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		<title>Gouttes de soleil dans le labyrinthe de b&#233;ton</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Groupe R&#233;volutionnaire Charlatan</dc:creator>


		<dc:subject>Situationnistes et apparent&#233;-e-s</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>
		<dc:subject>Insurrections, r&#233;voltes, &#233;meutes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Notes sur le soul&#232;vement de juin-juillet 2023 dans les quartiers ghetto&#239;s&#233;s de France suite &#224; l'assassinat par la police de Nahel &#224; Nanterre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sommaire :&lt;br class='manualbr' /&gt;- Embrasement&lt;br class='manualbr' /&gt;- La clart&#233; dans la confusion&lt;br class='manualbr' /&gt;- Consummitum Est&lt;br class='manualbr' /&gt;- Tout nier devient vital&lt;br class='manualbr' /&gt;- La partie qui abolit le tout&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique13" rel="directory"&gt;G&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot15" rel="tag"&gt;Situationnistes et apparent&#233;-e-s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot92" rel="tag"&gt;Insurrections, r&#233;voltes, &#233;meutes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH87/gouttes-de-soleil-300-c3143.png?1780497631' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='87' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/gouttes-de-soleil-150.png?1692377756&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Vous les avez laiss&#233;s en proie au labyrinthe ;&lt;br class='manualbr' /&gt;Ils sont votre &#233;pouvante et vous &#234;tes leur crainte. [&#8230;]&lt;br class='manualbr' /&gt;Acharnez-vous ! Soyez les bien venus, outrages.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est pour vous obtenir, injures, fureurs, rages,&lt;br class='manualbr' /&gt;Que nous, les combattants du peuple, nous souffrons,&lt;br class='manualbr' /&gt;La gloire la plus haute &#233;tant faite d'affronts. &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Victor Hugo, &#171; &#192; ceux qu'on foule aux pieds &#187;, &lt;i&gt;L'Ann&#233;e terrible&lt;/i&gt;, 1872&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;EMBRASEMENT&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Entre le 27 juin et le 4 juillet 2023, la population des quartiers ghetto&#239;s&#233;s s'est soulev&#233;e. L'assassinat par la police de Nahel, un adolescent de 17 ans pour un refus d'obtemp&#233;rer &#224; Nanterre (92), s'est d&#233;velopp&#233; en une semaine de r&#233;volte g&#233;n&#233;ralis&#233;e atteignant jusqu'aux centres des villes. Les renforts croissants des forces de l'ordre n'ont d'abord pas &#233;t&#233; capables de reprendre le contr&#244;le de la rue. D&#232;s le deuxi&#232;me soir, des insurg&#233;s arm&#233;s tiraient sur les cam&#233;ras de vid&#233;osurveillance. Le troisi&#232;me soir, une armurerie &#233;tait pill&#233;e &#224; Vitry-sur-Seine (94) et la police essuyait des tirs &#224; Cayenne (97). Le quatri&#232;me soir, des fusils &#233;taient d&#233;rob&#233;s dans une armurerie &#224; Marseille (13) et des policiers essuyaient des tirs d'arme &#224; feu &#224; Vaulx-en-Velin (69) et N&#238;mes (30). Des dizaines de milliers de policiers et de troupe d'&#233;lites sp&#233;cialis&#233;es dans la lutte antiterroriste et le grand banditisme &#8211; le RAID, le GIGN, et la BRI &#8211; ont d&#251; &#234;tre jet&#233;es dans la lutte pour &#233;craser le soul&#232;vement, soutenus par plusieurs h&#233;licopt&#232;res et des v&#233;hicules blind&#233;s. Ils &#233;taient jusqu'&#224; 45 000 &#224; &#234;tre d&#233;ploy&#233;s &#224; travers le pays, soit l'&#233;quivalent d'un corps d'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les insurg&#233;s, massivement issus de la jeunesse ghetto&#239;s&#233;e, ont d'un seul et m&#234;me geste d&#233;clar&#233; la guerre &#224; la domination polici&#232;re &#8211; qui venait de d&#233;passer les limites de ce que toute une g&#233;n&#233;ration &#233;tait pr&#234;te &#224; accepter &#8211; et &#224; la domination de la politique et de l'&#233;conomie sur leur vie. V&#233;ritables exil&#233;s de l'int&#233;rieur, condamn&#233;s &#224; la condition d'&#233;tranger universel dans le pays qui les a vus na&#238;tre, les insurg&#233;s &#233;taient sans illusion : leur exclusion constitue le fondement et la survie de cette soci&#233;t&#233; qui ne leur promet aucun avenir. R&#233;cusant les fausses promesses et les mensonges vains, les insurg&#233;s ont proc&#233;d&#233; au saccage syst&#233;matique et sans concession des instruments de la domination : mairies, commissariats, espaces scolaires et culturels, agences bancaires, cam&#233;ras de vid&#233;osurveillance, commerces, transports. Le deuxi&#232;me soir, un groupe d'insurg&#233;s a tent&#233; d'envahir la prison de Fresnes (94) pour lib&#233;rer les d&#233;tenus qui y &#233;taient incarc&#233;r&#233;s. Chaque cible d&#233;voilait une impasse suppl&#233;mentaire du labyrinthe de b&#233;ton et de contr&#244;le &#224; laquelle ils refusaient de se r&#233;signer. Contrairement &#224; ce qui a pu &#234;tre dit, les insurg&#233;s n'ont pas br&#251;l&#233; &#171; leurs quartiers &#187; : ils ont br&#251;l&#233; les enfers concentrationnaires et disciplinaires que le pouvoir et l'&#233;conomie ont b&#226;tis pour eux. N'en d&#233;plaise &#224; la gauche et aux classes d'encadrement &#8211; sociologues, urbanistes, juges, enseignants, employ&#233;s de mairie et consorts &#8211;, cela inclut aussi bien la mairie du Val Fourr&#233; &#224; Mantes-la-Jolie (78) que le groupe scolaire Angela Davis de la ville de B&#233;zons (95) et le centre commercial Croix-Blanche au M&#233;e-sur-Seine (77). Contrairement &#224; ce que la classe politique et les commentateurs m&#233;diatiques ont pu affirmer, il n'y a pas eu de retour &#224; la normal. Au contraire. Tout blindage s&#233;curitaire trouvant sa justification dans le r&#233;tablissement de l'ordre, le pouvoir politique a r&#233;pondu &#224; la r&#233;volte par l'extension du r&#233;gime d'exception : recours &#224; des forces d'&#233;lite pour des missions de maintien de l'ordre, syst&#233;matisation des peines de prison ferme, criminalisation des parents des pr&#233;venus mineurs, censure des r&#233;seaux sociaux, arrestations ill&#233;gales d'insurg&#233;s pr&#233;sum&#233;s par des militaires en civil, mise au pas des magistrats et de l'institution judiciaire par un ex&#233;cutif qui venait &#224; peine d'enterrer le pouvoir l&#233;gislatif, etc. Selon les chiffres officiels, plus de 11 000 incendies sur la voie publique, pr&#232;s de 6 000 v&#233;hicules br&#251;l&#233;s et plus d'un millier &#8211; jusqu'&#224; 2 500 selon la droite parlementaire &#8211; de d&#233;gradations lourdes &#224; l'encontre de b&#226;timents ont &#233;t&#233; recens&#233;s, parmi lesquels plus d'une centaine de mairies. Plus de 250 commissariats, casernes de gendarmerie et postes de police municipale ont &#233;t&#233; attaqu&#233;s. Plus de 700 policiers et gendarmes ont &#233;t&#233; bless&#233;s pendant les affrontements, dont une dizaine par des tirs d'arme &#224; feu ou &#224; plomb. Plus de 200 &#233;tablissements scolaires ont &#233;t&#233; d&#233;grad&#233;s. Parmi le millier de commerces pris pour cible, on compte environ 200 commerces alimentaires &#8211; dont 30 ont fini en cendres &#8211;, 250 bureaux de tabac et 300 agences bancaires. Enfin, l'Association des maires des France fait &#233;tat de 150 &#233;lus locaux, principalement des maires, menac&#233;s ou attaqu&#233;s pendant le soul&#232;vement. Pr&#232;s de 3 400 personnes ont &#233;t&#233; interpell&#233;es, parmi lesquelles 30% de mineurs, avec une moyenne d'&#226;ge de 17 ans ; 95% des interpell&#233;s ont &#233;t&#233; condamn&#233;s, et 600 ont &#233;t&#233; incarc&#233;r&#233;s. Pour le MEDEF, principal syndicat patronal, l'insurrection aurait co&#251;t&#233; un milliard d'euros aux entreprises, sans compter les pertes li&#233;es aux annulations de r&#233;servations et aux fermetures impos&#233;es. Le troisi&#232;me soir, &#224; Cayenne en Guyane (97), un homme observant des affrontements depuis son balcon &#233;tait abattu par une balle perdue en plein direct de France Info, possiblement par un tir policier. Le m&#234;me jour, des affrontements &#233;clataient &#224; Molenbeek, &#224; c&#244;t&#233; de Bruxelles. Pris de panique, la police de Li&#232;ge a r&#233;agi en r&#233;alisant une trentaine d'arrestations pr&#233;ventives le lendemain et s'est d&#233;ploy&#233;e pour pr&#233;venir une &#233;ventuelle propagation des violences. Le quatri&#232;me soir, un homme est d&#233;c&#233;d&#233; en scooter &#224; Marseille (13), vraisemblablement tu&#233; par un tir de LBD, tandis qu'un autre &#233;t&#233; plong&#233; dans le coma par le RAID &#224; Mont-Saint-Martin (54), touch&#233; &#224; la t&#234;te par un tir de munition &#171; beanbag &#187;. Le lendemain, une &#233;quipe de la BAC de Marseille a laiss&#233; un homme pour mort apr&#232;s lui avoir tir&#233; dans la tempe au LBD puis rou&#233; de coups au sol, provoquant une rupture d'an&#233;vrisme. Le sixie&#768;me soir, la ville de Lausanne en Suisse s'est &#233;galement agit&#233;e en &#233;cho au meurtre de Nahel, apr&#232;s l'acquittement d'un policier inculp&#233; pour l'assassinat d'un homme le 28 f&#233;vrier 2018.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA CLART&#201; DANS LA CONFUSION&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;v&#233;nement r&#233;volutionnaire est une clarification en actes des probl&#232;mes existants. Et les r&#233;actions qu'il suscite, de tous c&#244;t&#233;s, d&#233;voilent toujours les diverses nuances de pens&#233;e de ses adversaires. Comme cette jeunesse insurg&#233;e n'avait aucun chef ; comme elle s'&#233;tait constitu&#233;e et reconnue comme une force se suffisant &#224; elle-m&#234;me, suffisamment puissante pour refuser la r&#233;cup&#233;ration politique et son chantage &#224; la revendication, c'&#233;tait le moment de v&#233;rit&#233; dans chaque camp. Le gouvernement a jug&#233; inexcusables les violences, et &#233;cart&#233; d'embl&#233;e toute perspective de dialogue social avec les insurg&#233;s, estimant que ce r&#244;le incombait &#224; leurs parents. Le 30 juin, deux syndicats policiers &#8211; Alliance et Unsa Police &#8211; qualifiaient les insurg&#233;s de &#171; nuisibles &#187;, d&#233;cr&#233;taient l'&#233;tat de guerre (civile), et annon&#231;aient qu'ils soutiendraient les forces de l'ordre mobilis&#233;es dans toutes leurs actions, fussent-elles meurtri&#232;res. Le lendemain, des agents de la CRS 8, compagnie sp&#233;cialis&#233;e dans la r&#233;pression des &#171; violences urbaines &#187;, t&#233;l&#233;phonaient au standard de Sud Radio pour expliquer que cogner sur la population leur procurait &#171; des sensations qui m&#232;nent &#224; l'&#233;rection &#187;. Le lendemain, cette compagnie &#233;tait envoy&#233;e en renforts &#224; Lyon (69) pour r&#233;pondre &#224; la demande de renforts lanc&#233;e par son maire, l'&#233;cologiste-NUPES Gr&#233;gory Doucet. La gauche, qui n'existe plus que par la dissociation dans l'&#233;poque, &#233;tait au premier rang pour appeler au calme et &#224; l'apaisement. Sabrina Sebaihi, d&#233;put&#233;e &#233;cologiste-NUPES dans les Hauts-de-Seine (95), n'a pas attendu pour fustiger les fauteurs de trouble press&#233;s de faire passer ses administr&#233;s pour des &#171; sauvages &#187;. La commission ex&#233;cutive de la CFDT, deuxi&#232;me syndicat de salari&#233;s du pays, a condamn&#233; les violences au nom de la d&#233;fense de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des sacrosaints services publics. Toute la classe politique fran&#231;aise s'est offusqu&#233;e devant les incendies d'&#233;tablissements scolaires et de moyens de transport en commun. Il faut dire que le service public repr&#233;sente le nec plus ultra en mati&#232;re d'&#233;dulcoration du contr&#244;le social. Ce cache-mis&#232;re est l'alpha et l'om&#233;ga de toute intervention politique visant &#224; maintenir les quartiers ghetto&#239;s&#233;s dans leur l&#233;thargie artificielle. Les institutions religieuses n'ont pas manqu&#233; de se poser en d&#233;fenseuses du statu quo : le lendemain de l'assassinat de Nahel, l'&#233;v&#234;que de Nanterre, Monseigneur Roug&#233;, a appel&#233; &#224; &#171; r&#233;tablir un climat d'apaisement durable &#187; &#8211; tout en r&#233;servant ses billets pour participer &#224; l'universit&#233; d'&#233;t&#233; d'une organisation catholique int&#233;griste dans le Loir-et-Cher (41). M&#234;me r&#233;action au Conseil fran&#231;ais du culte musulman, au lendemain de la quatri&#232;me nuit de violences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux organisations sp&#233;cialis&#233;es dans la question des violences polici&#232;res, elles ont su d&#233;fendre leur pr&#233; carr&#233; et affirmer leur repr&#233;sentativit&#233; aupr&#232;s de la gauche. La vie et la m&#233;moire des victimes des violences polici&#232;res n'appartiennent &#224; personne en particulier : si le deuil revient naturellement &#224; leurs proches, la centralit&#233; de la famille dans la lutte pour la v&#233;rit&#233; et la justice n'a rien de naturel. Cette personnification permet toujours aux collectifs militant pour la judiciarisation des violences polici&#232;res de trouver une incarnation m&#233;diatique, et de s'imposer comme les repr&#233;sentants des &#171; banlieues &#187;. Mais la r&#233;volte provoqu&#233;e par la mort de Nahel n'avait pas de chef. Elle avait n&#233;anmoins la d&#233;cence de ne pas en appeler &#224; la justice d'&#201;tat, celle-l&#224; m&#234;me sp&#233;cialis&#233;e dans le blanchiment des meurtres policiers et l'incarc&#233;ration &#224; la cha&#238;ne des pauvres. La &#171; justice &#187; qu'elle r&#233;clamait &#233;tait tout l'inverse de celle dispens&#233;e dans les tribunaux. Nous ne pensons pas qu'il y ait de juste condamnation, dont la gravit&#233; nous permettrait de parler de victoire contre les violences polici&#232;res. Nous avons l'honn&#234;tet&#233; de l'avouer, contrairement &#224; celles et ceux qui font leur m&#233;tier d'envoyer la contestation du monopole &#233;tatique de la violence dans l'impasse. Car c'est bien ce que fait la gauche, qu'elle soit politique ou associative, blanche ou banlieusarde, quand elle est &#171; en deuil et en col&#232;re &#187; et qu'elle d&#233;clare que &#171; l'escalade des violences est une impasse et doit cesser &#187;. La gauche &#224; l'unisson ob&#233;it &#224; Macron : les adultes responsables ne cachent plus leur paternalisme et font la morale &#224; la jeunesse insurg&#233;e. Comme si cette derni&#232;re ne savait pas que la violence ne ram&#232;ne pas les morts. Et comme si elle n'avait pas compris que les marches citoyennes non seulement ne les ram&#232;nent pas davantage, mais ne ram&#232;nent m&#234;me pas les meurtriers devant les tribunaux. Il aura fallu sept ans pour que trois des quatre policiers impliqu&#233;s dans l'agression et la mutilation de Th&#233;o Luhaka &#224; Aulnay-sous-Bois (93), en f&#233;vrier 2017, soient entendus par la justice. Peu importe pour la gauche : ce qui compte, c'est la sup&#233;riorit&#233; morale que lui conf&#232;re sa strat&#233;gie victimaire et perdante. Demain, c'est comme hier : la gauche &#233;chouera, comme toujours, &#224; faire condamner les &#171; bavures &#187; ; de m&#234;me qu'elle a &#233;chou&#233; &#224; faire dissoudre la BRAV-M, elle &#233;chouera aussi &#224; faire abroger la loi de 2017 sur l'extension de la l&#233;gitime d&#233;fense des policiers. Mais rassurons- nous : 13 organisations politiques, 39 collectifs, 28 associations et 9 syndicats se sont r&#233;unis pour organiser des marches citoyennes. Faisons-leur confiance pour conjurer l'antagonisme ; pour enfoncer le dernier clou au cercueil de la r&#233;volte pour Nahel, et enterrer la question de la dissolution de la police sous le d&#233;bat sur sa r&#233;forme r&#233;publicaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ceux qui allaient jusqu'&#224; voir les justifications apparentes de la col&#232;re des insurg&#233;s et des habitants des quartiers ghetto&#239;s&#233;s, tous les penseurs et les responsables de la gauche et de son n&#233;ant, ont d&#233;plor&#233; les pillages, le d&#233;sordre et les milliers de foyers d'incendie par lesquelles cette jeunesse insurg&#233;e a &#233;clair&#233; ses batailles et ses f&#234;tes. Mais qui a pris la d&#233;fense des insurg&#233;s dans les termes qu'ils m&#233;ritent ? Nous allons le faire. Laissons les &#233;conomistes pleurer sur le milliard d'euros perdus, les urbanistes sur leurs infrastructures et leurs supermarch&#233;s partis en fum&#233;e, et Darmanin sur ses troufions allum&#233;s au feu d'artifice ; laissons les sociologues se lamenter sur l'absurdit&#233; et l'ivresse de cette r&#233;volte. C'est le r&#244;le d'une publication r&#233;volutionnaire, non seulement de donner raison aux insurg&#233;s, mais de contribuer &#224; leur donner leurs raisons, d'expliquer th&#233;oriquement la v&#233;rit&#233; dont l'action pratique exprime ici la recherche. La r&#233;volte des quartiers ghetto&#239;s&#233;s, quand elle parvient &#224; s'affirmer avec cons&#233;quence, d&#233;voile les contradictions du capitalisme le plus avanc&#233;. La critique th&#233;orique de la soci&#233;t&#233; moderne, dans ce qu'elle a de plus radical, est &#233;clair&#233;e par cette critique en actes de cette m&#234;me soci&#233;t&#233;. Ces deux critiques s'expliquent l'une par l'autre ; incompr&#233;hensibles s&#233;par&#233;ment, elles restent totalement opaques &#224; la fausse conscience progressiste et mis&#233;rabiliste de la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;CONSUMMITUM EST&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'affrontement g&#233;n&#233;ralis&#233; attendu depuis 2005, n'avait &#233;t&#233; jusqu'ici que le spectacle d'un affrontement possible. Les manifestations de la jeunesse ghetto&#239;s&#233;e avaient &#233;t&#233; maintenues, par les gouvernements successifs et le racisme structurel, dans une indiff&#233;rence qui permettait les pires violences des forces de l'ordre. La multiplication des scandales, en grande partie r&#233;v&#233;l&#233;e par les vid&#233;os amateurs rendues accessibles par les r&#233;seaux sociaux et les m&#233;dias de masse, avait principalement permis d'alimenter le d&#233;bat public sur les &#171; bavures &#187; et le racisme policier, devenu continue. Mais ce d&#233;bat est bien en-de&#231;&#224; des exigences de l'&#233;poque, notamment parce qu'il refuse de poser s&#233;rieusement la question de la dissolution de la police dans un r&#233;gime qui, pr&#233;cis&#233;ment, ne tient plus que par elle. La jeunesse ghetto&#239;s&#233;e a l'habitude de r&#233;pondre aux violences polici&#232;res par des affrontements localis&#233;s &#8211; en 2007 &#224; Villiers-le-Bel (95), en 2009 &#224; Saint-&#201;tienne (42), en 2010 &#224; Grenoble (38), en 2018 en Loire- Atlantique (44) &#8211; ou diffuses &#8211; en 2005 et en 2017. Ces affrontements nourrissent toujours la strat&#233;gie l&#233;galiste, qui pose la question des violences polici&#232;res d'un point de vue moral, qui enferme les habitants des quartiers ghetto&#239;s&#233;s dans une posture victimaire, et qui consacre l'autorit&#233; de l'institution judiciaire &#224; laquelle elle continue maladivement de faire appel. La centralit&#233; des &#171; &#233;meutes de banlieue &#187;, c'est le probl&#232;me de la condition des jeunes ghetto&#239;s&#233;e. Or celui-ci est syst&#233;matiquement &#233;vacu&#233;, soit ni&#233; soit noy&#233; sous la rh&#233;torique du manque de services publics. Et pour cause : il est impossible &#224; regarder en face pour ceux qui aspirent &#224; diriger cette soci&#233;t&#233;. Voil&#224; pourquoi on en d&#233;laisse toujours la nature profonde des affrontements pour en revenir &#224; leur singularit&#233;, &#224; la &#171; goutte d'eau &#187; et, ultimement, &#224; la fausse solution du service public &#8211; c'est-&#224;-dire de l'encadrement par la bonne gouvernance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La donn&#233;e de base est que le mouvement pour la reconnaissance et la condamnation des violences polici&#232;res ne pose, par des moyens l&#233;gaux, que des probl&#232;mes l&#233;gaux. Or, il est irrationnel de qu&#233;mander l&#233;galement devant l'ill&#233;galit&#233; patente, comme si elle &#233;tait un non-sens qui se dissoudrait de lui-m&#234;me une fois expos&#233; aux yeux de tous. Il est &#233;vident que l'ill&#233;galit&#233; superficielle, outrageusement visible, encore appliqu&#233;e aux quartiers ghetto&#239;s&#233;s trouve ses racines dans une contradiction &#233;conomique et sociale qui d&#233;passe le ressort des lois existantes. Qu'aucune loi juridique future ne pourra d&#233;faire les lois fondamentales de cette soci&#233;t&#233; o&#249; les jeunes ghetto&#239;s&#233;es osent demander le droit de vivre. Car c'est bien de cela dont il s'agit ici. Or, la possibilit&#233;-m&#234;me pour eux de d&#233;passer le stade de survie organis&#233;e &#224; laquelle cette soci&#233;t&#233; les r&#233;duit, d&#233;pend directement de leur capacit&#233; &#224; lui imposer une subversion totale. La n&#233;cessit&#233; de cette subversion appara&#238;t naturellement &#224; chaque fois qu'ils en viennent &#224; adopter des moyens ill&#233;gaux. Or, le passage &#224; de tels moyens d&#233;passe largement le cadre et la temporalit&#233; des soul&#232;vements : il survient dans leur vie quotidienne, dont il conditionne une part non-n&#233;gligeable des sc&#232;nes et des lois. C'est cette d&#233;brouillardise que la police, la justice et les politiciens appellent &#171; d&#233;linquance &#187;, et qui traduit en r&#233;alit&#233; la somme des entorses et des arrangements sur lesquels repose la possibilit&#233; d'une survie augment&#233;e dans les quartiers ghetto&#239;s&#233;s. Nous n'assistons pas &#224; la crise des jeunes ghetto&#239;s&#233;s dans notre soci&#233;t&#233; occidentale, mais bien &#224; la crise du statut de cette soci&#233;t&#233;, pos&#233;e d'abord parmi les jeunes ghetto&#239;s&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce qu'affirme l'extr&#234;me droite, et au-del&#224; des obsc&#233;nit&#233;s fonctionnalistes de la sociologie et de ses relais militants, le conflit ne se r&#233;duit pas &#224; une question raciale. Et il ne doit surtout pas &#234;tre r&#233;duit &#224; la question de la racialisation. D'abord, la jeunesse ghetto&#239;s&#233;e ne s'est pas divis&#233;e en fonction de sa couleur de peau, et s'est organis&#233;e selon des affects (l'amiti&#233;, la confiance) et des conditions mat&#233;rielles territorialis&#233;es (le b&#226;timent, le quartier). Ensuite, la communaut&#233; des insurg&#233;s ne s'est pas &#233;tendue aux commer&#231;ants, aux automobilistes, aux employ&#233;s et aux repr&#233;sentants politiques non-blancs. Carlos Martens Bilongo a trac&#233; sa route. La communaut&#233; des insurg&#233;s, en revanche, a pu s'&#233;tendre au-del&#224; de sa composition initiale sur la base d'une exp&#233;rience partag&#233;e de la violence &#233;tatique et polici&#232;re. Certes, de telles alliances n'&#233;taient nulle part jou&#233;es d'avance. Par endroits, elles se sont m&#234;me av&#233;r&#233;es impossibles. Les bandes organis&#233;es ont le droit de mener leurs actions ill&#233;galistes sans s'ouvrir &#224; la premi&#232;re personne venue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volte qui a embras&#233; le pays apr&#232;s la mort de Nahel &#233;tait une r&#233;volte contre la marchandise, et contre les hi&#233;rarchies sur lesquelles repose le monde de la marchandise. La jeunesse ghetto&#239;s&#233;e est une classe globalement sans avenir, une partie du prol&#233;tariat qui ne peut pas croire &#224; de r&#233;elles chances de promotion et d'int&#233;gration. Cette classe prend au mot la propagande du capitalisme moderne, sa publicit&#233; de l'abondance. Elle veut tout de suite tous les objets exhib&#233;s et abstraitement disponibles, parce qu'elle veut en faire usage. De ce fait, elle en r&#233;cuse la r&#233;alit&#233; marchande. Par le vol et le partage, elle a retrouv&#233; un usage qui d&#233;mentait aussit&#244;t la rationalit&#233; oppressive de la marchandise. Le pillage g&#233;n&#233;ralis&#233; manifestait la r&#233;alisation sommaire du principe : &#171; &#192; chacun selon ses faux besoins. &#187; C'est-&#224;-dire, des besoins d&#233;termin&#233;s et produits par le syst&#232;me &#233;conomique publicitaire que le pillage, pr&#233;cis&#233;ment, rejette et nie. Cette abondance &#233;tait prise au mot, v&#233;cue imm&#233;diatement et non poursuivie ind&#233;finiment dans le cycle infernal du travail et de l'achat. Sans l'interm&#233;diaire du patron, du policier et de l'argent, la consommation devient totale ; les d&#233;sirs, comme par ailleurs les besoins auxquels ils s'amalgament, s'assouvissent v&#233;ritablement. Celui qui d&#233;truit les marchandises refuse de rester prisonnier des formes arbitraires impos&#233;es &#224; son besoin. Il montre sa sup&#233;riorit&#233; humaine sur les marchandises. La consumation, le passage de la consommation &#224; l'accomplissement s'est r&#233;alis&#233; dans les flammes de Nanterre, de Marseille, de Neuilly-sur-Marne, de Lyon, de Strasbourg, de Roubaix, etc. &#201;videmment, ces pillages n'ont repr&#233;sent&#233; que des parenth&#232;ses dans le cycle de la marchandise. D'abord, parce qu'aucun butin n'annule la mis&#232;re. Puis, parce que les insurg&#233;s n'ont pas fait usage de l'ensemble de leur butin, dont une partie a &#233;t&#233; revendue. Ce que le Code P&#233;nal d&#233;signe comme &#171; recel de vol &#187; se pr&#233;sente en d&#233;finitive comme le capitalisme du pauvre, comme une forme de r&#233;appropriation prol&#233;tarienne tronqu&#233;e. Si elle permet de r&#233;cup&#233;rer une partie de la richesse dont la classe a &#233;t&#233; d&#233;poss&#233;d&#233;e, elle n'annule par le cycle marchand, mais le d&#233;place en-dehors des limites de la loi. Mais comme le dit l'adage : on veut des thunes en attendant le communisme.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8985 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH281/gouttes-de-soleil-marchandises-0e0b2.png?1780497631' width='500' height='281' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;TOUT NIER DEVIENT VITAL&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; de l'abondance trouve sa r&#233;ponse naturelle dans le pillage, qui fait instantan&#233;ment s'effondrer la marchandise en tant que telle, et en r&#233;v&#232;le l'ultima ratio : la force, la police et les autres d&#233;tachements sp&#233;cialis&#233;s qui poss&#232;dent dans l'&#201;tat le monopole de la violence arm&#233;e. Qu'est-ce qu'un policier ? C'est le serviteur actif de la marchandise, c'est l'homme totalement soumis &#224; la marchandise, par l'action duquel tel produit du travail humain reste une marchandise dont la volont&#233; magique est d'&#234;tre pay&#233;e, et non vulgairement un paquet de cigarettes, un bidon de lessive ou tout autre chose passive et insensible soumise au premier venu qui en fera usage. Les insurg&#233;s le savent : ils pourraient piller pendant dix ans et ne pas r&#233;cup&#233;rer la moiti&#233; de l'argent qu'on leur a vol&#233; dans ces lieux de consommation pendant toutes ces ann&#233;es. Entass&#233;e en p&#233;riph&#233;rie des m&#233;tropoles o&#249; s'&#233;tale la richesse maximale, la population des quartiers ghetto&#239;s&#233;s en est plus s&#233;par&#233;e que quiconque. En particulier celle qui compte Paris, hyper-centre fran&#231;ais du spectacle de l'abondance, dans son voisinage direct. On lui promet qu'elle acc&#232;dera, avec de la patience et de la volont&#233;, &#224; la prosp&#233;rit&#233; m&#233;ritocratique et consum&#233;riste. Mais chaque pas vers cette prosp&#233;rit&#233; l'en &#233;loigne inexorablement, parce qu'elle est plus d&#233;favoris&#233;e, moins qualifi&#233;e et plus facilement au ch&#244;mage, corv&#233;able et interchangeable &#224; merci. Rejet&#233;e du processus production avant m&#234;me d'y &#234;tre entr&#233;s, la soci&#233;t&#233; capitaliste d&#233;nie toute valeur humaine &#224; la jeunesse ghetto&#239;s&#233;e parce que son humanit&#233; n'a pas de valeur marchande dans l'&#233;conomie moderne. Dans la grande surface o&#249; elle est cens&#233;e se r&#233;aliser par la consommation, elle est toujours suspecte aux yeux des vigiles et des cam&#233;ras. Parce que c'est &#171; le lieu de la privation devenue plus riche &#187;, elle en sort toujours plus pauvre, mais jamais plus rassasi&#233;e. La hi&#233;rarchie qui l'&#233;crase n'est pas seulement celle du pouvoir d'achat comme fait &#233;conomique pur : elle est une inf&#233;riorit&#233; essentielle que lui imposent dans tous les aspects de la vie quotidienne les m&#339;urs et les pr&#233;jug&#233;s d'une soci&#233;t&#233; o&#249; tout pouvoir humain est align&#233; sur le pouvoir d'achat. De m&#234;me que sa richesse individuelle est toujours m&#233;pris&#233;e et suspecte, la richesse en argent ne peut pas le rendre v&#233;ritablement riche &#8211; et donc acceptable dans l'ali&#233;nation r&#233;publicaine et raciste. Contraint de repr&#233;senter la pauvret&#233; d'une soci&#233;t&#233; de richesse hi&#233;rarchis&#233;e, le jeune ghetto&#239;s&#233; ne sera jamais consid&#233;r&#233; comme un riche &#224; part enti&#232;re, mais toujours comme un banlieusard qui a r&#233;ussi. &#192; l'inverse, il sera toujours ramen&#233; par le mis&#233;rabilisme progressiste non pas &#224; sa pauvret&#233; individuelle, mais &#224; une certaine repr&#233;sentation de la pauvret&#233; qu'il est contraint d'incarner. R&#233;duire la r&#233;volte &#224; l'envers de la mis&#232;re, c'est occulter sa port&#233;e historique. Que les insurg&#233;s aient attaqu&#233; les services publics devrait suffire &#224; contredire la croyance progressiste selon laquelle la mis&#232;re trouverait sa solution dans une meilleure redistribution de la richesse publique et davantage d'investissements publics. Si les insurg&#233;s se sont soulev&#233;s &#224; cause de leur mis&#232;re, ce n'&#233;tait pas pour la mettre dans les mains de meilleurs gestionnaires. Conscients qu'il n'y a pas de marge confortable ni de ghetto enviable, les insurg&#233;s ont &#233;nonc&#233; un refus : celui de continuer d'exister en tant que produit de cette soci&#233;t&#233; merdique ; celui, pr&#233;cis&#233;ment, de ne plus &#234;tre r&#233;ductibles au statut d' &#171; exclus &#187; qui, pr&#233;cis&#233;ment, implique la promesse mensong&#232;re de leur impossible int&#233;gration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la premi&#232;re fois, ce n'est pas la mis&#232;re mais l'abondance mat&#233;rielle qu'il s'est agi de dominer selon de nouvelles lois. Comme on l'a vu, dominer l'abondance ne se r&#233;duit pas seulement &#224; en modifier la distribution, mais implique d'en red&#233;finir les orientations superficielles et profondes. C'est le premier pas d'une lutte immense, d'une port&#233;e infinie. Et la jeunesse ghetto&#239;s&#233;e n'est pas seule dans sa lutte : une nouvelle conscience r&#233;volutionnaire, celle de n'&#234;tre en rien ma&#238;tre de son activit&#233; et de sa vie, se d&#233;veloppe dans une frange grandissante de la population qui refuse le capitalisme moderne et qui, de fait, lui ressemble. Le prol&#233;tariat classique, dans la mesure m&#234;me o&#249; l'on avait pu provisoirement l'int&#233;grer au syst&#232;me capitaliste, n'avait pas int&#233;gr&#233; ses segments ghetto&#239;s&#233;s. On aurait tort de penser cette jeunesse trop b&#234;te ou trop ali&#233;n&#233;e pour comprendre l'impasse des modalit&#233;s de lutte dans lesquelles leurs parents se sont engag&#233;s et ont perdu. Cette r&#233;volte &#233;tait &#233;galement une r&#233;volte interne &#224; la classe, tourn&#233;e contre la dynamique habituelle de la r&#233;cup&#233;ration et de la capitulation. Le coup de b&#226;ton port&#233; contre Carlos Martens Bilongo n'&#233;tait pas un geste gratuit : il est venu rappeler au d&#233;put&#233; son inutilit&#233; du point de vue de la classe. Dor&#233;navant, l'activit&#233; autonome d'une part grandissante de la population qui nie les valeurs de la marchandise ouvre la perspective d'un p&#244;le d'unification pour tout ce qui refuse la logique de cette int&#233;gration au capitalisme. Le confort disponible ne sera jamais assez confortable pour satisfaire ceux qui cherchent ce qui n'est pas sur le march&#233; ; ce que le march&#233;, pr&#233;cis&#233;ment, &#233;limine. Qu'on ne s'y m&#233;prenne pas : la perspective d'un tel p&#244;le d'unification n'est pas celle d'un nouveau sujet r&#233;volutionnaire. Il ne s'agit pas de nier les particularit&#233;s ou de les soumettre &#224; l'universalit&#233; d'un sujet totalisant, mais bien s'attaquer &#224; ce qui les maintient s&#233;par&#233;es ; de provoquer une distorsion entre les identit&#233;s, leur temporalit&#233; et leur territorialisation, dans la n&#233;gation en actes du monde de la marchandise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En voulant participer effectivement et imm&#233;diatement &#224; l'abondance, qui la valeur officielle de toute soci&#233;t&#233; capitaliste moderne, la jeunesse ghetto&#239;s&#233;e a demand&#233; la r&#233;alisation imm&#233;diate et &#233;galitaire du spectacle : tout pour tous, tout de suite. Or, le spectacle de l'abondance n'entend pas &#234;tre pris &#224; la lettre, mais toujours suivi &#224; un infime degr&#233; de retard. On n'arr&#234;te jamais de lui courir apr&#232;s. Tout est permis, mais pas grand-chose n'est possible. Ainsi, c'est nier le spectacle que le prendre au mot &#8211; et, du m&#234;me coup, se nier en tant que classe ou segment de la classe. Il faut bien mesurer ce dont il est d&#233;sormais question : que les domin&#233;s s'affirment comme les n&#233;gateurs de la marchandise. Parce qu'ils aspirent &#224; une autre qualit&#233; de vie, ils veulent plus que les dominants. Paradoxalement, ces derniers ont &#233;t&#233; rendus esclaves de la marchandise, enti&#232;rement soumis et ralli&#233;s &#224; ses hi&#233;rarchies. Parce que leur richesse et leur confort mat&#233;riel leur permettent d'assouvir leurs envies &#233;l&#233;mentaires, ils parviennent &#224; se r&#233;aliser en tant que consommateurs. Voil&#224; le c&#339;ur d'un probl&#232;me insoluble, ou soluble uniquement avec la dissolution de cette soci&#233;t&#233; hi&#233;rarchis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA PARTIE QUI ABOLIT LE TOUT&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La jeunesse ghetto&#239;s&#233;e est un produit de l'industrie moderne, au m&#234;me titre que la cybern&#233;tique, la publicit&#233; et l'urbanisme. Elle en porte les contradictions, et en illustre sans doute de mani&#232;re privil&#233;gi&#233;e la d&#233;composition. Le paradis spectaculaire doit &#224; la fois l'int&#233;grer et la repousser. Comme la marchandise, le spectacle universel. Mais comme le monde de la marchandise est fond&#233; sur une opposition de classes, la marchandise elle-m&#234;me est hi&#233;rarchique. L'obligation pour la marchandise &#8211; et pour le spectacle, qui informe le monde de la marchandise &#8211; d'&#234;tre &#224; la fois universelle et hi&#233;rarchique, aboutit &#224; une hi&#233;rarchisation universelle. Qu'il s'agisse d'une hi&#233;rarchie entre le patron et son employ&#233; ou d'une hi&#233;rarchie entre les propri&#233;taires de deux mod&#232;les de voiture diff&#233;rents achet&#233;s &#224; cr&#233;dit, la marchandise cr&#233;e sans cesse de nouvelles hi&#233;rarchies, toujours changeantes. Mais l'absurdit&#233; r&#233;voltante de certaines hi&#233;rarchies &#8211; celle, par exemple, entre ceux que la police s'autorise &#224; ex&#233;cuter sans jugement et ceux qu'elle prot&#232;ge &#8211;, et le fait que toute la force du monde de la marchandise se porte aveugl&#233;ment et automatiquement &#224; leur d&#233;fense, r&#233;v&#232;le l'absurdit&#233; de toute hi&#233;rarchie. La n&#233;gation en actes des institutions, m&#234;me &#171; positives &#187; &#8211; notamment les &#233;coles &#8211; est une cons&#233;quence logique, raisonn&#233;e et dignifiante de cette prise de conscience de l'absurdit&#233; hi&#233;rarchique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jeunesse ghetto&#239;s&#233;e, si elle est plus expos&#233;e &#224; la violence de l'&#201;tat, n'en est pas pour autant menac&#233;e dans sa survie. Certes, la soci&#233;t&#233; les confine au statut de surnum&#233;raire, mais la concentration et l'imbrication du capitalisme dans l'&#201;tat l'autorise &#224; distribuer ses &#171; secours &#187; aux plus pauvres. &#192; condition que ces derniers se tiennent tranquille dans la rue, dans les transports, sur le march&#233; du travail et de la consommation, etc. Mais la situation ne pourra pas durer infiniment. Parce qu'ils sont en arri&#232;re dans l'augmentation de la survie socialement organis&#233;e, ces pauvres sont condamn&#233;s &#224; poser le probl&#232;me de la vie &#8211; qui les r&#233;duit &#224; rester les derniers dans un monde fond&#233; sur une r&#233;partition hi&#233;rarchique des ressources. La planification capitaliste ne leur r&#233;serve que pr&#233;carit&#233; et contr&#244;le. &#201;tant dans l'incapacit&#233; d'acqu&#233;rir des biens &#224; assurer et des propri&#233;t&#233;s &#224; faire prot&#233;ger par une force arm&#233;e et asserment&#233;e, ils ont &#224; d&#233;truire toutes les formes d'assurance priv&#233;e et de milice, publique ou priv&#233;e. Ils apparaissent en d&#233;finitive comme ce qu'ils sont en effet : les ennemis irr&#233;conciliables, non pas du &#171; Fran&#231;ais moyen &#187;, mais bien du mode de vie ali&#233;n&#233; de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise. En tant que segment de la classe, ils sont une partie qui ne peut se prendre pour le tout &#8211; et qui pose, de fait, la question de l'abolition de ce tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les insurg&#233;s ont exp&#233;riment&#233; la ligne militaire contre les instruments du contr&#244;le social et de la domination polici&#232;re. Si chaque attaque de commissariat ou de mairie &#233;tait une f&#234;te, elle n'en &#233;tait pas moins une bataille rang&#233;e, avec ses guetteurs et ses &#233;claireurs en trottinette &#233;lectrique ou en scooter, avec ses artificiers pour tenir la police &#224; distance et ses p&#233;troleurs pour r&#233;duire les cibles en cendres, avec ses troupes de choc pour fondre sur la police et forcer les rideaux de fer, ou encore avec ses mules pour sortir le butin de la zone de combat. Sortant de leur silence et de la position victimaire &#224; laquelle les confine leurs repr&#233;sentants autoproclam&#233;s ou en vogue, les insurg&#233;s ont refus&#233; les assignations. N'en d&#233;plaise au florissant personnel politique et associatif, toujours pr&#234;t &#224; prolonger d'un mill&#233;naire la plainte de la jeunesse ghetto&#239;s&#233;e &#224; la seule fin de lui conserver un d&#233;fenseur et des services publics, les insurg&#233;s n'ont pas pill&#233; que par n&#233;cessit&#233;. Ils se sont soulev&#233;s contre des espaces de rel&#233;gation h&#233;r&#233;ditaire qui ne leur appartiennent pas, et o&#249; r&#232;gnent l'exploitation, la frustration et la rel&#233;gation. Les &#233;coles, les mairies, les transports en commun qu'ils y ont br&#251;l&#233;s n'&#233;taient pas les leurs. En les r&#233;duisant en ruines ou en cendres, ils se sont attaqu&#233;s aux conditions-m&#234;mes de leur existence en tant que jeunesse ghetto&#239;s&#233;e. Ce faisant, elle a rendu la r&#233;volution intelligible, dicible et praticable.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&#034;text-align: right;&#034;&gt;Quelque part en France&lt;br class='manualbr' /&gt;14 juillet 2023&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8984 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH334/gouttes-de-soleil-back-01acd.png?1780497631' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Deutsche Version : &lt;a href=&#034;https://bonustracks.blackblogs.org/2023/08/05/wunderbare-tropfen-der-sonne-inmitten-des-betonlabyrinth/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://bonustracks.blackblogs.org/2023/08/05/wunderbare-tropfen-der-sonne-inmitten-des-betonlabyrinth/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Commentaires contre l'urbanisme suivi de Programme &#233;l&#233;mentaire du bureau d'urbanisme unitaire</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article968</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.infokiosques.net/spip.php?article968</guid>
		<dc:date>2012-10-23T15:34:30Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Attila Kot&#224;nyi, Raoul Vaneigem</dc:creator>


		<dc:subject>Situationnistes et apparent&#233;-e-s</dc:subject>
		<dc:subject>Urbanisme</dc:subject>
		<dc:subject>Apache &#233;ditions (Paris)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'urbanisme n'existe pas : ce n'est qu'une &#171; id&#233;ologie &#187;, au sens de Marx. L'architecture existe r&#233;ellement, comme le Coca-cola : c'est une production enrob&#233;e d'id&#233;ologie mais r&#233;elle, satisfaisant faussement un besoin fauss&#233;. Tandis que l'urbanisme est comparable &#224; l'&#233;talage publicitaire autour du Coca-cola, pure id&#233;ologie spectaculaire. Le capitalisme moderne, qui organise la r&#233;duction de toute la vie sociale en spectacle, est incapable de donner un autre spectacle que celui de notre propre ali&#233;nation. Son r&#234;ve d'urbanisme est son chef-d'oeuvre.&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Extraits d'&lt;i&gt;Internationale situationniste&lt;/i&gt; n&#176;6, ao&#251;t 1961.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique7" rel="directory"&gt;C&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot53" rel="tag"&gt;Urbanisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot115" rel="tag"&gt;Apache &#233;ditions (Paris)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH107/arton968-f22cb.jpg?1780477504' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='107' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff968.jpg?1340880446&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Commentaires contre l'urbanisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'avis d'un expert - Chombart de Lauwe - constate, d'apr&#232;s des exp&#233;riences pr&#233;cises, que les programmes propos&#233;s par les planificateurs cr&#233;ent dans certains cas des malaises et des r&#233;voltes, qui auraient pu &#234;tre en partie &#233;vit&#233;s si nous avions eu une connaissance plus approfondie des comportements r&#233;els, et surtout des motivations de ces comportements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Grandeur et servitude de l'urbanisme. Lorsque nous avons renifl&#233; le planificateur urbaniste avec une insistance soup&#231;onneuse, on s'est d&#233;tourn&#233; comme il convenait de le faire devant un tel manquement aux usages, une pareille incorrection. Il ne s'agit pas ici d'incriminer le verdict populaire. Le peuple s'&#233;tait d&#233;j&#224; prononc&#233; avec la m&#234;me incongruit&#233; : &#171; esp&#232;ce d'architecte ! &#187; a toujours &#233;t&#233;, en Belgique, un langage explicite. Mais, puisque tel expert se range aujourd'hui aux avis du vulgaire et se met lui aussi &#224; renifler le planificateur, nous voil&#224; sauv&#233;s ! Ainsi, l'urbaniste est convaincu officiellement de susciter malaise et r&#233;volte, de les susciter &#171; presque &#187; comme un provocateur primaire. Il faut souhaiter une prompte r&#233;action des pouvoirs publics ; il serait impensable que des foyers de r&#233;volte soient entretenus ouvertement par ceux m&#234;mes qui ont pour t&#226;che de les r&#233;sorber. Il y a l&#224; un crime contre la paix sociale que seul un conseil de guerre peut trancher. Verrons-nous la justice s&#233;vir dans ses propres rangs ? &#192; moins que l'expert ne soit, apr&#232;s tout, qu'un urbaniste rus&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le planificateur ne peut pas conna&#238;tre les motivations comportementales de ceux qu'il veut loger au mieux de leur &#233;quilibre nerveux, autant int&#233;grer sans tarder l'urbanisme au centre de recherches criminologiques (d&#233;pister les provocateurs - voir supra - et permettre &#224; chacun de se tenir tranquille dans la hi&#233;rarchie) ; s'il le peut vraiment, alors la science de la r&#233;pression criminelle perd sa raison d'&#234;tre et change de raison sociale : l'urbanisme suffira &#224; maintenir l'ordre &#233;tabli sans recourir &#224; l'ind&#233;licatesse des mitrailleuses. L'homme assimil&#233; au b&#233;ton, quel r&#234;ve ou quel heureux cauchemar pour les technocrates, dussent-ils y perdre ce qui leur reste d'Activit&#233; Nerveuse Sup&#233;rieure, et se conserver dans le pouvoir et la duret&#233; du b&#233;ton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les nazis avaient connu les urbanistes contemporains, ils auraient transform&#233; les camps de concentration en H.L.M. Mais cette solution para&#238;t trop brutale &#224; M. Chombart de Lauwe. L'urbanisme id&#233;al doit engager chacun, sans malaise ni r&#233;volte, vers la solution finale du probl&#232;me de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'urbanisme est la r&#233;alisation concr&#232;te la plus achev&#233;e d'un cauchemar. Cauchemar, selon Littr&#233; : &#171; &#233;tat qui finit par un r&#233;veil en sursaut apr&#232;s une anxi&#233;t&#233; extr&#234;me &#187;. Mais sursaut contre qui ? Qui nous a gav&#233; jusqu'&#224; la somnolence ? Il serait aussi stupide d'ex&#233;cuter Eichmann que de pendre les urbanistes. C'est s'en prendre aux cibles quand on se trouve dans un champ de tir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Planification est le grand mot, le gros mot disent certains. Les sp&#233;cialistes parlent de planification &#233;conomique, et d'urbanisme planifi&#233;, puis ils clignent de l'oeil d'un air entendu et, pour autant que le jeu soit bien rendu, tout le monde applaudit. Le clou du spectacle, c'est la planification du bonheur. D&#233;j&#224;, l'avocat des chiffres m&#232;ne son enqu&#234;te ; des exp&#233;riences pr&#233;cises &#233;tablissent la densit&#233; des t&#233;l&#233;spectateurs ; ils s'agit d'am&#233;nager le territoire autour d'eux, de construire pour eux, sans les distraire des pr&#233;occupations dont on les nourrit par les yeux et par les oreilles. Il s'agit d'assurer &#224; tous une vie paisible et un &#233;quilibre, avec cette pr&#233;voyance avis&#233;e dont faisaient preuve les pirates de bandes dessin&#233;es dans leur sentence : &#171; Les morts ne parlent pas &#187;. L'urbanisme et l'information sont compl&#233;mentaires dans les soci&#233;t&#233;s capitaliste et &#171; anti-capitaliste &#187;, ils organisent le silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Habiter est le &#171; buvez coca-cola &#187; de l'urbanisme. On remplace la n&#233;cessit&#233; de boire par celle de boire coca-cola. Habiter, c'est &#234;tre partout chez soi, dit Kiesler, mais une telle v&#233;rit&#233; proph&#233;tique ne saisit personne par le cou, elle est un foulard contre le froid qui gagne, m&#234;me si elle &#233;voque un noeud coulant. Nous sommes habit&#233;s, c'est de ce point qu'il faut partir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Public-relation, l'urbanisme id&#233;al est la projection dans l'espace de la hi&#233;rarchie sociale sans conflit. Routes, pelouses, fleurs naturelles et for&#234;ts artificielles lubrifient les rouages de la suj&#233;tion, la rendent aimable. Dans un roman fiction d'Yves Touraine, l'&#201;tat offre m&#234;me aux travailleurs pensionn&#233;s un masturbateur &#233;lectronique ; l'&#233;conomie et le bonheur y trouvent leur compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un certain urbanisme de prestige est n&#233;cessaire, pr&#233;tend Chombart de Lauwe. Ce spectacle qu'il nous propose rend Haussmann folklorique, lui qui ne pouvait m&#233;nager le prestige en dehors d'un champ de tir. Cette fois, il s'agit d'organiser sc&#233;niquement le spectacle sur la vie quotidienne, de laisser vivre chacun dans le cadre correspondant au r&#244;le que la soci&#233;t&#233; capitaliste lui impose, de l'isoler davantage en l'&#233;duquant comme un aveugle &#224; se reconna&#238;tre illusoirement dans une mat&#233;rialisation de sa propre ali&#233;nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;ducation capitaliste de l'espace n'est rien que l'&#233;ducation dans un espace o&#249; l'on perd son ombre, o&#249; l'on ach&#232;ve de se perdre &#224; force de se chercher dans ce qui n'est pas soi. Quel bel exemple de t&#233;nacit&#233; pour tous les professeurs et autres organisateurs patent&#233;s de l'ignorance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le trac&#233; d'une ville, ses rues, ses murs, ses quartiers forment autant de signes d'un conditionnement &#233;trange. Quel signe y reconna&#238;tre qui soit n&#244;tre ? Quelques graffitis, mots de refus ou gestes interdits, grav&#233;s &#224; la h&#226;te, dont l'int&#233;r&#234;t n'appara&#238;t aux gens doctes que sur les murs de Pomp&#233;&#239;, dans une ville fossile. Mais nos villes sont plus fossilis&#233;es encore. Nous voulons habiter en pays de connaissance, parmi des signes vivants comme des amis de chaque jour. La r&#233;volution sera aussi la cr&#233;ation perp&#233;tuelle de signes qui appartiennent &#224; tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une lourdeur incroyable dans tout ce qui touche &#224; l'urbanisme. Le mot construire coule &#224; pic, dans la flotte o&#249; les autres mots possibles surnagent. Partout o&#249; la civilisation bureaucratique s'est &#233;tendue l'anarchie de la construction individuelle a &#233;t&#233; consacr&#233;e officiellement, et prise en charge par les organismes comp&#233;tents du pouvoir, de telle sorte que l'instinct de construction a &#233;t&#233; extirp&#233; comme un vice et ne survit plus gu&#232;re que chez les enfants, les primitifs (les irresponsables, dans la terminologie administrative). Et chez tous ceux qui, &#224; d&#233;faut de changer de vie, la passent &#224; d&#233;molir et &#224; reb&#226;tir leur bicoque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'art de rassurer, l'urbanisme entend bien l'exercer sous sa forme la plus pure : l'ultime politesse d'un pouvoir sur le point d'assurer totalement le contr&#244;le des esprits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dieu et la Cit&#233; : Nulle force abstraite et inexistante ne pouvait, mieux que l'urbanisme, revendiquer la succession de Dieu au poste de portier laiss&#233; vacant par le d&#233;c&#232;s que l'on sait. Avec son ubiquit&#233;, son immense bont&#233; et, quelque jour peut-&#234;tre, sa puissance souveraine, l'urbanisme (ou son projet) aurait certes de quoi effrayer l'&#201;glise, s'il y avait le moindre doute concernant l'orthodoxie du pouvoir. Mais il n'en est rien car l'&#201;glise &#233;tait &#171; urbanisme &#187; bien avant le pouvoir ; que pourrait-elle redouter d'un Saint-Augustin la&#239;c ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelque chose d'admirable &#224; faire coexister dans le mot &#171; habiter &#187; des milliers d'&#234;tres &#224; qui l'on &#244;te jusqu'&#224; l'espoir d'un jugement dernier. En ce sens, l'admirable couronne l'inhumain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Industrialiser la vie priv&#233;e : &#171; Faites de votre vie une affaire &#187;, tel sera le nouveau slogan. Proposer &#224; chacun d'organiser son milieu vital comme une petite usine qu'il faut g&#233;rer, comme une entreprise miniature avec ses substituts de machines, sa production de prestige, son capital constant de murs et de meubles, n'est-ce pas la meilleure fa&#231;on de rendre parfaitement compr&#233;hensibles les soucis de ces messieurs qui poss&#232;dent une usine, une vraie, une grande, qui elle aussi doit produire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Uniformiser l'horizon : Les murs et les coins de verdure appr&#234;t&#233;s assignent au r&#234;ve et &#224; la pens&#233;e des limites nouvelles, car c'est malgr&#233; tout po&#233;tiser le d&#233;sert que de savoir o&#249; il finit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les villes nouvelles effaceront jusqu'aux traces des combats qui oppos&#232;rent les villes traditionnelles aux hommes qu'elles voulurent opprimer. Extirper de la m&#233;moire de tous cette v&#233;rit&#233; que chaque vie quotidienne a son histoire et, dans le mythe de la participation, contester le caract&#232;re irr&#233;ductible du v&#233;cu, c'est en ces termes que les urbanistes exprimeraient les objectifs qu'ils poursuivent, s'ils daignaient &#233;carter un instant l'esprit de s&#233;rieux qui obstrue leur pens&#233;e. Quand l'esprit de s&#233;rieux dispara&#238;t, le ciel s'&#233;claircit, tout devient plus net, ou presque ; ainsi, les humoristes le savent bien, d&#233;truire l'adversaire &#224; coups de bombes H c'est se condamner &#224; mourir en de plus longues souffrances. Faudra-t-il se moquer longtemps des urbanistes pour qu'ils saisissent dans l'attentat qu'ils pr&#233;m&#233;ditent l'esquisse de leur suicide ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cimeti&#232;res sont les zones de verdure les plus naturelles qui soient, les seules &#224; s'int&#233;grer harmonieusement dans le cadre des villes futures, comme les derniers paradis perdus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les prix de revient doivent cesser d'&#234;tre un obstacle au d&#233;sir de b&#226;tir, ainsi revendique le b&#226;tisseur de gauche. Qu'il dorme en paix, ce sera pour bient&#244;t, quand le d&#233;sir de b&#226;tir aura disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France se sont d&#233;velopp&#233;s les proc&#233;d&#233;s faisant de la construction un jeu de m&#233;cano (J.-E. Havel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Eug&#232;ne Havel, Habitat et Logement, Paris, P.U.F., 1957&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). En mettant les choses au mieux, un self-service n'est jamais qu'un endroit o&#249; l'on sert, au sens o&#249; la fourchette sert &#224; manger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;lant le machiav&#233;lisme au b&#233;ton arm&#233;, l'urbanisme a bonne conscience. Nous entrons dans le r&#232;gne des d&#233;licatesses polici&#232;res. Asservir dans la dignit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Construire dans la confiance : m&#234;me la r&#233;alit&#233; des baies vitr&#233;es ne dissimule pas la communication fictive, m&#234;me l'ambiance des lieux publics d&#233;nonce le d&#233;sespoir et l'isolement des consciences priv&#233;es, m&#234;me le remplissage affair&#233; de l'espace se mesure en temps morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Projet pour un urbanisme r&#233;aliste : remplacer les escaliers de Piran&#232;se par des ascenseurs, transformer les tombes en buildings, border les &#233;gouts de platanes, am&#233;nager les poubelles en vivoirs, empiler les taudis et b&#226;tir toutes les villes en forme de mus&#233;e ; tirer parti de tout, m&#234;me de rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ali&#233;nation &#224; port&#233;e de la main : l'urbanisme rend l'ali&#233;nation tactile. Le prol&#233;tariat affam&#233; vivait l'ali&#233;nation dans la souffrance des b&#234;tes. Nous la vivrons dans la souffrance aveugle des choses. Se sentir autre &#224; t&#226;tons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les urbanistes honn&#234;tes et clairvoyants ont le courage des stylites. Ferons-nous de notre vie un d&#233;sert pour rendre leurs aspirations l&#233;gitimes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gardiens de la foi philosophique ont d&#233;couvert depuis quelque vingt ans l'existence d'une classe ouvri&#232;re. &#192; l'heure o&#249; les sociologues s'entendent pour d&#233;cr&#233;ter que la classe ouvri&#232;re n'existe plus, les urbanistes, eux, n'ont attendu ni les philosophes, ni les sociologues pour inventer l'habitant. Il faudra leur rendre cette gloire qu'ils furent parmi les premiers &#224; discerner les dimensions nouvelles du prol&#233;tariat. D&#233;finition d'autant plus pr&#233;cise et d'autant moins abstraite qu'ils surent, avec les m&#233;thodes de dressage les plus souples, guider vers une prol&#233;tarisation moins brutale, mais radicale, la presque totalit&#233; de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avis aux b&#226;tisseurs de ruines : aux urbanistes succ&#233;deront les derniers troglodytes de bidonvilles et de taudis. Ceux-l&#224; sauront construire. Les privil&#233;gi&#233;s des cit&#233;s-dortoirs ne pourront que d&#233;truire. Il faut attendre beaucoup d'une telle rencontre : elle d&#233;finit la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En se d&#233;valuant, le sacr&#233; est devenu myst&#232;re : l'urbanisme est l'ultime d&#233;ch&#233;ance du Grand-Architecte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re l'infatuation technologique se dissimule une v&#233;rit&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e, comme telle indiscutable : il faut &#171; habiter &#187;. Sur la nature de pareille v&#233;rit&#233;, le clochard sait tr&#232;s bien &#224; quoi s'en tenir. Sans doute, mieux que quiconque, mesure-t-il, parmi les poubelles o&#249; le contraint de vivre une interdiction d'habiter, combien b&#226;tir sa vie et b&#226;tir sa demeure ne se distinguent pas dans le seul plan de v&#233;rit&#233; qui soit, la pratique. Mais l'exil o&#249; le tient notre monde polic&#233; rend son exp&#233;rience si d&#233;risoire et si malais&#233;e que le b&#226;tisseur patent&#233; y trouverait pr&#233;texte &#224; se justifier - &#224; supposer, hypoth&#232;se absurde, que le pouvoir cess&#226;t de cautionner son existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il para&#238;t que la classe ouvri&#232;re n'existe plus. Des quantit&#233;s consid&#233;rables d'anciens prol&#233;taires peuvent aujourd'hui acc&#233;der au confort jadis r&#233;serv&#233; &#224; une minorit&#233;, on conna&#238;t la chanson. Mais n'est-ce pas plut&#244;t une quantit&#233; croissante de confort qui acc&#232;de &#224; leurs besoins et leur donne le prurit de la demande ? En sorte qu'une certaine organisation du confort, semble-t-il, prol&#233;tarise sur un mode &#233;pid&#233;mique tous ceux qu'elle contamine par la force des choses. Or, la force des choses s'exerce par l'entremise de responsables dirigeants, pr&#234;tres d'un ordre abstrait dont les seuls privil&#232;ges se r&#233;sumeront t&#244;t ou tard &#224; r&#233;gner sur un centre administratif entour&#233; de ghettos. Le dernier homme mourra d'ennui comme une araign&#233;e meurt d'inanition au milieu de sa toile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut b&#226;tir en h&#226;te, il y a tant de monde &#224; loger, disent les humanistes du b&#233;ton arm&#233;. Il faut creuser des tranch&#233;es sans tarder, disent les g&#233;n&#233;raux, il y a toute la patrie &#224; sauver. N'y a-t-il pas quelque injustice &#224; louer les premiers et &#224; se gausser des seconds ? Dans l'&#232;re des missiles et du conditionnement, la plaisanterie des g&#233;n&#233;raux est encore une plaisanterie de bon go&#251;t. Mais &#233;lever des tranch&#233;es en l'air sous le m&#234;me pr&#233;texte !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Raoul VANEIGEM, &lt;i&gt;&#171; Commentaires contre l'urbanisme &#187;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Internationale situationniste&lt;/i&gt;, n&#176;6, ao&#251;t 1961&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Programme &#233;l&#233;mentaire du bureau d'urbanisme unitaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. N&#201;ANT DE L'URBANISME ET N&#201;ANT DU SPECTACLE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'urbanisme n'existe pas : ce n'est qu'une &#171; id&#233;ologie &#187;, au sens de Marx. L'architecture existe r&#233;ellement, comme le coca-cola : c'est une production enrob&#233;e d'id&#233;ologie mais r&#233;elle, satisfaisant faussement un besoin fauss&#233;. Tandis que l'urbanisme est comparable &#224; l'&#233;talage publicitaire autour du coca-cola, pure id&#233;ologie spectaculaire. Le capitalisme moderne, qui organise la r&#233;duction de toute la vie sociale en spectacle, est incapable de donner un autre spectacle que celui de notre propre ali&#233;nation. Son r&#234;ve d'urbanisme est son chef-d'oeuvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. LA PLANIFICATION URBAINE COMME CONDITIONNEMENT ET FAUSSE PARTICIPATION&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement du milieu urbain est l'&#233;ducation capitaliste de l'espace. Il repr&#233;sente le choix d'une certaine mat&#233;rialisation du possible, &#224; l'exclusion d'autres. Comme l'esth&#233;tique, dont il va suivre le mouvement de d&#233;composition, il peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une branche assez n&#233;glig&#233;e de la criminologie. Cependant, ce qui le caract&#233;rise au niveau de &#171; l'urbanisme &#187; par rapport &#224; son niveau simplement architectural, c'est d'exiger un consentement de la population, une int&#233;gration individuelle dans le d&#233;clenchement de cette production bureaucratique du conditionnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci est impos&#233; au moyen d'un chantage &#224; l'utilit&#233;. On cache que l'importance compl&#232;te de cette utilit&#233; est mise au service de la r&#233;&#233;dification. Le capitalisme moderne fait renoncer &#224; toute critique par le simple argument qu'il faut un toit, de m&#234;me que la t&#233;l&#233;vision passe sous le pr&#233;texte qu'il faut de l'information, de l'amusement. Menant &#224; n&#233;gliger l'&#233;vidence que cette information, cet amusement, ce mode d'habitat ne sont pas faits pour les gens mais sans eux, contre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la planification urbaine se comprend seulement comme champ de la publicit&#233;-propagande d'une soci&#233;t&#233;, c'est-&#224;-dire l'organisation de la participation dans quelque chose o&#249; il est impossible de participer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. LA CIRCULATION, STADE SUPR&#202;ME DE LA PLANIFICATION URBAINE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La circulation est l'organisation de l'isolement de tous. C'est en quoi elle constitue le probl&#232;me dominant des villes modernes. C'est le contraire de la rencontre, l'absorption des &#233;nergies disponibles pour des rencontres, ou pour n'importe quelle sorte de participation. La participation devenue impossible est compens&#233;e sous forme de spectacle. Le spectacle se manifeste dans l'habitat et le d&#233;placement (standing du logement et des v&#233;hicules personnels). Car, en fait, on n'habite pas un quartier d'une ville, mais le pouvoir. On habite quelque part dans la hi&#233;rarchie. Au sommet de cette hi&#233;rarchie, les rangs peuvent &#234;tre mesur&#233;s au degr&#233; de circulation. Le pouvoir se mat&#233;rialise par l'obligation d'&#234;tre pr&#233;sent quotidiennement en des lieux de plus en plus nombreux (d&#238;ners d'affaires) et de plus en plus &#233;loign&#233;s les uns des autres. On pourrait caract&#233;riser le haut dirigeant moderne comme un homme &#224; qui il arrive de se trouver dans trois capitales diff&#233;rentes au cours d'une seule journ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4. LA DISTANCIATION DEVANT LE SPECTACLE URBAIN&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La totalit&#233; du spectacle qui tend &#224; int&#233;grer la population se manifeste aussi bien comme am&#233;nagement des villes et comme r&#233;seau permanent d'informations. C'est un cadre solide pour prot&#233;ger les conditions existantes de la vie. Notre premier travail est de permettre aux gens de cesser de s'identifier &#224; l'environnement et aux conduites mod&#232;les. Ce qui est ins&#233;parable d'une possibilit&#233; de se reconna&#238;tre librement dans quelques premi&#232;res zones d&#233;limit&#233;es pour l'activit&#233; humaine. Les gens seront encore oblig&#233;s pendant longtemps d'accepter la p&#233;riode r&#233;ifi&#233;e des villes. Mais l'attitude avec laquelle ils l'accepteront peut &#234;tre chang&#233;e imm&#233;diatement. Il faut soutenir la diffusion de la m&#233;fiance envers ces jardins d'enfants a&#233;r&#233;s et colori&#233;s que constituent, &#224; l'Est comme &#224; l'Ouest, les nouvelles cit&#233;s-dortoirs. Seul le r&#233;veil posera la question d'une construction consciente du milieu urbain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5. UNE LIBERT&#201; INDIVISIBLE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La principale r&#233;ussite de l'actuelle planification des villes est de faire oublier la possibilit&#233; de ce que nous appelons urbanisme unitaire, c'est-&#224;-dire la critique vivante, aliment&#233;e par les tensions de toute la vie quotidienne, de cette manipulation des villes et de leurs habitants. Critique vivante veut dire &#233;tablissement de bases pour une vie exp&#233;rimentale : r&#233;union de cr&#233;ateurs de leur propre vie sur des terrains &#233;quip&#233;s &#224; leurs fins. Ces bases ne sauraient &#234;tre r&#233;serv&#233;es &#224; des &#171; loisirs &#187; s&#233;par&#233;s de la soci&#233;t&#233;. Aucune zone spatio-temporelle n'est compl&#232;tement s&#233;parable. En fait, il y a toujours pression de la soci&#233;t&#233; globale sur ses actuelles &#171; r&#233;serves &#187; de vacances. La pression s'exercera en sens inverse dans les bases situationnistes, qui feront fonction de t&#234;tes de ponts pour une invasion de toute la vie quotidienne. L'urbanisme unitaire est le contraire d'une activit&#233; sp&#233;cialis&#233;e ; et reconna&#238;tre un domaine urbanistique s&#233;par&#233;, c'est d&#233;j&#224; reconna&#238;tre tout le mensonge urbanistique et le mensonge dans toute la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le bonheur qui est promis dans l'urbanisme. L'urbanisme sera donc jug&#233; sur cette promesse. La coordination des moyens de d&#233;nonciation artistiques et des moyens de d&#233;nonciation scientifiques doit mener &#224; une d&#233;nonciation compl&#232;te du conditionnement existant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6. LE D&#201;BARQUEMENT&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout l'espace est d&#233;j&#224; occup&#233; par l'ennemi, qui a domestiqu&#233; pour son usage jusqu'aux r&#232;gles &#233;l&#233;mentaires de cet espace (par del&#224; la juridiction : la g&#233;om&#233;trie). Le moment d'apparition de l'urbanisme authentique, ce sera de cr&#233;er, dans certaines zones, le vide de cette occupation. Ce que nous appelons construction commence l&#224;. Elle peut se comprendre &#224; l'aide du concept de &#171; trou positif &#187; forg&#233; par la physique moderne. Mat&#233;rialiser la libert&#233;, c'est d'abord soustraire &#224; une plan&#232;te domestiqu&#233;e quelques parcelles de sa surface.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;7. LA LUMI&#200;RE DU D&#201;TOURNEMENT&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exercice &#233;l&#233;mentaire de la th&#233;orie de l'urbanisme unitaire sera la transcription de tout le mensonge th&#233;orique de l'urbanisme, d&#233;tourn&#233; dans un but de d&#233;sali&#233;nation : il faut nous d&#233;fendre &#224; tout moment de l'&#233;pop&#233;e des bardes du conditionnement ; renverser leurs rythmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;8. CONDITIONS DU DIALOGUE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fonctionnel est ce qui est pratique. Est pratique seulement la r&#233;solution de notre probl&#232;me fondamental : la r&#233;alisation de nous-m&#234;mes (notre d&#233;tachement du syst&#232;me de l'isolement). Ceci est l'utile et l'utilitaire. Rien d'autre. Tout le reste ne repr&#233;sente que des d&#233;rivations minimes du pratique, sa mystification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;9. MATI&#200;RE PREMI&#200;RE ET TRANSFORMATION&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La destruction situationniste du conditionnement actuel est d&#233;j&#224;, en m&#234;me temps, la construction des situations. C'est la lib&#233;ration des &#233;nergies in&#233;puisables contenues dans la vie quotidienne p&#233;trifi&#233;e. L'actuelle planification des villes, qui se pr&#233;sente comme une g&#233;ologie du mensonge, fera place, avec l'urbanisme unitaire, &#224; une technique de d&#233;fense des conditions toujours menac&#233;es de la libert&#233;, au moment o&#249; les individus - qui en tant que tels n'existent pas encore - construiront librement leur propre histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;10. FIN DE LA PR&#201;HISTOIRE DU CONDITIONNEMENT&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne soutenons pas qu'il faut revenir &#224; un stade quelconque d'avant le conditionnement ; mais passer au del&#224;. Nous avons invent&#233; l'architecture et l'urbanisme qui ne peuvent pas se r&#233;aliser sans la r&#233;volution de la vie quotidienne ; c'est-&#224;-dire l,appropriation du conditionnement par tous les hommes, son enrichissement ind&#233;fini, son accomplissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attila KOT&#193;NYI &amp; Raoul VANEIGEM, &lt;i&gt;&#171; Programme &#233;l&#233;mentaire du Bureau d'urbanisme unitaire &#187;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Internationale situationniste&lt;/i&gt;, n&#176;6, ao&#251;t 1961&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://apache-editions.blogspot.fr/2008/10/vaneigem-contre-lurbanisme.html" class="spip_out"&gt;http://apache-editions.blogspot.fr/...&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Eug&#232;ne Havel, &lt;i&gt;Habitat et Logement&lt;/i&gt;, Paris, P.U.F., 1957&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La plan&#232;te malade</title>
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		<dc:date>2012-08-03T15:37:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Guy Debord</dc:creator>


		<dc:subject>Zanzara ath&#233;e (Paris-banlieue)</dc:subject>
		<dc:subject>Situationnistes et apparent&#233;-e-s</dc:subject>
		<dc:subject>Ecologie radicale</dc:subject>
		<dc:subject>Technocritique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le texte &lt;i&gt;La plan&#232;te malade&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; en 1971 pour para&#238;tre dans le num&#233;ro 13 de la revue &lt;i&gt;Internationale situationniste&lt;/i&gt;, qui n'a jamais &#233;t&#233; publi&#233;. &lt;i&gt;La plan&#232;te malade&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; publi&#233; la premi&#232;re fois en 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Une soci&#233;t&#233; toujours plus malade, mais toujours&lt;br class='autobr' /&gt;
plus puissante, a recr&#233;&#233; partout concr&#232;tement le&lt;br class='autobr' /&gt;
monde comme environnement et d&#233;cor de sa&lt;br class='autobr' /&gt;
maladie, en tant que&lt;/i&gt; plan&#232;te malade&lt;i&gt;. Une soci&#233;t&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
qui n'est pas encore devenue homog&#232;ne et qui&lt;br class='autobr' /&gt;
n'est pas d&#233;termin&#233;e par elle-m&#234;me, mais&lt;/i&gt; toujours&lt;br class='autobr' /&gt;
plus &lt;i&gt;par une partie d'elle-m&#234;me qui se place au-dessus d'elle, qui lui est ext&#233;rieure, a d&#233;velopp&#233; un mouvement de domination de la nature qui ne s'est pas domin&#233; lui-m&#234;me.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique22" rel="directory"&gt;P&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot7" rel="tag"&gt;Zanzara ath&#233;e (Paris-banlieue)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot15" rel="tag"&gt;Situationnistes et apparent&#233;-e-s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;Ecologie radicale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;Technocritique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH145/arton966-5c091.jpg?1780497041' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='145' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff966.jpg?1340397523&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La &#171; pollution &#187; est aujourd'hui &#224; la mode, exactement de la m&#234;me mani&#232;re que la r&#233;volution : elle s'empare de toute la vie de la soci&#233;t&#233;, et elle est repr&#233;sent&#233;e illusoirement dans le spectacle. Elle est bavardage assommant dans une pl&#233;thore d'&#233;crits et de discours erron&#233;s et mystificateurs, et elle prend tout le monde &#224; la gorge dans les faits. Elle s'expose partout en tant qu'id&#233;ologie, et elle gagne du terrain en tant que processus r&#233;el. Ces deux mouvements antagonistes, le stade supr&#234;me de la production marchande et le projet de sa n&#233;gation totale, &#233;galement riches de contradictions en eux-m&#234;mes, grandissent ensemble. Ils sont les deux c&#244;t&#233;s par lesquels se manifeste un m&#234;me moment historique longtemps attendu, et souvent pr&#233;vu sous des figures partielles inad&#233;quates : l'impossibilit&#233; de la continuation du fonctionnement du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;poque qui a tous les moyens techniques d'alt&#233;rer absolument les conditions de vie sur toute la Terre est &#233;galement l'&#233;poque qui, par le m&#234;me d&#233;veloppement technique et scientifique s&#233;par&#233;, dispose de tous les moyens de contr&#244;le et de pr&#233;vision math&#233;matiquement indubitable pour mesurer exactement par avance o&#249; m&#232;ne &#8211; et vers quelle date &#8211; la croissance automatique des forces productives ali&#233;n&#233;es de la soci&#233;t&#233; de classes : c'est-&#224;-dire pour mesurer la d&#233;gradation rapide des conditions m&#234;mes de la survie, au sens le plus g&#233;n&#233;ral et le plus trivial du terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que des imb&#233;ciles pass&#233;istes dissertent encore sur, et contre, une critique &lt;i&gt;esth&#233;tique&lt;/i&gt; de tout cela, et croient se montrer lucides et modernes en affectant d'&#233;pouser leur si&#232;cle, en proclamant que l'autoroute ou Sarcelles ont leur beaut&#233; que l'on devrait pr&#233;f&#233;rer &#224; l'inconfort des &#171; pittoresques &#187; quartiers anciens, ou en faisant gravement remarquer que l'ensemble de la population mange mieux, en d&#233;pit des nostalgiques de la bonne cuisine, d&#233;j&#224; le probl&#232;me de la d&#233;gradation de la totalit&#233; de l'environnement naturel et humain a compl&#232;tement cess&#233; de se poser sur le plan de la pr&#233;tendue qualit&#233; ancienne, esth&#233;tique ou autre, pour devenir radicalement le probl&#232;me m&#234;me de &lt;i&gt;la possibilit&#233; mat&#233;rielle d'existence&lt;/i&gt; du monde qui poursuit un tel mouvement. L'impossibilit&#233; est en fait d&#233;j&#224; parfaitement d&#233;montr&#233;e par toute la connaissance scientifique s&#233;par&#233;e, qui ne discute plus que de l'&#233;ch&#233;ance ; et des palliatifs qui pourraient, si on les appliquait fermement, la reculer l&#233;g&#232;rement. Une telle science ne peut qu'accompagner vers la destruction le monde qui l'a produite et qui &lt;i&gt;la tient&lt;/i&gt; ; mais elle est forc&#233;e de le faire avec les yeux ouverts. Elle montre ainsi, &#224; un degr&#233; caricatural, l'inutilit&#233; de la connaissance sans emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On mesure et on extrapole avec une pr&#233;cision excellente l'augmentation rapide de la pollution chimique de l'atmosph&#232;re respirable ; de l'eau des rivi&#232;res, des lacs et d&#233;j&#224; des oc&#233;ans, et l'augmentation irr&#233;versible de la radioactivit&#233; accumul&#233;e par le d&#233;veloppement &lt;i&gt;pacifique&lt;/i&gt; de l'&#233;nergie nucl&#233;aire ; des effets du bruit ; de l'envahissement de l'espace par des produits en mati&#232;res plastiques qui peuvent pr&#233;tendre &#224; une &#233;ternit&#233; de d&#233;potoir universel ; de la natalit&#233; folle ; de la falsification insens&#233;e des aliments ; de la l&#232;pre urbanistique qui s'&#233;tale toujours plus &#224; la place de ce que furent la ville et la campagne ; ainsi que des maladies mentales &#8211; y compris les craintes n&#233;vrotiques et les hallucinations qui ne sauraient manquer de se multiplier bient&#244;t sur le th&#232;me de la pollution elle-m&#234;me, dont on affiche partout l'image alarmante &#8211; et du suicide, dont les taux d'expansion recoupent d&#233;j&#224; exactement celui de l'&#233;dification d'un tel environnement (pour ne rien dire des effets de la guerre atomique ou bact&#233;riologique, dont les moyens sont en place comme l'&#233;p&#233;e de Damocl&#232;s, mais restent &#233;videmment &#233;vitables).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, si l'ampleur et la r&#233;alit&#233; m&#234;me des &#171; terreurs de l'An Mil &#187; sont encore un sujet controvers&#233; parmi les historiens, la terreur de l'An Deux Mille est aussi patente que bien fond&#233;e ; elle est d&#232;s &#224; pr&#233;sent certitude &lt;i&gt;scientifique&lt;/i&gt;. Cependant, ce qui se passe n'est rien de fonci&#232;rement nouveau : c'est seulement la fin forc&#233;e du processus ancien. Une soci&#233;t&#233; toujours plus malade, mais toujours plus puissante, a recr&#233;&#233; partout concr&#232;tement le monde comme environnement et d&#233;cor de sa maladie, en tant que &lt;i&gt;plan&#232;te malade&lt;/i&gt;. Une soci&#233;t&#233; qui n'est pas encore devenue homog&#232;ne et qui n'est pas d&#233;termin&#233;e par elle-m&#234;me, mais &lt;i&gt;toujours plus&lt;/i&gt; par une partie d'elle-m&#234;me qui se place au-dessus d'elle, qui lui est ext&#233;rieure, a d&#233;velopp&#233; un mouvement de domination de la nature qui ne s'est pas domin&#233; lui-m&#234;me. Le capitalisme a enfin apport&#233; la preuve, par son propre mouvement, &lt;i&gt;qu'il ne peut plus d&#233;velopper les forces productives&lt;/i&gt; ; et ceci non pas &lt;i&gt;quantitativement&lt;/i&gt;, comme beaucoup avaient cru le comprendre, mais &lt;i&gt;qualitativement&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, pour la pens&#233;e bourgeoise, m&#233;thodologiquement, seul le quantitatif est le s&#233;rieux, le mesurable, l'effectif ; et le qualitatif n'est que l'incertaine d&#233;coration subjective ou artistique du vrai r&#233;el estim&#233; &#224; son vrai poids. Pour la pens&#233;e dialectique au contraire, donc pour l'histoire et pour le prol&#233;tariat, le qualitatif est la dimension la plus d&#233;cisive du d&#233;veloppement r&#233;el. Voil&#224; bien ce que, le capitalisme et nous, nous aurons fini par d&#233;montrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ma&#238;tres de la soci&#233;t&#233; sont oblig&#233;s maintenant de parler de la pollution, et pour la combattre (car ils vivent, apr&#232;s tout, sur la m&#234;me plan&#232;te que nous ; voil&#224; le seul sens auquel on peut admettre que le d&#233;veloppement du capitalisme a r&#233;alis&#233; effectivement une certaine fusion des classes) et pour la dissimuler : car la simple v&#233;rit&#233; des nuisances et des risques pr&#233;sents suffit pour constituer un immense facteur de r&#233;volte, une exigence &lt;i&gt;mat&#233;rialiste&lt;/i&gt; des exploit&#233;s, tout aussi vitale que l'a &#233;t&#233; la lutte des prol&#233;taires du XIXe si&#232;cle pour la possibilit&#233; de manger. Apr&#232;s l'&#233;chec fondamental des tous les r&#233;formismes du pass&#233; &#8211; qui tous aspiraient &#224; la solution d&#233;finitive du probl&#232;me des classes &#8211;, un nouveau r&#233;formisme se dessine, qui ob&#233;it aux m&#234;mes n&#233;cessit&#233;s que les pr&#233;c&#233;dents : huiler la machine et ouvrir de nouvelles occasions de profit aux entreprises de pointe. Le secteur le plus moderne de l'industrie se lance sur les diff&#233;rents palliatifs de la pollution, comme sur un nouveau d&#233;bouch&#233;, d'autant plus rentable qu'une bonne part du capital monopolis&#233; par l'&#201;tat y est &#224; employer et manoeuvrer. Mais si ce nouveau r&#233;formisme a d'avance la garantie de son &#233;chec, exactement pour les m&#234;mes raisons que les r&#233;formismes pass&#233;s, il entretient vis-&#224;-vis d'eux cette radicale diff&#233;rence &lt;i&gt;qu'il n'a plus le temps devant lui&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement de la production s'est enti&#232;rement v&#233;rifi&#233; jusqu'ici en tant qu'accomplissement &lt;i&gt;de l'&#233;conomie politique&lt;/i&gt; : d&#233;veloppement de la mis&#232;re, qui a envahi et ab&#238;m&#233; le milieu m&#234;me de la vie. La soci&#233;t&#233; o&#249; les producteurs se tuent au travail, et n'ont qu'&#224; en contempler le r&#233;sultat, leur donne maintenant franchement &#224; voir, et &#224; respirer, le r&#233;sultat g&#233;n&#233;ral du travail ali&#233;n&#233; en tant que r&#233;sultat &lt;i&gt;de mort&lt;/i&gt;. Dans la soci&#233;t&#233; de l'&#233;conomie sur-d&#233;velopp&#233;e, tout est entr&#233; dans la sph&#232;re des &lt;i&gt;biens &#233;conomiques&lt;/i&gt;, m&#234;me l'eau des sources et l'air des villes, c'est-&#224;-dire que tout est devenu le &lt;i&gt;mal &#233;conomique&lt;/i&gt;, &#171; reniement achev&#233; de l'homme &#187; qui atteint maintenant sa parfaite &lt;i&gt;conclusion mat&#233;rielle&lt;/i&gt;. Le conflit des forces productives modernes et des rapports de production, bourgeois ou bureaucratiques, de la soci&#233;t&#233; capitaliste est entr&#233; dans sa phase ultime. La production de la non-vie a poursuivi de plus en plus vite son processus lin&#233;aire et cumulatif ; venant de franchir un dernier seuil dans &lt;i&gt;son&lt;/i&gt; progr&#232;s, elle produit maintenant directement la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fonction derni&#232;re, avou&#233;e, essentielle, de l'&#233;conomie d&#233;velopp&#233;e aujourd'hui, dans le monde entier o&#249; r&#232;gne le travail-marchandise, qui assure tout le pouvoir &#224; ses patrons, c'est &lt;i&gt;la production des emplois&lt;/i&gt;. On est donc bien loin des id&#233;es &#171; progressistes &#187; du si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent sur la diminution possible du travail humain par la multiplication scientifique et technique de la productivit&#233;, qui &#233;tait cens&#233;e assurer toujours plus ais&#233;ment la satisfaction des besoins &lt;i&gt;ant&#233;rieurement reconnus par tous comme r&#233;els&lt;/i&gt;, et sans &lt;i&gt;alt&#233;ration fondamentale&lt;/i&gt; de la qualit&#233; m&#234;me des biens qui se trouveraient disponibles. C'est &#224; pr&#233;sent pour &#171; produire des emplois &#187;, jusque dans les campagnes vid&#233;es de paysans, c'est-&#224;-dire pour utiliser du travail humain &lt;i&gt;en tant que travail ali&#233;n&#233;&lt;/i&gt;, en tant que salariat, que l'on fait &lt;i&gt;tout le reste&lt;/i&gt; ; et donc que l'on menace stupidement les bases, actuellement plus fragiles encore que la pens&#233;e d'un Kennedy ou d'un Brejnev, de la vie de l'esp&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vieil oc&#233;an est en lui-m&#234;me indiff&#233;rent &#224; la pollution ; mais l'histoire ne l'est pas. Elle ne peut &#234;tre sauv&#233;e que par l'abolition du travail-marchandise. Et jamais la conscience historique n'a eu autant besoin de dominer de toute urgence son monde, car l'ennemi qui est &#224; sa porte n'est plus l'illusion, mais sa mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les pauvres ma&#238;tres de la soci&#233;t&#233; dont nous voyons le d&#233;plorable aboutissement, bien pire que toutes les condamnations que purent fulminer autrefois les plus radicaux des utopistes, doivent pr&#233;sentement avouer que notre environnement est devenu social ; que la gestion de tout est devenue une affaire directement &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt;, jusqu'&#224; l'herbe des champs et la possibilit&#233; de boire, jusqu'&#224; la possibilit&#233; de dormir sans trop de somnif&#232;res ou de se laver sans souffrir de trop d'allergies, dans un tel moment on voit bien aussi que la vieille politique sp&#233;cialis&#233;e doit avouer qu'elle est compl&#232;tement finie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est finie dans la forme supr&#234;me de son volontarisme : le pouvoir bureaucratique totalitaire des r&#233;gimes dits socialistes, parce que les bureaucrates au pouvoir ne se sont m&#234;me pas montr&#233;s capables de g&#233;rer le stade ant&#233;rieur de l'&#233;conomie capitaliste. S'ils polluent beaucoup moins &#8211; les &#201;tats-Unis &#224; eux seuls produisent 50 % de la pollution mondiale &#8211;, c'est parce qu'ils sont beaucoup plus pauvres. Ils ne peuvent, comme par exemple la Chine, en y bloquant une part disproportionn&#233;e de son budget de mis&#232;re, que se payer la part de pollution de prestige des puissances pauvres ; quelques red&#233;couvertes et perfectionnements dans les techniques de la guerre thermonucl&#233;aire, ou plus exactement de son spectacle mena&#231;ant. Tant de pauvret&#233;, mat&#233;rielle et mentale, soutenue par tant de terrorisme, condamne les bureaucraties au pouvoir. Et ce qui condamne le pouvoir bourgeois le plus modernis&#233;, c'est le r&#233;sultat insupportable de tant de richesse &lt;i&gt;effectivement empoisonn&#233;e&lt;/i&gt;. La gestion dite d&#233;mocratique du capitalisme, dans quelque pays que ce soit, n'offre que ses &#233;lections-d&#233;missions qui, on l'a toujours vu, ne changeaient jamais rien dans l'ensemble, et m&#234;me fort peu dans le d&#233;tail, &#224; une soci&#233;t&#233; de classes qui s'imaginait qu'elle pourrait durer ind&#233;finiment. Elles n'y changent rien de plus au moment o&#249; cette gestion elle-m&#234;me s'affole et feint de souhaiter, pour trancher certains probl&#232;mes secondaires mais urgents, quelques vagues directives de l'&#233;lectorat ali&#233;n&#233; et cr&#233;tinis&#233; (U.S.A., Italie, Angleterre, France). Tous les observateurs sp&#233;cialis&#233;s avaient toujours relev&#233; &#8211; sans trop s'embarrasser &#224; l'expliquer &#8211; ce fait que l'&#233;lecteur ne change presque jamais d'&#171; opinion &#187; : c'est justement parce qu'il est l'&#233;lecteur, celui qui assume, pour un bref instant, le r&#244;le abstrait qui est pr&#233;cis&#233;ment destin&#233; &#224; l'emp&#234;cher d'&#234;tre par lui-m&#234;me, et de changer (le m&#233;canisme a &#233;t&#233; d&#233;mont&#233; cent fois, tant par l'analyse politique d&#233;mystifi&#233;e que par les explications de la psychanalyse r&#233;volutionnaire). L'&#233;lecteur ne change pas davantage quand le monde change toujours plus pr&#233;cipitamment autour de lui et, &lt;i&gt;en tant qu'&#233;lecteur&lt;/i&gt;, il ne changerait m&#234;me pas &#224; la veille de la fin du monde. Tout syst&#232;me repr&#233;sentatif est essentiellement &lt;i&gt;conservateur&lt;/i&gt;, alors que les conditions d'existence de la soci&#233;t&#233; capitaliste n'ont jamais pu &#234;tre conserv&#233;es : elles se modifient sans interruption, et toujours plus vite, mais la d&#233;cision &#8211; qui est toujours finalement d&#233;cision de laisser faire le processus m&#234;me de la production marchande &#8211; est enti&#232;rement laiss&#233;e &#224; des sp&#233;cialistes publicistes ; qu'ils soient seuls dans la course ou bien en concurrence avec ceux qui vont faire la m&#234;me chose, et d'ailleurs l'annoncent hautement. Cependant, l'homme qui vient de voter &#171; librement &#187; pour les gaullistes ou le P.C.F., tout autant que l'homme qui vient de voter, contraint et forc&#233;, pour un Gomulka, est capable de montrer ce qu'il est vraiment, la semaine d'apr&#232;s, en participant &#224; une gr&#232;ve sauvage ou &#224; une insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soi-disant &#171; lutte contre la pollution &#187;, par son c&#244;t&#233; &#233;tatique et r&#233;glementaire, va d'abord cr&#233;er de nouvelles sp&#233;cialisations, des services minist&#233;riels, des &lt;i&gt;jobs&lt;/i&gt;, de l'avancement bureaucratique. Et son efficacit&#233; sera tout &#224; fait &#224; la mesure de tels moyens. Elle ne peut devenir une volont&#233; r&#233;elle, qu'en transformant le syst&#232;me productif actuel dans ses racines m&#234;mes. Et elle ne peut &#234;tre appliqu&#233;e fermement qu'&#224; l'instant o&#249; toutes ses d&#233;cisions, prises d&#233;mocratiquement en pleine connaissance de cause, par les producteurs, seront &#224; tout instant contr&#244;l&#233;es et ex&#233;cut&#233;es &lt;i&gt;par les producteurs eux-m&#234;mes&lt;/i&gt; (par exemple les navires d&#233;verseront immanquablement leur p&#233;trole en mer tant qu'ils ne seront pas sous l'autorit&#233; de r&#233;els &lt;i&gt;soviets de marins&lt;/i&gt;). Pour d&#233;cider et ex&#233;cuter tout cela, il faut que les producteurs deviennent adultes : il faut qu'ils s'emparent tous du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'optimisme scientifique du XIXe si&#232;cle s'est &#233;croul&#233; sur trois points essentiels. Premi&#232;rement, la pr&#233;tention de &lt;i&gt;garantir&lt;/i&gt; la r&#233;volution comme r&#233;solution heureuse des conflits existants (c'&#233;tait l'illusion h&#233;g&#233;lo-gauchiste et marxiste ; la moins ressentie dans l'intelligentsia bourgeoise, mais la plus riche, et finalement la moins illusoire). Deuxi&#232;mement, la vision coh&#233;rente de l'univers, et m&#234;me simplement de la mati&#232;re. Troisi&#232;mement, le sentiment euphorique et lin&#233;aire du d&#233;veloppement des forces productives. Si nous dominons le premier point, nous aurons r&#233;solu le troisi&#232;me ; et nous saurons bien plus tard faire du second notre affaire et notre jeu. Il ne faut pas soigner les sympt&#244;mes mais la maladie m&#234;me. Aujourd'hui la peur est partout, on n'en sortira qu'en se confiant &#224; nos propres forces, &#224; notre capacit&#233; de d&#233;truire toute ali&#233;nation existante, et toute image du pouvoir qui nous a &#233;chapp&#233;. En remettant &lt;i&gt;tout&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;except&#233; nous-m&#234;mes&lt;/i&gt;, au seul pouvoir des Conseils des Travailleurs poss&#233;dant et reconstruisant &#224; tout instant la totalit&#233; du monde, c'est-&#224;-dire &#224; la rationalit&#233; vraie, &#224; une l&#233;gitimit&#233; nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re d'environnement &#171; naturel &#187; et construit, de natalit&#233;, de biologie, de production, de &#171; folie &#187;, etc., il n'y aura pas &#224; choisir entre la f&#234;te et le malheur mais consciemment et &#224; chaque carrefour, entre mille possibilit&#233;s heureuses ou d&#233;sastreuses, relativement corrigibles et, d'autre part, le n&#233;ant. Les choix terribles du futur proche laissent cette seule alternative : d&#233;mocratie totale ou bureaucratie totale. Ceux qui doutent de la d&#233;mocratie totale doivent faire des efforts pour se la prouver &#224; eux-m&#234;mes, en &lt;i&gt;lui donnant l'occasion de se prouver en marchant&lt;/i&gt; ; ou bien il ne leur reste qu'&#224; acheter leur tombe &#224; temp&#233;rament, car &#171; l'autorit&#233;, on l'a vue &#224; l'oeuvre, et ses oeuvres la condamnent &#187; (Joseph D&#233;jacque).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La r&#233;volution ou la mort &#187;, ce slogan n'est plus l'expression lyrique de la conscience r&#233;volt&#233;e, c'est &lt;i&gt;le dernier mot de la pens&#233;e scientifique&lt;/i&gt; de notre si&#232;cle. Ceci s'applique aux p&#233;rils de l'esp&#232;ce comme &#224; l'impossibilit&#233; d'adh&#233;sion pour les individus. Dans cette soci&#233;t&#233; o&#249; le suicide progresse comme on sait, les sp&#233;cialistes ont d&#251; reconna&#238;tre, avec un certain d&#233;pit, qu'il &#233;tait retomb&#233; &#224; presque rien en France en mai 1968. Ce printemps obtint aussi, sans pr&#233;cis&#233;ment y monter &#224; l'assaut, un beau ciel, parce que quelques voitures avaient br&#251;l&#233; et que toutes les autres manquaient d'essence pour polluer. Quand il pleut, quand il y a de faux nuages sur Paris, n'oubliez jamais que c'est la faute du gouvernement. La production industrielle ali&#233;n&#233;e fait la pluie. La r&#233;volution fait le beau temps.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Le texte &lt;i&gt;La plan&#232;te malade&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; en 1971 pour para&#238;tre dans le num&#233;ro 13 de la revue &lt;i&gt;Internationale situationniste&lt;/i&gt;. Ce num&#233;ro n'a jamais vu le jour, et le texte &lt;i&gt;La plan&#232;te malade&lt;/i&gt; aura attendu plus de trente ans pour &#234;tre publi&#233;, pour la premi&#232;re fois, en octobre 2004 par les &#233;ditions Gallimard.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>La joie de la r&#233;volution</title>
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		<dc:date>2008-04-15T21:13:21Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ken Knabb</dc:creator>


		<dc:subject>Auto-organisation, exp&#233;rimentations collectives</dc:subject>
		<dc:subject>Situationnistes et apparent&#233;-e-s</dc:subject>
		<dc:subject>Schizo&#239;des Associ&#233;s (P&#233;rigueux)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;A travers une &#233;criture simple et claire, Ken Knabb donne dans&lt;br class='autobr' /&gt;
ce recueil de pr&#233;cieux conseils aux r&#233;volutionnaires en herbes&lt;br class='autobr' /&gt;
et permet aux &#034;ancienNEs&#034; de remettre en question certaines&lt;br class='autobr' /&gt;
de leurs conceptions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cet ouvrage n'aborde pas les raisons de faire la r&#233;volution&lt;br class='autobr' /&gt;
(si vous n'en ressentez pas la n&#233;cessit&#233;, il existe peu de chance&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'un quelconque texte vous y incite), vous pourrez y trouver&lt;br class='autobr' /&gt;
de nombreuses pistes pour r&#233;pondre aux questions d'ordre&lt;br class='autobr' /&gt;
pratiques et th&#233;oriques auquelles se confronte t&#244;t ou tard toute&lt;br class='autobr' /&gt;
personne d&#233;sireuse de transformer radicalement la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sommaire :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chapitre 1 : Quelques r&#233;alit&#233;s de la vie&lt;/strong&gt;&lt;br&gt; - Utopie ou rien &lt;br&gt; - Le &#8220;communisme&#8221; stalinien et le &#8220;socialisme&#8221; r&#233;formiste ne sont que des variantes du capitalisme &lt;br&gt; - D&#233;mocratie repr&#233;sentative contre d&#233;mocratie de d&#233;l&#233;gu&#233;s &lt;br&gt; - Les irrationalit&#233;s du capitalisme &lt;br&gt; - Quelques r&#233;voltes modernes exemplaires &lt;br&gt; - Quelques objections fallacieuses &lt;br&gt; - Domination croissante du spectacle &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chapitre 2 : Pr&#233;liminaires&lt;/strong&gt; &lt;br&gt; - Br&#232;ches individuelles &lt;br&gt; - Interventions critiques &lt;br&gt; - La th&#233;orie contre l'id&#233;ologie &lt;br&gt; - &#201;viter les faux choix, &#233;lucider les v&#233;ritables choix &lt;br&gt; - Le style insurrectionnel &lt;br&gt; - Le cin&#233;ma radical &lt;br&gt; - Le ludisme &lt;br&gt; - Le scandale de Strasbourg &lt;br&gt; - Mis&#232;re de la politique &#233;lectorale &lt;br&gt; - R&#233;formes et institutions alternatives &lt;br&gt; - Le politiquement correct ou l'ali&#233;nation &#233;gale pour tous &lt;br&gt; - Inconv&#233;nients du moralisme et de l'extr&#233;misme simpliste &lt;br&gt; - Avantages de l'audace &lt;br&gt; - Avantages et limites de la non-violence &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chapitre 3 : Moments de v&#233;rit&#233;&lt;/strong&gt; &lt;br&gt; - Les causes des br&#232;ches sociales &lt;br&gt; - Les bouleversements de l'apr&#232;s-guerre &lt;br&gt; - L'effervescence des situations radicales &lt;br&gt; - L'auto-organisation populaire &lt;br&gt; - Les situationnistes en Mai 1968 &lt;br&gt; - L'ouvri&#233;risme est d&#233;pass&#233;, mais la position des ouvriers est toujours centrale &lt;br&gt; - Gr&#232;ves sauvages et sur le tas &lt;br&gt; - Gr&#232;ves de consommateurs &lt;br&gt; - Ce qui aurait pu arriver en Mai 1968 &lt;br&gt; - Les m&#233;thodes de la confusion et de la r&#233;cup&#233;ration &lt;br&gt; - Le terrorisme renforce l'&#201;tat &lt;br&gt; - La lutte finale &lt;br&gt; - L'internationalisme &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chapitre 4 : Renaissance&lt;/strong&gt; &lt;br&gt; - Les utopistes n'envisagent pas la diversit&#233; post-r&#233;volutionnaire &lt;br&gt; - D&#233;centralisation et coordination &lt;br&gt; - Quelques garanties contre les abus &lt;br&gt; - Consensus, d&#233;cision majoritaire et hi&#233;rarchies in&#233;vitables &lt;br&gt; - L'&#233;limination des racines de la guerre et du crime &lt;br&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique16" rel="directory"&gt;J&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot10" rel="tag"&gt;Auto-organisation, exp&#233;rimentations collectives&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot15" rel="tag"&gt;Situationnistes et apparent&#233;-e-s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot77" rel="tag"&gt;Schizo&#239;des Associ&#233;s (P&#233;rigueux)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L104xH150/arton426-f76ed.jpg?1780471817' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='104' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff426.jpg?1208301718&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Vous pouvez &#233;galement lire le texte int&#233;gral sur le site du &lt;a href=&#034;http://www.bopsecrets.org/French/joyrev.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Bureau of Public Secrets&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA JOIE DE LA R&#201;VOLUTION&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Chapitre 1 : Quelques r&#233;alit&#233;s de la vie&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#8220;La racine du manque d'imagination r&#233;gnant ne peut se comprendre si l'on n'acc&#232;de pas &#224; l'imagination du manque ; c'est-&#224;-dire &#224; concevoir ce qui est absent, interdit et cach&#233;, et pourtant possible, dans la vie moderne.&#8221;&lt;br&gt;
Internationale Situationniste n&#176; 7&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Utopie ou rien&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jamais dans toute l'histoire on n'a vu si &#233;clatant contraste entre le possible et l'existant.&lt;br&gt;
Il n'est pas n&#233;cessaire d'examiner ici tous les probl&#232;mes du monde actuel. La plupart sont bien connus, et s'y attarder ne fait souvent qu'amoindrir leur r&#233;alit&#233;. Mais m&#234;me si nous avons &#8220;assez de force pour supporter les maux d'autrui&#8221;, la d&#233;t&#233;rioration sociale actuelle nous frappe tous. Ceux d'entre nous qui n'ont pas &#224; affronter la r&#233;pression physique, n'en subissent pas moins l'&#233;crasement moral d'un monde toujours plus mesquin, angoissant, ignare et laid. Ceux qui &#233;chappent &#224; la mis&#232;re &#233;conomique n'&#233;chappent pas &#224; l'appauvrissement g&#233;n&#233;ralis&#233; de la vie.&lt;br&gt;
Et cette vie elle-m&#234;me, toute pitoyable qu'elle soit, ne pourra se perp&#233;tuer longtemps dans ces conditions. Le saccage de la plan&#232;te par l'expansion mondiale du capitalisme nous a amen&#233;s au point o&#249; il est bien possible que l'humanit&#233; disparaisse en quelques d&#233;cennies.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourtant, ce m&#234;me d&#233;veloppement rend possible l'abolition du syst&#232;me de hi&#233;rarchie et d'exploitation bas&#233; sur la p&#233;nurie, et l'av&#232;nement d'une nouvelle forme de soci&#233;t&#233; r&#233;ellement lib&#233;r&#233;e.&lt;br&gt;
Plongeant de d&#233;sastre en d&#233;sastre vers la folie collective et l'apocalypse &#233;cologique, ce syst&#232;me s'est emball&#233; &#224; une vitesse incontr&#244;lable, m&#234;me par ceux qui s'en pr&#233;tendent les ma&#238;tres. Alors que nous ne pourrons bient&#244;t plus sortir de nos ghettos fortifi&#233;s sans la protection de gardes arm&#233;s, ni nous risquer au grand air sans l'application d'une cr&#232;me pour nous prot&#233;ger du cancer de la peau, il est difficile de prendre au s&#233;rieux ceux qui pr&#244;nent de qu&#233;mander quelques r&#233;formes.&lt;br&gt;
Ce qu'il faut, &#224; mon avis, c'est une r&#233;volution mondiale participative et d&#233;mocratique qui abolira le capitalisme et l'&#201;tat. Ce n'est pas rien, je le reconnais, mais rien de moins ne saurait nous amener &#224; la racine de nos probl&#232;mes. Il peut sembler d&#233;risoire de parler de r&#233;volution, mais toutes les autres solutions s'inscrivent dans la perp&#233;tuation du syst&#232;me actuel, ce qui l'est encore beaucoup plus.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le &#8220;communisme&#8221; stalinien et le &#8220;socialisme&#8221; r&#233;formiste ne sont que des variantes du capitalisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'examiner les implications d'une telle r&#233;volution, et de r&#233;pondre &#224; quelques objections courantes qui lui sont oppos&#233;es, il faut souligner que celle-ci n'a rien &#224; voir avec les st&#233;r&#233;otypes r&#233;pugnants que ce terme &#233;voque g&#233;n&#233;ralement : terrorisme, vengeance, coups politiques, chefs manipulateurs pr&#234;chant le sacrifice, suiveurs zombies scandant les slogans autoris&#233;s, etc. Il ne faut surtout pas la confondre avec les deux &#233;checs principaux de ce projet dans l'histoire moderne, le &#8220;communisme&#8221; stalinien et le &#8220;socialisme&#8221; r&#233;formiste.&lt;br&gt;
Maintenant qu'il a s&#233;vi durant plusieurs d&#233;cennies, en Russie et dans de nombreux autres pays, il est devenu &#233;vident que le stalinisme est tout le contraire d'une soci&#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e. L'origine de ce ph&#233;nom&#232;ne grotesque est moins &#233;vidente. Les trotskistes, entre autres, ont cherch&#233; &#224; opposer le stalinisme et le bolchevisme originel de L&#233;nine et Trotsky. Il y a certes des diff&#233;rences, mais elles sont plut&#244;t quantitatives que qualitatives. L'&#201;tat et la r&#233;volution de L&#233;nine, par exemple, pr&#233;sente une critique de l'&#201;tat plus coh&#233;rente que celles qu'on peut trouver dans la plupart des textes anarchistes. Le probl&#232;me, c'est que les aspects radicaux de la pens&#233;e de L&#233;nine ont fini par masquer la pratique effectivement autoritaire des Bolcheviks. Se pla&#231;ant au-dessus des masses qu'il pr&#233;tendait repr&#233;senter, et instaurant une hi&#233;rarchie interne entre les militants et leurs chefs, le Parti bolchevique &#233;tait d&#233;j&#224; en train d'&#233;difier les conditions du d&#233;veloppement du stalinisme lorsque L&#233;nine et Trotsky &#233;taient au pouvoir.(1)&lt;br&gt;
Mais si nous voulons faire mieux, il faut &#234;tre clair sur ce qui a &#233;chou&#233;. Si &#8220;le socialisme&#8221; signifie l'enti&#232;re participation du peuple aux d&#233;cisions qui affectent leur vie, celui-ci n'a exist&#233; ni dans les r&#233;gimes staliniens de l'Est, ni dans les Welfare States de l'Ouest. L'effondrement r&#233;cent du stalinisme n'est ni la justification du capitalisme ni la preuve de l'&#233;chec du &#8220;communisme marxiste&#8221;. Quiconque s'est donn&#233; la peine de lire Marx, ce qui n'est &#233;videmment pas le cas de la plupart de ceux qui le critiquent, sait fort bien que le l&#233;ninisme est une grave distorsion de sa pens&#233;e, et que le stalinisme n'en est qu'une caricature. Il sait aussi que la propri&#233;t&#233; &#233;tatique n'a rien &#224; voir avec le communisme dans son sens authentique de propri&#233;t&#233; commune, communautaire. Ce n'est qu'une variante du capitalisme dans laquelle la propri&#233;t&#233; &#233;tatique-bureaucratique remplace la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, ou fusionne avec celle-ci.&lt;br&gt;
Le long spectacle de l'opposition entre ces deux vari&#233;t&#233;s du capitalisme a occult&#233; leur alliance r&#233;elle. Les conflits s&#233;rieux se limitaient &#224; des batailles par procuration dans le Tiers-Monde (Vietnam, Angola, Afghanistan, etc.). Aucun des deux partis n'a jamais fait la moindre tentative s&#233;rieuse pour renverser l'ennemi au coeur de son empire. Le Parti communiste fran&#231;ais a sabot&#233; la r&#233;volte de Mai 1968, et les puissances occidentales, qui sont intervenues massivement dans les pays o&#249; on ne voulait pas d'elles, ont refus&#233; d'envoyer ne serait-ce que les quelques armes antichars dont avaient besoin les insurg&#233;s hongrois de 1956. Guy Debord a fait observer en 1967 que le capitalisme d'&#201;tat stalinien s'&#233;tait r&#233;v&#233;l&#233; un simple &#8220;parent pauvre&#8221; du capitalisme occidental, et que son d&#233;clin commen&#231;ait &#224; priver les dirigeants occidentaux de la pseudo-opposition qui les renfor&#231;ait en figurant l'unique alternative possible &#224; leur syst&#232;me. &#8220;La bourgeoisie est en train de perdre l'adversaire qui la soutenait objectivement en unifiant illusoirement toute n&#233;gation de l'ordre existant&#8221; (La Soci&#233;t&#233; du Spectacle, th&#232;ses 110-111).&lt;br&gt;
Bien que les dirigeants occidentaux aient pr&#233;tendu se r&#233;jouir de l'effondrement du stalinisme comme d'une victoire de leur propre syst&#232;me, aucun d'entre eux ne l'avait pr&#233;dit ; et il est &#233;vident qu'ils n'ont actuellement aucune id&#233;e sur ce qu'il convient de faire en r&#233;ponse &#224; tous les probl&#232;mes pos&#233;s par cet effondrement, si ce n'est tirer un maximum de profit de la situation avant que tout s'&#233;croule. En r&#233;alit&#233; les compagnies multinationales et monopolistes qui proclament la &#8220;libre entreprise&#8221; comme panac&#233;e savent bien que le capitalisme de libre-&#233;change aurait explos&#233; depuis longtemps du fait de ses propres contradictions s'il n'avait pas &#233;t&#233; sauv&#233; malgr&#233; lui par quelques r&#233;formes pseudo-socialistes.&lt;br&gt;
Ces r&#233;formes (services sociaux, assurances sociales, journ&#233;e de huit heures, etc.) ont beau pallier certains des d&#233;fauts les plus choquants du syst&#232;me, elles n'ont aucunement permis de le d&#233;passer. Ces derni&#232;res ann&#233;es, elles n'ont m&#234;me pas permis de pallier ses crises end&#233;miques. De toute fa&#231;on, les am&#233;liorations les plus importantes n'ont &#233;t&#233; acquises que par des luttes populaires longues et souvent violentes, qui ont fini par forcer la main des bureaucrates. Les partis gauchistes et les syndicats qui pr&#233;tendaient mener ces luttes ont surtout servi de soupapes de s&#233;curit&#233;, r&#233;cup&#233;rant les tendances radicales et lubrifiant les m&#233;canismes de la machine sociale.&lt;br&gt;
Comme l'ont montr&#233; les situationnistes, la bureaucratisation des mouvements radicaux, qui a transform&#233; les gens en suiveurs continuellement &#8220;trahis&#8221; par leurs chefs, est li&#233;e &#224; la spectacularisation croissante de la soci&#233;t&#233; capitaliste moderne, qui en a fait des spectateurs d'un monde qui leur &#233;chappe - et cette tendance est devenue toujours plus &#233;vidente, bien que ceci ne soit g&#233;n&#233;ralement compris que tr&#232;s superficiellement.&lt;br&gt;
Consid&#233;r&#233;s dans leur ensemble, tous ces ph&#233;nom&#232;nes indiquent que la cr&#233;ation d'une soci&#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e exige la participation active de tous. Ce ne peut pas &#234;tre l'oeuvre d'organisations hi&#233;rarchiques qui pr&#233;tendent agir &#224; la place des gens. Il ne s'agit pas de choisir des chefs plus honn&#234;tes, ou plus &#8220;proches&#8221; de leurs &#233;lecteurs, mais de n'accorder &#224; aucun chef, quel qu'il soit, de pouvoir ind&#233;pendant. Il est normal que des individus ou des minorit&#233;s agissantes se trouvent &#224; l'initiative des luttes sociales, mais il faut qu'une partie importante et toujours croissante de la population participe, sinon le mouvement n'aboutira pas &#224; une nouvelle soci&#233;t&#233;, et se soldera par un coup d'&#201;tat qui installera de nouveaux dirigeants.&lt;br&gt;
D&#233;mocratie repr&#233;sentative contre d&#233;mocratie de d&#233;l&#233;gu&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne reviendrai pas sur les critiques classiques du capitalisme et de l'&#201;tat, faites par les socialistes et les anarchistes. Elles sont largement connues, et facilement accessibles. Mais une typologie &#233;l&#233;mentaire de l'organisation sociale permet de clarifier quelques-unes des confusions propres &#224; la rh&#233;torique politique traditionnelle. Pour simplifier, j'examinerai d'abord s&#233;par&#233;ment les aspects &#8220;politiques&#8221; et les aspects &#8220;&#233;conomiques&#8221;, bien qu'ils soient &#233;videmment li&#233;s. Il est aussi vain d'essayer d'&#233;galiser les conditions &#233;conomiques par l'action d'une bureaucratie &#233;tatique, que d'essayer de d&#233;mocratiser la soci&#233;t&#233; alors que le pouvoir de l'argent permet &#224; la minorit&#233; riche de dominer les institutions qui d&#233;terminent la conscience des r&#233;alit&#233;s sociales. Puisque le syst&#232;me fonctionne comme un ensemble, il ne peut &#234;tre chang&#233; fondamentalement que dans son ensemble.&lt;br&gt;
Pour commencer avec l'aspect politique, on peut distinguer grosso modo cinq niveaux de &#8220;gouvernement&#8221; :&lt;br&gt;
(1) Libert&#233; illimit&#233;e&lt;br&gt;
(2) D&#233;mocratie directe&lt;br&gt; a) de consensus&lt;br&gt; b) de d&#233;cision majoritaire&lt;br&gt;
(3) D&#233;mocratie de d&#233;l&#233;gu&#233;s&lt;br&gt;
(4) D&#233;mocratie repr&#233;sentative&lt;br&gt;
(5) Dictature minoritaire d&#233;clar&#233;e&lt;br&gt;
La soci&#233;t&#233; actuelle oscille entre (4) et (5), c'est-&#224;-dire entre le gouvernement minoritaire non d&#233;guis&#233; et le gouvernement minoritaire camoufl&#233; par une fa&#231;ade de d&#233;mocratie symbolique. Une soci&#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e abolirait (4) et (5) et r&#233;duirait progressivement le besoin de (2) et (3).&lt;br&gt;
Je discuterai plus tard les variantes de (2). Mais la distinction essentielle est entre (3) et (4).&lt;br&gt;
Dans la d&#233;mocratie repr&#233;sentative, les gens abdiquent leur pouvoir &#224; des fonctionnaires &#233;lus. Les programmes des candidats se limitent &#224; quelques vagues g&#233;n&#233;ralit&#233;s. Et une fois qu'ils sont &#233;lus, on a peu de contr&#244;le sur leurs d&#233;cisions, si ce n'est par la menace de reporter son vote quelques ann&#233;es plus tard sur un autre politicien, qui sera d'ailleurs tout aussi incontr&#244;lable. Les d&#233;put&#233;s d&#233;pendent des riches, du fait des pots-de-vin et des contributions qu'ils re&#231;oivent pour leurs campagnes &#233;lectorales. Ils sont subordonn&#233;s aux propri&#233;taires des m&#233;dias, qui d&#233;terminent l'agenda politique. Et ils sont presque aussi ignorants et impuissants que le grand public quant aux nombreuses questions importantes sur lesquelles les d&#233;cisions sont prises par des bureaucrates non &#233;lus ou par des agences secr&#232;tes et incontr&#244;lables. &lt;br&gt;
Les dictateurs d&#233;clar&#233;s sont parfois renvers&#233;s, mais les v&#233;ritables dirigeants des r&#233;gimes &#8220;d&#233;mocratiques&#8221;, les membres de la minorit&#233; minuscule qui poss&#232;de ou domine pratiquement tout, ne sont jamais ni &#233;lus ni remis en question par la voie &#233;lectorale. Le grand public ignore m&#234;me l'existence de la plupart d'entre eux.&lt;br&gt;
Dans la d&#233;mocratie de d&#233;l&#233;gu&#233;s, ceux-ci sont &#233;lus pour des buts bien d&#233;finis, et avec des instructions tr&#232;s pr&#233;cises. Le d&#233;l&#233;gu&#233; peut &#234;tre porteur d'un mandat imp&#233;ratif, avec l'obligation de voter d'une fa&#231;on pr&#233;cise sur une question particuli&#232;re, ou bien le mandat peut &#234;tre laiss&#233; ouvert, le d&#233;l&#233;gu&#233; &#233;tant libre de voter comme il l'entend. Dans ce dernier cas, les gens qui l'ont &#233;lu se r&#233;servent habituellement le droit de confirmer ou de rejeter les d&#233;cisions prises. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s sont g&#233;n&#233;ralement &#233;lus pour une dur&#233;e tr&#232;s courte et peuvent &#234;tre r&#233;voqu&#233;s &#224; tout moment.&lt;br&gt;
Dans le contexte des luttes radicales, les assembl&#233;es de d&#233;l&#233;gu&#233;s se sont appel&#233;es g&#233;n&#233;ralement des &#8220;conseils&#8221;. Cette forme f&#251;t invent&#233;e par des ouvriers en gr&#232;ve pendant la r&#233;volution russe de 1905 (soviet est le mot russe pour conseil). Quand les soviets sont r&#233;apparus en 1917, ils furent d'abord soutenus, puis manipul&#233;s, domin&#233;s et r&#233;cup&#233;r&#233;s par les Bolcheviks, qui r&#233;ussirent bient&#244;t &#224; les transformer en courroies de transmission de leur propre parti, en relais de &#8220;l'&#201;tat sovi&#233;tique&#8221;. Le dernier soviet ind&#233;pendant, celui des marins de Cronstadt, fut &#233;cras&#233; en 1921. N&#233;anmoins, les conseils sont r&#233;apparus &#224; de nombreuses occasions, en Allemagne, en Italie, en Espagne, en Hongrie et ailleurs, parce qu'ils sont la r&#233;ponse qui s'impose au besoin d'une forme pratique d'organisation populaire non hi&#233;rarchique. Et ils rencontrent toujours l'opposition de toutes les organisations hi&#233;rarchiques, parce qu'ils menacent l'autorit&#233; de toutes les &#233;lites sp&#233;cialis&#233;es, en montrant la possibilit&#233; d'une soci&#233;t&#233; d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e : non pas l'autogestion de quelques d&#233;tails de la situation actuelle, mais l'autogestion &#233;tendue &#224; toutes les r&#233;gions du monde et &#224; tous les aspects de la vie.&lt;br&gt;
Mais comme je l'ai fait remarquer ci-dessus, on ne peut traiter la question des formes d&#233;mocratiques ind&#233;pendamment du contexte &#233;conomique.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les irrationalit&#233;s du capitalisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation &#233;conomique peut se concevoir sous l'angle du travail :&lt;br&gt;
(1) compl&#232;tement volontaire&lt;br&gt;
(2) coop&#233;ratif (autogestion collective)&lt;br&gt;
(3) forc&#233; et exploit&#233;&lt;br&gt; a) sous une forme non d&#233;guis&#233;e (l'esclavage)&lt;br&gt; b) sous une forme d&#233;guis&#233;e (le salariat)&lt;br&gt;
Ou bien, sous l'angle de la distribution :&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) communisme authentique (usage compl&#232;tement libre de tous les biens)&lt;br&gt;
(2) socialisme authentique (propri&#233;t&#233; et r&#233;glementation collectives)&lt;br&gt;
(3) capitalisme (propri&#233;t&#233; priv&#233;e et/ou &#233;tatique)&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'il soit possible de distribuer gratuitement des biens ou des services produits par le travail salari&#233;, ou, inversement, de transformer en marchandises des biens produits par le travail b&#233;n&#233;vole ou coop&#233;ratif, les modes de travail et de distribution se correspondent g&#233;n&#233;ralement dans une soci&#233;t&#233; donn&#233;e. La soci&#233;t&#233; actuelle est principalement caract&#233;ris&#233;e par les deux (3), c'est-&#224;-dire par la production et la consommation forc&#233;es des marchandises. Une soci&#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e abolirait (3) et r&#233;duirait autant que possible (2) en faveur de (1).&lt;br&gt;
Le capitalisme est bas&#233; sur la production marchande - la production de biens et de services dans un but lucratif - et le salariat - la force de travail devenue elle-m&#234;me une marchandise &#224; acheter et &#224; vendre. &lt;/br&gt;Comme l'a not&#233; Marx, il y a moins de diff&#233;rence qu'on ne le pense g&#233;n&#233;ralement entre l'esclave et le travailleur &#8220;libre&#8221;. L'esclave, bien qu'il semble ne rien toucher, re&#231;oit au moins les moyens de sa survie et de sa reproduction, pour lesquelles le travailleur, qui devient un esclave temporaire pendant son temps de travail, doit d&#233;penser la plus grande part de son salaire. Bien s&#251;r, certains m&#233;tiers sont moins p&#233;nibles que d'autres, et en principe le travailleur individuel a le droit de changer d'emploi, de monter sa propre entreprise, d'acheter des actions ou de gagner &#224; la loterie. Mais tout cela masque le fait que la grande majorit&#233; est collectivement asservie.&lt;br&gt;
Comment sommes-nous arriv&#233;s &#224; cette situation absurde ? Si nous remontons assez loin dans l'histoire, nous nous apercevons qu'&#224; un certain moment les gens ont &#233;t&#233; d&#233;poss&#233;d&#233;s de force, chass&#233;s de leur terre, et priv&#233;s des moyens de produire les biens n&#233;cessaires &#224; la vie. Les chapitres fameux sur &#8220;l'accumulation primitive&#8221; dans Le Capital d&#233;crivent d'une mani&#232;re vivante ce processus &#224; l'oeuvre en Angleterre. &#192; partir du moment o&#249; les gens acceptent cette d&#233;possession, ils sont contraints d'entrer dans une relation in&#233;gale avec les &#8220;propri&#233;taires&#8221; (ceux qui les ont vol&#233;s, ou bien ceux qui ont plus tard obtenu les titres de &#8220;propri&#233;t&#233;&#8221; des premiers voleurs) &#224; travers laquelle ils &#233;changent leur travail contre une fraction de ce que celui-ci produit effectivement, la plus-value &#233;tant conserv&#233;e par les propri&#233;taires. Cette plus-value (le capital) peut alors &#234;tre r&#233;investie pour en engendrer toujours plus.&lt;br class='autobr' /&gt;
En ce qui concerne la distribution, une fontaine publique est un exemple banal du communisme authentique (accessibilit&#233; non limit&#233;e), et une biblioth&#232;que municipale du socialisme authentique (accessibilit&#233; gratuite mais r&#232;glement&#233;e).&lt;br&gt;
Dans une soci&#233;t&#233; rationnelle, l'accessibilit&#233; des biens d&#233;pendra du degr&#233; d'abondance. Pendant une s&#232;cheresse il faudra rationner l'eau. &lt;/br&gt;Inversement, une fois que les biblioth&#232;ques seront mises compl&#232;tement en ligne, elles pourront devenir int&#233;gralement communistes : n'importe qui pourra avoir acc&#232;s &#224; un nombre illimit&#233; de textes sans qu'il y ait plus besoin de contr&#244;les, de mesures de s&#233;curit&#233; contre le vol, etc.&lt;br&gt;
Mais ce rapport rationnel entre accessibilit&#233; et abondance est entrav&#233; par la persistance des int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques s&#233;par&#233;s. Pour revenir au second exemple, il sera bient&#244;t techniquement possible de cr&#233;er une &#8220;biblioth&#232;que&#8221; mondiale o&#249; tous les livres, tous les films et tous les enregistrements musicaux seront mis en ligne, permettant &#224; n'importe qui d'obtenir des copies gratuitement (plus besoin de magasins, de ventes, de publicit&#233;s, d'emballage, d'exp&#233;dition, etc.). Mais puisque cela supprimerait &#233;galement les b&#233;n&#233;fices des maisons d'&#233;dition, des studios d'enregistrement et des compagnies cin&#233;matographiques, on consacre beaucoup plus d'&#233;nergie &#224; inventer des m&#233;thodes compliqu&#233;es pour emp&#234;cher la copie, ou bien pour la contr&#244;ler et la faire payer - cependant que d'autres gens consacrent une &#233;nergie aussi importante &#224; inventer des m&#233;thodes pour tourner de tels contr&#244;les - que pour d&#233;velopper une technologie qui pourrait profiter &#224; tout le monde.&lt;br&gt;
Un des m&#233;rites de Marx est d'avoir d&#233;pass&#233; les discours politiques creux bas&#233;s sur des principes philosophiques ou &#233;thiques abstraits (&#8220;la nature humaine&#8221; a telle qualit&#233; ; tous les gens ont un &#8220;droit naturel&#8221; &#224; ceci ou &#224; cela, etc.), en montrant comment les possibilit&#233;s et la conscience sociales sont dans une grande mesure d&#233;pendantes des conditions mat&#233;rielles. La libert&#233; dans l'abstrait n'a pas beaucoup de signification si la plupart des gens doivent travailler tout le temps juste pour assurer leur survie. Il n'est pas r&#233;aliste d'esp&#233;rer que les gens soient g&#233;n&#233;reux et coop&#233;ratifs dans des conditions de p&#233;nurie (si l'on excepte la situation radicalement diff&#233;rente du &#8220;communisme primitif&#8221;). Mais l'existence d'un surplus suffisamment important offre beaucoup plus de possibilit&#233;s. L'espoir de Marx et des autres r&#233;volutionnaires de son temps &#233;tait fond&#233; sur le fait que les potentialit&#233;s technologiques d&#233;velopp&#233;es par la r&#233;volution industrielle avaient enfin fourni une base mat&#233;rielle suffisante pour permettre l'av&#232;nement d'une soci&#233;t&#233; sans classes. Il ne s'agissait plus de d&#233;clarer que les choses &#8220;devraient&#8221; &#234;tre diff&#233;rentes, mais de montrer qu'elles pouvaient &#234;tre diff&#233;rentes, que la domination de classe n'&#233;tait pas seulement injuste, mais qu'elle n'&#233;tait plus n&#233;cessaire.&lt;br&gt;
A-t-elle jamais &#233;t&#233; vraiment n&#233;cessaire ? Marx a-t-il eu raison de consid&#233;rer le d&#233;veloppement du capitalisme et de l'&#201;tat comme une &#233;tape in&#233;vitable ? Aurait-il &#233;t&#233; possible de cr&#233;er une soci&#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e en &#233;vitant ce d&#233;tour p&#233;nible ? Heureusement, nous n'avons plus &#224; nous occuper de cette question. Qu'elle ait &#233;t&#233; possible ou non dans le pass&#233;, ce qui importe c'est que les conditions mat&#233;rielles actuelles sont plus que suffisantes pour permettre l'&#233;dification d'une soci&#233;t&#233; sans classes au niveau mondial.&lt;br&gt;
Le d&#233;faut le plus grave du capitalisme ne r&#233;side pas dans la distribution in&#233;gale de la richesse, dans le fait que les travailleurs ne sont pas pay&#233;s pour toute la &#8220;valeur&#8221; de leur travail. C'est que cette marge d'exploitation, m&#234;me si elle s'av&#232;re relativement minime, rend possible l'accumulation priv&#233;e du capital qui finit par r&#233;orienter toute chose en fonction de ses propres fins, dominant et pervertissant tous les aspects de la vie.&lt;br&gt;
Plus la machine sociale produit d'ali&#233;nation, plus l'&#233;nergie sociale doit &#234;tre canalis&#233;e pour en assurer la bonne marche - plus de publicit&#233;s pour vendre des marchandises superflues, plus d'id&#233;ologies pour embobiner les gens, plus de spectacles pour les pacifier, plus de police et de prisons pour r&#233;primer le crime et la r&#233;volte, plus d'armes pour concurrencer les &#201;tats rivaux... Tout ceci produit encore davantage de frustrations et d'antagonismes, lesquels exigent encore davantage de spectacles, de prisons, etc. Comme ce cercle vicieux se perp&#233;tue, les v&#233;ritables besoins humains ne trouvent de satisfaction qu'incidemment, ou pas du tout, tandis que pratiquement tout le travail est canalis&#233; vers des projets absurdes, redondants ou destructeurs, qui ne servent qu'&#224; maintenir ce syst&#232;me.&lt;br&gt;
Si celui-ci &#233;tait aboli, et si les capacit&#233;s technologiques modernes &#233;taient r&#233;orient&#233;es convenablement, le travail n&#233;cessaire pour satisfaire les v&#233;ritables besoins humains serait r&#233;duit &#224; un niveau si faible qu'il pourrait facilement &#234;tre organis&#233; de mani&#232;re coop&#233;rative sur la base du volontariat, sans stimulation financi&#232;re ni intervention autoritaire de l'&#201;tat.&lt;br&gt;
Il est assez facile d'imaginer le d&#233;passement du pouvoir hi&#233;rarchique, car l'autogestion peut se concevoir comme la r&#233;alisation de la libert&#233; et de la d&#233;mocratie, qui sont les valeurs affich&#233;es des soci&#233;t&#233;s occidentales, et chacun a connu des moments o&#249; il a rejet&#233; son conditionnement et a commenc&#233; &#224; parler et &#224; agir par lui-m&#234;me.&lt;br&gt;
Il est bien plus difficile de concevoir le d&#233;passement du syst&#232;me &#233;conomique. La domination du capital est plus subtile. Dans le monde moderne, les questions du travail, de la production des biens et des services, de l'&#233;change et de la coordination semblent si compliqu&#233;es que la plupart des gens acceptent la n&#233;cessit&#233; de l'argent comme m&#233;diation universelle et ont des difficult&#233;s &#224; imaginer un autre changement que celui qui consisterait &#224; le r&#233;partir d'une mani&#232;re plus &#233;quitable.&lt;br&gt;
Pour cette raison, je vais repousser la discussion des aspects &#233;conomiques jusqu'au point o&#249; il sera possible de les examiner plus en d&#233;tail.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelques r&#233;voltes modernes exemplaires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle r&#233;volution, est-elle probable ? Je ne le crois pas, d'autant qu'il nous reste peu de temps devant nous. Dans les &#233;poques ant&#233;rieures on pouvait imaginer que malgr&#233; toutes les folies de l'humanit&#233; et tous les d&#233;sastres que ces folies pouvaient entra&#238;ner, nous nous en sortirions d'une fa&#231;on ou d'une autre, en tirant les le&#231;ons de nos erreurs. Mais maintenant que les d&#233;veloppements technologiques ont des implications &#233;cologiques mondiales et irr&#233;versibles, il n'est plus possible de proc&#233;der seulement par t&#226;tonnements maladroits. Il ne nous reste que quelques d&#233;cennies pour renverser la tendance. Et plus le temps passe, plus la t&#226;che devient difficile. Le fait que les probl&#232;mes sociaux fondamentaux ne sont pas r&#233;solus, ni m&#234;me vraiment pris en compte, favorise les guerres, le fascisme, les antagonismes ethniques, les fanatismes religieux et toutes les autres formes d'irrationalit&#233; populaire, et d&#233;tourne vers des actions d&#233;fensives et vaines ceux qui, sans cela, auraient pu lutter pour une soci&#233;t&#233; nouvelle.&lt;br&gt;
Mais la plupart des r&#233;volutions ont &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;d&#233;es par des p&#233;riodes o&#249; personne n'imaginait que les choses puissent changer un jour. Malgr&#233; les nombreuses raisons de d&#233;sesp&#233;rer que nous propose le monde actuel, il y a aussi quelques signes encourageants, et la d&#233;sillusion g&#233;n&#233;rale quant aux autres solutions qui ont &#233;chou&#233; en est une. Bien des r&#233;voltes populaires dans ce si&#232;cle se sont dirig&#233;es spontan&#233;ment dans la bonne direction. Je ne parle pas des r&#233;volutions qui ont &#8220;r&#233;ussi&#8221; - ce sont toutes des impostures - mais de tentatives moins connues et plus radicales. Parmi les plus notables : Russie 1905, Allemagne 1918-1919, Italie 1920, Asturies 1934, Espagne 1936-1937, Hongrie 1956, France 1968, Tch&#233;coslovaquie 1968, Portugal 1974-1975, Pologne 1980-1981. Mais beaucoup d'autres mouvements, de la r&#233;volution mexicaine de 1910 &#224; la lutte anti-apartheid en Afrique du Sud, ont connu des moments exemplaires d'exp&#233;rimentation populaire, avant d'&#234;tre remis sous contr&#244;le bureaucratique.&lt;br&gt;
Ceux qui n'ont pas &#233;tudi&#233; soigneusement ces mouvements sont mal plac&#233;s pour rejeter la possibilit&#233; d'une r&#233;volution. On passe &#224; c&#244;t&#233; de l'essentiel si on les ignore du fait de leur &#8220;&#233;chec&#8221; suppos&#233;.(2)&lt;br&gt;
La r&#233;volution moderne, c'est tout ou rien. Des r&#233;voltes limit&#233;es vont &#224; l'&#233;chec, jusqu'&#224; ce qu'une r&#233;action en cha&#238;ne se d&#233;clenche, prenant de vitesse la r&#233;pression qui tente de la cerner. Ce n'est gu&#232;re surprenant que ces r&#233;voltes ne soient pas all&#233;es plus loin. Ce qui est encourageant, c'est qu'elles soient all&#233;es quand m&#234;me aussi loin. Un nouveau mouvement r&#233;volutionnaire prendra sans doute des formes nouvelles et impr&#233;visibles, mais ces tentatives ant&#233;rieures offrent encore bien des enseignements sur ce que l'on pourrait faire, ainsi que sur ce que l'on doit &#233;viter.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelques objections fallacieuses&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dit souvent qu'une soci&#233;t&#233; sans &#201;tat pourrait fonctionner si tous les hommes &#233;taient des anges, mais que du fait de la perversit&#233; de la nature humaine, un certain degr&#233; de hi&#233;rarchie est n&#233;cessaire pour maintenir l'ordre. Il serait plus juste de dire que si tous les hommes &#233;taient des anges, le syst&#232;me actuel pourrait fonctionner assez bien : les bureaucrates feraient leur travail honn&#234;tement, les capitalistes s'abstiendraient des affaires socialement nuisibles m&#234;me si elles &#233;taient lucratives... C'est pr&#233;cis&#233;ment parce que les gens ne sont pas des anges qu'il est n&#233;cessaire d'abolir le syst&#232;me qui permet &#224; quelques-uns de devenir des diables tr&#232;s efficaces. Mettez cent personnes dans une petite salle qui n'a qu'un trou d'a&#233;ration, elles se d&#233;chireront &#224; mort pour y avoir acc&#232;s. Mettez-les en libert&#233;, il se pourrait qu'elles montrent une nature assez diff&#233;rente. Comme l'a dit un graffiti de Mai 1968, &#8220;L'homme n'est ni le bon sauvage de Rousseau, ni le pervers de l'&#233;glise et de La Rochefoucauld. Il est violent quand on l'opprime, il est doux quand il est libre.&#8221;&lt;br&gt;
D'autres pr&#233;tendent que, quelles que soient les causes originelles, les gens sont si paum&#233;s aujourd'hui qu'ils sont m&#234;me incapables d'imaginer une soci&#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e, &#224; moins d'&#234;tre pr&#233;alablement soign&#233;s psychologiquement. Dans ses derni&#232;res ann&#233;es, Wilhelm Reich en &#233;tait venu &#224; croire que la &#8220;peste &#233;motionnelle&#8221; &#233;tait si r&#233;pandue dans la population qu'il faudrait attendre qu'une g&#233;n&#233;ration soit &#233;lev&#233;e sainement avant que les gens deviennent capables d'une transformation libertaire ; et qu'il valait mieux entre-temps &#233;viter d'affronter le syst&#232;me de front, parce que cela risquait d'entra&#238;ner des r&#233;actions populaires aveugles.&lt;br&gt;
Certes, les tendances populaires irrationnelles imposent parfois de prendre des pr&#233;cautions. Mais aussi puissantes qu'elles soient, ce ne sont pas des forces irr&#233;sistibles. Elles contiennent aussi des contradictions. Le fait de se raccrocher &#224; une autorit&#233; absolue n'est pas forc&#233;ment le signe d'une confiance absolue dans l'autorit&#233;. Ce peut &#234;tre, au contraire, un effort d&#233;sesp&#233;r&#233; pour r&#233;primer des doutes croissants (la crispation convulsive d'une poigne qui glisse). Les gens qui adh&#232;rent &#224; des gangs, &#224; des groupes r&#233;actionnaires ou &#224; des sectes religieuses, ou qui sont gagn&#233;s par l'hyst&#233;rie patriotique, cherchent eux aussi &#224; &#233;prouver un sentiment de lib&#233;ration, de participation, de communaut&#233;, &#224; trouver un sens &#224; leur vie et &#224; jouir de l'illusion d'un pouvoir sur l'emploi de celle-ci. Comme l'a montr&#233; Reich lui-m&#234;me, le fascisme donne une expression particuli&#232;rement vigoureuse et dramatique &#224; ces aspirations fondamentales, ce qui explique pourquoi il peut exercer un attrait plus puissant que le progressisme caract&#233;ris&#233; par ses h&#233;sitations, ses compromis et ses hypocrisies.&lt;br&gt;
&#192; la longue, la seule fa&#231;on de vaincre d&#233;finitivement la r&#233;action, c'est d'exprimer plus franchement ces aspirations, et de cr&#233;er des occasions plus authentiques de les r&#233;aliser. Quand les questions de fond sont mises en avant, les irrationalit&#233;s qui ont fleuri &#224; la faveur des refoulements psychiques tendent &#224; s'affaiblir, tout comme des microbes expos&#233;s au soleil et au grand air. De toute fa&#231;on, m&#234;me si nous ne l'emportons pas finalement, il y a au moins une certaine satisfaction &#224; lutter ouvertement pour ce que nous croyons bon, plut&#244;t que d'&#234;tre vaincus dans une position d'h&#233;sitation et de compromis.&lt;br&gt;
Le degr&#233; de lib&#233;ration auquel on peut parvenir dans une soci&#233;t&#233; malade est limit&#233;. Mais si Reich avait raison de signaler que les personnes refoul&#233;es sont moins que les autres capables d'envisager la lib&#233;ration sociale, il ne s'est pas rendu compte &#224; quel point le processus de la r&#233;volte sociale peut &#234;tre psychologiquement lib&#233;rateur. On dit que les psychologues fran&#231;ais se sont plaints de ce qu'ils avaient bien moins de clients &#224; la suite de Mai 1968 !&lt;br&gt;
L'id&#233;e de d&#233;mocratie totale fait surgir le spectre d'une &#8220;tyrannie de la majorit&#233;&#8221;. Les majorit&#233;s peuvent certes &#234;tre ignorantes et bigotes, mais la seule solution valable, c'est d'affronter directement cette ignorance et cette bigoterie. Laisser les masses dans leur aveuglement en comptant sur les juges &#233;clair&#233;s pour prot&#233;ger les libert&#233;s civiques, ou sur des l&#233;gislateurs progressistes pour faire passer discr&#232;tement de sages r&#233;formes, ne peut qu'entra&#238;ner des r&#233;actions populaires brutales le jour o&#249; ces questions &#233;pineuses remontent finalement &#224; la surface.&lt;br&gt;
Cependant, si l'on examine de pr&#232;s les situations dans lesquelles une majorit&#233; semble avoir opprim&#233; une minorit&#233;, il s'agit en r&#233;alit&#233; dans la plupart des cas d'une domination minoritaire d&#233;guis&#233;e, o&#249; l'&#233;lite dirigeante joue sur les diff&#233;rences raciales ou culturelles pour d&#233;tourner contre une partie de la soci&#233;t&#233; les frustrations des masses exploit&#233;es. Quand les gens obtiendront finalement un r&#233;el pouvoir sur l'emploi de leur propre vie, ils auront bien des choses plus int&#233;ressantes &#224; faire que de pers&#233;cuter des minorit&#233;s.&lt;br&gt;
Il est impossible de r&#233;pondre &#224; toutes les objections relatives aux abus ou aux d&#233;sastres qui pourraient survenir dans l'&#233;ventualit&#233; d'une soci&#233;t&#233; non hi&#233;rarchique. Des gens qui acceptent avec r&#233;signation un syst&#232;me qui, chaque ann&#233;e, condamne &#224; mort des millions de leurs semblables par la guerre et la famine, et des millions d'autres &#224; la prison et &#224; la torture, deviennent subitement fous d'indignation &#224; la pens&#233;e que dans une soci&#233;t&#233; autog&#233;r&#233;e il pourrait y avoir quelques abus, quelques violences, quelques aspects coercitifs, voire seulement quelques inconv&#233;nients temporaires. Ils oublient qu'il n'incombe pas &#224; un nouveau syst&#232;me social de r&#233;soudre tous nos probl&#232;mes, mais seulement de les r&#233;gler mieux que ne le fait le syst&#232;me actuel, ce qui n'est pas une grande affaire.&lt;br&gt;
Si l'histoire &#233;tait conforme aux opinions p&#233;remptoires des commentateurs officiels, il n'y aurait jamais eu de r&#233;volution. Dans n'importe quelle situation, il y a toujours un grand nombre d'id&#233;ologues pour d&#233;clarer qu'aucun changement radical n'est possible. Si l'&#233;conomie marche bien, ils pr&#233;tendront que la r&#233;volution d&#233;pend des crises &#233;conomiques. Si la crise est bien l&#224;, certains d&#233;clareront avec un &#233;gal aplomb qu'une r&#233;volution est impossible parce que les gens sont trop occup&#233;s &#224; assurer leur propre survie. Ceux-l&#224;, surpris par la r&#233;volte de Mai 1968, ont essay&#233; de d&#233;couvrir r&#233;trospectivement la crise invisible qui, selon leur id&#233;ologie, devait exister &#224; cette &#233;poque. Ceux-ci pr&#233;tendent que la perspective situationniste a &#233;t&#233; d&#233;mentie par l'aggravation des conditions &#233;conomiques depuis ce temps-l&#224;.&lt;br&gt;
