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	<title>infokiosques.net</title>
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		<title>infokiosques.net</title>
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		<title>Mat&#233;riel de propagande</title>
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		<dc:date>2008-08-15T01:19:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anonyme</dc:creator>


		<dc:subject>Art, Culture</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosk/distro de l'ex-Ekluserie (Rennes)</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;MATERIEL DE PROPAGANDE est une compilation de petites brochures...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;&lt;i&gt;Ces livrets sont destin&#233;s &#224; &#234;tre reproduits, modifi&#233;s, r&#233;utilis&#233;s, distribu&#233;s. Ils sont, bien entendu, libres de droits pour toute utilisation non commerciale.&lt;br&gt;
Ils se plient selon les pointill&#233;s, le trait &#224; l'ext&#233;rieur, dans l'ordre de leur num&#233;rotation. Il est pr&#233;f&#233;rable, pour les petites pages, de couper les plis au fur et &#224; mesure &#224; l'aide d'une lame. Une agrafe ou un point de couture peut parfaire la r&#233;alisation. Vous trouverez, pour vous entra&#238;ner, un premier livret blanc aux pages num&#233;rot&#233;es.&lt;br&gt;
Merci aux auteurs dont j'ai all&#232;grement r&#233;utilis&#233; les notions, parfois entre guillemets, parfois non. Merci aux ami-e-s qui m'ont suivi, relu, conseill&#233;, appris. Merci &#224; ceux et celles qui cherchent et luttent.&lt;/i&gt;&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cause de leur format &#233;trange, ces brochures n'existent qu'en .pdf. A vos ciseaux !&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH126/arton524-f4166.jpg?1780457124' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='126' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff524.jpg?1198364018&#034; /&gt;
		
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	</item>
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		<title>Quand l'autre en soi grandit : les difficult&#233;s &#224; vivre l'homosexualit&#233; &#224; l'adolescence</title>
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		<guid isPermaLink="true">https://www.infokiosques.net/spip.php?article110</guid>
		<dc:date>2007-01-08T14:24:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bill Ryan, Jean-Yves Frappier</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme, (questions de) genre</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosk/distro de l'ex-Ekluserie (Rennes)</dc:subject>
		<dc:subject>Queer, transp&#233;d&#233;bigouines</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#034;Les adolescents homosexuels, gar&#231;ons et filles, constituent un groupe h&#233;t&#233;rog&#232;ne peu &#233;tudi&#233;. La connaissance de l'homosexualit&#233; &#224; l'adolescence est donc partielle ou m&#234;me erron&#233;e. Si tous les adolescents traversent des p&#233;riodes communes de d&#233;veloppement, les adolescents et adolescentes homosexuels font face &#224; des dilemmes particuliers qui peuvent avoir des r&#233;percussions sur leur d&#233;veloppement et leur adaptation. De fait ils et elles pr&#233;sentent un risque plus &#233;lev&#233; de crises psychologiques, li&#233;es &#224; la d&#233;couverte de leur homosexualit&#233;, au rejet par la famille ou par le r&#233;seau des pairs, au harc&#232;lement ou aux agressions homophobes dont certains sont victimes et enfin au risque d'infection par le VIH ou autres MTS. Souvent des jeunes constatent qu'une personne ressource qui a accueilli positivement la divulgation de leur orientation homosexuelle a par ailleurs jou&#233; un r&#244;le crucial dans l'acceptation de cette orientation et dans l'am&#233;lioration de leur estime de soi. D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; de s'int&#233;resser &#224; leur sort&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Texte publi&#233; dans l'ouvrage collectif &lt;i&gt;La Peur de l'autre en soi&lt;/i&gt; (Montr&#233;al, VLB, 1994).&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique23" rel="directory"&gt;Q&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;F&#233;minisme, (questions de) genre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Infokiosk/distro de l'ex-Ekluserie (Rennes)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot125" rel="tag"&gt;Queer, transp&#233;d&#233;bigouines&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH125/arton110-b2f10.jpg?1780461316' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='125' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff110.jpg?1128977572&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte publi&#233; dans l'ouvrage collectif &lt;i&gt;La Peur de l'autre en soi&lt;/i&gt; (Montr&#233;al, VLB, 1994).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les adolescents homosexuels, gar&#231;ons et filles, constituent un groupe h&#233;t&#233;rog&#232;ne peu &#233;tudi&#233;. La connaissance de l'homosexualit&#233; &#224; l'adolescence est donc partielle ou m&#234;me erron&#233;e. Si tous les adolescents traversent des p&#233;riodes communes de d&#233;veloppement, les adolescents et adolescentes homosexuels font face &#224; des dilemmes particuliers qui peuvent avoir des r&#233;percussions sur leur d&#233;veloppement et leur adaptation. De fait ils et elles pr&#233;sentent un risque plus &#233;lev&#233; de crises psychologiques, li&#233;es &#224; la d&#233;couverte de leur homosexualit&#233;, au rejet par la famille ou par le r&#233;seau des pairs, au harc&#232;lement ou aux agressions homophobes dont certains sont victimes et enfin au risque d'infection par le VIH ou autres MTS. Souvent des jeunes constatent qu'une personne ressource qui a accueilli positivement la divulgation de leur orientation homosexuelle a par ailleurs jou&#233; un r&#244;le crucial dans l'acceptation de cette orientation et dans l'am&#233;lioration de leur estime de soi. D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; de s'int&#233;resser &#224; leur sort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une &#233;tude sur les jeunes Canadiens face au sida, Allan King et ses collaborateurs (1988) ont questionn&#233; un &#233;chantillon repr&#233;sentatif de plus de 2000 jeunes Qu&#233;b&#233;cois. Il ressort que 28 % des &#233;l&#232;ves de la troisi&#232;me secondaire ont d&#233;j&#224; commenc&#233; leur vie sexuelle et qu'au niveau postsecondaire, ce pourcentage s'&#233;l&#232;ve &#224; 67 %. Dans cette &#233;tude, 99 % des jeunes, gar&#231;ons et filles, se sont d&#233;clar&#233;s h&#233;t&#233;rosexuels. King a aussi questionn&#233; des jeunes pr&#233;sentant diverses difficult&#233;s sociales qu'il a appel&#233;s les jeunes de la rue. Il a distingu&#233; cinq cat&#233;gories : les sans-abri, les jeunes se livrant &#224; la prostitution, les jeunes contrevenants, les toxicomanes et les jeunes en qu&#234;te d'emploi. Deux pour cent de ces &#034;jeunes de la rue&#034; se sont d&#233;clar&#233;s gais et lesbiennes et 4 %, bisexuels. Or, &#224; la fin des ann&#233;es quarante, &#224; la suite d'une enqu&#234;te men&#233;e aupr&#232;s d'adultes, Kinsey d&#233;clarait que les comportements sexuels ne sont pas immuables tout au long de la vie. Des &#233;tudes plus r&#233;centes indiquent qu'entre 8 % et 11 % des adultes sont exclusivement gais ou lesbiennes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut se demander pourquoi seulement 1 % des gar&#231;ons et filles adolescents ou jeunes adultes se d&#233;clarent, dans l'enqu&#234;te de King, homosexuels alors que plus de 8 % des adultes se disent d'orientation exclusivement homosexuelle. Trois hypoth&#232;ses li&#233;es &#224; cette sous-repr&#233;sentation des jeunes peuvent &#234;tre formul&#233;es. D'abord, cocher cette r&#233;ponse dans un questionnaire rempli en classe ou dans un endroit public ne va pas de soi. En deuxi&#232;me lieu, les adolescents gais et lesbiennes ont de la difficult&#233; &#224; s'identifier &#224; l'homosexualit&#233; en raison de la mauvaise image de cette orientation dans notre soci&#233;t&#233; et d'une pression &#233;norme durant l'adolescence pour se conformer &#224; la majorit&#233; h&#233;t&#233;rosexuelle. &#192; ce sujet, m&#234;me si l'homophobie demeure pr&#233;sente, une lente mais r&#233;elle sensibilisation s'est amorc&#233;e dans la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise depuis quelques ann&#233;es pour favoriser une plus grande ouverture face &#224; l'orientation homosexuelle. Les effets de cette sensibilisation seront sans doute b&#233;n&#233;fiques &#224; plus long terme pour les jeunes qui pourront accepter et r&#233;v&#233;ler plus facilement leur orientation sexuelle. D&#233;j&#224;, dans une &#233;tude r&#233;cente men&#233;e aupr&#232;s de plus de 2000 &#233;l&#232;ves de 12 &#224; 16 ans, Johanne Otis (1993) r&#233;v&#232;le que 8 % des filles et des gar&#231;ons interrog&#233;s disent avoir d&#233;j&#224; eu une activit&#233; sexuelle avec une personne du m&#234;me sexe. C'est la premi&#232;re fois que, dans une enqu&#234;te de ce genre, des jeunes confient dans une si grande proportion avoir eu des activit&#233;s homosexuelles. Toutefois, l'effet de cette nouvelle ouverture est encore embryonnaire, particuli&#232;rement en ce qui a trait &#224; la r&#233;v&#233;lation d'activit&#233;s homosexuelles non plus sur un questionnaire de recherche, mais &#224; l'entourage imm&#233;diat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, cette sous-repr&#233;sentation statistique des adolescents gais et lesbiennes s'explique aussi par le fait que les individus d&#233;couvrent parfois tardivement leur orientation sexuelle. Dans leur d&#233;veloppement psychosexuel, l'adolescente et l'adolescent vivent un processus graduel de r&#233;v&#233;lation &#224; eux-m&#234;mes, de leur personnalit&#233; et de leurs pr&#233;f&#233;rences. L'acceptation de sa propre homosexualit&#233; et de certains traits de caract&#232;re li&#233;s &#224; l'identit&#233; personnelle est un long processus. Contrairement &#224; une id&#233;e longtemps admise, l'homosexualit&#233; ne repr&#233;sente