la r&#233;volution dans les villes et les villages alentour, d'autres prol&#233;taires mettent en place des comit&#233;s de ravitaillement. Des magasins sont saisis, des entrep&#244;ts vid&#233;s, des propri&#233;taires expropri&#233;s, les moyens de communication sont investis, des v&#233;hicules sont r&#233;quisitionn&#233;es afin de renforcer l'autonomie de classe. Tout cela se fait par la saisie imm&#233;diate (&lt;i&gt;incautacion&lt;/i&gt;), par les ouvriers en armes, &#224; un moment o&#249; les dirigeants syndicaux ne parlent que de lutte militaire contre le fascisme. Dans le m&#234;me temps, certains secteurs ouvriers vont sentir la n&#233;cessit&#233; de s'emparer des usines afin de s'armer en cons&#233;quence. De nombreux m&#233;tallos vont se servir des outils ayant toujours concouru &#224; leur asservissement pour blinder des camions. Des boulangeries vont surgir des caves immondes o&#249; elles &#233;taient enferm&#233;es, les transports vont se remettre en marche et l'eau, l'&#233;lectricit&#233; et les &#233;clairages sont remis en fonction. Dans les campagnes, la terre est en grande majorit&#233; collectivis&#233;e et nourrit les communaut&#233;s villageoises ainsi que les miliciens. Tous ces exemples sont issus d'une volont&#233; de satisfaire les besoins vitaux du prol&#233;tariat afin de se renforcer, de nourrir la lutte pour qu'elle s'installe dans la dur&#233;e. Certaines de ces activit&#233;s permettent aux ouvriers de renouer avec une cr&#233;ativit&#233; et un esprit d'initiative rompant totalement avec l'esclavage salari&#233;. D'autres les poussent &#224; reprendre &#224; leur compte un travail finalement peu diff&#233;rent de celui auquel ils &#233;taient auparavant astreints. Quoiqu'il en soit, la diff&#233;rence essentielle r&#233;side pour nous en ce que ces activit&#233;s ne sont en aucun cas motiv&#233;es par la n&#233;cessit&#233; d'acheter ni de vendre, par la production de valeur. Ce qui importe est le combat r&#233;volutionnaire, la production satisfaisant &#224; ses besoins participe du m&#234;me &#233;lan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature de ces actes est r&#233;volutionnaire. Ils s'imposent d'eux-m&#234;mes comme des n&#233;cessit&#233;s imp&#233;rieuses de la lutte et sont men&#233;s &#224; bien en tant que tels. L'explosion de ces mille et une initiatives allant dans le sens du renforcement de la lutte constitue une rupture brutale du consensus capitaliste. Il est &#233;vident que l'ensemble de ces pratiques est en avance par rapport &#224; la conscience que peuvent en avoir les prol&#233;taires, m&#234;mes les plus d&#233;termin&#233;s. En effet les id&#233;ologies du vieux monde sont pr&#233;sentes parmi la majorit&#233; des protagonistes de ces actes, l'id&#233;ologie autogestionnaire parmi d'autres. Cela explique que d'autres prol&#233;taires aient alors cru bon de relancer d'autres usines sans aucun int&#233;r&#234;t pour les r&#233;volutionnaires, par conformisme, sans m&#234;me se poser la question de leur utilit&#233;, sans percevoir la n&#233;cessit&#233; d'&#233;tendre et approfondir la guerre de classes. Ainsi l'occupation d'une usine, la relance de sa production a pu correspondre pour beaucoup &#224; &#034;vivre le communisme libertaire&#034;. La croyance born&#233;e en cette id&#233;ologie m&#232;nera plus tard &#224; un changement de la nature m&#234;me des actes les plus clairs au d&#233;but de ces journ&#233;es r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 20 juillet, la CNT-FAI accepte malgr&#233; sa puissance &#233;vidente de collaborer avec les r&#233;publicains, pr&#233;f&#233;rant &#034;la collaboration et la d&#233;mocratie&#034; &#224; la &#034;dictature anarchiste&#034; (sic)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Vernon Richards, Enseignements de la r&#233;volution espagnole, chapitre IV.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . La perspective annonc&#233;e est &#034;&lt;i&gt;pas de communisme libertaire. D'abord &#233;craser l'ennemi l&#224; o&#249; il se trouve&lt;/i&gt;&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Solidaridad Obrera du 21 juillet 1936, cit&#233; dans le livre de C. Semprun (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, perspective qui va se transformer en &lt;strong&gt;ordre&lt;/strong&gt; quelques jours plus tard : &#034;&lt;i&gt;au jour d'aujourd'hui, c'est contre le fascisme et seulement contre le fascisme&lt;/i&gt; [...] &lt;i&gt;qu'il faut lutter. Par cons&#233;quent, personne n'est autoris&#233; &#224; lancer d'autres consignes ni &#224; les suivre, ni &#224; concevoir le mouvement diff&#233;remment&lt;/i&gt;&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. la proclamation de la CNT de Catalogne du 26 juillet 1936, cit&#233; dans le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . La r&#233;volution sociale est repouss&#233;e &lt;i&gt;sine die&lt;/i&gt;. Tout est subordonn&#233; &#224; cet effort de guerre qui a &#233;t&#233; envisag&#233; d&#232;s le d&#233;but comme une guerre de position, front contre front. Ce n'est pas par hasard que cette lutte contre la racaille franquiste a &#233;t&#233; confi&#233;e (sur le front d'Aragon) &#224; des militaires professionnels, comme Perez Farras et Manzana, form&#233;s &#224; l'Acad&#233;mie militaire, auxquels m&#234;me un militant de l'envergure de Durruti se remettait enti&#232;rement ! A aucun moment la guerre de gu&#233;rilla n'a &#233;t&#233; envisag&#233;e, pourtant seule efficace &#224; cette p&#233;riode. Par la suite les propositions venant de groupes militants allant dans ce sens ont toujours &#233;t&#233; repouss&#233;es. C'est ainsi que le mot d'ordre &#171; &lt;i&gt;&#233;craser l'ennemi l&#224; o&#249; il se trouve&lt;/i&gt; &#187; ne pouvait, malgr&#233; la r&#233;sistance prol&#233;tarienne &#224; l'embrigadement militariste, d&#233;boucher que sur un strict affrontement inter imp&#233;rialiste : la R&#233;publique ou le franquisme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En toute logique la CNT-FAI fut amen&#233;e &#224; participer au gouvernement national deux mois plus tard, malgr&#233; la volont&#233; antiparlementaire de la base, au moyen d'une jolie pirouette rebaptisant &#034;Conseil National de D&#233;fense&#034; ce qui n'&#233;tait absolument rien d'autre qu'un gouvernement. On voit qu'une fois encore, la bourgeoisie sait jouer sur la forme des choses pour faire accepter l'inacceptable. De toute fa&#231;on, &#233;tant donn&#233;e la force de cette vague r&#233;volutionnaire, il est &#233;vident que les cadres syndicaux et les partis ne peuvent agir trop frontalement, m&#234;me s'ils la voient d'un mauvais &#339;il : ils se bornent donc &#224; suivre la vague. Toute la merde politique se met alors en branle dans tous les sens. La G&#233;n&#233;ralit&#233; propose des postes &#224; des dirigeants c&#233;n&#233;tistes alors que la base s'est d&#233;j&#224; rendue ma&#238;tresse de la situation, la CNT imprime des communiqu&#233;s ne faisant que prendre acte de ce qui a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; mis en place, partout, c'est le suivisme le plus complet. Certains prennent le parti de se gausser de la faiblesse de cette position. Grave erreur. Chacun de ces signes de soumission apparents revient &#224; l'amorce d'une reprise en main du pouvoir, &#224; la reconstitution de l'Etat luttant &#224; la vie &#224; la mort contre le renforcement de l'autonomie de classe. En ent&#233;rinant docilement les ruptures prol&#233;tariennes, politiciens et syndicalistes maintiennent leur encadrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des moments forts de la contre-r&#233;volution dans les premiers moments de la lutte va consister en une &lt;i&gt;s&#233;paration par tous les moyens possibles&lt;/i&gt; entre le secteur productif (en l'occurrence les collectivit&#233;s) et le secteur combatif (milices ouvri&#232;res). On verra qu'il fut relativement ais&#233; aux cadres de tous bords de profiter de la combativit&#233; ouvri&#232;re pour lui imposer un cadre militaire bourgeois (de l'injonction &#224; la discipline hi&#233;rarchique &#224; la transformation de l'insurrection prol&#233;tarienne en guerre de fronts), par contre la r&#233;sistance ouvri&#232;re au travail constituera longtemps une s&#233;v&#232;re &#233;pine dans le pied des dirigeants, en particulier des anarcho-syndicalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 28 juillet, la CNT sonne la reprise du travail sans pr&#233;ciser de quelle mani&#232;re, alors que de tr&#232;s nombreuses entreprises ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; saisies de fait. A ce stade, elle n'approuve ni ne d&#233;nonce. En Mai 1936, elle se pronon&#231;ait massivement pour l'autogestion des usines, mais il semble qu'elle comprenne bien qu'appeler le prol&#233;tariat &#224; des actes contre la propri&#233;t&#233; priv&#233;e risque de la d&#233;passer s&#233;rieusement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les premi&#232;res mesures prises par la CNT furent d'interdire les pillages, de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette injonction recouvre d'une part le souci de relancer l'&#233;conomie nationale, d'autre part d'occuper les ouvriers pour &#233;viter qu'ils n'aillent trop loin, en leur laissant croire qu'elle les soutient. Il a la peau dure, ce mythe de l'autogestion dans l'Espagne r&#233;volutionnaire pr&#233;sentant la CNT comme incarnation du prol&#233;tariat se jetant avec bonheur et enthousiasme sur le travail sans patron jusqu'&#224; la trahison des m&#233;chants staliniens. Et pourtant le stakhanovisme triomphant unissait l'essentiel des militants de premier plan, tous partis, tous syndicats confondus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s Micha&#235;l Seidman, la CNT &#034;&lt;i&gt;adjura plusieurs fois les ouvriers de se remettre &#224; l'ouvrage&lt;/i&gt;&#034;, Garcia Oliver ne se privant pas d'ass&#233;ner en meeting, le 9 ao&#251;t : &#034;&lt;i&gt;aujourd'hui camarades il ne s'agit plus de parler de la journ&#233;e de six heures, de huit heures ou d'un quelconque nombre d'heures. Combien d'heures devons-nous travailler aujourd'hui ? Autant qu'il le faudra pour la victoire de la r&#233;volution&lt;/i&gt;&#034;. Comme le d&#233;montre Seidman, une grande partie de la classe ouvri&#232;re ne s'y est pas tromp&#233;e et les pratiques s&#233;culaires contre le travail (absent&#233;isme, sabotage, refus de d&#233;border du temps de travail, etc.) ont &#233;t&#233; au moins aussi importantes avant que pendant cette p&#233;riode. &#034;&lt;i&gt;Les militants anarcho-syndicalistes et marxistes, qui avaient pris le contr&#244;le des usines, furent amen&#233;s &#224; r&#233;agir contre la r&#233;sistance des ouvriers.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Incontestablement, cette r&#233;sistance au travail contredisait la th&#233;orie anarcho-syndicaliste de l'autogestion qui appelait les ouvriers &#224; s'impliquer activement et &#224; contr&#244;ler leur lieu de travail avec l'av&#232;nement de la r&#233;volution. Autrement dit les activistes anarcho-syndicalistes et marxistes demandaient aux travailleurs de Barcelone d'assumer avec entrain leur r&#244;le d'ouvriers&lt;/i&gt;&#034;. Ces militants ont en commun l'id&#233;ologie progressiste, la d&#233;fense du d&#233;veloppement des forces productives du capital. Ces d&#233;fenseurs du progr&#232;s ne pouvaient voir les prol&#233;taires que comme ouvriers devant s'adapter &#034;au rythme, &#224; l'organisation et aux exigences g&#233;n&#233;rales de la soci&#233;t&#233; industrielle&#034;. Autrement dit leur souhait &#233;tait que les prol&#233;taires int&#232;grent au plus profond d'eux-m&#234;mes les exigences &lt;strong&gt;despotiques&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;inhumaines&lt;/strong&gt; du travail. En ce sens, les dirigeants syndicaux (CNT comme UGT), de plus en plus soucieux de l'efficacit&#233; de la production se dot&#232;rent d'une s&#233;rie de mesures drastiques dont voici quelques &#233;l&#233;ments :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Instauration d'un syst&#232;me de primes &#034;pour stimuler le personnel&#034; ainsi que de gratifications pour les techniciens et cadres dans le courant de l'ann&#233;e 1937 ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; R&#233;introduction du travail aux pi&#232;ces en 1938 supprim&#233; en juillet 1936 (contre lequel les prol&#233;taires ainsi que la CNT et l'UGT avaient lutt&#233; &#233;nergiquement avant 1936 !) ; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Etalonnage de la paye &#224; l'aune de la production ; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Suppression des cong&#233;s dus aux jours saints sous pr&#233;texte d'anticl&#233;ricalisme ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Exhortations &#224; faire plus attention &#224; l'outil de travail, &#224; s'impliquer plus activement dans la production ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et bien entendu renforcement du r&#232;glement en mati&#232;re d'absences, d'horaires, de quotas productifs, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autogestion ne pouvait que mener &#224; cette red&#233;couverte des vieilles techniques patronales tant d&#233;cri&#233;es et combattues par le pass&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fait tr&#232;s important, &lt;strong&gt;les membres des milices sont dispens&#233;s de revenir au travail&lt;/strong&gt;. En haut lieu on s'active pour que trois jours plus tard, l'Etat assure le paiement des soldes. Cette amputation r&#233;ciproque de la classe en deux entit&#233;s distinctes constitue un premier pas vers la neutralisation de notre force&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Beaucoup d'encre a coul&#233; sur la militarisation des milices quelques mois (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La focalisation sur le fascisme permit d'&#233;loigner avantageusement les minorit&#233;s les plus d&#233;termin&#233;es et ainsi &#233;viter qu'elles ne constituent dans les villes une force arm&#233;e dont la susceptibilit&#233; aurait pu emp&#234;cher la reconqu&#234;te du pouvoir par l'Etat. Le 31 ao&#251;t est lanc&#233; un programme de longue haleine menant &#224; la reconstitution des corps r&#233;pressifs par le biais d'un d&#233;cret sur la r&#233;organisation de la garde civile (rebaptis&#233;e &#034;garde nationale r&#233;publicaine&#034;). Les recrutements en masse, la criminalisation des patrouilles de contr&#244;le non gouvernementales si elles refusaient de s'enr&#244;ler ou de rendre les armes, le &#034;&lt;i&gt;consentement tacite sinon d&#233;clar&#233; des ministres anarcho-syndicalistes&lt;/i&gt;&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Burnett Bolloten, La r&#233;volution espagnole.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, tout cela mena inexorablement &#224; une d&#233;possession totale de l'immense pouvoir qu'avait le prol&#233;tariat dans certaines r&#233;gions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Favoriser l'enfermement du prol&#233;tariat dans les usines revenait, consciemment ou non, &#224; jouer le pourrissement. Les ouvriers n'ont alors plus vraiment de perspective offensive, leur possibilit&#233; &#034;r&#233;volutionnaire&#034; se cantonne &#224; &#034;produire plus&#034;, ce qui induit un &#233;tat d'esprit passif. Ce fait est contrebalanc&#233; par le succ&#232;s de l'entreprise autogestionnaire et accr&#233;dite l'id&#233;e d'un &#034;avant&#034; la r&#233;volution et &#034;apr&#232;s&#034; alors que tout reste &#224; faire. Mais &#231;a temporise car la relance de l'usine pose peu de probl&#232;mes au d&#233;but ; les difficult&#233;s arriveront plus tard, alors que les investissements ou les mati&#232;res premi&#232;res viendront &#224; manquer, et &#224; ce moment-l&#224; les ouvriers seront d&#233;j&#224; englu&#233;s dans la d&#233;fense de &#034;leur&#034; usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la foul&#233;e, la bourgeoisie s'est dot&#233;e d'un pouvoir fort (dirig&#233; par le socialiste Caballero) au langage radical, groupant autour de lui toutes les forces sociales-d&#233;mocrates. Sa t&#226;che imm&#233;diate est de favoriser l'int&#233;gration de la CNT et du POUM pour emp&#234;cher toute possibilit&#233; de radicalisation, de mettre leurs bases au pas et, cela fait, de rassurer les nations voisines en leur montrant que tout est mis en &#339;uvre pour &#233;viter la r&#233;volution sociale. Concr&#232;tement, cela donnera le 1er octobre l'auto-dissolution du comit&#233; central des milices, le 9 un d&#233;cret dissolvant tous les comit&#233;s locaux autonomes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Brou&#233;-T&#233;mime, La r&#233;volution et la guerre d'Espagne.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le 10 un d&#233;cret cr&#233;ant l'Arm&#233;e Populaire et militarisant les milices, ce qui permettra plus tard d'enjoindre aux prol&#233;taires de rendre les armes. Cela fut fait tr&#232;s intelligemment, les membres des comit&#233;s les plus influents furent int&#233;gr&#233;s aux institutions afin qu'en apparence rien n'ait chang&#233; &#224; part le nom. D'autre part les comit&#233;s forts et bien implant&#233;s (comme celui d'Aragon), bien que mis hors-la-loi par ces d&#233;crets ne furent pas attaqu&#233;s frontalement, mais cela les mit dans une situation d'ill&#233;gitimit&#233; aux yeux de leurs adversaires politiques ainsi que pour leur propre parti. Cette contradiction entre une &#034;base&#034; ill&#233;gale et des dirigeants au gouvernement ne pouvait que petit &#224; petit ronger les forces des r&#233;volutionnaires qui se trouvaient au pied du mur : soit ils rompaient avec leur hi&#233;rarchie, l'identifiant clairement comme ennemie, ce que fit une infime minorit&#233; ; soit elles c&#233;daient et se mettaient en conformit&#233; avec les exigences du pouvoir, d&#233;sarm&#233;es devant l'in&#233;luctable massacre qui allait suivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant le respect de ces consignes, le gouvernement se sentit pr&#234;t le 24 octobre &#224; imposer son D&#233;cret sur les collectivit&#233;s, fruit de moult n&#233;gociations politiciennes et &#233;conomistes. Ce d&#233;cret reconnaissait l'existence de 3 secteurs : 1) les entreprises collectivis&#233;es, 2) les entreprises priv&#233;es &#034;dans lesquelles la direction est &#224; la charge du propri&#233;taire ou g&#233;rant avec la collaboration et le contr&#244;le du Comit&#233; ouvrier de contr&#244;le&#034;, 3) les entreprises &#233;trang&#232;res ou ayant une part de capital &#233;tranger qui ne seront pas touch&#233;es, de peur de m&#233;contenter d'autres nations. Ce d&#233;cret n'attaque en rien les fameux principes sacro-saints de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et ne fait qu'ent&#233;riner une situation de fait quant aux entreprises collectivis&#233;es, dans un premier temps &lt;strong&gt;r&#233;cup&#233;r&#233;es&lt;/strong&gt; par le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne rentrerons pas dans les d&#233;tails de ces nuances, ce qui importe est de comprendre que la question fut abord&#233;e &lt;strong&gt;sous un angle &#233;conomique&lt;/strong&gt;. La diff&#233;rence entre ces trois syst&#232;mes peut relever de l'id&#233;ologie, mais l'essentiel est pour la bourgeoisie qu'ils s'av&#232;rent &lt;strong&gt;plus ou moins rentables&lt;/strong&gt; selon les cas. Voil&#224; la question la plus importante pour la bourgeoisie, tous bords confondus. De nombreux t&#233;moignages rapportent des querelles et d&#233;saccords autour de l'autogestion, mais tout tourne autour de l'&#233;conomie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Certains critiquent les collectivit&#233;s pour leur &#233;go&#239;sme (comme Gaston Leval ou Juan Peiro). De nombreuses bo&#238;tes fabriquent et vendent pour leur propre compte, ce qui avantage les entreprises riches en fonds ou en mati&#232;res premi&#232;res. La concurrence et la loi du march&#233; reprennent leurs droits entre elles, comme il fallait s'y attendre. D'autre part, de nombreux ouvriers n'ont que tr&#232;s peu de notion de management et dilapident tout le b&#233;n&#233;fice en le partageant entre eux, sans penser &#224; th&#233;sauriser, &#224; investir, &#224; renouveler leur stock de mati&#232;res premi&#232;res, ce qui constitue un scandale pour les gestionnaires patent&#233;s. D'autres encore ont pu relancer la production de produits inutiles, de luxe ou en forte d&#233;pendance par rapport aux march&#233;s ext&#233;rieurs, ce qui n'est pas vraiment un facteur de relance. Selon ces critiques &#034;un n&#233;o-capitalisme est n&#233;&#034;. Mais les auteurs de ces critiques voient en cela une mauvaise gestion et pr&#233;conisent une planification nationale orchestr&#233;e par les syndicats amenant une centralisation de la production dans une optique d'efficacit&#233;, de rentabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Cette tendance centralisatrice, impos&#233;e par la prise en compte de l'int&#233;r&#234;t &#233;conomique national, &#233;tait en contradiction avec les principes politiques de la CNT et de la FAI. Certains anarchistes critiqueront violemment cette d&#233;rive emprunt&#233;e aux forces politiques revendiquant la nationalisation de la production. Ils mettront en avant la spontan&#233;it&#233; des masses et la nature essentiellement r&#233;volutionnaire de l'autogestion de petites unit&#233;s autonomes. Ils parleront de &#034;trahison&#034; de la CNT. Nous n'en avons pas la m&#234;me analyse. Pour nous le congr&#232;s de Saragosse pose en mai 1936 les bases de l'autogestion en termes clairs que reprendront les responsables syndicaux quand il le faudra : l'autogestion permet une &#034;exploitation plus rationnelle&#034;, les services ou ateliers de production autog&#233;r&#233;s marchent mieux, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, ne serait-ce qu'au sein de l'intelligentsia c&#233;n&#233;tiste, le d&#233;bat protectionnisme/lib&#233;ralisme battait son plein. La n&#233;cessit&#233; de parvenir &#224; un moyen de contr&#244;le national de la production s'imposait pourtant pour toutes les fractions de la bourgeoisie. Les autogestionnaires lib&#233;raux y voyaient un moyen pour renforcer la consultation d&#233;mocratique des &#034;masses&#034;, la participation active du prol&#233;tariat &#224; une dynamique de plus en plus mortif&#232;re &#224; son encontre ; pour les autogestionnaires protectionnistes (de m&#234;me que pour les autres tendances sociales-d&#233;mocrates), il s'agissait de former une &#233;lite capable de r&#233;guler le march&#233; pour dynamiser l'&#233;conomie nationale. A l'unanimit&#233;, la syndicalisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e des ouvriers s'imposait : des campagnes furent men&#233;es en milieu rural et dans les villes. N&#233;cessaires &#224; l'acc&#232;s au travail ou aux structures collectives, les adh&#233;sions se multipli&#232;rent de mani&#232;re vertigineuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si elle &#233;meut jusqu'aux larmes les partisans de l'autogestion, la restriction du pouvoir de gestion de leur bo&#238;te aux ouvriers eux-m&#234;mes ne nous semble pas en soi essentielle. Ne nous y trompons pas, ce qui a &#233;t&#233; essentiellement attaqu&#233; par la bourgeoisie, c'est l'autonomie des comit&#233;s r&#233;volutionnaires subsistant dans les bo&#238;tes. Ceux-l&#224; m&#234;me qui organis&#232;rent et men&#232;rent implacablement l'insurrection&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous parlons ici &#233;videmment de l'insurrection prol&#233;tarienne, car m&#234;me si ce (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de juillet. Si ces comit&#233;s en &#233;taient venus &#224; identifier sous son nouveau visage l'Etat en reconstruction et s'&#233;taient piqu&#233;s de repasser en mode offensif, l&#226;chant &#034;leurs&#034; ch&#232;res machines pour reprendre le fusil, qui e&#251;t alors pu les arr&#234;ter ? Les journ&#233;es de mai 1937 furent la derni&#232;re occasion pour cela : apprenant le coup de force de ceux que les r&#233;volutionnaires avaient per&#231;u en premier comme leurs ennemis &#224; l'int&#233;rieur du mouvement, les prol&#233;taires abandonn&#232;rent le travail et se ru&#232;rent en masse &#224; l'assaut, &#233;rigeant des barricades, se pr&#233;parant &#224; reprendre en mains la r&#233;volution qu'ils avaient inconsid&#233;r&#233;ment confi&#233;e &#224; leurs dirigeants. Ces derniers ne manqueront donc pas le coup de gr&#226;ce en d&#233;viant la rage prol&#233;tarienne vers une solution n&#233;gociatrice. Le 4 mai et les jours suivants, la CNT-FAI lance &#224; la radio l'appel suivant : &#034;&lt;i&gt;travailleurs&#8230; d&#233;posez vos armes !&lt;/i&gt;&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Los Amigos de Durruti &#233;crivait &#224; cette &#233;poque : &#034;l'unit&#233; antifasciste n'a (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D&#233;sormais, les flics staliniens allaient pouvoir r&#233;tablir dans le sang l'ordre du capital par l'&#233;limination de toute autonomie prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident que de nombreux militants r&#233;volutionnaires sinc&#232;res se sont laiss&#233; abuser par le prestige de leur organisation, par le statut d'ic&#244;nes qu'avaient (et ont encore) certains de leurs leaders. S'ils s'en &#233;taient tenus aux faits, la c&#233;sure leur serait apparue comme &#233;vidente d&#232;s les premiers jours, lorsque les organes de la CNT condamn&#232;rent les expropriations des soci&#233;t&#233;s et propri&#233;t&#233;s &#233;trang&#232;res, rivalisant d'arguments pour justifier cette d&#233;fense de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et d'une vision nationale de la r&#233;volution. L'argument-massue consistait en la menace d'une intervention &#233;trang&#232;re pour prot&#233;ger ses ressortissants, ou d'un blocus sur les armes par les nations alli&#233;es du gouvernement espagnol si les choses d&#233;passaient le cadre d'une guerre antifasciste. Alors qu'un positionnement r&#233;volutionnaire sur cette question risquait au contraire de faire basculer le fragile statu quo obtenu en France par le Front populaire, si les Blum et compagnie avaient d&#251; franchement participer &#224; la r&#233;pression du prol&#233;tariat espagnol. De m&#234;me, la possibilit&#233; de proclamer unilat&#233;ralement l'ind&#233;pendance du Maroc avait &#233;t&#233; envisag&#233;e s&#233;rieusement en mai 1936. Cette option &#233;tait certes plus tactique qu'internationaliste, dans le sens o&#249; elle &#233;tait suppos&#233;e rompre la paix sociale &#224; l'arri&#232;re des fascistes, ce territoire leur servant de base arri&#232;re ainsi que de vivier en mercenaires. Quoiqu'il en soit il est significatif que les dirigeants aient volontiers omis cette possibilit&#233; au moment o&#249; elle devenait accessible. Encore une fois, &#224; trop s'occuper de la gestion des maigres territoires conquis, on n&#233;glige les n&#233;cessit&#233;s de l'extension r&#233;volutionnaire permettant de d&#233;border la bourgeoisie sur tous les fronts, de ne pas lui permettre de concentrer ses attaques sur un &#233;picentre isol&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on l'a vu, malgr&#233; sa force colossale &#224; ce moment, le prol&#233;tariat a su passer &#224; l'offensive &lt;strong&gt;malgr&#233;&lt;/strong&gt; ses dirigeants, mais n'a pu passer le pas et s'organiser &lt;strong&gt;contre&lt;/strong&gt; eux. Ces derniers disaient vrai, lorsqu'ils affirmaient dans les premiers jours que le pouvoir du gouvernement central et de la g&#233;n&#233;ralit&#233; n'&#233;tait rien face &#224; la force des travailleurs. Mais ceci leur servait &#224; minimiser le danger, &#224; emp&#234;cher qu'on s'y attaque en tant qu'ennemi. De m&#234;me, le fait pour les r&#233;volutionnaires les plus d&#233;termin&#233;s et les plus lucides d'avoir simplement critiqu&#233; les positions de leurs dirigeants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme cette lettre de Camillo Berneri &#224; Federica Montseny (alors tremp&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sans s'organiser en cons&#233;quence pour reprendre en main la centralisation de la lutte a permis &#224; l'appareil c&#233;n&#233;tiste de s'imposer comme seul lien entre les p&#244;les radicaux. Ces derniers pouvaient tant qu'ils voulaient continuer &#224; autog&#233;rer le plus radicalement possible les collectivit&#233;s et les usines ou tenter de maintenir un &#233;tat d'esprit r&#233;volutionnaire dans leurs colonnes, sans repr&#233;senter alors trop de danger pour le pouvoir, lui laissant ainsi les mains libres pour la cur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1973 : L'atelier Lip &#224; Besan&#231;on (France)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si tout le monde conna&#238;t &#034;mai 68&#034;, il vient moins &#224; l'esprit que la fin des ann&#233;es 1960 et le d&#233;but des ann&#233;es 1970 furent marqu&#233;s par une r&#233;apparition de la r&#233;volution sociale &#224; l'&#233;chelle du monde. Partout, aux quatre coins du globe, le prol&#233;tariat s'exprime avec force sur tous les plans : &#233;meutes, gr&#232;ves sauvages, pillages, tentatives insurrectionnelles, mutineries dans les prisons, lutte contre la guerre au Vietnam, apparition foisonnante de journaux militants, organisation au niveau national et international de liens durables entre militants prol&#233;tariens. Ce qui est remarquable c'est que cette combativit&#233; et radicalit&#233; prol&#233;tarienne se fait en rupture avec les syndicats et les partis pr&#233;tendument ouvriers. Au cours des ann&#233;es 1950 et 1960, ces derniers sont omnipr&#233;sents, ils encadrent chaque vell&#233;it&#233; de lutte et l'enferment dans le cadre du renforcement de leurs appareils bureaucratiques et de la d&#233;fense de l'ordre bourgeois. Tandis qu'&#224; cette p&#233;riode, il y a fracture avec cette camisole de force, les prol&#233;taires ruent dans les brancards, d&#233;fient ces appareils de contr&#244;le et surtout s'organisent en dehors d'eux. Cette tendance &#224; l'autonomie prol&#233;tarienne s'est manifest&#233;e partout dans le monde, avec bien entendu, selon les zones g&#233;ographiques, une ampleur plus ou moins grande. C'est bien cela qui fait le plus peur aux bourgeois : que les prol&#233;taires trouvent la force de continuer &#224; s'organiser contre le r&#233;formisme, contre la d&#233;fense de la paix sociale et envisagent de passer &#224; l'offensive en ayant des bases, des structures solides. Il faudra des ann&#233;es de lutte, de r&#233;pression, de saloperies syndicales et politicardes de gauche, de lassitude et de d&#233;couragement devant l'ampleur de la t&#226;che pour que cette belle autonomie se casse la gueule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Epoque foisonnante et pourtant qu'en gardons-nous en m&#233;moire ? Des images, des mythes, des mensonges&#8230; La gauche et son extr&#234;me ont derri&#232;re elles une grande pratique de falsification des mouvements r&#233;volutionnaires. Historiens et acad&#233;miciens expurgent soigneusement les moments de violence r&#233;volutionnaire &#224; l'encontre des bourgeois, des militaires et des tortionnaires. Sur ces pages effac&#233;es, ce palimpseste, la social-d&#233;mocratie impose son &#233;criture et les grandes insurrections sont rel&#233;gu&#233;es au mus&#233;e, assimil&#233;es &#224; des putschs organis&#233;s par les r&#233;gimes qui ont suivi. Comme par exemples, la grande vague de lutte qui abattit le r&#233;gime du shah d'Iran en 1979 et remua en profondeur l'ensemble de la soci&#233;t&#233; dans tous ses aspects est r&#233;duite &#224; l'ascension de Khomeiny. De m&#234;me, les fortes luttes qui chass&#232;rent Somoza au Nicaragua sont attribu&#233;es aux seuls sandinistes, etc. Cela accr&#233;dite la confusion d&#233;lib&#233;r&#233;e entre l'insurrection et ces r&#233;gimes dictatoriaux qui ont &#233;lev&#233; le niveau d'exploitation, de terreur et de d&#233;fense de l'Etat comme jamais auparavant. Ce que retient la social-d&#233;mocratie de cette p&#233;riode c'est une glorification de mai 1968 en France ainsi que la grande lutte des Lip en 1973. Nous verrons que ce n'est pas par hasard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ce que l'on a appel&#233; &#224; l'&#233;poque &#034;l'affaire Lip&#034; est devenu un mythe, ce ne fut au d&#233;part qu'une lutte parmi d'autres, d&#233;veloppant une grande combativit&#233;. La bourgeoisie en France a fait en sorte qu'elle devienne utile pour la d&#233;fense de ses int&#233;r&#234;ts, c'est bien pourquoi elle a mis en avant l'aspect autogestionnaire. Il faut dire que dans ce d&#233;but des ann&#233;es 1970 elle est inqui&#232;te, tout comme l'ensemble de la classe dominante dans le monde entier. L'apr&#232;s-mai 68 en France, &#224; l'instar des mouvements qui se d&#233;veloppent dans le monde entier, est marqu&#233; par de nombreuses gr&#232;ves radicales, dans diff&#233;rents secteurs du prol&#233;tariat. Nous ne pouvons pas revenir en d&#233;tail sur les diff&#233;rentes concr&#233;tisations de cette mont&#233;e en puissance de notre force, ce qui devrait &#234;tre fait, car il y a mati&#232;re &#224; enseignement. Par contre, nous voulons mettre en avant un aspect important de la lutte : c'est le ph&#233;nom&#232;ne du refus du travail, que nous ne s&#233;parons, ni n'opposons &#224; d'autres formes de lutte. Cet aspect est important car il va &#224; l'encontre de l'image que la bourgeoisie aime &#224; donner de &#034;ses&#034; ouvriers, &#034;ses&#034; producteurs de plus-value, c'est-&#224;-dire respectables, bons citoyens. Elle a tout int&#233;r&#234;t &#224; maintenir en vie cette image du bon travailleur, aimant &#034;son&#034; usine, &#034;ses&#034; machines, cela lui permet de continuer &#224; nous exploiter tout en nous faisant croire que nous vivons dans le meilleur des mondes, un monde domestiqu&#233;. Or &#224; LIP, c'est cet aspect du bon ouvrier qui sera mis en avant aussi bien par les patrons, que par les partis de gauche, les syndicats ou les gauchistes. Alors qu'&#224; Lip aussi, le d&#233;go&#251;t du travail et de la d&#233;fense de l'entreprise s'est manifest&#233;, surtout de la part de jeunes ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le refus du travail fait peur, en France comme dans d'autres pays. De nombreux documents bourgeois (de l'UIMM et autres organismes bourgeois comme l'assurance-maladie, rapport de Heilbronner) montre qu'il existe un refus du travail important qui se traduit par un fort taux d'absent&#233;isme (augmentation des cong&#233;s maladie pour souffler, &lt;i&gt;turn-over&lt;/i&gt; important&#8230;), par un d&#233;sint&#233;r&#234;t grandissant du travail effectu&#233;, par le coulage et le sabotage. Ce dont la bourgeoisie a peur c'est de la convergence entre cette r&#233;volte quotidienne et discr&#232;te contre le travail avec les mouvements de lutte qui agissent au grand jour par des gr&#232;ves sauvages, des s&#233;questrations, des mises &#224; sac de bureaux, des piquets de gr&#232;ve, le tout s'inscrivant dans un mouvement de renforcement de l'autonomie prol&#233;tarienne. En effet elle constate que ce refus du travail est en augmentation depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1970. Voici les g&#233;missements de Tom Darby (directeur du personnel de Chrysler en Grande-Bretagne) &#224; ce sujet : &#034;&lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; est saign&#233;e &#224; mort par les pertes subies &#224; Linwood&#8230; L'usine est paralys&#233;e par des refus d&#233;lib&#233;r&#233;s des r&#232;gles, par des pratiques restrictives, par un absent&#233;isme et des arriv&#233;es en retard &#224; large &#233;chelle, par des gr&#232;ves sauvages et par un manque total de souplesse&#8230;&lt;/i&gt;&#034;. Cette complainte d&#233;chirante pourrait bien s'av&#233;rer avoir &#233;t&#233; le lot de nombreux responsables &#224; cette p&#233;riode. Il pourrait &#234;tre int&#233;ressant de faire une recherche approfondie, mais cela n'est pas facile : ces pratiques sont syst&#233;matiquement minimis&#233;e, alors que nous sommes envahis par toute une litt&#233;rature qui fait l'apologie du mythe Lip. Nous constatons malgr&#233; ce silence relatif que le ph&#233;nom&#232;ne de refus du travail combin&#233; &#224; des luttes ouvertes s'est exprim&#233; dans plusieurs pays comme l'Italie, l'Angleterre, la Hollande, les USA, la France, la RFA&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des traces ici et l&#224; attestent la persistance de ce refus du travail, comme cet autre extrait d'une &lt;i&gt;Revue internationale du socialisme&lt;/i&gt; de juin 1967 un article de S. Weir (&#034;R&#233;volte dans les syndicats&#034;) : &#034;&lt;i&gt;la production, surtout dans l'industrie lourde, est harcel&#233;e par de continuels ralentissements et sabotages. Des boulons sont gliss&#233;s dans les fentes par o&#249; passent les cha&#238;nes qui tirent la ligne de montage ; les machines ne sont pas gard&#233;es en bon &#233;tat ni manipul&#233;es pouvant ainsi provoquer une avarie &lt;/i&gt;(&#8230;)&lt;i&gt;. Ce qu'on vise, c'est la vengeance, la lib&#233;ration de l'ennui, et le repos dont on jouit pendant les r&#233;parations. Le processus tout entier est une sorte de guerre de gu&#233;rilla&lt;/i&gt;&#034;. Cette guerre de gu&#233;rilla d&#233;j&#224; pr&#233;sente &#224; cette &#233;poque s'est intensifi&#233;e au fil des ans. Par exemple 12% d'ouvriers manquaient chaque jour &#224; General Motors en 1970-71 ainsi qu'&#224; la Fiat &#224; Turin. L'absent&#233;isme et le &lt;i&gt;turn-over&lt;/i&gt; atteignaient couramment 13 &#224; 14% dans l'industrie &#233;lectronique et t&#233;l&#233;phonique dans les ann&#233;es 1971 &#224; 1973 en France. En 1976, &lt;i&gt;The Economist&lt;/i&gt; signale en Europe des taux d'absent&#233;isme de 8% au Royaume-Uni, de 9% en RFA, de 12% en France, 13% en Italie (chez Fiat, il serait pass&#233; de 9% en 1970 &#224; 13% en 1976, malgr&#233; la crise), 10% en Su&#232;de (en 1975). Une telle r&#233;sistance au travail est responsable d'un ralentissement de la productivit&#233; et m&#234;me dans certains cas provoque la paralysie de l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Nogu&#232;res, en juin 1973 (c'est-&#224;-dire en m&#234;me temps que l'&#034;affaire LIP&#034;), dans une fonderie en aluminium du trust Pechiney, les prol&#233;taires dans leur lutte pour un salaire plus &#233;lev&#233;, d&#233;truisent l'outil de travail en laissant s'&#233;teindre les cuves, du coup l'usine est hors d'&#233;tat de marche. Cette lutte n'est pas une exception, ce que confirme le patron des patrons de l'&#233;poque, F. Ceyrac (le 13 juillet 1973) : &#034;&lt;i&gt;nous ne pouvons pas ne pas consid&#233;rer avec attention et gravit&#233; l'apparition au cours de ces derniers mois, et tout r&#233;cemment encore, de conflits qui se pr&#233;sentent avec des caract&#232;res nouveaux et inqui&#233;tants.&lt;/i&gt;&#034; Ce qui l'inqui&#232;te, ce sont deux aspects : &#034;&lt;i&gt;le refus de la part des v&#233;ritables responsables de tenir compte des r&#233;alit&#233;s de l'entreprise et leur volont&#233; de pousser jusqu'&#224; l'extr&#234;me, sans souci r&#233;el de conciliation. Ensuite l'affaiblissement de l'autorit&#233; des organisations syndicales devant ces situations nouvelles&lt;/i&gt;&#034;. Ces conflits ce sont ceux des travailleurs immigr&#233;s qui bloquent pendant des semaines l'usine Renault, ceux des lyc&#233;ens au mois de mars 1973 autour des sursis (pour reculer la date d'incorporation &#224; l'arm&#233;e), ceux autour de l'avortement et de groupes qui le pratiquent au lieu de le revendiquer, ceux qui touchent les prisons en 1973-74. Ceyrac transmet l'inqui&#233;tude grandissante de la bourgeoisie tout enti&#232;re. Celle-ci est confront&#233;e &#224; la force grandissante du prol&#233;tariat, d'o&#249; tout un ensemble de solutions pour renverser la vapeur. Pour ce qui est du domaine productif elle va proposer une s&#233;rie de mesures pour que l'ouvrier s'int&#233;resse &#224; son travail et arr&#234;te de manifester, de faire gr&#232;ve&#8230; et que la production reparte &#224; la hausse : travail en groupe &#034;autonome&#034;, polyvalence, cogestion&#8230; autant d'attrape-nigauds pour que l'ouvrier crache encore plus de plus-value, soit plus assidu, ne lutte plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; dans quel contexte s'est d&#233;velopp&#233; le mouvement &#224; Lip. Or cette lutte en particulier prend de l'ampleur et fait rapidement la une des tous les journaux. Ceci est en convergence parfaite avec la publicit&#233; autour de l'autogestion. Les bourgeois sont amen&#233;s &#224; vanter les m&#233;rites des ouvriers &#034;&lt;i&gt;capables de faire tourner une entreprise&lt;/i&gt;&#034; selon les dires de Michel Rocard, membre du PSU et proche de la CFDT &#224; l'&#233;poque et futur premier ministre dans la d&#233;cade suivante. Le secr&#233;taire d'Etat &#224; l'emploi, Christian Poncelet, se refusait de condamner la vente directe de montres&#8230; du moment que la gestion &#233;tait &lt;strong&gt;honn&#234;te&lt;/strong&gt;. Il est clair que pour le capital la perspective autogestionnaire peut &#234;tre une solution pour donner plus de force &#224; la contre-r&#233;volution et le jour venu de reprendre directement en main les r&#234;nes de l'entreprise et de liquider ces exp&#233;riences devenues inutiles. Quoi de mieux que des ouvriers qui sont leurs propres patrons ? Comme l'&#233;crivaient des camarades dans le bulletin pirat&#233; de &lt;i&gt;Lip-Unit&#233;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'annexe 1, qui est la pr&#233;sentation de ce texte publi&#233; en 1974, pour se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#034;&lt;i&gt;La valorisation du capital ne peut se faire que par une plus grande part de travail participatif. Les capitalistes essayent donc de sortir les travailleurs de l'&#233;tat de robot actuel, pour les mettre en &#233;tat d'intervention. Par l&#224; m&#234;me le travailleur devient son propre flic en augmentant la productivit&#233;, il se r&#233;investi dans son travail ali&#233;n&#233; en apportant sa propre cr&#233;ativit&#233; ; au plus grand profit des exploiteurs&lt;/i&gt;&#034;. A cela nous pouvons rajouter que ce travailleur devient le flic vis-&#224;-vis de ses propres camarades qui voudraient s'absenter, travailler moins vite, faire de la perruque, puisque cela ne peut que mettre en p&#233;ril l'exp&#233;rience autogestionnaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelques points de rep&#232;re de la lutte Lip.&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous pouvons envoyer &#224; qui le demandera un texte &#233;crit par &#034;Echanges et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;17 avril :&lt;/strong&gt; d&#233;mission de Saint-Esprit, PDG de Lip (le bilan de l'ann&#233;e pass&#233;e est en d&#233;ficit). Des licenciements sont annonc&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mi-avril 1973&lt;/strong&gt; : cr&#233;ation du Comit&#233; d'cction, &#224; l'initiative de membres importants de la CFDT, comme Raguen&#232;s, pr&#234;tre ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Courant mai :&lt;/strong&gt; r&#233;duction des cadences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5 juin :&lt;/strong&gt; les directeurs de l'usine sont vid&#233;s par les ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;12 juin :&lt;/strong&gt; s&#233;questration des cinq administrateurs provisoires suite &#224; une r&#233;union du Comit&#233; d'entreprise. Le soir m&#234;me, les CRS entrent dans l'usine et r&#233;ussissent &#224; faire sortir les administrateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;13 juin :&lt;/strong&gt; en r&#233;action, les prol&#233;taires s'emparent d'un stock de 25000 montres et l'usine est occup&#233;e en permanence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;18 juin :&lt;/strong&gt; la d&#233;cision est prise de fabriquer des montres, une partie de la production est relanc&#233;e et les jours suivants des centaines de montres sont vendues. Apparition du fameux mot d'ordre : &#034;&lt;i&gt;c'est possible, on produit, on vend, on se paie&lt;/i&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1 ao&#251;t :&lt;/strong&gt; premi&#232;re paie sauvage, mais ex&#233;cut&#233;e selon les crit&#232;res hi&#233;rarchiques habituels et non la m&#234;me paie pour tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;14 ao&#251;t :&lt;/strong&gt; suite &#224; la d&#233;cision du 8 juin de la cour d'appel d'&#233;vacuation de l'usine, les gardes mobiles investissent l'usine &#224; 5h30. Dans la matin&#233;e 2000 personnes sont autour de l'usine. Dans une dizaine d'entreprises de la r&#233;gion, les prol&#233;taires d&#233;brayent. A 9h il y a 5000 personnes sur le site Lip. Des affrontements contre les flics commencent &#224; 19h. Ils vont durer pendant cinq jours. Les syndicats font tout pour isoler les manifestants et les couper d'avec ceux qui affrontent les flics. Sans compter le lot habituel &#224; l'&#233;gard des &#233;meutiers qualifi&#233;s &#034;&lt;i&gt;d'&#233;trangers&lt;/i&gt;&#034; &#224; l'usine, &#034;&lt;i&gt;arriv&#233;s par cars entiers&lt;/i&gt;&#034; (la CGT).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;31 ao&#251;t :&lt;/strong&gt; Deuxi&#232;me paie sauvage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;29 septembre :&lt;/strong&gt; marche de pr&#232;s de 100000 personnes dans Besan&#231;on. D&#233;fil&#233; immense, lent &#224; travers la ville : c'est une manifestation d'enterrement de la lutte. D&#233;sormais la seule perspective est de savoir qui va &#234;tre licenci&#233;, qui va continuer &#224; bosser dans la taule Lip ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;15 janvier 1974 :&lt;/strong&gt; Neuschwander pr&#233;sente son plan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;29 janvier :&lt;/strong&gt; approbation par l'AG du protocole d'accord propos&#233; &#224; Dole le 28 janvier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;30 janvier :&lt;/strong&gt; le stock de montres, du mat&#233;riel de fabrication et l'argent restant du produit des ventes sont rendus. Le prol&#233;tariat est d&#233;fait.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2001 : Argentine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les partisans de l'autogestion voient unanimement en l'Argentine actuelle une sorte de laboratoire d'exp&#233;riences pour la dite &#034;&lt;i&gt;&#233;conomie alternative&lt;/i&gt;&#034;, fond&#233;e &#034;&lt;i&gt;sur le d&#233;veloppement durable, soucieuse des ressources &#233;nerg&#233;tiques&#8230;&lt;/i&gt;&#034;. Ce baratin rencontre une large audience par le biais de films, de conf&#233;rences, de forums (&#224; l'instar du forum de Porto Alegre, premier du genre qui s'est tenu en 2001), de livres, de journaux&#8230; En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, tous pr&#233;sentent comme un formidable aboutissement ce qui n'est rien d'autre que l'&#233;crasement sans merci, par tous les moyens, des luttes qui avaient r&#233;ussi &#224; se construire. Pour les contrer, il est n&#233;cessaire de comprendre ces luttes dans leur dynamique, ce qui a fait leur force mais &#233;galement ce qui a permis leur int&#233;gration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car toute la force de ce mouvement ne tombe pas du ciel. Depuis les &#233;meutes du printemps 1989 qui ont touch&#233; pratiquement toutes les villes importantes d'Argentine, les luttes ont mont&#233; en puissance au fil des ans. Une des plus connues est celles des &lt;i&gt;piqueteros&lt;/i&gt;, ch&#244;meurs organisant des barrages de routes depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1990 pour exiger des aides financi&#232;res, de la bouffe, l'arr&#234;t des coupures d'eau et d'&#233;lectricit&#233;, attaquant parfois les supermarch&#233;s et les d&#233;p&#244;ts de vivres. Dans son d&#233;veloppement, ce mouvement va petit &#224; petit devenir la r&#233;f&#233;rence pour d'autres prol&#233;taires, jusqu'&#224; constituer dix ans plus tard la colonne vert&#233;brale des affrontements contre l'Etat. Il y eut &#233;galement de nombreuses gr&#232;ves importantes, dont sept g&#233;n&#233;rales en 2000-2001 qui ont entra&#238;n&#233; la paralysie du pays. Le mouvement se renforce du fait de la compl&#233;mentarit&#233; entre l'action des travailleurs &#171; occup&#233;s &#187; et &#171; d&#233;soccup&#233;s &#187; (ch&#244;meurs). Cette convergence pratique entre ces deux secteurs, inconcevable quelques ann&#233;es auparavant tant le foss&#233; &#233;tait grand entre le dit secteur public et les &lt;i&gt;piqueteros&lt;/i&gt;, qualifi&#233;s haineusement de lumpen-prol&#233;tariat. C'est une pr&#233;figuration du mot d'ordre puissant : &#034;&lt;i&gt;piquete y cacerola, la lucha es una sola&lt;/i&gt;&#034; (&#034;&lt;i&gt;piquets et casseroles, c'est la m&#234;me lutte&lt;/i&gt;&#034;) lors des affrontements de la fin d&#233;cembre 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces luttes, fortes et d&#233;termin&#233;es, furent rendues possibles gr&#226;ce &#224; la reconstitution des liens d'entraide, de structures de solidarit&#233; de classe, autant de lieux &#224; partir desquels la r&#233;sistance peut s'organiser, se d&#233;velopper et prendre de l'ampleur. La mis&#232;re s'approfondissant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Baisse des salaires, des retraites, mont&#233;e du ch&#244;mage (19% de la population (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la riposte prend de la force. Ainsi pendant ces ann&#233;es se d&#233;veloppe un mouvement d'associationnisme prol&#233;tarien contre l'atomisation d&#233;mocratique tendant &#224; &#233;radiquer tout lien entre nous pour imposer la dictature du capital ! Toutes ces luttes attaquent directement ce r&#234;ve de l'Etat qui est notre cauchemar. Malgr&#233; la r&#233;pression et la mis&#232;re, le prol&#233;tariat continue &#224; s'associer, &#224; construire des r&#233;seaux de lutte, des lieux de rencontre, &#224; s'aguerrir et devenir plus intransigeant. La lutte commune, le partage sont autant de renforts contre la peur, l'impuissance, la concurrence et le chacun pour soi. Lorsqu'on en arrive &#224; la fin de l'ann&#233;e 2001, on peut dire que cette explosion de rage a &#233;t&#233; &#034;pr&#233;par&#233;e&#034; depuis des ann&#233;es et que sa continuit&#233; ne peut s'expliquer autrement. Bien s&#251;r le mouvement ne pr&#233;parait pas &lt;i&gt;consciemment&lt;/i&gt; l'explosion de d&#233;cembre 2001, personne n'a donn&#233; la consigne d'agir ainsi &#224; ce moment pr&#233;cis. &#034;Pr&#233;par&#233;e&#034; en ce sens que le mouvement a pu &#234;tre aussi fort parce qu'auparavant le prol&#233;tariat a accumul&#233; de l'exp&#233;rience, a pu d&#233;jouer des pi&#232;ges, a su s'imposer comme force. Toutes les luttes pass&#233;es ont laiss&#233; des traces, des sentiments, des complicit&#233;s qu'il sera difficile de balayer pour le capital : &#034;&lt;i&gt;les mouvements de lutte sont comme des crues d'un fleuve, laissant &#224; leur reflux des rives fertiles&lt;/i&gt;&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une prol&#233;taire, dans le documentaire Busqueda piquetera.&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#224; une brutale aggravation des conditions de vie ainsi que de la proclamation de l'&#233;tat de si&#232;ge par le gouvernement De la Rua, les 19/20 d&#233;cembre 2001&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En r&#233;alit&#233; tous les jours pr&#233;c&#233;dents et suivants l'intensit&#233; de la lutte fut (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la fureur prol&#233;tarienne d&#233;ferle dans les rues, sur les places, les &#233;l&#233;ments les plus d&#233;termin&#233;s entra&#238;nant &#224; leur suite d'autres cat&#233;gories sociales, habituellement frileuses et r&#233;sign&#233;es. Cette fureur brise les barri&#232;res des conventions et des hi&#233;rarchies &#233;tablies, pousse les prol&#233;taires &#224; partager, &#224; s'entraider, &#224; se reconna&#238;tre comme membres d'une m&#234;me classe. Ils red&#233;couvrent en leur for int&#233;rieur des ressources insoup&#231;onn&#233;es de combativit&#233; organis&#233;e, de solidarit&#233; instinctive, d'habilet&#233; et d'astuces pour se diriger et attaquer l&#224; o&#249; &#231;a fait mal. Le mot d'ordre central &#034;&lt;i&gt;que se vayan todos, que no quede uno solo&lt;/i&gt;&#034; (&#034;&lt;i&gt;qu'ils s'en aillent tous, qu'il n'en reste pas un seul&lt;/i&gt;&#034;) exprime une grande force, non seulement dans son rejet total de tout le monde politique et syndical mais aussi parce que cela signifie que les prol&#233;taires revendiquent leur capacit&#233; &#224; s'organiser, &#224; se battre sans aide quelconque. C'est bien le cauchemar des bourgeois et de leurs laquais syndicalistes : que les prol&#233;taires refusent de se mouvoir comme des moutons et qu'ils prennent en main leur avenir. Il est d'ailleurs significatif que pendant ces journ&#233;es les syndicalistes et les politiciens de toutes tendances &#034;&lt;i&gt;se sont cach&#233;s sous leurs lits&lt;/i&gt;&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon l'expression d'un prol&#233;taire que cite le journal L'Oiseau-temp&#234;te n&#176; 9 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, eux pourtant si habiles &#224; r&#233;cup&#233;rer toutes les formes que peut prendre la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui nous importe ce sont les moments historiques o&#249; le prol&#233;tariat part &#224; l'assaut du ciel, s'affronte &#224; l'Etat, &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, &#224; l'argent et pose dans ses actes la n&#233;cessit&#233;, le besoin de la soci&#233;t&#233; communiste, la communaut&#233; des biens o&#249; classe, Etat, argent, propri&#233;t&#233; ne seront plus qu'un souvenir cauchemardesque. Dans ces moments toute la soci&#233;t&#233; est remise en question par le prol&#233;tariat qui, dans sa pratique, tend &#224; nier toutes les institutions bourgeoises (famille, &#233;cole, usine&#8230;), toute sa morale hypocrite sur les relations entre les humains, toute sa r&#233;pression multiforme (arm&#233;e, police, justice). Ce faisant il contre la peur que l'Etat tente jour apr&#232;s jour de distiller dans tous les pores de la soci&#233;t&#233;. Il s'attaque aux banques, aux supermarch&#233;s, aux si&#232;ges du pouvoir. Il organise des barrages routiers, bloque les marchandises, les redistribue ainsi que les billets de banques arrach&#233;s des distributeurs. Il s'affronte aux flics et aux crapules aux ordres des gangs p&#233;ronistes. Il &#034;&lt;i&gt;escrache&lt;/i&gt;&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De escrachar : mettre en vue publiquement, d&#233;noncer devant tous, mettre au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; des personnalit&#233;s politiques particuli&#232;rement impliqu&#233;es dans la mis&#232;re du prol&#233;tariat. Il organise des vacarmes de casseroles sur les places publiques. Dans ces actes, le prol&#233;tariat non seulement s'oppose au capital mais en m&#234;me temps pose les pierres de l'&#233;difice de demain. Il impose une force qui fait reculer la bourgeoisie, au point que plusieurs gouvernements ont d&#233;missionn&#233; en quelques jours d'intervalle ! Mais le plus important dans ces luttes, et ce pour reprendre une tr&#232;s vieille remarque de Marx dans le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; &#034;&lt;i&gt;le r&#233;sultat v&#233;ritable de leurs luttes est moins le succ&#232;s imm&#233;diat que l'union grandissante des travailleurs&lt;/i&gt;&#034;, c'est que les liens entre prol&#233;taires se sont approfondis, s'enracinent. Dans ce qui suit c'est cet aspect que nous voulons d&#233;velopper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la foul&#233;e de ces journ&#233;es grandioses, les prol&#233;taires ne se sont pas r&#233;sign&#233;s &#224; rentrer chez eux, &#224; dispara&#238;tre comme trop souvent de par le pass&#233;. Bien au contraire la joie de se retrouver, de comprendre que l'on fait partie de la m&#234;me force, de ne plus se sentir seul et impuissant va conna&#238;tre un prolongement, malgr&#233; l'assassinat de 35 prol&#233;taires. La propri&#233;t&#233; priv&#233;e n'est pas seulement remise en cause par la pratique du pillage, de l'attaque de banques mais aussi dans la conscience explicite, avec la publication de journaux, de textes de r&#233;flexion et &#224; travers l'organisation, la mise en pratique d'exp&#233;riences comme des bouffes collectives avec des produits expropri&#233;s, d'occupations de lieux priv&#233;s (anciennes banques, cin&#233;ma, ateliers&#8230;) pour organiser des ripostes &#224; des coupures d'&#233;lectricit&#233;, d'eau, occuper la rue...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les besoins de sa lutte, le prol&#233;tariat doit donner des r&#233;ponses concr&#232;tes pour se renforcer comme classe agissante et autonome, pour pouvoir &#234;tre toujours plus fort ; dans le m&#234;me temps, pour les besoins de sa survie, il est pouss&#233; &#224; produire, &#224; construire &#224; partir des &#233;l&#233;ments d&#233;j&#224; existants (usines, machines, engins divers&#8230;) tout en en faisant la critique, puisque ces &#233;l&#233;ments ne sont pas neutres, tous impr&#233;gn&#233;s de la rationalit&#233; du capital autant les uns que les autres. Nous verrons que cet aspect est souvent le plus probl&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Relance de la production&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les semaines qui ont suivi les 19-20 d&#233;cembre, la relance de la production s'est faite dans certains cas pour &#234;tre plus &#224; m&#234;me d'affronter l'Etat : les prol&#233;taires de l'imprimerie Chilavert &#224; Buenos-Aires &#233;ditent un livre pour le mouvement des assembl&#233;es (&lt;i&gt;Que son las asambleas populares&lt;/i&gt;), d'autres prol&#233;taires d'une boulangerie fabriquent du pain qui sera distribu&#233; gratuitement. Le souci est de renforcer le mouvement et non de produire pour vendre. Au d&#233;part des entreprises sont r&#233;cup&#233;r&#233;es parce que le patron ne paie plus les salaires et apr&#232;s quelques temps les prolos s'emparent des stocks, les vendent, se paient et par la suite relancent la production, toujours pour survivre. Dans ce premier temps, les prol&#233;taires n'occupent pas le lieu dans la perspective de relancer la production, d'en faire une coop&#233;rative avec tout le mythe autogestionnaire dans la t&#234;te. Le premier acte est une n&#233;gation de la propri&#233;t&#233;, ce qui est fondamental dans cette soci&#233;t&#233; dont l'adage est &#034;ce qui est &#224; moi, n'est pas &#224; toi&#034;, d'o&#249; l'affrontement in&#233;vitable avec l'Etat, les propri&#233;taires : &#034;&lt;i&gt;L'id&#233;e et la pratique de l'autogestion ne renvoient pas seulement au lieu de travail mais elles bouleversent aussi l'id&#233;e que la propri&#233;t&#233; peut commander les personnes et les choses, transformer les personnes en objets, en appendices des machines qui appartiennent aux capitalistes. Elles bouleversent aussi l'id&#233;e que l'Etat est une relation de commandement entre ceux qui sont cens&#233;s savoir et ceux qui doivent se contenter d'ob&#233;ir et de travailler. L'autogestion est, par cons&#233;quent, une id&#233;e et une pratique subversive &#8230;&lt;/i&gt;&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au mois de mars 2002, &#034;on estime &#224; 77 les assembl&#233;es populaires qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il est clair que comprendre que l'on peut se passer d'un chef, d'un patron est une rupture avec la soumission, cela ne peut que nous aider &#224; d&#233;passer nos peurs &#224; agir par et pour nous-m&#234;mes, prendre des responsabilit&#233;s, surtout dans une telle p&#233;riode de bouleversement des normes &#233;tablies, soi-disant immuables. De plus supprimer la division dirigeant-dirig&#233;, rejeter le commandement, la d&#233;l&#233;gation des responsabilit&#233;s entre les mains de ceux &#034;qui savent&#034;, apprendre &#224; se parler, &#224; s'&#233;couter, tout cela est important&#8230; Dans un premier temps, beaucoup de relations &#233;tablies, de mani&#232;res d'&#234;tre, de r&#244;les peuvent &#234;tre bouscul&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e 2002 fut une ann&#233;e folle. Pendant plusieurs mois, l'Etat ne sait pas comment reprendre l'offensive. Le parti de l'ordre se cherche, aucune fraction bourgeoise n'est suffisamment forte pour imposer une offensive g&#233;n&#233;rale contre le prol&#233;tariat et du coup celui-ci prend en main sa vie, s'organise en cons&#233;quence. Certains occupent une usine, puis d'autres viennent soutenir l'occupation ; r&#233;ciproquement les prol&#233;taires de l'usine vont aux manifestations organis&#233;es par les &lt;i&gt;piqueteros&lt;/i&gt;. Brukman est un des symboles du mouvement, usine r&#233;cup&#233;r&#233;e par une grande majorit&#233; de femmes d&#232;s le 18 d&#233;cembre 2001, suite &#224; son abandon par les patrons. Cette occupation, violation de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, va entra&#238;ner une profonde &#233;volution dans les mentalit&#233;s, un &#233;largissement de l'horizon de la lutte. Par exemple une des ouvri&#232;res explique que dans un premier temps elle s'&#233;tait oppos&#233;e au &#034;&lt;i&gt;vol&lt;/i&gt;&#034; de 10000 v&#234;tements stock&#233;s pour leur mise en vente afin de payer les salaires : &#034;&lt;i&gt;je leur disais : nous ne pouvons pas ouvrir cette porte parce que nous allons voler&lt;/i&gt; [&#8230;]&lt;i&gt;. J'ai &#233;t&#233; jusqu'&#224; dire, si on ouvre cette porte, j'irai chez les flics et je porte plainte&lt;/i&gt;&#034;. Par la suite elle changera radicalement, jusqu'&#224; revendiquer ce &#034;&lt;i&gt;vol&lt;/i&gt;&#034;. Cet exemple n'est qu'un reflet parmi tant d'autres de ce changement dans les mentalit&#233;s qui nous importe, comme il nous importe de suivre son cheminement, son &#233;volution, ses possibles involutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces premiers mois, nous voyons diff&#233;rents secteurs du prol&#233;tariat qui commencent &#224; se conna&#238;tre, &#224; se m&#233;langer. On ne peut expliquer autrement pourquoi le mouvement a continu&#233;. La floraison des assembl&#233;es de quartiers ou de voisins, le mouvement de r&#233;cup&#233;ration des usines pour survivre expriment le besoin vital du prol&#233;tariat de s'organiser, de se voir, de discuter, d'&#233;changer, d'agir ensemble dans la dur&#233;e, sur la voie de l'autonomie contre toutes structures politiques, syndicales, totalement discr&#233;dit&#233;es. A ce moment il y a un saut de qualit&#233; et de quantit&#233;. Voil&#224; ce qui nous importe : que se passe-t-il mat&#233;riellement ? Quels sont les actes qui parlent par eux-m&#234;mes ? Dans cette premi&#232;re phase, nous pouvons moins que jamais nous limiter &#224; ce que le mouvement dit de lui-m&#234;me. Cela reviendrait &#224; passer &#224; c&#244;t&#233; de l'acte subversif, car souvent ce sont les paroles domestiqu&#233;es des charognes syndicalistes et politicardes qu'on entend le plus. Nous connaissons leur enthousiasme pour le &#171; &lt;i&gt;vaste mouvement de r&#233;organisation de la soci&#233;t&#233; sur des bases autogestionnaires&lt;/i&gt; &#187;, ce qui nous int&#233;resse, nous, est le contenu r&#233;el de ces luttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les usines r&#233;cup&#233;r&#233;es.