En r&#233;alit&#233;, les situationnistes ont simplement constat&#233; que l&#224; o&#249; l'abondance capitaliste &#233;tait r&#233;alis&#233;e, la survie garantie ne pouvait remplacer la vie r&#233;elle. Cette conclusion n'est pas infirm&#233;e par le fait que l'&#233;conomie conna&#238;t des hauts et des bas p&#233;riodiques. Ces derniers temps, quelques privil&#233;gi&#233;s bien plac&#233;s ont r&#233;ussi &#224; capter une portion de la richesse sociale encore plus importante qu'autrefois, et un nombre croissant d'individus sont de ce fait jet&#233;s &#224; la rue, ce qui remplit de terreur tous ceux qui craignent de subir le m&#234;me sort. Cela rend moins &#233;vidente la possibilit&#233; d'une soci&#233;t&#233; d'abondance et de libert&#233;, mais les conditions mat&#233;rielles qui la rendent possible sont toujours l&#224;.&lt;br&gt;
Les crises &#233;conomiques qui sont invoqu&#233;es pour d&#233;montrer comme une &#233;vidence que nous devons &#8220;baisser le niveau&#8221; de nos esp&#233;rances, sont en fait caus&#233;es par la surproduction et par le manque de travail. L'absurdit&#233; ultime du syst&#232;me actuel, c'est que le ch&#244;mage est vu comme un probl&#232;me, et que les technologies qui pourraient r&#233;duire le travail n&#233;cessaire sont au contraire orient&#233;es vers la cr&#233;ation de nouveaux emplois servant &#224; remplacer ceux qu'elles rendent superflus. Le vrai probl&#232;me, ce n'est pas que tant de gens n'aient pas de travail, mais qu'ils soient si nombreux &#224; en avoir encore. Il faut &#233;lever le niveau de nos esp&#233;rances, non pas les rabaisser.(3)&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Domination croissante du spectacle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est bien plus grave que ce spectacle de notre pr&#233;tendue impuissance devant l'&#233;conomie, c'est la puissance consid&#233;rablement accrue du spectacle lui-m&#234;me, qui s'est d&#233;velopp&#233;e dans les derni&#232;res ann&#233;es au point de r&#233;primer pratiquement toute conscience de l'histoire ant&#233;spectaculaire ou des possibilit&#233;s antispectaculaires. Dans ses Commentaires sur la soci&#233;t&#233; du spectacle (1988), Guy Debord examine ce nouveau d&#233;veloppement en d&#233;tail :&lt;br&gt;
Le changement qui a le plus d'importance, dans tout ce qui s'est pass&#233; depuis vingt ans, r&#233;side dans la continuit&#233; m&#234;me du spectacle. Cette importance ne tient pas au perfectionnement de son instrumentation m&#233;diatique, qui avait d&#233;j&#224; auparavant atteint un stade de d&#233;veloppement tr&#232;s avanc&#233; : c'est tout simplement que la domination spectaculaire ait pu &#233;lever une g&#233;n&#233;ration pli&#233;e &#224; ses lois. (...) La premi&#232;re intention de la domination spectaculaire &#233;tait de faire dispara&#238;tre la connaissance historique en g&#233;n&#233;ral ; et d'abord presque toutes les informations et tous les commentaires raisonnables sur le plus r&#233;cent pass&#233;. (...) Le spectacle organise avec ma&#238;trise l'ignorance de ce qui advient et, tout de suite apr&#232;s, l'oubli de ce qui a pu quand m&#234;me en &#234;tre connu. Le plus important est le plus cach&#233;. Rien, depuis vingt ans, n'a &#233;t&#233; recouvert de tant de mensonges command&#233;s que l'histoire de mai 1968. (...) Le flux des images emporte tout, et c'est &#233;galement quelqu'un d'autre qui gouverne &#224; son gr&#233; ce r&#233;sum&#233; simplifi&#233; du monde sensible ; qui choisit o&#249; ira ce courant, et aussi le rythme de ce qui devra s'y manifester, comme perp&#233;tuelle surprise arbitraire, ne voulant laisser nul temps &#224; la r&#233;flexion. (...) Il isole toujours, de ce qu'il montre, l'entourage, le pass&#233;, les intentions, les cons&#233;quences. (...) Il n'est donc pas surprenant que, d&#232;s l'enfance, les &#233;coliers aillent facilement commencer, et avec enthousiasme, par le Savoir Absolue de l'informatique : tandis qu'ils ignorent toujours davantage la lecture, qui exige un v&#233;ritable jugement &#224; toutes les lignes ; et qui seule aussi peut donner acc&#232;s &#224; la vaste exp&#233;rience humaine ant&#233;spectaculaire. Car la conversation est presque morte, et bient&#244;t le seront beaucoup de ceux qui savaient parler.&lt;br&gt;
Dans ce texte, j'ai essay&#233; de r&#233;capituler quelques-unes des questions fondamentales qui ont &#233;t&#233; enfouies sous ce refoulement spectaculaire intensif. Cela semblera banal &#224; certains, et obscur &#224; d'autres, mais servira peut-&#234;tre au moins &#224; rappeler ce qui a &#233;t&#233; une fois possible, dans ces temps primitifs d'il y a quelques d&#233;cennies, quand les gens restaient attach&#233;s &#224; l'id&#233;e vieillotte qu'ils pouvaient comprendre et influencer leur propre histoire.&lt;br&gt;
Les choses ont certes beaucoup chang&#233; depuis les ann&#233;es 60, en pire dans la plupart des cas. Mais notre situation n'est peut-&#234;tre pas aussi d&#233;sesp&#233;r&#233;e qu'elle le parait &#224; ceux qui gobent tout ce que le spectacle leur pr&#233;sente. Parfois il ne faut qu'une &#233;tincelle pour en finir avec la stupeur.&lt;br&gt;
M&#234;me si la victoire finale n'est pas garantie, de telles perc&#233;es sont d&#233;j&#224; un plaisir. O&#249; peut-on trouver un jeu plus grandiose ?&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;
[NOTES]&lt;br&gt;
1. Voir The Bolsheviks and Workers' Control, 1917-1921 de Maurice Brinton ; La r&#233;volution inconnue de Voline ; La Commune de Cronstadt de Ida Mett ; La trag&#233;die de Cronstadt : 1921 de Paul Avrich ; Le mouvement makhnoviste de Pierre Archinoff ; et les th&#232;ses 98-113 de La Soci&#233;t&#233; du Spectacle de Guy Debord.&lt;br&gt;
2. &#8220;La &#8216;r&#233;ussite' ou l' &#8216;&#233;chec' d'une r&#233;volution, r&#233;f&#233;rence triviale des journalistes et des gouvernements, ne signifie rien dans l'affaire, pour la simple raison que, depuis les r&#233;volutions bourgeoises, aucune r&#233;volution n'a encore r&#233;ussi : aucune n'a aboli les classes. La r&#233;volution prol&#233;tarienne n'a vaincu nulle part jusqu'ici, mais le processus pratique &#224; travers lequel son projet se manifeste a d&#233;j&#224; cr&#233;&#233; une dizaine, au moins, de moments r&#233;volutionnaires d'une extr&#234;me importance historique, auxquels il est convenu d'accorder le nom de r&#233;volutions. Jamais le contenu total de la r&#233;volution prol&#233;tarienne ne s'y est d&#233;ploy&#233; ; mais chaque fois il s'agit d'une interruption essentielle de l'ordre socio-&#233;conomique dominant, et de l'apparition de nouvelles formes et de nouvelles conceptions de la vie r&#233;elle, ph&#233;nom&#232;nes vari&#233;s qui ne peuvent &#234;tre compris et jug&#233;s que dans leur signification d'ensemble, qui n'est pas elle-m&#234;me s&#233;parable de l'avenir historique qu'elle peut avoir. (...) La r&#233;volution de 1905 n'a pas abattu le pouvoir tsariste, qui a seulement fait quelques concessions provisoires. La r&#233;volution espagnole de 1936 ne supprima pas formellement le pouvoir politique existant : elle surgissait au demeurant d'un soul&#232;vement prol&#233;tarien commenc&#233; pour maintenir cette R&#233;publique contre Franco. Et la r&#233;volution hongroise de 1956 n'a pas aboli le gouvernement bureaucratique-lib&#233;ral de Nagy. &#192; consid&#233;rer en outre d'autres limitations regrettables, le mouvement hongrois eu beaucoup d'aspects d'un soul&#232;vement national contre une domination &#233;trang&#232;re ; et ce caract&#232;re de r&#233;sistance nationale, quoique moins important dans la Commune, avait cependant un r&#244;le dans ses origines. Celle-ci ne supplanta le pouvoir de Thiers que dans les limites de Paris. Et le soviet de Saint-P&#233;tersbourg en 1905 n'en vint m&#234;me jamais &#224; prendre le contr&#244;le de la capitale. Toutes les crises cit&#233;es ici comme exemples, inachev&#233;es dans leurs r&#233;alisations pratiques et m&#234;me dans leurs contenus, apport&#232;rent cependant assez de nouveaut&#233;s radicales, et mirent assez gravement en &#233;chec les soci&#233;t&#233;s qu'elles affectaient, pour &#234;tre l&#233;gitimement qualifi&#233;es de r&#233;volution.&#8221; (Internationale Situationniste n&#176; 12, pp. 13-14.)&lt;br&gt;
3. &#8220;Les difficult&#233;s &#233;conomiques des exploiteurs n'int&#233;ressent pas les travailleurs. Si l'&#233;conomie capitaliste ne supporte pas les revendications des travailleurs, raison de plus pour lutter pour une nouvelle soci&#233;t&#233;, o&#249; nous ayons le pouvoir de d&#233;cision sur toute l'&#233;conomie et sur toute la vie sociale.&#8221; (Des travailleurs de l'a&#233;ronautique portugais, 27 octobre 1974.)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Chapitre 2 : Pr&#233;liminaires&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#8220;L'individu ne peut savoir ce qu'il est r&#233;ellement avant de s'&#234;tre r&#233;alis&#233; par l'action. (...) L'int&#233;r&#234;t qu'il trouve &#224; quelque chose est d&#233;j&#224; la r&#233;ponse &#224; la question de savoir s'il doit agir ou non, et comment.&#8221;&lt;br&gt;
Hegel, La ph&#233;nom&#233;nologie de l'esprit&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Br&#232;ches individuelles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'efforcerai dans ce texte de r&#233;pondre &#224; quelques-unes des objections les plus courantes &#224; l'id&#233;e d'une telle r&#233;volution. Mais tant que ceux qui les formulent demeureront passifs, aucun argument au monde ne saurait les &#233;branler, et ils continueront &#224; s'abriter derri&#232;re le sempiternel refrain : &#8220;C'est une id&#233;e sympathique, mais elle n'est pas r&#233;aliste, elle m&#233;conna&#238;t la nature humaine, les choses ont toujours &#233;t&#233; comme &#231;a...&#8221; Ceux qui ne r&#233;alisent pas leurs propres potentialit&#233;s sont rarement capables de reconna&#238;tre celles des autres.&lt;br&gt;
Pour paraphraser un vieux proverbe plein de sens, il nous faut la force de r&#233;soudre les probl&#232;mes qui sont &#224; notre port&#233;e, la patience d'endurer ceux que nous ne pouvons r&#233;soudre, et la sagesse de faire la distinction entre ces deux cat&#233;gories. Mais il faut garder &#224; l'esprit que les probl&#232;mes qui ne peuvent pas &#234;tre r&#233;solus par des individus peuvent parfois &#234;tre r&#233;solus collectivement. D&#233;couvrir que d'autres partagent le m&#234;me probl&#232;me, c'est souvent le d&#233;but d'une solution.&lt;br&gt;
Bien s&#251;r, on peut parfois r&#233;soudre certains probl&#232;mes de mani&#232;re individuelle, par la th&#233;rapie, la spiritualit&#233; ou simplement par le bon sens, en se d&#233;barassant d'une conduite ou d'une habitude n&#233;fastes ou en essayant quelque chose de nouveau. Mais je ne m'int&#233;resse pas ici &#224; ces exp&#233;dients individuels, quelle que soit, dans certaines limites, leur utilit&#233;, mais &#224; ces moments o&#249; les gens se projettent vers &#8220;l'ext&#233;rieur&#8221; et se lancent dans des entreprises d&#233;lib&#233;r&#233;ment subversives.&lt;br&gt;
Il existe plus de possibilit&#233;s d'agir qu'on ne pourrait le penser &#224; premi&#232;re vue. Une fois que l'on refuse de se laisser intimider, certaines sont assez simples &#224; mettre en oeuvre. Vous pouvez commencer n'importe o&#249;, et de toute fa&#231;on, il faut bien commencer quelque part. Croyez-vous qu'on puisse apprendre &#224; nager sans jamais entrer dans l'eau ?&lt;br&gt;
Dans certains cas il suffit d'un peu d'action pour couper court &#224; un interminable verbiage et retrouver une perspective concr&#232;te. Point n'est besoin que le domaine d'intervention soit forc&#233;ment capital. Si l'inspiration fait d&#233;faut, une entreprise m&#234;me relativement arbitraire peut faire bouger des choses et pareillement aussi nous r&#233;veiller.&lt;br&gt;
&#192; d'autres moments, au contraire, il faut rompre la cha&#238;ne d'actions et de r&#233;actions compulsives, d&#233;tendre l'atmosph&#232;re, cr&#233;er un peu d'espace &#224; l'abri de la cacophonie du spectacle. Presque tout le monde fait &#231;a &#224; un niveau ou &#224; un autre, par simple r&#233;flexe d'autod&#233;fense psychique, que ce soit en pratiquant une forme de m&#233;ditation, en se livrant &#224; une activit&#233; quelconque ayant le m&#234;me r&#233;sultat (cultiver son jardin, faire une promenade, aller &#224; la p&#234;che), ou bien simplement en faisant une pause dans la routine quotidienne pour respirer &#224; fond, pour revenir un instant au &#8220;centre paisible&#8221;. Si l'on ne se m&#233;nage pas un tel espace, il est difficile d'avoir une perspective saine sur le monde, et m&#234;me de rester en bonne sant&#233; mentale.&lt;br&gt;
Une des m&#233;thodes que j'ai trouv&#233;es efficaces, c'est de poser les questions par &#233;crit. Nous essayons souvent de raisonner avec des &#233;l&#233;ments contradictoires, et nous ne nous en rendons pas compte tant que nous n'avons pas essay&#233; de les mettre sur le papier. Le b&#233;n&#233;fice est en partie psychologique : certains probl&#232;mes perdent leur pouvoir sur nous une fois qu'ils sont mis &#224; plat, car nous pouvons ainsi les consid&#233;rer plus objectivement. De plus, le fait d'&#233;crire nous permet de mieux organiser nos pens&#233;es et de discerner plus clairement les enjeux et les choix possibles.&lt;br&gt;
On m'a parfois reproch&#233; d'avoir exag&#233;r&#233; l'importance de l'&#233;criture. Certes, on peut r&#233;gler bien des questions plus directement. Cependant, pour &#234;tre communiqu&#233;es, r&#233;alis&#233;es, d&#233;battues et corrig&#233;es de mani&#232;re efficace, m&#234;me les actions non verbales exigent r&#233;flexion, discussion, et le plus souvent le recours &#224; l'&#233;crit.&lt;br&gt;
De toute fa&#231;on, je ne pr&#233;tends pas traiter tous les sujets. Je n'aborde que les questions sur lesquelles je crois avoir quelque chose &#224; dire. Si vous pensez que j'ai omis de traiter un sujet important, pourquoi ne pas le faire vous-m&#234;me ?&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Interventions critiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;criture vous permet de mettre au point vos id&#233;es tranquillement, quelle que soit votre aisance oratoire et sans souci du trac. Vous &#233;noncez votre pens&#233;e une fois pour toutes, au lieu d'avoir &#224; vous r&#233;p&#233;ter sans cesse. Si la discr&#233;tion s'impose, votre texte peut circuler anonymement. Les gens le lisent alors &#224; leur propre rythme, s'arr&#234;tent pour y r&#233;fl&#233;chir ou v&#233;rifier certains points, le reproduisent, l'adaptent, le recommandent &#224; d'autres. Une discussion orale permet parfois d'obtenir des r&#233;actions plus rapides et plus fouill&#233;es, mais elle peut aussi disperser votre &#233;nergie, vous emp&#234;cher d'approfondir vos id&#233;es et de les mettre en pratique. Ceux qui se trouvent dans la m&#234;me orni&#232;re que vous auront tendance &#224; r&#233;sister &#224; vos tentatives d'en sortir, parce que votre &#233;chapp&#233;e r&#233;ussie sonne comme un d&#233;fi &#224; leur propre passivit&#233;.&lt;br&gt;
Parfois, le meilleur moyen de &#8220;provoquer&#8221; de telles personnes est simplement de les laisser en arri&#232;re et de poursuivre votre chemin. (&#8220;H&#233; ! Attendez-moi !&#8221;) Ou bien, c'est de porter le dialogue &#224; un autre niveau. Une lettre oblige l'auteur et le destinataire &#224; pr&#233;ciser leurs id&#233;es. La communication de cette correspondance rendra l'&#233;change plus f&#233;cond. &lt;/br&gt;Une lettre ouverte &#233;largira consid&#233;rablement le cercle de la discussion. Si vous r&#233;ussissez &#224; cr&#233;er une r&#233;action en cha&#238;ne, &#224; travers laquelle de plus en plus de gens d&#233;couvrent votre texte, voyant que d'autres le lisent et le discutent avec passion, personne ne pourra plus pr&#233;tendre qu'il n'a pas conscience des questions que vous avez soulev&#233;es.(1)&lt;br&gt;
Supposons, par exemple, que vous critiquiez un groupe parce qu'il est hi&#233;rarchique, c'est-&#224;-dire qu'il permet &#224; un chef d'avoir de l'autorit&#233; sur ses membres mu&#233;s en suiveurs. Une conversation priv&#233;e avec un d'entre eux ne va probablement provoquer qu'une s&#233;rie de r&#233;actions d&#233;fensives contradictoires, contre lesquelles il serait vain d'argumenter (&#8220;Non, il n'est pas vraiment notre chef... Et m&#234;me s'il l'est, il n'est pas autoritaire... Et de toute fa&#231;on, de quel droit le critiquez-vous ?&#8221;). Une critique publique, par contre, force la question &#224; venir au jour, mettant ainsi les membres du groupe en porte-&#224;-faux. Si l'un refuse d'admettre son caract&#232;re hi&#233;rarchique, un deuxi&#232;me en conviendra, justifiant la chose en attribuant &#224; son chef une perspicacit&#233; sup&#233;rieure ; ce qui peut amener un troisi&#232;me &#224; r&#233;fl&#233;chir.&lt;br&gt;
D'abord f&#226;ch&#233;s que vous ayez troubl&#233; leur petite situation douillette, ils vont probablement serrer les rangs et d&#233;noncer votre &#8220;attitude n&#233;gative&#8221; ou votre &#8220;arrogance &#233;litiste&#8221;. Mais si votre intervention a &#233;t&#233; suffisamment p&#233;n&#233;trante, elle aura un effet &#224; retardement. Le chef devra se tenir &#224; carreau, parce que chacun sera d&#233;sormais plus attentif &#224; tout ce qui semblerait confirmer votre critique. Pour essayer de vous d&#233;mentir, les membres exigeront peut-&#234;tre que le groupe se d&#233;mocratise. Et m&#234;me si celui-ci se montre inaccessible au changement, son exemple pourra servir d'illustration &#233;difiante pour un public plus large. D'autres, moins impliqu&#233;s affectivement, et qui, sans votre critique seraient peut-&#234;tre tomb&#233;s dans le m&#234;me panneau, y seront sensibles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est g&#233;n&#233;ralement plus efficace de critiquer les institutions que d'attaquer des individus qui s'y trouvent compromis. Non seulement parce que la machine est plus importante que ses pi&#232;ces rempla&#231;ables, mais aussi parce que cette tactique permet aux individus de sauver la face en se dissociant de la machine.&lt;br&gt;
Mais vous aurez beau agir avec beaucoup de tact, une critique significative provoquera presque toujours des r&#233;actions d&#233;fensives irrationnelles, s'appuyant sur l'une ou l'autre de ces id&#233;ologies en vogue qui pr&#233;tendent d&#233;montrer l'impossibilit&#233; de toute approche rationnelle des probl&#232;mes sociaux. Et cela pourra aller jusqu'aux attaques personnelles. La raison est d&#233;nonc&#233;e comme froide et abstraite par les d&#233;magogues qui trouvent plus facile de jouer sur les sentiments, la th&#233;orie est m&#233;pris&#233;e au nom de la pratique, etc....&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La th&#233;orie contre l'id&#233;ologie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;oriser, ce n'est rien d'autre que d'essayer de comprendre ce que l'on fait. Nous sommes tous des th&#233;oriciens chaque fois que nous discutons honn&#234;tement de ce qui est arriv&#233;, chaque fois que nous essayons de distinguer ce qui est significatif de ce qui ne l'est pas, ce qui a march&#233; de ce qui n'a pas march&#233;, de fa&#231;on &#224; faire mieux la prochaine fois. La th&#233;orie radicale, cela consiste simplement &#224; parler ou &#224; &#233;crire &#224; plus de gens, sur des questions plus g&#233;n&#233;rales, dans des termes plus abstraits (c'est-&#224;-dire qui seront d'une application plus &#233;tendue). Ceux qui pr&#233;tendent rejeter la th&#233;orie &#233;laborent, eux aussi, des th&#233;ories. Seulement, ils le font inconsciemment et un peu n'importe comment. Leurs th&#233;ories comportent donc plus d'erreurs.&lt;br&gt;
La th&#233;orie sans les d&#233;tails est creuse, mais les d&#233;tails sans la th&#233;orie sont aveugles. La pratique met la th&#233;orie &#224; l'&#233;preuve, mais la th&#233;orie inspire aussi la pratique.&lt;br&gt;
La th&#233;orie radicale n'a rien &#224; respecter et rien &#224; perdre. Elle se critique elle-m&#234;me aussi bien que toute autre chose. Ce n'est pas un acte de foi, mais une g&#233;n&#233;ralisation provisoire que les gens doivent continuellement v&#233;rifier et corriger par eux-m&#234;mes, une simplification pratique indispensable pour affronter les complexit&#233;s de la r&#233;alit&#233;.&lt;br&gt;
Mais il faut se garder d'une simplification excessive. Toute th&#233;orie peut se transformer en id&#233;ologie, se figer en dogme, &#234;tre d&#233;form&#233;e &#224; des fins hi&#233;rarchiques. Une id&#233;ologie peut &#234;tre relativement juste &#224; certains &#233;gards, mais ce qui la distingue d'une th&#233;orie, c'est qu'elle n'a pas un rapport dynamique &#224; la pratique. La th&#233;orie, c'est quand vous avez des id&#233;es ; l'id&#233;ologie, c'est quand les id&#233;es vous ont. &#8220;Cherchez la simplicit&#233;, et m&#233;fiez-vous d'elle.&#8221;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;viter les faux choix, &#233;lucider les v&#233;ritables choix&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut admettre qu'il n'y a pas de truc infaillible, qu'il n'y a pas de tactique radicale qui soit toujours opportune. Une d&#233;marche appropri&#233;e en cas de r&#233;volte collective n'est pas forc&#233;ment judicieuse pour un individu isol&#233;. En cas d'urgence, il peut s'av&#233;rer n&#233;cessaire d'exhorter les gens &#224; agir dans une direction pr&#233;cise. Mais dans la plupart des cas, il vaut mieux se borner &#224; d&#233;gager les facteurs pertinents que les gens doivent prendre en compte pour prendre leurs propres d&#233;cisions. Si je me permets parfois, dans ces lignes, de dispenser des conseils, ce n'est que par commodit&#233; d'expression. &#8220;Faites cela&#8221; doit se lire : &#8220;Dans certaines circonstances, ce serait peut-&#234;tre une bonne id&#233;e de faire &#231;a.&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une analyse sociale n'a pas forc&#233;ment besoin d'&#234;tre longue ni d&#233;taill&#233;e. Le seul fait de &#8220;diviser un en deux&#8221; (signaler des tendances contradictoires dans un ph&#233;nom&#232;ne, un groupe ou une id&#233;ologie) ou de &#8220;fusionner deux en un&#8221; (relever un point commun entre deux choses apparemment diff&#233;rentes) peut &#234;tre utile, surtout si on le communique &#224; ceux qui sont concern&#233;s le plus directement. Nous avons d&#233;j&#224; largement assez d'informations sur la plupart des sujets. Il s'agit de trancher dans le vif pour r&#233;v&#233;ler l'essentiel. &#192; partir de l&#224;, d'autres gens, par exemple ceux qui connaissent les choses de l'int&#233;rieur, seront incit&#233;s &#224; entreprendre des enqu&#234;tes plus minutieuses, s'il en faut.&lt;br&gt;
Face &#224; une question donn&#233;e, la premi&#232;re t&#226;che est de d&#233;terminer s'il s'agit bien d'une seule et m&#234;me question. Il est impossible d'avoir une discussion sens&#233;e sur le &#8220;marxisme&#8221;, sur &#8220;la violence&#8221; ou sur &#8220;la technologie&#8221;, par exemple, sans distinguer les diverses significations qui sont r&#233;unies sous de telles &#233;tiquettes.&lt;br&gt;
Inversement, il peut parfois &#234;tre utile de raisonner &#224; partir d'une grande cat&#233;gorie abstraite et de montrer ses tendances pr&#233;dominantes, m&#234;me si un tel type id&#233;al n'existe pas r&#233;ellement. La brochure situationniste De la mis&#232;re en milieu &#233;tudiant, par exemple, pr&#233;sente une &#233;num&#233;ration cinglante des sottises et des pr&#233;tentions propres &#224; &#8220;l'&#233;tudiant&#8221;. &lt;/br&gt;&#201;videmment tous les &#233;tudiants n'ont pas tous ces d&#233;fauts, mais le st&#233;r&#233;otype rend possible une critique syst&#233;matique des tendances g&#233;n&#233;rales. Et en soulignant les qualit&#233;s que partagent la plupart des &#233;tudiants, la brochure met implicitement ceux qui pr&#233;tendraient &#234;tre des exceptions au d&#233;fi d'en faire la d&#233;monstration. On peut dire la m&#234;me chose &#224; propos de la critique du &#8220;pro-situ&#8221; par Debord et Sanguinetti dans La v&#233;ritable scission dans l'Internationale, une rebuffade provocatrice des suiveurs qui est sans doute unique dans l'histoire des mouvements radicaux.&lt;br&gt;
&#8220;On demande &#224; tous leur avis sur tous les d&#233;tails pour mieux leur interdire d'en avoir sur la totalit&#233;&#8221; (Vaneigem). Bien des questions sont tellement vaseuses que celui qui accepte d'y r&#233;pondre finit in&#233;luctablement par &#234;tre embringu&#233; dans des faux choix. Le fait que deux partis soient en lutte, par exemple, n'implique pas n&#233;cessairement que vous deviez soutenir l'un ou l'autre. Si vous ne pouvez rien faire pour r&#233;gler un probl&#232;me, mieux vaut le reconna&#238;tre clairement et passer &#224; d'autre choses qui pr&#233;sentent des possibilit&#233;s pratiques.(2)&lt;br&gt;
Si vous vous d&#233;cidez quand m&#234;me &#224; choisir le moindre de deux maux, alors reconnaissez-le. N'ajoutez pas &#224; la confusion en magnifiant votre choix ou en diffamant l'ennemi. Au contraire, il vaut mieux se faire l'avocat du diable et neutraliser le d&#233;lire pol&#233;mique compulsif en examinant calmement les points forts de la position oppos&#233;e et les points faibles de la v&#244;tre. &#8220;Erreur tr&#232;s populaire : avoir le courage de ses opinions. Il s'agit plut&#244;t d'avoir le courage d'attaquer ses opinions !&#8221; (Nietzsche).&lt;br&gt;
Essayez de joindre l'humilit&#233; &#224; l'audace. Souvenez-vous que s'il vous arrive d'accomplir quelque chose d'important, c'est gr&#226;ce aux efforts pass&#233;s de gens innombrables, dont beaucoup ont d&#251; faire face &#224; des horreurs qui nous auraient certainement fait plier, vous comme moi. Mais par ailleurs, ne sous-estimez pas l'effet de vos prises de positions : dans un monde de spectateurs passifs, l'expression d'une opinion autonome peut faire la diff&#233;rence.&lt;br&gt;
Puisqu'il n'y a plus d'obstacle mat&#233;riel &#224; la r&#233;alisation d'une soci&#233;t&#233; sans classes, le probl&#232;me se ram&#232;ne essentiellement &#224; une question de conscience. Le seul obstacle r&#233;el est l'inconscience des gens quant &#224; leur pouvoir collectif potentiel (la r&#233;pression n'est efficace contre les minorit&#233;s radicales que dans la mesure o&#249; le conditionnement social maintient le reste de la population dans la docilit&#233;). La pratique radicale est donc en grande partie n&#233;gative : il s'agit d'attaquer les formes diverses de la fausse conscience qui emp&#234;chent les gens de r&#233;aliser, dans les deux sens du terme, leurs potentialit&#233;s positives.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le style insurrectionnel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ignorance, on a souvent reproch&#233; cette &#8220;n&#233;gativit&#233;&#8221; &#224; Marx et aux situationnistes, parce qu'ils se sont concentr&#233;s principalement sur la clarification critique en refusant de promouvoir une id&#233;ologie positive &#224; laquelle des gens pourraient se raccrocher passivement. Ainsi, parce que Marx a montr&#233; comment le capitalisme r&#233;duit notre vie &#224; une foire d'empoigne &#233;conomique, les apologistes &#8220;id&#233;alistes&#8221; de cette condition ont le culot de l'accuser, lui, d'avoir &#8220;r&#233;duit la vie aux questions mat&#233;rielles&#8221;, comme si tout l'int&#233;r&#234;t de l'oeuvre de Marx n'&#233;tait pas de nous aider &#224; d&#233;passer notre esclavage &#233;conomique pour que nos potentialit&#233;s cr&#233;atrices puissent refleurir. &#8220;Exiger que le peuple renonce aux illusions concernant sa propre situation, c'est exiger qu'il renonce &#224; une situation qui a besoin d'illusions. (...) La critique arrache les fleurs imaginaires qui couvrent la cha&#238;ne, non pas pour que l'homme continue &#224; supporter la cha&#238;ne sans fantaisie ni consolation, mais pour qu'il rejette la cha&#238;ne et cueille la fleur vivante&#8221; (&#8220;Contribution &#224; la critique de la philosophie du droit de Hegel&#8221;).&lt;br&gt;
Le seul fait d'&#233;noncer une question cl&#233; avec pr&#233;cision a souvent un effet &#233;tonnamment puissant. Exposer les choses au grand jour oblige les gens &#224; cesser de se prot&#233;ger et &#224; prendre une position nette. Tout comme le boucher adroit de la fable tao&#239;ste, qui n'avait jamais besoin d'aiguiser son couteau parce qu'il d&#233;coupait toujours dans le sens de la fibre, la polarisation radicale la plus efficace ne r&#233;sulte pas de la protestation stridente, mais plut&#244;t de la r&#233;v&#233;lation des divisions qui existent d&#233;j&#224;, de l'&#233;lucidation des tendances, des contradictions et des choix possibles. Une grande partie de l'impact des situationnistes d&#233;coulait du fait qu'ils &#233;non&#231;aient clairement des choses que la plupart des gens avaient d&#233;j&#224; v&#233;cues mais qu'ils &#233;taient incapables d'exprimer, ou qu'ils n'osaient pas exprimer, tant que quelqu'un d'autre n'avait pas commenc&#233; &#224; le faire (&#8220;Nos id&#233;es sont dans toutes les t&#234;tes&#8221;).&lt;br&gt;
Si quelques textes situationnistes semblent n&#233;anmoins d'un abord difficile, c'est parce que leur structure dialectique va &#224; l'encontre de notre conditionnement. Une fois ce conditionnement bris&#233;, ils ne semblent plus si obscurs (ils furent d'ailleurs la source de quelques-uns des graffiti les plus populaires de Mai 1968). Bien des spectateurs universitaires se sont acharn&#233;s sans succ&#232;s pour ramener &#224; une formulation unique, qui serait &#8220;scientifiquement cons&#233;quente&#8221;, les diverses d&#233;finitions &#8220;contradictoires&#8221; du spectacle dans La Soci&#233;t&#233; du Spectacle. Mais celui qui s'engage dans la contestation effective de cette soci&#233;t&#233; trouvera tout &#224; fait clair et utile l'examen de la soci&#233;t&#233; du spectacle men&#233; par Debord sous des angles divers, et il finira par appr&#233;cier le fait que celui-ci ne se perd jamais dans des inanit&#233;s acad&#233;miques ou des protestations solennelles et inutiles.&lt;br class='autobr' /&gt;
La m&#233;thode dialectique, de Hegel et Marx jusqu'aux situationnistes, n'est pas une formule magique pour d&#233;biter des pr&#233;dictions correctes, c'est un outil pour se mettre en prise avec les processus dynamiques des transformations sociales. Elle nous rappelle que les concepts ne sont pas &#233;ternels, qu'ils comprennent leur propre contradiction, qu'ils r&#233;agissent entre eux et se transforment r&#233;ciproquement, m&#234;me en leurs contraires ; que ce qui est vrai ou progressiste dans une situation peut devenir faux ou r&#233;gressif dans une autre.(3)&lt;br&gt;
Le langage non dialectique de la propagande gauchiste est d'un abord facile, mais son effet est g&#233;n&#233;ralement superficiel et &#233;ph&#233;m&#232;re. Comme il ne propose aucun d&#233;fi, il finit rapidement par lasser m&#234;me les spectateurs h&#233;b&#233;t&#233;s auxquels il &#233;tait destin&#233;. Par contraste, un texte radical est parfois difficile, mais le jeu en vaut la chandelle car en le relisant on y fait toujours des nouvelles d&#233;couvertes. M&#234;me si un tel texte ne touche directement que tr&#232;s peu de gens, il les touche souvent si profond&#233;ment qu'un certain nombre d'entre eux finissent par en toucher d'autres &#224; leur tour de la m&#234;me mani&#232;re, ce qui entra&#238;ne une r&#233;action en cha&#238;ne qualitative.&lt;br&gt;
Comme l'a dit Debord dans son dernier film, ceux qui le trouvent trop difficile doivent se d&#233;soler plut&#244;t de leur propre ignorance et de leur propre passivit&#233;, et des &#233;coles et de la soci&#233;t&#233; qui les ont faits ainsi, plut&#244;t que de se plaindre de son obscurit&#233;. Ceux qui n'ont m&#234;me pas l'initiative de relire des textes essentiels, ou de se livrer par eux-m&#234;mes &#224; un minimum de recherches et d'exp&#233;rimentations, ont peu de chances d'accomplir quoi que ce soit, m&#234;me si on leur m&#226;che le travail.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cin&#233;ma radical&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Debord est pratiquement le seul &#224; avoir fait un usage v&#233;ritablement dialectique et antispectaculaire du cin&#233;ma. Les soi-disant cin&#233;astes radicaux ont beau se r&#233;f&#233;rer, pour la forme, &#224; la &#8220;distanciation&#8221; brechtienne - c'est-&#224;-dire &#224; l'id&#233;e d'inciter les spectateurs &#224; penser et &#224; agir par eux-m&#234;mes plut&#244;t que de s'identifier passivement au h&#233;ros ou &#224; l'intrigue -, la plupart des films radicaux semblent toujours s'appliquer &#224; m&#233;nager un public imb&#233;cile. Peu &#224; peu le cr&#233;tin de protagoniste &#8220;d&#233;couvre l'oppression&#8221; et &#8220;se radicalise&#8221;, m&#251;r enfin pour devenir un fervent partisan des politiciens &#8220;progressistes&#8221; ou le militant fid&#232;le d'un groupe gauchiste. La distanciation se limite &#224; quelques trucs formels qui procurent au spectateur la satisfaction de penser : &#8220;Ah ! Voil&#224; du Brecht ! Que ce cin&#233;aste est ing&#233;nieux ! Et moi aussi pour avoir su le reconna&#238;tre !&#8221; En fait le message radical du film est g&#233;n&#233;ralement si banal que presque tous ceux qui auraient l'id&#233;e d'aller le voir le connaissent d&#233;j&#224;. Mais le spectateur a l'impression flatteuse que le film pourrait &#233;ventuellement amener d'autres gens &#224; son niveau de conscience radicale.&lt;br&gt;
Si le spectateur a quand m&#234;me quelque inqui&#233;tude quant &#224; la qualit&#233; de ce qu'il consomme, cette inqui&#233;tude sera apais&#233;e par les critiques, dont la fonction principale est de trouver des interpr&#233;tations profondes et radicales pour presque n'importe quel film. Comme dans l'histoire des habits neufs de l'Empereur, personne n'avouera qu'il n'avait pas conscience de ces suppos&#233;es significations avant d'en &#234;tre inform&#233;, de peur de passer pour moins averti que les autres spectateurs.&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Certains films peuvent r&#233;v&#233;ler une condition d&#233;plorable ou &#233;clairer l'exp&#233;rience d'une situation radicale. Mais il n'y a pas beaucoup d'int&#233;r&#234;t &#224; pr&#233;senter les images d'une lutte si ni les images, ni la lutte ne sont critiqu&#233;es. Des spectateurs se plaignent parfois de ce qu'un film repr&#233;sente inexactement une cat&#233;gorie sociale (les femmes, par exemple). Ils ont peut-&#234;tre raison si le film reproduit des st&#233;r&#233;otypes. Mais l'alternative qui est g&#233;n&#233;ralement sous-entendue - &#224; savoir, que le cin&#233;aste &#8220;aurait d&#251; plut&#244;t pr&#233;senter des images de femmes luttant contre l'oppression&#8221; - est dans la plupart des cas tout aussi fausse. Les femmes (tout comme les hommes, ou comme n'importe quelle autre cat&#233;gorie opprim&#233;e) ont &#233;t&#233; g&#233;n&#233;ralement passives et soumises, voil&#224; pr&#233;cis&#233;ment le probl&#232;me auquel nous devons faire face. Flatter les gens en leur offrant des repr&#233;sentations de l'h&#233;ro&#239;sme radical triomphant, ne fait que renforcer cet esclavage.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le ludisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d&#233;j&#224; une erreur de compter sur les conditions oppressives pour radicaliser les gens, mais il est carr&#233;ment inacceptable de les aggraver intentionnellement pour acc&#233;l&#233;rer ce processus. Certes, la r&#233;pression de certains projets radicaux peut r&#233;v&#233;ler incidemment l'absurdit&#233; de l'ordre r&#233;gnant, mais de tels projets doivent &#234;tre valables en eux-m&#234;mes. Ils perdent leur cr&#233;dibilit&#233; s'ils ne sont que des pr&#233;textes destin&#233;s &#224; provoquer la r&#233;pression. M&#234;me dans les milieux les plus &#8220;privil&#233;gi&#233;s&#8221; il y a d&#233;j&#224; largement assez de probl&#232;mes, nous n'avons pas &#224; en ajouter. Il s'agit plut&#244;t de r&#233;v&#233;ler le contraste entre les conditions actuelles et les possibilit&#233;s actuelles, de donner aux gens un avant-go&#251;t suffisant de la vie r&#233;elle pour qu'ils y prennent go&#251;t.&lt;br&gt;
Les gauchistes pensent qu'il faut beaucoup de simplification, &lt;/br&gt;d'exag&#233;ration et de r&#233;p&#233;tition pour contrebalancer la propagande en faveur de l'ordre r&#233;gnant. Cela revient &#224; dire qu'on pourrait r&#233;tablir un boxeur qui a &#233;t&#233; mis KO par un crochet du droit en lui ass&#233;nant un crochet du gauche.&lt;br&gt;
On n'&#233;l&#232;ve pas la conscience des gens en les ensevelissant sous une avalanche d'histoires affreuses, ni m&#234;me sous une avalanche d'informations. Des informations qui ne sont ni assimil&#233;es ni utilis&#233;es d'une mani&#232;re critique sont vite oubli&#233;es. Tout comme la sant&#233; physique, la sant&#233; mentale exige un &#233;quilibre entre ce que nous absorbons et ce que nous en faisons. Il faut sans doute parfois obliger les gens &#224; regarder en face une atrocit&#233; qu'ils avaient ignor&#233;e, mais m&#234;me dans ce cas, le fait de rab&#226;cher ad nauseam n'aboutit g&#233;n&#233;ralement qu'&#224; les pousser &#224; se r&#233;fugier dans des spectacles moins ennuyeux et moins d&#233;primants.&lt;br&gt;
Une des choses qui nous emp&#234;chent de comprendre notre situation, c'est le spectacle du bonheur apparent d'autrui, qui nous fait percevoir notre propre malheur comme le signe d'un &#233;chec honteux. Mais inversement, le spectacle omnipr&#233;sent de la mis&#232;re nous emp&#234;che de reconna&#238;tre nos potentialit&#233;s positives. La production incessante d'id&#233;es d&#233;lirantes et la repr&#233;sentation d'atrocit&#233;s &#233;coeurantes nous paralyse, nous transforme en parano&#239;aques et en cyniques compulsifs.&lt;br&gt;
La propagande stridente des gauchistes, qui se fixe d'une mani&#232;re obsessionnelle sur le caract&#232;re insidieux et r&#233;pugnant des &#8220;oppresseurs&#8221;, alimente ce d&#233;lire, elle parle &#224; notre c&#244;t&#233; le plus morbide et le plus mesquin. Si nous nous laissons aller &#224; ruminer nos maux, si nous laissons p&#233;n&#233;trer la maladie et la laideur de cette soci&#233;t&#233; jusque dans notre r&#233;volte contre celle-ci, alors nous oublions le but de notre lutte et nous finissons par perdre jusqu'&#224; la capacit&#233; d'aimer, de cr&#233;er et de prendre du plaisir.&lt;br&gt;
Le meilleur &#8220;art radical&#8221; poss&#232;de une certaine ambigu&#239;t&#233;. S'il attaque l'ali&#233;nation de la vie moderne, il nous rappelle en m&#234;me temps des potentialit&#233;s po&#233;tiques qui y sont cel&#233;es. Plut&#244;t que de renforcer notre tendance &#224; nous apitoyer complaisamment sur nous-m&#234;mes, il nous stimule, et il nous permet de rire de nos peines aussi bien que des sottises des forces de &#8220;l'ordre&#8221;. On pense, par exemple, &#224; quelques-unes des vieilles chansons ou bandes dessin&#233;es de l'IWW*, ou bien, aux chansons ironiques et aigres-douces de Brecht et Weill. L'hilarit&#233; du Brave soldat Chv&#233;ik est probablement un antidote contre la guerre plus efficace que la sempiternelle protestation morale du tract pacifiste type.&lt;br&gt;
Rien n'est plus efficace pour saper l'autorit&#233; que de la tourner en ridicule. L'argument le plus d&#233;cisif contre un r&#233;gime r&#233;pressif, ce n'est pas sa m&#233;chancet&#233;, c'est sa b&#234;tise. Les protagonistes du roman La violence et la d&#233;rision d'Albert Cossery, qui vivent sous un r&#233;gime dictatorial au Moyen-Orient, couvrent les murs de la capitale d'affiches d'apparence officielle qui chantent les louanges du dictateur d'une mani&#232;re tellement grotesque que celui-ci devient la ris&#233;e de tout le monde et se sent finalement oblig&#233; de d&#233;missionner. Les farceurs de Cossery sont apolitiques, et la r&#233;ussite de leur entreprise est sans doute trop belle pour &#234;tre vraie, mais on a vu des parodies un peu semblables employ&#233;es dans des buts plus radicaux. (Voir le coup de Li I-Che, mentionn&#233; dans l'article Un groupe radical &#224; Hong Kong.**) Dans les manifestations des ann&#233;es 70 en Italie, les &#8220;Indiens m&#233;tropolitains&#8221;, inspir&#233;s peut-&#234;tre par le premier chapitre de Sylvie et Bruno de Lewis Carroll (&#8220;Moins de pain ! Plus d'imp&#244;ts !&#8221;), ont scand&#233; des slogans tels que &#8220;Le pouvoir aux patrons !&#8221; et &#8220;Plus de travail ! Moins de salaire !&#8221; L'ironie &#233;tait &#233;vidente pour tout le monde, mais il &#233;tait difficile de l'&#233;carter en la mettant dans une case.&lt;br&gt;
L'humour est un antidote salutaire contre toutes les orthodoxies, de gauche comme de droite. Il est tr&#232;s contagieux et il nous rappelle qu'il ne faut pas nous prendre trop au s&#233;rieux. Mais il peut aussi devenir une simple soupape de s&#233;curit&#233; en cantonnant l'insatisfaction dans un cynisme facile. La soci&#233;t&#233; spectaculaire r&#233;cup&#232;re sans peine les r&#233;actions d&#233;lirantes contre ses aspects les plus d&#233;lirants. Ceux qui font de la satire ont souvent un rapport amour-haine avec leurs cibles, et il arrive souvent qu'on ne puisse plus distinguer les parodies de ce qu'elles parodient, ce qui donne l'impression que toutes choses sont &#233;galement bizarres et d&#233;pourvues de sens, et que la perspective est sans espoir.&lt;br&gt;
Dans une soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur la confusion maintenue artificiellement, il ne s'agit pas d'en rajouter. La tactique qui consiste &#224; semer la perturbation et le chaos n'engendre habituellement que la contrari&#233;t&#233; ou la panique, poussant les gens &#224; soutenir les mesures gouvernementales &#233;nergiques qui apparaissent n&#233;cessaires au r&#233;tablissement de l'ordre. Une intervention radicale peut sembler d'abord bizarre et incompr&#233;hensible, mais si elle a &#233;t&#233; pens&#233;e avec assez de lucidit&#233;, elle sera vite comprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le scandale de Strasbourg&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imaginez que vous &#234;tes &#224; Strasbourg &#224; l'automne 1966, lors de la rentr&#233;e solennelle de l'Universit&#233;. Avec les &#233;tudiants, les professeurs et les invit&#233;s de marque, vous entrez dans une grande salle. Une petite brochure se trouve sur chaque fauteuil. Un programme ? Non, c'est quelque chose sur &#8220;la mis&#232;re en milieu &#233;tudiant&#8221;. Vous l'ouvrez n&#233;gligemment et commencez &#224; lire : &#8220;Nous pouvons affirmer sans grand risque de nous tromper que l'&#233;tudiant en France est, apr&#232;s le policier et le pr&#234;tre, l'&#234;tre le plus universellement m&#233;pris&#233;...&#8221; Vous regardez autour de vous. Tout le monde la lit, les r&#233;actions vont de l'amusement jusqu'&#224; la col&#232;re, mais surtout il y a de la perplexit&#233;. Qui sont les responsables ? D'apr&#232;s la page de couverture, cette brochure serait publi&#233;e par la section strasbourgeoise de l'Union Nationale des &#201;tudiants de France, mais on y voit &#233;galement une r&#233;f&#233;rence &#224; une &#8220;Internationale Situationniste&#8221;...&lt;br&gt;
Ce qui a distingu&#233; le scandale de Strasbourg des frasques estudiantines habituelles, ou des farces confuses et confusionnistes de groupes comme les Yippies, c'est que sa forme scandaleuse communiquait un contenu &#233;galement scandaleux. Dans un temps o&#249; l'on proclamait que les &#233;tudiants &#233;taient le secteur le plus radical de la soci&#233;t&#233;, ce texte a replac&#233; les choses sous leur vrai jour. Mais les mis&#232;res particuli&#232;res des &#233;tudiants n'&#233;taient qu'un point de d&#233;part fortuit. On pourrait, et on devrait, &#233;crire des textes aussi cinglants sur les mis&#232;res de tous les autres secteurs de la soci&#233;t&#233; (de pr&#233;f&#233;rence, ce sont ceux qui les connaissent de l'int&#233;rieur qui devraient les &#233;crire). On a connu quelques tentatives, mais il n'y a pas de comparaison possible avec la lucidit&#233; et la coh&#233;rence de la brochure situationniste, si concise et pourtant si compl&#232;te, si provocante et si juste, et qui avance si m&#233;thodiquement &#224; partir d'une situation particuli&#232;re vers des d&#233;veloppements toujours plus g&#233;n&#233;raux, que le chapitre final pr&#233;sente le r&#233;sum&#233; le plus concis qui soit du projet r&#233;volutionnaire moderne. (Il y a plusieurs &#233;ditions de cette brochure ; voir aussi l'article dans Internationale Situationniste n&#176; 11, pp. 23-31.)&lt;br&gt;
Les situationnistes n'ont jamais pr&#233;tendu avoir provoqu&#233; Mai 1968 &#224; eux tout seuls. Comme ils l'ont bien dit, ils n'ont pr&#233;vu ni la date ni le lieu de la r&#233;volte, mais seulement le contenu. Cependant, sans le scandale de Strasbourg et l'agitation ult&#233;rieure du groupe des Enrag&#233;s influenc&#233; par l'I.S. (et dont le Mouvement du 22 mars n'&#233;tait qu'une imitation tardive et confuse), la r&#233;volte aurait pu ne jamais se produire. Il n'y avait aucune crise &#233;conomique ou de gouvernement, aucune guerre, aucun antagonisme racial ne perturbait le pays, ni rien d'autre qui aurait pu favoriser une telle r&#233;volte. Il y avait des luttes ouvri&#232;res plus radicales en Italie et en Angleterre, des luttes &#233;tudiantes plus militantes en Allemagne et au Japon, des mouvements contre-culturels plus importants aux &#201;tats-Unis et en Hollande. Mais c'est seulement en France qu'il y avait une perspective qui les liait tous ensemble.&lt;br&gt;
Il faut distinguer les interventions d&#233;lib&#233;r&#233;es, comme le scandale de Strasbourg, non seulement des actions perturbatrices et confusionnistes, mais &#233;galement des r&#233;v&#233;lations purement spectaculaires. Tant que les critiques de la soci&#233;t&#233; se limitent &#224; contester tel ou tel d&#233;tail, le rapport spectacle-spectateur se reconstitue continuellement. Si ces critiques r&#233;ussissent &#224; discr&#233;diter les dirigeants politiques existants, ils risquent de devenir eux-m&#234;mes des nouvelles vedettes (Ralph Nader, Noam Chomsky, etc.) sur lesquelles comptent des spectateurs l&#233;g&#232;rement plus avertis que la moyenne pour obtenir un flot continu d'informations-choc, &#224; partir desquelles il est bien rare qu'ils engagent une action quelconque. Les r&#233;v&#233;lations anodines encouragent les spectateurs &#224; applaudir telle ou telle faction dans les luttes de pouvoir intragouvernementales. Les r&#233;v&#233;lations les plus sensationnelles alimentent leur curiosit&#233; morbide, les entra&#238;nant &#224; consommer plus d'articles, d'actualit&#233;s et de documentaires &#224; sensations, et &#224; entrer dans des d&#233;bats interminables sur les diverses th&#233;ories qui attribuent tous les troubles &#224; des conspirations. La plupart de ces th&#233;ories ne sont &#233;videmment que des expressions d&#233;lirantes du manque de sens historique critique qui est produit par le spectacle moderne, des tentatives d&#233;sesp&#233;r&#233;es de trouver un sens coh&#233;rent dans une soci&#233;t&#233; toujours plus incoh&#233;rente et plus absurde. En tout cas, tant que les choses restent sur le terrain spectaculaire, il importe peu que de telles th&#233;ories soient vraies ou non : Ceux qui se cantonnent dans la position d'observateurs en attendant de savoir ce qui va suivre ne parviennent jamais &#224; influencer ce qui va suivre.&lt;br&gt;
Certaines r&#233;v&#233;lations sont plus int&#233;ressantes parce qu'elles permettent d'aborder des questions importantes d'une mani&#232;re qui entra&#238;ne beaucoup de gens dans le jeu. Le scandale des &#8220;Espions pour la paix&#8221; en est un bel exemple : en 1963 en Grande-Bretagne, des inconnus ont rendu public l'emplacement d'un abri antiatomique ultra-secret r&#233;serv&#233; aux membres du gouvernement. Et alors que le gouvernement mena&#231;ait de poursuivre en justice toute personne qui propagerait ce &#8220;secret d'&#201;tat&#8221; d&#233;sormais connu par tout le monde, il &#233;tait divulgu&#233; malicieusement par des milliers de groupes et d'individus, qui ont &#233;galement d&#233;couvert et envahi d'autres abris secrets. Non seulement la sottise du gouvernement et la folie du spectacle de la guerre nucl&#233;aire sont devenues &#233;videntes &#224; tout le monde, mais la r&#233;action en cha&#238;ne humaine spontan&#233;e a fourni l'avant-go&#251;t d'une tout autre potentialit&#233; sociale.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mis&#232;re de la politique &#233;lectorale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Depuis 1814, aucun gouvernement lib&#233;ral n'&#233;tait arriv&#233; au pouvoir sans violences. C&#225;novas &#233;tait trop lucide pour ne pas voir les inconv&#233;nients et les dangers que cela pr&#233;sentait. Il prit donc ses dispositions pour permettre aux lib&#233;raux de remplacer r&#233;guli&#232;rement les conservateurs au gouvernement. Il adopta la tactique suivante : d&#233;missionner chaque fois que mena&#231;ait une crise &#233;conomique ou une gr&#232;ve importante et laisser aux lib&#233;raux le soin de r&#233;soudre le probl&#232;me. Voil&#224; pourquoi la plupart des mesures de r&#233;pression vot&#233;es par la suite, dans le courant du si&#232;cle, le furent par ces derniers.&#8221;&lt;br&gt;
Gerald Brenan, Le labyrinthe espagnol&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le meilleur argument en faveur de la politique &#233;lectorale radicale f&#251;t &#233;nonc&#233; par Eug&#232;ne Debs, le leader socialiste am&#233;ricain, qui a r&#233;colt&#233; presque un million de votes &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 1920 alors qu'il &#233;tait en prison pour s'&#234;tre oppos&#233; &#224; la Premi&#232;re Guerre mondiale : &#8220;Si le peuple n'est pas suffisamment avis&#233; pour savoir pour qui il doit voter, il ne saura pas sur qui il faut tirer.&#8221; Mais pendant la r&#233;volution allemande de 1918-1919, les travailleurs rest&#232;rent dans la confusion sur la question de savoir sur qui il fallait tirer, &#224; cause de la pr&#233;sence au gouvernement des dirigeants &#8220;socialistes&#8221; qui travaillaient &#224; plein temps pour r&#233;primer la r&#233;volution.&lt;br&gt;
Le choix de voter ou de ne pas voter n'a pas en soi une grande signification, et ceux qui font grand cas de l'abstention ne montrent par l&#224; que leur propre f&#233;tichisme. Mais en prenant le vote trop au s&#233;rieux, on contribue &#224; entretenir les gens dans une certaine d&#233;pendance. Car ils prennent l'habitude de se reposer sur autrui pour agir &#224; leur place, ce qui les d&#233;tourne de possibilit&#233;s plus int&#233;ressantes. Quelques personnes prenant une initiative cr&#233;ative (rappelons-nous les premiers sit-ins pour les droits civiques, par exemple) peuvent obtenir finalement des r&#233;sultats beaucoup plus importants que s'ils avaient consacr&#233; leur &#233;nergie &#224; soutenir un politicien quelconque. Les l&#233;gislateurs font rarement autre chose que ce qu'ils ont &#233;t&#233; contraints de faire sous la pression des mouvements populaires. Un r&#233;gime conservateur c&#232;de souvent plus sous la pression des mouvements radicaux autonomes que ne l'aurait fait un r&#233;gime progressiste qui sait qu'il peut compter sur le soutien des radicaux. Si les gens se rallient immanquablement au moindre mal, tout ce qu'il faudra aux dirigeants dans n'importe quelle situation qui menace leur pouvoir, c'est d'invoquer la menace de n'importe quel mal plus grand.&lt;br&gt;
M&#234;me dans les rares cas o&#249; un politicien &#8220;radical&#8221; a une chance r&#233;elle de gagner une &#233;lection, tous les efforts consentis par des milliers de gens lors de la campagne &#233;lectorale peuvent &#234;tre fichus &#224; l'eau en un instant par la r&#233;v&#233;lation du moindre scandale concernant la vie priv&#233;e du candidat, ou bien parce que celui-ci aura par m&#233;garde dit quelque chose d'intelligent. S'il r&#233;ussit malgr&#233; tout &#224; &#233;viter ces pi&#232;ges, et si la victoire parait possible, il &#233;ludera de plus en plus les questions d&#233;licates de peur de contrarier des &#233;lecteurs ind&#233;cis. Et s'il est &#233;lu, il est bien rare qu'il se trouve en position de r&#233;aliser les r&#233;formes qu'il a promises, sauf peut-&#234;tre apr&#232;s des ann&#233;es de manigances avec ses nouveaux confr&#232;res, ce qui lui donne une bonne excuse pour faire toutes les compromissions n&#233;cessaires afin de se maintenir en place aussi longtemps que possible. Frayant avec les riches et les puissants, il acquiert des int&#233;r&#234;ts et des go&#251;ts nouveaux qu'il justifie en se disant qu'il m&#233;rite bien quelques petits b&#233;n&#233;fices apr&#232;s avoir travaill&#233; pour la bonne cause pendant tant d'ann&#233;es. Enfin, et c'est le plus grave, s'il r&#233;ussit finalement &#224; faire passer quelques mesures &#8220;progressistes&#8221;, ce succ&#232;s exceptionnel et dans la plupart des cas insignifiant sera invoqu&#233; &#224; l'appui de l'efficacit&#233; de la politique &#233;lectorale, ce qui incitera les gens &#224; gaspiller leur &#233;nergie en plus grand nombre dans les campagnes &#224; venir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme l'a dit un graffiti de Mai 1968 : &#8220;Il est douloureux de subir ses chefs, il est encore plus b&#234;te de les choisir.&#8221;&lt;br&gt;
Les r&#233;f&#233;rendums sur des questions pr&#233;cises permettent de pallier &#224; la versatilit&#233; des hommes politiques. Mais le r&#233;sultat est g&#233;n&#233;ralement insignifiant, parce que dans la plupart des cas les questions sont pos&#233;es d'une mani&#232;re simpliste, et parce qu'un projet de loi qui menace des int&#233;r&#234;ts puissants peut toujours &#234;tre neutralis&#233; par l'influence de l'argent et des m&#233;dias.&lt;br&gt;
Les &#233;lections locales permettent aux gens de tenir les &#233;lus &#224; l'oeil et leur offrent de meilleures chances d'influer sur les d&#233;cisions politiques. Mais m&#234;me la communaut&#233; la plus &#233;clair&#233;e ne peut se prot&#233;ger de la d&#233;t&#233;rioration du reste du monde. Une ville qui a r&#233;ussi &#224; pr&#233;server certains attraits culturels, ou une certaine qualit&#233; de vie, subit des pressions &#233;conomiques de plus en plus fortes du fait m&#234;me de ces atouts. Avoir plac&#233; les valeurs humaines au-dessus des valeurs &#233;conomiques fait cro&#238;tre ces derni&#232;res, et elles finissent t&#244;t ou tard par prendre le dessus. De plus en plus de gens veulent investir dans cette r&#233;gion ou s'y installer, des d&#233;cisions politiques locales sont annul&#233;es par la justice ou par l'administration, on injecte beaucoup d'argent dans ces &#233;lections, des fonctionnaires municipaux sont corrompus. Enfin, certains quartiers d'habitation sont d&#233;molis pour faire place &#224; des autoroutes et &#224; des gratte-ciel, et les loyers montent en fl&#232;che, ce qui oblige les plus pauvres &#224; d&#233;m&#233;nager, notamment les communaut&#233;s immigr&#233;es et la boh&#232;me qui avaient contribu&#233; &#224; l'animation et au charme original de la ville. Ce qui subsiste alors de l'ancienne r&#233;alit&#233;, ce ne sont plus que quelques sites d' &#8220;int&#233;r&#234;t historique&#8221; isol&#233;s destin&#233;s aux touristes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;formes et institutions alternatives&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Agir localement&#8221; peut cependant &#234;tre un bon point de d&#233;part. Les gens qui pensent que la situation mondiale est incompr&#233;hensible et sans espoir peuvent saisir l'occasion d'agir concr&#232;tement sur des situations locales pr&#233;cises. Des organisations de quartier, des coop&#233;ratives, des switchboards (centres pour l'&#233;change de renseignements pratiques divers), des groupes qui se r&#233;unissent r&#233;guli&#232;rement pour &#233;tudier et discuter un texte ou une question quelconque, des &#233;coles alternatives, des centres m&#233;dico-sociaux b&#233;n&#233;voles, des th&#233;&#226;tres communautaires, des journaux de quartier, des stations de radio ou de t&#233;l&#233;vision o&#249; les gens peuvent s'exprimer et participer, et bien d'autres institutions alternatives, toutes ces initiatives sont valables en elles-m&#234;mes, et si elles sont suffisamment participatives elles peuvent d&#233;boucher sur des mouvements d'une plus grande envergure. Et m&#234;me si elles ne durent pas, elles peuvent servir de base pour l'exp&#233;rimentation radicale.&lt;br&gt;
Mais il y a des limites &#224; tout &#231;a. Le capitalisme pouvait se d&#233;velopper graduellement &#224; l'int&#233;rieur de la soci&#233;t&#233; f&#233;odale, de sorte que quand la r&#233;volution capitaliste s'est d&#233;faite des derniers vestiges du f&#233;odalisme, la plupart des m&#233;canismes du nouvel ordre bourgeois &#233;taient d&#233;j&#224; bien &#233;tablis. Par contre, une r&#233;volution anticapitaliste ne peut construire v&#233;ritablement une nouvelle soci&#233;t&#233; &#8220;&#224; l'int&#233;rieur de la coquille de l'ancienne&#8221;. Le capitalisme est beaucoup plus flexible et plus omnip&#233;n&#233;trant que ne l'&#233;tait le f&#233;odalisme, et il tend &#224; r&#233;cup&#233;rer toute organisation qui s'oppose &#224; lui.&lt;br&gt;
Au XIXe si&#232;cle, les th&#233;oriciens radicaux pouvaient trouver encore assez de vestiges des formes communalistes traditionnelles pour imaginer qu'une fois &#233;limin&#233;e la superstructure exploiteuse, on pourrait les ranimer et les d&#233;velopper pour constituer la base d'une nouvelle soci&#233;t&#233;. Mais la p&#233;n&#233;tration mondiale du capitalisme spectaculaire a d&#233;truit pratiquement toutes les formes de contr&#244;le populaire et d'interaction humaine directe. M&#234;me les tentatives plus r&#233;centes de la contre-culture des ann&#233;es 60 sont depuis longtemps int&#233;gr&#233;es au syst&#232;me. Les coop&#233;ratives, les m&#233;tiers artisanaux, l'agriculture biologique et d'autres entreprises marginales peuvent bien produire des denr&#233;es d'une meilleure qualit&#233;, et avec des meilleures conditions de travail, ces biens doivent toujours se transformer en marchandises sur le march&#233;. Les rares tentatives de ce genre qui r&#233;ussissent tendent &#224; se transformer en entreprises ordinaires dont les membres originels se transforment graduellement en propri&#233;taires ou en directeurs vis-&#224;-vis des travailleurs qui sont arriv&#233;s par la suite, et ils doivent s'occuper de toutes sortes de questions commerciales et bureaucratiques routini&#232;res qui n'ont rien &#224; faire avec le projet de &#8220;pr&#233;parer la voie pour une nouvelle soci&#233;t&#233;&#8221;.&lt;br&gt;
Plus une institution alternative dure, plus elle tend &#224; perdre son caract&#232;re volontaire, spontan&#233;, b&#233;n&#233;vole et exp&#233;rimental. Le personnel permanent et r&#233;mun&#233;r&#233; trouve son int&#233;r&#234;t dans le statu quo et &#233;vite les questions d&#233;licates, de crainte de choquer la client&#232;le ou de perdre ses subventions. Les institutions alternatives ont &#233;galement tendance &#224; prendre une trop grand part du temps libre des gens, et &#224; les embourber dans les t&#226;ches routini&#232;res qui les privent de l'&#233;nergie et de l'imagination qui leurs seraient n&#233;cessaires pour faire face aux questions plus g&#233;n&#233;rales. Apr&#232;s une br&#232;ve p&#233;riode participative, la plupart des gens s'y ennuient et laissent le travail aux &#226;mes consciencieuses ou aux gauchistes qui essayent de faire une d&#233;monstration id&#233;ologique. Entendre dire que des gens ont constitu&#233; des organisations de quartier, etc., peut sembler formidable. Mais en r&#233;alit&#233;, &#224; moins qu'il n'y ait une situation d'urgence, il est g&#233;n&#233;ralement assez ennuyeux d'assister &#224; des r&#233;unions interminables pour &#233;couter les dol&#233;ances de ses voisins, et les projets sur lesquels il s'agit de s'engager sont rarement passionnants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les r&#233;formistes se bornent &#224; poursuivre des objectifs &#8220;r&#233;alistes&#8221;. Mais m&#234;me quand ils r&#233;ussissent &#224; obtenir quelques petites am&#233;liorations du syst&#232;me, celles-ci sont le plus souvent annul&#233;es par d'autres modifications &#224; d'autres niveaux. Cela ne veut pas dire que les r&#233;formes ne repr&#233;sentent aucun int&#233;r&#234;t, mais simplement qu'elles ne suffisent pas. Il faut continuer &#224; combattre des maux particuliers, mais il faut comprendre que le syst&#232;me continuera &#224; en engendrer de nouveaux tant que nous n'y aurons pas mis fin. Croire qu'une s&#233;rie de r&#233;formes m&#232;nera finalement &#224; une transformation qualitative, c'est comme penser qu'on pourrait traverser un foss&#233; de dix m&#232;tres en faisant une s&#233;rie successive de sauts d'un m&#232;tre.&lt;br&gt;
Les gens ont tendance &#224; croire que parce qu'une r&#233;volution implique un changement beaucoup plus important qu'une r&#233;forme, la premi&#232;re est plus difficile &#224; mettre en oeuvre que la seconde. En r&#233;alit&#233;, &#224; terme, une r&#233;volution peut &#234;tre plus facile, parce qu'elle tranche nombre de petits probl&#232;mes et provoque un enthousiasme beaucoup plus grand. Arriv&#233; &#224; un certain point, il vaut mieux prendre un nouveau d&#233;part, plut&#244;t que de s'obstiner &#224; repl&#226;trer une structure pourrie.&lt;br&gt;
En attendant, jusqu'&#224; ce qu'une situation r&#233;volutionnaire nous permette d'&#234;tre vraiment constructifs, le mieux que nous puissions faire est d'entreprendre des n&#233;gations cr&#233;atives, c'est-&#224;-dire de nous appliquer principalement aux clarifications critiques, laissant les gens poursuivre les projets positifs qui les attirent, mais sans entretenir l'illusion qu'une nouvelle soci&#233;t&#233; pourra &#234;tre &#8220;b&#226;tie&#8221; par l'accumulation graduelle de tels projets.&lt;br&gt;
Les projets purement n&#233;gatifs (par exemple, l'abolition des lois contre l'usage des drogues, ou contre les rapports sexuels entre adultes consentants, ou d'autres &#8220;crimes sans victimes&#8221;) ont l'avantage de la simplicit&#233;. Ils profitent &#224; presque tout le monde (sauf &#224; ce duo symbiotique, le crime organis&#233; et l'industrie anti-crime) et une fois qu'ils sont r&#233;alis&#233;s ils n'exigent presque aucun travail de suivi. En revanche, ils fournissent peu d'occasions pour la participation cr&#233;ative.&lt;br&gt;
Les meilleurs projets sont ceux qui ont une valeur en soi, tout en permettant de mettre en question un aspect fondamental du syst&#232;me, qui donnent aux gens l'occasion de participer aux questions importantes en fonction de leurs int&#233;r&#234;ts, tout en ouvrant des perspectives plus radicales.&lt;br&gt;
Moins int&#233;ressant, mais qui vaut quand m&#234;me la peine, la revendication de meilleures conditions de vie ou de droits &#233;gaux. M&#234;me si ces projets ne sont pas tr&#232;s participatifs, ils peuvent supprimer des obstacles &#224; la participation.&lt;br&gt;
Les moins valables sont les luttes &#224; somme nulle, o&#249; une am&#233;lioration dans un domaine provoque une aggravation dans un autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
M&#234;me dans ce dernier cas, il ne s'agit pas de dire aux gens ce qu'ils doivent faire, mais de leur faire prendre conscience de ce qu'ils font. Si certains agitent une question dans un but de recrutement, il convient de d&#233;voiler leurs mobiles manipulateurs. S'ils croient qu'ils contribuent &#224; une transformation radicale, il peut &#234;tre utile de leur montrer qu'en r&#233;alit&#233; ils renforcent le syst&#232;me, et de leur montrer de quelle mani&#232;re. Mais s'ils s'int&#233;ressent r&#233;ellement &#224; leur projet, qu'ils le poursuivent !&lt;br&gt;
M&#234;me si nous nous trouvons en d&#233;saccord avec certaines priorit&#233;s (par exemple, avec leur choix de collecter des fonds pour soutenir l'op&#233;ra, alors qu'il y a beaucoup de gens qui vivent dans la rue), nous devons nous m&#233;fier de toute strat&#233;gie qui ne s'adresse qu'aux sentiments de culpabilit&#233;. Pas seulement parce que ce genre d'appel n'a g&#233;n&#233;ralement qu'un effet n&#233;gligeable, mais parce que ce moralisme r&#233;prime des aspirations positives salutaires. S'abstenir de contester les questions relatives &#224; &#8220;la qualit&#233; de la vie&#8221; parce que le syst&#232;me continue &#224; nous poser des questions urgentes de survie, cela revient &#224; nous soumettre &#224; un chantage qui n'a plus de justification. &#8220;Le pain et les roses&#8221; ne s'excluent plus l'un l'autre.(4)&lt;br&gt;
En fait, les projets relatifs &#224; &#8220;la qualit&#233; de la vie&#8221; suscitent souvent plus d'enthousiasme que les habituelles revendications politiques et &#233;conomiques. On en trouve des exemples imaginatifs et parfois dr&#244;les dans les livres de Paul Goodman***. Si ses propositions sont &#8220;r&#233;formistes&#8221;, elles le sont d'une fa&#231;on vivante et provocante qui offre un contraste rafra&#238;chissant avec l'attitude d&#233;fensive et craintive de la plupart des r&#233;formistes actuels, lesquels se limitent &#224; r&#233;agir aux programmes des r&#233;actionnaires. (&#8220;Nous sommes d'accord sur la n&#233;cessit&#233; de cr&#233;er des emplois, de lutter contre la criminalit&#233;, de maintenir la puissance de notre pays. Mais nos mesures et nos m&#233;thodes mod&#233;r&#233;es seront plus efficaces que les propositions extr&#233;mistes des conservateurs.&#8221;)&lt;br&gt;
Toutes choses &#233;gales par ailleurs, il vaut mieux &#233;viter de consacrer son &#233;nergie aux questions qui se trouvent d&#233;j&#224; au centre de l'attention publique. Les projets qui peuvent &#234;tre r&#233;alis&#233;s directement sont pr&#233;f&#233;rables &#224; ceux qui exigent des compromissions (passer par l'interm&#233;diaire d'une officine gouvernementale, par exemple). M&#234;me si de telles compromissions ne semblent pas trop graves, elles cr&#233;ent un pr&#233;c&#233;dent. Compter sur l'&#201;tat m&#232;ne presque toujours au contraire de ce qu'on a voulu - des commissions destin&#233;es &#224; extirper la corruption bureaucratique deviennent elles-m&#234;mes des bureaucraties corrompues, des lois destin&#233;es &#224; contrecarrer des groupes r&#233;actionnaires arm&#233;s finissent par &#234;tre employ&#233;es principalement au harc&#232;lement des radicaux sans armes...&lt;br&gt;
Le syst&#232;me fait d'une pierre deux coups en manoeuvrant ses adversaires pour qu'ils d&#233;couvrent et proposent des &#8220;solutions constructives&#8221; aux crises qui le menacent. En fait, il a besoin d'une certaine quantit&#233; d'opposition pour pr&#233;venir les probl&#232;mes, pour l'obliger &#224; se rationaliser, lui permettre de mettre &#224; l'&#233;preuve ses instruments de contr&#244;le, et lui fournir de bonnes raisons pour en imposer de nouveaux. &lt;br&gt;Dans les moments de panique, des mesures qui rencontreraient ordinairement une grande r&#233;sistance sont accept&#233;es facilement, et ces &#8220;mesures d'urgence&#8221; se transforment insensiblement en mesures permanentes. Le viol lent et constant de la personnalit&#233; humaine par toutes les institutions de la soci&#233;t&#233; ali&#233;n&#233;e, depuis l'&#233;cole et l'usine jusqu'&#224; la publicit&#233; et l'urbanisme, finit par para&#238;tre normal, car le spectacle se focalise d'une mani&#232;re obs&#233;dante sur des crimes individuels sensationnels et manoeuvre les gens en provoquant chez eux une hyst&#233;rie collective en faveur de l'ordre policier.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le politiquement correct ou l'ali&#233;nation &#233;gale pour tous&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me prosp&#232;re surtout quand il peut d&#233;tourner la contestation sociale vers des querelles portant sur les places d&#233;sirables.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est un sujet particuli&#232;rement &#233;pineux. Il faut contester toutes les in&#233;galit&#233;s sociales, non seulement parce que ce sont des injustices, mais surtout parce qu'elles servent &#224; diviser les gens. Cependant, la r&#233;alisation de l'&#233;galit&#233; dans l'esclavage salari&#233;, ou de l'&#233;galit&#233; des chances de devenir un bureaucrate ou un capitaliste, n'est certainement pas une victoire sur le capitalisme bureaucratique.&lt;br&gt;
Il est normal et n&#233;cessaire que les gens d&#233;fendent leurs int&#233;r&#234;ts. Mais en s'identifiant de fa&#231;on &#233;troite &#224; un groupe restreint, ils perdent souvent la perspective globale pour s'enfermer dans une logique corporatiste. Comme des cat&#233;gories toujours plus fragment&#233;es se disputent pour les miettes qui leur sont accord&#233;es, l'objectif d'abolir l'ensemble de la structure hi&#233;rarchique est oubli&#233;. Ceux qui sont habituellement prompts &#224; d&#233;noncer le moindre soup&#231;on de st&#233;r&#233;otype, qualifient d' &#8220;oppresseurs&#8221; tous les hommes ou tous les blancs en bloc. Puis ils se demandent pourquoi ils rencontrent une telle hostilit&#233; chez ces derniers, qui se rendent bien compte de leur c&#244;t&#233; qu'ils n'ont que tr&#232;s peu de pouvoir r&#233;el sur leur propre vie, encore moins sur celle d'autrui.&lt;br&gt;
Mis &#224; part les d&#233;magogues r&#233;actionnaires (qui sont agr&#233;ablement surpris en constatant que les &#8220;progressistes&#8221; leur fournissent des cibles si faciles &#224; ridiculiser), les seules &#224; profiter r&#233;ellement de ces querelles sont les carri&#233;ristes qui se disputent des postes bureaucratiques, des subventions gouvernementales, des titularisations universitaires, des contrats avec les maisons d'&#233;dition, ou une client&#232;le quelconque, dans un temps o&#249; les places &#224; l'abreuvoir sont de plus en plus limit&#233;es. D&#233;nicher des h&#233;r&#233;sies politiques (ce qui n'est pas &#8220;politiquement correct&#8221;) permet au carri&#233;riste de frapper ses rivaux et de renforcer sa propre position de sp&#233;cialiste ou de porte-parole dans son pr&#233; carr&#233;. Quant aux groupes opprim&#233;s qui sont mal avis&#233;s d'accepter de tels porte-parole, ils n'y gagnent rien d'autre que la jouissance aigre-douce procur&#233;e par un ressentiment accru, et une risible terminologie orthodoxe qui fait penser &#224; la Novlangue d'Orwell.(5)&lt;br&gt;
Il y a une diff&#233;rence essentielle, quoique parfois subtile, entre le fait de combattre des maux sociaux et celui de s'en nourrir. On ne fortifie pas les gens en les encourageant &#224; s'apitoyer sur leur propre sort. &lt;br&gt;L'autonomie individuelle ne se constitue pas en se r&#233;fugiant dans une identit&#233; de groupe. On ne d&#233;montre pas son &#233;galit&#233; d'intelligence en qualifiant le raisonnement logique de &#8220;tactique typique des phallocrates blancs&#8221;. On ne favorise pas le dialogue radical en harcelant les gens qui ne se conforment pas &#224; une orthodoxie politique, encore moins en se d&#233;brouillant pour qu'une telle orthodoxie soit impos&#233;e par des voies l&#233;gales.&lt;br&gt;
Et on ne fait pas l'histoire en la r&#233;&#233;crivant. Certes il faut nous lib&#233;rer d'un respect non critique du pass&#233;, et devenir conscients des diff&#233;rentes mani&#232;res dont il a &#233;t&#233; d&#233;form&#233;. Mais il faut reconna&#238;tre &#233;galement que, malgr&#233; notre r&#233;probation des vieux pr&#233;jug&#233;s et des vieilles injustices, il est peu probable que nous aurions fait mieux si nous avions v&#233;cu dans les m&#234;mes conditions. Appliquer r&#233;troactivement des crit&#232;res contemporains (en corrigeant d'un air suffisant des auteurs anciens chaque fois qu'ils emploient les formes grammaticales masculines qui &#233;taient autrefois de rigueur, ou bien en s'&#233;vertuant &#224; censurer Huckleberry Finn parce que Huck n'appelle pas Jim &#8220;une personne de couleur&#8221;****), cela ne fait que renforcer l'ignorance historique qu'a favoris&#233;e avec tant de succ&#232;s le spectacle moderne.&lt;br&gt;
Inconv&#233;nients du moralisme et de l'extr&#233;misme simpliste&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour une bonne part, ces absurdit&#233;s d&#233;coulent de l'hypoth&#232;se que la radicalit&#233; implique de vivre en accord avec un certain nombre de &#8220;principes&#8221; moraux, comme si l'on ne pouvait lutter pour la paix sans &#234;tre un pacifiste absolu, ni pr&#244;ner l'abolition du capitalisme sans distribuer tout son argent. La plupart des gens ont trop de bon sens pour se conformer &#224; des pr&#233;ceptes aussi simplistes, mais ils ont souvent un petit sentiment de culpabilit&#233; de ne pas l'avoir fait. Cette culpabilit&#233; les paralyse et les rend sensibles au chantage exerc&#233; par les manipulateurs gauchistes, qui nous disent que si nous n'avons pas le courage de nous martyriser, nous devons soutenir inconditionnellement ceux qui l'ont. Ou bien ils essayent de refouler leur sentiment de culpabilit&#233; en d&#233;pr&#233;ciant ceux qui leur semblent encore plus compromis : un ouvrier peut s'enorgueillir de ne pas s'&#234;tre vendu mentalement comme un professeur ; qui, lui, &#233;prouve peut-&#234;tre un sentiment de sup&#233;riorit&#233; sur un publicitaire ; lequel m&#233;prise &#224; son tour l'ouvrier qui travaille dans l'industrie de l'armement...&lt;br&gt;
Transformer des probl&#232;mes sociaux en questions morales nous d&#233;tourne de leur solution possible. Croire qu'on peut transformer les conditions sociales par la charit&#233;, c'est comme chercher &#224; &#233;lever le niveau de la mer en y jetant des seaux d'eau. M&#234;me si l'on accomplit quelque chose de bon par des actions altruistes, il est absurde d'en faire une strat&#233;gie globale, parce qu'elles resteront toujours l'exception. Il est normal que la plupart des gens pensent d'abord &#224; leurs int&#233;r&#234;ts et &#224; ceux de leurs proches. Un des m&#233;rites des situationnistes est d'avoir rompu avec le sentiment de culpabilit&#233; et l'appel au sacrifice des gauchistes, en soulignant que c'est d'abord pour soi-m&#234;me qu'on fait la r&#233;volution.&lt;br&gt;
&#8220;Aller au peuple&#8221; pour &#8220;le servir&#8221;, &#8220;l'organiser&#8221; ou &#8220;le radicaliser&#8221; conduit g&#233;n&#233;ralement &#224; la manipulation et ne provoque la plupart du temps que l'apathie et l'hostilit&#233;. L'exemple d'actions autonomes a beaucoup plus d'effet. Une fois que les gens ont commenc&#233; &#224; agir seuls, ils sont mieux plac&#233;s pour &#233;changer des exp&#233;riences, pour collaborer sur un pied d'&#233;galit&#233;, et, au besoin, pour demander de l'aide sur un point particulier. &lt;br&gt;Et quand c'est par eux-m&#234;mes qu'ils ont gagn&#233; leur libert&#233;, il est bien plus difficile de la leur reprendre. Un des graffitistes de Mai 1968 &#224; &#233;crit : &#8220;Je ne suis au service de personne, pas m&#234;me du peuple et encore moins de ses dirigeants. Le peuple se servira tout seul.&#8221; Un autre a exprim&#233; la m&#234;me id&#233;e avec encore plus de concision : &#8220;Ne me lib&#232;re pas, je m'en charge.&#8221;&lt;br&gt;
Entreprendre une critique totale veut dire que tout est remis en question, mais non que l'on doive s'opposer syst&#233;matiquement &#224; tout. &lt;/br&gt;Les radicaux l'oublient souvent et s'emballent en surench&#233;rissant les uns sur les autres par des affirmations toujours plus extr&#233;mistes, laissant entendre que tout compromis &#233;quivaut &#224; une trahison, voire m&#234;me que tout plaisir &#233;quivaut &#224; une complicit&#233; avec le syst&#232;me. En r&#233;alit&#233;, &#234;tre &#8220;pour&#8221; ou &#8220;contre&#8221; une position politique est aussi facile et g&#233;n&#233;ralement aussi insignifiant que d'&#234;tre pour ou contre une &#233;quipe sportive. Ceux qui proclament leur &#8220;opposition totale&#8221; &#224; toute compromission, &#224; toute autorit&#233;, &#224; toute organisation, &#224; toute th&#233;orie, &#224; toute technologie, etc., n'ont g&#233;n&#233;ralement aucune perspective r&#233;volutionnaire, c'est-&#224;-dire aucune conception pratique de la mani&#232;re dont le syst&#232;me pourrait &#234;tre renvers&#233; ni sur les modalit&#233;s d'une soci&#233;t&#233; future. Certains d'entre eux essayent m&#234;me de justifier cette carence en d&#233;clarant qu'une simple r&#233;volution ne pourra jamais &#234;tre assez radicale pour satisfaire leur besoin de r&#233;volte absolue.&lt;br&gt;
Cette emphase bravache du tout ou rien peut impressionner momentan&#233;ment quelques spectateurs, mais elle n'aboutit en fin de compte qu'&#224; rendre les gens blas&#233;s. T&#244;t ou tard, les contradictions et les hypocrisies m&#232;nent &#224; la d&#233;sillusion et &#224; la r&#233;signation. Projetant sur le monde ses propres illusions d&#233;&#231;ues, l'ancien extr&#233;miste conclut que toute transformation radicale est impossible, il refoule toutes ses exp&#233;riences radicales et finit par adopter une position r&#233;actionnaire tout aussi sotte, ou plus probablement par tomber dans l'apathie.&lt;br&gt;
Si tout radical devait &#234;tre un Durruti, mieux vaudrait nous &#233;pargner de la peine et nous consacrer &#224; des projets plus r&#233;alistes. En fait, &#234;tre radical ne veut pas dire &#234;tre le plus extr&#233;miste. Au sens originel, cela veut dire simplement aller &#224; la racine. Ce n'est pas parce que c'est le but le plus extr&#234;me qu'on puisse imaginer qu'il faut lutter pour l'abolition du capitalisme et de l'&#201;tat, mais parce qu'il est malheureusement devenu &#233;vident qu'il n'y a rien de moins qui puisse faire l'affaire.&lt;br&gt;
Il nous faut d&#233;couvrir ce qui est &#224; la fois n&#233;cessaire et suffisant, chercher des projets que nous sommes vraiment capables de r&#233;aliser et qui ont des vraies chances d'&#234;tre men&#233;s &#224; bien. Tout ce qui va au-del&#224; de &#231;a, c'est de la foutaise. Les tactiques radicales les plus anciennes, et qui restent toujours parmi les plus efficaces - le d&#233;bat, la critique, le boycott, la gr&#232;ve, le sit-in, le conseil ouvrier - sont devenues populaires parce qu'elles sont simples, qu'elles comportent relativement peu de risque, qu'elles sont applicables dans des situations tr&#232;s diverses, et qu'elles sont assez flexibles pour ouvrir sur des possibilit&#233;s plus int&#233;ressantes.&lt;br&gt;
L'extr&#233;misme simpliste cherche naturellement le repoussoir le plus extr&#233;miste. Si tous les probl&#232;mes peuvent &#234;tre attribu&#233;s &#224; une clique sinistre de &#8220;purs fascistes&#8221;, toute le reste aura par contraste un petit air progressiste tout &#224; fait rassurant. En attendant, les v&#233;ritables formes de domination moderne, qui sont g&#233;n&#233;ralement plus subtiles, passent inaper&#231;ues et ne rencontrent aucune opposition.&lt;br&gt;
Se fixer d'une mani&#232;re obsessionnelle sur les r&#233;actionnaires ne fait que les renforcer, en les faisant appara&#238;tre plus puissants et plus fascinants. &#8220;Peu importe si nos ennemis se moquent de nous ou nous insultent, s'il nous qualifient de bouffons ou de criminels, ce qui importe, c'est qu'ils parlent de nous, qu'ils se pr&#233;occupent de nous&#8221;, disait Hitler. Reich a observ&#233; que &#8220;conditionner les gens pour qu'ils ha&#239;ssent la police ne fait que renforcer l'autorit&#233; de la police, en lui conf&#233;rant un pouvoir mystique aux yeux des pauvres et des faibles. Certes, on d&#233;teste l'homme fort, mais on le craint, on l'envie et on lui ob&#233;it. Cette peur et cette envie que ressentent ceux qui ne poss&#232;dent rien, voil&#224; un des facteurs du pouvoir de la r&#233;action politique. D&#233;sarmer les r&#233;actionnaires en montrant le caract&#232;re illusoire de leur pouvoir, c'est l'une des t&#226;ches principales de la lutte rationnelle pour la libert&#233;.&#8221; (Les hommes dans l'&#201;tat).&lt;br&gt;
Le principal inconv&#233;nient des compromis est d'ordre pratique plus que moral : il est difficile d'attaquer quelque chose dans lequel nous sommes nous-m&#234;mes impliqu&#233;s. Nous euph&#233;misons nos critiques de peur d'&#234;tre nous-m&#234;mes critiqu&#233;s &#224; notre tour. Il devient plus difficile de concevoir de grandes id&#233;es ou d'agir avec audace. Comme on l'a souvent remarqu&#233;, une grande partie du peuple allemand a acquiesc&#233; &#224; l'oppression nazie parce qu'elle a commenc&#233; assez graduellement et qu'elle &#233;tait dirig&#233;e d'abord principalement contre des minorit&#233;s impopulaires (juifs, gitans, communistes, homosexuels). De sorte que quand elle a commenc&#233; &#224; toucher la population dans son ensemble, celle-ci &#233;tait devenue incapable de s'y opposer.&lt;br&gt;
Il est facile, r&#233;trospectivement, de condamner ceux qui ont capitul&#233; face au fascisme ou au stalinisme, mais il est peu probable que nous aurions fait mieux dans la m&#234;me situation. Dans nos r&#234;veries, en nous imaginant comme des personnages de trag&#233;die mis devant un choix clair et net, nous imaginons qu'il nous serait facile de prendre la d&#233;cision juste. Mais les situations que nous rencontrons effectivement sont g&#233;n&#233;ralement plus compliqu&#233;es et plus obscures. Et il n'est pas toujours facile de savoir o&#249; fixer les limites.&lt;br&gt;
Il s'agit d'abord de les fixer quelque part, de cesser de s'inqui&#233;ter de la faute, du bl&#226;me ou de l'autojustification, et de passer &#224; l'offensive.&lt;/br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avantages de l'audace&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un bon exemple de cet &#233;tat d'esprit est celui des travailleurs italiens qui se sont mis en gr&#232;ve sans avancer aucune revendication. Ces gr&#232;ves ne sont pas seulement plus int&#233;ressantes que les n&#233;gociations bureaucratiques syndicales habituelles, elles peuvent aussi s'av&#233;rer plus efficaces : les patrons, ne sachant pas quelles concessions seraient suffisantes, finissent souvent par offrir beaucoup plus que les gr&#233;vistes auraient os&#233; demander. Ceux-ci peuvent alors d&#233;cider de la suite &#224; donner &#224; leur mouvement, n'ayant pas consenti &#224; des compromis qui limiteraient leurs initiatives.&lt;br&gt;
Une r&#233;action d&#233;fensive contre tel ou tel sympt&#244;me social aboutit au mieux &#224; une concession temporaire sur la question particuli&#232;re qui est en cause. L'agitation offensive qui refuse de se limiter exerce une pression beaucoup plus importante. Se trouvant confront&#233;s &#224; des mouvements g&#233;n&#233;ralis&#233;s et impr&#233;visibles, comme la contre-culture des ann&#233;es 60 ou la r&#233;volte de Mai 1968 - des mouvements qui mettent tout en question, qui engendrent des contestations autonomes sur plusieurs fronts, qui menacent de se r&#233;pandre partout dans la soci&#233;t&#233; et qui sont trop vastes pour &#234;tre contr&#244;l&#233;s par des chefs r&#233;cup&#233;rables -, les dirigeants s'empressent d'am&#233;liorer leur image, de faire passer des r&#233;formes, d'augmenter les salaires, de lib&#233;rer des prisonniers, d'accorder des amnisties, d'amorcer des pourparlers de paix ou d'autre chose, et en somme de faire tout ce qui leur semble n&#233;cessaire pour reprendre la situation en main. Ainsi, l'impossibilit&#233; de freiner la contre-culture am&#233;ricaine qui se propageait au coeur m&#234;me de l'arm&#233;e a probablement jou&#233; un r&#244;le aussi important que le mouvement anti-guerre explicite pour imposer la fin de la guerre du Vietnam.&lt;br&gt;
Le camp qui prend l'initiative d&#233;termine les conditions de la lutte. Tant qu'il continue &#224; innover, il conserve le facteur surprise. &#8220;L'intr&#233;pidit&#233; constitue une v&#233;ritable force cr&#233;atrice. (...) Chaque fois que l'intr&#233;pidit&#233; rencontre la pusillanimit&#233;, les chances de succ&#232;s sont n&#233;cessairement de son c&#244;t&#233;, la pusillanimit&#233; &#233;tant d&#233;j&#224; elle-m&#234;me une absence d'&#233;quilibre. Ce n'est que lorsqu'elle se heurte &#224; la prudence r&#233;fl&#233;chie (...) qu'elle a le dessous.&#8221; (Clausewitz, De la Guerre). Mais il est bien rare de rencontrer de la prudence et de la r&#233;flexion chez ceux qui dirigent cette soci&#233;t&#233;. La plupart de ses processus de marchandisation, de spectacularisation et de hi&#233;rarchisation sont aveugles et automatiques : les marchands, les m&#233;dias et les chefs ne font que suivre leur propre tendance &#224; gagner de l'argent, &#224; attirer des spectateurs ou &#224; recruter des partisans.&lt;br&gt;
La soci&#233;t&#233; spectaculaire est souvent victime de ses propres falsifications. Comme chaque strate de la bureaucratie essaye de se couvrir au moyen de statistiques mensong&#232;res, comme chaque &#8220;source d'informations&#8221; surench&#233;rit sur les autres avec des nouvelles encore plus sensationnelles, et comme les &#201;tats, les minist&#232;res et les compagnies priv&#233;es, tous en concurrence, lancent leurs propres op&#233;rations de d&#233;sinformation (se r&#233;f&#233;rer aux chapitres 16 et 30 des Commentaires sur la soci&#233;t&#233; du spectacle), il est difficile de comprendre ce qui arrive r&#233;ellement, m&#234;me pour un dirigeant exceptionnel ayant une certaine lucidit&#233;. Comme Debord l'a not&#233; dans le m&#234;me ouvrage, un &#201;tat qui refoule la connaissance historique ne peut plus &#234;tre conduit strat&#233;giquement.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avantages et limites de la non-violence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Toute l'histoire du progr&#232;s de la libert&#233; humaine nous montre que toutes les concessions faites &#224; ses revendications sont dues &#224; la lutte. (...) S'il n'y a pas de lutte, il n'y a pas de progr&#232;s. Ceux qui pr&#233;tendent favoriser la libert&#233; mais qui d&#233;sapprouvent l'agitation, ceux-l&#224; veulent des r&#233;coltes sans labourer la terre. Ils veulent la pluie sans le tonnerre ni la foudre. Ils veulent l'oc&#233;an sans son grondement &#233;pouvantable. La lutte peut &#234;tre morale, ou elle peut &#234;tre physique, ou elle peut &#234;tre morale et physique &#224; la fois ; mais il faut une lutte. Le pouvoir ne conc&#232;de rien sans lutte. Il ne l'a jamais fait et il ne le fera jamais.&#8221;&lt;br&gt;
Frederick Douglass&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Quiconque conna&#238;t un peu l'histoire sait que les soci&#233;t&#233;s ne changent pas sans rencontrer la r&#233;sistance acharn&#233;e et souvent f&#233;roce des hommes de pouvoir. Si nos anc&#234;tres n'avaient pas eu recours &#224; la violence dans leur r&#233;volte, la plupart de ceux qui maintenant la d&#233;plorent vertueusement seraient toujours des serfs ou des esclaves.&lt;br&gt;
Le fonctionnement ordinaire de cette soci&#233;t&#233; est bien plus violent que n'importe quelle r&#233;action &#224; son encontre pourra jamais l'&#234;tre. Imaginez l'horreur que susciterait un mouvement radical qui ex&#233;cuterait 20 000 adversaires. Au bas mot, c'est le nombre d'enfants que le syst&#232;me actuel laisse mourir de faim chaque jour. Les h&#233;sitations et les compromis laissent s'&#233;terniser cette violence permanente, entra&#238;nant finalement mille fois plus de souffrances que n'en aurait occasionn&#233;es une seule r&#233;volution d&#233;cisive.&lt;br&gt;
Heureusement, une r&#233;volution moderne et v&#233;ritablement majoritaire n'aura pratiquement pas besoin de recourir &#224; la violence, sauf pour neutraliser les &#233;l&#233;ments de la minorit&#233; dirigeante qui essayeraient &#233;ventuellement de se maintenir au pouvoir par la force.&lt;br&gt;
La violence n'est pas seulement ind&#233;sirable en elle-m&#234;me, elle engendre aussi la panique, qui rend les gens plus manipulables, et elle favorise l'organisation militariste, et donc hi&#233;rarchique. La non-violence va avec une organisation plus ouverte et plus d&#233;mocratique, elle favorise le calme et la compassion, et elle tend &#224; rompre le cycle de la haine et de la vengeance.&lt;br&gt;
Il s'agit de ne pas en faire un f&#233;tiche. La r&#233;ponse convenue : &#8220;Comment peut-on lutter pour la paix avec des m&#233;thodes violentes ?&#8221; n'est pas plus logique que celle qui consisterait &#224; dire &#224; un homme qui se noie qu'il ne doit pas toucher l'eau. S'effor&#231;ant de r&#233;soudre des &#8220;malentendus&#8221; au moyen du dialogue, les pacifistes oublient que certains probl&#232;mes ont leurs sources dans des v&#233;ritables conflits d'int&#233;r&#234;ts. Ils ont tendance &#224; sous-estimer la malveillance des ennemis, tout en exag&#233;rant leur propre culpabilit&#233;, se r&#233;primandant m&#234;me pour leurs &#8220;sentiments violents&#8221;. Leur pratique de &#8220;porter t&#233;moignage&#8221;, m&#234;me si elle a l'apparence d'une initiative personnelle, transforme en fait l'activiste en un objet passif, &#8220;encore une autre personne pour la paix&#8221; qui, comme un soldat, met son corps en premi&#232;re ligne, tout en renon&#231;ant &#224; la recherche ou &#224; l'exp&#233;rimentation individuelles. Ceux qui veulent en finir avec l'id&#233;e que la guerre est passionnante et h&#233;ro&#239;que doivent d&#233;passer une notion si craintive et servile de la paix. En mettant en avant la survie comme objectif, les militants pour la paix n'ont pas eu grand-chose &#224; dire &#224; ceux qui sont fascin&#233;s par l'an&#233;antissement mondial pr&#233;cis&#233;ment parce qu'ils en ont assez d'une vie quotidienne r&#233;duite &#224; la seule survie, qui voient la guerre non pas comme une menace, mais plut&#244;t comme la d&#233;livrance d'une vie d'ennui et de petites anxi&#233;t&#233;s incessantes.&lt;br&gt;
Comme ils pressentent que leur purisme ne tiendra pas &#224; l'&#233;preuve des faits, les pacifistes, le plus souvent, restent volontairement dans une ignorance voulue des luttes sociales d'hier et d'aujourd'hui. Bien qu'ils soient souvent capables d'&#233;tudes tr&#232;s s&#233;rieuses et d'une discipline personnelle sto&#239;que dans leurs pratiques spirituelles, ils semblent croire qu'une connaissance historique et strat&#233;gique du niveau du Reader's Digest suffit &#224; leurs vell&#233;it&#233;s d' &#8220;engagement social&#8221;. Tout comme quelqu'un qui pense &#233;liminer les chutes en abolissant la loi de la pesanteur, ils trouvent plus simple d'envisager une lutte morale permanente contre &#8220;l'avidit&#233;&#8221;, &#8220;la haine&#8221;, &#8220;l'ignorance&#8221; ou &#8220;la bigoterie&#8221;, que de contester les structures sociales qui engendrent effectivement de tels maux. Ou bien, si l'on insiste, ils s'excusent en se plaignant que la contestation radicale est un terrain bien stressant. Elle l'est, effectivement, mais il est curieux d'entendre une telle objection de la part de gens qui pr&#233;tendent que leurs pratiques spirituelles leur permettent de faire face aux probl&#232;mes avec d&#233;tachement et &#233;quanimit&#233;.&lt;br&gt;
Il y a une sc&#232;ne charmante dans La Case de l'oncle Tom : une famille de Quakers est en train d'aider des esclaves qui s'enfuient vers le Canada. Un poursuivant survient. Un des Quakers braque sur lui un fusil de chasse et dit : &#8220;Ami, on n'a pas besoin de toi ici !&#8221; Selon moi c'est l&#224; pr&#233;cis&#233;ment le ton juste : &#234;tre pr&#234;t &#224; faire ce qu'il faut dans une situation donn&#233;e, mais sans se laisser emporter ni par la haine ni m&#234;me par le m&#233;pris.&lt;br&gt;
Il est normal de r&#233;agir contre les oppresseurs, mais ceux qui se laissent emporter par leurs r&#233;actions risquent de s'asservir moralement aussi bien que mat&#233;riellement, en s'encha&#238;nant &#224; leurs ma&#238;tres par des &#8220;liens de haine&#8221;. La haine des patrons est en partie une projection de la haine de soi qu'on &#233;prouve &#224; cause de toutes les humiliations et de toutes les compromissions qu'on a accept&#233;es. Sans se l'avouer, on se rend compte que les patrons n'existent finalement que parce que leurs serviteurs les tol&#232;rent. Certes, la crasse tend &#224; monter vers le haut. Mais la plupart des hommes du pouvoir n'agissent pas d'une mani&#232;re tr&#232;s diff&#233;rente de ce que ferait n'importe quelle autre personne qui se trouverait dans la m&#234;me position, avec les m&#234;mes int&#233;r&#234;ts, les m&#234;mes tentations, les m&#234;mes craintes.&lt;br&gt;
Les repr&#233;sailles peuvent apprendre aux forces de l'ennemi &#224; vous respecter, mais elles risquent &#233;galement de perp&#233;tuer les antagonismes. La cl&#233;mence gagne parfois des ennemis &#224; sa cause, mais dans d'autres cas elle ne fait que leur donner l'occasion de reprendre des forces et de repasser &#224; l'attaque. Il n'est pas toujours facile de d&#233;terminer la meilleure politique dans telle ou telle circonstance. Les gens qui ont souffert sous des r&#233;gimes sp&#233;cialement brutaux veulent naturellement la punition des coupables. Mais une vengeance trop cruelle fait penser aux autres oppresseurs, pr&#233;sents ou &#224; venir, qu'ils feront aussi bien de combattre jusqu'&#224; la mort puisqu'ils n'ont rien &#224; perdre.&lt;br&gt;
Cependant, la plupart des gens, m&#234;mes ceux qui ont &#233;t&#233; les plus compromis avec le syst&#232;me, auront plut&#244;t tendance &#224; suivre le vent. La meilleure mani&#232;re de d&#233;fendre la r&#233;volution, ce n'est pas d'aller exhumer de vieilles offenses ou de chercher &#224; d&#233;masquer d'&#233;ventuelles trahisons, c'est d'&#233;tendre la r&#233;volte, de telle fa&#231;on &#224; ce que tout le monde soit attir&#233; par elle.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;
[NOTES]&lt;br&gt;
1. La diffusion par l'Internationale Situationniste d'un texte qui d&#233;non&#231;ait un rassemblement international de critiques d'art en Belgique f&#251;t exemplaire &#224; cet &#233;gard : &#8220;On fit tenir des exemplaires &#224; un grand nombre de critiques, par la poste ou par distribution directe. On t&#233;l&#233;phona tout ou partie du texte &#224; d'autres, appel&#233;s nomm&#233;ment. Un groupe for&#231;a l'entr&#233;e de la Maison de la Presse, o&#249; les critiques &#233;taient re&#231;us, pour lancer des tracts sur l'assistance. On en jeta davantage sur la voie publique, des &#233;tages ou d'une voiture. (...) Enfin toutes les dispositions furent prises pour ne laisser aux critiques aucun risque d'ignorer ce texte&#8221; (Internationale Situationniste n&#176; 1).&lt;br&gt;
2. &#8220;L'absence de mouvement r&#233;volutionnaire en Europe a r&#233;duit la gauche &#224; sa plus simple expression : une masse de spectateurs qui p&#226;ment chaque fois que les exploit&#233;s des colonies prennent les armes contre leurs ma&#238;tres, et ne peut s'emp&#234;cher d'y voir le nec plus ultra de la R&#233;volution. (...) Toujours et partout o&#249; il y a conflit, c'est le bien qui combat le mal, la &#8220;R&#233;volution absolue&#8221; contre la &#8220;R&#233;action absolue&#8221;. (...) La critique r&#233;volutionnaire, quant &#224; elle, commence par del&#224; le bien et le mal ; elle prend ses racines dans l'histoire, et a pour terrain la totalit&#233; du monde existant. Elle ne peut, en aucun cas, applaudir un &#201;tat bellig&#233;rant, ni appuyer la bureaucratie d'un &#201;tat exploiteur en formation. (...) Il est &#233;videmment impossible de chercher, aujourd'hui, une solution r&#233;volutionnaire &#224; la guerre du Vietnam. Il s'agit avant tout de mettre fin &#224; l'agression am&#233;ricaine, pour laisser se d&#233;velopper, d'une fa&#231;on naturelle, la v&#233;ritable lutte sociale du Vietnam, c'est-&#224;-dire permettre aux travailleurs vietnamiens de retrouver leurs ennemis de l'int&#233;rieur : la bureaucratie du Nord et toutes les couches poss&#233;dantes et dirigeantes du Sud. Le retrait des Am&#233;ricains signifie imm&#233;diatement la prise en main, par la direction stalinienne, de tout le pays : c'est la solution in&#233;luctable. (...) Il ne s'agit donc pas de soutenir inconditionnellement (ou d'une fa&#231;on critique) le Vietcong, mais de lutter avec cons&#233;quence et sans concessions contre l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain&#8221; (Internationale Situationniste n&#176; 11).&lt;br&gt;
3. &#8220;Dans sa forme mystifi&#233;e, la dialectique devint une mode en Allemagne, parce qu'elle semblait glorifier l'&#233;tat de choses existant. Dans sa forme rationnelle, elle est un scandale et une abomination pour la soci&#233;t&#233; bourgeoise et ses id&#233;ologues doctrinaires, parce que dans l'intelligence positive des choses existantes elle inclut du m&#234;me coup l'intelligence de leur n&#233;gation, de leur destruction n&#233;cessaire ; parce qu'elle saisit la fluidit&#233; de toute forme sociale qui s'est d&#233;velopp&#233;e historiquement, et ainsi prend en compte son c&#244;t&#233; &#233;ph&#233;m&#232;re aussi bien que son existence passag&#232;re ; parce que rien ne peut lui en imposer, parce qu'elle est dans son essence critique et r&#233;volutionnaire&#8221; (Marx, Le Capital).&lt;br&gt;
La rupture entre le marxisme et l'anarchisme les a estropi&#233; tous les deux. Les anarchistes avaient raison de critiquer les tendances autoritaires et &#233;troitement &#233;conomistes du marxisme, mais ils l'ont fait g&#233;n&#233;ralement d'une mani&#232;re moraliste, a-historique et non dialectique, en posant des dualismes absolus (Libert&#233; contre Autorit&#233;, Individualisme contre Collectivisme, Centralisation contre D&#233;centralisation, etc.) et en laissant &#224; Marx et &#224; quelques-uns des marxistes les plus radicaux un quasi-monopole de l'analyse dialectique coh&#233;rente. Ce sont les situationnistes qui ont finalement r&#233;concili&#233; les aspects libertaires et dialectiques. Sur les m&#233;rites et les d&#233;fauts du marxisme et de l'anarchisme, voir les th&#232;ses 78-94 de La Soci&#233;t&#233; du Spectacle.&lt;br&gt;
4. &#8220;Ce qui s'est fait jour ce printemps-ci &#224; Zurich, &#224; travers la protestation contre la fermeture d'un centre pour la jeunesse, s'est r&#233;pandu depuis lors &#224; travers la Suisse, se nourrissant de l'inqui&#233;tude d'une jeune g&#233;n&#233;ration impatiente d'&#233;chapper &#224; ce qu'elle tient pour une soci&#233;t&#233; &#233;touffante. &#8216;Nous ne voulons pas d'un monde o&#249; la garantie de ne pas mourir de faim se paye par le risque de mourir d'ennui', proclament des pancartes et des graffiti &#224; Lausanne&#8221; (Christian Science Monitor, 28 octobre 1980). Le slogan est tir&#233; du Trait&#233; de savoir-vivre &#224; l'usage des jeunes g&#233;n&#233;rations de Raoul Vaneigem.&lt;br&gt;
5. On peut en trouver des exemples d&#233;sopilants dans The Official Politically Correct Dictionary and Handbook de Henry Beard et Christopher Cerf (Villard, 1992). Il est parfois difficile de savoir lesquels des termes de Correctelangue pr&#233;sent&#233;s dans ce livre sont satiriques et lesquels ont &#233;t&#233; propos&#233;s s&#233;rieusement ou m&#234;me adopt&#233;s et impos&#233;s officiellement. Le seul antidote contre un tel d&#233;lire est d'en rire &#224; gorge d&#233;ploy&#233;e.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Chapitre 3 : Moments de v&#233;rit&#233;&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#8220;D&#232;s que, r&#233;v&#233;lant sa trame, la couverture mystique cesse d'envelopper les rapports d'exploitation et de la violence qui est l'expression de leur mouvement, la lutte contre l'ali&#233;nation se d&#233;voile et se d&#233;finit l'espace d'un &#233;clair, l'espace d'une rupture, comme un corps &#224; corps impitoyable avec le pouvoir mis &#224; nu, d&#233;couvert dans sa force brutale et sa faiblesse (...) moment sublime o&#249; la complexit&#233; du monde devient tangible, cristalline, &#224; port&#233;e de tous.&#8221;&lt;br&gt;
Raoul Vaneigem, &#8220;Banalit&#233;s de base&#8221; (I.S. n&#176; 7)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les causes des br&#232;ches sociales&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile d'&#233;noncer des g&#233;n&#233;ralit&#233;s concernant les causes imm&#233;diates des br&#232;ches radicales. Il y a depuis toujours assez de bonnes raisons pour r&#233;volter, et t&#244;t ou tard des instabilit&#233;s vont se produire qui feront c&#233;der quelque chose. Mais pourquoi &#224; tel moment plut&#244;t qu'&#224; tel autre ? Les r&#233;voltes ont souvent eu lieu pendant des p&#233;riodes d'am&#233;lioration sociale, alors que des conditions plus mauvaises ont &#233;t&#233; support&#233;es avec r&#233;signation. Si certaines r&#233;voltes ont &#233;t&#233; provoqu&#233;es par le d&#233;sespoir, d'autres ont &#233;t&#233; d&#233;clench&#233;es par des incidents relativement insignifiants. Le mal qu'on endurait patiemment en le consid&#233;rant comme in&#233;vitable peut sembler insupportable d&#232;s qu'on con&#231;oit l'id&#233;e de s'y soustraire. La mesquinerie d'une mesure r&#233;pressive ou la sottise d'une quelconque b&#233;vue bureaucratique peuvent faire mieux sentir l'absurdit&#233; du syst&#232;me que ne l'aurait fait une accumulation constante d'oppressions.&lt;br&gt;
Le pouvoir du syst&#232;me est bas&#233; sur le fait que les gens croient qu'ils n'ont pas le pouvoir de s'y opposer. En temps normal cette croyance est bien fond&#233;e (celui qui transgresse les r&#232;gles est vite puni). Mais d&#232;s que, pour une raison ou une autre, un assez grand nombre de gens commencent &#224; ne plus respecter les r&#232;gles, et qu'ils sont assez nombreux pour pouvoir le faire en toute impunit&#233;, l'illusion s'&#233;croule compl&#232;tement. Ce que l'on a cru naturel et in&#233;vitable se r&#233;v&#232;le arbitraire et absurde. &#8220;Quand personne n'ob&#233;it, personne ne commande.&#8221; Le probl&#232;me, c'est de parvenir jusqu'&#224; ce point. Si peu de gens d&#233;sob&#233;issent, on peut facilement les isoler et les r&#233;primer. On fantasme souvent sur les choses merveilleuses qui seraient possibles &#8220;si seulement tout le monde se mettait d'accord pour faire telle chose tous en m&#234;me temps&#8221;. Malheureusement, dans la plupart des cas, les mouvements sociaux ne se produisent pas comme &#231;a. Un homme arm&#233; d'un pistolet &#224; six coups peut tenir &#224; distance cent personnes d&#233;sarm&#233;es parce que chacune sait que les six premi&#232;res &#224; attaquer seront tu&#233;es. Bien s&#251;r, il arrive que les gens soient si furieux qu'ils passent quand m&#234;me &#224; l'attaque malgr&#233; le risque. Et il se peut que leur r&#233;solution les sauve, en convaincant les gens au pouvoir de se rendre sans combattre plut&#244;t que d'&#234;tre &#233;cras&#233;s apr&#232;s avoir suscit&#233; encore plus de haine &#224; leur encontre. Mais il est &#233;videmment pr&#233;f&#233;rable de ne pas se livrer &#224; des actes d&#233;sesp&#233;r&#233;s et de chercher des formes de lutte qui r&#233;duisent le risque au minimum, jusqu'&#224; ce que le mouvement ait pris suffisamment d'ampleur pour que la r&#233;pression ne soit plus possible.&lt;br&gt;
Les gens qui vivent sous des r&#233;gimes particuli&#232;rement r&#233;pressifs commencent naturellement par tirer profit de n'importe quel point de ralliement existant. En 1978 en Iran, les mosqu&#233;es &#233;taient le seul lieu o&#249; les gens pouvaient critiquer le r&#233;gime du chah avec une certaine impunit&#233;. Par la suite, les manifestations &#233;normes convoqu&#233;es tous les 40 jours par Khomeiny ont apport&#233; la s&#233;curit&#233; du nombre. Khomeiny est devenu ainsi un symbole d'opposition reconnu par tout le monde, m&#234;me par ceux qui n'&#233;taient pas ses partisans. Mais tol&#233;rer un chef, quel qu'il soit, m&#234;me en tant que figure de proue, est au mieux une mesure temporaire qui doit &#234;tre abandonn&#233;e aussit&#244;t que des actions plus ind&#233;pendantes deviennent possibles - comme l'ont fait d&#232;s l'automne 1978 les ouvriers du p&#233;trole qui pensaient avoir alors assez d'influence pour se mettre en gr&#232;ve &#224; des dates diff&#233;rentes que celles qui &#233;taient d&#233;cid&#233;es par Khomeiny.&lt;br&gt;
L'&#201;glise catholique a jou&#233; un r&#244;le tout aussi ambigu dans la Pologne stalinienne : L'&#201;tat s'est servi de l'&#201;glise pour l'aider &#224; contr&#244;ler le peuple, mais le peuple s'en est servi &#233;galement pour d&#233;jouer les manoeuvres de l'&#201;tat.&lt;br&gt;
Une orthodoxie fanatique est parfois le premier pas vers une affirmation plus radicale. Les int&#233;gristes islamiques ont beau &#234;tre tr&#232;s r&#233;actionnaire, en prenant l'habitude de prendre en main les &#233;v&#233;nements, ils compliquent tout retour &#224; &#8220;l'ordre&#8221;. Ils peuvent m&#234;me devenir v&#233;ritablement radicaux, s'ils perdent leurs illusions, comme c'est arriv&#233; pour quelques gardes rouges pendant la &#8220;r&#233;volution culturelle&#8221; chinoise. Alors que celle-ci n'&#233;tait &#224; l'origine qu'un stratag&#232;me de Mao pour d&#233;loger du pouvoir certains de ses rivaux bureaucratiques, elle a conduit finalement &#224; la r&#233;bellion incontr&#244;l&#233;e de millions de jeunes qui prirent au s&#233;rieux sa rh&#233;torique antibureaucratique.(1)&lt;br&gt;
Si quelqu'un proclamait : &#8220;Je suis la personne le plus grande, la plus forte, le plus noble, la plus intelligente et la plus pacifique du monde&#8221;, il serait consid&#233;r&#233; comme odieux, &#224; moins qu'il ne soit pris pour un d&#233;ment. Mais s'il dit pr&#233;cis&#233;ment les m&#234;mes choses sur sa patrie, on le tient pour un patriote admirable. Le patriotisme est extr&#234;mement s&#233;ducteur parce qu'il offre une sorte de narcissisme par procuration, m&#234;me aux plus mis&#233;rable des individus. L'affection nostalgique naturelle pour son foyer et pour son pays est transform&#233; en culte aveugle de l'&#201;tat. Les peurs et les ressentiments des gens sont projet&#233;s sur les &#233;trangers, tandis que leurs aspirations &#224; une communaut&#233; authentique sont projet&#233;es de mani&#232;re mystique sur la nation, qu'ils parviennent &#224; percevoir comme essentiellement merveilleuse malgr&#233; tous ses d&#233;fauts. (&#8220;Oui, il y a des probl&#232;mes en Am&#233;rique ; mais nous nous battons pour la v&#233;ritable Am&#233;rique, pour tout ce qu'elle repr&#233;sente r&#233;ellement.&#8221;) Cette conscience de troupeau mystique devient presque irr&#233;sistible pendant les guerres, &#233;touffant pratiquement toute tendance radicale.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les bouleversements de l'apr&#232;s-guerre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le patriotisme a cependant parfois &#233;t&#233; un facteur de d&#233;clencheur de luttes radicales. En 1956 en Hongroie, par exemple. Et m&#234;me les guerres ont parfois abouti, par contrecoup, &#224; des r&#233;voltes. Ceux qui ont support&#233; la plus grande partie du fardeau militaire, au nom de la soi-disant libert&#233; et de la soi-disant d&#233;mocratie, peuvent r&#233;clamer leur d&#251; une fois qu'ils sont revenus chez eux. Ayant particip&#233; &#224; une lutte historique, et ayant pris l'habitude d'affronter les obstacles en les d&#233;truisant, ils inclinent sans doute dans une moindre mesure &#224; consid&#233;rer le statu quo comme &#233;ternel.&lt;br&gt;
Les dislocations et les d&#233;sillusions occasionn&#233;es par la Premi&#232;re Guerre mondiale ont abouti &#224; des soul&#232;vements partout en Europe. Si la deuxi&#232;me guerre n'a pas produit les m&#234;mes r&#233;sultats, c'est parce que la radicalit&#233; authentique a &#233;t&#233; d&#233;truite dans l'intervalle par le stalinisme, le fascisme et le r&#233;formisme, parce que les justifications de la guerre donn&#233;es par les vainqueurs, quoique bourr&#233;es de mensonges comme toujours, &#233;taient plus plausibles que d'habitude (les ennemis vaincus &#233;taient des diables plu convaincants), et parce que cette fois les vainqueurs ont pris soin de r&#233;gler en avance le r&#233;tablissement de l'ordre pour l'apr&#232;s-guerre (l'Europe orientale &#233;tait livr&#233;e &#224; Staline contre la garantie de la docilit&#233; des Partis &#8220;communistes&#8221; fran&#231;ais et italien et son abandon du Parti grec insurg&#233;). La secousse mondiale de la guerre suffit quand m&#234;me &#224; ouvrir la voie pour une r&#233;volution stalinienne autonome en Chine, que Staline n'a pas voulu, parce qu'elle mena&#231;ait sa domination exclusive sur le &#8220;camp socialiste&#8221;, et &#224; donner le branle aux mouvements anticolonialistes. Ce qui n'&#233;tait &#233;videmment pas d&#233;sir&#233; par les pouvoirs colonialistes de l'Europe, m&#234;me s'ils allaient finalement r&#233;ussir &#224; conserver les aspects les plus profitables de leur domination en optant pour le n&#233;o-colonialisme &#233;conomique que les &#201;tats-Unis avaient d&#233;j&#224; fait leur.&lt;br&gt;
Dans la perspective d'une vacance de pouvoir &#224; l'issue de la guerre, les dirigeants finissent souvent par collaborer avec leurs ennemis apparents pour mieux r&#233;primer leur propre peuple. &#192; la fin de la guerre franco-allemande de 1870, l'arm&#233;e prussienne victorieuse a contribu&#233; &#224; l'encerclement de la Commune de Paris, ce qui a facilit&#233; sa r&#233;pression par les dirigeants fran&#231;ais. Quand l'arm&#233;e de Staline s'est avanc&#233;e vers Varsovie en 1944, elle a appel&#233; le peuple de la ville &#224; se soulever, puis elle est rest&#233;e pendant plusieurs jours devant la ville pendant que les Nazis an&#233;antissaient les &#233;l&#233;ments ind&#233;pendants qui s'&#233;taient ainsi d&#233;couverts et qui auraient pu r&#233;sister plus tard au stalinisme. On a vu r&#233;cemment un sc&#233;nario semblable dans l'alliance de facto entre Bush et Sadaam &#224; la suite de la guerre du Golfe o&#249;, apr&#232;s avoir appel&#233; le peuple irakien &#224; se soulever contre Sadaam, l'arm&#233;e am&#233;ricaine a massacr&#233; syst&#233;matiquement les conscrits irakiens qui battaient en retraite (et qui auraient &#233;t&#233; pr&#234;ts &#224; se r&#233;volter s'ils avaient pu regagner leur pays), tout en laissant les gardes r&#233;publicains, force d'&#233;lite de Sadaam, libres d'&#233;craser les soul&#232;vements radicaux dans le nord et le sud de l'Irak.(2) &lt;br&gt;Dans les soci&#233;t&#233;s totalitaires, les griefs sont &#233;vidents mais la r&#233;volte est difficile. Dans les soci&#233;t&#233;s &#8220;d&#233;mocratiques&#8221; les luttes sont plus facile, mais les objectifs sont moins clairs. Contr&#244;l&#233;s principalement par le biais d'un conditionnement subconscient ou par des forces immenses et apparemment incompr&#233;hensibles (&#8220;l'&#233;tat de l'&#233;conomie&#8221;), il nous est difficile de saisir notre situation. On nous conduit comme un troupeau de moutons dans la direction voulue, mais en nous laissant assez d'espace pour des variations individuelles, de telle mani&#232;re &#224; ce que nous gardions une illusion d'ind&#233;pendance.&lt;br&gt;
Les tendances au vandalisme ou &#224; des affrontements violents peuvent &#234;tre comprises comme des tentatives de rompre cette abstraction d&#233;sesp&#233;rante, pour se colleter avec quelque chose de concret.&lt;br class='autobr' /&gt;
De m&#234;me que la premi&#232;re organisation du prol&#233;tariat classique a &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;d&#233;e, &#224; la fin du XVIIIe et au d&#233;but du XIXe si&#232;cle, d'une &#233;poque de gestes isol&#233;s, &#8220;criminels&#8221;, visant &#224; la destruction des machines de la production, qui &#233;liminait les gens de leur travail, on assiste en ce moment &#224; la premi&#232;re apparition d'une vague de vandalisme contre les machines de la consommation, qui nous &#233;liminent tout aussi s&#251;rement de la vie. Il est bien entendu qu'en ce moment comme alors la valeur n'est pas dans la destruction elle-m&#234;me, mais dans l'insoumission qui sera ult&#233;rieurement capable de se transformer en projet positif jusqu'&#224; reconvertir les machines dans le sens d'un accroissement du pouvoir r&#233;el des hommes. (I.S. n&#176; 7.)&lt;br&gt;
(Notez bien cette derni&#232;re phrase : Le fait de signaler un sympt&#244;me de crise sociale, ou m&#234;me de le justifier en tant que r&#233;action compr&#233;hensible &#224; l'oppression, n'implique pas forc&#233;ment qu'on le recommande en tant que tactique.)&lt;br&gt;
On pourrait &#233;num&#233;rer bien d'autres conditions qui peuvent d&#233;clencher une situation radicale. Une gr&#232;ve peut s'&#233;tendre (Russie 1905) ; la r&#233;sistance populaire &#224; une menace r&#233;actionnaire peut d&#233;border les limites officielles (Espagne 1936) ; les gens peuvent profiter d'une lib&#233;ralisation symbolique pour aller plus loin (Hongrie 1956, Tch&#233;coslovaquie 1968) ; les actions exemplaires de petits groupes peuvent catalyser un mouvement de masse (les premiers sit-in pour les droits civils, Mai 1968) ; une atrocit&#233; particuli&#232;re peut &#234;tre la goutte d'eau qui fait d&#233;border le vase (Watts 1965, Los Angeles 1992) ; l'effondrement subit d'un r&#233;gime peut laisser une vacance de pouvoir (Portugal 1974) ; une circonstance particuli&#232;re peut occasioner le rassemblement d'un si grand nombre de gens dans un endroit qu'il devient impossible de les emp&#234;cher d'exprimer leurs griefs et leurs aspirations (Tiananmen 1976 et 1989) ; etc.&lt;br&gt;
Mais les crises sociales comportent tant d'impond&#233;rables qu'il est rarement possible de les pr&#233;voir, encore moins de les provoquer. En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, il vaut mieux poursuivre la r&#233;alisation des projets qui nous paraissent les plus attirants, tout en restant conscients pour reconna&#238;tre rapidement les d&#233;veloppements nouveaux (dangers, t&#226;ches urgentes, occasions favorables) qui exigent la mis en oeuvre de tactiques nouvelles.&lt;br&gt;
En attendant, nous pouvons passer &#224; l'examen de quelques-unes des &#233;tapes d&#233;cisives qu'on rencontre g&#233;n&#233;ralement dans des situations radicales.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'effervescence des situations radicales&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une situation radicale est un r&#233;veil collectif. &#192; un extr&#234;me, il peut ne s'agir que de quelques dizaines de gens dans un quartier ou un atelier. &#192; un autre, cela va jusqu'&#224; une situation v&#233;ritablement r&#233;volutionnaire qui entra&#238;ne des millions de gens. L'important n'est pas le nombre, mais l'existence du dialogue public et de la participation de tous qui tendent &#224; d&#233;passer toute limite. L'incident qui se situe &#224; l'origine du Free Speech Movement (FSM, Mouvement pour la libert&#233; de parole) en 1964 en est un exemple classique et particuli&#232;rement beau. Des policiers &#233;taient sur le point d'emmener un activiste pour les droits civils qu'ils avaient arr&#234;t&#233; au campus de l'Universit&#233; &#224; Berkeley. Quelques &#233;tudiants se sont assis devant la voiture de police. En quelques minutes des centaines d'autres ont suivi leur exemple, de sorte que la voiture &#233;tait encercl&#233;e et ne pouvait bouger. Pendant 32 heures on en a transform&#233; le toit de la voiture en tribune pour le d&#233;bat ouvert. L'occupation de la Sorbonne en Mai 1968 a cr&#233;&#233; une situation encore plus radicale en attirant une grande partie de la population parisienne non-&#233;tudiante. Puis l'occupation des usines par les ouvriers dans tout le pays l'a transform&#233;e en situation r&#233;volutionnaire.&lt;br&gt;
Dans de telles situations, les gens s'ouvrent &#224; des nouvelles perspectives, remettent en question leur opinions, et commencent &#224; y voir clair dans les escroqueries habituelles. Il arrive tous les jours que quelques personnes vivent des exp&#233;riences qui les am&#232;nent &#224; mettre en question le sens de leur vie. Mais dans une situation radicale, presque tout le monde le fait en m&#234;me temps. Quand la machine s'immobilise, m&#234;mes les rouages commencent &#224; songer &#224; leur fonction.&lt;br&gt;
Les patrons sont ridiculis&#233;s. Les ordres ne sont pas respect&#233;s. Les s&#233;parations s'effondrent. Des probl&#232;mes individuels se transforment en questions publiques, tandis que des questions publiques qui ont sembl&#233; lointaines et abstraites deviennent des questions pratiques et imm&#233;diates. L'ordre ancien est analys&#233;, critiqu&#233;, moqu&#233;. Les gens apprennent plus de choses sur la soci&#233;t&#233; en une semaine que pendant des ann&#233;es d'&#233;tude des &#8220;sciences sociales&#8221; universitaires ou &#224; l'occasion des &#8220;prises de conscience&#8221; gauchistes. Des exp&#233;riences qui ont &#233;t&#233; longtemps refoul&#233;es refont surface.(3) Tout semble possible, et beaucoup le devient effectivement. Les gens n'arrivent pas &#224; croire qu'ils ont support&#233; tant de choses auparavant - &#8220;en ce temps-l&#224;&#8221;. M&#234;me si l'issue finale est incertaine, ils consid&#232;rent souvent que l'exp&#233;rience &#224; elle seule vaut d&#233;j&#224; la peine d'&#234;tre v&#233;cue. &#8220;Pourvu qu'ils nous laissent le temps...&#8221; a dit un des graffitistes de Mai 1968, auquel deux autres ont r&#233;pondu : &#8220;En tout cas pas de remords !&#8221; et &#8220;D&#233;j&#224; 10 jours de bonheur.&#8221;&lt;br&gt; Comme le travail s'arr&#234;te, la navette fr&#233;n&#233;tique est remplac&#233;e par des promenades sans but, et la consommation passive par la communication active. Des &#233;trangers entrent en conversation anim&#233;e dans la rue. Les d&#233;bats ne s'arr&#234;tent jamais, des nouveaux venus rempla&#231;ant continuellement ceux qui partent pour d'autres activit&#233;s ou pour essayer de prendre un peu de sommeil, bien qu'ils soient g&#233;n&#233;ralement trop excit&#233;s pour dormir longtemps. Tandis que certains succombent aux d&#233;magogues, d'autres commencent &#224; faire leurs propres propositions ou &#224; prendre leurs propres initiatives. Des spectateurs sont attir&#233;s dans le tourbillon et connaissent des transformations d'une rapidit&#233; &#233;tonnante. (Un bel exemple observ&#233; en Mai 1968 : Lors de l'occupation de l'Od&#233;on par des foules radicales, le directeur administratif, constern&#233;, se retira au fond de la sc&#232;ne. Mais apr&#232;s avoir consid&#233;r&#233; la situation pendant quelques minutes, il fit quelques pas en avant et s'&#233;cria : &#8220;Maintenant que vous l'avez pris, gardez-le, ne le rendez jamais, br&#251;lez-le plut&#244;t !&#8221;)&lt;br&gt;
Certes, tout le monde n'est pas gagn&#233; tout de suite. Certains se cachent dans l'attente du reflux du mouvement, pour reprendre leurs possessions ou leurs positions, et se venger. D'autres h&#233;sitent, tiraill&#233;s entre l'envie et la peur de changement. Une br&#232;che de quelques jours ne suffira peut-&#234;tre pas pour rompre le conditionnement hi&#233;rarchique de toute une vie. Autant que lib&#233;ratrice, l'interruption des habitudes et des routines peut d&#233;sorienter. Tout se passe si vite qu'il est facile de paniquer. M&#234;me si vous r&#233;ussissez &#224; garder votre calme, il n'est pas facile de saisir tous les facteurs essentiels assez vite pour savoir que faire, m&#234;me si &#231;a peut para&#238;tre &#233;vident r&#233;trospectivement. Une des principales ambitions de ce texte est, indiquer certains sc&#233;narios courants, pour que les gens soient pr&#234;ts &#224; reconna&#238;tre les occasions qui se pr&#233;sentent et &#224; en profiter quand il est temps.&lt;br&gt;
Les situations radicales sont les moments rares o&#249; le changement qualitatif devient vraiment possible. Bien loin d'&#234;tre anormales, elles laissent voir &#224; quel point nous sommes, la plupart du temps, anormalement refoul&#233;s. &#192; leur lumi&#232;re, notre vie &#8220;normale&#8221; ressemble au somnambulisme. Pourtant, parmi les nombreux livres qui ont &#233;t&#233; &#233;crits sur les r&#233;volutions, il y en a peu qui ont vraiment quelque chose &#224; dire sur de tels moments. Ceux qui traitent des r&#233;voltes modernes les plus radicales se limitent g&#233;n&#233;ralement &#224; la seule description, et si elles &#233;voquent parfois ce qui est ressenti &#224; l'occasion de telles exp&#233;riences, elles n'apportent rien quant aux tactiques &#224; adopter. La plupart des &#233;tudes sur les r&#233;volutions bourgeoises ou bureaucratiques ont encore moins de pertinence. Dans ces r&#233;volutions, o&#249; les &#8220;masses&#8221; n'ont jou&#233; qu'un r&#244;le secondaire et temporaire pour appuyer une direction ou une autre, on pouvait, dans une grande mesure, analyser leur conduite comme les mouvements de masses physiques, en utilisant les m&#233;taphores famili&#232;res du flux et du reflux de la mar&#233;e, de l'oscillation du pendule entre la radicalit&#233; et la r&#233;action, etc. Mais une r&#233;volution antihi&#233;rarchique exige que les gens cessent d'&#234;tre des masses homog&#232;nes et manipulables, qu'ils d&#233;passent la servilit&#233; et l'inconscience qui les rendent objets de telles pr&#233;visions m&#233;canistes.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'auto-organisation populaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 60, on pensait g&#233;n&#233;ralement que la meilleure fa&#231;on de favoriser une telle d&#233;massification &#233;tait de former des &#8220;groupes d'affinit&#233;&#8221; : c'est-&#224;-dire des petites associations d'amis qui partagent des perspectives et des styles de vie communs. Certes, de tels groupes ont beaucoup d'avantages. Ils peuvent se d&#233;cider pour un projet et le r&#233;aliser directement ; il est difficile de les infiltrer ; et ils peuvent se mettre en relation avec d'autres groupes du m&#234;me genre quand c'est n&#233;cessaire. Mais m&#234;me en laissant de c&#244;t&#233; les pi&#232;ges divers dans lesquels la plupart des groupes affinitaires des ann&#233;es 60 sont vite tomb&#233;s, il faut reconna&#238;tre qu'il y a des mati&#232;res qui exigent des organisations de grande envergure. Et &#224; moins qu'ils ne r&#233;ussissent &#224; s'organiser d'une mani&#232;re qui rend superflus les chefs, les grands rassemblements vont vite revenir &#224; une forme ou une autre d'acceptation de la hi&#233;rarchie.&lt;br&gt;
Une des fa&#231;ons les plus simples pour commencer &#224; organiser une grande assembl&#233;e, c'est de faire la liste de tous les gens qui veulent dire quelque chose, toute personne &#233;tant libre de parler de ce qu'elle veut pendant une dur&#233;e pr&#233;cise (l'assembl&#233;e de la Sorbonne et le rassemblement autour de la voiture de police &#224; Berkeley ont &#233;tabli tous les deux une limitation de trois minutes, et de temps en temps on en a accord&#233; une prolongation par acclamation). Certains des orateurs proposeront des projets pr&#233;cis qui m&#232;neront &#224; la constitution de groupes plus petits et plus op&#233;rationnels (&#8220;Nous comptons, moi et quelques autres, faire telle chose. Si vous voulez y participer, vous pouvez nous rejoindre &#224; tel endroit &#224; telle heure&#8221;). D'autres soul&#232;veront des questions qui se rapportent aux buts g&#233;n&#233;raux de l'assembl&#233;e, ou &#224; son fonctionnement continu (Qui va y participer ? Avec quelle fr&#233;quence va-t-elle se r&#233;unir ? Comment va-t-on s'y prendre en cas de nouveaux d&#233;veloppements urgents dans l'intervalle ? Qui sera d&#233;l&#233;gu&#233; pour s'occuper des t&#226;ches concr&#232;tes ? Avec quel degr&#233; de responsabilit&#233; ?). &lt;br&gt;Dans ce processus, les participants reconna&#238;tront vite ce qui marche et ce qui ne marche pas - dans quelle mesure il faut rendre obligatoires et contr&#244;ler les mandats des d&#233;l&#233;gu&#233;s ; si on a besoin d'un pr&#233;sident pour faciliter le d&#233;bat et pour que tout le monde ne parle pas en m&#234;me temps, etc. Bien des modes d'organisation sont possibles. L'essentiel, c'est que toutes les questions restent ouvertes, d&#233;mocratiques et participatives, que toute tendance vers la hi&#233;rarchie ou la manipulation soit imm&#233;diatement mise &#224; jour et rejet&#233;e.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le FSM de Berkeley&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; sa na&#239;vet&#233;, ses confusions et le manque de contr&#244;le rigoureux sur ses d&#233;l&#233;gu&#233;s, le FSM est un bon exemple des tendances spontan&#233;es vers l'auto-organisation pratique qui apparaissent dans une situation radicale. Une vingtaine de comit&#233;s se sont form&#233;es pour coordonner l'impression, les communiqu&#233;s de presse, l'assistance judiciaire, pour se d&#233;brouiller &#224; trouver de la nourriture, des haut-parleurs et d'autres choses n&#233;cessaires, ou pour trouver des volontaires ayant signal&#233; leurs comp&#233;tences et leur disponibilit&#233; pour des t&#226;ches diverses. Par le moyen des r&#233;seaux t&#233;l&#233;phoniques (chacun appelle dix autres, dont chacun doit appeler &#224; son tour dix autres...), il &#233;tait possible de contacter &#224; bref d&#233;lai plus de vingt mille &#233;tudiants.&lt;br&gt;
Mais au-del&#224; des seules questions d'efficacit&#233; pratique, et m&#234;me au-del&#224; des questions politiques apparentes, les r&#233;volt&#233;s per&#231;aient toute la fa&#231;ade spectaculaire et go&#251;taient un peu de la vie r&#233;elle, de la communaut&#233; r&#233;elle. Un des participants a estim&#233; que dans l'espace de quelques mois il est parvenu &#224; conna&#238;tre, ne f&#251;t-ce que vaguement, deux ou trois mille personnes - cela dans une universit&#233; qui &#233;tait notoire pour avoir &#8220;transform&#233; les gens en num&#233;ros&#8221;. Un autre participant a &#233;crit d'une mani&#232;re &#233;mouvante : &#8220;Affrontant une institution apparemment destin&#233;e &#224; nous frustrer en d&#233;personnalisant et en bloquant la communication, une institution qui manquait d'humanit&#233;, de gr&#226;ce et de sensibilit&#233;, nous avons trouv&#233;, florissant en nous-m&#234;mes, la pr&#233;sence dont nous protestions au fond l'absence.&#8221;(4)&lt;br&gt;
Une situation radicale doit prendre de l'ampleur, ou &#233;chouer. Dans certains cas exceptionnels un lieu particulier peut servir de base permanente, ou au moins sur le long terme, de foyer pour la coordination, ou de refuge contre la r&#233;pression. Sanrizuka - zone rurale pr&#232;s de Tokyo qui &#233;tait occup&#233;e par les agriculteurs dans les ann&#233;es 70 dans le but de bloquer la construction d'un nouvel a&#233;roport - a &#233;t&#233; d&#233;fendu avec tant d'acharnement et tant de succ&#232;s pendant tant d'ann&#233;es qu'elle s'est transform&#233; en quartier g&#233;n&#233;ral de diverses luttes dans tout le pays. Mais un lieu fixe favorise la manipulation, la surveillance et la r&#233;pression, et le fait d'y &#234;tre clou&#233; pour le d&#233;fendre interdit la libert&#233; de mouvement. Les situations radicales se caract&#233;risent toujours par beaucoup de circulation : Alors qu'un certain nombre de gens convergent sur les endroits cl&#233; pour voir ce qui arrive, d'autres se d&#233;ploient de l&#224; dans toutes les directions pour &#233;tendre la contestation &#224; d'autres r&#233;gions.&lt;br&gt;
Une mesure simple mais essentielle dans n'importe quelle action radicale, c'est que les participants communiquent ce qu'ils font r&#233;ellement, et disent pourquoi ils le font. M&#234;me s'ils n'ont pas fait grand-chose, une telle communication est exemplaire en elle-m&#234;me. En plus du fait qu'elle relance le jeu sur une plus large &#233;chelle et incite &#224; la participation d'autres gens, elle permet de d&#233;passer la d&#233;pendance habituelle vis-&#224;-vis des rumeurs, des informations m&#233;diatiques ou des porte-parole non contr&#244;l&#233;s.&lt;br&gt;
Cette communication est &#233;galement un pas essentiel vers l'auto-clarification. La proposition d'&#233;mettre un communiqu&#233; commun entra&#238;ne des choix concrets : Nous voulons communiquer avec qui ? Dans quel but ? Qui s'int&#233;resse &#224; ce projet ? Qui est d'accord avec cette d&#233;claration ? Qui n'est pas d'accord ? Sur quels points ? Tout cela peut mener &#224; une polarisation, dans la mesure o&#249; les gens envisagent les d&#233;veloppements possibles de la situation, se mettent au clair, et se regroupent avec ceux qui pensent comme eux pour poursuivre divers projets.&lt;br&gt;
Une telle polarisation clarifie la situation pour tout le monde. Chaque tendance reste libre de s'exprimer et de mettre ses id&#233;es en pratique, et les r&#233;sultats peuvent se distinguer plus clairement que si des strat&#233;gies contradictoires &#233;taient confondues dans des compromis o&#249; tout est r&#233;duit au plus petit d&#233;nominateur commun. Quand les gens prendront conscience de la n&#233;cessit&#233; de se coordonner, ils le feront. En attendant, la prolif&#233;ration d'individus autonomes est bien plus fructueuse que cette &#8220;unit&#233;&#8221; superficielle et ordonn&#233;e d'en haut qui est toujours vivement recommand&#233;e par les bureaucrates.&lt;br&gt;
Le fait d'&#234;tre nombreux rend parfois possible des actions qui seraient imprudentes pour des individus isol&#233;s. Et certaines actions collectives (des gr&#232;ves ou des boycotts, par exemple) exigent que les gens agissent &#224; l'unisson, ou au moins qu'ils n'aillent pas &#224; l'encontre d'une d&#233;cision majoritaire. Mais les individus ou les petits groupes peuvent se charger directement de beaucoup d'autres mati&#232;res. Mieux vaut battre le fer pendant qu'il est chaud que perdre son temps &#224; essayer de r&#233;futer les objections de masses de spectateurs qui restent encore sous l'emprise des manipulateurs.&lt;br&gt;
Les petits groupes sont bien en droit de choisir leurs propres collaborateurs : Des projets pr&#233;cis peuvent exiger des capacit&#233;s pr&#233;cises ou un accord &#233;troit entre les participants. Par contre, une situation radicale ouvre des possibilit&#233;s plus grandes pour un plus grand nombre. En simplifiant les questions fondamentales et en permettant de d&#233;passer les s&#233;parations habituelles, elle rend des masses de gens ordinaires capables de r&#233;aliser des t&#226;ches qu'ils auraient &#233;t&#233; incapables de seulement imaginer la semaine pr&#233;c&#233;dente. De toute fa&#231;on, seules les masses auto-organis&#233;es peuvent r&#233;aliser de telles t&#226;ches, personne ne peut le faire &#224; leur place.&lt;br&gt;
Quel est le r&#244;le des minorit&#233;s radicales dans une telle situation ? Il est clair qu'elles ne doivent pas pr&#233;tendre repr&#233;senter ou conduire le peuple. Mais par contre il est absurde de d&#233;clarer, au motif qu'il faut &#233;viter la hi&#233;rarchie, qu'elles doivent imm&#233;diatement &#8220;se dissoudre dans les masses&#8221; et cesser d'exprimer leurs propres vues ou de mettre en oeuvre leurs propres projets. Elles ne doivent pas faire moins que les individus ordinaires qui font partie de ces &#8220;masses&#8221;, qui doivent exprimer leurs vues et mettre en oeuvre leurs projets, faute de quoi rien n'arriverait jamais. En pratique, les radicaux qui pr&#233;tendent craindre de &#8220;dire aux gens ce qu'ils doivent faire&#8221;, ou &#8220;d'agir &#224; la place des travailleurs&#8221;, finissent g&#233;n&#233;ralement soit par ne rien faire, soit par d&#233;guiser la r&#233;p&#233;tition interminable de leur id&#233;ologie en &#8220;comptes rendus des discussions entre quelques travailleurs&#8221;.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les situationnistes en Mai 1968&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les situationnistes et les Enrag&#233;s eurent en Mai 1968 une pratique bien plus lucide et bien plus franche. Pendant les premiers trois ou quatre jours de l'occupation de la Sorbonne (14-17 mai) ils ont exprim&#233; ouvertement leurs vues sur les t&#226;ches de l'assembl&#233;e et du mouvement en g&#233;n&#233;ral. De ce fait, un des Enrag&#233;s, Ren&#233; Riesel, fut &#233;lu au premier Comit&#233; d'occupation. Comme les autres d&#233;l&#233;gu&#233;s, il fut r&#233;&#233;lu le lendemain.&lt;br&gt;
Riesel et un des d&#233;l&#233;gu&#233;s - il semble que tous les autres se soient esquiv&#233;s sans respecter leurs engagements - ont essay&#233; de mettre en pratique les deux mesures qu'ils avaient pr&#233;conis&#233;es, &#224; savoir le maintien de la d&#233;mocratie totale &#224; la Sorbonne et la diffusion la plus large des appels pour l'occupation des usines et la formation des conseils ouvriers. Mais &#224; partir du moment o&#249; l'assembl&#233;e eut tol&#233;r&#233; &#224; de nombreuses reprises que son Comit&#233; d'occupation soit foul&#233; aux pieds par diverses bureaucraties gauchistes non &#233;lues, et puisqu'elle refusait de faire sien l'appel pour les conseils ouvriers (refusant ainsi d'encourager les ouvriers &#224; faire ce que cette assembl&#233;e faisait d&#233;j&#224; &#224; la Sorbonne), les Enrag&#233;s et les situationnistes l'ont quitt&#233; pour continuer leur agitation de fa&#231;on ind&#233;pendante.&lt;br&gt;
Il n'y avait rien de non-d&#233;mocratique dans ce d&#233;part : l'assembl&#233;e de la Sorbonne restait libre de faire comme bon lui semblait. Mais puisqu'elle n&#233;gligeait de r&#233;pondre aux t&#226;ches urgentes impos&#233;es par la situation et qu'elle contredisait m&#234;me ses propres pr&#233;tentions &#224; la d&#233;mocratie, les situationnistes estim&#232;rent qu'elle ne pouvait plus &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une plaque tournante du mouvement. Leur diagnostic f&#251;t confirm&#233; par l'&#233;croulement ult&#233;rieur du semblant m&#234;me de d&#233;mocratie participative qui existait &#224; la Sorbonne : Apr&#232;s leur d&#233;part, l'assembl&#233;e ne conn&#251;t plus d'&#233;lections et revint &#224; la forme gauchiste typique, &#224; savoir la direction par des bureaucrates auto-d&#233;sign&#233;s, suivis par des masses passives.&lt;br&gt;
Alors que ces &#233;v&#233;nements se d&#233;roulaient entre quelques milliers de gens &#224; la Sorbonne, des millions de travailleurs occupaient leurs usines partout dans le pays (d'o&#249; l'absurdit&#233; de qualifier Mai 1968 de &#8220;mouvement &#233;tudiant&#8221;). Les situationnistes, les Enrag&#233;s et quelques dizaines d'autres r&#233;volutionnaires conseillistes ont constitu&#233; le Conseil pour le Maintien des Occupations (C.M.D.O.), dans le but d'encourager ces travailleurs &#224; se passer des bureaucrates syndicalistes et &#224; se mettre directement en relation pour r&#233;aliser les possibilit&#233;s radicales qui &#233;taient en germes dans leur action.(5)&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'ouvri&#233;risme est d&#233;pass&#233;, mais la position des ouvriers est toujours centrale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#8220;L'indignation vertueuse est un stimulant puissant, mais un r&#233;gime dangereux. Gardez &#224; l'esprit l'ancien proverbe : &#8216;La col&#232;re est mauvaise conseill&#232;re'. (...) Quand votre sympathie est &#233;mue par les souffrances des personnes dont vous ne savez rien sauf qu'elles sont maltrait&#233;es, votre indignation g&#233;n&#233;reuse leur attribue toutes sortes de vertus, et toutes sortes de vices &#224; ceux qui les oppriment. Mais la v&#233;rit&#233; brutale, c'est que les gens maltrait&#233;s sont pires que les gens bien trait&#233;s.&#8221;&lt;br&gt;