pas chez certains jeunes qu'une &#233;tape de leur d&#233;veloppement. Ils rapportent des r&#234;ves, des fantaisies, des attirances envers les personnes du m&#234;me sexe qui datent de l'enfance, soit avant m&#234;me la pubert&#233;. C'est donc dire que la prise de conscience initiale de leur orientation homosexuelle s'est faite tr&#232;s t&#244;t. Mais peu auront accept&#233; leur orientation homosexuelle vers la fin de l'adolescence, et ce ne sera que bien plus tard qu'ils ou elles la d&#233;voileront &#224; leur entourage h&#233;t&#233;rosexuel. Cette acceptation sera favoris&#233;e par une perception positive, acquise avec le temps, de leur orientation homosexuelle et par la certitude qu'elle est in&#233;luctable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, encore peu d'adolescentes et d'adolescents qui ont connu une exp&#233;rience homosexuelle ou qui sentent une attraction homosexuelle en parleront ouvertement. C'est une p&#233;riode de d&#233;couverte souvent v&#233;cue dans l'isolement et la clandestinit&#233;. En raison de ce silence, nous connaissons peu les adolescents gais et lesbiennes et il est difficile de tracer un portrait complet et exact de leur situation. L'adolescence est v&#233;cue diff&#233;remment selon le contexte familial, social et culturel ; l'analyse doit tenir compte de cette h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, comme nous l'avons soulign&#233; pr&#233;c&#233;demment, les adolescents homosexuels constituent un groupe h&#233;t&#233;rog&#232;ne et m&#233;connu, les lesbiennes sont encore moins connues que les gar&#231;ons gais. La pr&#233;somption d'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; semble plus forte envers les filles, entre autres parce que la cohabitation et les manifestations ouvertes d'affection sont davantage accept&#233;es chez elles et &#233;veillent ainsi moins de &#034;soup&#231;ons&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, m&#234;me si dans notre propos, nous utilisons les termes &#034;gai&#034; et &#034;lesbienne&#034; pour d&#233;signer des adolescents qui ont une orientation homosexuelle, il se peut que certains adolescents ne se sentent pas &#224; l'aise d'&#234;tre qualifi&#233;s de &#034;gais&#034; et de &#034;lesbiennes&#034;, parce qu'ils n'ont pas encore assum&#233; leur orientation, ou encore qu'ils se consid&#232;rent davantage bisexuels, du moins &#224; ce moment de leur vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Difficult&#233;s psychologiques et sociales&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi nous pr&#233;occuper des jeunes gais et lesbiennes ? Parce qu'ils et elles pr&#233;sentent probablement un risque plus &#233;lev&#233; de perturbations diverses, li&#233;es &#224; la d&#233;couverte de leur homosexualit&#233;, au rejet par la famille ou par le r&#233;seau des pairs, au harc&#232;lement ou aux agressions de la part d'individus homophobes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les adolescents gais et lesbiennes disposent de tr&#232;s peu de mod&#232;les auxquels se raccrocher. Les jeunes en g&#233;n&#233;ral re&#231;oivent peu d'information pertinente quant &#224; l'expression de leur sexualit&#233; (si ce n'est en ce qui concerne la r&#233;duction des risques de MTS) et encore moins s'il s'agit d'une sexualit&#233; homosexuelle. Les parents et la plupart des pairs ne peuvent servi d'exemples aux jeunes homosexuels, ni les soutenir, d'autant que ces derniers ne peuvent partager leur situation et leurs difficult&#233;s avec leur famille, contrairement aux adolescentes et adolescents h&#233;t&#233;rosexuels. Par cons&#233;quent, les jeunes ont plus de difficult&#233; &#224; accepter leur orientation homosexuelle et &#224; s'y adapter, ce qui contribue &#224; intensifier l'anxi&#233;t&#233; et l'isolement et &#224; compliquer leur d&#233;veloppement personnel et social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il arrive que la famille rejette l'adolescent ou l'adolescente en raison de son penchant homosexuel ; il ou elle peut ainsi &#234;tre marginalis&#233;, mal aim&#233; et n&#233;glig&#233;, situation qui compromettra d'autres aspects de son &#233;panouissement. Certains fuient ce milieu inhospitalier, d'autres sont chass&#233;s du domicile familial en raison des conflits et des probl&#232;mes qu'engendrent leur orientation et son incompr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fil de leurs interactions sociales, les jeunes apprennent que notre soci&#233;t&#233; est peu accueillante envers les gais et les lesbiennes. Diverses &#233;pith&#232;tes injurieuses t&#233;moignent de ce m&#233;pris et de cette perception n&#233;gative. Les adolescents et adolescentes qui se d&#233;signeront &#233;ventuellement comme homosexuels ne peuvent demeurer insensibles &#224; ce discours. L'homosexualit&#233; est associ&#233;e &#224; une image n&#233;gative et les adolescents gais et lesbiennes doivent composer avec cette r&#233;alit&#233; pour se construire une image positive d'eux-m&#234;mes, une t&#226;che fort difficile s'il en est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des jeunes connaissent des troubles &#233;motionnels &#224; un moment ou un autre de leur adolescence, et cela est d'autant plus vrai dans le cas d'adolescents gais et lesbiennes. Nous constatons que plusieurs, face &#224; l'&#233;mergence de cette orientation homosexuelle, d&#233;veloppent une tr&#232;s faible estime de soi, cela &#233;tant d&#251;, entre autres, &#224; l'image n&#233;gative de l'homosexualit&#233;, aux rejets v&#233;cus et aux difficult&#233;s de socialisation avec les autres jeunes et avec l'entourage en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette faible estime de soi et les difficult&#233;s familiales et sociales li&#233;es &#224; l'orientation homosexuelle expliquent nombre de probl&#232;mes rencontr&#233;s chez des adolescents gais et lesbiennes. Plusieurs perdent toute motivation &#224; l'&#233;cole, ont peine &#224; se concentrer en classe et donnent un mauvais rendement scolaire. Certains seront port&#233;s &#224; recourir &#224; l'alcool et &#224; surconsommer des drogues. Selon une &#233;tude am&#233;ricaine, plusieurs jeunes homosexuels commencent &#224; consommer de l'alcool et des drogues &#224; un &#226;ge plus pr&#233;coce que leurs pairs, en raison du milieu hostile, des insultes et des mauvais traitements dont ils sont victimes (New York Native, US Department of Health and Human Services). Une autre &#233;tude am&#233;ricaine r&#233;v&#232;le que 45 % des jeunes gais et 20 % des jeunes lesbiennes ont &#233;t&#233; victimes d'insultes ou ont &#233;t&#233; maltrait&#233;s (Child Welfare League of America et Sorohan). Une m&#233;fiance inhibante peut d&#232;s lors les envahir et teinter leurs relations avec l'entourage. De plus, selon plusieurs &#233;tudes, ces jeunes seraient plus port&#233;s que les autres adolescents &#224; faire des d&#233;pressions suffisamment graves pour les conduire au suicide. En fait le suicide est la premi&#232;re cause de mortalit&#233; chez ce sous-groupe. L'homophobie dont les jeunes gais et lesbiennes sont l'objet peut donc avoir les plus graves effets, trop souvent n&#233;glig&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, plus que leurs pairs h&#233;t&#233;rosexuels, les adolescents gais ont &#224; composer avec un risque &#233;lev&#233; d'infection au VIH. Cela ajoute un insupportable fardeau &#224; la difficult&#233; d'acceptation de leur orientation, &#224; son d&#233;voilement et &#224; la difficult&#233; de construire une image positive d'eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224;, la pr&#233;valence des MTS chez les adolescents en g&#233;n&#233;ral est &#233;lev&#233;e. Il est probable que les adolescents gais risquent davantage d'&#234;tre infect&#233;s par le VIH ou d'autres MIS, cela &#224; cause des circonstances dans lesquelles ils sont contraints de vivre leur vie amoureuse. Leurs activit&#233;s sexuelles sont en effet plus souvent clandestines et les adolescents et adolescentes ont parfois leur premi&#232;re relation avec un ou une partenaire plus &#226;g&#233; ayant un pass&#233; sexuel plus charg&#233;. On peut penser que les jeunes b&#233;n&#233;ficieront dans une certaine mesure des moyens de protection que les a&#238;n&#233;s ont adopt&#233;s, mais on ignore jusqu'&#224; quel point le recours &#224; ces moyens est courant dans la population homosexuelle. Les relations anales non prot&#233;g&#233;es, l'instabilit&#233; d'un lien clandestin que justifie la stigmatisation de l'homosexualit&#233; et, pour certains et certaines, une multiplicit&#233; d'exp&#233;riences sexuelles contribuent &#224; l'accroissement des risques, bien qu'il soit difficile d'&#233;valuer ces risques, &#233;tant donn&#233; que cette population adolescente est encore peu connue. Compte tenu de l'&#233;pid&#233;miologie actuelle du sida chez les 20 &#224; 29 ans qui d&#233;signe les relations homosexuelles non s&#233;curitaires comme un des modes de transmission dominants, les adolescents gais constituent un groupe &#224; risque potentiellement &#233;lev&#233;. Il importe donc de les aider &#224; sortir de la clandestinit&#233; afin de leur permettre de vivre sereinement leurs relations amoureuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Des services adapt&#233;s : place &#224; la cr&#233;ativit&#233;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Los Angeles Suicide Prevention Center a constat&#233; que le soutien social est tr&#232;s important pour les jeunes gais et lesbiennes, &#233;tant donn&#233; le rejet social dont ils sont victimes. Les jeunes filles lesbiennes se trouvent d'ailleurs encore plus isol&#233;es que les jeunes gar&#231;ons gais. L'invisibilit&#233; lesbienne dont a fait &#233;tat Fran&#231;oise Guillemaut dans le chapitre pr&#233;c&#233;dent est tangible. Or ces jeunes ne re&#231;oivent que peu d'aide, sinon aucune, des organismes qui desservent la population adolescente, alors qu'ils composent une sous-population aux besoins criants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les services qui s'av&#232;rent efficaces pour am&#233;liorer l'estime de soi et l'exercice d'une sexualit&#233; s&#233;curitaire