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles fonctionnent sur la base d'une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale o&#249; les d&#233;cisions sont prises collectivement, les salaires sont &#233;gaux (pas partout, dans 70 % des cas, l&#224; o&#249; auparavant il y avait tr&#232;s peu de diff&#233;rences de salaires entre prolos, peu qualifi&#233;s), il n'y a pas de hi&#233;rarchie (pas toujours, dans certains cas, les profits sont r&#233;partis selon la responsabilit&#233; !). Les prolos qui sont amen&#233;s &#224; relancer la production (dans la plupart des cas les cadres, commerciaux sont partis l&#233;cher le cul d'autres patrons) ne connaissent souvent rien aux probl&#232;mes li&#233;s &#224; la comptabilit&#233;, aux fournisseurs, au march&#233; pour la vente d'o&#249; une &#233;norme &#233;nergie consacr&#233;e pour se former &#224; ces t&#226;ches de gestionnaires. Ainsi toute une lutte juridique est men&#233;e pour que ces usines deviennent des coop&#233;ratives (ou des entreprises &#233;tatis&#233;es sous contr&#244;le ouvrier, ce qui revient au m&#234;me pour le prol&#233;taire qui crache de la plus-value). La loi sur les entreprises en faillite&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Avec cette loi, l'Etat coupe l'herbe sous le pied &#224; toute tentative radicale (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, vot&#233;e en 2002, offre la possibilit&#233; de c&#233;der la gestion &#224; des coop&#233;ratives. Dor&#233;navant, un juge peut n&#233;gocier un contrat de location (en g&#233;n&#233;ral de 2 ans) avec l'ancien propri&#233;taire et laisser les ouvriers g&#233;rer l'usine, pour peu qu'ils puissent pr&#233;senter un plan de d&#233;veloppement viable ainsi que des clients, ou alors attendre une d&#233;cision d'expropriation prise par l'Etat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 2004, une loi est vot&#233;e pour l'expropriation d&#233;finitive des entreprises (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans ce cas, la coop&#233;rative a 20 ans pour acheter les murs et les machines. De quoi refroidir les &#034;mauvais&#034; esprits qui voudraient se mettre en gr&#232;ve si baisse de salaire il y a, ou encore se joindre &#224; des mouvements de lutte qui risqueraient de mettre &#224; mal la production par le blocage des marchandises. C'est ainsi que l'on enterre la r&#233;volte et que la paix sociale est maintenue malgr&#233; la persistance d'un ch&#244;mage important, d'une mis&#232;re noire. Cette lutte juridique est non seulement &#233;puisante, longue mais bien souvent l'&#233;p&#233;e de Damocl&#232;s de l'expulsion est toujours au-dessus de la t&#234;te des ouvriers, sans compter les tentatives muscl&#233;es men&#233;es par la flicaille ou par des nervis au service de l'ancien patron, les salaires mis&#233;rables au d&#233;but&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Envers et contre tout cela, les semaines, les mois passent, la production est relanc&#233;e, la gestion assur&#233;e de mieux en mieux par des aides d'&#233;tudiants, de stages suivis par telle ou telle personne, les produits &#233;coul&#233;s sur le march&#233;, les contacts affermis avec les fournisseurs, les clients&#8230; &#199;a marche ! En 2004, on d&#233;nombre environ 170 entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es (certains parlent de plus de 200, regroupant de 10000 &#224; 17000 ouvriers), autog&#233;r&#233;es. La plupart tiennent le coup. Ce succ&#232;s est l'un des &#233;ternels &#233;merveillements des autogestionnistes : ceux-ci y voient la confirmation &#233;clatante de leurs th&#232;ses, ainsi qu'une pr&#233;figuration id&#233;ale de leur fameux &#8220;&lt;i&gt;autre monde&lt;/i&gt;&#8221;. La r&#233;alit&#233; est bien plus prosa&#239;que et cette r&#233;ussite peut s'expliquer par des &#233;l&#233;ments tout &#224; fait &#233;conomistes. Tout d'abord il faut savoir que pendant plus de 10 ans (avant 2001) la production &#233;tait tourn&#233;e essentiellement vers l'exportation, que les importations de produits manufactur&#233;s ont &#233;t&#233; facilit&#233;es, ce qui a amen&#233; nombre d'entreprises, qui &#233;coulaient leurs produits sur le march&#233; int&#233;rieur, incapables de rivaliser avec ces entr&#233;es massives de marchandises, &#224; devoir fermer. C'est donc tout un march&#233; int&#233;rieur qui s'est effondr&#233;. Apr&#232;s 2002, la situation change puisque la d&#233;valuation du peso de 70 % a rendu la production int&#233;rieure comp&#233;titive et frein&#233; consid&#233;rablement les importations. Les entreprises autog&#233;r&#233;es peuvent survivre dans ce cas de figure et &#233;couler leur production sur ce march&#233; int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres facteurs interviennent. Selon une d&#233;claration du pr&#233;sident Murua du MNER, en novembre 2004, les entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es l'ont &#233;t&#233; par 25 % du personnel total, ce qui permet de pouvoir augmenter les salaires, d'autant plus que les partants &#233;taient principalement ceux qui empochaient la plus grosse part. Les frais de gestion r&#233;duits &#224; leur plus simple expression, quelques subventions publiques, parfois les dettes annul&#233;es, tous ces faits expliquent comment certaines entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es peuvent &#234;tre viables. Il faut savoir que les entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es ayant manifest&#233; une combativit&#233; plus forte sont aujourd'hui les plus productives : la capacit&#233; de production atteint 70 % contre 36 % dans les entreprises o&#249; auparavant les luttes &#233;taient moins fortes. C'est aussi dans les entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es o&#249; les chefs et les g&#233;rants sont absents (ce qui repr&#233;sente 80 % des usines autog&#233;r&#233;es) que la productivit&#233; est la plus grande. Le travail est plus efficace, les machines sont utilis&#233;es avec plus d'intelligence, les ouvriers en prennent soin, les bichonnent, d'o&#249; moins de frais. La fiert&#233; ouvri&#232;re s'affirme dans sa capacit&#233; &#224; tenir co&#251;te que co&#251;te, pas seulement pour des raisons de survie, mais parce qu'au cours des mois ces ouvriers ont d&#233;couvert qu'ils &#233;taient tout &#224; fait capables de g&#233;rer une entreprise. L'aspect le plus important chez ces ouvriers c'est ce qu'ils appellent la &#034;&lt;i&gt;dignit&#233; retrouv&#233;e&lt;/i&gt;&#034; apr&#232;s toute une p&#233;riode d'humiliations, de m&#233;pris. Nous entendons souvent la phrase suivante : &#034;&lt;i&gt;maintenant je ne suis plus exploit&#233;, car il n'y a plus de patron, de chef pour me surveiller, m'encadrer, me punir&#8230;&lt;/i&gt;&#034;. Il y a effectivement des changements notables. Dans plusieurs cas l'ambiance est plus relax, les cadences moins fortes, une rotation est assur&#233;e pour que chaque ouvrier ne fasse pas toujours la m&#234;me t&#226;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart de ces entreprises ne fonctionnent pas au maximum de leur capacit&#233; productive, ce qui signifie que les ouvriers peuvent se permettre de travailler plus lentement, avec moins d'accidents de travail. Des supporters de l'autogestion qui aiment nous engluer dans les filets de leur langage appellent cela &#171; &lt;i&gt;l'humanisation des relations de production : l'ad&#233;quation des rythmes de travail, allongement des pauses, autorisations suppl&#233;mentaires justifi&#233;es&#8230;&lt;/i&gt; &#187;. Derri&#232;re ce baratin il y a la d&#233;fense d'un certain type de gestion de la force de travail ! Dans le cas d'entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es qui doivent par contre assurer une production importante car il y a un march&#233; demandeur, alors les cadences augmentent comme la journ&#233;e de travail. Dans d'autres zones du monde le capital a mis en avant la n&#233;cessit&#233; de r&#233;former le temps de travail et sa flexibilit&#233;. Dans le cas o&#249; la production est moindre, si les marchandises produites se vendent mal par exemple, alors les ouvriers travaillent moins pendant tout un temps, les cadences sont moins fortes, les pauses, les temps de discussions plus importants. Dans ces moments il est clair que les ouvriers respirent un peu mieux, qu'ils appr&#233;cient ces moments. Mais d&#232;s que les commandes reviennent, c'est reparti. Toutes les courtes semaines de 30 heures (plus ou moins) devront &#234;tre rattrap&#233;es : finies les pauses, le travail plus &#034;relax&#034; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu la situation dans laquelle ces usines se retrouvent concr&#232;tement ne peut que ramener de plus en plus au respect de la l&#233;galit&#233; d'une part, de l'autre renforcer l'exploitation. Il est fort possible que cette recette rejaillisse lors de diff&#233;rentes luttes &#224; venir comme &#034;solution&#034; face &#224; la dictature du capital. Dans sa recherche de profit imm&#233;diat, celui-ci d&#233;laisse en effet in&#233;luctablement des zones immenses &#224; leur propre sort, faute de rentabilit&#233;, parce qu'ailleurs la main-d'&#339;uvre est moins ch&#232;re, plus docile, etc. Dans cette situation, des prol&#233;taires pourraient logiquement se lancer dans la gestion de &#034;leur&#034; entreprise abandonn&#233;e, continuer par eux-m&#234;mes &#224; produire la m&#234;me merde et &#224; la vendre sur le march&#233;. Cela serait d'autant plus possible que ce type d'alternative fonctionne mieux dans des secteurs secondaires, marginalis&#233;s o&#249; la vente peut se faire directement au petit consommateur (et certainement pas dans la grosse m&#233;tallurgie, la chimie, le p&#233;trole&#8230;). Et ainsi continuer &#224; faire fonctionner la machine capitaliste : que l'argent circule, s'accumule et se r&#233;investisse, que les prol&#233;taires soient occup&#233;s &#224; autre chose qu'&#224; r&#233;volutionner l'&#233;tat pr&#233;sent !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les assembl&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles ont &#233;t&#233; les actions de ces assembl&#233;es ? En gros nous pouvons &#233;num&#233;rer les points suivants, en se souvenant que des assembl&#233;es combinent tous les points, d'autres se centrant plus sur un aspect : actions directes men&#233;es contre des coupures d'&#233;lectricit&#233;, d'eau ou de gaz sans reculer devant l'ill&#233;galit&#233; (piratage, raccords sauvages). Prise en charge de ce que l'Etat appelle des &#034;services publics&#034;, comme la distribution de l'eau, les transports par bus abandonn&#233;s par les compagnies priv&#233;es parce qu'elles estiment que c'est une activit&#233; non rentable. Cr&#233;ation d'espaces de vie et d'activit&#233; dans des lieux abandonn&#233;s (comme d'anciennes cliniques, des banques, des pizzerias&#8230;) et o&#249; des &#233;changes b&#233;n&#233;voles ont lieu : cuisine, yoga, consultation m&#233;dicale, informatique, petits ateliers (boulangerie, couture&#8230;). Soutien aux entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'importance premi&#232;re des assembl&#233;es, comme celle des usines r&#233;cup&#233;r&#233;es est dans ces exp&#233;riences d'auto-organisation. C'est un mouvement de r&#233;appropriation de ce dont le capital nous d&#233;poss&#232;de tous les jours. &#034;&lt;i&gt;Chaque assembl&#233;e &#233;tait diff&#233;rente des autres &#224; cause des caract&#233;ristiques du quartier, de ses composantes et de la politisation ou l'absence de politisation. Elles ont radicalement chang&#233; la subjectivit&#233; de leurs participants. Elles ont mobilis&#233; surtout des jeunes et notamment des femmes, qui sont sorties de leur isolement pour participer &#224; ces r&#233;unions dans des conditions d'&#233;galit&#233;, dans une ambiance solidaire, fraternelle, de libre discussion, sans chefs ni gourous, o&#249; tout le monde pouvait s'exprimer, se mesurer, collaborer dans une action collective et noble. Elles ont occup&#233; l'espace public, en le r&#233;cup&#233;rant. Elles ont coup&#233; la circulation dans les rues parce que la d&#233;fense du pays r&#233;el est au-dessus des arr&#234;t&#233;s municipaux et des lois ; elles se sont appropri&#233; des places, elles ont occup&#233; et reconstruit ce dont elles avaient besoin, sans s'inqui&#233;ter du droit de propri&#233;t&#233; parce que l'int&#233;r&#234;t social est prioritaire. Elles ont remplac&#233; l'Etat &#034;effac&#233;&#034; dans les activit&#233;s fondamentales pour maintenir le tissu social. Elles ont &#233;t&#233;, m&#234;me si cela a &#233;t&#233; embryonnaire, des organismes de pouvoir local bas&#233;s sur la cr&#233;ativit&#233; de toutes et de tous, sur la confiance et sur une capacit&#233; d'agir populaire, sur la cr&#233;ation d'une conscience collective&lt;/i&gt;&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Guillermo Almeyra, op. cit.&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La citation illustre la nature contradictoire de ces assembl&#233;es : d'un c&#244;t&#233; une mise en commun enthousiasmante, une exp&#233;rience d'actions collectives, le d&#233;passement de l'individualisme. De l'autre une id&#233;ologie que l'auteur du livre revendique, une sorte de double pouvoir, illusion que l'on retrouve dans le cas des usines r&#233;cup&#233;r&#233;es, illusion de croire que la t&#226;che des assembl&#233;es est de remplacer &#034;&lt;i&gt;l'Etat effac&#233;&lt;/i&gt;&#034;, d'agir &#224; sa place en somme. Cette situation correspond &#224; une phase de crise, un instant critique in&#233;vitable, un n&#339;ud auquel tout mouvement de destruction du vieux monde est confront&#233; t&#244;t ou tard : tant que la lutte contre l'Etat est ouverte et assum&#233;e par les prol&#233;taires, ces efforts correspondent &#224; une intensification de l'associationnisme. C'est g&#233;n&#233;ralement le moment o&#249; l'Etat, sur la d&#233;fensive, cherche &#224; temporiser afin de r&#233;organiser sa force r&#233;pressive. Ce recul de l'Etat implique une disparition apparente de tout adversaire, et contribue &#224; affaiblir nos organes de luttes en les r&#233;duisant &#224; des organes de gestion de la survie. Cette r&#233;duction, transformant un mouvement vivant en &#171; exp&#233;rience &#187; en soi, fig&#233;e, m&#232;ne &#224; l'aggravation de faiblesses qui sont autant de freins pour aller plus loin dans le processus insurrectionnel, comme celle qui consiste &#224; croire que les assembl&#233;es ou les usines autog&#233;r&#233;es puissent &#034;&lt;i&gt;remplacer l'Etat &#034;effac&#233;&lt;/i&gt;&#034;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette formule signifie la volont&#233; de reproduire le mode de vie du capital &#224; travers ses propres structurations, sans les remettre en question. C'est-&#224;-dire dire accepter comme si elles &#233;taient neutres les mani&#232;res de se loger, de manger, de travailler, de communiquer, de se d&#233;placer, impos&#233;es par des si&#232;cles d'ali&#233;nation&#8230; Il n'y a rien de neutre l&#224;-dedans. Au cours des si&#232;cles, la bourgeoisie a impos&#233; par la terreur le travail salari&#233;. Elle nous a inculqu&#233; de force la discipline industrielle pour que se plient les corps &#224; la rigueur du temps rythm&#233; par la cloche de l'usine. Elle a cr&#233;&#233; une culture de la peur pour nous faire accepter la mis&#232;re des bidonvilles ou les barres d'immeubles o&#249; &#034;&lt;i&gt;il y a tout ce qu'il faut, la t&#233;l&#233;, l'eau chaude, le chauffage&lt;/i&gt;&#034; mais o&#249; chacun est isol&#233; des autres par toute une science de l'architecture. Il faut que l'humanit&#233; ait &#233;t&#233; fortement r&#233;prim&#233;e pendant des g&#233;n&#233;rations pour accepter de telles conditions de survie imm&#233;diate. Nous avons tout cela dans nos corps, grav&#233; profond&#233;ment. Il nous faut du temps pour nous en d&#233;faire lorsque nous nous mettons &#224; agir collectivement, &#224; nous organiser pour vivre ensemble. Le prol&#233;tariat, &#234;tre &#224; la fois r&#233;volutionnaire et reproducteur du capital, ne combat pas ses propres contradictions, sans douleur, sans qu'il y ait confrontation avec toutes les forces organis&#233;es qui d&#233;fendent le capital (consciemment ou non), ainsi que confrontation avec toute l'&#233;ducation bourgeoise distill&#233;e &#224; l'&#233;cole, dans la famille, au travail signifiant remise en cause de lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le reflux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s la moiti&#233; de l'ann&#233;e 2002, le mouvement d'attaque de l'&#233;conomie s'essouffle et le prol&#233;tariat s'enferme dans une logique de reproduction de la soci&#233;t&#233; capitaliste. C'est l'horizon bouch&#233; de l'autogestion qui l'emporte au fur et &#224; mesure que la perspective r&#233;volutionnaire s'&#233;loigne. Au sein des entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es ce reflux va se traduire par un repli sur soi, sur la seule production et sa vente sur le march&#233; : les prol&#233;taires ne donnent plus leur force pour bouleverser le monde, ils pr&#233;servent leur mis&#233;rable emploi ! Rien ne va plus au moment o&#249; les prol&#233;taires &#034;autog&#233;r&#233;s&#034; ne font plus que produire, donnent toute leur &#233;nergie pour chercher des clients (qui souvent se m&#233;fient de ce type d'exp&#233;riences), des mati&#232;res premi&#232;res, pour se former afin de mieux g&#233;rer les comptes, pour se d&#233;fendre juridiquement contre le propri&#233;taire qui veut r&#233;cup&#233;rer ses biens, qui attendent de l'Etat des r&#233;ponses favorables &#224; leur occupation et l&#233;galise leur situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'ann&#233;e 2002 fut une ann&#233;e &#034;folle&#034;, riche en exp&#233;riences qui laissent des traces profondes dans notre m&#233;moire, nos corps, elle fut aussi marqu&#233;e par une reprise en main par l'Etat, d'affirmation de son r&#244;le de contr&#244;le, de d&#233;fenseur de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e&#8230; Apr&#232;s quelques mois, le reflux s'impose petit &#224; petit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'Etat r&#233;prime, propose des plans de travail, organise le cirque &#233;lectoral, favorise l'implantation des forces politiques gauchistes.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les prol&#233;taires tendent &#224; s'enfermer dans la gestion de la survie : assembl&#233;es qui g&#232;rent des cantines, des aides ou des entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es qui se lancent dans un processus productif impliquant la recherche de mati&#232;res premi&#232;res et des march&#233;s pour vendre la production. Le mouvement de lutte ralentit et s'arr&#234;te. Les aspects multiformes de la lutte globale contre le syst&#232;me se s&#233;parent tout en se figeant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour dire les choses sch&#233;matiquement, sans rentrer dans les d&#233;tails de cette involution, on constate que les usines r&#233;cup&#233;r&#233;es au plus fort de la lutte se transforment en paisibles usines autog&#233;r&#233;es, en coop&#233;ratives. Les actions directes des &lt;i&gt;piqueteros&lt;/i&gt; &lt;strong&gt;exigeant&lt;/strong&gt; l'arr&#234;t des coupures d'&#233;lectricit&#233;, d'eau, d&#233;bouchant souvent auparavant sur des &#233;meutes et des pillages se transforment inexorablement en des barrages symboliques pour demander un &#034;vrai&#034; travail ou des plans de travail. Les assembl&#233;es de quartiers o&#249; il y avait une vie foisonnante, enrichissante se transforment en des lieux st&#233;riles, th&#233;&#226;tres de luttes d'influence entre groupes politiques et d&#233;sert&#233;es par les premiers prol&#233;taires qui y avaient trouv&#233; un lieu de convergence, centralisation des luttes avec d'autres prol&#233;taires&#8230; La non-extension du mouvement de lutte, c'est comme une boule de neige qui d&#233;vale une pente, si la neige vient &#224; manquer, si la pente s'adoucit, la boule s'arr&#234;te et fond. Plusieurs facteurs d'ordre interne &#224; l'Argentine peuvent expliquer ce repli (ceux-ci agissant les uns sur les autres)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous reprenons l&#224; les &#233;l&#233;ments avanc&#233;s par le texte &#034;Quelques informations (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation &#233;conomique ne continue pas &#224; se d&#233;grader, elle se stabilise. L'Etat multiplie les plans d'aides sociales (plans &lt;i&gt;Trabajar&lt;/i&gt;, aum&#244;ne de 150 pesos ou 50 $ alors qu'une famille avec 750 pesos vit dans la pauvret&#233;) aux ch&#244;meurs en &#233;change de quelques heures de travail quotidien dans les municipalit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mai 2003, avec l'&#233;lection de Nestor Kirchner le mouvement de r&#233;cup&#233;ration des diff&#233;rentes luttes s'acc&#233;l&#232;re. Ses repr&#233;sentants sont invit&#233;s &#224; une table ronde et &#224; participer avec le gouvernement &#224; la r&#233;forme du pays. Pour exemple des groupes de prol&#233;taires comme les &lt;i&gt;piqueteros&lt;/i&gt; d'Anibal Veron acceptent une collaboration avec le gouvernement, ce qui ne fit que pr&#233;cipiter le mouvement de d&#233;sarticulation du mouvement &lt;i&gt;piquetero&lt;/i&gt;. Hebe de Bonafini elle-m&#234;me, pr&#233;sidente de l'association des M&#232;res de la place de Mai qui fut dans le pass&#233; une militante radicale, accepte la direction d'un programme d'urbanisation des bidonvilles de Buenos-Aires sous l'&#233;gide du gouvernement et de son &#034;compagnon pr&#233;sident&#034; Nestor Kirchner. Les gauchistes, apr&#232;s &#034;&lt;i&gt;s'&#234;tre couch&#233;s sous le lit&lt;/i&gt;&#034;, reviennent &#224; la charge en bons charognards r&#233;cup&#233;rateurs. La relative faiblesse de l'associationnisme ouvrier, l'inexp&#233;rience de bon nombre de prol&#233;taires expliquent que ces groupes rompus &#224; l'art de la magouille dans les assembl&#233;es, qui savent comment y prendre la parole pour la monopoliser, pour y imposer des perspectives de lutte politicarde et bourgeoise (comme la lutte pour l'Assembl&#233;e constituante) ont pu vider les assembl&#233;es de leur contenu originel : des lieux vivants de rencontre et de lutte. Ces gauchistes ont aussi contribu&#233; &#224; renforcer le nationalisme, poison particuli&#232;rement vivace en ces contr&#233;es, par leur mot d'ordre de &#034;&lt;i&gt;non-paiement de la dette ext&#233;rieure&lt;/i&gt;&#034;, organisant des manifestations contre le FMI, et l'ALCA&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est la Zone de Libre Echange des Am&#233;riques que veulent mettre en place les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; comme si ces seules institutions internationales &#034;&lt;i&gt;sous domination yankee&lt;/i&gt;&#034; &#233;taient responsables de la mis&#232;re et non le capitalisme dans sa globalit&#233;, y compris &#034;argentin&#034;. C'est ainsi qu'ils contribuent &#224; faire oublier que l'ennemi direct, pr&#233;sent devant notre nez, ce sont les patrons &#034;argentins&#034; et leur Etat. Le mouvement &lt;i&gt;piquetero&lt;/i&gt; a connu la m&#234;me involution. Le cirque &#233;lectoral&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans le film de Naomi Klein, The Take, on peut se rendre compte (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; se pr&#233;pare, le discours citoyen se fait assourdissant pour bien mettre dans le cr&#226;ne des prol&#233;taires qu'il faut d&#233;fendre la n&#233;cessit&#233; de l'Etat, du l&#233;galisme, des r&#232;gles d&#233;mocratiques ainsi que du besoin d'une nation grande et forte. Tous les gauchistes, cela va de soi, ainsi que la majeure partie des &lt;i&gt;piqueteros&lt;/i&gt; et des assembl&#233;istes ont h&#233;las particip&#233; activement &#224; ce moment de renforcement de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;dias jouent leur r&#244;le en d&#233;non&#231;ant toute forme de violence, tout en amalgamant la violence de classe des &lt;i&gt;piqueteros&lt;/i&gt; et la violence des crapules mafieuses qui s'attaquent &#224; d'autres prol&#233;taires. Parall&#232;lement &#224; cela, la r&#233;pression s'est durcie durant l'&#233;t&#233; 2002 : arrestations, emprisonnements, menaces, fichages, s&#233;questrations para-polici&#232;res (gangs p&#233;ronistes, mafieux), descentes muscl&#233;es dans les quartiers combatifs, expulsions violentes de squats, deux &lt;i&gt;piqueteros&lt;/i&gt; ont &#233;t&#233; tu&#233;s lors des &#233;v&#233;nements du pont Pueyrredon. Une in&#233;luctable lassitude s'empare du prol&#233;tariat (la non-extension des luttes alimente et amplifie ce ph&#233;nom&#232;ne). Celui-ci d&#233;pense beaucoup d'&#233;nergie &#224; assurer sa survie. La col&#232;re est l&#224;, mais ne d&#233;bouche pas sur une nouvelle explosion. Tous les mois pass&#233;s &#224; lutter, &#224; manifester sans que cela ne d&#233;bouche sur quelques am&#233;liorations notables joue aussi dans le sens d'une certaine d&#233;mobilisation. Dans un encart nous revenons sur le march&#233; du troc qui a rendu un immense service au capitalisme pour &#233;viter que la situation soit encore plus explosive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Critique th&#233;orique de l'imposture autogestionnaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout au long des si&#232;cles, aux quatre coins du monde, des prol&#233;taires ont r&#233;sist&#233;, se sont soulev&#233;s contre la domination de l'argent, contre la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, contre l'Etat. Ils ont aussi montr&#233; qu'ils &#233;taient capables d'imaginer un monde d&#233;barrass&#233; de toutes formes de domination. Une chansonnette issue des r&#233;voltes en Angleterre en 1381 pose ing&#233;nument la question : &#034;&lt;i&gt;Quand Adam creusait et qu'Eve filait, o&#249; donc alors &#233;tait le gentilhomme ?&lt;/i&gt;&#034;. Dans d'autres parties du monde nous pouvons retrouver des expressions, sous des formes diverses, d&#233;guis&#233;es, all&#233;goriques, revendiquant une &#233;galit&#233; radicale et qui furent souvent &#224; la base de multiples r&#233;bellions, r&#233;voltes contre l'ordre &#233;tabli. Ainsi les Taborites au XVe si&#232;cle qui &#034;&lt;i&gt;encourageaient le peuple &#224; se dresser en une r&#233;bellion s&#233;ditieuse contre ses sup&#233;rieurs spirituels et s&#233;culiers&lt;/i&gt;&#034; disaient que &#034;&lt;i&gt;le temps viendra o&#249; les princes et les seigneurs auront &#224; travailler pour le pain quotidien&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. les livres de Norman Cohn, Les fanatiques de l'Apocalypse, de James C. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#034; . Ceci n'est qu'un exemple parmi d'autres. Des po&#232;tes connus et une masse anonyme ont chant&#233; la splendeur du &#034;pays de Cocagne&#034;, pays d'abondance &#034;&lt;i&gt;o&#249; tout est commun aux jeunes, aux vieux, aux forts, aux faibles, aux timides, aux audacieux&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. A.L. Morton, L'utopie anglaise.&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#034;. Des r&#233;volutionnaires comme Weitling, Fourier, Babeuf, et plus loin encore Winstanley, M&#252;ntzer ont exprim&#233; cette exigence profonde du communisme, mettant le doigt sur le fondement m&#234;me de l'&#233;conomie marchande. Ainsi G&#233;rard Winstanley &#233;crivait dans son texte &lt;i&gt;La loi de la libert&#233;&lt;/i&gt; (1652) : &#171; &lt;i&gt;Lorsque l'humanit&#233; commen&#231;a &#224; acheter et &#224; vendre, elle perdit son innocence ; et les hommes commenc&#232;rent alors &#224; s'opprimer les uns les autres et &#224; frauder leur droit naturel... Les hommes n'apprendront jamais &#224; reforger leurs &#233;p&#233;es en socs de charrue, leurs lances en outils de jardin, ils ne sauront jamais se d&#233;barrasser des guerres s'ils n'ont d'abord balay&#233; avec les immondices du pouvoir royal l'escroquerie qu'ils ont invent&#233; de l'achat et de la vente...&lt;/i&gt;&#034;. Les bases de la critique de l'&#233;conomie &#233;taient d&#233;j&#224; pos&#233;es et pourtant, comme nous allons le voir il en est de &#034;r&#233;volutionnaires&#034; modernes qui n'en sont pas encore arriv&#233; &#224; ce niveau critique, pourtant tr&#232;s ancien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous inscrivant dans le fil de cette ancestrale aspiration, nous affirmons que notre r&#234;ve de la soci&#233;t&#233; communiste n'est pas une &#233;lucubration de l'esprit. Nous ne proposons pas de plan d&#233;taill&#233; de la soci&#233;t&#233; communiste de l'avenir, mais le fait est que ce r&#234;ve de tous les &#234;tres humains qui ont ressenti fortement le besoin de vivre ensemble, d'&#234;tre d&#233;barrass&#233;s &#224; tout jamais de l'argent, des bourgeois, de la n&#233;cessit&#233; de se vendre et de devoir tout acheter est toujours pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours du 19&#176; si&#232;cle, la mont&#233;e en force de la social-d&#233;mocratie a tent&#233; de rel&#233;guer aux oubliettes cette forte aspiration. Celle-ci est parvenue &#224; imposer ses positions d'amour du progr&#232;s industriel et social : il ne s'agissait plus de casser les machines, encore moins de ficher les t&#234;tes bourgeoises au bout d'une pique, il convenait d&#232;s lors de favoriser le d&#233;veloppement des forces productives et de travailler &#224; l'acc&#232;s du prol&#233;tariat aux leviers de commande, ce qui lui permettrait de reprendre &#224; son compte le processus d'accumulation capitaliste. C'est le postulat de base, fondant historiquement la social-d&#233;mocratie ; les divergences consistent en la mani&#232;re envisag&#233;e pour saisir ces leviers de commande. Une tendance met en avant la prise du pouvoir politique par une &#233;lite ouvri&#232;re, laquelle pourrait ensuite modeler le monde bourgeois &#224; l'image du prol&#233;tariat. Cette forme fit d&#233;chanter les plus cr&#233;dules une fois son ambition politique r&#233;alis&#233;e, se montrant au grand jour pour ce qu'elle &#233;tait : une force du d&#233;veloppement capitaliste. Une autre tendance d&#233;fend une forme de d&#233;mocratie directe bas&#233;e sur la gestion : cette forme brille elle encore d'une aura mystificatrice pour de nombreux prol&#233;taires. C'est pourquoi il nous para&#238;t important d'approfondir ici une critique de cette forme particuli&#232;re qu'est l'id&#233;ologie autogestionnaire. Pour ce faire, il est n&#233;cessaire de revenir &#224; la critique de l'&#233;conomie politique et de rappeler quelques principes de base, exprim&#233;s ici de fa&#231;on lapidaire, sur ce qu'est fondamentalement le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essence du capitalisme est la valorisation du capital par la production de marchandises dans le cadre d'unit&#233;s productives autonomes. Cette valorisation est rendue possible par l'exploitation d'une marchandise particuli&#232;re, la force de travail, capable de transformer des mati&#232;res premi&#232;res, d'utiliser des machines... pour cr&#233;er de nouvelles marchandises dot&#233;es d'une valeur sup&#233;rieure, une survaleur ou plus-value. Ensuite il faut que cette plus-value se r&#233;alise, que les marchandises se vendent. Le march&#233; mondial est l'espace o&#249; les &#233;changes s'op&#232;rent : la vente doit s'effectuer pour que la plus-value extorqu&#233;e au travail vivant se concr&#233;tise, se convertisse en argent. Ceci explique que chaque unit&#233; productive lutte pour elle-m&#234;me contre les autres car dans ce mouvement de concurrence c'est &#224; celle qui r&#233;ussira le mieux &#224; &#233;vincer les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;l&#233;ment fondamental que l'on retrouvera dans toute la critique de l'&#233;conomie politique est que la volont&#233; des producteurs ne peut que se plier &#224; la loi de la valeur pour r&#233;ussir... ou p&#233;rir. Ainsi... &#034;&lt;i&gt;Toute soci&#233;t&#233; reposant sur la production marchande a ceci de particulier que les producteurs y ont perdu la domination sur leurs propres relations sociales. Chacun produit pour soi, avec ses moyens de production dus au hasard et pour son besoin individuel d'&#233;change. Nul ne sait quelle quantit&#233; de son article parviendra sur le march&#233; ni m&#234;me quelle quantit&#233; il en faudra ; nul ne sait si son produit individuel trouvera &#224; son arriv&#233;e un besoin r&#233;el, s'il retirera ses frais ou m&#234;me s'il pourra vendre. C'est le r&#232;gne de l'anarchie de la production sociale. Mais la production marchande comme toute autre forme de production a ses lois originales, immanentes, ins&#233;parables d'elle ; et ces lois s'imposent malgr&#233; l'anarchie, en elle, par elle. Elles se manifestent dans la seule forme qui subsiste de lien social, dans l'&#233;change, et elles pr&#233;valent en face des producteurs individuels comme lois coercitives de la concurrence. Elles sont donc, au d&#233;but, inconnues &#224; ces producteurs eux-m&#234;mes et il faut d'abord qu'ils les d&#233;couvrent peu &#224; peu par une longue exp&#233;rience. Elles s'imposent donc sans les producteurs et contre les producteurs comme lois naturelles de leur forme de production, lois &#224; l'action aveugle. Le produit domine les producteurs.&lt;/i&gt;&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Engels, Anti-D&#252;hring.&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La confrontation des marchandises sur le march&#233; r&#233;v&#232;le les lois du capitalisme. C'est le choc qui va r&#233;v&#233;ler si l'unit&#233; de production est rentable ou non ; c'est le moment o&#249; la marchandise voit sa valeur d&#233;termin&#233;e non pas par le travail particulier fourni dans l'unit&#233; de production mais d&#233;termin&#233;e par la moyenne sociale qui s'op&#232;re sur le march&#233; (le travail abstrait). C'est le march&#233; qui impose de plus en plus son despotisme et soumet le prol&#233;tariat &#224; une exploitation sans cesse accrue. Selon les cas, le march&#233; imposera &#224; certaines unit&#233;s de grossir et de concentrer les moyens et instruments de production pour r&#233;duire les co&#251;ts, &#224; d'autres de s'&#233;clater en mille petites auto-entreprises o&#249; chacun poss&#232;de son outil de production de valeur. Ces imp&#233;ratifs sont dict&#233;s par la n&#233;cessit&#233; pour le capital de se valoriser sans cesse, d'accumuler des capitaux et ne rel&#232;vent d'aucune pr&#233;occupation morale, m&#234;me si chaque produit peut tenter de s'adjoindre un petit suppl&#233;ment d'&#226;me pour se vendre mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela c'est le capital, &#224; travers toutes les formes diff&#233;rentes qu'il peut prendre. Chaque producteur vient au march&#233; comme personnification d'un rapport social qui s'&#233;tablit entre vendeur et acheteur. La morale n'a pas plus cours que les bons sentiments, ce qui importe est que les vendeurs et acheteurs puissent &#233;changer leurs marchandises. Le produit du travail humain se mesure en heures, minutes et secondes. Horreur &#233;conomique que Marx avait ramass&#233; dans une formule lapidaire : &#034;&lt;i&gt;le temps est tout, l'homme n'est plus rien, il est tout au plus la carcasse du temps&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Mis&#232;re de la philosophie.&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#034; . Tous ceux qui pr&#233;tendent le critiquer en parlant de &#034;lib&#233;ralisme&#034;, de &#034;n&#233;olib&#233;ralisme&#034;, de capitalisme &#034;d&#233;r&#233;gul&#233;&#034;, etc. ne voient pas cela. Ils pr&#233;tendent b&#226;tir une &#034;alternative&#034; sans toucher aux lois du capital. Ils pr&#233;tendent que des unit&#233;s de production, par le seul pouvoir de leur morale humaniste, pourraient s'affranchir du pouvoir du capital. C'est toute une id&#233;ologie qui met en avant la &lt;i&gt;volont&#233;&lt;/i&gt; comme si celle-ci &#233;tait d&#233;terminante dans le processus de valorisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que ces autogestionnaires ne comprennent pas ou ne veulent pas comprendre c'est que toucher un salaire implique un &#233;change : ma force de travail contre le fric sans lequel je peux crever dans ce monde o&#249; l'argent est roi. Le salaire est infamant de par son existence m&#234;me, il veut dire que nous sommes en train de vendre notre vitalit&#233; humaine, de la broyer dans une vie &#233;triqu&#233;e, enferm&#233;e entre quatre murs, &#224; produire pour le march&#233; qui impose sa dictature. C'est se laisser totalement dominer par le processus infernal de la valorisation. Ce qui est absent de tout le verbiage de ces autogestionnaires c'est &lt;i&gt;l'abolition du salariat&lt;/i&gt;. Ils font comme si le salariat &#233;tait une donn&#233;e valable de tout temps, comme s'il n'&#233;tait qu'une simple somme d'argent, neutre, seulement utile pour se procurer d'autres objets. Les prol&#233;taires de l'AIT pr&#233;conisaient l'abolition du salariat et voulaient en cons&#233;quence la suppression de l'exploitation. Nous en sommes encore loin aujourd'hui, personne ou presque ne revendique ce mot d'ordre. La revendication port&#233;e par les autogestionnaires en reste au mot d'ordre conservateur dont parle Marx&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Salaire, prix et profit.&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#034;&lt;i&gt;Au lieu du mot d'ordre conservateur &#034;&lt;/i&gt;un salaire &#233;quitable pour une journ&#233;e de travail &#233;quitable&lt;i&gt;&#034;, ils doivent inscrire sur leur drapeau le mot d'ordre r&#233;volutionnaire : &#034;&lt;/i&gt;Abolition du salariat&lt;i&gt;&#034;&lt;/i&gt;&#034;. Aujourd'hui, sous sa forme moderne, ce mot d'ordre conservateur est &#034;&lt;i&gt;le partage des richesses&lt;/i&gt;&#034;. C'est bien pourquoi l'autogestion ne peut qu'&#234;tre un mythe dangereux : le salariat sans autre perspective qu'un meilleur salaire et une soi-disant dignit&#233; retrouv&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#034;La dignit&#233; retrouv&#233;e&#034;, c'est un leitmotiv qui revient souvent dans les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autogestion ne peut qu'&#234;tre l'autogestion de l'exploitation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Que certains appellent &#034;auto-exploitation&#034;, bien qu'il y ait dans cette (&#8230;)&#034; id=&#034;nh33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, voil&#224; la r&#233;alit&#233;, ce sont les ouvriers eux-m&#234;mes qui d&#233;cident comment ils vont perdre leur vie au travail et comment le travail va &#234;tre encore plus au centre de leur vie, au point de le ramener &#224; la maison, d'en r&#234;ver, tellement les t&#226;ches de gestionnaires, de producteurs sont fortes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce n'est pas pour rien qu'aujourd'hui il y a des ouvriers qui pr&#233;f&#233;reraient (&#8230;)&#034; id=&#034;nh34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Du point de vue du capital c'est merveilleux ! Les producteurs qui aiment leur travail, d&#233;veloppent leur inventivit&#233; pour assurer une meilleure productivit&#233;, non pour les besoins humains, mais pour vendre. Voici quelques extraits d'interviews r&#233;alis&#233;es par un militant du groupe Wildcat qui interroge des ouvriers de Zanon : &#034;&lt;i&gt;nous sommes assez cr&#233;ateurs pour prendre toutes les diff&#233;rentes t&#226;ches afin de d&#233;velopper de nouveaux mod&#232;les de production et mod&#232;les de tuiles. &lt;/i&gt;[&#8230;] &lt;i&gt;Cette cr&#233;ativit&#233; est supprim&#233;e si un patron vous donne des ordres&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Echanges et Mouvement n&#176; 118.&#034; id=&#034;nh35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#034;. Le souci de l'assembl&#233;e est de toujours perfectionner la coordination des diff&#233;rents secteurs, que tous travaillent pour l'ensemble dans un souci d'efficacit&#233;, une meilleure productivit&#233; : &#034;&lt;i&gt;je suis devenu coordinateur d'usine. C'est une responsabilit&#233; &#233;norme, qui a besoin de quelques heures suppl&#233;mentaires, mais je le fais avec fiert&#233;&lt;/i&gt;&#034;. Eduardo Lucita, &#233;conomiste de gauche, est explicite : &#034;&lt;i&gt;un meilleur rendement productif est possible avec une rationalit&#233; administrative diff&#233;rente. Il est clair que ces conditions&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;ne peuvent pas &#233;chapper &#224; la logique du syst&#232;me : la concurrence du march&#233;, ce qui implique que les niveaux salariaux, les conditions de travail et la productivit&#233; sont toujours en jeu&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. l'article &#034;Autogestion sociale et nouvelle organisation du travail. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#034;. Inutile de pr&#233;ciser que lorsque la production est &#224; la hausse, les conditions de travail s'en ressentent, et lorsqu'elle baisse les r&#233;ductions d'effectifs et la baisse des salaires pointent leur nez&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce n'est pas pour rien que dans l'entreprise Zanon un &#034;catalogue de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'oublions pas aussi que ces entreprises autog&#233;r&#233;es entrent en concurrence avec d'autres entreprises, or bien souvent elles ne peuvent pas acheter de nouvelles machines pour des raisons de liquidit&#233;s insuffisantes&#8230; Restent alors les solutions d'augmenter les cadences ou/et allonger la journ&#233;e de travail. C'est ce qui se passe toujours &#224; terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on l'a vu &#224; travers les exemples de l'Espagne de 1936 ou de Lip en 1973, cette auto exploitation renforce l'ali&#233;nation, l'attachement &#224; l'outil de travail :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une usine occup&#233;e avec maintien de la production rive le conflit entre les employeurs et les employ&#233;s. Pour le reste, rien ne bouge. La fluidit&#233; du march&#233; est indemne, les fournisseurs de mati&#232;re premi&#232;re continuent de vendre leur camelote, les distributeurs sont toujours fournis et peuvent alimenter les commerces, en gros le carnet d'adresses des clients et des fournisseurs ne change pas, voire est compl&#233;t&#233; par de nouveaux contacts. L'outil de travail est soigneusement pr&#233;serv&#233;. Quand plus tard se pointe un repreneur, tout est en ordre, tout est en place, et l'usine r&#233;int&#232;gre officiellement le circuit qu'elle n'avait en r&#233;alit&#233; jamais vraiment quitt&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'autogestion pare au plus press&#233;, &#233;vite une extension et un approfondissement de la lutte : si les besoins imm&#233;diats restent satisfaits par l'industrie et le commerce, pourquoi les remettre en cause ? La bourgeoisie s'&#233;pargne ainsi d'une part les p&#233;nibles pillages de magasin, les attaques des infrastructures de transport, la grogne et l'ins&#233;curit&#233; directement &#224; son encontre&#8230; D'autre part il est beaucoup plus difficile en ce cas d'impulser une autre mani&#232;re de produire et de partager ce dont la lutte a besoin. Se projeter au-del&#224; des rapports marchands reste aussi difficile collectivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Par le biais de cette pratique, les piliers r&#233;els du capital restent inattaqu&#233;s. Tout est pr&#233;sent&#233; comme si seule la forme avait de l'importance : forme de l'exploitation moins contraignante, forme de la pyramide d&#233;cisionnelle horizontale, forme de l'&#233;change marchand plus sympa, et le tour est jou&#233; ! Sur le fond, le travail, les relations m&#233;di&#233;es par l'&#233;change, la dictature impersonnelle du march&#233; comme processus traversant l'enti&#232;ret&#233; de la survie, tout cela n'est pas remis en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien pourquoi nous affirmons que tous les partisans actuels de l'autogestion ne sont jamais autre chose que des partisans de l'exploitation de la force de travail et ce malgr&#233; toutes leurs bonnes intentions et discours humanistes. Prenons quelques exemples que l'on pourrait multiplier, ce qui importe est de comprendre qu'ils disent tous la m&#234;me chose sous des formes diff&#233;rentes. Une Naomi Klein&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Militante altermondialiste qui a &#233;crit entre autres No logo et coauteur du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; va jusqu'&#224; affirmer que la vague des exp&#233;riences autogestionnaires en Argentine repr&#233;sente &#034;&lt;i&gt;une alternative au n&#233;olib&#233;ralisme dans le monde entier&lt;/i&gt;&#034;, ni plus ni moins, tout cela sans remettre en question l'&#233;change marchand, l'argent, les banques (alternatives et propres comme un sou neuf, cela va de soi !), bref le monde du capital qui est cause de toute cette merde plan&#233;taire. Alors que de nombreux exemples trouv&#233;s ici et l&#224; montrent que des prol&#233;taires se pla&#231;ant au d&#233;but sur un terrain d'affrontement de classe se sont transform&#233;s au fil du temps en bons gestionnaires de l'&#233;conomie capitaliste. Tous les m&#233;canismes li&#233;s &#224; la gestion ne peuvent que transfigurer ces prol&#233;taires en solides gardiens de l'&#233;conomie marchande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la presse militante fleurit toute une terminologie pour trouver que dans ces exp&#233;riences, il y a du positif : &#034;&lt;i&gt;Graines d'utopies&lt;/i&gt;&#034; pour Alternative Libertaire, &#034;&lt;i&gt;exp&#233;rimentation sociale&lt;/i&gt;&#034; pour &lt;i&gt;Offensive&lt;/i&gt; (journal de l'OLS&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un article publi&#233; dans le journal Combat syndicaliste, n&#176; 73, signale que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ) : le mythe perdure ! Les libertaires comptent parmi ses plus subtils (mais grossiers) partisans et croiront nuancer leurs articles, leurs brochures en disant qu'effectivement tant que le march&#233; est l&#224; on ne peut parler d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e&#8230; mais en m&#234;me temps ils disent que ces exp&#233;riences sont positives, qu'elles constituent une &#233;tape importante dans la &#034;&lt;i&gt;prise de conscience ouvri&#232;re&lt;/i&gt;&#034;, qu'elles contribuent &#224; cr&#233;er de nouveaux rapports sociaux. Or nous ne voyons pas en quoi le fait de tenir des livres de compte, d'apprendre &#224; g&#233;rer une entreprise capitaliste, de d&#233;cider quel volume de marchandise on va produire, de d&#233;finir son propre salaire, et &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt;, comme cela s'est d&#233;j&#224; produit, de licencier ses propres potes est une &#034;&lt;i&gt;exp&#233;rimentation sociale&lt;/i&gt;&#034; positive ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en rester avec l'exemple de l'Argentine, les trotskistes, plus pragmatiques, voient dans leur investissement dans le MNER un pas en avant vers la planification socialiste (et on le suppose la fin de la mis&#232;re prol&#233;tarienne ?). Leur seule r&#233;serve sera quant &#224; eux de sugg&#233;rer que la v&#233;ritable autogestion ouvri&#232;re impliquerait le pouvoir ouvrier sous une forme ou une autre. Ils d&#233;crivent pour autant ces exp&#233;riences comme un long processus d'apprentissage, de consolidation des pratiques collectives, de l'autonomie ouvri&#232;re : foutaise ! La r&#233;alit&#233;, encore une fois, est le renforcement de l'exploitation. Leur participation &#224; cette merde de MNER revient &#224; revendiquer aupr&#232;s du gouvernement Kirchner une politique visant &#224; donner un cadre l&#233;gal au mouvement d'autogestion par la demande de cr&#233;dits ou de formation : on se demande en quoi cela renforce le prol&#233;tariat et son autonomie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ces marchands de soupe peuvent-ils r&#233;ussir &#224; nous berner avec leurs bobards ? M&#234;me de respectables &#233;conomistes partisans de l'autogestion disent les choses clairement : &#034;&lt;i&gt;N'oublions pas que l'expropriation n'est que temporaire et que nombreuses sont les entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es qui connaissent une situation &#233;conomique difficile et dont les travailleurs travaillent dans des conditions de v&#233;ritable auto exploitation&lt;/i&gt;&#034;. Ou encore par la bouche d'Eduardo Lucita : &#034;&lt;i&gt;Ce qui tend &#224; pr&#233;dominer aujourd'hui est la rationalit&#233; d'entreprise, l'introduction de m&#233;thodes et de crit&#232;res de gestion, de calcul des co&#251;ts et de la rentabilit&#233;, les am&#233;liorations de productivit&#233; et de qualit&#233; pour r&#233;pondre aux d&#233;fis du march&#233;. C'est un processus objectif qui vient de l'impossibilit&#233; de s'isoler des lois du march&#233;&lt;/i&gt;&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#034;Entreprises sous gestion ouvri&#232;re : le succ&#232;s et ses dangers&#034;, &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . D'autres &#233;conomistes de gauche comme R. Werner et F. Aguirre &#233;crivent : &#034;&lt;i&gt;la coop&#233;rative, avec toute la valeur symbolique qu'elle a initialement, n'est pas un chemin &#233;mancipateur pour la classe ouvri&#232;re. Loin de tendre &#224; unifier les forces des travailleurs, &#224; rallier &#224; leur lutte d'autres secteurs populaires, elle concentre les efforts &#224; l'int&#233;rieur de l'usine, &#224; substituer et &#224; r&#233;p&#233;ter les sch&#233;mas capitalistes&#8230;&lt;/i&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce qui suit nous tentons de mettre en lumi&#232;re les traits r&#233;currents de l'id&#233;ologie autogestionnaire, car ce qui nous importe n'est pas seulement de la clouer au pilori avec ses partisans, sinc&#232;res ou non, mais aussi d'approfondir la critique et de chercher les racines qui expliquent leur positionnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. La croyance en l'id&#233;alisme et en la volont&#233; de changer le monde&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y aurait la &lt;i&gt;bonne &lt;/i&gt;volont&#233; du prol&#233;tariat oppos&#233;e &#224; la volont&#233; &lt;i&gt;maligne&lt;/i&gt; des patrons, ou actionnaires... une sorte de m&#233;chancet&#233; dickensienne qui serait cause de notre malheur. On confond le processus avec les humains qui l'incarnent. Or critiquer la pr&#233;tendue (et surtout al&#233;atoire) m&#233;chancet&#233; des humains emp&#234;che de saisir l'&lt;strong&gt;essence&lt;/strong&gt; fondamentalement inhumaine de leur fonction sociale. D'o&#249; une croyance mystique qu'en rempla&#231;ant ces viles personnes par une nouvelle direction compos&#233;e de sympathiques d&#233;l&#233;gu&#233;s, voire des assembl&#233;es pl&#233;ni&#232;res, l'exploitation de la force de travail dispara&#238;trait comme par enchantement, que l'on ne produirait plus que des produits utiles et non, encore et toujours, des marchandises. C'est ne pas comprendre que le d&#233;veloppement du capital suppose pr&#233;cis&#233;ment l'existence d'unit&#233;s productrices de valeur, qu'elles soient r&#233;duites &#224; une seule personne ou qu'elle soit de la taille d'une multinationale, et surtout qu'elles soient &lt;i&gt;autonomes&lt;/i&gt;. Ce qui compte est que ces unit&#233;s soient comp&#233;titives, l'&#233;conomie se fout &#233;perdument de savoir si telle ou telle unit&#233; est une usine employant des gosses de cinq ans quinze heures par jour ou une coop&#233;rative de babas cool &#224; dreadlocks : Les fondements m&#234;mes du capitalisme sont toujours en place ; la loi de la valeur continue &#224; s&#233;vir. Tout le bla-bla que nous ass&#232;ne cette id&#233;ologie qui parle de &#034;&lt;i&gt;respect mutuel dans l'&#233;change, d'une relation d'&#233;gal &#224; &#233;gal, sans s'arnaquer, sans se faire concurrence&lt;/i&gt;&#034; n'est au mieux que na&#239;vet&#233; moraliste, en tout cas d&#233;fense inconsciente des lois du Capital. Si l'entreprise veut &#234;tre viable, il n'y a pas &#224; tortiller du cul : elle doit r&#233;aliser une valeur qui ne soit pas plus basse que la valeur mondiale de telle ou telle marchandise, sinon elle vend &#224; perte, donc &#224; un moment donn&#233; ou &#224; un autre, elle ne peut plus payer les salaires, les mati&#232;res premi&#232;res. Dans ce cas il lui reste deux possibilit&#233;s bien connues de tous les prol&#233;taires du monde : soit elle r&#233;organise sa production, introduit de nouvelles machines plus productives, augmente les cadences de travail, baisse les salaires, allonge la journ&#233;e de travail ; soit elle vend plus cher au client en faisant miroiter une valeur ajout&#233;e quelconque (biologique, &#233;quitable, fait par des travailleurs autog&#233;r&#233;s, etc.), passant ainsi dans une gamme plus luxueuse. Dans tous les cas de figure l'exploitation de la force de travail demeure ou se trouve renforc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. La croyance que l'autorit&#233; fa&#231;onne la soci&#233;t&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nul doute que la paternit&#233; de l'id&#233;ologie autogestionnaire revient en particulier &#224; Proudhon qui fut un des premiers &#224; lui avoir donn&#233; corps, &#224; en avoir fait une th&#233;orie. Pour r&#233;sumer sa pens&#233;e, nous reprenons &lt;i&gt;in extenso&lt;/i&gt; les propos m&#234;mes de ses disciples : &#034;&lt;i&gt;il &lt;/i&gt;[Proudhon] &lt;i&gt;consid&#233;rait la soci&#233;t&#233; comme un &#233;quilibre entre des forces libres avec des droits et des devoirs &#233;gaux o&#249; l'initiative et la responsabilit&#233; individuelle seraient primordiales&lt;/i&gt; [&#8230;]&lt;i&gt;. L'appropriation des instruments de production industrielle devrait &#234;tre r&#233;alis&#233;e par des coop&#233;ratives ouvri&#232;res qui prendraient des d&#233;cisions d&#233;mocratiquement et assureraient &#224; ses membres une participation aux b&#233;n&#233;fices, proportionnelle &#224; la contribution qui se ferait par le moyen du travail ; les coop&#233;ratives seraient en relation entre elles sur la base de l'&#233;change et de la libre concurrence et se r&#233;guleraient au moyen de pactes qui donneraient lieu &#224; une grande f&#233;d&#233;ration&lt;/i&gt;&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Collectif, L'autogestion anarchiste, &#233;ditions du Monde Libertaire. Nous (&#8230;)&#034; id=&#034;nh41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. A sa suite, les id&#233;ologues du &lt;i&gt;Monde Libertaire&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ici nous devons faire une pr&#233;cision d'importance. Notre propos n'est pas de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; reconnaissent dans leurs &#233;crits : &#034;&lt;i&gt;avec l'autogestion l'entreprise n'a pas &#224; dispara&#238;tre, ni &#224; perdre de son efficacit&#233;, ni &#224; cesser de contribuer &#224; la satisfaction de saines n&#233;cessit&#233;s, ni &#224; n&#233;gliger les besoins de mati&#232;res premi&#232;res, de production, de co&#251;ts, de la r&#233;partition des b&#233;n&#233;fices, ni m&#234;me du Capital, selon ce que l'on d&#233;termine&lt;/i&gt;&#034;. Comme nous pouvons le constater, toutes les cat&#233;gories du capital y sont encore pr&#233;sentes : l'unit&#233; de production autonome (s&#233;par&#233;e), l'&#233;change, la concurrence, le profit. Ceci montre que cette id&#233;ologie ne remet pas en question le fondement du mode de production capitaliste, la critique ne porte que sur le type de gestion. Il n'y a pas de critique de la totalit&#233; de la soci&#233;t&#233; capitaliste, comme produit historique ayant saign&#233;, labour&#233;, d&#233;truit en profondeur les soci&#233;t&#233;s pr&#233;capitalistes, imposant dans le corps de l'humanit&#233; les lois tyranniques du capital : d&#233;possession des moyens de production, obligation de vendre sa force de travail contre un salaire, dictature de la marchandise, de l'argent, du profit, guerre permanente de chacun contre tous&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour eux il y a s&#233;paration entre &lt;i&gt;la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;un syst&#232;me autoritaire&lt;/i&gt; qui vient se greffer sur la soci&#233;t&#233;. Ainsi l'existence de privil&#232;ges sociaux ne serait qu'une excroissance malfaisante impos&#233;e artificiellement &#224; une soci&#233;t&#233; naturellement libre et spontan&#233;ment capable de s'organiser harmonieusement au mieux des int&#233;r&#234;ts de chacun de ses membres. Ils en d&#233;duisent donc la n&#233;cessit&#233; de d&#233;livrer la soci&#233;t&#233; de l'&#034;Autorit&#233;&#034; sous toutes ses formes. Si l'exploitation capitaliste de la force de travail n'&#233;tait due qu'&#224; l'existence parasitaire d'une classe de patrons ou de technocrates libres de pr&#233;lever la part qu'ils d&#233;sirent du produit social et d'imposer les conditions de travail qu'ils ne d&#233;termineraient qu'en fonction de leur rapacit&#233;, alors la suppression des patrons serait effectivement le secret de la lib&#233;ration de l'humanit&#233; et de la soci&#233;t&#233; communiste future. Mais ce n'est absolument pas le cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. La croyance que le f&#233;d&#233;ralisme garantit l'autonomie ouvri&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie autogestionnaire met en avant le f&#233;d&#233;ralisme contre le centralisme. A priori, on peut comprendre certaines raisons de cette d&#233;fiance. Le mouvement du capital se d&#233;veloppe toujours dans le sens d'une centralisation/concentration comme cons&#233;quence des destructions des unit&#233;s productives non rentables et leur r&#233;organisation, de ce besoin fr&#233;n&#233;tique et imp&#233;rieux de la n&#233;cessit&#233; de produire toujours plus &#224; moindre co&#251;t et de faciliter au maximum la circulation des marchandises. Dans ce mouvement l'Etat, le pouvoir politique accro&#238;t sa capacit&#233; &#224; diriger autoritairement, &#224; encadrer, contr&#244;ler la force de travail toujours r&#233;tive, comme nous le savons tous, &#224; devoir suer sous le burnous toute sa vie, soit en &#233;crasant ses vell&#233;it&#233;s de r&#233;volte, soit en cherchant un certain consensus. Tous les r&#233;gimes bourgeois, que ce soient ceux qui se pr&#233;sentent comme ap&#244;tre du libre-&#233;change (lib&#233;ralisme) ou comme ap&#244;tres du protectionnisme (Etat-providence), n'ont jamais fait autre chose que tenter de g&#233;rer au mieux ce mouvement inexorable. M&#234;me dans les exemples que nous tirons de l'histoire, que ce soit la p&#233;riode du &lt;i&gt;New Deal&lt;/i&gt; aux USA dans les ann&#233;es 1930 ou la p&#233;riode du soi-disant capitalisme d'Etat en Russie, en Chine... la s&#233;paration entre producteurs autonomes n'a en rien &#233;t&#233; supprim&#233;e par une sorte de super-capitalisme qui centraliserait tout par le biais de plans quinquennaux ou autres. Ce ph&#233;nom&#232;ne de centralisation exacerbe ce chaos productif et la guerre concurrentielle entre unit&#233;s productives autonomes, rend les crises toujours plus douloureuses pour le prol&#233;tariat. En terme plus cru, le renforcement du centralisme et l'unification de la vie sociale se sont accompagn&#233;s dans l'histoire de l'humanit&#233; d'un renforcement de l'exploitation, de la mis&#232;re et de la d&#233;pendance accrue de l'humanit&#233; &#224; un syst&#232;me &#233;conomique unique qui nie nos besoins &#233;l&#233;mentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc en r&#233;action apparente contre le centralisme nos chers autogestionnaires opposent le principe du f&#233;d&#233;ralisme. Lorsque nous pouvons lire dans la brochure cit&#233;e du &lt;i&gt;Monde Libertaire&lt;/i&gt; la phrase suivante : &#034;&lt;i&gt;les coop&#233;ratives seraient en relation entre elles sur la base de l'&#233;change et de la libre concurrence et se r&#233;guleraient au moyen de pactes qui donneraient lieu &#224; une grande f&#233;d&#233;ration&lt;/i&gt;&#034;, cela n'est qu'un simple &#233;nonc&#233; de la libert&#233; d'entreprise, il n'y a rien qui tranche avec la r&#233;alit&#233; quotidienne du capital. Mais apparemment avec un peu de bonne volont&#233;... on pourrait s'arranger avec l'argent et tous les rapports mercantiles ! Or parler d'unit&#233;s productives autonomes &#034;&lt;i&gt;librement f&#233;d&#233;r&#233;es&lt;/i&gt;&#034; c'est faire l'apologie du chacun pour soi et du march&#233; pour tous. Toujours en partant de cette brochure du &lt;i&gt;Monde Libertaire&lt;/i&gt;, nous constatons que l'id&#233;ologie autogestionnaire dit clairement que son but c'est l'individu : &#034;&lt;i&gt;le propre de l'homme libre c'est d'&#234;tre autonome, n'appartenir &#224; personne, &#234;tre par et pour soi la substance de sa propre existence. Et &#234;tre autonome ce n'est rien d'autre que de pouvoir autog&#233;rer sa vie, ce qui se traduit par &#034;auto&#034;, g&#233;rer son travail, ses actions, ses objectifs au sein du collectif auquel on appartient&lt;/i&gt;&#034;. Ainsi elle ne veut rien d'autre que la d&#233;mocratie parfaite : la s&#233;paration totale de toute l'humanit&#233; dont les membres sont reli&#233;s par le march&#233;. Ce qui compte serait la &#034;&lt;i&gt;pleine r&#233;alisation&lt;/i&gt;&#034; de l'&lt;i&gt;individu&lt;/i&gt;. Voil&#224; o&#249; le b&#226;t blesse, la communaut&#233; humaine est totalement absente de ce raisonnement. La solution mise en avant par l'id&#233;ologie autogestionnaire ne sera jamais rien d'autre que vouloir revenir &#224; une forme archa&#239;que de l'&#233;change qui est &#224; la base m&#234;me d'un nouveau d&#233;veloppement du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'individu atomis&#233; est la cellule de base du capitalisme, sa condition premi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces diff&#233;rents points forment un tout auquel nous devons nous opposer. En tant que classe au pouvoir et dans son int&#233;r&#234;t la bourgeoisie centralise ses forces de mani&#232;re sp&#233;cialis&#233;e et hi&#233;rarchique. Contre elle, notre classe trouve &#233;galement les mani&#232;res de se structurer, de forger les outils organisationnels menant &#224; un centralisme dynamique et organique nous permettant de constamment approfondir l'antagonisme r&#233;volutionnaire. Par centralisme organique, nous entendons le processus de lutte contre la destruction et la s&#233;paration de la communaut&#233; humaine en autant d'atomes libres. Processus o&#249; nous pouvons observer que les individus pouss&#233;s &#224; la lutte par la n&#233;cessit&#233;, le besoin primaire de vivre, se retrouvent, se regroupent et naturellement se centralisent comme les cellules d'un corps vivant qui ne peuvent fonctionner seules et n'existent que parce qu'elles font partie d'un tout. Si l'on pouvait donner la parole &#224; une cellule, jamais elle ne dirait &#034;&lt;i&gt;je suis libre de faire ce que je veux&lt;/i&gt;&#034;. La force de l'associationnisme prol&#233;tarien s'exprime toujours dans les mouvements de lutte, contre cet &#233;go&#239;sme propre aux p&#233;riodes de paix sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reconna&#238;tre ce mouvement de centralisation n'est pas chose facile. L'id&#233;ologie dominante de l'individu libre, par le poids qu'elle repr&#233;sente dans tous les aspects de notre quotidien, ne peut que gangrener le mouvement d'association et d'organisation de notre force. Tous les mouvements de lutte montrent &#224; l'&#233;vidence qu'effectivement l'association exige des individus en lutte qu'ils brisent, d&#233;passent leur &#233;go&#239;sme. C'est pourquoi ce mouvement de centralisation peut appara&#238;tre comme tyrannique, comme oppresseur, tant il remet en question un pilier de la carapace d&#233;mocratique ! Celui-ci est tellement ancr&#233; dans les corps que le simple fait de s'associer pour lutter peut &#234;tre v&#233;cu comme une attaque personnelle. Nous en sommes toujours au constat que tirait Archinov dans son livre &lt;i&gt;Histoire du mouvement makhnoviste&lt;/i&gt; : &#034;&lt;i&gt;Mais ceux qui n'ont pas la passion de la R&#233;volution, qui r&#233;fl&#233;chissent en premier lieu aux manifestations de leur propre &#034;moi&#034;, comprennent cette id&#233;e&lt;/i&gt; [c'est-&#224;-dire la lib&#233;ration de l'individu]&lt;i&gt; &#224; leur mani&#232;re. A chaque fois qu'il s'agit d'organisation pratique, de grave responsabilit&#233;, ils se r&#233;fugient dans l'id&#233;e anarchiste de libert&#233; individuelle, et se fondant sur cette derni&#232;re, tentent de se soustraire &#224; toute responsabilit&#233; et d'emp&#234;cher toute organisation&lt;/i&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un parall&#232;le &#224; &#233;tablir entre le fait de partir de l'unit&#233; productive autonome et de partir de l'individu : c'est une soumission &#224; l'id&#233;ologie bourgeoise qui vante le mythe de l'individu, de son autonomie, de sa r&#233;alisation en tant qu'atome de la soci&#233;t&#233; marchande. Aujourd'hui cette id&#233;ologie se traduit par le fameux &#034;&lt;i&gt;moi, je fais ce que je veux, ce qui me pla&#238;t&lt;/i&gt;&#034;, agr&#233;ment&#233; &#224; toutes les sauces. Il est temps de renverser la vapeur et de comprendre que vanter ces valeurs, surtout sous leur forme radicale, &#034;libertaire&#034;, revient &#224; reproduire le fonctionnement intime du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital est la dictature de la valeur, c'est le march&#233; qui dicte sa loi. Le communisme sera le triomphe des besoins humains sur la valeur ou ne sera pas. Dire cela est pour nous une &#233;vidence, encore une fois bas&#233;e sur les profondes aspirations de l'humanit&#233; exploit&#233;e qui les a exprim&#233;es &#224; maintes reprises au cours des si&#232;cles. Bien entendu nous ne pouvons pas d&#233;crire la soci&#233;t&#233; humaine future, cela n'a aucun sens de l'imaginer dans le d&#233;tail comme ont pu le faire les socialistes utopiques. Ce qui importe est la direction prise par la lutte contre l'Etat, la valeur... et les perspectives qui s'en d&#233;gagent. De voir dans quelle mesure le prol&#233;tariat est en train de s'attaquer r&#233;ellement &#224; la valeur et de mettre en avant les besoins humains. La force de la r&#233;volution est dans son mouvement de remise en cause de la soci&#233;t&#233; capitaliste, dans la capacit&#233; des ses acteurs, les prol&#233;taires, &#224; se prendre en charge eux-m&#234;mes dans l'assumation des besoins humains. La r&#233;volution est red&#233;couverte de la vie comme totalit&#233; ; le prol&#233;tariat ne tend &#224; &#234;tre acteur de sa vie au lieu de subir sa condition d'exploit&#233; et de consommateur qu'en prenant en main les actes de destruction, de n&#233;gation de toutes les structures autoritaires et de gestion de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. La r&#233;volution c'est s'opposer radicalement &#224; l'&#233;change marchand, organiser la production en fonction des besoins humains et non du march&#233;. C'est repenser totalement la circulation, la consommation de la production pour les besoins, c'est mettre en avant la seule valeur d'usage des produits, c'est ne plus compter le temps de travail n&#233;cessaire &#224; la production. C'est se d&#233;barrasser profond&#233;ment de toutes ces reproductions du capital en nous et entre nous, cela dans une mesure que nous, prol&#233;taires &#233;duqu&#233;s dans le miasme de ce monde, ne pouvons encore saisir pleinement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Insurrection &lt;i&gt;versus&lt;/i&gt; autogestion (et r&#233;ciproquement)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Etat tire de nos luttes les enseignements vitaux pour lui. Ayant saisi depuis longtemps que les explosions sociales sont in&#233;vitables tant la mis&#232;re est inh&#233;rente &#224; son d&#233;veloppement, il agit en cons&#233;quence : en premier lieu, il lui faut instiller en nous la r&#233;signation et la peur, saper en permanence la r&#233;sistance &#224; cette inhumanisation par la r&#233;pression. Mais il ne peut se contenter de cela, sachant &#224; quel point nos &#233;lans de revanche sont meurtriers lorsque la crainte ne suffit plus &#224; nous lier : il lui faut s'adapter pour r&#233;aliser ses imp&#233;ratifs &#233;conomiques tout en &#233;cartant tout spectre de r&#233;volution sociale. Ainsi s'&#233;tablit n&#233;cessairement, par une communaut&#233; d'int&#233;r&#234;t, une cooptation des &#233;l&#233;ments avanc&#233;s au sein m&#234;me de la lutte, les int&#233;grant dans le mouvement de r&#233;forme permanent de l'Etat et de son &#233;conomie. La gauche du capital sait utiliser les mouvements prol&#233;tariens pour faire valoir son programme tout en encadrant et en neutralisant leur puissance d&#233;vastatrice. Et la bourgeoisie dans son ensemble sait reconna&#238;tre son int&#233;r&#234;t dans ces demi-mesures commodes, concessions permettant de juguler notre force, &#224; un moment o&#249; le rapport de force entre les classes pourrait basculer en notre faveur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi en nous organisant en vue de la r&#233;volution, de la destruction de l'Etat, nous devrons &#233;galement reconna&#238;tre et nous attaquer aux forces politiques qui feront toujours tout pour r&#233;former la soci&#233;t&#233; capitaliste afin de la sauver, ce que nous nommons la social-d&#233;mocratie. Face au d&#233;veloppement du capitalisme particuli&#232;rement d&#233;vastateur, &#233;crasant tout sur son passage, modelant, labourant et bouleversant le monde dans sa totalit&#233; pour ses besoins de valorisation, les th&#233;oriciens sociaux-d&#233;mocrates rivaliseront de tout temps de formidables projets de r&#233;forme humaniste. De Tchernychevski &#224; Holloway, de Charles Piaget au &lt;i&gt;subcomandante&lt;/i&gt; Marcos, ils ne remettront jamais en question les fondements du capitalisme : la valeur, l'&#233;change, le march&#233; mondial. Leur seule ambition est et a toujours &#233;t&#233; un capitalisme sans ses effets &#034;collat&#233;raux&#034; : un capitalisme propre, en somme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En nous limitant au 19&#176; si&#232;cle, de nombreuses critiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous pensons par exemple &#224; l'opposition des &#034;Jeunes&#034; &#224; la social-d&#233;mocratie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; tr&#232;s claires du r&#244;le de la social-d&#233;mocratie se manifest&#232;rent. Pour n'en citer qu'une seule, particuli&#232;rement tranchante, Jan Waclav Makha&#239;ski&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb44&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Le socialisme des intellectuels de J.W. Makha&#239;ski. Celui-ci ne s'en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh44&#034;&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; d&#233;non&#231;ait sa fonction contre-r&#233;volutionnaire prot&#233;iforme : &#171; &lt;i&gt;la social-d&#233;mocratie, c'est la plus grande tromperie du prol&#233;tariat. C'est le subterfuge le plus malin de la bourgeoisie&lt;/i&gt; [&#8230;]&lt;i&gt;. Auparavant, les ouvriers se r&#233;voltaient parfois, suivant leur instinct de classe. Ils d&#233;truisaient leurs fabriques-casernes, ils an&#233;antissaient, dans leur juste courroux, les machines qui les condamnaient &#224; la famine et &#224; un travail servile, ils tuaient leurs vampires. La bourgeoisie avait besoin de la police, de la gendarmerie, de l'arm&#233;e pour r&#233;primer leurs r&#233;voltes. Et voici que la social-d&#233;mocratie est arriv&#233;e et a d&#233;livr&#233; la bourgeoisie de sa peur d'une r&#233;volution. A quoi bon maintenant la police, l'arm&#233;e, les tribunaux r&#233;pressifs ? D&#232;s que les ouvriers se rebellent contre leurs exploiteurs, les sociaux-d&#233;mocrates les retiennent : &#034;&lt;/i&gt;attention &#224; la provocation, observez la plus grande discipline, la destruction des fabriques et des machines, c'est le signe d'une immaturit&#233; et d'une inconscience de classe&lt;i&gt;&#034; &lt;/i&gt; &#187;. Ce refrain s&#233;vit encore aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fonction, la social-d&#233;mocratie l'a remplie maintes fois au cours du si&#232;cle pass&#233;. Soit en participant directement au massacre (comme en Allemagne en 1918-1919 avec Noske, Ebert&#8230;) soit en contenant le prol&#233;tariat dans les limites de l'ordre, en le d&#233;sarmant au pr&#233;alable (ce fut la fonction centrale du gouvernement Allende en 1971-1973), pour &#233;viter l'insurrection co&#251;te que co&#251;te et livrer le prol&#233;tariat pieds et poings li&#233;s &#224; une r&#233;pression encore plus sanglante. Elle est une forme particuli&#232;re prise par l'Etat afin de se maintenir et de renforcer son emprise sur nos existences. Cet antagonisme fondamental entre la r&#233;volution et la r&#233;forme a pris dans l'histoire de nombreuses formes diff&#233;rentes, et il s'est cristallis&#233; dans une opposition parfois larv&#233;e, parfois ouverte, entre une tendance insurrectionnelle et une tendance gestionniste. Voil&#224; pourquoi lors des p&#233;riodes o&#249; les luttes se renforcent jusqu'&#224; se transformer en assauts plus ou moins forts contre le capital, la perspective autogestionnaire est quasi syst&#233;matiquement mise en avant : cette pratique, v&#233;cue comme une force de la lutte, revient au contraire &#224; l'enfermement du prol&#233;tariat dans &#034;son&#034; usine, &#034;son&#034; quartier, &#034;sa&#034; parcelle de terre... Si les prol&#233;taires occupent leurs lieux de travail, l'avantage pour la bourgeoisie est que l'usine occupe les ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se trouve que la perspective autogestionnaire fut d&#233;j&#224; critiqu&#233;e s&#233;v&#232;rement pour ce qu'elle est : un obstacle de taille sur la voie de l'insurrection, de la r&#233;volution. Toujours au 19&#176; si&#232;cle, un courant r&#233;formiste pr&#233;tendait arriver &#224; la soci&#233;t&#233; socialiste par des voies pacifiques, graduelles et vantait d&#233;j&#224; les m&#233;rites des coop&#233;ratives de production et de consommation. Ces lieux de production et d'&#233;change g&#233;r&#233;s par les travailleurs entretenaient l'illusion, alors tenace, d'une prise en compte progressive de leurs int&#233;r&#234;ts, d'un capitalisme progressiste travaillant petit &#224; petit &#224; une int&#233;gration ouvri&#232;re menant &#224; une soci&#233;t&#233; sans classe. C'est le social-d&#233;mocrate Bernstein qui synth&#233;tise le mieux ce courant avec cette formule : &#034;&lt;i&gt;le mouvement est tout, le but n'est rien&lt;/i&gt;&#034;. Selon ce triste sire, le d&#233;veloppement des coop&#233;ratives de production allait grignoter progressivement l'&#233;conomie capitaliste pour aboutir au socialisme. Rosa Luxembourg lui fit cette r&#233;ponse sans appel : &#034;&lt;i&gt;Les coop&#233;ratives, et d'abord les coop&#233;ratives de production sont des institutions de nature hybride au sein de l'&#233;conomie capitaliste : elles constituent une production socialis&#233;e en miniature, qui s'accompagne d'un &#233;change capitaliste. Mais dans l'&#233;conomie capitaliste l'&#233;change domine la production ; &#224; cause de la concurrence il exige, pour que puisse vivre l'entreprise, une exploitation impitoyable de la force de travail, c'est-&#224;-dire la domination compl&#232;te du processus de production par les int&#233;r&#234;ts capitalistes. Pratiquement, cela se traduit par la n&#233;cessit&#233; d'intensifier le travail, d'en raccourcir ou d'en prolonger la dur&#233;e selon la conjoncture, d'embaucher ou de licencier la force de travail selon les besoins du march&#233;, en un mot de pratiquer toutes m&#233;thodes bien connues qui permettent &#224; une entreprise capitaliste de soutenir la concurrence des autres entreprises. D'o&#249;, pour la coop&#233;rative de production, la n&#233;cessit&#233;, contradictoire pour les ouvriers, de se gouverner eux-m&#234;mes avec toute l'autorit&#233; absolue n&#233;cessaire et de jouer vis-&#224;-vis d'eux-m&#234;mes le r&#244;le d'entrepreneurs capitalistes. De cette contradiction la coop&#233;rative de production meurt, en ce sens qu'elle redevient une entreprise capitaliste ou bien, au cas o&#249; les int&#233;r&#234;ts des ouvriers sont les plus forts, qu'elle se dissout&lt;/i&gt;&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb45&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Rosa Luxembourg, R&#233;forme sociale ou r&#233;volution.