George Bernard Shaw, Guide de la Femme intelligente en pr&#233;sence du socialisme et du capitalisme&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Nous abolirons les esclaves parce que nous ne pouvons en supporter la vue.&#8221;&lt;br&gt;
Nietzsche&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Lutter pour la lib&#233;ration n'implique pas qu'on doive estimer les opprim&#233;s. L'injustice ultime de l'oppression sociale, c'est qu'elle a plus des chances d'avilir les victimes que de les ennoblir.&lt;br&gt;
Une bonne part de la rh&#233;torique gauchiste traditionnelle d&#233;coulait de notions d&#233;pass&#233;es sur les m&#233;rites du travail : Les bourgeois &#233;taient mauvais parce qu'ils ne se livraient pas &#224; un travail productif, tandis que les braves prol&#233;taires m&#233;ritaient le fruit de leur travail, etc. Comme le travail est devenu toujours moins n&#233;cessaire et comme il a des finalit&#233;s toujours plus absurdes, cette perspective a perdu tout son sens (en supposant qu'elle en ait jamais eu). Il ne s'agit pas de glorifier le prol&#233;tariat, mais de l'abolir.&lt;br&gt;
La domination de classe n'a pas disparue simplement parce qu'un si&#232;cle de d&#233;magogie gauchiste a d&#233;mod&#233; la vieille terminologie radicale. Le capitalisme moderne, tout en supprimant progressivement une partie du travail ouvrier et en jetant des secteurs entiers de la population dans le ch&#244;mage permanent, a prol&#233;taris&#233; pratiquement tous les autres. Les cols blancs, les techniciens et m&#234;me les professionnels lib&#233;raux qui s'enorgueillissaient autrefois de leur ind&#233;pendance (m&#233;decins, scientifiques, savants, hommes de lettres) sont de plus en plus soumis aux imp&#233;ratifs commerciaux les plus grossiers et m&#234;me &#224; une r&#233;glementation qui fait penser &#224; la cha&#238;ne de montage dans les usines.&lt;br class='autobr' /&gt;
Moins de 1% de la population mondiale poss&#232;de 80% de la terre. M&#234;me aux &#201;tats-Unis, cens&#233;s &#234;tre relativement &#233;galitaires, la disparit&#233; &#233;conomique est extr&#234;me, et le devient toujours plus. Il y a vingt ans, le salaire moyen d'un P.-D.G. &#233;tait 35 fois plus important que celui d'un ouvrier. Il est maintenant 120 fois plus important. Il y a vingt ans, le 0,5% de la population am&#233;ricaine le plus riche poss&#233;dait 14% de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Ils en poss&#232;dent maintenant 30%. Mais de tels chiffres ne suffisent pas pour prendre la mesure de l'&#233;tendue compl&#232;te du pouvoir de cette &#233;lite. Le pouvoir d'achat des classes inf&#233;rieures ou moyennes sert presque enti&#232;rement &#224; couvrir leurs frais quotidiens, ne laissant rien, ou presque rien, pour des investissements susceptibles de leur donner du pouvoir social. Un magnat qui ne poss&#232;de que 5 ou 10 pour cent d'une soci&#233;t&#233; commerciale peut n&#233;anmoins la contr&#244;ler, &#224; cause de l'apathie de la masse de petits actionnaires non organis&#233;s, et exerce ainsi autant de pouvoir que s'il la poss&#233;dait compl&#232;tement. Et il ne faut que quelques grandes soci&#233;t&#233;s commerciales, dont les conseils d'administration s'entendent entre eux et avec les hautes strates de l'&#201;tat, pour acheter, ruiner ou marginaliser les petits concurrents ind&#233;pendants et dominer effectivement les m&#233;dias et les politiciens qui sont aux postes cl&#233;.&lt;br&gt;
Le spectacle omnipr&#233;sent de la prosp&#233;rit&#233; des classes moyennes a dissimul&#233; cette r&#233;alit&#233;, surtout aux &#201;tats-Unis o&#249;, &#224; cause de l'histoire particuli&#232;re de ce pays (et malgr&#233; la violence de nombre de combats ouvriers dans le pass&#233;), les gens sont plus ignorants des divisions de classes que dans n'importe quelle autre r&#233;gion du monde. La grande diversit&#233; des ethnies et la multitude de stratifications interm&#233;diaires ont estomp&#233; la distinction fondamentale entre le sommet et la base. Les Am&#233;ricains poss&#232;dent tant de marchandises qu'il ne remarquent pas que quelqu'un d'autre poss&#232;de la soci&#233;t&#233; enti&#232;re. Sauf pour ceux qui sont vraiment en bas, forc&#233;ment plus avertis, ils supposent g&#233;n&#233;ralement que la pauvret&#233; est la faute des pauvres ; que toute personne entreprenante trouvera toujours un moyen de r&#233;ussir ; et que si l'on ne peut gagner sa vie dans une r&#233;gion, on peut toujours prendre un nouveau d&#233;part ailleurs. Il y a un si&#232;cle, quand il &#233;tait encore possible et facile de d&#233;m&#233;nager plus &#224; l'ouest, cette croyance avait un certain fondement. La persistance des spectacles qui entretiennent la nostalgie de la vieille fronti&#232;re occulte le fait que les conditions actuelles sont bien diff&#233;rentes et qu'il n'y a plus de r&#233;gions nouvelles vers lesquelles nous pourrions nous &#233;chapper.&lt;br&gt;
Les situationnistes ont parfois employ&#233; le terme prol&#233;tariat (ou plus pr&#233;cis&#233;ment, le nouveau prol&#233;tariat) dans un sens &#233;largi, pour d&#233;signer toute personne &#8220;qui n'a aucun pouvoir sur l'emploi de sa vie et qui le sait&#8221;. Cet usage n'est peut-&#234;tre pas tr&#232;s pr&#233;cis, mais il a le m&#233;rite de souligner le fait que la soci&#233;t&#233; est toujours divis&#233;e en classes, et que la division fondamentale est toujours celle qui s&#233;pare la petite minorit&#233; qui poss&#232;de et contr&#244;le tout, et la grande majorit&#233; qui n'a rien &#224; &#233;changer que sa force de travail. Dans certains contextes il peut &#234;tre pr&#233;f&#233;rable d'employer d'autres termes, tels que &#8220;le peuple&#8221;, mais certainement pas si cela aboutit &#224; mettre dans le m&#234;me sac les exploiteurs et les exploit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne s'agit pas de mythifier les salari&#233;s, qui, comme on pouvait s'y attendre &#233;tant donn&#233; que le spectacle a essentiellement pour fonction de les maintenir dans un &#233;tat d'illusions, sont souvent un des secteurs les plus ignorants et les plus r&#233;actionnaires de la soci&#233;t&#233;. Il ne s'agit pas non plus de compter les points pour voir qui est le plus opprim&#233;. Il faut contester toutes les formes d'oppression, et tout le monde peut contribuer &#224; cette contestation - femmes, jeunes, ch&#244;meurs, minorit&#233;s, lumpens, boh&#232;mes, paysans, classes moyennes, voire des ren&#233;gats de l'&#233;lite dirigeante. Mais aucune de ces cat&#233;gories ne peut parvenir &#224; une lib&#233;ration d&#233;finitive sans abolir les fondements mat&#233;riels de toutes ces oppressions : le syst&#232;me de la production marchande et du salariat. Et cette abolition ne peut &#234;tre r&#233;alis&#233;e que par l'auto-abolition collective des salari&#233;s. Ils sont les seuls qui sont en mesure non seulement d'arr&#234;ter le syst&#232;me directement, mais aussi de relancer le tout d'une fa&#231;on fondamentalement diff&#233;rente.(6)&lt;br&gt;
Il ne s'agit pas non plus d'accorder des privil&#232;ges sp&#233;ciaux &#224; qui que ce soit. Si les travailleurs des secteurs vitaux (alimentation, transports, communications, etc.) parviennent &#224; rejeter leurs chefs capitalistes et syndicalistes et &#224; entamer l'autogestion de leurs propres activit&#233;s, ils n'auront &#233;videmment aucun int&#233;r&#234;t &#224; conserver le &#8220;privil&#232;ge&#8221; de faire tout le travail. Au contraire, ils auront tout int&#233;r&#234;t &#224; inviter toutes les autres personnes, qu'il soient travailleurs des secteurs d&#233;pass&#233;s (judiciaires, militaires, marchands, publicitaires, etc.) ou bien des non-travailleurs, &#224; les rejoindre dans le projet de r&#233;duire et de transformer la part du travail n&#233;cessaire. Tous participeront aux d&#233;cisions. Seront exclus seulement ceux qui restent sur la touche en revendiquant des privil&#232;ges.&lt;br&gt;
Le syndicalisme et le conseillisme traditionnels ont eu trop tendance &#224; admettre la division du travail existante, comme si la vie dans une soci&#233;t&#233; post-r&#233;volutionnaire devait continuer &#224; tourner autour de travaux (et de lieux de travail) fixes. Cette perspective est de plus en plus d&#233;pass&#233;e m&#234;me dans la soci&#233;t&#233; actuelle : Comme la plupart des gens ont des emplois absurdes et souvent seulement temporaires, avec lesquels ils ne s'identifient aucunement, et que beaucoup d'autres ont des emplois non salari&#233;s, les questions concernant le travail ne sont plus qu'un aspect d'une lutte plus g&#233;n&#233;rale.&lt;br&gt;
Au d&#233;but d'un mouvement, on peut admettre que des travailleurs se pr&#233;sentent comme tels (&#8220;Nous, les travailleurs de telle entreprise, avons occup&#233; notre usine dans tel but. Nous exhortons les travailleurs d'autre secteurs &#224; faire de m&#234;me&#8221;). Cependant, le but ultime n'est pas l'autogestion des entreprises existantes. La gestion des m&#233;dias par ceux qui par hasard y travaillent, par exemple, serait presque aussi arbitraire que la gestion actuelle par ceux qui les poss&#232;dent. La gestion par les travailleurs de leurs conditions de travail devra se combiner avec la gestion par la communaut&#233; des questions d'une importance g&#233;n&#233;rale. &lt;/br&gt;Les m&#233;nag&#232;res et d'autres gens qui travaillent dans des situations relativement isol&#233;es auront besoin de d&#233;velopper leurs propres formes d'organisation pour pouvoir faire valoir leurs int&#233;r&#234;ts particuliers. Mais les &#233;ventuels conflits d'int&#233;r&#234;ts entre &#8220;producteurs&#8221; et &#8220;consommateurs&#8221; seront vite d&#233;pass&#233;s quand tout le monde s'engagera directement des deux c&#244;t&#233;s, quand les conseils ouvriers se mettront en relation avec les conseils de quartier et de ville, et quand les postes de travail fixes d&#233;p&#233;riront du fait du d&#233;passement de la plupart des m&#233;tiers, et de la r&#233;organisation de ceux qui subsistent , et d'un syst&#232;me de rotation (y compris concernant le m&#233;nage et l'aide &#224; l'enfance).&lt;br&gt;
Les situationnistes avaient certainement raison de lutter pour la formation des conseils ouvriers lors des occupations des usines en Mai 1968. Mais il faut constater que ces occupations furent d&#233;clench&#233;es par les actions des jeunes dont la plupart n'&#233;taient pas des ouvriers. Apr&#232;s 1968 les situationnistes eurent tendance &#224; tomber dans une sorte d'ouvri&#233;risme, voyant la prolif&#233;ration des gr&#232;ves sauvages comme le principal indicateur des possibilit&#233;s r&#233;volutionnaires, et pr&#234;tant moins d'attention aux d&#233;veloppements sur d'autres terrains. En r&#233;alit&#233;, il arrive souvent que des ouvriers qui sont &#224; peine radicaux ne se jetent dans des luttes sauvages que parce qu'ils y sont forc&#233;s par la trahison flagrante de leurs syndicats, tandis que d'autres gens r&#233;sistent au syst&#232;me par d'autres moyens que les gr&#232;ves (y compris, et d'abord en esquivant autant que possible le salariat). Les situationnistes avaient raison de reconna&#238;tre l'autogestion collective et la &#8220;subjectivit&#233; radicale&#8221; individuelle comme des aspects compl&#233;mentaires et &#233;galement essentiels du projet r&#233;volutionnaire. S'ils n'ont pas r&#233;ussi &#224; r&#233;unir compl&#232;tement ces deux aspects, ils les ont rapproch&#233;s bien mieux que les surr&#233;alistes qui, pour lier la r&#233;volte culturelle et la r&#233;volte politique, n'ont su qu'adh&#233;rer &#224; une version ou &#224; une autre de l'id&#233;ologie bolchevique.(7)&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gr&#232;ves sauvages et sur le tas&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gr&#232;ves sauvages pr&#233;sentent certes des possibilit&#233;s int&#233;ressantes, surtout si les gr&#233;vistes occupent leur lieu de travail. L'occupation ne leur apporte pas seulement plus de s&#233;curit&#233; (elle emp&#234;che des lock-outs, les machines et les produits servent d'otages contre la r&#233;pression), elle permet l'union de tous les travailleurs, ce qui garantit effectivement l'autogestion collective de la lutte et sugg&#232;re m&#234;me la notion de l'autogestion de la soci&#233;t&#233; enti&#232;re.&lt;br&gt;
Une fois que le fonctionnement habituel s'arr&#234;te, l'ambiance change du tout au tout. Un lieu de travail terne peut se transformer en un espace presque sacr&#233; qu'on prot&#232;ge ardemment contre l'intrusion profane des patrons ou de la police. Un t&#233;moin de la gr&#232;ve sur le tas de 1937 &#224; Flint dans le Michigan, a d&#233;crit les gr&#233;vistes comme &#8220;des enfants jouant un jeu nouveau et fascinant ; ils ont fait un palais de ce qui a &#233;t&#233; leur prison&#8221; (Sit-Down : The General Motors Strike of 1936-1937 de Sidney Fine). Bien que l'objectif de cette gr&#232;ve f&#251;t simplement de gagner le droit de former leur propre syndicat, son organisation &#233;tait quasiment conseilliste. Pendant les six semaines durant lesquelles ils ont habit&#233; leur usine, en transformant les si&#232;ges de voiture en lits et les voitures en armoires, une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des 1200 ouvriers s'est r&#233;unie deux fois par jour pour prendre toutes les d&#233;cisions concernant l'alimentation, le nettoyage, les renseignements, l'&#233;ducation, les revendications, la communication, la s&#233;curit&#233;, la d&#233;fense, le sport et les divertissements, et &#233;lire des comit&#233;s responsables et fr&#233;quemment r&#233;voqu&#233;s pour ex&#233;cuter ces politiques. Il y avait m&#234;me un &#8220;comit&#233; des rumeurs&#8221; qui se chargeait de neutraliser la d&#233;sinformation en remontant &#224; la source de toute rumeur pour v&#233;rifier sa v&#233;racit&#233;. &#192; l'ext&#233;rieur de l'usine les femmes des gr&#233;vistes s'occupaient de la nourriture et de l'organisation des piquets, de la publicit&#233;, et des liaisons avec les travailleurs des autres villes. Les plus audacieuses avaient constitu&#233; une Brigade f&#233;minine d'urgence qui pr&#233;voyait de s'interposer en cas d'attaque de la police. &#8220;Si les gendarmes veulent tirer, ils seront forc&#233;s de tirer d'abord sur nous.&#8221;&lt;br&gt;
Malheureusement, bien que les travailleurs occupent toujours des positions cl&#233; dans certains domaines essentiels (services publics, communications, transports), dans nombre d'autres secteurs, ils ont beaucoup moins de prise qu'autrefois. Les compagnies multinationales ont g&#233;n&#233;ralement des stocks importants et elles peuvent facilement attendre, ou au besoin transf&#233;rer leurs productions dans d'autres pays, alors qu'il est difficile pour les travailleurs de tenir bon sans leurs salaires. Bien des gr&#232;ves aujourd'hui ne menacent rien d'essentiel, elles ne sont que des supplications pour obtenir l'ajournement de la fermeture d'industries obsol&#232;tes qui perdent de l'argent. Donc, bien que la gr&#232;ve reste la principale tactique ouvri&#232;re, les travailleurs doivent aussi inventer d'autres formes de luttes et trouver des moyens pour se mettre en relation avec les luttes qui se d&#233;roulent sur d'autres terrains.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gr&#232;ves de consommateurs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme les gr&#232;ves ouvri&#232;res, l'efficacit&#233; des gr&#232;ves de consommateurs (&#224; savoir les boycotts) d&#233;pendent de leurs effets sur les propri&#233;taires et du soutien populaire. Il y a tant de boycotts pour tant de causes diff&#233;rentes qu'&#224; part quelques-uns qui se basent sur un argument moral irr&#233;futable, la plupart &#233;chouent. Comme on peut le constater pour les luttes sociales, les boycotts les plus fructueux sont ceux o&#249; les gens luttent directement pour eux-m&#234;mes, tels que les premiers boycotts pour les droits civils dans le sud des &#201;tats-Unis, ou les mouvements d'&#8220;auto-r&#233;duction&#8221; en Italie et ailleurs, qui on vu des communaut&#233;s enti&#232;res d&#233;cid&#233;es &#224; ne payer qu'un pourcentage convenu des tarifs des transports ou des services publics. Une gr&#232;ve de loyer est une action particuli&#232;rement simple et puissante, mais il est difficile de parvenir &#224; l'unit&#233; n&#233;cessaire pour la d&#233;clencher, sauf parmi ceux qui n'ont rien &#224; perdre. Ce qui explique pourquoi les d&#233;fis les plus exemplaires lanc&#233;s au f&#233;tiche de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e sont jusqu'&#224; maintenant le fait de squatters sans abri.&lt;br&gt;
Une autre tactique int&#233;ressante, qui pourrait &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une sorte de &#8220;contre-boycottage&#8221;, serait de soutenir collectivement une institution populaire qui est menac&#233;e. Faire une collecte de fonds pour soutenir une &#233;cole, une biblioth&#232;que ou une institution alternative est assez banal, mais de tels mouvements engendrent parfois un d&#233;bat public salutaire. En 1974 en la Cor&#233;e de Sud, des journalistes en gr&#232;ve ont pris possession d'un grand journal et se sont mis &#224; publier des r&#233;v&#233;lations sur les mensonges du gouvernement et sur la r&#233;pression. &lt;/br&gt;Pour essayer de ruiner le journal sans &#234;tre oblig&#233; de le supprimer ouvertement, le gouvernement a fait pression sur toutes les grandes entreprises pour qu'elles lui suppriment leurs budgets publicitaires. Le public a r&#233;pondu en achetant des milliers d'annonces individuelles, utilisant cet espace pour des d&#233;clarations personnelles, des po&#232;mes, des citations de Thomas Paine, etc. Bient&#244;t cette &#8220;Tribune pour le soutien de la libert&#233; de parole&#8221; a rempli plusieurs pages dans chaque num&#233;ro et le tirage a sensiblement augment&#233;, jusqu'&#224; ce que le journal soit finalement supprim&#233;.&lt;br&gt;
Mais les luttes de consommateurs sont limit&#233;es par le fait que ceux-ci se trouvent du c&#244;t&#233; r&#233;cepteur du cycle &#233;conomique : Ils peuvent exercer une certaine pression par des protestations, des boycotts ou des &#233;meutes, mais ils ne contr&#244;lent pas les m&#233;canismes de production. Dans les &#233;v&#233;nements de Cor&#233;e pr&#233;cit&#233;s, par exemple, c'est seulement la prise du journal par les travailleurs qui a permis la participation du public.&lt;br&gt;
Une forme de lutte ouvri&#232;re particuli&#232;rement int&#233;ressante et exemplaire est celle qui est parfois appel&#233;e gr&#232;ve sociale ou gr&#232;ve de gratuit&#233;, dans laquelle les gens continuent leur travail mais selon des modalit&#233;s qui pr&#233;figurent un ordre social libre : Des ouvriers distribuant gratuitement les biens qu'ils ont produits, des vendeurs faisant payer au clients moins que le prix affich&#233;, des employ&#233;s des transport laissant tout le monde circuler sans payer. En f&#233;vrier 1981, 11000 t&#233;l&#233;phonistes ont occup&#233; leur centraux partout dans la Colombie britannique et se sont acquitt&#233;s gratuitement de tous les services pendant six jours, avant d'&#234;tre convaincus de cesser l'occupation par des manoeuvres de leur syndicat. &lt;br&gt;Ils ont obtenu gain de cause concernant plusieurs de leurs revendications, mais ils semblent en outre avoir connu un moment merveilleux.(8) On peux imaginer des moyens pour aller plus loin et devenir plus s&#233;lectif, en bloquant, par exemple, les appels commerciaux ou gouvernementaux tout en laissant passer gratuitement les appels personnels. Les ouvriers postaux pourraient faire de m&#234;me avec le courrier, les employ&#233;s du transport pourraient continuer &#224; v&#233;hiculer les biens n&#233;cessaires tout en refusant de transporter les gendarmes et les soldats, etc.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qui aurait pu arriver en Mai 1968&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce genre de gr&#232;ve n'aurait aucun sens pour cette grande majorit&#233; des travailleurs dont le travail ne sert aucun but rationnel. Le mieux pour eux est de d&#233;noncer publiquement l'absurdit&#233; de leur travail, comme l'ont fait joliment quelques publicitaires en Mai 1968. D'ailleurs, m&#234;me le travail utile est souvent si parcellis&#233; que les groupes de travailleurs isol&#233;s ne peuvent pas proc&#233;der par eux-m&#234;mes &#224; beaucoup de changements. Et m&#234;me la petite minorit&#233; qui se trouve par hasard dans la production des produits finis et commercialisables, reste g&#233;n&#233;ralement d&#233;pendante des r&#233;seaux de la finance et de la distribution, comme ce fut le cas pour les ouvriers qui en 1973 ont pris possession de la soci&#233;t&#233; Lip en faillite afin de la faire fonctionner pour leur propre compte. Dans les cas exceptionnels o&#249; ces ouvriers parviennent &#224; r&#233;ussir malgr&#233; tout, ils ne deviennent qu'une entreprise capitaliste de plus, et le plus souvent leurs innovations autogestionnaires n'aboutissent qu'&#224; rationaliser la production au profit des propri&#233;taires. Un &#8220;Strasbourg des usines&#8221; pourrait se produire si des ouvriers se trouvant dans une situation semblable &#224; celle des Lip utilisaient les &#233;quipements et la publicit&#233; que cet &#233;quipement leur permettrait de faire pour aller plus loin que les ouvriers de Lip (qui ne luttaient que pour sauver leur emploi), en appelant tous les autres &#224; les rejoindre dans le projet du d&#233;passement du syst&#232;me de la production marchande et du salariat. Mais c'est peu probable tant qu'il n'y a pas un mouvement assez r&#233;pandu pour &#233;largir les perspectives et pour contrebalancer les risques - comme en Mai 1968, quand la plupart des usines &#233;taient occup&#233;es :&lt;br&gt;
Si, dans une seule grande usine, entre le 16 et le 30 mai, une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale s'&#233;tait constitu&#233;e en Conseil d&#233;tenant tous les pouvoirs de d&#233;cision et d'ex&#233;cution, chassant les bureaucrates, organisant son auto-d&#233;fense et appelant les gr&#233;vistes de toutes les entreprises &#224; se mettre en liaison avec elle, ce dernier pas qualitatif franchi e&#251;t pu porter le mouvement tout de suite &#224; la lutte finale dont il a trac&#233; historiquement toutes les directives. Un tr&#232;s grand nombre d'entreprises aurait suivit la voie ainsi d&#233;couverte. Imm&#233;diatement, cette usine e&#251;t pu se substituer &#224; l'incertaine et, &#224; tous &#233;gards, excentrique Sorbonne des premiers jours, pour devenir le centre r&#233;el du mouvement des occupations : de v&#233;ritables d&#233;l&#233;gu&#233;s des nombreux conseils existant d&#233;j&#224; virtuellement dans certain b&#226;timents occup&#233;s, et de tous ceux qui auraient pu s'imposer dans toutes les branches de l'industrie, se seraient ralli&#233;s autour de cette base. Une telle assembl&#233;e e&#251;t pu alors proclamer l'expropriation de tout le capital, y compris &#233;tatique ; annoncer que tous les moyens de production du pays &#233;taient d&#233;sormais la propri&#233;t&#233; collective du prol&#233;tariat organis&#233; en d&#233;mocratie directe ; et en appeler directement - par exemple, en saisissant enfin quelques-uns des moyens techniques des t&#233;l&#233;communications - aux travailleurs du monde entier pour soutenir cette r&#233;volution. Certains diront qu'une telle hypoth&#232;se est utopique. Nous r&#233;pondrons : c'est justement parce que le mouvement des occupations a &#233;t&#233; objectivement, &#224; plusieurs instants, &#224; une heure d'un tel r&#233;sultat, qu'il a r&#233;pandu une telle &#233;pouvante, lisible par tous sur le moment dans l'impuissance de l'&#201;tat et l'affolement du parti dit communiste, et depuis dans la conspiration du silence qui est faite sur sa gravit&#233;. (I.S. n&#176; 12)&lt;br&gt;
Ce qui l'a emp&#234;ch&#233;, ce furent surtout les syndicats, notamment la C.G.T., domin&#233;e par le Parti communiste. Inspir&#233;s par la jeunesse r&#233;volt&#233; qui a combattu la police dans la rue et occup&#233; la Sorbonne et d'autres b&#226;timents publics, dix millions de travailleurs d&#233;daignent les objections de leurs syndicats et occupent presque toutes les usines du pays, et nombre de bureaux, inaugurant ainsi la premi&#232;re gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale sauvage de l'histoire. Mais ces ouvriers, qui pour la plupart n'avaient pas une notion bien claire de ce qu'il fallait faire par la suite, permettent &#224; la bureaucratie syndicale de s'insinuer dans le mouvement qu'elle avait cherch&#233; &#224; emp&#234;cher. Les bureaucrates font tout leur possible pour freiner et fragmenter le mouvement, appelant &#224; des gr&#232;ves br&#232;ves et symboliques, formant des organisations &#8220;de base&#8221; dont tous les effectifs &#233;taient form&#233;s de fid&#232;les militants du Parti, prenant le contr&#244;le des syst&#232;mes de sonorisation, truquant les &#233;lections dans le sens d'un retour au travail, et surtout, sous le pr&#233;texte de &#8220;se prot&#233;ger contre des provocateurs ext&#233;rieurs&#8221;, fermant les portes des usines pour que les ouvriers restent isol&#233;s les uns des autres ainsi que des autres insurg&#233;s. &lt;br&gt;Les syndicats commencent alors les pourparlers avec les patrons et le gouvernement pour obtenir des augmentations de salaires et de cong&#233;s pay&#233;s. Ce pot-de-vin est rejet&#233; &#233;nergiquement par une grande majorit&#233; des ouvriers, qui comprennent, ne serait-ce que confus&#233;ment, qu'un changement plus radical est &#224; l'ordre du jour. D&#233;but juin, la pr&#233;sentation par De Gaulle de l'alternative &#233;lections ou guerre civile r&#233;ussit finalement &#224; intimider la plupart d'entre eux et &#224; leur faire reprendre le travail. Ils sont un certain nombre &#224; refuser cette intimidation, mais leur isolement permet aux syndicats de dire s&#233;par&#233;ment &#224; chaque groupe que tous les autres ont repris le travail, de sorte que, se croyant seuls, ils abandonnent la lutte.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les m&#233;thodes de la confusion et de la r&#233;cup&#233;ration&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme en Mai 1968, quand les pays d&#233;velopp&#233;s connaissent une situation radicale, ils comptent habituellement sur la confusion, les concessions, les couvre-feux, les distractions la d&#233;sinformation, la fragmentation, la pr&#233;emption, l'ajournement, pour d&#233;tourner, diviser ou r&#233;cup&#233;rer l'opposition, ne recourant &#224; la r&#233;pression physique ouverte qu'en dernier ressort. Ces m&#233;thodes, des plus subtiles aux plus risibles(9), sont tellement nombreuses qu'il suffit d'en mentionner quelques-unes.&lt;br&gt;
Une m&#233;thode courante pour cr&#233;er la confusion est de fausser l'ordre des forces en pr&#233;sence en projetant des positions diverses sur un sch&#233;ma lin&#233;aire (gauche contre droite, par exemple), ce qui implique que si vous &#234;tes oppos&#233; &#224; un c&#244;t&#233; vous devez &#234;tre en faveur de l'autre. Le spectacle du communisme contre le capitalisme a fait l'affaire pendant plus d'un demi-si&#232;cle. Depuis l'&#233;croulement r&#233;cent de cette farce, la tendance est plut&#244;t de d&#233;clarer qu'il existe un consensus mondial centriste et pragmatique, par rapport auquel toute opposition est mise dans le m&#234;me sac que les &#8220;extr&#233;mismes&#8221; fanatiques (fascisme ou fanatisme religieux &#224; droite, terrorisme ou &#8220;anarchie&#8221; &#224; gauche).&lt;br&gt;
J'ai d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; ci-dessus une des fa&#231;ons de &#8220;diviser pour r&#233;gner&#8221;, &#224; savoir encourager la fragmentation du camp des exploit&#233;s en une multitude d'identit&#233;s &#233;troites qu'on peut manipuler pour les opposer les unes aux autres. Inversement, des classes oppos&#233;es peuvent &#234;tre r&#233;unies par l'hyst&#233;rie patriotique et par d'autres moyens. Les fronts populaires, les front unis et d'autres coalitions du m&#234;me genre servent &#224; obscurcir les conflits fondamentaux au nom de l'opposition &#224; un ennemi commun (bourgeoisie + prol&#233;tariat contre un r&#233;gime r&#233;actionnaire ; couches militaires-bureaucratiques + paysans contre la domination &#233;trang&#232;re). Dans de telles coalitions le groupe sup&#233;rieur a g&#233;n&#233;ralement les ressources mat&#233;rielles et id&#233;ologiques pour maintenir son contr&#244;le sur le groupe subordonn&#233;, qui est incit&#233; &#224; remettre &#224; plus tard l'action auto-organis&#233;e pour ses propres int&#233;r&#234;ts. Lorsqu'on a remport&#233; la victoire sur l'ennemi commun, le groupe sup&#233;rieur a d&#233;j&#224; eu le temps de consolider son pouvoir, souvent par une nouvelle alliance avec des &#233;l&#233;ments issus du parti de l'ennemi vaincu, pour &#233;craser les &#233;l&#233;ments radicaux du groupe subordonn&#233;.&lt;br&gt;
Tout vestige de hi&#233;rarchie dans un mouvement radical sera utilis&#233; pour le diviser et le saper. S'il n'y pas de chefs r&#233;cup&#233;rables, le syst&#232;me peut en cr&#233;er quelques-uns par l'&#233;talage spectaculaire intensif. On peut n&#233;gocier avec les chefs, et les rendre responsables des gens qui les suivent, et une fois qu'ils sont r&#233;cup&#233;r&#233;s, ils peuvent &#233;tablir des cha&#238;nes de commandement semblables au-dessous d'eux, ce qui permet aux dirigeants de ma&#238;triser une multitude de gens sans avoir &#224; se coltiner avec tous ouvertement et simultan&#233;ment.&lt;br&gt;
La r&#233;cup&#233;ration des leaders ne sert pas seulement &#224; les s&#233;parer du peuple, elle divise aussi le peuple lui-m&#234;me : certains voyant la r&#233;cup&#233;ration comme un victoire, d'autres la d&#233;non&#231;ant comme une trahison, d'autres restant h&#233;sitants. Comme l'attention se reporte sur le spectacle des chefs-c&#233;l&#233;brit&#233;s distants qui d&#233;battent de questions &#233;loign&#233;es, la plupart des gens commencent &#224; s'ennuyer et se d&#233;sillusionnent. Sentant que la situation leur &#233;chappe, peut-&#234;tre m&#234;me soulag&#233;s du fait que d'autres la prennent en charge, ils reviennent &#224; leur passivit&#233; ant&#233;rieure.&lt;br&gt;
Une autre m&#233;thode pour d&#233;courager la participation populaire, c'est de mettre l'accent sur des probl&#232;mes qui semblent exiger des comp&#233;tences sp&#233;cialis&#233;es. Un exemple classique est le stratag&#232;me utilis&#233; par certains dirigeants militaires allemands en 1918, au moment o&#249; les Conseils d'ouvriers et de soldats, qui sont apparus &#224; la suite de la d&#233;faite militaire, avaient potentiellement le pays entre leurs mains.(10)&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le terrorisme renforce l'&#201;tat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terrorisme a souvent servi &#224; briser l'essor des situations radicales. Il abasourdit les gens, les retransforme en spectateurs suivant anxieusement les derni&#232;res nouvelles. Loin d'affaiblir l'&#201;tat, le terrorisme semble prouver qu'il faut le renforcer. Si des spectacles terroristes ne surgissent pas spontan&#233;ment quand il en a besoin, il arrive que l'&#201;tat les produise lui-m&#234;me gr&#226;ce &#224; des provocateurs. (Voir Du terrorisme et de l'&#201;tat de Gianfranco Sanguinetti et la derni&#232;re partie de la Pr&#233;face &#224; la quatri&#232;me &#233;dition italienne de &#8220;La Soci&#233;t&#233; du Spectacle&#8221; de Debord.) Un mouvement populaire ne peut emp&#234;cher des individus d'effectuer des actions terroristes ou d'autres actions irr&#233;fl&#233;chies, qui peuvent le d&#233;vier de ses objectifs et le mener &#224; l'&#233;chec tout comme si elles &#233;taient le fait de provocateurs. La seule solution est de cr&#233;er un mouvement qui se tienne fermement &#224; des tactiques franches et non-manipulatrices, de telle fa&#231;on &#224; ce que tout le monde reconnaisse les &#233;tourderies individuelles ou les provocations polici&#232;res pour ce qu'elles sont.&lt;br&gt;
Une r&#233;volution antihi&#233;rarchique ne peut &#234;tre qu'une &#8220;conspiration ouverte&#8221;. &#201;videmment il y a des choses qui exigent le secret, surtout sous des r&#233;gimes r&#233;pressifs. Mais m&#234;me dans ces cas-l&#224;, les moyens ne doivent pas &#234;tre incompatibles avec le but ultime, &#224; savoir le d&#233;passement de tout pouvoir s&#233;par&#233; par la participation consciente de tous. La tactique du secret a souvent comme cons&#233;quence absurde que la police se retrouve finalement seule &#224; savoir ce qui se passe r&#233;ellement, et ainsi &#224; m&#234;me d'infiltrer et de manipuler le groupe radical sans &#234;tre d&#233;masqu&#233;e. La meilleure d&#233;fense contre l'infiltration est de s'assurer qu'il n'y a rien d'important &#224; infiltrer, c'est-&#224;-dire qu'aucune organisation radicale ne poss&#232;de un pouvoir s&#233;par&#233;. Le maximum de s&#233;curit&#233; vient des grands nombres : Quand des milliers de gens s'engagent ouvertement, peu importe s'il y a quelques espions parmi eux.&lt;br&gt;
M&#234;me dans les actions des petits groupes, la s&#233;curit&#233; vient souvent du maximum de publicit&#233;. Pendant la pr&#233;paration du scandale de Strasbourg, certains des participants ont h&#233;sit&#233; devant la distribution abrupte de la brochure situationniste et voulurent mod&#233;rer le ton de la critique. Mustapha Khayati, d&#233;l&#233;gu&#233; de l'I.S. et principal auteur de la brochure, leur a montr&#233; que la d&#233;marche la moins dangereuse n'&#233;tait pas celle d'&#233;viter de trop offenser les autorit&#233;s - comme si elles pouvaient &#234;tre reconnaissantes de n'&#234;tre insult&#233;es que d'une mani&#232;re mod&#233;r&#233;e et h&#233;sitante ! - mais de perp&#233;trer le scandale avec une telle publicit&#233; qu'elles n'osent pas user de repr&#233;sailles.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La lutte finale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons aux occupations des usines en Mai 1968. &#192; supposer que les ouvriers fran&#231;ais eussent rejet&#233; les manoeuvres bureaucratiques et &#233;tabli un r&#233;seau conseilliste partout dans le pays, que se serait-il pass&#233; ?&lt;br&gt;
Naturellement, dans cette perspective, la guerre civile &#233;tait in&#233;vitable. (...) la contre-r&#233;volution arm&#233;e e&#251;t &#233;t&#233; d&#233;clench&#233;e s&#251;rement aussit&#244;t. Mais elle n'&#233;tait pas s&#251;re de gagner. Une partie des troupes se serait &#233;videmment mutin&#233;e : les ouvriers auraient su trouver des armes, et n'auraient certainement plus construit des barricades - bonne sans doute comme forme d'expression politique au d&#233;but du mouvement, mais &#233;videmment d&#233;risoire strat&#233;giquement (...). L'invasion &#233;trang&#232;re e&#251;t suivi fatalement, (...) sans doute &#224; partir des forces de l'O.T.A.N., mais avec l'appui indirect ou direct du &#8220;Pacte de Varsovie&#8221;. Mais alors, tout aurait &#233;t&#233; sur-le-champ rejou&#233; &#224; quitte ou double devant le prol&#233;tariat d'Europe. (I.S. n&#176; 12)&lt;br&gt;
Grosso modo, l'importance de la lutte arm&#233;e est inversement proportionnelle au niveau du d&#233;veloppement &#233;conomique. Dans les pays les moins d&#233;velopp&#233;s, les luttes sociales tendent &#224; se r&#233;duire &#224; des luttes militaires, parce qu'il y a peu de choses que les masses appauvries puissent faire sans armes, qui ne leur nuiraient pas plus &#224; elles-m&#234;mes qu'aux dirigeants. Surtout quand leur autarcie traditionnelle a &#233;t&#233; d&#233;truite par une &#233;conomie de monoculture soumise &#224; l'exportation. Et m&#234;me si elles remportent la victoire militaire, elles peuvent en g&#233;n&#233;ral &#234;tre &#233;cras&#233;es par l'intervention &#233;trang&#232;re ou contraintes &#224; se soumettre &#224; l'&#233;conomie mondiale, &#224; moins que d'autres r&#233;volutions parall&#232;les n'ouvrent des fronts nouveaux.&lt;br&gt;
Dans les pays plus d&#233;velopp&#233;s, la force arm&#233;e importe moins, bien qu'elle puisse &#234;tre un facteur important &#224; certains moments cruciaux. Il est possible, quoique pas tr&#232;s efficace, de forcer les gens &#224; faire un travail manuel simple sous la menace des armes. Mais cela n'est pas possible quand il s'agit de gens qui travaillent avec du papier ou des ordinateurs dans une soci&#233;t&#233; industrielle complexe - il y a trop d'occasions de commettre des &#8220;erreurs&#8221; g&#234;nantes qui ne laissent pas de trace. Le capitalisme moderne exige des travailleurs une certaine dose de coop&#233;ration et m&#234;me de participation s&#233;mi-cr&#233;ative. Aucune grande entreprise ne pourrait fonctionner m&#234;me un seul jour sans l'auto-organisation spontan&#233;e des travailleurs, qui doivent constamment r&#233;agir &#224; des probl&#232;mes impr&#233;vus et pallier aux erreurs de la direction. Si les ouvriers entreprennent une gr&#232;ve du z&#232;le, ne faisant rien d'autre que de suivre strictement le r&#232;glements, la production sera ralentie ou m&#234;me arr&#234;t&#233;e compl&#232;tement, ce qui met la direction, qui ne peut d&#233;sapprouver ouvertement cette rigueur exemplaire, dans la position dr&#244;lement embarrassante d'avoir &#224; laisser entendre aux ouvriers qu'ils doivent se remettre au travail sans &#234;tre aussi rigoureux. Le syst&#232;me ne survit que parce que la plupart des ouvriers sont relativement apathiques et que, pour ne pas se cr&#233;er des ennuis, ils coop&#232;rent suffisamment pour que les choses continuent &#224; marcher.&lt;br&gt;
Les r&#233;voltes isol&#233;es peuvent &#234;tre r&#233;prim&#233;es une par une, mais il n'en va pas de m&#234;me si un mouvement se r&#233;pand avec une rapidit&#233; suffisante. Ainsi en Mai 1968, quelques centaines de milliers de soldats ou de gendarmes ne peuvent rien faire face &#224; dix millions d'ouvriers en gr&#232;ve. Un tel mouvement ne peut &#234;tre d&#233;truit que de l'int&#233;rieur. Si le peuple ne sait pas ce qu'il faut faire, les armes ne peuvent gu&#232;re l'aider. S'il le sait, elles ne peuvent gu&#232;re l'arr&#234;ter.&lt;br&gt;
Ce n'est qu'&#224; certains moments que les gens se trouvent assez &#8220;ensemble&#8221; (physiquement et moralement) pour se r&#233;volter avec succ&#232;s. Les dirigeants les plus avertis savent qu'ils seront sauv&#233;s s'ils peuvent disperser de telles menaces avant qu'elles ne prennent trop d'&#233;lan et de conscience d'elles-m&#234;mes, qu'ils le fassent par la r&#233;pression physique directe ou par les diverses sortes d'actions de diversion que j'ai &#233;voqu&#233;es ci-dessus. Peu importe si les gens d&#233;couvrent plus tard qu'on les a roul&#233;s, et qu'ils avaient la victoire entre leurs mains si seulement ils s'en &#233;taient rendu compte : Une fois pass&#233;e l'occasion, c'est trop tard.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les situations ordinaires sont souvent confuses, mais les questions sont g&#233;n&#233;ralement sans urgence. Dans les situations radicales, les choses sont &#224; la fois simplifi&#233;es et acc&#233;l&#233;r&#233;es : Les questions deviennent plus claires, mais il y a moins de temps pour les r&#233;soudre.&lt;br&gt;
Le cas extr&#234;me est dramatis&#233; dans une sc&#232;ne fameuse du Cuirass&#233; Potemkine d'Eisenstein. Des marins mutin&#233;s, la t&#234;te recouverte d'une b&#226;che, sont align&#233;s pour &#234;tre fusill&#233;s. Des fusiliers marins de la garde sont en joue. Au moment o&#249; on leur donne l'ordre de tirer, un des marins crie &#224; haute voix : &#8220;Fr&#232;res ! Sur qui allez-vous tirer ? Sur vos fr&#232;res ?'' Les fusiliers marins vacillent. On r&#233;it&#232;re l'ordre de tirer. Apr&#232;s une h&#233;sitation, ils remettent l'arme au pied, aident les autres marins &#224; s'emparer du d&#233;p&#244;t d'armes, se retournent ensemble contre les officiers, et la bataille est vite gagn&#233;e.&lt;br&gt;
Il est &#224; noter que m&#234;me dans cette &#233;preuve de force, le r&#233;sultat d&#233;pend plus de la conscience que de la force brute : D&#232;s que les gardes passent du c&#244;t&#233; des marins, le combat est fini. Le reste de la sc&#232;ne - une lutte prolong&#233;e entre un officier-tra&#238;tre et un h&#233;ros r&#233;volutionnaire martyris&#233; - n'est qu'un m&#233;lodrame. Par contraste avec la guerre, o&#249; il s'agit d'une opposition consciente entre deux adversaires bien distincts, &#8220;la lutte de classes n'est pas seulement une lutte contre l'ennemi ext&#233;rieur, la bourgeoisie, mais en m&#234;me temps une lutte du prol&#233;tariat contre lui-m&#234;me : contre les effets d&#233;vastateurs et d&#233;gradants du syst&#232;me capitaliste sur sa conscience de classe&#8221; (Luk&#225;cs, Histoire et conscience de classe). La r&#233;volution moderne a cette qualit&#233; singuli&#232;re que la majorit&#233; exploit&#233;e gagne automatiquement d&#232;s qu'elle se rend compte collectivement du jeu qu'elle joue. L'adversaire du prol&#233;tariat n'est en d&#233;finitive que le produit de sa propre activit&#233; ali&#233;n&#233;e, que ce soit sous la forme &#233;conomique du capital, sous la forme politique des bureaucraties syndicales ou de parti, ou bien sous la forme psychologique du conditionnement spectaculaire. Les dirigeants constituent une minorit&#233; si minuscule qu'ils seraient imm&#233;diatement engloutis s'ils n'avaient pas r&#233;ussi &#224; embobiner une grande partie de la population et &#224; la convaincre de s'identifier &#224; eux, ou au moins de croire &#224; l'in&#233;luctabilit&#233; de leur syst&#232;me ; et surtout de se diviser.&lt;br&gt;
La b&#226;che, qui d&#233;shumanise les mutins pour rendre plus facile aux gardes l'acte de les fusiller, symbolise cette tactique de diviser pour r&#233;gner. Le cri de &#8220;Fr&#232;res !...&#8221; repr&#233;sente la contre-mesure de fraternisation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien que la fraternisation r&#233;fute les mensonges sur ce qui arrive par ailleurs, son efficacit&#233; vient probablement surtout de l'effet &#233;motif de la rencontre humaine directe, qui rappelle aux soldats que les insurg&#233;s ne sont pas essentiellement diff&#233;rents d'eux. L'&#201;tat tente naturellement d'emp&#234;cher un tel contact, en ayant recours &#224; des troupes d'autres r&#233;gions qui connaissent mal ce qui est arriv&#233; et qui, si possible, ne parlent m&#234;me pas la m&#234;me langue, et en les rempla&#231;ant rapidement s'ils se trouvent quand m&#234;me trop contamin&#233;s par les id&#233;es rebelles. On a dit &#224; certains soldats russes envoy&#233;es pour &#233;craser la r&#233;volution hongroise de 1956 qu'ils &#233;taient en Allemagne et que les gens qui les affrontaient dans la rue &#233;taient des nazis !&lt;br&gt;
Afin de d&#233;couvrir et d'&#233;liminer les &#233;l&#233;ments les plus radicaux, il arrive parfois qu'un gouvernement provoque d&#233;lib&#233;r&#233;ment une situation qui servira de pr&#233;texte &#224; la r&#233;pression violente. C'est cependant un jeu dangereux car le fait de forcer une d&#233;cision peut inciter les forces arm&#233;es &#224; passer du c&#244;t&#233; du peuple, comme on peut le voir dans l'incident du Potemkine. Du point de vue des dirigeants, la strat&#233;gie optimum consiste &#224; menacer juste ce qu'il faut pour ne pas avoir &#224; prendre la risque de la lutte ouverte. Cela a fait l'affaire dans la Pologne de 1980-1981. Les bureaucrates russes savaient qu'en envahissant la Pologne ils risqueraient d'entra&#238;ner leur propre ruine. Mais en faisant planer continuellement la menace d'une telle invasion, ils ont r&#233;ussi &#224; intimider les ouvriers polonais qui auraient pu facilement renverser l'&#201;tat, de fa&#231;on &#224; ce qu'ils tol&#232;rent le maintien des forces militaires-bureaucratiques en Pologne. De sorte que ces derni&#232;res ont pu finalement r&#233;primer le mouvement sans avoir &#224; faire venir les Russes.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'internationalisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Ceux qui font les r&#233;volutions &#224; moiti&#233; ne font que se creuser un tombeau.&#8221; Un mouvement r&#233;volutionnaire ne peut obtenir une victoire locale et esp&#233;rer coexister paisiblement avec le syst&#232;me jusqu'&#224; ce qu'il soit pr&#234;t &#224; obtenir un peu plus. Tous les pouvoirs existants mettront temporairement de c&#244;t&#233; leurs diff&#233;rends pour d&#233;truire un mouvement populaire r&#233;ellement radical avant qu'il puisse se r&#233;pandre. S'ils ne peuvent l'&#233;craser militairement, ils l'&#233;toufferont &#233;conomiquement, les &#233;conomies nationales &#233;tant d&#233;sormais si interd&#233;pendantes qu'une pression sur ce terrain sera forc&#233;ment efficace. Le seul moyen de d&#233;fendre la r&#233;volution c'est de l'&#233;tendre, qualitativement et g&#233;ographiquement. La seule d&#233;fense contre la r&#233;action int&#233;rieure est la lib&#233;ration la plus radicale de tous les aspects de la vie. La seule d&#233;fense contre l'intervention de l'ext&#233;rieur est l'internationalisation la plus rapide de la lutte.&lt;br&gt;
L'expression la plus profonde de la solidarit&#233; internationaliste est &#233;videmment de faire une r&#233;volution parall&#232;le dans son propre pays (1848, 1917-1920, 1968). Sinon, la t&#226;che la plus urgente est d'emp&#234;cher toute intervention contre-r&#233;volutionnaire de son propre pays, comme l'ont fait les ouvriers britanniques en faisant pression sur leur gouvernement pour qu'il ne soutienne pas les &#201;tats esclavagistes pendant la guerre de s&#233;cession am&#233;ricaine, bien que cela entra&#238;na pour eux une augmentation du ch&#244;mage &#224; cause de la p&#233;nurie de coton d'importation ; ou les ouvriers occidentaux qui se sont mis en gr&#232;ve ou se sont mutin&#233;s contre les tentatives de leurs gouvernements de soutenir les forces r&#233;actionnaires pendant la guerre civile &#224; la suite de la r&#233;volution russe ; ou les gens en Europe et aux &#201;tats-Unis qui se sont oppos&#233;s &#224; la r&#233;pression par leurs pays des r&#233;voltes anticolonialistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Malheureusement, m&#234;me de telles actions d&#233;fensives minimales sont rares. Et le soutien internationaliste actif est encore plus difficile. Tant que les dirigeants continuent de tenir en main les pays les plus puissants, le soutien direct est compliqu&#233; et ne peut que rester limit&#233;. Les armes et d'autres approvisionnements peuvent &#234;tre intercept&#233;s. Parfois m&#234;me les communications ne parviennent pas &#224; temps. Par contre, un &#233;v&#233;nement qui, g&#233;n&#233;ralement, ne manque pas de se faire reconna&#238;tre en temps utile, c'est la nouvelle qu'un groupe renonce &#224; son pouvoir ou &#224; ses pr&#233;tentions sur un autre. Une des bases de la r&#233;volte fasciste de 1936 en Espagne, par exemple, &#233;tait le Maroc espagnol. Une grande partie des troupes de Franco &#233;taient marocaines et les forces antifascistes auraient pu exploiter ce fait en proclamant l'ind&#233;pendance du Maroc, ce qui aurait encourag&#233; une r&#233;volte sur l'arri&#232;re de Franco et divis&#233; ses forces. La propagation probable d'une telle r&#233;volte &#224; d'autre pays arabes aurait en m&#234;me temps rabattu les forces de Mussolini (qui appuyaient Franco) sur la d&#233;fense des possessions italiennes en Afrique du nord. Mais les dirigeants du gouvernement de Front populaire espagnol ont rejet&#233; cette id&#233;e de peur qu'un tel encouragement &#224; l'anticolonialisme alarme la France et l'Angleterre, dont ils esp&#233;raient recevoir de l'aide. Inutile de dire que, de toute fa&#231;on, cette aide n'est jamais venu.(11)&lt;br&gt;
De la m&#234;me fa&#231;on en 1979 en Iran, si, avant que les khomeinistes consolident leur pouvoir les insurg&#233;s avaient soutenu l'autonomie totale des Kurdes, des Baloutches et des Azerba&#239;djanais, cela en aurait fait de fermes alli&#233;s des tendances les plus radicales et aurait peut-&#234;tre permis l'extension de la r&#233;volution aux pays voisins o&#249; vivent d'autres minorit&#233;s de ces m&#234;mes peuples, tout en sapant les r&#233;actionnaires khomeinistes en Iran.&lt;br&gt;
Encourager l'autonomie d'autrui ne signifie pas soutenir n'importe quelle organisation ou r&#233;gime qui pourrait en profiter. Il s'agit seulement de laisser aux Kurdes, aux Marocains et &#224; tous la libert&#233; de r&#233;gler leurs propres affaires, dans l'espoir que l'exemple d'une r&#233;volution antihi&#233;rarchique dans un pays am&#232;nera d'autres peuples &#224; contester leurs propres hi&#233;rarchies.&lt;br&gt;
C'est notre seul espoir, mais il n'est pas enti&#232;rement irr&#233;aliste. On ne doit jamais sous-estimer la contagion d'un mouvement r&#233;ellement libertaire.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;
NOTES&lt;br&gt;
1. Sur la r&#233;volution culturelle, voir &#8220;Le point d'explosion de l'id&#233;ologie en Chine&#8221; in I.S. n&#176; 11, et Les habits neufs du pr&#233;sident Mao de Simon Leys.
&lt;br&gt;
2. &#8220;Pendant que les Chiites et les Kurdes se battent contre le r&#233;gime de Sadaam Hussein et que les partis irakiens d'opposition essayent de pr&#233;parer un avenir d&#233;mocratique, les &#201;tats-Unis se trouvent dans la situation embarrassante d'&#234;tre les partisans effectifs de la continuation de la dictature d'un parti unique en Irak. Des communiqu&#233;s officiels du gouvernement am&#233;ricain, y compris du pr&#233;sident Bush, ont soulign&#233; leur d&#233;sir que Sadaam Hussein soit renvers&#233;, mais pas que l'Irak soit d&#233;chir&#233; par des guerres civiles. En m&#234;me temps, les officiels du gouvernement Bush ont insist&#233; sur le fait que la d&#233;mocratie n'est pas actuellement une option viable pour l'Irak. (...) Ce parti pris est sans doute la raison pour laquelle, jusqu'ici, ce gouvernement a refus&#233; de rencontrer les chefs de l'opposition irakienne en exil. (...) &#8216;Les Arabes et les &#201;tats-Unis ont la m&#234;me perspective, dit un diplomate de la coalition. Nous voulons que l'Irak garde ses fronti&#232;res actuelles et que Sadaam disparaisse. Mais si c'est n&#233;cessaire pour maintenir l'unit&#233; de l'&#201;tat irakien, nous accepterons que Sadaam reste &#224; Bagdad.' &#8221; (Christian Science Monitor, 20 mars 1991.)&lt;br&gt;
3. &#8220;Je suis &#233;poustoufl&#233; de voir &#224; quel point les gens se souviennent de leur pass&#233; r&#233;volutionnaire. Les &#233;v&#233;nements pr&#233;sents ont r&#233;veill&#233; ces souvenirs. Des dates qu'on n'a jamais appris &#224; l'&#233;cole, des chansons qu'on n'a jamais chant&#233; publiquement, on s'en rappelle tr&#232;s bien. (...) Le bruit, le bruit, le bruit retentit encore &#224; mes oreilles. Les coups de klaxon joyeux, les cris, les slogans, les chants, les danses. Les portes de la r&#233;volution se sont rouvertes apr&#232;s 48 ans de r&#233;pression. &lt;br&gt;En un jour, tout &#233;tait remis en perspective. Rien n'&#233;tait d&#233;termin&#233; par les dieux, tout &#233;tait l'oeuvre de l'homme. Les gens pouvaient consid&#233;rer leur mis&#232;re et leurs probl&#232;mes dans un contexte historique. (...) Une semaine est pass&#233;, on a le sentiment que c'est plusieurs mois. Chaque heure a &#233;t&#233; v&#233;cue pleinement. Il est d&#233;j&#224; difficile de se rappeler l'apparence des journaux en ce temps-l&#224;, ou ce que les gens disaient.'' (Phil Mailer, Portugal : The Impossible Revolution ?)&lt;br&gt;
4. Un des moments les plus impressionants a &#233;t&#233; celui o&#249; les gens assis autour de la voiture de police ont emp&#234;ch&#233; un affrontement violent avec une bande de perturbateurs en gardant le silence total pendant une demi-heure. L'herbe leur ayant &#233;t&#233; coup&#233;e sous le pied, les perturbateurs s'ennuyent, sont embarrass&#233;s, et ils finissent par se disperser. Un tel silence collectif a l'avantage de dissoudre les r&#233;actions compulsives des deux c&#244;t&#233;s, mais il le fait sans v&#233;hiculer le contenu discutable de bien des slogans ou des chansons (chanter &#8220;Nous vaincrons&#8221; a servi &#224; apaiser les gens dans des situations difficiles, mais au prix d'une falsification de la r&#233;alit&#233;, rendue sentimentale).&lt;br class='autobr' /&gt;
La meilleure histoire du FSM est The Free Speech Movement de David Lance Goines (Ten Speed Press, 1993).&lt;br&gt;
5. Sur Mai 1968 voir Enrag&#233;s et situationnistes dans le mouvement des occupations de Ren&#233; Vi&#233;net et &#8220;Le commencement d'une &#233;poque&#8221; in I.S. n&#176; 12. Je recommande aussi Worker-Student Action Committees, France May '68 de Roger Gr&#233;goire et Fredy Perlman (Black and Red, Michigan, 1969).&lt;br&gt;
6. &#8220;Les travailleurs ne se limiteront pas &#224; fermer les industries, ils rouvriront sous gestion ouvri&#232;re celles qui seront n&#233;cessaires pour pr&#233;server la sant&#233; et la paix publiques. Si la gr&#232;ve continue, ils pourront &#234;tre conduits &#224; abr&#233;ger les souffrances de la population en relan&#231;ant un nombre d'activit&#233;s de plus en plus important. Sous leur propre gestion. Voil&#224; pourquoi nous disons que nous nous mettons en route vers une destination qui n'est connue de personne !&#8221; (Avis &#224; la veille de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de Seattle en 1919.) Voir Strike ! de Jeremy Brecher (South End, 1972, pp. 101-114). On peut trouver des comptes-rendus plus circonstanci&#233;s dans deux autres livres qui sont actuellement &#233;puis&#233;s : Revolution in Seattle de Harvey O'Connor, et Root and Branch : The Rise of the Workers' Movements.&lt;br&gt;
7. Raoul Vaneigem, qui par ailleurs a &#233;crit une bonne histoire critique du surr&#233;alisme, a incarn&#233; les deux aspects de la mani&#232;re la plus &#233;clantante. Son petit livre De la gr&#232;ve sauvage &#224; l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e recense utilement un certain nombre de tactiques de base qui peuvent &#234;tre employ&#233;es pendant les gr&#232;ves sauvages et dans d'autres situations radicales, ainsi que diverses possibilit&#233;s d'organisation sociale apr&#232;s une r&#233;volution. Malheureusement, il comporte aussi beaucoup de ce genre de d&#233;layage qu'on trouve dans tous les &#233;crits de Vaneigem depuis son d&#233;part de l'I.S. Entre autres choses, ce livre pr&#234;te aux luttes ouvri&#232;res un contenu vaneigemiste qui n'est ni justifi&#233; ni n&#233;cessaire. La subjectivit&#233; radicale a &#233;t&#233; fig&#233;e dans une id&#233;ologie h&#233;doniste r&#233;p&#233;t&#233;e d'ennuyeuse fa&#231;on dans ses livres ult&#233;rieurs (Le Livre des plaisirs, etc.), qui ont l'allure de parodies &#8220;barbe &#224; papa&#8221; des id&#233;es dont il a trait&#233; d'une mani&#232;re si tranchante dans ses oeuvres plus anciennes.&lt;br class='autobr' /&gt;
8. &#8220;Deuxi&#232;me jour. Je suis fatigu&#233;e, mais la multitude de sensations positives qui passent partout ici est plus forte que la fatigue. (...) Qui oubliera jamais l'expression qui s'est peinte sur les visages des cadres quand nous leur avons dit que nous avions pris le contr&#244;le, et qu'on n'avait plus besoin de leurs services ? (...) Tout continue normalement sauf que nous ne faisons pas payer les factures. (...) Nous nous lions d'amiti&#233; avec les travailleurs d'autres centraux t&#233;l&#233;phoniques. Les mecs d'en bas viennent pour apprendre notre boulot et pour nous aider. (...) Nous sommes tous dans un &#233;tat d'euphorie, marchant &#224; la pure adr&#233;naline. On aurait dit que cette fichu boutique &#233;tait &#224; nous. (...) Les panneaux sur la porte d'entr&#233;e disent : T&#201;L&#201;PHONISTES COOP&#201;RATIFS. CHANGEMENT DE DIRECTION - INTERDIT AUX DIRECTEURS.&#8221; (Rosa Collette, Open Road, Vancouver, printemps 1981.)&lt;br&gt;
9. &#8220;Une compagnie sud-africaine vend un v&#233;hicule qui passe de la musique disco par haut-parleur pour calmer les nerfs des &#233;meutiers. Le v&#233;hicule, d&#233;j&#224; achet&#233; par une nation noire dont la compagnie n'a pas souhait&#233; r&#233;v&#233;ler le nom, contient &#233;galement une grande lance &#224; eau et du gaz lacrymog&#232;ne.&#8221; (Associated Press, 23 septembre 1979.)&lt;br&gt;
10. &#8220;Le soir du 10 novembre, alors que l'&#233;tat-major &#233;tait encore &#224; Spa, un groupe de sept soldats se pr&#233;sente au quartier g&#233;n&#233;ral. Ils sont le &#8220;comit&#233; ex&#233;cutif&#8221; du Conseil de tous les soldats aupr&#232;s du quartier g&#233;n&#233;ral. Leurs revendications ne sont pas compl&#232;tement claires, mais ils s'attendent &#233;videmment &#224; jouer un r&#244;le dans le commandement de l'arm&#233;e en retraite. Au minimum, ils veulent le droit de contresigner les ordres du haut commandement pour s'assurer que l'arm&#233;e ne soit pas utilis&#233;e dans un but contre-r&#233;volutionnaire. Les sept soldats sont re&#231;us courtoisement par le lieutenant-colonel Wilhelm von Faupel, qui s'est soigneusement pr&#233;par&#233; pour l'occasion. (...) Faupel conduit les d&#233;l&#233;gu&#233;s dans la salle des cartes du quartier g&#233;n&#233;ral. Tout est expos&#233; sur une grande carte murale : Le complexe &#233;norme de routes, chemins de fer, ponts, gares de triage, pipelines, postes de commandement et d&#233;p&#244;ts d'approvisionnement - entrelacement de lignes rouges, vertes, bleues, noires convergeant dans des embouteillages aux principaux ponts du Rhin. (...) Faupel se retourne vers eux. L'&#233;tat-major, dit-il, n'a aucune objection aux Conseils de soldats, mais il demande &#224; ses interlocuteurs s'ils se sentent assez comp&#233;tents pour diriger l'&#233;vacuation g&#233;n&#233;rale de l'arm&#233;e allemande &#224; travers ces lignes de communication. (...) Les soldats, d&#233;concert&#233;s, regardent avec inqui&#233;tude la carte immense. L'un d'eux admet que cela n'&#233;tait pas ce qu'ils avaient en t&#234;te, et que &#8216;ces affaires-l&#224; peuvent bien &#234;tre laiss&#233;es aux officiers'. Ils finissent presque par supplier les officiers de conserver le commandement. (...) Chaque fois qu'une d&#233;l&#233;gation d'un Conseil de soldats se pr&#233;sentait au quartier g&#233;n&#233;ral, le lieutenant-colonel Faupel &#233;tait rappel&#233; pour rejouer la m&#234;me com&#233;die. Elle remportait toujours le m&#234;me succ&#232;s.&#8221; (Richard Watt, The Kings Depart : Versailles and the German Revolution.)&lt;br&gt;
11. Si l'on avait pos&#233; cette question ouvertement aux ouvriers espagnols, qui avaient d&#233;j&#224; d&#233;pass&#233; le gouvernement de Front populaire vacillant en prenant les armes et en prenant en main la r&#233;sistance au coup d'&#201;tat fasciste, et avaient par ce processus lanc&#233; la r&#233;volution, ils se seraient probablement mis d'accord pour octroyer l'ind&#233;pendance au Maroc. Mais apr&#232;s qu'ils se soient laiss&#233;s convaincre par des chefs politiques - dont plusieurs chefs anarchistes - de tol&#233;rer ce gouvernement au nom de l'unit&#233; antifasciste, on a veill&#233; &#224; ce qu'ils ignorent de telles questions.&lt;br&gt;
La r&#233;volution espagnole reste quand m&#234;me l'exp&#233;rience r&#233;volutionnaire la plus riche de l'histoire, bien qu'elle a &#233;t&#233; compliqu&#233;e et obscurcie par la guerre civile simultan&#233;e contre Franco et par de vives contradictions dans le camp antifasciste qui, en plus des deux ou trois millions d'anarchistes et d'anarcho-syndicalistes et d'un contingent bien plus petit de marxistes r&#233;volutionnaires (le P.O.U.M.), comprenait des r&#233;publicains bourgeois, des autonomistes, des socialistes et des staliniens, ces derniers en particulier faisant tout leur possible pour r&#233;primer la r&#233;volution. Les meilleures analyses sont La r&#233;volution et la guerre d'Espagne de Pierre Brou&#233; et &#201;mile T&#233;mime et La r&#233;volution espagnole de Burnett Bolloten (celle-ci est &#233;galement incorpor&#233;e dans la derni&#232;re oeuvre monumentale de Bolloten, The Spanish Civil War). &lt;br&gt;Quelques bons r&#233;cits de premier main : Hommage &#224; la Catalogne [ancienne &#233;dition : La Catalogne libre] de George Orwell, Spanish Cockpit de Franz Borkenau, et Carnets de la guerre d'Espagne de Mary Low et Juan Br&#233;a. Parmi les autres livres qui valent la peine d'&#234;tre lus, Enseignement de la r&#233;volution espagnole [ancienne &#233;dition : Le&#231;ons de la R&#233;volution Espagnole] de Vernon Richards, To Remember Spain de Murray Bookchin, Le labyrinthe espagnole de Gerald Brenan, The Anarchist Collectives de Sam Dolgoff, Un anarchiste espagnol : Durruti [ancienne &#233;dition : Durruti : le peuple en armes] d'Abel Paz, et Histoire du P.O.U.M. de Victor Alba.&lt;br&gt;
[Le livre de Dolgoff est une anthologie d'extraits des &#233;crits d'Augustin Souchy, Gaston Leval, Jos&#233; Pierats, etc. Pour les francophones on pourrait ajouter Guerre de classes en Espagne de Camillo Berneri et Ceux de Barcelone de H.E. Kaminski.]&lt;/br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Chapitre 4 : Renaissance&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#8220;On objectera certainement que le projet qui est pr&#233;sent&#233; dans ces pages est tout &#224; fait impraticable, et va &#224; l'encontre de la nature humaine. C'est parfaitement vrai. Il est impraticable et il va &#224; l'encontre de la nature humaine. C'est bien pourquoi il m&#233;rite d'&#234;tre mis en oeuvre, et c'est bien pourquoi on le propose. Car qu'est-ce qu'un projet praticable ? Un projet praticable est soit un projet d&#233;j&#224; r&#233;alis&#233;, soit un projet qui pourrait &#234;tre r&#233;alis&#233; dans les conditions existantes. Mais ce sont pr&#233;cis&#233;ment ces conditions existantes qu'on trouve inadmissibles ; de sorte que tout projet compatible avec ces conditions est mauvais et stupide. Ces conditions dispara&#238;tront et la nature humaine changera. La seule chose qu'on sache vraiment sur la nature humaine, c'est qu'elle se transforme. Le changement est le seul pr&#233;dicat qu'on puisse lui affecter. Les syst&#232;mes qui &#233;chouent sont ceux qui reposent sur la permanence de la nature humaine, au lieu de parier sur son d&#233;veloppement et sur son progr&#232;s.&#8221;&lt;br&gt;
Oscar Wilde, L'&#226;me humaine sous le socialisme&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les utopistes n'envisagent pas la diversit&#233; post-r&#233;volutionnaire Pour Marx, il &#233;tait pr&#233;somptueux d'essayer de pr&#233;dire la mani&#232;re dont les gens vivraient dans une soci&#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e. &#8220;De toutes fa&#231;ons, ce sera l'affaire de ces gens-l&#224;, dans la soci&#233;t&#233; communiste, de savoir si, quand, comment ils le feront et quels moyens ils emploieront dans ce but. Je ne me consid&#232;re pas comme comp&#233;tent pour leur faire des propositions ou pour leur donner des conseils l&#224;-dessus. Ces gens-l&#224; seront bien aussi intelligents que nous&#8221; (lettre &#224; Kautsky, 1 f&#233;vrier 1881). Son humilit&#233; sous ce rapport fait raison des accusations de ceux qui le qualifient d'arrogant et d'autoritaire, mais qui n'h&#233;sitent pas &#224; projeter leurs propres fantasmes en d&#233;clamant de mani&#232;re p&#233;remptoire sur ce qu'une telle soci&#233;t&#233; doit ou ne doit pas &#234;tre.&lt;br&gt;
Toutefois, il faut reconna&#238;tre que si Marx avait &#233;t&#233; un peu plus explicite sur ce qu'il envisageait, il aurait &#233;t&#233; d'autant plus difficile pour les bureaucrates staliniens de pr&#233;tendre r&#233;aliser ses id&#233;es. Il n'est ni possible ni n&#233;cessaire de faire le plan d&#233;taill&#233; d'une soci&#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e, mais les gens doivent avoir une id&#233;e de sa nature et de sa faisabilit&#233;. La croyance qu'il n'y a pas d'alternative pratique au pr&#233;sent syst&#232;me contribue &#224; entretenir la r&#233;signation.&lt;br&gt;
Les sp&#233;culations utopiques peuvent nous aider &#224; nous lib&#233;rer de l'habitude qui consiste &#224; consid&#233;rer le statu quo comme in&#233;vitable, nous faire penser &#224; ce que nous voulons r&#233;ellement et &#224; ce qui est possible. Ce qui les rend &#8220;utopiques&#8221; au sens p&#233;joratif qu'ont employ&#233; Marx et Engels, c'est le fait qu'elles ne prennent pas en consid&#233;ration les conditions pr&#233;sentes. On n'y trouve g&#233;n&#233;ralement aucune indication s&#233;rieuse sur la mani&#232;re dont nous pourrions parvenir &#224; cette utopie en partant des conditions pr&#233;sentes. Ne tenant aucun compte des pouvoirs r&#233;pressifs et des capacit&#233;s de r&#233;cup&#233;ration du syst&#232;me, les auteurs utopistes n'envisagent g&#233;n&#233;ralement que quelques changements cumulatifs simplistes, imaginant que la multiplication des communaut&#233;s utopiques ou la propagation des id&#233;es utopistes va entra&#238;ner la participation d'un nombre croissant de personnes, et que cela aboutira rapidement &#224; l'effondrement de l'ancien syst&#232;me.&lt;br&gt;
J'esp&#232;re que ce texte a donn&#233; des id&#233;es plus r&#233;alistes sur le processus par lequel une nouvelle soci&#233;t&#233; peut advenir. Quoi qu'il en soit, je vais maintenant faire un saut dans l'avenir pour faire moi aussi quelques sp&#233;culations.&lt;br&gt;
Pour simplifier, admettons qu'une r&#233;volution victorieuse se soit propag&#233;e partout dans le monde, et sans provoquer trop de destruction d'infrastructures essentielles, de sorte que nous n'aurions plus besoin de prendre en consid&#233;ration les probl&#232;mes de guerres civiles, la menace des interventions ext&#233;rieures, les confusions sem&#233;es par la d&#233;sinformation ou les retards caus&#233;s par d'importantes reconstructions d'urgence, et que nous puissions examiner quelques-unes des questions qui se pr&#233;senteraient probablement dans une soci&#233;t&#233; fondamentalement transform&#233;e.&lt;br&gt;
Bien que, pour la clart&#233; de l'expos&#233;, j'emploie souvent le futur au lieu du conditionnel, les perspectives que je pr&#233;sente dans ce texte ne sont que des possibilit&#233;s &#224; envisager, et non des prescriptions ou des pr&#233;dictions. Si jamais une telle r&#233;volution arrive, quelques ann&#233;es d'exp&#233;rimentation populaire changeront tant des variables que m&#234;me les pr&#233;dictions les plus hardies sembleront peu imaginatives et ridiculement timides. Nous ne pouvons au mieux que t&#226;cher d'envisager les probl&#232;mes qui se poseront &#224; nous tout au d&#233;but, et quelques-unes des tendances principales qui se manifesteront dans les d&#233;veloppements ult&#233;rieurs. &lt;br&gt;Mais plus nous aurons explor&#233; d'hypoth&#232;ses, mieux nous serons pr&#233;par&#233;s pour faire face aux nouvelles possibilit&#233;s et moins nous risquerons de retourner inconsciemment aux habitudes anciennes. En r&#233;alit&#233;, la plupart des utopies ne p&#234;chent pas par extravagance, mais par &#233;troitesse, se limitant le plus souvent &#224; une projection monolithique des marottes de l'auteur. Comme l'a remarqu&#233; Marie-Louise Berneri dans la meilleure &#233;tude existante sur ce sujet (Journey Through Utopia), &#8220;toutes les utopies sont, bien s&#251;r, l'expression de pr&#233;f&#233;rences personnelles, mais leurs auteurs ont g&#233;n&#233;ralement la vanit&#233; de supposer qu'on doit donner force de loi &#224; leurs go&#251;ts personnels. Si ce sont des l&#232;ve-t&#244;t, tous les membres de leur communaut&#233; imaginaire devront se lever &#224; quatre heures du matin ; s'ils n'aiment pas le maquillage, son emploi sera consid&#233;r&#233; comme un crime ; si ce sont des maris jaloux, l'adult&#232;re sera puni de mort.&#8221;&lt;br&gt;
Mais s'il y a une chose qu'on peut pr&#233;voir avec certitude quant &#224; la soci&#233;t&#233; nouvelle, c'est qu'elle sera bien plus diversifi&#233;e que ce que tel ou tel individu peut l'imaginer. Les diff&#233;rentes communaut&#233;s seront l'expression de toute sorte de go&#251;ts - esth&#233;tiques ou scientifiques, mystiques ou rationalistes, high-tech ou n&#233;o-primitifs, solitaires ou communautaires, industrieux ou paresseux, spartiates ou &#233;picuriens, traditionnels ou exp&#233;rimentaux -, &#233;voluant continuellement en toutes sortes de nouvelles et impr&#233;visibles combinaisons.(1)&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;centralisation et coordination&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y aura une forte tendance &#224; la d&#233;centralisation et &#224; l'autonomie locale. Les petites communaut&#233;s favorisent les habitudes de coop&#233;ration, facilitent la d&#233;mocratie directe et rendent possible une exp&#233;rimentation sociale plus riche. Si une exp&#233;rience locale &#233;choue, cela ne nuira qu'&#224; un petit groupe (et d'autres peuvent l'aider). Si elle r&#233;ussit, elle sera imit&#233;e et l'am&#233;lioration se diffusera. Et un syst&#232;me d&#233;centralis&#233; est moins vuln&#233;rable aux accidents ou au sabotage. Quoique ce dernier danger sera probablement n&#233;gligeable : Une soci&#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e aura bien moins d'ennemis que la soci&#233;t&#233; actuelle qui les produit en masse et en permanence.&lt;br&gt;
Mais la d&#233;centralisation peut aussi favoriser le contr&#244;le hi&#233;rarchique en isolant les gens les uns des autres. Et il y a certaines choses qui sont plus faciles &#224; organiser sur une grande &#233;chelle. Une seule grande aci&#233;rie est plus efficace et plus &#233;cologique qu'une petite fonderie dans chaque ville. Le capitalisme a eu tendance &#224; trop centraliser dans certains domaines o&#249; davantage de diversit&#233; et d'autarcie auraient &#233;t&#233; plus raisonnables, mais la concurrence irrationnelle qu'il a favoris&#233;e a aussi fragment&#233; bien des choses qu'il sera plus raisonnable de standardiser ou de centraliser. Comme l'a dit Paul Goodman dans People or Personnel (ouvrage plein d'exemples int&#233;ressants sur les avantages et les d&#233;savantages de la d&#233;centralisation dans diff&#233;rents contextes), o&#249;, quand et &#224; quel degr&#233; d&#233;centraliser sont des questions empiriques qui n&#233;cessiteront d'exp&#233;rimenter. &#192; peu pr&#232;s tout ce qu'on peut dire, c'est que la nouvelle soci&#233;t&#233; va probablement d&#233;centraliser autant que possible, mais sans en faire un f&#233;tiche. Des petits groupes ou des communaut&#233;s locales peuvent presque tout r&#233;gler. Les conseils r&#233;gionaux ou mondiaux limiteront leur intervention &#224; des questions de grande port&#233;e et &#224; celles qu'il vaut mieux traiter sur une grande &#233;chelle pour des raisons d'efficacit&#233;, telles que la restauration &#233;cologique, l'exploration spatiale, le r&#232;glement des conflits, la lutte contre les &#233;pid&#233;mies, la coordination de la production, de la distribution, du transport et de la communication au niveau mondial, et le maintien de certaines activit&#233;s sp&#233;cialis&#233;es (h&#244;pitaux de pointe ou centres de recherches, par exemple).&lt;br&gt;
On dit souvent que m&#234;me si la d&#233;mocratie directe marchait assez bien dans l'assembl&#233;e municipale ou la section de quartier d'autrefois, l'&#233;tendue et la complexit&#233; des soci&#233;t&#233;s modernes la rendent d&#233;sormais impossible. Quand il s'agit de millions de gens, comment peuvent-ils exprimer chacun leur propre opinion sur chaque question ? Ils n'en ont pas besoin. La plupart des questions pratiques se ram&#232;nent en d&#233;finitive &#224; un nombre limit&#233; de choix, et une fois que ces choix ont &#233;t&#233; explicit&#233;s et que les arguments ont &#233;t&#233; expos&#233;s, on peut parvenir &#224; une d&#233;cision sans plus de c&#233;r&#233;monies. Les observateurs des soviets de 1905 et des conseils ouvriers hongrois de 1956 &#233;taient frapp&#233;s par la bri&#232;vet&#233; des interventions et la rapidit&#233; des d&#233;cisions. Ceux qui allaient droit aux faits &#233;taient souvent d&#233;l&#233;gu&#233;s, tandis que ceux qui ne d&#233;bitaient que du vent ne recevaient que des hu&#233;es pour avoir gaspill&#233; le temps des gens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelques garanties contre les abus&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand il s'agit de questions plus compliqu&#233;es, on peut &#233;lire des comit&#233;s pour examiner les diff&#233;rentes possibilit&#233;s et pr&#233;senter aux assembl&#233;es les implications et les cons&#233;quences des diff&#233;rents plans propos&#233;s. D&#232;s qu'un plan est adopt&#233;, des comit&#233;s plus petits peuvent continuer &#224; contr&#244;ler les d&#233;veloppements de l'affaire pour avertir les assembl&#233;es de tout nouveau facteur significatif qui pourrait rendre une modification opportune. Pour r&#233;gler les questions controvers&#233;es, les gens peuvent former plusieurs comit&#233;s refl&#233;tant des perspectives oppos&#233;es (pro-technologiste et antitechnologiste, par exemple) de mani&#232;re &#224; faciliter la formulation de diverses solutions et des points de vue dissidents. Comme toujours, les d&#233;l&#233;gu&#233;s n'imposeront aucune d&#233;cision (sauf sur l'organisation de leur propre travail) et seront r&#233;vocables et soumis &#224; rotation pour s'assurer qu'ils fassent du bon travail et que leurs responsabilit&#233;s ne leur montent pas &#224; la t&#234;te. Leur travail sera soumis &#224; l'examen minutieux du public et les d&#233;cisions finales reviendront toujours aux assembl&#233;es.&lt;br&gt;
L'informatique et la t&#233;l&#233;communication modernes permettront &#224; n'importe qui de v&#233;rifier &#224; n'importe quel moment les donn&#233;es et les projections avanc&#233;es et de communiquer ses propres propositions. Malgr&#233; le battage publicitaire actuel, ces technologies ne favorisent pas automatiquement la participation d&#233;mocratique. Mais elles en ont la potentialit&#233;, si elles sont adapt&#233;es convenablement et mises sous contr&#244;le populaire.(2)&lt;br&gt;
Les t&#233;l&#233;communications rendront aussi les d&#233;l&#233;gu&#233;s moins n&#233;cessaires qu'ils ne l'&#233;taient dans les mouvements radicaux du pass&#233;, quand ils servaient en grande partie de simples messagers porteurs d'informations. Des propositions diverses pourront &#234;tre diffus&#233;es et discut&#233;es &#224; l'avance, et pour les questions vraiment importantes, il sera possible d'organiser un duplex entre une r&#233;union de d&#233;l&#233;gu&#233;s et les assembl&#233;es locales, pour permettre &#224; celles-ci de confirmer, de modifier ou de rejeter imm&#233;diatement les d&#233;cisions des d&#233;l&#233;gu&#233;s. Mais si les questions ne sont pas particuli&#232;rement controvers&#233;es, les mandats seront probablement assez libres. &#201;tant parvenue &#224; une d&#233;cision d'ordre g&#233;n&#233;ral (par exemple, &#8220;ce b&#226;timent doit &#234;tre am&#233;nag&#233; en garderie&#8221;), une assembl&#233;e pourra se limiter &#224; demander des volontaires ou &#233;lire un comit&#233; pour la mettre en oeuvre, sans forc&#233;ment exercer un contr&#244;le rigoureux.&lt;br&gt;
Des puristes d&#233;soeuvr&#233;s peuvent toujours se figurer les abus &#233;ventuels. &#8220;Ah ! Qui sait quelles subtiles manoeuvres &#233;litistes ces d&#233;l&#233;gu&#233;s et sp&#233;cialistes technocratiques vont r&#233;ussir &#224; mettre en oeuvre !&#8221; Il n'en est pas moins vrai qu'un grand nombre de gens ne peuvent surveiller directement tout les d&#233;tails &#224; tout instant. Aucune soci&#233;t&#233; ne peut &#233;viter de compter &#224; un degr&#233; ou &#224; un autre sur la bonne volont&#233; et le bon sens. Il faut seulement reconna&#238;tre que les abus sont bien plus difficiles sous le r&#233;gime de l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e que dans n'importe quelle autre forme d'organisation sociale.&lt;br&gt;
Les gens qui ont &#233;t&#233; assez autonomes pour inaugurer une soci&#233;t&#233; autog&#233;r&#233;e seront naturellement vigilants par rapport au retour de la hi&#233;rarchie. Ils veilleront sur la mani&#232;re dont leurs d&#233;l&#233;gu&#233;s ex&#233;cutent leurs mandats, et les soumettront aussi souvent que possible au roulement. Pour certaines fins ils imiteront peut-&#234;tre les anciens Ath&#233;niens en les d&#233;signant par tirage au sort, de telle mani&#232;re &#224; &#233;liminer les concours de popularit&#233; ou la conclusion de march&#233;s. Quand il s'agit des questions qui exigent des comp&#233;tences techniques, ils garderont l'oeil sur les experts jusqu'&#224; ce que les connaissances n&#233;cessaires soient plus r&#233;pandues ou que les techniques en question soient simplifi&#233;es ou d&#233;pass&#233;es. Des observateurs sceptiques seront d&#233;sign&#233;s pour donner l'alarme au premier signe de fourberie. Un sp&#233;cialiste qui donne de faux renseignements sera vite d&#233;masqu&#233;, et il sera discr&#233;dit&#233; publiquement. Le moindre soup&#231;on d'un complot hi&#233;rarchique ou d'une pratique exploiteuse ou monopolisante entra&#238;nera une protestation g&#233;n&#233;rale et sera &#233;limin&#233;e par l'ostracisme, la confiscation, la r&#233;pression physique ou tout autre moyen qui s'av&#232;rera n&#233;cessaire.&lt;br&gt;
Ceux qui s'inqui&#232;tent des abus &#233;ventuels peuvent toujours recourir &#224; ces moyens de sauvegarde et &#224; d'autres, mais je doute qu'il y en aura souvent besoin. Quand il s'agit de questions importantes, les gens peuvent mettre en place toute sorte de surveillances ou de contr&#244;les, s'ils estiment que c'est n&#233;cessaire. Mais dans la plupart des cas ils laisseront probablement &#224; leurs d&#233;l&#233;gu&#233;s une assez grande libert&#233; pour exercer leur propre jugement et leur propre cr&#233;ativit&#233;.&lt;br&gt;
L'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e &#233;vite &#224; la fois les formes hi&#233;rarchiques de la gauche traditionnelle et les formes les plus simplistes de l'anarchisme. Elle n'est li&#233;e &#224; aucune id&#233;ologie, pas m&#234;me une id&#233;ologie &#8220;antiautoritaire&#8221;. S'il s'av&#232;re qu'un probl&#232;me exige une comp&#233;tence sp&#233;cialis&#233;e ou une mesure d'autorit&#233;, les personnes int&#233;ress&#233;es le d&#233;couvriront bient&#244;t et prendront toutes les mesures qui leur semblent convenables, sans s'inqui&#233;ter de savoir si ces mesures auraient re&#231;u l'approbation des dogmatistes radicaux d'aujourd'hui. S'agissant de fonctions non controvers&#233;es, ils pourront trouver plus commode de d&#233;signer des sp&#233;cialistes pour des dur&#233;es ind&#233;termin&#233;es, ne les renvoyant que dans le cas fort improbable o&#249; ils abuseraient de leur position. Dans certaines situations d'urgence o&#249; il est n&#233;cessaire de prendre des d&#233;cisions rapides et qualifi&#233;es (la lutte anti-incendie, par exemple), ils accorderont naturellement temporairement aux personnes d&#233;sign&#233;es tout le pouvoir et l'autorit&#233; qui seront n&#233;cessaires.&lt;br&gt;
Consensus, d&#233;cision majoritaire et hi&#233;rarchies in&#233;vitables&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais de tels cas resteront exceptionnels. Autant que possible, la r&#232;gle g&#233;n&#233;rale sera le consensus, et au besoin la d&#233;cision majoritaire. Un personnage de Nouvelles de nulle part de William Morris (une des utopies les plus raisonnables, charmantes, insouciantes et r&#233;alistes qui soit) donne l'exemple de la question du remplacement &#233;ventuel d'un pont de fer par un pont de pierre. On la propose au &#8220;Mote&#8221; (assembl&#233;e des habitants). S'il y a un consensus net sur le principe, les gens discutent pour savoir comment s'y prendre. Mais si quelques-uns des habitants d&#233;sapprouvent, s'ils estiment que le m&#233;chant pont de fer peut encore servir un peu et s'ils ne veulent pas se donner l'embarras d'en construire un autre pour le moment, on ne passe pas au vote cette fois-l&#224;, on renvoie le d&#233;bat officiel jusqu'&#224; la prochaine assembl&#233;e. &lt;/br&gt;Cependant, les arguments pour et contre circulent, certains d'entre eux sont imprim&#233;s, si bien que tout le monde est au courant ; et quand l'assembl&#233;e se r&#233;unit &#224; nouveau, il y a une discussion en r&#232;gle, enfin suivie d'un vote &#224; mains lev&#233;es. Si les deux partis se tiennent de pr&#232;s, la question est une fois de plus ajourn&#233;e pour plus ample discussion. Si le vote est net, on demande &#224; la minorit&#233; si elle consent &#224; se rallier &#224; l'opinion g&#233;n&#233;rale, ce qui souvent, que dis-je ? ce qui le plus commun&#233;ment, est le cas. Si elle refuse, la question est mise en discussion une troisi&#232;me fois, et si alors la minorit&#233; n'a pas augment&#233; de fa&#231;on appr&#233;ciable, elle se rallie invariablement ; quoique je crois bien me rappeler qu'il existe une loi &#224; demi oubli&#233;e, d'apr&#232;s laquelle elle peut pousser l'affaire encore plus loin. Mais je vous l'ai dit, ce qui arrive toujours, c'est qu'elle se laisse convaincre, non pas peut-&#234;tre de la fausset&#233; de son opinion, mais de l'impossibilit&#233; qu'il y a de la faire adopter par la communaut&#233;, ni par la persuasion, ni par la force.&lt;br&gt;
Notez que ce qui simplifie &#233;norm&#233;ment les choses dans de tels cas, c'est qu'il n'y a plus d'int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques contradictoires - personne n'a ni les moyens ni les raisons de suborner ou d'embobiner des gens pour qu'ils votent d'une fa&#231;on ou d'une autre, parce qu'il lui arriverait de poss&#233;der beaucoup d'argent, ou des m&#233;dias, ou une compagnie de construction, ou un terrain aux alentours d'un emplacement propos&#233;. En l'absence de tels int&#233;r&#234;ts en jeu, les gens tendront vers la coop&#233;ration et le compromis, ne serait-ce que pour apaiser les adversaires et se rendre la vie plus facile. Certaines communaut&#233;s adopteront des dispositions explicites pour satisfaire les minorit&#233;s (par exemple, si, au lieu de seulement voter &#8220;contre&#8221; une proposition, 20% expriment une &#8220;objection ardente&#8221;, elle doit &#234;tre soutenue par 60% pour passer). Mais il est peu probable que l'un ou l'autre des partis en pr&#233;sence abusent de tels pouvoirs formels, de peur d'&#234;tre trait&#233; de la m&#234;me fa&#231;on quand les situations sont renvers&#233;es. En ce qui concerne les conflits inconciliables qui pourraient subsister, la solution se trouve dans la grande diversit&#233; des cultures : Si des gens qui pr&#233;f&#232;rent les ponts de fer se trouvent constamment mis en minorit&#233; par des &#8220;artisanalistes&#8221; &#224; la Morris, ils pourront toujours d&#233;m&#233;nager dans une communaut&#233; voisine o&#249; pr&#233;valent des go&#251;ts plus proches de leurs.&lt;br&gt;
Privilegier &#224; tout prix la r&#232;gle de l'unanimit&#233; n'a de sens que si une question n'est pas urgente et si le nombre de personnes concern&#233;es est limit&#233;. L'unanimit&#233; est rarement possible entre un grand nombre de gens. Il est absurde, au nom de la peur d'une &#233;ventuelle tyrannie majoritaire, de soutenir le droit d'une minorit&#233; &#224; entraver continuellement la majorit&#233; ; ou d'imaginer que de tels probl&#232;mes dispara&#238;tront si nous &#8220;&#233;vitons toute structure&#8221;.&lt;br&gt;
Comme l'a signal&#233; un article bien connu publi&#233; il y a un certain nombre d'ann&#233;es (&#8220;The Tyranny of Structurelessness&#8221; de Jo Freeman), il n'y a pas de groupe sans structure, il n'y a que des structures diff&#233;rentes. Un groupe &#8220;non-structur&#233;&#8221; finit g&#233;n&#233;ralement par &#234;tre domin&#233; par une clique qui, elle, a bien une structure. Les membres inorganis&#233;s n'ont aucun moyen de contr&#244;ler une telle &#233;lite, surtout quand ils se r&#233;clament d'une id&#233;ologie antiautoritaire qui les emp&#234;che d'en reconna&#238;tre l'existence.&lt;br&gt;
&#192; d&#233;faut de reconna&#238;tre la d&#233;cision majoritaire comme recours alternatif dans le cas o&#249; on ne peut parvenir &#224; l'unanimit&#233;, les anarchistes et les consensistes se r&#233;v&#232;lent souvent incapables de prendre des d&#233;cisions pratiques, sauf en suivant les chefs de facto qui savent manoeuvrer les gens pour parvenir &#224; l'unanimit&#233;, ne serait-ce que par leur capacit&#233; &#224; supporter des r&#233;unions interminables jusqu'&#224; l'&#233;puisement de toute l'opposition. Rejetant avec une d&#233;licatesse ostentatoire les conseils ouvriers et tout ce qui est entach&#233; d'une apparence de coercition, ils finissent habituellement par se contenter de projets consensuels qui sont bien moins radicaux.&lt;br&gt;
Il est facile de stigmatiser les d&#233;fauts des conseils ouvriers du pass&#233;, qui, apr&#232;s tout, n'&#233;taient que des improvisations h&#226;tives de gens engag&#233;s dans des luttes d&#233;sesp&#233;r&#233;es. Mais si ces tentatives &#233;ph&#233;m&#232;res n'&#233;taient pas des mod&#232;les parfaits &#224; imiter aveugl&#233;ment, ils repr&#233;sentent n&#233;anmoins une avanc&#233;e dans la bonne direction. L'article de Riesel sur les conseils (I.S. n&#176; 12) examine les limitations de ces vieux mouvements, et souligne &#224; juste titre que le pouvoir des conseils doit &#234;tre compris comme la souverainet&#233; des assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales toutes enti&#232;res et non pas seulement des conseils des d&#233;l&#233;gu&#233;s qu'ils ont &#233;lus. Certains groupes d'ouvriers radicaux en Espagne, voulant &#233;viter toute ambigu&#239;t&#233; sur ce point, se sont qualifi&#233;s d' &#8220;assembl&#233;istes&#8221; plut&#244;t que de &#8220;conseillistes&#8221;. Un des tracts du C.M.D.O. pr&#233;cise les traits essentiels de la d&#233;mocratie conseilliste :&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La dissolution de tout pouvoir ext&#233;rieur ;&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La d&#233;mocratie directe et totale ;&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'unification pratique de la d&#233;cision et de l'ex&#233;cution ;&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le d&#233;l&#233;gu&#233; r&#233;vocable &#224; tout instant par ses mandants ;&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'abolition de la hi&#233;rarchie et des sp&#233;cialisations ind&#233;pendantes ;&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La gestion et la transformation conscientes de toutes les conditions de la vie lib&#233;r&#233;e ;&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La participation cr&#233;ative permanente des masses ;&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'extension et la coordination internationalistes.&lt;br&gt;
D&#232;s que ces traits sont reconnus et r&#233;alis&#233;s, peu importe que la nouvelle forme d'organisation sociale s'appelle &#8220;anarchie&#8221;, &#8220;communalisme&#8221;, &#8220;anarchisme communiste&#8221;, &#8220;communisme conseilliste&#8221; &#8220;communisme libertaire&#8221;, &#8220;socialisme libertaire&#8221; &#8220;d&#233;mocratie participative&#8221; ou &#8220;autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e&#8221;, et que ses divers composants s'appellent &#8220;conseils ouvriers&#8221;, &#8220;conseils anti-travail&#8221;, &#8220;conseils r&#233;volutionnaires&#8221;, &#8220;assembl&#233;es r&#233;volutionnaires&#8221;, &#8220;assembl&#233;es populaires&#8221;, &#8220;comit&#233;s populaires&#8221;, &#8220;communes&#8221;, &#8220;collectifs&#8221;, &#8220;kibboutz&#8221;, &#8220;bolos&#8221;, &#8220;motes&#8221;, &#8220;groupes d'affinit&#233;&#8221; ou n'importe quoi d'autre. Le terme &#8220;autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e&#8221;, s'il n'est certes pas tr&#232;s exaltant, a l'avantage de s'appliquer &#224; la fois au moyen et au but, tout en &#233;tant d&#233;gag&#233; des connotations trompeuses que comportent des termes comme &#8220;anarchie&#8221; ou &#8220;communisme&#8221;.&lt;br&gt;
De toute fa&#231;on il faut se rappeler que l'organisation formelle &#224; grande &#233;chelle sera l'exception. La plupart des questions locales se r&#232;gleront directement et sans c&#233;r&#233;monie. Les individus ou les petits groupes se mettront tout simplement &#224; faire tout ce qui leur semble opportun (&#8220;adhocratie&#8221;). La d&#233;cision majoritaire ne sera qu'un dernier ressort pour les cas, de plus en plus rares, o&#249; il n'y aura pas d'autre solution.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une soci&#233;t&#233; non-hi&#233;rarchique ne signifie pas que, par magie, tout le monde devienne talentueux au m&#234;me degr&#233; ou doive participer &#233;galement &#224; tout. Elle signifie que les hi&#233;rarchies fond&#233;es et renforc&#233;es mat&#233;riellement auront &#233;t&#233; abolies. Certes les diff&#233;rences de capacit&#233;s diminueront d&#232;s lors que tout le monde sera encourag&#233; &#224; d&#233;velopper ses propres potentialit&#233;s. Mais ce qui importe, c'est que les diff&#233;rences qui subsisteront ne se traduiront plus en distinctions de richesse ou de pouvoir.&lt;br&gt;
Les gens pourront prendre part &#224; une gamme d'activit&#233;s beaucoup plus large qu'aujourd'hui, mais il ne sera pas n&#233;cessaire que chacun tient toujours &#224; tour de r&#244;le et tous les postes. Si quelqu'un a un penchant ou le chic pour une certaine t&#226;che, les autres seront probablement contents de lui permettre de s'y livrer autant qu'il le souhaite - &#224; moins que quelqu'un d'autre ne veuille lui aussi tenter le coup. Les &#8220;sp&#233;cialisations ind&#233;pendantes&#8221; (&#224; savoir le contr&#244;le monopoliste des informations ou des techniques essentielles) seront abolies ; des sp&#233;cialisations ouvertes et non dominatrices fleuriront. Comme aujourd'hui, les gens solliciteront l'avis de personnes plus inform&#233;es s'ils en ressentent le besoin (bien qu'ils seront toujours encourag&#233;s &#224; se livrer &#224; leurs propres investigations s'ils se m&#233;fient). Ils seront &#233;galement libres de se soumettre volontairement comme &#233;tudiants &#224; un enseignant, comme apprentis &#224; un ma&#238;tre, comme joueurs &#224; un entra&#238;neur ou comme interpr&#232;tes &#224; un metteur en sc&#232;ne - restant tout aussi libres de cesser la relation &#224; tout instant. Dans certaines activit&#233;s, telles que la chanson populaire en choeur, n'importe qui peut se mettre imm&#233;diatement de la partie. D'autres, comme l'interpr&#233;tation d'un concerto classique, peuvent exiger une formation rigoureuse et une direction coh&#233;rente, certaines personnes jouant les r&#244;les principaux, d'autres des r&#244;les secondaires, d'autres encore &#233;tant heureux de seulement &#233;couter. La critique situationniste du spectacle est la critique d'une tendance excessive de la soci&#233;t&#233; actuelle, elle n'implique pas que tout le monde doive &#234;tre un &#8220;participant actif&#8221; vingt-quatre heures sur vingt-quatre.&lt;br&gt;
Mis &#224; part le domaine des soins n&#233;cessaires pour les handicap&#233;s mentaux, la seule hi&#233;rarchie forte in&#233;vitable sera celle qui s'impose dans l'&#233;ducation des enfants tant qu'ils ne sont pas capables de s'occuper de leurs propres affaires. Mais dans un monde plus sain et plus s&#251;r, on pourra donner aux enfants bien plus de libert&#233; et d'autonomie qu'aujourd'hui. En ce qui concerne l'ouverture d'esprit envers les nouvelles possibilit&#233;s ludiques de la vie, les adultes apprendront peut-&#234;tre autant de choses des enfants qu'inversement. Ici comme ailleurs, la r&#232;gle g&#233;n&#233;rale sera de laisser les gens trouver leur place : Une petite fille de dix ans qui participe &#224; un projet pourrait avoir la m&#234;me voix au chapitre que les participants adultes, tandis qu'un adulte non-participant n'en aura aucune.&lt;br&gt;
L'autogestion n'exige pas que tout le monde ait du g&#233;nie, mais seulement que la plupart des gens ne soient pas de parfaits imb&#233;ciles. C'est plut&#244;t le syst&#232;me actuel qui met en avant des exigences irr&#233;alistes, en faisant comme si les gens qu'il imb&#233;cillise syst&#233;matiquement &#233;taient capables de choisir entre les programmes des politiciens rivaux ou entre les pr&#233;tentions publicitaires des marchandises rivales, ou de s'engager dans des activit&#233;s aussi d&#233;licates, risqu&#233;es et lourdes de cons&#233;quences que celle d'&#233;lever un enfant ou de conduire une voiture sur une autoroute encombr&#233;e. Avec le d&#233;passement de toutes les fausse questions politiques et &#233;conomiques actuelles qui sont sciemment maintenues dans un &#233;tat d'incompr&#233;hensibilit&#233;, la plupart des questions pratiques se r&#233;v&#233;leront finalement assez simples.&lt;br&gt;
Quand les gens auront pour la premi&#232;re fois l'occasion d'&#234;tre ma&#238;tres de leur vie, ils feront sans aucun doute beaucoup d'erreurs. Mais ils les d&#233;couvriront et les corrigeront bient&#244;t parce que, contrairement aux hi&#233;rarques, ils n'auront aucun int&#233;r&#234;t &#224; les dissimuler. L'autogestion ne garantie pas que les gens prendront toujours les d&#233;cisions justes. Mais toute autre forme d'organisation sociale garantie que quelqu'un d'autre prendra les d&#233;cisions en leur place.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;limination des racines de la guerre et du crime&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abolition du capitalisme &#233;liminera les conflits d'int&#233;r&#234;ts qui servent actuellement comme pr&#233;texte &#224; l'&#201;tat. La plupart des guerres actuelles se basent en d&#233;finitive sur des conflits &#233;conomiques. M&#234;me quand il s'agit d'antagonismes pr&#233;tendument ethniques, religieux ou id&#233;ologiques, une grande part des motivations r&#233;elles provient de la concurrence &#233;conomique, ou des frustrations psychologiques qui sont li&#233;es en d&#233;finitive &#224; la r&#233;pression politique et &#233;conomique. Tant que r&#232;gne la concurrence d&#233;sesp&#233;r&#233;e, il est facile de manipuler les gens pour qu'ils retournent &#224; leurs communaut&#233;s traditionnelles et se disputent &#224; propos de diff&#233;rences culturelles qui leur sembleraient sans int&#233;r&#234;t s'ils vivaient dans des conditions plus ais&#233;es. La guerre g&#233;n&#232;re bien plus de travail, d'&#233;preuves et de risques que n'importe quelle forme d'activit&#233; constructive, et des gens qui auront des v&#233;ritables possibilit&#233;s de jouir de l'existence auront bien des choses plus int&#233;ressantes &#224; faire.&lt;br&gt;
Il en va de m&#234;me pour le crime. Si l'on met de c&#244;t&#233; les &#8220;crimes&#8221; sans victime, la grande majorit&#233; d'entre eux sont li&#233;s directement ou indirectement &#224; l'argent et perdront donc toute signification avec l'abolition du syst&#232;me marchand. Les communaut&#233;s seront alors libre d'exp&#233;rimenter diff&#233;rents moyens pour venir &#224; bout des rares actions antisociales qui pourraient encore se produire.&lt;br&gt;
Il y en a de toutes sortes. Les personnes int&#233;ress&#233;es pourraient plaider leur cause devant la communaut&#233; locale ou devant un &#8220;jury&#8221; tir&#233; au sort, qui s'efforcerait de trouver les solutions les plus conciliatrices et r&#233;demptrices. Une personne reconnue coupable pourrait &#234;tre &#8220;condamn&#233;e&#8221; &#224; une sorte de service social - non pas &#224; une sale besogne rendue intentionnellement d&#233;sagr&#233;able et humiliante sous le commandement de petits sadiques, ce qui ne produit qu'un surcro&#238;t de col&#232;re et de ressentiment, mais &#224; des projets valables et potentiellement stimulants qui pourraient l'amener &#224; des activit&#233;s plus saines (la restauration &#233;cologique, par exemple). Il resterait peut-&#234;tre quelques psychotiques incorrigibles qu'il faudrait d&#233;tenir humainement d'une fa&#231;on ou d'une autre, mais de tels cas deviendraient de plus en plus rares, la prolif&#233;ration actuelle de la violence &#8220;gratuite&#8221; n'&#233;tant qu'une r&#233;action normale &#224; l'ali&#233;nation sociale, qui permet &#224; ceux qui ne sont pas trait&#233;s en personnes r&#233;elles d'obtenir au moins l'am&#232;re satisfaction d'&#234;tre reconnus comme des menaces r&#233;elles. L'ostracisme exercera un effet pr&#233;ventif simple et efficace : le voyou qui se moque de la menace de la punition, qui ne fait que le renforcer dans son machisme, sera dissuad&#233; bien plus efficacement s'il sait que tout le monde se montrera froid envers lui. Dans les rares cas o&#249; cela se r&#233;v&#233;lerait insuffisant, la vari&#233;t&#233; des cultures pourrait faire du bannissement une solution praticable : un type violent qui troublerait constamment une communaut&#233; tranquille pourrait tr&#232;s bien s'int&#233;grer dans une r&#233;gion plus agit&#233;e comme le Far West - ou il risque de subir des repr&#233;sailles plus s&#233;v&#232;res.&lt;br&gt;
Ce sont seulement quelques-unes des possibilit&#233;s existantes. Les hommes lib&#233;r&#233;s trouveront sans aucun doute des solutions plus cr&#233;atives, plus efficaces et plus humaines que celles que nous pouvons imaginer &#224; pr&#233;sent. Je ne pr&#233;tends pas qu'il n'y aura pas de probl&#232;mes, mais seulement qu'il y en aura beaucoup moins qu'&#224; pr&#233;sent, o&#249; les gens qui se trouvent en bas d'une &#233;chelle sociale absurde sont durement punis de leur efforts rudimentaires pour s'en &#233;chapper, tandis que ceux d'en haut pillent la plan&#232;te en toute impunit&#233;.&lt;br&gt;
La barbarie du syst&#232;me p&#233;nal actuel n'est surpass&#233;e que par sa stupidit&#233;. On a montr&#233; souvent que les punitions draconiennes n'ont en fin de compte aucun effet notable sur le taux de criminalit&#233;, qui est directement li&#233; aux niveaux de pauvret&#233; et de ch&#244;mage ainsi qu'&#224; des facteurs moins quantifiables mais tout aussi &#233;vidents comme le racisme, la destruction des communaut&#233;s urbaines et l'ali&#233;nation g&#233;n&#233;rale produite par le syst&#232;me spectaculaire-marchand. La menace de passer des ann&#233;es en prison, qui pourrait avoir un puissant effet pr&#233;ventif sur quelqu'un qui m&#232;ne une vie satisfaisante, ne signifie presque rien pour ceux qui n'ont pas d'autres v&#233;ritables choix. Il n'est pas tr&#232;s intelligent, sous pr&#233;texte de faire des &#233;conomies, de casser des programmes sociaux qui sont d&#233;j&#224; lamentablement insuffisants, tout en remplissant les prisons avec des condamn&#233;s &#224; perp&#233;tuit&#233; dont la d&#233;tention reviendra &#224; presque un million de dollars chacun. Mais comme tant d'autres politiques sociales irrationnelles, cette tendance persiste parce qu'elle est rencontre de puissants int&#233;r&#234;ts.(3)&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'abolition de l'argent&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une soci&#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e doit abolir toute l'&#233;conomie mon&#233;taire-marchande. Continuer &#224; accepter la validit&#233; de l'argent reviendrait &#224; accepter la perp&#233;tuation de la domination de ceux qui l'avaient accumul&#233; auparavant ou qui poss&#232;dent le savoir-faire requis pour le r&#233;accumuler apr&#232;s une r&#233;partition radicale. Pour certaines fins, et pour un certain temps encore, on aura encore besoin de formes alternatives de &#8220;comptes &#233;conomiques&#8221;, mais leur &#233;tendue sera soigneusement limit&#233;e et aura tendance &#224; diminuer, au fur et &#224; mesure que l'abondance mat&#233;rielle et le d&#233;veloppement de la coop&#233;ration sociale les rendra moins n&#233;cessaire. Une soci&#233;t&#233; post-r&#233;volutionnaire pourrait avoir une organisation &#233;conomique &#224; trois &#233;tages, quelque chose dans ce genre :&lt;br&gt;
1) Certain biens et services de base seront librement disponibles pour tout le monde sans aucune comptabilit&#233;.&lt;br&gt;
2) D'autres seront &#233;galement gratuits, mais seulement en quantit&#233;s limit&#233;es, ils seront rationn&#233;s.&lt;br&gt;
3) D'autres encore, class&#233;s &#8220;de luxe&#8221;, seront disponibles contre des &#8220;cr&#233;dits&#8221;.&lt;br&gt;
&#192; la diff&#233;rence de l'argent, les cr&#233;dits ne pourront servir &#224; se procurer que certains biens sp&#233;cifi&#233;s, et ne s'appliqueront pas &#224; la propri&#233;t&#233; communautaire de base telle que la terre, les services publics ou les moyens de production. En plus, ils auront probablement une date de p&#233;remption pour en limiter l'accumulation.&lt;br&gt;
Une telle organisation sera assez flexible. Pendant la p&#233;riode de transition la quantit&#233; de biens gratuits sera probablement minime - juste assez pour que chacun puisse se d&#233;brouiller -, la plupart des biens exigeant des cr&#233;dits que l'on peut gagner par son travail. Avec le temps, de moins en moins de travail sera n&#233;cessaire et de plus en plus de biens seront disponibles gratuitement - la proportion &#233;tant toujours d&#233;termin&#233;e par les conseils. Des cr&#233;dits pourraient &#234;tre distribu&#233;s &#233;galement &#224; tous, chaque personne en recevant p&#233;riodiquement une certaine quantit&#233;. D'autres pourraient servir &#224; r&#233;mun&#233;rer certains travaux dangereux ou d&#233;sagr&#233;ables pour lesquels il n'y a pas assez de volontaires. Les conseils pourraient &#233;tablir des prix fixes pour certains produits de luxe, tout en en laissant d'autres suivre l'offre et la demande. &#192; mesure qu'un produit de luxe se fera plus abondant, son prix baissera, jusqu'&#224; ce qu'il devienne &#233;ventuellement gratuit. Les biens pourront passer d'un &#233;tat &#224; un autre selon les conditions mat&#233;rielles et les pr&#233;f&#233;rences des communaut&#233;s.&lt;br&gt;
Ce sont seulement quelques-uns des possibles.(4) En exp&#233;rimentant par diverses m&#233;thodes, les gens apprendront par eux-m&#234;mes quelles sont les formes de propri&#233;t&#233;, d'&#233;change et de comptabilit&#233; qui sont n&#233;cessaires. De toute fa&#231;on, les probl&#232;mes &#8220;&#233;conomiques&#8221; qui subsisteront, s'il y en a, ne seront pas graves, parce que les limitations impos&#233;es par la raret&#233; ne s'appliqueront qu'au secteur des produits &#8220;de luxe&#8221; non-essentiels. Le libre acc&#232;s universel &#224; la nourriture, &#224; l'habillement, au logement, &#224; l'&#233;ducation, aux services publics, aux services m&#233;dicaux, aux facilit&#233;s culturelles et aux moyens de transport et de communication, tout cela peut &#234;tre r&#233;alis&#233; presque imm&#233;diatement dans les r&#233;gions industrialis&#233;es et dans un d&#233;lai assez court dans les r&#233;gions moins d&#233;velopp&#233;es. Beaucoup de ces choses existent d&#233;j&#224;, et il ne s'agit que de les rendre disponibles plus largement et plus &#233;quitablement. Ce qui manque encore pourra &#234;tre produit facilement d&#232;s que l'&#233;nergie sociale sera d&#233;tourn&#233;e des entreprises irrationnelles qui la monopolisent aujourd'hui.&lt;br&gt;
Prenons par exemple la question du logement. Les activistes antiguerre ont constat&#233; fr&#233;quemment que l'on pourrait loger convenablement toute la population mondiale pour un prix inf&#233;rieur &#224; celui de la consommation militaire mondiale de quelques semaines. Ils envisagent sans doute des habitations assez minimales. Mais si la quantit&#233; d'&#233;nergie gaspill&#233;e actuellement par les gens pour gagner l'argent qui sert &#224; enrichir les propri&#233;taires et les sp&#233;culateurs immobiliers &#233;tait d&#233;tourn&#233;e vers la construction d'habitations nouvelles, tout le monde pourrait bient&#244;t &#234;tre log&#233; d'une fa&#231;on vraiment tr&#232;s convenable.&lt;br&gt;
Pour commencer, la plupart des gens pourront continuer &#224; vivre dans leurs r&#233;sidences actuelles et se consacrer &#224; trouver des logements pour les sans-abri. Des h&#244;tels et des immeubles de bureaux seront occup&#233;s. Certaines propri&#233;t&#233;s vraiment extravagantes seront r&#233;quisitionn&#233;es et transform&#233;es en logements, parcs, jardins potagers communaux, etc. Ceux qui poss&#232;dent des propri&#233;t&#233;s relativement spacieuses pourraient proposer de loger temporairement les sans-abri tout en les aidant &#224; construire leurs propres habitations, ne serait-ce que pour d&#233;tourner le ressentiment qui pourrait les atteindre.&lt;br&gt;
L'&#233;tape suivante serait d'am&#233;liorer et d'&#233;galiser la qualit&#233; des logements. En cette mati&#232;re, comme en d'autre, il ne s'agira pas d'aboutir &#224; une uniformit&#233; rigide (&#8220;tout le monde doit avoir un logement avec telles sp&#233;cifications&#8221;), mais de parier sur l'esprit g&#233;n&#233;ral de l'&#233;quit&#233; qui se d&#233;veloppera chez les gens, les probl&#232;mes se r&#233;glant de mani&#232;re flexible, un par un. Si quelqu'un pense qu'il n'a pas re&#231;u sa juste part, il peut faire appel &#224; la communaut&#233; qui, si son grief n'est pas compl&#232;tement extravagant, se mettra probablement en quatre pour le r&#233;parer. Il faudra trouver des compromis quant aux questions concernant le droit de vivre, et pour combien de temps, dans les r&#233;gions le plus attrayantes, qui pourraient se r&#233;partir par tirage au sort, ou &#234;tre lou&#233;s aux plus offrants par des ench&#232;res de cr&#233;dits. De tels probl&#232;mes ne seront peut-&#234;tre pas r&#233;solus &#224; la satisfaction compl&#232;te de tous, mais ils seront certainement r&#233;gl&#233;s bien plus &#233;quitablement que dans un syst&#232;me o&#249; l'accumulation de morceaux de papier magiques permet &#224; une personne de r&#233;clamer le &#8220;droit de propri&#233;t&#233;&#8221; d'une centaine de b&#226;timents pendant que d'autres doivent vivre dans la rue.&lt;br&gt;
Une fois qu'on a satisfait les besoins fondamentaux, la perspective quantitative du temps de travail fera place &#224; une perspective qualitativement nouvelle de cr&#233;ativit&#233; libre. Quelques amis pourront travailler avec bonheur &#224; la construction de leur propre maison, m&#234;me s'il leur faut une ann&#233;e pour accomplir ce qu'une &#233;quipe professionnelle aurait pu faire plus efficacement en un mois. Bien plus de jeu, d'imagination et d'amour entreront dans tels projets, et les logements qui en r&#233;sulteront seront bien plus charmants, plus bigarr&#233;s et plus personnels que ce qui passe aujourd'hui pour &#8220;convenable&#8221;. Ferdinand Cheval, facteur rural fran&#231;ais du XIXe si&#232;cle, a consacr&#233; tout son temps libre pendant plusieurs d&#233;cennies &#224; la construction de son &#8220;palais id&#233;al&#8221;.&lt;/br&gt; Les gens comme Cheval sont habituellement qualifi&#233;s d'excentriques, mais ils ne sont exceptionnels que par le fait qu'ils continuent &#224; exercer la cr&#233;ativit&#233; inn&#233;e que nous avons tous, mais que nous sommes g&#233;n&#233;ralement persuad&#233;s de refouler &#224; l'issue de la premi&#232;re enfance. Une soci&#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e verrait ce genre de &#8220;travail&#8221; se multiplier, projets d&#233;cid&#233;s librement, qui seront si engageants que les gens ne penseront pas plus &#224; compter leur &#8220;temps de travail&#8221; qu'il ne pensent aujourd'hui &#224; compter les caresses amoureuses ou &#224; essayer d'&#233;conomiser sur la dur&#233;e d'une danse.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'absurdit&#233; de la plupart des emplois actuels&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a cinquante ans, Paul Goodman a estim&#233; que moins que dix pour cent du travail qu'on effectuait alors suffirait &#224; satisfaire les besoins humains fondamentaux. Quel que soit le chiffre exact (il serait encore plus bas maintenant, bien qu'il d&#233;pende &#233;videmment de ce qui est consid&#233;r&#233; comme besoin fondamental ou raisonnable), il est &#233;vident que la plus grande part du travail actuel est absurde et inutile. Avec l'abolition du syst&#232;me marchand, des centaines de millions de gens qui sont maintenant occup&#233;s &#224; la production de marchandises superflues, ou &#224; leur publicit&#233;, &#224; leur emballage, &#224; leur transport, &#224; leur vente, &#224; leur protection (vendeurs, commis, contrema&#238;tres, administrateurs, banquiers, agents de change, propri&#233;taires, chefs syndicalistes, politiciens, policiers, avocats, juges, ge&#244;liers, gardes, soldats, &#233;conomistes, publicitaires, fabricants d'armes, douaniers, percepteurs, agents d'assurances, conseillers financiers, ainsi que leurs nombreux subordonn&#233;s) seront tous lib&#233;r&#233;s pour partager les quelques t&#226;ches r&#233;ellement n&#233;cessaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ajoutez les ch&#244;meurs qui, selon un rapport r&#233;cent de l'O.N.U., constituent plus que 30% de la population mondiale. Si ce chiffre semble important, c'est qu'il comprend sans doute les prisonniers, les r&#233;fugi&#233;s et bien d'autres gens qui ne sont pas ordinairement compt&#233;s dans les statistiques officielles du ch&#244;mage parce qu'ils ont renonc&#233; &#224; chercher du travail, comme ceux que l'alcoolisme ou les drogues ont rendus incapables de travailler, ou qui sont tellement &#233;coeur&#233;s par l'&#233;ventail des emplois possibles qu'ils consacrent toute leur &#233;nergie &#224; esquiver le travail en recourant au crime ou &#224; des exp&#233;dients.&lt;br&gt;
Ajoutez les millions de gens &#226;g&#233;s qui aimeraient bien s'engager dans des activit&#233;s dignes d'int&#233;r&#234;t, mais qui sont maintenant rel&#233;gu&#233;s dans une retraite passive et ennuyeuse. Et les jeunes, voire m&#234;me les enfants, qui seraient stimul&#233;s par projets utiles et &#233;ducatifs s'ils n'&#233;taient pas enferm&#233;s dans des mauvaises &#233;coles con&#231;ues pour inculquer une ob&#233;issance passive.&lt;br&gt;
Enfin, il convient de prendre en compte la grande quantit&#233; de gaspillage qui se produit y compris &#224; l'occasion de la r&#233;alisation de travaux indiscutablement n&#233;cessaires. Les m&#233;decins et les infirmi&#232;res, par exemple, consacrent une grande partie de leur temps (en plus de celui qui est consacr&#233; &#224; remplir les formulaires d'assurances, &#224; envoyer les factures aux clients, etc.) &#224; essayer sans grand succ&#232;s de neutraliser toutes sortes de probl&#232;mes d'origine sociale tels que les accidents du travail ou de la circulation, les indispositions psychologiques, les maladies caus&#233;es par le stress, la pollution, la sous-alimentation ou les conditions insalubres, sans parler des guerres et des &#233;pid&#233;mies qui les suivent souvent - probl&#232;mes qui dispara&#238;tront en grande partie dans une soci&#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e, laissant les travailleurs m&#233;dicaux libres de concentrer sur la m&#233;decine pr&#233;ventive.&lt;br&gt;
Il faut prendre aussi en consid&#233;ration la quantit&#233; importante de travail gaspill&#233; intentionnellement : la suppression de m&#233;thodes qui all&#232;gent le travail parce qu'elles risquent au m&#234;me temps de supprimer son emploi ; le fait de travailler aussi lentement que possible ; le sabotage des machines pour faire pression sur les patrons, ou simplement par rage ou frustration. Sans oublier les absurdit&#233;s r&#233;v&#233;l&#233;es par la &#8220;loi de Parkinson&#8221;, selon lequel toute t&#226;che finit par occuper tout le temps disponible, du &#8220;principe de Peter&#8221;, selon lequel chaque employ&#233; tend &#224; s'&#233;lever &#224; son niveau d'incomp&#233;tence, et d'autres tendances semblables qui ont &#233;t&#233; moqu&#233;es avec tant d'esprit par C. Northcote Parkinson et Laurence Peter.&lt;br&gt;
Enfin, il faut prendre en compte la quantit&#233; de travail gaspill&#233; qui sera &#233;limin&#233;e quand les produits seront faits pour durer, et non plus pour se d&#233;t&#233;riorer ou se d&#233;moder de mani&#232;re &#224; ce que les gens doivent continuellement en acheter de nouveaux. Apr&#232;s une br&#232;ve p&#233;riode de production intensive pour fournir des biens durables de haute qualit&#233; &#224; tout le monde, bien des industries pourront &#234;tre ramen&#233;es &#224; des niveaux d'activit&#233; tr&#232;s modestes : juste assez pour renouveler ces biens et pour les am&#233;liorer de temps en temps lorsqu'on a d&#233;velopp&#233; une innovation vraiment utile.&lt;br&gt;
&#192; prendre en consid&#233;ration tous ces facteurs, il est facile de voir que dans une soci&#233;t&#233; organis&#233;e raisonnablement, la quantit&#233; de travail n&#233;cessaire pourrait se r&#233;duire &#224; un ou deux jours par semaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La transformation du travail en jeu&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais une r&#233;duction quantitative aussi radicale conduira &#224; un changement qualitatif. Comme l'avait d&#233;couvert Tom Sawyer, quand les gens ne sont pas oblig&#233;s de travailler, m&#234;me la t&#226;che la plus banale peut para&#238;tre originale et fascinante : Le probl&#232;me n'est plus comment la faire faire &#224; des gens, mais comment satisfaire tous les volontaires. Il serait peu r&#233;aliste de s'attendre &#224; ce que les gens travaillent &#224; plein temps pour r&#233;aliser des t&#226;ches d&#233;sagr&#233;ables et d&#233;nu&#233;s de sens sans y &#234;tre oblig&#233;s par la surveillance ou contraints par des motivations &#233;conomiques. Mais la situation sera bien diff&#233;rente quand il ne s'agira que de consacrer dix ou quinze heures par semaine &#224; des t&#226;ches utiles, vari&#233;es, auto-organis&#233;es, et ce de son propre gr&#233;.&lt;br&gt;
De plus, une fois qu'ils se seront engag&#233;s dans des projets qui les passionnent, la plupart des gens ne voudront pas se limiter &#224; ce minimum. Cela r&#233;duira les t&#226;ches n&#233;cessaires &#224; un niveau encore plus minuscule pour ceux qui pourraient manquer d'un tel enthousiasme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas besoin d'ergoter sur le terme travail. Le travail salari&#233; doit &#234;tre aboli. Le travail sens&#233; et librement choisi peut &#234;tre tout aussi amusant que n'importe quelle autre forme de jeu. Notre travail actuel produit g&#233;n&#233;ralement des r&#233;sultats pratiques, mais pas ceux que nous aurions choisis, tandis que notre temps libre, dans une grande mesure, se borne &#224; des futilit&#233;s. Avec l'abolition du salariat, le travail deviendra plus ludique, et le jeu plus actif et plus cr&#233;atif. Quand les gens ne seront plus rendu fou par leur travail, ils n'exigeront plus des distractions passives et idiotes pour s'en remettre.&lt;br&gt;
Je ne veux pas dire que ce soit mal de trouver agr&#233;able des divertissements insignifiants. Mais il faut reconna&#238;tre qu'une grande partie de leur attrait vient du manque d'activit&#233;s plus satisfaisantes. Quelqu'un dont la vie manque d'aventure r&#233;elle peut trouver un peu d'exotisme en collectionnant des artefacts d'autre temps et d'autre lieux. Quelqu'un dont le travail est abstrait et fragment&#233; peut se donner beaucoup de peine pour produire effectivement un objet concret et complet, m&#234;me si ce n'est rien d'autre qu'un bateau dans une bouteille. Ces hobbies et bien d'autres r&#233;v&#232;lent la persistance des &#233;lans cr&#233;ateurs qui s'&#233;panouiront r&#233;ellement quand on leur donnera libre cours sur une plus large &#233;chelle. Imaginez comme les gens qui aiment bricoler ou cultiver leur jardin se passionneront pour la recr&#233;ation de tout leur environnement ; et comme les milliers d'amateurs des chemins de fer sauteront sur l'occasion de reconstruire et de faire marcher les mod&#232;les am&#233;lior&#233;s de r&#233;seaux ferr&#233;s qui seront un des principaux moyens de r&#233;duire la circulation routi&#232;re.&lt;br&gt;
Quand les gens sont en butte aux soup&#231;ons et aux r&#232;glements oppressifs, il est normal qu'ils essayent de travailler aussi peu que possible. Mais une situation de libert&#233; et de confiance mutuelle g&#233;n&#232;re inversement une tendance &#224; mettre sa fiert&#233; &#224; faire le meilleur travail possible. Bien que certains travaux dans la nouvelle soci&#233;t&#233; seront plus appr&#233;ci&#233;es que d'autres, les rares t&#226;ches qui sont vraiment difficiles ou d&#233;sagr&#233;ables attireront probablement des volontaires plus qu'il n'en faut, r&#233;pondant au frisson du d&#233;fi ou au besoin de reconnaissance, si non au sens des responsabilit&#233;s. M&#234;me &#224; pr&#233;sent, bien des gens sont heureux de contribuer &#224; des projets louables, s'ils en ont le temps. Ils seront bien plus nombreux &#224; le faire quand ils n'auront plus &#224; s'inqui&#233;ter de pourvoir &#224; leurs besoins et &#224; ceux de leur famille. Au pire, les rares t&#226;ches compl&#232;tement impopulaires devront &#234;tre ex&#233;cut&#233;es par roulements et tir&#233;es au sort jusqu'&#224; ce qu'elles puissent &#234;tre automatis&#233;es. Ou bien il pourrait y avoir des ench&#232;res pour savoir si quelqu'un serait dispos&#233; &#224; les r&#233;aliser, disons, pendant cinq heures la semaine au lieu du travail ordinaire de dix ou quinze heures, ou contre quelques cr&#233;dits suppl&#233;mentaires.&lt;br&gt;
Les types non-coop&#233;ratifs seront probablement si rares que le reste de la population pourra les laisser tranquilles plut&#244;t que de prendre la peine de les contraindre &#224; fournir leur petite quote-part de travail. &#192; un certain niveau d'abondance, il est plus simple d'ignorer les quelques abus qui pourraient se produire plut&#244;t que d'enr&#244;ler une arm&#233;e de contr&#244;leurs, comptables, inspecteurs, d&#233;lateurs, indicateurs, gardes, gendarmes, etc. pour fourrer leur nez partout, contr&#244;ler tous les d&#233;tails et punir toutes les infractions. Il n'est pas r&#233;aliste d'esp&#233;rer que tout le monde soit g&#233;n&#233;reux et coop&#233;ratifs quand il n'y a pas grand-chose &#224; distribuer, mais un surplus mat&#233;riel important cr&#233;era une grande &#8220;marge d'abus&#8221;, de sorte que cela n'aura pas d'importance si quelques personnes ne fournissent pas leur quote-part, ou si elles prennent un peu plus que ce qui leur revient.&lt;r&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'abolition de l'argent emp&#234;chera d'en prendre beaucoup plus. La plupart des appr&#233;hensions quant &#224; la faisabilit&#233; d'une soci&#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e proviennent de la croyance enracin&#233;e que l'argent (et donc aussi son protecteur n&#233;cessaire : l'&#201;tat) existera toujours. Cette combinaison mon&#233;taire-&#233;tatique cr&#233;e des possibilit&#233;s illimit&#233;es d'abus (par exemple des l&#233;gislateurs stipendi&#233;s introduisant subrepticement des points faibles dans les lois fiscales, etc.) ; mais d&#232;s qu'elle sera abolie, les mobiles et les moyens de tels abus dispara&#238;tront. La qualit&#233; abstraite des rapports marchands permet &#224; une personne d'accumuler anonymement des richesses en privant indirectement des milliers d'autres des choses essentielles &#224; la vie. Mais avec l'abolition de l'argent, toute monopolisation des biens serait trop maladroite et trop visible.&lt;br&gt;
Quelles que soient les autres formes d'&#233;change qui pourront exister dans la nouvelle soci&#233;t&#233;, la plus simple et probablement la plus commune sera le don. L'abondance g&#233;n&#233;rale rendra facile d'&#234;tre g&#233;n&#233;reux. Le don est amusant, il procure des satisfactions et il &#233;limine l'ennui d'avoir &#224; faire des comptes. Le seul calcul qui subsistera sera celui qui sera li&#233; &#224; la saine &#233;mulation mutuelle. &#8220;La communaut&#233; voisine a donn&#233; telle chose &#224; une r&#233;gion moins ais&#233;e ; nous devrions pouvoir en faire autant.&#8221; &#8220;Ils ont organis&#233; une f&#234;te formidable ; essayons de faire encore mieux.&#8221; Un peu de rivalit&#233; amicale (pour savoir qui peut inventer la recette la plus d&#233;licieuse, cultiver un l&#233;gume sup&#233;rieur, r&#233;soudre un probl&#232;me social, inventer un nouveau jeu) profitera tout le monde, m&#234;me aux perdants. &lt;br&gt;Une soci&#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e fonctionnera probablement &#224; peu pr&#232;s comme une f&#234;te potluck (o&#249; tout le monde apporte un plat). La plupart des gens aiment pr&#233;parer un plat qui sera appr&#233;ci&#233; par les autres. De sorte que m&#234;me si quelques personnes n'apportent rien, il y a quand m&#234;me assez pour tous. Il n'est pas n&#233;cessaire que tout le monde contribue pour une part exactement &#233;gale, parce que les t&#226;ches sont si minimes et partag&#233;es entre un si grand nombre de gens que personne n'est surcharg&#233;e. Comme tout le monde participe ouvertement, il n'y a pas besoin de contr&#244;ler les gens ou d'instituer des p&#233;nalit&#233;s pour sanctionner le refus de coop&#233;ration. Le seul aspect &#8220;coercitif &#8221;, c'est l'approbation ou la d&#233;sapprobation des autres participants. &lt;br&gt;L'approbation encourage les contributions, tandis que m&#234;me une personne tout &#224; fait &#233;go&#239;ste se rendra compte qu'on commence &#224; la regarder d'un sale oeil et qu'on finira peut-&#234;tre par ne plus l'inviter si elle n&#233;glige constamment de contribuer. L'organisation n'est n&#233;cessaire que quand il y a un probl&#232;me. S'il y a souvent trop de desserts et trop peu d'entr&#233;es, le groupe pourra d&#233;cider qui doit apporter quoi. Si quelques personnes g&#233;n&#233;reuses finissent par prendre une trop grande part au nettoyage, une douce pouss&#233;e suffira pour d&#233;cider les autres &#224; proposer leurs services. Ou bien on met au point un roulement syst&#233;matique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui, bien s&#251;r, une telle coop&#233;ration spontan&#233;e est l'exception, qui ne se rencontre pratiquement que l&#224; o&#249; les liens communautaires traditionnels ont subsist&#233;, ou parmi des petits groupes de pairs dans les r&#233;gions o&#249; les conditions ne sont pas trop dures. Dans le monde o&#249; les loups se mangent entre eux, c'est normal que les gens ne se pr&#233;occupent que de leur propre int&#233;r&#234;t et se m&#233;fient d'autrui. &#192; moins que le spectacle ne les sollicite par quelque &#8220;histoire &#224; dimension humaine&#8221; sentimentale, ils ne s'int&#233;ressent g&#233;n&#233;ralement que tr&#232;s peu &#224; ceux qui sont en-dehors de leur cercle imm&#233;diat. Pleins de frustrations et de ressentiments, ils peuvent m&#234;me &#233;prouver un plaisir m&#233;chant &#224; g&#226;ter les plaisirs des autres.&lt;br&gt;
N&#233;anmoins, malgr&#233; tout ce qui d&#233;courage leur humanit&#233;, la plupart des gens aiment sentir qu'il font des choses dignes, si on leur en donne la possibilit&#233;, et &#234;tre reconnus pour les avoir fait. Notez avec quel empressement ils sautent sur la moindre occasion de vivre un moment de reconnaissance mutuelle, ne serait-ce qu'en ouvrant la porte &#224; quelqu'un ou en &#233;changeant quelques remarques banales. Si une inondation, un tremblement de terre ou une autre catastrophe survient, il arrive souvent que m&#234;me les personnes les plus &#233;go&#239;stes et les plus cyniques se mettent &#224; aider d'autrui sans compter, travaillant sans rel&#226;che pour sauver les gens, livrer de la nourriture, fournir le premier secours, etc., sans autre r&#233;mun&#233;ration que la reconnaissance d'autrui. Voil&#224; pourquoi les gens &#233;voquent les guerres et les d&#233;sastres naturels avec une nostalgie qui peut sembler surprenante. Tout comme la r&#233;volution, de tels &#233;v&#233;nements enfoncent les s&#233;parations sociales ordinaires, fournissent &#224; tout le monde des occasions de faire des choses qui importent vraiment, et g&#233;n&#232;rent un vif sentiment de communaut&#233; (ne serait-ce qu'en rassemblant des gens contre un ennemi commun). Dans une soci&#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e, ces tendances sociables pourront fleurir sans avoir besoin de pr&#233;textes si extr&#234;mes.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les objections des technophobes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'automation actuelle ne fait le plus souvent que de jeter certains au ch&#244;mage tout en intensifiant la discipline pour ceux qui travaillent encore. Si on gagne r&#233;ellement du temps libre par des inventions qui &#8220;all&#232;gent le travail&#8221;, on le consacre g&#233;n&#233;ralement &#224; une consommation passive qui est tout aussi ali&#233;n&#233;e. Mais dans un monde lib&#233;r&#233;, les ordinateurs et les autres technologies modernes pourront &#234;tre utilis&#233;s pour &#233;liminer les t&#226;ches dangereuses et ennuyeuses, permettant &#224; chacun de se consacrer &#224; des activit&#233;s plus int&#233;ressantes.&lt;br&gt;
N&#233;gligeant de telles possibilit&#233;s, et d&#233;go&#251;t&#233;s du mauvais emploi actuel de beaucoup de technologies, certains en sont venus &#224; croire que c'est &#8220;la technologie&#8221; en tant que telle qui est le probl&#232;me principal. Ils pr&#244;nent donc un retour &#224; un style de vie plus simple et d&#233;battent sur le degr&#233; de simplicit&#233; qui convient. &#192; mesure qu'on d&#233;couvre des d&#233;fauts dans chaque &#233;poque, la ligne de d&#233;marcation est pouss&#233;e toujours plus loin dans le pass&#233;. Certains, tenant la r&#233;volution industrielle pour l'origine principale du mal, se livrent &#224; des pan&#233;gyriques de l'artisanat qui sont publi&#233;s par micro&#233;dition. D'autres, voyant l'invention de l'agriculture comme le p&#233;ch&#233; originel, croient que nous devrions retourner &#224; une soci&#233;t&#233; de cueilleurs-chasseurs, bien qu'ils ne soient pas compl&#232;tement au clair sur ce qu'ils envisagent pour les gens qui composent la population actuelle, qui ne pourraient subsister dans une telle &#233;conomie. D'autres, pour ne pas &#234;tre en reste, pr&#233;sentent des arguments &#233;loquents qui d&#233;montrent que le d&#233;veloppement du langage et de la pens&#233;e rationnelle est la v&#233;ritable source de nos probl&#232;mes. D'autres encore pr&#233;tendent que l'esp&#232;ce humaine est si incorrigiblement mauvaise qu'elle devrait s'an&#233;antir altruistement pour sauver le reste de l'&#233;cosyst&#232;me.&lt;br&gt;
Ces fantaisies comportent tant de contradictions grossi&#232;res qu'il n'est pas vraiment n&#233;cessaire de les r&#233;futer dans le d&#233;tail. Leur rapport avec les v&#233;ritables soci&#233;t&#233;s du pass&#233; est discutable. En tout cas, elles n'en ont presque aucun avec les possibilit&#233;s de celles d'aujourd'hui. M&#234;me en admettant que la vie a &#233;t&#233; meilleure &#224; telle ou telle &#233;poque ant&#233;rieure, c'est &#224; partir de notre situation actuelle qu'il faut raisonner. La technologie moderne est tellement m&#234;l&#233;e &#224; tous les aspects de notre vie qu'elle ne pourrait &#234;tre supprim&#233;e brusquement sans produire un chaos mondial qui an&#233;antirait des milliards de gens. Les post-r&#233;volutionnaires d&#233;cideront sans doute de r&#233;duire la population humaine et de supprimer certaines industries, mais cela ne pourra se faire du jour au lendemain. Il faut penser s&#233;rieusement &#224; la mani&#232;re dont nous aborderons tous les probl&#232;mes pratiques qui se poseront dans l'int&#233;rim.&lt;br&gt;
Le jour o&#249; nous nous trouverons confront&#233;s pratiquement de telles questions, je doute que les technophobes voudront r&#233;ellement &#233;liminer les fauteuils roulants motoris&#233;s ; ou d&#233;brancher les m&#233;canismes ing&#233;nieux comme celui qui permet au physicien Stephen Hawking de communiquer malgr&#233; sa paralysie totale ; ou laisser mourir en couches une femme qui pourrait &#234;tre sauv&#233;e par la technologie m&#233;dicale ; ou accepter la r&#233;apparition des maladies qui autrefois tuaient ou estropiaient r&#233;guli&#232;rement un fort pourcentage de la population ; ou se r&#233;signer &#224; ne jamais aller rendre visite aux habitants d'autres r&#233;gions du monde &#224; moins qu'on puisse y aller &#224; pied, et &#224; ne jamais communiquer avec ces gens-l&#224; ; ou rester l&#224; sans rien faire alors que des hommes meurent de famines qui pourraient &#234;tre jugul&#233;es par le transport international de vivres.&lt;br&gt;
Le probl&#232;me, c'est qu'en attendant, cette id&#233;ologie de plus en plus &#224; la mode d&#233;tourne l'attention des probl&#232;mes et des possibilit&#233;s r&#233;els. Un dualisme manich&#233;en (la nature est le Bien, la technologie est le Mal) permet de ne pas examiner ni prendre en compte des processus historiques et dialectiques compliqu&#233;s. C'est tellement plus facile de rejeter la responsabilit&#233; de tous les maux sur un diable quelconque ou sur l'existence d'un p&#233;ch&#233; originel. Ce qui a commenc&#233; comme une mise en question l&#233;gitime d'une confiance excessive en la science et la technologie finit par devenir une foi d&#233;sesp&#233;r&#233;e et encore moins justifi&#233;e dans le retour d'un paradis primitif, ce qui fait qu'on n'attaque le syst&#232;me pr&#233;sent que d'une fa&#231;on abstraite et apocalyptique.(5)&lt;br&gt;
Les technophiles et les technophobes s'accordent pour traiter la technologie isol&#233;ment des autres facteurs sociaux, ne divergeant que dans leurs conclusions, &#233;galement simplistes, qui &#233;noncent que les nouvelles technologies sont en elles-m&#234;mes lib&#233;ratrices ou en elles-m&#234;mes ali&#233;nantes. Tant que le capitalisme ali&#232;ne toutes les productions humaines en buts autonomes qui &#233;chappent au contr&#244;le de leurs cr&#233;ateurs, les technologies partageront cette ali&#233;nation et seront utilis&#233;es pour la renforcer. Mais quand les gens se lib&#233;reront de cette domination, ils n'auront aucun mal &#224; rejeter les technologies nuisibles tout en adaptant les autres pour des emplois salutaires.&lt;br&gt;
Certaines technologies - le nucl&#233;aire en est l'exemple le plus &#233;vident - sont en effet si terriblement dangereuses qu'on y mettra fin sans tarder. Et beaucoup d'autres industries, qui produisent des marchandises absurdes, d&#233;pass&#233;es ou superflues, cesseront automatiquement avec la disparition de leurs raisons d'&#234;tre commerciales. Mais bien d'autres (l'&#233;lectricit&#233;, la m&#233;tallurgie, la r&#233;frig&#233;ration, la plomberie, l'impression, l'enregistrement, la photographie, les t&#233;l&#233;communications, les outils, le textile, les machines &#224; coudre, l'outillage agricole, les instruments chirurgicaux, les anesth&#233;siques, les antibiotiques, parmi des dizaines d'autres exemples qui viennent &#224; l'esprit), quels que soient leurs usages actuels nocifs, ne comportent pas, ou pratiquement pas, de d&#233;fauts in&#233;vitables. Il ne s'agit que de les utiliser plus sagement, de les soumettre au contr&#244;le populaire, d'y introduire quelques am&#233;liorations &#233;cologiques et de les reconcevoir &#224; de fins humaines plut&#244;t que capitalistes.&lt;br&gt;
D'autres technologies sont plus probl&#233;matiques. On continuera &#224; en avoir besoin dans une certaine mesure, mais leurs aspects nuisibles et irrationnels seront supprim&#233;s graduellement, g&#233;n&#233;ralement gr&#226;ce &#224; l'usure. Si l'on consid&#232;re l'industrie de l'automobile dans son ensemble, y compris son infrastructure &#233;norme (usines, rues, autoroutes, stations d'essence, puits de p&#233;trole), tous ses inconv&#233;nients et tous ses co&#251;ts cach&#233;s (embouteillages, stationnement, r&#233;parations, assurances, accidents, pollution, destruction des villes), il est &#233;vident qu'il y a une quantit&#233; d'autres moyens de transport qui seraient pr&#233;f&#233;rables. Mais cette infrastructure a quand m&#234;me l'avantage d'exister. Il est donc probable que la nouvelle soci&#233;t&#233; continuera &#224; utiliser les voitures et les camions existants pendant quelques ann&#233;es encore, tout en s'occupant prioritairement du d&#233;veloppement de moyens de transport plus pratiques pour les remplacer graduellement quand ils s'useront. Des v&#233;hicules personnels &#224; moteurs non-polluants pourront continuer ind&#233;finiment &#224; &#234;tre utilis&#233;s dans les r&#233;gions rurales, mais la plus grande partie de la circulation urbaine (&#224; quelques exceptions pr&#232;s, telles que les voitures de livraison, les voitures de pompiers, les ambulances, les taxis &#224; l'usage des handicap&#233;s) pourront &#234;tre remplac&#233;es par diverses formes de transports en commun, permettant la reconversion de nombre de rues et d'autoroutes en parcs, jardins, squares et pistes cyclables. Les avions seront toujours utilis&#233;s pour les voyages intercontinentaux (rationn&#233;s s'il le faut) et pour certain envois urgents, mais l'abolition du salariat laissera du temps pour des mani&#232;res de voyager plus lentes - bateau, chemin de fer, bicyclette ou &#224; pied.&lt;br&gt;
L&#224; comme ailleurs, ce sera aux gens concern&#233;s d'exp&#233;rimenter diff&#233;rentes possibilit&#233;s pour d&#233;couvrir ce qui marche le mieux. D&#232;s qu'ils pourront d&#233;terminer les buts et les conditions de leur propre travail, ils leur viendra naturellement toutes sortes d'id&#233;es qui le rendront plus rapide, plus s&#251;r et plus agr&#233;able. Et ces id&#233;es, n'&#233;tant plus brevet&#233;es ni prot&#233;g&#233;es en tant que &#8220;secrets industriels&#8221;, se r&#233;pandront rapidement et inspireront encore plus d'am&#233;liorations. Avec l'&#233;limination des mobiles commerciaux, les gens pourront &#233;galement redonner toute leur importance aux facteurs sociaux et &#233;cologiques ainsi qu'aux consid&#233;rations purement quantitatives du temps de travail. Si, disons, la production des ordinateurs implique actuellement une certaine quantit&#233; de travail surexploit&#233; et engendre une certaine quantit&#233; de pollution (bien moins cependant que celle engendr&#233;e par les industries traditionnelles), il y a tout lieu de croire que de meilleures m&#233;thodes pourront &#234;tre rapidement d&#233;couvertes d&#232;s que les gens s'attaqueront au probl&#232;me - tr&#232;s probablement par un emploi judicieux de l'automatisation informatis&#233;e. Heureusement, en g&#233;n&#233;ral, plus une t&#226;che est r&#233;p&#233;titive, plus elle est facile &#224; automatiser.&lt;br&gt;