et harmonieuse chez les jeunes gais et lesbiennes sont, entre autres, la consultation relative &#224; l'affirmation de soi et de son orientation sexuelle, et les discussions de groupe entre pairs. Ces jeunes appr&#233;cient &#233;norm&#233;ment discuter de leurs sentiments et faire part de leur exp&#233;rience : trop rarement en ont-ils l'occasion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Qu&#233;bec comme ailleurs, peu d'organismes ou de groupes communautaires destinent leurs soins et services aux adolescents gais et lesbiennes. Il faut dire que ces jeunes ne sont pas port&#233;s &#224; s'adresser aux services de sant&#233; ou aux services sociaux afin d'obtenir de l'aide relativement &#224; leur orientation homosexuelle, consid&#233;rant que ces &#233;tablissements sont peu dispos&#233;s &#224; discuter d'homosexualit&#233; et craignant le manque de confidentialit&#233; (notamment face &#224; leurs parents). Il incombe &#224; ces institutions de faire preuve d'ouverture envers ces jeunes et de tisser des liens de confiance avec eux. Ce n'est pas parce qu'ils sont minoritaires que ces jeunes doivent &#234;tre ignor&#233;s, au contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Montr&#233;al, le Centre de services sociaux Ville-Marie (CSSVM) dispense des services aux communaut&#233;s de jeunes gais et lesbiennes depuis 1976, moment o&#249; un projet aupr&#232;s de ces communaut&#233;s a &#233;t&#233; lanc&#233;. Le projet conjuguait des interventions cliniques et communautaires. Les services cliniques incluaient la consultation individuelle, familiale et de couple, des discussions de groupe &#224; l'intention des adultes homosexuels et des adolescents et adolescentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des aspects les plus int&#233;ressants du projet visait les jeunes gais et lesbiennes vivant dans la rue. Le CSSVM (qui est maintenant devenu le Centre de protection de l'enfance et de la jeunesse [CPEJI Ville-Marie) a &#233;t&#233; le premier &#233;tablissement public au Canada et l'un des premiers en Am&#233;rique du Nord &#224; offrir ce type de services. Le projet a servi de mod&#232;le &#224; des projets semblables &#224; travers l'Am&#233;rique du Nord ainsi qu'en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Projet 10 (pour 10 % de la population) offre maintenant les services de soutien social et psychologique aux jeunes homosexuels et bisexuels des deux sexes. Des affiches et des d&#233;pliants largement diffus&#233;s indiquent aux jeunes comment entrer en communication avec des personnes ressources du projet. Pour la grande majorit&#233; de ces jeunes, une seule conversation t&#233;l&#233;phonique m&#232;ne d&#233;j&#224; &#224; une meilleure acceptation de soi. Une minorit&#233; seulement des jeunes qui ont t&#233;l&#233;phon&#233; viennent rencontrer les personnes ressources. Le but du projet est d'aider les jeunes &#224; briser l'isolement v&#233;cu face &#224; leur orientation sexuelle. Si cela les int&#233;resse, ils ou elles peuvent participer &#224; l'un des groupes de soutien mis en place. Les interventions de groupe consistent &#224; offrir des espaces o&#249; des jeunes peuvent sans g&#234;ne rencontrer leurs pairs, parler de leurs exp&#233;riences et replacer dans une perspective viable leurs exp&#233;riences de vie. L'acceptation par les participantes et participants de leur homosexualit&#233; et leur adaptation &#224; cette orientation sont les objectifs vis&#233;s. Deux cas vus r&#233;cemment illustrent bien les types de probl&#232;mes qui am&#232;nent les jeunes gais et lesbiennes &#224; demander de l'aide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre fr&#233;quente une &#233;cole polyvalente de l'ouest de l'&#238;le de Montr&#233;al. Il a quinze ans, et se fait constamment harceler par d'autres &#233;tudiants de ses classes. Ce harc&#232;lement physique et mental est, de plus, aliment&#233; par certains membres du personnel enseignant. Jusqu'au jour o&#249; Pierre ne veut plus aller &#224; l'&#233;cole et d&#233;veloppe des id&#233;es suicidaires. Sa m&#232;re, r&#233;ussissant &#224; le faire parler, confronte la direction de l'&#233;cole au traitement r&#233;serv&#233; &#224; son fils. On lui r&#233;pond alors que son fils devrait se faire soigner, voire &#034;enfermer dans un asile avec les autres fous comme lui&#034;. La famille d&#233;cide alors de retirer Pierre de l'&#233;cole. Il perdra une ann&#233;e scolaire, mais aura trouv&#233; le soutien de sa famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu apr&#232;s, une travailleuse sociale contact&#233;e par Pierre et sa famille recevra le m&#234;me type de r&#233;ponse de la part de la direction de l'&#233;cole : &#034;On ne veut pas d'homosexuels ici !&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;go&#251;t&#233;e, la famille d&#233;cide de d&#233;m&#233;nager. Pierre s'inscrit &#224; une nouvelle &#233;cole et participe &#224; des rencontres de groupe pour adolescents gais. Il a besoin de briser son isolement, de renforcer son estime de soi et de trouver des mod&#232;les positifs. Il apprend aussi &#224; refuser d'&#234;tre inf&#233;rioris&#233; par l'homophobie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marie demeure sur la rive-sud de Montr&#233;al et t&#233;l&#233;phone au Projet 10 apr&#232;s avoir vu une publicit&#233; dans un journal. Enferm&#233;e dans sa chambre, la musique comme bruit de fond &#034;pour ne pas que mes parents entendent&#034;, elle d&#233;clare souffrir d'insomnie, de perte d'app&#233;tit, d'angoisse. &#201;tudiante ayant d&#233;j&#224; obtenu des notes au-dessus de la moyenne, elle ne va plus au c&#233;gep depuis quelques jours. Incapable de fonctionner, elle a peur qu'on s'aper&#231;oive de son orientation sexuelle et qu'on la rejette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; maintenant, elle a toujours jou&#233; le &#034;jeu&#034;. Elle a eu des &#034;petits amis&#034;. Lorsqu'elle n'en avait pas, on n'avait de cesse de lui en pr&#233;senter. La voyant rompre avec les gar&#231;ons, ses amies ont commenc&#233; &#224; la trouver difficile. &#192; la maison, on la questionnait constamment sur les amis masculins qu'elle n'avait plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marie ne sait plus comment regarder les gars et les filles. Et finalement, elle a d&#233;cid&#233; de ne plus voir personne, s'enfermant dans sa chambre en pr&#233;textant un trop plein de travaux scolaires. D&#233;pass&#233;e par ce qui lui arrive, elle ne sait que faire. Le hasard qui lui a fait d&#233;couvrir que des services d'aide existaient pour les adolescentes comme elle lui appara&#238;t inesp&#233;r&#233;... Elle qui &#233;tait certaine d'&#234;tre la seule &#224; vivre ces &#233;mois !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les adolescents et adolescentes apprennent &#224; s'adapter &#224; leur orientation homosexuelle par &#233;tapes. Pour y arriver, ils doivent d'abord s'accepter en tant que gais ou lesbiennes par la destruction des mythes v&#233;hicul&#233;s par la soci&#233;t&#233;. Ensuite, ils doivent &#233;tablir des relations amicales significatives avec des pairs, gais et lesbiennes entre autres, et &#233;ventuellement des relations amoureuses. Cette recherche relationnelle est importante pour acqu&#233;rir une bonne estime de soi. Enfin, ils doivent apprendre &#224; interagir avec leur milieu de vie, leur famille, leur milieu scolaire ou de travail et leur entourage. Chemin faisant, il faut aider les jeunes &#224; comprendre qu'ils ont int&#233;gr&#233; l'homophobie manifest&#233;e par la soci&#233;t&#233; (voir la figure 1). En raison de cette homophobie int&#233;rioris&#233;e, ils adoptent fr&#233;quemment de mauvaises attitudes face &#224; leur sexualit&#233;. Il s'agit donc de les conduire d'une phase de n&#233;gation ou de rejet de leur homosexualit&#233; &#224; une phase d'analyse critique de l'attitude de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le des personnes-ressources adultes aupr&#232;s des adolescents et des adolescentes est plus important qu'on peut le croire. Pour la majorit&#233; des gais et lesbiennes, la divulgation de leur orientation sexuelle est un moment crucial de leur vie ; aider les jeunes &#224; r&#233;v&#233;ler et &#224; vivre pleinement leur orientation a donc des r&#233;percussions majeures. Souvent, des jeunes filles et des jeunes gar&#231;ons homosexuels constatent que le soutien professionnel positif re&#231;u lors de la divulgation de leur homosexualit&#233; a jou&#233; un r&#244;le important dans leur acceptation de cette orientation et dans l'am&#233;lioration de leur estime de soi. Des &#233;tudes d&#233;montrent que le fait de ne pas r&#233;v&#233;ler son orientation sexuelle peut &#234;tre reli&#233; &#224; une gamme de probl&#232;mes personnels et sociaux, dont la g&#234;ne, l'isolement et un sentiment d'incomp&#233;tence devant l'existence. Par contre, la divulgation et l'affirmation de son orientation homosexuelle sont clairement reli&#233;es &#224; un bien-&#234;tre psychologique. La documentation sur la pr&#233;vention du VIH &#233;tablit par ailleurs une relation &#233;troite entre ce bien-&#234;tre psychologique et la capacit&#233; d'adopter des pratiques sexuelles s&#233;curitaires. On est certes plus enclin &#224; se prot&#233;ger si l'on s'aime soi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;[Figure 1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;L'homophobie int&#233;rioris&#233;e&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. N&#233;gation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je suis attir&#233;e par - ou en amour avec - quelqu'un du m&#234;me sexe.&lt;br&gt; Les personnes qui aiment les gens du m&#234;me sexe sont malades et d&#233;prav&#233;es.&lt;br&gt; Je ne suis ni malade ni d&#233;prav&#233;-e.&lt;br&gt; Donc, je ne suis pas une personne homosexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Int&#233;riorisation de l'oppression :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; J'aime un autre homme ou une autre femme.&lt;br&gt; Les personnes homosexuelles sont malades et d&#233;prav&#233;es.&lt;br&gt; Je suis toujours en amour avec cette personne.