&#034; id=&#034;nh45&#034;&gt;45&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or il semble qu'aujourd'hui ce type de le&#231;ons ait &#233;t&#233; oubli&#233;e et lorsque toute une vague de luttes remet sur le tapis le besoin de l'insurrection, de la dictature des besoins humains, les m&#234;mes billeves&#233;es r&#233;formistes resurgissent, sous des atours diff&#233;rents dans la forme. Si la contre-r&#233;volution l'emporte pour l'instant, c'est en partie d&#251; &#224; cette insuffisance de la critique radicale du monde capitaliste. Les illusions (que l'on retrouve un peu partout dans le monde) sur l'&#233;conomie alternative et l'autogestion montrent que la critique de l'&#233;conomie marchande est beaucoup trop partielle. Aujourd'hui il est navrant de constater que les vieilles merdes sociales-d&#233;mocrates reviennent en force et que leurs repr&#233;sentants peuvent parader sans avoir de probl&#232;mes. La perspective insurrectionnelle est per&#231;ue comme impossible (et rejet&#233;e), le &lt;i&gt;changement personnel &lt;/i&gt;et &lt;i&gt;la contre-culture&lt;/i&gt; se pr&#233;sentent comme les seuls modes d'action tenables, l'horizon capitaliste se d&#233;crit lui-m&#234;me comme paradigme indiscutable et surtout ind&#233;passable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Changer le monde sans prendre le pouvoir&lt;/i&gt;, tel est le titre de l'ouvrage de J. Holloway. L'&#233;nonc&#233; est all&#233;chant et pourrait s&#233;duire une grande partie du prol&#233;tariat, avide de r&#233;duire &#224; n&#233;ant le monde de la marchandise. On peut voir en lui une synth&#232;se de tout le fatras de contre-propositions r&#233;formistes qui a cours dans ce que nous pouvons nommer un forum de discussion permanente dont l'esprit commun est l'ensemble des propositions dites &lt;i&gt;alternatives&lt;/i&gt;au n&#233;olib&#233;ralisme en tant que structuration particuli&#232;re du capital. Il importe de voir qu'Holloway est aujourd'hui l'avant-garde du r&#233;formisme &lt;i&gt;new look&lt;/i&gt;, le renouveau de la gauche mondiale, cette derni&#232;re ayant pour notre plus grande satisfaction sombr&#233; dans un discr&#233;dit grandissant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb46&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il y a bien s&#251;r d'autres &#034;penseurs&#034; du m&#234;me acabit, comme Negri avec ses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh46&#034;&gt;46&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sa participation au forum social de Caracas en janvier 2006 montre qu'au-del&#224; de son verbiage &#034;rageur&#034; il participe activement &#224; la mystification alternativiste, il cautionne de fait tout le projet social-d&#233;mocrate de r&#233;forme du capital. Il pr&#233;cise par ailleurs qu'&#034;&lt;i&gt;il faut cr&#233;er partout un grand r&#233;seau de coop&#233;ratives autog&#233;r&#233;es et interconnect&#233;es&#8230;&lt;/i&gt;&#034;. C'est en cela qu'il s'av&#232;re embl&#233;matique de l'id&#233;ologie que nous critiquons ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon lui, nous pourrions construire des anti-pouvoirs par notre refus volontaire de continuer &#224; servir le capital. On remarquera que s'il ne parle pas de prendre le pouvoir, il parle encore moins de &lt;i&gt;le d&#233;truire&lt;/i&gt; par des actes r&#233;volutionnaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb47&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il pr&#233;cise m&#234;me dans une interview (site Bellaciao) &#034;je ne pense pas que la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh47&#034;&gt;47&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Son projet est simplissime : &#034;&lt;i&gt;la r&#233;volution s'effectue par des &#171; fissures &#187; qui vont s'agrandissant : il s'agit d'instants de refus de l'autorit&#233; et simultan&#233;ment de moment de cr&#233;ation &#171; d'autre chose &#187;&lt;/i&gt; [&#8230;]&lt;i&gt; la r&#233;volution se con&#231;oit comme la cr&#233;ation, l'expansion et la multiplication de telles fissures&lt;/i&gt;&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb48&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Intervention d'Holloway &#224; Caracas, lors du Forum social mondial de Caracas 2006.&#034; id=&#034;nh48&#034;&gt;48&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour ceux qui n'auraient pas compris : &#034;&lt;i&gt;le probl&#232;me n'est pas d'abolir le capitalisme, mais d'arr&#234;ter de le cr&#233;er&lt;/i&gt;&#034;. Selon lui nous pourrions d&#232;s maintenant cr&#233;er nos contre-pouvoirs, car nous avons&lt;i&gt; hic et nunc&lt;/i&gt; le pouvoir cr&#233;atif suffisant, ind&#233;pendamment du fait que le capital est toujours l&#224;, &#224; veiller au maintien de la paix sociale et de la bonne production et circulation des marchandises. Nous serions l&#224; &#224; faire la r&#233;volution dans ce qui constituent des interstices du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux corps arm&#233;s le b&#226;ton, &#224; la social-d&#233;mocratie la pr&#233;vention. Tous deux sont l'expression de la force de l'Etat. Lors des contre-sommets, les forces r&#233;formistes, non-violentes, estampill&#233;es &#171; anti-mondialisation &#187; ou &#171; altermondialiste &#187; ont impos&#233; leur pr&#233;sence depuis la fin des ann&#233;es 90 &#224; l'encontre des forces militantes prol&#233;tariennes, afin de se faire reconna&#238;tre aux yeux de l'Etat mondial comme force politique alternative (responsable, pacifiste, citoyenne, &#233;cologiste, etc.). Cette force s'oppose &#224; tout processus insurrectionnel : lorsque les prol&#233;taires descendent dans la rue en masse, se r&#233;approprient les marchandises, s'attaquent aux flics, s'organisent en dehors et contre les syndicats, alors elle intervient avec toute la panoplie de projets sociaux-d&#233;mocrates pour liquider la force du mouvement, pour transformer le prol&#233;tariat en un troupeau stupide. Ils ont recours aux techniques habituelles de tout Etat : de la formation de ses militants &#224; des techniques permettant de d&#233;sarmer les prol&#233;taires les plus d&#233;termin&#233;s dans les manifestations, en passant par la calomnie la plus crasse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb49&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme apr&#232;s les affrontements et l'assassinat de Carlo Giuliani &#224; G&#234;nes en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh49&#034;&gt;49&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; jusqu'&#224; organiser de grands spectacles et se mettre en sc&#232;ne comme de vulgaires pr&#233;sentateurs t&#233;l&#233; comme au premier forum de Porto Alegre (2001).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Historiquement ce d&#233;sarmement programmatique et physique du prol&#233;tariat op&#233;r&#233; par les exp&#233;riences gouvernementales de &#034;gauche&#034; tant lou&#233;es a toujours contribu&#233; &#224; d&#233;sarmer le prol&#233;tariat avant de le d&#233;faire par le sang et la terreur. La compl&#233;mentarit&#233; Allende-Pinochet en est un exemple &#233;difiant. A la veille de se faire assassiner par ceux qu'elle traitait de &#171; &lt;i&gt;sbires stupides&lt;/i&gt; &#187;, Rosa Luxembourg se fourvoyait dans son dernier article, &#034;L'ordre r&#232;gne &#224; Berlin&#034; : &#034;&lt;i&gt;votre ordre est b&#226;ti sur le sable&lt;/i&gt;&#034;&#8230; ! Pour l'optimiste Holloway &#233;galement, l'Etat est &#034;&lt;i&gt;fragile&lt;/i&gt;&#034;, cern&#233; de toutes parts par diff&#233;rentes exp&#233;riences de contre-pouvoir, ou dans l'exemple de R. Luxembourg par un prol&#233;tariat qui par sa massivit&#233; abattrait le &#034;&lt;i&gt;colosse aux pieds d'argile&lt;/i&gt;&#034;. L'Etat, comme par magie, sans qu'il puisse r&#233;agir, s'effondrerait par la gr&#226;ce de ces contre-pouvoirs qui auraient r&#233;ussi &#224; se d&#233;velopper jusqu'&#224; prendre toute la place de la soci&#233;t&#233;. Une formule plus juste pour d&#233;crire ce qu'il d&#233;fend aurait &#233;t&#233; &#034;&lt;i&gt;changer le monde &lt;strong&gt;sans s'attaquer au pouvoir&lt;/strong&gt;&#034;&lt;/i&gt;. Or changer le monde veut dire d&#233;truire le pouvoir, imposer la dictature du prol&#233;tariat &#034;&lt;i&gt;qui veut simplement d&#233;signer l'action r&#233;volutionnaire violente par laquelle le prol&#233;tariat prendra possession des instruments de travail et de la terre pour se mettre &#224; travailler en commun, dans une soci&#233;t&#233; sans exploit&#233;s ni exploiteurs&lt;/i&gt;&#034; comme l'entendait Malatesta&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb50&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Article paru dans Volont&#224;, n&#176; 8, 1er mai 1920.&#034; id=&#034;nh50&#034;&gt;50&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ou encore, comme l'&#233;crivait plus clairement M&#252;hsam, &#034;&lt;i&gt;la dictature r&#233;volutionnaire d'une classe contre l'autre est indispensable au cours du combat, mais cette dictature n'est pas autre chose que la r&#233;volution elle-m&#234;me&lt;/i&gt;&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb51&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. E. M&#252;sham, Vers la soci&#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e de l'Etat.&#034; id=&#034;nh51&#034;&gt;51&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peut faire peur de comprendre au plus profond de soi que l'Etat ne se laissera jamais d&#233;poss&#233;der de son pouvoir et se d&#233;fendra avec la plus extr&#234;me violence. C'est ce qui peut expliquer que beaucoup se reconnaissent dans cette perspective d'une r&#233;volution sans douleur, dans ce refus de prendre &#224; bras-le-corps la question du pouvoir. Il est humain d'avoir peur. Mais il est criminel de profiter de cette peur pour nous maintenir dans une paralysie impuissante. Des camarades ont &#233;crit ceci : &#034;&lt;i&gt;nous sommes pour la rupture r&#233;volutionnaire parce que nous savons que les mentalit&#233;s serviles ont besoin d'une violente secousse au m&#234;me titre que les institutions sociales, mais nous savons aussi qu'une insurrection est seulement le d&#233;but d'un changement possible et non pas une panac&#233;e&lt;/i&gt;&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb52&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. A couteaux tir&#233;s, avec l'Existant, ses d&#233;fenseurs et ses faux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh52&#034;&gt;52&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les mentalit&#233;s serviles ont effectivement besoin d'une secousse violente pour comprendre que l'on ne peut continuer ainsi, la t&#234;te dans le sable, la peur du pr&#233;sent et du lendemain au ventre. Et cette secousse n'a rien &#224; voir avec une question morale : un jour ou un autre, &#224; un moment inattendu, le capital frappe encore plus durement, le prol&#233;tariat plonge dans la mis&#232;re et c'est la r&#233;volte ou la mort. Fort heureusement, c'est plus souvent la r&#233;volte. Les prol&#233;taires n'ont plus le choix, s'ils veulent continuer &#224; vivre, &#224; voir leur prog&#233;niture grandir, se d&#233;velopper dans un cadre autre, alors il ne reste plus que le choix de la rue. Le &#034;choix&#034; de s'associer ou de mourir comme des larves, ou le &#034;choix&#034; d'&#233;difier ensemble des analyses pour comprendre ce monde, ses m&#233;canismes de d&#233;fense, son histoire et &#233;laborer des plans pour l'abattre en s'organisant en dehors et contre l'Etat, dans la perspective de la liquidation du capital par la violence de classe. Un &#034;choix&#034; d&#233;termin&#233; par le besoin de l'humanit&#233; de vivre autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me n'est pas de &lt;i&gt;vouloir&lt;/i&gt; la r&#233;volution, comme si la volont&#233; seule pouvait la rendre possible, nous opposant aux autres qui pensent que l'on peut faire autrement. Le probl&#232;me est de comprendre visc&#233;ralement que nous n'avons &lt;strong&gt;pas le choix&lt;/strong&gt;. Ce n'est pas une question de choix des moyens en fonction d'une fin, l'alternative n'existe qu'entre d&#233;truire ce monde en assumant la n&#233;cessit&#233; d'aller jusqu'au bout &lt;strong&gt;ou&lt;/strong&gt; le laisser nous broyer. Voil&#224; qui est difficile &#224; admettre &#224; cette &#233;poque qui baigne &#224; en crever dans le libre choix, o&#249; toute d&#233;cision est v&#233;cue comme l'expression de la volont&#233; personnelle, toute droite issue du &#034;&lt;i&gt;je fais comme je veux&lt;/i&gt;&#034;. Certains tentent de d&#233;montrer cette n&#233;cessit&#233;. Pourquoi pas... Mais concr&#232;tement il s'agit moins de d&#233;montrer que d'affirmer l'assumation de ce que nous pensons in&#233;luctable, en s'appuyant sur toutes les tentatives insurrectionnelles pass&#233;es pour ce faire, ainsi que sur toutes les lectures dont dispose notre classe pour approfondir la discussion. Nous ne pouvons pas nous contenter de dire que tous ces gestionnaires de notre mis&#232;re ne sont que de la merde et tomber dans une vision romantique de l'insurrection, simplifi&#233;e &#224; l'extr&#234;me. Nous avons un besoin pressant de nous r&#233;approprier toutes les tentatives d'approfondir notre saisie de la nature du capital, de tirer les le&#231;ons des luttes pass&#233;es et ainsi d'acc&#233;der &#224; une compr&#233;hension de &lt;strong&gt;la dynamique&lt;/strong&gt; du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire en guerre contre l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas de figure, que ce soit en Russie en 1917, en Espagne en 1936 ou en Argentine en 2001, avec des variations au niveau de la force du mouvement, le mouvement insurrectionnel est un ensemble de pratiques radicales simultan&#233;es en rupture avec l'atomisation des &#234;tres humains (comme le mouvement des assembl&#233;es, soviets, bouffes collectives, etc.) &lt;strong&gt;et&lt;/strong&gt; une s&#233;rie d'affrontements contre les multiples moyens r&#233;pressifs de l'Etat : ses corps arm&#233;s, ses m&#233;dias, son encadrement social-d&#233;mocrate. Un mouvement en spirale peut se mettre en place et s'&#233;largir de plus en plus, se nourrissant de sa propre dynamique. Ce mouvement de n&#233;gation de ce monde n'est &#233;videmment jamais pur, il est toujours profond&#233;ment contradictoire, il se cherche, il invente ou il se fige et se scl&#233;rose ; il peut d&#233;passer ses faiblesses internes et grandir ou bien tomber inexorablement dans la reproduction des m&#233;canismes du capital. La r&#233;appropriation d'une cantine pour bouffer ensemble, par exemple, est un acte qui &#224; un certain moment de la lutte peut renforcer l'&#233;lan r&#233;volutionnaire parce qu'il permet de renforcer l'association de ceux qui luttent &#224; travers tous les aspects de la vie. Et pourtant, si la dynamique offensive redescend, cette force peut se transformer en simple gestion de l'alimentaire, une merde caritative autog&#233;r&#233;e. Ce glissement peut h&#233;las tr&#232;s bien s'op&#233;rer malgr&#233; toute l'&#233;nergie et la sinc&#233;rit&#233; du collectif qui s'y implique. C'est pr&#233;cis&#233;ment cette contradiction latente qu'il importe de saisir, non pas pour distribuer bons et mauvais points, mais bien pour comprendre comment dans un mouvement de lutte forte le prol&#233;tariat peut en venir &#224; s'attaquer impitoyablement aux piliers du monde capitaliste tout en se donnant les outils n&#233;cessaires &#224; son offensive, pour ensuite voir ces m&#234;mes outils remplir une fonction de canalisation de la fureur prol&#233;tarienne vers des t&#226;ches de gestion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Perspectives &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les perspectives que nous mettons en avant ici partent des luttes qui se sont d&#233;velopp&#233;es en Argentine, mais dans leur ensemble elles peuvent s'appliquer, avec des variations selon le contexte, &#224; d'autres situations. Elles ne se pr&#233;tendent en aucun cas un br&#233;viaire du r&#233;volutionnaire, encore moins une liste exhaustive. Nous avons essay&#233; de centrer ces pistes sur la recherche de points de rupture avec l'id&#233;ologie autogestionnaire et toute sa pratique scl&#233;rosante, ce qui &#224; notre petit niveau est d&#233;j&#224; beaucoup. Nous pr&#233;f&#233;rons discuter avec tout camarade int&#233;ress&#233; de ces points pratiques afin d'avancer dans le renforcement de l'antagonisme de classe, plut&#244;t que sur des questions philosophiques &#224; base de concepts creux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes conditionn&#233;s pour vivre en tant que classe exploit&#233;e, &#233;cras&#233;e par des si&#232;cles de servitude, de peur. La force que nous donne la lutte peut nous lib&#233;rer de ce carcan, nous donner le courage de vaincre l'invincible, nous donner les moyens de poser les jalons d'un monde sans classe, mais si cette force s'&#233;teint alors nous ne pouvons qu'autog&#233;rer notre propre mis&#232;re, nous enterrer sous les &#034;acquis&#034;, en revenir &#224; la survie individuelle. Le rapport de force contre la bourgeoisie ne peut rester &#224; notre avantage que si l'extension du mouvement se maintient. En cela toute tentation de se renfermer sur sa petite usine ou son petit quartier ne peut &#234;tre qu'&#233;touffante. C'est en s'&#233;largissant que la lutte peut se confronter de mani&#232;re toujours plus approfondie &#224; tous les aspects mortif&#232;res de ce monde, et ainsi voir ses perspectives d&#233;passer de plus en plus l'horizon partiel et imm&#233;diat dans lequel nous sommes in&#233;luctablement englu&#233;s, malgr&#233; tous nos efforts. Soit il y a approfondissement et extension du mouvement soit le mouvement s'essouffle, se replie et l'Etat grignote &#224; nouveau des avanc&#233;es et impose t&#244;t ou tard sa dictature. Tout corps vivant, sans l'oxyg&#232;ne de la lutte ouverte contre l'Etat, l'interaction avec d'autres zones du monde o&#249; le prol&#233;tariat est en lutte, se reconnaissant comme m&#234;me classe, avec les m&#234;mes int&#233;r&#234;ts, ne peut que d&#233;p&#233;rir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette extension peut aussi bien concerner d'autres secteurs du prol&#233;tariat qui jusque l&#224; n'ont pas boug&#233; en Argentine, que d'autres pays limitrophes comme le Paraguay, l'Uruguay&#8230; dont la langue est commune. L'envoi de groupes de prol&#233;taires en lutte dans ces pays, y ayant de possibles points d'appui par le biais de la famille est tout &#224; fait envisageable. Ces groupes en chair et en os pourraient &#234;tre le t&#233;moignage vivant de la lutte, en communiquer les points forts et les &#233;cueils rencontr&#233;s, mais aussi faire comprendre que des moyens d'action similaires sont possibles&#8230; L'action de tels groupes serait de briser le mur existant entre prol&#233;taires d'autres pays. Ceux-ci auraient devant eux d'autres prol&#233;taires dans lesquels ils pourraient se reconna&#238;tre et les pousseraient &#224; agir, &#224; d&#233;passer les blocages en tout genre. Si les prol&#233;taires d'autres endroits du monde se mettent &#224; leur tour &#224; rentrer dans la danse, saisissant que la lutte de l'autre est la sienne propre, cela ne peut que renforcer partout le mouvement de destruction de l'ordre bourgeois. L'extension de la lutte est le cauchemar de la bourgeoisie, qui &#224; chaque fois que cette tendance s'est mat&#233;rialis&#233;e dans l'histoire a toujours su y opposer le parti de l'ordre mondial (voir par exemple lors des grandes luttes insurrectionnelles des ann&#233;es 1917-1923).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maints mouvements de lutte de par le pass&#233; ont montr&#233; que cela est possible et exprimaient la n&#233;cessit&#233; de respirer, de prendre l'oxyg&#232;ne de la vie ailleurs que sur le terrain imm&#233;diat, local de la lutte. Il est primordial de ne pas laisser aux m&#233;dias la possibilit&#233; d'isoler le mouvement en le d&#233;crivant comme absolument particulier et en maintenant la soumission des spectateurs impuissants ! La prise en main par le prol&#233;tariat des moyens d'expression et de communication lui a permis, &#224; Barcelone en 1936 comme &#224; Oaxaca en 2006, de s'imposer comme force face &#224; la bourgeoisie qui a mis des mois &#224; reprendre &#224; peu pr&#232;s le contr&#244;le de la situation. Le prol&#233;tariat en Argentine, d'apr&#232;s nos informations, n'a m&#234;me pas attaqu&#233; et pris en main un seul de ses centres de propagande, c'est dire sa grande faiblesse, malgr&#233; ses ruptures significatives. Cela n'est &#233;videmment pas destin&#233; &#224; &#034;r&#233;inventer les m&#233;dias&#034;, ni &#224; &#034;promouvoir une culture authentique&#034;, ni autre foutaise, mais bien de s'emparer de ces outils pour la lutte. Laisser l'appareil de propagande intact aux mains de la bourgeoisie, c'est lui laisser les mains libres pour raconter toutes les saloperies pour diviser, r&#233;primer, intoxiquer. Voil&#224; en tout cas un autre objectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre exemple. De par le pass&#233; les prol&#233;taires ont ressenti l'imp&#233;rieuse n&#233;cessit&#233; de faire de la propagande parmi les troupes arm&#233;es, de mener des actions directes, pour qu'elles ne tirent pas sur eux, pour les pousser &#224; des actes de rupture avec la discipline, pour qu'elles retournent leurs armes contre leurs officiers, pour d&#233;serter avec armes et bagages. En majorit&#233;, les corps arm&#233;s capitalistes sont form&#233;s de soldats d'extraction prol&#233;tarienne. Dans la caserne ils subissent un lavage de cerveau qui les transforment en de potentiels (ou r&#233;els) assassins de leurs fr&#232;res de classe. Dans les p&#233;riodes de luttes intenses les coups que les soldats re&#231;oivent des prol&#233;taires en lutte, la vue de leurs potes bless&#233;s, morts les obligeront &#224; choisir : continuer &#224; d&#233;fendre le capital et donc risquer au mieux la d&#233;sapprobation de leurs fr&#232;res, de leurs m&#232;res&#8230; ou pire la mort par vengeance ou alors retourner leurs armes contre leurs officiers. Tant que l'arm&#233;e reste intacte, toute tentative insurrectionnelle est vou&#233;e &#224; l'&#233;chec, tant que l'arm&#233;e ne part pas en d&#233;liquescence, autant de par ses contradictions internes qu'externes (propagande prol&#233;tarienne, coups port&#233;s contre des troupes de choc pour les d&#233;moraliser), elle reste la force dont dispose en derni&#232;re instance la bourgeoisie. Cette d&#233;liquescence peut &#234;tre favoris&#233;e par le refus de la forme militaire par les insurg&#233;s. Or le fait de discerner de mani&#232;re rigide &#034;ceux qui produisent&#034; et &#034;ceux qui se battent&#034; revient &#224; reproduire une forme du capital. D'autre part, la force du prol&#233;tariat r&#233;side dans son insaisissabilit&#233; par des coups de main, des offensives invisibles qui pourraient &#234;tre le fait de n'importe qui, et non dans un combat frontal comme serait tent&#233;e de le mener une arm&#233;e, f&#251;t-elle autog&#233;r&#233;e, &#233;lirait-elle ses officiers. Voil&#224; une autre piste de r&#233;flexion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Occuper des usines est un acte r&#233;volutionnaire, mais organiser la production en fonction des besoins de l'autonomie de l'unit&#233; productive est contre-r&#233;volutionnaire, car c'est perp&#233;tuer la logique marchande. C'est pourquoi l'objectif premier de la transformation r&#233;volutionnaire est de briser l'unit&#233; productive autonome, la logique productive de l'entreprise qui ne part que de ses int&#233;r&#234;ts priv&#233;s. En ce sens c'est briser tout particularisme, toute tendance h&#233;rit&#233;e de la soci&#233;t&#233; bourgeoise qui parcellise, cloisonne, s&#233;pare, c'est casser toute logique d'agir dans un cadre &#233;triqu&#233;, &#233;go&#239;ste. L'activit&#233; productive de chaque entreprise ne peut qu'&#234;tre centralis&#233;e. Il est certain que dans ce processus de centralisation bon nombre d'entreprises seront soit abandonn&#233;es soit d&#233;truites, soit repens&#233;es totalement afin de renforcer la lutte et donc les besoins humains. Vouloir autog&#233;rer son entreprise comme l'envisagent les autogestionnaires ne peut mener qu'&#224; la surproduction de marchandises particuli&#232;res au d&#233;triment d'autres qui manqueraient, sans compter le fait qu'il faudrait encore les acheter, d'&#234;tre encore soumis au diktat de l'argent ! Plus concr&#232;tement, voici quelques pistes. Au cours de la lutte pour la r&#233;cup&#233;ration d'entreprises il nous faudra emp&#234;cher que seuls les prol&#233;taires de &#034;leur&#034; entreprise soient concern&#233;s. Il est vital d'associer d'autres prol&#233;taires &#224; cette remise en marche de l'appareil productif, car on peut imm&#233;diatement mettre en vigueur une mesure d'importance : la baisse drastique du temps de travail. Du temps est ainsi d&#233;gag&#233; pour se consacrer &#224; la lutte, &#224; l'&#233;tude, &#224; la discussion, &#224; l'organisation d'actions, &#224; sortir du ghetto des habitudes pass&#233;es qui se r&#233;installent vite si l'on n'y pr&#234;te garde. Une telle dynamique permettrait de briser l'identification obsc&#232;ne du prol&#233;taire &#224; son travail particulier, &#224; &#034;son&#034; entreprise. On peut penser que l'objectif &#224; se donner lorsque des entreprises sont occup&#233;es, o&#249; une certaine production peut reprendre, est qu'il faut impulser &#224; ce moment un mouvement de centralisation de ces exp&#233;riences pour mettre au point rapidement un plan g&#233;n&#233;ral de r&#233;organisation de la production en fonction des besoins humains, dont le plus important, dans cette phase cruciale, est d&#233;termin&#233; par les besoins de la lutte : nourriture gratuite, v&#234;tements, fabrication d'armes en tout genre, etc. Il faudra lutter contre toute expression de f&#233;d&#233;ralisme, localisme, contre toute forme de privatisation aussi bien dans le domaine productif, que dans celui directement issu de la lutte comme le mouvement des assembl&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces perspectives de lutte ont &#233;t&#233; mises en avant par les luttes prol&#233;tariennes les plus fortes, ayant men&#233; &#224; une situation insurrectionnelle et r&#233;volutionnaire. Elles sont et doivent rester nos objectifs, dans la mesure o&#249; le rapport de force le permet, ind&#233;pendamment de toute &lt;i&gt;realpolitik&lt;/i&gt;, de toute concession soi-disant adapt&#233;e aux &#171; circonstances &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb53&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les fameuses &#034;circonstances&#034;, toujours mises en avant par la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh53&#034;&gt;53&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour autant, nous ne sommes pas partisans du tout ou rien. Nous refusons cette grille de lecture m&#233;canique consistant &#224; scinder par l'analyse une forme de r&#233;volution pure, oppos&#233;e strictement &#224; ce qu'on qualifie de contre-r&#233;volutionnaire en bloc d&#232;s la moindre faiblesse d&#233;cel&#233;e, cela justifiant une attente passive du prochain train. Car chaque mouvement de destruction du vieux monde esquisse un monde sans classe, malgr&#233; toutes ses in&#233;vitables contradictions. Relever ces faiblesses ne suppose aucun m&#233;pris, mais s'inscrit dans la tentative permanente de comprendre le mouvement qui nous anime. Et m&#234;me si dans le reflux des luttes l'&#233;touffement est in&#233;luctable, on ne peut pas croire qu'il n'y ait plus rien, chaque mouvement laisse ici et l&#224; des traces fortes. Les exp&#233;riences de remise en cause de la survie par la mise en commun d'exp&#233;rimentation touchant &#224; la production, &#224; la bouffe, au logement sont autant d'expressions d'associationnisme prol&#233;tarien qui s'accumulent. Nous pensons qu'il faut maintenir en vie cet associationnisme prol&#233;tarien, parce qu'on ne peut laisser tomber dans l'oubli toutes les exp&#233;riences accumul&#233;es au cours de ces derniers mois, sous peine de recommencer toujours tout &#224; z&#233;ro. Il y a un effort volontaire &#224; cultiver pour maintenir en vie tous ces liens forg&#233;s au feu de la lutte, sans illusion, mais autant que nous le pouvons. Des choses simples peuvent &#234;tre faites permettant que des r&#233;seaux de lutte, de r&#233;sistance se maintiennent, pour que puissent circuler des informations et des analyses sur les luttes, pour que les prol&#233;taires puissent se retrouver pour discuter, boire un coup, s'entraider, s'ouvrir &#224; la critique de ce monde. Pour que la recherche d'autonomie se maintienne, m&#234;me de fa&#231;on forc&#233;ment limit&#233;e, pour qu'&#224; travers des formalisations pr&#233;cises ou des r&#233;seaux informels subsiste et s'&#233;labore une m&#233;moire prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vital de construire des r&#233;seaux de r&#233;sistance, d'approfondir les liens cr&#233;&#233;s au plus fort de la lutte, toutefois les exp&#233;riences pass&#233;es montrent qu'il est impossible, sur le moyen terme, de maintenir un fort niveau de r&#233;sistance de ce type, c'est-&#224;-dire organis&#233;, pens&#233;, tout en restant sur le terrain de la r&#233;volution. Ces r&#233;seaux sont un produit du niveau de lutte de notre classe toute enti&#232;re. On ne peut faire abstraction de cela et penser pouvoir &#234;tre au-dessus des conflits de personnes, des petits int&#233;r&#234;ts mesquins, de la passivit&#233;, des tendances &#224; id&#233;ologiser les probl&#232;mes ou &#224; se renfermer sur soi et son petit groupe si la paix sociale domine. Tenter de maintenir l'existence de ces r&#233;seaux ne doit jamais &#234;tre une fin en soi, mais uniquement un moyen de maintenir des contacts entre diff&#233;rents noyaux de prol&#233;taires, d'entretenir une m&#233;moire de classe, de constituer une base mat&#233;rielle pour &#233;tablir des points d'appui potentiels pour des vagues futures de lutte. Il est tr&#232;s difficile de lutter contre le courant. Celui-ci nous emporte facilement tant est grand le poids du vieux monde. Un nombre important de prol&#233;taires qui ont combattu, se sont organis&#233;s, souvent pour la premi&#232;re fois de leur vie, va retourner dans les sillons que trace sans rel&#226;che la soci&#233;t&#233; bourgeoise pour nous emprisonner dans la survie et faire de nous de bons citoyens. On ne peut maintenir avec la m&#234;me force l'associationnisme prol&#233;tarien construit au cours de luttes importantes par la seule force de la volont&#233; ou des bons sentiments lorsqu'elles se cassent la gueule. Prendre en compte cette r&#233;alit&#233;, au contraire de l'&#233;lan volontariste des autogestionnaires, est essentiel pour nous &#233;viter de sombrer dans le d&#233;sespoir li&#233; au retour &#224; la normale, d&#233;sespoir pouvant entra&#238;ner la r&#233;signation fataliste pour certains ou des actes suicidaires pour d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience du MTD&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb54&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En espagnol : &#171; Movimiento de Trabajadores Desocupados &#187;, mouvement de ch&#244;meurs.&#034; id=&#034;nh54&#034;&gt;54&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Allen (Sud de l'Argentine) est importante et montre que la r&#233;flexion sur l'apr&#232;s grande vague de lutte qui s'&#233;puise est ouverte. L'interview d'un de leurs militants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb55&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le journal Macache n&#176; 2.&#034; id=&#034;nh55&#034;&gt;55&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; montre que malgr&#233; le retour de b&#226;ton, des prol&#233;taires continuent &#224; s'organiser. Tout en ayant pr&#233;cis&#233; clairement que le but du MTD Allen est la destruction du pouvoir (&#034;&lt;i&gt;pas seulement celui du syst&#232;me capitaliste, mais aussi celui que l'humanit&#233; a construit jusqu'ici. Nous voulons d&#233;truire toutes les valeurs qu'a construit jusqu'ici la pens&#233;e de la modernit&#233;, toutes&lt;/i&gt; [&#8230;]&lt;i&gt;. Nous voulons d&#233;truire le pouvoir et d&#233;truire l'Etat, les r&#233;duire en miettes. Ni l'encadrer, ni rien. Pas une merde d'encadrement : nous voulons le d&#233;truire.&lt;/i&gt;&#034;), il avance la perspective de continuer &#224; s'organiser tout en sachant que l'Etat est l&#224; pour d&#233;truire toutes ces tentatives organis&#233;es de lutte de l'int&#233;rieur, en partant de certaines expressions du mouvement : &#034;&lt;i&gt;Il y a ceux qui disent que Kirchner &#233;merge de toute la lutte sociale. Nous en avons une autre d&#233;finition. C'est un tampon qui vient freiner l'insurrection sociale en Argentine. Et il le fait en reconstruisant le pouvoir et les institutions&#8230; Toute recherche de consensus suppose toujours la r&#233;pression. Le consensus pour la bourgeoisie et l'Etat, c'est la r&#233;pression. Pas une r&#233;pression ouverte qui pers&#233;cute les &lt;/i&gt;piquetes&lt;i&gt;, qui tue des gens dans la rue. Non, &#231;a, il sait qu'il ne peut pas le faire, qu'il doit agir d'une autre mani&#232;re. Pour d&#233;truire le mouvement social, il a besoin de le r&#233;f&#233;rencer, de l'institutionnaliser, qu'il se verticalise, il a besoin de l'acheter avec de l'argent, mais surtout en instrumentalisant une politique r&#233;pressive. Textuellement les mots de Kirchner : &#034;&lt;/i&gt;nous devons copier le mouvement social qui de rien, de la pauvret&#233;, a fait ce qu'il a fait&lt;i&gt;&#034;. Cela signifie que tous les projets de sant&#233;, d'&#233;ducation, d'ateliers productifs que nous sommes en train de construire aujourd'hui, l'Etat les fera. Il va les semer autour de nous. Et plus il sera proche des mouvements sociaux qui font &#231;a et plus il va r&#233;primer. Il va semer des coop&#233;ratives, offrant de bons salaires aux &lt;/i&gt;compa&#241;eros &lt;i&gt;pour qu'ils y travaillent. Ca, c'est une politique r&#233;pressive. Mais c'est aussi un d&#233;fi pour nous, si nous ne sommes pas capables de le relever, de retourner ce processus en continuant &#224; construire avec les instruments que nous avons, pour g&#233;n&#233;rer de nouvelles relations &lt;/i&gt; [&#8230;]&lt;i&gt;. Si nous cr&#233;ons des cantines seulement pour que les &lt;/i&gt;compa&#241;eros &lt;i&gt;mangent, alors nous sommes cons. Si on croit que produire dans une ferme c'est simplement en r&#233;colter les l&#233;gumes pour que les &lt;/i&gt;compa&#241;eros &lt;i&gt;mangent, alors nous sommes vraiment tr&#232;s cons&#8230; Si on ne sait pas &#224; partir de la ferme et de tout ce que nous jette l'Etat, &#234;tre les constructeurs d'une nouvelle relation sociale, de nouvelles valeurs, d'une nouvelle subjectivit&#233;, on ne serait pas en train de parier sur un nouveau 19/20&lt;/i&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est important est de se pr&#233;parer pour des nouvelles luttes tr&#232;s fortes. Une des t&#226;ches dont ne parle pas ce camarade est de tirer le bilan des luttes pass&#233;es, en particulier mettre le doigt sur les faiblesses qui avec le temps se sont transform&#233;es en force de la contre-r&#233;volution. Pour la prochaine vague de lutte, nous devons &#234;tre intransigeants avec ces faiblesses et organiser pour l'heure des discussions autour des le&#231;ons &#224; retenir. La force du mouvement a endurci nombre de prol&#233;taires qui, sur sa lanc&#233;e, ont l'&#233;nergie pour maintenir en vie des r&#233;seaux de r&#233;sistance, de ceux dont parle ce camarade. Pourtant nous devons le mettre en garde contre toute illusion sur la possibilit&#233; de construire &#034;&lt;i&gt;une nouvelle relation sociale, de nouvelles valeurs, une nouvelle subjectivit&#233;&lt;/i&gt;&#034;, car bien souvent ces mots, qui ne sont pas neutres et employ&#233;s au hasard, signifient que l'on pourrait construire des &#238;lots de communisme dans une p&#233;riode o&#249; le poids de l'appareil d'Etat, de l'id&#233;ologie dominante qui n'est rien d'autre que l'id&#233;ologie de la classe dominante, est &#233;crasant. Nos efforts pour maintenir en vie l'associationnisme prol&#233;tarien ne se drapent pas dans les plis d'une id&#233;ologie volontariste, dont le propre est de ne pas tenir compte du rapport de force entre les classes et croit ainsi que c'est la seule volont&#233; qui animerait la mati&#232;re, la mettrait en mouvement. Nos efforts sont plus prosa&#239;ques et discrets, ce qui compte est que les r&#233;seaux de la r&#233;sistance continuent &#224; irriguer la vie du prol&#233;tariat. Dans cette p&#233;riode de marasme relatif, il nous faut nous d&#233;faire de toute forfanterie, abandonner les illusions sur notre capacit&#233; &#224; &#171; &lt;i&gt;secouer les masses &lt;/i&gt; &#187; et construire les outils dont nous avons besoin sans verser dans le d&#233;lire narcissique et creux des contre-pouvoirs, des &#238;lots anticapitalistes ou de l'autogestion de notre propre mis&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Annexe 1. Pr&#233;sentation et texte.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le bulletin &lt;i&gt;Lip-unit&#233;&lt;/i&gt; &#233;tait la feuille de chou officielle de la lutte Lip. Il &#233;tait produit par des partisans des &lt;i&gt;Cahiers de Mai&lt;/i&gt;, organis&#233;s en dehors des syndicats, mais travaillant &#224; rabattre les oies &#233;gar&#233;es pour les remettre dans le giron syndicaliste. Des camarades avaient &#224; l'&#233;poque op&#233;r&#233; un d&#233;tournement critique de cette brochure en en reprenant le titre mais en en changeant radicalement le contenu. Nous en reproduisons ici un chapitre intitul&#233; &#034;Les syndicats, copropri&#233;taires de la classe ouvri&#232;re&#034;, mais nous pouvons bien s&#251;r envoyer une photocopie de l'exemplaire entier &#224; qui le demanderait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte pr&#233;sente quelques aspects importants. Le premier est de d&#233;noncer les diff&#233;rentes forces politiques sociales-d&#233;mocrates (partis de gauche, syndicats, gauchistes&#8230;) ayant contribu&#233; activement &#224; transformer la lutte des prol&#233;taires de Lip en une lutte pour la d&#233;fense de l'emploi passant par la d&#233;fense de l'entreprise Lip, autog&#233;r&#233;e ou non. Le deuxi&#232;me est de dire que la voie de la g&#233;n&#233;ralisation, de l'extension de la lutte est vitale pour que les prol&#233;taires puissent imposer un rapport de force durable et allant dans la voie de l'approfondissement. Ce n'est pas pour rien que les forces ennemies pr&#233;sentes au sein m&#234;me du monde ouvrier d&#233;ploient le maximum d'efforts pour aller dans le sens d'un retour &#224; la &#034;normale&#034;, de pr&#244;ner le repli sur soi : m&#233;tro-boulot-dodo et surtout que rien ne change ! Nous ne pouvons &#233;videmment pas demander aux gauchistes, aux syndicats d'affirmer haut et fort que la s&#233;questration des cadres, la confiscation d'un stock de 25000 montres et des pi&#232;ces n&#233;cessaires au bon fonctionnement des machines, le fait de se payer soi-m&#234;me gr&#226;ce au fruit des ventes sauvages de montres&#8230; sont autant d'actes qui remettent en question la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et permettent de faire basculer le rapport de force en notre faveur. Leur sale boulot c'est de faire l'apologie de la relance de la production pour que Lip vive, c'est-&#224;-dire en clair : &lt;strong&gt;vive l'entreprise Lip&lt;/strong&gt; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce deuxi&#232;me point fort d&#233;coule le troisi&#232;me : il ne s'agit pas d'&#234;tre manich&#233;en avec d'un c&#244;t&#233; les bons prol&#233;taires purs qui se font rouler dans la farine et de l'autre les m&#233;chants qui les manipulent. Si nous nous faisons avoir r&#233;guli&#232;rement, c'est notre responsabilit&#233; de ne pas prendre en charge plus fortement notre lutte et de remettre notre force aux syndicats, aux gauchistes qui l'utilisent pour appuyer telle ou telle solution bourgeoise pour &#034;sortir de la crise&#034; avec une solution r&#233;aliste. W. Reich disait ce que la psychologie sociale devait pouvoir expliquer, ce n'&#233;taient pas les &#034;&lt;i&gt;raisons qui poussent l'homme affam&#233; ou exploit&#233; au vol ou &#224; la gr&#232;ve mais&#8230; pourquoi la majorit&#233; des affam&#233;s ne volent pas, pourquoi la majorit&#233; des exploit&#233;s ne se met pas en gr&#232;ve&lt;/i&gt;&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb56&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#034;Qu'est-ce que la conscience de classe&#034;.&#034; id=&#034;nh56&#034;&gt;56&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans le cas de Lip, comme de bien d'autres luttes, nous retrouvons un des points forts de la contre-r&#233;volution, qui est la d&#233;fense de toute une vie bas&#233;e sur le travail salari&#233;. Tant que le travail est v&#233;n&#233;r&#233;, il est difficile de concevoir une extension dynamique d'une lutte particuli&#232;re. Ce qui l'emporte c'est une sorte de pesanteur, d'immobilisme. Les prol&#233;taires peinent &#224; aller de l'avant, enracin&#233;s dans tout un entrelacs d'habitudes et de petits riens qui font toute une vie &#034;normale&#034;. Ce qui peut pousser &#224; casser avec ce sch&#233;ma ne peut &#234;tre que l'extension et la rencontre avec d'autres luttes qui brisent la norme en mettant en avant d'autres questions que la d&#233;fense de l'emploi sur laquelle focaliseront syndicats et gauchistes. Dans une s&#233;rie d'interviews donn&#233;es &#224; l'&#233;poque de Lip nous pouvons lire ces quelques lignes &#233;clairantes : &#034;&lt;i&gt;L'emploi a &#233;t&#233; le d&#233;tonateur et en m&#234;me temps le pi&#232;ge. Le conflit Lip, en effet, est n&#233; et s'est d&#233;velopp&#233; dans une bo&#238;te o&#249; les pouvoirs &#233;taient partag&#233;s : du c&#244;t&#233; patronal, le patron jouait un r&#244;le plus ou moins progressiste ; du c&#244;t&#233; ouvrier, les centrales syndicales fonctionnaient &#224; plein et revendiquaient sur ce qui est leur domaine propre. Dans des bo&#238;tes comme celle-l&#224; (elles semblent de plus en plus nombreuses) on peut se demander s'il est possible de d&#233;boucher sur autre chose qu'une lutte pour l'emploi, contre les licenciements, pour la restructuration de certaines t&#226;ches, pour les augmentations de salaires&#8230; A Lip, le probl&#232;me de l'emploi a &#233;t&#233;, &#224; certains moments de la lutte, un alibi. Tous les probl&#232;mes que l'on n'a pas pos&#233; : ceux du couple, de la vie sexuelle, de la nervosit&#233; et de la fatigue des gens durant le conflit, des loisirs, et combien d'autres&#8230; ne l'ont pas &#233;t&#233;, soi-disant, pour des raisons tactiques. Les travailleurs et certains leaders se sont dit : &#034;&lt;/i&gt;il y a tels ou tels probl&#232;mes que l'on n'a pas pos&#233;s : ceux du couple, de la vie sexuelle, de la lutte&lt;i&gt;&#034; ; donc tous, en rangs d'oignons, derri&#232;re : &#034;&lt;/i&gt;non au d&#233;mant&#232;lement, non aux licenciements&lt;i&gt;&#034;. Au fond de toutes ces questions qui n'ont pas &#233;t&#233; pos&#233;es, il y a, en fin de compte, une remise en cause de la soci&#233;t&#233;, une remise en cause globale ; et cette globalisation s'est trouv&#233;e refus&#233;e. C'est tr&#232;s grave parce que si dans tout conflit on reste, ainsi, finalis&#233; uniquement par un probl&#232;me de l'emploi (probl&#232;me qui finalement se r&#233;sout par une r&#233;int&#233;gration dans une usine o&#249; l'on retrouve les m&#234;mes m&#233;canismes, les m&#234;mes patrons, la m&#234;me petite vie) il y a quelque chose qui ne tourne pas rond&lt;/i&gt;&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb57&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. la revue Fr&#232;res du monde n&#176; 84-85.&#034; id=&#034;nh57&#034;&gt;57&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce qui ne tourne pas rond, c'est la difficult&#233; &#224; casser tous les sch&#233;mas de survie qui se sont faits corps en nous. Mais faisons attention &#224; ne pas tomber dans une critique moraliste o&#249; l'issue d'une lutte ne d&#233;pend que de la volont&#233; pure des uns et des autres. Il y a de quoi &#234;tre en porte-&#224;-faux &#224; se mettre dans l'ill&#233;galit&#233; (vol des montres) alors que la soci&#233;t&#233; nous apprend depuis tout jeune &#224; respecter la propri&#233;t&#233; et &#224; faire en sorte que nous soyons nous-m&#234;mes reproducteur volontaire de cette soumission. D'o&#249; la reculade qui s'est concr&#233;tis&#233;e lors de la premi&#232;re paie sauvage : les salaires &#233;taient toujours calcul&#233;s selon les crit&#232;res hi&#233;rarchiques ant&#233;rieurs. Un ouvrier ne pouvait toucher autant qu'un chef ! C'est seulement la capacit&#233; &#224; d&#233;velopper des luttes radicales, sans concession, en prenant nos responsabilit&#233;s d'&#234;tres humains capables de transformer les relations sociales, de casser les habitudes que nous pourrons aller dans le sens de notre &#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Texte : Les syndicats, copropri&#233;taires de la classe ouvri&#232;re&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le 14 ao&#251;t &#224; Besan&#231;on, des milliers d'ouvriers de toute la r&#233;gion affrontaient spontan&#233;ment les CRS autour de l'usine Lip malgr&#233; le sabotage &#233;vident de la CGT et l'opposition insidieuse de la CFDT. Six semaines plus tard, des dizaines de milliers de manifestants, regroup&#233;s derri&#232;re les organisations &#034;officielles&#034; participaient pieusement &#224; l'enterrement folklorique du mouvement. Le 14 ao&#251;t, la &lt;strong&gt;classe&lt;/strong&gt; &#233;tait dans la rue, par-del&#224; les barri&#232;res d'entreprises, par-del&#224; les carcans syndicaux. Le 29 septembre, c'&#233;tait une pi&#233;taille d'individus encadr&#233;s, embrigad&#233;s et mystifi&#233;s qui ent&#233;rinait dans les faits par sa pr&#233;sence passive le monopole des syndicats, l'occupation polici&#232;re de l'usine et l'isolement d&#233;finitif de Lip. Tous les &#034;&#233;changes d'exp&#233;riences&#034; et autres d&#233;licatesses gauchistes ne p&#232;sent pas lourd devant ce &lt;strong&gt;fait&lt;/strong&gt;. Mais le grand carnaval unitaire n'a &#233;t&#233; que l'un des derniers actes d'un processus de mystification et de contr&#244;le o&#249; chacun, CGT, Piaget, CFDT, gauchistes et partis de gauche a tenu le r&#244;le qui lui est d&#233;volu, consciemment ou non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que la CGT cogne les ouvriers qui veulent affronter les CRS et que la CFDT d&#233;sapprouve la violence, R&#233;volution loue sa place dans le parking des organisations responsables apr&#232;s avoir f&#233;licit&#233; le Comit&#233; d'Action&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb58&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(Note explicative) : Le Comit&#233; d'Action (CA) fut cr&#233;&#233; en avril 1973 sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh58&#034;&gt;58&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de Lip d'avoir &#034;&lt;i&gt;refus&#233; l'anti-syndicalisme sommaire&lt;/i&gt;&#034; et les in&#233;narrables &lt;i&gt;Informations Ouvri&#232;res&lt;/i&gt; (OCI) demandent aux syndicats de d&#233;cr&#233;ter la &#8230; gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale ! Alors que JJSS&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb59&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(Note explicative) : JJSS= Jean-Jacques Servan-Schreiber.&#034; id=&#034;nh59&#034;&gt;59&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; en compagnie d'une bonne fraction de la bourgeoisie lib&#233;rale place le droit au travail au-dessus du droit &#224; la propri&#233;t&#233; individuelle, &lt;i&gt;Rouge&lt;/i&gt; et l'AMR r&#233;clament la nationalisation de l'entreprise. Enfin, alors que Ceyrac se d&#233;clare &#034;&lt;i&gt;disciple d'une certaine notion d'autogestion&lt;/i&gt;&#034;, Lutte Ouvri&#232;re pr&#233;cise sa pens&#233;e : &#034;&lt;i&gt;l'usine et sa production appartiennent aux travailleurs qui avaient fabriqu&#233; ces montres et permis par leur travail le d&#233;veloppement de cette entreprise&lt;/i&gt;&#034;. Les ouvriers sont beaux, les ouvriers sont gentils, tout le monde il est d'accord. Toute &#034;l'extr&#234;me-gauche&#034; a contribu&#233; &#224; l'&#233;touffement des possibilit&#233;s d'extension de la lutte par leur participation &#224; l'op&#233;ration : ISOLEMENT-DE-LIP-PAR-SON-APOLOGIE. Cependant, s'il est n&#233;cessaire de d&#233;noncer tous ceux dont l'agitation fr&#233;n&#233;tique constitue la caution ultime des organes capitalistes dans notre classe - il faut &#233;viter de sombrer dans l'id&#233;alisme qui consiste &#224; expliquer les &#233;v&#233;nements par la pure mystification. D&#232;s qu'on creuse un peu, on s'aper&#231;oit que la facilit&#233; avec laquelle celle-ci s'effectue, s'explique d'abord par la nature et &lt;strong&gt;les limites&lt;/strong&gt; de la lutte et par le niveau de conscience des ouvriers. Si les mystificateurs augmentent la confusion, c'est d'abord parce qu'ils s'en nourrissent. C'est des difficult&#233;s que rencontre la reprise des luttes, dans la classe elle-m&#234;me, qu'il faut partir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LES LIMITES D'UNE LUTTE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ind&#233;pendamment de ses aspects particuliers, la lutte de Lip s'inscrit dans une double tendance propre &#224; la mont&#233;e ouvri&#232;re actuelle. Cette reprise se caract&#233;rise d'un c&#244;t&#233; par une combativit&#233; croissante, des initiatives audacieuses et de l'autre, par une r&#233;ticence &#224; l'extension, un repli sur l'usine, un corporatisme d&#233;fensif, comme on le verra plus loin. Ce qui est frappant chez Lip, c'est la combinaison telle que le niveau de la combativit&#233; revendicative devient incompatible avec l'isolement de la lutte et que l'intervention de l'Etat pose les conditions d'un saut brutal : la g&#233;n&#233;ralisation dans la rue, et l'entr&#233;e sur l'ar&#232;ne politique d'une fraction de la &lt;strong&gt;classe&lt;/strong&gt;, au-del&#224; des divisions d'entreprises (14 ao&#251;t). La saisie des montres et leur vente ne repr&#233;sentaient pas en &lt;strong&gt;elles-m&#234;mes&lt;/strong&gt; une forme de lutte qualitativement sup&#233;rieure aux autres actions ill&#233;gales qui se sont r&#233;pandues depuis 1968, (occupations, s&#233;questrations, arr&#234;t des fours &#224; P&#233;chiney, etc&#8230;). C'est bien pourquoi d'ailleurs la CFDT gauchisante locale a pu ent&#233;riner cette initiative, en bon syndicat &#034;combatif&#034; pr&#234;t &#224; employer toutes les m&#233;thodes &#233;conomiques de pression. Mais au-del&#224; de l'adoption par les ouvriers de cette &lt;strong&gt;forme&lt;/strong&gt; d&#233;fensive circonstancielle, porteuse d'illusions autogestionnaires et seulement applicable dans certaines branches marginales, il y avait autre chose dont les syndicats mesuraient mal la profondeur. A un certain stade de m&#251;rissement de la combativit&#233;, celle-ci entre en conflit avec le maintien du combat sur le plan &#233;conomique. Entre l'extr&#234;me audace ill&#233;gale dont ont fait preuve les ouvriers de Lip, la fa&#231;on dont celle-ci a &#233;t&#233; ressentie par l'ensemble de la classe et le mouvement imm&#233;diat de mobilisation politique de 10.000 ouvriers de la r&#233;gion, il y a bien l&#224; un lien. Ce lien est celui de l'exasp&#233;ration des conflits revendicatifs isol&#233;s qui peuvent de moins en moins aboutir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut le dire carr&#233;ment : &#224; aucun moment les travailleurs de Lip n'ont franchi le pas vers l'extension de la lutte, sa g&#233;n&#233;ralisation ; ils ont toujours consid&#233;r&#233; leur combat comme &lt;strong&gt;d&#233;fensif&lt;/strong&gt; (on peut r&#233;clamer &#224; un patron en usant de moyens extr&#234;mes). A aucun moment ne s'est d&#233;gag&#233;e une tendance, m&#234;me minoritaire, qui ait perc&#233; &#224; jour le double jeu de la CFDT (combativit&#233; mais enfermement et cloisonnement de la lutte sur le plan de l'usine, appel &#224; la solidarit&#233; financi&#232;re des individus mais sabotage de la solidarit&#233; active et politique, en actes, de la &lt;strong&gt;classe&lt;/strong&gt;, au moment d&#233;cisif). M&#234;me au sein du Comit&#233; d'Action, aucune voix ne s'est &#233;lev&#233;e contre le don de la premi&#232;re montre au conseil municipal, contre le monopole de fait des syndicats sur la conduite de la gr&#232;ve, contre le torpillage de la manifestation du 14, contre le langage &#034;&lt;i&gt;responsable&lt;/i&gt;&#034; et patriote de l'Intersyndicale, contre la r&#233;cup&#233;ration par la &#034;gauche&#034;, contre &lt;strong&gt;l'interdiction faite au CA de prendre la parole le 29 septembre&lt;/strong&gt;, etc. (A ce stade, il appara&#238;t qu'une action violente, m&#234;me minoritaire, visant &#224; restituer le droit de parole &#224; tous, serait per&#231;ue comme une garantie contre les manipulations bureaucratiques, quelle que soit l'importance du rassemblement).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; Pire encore, il a r&#233;gn&#233; une sorte de terrorisme latent contre toute remise en cause radicale du contr&#244;le syndical de la gr&#232;ve. Quand quelques travailleurs ont tent&#233; de dire que la CFDT et la CGT se foutaient d'eux en prenant pr&#233;texte de la n&#233;cessit&#233; de tenir compte de la CGC et de FO (inexistants dans la lutte), leur intervention fut noy&#233;e dans les hu&#233;es des pr&#233;sents. Cet &#233;pisode indique clairement que &lt;strong&gt;l'ensemble des travailleurs ressentait le besoin de se rassurer aupr&#232;s de leur papa-syndicat afin de contrebalancer l'ill&#233;galit&#233; de l'affaire&lt;/strong&gt;. M&#234;me les travailleurs les plus radicaux, regroup&#233;s dans le CA ont accept&#233; dans les faits de servir de caution &#034;imaginatrice&#034;, &#034;d&#233;mocratique&#034; &#224; la direction syndicale de la lutte. Ils ont accept&#233; d'&#234;tre un forum de discussion, de &#034;ferment&#034;, d'initiatives secondaires et n'ont jamais remis en cause la pr&#233;tention dictatoriale des syndicats &#224; &#234;tre les repr&#233;sentants institutionnels de la gr&#232;ve. M&#234;me au moment le plus flagrant, le 14 ao&#251;t, quand les syndicats ont pes&#233; de tout leur poids sur les possibilit&#233;s de d&#233;veloppement les membres du CA se sont content&#233;s, au mieux, de participer activement aux bagarres, sans jamais d&#233;noncer clairement la responsabilit&#233; de la CFDT dans le d&#233;tournement de la manifestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne veut pas dire qu'il n'y ait pas eu des &#233;l&#233;ments qui ont ressenti confus&#233;ment ces choses. Vers la fin septembre, le CA commen&#231;ait &#224; rechigner devant la fa&#231;on dont la CFDT conduisait les n&#233;gociations. Mais l'absence d'expression concr&#232;te et cristallis&#233;e de ce malaise atteste, d'une part de sa confusion et, d'autre part, de l'ambiance &#034;responsable&#034;, pro-syndicale, de l'esprit corporatiste de l'ensemble des travailleurs, ambiance qui &#233;touffait toute vell&#233;it&#233; d'expression d'un courant r&#233;volutionnaire. Il en va de m&#234;me, &#224; un autre niveau, de l'ensemble des travailleurs de la r&#233;gion qui, bon gr&#233; mal gr&#233;, et apr&#232;s quelques bousculades ont renonc&#233; &#224; affronter les &#034;&lt;i&gt;casques bleus&lt;/i&gt;&#034; de la CGT qui d&#233;tournaient la manifestation, et sont revenus se heurter aux CRS &lt;strong&gt;plus tard, alors que la possibilit&#233; d'une riposte de masse &#233;tait pass&#233;e&lt;/strong&gt;. On peut donc d&#233;monter l'op&#233;ration de mystification et d'isolement effectu&#233;e par la CGT-CFDT, aid&#233;es par les gauchistes, en situant cette gr&#232;ve comme un &lt;strong&gt;moment extr&#234;me d'une intensification des luttes, rest&#233; en-de&#231;&#224; de la g&#233;n&#233;ralisation et de la rupture avec les syndicats&lt;/strong&gt;. Il est &#233;vident que le CA n'a pu s'exprimer, ou tr&#232;s peu, parce que la dictature des syndicats ne peut admettre l'apparition d'une troisi&#232;me force (cas de Lip : deux syndicats rivaux et unis, le CA troisi&#232;me larron), plus ou moins autonome et qui pourrait les d&#233;border sur leur gauche. Un mai 68 leur suffit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb60&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(note dans le texte d'origine) : Tout au plus, les syndicats de &#034;gauche&#034; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh60&#034;&gt;60&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cela a pu se produire, c'est surtout d&#251; au fait que les r&#233;volutionnaires que nous sommes ou que nous voulons &#234;tre, sommes rendus timor&#233;s par des si&#232;cles d'oppression et d'atavisme et que nous avons des scrupules &#224; employer certains proc&#233;d&#233;s et que nous avons du nous faire violence - pour dire qu'ils sont n&#233;cessaires si nous voulons arriver &#224; nous exprimer. Le fait de s'exprimer est une forme de pouvoir et c'est pour cela que les syndicats essayent d'en garder le monopole en tant que force organis&#233;e, tout au plus tol&#232;rent-ils que des individus puissent s'exprimer en tant qu'individus, mais il en va autrement pour une tendance. Et la seule alternative qu'ils laissent, c'est la lutte ; pour arriver &#224; pouvoir s'exprimer il nous faut ne pas h&#233;siter &#224; envisager tous les moyens y compris les plus radicaux, car la bureaucratie ne nous c&#233;dera pas ce pouvoir, pas plus que la classe dominante ne c&#233;dera son pouvoir d'exploitation, mais les exploiteurs que ce soit ceux de la classe ou ceux du prol&#233;tariat en c&#233;deront que par une d&#233;faite militaire de leur part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA MYSTIFICATION&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La production et la vente des montres a imm&#233;diatement d&#233;clench&#233; un d&#233;ferlement d'apologies les plus diverses. Les bourgeois &#233;clair&#233;s, tout en se plaignant du caract&#232;re ill&#233;gal de la chose, f&#233;licitaient les travailleurs de &#034;&lt;i&gt;leurs sens de l'entreprise&lt;/i&gt;&#034; (Ceyrac), de leur &#034;&lt;i&gt;d&#233;fense de l'outil de travail&lt;/i&gt;&#034; (Bidegain, CNPF). Messmer exprimaient sa &#034;&lt;i&gt;compr&#233;hension&lt;/i&gt;&#034; et Edgar Faure son &#034;&lt;i&gt;int&#233;r&#234;t&lt;/i&gt;&#034;. Quant &#224; Servan-Schreiber, il prenait vaillamment la d&#233;fense des ouvriers francs-comtois, attach&#233;s &#224; leurs int&#233;r&#234;ts &lt;i&gt;locaux &lt;/i&gt; et victimes de l'abominable bureaucratie parisienne. Tout ce qui n'est pas trop abruti dans la classe capitaliste laissait &#233;chapper un cri de c&#339;ur qu'on peut r&#233;sumer ainsi : &#034;&lt;i&gt;il y a quand m&#234;me quelque chose d'&#233;mouvant dans cet attachement des ouvriers &#224; leur usine&lt;/i&gt;&#034;. Sous-entendu : &#034;&lt;i&gt;s'il le faut, l'autogestion&lt;/i&gt;&#034; - car en fin de compte, la forme de propri&#233;t&#233; est secondaire, ce qui importe, c'est de pouvoir continuer &#224; exploiter des prol&#233;taires. Et du haut des chaires de Besan&#231;on, les pr&#234;tres r&#233;percutaient la sentence de l'archev&#234;que Lallier (surnomm&#233; &#034;l'alli&#233; des patrons&#034;) : &#034;&lt;i&gt;la volont&#233; de Dieu, c'est le droit au travail&lt;/i&gt;&#034;. Ces &#034;soutiens publics&#034;, au moment o&#249; le spectacle se concentrait sur Lip, devaient n&#233;cessairement assurer la publicit&#233; de leur soutien. Chacun escomptant de la sorte capitaliser quelques miettes pour augmenter le prestige de leurs images d&#233;fra&#238;chies. Tous ces id&#233;ologues rapi&#233;c&#233;s se sont &#233;merveill&#233;s devant l'exp&#233;rience Lip devenue pour eux l'&#233;bauche de r&#233;alisation pratique des divers projets crachot&#233;s sur l'&#034;autogestion&#034;, le &#034;contr&#244;le ouvrier&#034;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le doigt montre la lune, l'imb&#233;cile regarde le doigt. En attendant, ils glorifient cette &#034;gestion ouvri&#232;re&#034;, faisant &lt;strong&gt;d'une n&#233;cessit&#233; du moment une vertu &#233;ternelle. Alors que la plupart des ouvriers luttent pour un &#034;salaire de survie&#034;, les bureaucrates s'attachent &#224; d&#233;fendre la survie du salariat&lt;/strong&gt;. Mitterrand y voit m&#234;me un signe de &#034;&lt;i&gt;m&#251;rissement des travailleurs de notre pays&lt;/i&gt;&#034; (le Monde), sans doute pour faire assurer prochainement cette gestion du capital par les ouvriers eux-m&#234;mes, c'est-&#224;-dire l'autogestion de leur mis&#232;re. Lorsqu'il s'employait &#224; g&#233;rer activement le vieux monde, le m&#234;me Mitterrand, Ministre de l'Int&#233;rieur en 1955, avait fait intervenir la police &#224; Saint-Nazaire contre les ouvriers en gr&#232;ve. Comme les autres, il aura au moins su mettre son fauteuil dans le sens de l'histoire ! aux grandes orgues religieuses s'est joint l'in&#233;vitable pathos gauchiste. Les anarchistes, r&#233;veill&#233;s en sursaut, acclamaient la coop&#233;rative triomphante. &lt;i&gt;La Cause du Peuple&lt;/i&gt; interrompait son bourrage de cr&#226;ne populiste et chauvin pour permettre &#224; ses Sherlock Holmes de Bruay-en-Artois&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb61&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(note explicative) : Dans cette ville du nord de la France une fille de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh61&#034;&gt;61&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de d&#233;lirer sur le &#034;&lt;i&gt;pouvoir ouvrier&lt;/i&gt;&#034;, sur les &#034;&lt;i&gt;ouvriers qui se constituent en communaut&#233;&lt;/i&gt;&#034;, &#034;&lt;i&gt;la mort de l'entreprise CAPITAL&lt;/i&gt;&#034;, et supr&#234;me connerie - &#034;&lt;strong&gt;l'usine humaine&lt;/strong&gt;&#034;. Enfin, Lutte ouvri&#232;re, toujours pr&#234;te &#224; dire n'importe quoi pour flatter les tendances petite-bourgeoises des ouvriers, vitup&#233;rait contre la vilaine direction qui a &#233;t&#233; &#034;&lt;i&gt;incapable&lt;/i&gt;&#034; de &#034;&lt;i&gt;g&#233;rer l'entreprise de fa&#231;on saine&lt;/i&gt;&#034; et applaudissait les gentils travailleurs qui &#034;&lt;i&gt;estimaient avoir autant de droit sur l'usine que la direction, les actionnaires, etc.&lt;/i&gt;&#034;. Pour LO, les montres &#034;&lt;i&gt;appartiennent&lt;/i&gt;&#034; aux ouvriers de Lip. Faut-il en conclure que les canons &#034;&lt;i&gt;appartiennent&lt;/i&gt;&#034; aux poin&#231;onneurs ? (m&#234;me connerie chez certains conseillistes : &#034;&lt;i&gt;&#8230;la seule critique en actes que les licenci&#233;s potentiels peuvent opposer pour l'instant au capital et &#224; sa logique du profit n'est rien moins que l'appropriation &lt;strong&gt;de ce qu'ils produisent&#8230;&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&#034;. Nous disons : la transformation consciente de leur production en fonction de leurs propres besoins et d&#233;sirs). Quant aux ch&#244;meurs et aux centaines de millions de cr&#232;ve-la-faim du tiers-monde, ils pourront sans doute toujours vendre ce qui leur &#034;&lt;i&gt;appartient&lt;/i&gt;&#034;, c'est-&#224;-dire leurs haillons et leurs estomacs vides aux bons petits ouvriers de Lip qui eux, au lieu de tra&#238;ner dans les rues de Calcutta ou de Rio, ont permis &#034;&lt;i&gt;par leur travail le d&#233;veloppement de cette entreprise&lt;/i&gt;&#034; ! La d&#233;magogie contre-r&#233;volutionnaire est un ab&#238;me sans fond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trotskistes de &lt;i&gt;Rouge&lt;/i&gt; ont &#233;vit&#233; pour l'instant de rejoindre l'immense fanfare autogestionnaire, mais c'est pour ressortir leur lamentable &#034;&lt;i&gt;nationalisation sous contr&#244;le ouvrier&lt;/i&gt;&#034;, leur programme de capitalisme d'Etat avec participation ouvri&#232;re. Ils sont fid&#232;les &#224; L&#233;nine, en cela, qui entend par nationalisation de l'entreprise, d'une part un nouveau rapport de propri&#233;t&#233; entre travailleurs et celle-ci, et d'autre part, le fait que sa gestion soit assur&#233;e par des fonctionnaires nomm&#233;s par l'Etat. Le r&#233;sultat de tout ceci est un &#233;tat de choses b&#226;tard : coexistence d'un capitalisme &#034;priv&#233;&#034; avec un Etat &#034;prol&#233;tarien&#034; &#233;voluant vers un capitalisme d'Etat. L&#233;nine l'&#233;nonce sans pudeur : &#034;&lt;i&gt;qu'est-ce-que le capitalisme d'Etat sous le pouvoir des soviets ? Etablir &#224; pr&#233;sent le capitalisme d'Etat, c'est appliquer le recensement et le contr&#244;le qu'appliquaient les classes capitalistes&#8230; L'Allemagne nous offre un mod&#232;le de capitalisme d'Etat. Nous savons qu'elle s'est r&#233;v&#233;l&#233;e sup&#233;rieure &#224; nous. Mais si vous r&#233;fl&#233;chissez un tant soit peu &#224; ce que signifierait en Russie, dans la Russie des soviets, la r&#233;alisation des bases du capitalisme d'Etat, quiconque a gard&#233; son bon sens et ne s'est pas bourr&#233; le cr&#226;ne de fragments de v&#233;rit&#233;s livresque, devra dire que le capitalisme d'Etat serait pour nous le salut.