La loi g&#233;n&#233;rale sera de simplifier les fabrications de base en utilisant des proc&#233;d&#233;s qui favorisent la flexibilit&#233; optimum. Les techniques seront rendues plus uniformes et plus compr&#233;hensibles, pour que n'importe qui dou&#233; d'une formation g&#233;n&#233;rale minimale puisse effectuer des constructions, des r&#233;parations, des modifications et d'autres op&#233;rations qui exigeaient auparavant des formations sp&#233;cialis&#233;es. Les outils, les appareils, les mati&#232;res premi&#232;res, les pi&#232;ces de rechange et les modules architecturaux seront probablement standardis&#233;s et fabriqu&#233;s en s&#233;rie, laissant les raffinements faits sur mesure &#224; de petites &#8220;industries &#224; domicile&#8221; et les travaux de finitions potentiellement les plus cr&#233;atifs aux utilisateurs individuels. D&#232;s que le temps ne sera plus de l'argent, nous verrons peut-&#234;tre, comme le voulait William Morris, un retour &#224; des activit&#233;s artisanales qui exigent beaucoup de &#8220;travail&#8221; minutieux r&#233;alis&#233; par des gens qui aiment cr&#233;er et donner, et qui se soucient de leurs cr&#233;ations, comme des personnes auxquelles elles sont destin&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Certaines communaut&#233;s pourront choisir de garder une assez grande quantit&#233; de technologie lourde (mais s&#233;curis&#233;e &#233;cologiquement, bien entendu). D'autres opteront peut-&#234;tre pour des styles de vie plus simples, quoique soutenus par certains moyens techniques qui permettent cette simplicit&#233;, ou qui peuvent les aider en cas d'urgence. &lt;br&gt;Des g&#233;n&#233;ratrices solaires et des syst&#232;mes de t&#233;l&#233;communications reli&#233;s par satellite, par exemple, permettront de vivre dans les bois sans avoir besoin de lignes &#233;lectriques ou t&#233;l&#233;phoniques. Si l'&#233;nergie solaire disponible sur terre et les autres sources d'&#233;nergie renouvelables se r&#233;v&#233;laient insuffisantes, d'immenses r&#233;cepteurs solaires en orbite pourront produire une quantit&#233; pratiquement illimit&#233;e d'&#233;nergie non-polluante.&lt;br&gt;
D'autre part, la plupart des r&#233;gions du Tiers-Monde se trouvent dans la zone intertropicale o&#249; l'&#233;nergie solaire peut avoir la plus grande efficacit&#233;. Bien que leur pauvret&#233; sera source de difficult&#233;s au d&#233;but d'une transition r&#233;volutionnaire, leurs traditions d'autarcie coop&#233;rative, ajout&#233;es au fait qu'elles ne sont pas encombr&#233;es d'infrastructures industrielles d&#233;pass&#233;es, pourraient leur donner quelques avantages compensateurs quand il s'agira de cr&#233;er des nouvelles structures plus &#233;cologiques. En puisant s&#233;lectivement dans les r&#233;gions d&#233;velopp&#233;es les renseignements et les techniques dont elles pensent avoir besoin, elles pourront sauter l'horrible stade &#8220;classique&#8221; de l'industrialisation et de l'accumulation du capital, pour passer directement &#224; des formes d'organisation post-capitalistes. D'ailleurs, l'influence ne sera pas forc&#233;ment en sens unique : Quelques-unes des exp&#233;riences sociales les plus avanc&#233;es dans l'histoire ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;es pendant la r&#233;volution espagnole par des paysans illettr&#233;s vivant dans des conditions pratiquement tiers-mondistes.&lt;br&gt;
Il faut ajouter que les habitants des r&#233;gions d&#233;velopp&#233;es n'auront pas besoin d'accepter une terne p&#233;riode transitionnelle &#8220;d'esp&#233;rances r&#233;duites&#8221; pour permettre le rattrapage des r&#233;gions moins d&#233;velopp&#233;es. Cette erreur tr&#232;s r&#233;pandue d&#233;coule de la supposition fausse que la plupart des produits actuels sont d&#233;sirables et n&#233;cessaires - ce qui impliquerait qu'une plus grande quantit&#233; pour autrui signifierait moins pour nous. En r&#233;alit&#233; une r&#233;volution dans les pays d&#233;velopp&#233;s rendra imm&#233;diatement absurdes et inutiles tant de marchandises et d'entreprises que m&#234;me s'il y avait une p&#233;nurie temporaire de certains biens ou services, les gens vivraient quand m&#234;me mieux que maintenant, y compris sur le plan mat&#233;riel (en plus de vivre bien mieux sur le plan &#8220;spirituel&#8221;). D&#232;s que leurs propres probl&#232;mes imm&#233;diats seront r&#233;gl&#233;s, la plupart des gens aideront avec enthousiasme les personnes qui sont moins dot&#233;es. Mais cette assistance sera volontaire, et en g&#233;n&#233;ral elle n'impliquera aucun sacrifice important. Donner de son travail, des mat&#233;riaux de construction ou du savoir-faire architectural pour que d'autres puissent b&#226;tir des maisons pour eux-m&#234;mes, par exemple, n'exigera pas que l'on d&#233;monte sa propre maison. La richesse potentielle de la soci&#233;t&#233; moderne ne consiste pas seulement en biens mat&#233;riels, mais aussi en connaissances, id&#233;es, techniques, inventivit&#233;, enthousiasme, compassion et en d'autres qualit&#233;s qui s'accroissent en &#233;tant partag&#233;es.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Questions &#233;cologiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi qu'une soci&#233;t&#233; autog&#233;r&#233;e fera droit &#224; la quasi-totalit&#233; des revendications &#233;cologistes actuelles. Certaines de ces revendications sont d&#233;j&#224; essentielles pour la survie de l'humanit&#233;. Mais pour des raisons esth&#233;tiques et &#233;thiques, les hommes lib&#233;r&#233;s choisiront sans aucun doute d'aller bien au-del&#224; de ce minimum et de favoriser une biodiversit&#233; riche.&lt;br&gt;
Il faut cependant reconna&#238;tre que nous ne pourrons d&#233;battre de telles questions sans pr&#233;jug&#233;s que lorsque nous aurions supprim&#233; les int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques qui sapent les tentatives m&#234;me les plus minimes de d&#233;fendre l'environnement (b&#251;cherons craignant de perdre leur travail, pauvret&#233; chronique incitant des pays du Tiers-Monde de tirer profit de leurs for&#234;ts, etc.).(6)&lt;br&gt;
On bl&#226;me toute l'esp&#232;ce humaine pour les destructions &#233;cologiques, mais on oublie les causes sociales pr&#233;cises. La majorit&#233; impuissante est mise dans le m&#234;me sac que les quelques personnes qui prennent les d&#233;cisions importantes. Les famines sont consid&#233;r&#233;es comme la revanche de la nature contre la surpopulation, comme des freins naturels et in&#233;vitables - comme s'il y avait quoi que ce soit de naturel &#224; la Banque Mondiale ou au Fonds Mon&#233;taire International, qui obligent les pays du Tiers-Monde &#224; cultiver des produits pour l'exportation plut&#244;t que des aliments pour la consommation locale. On culpabilise les gens parce qu'ils se servent de leurs voitures, en passant sous silence le fait que les compagnies automobiles ont cr&#233;&#233; une situation (en achetant, puis sabotant les syst&#232;mes de transport &#224; moteur &#233;lectrique, en faisant pression pour qu'on construise des autoroutes et contre les subventions aux chemins de fer, etc.) dans laquelle la plupart des gens ne peuvent se passer de voiture. La publicit&#233; spectaculaire encourage sur un ton de gravit&#233; chacun &#224; r&#233;duire sa consommation de l'&#233;nergie (tout en incitant tout le monde &#224; consommer toujours plus de n'importe quoi), mais on aurait pu d&#233;velopper d&#233;j&#224; des sources d'&#233;nergie non-polluante et renouvelable en quantit&#233; largement suffisante si les compagnies productrices de combustibles fossiles n'avaient pas fait pression avec succ&#232;s contre la subvention des recherches men&#233;es &#224; cette fin. Il ne s'agit m&#234;me pas de bl&#226;mer les chefs de ces soci&#233;t&#233;s - ils sont pris, eux aussi, dans des situations o&#249; il faut &#8220;cro&#238;tre ou mourir&#8221; qui les poussent &#224; prendre de telles d&#233;cisions. Il s'agit d'abolir le syst&#232;me qui produit continuellement de telles pressions auxquelles il est impossible de r&#233;sister.&lt;br&gt;
Un monde lib&#233;r&#233; devrait avoir assez de place &#224; la fois pour les communaut&#233;s humaines et pour laisser subsister des r&#233;gions sauvages assez grandes pour satisfaire la plupart de ceux qui se r&#233;clament de la &#8220;deep ecology&#8221;. Entre ces deux extr&#234;mes, j'aime penser qu'il y aura toutes sortes d'interactions humaines avec la nature, qui seront imaginatives tout en &#233;tant respectueuses de celle-ci, et que les gens coop&#233;reront avec elle, travailleront avec elle, joueront avec elle, en cr&#233;ant des entrem&#234;lements bigarr&#233;s de for&#234;ts, fermes, parcs, jardins, vergers, ruisseaux, villages, villes...&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;panouissement de communaut&#233;s libres&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grandes villes seront dispers&#233;es, espac&#233;es, &#8220;verdies&#8221; et r&#233;arrang&#233;es avec une vari&#233;t&#233; de mani&#232;res qui incorporeront et d&#233;passeront les visions des architectes et des urbanistes les plus imaginatifs du pass&#233; (qui &#233;taient g&#233;n&#233;ralement limit&#233;s par leur croyance en la permanence du capitalisme). Exceptionnellement, certaines grandes villes, surtout celles qui poss&#232;dent un int&#233;r&#234;t esth&#233;tique ou historique, conserveront ou m&#234;me accentueront leurs traits urbains, de telle fa&#231;on &#224; ce que les cultures et les styles de vie puissent se rassembler.(7)&lt;br&gt;
Certains, s'inspirant des explorations &#8220;psychog&#233;ographiques&#8221; et des id&#233;es sur &#8220;l'urbanisme unitaire&#8221; des premiers situationnistes, construiront des d&#233;cors complexes et modifiables con&#231;us pour favoriser des d&#233;rives labyrinthiennes dans des ambiances vari&#233;es - Ivan Chtcheglov envisageait &#8220;une r&#233;union arbitraire de ch&#226;teaux, grottes, lacs&#8221;, &#8220;des pi&#232;ces qui feront r&#234;ver mieux que des drogues&#8221;, chacun habitant sa &#8220;cath&#233;drale&#8221; personnelle (I.S. n&#176; 1). D'autres inclineront vers la d&#233;finition du bonheur d'un po&#232;te d'Extr&#234;me-Orient : Vivre dans une cabane &#224; c&#244;t&#233; d'un ruisseau de montagne.&lt;br&gt;
S'il n'y a pas assez de cath&#233;drales ou de ruisseaux de montagne pour tout le monde, il faudra trouver des compromis. Mais il faut rappeler que si des endroits comme Chartres ou Yosemite sont actuellement envahis de touristes, ce n'est qu'&#224; cause de l'enlaidissement du reste de la plan&#232;te. &#192; mesure que d'autres r&#233;gions naturelles seront revivifi&#233;es et que les habitats humains seront rendus plus beaux et plus int&#233;ressants, il ne sera plus n&#233;cessaire que quelques endroits exceptionnels re&#231;oivent des millions de gens qui ont d&#233;sesp&#233;r&#233;ment besoin de s'&#233;chapper loin de tout. Au contraire, il est m&#234;me possible que bien des gens soient attir&#233;s vers les r&#233;gions les plus mis&#233;rables, parce que celles-l&#224; seront les &#8220;nouvelles fronti&#232;res&#8221; o&#249; auront lieu les transformations les plus passionnantes (d&#233;molition de b&#226;timents laids pour faire place &#224; la reconstruction exp&#233;rimentale).&lt;br&gt;
La lib&#233;ration de la cr&#233;ativit&#233; populaire engendrera des communaut&#233;s pleines d'entrain qui surpasseront Ath&#232;nes, Florence, Paris et d'autres capitales c&#233;l&#232;bres d'autrefois, o&#249; l'enti&#232;re participation &#233;tait r&#233;serv&#233;e &#224; des minorit&#233;s privil&#233;gi&#233;es. Quelques personnes pourront mener une vie relativement solitaire et ind&#233;pendante (les ermites et les nomades seront libres de vivre &#224; part, en respectant quelques petits arrangements avec les communaut&#233;s voisines), mais la plupart des gens pr&#233;f&#233;reront probablement le plaisir et la commodit&#233; de faire les choses ensemble, et ils cr&#233;eront toutes sortes d'entit&#233;s communautaires : ateliers, biblioth&#232;ques, laboratoires, cuisines, boulangeries, caf&#233;s, centres m&#233;dico-sociaux, studios, salles de musique, grandes salles de concert, salles des f&#234;tes, saunas, gymnases, cours de recr&#233;ation, foires, march&#233;s aux puces (sans oublier quelques endroits tranquilles pour contrebalancer toute cette socialit&#233;). Des p&#226;t&#233;s de maisons pourront &#234;tre transform&#233;s en ensembles plus unifi&#233;s, en reliant les b&#226;timents ext&#233;rieurs avec des couloirs et des arcades et en enlevant les barri&#232;res entre les cours de derri&#232;re pour cr&#233;er des espaces communs plus spacieux (parcs, jardins, pouponni&#232;res). Les gens pourront choisir entre divers genres et divers degr&#233;s de participation, par exemple, s'engager &#224; faire la cuisine, la vaisselle ou le jardinage un ou deux jours par mois contre le droit de d&#238;ner dans une caf&#233;t&#233;ria commune, ou bien cultiver la plupart des denr&#233;es n&#233;cessaires et faire la cuisine pour eux-m&#234;mes. Dans tous ces exemples hypoth&#233;tiques, il importe de garder &#224; l'esprit la diversit&#233; des cultures qui se d&#233;velopperont. Dans une culture, la cuisine pourrait &#234;tre vue comme une corv&#233;e qui doit &#234;tre r&#233;duite autant que possible et partag&#233;e strictement. Dans une autre, elle pourrait &#234;tre une passion g&#233;n&#233;rale ou bien un rituel social valoris&#233; qui attire un nombre plus que suffisant de volontaires enthousiastes.&lt;br&gt;
Certaines communaut&#233;s, comme dans le troisi&#232;me paradigme dans Communitas (en faisant abstraction du fait que les sch&#233;mas des Goodman pr&#233;sument toujours l'existence de l'argent), pourront maintenir une distinction nette entre le secteur de la gratuit&#233; et le secteur du luxe. D'autres pourront d&#233;velopper des formes sociales plus organiquement int&#233;gr&#233;es, comme dans le deuxi&#232;me paradigme du m&#234;me livre, visant une unit&#233; maximum de production et de consommation, d'activit&#233; manuelle et intellectuelle, d'&#233;ducation esth&#233;tique et scientifique, d'harmonie sociale et psychologique, m&#234;me au prix de l'efficacit&#233; purement quantitative. Le style du troisi&#232;me paradigme pourrait mieux convenir comme forme transitionnelle au d&#233;but, quand les gens ne seront pas encore habitu&#233;s aux nouvelles perspectives et voudront un syst&#232;me de r&#233;f&#233;rence &#233;conomique quel qu'il soit pour leur donner une sensation de s&#233;curit&#233; contre les abus &#233;ventuels. &#192; mesure que les gens supprimeront les d&#233;fauts du nouveau syst&#232;me et acquerront plus de confiance mutuelle, ils tendront probablement vers le style du deuxi&#232;me paradigme.&lt;br&gt;
Comme dans les fantaisies charmantes de Fourier, mais sans ses excentricit&#233;s et avec beaucoup plus de flexibilit&#233;, les gens pourront s'engager dans un grand choix d'activit&#233;s suivant des corr&#233;lations complexes d'affinit&#233;s. Quelqu'un pourra &#234;tre membre r&#233;gulier de certains groupements permanents (groupe d'affinit&#233;, conseil, collectif, quartier, ville, r&#233;gion) mais ne participer que temporairement &#224; divers projets pr&#233;cis (comme le font actuellement les gens dans des clubs, des r&#233;seaux de passionn&#233;s de tel ou tel hobby, des associations d'entraide, des groupes se pr&#233;occupant de telle ou telle question sociale, des projets de coop&#233;ration temporaire comme l'&#233;dification d'une grange par tous les gens du voisinage). Les assembl&#233;es locales pointeront les offres et les demandes des individus et des groupes, feront conna&#238;tre les d&#233;cisions d'autres assembl&#233;es, l'&#233;tat de d&#233;veloppement des projets en cours et celui des probl&#232;mes non encore r&#233;solus. Elles mettront sur pied des biblioth&#232;ques, des standards t&#233;l&#233;phoniques et des r&#233;seaux informatiques pour recueillir et diffuser toutes sortes de renseignements et pour mettre en relation les gens qui ont des go&#251;ts communs. Les m&#233;dias seront &#224; la disposition de tout le monde, permettant &#224; chacun de parler de ses propres projets, de ses probl&#232;mes, de ses propositions, de ses critiques, de ses enthousiasmes, de ses d&#233;sirs, de ses visions. Les arts et les m&#233;tiers traditionnels existeront toujours, mais seulement comme une facette de vies continuellement cr&#233;atives. Les gens prendront toujours part - et avec plus d'entrain que jamais - aux sports et aux jeux, aux foires et aux festivals, &#224; la musique et &#224; la danse, &#224; l'amour et &#224; l'&#233;ducation des enfants, &#224; la construction et &#224; l'am&#233;nagement de leur maison, &#224; l'enseignement et &#224; l'apprentissage, au camping et aux voyages. Mais on verra se d&#233;velopper &#233;galement de nouveaux genres et arts de la vie que nous ne pouvons gu&#232;re imaginer aujourd'hui.&lt;br&gt;
Un nombre bien suffisant de gens sera attir&#233; par des projets socialement utiles - agronomie, m&#233;decine, ing&#233;nierie, innovations p&#233;dagogiques, r&#233;habilitation &#233;cologique, etc. - pour la seule raison qu'ils les trouveront int&#233;ressants et leur procureront des satisfactions. D'autres pr&#233;f&#233;reront des activit&#233;s moins utilitaires. Certains vivront d'une mani&#232;re assez tranquille et casani&#232;re. D'autres s'adonneront &#224; des activit&#233;s aventureuses et hardies, ou m&#232;neront une vie de f&#234;tes et d'orgies. &lt;br&gt;D'autres encore se consacreront &#224; l'ornithologie, ou &#224; l'&#233;change de publications individuelles, ou &#224; la collection des bibelots pittoresques des temps pr&#233;-r&#233;volutionnaires, ou &#224; n'importe quoi d'autre parmi des milliers d'activit&#233;s possibles. Tout le monde pourra suivre ses propres inclinaisons. Si quelques-uns sombrent dans une existence passive de spectateurs, ils finiront probablement par s'y ennuyer et par essayer des activit&#233;s plus cr&#233;atives. M&#234;me s'ils ne le font pas, ce sera leur affaire. &lt;/br&gt;Cela ne nuira &#224; personne.&lt;br&gt;
Si quelques autres finissent par trouver trop insipide l'utopie r&#233;alis&#233;e sur terre et veulent vraiment s'&#233;chapper loin de tout, l'exploration et la colonisation du syst&#232;me solaire - voire m&#234;me, &#224; terme peut-&#234;tre la migration vers les autres &#233;toiles - fourniront une fronti&#232;re qui reculera toujours.&lt;br&gt;
Mais cela vaut &#233;galement pour les explorations de &#8220;l'espace int&#233;rieur&#8221;.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des probl&#232;mes plus int&#233;ressants&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;volution antihi&#233;rarchique ne r&#233;soudra pas tous nos probl&#232;mes. Elle en &#233;liminera simplement quelques-uns parmi les plus anachroniques, ce qui nous laissera libres de nous attaquer &#224; des probl&#232;mes plus int&#233;ressants.&lt;br&gt;
Si ce texte semble n&#233;gliger les aspects &#8220;spirituels &#8221; de la vie, c'est parce que je voulais mettre l'accent sur quelques questions mat&#233;rielles de base qui sont souvent n&#233;glig&#233;es. Mais ces questions mat&#233;rielles ne sont que l'ossature. Une soci&#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e sera fond&#233;e beaucoup plus sur la joie, l'amour et la g&#233;n&#233;rosit&#233; spontan&#233;e que sur des r&#232;gles rigides ou des calculs int&#233;ress&#233;s. Les oeuvres de visionnaires comme Blake ou Whitman nous donnent un pressentiment plus juste de la r&#233;alit&#233; que les milliers de d&#233;bats p&#233;dants sur les cr&#233;dits &#233;conomiques ou les d&#233;l&#233;gu&#233;s r&#233;vocables.&lt;br&gt;
J'imagine que quand les gens ne devront plus se soucier de leurs besoins mat&#233;riels et ne seront plus expos&#233;s &#224; un d&#233;luge permanent de sollicitations commerciales, la plupart d'entre eux, apr&#232;s s'&#234;tre livr&#233;s &#224; des br&#232;ves orgies des choses dont ils &#233;taient priv&#233;s auparavant, trouveront la plus grande satisfaction dans des styles de vie relativement simples et sobres. Les arts &#233;rotiques et gustatifs seront sans doute enrichis de diverses fa&#231;ons, mais seulement comme des facettes de vies pleines et bien &#233;quilibr&#233;es qui comprendront &#233;galement une grande diversit&#233; d'activit&#233;s intellectuelles, esth&#233;tiques et spirituelles.&lt;br&gt;
L'&#233;ducation, ne se limitant plus au conditionnement des jeunes pour un r&#244;le &#233;troit dans une &#233;conomie irrationnelle, deviendra une activit&#233; passionn&#233;e de toute la vie. En plus des institutions d'enseignement formelles qui subsisteront, les gens auront un acc&#232;s imm&#233;diat, via les livres et les ordinateurs, aux informations sur tous les sujets qu'ils voudront explorer, et ils pourront exp&#233;rimenter toutes sortes d'arts et de techniques, ou bien chercher quelqu'un pour l'instruction ou la discussion - comme les anciens philosophes grecs d&#233;battant sur la place du march&#233;, ou les moines chinois m&#233;di&#233;vaux errant dans les collines &#224; la recherche du ma&#238;tre zen le plus inspirant.&lt;br&gt;
Les aspects de la religion qui ne r&#233;pondent qu'&#224; un besoin d'&#233;vasion psychologique par rapport &#224; l'ali&#233;nation sociale d&#233;p&#233;riront, mais les questions fondamentales qui ont &#233;t&#233; exprim&#233;es d'une fa&#231;on plus ou moins d&#233;form&#233;e dans la religion resteront. Il y aura toujours des peines et des pertes, des trag&#233;dies et des frustrations, les gens affronteront toujours la maladie, la vieillesse et la mort. Et en cherchant le sens de tout cela, s'il y en a un, et la meilleure mani&#232;re de s'y confronter, quelques-uns red&#233;couvriront ce que Aldous Huxley, dans La Philosophie &#233;ternelle, appelle &#8220;le Plus Grand Commun Diviseur&#8221; de la conscience humaine.&lt;br&gt;
D'autres cultiveront peut-&#234;tre des sensibilit&#233;s esth&#233;tiques exquises comme l'ont fait les personnages du Dit de Genji de Murasaki, ou d&#233;velopperont des genres m&#233;taculturels subtils comme les &#8220;jeux des perles de verre&#8221; dans le roman de Hermann Hesse (lib&#233;r&#233;s des limitations mat&#233;rielles qui r&#233;servaient auparavant de telles activit&#233;s &#224; de minuscules &#233;lites).&lt;br&gt;
J'aime imaginer que comme ces activit&#233;s diverses seront altern&#233;es, combin&#233;es et d&#233;velopp&#233;es, il y aura une tendance g&#233;n&#233;rale vers la r&#233;int&#233;gration personnelle envisag&#233;e par Blake, et vers les v&#233;ritables rapports &#8220;Je-Tu&#8221; envisag&#233;s par Martin Buber. Une r&#233;volution spirituelle permanente o&#249; la communion joyeuse n'exclut pas une riche diversit&#233; ni des &#8220;affrontements g&#233;n&#233;reux&#8221;. Feuilles d'herbe, o&#249; Whitman projetait ses espoirs sur les potentialit&#233;s de l'Am&#233;rique de son temps, &#233;voque peut-&#234;tre mieux que n'importe quoi d'autre l'&#233;tat d'esprit expansif de telles communaut&#233;s d'hommes et de femmes r&#233;alis&#233;s, travaillant et jouant avec extase, aimant et fl&#226;nant, se promenant sans se presser sur la grande route sans fin.&lt;br&gt;
Avec la prolif&#233;ration de cultures en d&#233;veloppement et en mutation permanents, les voyages pourront redevenir des aventures impr&#233;visibles. Le voyageur pourra &#8220;voir les villes et apprendre les moeurs de bien des peuples diff&#233;rents&#8221; sans les dangers ni les d&#233;ceptions que devaient accepter les vagabonds et les explorateurs d'autrefois. &lt;br&gt;D&#233;rivant de milieu en milieu, de rencontre en rencontre, mais s'arr&#234;tant de temps en temps, comme ces formes humaines &#224; peine visibles dans les paysages chinois, simplement pour regarder au loin dans l'immensit&#233;, se rendant compte que tous nos faits et dires ne sont que des ondulations &#224; la surface d'un univers vaste et insondable.&lt;br&gt;
Voil&#224; seulement quelques suggestions. Nous ne nous sommes pas limit&#233;s aux sources d'inspiration radicales. Toutes sortes d'esprits cr&#233;ateurs du pass&#233; ont exprim&#233; ou envisag&#233; certaines de nos possibilit&#233;s, qui sont presque illimit&#233;es. Nous pouvons puiser chez n'importe lequel d'entre eux, du moment que nous prenons soins de d&#233;gager les aspects pertinents de leur contexte ali&#233;n&#233; originel. Les plus grands ouvrages ne nous disent pas tant de choses nouvelles, mais ils nous rappellent des choses que nous avons oubli&#233;es. Nous avons tous eu des intuitions de ce que peut &#234;tre la vraie vie - des souvenirs de la premi&#232;re enfance, quand les exp&#233;riences &#233;taient encore fra&#238;ches et non refoul&#233;es, mais aussi quelques moments ult&#233;rieurs d'amour, de camaraderie ou de cr&#233;ativit&#233; enthousiaste, moments o&#249; nous mourrions d'impatience de nous lever pour entreprendre un quelconque projet, ou simplement pour voir ce qu'am&#232;nera le nouveau jour. Extrapoler de tels moments nous donne probablement la meilleure id&#233;e de ce que pourrait &#234;tre un monde lib&#233;r&#233;. Un monde, comme Whitman l'envisage,&lt;br&gt;
O&#249; les hommes et les femmes font peu de cas des lois,&lt;br&gt;
O&#249; l'esclave n'est plus, o&#249; le ma&#238;tre n'est plus,&lt;br&gt;
O&#249; le peuple s'&#233;l&#232;ve, unanime contre l'impudence des &#233;lus,&lt;br&gt;
O&#249; les enfants sont appris &#224; ne conna&#238;tre d'autre loi que la leur, et &#224; se fier &#224; eux-m&#234;mes,&lt;br&gt;
O&#249; l'&#233;quanimit&#233; s'illustre concr&#232;tement dans les choses de la vie,&lt;br&gt;
O&#249; les sp&#233;culations sur l'&#226;me sont encourag&#233;es,&lt;br&gt;
O&#249; les femmes se joignent aux manifestations de rues, et marchent comme les hommes ;&lt;br&gt;
O&#249; elles entrent comme eux dans les assembl&#233;es publiques, prenant place &#224; leur c&#244;t&#233; (...)&lt;br&gt;
Montent les formes majeures !&lt;br&gt;
Formes de la D&#233;mocratie int&#233;grale, produit des si&#232;cles,&lt;br&gt;
Forme &#233;ternelle matrice de formes nouvelles,&lt;br&gt;
Formes de villes turbulentes et viriles,&lt;br&gt;
Formes des amis et pourvoyeurs d'asiles de la plan&#232;te,&lt;br&gt;
Formes embrassant la terre et embrass&#233;es par la terre enti&#232;re.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;
NOTES&lt;br&gt;
1. Bolo'bolo de P.M. (1983 ; nouvelle &#233;dition, 1995 [ed. fran&#231;aise : L'&#201;clat, 1998]) a le m&#233;rite d'&#234;tre une des rares utopies qui reconnaissent cette diversit&#233; et s'en r&#233;jouissent. Malgr&#233; un certain nombre de na&#239;vet&#233;s, de manies et des conceptions peu r&#233;alistes sur la mani&#232;re d'y parvenir, ce petit livre aborde bien des probl&#232;mes et &#233;voque bien des possibilit&#233;s qui seront ceux d'une soci&#233;t&#233; postr&#233;volutionnaire.&lt;br&gt;
2. Bien que la dite r&#233;volution du networking (intercommunication dans le r&#233;seau informatique) se soit traduite principalement par une augmentation de la circulation de fadaises parmi des spectateurs, les technologies de communication modernes continuent &#224; jouer un r&#244;le important dans la sape des r&#233;gimes totalitaires. Autrefois les bureaucraties staliniennes &#233;taient oblig&#233;es d'entraver leur propre fonctionnement en limitant la mise en disposition des photocopieurs et m&#234;me des machines &#224; &#233;crire, de peur qu'ils ne soient utilis&#233;s pour reproduire des samizdat. Les technologies plus r&#233;centes se montrent encore plus difficile &#224; contr&#244;ler :&lt;br&gt;
&#8220;Le journal conservateur Guangming signale la promulgation de nouvelles lois visant la suppression d'environ 90.000 t&#233;l&#233;copieurs ill&#233;gaux &#224; Beijing. D'apr&#232;s les commentateurs, le r&#233;gime craint que la prolif&#233;ration des ces machines permette une circulation trop libre des informations. Elles ont &#233;t&#233; syst&#233;matiquement utilis&#233;es pendant les manifestations estudiantines de 1989 qui ont abouti &#224; une r&#233;pression militaire. (...) Dans le confort de leurs domiciles des capitales occidentales, comme &#224; Londres, les opposants peuvent envoyer des messages aux activistes d'Arabie Saoudite qui, en les t&#233;l&#233;chargeant via Internet, n'ont plus &#224; craindre d'entendre la police frapper &#224; la porte au milieu de la nuit. (...) Tous les sujets tabous, depuis la politique jusqu'&#224; la pornographie, font l'objet de messages &#233;lectroniques anonymes &#224; l'abri de la poigne d'acier du gouvernement. (...) Beaucoup de Saoudites se trouvent engag&#233;s pour la premi&#232;re fois dans des discussions ouvertes sur la religion. Ath&#233;es et int&#233;gristes se bagarrent dans le cyberspace, ce qui est une v&#233;ritable innovation dans un pays o&#249; l'apostasie est un crime capital. (...) Mais il est impossible d'interdire l'Internet sans enlever tous les ordinateurs et toutes les lignes t&#233;l&#233;phoniques. (...) D'apr&#232;s les experts, il n'y a pas grand chose qu'un gouvernement puisse faire pour priver totalement de l'acc&#232;s aux informations sur l'Internet ceux qui sont pr&#234;ts &#224; travailler suffisamment dur pour l'obtenir. L'encodage du courrier &#233;lectronique ou l'abonnement aux fournisseurs de services &#233;trangers sont &#224; la port&#233;e des individus avertis pour tourner les contr&#244;les actuels. (...) S'il y a une chose que les gouvernements r&#233;pressifs Extr&#234;me-Orient craignent plus que l'acc&#232;s illimit&#233; aux m&#233;dias &#233;trangers, c'est le risque de perdre la bataille de la concurrence dans l'industrie de l'information &#224; croissance rapide. D&#233;j&#224; certains milieux d'affaires de Singapour, de Malaisie et de Chine ont protest&#233;, relevant que la censure de la toile peut devenir une entrave aux aspirations de ces nations &#224; prendre la premi&#232;re place r&#233;gionale dans la course aux technologies.&#8221; (Christian Science Monitor, 11 ao&#251;t 1993, 24 ao&#251;t 1995 et 12 novembre 1996.)&lt;br&gt;
3. &#8220;Depuis la fin de la guerre froide les politiciens ont d&#233;couvert un repoussoir pour remplacer les rouges : le crime. De m&#234;me que la peur du communisme entra&#238;nait l'essor du complexe militaro-industriel, l'exploitation de la peur du crime a produit l'essor explosif du complexe carc&#233;ro-industriel, autrement dit l'industrie de contr&#244;le du crime. Ceux qui ne sont pas d'accord avec son programme de construction de prisons sont stigmatis&#233;s comme des sympathisants des criminels et convaincus de trahison envers les victimes. Puisque aucun politicien ne se risquera &#224; endosser cette &#233;tiquette, une spirale inexorable de politiques destructives ravage le pays. (...) La r&#233;pression et la brutalisation seront d'autant plus favoris&#233;s par les institutions qui sont les principales b&#233;n&#233;ficiaires de telles politiques. Comme la Californie a augment&#233; sa population p&#233;nitentiaire de 19.000 &#224; 124.000 pendant les seize derni&#232;res ann&#233;es, elle a construit dix-neuf nouvelles prisons. Avec l'augmentation des prisons, le syndicat des gardiens de prison est devenu le lobby le plus puissant de l'&#201;tat. (...) Alors que le pourcentage du budget consacr&#233; &#224; l'enseignement sup&#233;rieur est tomb&#233; de 14,4% &#224; 9,8%, la part consacr&#233;e &#224; la politique carc&#233;rale s'est &#233;lev&#233;e de 3,9% &#224; 9,8%. Le salaire annuel moyen d'un gardien de prison en Californie d&#233;passe $55.000, le plus &#233;lev&#233; de tout le pays. Cette ann&#233;e, en accord avec la National Rifle Association, ce syndicat a utilis&#233; ses &#233;normes ressources financi&#232;res pour promouvoir l'adoption d'un projet de loi, la loi des trois r&#233;cidives, stipulant que la troisi&#232;me condamnation criminelle sera automatiquement une condamnation &#224; perp&#233;tuit&#233;, ce qui reviendra &#224; multiplier par trois la population et le syst&#232;me p&#233;nitentiaire en Californie. La dynamique qui s'est d&#233;velopp&#233;e en Californie se retrouvera sans aucun doute dans le projet de loi sur le crime promu par Clinton. Dans la mesure o&#249; d'avantage de ressources seront vers&#233;es &#224; l'industrie de contr&#244;le du crime, son pouvoir et son influence s'accro&#238;tront encore.&#8221; (Dan Macallair, Christian Science Monitor, 20 septembre 1994.)&lt;br&gt;
4. D'autres possibilit&#233;s ont &#233;t&#233; expos&#233;es dans les moindres d&#233;tails dans &#8220;Sur le contenu du socialisme&#8221; de Cornelius Castoriadis (Socialisme ou Barbarie n&#176; 22, 1957) [r&#233;&#233;dit&#233; in Le Contenu du socialisme (10/18, 1979)]. Ce texte pr&#233;sente beaucoup de suggestions utiles, mais &#224; mon avis il surestime la centralit&#233; du travail et des lieux de travail dans la vie post-r&#233;volutionnaire. Une telle orientation est d&#233;j&#224; pratiquement d&#233;pass&#233;e, et elle le deviendra probablement encore plus apr&#232;s une r&#233;volution.&lt;br&gt;
Looking Forward : Participatory Economics for the Twenty First Century de Michael Albert et Robin Hahnel (South End, 1991) comprend &#233;galement un certain nombre de remarques utiles sur l'organisation autog&#233;r&#233;e. Mais les auteurs pr&#233;supposent une soci&#233;t&#233; dans laquelle il y aurait toujours une &#233;conomie mon&#233;taire et o&#249; le temps de travail ne serait que l&#233;g&#232;rement r&#233;duit (&#224; une trentaine d'heures par semaine). &lt;/br&gt;Leurs exemples sont dans une grande mesure calqu&#233;s sur les coop&#233;ratives ouvri&#232;res actuelles. La &#8220;participation &#233;conomique&#8221; qu'ils envisagent comprend des activit&#233;s, comme celle de voter sur des questions commerciales, qui seront d&#233;pass&#233;es dans une soci&#233;t&#233; non-capitaliste. Comme nous le verrons, une telle soci&#233;t&#233; m&#232;nera aussi &#224; une diminution qualitative de travail, ce qui rendra pratiquement inutile l'&#233;laboration des plans compliqu&#233;s destin&#233;s &#224; assurer une rotation entre les diff&#233;rentes t&#226;ches qui occupe une grande partie du livre.&lt;br&gt;
5. Fredy Perlman, auteur d'une des diatribes les plus extr&#233;mistes de cette tendance : Against His-story, Against Leviathan ! (Black &amp; Red, 1983), a fourni une tr&#232;s bonne critique de ses propres th&#232;ses dans son livre pr&#233;c&#233;dent sur C. Wright Mills, The Incoherence of the Intellectual (Black &amp; Red, 1970) : &#8220;Cependant m&#234;me si Mills rejette la passivit&#233; avec laquelle les hommes acceptent leur propre atomisation, il ne lutte plus contre elle. L'homme coh&#233;rent et autod&#233;termin&#233; devient un &#234;tre exotique qui a v&#233;cu dans un pass&#233; lointain et dans des circonstances mat&#233;rielles extr&#234;mement diff&#233;rentes. (...) Il ne s'agit plus d'un programme de droite qui pourrait &#234;tre combattu par un programme de gauche, mais plut&#244;t d'un spectacle ext&#233;rieur qui suit son cours comme une maladie. (...) La fissure entre la th&#233;orie et la pratique s'&#233;largit, les id&#233;aux politiques ne peuvent plus se transformer en projets pratiques.&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
6. Our Angry Earth : A Ticking Ecological Bomb d'Isaac Asimov et Frederick Pohl, figure parmi les r&#233;sum&#233;s les plus convaincants de cette situation d&#233;sesp&#233;r&#233;e. Apr&#232;s avoir d&#233;montr&#233; la criante insuffisance des politiques actuelles qui pr&#233;tendent en venir &#224; bout, les auteurs proposent quelques r&#233;formes radicales qui pourraient retarder les catastrophes les plus graves. Mais il est peu probable que de telles r&#233;formes soient mises en oeuvre tant que le monde continuera &#224; &#234;tre domin&#233; par les int&#233;r&#234;ts contradictoires des &#201;tats et des multinationales.&lt;br&gt;
7. Pour un grand nombre d'id&#233;es int&#233;ressantes sur les avantages et les d&#233;savantages de diff&#233;rents genres de communaut&#233;s urbaines, pass&#233;es, pr&#233;sentes et potentielles, je recommande deux livres : Communitas de Paul et Percival Goodman, et La Cit&#233; &#224; travers l'histoire de Lewis Mumford. Ce dernier est une des &#233;tudes de la soci&#233;t&#233; humaines les plus perspicaces et les plus complets qu'on ait jamais vue.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://www.bopsecrets.org/French/joyrev.htm" class="spip_out"&gt;http://www.bopsecrets.org/French/jo...&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Pour une Internationale voyoute</title>
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		<dc:date>2007-10-16T15:21:22Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mademoiselle C</dc:creator>


		<dc:subject>Zanzara ath&#233;e (Paris-banlieue)</dc:subject>
		<dc:subject>Situationnistes et apparent&#233;-e-s</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvance autonome</dc:subject>
		<dc:subject>Insurrections, r&#233;voltes, &#233;meutes</dc:subject>
		<dc:subject>Contre-sommets</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ce texte a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; &#224; la suite des &#233;meutes qui ont eu lieu &#224; Gen&#232;ve lors des manifestations organis&#233;es contre l'Organisation Mondiale du Commerce, en mai 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprenant diverses citations anti-&#233;meuti&#232;res significatives, issues des m&#233;dias suisses, Mademoiselle C encha&#238;ne en appelant &#224; une d&#233;linquance r&#233;volt&#233;e et assum&#233;e.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique22" rel="directory"&gt;P&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot7" rel="tag"&gt;Zanzara ath&#233;e (Paris-banlieue)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot15" rel="tag"&gt;Situationnistes et apparent&#233;-e-s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot73" rel="tag"&gt;Mouvance autonome&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot92" rel="tag"&gt;Insurrections, r&#233;voltes, &#233;meutes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot94" rel="tag"&gt;Contre-sommets&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH101/arton485-e2902.jpg?1780469483' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='101' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff485.jpg?1191198532&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Du plaisir de cr&#233;er au plaisir de d&#233;truire, il n'y a qu'une oscillation qui d&#233;truit le pouvoir. &#187;&lt;br&gt;
&lt;i&gt;Trait&#233; de savoir-vivre &#224; l'usage des jeunes g&#233;n&#233;rations&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Raoul Vaneigem, 1967&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les r&#233;actionnaires vous parlent&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sous le titre &#171; Solidarit&#233; avec les commer&#231;ants victimes des &#233;meutiers &#187;, la F&#233;d&#233;ration des artisans et commer&#231;ants, ainsi que la Chambre de commerce et d'industrie de Gen&#232;ve ont fait para&#238;tre un encart dans la presse : &#171; La venue &#224; Gen&#232;ve de chefs d'Etat de nombreux pays du monde entier &#224; l'occasion du 50&#232;me anniversaire du syst&#232;me multilat&#233;ral de commerce (OMC) constitue un succ&#232;s d'estime et un atout pour notre ville et pour la Suisse. Gen&#232;ve confirme ainsi sa vocation de lieu de rencontres mondiales. Cette tradition d'accueil est naturelle pour la plupart des Genevois... &#187; En voil&#224; qui aiment les &#233;trangers quand ils sont plein de thunes et quand ils repartent chez eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Manifester contre la mondialisation est aussi utile que contre les caprices de la m&#233;t&#233;o. (...) Le d&#233;fi de ce sommet genevois est pr&#233;cis&#233;ment de favoriser un commerce &#233;quitable. (...) Ils manifestent contre l'OMC. Ce sont donc des purs qui refusent la dictature du commerce et patati et patata. N'emp&#234;che que ces &#034;purs&#034; ont de sales mani&#232;res. Ils brisent des vitrines et volent les bijoux, les t&#233;l&#233;phones portables, les CD et tout ce qu'ils peuvent. Id&#233;alistes ? Tu parles ! &#187; (G. Egger, &lt;i&gt;GHI&lt;/i&gt;, 21 mai)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Renato Ruggiero, directeur g&#233;n&#233;ral de l'OMC : &#171; Je n'ai encore pas entendu d'alternative rationnelle pour la recherche d'un d&#233;veloppement pacifique et g&#233;n&#233;ral &#187;. &#201;videmment, pour lui, la r&#233;sistance au lib&#233;ralisme est le fait d'une &#171; petite minorit&#233;, avec une vision ridicule, marxiste et d&#233;pass&#233;e du monde &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Claude Monnier, dans &lt;i&gt;La Tribune de Gen&#232;ve&lt;/i&gt; (29 juin), nous dit : &#171; les gamins de soixante-huitards sont devenus grands et ont assimil&#233; les th&#233;ories libertaires que leur serinaient leurs parents. Ils se sont mis &#224; les vivre naturellement, sans se poser trente-six questions. &lt;i&gt;Je veux un CD, je le pique. Ce flic m'&#233;nerve, je le cogne. J'ai besoin d'adr&#233;naline, je castagne.&lt;/i&gt; Simple. Coh&#233;rent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La police vous parle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si les manifestations d&#233;g&#233;n&#232;rent, nous reprendrons l'antenne dans l'apr&#232;s-midi, pendant les pauses du match de hockey. &#187; (&lt;i&gt;T&#233;l&#233;vision suisse romande&lt;/i&gt;, 16 mai, cit&#233; par Michael Roy dans &lt;i&gt;Le Courrier&lt;/i&gt; du 19 mai).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G. Ramseyer, pr&#233;sident du Conseil d'Etat et chef du d&#233;partement de justice et police : &#171; Nous avons eu affaire &#224; des gens qui ont un haut niveau de connaissance dans ce que nous appelons la gu&#233;rilla urbaine. C'&#233;tait men&#233; de haut vol. Non seulement ils se sont s&#233;par&#233;s, mais ils &#233;taient conduits. Ils tenaient des r&#233;unions d'&#233;tat-major, disposaient de moyens de communication performants et changeaient r&#233;guli&#232;rement de tenue pour mieux nous leurrer. (...) Les vrais chefs sont derri&#232;re. Des gens plus aguerris qui s'&#233;vaporent &#224; chaque charge de police. Ils se cachent et ne sont jamais pris. Ce sont eux qui nous int&#233;ressent : les meneurs. Ils ne m&#233;ritent aucune piti&#233;. Ils cherchent &#224; casser du flic. C'&#233;tait un mot d'ordre. (...) L&#224;, il y a une grande r&#233;flexion &#224; mener. A ce stade, c'est l'affaire des sociologues, pas celle de la police. Et &#231;a concerne tout le monde. Les chercheurs, les paroisses, l'&#233;cole, les partis politiques... &#187; (&lt;i&gt;Info Dimanche&lt;/i&gt;, 24 mai, le m&#234;me journal qui pr&#233;sente O. de Marcellus, R. Pagani ou E. Decarro comme des &#034;meneurs&#034;, qu'il continue plut&#244;t dans ce qu'il sait faire, le tour du propri&#233;taire en compagnie de Bill Gates, par exemple. Pas la peine non plus d'envoyer des menaces de mort &#224; O. de Marcellus, il n'y est pour RIEN dans la casse !) Ensuite vient la menace : &#171; Si de telles &#233;meutes se reproduisent, les citoyens pourraient &#234;tre tent&#233;s de faire justice eux-m&#234;mes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Martine Brunschwig Graf a bien retenu sa le&#231;on : &#171; Il faut &#224; tout prix faire la diff&#233;rence entre les manifestants pacifiques et les casseurs. Et d'ajouter : la s&#233;curit&#233; des personnalit&#233;s a &#233;t&#233; assur&#233;e et le fonctionnement des organisations internationales n'a pas &#233;t&#233; entrav&#233;. &#187; En ce qui concerne l'intervention sur le site d'Artamis, la conseill&#232;re d'Etat s'est empress&#233;e de pr&#233;ciser que les personnes arr&#234;t&#233;es &#171; n'avaient rien &#224; faire avec le collectif d'Artamis &#187;. Enfin, &#224; propos des ph&#233;nom&#232;nes nouveaux relev&#233;s dans les affrontements, il est &#224; noter la pr&#233;sence de &#171; casseurs professionnels &#187; relativement &#224; l'aise dans la men&#233;e de groupes et la mise en oeuvre d'un outillage &#171; sophistiqu&#233; &#187;, encore jamais vu par les forces de l'ordre genevoises : &#171; C'est une forme de transfert de technologie qui nous inqui&#232;te &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L. Walpen, chef de la police genevoise, dans &lt;i&gt;L'Hebdo&lt;/i&gt; (28 mai) : &#171; Il y avait environ un tiers d'agitateurs plus ou moins professionnels provenant de France, d'Allemagne et d'Italie ; un tiers de voleurs en bandes venus d'Annemasse dans l'unique but de piller. (...) Ce n'&#233;tait rien d'autre qu'un cambriolage de masse ; enfin, un bon tiers de jeunes, un peu l&#224; pour le sport. Casser du flic. Nous &#233;tions face &#224; des sp&#233;cialistes venus de Paris avec des m&#233;thodes tr&#232;s nouvelles ici. Des gens hyperorganis&#233;s, avec natel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;t&#233;l&#233;phone portable&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui bougent en petits groupes, changent de v&#234;tements et disposent de mat&#233;riel pour bloquer une ville. Par exemple pour paralyser les feux de signalisation. C'est le principal danger pour l'avenir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La valse des pseudo-experts a commenc&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comment r&#233;agir suite aux d&#233;bordements suscit&#233;s en marge des manifestations anti-OMC ? D&#233;put&#233;s et gouvernement ont r&#233;pondu diff&#233;remment &#224; la question. Pour le gouvernement, la nomination d'une commission d'experts s'impose. Trois sp&#233;cialistes (J.-P. Boillat, du Centre de contact Suisse-Immigr&#233;s et membre de la Commission f&#233;d&#233;rale pour la jeunesse, M. Vuille, du Service de la recherche sociologique et charg&#233; de cours &#224; la Facult&#233; de psychologie et des sciences de l'&#233;ducation, et Uli Windisch, professeur de sociologie) ont donc &#233;t&#233; d&#233;sign&#233;s pour se pencher sur &#171; la violence des jeunes en milieu urbain &#187;. Leur mission : &#233;tudier les &#171; raisons multiples des d&#233;bordements et proposer des pistes &#187;. Leur cr&#233;dit : 50 000 francs. Le compte-rendu est attendu pour le 15 janvier 99. La majorit&#233; du Grand Conseil, quant &#224; elle, d&#233;cide de nommer sa propre commission d'enqu&#234;te parlementaire. Elle devra d&#233;terminer &#171; les causes des pillages et de la violence &#187; et examiner si &#171; la police est pr&#233;par&#233;e &#224; cette nouvelle forme de protestation &#187; et si &#171; son comportement a &#233;t&#233; adapt&#233; en toute circonstance &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les violences qui ont accompagn&#233; les manifestations contre l'OMC le mois dernier pr&#233;occupent &#233;galement l'Universit&#233; genevoise. Un groupe de recherche a &#233;t&#233; constitu&#233; au sein du D&#233;partement de science politique. Une dizaine de chercheurs, enseignants et &#233;tudiants analyseront &#171; l'&#233;mergence de la violence urbaine et l'apparition de r&#233;seaux transnationaux contre les entit&#233;s comme l'OMC &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les jeunes parlent aux jeunes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;Tribune de Gen&#232;ve&lt;/i&gt;, 29 juin :&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Philippe Meyer, pr&#233;sident des Jeunes lib&#233;raux, il y a une &#171; sorte &#187; d'intol&#233;rance, trop d'interdits. Effectivement, en Suisse, on a &#171; pas le droit de pratiquer de l'ULM et il n'y a pas de courses de Formule 1 &#187;. En ce qui concerne &#171; la violence des jeunes &#187;, la cause est &#224; &#171; chercher dans la crise de la famille et l'affaiblissement de l'autorit&#233;. Il s'agit d'excit&#233;s qui suivent le mouvement, qui ne savent pas ce qu'est l'OMC, les manifestants pacifiques non plus d'ailleurs, car l'OMC est une institution tr&#232;s utile. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon C&#233;dric Wicht, animateur d'Infor-jeunes, c'est que les jeunes n'ont plus d'espoir et manquent d'amour, mais jusqu'&#224; pr&#233;sent &#171; l'argent vers&#233; aux multiples institutions masquait le ph&#233;nom&#232;ne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Thomas James, membre des Jeunesses socialistes, &#171; la violence dans un pays d&#233;mocratique est une absurdit&#233;. On est pas sous le Chili de Pinochet &#187;. Et toujours le m&#234;me constat : ch&#244;mage, manque d'espoir quant &#224; l'avenir, ... &#171; Il faut lutter pour une d&#233;mocratie qui permette aux gens de s'int&#233;grer davantage &#187;, les responsabiliser, etc.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les Sociaux-d&#233;mocrates Chr&#233;tiens vous parlent&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; A propos des deux policiers bless&#233;s dans la nuit du 18 au 19 mai : C'est un acte d&#233;gueulasse. (...) Le d&#233;bat sur la violence est permanent dans les milieux soucieux de justice sociale. Si des militants pr&#244;nent la non-violence absolue, il en est d'autres qui admettent, dans certaines circonstances, le recours &#224; certaines formes de violence. L'exercice est d&#233;licat. Pour notre part, nous consid&#233;rons que la r&#233;sistance &#224; l'oppression peut &#234;tre violente. M&#234;me les &#201;glises chr&#233;tiennes l'admettent. (...) rien, absolument rien ne justifiera jamais, m&#234;me sous une dictature, de poser des bombes dans des lieux publics. (...) il est n&#233;cessaire de rappeler que nous vivons dans une vraie d&#233;mocratie. (...) malgr&#233; toutes ses limites et bien d'autres encore, nos syst&#232;mes d&#233;mocratiques laissent ouvertes des possibilit&#233;s r&#233;elles de transformer pacifiquement les choses. (...) il y a une barri&#232;re entre ce d&#233;bat social, tout anim&#233; qu'il puisse &#234;tre, et une violence comme ce tabassage de deux policiers. Les actes fascistes ne sont pas l'apanage de l'extr&#234;me droite. &#187; (P. Mugny, &lt;i&gt;Le Courrier&lt;/i&gt;, 20-21 mai)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon A. Riesen, les leaders de l'AMP&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'AMP, Action Mondiale des Peuples, a organis&#233; certaines des manifestations (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ont &#171; tent&#233; d'emp&#234;cher la violence &#187; en demandant aux gens de rentrer chez eux. Il rejette bien &#233;videmment l'amalgame entre la casse gratuite et les manifestations de contestation politique. Il a affirm&#233; clairement son refus de toute violence - y compris &#224; l'&#233;gard des policiers &#8211; &#171; inacceptable dans la philosophie de l'AMP &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Les socialistes bourgeois veulent les conditions de vie de la soci&#233;t&#233; moderne sans les luttes et les dangers qui en d&#233;coulent fatalement. Ils veulent la soci&#233;t&#233; actuelle mais en &#233;liminant les &#233;l&#233;ments qui la r&#233;volutionnent et la dissolvent. &#187; (Marx)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a beaucoup entendu parler de ce qui s'est pass&#233; &#224; Gen&#232;ve au mois de mai, dans le cadre du 50&#232;me anniversaire de l'OMC, et on a surtout entendu n'importe quoi. Il s'est agi d'&#233;tat de si&#232;ge, de vandalisme, de casse gratuite, d'&#233;meutes, de gu&#233;rilla... Les m&#233;dias n'ont pas manqu&#233; de faire le parall&#232;le avec les banlieues fran&#231;aises, elles sont si terrifiantes ! Quand &#224; la p&#233;riph&#233;rie des villes, le lumpenprol&#233;tariat se r&#233;approprie sa vie et son paysage, &#233;videmment les voitures br&#251;lent en premier. Il a fait de la marchandise automobile la mati&#232;re de sa premi&#232;re offensive, renouant ainsi avec la radicalit&#233; subversive. La marchandise envahit toutes les facettes de notre vie, elle repr&#233;sente les seuls r&#234;ves possibles de notre soci&#233;t&#233;, qu'y a-t-il donc d'incroyable &#224; ce que sa repr&#233;sentation mat&#233;rielle soit la premi&#232;re cible ? Il ne s'agit que de la critique en actes de la soci&#233;t&#233; marchande et de sa production. Le scandale, c'est l'acte gratuit : on ne prend rien, on n&#233;antise tout, ce d&#233;cor dans lequel nous vivons mais que nous n'avons pas choisi. La rue est notre terrain de jeu et le capital l'a d&#233;truit, nous voulons nous le r&#233;approprier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A vrai dire, les commentaires des pseudo-intellectuels de tous bords, experts de la pens&#233;e falsifi&#233;e et simplifi&#233;e, ont surtout d&#233;montr&#233;, si besoin &#233;tait, qu'ils se trouvaient face &#224; des questions sans r&#233;ponses. Dans un monde qui s'&#233;croule, ils s'&#233;croulent avec lui, incapables de penser la vie autrement, c'est-&#224;-dire dans sa v&#233;rit&#233;. Cette tendance carri&#233;riste de l'intellectuel &#224; disserter sur l'ali&#233;nation, sans se donner les moyens d'oeuvrer &#224; sa destruction n'est qu'une preuve suppl&#233;mentaire de sa hantise pour l'inconnu et la nouveaut&#233;. La critique, lorsqu'elle est inusit&#233;e, passe inexorablement dans le camp de l'ennemi ; r&#233;cup&#233;r&#233;e, elle devient sans emploi, r&#233;apparaissant dans sa version &#233;dulcor&#233;e, au service de l'ali&#233;nation entretenue.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Aujourd'hui, la d&#233;linquance est de vouloir passer &#224; autre chose&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;volutionnaire est m&#251; par une conscience politique, il donne &#224; ses actions un sens collectif et une finalit&#233; sociale, alors que le r&#233;volt&#233; est anim&#233; en premier lieu par son insatisfaction personnelle. A priori le r&#233;volt&#233; n'a que le courage dont il fait preuve pour s'insurger &#224; titre individuel contre la totalit&#233; de la soci&#233;t&#233;. Mais il est aussi le seul &#224; conformer sa vie quotidienne, donc ses actes, &#224; ses id&#233;es. Le r&#233;volt&#233;, m&#234;me s'il manque de formation intellectuelle et politique, songe &#224; construire un monde diff&#233;rent, une soci&#233;t&#233; qu'il cesserait de m&#233;priser. C'est un impatient qui ne croit plus aux moyens politiciens de changer la soci&#233;t&#233;, &#224; laquelle du reste, il refuse de s'int&#233;grer. Le voleur, par son acte, commet un acte de r&#233;volte, m&#234;me si il l'ignore, en d&#233;fiant la propri&#233;t&#233; priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu importe que le r&#233;volt&#233; soit incapable d'expliquer sa r&#233;volte, l'essentiel reste qu'il s'insurge, qu'il ne participe en aucun cas &#224; la continuation de l'ordre social actuel. Il est de notre devoir de reconna&#238;tre sa cause, celle du lumpenprol&#233;tariat, comme la notre et de contribuer &#224; lui donner raison et ses raisons, &#224; enrichir th&#233;oriquement la v&#233;rit&#233; dont l'action pratique exprime la recherche. La d&#233;linquance a raison, non par son absence de programme, mais parce qu'elle est le produit des contradictions de cette soci&#233;t&#233; en faillite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut d&#233;plorer l'absence d'id&#233;al commun de la part des r&#233;volt&#233;s et le manque de coh&#233;sion de leurs actions individuelles. Quand il n'en sera plus ainsi, ce sera la r&#233;volution des r&#233;volt&#233;s, un anarchisme qui passe du vol &#224; la subversion sociale, de la subversion sociale &#224; la gu&#233;rilla urbaine, et non plus la r&#233;volution propre-en-ordre de cette fausse gauche, qui pr&#233;tend lib&#233;rer le prol&#233;tariat en respectant les lois con&#231;ues pour l'asservir. Elle qui lui refuse l'av&#232;nement du pouvoir populaire &#224; coups de promesses &#233;lectorales, de compromis politiques et de r&#233;formes abusives, &#224; l'obtention desquelles on gaspille l'&#233;nergie r&#233;volutionnaire des masses lasses de ce progr&#232;s trompeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volte est une lutte comme une autre, peut-&#234;tre plus radicale, plus spectaculaire et moins morale, en apparence. Le syst&#232;me de lutte choisi est le r&#233;sultat d'une m&#251;re r&#233;flexion, d'un choix libre auquel on vient de soi-m&#234;me, et non le r&#233;sultat d'un enthousiasme romantique. De m&#234;me que la lutte pour la lib&#233;ration de la vie quotidienne se fera par les gens ordinaires, non pas par des militants pr&#233;fabriqu&#233;s. Mais le caract&#232;re spectaculaire de cette r&#233;volte est bien moins inqui&#233;tant que l'absence de mobiles apparents. De l&#224;, les &#233;lucubrations d&#233;mentes de la justice, partie &#224; la recherche des manipulateurs-meneurs, et des sanctions autoritaires, dans le cadre de la l&#233;gitimit&#233; d&#233;mocratique et de sa symbolique s&#233;curitaire. Comme il est impossible de d&#233;montrer aux r&#233;volt&#233;s qu'ils ont tort, ne restent que l'intimidation et la r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'assaut contestataire est encore informe, il nous faut faire la part des choses entre les possibles r&#233;volutionnaires et les illusions. Ce n'est pas original de pr&#244;ner l'ill&#233;galit&#233; pour le renversement de la soci&#233;t&#233; actuelle. C'est une option r&#233;volutionnaire. Si on la fait sienne, il faut avoir le courage d'aller jusqu'au bout et ne pas lui tracer des limites imaginaires. Il n'y a pas de faiblesse excusable, pas de compromis, elle s'appuie sur une morale r&#233;volutionnaire. J'entends d&#233;j&#224; les moralistes de la pens&#233;e int&#233;gr&#233;e s'insurger contre l'id&#233;e de faire d'un acte ill&#233;gal un moyen de lutte sociale. Les forces dites &#171; militantes &#187; refusent l'extr&#233;misme, elles ne veulent qu'un pouvoir plus juste, pas la destruction de l'ordre &#233;tabli, mais elles ne produisent que du vide et ainsi renforcent l'utopie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;linquant en tant que malade, passe encore, mais pas en tant qu'individu responsable et conscient de la n&#233;cessit&#233; de sa r&#233;volte. Immoral et immature, le criminel ne passe comme responsable que pour le ch&#226;timent inflig&#233;, indispensable si on veut condamner sous le masque de la sagesse et de la moralit&#233;. Reconna&#238;tre certaines circonstances, &#224; certains moments, pour certains d&#233;lits, &#233;quivaut &#224; admettre que des circonstances cr&#233;&#233;es par cette soci&#233;t&#233; peuvent aboutir &#224; ce que la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me soit condamnable. Si la r&#233;volte est inacceptable c'est qu'elle ne peut pas donner mauvaise conscience &#224; la soci&#233;t&#233;. Lorsqu'on s'insurge contre une telle soci&#233;t&#233;, qu'on refuse la r&#233;signation, on sait quels sont les risques encourus : la r&#233;pression est f&#233;roce envers la subversion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Le criminel rompt la monotonie et la s&#233;curit&#233; quotidienne, banale, de la vie bourgeoise. &#187; (Marx).&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos solutions ne sont pas modernes, elles retrouvent la v&#233;rit&#233; du vieux mouvement prol&#233;tarien : abolition des classes, acc&#232;s &#224; l'histoire consciente, construction libre de la vie, r&#233;publique des conseils. L'id&#233;ologie r&#233;volutionnaire n'a fait que changer de mains, il s'agit &#224; pr&#233;sent de la dissoudre en lui opposant la th&#233;orie r&#233;volutionnaire. Celle-ci deviendra pratique, compr&#233;hensible et vraie, quand elle aura p&#233;n&#233;tr&#233; les masses. Les actions am&#233;liorent les id&#233;es et vice-versa. La pens&#233;e r&#233;volutionnaire se doit de faire la critique de la vie quotidienne dans notre soci&#233;t&#233; mue encore par le capital, elle se doit de r&#233;pandre une autre id&#233;e du bonheur et les possibilit&#233;s d'un changement imm&#233;diat. Le d&#233;passement des conditions existantes d&#233;pend, en premier lieu, de l'apparition de perspectives concernant la totalit&#233;.&lt;br&gt;
Le bouleversement ne se fera que si nous r&#233;solvons le manque, et la conscience du manque, &#224; l'heure de la surdit&#233; aux d&#233;sirs. L'Etat, comme tout produit est p&#233;rissable, a maintenant pass&#233; la date limite de consommation. Partout se pose la m&#234;me question, celle de la totalit&#233; du fonctionnement de la soci&#233;t&#233;, v&#233;cue comme absurde, insens&#233;e.&lt;br&gt;
L'abondance marchande a &#233;chou&#233;, l'ob&#233;issance est morte, cessez de parler de crise de l'autorit&#233;, de mauvaise int&#233;gration, de circonstances ! Le capitalisme a voulu l'&#233;radication du social en tant que classe dangereuse, en tant que partie visible de l'&#233;chec et en tant que subversion d'un monde fini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, sur cette sc&#232;ne, ce sont les spectateurs d'hier qui jouent, et de l&#224;, peut surgir le d&#233;lire qui se transformera en le plus grand incendie que l'histoire ait connu. Il n'y a pas d'autre beaut&#233; que celle qui d&#233;truit la falsification de l'int&#233;gration au vieux-monde qui nous rejette. Nous sommes enclins &#224; la col&#232;re et &#224; la r&#233;volte ! Nous ne voulons plus de cet ennui du bonheur bourgeois mystifi&#233;.&lt;br&gt;
Riez de cette jeunesse qui pr&#233;tend changer le monde, le rendre fraternel et humain ! Votre moquerie est bien d&#233;plac&#233;e compte tenu qu'elle est votre seule d&#233;fense, la mauvaise conscience de votre vie honteuse. Vous parlez romantisme et illusion au lieu de parler vie et v&#233;rit&#233;. Renoncer e&#251;t &#233;t&#233; plus facile. La jeunesse n'est pas en danger, elle est DANGEREUSE !&lt;br&gt;
La contestation n'est pas admise, nous serons consid&#233;r&#233;s comme des d&#233;linquants, coupables de crime social pour oser vouloir encore changer quelque chose dans cette soci&#233;t&#233;. La r&#233;volte est notre arme. Nous combattons pour la libert&#233;, pour la vie v&#233;ritable, pour que la vie vaille la peine d'&#234;tre v&#233;cue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'insurrection contient tous les d&#233;lits, elle est la v&#233;ritable F&#202;TE.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&#034;text-align: right;&#034;&gt; Mademoiselle C, juillet 1998&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://www.enavant.org/mai98/internationale-voyoute.html" class="spip_out"&gt;enavant.org&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Raoul Vaneigem, 1967&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;t&#233;l&#233;phone portable&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'AMP, Action Mondiale des Peuples, a organis&#233; certaines des manifestations de ce mois de mai 1998 &#224; Gen&#232;ve&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Annexe [ajout&#233;e par Zanzara ath&#233;e] :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21 mai 1998&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Vous avez demand&#233; la police ?&lt;br&gt;
Ne quittez pas !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les manifestations violentes se pousuivent &#224; Gen&#232;ve et le patron de la police G&#233;rard Ramseyer joue du violon &#224; la presse pendant que ses troupes s'exercent &#224; la matraque. &#171; Nous avons eu droit &#224; une d&#233;monstration de la globalisation de la voyouterie &#187;, d&#233;clarait Ramseyer &#224; &lt;i&gt;La Tribune&lt;/i&gt; de lundi. &#171; En effet, ajoutait-il, la grande majorit&#233; des casseurs venait de l'ext&#233;rieur. &#187; Trois jours plus tard, &lt;i&gt;Le Matin&lt;/i&gt; livrait les chiffres officiels : &#171; Sur les 287 personnes interpell&#233;es depuis le d&#233;but des &#233;v&#233;nements, 70% sont des Conf&#233;d&#233;r&#233;s. Parmi ceux-ci, 80% habitent &#224; Gen&#232;ve. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://largeur.com/innocent/newsmai98.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://largeur.com/innocent/newsmai...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La Soci&#233;t&#233; du Spectacle</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article374</link>
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		<dc:date>2006-12-24T12:20:31Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Guy Debord</dc:creator>


		<dc:subject>Situationnistes et apparent&#233;-e-s</dc:subject>
		<dc:subject>Schizo&#239;des Associ&#233;s (P&#233;rigueux)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le fameux texte de Guy, paru en 1967, souvenez-vous...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Il faut lire ce livre en consid&#233;rant qu'il a &#233;t&#233; sciemment &#233;crit dans l'intention de nuire &#224; la soci&#233;t&#233; spectaculaire. Il n'a jamais rien dit d'outrancier.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br&gt;
Guy Debord, &lt;i&gt;Avertissement pour la troisi&#232;me &#233;dition fran&#231;aise&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique12" rel="directory"&gt;S&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot15" rel="tag"&gt;Situationnistes et apparent&#233;-e-s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot77" rel="tag"&gt;Schizo&#239;des Associ&#233;s (P&#233;rigueux)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH101/arton374-25529.jpg?1780477504' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='101' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff374.jpg?1171356501&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I. La s&#233;paration achev&#233;e &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;II. La marchandise comme spectacle &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;III. Unit&#233; et division dans l'apparence &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;IV. Le prol&#233;tariat comme sujet et comme repr&#233;sentation &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;V. Temps et histoire &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;VI. Le temps spectaculaire &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;VII. L'am&#233;nagement du territoire &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;VIII. La n&#233;gation et la consommation dans la culture &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;IX. L'id&#233;ologie mat&#233;rialis&#233;e &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. La s&#233;paration achev&#233;e&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et sans doute notre temps... pr&#233;f&#232;re l'image &#224; la chose, la copie &#224; l'original, la repr&#233;sentation &#224; la r&#233;alit&#233;, l'apparence &#224; l'&#234;tre... Ce qui est &lt;i&gt;sacr&#233;&lt;/i&gt; pour lui, ce n'est que l'&lt;i&gt;illusion&lt;/i&gt;, mais ce qui est profane, c'est la &lt;i&gt;v&#233;rit&#233;&lt;/i&gt;. Mieux, le sacr&#233; grandit &#224; ses yeux &#224; mesure que d&#233;cro&#238;t la v&#233;rit&#233; et que l'illusion cro&#238;t, si bien que le &lt;i&gt;comble de l'illusion&lt;/i&gt; est aussi pour lui le &lt;i&gt;comble du sacr&#233;&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Feuerbach (Pr&#233;face &#224; la deuxi&#232;me &#233;dition de &lt;i&gt;L'Essence du christianisme&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Toute la vie des soci&#233;t&#233;s dans lesquelles r&#232;gnent les conditions modernes de production s'annonce comme une immense accumulation de &lt;i&gt;spectacles&lt;/i&gt;. Tout ce qui &#233;tait directement v&#233;cu s'est &#233;loign&#233; dans une repr&#233;sentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Les images qui se sont d&#233;tach&#233;es de chaque aspect de la vie fusionnent dans un cours commun, o&#249; l'unit&#233; de cette vie ne peut plus &#234;tre r&#233;tablie. La r&#233;alit&#233; consid&#233;r&#233;e &lt;i&gt;partiellement&lt;/i&gt; se d&#233;ploie dans sa propre unit&#233; g&#233;n&#233;rale en tant que pseudo-monde &lt;i&gt;&#224; part&lt;/i&gt;, objet de la seule contemplation. La sp&#233;cialisation des images du monde se retrouve, accomplie, dans le monde de l'image autonomis&#233;, o&#249; le mensonger s'est menti &#224; lui m&#234;me. Le spectacle en g&#233;n&#233;ral, comme inversion concr&#232;te de la vie, est le mouvement autonome du non-vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le spectacle se repr&#233;sente &#224; la fois comme la soci&#233;t&#233; m&#234;me, comme une partie de la soci&#233;t&#233;, et comme &lt;i&gt;instrument d'unification&lt;/i&gt;. En tant que partie de la soci&#233;t&#233;, il est express&#233;ment le secteur qui concentre tout regard et toute conscience. Du fait m&#234;me que ce secteur est &lt;i&gt;s&#233;par&#233;&lt;/i&gt;, il est le lieu du regard abus&#233; et de la fausse conscience ; et l'unification qu'il accomplit n'est rien d'autre qu'un langage officiel de la s&#233;paration g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le spectacle n'est pas un ensemble d'images, mais un rapport social entre des personnes, m&#233;diatis&#233; par des images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le spectacle ne peut &#234;tre compris comme l'abus d'un mode de la vision, le produit des techniques de diffusion massive des images. Il est bien plut&#244;t une &lt;i&gt;Weltanschauung&lt;/i&gt; devenue effective, mat&#233;riellement traduite. C'est une vision du monde qui s'est objectiv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le spectacle, compris dans sa totalit&#233;, est &#224; la fois le r&#233;sultat et le projet du mode de production existant. Il n'est pas un suppl&#233;ment au monde r&#233;el, sa d&#233;coration surajout&#233;e. Il est le coeur de l'irr&#233;alisme de la soci&#233;t&#233; r&#233;elle. Sous toute ses formes particuli&#232;res, information ou propagande, publicit&#233; ou consommation directe de divertissements, le spectacle constitue le &lt;i&gt;mod&#232;le&lt;/i&gt; pr&#233;sent de la vie socialement dominante. Il est l'affirmation omnipr&#233;sente du choix &lt;i&gt;d&#233;j&#224; fait&lt;/i&gt; dans la production, et sa consommation corollaire. Forme et contenu du spectacle sont identiquement la justification totale des conditions et des fins du syst&#232;me existant. Le spectacle est aussi la &lt;i&gt;pr&#233;sence permanente&lt;/i&gt; de cette justification, en tant qu'occupation de la part principale du temps v&#233;cu hors de la production moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;7&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;La s&#233;paration fait elle-m&#234;me partie de l'unit&#233; du monde, de la praxis sociale globale qui s'est scind&#233;e en r&#233;alit&#233; et en image. La pratique sociale, devant laquelle se pose le spectacle autonome, est aussi la totalit&#233; r&#233;elle qui contient le spectacle. Mais la scission dans cette totalit&#233; la mutile au point de faire appara&#238;tre le spectacle comme son but. Le langage spectaculaire est constitu&#233; par des &lt;i&gt;signes&lt;/i&gt; de la production r&#233;gnante, qui sont en m&#234;me temps la finalit&#233; derni&#232;re de cette production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;8&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;On ne peut opposer abstraitement le spectacle et l'activit&#233; sociale effective ; ce d&#233;doublement est lui-m&#234;me d&#233;doubl&#233;. Le spectacle qui inverse le r&#233;el est effectivement produit. En m&#234;me temps la r&#233;alit&#233; v&#233;cue est mat&#233;riellement envahie par la contemplation du spectacle, et reprend en elle-m&#234;me l'ordre spectaculaire en lui donnant une adh&#233;sion positive. La r&#233;alit&#233; objective est pr&#233;sente des deux c&#244;t&#233;s. Chaque notion ainsi fix&#233;e n'a pour fond que son passage dans l'oppos&#233; : la r&#233;alit&#233; surgit dans le spectacle, et le spectacle est r&#233;el. Cette ali&#233;nation r&#233;ciproque est l'essence et le soutien de la soci&#233;t&#233; existante.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
9&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Dans le monde &lt;i&gt;r&#233;ellement renvers&#233;&lt;/i&gt;, le vrai est un moment du faux.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
10&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le concept de spectacle unifie et explique une grande diversit&#233; de ph&#233;nom&#232;nes apparents. Leurs diversit&#233;s et contrastes sont les apparences de cette apparence organis&#233;e socialement, qui doit &#234;tre elle-m&#234;me reconnue dans sa v&#233;rit&#233; g&#233;n&#233;rale. Consid&#233;r&#233; selon ses propres termes, le spectacle est l'affirmation de l'apparence et l'&lt;i&gt;affirmation&lt;/i&gt; de toute vie humaine, c'est-&#224;-dire sociale, comme simple apparence. Mais la critique qui atteint la v&#233;rit&#233; du spectacle le d&#233;couvre comme la &lt;i&gt;n&#233;gation&lt;/i&gt; visible de la vie ; comme une n&#233;gation de la vie qui &lt;i&gt;est devenue visible&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
11&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Pour d&#233;crire le spectacle, sa formation, ses fonctions, et les forces qui tendent &#224; sa dissolution, il faut distinguer artificiellement des &#233;l&#233;ments ins&#233;parables. En &lt;i&gt;analysant&lt;/i&gt; le spectacle, on parle dans une certaine mesure le langage m&#234;me du spectaculaire, en ceci que l'on passe sur le terrain m&#233;thodologique de cette soci&#233;t&#233; qui s'exprime dans le spectacle. Mais le spectacle n'est rien d'autre que le &lt;i&gt;sens&lt;/i&gt; de la pratique totale d'une formation &#233;conomique-sociale, son &lt;i&gt;emploi du temps&lt;/i&gt;. C'est le moment historique qui nous contient.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
12&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le spectacle se pr&#233;sente comme une &#233;norme positivit&#233; indiscutable et inaccessible. Il ne dit rien de plus que &#171; ce qui appara&#238;t est bon, ce qui est bon appara&#238;t &#187;. L'attitude qu'il exige par principe est cette acceptation passive qu'il a d&#233;j&#224; en fait obtenue par sa mani&#232;re d'appara&#238;tre sans r&#233;plique, par son monopole de l'apparence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;13&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le caract&#232;re fondamentalement tautologique du spectacle d&#233;coule du simple fait que ses moyens sont en m&#234;me temps son but. Il est le soleil qui ne se couche jamais sur l'empire de la passivit&#233; moderne. Il recouvre toute la surface du monde et baigne ind&#233;finiment dans sa propre gloire.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
14&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;La soci&#233;t&#233; qui repose sur l'industrie moderne n'est pas fortuitement ou superficiellement spectaculaire, elle est fondamentalement &lt;i&gt;spectacliste&lt;/i&gt;. Dans le spectacle, image de l'&#233;conomie r&#233;gnante, le but n'est rien, le d&#233;veloppement est tout. Le spectacle ne veut en venir &#224; rien d'autre qu'&#224; lui-m&#234;me.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
15&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;En tant qu'indispensable parure des objets produits maintenant, en tant qu'expos&#233; g&#233;n&#233;ral de la rationalit&#233; du syst&#232;me, et en tant que secteur &#233;conomique avanc&#233; qui fa&#231;onne directement une multitude croissante d'images-objets, le spectacle est la &lt;i&gt;principale production&lt;/i&gt; de la soci&#233;t&#233; actuelle.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
16&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le spectacle soumet les hommes vivants dans la mesure o&#249; l'&#233;conomie les a totalement soumis. Il n'est rien que l'&#233;conomie se d&#233;veloppant pour elle-m&#234;me. Il est le reflet fid&#232;le de la production des choses, et l'objectivation infid&#232;le des producteurs.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
17&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;La premi&#232;re phase de la domination de l'&#233;conomie sur la vie sociale avait entra&#238;n&#233; dans la d&#233;finition de toute r&#233;alisation humaine une &#233;vidente d&#233;gradation de l'&lt;i&gt;&#234;tre&lt;/i&gt; en &lt;i&gt;avoir&lt;/i&gt;. La phase pr&#233;sente de l'occupation totale de la vie sociale par les r&#233;sultats accumul&#233;s de l'&#233;conomie conduit &#224; un glissement g&#233;n&#233;ralis&#233; de l'&lt;i&gt;avoir&lt;/i&gt; au &lt;i&gt;para&#238;tre&lt;/i&gt;, dont tout &#171; avoir &#187; effectif doit tirer son prestige imm&#233;diat et sa fonction derni&#232;re. En m&#234;me temps toute r&#233;alit&#233; individuelle est devenue sociale, directement d&#233;pendante de la puissance sociale, fa&#231;onn&#233;e par elle. En ceci seulement qu'elle &lt;i&gt;n'est pas&lt;/i&gt;, il lui est permis d'appara&#238;tre.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
18&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;L&#224; o&#249; le monde r&#233;el se change en simples images, les simples images deviennent des &#234;tres r&#233;els, et les motivations efficientes d'un comportement hypnotique. Le spectacle, comme tendance &#224; &lt;i&gt;faire voir&lt;/i&gt; par diff&#233;rentes m&#233;diations sp&#233;cialis&#233;es le monde qui n'est plus directement saisissable, trouve normalement dans la vue le sens humain privil&#233;gi&#233; qui fut &#224; d'autres &#233;poques le toucher ; le sens le plus abstrait, et le plus mystifiable, correspond &#224; l'abstraction g&#233;n&#233;ralis&#233;e de la soci&#233;t&#233; actuelle. Mais le spectacle n'est pas identifiable au simple regard, m&#234;me combin&#233; &#224; l'&#233;coute. Il est ce qui &#233;chappe &#224; l'activit&#233; des hommes, &#224; la reconsid&#233;ration et &#224; la correction de leur oeuvres. Il est le contraire du dialogue. Partout o&#249; il y a &lt;i&gt;repr&#233;sentation&lt;/i&gt; ind&#233;pendante, le spectacle se reconstitue.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
19&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le spectacle est l'h&#233;ritier de toute la &lt;i&gt;faiblesse&lt;/i&gt; du projet philosophique occidental qui fut une compr&#233;hension de l'activit&#233;, domin&#233; par les cat&#233;gories du &lt;i&gt;voir&lt;/i&gt; ; aussi bien qu'il se fonde sur l'incessant d&#233;ploiement de la rationalit&#233; technique pr&#233;cise qui est issue de cette pens&#233;e. Il ne r&#233;alise pas la philosophie, il philosophie la r&#233;alit&#233;. C'est la vie concr&#232;te de tous qui s'est d&#233;grad&#233;e en univers &lt;i&gt;sp&#233;culatif&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
20&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;La philosophie, en tant que pouvoir de la pens&#233;e s&#233;par&#233;e, et pens&#233;e du pouvoir s&#233;par&#233;, n'a jamais pu par elle-m&#234;me d&#233;passer la th&#233;ologie. Le spectacle est la reconstruction mat&#233;rielle de l'illusion religieuse. La technique spectaculaire n'a pas dissip&#233; les nuages religieux o&#249; les hommes avaient plac&#233; leurs propres pouvoirs d&#233;tach&#233;s d'eux : elle les a seulement reli&#233;s &#224; une base terrestre. Ainsi c'est la vie la plus terrestre qui devient opaque et irrespirable. Elle ne rejette plus dans le ciel, mais elle h&#233;berge chez elle sa r&#233;cusation absolue, son fallacieux paradis. Le spectacle est la r&#233;alisation technique de l'exil des pouvoirs humains dans un au-del&#224; ; la scission achev&#233;e &#224; l'int&#233;rieur de l'homme. &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
21&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;A mesure que la n&#233;cessit&#233; se trouve socialement r&#234;v&#233;e, le r&#234;ve devient n&#233;cessaire. Le spectacle est le mauvais r&#234;ve de la soci&#233;t&#233; moderne encha&#238;n&#233;e, qui n'exprime finalement que son d&#233;sir de dormir. Le spectacle est le gardien de ce sommeil.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
22&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le fait que la puissance pratique de la soci&#233;t&#233; moderne s'est d&#233;tach&#233;e d'elle-m&#234;me, et s'est &#233;difi&#233; un empire ind&#233;pendant dans le spectacle, ne peut s'expliquer que par cet autre fait que cette pratique puissante continuait &#224; manquer de coh&#233;sion, et &#233;tait demeur&#233;e en contradiction avec elle-m&#234;me.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
23&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;C'est la plus vieille sp&#233;cialisation sociale, la sp&#233;cialisation du pouvoir, qui est &#224; la racine du spectacle. Le spectacle est ainsi une activit&#233; sp&#233;cialis&#233;e qui parle pour l'ensemble des autres. C'est la repr&#233;sentation diplomatique de la soci&#233;t&#233; hi&#233;rarchique devant elle-m&#234;me, o&#249; toute autre parole est bannie. Le plus moderne y est aussi le plus archa&#239;que.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
24&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le spectacle est le discourt ininterrompu que l'ordre pr&#233;sent tient sur lui-m&#234;me, son monologue &#233;logieux. C'est l'auto-portrait du pouvoir &#224; l'&#233;poque de sa gestion totalitaire des conditions d'existence. L'apparence f&#233;tichiste de pure objectivit&#233; dans les relations spectaculaires cache leur caract&#232;re de relation entre hommes et entre classes : une seconde nature para&#238;t dominer notre environnement de ses lois fatales. Mais le spectacle n'est pas ce produit n&#233;cessaire du d&#233;veloppement technique regard&#233; comme d&#233;veloppement &lt;i&gt;naturel&lt;/i&gt;. La soci&#233;t&#233; du spectacle est au contraire la forme qui choisit son propre contenu technique. Si le spectacle, pris sous l'aspect restreint des &#171; moyens de communication de masse &#187;, qui sont sa manifestation superficielle la plus &#233;crasante, peut para&#238;tre envahir la soci&#233;t&#233; comme une simple instrumentation, celle-ci n'est en fait rien de neutre, mais l'instrumentation m&#234;me qui convient &#224; son auto-mouvement total. Si es besoins sociaux de l'&#233;poque o&#249; se d&#233;veloppent de telles techniques ne peuvent trouver de satisfaction que par leur m&#233;diation, si l'administration de cette soci&#233;t&#233; et tout contact entre les hommes ne peuvent plus s'exercer que par l'interm&#233;diaire de cette puissance de communication instantan&#233;e, c'est parce que cette &#171; communication &#187; est essentiellement &lt;i&gt;unilat&#233;rale&lt;/i&gt; ; de sorte que sa concentration revient &#224; accumuler dans les mains de l'administration du syst&#232;me existant les moyens qui lui permettent de poursuivre cette administration d&#233;termin&#233;e. La scission g&#233;n&#233;ralis&#233;e du spectacle est ins&#233;parable est ins&#233;parable de l'&lt;i&gt;Etat&lt;/i&gt; moderne, c'est-&#224;-dire de la forme g&#233;n&#233;rale de la scission dans la soci&#233;t&#233;, produit de la division du travail social et organe de la domination de classe.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
25&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;La &lt;i&gt;s&#233;paration&lt;/i&gt; est l'alpha et l'om&#233;ga du spectacle. L'institutionnalisation de la division sociale du travail, la formation des classes avaient construit une premi&#232;re contemplation sacr&#233;e, l'ordre mythique dont tout pouvoir s'enveloppe d&#232;s l'origine. Le sacr&#233; a justifi&#233; l'ordonnance cosmique et ontologique qui correspondait aux int&#233;r&#234;ts des ma&#238;tres, il a expliqu&#233; et embelli ce que la soci&#233;t&#233; &lt;i&gt;ne pouvait pas faire&lt;/i&gt;. Tout pouvoir s&#233;par&#233; a donc &#233;t&#233; spectaculaire, mais l'adh&#233;sion de tous &#224; une telle image immobile ne signifiait que la reconnaissance commune d'un prolongement imaginaire pour la pauvret&#233; de l'activit&#233; sociale r&#233;elle, encore largement ressentie comme une condition unitaire. Le spectacle moderne exprime au contraire ce que la soci&#233;t&#233; &lt;i&gt;peut faire&lt;/i&gt;, mais dans cette expression le &lt;i&gt;permis&lt;/i&gt; s'oppose absolument au &lt;i&gt;possible&lt;/i&gt;. Le spectacle est la conservation de l'inconscience dans le changement pratique des conditions d'existence. Il est son propre produit, et c'est lui-m&#234;me qui a pos&#233; ses r&#232;gles : c'est un pseudo sacr&#233;. Il montre ce qu'il &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; : la puissance s&#233;par&#233;e se d&#233;veloppant en elle-m&#234;me, dans la croissance de la productivit&#233; au moyen du raffinement incessant de la division du travail en parcellarisation de gestes, alors domin&#233;s par le mouvement ind&#233;pendant des machines ; et travaillant pour un march&#233; toujours plus &#233;tendu. Toute communaut&#233; et tout sens critique se sont dissous au long de ce mouvement, dans le quel les forces qui ont pu grandir en se s&#233;parant ne se sont pas encore &lt;i&gt;retrouv&#233;es&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
26&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Avec la s&#233;paration g&#233;n&#233;ralis&#233;e du travailleur et de son produit, se perdent tout point de vue unitaire sur l'activit&#233; accomplie, toute communication personnelle directe entre les producteurs. Suivant le progr&#232;s de l'accumulation des produits s&#233;par&#233;s, et de la concentration du processus productif, l'unit&#233; et la communication deviennent l'attribut exclusif de la direction du syst&#232;me. La r&#233;ussite du syst&#232;me &#233;conomique de la s&#233;paration est la &lt;i&gt;prol&#233;tarisation&lt;/i&gt; du monde.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
27&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Par la r&#233;ussite m&#234;me de la production s&#233;par&#233;e en tant que production du s&#233;par&#233;, l'exp&#233;rience fondamentale li&#233;e dans les soci&#233;t&#233;s primitives &#224; un travail principal est en train de se d&#233;placer, au p&#244;le de d&#233;veloppement du syst&#232;me, vers le non-travail, l'inactivit&#233;. Mais cette inactivit&#233; n'est en rien lib&#233;r&#233;e de l'activit&#233; productrice : elle d&#233;pend d'elle, elle est soumission inqui&#232;te et admirative aux n&#233;cessit&#233;s et aux r&#233;sultats de la production ; elle est elle-m&#234;me un produit de sa rationalit&#233;. Il ne peut y avoir de libert&#233; hors de l'activit&#233;, et dans le cadre du spectacle toute activit&#233; est ni&#233;e, exactement comme l'activit&#233; r&#233;elle a &#233;t&#233; int&#233;gralement capt&#233;e pour l'&#233;dification globale de ce r&#233;sultat. Ainsi l'actuelle &#171; lib&#233;ration du travail &#187;, l'augmentation des loisirs, n'est aucunement lib&#233;ration dans le travail, ni lib&#233;ration d'un monde fa&#231;onn&#233; par ce travail. Rien de l'activit&#233; vol&#233;e dans le travail ne peut se retrouver dans la soumission &#224; son r&#233;sultat.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
28&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le syst&#232;me &#233;conomique fond&#233; sur l'isolement est une &lt;i&gt;production circulaire de l'isolement&lt;/i&gt;. L'isolement fonde la technique, et le processus technique isole en retour. De l'automobile &#224; la t&#233;l&#233;vision, tous les &lt;i&gt;biens s&#233;lectionn&#233;s&lt;/i&gt; par le syst&#232;me spectaculaire sont aussi ses armes pour le renforcement constant des conditions d'isolement des &#171; foules solitaires &#187;. Le spectacle retrouve toujours plus concr&#232;tement ses propres pr&#233;suppositions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;29&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;L'origine du spectacle est la perte d'unit&#233; du monde, et l'expansion gigantesque du spectacle moderne exprime la totalit&#233; de cette perte : l'abstraction de tout travail particulier et l'abstraction g&#233;n&#233;rale de la production d'ensemble se traduisent parfaitement dans le spectacle, dont le &lt;i&gt;mode d'&#234;tre concret&lt;/i&gt; est justement l'abstraction. Dans le spectacle, une partie du monde se &lt;i&gt;repr&#233;sente&lt;/i&gt; devant le monde, et lui est sup&#233;rieure. Le spectacle n'est que le langage commun de cette s&#233;paration. Ce qui relie les spectateurs n'est qu'un rapport irr&#233;versible au centre m&#234;me qui maintient leur isolement. Le spectacle r&#233;unit le s&#233;par&#233;, mais il le r&#233;unit &lt;i&gt;en tant que s&#233;par&#233;&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
30&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;L'ali&#233;nation du spectateur au profit de l'objet contempl&#233; (qui est le r&#233;sultat de sa propre activit&#233; inconsciente) s'exprime ainsi : plus il contemple, moins il vit ; plus il accepte de se reconna&#238;tre dans les images dominantes du besoin, moins il comprend sa propre existence et son propre d&#233;sir. L'ext&#233;riorit&#233; du spectacle par rapport &#224; l'homme agissant appara&#238;t en ce que ses propres gestes ne sont plus &#224; lui, mais &#224; un autre qui les lui repr&#233;sentent. C'est pourquoi le spectateur ne se sent chez lui nulle part, car le spectacle est partout.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
31&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le travailleur ne se produit pas lui-m&#234;me, il produit une puissance ind&#233;pendante. Le &lt;i&gt;succ&#232;s&lt;/i&gt; de cette production, son abondance, revient vers le producteur comme &lt;i&gt;abondance de la d&#233;possession&lt;/i&gt;. Tout le temps et l'espace de son monde lui deviennent &lt;i&gt;&#233;trangers&lt;/i&gt; avec l'accumulation de ses produits ali&#233;n&#233;s. Le spectacle est la carte de ce nouveau monde, carte qui recouvre exactement son territoire. Les forces m&#234;me qui nous ont &#233;chapp&#233; se &lt;i&gt;montrent&lt;/i&gt; &#224; nous dans toute leur puissance.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
32&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le spectacle dans la soci&#233;t&#233; correspond &#224; une fabrication concr&#232;te de l'ali&#233;nation. L'expansion &#233;conomique est principalement l'expansion de cette production industrielle pr&#233;cise. Ce qui cro&#238;t avec l'&#233;conomie se mouvant pour elle-m&#234;me ne peut &#234;tre que l'ali&#233;nation qui &#233;tait justement dans son noyau originel.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
33&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;L'homme s&#233;par&#233; de son produit, de plus en plus puissamment produit lui-m&#234;me tous les d&#233;tails de son monde, et ainsi se trouve de plus en plus s&#233;par&#233; de son monde. D'autant plus sa vie est maintenant son produit, d'autant plus il est s&#233;par&#233; se sa vie.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
34&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le spectacle est le &lt;i&gt;capital&lt;/i&gt; &#224; un tel degr&#233; d'accumulation qu'il devient image.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. La marchandise comme spectacle&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Car ce n'est que comme cat&#233;gorie universelle de l'&#234;tre social total que la marchandise peut &#234;tre comprise dans son essence authentique. Ce n'est que dans ce contexte que la r&#233;ification surgie du rapport marchand acquiert une signification d&#233;cisive, tant pour l'&#233;volution objective de la soci&#233;t&#233; que pour l'attitude des hommes &#224; son &#233;gard, pour la soumission de leur conscience aux formes dans lesquelles cette r&#233;ification s'exprime... Cette soumission s'accro&#238;t encore du fait que plus la rationalisation et la m&#233;canisation du processus de travail augmentent, plus l'activit&#233; du travailleur perd son caract&#232;re d'activit&#233; pour devenir une attitude &lt;i&gt;contemplative&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luk&#224;cs (&lt;i&gt;Histoire et conscience de classe&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;35&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
A ce mouvement essentiel du spectacle, qui consiste &#224; reprendre en lui tout ce qui existait dans l'activit&#233; humaine &lt;i&gt;&#224; l'&#233;tat fluide&lt;/i&gt;, pour le poss&#233;der &#224; l'&#233;tat coagul&#233;, en tant que choses qui sont devenues la valeur exclusive par leur &lt;i&gt;formulation en n&#233;gatif&lt;/i&gt; de la valeur v&#233;cue, nous reconnaissons notre vieille ennemie qui sait si bien para&#238;tre au premier coup d'oeil quelque chose de trivial et se comprenant de soi-m&#234;me, alors qu'elle est au contraire si complexe et si pleine de subtilit&#233;s m&#233;taphysiques, &lt;i&gt;la marchandise&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
36&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;C'est le principe du f&#233;tichisme de la marchandise, la domination de la soci&#233;t&#233; par &#171; des choses suprasensibles bien que sensibles &#187;, qui s'accomplit absolument dans le spectacle, o&#249; le mode sensible se trouve remplac&#233; par une s&#233;lection d'images qui existe au-dessus de lui, et qui en m&#234;me temps s'est fait reconna&#238;tre comme le sensible par excellence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;37&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le monde &#224; la fois pr&#233;sent et absent que le spectacle &lt;i&gt;fait voir&lt;/i&gt; au monde de la marchandise dominant tout ce qui est v&#233;cu. Et le monde de la marchandise est ainsi montr&#233; &lt;i&gt;comme il est&lt;/i&gt;, car son mouvement est identique &#224; l'&lt;i&gt;&#233;loignement&lt;/i&gt; des hommes entre eux et vis-&#224;-vis de leur produit global.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
38&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;La perte de la qualit&#233;, si &#233;vidente &#224; tous les niveaux du langage spectaculaire, des objets qu'il loue et des conduites qu'il r&#232;gle, ne fait que traduire les caract&#232;res fondamentaux de la production r&#233;elle qui &#233;carte la r&#233;alit&#233; : la forme-marchandise est de part en part l'&#233;galit&#233; &#224; soi-m&#234;me, la cat&#233;gorie du quantitatif. C'est le quantitatif qu'elle d&#233;veloppe, et elle ne peut se d&#233;velopper qu'en lui.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
39&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Ce d&#233;veloppement qui exclut le qualitatif est lui-m&#234;me soumis, en tant que d&#233;veloppement, au passage qualitatif : le spectacle signifie qu'il a franchi le seuil de sa &lt;i&gt;propre abondance&lt;/i&gt; ; ceci n'est encore vrai localement que sur quelques points, mais d&#233;j&#224; vrai &#224; l'&#233;chelle universelle qui est la r&#233;f&#233;rence originelle de la marchandise, r&#233;f&#233;rence que son mouvement pratique, rassemblant la Terre comme march&#233; mondial, a v&#233;rifi&#233;.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
40&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le d&#233;veloppement des forces productives a &#233;t&#233; l'&lt;i&gt;histoire r&#233;elle inconsciente&lt;/i&gt; qui a construit et modifi&#233; les conditions d'existence des groupes humains en tant que condition de survie, et &#233;largissement de ces conditions : la base &#233;conomique de toutes leurs entreprises. Le secteur de la marchandise a &#233;t&#233;, &#224; l'int&#233;rieur d'une &#233;conomie naturelle, la constitution d'un surplus de la survie. La production des marchandises, qui implique l'&#233;change de produits vari&#233;s entre des producteurs ind&#233;pendants, a pu rester longtemps artisanale, contenue dans une fonction &#233;conomique marginale o&#249; sa v&#233;rit&#233; quantitative est encore masqu&#233;e. Cependant, l&#224; o&#249; elle a rencontr&#233; les conditions sociales du grand commerce et de l'accumulation des capitaux, elle a saisi la domination totale de l'&#233;conomie. L'&#233;conomie tout enti&#232;re est alors devenue ce que la marchandise s'&#233;tait montr&#233;e &#234;tre au cours de cette conqu&#234;te : un processus de d&#233;veloppement quantitatif. Ce d&#233;ploiement incessant de la puissance &#233;conomique sous la forme de la marchandise, qui a transfigur&#233; le travail humain en travail-marchandise, en &lt;i&gt;salariat&lt;/i&gt;, aboutit cumulativement &#224; une abondance dans laquelle la question premi&#232;re de la survie est sans doute r&#233;solue, mais d'une mani&#232;re telle qu'elle doit se retrouver toujours : elle est chaque fois pos&#233;e de nouveau &#224; un degr&#233; sup&#233;rieur. La croissance &#233;conomique lib&#232;re les soci&#233;t&#233;s de la pression naturelle qui exigeait leur lutte imm&#233;diate pour la survie, mais alors c'est de leur lib&#233;rateur qu'elles ne sont pas lib&#233;r&#233;es. L'&lt;i&gt;ind&#233;pendance&lt;/i&gt; de la marchandise s'est &#233;tendue &#224; l'ensemble de l'&#233;conomie sur laquelle elle r&#232;gne. L'&#233;conomie transforme le monde, mais le transforme seulement en monde de l'&#233;conomie. La pseudo-nature dans laquelle le travail humain s'est ali&#233;n&#233; exige de poursuivre &#224; l'infini son &lt;i&gt;service&lt;/i&gt;, et ce service, n'&#233;tant jug&#233; et absous que par lui-m&#234;me, en fait obtient la totalit&#233; des efforts et des projets socialement licites, comme ses serviteurs. L'abondance des marchandises, c'est &#224; dire du rapport marchand, ne peut &#234;tre plus que la &lt;i&gt;survie augment&#233;e&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
41&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;La domination de la marchandise s'est d'abord exerc&#233;e d'une mani&#232;re occulte sur l'&#233;conomie, qui elle-m&#234;me, en tant que base mat&#233;rielle de la vie sociale, restait inaper&#231;ue et incomprise, comme le familier qui n'est pas pour autant connu. Dans une soci&#233;t&#233; o&#249; la marchandise concr&#232;te reste rare ou minoritaire, c'est la domination apparente de l'argent qui se pr&#233;sente comme l'&#233;missaire muni des pleins pouvoirs qui parle au nom d'une puissance inconnue. Avec la r&#233;volution industrielle, la division manufacturi&#232;re du travail et de la production massive pour le march&#233; mondial, la marchandise appara&#238;t effectivement, comme une puissance qui vient r&#233;ellement occuper la vie sociale. C'est alors que se constitue l'&#233;conomie politique, comme science dominante et comme science de la domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 42&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le spectacle est le moment o&#249; la marchandise est parvenue &#224; &lt;i&gt;Y occupation totale &lt;/i&gt;de la vie sociale. Non seulement le rapport &#224; la marchandise est visible, mais on ne voit plus que lui : le monde que l'on voit est son monde. La production &#233;conomique moderne &#233;tend sa dictature extensivement et intensivement. Dans les lieux les moins industrialis&#233;s, son r&#232;gne est d&#233;j&#224; pr&#233;sent avec quelques marchandise s-vedette s et en tant que domination imp&#233;rialiste par les zones qui sont en t&#234;te dans le d&#233;veloppement de la productivit&#233;. Dans ces zones avanc&#233;es, l'espace social est envahi par une superposition continue de couches g&#233;ologiques de marchandises. A ce point de la &#171; deuxi&#232;me r&#233;volution industrielle &#187;, la consommation ali&#233;n&#233;e devient pour les masses un devoir suppl&#233;mentaire &#224; la production ali&#233;n&#233;e. C'est &lt;i&gt;tout le travail vendu &lt;/i&gt;d'une soci&#233;t&#233; qui devient globalement &lt;i&gt;la marchandise totale &lt;/i&gt;dont le cycle doit se poursuivre. Pour ce faire, il faut que cette marchandise totale revienne fragmentairement &#224; l'individu fragmentaire, absolument s&#233;par&#233; des forces productives op&#233;rant comme un ensemble. C'est donc ici que la science sp&#233;cialis&#233;e de la domination doit se sp&#233;cialiser &#224; son tour : elle s'&#233;miette en sociologie, psychotechnique, cybern&#233;tique, s&#233;miologie, etc., veillant &#224; l'autor&#233;gulation de tous les niveaux du processus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 43&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que dans la phase primitive de l'accumulation capitaliste &#171; l'&#233;conomie politique ne voit dans le &lt;i&gt;prol&#233;taire &lt;/i&gt;que &lt;i&gt;l'ouvrier &lt;/i&gt; &#187;, qui doit recevoir le minimum indispensable pour la conservation de sa force de travail, sans jamais le consid&#233;rer &#171; dans ses loisirs, dans son humanit&#233; &#187;, cette position des id&#233;es de la classe dominante se renverse aussit&#244;t que le degr&#233; d'abondance atteint dans la production des marchandises exige un surplus de collaboration de l'ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet ouvrier soudain lav&#233; du m&#233;pris total qui lui est clairement signifi&#233; par toutes les modalit&#233;s d'organisation et surveillance de la production, se retrouve chaque jour en dehors de celle-ci apparemment trait&#233; comme une grande personne, avec une politesse empress&#233;e, sous le d&#233;guisement du consommateur. Alors, &lt;i&gt;Y humanisme de la marchandise &lt;/i&gt;prend en charge &#171; les loisirs et l'humanit&#233; &#187; du travailleur, tout simplement parce que l'&#233;conomie politique peut et doit maintenant dominer ces sph&#232;res &lt;i&gt;en tant qu'&#233;conomie politique. &lt;/i&gt;Ainsi &#171; le reniement achev&#233; de l'homme &#187; a pris en charge la totalit&#233; de l'existence humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 44&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le spectacle est une guerre de l'opium permanente pour faire accepter l'identification des biens aux marchandises ; et de la satisfaction &#224; la survie augmentant selon ses propres lois. Mais si la survie consommable est quelque chose qui doit augmenter toujours, c'est parce qu'elle ne cesse de &lt;i&gt;contenir la privation. &lt;/i&gt;S'il n'y a aucun au-del&#224; de la survie augment&#233;e, aucun point o&#249; elle pourrait cesser sa croissance, c'est parce qu'elle n'est pas elle-m&#234;me au del&#224; de la privation, mais qu'elle est la privation devenue plus riche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 45&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'automation, qui est &#224; la fois le secteur le plus avanc&#233; de l'industrie moderne, et le mod&#232;le o&#249; se r&#233;sume parfaitement sa pratique, il faut que le monde de la marchandise surmonte cette contradiction : l'instrumentation technique qui supprime objectivement le travail doit en m&#234;me temps conserver &lt;i&gt;le travail comme marchandise, &lt;/i&gt;et seul lieu de naissance de la marchandise. Pour que l'automation, ou toute autre forme moins extr&#234;me de l'accroissement de la productivit&#233; du travail, ne diminue pas effectivement le temps de travail social n&#233;cessaire &#224; l'&#233;chelle de la soci&#233;t&#233;, il est n&#233;cessaire de cr&#233;er de nouveaux emplois. Le secteur tertiaire, les services, sont l'immense &#233;tirement des lignes d'&#233;tapes de l'arm&#233;e de la distribution et de l'&#233;loge des marchandises actuelles ; mobilisation de forces suppl&#233;tives qui rencontre opportun&#233;ment, dans la facticit&#233; m&#234;me des besoins relatifs &#224; de telles marchandises, la n&#233;cessit&#233; d'une telle organisation de l'arri&#232;re-travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 46&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La valeur d'&#233;change n'a pu se former qu'en tant qu'agent de la valeur d'usage, mais sa victoire par ses propres armes a cr&#233;&#233; les conditions de sa domination autonome. Mobilisant tout usage humain et saisissant le monopole de sa satisfaction, elle a fini par &lt;i&gt;diriger l'usage. &lt;/i&gt;Le processus de l'&#233;change s'est identifi&#233; &#224; tout usage possible, et l'a r&#233;duit &#224; sa merci. La valeur d'&#233;change est le condottiere de la valeur d'usage, qui finit par mener la guerre pour son propre compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 47&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette constante de l'&#233;conomie capitaliste qui est &lt;i&gt;la baisse tendancielle de la valeur d'usage &lt;/i&gt;d&#233;veloppe une nouvelle forme de privation &#224; l'int&#233;rieur de la survie augment&#233;e, laquelle n'est pas davantage affranchie de l'ancienne p&#233;nurie puisqu'elle exige la participation de la grande majorit&#233; des hommes, comme travailleurs salari&#233;s, &#224; la poursuite infinie de son effort ; et que chacun sait qu'il lui faut s'y soumettre ou mourir. C'est la r&#233;alit&#233; de ce chantage, le fait que l'usage sous sa forme la plus pauvre (manger, habiter) n'existe plus qu'emprisonn&#233; dans la richesse illusoire de la survie augment&#233;e, qui est la base r&#233;elle de l'acceptation de l'illusion en g&#233;n&#233;ral dans la consommation des marchandises modernes. Le consommateur r&#233;el devient consommateur d'illusions. La marchandise est cette illusion effectivement r&#233;elle, et le spectacle sa manifestation g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 48&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La valeur d'usage qui &#233;tait implicitement comprise dans la valeur d'&#233;change doit &#234;tre maintenant explicitement proclam&#233;e, dans la r&#233;alit&#233; invers&#233;e du spectacle, justement parce que sa r&#233;alit&#233; effective est rong&#233;e par l'&#233;conomie marchande sur-d&#233;velopp&#233;e ; et qu'une pseudo-justification devient n&#233;cessaire &#224; la fausse vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 49&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le spectacle est l'autre face de l'argent : l'&#233;quivalent g&#233;n&#233;ral abstrait de toutes les marchandises. Mais si l'argent a domin&#233; la soci&#233;t&#233; en tant que repr&#233;sentation de l'&#233;quivalence centrale, c'est-&#224;-dire du caract&#232;re &#233;changeable des biens multiples dont l'usage restait incomparable, le spectacle est son compl&#233;ment moderne d&#233;velopp&#233; o&#249; la totalit&#233; du monde marchand appara&#238;t en bloc, comme une &#233;quivalence g&#233;n&#233;rale &#224; ce que l'ensemble de la soci&#233;t&#233; peut &#234;tre et faire. Le spectacle est l'argent que l'on &lt;i&gt;regarde seulement, &lt;/i&gt;car en lui d&#233;j&#224; c'est la totalit&#233; de l'usage qui s'est &#233;chang&#233;e contre la totalit&#233; de la repr&#233;sentation abstraite. Le spectacle n'est pas seulement le serviteur du &lt;i&gt;pseudo-usage, &lt;/i&gt;il est d&#233;j&#224; en lui-m&#234;me le pseudo-usage de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 50&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat concentr&#233; du travail social, au moment de l'abondance &lt;i&gt;&#233;conomique, &lt;/i&gt;devient apparent et soumet toute r&#233;alit&#233; &#224; l'apparence, qui est maintenant son produit. Le capital n'est plus le centre invisible qui dirige le mode de production : son accumulation l'&#233;tal&#233; jusqu'&#224; la p&#233;riph&#233;rie sous forme d'objets sensibles. Toute l'&#233;tendue de la soci&#233;t&#233; est son portrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 51&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire de l'&#233;conomie autonome doit &#234;tre en m&#234;me temps sa perte. Les forces qu'elle a d&#233;cha&#238;n&#233;es suppriment la &lt;i&gt;n&#233;cessit&#233; &#233;conomique &lt;/i&gt;qui a &#233;t&#233; la base immuable des soci&#233;t&#233;s anciennes. Quand elle la remplace par la n&#233;cessit&#233; du d&#233;veloppement &#233;conomique infini, elle ne peut que remplacer la satisfaction des premiers besoins humains sommairement reconnus, par une fabrication ininterrompue de pseudo-besoins qui se ram&#232;nent au seul pseudo-besoin du maintien de son r&#232;gne. Mais l'&#233;conomie autonome se s&#233;pare &#224; jamais du besoin profond dans la mesure m&#234;me o&#249; elle sort de &lt;i&gt;l'inconscient social &lt;/i&gt;qui d&#233;pendait d'elle sans le savoir. &#171; Tout ce qui est conscient s'use. Ce qui est inconscient reste inalt&#233;rable. Mais une fois d&#233;livr&#233;, ne tombe-t-il pas en ruine &#224; son tour ? &#187; (Freud.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 52&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; la soci&#233;t&#233; d&#233;couvre qu'elle d&#233;pend de l'&#233;conomie, l'&#233;conomie, en fait, d&#233;pend d'elle. Cette puissance souterraine, qui a grandi jusqu'&#224; para&#238;tre souverainement, a aussi perdu sa puissance. L&#224; o&#249; &#233;tait le &lt;i&gt;&#231;a &lt;/i&gt;&#233;conomique doit venir le &lt;i&gt;je. &lt;/i&gt;Le sujet ne peut &#233;merger que de la soci&#233;t&#233;, c'est-&#224;-dire de la lutte qui est en elle-m&#234;me. Son existence possible est suspendue aux r&#233;sultats de la lutte des classes qui se r&#233;v&#232;le comme le produit et le producteur de la fondation &#233;conomique de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 53&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conscience du d&#233;sir et le d&#233;sir de la conscience sont identiquement ce projet qui, sous sa forme n&#233;gative, veut l'abolition des classes, c'est-&#224;-dire la possession directe des travailleurs sur tous les moments de leur activit&#233;. Son &lt;i&gt;contraire &lt;/i&gt;est la soci&#233;t&#233; du spectacle, o&#249; la marchandise se contemple elle-m&#234;me dans un monde qu'elle a cr&#233;&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III. Unit&#233; et division dans l'apparence&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une nouvelle pol&#233;mique anim&#233;e se d&#233;roule dans le pays, sur le front de la philosophie, &#224; propos des concepts &#034;un se divise en deux&#034; et &#034;deux fusionnent en un&#034;. Ce d&#233;bat est une lutte entre ceux qui sont pour et ceux qui contre la dialectique mat&#233;rialiste, une lutte entre deux conceptions du monde : la conception prol&#233;tarienne et la conception bourgeoise. Ceux qui soutiennent que &#034;un se divise en deux est la loi fondamentale des choses se tiennent du c&#244;t&#233; de la dialectique mat&#233;rialiste : ceux qui soutiennent que la loi fondamentale des chose est que &#034;deux fusionnent en un&#034; sont contre la dialectique mat&#233;rialiste. Les deux c&#244;t&#233;s ont tir&#233; une nette ligne de d&#233;marcation entre eux et leurs arguments sont diam&#233;tralement oppos&#233;s. Cette pol&#233;mique refl&#232;te sur le plan id&#233;ologique la lutte de classe aigu&#235; et complexe qui se d&#233;roule en Chine et dans le monde &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Drapeau rouge &lt;/i&gt;de P&#233;kin, 21 Septembre 1964.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
54&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le spectacle, comme la soci&#233;t&#233; moderne, est &#224; la fois uni et divis&#233;. Comme elle, il &#233;difie son unit&#233; sur le d&#233;chirement. Mais la contradiction, quand elle &#233;merge dans le spectacle, est &#224; son tour contredite par un renversement de son sens ; de sorte que la division montr&#233;e est unitaire, alors que l'unit&#233; montr&#233;e est divis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;55&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;C'est la lutte de pouvoirs qui se sont constitu&#233;s pour la gestion du m&#234;me syst&#232;me socio-&#233;conomique, qui se d&#233;ploie comme la contradiction officielle appartenant en fait &#224; l'unit&#233; r&#233;elle ; ceci &#224; l'&#233;chelle mondiale aussi bien qu'&#224; l'int&#233;rieur de chaque nation.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
56&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Les fausses luttes spectaculaires des formes rivales du pouvoir s&#233;par&#233; sont en m&#234;me temps r&#233;elles, en ce qu'elles traduisent le d&#233;veloppement in&#233;gal et conflictuel du syst&#232;me, les int&#233;r&#234;ts relativement contradictoires des classes ou des subdivisions de classes qui reconnaissent le syst&#232;me, et d&#233;finissent leur propre participation dans son pouvoir. De m&#234;me que le d&#233;veloppement de l'&#233;conomie la plus avanc&#233;e est l'affrontement de certaines priorit&#233;s contre d'autres, la gestion totalitaire de l'&#233;conomie par une bureaucratie d'Etat, et la condition des pays qui se sont trouv&#233;s plac&#233;s dans la sph&#232;re de la colonisation ou de la semi-colonisation, sont d&#233;finies par des particularit&#233;s consid&#233;rables dans les modalit&#233;s de la production et du pouvoir. Ces diverses oppositions peuvent se donner, dans le spectacle, selon les crit&#232;res tout diff&#233;rents, comme des formes de soci&#233;t&#233; absolument distinctes. Mais selon leur r&#233;alit&#233; effective de secteurs particuliers, la v&#233;rit&#233; de leur particularit&#233; r&#233;side dans le syst&#232;me universel qui les contient : dans le mouvement unique qui a fait de la plan&#232;te son champ, le capitalisme.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
57&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;La soci&#233;t&#233; porteuse du spectacle ne domine pas seulement par son h&#233;g&#233;monie &#233;conomique les r&#233;gions sous-d&#233;velopp&#233;es. Elle les domine &lt;i&gt;en tant que soci&#233;t&#233; du spectacle&lt;/i&gt;. L&#224; o&#249; la base mat&#233;rielle est encore absente, la soci&#233;t&#233; moderne a d&#233;j&#224; envahi spectaculairement la surface sociale de chaque continent. Elle d&#233;finit le programme d'une classe dirigeante et pr&#233;side &#224; sa constitution. De m&#234;me qu'elle pr&#233;sente les pseudo-biens &#224; convoiter, de m&#234;me elle offre aux r&#233;volutionnaires locaux les faux mod&#232;les de r&#233;volution. Le spectacle propre du pouvoir bureaucratique qui d&#233;tient quelques-uns des pays industriels fait pr&#233;cis&#233;ment partie du spectacle total, comme sa pseudo-n&#233;gation g&#233;n&#233;rale, et son soutien. Si le spectacle, regard&#233; dans ses diverses localisations, montre &#224; l'&#233;vidence des sp&#233;cialisations totalitaires de la parole et de l'administration sociales, celles-ci en viennent &#224; se fondre, au niveau du fonctionnement global du syst&#232;me, en une &lt;i&gt;division mondiale des t&#226;ches spectaculaires&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
58&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;La division des t&#226;ches spectaculaires qui conserve la g&#233;n&#233;ralit&#233; de l'ordre existant conserve principalement le p&#244;le dominant de son d&#233;veloppement. La racine du spectacle est dans le terrain de l'&#233;conomie devenue abondante, et c'est de l&#224; que viennent les fruits qui tendent finalement &#224; dominer le march&#233; spectaculaire, en d&#233;pit des barri&#232;res protectionnistes id&#233;ologico-polici&#232;res de n'importe quel spectacle local &#224; pr&#233;tention autarcique.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
59&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le mouvement de &lt;i&gt;banalisation&lt;/i&gt; qui, sous les diversions chatoyantes du spectacle, domine mondialement la soci&#233;t&#233; moderne, la domine aussi sur chacun des points o&#249; la consommation d&#233;velopp&#233;e des marchandises a multipli&#233; en apparence les r&#244;les et les objets &#224; choisir. Les survivances de la religion et de la famille - laquelle reste la forme principale de l'h&#233;ritage du pouvoir de classe -, et donc de la r&#233;pression morale qu'elles assurent, peuvent se combiner comme une m&#234;me chose avec l'affirmation redondante de la jouissance de &lt;i&gt;ce&lt;/i&gt; monde, ce monde n'&#233;tant justement produit qu'en tant que pseudo-jouissance qui garde en elle la r&#233;pression. A l'acceptation b&#233;ate de ce qui existe peut aussi se joindre comme une m&#234;me chose la r&#233;volte purement spectaculaire : ceci traduit ce simple fait que l'insatisfaction elle-m&#234;me est devenue une marchandise d&#232;s que l'abondance &#233;conomique s'est trouv&#233;e capable d'&#233;tendre sa production jusqu'au traitement d'une telle mati&#232;re premi&#232;re.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
60&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;En concentrant en elle l'image d'un r&#244;le possible, la vedette, la repr&#233;sentation spectaculaire de l'homme vivant, concentre donc cette banalit&#233;. La condition vedette est la sp&#233;cialisation de &lt;i&gt;v&#233;cu apparent&lt;/i&gt;, l'objet de l'identification &#224; la vie apparente sans profondeur, qui doit compenser l'&#233;miettement des sp&#233;cialisations productives effectivement v&#233;cues. Les vedettes existent pour figurer des types vari&#233;s de styles de vie et de styles de compr&#233;hension de la soci&#233;t&#233;, libres de s'exercer &lt;i&gt;globalement&lt;/i&gt;. Elles incarnent le r&#233;sultat inaccessible du &lt;i&gt;travail&lt;/i&gt; social, en mimant des sous-produits de ce travail qui sont magiquement transf&#233;r&#233;s au-dessus de lui comme son but : le &lt;i&gt;pouvoir&lt;/i&gt; et les &lt;i&gt;vacances&lt;/i&gt;, la d&#233;cision et la consommation qui sont au commencement et &#224; la fin d'un processus indiscut&#233;. L&#224;, c'est le pouvoir gouvernemental qui se personnalise en pseudo-vedette ; ici c'est la vedette de la consommation qui se fait pl&#233;bisciter en tant que pseudo-pouvoir sur le v&#233;cu. Mais, de m&#234;me que ces activit&#233;s de la vedette ne sont pas r&#233;ellement globales, elles ne sont pas vari&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;61&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;L'agent du spectacle mis en sc&#232;ne comme vedette est le contraire de l'individu, l'ennemi de l'individu en lui-m&#234;me aussi &#233;videmment que chez les autres. Passant dans le spectacle comme mod&#232;le d'identification, il a renonc&#233; &#224; toute qualit&#233; autonome pour s'identifier lui-m&#234;me &#224; la loi g&#233;n&#233;rale de l'ob&#233;issance au cours des choses. La vedette de la consommation, tout en &#233;tant ext&#233;rieurement la repr&#233;sentation de diff&#233;rents types de personnalit&#233;, montre chacun de ces types ayant &#233;galement acc&#232;s &#224; la totalit&#233; de la consommation, et y trouvant pareillement son bonheur. La vedette de la d&#233;cision doit poss&#233;der le stock complet de ce qui a &#233;t&#233; admis comme qualit&#233;s humaines. Ainsi entre elles les divergences officielles sont annul&#233;es par la ressemblance officielle, qui est la pr&#233;supposition de leur excellence en tout. Khrouchtchev &#233;tait devenu g&#233;n&#233;ral pour d&#233;cider de la bataille de Koursk, non sur le terrain, mais au vingti&#232;me anniversaire, quand il se trouvait ma&#238;tre de l'Etat. Kennedy &#233;tait rest&#233; orateur jusqu'&#224; prononcer son &#233;loge sur sa propre tombe, puisque Th&#233;odore Sorensen continuait &#224; ce moment de r&#233;diger pour le successeur les discours dans ce style qui avait tant compt&#233; pour faire reconna&#238;tre la personnalit&#233; du disparu. Les gens admirables en qui le syst&#232;me se personnifie sont bien connus pour n'&#234;tre pas ce qu'ils sont ; ils sont devenus grands hommes en descendant au-dessous de la r&#233;alit&#233; de la moindre vie individuelle, et chacun le sait.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
62&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le faux choix dans l'abondance spectaculaire, choix qui r&#233;side dans la juxtaposition de spectacles concurrentiels et solidaires comme dans la juxtaposition des r&#244;les (principalement signifi&#233;s et port&#233;s par des objets) qui sont &#224; la fois exclusifs et imbriqu&#233;s, se d&#233;veloppe en luttes de qualit&#233;s fantomatiques destin&#233;es &#224; passionner l'adh&#233;sion &#224; la trivialit&#233; quantitative. Ainsi renaissent de fausses oppositions archa&#239;ques, des r&#233;gionalismes ou des racismes charg&#233;s de transfigurer en sup&#233;riorit&#233; ontologique fantastique la vulgarit&#233; des places hi&#233;rarchiques dans la consommation. Ainsi se recompose l'interminable s&#233;rie des affrontements d&#233;risoires mobilisant un int&#233;r&#234;t sous-ludique, du sport de comp&#233;tition aux &#233;lections. L&#224; o&#249; s'est install&#233; la consommation abondante, une opposition spectaculaire principale entre la jeunesse et les adultes vient en premier plan des r&#244;les fallacieux : car nulle part il n'existe d'adulte, ma&#238;tre de sa vie, et la jeunesse, le changement de ce qui existe, n'est aucunement la propri&#233;t&#233; de ces hommes qui sont maintenant jeunes, mais celle du syst&#232;me &#233;conomique, le dynamisme du capitalisme. Ce sont des &lt;i&gt;choses&lt;/i&gt; qui r&#232;gnent et qui sont jeunes ; qui se chassent et se remplacent elles-m&#234;mes.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
63&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;C'est l'&lt;i&gt;unit&#233; de la mis&#232;re&lt;/i&gt; qui se cache sous les oppositions spectaculaires. Si des formes diverses de la m&#234;me ali&#233;nation se combattent sous les masques du choix total, c'est parce qu'elles sont toutes &#233;difi&#233;es sur les contradictions r&#233;elles refoul&#233;es. Selon les n&#233;cessit&#233;s du stade particulier de la mis&#232;re qu'il d&#233;ment et maintient, le spectacle existe sous une forme &lt;i&gt;concentr&#233;e&lt;/i&gt; ou sous une forme &lt;i&gt;diffuse&lt;/i&gt;. Dans les deux cas, il n'est qu'une image d'unification heureuse environn&#233;e de d&#233;solation et d'&#233;pouvante, au centre tranquille du malheur.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
64&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le spectaculaire concentr&#233; appartient essentiellement au capitalisme bureaucratique, encore qu'il puisse &#234;tre import&#233; comme technique du pouvoir &#233;tatique sur des &#233;conomies mixtes plus arri&#233;r&#233;es, ou dans certains moments de crise de capitalisme avanc&#233;. La propri&#233;t&#233; bureaucratique en effet est elle m&#234;me concentr&#233;e en ce sens que le bureaucrate individuel n'a de rapports avec la possession de l'&#233;conomie globale que par l'interm&#233;diaire de la communaut&#233; bureaucratique, qu'en tant que membre de cette communaut&#233;. En outre la production des marchandises, moins d&#233;velopp&#233;e, se pr&#233;sente aussi sous forme concentr&#233;e : la marchandise que la bureaucratie d&#233;tient, c'est le travail social total, et ce qu'elle revend &#224; la soci&#233;t&#233;, c'est sa survie en bloc. La dictature de l'&#233;conomie bureaucratique ne peut laisser aux masses exploit&#233;es aucune marge notable de choix, puisqu'elle a d&#251; tout choisir par elle-m&#234;me, et que tout autre choix ext&#233;rieur, qu'il concerne l'alimentation ou la musique, est donc d&#233;j&#224; le choix de sa destruction compl&#232;te. Elle doit s'accompagner d'une violence permanente. L'image impos&#233;e du bien, dans son spectacle, recueille la totalit&#233; de ce qui existe officiellement, et se concentre normalement sur un seul homme, qui est le garant de sa coh&#233;sion totalitaire. A cette vedette absolue, chacun doit s'identifier magiquement ou dispara&#238;tre. Car il s'agit du ma&#238;tre de sa non-consommation, et de l'image h&#233;ro&#239;que d'un sens acceptable pour l'exploitation absolue qu'est en fait l'accumulation primitive acc&#233;l&#233;r&#233;e par la terreur. Si chaque Chinois doit apprendre Mao, et ainsi &#234;tre Mao, c'est qu'il n'a&lt;i&gt; rien d'autre &#224; &#234;tre&lt;/i&gt;. L&#224; o&#249; domine le spectaculaire concentr&#233; domine aussi la police.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
65&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le spectaculaire diffus accompagne l'abondance des marchandises, le d&#233;veloppement non perturb&#233; du capitalisme moderne. Ici chaque marchandise prise &#224; part est justifi&#233;e au nom de la grandeur de la production de la totalit&#233; des objets, dont le spectacle est un catalogue apolog&#233;tique. Des affirmations inconciliables se poussent sur la sc&#232;ne du spectacle unifi&#233; de l'&#233;conomie abondante ; de m&#234;me que diff&#233;rentes marchandises-vedettes soutiennent simultan&#233;ment leurs projets contradictoires d'am&#233;nagement de la soci&#233;t&#233;, o&#249; le spectacle des automobiles veut une circulation parfaite qui d&#233;truit les vieilles cit&#233;s, tandis que de la ville elle-m&#234;me a besoin des quartiers mus&#233;es. Donc la satisfaction, d&#233;j&#224; probl&#233;matique, qui est r&#233;put&#233;e appartenir &#224; la consommation de l'ensemble est imm&#233;diatement falsifi&#233;e en ceci que le consommateur r&#233;el ne peut directement toucher qu'une succession de fragments de ce bonheur marchand, fragments d'o&#249; chaque fois la qualit&#233; pr&#234;t&#233;e &#224; l'ensemble est &#233;videmment absente.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
66&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Chaque marchandise d&#233;termin&#233;e lutte pour elle-m&#234;me, ne peut pas reconna&#238;tre les autres, pr&#233;tend s'imposer partout comme si elle &#233;tait seule. Le spectacle est alors le chant &#233;pique de cet affrontement, que la chute d'aucune illusion ne pourrait conclure. Le spectacle ne chante pas les hommes et leurs armes, mais leurs marchandises et leurs passions. C'est dans cette lutte aveugle que chaque marchandise, en suivant sa passion, r&#233;alise en fait dans l'inconscience quelque chose de plus &#233;lev&#233; : le devenir-monde de la marchandise, qui est aussi bien le devenir-marchandise du monde. Ainsi, par une &lt;i&gt;ruse de la raison marchande, le particulier&lt;/i&gt; de la marchandise s'use en combattant, tandis que la forme-marchandise va vers sa r&#233;alisation absolue.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
67&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;La satisfaction que la marchandise abondante ne peut plus donner dans l'usage en vient &#224; &#234;tre recherch&#233;e dans la reconnaissance de sa valeur en tant que marchandise : c'est l'usage &lt;i&gt;de la marchandise&lt;/i&gt; se suffisant &#224; lui-m&#234;me ; et pour le consommateur l'effusion religieuse envers la libert&#233; souveraine de la marchandise. Des vagues d'enthousiasme pour un produit donn&#233;, soutenu et relanc&#233; par tous les moyens d'information, se propagent ainsi &#224; grande allure. Un style de v&#234;tements surgit d'un film ; une revue lance des clubs, qui lancent des panoplies diverses. Le &lt;i&gt;gadget&lt;/i&gt; exprime ce fait que, dans le moment o&#249; la masse des marchandises glisse vers l'aberration, l'aberrant lui-m&#234;me devient une marchandise sp&#233;ciale. Dans les porte-cl&#233;s publicitaires, par exemple, non plus achet&#233;s mais dons suppl&#233;mentaires qui accompagnent des objets prestigieux vendus, ou qui d&#233;coulent par &#233;change de leur propre sph&#232;re, on peut reconna&#238;tre la manifestation d'un abandon mystique &#224; la transcendance de la marchandise. Celui qui collectionne les porte-cl&#233;s qui viennent d'&#234;tre fabriqu&#233;s pour &#234;tre collectionn&#233;s accumule &lt;i&gt;les indulgences de la marchandise&lt;/i&gt;, un signe glorieux de sa pr&#233;sence r&#233;elle parmi ses fid&#232;les. L'homme r&#233;ifi&#233; affiche la preuve de son intimit&#233; avec la marchandise. Comme dans les transports des convulsionnaires ou miracul&#233;s du vieux f&#233;tichisme religieux, le f&#233;tichisme de la marchandise parvient &#224; des moments d'excitation fervente. Le seul usage qui s'exprime encore ici est l'usage fondamental de la soumission.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
68&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Sans doute, le pseudo-besoin impos&#233; dans la consommation moderne ne peut &#234;tre oppos&#233; &#224; aucun besoin ou d&#233;sir authentique qui ne soit lui-m&#234;me fa&#231;onn&#233; par la soci&#233;t&#233; et son histoire. Mais la marchandise abondante est l&#224; comme la rupture absolue d'un d&#233;veloppement organique de besoins sociaux. Son accumulation m&#233;canique lib&#232;re un &lt;i&gt;artificiel illimit&#233;&lt;/i&gt;, devant lequel le d&#233;sir vivant reste d&#233;sarm&#233;. La puissance cumulative d'un artificiel ind&#233;pendant entra&#238;ne partout &lt;i&gt;la falsification de la vie sociale&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
69&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Dans l'image de l'unification heureuse de la soci&#233;t&#233; par la consommation, la division r&#233;elle est seulement &lt;i&gt;suspendue&lt;/i&gt; jusqu'au prochain non-accomplissement dans le consommable. Chaque produit particulier qui doit repr&#233;senter l'espoir d'un raccourci fulgurant pour acc&#233;der enfin &#224; la terre promise de la consommation totale est pr&#233;sent&#233; c&#233;r&#233;monieusement &#224; son tour comme la singularit&#233; d&#233;cisive. Mais comme dans le cas de la diffusion instantan&#233;e des modes de pr&#233;noms apparemment aristocratiques qui vont se trouver port&#233;s par presque tous les individus du m&#234;me &#226;ge, l'objet dont on attend un pouvoir singulier n'a pu &#234;tre propos&#233; &#224; la d&#233;votion des masses que parce qu'il avait &#233;t&#233; tir&#233; &#224; un assez grand nombre d'exemplaires pour &#234;tre consomm&#233; massivement. Le caract&#232;re prestigieux de ce produit quelconque ne lui vient que d'avoir &#233;t&#233; plac&#233; un moment au centre de la vie sociale, comme le myst&#232;re r&#233;v&#233;l&#233; de la finalit&#233; de la production. L'objet qui &#233;tait prestigieux dans le spectacle devient vulgaire &#224; l'instant o&#249; il entre chez ce consommateur, en m&#234;me temps que chez tous les autres. Il r&#233;v&#232;le trop tard sa pauvret&#233; essentielle, qu'il tient naturellement de la mis&#232;re de sa production. Mais d&#233;j&#224; c'est un autre objet qui porte la justification du syst&#232;me et l'exigence d'&#234;tre reconnu.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
70&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;L'imposture de la satisfaction doit se d&#233;noncer d'elle-m&#234;me en se rempla&#231;ant, en suivant le changement des produits et celui des conditions g&#233;n&#233;rales de la production. Ce qui a affirm&#233; avec la plus parfaite impudence sa propre excellence d&#233;finitive change pourtant, dans le spectacle diffus mais aussi dans le spectacle concentr&#233;, et c'est le syst&#232;me seul qui doit continuer : Staline comme la marchandise d&#233;mod&#233;e sont d&#233;nonc&#233;s par ceux-l&#224; m&#234;mes qui les ont impos&#233;s. Chaque &lt;i&gt;nouveau mensonge&lt;/i&gt; de la publicit&#233; est aussi &lt;i&gt;l'aveu&lt;/i&gt; de son mensonge pr&#233;c&#233;dent. Chaque &#233;croulement d'une figure du pouvoir totalitaire r&#233;v&#232;le la &lt;i&gt;communaut&#233; illusoire&lt;/i&gt; qui l'approuvait unanimement, et qui n'&#233;tait qu'un agglom&#233;rat de solitudes sans illusion.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
71&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Ce que le spectacle donne comme perp&#233;tuel est fond&#233; sur le changement, et doit changer avec sa base. Le spectacle est absolument dogmatique et en m&#234;me temps ne peut aboutir r&#233;ellement &#224; aucun dogme solide. Rien ne s'arr&#234;te pour lui ; c'est l'&#233;tat qui lui est naturel et toutefois le plus contraire &#224; son inclination.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
72&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;L'unit&#233; irr&#233;elle que proclame le spectacle est le masque de la division de classe sur laquelle repose l'unit&#233; r&#233;elle du mode de production capitaliste. Ce qui oblige les producteurs &#224; participer &#224; l'&#233;dification du monde est aussi ce qui les en &#233;carte. Ce qui met en relation les hommes affranchis de leurs limitations locales et nationales est aussi ce qui les &#233;loigne. Ce qui oblige &#224; l'approfondissement du rationnel est aussi ce qui nourrit l'irrationnel de l'exploitation hi&#233;rarchique et de la r&#233;pression. Ce qui fait le pouvoir abstrait de la soci&#233;t&#233; fait sa &lt;i&gt;non-libert&#233;&lt;/i&gt; concr&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV. Le prol&#233;tariat comme sujet et comme repr&#233;sentation&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le droit &#233;gal de tous aux biens et aux jouissances de ce monde, la destruction de toute autorit&#233;, la n&#233;gation de tout frein moral, voil&#224;, si l'on descend au fond des choses, la raison d'&#234;tre de l'insurrection du 18 mars et la charte de la redoutable association qui lui a fourni une arm&#233;e &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Enqu&#234;te parlementaire sur l'insurrection du 18 mars&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;73&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le mouvement r&#233;el qui supprime les conditions existantes gouverne la soci&#233;t&#233; &#224; partir de la victoire de la bourgeoisie dans l'&#233;conomie, et visiblement depuis la traduction politique de cette victoire. Le d&#233;veloppement des forces productives a fait &#233;clater les anciens rapports de production, et tout ordre statique tombe en poussi&#232;re. Tout ce qui &#233;tait absolu devient historique. &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
74&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;C'est en &#233;tant jet&#233;s dans l'histoire, en devant participer au travail et aux luttes qui la constituent, que les hommes se voient contraints d'envisager leurs relations d'une mani&#232;re d&#233;sabus&#233;e. Cette histoire n'a pas d'objet distinct de ce qu'elle r&#233;alise sur elle-m&#234;me, quoique la derni&#232;re vision m&#233;taphysique inconsciente de l'&#233;poque historique puisse regarder la progression productive &#224; travers laquelle l'histoire s'est d&#233;ploy&#233;e comme l'objet m&#234;me de l'histoire. Le &lt;i&gt;sujet&lt;/i&gt; de l'histoire ne peut &#234;tre que le vivant se produisant lui-m&#234;me, devenant ma&#238;tre et possesseur de son monde qui est l'histoire, et existant comme &lt;i&gt;conscience de son jeu&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
75&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Comme un m&#234;me courant se d&#233;veloppent les luttes de classes de la longue &lt;i&gt;&#233;poque r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt; inaugur&#233;e par l'ascension de la bourgeoisie et la &lt;i&gt;pens&#233;e de l'histoire&lt;/i&gt;, la dialectique, la pens&#233;e qui ne s'arr&#234;te plus &#224; la recherche du sens de l'&#233;tant, mais s'&#233;l&#232;ve &#224; la connaissance de la dissolution de tout ce qui est ; et dans le mouvement dissout toute s&#233;paration. &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