&lt;br&gt; Donc, je suis malade et d&#233;prav&#233;-e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Diff&#233;rence entre soi et les autres :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je sais que je suis homosexuel ou homosexuelle.&lt;br&gt; On dit que les personnes homosexuelles sont malades et d&#233;prav&#233;es.&lt;br&gt; Je sais que je ne suis ni malade ni d&#233;prav&#233;-e.&lt;br&gt; Donc, je ne suis pas comme les autres personnes homosexuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Analyse critique de l'attitude de la soci&#233;t&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; J'aime un autre homme ou une autre femme.&lt;br&gt; On dit que les personnes homosexuelles sont malades et d&#233;prav&#233;es.&lt;br&gt; Je m'aime, et je ne suis ni malade ni d&#233;prav&#233;-e.&lt;br&gt; D'autres personnes homosexuelles que je connais ne sont pas d&#233;prav&#233;es.&lt;br&gt; Donc, la soci&#233;t&#233; a tort et perp&#233;tue des mythes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Travailler aupr&#232;s des adolescents gais et lesbiennes afin de les aider suppose qu'on s'adresse &#224; eux en utilisant un message ax&#233; sur l'affirmation de soi et l'acceptation de leur propre orientation sexuelle. Au pr&#233;alable, il faut tenter d'att&#233;nuer les messages n&#233;gatifs et les probl&#232;mes caus&#233;s &#224; ces jeunes par les milieux o&#249; ils &#233;voluent, soit la famille, l'&#233;cole, l'&#233;glise, etc. Faire contrepoids &#224; l'homophobie qui les entoure n'est pas ais&#233;, mais toute intervention qui omet ces &#233;tapes pr&#233;liminaires n'atteindra pas son objectif final.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;b&gt;R&#201;F&#201;RENCES&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CHILD WELFARE LEAGUE OF AMERICA (1991), Serving Gay and Lesbian Youths : The Role of Child Welfare Agencies, p. 29.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;COATES, T. J. (1990), &#034;Strategies for Modifying Sexual Behavior for Primary and Secondary Prevention of HIV Disease&#034;, Journal of Consulting and Clinical Psychology, no 58, p. 57-69.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;COLEMAN, E. (1982), &#034;Developmental Stages of the Coming-Out Process&#034;, American Behavioral Scientist ' no 25, p. 469-482.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DE CRESCENZO, T. A. (1979), &#034;Group Work With Gay Adolescents&#034;, Social Work With Groups, no 2, p. 35-43.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FRAPPIER, J. Y., E. ROY, M. GIRARD et L. CHARBONNEAU (1992), &#034;Sida et adolescence&#034;, Sant&#233; mentale au Qu&#233;bec, vol. XVII, p. 265-276.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GERSTEL, C. J., A. J. FERAVIS et G. HERDT (1989), &#034;Widening Circles. An Ethnographic Profile of a Youth Group&#034;, dans G. HERDT (dir.), Gay and Lesbian Youth, New York, Haworth Press, p. 7592.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GIBSON, P. (1989), Gay Male and Lesbian Youth Suicide. Report of the Secretary's Task Force on Youth Suicide, US Department of Health and Human Services.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GIRARD, M. et D. MEILLEUR (1993), &#034;Docteur, mon adolescent est-il homosexuel ?&#034;, Le M&#233;decin du Qu&#233;bec, septembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;KING, A. J. C. et al. (1988), &#201;tude sur les jeunes Canadiens face au sida. Les jeunes des rues face au sida, Groupe d'&#233;valuation des programmes sociaux, Kingston, Universit&#233; Queen's.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LEWIS, L. (1984), &#034;The Coming Out Process for Lesbians : Integrating a Stable Identity&#034;, Social Work, septembre-octobre, p. 464-469.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LOS ANGELES SUICIDE PREVEIMON CENTER (1986), Problem of Suicide Among Lesbian and Gay Adolescents, rapport in&#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MOSES, A. E. et R. 0. N. HAWKNS (1982), Counselling Lesbian Women and Gay Men : A Life Issues Approach, Toronto, The C.V. Mosby Company.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;OTIS, Johanne (1993), Connaissances, attitudes et comportements des &#233;l&#232;ves en mati&#232;re de pr&#233;vention des MTS et du sida. Document synth&#232;se, Universit&#233; du Qu&#233;bec et DSC de l'h&#244;pital Charles Lemoyne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;REMAFEDI, G. J. (1987), &#034;Male Homosexuality : The Adolescent's Perspective&#034;, Pediatrics, vol. LXXIX, no 3, p. 326-330.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;RYAN, B. (1988), The Elusive Rainbow : Gay Identity Aquisition in the 1980's, m&#233;moire de ma&#238;trise, Dalhousie University.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SEDWICK, E. K. (1992), &#034;How To Bring Your Kids Up Gay&#034;, Social Text, no 29, p. 18-27.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOROHAN, E. (1990), &#034;School Districts Reach Out To Gay and Lesbian Youth&#034;, School Board News, no 12, p. 12.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ZFVY, L. et S. A. CAVALLERO (1987), &#034;Invisibility, Fantasy, and Princess Claiming is Not A Prince&#034;, dans Lesbian Psychologies : Explorations and Challenges, University of Illinois Press, p. 8394.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Hypoth&#232;ses sur la maison des &#233;tudiants</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article224</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.infokiosques.net/spip.php?article224</guid>
		<dc:date>2005-05-17T14:28:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anonyme</dc:creator>


		<dc:subject>Infokiosk/distro de l'ex-Ekluserie (Rennes)</dc:subject>
		<dc:subject>Urbanisme</dc:subject>
		<dc:subject>Critiques de l'&#226;gisme et de l'&#233;ducation</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;F&#233;vrier 2005. Rennes, facult&#233; de Villejean.&lt;br&gt;
Irruption d'un nouveau b&#226;timent.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique14" rel="directory"&gt;H&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Infokiosk/distro de l'ex-Ekluserie (Rennes)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot53" rel="tag"&gt;Urbanisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot57" rel="tag"&gt;Critiques de l'&#226;gisme et de l'&#233;ducation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH113/arton224-b349a.jpg?1780529909' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff224.jpg?1128977608&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;I &lt;br&gt;
Un nouveau b&#226;timent a surgi cette ann&#233;e sur le campus : la &#034; maison des &#233;tudiants &#034;, dite &#034; Ereve &#034;. Que ce r&#234;ve de b&#233;ton soit devenu r&#233;alit&#233;, que cette r&#233;alit&#233; soit con&#231;ue comme une maison de r&#234;ve d&#233;di&#233;e aux &#233;tudiants par la g&#233;n&#233;reuse universit&#233;, voil&#224; qui doit nous interroger sur le caract&#232;re habitable d'une telle maison, d&#233;sirable d'un tel r&#234;ve ; et, par voie de cons&#233;quence, ce que signifie aujourd'hui, &#034; &#234;tre un &#233;tudiant &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II &lt;br&gt;
Ce qui frappe imm&#233;diatement, c'est le proc&#233;d&#233; : ON d&#233;cide qu'un ersatz de centre commercial sera implant&#233; sur le campus. Apr&#232;s les d&#233;faites successives des gr&#232;ves &#233;tudiantes, plus aucune r&#233;forme lib&#233;rale, fut-elle une op&#233;ration locale sur le quotidien de milliers d'&#233;tudiants, n'est inenvisageable. La Pr&#233;sidence de l'Universit&#233;, qui se r&#233;jouit implicitement mais sans vergogne de la d&#233;faite du dernier mouvement dans son agenda distribu&#233; aux &#233;tudiants, peut nous offrir une maison digne de son triomphe. Nous n'avons pourtant rien demand&#233;. D&#233;dier un tel b&#226;timent &#224; une hypoth&#233;tique &#034; vie &#233;tudiante &#034; r&#233;v&#232;le la nature du parti - pris : cette &#034; maison &#034; est d'abord un centre commercial pour &#233;tudiants. Ailleurs, on a plus de scrupules : on n'a pas encore essay&#233; d'appeler le Colombia, ou les Halles &#224; Paris, des &#034; Maisons du Peuple &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III&lt;br&gt;
Ce qui existait essentiellement le devient visiblement. Ereve existe parce que nous sommes d&#233;shabitu&#233;s &#224; voir. A voir, par exemple, qu'Ereve tient du supermarch&#233; pour ses portes coulissantes, de la prison pour ses coursives, du m&#233;tro pour son d&#233;cor de rame, de la gare pour son couloir en b&#233;ton ; que ses &#034; baies vitr&#233;es &#034; rappellent les buildings de bureaux en verre qui sont comme des blockhaus transparents ; quant &#224; la signal&#233;tique qui orne sa fa&#231;ade, elle rappelle &#233;trangement le code de la route, nous inspirant on ne sait quels automatismes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV &lt;br&gt;
Ce qu'exprime cette architecture du patchwork, la nudit&#233; du b&#233;ton, la visibilit&#233; de toute cette ferraille, c'est d'abord qu'elle ne cherche pas &#224; nous retenir. Passez, cela suffit. Avec elle, c'est comme si l'&#233;chafaudage temporaire, mont&#233; &#224; la va-vite pour un faible coup, &#233;tait devenu permanent. Mais Ereve ne s'impose pas &#224; nous : rien en elle ne vise &#224; nous attacher. Son centre, le couloir (le lieu qu'on ne fait jamais que quitter) le place imm&#233;diatement au del&#224; de toute critique. La sortie est par l&#224;. C'est ainsi qu'elle se tient sur le campus, irr&#233;el malgr&#233; toute sa crudit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V &lt;br&gt;
C'est certain, Ereve est bien pratique, comme les toilettes publiques. L'ambiance qui domine n'appara&#238;t pas &#224; premi&#232;re vue, car c'est l'absence d'ambiance qui domine. Cette absence pourtant n'est pas neutre, form&#233;e d'ambiances m&#233;lang&#233;es de supermarch&#233;, de prison, de gare, de m&#233;tro, de bureaux, mais att&#233;nu&#233;es, ouat&#233;es. C'est que par ce lieu bien pratique doivent circuler optimalement les hommes et les choses, les billets de banque et les corps, libres, d&#233;tach&#233;s, en toute harmonie : c'est l&#224; l'animation propre &#224; un lieu qui existe en se faisant oublier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VI &lt;br&gt;