&lt;/i&gt;&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb62&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. L&#233;nine, Oeuvres compl&#232;tes, tome 27, p. 305&#034; id=&#034;nh62&#034;&gt;62&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t du parti &#034;inamovible&#034; et de ses fonctionnaires privil&#233;gi&#233;s (la Patrocratie), pr&#233;vaut toujours sur celui des travailleurs. Cependant, cette cacophonie n'a pas seulement pour cons&#233;quence de r&#233;pandre la mystification de l'autogestion - qui sera probablement la derni&#232;re carte du capital en p&#233;riode r&#233;volutionnaire - elle a jou&#233; un r&#244;le concret et pr&#233;cis &lt;strong&gt;dans la lutte de Lip m&#234;me&lt;/strong&gt;, et elle jouera un r&#244;le dans toutes les luttes &#224; venir, particuli&#232;rement dans les luttes contre le ch&#244;mage, lutte o&#249; la gr&#232;ve passive devient d&#233;risoire (les chantiers de la Clyde en Grande-Bretagne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176;) &lt;strong&gt;A Lip m&#234;me :&lt;/strong&gt; il a &#233;t&#233; d&#233;montr&#233; une fois de plus que toute &lt;strong&gt;apologie&lt;/strong&gt; non critique d'une &lt;strong&gt;forme&lt;/strong&gt; quelconque de lutte revendicative a pour effet de &lt;strong&gt;figer&lt;/strong&gt; la lutte &#224; ce stade. Il est vrai que les ouvriers de Lip refusaient de parler d'autogestion. Mais, &lt;strong&gt;de fait&lt;/strong&gt; les flatteries ouvri&#233;ristes dont ils &#233;taient l'objet se sont traduites par la transformation de cette action ill&#233;gale en sorte de &#034;p&#244;le&#034; exemplaire, d'exp&#233;rience isol&#233;e. Ainsi, dans la t&#234;te des travailleurs de Lip, le reste de la classe ouvri&#232;re &#233;tait vu comme devant &#034;soutenir&#034; les &lt;strong&gt;Lip&lt;/strong&gt;, acheter les montes des &lt;strong&gt;Lip&lt;/strong&gt;, d&#233;brayer pour les &lt;strong&gt;Lip&lt;/strong&gt;. Ce fut : &#034;&lt;i&gt;Lip pour tous et tous pour Lip&lt;/i&gt;&#034;. Quand les travailleurs de Lip s'imaginent, parce que le charabia gauchiste leur est mont&#233; &#224; la t&#234;te, que leur lutte est le &#034;&lt;i&gt;d&#233;but d'une &#232;re nouvelle&lt;/i&gt;&#034; (affiche &#224; Lip), les r&#233;volutionnaires ont le devoir de leur balancer des seaux d'eau froide sur la figure pour les dessaouler. La classe ouvri&#232;re a une seule arme objective :&lt;strong&gt; sa lucidit&#233;&lt;/strong&gt;. Ind&#233;pendamment de leurs bonnes volont&#233;s et de leurs illusions, les gauchistes sont condamn&#233;s &#224; renouveler la m&#234;me op&#233;ration &#224; chaque lutte : en dansant autour des luttes, ils les isolent dans les faits, en entourant chaque action d'une aur&#233;ole, ils en &#233;touffent les possibilit&#233;s d'extension et de politisation. Car ce qui pousse les ouvriers de l'avant, ce n'est pas l'autosatisfaction et la complaisance, mais la n&#233;cessit&#233; de d&#233;passer en permanence le stade qu'ils ont atteint. Les gauchistes transforment la lutte de classe &lt;strong&gt;en spectacle&lt;/strong&gt;, et l'emp&#234;chent de se d&#233;velopper concr&#232;tement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176;) En braquant l'ensemble des ouvriers sur cette forme de lutte on tente de les emp&#234;cher de voir la seule chose v&#233;ritablement &#034;exemplaire&#034; dans le conflit de Lip : le recours &#224; la lutte offensive, &#224; l'ill&#233;galit&#233;, qui conduit in&#233;vitablement &lt;strong&gt;&#224; l'affrontement social&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb63&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(note dans le texte d'origine) : L'affrontement de casse marque la fin de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh63&#034;&gt;63&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;dans la rue et &#224; une extension&lt;/strong&gt;. Quand LO titre : &#034;&lt;i&gt;contre la crise qui menace, comme ceux de Lip, imposons le droit des travailleurs sur l'entreprise&lt;/i&gt;&#034;. Ou quand le repr&#233;sentant CFDT gauchiste d'Or&#233;al d&#233;clare aux ouvriers de cette usine que si le ch&#244;mage menace, &#034;&lt;i&gt;il faudra mettre la main sur le capital&lt;/i&gt;&#034;, ces gens ne se contentent pas de d&#233;tourner la col&#232;re ouvri&#232;re du terrain social, terrain &lt;strong&gt;d'unification&lt;/strong&gt; de la classe, ils enferment les travailleurs dans un mode de combat &#233;conomique qui n'a aucun sens pour l'&#233;crasante majorit&#233; de la classe, &lt;strong&gt;m&#234;me d'un point de vue revendicatif&lt;/strong&gt;. La mise en route de la production et la commercialisation ne sont possibles de fa&#231;on isol&#233;e (et encore pendant tr&#232;s peu de temps) comme &lt;strong&gt;moyen de pression d&#233;fensive&lt;/strong&gt; que dans certains secteurs marginaux et semi-artisanaux. D&#232;s que la proportion de machines, de mati&#232;res premi&#232;res devient pr&#233;pond&#233;rante, cela devient quasi impossible. D&#232;s que l'on sort du secteur de certains biens de consommation, c'est &#233;galement impossible. Imagine-t-on les employ&#233;s de banque vendant des devis ou les ouvriers de Dassault des Mirages IV ? En montant en &#233;pingle cette forme de lutte circonstancielle et &#233;ph&#233;m&#232;re, les gauchistes divisent la classe. Car, en tant que classe, les ouvriers ne peuvent s'unifier que sur un terrain qui leur soit commun. Et ce qui est commun &#224; l'employ&#233;, au mineur, au travailleur qui fabrique des pi&#232;ces d&#233;tach&#233;es, comme &#224; celui qui finit le produit, c'est leur opposition au capital dans son ensemble, c'est-&#224;-dire &#224; notre &#233;poque, &#224; l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SYNDICATS ET GAUCHISTES CONTRE L'UNIFICATION.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En avril 1973, la CGT condamne la cr&#233;ation d'un comit&#233; d'action ouvert &#224; tous les travailleurs et refuse de se r&#233;unir avec lui. Le 5 juin, lorsque les travailleurs s&#233;questrent les administrateurs, la CGT s'y oppose. Lorsque les montres sont cach&#233;es, la CGT n'est m&#234;me pas pr&#233;sente. Au moment de la remise en marche de la production, elle ne se prononce pas. Au d&#233;but ao&#251;t, le CA tente de poser le probl&#232;me de l'autod&#233;fense de l'usine, mais la CGT oppose un v&#233;ritable veto et refuse que la question soit m&#234;me &lt;strong&gt;pos&#233;e&lt;/strong&gt; en AG. Le 14 ao&#251;t, elle mobilise son service d'ordre pour d&#233;tourner la manifestation puis ignore superbement les ouvriers qui se battent. Comment expliquer que la CGT, minoritaire, compl&#232;tement discr&#233;dit&#233;e aux yeux des travailleurs combatifs, ait pu continuer &#224; rester &#224; la direction effective de la gr&#232;ve ? Comment a-t-elle pu, le 29 septembre, s'opposer avec morgue et assurance &#224; ce que le CA prenne la parole ? Comment les staliniens ont-ils pu &#233;touffer toute critique radicale &#224; leur &#233;gard ? Pour expliquer cet exploit remarquable, il ne suffit pas de constater que la CGT s'appuyait sur la prudence et l'inertie des travailleurs les moins combatifs. La v&#233;ritable r&#233;ponse, c'est que les flics du PCF ont &#233;t&#233; &lt;strong&gt;maintenus en vie&lt;/strong&gt; et second&#233;s par leurs adjoints de &#034;gauche&#034; et &#034;d&#233;mocratique&#034; de la CFDT, qui eux-m&#234;mes s'appuyaient sur un CA r&#233;duit &#224; un r&#244;le de caution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, &#224; Lip, la CFDT &#233;tait un syndicat &#034;populaire&#034; de &#034;gauche&#034;. Bien s&#251;r, tant que la lutte est rest&#233;e &lt;strong&gt;d&#233;fensive &#224; l'int&#233;rieur de l'usine&lt;/strong&gt;, les Piaget et Cie ont pu se mettre &#224; la t&#234;te d'initiatives ill&#233;gales. Cela ne fait que prouver que ce type de syndicat, qui doit se montrer plus &#034;combatif&#034; pour concurrencer la CGT, est pr&#234;t &#224; aller aussi loin que &lt;strong&gt;possible&lt;/strong&gt;, c'est-&#224;-dire, dans les cas extr&#234;mes juste en de&#231;&#224; de la limite de &lt;strong&gt;l'unification de la classe&lt;/strong&gt;. Mais un vernis radical ne transforme pas de vieux routiers de la collaboration de classe en organe prol&#233;tarien. Si la CGT n'avait pas &#233;t&#233; l&#224; pour faire le sale boulot le 14, c'est, &#224; n'en point douter, la CFDT qui l'aurait accompli, comme elle l'a fait en de telles circonstances en 1968. Au moment des affrontements avec les CRS, Vitto (CFDT) appelait &#224; &#034;&lt;i&gt;ne pas provoquer&lt;/i&gt;&#034;. Quant &#224; Piaget, super-star, il avait disparu de la circulation et n'est revenu que plus tard pour g&#233;mir : &#034;&lt;i&gt;une seule solution, une vraie n&#233;gociation&lt;/i&gt;&#034;. Chassez le naturel, il revient au galop.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, ceux qui portent la plupart du temps inconsciemment la responsabilit&#233; d'avoir &#233;touff&#233; toute r&#233;volte ouvri&#232;re ouverte et consciente contre les syndicats, ce sont les gauchistes. Ce sont eux qui, en acceptant comme quelque chose &lt;strong&gt;qui va de soi&lt;/strong&gt; la pr&#233;sence de la CGR-CFDT &#224; la t&#234;t de la lutte, ont emp&#234;ch&#233; les ouvriers les plus radicalis&#233;s de la contester. La pire id&#233;e que les gauchistes aient r&#233;ussi &#224; faire passer, c'est celle exprim&#233;e par un membre du CA : &#034;&lt;i&gt;si les syndicats travaillent dans le sens de la lutte, il n'y a pas de raison de se d&#233;terminer de fa&#231;on diff&#233;rente. Si on jugeait le contraire, il faudrait se d&#233;terminer&#8230;&lt;/i&gt;&#034;. Mais cette approche superficiellement r&#233;aliste qui a l'air d'avoir le bon sens avec elle, laisse de c&#244;t&#233; la fa&#231;on &lt;strong&gt;concr&#232;te&lt;/strong&gt; dont les syndicats travaillent &#034;contre le sens de la lutte&#034;. &lt;strong&gt;D'abord&lt;/strong&gt;, ils se mettent &#224; sa t&#234;te et prennent s'il le faut les initiatives sur le plan revendicatif. &lt;strong&gt;Ensuite&lt;/strong&gt;, ils peuvent se servir de la confiance ainsi gagn&#233;e au moment crucial. Et pr&#233;cis&#233;ment, au moment crucial, le CA ne s'est pas d&#233;termin&#233; &lt;strong&gt;de fa&#231;on probante&lt;/strong&gt; : &#034;&lt;i&gt;m&#234;me si (&lt;/i&gt;les bagarres&lt;i&gt;) ne sont pas dans &lt;strong&gt;notre&lt;/strong&gt; ligne de conduite, on consid&#232;re que ceux qui y participent sont des n&#244;tres&#8230;&lt;/i&gt;&#034;. En affirmant que les bagarres n'&#233;taient pas dans sa ligne, le CA d&#233;montre qu'il n'&#233;tait pas &lt;strong&gt;l'organe&lt;/strong&gt; des travailleurs radicalis&#233;s qui ont affront&#233; la police, m&#234;me si la plupart de ses membres y ont individuellement particip&#233;. C'est &lt;strong&gt;d&#232;s le d&#233;part&lt;/strong&gt;, de fa&#231;on syst&#233;matique, et surtout lorsque les syndicats affichent des allures combatives et gauchistes qu'il faut les d&#233;noncer et pr&#233;venir du r&#244;le qu'ils seront contraints de jouer. &lt;strong&gt;Il faut &#234;tre syst&#233;matiquement contre les syndicats, parce que les syndicats sont les d&#233;fenseurs du salariat.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il faut syst&#233;matiquement d&#233;noncer l'isolement des luttes, parce qu'avec l'approfondissement de la crise et l'apparition massive du ch&#244;mage, l'extension deviendra de plus en plus la seule possibilit&#233;. Le r&#244;le sp&#233;cifique de la fraction r&#233;volutionnaire de la classe n'est pas de &#034;pousser&#034; &#224; la lutte, de f&#233;tichiser telle ou telle forme de combat ou de courtiser les ouvriers. Il est de repr&#233;senter &lt;strong&gt;fermement &lt;/strong&gt; l'avenir au sein du mouvement. L'usine isol&#233;e n'est qu'une cellule du capital unifi&#233; et li&#233; &#224; l'Etat. Le prol&#233;tariat ne peut s'attaquer au capital cellule par cellule. Dans ce cadre, les ouvriers peuvent au mieux &lt;strong&gt;se d&#233;fendre&lt;/strong&gt; de plus en plus &lt;strong&gt;difficilement&lt;/strong&gt; - au pire participer &#224; sa gestion.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Annexe 2 : La grande escroquerie du troc'n'roll&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un peu d'histoire&#8230; argentine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re exp&#233;rience de troc appara&#238;t en 1995 dans le village de Bernal, situ&#233; &#224; 30 km au sud de Buenos-Aires, o&#249; une vingtaine de voisins se retrouvent tous les samedis et forment le premier club de troc (club de trueque). Le principe en est simple : chaque membre doit &#234;tre producteur et consommateur &#224; la fois, on dit &lt;i&gt;prosommateu&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb64&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En espagnol productor et consumidor : prosumidores&#034; id=&#034;nh64&#034;&gt;64&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces membres &#233;changent des biens (nourriture, v&#234;tement&#8230;) et des services (dentiste, r&#233;parateur de voiture&#8230;) sans se servir de la monnaie officielle, le peso. Il y a ainsi un pacte de r&#233;ciprocit&#233; et la confiance r&#232;gne dans le bon vouloir de l'autre. Au d&#233;part, les &#233;changes sont not&#233;s dans un cahier, puis ceux-ci devenant de plus en plus importants et impersonnels (tout le monde ne peut conna&#238;tre tout le monde, ce qui &#233;tait le cas au d&#233;but) il faut faire les transactions &#224; l'aide de &#034;cr&#233;dits&#034;. Chaque membre au d&#233;part re&#231;oit des &#233;ditions PAR (Programme d'Autosuffisance R&#233;gional), 50 cr&#233;ditos, qui lui serviront &#224; &#233;changer des produits. Pour ces ap&#244;tres, le cr&#233;dito n'est pas une monnaie, mais une monnaie sociale, un bon de cr&#233;dit, nuance qui s'impose ! Ce cr&#233;dito est imprim&#233; avec de l'encre verte sur du papier sp&#233;cial, avec filigrane et logo&#8230; comme les bons vieux billets. Sous la pression de madame la mis&#232;re dans ce pays o&#249; le RMI, les assurances ch&#244;mage, les allocations familiales n'existent pas, les r&#233;seaux vont se d&#233;velopper tr&#232;s rapidement, &#224; un point tel qu'&#224; un moment donn&#233; le PAR qui ne r&#233;cup&#232;re plus aucun cr&#233;dito n'a plus les moyens d'en imprimer. D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; de vendre une lettre d'information sur le r&#233;seau de troc (remise avec des cr&#233;ditos) contre des pesos qui permettent d'acheter le fameux papier infalsifiable. Cette lettre, m&#233;diatis&#233;e, va encore d&#233;multiplier des clubs de troc, qui s'appellent d&#233;sormais n&#339;uds (&lt;i&gt;nodos&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1997, il y a 600 personnes dans ces r&#233;seaux. En 1998, il y a 120 clubs et 60000 membres dans tout le pays. Cette ann&#233;e-l&#224;, le gouvernement de la ville de Buenos Aires a officiellement soutenu le r&#233;seau de troc, par l'&#233;tablissement du &#034;programme d'appui au troc multir&#233;ciproque&#034;. Depuis, la ville de Buenos-Aires a continu&#233; &#224; soutenir le troc et a appuy&#233; la rencontre annuelle du r&#233;seau, qui en 1998&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb65&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A partir de cette ann&#233;e, le groupe promoteur du r&#233;seau commence &#224; d&#233;velopper (&#8230;)&#034; id=&#034;nh65&#034;&gt;65&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a accueilli 10000 personnes. Au fil des ans, les r&#233;seaux s'&#233;tendent &#224; toute l'Argentine. En 1999 il y a 200 n&#339;uds et l'on apprend que trente habitants de cinq quartiers de la ville de Plottier (Neuquen, dans le sud du pays) paient leurs imp&#244;ts municipaux en retard en briques, en produits de boulangerie, en r&#233;parations de voitures : du moment que les imp&#244;ts sont pay&#233;s, tout va bien ! En 2000 il existe 400 n&#339;uds et 400000 membres. Fin 2001, il y a 800000 membres. A ce moment le secr&#233;tariat des petites et moyennes entreprises apporte un soutien logistique pour organiser de grandes foires, pour aider &#224; la formation de nouveaux r&#233;seaux de troc. Des entreprises au bord de la faillite &#233;coulent leurs stocks de pain, de chaussettes&#8230; qui sont &#233;chang&#233;es contre des services (plombier, m&#233;canicien), contre des cr&#233;ditos pour payer les salari&#233;s. Le r&#233;seau global accorde des cr&#233;dits en cr&#233;ditos &#224; des PME en difficult&#233;. En 2001, en quelques mois le nombre de troqueurs passe &#224; 2,5 millions et d&#233;but 2002, il y a 5000 n&#339;uds et selon certaines estimations le nombre de troqueurs est all&#233; jusqu'&#224; 6 millions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait des &lt;i&gt;m&#233;gaferias&lt;/i&gt;, foires g&#233;antes du troc, r&#233;unissant plusieurs dizaines de milliers de personnes. Selon des admirateurs du troc&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb66&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Daniel H&#233;rard et C&#233;cile Raimbeau, Argentine rebelle, un laboratoire de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh66&#034;&gt;66&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#034;&lt;i&gt;le troc sauve des millions de familles de la faim, de la mis&#232;re, de la d&#233;pression&lt;/i&gt;&#034;. Le &lt;i&gt;cr&#233;dito&lt;/i&gt; devient une monnaie reconnue : &#034;&lt;i&gt;dans certaines villes, on peut d&#233;sormais payer ses imp&#244;ts en cr&#233;ditos. Des m&#233;decins, des dentistes acceptent, dans leur cabinet priv&#233;, d'&#234;tre pay&#233;s en cr&#233;ditos, d'autres consultent directement dans les &lt;/i&gt; nodos&lt;i&gt;. Des propri&#233;t&#233;s fonci&#232;res et m&#234;me des voitures se vendent en &lt;/i&gt; cr&#233;ditos&lt;i&gt;. Les repr&#233;sentants du R&#233;seau global signent aussi des accords avec des entreprises de transport et des h&#244;tels qui acceptent des paiements en &lt;/i&gt; cr&#233;ditos&lt;i&gt;. Des agences de voyages de voyage proposent d&#233;sormais des vacances r&#233;glables en bons de troc&lt;/i&gt;&#034;. Puisque cette monnaie est reconnue pour ce qu'elle a toujours &#233;t&#233;, il s'ensuit in&#233;vitablement les m&#234;mes soucis qu'&#224; connu le &lt;i&gt;peso&lt;/i&gt; : enrichissement, sp&#233;culation, fausse monnaie (environ 40 % des circulants, un demi-milliard de &lt;i&gt;cr&#233;ditos&lt;/i&gt; !), inflation, perte de la confiance&#8230; en novembre 2002, 40 % des n&#339;uds sont ferm&#233;s et &#224; la fin 2002, 90 % des membres sont partis. En 2003, 4 n&#339;uds sur 5 ont disparu. B&#233;n&#233;ficiant d'une certaine reprise &#233;conomique et de l'aide du FMI, l'Etat en profite pour reprendre directement le contr&#244;le des pauvres en allouant de ridicules allocations aux ch&#244;meurs, ce qui les d&#233;tourne des r&#233;seaux de troc. Les prol&#233;taires sont d&#233;cid&#233;ment ingrats : ils vont l&#224; o&#249; ils trouvent meilleur compte pour survivre ! Il est vrai que dans cette p&#233;riode d'inflation &#224; l'int&#233;rieur des r&#233;seaux il est moins int&#233;ressant d'acheter des biens sur le march&#233; officiel en pleine restructuration. L'Etat, dans sa r&#233;organisation et le contr&#244;le de la totalit&#233; de la vie civile, ne pouvait accepter l'existence de deux monnaies, le &lt;i&gt;cr&#233;dito&lt;/i&gt; entrait dans une concurrence trop grande vis-&#224;-vis du &lt;i&gt;peso&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le mythe et la r&#233;alit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme toujours il faut regarder au-del&#224; des discours des promoteurs des r&#233;seaux de troc et de leurs supporters, toujours prompts &#224; r&#233;pandre un mythe sans regarder de trop pr&#232;s la r&#233;alit&#233;. Ceux-ci parlent de &#034;&lt;i&gt;construire des pratiques &#233;conomiques &lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;&#224; contre-courant du syst&#232;me capitaliste&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;de forger de nouveaux liens sociaux&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;pour cr&#233;er un ordre social plus juste, d&#233;mocratique et &#233;quitable&lt;/i&gt;&#034;. R&#233;inventer la vie, en bref, ce qui est tout &#224; fait louable, surtout si l'on se penche sur la &lt;i&gt;D&#233;claration de principes du R&#233;seau global du troc&lt;/i&gt; publi&#233; en 1998. On peut lire ces quelques extraits pris ici et l&#224; : &#034;&lt;i&gt;pour nous r&#233;aliser comme &#234;tres humains nous n'avons pas besoin d'&#234;tre conditionn&#233;s par l'argent&lt;/i&gt; [&#8230;]&lt;i&gt;. Nous ne cherchons pas &#224; faire la promotion d'articles ou de services mais &#224; nous aider mutuellement pour am&#233;liorer notre vie, gr&#226;ce au travail, la compr&#233;hension et l'&#233;change juste&lt;/i&gt; [&#8230;]&lt;i&gt;. Nous soutenons qu'il est possible de remplacer la concurrence st&#233;rile, le profit et la sp&#233;culation par des relations de r&#233;ciprocit&#233; entre les personnes &lt;/i&gt; [&#8230;]&lt;i&gt;. Nous croyons que nos actes, produits et services peuvent r&#233;pondre &#224; des normes &#233;thiques et &#233;cologiques avant de r&#233;pondre aux lois du march&#233; &#224; la surconsommation et &#224; la recherche de b&#233;n&#233;fices &#224; court terme&#8230;&lt;/i&gt;&#034;. Beau programme&#8230; Qu'en est-il en r&#233;alit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En lisant un autre discours tenu par les promoteurs du troc, nous commen&#231;ons &#224; mieux comprendre. Il s'agit pour eux d'obtenir l'acceptation du troc comme m&#233;canisme &#034;valable et l&#233;gitime&#034; pour r&#233;activer le march&#233; et faire baisser le ch&#244;mage. Les promoteurs des r&#233;seaux &#034;&lt;i&gt;con&#231;oivent eux-m&#234;mes cette exp&#233;rience comme un vaste r&#233;seau qui fonctionne pour favoriser l'initiative patronale ou comme une couveuse d'entreprises &lt;/i&gt;&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb67&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Guillermo Almeyra, Rebellions d'Argentine, Syllepse, 2006&#034; id=&#034;nh67&#034;&gt;67&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Ils disent aussi que la caract&#233;ristique fondamentale du troc c'est le &#034;&lt;i&gt;jeu du march&#233; libre&lt;/i&gt;&#034;, ce qui est &#233;tonnant, si l'on s'en tient &#224; leurs discours fumeux contre le n&#233;o-lib&#233;ralisme. Comme nous l'avons vu dans l'expos&#233; de quelques faits, des liens se sont &#233;tablis avec des petites entreprises pour que celles-ci d&#233;versent leurs marchandises dans les r&#233;seaux. Dans certains cas, les troqueurs ont permis l'apparition de micro-entreprises. En clair, et comme cela a &#233;t&#233; revendiqu&#233;, les activit&#233;s n&#233;es du troc ont &#233;t&#233; invit&#233;es &#224; gagner en productivit&#233;, en efficacit&#233; pour pouvoir se mesurer avec le march&#233; &#034;officiel&#034; et m&#234;me s'y int&#233;grer. Les promoteurs du troc ont ainsi &#233;crit : &#034;&lt;i&gt;gr&#226;ce au partenariat avec diff&#233;rents organismes gouvernementaux&lt;/i&gt; [...]&lt;i&gt;, des ponts commencent &#224; &#234;tre jet&#233;s pour faciliter la transition vers le march&#233; formel&lt;/i&gt;&#034;. Ce qui fut justement d&#233;crypt&#233; : &#034;&lt;i&gt;les &#034;&lt;/i&gt;prosommateurs&lt;i&gt;&#034;, et parmi eux les fondateurs du r&#233;seau, consid&#233;reraient le club de troc comme une plate-forme pour se transformer en petits producteurs, qui, apr&#232;s &#234;tre devenus comp&#233;titifs, gr&#226;ce &#224; la coop&#233;ration &#224; l'int&#233;rieur du r&#233;seau, pourraient entrer dans un secteur du march&#233; capitaliste. Cela engendrerait un syst&#232;me de &#034;&lt;/i&gt;penny capitalism&lt;i&gt;&#034; qui, d'une certaine fa&#231;on, donnerait un visage plus humain au syst&#232;me&lt;/i&gt;&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb68&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., article de Susana Hintze&#034; id=&#034;nh68&#034;&gt;68&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. M&#234;me en reconnaissant cette r&#233;alit&#233;, les supporters du troc pourraient bien n'y voir aucun probl&#232;me et continuer &#224; affirmer aller dans le sens du bonheur de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'important est de savoir si les r&#233;seaux de troc peuvent retisser les liens sociaux de base avec le sentiment d'appartenir &#224; une communaut&#233; de gens &#233;gaux, solidaires, un renforcement de l'associationnisme prol&#233;tarien dans l'objectif d'unir nos forces contre ce monde ou si au contraire ces r&#233;seaux ne font que d&#233;velopper le commerce, avec ses in&#233;vitables &#034;dommages collat&#233;raux&#034; que sont la concurrence, les luttes de pouvoir entre r&#233;seaux qui &#233;ditent leur propre monnaie, etc. Nous ne sommes pas l&#224; pour condamner des proc&#233;d&#233;s de survie, de lutte contre la faim et la mis&#232;re. Les r&#233;seaux de troc ont permis que des prol&#233;taires ne meurent pas de faim. Temporairement cela peut apporter un soulagement dans la survie et contribuer &#224; stabiliser une situation de d&#233;structuration du tissu social par la r&#233;activation d'une activit&#233; (micro) productive, par le fait de donner un semblant de sens &#224; la vie de ch&#244;meurs compl&#232;tement d&#233;boussol&#233;s. Par contre ce que nous condamnons c'est nous faire croire &#224; la possibilit&#233; que puisse se renforcer la lutte contre le monde de la marchandise tout en contribuant &#224; d&#233;velopper le march&#233; ! Non seulement nous affirmons que tout cela ne permet en rien de renforcer la lutte contre le syst&#232;me capitaliste, mais nous disons que ce projet soi-disant alternatif, d'&#233;conomie &#034;parall&#232;le&#034; est un pi&#232;ge pour le prol&#233;tariat. Il s'agit uniquement de gestion de la survie mat&#233;rielle ! La mont&#233;e en force de ces r&#233;seaux s'est faite gr&#226;ce &#224; un discours politique visant &#224; montrer que l'ennemi est le n&#233;o-lib&#233;ralisme, que cette forme particuli&#232;re du capitalisme est seule responsable de la faim dans le monde, de la mis&#232;re, etc. C'est d'ailleurs ce discours qu'invoquent les promoteurs du troc pour expliquer la chute brutale des r&#233;seaux qui intervient fin 2002, d&#233;but 2003. Explication banale qui repose toujours sur la d&#233;nonciation d'une force ext&#233;rieure qui aurait d&#233;natur&#233; un contenu, qui par lui-m&#234;me serait viable et juste. Dans ce cas, le responsable d&#233;sign&#233; est la cr&#233;ation de faux cr&#233;ditos. Notre explication est tout &#224; fait diff&#233;rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord il convient de dire qu'il y a tromperie d&#232;s le d&#233;part sur l'utilisation du terme troc. Le troc suppose que si l'un donne un bien &#224; l'autre, c'est qu'il y a int&#233;r&#234;t direct &#224; cet &#233;change. Cela s'arr&#234;te &#224; la satisfaction de ce besoin imm&#233;diat, simple. Le mythe commence l&#224;, comme si la r&#233;ciprocit&#233; et la confiance tant vant&#233;es pouvaient se maintenir et se renforcer. A partir du moment o&#249; le cr&#233;dito est cr&#233;&#233;, cela montre que ce qui l'emporte est la dimension du syst&#232;me : les relations entre prosommateurs tendent &#224; l'impersonnalit&#233;, les relations entre les hommes c&#232;dent le pas &#224; des relations entre des poss&#233;dants d'une marchandise ayant une valeur mesurable. Le syst&#232;me se complexifiant, encadr&#233; par tout un r&#233;seau et des march&#233;s formels, cela devient ouvertement du commerce. Les vendeurs et acheteurs se retrouvent sur le march&#233; pour vendre une marchandise qu'ils ont produites chacun dans leur coin. Et la b&#234;te question que nous posons, c'est comment ces marchandises peuvent-elles s'&#233;changer ? La seule possibilit&#233; pour ce faire est de mesurer la valeur d'une marchandise en fonction du temps d&#233;pens&#233; pour la fabriquer. Le produit du travail humain se mesure en heures, minutes et secondes. La course &#224; la productivit&#233; dont on parle plus haut est la cons&#233;quence directe de l'existence d'unit&#233;s productives autonomes. Chacun produit dans son coin et l'objectif que chacun va poursuivre sera de toujours produire plus et &#224; moindre co&#251;t, le temps de travail cristallis&#233; dans chaque marchandise tendant &#224; se r&#233;duire pour r&#233;aliser un profit plus grand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; ce qu'est le march&#233; : la poursuite de l'int&#233;r&#234;t individuel. Celui-ci, dans le cadre d'un monde, d'une &#233;conomie existant depuis des si&#232;cles qui a fa&#231;onn&#233; des hommes se faisant concurrence, ne peut qu'aller &#224; l'encontre de la solidarit&#233; entre prol&#233;taires. Les supporters du troc pr&#233;tendent que les relations qui se nouent dans le march&#233; pourraient &#234;tre domin&#233;es par le respect, l'honn&#234;tet&#233; et autres bavardages humanistes. Or le march&#233; a une histoire, celle du capital marchand, du capitalisme. Des si&#232;cles de concurrence, de d&#233;sirs de poss&#233;der, d'accro&#238;tre les gains, d'&#233;craser et d'absorber l'autre se sont ancr&#233;s en nous. A partir du moment o&#249; les &#234;tres humains entrent en relation sur le march&#233;, il est in&#233;vitable qu'ils reproduisent ce conditionnement. La tromperie de ces supporters est de nous faire croire que le march&#233; est une donn&#233;e naturelle, que les hommes ont toujours &#233;chang&#233; des marchandises, que l'argent existe depuis toujours ainsi que le capital. Ces ap&#244;tres, ces cur&#233;s d'un nouveau genre parlent avec beaucoup de &#034;si&#034; dans la bouche : &#034;&lt;i&gt;si les hommes voulaient bien &#233;changer sans chercher &#224; duper l'autre, si les bourges &#233;taient plus gentils, compr&#233;hensifs&#8230;&lt;/i&gt;&#034;. Ils mettent toujours la bonne volont&#233; et l'altruisme des gens en avant. Ils r&#234;vent d'un &#034;vrai&#034; march&#233; o&#249; les gens &#233;changent selon leurs seuls besoins. Le petit probl&#232;me est que dans ce monde, &#231;a n'existe pas. Il est illusoire de penser que l'on pourrait faire passer avant le commerce la force de la solidarit&#233;, de l'entraide &#224; partir du moment o&#249; l'&#233;change de marchandises s'op&#232;re. Il est illusoire de penser que par la seule persuasion il est possible de changer la mentalit&#233; des personnes qui en masse ont investi les r&#233;seaux. Dans les ann&#233;es 2001-2002, la v&#233;rit&#233; &#233;clate au grand jour, la grande majorit&#233; des prol&#233;taires qui investissent les r&#233;seaux se tapent comme de l'an 40 de vouloir une &#233;conomie plus humaine. Ils sont l&#224; pour bouffer et si possible r&#233;aliser quelques b&#233;n&#233;fices au d&#233;pens de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir du moment o&#249; il n'y a pas rupture totale avec le march&#233; et sa r&#233;alit&#233; profonde, il y a reproduction. Reproduction qui a pu se faire avec succ&#232;s, profitant d'un espace laiss&#233; vacant par un capital plus soucieux d'&#233;normes profits rapides dans d'autres secteurs ; ce type de r&#233;seau a pu fonctionner et tisser sa toile dans ce march&#233; d&#233;laiss&#233;, marginalis&#233; et remplir le r&#244;le du capital marchand, parfaitement int&#233;gr&#233; au march&#233; capitaliste. Avec sa rh&#233;torique anti-lib&#233;rale, avec sa pratique marchande, nous estimons que le r&#233;seau de troc d&#233;j&#224; existant, &#224; la diff&#233;rence des usines r&#233;cup&#233;r&#233;es s'inscrivant dans une dynamique de lutte, a rendu un immense service au capital pour &#233;viter que la situation devienne encore plus explosive en 2001-2002. D&#232;s le d&#233;part le r&#233;seau de troc sert les int&#233;r&#234;ts du capital. Ce r&#233;seau a pu emp&#234;cher que les prol&#233;taires prennent en charge eux-m&#234;mes la question de l'entraide (chose qui se fait toujours spontan&#233;ment &#224; travers des r&#233;seaux informels), allant ainsi plus loin dans le renforcement de leur autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion nous pouvons dire que nous pourrions nous reconna&#238;tre dans la &lt;i&gt;D&#233;claration de principes du R&#233;seau global du troc&lt;/i&gt;, si elle reconnaissait la n&#233;cessit&#233; d'extirper par la dictature des besoins humains toute trace de capital sur la terre... Nous voulons que ce soit la qualit&#233; de l'activit&#233; humaine par et pour la communaut&#233; qui prime. Pour cela il faut d&#233;truire tout id&#233;e d'une production se r&#233;alisant sur la base de producteurs priv&#233;s, autonomes et ind&#233;pendants les uns des autres. Le besoin de l'esp&#232;ce humaine ainsi que les besoins de la Terre dans sa totalit&#233; ne peuvent s'&#233;tablir que selon un plan central, unique qui est en mesure de d&#233;terminer la production de biens et de nourritures en fonction de ce qui nous est n&#233;cessaire pour vivre. Besoins humains qui se d&#233;finiront toujours plus avec le temps et avec le changement total des &#234;tres humains. Il est clair qu'aujourd'hui ce que le capital appelle les besoins humains, quand il fait r&#233;f&#233;rence &#224; toute la camelote qu'il produit, n'a rien &#224; voir avec de r&#233;els besoins humains. Bien s&#251;r nous ne faisons pas de plan sur la com&#232;te, nous ne sommes pas l&#224; pour d&#233;crire dans le d&#233;tail une soci&#233;t&#233; bas&#233;e sur la communaut&#233; humaine, la n&#233;gation de l'individu. Nous pensons qu'une soci&#233;t&#233; d&#233;barrass&#233;e de l'argent, des classes, de l'Etat sera d'une grande inventivit&#233;, ce que nous constatons d&#233;j&#224; &#224; l'&#233;tat embryonnaire dans toutes les luttes o&#249; la radicalit&#233; prol&#233;tarienne s'exprime. Nous savons de par les travaux d'anthropologues que les &#234;tres humains ont v&#233;cu pendant des mill&#233;naires en ignorant les mots &#034;&lt;i&gt;je&lt;/i&gt;&#034;, &#034;&lt;i&gt;c'est &#224; moi&lt;/i&gt;&#034;, &#034;&lt;i&gt;poss&#233;der&lt;/i&gt;&#034;, en ignorant la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, l'argent, l'&#233;change mercantile et que donc cette soci&#233;t&#233; capitaliste n'est que de passage dans l'histoire de la vie terrestre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb69&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le livre d'Ursula Le Guin, Les d&#233;poss&#233;d&#233;s, constitue une r&#233;flexion (&#8230;)&#034; id=&#034;nh69&#034;&gt;69&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il n'y a rien d'utopique dans ce que nous disons, au contraire l'utopie consiste &#224; croire que la fin de l'histoire est ce monde guid&#233; par la loi du profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A condition que nous soyons capables de le d&#233;truire, car il est &#233;vident que cette soci&#233;t&#233; mercantile ne mourra pas toute seule. C'est le r&#234;ve absurde de l'alter-mondialisme. Ce n'est que par une destruction violente du capital que cela est possible, ce n'est que dans le feu de l'insurrection que les humains changent radicalement, luttent contre leurs cuirasses, leurs n&#233;vroses, leur ali&#233;nation, leur s&#233;paration les uns des autres. Croire que dans le cadre du syst&#232;me capitaliste les &#234;tres humains puissent se d&#233;conditionner comme le propose cette d&#233;claration est totalement illusoire et dangereux. C'est s'opposer au mouvement r&#233;volutionnaire qui combat les illusions, les beaux sentiments, qui combat la propri&#233;t&#233; priv&#233;e que ces charlatans (fussent-ils na&#239;fs et sinc&#232;res&#8230;) d&#233;fendent dans leur pratique. Faute de le comprendre ils se retrouveraient de fait en travers de l'organisation du processus insurrectionnel et se feraient traiter pour ce qu'ils sont : des ennemis du genre humain.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Bibliographie indicative&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A propos de l'Espagne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	- Michael Seidman, &lt;i&gt;Pour une histoire de la r&#233;sistance ouvri&#232;re au travail]&lt;/i&gt;, &#233;d. Echanges et mouvement, mai 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A propos de LIP&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	- Collectif, &lt;i&gt;LIP-unit&#233;, bilan&lt;/i&gt;, (d&#233;tournement), d&#233;c. 1973.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	- &lt;i&gt;N&#233;gation&lt;/i&gt; n&#176; 3, &#034;Lip et la contre-r&#233;volution autogestionnaire&#034;, mars 1974.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	- &lt;i&gt;La gr&#232;ve chez Lip&lt;/i&gt;, Echanges et mouvements, mai 1975.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A propos de l'argentine &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	- &lt;i&gt;Recueil de textes argentins, (2001-2003)&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Recueil de textes argentins, (2003-2005)&lt;/i&gt;, &lt;a href=&#034;http://mutineseditions.free.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mutines s&#233;ditions&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	- &lt;i&gt;L'oiseau-temp&#234;te&lt;/i&gt; n&#176; 9, &#233;t&#233; 2002, pp. 10-20.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	- &lt;i&gt;Macache&lt;/i&gt; n&#176; 2, printemps-&#233;t&#233; 2004, pp. 19-31.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	- &lt;i&gt;Communisme&lt;/i&gt; n&#176; 54, 55, 56, &#171; A propos des luttes prol&#233;tariennes en Argentine &#187;, avril 2003/octobre 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	- &lt;i&gt;Meeting &lt;/i&gt; n&#176; 2, &#034;Argentine : une lutte de classe contre l'autonomie&#034;, septembre 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur l'autogestion en g&#233;n&#233;ral&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	-Paul Mattick senior, &#034;La gestion ouvri&#232;re&#034;, &lt;i&gt;in &lt;/i&gt; &lt;i&gt;Int&#233;gration capitaliste et rupture ouvri&#232;re&lt;/i&gt;, &#233;d. EDI,1969.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	-PCI, &lt;i&gt;Programme communiste&lt;/i&gt; n&#176; 1, &#034;Les fondements du communisme r&#233;volutionnaire (troisi&#232;me partie)&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur l'insurrection&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	-&lt;i&gt;A couteaux tir&#233;s avec l'existant, ses d&#233;fenseurs et ses faux critiques&lt;/i&gt;, Mutines s&#233;ditions, 2007 (premi&#232;re parution en Italie aux Editions NN).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur la critique du monde de l'argent&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	- &lt;i&gt;L'ins&#233;curit&#233; sociale&lt;/i&gt;, G. Winstanley, &#034;Communisme, &#233;l&#233;ments de r&#233;flexion&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	- &lt;i&gt;La guerre sociale&lt;/i&gt;, &#034;La question de l'Etat&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	- Jean Barrot, &lt;i&gt;Le mouvement communiste&lt;/i&gt;, Champ Libre, 1972.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	- &lt;i&gt;Un monde sans argent : le communisme&lt;/i&gt;, paru en suppl&#233;ment &#224; la revue de l'O.J.T.R., &lt;i&gt;Les amis de 4 millions de jeunes travailleurs&lt;/i&gt;, de 1974 &#224; 1976.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Ces textes ont nourri notre r&#233;flexion. Nous pouvons &#233;videmment faire parvenir &#224; qui le souhaiterait un exemplaire scann&#233; de chacun d'eux. Limit&#233;s par notre trop faible connaissance des langues, nous n'avons pas pu trouver de texte int&#233;ressant sur cette question &#233;manant d'autres parties du monde, si des camarades ici ou l&#224; voulaient nous aider &#224; rem&#233;dier &#224; cela&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Des prol&#233;taires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D&#233;cembre 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte est forc&#233;ment incomplet et limit&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Photocopillage, critiques et d&#233;passement sont vivement conseill&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contact :&lt;br class='manualbr' /&gt;ottogeyrtonnex [at] live [point] fr&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Terme qui a un sens radicalement diff&#233;rent de la dite autogestion des luttes qui implique l'antagonisme entre les tentatives d'organisation de l'autonomie prol&#233;tarienne et les structures de reproduction des cat&#233;gories du capital. Au fil de la lecture de ce texte, le lecteur comprendra pourquoi nous ne pr&#233;f&#233;rons pas parler &#034;d'autogestion des luttes&#034;, car le terme m&#234;me d'autogestion est source d'ambigu&#239;t&#233;. Nous lui pr&#233;f&#233;rons le terme d'autonomie prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il se trouve que la frange la plus radicale du prol&#233;tariat &#233;tait alors organis&#233;e dans la CNT. Nous essayerons de pr&#233;ciser dans quelle mesure nous parlons des dirigeants de ce syndicat, de l'id&#233;ologie v&#233;hicul&#233;e par ce syndicat entre autres, mais &#233;galement colport&#233;e par les ouvriers. A certains moments un antagonisme couve entre les dirigeants et la base, nous pr&#233;f&#233;rerons parler &#224; ce moment-l&#224; d'antagonisme CNT-prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Vernon Richards, &lt;i&gt;Enseignements de la r&#233;volution espagnole&lt;/i&gt;, chapitre IV.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &lt;i&gt;Solidaridad Obrera&lt;/i&gt; du 21 juillet 1936, cit&#233; dans le livre de C. Semprun Maura, &lt;i&gt;R&#233;volution et contre-r&#233;volution en Catalogne&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. la proclamation de la CNT de Catalogne du 26 juillet 1936, cit&#233; dans le livre de A. Guillamon, &lt;i&gt;Barricades &#224; Barcelone&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les premi&#232;res mesures prises par la CNT furent d'interdire les pillages, de prot&#233;ger les soci&#233;t&#233;s et propri&#233;t&#233;s &#233;trang&#232;res et de faire garder les banques. Ces derni&#232;res ne seront jamais attaqu&#233;es et le syst&#232;me bancaire restera intact.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Beaucoup d'encre a coul&#233; sur la militarisation des milices quelques mois plus tard alors que les fondements de cette r&#233;pression &#233;taient d&#233;j&#224; pos&#233;s le 31 juillet.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Burnett Bolloten, &lt;i&gt;La r&#233;volution espagnole&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Brou&#233;-T&#233;mime, &lt;i&gt;La r&#233;volution et la guerre d'Espagne&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous parlons ici &#233;videmment de l'insurrection prol&#233;tarienne, car m&#234;me si ce mot d&#233;signe conventionnellement le camp fasciste, nous pr&#233;f&#233;rons leur appliquer le terme de &#171; putsch &#187;, ou &#171; &lt;i&gt;pronunciamento&lt;/i&gt; &#187; plus exact selon nous.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Los Amigos de Durruti &#233;crivait &#224; cette &#233;poque : &#034;&lt;i&gt;l'unit&#233; antifasciste n'a &#233;t&#233; que la soumission &#224; la bourgeoisie&#8230; Pour battre Franco, il fallait battre Companys et Caballero. Pour vaincre le fascisme, il fallait &#233;craser la bourgeoisie et ses alli&#233;s staliniens et socialistes. Il fallait d&#233;truire de fond en comble l'Etat capitaliste&lt;/i&gt; [&#8230;]&lt;i&gt;. L'apolitisme anarchiste a &#233;chou&#233;&lt;/i&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme cette lettre de Camillo Berneri &#224; Federica Montseny (alors tremp&#233;e jusqu'au cou dans la boue des politicailleries les plus naus&#233;abondes), fort juste dans son contenu critique sur ses positions, mais t&#233;moignant d'une na&#239;vet&#233; sans borne. Pourquoi s'adresser encore &#224; celles et ceux qui ont clairement choisi leur camp, et non aux prol&#233;taires ressentant cette couillonnade visc&#233;ralement ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir l'annexe 1, qui est la pr&#233;sentation de ce texte publi&#233; en 1974, pour se donner une id&#233;e plus pr&#233;cise du d&#233;roulement de cette lutte qui marqua tant les esprits.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous pouvons envoyer &#224; qui le demandera un texte &#233;crit par &#034;Echanges et mouvements&#034; en 1975 sur la gr&#232;ve Lip qui permettra de mieux cerner cette lutte et d'en tirer un bilan plus complet.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Baisse des salaires, des retraites, mont&#233;e du ch&#244;mage (19% de la population active &#224; l'&#233;poque), 20% de la population active vivant d'emplois pr&#233;caires, p&#233;nuries de m&#233;dicaments et de soins m&#233;dicaux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une prol&#233;taire, dans le documentaire &lt;i&gt;Busqueda piquetera&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En r&#233;alit&#233; tous les jours pr&#233;c&#233;dents et suivants l'intensit&#233; de la lutte fut tr&#232;s forte. Les deux dates sont symboliques et co&#239;ncident avec l'entr&#233;e dans la lutte des &lt;i&gt;cacerolazos&lt;/i&gt;, concert de casseroles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon l'expression d'un prol&#233;taire que cite le journal &lt;i&gt;L'Oiseau-temp&#234;te&lt;/i&gt; n&#176; 9 de l'&#233;t&#233; 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De &lt;i&gt;escrachar&lt;/i&gt; : mettre en vue publiquement, d&#233;noncer devant tous, mettre au pilori. C'est une pratique de lutte men&#233;e par des prol&#233;taires refusant que les tortionnaires, assassins des ann&#233;es 70 et responsables de la liquidation/disparition d'au moins 30000 prol&#233;taires, b&#233;n&#233;ficient de l'impunit&#233; de l'Etat. C'est au nom du mot d'ordre &#034;&lt;i&gt;ni oubli, ni pardon&lt;/i&gt;&#034; que des actions sont men&#233;es pour les d&#233;noncer publiquement, les pourchassant sur leurs lieux de travail, leur logement, donnant leur num&#233;ro de t&#233;l&#233;phone&#8230; pour rendre la vie intenable &#224; ces salopards. Pour plus de d&#233;tails, voir l'article &#224; ce sujet dans la revue &lt;i&gt;Communisme&lt;/i&gt; n&#176; 50.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Au mois de mars 2002, &#034;&lt;i&gt;on estime &#224; 77 les assembl&#233;es populaires qui fonctionnent dans la capitale f&#233;d&#233;rale, 52 dans le Grand Buenos Aires, 40 dans la province de Santa Fe et 20 dans celle de Cordoba&#8230; Dans la capitale f&#233;d&#233;rale, il y a une assistance minimale de 80 personnes et un maximum de 120 et 150 personnes&lt;/i&gt;&#034; (cf. Guillermo Almeyra, &lt;i&gt;R&#233;bellions d'Argentine&lt;/i&gt;). Nous allons revenir sur ces assembl&#233;es par la suite.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Avec cette loi, l'Etat coupe l'herbe sous le pied &#224; toute tentative radicale de s'emparer d'usines, puisque selon elle &#034;&lt;i&gt;il n'est plus n&#233;cessaire pour les travailleurs d'occuper des usines pour obtenir le droit de disposer des biens de production&lt;/i&gt;&#034;, il suffit de demander poliment &#224; la justice pour assurer la production. (article de Federico Calo, site &lt;a href=&#034;http://www.almaslatinas.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Almas Latinas&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En 2004, une loi est vot&#233;e pour l'expropriation d&#233;finitive des entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es de la capitale et &#034;&lt;i&gt;les confier d&#233;finitivement aux travailleurs&lt;/i&gt;&#034; (article d'Andrea Marra, &#034;Comment Kirchner a &#034;pacifi&#233;&#034; le conflit social argentin&#034;, site &lt;a href=&#034;http://risal.collectifs.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Risal&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Guillermo Almeyra, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous reprenons l&#224; les &#233;l&#233;ments avanc&#233;s par le texte &#034;Quelques informations fra&#238;ches sur les luttes en Argentine&#034; du Syndicat intercorporatif anarchosyndicaliste (SIA) de Caen (BP 257 14013 Caen Cedex).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est la Zone de Libre Echange des Am&#233;riques que veulent mettre en place les USA pour &#233;tendre la zone de libre &#233;change de l'ALENA qui regroupe d&#233;j&#224; le Canada, le Mexique, les Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans le film de Naomi Klein, &lt;i&gt;The Take&lt;/i&gt;, on peut se rendre compte qu'heureusement il y a des prol&#233;taires qui refusent la participation &#233;lectorale de 2003. Voyant le slogan inscrit sur un mur &#034;&lt;i&gt;pas de place pour nos r&#234;ves dans vos urnes&lt;/i&gt;&#034;, une prol&#233;taire d&#233;clare &#034;&lt;i&gt;c'est ce que je ressens, c'est pourquoi je d&#233;cide de ne pas voter&lt;/i&gt;&#034;. Malheureusement cet antiparlementarisme actif n'a pu combattre le raz-de-mar&#233;e &#233;lectoraliste (80 % de participation parmi les inscrits !). Lors du r&#233;sultat des &#233;lections elle dit : &#034;&lt;i&gt;c'est un coup dur, les 19 et 20 on criait &#034;&lt;/i&gt;qu'ils s'en aillent tous&lt;i&gt;&#034;. Et ils sont l&#224;, les cinq candidats qui sont l&#224;, c'est justement ceux qu'on voulait voir partir&lt;/i&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. les livres de Norman Cohn, &lt;i&gt;Les fanatiques de l'Apocalypse&lt;/i&gt;, de James C. Scott,&lt;i&gt;La domination et les arts de la r&#233;sistance&lt;/i&gt;, ou encore &lt;i&gt;L'incendie mill&#233;nariste&lt;/i&gt; de Y. Delhoyse et G. Lapierre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. A.L. Morton, &lt;i&gt;L'utopie anglaise&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Engels, &lt;i&gt;Anti-D&#252;hring&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &lt;i&gt;Mis&#232;re de la philosophie&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &lt;i&gt;Salaire, prix et profit&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#034;&lt;i&gt;La dignit&#233; retrouv&#233;e&lt;/i&gt;&#034;, c'est un leitmotiv qui revient souvent dans les paroles de ces ouvriers. Mais est-ce de la dignit&#233; de s'entre-surveiller comme on peut le voir dans le film &lt;i&gt;The Take&lt;/i&gt; ? A un moment un ouvrier est interrog&#233; et dit : &#034;&lt;i&gt;dans une coop&#233;rative, chacun est administrateur. J'aurai un &#339;il sur lui et lui, sur moi. &#201;videmment il faudra &#234;tre consciencieux, il ne faudra pas s'embourgeoiser, comme avant avec les patrons. On faisait une pause chaque fois qu'on le pouvait. Maintenant, si une lumi&#232;re est allum&#233;e, on l'&#233;teint si on n'en a pas besoin&lt;/i&gt;&#034;. Est-il besoin de faire un commentaire ?!&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Que certains appellent &#034;auto-exploitation&#034;, bien qu'il y ait dans cette expression une aberration. L'ouvrier ne peut pas s'auto-exploiter : c'est le capital qui l'exploite, bien qu'il se fasse l'agent de sa propre exploitation. Le capital est toujours l&#224;, c'est ce dont n'ont pas conscience ces ouvriers qui ne se sentent plus exploit&#233;s, du moins dans un premier temps.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce n'est pas pour rien qu'aujourd'hui il y a des ouvriers qui pr&#233;f&#233;reraient un retour de l'ancienne administration : les heures de boulot finies, c'est le retour &#224; la maison. Tandis que l&#224;, il faut encore rester le soir pour s'occuper des comptes, des clients&#8230; un peu comme un petit patron - mais fier d'&#234;tre son propre ma&#238;tre ! - qui fait des journ&#233;es &#224; rallonge. Comme cet abattoir de bovid&#233;s autog&#233;r&#233; &#224; Vivrey del Pino o&#249; les ouvriers se tapent les assembl&#233;es, &#233;puis&#233;s d'avoir tu&#233; toute la journ&#233;e (800 b&#234;tes par jour) : voir le site &lt;a href='https://www.infokiosques.net/trabajoautogestionada.blogspot.com' class=&#034;spip_url&#034;&gt;trabajoautogestionada.blogspot.com&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &lt;i&gt;Echanges et Mouvement&lt;/i&gt; n&#176; 118.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. l'article &#034;Autogestion sociale et nouvelle organisation du travail. L'exp&#233;rience argentine&#034; sur le site d'&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;El Correo&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce n'est pas pour rien que dans l'entreprise Zanon un &#034;&lt;i&gt;catalogue de sanctions a &#233;t&#233; pr&#233;vu&lt;/i&gt;&#034; (voir le n&#176; 118 de la revue &lt;i&gt;Echanges et mouvements&lt;/i&gt;). Il est &#233;crit aussi dans cette revue : &#034;&lt;i&gt;la pointeuse n'a pas &#233;t&#233; supprim&#233;e, et apr&#232;s une s&#233;rie de vols, des gardes et le contr&#244;le des sacs ont &#233;t&#233; introduits(&#8230;) D'autres cas d'indiscipline sont signal&#233;s (fl&#226;nerie dans les autres d&#233;partements, d&#233;part pr&#233;coce de l'usine, manque de respect&#8230;)&lt;/i&gt;&#034;. C'est le type m&#234;me du r&#232;glement int&#233;rieur commun &#224; toutes les entreprises, toujours dirig&#233; contre l'ouvrier pour s'assurer sa docilit&#233; et le sanctionner si besoin est.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Militante altermondialiste qui a &#233;crit entre autres &lt;i&gt;No logo&lt;/i&gt; et coauteur du film &lt;i&gt;The Take&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un article publi&#233; dans le journal &lt;i&gt;Combat syndicaliste&lt;/i&gt;, n&#176; 73, signale que lors des journ&#233;es des 19-20 l'OSL argentine a &#233;crit : &#034;&lt;i&gt;mais curieusement, un des signes distinctifs de la manifestation fut le refus absolu des partis. Cette attitude, promue par les m&#233;dias, jouait en faveur de la d&#233;sorganisation et de la fragmentation, terrain favorable &#224; la droite&lt;/i&gt;&#034;. Cette position de soutien &#224; ceux &#034;&lt;i&gt;qui se sont couch&#233;s sous le lit&lt;/i&gt;&#034; n'est rien d'autre qu'une d&#233;fense du parlementarisme. Cette position fut reprise telle quelle par &lt;i&gt;Offensive&lt;/i&gt; et Alternative Libertaire. Du beau linge !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &#034;Entreprises sous gestion ouvri&#232;re : le succ&#232;s et ses dangers&#034;, &#224; consulter sur le site &lt;a href=&#034;http://risal.collectifs.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Risal&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Collectif, &lt;i&gt;L'autogestion anarchiste&lt;/i&gt;, &#233;ditions du Monde Libertaire. Nous n'allons pas reproduire ici toutes les billeves&#233;es de ces &#034;th&#233;oriciens&#034;, il suffit de lire cette brochure pour se convaincre non seulement de la &lt;i&gt;nullit&#233;&lt;/i&gt; des propositions pour la soci&#233;t&#233; future mais surtout parce que ce collectif fait l'apologie du capital dans son essence intime.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ici nous devons faire une pr&#233;cision d'importance. Notre propos n'est pas de viser en particulier l'id&#233;ologie libertaire, mais l'id&#233;ologie social-d&#233;mocrate. Les libertaires font partie int&#233;grante de la grande famille social-d&#233;mocrate, comme nous l'indiquons dans le corps du texte, comme &#034;&lt;i&gt;forces politiques qui de l'int&#233;rieur du mouvement prol&#233;tarien se fixent comme objectif, avou&#233; ou non, de r&#233;former la soci&#233;t&#233; capitaliste, ce que nous nommons la social-d&#233;mocratie&lt;/i&gt;&#034;. Dans cette grande famille, de nombreuses autres composantes revendiquent la perspective autogestionnaire. Nous prenons ici l'exemple du &lt;i&gt;Monde Libertaire&lt;/i&gt; parce que leur brochure est repr&#233;sentative de cette id&#233;ologie fort &#224; la mode, mais nous ne les visons pas en particulier, ce serait trop d'honneur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous pensons par exemple &#224; l'opposition des &#034;Jeunes&#034; &#224; la social-d&#233;mocratie allemande en 1890-1891 oppos&#233;s au parlementarisme ou encore au texte de Domela Nieuwenhuis, &lt;i&gt;Le socialisme en danger&lt;/i&gt;, dont une partie de la critique est dirig&#233;e contre le nationalisme de la social-d&#233;mocratie allemande. La critique radicale gagne en profondeur avec Makha&#239;ski.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb44&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh44&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 44&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &lt;i&gt;Le socialisme des intellectuels&lt;/i&gt; de J.W. Makha&#239;ski. Celui-ci ne s'en prenait pas seulement &#224; la social-d&#233;mocratie internationale &#034;officielle&#034; (la II&#232;me Internationale), mais aussi &#224; certains groupes anarchistes, tout aussi r&#233;formistes. Ses &#233;crits principaux remontent aux alentours de 1900.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb45&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh45&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 45&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;45&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Rosa Luxembourg, &lt;i&gt;R&#233;forme sociale ou r&#233;volution&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb46&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh46&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 46&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;46&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il y a bien s&#251;r d'autres &#034;penseurs&#034; du m&#234;me acabit, comme Negri avec ses ch&#232;res multitudes et autres &#034;Empire&#034;. Voir &#224; ce sujet la critique faite par Mutines S&#233;ditions dans leur texte &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://mutineseditions.free.fr/negrisme/negrindex.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;N&#233;grisme et autres tute bianche&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; ou encore &#034;&lt;a href=&#034;http://gci-icg.org/french/communisme56.htm#negri&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Empire d'Antonio Negri ou les hoquets modernes du vieux r&#233;visionnisme&lt;/a&gt;&#034; dans la revue &lt;i&gt;Communisme&lt;/i&gt;, n&#176; 56.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb47&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh47&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 47&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;47&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il pr&#233;cise m&#234;me dans une interview (site Bellaciao) &#034;&lt;i&gt;je ne pense pas que la r&#233;ponse consiste &#224; nous armer afin de d&#233;faire l'Etat au terme d'une confrontation ouverte&lt;/i&gt;&#034;. C'est ce que disait Allende en d&#233;sarmant les ouvriers des mines de cuivre et des cordons industriels&#8230; le reste on conna&#238;t, les prol&#233;taires d&#233;sarm&#233;s ont &#233;t&#233; &#233;cras&#233;s par ce Pinochet en qui Allende avait mis toute sa confiance.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb48&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh48&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 48&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;48&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Intervention d'Holloway &#224; Caracas, lors du Forum social mondial de Caracas 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb49&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh49&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 49&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;49&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme apr&#232;s les affrontements et l'assassinat de Carlo Giuliani &#224; G&#234;nes en juillet 2001, Attac par la plume de Susan George dans &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt; d'ao&#251;t 2001, s'est permis d'amalgamer les camarades des dits Black Block avec les flics. A certains contre-sommets, des camarades se sont faits d&#233;masquer, menacer, donner aux flics, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb50&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh50&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 50&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;50&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Article paru dans &lt;i&gt;Volont&#224;&lt;/i&gt;, n&#176; 8, 1er mai 1920.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb51&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh51&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 51&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;51&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. E. M&#252;sham, &lt;i&gt;Vers la soci&#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e de l'Etat&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb52&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh52&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 52&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;52&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &lt;i&gt;A couteaux tir&#233;s, avec l'Existant, ses d&#233;fenseurs et ses faux critiques&#8230;&lt;/i&gt;, Mutines S&#233;ditions, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb53&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh53&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 53&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;53&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les fameuses &#034;circonstances&#034;, toujours mises en avant par la social-d&#233;mocratie pour justifier sa position contre-r&#233;volutionnaire, furent particuli&#232;rement utilis&#233;es en Espagne 1936 par les c&#233;n&#233;tistes au gouvernement pour excuser leurs innombrables d&#233;viations de la ligne qu'ils d&#233;fendaient bec et ongles quelques mois auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb54&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh54&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 54&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;54&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En espagnol : &#171; Movimiento de Trabajadores Desocupados &#187;, mouvement de ch&#244;meurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb55&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh55&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 55&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;55&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir le journal &lt;i&gt;Macache&lt;/i&gt; n&#176; 2.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb56&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh56&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 56&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;56&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &#034;Qu'est-ce que la conscience de classe&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb57&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh57&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 57&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;57&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. la revue &lt;i&gt;Fr&#232;res du monde&lt;/i&gt; n&#176; 84-85.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb58&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh58&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 58&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;58&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;(Note explicative) : Le Comit&#233; d'Action (CA) fut cr&#233;&#233; en avril 1973 sur l'initiative de la CFDT et restera sous son contr&#244;le. Son r&#244;le consiste &#224; organiser et populariser la lutte. Il ne participe pas aux n&#233;gociations avec les patrons. Le propos d'un &#034;Lip&#034; du CA en novembre 1973 exprime bien ce que fut ce comit&#233; : &#034;&lt;i&gt;nous, on &#233;tait l&#224; pour ramasser leur merde&lt;/i&gt;&#034; (en parlant des syndicats) et nous pouvons rajouter de servir de caution morale pour la CFDT et la CGT et &#233;viter tout d&#233;bordement anti-syndical.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb59&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh59&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 59&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;59&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;(Note explicative) : JJSS= Jean-Jacques Servan-Schreiber.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb60&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh60&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 60&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;60&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;(note dans le texte d'origine) : Tout au plus, les syndicats de &#034;gauche&#034; peuvent tol&#233;rer les CA : &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; car ils leur indiquent les bornes &#224; ne pas d&#233;passer sans se couper des masses (Cf. Lipstock),
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; comme soutien critique, on sait o&#249; cela m&#232;ne , l'exp&#233;rience du Chili, en ao&#251;t 1972, le gouvernement de l'UP a fait arr&#234;ter les militants du MIR pour d&#233;tention d'armes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb61&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh61&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 61&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;61&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;(note explicative) : Dans cette ville du nord de la France une fille de mineur, Brigitte Dew&#232;vre, a &#233;t&#233; assassin&#233;e le 5 avril 1972. Quelques jours apr&#232;s, un notable de la r&#233;gion, Pierre Leroy, est inculp&#233;. Tous les ingr&#233;dients sont l&#224; pour pr&#233;senter d'une mani&#232;re tr&#232;s manich&#233;enne le drame, d'un c&#244;t&#233; la fille de prol&#233;taire assassin&#233;e et de l'autre un bourgeois qui ne peut qu'&#234;tre l'assassin. La mani&#232;re dont les choses sont pr&#233;sent&#233;es par les mao&#239;stes de &lt;i&gt;La Cause du peuple&lt;/i&gt; (journal de Gauche Porl&#233;tarienne dont le responsable n'est autre que J.-P. Sartre) est simpliste &#224; l'extr&#234;me : seul un bourgeois a pu commettre ce crime. A aucun moment ils ne pouvaient envisager que ce meurtre est le fait d'un autre prol&#233;taire. C'est la morale stalinienne qui triomphe, les prol&#233;taires ne peuvent qu'&#234;tre des &#234;tres purs et les bourges des &#234;tres d&#233;prav&#233;s. Ils sont donc coupables &#224; coup s&#251;r. Les mao&#239;stes ont constitu&#233; tout un dossier pour montrer la culpabilit&#233; de Leroy (&#034;&lt;i&gt;dossier public de l'affaire&lt;/i&gt;&#034;) et opposer la justice &#034;populaire &#034; &#224; la justice de classe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb62&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh62&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 62&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;62&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. L&#233;nine, &lt;i&gt;Oeuvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, tome 27, p. 305&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb63&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh63&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 63&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;63&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;(note dans le texte d'origine) : L'affrontement de casse marque la fin de la politique, la politique &#233;tant le moyen de dominer la classe ouvri&#232;re &#224; droite comme &#224; gauche, sans remettre en cause fondamentalement le &#034;jeu politique&#034;, c'est-&#224;-dire la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb64&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh64&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 64&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;64&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En espagnol &lt;i&gt;productor&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;consumidor&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;prosumidores&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb65&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh65&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 65&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;65&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A partir de cette ann&#233;e, le groupe promoteur du r&#233;seau commence &#224; d&#233;velopper le syst&#232;me en Uruguay, au Br&#233;sil, en Bolivie, en Equateur et en Colombie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb66&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh66&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 66&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;66&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Daniel H&#233;rard et C&#233;cile Raimbeau, &lt;i&gt;Argentine rebelle, un laboratoire de contre-pouvoir&lt;/i&gt;, Editions Alternatives, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb67&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh67&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 67&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;67&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Guillermo Almeyra, &lt;i&gt;Rebellions d'Argentine&lt;/i&gt;, Syllepse, 2006&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb68&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh68&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 68&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;68&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, article de Susana Hintze&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb69&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh69&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 69&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;69&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le livre d'Ursula Le Guin, &lt;i&gt;Les d&#233;poss&#233;d&#233;s&lt;/i&gt;, constitue une r&#233;flexion int&#233;ressante sur ce que pourrait &#234;tre une soci&#233;t&#233; communiste... ou plut&#244;t anarchiste dans ce cas, puisque l'auteur se dit faire partie de la famille anarchiste. Ne faisons pas non plus l'&#233;conomie de lire d'autres auteurs comme Marx, Bordiga ou encore Kremniov qui a &#233;crit en 1920 &lt;i&gt;Voyage de mon fr&#232;re Alexis au pays de l'utopie paysanne&lt;/i&gt;... qui se passe en 1984 !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le militantisme, stade supr&#234;me de l'ali&#233;nation</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article536</link>