76&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Hegel n'avait plus &#224; &lt;i&gt;interpr&#233;ter&lt;/i&gt; le monde, mais la &lt;i&gt;transformation&lt;/i&gt; du monde. En &lt;i&gt;interpr&#233;tant seulement&lt;/i&gt; la transformation, Hegel n'est que l'ach&#232;vement &lt;i&gt;philosophique&lt;/i&gt; de la philosophie. Il veut comprendre un monde &lt;i&gt;qui se fait lui-m&#234;me&lt;/i&gt;. Cette pens&#233;e historique n'est encore que la conscience qui arrive toujours trop tard, et qui &#233;nonce la justification &lt;i&gt;post festum&lt;/i&gt;. Ainsi, elle n'a d&#233;pass&#233; la s&#233;paration que &lt;i&gt;dans la pens&#233;e&lt;/i&gt;. Le paradoxe qui consiste &#224; suspendre le sens de toute r&#233;alit&#233; &#224; son ach&#232;vement historique, et &#224; r&#233;v&#233;ler en m&#234;me temps ce sens en se constituant soi-m&#234;me en ach&#232;vement de l'histoire, d&#233;coule de ce simple fait que le penseur des r&#233;volutions bourgeoises des XVII&#176; et XVIII&#176; si&#232;cles n'a cherch&#233; dans sa philosophie que la &lt;i&gt;r&#233;conciliation&lt;/i&gt; avec leur r&#233;sultat. &#171; M&#234;me comme philosophie de la r&#233;volution bourgeoise, elle n'exprime pas tout le processus de cette r&#233;volution, mais seulement sa derni&#232;re conclusion. En ce sens, elle est une philosophie non de la r&#233;volution, mais de la restauration. &#187; (Karl Korsch, &lt;i&gt;Th&#232;ses sur Hegel et la r&#233;volution&lt;/i&gt;). Hegel a fait, pour la derni&#232;re fois, le travail du philosophe, &#171; la glorification de ce qui existe &#187; ; mais d&#233;j&#224; ce qui existait pour lui ne pouvait &#234;tre que la totalit&#233; du mouvement historique. La position &lt;i&gt;ext&#233;rieure&lt;/i&gt; de la pens&#233;e &#233;tant en fait maintenue, elle ne pouvait &#234;tre masqu&#233;e que par son identification &#224; un projet pr&#233;alable de l'Esprit, h&#233;ros absolu qui a fait ce qu'il a voulu et voulu ce qu'il a fait, et dont l'accomplissement co&#239;ncide avec le pr&#233;sent. Ainsi, la philosophie qui meurt dans la pens&#233;e de l'histoire ne peut plus glorifier son monde qu'en le reniant, car pour prendre la parole il lui faut d&#233;j&#224; supposer finie cette histoire totale o&#249; elle a tout ramen&#233; ; et close la session du seul tribunal o&#249; peut &#234;tre rendue la sentence de la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;77&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Quand le prol&#233;tariat manifeste par sa propre existence en actes que cette pens&#233;e de l'histoire ne s'est pas oubli&#233;e, le d&#233;menti de la &lt;i&gt;conclusion&lt;/i&gt; est aussi bien la confirmation de la m&#233;thode.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
78&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;La pens&#233;e de l'histoire ne peut &#234;tre sauv&#233;e qu'en devenant pens&#233;e pratique ; et la pratique du prol&#233;tariat comme classe r&#233;volutionnaire ne peut &#234;tre moins que la conscience historique op&#233;rant sur la totalit&#233; du monde. Tous les courants th&#233;oriques du mouvement ouvrier &lt;i&gt;r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt; sont issus d'un affrontement critique avec la pens&#233;e h&#233;g&#233;lienne, chez Marx comme chez Stirner et Bakounine.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
79&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le caract&#232;re ins&#233;parable de la th&#233;orie de Marx et de la m&#233;thode h&#233;g&#233;lienne est lui-m&#234;me ins&#233;parable du caract&#232;re r&#233;volutionnaire de cette th&#233;orie, c'est &#224; dire de sa v&#233;rit&#233;. C'est en ceci que cette premi&#232;re relation a &#233;t&#233; g&#233;n&#233;ralement ignor&#233;e ou mal comprise, ou encore d&#233;nonc&#233;e comme le faible de ce qui devenait fallacieusement une &lt;i&gt;doctrine&lt;/i&gt; marxiste. Bernstein, dans &lt;i&gt;Socialisme th&#233;orique et Socialisme d&#233;mocratique pratique&lt;/i&gt;, r&#233;v&#232;le parfaitement cette liaison de la m&#233;thode dialectique et de la &lt;i&gt;prise de parti&lt;/i&gt; historique, en d&#233;plorant les pr&#233;visions peu scientifiques du &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; de 1847 sur l'imminence de la r&#233;volution prol&#233;tarienne en Allemagne : &#171; Cette auto-suggestion historique, tellement erron&#233;e que le premier visionnaire politique venu ne pourrait gu&#232;re trouver mieux, serait incompr&#233;hensible chez un Marx, qui &#224; cette &#233;poque avait d&#233;j&#224; s&#233;rieusement &#233;tudi&#233; l'&#233;conomie, si on ne devait pas voir en elle le produit d'un reste de la dialectique antith&#233;tique h&#233;g&#233;lienne, dont Marx, pas plus qu'Engels, n'a jamais su compl&#232;tement se d&#233;faire. En ces temps d'effervescence g&#233;n&#233;rale, cela lui a &#233;t&#233; d'autant plus fatal. &#187;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
80&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le &lt;i&gt;renversement&lt;/i&gt; que Marx effectue pour un &#171; sauvetage par transfert &#187; de la pens&#233;e des r&#233;volutions bourgeoises ne consiste pas trivialement &#224; remplacer par le d&#233;veloppement mat&#233;rialiste des forces productives le parcours de l'Esprit h&#233;g&#233;lien allant &#224; sa propre rencontre dans le temps, son objectivation &#233;tant identique &#224; son ali&#233;nation, et ses blessures historiques ne laissant pas de cicatrices. L'histoire devenue r&#233;elle n'a plus de &lt;i&gt;fin&lt;/i&gt;. Marx a ruin&#233; la position &lt;i&gt;s&#233;par&#233;e&lt;/i&gt; de Hegel devant ce qui advient ; et la &lt;i&gt;contemplation&lt;/i&gt; d'un agent supr&#234;me ext&#233;rieur, quel qu'il soit. La th&#233;orie n'a plus &#224; conna&#238;tre que ce qu'elle fait. C'est au contraire la contemplation du mouvement de l'&#233;conomie, dans la pens&#233;e dominante de la soci&#233;t&#233; actuelle, qui est l'h&#233;ritage &lt;i&gt;non renvers&#233;&lt;/i&gt; de la part &lt;i&gt;non dialectique&lt;/i&gt; dans la tentative h&#233;g&#233;lienne d'un syst&#232;me circulaire : c'est une approbation qui a perdu la dimension du concept, et qui n'a plus besoin d'un h&#233;g&#233;lianisme pour se justifier, car le mouvement qu'il s'agit de louer n'est plus qu'un secteur sans pens&#233;e du monde, dont le d&#233;veloppement m&#233;canique domine effectivement le tout. Le projet de Marx est celui d'une histoire consciente. Le quantitatif qui survient dans le d&#233;veloppement aveugle des forces productives simplement &#233;conomiques doit se changer en appropriation historique qualitative. La &lt;i&gt;critique de l'&#233;conomie politique&lt;/i&gt; est le premier acte de cette &lt;i&gt;fin de pr&#233;histoire&lt;/i&gt; : &#171; De tous les instruments de production, le plus grand pouvoir productif, c'est la classe r&#233;volutionnaire elle-m&#234;me &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;81&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Ce qui rattache &#233;troitement la th&#233;orie de Marx &#224; la pens&#233;e scientifique, c'est la compr&#233;hension rationnelle des forces qui s'exercent r&#233;ellement dans la soci&#233;t&#233;. Mais elle est fondamentalement un &lt;i&gt;au-del&#224;&lt;/i&gt; de la pens&#233;e scientifique, o&#249; celle-ci n'est conserv&#233;e qu'en &#233;tant d&#233;pass&#233;e : il s'agit d'une compr&#233;hension de la &lt;i&gt;lutte&lt;/i&gt;, et nullement de la &lt;i&gt;loi&lt;/i&gt;. &#171; Nous ne connaissons qu'une seule science : la science de l'histoire &#187; dit &lt;i&gt;L'id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;82&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;L'&#233;poque bourgeoise, qui veut fonder scientifiquement l'histoire, n&#233;glige le fait que cette science disponible a bien plut&#244;t d&#251; &#234;tre elle-m&#234;me fond&#233;e historiquement avec l'&#233;conomie. Inversement, l'histoire ne d&#233;pend radicalement de cette connaissance qu'en tant que cette histoire reste &lt;i&gt;histoire &#233;conomique&lt;/i&gt;. Combien la part de l'histoire dans l'&#233;conomie m&#234;me - le processus global qui modifie ses propres donn&#233;es scientifiques de base - a pu &#234;tre d'ailleurs n&#233;glig&#233;e par le point de vue de l'observation scientifique, c'est ce que montre la vanit&#233; des calculs socialistes qui croyaient avoir &#233;tabli la p&#233;riodicit&#233; exacte des crises ; et depuis que l'intervention constante de l'Etat est parvenue &#224; compenser l'effet des tendances &#224; la crise, le m&#234;me genre de raisonnement voit dans cet &#233;quilibre une harmonie &#233;conomique d&#233;finitive. Le projet de surmonter l'&#233;conomie, le projet de la prise de possession de l'histoire, s'il doit conna&#238;tre - et ramener &#224; lui - la science de la soci&#233;t&#233;, ne peut &#234;tre lui-m&#234;me &lt;i&gt;scientifique&lt;/i&gt;. Dans ce dernier mouvement qui croit dominer l'histoire pr&#233;sente par une connaissance scientifique, le point de vue r&#233;volutionnaire est rest&#233; &lt;i&gt;bourgeois&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
83&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Les courants utopiques du socialisme, quoique fond&#233;s eux-m&#234;mes historiquement dans la critique de l'organisation sociale existante, peuvent &#234;tre justement qualifi&#233;s d'utopiques dans la mesure o&#249; ils refusent l'histoire - c'est-&#224;-dire la lutte r&#233;elle en cours, aussi bien que le mouvement du temps au del&#224; de la perfection immuable de leur image de soci&#233;t&#233; heureuse -, mais non parce qu'ils refuseraient la science. Les penseurs utopistes sont au contraire enti&#232;rement domin&#233;s par la pens&#233;e scientifique, telle qu'elle s'&#233;tait impos&#233;e dans les si&#232;cles pr&#233;c&#233;dents. Ils recherchent le parach&#232;vement de ce syst&#232;me rationnel g&#233;n&#233;ral : ils ne se consid&#232;rent aucunement comme des proph&#232;tes d&#233;sarm&#233;s, car ils croient au pouvoir social de la d&#233;monstration scientifique et m&#234;me, dans le cas du saint-simonisme, &#224; la prise du pouvoir par la science. Comment, dit Sombart, &#171; voudraient-ils arracher par des luttes ce qui doit &#234;tre &lt;i&gt;prouv&#233;&lt;/i&gt; &#187; ? Cependant la conception scientifique des utopistes ne s'&#233;tend pas &#224; cette connaissance que des groupes sociaux ont des int&#233;r&#234;ts dans une situation existante, des forces pour la maintenir, et aussi bien des formes de fausse conscience correspondantes &#224; de telles positions. Elle reste tr&#232;s en de&#231;&#224; de la r&#233;alit&#233; historique du d&#233;veloppement de la science m&#234;me, qui s'est trouv&#233; en grande partie orient&#233; par la &lt;i&gt;demande sociale&lt;/i&gt; issue de tels facteurs, qui s&#233;lectionne non seulement ce qui peut &#234;tre admis, mais aussi ce qui peut &#234;tre recherch&#233;. Les socialistes utopiques, rest&#233;s prisonniers du &lt;i&gt;mode d'exposition de la v&#233;rit&#233; scientifique&lt;/i&gt;, con&#231;oivent cette v&#233;rit&#233; selon sa pure image abstraite, telle que l'avait vue s'imposer un stade tr&#232;s ant&#233;rieur de la soci&#233;t&#233;. Comme le remarquait Sorel, c'est sur le mod&#232;le de &lt;i&gt;l'astronomie&lt;/i&gt; que les utopistes pensent d&#233;couvrir et d&#233;montrer les lois de la soci&#233;t&#233;. L'harmonie vis&#233;e par eux, hostile &#224; l'histoire, d&#233;coule d'un essai d'application &#224; la soci&#233;t&#233; de la science la moins d&#233;pendante de l'histoire. Elle tente de se faire reconna&#238;tre avec la m&#234;me innocence exp&#233;rimentale que le newtonisme, et la destin&#233;e heureuse constamment postul&#233;e &#171; joue dans leur science sociale un r&#244;le analogue &#224; ce lui qui revient &#224; l'inertie dans la m&#233;canique rationnelle &#187; (&lt;i&gt;Mat&#233;riaux pour une th&#233;orie du prol&#233;tariat&lt;/i&gt;). &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
84&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le c&#244;t&#233; d&#233;terministe-scientifique dans la pens&#233;e de Marx fut justement la br&#232;che par laquelle p&#233;n&#233;tra le processus d'&#171; id&#233;ologisation &#187;, lui vivant, et d'autant plus dans l'h&#233;ritage th&#233;orique laiss&#233; au mouvement ouvrier. La venue du sujet de l'histoire est encore repouss&#233;e &#224; plus tard, et c'est la science historique par excellence, l'&#233;conomie, qui tend de plus en plus largement &#224; garantir la n&#233;cessit&#233; de sa propre n&#233;gation future. Mais par l&#224; est repouss&#233;e hors du champ de la vision th&#233;orique la pratique r&#233;volutionnaire qui est la seule v&#233;rit&#233; de cette n&#233;gation. Ainsi il importe d'&#233;tudier patiemment le d&#233;veloppement &#233;conomique, et d'en admettre encore, avec une tranquillit&#233; h&#233;g&#233;lienne, la douleur, ce qui, dans son r&#233;sultat, reste &#171; cimeti&#232;re des bonnes intentions &#187;. On d&#233;couvre que maintenant, selon la science des r&#233;volutions, &lt;i&gt;la conscience arrive toujours trop t&#244;t&lt;/i&gt;, et devra &#234;tre enseign&#233;e. &#171; L'histoire nous a donn&#233; tort, &#224; nous et &#224; tous ceux qui pensaient comme nous. Elle a montr&#233; clairement que l'&#233;tat du d&#233;veloppement &#233;conomique sur le continent &#233;tait alors bien loin encore d'&#234;tre m&#251;r... &#187;, dira Engels en 1895. Toute sa vie, Marx a maintenu le point de vue unitaire de sa th&#233;orie, mais l'&lt;i&gt;expos&#233;&lt;/i&gt; de sa th&#233;orie s'est port&#233; sur le &lt;i&gt;terrain&lt;/i&gt; de la pens&#233;e dominante en se pr&#233;cisant sous forme de critiques de disciplines particuli&#232;res, principalement la critique de la science fondamentale de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, l'&#233;conomie politique. C'est cette mutilation, ult&#233;rieurement accept&#233;e comme d&#233;finitive, qui a constitu&#233; le &#171; marxisme &#187;.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
85&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le d&#233;faut dans la th&#233;orie de Marx est naturellement le d&#233;faut de la lutte r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat de son &#233;poque. La classe ouvri&#232;re n'a pas d&#233;cr&#233;t&#233; la r&#233;volution en permanence dans l'Allemagne de 1848 ; la Commune a &#233;t&#233; vaincue dans l'isolement. La th&#233;orie r&#233;volutionnaire ne peut donc pas encore atteindre sa propre existence totale. En &#234;tre r&#233;duit &#224; la d&#233;fendre et la pr&#233;ciser dans la s&#233;paration du travail savant, au &lt;i&gt;British Museum&lt;/i&gt;, impliquait une perte dans la th&#233;orie m&#234;me. Ce sont pr&#233;cis&#233;ment les justifications scientifiques tir&#233;es sur l'avenir du d&#233;veloppement de la classe ouvri&#232;re, et la pratique organisationnelle combin&#233;e &#224; ces justifications, qui deviendront des obstacles &#224; la conscience prol&#233;tarienne dans un stade plus avanc&#233;.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
86&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Toute l'insuffisance th&#233;orique dans la d&#233;fense &lt;i&gt;scientifique&lt;/i&gt; de la r&#233;volution prol&#233;tarienne ne peut &#234;tre ramen&#233;e, pour le contenu aussi bien que pour la forme de l'expos&#233;, &#224; une identification du prol&#233;tariat &#224; la bourgeoisie &lt;i&gt;du point de vue de la saisie r&#233;volutionnaire du pouvoir&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
87&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;La tendance &#224; fonder une d&#233;monstration de la l&#233;galit&#233; scientifique du pouvoir prol&#233;tarien en faisant &#233;tat d'exp&#233;rimentations &lt;i&gt;r&#233;p&#233;t&#233;es&lt;/i&gt; du pass&#233; obscurcit, d&#232;s le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt;, la pens&#233;e historique de Marx, en lui faisant soutenir une image &lt;i&gt;lin&#233;aire&lt;/i&gt; du d&#233;veloppement des modes de production, entra&#238;n&#233; par des luttes de classes qui finiraient chaque fois &#171; par une transformation r&#233;volutionnaire de la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re ou par la destruction commune des classes en lutte &#187;. Mais dans la r&#233;alit&#233; observable de l'histoire, de m&#234;me que &#171; le mode de production asiatique &#187;, comme Marx le constatait ailleurs a conserv&#233; son immobilit&#233; en d&#233;pit de tous les affrontements de classes, de m&#234;me les jacqueries de serf n'ont jamais vaincu les barons, ni les r&#233;voltes d'esclaves de l'Antiquit&#233; les hommes libres. Le sch&#233;ma lin&#233;aire perd de vue d'abord ce fait que &lt;i&gt;la bourgeoisie est la seule classe r&#233;volutionnaire qui ait jamais vaincu&lt;/i&gt; ; en m&#234;me temps qu'elle est la seule pour qui le d&#233;veloppement de l'&#233;conomie a &#233;t&#233; cause et cons&#233;quence de sa mainmise sur la soci&#233;t&#233;. La m&#234;me simplification a conduit Marx &#224; n&#233;gliger le r&#244;le &#233;conomique de l'Etat dans la gestion d'une soci&#233;t&#233; : de classes. Si la bourgeoisie ascendante a paru affranchir l'&#233;conomie de l'Etat, c'est seulement dans la mesure o&#249; l'Etat ancien se confondait avec l'instrument d'une oppression de classe dans une &lt;i&gt;&#233;conomie statique&lt;/i&gt;. La bourgeoisie a d&#233;velopp&#233; sa puissance &#233;conomique autonome dans la p&#233;riode m&#233;di&#233;vale d'affaiblissement de l'Etat, dans le moment de fragmentation f&#233;odale de pouvoirs &#233;quilibr&#233;s. Mais l'Etat moderne qui, par le mercantilisme, a commenc&#233; &#224; appuyer le d&#233;veloppement de la bourgeoisie, et qui finalement est devenu &lt;i&gt;son Etat&lt;/i&gt; &#224; l'heure du &#171; laisser faire, laisser passer &#187;, va se r&#233;v&#233;ler ult&#233;rieurement dot&#233; d'une puissance centrale dans la gestion calcul&#233;e du &lt;i&gt;processus &#233;conomique&lt;/i&gt;. Marx avait pu cependant d&#233;crire, dans le &lt;i&gt;bonapartisme&lt;/i&gt;, cette &#233;bauche de la bureaucratie &#233;tatique moderne, fusion du capital et de l'Etat, constitution d'un &#171; pouvoir national du capital sur le travail, d'une force publique organis&#233;e pour l'asservissement social &#187;, o&#249; la bourgeoisie renonce &#224; toute vie historique qui ne soit sa r&#233;duction &#224; l'histoire &#233;conomique des choses, et veut bien &#171; &#234;tre condamn&#233;e au m&#234;me n&#233;ant politique que les autres classes &#187;. Ici sont d&#233;j&#224; pos&#233;es les bases socio-politiques du spectacle moderne, qui n&#233;gativement d&#233;finit le prol&#233;tariat comme &lt;i&gt;seul pr&#233;tendant &#224; la vie historique&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
88&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Les deux seules classes qui correspondent effectivement &#224; la th&#233;orie de Marx, les deux classes pures vers lesquelles m&#232;ne toute l'analyse dans le &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt;, la bourgeoisie et le prol&#233;tariat, sont &#233;galement les deux seules classes r&#233;volutionnaires de l'histoire, mais &#224; des conditions diff&#233;rentes : la r&#233;volution bourgeoise est faite : la r&#233;volution prol&#233;tarienne est un projet, n&#233; sur la base de la pr&#233;c&#233;dente r&#233;volution, mais en diff&#233;rant qualitativement. En n&#233;gligeant l'&lt;i&gt;originalit&#233;&lt;/i&gt; du r&#244;le historique de la bourgeoisie, on masque l'originalit&#233; concr&#232;te de ce projet prol&#233;tarien qui ne peut rien atteindre sinon en portant ses propres couleurs et en connaissant &#171; l'immensit&#233; de ses t&#226;ches &#187;. La bourgeoisie est venue au pouvoir parce qu'elle est la classe de l'&#233;conomie en d&#233;veloppement. Le prol&#233;tariat ne peut &#234;tre lui-m&#234;me le pouvoir qu'en devenant &lt;i&gt;la classe de la conscience&lt;/i&gt;. Le m&#251;rissement des forces productives ne peut garantir un tel pouvoir, m&#234;me par le d&#233;tour de la d&#233;possession accrue qu'il entra&#238;ne. La saisie jacobine de l'Etat ne peut &#234;tre son instrument. Aucune &lt;i&gt;id&#233;ologie&lt;/i&gt; ne peut lui servir &#224; d&#233;guiser des buts partiels en buts g&#233;n&#233;raux, car il ne peut conserver aucune r&#233;alit&#233; partielle qui soit effectivement &#224; lui. &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
89&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Si Marx, dans une p&#233;riode d&#233;termin&#233;e de sa participation &#224; la lutte du prol&#233;tariat, a trop attendu de la pr&#233;vision scientifique, au point de cr&#233;er la base intellectuelle des illusions de l'&#233;conomisme, on sait qu'il n'y a pas succomb&#233; personnellement. Dans une lettre bien connue du 7d&#233;cembre 1867, accompagnant un article o&#249; lui-m&#234;me critique &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, article qu'Engels devait faire passer dans la presse comme s'il &#233;manait d'un adversaire, Marx a expos&#233; clairement la limite de sa propre science : &#171; ...La tendance &lt;i&gt;subjective&lt;/i&gt; de l'auteur (que lui imposaient peut-&#234;tre sa position politique et son pass&#233;), c'est &#224; dire la mani&#232;re dont il repr&#233;sente aux autres le r&#233;sultat ultime du mouvement actuel, du processus social actuel, n'a aucun rapport avec son analyse r&#233;elle. &#187; Ainsi Marx, en d&#233;non&#231;ant lui-m&#234;me les &#171; conclusions tendancieuses &#187; de son analyse objective, et par l'ironie du &#171; peut-&#234;tre &#187; relatif aux choix extra-scientifiques qui se seraient impos&#233;s &#224; lui, montre en m&#234;me temps la cl&#233; m&#233;thodologique de la fusion des deux aspects.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 90&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans la lutte historique elle-m&#234;me qu'il faut r&#233;aliser la fusion de la connaissance et de l'action, de telle sorte que chacun de ces termes place dans l'autre la garantie de sa v&#233;rit&#233;. La constitution de la classe prol&#233;tarienne en sujet, c'est l'organisation des luttes r&#233;volutionnaires et l'organisation de la soci&#233;t&#233; dans le &lt;i&gt;moment r&#233;volutionnaire : &lt;/i&gt;c'est l&#224; que doivent exister &lt;i&gt;les conditions pratiques de la conscience, &lt;/i&gt;dans lesquelles la th&#233;orie de la praxis se confirme en devenant th&#233;orie pratique. Cependant, cette question centrale de l'organisation a &#233;t&#233; la moins envisag&#233;e par la th&#233;orie r&#233;volutionnaire &#224; l'&#233;poque o&#249; se fondait le mouvement ouvrier, c'est-&#224;-dire quand cette th&#233;orie poss&#233;dait encore le caract&#232;re &lt;i&gt;unitaire &lt;/i&gt;venu de la pens&#233;e de l'histoire (et qu'elle s'&#233;tait justement donn&#233; pour t&#226;che de d&#233;velopper jusqu'&#224; une &lt;i&gt;pratique &lt;/i&gt;historique unitaire). C'est au contraire le lieu de l'&lt;i&gt;incons&#233;quence &lt;/i&gt;pour cette th&#233;orie, admettant la reprise de m&#233;thodes d'application &#233;tatiques et hi&#233;rarchiques emprunt&#233;es &#224; la r&#233;volution bourgeoise. Les formes d'organisation du mouvement ouvrier d&#233;velopp&#233;es sur ce renoncement de la th&#233;orie ont en retour tendu &#224; interdire le maintien d'une th&#233;orie unitaire, la dissolvant en diverses connaissances sp&#233;cialis&#233;es et parcellaires. Cette ali&#233;nation id&#233;ologique de la th&#233;orie ne peut plus alors reconna&#238;tre la v&#233;rification pratique de la pens&#233;e historique unitaire qu'elle a trahie, quand une telle v&#233;rification surgit dans la lutte spontan&#233;e des ouvriers ; elle peut seulement concourir &#224; en r&#233;primer la manifestation et la m&#233;moire. Cependant, ces formes historiques apparues dans la lutte sont justement le milieu pratique qui manquait &#224; la th&#233;orie pour qu'elle soit vraie. Elles sont une exigence de la th&#233;orie, mais qui n'avait pas &#233;t&#233; formul&#233;e th&#233;oriquement. Le &lt;i&gt;soviet &lt;/i&gt;n'&#233;tait pas une d&#233;couverte de la th&#233;orie. Et d&#233;j&#224;, la plus haute vent&#233; th&#233;orique de l'Association Internationale des Travailleurs &#233;tait sa propre existence en pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 91&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers succ&#232;s de la lutte de l'Internationale la menaient &#224; s'affranchir des influences confuses de l'id&#233;ologie dominante qui subsistaient en elle. Mais la d&#233;faite et la r&#233;pression qu'elle rencontra bient&#244;t firent passer au premier plan un conflit entre deux conceptions de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, qui toutes deux contiennent une dimension &lt;i&gt;autoritaire &lt;/i&gt;par laquelle l'auto-&#233;mancipation consciente de la classe est abandonn&#233;e. En effet, la querelle devenue irr&#233;conciliable entre les marxistes et les bakouninistes &#233;tait double, portant &#224; la fois sur le pouvoir dans la soci&#233;t&#233; r&#233;volutionnaire et sur l'organisation pr&#233;sente du mouvement, et en passant de l'un &#224; l'autre de ces aspects, les positions des adversaires se renversent. Bakounine combattait l'illusion d'une abolition des classes par l'usage autoritaire du pouvoir &#233;tatique, pr&#233;voyant la reconstitution d'une classe dominante bureaucratique et la dictature des plus savants, ou de ceux qui seront r&#233;put&#233;s tels. Marx, qui croyait qu'un m&#251;rissement ins&#233;parable des contradictions &#233;conomiques et de l'&#233;ducation d&#233;mocratique des ouvriers r&#233;duirait le r&#244;le d'un &#201;tat prol&#233;tarien &#224; une simple phase de l&#233;galisation de nouveaux rapports sociaux s'imposant objectivement, d&#233;non&#231;ait chez Bakounine et ses partisans l'autoritarisme d'une &#233;lite conspirative qui s'&#233;tait d&#233;lib&#233;r&#233;ment plac&#233;e au-dessus de l'Internationale, et formait le dessein extravagant d'imposer &#224; la soci&#233;t&#233; la dictature irresponsable des plus r&#233;volutionnaires, ou de ceux qui se seront eux-m&#234;mes d&#233;sign&#233;s comme tels. Bakounine effectivement recrutait ses partisans sur une telle perspective : &#171; Pilotes invisibles au milieu de la temp&#234;te populaire, nous devons la diriger, non par un pouvoir ostensible, mais par la dictature collective de tous les &lt;i&gt;alli&#233;s. &lt;/i&gt;Dictature sans &#233;charpe, sans titre, sans droit officiel, et d'autant plus puissante qu'elle n'aura aucune des apparences du pouvoir. &#187; Ainsi se sont oppos&#233;es deux &lt;i&gt;id&#233;ologies &lt;/i&gt;de la r&#233;volution ouvri&#232;re contenant chacune une critique partiellement vraie, mais perdant l'unit&#233; de la pens&#233;e de l'histoire, et s'instituant elles-m&#234;mes en &lt;i&gt;autorit&#233;s &lt;/i&gt;id&#233;ologiques. Des organisations puissantes, comme la social-d&#233;mocratie allemande et la F&#233;d&#233;ration Anarchiste Ib&#233;rique, ont fid&#232;lement servi l'une ou l'autre de ces id&#233;ologies ; et partout le r&#233;sultat a &#233;t&#233; grandement diff&#233;rent de ce qui &#233;tait voulu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 92&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait de regarder le but de la r&#233;volution prol&#233;tarienne comme &lt;i&gt;imm&#233;diatement pr&#233;sent &lt;/i&gt;constitue &#224; la fois la grandeur et la faiblesse de la lutte anarchiste r&#233;elle (car dans ses variantes individualistes, les pr&#233;tentions de l'anarchisme restent d&#233;risoires). De la pens&#233;e historique des luttes de classes modernes, l'anarchisme collectiviste retient uniquement la conclusion, et son exigence absolue de cette conclusion se traduit &#233;galement dans son m&#233;pris d&#233;lib&#233;r&#233; de la m&#233;thode. Ainsi sa critique de la &lt;i&gt;lutte politique &lt;/i&gt;est rest&#233;e abstraite, tandis que son choix de la lutte &#233;conomique n'est lui-m&#234;me affirm&#233; qu'en fonction de l'illusion d'une solution d&#233;finitive arrach&#233;e d'un seul coup sur ce terrain, au jour de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale ou de l'insurrection. Les anarchistes &lt;i&gt;ont &#224; r&#233;aliser un id&#233;al. &lt;/i&gt;L'anarchisme est la n&#233;gation &lt;i&gt;encore id&#233;ologique &lt;/i&gt;de l'&#201;tat et des classes, c'est-&#224;-dire des conditions sociales m&#234;mes de l'id&#233;ologie s&#233;par&#233;e. C'est &lt;i&gt;l'id&#233;ologie de la pure libert&#233; &lt;/i&gt;qui &#233;galise tout et qui &#233;carte toute id&#233;e du mal historique. Ce point de vue de la fusion de toutes les exigences partielles a donn&#233; &#224; l'anarchisme le mente de repr&#233;senter le refus des conditions existantes pour l'ensemble de la vie, et non autour d'une sp&#233;cialisation critique privil&#233;gi&#233;e ; mais cette fusion &#233;tant consid&#233;r&#233;e dans l'absolu, selon le caprice individuel, avant sa r&#233;alisation effective, a condamn&#233; aussi l'anarchisme &#224; une incoh&#233;rence trop ais&#233;ment constatable. L'anarchisme n'a qu'&#224; redire, et remettre en jeu dans chaque lutte sa m&#234;me simple conclusion totale, parce que cette premi&#232;re conclusion &#233;tait d&#232;s l'origine identifi&#233;e &#224; l'aboutissement int&#233;gral du mouvement. Bakounine pouvait donc &#233;crire en 1873, en quittant la F&#233;d&#233;ration Jurassienne : &#171; Dans les neuf derni&#232;res ann&#233;es on a d&#233;velopp&#233; au sein de l'Internationale plus d'id&#233;es qu'il n'en faudrait pour sauver le monde, si les id&#233;es seules pouvaient le sauver, et je d&#233;fie qui que ce soit d'en inventer une nouvelle. Le temps n'est plus aux id&#233;es, il est aux faits et aux actes &#187;. Sans doute, cette conception conserve de la pens&#233;e historique du prol&#233;tariat cette certitude que les id&#233;es doivent devenir pratiques, mais elle quitte le terrain historique en supposant que les formes ad&#233;quates de ce passage &#224; la pratique sont d&#233;j&#224; trouv&#233;es et ne varieront plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 93&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anarchistes, qui se distinguent explicitement de l'ensemble du mouvement ouvrier par leur conviction id&#233;ologique, vont reproduire entre eux cette s&#233;paration des comp&#233;tences, en fournissant un terrain favorable &#224; la domination informelle, sur toute organisation anarchiste, des propagandistes et d&#233;fenseurs de leur propre id&#233;ologie, sp&#233;cialistes d'autant plus m&#233;diocres en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale que leur activit&#233; intellectuelle se propose principalement la r&#233;p&#233;tition de quelques v&#233;rit&#233;s d&#233;finitives. Le respect id&#233;ologique de l'unanimit&#233; dans la d&#233;cision a favoris&#233; plut&#244;t l'autorit&#233; incontr&#244;l&#233;e, dans l'organisation m&#234;me, de &lt;i&gt;sp&#233;cialistes de la libert&#233; ; &lt;/i&gt;et l'anarchisme r&#233;volutionnaire attend du peuple lib&#233;r&#233; le m&#234;me genre d'unanimit&#233;, obtenue par les m&#234;mes moyens. Par ailleurs, le refus de consid&#233;rer l'opposition des conditions entre une minorit&#233; group&#233;e dans la lutte actuelle et la soci&#233;t&#233; des individus libres, a nourri une permanente s&#233;paration des anarchistes dans le moment de la d&#233;cision commune, comme le montre l'exemple d'une infinit&#233; d'insurrections anarchistes en Espagne, limit&#233;es et &#233;cras&#233;es sur un plan local.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 94&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'illusion entretenue plus ou moins explicitement dans l'anarchisme authentique est l'imminence permanente d'une r&#233;volution qui devra donner raison &#224; l'id&#233;ologie, et au mode d'organisation pratique d&#233;riv&#233; de l'id&#233;ologie, en s'accomplissant instantan&#233;ment. L'anarchisme a r&#233;ellement conduit, en 1936, une r&#233;volution sociale et l'&#233;bauche, la plus avanc&#233;e qui fut jamais, d'un pouvoir prol&#233;tarien. Dans cette circonstance encore il faut noter, d'une part, que le signal d'une insurrection g&#233;n&#233;rale avait &#233;t&#233; impos&#233; par le pronunciamiento de l'arm&#233;e. D'autre part, dans la mesure o&#249; cette r&#233;volution n'avait pas &#233;t&#233; achev&#233;e dans les premiers jours, du fait de l'existence d'un pouvoir franquiste dans la moiti&#233; du pays, appuy&#233; fortement par l'&#233;tranger alors que le reste du mouvement prol&#233;tarien international &#233;tait d&#233;j&#224; vaincu, et du fait de la survivance de forces bourgeoises ou d'autres partis ouvriers &#233;tatistes dans le camp de la R&#233;publique, le mouvement anarchiste organis&#233; s'est montr&#233; incapable d'&#233;tendre les demi-victoires de la r&#233;volution, et m&#234;me seulement de les d&#233;fendre. Ses chefs reconnus sont devenus ministres, et otages de l'&#201;tat bourgeois qui d&#233;truisait la r&#233;volution pour perdre la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 95&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; marxisme orthodoxe &#187; de la 11&#176; Internationale est l'id&#233;ologie scientifique de la r&#233;volution socialiste, qui identifie toute sa v&#233;rit&#233; au processus objectif dans l'&#233;conomie, et au progr&#232;s d'une reconnaissance de cette n&#233;cessit&#233; dans la classe ouvri&#232;re &#233;duqu&#233;e par l'organisation. Cette id&#233;ologie retrouve la confiance en la d&#233;monstration p&#233;dagogique qui avait caract&#233;ris&#233; le socialisme utopique, mais assortie d'une r&#233;f&#233;rence &lt;i&gt;contemplative &lt;/i&gt;au cours de l'histoire : cependant, une telle attitude a autant perdu la dimension h&#233;g&#233;lienne d'une histoire totale qu'elle a perdu l'image immobile de la totalit&#233; pr&#233;sente dans la critique utopiste (au plus haut degr&#233;, chez Fourier). C'est d'une telle attitude scientifique, qui ne pouvait faire moins que de relancer en sym&#233;trie des choix &#233;thiques, que proc&#232;dent les fadaises d'Hilferding quand il pr&#233;cise que reconna&#238;tre la n&#233;cessit&#233; du socialisme ne donne pas &#171; d'indication sur l'attitude pratique &#224; adopter. Car c'est une chose de reconna&#238;tre une n&#233;cessit&#233;, et c'en est une autre de se mettre au service de cette n&#233;cessit&#233; &#187; (&lt;i&gt;Capital financier&lt;/i&gt;). Ceux qui ont m&#233;connu que la pens&#233;e unitaire de l'histoire, pour Marx et pour le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire, &lt;i&gt;n'&#233;tait rien de distinct d'une attitude pratique &#224; adopter, &lt;/i&gt;devaient &#234;tre normalement victimes de la pratique qu'ils avaient simultan&#233;ment adopt&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 96&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie de l'organisation social-d&#233;mocrate la mettait au pouvoir des &lt;i&gt;professeurs &lt;/i&gt;qui &#233;duquaient la classe ouvri&#232;re, et la forme d'organisation adopt&#233;e &#233;tait la forme ad&#233;quate &#224; cet apprentissage passif. La participation des socialistes de la 11&#176; Internationale aux luttes politiques et &#233;conomiques &#233;tait certes concr&#232;te, mais profond&#233;ment &lt;i&gt;non critique. &lt;/i&gt;Elle &#233;tait men&#233;e, au nom de &lt;i&gt;l'illusion r&#233;volutionnaire, &lt;/i&gt;selon une pratique manifestement &lt;i&gt;r&#233;formiste. &lt;/i&gt;Ainsi l'id&#233;ologie r&#233;volutionnaire devait &#234;tre bris&#233;e par le succ&#232;s m&#234;me de ceux qui la portaient. La s&#233;paration des d&#233;put&#233;s et des journalistes dans le mouvement entra&#238;nait vers le mode de vie bourgeois ceux qui d&#233;j&#224; &#233;taient recrut&#233;s parmi les intellectuels bourgeois. La bureaucratie syndicale constituait en courtiers de la force de travail, &#224; vendre comme marchandise &#224; son juste prix, ceux m&#234;mes qui &#233;taient recrut&#233;s &#224; partir des luttes des ouvriers industriels, et extraits d'eux. Pour que leur activit&#233; &#224; tous gard&#226;t quelque chose de r&#233;volutionnaire, il e&#251;t fallu que le capitalisme se trouv&#226;t opportun&#233;ment incapable de &lt;i&gt;supporter &lt;/i&gt;&#233;conomiquement ce r&#233;formisme qu'il tol&#233;rait politiquement dans leur agitation l&#233;galiste. C'est une telle incompatibilit&#233; que leur science garantissait ; et que l'histoire d&#233;mentait &#224; tout instant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 97&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette contradiction dont Bernstein, parce qu'il &#233;tait le social-d&#233;mocrate le plus &#233;loign&#233; de l'id&#233;ologie politique et le plus franchement ralli&#233; &#224; la m&#233;thodologie de la science bourgeoise, eut l'honn&#234;tet&#233; de vouloir montrer la r&#233;alit&#233; &#8212; et le mouvement r&#233;formiste des ouvriers anglais, en se passant d'id&#233;ologie r&#233;volutionnaire, l'avait montr&#233; aussi &#8212; ne devait pourtant &#234;tre d&#233;montr&#233;e sans r&#233;plique que par le d&#233;veloppement historique lui-m&#234;me. Bernstein, quoique plein d'illusions par ailleurs, avait ni&#233; qu'une crise de la production capitaliste v&#238;nt miraculeusement forcer la main aux socialistes qui ne voulaient h&#233;riter de la r&#233;volution que par un tel sacre l&#233;gitime. Le moment de profond bouleversement social qui surgit avec la premi&#232;re guerre mondiale, encore qu'il f&#251;t fertile en prise de conscience, d&#233;montra deux fois que la hi&#233;rarchie social-d&#233;mocrate n'avait pas &#233;duqu&#233; r&#233;volutionnairement, n'avait nullement &lt;i&gt;rendu th&#233;oriciens, &lt;/i&gt;les ouvriers allemands : d'abord quand la grande majorit&#233; du parti se rallia &#224; la guerre imp&#233;rialiste, ensuite quand, dans la d&#233;faite, elle &#233;crasa les r&#233;volutionnaires spartakistes. L'ex-ouvrier Ebert croyait encore au p&#233;ch&#233;, puisqu'il avouait ha&#239;r la r&#233;volution &#171; comme le p&#233;ch&#233; &#187;. Et le m&#234;me dirigeant se montra bon pr&#233;curseur de la &lt;i&gt;repr&#233;sentation socialiste &lt;/i&gt;qui devait peu apr&#232;s s'opposer en ennemi absolu au prol&#233;tariat de Russie et d'ailleurs, en formulant l'exact programme de cette nouvelle ali&#233;nation : &#171; Le socialisme veut dire travailler beaucoup. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 98&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine n'a &#233;t&#233;, comme penseur marxiste, que le &lt;i&gt;kautskiste fid&#232;le &lt;/i&gt;et cons&#233;quent, qui appliquait &lt;i&gt;l'id&#233;ologie r&#233;volutionnaire &lt;/i&gt;de ce &#171; marxisme orthodoxe &#187; dans les conditions russes, conditions qui ne permettaient pas la pratique r&#233;formiste que la II^e Internationale menait en contrepartie. La direction &lt;i&gt;ext&#233;rieure &lt;/i&gt;du prol&#233;tariat, agissant au moyen d'un parti clandestin disciplin&#233;, soumis aux intellectuels qui sont devenus &#171; r&#233;volutionnaires professionnels &#187;, constitue ici une profession qui ne veut pactiser avec aucune profession dirigeante de la soci&#233;t&#233; capitaliste (le r&#233;gime politique tsariste &#233;tant d'ailleurs incapable d'offrir une telle ouverture dont la base est un stade avanc&#233; du pouvoir de la bourgeoisie). Elle devient donc &lt;i&gt;la profession de la direction absolue &lt;/i&gt;de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 99&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le radicalisme id&#233;ologique autoritaire des bolcheviks s'est d&#233;ploy&#233; &#224; l'&#233;chelle mondiale avec la guerre et l'effondrement de la social-d&#233;mocratie internationale devant la guerre. La fin sanglante des illusions d&#233;mocratiques du mouvement ouvrier avait fait du monde entier une Russie, et le bolchevisme, r&#233;gnant sur la premi&#232;re rupture r&#233;volutionnaire qu'avait amen&#233;e cette &#233;poque de crise, offrait au prol&#233;tariat de tous les pays son mod&#232;le hi&#233;rarchique et id&#233;ologique, pour &#171; parler en russe &#187; &#224; la classe dominante. L&#233;nine n'a pas reproch&#233; au marxisme de la II^e Internationale d'&#234;tre une &lt;i&gt;id&#233;ologie &lt;/i&gt;r&#233;volutionnaire, mais d'avoir cess&#233; de l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 100&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me moment historique, o&#249; le bolchevisme a triomph&#233; &lt;i&gt;pour lui-m&#234;me &lt;/i&gt;en Russie, et o&#249; la social-d&#233;mocratie a combattu victorieusement &lt;i&gt;pour le vieux monde, &lt;/i&gt;marque la naissance achev&#233;e d'un ordre des choses qui est au c&#339;ur de la domination du spectacle moderne : la &lt;i&gt;repr&#233;sentation ouvri&#232;re &lt;/i&gt;s'est oppos&#233;e radicalement &#224; la classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 101&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans toutes les r&#233;volutions ant&#233;rieures, &#233;crivait Rosa Luxembourg dans la &lt;i&gt;Rate Fahne &lt;/i&gt;du 21 d&#233;cembre 1918, les combattants s'affrontaient &#224; visage d&#233;couvert : classe contre classe, programme contre programme. Dans la r&#233;volution pr&#233;sente les troupes de protection de l'ancien ordre n'interviennent pas sous l'enseigne des classes dirigeantes, mais sous le drapeau d'un &#034;parti social-d&#233;mocrate&#034;. Si la question centrale de la r&#233;volution &#233;tait pos&#233;e ouvertement et honn&#234;tement : capitalisme ou socialisme, aucun doute, aucune h&#233;sitation ne seraient aujourd'hui possibles dans la grande masse du prol&#233;tariat. &#187; Ainsi, quelques jours avant sa destruction, le courant radical du prol&#233;tariat allemand d&#233;couvrait le secret des nouvelles conditions qu'avait cr&#233;&#233;es tout le processus ant&#233;rieur (auquel la repr&#233;sentation ouvri&#232;re avait grandement contribu&#233;) : l'organisation spectaculaire de la d&#233;fense de l'ordre existant, le r&#232;gne social des apparences o&#249; aucune &#171; question centrale &#187; ne peut plus se poser &#171; ouvertement et honn&#234;tement &#187;. La repr&#233;sentation r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat &#224; ce stade &#233;tait devenue &#224; la fois le facteur principal et le r&#233;sultat central de la falsification g&#233;n&#233;rale de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 102&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation du prol&#233;tariat sur le mod&#232;le bolchevik, qui &#233;tait n&#233;e de l'arri&#233;ration russe et de la d&#233;mission du mouvement ouvrier des pays avanc&#233;s devant la lutte r&#233;volutionnaire, rencontra aussi dans l'arri&#233;ration russe toutes les conditions qui portaient cette forme d'organisation vers le renversement contre-r&#233;volutionnaire qu'elle contenait inconsciemment dans son germe originel ; et la d&#233;mission r&#233;it&#233;r&#233;e de la masse du mouvement ouvrier europ&#233;en devant le &lt;i&gt;Hic Rhodus, hic salta &lt;/i&gt;de la p&#233;riode 1918-1920, d&#233;mission qui incluait la destruction violente de sa minorit&#233; radicale, favorisa le d&#233;veloppement complet du processus et en laissa le r&#233;sultat mensonger s'affirmer devant le monde comme la seule solution prol&#233;tarienne. La saisie du monopole &#233;tatique de la repr&#233;sentation et de la d&#233;fense du pouvoir des ouvriers, qui justifia le parti bolchevik, le fit &lt;i&gt;devenir ce qu'il &#233;tait : &lt;/i&gt;le parti des &lt;i&gt;propri&#233;taires du prol&#233;tariat, &lt;/i&gt;&#233;liminant pour l'essentiel les formes pr&#233;c&#233;dentes de propri&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 103&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les conditions de la liquidation du tsarisme envisag&#233;es dans le d&#233;bat th&#233;orique toujours insatisfaisant des diverses tendances de la social-d&#233;mocratie russe depuis vingt ans &#8212; faiblesse de la bourgeoisie, poids de la majorit&#233; paysanne, r&#244;le d&#233;cisif d'un prol&#233;tariat concentr&#233; et combatif mais extr&#234;mement minoritaire dans le pays &#8212; r&#233;v&#233;l&#232;rent enfin dans la pratique leur solution, &#224; travers une donn&#233;e qui n'&#233;tait pas pr&#233;sente dans les hypoth&#232;ses : la bureaucratie r&#233;volutionnaire qui dirigeait le prol&#233;tariat, en s'emparant de l'&#201;tat, donna &#224; la soci&#233;t&#233; une nouvelle domination de classe. La r&#233;volution strictement bourgeoise &#233;tait impossible ; la &#171; dictature d&#233;mocratique des ouvriers et des paysans &#187; &#233;tait vide de sens ; le pouvoir prol&#233;tarien des soviets ne pouvait se maintenir &#224; la fois contre la classe des paysans propri&#233;taires, la r&#233;action blanche nationale et internationale, et sa propre repr&#233;sentation ext&#233;rioris&#233;e et ali&#233;n&#233;e en parti ouvrier des ma&#238;tres absolus de l'&#201;tat, de l'&#233;conomie, de l'expression, et bient&#244;t de la pens&#233;e. La th&#233;orie de la r&#233;volution permanente de Trotsky et Parvus, &#224; laquelle L&#233;nine se rallia effectivement en avril 1917, &#233;tait la seule &#224; devenir vraie pour les pays arri&#233;r&#233;s en regard du d&#233;veloppement social de la bourgeoisie, mais seulement apr&#232;s l'introduction de ce facteur inconnu qu'&#233;tait le pouvoir de classe de la bureaucratie. La concentration de la dictature entre les mains de la repr&#233;sentation supr&#234;me de l'id&#233;ologie fut d&#233;fendue avec le plus de cons&#233;quence par L&#233;nine, dans les nombreux affrontements de la direction bolchevik. L&#233;nine avait chaque fois raison contre ses adversaires en ceci qu'il soutenait la solution impliqu&#233;e par les choix pr&#233;c&#233;dents du pouvoir absolu minoritaire : la d&#233;mocratie refus&#233;e &lt;i&gt;&#233;tatiquement &lt;/i&gt;aux paysans devait l'&#234;tre aux ouvriers, ce qui menait &#224; la refuser aux dirigeants communistes des syndicats, et dans tout le parti, et finalement jusqu'au sommet du parti hi&#233;rarchique. Au X&#176; Congr&#232;s, au moment o&#249; le soviet de Cronstadt &#233;tait abattu par les armes et enterr&#233; sous la calomnie, L&#233;nine pronon&#231;ait contre les bureaucrates gauchistes organis&#233;s en &#171; Opposition ouvri&#232;re &#187; cette conclusion dont Staline allait &#233;tendre la logique jusqu'&#224; une parfaite division du monde : &#171; Ici, ou l&#224;-bas avec un fusil, mais pas avec l'opposition... Nous en avons assez de l'opposition. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 104&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bureaucratie rest&#233;e seule propri&#233;taire d'un &lt;i&gt;capitalisme d'&#201;tat, &lt;/i&gt;a d'abord assur&#233; son pouvoir &#224; l'int&#233;rieur par une alliance temporaire avec la paysannerie, apr&#232;s Cronstadt, lors de la &#171; nouvelle politique &#233;conomique &#187;, comme elle l'a d&#233;fendu &#224; l'ext&#233;rieur en utilisant les ouvriers enr&#233;giment&#233;s dans les partis bureaucratiques de la 111&#176; Internationale comme force d'appoint de la diplomatie russe, pour saboter tout mouvement r&#233;volutionnaire et soutenir des gouvernements bourgeois dont elle escomptait un appui en politique internationale (le pouvoir du Kuo-min-tang dans la Chine de 1925-1927, le Front Populaire en Espagne et en France, etc.). Mais la soci&#233;t&#233; bureaucratique devait poursuivre son propre ach&#232;vement par la terreur exerc&#233;e sur la paysannerie pour r&#233;aliser l'accumulation capitaliste primitive la plus brutale de l'histoire. Cette industrialisation de l'&#233;poque stalinienne r&#233;v&#232;le la r&#233;alit&#233; derni&#232;re de la &lt;i&gt;bureaucratie : &lt;/i&gt;elle est la continuation du pouvoir de l'&#233;conomie, le sauvetage de l'essentiel de la soci&#233;t&#233; marchande maintenant le travail-marchandise. C'est la preuve de l'&#233;conomie ind&#233;pendante, qui domine la soci&#233;t&#233; au point de recr&#233;er pour ses propres fins la domination de classe qui lui est n&#233;cessaire : ce qui revient &#224; dire que la bourgeoisie a cr&#233;&#233; une puissance autonome qui, tant que subsiste cette autonomie, peut aller jusqu'&#224; se passer d'une bourgeoisie. La bureaucratie totalitaire n'est pas &#171; la derni&#232;re classe propri&#233;taire de l'histoire &#187; au sens de Bruno Rizzi, mais seulement &lt;i&gt;une classe dominante de substitution &lt;/i&gt;pour l'&#233;conomie marchande. La propri&#233;t&#233; priv&#233;e capitaliste d&#233;faillante est remplac&#233;e par un sous-produit simplifi&#233;, moins diversifi&#233;, &lt;i&gt;concentr&#233; &lt;/i&gt;en propri&#233;t&#233; collective de la classe bureaucratique. Cette forme sous-d&#233;velopp&#233;e de classe dominante est aussi l'expression du sous-d&#233;veloppement &#233;conomique ; et n'a d'autre perspective que rattraper le retard de ce d&#233;veloppement en certaines r&#233;gions du monde. C'est le parti ouvrier, organis&#233; selon le mod&#232;le bourgeois de la s&#233;paration, qui a fourni le cadre hi&#233;rarchique-&#233;tatique &#224; cette &#233;dition suppl&#233;mentaire de la classe dominante. Anton Ciliga notait dans une prison de Staline que &#171; les questions techniques d'organisation se r&#233;v&#233;laient &#234;tre des questions sociales &#187; &lt;i&gt;(L&#233;nine et la R&#233;volution).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 105&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie r&#233;volutionnaire, la &lt;i&gt;coh&#233;rence du s&#233;par&#233; &lt;/i&gt;dont le l&#233;ninisme constitue le plus haut effort volontariste, d&#233;tenant la gestion d'une r&#233;alit&#233; qui la repousse, avec le stalinisme &lt;i&gt;reviendra &#224; sa v&#233;rit&#233; dans l'incoh&#233;rence. &lt;/i&gt;A ce moment l'id&#233;ologie n'est plus une arme, mais une fin. Le mensonge qui n'est plus contredit devient folie. La r&#233;alit&#233; aussi bien que le but sont dissous dans la proclamation id&#233;ologique totalitaire : tout ce qu'elle dit est tout ce qui est. C'est un primitivisme local du spectacle, dont le r&#244;le est cependant essentiel dans le d&#233;veloppement du spectacle mondial. L'id&#233;ologie qui se mat&#233;rialise ici n'a pas transform&#233; &#233;conomiquement le monde, comme le capitalisme parvenu au stade de l'abondance ; elle a seulement transform&#233; polici&#232;rement &lt;i&gt;la perception.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 106&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe id&#233;ologique-totalitaire au pouvoir est le pouvoir d'un monde renvers&#233; : plus elle est forte, plus elle affirme qu'elle n'existe pas, et sa force lui sert d'abord &#224; affirmer son inexistence. Elle est modeste sur ce seul point, car son inexistence officielle doit aussi co&#239;ncider avec le &lt;i&gt;nec plus ultra &lt;/i&gt;du d&#233;veloppement historique, que simultan&#233;ment on devrait &#224; son infaillible commandement. &#201;tal&#233;e partout, la bureaucratie doit &#234;tre la &lt;i&gt;classe invisible &lt;/i&gt;pour la conscience, de sorte que c'est toute la vie sociale qui devient d&#233;mente. L'organisation sociale du mensonge absolu d&#233;coule de cette contradiction fondamentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 107&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le stalinisme fut le r&#232;gne de la terreur dans la classe bureaucratique elle-m&#234;me. Le terrorisme qui fonde le pouvoir de cette classe doit frapper aussi cette classe, car elle ne poss&#232;de aucune garantie juridique, aucune existence reconnue en tant que classe propri&#233;taire, qu'elle pourrait &#233;tendre &#224; chacun de ses membres. Sa propri&#233;t&#233; r&#233;elle est dissimul&#233;e, et elle n'est devenue propri&#233;taire que par la voie de la fausse conscience. La fausse conscience ne maintient son pouvoir absolu que par la terreur absolue, o&#249; tout vrai motif finit par se perdre. Les membres de la classe bureaucratique au pouvoir n'ont le droit de possession sur la soci&#233;t&#233; que collectivement, en tant que participant &#224; un mensonge fondamental : il faut qu'ils jouent le r&#244;le du prol&#233;tariat dirigeant une soci&#233;t&#233; socialiste ; qu'ils soient les acteurs fid&#232;les au texte de l'infid&#233;lit&#233; id&#233;ologique. Mais la participation effective &#224; cet &#234;tre mensonger doit se voir elle-m&#234;me reconnue comme une participation v&#233;ridique. Aucun bureaucrate ne peut soutenir individuellement son droit au pouvoir, car prouver qu'il est un prol&#233;taire socialiste serait se manifester comme le contraire d'un bureaucrate ; et prouver qu'il est un bureaucrate est impossible, puisque la v&#233;rit&#233; officielle de la bureaucratie est de ne pas &#234;tre. Ainsi chaque bureaucrate est dans la d&#233;pendance absolue d'une &lt;i&gt;garantie centrale &lt;/i&gt;de l'id&#233;ologie, qui reconna&#238;t une participation collective &#224; son &#171; pouvoir socialiste &#187; de &lt;i&gt;tous les bureaucrates qu'elle n'an&#233;antit pas. &lt;/i&gt;Si les bureaucrates pas ensemble d&#233;cident de tout, la coh&#233;sion de leur propre classe ne peut &#234;tre assur&#233;e que par la concentration de leur pouvoir terroriste en une seule personne. Dans cette personne r&#233;side la seule v&#233;rit&#233; pratique du mensonge &lt;i&gt;au pouvoir : &lt;/i&gt;la fixation indiscutable de sa fronti&#232;re toujours rectifi&#233;e. Staline d&#233;cide sans appel qui est finalement bureaucrate poss&#233;dant ; c'est-&#224;-dire qui doit &#234;tre appel&#233; &#171; prol&#233;taire au pouvoir &#187; ou bien &#171; tra&#238;tre &#224; la solde du Mikado et de Wall Street &#187;. Les atomes bureaucratiques ne trouvent l'essence commune de leur droit que dans la personne de Staline. Staline est ce souverain du monde qui se sait de cette fa&#231;on la personne absolue, pour la conscience de laquelle il n'existe pas d'esprit plus haut. &#171; Le souverain du monde poss&#232;de la conscience effective de ce qu'il est &#8212; la puissance universelle de l'effectivit&#233; &#8212; dans la violence destructrice qu'il exerce contre le Soi de ses sujets lui faisant contraste. &#187; En m&#234;me temps qu'il est la puissance qui d&#233;finit le terrain de la domination, il est &#171; &lt;i&gt;la puissance ravageant ce terrain &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 108&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand l'id&#233;ologie, devenue absolue par la possession du pouvoir absolu, s'est chang&#233;e d'une connaissance parcellaire en un mensonge totalitaire, la pens&#233;e de l'histoire a &#233;t&#233; si parfaitement an&#233;antie que l'histoire elle-m&#234;me, au niveau de la connaissance la plus empirique, ne peut plus exister. La soci&#233;t&#233; bureaucratique totalitaire vit dans un pr&#233;sent perp&#233;tuel, o&#249; tout ce qui est advenu existe seulement pour elle comme un espace accessible &#224; sa police. Le projet, d&#233;j&#224; formul&#233; par Napol&#233;on, de &#171; diriger monarchiquement l'&#233;nergie des souvenirs &#187; a trouv&#233; sa concr&#233;tisation totale dans une manipulation permanente du pass&#233;, non seulement dans les significations, mais dans les faits. Mais le prix de cet affranchissement de toute r&#233;alit&#233; historique est la perte de la r&#233;f&#233;rence rationnelle qui est indispensable &#224; la soci&#233;t&#233; &lt;i&gt;historique &lt;/i&gt;du capitalisme. On sait ce que l'application scientifique de l'id&#233;ologie devenue folle a pu co&#251;ter &#224; l'&#233;conomie russe, ne serait-ce qu'avec l'imposture de Lyssenko. Cette contradiction de la bureaucratie totalitaire administrant une soci&#233;t&#233; industrialis&#233;e, prise entre son besoin du rationnel et son refus du rationnel, constitue aussi une de ses d&#233;ficiences principales en regard du d&#233;veloppement capitaliste normal. De m&#234;me que la bureaucratie ne peut r&#233;soudre comme lui la question de l'agriculture, de m&#234;me elle lui est finalement inf&#233;rieure dans la production industrielle, planifi&#233;e autoritairement sur les bases de l'irr&#233;alisme et du mensonge g&#233;n&#233;ralis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 109&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement ouvrier r&#233;volutionnaire, entre les deux guerres, fut an&#233;anti par l'action conjugu&#233;e de la bureaucratie stalinienne et du totalitarisme fasciste, qui avait emprunt&#233; sa forme d'organisation au parti totalitaire exp&#233;riment&#233; en Russie. Le fascisme a &#233;t&#233; une d&#233;fense extr&#233;miste de l'&#233;conomie bourgeoise menac&#233;e par la crise et la subversion prol&#233;tarienne, &lt;i&gt;l'&#233;tat de si&#232;ge &lt;/i&gt;dans la soci&#233;t&#233; capitaliste, par lequel cette soci&#233;t&#233; se sauve, et se donne une premi&#232;re rationalisation d'urgence en faisant intervenir massivement l'&#201;tat dans sa gestion. Mais une telle rationalisation est elle-m&#234;me grev&#233;e de l'immense irrationalit&#233; de son moyen. Si le fascisme se porte &#224; la d&#233;fense des principaux points de l'id&#233;ologie bourgeoise devenue conservatrice (la famille, la propri&#233;t&#233;, l'ordre moral, la nation) en r&#233;unissant la petite-bourgeoisie et les ch&#244;meurs affol&#233;s par la crise ou d&#233;&#231;us par l'impuissance de la r&#233;volution socialiste, il n'est pas lui-m&#234;me fonci&#232;rement id&#233;ologique. Il se donne pour ce qu'il est : une r&#233;surrection violente du &lt;i&gt;mythe, &lt;/i&gt;qui exige la participation &#224; une communaut&#233; d&#233;finie par des pseudo-valeurs archa&#239;ques : la race, le sang, le chef. Le fascisme est &lt;i&gt;l'archa&#239;sme techniquement &#233;quip&#233;. &lt;/i&gt;Son &lt;i&gt;ersatz ? &lt;/i&gt;d&#233;compos&#233; du mythe est repris dans le contexte spectaculaire des moyens de conditionnement et d'illusion les plus modernes. Ainsi, il est un des facteurs dans la formation du spectaculaire moderne, de m&#234;me que sa part dans la destruction de l'ancien mouvement ouvrier fait de lui une des puissances fondatrices de la soci&#233;t&#233; pr&#233;sente ; mais comme le fascisme se trouve &#234;tre aussi la forme &lt;i&gt;la plus co&#251;teuse &lt;/i&gt;du maintien de l'ordre capitaliste, il devait normalement quitter le devant de la sc&#232;ne qu'occupent les grands r&#244;les des &#201;tats capitalistes, &#233;limin&#233; par des formes plus rationnelles et plus fortes de cet ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 110&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la bureaucratie russe a enfin r&#233;ussi &#224; se d&#233;faire des traces de la propri&#233;t&#233; bourgeoise qui entravaient son r&#232;gne sur l'&#233;conomie, &#224; d&#233;velopper celle-ci pour son propre usage, et &#224; &#234;tre reconnue au-dehors parmi les grandes puissances, elle veut jouir calmement de son propre monde, en supprimer cette part d'arbitraire qui s'exer&#231;ait sur elle-m&#234;me : elle d&#233;nonce le stalinisme de son origine. Mais une telle d&#233;nonciation reste stalinienne, arbitraire, inexpliqu&#233;e, et sans cesse corrig&#233;e, car &lt;i&gt;le mensonge id&#233;ologique de son origine ne peut jamais &#234;tre r&#233;v&#233;l&#233;. &lt;/i&gt;Ainsi la bureaucratie ne peut se lib&#233;raliser ni culturellement ni politiquement car son existence comme classe d&#233;pend de son monopole id&#233;ologique qui, dans toute sa lourdeur, est son seul titre de propri&#233;t&#233;. L'id&#233;ologie a certes perdu la passion de son affirmation positive, mais ce qui en subsiste de trivialit&#233; indiff&#233;rente a encore cette fonction r&#233;pressive d'interdire la moindre concurrence, de tenir captive la totalit&#233; de la pens&#233;e. La bureaucratie est ainsi li&#233;e &#224; une id&#233;ologie qui n'est plus crue par personne. Ce qui &#233;tait terroriste est devenu d&#233;risoire, mais cette d&#233;rision m&#234;me ne peut se maintenir qu'en conservant &#224; l'arri&#232;re-plan le terrorisme dont elle voudrait se d&#233;faire. Ainsi, au moment m&#234;me o&#249; la bureaucratie veut montrer sa sup&#233;riorit&#233; sur le terrain du capitalisme, elle s'avoue un &lt;i&gt;parent pauvre &lt;/i&gt;du capitalisme. De m&#234;me que son histoire effective est en contradiction avec son droit, et son ignorance grossi&#232;rement entretenue en contradiction avec ses pr&#233;tentions scientifiques, son projet de rivaliser avec la bourgeoisie dans la production d'une abondance marchande est entrav&#233; par ce fait qu'une telle abondance porte en elle-m&#234;me &lt;i&gt;son id&#233;ologie implicite, &lt;/i&gt;et s'assortit normalement d'une libert&#233; ind&#233;finiment &#233;tendue de faux choix spectaculaires, pseudo-libert&#233; qui reste inconciliable avec l'id&#233;ologie bureaucratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 111&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce moment du d&#233;veloppement, le titre de propri&#233;t&#233; id&#233;ologique de la bureaucratie s'effondre d&#233;j&#224; &#224; l'&#233;chelle internationale. Le pouvoir qui s'&#233;tait &#233;tabli nationalement en tant que mod&#232;le fondamentalement internationaliste doit admettre qu'il ne peut plus pr&#233;tendre maintenir sa coh&#233;sion mensong&#232;re au del&#224; de chaque fronti&#232;re nationale. L'in&#233;gal d&#233;veloppement &#233;conomique que connaissent des bureaucraties, aux int&#233;r&#234;ts concurrents, qui ont r&#233;ussi &#224; poss&#233;der leur &#171; socialisme &#187; en dehors d'un seul pays, a conduit &#224; l'affrontement public et complet du mensonge russe et du mensonge chinois. A partir de ce point, chaque bureaucratie au pouvoir, ou chaque parti totalitaire candidat au pouvoir laiss&#233; par la p&#233;riode stalinienne dans quelques classes ouvri&#232;res nationales, doit suivre sa propre voie. S'ajoutant aux manifestations de n&#233;gation int&#233;rieure qui commenc&#232;rent &#224; s'affirmer devant le monde avec la r&#233;volte ouvri&#232;re de Berlin-Est opposant aux bureaucrates son exigence d'&#171; un gouvernement de m&#233;tallurgistes &#187;, et qui sont d&#233;j&#224; all&#233;es une fois jusqu'au pouvoir des conseils ouvriers de Hongreie, la d&#233;composition mondiale de l'alliance de la mystification bureaucratique est, en derni&#232;re analyse, le facteur le plus d&#233;favorable pour le d&#233;veloppement actuel de la soci&#233;t&#233; capitaliste. La bourgeoisie est en train de perdre l'adversaire qui la soutenait objectivement en unifiant illusoirement toute n&#233;gation de l'ordre existant. Une telle division du travail spectaculaire voit sa fin quand le r&#244;le pseudo-r&#233;volutionnaire se divise &#224; son tour. L'&#233;l&#233;ment spectaculaire de la dissolution du mouvement ouvrier va &#234;tre lui-m&#234;me dissous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 112&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'illusion l&#233;niniste n'a plus d'autre base actuelle que dans les diverses tendances trotskistes, o&#249; l'identification du projet prol&#233;tarien &#224; une organisation hi&#233;rarchique de l'id&#233;ologie survit in&#233;branlablement &#224; l'exp&#233;rience de tous ses r&#233;sultats. La distance qui s&#233;pare le trotskisme de la critique r&#233;volutionnaire de la soci&#233;t&#233; pr&#233;sente permet aussi la distance respectueuse qu'il observe &#224; l'&#233;gard de positions qui &#233;taient d&#233;j&#224; fausses quand elles s'us&#232;rent dans un combat r&#233;el. Trotsky est rest&#233; jusqu'en 1927 fondamentalement solidaire de la haute bureaucratie, tout en cherchant &#224; s'en emparer pour lui faire reprendre une action r&#233;ellement bolchevik &#224; l'ext&#233;rieur (on sait qu'&#224; ce moment pour aider &#224; dissimuler le fameux &#171; testament de L&#233;nine &#187;, il alla jusqu'&#224; d&#233;savouer calomnieusement son partisan Max Eastman qui l'avait divulgu&#233;). Trotsky a &#233;t&#233; condamn&#233; par sa perspective fondamentale, parce qu'au moment o&#249; la bureaucratie se conna&#238;t elle-m&#234;me dans son r&#233;sultat comme classe contre-r&#233;volutionnaire &#224; l'int&#233;rieur, elle doit choisir aussi d'&#234;tre effectivement contre-r&#233;volutionnaire &#224; l'ext&#233;rieur au nom de la r&#233;volution, &lt;i&gt;comme chez elle. &lt;/i&gt;La lutte ult&#233;rieure de Trotsky pour une IV&#176; Internationale contient la m&#234;me incons&#233;quence. Il a refus&#233; toute sa vie de reconna&#238;tre dans la bureaucratie le pouvoir d'une classe s&#233;par&#233;e, parce qu'il &#233;tait devenu pendant la deuxi&#232;me r&#233;volution russe le partisan inconditionnel de la forme bolchevik d'organisation. Quand Luk&#224;cs, en 1923, montrait dans cette forme la m&#233;diation enfin trouv&#233;e entre la th&#233;orie et la pratique, o&#249; les prol&#233;taires cessent d'&#234;tre &#171; des &lt;i&gt;spectateurs &#187; &lt;/i&gt;des &#233;v&#233;nements survenus dans leur organisation, mais les ont consciemment choisis et v&#233;cus, il d&#233;crivait comme m&#233;rites effectifs du parti bolchevik tout ce que le parti bolchevik &lt;i&gt;n'&#233;tait pas. &lt;/i&gt;Luk&#224;cs &#233;tait encore, &#224; c&#244;t&#233; de son profond travail th&#233;orique, un id&#233;ologue, parlant au nom du pouvoir le plus vulgairement ext&#233;rieur au mouvement prol&#233;tarien, en croyant et en faisant croire qu'il se trouvait lui-m&#234;me, avec sa personnalit&#233; totale, dans ce pouvoir comme dans &lt;i&gt;le sien propre. &lt;/i&gt;Alors que la suite manifestait de quelle mani&#232;re ce pouvoir d&#233;savoue et supprime ses valets, Luk&#224;cs, se d&#233;savouant lui-m&#234;me sans fin, a fait voir avec une nettet&#233; caricaturale &#224; quoi il s'&#233;tait exactement identifi&#233; : au &lt;i&gt;contraire &lt;/i&gt;de lui-m&#234;me, et de ce qu'il avait soutenu dans &lt;i&gt;Histoire et conscience de classe. &lt;/i&gt;Luk&#224;cs v&#233;rifie au mieux la r&#232;gle fondamentale qui juge tous les intellectuels de ce si&#232;cle : ce qu'ils &lt;i&gt;respectent &lt;/i&gt;mesure exactement leur propre r&#233;alit&#233; &lt;i&gt;m&#233;prisable. &lt;/i&gt;L&#233;nine n'avait cependant gu&#232;re flatt&#233; ce genre d'illusions sur son activit&#233;, lui qui convenait qu'&#171; un parti politique ne peut examiner ses membres pour voir s'il y a des contradictions entre leur philosophie et le programme du parti &#187;. Le parti r&#233;el dont Luk&#224;cs avait pr&#233;sent&#233; &#224; contretemps le portrait r&#234;v&#233; n'&#233;tait coh&#233;rent que pour une t&#226;che pr&#233;cise et partielle : saisir le pouvoir dans l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 113&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'illusion n&#233;o-l&#233;niniste du trotskisme actuel, parce qu'elle est &#224; tout moment d&#233;mentie par la r&#233;alit&#233; de la soci&#233;t&#233; capitaliste moderne, tant bourgeoise que bureaucratique, trouve naturellement un champ d'application privil&#233;gi&#233; dans les pays &#171; sous-d&#233;velopp&#233;s &#187; formellement ind&#233;pendants, o&#249; l'illusion d'une quelconque variante de socialisme &#233;tatique et bureaucratique est consciemment manipul&#233;e comme &lt;i&gt;la ample id&#233;ologie du d&#233;veloppement &#233;conomique, &lt;/i&gt;par les classes dirigeantes locales. La composition hybride de ces classes se rattache plus ou moins nettement &#224; une gradation sur le spectre bourgeoisie-bureaucratie. Leur jeu &#224; l'&#233;chelle internationale entre ces deux p&#244;les du pouvoir capitaliste existant, aussi bien que leurs compromis id&#233;ologiques &#8212; notamment avec l'islamisme &#8212; exprimant la r&#233;alit&#233; hybride de leurs base sociale, ach&#232;vent d'enlever &#224; ce dernier sous-produit du socialisme id&#233;ologique tout s&#233;rieux autre que policier. Une bureaucratie a pu se former en encadrant la lutte nationale et la r&#233;volte agraire des paysans : elle tend alors, comme en Chine, &#224; appliquer le mod&#232;le stalinien d'industrialisation dans une soci&#233;t&#233; moins d&#233;velopp&#233;e que la Russie de 1917. Une bureaucratie capable d'industrialiser la nation peut se former &#224; partir de la petite-bourgeoisie des cadres de l'arm&#233;e saisissant le pouvoir, comme le montre l'exemple de l'Egypte. En certains points, dont l'Alg&#233;rie &#224; l'issue de sa guerre d'ind&#233;pendance, la bureaucratie, qui s'est constitu&#233;e comme direction para-&#233;tatique pendant la lutte, recherche le point d'&#233;quilibre d'un compromis pour fusionner avec une faible bourgeoisie nationale. Enfin dans les anciennes colonies d'Afrique noire qui restent ouvertement li&#233;es &#224; la bourgeoisie occidentale, am&#233;ricaine et europ&#233;enne, une bourgeoisie se constitue &#8212; le plus souvent &#224; partir de la puissance des chefs traditionnels du tribalisme &#8212;&lt;i&gt;par la possession de l'&#201;tat : &lt;/i&gt;dans ces pays o&#249; l'imp&#233;rialisme &#233;tranger reste le vrai ma&#238;tre de l'&#233;conomie, vient un stade o&#249; les &lt;i&gt;compradores &lt;/i&gt;ont re&#231;u en compensation de leur vente des produits indig&#232;nes la propri&#233;t&#233; d'un &#201;tat indig&#232;ne, ind&#233;pendant devant les masses locales mais non devant l'imp&#233;rialisme. Dans ce cas, il s'agit d'une bourgeoisie artificielle qui n'est pas capable d'accumuler, mais qui simplement &lt;i&gt;dilapide, &lt;/i&gt;tant la part de plus-value du travail local qui lui revient que les subsides &#233;trangers des &#201;tats ou monopoles qui sont ses protecteurs. L'&#233;vidence de l'incapacit&#233; de ces classes bourgeoises &#224; remplir la fonction &#233;conomique normale de la bourgeoisie dresse devant chacune d'elles une subversion sur le mod&#232;le bureaucratique plus ou moins adapt&#233; aux particularit&#233;s locales, qui veut saisir son h&#233;ritage. Mais la r&#233;ussite m&#234;me d'une bureaucratie dans son projet fondamental d'industrialisation contient n&#233;cessairement la perspective de son &#233;chec historique : en accumulant le capital, elle accumule le prol&#233;tariat, et cr&#233;e son propre d&#233;menti, dans un pays o&#249; il n'existait pas encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 114&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce d&#233;veloppement complexe et terrible qui a emport&#233; l'&#233;poque des luttes de classes vers de nouvelles conditions, le prol&#233;tariat des pays industriels a compl&#232;tement perdu l'affirmation de sa perspective autonome et, en derni&#232;re analyse, &lt;i&gt;ses illusions, &lt;/i&gt;mais non son &#234;tre. Il n'est pas supprim&#233;. Il demeure irr&#233;ductiblement existant dans l'ali&#233;nation intensifi&#233;e du capitalisme moderne : il est l'immense majorit&#233; des travailleurs qui ont perdu tout pouvoir sur l'emploi de leur vie, et qui, &lt;i&gt;d&#232;s qu'ils le savent, &lt;/i&gt;se red&#233;finissent comme le prol&#233;tariat, le n&#233;gatif &#224; l'&#339;uvre dans cette soci&#233;t&#233;. Ce prol&#233;tariat est objectivement renforc&#233; par le mouvement de disparition de la paysannerie, comme par l'extension de la logique du travail en usine qui s'applique &#224; une grande partie des &#171; services &#187; et des professions intellectuelles. C'est &lt;i&gt;subjectivement &lt;/i&gt;que ce prol&#233;tariat est encore &#233;loign&#233; de sa conscience pratique de classe, non seulement chez les employ&#233;s mais aussi chez les ouvriers qui n'ont encore d&#233;couvert que l'impuissance et la mystification de la vieille politique. Cependant, quand le prol&#233;tariat d&#233;couvre que sa propre force ext&#233;rioris&#233;e concourt au renforcement permanent de la soci&#233;t&#233; capitaliste, non plus seulement sous la forme de son travail, mais aussi sous la forme des syndicats, des partis ou de la puissance &#233;tatique qu'il avait constitu&#233;s pour s'&#233;manciper, il d&#233;couvre aussi par l'exp&#233;rience historique concr&#232;te qu'il est la classe totalement ennemie de toute ext&#233;riorisation fig&#233;e et de toute sp&#233;cialisation du pouvoir. Il porte &lt;i&gt;la r&#233;volution qui ne peut rien laisser &#224; l'ext&#233;rieur d'elle-m&#234;me, &lt;/i&gt;l'exigence de la domination permanente du pr&#233;sent sur le pass&#233;, et la critique totale de la s&#233;paration ; et c'est cela dont il doit trouver la forme ad&#233;quate dans l'action. Aucune am&#233;lioration quantitative de sa mis&#232;re, aucune illusion d'int&#233;gration hi&#233;rarchique, ne sont un rem&#232;de durable &#224; son insatisfaction, car le prol&#233;tariat ne peut se reconna&#238;tre v&#233;ridiquement dans un tort particulier qu'il aurait subi ni donc &lt;i&gt;dans la r&#233;paration d'un tort particulier, &lt;/i&gt;ni d'un grand nombre de ces torts, mais seulement dans le &lt;i&gt;tort absolu &lt;/i&gt;d'&#234;tre rejet&#233; en marge de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 115&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux nouveaux signes de n&#233;gation, incompris et falsifi&#233;s par l'am&#233;nagement spectaculaire, qui se multiplient dans les pays les plus avanc&#233;s &#233;conomiquement, on peut d&#233;j&#224; tirer cette conclusion qu'une nouvelle &#233;poque s'est ouverte : apr&#232;s la premi&#232;re tentative de subversion ouvri&#232;re, &lt;i&gt;c'est maintenant l'abondance capitaliste qui a &#233;chou&#233;. &lt;/i&gt;Quand les luttes antisyndicales des ouvriers occidentaux sont r&#233;prim&#233;es d'abord par les syndicats, et quand les courants r&#233;volt&#233;s de la jeunesse lancent une premi&#232;re protestation informe, dans laquelle pourtant le refus de l'ancienne politique sp&#233;cialis&#233;e, de l'art et de la vie quotidienne, est imm&#233;diatement impliqu&#233;, ce sont l&#224; les deux faces d'une nouvelle lutte spontan&#233;e qui commence sous l'aspect &lt;i&gt;criminel. &lt;/i&gt;Ce sont les signes avant-coureurs du deuxi&#232;me assaut prol&#233;tarien contre la soci&#233;t&#233; de classes. Quand les enfants perdus de cette arm&#233;e encore immobile reparaissent sur ce terrain, devenu autre et rest&#233; le m&#234;me, ils suivent un nouveau &#171; g&#233;n&#233;ral Ludd &#187; qui, cette fois, les lance dans la destruction des &lt;i&gt;machines de la consommation permise.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 116&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La forme politique enfin d&#233;couverte sous laquelle l'&#233;mancipation &#233;conomique du travail pouvait &#234;tre r&#233;alis&#233;e &#187; a pas dans ce si&#232;cle une nette figure dans les Conseils ouvriers r&#233;volutionnaires, concentrant en eux toutes les fonctions de d&#233;cision et d'ex&#233;cution, et se f&#233;d&#233;rant par le moyen de d&#233;l&#233;gu&#233;s responsables devant la base et r&#233;vocables &#224; tout instant. Leur existence effective n'a encore &#233;t&#233; qu'une br&#232;ve &#233;bauche, aussit&#244;t combattue et vaincue par diff&#233;rentes forces de d&#233;fense de la soci&#233;t&#233; de classes, parmi lesquelles il faut souvent compter leur propre fausse conscience. Pannekoek insistait justement sur le fait que le choix d'un pouvoir des Conseils ouvriers &#171; propose des probl&#232;mes &#187; plut&#244;t qu'il n'apporte une solution. Mais ce pouvoir est pr&#233;cis&#233;ment le lieu o&#249; les probl&#232;mes de la r&#233;volution du prol&#233;tariat peuvent trouver leur vraie solution. C'est le lieu o&#249; les conditions objectives de la conscience historique sont r&#233;unies ; la r&#233;alisation de la communication directe &lt;i&gt;active, &lt;/i&gt;o&#249; finissent la sp&#233;cialisation, la hi&#233;rarchie et la s&#233;paration, o&#249; les conditions existantes ont &#233;t&#233; transform&#233;es &#171; en conditions d'unit&#233; &#187;. Ici le sujet prol&#233;tarien peut &#233;merger de sa lutte contre la contemplation : sa conscience est &#233;gale &#224; l'organisation pratique qu'elle s'est donn&#233;e, car cette conscience m&#234;me est ins&#233;parable de l'intervention coh&#233;rente dans l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 117&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le pouvoir des Conseils, qui doit supplanter internationalement tout autre pouvoir, le mouvement prol&#233;tarien est son propre produit, et ce produit est le producteur m&#234;me. Il est &#224; lui-m&#234;me son propre but. L&#224; seulement la n&#233;gation spectaculaire de la vie est ni&#233;e &#224; son tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 118&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apparition des Conseils fut la r&#233;alit&#233; la plus haute du mouvement prol&#233;tarien dans le premier quart du si&#232;cle, r&#233;alit&#233; qui resta inaper&#231;ue ou travestie parce qu'elle disparaissait avec le reste du mouvement que l'ensemble de l'exp&#233;rience historique d'alors d&#233;mentait et &#233;liminait. Dans le nouveau moment de la critique prol&#233;tarienne, ce r&#233;sultat revient comme le seul point invaincu du mouvement vaincu. La conscience historique qui sait qu'elle a en lui son seul milieu d'existence peut le reconna&#238;tre maintenant, non plus &#224; la p&#233;riph&#233;rie de ce qui reflue, mais au centre de ce qui monte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 119&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une organisation r&#233;volutionnaire existant avant le pouvoir des Conseils &#8212; elle devra trouver en luttant sa propre forme &#8212; pour toutes ces raisons historiques sait d&#233;j&#224; qu'elle &lt;i&gt;ne repr&#233;sente pas &lt;/i&gt;la classe. Elle doit seulement se reconna&#238;tre elle-m&#234;me comme une s&#233;paration radicale d'avec &lt;i&gt;le monde de la s&#233;paration.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 120&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation r&#233;volutionnaire est l'expression coh&#233;rente de la th&#233;orie de la praxis entrant en communication non-unilat&#233;rale avec les luttes pratiques, en devenir vers la th&#233;orie pratique. Sa propre pratique est la g&#233;n&#233;ralisation de la communication et de la coh&#233;rence dans ces luttes. Dans le moment r&#233;volutionnaire de la dissolution de la s&#233;paration sociale, cette organisation doit reconna&#238;tre sa propre dissolution en tant qu'organisation s&#233;par&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 121&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation r&#233;volutionnaire ne peut &#234;tre que la critique unitaire de la soci&#233;t&#233;, c'est-&#224;-dire une critique qui ne pactise avec aucune forme de pouvoir s&#233;par&#233;, en aucun point du monde, et une critique prononc&#233;e globalement contre tous les aspects de la vie sociale ali&#233;n&#233;e. Dans la lutte de l'organisation r&#233;volutionnaire contre la soci&#233;t&#233; de classes, les armes ne sont pas autre chose que &lt;i&gt;Y essence &lt;/i&gt;des combattants m&#234;mes : l'organisation r&#233;volutionnaire ne peut reproduire en elle les conditions de scission et de hi&#233;rarchie qui sont celles de la soci&#233;t&#233; dominante. Elle doit lutter en permanence contre sa d&#233;formation dans le spectacle r&#233;gnant. La seule limite de la participation &#224; la d&#233;mocratie totale de l'organisation r&#233;volutionnaire est la reconnaissance et l'auto-appropriation effective, par tous ses membres, de la coh&#233;rence de sa critique, coh&#233;rence qui doit se prouver dans la th&#233;orie critique proprement dite et dans la relation entre celle-ci et l'activit&#233; pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 122&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la r&#233;alisation toujours plus pouss&#233;e de l'ali&#233;nation capitaliste &#224; tous les niveaux, en rendant toujours plus difficile aux travailleurs de reconna&#238;tre et de nommer leur propre mis&#232;re, les place dans l'alternative de refuser &lt;i&gt;la totalit&#233; de leur mis&#232;re, ou rien, &lt;/i&gt;l'organisation r&#233;volutionnaire a d&#251; apprendre qu'elle ne peut plus &lt;i&gt;combattre l'ali&#233;nation sous des formes ali&#233;n&#233;es.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 123&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution prol&#233;tarienne est enti&#232;rement suspendue &#224; cette n&#233;cessit&#233; que, pour la premi&#232;re fois, c'est la th&#233;orie en tant qu'intelligence de la pratique humaine qui doit &#234;tre reconnue et v&#233;cue par les masses. Elle exige que les ouvriers deviennent dialecticiens et inscrivent leur pens&#233;e dans la pratique ; ainsi elle demande aux &lt;i&gt;hommes sans qualit&#233; &lt;/i&gt;bien plus que la r&#233;volution bourgeoise ne demandait aux hommes qualifi&#233;s qu'elle d&#233;l&#233;guait &#224; sa mise en &#339;uvre : car la conscience id&#233;ologique partielle &#233;difi&#233;e par une partie de la classe bourgeoise avait pour base cette &lt;i&gt;partie &lt;/i&gt;centrale de la vie sociale, l'&#233;conomie, dans laquelle cette classe &lt;i&gt;&#233;tait d&#233;j&#224; au pouvoir. &lt;/i&gt;Le d&#233;veloppement m&#234;me de la soci&#233;t&#233; de classes jusqu'&#224; l'organisation spectaculaire de la non-vie m&#232;ne donc le projet r&#233;volutionnaire &#224; devenir &lt;i&gt;visiblement &lt;/i&gt;ce qu'il &#233;tait d&#233;j&#224; &lt;i&gt;essentiellement.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 124&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie r&#233;volutionnaire est maintenant ennemie de toute id&#233;ologie r&#233;volutionnaire, &lt;i&gt;et elle sait qu'elle l'est.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;V. Temps et histoire&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; O gentilshommes, la vie est courte... Si nous vivons, nous vivons pour marcher sur la t&#234;te des rois. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Shakespeare (&lt;i&gt;Henry IV&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
125&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;L'homme, &#171; l'&#234;tre n&#233;gatif qui est uniquement dans la mesure o&#249; il supprime l'Etre &#187;, est identique au temps. L'appropriation par l'homme de sa propre nature est aussi bien sa saisie du d&#233;ploiement de l'univers. &#171; L'histoire est elle-m&#234;me une partie de &lt;i&gt;l'histoire naturelle&lt;/i&gt;, de la transformation de la nature en homme. &#187; (Marx). Inversement cette &#171; histoire naturelle &#187; n'a d'autre existence effective qu'&#224; travers le processus d'une histoire humaine, de la seule partie qui retrouve ce tout historique, comme le t&#233;lescope moderne dont la port&#233;e rattrape &lt;i&gt;dans le temps&lt;/i&gt; la fuite des n&#233;buleuses &#224; la p&#233;riph&#233;rie de l'univers. L'histoire a toujours exist&#233;, mais pas toujours sous sa forme historique. La temporalisation de l'homme, telle qu'elle s'effectue par la m&#233;diation d'une soci&#233;t&#233;, est &#233;gale &#224; une humanisation du temps. Le mouvement inconscient du temps se manifeste et &lt;i&gt;devient vrai&lt;/i&gt; dans la conscience historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;126&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le mouvement proprement historique, quoique &lt;i&gt;encore cach&#233;&lt;/i&gt;, commence dans la lente et insensible formation de &#171; la nature r&#233;elle de l'homme &#187;, cette &#171; nature qui na&#238;t dans l'histoire humaine - dans l'acte g&#233;n&#233;rateur de la soci&#233;t&#233; humaine- &#187;, mais la soci&#233;t&#233; qui alors a ma&#238;tris&#233; une technique et un langage, si elle est d&#233;j&#224; le produit de sa propre histoire, n'a conscience que d'un pr&#233;sent perp&#233;tuel. Toute connaissance, limit&#233;e &#224; la m&#233;moire des plus anciens, y est toujours port&#233;e par des &lt;i&gt;vivants&lt;/i&gt;. Ni la mort, ni la procr&#233;ation ne sont comprises comme une loi du temps. Le temps reste immobile, comme un espace clos. Quand une soci&#233;t&#233; plus complexe en vient &#224; prendre conscience du temps, son travail est bien plut&#244;t de le nier, car elle voit dans le temps non ce qui passe, mais ce qui revient. La soci&#233;t&#233; statique organise le temps selon son exp&#233;rience imm&#233;diate de la nature, dans le mod&#232;le du temps &lt;i&gt;cyclique&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
127&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le temps cyclique est d&#233;j&#224; dominant dans l'exp&#233;rience des peuples nomades, parce que ce sont les m&#234;mes conditions qui se retrouvent devant eux &#224; tout moment de leur passage : Hegel note que &#171; l'errance des nomades est seulement formelle, car elle est limit&#233;e &#224; des espaces uniformes &#187;. La soci&#233;t&#233;, qui en se fixant localement, donne &#224; l'espace un contenu par l'am&#233;nagement de lieux individualis&#233;s, se trouve par l&#224; m&#234;me enferm&#233;e &#224; l'int&#233;rieur de cette localisation. Le retour temporel en des lieux semblables est maintenant le pur retour du temps dans un m&#234;me lieu, la r&#233;p&#233;tition d'une s&#233;rie de gestes. Le passage du nomadisme pastoral &#224; l'agriculture s&#233;dentaire est la fin de la libert&#233; paresseuse et sans contenu, le d&#233;but du labeur. Le mode de production agraire en g&#233;n&#233;ral, domin&#233; par le rythme des saisons, est la base du temps cyclique pleinement constitu&#233;. L'&#233;ternit&#233; lui est &lt;i&gt;int&#233;rieure&lt;/i&gt; : c'est ici-bas le retour du m&#234;me. Le mythe est la construction unitaire de la pens&#233;e qui garantit tout l'ordre cosmique autour de l'ordre que cette soci&#233;t&#233; a d&#233;j&#224; en fait r&#233;alis&#233; dans ses fronti&#232;res.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
128&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;L'appropriation sociale du temps, la production de l'homme par le travail humain, se d&#233;veloppent dans une soci&#233;t&#233; divis&#233;e en classes. Le pouvoir qui s'est constitu&#233; au-dessus de la p&#233;nurie de la soci&#233;t&#233; du temps cyclique, la classe qui organise ce travail social et s'en approprie la plus-value limit&#233;e, s'approprie &#233;galement &lt;i&gt;la plus-value temporelle&lt;/i&gt; de son organisation du temps social : elle poss&#232;de pour elle seule le temps irr&#233;versible du vivant. La seule richesse qui peut exister concentr&#233;e dans le secteur du pouvoir pour &#234;tre mat&#233;riellement d&#233;pens&#233;e en f&#234;te somptuaire, s'y trouve aussi d&#233;pens&#233;e en tant que dilapidation d'un &lt;i&gt;temps historique de la surface de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;. Les propri&#233;taires de la plus-value historique d&#233;tiennent la connaissance et la jouissance des &#233;v&#233;nements v&#233;cus. Ce temps, s&#233;par&#233; de l'organisation collective du temps qui pr&#233;domine avec la pr&#233;diction r&#233;p&#233;titive de la base de la vie sociale, coule au-dessus de sa propre communaut&#233; statique. C'est le temps de l'aventure et de la guerre, o&#249; les ma&#238;tres de la soci&#233;t&#233; cyclique parcourent leur histoire personnelle ; et c'est &#233;galement le temps qui appara&#238;t dans le heurt des communaut&#233;s &#233;trang&#232;res, le d&#233;rangement de l'ordre immuable de la soci&#233;t&#233;. L'histoire survient donc devant les hommes comme un facteur &#233;tranger, comme ce qu'ils n'ont pas voulu et ce contre quoi ils se croyaient abrit&#233;s. Mais par ce d&#233;tour revient aussi l'&lt;i&gt;inqui&#233;tude&lt;/i&gt; n&#233;gative de l'humain, qui avait &#233;t&#233; &#224; l'origine m&#234;me de tout le d&#233;veloppement qui s'&#233;tait endormi.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
129&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le temps-cyclique est en lui-m&#234;me le temps sans conflit. Mais dans cette enfance du temps le conflit est install&#233; : l'histoire lutte d'abord pour &#234;tre l'histoire dans l'activit&#233; pratique des ma&#238;tres. Cette histoire cr&#233;e superficiellement de l'irr&#233;versible ; son mouvement constitue le temps m&#234;me qu'il &#233;puise, &#224; l'int&#233;rieur du temps in&#233;puisable de la soci&#233;t&#233; cyclique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;130&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Les &#171; soci&#233;t&#233;s froides &#187; sont celles qui ont ralenti &#224; l'extr&#234;me leur part d'histoire ; qui ont maintenu dans un &#233;quilibre constant leur opposition &#224; l'environnement naturel humain, et leurs oppositions internes. Si l'extr&#234;me diversit&#233; des institutions &#233;tablies &#224; cette fin t&#233;moigne de la plasticit&#233; de l'auto-cr&#233;ation de la nature humaine, ce t&#233;moignage n'appara&#238;t &#233;videmment que pour l'observateur ext&#233;rieur, pour l'ethnologue &lt;i&gt;revenu&lt;/i&gt; du temps historique. Dans chacune de ces soci&#233;t&#233;s, une structuration d&#233;finitive a exclu le changement. Le conformisme absolu des pratiques sociales existantes, auxquelles se trouvent &#224; jamais identifi&#233;es toutes les possibilit&#233;s humaines, n'a plus d'autre limite ext&#233;rieure que la crainte de retomber dans l'animalit&#233; sans forme. Ici, pour rester dans l'humain, les hommes doivent rester les m&#234;mes.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
131&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;La naissance du pouvoir politique, qui para&#238;t &#234;tre en relation avec les derni&#232;res grandes r&#233;volutions de la technique, comme la fonte du fer, au seuil d'une p&#233;riode qui ne conna&#238;tra plus de bouleversement en profondeur jusqu'&#224; l'apparition de l'industrie, est aussi le moment qui commence &#224; dissoudre les liens de la consanguinit&#233;. D&#232;s lors la succession des g&#233;n&#233;rations sort de la sph&#232;re du pur cycle naturel pour devenir &#233;v&#233;nement orient&#233;, succession de pouvoirs. Le temps irr&#233;versible est le temps de celui qui r&#232;gne ; et les dynasties sont sa premi&#232;re mesure. L'&#233;criture est son arme. Dans l'&#233;criture, le langage atteint sa pleine r&#233;alit&#233; ind&#233;pendante de m&#233;diation entre les consciences. Mais cette ind&#233;pendance est identique &#224; l'ind&#233;pendance g&#233;n&#233;rale du pouvoir s&#233;par&#233;, comme m&#233;diation qui constitue la soci&#233;t&#233;. Avec l'&#233;criture appara&#238;t une conscience qui n'est plus port&#233;e et transmise dans la relation imm&#233;diate des vivants : une &lt;i&gt;m&#233;moire impersonnelle&lt;/i&gt;, qui est celle de l'administration de la soci&#233;t&#233;. &#171; Les &#233;crits sont les pens&#233;es de l'Etat ; les archives sa m&#233;moire &#187; (Novalis).&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
132&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;La chronique est l'expression du temps irr&#233;versible du pouvoir, et aussi l'instrument qui maintient la progression volontariste de ce temps &#224; partir de son trac&#233; ant&#233;rieur, car cette orientation du temps doit s'effondrer avec la force de chaque pouvoir particulier ; retombant dans l'oubli indiff&#233;rent du seul temps cyclique connu par les masses paysannes qui, dans l'&#233;croulement des empires et de leurs chronologies, ne changent jamais. Les &lt;i&gt;possesseurs de l'histoire&lt;/i&gt; ont mis dans le temps &lt;i&gt;un sens&lt;/i&gt; : une direction qui est aussi une signification. Mais cette histoire se d&#233;ploie et succombe &#224; part ; elle laisse immuable la soci&#233;t&#233; profonde, car elle est justement ce qui reste s&#233;par&#233; de la r&#233;alit&#233; commune. C'est en quoi l'histoire des empires de l'Orient se ram&#232;ne pour nous &#224; l'histoire des religions : ces chronologies retomb&#233;es en ruines n'ont laiss&#233; que l'histoire apparemment autonome des illusions qui les enveloppaient. Les ma&#238;tres qui d&#233;tiennent la &lt;i&gt;propri&#233;t&#233; priv&#233;e de l'histoire&lt;/i&gt;, sous la protection du mythe, la d&#233;tiennent eux-m&#234;mes d'abord sur le mode de l'illusion : en Chine et en Egypte ils ont eu longtemps le monopole de l'immortalit&#233; de l'&#226;me ; comme leurs premi&#232;res dynasties reconnues sont l'am&#233;nagement imaginaire du pass&#233;. Mais cette possession illusoire des ma&#238;tres est aussi toute la possession possible, &#224; ce moment, d'une histoire commune et de leur propre histoire. L'&#233;largissement de leur pouvoir historique effectif va de pair avec une vulgarisation de la possession mythique illusoire. Tout ceci d&#233;coule du simple fait que c'est dans la mesure m&#234;me o&#249; les ma&#238;tres se sont charg&#233;s de garantir mythiquement la permanence du temps cyclique, comme dans les rites saisonniers des empereurs chinois, qu'ils s'en sont eux-m&#234;mes relativement affranchis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;133&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Quand la s&#232;che chronologie sans explication du pouvoir divinis&#233; parlant &#224; ses serviteurs, qui ne veut &#234;tre comprise qu'en tant qu'ex&#233;cution terrestre des commandements du mythe, peut &#234;tre surmont&#233; et devient histoire consciente, il a fallu que la participation r&#233;elle &#224; l'histoire ait &#233;t&#233; v&#233;cue par des groupes &#233;tendus. De cette communication pratique entre ceux qui &lt;i&gt;se sont reconnus&lt;/i&gt; comme les possesseurs d'un pr&#233;sent singulier, qui ont &#233;prouv&#233; la richesse qualitative des &#233;v&#233;nements comme leur activit&#233; et le lieu o&#249; ils demeuraient - leur &#233;poque -, na&#238;t le langage g&#233;n&#233;ral de la communication historique. Ceux pour qui le temps irr&#233;versible a exist&#233; y d&#233;couvrent &#224; la fois le &lt;i&gt;m&#233;morable&lt;/i&gt; et la &lt;i&gt;menace de l'oubli&lt;/i&gt; : &#171; H&#233;rodote d'Halicarnasse pr&#233;sente ici les r&#233;sultats de son enqu&#234;te, afin que le temps n'abolisse pas les travaux des hommes... &#187;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
134&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le raisonnement sur l'histoire est, ins&#233;parablement, &lt;i&gt;raisonnement sur le pouvoir&lt;/i&gt;. La Gr&#232;ce a &#233;t&#233; ce moment o&#249; le pouvoir et son changement se discutent et se comprennent, la &lt;i&gt;d&#233;mocratie des ma&#238;tres&lt;/i&gt; de la soci&#233;t&#233;. L&#224; &#233;tait l'inverse des conditions connues par l'Etat despotique, o&#249; le pouvoir ne r&#232;gle jamais ses comptes qu'avec lui-m&#234;me, dans l'inaccessible obscurit&#233; de son point le plus concentr&#233; : par la &lt;i&gt;r&#233;volution de palais&lt;/i&gt;, que la r&#233;ussite ou l'&#233;chec mettent &#233;galement hors de discussion. Cependant, le pouvoir partag&#233; des communaut&#233;s grecques n'existait que dans la &lt;i&gt;d&#233;pense&lt;/i&gt; d'une vie sociale dont la production restait s&#233;par&#233;e et statique dans la classe servile. Seuls ceux qui ne travaillent pas vivent. Dans la division des communaut&#233;s grecques, et la lutte pour l'exploitation des cit&#233;s &#233;trang&#232;res, &#233;tait ext&#233;rioris&#233; le principe de la s&#233;paration qui fondait int&#233;rieurement chacune d'elles. La Gr&#232;ce, qui avait r&#234;v&#233; l'histoire universelle, ne parvint pas &#224; s'unir devant l'invasion ; ni m&#234;me &#224; unifier les calendriers de ses cit&#233;s ind&#233;pendantes. En Gr&#232;ce le temps historique est devenu conscient, mais pas encore conscient de lui-m&#234;me.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
135&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Apr&#232;s la disparition des conditions localement favorables qu'avaient connues les communaut&#233;s grecques, la r&#233;gression de la pens&#233;e historique occidentale n'a pas &#233;t&#233; accompagn&#233;e d'une reconstitution des anciennes organisations mythiques. Dans le heurt des peuples de la M&#233;diterran&#233;e, dans la formation et l'effondrement de l'Etat romain, sont apparues des &lt;i&gt;religions semi-historiques&lt;/i&gt; qui devenaient des facteurs fondamentaux de la nouvelle conscience du temps, et la nouvelle armure du pouvoir s&#233;par&#233;.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
136&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Les religions monoth&#233;istes ont &#233;t&#233; un compromis entre le mythe et l'histoire, entre le temps cyclique dominant encore la production et le temps irr&#233;versible o&#249; s'affrontent et se recomposent les peuples. Les religions issues du juda&#239;sme sont la reconnaissance universelle abstraite du temps irr&#233;versible qui se trouve d&#233;mocratis&#233;, ouvert &#224; tous, mais dans l'illusoire. Le temps est orient&#233; tout entier vers un seul &#233;v&#233;nement final : &#171; Le royaume de Dieu est proche. &#187; Ces religions sont n&#233;es sur le sol de l'histoire, et s'y sont &#233;tablies. Mais l&#224; encore elles se maintiennent en opposition radicale &#224; l'histoire. La religion semi-historique &#233;tablit un point de d&#233;part qualitatif dans le temps, la naissance du Christ, la fuite de Mahomet, mais son temps irr&#233;versible - introduisant une accumulation effective qui pourra dans l'Islam prendre la figure d'une conqu&#234;te, ou dans le Christianisme de la R&#233;forme celle d'un accroissement du capital - est en fait invers&#233; dans la pens&#233;e religieuse comme un &lt;i&gt;compte &#224; rebours&lt;/i&gt; : l'attente, dans le temps qui diminue, de l'acc&#232;s &#224; l'autre monde v&#233;ritable, l'attente du Jugement dernier. L'&#233;ternit&#233; est sortie du temps cyclique. Elle est son au-del&#224;. Elle est l'&#233;l&#233;ment qui rabaisse l'irr&#233;versibilit&#233; du temps, qui supprime l'histoire dans l'histoire m&#234;me, en se pla&#231;ant, comme un pur &#233;l&#233;ment ponctuel o&#249; le temps cyclique est rentr&#233; et s'est aboli, &lt;i&gt;de l'autre c&#244;t&#233; du temps irr&#233;versible&lt;/i&gt;. Bossuet dira encore : &#171; Et par le moyen du temps qui passe, nous entrons dans l'&#233;ternit&#233; qui ne passe pas. &#187;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
137&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le moyen &#226;ge, ce monde mythique inachev&#233; qui avait sa perfection hors de lui, est le moment o&#249; le temps cyclique, qui r&#232;gle encore la part principale de la production, est r&#233;ellement rong&#233; par l'histoire. Une certaine temporalit&#233; irr&#233;versible est reconnue individuellement &#224; tous, dans la succession des &#226;ges de la vie, dans la vie consid&#233;r&#233;e comme un &lt;i&gt;voyage&lt;/i&gt;, un passage sans retour dans un monde dont le sens est ailleurs : le &lt;i&gt;p&#232;lerin&lt;/i&gt; est l'homme qui sort de ce temps cyclique pour &#234;tre effectivement ce voyageur que chacun est comme signe. La vie historique personnelle trouve toujours son accomplissement dans la sph&#232;re du pouvoir, dans la participation aux luttes men&#233;es par le pouvoir et aux luttes pour la dispute du pouvoir ; mais le temps irr&#233;versible du pouvoir est partag&#233; &#224; l'infini, sous l'unification g&#233;n&#233;rale du temps orient&#233; de l'&#232;re chr&#233;tienne, dans un monde de la &lt;i&gt;confiance arm&#233;e&lt;/i&gt;, o&#249; le jeu des ma&#238;tres tourne autour de la fid&#233;lit&#233; et de la contestation de la fid&#233;lit&#233; due. Cette soci&#233;t&#233; f&#233;odale, n&#233;e de la rencontre de &#171; la structure organisationnelle de l'arm&#233;e conqu&#233;rante telle qu'elle s'est d&#233;velopp&#233;e pendant la conqu&#234;te &#187; et des &#171; forces productives trouv&#233;es dans le pays conquis &#187; (&lt;i&gt;Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;) - et il faut compter dans l'organisation de ces forces productives leur langage religieux - a divis&#233; la domination de la soci&#233;t&#233; entre l'Eglise et le pouvoir &#233;tatique, &#224; son tour subdivis&#233; dans les complexes relation de suzerainet&#233; et de vassalit&#233; des tenures territoriales et des communes urbaines. Dans cette diversit&#233; de la vie historique possible, le temps irr&#233;versible qui emportait inconsciemment la soci&#233;t&#233; profonde, le temps v&#233;cu par la bourgeoisie dans la production des marchandises, la fondation et l'expansion des villes, la d&#233;couverte commerciale de la Terre - l'exp&#233;rimentation pratique qui d&#233;truit &#224; jamais toute organisation mythique du cosmos - se r&#233;v&#233;la lentement comme le travail inconnu de l'&#233;poque, quand la grande entreprise historique officielle de ce monde eut &#233;chou&#233; avec les Croisades.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
138&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Au d&#233;clin du moyen &#226;ge, le temps irr&#233;versible qui envahit la soci&#233;t&#233; est ressenti, par la conscience attach&#233;e &#224; l'ancien ordre, sous la forme d'une obsession de la mort. C'est la m&#233;lancolie de la dissolution d'un monde, le dernier o&#249; la s&#233;curit&#233; du mythe &#233;quilibrait encore l'histoire ; et pour cette m&#233;lancolie toute chose terrestre s'achemine seulement vers sa corruption. Les grandes r&#233;voltes des paysans d'Europe sont aussi leur tentative de &lt;i&gt;r&#233;ponse &#224; l'histoire&lt;/i&gt; qui les arrachait violemment au sommeil patriarcal qu'avait garanti la tutelle f&#233;odale. C'est l'utopie mill&#233;nariste de la &lt;i&gt;r&#233;alisation terrestre du paradis&lt;/i&gt;, o&#249; revient au premier plan ce qui &#233;tait &#224; l'origine de la religion semi-historique, quand les communaut&#233;s chr&#233;tiennes, comme le messianisme juda&#239;que dont elles venaient, r&#233;ponses aux troubles et au malheur de l'&#233;poque, attendaient la r&#233;alisation imminente du royaume de Dieu et ajoutaient un facteur d'inqui&#233;tude et de subversion dans la soci&#233;t&#233; antique. Le christianisme &#233;tant venu &#224; partager le pouvoir dans l'empire avait d&#233;menti &#224; son heure, comme simple superstition, ce qui subsistait de cette esp&#233;rance : tel est le sens de l'affirmation augustinienne, arch&#233;type de tous les &lt;i&gt;satisfecit&lt;/i&gt; de l'id&#233;ologie moderne, selon laquelle l'Eglise install&#233;e &#233;tait d&#233;j&#224; depuis longtemps ce royaume dont on avait parl&#233;. La r&#233;volte sociale de la paysannerie mill&#233;nariste se d&#233;finit naturellement d'abord comme une volont&#233; de destruction de l'Eglise. Mais le mill&#233;narisme se d&#233;ploie dans le monde historique, et non sur le terrain du mythe. Ce ne sont pas, comme croit le montrer Norman Cohn dans la &lt;i&gt;Poursuite du Millenium&lt;/i&gt;, les esp&#233;rances r&#233;volutionnaires modernes qui sont des suites irrationnelles de la passion religieuse du mill&#233;narisme. Tout au contraire, c'est le mill&#233;narisme, lutte de classe r&#233;volutionnaire parlant pour la derni&#232;re fois la langue de la religion, qui est d&#233;j&#224; une tendance r&#233;volutionnaire moderne, &#224; laquelle manque encore &lt;i&gt;la conscience de n'&#234;tre historique&lt;/i&gt;. Les mill&#233;naristes devaient perdre parce qu'ils ne pouvaient reconna&#238;tre la r&#233;volution comme leur propre op&#233;ration. Le fait qu'ils attendent d'agir sur un signe ext&#233;rieur de la d&#233;cision de Dieu est la traduction en pens&#233;e d'une pratique dans laquelle les paysans insurg&#233;s suivent des chefs pris hors d'eux-m&#234;mes. La classe paysanne ne pouvait atteindre une conscience juste du fonctionnement de la soci&#233;t&#233;, et de la fa&#231;on de mener sa propre lutte : c'est parce qu'elle manquait de ces conditions d'unit&#233; dans son action et dans sa conscience qu'elle exprima son projet et mena ses guerres selon l'imagerie du paradis terrestre.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
139&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;La possession nouvelle de la vie historique, la Renaissance qui trouve dans l'Antiquit&#233; son pass&#233; et son droit, porte en elle la rupture joyeuse avec l'&#233;ternit&#233;. Son temps irr&#233;versible est celui de l'accumulation infinie des connaissances, et la conscience historique issue de l'exp&#233;rience des communaut&#233;s d&#233;mocratiques et des forces qui les ruinent va reprendre, avec Machiavel, le raisonnement sur le pouvoir d&#233;sacralis&#233;, dire l'indicible de l'Etat. Dans la vie exub&#233;rante des cit&#233;s italiennes, dans l'art des f&#234;tes, la vie se conna&#238;t comme une jouissance du passage du temps. Mais cette jouissance du passage devait &#234;tre elle-m&#234;me passag&#232;re. La chanson de Laurent de M&#233;dicis, que Burckhardt consid&#232;re comme l'expression de &#171; l'esprit m&#234;me de la Renaissance &#187;, est l'&#233;loge que cette fragile f&#234;te de l'histoire a prononc&#233; sur elle-m&#234;me : &#171; Comme elle est belle, la jeunesse - qui s'en va si vite. &#187;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
140&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le mouvement constant de monopolisation de la vie historique par l'Etat de la monarchie absolue, forme de transition vers la compl&#232;te domination de la classe bourgeoise, fait para&#238;tre dans sa v&#233;rit&#233; ce qu'est le nouveau temps, irr&#233;versible de la bourgeoisie. C'est au &lt;i&gt;temps du travail&lt;/i&gt;, pour la premi&#232;re fois affranchi du cyclique, que la bourgeoisie est li&#233;e. Le travail est devenu, avec la bourgeoisie, &lt;i&gt;travail qui transforme les conditions historiques&lt;/i&gt;. La bourgeoisie est la premi&#232;re classe dominante pour qui le travail est une valeur. Et la bourgeoisie qui supprime tout privil&#232;ge, qui ne reconna&#238;t aucune valeur qui ne d&#233;coule de l'exploitation du travail, a justement identifi&#233; au travail sa propre valeur comme classe dominante, et fait du progr&#232;s du travail son propre progr&#232;s. La classe qui accumule les marchandises et le capital modifie continuellement la nature en modifiant le travail lui-m&#234;me, en d&#233;cha&#238;nant sa productivit&#233;. Toute vie sociale s'est d&#233;j&#224; concentr&#233;e dans la pauvret&#233; ornementale de la Cour, parure de la froide administration &#233;tatique qui culmine dans le &#171; m&#233;tier de roi &#187; ; et toute libert&#233; historique particuli&#232;re a d&#251; consentir &#224; sa perte. La libert&#233; du jeu temporel irr&#233;versible des f&#233;odaux s'est consum&#233;e dans leurs derni&#232;res batailles perdues avec les guerres de la Fronde ou le soul&#232;vement des Ecossais pour Charles-Edouard. Le monde a chang&#233; de base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;141&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;La victoire de la bourgeoisie est la victoire du temps &lt;i&gt;profond&#233;ment historique&lt;/i&gt;, parce qu'il est le temps de la production &#233;conomique qui transforme la soci&#233;t&#233;, en permanence et de fond en comble. Aussi longtemps que la production agraire demeure le travail principal, le temps cyclique qui demeure pr&#233;sent au fond de la soci&#233;t&#233; nourrit les forces coalis&#233;es de la &lt;i&gt;tradition&lt;/i&gt;, qui vont freiner le mouvement. Mais le temps irr&#233;versible de l'&#233;conomie bourgeoise extirpe ces survivances dans toute l'&#233;tendue du monde. L'histoire qui &#233;tait apparue jusque-l&#224; comme le seul mouvement des individus de la classe dominante, et donc &#233;crite comme histoire &#233;v&#233;nementielle, est maintenant comprise comme le &lt;i&gt;mouvement g&#233;n&#233;ral&lt;/i&gt;, et dans ce mouvement s&#233;v&#232;re les individus sont sacrifi&#233;s. L'histoire qui d&#233;couvre sa base dans l'&#233;conomie politique sait maintenant l'existence de ce qui &#233;tait son inconscient, mais qui pourtant reste encore l'inconscient qu'elle ne peut tirer au jour. C'est seulement cette pr&#233;histoire aveugle, une nouvelle fatalit&#233; que personne ne domine, que l'&#233;conomie marchande a d&#233;mocratis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;142&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;L'histoire qui est pr&#233;sente dans toute la profondeur de la soci&#233;t&#233; tend &#224; se perdre &#224; la surface. Le triomphe du temps irr&#233;versible est aussi sa m&#233;tamorphose en &lt;i&gt;temps des choses&lt;/i&gt;, parce que l'arme de sa victoire a &#233;t&#233; pr&#233;cis&#233;ment la production en s&#233;rie des objets, selon les lois de la marchandise. Le principal produit que le d&#233;veloppement &#233;conomique a fait passer de la raret&#233; luxueuse &#224; la consommation courante est donc &lt;i&gt;l'histoire&lt;/i&gt;, mais seulement en tant qu'histoire du mouvement abstrait des choses qui domine tout usage qualitatif de la vie. Alors que le temps cyclique ant&#233;rieur avait support&#233; une part croissante de temps historique v&#233;cu par des individus et des groupes, la domination du temps irr&#233;versible de la production va tendre &#224; &#233;liminer socialement ce temps v&#233;cu.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
143&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Ainsi la bourgeoisie a fait conna&#238;tre et a impos&#233; &#224; la soci&#233;t&#233; un temps historique irr&#233;versible, mais lui en refuse l'&lt;i&gt;usage&lt;/i&gt;. &#171; Il y a eu de l'histoire, mais il n'y en a plus &#187;, parce que la classe des possesseurs de l'&#233;conomie, qui ne peut rompre avec l'&lt;i&gt;histoire &#233;conomique&lt;/i&gt;, doit aussi refouler comme une menace imm&#233;diate tout autre emploi irr&#233;versible du temps. La classe dominante, faite de &lt;i&gt;sp&#233;cialistes de la possession des choses&lt;/i&gt; qui sont eux-m&#234;mes, par l&#224;, une possession des choses, doit lier son sort au maintien de cette histoire r&#233;ifi&#233;e, &#224; la permanence d'une nouvelle immobilit&#233; &lt;i&gt;dans l'histoire&lt;/i&gt;. Pour la premi&#232;re fois le travailleur, &#224; la base de la soci&#233;t&#233;, n'est pas mat&#233;riellement &lt;i&gt;&#233;tranger &#224; l'histoire&lt;/i&gt;, car c'est maintenant par sa base que la soci&#233;t&#233; se meut irr&#233;versiblement. Dans la revendication de &lt;i&gt;vivre&lt;/i&gt; le temps historique qu'il fait, le prol&#233;tariat trouve le simple centre inoubliable de son projet r&#233;volutionnaire ; et chacune des tentatives jusqu'ici bris&#233;es d'ex&#233;cution de ce projet marque un point de d&#233;part possible de la vie nouvelle historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;144&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le temps irr&#233;versible de la bourgeoisie ma&#238;tresse du pouvoir s'est d'abord pr&#233;sent&#233; sous son propre nom, comme une origine absolue, l'an I de la R&#233;publique. Mais l'id&#233;ologie r&#233;volutionnaire de la libert&#233; g&#233;n&#233;rale qui avait abattu les derniers restes d'organisation mythique des valeurs, et toute r&#233;glementation traditionnelle de la soci&#233;t&#233;, laissait d&#233;j&#224; voir la volont&#233; r&#233;elle qu'elle avait habill&#233;e &#224; la romaine : la &lt;i&gt;libert&#233; du commerce&lt;/i&gt; g&#233;n&#233;ralis&#233;e. La soci&#233;t&#233; de la marchandise, d&#233;couvrant alors qu'elle devait reconstruire la passivit&#233; qu'il lui avait fallu &#233;branler fondamentalement pour &#233;tablir son propre r&#232;gne pur, &#171; trouve dans le christianisme avec son culte de l'homme abstrait... le compl&#233;ment religieux le plus convenable &#187; (&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;). La bourgeoisie a conclu alors avec cette religion un compromis qui s'exprime aussi dans la pr&#233;sentation du temps : son propre calendrier abandonn&#233;, son temps irr&#233;versible est revenu se mouler dans l'&lt;i&gt;&#232;re chr&#233;tienne&lt;/i&gt; dont il continue la succession.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
145&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Avec le d&#233;veloppement du capitalisme, le temps irr&#233;versible est &lt;i&gt;unifi&#233; mondialement&lt;/i&gt;. L'histoire universelle devient une r&#233;alit&#233;, car le monde entier est rassembl&#233; sous le d&#233;veloppement de ce temps. Mais cette histoire qui partout &#224; la fois est la m&#234;me, n'est encore que le refus intra-historique de l'histoire. C'est le temps de la production &#233;conomique, d&#233;coup&#233; en fragments abstraits &#233;gaux, qui se manifeste sur toute la plan&#232;te comme le &lt;i&gt;m&#234;me jour&lt;/i&gt;. Le temps irr&#233;versible unifi&#233; est celui du &lt;i&gt;march&#233; mondial&lt;/i&gt;, et corollairement du spectacle mondial.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
146&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le temps irr&#233;versible de la production est d'abord la mesure des marchandises. Ainsi donc le temps qui s'affirme officiellement sur toute l'&#233;tendue du monde comme &lt;i&gt;le temps g&#233;n&#233;ral de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, ne signifiant que les int&#233;r&#234;ts sp&#233;cialis&#233;s qui le constituent, &lt;i&gt;n'est qu'un temps particulier&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VI. Le temps spectaculaire&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous n'avons rien &#224; nous que le temps, dont jouissent ceux-m&#234;mes qui n'ont point de demeure. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Balthasar Gracian (&lt;i&gt;L'homme de cour&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
147&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le temps de la production, le temps-marchandise, est une accumulation infinie d'intervalles &#233;quivalents. C'est l'abstraction du temps irr&#233;versible, dont tous les segments doivent prouver sur le chronom&#232;tre leur seule &#233;galit&#233; quantitative. Ce temps est, dans toute sa r&#233;alit&#233; effective, ce qu'il est dans son caract&#232;re &lt;i&gt;&#233;changeable&lt;/i&gt;. C'est dans cette domination sociale du temps-marchandise que le &#171; le temps est tout, l'homme n'est rien ; il est tout au plus la carcasse du temps &#187; (&lt;i&gt;Mis&#232;re de la Philosophie&lt;/i&gt;). C'est le temps d&#233;valoris&#233;, l'inversion compl&#232;te du temps comme &#171; champ de d&#233;veloppement humain &#187;.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
148&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le temps g&#233;n&#233;ral du non-d&#233;veloppement humain existe aussi sous l'aspect compl&#233;mentaire d'un &lt;i&gt;temps consommable&lt;/i&gt; qui retourne vers la vie quotidienne de la soci&#233;t&#233;, &#224; partir de cette production d&#233;termin&#233;e, comme un &lt;i&gt;temps pseudo-cyclique&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
149&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le temps pseudo-cyclique n'est en fait que le &lt;i&gt;d&#233;guisement consommable&lt;/i&gt; du temps-marchandise de la production. Il en contient les caract&#232;res essentiels d'unit&#233;s homog&#232;nes &#233;changeables et de suppression de la dimension qualitative. Mais &#233;tant le sous-produit de ce temps destin&#233; &#224; l'arri&#233;ration de la vie quotidienne concr&#232;te - et au maintien de cette arri&#233;ration -, il doit &#234;tre charg&#233; de pseudo-valorisations et appara&#238;tre en une suite de moments faussement individualis&#233;s.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
150&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le temps pseudo-cyclique est celui de la consommation de la survie &#233;conomique moderne, la survie augment&#233;e, o&#249; le v&#233;cu quotidien reste priv&#233; de d&#233;cision et soumis, non plus &#224; l'ordre naturel, mais &#224; la pseudo-nature d&#233;velopp&#233;e dans le travail ali&#233;n&#233; ; et donc ce temps retrouve &lt;i&gt;tout naturellement&lt;/i&gt; le vieux rythme cyclique qui r&#233;glait la survie des soci&#233;t&#233;s pr&#233;-industrielles. Le temps pseudo-cyclique &#224; la fois prend appui sur les traces naturelles du temps cyclique, et en compose de nouvelles combinaisons homologues : le jour et la nuit, le travail et le repos hebdomadaire, le retour des p&#233;riodes de vacances.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
151&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le temps pseudo-cyclique est un temps qui a &#233;t&#233; &lt;i&gt;transform&#233; par l'industrie&lt;/i&gt;. Le temps qui a sa base dans la production des marchandises est lui-m&#234;me une marchandise consommable, qui rassemble tout ce qui s'&#233;tait auparavant distingu&#233;, lors de la phase de dissolution de la vieille soci&#233;t&#233; unitaire, en vie priv&#233;e, vie &#233;conomique, vie politique. Tout le temps consommable de la soci&#233;t&#233; moderne en vient &#224; &#234;tre trait&#233; en mati&#232;re premi&#232;re de nouveaux produits diversifi&#233;s qui s'imposent sur le march&#233; comme emplois du temps socialement organis&#233;s. &#171; Un produit qui existe d&#233;j&#224; sous une forme qui le rend propre &#224; la consommation peut cependant devenir &#224; son tour mati&#232;re premi&#232;re d'un autre produit &#187; (&lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;).&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
152&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Dans son secteur le plus avanc&#233;, le capitalisme concentr&#233; s'oriente vers la vente de blocs de temps &#171; tout &#233;quip&#233;s &#187;, chacun d'eux constituant une seule marchandise unifi&#233;e, qui a int&#233;gr&#233; un certain nombre de marchandises diverses. C'est ainsi que peut appara&#238;tre, dans l'&#233;conomie en expansion des &#171; services &#187; et des loisirs, la formule du paiement calcul&#233; &#171; tout compris &#187;, pour l'habitat spectaculaire, les pseudo-d&#233;placements collectifs des vacances, l'abonnement &#224; la consommation culturelle, et la vente de la sociabilit&#233; elle-m&#234;me en &#171; conversations passionnantes &#187; et &#171; rencontres de personnalit&#233;s &#187;. Cette sorte de marchandise spectaculaire, qui ne peut &#233;videmment avoir cours qu'en fonction de la p&#233;nurie accrue des r&#233;alit&#233;s correspondantes, figure aussi bien &#233;videmment parmi les articles-pilotes de la modernisation des ventes, en &#233;tant payable &#224; cr&#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;153&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le temps pseudo-cyclique consommable est le temps spectaculaire, &#224; la fois comme temps de la consommation des images, au sens restreint, et comme image de la consommation du temps, dans toute son extension. Le temps de la consommation des images, m&#233;dium de toutes les marchandises, est ins&#233;parablement le champ o&#249; s'exercent pleinement les instruments du spectacle, et le but que ceux-ci pr&#233;sentent globalement, comme lieu et comme figure centrale de toutes les consommations particuli&#232;res : on sait que les gains de temps constamment recherch&#233;s par la soci&#233;t&#233; moderne - qu'il s'agisse de la vitesse des transports ou de l'usage des potages en sachets - se traduisent positivement pour la population des Etats-Unis dans ce fait que la seule contemplation de la t&#233;l&#233;vision l'occupe en moyenne entre trois et six heures par jour. L'image sociale de la consommation du temps, de son c&#244;t&#233;, est exclusivement domin&#233;e par les moments de loisirs et de vacances, moments repr&#233;sent&#233;s &lt;i&gt;&#224; distance&lt;/i&gt; et d&#233;sirables par postulat, comme toute marchandise spectaculaire. Cette marchandise est ici explicitement donn&#233;e comme le moment de la vie r&#233;elle, dont il s'agit d'attendre le retour cyclique. Mais dans ces moments m&#234;me assign&#233;s &#224; la vie, c'est encore le spectacle qui se donne &#224; voir et &#224; reproduire, en atteignant un degr&#233; plus intense. Ce qui a &#233;t&#233; repr&#233;sent&#233; comme la vie r&#233;elle se r&#233;v&#232;le simplement comme la vie plus &lt;i&gt;r&#233;ellement spectaculaire&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
154&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Cette &#233;poque, qui se montre &#224; elle-m&#234;me son temps comme &#233;tant essentiellement le retour pr&#233;cipit&#233; de multiples festivit&#233;s, est &#233;galement une &#233;poque sans f&#234;te. Ce qui &#233;tait, dans le temps cyclique, le moment de la participation d'une communaut&#233; &#224; la d&#233;pense luxueuse de la vie, est impossible pour la soci&#233;t&#233; sans communaut&#233; et sans luxe. Quand ses pseudo-f&#234;tes vulgaris&#233;es, parodies du dialogue et du don, incitent &#224; un surplus de d&#233;pense &#233;conomique, elles ne ram&#232;nent que la d&#233;ception toujours compens&#233;e par la promesse d'une d&#233;ception nouvelle. Le temps de la survie moderne doit, dans le spectacle, se vanter d'autant plus hautement que sa valeur d'usage s'est r&#233;duite. La r&#233;alit&#233; du temps a &#233;t&#233; remplac&#233;e par la &lt;i&gt;publicit&#233;&lt;/i&gt; du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;155&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Tandis que la consommation du temps cyclique des soci&#233;t&#233;s anciennes &#233;tait en accord avec le travail r&#233;el de ces soci&#233;t&#233;s, la consommation pseudo-cyclique de l'&#233;conomie d&#233;velopp&#233;e se trouve en contradiction avec le temps irr&#233;versible abstrait de sa production. Alors que le temps cyclique &#233;tait le temps de l'illusion immobile, v&#233;cu r&#233;ellement, le temps spectaculaire est le temps de la r&#233;alit&#233; qui se transforme, v&#233;cu illusoirement.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
156&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Ce qui est toujours nouveau dans le processus de la production des choses ne se retrouve pas dans la consommation, qui reste le retour &#233;largi du m&#234;me. Parce que le travail mort continue de dominer le travail vivant, dans le temps spectaculaire le pass&#233; domine le pr&#233;sent.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
157&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Comme autre c&#244;t&#233; de la d&#233;ficience de la vie historique g&#233;n&#233;rale, la vie individuelle n'a pas encore d'histoire. Les pseudo-&#233;v&#233;nements qui se pressent dans la dramatisation spectaculaire n'ont pas &#233;t&#233; v&#233;cus par ceux qui en sont inform&#233;s ; et de plus ils se perdent dans l'inflation de leur remplacement pr&#233;cipit&#233;, &#224; chaque pulsion de la machinerie spectaculaire. D'autre part, ce qui a &#233;t&#233; r&#233;ellement v&#233;cu est sans relation avec le temps irr&#233;versible officiel de la soci&#233;t&#233;, et en opposition directe au rythme pseudo-cyclique du sous-produit consommable de ce temps. Ce v&#233;cu individuel de la vie quotidienne s&#233;par&#233;e reste sans langage, sans concept, sans acc&#232;s critique &#224; son propre pass&#233; qui n'est consign&#233; nulle part. Il ne se communique pas. Il est incompris et oubli&#233; au profit de la fausse m&#233;moire spectaculaire du non-m&#233;morable.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
158&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le spectacle, comme organisation sociale pr&#233;sente de la paralysie de l'histoire et de la m&#233;moire, de l'abandon de l'histoire qui s'&#233;rige sur la base du temps historique, est &lt;i&gt;la fausse conscience du temps&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
159&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Pour amener les travailleurs au statut de producteurs et consommateurs &#171; libres &#187; du temps-marchandise, la condition pr&#233;alable a &#233;t&#233; &lt;i&gt;l'expropriation violente de leur temps&lt;/i&gt;. Le retour spectaculaire du temps n'est devenu possible qu'&#224; partir de cette premi&#232;re d&#233;possession du producteur.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
160&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;La part irr&#233;ductiblement biologique qui reste pr&#233;sente dans le travail, tant dans la d&#233;pendance du cyclique naturel de la veille et du sommeil que dans l'&#233;vidence du temps irr&#233;versible individuel de l'usure d'une vie, se trouve simplement &lt;i&gt;accessoire&lt;/i&gt; au regard de la production moderne ; et comme tels ces &#233;l&#233;ments sont n&#233;glig&#233;s dans les proclamations officielles du mouvement de la production, et des troph&#233;es consommables qui sont la traduction accessible de cette incessante victoire. Immobilis&#233;e dans le centre falsifi&#233; du mouvement de son monde, la conscience spectatrice ne conna&#238;t plus dans sa vie un passage vers sa r&#233;alisation et vers sa mort. Qui a renonc&#233; &#224; d&#233;penser sa vie ne doit plus s'avouer sa mort. La publicit&#233; des assurances sur la vie insinue seulement qu'il est coupable de mourir sans avoir assur&#233; la r&#233;gulation du syst&#232;me apr&#232;s cette perte &#233;conomique ; et celle de &lt;i&gt;american way of death&lt;/i&gt; insiste sur sa capacit&#233; de maintenir en cette rencontre la plus grande part des &lt;i&gt;apparences&lt;/i&gt; de la vie. Sur tout le reste des bombardements publicitaires, il est carr&#233;ment interdit de vieillir. Il s'agirait de m&#233;nager, chez tout un chacun, un &#171; capital-jeunesse &#187; qui, pour n'avoir &#233;t&#233; que m&#233;diocrement employ&#233;, ne peut cependant pr&#233;tendre acqu&#233;rir la r&#233;alit&#233; durable et cumulative du capital financier. Cette absence sociale de la mort est identique &#224; l'absence sociale de vie.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
161&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le temps est l'ali&#233;nation &lt;i&gt;n&#233;cessaire&lt;/i&gt;, comme le montrait Hegel, le milieu o&#249; se r&#233;alise en se perdant, devient autre pour devenir la v&#233;rit&#233; de lui-m&#234;me. Mais son contraire est justement l'ali&#233;nation dominante, qui est subie par le producteur d'un &lt;i&gt;pr&#233;sent &#233;tranger&lt;/i&gt;. Dans cette &lt;i&gt;ali&#233;nation spatiale&lt;/i&gt;, la soci&#233;t&#233; qui s&#233;pare &#224; la racine le sujet et l'activit&#233; qu'elle lui d&#233;robe, le s&#233;pare d'abord de son propre temps. L'ali&#233;nation sociale surmontable est justement celle qui a interdit et p&#233;trifi&#233; les possibilit&#233;s et les risques de l'ali&#233;nation &lt;i&gt;vivante&lt;/i&gt; dans le temps.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
162&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Sous les modes apparentes qui s'annulent et se recomposent &#224; la surface futile du temps pseudo-cyclique contempl&#233;, le &lt;i&gt;grand style&lt;/i&gt; de l'&#233;poque est toujours dans ce qui est orient&#233; par la n&#233;cessit&#233; &#233;vidente et secr&#232;te de la r&#233;volution.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
163&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;La base naturelle du temps, la donn&#233;e sensible de l'&#233;coulement du temps, devient humaine et sociale en existant &lt;i&gt;pour l'homme&lt;/i&gt;. C'est l'&#233;tat born&#233; de la pratique humaine, le travail &#224; diff&#233;rents stades, qui a jusqu'ici humanis&#233;, et aussi d&#233;shumanis&#233;, le temps comme temps cyclique et temps s&#233;par&#233; irr&#233;versible de la production &#233;conomique. Le projet r&#233;volutionnaire d'une soci&#233;t&#233; sans classes, d'une vie historique g&#233;n&#233;ralis&#233;e, est le projet d'un d&#233;p&#233;rissement de la mesure sociale du temps, au profit d'un mod&#232;le ludique de temps irr&#233;versible des individus et des groupes, mod&#232;le dans lequel sont simultan&#233;ment pr&#233;sents des &lt;i&gt;temps ind&#233;pendants f&#233;d&#233;r&#233;s&lt;/i&gt;. C'est le programme d'une r&#233;alisation totale, dans le milieu du temps, du communisme qui supprime &#171; tout ce qui existe ind&#233;pendamment des individus &#187;.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
164&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le monde poss&#232;de d&#233;j&#224; le r&#234;ve d'un temps dont il doit maintenant poss&#233;der la conscience pour le vivre r&#233;ellement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VII. L'am&#233;nagement du territoire&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et qui devient Seigneur d'une cit&#233; accoutum&#233;e &#224; vivre libre et ne la d&#233;truit point, qu'il s'attende d'&#234;tre d&#233;truit par elle, parce qu'elle a toujours pour refuge en ses r&#233;bellions le nom de la libert&#233; et ses vieilles coutumes, lesquelles ni par la longueur du temps ni pour aucun bienfait ne s'oublieront jamais. Et pour chose qu'on y fasse ou qu'on y pourvoie, si ce n'est d'en chasser ou d'en disperser les habitants, ils n'oublieront point ce nom ni ces coutumes... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Machiavel (&lt;i&gt;Le Prince&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;165&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;La production capitaliste a unifi&#233; l'espace, qui n'est plus limit&#233; par des soci&#233;t&#233;s ext&#233;rieures. Cette unification est en m&#234;me temps un processus extensif et intensif de &lt;i&gt;banalisation&lt;/i&gt;. L'accumulation des marchandises produites en s&#233;rie pour l'espace abstrait du march&#233;, de m&#234;me qu'elle devait briser toutes les barri&#232;res r&#233;gionales et l&#233;gales, et toutes les restrictions corporatives du moyen &#226;ge qui maintenaient la &lt;i&gt;qualit&#233;&lt;/i&gt; de la production artisanale, devait aussi dissoudre l'autonomie et la qualit&#233; des lieux. Cette puissance d'homog&#233;n&#233;isation est la grosse artillerie qui a fait tomber toutes les murailles de Chine.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
166&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;C'est pour devenir toujours plus identique &#224; lui-m&#234;me, pour se rapprocher au mieux de la monotonie immobile, que &lt;i&gt;l'espace libre de la marchandise&lt;/i&gt; est d&#233;sormais &#224; tout instant modifi&#233; et reconstruit.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
167&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Cette soci&#233;t&#233; qui supprime la distance g&#233;ographique recueille int&#233;rieurement la distance, en tant que s&#233;paration spectaculaire.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
168&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Sous-produit de la circulation des marchandises, la circulation humaine consid&#233;r&#233;e comme une consommation, le tourisme, se ram&#232;ne fondamentalement au loisir d'aller voir ce qui est devenu banal. L'am&#233;nagement &#233;conomique de la fr&#233;quentation de lieux diff&#233;rents est d&#233;j&#224; par lui-m&#234;me la garantie de leur &lt;i&gt;&#233;quivalence&lt;/i&gt;. La m&#234;me modernisation qui a retir&#233; du voyage le temps, lui a aussi retir&#233; la r&#233;alit&#233; de l'espace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;169&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;La soci&#233;t&#233; qui mod&#232;le tout son entourage a &#233;difi&#233; sa technique sp&#233;ciale pour travailler la base concr&#232;te de cet ensemble de t&#226;ches : son territoire m&#234;me. L'urbanisme est cette prise de possession de l'environnement naturel et humain par le capitalisme qui, se d&#233;veloppant logiquement en domination absolue, peut et doit maintenant refaire la totalit&#233; de l'espace comme &lt;i&gt;son propre d&#233;cor&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
170&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;La n&#233;cessit&#233; capitaliste satisfaite dans l'urbanisme, en tant que glaciation visible de la vie, peut s'exprimer - en employant des termes h&#233;g&#233;liens - comme la pr&#233;dominance absolue de &#171; la paisible coexistence de l'espace &#187; sur &#171; l'inquiet devenir dans la succession du temps &#187;.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
171&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Si toutes les forces techniques de l'&#233;conomie capitaliste doivent &#234;tre comprises comme op&#233;rant des s&#233;parations, dans le cas de l'urbanisme on a affaire &#224; l'&#233;quipement de leur base g&#233;n&#233;rale, au traitement du sol qui convient &#224; leur d&#233;ploiement ; &#224; la technique m&#234;me &lt;i&gt;de la s&#233;paration&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
172&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;L'urbanisme est l'accomplissement moderne de la t&#226;che ininterrompue qui sauvegarde le pouvoir de classe : le maintien de l'atomisation des travailleurs que les conditions urbaines de production avaient dangereusement &lt;i&gt;rassembl&#233;s&lt;/i&gt;. La lutte constante qui a d&#251; &#234;tre men&#233;e contre tous les aspects de cette possibilit&#233; de rencontre trouve dans l'urbanisme son champ privil&#233;gi&#233;. L'effort de tous les pouvoirs &#233;tablis, depuis les exp&#233;riences de la R&#233;volution fran&#231;aise, pour accro&#238;tre les moyens de maintenir l'ordre dans la rue, culmine finalement dans la suppression de la rue. &#171; Avec les moyens de communication de masse sur de grandes distances, l'isolement de la population s'est av&#233;r&#233; un moyen de contr&#244;le beaucoup plus efficace &#187;, constate Lewis Mumford dans &lt;i&gt;La Cit&#233; &#224; travers l'histoire&lt;/i&gt;. Mais le mouvement g&#233;n&#233;ral de l'isolement, qui est la r&#233;alit&#233; de l'urbanisme, doit aussi contenir une r&#233;int&#233;gration contr&#244;l&#233;e des travailleurs, selon les n&#233;cessit&#233;s planifiables de la production et de la consommation. L'int&#233;gration au syst&#232;me doit ressaisir les individus en tant qu'individus &lt;i&gt;isol&#233;s ensemble&lt;/i&gt; : les usines comme les maisons de la culture, les villages de vacances comme les &#171; grands ensembles &#187;, sont sp&#233;cialement organis&#233;s pour les fins de cette pseudo-collectivit&#233; qui accompagne aussi l'individu isol&#233; dans la &lt;i&gt;cellule familiale&lt;/i&gt; : l'emploi g&#233;n&#233;ralis&#233; des r&#233;cepteurs du message spectaculaire fait que son isolement se retrouve peupl&#233; des images dominantes, images qui par cet isolement seulement acqui&#232;rent leur pleine puissance.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
173&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Pour la premi&#232;re fois une architecture nouvelle, qui &#224; chaque &#233;poque ant&#233;rieure &#233;tait r&#233;serv&#233;e &#224; la satisfaction des classes dominantes, se trouve directement destin&#233;e &lt;i&gt;aux pauvres&lt;/i&gt;. La mis&#232;re formelle et l'extension gigantesque de cette nouvelle exp&#233;rience d'habitat proviennent ensemble de son caract&#232;re &lt;i&gt;de masse&lt;/i&gt;, qui est impliqu&#233;e &#224; la fois par sa destination et par les conditions modernes de construction. La &lt;i&gt;d&#233;cision autoritaire&lt;/i&gt;, qui am&#233;nage abstraitement le territoire en territoire de l'abstraction, est &#233;videmment au centre de ces conditions modernes de construction. La m&#234;me architecture appara&#238;t partout o&#249; commence l'industrialisation des pays &#224; cet &#233;gard arri&#233;r&#233;s, comme terrain ad&#233;quat au nouveau genre d'existence sociale qu'il s'agit d'y implanter. Aussi nettement que dans les questions de l'armement thermonucl&#233;aire ou de la natalit&#233; - ceci atteignant d&#233;j&#224; la possibilit&#233; d'une manipulation de l'h&#233;r&#233;dit&#233; - le seuil franchi dans la croissance du pouvoir mat&#233;riel de la soci&#233;t&#233;, et le &lt;i&gt;retard&lt;/i&gt; de la domination consciente de ce pouvoir, sont &#233;tal&#233;s dans l'urbanisme.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