Si Ereve avait &#233;t&#233; con&#231;ue pour illustrer la prise en charge de la totalit&#233; de l'existence de l'&#233;tudiant, &#224; commencer par l'entretien de sa vie biologique, elle n'aurait pas &#233;t&#233; mieux r&#233;ussie. Pas d'autonomie &#233;tudiante sans auxiliaires institutionnels de l'autonomie : banque, mutuelles, R.U., syndicats, assistances sociales, psychologues. Tout comme il n'y a pas de maison des &#233;tudiants sans sociologues, urbanistes, managers pour la concevoir. Cet &#233;tat de minorit&#233; prolong&#233;e peut &#234;tre pr&#233;f&#233;r&#233; au peu engageant &#034; march&#233; du travail &#034;, mais que nous soit pr&#233;sent&#233; comme &#034; notre &#034; maison ce qui c&#233;l&#232;bre notre d&#233;pendance, que la &#034; maison des &#233;tudiants &#034; ait pour fonction la gestion de notre sant&#233; physique et mentale, doit nous donner &#224; penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VII&lt;br&gt;
Que la maison des &#233;tudiants soit un lieu con&#231;u pour tout autre chose qu'&#233;tudier n'est pas sans poser probl&#232;me. Qu'elle soit dot&#233;e d'un nouveau R.U (dite &#034; brasserie &#034;) et surtout, d'un bar, qu'il y ait des salles pour les &#034; associations culturelles &#034;, une &#034; salle polyvalente &#034;, etc..., indique la mani&#232;re dont les pouvoirs nous consid&#232;rent. Ils per&#231;oivent avec satisfaction que notre capacit&#233; &#224; leur r&#233;sister, li&#233;e &#224; l'&#233;tude (comprise comme processus d'approfondissement, d'&#233;lucidation d'une pens&#233;e) c&#232;de peu &#224; peu sous l'influence de la morale du contrat : donnez nous des preuves de votre travail, nous prendrons le reste en charge. Cette technique consiste &#224; imposer une complicit&#233; adapt&#233;e au cynisme dominant. Ainsi, nous mimons l'&#233;tude en travaillant &#224; contrecoeur pour des dipl&#244;mes qui orneront nos CV. Bon gr&#233;, mal gr&#233;, nous nous acquittons de notre t&#226;che qui consiste &#224; convertir de la pens&#233;e en capitaux. Il n'est pas &#233;tonnant, dans ces conditions, qu'il faille de longues pauses, de &#034; vrais moments de d&#233;tente &#034;, par exemple au bar de l'Ereve, pour composer la socialit&#233; qui convienne &#224; ce travail l&#224;. L'Universit&#233; elle-m&#234;me, et avec plus de trivialit&#233;, des lieux comme le hall B et l'Ereve sont comme des cristallisations de l'engluement infini du d&#233;sir d'&#233;tudier dans le travail et le loisir universitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VIII &lt;br&gt;
L'&#233;tude, ind&#233;pendamment des &#034; cursus universitaires &#034; n'est ni le privil&#232;ge d'une &#233;lite, ni une sp&#233;cialit&#233; existentielle, r&#233;ductible &#224; une activit&#233;, comme lire et &#233;crire : c'est l'attention continue, multiforme, que nous attachons au d&#233;veloppement d'une pens&#233;e, d'une id&#233;e, qui touche &#224; ce qui fonde nos vies, leurs raisons, leur sens. Que son exercice ait lieu dans la solitude ou non, sa pratique, et les enjeux de cette pratique, sont d'embl&#233;e collectifs. Dans ce que nous &#233;tudions quand m&#234;me &#224; l'Universit&#233; se rencontre ce qui a fond&#233; et fonde encore les raisons d'&#234;tre, les &#233;l&#233;ments &#233;thiques des communaut&#233;s humaines d'hier et d'aujourd'hui. A l'Universit&#233;, il s'agit, en convertissant la pens&#233;e en capitaux, de faire r&#233;sider dans cette conversion les raisons, le sens ultime. Ou encore, de r&#233;aliser cette op&#233;ration apparemment paradoxale : nous constituer en &#034; sujets du savoir &#034; en nous faisant travailler &#224; d&#233;charger la pens&#233;e de ce qu'elle porte potentiellement pour nous d'affirmation &#233;thique. L'Universit&#233; lib&#233;rale ne v&#233;hicule pas d'autre &#233;thique que l'&#233;thique de l'entreprise : optimiser ses aptitudes individuelles &#224; plaire, s&#233;duire, se vendre. Ecoutons M. Mouret, pr&#233;sident de l'Universit&#233; : &#034; Avec un parcours de formation individualis&#233; et capitalisable, un encadrement p&#233;dagogique renforc&#233;, une organisation en semestres, la mise en place des cr&#233;dits ECTS &#233;galement capitalisables, cette nouvelle organisation vous permettra de construire la parcours le plus adapt&#233; &#224; vos projets personnels et professionnels. &#034; Mis&#232;re des mis&#232;res. La prise en charge de la vie biologique est aussi prise en charge de l'&#233;l&#233;ment &#233;thique ; &#224; l'Universit&#233; on ne doit surtout plus &#233;tudier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IX &lt;br&gt;
La construction de la &#034; maison des &#233;tudiants &#034; constitue une avanc&#233;e significative dans la commune r&#233;duction de nos existences &#224; un mode de vie &#233;tudiant l&#233;ger, l&#226;che et uniformis&#233;. L'&#233;rection de ce centre commercial-universitaire r&#233;v&#232;le la face souriante et pacifi&#233;e du lib&#233;ralisme &#224; la rennaise qui flatte et entretient l'identit&#233; &#233;tudiante d'un c&#244;t&#233;, de l'autre r&#233;pond par des charges de CRS &#224; ceux qui, percevant qu'ils travaillent en permanence, cherchent lors des fameux &#034; Jeudis soirs &#034; &#224; s'approprier le centre d'une ville qu'ils font commercialement prosp&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;X &lt;br&gt;
Que nous soyons tous contraints &#224; travailler, comme salari&#233;s, en consommant, en passant des examens, ou en s'adaptant &#224; des Ereve, tout un chacun en conviendra. Cependant, pour tenir et mener &#224; bien un cursus, il faut qu'il y ait un minimum d'&#233;tude ; il faut que nous soyons attach&#233;s, affectivement, par quelque c&#244;t&#233;, &#224; ce mode de vie. L'opacit&#233; de l'amiti&#233;, de l'amour, de l'&#233;tude ou de l'art, permet parfois d'entrevoir, de rencontrer ce qui constituerait un contre-poids &#224; l'exigence de transparence qui somme l'&#233;tudiant entrepreneur de lui-m&#234;me, de se vendre tout entier comme marchandise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XI &lt;br&gt;
Les rapports de vendeur &#224; acheteur de marchandise, malgr&#233; leur sophistication contemporaine qui rend difficile de distinguer sur le march&#233; du travail entre l'agent de l'&#233;change et ce qui est &#233;chang&#233;, sont fond&#233;s sur l'arnaque. Il ne sert &#224; rien de r&#233;clamer que l'arnaque soit juste ou &#233;quitable. Exiger la transparence du rapport marchand n'est jamais qu'exiger la reconnaissance par les deux parties du bien-fond&#233; du contrat, du bien fond&#233; de l'arnaque. Dans l'amiti&#233;, l'amour, l'&#233;tude ou la cr&#233;ation se rencontre parfois l'antidote &#224; cette hostilit&#233; l&#224;. Nous ne pouvons partir d'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XII &lt;br&gt;
La maison Ereve s'est &#233;rig&#233;e sur cette hypoth&#232;se : que cette opacit&#233; confin&#233;e dans la &#034; vie priv&#233;e &#034; ne soit pas productrice d'un &#233;l&#233;ment &#233;thique susceptible de r&#233;sister &#224; l'&#233;thique de l'entreprise. Notre hypoth&#232;se se fonde a contrario sur une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, d&#233;j&#224; commenc&#233;e &#224; divers degr&#233;s par tous, de la transparence, visant &#224; accro&#238;tre et intensifier l'opacit&#233;. Nous encourageons tout un chacun &#224; isoler, tromper, mentir &#224; tous ceux qui se font les porteurs r&#233;solus de l'&#233;thique de l'entreprise, managers, professeurs, patrons, et m&#234;me &#233;tudiants. L'existence telle quelle de la &#034; maison des &#233;tudiants &#034; est suspendue &#224; notre capacit&#233; &#224; nous reconna&#238;tre comme porteurs d'une &#233;thique qui maintienne ins&#233;par&#233;e la pens&#233;e et la vie (d'une &#233;thique nourrie par l'&#233;tude), &#224; notre capacit&#233; &#224; &#233;tendre parmi nous la sinc&#233;rit&#233; et la confiance confin&#233;s dans la vie priv&#233;e. Il n'y aura de tr&#234;ve que les &#233;tudiants n'aient pris d'assaut leur &#034; maison &#034; pour se l'approprier, la transformer ou la d&#233;truire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Passages&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A peine est-il n&#233;cessaire d'expliquer pourquoi nous occupons la Maison des Etudiants &#171; Ereve &#187;. Chacun ne s'en doute que trop. Pourtant, l'opinion publique, somme et moyenne des opinions individuelles et seule habilit&#233;e &#224; s'exprimer, ne pourra qualifier un tel acte que d'absurde et de d&#233;lirant. Car &#171; La Maison des Etudiants &#171; n'est pas seulement dot&#233;e de limites d&#233;finies, mat&#233;rielles : elle participe de notre espace physique et mental, et pour l'opinion publique, il n'est possible de juger que ce que l'on trouve ext&#233;rieur, &#233;tranger &#224; soi : le gouvernement, le fascisme, le mal...Or il y a un rapport d'inclusion r&#233;ciproque entre nous et la maison des &#233;tudiants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L'occuper -suspendre la circulation des marchandises qui fait son non-usage normal-, c'est pour nous, marquer notre volont&#233; d'approfondir la scission, pr&#233;existante, mais sans cesse recouverte, entre l'&#233;tude et son exploitation marchande. Que l'ON vise &#224; int&#233;grer l'&#233;tude et la valorisation des comp&#233;tences nous indique assez bien les enjeux possibles d'une telle r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L'opinion publique, les usagers, ON nous dit : vous nous prenez en otages. C'est pourtant aujourd'hui une de ces occasions o&#249; nous pouvons, n&#233;s otages du Capital, de l'Etat, de l'Occident, esquisser une d&#233;prise commune de nos ravisseurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	On nous dit : vous &#234;tes masqu&#233;s parce que vous n'avez pas le courage de vos actes. Mais nous n'avons de compte &#224; rendre &#224; personne. Tant