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		<dc:date>2011-01-08T02:50:34Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Organisation des Jeunes Travailleurs R&#233;volutionnaires</dc:creator>


		<dc:subject>Auto-organisation, exp&#233;rimentations collectives</dc:subject>
		<dc:subject>Communismes</dc:subject>
		<dc:subject>Fuck may 68 fight now ! (Marseille)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ce que nous disons des militants est dur et sans appel. Nous ne sommes pr&#234;ts effectivement &#224; aucun compromis avec eux, ce ne sont pas des r&#233;volutionnaires qui se trompent ou des semi r&#233;volutionnaires, mais des gens qui restent en de&#231;&#224; de la r&#233;volution.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais cela ne veut nullement dire que 1&#176; nous nous mettons en dehors de cette critique, si nous tenons &#224; &#234;tre clairs et nets, c'est d'abord &#224; l'&#233;gard de nous-m&#234;mes, et que 2&#176; nous condamnons le militant en tant qu'individu et faisons de cette condamnation une affaire morale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne s'agit pas de retomber dans la s&#233;paration des bons et des m&#233;chants. Nous ne sous estimons pas la tentation du : &#034;plus je gueule contre les militants, plus je prouve que je n'en suis pas et plus je me mets &#224; l'abri de la critique !&#034;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte est un classique de la critique du militantisme gauchiste. Quarante ans plus tard, il reste toujours d'actualit&#233;.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique19" rel="directory"&gt;M&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot10" rel="tag"&gt;Auto-organisation, exp&#233;rimentations collectives&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot14" rel="tag"&gt;Communismes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot113" rel="tag"&gt;Fuck may 68 fight now ! (Marseille)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L106xH150/arton536-59a57.jpg?1780458671' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff536.jpg?1292067374&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le r&#233;volutionnaire est au militant ce que le loup est &#224; l'agneau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la suite du mouvement des occupations de mai 68 on a vu se d&#233;velopper &#224; la gauche du Parti Communiste et de la CGT un ensemble de petites organisations qui se r&#233;clament du trotskisme, du mao&#239;sme et de l'anarchisme. Malgr&#233; le faible pourcentage de travailleurs qui ont rejoint leurs rangs, elles pr&#233;tendent disputer aux organisations traditionnelles le contr&#244;le de la classe ouvri&#232;re dont elles se proclament l'avant-garde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ridicule de leurs pr&#233;tentions peut faire rire, mais en rire ne suffit pas. Il faut aller plus loin, comprendre pourquoi le monde moderne produit ces bureaucraties extr&#233;mistes, et d&#233;chirer le voile de leurs id&#233;ologies pour d&#233;couvrir leur r&#244;le historique v&#233;ritable. Les r&#233;volutionnaires doivent se d&#233;marquer le plus possible des organisations gauchistes et montrer que loin de menacer l'ordre du vieux monde l'action de ces groupes ne peut entra&#238;ner au mieux que son reconditionnement. Commencer &#224; les critiquer, c'est pr&#233;parer le terrain au mouvement r&#233;volutionnaire qui devra les liquider sous peine d'&#234;tre liquid&#233; par eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re tentation qui vient &#224; l'esprit est de s'attaquer &#224; leurs id&#233;ologies, d'en montrer l'archa&#239;sme ou l'exotisme (de L&#233;nine &#224; Mao) et de mettre en lumi&#232;re le m&#233;pris des masses qui se cache sous leur d&#233;magogie. Mais cela deviendrait vite fastidieux si l'on consid&#232;re qu'il existe une multitude d'organisations et de tendances et qu'elles tiennent toutes &#224; bien affirmer leur petite originalit&#233; id&#233;ologique. D'autre part cela revient &#224; se placer sur leur terrain. Plus qu'&#224; leurs id&#233;es il convient de s'en prendre &#224; l'activit&#233; qu'ils d&#233;ploient au &#171; service de leurs id&#233;es &#187; : le MILITANTISME.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous nous en prenons globalement au militantisme ce n'est pas parce que nous nions les diff&#233;rences qui existent entre l'activit&#233; des diverses organisations. Mais nous pensons que malgr&#233; et m&#234;me justement &#224; cause de leur importante ces diff&#233;rences ne peuvent bien s'expliquer que si on prend le militantisme &#224; la racine. Les diverses fa&#231;ons de militer ne sont que des r&#233;ponses divergentes &#224; une m&#234;me contradiction fondamentale dont aucune ne d&#233;tient la solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En prenant parti de fonder notre critique sur l'activit&#233; du militant nous ne sous-estimons pas l'importance du r&#244;le des id&#233;es dans le militantisme. Simplement &#224; partir du moment o&#249; ces id&#233;es sont mises en avant sans &#234;tres reli&#233;es &#224; l'activit&#233; il importe de savoir ce qu'elles cachent. Nous montrerons le hiatus qu'il y a entre les deux, nous relierons les id&#233;es &#224; l'activit&#233; et d&#233;voilerons l'impact de l'activit&#233; sur les id&#233;es : chercher derri&#232;re le mensonge la r&#233;alit&#233; du menteur pour comprendre la r&#233;alit&#233; du mensonge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la critique et la condamnation du militantisme est une t&#226;che indispensable pour la th&#233;orie r&#233;volutionnaire, elle ne peut &#234;tre faite que du &#171; point de vue &#187; de la r&#233;volution. Les id&#233;ologues bourgeois peuvent traiter les militants de voyous dangereux, d'id&#233;alistes manipul&#233;s, leur conseiller d'occuper leur temps &#224; travailler ou &#224; le passer au Club M&#233;diterran&#233;e ; ils ne peuvent pas s'attaquer au militantisme en profondeur car cela revient &#224; mettre en lumi&#232;re la mis&#232;re de toutes activit&#233;s que permet la soci&#233;t&#233; moderne. Nous ne cachons pas notre parti pris, notre critique ne sera pas &#171; objective et valable de tous les points de vue &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette critique du militantisme est ins&#233;parable de la construction des organisations r&#233;volutionnaires, non seulement parce que les organisations de militants devront &#234;tre combattues sans rel&#226;che, mais aussi parce que la lutte contre la tendance au militantisme devra &#234;tre men&#233;e au sein m&#234;me des organisations, r&#233;volutionnaires. Cela sans doute parce que ces organisations, tout au moins au d&#233;part, risquent d'&#234;tre compos&#233;es pour une part non n&#233;gligeable d'anciens militants &#171; repentis &#187;, mais aussi parce que le militantisme se base sur l'ali&#233;nation de chacun d'entre nous. L'ali&#233;nation ne s'&#233;limine pas d'un coup de baguette magique et le militantisme est le pi&#232;ge particulier que le vieux monde tend aux r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous disons des militants est dur et sans appel. Nous ne sommes pr&#234;ts effectivement &#224; aucun compromis avec eux, ce ne sont pas des r&#233;volutionnaires qui se trompent ou des semi r&#233;volutionnaires, mais des gens qui restent en de&#231;&#224; de la r&#233;volution. Mais cela ne veut nullement dire que 1&#176; nous nous mettons en dehors de cette critique, si nous tenons &#224; &#234;tre clairs et nets, c'est d'abord &#224; l'&#233;gard de nous-m&#234;mes, et que 2&#176; nous condamnons le militant en tant qu'individu et faisons de cette condamnation une affaire morale. Il ne s'agit pas de retomber dans la s&#233;paration des bons et des m&#233;chants. Nous ne sous estimons pas la tentation du : &#171; plus je gueule contre les militants, plus je prouve que je n'en suis pas et plus je me mets &#224; l'abri de la critique ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LE MASOCHISME&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faisons l'effort de surmonter l'ennui que secr&#232;te naturellement les militants. Ne nous contentons pas de d&#233;chiffrer la phras&#233;ologie de leurs tracts et de leurs discours. Interrogeons-les sur les raisons qui les ont pouss&#233;s, eux, personnellement, &#224; militer. Il y n'a pas de question qui puisse embarrasser plus un militant. Au pire ils vont partir dans des baratins interminables sur l'horreur du capitalisme, la mis&#232;re des enfants du tiers monde, les bombes &#224; fragmentation, la hausse des prix, la r&#233;pression... Au mieux ils vont expliquer que ayant pris conscience - ils tiennent beaucoup &#224; cette fameuse &#171; prise de conscience &#187; - de la v&#233;ritable nature du capitalisme ils ont d&#233;cid&#233; de lutter pour un monde meilleur, pour le socialisme (le vrai pas l'autre). Enthousiasm&#233;s par ces perspectives exaltantes ils n'ont pu r&#233;sister au d&#233;sir de se jeter sur la manivelle de la ron&#233;o la plus proche. Essayons d'approfondir la question et portons nos regards non plus sur ce qu'ils disent mais sur ce qu'ils vivent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une &#233;norme contradiction entre ce qu'ils pr&#233;tendent d&#233;sirer et la mis&#232;re et l'inefficacit&#233; de ce qu'ils font. L'effort auquel ils s'astreignent et la dose d'ennui qu'ils sont capables de supporter ne peuvent laisser aucun doute : ces gens l&#224; sont d'abord des masochistes. Non seulement au vu de leur activit&#233; on ne peut croire qu'ils puissent d&#233;sirer sinc&#232;rement une vie meilleure, mais encore leur masochisme ne manifeste aucune originalit&#233;. Si certains pervers mettent en &#339;uvre une imagination qui ignore la pauvret&#233; des r&#232;gles du vieux monde, ce n'est pas le cas des militants ! Ils acceptent au sein de leur organisation la hi&#233;rarchie et les petits chefs dont ils pr&#233;tendent vouloir d&#233;barrasser la soci&#233;t&#233;, et l'&#233;nergie qu'ils d&#233;pensent se moule spontan&#233;ment dans la forme du travail. Car le militant fait partie de cette sorte de gens &#224; qui 8 ou 9 heures d'abrutissement quotidien ne suffisent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les militants tentent de se justifier ils n'arrivent qu'&#224; &#233;taler leur manque d'imagination. Ils ne peuvent concevoir autre chose, une autre forme d'activit&#233; que ce qui existe actuellement. Pour eux, la division entre le s&#233;rieux et l'amusant, les moyens et les buts n'est pas li&#233;e a une &#233;poque d&#233;termin&#233;e. Ces cat&#233;gories sont &#233;ternelles et ind&#233;passables : on ne pourra &#234;tre heureux plus tard que si on se sacrifie maintenant. Le sacrifice sans r&#233;compense de millions de militants ouvriers, des g&#233;n&#233;rations de l'&#233;poque stalinienne ne fait rien bouger dans leurs petites t&#234;tes. Ils ne voient pas que les moyens d&#233;terminent les fins et qu'en acceptant de se sacrifier aujourd'hui ils pr&#233;parent les sacrifices de demain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut qu'&#234;tre frapp&#233; par les innombrables ressemblances qui rapprochent militantisme et activit&#233; religieuse. On retrouve les m&#234;mes attitudes psychologiques : esprit de sacrifice, mais aussi intransigeance, volont&#233; de convertir, esprit de soumission. Ces ressemblances s'&#233;tendent au domaine des rites et des c&#233;r&#233;monies : pr&#234;ches sur le ch&#244;mage, processions pour le Vietnam, r&#233;f&#233;rences aux textes sacr&#233;s du marxisme-l&#233;ninisme, culte des embl&#232;mes (drapeaux rouges). Les &#233;glises politiques n'ont-elles pas aussi leurs proph&#232;tes, leurs grands pr&#234;tres, leurs convertis, leurs h&#233;r&#233;sies, leurs schismes, leurs pratiquants-militants et leurs non-pratiquants-sympathisants ! Mais le militantisme r&#233;volutionnaire n'est qu'une parodie de la religion. La richesse, la d&#233;mence, la d&#233;mesure des projets religieux lui &#233;chappent ; il aspire au s&#233;rieux, il veut &#234;tre raisonnable, il croit pouvoir gagner en &#233;change un paradis ici-bas. Cela ne lui est m&#234;me pas donn&#233;. J&#233;sus Christ ressuscite et monte au ciel, L&#233;nine pourrit sur la Place Rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le militant peut &#234;tre assimil&#233; au croyant en ce qui concerne la candeur de ses illusions il convient de le consid&#233;rer tout autrement en ce qui concerne son attitude r&#233;elle. Le sacrifice de la carm&#233;lite qui s'emprisonne pour prier pour le salut des &#226;mes a des r&#233;percussions tr&#232;s limit&#233;es sur la r&#233;alit&#233; sociale. Il en va tout autrement pour le militant. Son sacrifice risque d'avoir des cons&#233;quences f&#226;cheuses pour l'ensemble de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LE D&#201;SIR DE LA PROMOTION&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le militant parle beaucoup des masses. Son action est centr&#233;e sur elles. Ils s'agit de les convaincre, de leur faire &#171; prendre conscience &#187;. Et pourtant le militant est s&#233;par&#233; des masses et de leurs possibilit&#233;s de r&#233;volte. Et cela parce qu'il est SEPAR&#201; DE SES PROPRES DESIRS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le militant ressent l'absurdit&#233; de l'existence que l'on nous impose. En &#171; d&#233;cidant &#187; de militer, il tente d'apporter une solution &#224; l'&#233;cart qui existe entre ses d&#233;sirs et ce qu'il a r&#233;ellement la possibilit&#233; de vivre. C'est une r&#233;action contre sa prol&#233;tarisation contre la mis&#232;re de sa vie. Mais il s'engage dans une voie sans issue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'insatisfait, le militant reste incapable de reconna&#238;tre et d'affronter ses d&#233;sirs. IL EN A HONTE. Cela l'entra&#238;ne &#224; remplacer la promotion de ses d&#233;sirs par le d&#233;sir de sa promotion. Mais les sentiments de culpabilit&#233; qu'il entretient sont tels qu'il ne peut envisager une promotion hi&#233;rarchique dans le cadre du syst&#232;me, ou plut&#244;t il est pr&#234;t &#224; lutter pour une bonne place si il gagne en m&#234;me temps la garantie que ce n'est pas pour son propre compte. Son militantisme lui permet de s'&#233;lever, de se mettre sur un pi&#233;destal, sans que cette promotion apparaisse aux autres et &#224; lui-m&#234;me pour ce qu'elle est. (Apr&#232;s tout, le pape n'est lui aussi que le serviteur des serviteurs de Dieu !)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se mettre au service de ses d&#233;sirs ne revient nullement &#224; se r&#233;fugier dans sa coquille et n'a rien &#224; voir avec l'individualisme petit bourgeois. Tout au contraire cela ne peut passer que par la destruction de la carapace d'&#233;go&#239;sme dans laquelle nous enferme la soci&#233;t&#233; bourgeoise et le d&#233;veloppement d'une v&#233;ritable solidarit&#233; de classe. Le militant qui pr&#233;tend se mettre au service du prol&#233;tariat (&#171; Les ouvriers sont nos ma&#238;tres &#187; Geismar) ne fait que se mettre au service de l'id&#233;e qu'il a des int&#233;r&#234;ts du prol&#233;tariat. Ainsi par un paradoxe qui n'est qu'apparent, en se mettant v&#233;ritablement au service de soi-m&#234;me on en revient &#224; aider v&#233;ritablement les autres et cela sur une base de classe, et en se mettent au service des autres on en vient &#224; prot&#233;ger une position hi&#233;rarchique personnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Militer, ce n'est pas s'accrocher &#224; la transformation de sa vie quotidienne, ce n'est pas se r&#233;volter directement contre ce qui opprime, c'est au contraire fuir ce terrain. Or ce terrain est le seul qui soit r&#233;volutionnaire pourvu que l'on sache que notre vie de tous les jours est colonis&#233;e par le capital et r&#233;gie par les lois de la production marchande. En se politisant, le militant est &#224; la recherche d'un r&#244;le qui le mette au-dessus des masses. Que ce &#171; au-dessus &#187; prenne des allures &#171; d'avant-gardisme &#187; ou d'&#171; &#233;ducationnisme &#187; ne change rien &#224; l'affaire. Il n'est d&#233;j&#224; plus le prol&#233;taire qui n'a rien d'autre &#224; perdre que ses illusions ; il a un r&#244;le &#224; d&#233;fendre. En p&#233;riode de r&#233;volution, quand tous les r&#244;les craquent sous la pouss&#233;e du d&#233;sir de vivre sans entrave, le r&#244;le de &#171; r&#233;volutionnaire conscient &#187; est celui qui survit le mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En militant, il donne du poids &#224; son existence, sa vie retrouve un sens. Mais ce sens, il ne le trouve pas en lui-m&#234;me dans la r&#233;alit&#233; de sa subjectivit&#233;, mais dans la soumission &#224; des n&#233;cessit&#233;s ext&#233;rieures. De m&#234;me que dans le travail il est soumis &#224; un but et &#224; des r&#232;gles qui lui &#233;chappent, il ob&#233;it en militant aux &#171; n&#233;cessit&#233;s de l'histoire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, on ne peut pas mettre tous les militants sur le m&#234;me plan. Tous ne sont pas atteints aussi gravement. On trouve parmi eux quelques na&#239;fs qui, ne sachant comment utiliser leurs loisirs, pouss&#233;s par la solitude et tromp&#233;s par la phras&#233;ologie r&#233;volutionnaire se sont &#233;gar&#233;s ; ils saisiront le premier pr&#233;texte venu pour s'en aller. L'achat de la t&#233;l&#233;vision, la rencontre de l'&#226;me s&#339;ur, la n&#233;cessit&#233; de faire des heures suppl&#233;mentaires pour payer la voiture d&#233;ciment les rangs de l'arm&#233;e des militants !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les raisons qui poussent &#224; militer ne datent pas d'aujourd'hui. En gros elles sont les m&#234;mes pour les militants syndicalistes, catholiques et r&#233;volutionnaires. La r&#233;apparition d'un militantisme r&#233;volutionnaire de masse est li&#233;e &#224; la crise actuelle des soci&#233;t&#233;s marchandes et au retour de la vieille taupe r&#233;volutionnaire. La possibilit&#233; d'une r&#233;volution sociale appara&#238;t suffisamment s&#233;rieuse pour que les militants misent sur elle. Le tout est renforc&#233; par l'&#233;croulement des religions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme n'a plus besoin des syst&#232;mes de compensation religieux. Parvenu &#224; maturit&#233;, il n'a pas &#224; offrir un suppl&#233;ment de bonheur dans l'au-del&#224; mais tout le bonheur ici-bas, dans la consommation de ses marchandises mat&#233;rielles, culturelles et spirituelles (l'angoisse m&#233;taphysique fait vendre !). D&#233;pass&#233;s par l'histoire, les religions et leurs fid&#232;les n'ont plus qu'&#224; passer &#224; l'action sociale ou au... mao&#239;sme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le militantisme gauchiste touche essentiellement des cat&#233;gories sociales en voie de prol&#233;tarisation acc&#233;l&#233;r&#233;e (lyc&#233;ens, &#233;tudiants, enseignants, personnels socio-&#233;ducatifs....) qui n'ont pas la possibilit&#233; de lutter concr&#232;tement pour des avantages &#224; court terme et pour lesquels devenir v&#233;ritablement r&#233;volutionnaire suppose une remise en question personnelle tr&#232;s profonde. L'ouvrier est beaucoup moins complice de son r&#244;le social que l'&#233;tudiant ou l'&#233;ducateur. Militer est pour ces derniers une solution de compromis qui leur permet d'&#233;pauler leur r&#244;le social vacillant. Ils retrouvent dans le militantisme une importance personnelle que la d&#233;gradation de leur position sociale leur refusait. Se dire r&#233;volutionnaire, s'occuper de la transformation de l'ensemble de la soci&#233;t&#233;, permet de faire l'&#233;conomie de la transformation de sa propre condition et de ses illusions personnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la classe ouvri&#232;re le syndicalisme a le quasi-monopole du militantisme, il assure au militant des satisfactions imm&#233;diates et une position dont l'avantage peut se mesurer concr&#232;tement. L'ouvrier tent&#233; par le militantisme se tournera tr&#232;s probablement vers le syndicalisme. M&#234;me les comit&#233;s de lutte antisyndicaux ont tendance &#224; devenir un syndicalisme nouvelle mani&#232;re. L'activit&#233; politique n'est pour les militants ouvriers que le prolongement de l'action syndicale. Le militantisme tente peu les ouvriers et notamment les jeunes ouvriers parce que ce sont les prol&#233;taires les plus lucides en ce qui concerne la mis&#232;re de leur travail en particulier et de leur vie en g&#233;n&#233;ral. D&#233;j&#224; peu tent&#233;s, dans leur ensemble, par le syndicalisme, ils le sont encore moins par un gauchisme aux avantages fumeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit, quand dans la tourmente r&#233;volutionnaire le r&#232;gne des marchandises et de la consommation s'&#233;coulera, le syndicalisme dont le s&#233;rieux se basait sur la revendication sera pr&#234;t pour survivre &#224; passer au militantisme r&#233;volutionnaire. Il reprendra les mots d'ordre les plus extr&#233;mistes et sera alors beaucoup plus dangereux que les groupes gauchistes. D&#233;j&#224; ne voit-on pas, &#224; la suite de mai 68, la CFDT m&#234;ler le mot d'autogestion &#224; son charabia n&#233;o-bureaucratique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LE TRAVAIL POLITIQUE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps &#171; libre &#187; que lui laissent ses obligations professionnelles ou scolaires, le militant va le consacrer &#224; ce qu'il appelle lui-m&#234;me le &#171; travail politique &#187;. Il faut tirer et distribuer des tracts, fabriquer et coller des affiches, faire des r&#233;unions, prendre des contacts, pr&#233;parer des meetings... Mais ce n'est pas telle ou telle action consid&#233;r&#233;e isolement qui suffit &#224; caract&#233;riser le travail militant. Le simple fait de composer un tract dans le but de le tirer et de le distribuer ne peut &#234;tre consid&#233;r&#233; en soi comme un acte militant. Si il est militant c'est parce qu'il s'ins&#232;re dans une activit&#233; qui a une logique particuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est parce que l'activit&#233; du militant n'est pas le prolongement de ses d&#233;sirs, c'est parce qu'elle ob&#233;it &#224; une logique qui lui est ext&#233;rieure, qu'elle se rapproche du travail. De m&#234;me que le travailleur ne travaille pas pour lui, le militant ne milite pas pour lui. Le r&#233;sultat de son action ne peut donc pas &#234;tre mesur&#233; au plaisir qu'il en retire. Il va donc l'&#234;tre suivant le nombre d'heures d&#233;pens&#233;es, le nombre de tracts distribu&#233;s. La r&#233;p&#233;tition, la routine dominent l'activit&#233; du militant. La s&#233;paration entre ex&#233;cution et d&#233;cision renforce le c&#244;t&#233; fonctionnaire du militant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si le militantisme se rapproche du travail il ne peut pas lui &#234;tre assimil&#233;. Le travail est l'activit&#233; sur laquelle se fonde le monde dominant, il produit et reproduit le capital et les rapports de production capitalistes ; le militantisme lui n'est qu'une activit&#233; mineure. Si le r&#233;sultat du travail et son efficacit&#233;, par d&#233;finition, ne se mesurent pas &#224; la satisfaction du travailleur ils ont l'avantage d'&#234;tre mesurables &#233;conomiquement. La production marchande, par le biais de la monnaie et du profit cr&#233;e ses &#233;talons et ses instruments de mesure. Elle a sa logique et sa rationalit&#233; qu'elle impose au producteur et au consommateur. Au contraire, l'efficacit&#233; du militantisme, &#171; l'avanc&#233;e de la r&#233;volution &#187;, n'ont pas encore trouv&#233; leurs instruments de mesure. Leur contr&#244;le &#233;chappe aux militants et &#224; leurs dirigeants. Dans l'hypoth&#232;se, &#233;videmment, o&#249; ces derniers se soucient encore de la r&#233;volution ! On en est donc r&#233;duit &#224; comptabiliser le mat&#233;riel produit et distribu&#233;, le recrutement, les actions men&#233;es ; ce qui &#233;videmment ne mesure jamais ce que l'on pr&#233;tend mesurer. Tout naturellement on en vient &#224; consid&#233;rer que ce qui est mesurable est une fin en soi. Imaginez le capitaliste qui ne trouvant pas de moyen d'&#233;valuer la valeur de sa production d&#233;ciderait de se rabattre sur la mesure des quantit&#233;s d'huile consomm&#233;es par des machines. Tr&#232;s vite, sous la pression de contre-ma&#238;tres consciencieux, les ouvriers videraient de l'huile dans le caniveau pour faire progresser... la production. Incapable de poursuivre le but proclam&#233;, le militantisme ne fait que singer le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'appliquant consciencieusement &#224; imiter le travail, les militants sont fort mal plac&#233;s pour comprendre les perspectives ouvertes d'un c&#244;t&#233; par le m&#233;pris de plus en plus r&#233;pandu &#224; l'&#233;gard de toutes les contraintes et de l'autre par les progr&#232;s du savoir et de la technique. Les plus intelligents d'entre eux se rangent aux c&#244;t&#233;s des id&#233;ologues de la bourgeoisie moderniste, pour demander que l'on r&#233;duise les horaires ou que l'on humanise la r&#233;pugnante activit&#233;. Que ce soit au nom du capital ou de la r&#233;volution, tous ces gens-l&#224; se montrent incapables de voir au-del&#224; de la s&#233;paration entre temps de travail et temps de loisirs, entre activit&#233; consacr&#233;e &#224; la production et activit&#233; consacr&#233;e &#224; la consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous sommes oblig&#233;s de travailler, la cause n'est pas naturelle, elle est sociale. Travail et soci&#233;t&#233; de classe vont de pair. Le ma&#238;tre veut voir l'esclave produire parce que seul ce qui est produit est appropriable. La joie, le plaisir que l'on trouve dans une activit&#233; quelconque, cela ne peut &#234;tre capitalis&#233;, accumul&#233;, traduit en argent par le capitaliste, alors il s'en fout. Lorsque nous travaillons nous sommes enti&#232;rement soumis &#224; une autorit&#233;, &#224; une loi ext&#233;rieure, notre seule raison d'&#234;tre c'est ce que nous produisons. Toute usine est un racket, o&#249; l'on pompe notre sueur et notre vie pour les transformer en marchandises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps pass&#233; &#224; travailler est un temps o&#249; nous devons non pas satisfaire directement nos d&#233;sirs mais sacrifier en attendant cette r&#233;paration ult&#233;rieure qu'est le salaire. C'est exactement le contraire du jeu, o&#249; le d&#233;roulement et le rythme de ce qu'on fait a pour ma&#238;tre le plaisir que l'on y prend. Le prol&#233;tariat en s'&#233;mancipant abolira le travail. La production des denr&#233;es n&#233;cessaires &#224; notre survie biologique ne sera plus alors que le pr&#233;texte &#224; la lib&#233;ration de nos passions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LA R&#201;UNIONITE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une caract&#233;ristique significative du militantisme est le temps pass&#233;e en r&#233;unions. Laissons de c&#244;t&#233; les d&#233;bats consacr&#233;s &#224; la grande strat&#233;gie : o&#249; en sont nos camarades de Bolivie, &#224; quand la prochaine crise &#233;conomique mondiale, la construction du parti r&#233;volutionnaire avance-t-elle... Contentons nous de nous pencher sur les r&#233;unions concernant le &#171; travail quotidien &#187;. C'est peut-&#234;tre l&#224; que s'&#233;tale le mieux la mis&#232;re du militantisme. &#192; part quelques cas d&#233;sesp&#233;r&#233;s, les militants eux-m&#234;mes se plaignent du nombre de ces &#171; r&#233;unions qui n'avancent pas &#187;. M&#234;me si les militants aiment se r&#233;chauffer entre eux ils ne peuvent pas ne pas souffrir de la contradiction &#233;vidente entre d'une part leur volont&#233; d'agir et d'autre part le temps perdu en de vaines discussions, en des d&#233;bats sans issue. Ils sont condamn&#233;s &#224; rester dans une impasse car ils s'en prennent &#224; la &#171; r&#233;unionite &#187; sans voir que c'est tout le militantisme qui est en cause. La seule fa&#231;on d'&#233;liminer la r&#233;unionite revient &#224; fuir dans un activisme de moins en moins en prise sur la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;QUE FAIRE ? COMMENT S'ORGANISER ? Voil&#224; les questions qui sous-tendent et provoquent les r&#233;unions. Or ces questions ne peuvent jamais, &#234;tre r&#233;gl&#233;es, leur solution n'avance jamais, parce que lorsque les militants se les posent, ils se les posent comme s&#233;par&#233;es de leur vie. La r&#233;ponse n'est pas au rendez-vous parce que la question n'est pas pos&#233;e par celui qui poss&#232;de la solution concr&#232;te. On peut se r&#233;unir pendant des heures, se triturer le cerveau, cela ne fera pas surgir le support pratique qui manque aux id&#233;es. Alors que ces questions sont des bagatelles pour le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire, parce que pour lui les probl&#232;mes de l'action et de l'organisation se posent concr&#232;tement, font partie de sa lutte, ils deviennent le PROBL&#200;ME pour les militants. La r&#233;unionite est le compl&#233;ment n&#233;cessaire de l'activisme. En fait, le probl&#232;me pos&#233; est toujours celui-l&#224; : comment fusionner avec le mouvement des masses tout en restant s&#233;par&#233; de lui. La solution de ce dilemme est soit de fusionner r&#233;ellement avec les masses en retrouvant la r&#233;alit&#233; de ses d&#233;sirs et les possibilit&#233;s de leur r&#233;alisation, soit de renforcer leur pouvoir en tant que militants, en se rangeant au c&#244;t&#233; du vieux monde contre le prol&#233;tariat. Les gr&#232;ves sauvages montrent qu'il y a des risques !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses rapports avec les masses, le militantisme reproduit ses tares internes, notamment ses tendances &#224; la r&#233;unionite. On rassemble des gens et on les compte. Pour certains du genre AJS, se montrer et se compter devient m&#234;me le summum de l'action !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces questions de l'action et de l'organisation, s&#233;par&#233;es d&#233;j&#224; du mouvement r&#233;el, se trouvent m&#233;caniquement s&#233;par&#233;es entre elles. Les diverses orientations du gauchisme concr&#233;tisent cette s&#233;paration. On trouve d'un c&#244;t&#233; avec les maos et l'ex-GP [Gauche prol&#233;tarienne] le p&#244;le de l'action, et de l'autre avec les trotskistes et la Ligue Communiste [anc&#234;tre de la LCR] le p&#244;le de l'organisation. On f&#233;tichise soit l'action, soit l'organisation pour sortir de l'impasse o&#249; en se s&#233;parant des masses le militantisme s'est plong&#233;. Chacun prot&#232;ge sa cr&#233;tinerie particuli&#232;re en se gaussant de l'orientation des groupes concurrents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LA BUREAUCRATIE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les organisations de militants sont toutes hi&#233;rarchis&#233;es. Certaines organisations non seulement ne s'en cachent pas mais auraient m&#234;me plut&#244;t tendance &#224; s'en vanter. D'autres se contentent d'en parler le moins possible. Enfin certains petits groupes essaient de le nier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me qu'elles reproduisent ou plut&#244;t singent le travail les organisations militantes ont besoins de &#171; patrons &#187;. Ne pouvant b&#226;tir leur union &#224; partir de leurs probl&#232;mes concrets, les militants sont naturellement port&#233;s &#224; consid&#233;rer que l'unification des d&#233;cisions ne peut d&#233;couler que de l'existence d'une direction. Ils n'imaginent pas que la v&#233;rit&#233; commune puisse jaillir des volont&#233;s particuli&#232;res de sortir de la merde, elle doit &#234;tre balanc&#233;e et impos&#233;e du haut. Ils se repr&#233;sentent donc n&#233;cessairement la r&#233;volution comme un choc entre deux appareils d'&#233;tat hi&#233;rarchis&#233;s, l'un &#233;tant bourgeois, l'autre prol&#233;tarien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ne savent rien de la bureaucratie, de son autonomie et de la fa&#231;on dont elle r&#233;sout ses contradictions internes. Le militant de base croit na&#239;vement que les conflits entre dirigeants se r&#233;duisent &#224; des conflits d'id&#233;es et que l&#224;, o&#249; on lui dit qu'il y a unit&#233; il y a effectivement unit&#233;. Sa grande fiert&#233; est d'avoir su discerner l'organisation ou la tendance pourvu de LA bonne direction. En adh&#233;rant &#224; telle ou telle chapelle il adopte un syst&#232;me d'id&#233;es comme on enfile un costume. N'en ayant v&#233;rifi&#233; aucune base il sera pr&#234;t &#224; en d&#233;fendre toutes les cons&#233;quences et &#224; r&#233;pondre &#224; toutes les objections avec un dogmatisme incroyable. &#192; une &#233;poque o&#249; les cur&#233;s sont d&#233;chir&#233;s par les crises spirituelles, le militant conserve la foi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Forc&#233; de tenir compte du m&#233;pris de plus en plus r&#233;pandu &#224; l'&#233;gard de toute forme d'autorit&#233; le militantisme a produit des rejetons d'un type nouveau. Certaines organisations pr&#233;tendent qu'elles n'en sont pas et surtout dissimulent leur direction. Les bureaucrates se cachent pour mieux pouvoir tirer les ficelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines organisations traditionnelles essaient de mettre en place des formes d'organisation parall&#232;les permanentes ou pas. Elles esp&#232;rent, au nom de &#171; l'autonomie prol&#233;tarienne &#187;, r&#233;cup&#233;rer ou tout au moins influencer des gens qui leur auraient autrement &#233;chapp&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut citer le Secours Rouge, I'OJTR et les Assembl&#233;es Ouvriers Paysans du PSU... De m&#234;me, certains journaux ind&#233;pendants ou satellites d'organisations pr&#233;tendent n'exprimer que le point de vue des masses r&#233;volutionnaires ou de groupes autonomes de la base. Mentionnons les Cahiers de Mai, Le technique en Lutte, L'outil des travailleurs... L&#224; o&#249; on refuse de poser clairement et les questions d'organisation et les questions de th&#233;orie sous le pr&#233;texte que l'heure de la construction du parti r&#233;volutionnaire n'est pas encore venue ou au nom d'un spontan&#233;isme de pacotille (&#171; nous ne sommes pas une organisation, mais un rassemblement de braves mecs, une communaut&#233; &#187;, etc.) , on peut &#234;tre s&#251;r qu'il y a de la bureaucratie et m&#234;me souvent du mao&#239;sme. L'avantage du trotskisme, c'est que son f&#233;tichisme de l'organisation le contraint &#224; afficher la couleur ; il r&#233;cup&#232;re en le disant. L'avantage du mao&#239;sme (nous ne parlons pas de mao&#239;sme pur et arch&#233;o-stalinien du genre Humanit&#233; Rouge) c'est qu'il cr&#233;e les conditions de son propre d&#233;bordement ; &#224; force de jouer les &#233;quilibristes de la r&#233;cup&#233;ration il va se casser la gueule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;OBJECTIVIT&#201; ET SUBJECTIVIT&#201;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syst&#232;mes d'id&#233;es adopt&#233;s par les militants varient suivant les organisations, mais ils sont tous min&#233;s par la n&#233;cessit&#233; de masquer la nature de l'activit&#233; qu'ils cachent et la s&#233;paration des masses. Aussi retrouve-t-on toujours au c&#339;ur des id&#233;ologies militantes la s&#233;paration entre objectivit&#233; et subjectivit&#233; con&#231;ue de fa&#231;on m&#233;canique et ahistorique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le militant qui se d&#233;voue au service du peuple, m&#234;me si il ne nie pas que son activit&#233; a des motivations subjectives, refuse de leur accorder de l'importance. De toute fa&#231;on ce qui est subjectif doit &#234;tre &#233;limin&#233; au profit de ce qui est objectif. Le militant refusant d'&#234;tre mu par ses d&#233;sirs en est r&#233;duit &#224; invoquer les n&#233;cessit&#233;s historiques consid&#233;r&#233;es comme ext&#233;rieures au monde des d&#233;sirs. Gr&#226;ce au &#171; socialisme scientifique &#187;, forme fig&#233;e d'un marxisme d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;, il croit pouvoir d&#233;couvrir le sens de l'histoire et s'y adapter. Il se grise avec des concepts dont la signification lui &#233;chappe : forces productives, rapports de production, loi de la valeur, dictature du prol&#233;tariat etc. Tout cela lui permet de se rassurer sur le s&#233;rieux de son agitation. Se mettant en dehors de &#171; sa critique &#187; du monde, il se condamne &#224; ne rien comprendre &#224; la marche de celui-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La passion qu'il n'arrive pas &#224; mettre dans sa vie quotidienne, il la reporte dans sa participation imaginaire au &#171; spectacle r&#233;volutionnaire mondial &#187;. La terre est raval&#233;e au rang d'un th&#233;&#226;tre de polichinelle o&#249; s'affrontent bons et m&#233;chants, imp&#233;rialistes et anti-imp&#233;rialistes. Il compense la m&#233;diocrit&#233; de son existence en s'identifiant aux stars de ce cirque plan&#233;taire. Le comble du ridicule a certainement &#233;t&#233; atteint avec le culte du &#171; CHE &#187;. &#201;conomiste d&#233;lirant, piteux strat&#232;ge, mais beau gosse, Guevara aura eu au moins la consolation de voir ses talents hollywoodiens r&#233;compens&#233;s. Un record dans la vente des posters !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que la subjectivit&#233;, sinon le r&#233;sidu de l'objectivit&#233;, ce qu'une soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur la reproduction marchande ne peut int&#233;grer ? La subjectivit&#233; de l'artiste s'objective dans l'&#339;uvre d'art. Pour le travailleur s&#233;par&#233; des moyens de production et de l'organisation de sa propre production, la subjectivit&#233; reste &#224; l'&#233;tat de manies, de fantasmes... Ce qui s'objective le fait par la gr&#226;ce du capital, et devient lui m&#234;me capital. L'activit&#233; r&#233;volutionnaire comme le monde qu'elle pr&#233;figure d&#233;passe la s&#233;paration entre objectivit&#233; et subjectivit&#233;. Elle objective la subjectivit&#233; et investit subjectivement le monde objectif. La r&#233;volution prol&#233;tarienne c'est l'irruption de la subjectivit&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas de retomber dans le mythe d'une &#171; vraie nature humaine &#187;, de l'&#171; essence &#233;ternelle &#187; de l'homme qui, r&#233;prim&#233; par la Soci&#233;t&#233;, chercherait &#224; revenir au grand jour. Mais si la forme et le but de nos d&#233;sirs varient, ils ne se r&#233;duisent nullement au besoin de consommer tel ou tel produit. D&#233;termin&#233;e historiquement par l'&#233;volution et les n&#233;cessit&#233;s de la production marchande, la subjectivit&#233; ne se plie nullement aux besoins de la consommation et de la production. Pour r&#233;cup&#233;rer les d&#233;sirs des consommateurs la marchandise doit s'adapter sans cesse. Mais elle reste incapable de satisfaire la volont&#233; de vivre en r&#233;alisant totalement et directement nos d&#233;sirs. &#192; l'avant-garde de la provocation marchande, les vitrines subissent de plus en plus souvent la critique du pav&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui refusent de tenir compte de la r&#233;alit&#233; de LEURS d&#233;sirs au nom de la &#171; Pens&#233;e mat&#233;rialiste &#187; risquent de ne pas voir le poids de NOS d&#233;sirs leur retomber sur la gueule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les militants et leurs id&#233;ologues, m&#234;me dipl&#244;m&#233;s de l'universit&#233;, sont de moins en moins aptes &#224; comprendre leur &#233;poque et &#224; coller &#224; l'histoire. Incapables de s&#233;cr&#233;ter une pens&#233;e un tant soit peu moderne, ils en sont r&#233;duits &#224; aller fouiller dans les poubelles de l'histoire pour y r&#233;cup&#233;rer des id&#233;ologies qui ont fait, d&#233;j&#224; depuis un certains temps, la preuve de leur &#233;chec : anarchisme, l&#233;ninisme, trotskisme... Pour rendre le tout plus digeste ils l'assaisonnent d'un peu de mao&#239;sme ou de castrisme mal compris. Ils se r&#233;clament du mouvement ouvrier mais confondent son histoire avec la construction d'un capitalisme d'&#233;tat en Russie ou l'&#233;pop&#233;e bureaucratique-paysanne de &#171; la longue marche &#187; en Chine. Ils se pr&#233;tendent marxistes, mais ne comprennent pas que le projet marxiste d'abolition du salariat, de la production marchande et de l'&#201;tat, est indissociable de la prise du pouvoir par le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les penseurs &#171; marxistes &#187; sont de plus en plus incapables de reprendre l'analyse des contradictions fondamentales du capitalisme qu'avait inaugur&#233;e Marx. Ils vont s'engluer sur le terrain de l'&#233;conomie politique bourgeoise, tout en rab&#226;chant des b&#234;tises sur la loi de la valeur travail, la baisse tendancielle du taux de profit, la r&#233;alisation de la plus-value. Malgr&#233; leurs pr&#233;tentions, ils ne comprennent rien &#224; la marche du capitalisme moderne. Se croyant oblig&#233;s d'utiliser un vocabulaire marxiste, dont ils ne connaissent pas le mode d'emploi, ils se coupent des quelques possibilit&#233;s d'analyse qui restent &#224; l'&#233;conomie politique. Leurs &#171; recherches &#187; ne valent pas celles du premier disciple de Keynes venu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;MILITANTS ET CONSEILS OUVRIERS&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les organisation militantes s'autonomisent au-dessus des masses qu'elles ont la pr&#233;tention de repr&#233;senter. Elles sont naturellement amen&#233;es &#224; consid&#233;rer que ce n'est pas la classe ouvri&#232;re qui fait la r&#233;volution mais &#171; les organisations de la classe ouvri&#232;re &#187;. Il convient donc de renforcer ces derni&#232;res. Le prol&#233;tariat devient &#224; la limite une mati&#232;re brute, du fumier sur lequel va pouvoir s'&#233;panouir cette rose rouge qu'est le Parti R&#233;volutionnaire. Les n&#233;cessit&#233;s de la r&#233;cup&#233;ration exigent qu'on ne parle pas trop de &#231;a &#224; l'ext&#233;rieur ; c'est l&#224; que commence la d&#233;magogie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autonomie des buts des organisations militantes doit &#234;tre dissimul&#233;e. L'id&#233;ologie sert &#224; &#231;a. L'on proclame bien haut que l'on est au service du peuple, que l'on n'agit pas pour son bien propre et que si jamais pendant un court moment on est oblig&#233; de prendre le pouvoir on n'en abusera pas. Une fois que la classe ouvri&#232;re aura &#233;t&#233; bien &#233;duqu&#233;e on se d&#233;p&#234;chera de lui rendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire des conseils ouvriers montre que syst&#233;matiquement les organisations dites ouvri&#232;res ont cherch&#233; &#224; jouer leur propre jeu et tirer les marrons du feu ; cela pour les meilleurs motifs &#233;videmment. Pour assurer leur pouvoir, elles ont cherch&#233; &#224; limiter, &#224; r&#233;cup&#233;rer et &#224; d&#233;truire les formes d'organisation que le prol&#233;tariat s'&#233;tait donn&#233;es : soviets territoriaux, comit&#233;s d'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les soviets russes ont &#233;t&#233; magouill&#233;s, puis liquid&#233;s par le parti et l'&#201;tat bolchevique. En 1905 L&#233;nine ne leur accorde pas d'importance. En 1917, au contraire, on proclame : &#171; tout le pouvoir au soviets &#187;. En 1921 les soviets qui ont servi de marchepied pour prendre le pouvoir deviennent g&#234;nants ; les ouvriers et les marins de Cronstadt qui r&#233;clament des soviets libres sont &#233;cras&#233;s par l'arm&#233;e rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Allemagne, le gouvernement social-d&#233;mocrate des &#171; commissaires du peuple &#187; se charge de liquider les conseils ouvriers au nom de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Espagne, de nouveau les communistes s'occupent de faire dispara&#238;tre les formes de pouvoir populaire. Cela devait permettre de mieux d&#233;velopper la lutte contre le fascisme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas la peine d'accumuler les exemples. Toutes les exp&#233;riences historiques ont confirm&#233; l'antagonisme qui oppose prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire et organisation militante. L'id&#233;ologie la plus extr&#233;miste peut cacher la position la plus contre-r&#233;volutionnaire. Si certaines organisations ont pu cependant se battre &#224; cot&#233; du prol&#233;tariat jusqu'&#224; la d&#233;faite commune comme la Ligue Spartacus et la CNT-FAI anarcho-syndicaliste, rien ne prouve que ces organisations n'aurait pas commenc&#233; &#224; lutter pour leur propre pouvoir une fois l'adversaire vaincu.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La chine n'est ni plus ni moins qu'un vulgaire capitalisme d'&#201;tat. La production marchande et l'esclavage salari&#233; n'ont pas &#233;t&#233; abolis par la prise de pouvoir &#171; communiste &#187;.Au contraire, en rompant avec le pillage de la Chine par les imp&#233;rialistes, cette prise du pouvoir pouvait seule permettre d'accumuler le capital et d'industrialiser sur place. Le culte de la personnalit&#233; et les pressions id&#233;ologiques pour faire participer le peuple &#224; la &#171; lutte sur le front de la production &#187; n'ont pas &#233;limin&#233; des m&#233;thodes plus classiques. T&#233;moin cette publicit&#233; [reproduite en illustration sur une demie page de la brochure originale] pour des savonnettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos bureaucrates locaux qui s'extasient devant la &#171; dialectique &#187; de Mao et le renouveau de la th&#233;orie qu'apporterait le soi-disant anti-bureaucratisme de la r&#233;volution culturelle, seront d&#233;&#231;us par la Chine rouge comme ils ont &#233;t&#233; d&#233;&#231;us par la Russie stalinienne.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les militants pour s'&#234;tre clo&#238;tr&#233;s en politique n'en restent pas moins des individus sociaux, soumis &#224; l'influence de leur milieu. Lorsque &#231;a chauffe, beaucoup peuvent passer dans le camp de la r&#233;volution. On a bien vu des d&#233;l&#233;gu&#233;s syndicaux prendre la t&#234;te de s&#233;questrations ! Mais la d&#233;sertion massive des militants sera d'autant plus probable que les conseils et les r&#233;volutionnaires conseillistes seront plus forts. Le mouvement peut &#234;tre aid&#233; dans ses succ&#232;s par le renfort de nombreux militants, mais en cas d'erreurs ou de flottements le balancier jouera dans l'autre sens. Les organisations militantes seront renforc&#233;es par l'apport de prol&#233;taires cherchant &#224; se rassurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La liquidation des conseils ouvriers a &#233;t&#233; rendu possible par leur faiblesse, leur incapacit&#233; de faire appliquer en leur sein les r&#232;gles de la d&#233;mocratie directe et &#224; prendre effectivement tout le pouvoir en &#233;crasant tous les pouvoirs qui leur &#233;taient ext&#233;rieurs. Les organisations militantes ne sont en fait que la propre faiblesse ext&#233;rioris&#233;e du prol&#233;tariat qui se retourne contre lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs feront de nouveau des erreurs. Ils ne trouveront pas imm&#233;diatement la forme ad&#233;quate de leur pouvoir. Moins les masses auront d'illusions sur le militantisme, plus le pouvoir des conseils aura de chance de se d&#233;velopper. Discr&#233;diter et ridiculiser les militants, voil&#224; la t&#226;che qui revient d&#232;s maintenant aux r&#233;volutionnaires. Cette t&#226;che sera parachev&#233;e par la critique en acte que constituera la naissance d'organisations conseillistes. Ces organisations sauront tr&#232;s bien se passer d'une direction et d'un appareil bureaucratique. Produit de la solidarit&#233; de travailleurs combatifs, elles seront de libres associations d'individus autonomes. Rien ne leur sera plus &#233;tranger que l'endoctrinement id&#233;ologique ou l'embrigadement organisationnel. Elles montreront par leurs id&#233;es, mais surtout par leur comportement dans les luttes, qu'elles ne risquent jamais de poursuivre des int&#233;r&#234;ts distincts de ceux de l'ensemble du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement du capitalisme moderne qui se traduit par l'occupation de tout l'espace social par les marchandises, par la g&#233;n&#233;ralisation du travail salari&#233;, mais aussi par la d&#233;gradation des valeurs morales, le m&#233;pris du travail et des id&#233;ologies, augmentera la violence du choc. Les prol&#233;taires iront beaucoup plus vite et beaucoup plus loin que par le pass&#233;. Si des organisations de militants ont pu jadis jouer un r&#244;le r&#233;volutionnaire pendant un certains temps, cela ne sera plus possible. Ces organisations ne pourront &#234;tre rapidement que de plus en plus contre-r&#233;volutionnaires lors des prochaines grandes batailles de la lutte des classes. Coinc&#233;s entre le prol&#233;tariat et le vieux monde, elles ne pourront survivre qu'en servant de rempart &#224; ce dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les syndicalistes et autres militants essaient de prendre en main le ravitaillement puis l'organisation de la production et du maintien de l'ordre pour r&#233;pondre aux &#171; d&#233;faillances &#187; du capital et de l'&#201;tat et se mettent au &#171; service des m&#233;nag&#232;res &#187;, il faudra les traiter pour ce qu'ils sont : une nouvelle classe dirigeante en formation. Les conseillistes devront se battre pour que les commissions et d&#233;l&#233;gu&#233;s affect&#233;s &#224; des t&#226;ches particuli&#232;res soient responsables UNIQUEMENT devant les assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales de la base et r&#233;vocables &#224; tout moment. Les adh&#233;rents d'une organisation quelconque, &#233;lus au sein des conseils n'auront pas &#224; &#234;tre les repr&#233;sentants de leur organisation mais les d&#233;l&#233;gu&#233;s des ouvriers. Les conseils doivent &#234;tre TOUT LE POUVOIR ET NON UN SIMULACRE DE POUVOIR affaibli de l'int&#233;rieur par la division et les tentatives d'accaparement des organisations. On ne nous refera pas le coup des soviets russes transform&#233;s en foire politicarde par les Partis ou des colonnes arm&#233;es communistes, socialistes, anarchistes, trotskistes s'affrontant et se disputant armes et influence pendant la guerre d'Espagne. Les conseils devront prendre en main et unifier toutes les t&#226;ches que n&#233;cessitera la destruction de l'ordre bourgeois et traiter en ennemis tous ceux qui leur contesteraient ce droit !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La Guerre Sociale</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article608</link>
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		<dc:date>2008-10-15T11:00:47Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Collectif</dc:creator>


		<dc:subject>Auto-organisation, exp&#233;rimentations collectives</dc:subject>
		<dc:subject>Communismes</dc:subject>
		<dc:subject>Editions de la guerre sociale (Dijon)</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ves et luttes des classes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Recueil de textes du journal r&#233;volutionnaire du d&#233;but du XX&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces textes et illustrations ont &#233;t&#233; publi&#233;s dans &#171; &lt;i&gt;La Guerre Sociale, un journal contre&lt;/i&gt; &#187;, ouvrage paru en 1999 aux &#233;ditions des nuits rouges et r&#233;alis&#233; par Raoul Villette. Except&#233;es la pr&#233;face et certaines notes, toute la brochure est issue du bouquin, et nous ne pouvons que conseiller sa lecture, pour une vue plus compl&#232;te des articles du journal, et pour la documentation sur le contexte historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les articles, r&#233;dig&#233;s entre 1906 et 1910, sont pr&#233;sent&#233;s ici dans l'ordre chronologique.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique13" rel="directory"&gt;G&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot10" rel="tag"&gt;Auto-organisation, exp&#233;rimentations collectives&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot14" rel="tag"&gt;Communismes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot81" rel="tag"&gt;Editions de la guerre sociale (Dijon)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot95" rel="tag"&gt;Gr&#232;ves et luttes des classes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH150/arton608-08740.png?1780454737' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff608.png?1220617235&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ces textes et illustrations ont &#233;t&#233; publi&#233;s dans &#171; &lt;i&gt;La Guerre Sociale, un journal contre&lt;/i&gt; &#187;, ouvrage paru en 1999 aux &#233;ditions des nuits rouges et r&#233;alis&#233; par Raoul Villette. Except&#233;es la pr&#233;face et certaines notes, toute la brochure est issue du bouquin, et nous ne pouvons que conseiller sa lecture, pour une vue plus compl&#232;te des articles du journal, et pour la documentation sur le contexte historique.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les articles sont pr&#233;sent&#233;s ici dans l'ordre chronologique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8212;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La Guerre sociale est lanc&#233;e fin 1906 par un groupe de r&#233;dacteur-ice-s r&#233;unis autour de Gustave Herv&#233;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Elle rassemble, autour d'une ligne politique se pr&#233;sentant comme &#171; communiste libertaire &#187;, des anarchistes (Miguel Almereyda, qui dirigera la journal lors des p&#233;riodes d'incarc&#233;ration d'Herv&#233;), des syndicalistes r&#233;volutionnaires (Yvetot, Pouget, dirigeants de la CGT, de tendance anarchiste) et des socialistes insurrectionnels (Herv&#233; lui-m&#234;me, Madeleine Pelletier). Les dessinateurs Grandjouan et Delannoy et la chansonnier Gaston Cout&#233; contribuent aussi r&#233;guli&#232;rement au journal.&lt;br class='autobr' /&gt;
Son audience varie entre 20 000 et 50 000 lecteur-ice-s, signe de son influence dans le mouvement ouvrier de l'&#233;poque (&lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; diffuse entre 15 000 et 80 000 exemplaires sur la m&#234;me p&#233;riode).&lt;br class='manualbr' /&gt;&#201;videmment, la libert&#233; de ton et la virulence politique du journal qui fait son succ&#232;s a pour contrepartie une r&#233;pression f&#233;roce, qui enverra Herv&#233; en prison pour d&#233;lit de presse &#224; de nombreuses reprises (il y passera en tout une cinquantaine de mois entre 1905 et 1912).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les textes rassembl&#233;s ici sont issus de la p&#233;riode 1906-1910 : en effet, &#224; partir de 1912, le journal, sous l'impulsion de son r&#233;dacteur en chef, passe assez brutalement de l'internationalisme &#224; un patriotisme de plus en plus affirm&#233;, pour finir par se rallier &#224; l'union sacr&#233;e en 1914, et &#234;tre renomm&#233; &lt;i&gt;La Victoire&lt;/i&gt; en 1916. Herv&#233;, qui signait fr&#233;quemment ses articles avant-guerre &#171; un sans patrie &#187;, continuera son &#233;volution nationaliste vers le fascisme, acclamant Mussolini et P&#233;tain (m&#234;me s'il ne collaborera pas pendant l'occupation). Cette trahison des id&#233;aux communistes libertaires, si elle semble aujourd'hui difficile &#224; comprendre, est loin de ne concerner que lui ; elle a m&#234;me &#233;t&#233; massive avec la d&#233;sillusion caus&#233;e par l'&#233;chec de l'offensive r&#233;volutionnaire prol&#233;tarienne du d&#233;but du XX&#232;me si&#232;cle. &#199;a n'excuse rien, mais &#231;a n'enl&#232;ve rien non plus &#224; l'int&#233;r&#234;t des textes de la &#171; p&#233;riode glorieuse &#187; du journal (selon les termes de Raoul Villette).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Note des &#233;ditions de la guerre sociale :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un si&#232;cle plus tard plus tard, pourquoi publier des articles de&lt;i&gt; la Guerre sociale&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, parce que la charge politique et la passion de la r&#233;volution qui transpirent de ces pages &#8212; et de cette &#233;poque &#8212; n'ont pas d'&#226;ge, et qu'elles parlent &#224; tou-te-s celleux qui sont aux prises avec ce monde, finalement pas si diff&#233;rent de la soci&#233;t&#233; de la Belle &#201;poque.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;La Guerre sociale&lt;/i&gt;, c'est la cristallisation dans un journal de toute l'offensive r&#233;volutionnaire port&#233;e par ce qui s'est appel&#233; le &#171; mouvement ouvrier &#187; ; c'est la grande frousse de la bourgeoisie avant le 1er mai 1906 ; c'est la propagande par le fait des attentats anarchistes des ann&#233;es 1890 ; c'est Marx qui th&#233;orise la lutte des classes ; c'est les soci&#233;t&#233; secr&#232;tes ouvri&#232;res du milieux du XIX&#232;me qui deviennent des &#171; caisses de r&#233;sistances &#187;, puis des chambres syndicales, pour finir par s'agencer dans la CGT et la f&#233;d&#233;ration des Bourses du travail, portant r&#233;ellement et pratiquement le projet d'en finir avec l'organisation capitaliste ; ce n'est d&#233;j&#224; plus la ferveur &#171; r&#233;publicaine &#187;, qui de 1789 &#224; Blanqui et la Commune aura port&#233; le souffle de la r&#233;volution : c'est l'aboutissement de l'&#233;poque charni&#232;re o&#249; la R&#233;publique (et la d&#233;mocratie ?), comme forme affirm&#233;e de la gouvernance capitaliste, devient l'ennemi &#224; abattre ; c'est l'apog&#233;e du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire, si ce n'est dans le monde, du moins en France ; c'est la r&#233;alisation proche, si proche, du communisme, qui depuis ce moment n'en finira plus de se d&#233;rober.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de la transcription quasi palpable de la puissance r&#233;volutionnaire de l'&#233;poque, ce qui frappe &#224; la lecture des articles publi&#233;s ici, c'est la fa&#231;on dont ils entrent en r&#233;sonance, parfois indirectement, avec des probl&#233;matiques contemporaines :&lt;br class='manualbr' /&gt;L'importance de bloquer les &#171; &lt;i&gt;services de circulation&lt;/i&gt; &#187; pour peser dans le rapport de force, et cons&#233;quemment l'instauration par le gouvernement de la militarisation des &#171; services publics &#187;, anc&#234;tre du service minimum (&#171; services publics et gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#187; p.6). &lt;br class='manualbr' /&gt;Le r&#244;le de chien de garde de la presse dans la gestion des mouvements sociaux (&#171; apr&#232;s le sang, la boue &#187; p.12). &lt;br class='manualbr' /&gt;L'&#171; &lt;i&gt; urgente campagne&lt;/i&gt; [qu']&lt;i&gt;il est n&#233;cessaire d'entreprendre avec acharnement contre la police et les policiers&lt;/i&gt; &#187; (&#171; la journ&#233;e des flics &#187; p.21, par Georges Yvetot, secr&#233;taire de la f&#233;d&#233;ration des Bourses du travail et donc n&#176;2 de la CGT...), et la n&#233;cessit&#233; de tenir t&#234;te aux cond&#233;s dans la rue (&#171; le prestige de la fonction &#187; p.26, &#171; premier avertissement... avec frais &#187; p.26 et &#171; comment on les dresse &#187; p.53), avec si n&#233;cessaire le &#171; &lt;i&gt;citoyen browning&lt;/i&gt; &#187; &#8212; anc&#234;tre du &#171; camarade P38 &#187; italien des ann&#233;es 70 &#8212; (&#171; apr&#232;s la d&#233;faite &#187; p. 55).&lt;br class='manualbr' /&gt;La propagande en faveur des campagnes de sabotages (&#171; r&#233;flexions sur le sabotage &#187;, p.33) qui visaient notamment les c&#226;bles longeant les lignes de chemins de fer (&#171; sabotage et hommes de l'ordre &#187;, p.36) &#8212; pratique qui a r&#233;&#233;merg&#233; lors des gr&#232;ves SNCF de fin 2007, d&#233;but 2008.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les dangers et limites du &#171; front r&#233;publicain &#187;, qui ne s'appelait pas encore &#171; antifasciste &#187; mais qui sous couvert d'anticl&#233;ricalisme ou de lutte contre la droite r&#233;actionnaire et monarchiste assurait la domination de la bourgeoisie parlementaire (&#171; d&#233;fendrons-nous la R&#233;publique ? &#187; p.30).&lt;br class='manualbr' /&gt;L'&#233;pineuse question de l'organisation, sans cesse renouvel&#233;e, avec les r&#233;flexions et d&#233;bats sur le r&#244;le et les limites d'un parti r&#233;volutionnaire [1] (&#171; quel est le r&#244;le du parti socialiste ? &#187; p.14 et &#171; l'attitude des insurrectionnels &#187; p.48). &lt;br class='manualbr' /&gt;Les embrouilles plus ou moins confraternelles entre tendances du mouvement, avec toutefois la conscience de la n&#233;cessit&#233; de composer avec des camarades plut&#244;t proches (&#171; pour des salauds &#187; p.44, et les diff&#233;rentes piques contre &lt;i&gt;l'Humanit&#233;&lt;/i&gt;).&lt;br class='manualbr' /&gt;L'apologie du geste de r&#233;volte de l'&#171; apache &#187;, &#233;quivalent de notre &#171; lascar &#187; moderne, quand il s'en prend radicalement &#224; la police (&#171; l'exemple de l'apache &#187; p.46, &#171; Liabeuf...&amp; Caserio &#187; p.58).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains textes permettent aussi de mesurer le chemin parcouru, pas forc&#233;ment dans le bon sens, depuis un si&#232;cle :&lt;br class='manualbr' /&gt;L'affirmation croissante du f&#233;minisme, et de l'&#233;galit&#233; entre les sexes (&#171; le droit &#224; l'avortement &#187; p.23).&lt;br class='manualbr' /&gt;Le rapport de force entre travail et capital, avec une classe ouvri&#232;re qui se payait le luxe de refuser la loi sur l'instauration des retraites propos&#233;e par les mod&#233;r&#233;s du parti socialiste, alors que le temps de travail r&#233;glementaire a aujourd'hui tendance &#224; repartir &#224; la hausse &#8212; une premi&#232;re depuis des d&#233;cennies &#8212; avec la b&#233;n&#233;diction des organisations syndicales (&#171; la classe ouvri&#232;re contre les retraites &#187; p.51).&lt;br class='manualbr' /&gt;L'anticolonialisme, cons&#233;quence directe de l'antipatriotisme et de l'antimilitarisme port&#233; alors par les organisations de classe ouvri&#232;re (&#171; engrenage marocain &#187; p.9).&lt;br class='manualbr' /&gt;La critique de la r&#233;publique et du parlementarisme, sur laquelle s'assoient et se reconnaissent depuis les mouvements r&#233;volutionnaires (&#171; les dangers du parlementarisme &#187; p.27).&lt;br class='manualbr' /&gt;Et, cerise sur le g&#226;teau, la Guerre sociale pr&#233;tendait aussi contribuer &#224; l'&#233;dification culturelle et politique du prol&#233;tariat [2], avec notamment un article sur Karl Marx qui &#233;nonce clairement ce que repr&#233;sente l'auteur du &lt;i&gt;Manifeste du parti communiste&lt;/i&gt;, et qui pose les bases que partageront par la suite les mouvements marxistes anti-autoritaires. (&#171; Karl Marx &#187; p.18)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Evidemment, si cette question se pose toujours aujourd'hui, la r&#233;ponse n'est pour nous pas plus &#224; chercher du c&#244;t&#233; de l'actuel parti socialiste que de celui d'un &#233;ventuel &#171; parti anticapitaliste &#187;...&lt;br&gt;