174&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le moment pr&#233;sent est d&#233;j&#224; celui de l'autodestruction du milieu urbain. L'&#233;clatement des villes sur les campagnes recouvertes de &#171; masses informes de r&#233;sidus urbains &#187; (Lewis Mumford) est, d'une fa&#231;on imm&#233;diate, pr&#233;sid&#233; par les imp&#233;ratifs de la consommation. La dictature de l'automobile, produit-pilote de la premi&#232;re phase de l'abondance marchande, s'est inscrite dans le terrain avec la domination de l'autoroute, qui disloque les centres anciens et commande une dispersion toujours plus pouss&#233;e. En m&#234;me temps, les moments de r&#233;organisation inachev&#233;e du tissu urbain se polarisent passag&#232;rement autour des &#171; usines de distribution &#187; que sont les &lt;i&gt;supermarkets&lt;/i&gt; g&#233;ants &#233;difi&#233;s sur terrain nu, sur un socle de &lt;i&gt;parking&lt;/i&gt; ; et ces temples de la consommation pr&#233;cipit&#233;e sont eux-m&#234;mes en fuite dans le mouvement centrifuge, qui les repousse &#224; mesure qu'ils deviennent &#224; leur tour des centres secondaires surcharg&#233;s, parce qu'ils ont amen&#233; une recomposition partielle de l'agglom&#233;ration. Mais l'organisation technique de la consommation n'est qu'au premier plan de la dissolution g&#233;n&#233;rale qui a conduit ainsi la ville &lt;i&gt;&#224; se consommer elle-m&#234;me&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
175&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;L'histoire &#233;conomique, qui s'est tout enti&#232;re d&#233;velopp&#233;e autour de l'opposition ville-campagne, est parvenue &#224; un stade de succ&#232;s qui annule &#224; la fois les deux termes. La &lt;i&gt;paralysie&lt;/i&gt; actuelle du d&#233;veloppement historique total, au profit de la seule poursuite du mouvement ind&#233;pendant de l'&#233;conomie, fait du moment o&#249; commencent &#224; dispara&#238;tre la ville et la campagne, non le &lt;i&gt;d&#233;passement&lt;/i&gt; de leur scission, mais leur effondrement simultan&#233;. L'usure r&#233;ciproque de la ville et de la campagne, produit de la d&#233;faillance du mouvement historique par lequel la r&#233;alit&#233; urbaine existante devrait &#234;tre surmont&#233;e, appara&#238;t dans ce m&#233;lange &#233;clectique de leurs &#233;l&#233;ments d&#233;compos&#233;s, qui recouvre les zones les plus avanc&#233;es de l'industrialisation.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
176&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;L'histoire universelle est n&#233;e dans les villes, et elle est devenue majeure au moment de la victoire d&#233;cisive de la ville sur la campagne. Marx consid&#232;re comme un des plus grands m&#233;rites r&#233;volutionnaires de la bourgeoisie ce fait qu'&#171; elle a soumis la campagne &#224; la ville &#187;, dont l'&lt;i&gt;air &#233;mancipe&lt;/i&gt;. Mais si l'histoire de la ville est l'histoire de la libert&#233;, elle a &#233;t&#233; aussi celle de la tyrannie, de l'administration &#233;tatique qui contr&#244;le la campagne et la ville m&#234;me. La ville n'a pu &#234;tre encore que le terrain de lutte de la libert&#233; historique, et non sa possession. La ville est le &lt;i&gt;milieu de l'histoire&lt;/i&gt; parce qu'elle est &#224; la fois concentration du pouvoir social, qui rend possible l'entreprise historique, et conscience du pass&#233;. La tendance pr&#233;sente &#224; la liquidation de la ville ne fait donc qu'exprimer d'une autre mani&#232;re le retard d'une subordination de l'&#233;conomie &#224; la conscience historique, d'une unification de la soci&#233;t&#233; ressaisissant les pouvoirs qui se sont d&#233;tach&#233;s d'elle.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
177&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&#171; La campagne montre justement le fait contraire, l'isolement et la s&#233;paration &#187; (&lt;i&gt;Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;). L'urbanisation qui d&#233;truit les villes reconstitue une &lt;i&gt;pseudo-campagne&lt;/i&gt;, dans laquelle se sont perdus aussi bien les rapports naturels de la campagne ancienne que les rapports sociaux directs et directement mis en question de la ville historique. C'est une nouvelle paysannerie factice qui s'est recr&#233;&#233;e par les conditions d'habitat et de contr&#244;le spectaculaire dans l'actuel &#171; territoire am&#233;nag&#233; &#187; : l'&#233;parpillement dans l'espace et la mentalit&#233; born&#233;e, qui ont toujours emp&#234;ch&#233; la paysannerie d'entreprendre une action ind&#233;pendante et de s'affirmer comme puissance historique cr&#233;atrice, redeviennent la caract&#233;risation des producteurs - le mouvement d'un monde qu'ils fabriquent eux-m&#234;mes restant aussi compl&#232;tement hors de leur port&#233;e que l'&#233;tait le rythme naturel des travaux pour la soci&#233;t&#233; agraire. Mais quand cette paysannerie, qui f&#251;t l'in&#233;branlable base du &#171; despotisme oriental &#187;, et dont l'&#233;miettement m&#234;me appelait la centralisation bureaucratique, repara&#238;t comme produit des conditions d'accroissement de la bureaucratisation &#233;tatique moderne, son &lt;i&gt;apathie&lt;/i&gt; a d&#251; &#234;tre maintenant &lt;i&gt;historiquement fabriqu&#233;e&lt;/i&gt; et entretenue ; l'ignorance naturelle a fait place au spectacle organis&#233; de l'erreur. Les &#171; villes nouvelles &#187; de la pseudo-paysannerie technologique inscrivent clairement dans le terrain la rupture avec le temps historique sur lequel elles sont b&#226;ties ; leur devise peut &#234;tre : &#171; Ici m&#234;me, il n'arrivera jamais rien, et &lt;i&gt;rien n'y est jamais arriv&#233;&lt;/i&gt;. &#187; C'est bien &#233;videmment parce que l'histoire qu'il faut d&#233;livrer dans les villes n'y a pas &#233;t&#233; encore d&#233;livr&#233;e, que les forces de &lt;i&gt;l'absence historique&lt;/i&gt; commencent &#224; composer leur propre paysage exclusif.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
178&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;L'histoire qui menace ce monde cr&#233;pusculaire est aussi la force qui peut soumettre l'espace au temps v&#233;cu. La r&#233;volution prol&#233;tarienne est cette &lt;i&gt;critique de la g&#233;ographie humaine&lt;/i&gt; &#224; travers laquelle les individus et les communaut&#233;s ont &#224; construire les sites et les &#233;v&#233;nements correspondant &#224; l'appropriation, non plus seulement de leur travail, mais de leur histoire totale. Dans cet espace mouvant du jeu, l'autonomie du lieu peut se retrouver, sans r&#233;introduire un attachement exclusif au sol, et par l&#224; ramener la r&#233;alit&#233; du voyage, et de la vie comprise comme un voyage ayant en lui-m&#234;me tout son sens.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
179&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;La plus grande id&#233;e r&#233;volutionnaire &#224; propos de l'urbanisation n'est pas elle-m&#234;me urbanistique, technologique ou esth&#233;tique. C'est la d&#233;cision de reconstruire int&#233;gralement le territoire selon les besoins du pouvoir des Conseils de travailleurs, de la &lt;i&gt;dictature anti-&#233;tatique&lt;/i&gt; du prol&#233;tariat, du dialogue ex&#233;cutoire. Et le pouvoir des Conseils, qui ne peut &#234;tre effectif qu'en transformant la totalit&#233; des conditions existantes, ne pourra s'assigner une moindre t&#226;che s'il veut &#234;tre reconnu et &lt;i&gt;se reconna&#238;tre lui-m&#234;me&lt;/i&gt; dans son monde.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VIII. La n&#233;gation et la consommation dans la culture&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous vivrons assez pour voir une r&#233;volution politique ? &lt;i&gt;nous&lt;/i&gt;, les contemporains de ces Allemands ? Mon ami, vous croyez ce que vous d&#233;sirez... Lorsque je juge l'Allemagne d'apr&#232;s son histoire pr&#233;sente, vous ne m'objecterez pas que toute son histoire est falsifi&#233;e et que toute sa vie publique actuelle ne repr&#233;sente pas l'&#233;tat r&#233;el du peuple. Lisez les journaux que vous voudrez, convainquez-vous que l'on ne cesse pas - et vous me conc&#233;derez que la censure n'emp&#234;che personne de cesser - de c&#233;l&#233;brer la libert&#233; et le bonheur national que nous poss&#233;dons... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ruge (&lt;i&gt;Lettre &#224; Marx,&lt;/i&gt; mars 1843).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
180&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;La culture est la sph&#232;re g&#233;n&#233;rale de la connaissance, et des repr&#233;sentations du v&#233;cu, dans la soci&#233;t&#233; historique divis&#233;e en classes ; ce qui revient &#224; dire qu'elle est ce pouvoir de g&#233;n&#233;ralisation existant &lt;i&gt;&#224; part&lt;/i&gt;, comme division du travail intellectuel et travail intellectuel de la division. La culture s'est d&#233;tach&#233;e de l'unit&#233; de la soci&#233;t&#233; du mythe, &#171; lorsque le pouvoir d'unification dispara&#238;t de la vie de l'homme et que les contraires perdent leur relation et leur interaction vivantes et acqui&#232;rent l'autonomie... &#187; (&lt;i&gt;Diff&#233;rence des syst&#232;mes de Fichte et de Schelling&lt;/i&gt;). En gagnant son ind&#233;pendance, la culture commence un mouvement imp&#233;rialiste d'enrichissement, qui est en m&#234;me temps le d&#233;clin de son ind&#233;pendance. L'histoire qui cr&#233;e l'autonomie relative de la culture, et les illusions id&#233;ologiques sur cette autonomie, s'exprime aussi comme histoire de la culture. Et toute l'histoire conqu&#233;rante de la culture peut &#234;tre comprise comme l'histoire de la r&#233;v&#233;lation de son insuffisance, comme une marche vers son autosuppression. La culture est le lieu de la recherche de l'unit&#233; perdue. Dans cette recherche de l'unit&#233;, la culture comme sph&#232;re s&#233;par&#233;e est oblig&#233;e de se nier elle-m&#234;me.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
181&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;La lutte de la tradition et de l'innovation, qui est le principe de d&#233;veloppement interne de la culture des soci&#233;t&#233;s historiques, ne peut &#234;tre poursuivie qu'&#224; travers la victoire permanente de l'innovation. L'innovation dans la culture n'est cependant port&#233;e par rien d'autre que le mouvement historique total qui, en prenant conscience de sa totalit&#233;, tend au d&#233;passement de ses propres pr&#233;suppositions culturelles, et va vers la suppression de toute s&#233;paration.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
182&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;L'essor des connaissances de la soci&#233;t&#233;, qui contient la compr&#233;hension de l'histoire comme le coeur de la culture, prend de lui-m&#234;me une connaissance sans retour, qui est exprim&#233;e par la destruction de Dieu. Mais cette &#171; condition premi&#232;re de toute critique &#187; est aussi bien l'obligation premi&#232;re d'une critique infinie. L&#224; o&#249; aucune r&#232;gle de conduite ne peut plus se maintenir, chaque &lt;i&gt;r&#233;sultat&lt;/i&gt; de la culture la fait avancer vers sa dissolution. Comme la philosophie &#224; l'instant o&#249; elle a gagn&#233; sa propre autonomie, toute discipline devenue autonome doit s'effondrer, d'abord en tant que pr&#233;tention d'explication coh&#233;rente de la totalit&#233; sociale, et finalement m&#234;me en tant qu'instrumentation parcellaire utilisable dans ses propres fronti&#232;res. Le &lt;i&gt;manque de rationalit&#233;&lt;/i&gt; de la culture s&#233;par&#233;e est l'&#233;l&#233;ment qui la condamne &#224; dispara&#238;tre, car en elle la victoire du rationnel est d&#233;j&#224; pr&#233;sente comme exigence.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
183&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;La culture est issue de l'histoire qui a dissous le genre de vie du vieux monde, mais en tant que la sph&#232;re s&#233;par&#233;e elle n'est encore que l'intelligence et la communication sensible qui restent partielles dans une soci&#233;t&#233; &lt;i&gt;partiellement historique&lt;/i&gt;. Elle est le sens d'un monde trop peu sens&#233;. &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
184&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;La fin de l'histoire de la culture se manifeste par deux c&#244;t&#233;s oppos&#233;s : le projet de son d&#233;passement dans l'histoire totale, et l'organisation de son maintien en tant qu'objet mort, dans la contemplation spectaculaire. L'un de ces mouvements a li&#233; son sort &#224; la critique sociale, et l'autre &#224; la d&#233;fense du pouvoir de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;185&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Chacun des deux c&#244;t&#233;s de la fin de la culture existe d'une fa&#231;on unitaire, aussi bien dans tous les aspects des connaissances que dans tous les aspects des repr&#233;sentations sensibles - dans ce qui &#233;tait &lt;i&gt;l'art&lt;/i&gt; au sens le plus g&#233;n&#233;ral. Dans le premier cas s'opposent l'accumulation de connaissances fragmentaires qui deviennent inutilisables, parce que &lt;i&gt;l'approbation&lt;/i&gt; des conditions existantes doit finalement &lt;i&gt;renoncer &#224; ses propres connaissances&lt;/i&gt;, et la th&#233;orie de la praxis qui d&#233;tient seule la v&#233;rit&#233; de toutes en d&#233;tenant seule le secret de leur usage. Dans le second cas s'opposent l'autodestruction critique de l'ancien &lt;i&gt;langage commun&lt;/i&gt; de la soci&#233;t&#233; et sa recomposition artificielle dans le spectacle marchand, la repr&#233;sentation illusoire du non-v&#233;cu.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
186&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;En perdant la communaut&#233; de la soci&#233;t&#233; du mythe, la soci&#233;t&#233; doit perdre toutes les r&#233;f&#233;rences d'un langage r&#233;ellement commun, jusqu'au moment o&#249; la scission de la communaut&#233; inactive peut &#234;tre surmont&#233;e par l'accession &#224; la r&#233;elle communaut&#233; historique. L'art, qui fut ce langage commun de l'inaction sociale, d&#232;s qu'il se constitue en art ind&#233;pendant au sens moderne, &#233;mergeant de son premier univers religieux, et devenant production individuelle d'oeuvres s&#233;par&#233;es, conna&#238;t, comme cas particulier, le mouvement qui domine l'histoire de l'ensemble de la culture s&#233;par&#233;e. Son affirmation ind&#233;pendante est le commencement de sa dissolution.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
187&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le fait que le langage de la communication s'est perdu, voil&#224; ce qu'exprime &lt;i&gt;positivement&lt;/i&gt; le mouvement de d&#233;composition moderne de tout art, son an&#233;antissement formel. Ce que ce mouvement exprime n&#233;gativement, c'est le fait qu'un langage commun doit &#234;tre retrouv&#233; - non plus dans la conclusion unilat&#233;rale qui, pour l'art de la soci&#233;t&#233; historique, &lt;i&gt;arrivait toujours trop tard&lt;/i&gt;, parlant &#224; &lt;i&gt;d'autres&lt;/i&gt; de ce qui a &#233;t&#233; v&#233;cu sans dialogue r&#233;el, et admettant cette d&#233;ficience de la vie -, mais qu'il doit &#234;tre retrouv&#233; dans la praxis, qui rassemble en elle l'activit&#233; directe et son langage. Il s'agit de poss&#233;der effectivement la communaut&#233; du dialogue et le jeu avec le temps qui ont &#233;t&#233; &lt;i&gt;repr&#233;sent&#233;s&lt;/i&gt; par l'oeuvre po&#233;tico-artistique. &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
188&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Quand l'art devenu ind&#233;pendant repr&#233;sente son monde avec des couleurs &#233;clatantes, un moment de la vie a vieilli, et il ne se laisse pas rajeunir avec des couleurs &#233;clatantes. Il se laisse seulement &#233;voquer dans le souvenir. La grandeur de l'art ne commence &#224; para&#238;tre qu'&#224; la retomb&#233;e de la vie.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
189&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le temps historique qui envahit l'art s'est exprim&#233; d'abord dans la sph&#232;re m&#234;me de l'art, &#224; partir du &lt;i&gt;baroque&lt;/i&gt;. Le baroque est l'art d'un monde qui a perdu son centre : le dernier ordre mythique reconnu par le moyen &#226;ge, dans le cosmos et le gouvernement terrestre - l'unit&#233; de la Chr&#233;tient&#233; et le fant&#244;me d'un Empire - est tomb&#233;. L'art du changement doit porter en lui le principe &#233;ph&#233;m&#232;re qu'il d&#233;couvre le monde. Il a choisi, dit Eugenio d'Ors, &#171; la vie contre l'&#233;ternit&#233; &#187;. Le th&#233;&#226;tre et la f&#234;te, la f&#234;te th&#233;&#226;trale, sont les moments dominants de la r&#233;alisation baroque, dans laquelle toute expression artistique particuli&#232;re ne prend son sens que par sa r&#233;f&#233;rence au d&#233;cor d'un lieu construit, &#224; une construction qui doit &#234;tre pour elle-m&#234;me le centre d'unification ; et ce centre est le passage, qui est inscrit comme un &#233;quilibre menac&#233; dans le d&#233;sordre dynamique de tout. L'importance, parfois excessive, acquise par le concept de baroque dans la discussion esth&#233;tique contemporaine, traduit la prise de conscience de l'impossibilit&#233; d'un classicisme artistique : les efforts en faveur d'un classicisme ou n&#233;o-classicisme normatifs, depuis trois si&#232;cles, n'ont &#233;t&#233; que de br&#232;ves constructions factices parlant le langage ext&#233;rieur de l'Etat, celui de la monarchie absolue ou de la bourgeoisie r&#233;volutionnaire habill&#233;e &#224; la romaine. Du romantisme au cubisme, c'est finalement un art toujours plus individualis&#233; de la n&#233;gation, se renouvelant perp&#233;tuellement jusqu'&#224; l'&#233;miettement et la n&#233;gation achev&#233;s de la sph&#232;re artistique, qui a suivi le cours g&#233;n&#233;ral du baroque. La disparition de l'art historique qui &#233;tait li&#233; &#224; la communication interne d'une &#233;lite, qui avait sa base sociale semi-ind&#233;pendante dans les conditions partiellement ludiques encore v&#233;cues par les derni&#232;res aristocraties, traduit aussi ce fait que le capitalisme conna&#238;t le premier pouvoir de classe qui s'avoue d&#233;pouill&#233; de toute qualit&#233; ontologique : et dont la racine du pouvoir dans la simple gestion de l'&#233;conomie est &#233;galement la perte de toute &lt;i&gt;ma&#238;trise &lt;/i&gt;humaine. L'ensemble baroque, qui pour la &lt;i&gt;cr&#233;ation&lt;/i&gt; artistique est lui-m&#234;me une unit&#233; depuis longtemps perdue, se retrouve en quelque mani&#232;re dans la &lt;i&gt;consommation&lt;/i&gt; actuelle de la totalit&#233; du pass&#233; artistique. La connaissance et la reconnaissance historiques de tout l'art du pass&#233;, r&#233;trospectivement constitu&#233; en art mondial, le relativisent en un d&#233;sordre global qui constitue &#224; son tour un &#233;difice baroque &#224; un niveau plus &#233;lev&#233;, &#233;difice dans lequel doivent se fondre la production m&#234;me d'un art baroque et toutes ses r&#233;surgences. Les arts de toutes les civilisations et de toutes les &#233;poques, pour la premi&#232;re fois, peuvent &#234;tre tous connus et admis ensemble. C'est une &#171; recollection des souvenirs &#187; de l'histoire de l'art qui, en devenant possible, est aussi bien &lt;i&gt;la fin du monde de l'art&lt;/i&gt;. C'est dans cette &#233;poque des mus&#233;es, quand aucune communication artistique ne peut plus exister, que tous les moments anciens de l'art peuvent &#234;tre &#233;galement admis, car aucun d'eux ne p&#226;tit plus de la perte de ses conditions de communication particuli&#232;res, dans la perte pr&#233;sente des conditions de communication &lt;i&gt;en g&#233;n&#233;ral&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
190&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;L'art &#224; son &#233;poque de dissolution, en tant que mouvement n&#233;gatif qui poursuit le d&#233;passement de l'art dans une soci&#233;t&#233; historique o&#249; l'histoire n'est pas encore v&#233;cue, est &#224; la fois un art du changement et l'expression pure du changement impossible. Plus son exigence est grandiose, plus sa v&#233;ritable r&#233;alisation est au-del&#224; de lui. Cet art est forc&#233;ment &lt;i&gt;d'avant-garde&lt;/i&gt;, et il &lt;i&gt;n'est pas&lt;/i&gt;. Son avant-garde est sa disparition.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
191&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le dada&#239;sme et le surr&#233;alisme sont les deux courants qui marqu&#232;rent la fin de l'art moderne. Ils sont, quoique seulement d'une mani&#232;re relativement consciente, contemporains du dernier grand assaut du mouvement r&#233;volutionnaire prol&#233;tarien ; et l'&#233;chec de ce mouvement, qui les laissait enferm&#233;s dans le champ artistique m&#234;me dont ils avaient proclam&#233; la caducit&#233;, est la raison fondamentale de leur immobilisation. Le dada&#239;sme et le surr&#233;alisme sont &#224; la fois li&#233;s et en opposition. Dans cette opposition qui constitue aussi pour chacun la part la plus cons&#233;quente et radicale de son apport, appara&#238;t l'insuffisance interne de leur critique, d&#233;velopp&#233;e par l'un comme par l'autre d'un seul c&#244;t&#233;. Le dada&#239;sme a voulu &lt;i&gt;supprimer l'art sans le r&#233;aliser&lt;/i&gt; ; et le surr&#233;alisme a voulu &lt;i&gt;r&#233;aliser l'art sans le supprimer&lt;/i&gt;. La position critique &#233;labor&#233;e depuis par les &lt;i&gt;situationnistes&lt;/i&gt; a montr&#233; que la suppression et la r&#233;alisation de l'art sont les aspects ins&#233;parables d'un m&#234;me &lt;i&gt;d&#233;passement de l'art&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
192&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;La consommation spectaculaire qui conserve l'ancienne culture congel&#233;e, y compris la r&#233;p&#233;tition r&#233;cup&#233;r&#233;e de ses manifestations n&#233;gatives, devient ouvertement dans son secteur culturel ce qu'elle est implicitement dans sa totalit&#233; : la &lt;i&gt;communication de l'incommunicable&lt;/i&gt;. La destruction extr&#234;me du langage peut s'y trouver platement reconnue comme une valeur positive officielle, car il s'agit d'afficher une r&#233;conciliation avec l'&#233;tat dominant des choses, dans lequel toute communication est joyeusement proclam&#233;e absente. La v&#233;rit&#233; critique de cette destruction en tant que vie r&#233;elle de la po&#233;sie et de l'art modernes est &#233;videmment cach&#233;e, car le spectacle, qui a la fonction de &lt;i&gt;faire oublier l'histoire dans la culture&lt;/i&gt;, applique dans la pseudo-nouveaut&#233; de ses moyens modernistes la strat&#233;gie m&#234;me qui le constitue en profondeur. Ainsi peut se donner pour nouvelle une &#233;cole de n&#233;o-litt&#233;rature, qui simplement admet qu'elle contemple l'&#233;crit pour lui-m&#234;me. Par ailleurs, &#224; c&#244;t&#233; de la simple proclamation de la beaut&#233; suffisante de la dissolution du communicable, la tendance la plus moderne de la culture spectaculaire - et la plus li&#233;e &#224; la pratique r&#233;pressive de l'organisation g&#233;n&#233;rale de la soci&#233;t&#233; - cherche &#224; recomposer, par des &#171; travaux d'ensemble &#187;, un milieu n&#233;o-artistique complexe &#224; partir des &#233;l&#233;ments d&#233;compos&#233;s ; notamment dans les recherches d'int&#233;gration des d&#233;bris artistiques ou d'hybrides esth&#233;tico-techniques dans l'urbanisme. Ceci est la traduction, sur le plan de la pseudo-culture spectaculaire, de ce projet g&#233;n&#233;ral du capitalisme d&#233;velopp&#233; qui vise &#224; ressaisir le travailleur parcellaire comme &#171; personnalit&#233; bien int&#233;gr&#233;e au groupe &#187;, tendance d&#233;crite par les r&#233;cents sociologues am&#233;ricains (Riesman, Whyte, etc.). C'est partout le m&#234;me projet d'une &lt;i&gt;restructuration sans communaut&#233;&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
193&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;La culture devenue int&#233;gralement marchandise doit aussi devenir la marchandise vedette de la soci&#233;t&#233; spectaculaire. Clark Kerr, un des id&#233;ologues les plus avanc&#233;s de cette tendance, a calcul&#233; que le complexe processus de production, distribution et consommation &lt;i&gt;des connaissances&lt;/i&gt;, accapare d&#233;j&#224; annuellement 29% du produit national aux Etats-Unis ; et il pr&#233;voit que la culture doit tenir dans la seconde moiti&#233; de ce si&#232;cle le r&#244;le moteur dans le d&#233;veloppement de l'&#233;conomie, qui fut celui de l'automobile dans sa premi&#232;re moiti&#233;, et des chemins de fer dans la seconde moiti&#233; du si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
194&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;L'ensemble des connaissances qui continue de se d&#233;velopper actuellement comme pens&#233;e du spectacle doit justifier une soci&#233;t&#233; sans justifications, et se constituer en science g&#233;n&#233;rale de la fausse conscience. Elle est enti&#232;rement conditionn&#233;e par le fait qu'elle ne peut ni ne veut penser sa propre base mat&#233;rielle dans le syst&#232;me spectaculaire.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
195&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;La pens&#233;e de l'organisation sociale de l'apparence est elle-m&#234;me obscurcie par la &lt;i&gt;sous-communication&lt;/i&gt; g&#233;n&#233;ralis&#233;e qu'elle d&#233;fend. Elle ne sait pas que le conflit est &#224; l'origine de toutes choses de son monde. Les sp&#233;cialistes du pouvoir du spectacle, pouvoir absolu &#224; l'int&#233;rieur de son syst&#232;me du langage sans r&#233;ponse, sont corrompus absolument par leur exp&#233;rience du m&#233;pris confirm&#233; par la connaissance de &lt;i&gt;l'homme m&#233;prisable&lt;/i&gt; qu'est r&#233;ellement le spectateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;196&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Dans la pens&#233;e sp&#233;cialis&#233;e du syst&#232;me spectaculaire, s'op&#232;re une nouvelle division des t&#226;ches, &#224; mesure que le perfectionnement m&#234;me de ce syst&#232;me pose de nouveaux probl&#232;mes : d'un c&#244;t&#233; la &lt;i&gt;critique spectaculaire du spectacle&lt;/i&gt; est entreprise par la sociologie moderne qui &#233;tudie la s&#233;paration &#224; l'aide des seuls instruments conceptuels et mat&#233;riels de la s&#233;paration ; de l'autre c&#244;t&#233; &lt;i&gt;l'apologie du spectacle&lt;/i&gt; se constitue en pens&#233;e de la non-pens&#233;e, en &lt;i&gt;oubli attitr&#233;&lt;/i&gt; de la pratique historique, dans les diverses disciplines o&#249; s'enracine le structuralisme. Pourtant, le faux d&#233;sespoir de la critique non dialectique et le faux optimisme de la pure publicit&#233; du syst&#232;me sont identiques en tant que pens&#233;e soumise.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
197&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;La sociologie qui a commenc&#233; &#224; mettre en discussion, d'abord aux Etats-Unis, les conditions d'existence entra&#238;n&#233;es par l'actuel d&#233;veloppement, si elle a pu rapporter beaucoup de donn&#233;es empiriques, ne conna&#238;t aucunement la v&#233;rit&#233; de son propre objet, parce qu'elle ne trouve pas en lui-m&#234;me la critique qui lui est immanente. De sorte que la tendance sinc&#232;rement r&#233;formiste de cette sociologie ne s'appuie que sur la morale, le bon sens, des appels tout &#224; fait d&#233;nu&#233;s d'&#224; propos &#224; la mesure, etc. Une telle mani&#232;re de critiquer, parce qu'elle ne conna&#238;t pas le n&#233;gatif qui est au coeur de son monde, ne fait qu'insister sur la description d'une sorte de surplus n&#233;gatif qui lui para&#238;t d&#233;plorablement l'encombrer en surface, comme une prolif&#233;ration parasitaire irrationnelle. Cette bonne volont&#233; indign&#233;e, qui m&#234;me en tant que telle ne parvient &#224; bl&#226;mer que les cons&#233;quences ext&#233;rieures du syst&#232;me, se croit critique en oubliant le caract&#232;re essentiellement &lt;i&gt;apolog&#233;tique&lt;/i&gt; de ses pr&#233;suppositions et de sa m&#233;thode.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
198&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Ceux qui d&#233;noncent l'absurdit&#233; ou les p&#233;rils de l'incitation au gaspillage dans la soci&#233;t&#233; de l'abondance &#233;conomique, ne savent pas &#224; quoi sert le gaspillage. Ils condamnent avec ingratitude, au nom de la rationalit&#233; &#233;conomique, les bons gardiens irrationnels sans lequel le pouvoir de cette rationalit&#233; &#233;conomique s'&#233;croulerait. Et Boorstin par exemple, qui d&#233;crit dans l'&lt;i&gt;Image&lt;/i&gt; la consommation marchande du spectacle am&#233;ricain, n'atteint jamais le concept de spectacle, parce qu'il croit pouvoir laisser en dehors de cette d&#233;sastreuse exag&#233;ration de la vie priv&#233;e, ou la notion d'&#171; honn&#234;te marchandise &#187;. Il ne comprend pas que la marchandise elle-m&#234;me a fait les lois dont l'application &#171; honn&#234;te &#187; doit donner aussi bien la r&#233;alit&#233; distincte de la vie priv&#233;e que sa reconqu&#234;te ult&#233;rieure par la consommation sociale des images.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
199&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Boorstin d&#233;crit les exc&#232;s d'un monde qui nous est devenu &#233;tranger, comme des exc&#232;s &#233;trangers &#224; notre monde. Mais la base &#171; normale &#187; de la vie sociale, &#224; laquelle il se r&#233;f&#232;re implicitement quand il qualifie le r&#232;gne superficiel des images, en termes de jugement psychologique et moral, comme le produit de &#171; nos extravagantes pr&#233;tentions &#187;, n'a aucune r&#233;alit&#233;, ni dans son livre, ni dans son &#233;poque. C'est parce que la vie humaine r&#233;elle dont parle Boorstin est pour lui dans le pass&#233;, y compris le pass&#233; de la r&#233;signation religieuse, qu'il ne peut comprendre toute la profondeur d'une soci&#233;t&#233; de l'image. La &lt;i&gt;v&#233;rit&#233;&lt;/i&gt; de cette soci&#233;t&#233; n'est rien d'autre que la &lt;i&gt;n&#233;gation&lt;/i&gt; de cette soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 200&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sociologie qui croit pouvoir isoler de l'ensemble de la vie sociale une rationalit&#233; industrielle fonctionnant &#224; part, peut aller jusqu'&#224; isoler du mouvement industriel global les techniques de reproduction et transmission. C'est ainsi que Boorstin trouve pour cause des r&#233;sultats qu'il d&#233;peint la malheureuse rencontre, quasiment fortuite, d'un trop grand appareil technique de diffusion des images et d'une trop grande attirance des hommes de notre &#233;poque pour le pseudo-sensationnel. Ainsi le spectacle serait d&#251; au fait que l'homme moderne serait trop spectateur. Boorstin ne comprend pas que la prolif&#233;ration des &#171; pseudo-&#233;v&#233;nements &#187; pr&#233;fabriqu&#233;s, qu'il d&#233;nonce, d&#233;coule de ce simple fait que les hommes, dans la r&#233;alit&#233; massive de la vie sociale actuelle, ne vivent pas eux-m&#234;mes des &#233;v&#233;nements. C'est parce que l'histoire elle-m&#234;me hante la soci&#233;t&#233; moderne comme un spectre, que l'on trouve de la pseudo-histoire construite &#224; tous les niveaux de la consommation de la vie, pour pr&#233;server l'&#233;quilibre menac&#233; de l'actuel &lt;i&gt;temps gel&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 201&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affirmation de la stabilit&#233; d&#233;finitive d'une courte p&#233;riode de gel du temps historique est la base ind&#233;niable, inconsciemment et consciemment proclam&#233;e, de l'actuelle tendance &#224; une syst&#233;matisation &lt;i&gt;structuraliste. &lt;/i&gt;Le point de vue o&#249; se place la pens&#233;e anti-historique du structuralisme est celui de l'&#233;ternelle pr&#233;sence d'un syst&#232;me qui n'a jamais &#233;t&#233; cr&#233;&#233; et qui ne finira jamais. Le r&#234;ve de la dictature d'une structure pr&#233;alable inconsciente sur toute praxis sociale a pu &#234;tre abusivement tir&#233; des mod&#232;les de structures &#233;labor&#233;s par la linguistique et l'ethnologie (voire l'analyse du fonctionnement du capitalisme), mod&#232;les &lt;i&gt;d&#233;j&#224; abusivement compris dans ces circonstances, &lt;/i&gt;simplement parce qu'une pens&#233;e universitaire de &lt;i&gt;cadres moyens, &lt;/i&gt;vite combl&#233;s, pens&#233;e int&#233;gralement enfonc&#233;e dans l'&#233;loge &#233;merveill&#233; du syst&#232;me existant, ram&#232;ne platement toute r&#233;alit&#233; &#224; l'existence du syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 202&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme dans toute science sociale historique, il faut toujours garder en vue, pour la compr&#233;hension des cat&#233;gories &#171; structuralistes &#187; que les cat&#233;gories expriment des formes d'existence et des conditions d'existence. Tout comme on n'appr&#233;cie pas la valeur d'un homme selon la conception qu'il a de lui-m&#234;me, on ne peut appr&#233;cier &#8212; et admirer &#8212; cette soci&#233;t&#233; d&#233;termin&#233;e en prenant comme indiscutablement v&#233;ridique le langage qu'elle se parle &#224; elle-m&#234;me. &#171; On ne peut appr&#233;cier de telles &#233;poques de transformation selon la conscience qu'en a l'&#233;poque ; bien au contraire, on doit expliquer la conscience &#224; l'aide des contradictions de la vie mat&#233;rielle. &#187; La structure est fille du pouvoir pr&#233;sent. Le structuralisme est la &lt;i&gt;pens&#233;e garantie par l'&#201;tat, &lt;/i&gt;qui pense les conditions pr&#233;sentes de la &#171; communication &#187; spectaculaire comme un absolu. Sa fa&#231;on d'&#233;tudier le code des messages en lui-m&#234;me n'est que le produit, et la reconnaissance, d'une soci&#233;t&#233; o&#249; la communication existe sous forme d'une cascade de signaux hi&#233;rarchiques. De sorte que ce n'est pas le structuralisme qui sert &#224; prouver la validit&#233; transhistorique de la soci&#233;t&#233; du spectacle ; c'est au contraire la soci&#233;t&#233; du spectacle s'imposant comme r&#233;alit&#233; massive qui sert &#224; prouver le r&#234;ve froid du structuralisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 203&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute, le concept critique de &lt;i&gt;spectacle &lt;/i&gt;peut aussi &#234;tre vulgaris&#233; en une quelconque formule creuse de la rh&#233;torique sociologico-politique pour expliquer et d&#233;noncer abstraitement tout, et ainsi servir &#224; la d&#233;fense du syst&#232;me spectaculaire. Car il est &#233;vident qu'aucune id&#233;e ne peut mener au del&#224; du spectacle existant, mais seulement au del&#224; des id&#233;es existantes sur le spectacle. Pour d&#233;truire effectivement la soci&#233;t&#233; du spectacle, il faut des hommes mettant en action une force pratique. La th&#233;orie critique du spectacle n'est vraie qu'en s'unifiant au courant pratique de la n&#233;gation dans la soci&#233;t&#233;, et cette n&#233;gation, la reprise de la lutte de classe r&#233;volutionnaire, deviendra consciente d'elle-m&#234;me en d&#233;veloppant la critique du spectacle, qui est la th&#233;orie de ses conditions r&#233;elles, des conditions pratiques de l'oppression actuelle, et d&#233;voile inversement le secret de ce qu'elle peut &#234;tre. Cette th&#233;orie n'attend pas de miracles de la classe ouvri&#232;re. Elle envisage la nouvelle formulation et la r&#233;alisation des exigences prol&#233;tariennes comme une t&#226;che de longue haleine. Pour distinguer artificiellement lutte th&#233;orique et lutte pratique &#8212; car sur la base ici d&#233;finie, la constitution m&#234;me et la communication d'une telle th&#233;orie ne peut d&#233;j&#224; pas se concevoir sans une &lt;i&gt;pratique rigoureuse &lt;/i&gt;&#8212;, il est s&#251;r que le cheminement obscur et difficile de la th&#233;orie critique devra &#234;tre aussi le lot du mouvement pratique agissant &#224; l'&#233;chelle de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 204&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie critique doit &lt;i&gt;se communiquer &lt;/i&gt;dans son propre langage. C'est le langage de la contradiction, qui doit &#234;tre dialectique dans sa forme comme il l'est dans son contenu. Il est critique de la totalit&#233; et critique historique. Il n'est pas un &#171; degr&#233; z&#233;ro de l'&#233;criture &#187; mais son renversement. Il n'est pas une n&#233;gation du style, mais le style de la n&#233;gation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 205&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son style m&#234;me, l'expos&#233; de la th&#233;orie dialectique est un scandale et une abomination selon les r&#232;gles du langage dominant, et pour le go&#251;t qu'elles ont &#233;duqu&#233;, parce que dans l'emploi positif des concepts existants, il inclut du m&#234;me coup l'intelligence de leur &lt;i&gt;fluidit&#233; &lt;/i&gt;retrouv&#233;e, de leur destruction n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 206&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce style qui contient sa propre critique doit exprimer la domination de la critique pr&#233;sente &lt;i&gt;sur tout son pass&#233;. &lt;/i&gt;Par lui le mode d'exposition de la th&#233;orie dialectique t&#233;moigne de l'esprit n&#233;gatif qui est en elle. &#171; La v&#233;rit&#233; n'est pas comme le produit dans lequel on ne trouve plus de trace de l'outil. &#187; (Hegel). Cette conscience th&#233;orique du mouvement, dans laquelle la trace m&#234;me du mouvement doit &#234;tre pr&#233;sente, se manifeste parle &lt;i&gt;renversement &lt;/i&gt;des relations &#233;tablies entre les concepts et par le &lt;i&gt;d&#233;tournement &lt;/i&gt;de toutes les acquisitions de la critique ant&#233;rieure. Le renversement du g&#233;nitif est cette expression des r&#233;volutions historiques, consign&#233;e dans la forme de la pens&#233;e, qui a &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e comme le style &#233;pigrammatique de Hegel. Le jeune Marx pr&#233;conisant, d'apr&#232;s l'usage syst&#233;matique qu'en avait fait Feuerbach, le remplacement du sujet par le pr&#233;dicat, a atteint l'emploi le plus cons&#233;quent de ce &lt;i&gt;style insurrectionnel &lt;/i&gt;qui, de la philosophie de la mis&#232;re, tire la mis&#232;re de la philosophie. Le d&#233;tournement ram&#232;ne &#224; la subversion les conclusions critiques pass&#233;es qui ont &#233;t&#233; fig&#233;es en vent&#233;s respectables, c'est-&#224;-dire transform&#233;es en mensonges. Kierkegaard d&#233;j&#224; en a fait d&#233;lib&#233;r&#233;ment usage, en lui adjoignant lui-m&#234;me sa d&#233;nonciation : &#171; Mais nonobstant les tours et d&#233;tours, comme la confiture rejoint toujours le garde-manger, tu finis toujours par y glisser un petit mot qui n'est pas de toi et qui trouble par le souvenir qu'il r&#233;veille. &#187; (&lt;i&gt;Miettes philosophiques&lt;/i&gt;). C'est l'obligation de la &lt;i&gt;distance &lt;/i&gt;envers ce qui a &#233;t&#233; falsifi&#233; en v&#233;rit&#233; officielle qui d&#233;termine cet emploi du d&#233;tournement, avou&#233; ainsi par Kierkegaard, dans le m&#234;me livre : &#171; Une seule remarque encore &#224; propos de tes nombreuses allusions visant toutes au grief que je m&#234;le &#224; mes dires des propos emprunt&#233;s. Je ne le nie pas ici et je ne cacherai pas non plus que c'&#233;tait volontaire et que dans une nouvelle suite &#224; cette brochure, si jamais je l'&#233;cris, j'ai l'intention de nommer l'objet de son vrai nom et de rev&#234;tir le probl&#232;me d'un costume historique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 207&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;es s'am&#233;liorent. Le sens des mots y participe. Le plagiat est n&#233;cessaire. Le progr&#232;s l'implique. Il serre de pr&#232;s la phrase d'un auteur, se sert de ses expressions, efface une id&#233;e fausse, la remplace par l'id&#233;e juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 208&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;tournement est le contraire de la citation, de l'autorit&#233; th&#233;orique toujours falsifi&#233;e du seul fait qu'elle est devenue citation ; fragment arrach&#233; &#224; son contexte, &#224; son mouvement, et finalement &#224; son &#233;poque comme r&#233;f&#233;rence globale et &#224; l'option pr&#233;cise qu'elle &#233;tait &#224; l'int&#233;rieur de cette r&#233;f&#233;rence, exactement reconnue ou erron&#233;e. Le d&#233;tournement est le langage fluide de l'anti-id&#233;ologie. Il appara&#238;t dans la communication qui sait qu'elle ne peut pr&#233;tendre d&#233;tenir aucune garantie en elle-m&#234;me et d&#233;finitivement. Il est, au point le plus haut, le langage qu'aucune r&#233;f&#233;rence ancienne et supra-critique ne peut confirmer. C'est au contraire sa propre coh&#233;rence, en lui-m&#234;me et avec les faits praticables, qui peut confirmer l'ancien noyau de vent&#233; qu'il ram&#232;ne. Le d&#233;tournement n'a fond&#233; sa cause sur rien d'ext&#233;rieur &#224; sa propre v&#233;rit&#233; comme critique pr&#233;sente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 209&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui, dans la formulation th&#233;orique, se pr&#233;sente ouvertement comme &lt;i&gt;d&#233;tourn&#233;, &lt;/i&gt;en d&#233;mentant toute autonomie durable de la sph&#232;re du th&#233;orique exprim&#233;, en y faisant intervenir &lt;i&gt;par cette violence &lt;/i&gt;l'action qui d&#233;range et emporte tout ordre existant, rappelle que cette existence du th&#233;orique n'est rien en elle-m&#234;me, et n'a &#224; se conna&#238;tre qu'avec l'action historique, et la &lt;i&gt;correction historique &lt;/i&gt;qui est sa v&#233;ritable fid&#233;lit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 210&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;gation r&#233;elle de la culture est seule &#224; en conserver le sens. Elle ne peut plus &#234;tre &lt;i&gt;culturelle. &lt;/i&gt;De la sorte elle est ce qui reste, de quelque mani&#232;re, au niveau de la culture, quoique dans une acception toute diff&#233;rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; 211&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le langage de la contradiction, la critique de la culture se pr&#233;sente &lt;i&gt;unifi&#233;e : &lt;/i&gt;en tant qu'elle domine le tout de la culture &#8212; sa connaissance comme sa po&#233;sie &#8212;, et en tant qu'elle ne se s&#233;pare plus de la critique de la totalit&#233; sociale. C'est cette &lt;i&gt;critique th&#233;orique unifi&#233;e &lt;/i&gt;qui va seule &#224; la rencontre de la &lt;i&gt;pratique sociale unifi&#233;e.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IX. L'id&#233;ologie mat&#233;rialis&#233;e&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; La conscience de soi est en &lt;i&gt;soi&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;pour soi&lt;/i&gt; quand et parce qu'elle est en soi et pour soi pour une autre conscience de soi ; c'est-&#224;-dire qu'elle n'est qu'en tant qu'&#234;tre reconnu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hegel (&lt;i&gt;Ph&#233;nom&#233;nologie de l'Esprit&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;212&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;L'id&#233;ologie est la &lt;i&gt;base&lt;/i&gt; de la pens&#233;e d'une soci&#233;t&#233; de classes, dans le cours conflictuel de l'histoire. Les faits id&#233;ologiques n'ont jamais &#233;t&#233; de simples chim&#232;res, mais la conscience d&#233;form&#233;e des r&#233;alit&#233;s, et en tant que tels des facteurs r&#233;els exer&#231;ant en retour une r&#233;elle action d&#233;formante : d'autant plus la &lt;i&gt;mat&#233;rialisation&lt;/i&gt; de l'id&#233;ologie qu'entra&#238;ne la r&#233;ussite concr&#232;te de la production &#233;conomique autonomis&#233;e, dans la forme du spectacle, confond pratiquement avec la r&#233;alit&#233; sociale une id&#233;ologie qui a pu retailler tout le r&#233;el sur son mod&#232;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;213&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Quand l'id&#233;ologie, qui est la volont&#233; &lt;i&gt;abstraite&lt;/i&gt; de l'universel, et son illusion, se trouve l&#233;gitim&#233;e par l'abstraction universelle et la dictature effective de l'illusion dans la soci&#233;t&#233; moderne, elle n'est plus la lutte volontariste du parcellaire, mais son triomphe. De l&#224;, la pr&#233;tention id&#233;ologique acquiert une sorte de plate exactitude positiviste : elle n'est plus un choix historique mais une &#233;vidence. Dans une telle affirmation, les &lt;i&gt;noms&lt;/i&gt; particuliers des id&#233;ologies se sont &#233;vanouis. La part m&#234;me de travail proprement id&#233;ologique au service du syst&#232;me ne se con&#231;oit plus qu'en tant que reconnaissance d'un &#171; socle &#233;pist&#233;mologique &#187; qui se veut au del&#224; de tout ph&#233;nom&#232;ne id&#233;ologique. L'id&#233;ologie mat&#233;rialis&#233;e est elle-m&#234;me sans nom, comme elle est sans programme historique &#233;non&#231;able. Ceci revient &#224; dire que l'histoire &lt;i&gt;des id&#233;ologies&lt;/i&gt; est finie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;214&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;L'id&#233;ologie, que toute sa logique interne menait vers l'&#171; id&#233;ologie totale &#187;, au sens de Mannheim, despotisme du fragment qui s'impose comme pseudo-savoir d'un &lt;i&gt;tout&lt;/i&gt; fig&#233;, vision &lt;i&gt;totalitaire&lt;/i&gt;, est maintenant accomplie dans le spectacle immobilis&#233; de la non-histoire. Son accomplissement est aussi sa dissolution dans l'ensemble de la soci&#233;t&#233;. Avec la &lt;i&gt;dissolution pratique&lt;/i&gt; de cette soci&#233;t&#233; doit dispara&#238;tre l'id&#233;ologie, la derni&#232;re d&#233;raison qui bloque l'acc&#232;s &#224; la vie historique.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
215&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le spectacle est l'id&#233;ologie par excellence, parce qu'il expose et manifeste dans sa pl&#233;nitude l'essence de tout syst&#232;me id&#233;ologique : l'appauvrissement, l'asservissement et la n&#233;gation de la vie r&#233;elle. Le spectacle est mat&#233;riellement &#171; l'expression de la s&#233;paration et de l'&#233;loignement entre l'homme et l'homme &#187;. La &#171; nouvelle &lt;i&gt;puissance&lt;/i&gt; de la tromperie &#187; qui s'y est concentr&#233;e a sa base dans cette production, par laquelle &#171; avec la masse des objets cro&#238;t... le nouveau domaine des &#234;tres &#233;trangers &#224; qui l'homme est asservi &#187;. C'est le stade supr&#234;me d'une expansion qui a retourn&#233; le besoin contre la vie. &#171; Le besoin de l'argent est donc le vrai besoin produit par l'&#233;conomie politique, et le seul besoin qu'elle produit &#187; (&lt;i&gt;Manuscrits &#233;conomico-philosophiques&lt;/i&gt;). Le spectacle &#233;tend &#224; toute la vie sociale le principe que Hegel, dans la &lt;i&gt;Realphilosophie&lt;/i&gt; d'I&#233;na, con&#231;oit comme celui de l'argent ; c'est &#171; la vie de ce qui est mort, se mouvant en soi-m&#234;me &#187;.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
216&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Au contraire du projet r&#233;sum&#233; dans les &lt;i&gt;Th&#232;ses sur Feuerbach&lt;/i&gt; (la r&#233;alisation de la philosophie dans la praxis qui d&#233;passe l'opposition de l'id&#233;alisme et du mat&#233;rialisme), le spectacle conserve &#224; la fois, et impose dans le pseudo-concret de son univers, les caract&#232;res id&#233;ologiques du mat&#233;rialisme et de l'id&#233;alisme. Le c&#244;t&#233; contemplatif du vieux mat&#233;rialisme qui con&#231;oit le monde comme repr&#233;sentation et non comme activit&#233; - et qui id&#233;alise finalement la mati&#232;re - est accompli dans le spectacle, o&#249; des choses concr&#232;tes sont automatiquement ma&#238;tresses de la vie sociale. R&#233;ciproquement, l'&lt;i&gt;activit&#233; r&#234;v&#233;e&lt;/i&gt; de l'id&#233;alisme s'accomplit &#233;galement dans le spectacle, par la m&#233;diation technique de signes et de signaux - qui finalement mat&#233;rialisent un id&#233;al abstrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;217&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le parall&#233;lisme entre l'id&#233;ologie et la schizophr&#233;nie &#233;tabli par Gabel (&lt;i&gt;La Fausse Conscience&lt;/i&gt;) doit &#234;tre plac&#233; dans ce processus &#233;conomique de mat&#233;rialisation de l'id&#233;ologie. Ce que l'id&#233;ologie &#233;tait d&#233;j&#224;, la soci&#233;t&#233; l'est devenue. La d&#233;sinsertion de la praxis, et la fausse conscience anti-dialectique qui l'accompagne, voil&#224; ce qui est impos&#233; &#224; toute heure de la vie quotidienne soumise au spectacle ; qu'il faut comprendre comme une organisation syst&#233;matique de la &#171; d&#233;faillance de la facult&#233; de rencontre &#187;, et comme son remplacement par un fait &lt;i&gt;hallucinatoire social&lt;/i&gt; : la fausse conscience de la rencontre, l'&#171; illusion de la rencontre &#187;. Dans une soci&#233;t&#233; o&#249; personne ne peut plus &#234;tre &lt;i&gt;reconnu&lt;/i&gt; par les autres, chaque individu devient incapable de reconna&#238;tre sa propre r&#233;alit&#233;. L'id&#233;ologie est chez elle ; la s&#233;paration a b&#226;ti son monde.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
218&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&#171; Dans les tableaux cliniques de la schizophr&#233;nie, dit Gabel, d&#233;cadence de la dialectique de la totalit&#233; (avec comme forme extr&#234;me la dissociation) et d&#233;cadence de la dialectique du devenir (avec comme forme extr&#234;me la catatonie) semblent bien solidaires. &#187; La conscience spectaculaire, prisonni&#232;re d'un univers aplati, born&#233; par &lt;i&gt;l'&#233;cran&lt;/i&gt; du spectacle, derri&#232;re lequel sa propre vie a &#233;t&#233; d&#233;port&#233;e, ne conna&#238;t plus que les &lt;i&gt;interlocuteurs fictifs&lt;/i&gt; qui l'entretiennent unilat&#233;ralement de leur marchandise et de la politique de leur marchandise. Le spectacle, dans toute son &#233;tendue, est son &#171; signe du miroir &#187;. Ici se met en sc&#232;ne la fausse sortie d'un autisme g&#233;n&#233;ralis&#233;.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
219&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le spectacle, qui est l'effacement des limites du moi et du monde par l'&#233;crasement du moi qu'assi&#232;ge la pr&#233;sence-absence du monde, est &#233;galement l'effacement des limites du vrai et du faux par le refoulement de toute v&#233;rit&#233; v&#233;cue sous la &lt;i&gt;pr&#233;sence r&#233;elle&lt;/i&gt; de la fausset&#233; qu'assure l'organisation de l'apparence. Celui qui subit passivement son sort quotidiennement &#233;tranger est donc pouss&#233; vers une folie qui r&#233;agit illusoirement &#224; ce sort, en recourant &#224; des techniques magiques. La reconnaissance et la consommation des marchandises sont au centre de cette pseudo-r&#233;ponse &#224; une communication sans r&#233;ponse. Le besoin d'imitation qu'&#233;prouve le consommateur est pr&#233;cis&#233;ment le besoin infantile, conditionn&#233; par tous les aspects de sa d&#233;possession fondamentale. Selon les termes que Gabel applique &#224; un niveau pathologique tout autre, &#171; le besoin anormal de repr&#233;sentation compense ici un sentiment torturant d'&#234;tre en marge de l'existence &#187;.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
220&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Si la logique de la fausse conscience ne peut se conna&#238;tre elle-m&#234;me v&#233;ridiquement, la recherche de la v&#233;rit&#233; critique sur le spectacle doit aussi &#234;tre une critique vraie. Il lui faut lutter pratiquement parmi les ennemis irr&#233;conciliables du spectacle, et admettre d'&#234;tre absente l&#224; o&#249; ils sont absents. Ce sont les lois de la pens&#233;e dominante, le point de vue exclusif de l'&lt;i&gt;actualit&#233;&lt;/i&gt;, que reconna&#238;t la volont&#233; abstraite de l'efficacit&#233; imm&#233;diate, quand elle se jette vers les compromissions du r&#233;formisme ou de l'action commune de d&#233;bris pseudo-r&#233;volutionnaires. Par l&#224; le d&#233;lire s'est reconstitu&#233; dans la position m&#234;me qui pr&#233;tend le combattre. Au contraire, la critique qui va au-del&#224; du spectacle doit &lt;i&gt;savoir attendre&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
221&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;S'&#233;manciper des bases mat&#233;rielles de la v&#233;rit&#233; invers&#233;e, voil&#224; en quoi consiste l'auto-&#233;mancipation de notre &#233;poque. Cette &#171; mission historique d'instaurer la v&#233;rit&#233; dans le monde &#187;, ni l'individu isol&#233;, ni la foule atomis&#233;e soumis aux manipulations ne peuvent l'accomplir, mais encore et toujours la classe qui est capable d'&#234;tre la dissolution de toutes les classes en ramenant tout le pouvoir &#224; la forme d&#233;sali&#233;nante de la d&#233;mocratie r&#233;alis&#233;e, le Conseil dans lequel la th&#233;orie pratique se contr&#244;le elle-m&#234;me et voit son action. L&#224; seulement o&#249; les individus sont &#171; directement li&#233;s &#224; l'histoire universelle &#187; ; l&#224; seulement o&#249; le dialogue s'est arm&#233; pour faire vaincre ses propres conditions.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Adresse &#224; tous ceux qui ne veulent pas g&#233;rer les nuisances mais les supprimer</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article377</link>
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		<dc:date>2006-10-16T13:31:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Encyclop&#233;die des Nuisances</dc:creator>


		<dc:subject>Situationnistes et apparent&#233;-e-s</dc:subject>
		<dc:subject>Ecologie radicale</dc:subject>
		<dc:subject>Schizo&#239;des Associ&#233;s (P&#233;rigueux)</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#034;On nous dira - on nous dit d&#233;j&#224; - qu'il est de toute fa&#231;on impossible de supprimer compl&#232;tement les nuisances, et que par exemple les d&#233;chets nucl&#233;aires sont l&#224; pour une esp&#232;ce d'&#233;ternit&#233;. Cet argument &#233;voque &#224; peu pr&#232;s celui d'un tortionnaire qui, apr&#232;s avoir coup&#233; une main &#224; sa victime, lui annoncerait qu'au point o&#249; elle en est, elle peut bien se laisser couper l'autre, et d'autant plus volontiers qu'elle n'avait besoin de ses mains que pour applaudir, et qu'il existe maintenant des machines pour &#231;a. Que penserait-on de celui qui accepterait de discuter la chose &#034;scientifiquement&#034; ?&#034;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique5" rel="directory"&gt;A&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot15" rel="tag"&gt;Situationnistes et apparent&#233;-e-s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;Ecologie radicale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot77" rel="tag"&gt;Schizo&#239;des Associ&#233;s (P&#233;rigueux)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH113/arton377-26062.jpg?1780457083' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff377.jpg?1155333124&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;ENCYCLOPEDIE DES NUISANCES&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;ADRESSE A TOUS CEUX QUI NE VEULENT PAS GERER LES NUISANCES MAIS LES SUPPRIMER &lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Quatorze grands groupes industriels viennent de cr&#233;er Entreprises pour l'environnement, une association destin&#233;e &#224; favoriser leurs actions communes dans le domaine de l'environnement, mais aussi &#224; d&#233;fendre leur point de vue. Le pr&#233;sident de l'association est le P.D.G. de Rh&#244;ne-Poulenc, Jean-Ren&#233; Fourtou. (...) Les soci&#233;t&#233;s fondatrices, dont la plupart op&#232;rent dans des secteurs tr&#232;s polluants, d&#233;pensent d&#233;j&#224; au total pour l'environnement plus de 10 milliards de Francs par an, a rappel&#233; Jean-Ren&#233; Fourtou. Il a d'autre part soulign&#233; que l'Association comptait agir comme lobby aupr&#232;s des autorit&#233;s tant fran&#231;aises qu'europ&#233;ennes, notamment pour l'&#233;laboration des normes et de la l&#233;gislation sur l'environnement.&#034;&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
Lib&#233;ration, 18 mars 1992&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Bien que la prosp&#233;rit&#233; &#233;conomique soit en un sens incompatible avec la protection de la nature, notre premi&#232;re t&#226;che doit consister &#224; oeuvrer durement afin d'harmoniser l'une &#224; l'autre&#034;&lt;/i&gt; &lt;br&gt; Shigeru Ishimoto (premier ministre japonais), Le Monde Diplomatique, mars 1989&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;...comme l'environnement ne donne pas lieu &#224; des &#233;changes marchands, aucun m&#233;canisme ne s'oppose &#224; sa destruction. Pour perp&#233;tuer le concept de rationalit&#233; &#233;conomique, il faut donc chercher &#224; donner un prix &#224; l'environnement, c'est &#224; dire traduire sa valeur en termes mon&#233;taires.&#034;&lt;/i&gt;&lt;br&gt; Herve Kempf, L'&#233;conomie &#224; l'&#233;preuve de l'&#233;cologie, 1991&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Une chose est au moins acquise a notre &#233;poque : elle ne pourrira pas en paix. Les r&#233;sultats de son inconscience se sont accumul&#233;s jusqu'&#224; mettre en p&#233;ril cette s&#233;curit&#233; mat&#233;rielle dont la conqu&#234;te &#233;tait sa seule justification. Quant &#224; ce qui concerne la vie proprement dite (moeurs, communication, sensibilit&#233;, cr&#233;ation), elle n'avait visiblement apport&#233; que d&#233;composition et r&#233;gression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute soci&#233;t&#233; est d'abord, en tant qu'organisation de la survie collective, une forme d'appropriation de la nature. A travers la crise actuelle de l'usage de la nature, &#224; nouveau se pose, et cette fois universellement, la &lt;i&gt;question sociale&lt;/i&gt;. Faute d'avoir &#233;t&#233; r&#233;solue avant que les moyens mat&#233;riels, scientifiques et techniques, ne permettent d'alt&#233;rer fondamentalement les conditions de la vie, elle r&#233;appara&#238;t avec la n&#233;cessit&#233; vitale de mettre en cause les hi&#233;rarchies irresponsables qui monopolisent ces moyens mat&#233;riels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour parer &#224; cela, les ma&#238;tres de la soci&#233;t&#233; se sont d&#233;cid&#233;s a d&#233;cr&#233;ter eux-m&#234;mes &lt;i&gt;l'&#233;tat d'urgence &#233;cologique&lt;/i&gt;. Que cherche leur catastrophisme int&#233;ress&#233;, en noircissant le tableau d'un d&#233;sastre &lt;i&gt;hypoth&#233;tique&lt;/i&gt;, et tenant des discours d'autant plus alarmistes qu'il s'agit de probl&#232;mes sur lesquels les populations atomis&#233;es n'ont aucun moyen d'action direct, sinon &#224; occulter le d&#233;sastre r&#233;el, sur lequel il n'est nul besoin d'&#234;tre physicien, climatologue ou d&#233;mographe pour se prononcer ? Car chacun peut constater &lt;i&gt;l'appauvrissement&lt;/i&gt; constant du monde des hommes par l'&#233;conomie moderne, qui se d&#233;veloppe dans tous les domaines aux d&#233;pens de la vie : elle en d&#233;truit par ses d&#233;vastations les bases biologiques, soumet tout l'espace-temps social aux n&#233;cessit&#233;s polici&#232;res de son fonctionnement, et remplace chaque r&#233;alit&#233; autrefois couramment accessible par un ersatz dont la teneur en authenticit&#233; r&#233;siduelle est proportionnelle au &lt;i&gt;prix&lt;/i&gt; (inutile de cr&#233;er des magasins r&#233;serv&#233;s a la &lt;i&gt;nomenklatura&lt;/i&gt;, le march&#233; s'en charge).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; les gestionnaires de la production d&#233;couvrent dans la nocivit&#233; de ses r&#233;sultats la fragilit&#233; de leur monde, ils en tirent ainsi argument pour se pr&#233;senter, avec la caution de leurs experts, en &lt;i&gt;sauveurs&lt;/i&gt;. L'&#233;tat d'urgence &#233;cologique est &#224; la fois une &lt;i&gt;&#233;conomie de guerre&lt;/i&gt;, qui mobilise la production au service d'int&#233;r&#234;ts communs d&#233;finis par l'Etat, et une &lt;i&gt;guerre de l'&#233;conomie&lt;/i&gt; contre la menace de mouvements de protestation qui en viennent &#224; la critiquer sans d&#233;tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La propagande des d&#233;cideurs de l'Etat et de l'industrie pr&#233;sente comme seule perspective de salut la poursuite du d&#233;veloppement &#233;conomique, corrig&#233; par les mesures qu'impose la d&#233;fense de la survie : gestion r&#233;gul&#233;e des &#034;ressources&#034;, investissements pour &lt;i&gt;&#233;conomiser&lt;/i&gt; la nature, la transformer int&#233;gralement en mati&#232;re &#224; gestion &#233;conomique, depuis l'eau du sous-sol jusqu'&#224; l'ozone de l'atmosph&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La domination ne cesse &#233;videmment pas de perfectionner &#224; toutes fins utiles ses moyens r&#233;pressifs : &#224; &#034;Cigaville&#034;, d&#233;cor urbain construit en Dordogne apr&#232;s 1968 pour l'entra&#238;nement des gendarmes mobiles, on simule d&#233;sormais sur les routes avoisinantes &#034;de fausses attaques de commandos anti-nucl&#233;aires&#034; ; &#224; la centrale nucl&#233;aire de Belleville, c'est la simulation d'un accident grave qui doit former les responsables aux techniques de manipulation de l'information. Mais le personnel affect&#233; au contr&#244;le social s'emploie surtout a &lt;i&gt;pr&#233;venir&lt;/i&gt; tout d&#233;veloppement de la critique des nuisances en une critique de l'&#233;conomie qui les engendre. On pr&#234;che la discipline aux arm&#233;es de la consommation, comme si c'&#233;tait nos fastueuses extravagances qui avaient rompu l'&#233;quilibre &#233;cologique, et non l'absurdit&#233; de la production marchande &lt;i&gt;impos&#233;e&lt;/i&gt;, on pr&#244;ne un nouveau civisme, selon lequel chacun serait responsable de la gestion des nuisances, dans une parfaite &#233;galit&#233; d&#233;mocratique : du pollueur de base, qui lib&#232;re des CFC chaque matin en se rasant, &#224; l'industriel de la chimie... Et l'id&#233;ologie survivaliste (&#034;Tous unis pour sauver la Terre, ou la Loire, ou les b&#233;b&#233;s phoques&#034;) sert &#224; inculquer le genre de &#034;r&#233;alisme&#034; et de &#034;sens des responsabilit&#233;s&#034; qui am&#232;ne &#224; prendre en charge les effets de l'inconscience des experts, et ainsi &#224; &lt;i&gt;relayer&lt;/i&gt; la domination en lui fournissant sur le terrain oppositions dites constructives et am&#233;nagements de d&#233;tail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La censure de la critique sociale latente dans la lutte contre les nuisances a pour principal agent l'&#233;cologisme : l'illusion selon laquelle on pourrait efficacement r&#233;futer les r&#233;sultats du travail ali&#233;n&#233; sans s'en prendre au travail lui-m&#234;me et &#224; toute la soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur l'exploitation du travail. Quand tous les hommes d'Etat deviennent &#233;cologistes, les &#233;cologistes se d&#233;clarent sans h&#233;sitation &#233;tatistes. Ils n'ont pas vraiment chang&#233;, depuis leurs vell&#233;it&#233;s &#034;alternatives&#034; des ann&#233;es soixante-dix. Mais maintenant on leur offre partout des postes, des fonctions, des cr&#233;dits, et ils ne voient aucune raison de les refuser, tant il est vrai qu'ils n'ont jamais r&#233;ellement rompu avec la d&#233;raison dominante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;cologistes sont sur le terrain de la lutte contre les nuisances ce qu'&#233;taient, sur celui des luttes ouvri&#232;res, les syndicalistes : des interm&#233;diaires int&#233;ress&#233;s &#224; conserver les contradictions dont ils assurent la r&#233;gulation, des n&#233;gociateurs vou&#233;s au marchandage (la r&#233;vision des normes et des taux de nocivit&#233; rempla&#231;ant les pourcentages des hausses de salaire), des d&#233;fenseurs du quantitatif au moment o&#249; le calcul &#233;conomique s'&#233;tend &#224; de nouveaux domaines (l'air, l'eau, les embryons humains ou la sociabilit&#233; de synth&#232;se) ; bref, les nouveaux courtiers d'un &lt;i&gt;assujettissement a l'&#233;conomie&lt;/i&gt; dont le prix doit maintenant int&#233;grer le co&#251;t d'un &#034;environnement de qualit&#233;&#034;. On voit d&#233;j&#224; se mettre en place, cog&#233;r&#233;e par les experts &#034;verts&#034;, une redistribution du territoire entre zones sacrifi&#233;es et zones prot&#233;g&#233;es, une division spatiale qui r&#233;glera l'acc&#232;s &lt;i&gt;hi&#233;rarchis&#233;&lt;/i&gt; &#224; la marchandise-nature. Quant a la radioactivit&#233;, il y en aura pour tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire de la pratique des &#233;cologistes qu'elle est r&#233;formiste serait encore lui faire trop d'honneur, car elle s'inscrit directement et d&#233;lib&#233;r&#233;ment dans la logique de la domination capitaliste, qui &#233;tend sans cesse, par ses destructions m&#234;mes, le terrain de son exercice. Dans cette production cyclique des maux et de leurs rem&#232;des aggravants, l'&#233;cologisme n'aura &#233;t&#233; que &lt;i&gt;l'arm&#233;e de r&#233;serve&lt;/i&gt; d'une &#233;poque de bureaucratisation, ou la &#034;rationalit&#233; est toujours d&#233;finie loin des individus concern&#233;s et de toute connaissance r&#233;aliste, avec les catastrophes renouvel&#233;es que cela implique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les exemples r&#233;cents ne manquent pas qui montrent &#224; quelle vitesse s'installe cette gestion des nuisances int&#233;grant l'&#233;cologisme. Sans m&#234;me parler des multinationales de la &#034;protection de la nature&#034; comme le &lt;i&gt;World Wildlife Fund&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Greenpeace&lt;/i&gt;, des &#034;Amis de la Terre&#034; largement financ&#233;s par le secr&#233;tariat d'Etat &#224; l'environnement, ou des Verts &#224; la Waechter acoquin&#233;s avec la Lyonnaise des eaux pour l'exploitation du march&#233; de l'assainissement, on voit toutes sortes de demi-opposants aux nuisances, qui s'en &#233;taient tenus &#224; une critique technique et refoulaient la critique sociale, coopt&#233;s par les instances &#233;tatiques de contr&#244;le et de r&#233;gulation, quand ce n'est pas par l'industrie de la d&#233;pollution. Ainsi un &#034;laboratoire ind&#233;pendant&#034; comme la CRII-RAD, fond&#233; apr&#232;s Tchernobyl - ind&#233;pendant de l'Etat mais pas des institutions locales et r&#233;gionales -, s'&#233;tait donn&#233; pour seul but de &#034;d&#233;fendre les consommateurs&#034; en comptabilisant leurs becquerels. Une telle &#034;d&#233;fense&#034; n&#233;o-syndicale du m&#233;tier de consommateur - le dernier des m&#233;tiers - revient &#224; &lt;i&gt;ne pas attaquer&lt;/i&gt; la d&#233;possession qui, privant les individus de tout pouvoir de d&#233;cision sur la production de leurs conditions d'existence, garantit qu'ils devront continuer &#224; supporter ce qui a &#233;t&#233; choisi par d'autres, et &#224; d&#233;pendre de sp&#233;cialistes incontr&#244;lables pour en conna&#238;tre, &lt;i&gt;ou non&lt;/i&gt;, la nocivit&#233;. C'est donc sans surprise que l'on apprend maintenant la nomination de la pr&#233;sidente de la CRII-RAD, Mich&#232;le Rivasi, a l'Agence nationale pour la qualit&#233; de l'air, ou son ind&#233;pendance pourra s'accomplir au service de celle de l'Etat. On a aussi vu les experts timidement anti-nucl&#233;aires du GSIEN, &#224; force de croire scientifique de ne pas se prononcer radicalement contre le d&#233;lire nucl&#233;ariste, cautionner le red&#233;marrage de la centrale de Fessenheim avant qu'un nouveau rejet &#034;accidentel&#034; de radioactivit&#233; ne vienne, peu apr&#232;s, apporter la contre-expertise de leur r&#233;alisme ; ou encore les boys scouts de &#034;Robin des bois&#034;, bien d&#233;cid&#233;s &#224; grimper dans le &#034;partenariat&#034;, s'associer &#224; un industriel pour la production de &#034;d&#233;chets propres&#034;, et d&#233;fendre le projet &#034;G&#233;ofix&#034; de poubelle chimique dans les Alpes de Haute-Provence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat de cette intense activit&#233; de toilettage est enti&#232;rement pr&#233;visible : une &#034;d&#233;pollution&#034; sur le mod&#232;le de ce que fut &#034;l'extinction du paup&#233;risme&#034; par l'abondance marchande (camouflage de la mis&#232;re visible, appauvrissement r&#233;el de la vie) ; les co&#251;teux donc profitables palliatifs successivement appliqu&#233;s &#224; des d&#233;g&#226;ts ant&#233;rieurs &lt;i&gt;panachant&lt;/i&gt; les destructions - qui bien s&#251;r continuent et continueront - de reconstructions fragmentaires et d'assainissements partiels. Certaines nuisances homologu&#233;es comme telles par les experts seront effectivement prises en charge, dans la mesure exacte o&#249; leur traitement constituera une activit&#233; &#233;conomique rentable. D'autres, en g&#233;n&#233;ral les plus graves, continueront leur existence clandestine, hors norme, comme les faibles doses de radiations ou ces manipulations g&#233;n&#233;tiques dont on sait qu'elles nous pr&#233;parent les Sidas de demain. Enfin et surtout, le d&#233;veloppement prolifique d'une nouvelle bureaucratie charg&#233;e du contr&#244;le &#233;cologique ne fera, sous couvert de rationalisation, qu'approfondir cette irrationalit&#233; qui explique toutes les autres, de la corruption ordinaire aux catastrophes extraordinaires : la division de la soci&#233;t&#233; en dirigeants sp&#233;cialistes de la survie et en &#034;consommateurs&#034; ignorants et impuissants de cette survie, dernier visage de la soci&#233;t&#233; de classes. Malheureux ceux qui ont besoin d'honn&#234;tes sp&#233;cialistes et de dirigeants &#233;clair&#233;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est donc pas une esp&#232;ce de purisme extr&#233;miste, et moins encore de &#034;politique du pire&#034;, qui invite &#224; se d&#233;marquer violemment de tous les am&#233;nageurs &#233;cologistes de l'&#233;conomie : c'est simplement le &lt;i&gt;r&#233;alisme&lt;/i&gt; sur le devenir n&#233;cessaire de tout cela. Le d&#233;veloppement cons&#233;quent de la lutte contre les nuisances exige de clarifier, par autant de d&#233;nonciations exemplaires qu'il faudra, l'opposition entre les &lt;i&gt;&#233;colocrates&lt;/i&gt; - ceux qui tirent du pouvoir de la crise &#233;cologique - et ceux qui n'ont pas d'int&#233;r&#234;ts distincts de l'ensemble des individus d&#233;poss&#233;d&#233;s, ni du mouvement qui &lt;i&gt;peut&lt;/i&gt; les mettre en mesure de supprimer les nuisances par le &#034;d&#233;mant&#232;lement raisonn&#233; de toute production marchande&#034;. Si ceux qui veulent supprimer les nuisances sont forc&#233;ment sur le m&#234;me terrain que ceux qui veulent les g&#233;rer, ils doivent y &#234;tre pr&#233;sents &lt;i&gt;en ennemis&lt;/i&gt;, sous peine d'en &#234;tre r&#233;duits &#224; faire de la figuration sous les projecteurs des metteurs en sc&#232;ne de l'am&#233;nagement du territoire. Ils ne peuvent r&#233;ellement occuper ce terrain, &lt;i&gt;c'est &#224; dire trouver les moyens de le transformer&lt;/i&gt;, qu'en affirmant sans concession la critique sociale des nuisances et de leurs gestionnaires, install&#233;s ou postulants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chemin qui m&#232;ne de la mise en cause des hi&#233;rarchies irresponsables &#224; l'instauration d'un contr&#244;le social ma&#238;trisant en pleine conscience les moyens mat&#233;riels et techniques, ce chemin passe par une critique unitaire des nuisances, et donc par la red&#233;couverte de tous les anciens points d'application de la r&#233;volte : le travail salari&#233;, dont les produits socialement nocifs ont pour pendant l'effet destructeur sur les salari&#233;s eux-m&#234;mes, tel qu'il ne peut &#234;tre support&#233; qu'&#224; grand renfort de tranquillisants et de drogues en tout genre ; la colonisation de toute la communication par le spectacle, puisqu'&#224; la falsification des r&#233;alit&#233;s doit correspondre celle de leur expression sociale ; le d&#233;veloppement technologique, qui d&#233;veloppe exclusivement, aux d&#233;pens de toute autonomie individuelle ou collective, l'assujettissement &#224; un pouvoir toujours plus concentr&#233; ; la production marchande comme production de nuisances, et enfin &#034;l'Etat comme &lt;i&gt;nuisance absolue&lt;/i&gt;, contr&#244;lant cette production et en am&#233;nageant la perception, en programmant les seuils de tol&#233;rance&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le destin de l'&#233;cologisme devrait l'avoir d&#233;montr&#233; aux plus na&#239;fs : l'on ne peut mener une lutte r&#233;elle contre quoi que ce soit en acceptant les s&#233;parations de la soci&#233;t&#233; dominante. L'aggravation de la crise de la survie et les mouvements de refus qu'elle suscite pousse une fraction du personnel technico-scientifique &#224; cesser de s'identifier &#224; la fuite en avant insens&#233;e du renouvellement technologique. Parmi ceux qui vont ainsi se rapprocher d'un point de vue critique, beaucoup sans doute, suivant leur pente socio-professionnelle, chercheront &#224; recycler dans une contestation &#034;raisonnable&#034; leur statut d'experts, et donc &#224; faire pr&#233;valoir une d&#233;nonciation parcellaire de la d&#233;raison au pouvoir, s'attachant &#224; ses aspects purement techniques, c'est &#224; dire qui peuvent para&#238;tre tels. Contre une critique encore s&#233;par&#233;e et sp&#233;cialis&#233;e des nuisances, d&#233;fendre les simples exigences unitaires de la critique sociale n'est pas seulement r&#233;affirmer, comme but total, qu'il ne s'agit pas de changer les experts au pouvoir mais d'abolir les conditions qui rendent n&#233;cessaires les experts et la sp&#233;cialisation du pouvoir ; c'est &#233;galement un imp&#233;ratif tactique, pour une lutte qui ne peut parler le langage des sp&#233;cialistes si elle veut trouver ses alli&#233;s en s'adressant a tous ceux qui n'ont aucun pouvoir en tant que sp&#233;cialiste de quoi que ce soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me qu'on opposait et qu'on oppose toujours aux revendications des salari&#233;s un int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral de l'&#233;conomie, de m&#234;me les planificateurs de l'ordure et autres docteurs &#232;s poubelles ne manquent pas de d&#233;noncer l'&#233;go&#239;sme born&#233; et irresponsable de ceux qui s'&#233;l&#232;vent contre une nuisance locale (d&#233;chets, autoroute, TGV, etc.) sans vouloir consid&#233;rer qu'il faut bien la mettre quelque part. La seule r&#233;ponse digne d'un tel chantage &#224; l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral consiste &#233;videmment &#224; affirmer que quand on ne veut de nuisances &lt;i&gt;nulle part&lt;/i&gt; il faut bien commencer &#224; les refuser exemplairement &lt;i&gt;l&#224; o&#249; on est&lt;/i&gt;. Et en cons&#233;quence &#224; pr&#233;parer l'unification des luttes contre les nuisances en sachant exprimer les raisons universelles de toute protestation particuli&#232;re. Que des individus n'invoquant aucune qualification ni sp&#233;cialit&#233;, ne repr&#233;sentant qu'eux-m&#234;mes, prennent la libert&#233; de s'associer pour proclamer et mettre en pratique leur jugement du monde, voil&#224; qui para&#238;tra peu r&#233;aliste &#224; une &#233;poque paralys&#233;e par l'isolement et le sentiment de fatalit&#233; qu'il suscite. Pourtant, &#224; c&#244;t&#233; de tant de pseudo-&#233;v&#233;nements fabriqu&#233;s a la cha&#238;ne, il est un fait qui s'ent&#234;te &#224; ridiculiser les calculs d'en haut comme le cynisme d'en bas : toutes les aspirations &#224; une vie libre et tous les besoins humains, &#224; commencer par les plus &#233;l&#233;mentaires, convergent vers l'urgence historique de mettre un terme aux ravages de la d&#233;mence &#233;conomique. Dans cette immense r&#233;serve de r&#233;volte, seul peut puiser un total irrespect pour les risibles ou ignobles n&#233;cessit&#233;s que se reconna&#238;t la soci&#233;t&#233; pr&#233;sente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui, dans un conflit particulier, n'entendent de toute fa&#231;on pas s'arr&#234;ter aux r&#233;sultats partiels de leur protestation, doivent la consid&#233;rer comme un &lt;i&gt;moment&lt;/i&gt; de l'auto-organisation des individus d&#233;poss&#233;d&#233;s pour un mouvement anti-&#233;tatique et anti-&#233;conomique g&#233;n&#233;ral : c'est cette ambition qui leur servira de crit&#232;re et d'axe de r&#233;f&#233;rence pour juger et condamner, adopter ou rejeter tel ou tel moyen de lutte contre les nuisances. Doit &#234;tre soutenu tout ce qui favorise l'appropriation directe, par les individus associ&#233;s, de leur activit&#233;, &#224; commencer par leur activit&#233; &lt;i&gt;critique&lt;/i&gt; contre tel ou tel aspect de la production de nuisances ; doit &#234;tre combattu tout ce qui contribue &#224; les d&#233;poss&#233;der des premiers moments de leur lutte, et donc &#224; les renforcer dans la passivit&#233; et l'isolement. Comment ce qui perp&#233;tue le vieux mensonge de la repr&#233;sentation s&#233;par&#233;e, des repr&#233;sentants incontr&#244;l&#233;s ou des porte-parole abusifs, pourrait-il servir la lutte des individus pour mettre sous leur contr&#244;le leurs conditions d'existence, en un mot pour &lt;i&gt;r&#233;aliser&lt;/i&gt; la d&#233;mocratie ? La d&#233;possession est reconduite et ent&#233;rin&#233;e, non seulement bien s&#251;r par l'&#233;lectoralisme, mais aussi par l'illusoire recherche de &#034;l'efficacit&#233; m&#233;diatique&#034;, qui, transformant les individus en &lt;i&gt;spectateurs&lt;/i&gt; d'une cause dont ils ne contr&#244;lent plus ni la formulation ni l'extension, en fait la masse de manoeuvre de divers &lt;i&gt;lobbies&lt;/i&gt;, plus ou moins concurrents pour manipuler &lt;i&gt;l'image&lt;/i&gt; de la protestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc traiter en &lt;i&gt;r&#233;cup&#233;rateurs&lt;/i&gt; tous ceux dont le pr&#233;tendu r&#233;alisme sert &#224; faire avorter, par l'organisation du vacarme m&#233;diatique, les tentatives d'exprimer directement, sans interm&#233;diaires ni caution de sp&#233;cialistes, le d&#233;go&#251;t et la col&#232;re que suscitent les calamit&#233;s d'un mode de production (voir comment Verg&#232;s s'emploie, par sa seule pr&#233;sence d'avocat de toutes les causes douteuses, &#224; discr&#233;diter la protestation des habitantes de Montchanin ; ou encore, &#224; une toute autre &#233;chelle, comment l'ignominie du moderne &#034;racket de l'&#233;motion&#034; s'empare des &#034;enfants de Tchernobyl&#034; pour en faire mati&#232;re &#224; T&#233;l&#233;thon). De m&#234;me, alors que l'Etat ouvre aux contestations locales, pour qu'elles s'y perdent, le terrain des proc&#233;dures juridiques et des mesures administratives, il faut d&#233;noncer l'illusion d'une victoire assur&#233;e par les avocats et les experts : &#224; cette fin il suffit de rappeler qu'un conflit de ce genre n'est pas tranch&#233; en fonction du droit mais d'un rapport de forces extra-juridique, comme le montrent &#224; la fois la construction du pont de l'&#206;le de R&#233;, malgr&#233; plusieurs jugements contraires, et l'abandon de la centrale nucl&#233;aire de Plogoff, qui n'a &#233;t&#233; le r&#233;sultat d'aucune proc&#233;dure l&#233;gale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les moyens doivent varier avec les occasions, &#233;tant entendu que tous les moyens sont bons qui combattent l'apathie devant la fatalit&#233; &#233;conomique et r&#233;pandent le go&#251;t d'intervenir sur le sort qui nous est fait. Si les mouvements contre les nuisances sont en France encore tr&#232;s faibles, ils n'en sont pas moins le seul terrain pratique o&#249; l'existence sociale &lt;i&gt;revient en discussion&lt;/i&gt;. Les d&#233;cideurs de l'Etat sont quant &#224; eux bien conscients du danger que cela repr&#233;sente, pour une soci&#233;t&#233; dont les raisons officielles ne souffrent d'&#234;tre examin&#233;es. Parall&#232;lement &#224; la neutralisation par la confusion m&#233;diatique et &#224; l'int&#233;gration des leaders &#233;cologistes, ils se pr&#233;occupent de ne pas laisser un conflit particulier se transformer en abc&#232;s de fixation, qui fournirait &#224; la contestation un p&#244;le d'unification en m&#234;me temps qu'un lieu mat&#233;riel de rassemblement et de communication critique. Ainsi le &#034;gel&#034; de toute d&#233;cision concernant les sites de d&#233;p&#244;t de d&#233;chets radioactifs comme l'am&#233;nagement du bassin de la Loire a &#233;videmment &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; afin de fatiguer la base des oppositions et permettre la mise en place d'un r&#233;seau de repr&#233;sentants responsables dispos&#233;s &#224; servir d'&#034;indicateurs locaux&#034; (&#224; donner la temp&#233;rature locale), &#224; mettre en sc&#232;ne la &#034;concertation&#034; et &#224; faire passer les victoires truqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous dira - on nous dit d&#233;j&#224; - qu'il est de toute fa&#231;on impossible de supprimer compl&#232;tement les nuisances, et que par exemple les d&#233;chets nucl&#233;aires sont l&#224; pour une esp&#232;ce d'&#233;ternit&#233;. Cet argument &#233;voque &#224; peu pr&#232;s celui d'un tortionnaire qui, apr&#232;s avoir coup&#233; une main &#224; sa victime, lui annoncerait qu'au point o&#249; elle en est, elle peut bien se laisser couper l'autre, et d'autant plus volontiers qu'elle n'avait besoin de ses mains que pour applaudir, et qu'il existe maintenant des machines pour &#231;a. Que penserait-on de celui qui accepterait de discuter la chose &#034;scientifiquement&#034; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est que trop vrai que les illusions du progr&#232;s &#233;conomique ont durablement fourvoy&#233; l'histoire humaine, et que les cons&#233;quences de ce fourvoiement, m&#234;me s'il y &#233;tait mis fin demain, seraient l&#233;gu&#233;es comme un h&#233;ritage empoisonn&#233; &#224; la soci&#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e ; non seulement sous forme de d&#233;chets, mais aussi et surtout d'une organisation mat&#233;rielle de la production &#224; transformer &lt;i&gt;de fond en comble&lt;/i&gt; pour la mettre au service d'une activit&#233; libre. Nous nous serions bien pass&#233;s de tels probl&#232;mes, mais puisqu'ils sont l&#224;, nous consid&#233;rons que la prise en charge collective de leur &lt;i&gt;d&#233;p&#233;rissement&lt;/i&gt; est la seule perspective de renouer avec la v&#233;ritable aventure humaine, avec l'histoire comme &#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette aventure recommence d&#232;s que des individus trouvent dans la lutte les formes d'une communaut&#233; pratique pour mener plus loin les cons&#233;quences de leur refus initial et d&#233;velopper la critique des conditions impos&#233;es. La v&#233;rit&#233; d'une telle communaut&#233;, c'est qu'elle constitue une unit&#233; &#034;plus intelligente que tous ses membres&#034;. Le signe de son &#233;chec, c'est sa r&#233;gression vers une esp&#232;ce de n&#233;o-famille, c'est &#224; dire une unit&#233; moins intelligente que chacun de ses membres. Une longue p&#233;riode de r&#233;action sociale a pour cons&#233;quence, avec l'isolement et le d&#233;sarroi, d'amener les individus, quand ils tentent de reconstruire un terrain pratique commun, &#224; craindre par dessus tout les divisions et les conflits. Pourtant c'est justement quand on est tr&#232;s minoritaire et qu'on a besoin d'alli&#233;s qu'il convient de formuler une base d'accord d'autant plus pr&#233;cise, &#224; partir de laquelle contracter des alliances et boycotter tout ce qui doit l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant tout, pour d&#233;limiter positivement le terrain des collaborations et des alliances, il faut disposer de crit&#232;res qui ne soient pas &lt;i&gt;moraux&lt;/i&gt; (sur les intentions affich&#233;es, la bonne volont&#233; suppos&#233;e, etc.) mais pr&#233;cis&#233;ment pratiques et historiques. (Une r&#232;gle d'or : ne pas juger les hommes sur leurs opinions, mais sur ce que leurs opinions font d'eux.) Nous pensons avoir fourni ici quelques &#233;l&#233;ments utiles &#224; la d&#233;finition de tels crit&#232;res. Pour les pr&#233;ciser mieux, et tracer une ligne de d&#233;marcation en de&#231;&#224; de laquelle organiser efficacement la solidarit&#233;, il faudra des discussions fond&#233;es sur l'analyse des conditions concr&#232;tes dans lesquelles chacun se trouve place, et sur la critique des tentatives d'intervention, &#224; commencer par celle que constitue la pr&#233;sente contribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique sociale, l'activit&#233; qui la d&#233;veloppe et la communique, n'a jamais &#233;t&#233; &lt;i&gt;le lieu de la tranquillit&#233;&lt;/i&gt;. Mais comme aujourd'hui ce lieu de la tranquillit&#233; n'existe plus nulle part (l'universelle d&#233;chetterie a atteint les sommets de l'Himalaya), les individus d&#233;poss&#233;d&#233;s n'ont pas &#224; choisir entre la tranquillit&#233; et les troubles d'un &#226;pre combat, mais entre des troubles et des combats d'autant plus effrayants qu'ils sont men&#233;s par d'autres &#224; leur seul profit, et ceux qu'ils peuvent r&#233;pandre et mener eux-m&#234;mes pour leur propre compte. Le mouvement contre les nuisances triomphera comme mouvement d'&#233;mancipation anti-&#233;conomique et anti-&#233;tatique, ou ne triomphera pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juin 1990&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De la gr&#232;ve sauvage &#224; l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article309</link>
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		<dc:date>2006-07-20T05:26:33Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ratgeb</dc:creator>


		<dc:subject>Auto-organisation, exp&#233;rimentations collectives</dc:subject>
		<dc:subject>Situationnistes et apparent&#233;-e-s</dc:subject>
		<dc:subject>Editions Turbulentes (Metz-Dijon)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Texte anonyme probablement (co-)r&#233;dig&#233; par Raoul Vaneigem qui propose une esp&#232;ce d' &lt;i&gt;ABCD de la r&#233;volution&lt;/i&gt; &#224; travers une critique de la &lt;i&gt;soci&#233;t&#233; de survie&lt;/i&gt; et une affirmation de l'&lt;i&gt;autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; A - Le but du sabotage et du d&#233;tournement, pratiqu&#233;s individuellement&lt;br class='autobr' /&gt;
ou collectivement, est de d&#233;clencher la gr&#232;ve&lt;br class='autobr' /&gt;
sauvage.&lt;br&gt;
B - Toute gr&#232;ve sauvage doit devenir occupation d'usine.&lt;br&gt;
C - Toute usine occup&#233;e doit &#234;tre d&#233;tourn&#233;e et mise imm&#233;diatement&lt;br class='autobr' /&gt;
au service des r&#233;volutionnaires.&lt;br&gt;
D - En &#233;lisant des d&#233;l&#233;gu&#233;s - r&#233;vocables &#224; chaque instant, charg&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
d'enregistrer ses d&#233;cisions et de les faire appliquer - l'assembl&#233;e des gr&#233;vistes jette les bases d'une organisation sociale radicalement nouvelle : la soci&#233;t&#233; d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;D&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot10" rel="tag"&gt;Auto-organisation, exp&#233;rimentations collectives&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot15" rel="tag"&gt;Situationnistes et apparent&#233;-e-s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot62" rel="tag"&gt;Editions Turbulentes (Metz-Dijon)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L95xH150/arton309-a4af9.jpg?1780456709' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='95' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff309.jpg?1152985859&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Contributions &#224; la lutte des ouvriers r&#233;volutionnaires, destin&#233;es &#224; &#234;tre discut&#233;es, corrig&#233;es et principalement mises en pratique sans trop tarder&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;i&gt;Nous voulons voir la v&#233;rit&#233; sous forme de r&#233;sultat pratique.&lt;/i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pages qui suivent s'adressent aux ouvriers r&#233;volutionnaires, et &#224; nuls autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aux ouvriers, car, en dehors des travailleurs impliqu&#233;s directement dans le processus de&lt;br class='autobr' /&gt;
production, il n'y a personne qui d&#233;tienne le pouvoir de briser les reins &#224; l'imp&#233;rialisme&lt;br class='autobr' /&gt;
marchand. Aux ouvriers r&#233;volutionnaires, car ceux qui restent inf&#233;od&#233;s aux partis, syndicats,&lt;br class='autobr' /&gt;
groupuscules, ne font, comme des salauds d'esclaves, que travailler au renforcement&lt;br class='autobr' /&gt;
du syst&#232;me dominant et de sa mis&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les dix derni&#232;res ann&#233;es, des gr&#232;ves sauvages de plus en plus fr&#233;quentes et&lt;br class='autobr' /&gt;
de plus en plus r&#233;solues ont secou&#233;, sans le briser encore, le joug commun de la bourgeoisie&lt;br class='autobr' /&gt;
et des appareils bureaucratiques. Ce mouvement insurrectionnel latent a d&#233;voil&#233; &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
la conscience du prol&#233;tariat l'emprise croissante que la marchandise exerce sur la vie&lt;br class='autobr' /&gt;
quotidienne, sur l'ensemble des comportements humains, sur la nature m&#234;me. Et en&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me temps, il a fait la preuve de sa force, il a montr&#233; dans le miroir de son refus la faiblesse&lt;br class='autobr' /&gt;
irr&#233;m&#233;diable du syst&#232;me marchand et de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le refus apparaissent aussi les approches d'un style de vie en violente opposition&lt;br class='autobr' /&gt;
avec la survie qui est aujourd'hui la mis&#232;re du monde la mieux partag&#233;e. Ce sont&lt;br class='autobr' /&gt;
des r&#233;actions fragmentaires et souvent confuses, n&#233;es de la volont&#233; spontan&#233;e d'en finir&lt;br class='autobr' /&gt;
une fois pour toutes avec le travail, le sacrifice, le spectacle, l'&#233;conomisme, l'ennui, les&lt;br class='autobr' /&gt;
contraintes, les s&#233;parations ; mais si dispers&#233;es et si isol&#233;es qu'elles soient, elles jettent&lt;br class='autobr' /&gt;
les bases d'une soci&#233;t&#233; radicalement nouvelle la soci&#233;t&#233; d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie r&#233;volutionnaire de l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e s'est efforc&#233;e de donner&lt;br class='autobr' /&gt;
une plus grande coh&#233;rence &#224; l'ensemble des r&#233;actions de refus. Elle s'est d&#233;velopp&#233;e jusqu'&#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
atteindre aujourd'hui le stade o&#249; elle doit reprendre place dans le mouvement dont&lt;br class='autobr' /&gt;
elle est issue, le mouvement insurrectionnel des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ussite ou l'&#233;chec de l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e d&#233;pend d&#233;sormais de ceux qui&lt;br class='autobr' /&gt;
dans les usines, les entrep&#244;ts, les grands magasins, les transports, les champs, tiennent&lt;br class='autobr' /&gt;
entre leurs mains le sort de la marchandise ; de ceux qui peuvent d&#233;tourner, au profit de&lt;br class='autobr' /&gt;
tous, les biens de la terre et de l'industrie, ou bien continuer contre eux-m&#234;mes et contre&lt;br class='autobr' /&gt;
tout le prol&#233;tariat &#224; laisser le processus marchand &#233;tendre sa pollution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un changement d&#233;cisif s'amorce partout. Il suffit de l'acc&#233;l&#233;rer en lui apportant&lt;br class='autobr' /&gt;
les garanties d'efficacit&#233; et de coh&#233;rence pratique. Attendre davantage serait un crime, ou&lt;br class='autobr' /&gt;
pire, une faute historique, dont toute l'eau de la mer ne pourrait effacer le sang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, les conditions nous sont favorables. Les techniques, hautement d&#233;velopp&#233;es,&lt;br class='autobr' /&gt;
sont &#224; notre port&#233;e et pour peu que nous voulions les tourner contre nos exploiteurs,&lt;br class='autobr' /&gt;
tout est possible et rien n'est utopique. Jamais la survie n'a tant r&#233;gn&#233; et jamais elle&lt;br class='autobr' /&gt;
n'a suscit&#233; tant de r&#233;volte. Jamais l'Etat n'a mieux dispos&#233; de la force du mensonge et jamais&lt;br class='autobr' /&gt;
il n'a &#233;t&#233; si vuln&#233;rable &#224; la v&#233;rit&#233; quotidienne. Jamais le syst&#232;me marchand n'a pouss&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
si loin le conditionnement des hommes &#224; l'argent, au para&#238;tre et au pouvoir et jamais il&lt;br class='autobr' /&gt;
n'a vu se dresser pour le d&#233;truire totalement autant de rage raisonn&#233;e, autant de cr&#233;ativit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
et de passion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, si les ouvriers r&#233;volutionnaires ne se d&#233;cident pas &#224; r&#233;gler leurs affaires&lt;br class='autobr' /&gt;
eux-m&#234;mes et &#224; mener jusqu'au bout les bouleversements sociaux qu'annoncent les gr&#232;ves&lt;br class='autobr' /&gt;
sauvages, les occupations et les d&#233;tournements d'usine, ceux qui n'ont pas les moyens de la r&#233;aliser feront de l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e un mensonge de plus dans le ciel des&lt;br class='autobr' /&gt;
id&#233;es, et ils joueront les messies descendus sur terre pour pr&#234;cher l'organisation du prol&#233;tariat,&lt;br class='autobr' /&gt;
dans la meilleure tradition des L&#233;nine, Trotsky, Mao, Garcia Oliver, Castro, Guevara&lt;br class='autobr' /&gt;
et autres bureaucrates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il y a trop longtemps que la r&#233;volution est aux portes de nos cit&#233;s d'ennui,&lt;br class='autobr' /&gt;
de nos villes pollu&#233;es, de nos palais de stuc. C'en est assez de subir le travail, les chefs,&lt;br class='autobr' /&gt;
les temps morts, la souffrance, l'humiliation, le mensonge, les flics, les patrons, les gouvernements,&lt;br class='autobr' /&gt;
l'Etat. L'impatience trop longtemps contenue pousse &#224; la violence aveugle,&lt;br class='autobr' /&gt;
au terrorisme, &#224; l'autodestruction ; certes nous avons mieux &#224; faire, pour nous sauver&lt;br class='autobr' /&gt;
nous-m&#234;mes d'une soci&#233;t&#233; qui se suicide, que de jouer les kamikases contre un r&#233;giment&lt;br class='autobr' /&gt;
de flics, un quarteron d'&#233;v&#234;ques ou une brochette de patrons, de g&#233;n&#233;raux et d'hommes&lt;br class='autobr' /&gt;
d'Etat, mais l'&#233;coulement des heures sans vie est plus terrible que la mort. Notre lutte finale&lt;br class='autobr' /&gt;
a assez dur&#233;. Il nous faut maintenant la victoire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les textes ici propos&#233;s essaient de r&#233;pondre aux probl&#232;mes que pose le passage&lt;br class='autobr' /&gt;
d'une soci&#233;t&#233; de classes &#224; une soci&#233;t&#233; d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e. La premi&#232;re partie part&lt;br class='autobr' /&gt;
des refus les plus communs et insiste sur leur signification, car il importe que le familier&lt;br class='autobr' /&gt;
nous soit le mieux connu si nous voulons que tout ce qui vient de la vie quotidienne y retourne&lt;br class='autobr' /&gt;
pour l'enrichir en permanence. La deuxi&#232;me &#233;num&#232;re quelques mesures &#224; prendre&lt;br class='autobr' /&gt;
selon que l'action ouvri&#232;re se limite au sabotage et au d&#233;tournement, s'&#233;tend en gr&#232;ve&lt;br class='autobr' /&gt;
sauvage ou aboutit &#224; l'occupation des lieux de travail. La troisi&#232;me donne un mod&#232;le de&lt;br class='autobr' /&gt;
ce que pourraient &#234;tre l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e et une soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur la satisfaction&lt;br class='autobr' /&gt;
des volont&#233;s et des passions individuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De telles notes sont n&#233;cessairement entach&#233;es de faiblesses, d'h&#233;sitations, voire&lt;br class='autobr' /&gt;
d'erreurs mais leur radicalit&#233; est indiscutable. Elles m&#233;ritent d'&#234;tre discut&#233;es mais non par&lt;br class='autobr' /&gt;
ceux qui ne peuvent leur opposer que des critiques abstraites, non par la canaille intellectuelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Leur seul int&#233;r&#234;t, c'est d'&#234;tre d&#233;battues sur le tas, dans les ateliers, quand la col&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
monte. Alors, exp&#233;riment&#233;es, corrig&#233;es, diffus&#233;es par tous les moyens que poss&#232;dent&lt;br class='autobr' /&gt;
patrons, cadres, permanents syndicaux (t&#233;lex, photocopie, radio, sono, imprimeries), elles&lt;br class='autobr' /&gt;
permettront vraiment de donner toute sa coh&#233;sion &#224; l'&#233;lan insurrectionnel, elles &#233;viteront&lt;br class='autobr' /&gt;
les atermoiements et les lenteurs si souvent funestes dans les premiers moments d'une r&#233;volution,&lt;br class='autobr' /&gt;
elles jetteront &#224; la face des &#233;tatistes cette raison dans l'histoire, qu'ils redoutent&lt;br class='autobr' /&gt;
par-dessus tout quand elle s'exprime dans le prol&#233;tariat en armes : &#171; Voil&#224; la soci&#233;t&#233; que&lt;br class='autobr' /&gt;
nous allons construire. Voil&#224; pourquoi nous voulons vous d&#233;truire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;CHAPITRE I &lt;br&gt;
LA SOCIETE DE SURVIE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;1. &lt;i&gt;Avez-vous &#233;prouv&#233; au moins une fois le d&#233;sir d'arriver en retard au travail, ou de le quitter&lt;br class='autobr' /&gt;
plus t&#244;t ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Le temps de travail compte double car il est du temps perdu deux fois :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; comme temps qu'il serait plus agr&#233;able d'employer &#224; l'amour, &#224; la r&#234;verie, aux plaisirs,&lt;br class='autobr' /&gt;
aux passions ; comme temps dont on disposerait librement.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; comme temps d'usure physique et nerveuse.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Le temps de travail absorbe la plus grande partie de la vie, car il d&#233;termine aussi&lt;br class='autobr' /&gt;
le temps dit &#171; libre &#187;, le temps de sommeil, de d&#233;placement, de repas, de distraction. Il atteint&lt;br class='autobr' /&gt;
ainsi l'ensemble de la vie quotidienne de chacun et tend &#224; la r&#233;duire &#224; une succession&lt;br class='autobr' /&gt;
d'instants et de lieux, qui ont en commun la m&#234;me r&#233;p&#233;tition vide, la m&#234;me absence croissante&lt;br class='autobr' /&gt;
de vraie vie.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Le temps de travail forc&#233; est une marchandise. Partout o&#249; il y a marchandise il y&lt;br class='autobr' /&gt;
a travail forc&#233;, et presque toutes les activit&#233;s s'apparentent peu &#224; peu au travail forc&#233; : nous&lt;br class='autobr' /&gt;
produisons, consommons, mangeons, dormons pour un patron, pour un chef, pour l'Etat,&lt;br class='autobr' /&gt;
pour le syst&#232;me de la marchandise g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; Travailler plus, c'est vivre moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous luttez d&#233;j&#224;, consciemment ou non, pour une soci&#233;t&#233; qui assure &#224; chacun&lt;br class='autobr' /&gt;
le droit de disposer lui-m&#234;me du temps et de l'espace ; de construire chaque jour sa vie&lt;br class='autobr' /&gt;
comme il le d&#233;sire. (Voir III, 49).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. &lt;i&gt;Avez-vous &#233;prouv&#233; au moins une fois le d&#233;sir de ne plus travailler (sans faire travailler&lt;br class='autobr' /&gt;
les autres pour vous) ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; M&#234;me si le travail forc&#233; ne devait produire que des biens utiles tels que habits,&lt;br class='autobr' /&gt;
nourriture, technique, confort..., il n'en resterait pas moins oppressif et inhumain car :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le travailleur serait encore d&#233;poss&#233;d&#233; de son produit et soumis aux m&#234;mes lois de la&lt;br class='autobr' /&gt;
course au profit et au pouvoir.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le travailleur continuerait de passer au travail dix fois plus de temps qu'il n'est n&#233;cessaire&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; une organisation attrayante de la cr&#233;ativit&#233; pour mettre &#224; la disposition de tous&lt;br class='autobr' /&gt;
cent fois plus de biens.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Dans le syst&#232;me marchand, qui domine partout, le travail forc&#233; n'a pas pour but,&lt;br class='autobr' /&gt;
comme on veut le faire croire, de produire des biens utiles et agr&#233;ables pour tous ; il a pour&lt;br class='autobr' /&gt;
but de produire des marchandises. Ind&#233;pendamment de ce qu'elles peuvent contenir d'usage&lt;br class='autobr' /&gt;
utile, inutile ou polluant, les marchandises n'ont pas d'autre fonction que d'entretenir le profit&lt;br class='autobr' /&gt;
et le pouvoir de la classe dominante. Dans un tel syst&#232;me, tout le monde travaille pour&lt;br class='autobr' /&gt;
rien et en a de plus en plus conscience.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; En accumulant et en renouvelant les marchandises, le travail forc&#233; augmente le&lt;br class='autobr' /&gt;
pouvoir des patrons, des bureaucrates, des chefs, des id&#233;ologues. Il devient ainsi un objet de&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;go&#251;t pour les travailleurs. Tout arr&#234;t de travail est une fa&#231;on de redevenir nous-m&#234;mes et un d&#233;fi &#224; ceux qui nous en emp&#234;chent.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; Le travail forc&#233; produit seulement des marchandises. Toute marchandise est ins&#233;parable&lt;br class='autobr' /&gt;
du mensonge qui la repr&#233;sente. Le travail forc&#233; produit donc des mensonges, il produit&lt;br class='autobr' /&gt;
un monde de repr&#233;sentations mensong&#232;res, un monde renvers&#233; o&#249; l'image tient lieu de&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;alit&#233;. Dans ce syst&#232;me spectaculaire et marchand, le travail forc&#233; produit sur lui-m&#234;me&lt;br class='autobr' /&gt;
deux mensonges importants :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le premier est que le travail est utile et n&#233;cessaire, et qu'il est de l'int&#233;r&#234;t de tous de&lt;br class='autobr' /&gt;
travailler ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le deuxi&#232;me mensonge, c'est de faire croire que les travailleurs sont incapables de&lt;br class='autobr' /&gt;
s'&#233;manciper du travail et du salariat, qu'ils ne peuvent &#233;difier une soci&#233;t&#233; radicalement nouvelle,&lt;br class='autobr' /&gt;
fond&#233;e sur la cr&#233;ation collective et attrayante, et sur l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous luttez d&#233;j&#224;, consciemment r ou non, pour une soci&#233;t&#233; o&#249; la fin du travail&lt;br class='autobr' /&gt;
forc&#233; laisse place &#224; une cr&#233;ativit&#233; collective r&#233;gl&#233;e par les d&#233;sirs de chacun, et &#224; la distribution&lt;br class='autobr' /&gt;
gratuite des biens n&#233;cessaires &#224; la construction de la vie quotidienne. La fin du travail&lt;br class='autobr' /&gt;
forc&#233; signifie la fin du syst&#232;me o&#249; r&#232;gnent le profit, le pouvoir hi&#233;rarchis&#233;, le mensonge&lt;br class='autobr' /&gt;
g&#233;n&#233;ral. Il signifie la fin du syst&#232;me spectaculaire-marchand et amorce un changement global&lt;br class='autobr' /&gt;
de toutes les pr&#233;occupations. La recherche de l'harmonie des passions, enfin lib&#233;r&#233;es et&lt;br class='autobr' /&gt;
reconnues, va succ&#233;der &#224; la course &#224; l'argent et aux miettes de pouvoir. (Voir III, 59 &#224; 74).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. &lt;i&gt;Vous est-il arriv&#233; de ressentir hors du lieu de travail le m&#234;me d&#233;go&#251;t et la m&#234;me lassitude&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'&#224; l'usine ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; L'usine est partout. Elle est le matin, le train, la voiture, le paysage d&#233;truit, la machine,&lt;br class='autobr' /&gt;
les chefs, la maison, les journaux, la famille, le syndicat, la rue, les achats, les images,&lt;br class='autobr' /&gt;
la paie, la t&#233;l&#233;vision, le langage, les cong&#233;s, l'&#233;cole, le m&#233;nage, l'ennui, la prison, l'h&#244;pital,&lt;br class='autobr' /&gt;
la nuit. Elle est le temps et l'espace de la survie quotidienne. Elle est l'accoutumance aux&lt;br class='autobr' /&gt;
gestes r&#233;p&#233;t&#233;s, aux passions refoul&#233;es et v&#233;cues par procuration, par images interpos&#233;es.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Toute activit&#233; r&#233;duite &#224; la survie est un travail forc&#233; ; tout travail forc&#233; transforme&lt;br class='autobr' /&gt;
le produit et le producteur en objet de survie, en marchandise.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Le refus de l'usine universelle est partout puisque le sabotage et le d&#233;tournement&lt;br class='autobr' /&gt;
se r&#233;pandent partout chez les prol&#233;taires et leur permettent de prendre encore du plaisir &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
fl&#226;ner, &#224; faire l'amour, &#224; se rencontrer, &#224; se parler, &#224; boire, &#224; manger, &#224; r&#234;ver, &#224; pr&#233;parer la&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;volution de la vie quotidienne en ne n&#233;gligeant rien des joies de n'&#234;tre pas tout &#224; fait ali&#233;n&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous luttez d&#233;j&#224;, consciemment ou non, pour une soci&#233;t&#233; o&#249; les passions&lt;br class='autobr' /&gt;
soient tout, l'ennui et le travail rien. Survivre nous a jusqu'aujourd'hui emp&#234;ch&#233;s de vivre ; il&lt;br class='autobr' /&gt;
s'agit maintenant de renverser le monde &#224; l'envers ; de prendre appui sur les moments authentiques,&lt;br class='autobr' /&gt;
condamn&#233;s &#224; la clandestinit&#233; et &#224; la falsification dans le syst&#232;me spectaculairemarchand&lt;br class='autobr' /&gt; : les moments de bonheur r&#233;el, de plaisir sans r&#233;serve, de passion. (Voir III, 47 &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
58).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. &lt;i&gt;Avez-vous d&#233;j&#224; eu l'intention de vous servir de votre machine pour fabriquer un objet&lt;br class='autobr' /&gt;
dont vous avez l'usage en dehors de l'usine ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; La machine produit des effets oppos&#233;s selon qu'elle est employ&#233;e au profit d'un patron et de l'Etat, ou selon qu'elle est employ&#233;e par le travailleur &#224; son profit imm&#233;diat.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Le principe du d&#233;tournement consiste &#224; tourner contre l'ennemi les techniques et&lt;br class='autobr' /&gt;
les armes qu'il emploie contre nous.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Le contraire du travail forc&#233;, c'est la cr&#233;ation individuelle et collective. Les prol&#233;taires&lt;br class='autobr' /&gt;
aspirent &#224; cr&#233;er leurs propres conditions de vie pour cesser d'&#234;tre des prol&#233;taires. Hors&lt;br class='autobr' /&gt;
de quelques rares moments r&#233;volutionnaires, cette cr&#233;ativit&#233; est rest&#233;e jusqu'&#224; pr&#233;sent clandestine&lt;br class='autobr' /&gt;
(usage des machines, bricolage, exp&#233;rimentation, recherche de passions ou de sensations&lt;br class='autobr' /&gt;
nouvelles).&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; La passion de la cr&#233;ativit&#233; veut &#234;tre tout. Comme destruction du syst&#232;me marchand&lt;br class='autobr' /&gt;
et comme construction de la vie quotidienne, elle est la passion qui contient toutes les&lt;br class='autobr' /&gt;
autres. Le d&#233;tournement des techniques au profit de la cr&#233;ation faite par tous est donc la&lt;br class='autobr' /&gt;
seule fa&#231;on d'en finir avec le travail et les s&#233;parations qu'il r&#233;percute partout (manuelintellectuel,&lt;br class='autobr' /&gt;
travail-loisir, th&#233;orie-pratique, individu-soci&#233;t&#233;, &#234;tre-para&#238;tre...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous luttez d&#233;j&#224;, consciemment ou non, pour une soci&#233;t&#233; o&#249; les d&#233;p&#244;ts, les&lt;br class='autobr' /&gt;
centres de distribution, les usines, les techniques appartiendront aux assembl&#233;es de gr&#232;ve,&lt;br class='autobr' /&gt;
puis &#224; l'ensemble des individus group&#233;s en assembl&#233;es d'autogestion. (Voir III, 1 &#224; 20).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5.&lt;i&gt; Vous arrive-t-il de saboter volontairement des pi&#232;ces en cours d'usinage ou d&#233;j&#224; stock&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si oui, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; La lutte des ouvriers contre la marchandise est le vrai point de d&#233;part de la r&#233;volution.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle fait appara&#238;tre clairement comment le plaisir d'&#234;tre soi et de jouir de tout passe par&lt;br class='autobr' /&gt;
le plaisir de d&#233;truire de fa&#231;on totale ce qui nous d&#233;truit chaque jour.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; La marchandise est le coeur d'un monde sans coeur ; elle est la force et la faiblesse&lt;br class='autobr' /&gt;
du pouvoir hi&#233;rarchis&#233;, de l'Etat et de sa bureaucratie. La libert&#233; et le bonheur individuels&lt;br class='autobr' /&gt;
de tous exigent non seulement qu'on lui porte des coups mais bien plut&#244;t qu'on l'an&#233;antisse&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;finitivement et totalement (par exemple, le simple sabotage des marchandises ne suffit&lt;br class='autobr' /&gt;
pas puisque l'usure pr&#233;matur&#233;e des produits lanc&#233;s sur le march&#233; aide en fin de compte le&lt;br class='autobr' /&gt;
capitalisme priv&#233; et le capitalisme d'Etat - U.R.S.S., Cuba, Chine... - &#224; acc&#233;l&#233;rer le renouvellement&lt;br class='autobr' /&gt;
des achats et le renouvellement des id&#233;ologies ; qu'elle am&#233;liore ainsi l'accumulation&lt;br class='autobr' /&gt;
de la marchandise et l'accumulation de ses repr&#233;sentations et des attitudes sociales qu'elle&lt;br class='autobr' /&gt;
impose).&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Dans la mesure o&#249; le sabotage est une fa&#231;on de b&#226;cler le travail, il a le m&#233;rite&lt;br class='autobr' /&gt;
d'&#233;pargner de l'&#233;nergie et d'encourager &#224; ne plus travailler.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; Si insuffisant qu'il soit, le sabotage des produits finis est une r&#233;action saine. Il traduit&lt;br class='autobr' /&gt;
le m&#233;pris de l'ouvrier pour la marchandise et pour le r&#244;le d'ouvrier, c'est-&#224;-dire pour&lt;br class='autobr' /&gt;
l'attitude li&#233;e aux id&#233;es de travail n&#233;cessaire, de travail bien fait et autres conneries, que la&lt;br class='autobr' /&gt;
soci&#233;t&#233; dominante lui impose.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;e)&lt;/i&gt; Le refus du r&#244;le d'ouvrier va de pair avec le refus du travail et de la marchandise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il a toutes les chances de s'&#233;tendre au refus de tous les r&#244;les, de tous les comportements qui&lt;br class='autobr' /&gt;
font agir chacun non en fonction de ses d&#233;sirs et de ses passions mais en fonction d'images,&lt;br class='autobr' /&gt;
bonnes ou mauvaises, qui lui sont impos&#233;es et qui sont le mensonge par lequel la marchandise&lt;br class='autobr' /&gt;
se donne &#224; voir. Faites la part de ce qui reste de vous quand vous accumulez sur une&lt;br class='autobr' /&gt;
journ&#233;e des r&#244;les comme celui de p&#232;re de famille, d'&#233;poux, d'ouvrier, d'automobiliste, de&lt;br class='autobr' /&gt;
militant, de t&#233;l&#233;spectateur, de consommateur...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous luttez d&#233;j&#224;, consciemment ou non, pour une soci&#233;t&#233; o&#249; les s&#233;parations&lt;br class='autobr' /&gt;
disparaissent &#224; mesure que le travail dispara&#238;t ; o&#249; chacun peut enfin &#234;tre totalement vrai&lt;br class='autobr' /&gt;
parce qu'il cesse de produire la marchandise et son mensonge (le monde invers&#233; o&#249; les reflets&lt;br class='autobr' /&gt;
sont plus importants que l'authentique). (Voir III, 69, 90).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. &lt;i&gt;Tout en sabotant la production, &#233;prouvez-vous le d&#233;sir de vous amuser &#224; saboter les r&#233;seaux&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;pressifs (appareil bureaucratique, flics, cadres de ma&#238;trise, information, urbanisme)&lt;br class='autobr' /&gt; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Le syst&#232;me marchand sait fort bien r&#233;cup&#233;rer &#224; sou profit le sabotage partiel de la&lt;br class='autobr' /&gt;
marchandise. Le sabotage limit&#233; au sabotage des produits ne d&#233;truit pas le syst&#232;me marchand&lt;br class='autobr' /&gt;
car la mauvaise qualit&#233; obtenue s'ajoute seulement &#224; l'usure pr&#233;matur&#233;e d&#233;j&#224; pr&#233;vue&lt;br class='autobr' /&gt;
par les patrons pour provoquer le renouvellement acc&#233;l&#233;r&#233; des achats. De plus, le sabotage,&lt;br class='autobr' /&gt;
comme acte terroriste, renouvelle le stock d'images du spectacle en y apportant les indispensables&lt;br class='autobr' /&gt;
images n&#233;gatives (l'odieux-saboteur, l'affreux-incendiaire-d'entrep&#244;ts...).&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Ce qui permet la transformation d'un produit en marchandise et l'extension du&lt;br class='autobr' /&gt;
processus marchand &#224; toutes les activit&#233;s sociales, c'est le travail forc&#233; et les forces qui le&lt;br class='autobr' /&gt;
prot&#232;gent et le maintiennent : l'Etat, les syndicats, les partis, la bureaucratie, le spectacle,&lt;br class='autobr' /&gt;
c'est-&#224;-dire l'ensemble des repr&#233;sentations au service de la marchandise et marchandises&lt;br class='autobr' /&gt;
elles-m&#234;mes (id&#233;ologies, culture, r&#244;les, langage dominant).&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; La destruction de la marchandise par la liquidation du travail forc&#233; est donc ins&#233;parable&lt;br class='autobr' /&gt;
de la liquidation de l'Etat, de la hi&#233;rarchie, de la contrainte, de l'incitation au sacrifice,&lt;br class='autobr' /&gt;
du mensonge et de ceux qui organisent le syst&#232;me de la marchandise g&#233;n&#233;ralis&#233;e. S'il&lt;br class='autobr' /&gt;
n'attaque pas en m&#234;me temps la production de la marchandise et ce qui la prot&#232;ge, le sabotage&lt;br class='autobr' /&gt;
reste partiel et inop&#233;rant ; il devient ce terrorisme, qui est le d&#233;sespoir de la r&#233;volution&lt;br class='autobr' /&gt;
et la fatalit&#233; autodestructrice de la soci&#233;t&#233; de survie.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; Tout ce qui ne peut &#234;tre d&#233;tourn&#233; au profit des r&#233;volutionnaires doit &#234;tre d&#233;truit&lt;br class='autobr' /&gt;
par le sabotage. Tout ce qui entrave le d&#233;tournement doit &#234;tre d&#233;truit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous luttez d&#233;j&#224;, consciemment ou non, pour une soci&#233;t&#233; o&#249; l'Etat et toute&lt;br class='autobr' /&gt;
forme de pouvoir hi&#233;rarchis&#233; auront disparu et laisseront place &#224; des assembl&#233;es d'autogestion&lt;br class='autobr' /&gt;
disposant des forces productives et des biens &#224; distribuer gratuitement, et qui mettront&lt;br class='autobr' /&gt;
fin &#224; tout danger de reconstituer le syst&#232;me marchand. (Voir 27 &#224; 39).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. &lt;i&gt;Avez-vous d&#233;j&#224; &#233;prouv&#233; le d&#233;sir de ne plus lire de journaux et de briser votre t&#233;l&#233;viseur ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Les journaux, la radio, la t&#233;l&#233;vision sont les v&#233;hicules les plus grossiers du mensonge.&lt;br class='autobr' /&gt;
Non seulement ils &#233;loignent chacun des vrais probl&#232;mes - du &#171; comment vivre&lt;br class='autobr' /&gt;
mieux ? &#187; qui se pose concr&#232;tement chaque jour -, mais en plus ils poussent chaque individu&lt;br class='autobr' /&gt;
en particulier &#224; s'identifier &#224; des images toutes faites, &#224; se mettre abstraitement &#224; la place&lt;br class='autobr' /&gt;
d'un chef d'Etat, d'une vedette, d'un assassin, d'une victime, bref &#224; r&#233;agir comme s'il &#233;tait un&lt;br class='autobr' /&gt;
autre. Les images qui nous dominent, c'est le triomphe de ce qui n'est pas nous et de ce qui&lt;br class='autobr' /&gt;
nous chasse de nous-m&#234;mes ; de ce qui nous transforme en objets &#224; classer, &#233;tiqueter, hi&#233;rarchiser&lt;br class='autobr' /&gt;
selon le syst&#232;me de la marchandise universalis&#233;e.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Il existe un langage au service du pouvoir hi&#233;rarchis&#233;. Il n'est pas seulement&lt;br class='autobr' /&gt;
dans l'information, la publicit&#233;, les id&#233;es toutes faites, les habitudes, les gestes conditionn&#233;s mais aussi dans tout langage qui ne pr&#233;pare pas la r&#233;volution de la vie quotidienne, dans&lt;br class='autobr' /&gt;
tout langage qui n'est pas mis au service de nos plaisirs.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Le syst&#232;me marchand impose ses repr&#233;sentations, ses images, son sens, son langage&lt;br class='autobr' /&gt;
chaque fois que l'on travaille pour lui, c'est-&#224;-dire la plupart du temps. Cet ensemble&lt;br class='autobr' /&gt;
d'id&#233;es, d'images, d'identifications, de conduites d&#233;termin&#233;es par la n&#233;cessit&#233; d'accumulation&lt;br class='autobr' /&gt;
et de renouvellement de la marchandise forme le SPECTACLE o&#249; chacun joue ce qu'il ne&lt;br class='autobr' /&gt;
vit pas r&#233;ellement et vit faussement ce qu'il n'est pas. C'est pourquoi le r&#244;le est un mensonge&lt;br class='autobr' /&gt;
vivant, et la survie un malaise sans fin.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; Le spectacle (id&#233;ologies, culture, art, r&#244;les, images, repr&#233;sentations, motsmarchandises)&lt;br class='autobr' /&gt;
est l'ensemble des conduites sociales par lesquelles les hommes entrent dans&lt;br class='autobr' /&gt;
le syst&#232;me marchand, y participent contre eux-m&#234;mes en devenant des objets de survie - des&lt;br class='autobr' /&gt;
marchandises -, en renon&#231;ant au plaisir de vivre r&#233;ellement pour eux et de construire librement&lt;br class='autobr' /&gt;
leur vie quotidienne.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;e)&lt;/i&gt; Nous survivons dans un ensemble d'images auxquelles nous sommes pouss&#233;s &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
nous identifier. Nous agissons de moins en moins par nous-m&#234;mes et de plus en plus en&lt;br class='autobr' /&gt;
fonction d'abstractions qui nous dirigent selon les lois du syst&#232;me marchand (profit et pouvoir).&lt;br&gt;
&lt;i&gt;f)&lt;/i&gt; Les r&#244;les ou les id&#233;ologies peuvent &#234;tre favorables ou hostiles au syst&#232;me dominant,&lt;br class='autobr' /&gt;
cela importe peu puisqu'elles restent dans le spectacle, dans le syst&#232;me dominant. Seul&lt;br class='autobr' /&gt;
ce qui d&#233;truit la marchandise et son spectacle est r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous en avez assez du mensonge organis&#233;, de la r&#233;alit&#233; invers&#233;e, des grimaces&lt;br class='autobr' /&gt;
qui singent la vraie vie et ach&#232;vent de l'appauvrir. Vous luttez d&#233;j&#224;, consciemment ou&lt;br class='autobr' /&gt;
non, pour une soci&#233;t&#233; o&#249; le droit de communication r&#233;elle appartienne &#224; tous, o&#249; chacun&lt;br class='autobr' /&gt;
puisse faire conna&#238;tre ce qui le concerne gr&#226;ce &#224; la libre disposition des techniques&lt;br class='autobr' /&gt;
(imprimeries, t&#233;l&#233;communications), o&#249; la construction d'une vie passionnante liquide la&lt;br class='autobr' /&gt;
n&#233;cessit&#233; de tenir un r&#244;le et d'accorder plus de poids &#224; l'apparence qu'au v&#233;cu authentique.&lt;br class='autobr' /&gt;
(Voir III, 40 &#224; 46).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. &lt;i&gt;Vous arrive-t-il d'&#233;prouver le sentiment d&#233;sagr&#233;able qu'en dehors de rares moments vous&lt;br class='autobr' /&gt;
ne vous appartenez pas, vous devenez &#233;tranger &#224; vous-m&#234;me ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; A travers chacun de nos gestes - m&#233;canis&#233;s, r&#233;p&#233;t&#233;s, s&#233;par&#233;s les uns des autres - le&lt;br class='autobr' /&gt;
temps s'&#233;miette et, morceau par morceau, nous arrache &#224; nous-m&#234;mes. Et ces temps morts&lt;br class='autobr' /&gt;
se reproduisent et s accumulent en travaillant et en nous faisant travailler pour la reproduction&lt;br class='autobr' /&gt;
et l'accumulation des marchandises.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Le vieillissement n'est rien d'autre aujourd'hui que l'accroissement des temps&lt;br class='autobr' /&gt;
morts, du temps o&#249; la vie se perd. C'est pourquoi il n'y a plus ni jeunes ni vieux mais des&lt;br class='autobr' /&gt;
individus plus ou moins vivants. Nos ennemis sont ceux qui croient et font croire que le&lt;br class='autobr' /&gt;
changement global est impossible, ce sont les morts qui nous gouvernent et les morts qui se&lt;br class='autobr' /&gt;
laissent gouverner.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Nous travaillons, mangeons, lisons, dormons, consommons, prenons des loisirs,&lt;br class='autobr' /&gt;
absorbons de la culture, recevons des soins, et ainsi nous survivons comme des plantes d'appartement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous survivons contre tout ce qui nous incite &#224; vivre. Nous survivons pour un&lt;br class='autobr' /&gt;
syst&#232;me totalitaire et inhumain - une religion de choses et d'images - qui nous r&#233;cup&#232;re presque&lt;br class='autobr' /&gt;
partout et presque toujours pour augmenter les profits et les pouvoirs en miettes de la classe bureaucratico-bourgeoise.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; Nous serions simplement ce qui fait survivre le syst&#232;me marchand si parfois nous&lt;br class='autobr' /&gt;
ne redevenions soudain nous-m&#234;mes, si nous n'&#233;tions saisis par l'envie de vivre passionn&#233;ment.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au lieu d'&#234;tre v&#233;cus par procuration, par images interpos&#233;es, les moments authentiquement&lt;br class='autobr' /&gt;
v&#233;cus et le plaisir sans r&#233;serve, alli&#233; au refus de ce qui l'entrave ou le falsifie, sont&lt;br class='autobr' /&gt;
autant de coups port&#233;s au syst&#232;me spectaculaire-marchand. Il suffit de leur donner plus de&lt;br class='autobr' /&gt;
coh&#233;rence pour les &#233;tendre, les multiplier et les renforcer.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;e)&lt;/i&gt; En cr&#233;ant passionn&#233;ment les conditions favorables au d&#233;veloppement des passions,&lt;br class='autobr' /&gt;
nous voulons d&#233;truire ce qui nous d&#233;truit. La r&#233;volution est la passion qui permet toutes&lt;br class='autobr' /&gt;
les autres. Passion sans r&#233;volution n'est que ruine du plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous en avez assez de tra&#238;ner de temps morts en contraintes. Et vous luttez&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;j&#224;, consciemment ou non, pour une soci&#233;t&#233; dont la base ne sera plus la course au profit et&lt;br class='autobr' /&gt;
au pouvoir mais la recherche et l'harmonisation des passions &#224; vivre. (Voir III, 75 &#224; 92).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. &lt;i&gt;Avez-vous d&#233;j&#224; &#233;prouv&#233; le d&#233;sir de d&#233;truire par le feu une usine de distribution (supermarch&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
magasin &#224; grande surface, entrep&#244;t) ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; La vraie pollution est la pollution par la marchandise universalis&#233;e, &#233;tendue &#224; tous&lt;br class='autobr' /&gt;
les aspects de la vie. Chaque marchandise expos&#233;e dans un supermarch&#233; est l'&#233;loge cynique&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'oppression salariale, du mensonge qui fait vendre, de l'&#233;change, du chef et du flic qui&lt;br class='autobr' /&gt;
servent &#224; les prot&#233;ger.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; L'exposition des marchandises est un moment de la survie et la glorification de sa&lt;br class='autobr' /&gt;
mis&#232;re &#233;loge de la vie perdue en heures de travail forc&#233; ; des sacrifices consentis pour acheter&lt;br class='autobr' /&gt;
de la merde (nourriture trafiqu&#233;e, gadgets, voitures-cercueils, cages d'habitation, objets&lt;br class='autobr' /&gt;
con&#231;us pour se d&#233;glinguer...) ; des refoulements ; des plaisirs-angoisse ; des images d&#233;risoires&lt;br class='autobr' /&gt;
propos&#233;es en &#233;change d'une absence de vraie vie et achet&#233;es par compensation.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; L'incendie d'un grand magasin n'est qu'un acte terroriste. En effet, puisque la marchandise&lt;br class='autobr' /&gt;
est con&#231;ue pour se d&#233;truire elle-m&#234;me et &#234;tre remplac&#233;e, l'incendie ne d&#233;truit pas le&lt;br class='autobr' /&gt;
syst&#232;me marchand mais y participe avec seulement trop de brutalit&#233;. Or il ne s'agit pas que&lt;br class='autobr' /&gt;
la marchandise nous d&#233;truise en se d&#233;truisant elle-m&#234;me. Il faut la d&#233;truire totalement pour&lt;br class='autobr' /&gt;
construire l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous en avez assez des d&#233;cors de l'ennui et du voyeurisme ; d'un monde o&#249;&lt;br class='autobr' /&gt;
ce qui se voit emp&#234;che de vivre et o&#249; ce qui emp&#234;che de vivre se donne &#224; voir comme caricature&lt;br class='autobr' /&gt;
abstraite de vie. Et vous luttez d&#233;j&#224;, consciemment ou non, pour une soci&#233;t&#233; o&#249; la&lt;br class='autobr' /&gt;
vraie fin de la marchandise est dans le libre usage des produits cr&#233;&#233;s par la fin du travail&lt;br class='autobr' /&gt;
forc&#233;. Contre le travail qui interdit l'abondance et en produit seulement le reflet mensonger,&lt;br class='autobr' /&gt;
nous voulons l'abondance qui invite &#224; la cr&#233;ativit&#233; et aux passions. (Voir III 47 &#224; 58).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. &lt;i&gt;Avez-vous d&#233;j&#224; &#233;prouv&#233; le d&#233;sir d'emporter de l'usine ou d'un magasin tel ou tel objet,&lt;br class='autobr' /&gt;
pour la bonne raison que&lt;br class='autobr' /&gt;
vous avez particip&#233; &#224; sa production ou pour la raison, meilleure encore, que vous en avez&lt;br class='autobr' /&gt;
besoin ou envie ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Ce n'est pas voler que reprendre son bien. Les seuls voleurs sont les serviteurs du&lt;br class='autobr' /&gt;
syst&#232;me marchand et les hommes de main de l'Etat : patrons, bureaucrates, policiers, magistrats, sociologues, urbanistes, id&#233;ologues. C'est parce que nous tardons &#224; les condamner&lt;br class='autobr' /&gt;
pratiquement &#224; la disparition qu'ils osent encore condamner l&#233;galement un ouvrier qui prend&lt;br class='autobr' /&gt;
dans une usine ou un magasin ce dont il a besoin.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Un produit industriel ou agricole n'a d'int&#233;r&#234;t que s'il sert librement aux satisfactions&lt;br class='autobr' /&gt;
de chacun. C'est un crime contre le droit &#224; la jouissance que de le transformer en&lt;br class='autobr' /&gt;
marchandise, en &#233;l&#233;ment d'&#233;change et de spectacle.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; La condition n&#233;cessaire pour qu'un objet d&#233;rob&#233; au processus marchand n'y retourne&lt;br class='autobr' /&gt;
pas, c'est &#233;videmment qu'il ne soit ni revendu, ni appropri&#233; &#224; titre priv&#233;, ni &#233;chang&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
coutre une part d'argent ou de pouvoir (voler pour jouer au ca&#239;d, pour tenir un r&#244;le, c'est toujours&lt;br class='autobr' /&gt;
reproduire le processus spectaculaire-marchand, qu'il soit ou non tol&#233;r&#233; par l'Etat).&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; La condition pour qu'un objet, ou une attitude, ne soit pas r&#233;cup&#233;r&#233; par le syst&#232;me&lt;br class='autobr' /&gt;
marchand, c'est de l'employer contre lui, de le tourner contre la marchandise saisie dans son&lt;br class='autobr' /&gt;
propre mouvement (ce mouvement qui transforme un produit en marchandise va de l'objet&lt;br class='autobr' /&gt;
concret &#224; sa repr&#233;sentation abstraite, et sa repr&#233;sentation abstraite est &#224; son tour concr&#233;tis&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
en divers conditionnements d'attitudes sociales - les r&#244;les).&lt;br&gt;
&lt;i&gt;e)&lt;/i&gt; La destruction compl&#232;te de la marchandise ne peut se faire que par le d&#233;tournement&lt;br class='autobr' /&gt;
collectif des biens industriels et agricoles au profit de l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e et&lt;br class='autobr' /&gt;
par l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous en avez assez de passer par la soumission &#224; l'argent et aux r&#244;les pour&lt;br class='autobr' /&gt;
obtenir en &#233;change les biens n&#233;cessaires &#224; un semblant de vie. Vous luttez d&#233;j&#224;, consciemment&lt;br class='autobr' /&gt;
ou non, pour une soci&#233;t&#233; o&#249; la gratuit&#233; et le don soient les seuls rapports sociaux possibles.&lt;br class='autobr' /&gt;
(Voir III 54, 55, 56).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. &lt;i&gt;Avez-vous d&#233;j&#224; particip&#233; au pillage d'une usine de distribution (super-march&#233;, grand&lt;br class='autobr' /&gt;
magasin, discount) ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; La reprise individuelle des biens vol&#233;s par l'Etat et par le patronat retombe dans&lt;br class='autobr' /&gt;
le processus marchand si elle ne se transforme pas en une action collective et en une liquidation&lt;br class='autobr' /&gt;
totale du syst&#232;me (si sympathique que le geste soit, il ne suffit pas de reprendre les&lt;br class='autobr' /&gt;
biens, il faut aussi reprendre l'espace et le temps vol&#233;s).&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Le pillage est une r&#233;action normale &#224; la provocation marchande (voyez les inscriptions&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; offre gratuite &#187;, &#171; libre-service &#187;, etc.). Comme l'incendie dit criminel, il n'est&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'un avatar du syst&#232;me. De m&#234;me que le syst&#232;me marchand s'accommode d'un certain&lt;br class='autobr' /&gt;
pourcentage de vols dans les grands magasins et les usines, de m&#234;me il s'accommodera aussi&lt;br class='autobr' /&gt;
d'un certain pourcentage de mises &#224; sac, et il calculera son autor&#233;gulation en fonction de&lt;br class='autobr' /&gt;
ces &#171; accidents &#187; pr&#233;visibles et programmables. Le fait est si &#233;vident qu'un repr&#233;sentant de&lt;br class='autobr' /&gt;
la loi, le juge Kinnard, juge unique au tribunal correctionnel de Li&#232;ge a refus&#233;, le 12 septembre&lt;br class='autobr' /&gt;
1973, de sanctionner p&#233;nalement des vols &#224; l'&#233;talage, avec les remarquables attendus&lt;br class='autobr' /&gt;
suivants : &#171; Les vols &#224; l'&#233;talage dans les magasins organis&#233;s en libre service sont la cons&#233;quence&lt;br class='autobr' /&gt;
in&#233;luctable et d'ailleurs pr&#233;vue dans les charges d'exploitation de ce genre de commerce&lt;br class='autobr' /&gt;
o&#249; les publicit&#233;s tapageuses et les tentations multiples scientifiquement &#233;tal&#233;es forment&lt;br class='autobr' /&gt;
pour les consommateurs une provocation &#224; acheter bien au-del&#224;, soit de leurs besoins,&lt;br class='autobr' /&gt;
soit de leurs possibilit&#233;s d'achats. Les vols &#224; l'&#233;talage ne d&#233;notent g&#233;n&#233;ralement pas dans le&lt;br class='autobr' /&gt;
chef de leur auteur une mentalit&#233; ou une attitude qui m&#233;riterait d'&#234;tre sanctionn&#233;e p&#233;nalement. &#187; Ce qui fera sans doute jurisprudence.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Si, dans le pillage, chacun s'approprie des biens comme s'ils devenaient sa propri&#233;t&#233; priv&#233;e, la marchandise repara&#238;t et le syst&#232;me se renouvelle (dans ce cas, mieux vaut&lt;br class='autobr' /&gt;
tout d&#233;truire : on assure au moins la disparition de 90 % de merdes).&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; Sans la conscience de l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e, le pillage n'est au mieux qu'un&lt;br class='autobr' /&gt;
mode de distribution incoh&#233;rent. Il est un acte s&#233;par&#233; des conditions r&#233;volutionnaires o&#249; la&lt;br class='autobr' /&gt;
collectivit&#233;, qui cr&#233;e les biens, les distribue directement &#224; ses membres. Il risque, d&#232;s lors,&lt;br class='autobr' /&gt;
en d&#233;bouchant sur la disette et le manque de produits utiles, d'engendrer la confusion dans&lt;br class='autobr' /&gt;
les esprits et de provoquer un retour aux m&#233;canismes de la distribution marchande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous luttez d&#233;j&#224;, consciemment ou non, pour une soci&#233;t&#233; o&#249; la production&lt;br class='autobr' /&gt;
non salari&#233;e et la distribution gratuite des biens sont rendues possibles par la suppression de&lt;br class='autobr' /&gt;
la propri&#233;t&#233; et le regroupement des producteurs en assembl&#233;es d'autogestion. C'est l&#224; que la&lt;br class='autobr' /&gt;
volont&#233; de chacun se manifeste par la voix de d&#233;l&#233;gu&#233;s contr&#244;l&#233;s et r&#233;vocables &#224; tout instant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces d&#233;l&#233;gu&#233;s dressent le bilan des biens disponibles et harmonisent les offres de cr&#233;ation&lt;br class='autobr' /&gt;