que nous le pourrons nous nous soustrairons &#224; tous les jugements. Chacun &#224; son niveau, l&#224; o&#249; il sait pouvoir &#234;tre &#233;tabli, proc&#232;de de m&#234;me. Chacun assume &#224; sa mani&#232;re l'irr&#233;ductible part de clandestinit&#233; de son existence. C'est que nous n'avons pas de sympathie pour l'hostilit&#233; sourde des foules, pas plus que pour son assentiment ou ses applaudissements. Nos passages viseraient plut&#244;t &#224; la dissolution des foules, de l'opinion publique, de l'&#233;vidence d'une collaboration g&#233;n&#233;rale et obligatoire &#224; l'ordre des choses existant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Nos passages sont aussi des saluts adress&#233;s &#224; nos complices masqu&#233;s, c'est-&#224;-dire &#224; tous ceux qui &#233;prouvent leur irr&#233;ductible multiplicit&#233; contre l'injonction &#224; l'unicit&#233; du sujet &#233;conomique, du sujet productif, du sujet marchandise. Ils sont des toasts port&#233;s aux amiti&#233;s secr&#232;tes, aux passions opaques, aux alliances groupusculaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mais voici nos revendications : il s'agit pour chacun de soustraire ses gestes et sa pens&#233;e au chaudron de l'&#233;dification capitaliste, et de faire de ce mouvement m&#234;me ce qui, nous appropriant au monde, retourne l'apparente absurdit&#233; du refus en absurdit&#233; de la collaboration. Pour qui pense, il n'y a pas d'autre voie vers une existence digne de sa pens&#233;e que de vouloir, collectivement, les cons&#233;quences pratiques, mat&#233;rielles, de cette pens&#233;e. C'est de cette fid&#233;lit&#233;-l&#224; que nous nommons &#233;tude, qu'il s'agit de pratiquer contre le cynisme et les managers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Comit&#233; d'action &#233;tudiant&lt;br&gt;
(Rennes, le 9 mars 2005)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De la gr&#232;ve &#233;tudiante &#224; la gr&#232;ve humaine</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article123</link>
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		<dc:date>2004-10-02T08:37:35Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anonyme</dc:creator>


		<dc:subject>Communismes</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosk/distro de l'ex-Ekluserie (Rennes)</dc:subject>
		<dc:subject>Critiques de l'&#226;gisme et de l'&#233;ducation</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Analyse du mouvement &#233;tudiant de 2003-2004, &#233;crite en mars 2004. &lt;br&gt;
Perspectives de gr&#232;ve humaine. &lt;br&gt;
Compilation de tracts.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;D&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot14" rel="tag"&gt;Communismes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Infokiosk/distro de l'ex-Ekluserie (Rennes)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot57" rel="tag"&gt;Critiques de l'&#226;gisme et de l'&#233;ducation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH100/arton123-45c4f.jpg?1780461316' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff123.jpg?1205927895&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;PREMIERE PARTIE : LE POINT OU NOUS EN SOMMES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;criture d'un texte de critique du mouvement &#233;tudiant de novembre-d&#233;cembre, pour nous&lt;br class='autobr' /&gt;
qui ne r&#233;alisons pas de m&#233;moire ou de th&#232;se de sociologie pour le compte d'une institution, qui&lt;br class='autobr' /&gt;
n'avons pas l'ambition de faire avancer la recherche au service d'une abstraction telle que le progr&#232;s&lt;br class='autobr' /&gt;
ou le bien de l'humanit&#233;, pourrait constituer le prototype de l'activit&#233; laborieuse non-salari&#233;e. Il y&lt;br class='autobr' /&gt;
aurait de la coh&#233;rence &#224; prendre ses distances avec l'objet de son &#233;tude, &#224; consid&#233;rer froidement&lt;br class='autobr' /&gt;
l'apparition des ph&#233;nom&#232;nes, leur concentration temporelle formant le contenu de l' &#8220; &#233;v&#233;nement&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8221; nomm&#233; mouvement &#233;tudiant, les &#233;tapes de sa dissolution, l'&#233;laboration d'un discours collectif. On&lt;br class='autobr' /&gt;
y retrouverait alors parfaitement ce qu'on cherche, &#224; savoir un mouvement social, un mouvement&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;tudiant, essentiellement semblable &#224; ceux qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;, tr&#232;s comparable aux mouvements non&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;tudiants qui l'environnent, annonciateur des mouvements sociaux &#224; venir. Qu'on &#233;prouve ou non&lt;br class='autobr' /&gt;
de la sympathie pour les luttes &#233;tudiantes, on n'&#233;chappe pas, malgr&#233; ses distances, &#224; l'empathie&lt;br class='autobr' /&gt;
pour le labeur qui s'est donn&#233; &#224; voir dans ce mouvement, qui l'a effectivement domin&#233;. Mais ce fut&lt;br class='autobr' /&gt;
au prix d'une lutte qui n'a pas laiss&#233; indemnes les b&#226;tisseurs de mouvements sociaux, tant il appara&#238;t&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'&#224; la suite de cette gr&#232;ve, et pour les ann&#233;es &#224; venir, les rivalit&#233;s entre b&#226;tisseurs ne pourront&lt;br class='autobr' /&gt;
plus masquer l'&#233;vidence d'un conflit entre b&#226;tisseurs et d&#233;molisseurs du mouvement social classique,&lt;br class='autobr' /&gt;
cyclique et reproductible. Un tel conflit se retourne ais&#233;ment entre b&#226;tisseurs d'un mode de&lt;br class='autobr' /&gt;
subjectivation collective qui cherche &#224; accro&#238;tre sa puissance par le plaisir partag&#233;, et d&#233;molisseurs&lt;br class='autobr' /&gt;
de toute joie autre que r&#233;duite &#224; un appendice du travail. Finalement, il s'agira d'une lutte irr&#233;conciliable&lt;br class='autobr' /&gt;
entre joueurs et travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, nous n'&#233;prouvons pas plus de sympathie que d'empathie &#224; l'&#233;gard de ce qui dans ce&lt;br class='autobr' /&gt;
mouvement s'est donn&#233; pour l'essentiel, &#224; savoir la production d'un discours syndical et para-syndical&lt;br class='autobr' /&gt;
de refus des &#8220; d&#233;rives lib&#233;rales &#8221; du gouvernement, la reproduction de modes d'organisation,&lt;br class='autobr' /&gt;
d'action et de communication des mouvements sociaux les plus conformes &#224; leur essentielle&lt;br class='autobr' /&gt;
impuissance contemporaine. Tout cela, nous en avons &#233;prouv&#233; le poids mort, paralysant, traverser&lt;br class='autobr' /&gt;
les corps et les esprits r&#233;veill&#233;s par la gr&#232;ve, pour en arr&#234;ter le jeu, pour les mettre au travail. D&#232;s&lt;br class='autobr' /&gt;
les premiers jours, l'affreux sc&#233;nario, pr&#233;visible et pr&#233;vu, se mettant en sc&#232;ne, nous avons pris le&lt;br class='autobr' /&gt;
parti de le combattre avec col&#232;re. C'est cette col&#232;re, qui sans se satisfaire d'aucun exutoire litt&#233;raire,&lt;br class='autobr' /&gt;
veut parler ici de ses joies, ses &#233;checs, ses amis et ennemis, ses d&#233;ceptions et ses perspectives d'&#233;clater,&lt;br class='autobr' /&gt;
d'en finir avec la demi-mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Victoires de la d&#233;mocratie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous partons d'une soci&#233;t&#233; profond&#233;ment ab&#238;m&#233;e qui se voudrait la soci&#233;t&#233;, d'une organisation&lt;br class='autobr' /&gt;
des rapports humains qui en aurait fini avec le conflit, comme si les conflits qui avaient pr&#233;sid&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; sa formation s'&#233;taient r&#233;solus dans une totalit&#233; consensuelle, o&#249; n'existeraient pas de d&#233;saccords&lt;br class='autobr' /&gt;
assez profonds pour justifier un affrontement. Pourtant, d&#233;nier ainsi l'existence du conflit&lt;br class='autobr' /&gt;
constitue la strat&#233;gie moderne du parti qui travaille au maintien des conditions existantes. Ce parti&lt;br class='autobr' /&gt;
est le parti de la &lt;i&gt;d&#233;mocratie&lt;/i&gt;. La d&#233;mocratie moderne est un syst&#232;me de gouvernement des corps et&lt;br class='autobr' /&gt;
des sensibilit&#233;s, qui travaille &#224; m&#233;diatiser les flux qui traversent les corps, &#224; former et contr&#244;ler les&lt;br class='autobr' /&gt;
sensibilit&#233;s, avec l'espoir qu'enfin toute socialit&#233; se rapporte &#224; elle, parle sa langue, donne &#224; l'abstraction&lt;br class='autobr' /&gt;
de son r&#234;ve de contr&#244;le absolu la richesse de la totalit&#233; sensible. Le r&#234;ve de la d&#233;mocratie,&lt;br class='autobr' /&gt;
c'est de constituer pour les rapports humains ce que constitue l'argent entre les biens et services :&lt;br class='autobr' /&gt;
l'abstraction qui leur donne de la valeur, t&#233;moigne de leur r&#233;alit&#233;. Comme pour le capitalisme le travail&lt;br class='autobr' /&gt;
doit cr&#233;er de la valeur, et que la valeur d'usage des biens produits n'est que le support de la&lt;br class='autobr' /&gt;
valeur d'&#233;change des marchandises, pour la d&#233;mocratie qui constitue sa th&#233;orie et sa pratique&lt;br class='autobr' /&gt;
moderne en tant que r&#233;gime politique, les rapports humains doivent cr&#233;er de la positivit&#233; sans&lt;br class='autobr' /&gt;
n&#233;gativit&#233;, c'est &#224; dire &#234;tre dispos&#233;s en permanence, sans r&#233;sistances, &#224; l'int&#233;gration et au renforcement&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'int&#233;gration aux normes comportementales. Ainsi, en d&#233;mocratie, peu importe ce qui est&lt;br class='autobr' /&gt;
v&#233;cu et partag&#233; par plusieurs individus, car il ne s'agit pour elle que du support des rapports norm&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
entre parents et enfants, mari et femme, travailleur et patron, vendeur et consommateur... Rien&lt;br class='autobr' /&gt;
d'&#233;tonnant &#224; ce que l'Etat traque avec une d&#233;termination toujours plus grande la moindre forme de&lt;br class='autobr' /&gt;