[2] Dans &#171; &lt;i&gt;La Guerre sociale, un journal contre&lt;/i&gt; &#187;, figurent un certain nombre d'articles traitant de questions culturelles &#8212; d&#233;fendant notamment les pr&#233;mices des avant-gardes artistiques qui marqueront le XX&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; LA GUERRE SOCIALE &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'elle veut &#234;tre. Ce qu'elle sera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cr&#233;ation de ce journal a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233;e &#224; la prison de la Sant&#233; et &#224; Clairvaux o&#249;, pendant plus de six mois, vingt-cinq militants anarchistes ou socialistes furent d&#233;tenus pour insuffisance de patriotisme.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;La Guerre Sociale&lt;/i&gt; ne fait double emploi ni avec &lt;i&gt;Les Temps nouveaux&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;L'Anarchie&lt;/i&gt;, feuilles libertaires ou anarchistes, un peu th&#233;oriques ; ni avec &lt;i&gt;La Voix du peuple&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Le Socialiste&lt;/i&gt;, organes officiels de deux grandes organisations, la Conf&#233;d&#233;ration g&#233;n&#233;rale du travail et le Parti socialiste &#8212; qui ont fatalement les timidit&#233;s et les r&#233;serves de tous les organes officiels &#8212; ni encore moins avec &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; qui est un quotidien entre les mains des socialistes &#171; jauressistes &#187;, c'est-&#224;-dire ultra-r&#233;formistes et parlementaires, et ouvert aux seuls &#233;l&#233;ments syndicalistes mod&#233;r&#233;s ou sur la pente du mod&#233;rantisme.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;La Guerre Sociale&lt;/i&gt; n'est un journal ni exclusivement socialiste, ni exclusivement libertaire.&lt;br class='manualbr' /&gt;Elle aspire &#224; devenir l'organe :&lt;br class='manualbr' /&gt;- des socialistes &#171; unifi&#233;s &#187; qui d&#233;plorent de voir leur parti devenir de plus en plus un parti d'action &#233;lectorale et parlementaire et qui, &#224; l'int&#233;rieur du Parti, luttent pour l'arracher &#224; son r&#233;formisme, &#224; son respect de la l&#233;galit&#233;, &#224; son r&#233;volutionnarisme purement verbal ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- des syndicalistes qui veulent orienter de plus en plus les organisations ouvri&#232;res dans les voies de l'action directe et de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale violente et maintenir &#8212; en les accentuant &#8212; leurs tendances f&#233;d&#233;ralistes, antipatriotes et antiparlementaires ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- des communistes libertaires qui en ont assez des vaines discussions th&#233;oriques, de l'action purement individuelle, et qui, dans les sections de l'AIA (Alliance internationale anti-militariste) ou dans tout autre groupement, s'efforceront, par une propagande antimilitariste incessante et par une &#233;nergique r&#233;sistance aux men&#233;es et aux brutalit&#233;s polici&#232;res, d'entra&#238;ner les masses pour la prochaine insurrection, lorsqu'une guerre, une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, ou toute autre circonstance impr&#233;vue, permettront de la tenter avec quelque chance de succ&#232;s.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;La Guerre Sociale&lt;/i&gt; sera donc un organe de concentration r&#233;volutionnaire, ouvert &#224; tous ceux qui travaillent, autrement que par l'action l&#233;gale, &#224; l'expropriation de la bourgeoisie capitaliste en vue de la socialisation des moyens de production et d'&#233;change.&lt;br class='manualbr' /&gt;Elle dira, au surplus, sur tout et sur tous, ce qu'on n'ose pas dire ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;19 d&#233;cembre 1906&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8212;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La militarisation des services publics :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;SERVICES PUBLICS ET GR&#200;VE G&#201;N&#201;RALE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;20 mars 1907&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des &#233;v&#232;nements r&#233;cents &#8212; comme la gr&#232;ve des facteurs (avril 1906), la formation des syndicats d'instituteurs, la gr&#232;ve des &#233;lectriciens (mars 1907) &#8212; ont fait appara&#238;tre l'&#201;tat sous son v&#233;ritable aspect d'ennemi des travailleurs. L'action du libre-penseur Clemenceau&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pr&#233;sident du conseil (chef du gouvernement) entre 1906 et 1909. Il se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le briseur de gr&#232;ves, a &#233;t&#233; tout particuli&#232;rement instructive &#224; ce sujet.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'histoire de ces derni&#232;res ann&#233;es a montr&#233; que l'&#201;tat, loin de rester impartial dans les conflits du capital et du travail, met toujours sa force au service du plus fort et prend parti pour le capital.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'&#201;tat n'a de raison d'&#234;tre que comme d&#233;fenseur de la classe poss&#233;dante.&lt;br class='manualbr' /&gt;La conqu&#234;te des municipalit&#233;s, l'entr&#233;e au parlement de repr&#233;sentants de classe, dont on esp&#233;ra tant, de 1893 &#224; 1898, n'ont donn&#233; que des r&#233;sultats mesquins. Le Parlement est alors apparu comme une machine merveilleusement mont&#233;e pour ne jamais aboutir, jamais r&#233;aliser, d&#233;formant les esprits les plus clairs en un cr&#233;tinisme sp&#233;cial que signala Marx, corrompant les plus honn&#234;tes. Il ne semble pas embray&#233;, pour ainsi dire, sur la vie sociale, et tourne dans le vide comme une roue folle, sans action sur le reste de la machine.&lt;br class='manualbr' /&gt;A mesure que l'action ouvri&#232;re provoquait ces constatations historiques, l'importance r&#233;volutionnaire de la Gr&#232;ve G&#233;n&#233;rale s'imposait &#224; tous les esprits.&lt;br class='manualbr' /&gt;Lorsque l'on parle de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, il faut entendre &#171; gr&#232;ve g&#233;n&#233;ralis&#233;e et coordonn&#233;e &#187;, car, outre qu'une cessation universelle et simultan&#233;e du travail semble impossible, l'universalit&#233; de la gr&#232;ve est loin d'&#234;tre indispensable.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, transformatrice de la soci&#233;t&#233;, la gr&#232;ve des services de circulation des richesses serait beaucoup plus efficace que la gr&#232;ve des services de production.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'arr&#234;t de la production proprement dite (filatures, forges, construction, etc.) ne serait pas imm&#233;diatement victorieux, car les r&#233;serves du capitalisme, les stocks, permettraient &#224; la soci&#233;t&#233; bourgeoise une existence pr&#233;caire, mais possible.&lt;br class='manualbr' /&gt;Au contraire, l'arr&#234;t des services de circulation (chemins de fer, postes, &#233;clairage, etc.), aboutirait &#224; une mort rapide du capitalisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette remarque est pr&#233;monitoire- : trois des plus importants conflits des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;De m&#234;me, le corps humain ne succombe que lentement aux affections organiques &#8212; comme le cancer &#8212;, qui int&#233;ressent la production des tissus, tandis que la mort est foudroyante en cas d'arr&#234;t de la circulation (embolie).&lt;br class='manualbr' /&gt;L'action des tabletiers ou des tourneurs-robinetiers, en cas de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, serait utile mais secondaire. Ce serait la gr&#232;ve des mines, des chemins de fer, des postes, du gaz et de l'&#233;lectricit&#233; qui serait d&#233;cisive. Ce sont pr&#233;cis&#233;ment ces fonctions vitales que, sous le nom de services publics, on va nationaliser, c'est-&#224;-dire militariser&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Contrairement aux craintes de l'auteur, on a vu que, tout au long du XX&#232;me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les travailleurs des services publics n'ont pas le droit de gr&#232;ve : en cas de r&#233;volte, l'arm&#233;e les mitraille ou les remplace.&lt;br class='manualbr' /&gt;Rien de plus &#233;lastique que le terme de &#171; services publics &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;D&#232;s que la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale d'une corporation se r&#233;v&#233;lera comme politiquement dangereuse, il suffira de la baptiser Services publics pour lui retirer le droit de gr&#232;ve. Si les boulangers font la mauvaise t&#234;te, ils seront d&#233;clar&#233;s accomplir un service public et, en cas de gr&#232;ve, la troupe les remplacera au fournil.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il est significatif de voir figurer au programme du Parti radical la nationalisation des mines et des chemins de fer.&lt;br class='manualbr' /&gt;Contre l'&#233;ventualit&#233; redoutable d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de ces corporations, la nationalisation est un rem&#232;de utile pour la bourgeoisie, car c'est la perte du droit de gr&#232;ve, la militarisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;mocratie, forme id&#233;ale de la domination capitaliste&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que la r&#233;publique est la forme id&#233;ale de la r&#233;pression bourgeoise (juin 1848, mai 1871, etc.), le radicalisme, promoteur de la nationalisation des services publics, est la forme id&#233;ale du conservatisme capitaliste.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les socialistes se sont trop laiss&#233;s envahir par les pr&#233;jug&#233;s d&#233;mocratiques. Ils ne doivent pas se laisser prendre &#224; la com&#233;die parlementaire, soit au petit jeu de bascule entre les conservateurs tories et les lib&#233;raux whigs, comme en Angleterre, ou entre les r&#233;publicains et les d&#233;mocrates, comme aux &#201;tats-Unis, ou bien au petit jeu de manger du cur&#233;, que l'on fait ensuite soigneusement rena&#238;tre, comme en France.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il ne faut pas se faire d'illusion non plus sur la port&#233;e du suffrage universel, o&#249; la minorit&#233; consciente est &#233;cras&#233;e par le pl&#233;biscite des alcooliques, des boutiquiers, des imb&#233;ciles qui veulent travailler le dimanche, des d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;s qui font les jaunes en temps de gr&#232;ve, de tous les poltrons qui ont de la couenne &#224; la place de la cervelle.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il ne faut pas croire davantage que la forme politique r&#233;publicaine suit un acheminement vers une l&#233;gislation sociale. En ces mati&#232;res, l'&#233;tat des m&#339;urs importe plus que l'&#233;tiquette politique. Les royaumes d'Angleterre, de Belgique, de Hollande et d'Italie sont parfois plus lib&#233;raux, dans les questions ouvri&#232;res, que les r&#233;publiques de France, de Suisse et surtout des &#201;tats-Unis.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'Allemagne imp&#233;riale a une l&#233;gislation sociale plus compl&#232;te que celle de la R&#233;publique fran&#231;aise, et c'est cette R&#233;publique qui annule en fait sous Clemenceau, le droit de gr&#232;ve accord&#233; par l'Empire (1864).&lt;br class='autobr' /&gt;
Les gouvernements &#224; tendance oligarchique ont besoin d'accorder plus de r&#233;formes sociales &#224; l'ouvrier, afin de se le concilier, tandis qu'en proclamant la r&#233;publique, la bourgeoisie fait, pour un temps, l'&#233;conomie des lois sociales.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'&#201;tat d&#233;mocratique, hypocrite ennemi de l'ouvrier, est l'agent le plus s&#251;r de la conservation capitaliste. En plus des redoutables moyens de duperie et de mensonge dont il dispose, de la fantasmagorie d&#233;cevante du parlementarisme, l'&#201;tat d&#233;mocratique s'arme d&#232;s maintenant contre une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale par la militarisation des services publics.&lt;br class='manualbr' /&gt;S'il avait bien dans la main les services publics, les mines et les chemins de fer nationalis&#233;s, en accordant de petits avantages (s&#233;curit&#233;, retraites, etc.) en divisant son personnel (agents, sous-agents, dames, main d'oeuvre, etc.), en corrompant les secr&#233;taires des syndicats, l'&#201;tat d&#233;mocratique, appuy&#233; sur l'arm&#233;e, pourrait braver les col&#232;res du prol&#233;tariat de l'industrie priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Andr&#233; Bruck&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8212;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les escarpes fran&#231;ais au Maroc&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;ENGRENAGE MAROCAIN&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;3 avril 1907&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un m&#233;decin fran&#231;ais, intr&#233;pide autant qu'imprudent, a &#233;t&#233; assassin&#233; au Maroc, dans une r&#233;gion peu s&#251;re o&#249; le m&#234;me accident peut arriver &#224; n'importe quel indig&#232;ne- ; aussit&#244;t, une colonne fran&#231;aise de 3000 hommes occupe une province marocaine, situ&#233;e &#224; 500 km du lieu du meurtre.&lt;br class='manualbr' /&gt;Avec la m&#234;me logique, la premi&#232;re fois qu'un sujet allemand sera assassin&#233; sur les boulevards ext&#233;rieurs, sans qu'on puisse trouver et punir l'assassin, l'empereur d'Allemagne n'aura qu'&#224; faire occuper Nancy.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est pas la m&#234;me chose ?&lt;br class='manualbr' /&gt;&#201;videmment, les capitalistes allemands ne veulent pas annexer la France pour l'exploiter, comme les capitalistes fran&#231;ais veulent faire pour le Maroc, mais ce serait le m&#234;me proc&#233;d&#233;, le m&#234;me abus du droit du plus fort, et ce ne serait pas plus r&#233;pugnant.&lt;br class='manualbr' /&gt;En ont-ils pouss&#233; des cris de putois les j&#233;suites tricolores, quand on leur a pris leur Alsace !&lt;br class='autobr' /&gt;
Dix ans ne s'&#233;taient pas &#233;coul&#233;s qu'ils volaient la Tunisie ; puis le Tonkin, puis Madagascar, puis le Dahomey. C'est maintenant le tour du Maroc. &lt;br class='autobr' /&gt;
Du moment que les grands-p&#232;res ont vol&#233; l'Alg&#233;rie, ce vol conf&#232;re aux petits-fils des droits incontestables sur le Maroc qui est &#224; deux pas.&lt;br class='manualbr' /&gt;Et pendant ce temps, ils font pr&#234;cher aux enfants des congr&#233;ganistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Depuis les r&#233;centes lois de s&#233;paration de l'&#201;glise et de l'&#201;tat, les &#233;coles (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et des &#233;coles la&#239;ques le vieux clich&#233; chr&#233;tien et r&#233;publicain : &#171; Ne fais pas &#224; autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse ! &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Il ne faut pas se le dissimuler : le petit doigt est dans l'engrenage marocain ; tout le corps y passera.&lt;br class='manualbr' /&gt;Actuellement, on y met encore les formes ; on h&#233;site ; on crie par-dessus les toits que l'occupation d'Oujda n'est que provisoire. Les Anglais aussi n'ont occup&#233; l'Egypte que provisoirement en 1881 ; aujourd'hui, en 1907, ils y sont encore.&lt;br class='manualbr' /&gt;On &#233;vacuera peut-&#234;tre Oujda ; car nos j&#233;suites tricolores, s'ils n'ont pas peur des Marocains, ont une peur atroce des Allemands ; ils redoutent des complications du c&#244;t&#233; du Rhin ; l&#224; est pour eux le seul frein &#224; l'heure actuelle, et notre seule garantie. Mais on peut s'arranger avec les Allemands : &#171; Passe-moi le s&#233;n&#233;, je te passerai la rhubarbe. &#187; Laisse-moi le Maroc, je te donnerai carte blanche en Syrie. Alors, gare aux Marocains !&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En fait, l'arrangement, intervenu en 1911, portera sur une partie du Congo, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Sans compter que m&#234;me si notre classe dirigeante ne s'entend pas sur le dos des Marocains avec les dirigeants d'Allemagne, la paix au Maroc est &#224; la merci d'un incident : que quelques tribus marocaines fanatiques ou patriotes ne trouvent pas de leur go&#251;t l'entr&#233;e des troupes fran&#231;aises &#224; Oujda ; que quelques zouaves ou l&#233;gionnaires commettent quelques exactions sur des indig&#232;nes, et c'est assez pour que les fusils partent tout seuls. On n'accumule pas longtemps impun&#233;ment des explosifs pr&#232;s du feu.&lt;br class='manualbr' /&gt;Quel vacarme e&#251;t fait le Clemenceau de jadis si, il y a vingt ans, c'&#233;tait Jules Ferry qui se f&#251;t laiss&#233; engager dans une telle aventure ! Vous en auriez entendu de beaux discours ! Jules Ferry est mort, mais il est ressuscit&#233;, il s'appelle Clemenceau.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les opportunistes ont &#233;t&#233; chass&#233;s du pouvoir ; mais les radicaux y continuent leur politique de conservation sociale et d'expansion coloniale. Quant aux &#233;lus socialistes, n'en parlons pas ; ils sont rest&#233;s muets comme des carpes lorsque l'occupation d'Oujda a &#233;t&#233; vot&#233;e. Il a suffi que M. Ribot d&#233;clar&#226;t que l'occupation ne serait que provisoire pour qu'ils se taisent, de peur de passer pour de mauvais patriotes et compromettre leur r&#233;&#233;lection.&lt;br class='manualbr' /&gt;Aussi bien, ce n'est pas sur le parlement, c'est sur eux-m&#234;mes, que doivent compter les prol&#233;taires pour ne pas aller au Maroc, et pour emp&#234;cher les dirigeants de les lancer dans cette aventure qui sera plus co&#251;teuse et plus sanglante qu'on se le figure.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les jeunes gens qui sont sous les drapeaux y ont &#233;t&#233; appel&#233;s sous le fallacieux pr&#233;texte de d&#233;fendre la patrie fran&#231;aise ; s'ils ont du c&#339;ur, qu'ils refusent donc d'aller envahir la patrie marocaine ; il n'y a pas un homme intelligent, f&#251;t-il patriote, qui pourrait d&#233;sapprouver un tel acte de d&#233;sob&#233;issance.&lt;br class='manualbr' /&gt;Et comme des actes individuels n'ont aucune port&#233;e, sinon de donner aux masses moutonni&#232;res de bons exemples, que la CGT n'h&#233;site pas &#224; opposer la force collective du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire &#224; la premi&#232;re tentative de nos dirigeants pour escamoter le Maroc.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il ne peut y avoir d'exp&#233;dition coloniale aujourd'hui que si les ouvriers des arsenaux le veulent, que si les dockers, les inscrits maritimes, charg&#233;s d'embarquer le mat&#233;riel de guerre et de conduire le b&#233;tail humain &#224; l'abattoir, le permettent.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ces syndicats sont capables de se mettre en gr&#232;ve pour des questions de salaire ; ne finiront-ils pas par comprendre que si jamais une gr&#232;ve s'impose, c'est le jour o&#249; nos dirigeants voudront accomplir quelque nouveau brigandage colonial ?&lt;br class='manualbr' /&gt;J'&#233;crivais un jour que j'avais pour les soldats fran&#231;ais morts en annexant Madagascar la vague piti&#233; que j'ai pour les escarpes qui meurent en accomplissant leur difficile profession.&lt;br class='manualbr' /&gt;Je sais que c'est le sentiment que professent tous les r&#233;volutionnaires de la CGT et du Parti socialiste pour les escarpes en uniforme fran&#231;ais qui viennent d'envahir le territoire marocain.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais il ne suffit pas de le penser et de le dire ; il faudrait que le prol&#233;tariat, qui seul a la force, s'habitu&#226;t &#224; traduire sa pens&#233;e par des actes virils&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ahem... mouais... [Nde].&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gustave Herv&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le socialisme, m&#233;connu et calomni&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du citoyen Jaur&#232;s dans &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt;, cette apologie &#233;lectorale de l'internationalisme socialiste :&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;Ce n'est pas notre faute si le socialisme est m&#233;connu et calomni&#233; ; si les manifestes du Parti qui proclament le double et indivisible devoir de d&#233;fendre jusqu'&#224; la mort l'ind&#233;pendance des nations menac&#233;es par l'&#233;tranger et de s'opposer par toute la force du peuple, m&#234;me r&#233;volutionnaire, aux guerres offensives, si tout cela ne suffit point &#224; rassurer les d&#233;mocrates sur le patriotisme prol&#233;tarien, c'est qu'ils ne veulent pas comprendre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour rassurer plus compl&#232;tement le Parti radical sur le patriotisme prol&#233;tarien, nous nous faisons un devoir de publier &#224; la suite de ce distingo socialiste entre les guerres offensives et d&#233;fensives &#8212; impossibles &#224; distinguer dans la pratique &#8212; le texte de la motion Yvetot en 1906 au congr&#232;s d'Amiens, vot&#233;e, &#224; une belle majorit&#233;, par la Conf&#233;d&#233;ration g&#233;n&#233;rale du travail, laquelle est peut-&#234;tre plus qualifi&#233;e que Jaur&#232;s pour parler au nom du prol&#233;tariat :&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;Le congr&#232;s de la CGT, tenant compte de la majorit&#233; significative qui s'est affirm&#233;e sur l'adoption des rapports du comit&#233; conf&#233;d&#233;ral, de la section des Bourses, et de&lt;/i&gt; La Voix du peuple&lt;i&gt;, comprend que les ouvriers organis&#233;s de France ont suffisamment d&#233;montr&#233; leur approbation de la propagande antimilitariste et antipatriotique. Cependant, le congr&#232;s affirme que la propagande antimilitariste et antipatriotique doit devenir plus intense et toujours plus audacieuse. Dans chaque gr&#232;ve, l'arm&#233;e est pour le patronat- ; dans chaque conflit europ&#233;en, dans chaque guerre entre nations ou coloniale, la classe ouvri&#232;re est dup&#233;e ou sacrifi&#233;e au profit de la classe patronale parasitaire et bourgeoise. C'est pourquoi le 15&#232;me congr&#232;s approuve et pr&#233;conise toute action de propagande antimilitariste et antipatriotique, qui peut seule compromettre la situation des arriv&#233;s et des arrivistes, de toute classe et de toute &#233;cole politique.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Vive le patriotisme prol&#233;tarien ainsi con&#231;u !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;15 mai 1908&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8212;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;APR&#200;S LE SANG, LA BOUE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;19 juin 1907&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne suffit pas que les mercenaires de Flic 1er &#233;gorgent les vignerons du Midi. Il faut encore que ses valets de plume vomissent l'ordure sur ses victimes.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour le terre-neuve Maujean&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S&#233;nateur de la Seine, directeur du National.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#171; &lt;i&gt;la r&#233;volution du Midi finit dans un &#233;clat de rire&lt;/i&gt; &#187;. C'est bref et cynique.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le basset Henry B&#233;renger, l'honn&#234;te et vertueux B&#233;renger, est plus avis&#233;. Dans &lt;i&gt;l'Action&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lanc&#233;e en mars 1903 comme organe de combat anticl&#233;rical et aussi f&#233;ministe.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce dr&#244;le, qui se connaissant bien, croit conna&#238;tre les autres, demande &#224; quelle source myst&#233;rieuse les vignerons puisent les fonds n&#233;cessaires &#224; leur campagne. Ange de puret&#233; ! Que ne nous &#233;claires-tu sur celles qui alimentent ta feuille sans lecteur !...&lt;br class='manualbr' /&gt;Quant au n&#233;grier G&#233;rault-Richard&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Journaliste socialisant, directeur de La Petite R&#233;publique en 1897. Il en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'&#233;lu des concussionnaires de la Martinique, il s'&#233;meut du sort des soldats qui ne peuvent cependant pas se laisser &#233;charper par de mauvais garnements. C'est exquis. Presque aussi exquis que ce couplet qui chante en ma m&#233;moire et dont G&#233;rault-Richard doit conna&#238;tre le p&#232;re :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans vos estomacs bedonnants,&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous ferons, bourgeois ruminants,&lt;br class='manualbr' /&gt;Plus d'une entaille,&lt;br class='manualbr' /&gt;La lutte sera sans merci&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous aurons le c&#339;ur endurci&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans la bataille.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au surplus, les trois tire-laine sont d'accord pour d&#233;noncer la participation de la r&#233;action dans les affaires du Midi. Cela ne peut faire de doute. Partout o&#249; il y a m&#233;contentement, bruit, &#233;meute &#8212; en un mot tout ce qui d&#233;pla&#238;t &#224; la R&#233;publique &#8212;, on doit trouver la r&#233;action. Aussi le gouvernement a-t-il le devoir de s&#233;vir avec rigueur et si, par aventure, la r&#233;pression fait des morts, que la responsabilit&#233; tout enti&#232;re en retombe sur les r&#233;acteurs !&lt;br class='manualbr' /&gt;Voil&#224; ce que ce trio a pour mission de r&#233;pandre chaque matin !&lt;br class='manualbr' /&gt;La question qui se pose sera de savoir si les r&#233;volutionnaires seront assez bons gar&#231;ons ou assez couards pour tol&#233;rer plus longtemps ces insolences, ces mensonges et ces calomnies.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pendant l'Affaire &#8212; celle qui valut &#224; bon nombre des n&#244;tres des mois de prison et qui fit la fortune politique de ces bateleurs &#8212;, les r&#233;volutionnaires insult&#233;s, diffam&#233;s par les feuilles nationalistes inaugur&#232;rent des m&#233;thodes d'action directe qui ne furent pas sans r&#233;sultats. Maintes salles de r&#233;daction pourraient t&#233;moigner de leur efficacit&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il n'est pas impossible de voir les r&#233;volutionnaires revenir &#224; ces m&#233;thodes ! R&#233;cemment, un grand journal du matin se vit contraint par quelques-uns de nos amis &#224; plus de circonspection et de tact. Que MM. Maujean, B&#233;renger et G&#233;rault-Richard n'escomptent pas trop notre longanimit&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Une goutte suffit &#224; faire d&#233;border un verre trop plein.&lt;br class='manualbr' /&gt;La patience a des bornes si l'abjection de ces messieurs n'en a pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eug&#232;ne Merle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8212;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;QUEL EST LE R&#212;LE DU PARTI SOCIALISTE ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce un parti &#233;lectoral ? Est-ce un parti d'action ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;(&lt;i&gt;26 f&#233;vrier 1908&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous &#234;tes socialiste-syndicaliste ?&lt;br class='manualbr' /&gt;- Vous l'avez dit..., citoyen.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Vous croyez que les syndicats sont les organisations de classe par excellence du prol&#233;tariat, tandis que les groupes socialistes ou anarchistes sont de simples groupements d'opinion o&#249; se coudoient bourgeois et ouvriers ?&lt;br class='manualbr' /&gt;- Oui.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Vous croyez que les syndicats sont les organes r&#233;volutionnaires qui transformeront la soci&#233;t&#233; par la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et insurrectionnelle, d&#232;s que la conscience ouvri&#232;re sera suffisamment d&#233;velopp&#233;e et qu'un nombre assez grand de prol&#233;taires en uniforme sera acquis, dans l'arm&#233;e, &#224; la cause r&#233;volutionnaire !&lt;br class='manualbr' /&gt;- Oui.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Mais alors, &#224; quoi sert le Parti socialiste ? Et pourquoi y restez-vous ?&lt;br class='manualbr' /&gt;- Nous voulons y rester, et nous y resterons, parce que le r&#244;le du Parti nous semble important, et que nous croyons y repr&#233;senter, nous les jeunes, la vieille tradition r&#233;volutionnaire de ceux qui ne furent pas d&#233;put&#233;s, et qui sont morts. Expliquons-nous :&lt;br class='manualbr' /&gt;Mettons-nous, d'abord, d'accord sur un point : nous raisonnons sur les choses telles qu'elles sont et non pas sur les choses telles que nous d&#233;sirerions les voir.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Entendu.&lt;br class='manualbr' /&gt;- C'est un point capital. Lorsqu'on parle raisonnablement du Parti socialiste, on entend le Parti tel qu'il a &#233;t&#233; dans le pass&#233;, tel qu'il est dans le pr&#233;sent, &#8212; et non pas selon notre pieux d&#233;sir de voir le Parti devenir tel ou tel, parce que ce serait alors une question de pure imagination.&lt;br class='manualbr' /&gt;Primo. Dans tous les temps, dans tous les pays, le Parti socialiste a &#233;t&#233; un parti &#233;lectoral.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Mais...&lt;br class='manualbr' /&gt;- Voyons les faits. Tout groupe socialiste passe alternativement par deux &#233;tats. Il est gonfl&#233; pendant un an, il est squelettique l'ann&#233;e suivante. Les r&#233;unions sont nombreuses et suivies pendant l'ann&#233;e des &#233;lections, puis l'effectif se d&#233;gonfle et le marasme r&#232;gne pendant l'ann&#233;e qui s&#233;pare les p&#233;riodes &#233;lectorales.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Pendant l'ann&#233;e grasse, les salles de cent personnes sont trop petites et l'on n'a plus de quoi s'asseoir. Pendant l'ann&#233;e maigre, on se retrouve une vingtaine dans une arri&#232;re-boutique de bistro.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Il y aussi les groupes &#224; &#233;lus tr&#232;s nombreux, avec des petits commer&#231;ants, des francs-ma&#231;ons, des concierges enthousiastes, une bande de postulants aux recettes buralistes. On y d&#233;signe des candidats pour la caisse des &#233;coles et l'on y votaille &#224; propos de botte. Surtout on s'y engueule.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Au contraire, les groupes sans &#233;lus sont maigres, maigres, mais ce sont de petites familles pleines de cordialit&#233;, o&#249; l'on fait de l'&#233;ducation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la Seine, la premi&#232;re cat&#233;gorie tend &#224; dispara&#238;tre au profit de la seconde. Bravo pour la Seine.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Parti &#233;lectoral, soit, mais... dans tous les pays !&lt;br class='manualbr' /&gt;- Oui.&lt;br class='manualbr' /&gt;- A toutes les &#233;poques ?&lt;br class='manualbr' /&gt;- Oui.&lt;br class='manualbr' /&gt;- En Russie ?&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est une lutte franchement &#8212; h&#233;ro&#239;quement &#8212; r&#233;volutionnaire, mais son but imm&#233;diat n'est-il pas la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie, la conqu&#234;te du parlementarisme ? C'est &#224; quoi, d'ailleurs, elle aboutira, tout comme la grande &#233;pop&#233;e r&#233;volutionnaire de la bourgeoisie anglaise de 1640 &#224; 1688&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La premi&#232;re r&#233;volution anglaise fut men&#233;e sous l'&#233;gide de Cromwell &#224; partir (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et de la bourgeoisie fran&#231;aise de 1789 &#224; 1830.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Cependant, les vieux blanquistes !...&lt;br class='manualbr' /&gt;- Admirables, mais si peu socialistes ! Ils ne connaissent pas les questions &#233;conomiques. C'&#233;taient des patriotes et des r&#233;publicains r&#233;volutionnaires.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Partons donc de cette double constations de fait :&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; 1) Le Parti socialiste est un parti &#233;lectoral.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; 2) La masse de la population ne vient aux r&#233;unions qu'en p&#233;riode &#233;lectorale.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Quand nous avons 80 personnes &#224; une r&#233;union non &#233;lectorale, c'est un succ&#232;s, mais aux r&#233;unions &#233;lectorales, il y vient facilement 500 &#224; 1000 personnes.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Ne venir qu'aux r&#233;unions o&#249; l'on voit la figure d'un candidat peut &#234;tre absurde, mais c'est un pr&#233;jug&#233; tr&#232;s r&#233;pandu. Dans ces r&#233;unions, nous avons l'occasion de toucher des gens &#8212; dont nous avons besoin &#8212; et que nous ne toucherions pas autrement : il serait fou de n&#233;gliger ce moyen, en tant que moyen d'&#233;ducation.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Mais, en r&#233;union &#233;lectorale, vous mettez de l'eau dans votre vin.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Mon ami, les orateurs qui mettent de l'eau dans leur vin sont des niais, car on n'enl&#232;ve jamais si bien une salle &#8212; sauf quand elle faite d'avance &#8212; qu'avec une affirmation nettement r&#233;volutionnaire.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Maintenant, la nature du Parti socialiste vous appara&#238;t-elle clairement ? Il r&#233;unit tous les hommes, quelle que soit leur classe, qui croient &#224; la n&#233;cessit&#233; de grouper les prol&#233;taires, sans distinction de patrie, dans le but de d&#233;truire l'&#201;tat et de socialiser les moyens de production et d'&#233;change&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Contrairement &#224; ses intentions exprim&#233;es quelques paragraphes plus haut, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Sommes-nous d'accord ? Le Parti socialiste est &#233;lectoral et &#233;ducatif, &#233;lectoral parce qu'&#233;ducatif.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;**&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- Est-ce un parti d'action ?&lt;br class='manualbr' /&gt;- Si vous entendez par action les affiches, les r&#233;unions, les manifestations de tapage, oui ; le Parti socialiste est un parti d'action. C'est le parti des &#171; mauvais coucheurs &#187;, de ceux qui n'aiment pas avaler une injustice sans gueuler un bon coup et casser des vitres.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le Parti socialiste doit aimer descendre dans la rue et faire du boucan, beaucoup de boucan, lancer des p&#233;tards pour faire retourner les gens et les faire r&#233;fl&#233;chir, leur corner des v&#233;rit&#233;s aux oreilles.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Utile, tout cela, mais est-ce la v&#233;ritable action, et faut-il confondre l'action avec la gueule ?&lt;br class='manualbr' /&gt;- L'action &#8212; aux heures troubles o&#249; la foule est dans la rue, fi&#233;vreuse, pleine de bonne volont&#233; mais ignorante, aux jours de gr&#232;ve, aux jours d'&#233;meute &#8212; consiste &#224; mener cette foule, aveugle et puissante, comme un &#233;l&#233;ment, &#224; lui sugg&#233;rer les actes n&#233;cessaires, &#224; commettre l'irr&#233;m&#233;diable pour la jeter en avant..., &#224; fusiller [les g&#233;n&#233;raux] Lecomte et Cl&#233;ment-Thomas, parce que d'une &#233;chauffour&#233;e de Montmartre, il en sort la Commune.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Or, de telles initiatives sont n&#233;cessairement spontan&#233;es. Imaginer un &#171; groupe d'action &#187; stable, permanent, est une contradiction dans les termes. Qui dit groupe dit discussion, vote, d&#233;lais. Toute organisation r&#232;gle l'allure de l'&#233;lite sur la lenteur de la moyenne.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; On ne peut pas &#234;tre &#171; r&#233;volutionnaire &#187; de fait &#224; jet continu ; il n'y a pas de nerfs humains qui r&#233;sisteraient &#224; cette tension perp&#233;tuelle. Tout groupe qui ne veut &#234;tre que d'&#171; action &#187; se dissout, ou finit dans le chiqu&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; L'ancien Parti ouvrier fran&#231;ais [POF, fond&#233; par Jules Guesde] voulait, de 1875 &#224; 1885, &#234;tre le parti r&#233;volutionnaire de la classe ouvri&#232;re. Il a fini d&#232;s 1893 dans le mar&#233;cage parlementaire, dans le chiqu&#233; r&#233;volutionnaire o&#249; l'on &#171; bourre les fusils avec des bulletins de vote &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Les syndicats qui ne veulent &#234;tre que des groupes d'action finissent dans le subventionnisme. Il fut de mode, dans certains milieux &#171; r&#233;volutionnaire &#187; de consid&#233;rer la subvention... comme une &#171; reprise &#187; !&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Il faut des groupements sp&#233;ciaux pour des cas sp&#233;ciaux.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Selon l'acte &#224; accomplir &#8212; nettoyer le grand-duc Serge [Romanov], par exemple &#8212; les hommes que la besogne tente se groupent spontan&#233;ment, s'entraident, accomplissent et se s&#233;parent.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; L'action par sa nature est spontan&#233;e. Elle na&#238;t du libre groupement de ceux qui prennent un plaisir silencieux &#224; ex&#233;cuter par une nuit sans lune... ce dont on ne se vante pas le lendemain.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Avez-vous vu Paris pendant les &#233;chauffour&#233;es du quartier Latin en 1893 ? Cela se faisait &#224; deux ou trois. L'un ameutait la foule, un omnibus &#233;tait arr&#234;t&#233;, vid&#233;, vers&#233;, flamb&#233; ; le populo s'excitait, les deux artistes s'&#233;clipsaient, la police chargeait et, pendant ce temps-l&#224;, les deux m&#234;me recommen&#231;aient un kilom&#232;tre plus loin.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Un beau coup, c'est comme une &#339;uvre d'art : &#231;a se fait d'inspiration. Quand on veut le faire sur commande, on obtient quelque chose d'officiel et de rat&#233;. &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;En cela comme en tout, la pratique a devanc&#233; la th&#233;orie. En Russie, les coups de main r&#233;volutionnaires sont faits par les organisations de combat du Parti socialiste r&#233;volutionnaire, organisations spontan&#233;es et provisoires, hors des cadres permanents du parti.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ils sont faits bien souvent par des hommes &#233;trangers &#224; tout parti.&lt;br class='manualbr' /&gt;Un exemple plus modeste nous montre &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; ayant sa personnalit&#233; ind&#233;pendante, en-dehors des cadres du Parti qui n'a sur elle qu'un contr&#244;le politique. C'est pr&#233;cis&#233;ment gr&#226;ce &#224; cela qu'elle est vivante et qu'elle progresse.&lt;br class='manualbr' /&gt;Si &lt;i&gt;La Guerre Sociale&lt;/i&gt; &#233;tait l'organe d'une organisation quelconque, socialiste, syndicaliste ou anarchiste, elle ne tirerait pas &#224; 25 000. Les canards guesdistes en sont bien la preuve : le tirage du &lt;i&gt;Travailleur du Nord&lt;/i&gt; et celui du &lt;i&gt;Socialiste&lt;/i&gt; diminuent : les sectaires font avorter tout ce qu'ils touchent.&lt;br class='manualbr' /&gt;Aucune organisation r&#233;guli&#232;re n'aurait pu prendre l'initiative de l'historique &#171; Affiche rouge &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Affiche antimilitariste, qui valut &#224; ses 25 auteurs un s&#233;jour &#224; la prison de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de 1905. Il a fallu que ce geste, qui vint &#224; son heure et fut n&#233;cessaire, f&#251;t accompli par le libre groupement de 28 camarades venus de partout.&lt;br class='manualbr' /&gt;Parti d'action le Parti socialiste ? Soit. Mais n'exag&#233;rons pas : le petit jeu est son affaire. Quand au &#171; grand jeu &#187; &#8212; quand l'heure sonnera de le jouer &#8212;, il reviendra non pas aux cadres r&#233;guliers du Parti, mais &#224; ses francs-tireurs, ses organisations de combat, et tout ce qu'on pourra demander au Parti sera de ne pas le d&#233;savouer.&lt;br class='manualbr' /&gt;Quand &#224; pr&#233;sent, le Parti socialiste est un parti d'&#233;ducation mutuelle et d'agitation publique. C'est le parti &#233;lectoral de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A. Bruck&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8212;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;KARL MARX&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(18 mars 1908)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande figure de Marx commence &#224; se d&#233;gager de toutes les d&#233;formations des pol&#233;miques et, &#224; mesure qu'elle s'&#233;loigne de nous, dans le recul de l'Histoire, nous pouvons mieux juger l'homme et l'&#339;uvre.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les pires ennemis de Marx ont &#233;t&#233; ceux qui se disent marxistes ; ces disciples intol&#233;rants, hargneux et dogmatiques ont rendu Marx odieux &#224; ceux qui ne savent pas que ce que l'on donne souvent comme le marxisme est la plus impudente alt&#233;ration de la pens&#233;e de Marx.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Moi, je ne suis pas marxiste- !- &#187; disait Marx lui-m&#234;me.&lt;br class='manualbr' /&gt;Semblable m&#233;saventure est arriv&#233;e au grand Proudhon que l'on a, bien &#224; tort, envelopp&#233; dans le m&#234;me ridicule que ses piteux disciples. Proudhon, lui aussi, n'&#233;tait pas proudhonien. Beaucoup s'&#233;tonneront en lisant qu'il est peu d'hommes, en France, qui soient plus &#233;loign&#233;s de Marx que Jules Guesde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jules Guesde, fondateur du Parti Ouvrier de France. Stalinien avant l'heure, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On croit commun&#233;ment que Guesde est le repr&#233;sentant de la &#171; pure doctrine &#187; marxiste, et ce n'est pas la moindre illusion qu'a su cr&#233;er autour de lui cet habile metteur en sc&#232;ne.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il est arriv&#233; &#224; Marx cette &#233;trange aventure que les hommes qui se r&#233;clament de lui sont ceux qui ne repr&#233;sentent pas sa pens&#233;e, et les pseudo-marxistes de France, comme les sociaux-d&#233;mocrates allemands, s'inspirent bien davantage des pires illusions de Lassalle sur la valeur du suffrage universel et le r&#244;le de l'&#201;tat-providence.&lt;br class='manualbr' /&gt;Bebel est un lassallien, comme Guesde, mais dans la mesure o&#249; Lassalle se trompait.&lt;br class='manualbr' /&gt;Qu'est-ce donc que Marx ?&lt;br class='manualbr' /&gt;N&#233; &#224; Tr&#232;ves en 1818, de parents juifs, il fit ses &#233;tudes dans les plus illustres universit&#233;s allemandes ; c'&#233;tait un bourgeois comme d'ailleurs tous les th&#233;oriciens socialistes : Saint-Simon descendait d'un duc, et Kropotkine &#233;tait prince.&lt;br class='manualbr' /&gt;Peut-&#234;tre serait-il devenu un rat de biblioth&#232;que de la science allemande, s'il n'avait pas rencontr&#233;, dans sa jeunesse, celui qui fut l'ami de toute sa vie : Friedrich Engels.&lt;br class='manualbr' /&gt;Fils d'un industriel d'Eberfeld, Engels &#233;tait un homme d'une culture universelle, aussi bien h&#233;g&#233;lien que tacticien militaire, journaliste, &#233;conomiste, directeur d'usine, polyglotte, ne reculant ni devant une partie de chasse au renard ni devant une bonne bouteille, grand contempteur de la &lt;i&gt;respectability&lt;/i&gt; britannique, et qui avait d&#233;j&#224; &#233;crit, &#224; 25 ans, un ouvrage sur la &lt;i&gt;Condition de la classe ouvri&#232;re en Angleterre&lt;/i&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nul doute qu'Engels exer&#231;a une grande influence sur l'orientation des &#233;tudes de Marx et qu'il contribua &#224; tourner ce prodigieux esprit vers les sciences sociales.&lt;br class='manualbr' /&gt;La belle p&#233;riode de la vie de Marx s'&#233;coula de 1843 &#224; 1850, pendant laquelle il fut successivement expuls&#233; de Prusse, de France, et de Belgique bataillant pour la cause r&#233;volutionnaire, dans cette universelle fermentation des ann&#233;es 1848.&lt;br class='manualbr' /&gt;Fix&#233; &#224; Londres, o&#249; il connut la mis&#232;re, le naturel d'homme d'&#233;tudes reprit le dessus et, dans le calme du cabinet d'o&#249; il ne sortit jamais plus, il entreprit son &#339;uvre.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce ne fut pas un homme d'action, mais un homme de science, un &lt;i&gt;scholar&lt;/i&gt;, un travailleur acharn&#233;, une des intelligences les mieux meubl&#233;es, les plus m&#233;thodiques, les plus puissantes, les plus claires dont puisse s'enorgueillir la famille humaine.&lt;br class='manualbr' /&gt;Si le th&#233;oricien fut immense, l'homme politique fut mesquin. Il n'&#233;tait pas organisateur, et, de m&#234;me que Comte (qu'il domine cependant de si haut), il ne pouvait souffrir la contradiction.&lt;br class='manualbr' /&gt;Autoritaire et m&#233;disant &#8212; et son ami Engels l'&#233;tait davantage &#8212; sa pr&#233;sence dans l'Internationale fut une calamit&#233; pour le mouvement ouvrier.&lt;br class='manualbr' /&gt;Son penchant naturel lui faisait mener l'Internationale comme un ma&#238;tre d'&#233;cole m&#232;ne sa classe ; comme un patron m&#232;ne une usine. Il combattit avec haine Michel Bakounine, pauvre th&#233;oricien mais admirable homme d'action, bien qu'il fut d'accord avec lui sur tous les points de doctrine.&lt;br class='manualbr' /&gt;Bakounine avait tout ce qui manquait &#224; Marx, et Marx avait tout ce qui manquait &#224; Bakounine.&lt;br class='manualbr' /&gt;La premi&#232;re Internationale mourut de ces querelles, et il n'y a pas lieu de la regretter ; regardons les pseudo-h&#233;ritiers de Marx, les Guesde et les Ferri, les Bebel et les Plekhanov : la survie d'une Internationale centralis&#233;e eut soumis le mouvement ouvrier &#224; la th&#233;ocratie des cuistres.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;**&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si l'on oublie, dans Marx, la m&#233;diocrit&#233; de l'homme d'action et de l'agitateur politique, si l'on d&#233;gage son &#339;uvre des niaiseries des &#171; marxistes &#187; pr&#233;disant la r&#233;volution pour 1893 ou pour 1898, par la vertu du bulletin de vote ; si, au lieu de conna&#238;tre le marxisme de seconde main, par ses commentateurs, on remonte aux sources, si on &#233;tudie Marx dans Marx lui-m&#234;me, on ne peut qu'admirer.&lt;br class='manualbr' /&gt;Marx ne fut pas un proph&#232;te ; il ne dessina pas le plan de la cit&#233; communiste : il parlait avec ironie de ceux qui composent des &#171; menus de cuisines pour les marmites de la soci&#233;t&#233; future &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est un historien qui, par sa lumineuse analyse du pass&#233;, nous donne une m&#233;thode pour comprendre les ph&#233;nom&#232;nes sociaux : le v&#233;ritable marxisme n'est pas un syst&#232;me, mais une m&#233;thode.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'essentiel dans Marx, ce n'est pas la th&#233;orie de la valeur ou le communisme, d'autres l'avaient dit avant lui ; ce n'est pas la th&#233;orie des crises p&#233;riodiques de ch&#244;mage, Marx ne l'a jamais syst&#233;matis&#233;e ; ce n'est pas la conqu&#234;te des pouvoirs publics, Marx &lt;i&gt;ne l'a jamais pr&#233;conis&#233;e&lt;/i&gt; !&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce qui subsiste dans Marx, c'est la th&#233;orie de la plus-value (&lt;i&gt;mehrgeld&lt;/i&gt;), qui &#233;tablit que ce Capital est n&#233;cessairement du travail vol&#233;. C'est l'aboutissement communiste de la concentration des capitaux, c'est l'antipatriotisme, c'est la croyance dans la sup&#233;riorit&#233; de l'action sur la th&#233;orie : &#171; Toute action, tout mouvement r&#233;el importe plus qu'une douzaine de programmes. &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce qu'il y a d'essentiel et d'&#233;ternellement vivant dans Marx, ce sont les deux principes fondamentaux de sa m&#233;thode : la lutte de classe et le mat&#233;rialisme historique.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;La lutte de classe&lt;/i&gt; o&#249;, se d&#233;gageant des fadaises humanitaires, il montre l'Histoire comme la suite des luttes &#233;piques des classes les unes contre les autres.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Le mat&#233;rialisme historique&lt;/i&gt; par lequel il &#233;tablit que la base de la soci&#233;t&#233;, ce qui d&#233;termine tout le reste (institutions politiques, id&#233;es morales, formes familiales), c'est le r&#233;gime de propri&#233;t&#233;, d&#233;termin&#233; lui-m&#234;me par le mode de production.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;**&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui, selon la saine tradition de saint Thomas, ne nous croiraient pas sur parole, ne pourraient mieux employer les loisirs de leurs soir&#233;es qu'en lisant celles des &#339;uvres de Marx qui sont traduites en fran&#231;ais.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt; n'est gu&#232;re accessible qu'aux sp&#233;cialistes ; mais il existe cependant le &lt;i&gt;R&#233;sum&#233; du &#171; Capital &#187;&lt;/i&gt;, par Deville, dont on dit parfois du mal, mais que je trouve fort clair. [...]&lt;br class='autobr' /&gt;
Surtout le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt;, l'immortel &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A. Bruck&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8212;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA JOURN&#201;E DES FLICS&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;29 avril 1908&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[...]&lt;br class='manualbr' /&gt;Le premier mai, ne pouvant &#234;tre une journ&#233;e s&#233;rieuse pour la classe ouvri&#232;re, sera la journ&#233;e des flics. Ces braves gens (!) la veulent, leur journ&#233;e. Ils l'auront, nom d'un sabre ! Clemenceau se repose sur L&#233;pine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pr&#233;fet de police de Paris, cf. l'article &#171; -Le prestige de la fonction- &#187; [Nde].&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pour la leur donner.&lt;br class='manualbr' /&gt;Oui, ils l'auront aussi parce que le peuple, ce bon troupeau, en souvenir des processions d'autrefois, aime &#224; d&#233;filer devant ses pires ennemis. Seulement, autrefois, il priait et se faisait b&#233;nir. Aujourd'hui, il gueule et se fait assommer. Il n'a que la consolation de se dire : &#231;a ne durera pas toujours !&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais, en attendant, &#231;a continue et &#231;a recommence.&lt;br class='manualbr' /&gt;Si c'est ainsi qu'il pla&#238;t aux travailleurs d'obtenir des am&#233;liorations, ils en auront bien plus qu'ils n'en voudront, au pied de la botte du flic. Cette ann&#233;e, selon la bonne m&#233;thode du Clemenceau de bonne humeur, l'arm&#233;e ne se montrera peut-&#234;tre pas. Mobilis&#233;e, elle se tiendra cach&#233;e. Et la police exercera seule. A Paris, L&#233;pine op&#233;rera lui-m&#234;me. Ses brutes s'en donneront &#224; poings et &#224; bottes-que-veux-tu. Ce sera joli !&lt;br class='manualbr' /&gt;Le lendemain, les journaux c&#233;l&#233;breront l'habilet&#233; du Premier flic et l'&#233;nergie du Second. Et le Premier Mai 1908 aura v&#233;cu ! La pr&#233;fecture de police enregistrera une glorieuse journ&#233;e pour elle !&lt;br class='manualbr' /&gt;Ah ! mes amis, quelle urgente campagne il est n&#233;cessaire d'entreprendre avec acharnement contre la police et les policiers !&lt;br class='manualbr' /&gt;Que de crimes et de hontes nous supportons de &#231;a !&lt;br class='manualbr' /&gt;Est-il possible qu'un ouvrier, de sang-froid, puissent regarder sans col&#232;re une de ces faces patibulaires, un de ces cr&#226;nes d'abrutis, un de ces groins d'alcooliques malfaisants ? Est-il possible que la masse des locataires d'un immeuble de faubourg puisse supporter le voisinage, supporter la promiscuit&#233; d'un aussi l&#226;che produit de la vie de caserne ? Quelle piti&#233;, quels &#233;gards peut-on avoir pour ce ren&#233;gat de la classe ouvri&#232;re qui a demand&#233; au guichet de la Pr&#233;fecture ou du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur sa gamelle et son collier de chien de garde ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Cet homme d&#233;chu dont le r&#233;giment a d&#233;velopp&#233; les pires instincts, au point d'en faire un mouchard, est tol&#233;r&#233;, parfois respect&#233;, toujours craint. _ Il pullule partout sans danger pour lui-m&#234;me. Il rit, il cause, il boit avec les gens du peuple quand son service ne lui commande pas de rudoyer, d'accuser, de brutaliser, de massacrer ceux auxquels, devant le comptoir d'un empoisonneur, il fait bonne figure !&lt;br class='manualbr' /&gt;Si seulement il n'y avait que ceux qui se so&#251;lent avec lui pour recevoir ses coups, ce serait juste.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le mouchard, le flic, a parfois des mani&#232;res hypocritement affables en temps de calme. Si vous &#234;tes bien habill&#233;, si vous avez de l'&#171; ext&#233;rieur &#187;, ou si vous &#234;tes nombreux et qu'il soit seul, il vous respecte. Car ce chien sue la peur et devient l&#226;che quand il ne risque rien. Cet animal est ordinairement f&#233;roce quand on est en bande. Vous tous qui &#234;tes des hommes fiers, dignes, francs ; vous tous, qui osez protester quelquefois et qui vous croyez libres, vous savez quels traitements vous attendent au poste, au D&#233;p&#244;t, &#224; la gendarmerie, en prison !&lt;br class='manualbr' /&gt;Et vous, travailleurs, qui les avez vus &#224; l'&#339;uvre les Premiers Mai pr&#233;c&#233;dents, les jours de r&#233;union &#224; votre Bourse du travail, les jours de manifestation et les jours de gr&#232;ve, vous savez quelle race est celle de ces mufles ignobles qui ont trahi leur cause et leur classe et cognent sur ceux dont le courage et la conscience leur font honte et les affolent ; vous connaissez bien ces bandits !&lt;br class='manualbr' /&gt;Et bien ! le Premier Mai est le jour de leurs grandes man&#339;uvres. Que dis-je ? C'est le jour de gloire pour eux ; car l'ennemi, c'est le peuple, c'est l'ouvrier.&lt;br class='manualbr' /&gt;Quels que soient l'&#226;ge et le sexe, ils cognent sur ceux que leur chef leur fait voir en rouge... et, comme nous ne sommes pas des jaunes, nous les rendons furieux.&lt;br class='manualbr' /&gt;Comme des taureaux, ils foncent, aveugles de rage et d'alcool, sur ceux qui n'ont ni armes ni b&#226;tons. Et ils mettent la loque en pi&#232;ces. Et cela durera tant que le peuple aimera &#224; se faire traiter comme une loque par ces brutes ; cela durera tant qu'il persistera &#224; se mettre en cort&#232;ge pour recevoir des coups en gueulant l'Internationale ou tout autre cantique r&#233;volutionnaire avec les mains dans les poches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Georges Yvetot&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8212;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE DROIT &#192; L'AVORTEMENT&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;20 mai 1908&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gros scandale dans la r&#233;gion ouvri&#232;re du Nord ! On a d&#233;couvert &#224; Tourcoing une demi-douzaine de faiseuses d'anges qui n'y allaient pas de main morte. L'une d'elles qui op&#232;re depuis quarante-cinq ans &#224; raison de deux ou trois op&#233;rations par semaine aurait plusieurs milliers d'&#171; anges &#187; sur la conscience. S'il y en avait comme cela quelques douzaines dans la r&#233;gion, on s'explique que la population de Tourcoing ait diminu&#233; dans des proportions qui doivent para&#238;tre effrayantes &#224; M. Piot.&lt;br class='manualbr' /&gt;Si j'&#233;tais une vieille catin en retraite ou un vieux monsieur d&#233;cor&#233; courant apr&#232;s les petites filles de 10 ans, un prostitu&#233; du grand journalisme honn&#234;te ou un p&#233;d&#233;raste impertinent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Oui, bon, d'accord... [Nde].&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ou seulement si j'avais l'&#226;me de larbin sans laquelle on ne fait pas un bon avocat g&#233;n&#233;ral, j'invoquerais la Morale outrag&#233;e et j'appellerais les foudres de la loi sur ces m&#233;g&#232;res.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pauvre France, de combien de soldats t'ont priv&#233;e ces monstres ! Usiniers de mon pays, de combien de serfs, m&#226;les et femelles, elles ont frustr&#233; vos bagnes industriels ? Sainte Vierge, combien d'&#226;mes immortelles elles ont envoy&#233; &lt;i&gt;ad patres&lt;/i&gt; sans les sacrements de l'&#201;glise ?&lt;br class='manualbr' /&gt;La Morale, la Patrie, la Propri&#233;t&#233;, la Religion, la Vie humaine, cette chose sacr&#233;e &#8212; comme dirait Clemenceau, le massacreur de Narbonne et de Casablanca &#8212; , elles n'ont rien respect&#233;, ces harpies !&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce qu'ils vont en entendre sur ce chapitre les malheureux jur&#233;s qui vont subir le r&#233;quisitoire du d&#233;fenseur officiel et patent&#233; de l'Ordre et de la Soci&#233;t&#233; ! En d&#233;barrassant des milliers de femmes de f&#339;tus de quelques semaines ou de quelques mois, elles ont tu&#233; des germes de vie !&lt;br class='manualbr' /&gt;H&#233; ! cuistre &#224; robe rouge, valait-il mieux qu'elles condamnent &#224; la mis&#232;re, au d&#233;shonneur et au suicide des &#234;tres vivants en pleine conscience ? Tu ne soup&#231;onnes pas les drames auxquels ont assist&#233; ces faiseuses d'anges ! la d&#233;tresse tragique des malheureuses qu'elles ont d&#233;livr&#233;es ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Tu ne devines pas cette religieuse, &#224; qui une &#233;ducation idiote avait impos&#233; une chastet&#233; monstrueuse et qui, un beau jour &#224; l'h&#244;pital, est tomb&#233;e dans les bras de quelque carabin, de quelque infirmier ou de quelque convalescent, lequel s'est empress&#233; de la planter l&#224; avec son ventre ballonn&#233; !&lt;br class='manualbr' /&gt;Tu ne la vois pas cette ouvri&#232;re, m&#232;re de sept enfants, que son mari, un soir d'ivresse, a prise de force et pour qui la perspective d'une huiti&#232;me bouche &#224; nourrir est une catastrophe ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Et cette jeune fille du monde &#8212; de ton monde &#8212; que l'insuffisance de dot a condamn&#233;e &#224; un c&#233;libat contre nature et chez qui, un beau jour ou une belle nuit, la nature s'est r&#233;volt&#233;e, et qui se trouve &#171; d&#233;shonor&#233;e &#187; ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Et cette ouvri&#232;re qui gagne 25 sous par jour, pour qui un enfant sera la perte de sa place, la mis&#232;re et la honte &#224; perp&#233;tuit&#233;, parce qu'elle aura &#171; faut&#233; &#187; ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Tu ne les vois pas, fonctionnaire enjuponn&#233;, se rendant la t&#234;te basse, la rougeur au front, demander &#224; une de ces m&#233;g&#232;res providentielles que tu poursuis, de les sauver de la honte, du suicide, d'&#233;pargner &#224; leurs proches un malheur qui va empoisonner toute leur vie !&lt;br class='manualbr' /&gt;Car c'est une tare dans la soci&#233;t&#233; d'&#234;tre m&#232;re sans l'autorisation des autorit&#233;s constitu&#233;es.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Mais les m&#233;g&#232;res risquaient de tuer les patientes !&lt;br class='manualbr' /&gt;- Et bien quoi ! est-ce que les patientes ne sont pas libres de leur corps ? Est-ce qu'on n'a pas le droit, entre deux maux, de choisir le moindre ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Si ton imb&#233;cile Code p&#233;nal n'avait pas pr&#233;vu des peines atroces pour le m&#233;decin qui provoque un avortement, les patientes iraient trouver des mains plus expertes &#8212; et plus propres surtout, moins brouill&#233;es avec l'antiseptie &#8212; qui les d&#233;barrasseraient sans danger et sans attendre le septi&#232;me mois !&lt;br class='manualbr' /&gt;Un jour viendra o&#249;, par l'instruction g&#233;n&#233;rale assur&#233;e &#224; tous les hommes et &#224; toutes les femmes, les pr&#233;jug&#233;s s&#233;culaires ayant disparu, les plus obtus comprendront que condamner quelqu'un &#224; la chastet&#233;, c'est aussi raisonnable, comme disait Luther, &#171; que de d&#233;cr&#233;ter qu'on vivra sans boire et sans manger &#187; et que la morale et l'honneur ont aussi peu &#224; voir dans les relations sexuelles que dans toutes les autres fonctions physiologiques de notre machine humaine, un jour viendra o&#249; tous les enfants porteront le nom de leur m&#232;re, o&#249; il n'y aura plus ni enfants naturels, ni enfants l&#233;gitimes, et o&#249; la soci&#233;t&#233; assurera &#224; toutes les m&#232;res la subsistance de leurs enfants en bas &#226;ge.&lt;br class='manualbr' /&gt;Quand ce jour viendra-t-il ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Il arrivera quand les travailleurs organis&#233;s, dans la CGT, auront mis la main sur les mines, les usines, les banques, les maisons d'habitation, les grands domaines ; quand ils auront, par l'expropriation des parasites, par la suppression des gaspillages de la soci&#233;t&#233; capitaliste et l'organisation de la production sur des bases sociales, assur&#233; &#224; tous les hommes et toutes les femmes de bonne volont&#233;, l'instruction, le bien-&#234;tre et l'ind&#233;pendance.&lt;br class='manualbr' /&gt;Jusque-l&#224;, le seul rem&#232;de &#224; la g&#233;n&#233;ralisation des man&#339;uvres abortives, c'est de propager dans toutes les classes de la soci&#233;t&#233; la connaissance des pratiques malthusiennes qui permettent, on le sait, de ne procr&#233;er qu'&#224; volont&#233;, dans la limite o&#249; l'on a les moyens &#8212; et le droit &#8212; d'avoir des enfants.&lt;br class='manualbr' /&gt;En attendant que les moyens pr&#233;servatifs malthusiens soient connus universellement, c'est &#224; chacun de nous, dans son entourage, dans sa famille, de r&#233;agir contre les pr&#233;jug&#233;s stupides et f&#233;roces dont sont victimes les filles-m&#232;res ; c'est le devoir surtout de tous les esprits libres, au risque de scandaliser les Piot, les B&#233;renger&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce magistrat, pr&#233;nomm&#233; Ren&#233; et surnomm&#233; &#171; le P&#232;re-la-pudeur &#187; avait men&#233; une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et toute la race des Tartuffe, des pharisiens et des imb&#233;ciles, de r&#233;clamer hautement le droit &#224; l'avortement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un Sans-Patrie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Oh ! pudeur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; publie chaque semaine quelques lignes de notre &#233;ditorial, avec des amabilit&#233;s dont nous la remercions par des critiques tout amicales, amicales sinon de forme, du moins d'intention.&lt;br class='manualbr' /&gt;La semaine derni&#232;re, elle reproduisit dix lignes de l'article &#171; Le Droit &#224; l'avortement &#187;, en ayant soin de choisir les dix lignes qui pouvaient le moins permettre de deviner de quoi il s'agissait dans l'article.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#192; cette d&#233;coupure, &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; mit un titre comme toujours.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le droit &#224; l'avortement &#233;tait trop &#171; shocking &#187;, trop scabreux.&lt;br class='manualbr' /&gt;On est socialistes, m&#234;me r&#233;volutionnaires, mais on a de la pudeur, et puis, il ne faut pas effaroucher le public.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le filet eut pour titre, nous vous le donnons en mille : &#171; Les Enfants &#187; !&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour une trouvaille, c'est une trouvaille.&lt;br class='manualbr' /&gt;Quand donc notre cons&#339;ur socialiste se gu&#233;rira-t-elle de sa sotte pudibonderie et de sa peur des mots ? Sans doute le jour o&#249; elle acquerra le sens du journalisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;27 mai 1908&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8212;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE PRESTIGE DE LA FONCTION&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;27 mai 1908&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me flic de France &#8212; nous avons nomm&#233; L&#233;pine &#8212; continue &#224; jouer les invuln&#233;rables, tels Achille aux pieds l&#233;gers. Et de fait, invuln&#233;rable ou non, il se montre d'une cr&#226;nerie qui n'a d'&#233;gale que le respect de ces bons r&#233;volutionnaires pour sa r&#233;pugnante personne. Dernier exemple : la manifestation de dimanche au Mur des f&#233;d&#233;r&#233;s. &lt;br class='manualbr' /&gt;Tandis que les manifestants &#233;taient aux prises avec les ren&#233;gats des groupes Morel et Lajarrige&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Secr&#233;taire g&#233;n&#233;rale de la compagnie du Gaz de Paris, hostile aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, on vit L&#233;pine se jeter au plus fort de la m&#234;l&#233;e, et n'&#233;tait-ce l'intervention de 3 ou 4 camarades de la &lt;i&gt;Guerre sociale&lt;/i&gt; qui firent &#224; ce moment un beau tapage, on e&#251;t vu cette chose r&#233;jouissante : le pr&#233;fet de police faire cesser &#224; lui seul l'effervescence, imposer le silence &#224; plusieurs centaines de r&#233;volutionnaires &#171; braillards &#187;. Qui nous expliquera le respect superstitieux et paralysant dont jouit ce sinistre fantoche aupr&#232;s des n&#244;tres, m&#234;me parmi ceux qui passent &#224; juste titre pour n'avoir pas froid aux yeux ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Est-ce que M. L&#233;pine poss&#233;derait par hasard un pouvoir d'hypnose insoup&#231;onn&#233; et irr&#233;sistible&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pr&#233;fet de police avait en effet un certain courage physique. C'est ainsi (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? R&#233;pondez, les gel&#233;s, les engourdis, les fig&#233;s sur place, si toutefois vous ne pr&#233;f&#233;rez &#234;tre r&#233;veill&#233;s par un passage &#224; tabac !&lt;br class='manualbr' /&gt;En attendant, L&#233;pine le dompteur passe, souriant, intr&#233;pide, intangible, &#224; travers les effervescences et les bagarres.&lt;br class='manualbr' /&gt;Faut-il l'admirer ? Non, ce qui est admirable, c'est la patience de ses adversaires, de ses victimes...&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8212;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LES DANGERS DU PARLEMENTARISME&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;16 septembre 1908&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de camarades du Parti nous reprochent notre insistance &#224; signaler les dangers du parlementarisme pour le Parti socialiste.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#192; la veille du congr&#232;s de Toulouse, il faut que nous y revenions pour qu'on comprenne bien la nature de nos critiques.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les guesdistes, qui ont &#233;t&#233; un temps &#224; la gauche du parti, avaient bien compris les dangers du parlementarisme ; c'est pour cela qu'ils avaient &#233;lev&#233;, dans les r&#232;glements, toute esp&#232;ce d'obstacles pour entraver les &#233;lus dans leur marche naturelle &#224; la direction du Parti et &#224; la conqu&#234;te individuelle du pouvoir ; exclusion des parlementaires de la Commission administrative permanente, refus du budget, interdiction de faire partie d'un minist&#232;re bourgeois, etc., etc.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais devant la force que donne un mandat l&#233;gislatif, l'obstacle des r&#232;glements est d&#233;risoire. En fait, les &#233;lus, les &#233;lus l&#233;gislatifs surtout, sont les ma&#238;tres du parti, et dans quelques ann&#233;es, il ne restera plus rien des entraves qui les arr&#234;tent dans leur ascension vers la participation au gouvernement. &lt;br class='manualbr' /&gt;Certains camarades, comme Cambier, affirment que les inconv&#233;nients du parlementarisme ne tiennent qu'&#224; la d&#233;loyaut&#233; de quelques parlementaires et que ces &#233;garements individuels n'enl&#232;vent rien &#224; l'id&#233;e. Ils sont dans l'erreur.&lt;br class='manualbr' /&gt;Croit-on que les &#233;lus actuels soient des hommes particuli&#232;rement malhonn&#234;tes et que le Parti, tomb&#233; sur une s&#233;rie si mauvaise, ait chance &#224; l'avenir d'en trouver de meilleurs ? Il serait enfantin de le soutenir.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les &#233;lus d'aujourd'hui ne sont pas plus criminels que d'autres ; seulement il est tout naturel qu'on ne d&#233;sire pas s&#233;rieusement un bouleversement social alors que, dans l'&#233;tat pr&#233;sent, on gagne quinze-mille francs par an.&lt;br class='manualbr' /&gt;La psychologie de l'ouvrier socialiste qui devient d&#233;put&#233; est bien simple.&lt;br class='manualbr' /&gt;Jeune, actif, plus intelligent que la masse de ses camarades, il comprend l'horreur de sa situation particuli&#232;re et de celle de sa classe, et il veut que cela change ; le Parti socialiste se pr&#233;sentant alors &#224; lui, il y entre pour pr&#233;parer la r&#233;volution.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#192; force de parler dans les sections, il devient orateur passable ; il est &#233;cout&#233;, on le d&#233;l&#232;gue aux congr&#232;s et, alors, des ambitions auxquelles il ne songeait pas tout d'abord s'&#233;veillent en lui, il se sent un candidat possible ; et, d&#232;s ce moment, il ti&#233;dit.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'observation et l'exp&#233;rience lui ont appris, tr&#232;s durement parfois, &#224; &#234;tre habile. Il a compris que les intransigeants, ceux qui disent carr&#233;ment ce qu'ils pensent envers et contre tout, ne sont pas aim&#233;s, et que, pour acqu&#233;rir les sympathies, il faut au contraire adopter une attitude conciliatrice, tant vis-&#224;-vis des id&#233;es qu'&#224; l'&#233;gard des individus.