productives et les demandes individuelles, en sorte que l'abondance s'installe de fa&#231;on&lt;br class='autobr' /&gt;
progressive et irr&#233;versible. (Voir III 1 &#224; 10).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. &lt;i&gt;A la premi&#232;re occasion, avez-vous l'intention de casser la gueule &#224; votre chef ou &#224; quiconque&lt;br class='autobr' /&gt;
vous traite en subordonn&#233; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si oui, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Devenir un chef, c'est cesser d'&#234;tre humain. Le chef est l'emballeur et l'emballage&lt;br class='autobr' /&gt;
de la marchandise. Hors du syst&#232;me marchand, il est sans usage. Comme les marchandises,&lt;br class='autobr' /&gt;
il se reproduit et s'accumule ; il se mesure en quantit&#233; de pouvoir, de haut en bas&lt;br class='autobr' /&gt;
de la hi&#233;rarchie. Et son pouvoir, il le tient du pouvoir que le spectacle exerce comme volont&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;conomique et comme repr&#233;sentation sociale sur la plus grande partie de la vie quotidienne.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Plus le pouvoir s'&#233;miette et s'&#233;tend partout, plus il se renforce et s'affaiblit. Plus&lt;br class='autobr' /&gt;
il y a de chefs, plus ils sont impuissants. Plus ils sont impuissants et plus la machine bureaucratique&lt;br class='autobr' /&gt;
tourne &#224; vide, plus elle impose &#224; tous l'apparence de sa toute-puissance, et plus les&lt;br class='autobr' /&gt;
gens apprennent &#224; refuser globalement la servitude.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Partout o&#249; il y a autorit&#233;, il y a sacrifice, et inversement. Le chef et le militant&lt;br class='autobr' /&gt;
sont la m&#234;me pierre d'achoppement de la r&#233;volution, le point o&#249; elle se renverse et devient&lt;br class='autobr' /&gt;
le contraire de l'&#233;mancipation.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; L'acte terroriste qui consiste &#224; liquider, dos &#224; dos, d'une m&#234;me balle, bureaucrate&lt;br class='autobr' /&gt;
et patron ne change rien aux structures et ne fait qu'acc&#233;l&#233;rer l&#233; renouvellement des&lt;br class='autobr' /&gt;
cadres dirigeants. Pour liquider l'Etat et les organisations hi&#233;rarchis&#233;es, qui le reproduisent&lt;br class='autobr' /&gt;
t&#244;t ou tard, il faut an&#233;antir le syst&#232;me marchand.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;e)&lt;/i&gt; L'Etat est le r&#233;gulateur, le centre nerveux et le r&#233;seau protecteur de la marchandise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'efforce d'&#233;quilibrer les contradictions &#233;conomiques, d'ordonner politiquement le&lt;br class='autobr' /&gt;
travail social en droits et devoirs du citoyen, d'organiser le battage id&#233;ologique et les m&#233;canismes&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;pressifs qui transforment chaque individu en serviteur du syst&#232;me marchand.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;f)&lt;/i&gt; La collusion de l'&#201;tat et de la marchandise peut s'estimer au premier coup d'oeil&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; la rapidit&#233; d'intervention des flics (et des milices patronales et syndicales) d&#232;s qu'une&lt;br class='autobr' /&gt;
gr&#232;ve sauvage &#233;clate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous luttez d&#233;j&#224; pour une soci&#233;t&#233; sans contrainte ni sacrifice, o&#249; chacun est&lt;br class='autobr' /&gt;
son propre ma&#238;tre, et vit en de telles conditions qu'il n'a jamais &#224; traiter un autre homme en&lt;br class='autobr' /&gt;
esclave ; une soci&#233;t&#233; sans classes, o&#249; le pouvoir d&#233;l&#233;gu&#233; aux conseils s'exerce sous le regard permanent et par la volont&#233; de chaque individu en particulier. (Voir III 28, 29).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. &lt;i&gt;Vous r&#233;jouissez-vous &#224; la pens&#233;e du jour prochain o&#249; l'on pourra traiter comme des&lt;br class='autobr' /&gt;
&#234;tres humains les flics qu'il n'aura pas &#233;t&#233; n&#233;cessaire d'abattre sur place ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Le flic est le chien de garde du syst&#232;me marchand. O&#249; le mensonge de la marchandise&lt;br class='autobr' /&gt;
ne suffit pas pour imposer l'ordre, il sort casqu&#233; de la cuisse de la classe ou de la&lt;br class='autobr' /&gt;
caste bureaucratique dominantes.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Sans compter le m&#233;pris qu'il se porte, le flic est m&#233;pris&#233; comme tueur salari&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
comme valet de tous les r&#233;gimes, comme esclave professionnel, comme marchandise de&lt;br class='autobr' /&gt;
protection, comme clause r&#233;pressive du contrat &#233;conomico-social impos&#233; par l'Etat aux citoyens.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Partout o&#249; il y a Etat, il y a flics. Partout o&#249; il y a flics - &#224; commencer par le service&lt;br class='autobr' /&gt;
d'ordre des manifestations contestataires - il y a l'Etat ou ses &#233;bauches.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; Toute hi&#233;rarchie est polici&#232;re.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;e)&lt;/i&gt; Abattre un flic est un passe-temps pour candidats au suicide. Il ne faut s'y r&#233;soudre&lt;br class='autobr' /&gt;
que dans l'autod&#233;fense, dans le mouvement g&#233;n&#233;ral de liquidation de tout pouvoir&lt;br class='autobr' /&gt;
hi&#233;rarchique.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;f)&lt;/i&gt; Le bonheur n'est possible que l&#224; o&#249; l'Etat a cess&#233; d'exister ; o&#249; aucune condition&lt;br class='autobr' /&gt;
de hi&#233;rarchisation n'en pr&#233;pare le retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous en avez assez du contr&#244;le et de la contrainte, du flic qui vous rappelle&lt;br class='autobr' /&gt;
que vous n'&#234;tes rien et que l'Etat est tout, du syst&#232;me qui cr&#233;e les conditions du crime ill&#233;gal&lt;br class='autobr' /&gt;
et l&#233;galise le crime des magistrats qui le r&#233;priment. Vous luttez d&#233;j&#224; pour une harmonisation&lt;br class='autobr' /&gt;
des int&#233;r&#234;ts passionnels (par la disparition des int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques et spectaculaires) et&lt;br class='autobr' /&gt;
pour l'organisation des rapports entre individus par l'abondance des rencontres et la libre&lt;br class='autobr' /&gt;
diffusion des d&#233;sirs. (Voir III 11 &#224; 18).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. &lt;i&gt;Avez-vous d&#233;j&#224; prouv&#233; le d&#233;sir de jeter votre fiche de paie &#224; la t&#234;te du caissier ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Le salariat r&#233;duit l'individu &#224; un chiffre d'affaire. Du point de vue capitaliste, le&lt;br class='autobr' /&gt;
salari&#233; n'est pas un homme mais un indice dans le co&#251;t de production et un certain taux&lt;br class='autobr' /&gt;
d'achat &#224; la consommation.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Le salariat est la base de l'exploitation globale aussi clairement que le travail&lt;br class='autobr' /&gt;
ali&#233;n&#233; et la production de marchandises sont la base du syst&#232;me spectaculaire-marchand.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'am&#233;liorer, c'est am&#233;liorer l'exploitation du prol&#233;tariat par la classe bureaucraticobourgeoise.&lt;br class='autobr' /&gt;
On peut seulement le supprimer.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Le salariat exige le sacrifice de plus de huit heures de vie pour huit heures de&lt;br class='autobr' /&gt;
travail, &#233;chang&#233;es contre une somme d'argent qui ne couvre qu'une petite partie du travail&lt;br class='autobr' /&gt;
fourni, le reste constituant le profit du patron. Et cette somme doit &#234;tre &#224; son tour &#233;chang&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
contre des produits pollu&#233;s et trafiqu&#233;s, des &#233;quipements m&#233;nagers pay&#233;s dix fois leur prix,&lt;br class='autobr' /&gt;
des gadgets ali&#233;nants (la voiture qui permet de travailler, de consommer, de polluer, de d&#233;truire&lt;br class='autobr' /&gt;
le paysage, de gagner du temps vide et de se tuer) ; sans compter les redevances &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
l'Etat, aux sp&#233;cialistes, aux rackets syndicaux...&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; Il est faux de croire que les revendications de salaire peuvent mettre en danger&lt;br class='autobr' /&gt;
le capitalisme priv&#233; ou d'Etat : le patronat n'accorde aux ouvriers que l'augmentation n&#233;cessaire aux syndicats pour d&#233;montrer qu'ils servent encore &#224; quelque chose ; et les syndicats&lt;br class='autobr' /&gt;
n'exigent du patronat (qui dispose en outre de l'augmentation des prix &#224; la consommation)&lt;br class='autobr' /&gt;
que des sommes qui ne mettent pas en p&#233;ril un syst&#232;me dont ils sont les profiteurs en second.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous en avez assez de vivre la plus grande partie du temps en fonction de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'argent, d'&#234;tre r&#233;duit &#224; la dictature de l'&#233;conomique, de survivre sans avoir le loisir de vivre&lt;br class='autobr' /&gt;
passionn&#233;ment. Vous luttez d&#233;j&#224;, consciemment ou non, pour une r&#233;partition des biens utiles&lt;br class='autobr' /&gt;
qui ne doive plus rien &#224; la course au profit et qui r&#233;ponde aux besoins r&#233;els des gens.&lt;br class='autobr' /&gt;
(Voir III 31, 34, 35, 40, 51, 52).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. &lt;i&gt;Vous arrive-t-il de cracher sur le cur&#233; qui passe ? D'avoir envie de br&#251;ler une &#233;glise, un&lt;br class='autobr' /&gt;
temple, une mosqu&#233;e, une synagogue ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si oui, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; La religion est l'opium de la cr&#233;ature opprim&#233;e.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Toute religion appelle au sacrifice, tout ce qui appelle au sacrifice est religieux&lt;br class='autobr' /&gt;
(les militants, par exemple).&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; La religion est le mod&#232;le universel du mensonge, le renversement du r&#233;el au&lt;br class='autobr' /&gt;
profit d'un monde mythique, qui deviendra, une fois d&#233;sacralis&#233;, le spectacle de la vie quotidienne.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; Le syst&#232;me marchand d&#233;sacralise ; il d&#233;truit l'esprit religieux et ridiculise ses&lt;br class='autobr' /&gt;
gadgets (pape, coran, bible, crucifix...) mais en m&#234;me temps, il le conserve comme une incitation&lt;br class='autobr' /&gt;
permanente &#224; pr&#233;f&#233;rer l'apparence au r&#233;el, la souffrance au plaisir, le spectacle au v&#233;cu,&lt;br class='autobr' /&gt;
la soumission &#224; la libert&#233;, le syst&#232;me dominant aux passions. Le spectacle est la religion&lt;br class='autobr' /&gt;
nouvelle et la culture est son esprit critique.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;e)&lt;/i&gt; Les symboles religieux attestent la permanence du m&#233;pris que les r&#233;gimes hi&#233;rarchiques&lt;br class='autobr' /&gt;
de tous les temps ont port&#233; aux hommes. Pour ne prendre qu'un exemple, le Christ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au premier rang des succursales de produits divins, les Eglises chr&#233;tiennes ont&lt;br class='autobr' /&gt;
adopt&#233; sous la pression du processus marchand une exhibition contorsionniste qui 11e verra&lt;br class='autobr' /&gt;
sa fin qu'avec la disparition compl&#232;te de son label publicitaire, le cam&#233;l&#233;on J&#233;sus. Fils de&lt;br class='autobr' /&gt;
dieu, fils de putain, fils de pucelle, faiseur de miracles et de petits pains, p&#233;d&#233;raste et puritain,&lt;br class='autobr' /&gt;
militant et membre du service d'ordre, accusateur et accus&#233;, homme de peine et astronaute,&lt;br class='autobr' /&gt;
il n'est aucun r&#244;le qui ne soit &#224; la port&#233;e de l'&#233;tonnant guignol. On l'a vu en marchand&lt;br class='autobr' /&gt;
de souffrances, en commis des gr&#226;ces, en sans-culotte, en socialiste, en fasciste, en antifasciste,&lt;br class='autobr' /&gt;
en stalinien, en barbudo, en reichien, en anarchiste. Il a &#233;t&#233; de toutes les enseignes,&lt;br class='autobr' /&gt;
sur tous les drapeaux, de tous les m&#233;pris de soi, des deux c&#244;t&#233;s de la trique, de la plupart des&lt;br class='autobr' /&gt;
ex&#233;cutions capitales, o&#249; il tient aussi bien dans la main du bourreau que dans celle du&lt;br class='autobr' /&gt;
condamn&#233;. Il a sa place dans les commissariats, les prisons, les &#233;coles, les bordels, les casernes,&lt;br class='autobr' /&gt;
les magasins &#224; grande surface, les aires de gu&#233;rilla. Il a servi de pendentif, de poteau&lt;br class='autobr' /&gt;
indicateur, d'&#233;pouvantail pour garder les morts en paix et les vivants &#224; genoux, de torture et&lt;br class='autobr' /&gt;
de r&#233;gime amaigrissant ; il servira de godemich&#233; quand les marchands de saints pr&#233;puces&lt;br class='autobr' /&gt;
auront r&#233;habilit&#233; commercialement le p&#233;ch&#233;. Pauvre Mahomet, pauvre Bouddha, pauvre&lt;br class='autobr' /&gt;
Confucius, tristes repr&#233;sentants de firmes concurrentes et sans imagination ni dynamisme,&lt;br class='autobr' /&gt;
J&#233;sus l'emporte sur tous les fronts. J&#233;sus-Christ super-drogue et super-star toutes les images&lt;br class='autobr' /&gt;
du vendu &#224; dieu en promotion-vente de dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La peau de couille de grand-papa-personne tir&#233;e &#224; trois &#233;pingles et mont&#233;e en amulette&lt;br class='autobr' /&gt;
est le symbole le plus accompli de l'homme comme marchandise universelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous luttez d&#233;j&#224;, consciemment ou non, pour une soci&#233;t&#233; o&#249; aura disparu&lt;br class='autobr' /&gt;
l'organisation de la souffrance et de ses compensations, o&#249; chacun &#233;tant son propre ma&#238;tre&lt;br class='autobr' /&gt;
l'id&#233;e de dieu n'aura plus de sens, o&#249; surtout les probl&#232;mes du v&#233;cu authentique et des passions&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; satisfaire l'emporteront d&#233;finitivement sur les probl&#232;mes de la vie invers&#233;e et des&lt;br class='autobr' /&gt;
passions &#224; refouler. (Voir III 75 &#224; 92).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16. &lt;i&gt;Etes-vous &#233;coeur&#233; par la destruction syst&#233;matique de la campagne et du paysage urbain&lt;br class='autobr' /&gt; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, vous comprenez que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; L'urbanisme est l'appropriation du territoire par le syst&#232;me marchand et ses polices.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; La mis&#232;re du d&#233;cor spectaculaire est le d&#233;cor de la mis&#232;re g&#233;n&#233;rale.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Urbaniste = sociologue = id&#233;ologue = flic.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; Pour le syst&#232;me dominant, il n'y a plus ni paysage, ni nature, ni rue &#224; fl&#226;ner&lt;br class='autobr' /&gt;
mais rentabilit&#233; du m2 ; plus-value de prestige par le maintien d'un cadre de verdure, d'arbres&lt;br class='autobr' /&gt;
ou de rocailles ; expulsions et regroupements hi&#233;rarchis&#233;s de la population ; quadrillage policier&lt;br class='autobr' /&gt;
des quartiers populaires ; habitat &#233;tudi&#233; pour conditionner &#224; l'ennui et &#224; la passivit&#233;.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;e)&lt;/i&gt; Le pouvoir n'essaie m&#234;me plus de dissimuler le fait que l'am&#233;nagement du territoire&lt;br class='autobr' /&gt;
est principalement et directement con&#231;u en fonction d'une prochaine guerre civile : les&lt;br class='autobr' /&gt;
routes sont renforc&#233;es en pr&#233;vision du passage des chars ; les tours et les ensembles nouvellement&lt;br class='autobr' /&gt;
construits abritent des cam&#233;ras qui transmettent &#224; la pr&#233;fecture, vingt-quatre heures&lt;br class='autobr' /&gt;
sur vingt-quatre, une vue panoramique des rues ; dans les immeubles modernes, des &#171; &lt;br class='autobr' /&gt;
chambres de tir &#187; sont pr&#233;vues &#224; l'usage des tireurs d'&#233;lite de la police.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;f)&lt;/i&gt; Le regard que le syst&#232;me dominant porte sur tout transforme tout en marchandise.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'id&#233;ologie est l'oeil artificiel du pouvoir, celui qui permet de voir vivant ce qui&lt;br class='autobr' /&gt;
est d&#233;j&#224; mort, ce qui est d&#233;j&#224; transform&#233; en marchandise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous luttez d&#233;j&#224;, consciemment ou non, pour une soci&#233;t&#233; o&#249; votre volont&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
d'&#233;chapper &#224; l'urbanisme et aux id&#233;ologies se traduira par la libert&#233; d'organiser selon vos&lt;br class='autobr' /&gt;
passions l'espace et le temps de votre vie quotidienne, de construire vos propres lieux d'habitation,&lt;br class='autobr' /&gt;
de pratiquer le nomadisme, de rendre les villes passionnantes et ludiques. (Voir III&lt;br class='autobr' /&gt;
93 &#224; 98).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17. &lt;i&gt;Eprouvez-vous le d&#233;sir de faire l'amour - non par habitude mais passionn&#233;ment - &#224; votre&lt;br class='autobr' /&gt;
partenaire, au premier ou &#224; la premi&#232;re venue, &#224; votre fille, &#224; vos parents, &#224; vos amis et&lt;br class='autobr' /&gt;
amies, &#224; vos fr&#232;res et soeurs ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Il faut en finir avec les r&#233;serves impos&#233;es &#224; l'amour, qu'il s'agisse de tabous, de&lt;br class='autobr' /&gt;
convenances, d'appropriation, de contrainte, de jalousie, de libertinage, de viol, de toutes les&lt;br class='autobr' /&gt;
formes d'&#233;change qui, du scandinavisme &#224; la prostitution, transforment l'art d'aimer en rapports&lt;br class='autobr' /&gt;
entre choses.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Vous en avez assez du plaisir m&#234;l&#233; d'angoisse ; de l'amour v&#233;cu de fa&#231;on incompl&#232;te,&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;form&#233;e ou inauthentique ; du baisage par procuration et images interpos&#233;es ; de&lt;br class='autobr' /&gt;
la fornication m&#233;lancolique ; des orgasmes d&#233;biles ; des rapports hygi&#233;niques ; des passions&lt;br class='autobr' /&gt;
engorg&#233;es, refoul&#233;es et mettant &#224; se d&#233;truire l'&#233;nergie qu'elles mettraient &#224; se r&#233;aliser dans&lt;br class='autobr' /&gt;
une soci&#233;t&#233; qui favoriserait leur harmonisation.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Tout le monde recherche, en se l'avouant ou non, l'amour-passion multiple et&lt;br class='autobr' /&gt;
unitaire. Nous voulons cr&#233;er socialement les conditions historiques d'une aventure passionnelle&lt;br class='autobr' /&gt;
permanente, d'une jouissance sans autre limite que l'&#233;puisement des possibles, d'un jeu&lt;br class='autobr' /&gt;
o&#249; le plaisir et le d&#233;plaisir red&#233;couvrent leur positivit&#233; (par exemple dans la naissance et&lt;br class='autobr' /&gt;
dans la fin d'une liaison amoureuse libre).&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; L'amour est ins&#233;parable de la r&#233;alisation individuelle, de la communication entre&lt;br class='autobr' /&gt;
les individus (des possibilit&#233;s de rencontres), de la participation authentique et passionnelle&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; un projet commun. Il est ins&#233;parable de la lutte pour l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;e)&lt;/i&gt; Il n'y a pas de plaisir qui ne d&#233;couvre son sens dans la lutte r&#233;volutionnaire et de&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me, la r&#233;volution n'a pas d'autre but que de r&#233;aliser tous les plaisirs dans leur libre d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous luttez d&#233;j&#224;, consciemment ou non, pour une soci&#233;t&#233; o&#249; le maximum&lt;br class='autobr' /&gt;
de possibilit&#233;s sera socialement agenc&#233; pour multiplier les regroupements libres et changeants&lt;br class='autobr' /&gt;
entre gens attir&#233;s par les m&#234;mes activit&#233;s, les m&#234;mes plaisirs ; o&#249; les attractions fond&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt;
sur le go&#251;t de la vari&#233;t&#233;, de l'enthousiasme, des jeux tiendront compte aussi bien des&lt;br class='autobr' /&gt;
accords que des d&#233;saccords et des &#233;carts. (Voir III 75 &#224; 92).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18. &lt;i&gt;Vous arrive-t-il de vous sentir mal dans votre peau chaque fois que les circonstances&lt;br class='autobr' /&gt;
dominantes vous obligent &#224; tenir un r&#244;le ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Il n'y a de plaisir total qu'&#224; devenir ce que l'on est, qu'&#224; se r&#233;aliser comme&lt;br class='autobr' /&gt;
homme de d&#233;sirs et de passions. Au contraire, les relations sociales, organis&#233;es comme&lt;br class='autobr' /&gt;
spectacle de la vie quotidienne, imposent &#224; chacun de se conformer &#224; une s&#233;rie d'apparences&lt;br class='autobr' /&gt;
et de comportements inauthentiques ; elles incitent &#224; s'identifier &#224; des images, &#224; des r&#244;les.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Les r&#244;les sont la mis&#232;re faussement v&#233;cue qui compense la mis&#232;re v&#233;cue r&#233;ellement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les r&#244;les (de chef, de subordonn&#233;, de p&#232;re ou m&#232;re de famille, d'enfant soumis ou&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;volt&#233;, de contestataire, de conformiste, d'id&#233;ologue, de s&#233;ducteur, d'homme de prestige, de&lt;br class='autobr' /&gt;
th&#233;oricien, d'activiste, de p&#233;dant cultiv&#233;, etc.) ob&#233;issent tous &#224; la loi d'accumulation et de&lt;br class='autobr' /&gt;
reproduction des images dans l'organisation spectaculaire de la marchandise. Et en m&#234;me&lt;br class='autobr' /&gt;
temps, ils dissimulent et entretiennent l'impuissance r&#233;elle des individus &#224; changer r&#233;ellement&lt;br class='autobr' /&gt;
leur vie quotidienne, &#224; la rendre passionnante, &#224; la vivre comme un ensemble de passions&lt;br class='autobr' /&gt;
harmonis&#233;es.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Le refus des r&#244;les passe par le refus des conditions dominantes (il est bon de se&lt;br class='autobr' /&gt;
souvenir que le r&#244;le peut aussi servir de protection, ainsi le r&#244;le de bon ouvrier, couvrant&lt;br class='autobr' /&gt;
des activit&#233;s de sabotage et de d&#233;tournement).&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; Il ne s'agit pas de changer de r&#244;le mais de liquider le syst&#232;me qui contraint &#224; se&lt;br class='autobr' /&gt;
jouer de soi contre sa propre volont&#233;. La lutte r&#233;volutionnaire est la lutte pour la vie authentiquement&lt;br class='autobr' /&gt;
v&#233;cue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous luttez d&#233;j&#224;, consciemment ou non, pour le droit &#224; l'authenticit&#233;, pour&lt;br class='autobr' /&gt;
la fin des dissimulations et des mensonges impos&#233;s, pour le droit d'affirmer la sp&#233;cificit&#233; de&lt;br class='autobr' /&gt;
chacun sans le juger ni le condamner mais au contraire en lui permettant de donner libre&lt;br class='autobr' /&gt;
cours &#224; ses d&#233;sirs et &#224; ses passions, si singuli&#232;res soient-elles. Vous luttez pour une soci&#233;t&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
o&#249; la v&#233;rit&#233; sera pratique et de chaque instant. (Voir III 11 &#224; 18, 40 &#224; 46).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19. &lt;i&gt;Eprouvez-vous une m&#233;fiance instinctive pour tout ce qui est intellectuel et pousse &#224; l'intellectualisation&lt;br class='autobr' /&gt; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; La fonction intellectuelle est, avec la fonction manuelle, le r&#233;sultat de la division&lt;br class='autobr' /&gt;
sociale du travail. La fonction intellectuelle est une fonction de ma&#238;tre, la fonction manuelle&lt;br class='autobr' /&gt;
une fonction d'esclave. L'une et l'autre sont &#233;galement m&#233;prisables et nous les abolirons&lt;br class='autobr' /&gt;
en abolissant la division du travail et la soci&#233;t&#233; de classes.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Dans la lutte de la bourgeoisie r&#233;volutionnaire contre la classe f&#233;odale et l'esprit&lt;br class='autobr' /&gt;
religieux, la culture a &#233;t&#233; une arme de lib&#233;ration partielle, une arme de d&#233;mystification.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand la bourgeoisie est devenue &#224; son tour une classe dominante, la culture a gard&#233; pour&lt;br class='autobr' /&gt;
un temps sa forme r&#233;volutionnaire. Des intellectuels comme Fourier, Marx, Bakounine ont&lt;br class='autobr' /&gt;
tir&#233; des revendications prol&#233;tariennes, exprim&#233;es dans les gr&#232;ves et les &#233;meutes, une th&#233;orie&lt;br class='autobr' /&gt;
radicale qui, prise en conscience et pratiqu&#233;e par les ouvriers, aurait pu liquider rapidement&lt;br class='autobr' /&gt;
la bourgeoisie.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Au contraire, les penseurs sp&#233;cialis&#233;s du prol&#233;tariat - intellectuels ouvri&#233;ristes et&lt;br class='autobr' /&gt;
ouvriers intellectualis&#233;s - en jouant les tribuns, les hommes politiques, les guides de la&lt;br class='autobr' /&gt;
classe ouvri&#232;re, ont transform&#233; la th&#233;orie radicale en id&#233;ologie, c'est-&#224;-dire en mensonge, en&lt;br class='autobr' /&gt;
id&#233;es au service des ma&#238;tres. Le socialisme et les vari&#233;t&#233;s de jacobinisme (blanquisme, bolchevisme...)&lt;br class='autobr' /&gt;
ont &#233;t&#233; ce mouvement qui annonce la dictature bureaucratique sur le prol&#233;tariat,&lt;br class='autobr' /&gt;
telle qu'elle appara&#238;t avec tous les partis dits ouvriers, les syndicats et les organisations&lt;br class='autobr' /&gt;
gauchistes.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; Les intellectuels sont l'arm&#233;e de r&#233;serve de la bureaucratie, qu'il s'agisse d'intellectuels&lt;br class='autobr' /&gt;
ouvri&#233;ristes ou d'ouvriers intellectualistes.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;e)&lt;/i&gt; La culture est aujourd'hui la forme d'int&#233;gration intellectuelle au spectacle, le&lt;br class='autobr' /&gt;
label de qualit&#233; qui fait vendre toutes les marchandises, l'initiation au monde invers&#233; de la&lt;br class='autobr' /&gt;
marchandise. Sous le pr&#233;texte de la n&#233;cessit&#233; de s'instruire, la culture r&#233;cup&#232;re le besoin de&lt;br class='autobr' /&gt;
connaissance pratique et le transforme en savoir s&#233;par&#233; ; elle impose une plus-value de savoir&lt;br class='autobr' /&gt;
abstrait, une compensation au vide de la survie quotidienne, une promotion dans la bureaucratie&lt;br class='autobr' /&gt;
des sp&#233;cialistes. Parce qu'elle est un savoir qui se veut sans emploi, elle finit toujours&lt;br class='autobr' /&gt;
par servir le syst&#232;me spectaculaire-marchand.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;f)&lt;/i&gt; En particulier, le pr&#233;tendu savoir &#233;conomique est une mystification bureaucratico-&lt;br class='autobr' /&gt;
bourgeoise. Il n'a de sens que dans l'organisation capitaliste de l'&#233;conomie, et encore !&lt;br class='autobr' /&gt;
Une fois celle-ci abolie, chaque ouvrier est mieux pr&#233;par&#233; &#224; organiser la nouvelle production&lt;br class='autobr' /&gt;
que le plus savant des &#233;conomistes (Sans m&#234;me aller au-del&#224; du r&#233;formisme, les travailleurs&lt;br class='autobr' /&gt;
de Lip ont prouv&#233; qu'ils &#233;taient capables de faire marcher l'usine et de se passer des&lt;br class='autobr' /&gt;
cadres).&lt;br&gt;
&lt;i&gt;g)&lt;/i&gt; Le refus de l'intellectualisation n'a pas de sens hors de la lutte pour la liquidation&lt;br class='autobr' /&gt;
de la division du travail, de la hi&#233;rarchie, de l'Etat.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;h)&lt;/i&gt; Les intellectuels ouvri&#233;ristes sont des cons et des salauds. Comme intellectuels,&lt;br class='autobr' /&gt;
ils acceptent, honteusement ou non, de conserver une mission dirigeante. Sous le r&#244;le et la&lt;br class='autobr' /&gt;
fonction d'ouvrier, ils perp&#233;tuent la duperie du r&#244;le et une fonction d'esclave dont aucun&lt;br class='autobr' /&gt;
ouvrier ne veut plus. En choisissant de travailler en usines alors que les ouvriers sont oblig&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
de le faire et n'attendent que le moment de se lib&#233;rer d&#233;finitivement du travail, ils sont&lt;br class='autobr' /&gt;
ridicules et contre-r&#233;volutionnaires (car l'appel au sacrifice est toujours contrer&#233;volutionnaire).&lt;br&gt;
&lt;i&gt;i)&lt;/i&gt; Les ouvriers qui sont fiers de l'&#234;tre sont des cons serviles. Les ouvriers intellectualistes sont aussi salauds que n'importe quel candidat dirigeant, misant sur la servilit&#233; des&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; bons ouvriers &#187;.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;j)&lt;/i&gt; La th&#233;orie radicale, issue des luttes d'&#233;mancipation du prol&#233;tariat, appartient d&#233;sormais,&lt;br class='autobr' /&gt;
sous sa forme la plus claire et la plus simple, &#224; ceux qui sont capables de la pratiquer,&lt;br class='autobr' /&gt;
aux ouvriers r&#233;volutionnaires, c'est-&#224;-dire &#224; tous les prol&#233;taires qui luttent pour la fin&lt;br class='autobr' /&gt;
du prol&#233;tariat et de la soci&#233;t&#233; de classes. Elle appartient &#224; tons ceux qui engagent le combat&lt;br class='autobr' /&gt;
pour l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e, pour la soci&#233;t&#233; des ma&#238;tres sans esclaves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous luttez d&#233;j&#224; pour une soci&#233;t&#233; qui s'organise de telle fa&#231;on que les s&#233;parations&lt;br class='autobr' /&gt;
disparaissent, que la diversit&#233; s'accroisse dans l'unit&#233; du projet r&#233;volutionnaire, que&lt;br class='autobr' /&gt;
l'ensemble des connaissances emprisonn&#233;es dans la culture soit rendu &#224; la pratique d'enrichissement&lt;br class='autobr' /&gt;
de la vie quotidienne ; que le savoir soit partout o&#249; est le plaisir ; que passion et&lt;br class='autobr' /&gt;
raison soient ins&#233;parables ; et que la suppression de la division du travail, pouss&#233;e &#224; ses extr&#234;mes&lt;br class='autobr' /&gt;
cons&#233;quences, cr&#233;e vraiment les conditions d'harmonisation sociale. (Voir III 47 &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
58).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20. &lt;i&gt;Eprouvez-vous un &#233;gal m&#233;pris pour ceux qui font de la politique et pour ceux qui n'en&lt;br class='autobr' /&gt;
font pas mais laissent les autres la faire pour eux ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Il est de tradition de consid&#233;rer les hommes politiques comme les clowns du&lt;br class='autobr' /&gt;
spectacle id&#233;ologique. Cela permet de les m&#233;priser tout en continuant de voter pour eux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Personne ne leur &#233;chappe tout &#224; fait puisque personne n'&#233;chappe tout &#224; fait &#224; l'organisation&lt;br class='autobr' /&gt;
spectaculaire du vieux monde.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; La politique est toujours la raison d'Etat. Pour en finir avec elle&gt; il faut en finir&lt;br class='autobr' /&gt;
avec le syst&#232;me spectaculaire-marchand et son organisation de protection, l'Etat.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Il n'y a pas de parlementarisme r&#233;volutionnaire, comme il n'y a pas et n'y aura&lt;br class='autobr' /&gt;
jamais d'Etat r&#233;volutionnaire. Entre les r&#233;gimes parlementaires et les r&#233;gimes dictatoriaux,&lt;br class='autobr' /&gt;
il n'y a que la diff&#233;rence entre la force du mensonge et la v&#233;rit&#233; de la terreur.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; Comme toute id&#233;ologie, comme toute activit&#233; s&#233;par&#233;e, la politique r&#233;cup&#232;re les&lt;br class='autobr' /&gt;
revendications radicales pour les morceler et les transformer en leur contraire. Par exemple,&lt;br class='autobr' /&gt;
la volont&#233; de changer la vie devient, entre les mains des partis et des syndicats, une revendication&lt;br class='autobr' /&gt;
de salaire, une demande de temps libre et autres am&#233;liorations de la survie qui ne font&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'accro&#238;tre le malaise en le rendant plus ou moins confortable momentan&#233;ment.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;e)&lt;/i&gt; Les grandes id&#233;ologies politiques (nationalisme, socialisme, communisme) ont&lt;br class='autobr' /&gt;
perdu leur attrait &#224; mesure que les conduites sociales impos&#233;es par l'imp&#233;rialisme de la marchandise&lt;br class='autobr' /&gt;
multipliaient les &#171; id&#233;ologies de poche &#187;. A leur tour, les miettes id&#233;ologiques (les&lt;br class='autobr' /&gt;
id&#233;es sur la pollution, l'art, le confort, l'&#233;ducation, l'avortement, les ratons laveurs) se politisent&lt;br class='autobr' /&gt;
en regroupements grossiers vers le droitisme ou 1e gauchisme. Ce n'est l&#224; qu'une fa&#231;on&lt;br class='autobr' /&gt;
d'&#233;loigner chacun de l'unique pr&#233;occupation qui lui tient vraiment &#224; coeur : changer sa propre&lt;br class='autobr' /&gt;
vie quotidienne dans le sens de l'enrichissement et des aventures passionnelles.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;f)&lt;/i&gt; Il n'est personne qui ne se batte pour soi et n'en arrive la plupart du temps &#224; se&lt;br class='autobr' /&gt;
battre contre lui-m&#234;me. L'action politique est une des causes principales de cette inversion&lt;br class='autobr' /&gt;
du r&#233;sultat recherch&#233;. Seule la lutte pour l'autogestion de tous en tout r&#233;pond au d&#233;sir r&#233;el de&lt;br class='autobr' /&gt;
chaque individu. C'est pourquoi elle n'est ni politique ni apolitique mais sociale et totale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous luttez d&#233;j&#224;, consciemment ou non, pour une soci&#233;t&#233; o&#249; la d&#233;cision&lt;br class='autobr' /&gt;
appartient &#224; tous ; o&#249; les divergences entre les individus et les groupes sont agenc&#233;es de telle sorte qu'elles n'aboutissent pas &#224; des destructions mutuelles mais au contraire se renforcent&lt;br class='autobr' /&gt;
et profitent &#224; tous. Il faut que la part ludique emprisonn&#233;e et engorg&#233;e dans la politique&lt;br class='autobr' /&gt;
se lib&#232;re dans un jeu des rapports entre les individus et entre les groupes d'affinit&#233;s, par relations&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;quilibr&#233;es et harmonis&#233;es d'accords et de discords. (Voir III 75 &#224; 92).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21. &lt;i&gt;Avez-vous depuis longtemps d&#233;chir&#233; votre carte syndicale ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si oui, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Il est faux de se croire trahi par les syndicats. Ceux-ci forment une organisation,&lt;br class='autobr' /&gt;
s&#233;par&#233;e des travailleurs et qui devient n&#233;cessairement un pouvoir bureaucratique s'exer&#231;ant&lt;br class='autobr' /&gt;
contre eux tout en organisant le spectacle de leur d&#233;fense.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Cr&#233;&#233;s pour la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats d'un prol&#233;tariat sur-exploit&#233;, les&lt;br class='autobr' /&gt;
syndicats sont devenus, avec le d&#233;veloppement du capitalisme, les courtiers attitr&#233;s de la&lt;br class='autobr' /&gt;
force de travail. Leur but n'est pas d'abolir le salariat mais de l'am&#233;liorer. Ils sont donc les&lt;br class='autobr' /&gt;
meilleurs serviteurs du capitalisme qui r&#232;gne, sous la forme priv&#233;e ou &#233;tatis&#233;e, dans le&lt;br class='autobr' /&gt;
monde entier.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; L'id&#233;e anarchiste d'un &#171; syndicat r&#233;volutionnaire &#187; est d&#233;j&#224; la r&#233;cup&#233;ration bureaucratique&lt;br class='autobr' /&gt;
du pouvoir direct que les travailleurs peuvent exercer directement en se r&#233;unissant&lt;br class='autobr' /&gt;
en assembl&#233;es de conseils. N&#233;e d'un refus du politique au nom du social, elle retombe&lt;br class='autobr' /&gt;
dans le pi&#232;ge de la s&#233;paration et des leaders (m&#234;me si certains d'entre eux ne veulent pas se&lt;br class='autobr' /&gt;
conduire en chefs).&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; Les syndicats sont la bureaucratie para-&#233;tatique qui compl&#232;te et perfectionne le&lt;br class='autobr' /&gt;
pouvoir que la classe bourgeoise exerce sur le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous luttez d&#233;j&#224; &#224; chaque gr&#232;ve sauvage pour affirmer directement le pouvoir&lt;br class='autobr' /&gt;
de tous contre toute repr&#233;sentation qui marque une s&#233;paration. Nous ne voulons plus de&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;l&#233;gu&#233;s syndicaux mais des assembl&#233;es o&#249; les d&#233;cisions soient prises par tous et appliqu&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt;
au profit de tous. Au lieu de discuter sur la reprise ou non du travail, nous voulons&lt;br class='autobr' /&gt;
nous prononcer sur l'usage que nous allons faire des usines et de nous-m&#234;mes. Nous voulons&lt;br class='autobr' /&gt;
traduire notre volont&#233; dans les faits en &#233;lisant un conseil, dont chaque membre soit r&#233;vocable&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; chaque instant, et qui soit charg&#233; d'appliquer les d&#233;cisions prises par l'assembl&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
(Voir III 27 &#224; 39).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22. &lt;i&gt;Vous arrive-t-il d'en avoir assez de votre &#233;pouse, de votre &#233;poux, de vos parents, de vos&lt;br class='autobr' /&gt;
enfants, des corv&#233;es m&#233;nag&#232;res, des obligations familiales ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; La famille est la plus petite unit&#233; d'oppression sociale, l'&#233;cole du mensonge,&lt;br class='autobr' /&gt;
l'apprentissage du r&#244;le, le conditionnement &#224; la soumission, le chemin du refoulement, la&lt;br class='autobr' /&gt;
destruction syst&#233;matique de la cr&#233;ativit&#233; de l'enfance, le lieu commun de la b&#234;tise, du ressentiment,&lt;br class='autobr' /&gt;
de la r&#233;volte t&#233;l&#233;guid&#233;e.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; L'autorit&#233; familiale n'a cess&#233; de d&#233;cro&#238;tre et d'&#234;tre contest&#233;e &#224; mesure que le syst&#232;me&lt;br class='autobr' /&gt;
marchand diminue le pouvoir des hommes au profit de m&#233;canismes oppressifs o&#249; les&lt;br class='autobr' /&gt;
gens de pouvoir ne sont que des rouages. Le syst&#232;me marchand conserve ainsi la famille en&lt;br class='autobr' /&gt;
la vidant de ses significations anciennes presque humaines ; elle n'en devient que plus insupportable.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; La famille est le lieu o&#249; toutes les humiliations d'avoir &#233;t&#233; trait&#233;s en objets dans&lt;br class='autobr' /&gt;
la soci&#233;t&#233; de survie donnent le droit d'humilier et de transformer en objets ceux qui en font partie.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; L'&#233;mancipation des femmes est ins&#233;parable de l'&#233;mancipation des enfants et de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'&#233;mancipation des hommes. L'abolition de la famille est ins&#233;parable de la liquidation du&lt;br class='autobr' /&gt;
syst&#232;me spectaculaire-marchand. Toute revendication s&#233;par&#233;e de l'ensemble (Mouvement&lt;br class='autobr' /&gt;
de lib&#233;ration de la femme, Mouvement de lib&#233;ration de l'enfant, Front homosexuel d'action&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;volutionnaire...) n'est que r&#233;formisme et ne fait qu'entretenir l'oppression.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;e)&lt;/i&gt; L'imp&#233;rialisme marchand, qui d&#233;truit la famille traditionnelle, fait de la famille&lt;br class='autobr' /&gt;
le lieu de passivit&#233; et de soumission au syst&#232;me (et de sa contestation qui nourrit les querelles&lt;br class='autobr' /&gt;
de d&#233;tail).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous luttez d&#233;j&#224;, consciemment ou non, pour une soci&#233;t&#233; o&#249; chacun dispose&lt;br class='autobr' /&gt;
librement de lui-m&#234;me sans d&#233;pendre de qui que ce soit, sans &#234;tre soumis &#224; un syst&#232;me&lt;br class='autobr' /&gt;
oppressif, ne se posant que des probl&#232;mes d'harmonisation de ses d&#233;sirs. Une soci&#233;t&#233; qui se&lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;occupe prioritairement de la suppression des corv&#233;es domestiques et qui laisse l9&#233;ducation&lt;br class='autobr' /&gt;
des enfants aux volontaires, &#224; commencer par les enfants eux-m&#234;mes. (Voir III 35, 38,&lt;br class='autobr' /&gt;
44, 76, 83, 89, 90).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23. &lt;i&gt;Avez-vous souvent l'impression d'&#234;tre dans un monde &#224; l'envers, o&#249; les gens font le&lt;br class='autobr' /&gt;
contraire de ce qu'ils d&#233;sirent, passent le temps &#224; se d&#233;truire et &#224; r&#233;v&#233;rer ce qui les d&#233;truit,&lt;br class='autobr' /&gt;
ob&#233;issent &#224; des abstractions et y sacrifient leur vie r&#233;elle ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Le travail ali&#233;n&#233; est la base de toutes les ali&#233;nations. Il est &#224; l'origine historique&lt;br class='autobr' /&gt;
de la division sociale en ma&#238;tres et esclaves, et de toutes les s&#233;parations qui en d&#233;coulent&lt;br class='autobr' /&gt;
(religion, culture, &#233;conomie, politique), de tout ce qui d&#233;truit l'homme en prenant un visage&lt;br class='autobr' /&gt;
humain.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Ce sont les produits, les relations sociales, les images et repr&#233;sentations cr&#233;&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt;
par les producteurs, dans des conditions telles que ceux-ci en sont d&#233;poss&#233;d&#233;s et les voient&lt;br class='autobr' /&gt;
se retourner contre eux, qui masquent leur hostilit&#233; et leur inhumanit&#233; sous des apparences&lt;br class='autobr' /&gt;
inverses de ce qu'ils sont r&#233;ellement (le ma&#238;tre se dit le serviteur des esclaves, les exploiteurs&lt;br class='autobr' /&gt;
du prol&#233;tariat se pr&#233;tendent au service du peuple, les images du v&#233;cu se donnent pour&lt;br class='autobr' /&gt;
la seule r&#233;alit&#233; authentique, etc.).&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; La diff&#233;rence de plus en plus sensible et de plus en plus insupportable entre les&lt;br class='autobr' /&gt;
mis&#232;res quotidiennes de la survie, les repr&#233;sentations mensong&#232;res qui nous en sont propos&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt;
et l'aspiration commune &#224; tous de vivre une vraie vie montre chaque jour plus nettement&lt;br class='autobr' /&gt;
que la lutte est engag&#233;e entre le parti de la survie et de la d&#233;composition et le parti de&lt;br class='autobr' /&gt;
la vie et du d&#233;passement ; que la lutte finale pour la soci&#233;t&#233; sans classes, historiquement in&#233;vitable&lt;br class='autobr' /&gt;
aujourd'hui, dresse le prol&#233;tariat, qui en a assez de son esclavage et qui r&#233;clame l'autogestion&lt;br class='autobr' /&gt;
de tout et de tous, contre le syst&#232;me marchand et ses serviteurs, bourgeoisie et bureaucratie&lt;br class='autobr' /&gt;
toutes deux sous le m&#234;me casque protecteur de l'Etat.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; La recherche du bonheur est la recherche du v&#233;cu authentique, non falsifi&#233;, non&lt;br class='autobr' /&gt;
invers&#233;, non sacrifi&#233;. S'accepter tel que l'on est, dans sa sp&#233;cificit&#233; particuli&#232;re, est une&lt;br class='autobr' /&gt;
conqu&#234;te qui suppose la liquidation du syst&#232;me marchand et l'organisation collective harmonis&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
des passions individuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, nous en avons assez d'une existence domin&#233;e par le contraire de la recherche&lt;br class='autobr' /&gt;
du bonheur individuel ; domin&#233;e par des secteurs s&#233;par&#233;s (&#233;conomie, politique, culture&lt;br class='autobr' /&gt;
et tous les &#233;l&#233;ments du spectacle) qui absorbent toute notre &#233;nergie et nous emp&#234;chent de vivre. Nous luttons pour le renversement du monde invers&#233;, pour la r&#233;alisation des d&#233;sirs et&lt;br class='autobr' /&gt;
des passions dans des relations sociales d&#233;barrass&#233;es des imp&#233;ratifs de rentabilit&#233; et de pouvoirs&lt;br class='autobr' /&gt;
hi&#233;rarchis&#233;s. (Voir III 11 &#224; 18).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24. &lt;i&gt;Trouvez-vous ridicule et odieux de faire une distinction entre travailleur immigr&#233; et travailleur&lt;br class='autobr' /&gt;
autochtone ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Le vieux principe &#171; les prol&#233;taires n'ont pas de patrie &#187; reste parfaitement vrai,&lt;br class='autobr' /&gt;
et il faut le rappeler sans cesse devant toutes les conneries nationalistes et racistes.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; De m&#234;me, il faut rappeler sans cesse que l'&#233;mancipation du prol&#233;tariat est une t&#226;che&lt;br class='autobr' /&gt;
historique et internationale. Seule la pratique des ouvriers r&#233;volutionnaires dans le&lt;br class='autobr' /&gt;
monde entier cr&#233;era de fait l'internationale des conseils d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; La classe dirigeante et ses serviteurs font tout pour imposer une distinction entre&lt;br class='autobr' /&gt;
travailleurs immigr&#233;s et travailleurs autochtones. A ces derniers, qu'ils m&#233;prisent comme&lt;br class='autobr' /&gt;
des objets de rendements, ils font croire qu'il existe encore plus m&#233;pris&#233; qu'eux.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; La participation des immigr&#233;s aux luttes les plus dures est aussi une lutte contre&lt;br class='autobr' /&gt;
leur propre bourgeoisie, qui les vend dans la meilleure tradition de la traite des esclaves. En&lt;br class='autobr' /&gt;
ce sens aussi, ils forment avec tous les autres ouvriers r&#233;volutionnaires la base d'une v&#233;ritable&lt;br class='autobr' /&gt;
internationale de l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous luttez d&#233;j&#224;, consciemment ou non, pour une soci&#233;t&#233; o&#249; les diff&#233;rences,&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'elles soient de race, de sexe, d'&#226;ge, de caract&#232;re, de passions, de d&#233;sirs ne cr&#233;ent plus&lt;br class='autobr' /&gt;
de barri&#232;re mais au contraire servent &#224; l'harmonisation pour le plus grand accroissement de&lt;br class='autobr' /&gt;
plaisir et de bonheur de tous. Vous luttez pour la r&#233;alisation de l'autogestion individuelle et&lt;br class='autobr' /&gt;
collective sur des bases internationales, liquidant les pr&#233;jug&#233;s imb&#233;ciles des nationalismes,&lt;br class='autobr' /&gt;
des r&#233;gionalismes, des attachements g&#233;ographiques. (Voir III 19 &#224; 26).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25. &lt;i&gt;Eprouvez-vous le besoin de parler &#224; quelqu'un qui vous comprenne et agisse dans le&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me sens que vous (refus du travail, des contraintes, de la marchandise et de la v&#233;rit&#233; des&lt;br class='autobr' /&gt;
mensonges que constitue le spectacle) ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; L'habitude de parler pour ne rien dire, de se perdre dans de faux probl&#232;mes, de&lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#234;ter l'oreille &#224; ceux qui parlent d'une fa&#231;on et agissent d'une autre, de se laisser aller &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
l'usure des conneries quotidiennes et du r&#233;p&#233;titif, est encore une fa&#231;on d'emp&#234;cher chacun&lt;br class='autobr' /&gt;
de reconna&#238;tre dans ses passions et ses souhaits de vie authentique (l'inverse des d&#233;sirs d'appropriation&lt;br class='autobr' /&gt;
priv&#233;e invent&#233;s par le commerce) ses v&#233;ritables int&#233;r&#234;ts.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Toute intervention qui n'aboutit pas &#224; des mesures pratiques est du bavardage,&lt;br class='autobr' /&gt;
une fa&#231;on de noyer le poisson. Toute mesure pratique qui n'aboutit pas &#224; l'am&#233;lioration de la&lt;br class='autobr' /&gt;
vie de chacun ne fait que renforcer son oppression ; et rien ne peut vraiment am&#233;liorer la vie&lt;br class='autobr' /&gt;
sans la destruction du syst&#232;me marchand.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Toute assembl&#233;e doit arriver rapidement &#224; une d&#233;cision ou &#234;tre sabot&#233;e.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; Pendant les gr&#232;ves ou avant, la discussion doit avoir pour but la v&#233;rit&#233; pratique :&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;pandre la conscience de la lutte entreprise et arriver &#224; des certitudes quant aux actions &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
entreprendre.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;e)&lt;/i&gt; Ce qui reste emprisonn&#233; dans le langage devient vite de l'id&#233;ologie, c'est-&#224;-dire&lt;br class='autobr' /&gt;
le mensonge, comme tout ce que racontent les membres des appareils bureaucratiques (partis, syndicats, groupes sp&#233;cialis&#233;s dans l'am&#233;lioration du b&#233;tail ouvrier).&lt;br&gt;
&lt;i&gt;f)&lt;/i&gt; Contre le langage dominant et faux, la meilleure garantie des assembl&#233;es de&lt;br class='autobr' /&gt;
gr&#232;ve est d'&#233;lire tr&#232;s vite un conseil de d&#233;l&#233;gu&#233;s seuls habilit&#233;s &#224; suivre les directives des&lt;br class='autobr' /&gt;
gr&#233;vistes, sous peine de destitution imm&#233;diate, et &#224; les traduire en actes sans perdre de&lt;br class='autobr' /&gt;
temps.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;g)&lt;/i&gt; Nous ne voulons plus ni beaux parleurs, ni orateurs faisant des effets de style&lt;br class='autobr' /&gt;
mais le langage des actes, des propositions concr&#232;tes et des plans d'action bien &#233;labor&#233;s par&lt;br class='autobr' /&gt;
nous-m&#234;mes. Il est temps que l'effort de perfection porte non plus sur les phrases mais sur&lt;br class='autobr' /&gt;
les actes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous luttez d&#233;j&#224;, consciemment ou non, pour une soci&#233;t&#233; o&#249; les mots ne&lt;br class='autobr' /&gt;
serviront plus &#224; dissimuler mais &#224; prolonger r&#233;ellement nos d&#233;sirs, &#224; &#234;tre les porte-paroles fid&#232;les de ce que nous voulons (voir III 40 &#224; 46).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;CHAPITRE II &lt;br&gt;
A B C D DE LA REVOLUTION&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A)&lt;/strong&gt; Le but du sabotage et du d&#233;tournement, pratiqu&#233;s individuellement ou collectivement,&lt;br class='autobr' /&gt;
est de d&#233;clencher la gr&#232;ve sauvage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B)&lt;/strong&gt; Toute gr&#232;ve sauvage doit devenir occupation d'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C)&lt;/strong&gt; Toute usine occup&#233;e doit &#234;tre d&#233;tourn&#233;e et mise imm&#233;diatement au service des&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D)&lt;/strong&gt; En &#233;lisant des d&#233;l&#233;gu&#233;s - r&#233;vocables &#224; chaque instant, charg&#233;s d'enregistrer ses&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;cisions et de les faire appliquer - l'assembl&#233;e des gr&#233;vistes jette les bases d'une organisation&lt;br class='autobr' /&gt;
sociale radicalement nouvelle : la soci&#233;t&#233; d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;i&gt;D&#232;s l'occupation des usines.&lt;/i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Toute assembl&#233;e de gr&#233;vistes doit devenir assembl&#233;e d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;br&gt;
Il lui suffit pour cela :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; D'&#233;lire des d&#233;l&#233;gu&#233;s, &#224; tout instant r&#233;vocables, mandat&#233;s pour donner &#224; ses d&#233;cisions&lt;br class='autobr' /&gt;
force d'application imm&#233;diate.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; D'assurer son autod&#233;fense.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; De s'&#233;tendre &#224; l'ensemble des r&#233;volutionnaires et d'organiser son expansion g&#233;ographique&lt;br class='autobr' /&gt;
selon la meilleure efficacit&#233; de d&#233;tournement possible (par exemple dans les r&#233;gions&lt;br class='autobr' /&gt;
qui poss&#232;dent &#224; la fois des ressources agricoles et des industries prioritaires).&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; De g&#233;n&#233;raliser l'autogestion en assurant, de fa&#231;on irr&#233;versible, le passage de la&lt;br class='autobr' /&gt;
survie &#224; la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Tout le pouvoir appartient &#224; l'assembl&#233;e, en ce qu'il est le pouvoir que chacun&lt;br class='autobr' /&gt;
veut exercer sur sa vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. La meilleure garantie contre tout autre pouvoir, n&#233;cessairement oppressif&lt;br class='autobr' /&gt;
(comme partis, syndicats, organisations hi&#233;rarchis&#233;es, groupuscules intellectuels et activistes,&lt;br class='autobr' /&gt;
tous embryons d'Etats), c'est la construction imm&#233;diate de conditions de vie radicalement&lt;br class='autobr' /&gt;
nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Seules les f&#233;d&#233;rations de d&#233;l&#233;gu&#233;s r&#233;unis en conseils peuvent dissoudre l'Etat en&lt;br class='autobr' /&gt;
le paralysant. Seule la coordination des luttes pour l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e peut liquider le&lt;br class='autobr' /&gt;
syst&#232;me marchand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Toute discussion, toute intervention doit aboutir &#224; une proposition pratique. Une&lt;br class='autobr' /&gt;
mesure prise par l'assembl&#233;e est imm&#233;diatement ex&#233;cutoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;i&gt;ORGANISER RAPIDEMENT L'AUTODEFENSE.&lt;/i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. L'autod&#233;fense est le premier droit de l'assembl&#233;e d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Armer&lt;br class='autobr' /&gt;
les masses, prot&#233;ger et &#233;tendre la conqu&#234;te du territoire en y cr&#233;ant les conditions d'un&lt;br class='autobr' /&gt;
mieux-vivre g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. La r&#233;volution ne se planifie pas et elle ne s improvise pas, mais elle se pr&#233;pare.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est donc indispensable que les assembl&#233;es disposent notamment des renseignements suivants :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Les zones d'approvisionnement : emplacement des d&#233;p&#244;ts, des stocks, des super-&lt;br class='autobr' /&gt;
march&#233;s, des r&#233;seaux de distribution. Emplacement des usines pr&#233;sum&#233;es prioritaires et&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'il conviendra d'automatiser au plus t&#244;t ; emplacement des usines pr&#233;sum&#233;es reconvertibles&lt;br class='autobr' /&gt;
et &#224; transformer ; emplacement des secteurs pr&#233;sum&#233;s parasitaires et &#224; supprimer. R&#233;partition&lt;br class='autobr' /&gt;
des zones agricoles.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Les zones ennemies emplacement des casernes, commissariats, arsenaux, d&#233;p&#244;ts&lt;br class='autobr' /&gt;
d'armes. Domicile et itin&#233;raire des chefs dont la neutralisation d&#233;sorganisera les forces&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;tatistes.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Les zones de communication et de liaison : emplacement des d&#233;p&#244;ts de camions,&lt;br class='autobr' /&gt;
bus, trains, avions, garages, d&#233;p&#244;ts d'essence... Emplacement des centres de t&#233;l&#233;communication : radios locales, imprimeries, t&#233;lex, offsets...&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; Les zones de survie : eau, &#233;lectricit&#233;, h&#244;pitaux, centres de soins, usines &#224; gaz...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. D&#232;s qu'une r&#233;gion est occup&#233;e par les r&#233;volutionnaires, elle doit &#234;tre d&#233;tourn&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
aussit&#244;t selon deux principes indiscutables : autod&#233;fense et distribution gratuite des biens de&lt;br class='autobr' /&gt;
production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. La meilleure fa&#231;on d'&#233;viter l'isolement, c'est l'attaque. Il faut donc :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Cr&#233;er, dans une perspective internationaliste, d'autres foyers d'occupations et de&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;tournements.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Renforcer et prot&#233;ger les liaisons entre les zones r&#233;volutionnaires.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Isoler l'ennemi et d&#233;truire ses liaisons, recourir &#224; des commandos d'intervention&lt;br class='autobr' /&gt;
rapide pour le harceler sur ses arri&#232;res et &#233;viter ses manoeuvres d'encerclement en le morcelant.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; D&#233;sorganiser la contre-r&#233;volution en mettant hors d'&#233;tat de nuire ses chefs principaux&lt;br class='autobr' /&gt;
et ses meilleurs strat&#232;ges.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;e)&lt;/i&gt; Se servir des imprimeries, des radios locales, des t&#233;l&#233;communications pour r&#233;pandre&lt;br class='autobr' /&gt;
la v&#233;rit&#233; sur le mouvement d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e et expliquer ce que nous voulons&lt;br class='autobr' /&gt;
et ce que nous pouvons. Faire en sorte que les masses, dans chaque quartier, dans chaque&lt;br class='autobr' /&gt;
ville et village, soient au courant de ce qui se passe dans le reste du pays. Coordonner&lt;br class='autobr' /&gt;
les combats de rues et coordonner les luttes des villes et des campagnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. On &#233;vitera les tactiques anciennes, passives et statiques, telles que barricades,&lt;br class='autobr' /&gt;
manifestations de masses, luttes de type estudiantin. Il importe au plus haut point d'inventer&lt;br class='autobr' /&gt;
et d'exp&#233;rimenter des tactiques nouvelles et inattendues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. Le succ&#232;s d'une gu&#233;rilla urbaine intervenant comme appui tactique aux usines&lt;br class='autobr' /&gt;
occup&#233;es r&#233;side dans la rapidit&#233; et l'efficacit&#233; de ses raids, d'o&#249; l'importance de petits commandos d'intervention r&#233;unissant ceux que les &#233;tatistes de toutes couleurs appellent d&#233;j&#224; les&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; voyous de quartier &#187; et les &#171; voyous d'usine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. Notre objectif est d'emp&#234;cher toute violence contre le mouvement d'autogestion&lt;br class='autobr' /&gt;
g&#233;n&#233;ralis&#233;e, non de le r&#233;pandre par la violence. Le d&#233;sarmement de l'ennemi nous importe&lt;br class='autobr' /&gt;
plus que sa liquidation physique. Plus notre action sera r&#233;solue et rapide, moins le&lt;br class='autobr' /&gt;
sang coulera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. Le ralliement d'une partie des gens initialement hostiles &#224; l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
est la pierre de touche qui permettra de juger de la r&#233;ussite des premi&#232;res mesures&lt;br class='autobr' /&gt;
adopt&#233;es et de leur excellence pour tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. N&#233;anmoins, il faut compter avec les conditionn&#233;s de la hi&#233;rarchie que les habitudes&lt;br class='autobr' /&gt;
d'esclaves, le m&#233;pris de soi, l'ancrage du refoulement et le go&#251;t du sacrifice poussent &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
leur propre destruction et &#224; la destruction de tous les progr&#232;s de la libert&#233; concr&#232;te. Voil&#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
pourquoi il est utile de neutraliser d&#232;s le d&#233;but de l'action insurrectionnelle les ennemis de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'int&#233;rieur (chefs syndicaux, hommes de parti, ouvri&#233;ristes, jaunes) et les ennemis de l'ext&#233;rieur&lt;br class='autobr' /&gt;
(patrons, cadres, flics, arm&#233;e).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. En cas d'isolement ou de d&#233;p&#233;rissement de l'insurrection, l'autod&#233;fense prescrit&lt;br class='autobr' /&gt;
d'analyser diff&#233;rentes formes de repli possibles. Ces formes varieront selon le degr&#233; de la&lt;br class='autobr' /&gt;
lutte engag&#233;e, la nature des fautes commises (par exemple l'incoh&#233;rence interne du mouvement),&lt;br class='autobr' /&gt;
la violence des moyens mis en oeuvre par l'ennemi, la r&#233;pression pr&#233;visible, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16. Nous n'avons pas &#224; craindre un &#233;chec mais &#224; tenter l'impossible et le possible&lt;br class='autobr' /&gt;
pour le pr&#233;voir, l'&#233;viter et parer &#224; la r&#233;pression. &#171; N'est pas un r&#233;volutionnaire mais un individu&lt;br class='autobr' /&gt;
qui ne s'est pas encore lib&#233;r&#233; de l'intellectualisme et qui objectivement se tourne vers la&lt;br class='autobr' /&gt;
contre-r&#233;volution celui qui n'admet la r&#233;volution prol&#233;tarienne que si elle s'accomplit facilement&lt;br class='autobr' /&gt;
et sans heurts, s'assure imm&#233;diatement le concours du prol&#233;tariat mondial et &#233;limine &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
l'avance l'&#233;ventualit&#233; des d&#233;faites. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17. Les massacreurs de la Commune de Paris et de Budapest nous ont appris que&lt;br class='autobr' /&gt;
la r&#233;pression est toujours impitoyable et que la paix des cimeti&#232;res est l'unique promesse&lt;br class='autobr' /&gt;
tenue par les forces de l'ordre &#233;tatique. A un stade de l'affrontement o&#249; la r&#233;pression n'&#233;pargnera&lt;br class='autobr' /&gt;
personne, n '&#233;pargnons aucun de ces l&#226;ches qui attendent notre d&#233;faite pour se transformer&lt;br class='autobr' /&gt;
en bourreaux. Br&#251;lons les quartiers r&#233;sidentiels, liquidons les otages, ruinons l'&#233;conomie&lt;br class='autobr' /&gt;
afin qu'il ne subsiste rien de ce qui nous a emp&#234;ch&#233;s d'&#234;tre tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18. Instruits de ce qui nous attend en cas d'&#233;chec et r&#233;solus, une fois notre victoire&lt;br class='autobr' /&gt;
assur&#233;e, &#224; ne pas tenir grief aux anciens ennemis, nous sommes pr&#234;ts &#224; employer toutes les&lt;br class='autobr' /&gt;
formes de dissuasion au cours de la lutte, et notamment la destruction des machines, des&lt;br class='autobr' /&gt;
stocks et des otages dans le but d'obtenir le retrait et le d&#233;sarmement des forces &#233;tatistes. A&lt;br class='autobr' /&gt;
un stade d'affrontement moins dur, il est utile de couper l'eau, le gaz, l'&#233;lectricit&#233;, le combustible&lt;br class='autobr' /&gt;
dans les quartiers bourgeois et de dirigeants, d'y d&#233;verser les ordures, de saboter les&lt;br class='autobr' /&gt;
ascenseurs des blocs r&#233;sidentiels, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19. La voix des masses ne se fait bien entendre que dans le fracas des armes. Les dons d'invention de chacun cr&#233;eront des armes insolites et efficaces &#224; l'usage des commandos&lt;br class='autobr' /&gt;
d'autod&#233;fense. Au bricolage succ&#233;dera le plus t&#244;t possible la reconversion des machines&lt;br class='autobr' /&gt;
qui se trouvent dans nos usines, selon un programme d'armement rapide d&#233;fini par les assembl&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt;
d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20. Parmi les armes d'intervention imm&#233;diate, il convient de pr&#233;voir les tuyaux&lt;br class='autobr' /&gt;
transform&#233;s en tubes lance-fus&#233;es (exp&#233;riment&#233;s au V&#233;n&#233;zuela vers les ann&#233;es 1960), les&lt;br class='autobr' /&gt;
fus&#233;es sol-air (exp&#233;riment&#233;es dans les clubs de jeunes scientifiques), les catapultes pour grenades&lt;br class='autobr' /&gt;
et cocktails molotov, les lance-flammes, les mortiers, les appareils &#224; ultra-sons, les&lt;br class='autobr' /&gt;
lasers... On &#233;tudiera aussi les diff&#233;rentes formes de blindage des camions et des bulldozers&lt;br class='autobr' /&gt;
reconvertis, les gilets pare-balles, les masques &#224; gaz, les produits neutralisant les effets des&lt;br class='autobr' /&gt;
incapacitants, l'emploi de L.S.D. dans l'eau des ennemis, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21. Etudier des armes anti-h&#233;licopt&#232;res : am&#233;lioration du canon &#224; gr&#234;le, fus&#233;es solair,&lt;br class='autobr' /&gt;
canons l&#233;gers t&#233;l&#233;guid&#233;s, lasers, tireurs d'&#233;lite, pieux emp&#234;chant l'atterrissage...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22. Pr&#233;parer la d&#233;fense contre les blind&#233;s : silos anti-tanks, fus&#233;es t&#233;l&#233;guid&#233;es,&lt;br class='autobr' /&gt;
blindicides, jets de napalm, mines...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23. Tenir les toits et les caves, cr&#233;er des passages d'un immeuble &#224; l'autre afin de&lt;br class='autobr' /&gt;
permettre le d&#233;placement rapide et prot&#233;g&#233; des commandos d'autod&#233;fense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24. Recourir &#224; la ruse et aux armes t&#233;l&#233;command&#233;es afin de s'exposer le moins&lt;br class='autobr' /&gt;
possible au danger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;i&gt;HATER LE PASSAGE DES CONDITIONS DE SURVIE AUX CONDITIONS DE VIE.&lt;/i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25. Nous l'emporterons &#224; coup s&#251;r si nous sommes capables de concr&#233;tiser pour&lt;br class='autobr' /&gt;
tous le passage de la survie &#224; la vie. Cela ne signifie pas que nous allons r&#233;ussir &#224; abattre le&lt;br class='autobr' /&gt;
syst&#232;me marchand d&#232;s le premier combat. Cela signifie seulement que les premi&#232;res mesures&lt;br class='autobr' /&gt;
adopt&#233;es et appliqu&#233;es par les assembl&#233;es d'autogestion doivent rendre doublement impossible&lt;br class='autobr' /&gt;
tout retour en arri&#232;re en d&#233;truisant les conditions anciennes et en cr&#233;ant de tels&lt;br class='autobr' /&gt;
avantages que personne n'accepte de s'en laisser d&#233;poss&#233;der.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26. Les premiers avantages de l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e porteront n&#233;cessairement&lt;br class='autobr' /&gt;
sur :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; La fin du syst&#232;me des &#233;changes et du salariat par la distribution gratuite des&lt;br class='autobr' /&gt;
biens n&#233;cessaires &#224; la vie de chacun.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; La fin du travail forc&#233; par le passage des forces productives sous le contr&#244;le&lt;br class='autobr' /&gt;
direct des assembl&#233;es d'autogestion, et par le libre essor de la cr&#233;ativit&#233; individuelle et collective.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; La fin de l'ennui, des refoulements, des contraintes par l'organisation de conditions&lt;br class='autobr' /&gt;
sociales passionnantes, par une autonomie qui permet &#224; chaque individu de se r&#233;aliser&lt;br class='autobr' /&gt;
en disposant de l'aide de tous, par la reconnaissance, l'&#233;mancipation, la multiplication et&lt;br class='autobr' /&gt;
l'harmonisation de passions jusqu'aujourd'hui appauvries, sacrifi&#233;es, engorg&#233;es, falsifi&#233;es et&lt;br class='autobr' /&gt;
souvent tourn&#233;es vers la destruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sorte que l'histoire enregistre, d&#233;finitivement et simultan&#233;ment, en n&#233;gatif l'an&#233;antissement&lt;br class='autobr' /&gt;
du syst&#232;me marchand et en positif la construction d'une soci&#233;t&#233; radicalement&lt;br class='autobr' /&gt;
nouvelle, d&#233;j&#224; pr&#233;sente au coeur de chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27. D&#232;s le d&#233;but du mouvement, il s'agit d'emp&#234;cher tout retour en arri&#232;re, de br&#251;ler&lt;br class='autobr' /&gt;
derri&#232;re nous les vaisseaux du vieux monde, en aidant &#224; la disparition des banques, des&lt;br class='autobr' /&gt;
prisons, des asiles, des tribunaux, des b&#226;timents administratifs, des casernes, des commissariats,&lt;br class='autobr' /&gt;
des &#233;glises, des symboles oppressifs. Ainsi que des dossiers, des fichiers, des&lt;br class='autobr' /&gt;
papiers d'identit&#233;, des traites et paiements &#224; temp&#233;rament, des feuilles d'imp&#244;t, des paperasseries&lt;br class='autobr' /&gt;
financi&#232;res et autres. Destruction des r&#233;serves d'or par l'eau r&#233;gale (m&#233;lange d'acide&lt;br class='autobr' /&gt;
nitrique et d'acide chlorhydrique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28. Autant que possible, d&#233;truire les structures de la marchandise plut&#244;t que les&lt;br class='autobr' /&gt;
personnes, et ne liquider que ceux qui esp&#232;rent nous ramener au r&#233;gime de l'exploitation, de&lt;br class='autobr' /&gt;
la servitude, du spectacle et de l'ennui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29. La fin de la marchandise signifie la promotion du DON sous toutes ses formes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les assembl&#233;es d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e organiseront donc la production et la distribution&lt;br class='autobr' /&gt;
des biens prioritaires. Elles enregistreront les offres de cr&#233;ation et de production d'une part,&lt;br class='autobr' /&gt;
les demandes individuelles d'autre part. Des tableaux tenus &#224; jour permettront &#224; chacun de&lt;br class='autobr' /&gt;
prendre connaissance des stocks disponibles, du nombre et de la r&#233;partition des demandes,&lt;br class='autobr' /&gt;
de la localisation et du mouvement des forces productives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30. Les usines seront reconverties et automatis&#233;es ou, dans le cas de secteurs parasitaires,&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;truites. Un peu partout, des ateliers de cr&#233;ation libre seront mis &#224; la disposition de&lt;br class='autobr' /&gt;
tous les talents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31. Les b&#226;timents parasitaires (bureaux, &#233;coles, casernes, &#233;glises...) seront, sur d&#233;cision&lt;br class='autobr' /&gt;
des assembl&#233;es d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e, d&#233;truits ou de pr&#233;f&#233;rence transform&#233;s en&lt;br class='autobr' /&gt;
greniers collectifs, entrep&#244;ts, logements de passage, labyrinthes et terrains de jeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;32. Transformer les super-march&#233;s et magasins &#224; grande surface en centres de distribution&lt;br class='autobr' /&gt;
gratuite, en examinant l'opportunit&#233; de multiplier par r&#233;gion les petits centres de&lt;br class='autobr' /&gt;
distribution (reconversion des petits magasins et des bistrots par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;33. Les besoins changent d&#232;s que dispara&#238;t la dictature marchande, qui n'a cess&#233; de&lt;br class='autobr' /&gt;
les falsifier. Ainsi, les voitures deviennent pour la plupart inutiles d&#232;s que l'espace et le&lt;br class='autobr' /&gt;
temps appartiennent &#224; tous et qu'il est possible de se d&#233;placer librement sans limitation horaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut donc non seulement pr&#233;voir l'apparition de demandes radicalement nouvelles,&lt;br class='autobr' /&gt;
de fantaisies individuelles, de passions insolites, mais aussi mettre tout en oeuvre pour les&lt;br class='autobr' /&gt;
satisfaire, de telle sorte que le seul obstacle &#224; leur r&#233;alisation soit dans le manque momentan&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
d'&#233;quipement mat&#233;riel et non dans l'organisation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;34. Le projet d'abolir la distinction entre villes et campagnes exige la d&#233;centralisation&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'habitat (droit de nomadisme, droit de b&#226;tir sa maison en territoire disponible), la&lt;br class='autobr' /&gt;
destruction des industries de nuisance et de pollution, la cr&#233;ation dans les villes de zones de&lt;br class='autobr' /&gt;
culture et d'&#233;levage (aux Champs-Elys&#233;es par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;35. Dans le moment insurrectionnel, toutes les professions ont l'occasion de se nier&lt;br class='autobr' /&gt;
comme travail forc&#233;. La petite &#233;tincelle passionnelle qui permettait de supporter la dure&lt;br class='autobr' /&gt;
ali&#233;nation du m&#233;tier exerc&#233; pour survivre, va embraser des vocations nouvelles et libres. Tel&lt;br class='autobr' /&gt;
qui aime enseigner donnera ses cours dans la rue ; tel qui aime cuisiner disposera de cuisines&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; banales &#187; install&#233;es partout et rivalisant en qualit&#233;. Ainsi chaque disposition cr&#233;ative&lt;br class='autobr' /&gt;
donnera naissance &#224; un artisanat libre et &#224; une profusion de raret&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;36. Chacun a le droit de faire conna&#238;tre ses critiques, ses revendications, ses opinions,&lt;br class='autobr' /&gt;
ses cr&#233;ations, ses d&#233;sirs, ses analyses, ses fantaisies, ses probl&#232;mes... afin que la plus&lt;br class='autobr' /&gt;
grande vari&#233;t&#233; puisse engendrer les meilleures chances de rencontre, d'accords, d'harmonisation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les imprimeries, t&#233;lex, offsets, radios, t&#233;l&#233;visions pass&#233;es aux mains des assembl&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt;
seront mises &#224; cette fin &#224; la disposition de chaque individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;37. Personne ne se battra sans r&#233;serve s'il n'apprend d'abord &#224; vivre sans temps&lt;br class='autobr' /&gt;
morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;i&gt;En cas de gr&#232;ve sauvage limit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TOUTE GREVE DOIT DEVENIR GREVE SAUVAGE.&lt;/i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;38. Le vrai sens d'une gr&#232;ve, c'est le refus du travail ali&#233;n&#233; et de la marchandise&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'il produit et qui le produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;39. Une gr&#232;ve ne prend son vrai sens qu'en devenant gr&#232;ve sauvage, c'est-&#224;-dire en&lt;br class='autobr' /&gt;
se d&#233;barrassant de ce qui entrave l'autonomie des ouvriers r&#233;volutionnaires : partis, syndicats,&lt;br class='autobr' /&gt;
patrons, chefs, bureaucrates, candidats bureaucrates, jaunes, travailleurs &#224; mentalit&#233; de&lt;br class='autobr' /&gt;
flic et d'esclave.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;40. Tous les pr&#233;textes sont bons pour d&#233;clencher une gr&#232;ve sauvage, car il n'y a&lt;br class='autobr' /&gt;
rien qui justifie l'abrutissement du travail forc&#233; et l'inhumanit&#233; du syst&#232;me marchand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;41. Les ouvriers r&#233;volutionnaires n'ont pas besoin d'agitateurs. C'est d'eux seuls&lt;br class='autobr' /&gt;
que part le mouvement d'agitation g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;42. Dans la gr&#232;ve sauvage, les gr&#233;vistes doivent exercer le pouvoir absolu, &#224; l'exclusion&lt;br class='autobr' /&gt;
de tout pouvoir ext&#233;rieur &#224; eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;43. La seule fa&#231;on de tenir en &#233;chec les organisations ext&#233;rieures - toutes r&#233;cup&#233;ratrices -, c'est d'accorder tout pouvoir &#224; l'assembl&#233;e des gr&#233;vistes et d'&#233;lire des d&#233;l&#233;gu&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
charg&#233;s de coordonner les d&#233;cisions et de les faire appliquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;44. Si limit&#233;e qu'elle soit, une gr&#232;ve sauvage doit tout mettre en oeuvre pour obtenir&lt;br class='autobr' /&gt;
le soutien du plus grand nombre. Par exemple en amor&#231;ant les habitudes de gratuit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
gr&#232;ve des caissi&#232;res de super-march&#233; permettant la distribution gratuite des biens expos&#233;s et&lt;br class='autobr' /&gt;
entrepos&#233;s ; distribution par les ouvriers des produits fabriqu&#233;s par eux ou sortis des stocks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;i&gt;TOUTE GREVE SAUVAGE DOIT DEVENIR OCCUPATION D'USINE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TOUTE OCCUPATION D'USINE DOIT ABOUTIR A SON DETOURNEMENT IMMEDIAT.&lt;/i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;45. L'occupation d'usine traduit la volont&#233; des ouvriers r&#233;volutionnaires d'&#234;tre les&lt;br class='autobr' /&gt;
ma&#238;tres de l'espace et du temps occup&#233;s jusqu'&#224; pr&#233;sent par la marchandise. S'ils ne d&#233;tournent&lt;br class='autobr' /&gt;
pas l'usine &#224; leur profit, cela signifie qu'ils renoncent &#224; la cr&#233;ativit&#233; qu'ils veulent exercer&lt;br class='autobr' /&gt;
et &#224; leurs droits les plus indiscutables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;46. Une usine occup&#233;e et non d&#233;tourn&#233;e apporte au spectacle de l'impuissance &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
briser le syst&#232;me marchand l'argument d&#233;cisif dont ont toujours besoin les appareils bureaucratiques,&lt;br class='autobr' /&gt;
les manipulateurs id&#233;ologiques et tous ceux qui oublient que la richesse des possibilit&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
techniques, aujourd'hui &#224; notre port&#233;e, rend ridicule l'accusation d'utopie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;47. Une usine occup&#233;e doit &#234;tre aussit&#244;t d&#233;tourn&#233;e au profit de l'autod&#233;fense (fabrication&lt;br class='autobr' /&gt;
d'armes et de blindages) et de la distribution gratuite de tout ce qui peut s'y fabriquer&lt;br class='autobr' /&gt;
d'utile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;48. Pour sortir de l'isolement, les r&#233;volutionnaires ne peuvent compter que sur leur&lt;br class='autobr' /&gt;
cr&#233;ativit&#233;. Il importe notamment de :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Pr&#233;voir les formes d'appui tactique des autres travailleurs hors usines : par&lt;br class='autobr' /&gt;
exemple, les imprimeurs peuvent intervenir dans les journaux qu'ils impriment pour donner&lt;br class='autobr' /&gt;
des informations exactes et diffuser le programme des ouvriers en gr&#232;ve ; les lyc&#233;ens et lyc&#233;ennes&lt;br class='autobr' /&gt;
peuvent s'emparer des &#233;coles, former des cha&#238;nes de liaison avec le reste du pays,&lt;br class='autobr' /&gt;
attaquer les forces de l'ordre &#224; revers ; les habitants d'une r&#233;gion peuvent neutraliser les forces&lt;br class='autobr' /&gt;
de r&#233;pression et former avec les ouvriers en gr&#232;ve des assembl&#233;es d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt; ; les soldats peuvent s'emparer des casernes et prendre leurs chefs en otages ; les avocats&lt;br class='autobr' /&gt;
peuvent prendre les juges en otages et les livrer aux gr&#233;vistes... Dans le moment r&#233;volutionnaire,&lt;br class='autobr' /&gt;
il n'est aucune fonction qui ne puisse se d&#233;truire en se tournant vers la subversion.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Internationaliser le conflit, r&#233;pandre les gr&#232;ves sauvages entre divisions d'un&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me, complexe industriel &#233;loign&#233;es g&#233;ographiquement, entre firmes connexes ou compl&#233;mentaires&lt;br class='autobr' /&gt;
d'un pays &#224; l'autre, entre une usine et ses sources d'approvisionnement. Non seulement&lt;br class='autobr' /&gt;
le d&#233;tournement d'une r&#233;gion &#233;conomiquement viable se moque des fronti&#232;res, des&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;gionalismes, du nationalisme, mais il est la base sur laquelle se construira non plus une&lt;br class='autobr' /&gt;
internationale politique mais au contraire une internationale de la pratique r&#233;volutionnaire.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Donner sa pleine coh&#233;rence &#224; la gu&#233;rilla d'autod&#233;fense ; ne lancer de raids de&lt;br class='autobr' /&gt;
commandos contre les casernes, les arsenaux, la radio que pour appuyer et d&#233;velopper le&lt;br class='autobr' /&gt;
mouvement ouvrier r&#233;volutionnaire, et non s&#233;par&#233;ment comme c'est le cas dans le terrorisme,&lt;br class='autobr' /&gt;
le blanquisme ou l'activisme gauchiste ; ne recourir, si c'est utile, &#224; des attentats&lt;br class='autobr' /&gt;
que d'une fa&#231;on s&#233;lective (chefs contre-r&#233;volutionnaires &#224; mettre hors d'&#233;tat de nuire, nids&lt;br class='autobr' /&gt;
de flics &#224; neutraliser...) et jamais de fa&#231;on aveugle (bombes dans les gares, les banques, les&lt;br class='autobr' /&gt;
lieux publics).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;49. Aux otages vivants tels que patrons, ministres, &#233;v&#234;ques, banquiers, g&#233;n&#233;raux,&lt;br class='autobr' /&gt;
hauts fonctionnaires, pr&#233;fets, chefs policiers, il faut pr&#233;f&#233;rer des otages mat&#233;riels : stocks,&lt;br class='autobr' /&gt;
prototypes, r&#233;serves d'or et d'argent, machines tr&#232;s co&#251;teuses, appareillage &#233;lectronique, hauts fourneaux, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;50. Il faut savoir accorder les moyens de pression et de dissuasion et la nature des&lt;br class='autobr' /&gt;
revendications. Par exemple, il est absurde, comme l'ont fait les ouvriers des &#233;tablissements&lt;br class='autobr' /&gt;
Sal&#233;e &#224; Li&#232;ge (septembre 1973), de menacer de faire sauter l'usine pour obtenir une entrevue&lt;br class='autobr' /&gt;
avec des parlementaires. Les recours &#224; des moyens extr&#234;mes doivent aboutir &#224; des mesures&lt;br class='autobr' /&gt;
radicales (par exemple &#224; la liquidation de l'ennemi &#233;tatiste, au d&#233;sarmement des forces&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;pressives, &#224; l'&#233;vacuation d'une ville ou d'une r&#233;gion par les flics et l'arm&#233;e).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;51. Ne prendre de risques que lorsque le r&#233;sultat en vaut la peine. Si l'isolement&lt;br class='autobr' /&gt;
menace, mieux vaut abandonner mais en pr&#233;voyant de nouvelles tentatives, en &#233;vitant la&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;pression et en tournant &#224; l'avantage des r&#233;volutionnaires chaque repli momentan&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;52. En cas de menace r&#233;pressive, envisager la destruction des lieux et des otages.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui ne peut &#234;tre d&#233;tourn&#233; au profit de tous peut &#234;tre d&#233;truit ; en cas de victoire, nous reconstruirons,&lt;br class='autobr' /&gt;
en cas de d&#233;faite, nous pr&#233;cipiterons la ruine de la marchandise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;53. Il faut renoncer une fois pour toutes aux manifestations de masse et aux affrontements&lt;br class='autobr' /&gt;
de type estudiantin (pav&#233;s, b&#226;ton, barricades). Pour prot&#233;ger la marchandise, les&lt;br class='autobr' /&gt;
flics n'h&#233;sitent pas &#224; tirer. Les commandos d'intervention doivent tr&#232;s vite aboutir au d&#233;sarmement&lt;br class='autobr' /&gt;
et &#224; la neutralisation des &#233;tatistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;54. Ne jamais faire confiance aux &#233;tatistes, n'accepter aucune tr&#234;ve, &#233;tendre le&lt;br class='autobr' /&gt;
mouvement aussi rapidement que possible, et ne pas oublier la f&#233;rocit&#233; des r&#233;pressions&lt;br class='autobr' /&gt;
bourgeoises et bureaucratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;i&gt;Avant la vague de gr&#232;ves sauvages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'EXERCICE INDIVIDUEL DU SABOTAGE ET DU DETOURNEMENT EST EFFICACE&lt;br class='autobr' /&gt;
QUAND IL ABOUTIT AU DECLENCHEMENT DE LA GR&#200;VE SAUVAGE.&lt;/i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;55. Chaque ouvrier a le droit de d&#233;tourner &#224; son usage les produits et les techniques&lt;br class='autobr' /&gt;
employ&#233;s jusqu'&#224; ce jour contre lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;56. Chaque ouvrier a le droit de saboter tout ce qui sert &#224; le d&#233;truire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;57. Le sabotage et le d&#233;tournement sont les gestes spontan&#233;s les plus r&#233;pandus en&lt;br class='autobr' /&gt;
milieu ouvrier. Il suffit d'en r&#233;pandre partout la bonne conscience et d'en redire l'utilit&#233; pour&lt;br class='autobr' /&gt;
les multiplier, les perfectionner et leur donner plus de coh&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;58. En 1972, un rapport pr&#233;sent&#233; par des fonctionnaires du Commissariat pour la&lt;br class='autobr' /&gt;
protection de l'Etat et pour le respect de la constitution, et par des responsables de la s&#233;curit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
dans l'industrie en R&#233;publique F&#233;d&#233;rale Allemande a relev&#233; les actes de sabotage &#233;conomiques&lt;br class='autobr' /&gt;
suivants :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Dans une fabrique de pneus, les solutions intervenant dans la fabrication de ceuxci&lt;br class='autobr' /&gt;
ont &#233;t&#233; plus d'une fois souill&#233;es par diff&#233;rents moyens.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Dans les environs d'une aci&#233;rie, deux hommes ont coup&#233; les vannes d'arriv&#233;e de&lt;br class='autobr' /&gt;
gaz, provoquant le refroidissement d'un haut-fourneau et, par l&#224;, des pertes &#224; la production&lt;br class='autobr' /&gt;
s'&#233;levant &#224; plusieurs millions de marks.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une firme fabriquant des tubes de t&#233;l&#233;vision devait faire face &#224; de nombreuses&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;clamations et se rendit compte que le verre avait &#233;t&#233; sali par l'addition de produits chimiques.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une cave contenant des machines de grande valeur a &#233;t&#233; inond&#233;e suite &#224; la section&lt;br class='autobr' /&gt;
d'une conduite d'eau.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Des inconnus ont vol&#233; des cartes perfor&#233;es dans un d&#233;p&#244;t organis&#233; par ordinateurs,&lt;br class='autobr' /&gt;
stoppant ainsi tout travail pendant quatre jours.&lt;br&gt;
Ces exemples, publi&#233;s par une revue allemande, donnent une id&#233;e de la cr&#233;ativit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
individuelle appliqu&#233;e au sabotage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;59. Le sabotage est plus passionnant que le bricolage, le jardinage ou le tierc&#233;. Soigneusement&lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;par&#233;, il risque d'arriver &#224; point pour d&#233;clencher la gr&#232;ve sauvage, l'occupation,&lt;br class='autobr' /&gt;
le d&#233;tournement de l'usine au profit de tous, et il amorce ainsi le contr&#244;le de chacun sur&lt;br class='autobr' /&gt;
sa propre vie quotidienne. Vieille tradition ouvri&#232;re, il permet, ici, de se d&#233;tendre les nerfs&lt;br class='autobr' /&gt;
en assouvissant une petite vengeance, et l&#224;, de gagner un peu de repos en attendant les r&#233;parations.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'aujourd'hui, il a rarement d&#233;pass&#233; le stade du bricolage. Tout le monde sait&lt;br class='autobr' /&gt;
que :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un marteau ou une barre de fer suffisent pour d&#233;truire un ordinateur, un prototype,&lt;br class='autobr' /&gt;
du mat&#233;riel de pr&#233;cision, les pointeuses, les robots qui contr&#244;lent et imposent le&lt;br class='autobr' /&gt;
rythme de production.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une source de chaleur approch&#233;e du d&#233;clencheur lib&#232;re l'eau des pommes d'arrosage&lt;br class='autobr' /&gt;
fix&#233;es dans le plafond des grands magasins et des zones de stockage.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un peu de limaille de fer dans le carburateur, de sucre dans le r&#233;servoir d'essence,&lt;br class='autobr' /&gt;
de sulforicinate d'ammoniaque dans le carter met hors d'usage la voiture d'un flic,&lt;br class='autobr' /&gt;
d'un patron, d'un jaune, d'un chef syndical.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La diffusion des num&#233;ros de t&#233;l&#233;phone des &#233;tatistes et du num&#233;ro min&#233;ralogique&lt;br class='autobr' /&gt;
de leur voiture peut servir d'arme de dissuasion et de d&#233;moralisation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais nous commen&#231;ons vraiment &#224; sortir de l'&#232;re du bricolage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;60. Plus le syst&#232;me marchand se complique, plus les moyens simples suffisent &#224; le&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;truire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;61. Le terrorisme est la r&#233;cup&#233;ration du sabotage, son id&#233;ologie, son image s&#233;par&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Autant il est utile, d&#232;s le d&#233;but des gr&#232;ves sauvages, de d&#233;truire les caisses enregistreuses&lt;br class='autobr' /&gt;
des super-march&#233;s, de donner l'argent des caisses au personnel en gr&#232;ve, d'organiser&lt;br class='autobr' /&gt;
une distribution sauvage des produits et d'expliquer ce que sera l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e,&lt;br class='autobr' /&gt;
autant il est absurde de d&#233;clencher la m&#234;me op&#233;ration sans liaison avec le mouvement de&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;tournement des usines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;62. La positivit&#233; du sabotage, c'est qu'habitu&#233;s &#224; conna&#238;tre mieux que les patrons&lt;br class='autobr' /&gt;
les fautes commises dans la production par suite de la course au profit, les ouvriers sont tout&lt;br class='autobr' /&gt;
aussi capables de les aggraver que de les corriger lorsqu'il s'agit de d&#233;tourner l'usine &#224; leur&lt;br class='autobr' /&gt;
profit. L'exp&#233;rience de Lip - initialement r&#233;cup&#233;r&#233;e parce qu'elle n'a pas r&#233;ussi &#224; rompre radicalement&lt;br class='autobr' /&gt;
avec le syst&#232;me marchand - a du moins soulign&#233; l'&#233;vidence que les ouvriers sont seuls arm&#233;s pour changer d&#233;finitivement le monde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les ouvriers de Lip ont montr&#233; jusqu'o&#249; ils n'ont pas r&#233;ussi &#224; aller assez (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans l'&#233;tat actuel des forces productives,&lt;br class='autobr' /&gt;
nous pouvons tout, et rien ne peut s'opposer durablement &#224; ce que nous en prenions&lt;br class='autobr' /&gt;
tous conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;63. Soumis &#224; toutes les ali&#233;nations, les ouvriers ont sur le reste du prol&#233;tariat&lt;br class='autobr' /&gt;
l'avantage de tenir entre leurs mains la cause de toutes les ali&#233;nations : le processus marchand.&lt;br class='autobr' /&gt;
Parce qu'ils n'ont que le pouvoir de d&#233;truire la totalit&#233; de ce qui les d&#233;truit, ils d&#233;tiennent&lt;br class='autobr' /&gt;
aussi la solution globale aux probl&#232;mes d'harmonisation, du d&#233;tournement de l'&#233;conomie&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; l'organisation de nouveaux rapports humains, fond&#233;s sur la gratuit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;64. Le sabotage est par excellence l'anti-travail, l'anti-militantisme, l'anti-sacrifice.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chacun le pr&#233;pare en recherchant &#224; la fois son propre plaisir, l'int&#233;r&#234;t de tous, un risque calcul&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
la facilit&#233; d'ex&#233;cution, l'occasion favorable. Il habitue &#224; l'autonomie et &#224; la cr&#233;ativit&#233;, et&lt;br class='autobr' /&gt;
sert de base r&#233;elle aux relations que les r&#233;volutionnaires souhaitent &#233;tablir entre eux. Il est le&lt;br class='autobr' /&gt;
jeu subversif o&#249; se brise la r&#233;cup&#233;ration bureaucratique. Voil&#224; une description de ce qui s'est&lt;br class='autobr' /&gt;
pass&#233; en 1963 dans une usine automobile proche de D&#233;troit :&lt;br&gt;
&#171; On commen&#231;a &#224; voir dans certaines parties de l'usine des actes de sabotage organis&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au d&#233;but, c'&#233;taient des fautes d'assemblage ou m&#234;me des omissions de pi&#232;ces &#224; une&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;chelle bien plus grande que la normale, Si bien que de nombreux moteurs &#233;taient rejet&#233;s &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
la premi&#232;re inspection. L'organisation de l'action entra&#238;na diff&#233;rents accords entre les v&#233;rificateurs&lt;br class='autobr' /&gt;
et quelques ateliers d'assemblage, avec des sentiments et des motivations m&#233;lang&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
chez les ouvriers concern&#233;s - certains d&#233;termin&#233;s, d'autres cherchant une sorte de vengeance,&lt;br class='autobr' /&gt;
d'autres encore participant seulement pour se marrer. Toujours est-il que le mouvement&lt;br class='autobr' /&gt;
se d&#233;veloppa rapidement dans une ambiance tr&#232;s enthousiaste...&lt;br&gt;
&#171; A la v&#233;rification et aux essais, au cas o&#249; le moteur aurait pass&#233; la cha&#238;ne sans&lt;br class='autobr' /&gt;
que des d&#233;fauts de fabrication s'y glissent, un bon coup de clef &#224; molette sur le filtre &#224; huile,&lt;br class='autobr' /&gt;
sur une couverture de bielle ou sur le distributeur, arrangeait toujours les choses. Parfois&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me les moteurs &#233;taient simplement rejet&#233;s parce qu'ils ne tournaient pas assez silencieusement...&lt;br&gt;
&#171; Les projets con&#231;us lors de ces r&#233;unions innombrables conduisirent finalement au&lt;br class='autobr' /&gt;
sabotage &#224; l'&#233;chelle de toute l'usine des moteurs V-8. Comme les six cylindres, les V-8&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;taient assembl&#233;s de fa&#231;on d&#233;fectueuse ou endommag&#233;s en cours de route pour qu'ils soient&lt;br class='autobr' /&gt;
rejet&#233;s. En plus de cela, les v&#233;rificateurs, &#224; l'essai, se mirent d'accord pour rejeter quelque&lt;br class='autobr' /&gt;
chose comme trois moteurs sur quatre ou cinq qu'ils testaient...&lt;br&gt;
&#171; Sans aucun aveu de sabotage de la part des gars, le chef fut forc&#233; de se lancer&lt;br class='autobr' /&gt;
dans un expos&#233; tortueux, qui lui troubla m&#234;me un peu les sens, en essayant d'expliquer aux&lt;br class='autobr' /&gt;
gars qu'ils ne devaient pas rejeter des moteurs qui &#233;taient de toute &#233;vidence de tr&#232;s mauvaise&lt;br class='autobr' /&gt;
qualit&#233;, mais sans pouvoir leur dire carr&#233;ment. Toutes ces tentatives furent vaines car les gars y all&#232;rent au toupet : ils lui affirm&#232;rent sans rel&#226;che que leurs int&#233;r&#234;ts et ceux de la&lt;br class='autobr' /&gt;
compagnie ne faisant qu'un, c'&#233;tait leur devoir d'assurer la fabrication de produits de premi&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
qualit&#233;...&lt;br&gt;
&#171; Un programme de sabotage rotatif au niveau de toute l'usine fut &#233;labor&#233; pendant&lt;br class='autobr' /&gt;
l'&#233;t&#233; pour gagner du temps libre. Lors d'une r&#233;union, les ouvriers prirent des num&#233;ros de 1 &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
50 ou plus. Il y eut des r&#233;unions similaires dans d'autres parties de l'usine. Chaque ouvrier&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;tait responsable d'une certaine p&#233;riode d'environ 20 minutes pendant les deux semaines &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
suivre, et lorsque sa p&#233;riode arrivait, il faisait quelque chose pour saboter la production dans&lt;br class='autobr' /&gt;
son atelier, si possible quelque chose d'assez grave pour arr&#234;ter toute la cha&#238;ne. D&#232;s que le&lt;br class='autobr' /&gt;
chef envoyait une &#233;quipe pour r&#233;parer la &#171; faute &#187;, la m&#234;me chose recommen&#231;ait dans un&lt;br class='autobr' /&gt;
autre endroit-cl&#233;. De cette mani&#232;re l'usine enti&#232;re se reposait entre 5 et 20 minutes par heure&lt;br class='autobr' /&gt;
pendant un bon nombre de semaines, &#224; cause soit d'un arr&#234;t de la cha&#238;ne, soit de l'absence de&lt;br class='autobr' /&gt;
moteurs sur la dite cha&#238;ne. Les techniques m&#234;mes employ&#233;es pour le sabotage sont tr&#232;s&lt;br class='autobr' /&gt;
nombreuses et vari&#233;es, et j'ignore celles qui furent employ&#233;es dans la plupart des ateliers.&lt;br&gt;
&#171; Ce qui est remarquable dans tout cela, c'est le niveau de coop&#233;ration et d'organisation&lt;br class='autobr' /&gt;
des ouvriers &#224; l'int&#233;rieur d'un m&#234;me atelier et aussi entre les diff&#233;rents ateliers. Tout&lt;br class='autobr' /&gt;
en &#233;tant une r&#233;action au besoin d'action commune, cette organisation est aussi un moyen de&lt;br class='autobr' /&gt;
faire fonctionner le sabotage, de faire des collectes, ou m&#234;me d'organiser des jeux et des&lt;br class='autobr' /&gt;
comp&#233;titions qui servent &#224; transformer la journ&#233;e de travail en une activit&#233; plaisante. Ce fut&lt;br class='autobr' /&gt;
ce qui se produisit &#224; l'atelier d'essai des moteurs...&lt;br&gt;
&#171; Les contr&#244;leurs, au banc d'essai des moteurs, organis&#232;rent un concours avec les&lt;br class='autobr' /&gt;
bielles qui n&#233;cessitait que des vigies soient post&#233;es aux entr&#233;es de l'atelier et que des accords&lt;br class='autobr' /&gt;
soient conclus avec les ouvriers de la cha&#238;ne de montage des moteurs, par exemple&lt;br class='autobr' /&gt;
pour qu'ils ne fixent pas enti&#232;rement les bielles de certains moteurs pris au hasard. Quand&lt;br class='autobr' /&gt;
un v&#233;rificateur sentait des vibrations douteuses, il criait &#224; tous de d&#233;gager l'atelier et les ouvriers&lt;br class='autobr' /&gt;
abandonnaient aussit&#244;t leur travail pour se mettre &#224; l'abri derri&#232;re les caisses et les&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;tag&#232;res. Ensuite, il lan&#231;ait le moteur &#224; 4 ou 5 000 tours minute. Celui-ci faisait toutes sortes&lt;br class='autobr' /&gt;
de bruits et de coups de ferraille pour finalement s'arr&#234;ter ; dans un grand claquement sec, la&lt;br class='autobr' /&gt;
bielle baladeuse crevant le carter &#233;tait projet&#233;e d'un seul coup &#224; l'autre bout de l'atelier. Les&lt;br class='autobr' /&gt;
gars sortaient alors de leurs abris en poussant des hourrahs et on marquait &#224; la craie sur le&lt;br class='autobr' /&gt;
mur un autre point pour ce v&#233;rificateur. Cette comp&#233;tition-l&#224; se prolongea pendant plusieurs&lt;br class='autobr' /&gt;
mois, entra&#238;nant l'&#233;clatement de plus de 150 moteurs. Et les paris allaient bon train.&lt;br&gt;
&#171; Dans un autre cas tout commen&#231;a par deux gars qui s'arrosaient par un jour de&lt;br class='autobr' /&gt;
chaleur avec les jets d'eau utilis&#233;s dans l'atelier d'essai. Cela se d&#233;veloppa en une bataille&lt;br class='autobr' /&gt;
rang&#233;e de jets d'eau dans tout l'atelier qui dura plusieurs jours. La plupart des moteurs&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;taient soit ignor&#233;s, soit simplement approuv&#233;s en vitesse pour que les gars soient libres&lt;br class='autobr' /&gt;
pour la bataille, et dans de nombreux cas les moteurs &#233;taient d&#233;truits ou endommag&#233;s pour&lt;br class='autobr' /&gt;
s'en d&#233;barrasser rapidement. Il y avait en g&#233;n&#233;ral 10 ou 15 jets d'eau en action dans ta bataille,&lt;br class='autobr' /&gt;
tous avec une pression d'eau comparable &#224; celle d'une lance &#224; incendie. Des jets d'eau&lt;br class='autobr' /&gt;
giclaient de partout, les gars fiaient, criaient et couraient dans tous les sens : dans cette atmosph&#232;re,&lt;br class='autobr' /&gt;
il y en avait bien peu qui &#233;taient d'humeur &#224; faire leur travail. L'atelier &#233;tait r&#233;guli&#232;rement&lt;br class='autobr' /&gt;
inond&#233; jusqu'au plafond et tous les gars compl&#232;tement tremp&#233;s. Bient&#244;t, ils apport&#232;rent&lt;br class='autobr' /&gt;
toutes sortes de pistolets &#224; eau, tuyaux d'arrosage et seaux, et le jeu prit des proportions&lt;br class='autobr' /&gt;
d'une foire &#233;norme pendant les heures. Un gars se promenait avec le bonnet de bain de&lt;br class='autobr' /&gt;
sa femme sur la t&#234;te, au grand amusement du reste de l'usine qui n'&#233;tait pas au courant de ce&lt;br class='autobr' /&gt;
qui se passait dans l'atelier des essais... &#187; (&#171; Lordstown 72 &#187;, brochure publi&#233;e par 4 millions&lt;br class='autobr' /&gt;
de Jeunes Travailleurs B. P. 8806, 75261 Paris Cedex 06).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;65. Le probl&#232;me de l'organisation est un probl&#232;me abstrait s'il ne r&#233;pond &#224; la question&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; qui organise et pourquoi ? &#187;. Les organisations constitu&#233;es en dehors des ouvriers ont&lt;br class='autobr' /&gt;
abouti, dans le meilleur des cas, &#224; l'impuissance pratique, et la plupart du temps au renouvellement&lt;br class='autobr' /&gt;
des appareils bureaucratiques. Les organisations constitu&#233;es au nom des ouvriers&lt;br class='autobr' /&gt;
ont, dans le meilleur des cas, cr&#233;&#233; des conditions de bureaucratisation, et la plupart du temps&lt;br class='autobr' /&gt;
sont devenues des instruments d'oppression para-&#233;tatiques. La seule forme d'organisation&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;ellement ouvri&#232;re et r&#233;volutionnaire, c'est l'assembl&#233;e des gr&#233;vistes sauvages devenant&lt;br class='autobr' /&gt;
assembl&#233;e d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e (voir 2e partie, 1). Ce qui la pr&#233;pare, ce ne sont pas&lt;br class='autobr' /&gt;
d'autres organisations, n&#233;cessairement hybrides et s&#233;par&#233;es, mais l'action r&#233;volutionnaire&lt;br class='autobr' /&gt;
pour laquelle il n'est besoin que de groupes d'intervention se formant pour une action pr&#233;cise&lt;br class='autobr' /&gt;
et se dissolvant quand une pratique pr&#233;cise ne les justifie plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;66. Les groupes &#233;ph&#233;m&#232;res, form&#233;s le temps d'une action pr&#233;cise et de l'exploitation&lt;br class='autobr' /&gt;
de ses effets, veilleront au respect de l'autonomie individuelle, au refus de tout militantisme,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; l'exclusion de tout sacrifice. La seule discipline sera celle adopt&#233;e apr&#232;s discussion&lt;br class='autobr' /&gt;
et r&#233;gl&#233;e sur les n&#233;cessit&#233;s de l'entreprise et de la protection contre tout risque de r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;67. Chaque r&#233;volutionnaire a le droit d'agir seul, en commandos ou groupes &#233;ph&#233;m&#232;res,&lt;br class='autobr' /&gt;
mais qu'il soit attentif &#224; ne pas agir s&#233;par&#233;ment, c'est-&#224;-dire en perdant de vue la ligne&lt;br class='autobr' /&gt;
tactique qui va des actes de sabotage et de d&#233;tournement &#224; la gr&#232;ve sauvage, et de la&lt;br class='autobr' /&gt;
gr&#232;ve sauvage &#224; l'occupation et au d&#233;tournement collectif des usines. Notre r&#233;volution est&lt;br class='autobr' /&gt;
une r&#233;volution totale et unitaire. Cela signifie, par exemple, que le sabotage ne se limite pas&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; l'anti-travail mais qu'il s'en prend globalement &#224; la marchandise, liquidant les attitudes&lt;br class='autobr' /&gt;
autoritaires, les tabous (inceste, r&#233;pression sexuelle), les conduites appropriatives (jalousie,&lt;br class='autobr' /&gt;
avarice), les mensonges de la repr&#233;sentation, etc. ; qu'il encourage partout la libert&#233; et le&lt;br class='autobr' /&gt;
renforcement des passions, l'harmonisation des d&#233;sirs et des volont&#233;s individuelles...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;68. Seuls des groupes d'autod&#233;fense, form&#233;s sur le projet d'une action pr&#233;cise et&lt;br class='autobr' /&gt;
disparaissant une fois le but atteint et la protection de tous assur&#233;e, peuvent pr&#233;parer de fa&#231;on&lt;br class='autobr' /&gt;
coh&#233;rente l'apparition de conditions favorables &#224; l'&#233;tablissement d'assembl&#233;es d'autogestion&lt;br class='autobr' /&gt;
g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;69. Les ouvriers anti-travail, anti-partis, anti-syndicats, anti-marchandise, antisacrifice,&lt;br class='autobr' /&gt;
anti-hi&#233;rarchie formeront les groupes occasionnels d'autod&#233;fense. Les &#171; voyous&lt;br class='autobr' /&gt;
d'usine &#187;, comme les appelle le front des &#233;tatistes (des fascistes aux mao&#239;stes) forment la&lt;br class='autobr' /&gt;
base d'un mouvement sans laquelle l'action des &#171; voyous de quartier &#187; tombe dans le terrorisme,&lt;br class='autobr' /&gt;
et d'o&#249; na&#238;tront n&#233;cessairement les assembl&#233;es d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;70. La meilleure garantie de s&#233;curit&#233; dont peut s'entourer un groupe de sabotage et&lt;br class='autobr' /&gt;
de d&#233;tournement, c'est le d&#233;clenchement d'un mouvement collectif d'enthousiasme r&#233;volutionnaire&lt;br class='autobr' /&gt;
chez l'ensemble des ouvriers et de la population. Le meilleur anonymat, c'est l'adh&#233;sion&lt;br class='autobr' /&gt;
du plus grand nombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;71. L'absence de d&#233;cisions prises hi&#233;rarchiquement limite les risques de manipulation&lt;br class='autobr' /&gt;
polici&#232;re ou de machination bureaucratique. Tout groupe &#233;ph&#233;m&#232;re d'intervention&lt;br class='autobr' /&gt;
a n&#233;anmoins int&#233;r&#234;t &#224; :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Se constituer entre gens qui se connaissent bien.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Tenir compte des capacit&#233;s et des faiblesses de chacun, et les accorder &#224; l'action.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Pr&#233;voir l'&#233;chec du plan par trahison ou d&#233;faillance, et pr&#233;parer les diff&#233;rentes ripostes&lt;br class='autobr' /&gt;
possibles en veillant &#224; &#233;viter toute r&#233;pression g&#233;n&#233;rale (par exemple en prenant des&lt;br class='autobr' /&gt;
otages et en mettant au point l'extermination des exterminateurs probables et de leurs complices,&lt;br class='autobr' /&gt;
etc.), &#224; lancer une deuxi&#232;me vague d'actions qui corrigent les premi&#232;res, &#224; tirer la&lt;br class='autobr' /&gt;
le&#231;on des &#233;checs, &#224; transformer pratiquement tout &#233;chec en &#233;chec des &#233;tatistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;72. D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, une action subversive, lanc&#233;e par un groupe de gu&#233;rilla&lt;br class='autobr' /&gt;
contre le syst&#232;me dominant, devrait r&#233;pondre au moins &#224; quatre pr&#233;occupations :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Exp&#233;rimenter la cr&#233;ativit&#233; et l'autonomie individuelles tout en affinant les relations&lt;br class='autobr' /&gt;
d'accords et de d&#233;saccords entre les participants.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Etudier les modalit&#233;s de r&#233;pression probable et la fa&#231;on de riposter tr&#232;s vite&lt;br class='autobr' /&gt;
pour le profit du plus grand nombre.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Porter la lutte sur tous les aspects de la vie quotidienne, qui est le lieu r&#233;el o&#249;&lt;br class='autobr' /&gt;
s'enregistrent les progr&#232;s et les manques de la longue r&#233;volution.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; Avoir en vue la jouissance r&#233;elle et la qualit&#233; de vie pour tous les ouvriers d'une&lt;br class='autobr' /&gt;
usine, pour tout un quartier, pour le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;73. Le crit&#232;re de r&#233;ussite se mesure &#224; la rapidit&#233; du passage du sabotage et du d&#233;tournement&lt;br class='autobr' /&gt;
individuels &#224; la gr&#232;ve sauvage et au d&#233;tournement collectif. C'est la seule pratique&lt;br class='autobr' /&gt;
qui amorce le projet d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;74. La base de l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e n'est pas l'individu mais l'individu r&#233;volutionnaire,&lt;br class='autobr' /&gt;
n'ob&#233;issant qu'a un engagement momentan&#233; sur un objectif particulier et &#224; son&lt;br class='autobr' /&gt;
propre plaisir pouss&#233; jusqu'&#224; la coh&#233;rence globale ; ne s'inf&#233;odant &#224; aucun f&#233;tichisme organisationnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;75. Un acte de sabotage ou de d&#233;tournement, qu'il soit individuel ou collectif, ne&lt;br class='autobr' /&gt;
s'improvise pas mais se pr&#233;pare comme une op&#233;ration de harc&#232;lement. Calculer le moment&lt;br class='autobr' /&gt;
opportun, le rapport des forces engag&#233;es de part et d'autre, la disposition des lieux, les d&#233;fections&lt;br class='autobr' /&gt;
et les erreurs possibles et toute la gamme de leur correction, les chances de repli,&lt;br class='autobr' /&gt;
les risques. Lier l'action &#224; une strat&#233;gie globale dont le centre soit toujours la construction&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;76. Il est bon d'organiser la diffusion de renseignements sur les usines, les casernes,&lt;br class='autobr' /&gt;
les b&#226;timents de t&#233;l&#233;communication... afin que les plans d'acc&#232;s, les m&#233;thodes de sabotage,&lt;br class='autobr' /&gt;
les modes de fonctionnement soient entre les mains de plusieurs et &#224; la disposition de&lt;br class='autobr' /&gt;
beaucoup d'esprits cr&#233;atifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;77. Il est bon que des textes comme celui-ci soient discut&#233;s, critiqu&#233;s, corrig&#233;s,&lt;br class='autobr' /&gt;
mais non dans l'abstraction. Seule la pratique porte en elle la critique r&#233;elle du projet r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;78. De m&#234;me, la meilleure fa&#231;on d'en finir avec les id&#233;ologies et leurs arm&#233;es de&lt;br class='autobr' /&gt;
bureaucrates, c'est de lutter avec la plus grande coh&#233;rence et la plus grande pr&#233;cision pour&lt;br class='autobr' /&gt;
l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e. D&#232;s que les gr&#232;ves sauvages permettront de former des assembl&#233;es d'autogestion, avec leurs d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;lus, responsables et r&#233;vocables, d&#232;s que la gratuit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
des biens sera appliqu&#233;e, les id&#233;ologues verront la critique en armes se dresser contre leurs&lt;br class='autobr' /&gt;
vis&#233;es &#233;tatiques et bureaucratiques et d&#233;noncer d&#233;finitivement les mensonges derri&#232;re lesquels&lt;br class='autobr' /&gt;
ils se dissimulent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;79. L'&#233;vidence th&#233;orique selon laquelle &#171; le droit de vivre passionn&#233;ment passe par&lt;br class='autobr' /&gt;
la liquidation totale du syst&#232;me spectaculaire-marchand &#187; doit maintenant atteindre &#224; une&lt;br class='autobr' /&gt;
coh&#233;rence pratique qui va du projet strat&#233;gique global aux moindres d&#233;tails de la lutte tactique.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pourquoi, il n'est pas inutile que chacun r&#233;dige et diffuse ses recettes de jeu subversif&lt;br class='autobr' /&gt;
(par exemple qu'il est possible de d&#233;loger n'importe quel ennemi de son local en jetant,&lt;br class='autobr' /&gt;
fix&#233;s ensemble, une bouteille d'eau de javel - hypochlorite de sodium - et un flacon de&lt;br class='autobr' /&gt;
produit pour d&#233;tartrer et d&#233;boucher les &#233;viers et les WC - &#224; base d'hydrate de sodium ;&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'une heure avant d'&#234;tre soumis &#224; un tir de grenades lacrimog&#232;nes, il faut absorber des&lt;br class='autobr' /&gt;
comprim&#233;s d'anti-histaminique (rumicine) ; etc.). Il conviendra de se m&#233;fier des fausses indications&lt;br class='autobr' /&gt;
donn&#233;es par les flics eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;80. La lutte pour la destruction radicale de la marchandise est ins&#233;parable de la&lt;br class='autobr' /&gt;
construction quotidienne d'une vie passionnante, lib&#233;r&#233;e des tabous et des contraintes. Tout&lt;br class='autobr' /&gt;
projet r&#233;volutionnaire s'appuie n&#233;cessairement sur la recherche d'un enrichissement passionnel,&lt;br class='autobr' /&gt;
sur un calcul et un jeu du risque et du plaisir (risque minimum, plaisir maximum).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;CHAPITRE III &lt;br&gt;
L'AUTOGESTION GENERALISEE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;1. L'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e est l'organisation sociale du pouvoir reconnu &#224; chacun&lt;br class='autobr' /&gt;
sur sa vie quotidienne et exerc&#233; directement soit par les individus eux-m&#234;mes, soit par les&lt;br class='autobr' /&gt;
assembl&#233;es d'autogestion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Elle est apparue dans l'histoire du mouvement ouvrier chaque fois que la base a&lt;br class='autobr' /&gt;
voulu imposer et r&#233;aliser ses propres d&#233;cisions sans abandonner son pouvoir &#224; des chefs et&lt;br class='autobr' /&gt;
sans se laisser guider par aucune id&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Elle a &#233;t&#233; &#233;cras&#233;e par l'effet conjugu&#233; de sa faiblesse constitutive, de ses irr&#233;solutions&lt;br class='autobr' /&gt;
et confusions, de son isolement, et des dirigeants qu'elle a commis l'erreur de se donner&lt;br class='autobr' /&gt;
ou de tol&#233;rer et qui l'ont men&#233;e &#224; sa perte en pr&#233;tendant l'ordonner et la fortifier. Les&lt;br class='autobr' /&gt;
exemples les plus riches d'enseignements sont les conseils ouvriers apparus en Russie en&lt;br class='autobr' /&gt;
1905 (&#233;cras&#233;s par le tsarisme), 1917 (r&#233;cup&#233;r&#233;s et d&#233;truits par les bolcheviks), 1921 (&#233;cras&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; Cronstadt par L&#233;nine et Trotsky) ; en Allemagne en 1918 (&#233;cras&#233;s par les socialistes) ; en&lt;br class='autobr' /&gt;
Italie en 1920 (d&#233;truits par les socialistes et les syndicats) ; en Espagne en 1934 (r&#233;volution&lt;br class='autobr' /&gt;
asturienne &#233;cras&#233;e par le gouvernement r&#233;publicain), en 1936-1937 (r&#233;cup&#233;r&#233;s par le syndicat&lt;br class='autobr' /&gt;
anarchiste et &#233;cras&#233;s par les staliniens) ; en Hongrie en 1956 (&#233;cras&#233;s par l'Etat dit sovi&#233;tique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Il n'y a pas de r&#233;volution possible hors du retour, du renforcement d&#233;finitif et de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'expansion internationale du mouvement de l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Le mouvement d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e na&#238;t dans le fonctionnement des assembl&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt;
et de leurs conseils de coordination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. C'est de la lutte de classes que vient l'assembl&#233;e d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Elle&lt;br class='autobr' /&gt;
exprime de la fa&#231;on la plus simple la volont&#233; du prol&#233;tariat de liquider la bourgeoisie et de&lt;br class='autobr' /&gt;
se liquider en tant que classe ; sa d&#233;cision de ne plus assister en spectateur &#224; sa propre d&#233;ch&#233;ance&lt;br class='autobr' /&gt;
et aux repr&#233;sentations mensong&#232;res qui la dissimulent tant bien que mal ; sa r&#233;solution&lt;br class='autobr' /&gt;
de ne plus subir l'histoire mais de la faire &#224; son profit et au profit de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. L'assembl&#233;e d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e n'est rien d'autre que l'assembl&#233;e de gr&#232;ve&lt;br class='autobr' /&gt;
constitu&#233;e par les travailleurs d&#232;s l'occupation des usines, et qui s'&#233;tend aussi vite que possible&lt;br class='autobr' /&gt;
du lieu de travail au quartier environnant et &#224; la r&#233;gion. Son projet n'a rien d'abstrait ou&lt;br class='autobr' /&gt;
de politique : n est au contraire centr&#233; sur la vie quotidienne de chacun et sur ses possibilit&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
d'enrichissement passionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Le conseil groupe l'ensemble des d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;lus par l'assembl&#233;e, charg&#233;s d'un&lt;br class='autobr' /&gt;
mandat pr&#233;cis, contr&#244;l&#233;s et r&#233;vocables &#224; chaque instant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Le conseil a essentiellement une fonction de coordination. Il est indissociable de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'assembl&#233;e. Ses membres rel&#232;vent exclusivement de ceux qui les ont &#233;lus dans un but bien pr&#233;cis ; ils n'exercent aucun pouvoir par eux-m&#234;mes mais ont seulement toute la libert&#233; de&lt;br class='autobr' /&gt;
cr&#233;ativit&#233; n&#233;cessaire pour arriver au r&#233;sultat qui leur a &#233;t&#233; assign&#233;. Si jamais une s&#233;paration&lt;br class='autobr' /&gt;
apparaissait entre leurs int&#233;r&#234;ts et ceux de leurs &#233;lecteurs, le conseil deviendrait comit&#233; et,&lt;br class='autobr' /&gt;
en s'arrogeant un pouvoir autonome, ouvrirait la voie vers un nouvel Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. M&#234;me au degr&#233; d'expansion le plus vaste, l'ensemble des assembl&#233;es d'autogestion&lt;br class='autobr' /&gt;
g&#233;n&#233;ralis&#233;e ne cesse de contr&#244;ler en permanence, par tous les moyens de la t&#233;l&#233;communication,&lt;br class='autobr' /&gt;
l'efficacit&#233; des d&#233;l&#233;gu&#233;s dans la mission dont ils ont &#233;t&#233; charg&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;i&gt;Des droits positifs r&#233;volutionnaires&lt;/i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. Les droits positifs r&#233;volutionnaires sont l'ensemble croissant des droits individuels&lt;br class='autobr' /&gt;
de jouissance, garantis par le fonctionnement m&#234;me de la nouvelle organisation sociale.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; N&#233;s de la lutte contre le syst&#232;me marchand et concr&#233;tis&#233;s d&#232;s les premi&#232;res mesures&lt;br class='autobr' /&gt;
prises par les assembl&#233;es d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e, ils constituent un acquis en de&#231;&#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
duquel il est impossible de revenir.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Form&#233;s par les demandes pr&#233;sent&#233;es dans l'assembl&#233;e d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e,&lt;br class='autobr' /&gt;
et qui ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;es imm&#233;diatement, harmonis&#233;es ou diff&#233;r&#233;es par manque momentan&#233; de&lt;br class='autobr' /&gt;
moyens, ils composent un code perp&#233;tuel des droits possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. Dans le refus de la survie, les droits &#224; la jouissance apparaissent sous une&lt;br class='autobr' /&gt;
forme n&#233;gative. Nous en prenons conscience dans des revendications anti-Etat, anti-bureaucratie,&lt;br class='autobr' /&gt;
anti-travail, anti-&#233;change, anti-sacrifice, anti-propri&#233;t&#233; priv&#233;e, anti-quantiatif, antiid&#233;ologie,&lt;br class='autobr' /&gt;
anti-hi&#233;rarchie. Ainsi n avons-nous qu'une id&#233;e appauvrie du bonheur in&#233;puisable&lt;br class='autobr' /&gt;
que la destruction d'un syst&#232;me de contraintes et de mensonges peut mettre &#224; notre port&#233;e du&lt;br class='autobr' /&gt;
jour au lendemain. En r&#233;alisant positivement des d&#233;sirs jusqu'&#224; ce jour r&#233;prim&#233;s, engorg&#233;s,&lt;br class='autobr' /&gt;
falsifi&#233;s, l'assembl&#233;e d'autogestion va d&#233;barrasser authentiquement les passions de ce qui les&lt;br class='autobr' /&gt;
corrompt et les harmoniser de telle sorte que disparaissent une fois pour toutes les s&#233;quelles&lt;br class='autobr' /&gt;
psychologiques de la survie (jalousie, avarice, prestige, autoritarisme, go&#251;t de la soumission&lt;br class='autobr' /&gt;
et du viol...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. Pour que le mouvement d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e soit vrai, il faut que son pouvoir&lt;br class='autobr' /&gt;
soit absolu dans les zones lib&#233;r&#233;es nous voulons l'autogestion des libert&#233;s, non l'autogestion&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'oppression et du mensonge, qui n'est que l'oppression et le mensonge au nom de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'autogestion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. il ne s'agit pas de condamner un d&#233;sir, une passion tourn&#233;s vers l'angoisse ou la&lt;br class='autobr' /&gt;
destruction mais de les rendre caducs par la multiplicit&#233; des jouissances possibles. Toutes&lt;br class='autobr' /&gt;
les demandes passionnelles m&#233;ritent ainsi d'&#234;tre pr&#233;sent&#233;es &#224; l'assembl&#233;e d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
afin d'y &#234;tre r&#233;alis&#233;es, harmonis&#233;es par offres et demandes, d&#233;velopp&#233;es du simple&lt;br class='autobr' /&gt;
au compos&#233;, multipli&#233;es et raffin&#233;es. S'il est vrai que les r&#233;volutionnaires formeront les premi&#232;res&lt;br class='autobr' /&gt;
assembl&#233;es d'autogestion, ce sont aussi ces assembl&#233;es qui formeront les r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. Les droits positifs r&#233;volutionnaires sont la pratique d'individus concrets, non les principes abstraits du citoyen ou de l'Homme en soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16. Il ne suffit pas que chaque individu connaisse et s'invente des droits en exp&#233;rimentant&lt;br class='autobr' /&gt;
leur pratique, il faut surtout que l'organisation sociale soit ainsi faite qu'elle puisse&lt;br class='autobr' /&gt;
seulement renforcer, enrichir et multiplier ces droits individuels. Nous ne voulons pas une&lt;br class='autobr' /&gt;
nouvelle d&#233;claration des Droits de l'Homme mais les droits r&#233;els qui d&#233;coulent du fonctionnement&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me de l'organisation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17. Les droits positifs r&#233;volutionnaires s'expriment partout dans la vie sociale&lt;br class='autobr' /&gt;
gr&#226;ce au fonctionnement des assembl&#233;es d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Plus ce fonctionnement&lt;br class='autobr' /&gt;
sera simple, plus la complexit&#233; des exigences individuelles augmentera et plus la demande&lt;br class='autobr' /&gt;
passionnelle pourra se satisfaire sans m&#234;me passer par les assembl&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18. Plus d&#233;cisifs seront les coups port&#233;s au syst&#232;me marchand et &#224; l'Etat, mieux&lt;br class='autobr' /&gt;
l'harmonisation des int&#233;r&#234;ts, des d&#233;sirs et des passions individuels fera de chacun le ma&#238;tre&lt;br class='autobr' /&gt;
de sa vie quotidienne. Pendant la phase de t&#226;tonnements et d'erreurs, il importe surtout de&lt;br class='autobr' /&gt;
rendre impossible toute forme de r&#233;pression &#224; l'int&#233;rieur de la soci&#233;t&#233; d'autogestion. Hors de&lt;br class='autobr' /&gt;
la guerre d'autod&#233;fense qui vise &#224; l'&#233;limination des &#233;tatistes.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Personne n'est condamnable pour ce qu'il a &#233;t&#233; avant la r&#233;volution. Seule l'attitude&lt;br class='autobr' /&gt;
pendant la lutte est d&#233;terminante. Ainsi, &#224; Alcorisa, en Aragon, lors des &#233;meutes de&lt;br class='autobr' /&gt;
1933, les anarchistes avaient tir&#233; sur le notaire du village, qui en resta boiteux jusqu'&#224; sa&lt;br class='autobr' /&gt;
mort. En 1936, le village fut collectivis&#233; et le notaire entra dans la collectivit&#233;, car tout le&lt;br class='autobr' /&gt;
village l'&#233;tait. Un an plus tard, avec le renforcement de la bourgeoisie gr&#226;ce au parti communiste&lt;br class='autobr' /&gt;
et aux efforts des staliniens pour d&#233;truire les collectivit&#233;s, une minorit&#233; de petits&lt;br class='autobr' /&gt;
paysans voulut sortir en entra&#238;nant les autres. Le notaire s'opposa alors &#224; leur argumentation&lt;br class='autobr' /&gt;
et dit : &#171; Auparavant, j'avais une propri&#233;t&#233; qui faisait tant d'hectares. Maintenant, dans la&lt;br class='autobr' /&gt;
collectivit&#233;, tout m'appartient et je suis bien plus riche. &#187; Ce notaire devenu r&#233;volutionnaire&lt;br class='autobr' /&gt;
fut fusill&#233; par les franquistes en 1939 &#224; Barcelone.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Autant la rigueur doit l'emporter dans le combat, autant il convient, une fois la&lt;br class='autobr' /&gt;
victoire assur&#233;e, de rendre caduque la notion de &#171; suspect &#187; en diversifiant les rapports ludiques.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Seul compte le r&#233;sultat pratique. Que les rapports de jugement s'effacent au profit&lt;br class='autobr' /&gt;
des rapports d'harmonisation. Le manquement aux droits individuels n'appelle aucun autre&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; ch&#226;timent &#187; que sa correction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;i&gt;Du droit d'autod&#233;fense&lt;/i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19. L'autod&#233;fense est le premier droit des r&#233;volutionnaires. Tant que les armes ne&lt;br class='autobr' /&gt;
seront pas devenues inutiles, chacun aura le droit d'&#234;tre arm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20. L'assembl&#233;e s'organise imm&#233;diatement en groupes d'autod&#233;fense charg&#233;s entre&lt;br class='autobr' /&gt;
autres de :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La gu&#233;rilla en zones non lib&#233;r&#233;es, avec destruction des centres &#233;conomiques vitaux&lt;br class='autobr' /&gt;
pour les &#233;tatistes et attentats visant &#224; la d&#233;sorganisation de l'ennemi.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La production d'armes nouvelles.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La mise au point de tactiques insolites.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La protection des usines prioritaires, des sources d'approvisionnement, des d&#233;p&#244;ts, des zones de stockage, des centres de soins, des t&#233;l&#233;communications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21. A travers les t&#226;tonnements et les erreurs in&#233;vitables, la meilleure garantie de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'autod&#233;fense r&#233;side dans la preuve apport&#233;e &#224; tous, pratiquement et imm&#233;diatement, que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; L'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e assure &#224; chaque individu une hausse instantan&#233;e de la&lt;br class='autobr' /&gt;
qualit&#233; de vie quotidienne (primaut&#233; des passions d&#233;sali&#233;n&#233;es, abolition du travail forc&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
construction de vrais rapports humains... ).&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; La r&#233;gression vers l'&#233;change, l'argent, la hi&#233;rarchie, la marchandise devient subjectivement&lt;br class='autobr' /&gt;
odieuse et objectivement impossible.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; La liquidation du syst&#232;me marchand change radicalement le sens des int&#233;r&#234;ts et&lt;br class='autobr' /&gt;
des pr&#233;occupations humaines. D&#233;barrass&#233;s des probl&#232;mes de survie, nous n'aurons enfin que&lt;br class='autobr' /&gt;
le souci d'apprendre &#224; vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22. L'acquisition de droits multiples et de plus en plus riches est la meilleure arme&lt;br class='autobr' /&gt;
du combattant r&#233;volutionnaire. Nous n'avons que faire d'exhortations ou de le&#231;ons. Nous&lt;br class='autobr' /&gt;
ne sommes pas des h&#233;ros mais les conqu&#233;rants de passions nouvelles, les enrag&#233;s d'un plaisir&lt;br class='autobr' /&gt;
sans r&#233;serve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23. L'expansion du mouvement d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e - une expansion qui doit&lt;br class='autobr' /&gt;
atteindre rapidement et n&#233;cessairement une dimension internationale - tient principalement&lt;br class='autobr' /&gt;
aux progr&#232;s de l1&#233;mancipation individuelle, assur&#233;e par la transformation collective des&lt;br class='autobr' /&gt;
conditions historiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24. La lutte contre l'isolement qui menace les tentatives d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
implique un bouleversement simultan&#233; du temps et de l'espace :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Modifier l'espace g&#233;ographique en instaurant le r&#232;gne de la gratuit&#233; des biens, la&lt;br class='autobr' /&gt;
conqu&#234;te de secteurs &#233;conomiques compl&#233;mentaires (notamment une zone industrielle une&lt;br class='autobr' /&gt;
zone agricole + les sources de mati&#232;res premi&#232;res), la cr&#233;ation de &#171; polyindustries &#187; automatis&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt;
et capables de fournir la plus grande diversit&#233; de produits.&lt;br&gt;
Et ins&#233;parablement,&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Cr&#233;er les conditions de passage du temps de l'ennui et de la passivit&#233; &#224; un temps&lt;br class='autobr' /&gt;
de cr&#233;ativit&#233; et de passions multiples, en sorte que les gens vivent sur un autre rythme et&lt;br class='autobr' /&gt;
dans un ensemble d'unit&#233;s d'espace et de temps qu'ils contr&#244;lent et transforment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25. Le changement qualitatif de la vie quotidienne est une exigence absolue dans&lt;br class='autobr' /&gt;
la soci&#233;t&#233; d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Elle exclut tout compromis avec les forces du vieux&lt;br class='autobr' /&gt;
monde. C'est pour n'avoir pas &#233;t&#233; assez de l'avant et avoir pactis&#233; avec la canaille r&#233;formiste&lt;br class='autobr' /&gt;
et stalinienne que les r&#233;volutionnaires espagnols se sont condamn&#233;s &#224; l'extermination de&lt;br class='autobr' /&gt;
1937.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26. L'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e n'a ni programme minimum ni programme maximum.&lt;br class='autobr' /&gt;
Son sort est li&#233; &#224; celui des assembl&#233;es, &#224; leur d&#233;veloppement coh&#233;rent ou &#224; leur d&#233;p&#233;rissement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques r&#233;alisations ins&#233;parables et imm&#233;diatement applicables permettent de&lt;br class='autobr' /&gt;
juger de sa r&#233;ussite ou de son &#233;chec l'abolition de tout pouvoir &#233;tatique ou para-&#233;tatique,&lt;br class='autobr' /&gt;
l'appropriation par les producteurs de tous les moyens de production, la fin du travail par la&lt;br class='autobr' /&gt;
cr&#233;ation collective, la fin des &#233;changes par le don g&#233;n&#233;ralis&#233;, la fin de la survie et du spectacle&lt;br class='autobr' /&gt;
par la construction individuelle de la vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;i&gt;Du droit de participation&lt;/i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27. Tout individu a le droit de :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Participer &#224; l'assembl&#233;e d'autogestion de son choix.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Elire des d&#233;l&#233;gu&#233;s.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Etre &#233;lu comme d&#233;l&#233;gu&#233;.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; Saisir l'assembl&#233;e de ses revendications, prendre la parole pour les d&#233;fendre et&lt;br class='autobr' /&gt;