ce qu'elle appelle d&#233;viance : un acte, un comportement identifi&#233; comme d&#233;viant devient par l&#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me, n&#233;gativement, un moment de sa rationalit&#233;. L'acte, le comportement autonome, qui n'en&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;f&#232;re pas &#224; la norme, devient criminel. Par l&#224;, tout ce qui se d&#233;gage de ces normes, et qui r&#233;v&#232;le au&lt;br class='autobr' /&gt;
moins indirectement un d&#233;saccord avec l'ordre des choses, est vid&#233; de tout enjeu politique, r&#233;duit&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; une aberration &#224; traiter. En niant partout l'existence du conflit, en d&#233;truisant ce qui faisait les solidarit&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
pratiques indispensables &#224; la constitution d'une force (la classe ouvri&#232;re), la d&#233;mocratie a&lt;br class='autobr' /&gt;
produit ce champ informe de la criminalit&#233;, de la d&#233;viance, de l'incivilit&#233; qui ressemble &#224; tout sauf&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; un ennemi organis&#233;, un sujet historique capable de lui faire face et de la renverser. Cependant, en&lt;br class='autobr' /&gt;
p&#233;n&#233;trant toujours plus profond&#233;ment les groupes humains, bris&#233;s en agglom&#233;rats fragiles d'individus,&lt;br class='autobr' /&gt;
l'abstraction d&#233;mocratique tend &#224; l'&#233;limination de la valeur d'usage dans les rapports&lt;br class='autobr' /&gt;
humains : le travail exig&#233; de chacun sur lui-m&#234;me pour conformer son existence aux normes, la&lt;br class='autobr' /&gt;
peur de d&#233;choir, la rancoeur et l'envie devant les images du bonheur, du succ&#232;s et de la richesse, la&lt;br class='autobr' /&gt;
comp&#233;tition &#224; tous les niveaux, font de la survie des civilis&#233;s une guerre permanente et larv&#233;e de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'individu avec lui-m&#234;me, dans un milieu o&#249; les rapports entretenus avec ses semblables sont essentiellement&lt;br class='autobr' /&gt;
des rapports d'&lt;i&gt;hostilit&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;l'individu et les communaut&#233;s effondr&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, la question sociale moderne tient tout enti&#232;re dans le conflit entre ceux qui cherchent&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; maintenir ces rapports d'hostilit&#233; et ceux qui cherchent &#224; les d&#233;truire. Il ne suffit pas d'en avoir&lt;br class='autobr' /&gt;
conscience pour s'en d&#233;gager. Car la question sociale est aussi la seule question politique fondamentale&lt;br class='autobr' /&gt; : comment retrouver la communaut&#233;, quand les anciennes communaut&#233;s fond&#233;es sur la&lt;br class='autobr' /&gt;
contrainte, per&#231;ues par l'individu avant tout comme des limites, des atteintes &#224; sa libert&#233; individuelle,&lt;br class='autobr' /&gt;
et par l&#224; fuies et d&#233;test&#233;es, telle la famille, l'&#233;cole, l'usine, l'arm&#233;e d'il y a trente ans, se sont&lt;br class='autobr' /&gt;
effondr&#233;es ? Ces communaut&#233;s ont subi de profondes transformations : le mod&#232;le de la famille&lt;br class='autobr' /&gt;
nucl&#233;aire s'est g&#233;n&#233;ralis&#233;, les familles se sont recompos&#233;es sur la banalisation du divorce, les enseignants&lt;br class='autobr' /&gt;
ont troqu&#233; la trique pour la p&#233;dagogie, la force de travail requiert la subjectivit&#233;, la cr&#233;ativit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
et l'esprit d'initiative de l'employ&#233;, les engag&#233;s sont volontaires par peur du ch&#244;mage et go&#251;t&lt;br class='autobr' /&gt;
du fonctionnariat. Mais en se transformant, les communaut&#233;s se sont effondr&#233;es en tant que communaut&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt; : elles ne s'affirment plus comme imposition faite &#224; l'individu de se plier &#224; ses lois, de se&lt;br class='autobr' /&gt;
soumettre ou de les combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On s'accommode du travail sans l'aimer, parce qu'il rapporte de l'argent, et qu'occupant une&lt;br class='autobr' /&gt;
grande partie du temps, il donne le sentiment d'une utilit&#233; sociale. M&#234;me si l'on exerce une activit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
salari&#233;e nuisible, on n'en reste pas moins utile &#8220; aux siens &#8221;, ceux qu'on fait survivre en travaillant.&lt;br class='autobr' /&gt;
On s'accommode de la famille, plus souple et plus sensible &#224; la circulation d'affects que la rigide&lt;br class='autobr' /&gt;
famille patriarcale, car on y trouve le &#8220; suppl&#233;ment d'&#226;me &#8221;, la continuit&#233; et un confort relatif qui&lt;br class='autobr' /&gt;
adoucit les blessures li&#233;es &#224; la disponibilit&#233; exig&#233;e du travailleur, qui doit pouvoir se reconvertir,&lt;br class='autobr' /&gt;
travailler son employabilit&#233;, prendre des initiatives, etc. De tout ceci, il r&#233;sulte que la d&#233;mocratie&lt;br class='autobr' /&gt;
biopolitique n'est pas seulement un r&#233;gime politique, ni seulement une op&#233;ration guerri&#232;re contre&lt;br class='autobr' /&gt;
ceux dont les comportements sont &#8220;d&#233;viants&#8221;, mais aussi un art fait par tous, l'art de s'accommoder&lt;br class='autobr' /&gt;
des communaut&#233;s effondr&#233;es, et ainsi de les maintenir en vie, elles qui maintiennent en vie l'ordre&lt;br class='autobr' /&gt;
des choses. L'art de vivre dont parlent les publicitaires est une science des transactions existentielles.&lt;br class='autobr' /&gt;
La vie de chacun devient vraiment une oeuvre d'art : plus la peine d'incriminer &#8220; la soci&#233;t&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8221;, si le tableau est rat&#233;, l'artiste est un rat&#233;. Ceux qui ne parviennent pas &#224; s'accommoder avec leur&lt;br class='autobr' /&gt;
travail, avec leur famille, avec leurs amis (l'amiti&#233; la plus r&#233;pandue aujourd'hui n'est pas tr&#232;s diff&#233;rente&lt;br class='autobr' /&gt;
du lien familial), n'ont d'autre choix que de se tourmenter, assoiff&#233;s d'un bonheur, d'un&lt;br class='autobr' /&gt;
confort, d'une s&#233;curit&#233; qu'ils croient voir chez les autres, lesquels en jouissent avec la parcimonie&lt;br class='autobr' /&gt;
de ceux qui savent pouvoir vite tout perdre. L'art de vivre en d&#233;mocratie biopolitique implique la&lt;br class='autobr' /&gt;
mise en perspective des mani&#232;res d'agir, d'&#234;tre pr&#233;sent &#224; l'autre, &#224; la situation, avec l'&#233;ducation &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
une strat&#233;gie d'&#233;vitement des conflits. Les communaut&#233;s fond&#233;es sur la contrainte des corps se sont&lt;br class='autobr' /&gt;
effondr&#233;es justement parce qu'elles entravaient l'id&#233;al de bonheur d&#233;mocratique : elles fourmillaient&lt;br class='autobr' /&gt;
de conflits, en elles et souvent contre elles. Le monopole de la m&#233;diation acquis par la d&#233;mocratie&lt;br class='autobr' /&gt;
dans les rapports que l'individu entretient au monde signifie que l'individu est priv&#233; de&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;fenses face &#224; un monde qui s'unifie dans son &#233;tranget&#233; &#224; lui : tout ce qui n'est pas moi est autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une strat&#233;gie individuelle d'&#233;vitement des conflits, c'est la disposition &#224; garantir soi-m&#234;me son&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;quilibre moral et psychologique en &#233;vitant ce qui pourrait blesser, la rencontre, l'inconnu, la dis-&lt;br class='autobr' /&gt;
corde. L'individu, faible et abandonn&#233; &#224; lui-m&#234;me, se carapace de tous c&#244;t&#233;s, et son bonheur&lt;br class='autobr' /&gt;
devient un bonheur carapac&#233;, une carapace de bonheur, qui se prom&#232;ne parmi le monde dans l'hostilit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; ses semblables, menaces potentielles &#224; sa s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'espace public, celui qui n'appartient &#224; personne, si ce n'est au contr&#244;le biopolitique, t&#233;moigne&lt;br class='autobr' /&gt;
avec &#233;loquence de ces rapports d'individu &#224; individu dans un milieu d'hostilit&#233;. L'universit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
est particuli&#232;rement repr&#233;sentative de ces communaut&#233;s profond&#233;ment effondr&#233;es o&#249; se croisent&lt;br class='autobr' /&gt;
sans se rencontrer &#233;tudiants, enseignants, chercheurs, personnels de service et administratifs qui&lt;br class='autobr' /&gt;
entretiennent un rapport fonctionnel (suivre un cursus, gagner de l'argent, se procurer les mat&#233;riaux&lt;br class='autobr' /&gt;
d'un travail) &#224; une communaut&#233; sans lui appartenir. C'est dans ce contexte qu'il convient de&lt;br class='autobr' /&gt;
penser un mouvement universitaire, dans la double perspective qu'il permet la rencontre, le dialogue&lt;br class='autobr' /&gt;
entre des milliers d'individus &#233;duqu&#233;s &#224; la m&#233;fiance, &#224; l'autisme et &#224; la peur, et o&#249; il postule&lt;br class='autobr' /&gt;
l'existence d'une communaut&#233; sensible qui n'existe plus. Il n'est pas n&#233;cessaire de chercher beaucoup&lt;br class='autobr' /&gt;
plus loin la r&#233;ponse &#224; ce qui a tant angoiss&#233; ceux qui se nommaient eux-m&#234;mes les &#8220; militants&lt;br class='autobr' /&gt;
de la gr&#232;ve &#8221;, syndiqu&#233;s ou non : comment les deux tiers des &#233;tudiants ont-ils pu ignorer ce qui se&lt;br class='autobr' /&gt;
passait &#224; Villejean ? Par quel myst&#232;re quatre-vingt dix pour cent de ceux qui y ont particip&#233; ne l'ont&lt;br class='autobr' /&gt;
fait qu'&#224; travers le spectacle des assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales et des manifs ? Tout simplement parce que&lt;br class='autobr' /&gt;
cette gr&#232;ve fut une gr&#232;ve de militants et d'apprentis militants, une gr&#232;ve d'esprits politis&#233;s. Il s'agissait&lt;br class='autobr' /&gt;