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il apprend &#224; placer son opinion dans la moyenne, afin de pouvoir sans heurt la faire glisser jusqu'&#224; la tendance la plus forte ; il apprend aussi &#224; &#234;tre aimable, &#224; flatter la foule, et cela lui r&#233;ussit admirablement.&lt;br class='manualbr' /&gt;Une fois &#233;lu, il reste socialiste, certes ; c'est le socialisme qui l'a mis en place ; c'est lui qui l'y maintient. Dans les r&#233;unions, il fait ce qu'il faisait avant : il parle, il combat l'organisation sociale, les partis au pouvoir et, aux yeux du public, aucun changement n'est survenu en lui car il a su, &#224; force de faire des discours, substituer une indication factice &#224; celle qu'il &#233;prouvait jadis r&#233;ellement contre les injustices sociales.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais sa vie mat&#233;rielle s'est compl&#232;tement transform&#233;e.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il habitait une mauvaise chambre o&#249; vivait toute sa famille ; il a maintenant un appartement confortable, une domestique ; lui, sa femme et ses enfants sont bien habill&#233;s. Aussi, parmi les invit&#233;s d'autrefois, beaucoup commencent &#224; lui peser ; les trop pauvres d&#233;tonnent dans son confort, leur pr&#233;sence m&#234;me est un reproche ; et puis, un jour ou l'autre, ils pourraient lui emprunter cent sous.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'&#233;lu commence donc &#224; tenir les gens &#224; distance ; lui qui recevait &#224; toute heure, qui allait lui-m&#234;me chez tout le monde, a maintenant son jour ; afin m&#234;me d'&#234;tre moins d&#233;rang&#233;, il loue pour recevoir ses &#233;lecteurs un logement sp&#233;cial, fort laid le plus souvent, et qu'il meuble de quelques vieilles chaises. L'appartement o&#249; il vit, il en cache l'adresse s'il le peut et le r&#233;serve &#224; l'&#233;lite qu'il s'est choisie pour entourage ; pas des grands bourgeois certes, l'aristocratie moderne n'ouvre pas aussi facilement ses portes. Elle accueillera peut-&#234;tre son fils si le p&#232;re a su en faire un haut fonctionnaire bien sage, mais lui fleure encore trop vivement le hareng prol&#233;tarien.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ses amis, le d&#233;put&#233; ouvrier les choisit parmi ses coll&#232;gues de la Chambre, d'abord, et il y adjoint quelques camarades du Parti tri&#233;s sur le volet, bourgeois de naissance, fonctionnaires moyens, employ&#233;s bien r&#233;tribu&#233;s, commer&#231;ants gagnant largement leur vie.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous disions que le candidat &#233;ventuel avait ti&#233;di ; cette description suffit &#224; faire comprendre combien l'&#233;lu est devenu froid. Au fond, il ne d&#233;sire qu'une chose, c'est qu'il y ait longtemps encore un prol&#233;tariat avec un Parti socialiste qui continue de l'envoyer &#224; la Chambre.&lt;br class='manualbr' /&gt;Si seulement il se contentait d'y ex&#233;cuter les volont&#233;s du parti, on pourrait encore passer sur les quinze-mille, quoique... Mais il fr&#233;quente les &#233;lus des partis mod&#233;r&#233;s et, pour placer des parents, pour entrer dans des affaires lucratives, il consent &#224; se laisser mettre un fil &#224; la patte.&lt;br class='manualbr' /&gt;Alors il s'efforce, par une grande habilet&#233;, &#224; ne s'affirmer jamais dans une question compromettante. Pour attaquer le gouvernement, il choisira un point secondaire- ; dans la question militariste, il condamnera la guerre &#8212; ce qui est bien vu de tout le monde &#8212; et se d&#233;clarera patriote ; afin m&#234;me d'&#233;viter ce dernier mot, qui pourrait faire croire..., il se contente de dire qu'il faut travailler &#224; cr&#233;er la patrie, ce qui est d'un clair-obscur plus rassurant.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le Parti, il fait tout ce qu'il peut pour le rendre le plus mod&#233;r&#233; possible et il y r&#233;ussit, car son prestige est &#233;norme.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans les sections, sa pr&#233;sence suffit &#224; modifier le sens des r&#233;solutions. Il tient les uns par des bienfaits, places, d&#233;corations, services ; d'autres, par l'exp&#233;rience ou la crainte ; et le reste, qui craint ni n'esp&#232;re rien, est subjugu&#233; par l'&#233;loquence, le prestige des v&#234;tements &#233;l&#233;gants, de la richesse relative. D'ailleurs, dress&#233;s par de longues ann&#233;es de pr&#233;paration, les &#233;lus sont si habiles &#224; soutenir simultan&#233;ment des opinions oppos&#233;es, &#224; se d&#233;clarer r&#233;volutionnaires tout en se d&#233;clarant r&#233;formistes, que chaque tendance les croit plus pr&#232;s d'elle que de la tendance adverse.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais, pensera-t-on, vous n'allez pas nous faire croire qu'il n'y ait pas un honn&#234;te homme au monde et que l'int&#233;r&#234;t personnel soit absolument tout ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Eh si ! L'int&#233;r&#234;t personnel est tout, absolument tout.&lt;br class='manualbr' /&gt;Songez que pour ne pas se conduire comme le font les &#233;lus, il faudrait &#234;tre plus qu'honn&#234;te, &#234;tre l'homme qui a fait siennes les id&#233;es qu'il soutient et qui les pr&#233;f&#232;re &#224; l'argent, au confort, &#224; l'amiti&#233;, &#224; sa famille m&#234;me ; et croyez-vous qu'il y ait assez d'hommes de cette trempe pour en remplir les bancs de l'extr&#234;me-gauche &#224; la Chambre ?&lt;br class='manualbr' /&gt;L'&#233;lu, voyez-vous, est un homme moyen ; il faut donc se dire qu'il agira comme tel. Aussi, dans un parti de r&#233;volution, il ne peut &#234;tre qu'une entrave. Certes, des p&#233;riodes &#233;lectorales sont des occasions de propagande, mais il vaut mieux &#234;tre quelques milliers de m&#233;contents qui excitent les prol&#233;taires &#224; la haine des bourgeois, qui pr&#233;parent des gr&#232;ves et des &#233;meutes afin de pr&#233;parer la r&#233;volution, qu'un puissant parti politique destin&#233; &#224; remplacer un jour le Parti radical et &#224; faire faillite &#224; son tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Madeleine Pelletier&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8212;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#201;FENDRONS-NOUS LA R&#201;PUBLIQUE ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;3 f&#233;vrier 1909&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition de droite s'agite. Ses pr&#233;textes, il est vrai, sont un peu forc&#233;s ; des coups de canne plomb&#233;e, 30 bless&#233;s, deux cents arrestations, parce qu'un professeur de lyc&#233;e, Thalamas, a dit il y a quelque huit ans qu'on pouvait &#233;lever des doutes sur la mission divine de Jeanne d'Arc ! Mais enfin l'on saisit les pr&#233;textes que l'on peut : &#171; Sans motif, ou avec motif, agitez, agitez ! &#187;, disait jadis Mazzini&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un des hommes du Risorgimento italien.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; les royalistes suivent le conseil et, somme toute, ils n'ont pas tort.&lt;br class='manualbr' /&gt;Deviendront-ils une force ? Certes, pour le moment leurs effectifs sont bien jeunes. Les adolescents de quinze et seize ans abondent dans leurs r&#233;unions et leurs manifestations ; et, &#224; cet &#226;ge, on fait de la politique bien plut&#244;t par un impatient d&#233;sir d'&#233;[&lt;i&gt;mastic sur original&lt;/i&gt;]tions qu'on peut avoir encore. Dans cinq ou six ans, ces jeunes gens feront paisiblement leur droit ou leur m&#233;decine, ne songeant plus qu'aux examens &#224; passer et &#224; la situation &#224; acqu&#233;rir.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais il ne faut pas se dissimuler que derri&#232;re les manifestants il y a des masses de gens qui, s'ils n'aiment pas &#224; crier dans les rues, n'en sont pas moins acquis &#224; la cause de la restauration monarchique.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans les milieux les plus divers on entend &#224; l'heure pr&#233;sente la m&#234;me ; &#171; Ah ! la R&#233;publique n'a pas donn&#233; ce qu'elle avait promis. &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Les &#233;trangers, aux id&#233;es lib&#233;rales &#233;galement, voyant &#233;voluer notre r&#233;gime, n'ont plus aucune envie de l'instaurer chez eux.&lt;br class='manualbr' /&gt;Certes, pour nous socialistes, une r&#233;publique, quelle soit-elle, ne saurait, en r&#233;gime capitaliste, r&#233;aliser l'enti&#232;re justice, mais tout de m&#234;me, pour les hommes de la premi&#232;re r&#233;volution et pour ceux qui, durant tout le XIX&#232;me si&#232;cle ont conspir&#233; la chute des gouvernements despotiques, la r&#233;publique avait sa valeur.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'&#233;tait la libert&#233; de pens&#233;e dans toute son &#233;tendue ; c'&#233;tait l'impossibilit&#233; des fortunes scandaleuses par la suppression compl&#232;te de l'h&#233;ritage, l'assurance pour tous d'un minimum de vie, non par des aum&#244;nes d&#233;gradantes et al&#233;atoires, mais par de grands services publics organis&#233;s &#224; cet effet ; c'&#233;tait l'accessibilit&#233; &#224; tous aux plus hautes fonctions de la r&#233;publique par la gratuit&#233; de l'enseignement secondaire et sup&#233;rieur. C'&#233;tait enfin ce d&#233;mocratisme des m&#339;urs, ce sens chez tous de l'&#233;galit&#233; morale dans la diversit&#233; des conditions mat&#233;rielles, par l'effet de quoi le talent, le caract&#232;re, l'intelligence devaient, m&#234;me alli&#233;s &#224; l'indigence, rencontrer partout consid&#233;ration et respect.&lt;br class='manualbr' /&gt;Voil&#224; ce qu'&#233;tait la r&#233;publique dans l'esprit des hommes qui pour elle, jadis, ont &#233;t&#233; exil&#233;s, emprisonn&#233;s, tu&#233;s.&lt;br class='manualbr' /&gt;Qu'est-elle, en r&#233;alit&#233;, depuis trente-huit ans que nous en avons fait l'exp&#233;rience ?&lt;br class='manualbr' /&gt;La libert&#233; de penser ? Les ann&#233;es de prison inflig&#233;es &#224; jet continu aux r&#233;dacteurs de ce journal en sont un exemple.&lt;br class='manualbr' /&gt;On en trouve un autre dans le fonctionnaire r&#233;voqu&#233; ou disqualifi&#233; &#224; la moindre vell&#233;it&#233; d'exprimer tout haut des opinions diff&#233;rant tant soit peu de celles que le gouvernement prescrit.&lt;br class='manualbr' /&gt;La suppression de l'h&#233;ritage ! Il y a belle lurette que les radicaux au pouvoir l'ont jet&#233;e au panier.&lt;br class='manualbr' /&gt;La gratuit&#233; de l'enseignement secondaire et sup&#233;rieur ? Les &#233;lus du Parti eux-m&#234;mes ne s'y int&#233;ressent pas, ils aiment mieux la soupe gratuite &#224; l'&#233;cole primaire, pensant qu'il est sans int&#233;r&#234;t &#233;lectoral de donner au prol&#233;tariat une culture intellectuelle qu'il ne r&#233;clame pas, n'en comprenant pas la port&#233;e.&lt;br class='manualbr' /&gt;Enfin, sur le d&#233;mocratisme des m&#339;urs, mes lecteurs savent &#224; quoi s'en tenir sans que j'insiste. M&#233;rite, caract&#232;re, intelligence, activit&#233;, d&#233;sint&#233;ressement ! Fausse monnaie que tout cela, la r&#233;publique n'en a que faire. Gagnez une fortune m&#234;me en tenant un gros num&#233;ro&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On rep&#233;rait &#224; cela les bordels, au d&#233;but du XX&#232;me si&#232;cle.&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et il n'y aura pour vous que sourires accueillants. Mme Steinheil&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une des putains de la III&#232;me R&#233;publique, ma&#238;tresse de F&#233;lix Faure, entre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; faisant sacrer son mari grand peintre par la seule vertu (si l'on peut dire) de services... sp&#233;ciaux rendus &#224; un pr&#233;sident de la r&#233;publique, est la caract&#233;ristique du r&#233;gime.&lt;br class='manualbr' /&gt;La r&#233;publique actuelle est si abjecte qu'elle a d&#233;moralis&#233; le peuple tout entier. Les faits r&#233;voltants du n&#233;potisme de Chaumi&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ministre de la Justice en 1905.&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; n'ont, lors de leur divulgation, indign&#233; personne. Il a pu le faire, disait chacun ; il a bien fait ; si j'&#233;tais &#224; sa place, j'en ferais autant. Wilson&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le parent par alliance de Jules Gr&#233;vy, pr&#233;sident de la r&#233;publique de 1879 &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le gendre de Gr&#233;vy, pourrait revenir aujourd'hui vendre ses d&#233;corations, il ne susciterait plus la belle indignation d'autrefois ; personne seulement ne le remarquerait.&lt;br class='autobr' /&gt;
La corde patriotique, que nos &#233;lus tiennent tant &#224; m&#233;nager, est aussi pourries que les autres. Des patriotes eussent bondi &#224; la nouvelle que Krupp s'&#233;tait associ&#233; &#224; Schneider, du Creusot, pour exploiter le Maroc ; aucun Fran&#231;ais de France n'a boug&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais ce qui assure le ch&#226;timent du r&#233;gime, c'est que cette veulerie o&#249; il a laiss&#233; tomber la masse se tournera contre lui-m&#234;me.&lt;br class='manualbr' /&gt;Plus d'enthousiasme pour la forme de gouvernement ; la conserver ou en changer indiff&#232;re au peuple ; on ne crie plus nulle part : &#171; Vive la r&#233;publique ! &#187; Plus de consid&#233;ration pour les hommes au pouvoir ; pour tous, ministres et d&#233;put&#233;s ne sont que des &#171; roublards &#187; qui ont eu de la chance.&lt;br class='manualbr' /&gt;Sans opposition de nulle part, les choses pourraient quand m&#234;me aller longtemps ainsi, mais vienne une minorit&#233; royaliste ayant quelque &#233;nergie ; c'en sera fait de Marianne ; nul ne se l&#232;vera pour la d&#233;fendre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais nous, car l&#224; est l'important, la d&#233;fendrons-nous, la r&#233;publique ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Il faut esp&#233;rer que non.&lt;br class='manualbr' /&gt;Je sais bien qu'ici je vais faire jeter les hauts cris &#224; quelques-uns.&lt;br class='manualbr' /&gt;Comment !!! Mais alors, vous allez laisser triompher la r&#233;action.&lt;br class='manualbr' /&gt;Vous retardez, mes amis, les &#233;tiquettes ne recouvrent plus les m&#234;mes marchandises qu'autrefois. Aujourd'hui, la r&#233;action, c'est la r&#233;publique radicale. Sauver encore une fois la r&#233;publique ; s'allier pour ce faire aux mod&#233;r&#233;s du Parti, aux radicaux, ressusciter l'affaire Dreyfus ; revoir pulluler les jeunes bourgeois arrivistes serrant avec ostentation, pour les essuyer ensuite, les mains des ouvriers des Universit&#233;s populaires en minaudant qu'ils vont &#171; toujours plus &#224; gauche &#187;. Et apr&#232;s, le l&#226;chage sans vergogne, la remise au grenier de &#171; la solidarit&#233; &#187; et m&#234;me de &#171; la justice &#187; et, comme b&#233;n&#233;fice net, quelques Viviani&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Anticl&#233;rical, minsitre du Travail de 1906 &#224; 1910 [Nde].&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et quelques Briand&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aristide Briand fut d'abord proche du socialisme r&#233;volutionnaire (il fut (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de plus.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ah, non ! mille fois non !&lt;br class='manualbr' /&gt;Loin de penser &#224; aider les radicaux &#224; sauver Marianne, il vaudrait mieux commencer &#224; envisager la possibilit&#233; de concourir &#224; son &#233;tranglement.&lt;br class='manualbr' /&gt;Une fois le r&#233;gime renvers&#233;, on verrait &#224; tirer le parti le meilleur pour le socialisme r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Madeleine Pelletier&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8212;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#201;FLEXIONS SUR LE SABOTAGE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(10 mars 1909)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sabotage est l'arme des l&#226;ches, dit le vieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le sabotage est l'arme naturelle de l'exploit&#233;, dit le jeune.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Il y a la gr&#232;ve...&lt;br class='manualbr' /&gt;- La gr&#232;ve ? ha ! ha ! ha ! La gr&#232;ve digne, n'est-ce pas, vieux p&#232;re ! La gr&#232;ve o&#249; l'ouvrier attend placidement que le patron se rende &#224; ses revendications. La lutte du buffet vide contre le coffre-fort bien garni. Ha ! ha ! ha !...&lt;br class='manualbr' /&gt;- C'est toujours ainsi que nous avons lutt&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Et c'est toujours ainsi que vous avez &#233;t&#233; roul&#233;s.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Vois-tu, fiston, c'est plus fort que moi. Jamais je ne pourrai me r&#233;soudre &#224; faire mal ma t&#226;che, &#224; d&#233;grader le mat&#233;riel ou &#224; d&#233;t&#233;riorer les machines. Je suis pour la franchise, moi ; cette lutte sournoise et impersonnelle me d&#233;go&#251;te.&lt;br class='manualbr' /&gt;- C'est bien &#231;a, tu vas trouver ton patron. Tu lui dis : &#171; Patron, nos salaires sont manifestement insuffisants. Les compagnons et moi demandons de les relever. &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;- Parfaitement !&lt;br class='manualbr' /&gt;- Et le patron te jette dehors en criant que tu veux le mettre sur la paille.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Alors, on quitte le travail.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Et on attend.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Dame...&lt;br class='manualbr' /&gt;- Et les gosses, ta femme, ils attendront que ton patron revienne &#224; de meilleurs sentiments ?&lt;br class='manualbr' /&gt;- Faut bien.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Et si le patron (car ses gosses et sa femme &#224; lui peuvent attendre), et si le patron ne c&#232;de pas de plusieurs semaines ou de plusieurs mois ?&lt;br class='manualbr' /&gt;- Nous faisons des d&#233;monstrations dans la rue, nous en appelons &#224; l'opinion publique.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Des d&#233;monstrations pacifiques, hein, vieux sage ?...&lt;br class='manualbr' /&gt;- Bien entendu.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Bien entendu aussi, la police vous tombe sur le poil, ramasse les plus agit&#233;s, et le brave prolo que tu es rentre chez lui &#233;c&#339;ur&#233;, d&#233;sabus&#233; et pr&#234;t, pour peu que sa femme crie et que les m&#244;mes pleurent, &#224; aller s'aplatir devant le singe.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Eh oui, le sabotage manque de franchise ! Eh oui, il est normal que l'ouvrier loyal que tu es ressente quelque r&#233;pugnance de cette lutte en catimini, dans l'ombre et l'anonymat, alors qu'on sait avoir raison et que l'on r&#234;ve de vaincre par la seule force de son droit dans la pleine lumi&#232;re du jour. Mais est-ce que nous avons le choix des moyens, nous autres ! Est-ce que tu ne sens pas que le patron aura toujours le dessus avec son argent, sa police, avec ses soldats, si tu ne le frappes pas au c&#339;ur avec les armes dont tu disposes !&lt;br class='manualbr' /&gt;- Sans doute, sans doute...&lt;br class='manualbr' /&gt;- Comment peux-tu esp&#233;rer triompher du patron avec les formidables armes dont il sait s'entourer ! Tu te mets en gr&#232;ve : le patron embauche des jaunes qui seront prot&#233;g&#233;s contre les insultes et les coups.&lt;br class='manualbr' /&gt;Si les jaunes font d&#233;faut, le patron aura des soldats qui assureront le travail &#224; ta place. Ou bien encore ton patron demandera aide et protection &#224; ses confr&#232;res. Un lock-out se formera. Toutes les usines ou tous les chantiers de ta corporation seront ferm&#233;s par la volont&#233; du patron, en attendant que toi et tes coll&#232;gues soyez redevenus raisonnables.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Tout cela est vrai, mais je n'admets pas ton sabotage.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'ailleurs, le sabotage, neuf fois sur dix, frappe le public plus que le patron.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Ce sont les journalistes qui racontent ces sottises. Toutefois, il arrive que le public est atteint. Quand les boulangers font gr&#232;ve, par exemple, et qu'avant de quitter le p&#233;trin, ils rendent les fours inutilisables, le public est atteint puisqu'il lui faudra manger du mauvais pain fabriqu&#233; dans des fours de caserne.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais que faire &#224; cela ? Vaut-il mieux que les ouvriers boulangers capitulent avant d'avoir lutt&#233; ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Le public, le public ouvrier, celui qui souffre de l'organisation actuelle, celui qui est capable de comprendre la l&#233;gitimit&#233; des revendications corporatives, ce public-l&#224; n'a qu'&#224; prendre parti pour le mitron, il n'a qu'&#224; menacer son boulanger de boycottage s'il ne c&#232;de pas. Il n'a qu'&#224; manifester d'une mani&#232;re positive sa sympathie pour le prol&#233;tariat en r&#233;volte. C'est son devoir, &#224; ce public, et c'est aussi son int&#233;r&#234;t. &lt;br class='manualbr' /&gt;- Oui, oui, tout cela est tr&#232;s beau, mais le public ne bouge pas et s'il manifeste son opinion, c'est pour se prononcer contre nous.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Parce que la presse le trompe. Parce que nous n'avons pas encore fait son &#233;ducation sur ce point.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Le fait est que si la population nous soutenait...&lt;br class='manualbr' /&gt;- Il n'y a qu'&#224; le vouloir. Assur&#233;ment, il faut que le sabotage soit pratiqu&#233; intelligemment. Je sais qu'il existe de jeunes compagnons qui pratiquent le sabotage &#224; tort et &#224; travers, comme une revanche de la mis&#232;re sur le luxe bourgeois. Je sais qu'il se produit des actes de sabotage ridicules et inutiles : nuisibles, puisque personne ne les comprend et qu'ils apparaissent plus comme des actes de vandalisme brutal que comme une tactique de lutte r&#233;fl&#233;chie.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Je suis content, fiston, de t'entendre dire &#231;a.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Oui, vieux p&#232;re, le sabotage doit &#234;tre raisonn&#233;. Appliqu&#233; aveugl&#233;ment, sans raison, pour le plaisir, il est n&#233;faste et condamnable. Appliqu&#233; &#224; bon escient, dans un cas de mauvaise volont&#233; &#233;vidente du patron, comme un moyen d'intimidation ou de pression, le sabotage est l&#233;gitime et de premi&#232;re importance. Il est une des formes de l'action directe de l'exploit&#233; sur l'exploiteur. Il est, en p&#233;riode ordinaire, notre seul instrument s&#233;rieux de d&#233;fense. Le tout est de savoir s'en servir... H&#233;las ! Vieux p&#232;re, voil&#224; que tu sabotes le temps de ton patron. Tu ne vois pas que l'heure de reprendre le boulot est pass&#233;e !...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Aucun des deux interlocuteurs ne m'a demand&#233; mon avis, mais, en les quittant, je savais bien lequel des deux avait raison.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bob&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8212;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Leurs opinions et les n&#244;tres&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE SABOTAGE ET LES HOMMES D'ORDRE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(16 juin 1909)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le citoyen Prosper Ferrero est, si nous ne nous trompons pas, d&#233;put&#233; socialiste du Var. Dans &lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt;, organe r&#233;publicain socialiste quotidien, il fl&#233;trit avec &#233;loquence le sabotage des lignes :&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;Dans&lt;/i&gt; la Guerre Sociale&lt;i&gt;, Herv&#233; se f&#233;licite de ce que les saboteurs ont coup&#233; des lignes t&#233;l&#233;graphiques le long des voies ferr&#233;es. On imagine les catastrophes de chemin de fer que de pareilles pratiques peuvent amener. Herv&#233; s'en pr&#233;occupe fort peu.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Herv&#233; s'en pr&#233;occupe au contraire beaucoup.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'Organisation r&#233;volutionnaire secr&#232;te&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon Gilles Heur&#233; [Biographiste d'Herv&#233;], 3000 faits de sabotage ont &#233;t&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui a organis&#233; le sabotage, de l'aveu des journaux de la bourgeoisie, a m&#234;me bien recommand&#233; de ne pas toucher aux lignes t&#233;l&#233;graphiques et t&#233;l&#233;phoniques qui prot&#232;gent la s&#233;curit&#233; des trains.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les saboteurs doivent d'ailleurs tous savoir que, le long des voies ferr&#233;es, les deux ou trois lignes du bas seules appartiennent aux compagnies de chemin de fer et que toutes les autres, plac&#233;es au-dessus, appartiennent aux lignes de l'&#201;tat : et la meilleure preuve, c'est qu'il n'y a eu aucun accident de chemin de fer.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;Pour lui, cet acte est le commencement du chambardement anarchique qu'il r&#234;ve.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Nullement.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce sont simplement des repr&#233;sailles pour venger les 650 r&#233;voqu&#233;s des Postes... et une gymnastique r&#233;volutionnaire pour d&#233;traquer le syst&#232;me nerveux de la soci&#233;t&#233; bourgeoisie, le jour o&#249; il sera utile &#224; la cause r&#233;volutionnaire de le d&#233;traquer compl&#232;tement.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt; Si la propagande socialiste n'avait pas d'autre moyen d'action que le sabotage des fils t&#233;l&#233;graphiques, il est probable que le r&#233;sultat atteint serait diam&#233;tralement oppos&#233; &#224; celui qu'on cherche.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Le sabotage n'est pas un moyen de propagande socialiste ; c'est un acte de vengeance, un acte de guerre sociale.&lt;br class='manualbr' /&gt;On peut &#234;tre un saboteur accompli, et en m&#234;me temps un bon propagandiste, par la plume et la parole, de l'id&#233;al socialiste.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'un n'emp&#234;che pas l'autre.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;Pour quiconque r&#233;fl&#233;chit, il est des sabotages odieux. Ceux qui risquent de compromettre les vies humaines le sont particuli&#232;rement. Certaines m&#233;thodes de lutte sociale sont antipathiques au grand public. Les bombes tuant stupidement &#224; droite et &#224; gauche, coupables et innocents, amis et ennemis, ont excit&#233; une r&#233;probation g&#233;n&#233;rale, les anarchistes fran&#231;ais y ont renonc&#233;, se contentant de r&#233;pandre journaux et brochures, ce qui est infiniment moins dangereux. Ils pr&#233;conisent encore le sabotage qui, parfois, peut avoir des cons&#233;quences redoutables pour un tas de pauvres diables n'ayant rien &#224; voir dans la bataille engag&#233;e par les r&#233;volutionnaires contre la soci&#233;t&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Le sabotage des lignes t&#233;l&#233;graphiques et t&#233;l&#233;phoniques de l'&#201;tat ne risque de compromettre aucune vie humaine.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ferrero, tr&#232;s j&#233;suitiquement, feint de croire que les r&#233;volutionnaires tiennent plus que lui &#224; faire d&#233;railler les trains !&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;Nous ignorons quels sont les individus qui coupent les lignes t&#233;l&#233;graphiques, mais nous voyons bien que leur geste rend au gouvernement le plus signal&#233; service.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Comme r&#233;compense de ce signal&#233; service, le gouvernement fait perquisitionner ceux qu'il soup&#231;onne de sabotage, en attendant qu'il les fasse emprisonner.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;Il serait singuli&#232;rement imprudent de dire que Clemenceau a invit&#233; des &#233;quipes d'ouvriers des lignes &#224; mettre bas les fils.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce ne serait pas de l'imprudence, ce serait de la niaiserie, digne de notre m&#232;re l'oie &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; ou du citoyen Pauron.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;On se demande pourtant quel but peuvent poursuivre ceux qui op&#232;rent sur toute la surface du territoire, au sommet des poteaux, cisailles en main.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous ne sommes pas dans le secret des dieux... ni des saboteurs... Mais il est visible que leur but est de venger les 650 r&#233;voqu&#233;s des postes, de troubler dans ses affaires et dans ses plaisirs la classe riche et ais&#233;e qui, seule, se sert beaucoup du t&#233;l&#233;graphe et du t&#233;l&#233;phone... classe qui a applaudi aux ex&#233;cutions des postiers. Peut-&#234;tre aussi leur but est-il de se faire la main, de s'entra&#238;ner pour le jour o&#249; le sabotage des fils serait une n&#233;cessit&#233; r&#233;volutionnaire, par exemple, comme dit, para&#238;t-il, l'instruction sur le sabotage, en cas de menace de guerre.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;La gr&#232;ve des PTT est termin&#233;e, impossible de la galvaniser. La gr&#232;ve g&#233;&#173;n&#233;rale n'a pu s'organiser. Il semble que les travailleurs devraient s'organiser pour les luttes futures, et que les engagements d'arri&#232;re-garde devraient cesser sous peine de donner plus de force &#224; l'ennemi.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Ces engagements d'arri&#232;re-garde n'emp&#234;chent nullement la masse des travailleurs de s'organiser pour les luttes futures : ceux qui livrent ces engagements d'arri&#232;re-garde en ce moment seront probablement ceux qui seront comme toujours &#224; l'avant-garde le jour des batailles prochaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La peur du sabotage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plumitif qui a r&#233;dig&#233; dans un quotidien de l'Ouest, &lt;i&gt;La Charente&lt;/i&gt; &#8212; journal qu'un de nos lecteurs nous envoie &#8212;, un v&#233;h&#233;ment article de t&#234;te portant pour titre virulent : &#171; Actes abominables &#187;, exag&#232;re quelque peu : &#171; &lt;i&gt;Fanfaronnades &#224; part, nous sommes donc entr&#233;s dans une nouvelle phase de l'action r&#233;volutionnaire. Battus sur le terrain de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, o&#249; l'immense majorit&#233; de la classe ouvri&#232;re a refus&#233; de les suivre, les anarchistes ont entrepris la destruction r&#233;guli&#232;re et m&#233;thodique des lignes et des commandes de signaux s&#233;maphoriques sur les voies ferr&#233;es.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais non ! mais non ! il ne s'agit que des fils t&#233;l&#233;graphiques et t&#233;l&#233;phoniques appartenant &#224; l'Etat, et de ceux-l&#224; seuls !&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt; Sous pr&#233;texte de &#034;sabotage&#034;, ils se livrent &#224; de v&#233;ritables attentats, dont la cons&#233;quence pourrait &#234;tre la mort de milliers de personnes innocentes et totalement &#233;trang&#232;res aux d&#233;bats &#233;conomiques ou politiques en raison desquels ces messieurs de la CGT croient urgent de faire d&#233;railler les trains.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est toi qui d&#233;raille ! La CGT n'est absolument pour rien dans le sabotage des fils t&#233;l&#233;graphiques !&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;Nous reconnaissons que la r&#233;paration de ces tentatives criminelles est difficile.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Je te crois.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt; D'abord, parce que les auteurs proc&#232;dent avec une extr&#234;me prudence et se dissimulent dans l'ombre, avec un soin infini. Ces gens, qui font si peu de cas de la vie des autres, ont un profond respect pour leurs pr&#233;cieuses personnes et s'arrangent toujours de fa&#231;on &#224; courir le minimum de risques.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;S'ils s'y prenaient autrement, ce seraient des imb&#233;ciles.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;D'une part, il serait presque impossible de les pincer sur le fait parce qu'on ne peut organiser une surveillance g&#233;n&#233;rale et permanente des lignes t&#233;l&#233;graphiques et des voies ferr&#233;es.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est &#233;videmment plus facile de sabrer de paisibles manifestants d&#233;sarm&#233;s dans une plaine, comme &#224; Villeneuve-Saint-Georges.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;Un journal parisien a propos&#233; un moyen de venir &#224; bout des fous furieux qui se croient &#224; peu pr&#232;s s&#251;rs de l'impunit&#233;, ce serait de promettre des primes &#233;lev&#233;es &#224; ceux qui les feront prendre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est pas tr&#232;s noble, ce n'est pas tr&#232;s chevaleresque, ce n'est pas tr&#232;s fran&#231;ais, observe notre confr&#232;re, mais vous voulez rire ? Est-ce que ces bandits se soucient de noblesse quand ils ruinent l'outillage qui sert &#224; faire vivre tout le monde ? Est- ce qu'ils sont chevaleresques et fran&#231;ais quand ils essaient d'&#233;craser sous les d&#233;bris d'un train des centaines de pauvres diables, de femmes et d'enfants ? Il n'y a aucun scrupule &#224; avoir avec de l&#226;ches assassins comme ces gens-l&#224;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;D&#233;cid&#233;ment, cet imb&#233;cile exag&#232;re !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le sabotage n'est pas &#171; fran&#231;ais &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Progr&#232;s de la C&#244;te-d'Or&lt;/i&gt;, qu'un de nos amis nous communique, ne manque pas lui non plus de fins aper&#231;us sur la question- :&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;Un service comme celui des communications &#233;lectriques remplit dans la vie &#233;conomique du pays un r&#244;le trop primordial pour que le gouvernement puisse laisser jouir d'une plus longue impunit&#233; les sinistres personnages qui ont jur&#233; d'en emp&#234;cher le fonctionnement.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est aussi notre avis ! Mais encore faut-il les attraper !&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;Que si, parfois, il est dans nos habitudes, en France, de nous gausser des agents ou des auxiliaires de la justice, quand ils rentrent bredouilles de leurs exp&#233;ditions, c'est un penchant auquel le grand public ne c&#233;dera certainement pas dans le cas qui nous occupe.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#199;a d&#233;pend de quel public ; le public bourgeois, qui se sert journellement du t&#233;l&#233;phone, trouve en effet la plaisanterie de fort mauvais go&#251;t.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;Il y c&#233;dera d'autant moins que les chefs et les professeurs du sabotage en question n'ont pas m&#234;me cette sorte de courage, en soi peu recommandable d'ailleurs, par o&#249; certains malfaiteurs trouvent le moyen de faire impression sur la foule.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;La prochaine fois, ils op&#233;reront en plein jour, apr&#232;s avoir pr&#233;venu 48 heures &#224; l'avance le commissaire de police le plus voisin.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &lt;i&gt;Le sabotage lui-m&#234;me, qui consiste &#224; s'en prendre &#224; des choses sans d&#233;fense, appara&#238;t d&#233;j&#224; comme le plus l&#226;che, et &#224; coup s&#251;r le moins fran&#231;ais, des proc&#233;d&#233;s qui puissent &#234;tre mis au service d'une cause.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Ah ! tu nous froisses dans notre patriotisme ! S&#251;rement, quand ils sauront que le sabotage n'est pas un proc&#233;d&#233; fran&#231;ais, nos saboteurs ne manqueront pas d'y renoncer !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le jeu de la r&#233;action&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le &lt;i&gt;R&#233;veil du Nord&lt;/i&gt;, journal des socialistes jaunes et des radicaux tricolores du Nord, M. Desmons, ancien m&#233;decin militaire, officier de la l&#233;gion d'honneur, n'est pas content des saboteurs et il ne nous l'envoie pas dire :&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;Quant &#224; nous, nous ne cesserons de nous &#233;lever avec tout ce que nous avons de vigueur contre ces actes de barbares indignes de la classe ouvri&#232;re, d'une &#034;classe ouvri&#232;re sortie des langes du premier &#226;ge&#034; comme l'&#233;crit le camarade Marius Andr&#233;. Nous stigmatiserons ces &#233;nergum&#232;nes qui font trop bien le jeu de la r&#233;action en pr&#233;conisant ouvertement la violence, le sabotage, l'insurrection, au sein d'un parti dont c'&#233;tait l'honneur et la force, d'avoir inscrit &#224; la base de sa constitution qu'il poursuivait, par le bulletin de vote, la conqu&#234;te des pouvoirs publics.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Ces bourgeois repus sont tous les m&#234;mes. Maintenant qu'ils sont install&#233;s confortablement autour de l'assiette au beurre, ils n'aiment pas les &#233;nergum&#232;nes, ils sont pour la l&#233;galit&#233;. On comprend la r&#233;pugnance de M. Desmons pour la r&#233;volution.&lt;br class='manualbr' /&gt;Signe particulier : ce M. Desmons, qui parle avec tant d'amour du Parti socialiste, refuse d'en &#234;tre. C'est un des suiveurs de l'ancien &#233;nergum&#232;ne Briand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Propos d'un unifi&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le journal socialiste que dirige le citoyen Ringuier, &#224; Saint-Quentin, on s'&#233;l&#232;ve avec force contre le sabotage qui, &#224; Chauny, non loin de l&#224;, a abouti &#224; couper 27 des 33 importants fils qui reliaient Paris &#224; la r&#233;gion du Nord :&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;Ces actes de sabotage sont compl&#232;tement idiots. Si ceux qui se livrent &#224; ce jeu dangereux se figurent qu'ils sont intelligents, ils se trompent. C'est de la malfaisance b&#234;te. On a interrompu pendant une demi-journ&#233;e toutes les correspondances t&#233;l&#233;phoniques et t&#233;l&#233;graphiques et port&#233; pr&#233;judice au commerce et au grand public. A qui cela profite-t-il- ? A personne. Et puis le sabotage est malhonn&#234;te et ne peut &#234;tre le fait d'hommes conscients.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Signe particulier : le socialiste conservateur qui a accouch&#233; de ce r&#233;quisitoire est un socialiste unifi&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est vrai que notre m&#232;re l'oie, &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt;, lui avait d&#279;j&#224; donn&#233; le la.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Nous le connaissons pas&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Presque tous les journaux ont publi&#233; une note &#224; peu pr&#232;s ainsi con&#231;ue au sujet de Roussel, l'un des camarades anarchistes arr&#234;t&#233;s sous l'inculpation de d&#233;tention de dynamite : &#171; On affirme, &#224; la CGT, qu'il ne fait plus partie de cette organisation depuis plus d'un an. &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;D'autre part, l'Union des syndicats si&#233;geant &#224; la Bourse du travail, d&#233;clare que Roussel a &#233;t&#233; ray&#233; de la liste de ses membres, depuis au moins une ann&#233;e.&lt;br class='manualbr' /&gt;Possible ! Que Roussel, qui &#233;tait l'un des signataires du manifeste de la CGT &#171; Gouvernement d'assassins &#187;, dont douze seulement furent r&#233;cemment poursuivis, n'ait plus rien de commun avec la CGT.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout de m&#234;me cette unanimit&#233; et cet empressement &#224; le renier, au moment o&#249; il est coffr&#233;, d&#233;notent, dans certains milieux syndicalistes, une prudence et une diplomatie qui commencent &#224; devenir inqui&#233;tantes.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'organisation de combat reprend la parole&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Communication non officielle &lt;br class='autobr' /&gt;
transmise par fil non coup&#233;s.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons re&#231;u cette nuit le document suivant :&lt;br class='manualbr' /&gt;L'organisation de combat qui s'est occup&#233; d'organiser le sabotage &#224; l'occasion de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale tient &#224; rappeler au public une fois pour toutes :&lt;br class='manualbr' /&gt;1&#176;) Que les cheminots n'ont rien &#224; voir dans cette affaire ; que le sabotage s'accomplit &#224; leur insu et qu'il est enti&#232;rement inutile que certains orateurs se d&#233;solidarisent publiquement d'avec les saboteurs, lesquels sont des militants r&#233;volutionnaires, soucieux de prendre part &#224; la besogne n&#233;cessaire ;&lt;br class='manualbr' /&gt;2&#176;) que le sabotage qui se pratique dans l'int&#233;r&#234;t des cheminots et des autres corporations en gr&#232;ve continuera &#224; s'exercer, m&#234;me lorsque la gr&#232;ve sera termin&#233;e, en repr&#233;sailles contre un gouvernement de jaunes et de tra&#238;tres ;&lt;br class='manualbr' /&gt;3&#176;) que toutes les mesures prises &#8212; perquisitions, arrestations, emprisonnements, poursuites &#8212; contre les saboteurs sont enti&#232;rement inutiles et que rien ne pourra emp&#234;cher le sabotage de se poursuivre m&#233;thodiquement tant que les salari&#233;s en r&#233;volte n'auront pas obtenu compl&#232;te satisfaction.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'ORGANISATION&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PS : nous croyons que les auteurs de ce communiqu&#233;, membres de l'organisation de combat, nous l'ont transmis pour r&#233;pondre aux notes aussi tendancieuses qu'idiotes parues &#231;a et l&#224; dans les journaux vendus &#224; Aristide-la-crapule.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8212;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;PREMIER AVERTISSEMENT... AVEC FRAIS&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce texte fut &#233;crit le lendemain de la manifestation qui suivit l'ex&#233;cution, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(13 octobre 1909)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions averti charitablement qui de droit que nous &#233;tions quelques-uns d&#233;cid&#233;s &#224; ne pas nous laisser assommer par les cosaques de la R&#233;publique. Nous avons tenu parole.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce ne sont pas des malandrins, des apaches qui ont r&#233;sist&#233;, revolver au poing, aux brutes de la garde r&#233;publicaine et des brigades centrales.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est nous, les r&#233;volutionnaires.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous en avons assez de nous laisser cravacher, assommer &#224; coups de casse-t&#234;te, sabrer, par les apaches de l'Ordre chaque fois que nous nous livrons &#224; une manifestation pacifique.&lt;br class='manualbr' /&gt;Sous la R&#233;publique m&#234;me bourgeoise, nous avons le droit de manifester dans la rue, tout comme les citoyens de la monarchie belge ou de la monarchie anglaise.&lt;br class='manualbr' /&gt;Et si on nous conteste ce droit, nous le prendrons.&lt;br class='manualbr' /&gt;Et nous avons la pr&#233;tention d'exercer ce droit sans &#234;tre trait&#233;s comme des moujiks russes.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le gouvernement avait le droit &#8212; et le devoir si l'on veut &#8212; d'entourer l'ambassade d'Espagne et nous emp&#234;cher de la saccager.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour cela, il n'avait qu'&#224; accumuler d'importantes forces de police autour de l'h&#244;tel du repr&#233;sentant de l'assassin d'Espagne.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous n'avions pas du tout l'id&#233;e folle de forcer les barrages, ni de mettre en d&#233;route des forces d'infanterie et de cavalerie, arm&#233;es de fusils et de carabines Lebel.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous venions, boulevard de Courcelles, conspuer les rois d'Espagne et son ambassadeur.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il n'y avait qu'&#224; nous laisser crier notre col&#232;re &#224; cent m&#232;tres de l'ambassade ; puis, nous serions all&#233;s continuer notre manifestation sur les grands boulevards.&lt;br class='manualbr' /&gt;M. L&#233;pine et ses apaches en avaient d&#233;cid&#233; autrement, para&#238;t-il.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le premier groupe, celui que conduisaient Laisant et Charles Albert&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Anarchistes animant la d&#233;fense en France de Ferrer.&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, a &#233;t&#233; charg&#233; et assomm&#233; sans aucune violence, ni sans avoir ripost&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le second groupe, celui que conduisait la r&#233;daction de &lt;i&gt;La Guerre Sociale&lt;/i&gt;, a &#233;t&#233; charg&#233; au trot, sans sommations, sans invitation &#224; nous arr&#234;ter ; ils ont lanc&#233; leurs chevaux sur nous ; ils nous ont pi&#233;tin&#233;s ; alors, alors seulement, pour se d&#233;fendre, nos amis ont sorti &#171; leur bulletin de vote &#187;, et, comme les gardes municipaux d&#233;gainaient et essayaient de les frapper &#224; grands coups de sabre, ils les ont arr&#234;t&#233;s nets par quelques coups de revolver.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les autres groupes qui ont tir&#233;, n'ont tir&#233; que lorsqu'ils ont &#233;t&#233; charg&#233;s, assomm&#233;s, sabr&#233;s.&lt;br class='manualbr' /&gt;Quelques policiers ont &#171; &lt;i&gt;trinqu&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il y a assez longtemps que nous &#171; trinquons &#187;, nous !&lt;br class='manualbr' /&gt;Chacun son tour.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous sommes d&#233;cid&#233;s &#224; continuer, si la police continue.&lt;br class='manualbr' /&gt;S'il faut se battre, pour conqu&#233;rir le droit &#233;l&#233;mentaire de manifester notre opinion dans la rue, on se battra.&lt;br class='manualbr' /&gt;Si Briand-la-Jaunisse ne veut pas que le sang coule une autre fois, qu'il mette une museli&#232;re &#224; ses cosaques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gustave Herv&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8212;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;POUR DES SALAUDS&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(3 novembre 1909)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quinze jours, &lt;i&gt;L'Anarchie&lt;/i&gt; publiait un article &#8212; tr&#232;s courageusement sign&#233; Karakol &#8212; o&#249;, entre autres cochonneries, il &#233;tait dit que la manifestation pacifique du dimanche 17 octobre avait &#233;t&#233; organis&#233;e de concert entre &#171; &lt;i&gt;Jaur&#232;s, Herv&#233; et L&#233;pine&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Apr&#232;s l'&#233;meute du 10 octobre, Herv&#233; renon&#231;a &#224; faire monter les ench&#232;res et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous avons laiss&#233; passer cette salet&#233;. &lt;i&gt;L'Anarchie&lt;/i&gt; a sans doute jug&#233; que ce n'&#233;tait pas suffisant. Dans son dernier num&#233;ro, un autre pur &#8212; qui, non moins courageux que le premier, signe Lux &#8212; d&#233;verse un nouveau flot de bave.&lt;br class='manualbr' /&gt;Voici un &#233;chantillon de cette ordure :&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;C'est fait. Malgr&#233; les meetings bruyants, les ordres du jour comminatoires, les manifestations burlesques en automobiles, les menaces, les pri&#232;res, les suppliques ; malgr&#233; tout cela, ou plut&#244;t &#224; cause de cela, Ferrer a &#233;t&#233; fusill&#233;. (...)&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous n 'avons rien dit pendant que nos guignols r&#233;volutionnaires agitaient leurs grelots pour effrayer les fusilleurs espagnols. Nous &#233;tions sans illusions, sachant tr&#232;s bien que le bluff des manifestations cocasses, dissimulant une faiblesse r&#233;elle, n'emp&#234;cherait rien. (...)&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Les rodomontades ridicules de ces pitres et de ces fausses-couches sociales n'avaient aucune chance d'aboutir au r&#233;sultat qu'elles pr&#233;tendaient viser. C'&#233;tait du bluff, du tam-tam pour la galerie, comme tout ce que font ces messieurs.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;(...)&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous admettons parfaitement que des militants anarchistes aient refus&#233; de prendre part &#224; une manifestation dont ils d&#233;sapprouvaient le caract&#232;re. Nous comprenons que des anarchistes critiquent et bl&#226;ment &lt;i&gt;La Guerre Sociale&lt;/i&gt; pour la part qu'elle a prise &#224; la d&#233;monstration du 17. Nos amis de &lt;i&gt;Germinal&lt;/i&gt;, d'Amiens, l'ont fait en termes nets mais amicaux, et nous leur avons r&#233;pondu ici avec une &#233;gale cordialit&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais ce que nous n'admettons pas, c'est d'&#234;tre diffam&#233;s, calomni&#233;s, par des gens qui se frottent journellement &#224; nous, et, de ce fait, savent pertinemment qu'ils mentent lorsqu'ils &#233;crivent ou laissent imprimer les salet&#233;s d'un Lux ou d'un Karakol !&lt;br class='manualbr' /&gt;Il faut d'ailleurs &#224;&lt;i&gt; L'Anarchie&lt;/i&gt; une certaine effronterie pour nous traiter de &#171; &lt;i&gt;fausses-couches sociales&lt;/i&gt; &#187; et de &#171; &lt;i&gt; non-agisseurs&lt;/i&gt; &#187;. _ Quand, dans sa propre maison, et jusque dans sa &#171; ligne directrice &#187;, on a des moineaux comme&lt;i&gt; l'Anarchi&lt;/i&gt;e en poss&#232;de, on &#233;vite de parler d'&#171; agisseurs &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est peut-&#234;tre un &#171; agisseur &#187; ce cr&#233;tin vantard qui a nom Mauricius et qui, de l'avis de quiconque l'approche, est la poltronnerie et la l&#226;chet&#233; personnifi&#233;es ? &#171; Agisseur &#187;, Le vieux [sic] cette poche &#224; fiel, ce diffamateur chronique qui, &#233;loign&#233; de tout groupement, en marge de toute action, loin de Paris, myst&#233;rieux et inconnu, tance, censure, critique, outrage (par la plume) avec une m&#233;chancet&#233; de bouledogue et une mauvaise foi de j&#233;suite, tout ce qui n'a pas l'heur de lui plaire ? &#171; Agisseur &#187; Armand, ce th&#233;oricien (pas sans valeur, d'ailleurs) qui a le go&#251;t de la bataille &#8212; je parle de la bataille o&#249; l'on risque sa libert&#233; ou sa peau &#8212; &#224; peu pr&#232;s comme le chat a le go&#251;t de l'eau bouillante ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Des &#171; agisseurs &#187;, &#231;a ? Ah !... Ah !...&lt;br class='manualbr' /&gt;Tous ces gens, qu'on ne voit jamais, lorsqu'il y a un risque &#224; courir, passent le plus clair de leur temps, soit &#224; philosopher, &#224; discutailler sur des sujets mille fois rebattus, soit &#224; d&#233;nigrer tout ce qui ne porte pas leur firme.&lt;br class='manualbr' /&gt;Que ces &#171; agisseurs &#187; m&#232;nent leur propagande &#224; leur guise : nous n'y voyons d'inconv&#233;nient que pour l'anarchisme dont ils ont r&#233;ussi &#224; d&#233;tacher bien des sinc&#233;rit&#233;s et bien des &#233;nergies. Mais qu'ils nous foutent la paix : il y a des salet&#233;s que les &#171; fausses-couches &#187; que nous sommes ne supporteront pas !&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Miguel Almereyda&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ces lignes ne s'appliquent pas &#224; quelques bons camarades qui fr&#233;quentent &#224; L'Anarchie comme Cachat et Dulac, lesquels m'ont pr&#233;sent&#233; personnellement, et en toute camaraderie, leurs critiques. Ma protestation est dirig&#233;e contre les deux salauds qui signent Lux et Karakol et contre les responsables moraux de L'Anarchie. Je tiens &#233;galement &#224; d&#233;clarer qu'il fut un temps o&#249; les militants de L'Anarchie, s'ils usaient dans leur propagande de moyens que je juge f&#226;cheux, savaient &#224; l'occasion payer de leur personne.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8212;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'EXEMPLE DE L'APACHE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(12 janvier 1910)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais encore scandaliser les honn&#234;tes gens et les imb&#233;ciles. Savez-vous que cet apache qui vient de tuer l'agent Deray ne manque pas d'une certaine beaut&#233;, d'une certaine grandeur.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est un apache, c'est entendu ; c'est-&#224;-dire un malheureux qui, &#224; dix-neuf ans, a filout&#233;, peut-&#234;tre un jour de ch&#244;mage ; la prison a commenc&#233; &#224; le pourrir, le Bat d'Af&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bataillon d'Infanterie L&#233;g&#232;re d'Afrique, o&#249; &#233;taient affect&#233;s les &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; l'a achev&#233;. Sorti de l&#224;, rentr&#233; &#224; Paris, il a v&#233;cu en marge du Code, tra&#238;nant son casier judiciaire comme un boulet.&lt;br class='manualbr' /&gt;Un beau jour, des bourriques des &#171; m&#339;urs &#187; l'ont arr&#234;t&#233;, sous l'inculpation de vagabondage sp&#233;cial et l'ont fait condamn&#233; &#224; trois mois de prison et &#224; cinq ans d'interdiction de s&#233;jour.&lt;br class='manualbr' /&gt;Or, l'apache &#233;tait tout ce qu'on voudra, except&#233; un souteneur.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les &#171; m&#339;urs &#187; se sont-ils tromp&#233;s ? C'est possible.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ont-ils menti, fait un faux t&#233;moignage, pour se venger de la femme avec laquelle ils ont trouv&#233; notre homme ?&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est probable : la plupart des bourriques des m&#339;urs cumulent cette honorable profession avec celle de souteneur et ne reculent pas devant un faux t&#233;moignage pour se d&#233;barrasser d'un rival. L'apache fit sa prison.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il en sortit &#224; la mi-d&#233;cembre.&lt;br class='manualbr' /&gt;Une fois libre, il n'eut plus qu'une id&#233;e : la vengeance.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il n'avait pas d'arme ; pour pouvoir en acheter, il travailla, nuit et jour, de son m&#233;tier de cordonnier, avec acharnement, &#233;conomisant pi&#232;ce &#224; pi&#232;ce son salaire : ce fut son r&#233;veillon &#224; lui.&lt;br class='manualbr' /&gt;Quand il eut cent francs, il alla acheter un bon revolver, se fabriqua une &#233;trange cuirasse. Avec du cuir h&#233;riss&#233; de pointes de fer, il affila deux de ses tranchets et, ainsi arm&#233; de pied en cap, envelopp&#233; dans un manteau, il se mit &#224; la recherche des deux policiers qui l'avaient fait condamner.&lt;br class='manualbr' /&gt;On sait le reste et la fa&#231;on magistrale dont il re&#231;ut les agents en bourgeois qui voulaient l'arr&#234;ter.&lt;br class='manualbr' /&gt;Je ne demande pas pour cet apache le prix Montyon.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais je trouve que dans notre si&#232;cle d'aveulis et d'avachis, il a donn&#233; une belle le&#231;on d'&#233;nergie, de pers&#233;v&#233;rance et de courage, &#224; la foule des honn&#234;tes gens ; &#224; nous-m&#234;mes, r&#233;volutionnaires, il a donn&#233; un bel exemple.&lt;br class='manualbr' /&gt;Tous les jours, il y a d'honn&#234;tes ouvriers qui sont victimes de brutalit&#233;s polici&#232;res, d'ignobles passages &#224; tabac, de condamnations imm&#233;rit&#233;es, d'erreurs judiciaires grossi&#232;res : avez-vous jamais entendu que l'un d'entre eux se soit veng&#233; !&lt;br class='manualbr' /&gt;Il y a parmi nous des militants qui ont &#233;t&#233; insult&#233;s, gifl&#233;s, assomm&#233;s dans les postes de police, par les cosaques de la R&#233;publique ; avez-vous entendu dire qu'un seul ait, avec la t&#233;m&#233;rit&#233; de cet apache, pass&#233; des jours et des nuits &#224; ruminer sa vengeance, &#224; rechercher ses insulteurs et ses assommeurs ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Tous les jours, les magistrats, avec une l&#233;g&#232;ret&#233;, une inconscience ou une f&#233;rocit&#233; sans nom, dans des jugements rendus le c&#339;ur l&#233;ger et par-dessous la jambe, prom&#232;nent la ruine, la douleur, le d&#233;shonneur dans les familles ; avez-vous jamais ou&#239; qu'une seule de leurs victimes se soit veng&#233;e ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Oh&#233; ! les honn&#234;tes gens ! Passez donc &#224; cet apache la moiti&#233; de votre vertu et demandez-lui en &#233;change le quart de son &#233;nergie et de son courage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G. Herv&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8212;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans le Parti socialiste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'ATTITUDE DES INSURRECTIONNELS&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(19 janvier 1910)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bien qu'antiparlementaires, les insurrectionnels pr&#233;sentent des candidats. Pourquoi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;formistes de la f&#233;d&#233;ration de la Seine nous ont reproch&#233; au congr&#232;s de dimanche dernier de faire, dans notre motion, une place &#224; l'action &#233;lectorale. Ils voudraient, ces bons ap&#244;tres, nous voir d'une puret&#233; impeccable, et cela les chiffonne que nous prenions parti dans la question.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Voyons, des antiparlementaires ! Que diable cela peut-il bien vous faire que le Parti pr&#233;sente ou ne pr&#233;sente pas de candidats ? qu'il se maintienne, se d&#233;siste ou se retire au deuxi&#232;me tour ?&lt;br class='manualbr' /&gt;En ce qui me concerne personnellement, j'avoue que cela ne m'emp&#234;che pas de dormir. Seulement, il n'y a pas que moi, il n'y a pas que les insurrectionnels ; il y a le Parti, il y a la masse. Et lorsqu'il s'agit d'amener la masse &#224; soi, il faut commencer par aller vers elle. On ne commande aux foules qu'en leur ob&#233;issant dans une certaine mesure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Certes, le parlementarisme est discutable ; mais il n'est pas mort encore. Dans quelques mois, la foule reprendra le chemin des pr&#233;aux d'&#233;cole ; elle se passionnera pour et contre les candidats. Pense-t-on pouvoir l'arr&#234;ter, la contraindre &#224; venir dans nos r&#233;unions o&#249; nous lui exposerons la n&#233;cessit&#233; absolue de la destruction syst&#233;matique par la subversion totale ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous serons entendus, certes, mais de combien ? Secte restreinte, nous resterons sans action sur l'ensemble du pays et notre intransigeance simpliste n'aboutirait qu'&#224; nous r&#233;duire &#224; l'impuissance.&lt;br class='manualbr' /&gt;Certes, notre foi en la gymnastique r&#233;volutionnaire n'a pas diminu&#233;, nous l'avons bien prouv&#233; au 13 octobre et nous le prouverons demain si l'occasion s'y pr&#234;te. Ne tenant ni &#224; &#234;tre &#233;lus ni &#224; faire &#233;lire, nous ne nous g&#234;nerons pas pour pr&#234;cher la n&#233;cessit&#233; de ladite gymnastique dans les r&#233;unions &#233;lectorales. Mais force nous est de parler &#224; la grande foule l&#224; o&#249; elle est ; notre incoh&#233;rence est celle de qui veut agir.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est pourquoi, bien qu'antiparlementaires, nous participons &#224; l'agitation &#233;lectorale.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais nous nous arr&#234;tons l&#224;, parce que nous savons quel revers est &#224; la m&#233;daille dont nous venons de montrer le beau c&#244;t&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Au revers, il y a les compromissions du candidat socialiste forc&#233;, pour &#234;tre &#233;lu, de ch&#226;tier le socialisme.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il y a l'&#233;lu lui-m&#234;me qui, tant que le scrutin d'arrondissement fonctionnera, sera toujours, en fait, &#224; peu pr&#232;s ind&#233;pendant du Parti et qui, apr&#232;s, continuera encore trop souvent &#224; mener le Parti.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il y a la d&#233;gringolade fatale des ministrables du socialisme r&#233;volutionnaire au r&#233;formisme, du r&#233;formisme au socialisme ind&#233;pendant, du socialisme ind&#233;pendant au radicalisme et &#224; l'opportunisme.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est pourquoi, forc&#233;s, pour trinquer avec la masse, de tremper nos l&#232;vres dans l'alcool frelat&#233; du parlementarisme, nous avons &#233;tendu fortement d'eau le poison, et r&#233;duit ainsi &#224; son minimum le danger de l'action &#233;lectorale.&lt;br class='manualbr' /&gt;Cette derni&#232;re a un avantage : la propagande qu'elle permet de faire. _ Nous intensifierons donc la propagande et demandons qu'il y ait des candidats socialistes partout.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'action &#233;lectorale pr&#233;sente un gros danger : le second tour avec toutes les corruptions, les maquignonnages qu'il permet. Nous coupons donc court &#224; toutes ces malpropret&#233;s en maintenant nos candidats, quelles que soient leurs chances.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais les r&#233;formistes alors s'&#233;garent.&lt;br class='manualbr' /&gt;Vaillant (pardonne-lui, ombre de Blanqui !) s'&#233;crie que nous allons emp&#234;cher nos candidats d'&#234;tre &#233;lus. &lt;br class='manualbr' /&gt;Cela, c'est le cadet de nos soucis.&lt;br class='manualbr' /&gt;Moins il y aura d'&#233;lus, plus le Parti sera propre, et plus il sera r&#233;volutionnaire.&lt;br class='manualbr' /&gt;Je n'irai pas jusqu'&#224; dire comme Jobert que les &#233;lus sont des fripouilles, mais c'est un peu parce que, en ma qualit&#233; d'intellectuelle, j'&#233;prouve toujours quelque h&#233;sitation d'appeler un chat un chat. Mais enfin, comme disait une vieille chanson anarchiste (ne soyez pas trop difficile &#224; la rime) :&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;Mettre une belle poire dans les g&#226;t&#233;es,&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est un sale truc pour la garder.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Un bon et actif militant au Parti vaut mieux qu'un socialiste assagi &#224; la Chambre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dr Madeleine Pelletier&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;**&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La motion des insurrectionnels&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici la motion sur laquelle se compteront, &#224; N&#238;mes, les insurrectionnels du Parti unifi&#233;, et que tous nos amis de la Seine et des f&#233;d&#233;rations des d&#233;partements auront &#224; c&#339;ur de d&#233;fendre dans leurs sections respectives :&lt;br class='manualbr' /&gt;Le Congr&#232;s :&lt;br class='manualbr' /&gt;Constatant l'inefficacit&#233; et l'inutilit&#233; de l'action parlementaire et la faillite compl&#232;te et irr&#233;m&#233;diable du parlementarisme.&lt;br class='manualbr' /&gt;Consid&#233;rant que la conqu&#234;te &#233;lectorale du pouvoir politique par le bulletin de vote est une chim&#232;re et une duperie dans notre r&#233;gime capitaliste o&#249; l'opinion de la majorit&#233; sera toujours faite fatalement par la presse &#224; gros tirage, tout enti&#232;re aux mains des riches, et que la conqu&#234;te de ce pouvoir ne peut avoir lieu que par les seuls moyens r&#233;volutionnaires (gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale insurrectionnelle, etc.).&lt;br class='manualbr' /&gt;Qu'en r&#233;publique bourgeoise et radicale, comme en monarchie, les parlements sont les instruments dociles des puissances d'argent qui font et d&#233;font les minist&#232;res et les majorit&#233;s et qui ach&#232;tent un &#224; un les chefs des partis parlementaires &#224; mesure que ces partis arrivent au pouvoir, comme le prouve l'exemple des r&#233;publicains opportunistes, des radicaux et des socialistes ind&#233;pendants.&lt;br class='manualbr' /&gt;Que les pr&#233;occupations &#233;lectorales des partis socialistes de tous les pays ont tu&#233; en eux tout sens r&#233;volutionnaire.&lt;br class='manualbr' /&gt;Que l'application de la repr&#233;sentation proportionnelle &#8212; qui n'est qu'une diversion plus ou moins habile pour reconqu&#233;rir leurs si&#232;ges aux candidats compromis par leurs lourdes fautes dans la pr&#233;c&#233;dente l&#233;gislature &#8212; ne changera rien &#224; l'impuissance parlementaire.&lt;br class='manualbr' /&gt;Consid&#233;rant que toutes les r&#233;formettes compatibles avec l'existence du r&#233;gime capitaliste &#8212; nationalisation des mines, des chemins de fer, imp&#244;t sur le revenu, retraites ouvri&#232;res &#8212; seront faites par les partis bourgeois eux-m&#234;mes, int&#233;ress&#233;s &#224; repl&#226;trer l'&#233;difice social, ainsi que le montre l'exemple de l'Angleterre et de l'Allemagne monarchiques, en possession d&#233;j&#224; de l'imp&#244;t sur le revenu et des retraites ouvri&#232;res.&lt;br class='manualbr' /&gt;Que les lois dites ouvri&#232;res, comme la r&#233;duction des heures de travail, d&#233;pendent, non de la bonne volont&#233; d'un parti politique parlementaire, quel qu'il soit, ni de la composition des Chambres, mais du degr&#233; de d&#233;veloppement &#233;conomique du pays et de l'action directe des organisations syndicales sans lesquels aucune loi ouvri&#232;re n'est appliqu&#233;e.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le Congr&#232;s d&#233;cide :&lt;br class='manualbr' /&gt;1&#176;) Que le Parti pr&#233;sente des candidats dans le but unique de profiter de l'effervescence des p&#233;riodes &#233;lectorales pour d&#233;velopper sans r&#233;ticences ni r&#233;serves, son programme nettement collectiviste ou communiste et une tactique nettement anti-parlementaire et insurrectionnelle.&lt;br class='manualbr' /&gt;2&#176;) Qu'&#233;galement ennemis de tous les partis bourgeois entre lesquels, apr&#232;s la conduite des radicaux sous le minist&#232;re Clemenceau, il lui est impossible de faire aucune distinction, le Parti maintient tous ses candidats au deuxi&#232;me tour sans les autoriser &#224; se d&#233;sister, ni pour un r&#233;actionnaire sous pr&#233;texte de repr&#233;sentation proportionnelle, ni pour un radical sous ce m&#234;me pr&#233;texte, ou sous pr&#233;texte de la&#239;cit&#233; et de d&#233;fense r&#233;publicaine.&lt;br class='manualbr' /&gt;3&#176;) Que d'ailleurs, pour &#233;viter toute accusation de marchandage &#233;lectoral, le Parti d&#233;clarera, d&#232;s avant le premier tour de scrutin, que tous ses candidats seront maintenus au deuxi&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8212;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avant le congr&#232;s de N&#238;mes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA CLASSE OUVRI&#200;RE