disposer, pour les faire conna&#238;tre, de toutes les techniques aux mains de la collectivit&#233;.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;e)&lt;/i&gt; Jouir dans l'ensemble de sa vie quotidienne des enrichissements dont il b&#233;n&#233;ficie&lt;br class='autobr' /&gt;
dans l'assembl&#233;e d'autogestion, ceux-ci constituant un minimum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28. Tout d&#233;l&#233;gu&#233; s'engage &#224; d&#233;fendre les mandats pour lesquels il a &#233;t&#233; &#233;lu. Il en&lt;br class='autobr' /&gt;
assure l'ex&#233;cution par tous les moyens. Son &#233;lection ne lui accorde aucun privil&#232;ge ; sa r&#233;vocation&lt;br class='autobr' /&gt;
n'entra&#238;ne donc aucun discr&#233;dit. Le seul crit&#232;re qui d&#233;cide de sa r&#233;vocation ou de&lt;br class='autobr' /&gt;
son maintien, c'est le r&#233;sultat de ses d&#233;marches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29. Les membres de l'assembl&#233;e ne d&#233;l&#232;guent pas leur pouvoir : le d&#233;l&#233;gu&#233; n'est&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'un moment dans le mouvement de r&#233;alisation du pouvoir de tous et de chacun ; il n'en est&lt;br class='autobr' /&gt;
jamais s&#233;par&#233;. C'est pour emp&#234;cher cette s&#233;paration que les membres doivent rester en&lt;br class='autobr' /&gt;
contact permanent avec leur d&#233;l&#233;gu&#233; et user des t&#233;l&#233;communications moins dans un esprit&lt;br class='autobr' /&gt;
de contr&#244;le qu'afin de lui permettre la consultation &#224; chaque instant de son mandat. Cette&lt;br class='autobr' /&gt;
communication que les membres de l'assembl&#233;e exigent en permanence de leurs d&#233;l&#233;gu&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
ne concerne que la mission qu'ils ont accept&#233; de remplir. Elle n'agit pas comme une entrave&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; leur cr&#233;ativit&#233; mais veille seulement &#224; l'heureux aboutissement du mandat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30. Tout d&#233;l&#233;gu&#233; a le droit de d&#233;missionner. Il semble n&#233;anmoins qu'un tel droit&lt;br class='autobr' /&gt;
tombe momentan&#233;ment sous certaines r&#233;serves dans la p&#233;riode d'autod&#233;fense. On voit mal&lt;br class='autobr' /&gt;
un volontaire de section d'assaut abandonner ses camarades &#224; l'instant de d&#233;clencher une&lt;br class='autobr' /&gt;
op&#233;ration arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31. Sans pr&#233;sumer de la forme que les conditions historiques pr&#234;teront au conseil&lt;br class='autobr' /&gt;
des d&#233;l&#233;gu&#233;s de l'assembl&#233;e d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e, il est peut-&#234;tre utile de pr&#233;voir quatre&lt;br class='autobr' /&gt;
sections &#233;troitement unies :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Une section d'&#233;quipement, charg&#233;e de coordonner les offres de production et les&lt;br class='autobr' /&gt;
demandes de distribution ; d'&#233;quilibrer les stocks de production et les stocks &#224; distribuer ; de&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;gler les rapports entre les zones industrielles et les zones agricoles en mettant tout en oeuvre&lt;br class='autobr' /&gt;
pour aboutir &#224; leur fusion.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Une section d'autod&#233;fense, charg&#233;e d'organiser la gu&#233;rilla, la lib&#233;ration des territoires&lt;br class='autobr' /&gt;
contr&#244;l&#233;s par les &#233;tatistes et la protection des usines prioritaires, des stocks et des centres&lt;br class='autobr' /&gt;
de mati&#232;res premi&#232;res.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Une section d'harmonisation, charg&#233;e de coordonner les offres et les demandes&lt;br class='autobr' /&gt;
passionnelles, d'harmoniser la pluralit&#233; des d&#233;sirs, d'aider &#224; la r&#233;alisation des caprices particuliers.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; Une section de liaison, charg&#233;e des relations avec les assembl&#233;es et leurs&lt;br class='autobr' /&gt;
conseils de d&#233;l&#233;gu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;32. La division des conseils en diff&#233;rentes sections correspond &#224; un premier effort&lt;br class='autobr' /&gt;
de coordination des demandes et des offres les plus diverses. Mais il n'existe aucune s&#233;paration entre les sections ; bien plus, elles travaillent en commun et aident &#224; fonder sur des bases&lt;br class='autobr' /&gt;
concr&#232;tes l'esprit de totalit&#233;. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s participent aux r&#233;unions et au travail de toutes&lt;br class='autobr' /&gt;
les sections du conseil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;33. Sauf en mati&#232;re d'autod&#233;fense - et si la strat&#233;gie l'exige -, aucune d&#233;cision prise&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; la majorit&#233; des votes n'exclut les autres revendications. Si une revendication ne peut &#234;tre&lt;br class='autobr' /&gt;
satisfaite (parce que l'&#233;quipement mat&#233;riel n&#233;cessaire &#224; sa r&#233;alisation fait d&#233;faut, ou encore&lt;br class='autobr' /&gt;
parce qu'elle manifeste une r&#233;gression vers des conduites anciennes et ali&#233;nantes), elle est&lt;br class='autobr' /&gt;
prise en charge par les d&#233;l&#233;gu&#233;s de la section d'harmonisation. Ceux-ci veillent &#224; &#233;viter son&lt;br class='autobr' /&gt;
engorgement et ont pour mandat de la r&#233;aliser selon les voeux du demandeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;34. Chacun a le droit de pr&#233;senter et de d&#233;fendre ses revendications jusqu'&#224; satisfaction.&lt;br class='autobr' /&gt;
(Voir III, 82 et 88).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;35. Tout ce qui s'harmonise spontan&#233;ment n'a pas besoin de passer par l'assembl&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e. La diversit&#233; des occupations attrayantes, la multiplication des&lt;br class='autobr' /&gt;
aventures, le go&#251;t du changement, le jeu des intrigues, des rencontres, des enthousiasmes&lt;br class='autobr' /&gt;
atteignent &#224; un tel d&#233;veloppement que seul s'harmonise avec l'aide de l'assembl&#233;e ce qui n'a&lt;br class='autobr' /&gt;
pas encore trouv&#233; &#224; s'harmoniser au hasard de la vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;36.Les membres de l'assembl&#233;e fixent la fr&#233;quence des r&#233;unions selon les urgences&lt;br class='autobr' /&gt;
du moment. L'int&#233;r&#234;t et le plaisir de chacun d&#233;terminent la participation aux assembl&#233;es, et&lt;br class='autobr' /&gt;
non pas le volontarisme, ni &#233;videmment la contrainte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;37. Le renforcement des possibilit&#233;s et l'enrichissement des r&#233;gions et de leurs assembl&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt;
est la meilleure garantie de rapports internationaux fond&#233;s sur le don et le ludique.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'autre part, l'internationale des assembl&#233;es et de leurs conseils assure les plus grandes&lt;br class='autobr' /&gt;
chances d'harmonisation des d&#233;sirs et fonde r&#233;ellement le r&#232;gne de l'abondance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;38. La libert&#233; de changer d'occupations et de lieux de r&#233;sidence entra&#238;ne la libert&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
de changer d'assembl&#233;e. Une telle mobilit&#233; offre au moins trois avantages :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Elle &#233;vite la r&#233;apparition d'un r&#233;gionalisme ou l'attachement &#224; une notion de&lt;br class='autobr' /&gt;
territoire.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Elle &#233;vite la fixit&#233; des groupes et les habitudes communautaires.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Alli&#233;e au souci de satisfaire aussi bien les revendications minoritaires que les&lt;br class='autobr' /&gt;
majoritaires, elle permet, en modifiant le nombre de membres des assembl&#233;es et des groupes&lt;br class='autobr' /&gt;
d'affinit&#233; qui se font et se d&#233;font, de dissoudre le crit&#232;re de la quantit&#233;, d'en finir avec les&lt;br class='autobr' /&gt;
oppositions proportionnelles (tel l'antagonisme majorit&#233;-minorit&#233;), d'encourager une diversit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
du qualitatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;39. Dans les modalit&#233;s de participation, comme dans les probl&#232;mes de r&#233;alisation,&lt;br class='autobr' /&gt;
il importe de veiller &#224; battre en br&#232;che ce qui subsiste de la vieille dictature du quantitatif.&lt;br class='autobr' /&gt;
O&#249; la diversit&#233; existe dans la qualit&#233;, la loi du nombre n'a plus cours ; o&#249; le dont pr&#233;domine&lt;br class='autobr' /&gt;
sans contrepartie, l'&#233;change de quantit&#233;s &#233;gales dispara&#238;t ; o&#249; chacun a le droit d'affirmer sa&lt;br class='autobr' /&gt;
particularit&#233;, les groupes cessent d'&#234;tre consid&#233;r&#233;s comme une simple somme d'individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;i&gt;Du droit de communication&lt;/i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;40. Tout individu a le droit d'exprimer et de diffuser son opinion, ses d&#233;sirs, ses&lt;br class='autobr' /&gt;
revendications, ses critiques par la parole, l'imprim&#233;, le film, les moyens artistiques... Pour&lt;br class='autobr' /&gt;
cela, il dispose librement des techniques de communication cr&#233;&#233;es, entretenues et am&#233;lior&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt;
par les assembl&#233;es d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;41. Chaque assembl&#233;e d&#233;tient un maximum de moyens de t&#233;l&#233;communication.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ceux-ci servent principalement &#224; :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Diffuser les projets et les demandes des individus ou des groupes.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Faire conna&#238;tre les d&#233;cisions des assembl&#233;es et l'&#233;tat de d&#233;veloppement des probl&#232;mes&lt;br class='autobr' /&gt;
en cours.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Porter &#224; la connaissance de tous les questions d'harmonisation entre les individus&lt;br class='autobr' /&gt;
et les possibilit&#233;s d'accorder les offres et les demandes mat&#233;rielles et passionnelles.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Communiquer des informations sur tout, former des centres d'accumulation de&lt;br class='autobr' /&gt;
connaissances, diffuser les proc&#233;d&#233;s de cr&#233;ation en tout domaine, constituer des m&#233;moires&lt;br class='autobr' /&gt;
de base &#224; l'usage d'un enseignement fond&#233; sur la curiosit&#233; et l'attrait pratique.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Recueillir et communiquer les exp&#233;riences particuli&#232;res, les r&#234;ves, les souvenirs,&lt;br class='autobr' /&gt;
les cr&#233;ations, les &#233;tudes et recherches individuelles et collectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;42. Toute proposition &#224; l'assembl&#233;e est d&#233;battue et r&#233;gl&#233;e publiquement. Quand&lt;br class='autobr' /&gt;
tous les attraits sont permis, tous sont avouables et la r&#233;alisation d'un d&#233;sir ne fait qu'exciter&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; les r&#233;aliser tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;43. L'assembl&#233;e assure la communication de ce que la volont&#233; individuelle ne r&#233;ussit&lt;br class='autobr' /&gt;
pas &#224; communiquer par elle-m&#234;me. Elle n'intervient jamais en dehors d'une demande&lt;br class='autobr' /&gt;
des individus (ce qui reviendrait &#224; agir contre eux et &#224; se nier). Elle n'est pas charg&#233;e de limiter&lt;br class='autobr' /&gt;
mais au contraire de radicaliser, de multiplier et d'enrichir les occupations attrayantes,&lt;br class='autobr' /&gt;
les rencontres, les exp&#233;riences, les aventures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;44. Le bilan permanent des r&#233;alisations, la pratique de droits nouveaux, le progr&#232;s&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'harmonisation sociale permettent de juger avec la plus grande nettet&#233; de la marche irr&#233;guli&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
de la longue r&#233;volution ; de corriger ses manques, de rappeler ses retards, d'oublier&lt;br class='autobr' /&gt;
ses progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;45. L'assembl&#233;e est aussi le lieu o&#249; se commettent les fautes. Mais la transparence&lt;br class='autobr' /&gt;
des rapports entre les individus, rendue possible par l'absence de pr&#233;jug&#233;s, de contraintes et&lt;br class='autobr' /&gt;
de tabous, encourage non &#224; l'autocritique mais &#224; l'autocorrection permanente. La seule erreur&lt;br class='autobr' /&gt;
irr&#233;m&#233;diable serait de pr&#233;f&#233;rer &#224; une assembl&#233;e qui se trompe un comit&#233; qui a toujours&lt;br class='autobr' /&gt;
raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;46. Le conseil des d&#233;l&#233;gu&#233;s r&#233;pond &#224; ce que l'assembl&#233;e en attend en pr&#233;sentant&lt;br class='autobr' /&gt;
chaque fois une perspective globale des revendications individuelles et de leur devenir. Il&lt;br class='autobr' /&gt;
refl&#232;te le point de vue de la totalit&#233; en rendant compte de ses d&#233;marches, de ses r&#233;ussites, de&lt;br class='autobr' /&gt;
ses &#233;checs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;i&gt;Du droit de r&#233;alisation&lt;/i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;47. L'assembl&#233;e d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e met la collectivit&#233; au service des individus,&lt;br class='autobr' /&gt;
et non l'inverse. Ce que la cr&#233;ativit&#233; de chacun lui offre par le jeu des occupations attrayantes&lt;br class='autobr' /&gt;
est aussit&#244;t et int&#233;gralement mis &#224; la disposition de tous sans contrepartie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;48. Le conseil des d&#233;l&#233;gu&#233;s est un simple organe de coordination. Il est le centre&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'assembl&#233;e comme l'assembl&#233;e est le pivot de la vie sociale. Il est aussi l'instrument&lt;br class='autobr' /&gt;
d'ex&#233;cution des volont&#233;s exprim&#233;es dans l'assembl&#233;e. Ce sont les besoins qui cr&#233;ent les d&#233;l&#233;gu&#233;s,&lt;br class='autobr' /&gt;
et non l'inverse. Qu'il n'y ait pas de d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;lus hors de volont&#233;s pr&#233;cises &#224; ex&#233;cuter&lt;br class='autobr' /&gt;
en sorte qu'&#224; chaque instant, selon les d&#233;cisions de l'assembl&#233;e, ceux-ci puissent &#234;tre appel&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; justifier de la r&#233;alisation - imm&#233;diate, diff&#233;r&#233;e &#224; court terme ou diff&#233;r&#233;e &#224; long&lt;br class='autobr' /&gt;
terme - des demandes expos&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;49. La construction par chacun de sa propre vie individuelle - la r&#233;alisation de ce&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'il veut &#234;tre r&#233;ellement - signifie la fin de l'&#233;conomie comme secteur s&#233;par&#233; et son int&#233;gration&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; une cr&#233;ation collective qui assure ins&#233;parablement le libre usage des biens de survie&lt;br class='autobr' /&gt;
(habits, maisons, nourriture, soins, &#233;quipements m&#233;nagers) et de l'&#233;quipement n&#233;cessaire &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
la r&#233;alisation des passions, des rencontres, des aventures, des jeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;50. M&#234;me si l'urgence porte sur l'autod&#233;fense (armements, &#233;quipements, vivres,&lt;br class='autobr' /&gt;
organisation de la gu&#233;rilla...), la satisfaction des passions individuelles doit rester prioritaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Nous ne nous battrons sans r&#233;serve qu'&#224; la seule condition de gagner en combattant une&lt;br class='autobr' /&gt;
vie sans r&#233;serve. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;51. La fin du syst&#232;me marchand implique le r&#232;gne de la gratuit&#233;. Celle-ci atteint sa&lt;br class='autobr' /&gt;
phase irr&#233;versible lorsque les assembl&#233;es d'autogestion s'emparent des centres de distribution&lt;br class='autobr' /&gt;
et de production et organisent la r&#233;partition des biens ainsi que le libre usage des&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;quipements techniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;52. La production ou la cr&#233;ation de biens ne donne pas droit &#224; la distribution gratuite,&lt;br class='autobr' /&gt;
comme contrepartie. Nous rempla&#231;ons &#171; &#224; chacun selon son travail &#187; par &#171; &#224; chacun&lt;br class='autobr' /&gt;
selon ses d&#233;sirs &#187;. Le don doit effacer partout l'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;53. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s du conseil sont, d'une fa&#231;on permanente, mandat&#233;s pour suivre le&lt;br class='autobr' /&gt;
mouvement des stocks dans les &#171; greniers d'approvisionnement &#187; et les magasins collectifs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les ordinateurs permettent le relev&#233; des possibilit&#233;s d'approvisionnement et des offres de&lt;br class='autobr' /&gt;
production et de cr&#233;ation. Ces donn&#233;es sont port&#233;es &#224; la connaissance de tous. Elles sont la&lt;br class='autobr' /&gt;
voie vers l'abondance avec son accroissement graduel de stocks, la multiplication de centres&lt;br class='autobr' /&gt;
de produits exc&#233;dentaires, l'&#233;mulation du luxe et le triomphe du somptueux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;54. Le r&#232;gne de la gratuit&#233; signifie la fin des &#233;changes qui r&#233;gissent l'ensemble des&lt;br class='autobr' /&gt;
comportements sociaux dans le syst&#232;me marchand. Quand l'int&#233;r&#234;t passionnel l'emporte sur&lt;br class='autobr' /&gt;
la course au profit et au pouvoir, l'usage des objets et la notion d'utilit&#233; se modifient et d&#233;tournent&lt;br class='autobr' /&gt;
les gestes quotidiens de leurs anciennes habitudes. C'est ainsi que dispara&#238;tront les&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;actions d'avarice, d'appropriation privative, de jalousie, de mensonge, de prestige et de&lt;br class='autobr' /&gt;
spectacle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;55. Le r&#232;gne de la gratuit&#233; ne fera que d&#233;velopper ce que les moments r&#233;volutionnaires&lt;br class='autobr' /&gt;
du pass&#233; ont amorc&#233;. Ainsi, &#224; Cronstadt, en 1921, &#171; l'union des agriculteurs, organisation&lt;br class='autobr' /&gt;
des ouvriers poss&#233;dant une liaison avec les campagnes, demanda &#224; tous ceux qui poss&#233;daient&lt;br class='autobr' /&gt;
de la vieille ferraille de la donner pour fabriquer des outils d'agriculture. Tout ce&lt;br class='autobr' /&gt;
qui &#233;tait fabriqu&#233; &#233;tait r&#233;pertori&#233; en listes compl&#232;tes dans les &lt;i&gt;Izvestia&lt;/i&gt; du soviet de Cronstadt.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chaque objet portait l'estampille de l'Union des Agriculteurs de Cronstadt. On donnait aux&lt;br class='autobr' /&gt;
agitateurs du soviet, partant dans les campagnes, selon les possibilit&#233;s, des objets et instruments&lt;br class='autobr' /&gt;
fabriqu&#233;s par cette union ; ils &#233;taient offerts aux paysans par l'interm&#233;diaire de leurs&lt;br class='autobr' /&gt;
soviets locaux &#187;. (Efim Yartchouk : &lt;i&gt;Cronstadt dans la r&#233;volution russe.&lt;/i&gt;) L'&#233;change fera&lt;br class='autobr' /&gt;
place au don, au cadeau sans contrepartie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;56. La fin du syst&#232;me marchand signifie la fin du r&#232;gne du quantitatif. A mesure&lt;br class='autobr' /&gt;
que la production laissera place &#224; la cr&#233;ation collective, le crit&#232;re de la qualit&#233; l'emportera&lt;br class='autobr' /&gt;
partout et sera un des facteurs importants de l'&#233;mulation passionnelle et de la conqu&#234;te du&lt;br class='autobr' /&gt;
luxe. De m&#234;me que l'art de bien manger doit remplacer le simple besoin de se nourrir, de&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me la recherche de la qualit&#233; dans les produits, les techniques et le style de vie va devenir&lt;br class='autobr' /&gt;
l'occupation essentielle de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;57. Le progr&#232;s de la longue r&#233;volution se marquera dans le passage de la pratique&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; A travail minimum, distribution &#233;gale pour tous &#187; &#224; son stade plus avanc&#233; &#171; A cr&#233;ativit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
g&#233;n&#233;rale, dons maximums pour tous &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;58. Nous voulons que la jouissance de tous les droits soit le droit &#224; toutes les jouissances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;i&gt;De l'abolition du travail forc&#233;&lt;/i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;59. L'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e est le plus court chemin vers l'abondance. Le travail&lt;br class='autobr' /&gt;
y tend vers z&#233;ro, la cr&#233;ativit&#233; vers l'infini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;60. La liquidation du travail forc&#233; est l'une des premi&#232;res mesures qui expriment la&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;alit&#233; du moment r&#233;volutionnaire. Son processus est applicable imm&#233;diatement par :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; La suppression des secteurs parasitaires (industries inutiles ou polluantes, bureaux,&lt;br class='autobr' /&gt;
minist&#232;res, banques, assurances, secteur tertiaire). Celle-ci va lib&#233;rer un tr&#232;s grand&lt;br class='autobr' /&gt;
nombre de travailleurs, parmi lesquels il ne manquera pas de volontaires &#224; la fois pour passer&lt;br class='autobr' /&gt;
5 &#224; 8 heures par mois en secteurs prioritaires, et pour s'adonner &#224; la cr&#233;ation individuelle&lt;br class='autobr' /&gt;
et collective. Les assembl&#233;es coordonneront le d&#233;placement des &#233;quipes tournantes. Les&lt;br class='autobr' /&gt;
volontaires pr&#233;ciseront eux-m&#234;mes le nombre d'heures et leur r&#233;partition.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Un renversement de perspective : au lieu de quarante heures de travail forc&#233; par&lt;br class='autobr' /&gt;
semaine et d'un temps domin&#233; par les imp&#233;ratifs de survie (la course au profit et aux promotions),&lt;br class='autobr' /&gt;
chaque individu va d&#233;couvrir les probl&#232;mes passionnants que pose la construction&lt;br class='autobr' /&gt;
d'une soci&#233;t&#233; qui se donne pour but d'assurer le bonheur de tous : cr&#233;ation et distribution&lt;br class='autobr' /&gt;
gratuite des biens cr&#233;&#233;s, multiplicit&#233; des rencontres, regroupements par affinit&#233;s, r&#233;alisation&lt;br class='autobr' /&gt;
des d&#233;sirs par la vari&#233;t&#233; des dispositions passionnelles enfin reconnues et d&#233;barrass&#233;es des&lt;br class='autobr' /&gt;
tabous qui les refoulaient vers la violence et la destruction.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; L'automatisation sera install&#233;e ou d&#233;velopp&#233;e imm&#233;diatement dans les secteurs prioritaires et les travaux r&#233;siduels r&#233;pugnants (nettoyage, destruction des ordures). On veillera&lt;br class='autobr' /&gt;
notamment &#224; assainir la production d'&#233;nergie (&#233;tude des proc&#233;d&#233;s de production d'&#233;nergie&lt;br class='autobr' /&gt;
solaire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;61. Il n'est pas s&#251;r, n&#233;anmoins, que tous les travaux p&#233;nibles puissent &#234;tre supprim&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
sur-le-cliamp. Il faut donc veiller :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; A ce qu'ils soient de peu de dur&#233;e.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; A les r&#233;server &#224; ceux qui y prennent du plaisir.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; A les automatiser en priorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;62. D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, il importe que tout travail forc&#233; r&#233;siduel disparaisse au&lt;br class='autobr' /&gt;
profit de la cr&#233;ation collective, gr&#226;ce &#224; un jeu d'occupations attrayantes. Les travaux indispensables&lt;br class='autobr' /&gt;
red&#233;couvriront ainsi, mais &#224; un plus haut niveau de d&#233;veloppement technique, le&lt;br class='autobr' /&gt;
caract&#232;re de f&#234;te que rev&#234;tait, dans certaines soci&#233;t&#233;s agricoles, la corv&#233;e des moissons et&lt;br class='autobr' /&gt;
des vendanges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;63. Une fois abolies les conditions qui font du temps une marchandise, les occupations&lt;br class='autobr' /&gt;
cessent d'ob&#233;ir &#224; la n&#233;cessit&#233; du profit et de la repr&#233;sentation sociale ; elles s'organisent&lt;br class='autobr' /&gt;
selon les crit&#232;res du plaisir. Une activit&#233; - aujourd'hui d&#233;risoire - comme le bricolage&lt;br class='autobr' /&gt;
contient en germe une cr&#233;ativit&#233; qui n'attend que le moment de se d&#233;velopper sans&lt;br class='autobr' /&gt;
contrainte et de disposer des techniques les plus &#233;labor&#233;es pour enrichir l'humanit&#233;, en quelques&lt;br class='autobr' /&gt;
mois, de plus de trouvailles ing&#233;nieuses et agr&#233;ables que ne lui apport&#232;rent jamais des&lt;br class='autobr' /&gt;
si&#232;cles de travail forc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;64. Ce qui subsistera de t&#226;ches r&#233;p&#233;titives et ennuyeuses sera agenc&#233; de telle sorte&lt;br class='autobr' /&gt;
que le plus grand nombre possible de gens y consacrent une heure ou deux par go&#251;t du&lt;br class='autobr' /&gt;
changement ; afin que ceux qui y &#233;taient condamn&#233;s &#224; demeure n'y restent plus que le temps&lt;br class='autobr' /&gt;
de former quelques &#233;quipes de rel&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;65. A mesure que le go&#251;t du changement s'affinera, on peut supposer que beaucoup&lt;br class='autobr' /&gt;
arriveront &#224; une formation polytechnique, c'est-&#224;-dire &#224; la capacit&#233; d'exercer avec bonheur&lt;br class='autobr' /&gt;
n'importe quelle occupation cr&#233;ative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;66. Les nouveaux d&#233;sirs d&#233;finissent de nouvelles utilit&#233;s. A mesure que dispara&#238;tront&lt;br class='autobr' /&gt;
avec le temps-marchandise les voitures, les d&#233;placements rapides ; avec le spectacle&lt;br class='autobr' /&gt;
l'organisation du mensonge ; avec la bureaucratie l'Etat et la hi&#233;rarchie, etc. la disponibilit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
de la cr&#233;ativit&#233; individuelle aboutira &#224; la d&#233;concentration industrielle et agricole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;67. Il n'y a risque de p&#233;nurie que si l'on commet l'erreur de consid&#233;rer la survie&lt;br class='autobr' /&gt;
comme prioritaire au lieu de se donner pour but l'&#233;l&#233;vation globale du style de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;68. Il faut d&#233;sormais &#233;viter les concentrations de population, d&#233;centraliser et ouvrir&lt;br class='autobr' /&gt;
les villes &#224; une nouvelle campagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;69. La fin des s&#233;parations sera aussi la fin de la s&#233;paration entre villes et campagne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela signifie la m&#233;canisation de l'agriculture d&#233;barrass&#233;e des imp&#233;ratifs marchands&lt;br class='autobr' /&gt;
(rentabilit&#233;, pollution par engrais...) et la p&#233;n&#233;tration dans les villes de zones agricoles telles que champs, p&#226;turages, for&#234;ts, potagers, zones d'&#233;levage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;70. L'automatisation rapide des secteurs prioritaires encourage la renaissance d'un&lt;br class='autobr' /&gt;
nouvel artisanat, la red&#233;couverte de techniques anciennes perdues &#224; cause de leur manque&lt;br class='autobr' /&gt;
de rentabilit&#233;, la cr&#233;ation d'inventions nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;71. Aussit&#244;t que possible les usines seront d&#233;centralis&#233;es en ateliers automatis&#233;s de&lt;br class='autobr' /&gt;
cr&#233;ation collective (sur le mod&#232;le de ce qui existe, mais de fa&#231;on archa&#239;que, pour certaines&lt;br class='autobr' /&gt;
usines de tissage, d'armements, d'horlogerie). Les industries de mati&#232;res premi&#232;res fourniront&lt;br class='autobr' /&gt;
en pi&#232;ces de base les ateliers de cr&#233;ation afin de leur permettre la plus grande vari&#233;t&#233; de&lt;br class='autobr' /&gt;
produits finis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;72. A c&#244;t&#233; d'ateliers de cr&#233;ation ou de montage, il faut pr&#233;voir la multiplication de&lt;br class='autobr' /&gt;
centres d'exp&#233;rimentation individuels ou &#224; collectivit&#233; r&#233;duite ainsi que des machines &#233;parses&lt;br class='autobr' /&gt;
o&#249; chacun peut r&#233;parer ou construire, des cuisines et des boulangeries banales, versions&lt;br class='autobr' /&gt;
modernes des fours et moulins banaux du Moyen Age, voire des greniers &#224; bl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;73. Quels que soient son &#226;ge, son &#233;tat physique, ses capacit&#233;s, chacun a le droit&lt;br class='autobr' /&gt;
d'exercer sa cr&#233;ativit&#233; librement. C'est un acquis particuli&#232;rement important car il est de nature&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; h&#226;ter la liquidation des distinctions d'&#226;ge, de sexe, de force physique ou mentale, de&lt;br class='autobr' /&gt;
capacit&#233;s ou d'incapacit&#233;s &#233;rig&#233;es en prestige, bref &#224; en finir avec les s&#233;parations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;74. L'harmonisation sociale incite &#224; la plus grande vari&#233;t&#233; de go&#251;ts et de passions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce seront d&#233;sormais les seuls moteurs de l'abondance, la garantie de chaque individu contre&lt;br class='autobr' /&gt;
tout retour au travail forc&#233;, &#224; la fonction et au r&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;i&gt;Du droit de rencontre et d'affinit&#233;s&lt;/i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;75. Le mouvement d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e est aussi l'&#233;tude, la recherche et l'exp&#233;rimentation&lt;br class='autobr' /&gt;
de rapports humains fond&#233;s sur l'attrait et l'antipathie qui se manifestent entre&lt;br class='autobr' /&gt;
les individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;76. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s qui forment la section d'harmonisation sont pr&#233;cis&#233;ment saisis&lt;br class='autobr' /&gt;
des conflits ou des accords surgis entre les individus et entre les groupes. La section facilite&lt;br class='autobr' /&gt;
les rencontres, enregistre et communique l'offre et la demande passionnelles, &#233;largit le&lt;br class='autobr' /&gt;
champ des possibilit&#233;s et accumule la plus grande vari&#233;t&#233; de comportements et de d&#233;sirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;77. Il ne s'agit pas de supprimer les oppositions et les d&#233;saccords mais au contraire&lt;br class='autobr' /&gt;
de les entretenir en sorte que tout le monde y d&#233;couvre des plaisirs accrus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;78. Les in&#233;galit&#233;s, les contrastes, les d&#233;sirs disparates sont le moteur de l'harmonisation,&lt;br class='autobr' /&gt;
son principe de variations et de vari&#233;t&#233;s. Leur analyse et leur organisation forment&lt;br class='autobr' /&gt;
une des pr&#233;occupations les plus importantes de la vie quotidienne en autogestion ; elle est&lt;br class='autobr' /&gt;
vraiment la r&#233;alisation de l'histoire individuelle par la r&#233;alisation collective de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;79. Tout ce qui ne peut &#234;tre harmonis&#233; sur-le-champ doit &#234;tre maintenu comme demande urgente, avec d&#233;l&#233;gu&#233;s d&#251;ment charg&#233;s du projet de r&#233;alisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;80. Plus il y aura de singularit&#233;s, plus l'harmonisation se fera spontan&#233;ment. La&lt;br class='autobr' /&gt;
meilleure fa&#231;on de ne pas succomber &#224; une seule passion, c'est d'en avoir plusieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;81. Nous ne voulons pas que le refus d'eu revenir au syst&#232;me marchand donne&lt;br class='autobr' /&gt;
naissance &#224; un nouveau moralisme. L'appel &#224; la vertu r&#233;volutionnaire est toujours contrer&#233;volutionnaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne fait que rendre honteuses et cyniques les tares qu'il condamne. Mensonges,&lt;br class='autobr' /&gt;
s&#233;parations, prestige, passivit&#233;, appropriations et toutes les habitudes h&#233;rit&#233;es du&lt;br class='autobr' /&gt;
syst&#232;me marchand ne dispara&#238;tront pas sous l'effet de contraintes, de sanctions ou de bonnes&lt;br class='autobr' /&gt;
paroles mais par l'organisation harmonieuse des passions et des volont&#233;s de r&#233;alisation individuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;82. Il est pr&#233;visible que des groupes id&#233;ologiques ant&#233;rieurs &#224; la r&#233;volution (partis,&lt;br class='autobr' /&gt;
organisations politiques) tentent de se conserver ou de se reconstituer dans les assembl&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut les combattre r&#233;solument pendant la p&#233;riode de lutte &#224; outrance contre les &#233;tatistes&lt;br class='autobr' /&gt;
mais pas au-del&#224;. Si l'autogestion se g&#233;n&#233;ralise correctement, les groupes &#224; &#233;tiquette politique&lt;br class='autobr' /&gt;
ou syndicale dispara&#238;tront dans la vari&#233;t&#233; et la complexit&#233; des regroupements qui vont&lt;br class='autobr' /&gt;
se fonder sur les sympathies, les antipathies, les communaut&#233;s de go&#251;ts et de r&#233;pulsions ;&lt;br class='autobr' /&gt;
dans un jeu d'accords et de d&#233;saccords qui mettra les rivalit&#233;s et les affinit&#233;s au service des&lt;br class='autobr' /&gt;
progr&#232;s de l'autogestion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;83. Les individus disposent de toutes les libert&#233;s pratiques de ralliement ou de&lt;br class='autobr' /&gt;
non-ralliement, en sorte qu'ils peuvent se grouper par affinit&#233;s, se r&#233;unir pour des occupations&lt;br class='autobr' /&gt;
communes, partager leurs passions et leurs go&#251;ts, rester seuls, passer d'un groupe &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
l'autre, se faire les champions enthousiastes d'une activit&#233;, changer de pr&#233;occupations plusieurs&lt;br class='autobr' /&gt;
fois par jour, rivaliser d'&#233;mulation dans la cr&#233;ativit&#233; (concours de meilleur plat cuisin&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
d'invention, de perfectionnement des plaisirs, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;84. La coh&#233;rence de l'assembl&#233;e doit promouvoir un ensemble d'activit&#233;s agenc&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt;
de telle sorte qu'elles ne se d&#233;truisent pas mutuellement mais au contraire se multiplient et&lt;br class='autobr' /&gt;
se renforcent. Il est entendu une fois pour toutes qu'une telle organisation implique la disparition&lt;br class='autobr' /&gt;
des conditions spectaculaires-marchandes et n'a rien de commun avec la dynamique&lt;br class='autobr' /&gt;
de groupe et autres techniques d'int&#233;gration au monde de la survie. Il ne s'agit pas de combiner&lt;br class='autobr' /&gt;
des d&#233;sirs ali&#233;n&#233;s mais au contraire d'harmoniser entre eux les d&#233;sirs d&#233;sali&#233;n&#233;s, lib&#233;r&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
de leur engorgement, d&#233;barrass&#233;s, par le changement radical des conditions historiques, de&lt;br class='autobr' /&gt;
ce qui les tournait contre eux-m&#234;mes &#224; la faveur d'un ensemble de contraintes, d'impuissances&lt;br class='autobr' /&gt;
et de mensonges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;85. Tous les go&#251;ts sont dans la nature de l'harmonisation sociale. En liquidant la&lt;br class='autobr' /&gt;
culpabilit&#233;, la promotion et la lib&#233;ration des d&#233;sirs liquideront aussi ce que le vieux monde&lt;br class='autobr' /&gt;
connaissait de d&#233;lits et de crimes. C'est un des paris de l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;86. Les tendances rivales ou divergentes donnent de la vie aux assembl&#233;es d'autogestion&lt;br class='autobr' /&gt;
g&#233;n&#233;ralis&#233;e et &#224; l'organisation sociale tout enti&#232;re. &#171; L'absence de discorde, ou &lt;i&gt;bien&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
n&#233;gatif, n'est que le succ&#233;dan&#233; du &lt;i&gt;bien&lt;/i&gt; positif qui na&#238;t de la combinaison des discordes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;87. La nouvelle organisation sociale n'est rien d'autre que l'organisation par tous&lt;br class='autobr' /&gt;
les individus des d&#233;sirs, des passions, des volont&#233;s, des r&#234;ves, cr&#233;ant au jour le jour les&lt;br class='autobr' /&gt;
conditions historiques de leur lib&#233;ration, de leur d&#233;veloppement, de leur r&#233;alisation pratique.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'humanit&#233; n'a plus d'autre choix, au stade actuel de son histoire, que de dispara&#238;tre ou de&lt;br class='autobr' /&gt;
cr&#233;er les garanties du bonheur individuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;88. Les comportements et les habitudes h&#233;rit&#233;s du syst&#232;me marchand, et que sa&lt;br class='autobr' /&gt;
liquidation n'a pas r&#233;ussi &#224; extirper compl&#232;tement, il faut les tourner vers le jeu, vers la&lt;br class='autobr' /&gt;
combinaison ludique des passions, en sorte que l'abondance des jouissances vienne &#224; bout&lt;br class='autobr' /&gt;
des mis&#233;rables compensations du renoncement, des manques et de la sous-estimation de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;89. Non seulement admettre mais surtout encourager chaque disposition d'un individu,&lt;br class='autobr' /&gt;
chaque revendication subjective, chaque d&#233;sir particulier, chaque singularit&#233; de go&#251;t,&lt;br class='autobr' /&gt;
chaque capacit&#233;, voil&#224; ce qui donne leur valeur positive aux in&#233;galit&#233;s, voil&#224; ce qui les emp&#234;che&lt;br class='autobr' /&gt;
de s'ordonner selon les fonctions n&#233;gatives d'une nouvelle hi&#233;rarchie. La satisfaction&lt;br class='autobr' /&gt;
comp&#233;titive des tendances individuelles d&#233;finit la gamme des in&#233;galit&#233;s positives qui fait,&lt;br class='autobr' /&gt;
dans les rapports ludiques non contraignants, le charme des rencontres et des regroupements.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous voulons cr&#233;er les conditions &#233;galitaires pour toutes nos in&#233;galit&#233;s subjectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;90. La pratique de l'harmonisation sociale des individus est ins&#233;parable de la lutte&lt;br class='autobr' /&gt;
contre les s&#233;parations. Il est important, par exemple, que l'&#233;conomie et la vie quotidienne ne&lt;br class='autobr' /&gt;
subsistent pas comme des secteurs autonomes mais au contraire disparaissent telles qu'elles&lt;br class='autobr' /&gt;
ont exist&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent et se retrouvent &#233;troitement m&#234;l&#233;es, indistinctes l'une de l'autre. Il&lt;br class='autobr' /&gt;
faudra donc veiller &#224; ce que l'offre et la demande passionnelles soient ins&#233;parables de l'offre&lt;br class='autobr' /&gt;
et de la demande de produits de survie (nourriture, connaissances, mati&#232;res premi&#232;res,&lt;br class='autobr' /&gt;
soins, etc.). C'est le travail des d&#233;l&#233;gu&#233;s de coordonner en un tout ce qui est exig&#233; d'eux de&lt;br class='autobr' /&gt;
fa&#231;on s&#233;par&#233;e, afin que l'esprit de totalit&#233; ach&#232;ve de se r&#233;pandre partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;91. Le mouvement de regroupements par sympathies et contrastes est &#224; son tour&lt;br class='autobr' /&gt;
une des plus s&#251;res garanties de la fin des s&#233;parations, du parcellaire, des sp&#233;cialisations. En&lt;br class='autobr' /&gt;
devenant l'affaire de tous, par un jeu d'&#233;mulation g&#233;n&#233;rale et de jouissances particuli&#232;res,&lt;br class='autobr' /&gt;
l'&#233;conomie, l'enseignement, les connaissances, le langage... cessent d'&#234;tre des secteurs et des&lt;br class='autobr' /&gt;
activit&#233;s s&#233;par&#233;s de la construction de la vie quotidienne, et participent ainsi, selon une unit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
dont les g&#233;n&#233;rations pass&#233;es ont toujours ressenti l'imp&#233;rieux d&#233;sir et la tr&#232;s incertaine possibilit&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
au plus grand bouleversement de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;92. L'existence d'une section d'harmonisation au sein du conseil des d&#233;l&#233;gu&#233;s a son&lt;br class='autobr' /&gt;
utilit&#233; dans la mesure o&#249; elle facilite, de fa&#231;on unitaire avec les autres sections, les possibilit&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
de rencontre et de regroupements attractifs. Elle dispara&#238;tra lorsque les individus auront&lt;br class='autobr' /&gt;
par eux-m&#234;mes une vue globale des chances de rencontres et d'association. Elle peut h&#226;ter&lt;br class='autobr' /&gt;
notamment l'autogestion des enfants, en coordonnant l'action de tous ceux qui leur sont attach&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
afin de cr&#233;er, dans l'&#226;ge de survie, les meilleures conditions d'&#233;panouissement, et en&lt;br class='autobr' /&gt;
apprenant ensuite de leur cr&#233;ativit&#233; spontan&#233;e comment red&#233;couvrir une finesse disparue,&lt;br class='autobr' /&gt;
une nouvelle perception du r&#233;el, le v&#233;ritable sens de l'unit&#233; entre la parole et l'acte, l'espace&lt;br class='autobr' /&gt;
et le temps, le r&#234;ve et le r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;i&gt;De la libre disposition de l'espace-temps&lt;/i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;93. L'espace-temps cr&#233;&#233; par la r&#233;volution de la vie quotidienne est l'ensemble des&lt;br class='autobr' /&gt;
territoires lib&#233;r&#233;s du contr&#244;le &#233;tatique et du syst&#232;me marchand, et modifi&#233;s en permanence&lt;br class='autobr' /&gt;
par les individus qui apprennent &#224; construire, collectivement et en particulier, chaque moment&lt;br class='autobr' /&gt;
de leur existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;94. Mod&#232;le et centre de la vie sociale, l'assembl&#233;e d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e est&lt;br class='autobr' /&gt;
l'unit&#233; de lieu et de temps de la pratique r&#233;volutionnaire individuelle et collective. C'est en&lt;br class='autobr' /&gt;
elle que le vieux projet de se faire en faisant l'histoire d&#233;couvre sa seule voie de r&#233;alisation&lt;br class='autobr' /&gt;
possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;95. La libre disposition du temps et la libre disposition de l'espace sont ins&#233;parables.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut &#224; chaque instant que chacun puisse &#234;tre partout chez lui. Pratiquement, cela&lt;br class='autobr' /&gt;
signifie que chaque individu a le droit de b&#226;tir n'importe quel style d'habitation, de cr&#233;er des&lt;br class='autobr' /&gt;
ambiances, de se d&#233;placer comme il l'entend (droit de nomadisme), de construire ses r&#234;ves,&lt;br class='autobr' /&gt;
de concr&#233;tiser ses souvenirs, de condenser le temps du v&#233;cu, de l'&#233;mietter en instants fugitifs,&lt;br class='autobr' /&gt;
d'y mettre fin par le suicide, de l'explorer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;96. Une des moindres modifications de l'espace-temps, r&#233;alisable &#224; bref d&#233;lai,&lt;br class='autobr' /&gt;
consiste &#224; liquider la distinction entre villes et campagnes. Partiellement envahies par les&lt;br class='autobr' /&gt;
champs et les for&#234;ts, les grandes villes dispara&#238;tront au profit d'une grande dispersion et&lt;br class='autobr' /&gt;
d'une grande vari&#233;t&#233; d'habitats, mobiles ou fixes, &#233;ph&#233;m&#232;res ou durables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;97. Le droit au changement d'espace-temps de la vie quotidienne entra&#238;ne le droit &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
tous les changements dont r&#234;ve la subjectivit&#233; (par exemple, changement d'aspect, changement&lt;br class='autobr' /&gt;
de nom selon les circonstances).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;98. Il n'est pas douteux que la libre disposition de l'espace-temps apporte de pr&#233;cieux&lt;br class='autobr' /&gt;
bouleversements dans le comportement humain. Ainsi se modifiera notre perception&lt;br class='autobr' /&gt;
du r&#233;el ; ainsi nos sens, &#233;rod&#233;s par les habitudes abrutissantes de la survie, vont s'affiner&lt;br class='autobr' /&gt;
jusqu'&#224; atteindre une acuit&#233; aujourd'hui insoup&#231;onnable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;i&gt;La r&#233;volution en permanence&lt;br&gt;
est le pivot rationnel de toutes les passions&lt;/i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les ouvriers de Lip ont montr&#233; jusqu'o&#249; ils n'ont pas r&#233;ussi &#224; aller assez loin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Handicap&#233;s par le caract&#232;re parasitaire de leur industrie, ils ont agi partiellement pour le&lt;br class='autobr' /&gt;
mieux en faisant marcher l'usine pour leur propre compte, en s'emparant du stock et en s'assurant&lt;br class='autobr' /&gt;
une paie sauvage. Mais en conservant les chefs syndicaux, en r&#233;duisant leur mouvement&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; la d&#233;fense du &#171; droit au travail &#187;, en permettant aux pires ennemis de la r&#233;volution&lt;br class='autobr' /&gt;
d'applaudir au spectacle de leur gr&#232;ve, ils ont renonc&#233; &#224; leur propre autonomie, n'ont laiss&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
au mouvement aucune possibilit&#233; d'expansion et n'ont amorc&#233; aucun changement historique&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte a &#233;t&#233; publi&#233; par l'Union g&#233;n&#233;rale d'&#233;ditions, 10/18, en 1974.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Th&#233;orie de la d&#233;rive</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article357</link>
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		<dc:date>2006-07-12T11:57:14Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Guy Debord, Internationale lettriste</dc:creator>


		<dc:subject>Situationnistes et apparent&#233;-e-s</dc:subject>
		<dc:subject>Urbanisme</dc:subject>
		<dc:subject>Editions Turbulentes (Metz-Dijon)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ces quelques textes abordant la d&#233;rive situationniste et la question de la psychog&#233;ographie datent de la p&#233;riode de l'Internationale lettriste (en l'occurrence 1954-1956). Publi&#233;s &#224; l'&#233;poque dans &lt;i&gt;Les L&#232;vres Nues&lt;/i&gt; et dans &lt;i&gt;Potlatch&lt;/i&gt;, les voici regroup&#233;s dans une m&#234;me brochure par les &#233;ditions turbulentes.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique11" rel="directory"&gt;T&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot15" rel="tag"&gt;Situationnistes et apparent&#233;-e-s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot53" rel="tag"&gt;Urbanisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot62" rel="tag"&gt;Editions Turbulentes (Metz-Dijon)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH101/arton357-f25f0.jpg?1780477505' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='101' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff357.jpg?1151673731&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Th&#233;orie de la d&#233;rive&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Entre les divers proc&#233;d&#233;s situationnistes, la d&#233;rive se d&#233;finit comme une technique du passage h&#226;tif &#224; travers des ambiances vari&#233;es. Le concept de d&#233;rive est indissolublement li&#233; &#224; la reconnaissance d'effets de nature psychog&#233;ographique, et &#224; l'affirmation d'un comportement ludique-constructif, ce qui l'oppose en tous points aux notions classiques de voyage et de promenade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une ou plusieurs personnes se livrant &#224; la d&#233;rive renoncent pour une dur&#233;e plus ou moins longue, aux raisons de se d&#233;placer et d'agir qu'elles se connaissent g&#233;n&#233;ralement, aux relations, aux travaux et aux loisirs qui leur sont propres, pour se laisser aller aux sollicitations du terrain et des rencontres qui y correspondent. La part de l'al&#233;atoire est ici moins d&#233;terminante qu'on ne croit : du point de vue de la d&#233;rive, il existe un relief psychog&#233;ographique des villes, avec des courants constants, des points fixes, et des tourbillons qui rendent l'acc&#232;s ou la sortie de certaines zones fort malais&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la d&#233;rive, dans son unit&#233;, comprend &#224; la fois ce laisser-aller et sa contradiction n&#233;cessaire : la domination des variations psychog&#233;ographiques par la connaissance et le calcul de leurs possibilit&#233;s. Sous ce dernier aspect, les donn&#233;es mises en &#233;vidence par l'&#233;cologie, et si born&#233; que soit &#224; priori l'espace social dont cette science se propose l'&#233;tude, ne laissent pas de soutenir utilement la pens&#233;e psychog&#233;ographique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse &#233;cologique du caract&#232;re absolu ou relatif des coupures du tissu urbain, du r&#244;le des microclimats, des unit&#233;s &#233;l&#233;mentaires enti&#232;rement distinctes des quartiers administratifs, et surtout de l'action dominante de centres d'attraction, doit &#234;tre utilis&#233;e et compl&#233;t&#233;e par la m&#233;thode psychog&#233;ographique. Le terrain passionnel objectif o&#249; se meut la d&#233;rive doit &#234;tre d&#233;fini en m&#234;me temps selon son propre d&#233;terminisme et selon ses rapports avec la morphologie sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chombart de Lauwe dans son &#233;tude sur &#8220; Paris et l'agglom&#233;ration parisienne &#8221; (Biblioth&#232;que de Sociologie Contemporaine, P.U.F. 1952) note qu'un &#8220; quartier urbain n'est pas d&#233;termin&#233; seulement par les facteurs g&#233;ographiques et &#233;conomiques mais par la repr&#233;sentation que ses habitants et ceux des autres quartiers en ont &#8221; ; et pr&#233;sente dans le m&#234;me ouvrage - pour montrer &#8220; l'&#233;troitesse du Paris r&#233;el dans lequel vit chaque individu... g&#233;ographiquement un cadre dont le rayon est extr&#234;mement petit &#8221; - le trac&#233; de tous les parcours effectu&#233;s en une ann&#233;e par une &#233;tudiante du XVIe arrondissement : ces parcours dessinent un triangle de dimension r&#233;duite, sans &#233;chapp&#233;es, dont les trois sommets sont l'Ecole des Sciences Politiques, le domicile de la jeune fille et celui de son professeur de piano.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas douteux que de tels sch&#233;mas, exemples d'une po&#233;sie moderne susceptible d'entra&#238;ner de vives r&#233;actions affectives - dans ce cas l'indignation qu'il soit possible de vivre de la sorte -, ou m&#234;me la th&#233;orie, avanc&#233;e par Burgess &#224; propos de Chicago, de la r&#233;partition des activit&#233;s sociales en zones concentriques d&#233;finies, ne doivent servir aux progr&#232;s de la d&#233;rive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le hasard joue dans la d&#233;rive un r&#244;le d'autant plus important que l'observation psychog&#233;ographique est encore peu assur&#233;e. Mais l'action du hasard est naturellement conservatrice et tend, dans un nouveau cadre, &#224; tout ramener &#224; l'alternance d'un nombre limit&#233; de variantes, et &#224; l'habitude. Le progr&#232;s n'&#233;tant jamais que la rupture d'un des champs o&#249; s'exerce le hasard, par la cr&#233;ation de nouvelles conditions plus favorables &#224; nos desseins, on peut dire que les hasards de la d&#233;rive sont fonci&#232;rement diff&#233;rents de ceux de la promenade, mais que les premi&#232;res attirances psychog&#233;ographiques d&#233;couvertes risquent de fixer le sujet ou le groupe d&#233;rivant autour de nouveaux axes habituels, o&#249; tout les ram&#232;ne constamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une insuffisante d&#233;fiance &#224; l'&#233;gard du hasard, et de son emploi id&#233;ologique toujours r&#233;actionnaire, condamnait &#224; un &#233;chec morne la c&#233;l&#232;bre d&#233;ambulation sans but tent&#233;e en 1923 par quatre surr&#233;alistes &#224; partir d'une ville tir&#233;e au sort : l'errance en rase campagne est &#233;videmment d&#233;primante, et les interventions du hasard y sont plus pauvres que jamais. Mais l'irr&#233;flexion est pouss&#233;e bien plus loin dans &#8220; M&#233;dium &#8221; (mai 1954), par un certain Pierre Vendryes qui croit pouvoir rapprocher de cette anecdote - parce que tout cela participerait d'une m&#234;me lib&#233;ration antid&#233;terministe - quelques exp&#233;riences probabilistes, par exemple sur la r&#233;partition al&#233;atoire de t&#234;tards de grenouille dans un cristallisoir circulaire, dont il donne le fin mot en pr&#233;cisant : &#8220; il faut, bien entendu, qu'une telle foule ne subisse de l'ext&#233;rieur aucune influence directrice &#8221;. Dans ces conditions, la palme revient effectivement aux t&#234;tards qui ont cet avantage d'&#234;tre &#8220; aussi d&#233;nu&#233;s que possible d'intelligence, de sociabilit&#233; et de sexualit&#233; &#8221;, et, par cons&#233;quent, &#8220; vraiment ind&#233;pendants les uns des autres &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux antipodes de ces aberrations, le caract&#232;re principalement urbain de la d&#233;rive, au contact des centres de possibilit&#233;s et de significations que sont les grandes villes transform&#233;es par l'industrie, r&#233;pondrait plut&#244;t &#224; la phrase de Marx : &#8220; Les hommes ne peuvent rien voir autour d'eux qui ne soit leur visage, tout leur parle d'eux-m&#234;mes. Leur paysage m&#234;me est anim&#233;. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut d&#233;river seul, mais tout indique que la r&#233;partition num&#233;rique la plus fructueuse consiste en plusieurs petits groupes de deux ou trois personnes parvenues &#224; une m&#234;me prise de conscience, le recoupement des impressions de ces diff&#233;rents groupes devant permettre d'aboutir &#224; des conclusions objectives, Il est souhaitable que la composition de ces groupes change d'une d&#233;rive &#224; l'autre. Au-dessus de quatre ou cinq participants, le caract&#232;re propre &#224; la d&#233;rive d&#233;croit rapidement et en tout cas il est impossible de d&#233;passer la dizaine sans que la d&#233;rive ne se fragmente en plusieurs d&#233;rives men&#233;es simultan&#233;ment. La pratique de ce dernier mouvement est d'ailleurs d'un grand int&#233;r&#234;t, mais les difficult&#233;s qu'il entra&#238;ne n'ont pas permis jusqu'&#224; pr&#233;sent de l'organiser avec l'ampleur d&#233;sirable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dur&#233;e moyenne d'une d&#233;rive est la journ&#233;e, consid&#233;r&#233;e comme l'intervalle de temps compris entre deux p&#233;riodes de sommeil. Les points de d&#233;part et d'arriv&#233;e, dans le temps, par rapport &#224; la journ&#233;e solaire, sont indiff&#233;rents, mais il faut noter cependant que les derni&#232;res heures de la nuit sont g&#233;n&#233;ralement impropres &#224; la d&#233;rive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dur&#233;e moyenne de la d&#233;rive n'a qu'une valeur statistique. D'abord, elle se pr&#233;sente assez rarement dans toute sa puret&#233;, les int&#233;ress&#233;s &#233;vitant difficilement, au d&#233;but ou &#224; la fin de cette journ&#233;e, d'en distraire une ou deux heures pour les employer &#224; des occupations banales ; en fin de journ&#233;e, la fatigue contribue beaucoup &#224; cet abandon. Mais surtout la d&#233;rive se d&#233;roule souvent en quelques heures d&#233;lib&#233;r&#233;ment fix&#233;es, ou m&#234;me fortuitement pendant d'assez brefs instants, ou au contraire pendant plusieurs jours sans interruption. Malgr&#233; les arr&#234;ts impos&#233;s par la n&#233;cessit&#233; de dormir, certaines d&#233;rives d'une intensit&#233; suffisante se sont prolong&#233;es trois ou quatre jours, voire m&#234;me davantage. Il est vrai que dans le cas d'une succession de d&#233;rives pendant une assez longue p&#233;riode, il est presque impossible de d&#233;terminer avec quelque pr&#233;cision le moment o&#249; l'&#233;tat d'esprit propre &#224; une d&#233;rive donn&#233;e fait place &#224; un autre. Une succession de d&#233;rives a &#233;t&#233; poursuivie sans interruption notable jusqu'aux environ de deux mois, ce qui ne va pas sans amener de nouvelles conditions objectives de comportement qui entra&#238;nent la disparition de bon nombre des anciennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'influence sur la d&#233;rive des variations du climat, quoique r&#233;elle, n'est d&#233;terminante que dans le cas de pluies prolong&#233;es qui l'interdisent presque absolument. Mais les orages ou les autres esp&#232;ces de pr&#233;cipitations y sont plut&#244;t propices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le champ spatial de la d&#233;rive est plus ou moins pr&#233;cis ou vague selon que cette activit&#233; vise plut&#244;t &#224; l'&#233;tude d'un terrain on &#224; des r&#233;sultats affectifs d&#233;routants. Il ne faut pas n&#233;gliger le fait que ces deux aspects de la d&#233;rive pr&#233;sentent de multiples interf&#233;rences et qu'il est impossible d'en isoler un &#224; l'&#233;tat pur. Mais enfin l'usage des taxis, par exemple, peut fournir une ligne de partage assez claire : si dans le cours d'une d&#233;rive on prend un taxi, soit pour une destination pr&#233;cise, soit pour se d&#233;placer de vingt minutes vers l'ouest, c'est que l'on s'attache surtout au d&#233;paysement personnel. Si l'on s'en tient &#224; l'exploration directe d'un terrain, on met en avant la recherche d'un urbanisme psychog&#233;ographique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas le champ spatial est d'abord fonction des bases de d&#233;part constitu&#233;es, pour les sujets isol&#233;s, par leurs domiciles, et pour les groupes, par les points de r&#233;union choisis. L'&#233;tendue maximum de ce champ spatial ne d&#233;passe pas l'ensemble d'une grande ville et de ses banlieues. Son &#233;tendue minimum peut &#234;tre born&#233;e &#224; une petite unit&#233; d'ambiance : un seul quartier, ou m&#234;me un seul &#238;lot s'il en vaut la peine (&#224; l'extr&#234;me limite la d&#233;rive-statique d'une journ&#233;e sans sortir de la gare Lazare).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exploration d'un champ spatial fix&#233; suppose donc l'&#233;tablissement de bases, et le calcul des directions de p&#233;n&#233;tration. C'est ici qu'intervient l'&#233;tude des cartes, tant courantes qu'&#233;cologiques ou psychog&#233;ographiques, la rectification et l'am&#233;lioration de ces cartes. Est-il besoin de dire que le go&#251;t du quartier en lui-m&#234;me inconnu, jamais parcouru, n'intervient aucunement ? Outre son insignifiance, cet aspect du&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;probl&#232;me est tout &#224; fait subjectif, et ne subsiste pas longtemps. Ce crit&#232;re n'a jamais &#233;t&#233; employ&#233;, si ce n'est, occasionnellement quand il s'agit de trouver les issues psychog&#233;ographiques d'une zone en s'&#233;cartant syst&#233;matiquement de tous les points coutumiers. On peut alors s'&#233;garer dans des quartiers d&#233;j&#224; fort parcourus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La part de l'exploration au contraire est minime, par rapport &#224; celle d'un comportement d&#233;routant, dans le &#8220; rendez-vous possible &#8221;. Le sujet est pri&#233; de se rendre seul &#224; une heure qui est pr&#233;cis&#233;e dans un endroit qu'on lui fixe. Il est affranchi des p&#233;nibles obligations du rendez-vous ordinaire, puisqu'il n'a personne &#224; attendre. Cependant ce &#8220; rendez-vous possible &#8221; l'ayant men&#233; &#224; l'improviste en un lieu qu'il peut conna&#238;tre ou ignorer, il en observe les alentours. On a pu en m&#234;me temps donner au m&#234;me endroit un autre &#8220; rendez-vous possible &#8221; &#224; quelqu'un dont il ne peut pr&#233;voir l'identit&#233;. Il peut m&#234;me ne l'avoir jamais vu, ce qui incite &#224; lier conversation avec divers passants. Il peut ne rencontrer personne, ou m&#234;me rencontrer par hasard celui qui a fix&#233; le &#8220; rendez-vous possible &#8221;. De toute fa&#231;on, et surtout si le lieu et l'heure ont &#233;t&#233; bien choisis, l'emploi du temps du sujet y prendra une tournure impr&#233;vue. Il peut m&#234;me demander par t&#233;l&#233;phone un autre &#8220; rendez-vous possible &#8221; &#224; quelqu'un qui ignore o&#249; le premier l'a conduit. On voit les ressources presque infinies de ce passe-temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, quelques plaisanteries d'un go&#251;t dit douteux, que j'ai toujours vivement appr&#233;ci&#233;es dans mon entourage, comme par exemple s'introduire nuitamment dans les &#233;tages des maisons en d&#233;molition, parcourir sans arr&#234;t Paris en auto-stop pendant une gr&#232;ve des transports, sous le pr&#233;texte d'aggraver la confusion en se faisant conduire n'importe o&#249;, errer dans ceux des souterrains des catacombes qui sont interdits au public, rel&#232;veraient d'un sentiment plus g&#233;n&#233;ral qui ne serait autre que le sentiment de la d&#233;rive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enseignements de la d&#233;rive permettent d'&#233;tablir les premiers relev&#233;s des articulations psychog&#233;ographiques d'une cit&#233; moderne. Au-del&#224; de la reconnaissance d'unit&#233;s d'ambiance, de leurs composantes principales et de leur localisation spatiale, on per&#231;oit leurs axes principaux de passage, leurs sorties et leurs d&#233;fenses. On en vient &#224; l'hypoth&#232;se centrale de l'existence de plaques tournantes psychog&#233;ographiques. On mesure les distances qui s&#233;parent effectivement deux r&#233;gions d'une ville, et qui sont sans commune mesure avec ce qu'une vision approximative d'un plan pouvait faire croire. On peut dresser, &#224; l'aide des vieilles cartes, de vues photographiques a&#233;riennes et de d&#233;rives exp&#233;rimentales une cartographie influentielle qui manquait jusqu'&#224; pr&#233;sent, et dont l'incertitude actuelle, in&#233;vitable avant qu'un immense travail ne soit accompli, n'est pas pire que celle des premiers portulans, &#224; cette diff&#233;rence pr&#232;s qu'il ne s'agit plus de d&#233;limiter pr&#233;cis&#233;ment des continents durables, mais de changer l'architecture et l'urbanisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diff&#233;rentes unit&#233;s d'atmosph&#232;re et d'habitation, aujourd'hui, ne sont pas exactement tranch&#233;es, mais entour&#233;es de marges fronti&#232;res plus ou moins &#233;tendues. Le changement le plus g&#233;n&#233;ral que la d&#233;rive conduit &#224; proposer, c'est la diminution constante de ces marges fronti&#232;res, jusqu'&#224; leur suppression compl&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'architecture m&#234;me, le go&#251;t de la d&#233;rive porte &#224; pr&#233;coniser toutes sortes de nouvelles formes du labyrinthe, que les possibilit&#233;s modernes de construction favorisent. Ainsi, la presse signalait en mars 1955 la construction &#224; New-York d'un immeuble o&#249; l'on peut voir les premiers signes d'une occasion de d&#233;rive &#224; l'int&#233;rieur d'un appartement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Les logements de la maison h&#233;lico&#239;dale auront la forme d'une tranche de g&#226;teau. Ils pourront &#234;tre agrandis ou diminu&#233;s &#224; volont&#233; par le d&#233;placement de cloisons mobiles. La gradation par demi-&#233;tage &#233;vite de limiter le nombre de pi&#232;ces, le locataire pouvant demander &#224; utiliser la tranche suivante en surplomb ou en contrebas. Ce syst&#232;me permet de transformer en six heures trois appartements de quatre pi&#232;ces en un appartement de douze pi&#232;ces ou plus. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sentiment de la d&#233;rive se rattache naturellement &#224; une fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale de prendre la vie, qu'il serait pourtant maladroit d'en d&#233;duire m&#233;caniquement. Je ne m'&#233;tendrai ni sur les pr&#233;curseurs de la d&#233;rive, que l'on peut reconna&#238;tre justement, ou d&#233;tourner abusivement, dans la litt&#233;rature du pass&#233;, ni sur les aspects passionnels particuliers que cette activit&#233; entra&#238;ne. Les difficult&#233;s de la d&#233;rive sont celles de la libert&#233;. Tout porte &#224; croire que l'avenir pr&#233;cipitera le changement irr&#233;versible du comportement et du d&#233;cor de la soci&#233;t&#233; actuelle. Un jour, on construira des villes pour d&#233;river. On peut utiliser, avec des retouches&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;relativement l&#233;g&#232;res, certaines zones qui existent d&#233;j&#224;. On peut utiliser certaines personnes qui existent d&#233;j&#224;.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
Guy-Ernest DEBORD&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Deux comptes rendus de d&#233;rive&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;i&gt;I. - Rencontres et troubles cons&#233;cutifs &#224; une d&#233;rive continue&lt;/i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir du 25 d&#233;cembre 1953, les lettristes G. I., G. D. et G. L., entrant dans un bar alg&#233;rien de la rue Xavier-Privas o&#249; ils ont pass&#233; toute la nuit pr&#233;c&#233;dente - et qu'ils appellent depuis longtemps &#8220; Au Malais de Thomas &#8221; - sont amen&#233;s &#224; converser avec un Antillais d'environ quarante ans, d'une &#233;l&#233;gance assez insolite parmi les habitu&#233;s de ce bouge, qui, &#224; leur arriv&#233;e, parlait avec K., le tenancier du lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme demande aux lettristes, contre tonte vraisemblance, s'ils ne sont pas &#8220; dans l'arm&#233;e &#8221;. Puis, sur leur r&#233;ponse n&#233;gative, il insiste vainement pour savoir &#8220; &#224; quelle organisation ils appartiennent &#8221;. Il se pr&#233;sente lui-m&#234;me sous le nom, manifestement faux, de Camille J. La suite de ses propos est parsem&#233;e de co&#239;ncidences (les adresses qu'il cite, les pr&#233;occupations qui sont celles de ses interlocuteurs cette semaine-l&#224;, son anniversaire qui est aussi celui de G. I.) et de phrases qu'il veut &#224; double sens, et qui semblent &#234;tre des allusions d&#233;lib&#233;r&#233;es &#224; la d&#233;rive. Mais le plus remarquable est son d&#233;lire croissant qui tourne autour d'une id&#233;e de voyage press&#233; - &#8220; il voyage continuellement &#8221; et le r&#233;p&#232;te souvent. J. en vient &#224; dire s&#233;rieusement qu'arrivant de Hambourg il avait cherch&#233; l'adresse du bar o&#249; ils sont &#224; pr&#233;sent - il y &#233;tait venu autrefois, un instant, l'avait aim&#233; -, ne la trouvant pas, il avait fait un saut &#224; New-York pour la demander &#224; sa femme ; et l'adresse n'&#233;tant pas non plus &#224; New-York, c'est fortuitement qu'il venait de retrouver le bar. Il arrive d'Orly. (Aucun avion n'a atterri depuis plusieurs jours &#224; Orly, par suite d'une gr&#232;ve du personnel de la s&#233;curit&#233; compliqu&#233;e de mauvaise visibilit&#233;, et G. D. le sait parce que lui-m&#234;me est arriv&#233; l'avant-veille, par train, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; retard&#233; deux jours sur l'a&#233;rodrome de Nice). J. d&#233;clare &#224; G. L., d'un air de certitude attrist&#233;e, que ses activit&#233;s actuelles doivent &#234;tre au-dessus de ses capacit&#233;s (G. L. sera en effet exclu deux mois plus tard). J. propose aux lettristes de les retrouver au m&#234;me endroit le lendemain : il leur fera go&#251;ter un excellent rhum &#8220; de sa plantation &#8221;. Il a aussi parl&#233; de leur faire conna&#238;tre sa femme, mais ensuite, et sans contradiction apparente, il a dit que le lendemain &#8220; il serait veuf &#8221;, sa femme partant de bon matin pour Nice en automobile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s qu'il soit sorti, K., interrog&#233; (lui-m&#234;me ignore tout des activit&#233;s des lettristes), ne peut rien dire sinon qu'il l'a vu boire un verre une fois, il y a quelques mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain J. vient au rendez-vous avec sa femme, une Antillaise de son &#226;ge, assez belle. Il fait, avec son rhum, un punch hors de pair. J. et sa femme exercent une attraction d'une nature peu claire sur tous les Alg&#233;riens du bar, &#224; la fois enthousiastes et d&#233;f&#233;rents. Une agitation d'une intensit&#233; tr&#232;s inhabituelle se traduit par le fracas de toutes les guitares ensemble, des cris, des danses. J. r&#233;tablit instantan&#233;ment le calme en portant un toast impr&#233;vu &#8220; &#224; nos fr&#232;res qui meurent sur les champs de bataille &#8221; (bien qu'&#224; cette date, nulle part hors d'Indochine il n'y ait de lutte arm&#233;e de quelque envergure). La conversation atteint en valeur d&#233;lirante celle de la veille, mais cette fois avec la participation de la femme de J. Remarquant qu'une bague que J. portait le soir pr&#233;c&#233;dent est maintenant au doigt de sa femme, G. L. dit assez bas &#224; G. I., faisant allusion &#224; leurs commentaires de la veille qui n'avaient pas manqu&#233; d'&#233;voquer les zombies et les signes de reconnaissance de sectes secr&#232;tes : &#8220; Le Vaudou a chang&#233; de main &#8221;.&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;La femme de J. entend cette phrase et sourit d'un air complice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir encore parl&#233; des rencontres et des lieux qui les provoquent, J. d&#233;clare &#224; ses interlocuteurs qu'il ne sait pas si lui-m&#234;me les rencontrera un jour, car ils sont &#8220; peut-&#234;tre trop forts pour lui &#8221;.&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;On l'assure du contraire. Au moment de se s&#233;parer G. I. propose de donner &#224; la femme de J., puisqu'elle doit partir pour Nice, l'adresse d'un bar assez attirant dons cette ville. J. r&#233;pond alors froidement que c'est malheureusement trop tard puisqu'elle est partie depuis le matin. Il prend cong&#233; en affirmant que maintenant il est s&#251;r qu'ils se reverront un jour &#8220; serait-ce m&#234;me dans un autre monde &#8221; - ajoutant &#224; sa phrase un &#8220; vous me comprenez ? &#8221; qui corrige compl&#232;tement ce qu'elle pourrait avoir de mystique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir du 31 d&#233;cembre au m&#234;me bar de la rue Xavier-Privas, les lettristes trouvent K. et les habitu&#233;s terroris&#233;s - malgr&#233; leurs habitudes de violence - par une sorte de bande, forte d'une dizaine d'Alg&#233;riens venus de Pigalle, et qui occupent les lieux. L'histoire, des plus obscures, semble concerner &#224; la fois une affaire de fausse monnaie et les rapports qu'elle pourrait avoir avec l'arrestation dans ce bar m&#234;me, quelques semaines auparavant, d'un ami de K., pour trafic de stup&#233;fiants. Comme il est apparent que le premier d&#233;sir des visiteurs est de ne pas m&#234;ler des Europ&#233;ens &#224; un r&#232;glement de comptes qui, entre Nord-Africains, n'&#233;veillera pas grande attention de la police, et comme K. leur demande instamment de ne pas sortir du bar, G. D et G. I. passent la nuit &#224; boire au comptoir (o&#249; les visiteurs ont plac&#233; une fille amen&#233;e par eux) parlant sons arr&#234;t et tr&#232;s haut, devant un public silencieux, de mani&#232;re &#224; aggraver encore l'inqui&#233;tude g&#233;n&#233;rale. Par exemple, peu avant minuit, sur la question de savoir qui doit mourir cette ann&#233;e ou l'ann&#233;e prochaine ; ou bien en &#233;voquant le mot du condamn&#233; ex&#233;cut&#233; &#224; l'aube d'un premier janvier : &#8220; Voil&#224; une ann&#233;e qui commence bien &#8221; ; et toutes les boutades de ce genre qui font bl&#234;mir la quasi-totalit&#233; des antagonistes. M&#234;me vers le matin, G. D. &#233;tant ivre-mort, G. L. continue seul pendant quelques heures, avec un succ&#232;s toujours aussi marqu&#233;. La journ&#233;e du 1er janvier 1954 se passe dans les m&#234;mes conditions, les multiples man&#339;uvres d'intimidation et les menaces voil&#233;es ne persuadant pas les deux lettristes de partir avant la rixe, et eux-m&#234;mes n'arrivant &#224; joindre aucun de leurs amis par le t&#233;l&#233;phone dont ils n'ont pu s'emparer qu'en payant d'audace. Enfin, aux approches du soir, les amis de K. et les &#233;trangers arrivent &#224; un compromis et se quittent de mauvaise gr&#226;ce (K. par la suite &#233;ludera avec crainte toute explication de cette affaire, et les lettristes jugeront discret d'y foire &#224; peine allusion).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, vers la fin de l'apr&#232;s-midi, G. D. et G. I., s'apercevant soudain qu'ils sont pr&#232;s de la rue Vieille du Temple, d&#233;cident d'aller revoir un bar de cette rue ou, six semaines plus t&#244;t, G. I. avait not&#233; quelque chose de surprenant : comme il y entrait, au cours d'une d&#233;rive en compagnie de P. S., le barman, manifestant une certaine &#233;motion &#224; sa vue, lui avait demand&#233; &#8220; Vous venez sans doute pour un verre ? &#8221; et, sur sa r&#233;ponse affirmative, avait continu&#233; &#8220; Il n'y en a plus. Revenez demain &#8221;. G. I. avait alors machinalement r&#233;pandu &#8220; C'est bien &#8221;, et &#233;tait sorti ; et P. S., quoique &#233;tonn&#233; d'une r&#233;action si absurde, l'avait suivi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entr&#233;e de G. I. et G. D. dans le bar fait taire &#224; l'instant une dizaine d'hommes qui parlaient en yiddish, assis &#224; deux ou trois tables, et tous coiff&#233;s de chapeaux. Alors que les lettristes boivent quelques verres d'alcool au comptoir, tournant le dos &#224; la porte, un homme, &#233;galement coiff&#233; d'un chapeau, entre en courant, et la serveuse - qu'ils n'ont jamais vue - leur fait signe de la t&#234;te que c'est &#224; lui qu'ils doivent s'adresser. L'homme apporte une chaise &#224; un m&#232;tre d'eux, s'assoit, et leur parle &#224; tr&#232;s haute voix, et fort longtemps, en yiddish, sur un ton tant&#244;t convaincant et tant&#244;t mena&#231;ant mais sans agressivit&#233; d&#233;lib&#233;r&#233;e, et surtout sans avoir l'air d'imaginer qu'ils puissent ne rien comprendre. Les lettristes restent impassibles ; regardent avec le maximum d'insolence les individus pr&#233;sents qui, tous, semblent attendre leur r&#233;ponse avec quelque angoisse ; puis finissent par sortir. Dehors, ils s'accordent pour constater qu'ils n'ont jamais vu une ambiance aussi glaciale, et que les gangsters de la veille &#233;taient des agneaux en comparaison. D&#233;rivant encore un peu plus loin, ils arrivent au pont Notre-Dame quand ils s'avisent qu'ils sont suivis par deux des hommes du bar, dans la tradition des films de gangsters. C'est &#224; cette tradition qu'ils croient devoir s'en remettre pour les d&#233;pister, en traversant le pont n&#233;gligemment, puis en descendant brusquement &#224; droite sur le quai de l'&#238;le de la Cit&#233; qu'ils suivent en courant, passant sous le Pont-Neuf, jusqu'au square du Vert-Galant. L&#224;, ils remontent sur la place du Pont-Neuf par l'escalier dissimul&#233; derri&#232;re la statue d'Henri IV. Devant la statue, deux autres hommes en chapeaux qui arrivaient en courant - sans doute pour surplomber la berge du Quai des Orf&#232;vres, qui para&#238;t la seule issue quand on ignore l'existence de cet escalier - s'arr&#234;tent tout net en les voyant surgir. Les deux lettristes marchent vers eux et les croisent sans que, dans leur surprise, ils fassent un seul geste ; puis suivent le trottoir du Pont-Neuf vers la rive droite. Ils voient alors que les deux hommes se remettent &#224; les suivre ; et il semble qu'une voiture engag&#233;e sur le Pont-Neuf, avec laquelle ces hommes paraissent &#233;changer des signes, se joigne &#224; la poursuite. G. I. et G. D. traversent alors le quai du Louvre au moment pr&#233;cis o&#249; le passage est donn&#233; aux voitures, dont la circulation en cet endroit est fort dense. Puis, mettant &#224; profit cette avance, ils traversent en h&#226;te le rez-de-chauss&#233;e du grand magasin &#8220; La Samaritaine &#8221;, sortent rue de Rivoli pour s'engouffrer dans le m&#233;tro &#8220; Louvre &#8221;, et changent au Ch&#226;telet. Les quelques voyageurs munis de chapeaux leur paraissent suspects. G. I. se persuade qu'un Antillais, qui se trouve pr&#232;s de lui, lui a fait un signe d'intelligence, et veut y voir un &#233;missaire de J., charg&#233; de les soutenir contre ce surprenant d&#233;cha&#238;nement de forces contraire. Descendus &#224; &#8220; Monge &#8221;, les lettristes gagnent la Montagne-Genevi&#232;ve &#224; travers le Continent Contrescarpe d&#233;sert, o&#249; la nuit tombe, dans une atmosph&#232;re d'inqui&#233;tude grandissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;i&gt;II. - Relev&#233; d'ambiances urbaines au moyen de la d&#233;rive&lt;/i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mardi 8 mars 1956, G.-E. Debord et Gil J. Wolman se rencontrent &#224; 10 h. dans la rue des Jardins-Paul, et partent en direction du nord pour reconna&#238;tre les possibilit&#233;s d'une travers&#233;e de Paris &#224; ce niveau. Malgr&#233; leurs intentions ils se trouvent rapidement d&#233;port&#233;s vers l'est et traversent la partie sup&#233;rieure du XIe arrondissement qui, par son caract&#232;re de standardisation commerciale pauvre, est un bon exemple du paysage petit-bourgeois repoussant. La seule rencontre plaisante est, au 160 de la rue Oberkampf, le magasin &#8220; Charcuterie-Comestibles A. Breton &#8221;. Parvenus dans le XXe arrondissement Debord et Wolman s'engagent dans une s&#233;rie de passages &#233;troits qui, &#224; travers des terrains vagues et des constructions peu &#233;lev&#233;es qui ont un grand air d'abandon, joignent la rue de M&#233;nilmontant &#224; la rue des Couronnes. Au nord de la rue des Couronnes, ils acc&#232;dent par un escalier &#224; un syst&#232;me de ruelles du m&#234;me genre, mais d&#233;pr&#233;ci&#233; par un f&#226;cheux caract&#232;re pittoresque. Leur progression se trouve ensuite infl&#233;chie vers le nord-ouest. Ils traversent, entre l'avenue Simon Bolivar et l'avenue Mathurin Moreau, une butte o&#249; s'enchev&#234;trent des rues vides, d'une consternante monotonie de fa&#231;ades (rues R&#233;my de Gourmont, Edgar Po&#235;, etc.). Peu apr&#232;s, ils en viennent &#224; surgir &#224; l'extr&#233;mit&#233; du canal Martin, et rencontrent &#224; l'improviste l'admirable rotonde de Claude-Nicolas Ledoux, presque ruin&#233;e, laiss&#233;e dans un incroyable abandon, et dont le charme s'accro&#238;t singuli&#232;rement du passage, &#224; tr&#232;s proche distance, de la courbe du m&#233;tro suspendu. On songe ici &#224; l'heureuse pr&#233;vision du mar&#233;chal Toukhachevsky, cit&#233;e jadis dans &#8220; La R&#233;volution Surr&#233;aliste &#8221;, sur la beaut&#233; que gagnerait Versailles quand une usine serait construite entre le ch&#226;teau et la pi&#232;ce d'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#233;tudiant le terrain, les lettristes croient pouvoir conclure &#224; l'existence d'une importante plaque tournante psychog&#233;ographique - la rotonde de Ledoux en occupant le centre - qui peut se d&#233;finir comme une unit&#233; Jaur&#232;s-Stalingrad, ouverte sur au moins quatre pentes psychog&#233;ographiques notables (canal Martin, boulevard de la Chapelle, rue d'Aubervilliers, canal de l'Ourcq), et probablement davantage. Wolman rappelle &#224; propos de cette notion de plaque tournante le carrefour qu'il d&#233;signait &#224; Cannes, en 1952, comme &#233;tant &#8220; le centre du monde &#8221;. Il faut sans doute en rapprocher l'attirance nettement psychog&#233;ographique de ces illustrations, pour les livres des tr&#232;s jeunes &#233;coliers, o&#249; une intention didactique fait r&#233;unir sur une seule image un port, une montagne, un isthme, une for&#234;t, un fleuve, une digue, un cap, un pont, un navire, un archipel. Les images des ports de Claude Lorrain ne sont pas sans parent&#233; avec ce proc&#233;d&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est par la belle et tragique rue d'Aubervilliers que Debord et Wolman continuent &#224; marcher vers le nord. Ils y d&#233;jeunent au passage. Ayant emprunt&#233; le boulevard Macdonald jusqu'au canal Denis, ils suivent la rive droite de ce canal vers le nord, stationnant plus ou moins longuement dans divers bars de mariniers. Imm&#233;diatement au nord du pont du Landy, ils passent le canal &#224; une &#233;cluse qu'ils connaissent et arrivent &#224; 18 h. 30 dans un bar espagnol couramment nomm&#233; par les ouvriers qui le fr&#233;quentent &#8220; Taverne des R&#233;volt&#233;s &#8221;, &#224; la pointe la plus occidentale d'Aubervilliers, face au lieudit La Plaine, qui fait partie de la commune de Denis. Ayant repass&#233; l'&#233;cluse, ils errent encore un certain temps dans Aubervilliers, qu'ils ont parcouru des dizaines de fois la nuit, mais qu'ils ignorent au jour. L'obscurit&#233; venant, ils d&#233;cident enfin d'arr&#234;ter l&#224; cette d&#233;rive, jug&#233;e peu int&#233;ressante en elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faisant la critique de l'op&#233;ration, ils constatent qu'une d&#233;rive partant du m&#234;me point doit plut&#244;t prendre la direction nord-nord-ouest ; que le nombre des d&#233;rives syst&#233;matiques de ce genre doit &#234;tre multipli&#233;, Paris leur &#233;tant encore, dans cette optique, en grande partie inconnu ; que la contradiction que la d&#233;rive implique entre le hasard et le choix conscient se reconduit &#224; des niveaux d'&#233;quilibre successifs, et que ce d&#233;veloppement est illimit&#233;. Pour le programme des prochaines d&#233;rives Debord propose la liaison directe du centre Jaur&#232;s-Stalingrad (ou Centre Ledoux) &#224; la Seine, et l'exp&#233;rimentation de ses d&#233;bouch&#233;s vers l'ouest. Wolman propose une d&#233;rive qui, &#224; partir de la &#8220; Taverne des R&#233;volt&#233;s &#8221;, suivrait le canal vers le nord, jusqu'&#224; Denis et au-del&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction &#224; une critique de la g&#233;ographie urbaine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De tant d'histoires auxquelles nous participons, avec ou sans int&#233;r&#234;t, la recherche fragmentaire d'un nouveau mode de vie reste le seul c&#244;t&#233; passionnant. Le plus grand d&#233;tachement va de soi envers quelques disciplines, esth&#233;tiques ou autres, dont l'insuffisance &#224; cet &#233;gard est promptement v&#233;rifiable. Il faudrait donc d&#233;finir quelques terrains d'observation provisoires. Et parmi eux l'observation de certains processus du hasard et du pr&#233;visible, dans les rues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot &lt;i&gt;psychog&#233;ographie&lt;/i&gt;, propos&#233; par un Kabyle illettr&#233; pour d&#233;signer l'ensemble des ph&#233;nom&#232;nes dont nous &#233;tions quelques-uns &#224; nous pr&#233;occuper vers l'&#233;t&#233; de 1953, ne se justifie pas trop mal. Ceci ne sort pas de la perspective mat&#233;rialiste du conditionnement de la vie et de la pens&#233;e par la nature objective. La g&#233;ographie, par exemple, rend compte de l'action d&#233;terminante de forces naturelles g&#233;n&#233;rales, comme la composition des sols ou les r&#233;gimes climatiques, sur les formations &#233;conomiques d'une soci&#233;t&#233; et, par l&#224;, sur la conception qu'elle peut se faire du monde. La &lt;i&gt;psychog&#233;ographie&lt;/i&gt; se proposerait l'&#233;tude des lois exactes et des effets pr&#233;cis du milieu g&#233;ographique, consciemment am&#233;nag&#233; ou non, agissant directement sur le comportement affectif des individus. L'adjectif &lt;i&gt;psychog&#233;ographique&lt;/i&gt;, conservant un assez plaisant vague, peut donc s'appliquer aux donn&#233;es &#233;tablies par ce genre d'investigations, aux r&#233;sultats de leur influence sur les sentiments humains, et m&#234;me plus g&#233;n&#233;ralement &#224; toute situation ou toute conduite qui paraissent relever du m&#234;me esprit de d&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;sert est monoth&#233;iste, a-t-on pu dire il y a d&#233;j&#224; longtemps. Trouvera-t-on illogique, ou d&#233;pourvue d'int&#233;r&#234;t, cette constatation que le quartier qui s'&#233;tend, &#224; Paris, entre la place de la Contrescarpe et la rue de l'Arbal&#232;te incline plut&#244;t &#224; l'ath&#233;isme, &#224; l'oubli, et &#224; la d&#233;sorientation des r&#233;flexes habituels ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est bon d'avoir de l'utilitaire une notion historiquement relative. Le souci de disposer d'espaces libres permettant la circulation rapide de troupes et l'emploi de l'artillerie contre les insurrections &#233;tait &#224; l'origine du plan d'embellissement urbain adopt&#233; par le Second Empire. Mais de tout point de vue autre que policier, le Paris d'Haussmann est une ville b&#226;tie par un idiot, pleine de bruit et de fureur, qui ne signifie rien. Aujourd'hui, le principal probl&#232;me que doit r&#233;soudre l'urbanisme est celui de la bone circulation d'une quantit&#233; rapidement croissante de v&#233;hicules automobiles. Il n'est pas interdit de penser qu'un urbanisme &#224; venir s'appliquera &#224; des constructions, &#233;galement utilitaires, tenant le plus large compte des possibilit&#233;s psychog&#233;ographiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi bien l'actuelle abondance des voitures particuli&#232;res n'est rien d'autre que le r&#233;sultat de la propagande permanente par laquelle la production capitaliste persuade les foules - et ce cas est une de ses r&#233;ussites les plus confondantes - que la possession d'une voiture est pr&#233;cis&#233;ment un des privil&#232;ges que notre soci&#233;t&#233; r&#233;serve &#224; ses privil&#233;gi&#233;s. (Le progr&#232;s anarchique se niant lui-m&#234;me on peut d'ailleurs go&#251;ter le spectacle d'un pr&#233;fet de police invitant par voie de film-annonce les parisiens propri&#233;taires d'automobiles &#224; utiliser les transports en commun.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque l'on rencontre, m&#234;me &#224; de si minces propos, l'id&#233;e de privil&#232;ge, et que l'on sait avec quelle aveugle fureur tant de gens - si peu privil&#233;gi&#233;s pourtant - sont dispos&#233;s &#224; d&#233;fendre leurs m&#233;diocres avantages, force est de constater que tous ces d&#233;tails participent d'une id&#233;e du bonheur, id&#233;e re&#231;ue dans la bourgeoisie, maintenue par un syst&#232;me de publicit&#233; qui englobe aussi bien l'esth&#233;tique de Malraux que les imp&#233;ratifs du Coca-Cola, et dont il s'agit de provoquer la crise en toute occasion, par tous les moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers de ces moyens sont sans doute la diffusion, dans un but de provocation syst&#233;matique, d'une foule de propositions tendant &#224; faire de la vie un jeu int&#233;gral passionnant, et la d&#233;pr&#233;ciation continuelle de tous les divertissements en usage, dans la mesure naturellement o&#249; ils ne peuvent &#234;tre d&#233;tourn&#233;s pour servir &#224; des constructions d'ambiances plus int&#233;ressantes. Il est vrai que la plus grande difficult&#233; d'une telle entreprise est de faire passer dans ces propositions apparemment d&#233;lirantes une quantit&#233; suffisante de &lt;i&gt;s&#233;duction s&#233;rieuse&lt;/i&gt;. Pour obtenir ce r&#233;sultat une pratique habile des moyens de communication pris&#233;s actuellement peut se concevoir. Mais aussi bien une sorte d'abstention tapageuse, ou des manifestations visant &#224; la d&#233;ception radicale des amateurs de ces m&#234;mes moyens de communication, entretiennent ind&#233;niablement, &#224; peu de frais, une atmosph&#232;re de g&#234;ne extr&#234;mement favorable &#224; l'introduction de quelques nouvelles notions de plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette id&#233;e que la r&#233;alisation d'une situation affective choisie d&#233;pend seulement de la connaissance rigoureuse et de l'application d&#233;lib&#233;r&#233;e d'un certain nombre de m&#233;canismes concrets, inspirait ce &#8220; Jeu psychog&#233;ographique de la semaine &#8221; publi&#233;, avec tout de m&#234;me quelque humour, dans le num&#233;ro 1 de POTLATCH :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; En fonction de ce que vous cherchez, choisissez une contr&#233;e, une ville de peuplement plus ou moins dense, une rue plus ou moins anim&#233;e. Construisez une maison. Meublez-la. Tirez le meilleur parti de sa d&#233;coration et de ses alentours. Choisissez la saison et l'heure. R&#233;unissez les personnes les plus aptes, les disques et les alcools qui conviennent. L'&#233;clairage et la conversation devront &#234;tre &#233;videmment de circonstance, comme le climat ext&#233;rieur ou vos souvenirs. &lt;br /&gt;
S'il n'y a pas eu d'erreur dans vos calculs, la r&#233;ponse doit vous satisfaire. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut s'employer &#224; jeter sur le march&#233;, ne serait-ce m&#234;me pour le moment que le march&#233; intellectuel, une masse de d&#233;sirs dont la richesse ne d&#233;passera pas les actuels moyens d'action de l'homme sur le monde mat&#233;riel, mais la vieille organisation sociale. Il n'est donc pas d&#233;pourvu d'int&#233;r&#234;t politique d'opposer publiquement de tels d&#233;sirs aux d&#233;sirs primaires qu'il ne faut pas s'&#233;tonner de voir remoudre sans fin dans l'industrie cin&#233;matographique ou les romans psychologiques, comme ceux de cette vieille charogne de Mauriac. (&#8220; Dans une soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur la &lt;i&gt;mis&#232;re&lt;/i&gt;, les produits les plus &lt;i&gt;mis&#233;rables &lt;/i&gt;ont la pr&#233;rogative fatale de servir &#224; l'usage du plus grand nombre &#8221;, expliquait Marx au pauvre Proudhon.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transformation r&#233;volutionnaire du monde, de tous les aspects du monde, donnera raison &#224; toutes les id&#233;es d'abondance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le brusque changement d'ambiance dans une rue, &#224; quelques m&#232;tres pr&#232;s ; la division patente d'une ville en zones de climats psychiques tranch&#233;s ; la ligne de plus forte pente - sans rapport avec la d&#233;nivellation - que doivent suivre les promenades qui n'ont pas de but ; le caract&#232;re prenant ou repoussant de certains lieux ; tout cela semble &#234;tre n&#233;glig&#233;. En tout cas, n'est jamais envisag&#233; comme d&#233;pendant de causes que l'on peut mettre au jour par une analyse approfondie, et dont on peut tirer parti. Les gens savent bien qu'il y a des quartiers tristes, et d'autres agr&#233;ables. Mais ils se persuadent g&#233;n&#233;ralement que les rues &#233;l&#233;gantes causent un sentiment de satisfaction et que les rues pauvres sont d&#233;primantes, presque sans plus de nuances. En fait, la vari&#233;t&#233; des combinaisons possibles d'ambiances, analogue &#224; la dissolution des corps purs chimiques dans le nombre infini des m&#233;langes, entra&#238;ne des sentiments aussi diff&#233;renci&#233;s et aussi complexes que ceux que peut susciter tout autre forme de spectacle. Et la moindre prospection d&#233;mystifi&#233;e fait appara&#238;tre qu'aucune distinction, qualitative ou quantitative, des influences des divers d&#233;cors construits dans une ville ne peut se formuler &#224; partir d'une &#233;poque ou d'un style d'architecture, encore moins &#224; partir de conditions d'habitat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les recherches que l'on est ainsi appel&#233; &#224; mener sur la disposition des &#233;l&#233;ments du cadre urbaniste, en liaison &#233;troite avec les sensations qu'ils provoquent, ne vont pas sans passer par des hypoth&#232;ses hardies qu'il convient de corriger constamment &#224; la lumi&#232;re de l'exp&#233;rience, par la critique et l'autocritique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines toiles de Chirico, qui sont manifestement provoqu&#233;es par des sensations d'origine architecturale, peuvent exercer une action en retour sur leur base objective, jusqu'&#224; la transformer : elles tendent &#224; devenir elles-m&#234;mes des maquettes. D'inqui&#233;tants quartiers d'arcades pourraient un jour continuer, et accomplir, l'attirance de cette &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne vois gu&#232;re que ces deux ports &#224; la tomb&#233;e du jour peints par Claude Lorrain, qui sont au Louvre, et qui pr&#233;sentent la fronti&#232;re m&#234;me de deux ambiances urbaines les plus diverses qui soient, pour rivaliser en beaut&#233; avec les plans du m&#233;tro affich&#233;s dans Paris. On entend bien qu'en parlant ici de beaut&#233; je n'ai pas eu en vue la beaut&#233; plastique - la beaut&#233; nouvelle ne peut &#234;tre qu'une beaut&#233; de situation - mais seulement la pr&#233;sentation particuli&#232;rement &#233;mouvante, dans l'un et l'autre cas, d'une somme de &lt;i&gt;possibilit&#233;s&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre divers moyens d'intervention plus difficiles, une cartographie r&#233;nov&#233;e para&#238;t propre &#224; l'exploitation imm&#233;diate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fabrication de cartes psychog&#233;ographiques, voire m&#234;me divers truquages comme l'&#233;quation, tant soit peu fond&#233;e ou compl&#232;tement arbitraire, pos&#233;e entre deux repr&#233;sentations topographiques, peuvent contribuer &#224; &#233;clairer certains d&#233;placements d'un caract&#232;re, non certes de gratuit&#233;, mais de parfaite &lt;i&gt;insoumission&lt;/i&gt; aux sollicitations habituelles. - Les sollicitations de cette s&#233;rie &#233;tant catalogu&#233;es sons le terme de tourisme, drogue populaire aussi r&#233;pugnante que le sport ou le cr&#233;dit &#224; l'achat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un ami, r&#233;cemment, me disait qu'il venait de parcourir la r&#233;gion du Hartz, en Allemagne, &#224; l'aide d'un plan de la ville de Londres dont il avait suivi aveugl&#233;ment les indications. Cette esp&#232;ce de jeu n'est &#233;videmment qu'un m&#233;diocre d&#233;but en regard d'une construction compl&#232;te de l'architecture et de l'urbanisme, construction dont le pouvoir sera quelque jour donn&#233; &#224; tous. En attendant, on peut distinguer plusieurs stades de r&#233;alisations partielles, moins malais&#233;es, &#224; commencer par le simple d&#233;placement des &#233;l&#233;ments de d&#233;coration que nous sommes accoutum&#233;s de trouver sur des positions pr&#233;par&#233;es &#224; l'avance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi Mari&#235;n, dans le pr&#233;c&#233;dent num&#233;ro de cette revue, proposait de rassembler en d&#233;sordre, quand les ressources mondiales auront cess&#233; d'&#234;tre gaspill&#233;es dans les entreprises irrationnelles que l'on nous impose aujourd'hui, toutes les statues &#233;questres de toutes les villes dans une seule plaine d&#233;sertique. Ce qui offrirait aux passants - l'avenir leur appartient - le spectacle d'une charge synth&#233;tique de cavalerie, que l'on pourrait m&#233;m&#233; d&#233;dier au souvenir des plus grands massacreurs de l'histoire, de Tamerlan &#224; Ridgway. On voit resurgir ici une des principales exigences de cette g&#233;n&#233;ration : la valeur &#233;ducative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, il n'y a rien &#224; attendre que de la prise de conscience, par des masses agissantes, des conditions de vie qui leur sont faites dans tous les domaines, et des moyens pratiques de les changer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; L'imaginaire est ce qui tend &#224; devenir r&#233;el &#8221;, a pu &#233;crire un auteur dont, en raison de son inconduite notoire sur le plan de l'esprit, j'ai depuis oubli&#233; le nom. Une telle affirmation, par ce qu'elle a d'involontairement restrictif, peut servir de pierre de touche, et faire justice de quelques parodi&#233;s de r&#233;volution litt&#233;raire : ce qui tend &#224; rester irr&#233;el, c'est le bavardage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie, dont nous sommes responsables, rencontre, en m&#234;me temps que de grands motifs de d&#233;couragement, une infinit&#233; de diversions et de compensations plus ou moins vulgaires. Il n'est pas d'ann&#233;e o&#249; des gens que nous aimions ne passent, faute d'avoir clairement compris les possibilit&#233;s en pr&#233;sence, &#224; quelque capitulation voyante. Mais ils ne renforcent pas le camp ennemi qui comptait d&#233;j&#224; des millions d'imb&#233;ciles, et o&#249; l'on est objectivement condamn&#233; &#224; &#234;tre imb&#233;cile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re d&#233;ficience morale reste l'indulgence, sous toutes ses formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Guy-Ernest DEBORD&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Projets d'embellissements rationnels de la ville de Paris&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les lettristes pr&#233;sents le 26 septembre ont propos&#233; commun&#233;ment les solutions rapport&#233;es ici &#224; divers probl&#232;mes d'urbanisme soulev&#233;s au hasard de la discussion. Ils attirent l'attention sur le fait qu'aucun aspect constructif n'a &#233;t&#233; envisag&#233;, le d&#233;blaiement du terrain paraissant &#224; tous l'affaire la plus urgente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ouvrir le m&#233;tro, la nuit, apr&#232;s la fin du passage des rames. En tenir les couloirs et les voies mal &#233;clair&#233;s par de faibles lumi&#232;res intermittentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par un certain am&#233;nagement des &#233;chelles de secours, et la cr&#233;ation de passerelles l&#224; o&#249; il en faut, ouvrir les toits de Paris &#224; la promenade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laisser les squares ouverts la nuit. Les garder &#233;teints. (Dans quelques cas un faible &#233;clairage constant peut &#234;tre justifi&#233; par des consid&#233;rations psychog&#233;ographiques.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Munir les r&#233;verb&#232;res de toutes les rues d'interrupteurs ; l'&#233;clairage &#233;tant &#224; la disposition du public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les &#233;glises, quatre solutions diff&#233;rentes ont &#233;t&#233; avanc&#233;es, et reconnues d&#233;fendables jusqu'au jugement par &lt;i&gt;l'exp&#233;rimentation&lt;/i&gt;, qui fera triompher promptement la meilleure :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G.-E. Debord se d&#233;clare partisan de la destruction totale des &#233;difices religieux de toutes confessions. (Qu'il n'en reste aucune trace, et qu'on utilise l'espace.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gil J Wolman propose de garder les &#233;glises, en les vidant de tout concept religieux. De les traiter comme des b&#226;timents ordinaires. D'y laisser jouer les enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mich&#232;le Bernstein demande que l'on d&#233;truise partiellement les &#233;glises, de fa&#231;on que les ruines subsistantes ne d&#233;c&#232;lent plus leur destination premi&#232;re (la Tour Jacques, boulevard de S&#233;bastopol, en serait un exemple accidentel). La solution parfaite serait de raser compl&#232;tement l'&#233;glise et de reconstruire des ruines &#224; la place. La solution propos&#233;e en premier est uniquement choisie pour des raisons d'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacques Fillon, enfin, veut transformer les &#233;glises en &lt;i&gt;maisons &#224; faire peur. &lt;/i&gt;(Utiliser leur ambiance actuelle, en accentuant ses effets paniques.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous s'accordent &#224; repousser l'objection esth&#233;tique, &#224; faire taire les admirateurs du portail de Chartres. La beaut&#233;, &lt;i&gt;quand elle n'est pas une promesse de bonheur&lt;/i&gt;, doit &#234;tre d&#233;truite. Et qu'est-ce qui repr&#233;sente mieux le malheur que cette sorte de monument &#233;lev&#233; &#224; tout ce qui n'est pas encore domin&#233; dans le monde, &#224; la grande marge inhumaine de la vie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Garder les gares telles qu'elles sont. Leur laideur assez &#233;mouvante ajoute beaucoup &#224; l'ambiance de passage qui fait le l&#233;ger attrait de ces &#233;difices. Gil J Wolman r&#233;clame que l'on supprime ou que l'on fausse arbitrairement toutes les indications concernant les d&#233;parts (destinations, horaires, etc.). Ceci pour favoriser la &lt;i&gt;d&#233;rive. &lt;/i&gt;Apr&#232;s un vif d&#233;bat, l'opposition qui s'&#233;tait exprim&#233;e renonce &#224; sa th&#232;se, et le projet est admis sans r&#233;serves. Accentuer l'ambiance sonore des gares par la diffusion d'enregistrements provenant d'un grand nombre d'autres gares - et de certains ports.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suppression des cimeti&#232;res. Destruction totale des cadavres, et de ce genre de souvenirs : ni cendres, ni traces. (L'attention doit &#234;tre attir&#233;e sur la propagande r&#233;actionnaire que repr&#233;sente, par la plus automatique association d'id&#233;es, cette hideuse survivance d'un pass&#233; d'ali&#233;nation. Peut-on voir un cimeti&#232;re sans penser &#224; Mauriac, &#224; Gide, &#224; Edgar Faure ?)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abolition des mus&#233;es, et r&#233;partition des chefs d'&#339;uvre artistiques dans les bars (l'&#339;uvre de Philippe de Champaigne dans les caf&#233;s arabes de la rue Xavier-Privas ; le &lt;i&gt;Sacre&lt;/i&gt;, de David, au Tonneau de la Montagne-Genevi&#232;ve).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Libre acc&#232;s illimit&#233; de tous dans les prisons. Possibilit&#233; d'y faire un s&#233;jour touristique. Aucune discrimination entre visiteurs et condamn&#233;s. (Afin d'ajouter &#224; l'humour de la vie, douze fois tir&#233;s au sort dans l'ann&#233;e, les visiteurs pourraient se voir rafl&#233;s et condamn&#233;s &#224; une peine effective. Ceci pour laisser du champ aux imb&#233;ciles qui ont absolument besoin de courir un risque inint&#233;ressant : les sp&#233;l&#233;ologues actuels, par exemple, et tous ceux dont le &lt;i&gt;besoin de jeu &lt;/i&gt;s'accommode de si pauvres imitations.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les monuments, de la laideur desquels on ne peut tirer aucun parti (genre Petit ou Grand Palais), devront faire place &#224; d'autres constructions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enl&#232;vement des statues qui restent, dont la signification est d&#233;pass&#233;e - dont les renouvellements esth&#233;tiques possibles sont condamn&#233;s par l'histoire avant leur mise en place. On pourrait &#233;largir utilement la pr&#233;sence des statues - pendant leurs derni&#232;res ann&#233;es - par le changement des titres et inscriptions du socle, soit dans un sens politique (Le &lt;i&gt;Tigre dit Clemenceau, &lt;/i&gt;sur les Champs Elys&#233;es), soit dans un sens d&#233;routant &lt;i&gt;(Hommage dialectique &#224; la fi&#232;vre et &#224; la quinine&lt;/i&gt;, &#224; l'intersection du boulevard Michel et de la rue Comte ; &lt;i&gt;Les grandes profondeurs&lt;/i&gt;, place du parvis dans l'&#238;le de la Cit&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire cesser la cr&#233;tinisation du public par les actuels noms des rues. Effacer les conseillers municipaux, les r&#233;sistants, les Emile et les Edouard (55 rues dans Paris), les Bugeaud, les Gallifet, et plus g&#233;n&#233;ralement tous les noms sales (rue de l'Evangile).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce propos, reste plus que jamais valable l'appel lanc&#233; dans le num&#233;ro 9 de &lt;i&gt;Potlach &lt;/i&gt;pour la non-reconnaissance du vocable &lt;i&gt;saint &lt;/i&gt;dans la d&#233;nomination des lieux.*&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;En attendant la fermeture des &#233;glises&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; ce calendrier de 1793 qui essayait d'imposer un autre cycle, le mot d&#233;plaisant de &#8220; saint &#8221; continue de salir les murs d'une multitude de rues parisiennes dont il commande l'appellation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelques mois, nous nous plaisons &#224; mener campagne pour la suppression de ce vocable, dans la correspondance comme dans nos conversations. Les noms des rues sont passagers. Qu'est-ce que l'avenir en gardera sinon peut-&#234;tre, pour m&#233;moire, l'Impasse de l'Enfant-J&#233;sus ? (15e arrondissement, m&#233;tro Pasteur.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'administration des P.T.T. se soumet d&#232;s &#224; pr&#233;sent au v&#339;u de son public : les lettres parviennent boulevard Germain ou rue Honor&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous invitons la partie saine de l'opinion &#224; soutenir cette entreprise de salubrit&#233; publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;[Potlach N&#176; 9 (17 ao&#251;t 1954), Bulletin d'information du groupe fran&#231;ais de l'Internationale lettriste]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://nem.brassicanigra.org/" class="spip_out"&gt;http://nem.brassicanigra.org/&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Th&#233;orie de la d&#233;rive&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Deux comptes rendus de d&#233;rive &lt;/i&gt;sont extraits du N&#176; 9 (novembre 1956) de la revue LES LEVRES NUES, r&#233;&#233;dit&#233;e en int&#233;gralit&#233; par les Ed. Allia en 1995.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Introduction &#224; une critique de la g&#233;ographie urbaine&lt;/i&gt; est extrait du N&#176; 6 (septembre 1955).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Projets d'embellissements rationnels de la ville de Paris &lt;/i&gt;est tir&#233; du N&#176; 23 (13 octobre 1955) de POTLACH, Bulletin d'information de l'Internationale lettriste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En attendant la fermeture des &#233;glises&lt;/i&gt; est tir&#233; du N&#176; 9 (17 ao&#251;t 1954) de POTLATCH, Bulletin d'information du groupe fran&#231;ais de l'Internationale lettriste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://www.infokiosques.net/IMG/pdf/Theorie_de_la_Derive.pdf" length="141327" type="application/pdf" />
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mode d'emploi du d&#233;tournement</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article320</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.infokiosques.net/spip.php?article320</guid>
		<dc:date>2006-02-03T02:47:22Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gil J. Wolman, Guy Debord</dc:creator>


		<dc:subject>Situationnistes et apparent&#233;-e-s</dc:subject>
		<dc:subject>Art, Culture</dc:subject>
		<dc:subject>Editions Turbulentes (Metz-Dijon)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Cet article est d'abord paru dans le num&#233;ro 8 des &lt;i&gt;L&#232;vres Nues&lt;/i&gt; (Mai 1956). Il a pour but la diffusion des principes du &#034;d&#233;tournement&#034; dans la soci&#233;t&#233;, et recherche les meilleurs supports &#224; cette pratique - qui consiste &#224; &lt;i&gt;d&#233;tourner&lt;/i&gt; le sens initial d'une oeuvre (notamment par des ajouts, des collages, etc.) pour lui donner un caract&#232;re subversif.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique19" rel="directory"&gt;M&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot15" rel="tag"&gt;Situationnistes et apparent&#233;-e-s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot16" rel="tag"&gt;Art, Culture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot62" rel="tag"&gt;Editions Turbulentes (Metz-Dijon)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L113xH150/arton320-9613b.jpg?1780477505' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='113' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff320.jpg?1137206494&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tous les esprits un peu avertis de notre temps s'accordent sur cette &#233;vidence qu'il est devenu impossible &#224; l'art de se soutenir comme activit&#233; sup&#233;rieure, ou m&#234;me comme activit&#233; de compensation &#224; laquelle on puisse honorablement s'adonner. La cause de ce d&#233;p&#233;rissement est visiblement l'apparition de forces productives qui n&#233;cessitent d'autres rapports de production et une nouvelle pratique de la vie. Dans la phase de guerre civile o&#249; nous nous trouvons engag&#233;s, et en liaison &#233;troite avec l'orientation que nous d&#233;couvrirons pour certaines activit&#233;s sup&#233;rieures &#224; venir, nous pouvons consid&#233;rer que tous les moyens d'expression connus vont confluer dans un mouvement g&#233;n&#233;ral de propagande qui doit embrasser tous les aspects, en perp&#233;tuelle interaction, de la r&#233;alit&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les formes et la nature m&#234;me d'une propagande &#233;ducative, plusieurs opinions s'affrontent, g&#233;n&#233;ralement inspir&#233;es par les diverses politiques r&#233;formistes actuellement en vogue. Qu'il nous suffise de d&#233;clarer que, pour nous, sur le plan culturel comme sur le plan strictement politique, les pr&#233;misses de la r&#233;volution ne sont pas seulement m&#251;res, elles ont commenc&#233; &#224; pourrir. Non seulement le retour en arri&#232;re, mais la poursuite des objectifs culturels &#034;actuels&#034;, parce qu'ils d&#233;pendent en r&#233;alit&#233; des formations id&#233;ologiques d'une soci&#233;t&#233; pass&#233;e qui a prolong&#233; son agonie jusqu'&#224; ce jour, ne peuvent avoir d'efficacit&#233; que r&#233;actionnaire. L'innovation extr&#233;miste a seule une justification historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son ensemble, l'h&#233;ritage litt&#233;raire et artistique de l'humanit&#233; doit &#234;tre utilis&#233; &#224; des fins de propagande partisane. Il s'agit, bien entendu, de passer au-del&#224; de toute id&#233;e de scandale. La n&#233;gation de la conception bourgeoise du g&#233;nie et de l'art ayant largement fait son temps, les moustaches de la Joconde ne pr&#233;sentent aucun caract&#232;re plus int&#233;ressant que la premi&#232;re version de cette peinture. Il faut maintenant suivre ce processus jusqu'&#224; la n&#233;gation de la n&#233;gation. Bertold Brecht r&#233;v&#233;lant, dans une interview accord&#233;e r&#233;cemment &#224; l'hebdomadaire &#034;France-Observateur&#034;, qu'il op&#233;rait des coupures dans les classiques du th&#233;&#226;tre pour en rendre la repr&#233;sentation plus heureusement &#233;ducative, est bien plus proche que Duchamp de la cons&#233;quence r&#233;volutionnaire que nous r&#233;clamons. Encore faut-il noter que, dans le cas de Brecht, ces utiles interventions sont tenues dans d'&#233;troites limites par un respect malvenu de la culture, telle que la d&#233;finit la classe dominante : ce m&#234;me respect enseign&#233; dans les &#233;coles primaires de la bourgeoisie et dans les journaux des partis ouvriers, qui conduit les municipalit&#233;s les plus rouges de la banlieue parisienne &#224; r&#233;clamer toujours &#034;le Cid&#034; aux tourn&#233;es du T.N.P., de pr&#233;f&#233;rence &#224; &#034;M&#232;re Courage&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A vrai dire, il faut en finir avec toute notion de propri&#233;t&#233; personnelle en cette mati&#232;re. Le surgissement d'autres n&#233;cessit&#233;s rend caduques les r&#233;alisations &#034;g&#233;niales&#034; pr&#233;c&#233;dentes. Elles deviennent des obstacles, de redoutables habitudes. La question n'est pas de savoir si nous sommes ou non port&#233;s &#224; les aimer. Nous devons passer outre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les &#233;l&#233;ments, pris n'importe o&#249;, peuvent faire l'objet de rapprochements nouveaux. Les d&#233;couvertes de la po&#233;sie moderne sur la structure analogique de l'image d&#233;montrent qu'entre deux &#233;l&#233;ments, d'origines aussi &#233;trang&#232;res qu'il est possible, un rapport s'&#233;tablit toujours. S'en tenir au cadre d'un arrangement personnel des mots ne rel&#232;ve que de la convention. L'interf&#233;rence de deux mondes sentimentaux, la mise en pr&#233;sence de deux expressions ind&#233;pendantes, d&#233;passent leurs &#233;l&#233;ments primitifs pour donner une organisation synth&#233;tique d'une efficacit&#233; sup&#233;rieure. Tout peut servir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi que l'on peut non seulement corriger une oeuvre ou int&#233;grer divers fragments d'oeuvres p&#233;rim&#233;es dans une nouvelle, mais encore changer le sens de ces fragments et truquer de toutes les mani&#232;res que l'on jugera bonnes ce que les imb&#233;ciles s'obstinent &#224; nommer des citations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tels proc&#233;d&#233;s parodiques ont &#233;t&#233; souvent employ&#233;s pour obtenir des effets comiques. Mais le comique met en sc&#232;ne une contradiction &#224; un &#233;tat donn&#233;, pos&#233; comme existant. En la circonstance, l'&#233;tat de choses litt&#233;raire nous paraissant presque aussi &#233;tranger que l'&#226;ge du renne, la contradiction ne nous fait pas rire. Il faut donc concevoir un stade parodique-s&#233;rieux o&#249; l'accumulation d'&#233;l&#233;ments d&#233;tourn&#233;s, loin de vouloir susciter l'indignation ou le rire en se r&#233;f&#233;rant &#224; la notion d'une oeuvre originale, mais marquant au contraire notre indiff&#233;rence pour un original vid&#233; de sens et oubli&#233;, s'emploierait &#224; rendre un certain sublime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que Lautr&#233;amont s'est avanc&#233; si loin dans cette voie qu'il se trouve encore partiellement incompris par ses admirateurs les plus affich&#233;s. Malgr&#233; l'&#233;vidence du proc&#233;d&#233; appliqu&#233; dans &#034;Po&#233;sies&#034;, particuli&#232;rement sur la base de la morale de Pascal et Vauvenargues, au langage th&#233;orique - dans lequel Lautr&#233;amont veut faire aboutir les raisonnements, par concentrations successives, &#224; la seule maxime - on s'est &#233;tonn&#233; des r&#233;v&#233;lations d'un nomm&#233; Viroux, voici trois ou quatre ans, qui emp&#234;chaient d&#233;sormais les plus born&#233;s de ne pas reconna&#238;tre dans &#034;les Chants de Maldoror&#034; un vaste d&#233;tournement, de Buffon et d'ouvrages d'histoire naturelle entre autres. Que les prosateurs du &#034;Figaro&#034;, comme ce Viroux lui-m&#234;me, aient pu y voir une occasion de diminuer Lautr&#233;amont, et que d'autres aient cru devoir le d&#233;fendre en faisant l'&#233;loge de son insolence, voil&#224; qui ne t&#233;moigne que de la d&#233;bilit&#233; intellectuelle de vieillards des deux camps, en lutte courtoise. Un mot d'ordre comme &#034;le Plagiat est n&#233;cessaire, le progr&#232;s l'implique&#034; est encore aussi mal compris, et pour les m&#234;mes raisons, que la phrase fameuse sur la po&#233;sie qui &#034;doit &#234;tre faite par tous&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'oeuvre de Lautr&#233;amont - que son apparition extr&#234;mement pr&#233;matur&#233;e fait encore &#233;chapper en grande partie &#224; une critique exacte - mis &#224; part, les tendances au d&#233;tournement que peut reconna&#238;tre une &#233;tude de l'expression contemporaine sont pour la plupart inconscientes ou occasionnelles ; et, plus que dans la production esth&#233;tique finissante, c'est dans l'industrie publicitaire qu'il faudra en chercher les plus beaux exemples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut d'abord d&#233;finir deux cat&#233;gories principales pour tous les &#233;l&#233;ments d&#233;tourn&#233;s, et sans discerner si leur mise en pr&#233;sence s'accompagne ou non de corrections introduites dans les originaux. Ce sont les &lt;strong&gt;d&#233;tournements mineurs&lt;/strong&gt;, et les &lt;strong&gt;d&#233;tournements abusifs&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;tournement mineur est le d&#233;tournement d'un &#233;l&#233;ment qui n'a pas d'importance propre et qui tire donc tout son sens de la mise en pr&#233;sence qu'on lui fait subir. Ainsi des coupures de presse, une phrase neutre, la photographie d'un sujet quelconque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;tournement abusif, dit aussi d&#233;tournement de proposition pr&#233;monitoire, est au contraire celui dont un &#233;l&#233;ment significatif en soi fait l'objet ; &#233;l&#233;ment qui tirera du nouveau rapprochement une port&#233;e diff&#233;rente. Un slogan de Saint-Just, une s&#233;quence d'Einsenstein par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les oeuvres d&#233;tourn&#233;es d'une certaine envergure se trouveront donc le plus souvent constitu&#233;es par une ou plusieurs s&#233;ries de d&#233;tournements abusifs-mineurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs lois sur l'emploi du d&#233;tournement se peuvent d&#232;s &#224; pr&#233;sent &#233;tablir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'&#233;l&#233;ment d&#233;tourn&#233; le plus lointain qui concourt le plus vivement &#224; l'impression d'ensemble, et non les &#233;l&#233;ments qui d&#233;terminent directement la nature de cette impression. Ainsi dans une m&#233;tagraphie relative &#224; la guerre d'Espagne la phrase au sens le plus nettement r&#233;volutionnaire est cette r&#233;clame incompl&#232;te d'une marque de rouge &#224; l&#232;vres : &#034;les jolies l&#232;vres ont du rouge&#034;. Dans une autre m&#233;tagraphie (&#034;Mort de J.H.&#034;) cent vingt-cinq petites annonces sur la vente de d&#233;bits de boissons traduisent un suicide plus visiblement que les articles de journaux qui le relatent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;formations introduites dans les &#233;l&#233;ments d&#233;tourn&#233;s doivent tendre &#224; se simplifier &#224; l'extr&#234;me, la principale force d'un d&#233;tournement &#233;tant fonction directe de sa reconnaissance, consciente ou trouble, par la m&#233;moire. C'est bien connu. Notons seulement que si cette utilisation de la m&#233;moire implique un choix du public pr&#233;alable &#224; l'usage du d&#233;tournement, ceci n'est qu'un cas particulier d'une loi g&#233;n&#233;rale qui r&#233;git aussi bien le d&#233;tournement que tout autre mode d'action sur le monde. L'id&#233;e d'expression dans l'absolu est morte, et il ne survit momentan&#233;ment qu'une singerie de cette pratique, tant que nos autres ennemis survivent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le d&#233;tournement est d'autant moins op&#233;rant qu'il s'approche d'une r&#233;plique rationnelle.&lt;/strong&gt; C'est le cas d'un assez grand nombre de maximes retouch&#233;es par Lautr&#233;amont. Plus le caract&#232;re rationnel de la r&#233;plique est apparent, plus elle se confond avec le banal esprit de r&#233;partie, pour lequel il s'agit &#233;galement de faire servir les paroles de l'adversaire contre lui. Ceci n'est naturellement pas limit&#233; au langage parl&#233;. C'est dans cet ordre d'id&#233;es que nous e&#251;mes &#224; d&#233;battre le projet de quelques-uns de nos camarades visant &#224; d&#233;tourner une affiche antisovi&#233;tique de l'organisation fasciste &#034;Paix et Libert&#233;&#034; - qui proclamait, avec vues de drapeaux occidentaux emm&#234;l&#233;s, &#034;l'union fait la force&#034; - en y ajoutant la phrase &#034;et les coalitions font la guerre&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le d&#233;tournement par simple retournement est toujours le plus imm&#233;diat et le moins efficace.&lt;/strong&gt; Ce qui ne signifie pas qu'il ne puisse avoir un aspect progressif. Par exemple cette appellation pour une statue et un homme : &#034;le Tigre dit Clemenceau&#034;. De m&#234;me la messe noire oppose &#224; la construction d'une ambiance qui se fonde sur une m&#233;taphysique donn&#233;e, une construction d'ambiance dans le m&#234;me cadre, en renversant les valeurs, conserv&#233;es, de cette m&#233;taphysique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des quatre lois qui viennent d'&#234;tre &#233;nonc&#233;es, la premi&#232;re est essentielle et s'applique universellement. Les trois autres ne valent pratiquement que pour des &#233;l&#233;ments abusifs d&#233;tourn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premi&#232;res cons&#233;quences apparentes d'une g&#233;n&#233;ration du d&#233;tournement, outre les pouvoirs intrins&#232;ques de propagande qu'il d&#233;tient, seront la r&#233;appropriation d'une foule de mauvais livres ; la participation massive d'&#233;crivains ignor&#233;s ; la diff&#233;renciation toujours plus pouss&#233;e des phrases ou des oeuvres plastiques qui se trouveront &#234;tre &#224; la mode ; et surtout une facilit&#233; de la production d&#233;passant de tr&#232;s loin, par la quantit&#233;, la vari&#233;t&#233; et la qualit&#233;, l'&#233;criture automatique d'ennuyeuse m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement le d&#233;tournement conduit &#224; la d&#233;couverte de nouveaux aspects du talent, mais encore, se heurtant de front &#224; toutes les conventions mondaines et juridiques, il ne peut manquer d'appara&#238;tre un puissant instrument culturel au service d'une lutte de classes bien comprise. Le bon march&#233; de ses produits est la grosse artillerie avec laquelle on bat en br&#232;che toutes les murailles de Chine de l'intelligence. Voici un r&#233;el moyen d'enseignement artistique prol&#233;tarien, la premi&#232;re &#233;bauche d'un &lt;strong&gt;communisme litt&#233;raire&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les propositions et les r&#233;alisations sur le terrain du d&#233;tournement se multiplient &#224; volont&#233;. Limitons-nous pour le moment &#224; montrer quelques possibilit&#233;s concr&#232;tes &#224; partir des divers secteurs actuels de la communication, &#233;tant bien entendu que ces divisions n'ont de valeur qu'en fonction des techniques d'aujourd'hui, et tendent toutes &#224; dispara&#238;tre au profit de synth&#232;ses sup&#233;rieures, avec les progr&#232;s de ces techniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre les diverses utilisations imm&#233;diates des phrases d&#233;tourn&#233;es dans les affiches, le disque ou l'&#233;mission radiophonique, les deux principales applications de la prose d&#233;tourn&#233;e sont l'&#233;criture m&#233;tagraphique et, dans une moindre mesure, le cadre romanesque habilement perverti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;tournement d'une oeuvre romanesque compl&#232;te est une entreprise d'un assez mince avenir, mais qui pourrait se r&#233;v&#233;ler op&#233;rante dans la phase de transition. Un tel d&#233;tournement gagne &#224; s'accompagner d'illustrations en rapports non-explicites avec le texte. Malgr&#233; les difficult&#233;s que nous ne nous dissimulons pas, nous croyons qu'il est possible de parvenir &#224; un instructif d&#233;tournement psychog&#233;ographique du &#034;Consuelo&#034; de George Sand, qui pourrait &#234;tre relanc&#233;, ainsi maquill&#233;, sur le march&#233; litt&#233;raire, dissimul&#233; sous un titre anodin comme &#034;Grande Banlieue&#034;, ou lui-m&#234;me d&#233;tourn&#233; comme &#034;La Patrouille Perdue&#034; (il serait bon de r&#233;investir de la sorte beaucoup de titres de films dont on ne peut plus rien tirer d'autre, faute de s'&#234;tre empar&#233; des vieilles copies avant leur destruction, ou de celles qui continuent d'abrutir la jeunesse dans les cin&#233;math&#232;ques).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;criture m&#233;tagraphique, aussi arri&#233;r&#233; que soit par ailleurs le cadre plastique o&#249; elle se situe mat&#233;riellement, pr&#233;sente un plus riche d&#233;bouch&#233; &#224; la prose d&#233;tourn&#233;e, comme aux autres objets ou images qui conviennent. On peut en juger par le projet, datant de 1951 et abandonn&#233; faute de moyens financiers suffisants, qui envisageait l'arrangement d'un billard &#233;lectrique de telle sorte que les jeux de ses lumi&#232;res et le parcours plus ou moins pr&#233;visible de ses billes servissent &#224; une interpr&#233;tation m&#233;tagraphique-spaciale qui s'intitulerait &#034;des sensations thermiques et des d&#233;sirs des gens qui passent devant les grilles du mus&#233;e de Cluny, une heure environ apr&#232;s le coucher du soleil en novembre&#034;. Depuis, bien s&#251;r, nous savons qu'un travail situationniste-analytique ne peut progresser scientifiquement par de telles voies. Les moyens cependant restent bons pour des buts moins ambitieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#233;videmment dans le cadre cin&#233;matographique que le d&#233;tournement peut atteindre &#224; sa plus grande efficacit&#233;, et sans doute, pour ceux que la chose pr&#233;occupe, &#224; sa plus grande beaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pouvoirs du cin&#233;ma sont si &#233;tendus, et l'absence de coordination de ces pouvoirs si flagrante, que presque tous les films qui d&#233;passent la mis&#233;rable moyenne peuvent alimenter des pol&#233;miques infinies entre divers spectateurs ou critiques professionnels. Ajoutons que seul le conformisme de ces gens les emp&#234;che de trouver des charmes aussi prenants et des d&#233;fauts aussi criants dans les films de derni&#232;re cat&#233;gorie. Pour dissiper un peu cette risible confusion des valeurs, disons que &#034;Naissance d'une Nation&#034;, de Griffith, est un des films les plus importants de l'histoire du cin&#233;ma par la masse des apports nouveaux qu'il repr&#233;sente. D'autre part, c'est un film raciste : il ne m&#233;rite donc absolument pas d'&#234;tre projet&#233; sous sa forme actuelle. Mais son interdiction pure et simple pourrait passer pour regrettable dans le domaine, secondaire mais susceptible d'un meilleur usage, du cin&#233;ma. Il vaut bien mieux le d&#233;tourner dans son ensemble, sans m&#234;me qu'il soit besoin de toucher au montage, &#224; l'aide d'une bande sonore qui en ferait une puissante d&#233;nonciation des horreurs de la guerre imp&#233;rialiste et des activit&#233;s du Ku-Klux-Klan qui, comme on sait, se poursuivent &#224; l'heure actuelle aux Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel d&#233;tournement, bien mod&#233;r&#233;, n'est somme toute que l'&#233;quivalent moral des restaurations des peintures anciennes dans les mus&#233;es. Mais la plupart des films ne m&#233;ritent que d'&#234;tre d&#233;membr&#233;s pour composer d'autres oeuvres. Evidemment, cette reconversion de s&#233;quences pr&#233;existantes n'ira pas sans le concours d'autres &#233;l&#233;ments : musicaux ou picturaux, aussi bien qu'historiques. Alors que jusqu'&#224; pr&#233;sent tout truquage de l'histoire, au cin&#233;ma, s'aligne plus ou moins sur le type de bouffonnerie des reconstitutions de Guitry, on peut faire dire &#224; Robespierre, avant son ex&#233;cution : &#034;malgr&#233; tant d'&#233;preuves, mon exp&#233;rience et la grandeur de ma t&#226;che me font juger que tout est bien&#034;. Si la trag&#233;die grecque, opportun&#233;ment rajeunie, nous sert en cette occasion &#224; exalter Robespierre, que l'on imagine en retour une s&#233;quence du genre n&#233;o-r&#233;aliste, devant le zinc, par exemple, d'un bar de routiers - un des camionneurs disant s&#233;rieusement &#224; un autre : &#034;la morale &#233;tait dans les livres des philosophes, nous l'avons mise dans le gouvernement des nations&#034;. On voit ce que cette rencontre ajoute en rayonnement &#224; la pens&#233;e de Maximilien, &#224; celle d'une dictature du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lumi&#232;re du d&#233;tournement se propage en ligne droite. Dans la mesure o&#249; la nouvelle architecture semble devoir commencer par un stade exp&#233;rimental baroque, le &lt;strong&gt;complexe architectural&lt;/strong&gt; - que nous concevons comme la construction d'un milieu ambiant dynamique en liaison avec des styles de comportement - utilisera vraisemblablement le d&#233;tournement des formes architecturales connues, et en tout cas tirera parti, plastiquement et &#233;motionnellement, de toutes sortes d'objets d&#233;tourn&#233;s : des grues ou des &#233;chafaudages m&#233;talliques savamment dispos&#233;s prenant avantageusement la rel&#232;ve d'une tradition sculpturale d&#233;funte. Ceci n'est choquant que pour les pires fanatiques du jardin &#224; la fran&#231;aise. On se souvient que, sur ses vieux jours, d'Annunzio, cette pourriture fascisante, poss&#233;dait dans son parc la proue d'un torpilleur. Ses motifs patriotiques ignor&#233;s, ce monument ne peut qu'appara&#238;tre plaisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#233;tendant le d&#233;tournement jusqu'aux r&#233;alisations de l'urbanisme, il ne serait sans doute indiff&#233;rent &#224; personne que l'on reconstitu&#226;t minutieusement dans une ville tout un cartier d'une autre. L'existence, qui ne sera jamais trop d&#233;routante, s'en verrait r&#233;ellement embellie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les titres m&#234;mes, comme on l'a d&#233;j&#224; vu, sont un &#233;l&#233;ment radical du d&#233;tournement. Ce fait d&#233;coule de deux constatations g&#233;n&#233;rales qui sont, d'une part, que tous les titres sont interchangeables, et d'autre part qu'ils ont une importance d&#233;terminante dans plusieurs disciplines. Tous les romans policiers de la &#034;s&#233;rie noire&#034; se ressemblent intens&#233;ment, et le seul effort de renouvellement portant sur le titre suffit &#224; leur conserver un public consid&#233;rable. Dans la musique, un titre exerce toujours une grande influence, et rien ne justifie vraiment son choix. Il ne serait donc pas mauvais d'apporter une ultime correction au titre de la &#034;Symphonie h&#233;ro&#239;que&#034; en en faisant, par exemple, une &#034;Symphonie L&#233;nine&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le titre contribue fortement &#224; d&#233;tourner l'oeuvre, mais une r&#233;action de l'oeuvre sur le titre est in&#233;vitable. De sorte que l'on peut faire un usage &#233;tendu de titres pr&#233;cis emprunt&#233;s &#224; des publications scientifiques (&#034;Biologie littorale des mers temp&#233;r&#233;es&#034;) ou militaires (&#034;Combats de nuit des petites unit&#233;s d'infanterie&#034;) ; et m&#234;me de beaucoup de phrases relev&#233;es dans les illustr&#233;s enfantins (&#034;De merveilleux paysages s'offrent &#224; la vue des navigateurs&#034;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour finir, il nous faut citer bri&#232;vement quelques aspects de ce que nous nommerons l'ultra-d&#233;tournement, c'est-&#224;-dire les tendances du d&#233;tournement &#224; s'appliquer dans la vie sociale quotidienne. Les gestes et les mots peuvent &#234;tre charg&#233;s d'autres sens, et l'ont &#233;t&#233; constamment &#224; travers l'histoire, pour des raisons pratiques. Les soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes de l'ancienne Chine disposaient d'un grand raffinement de signes de reconnaissance, englobant la plupart des attitudes mondaines (mani&#232;re de disposer des tasses ; de boire ; citations de po&#232;mes arr&#234;t&#233;es &#224; des moments convenus). Le besoin d'une langue secr&#232;te, de mots de passe, est ins&#233;parable d'une tendance au jeu. L'id&#233;e-limite est que n'importe quel signe, n'importe quel vocable, est susceptible d'&#234;tre converti en autre chose, voire en son contraire. Les insurg&#233;s royalistes de la Vend&#233;e, parce qu'affubl&#233;s de l'immonde effigie du coeur de J&#233;sus, s'appelaient l'Arm&#233;e Rouge. Dans le domaine pourtant limit&#233; de la politique, cette expression a &#233;t&#233; compl&#232;tement d&#233;tourn&#233;e en un si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre le langage, il est possible de d&#233;tourner par la m&#234;me m&#233;thode le v&#234;tement, avec toute l'importance affective qu'il rec&#232;le. L&#224; aussi, nous trouvons la notion de d&#233;guisement en liaison &#233;troite avec le jeu. Enfin, quand on en arrive &#224; construire des situations, but final de toute notre activit&#233;, il sera loisible &#224; tout un chacun de d&#233;tourner des situations enti&#232;res en en changeant d&#233;lib&#233;r&#233;ment telle ou telle condition d&#233;terminante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les proc&#233;d&#233;s que nous avons sommairement trait&#233;s ici ne sont pas pr&#233;sent&#233;s comme une intention qui nous serait propre, mais au contraire comme une pratique assez commun&#233;ment r&#233;pandue que nous nous proposons de syst&#233;matiser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie du d&#233;tournement par elle-m&#234;me ne nous int&#233;resse gu&#232;re. Mais nous la trouvons li&#233;e &#224; presque tous les aspects constructifs de la p&#233;riode de transition pr&#233;-situationniste. Son enrichissement, par la pratique, appara&#238;t donc comme n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous remettons &#224; plus tard le d&#233;veloppement de ces th&#232;ses.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte est extrait du n&#176;8 (mai 1956) de la revue &lt;i&gt;Les L&#232;vres Nues&lt;/i&gt;, r&#233;&#233;dit&#233;e en int&#233;gralit&#233; par les &#233;ditions Allia en 1995.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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