CONTRE LES RETRAITES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(2 f&#233;vrier 1910)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rejet de la loi loi sur les retraites ouvri&#232;res par le congr&#232;s f&#233;d&#233;ral de la Seine tenu dimanche dernier (81 voix &#224; la motion Flancette et 71 voix &#224; la motion M&#233;ric&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Victor M&#233;ric, un des fondateurs de la Guerre sociale.&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) va mettre les r&#233;formistes et surtout les &#233;lus parlementaires dans un bien cruel embarras.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ils esp&#233;raient retourner devant les &#233;lecteurs avec l'app&#226;t de cette mirifique r&#233;forme et voil&#224; que la classe ouvri&#232;re ne veut pas de cette r&#233;forme !&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est vexant !&lt;br class='manualbr' /&gt;Aussi faut-il voir les parlementaires et parlementaristes se d&#233;mener.&lt;br class='manualbr' /&gt;Tant&#244;t ils se font suppliants : &#171; Voyons, soyez gentils, dit Renaudel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jauressiste, administrateur &#224; l'Humanit&#233;.&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, votez la loi ; toutes les am&#233;liorations que vous y voudrez, on vous les fera... apr&#232;s les &#233;lections ! &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Voyons, dit Sembat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;put&#233; socialiste guesdiste.&#034; id=&#034;nh33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, voulez-vous que des ouvriers fassent partie du Conseil de gestion des capitaux ! Voulez-vous &#234;tre assur&#233;s que m&#234;me en cas de guerre d&#233;sastreuse vos capitaux seront respect&#233;s ? voulez-vous... ? voulez-vous... ? Mais, je vous en conjure, veuillez d'abord ce que nous voulons ! &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;La conciliation ne prenant pas, ils entrent alors en grande col&#232;re : &#171; Comment, pu&#233;rils que vous &#234;tes ! On vous &#233;labore une belle loi et vous la repoussez ! Vous voulez donc nous forcer &#224; nous d&#233;juger devant le pays ? Ah, non ! par exemple ! cela ne se passera pas comme &#231;a ou nous verrons &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;On ne verra rien du tout, et si le congr&#232;s de N&#238;mes d&#233;cide que les &#233;lus auront &#224; repousser le projet des retraites, je voudrais bien savoir comment ils feront pour le voter.&lt;br class='manualbr' /&gt;Je sais bien des d&#233;cisions de congr&#232;s qui sont rest&#233;es lettre morte. Mais, pour celle-ci, il faudrait d&#233;sob&#233;ir de suite, et &#224; la veille des &#233;lections. Ce serait trop scabreux, les &#233;lus n'oseront pas.&lt;br class='manualbr' /&gt;Et tout fait pr&#233;voir qu'on se prononcera dans le sens que nous indiquons. Au congr&#232;s de la Seine, des syndicalistes plut&#244;t mod&#233;r&#233;s comme Flancette, des guesdistes qui ne sont nullement antiparlementaires se sont &#233;lev&#233;s contre la loi. C'est qu'en m&#234;me temps que membres du parti ils sont aussi syndiqu&#233;s, et que, sous l'&#233;peron de la CGT, force leur est bien de marcher.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les &#233;lus socialistes auraient pu avoir un beau r&#244;le s'ils avaient eu le courage de rester vis-&#224;-vis du pouvoir dans une opposition constante, irr&#233;ductible, violente.&lt;br class='manualbr' /&gt;De la tribune de la Chambre, gr&#226;ce &#224; la grande presse, la voix porte loin, infiniment plus loin que celle qui se fait entendre dans des r&#233;unions publiques. Si nos d&#233;put&#233;s s'en &#233;taient servis pour d&#233;noncer &#224; tout instant les iniquit&#233;s sociales, pour faire le proc&#232;s de la bourgeoisie, pour &#233;voquer la guerre des classes et les violences prochaines, on leur e&#251;t pardonn&#233; bien des choses, peut-&#234;tre m&#234;me les quinze-mille&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans un article pr&#233;c&#233;dent, Herv&#233; s'&#233;tait &#233;lev&#233; contre l'augmentation de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais, pour se maintenir, pour pistonner parents et amis, pour ne pas dire un d&#233;finitif adieu aux fonctions minist&#233;rielles, ils se sont faits les repl&#226;treurs de la soci&#233;t&#233; qu'ils &#233;taient charg&#233;s de d&#233;molir.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ils ont estomp&#233; le programme du Parti, transform&#233; le collectivisme subversif en un vague d&#233;mocratisme... Escomptant l'inertie naturelle des masses, ils ont d&#233;conseill&#233; la violence et pr&#234;ch&#233; la paix sociale.&lt;br class='manualbr' /&gt;Tant pis pour eux s'ils n'ont plus la confiance du prol&#233;tariat !&lt;br class='manualbr' /&gt;Aujourd'hui, la classe ouvri&#232;re les place avec les Ribot&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ribot fut l'un des n&#233;gociateurs de l'alliance franco-russe, premier ministre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de l'autre c&#244;t&#233; de sa barricade...&lt;br class='manualbr' /&gt;La bourgeoisie prenant peur, veut, pour avoir la paix, jeter au prol&#233;tariat un os &#224; ronger, de fallacieuses r&#233;formettes : un repos hebdomadaire qu'on n'applique pas, une retraite de quelques sous par jour, &#224; un &#226;ge que la majorit&#233; des ouvriers ne peut pas atteindre.&lt;br class='manualbr' /&gt;Et les &#233;lus socialistes se sont faits les mandataires de cette bourgeoisie. Plus pr&#232;s de la classe ouvri&#232;re, ils entament avec elle, avant tout combat, la n&#233;gociation d'un trait&#233; ridicule.&lt;br class='manualbr' /&gt;Tant pis !&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce que la classe ouvri&#232;re repousse, il est vrai &#224; l'heure actuelle, ce n'est pas le principe des retraites, c'est seulement la capitalisation.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais nous n'en assistons pas moins &#224; une &#233;volution d&#233;cisive du syndicalisme.&lt;br class='manualbr' /&gt;Aux offres de la bourgeoisie radicalisante et du Parti socialiste, la classe ouvri&#232;re r&#233;pond par une fin de non-recevoir. Elle fait son premier pas dans la voie du refus des r&#233;formes.&lt;br class='manualbr' /&gt;Que nos &#233;lus se tirent de l&#224; comme ils pourront.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dr Madeleine Pelletier&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8212;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;COMMENT ON LES DRESSE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(9 mars 1910)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'Union des syndicats des transports avait organis&#233;, hier soir, salle Vazeille, &#224; Boulogne-sur-Seine, une grande r&#233;union. A la sortie, une cinquantaine d'exalt&#233;s voulant faire du bruit se trouv&#232;rent en pr&#233;sence des agents cyclistes qui, insult&#233;s et menac&#233;s, re&#231;urent du renfort. Une collision s'ensuivit.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les manifestants, repouss&#233;s jusqu'&#224; l'avenue des Moulineaux, tir&#232;rent sur les agents plusieurs coups de revolver sans les atteindre, puis se dispers&#232;rent dans toutes les directions. (&lt;/i&gt;Petit Parisien&lt;i&gt;, 3 mars).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voil&#224; comment la presse &#224; grand tirage raconte l'histoire ! Or, la voici, en toute sinc&#233;rit&#233;, apr&#232;s une enqu&#234;te s&#233;rieuse. Mercredi soir, 2 mars, 600 ouvriers sortent d'une conf&#233;rence &#224; Boulogne-Billancourt o&#249; l'Union des syndicats de la Seine les a convoqu&#233;s pour leur raconter un acte de sauvagerie inou&#239;e commis quelques jours auparavant par un chef d'&#233;quipe et des jaunes de la maison Dessoucher et Cie, qui a un entrep&#244;t de marchandises dans la localit&#233; : au moment o&#249; les deux d&#233;l&#233;gu&#233;s du syndicat des Transports haranguaient les gr&#233;vistes de cette maison, cinq jours auparavant, un chef d'&#233;quipe, sans provocation, s'&#233;tait jet&#233; sur eux &#224; l'aide de quelques jaunes, et les avaient assomm&#233;s sans qu'aucun des 200 gr&#233;vistes pr&#233;sents, ahuris et intimid&#233;s, ait boug&#233; pour les prot&#233;ger.&lt;br class='manualbr' /&gt;A la sortie de la r&#233;union de protestation contre cet attentat, des camarades remarquent deux ou trois des jaunes qui y avaient pris part et qui avaient eu l'aplomb de venir &#224; la r&#233;union ; en un clin d'&#339;il, on les entoure et on leur administre une correction qui les gu&#233;rira &#224; tout jamais de leur jaunisse... si elle n'est pas incurable.&lt;br class='manualbr' /&gt;Quatre gendarmes et huit agents cyclistes accourent.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ils d&#233;gainent.&lt;br class='manualbr' /&gt;Si les camarades se sauvent, qu'est-ce qu'ils vont prendre !&lt;br class='manualbr' /&gt;Heureusement, ils &#233;taient venus &#224; la r&#233;union avec de bonnes intentions... et beaucoup d'entre eux avec des revolvers, non point de ces m&#233;chants p&#233;tards qui font plus de bruit que de besogne, mais avec de bons brownings, qui valent toutes les armes de nos fr&#232;res flics.&lt;br class='manualbr' /&gt;En voyant le geste de nos fr&#232;res flics, un camarade crie :&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; A moi, les copains ! &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;En une seconde, il a autour de lui plus de 40 camarades, revolver au poing, qui s'alignent et barrent la route.&lt;br class='manualbr' /&gt;La flicaille s'arr&#234;te net.&lt;br class='manualbr' /&gt;Un copain prend le brigadier de gendarmerie au collet, un autre un agent cycliste, et tous crient : &#171; Salauds ! assassins, on n'est pas &#224; Draveil&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au cours de l'&#233;t&#233; 1908, une gr&#232;ve d'ouvrier du b&#226;timent &#224; Draveil et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ici ! Rengainez illico ou on vous descend ! &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Ah, mes amis ! Quel tableau !&lt;br class='manualbr' /&gt;L'un des flics dit en auvergnat : &#171; Nous sommes des p&#232;res de famille comme vous ! Ne nous cassez pas la gueule ! &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est le mot des gendarmes de B&#233;ziers lorsque les balles du 17&#232;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lors de la gr&#232;ve des vignerons de 1907, les soldats du 17&#232;me r&#233;giment (&#8230;)&#034; id=&#034;nh37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; commenc&#232;rent &#224; siffler au-dessus de leurs t&#234;tes.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les autres se laiss&#232;rent arracher les nerfs de b&#339;uf qu'ils portaient &#224; la ceinture.&lt;br class='manualbr' /&gt;Tous, flics et pandores, rengain&#232;rent prestement.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Et puis, maintenant, filez, oust ! et vivement ! Et surtout si vous faites mine de nous suivre, on vous br&#251;le la gueule ! &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour leur montrer qu'on &#233;tait arm&#233;, les copains tirent en l'air : ce fut une belle p&#233;tarade.&lt;br class='manualbr' /&gt;Penauds, flics et pandores se retir&#232;rent, sans se retourner et sans demander leur reste.&lt;br class='manualbr' /&gt;Un comble : &#224; cent m&#232;tres de l&#224;, derri&#232;re le cimeti&#232;re, se trouvaient une cinquantaine de flics. En entendant la p&#233;tarade, pas un ne broncha ; pas un ne fit un pas en avant pour venir au secours de leurs coll&#232;gues en danger.&lt;br class='manualbr' /&gt;Comme ils ont &#233;t&#233; gentils, nos amis ne veulent pas &#234;tre en reste d'amabilit&#233; avec eux ; ils nous ont apport&#233; deux des nerfs de b&#339;uf arrach&#233;s &#224; leurs fr&#232;res flics. Nous avons trop le respect de la propri&#233;t&#233; et de la police pour les garder.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ils sont &#224; la disposition de leurs l&#233;gitimes propri&#233;taires, dans les bureaux de &lt;i&gt;La Guerre Sociale&lt;/i&gt;, jusqu'au 1er mai. Pass&#233; ce jour, nous les mettrons comme gros lot &#224; la loterie que nous comptons organiser prochainement au b&#233;n&#233;fice des brigades centrales.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Signal&#233;s...&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; la bienveillance du fr&#232;re Aristide... et au respect des militants ouvriers : Le BRIGADIER n&#176;10 du XII&#232;me qui, lors de la manifestation des commis-&#233;piciers, dimanche, frappa un manifestant d'un coup de sabre sur la t&#234;te.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le FLIC n&#176;136, du XI&#232;me qui, le m&#234;me jour, se distingua entre tous ses coll&#232;gues par sa brutalit&#233; et frappa &#224; coups redoubl&#233;s deux femmes coupables de protester contre l'arrestation d'un de leurs parents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(15 d&#233;cembre 1909)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8212;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Apr&#232;s la d&#233;faite&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(4 mai 1910)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La veille du 1er mai, nous avons tir&#233; une &#233;dition sp&#233;ciale, toute &#224; la paix, pour nous mettre &#224; l'unisson des d&#233;clarations pacifiques de l'Union des syndicats, seule organisatrice, seule responsable de la journ&#233;e.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le lendemain, nous avons tir&#233; une autre &#233;dition sp&#233;ciale, dans laquelle, malgr&#233; notre d&#233;sir de masquer le d&#233;sastre, nous ne pouvions nous emp&#234;cher de dire que la journ&#233;e &#233;tait une d&#233;faite, une d&#233;faite plus douloureuse que la tragique affaire de Villeneuve qui, celle-l&#224;, avait &#233;t&#233; glorieuse et r&#233;confortante.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous nous sommes para&#238;t-il grossi&#232;rement tromp&#233;s.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il para&#238;t en effet, c'est notre camarade Luquet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;guesdiste, fut secr&#233;taire de la CGT par int&#233;rim pendant l'incarc&#233;ration de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui nous l'affirmait le lendemain en t&#234;te de &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt;, que cette journ&#233;e atteste &#171; &lt;i&gt;la clairvoyance et la d&#233;cision&lt;/i&gt; &#187; de nos amis de l'Union des syndicats, &#171; &lt;i&gt;la forte discipline des organisations syndicales&lt;/i&gt; &#187; ; quoi encore ? &#171; &lt;i&gt; leur conscience et leur sang-froid !&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Mesdames et Messieurs, &#171; &lt;i&gt;ils ont par une tactique habile, dont l'opportunit&#233; prouve la souplesse des organismes, rendu ridicules et vaines les dispositions prises au bois&lt;/i&gt; [de Boulogne] &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Apprenez de notre camarade Luquet, qu'&#171; &lt;i&gt; une classe ouvri&#232;re organis&#233;e qui peut au dernier moment, en l'espace de quelques heures, par une discipline ferme et librement consentie, r&#233;fr&#233;ner son d&#233;sir et modifier ses projets peut, &#224; plus forte raison, discipliner une manifestation longuement pr&#233;par&#233;e&lt;/i&gt; &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Toujours d'apr&#232;s le m&#234;me, savez-vous ce que prouve la journ&#233;e de dimanche ? Tenez-vous les c&#244;tes, mes amis. Eh bien ! elle prouve &#171; &lt;i&gt;que les travailleurs organis&#233;s gagnent en force, en adresse et en conscience&lt;/i&gt; &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Non, vraiment, &#231;a d&#233;passe les bornes !&lt;br class='manualbr' /&gt;Au moins, lorsque nos patriotards ont cal&#233; sur l'affaire de Fachoda&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;affaire diplomatique entre la France et le Royaume Uni, sur fond de conqu&#234;te (&#8230;)&#034; id=&#034;nh39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; devant les menaces du gouvernement anglais, ils ont eu la pudeur et l'intelligence de ne pas crier victoire !&lt;br class='manualbr' /&gt;Si bouch&#233;s que soient les &#233;lecteurs de &lt;i&gt;La Patrie&lt;/i&gt;, ils auraient compris qu'on se payait leur t&#234;te.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les ouvriers, qui ont mis avec raison toute leur confiance dans la CGT, et qui lisent &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt;, ne sont pas plus b&#234;tes que les lecteurs de &lt;i&gt;La Patrie&lt;/i&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ils savent tr&#232;s bien que si quelqu'un a &#233;t&#233; ridicule dans cette affaire, ce n'est pas le gouvernement, c'est la CGT ; qu'on ne feint pas le mercredi d'ignorer le gouvernement pour aller, le samedi, faire une d&#233;marche aupr&#232;s de lui ; que le fait de d&#233;commander le dimanche matin une manifestation annonc&#233;e &#224; grand fracas est une preuve de prudence si on veut, c'est une preuve de tout ce qu'on voudra, except&#233; une preuve de force.&lt;br class='manualbr' /&gt;Un esprit de d&#233;cision qui se traduit par de perp&#233;tuelles h&#233;sitations s'appelle en bon fran&#231;ais de l'ind&#233;cision.&lt;br class='manualbr' /&gt;Une clairvoyance qui consiste, pour les chefs les plus batailleurs et les plus &#233;cout&#233;s, &#224; partir en province, &#224; ne pas d&#233;commander les conf&#233;rences qu'ils y ont organis&#233;es, s'appelle de l'aveuglement.&lt;br class='manualbr' /&gt;Un sang-froid qui am&#232;ne les gens &#224; tomber dans le traquenard de Briand et de L&#233;pine, &#224; prendre &#224; la lettre les racontars alarmistes de la presse polici&#232;re sur les ordres donn&#233;s &#224; la troupe de tirer porte un autre nom : cela s'appelle de l'affolement.&lt;br class='manualbr' /&gt;Une adresse et une conscience qui consiste &#224; croire qu'un gouvernement, r&#233;publicain d'&#233;tiquette, sauf en face d'une r&#233;volution d&#233;cha&#238;n&#233;e, a l'int&#233;r&#234;t, surtout entre deux tours de scrutin, &#224; pr&#233;m&#233;diter un massacre, s'appellent de leur vrai nom maladresse et inconscience ou, si on veut, intelligence politique.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce n'est pas des cris de triomphe qui donneront le change &#224; qui que ce soit.&lt;br class='manualbr' /&gt;Je pr&#233;f&#232;re Kouropatkine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;g&#233;n&#233;ral russe [Nde].&#034; id=&#034;nh40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; faisant, apr&#232;s la d&#233;faite, son examen de conscience et l'aveu des fautes commises ; c'est plus courageux et plus intelligent.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est surtout le meilleur moyen de pr&#233;parer la revanche et de montrer aux troupes qu'on a derri&#232;re soi que, si on a commis des fautes, &#8212; tout le monde en commet &#8212; on n'est quand m&#234;me pas tout &#224; fait un imb&#233;cile.&lt;br class='manualbr' /&gt;Quant au &#171; citoyen Browning &#187;, ce n'est pas le monstre alt&#233;r&#233; de sang qu'un tas de bons badauds se figurent, et si on peut, en la circonstance, lui reprocher quelque chose, ce ne sont pas ses rodomontades, mais ses d&#233;clarations pacifiques.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le &#171; citoyen Browning &#187; n'intervient d'ailleurs jamais pour son plaisir, mais parce qu'il ne peut supporter que des hommes libres, des citoyens fran&#231;ais, dont les p&#232;res ont fait quatre r&#233;volutions victorieuses, soient trait&#233;s comme des moujiks, soient &#224; la manifestation la plus pacifique, assomm&#233;s &#224; coups de matraques, ignominieusement pass&#233;s &#224; tabac, sabr&#233;s ou r&#233;volv&#233;ris&#233;s, sans provocation, sans sommation par des brutes saoules d'alcool, ou &#233;nerv&#233;es par l'attente, la peur ou la col&#232;re.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le &#171; citoyen Browning &#187; ne croit pas qu'&#224; lui tout seul il puisse jamais faire une r&#233;volution ; il a suffisamment conscience de sa faiblesse pour savoir qu'il n'est pas de taille &#224; se frotter &#224; des Lebels et encore moins &#224; de l'artillerie ; sa plus grande tristesse serait d'ailleurs d'avoir &#224; tirer, pour se d&#233;fendre, sur des pioupious, car il aime les pioupious comme des fr&#232;res, au point de ne pouvoir les contempler un jour de manifestation sans les acclamer aux cris de &#171; Vive le 17&#232;me ! &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le &#171; citoyen Browning &#187;, plus modeste, n'a qu'une seule pr&#233;tention : c'est de corriger instantan&#233;ment les policiers qui, sans rime ni raison, voudraient l'assommer, lui ou les femmes, les enfants, les hommes, venus manifester pacifiquement dans la rue ; c'est de les gu&#233;rir, eux et leurs chefs, de leurs m&#339;urs de cosaques qui sont le d&#233;shonneur de notre grand Paris r&#233;publicain, socialiste et r&#233;volutionnaire.&lt;br class='manualbr' /&gt;Au surplus, le citoyen Browning constate que les roquets qui affectent d'en rire aujourd'hui parce qu'il n'a pas &#233;lev&#233; la voix le premier mai, n'en riaient pas le soir de Ferrer, autour de l'ambassade espagnole, ni le lendemain ; que les officiers et les gardes municipaux qui ont voulu le sabrer ce soir-l&#224; n'en riaient pas non plus ; et que ce soir-l&#224; enfin, aucun des coll&#232;gues de l'agent Dufresne ne l'a confondu avec M. Chou-fleuri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G.H.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8212;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#233;dition sp&#233;ciale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LIABEUF... &amp; CASERIO&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(29 juin 1910)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le crime est consomm&#233;. Ils ont assassin&#233; Liabeuf. Mais il leur a fallu toute une arm&#233;e pour prot&#233;ger leur guillotine, leur bourreau et les aides de leur bourreau : policiers, gendarmes et magistrats.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour que ce matin il n'y ait pas d'&#233;meutes dans les quartiers populaires, pour &#233;loigner d'eux les repr&#233;sailles qu'ils sentent mena&#231;antes, ils en sont r&#233;duits &#224; ouvrir tout grands les &#233;gouts de leur grande presse, &#224; faire r&#233;&#233;diter par elle les inf&#226;mes mensonges que nous leur avions rentr&#233;s dans la gorge, et &#224; faire certifier effront&#233;ment par toutes les grandes feuilles prostitu&#233;es &#224; la police que Liabeuf &#233;tait vraiment un apache et un souteneur.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous &#233;tions na&#239;fs de croire que cette bande de peaux-rouges&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ok, ok, &#231;a va... [Nde].&#034; id=&#034;nh41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et de requins &#233;tait capable de piti&#233;, d'humanit&#233; et de justice.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nos appels &#224; leur g&#233;n&#233;rosit&#233;, de l'h&#233;breu pour eux !&lt;br class='manualbr' /&gt;Ils ne connaissent que la raison d'&#201;tat, en bon fran&#231;ais, la d&#233;fense de leur auge.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ils ont besoin de la po1ice pour d&#233;fendre leur r&#233;publique d'exploiteurs et d'assassins contre le flot montant du prol&#233;tariat.&lt;br class='manualbr' /&gt;Elle exigeait la t&#234;te de celui que, par de faux t&#233;moignages et une monstrueuse erreur judiciaire, elle avait elle-m&#234;me accul&#233; au meurtre.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les hommes d'&#201;tat qui ont la garde de l'&#233;cuelle capitaliste ont eu peur d'une gr&#232;ve de leurs policiers, que les chefs de la Pr&#233;fecture auraient eux-m&#234;mes foment&#233;e sournoisement.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ils ont capitul&#233; devant ceux qui leur assurent, &#224; eux et &#224; toute la bourgeoisie, une paisible digestion.&lt;br class='manualbr' /&gt;Liabeuf a &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233;, non pas parce qu'il &#233;tait coupable.&lt;br class='manualbr' /&gt;On l'a tu&#233; parce que l'&#233;lite de la classe ouvri&#232;re est coupable de r&#233;bellion contre le patronat et contre &#171; l'ordre &#187; capitaliste.&lt;br class='manualbr' /&gt;On l'a tu&#233; parce que les gr&#232;ves continuelles qui &#233;clatent de toutes parts, depuis quelques ann&#233;es, font de la police la premi&#232;re institution de la R&#233;publique, la plus sacr&#233;e et la plus inviolable.&lt;br class='manualbr' /&gt;On prend d'ailleurs la pr&#233;caution de nous en avertir, car on ne nous cache pas que c'est, notamment, l'attitude de la classe ouvri&#232;re aux obs&#232;ques de Cler&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ouvrier anarchiste tabass&#233; &#224; mort par la police au cours d'une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dimanche, qui a d&#233;cid&#233; l'ex&#233;cution de Liabeuf.&lt;br class='manualbr' /&gt;Oui, on a raison ; c'est de la faute aux dix mille travailleurs qui ont suivi le cadavre d'une autre victime de la police, si Liabeuf a &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233; ; c'est de leur faute, ils n'auraient pas d&#251; montrer la moindre indignation de la mort de leur camarade- ; et ils auraient d&#251;, au Pont-de-Flandre, se laisser sabrer sans riposter.&lt;br class='manualbr' /&gt;Et m&#234;me, ce n'est pas seulement de leur faute.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est de la faute aussi des cheminots dont la gr&#232;ve est mena&#231;ante.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est de la faute des postiers qui, il y a un an, ont &#233;pouvant&#233; la bourgeoisie.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est de la faute des quinze mille serruriers qui, en ce moment, se dressent comme un seul homme contre leurs patrons dans un admirable mouvement de solidarit&#233; et de r&#233;volte.&lt;br class='manualbr' /&gt;Liabeuf est le bouc-&#233;missaire, la victime expiatoire.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il paie pour tout le monde !&lt;br class='manualbr' /&gt;Et c'est parce que toute la classe ouvri&#232;re le sent plus ou moins confus&#233;ment, parce qu'elle va se sentir atteinte dans sa chair et au fond de sa conscience que l'ex&#233;cution de Liabeuf n'est pas seulement un crime, mais une lourde faute politique.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; L'Affaire &#187; Liabeuf sera pour la police ce qu'a &#233;t&#233; pour l'arm&#233;e l'affaire Dreyfus.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ah ! on a voulu faire un exemple pour prot&#233;ger &#224; l'avenir gardiens et bourriques !&lt;br class='manualbr' /&gt;Que l'on prenne garde d'avoir seulement raviv&#233; et d&#233;cupl&#233; le m&#233;pris et la haine s&#233;culaire des policiers au c&#339;ur de la classe ouvri&#232;re, et peut-&#234;tre m&#234;me d'avoir rouvert l'&#232;re sanglante des Ravachol, des Vaillant, des &#201;mile Henry et des Caserio !&lt;br class='manualbr' /&gt;Le pr&#233;sident Carnot ne s'&#233;tait pas montr&#233; plus f&#233;roce &#224; l'&#233;gard de Vaillant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Auguste (1861-1894), militant anarchiste, guillotin&#233; apr&#232;s un attentat (&#8230;)&#034; id=&#034;nh43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; que le pr&#233;sident Falli&#232;res &#224; l'&#233;gard de Liabeuf quand un de nos camarades italiens lui rappela brutalement que le droit de gr&#226;ce comporte certaines responsabilit&#233;s personnelles et qu'il y a d'autres couteaux que celui de Deibler&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb44&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La famille Deibler, de p&#232;re en fils et genres, fournissait la III&#232;me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh44&#034;&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un Sans-Patrie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pr&#233;sident du conseil (chef du gouvernement) entre 1906 et 1909. Il se surnommait lui-m&#234;me &#171; -premier flic de France- &#187; [Nde].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette remarque est pr&#233;monitoire- : trois des plus importants conflits des ann&#233;es 1907-10 se d&#233;rouleront justement dans ces secteurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Contrairement aux craintes de l'auteur, on a vu que, tout au long du XX&#232;me si&#232;cle, l'&#201;tat aura pr&#233;f&#233;r&#233; assurer &#171; -la continuit&#233; du service public- &#187; par des garanties d'emploi nettement sup&#233;rieures &#224; celles du priv&#233;, ne se conservant la possibilit&#233; de la r&#233;quisition qu'en dernier ressort.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Depuis les r&#233;centes lois de s&#233;paration de l'&#201;glise et de l'&#201;tat, les &#233;coles tenues par les congr&#233;gations religieuses devaient &#234;tre agr&#233;&#233;es par le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En fait, l'arrangement, intervenu en 1911, portera sur une partie du Congo, laiss&#233;e &#224; l'Allemagne&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ahem... mouais... [Nde].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;S&#233;nateur de la Seine, directeur du &lt;i&gt;National&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lanc&#233;e en mars 1903 comme organe de combat anticl&#233;rical et aussi f&#233;ministe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Journaliste socialisant, directeur de &lt;i&gt;La Petite R&#233;publique&lt;/i&gt; en 1897. Il en partagea la direction avec Jaur&#232;s, soutenant le gouvernement Waldeck-Rousseau. En 1903, le tribun s'en fut, indign&#233; que l'on fit de la publicit&#233; pour les 100 Paletots, maison qui exploitait particuli&#232;rement ses ouvri&#232;res. G&#233;rault-Richard sera chass&#233; du journal en 1906.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La premi&#232;re r&#233;volution anglaise fut men&#233;e sous l'&#233;gide de Cromwell &#224; partir de 1638 ; elle fut notamment marqu&#233;e par la d&#233;capitation de Charles Ier en 1649. Une restauration monarchique suivit la mort du Lord Protector, en 1659. Mais, apr&#232;s les menaces de retour au catholicisme qui se manifest&#232;rent sous le r&#232;gne de Jacques II, un deuxi&#232;me mouvement, beaucoup moins populaire, et appel&#233; &#171; la Glorieuse R&#233;volution &#187;, porta au pouvoir le Stathouder des Pays-Bas, Guillaume d'Orange, en 1689.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Contrairement &#224; ses intentions exprim&#233;es quelques paragraphes plus haut, Bruck&#232;re parle ici du Parti socialiste tel qu'il devrait &#234;tre, et non tel qu'il est.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Affiche antimilitariste, qui valut &#224; ses 25 auteurs un s&#233;jour &#224; la prison de Clairvaux, et duquel est issu la Guerre sociale (cf. le premier article) [Nde].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jules Guesde, fondateur du Parti Ouvrier de France. Stalinien avant l'heure, ses positions doctrinaires et autoritaires masquaient mal son fond r&#233;formiste. Malgr&#233; tout, les guesdistes auront une certaine influence dans la CGT [Nde].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pr&#233;fet de police de Paris, cf. l'article &#171; -Le prestige de la fonction- &#187; [Nde].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Oui, bon, d'accord... [Nde].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce magistrat, pr&#233;nomm&#233; Ren&#233; et surnomm&#233; &#171; le P&#232;re-la-pudeur &#187; avait men&#233; une campagne pour la r&#233;pression accrue des d&#233;lits de &#171; m&#339;urs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Secr&#233;taire g&#233;n&#233;rale de la compagnie du Gaz de Paris, hostile aux r&#233;volutionnaires, dont il est la b&#234;te noire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le pr&#233;fet de police avait en effet un certain courage physique. C'est ainsi qu'en poste en Alger lors des pogroms de 1897, il serait intervenu seul avec quatre agents pour d&#233;fendre les commer&#231;ants juifs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un des hommes du Risorgimento italien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On rep&#233;rait &#224; cela les bordels, au d&#233;but du XX&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une des putains de la III&#232;me R&#233;publique, ma&#238;tresse de F&#233;lix Faure, entre beaucoup d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ministre de la Justice en 1905.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le parent par alliance de Jules Gr&#233;vy, pr&#233;sident de la r&#233;publique de 1879 &#224; 1887, fut n&#233;anmoins acquitt&#233; en derni&#232;re instance, en 1889, au motif qu'il n'avait pas le pouvoir d'accorder des d&#233;corations, mais simplement de les promettre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Anticl&#233;rical, minsitre du Travail de 1906 &#224; 1910 [Nde].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Aristide Briand fut d'abord proche du socialisme r&#233;volutionnaire (il fut m&#234;me l'avocat d'Herv&#233; dans une affaire de d&#233;lit de presse en 1900), avant de devenir ministre dans un gouvernement radical, ce qui lui vaudra le surnom de &#171; -jaune- &#187; et en fera une cible de choix des r&#233;volutionnaires [Nde].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon Gilles Heur&#233; [Biographiste d'Herv&#233;], 3000 faits de sabotage ont &#233;t&#233; recens&#233;s par la police entre octobre 1910 et juin 1911.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce texte fut &#233;crit le lendemain de la manifestation qui suivit l'ex&#233;cution, &#224; Madrid, du p&#233;dagogue libertaire espagnol Fransisco Ferrer. Elle fit plusieurs centaines de bless&#233;s &#8212; dont le pr&#233;fet L&#233;pine, atteint par une balle tir&#233;e du groupe de la GS, qui lui effleura la joue &#8212; et causa la mort d'un policier. Il y eut aussi des pillages.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Anarchistes animant la d&#233;fense en France de Ferrer.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Apr&#232;s l'&#233;meute du 10 octobre, Herv&#233; renon&#231;a &#224; faire monter les ench&#232;res et persuada ses amis d'organiser pacifiquement une nouvelle d&#233;monstration, qui se d&#233;roulera le 17 octobre. &lt;i&gt;La Guerre Sociale&lt;/i&gt; re&#231;ut alors diverses critiques, dont celles de &lt;i&gt;L'Anarchie&lt;/i&gt; qui reprochait &#224; ceux qu'elle nommait des &#171; politiciens de la r&#233;volution &#187; de n'avoir pas tenu des &#171; promesses &#187; de repr&#233;sailles contre certaines personnalit&#233;s bourgeoises. Ulc&#233;r&#233;s, un groupe de militants, men&#233; par Almereyda et Durupt, organisa une descente dans les locaux du journal rival pour infliger &#171; une correction &#187; &#224; ses r&#233;dacteurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bataillon d'Infanterie L&#233;g&#232;re d'Afrique, o&#249; &#233;taient affect&#233;s les &#171; d&#233;linquants &#187; lors de leur service militaire [Nde].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Victor M&#233;ric, un des fondateurs de la &lt;i&gt;Guerre sociale&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jauressiste, administrateur &#224; &lt;i&gt;l'Humanit&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D&#233;put&#233; socialiste guesdiste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans un article pr&#233;c&#233;dent, Herv&#233; s'&#233;tait &#233;lev&#233; contre l'augmentation de traitement (de 9 000 &#224; 15 000 francs annuels) que les d&#233;put&#233;s, socialistes inclus, venaient de se voter.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ribot fut l'un des n&#233;gociateurs de l'alliance franco-russe, premier ministre en 1892-93, puis en 1917, pendant l'offensive Nivelle sur le Chemin des Dames.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Au cours de l'&#233;t&#233; 1908, une gr&#232;ve d'ouvrier du b&#226;timent &#224; Draveil et Villeneuve Saint-Georges &#224; &#233;t&#233; le th&#233;&#226;tre d'affrontements sanglants entre gr&#232;vistes et forces de l'ordre, (notamment 2 ouvriers tu&#233;s le 2 juin) [Nde].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lors de la gr&#232;ve des vignerons de 1907, les soldats du 17&#232;me r&#233;giment d'infanterie de ligne refus&#232;rent de tirer sur les gr&#233;vistes et d&#233;clench&#232;rent une mutinerie. L'&#233;pisode est devenu une r&#233;f&#233;rence en mati&#232;re de propagande r&#233;volutionnaire, notamment gr&#226;ce &#224; la chanson de Montheus &lt;i&gt;Gloire au 17&#232;me&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;guesdiste, fut secr&#233;taire de la CGT par int&#233;rim pendant l'incarc&#233;ration de Griffuelhes en 1908.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;affaire diplomatique entre la France et le Royaume Uni, sur fond de conqu&#234;te coloniale, dont s'&#233;taient empar&#233;s les nationalistes de chaque c&#244;t&#233; de la Manche pour leur propagande [Nde].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;g&#233;n&#233;ral russe [Nde].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ok, ok, &#231;a va... [Nde].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ouvrier anarchiste tabass&#233; &#224; mort par la police au cours d'une manifestation. Son enterrement sera suivi par plusieurs dizaines de milliers de personnes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Auguste (1861-1894), militant anarchiste, guillotin&#233; apr&#232;s un attentat contre la Chambre des d&#233;put&#233;s qui ne fit que des bless&#233;s. Il servit de pr&#233;texte au vote des &#034;lois sc&#233;l&#233;rates&#034;, attentatoires aux libert&#233;s publiques.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb44&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh44&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 44&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La famille Deibler, de p&#232;re en fils et genres, fournissait la III&#232;me R&#233;publique en bourreaux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Anarchie et Communisme</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article555</link>
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		<dc:date>2008-03-27T21:11:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Carlo Cafiero</dc:creator>


		<dc:subject>Anarchismes, anarchie</dc:subject>
		<dc:subject>Zanzara ath&#233;e (Paris-banlieue)</dc:subject>
		<dc:subject>Communismes</dc:subject>
		<dc:subject>Nadarlana (Montpellier)</dc:subject>
		<dc:subject>Espa&#241;ol</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#034;Anarchie et communisme&#034; est la reproduction du rapport lu par Carlo Cafiero en 1880 &#224; l'occasion du congr&#232;s de la F&#233;d&#233;ration jurassienne de l'A.I.T. (Association Internationale des Travailleurs) &#224; Chaux-de-Fonds. Ce texte de Cafiero fut publi&#233; pour la premi&#232;re fois la m&#234;me ann&#233;e &#224; Gen&#232;ve, dans le journal anarchiste &lt;i&gt;Le R&#233;volt&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cafiero explique ici que &#034;&lt;i&gt;nous devons &#234;tre communistes, parce que nous sommes des anarchistes, parce que l'anarchie et le communisme sont les deux termes n&#233;cessaires de la r&#233;volution&lt;/i&gt;&#034;...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique5" rel="directory"&gt;A&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Anarchismes, anarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot7" rel="tag"&gt;Zanzara ath&#233;e (Paris-banlieue)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot14" rel="tag"&gt;Communismes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot68" rel="tag"&gt;Nadarlana (Montpellier)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot129" rel="tag"&gt;Espa&#241;ol&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH101/arton555-5e201.jpg?1780455683' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='101' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff555.jpg?1205690970&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Au congr&#232;s tenu &#224; Paris par la r&#233;gion du Centre, un orateur, qui s'est distingu&#233; par son acharnement contre les anarchistes, disait :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;Communisme et anarchie hurlent de se trouver ensemble.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre orateur qui parlait aussi contre les anarchistes, mais avec moins de violence, s'est &#233;cri&#233;, en parlant d'&#233;galit&#233; &#233;conomique :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;Comment la libert&#233; peut-elle &#234;tre viol&#233;e, lorsque l'&#233;galit&#233; existe ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eh bien ! je pense que les deux orateurs avaient tort.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut parfaitement avoir l'&#233;galit&#233; &#233;conomique, sans avoir la moindre libert&#233;. Certaines communaut&#233;s religieuses en sont une preuve vivante, puisque la plus compl&#232;te &#233;galit&#233; y existe en m&#234;me temps que le despotisme. La compl&#232;te &#233;galit&#233;, car le chef s'habille du m&#234;me drap et mange &#224; la m&#234;me table que les autres ; il ne se distingue d'eux que par le droit de commander qu'il poss&#232;de. Et les partisans de &#034;l'Etat populaire&#034; ? S'ils ne rencontraient pas d'obstacles de toute sorte, je suis s&#251;r qu'ils finiraient par r&#233;aliser la parfaite &#233;galit&#233;, mais, en m&#234;me temps aussi le plus parfait despotisme, car, ne l'oublions pas, le despotisme de l'Etat actuel augmenterait du despotisme &#233;conomique de tous les capitaux qui passeraient aux mains de l'Etat, et le tout serait multipli&#233; par toute la centralisation n&#233;cessaire &#224; ce nouvel Etat. Et c'est pour cela que nous, les anarchistes, amis de la libert&#233;, nous nous proposons de les combattre &#224; outrance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, contrairement &#224; ce qui a &#233;t&#233; dit, on a parfaitement raison de craindre pour la libert&#233;, lors m&#234;me que l'&#233;galit&#233; existe ; tandis qu'il ne peut y avoir aucune crainte pour l'&#233;galit&#233; l&#224; o&#249; existe la vraie libert&#233;, c'est-&#224;-dire l'anarchie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, anarchie et communisme, loin de hurler de se trouver ensemble, hurleraient de ne pas se trouver ensemble, car ces deux termes, synonymes de libert&#233; et d'&#233;galit&#233;, sont les deux termes n&#233;cessaires et indivisibles de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre id&#233;al r&#233;volutionnaire est tr&#232;s simple, on le voit : il se compose, comme celui de tous nos devanciers, de ces deux termes : libert&#233; et &#233;galit&#233;. Seulement il y a une petite diff&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Instruits par les escamotages que les r&#233;actionnaires de toute sorte et de tout temps ont faits de la libert&#233; et de l'&#233;galit&#233;, nous nous sommes avis&#233;s de mettre, &#224; c&#244;t&#233; de ces deux termes, l'expression de leur valeur exacte. Ces deux monnaies pr&#233;cieuses ont &#233;t&#233; si souvent falsifi&#233;es, que nous tenons enfin &#224; en conna&#238;tre et &#224; en mesurer la valeur exacte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pla&#231;ons donc, &#224; c&#244;t&#233; de ces deux termes : libert&#233; et &#233;galit&#233;, deux &#233;quivalents dont la signification nette ne peut pas pr&#234;ter &#224; l'&#233;quivoque, et nous disons : &#034;Nous voulons la libert&#233;, c'est-&#224;-dire l'anarchie, et l'&#233;galit&#233;, c'est-&#224;-dire le communisme.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anarchie, aujourd'hui, c'est l'attaque, c'est la guerre &#224; toute autorit&#233;, &#224; tout pouvoir, &#224; tout Etat. Dans la soci&#233;t&#233; future, l'anarchie sera la d&#233;fense, l'emp&#234;chement apport&#233; au r&#233;tablissement de toute autorit&#233;, de tout pouvoir, de tout Etat : pleine et enti&#232;re libert&#233; de l'individu qui, librement et pouss&#233; seulement par ses besoins, par ses go&#251;ts et ses sympathies, se r&#233;unit &#224; d'autres individus dans le groupe ou dans l'association ; libre d&#233;veloppement de l'association qui se f&#233;d&#232;re avec d'autres dans la commune ou dans le quartier ; libre d&#233;veloppement des communes qui se f&#233;d&#232;rent dans la r&#233;gion &#8211; et ainsi de suite : les r&#233;gions dans la nation ; les nations dans l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le communisme, la question qui nous occupe plus sp&#233;cialement aujourd'hui, est le second point de notre id&#233;al r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le communisme actuellement, c'est encore l'attaque ; ce n'est pas la destruction de l'autorit&#233;, mais c'est la prise de possession, au nom de toute l'humanit&#233;, de toute la richesse existant sur le globe. Dans la soci&#233;t&#233; future, le communisme sera la jouissance de toute la richesse existante, par tous les hommes et selon le principe : De chacun selon ses facult&#233;s, &#224; chacun selon ses besoins, c'est-&#224;-dire : De chacun et &#224; chacun suivant sa volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut remarquer, &#8211; et ceci r&#233;pond surtout &#224; nos adversaires, les communistes autoritaires ou &#233;tatistes &#8211; que la prise de possession et la jouissance de toute la richesse existante doivent &#234;tre, selon nous, le fait du peuple lui-m&#234;me. Le peuple, l'humanit&#233;, n'&#233;tant pas des individus capables de saisir la richesse et la tenir dans leurs deux mains, on a voulu en conclure, il est vrai, qu'il faut, pour cette raison, instituer toute une classe de dirigeants, de repr&#233;sentants et de d&#233;positaires de la richesse commune. Mais nous ne partageons pas cet avis. Pas d'interm&#233;diaires, pas de repr&#233;sentants qui finissent toujours par ne repr&#233;senter qu'eux-m&#234;mes ! Pas de mod&#233;rateurs de l'&#233;galit&#233;, pas davantage de mod&#233;rateurs de la libert&#233; ! Pas de nouveau gouvernement, pas de nouvel Etat, dut-il se dire populaire ou d&#233;mocrate, r&#233;volutionnaire ou provisoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La richesse commune &#233;tant diss&#233;min&#233;e sur toute la terre, tout en appartenant de droit &#224; l'humanit&#233; enti&#232;re, ceux donc qui se trouvent &#224; la port&#233;e de cette richesse et en mesure de l'utiliser l'utiliseront en commun. Les gens de tel pays utiliseront la terre, les machines, les ateliers, les maisons, etc., du pays et ils s'en serviront tous en commun. Partie de l'humanit&#233;, ils exerceront ici, de fait et directement, leur droit sur une part de la richesse humaine. Mais si un habitant de P&#233;kin venait dans ce pays, il se trouverait avoir les m&#234;mes droits que les autres ; il jouirait en commun avec les autres de toute la richesse du pays, de la m&#234;me fa&#231;on qu'il l'e&#251;t fait &#224; P&#233;kin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'est donc bien tromp&#233;, cet orateur qui a d&#233;nonc&#233; les anarchistes comme voulant constituer la propri&#233;t&#233; des corporations. La belle affaire que l'on ferait, si l'on d&#233;truisait l'Etat pour le remplacer par une multitude de petits Etats ! Tuer le monstre &#224; une t&#234;te pour entretenir le monstre &#224; mille t&#234;tes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non ; nous l'avons dit, et nous ne cesserons de le r&#233;p&#233;ter : point d'entremetteurs, point de courtiers et d'obligeants serviteurs qui finissent toujours par devenir les vrais ma&#238;tres : nous voulons que toute la richesse existante soit prise directement par le peuple lui-m&#234;me, qu'elle soit gard&#233;e par ses mains puissantes, et qu'il d&#233;cide lui-m&#234;me de la meilleure mani&#232;re d'en jouir, soit pour la production, soit pour la consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on nous demande : le communisme est-il applicable ? Aurions-nous assez de produits pour laisser &#224; chacun le droit d'en prendre &#224; sa volont&#233;, sans r&#233;clamer des individus plus de travail qu'ils ne voudront en donner ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous r&#233;pondons : Oui. Certainement, on pourra appliquer ce principe : De chacun et &#224; chacun suivant sa volont&#233;, parce que, dans la soci&#233;t&#233; future, la production sera si abondante qu'il n'y aura nul besoin de limiter la consommation, ni de r&#233;clamer des hommes plus d'ouvrage qu'ils ne pourront ou ne voudront en donner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette immense augmentation de production, dont on ne saurait m&#234;me aujourd'hui se faire une juste id&#233;e, peut se deviner par l'examen des causes qui la provoqueront. Ces causes peuvent se r&#233;duire &#224; trois principales :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;1.	L'harmonie de la coop&#233;ration dans les diverses branches de l'activit&#233; humaine, substitu&#233;e &#224; la lutte actuelle qui se traduit dans la concurrence ;&lt;br&gt;
2.	L'introduction sur une immense &#233;chelle des machines de toutes sortes ;&lt;br&gt;
3.	L'&#233;conomie consid&#233;rable des forces du travail, des instruments de travail et des mati&#232;res premi&#232;res, r&#233;alis&#233;e par la suppression de la production nuisible ou inutile.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La concurrence, la lutte est un des principes fondamentaux de la production capitaliste, qui a pour devise : &lt;i&gt;Mors tua vita mea&lt;/i&gt;, ta mort est ma vie. La ruine de l'un fait la fortune de l'autre. Et cette lutte acharn&#233;e se fait de nation &#224; nation, de r&#233;gion &#224; r&#233;gion, d'individu &#224; individu, entre travailleurs aussi bien qu'entre capitalistes. C'est une guerre au couteau, un combat sous toutes les formes : corps &#224; corps, par bandes, par escouades, par r&#233;giments, par corps d'arm&#233;e. Un ouvrier trouve de l'ouvrage o&#249; un autre en perd ; une industrie ou plusieurs industries prosp&#232;rent, lorsque telles ou telles industries p&#233;riclitent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien ! imaginez-vous lorsque, dans la soci&#233;t&#233; future, ce principe individualiste de la production capitaliste, chacun pour soi et contre tous, et tous contre chacun, sera remplac&#233; par le vrai principe de la sociabilit&#233; humaine : chacun pour tous et tous pour chacun &#8211; quel immense changement n'obtiendra-t-on pas dans les r&#233;sultats de la production ? Imaginez-vous quelle sera l'augmentation de la production, lorsque chaque homme, loin d'avoir &#224; lutter contre tous les autres, sera aid&#233; par eux, quand il les aura, non plus comme ennemis, mais comme coop&#233;rateurs. Si le travail collectif de dix hommes atteint des r&#233;sultats absolument impossibles pour un homme isol&#233;, combien grands seront les r&#233;sultats obtenus par la grande coop&#233;ration de tous les hommes qui, aujourd'hui, travaillent hostilement les uns contre les autres ?&lt;br&gt;
Et les machines ? L'apparition de ces puissants auxiliaires du travail, si grande qu'elle nous paraisse aujourd'hui, n'est que tr&#232;s minime en comparaison de ce qu'elle sera dans la soci&#233;t&#233; &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La machine a contre elle, aujourd'hui, souvent l'ignorance du capitaliste, mais plus souvent encore son int&#233;r&#234;t. Combien de machines restent inappliqu&#233;es uniquement parce quelles ne rapportent pas un b&#233;n&#233;fice imm&#233;diat au capitaliste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce qu'une compagnie houill&#232;re, par exemple, ira se mettre en frais pour sauvegarder les int&#233;r&#234;ts des ouvriers et construira de co&#251;teux appareils pour descendre les mineurs dans les puits ? Est-ce que la municipalit&#233; introduira une machine pour casser les pierres, lorsque ce travail lui fournit le moyen de faire &#224; bon march&#233; de l'aum&#244;ne aux affam&#233;s ? Que de d&#233;couvertes, que d'applications de la science restent lettre morte, uniquement parce qu'elles ne rapporteraient pas assez au capitaliste !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travailleur lui-m&#234;me est aujourd'hui l'ennemi des machines, et ceci avec raison, puisqu'elles sont vis-&#224;-vis de lui le monstre qui vient le chasser de l'usine, l'affamer, le d&#233;grader, le torturer, l'&#233;craser. Et quel immense int&#233;r&#234;t il aura, au contraire, &#224; en augmenter le nombre lorsqu'il ne sera plus au service des machines ; au contraire, elles-m&#234;mes seront &#224; son service, l'aidant et travaillant pour son bien-&#234;tre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il faut tenir compte de l'immense &#233;conomie qui sera faite sur les trois &#233;l&#233;ments du travail : la force, les instruments et la mati&#232;re, qui sont horriblement gaspill&#233;s aujourd'hui, puisqu'on les emploie &#224; la production de choses absolument inutiles, quand elles ne sont pas nuisibles &#224; l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combien de travailleurs, combien de mati&#232;res et combien d'instruments de travail ne sont-ils pas employ&#233;s aujourd'hui par l'arm&#233;e de terre et de mer, pour construire les navires, les forteresses, les canons et tous ces arsenaux d'armes offensives et d&#233;fensives ! Combien de ces forces sont us&#233;es &#224; produire des objets de luxe qui ne servent qu'&#224; satisfaire des besoins de vanit&#233; et de corruption !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et lorsque toute cette force, toutes ces mati&#232;res, tous ces instruments de travail seront employ&#233;s &#224; l'industrie, &#224; la production d'objets qui eux-m&#234;mes serviront &#224; produire, quelle prodigieuse augmentation de la production ne verrons-nous pas surgir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, le communisme est applicable ! On pourra bien laisser &#224; chacun prendre &#224; volont&#233; ce dont il aura besoin, puisqu'il y en aura assez pour tous. On n'aura plus besoin de demander plus de travail que chacun n'en voudra donner, parce qu'il y aura toujours assez de produits pour le lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est gr&#226;ce &#224; cette abondance que le travail perdra le caract&#232;re ignoble de l'asservissement, en lui laissant seulement le charme d'un besoin moral et physique, comme celui d'&#233;tudier, de vivre avec la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas tout d'affirmer que le communisme est chose possible nous pouvons affirmer qu'il est n&#233;cessaire. Non seulement on peut &#234;tre communiste ; il faut l'&#234;tre sous peine de manquer le but de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, apr&#232;s la mise en commun des instruments de travail et des mati&#232;res premi&#232;res, si nous conservions l'appropriation individuelle des produits du travail, nous nous trouverions forc&#233;s de conserver la monnaie, partant une accumulation de richesses plus ou moins grande, selon plus ou moins de m&#233;rite, ou plut&#244;t d'adresse des individus. L'&#233;galit&#233; aurait ainsi disparu, puisque celui qui parviendrait &#224; poss&#233;der plus de richesses se serait d&#233;j&#224; &#233;lev&#233; par cela m&#234;me au-dessus du niveau des autres Il ne resterait plus qu'un pas &#224; faire pour que les contre-r&#233;volutionnaires &#233;tablissent le droit d'h&#233;ritage. Et, en effet, j'ai entendu un socialiste de renom, soi-disant r&#233;volutionnaire, qui soutenait l'attribution individuelle des produits, finir par d&#233;clarer qu'il ne verrait pas d'inconv&#233;nients &#224; ce que la soci&#233;t&#233; adm&#238;t la transmission de ces produits en h&#233;ritage : la chose selon lui, ne porterait pas &#224; cons&#233;quence. Pour nous qui connaissons de pr&#232;s les r&#233;sultats auxquels la soci&#233;t&#233; en est arriv&#233;e avec cette accumulation des richesses et leur transmission par h&#233;ritage, il ne peut pas y avoir de doute &#224; ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'attribution individuelle des produits r&#233;tablirait non seulement l'in&#233;galit&#233; parmi les hommes, elle r&#233;tablirait encore l'in&#233;galit&#233; entre les diff&#233;rents genres de travail. Nous verrions repara&#238;tre imm&#233;diatement le travail &#034;propre&#034; et le travail &#034;malpropre&#034;, le travail &#034;noble&#034; et le travail &#034;ignoble&#034; : le premier serait fait par les plus riches, le second serait l'attribution des plus pauvres. Alors ce ne serait plus la vocation et le go&#251;t personnel qui d&#233;termineraient l'homme &#224; s'adonner &#224; tel genre d'activit&#233; plut&#244;t qu'&#224; un autre : ce serait l'int&#233;r&#234;t, l'espoir de gagner davantage dans telle profession. Ainsi rena&#238;traient la paresse et la diligence, le m&#233;rite et le d&#233;m&#233;rite, le bien et le mal, le vice et la vertu, et, par cons&#233;quent, la &#034;r&#233;compense&#034;, d'un c&#244;t&#233;, et la &#034;punition&#034;, de l'autre, la loi, le juge, le sbire et la prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des socialistes qui persistent &#224; soutenir cette id&#233;e de l'attribution individuelle des produits du travail en faisant valoir le sentiment de la justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etrange illusion ! Avec le travail collectif, que nous impose la n&#233;cessit&#233; de produire en grand et d'appliquer sur une large &#233;chelle les machines, avec cette tendance, toujours plus grande, du travail moderne &#224; se servir du travail des g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes, - comment pourra d&#233;terminer ce qui est la part du produit de l'un et la part du produit d'un autre ? C'est absolument impossible, et nos adversaires le reconnaissent si bien eux-m&#234;mes, qu'ils finissent par dire : &#034;Eh bien ! nous prendrons pour base de la r&#233;partition l'heure de travail&#034; ; mais, en m&#234;me temps, ils admettent eux-m&#234;mes que ce serait injuste, puisque trois heures du travail de Pierre peuvent souvent valoir cinq heures du travail de Paul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrefois nous nous disions &#034;collectivistes&#034;, puisque c'&#233;tait le mot qui nous distinguait des individualistes et des communistes autoritaires ; mais, au fond, nous &#233;tions tout bonnement communistes antiautoritaires, et en nous disant &#034;collectivistes&#034;, nous pensions exprimer par ce nom notre id&#233;e que tout doit &#234;tre mis en commun, sans faire de diff&#233;rence entre les instruments et mati&#232;res de travail et les produits du travail collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, un beau jour, nous avons vu surgir encore une nouvelle nuance de socialistes qui, ressuscitant les errements du pass&#233;, se mirent &#224; philosopher, &#224; distinguer, &#224; diff&#233;rencier sur cette question, et qui finirent par se faire les ap&#244;tres de la th&#232;se suivante :&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&#034;&lt;i&gt;Il existe &#8211; disent-ils &#8211; des valeurs d'usage et des valeurs de production. Les valeurs d'usage sont celles que nous employons &#224; satisfaire nos besoins personnels : c'est la maison que nous habitons, les vivres que nous consommons, les v&#234;tements, les livres, etc., tandis que les valeurs de production sont celles dont nous nous servons pour produire : c'est l'atelier, les hangars, l'&#233;table, les magasins, les machines et les instruments de travail de toute sorte, le sol, mati&#232;res de travail, etc. Les premi&#232;res valeurs qui servent &#224; satisfaire les besoins de l'individu &#8211; disent-ils &#8211; doivent &#234;tre d'attribution individuelle, tandis que les secondes, celles qui servent &#224; tous pour produire, doivent &#234;tre d'attribution collective.&lt;/i&gt;&#034;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Telle fut la nouvelle th&#233;orie &#233;conomique trouv&#233;e, ou plut&#244;t renouvel&#233;e pour le besoin.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je vous demande, &#224; vous qui donnez l'aimable titre de valeur de production au charbon qui sert &#224; alimenter la machine, &#224; l'huile servant pour la graisser, &#224; l'huile qui &#233;claire sa marche &#8211; pourquoi le refuserez-vous au pain et, &#224; la viande dont je me nourris, &#224; l'huile dont j'assaisonne ma salade, au gaz qui &#233;claire mon travail, &#224; tout ce qui sert &#224; faire vivre et marcher la plus parfaite de toutes les machines, le p&#232;re de toutes les machines : l'homme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous classez dans les valeurs de production la prairie et l'&#233;table qui sert &#224; abriter les b&#339;ufs et les chevaux et vous voulez en exclure les maisons et les jardins qui servent au plus noble de tous les animaux : l'homme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;O&#249; est donc votre logique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, vous-m&#234;mes qui vous faites les ap&#244;tres de cette th&#233;orie, vous savez parfaitement que cette d&#233;marcation n'existe pas en r&#233;alit&#233;, et que, s'il est difficile de la tracer aujourd'hui, elle dispara&#238;tra compl&#232;tement le jour o&#249; tous seront producteurs en m&#234;me temps que consommateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est donc pas cette th&#233;orie, on le voit, qui aurait pu donner une force nouvelle aux partisans de l'attribution individuelle des produits du travail. Cette th&#233;orie n'a obtenu qu'un seul r&#233;sultat : celui de d&#233;masquer le jeu de ces quelques socialistes qui voulaient att&#233;nuer la port&#233;e de l'id&#233;e r&#233;volutionnaire ; elle nous a ouvert les yeux et nous a montr&#233; la n&#233;cessit&#233; de nous d&#233;clarer tout carr&#233;ment communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais enfin abordons la seule et unique objection s&#233;rieuse que nos adversaires aient avanc&#233;e contre le communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous sont d'accord que nous allons n&#233;cessairement vers le communisme, mais on nous observe qu'au commencement, les produits n'&#233;tant pas assez abondants, il faudra &#233;tablir le rationnement, le partage, et que le meilleur partage des produits du travail serait celui bas&#233; sur la quantit&#233; du travail que chacun aura faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ceci nous r&#233;pondons que, dans la soci&#233;t&#233; future, lors m&#234;me que l'on serait oblig&#233; de faire le rationnement, on devrait rester communistes : c'est-&#224;-dire le rationnement devrait se faire, non pas selon les m&#233;rites, mais selon les besoins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons la famille, ce mod&#232;le du petit communisme (d'un communisme autoritaire plut&#244;t qu'anarchiste, il est vrai, ce qui, d'ailleurs, dans notre exemple, ne change rien).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la famille, le p&#232;re apporte, supposons cent sous par jour, l'a&#238;n&#233; trois francs, un gar&#231;on plus jeune, quarante sous, et le gamin seulement vingt sous par jour. Tous apportent l'argent &#224; la m&#232;re qui tient la caisse et qui leur donne &#224; manger. Tous apportent in&#233;galement, mais au d&#238;ner chacun se sert &#224; sa guise et selon son app&#233;tit ; il n'y a pas de rationnement. Mais viennent les mauvais jours, et la d&#232;che force la m&#232;re &#224; ne plus s'en remettre &#224; l'app&#233;tit et au go&#251;t de chacun pour la distribution du d&#238;ner. Il faut faire un rationnement et, soit par l'initiative de la m&#232;re, soit par convention tacite de tous, les portions sont r&#233;duites. Mais voyez, cette r&#233;partition ne se fait pas suivant les m&#233;rites, car c'est le plus jeune gar&#231;on et le gamin surtout qui re&#231;oivent la plus grosse part, et quant au morceau choisi, il est r&#233;serv&#233; pour la vieille qui ne rapporte rien du tout. M&#234;me pendant la disette, on applique dans la famille ce principe de rationnement selon les besoins. En serait-il autrement dans la grande famille humaine de l'avenir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident qu'il y aurait &#224; dire davantage sur ce sujet, si je ne le traitais pas devant des anarchistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut pas &#234;tre anarchiste sans &#234;tre communiste. En effet, la moindre id&#233;e de limitation contient d&#233;j&#224; en elle-m&#234;me les germes d'autoritarisme. Elle ne pourrait pas se manifester sans engendrer imm&#233;diatement la loi, le juge, le gendarme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons &#234;tre communistes, car c'est dans le communisme que nous r&#233;aliserons la vraie &#233;galit&#233;. Nous devons &#234;tre communistes, parce que le peuple, qui ne comprend pas les sophismes collectivistes, comprend parfaitement le communisme comme les amis Reclus et Kropotkine l'ont d&#233;j&#224; fait remarquer. Nous devons &#234;tre communistes, parce que nous sommes des anarchistes, parce que l'anarchie et le communisme sont les deux termes n&#233;cessaires de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&#034;Anarchie et communisme&#034; est la reproduction du rapport lu par Carlo Cafiero en 1880 &#224; l'occasion du congr&#232;s de la F&#233;d&#233;ration jurassienne de l'A.I.T. (Association Internationale des Travailleurs) &#224; Chaux-de-Fonds. Ce texte de Cafiero fut publi&#233; pour la premi&#232;re fois la m&#234;me ann&#233;e &#224; Gen&#232;ve, dans le journal anarchiste &lt;i&gt;Le R&#233;volt&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;El&#233;ments biographiques&lt;/strong&gt; (repris et adapt&#233;s du site &#171; &lt;a href=&#034;http://www.drapeaunoir.org/italie/cafiero.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Drapeau Noir&lt;/a&gt; &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233; le 1er septembre 1846 &#224; Barletta, province des Pouilles, en Italie, Carlo Cafiero est issu d'une famille bourgeoise. Il effectue des &#233;tudes de droit puis voyage en France, en Russie et en Angleterre o&#249; il se lie d'amiti&#233; avec Friedrich Engels. Celui-ci lui fait d&#233;couvrir le socialisme et le charge, en juin 1871, de consolider les sections de l'Internationale en Italie. A Florence et &#224; Naples, il prend contact avec des groupes de militants, dont Errico Malatesta, et collabore au journal &#171; La Campana &#187; (&#171; La Cloche &#187;). Du 4 au 6 ao&#251;t 1872, &#224; Rimini, il pr&#233;side la conf&#233;rence des sections italiennes de l'Internationale qui prend la d&#233;cision de rompre avec le communisme autoritaire et le conseil g&#233;n&#233;ral de Londres (qui voulait supprimer l'autonomie des sections). Le 2 septembre 1872, le congr&#232;s de La Haye (les sections italiennes n'y assistent pas) marque la rupture d&#233;finitive entre autoritaires (proches de Karl Marx) et anti-autoritaires (proches de Mikha&#239;l Bakounine). Carlo Cafiero, pr&#233;sent en tant qu'observateur, d&#233;noncera l'exclusion de Bakounine et de James Guillaume. Il participe ensuite, les 15 et 16 septembre 1872, au congr&#232;s international antiautoritaire de Saint-Imier, qui signe en quelque sorte l'acte de naissance du mouvement anarchiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1877, il participe au mouvement insurrectionnel de la &#171; bande du Matese &#187; qui tente de proclamer le communisme libertaire dans divers villages de la province de B&#233;n&#233;vent. Il est arr&#234;t&#233; avec ses compagnons, quelques jours plus tard, et passe quinze mois en prison pendant lesquels il traduit &#171; Le Capital &#187; de Marx. Le proc&#232;s se d&#233;roule en ao&#251;t 1878 et se solde par un acquittement g&#233;n&#233;ral.&lt;br&gt;
A partir de 1883, sa sant&#233; mentale se d&#233;t&#233;riore et il sombre peu &#224; peu dans la folie. Apr&#232;s plusieurs internements, il meurt le 17 juillet 1892 &#224; l'asile de Nocera Inferiore (Campanie).&lt;br&gt;
Cafiero &#233;tait mari&#233; &#224; une militante r&#233;volutionnaire russe, Olimpiada Evgrafovna Kutuzova.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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