de transcender la mort de la communaut&#233; universitaire, et corr&#233;lativement de l'identit&#233; d'&#233;tudiant,&lt;br class='autobr' /&gt;
par la constitution imm&#233;diate d'une communaut&#233; d'individus mobilis&#233;s &lt;i&gt;en tant&lt;/i&gt; qu'&#233;tudiants,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;parce qu'&lt;/i&gt;&#233;tudiants, qui singe la communaut&#233; universitaire d&#233;funte. Le fait que la d&#233;mocratie biopolitique&lt;br class='autobr' /&gt;
cherche &#224; s'imposer comme m&#233;diation universelle dans les rapports humains participe du&lt;br class='autobr' /&gt;
mouvement de restructuration capitaliste qui vise &#224; d&#233;truire les fronti&#232;res entre ce qui est du temps&lt;br class='autobr' /&gt;
de travail et du temps de loisir, entre le travailleur, le consommateur et le citoyen. Les dimensions&lt;br class='autobr' /&gt;
politiques, &#233;conomiques et culturelles de l'existence tendent &#224; l'indistinction. Le travail rejoint la vie&lt;br class='autobr' /&gt;
quotidienne, la vie est quotidiennement mise au travail. Cette indistinction croissante rejoint l'art&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'accommodement : c'est toujours soi qui va d'activit&#233; salari&#233;e &#224; non salari&#233;e, de moment de tension&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; moment de d&#233;lassement. De fait, il n'y a plus un &#233;tudiant, un travailleur, mais un moi qui&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;tudie, travaille, aime, ch&#244;me, &#233;l&#232;ve des enfants, consomme, d&#233;prime, vote, boit de l'alcool... Il ne&lt;br class='autobr' /&gt;
s'agit pas d'une subtilit&#233; de philosophe : les identit&#233;s sociales qui d&#233;terminaient l'identit&#233; individuelle&lt;br class='autobr' /&gt;
en rapport &#224; une communaut&#233; sont devenus des attributs divers d'une identit&#233; qui ne se&lt;br class='autobr' /&gt;
laisse r&#233;duire &#224; aucune forme de collaboration avec une communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;mouvement social, mouvement &#233;tudiant, mouvement citoyen&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi les mouvements sociaux actuels se r&#233;f&#232;rent presque toujours &#224; un pass&#233; qui ne reviendra&lt;br class='autobr' /&gt;
plus, reproduisent ind&#233;finiment des archa&#239;smes qui les vouent &#224; l'&#233;chec : on lutte en tant&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'&#233;tudiant quand ceux qu'on aimerait voir lutter &#224; nos c&#244;t&#233;s ne se per&#231;oivent plus comme, et ne&lt;br class='autobr' /&gt;
sont r&#233;ellement plus, des &#233;tudiants. Les militants de la gr&#232;ve &#233;tudiante ne sont d'ailleurs eux non&lt;br class='autobr' /&gt;
plus pas des &#233;tudiants ; mais luttant en tant qu'&#233;tudiants, ils affirment leur fid&#233;lit&#233; &#224; un moment&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'histoire o&#249; lutter au nom d'une identit&#233; socio- professionnelle, pour la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts de&lt;br class='autobr' /&gt;
la corporation (une communaut&#233; contrainte) &#224; laquelle on appartenait participait d'un conflit qui&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;tait per&#231;u par une grande partie de la population comme un conflit irr&#233;conciliable : la lutte des&lt;br class='autobr' /&gt;
classes. Ainsi la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts cat&#233;goriels pouvait, en tant qu'elle se d&#233;passait dans la d&#233;fense&lt;br class='autobr' /&gt;
des int&#233;r&#234;ts de la classe ouvri&#232;re dans les moments de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, constituer un moment du&lt;br class='autobr' /&gt;
processus r&#233;volutionnaire. Aujourd'hui, la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts cat&#233;goriels, non seulement interdit&lt;br class='autobr' /&gt;
son propre d&#233;passement, en revalorisant abstraitement une identit&#233; particuli&#232;re qui n'existe plus&lt;br class='autobr' /&gt;
(quand le d&#233;passement impliquait justement le d&#233;passement des identit&#233;s socio- professionnelles&lt;br class='autobr' /&gt;
particuli&#232;res) mais r&#233;cup&#232;re, canalise et trahit les raisons obscures qui fondent notre m&#233;contentement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les luttes et mouvements sociaux sont aujourd'hui, pour la plupart, des spectacles plus ou&lt;br class='autobr' /&gt;
moins bien r&#233;ussis de ce que fut la lutte de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se demandera aussi pourquoi la gauche de la gauche, citoyenniste et altermondialiste, est&lt;br class='autobr' /&gt;
si visible dans les mouvements sociaux, particuli&#232;rement les plus ais&#233;ment r&#233;cup&#233;rables comme les&lt;br class='autobr' /&gt;
mouvements &#233;tudiants : c'est qu'en se r&#233;f&#233;rant &#224; des identit&#233;s qui n'existent plus, on se r&#233;f&#232;re aussi&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; ce qui transcenderait ces simulacres d'identit&#233;s tout en les conservant, je veux parler de la citoyennet&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mouvement citoyen entretient une fid&#233;lit&#233; &#224; la lutte de classe en tant qu'elle &#233;tait d&#233;fense&lt;br class='autobr' /&gt;
des int&#233;r&#234;ts des travailleurs, en faisant oublier qu'elle &#233;tait aussi promesse de r&#233;volution. Sur le&lt;br class='autobr' /&gt;
terme de &#8220; citoyen &#8221;, rappelons que tout sujet politique d'une d&#233;mocratie ou d'une r&#233;publique en&lt;br class='autobr' /&gt;
est citoyen par d&#233;finition ; un mouvement citoyen serait un mouvement de citoyens plus citoyens&lt;br class='autobr' /&gt;
que les autres, qui pensent &#234;tre particuli&#232;rement utiles au bien public. Le bien public est une invention&lt;br class='autobr' /&gt;
de d&#233;mocrates pour conjurer la guerre civile. Mais les d&#233;mocrates de gauche disent combattre&lt;br class='autobr' /&gt;
le n&#233;olib&#233;ralisme. Comment ? A la destruction du lien d&#233;j&#224; fort l&#226;che entre les cat&#233;gories d'exploit&#233;s,&lt;br class='autobr' /&gt;
destruction op&#233;r&#233;e par les restructurations capitalistes en r&#233;ponse aux attaques port&#233;es par les&lt;br class='autobr' /&gt;
exploit&#233;s eux-m&#234;mes (dans les ann&#233;es 60/70) contre les communaut&#233;s rigides et fortement hi&#233;rarchis&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt;
de la soci&#233;t&#233;- usine, le mouvement citoyen oppose la collaboration entre les institutions qui&lt;br class='autobr' /&gt;
se sont d&#233;tach&#233;es des cat&#233;gories effondr&#233;es qu'elles pr&#233;tendent repr&#233;senter (syndicats, partis de&lt;br class='autobr' /&gt;
gauche et associations). Finalement, la collaboration entre ceux dont le travail, la sp&#233;cialisation dans&lt;br class='autobr' /&gt;
le cadre de la division du travail, est la d&#233;fense d'int&#233;r&#234;ts cat&#233;goriels et la production- reproduction&lt;br class='autobr' /&gt;
du mythe de la gauche. La d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts cat&#233;goriels des institutions de gauche consiste &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
garantir leur p&#233;rennit&#233;, c'est &#224; dire &#224; emp&#234;cher les r&#233;volutions. Le mythe de la gauche a toujours eu,&lt;br class='autobr' /&gt;
et aura toujours pour fonction de transformer un refus, une r&#233;volte, en un art de s'accommoder du&lt;br class='autobr' /&gt;
report perp&#233;tuel des lendemains qui chantent, les &#8220; conditions objectives &#8221; n'&#233;tant jamais r&#233;unies.&lt;br class='autobr' /&gt;
Croire en la gauche permet en cela de conjurer l'insatisfaction primordiale par des petites satisfactions&lt;br class='autobr' /&gt;
symboliques, fabriqu&#233;es &#224; peu de frais (du type amendement Michelin), qu'on s'emploie &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
c&#233;l&#233;brer comme des victoires, qui permettent de c&#233;l&#233;brer la disposition de l'ordre des choses &#224; &#234;tre&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220; am&#233;lior&#233; &#8221; (comme si on pouvait am&#233;liorer une guerre) et par l&#224; c&#233;l&#233;brer ce monde lui-m&#234;me. La&lt;br class='autobr' /&gt;
gauche est l&#224; pour nous permettre de nous raccommoder avec la d&#233;mocratie biopolitique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agissait de pr&#233;ciser ce qu'est programm&#233; &#224; &#234;tre un mouvement &#233;tudiant dans l'&#233;poque o&#249;&lt;br class='autobr' /&gt;
nous vivons : un mouvement social de d&#233;fense d'int&#233;r&#234;ts cat&#233;goriels, un mouvement citoyen, une&lt;br class='autobr' /&gt;
page ajout&#233;e au r&#233;cit mythique de la gauche. Cependant, comme il a &#233;t&#233; indiqu&#233; au d&#233;but, le mouvement&lt;br class='autobr' /&gt;
auquel nous avons particip&#233;, en m&#234;me temps qu'il illustre ces analyses, n'a pu &#233;chapper au&lt;br class='autobr' /&gt;
conflit entre les raisons qui l'ont fait advenir et leur occultation qui impliquait la fabrication d'un&lt;br class='autobr' /&gt;
mouvement social classique. Car la gr&#232;ve &#233;tudiante, en durant plus d'un mois, n'a pas plus essuy&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
une d&#233;faite qu'obtenu une victoire : inutile de gloser sur le &#8220; recul &#8221; du ministre, de savoir si oui&lt;br class='autobr' /&gt;
ou non c'est &#8220; d&#233;j&#224; bien &#8221; qu'il ait ajourn&#233; son projet d'autonomie des universit&#233;s qui doit de toute&lt;br class='autobr' /&gt;
fa&#231;on &#234;tre appliqu&#233; en Europe, car il n'y a pas de commune mesure entre la d&#233;mocratie biopolitique&lt;br class='autobr' /&gt;
et son refus, &#224; l'heure actuelle o&#249; une surench&#232;re de mesures, lois, d&#233;crets, composent ouvertement&lt;br class='autobr' /&gt;
depuis quelques faits divers (&#8220;11 septembre&#8221;, &#8220;21 avril&#8221;) une offensive syst&#233;matique de pr&#233;vention&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; l'encontre des possibilit&#233;s m&#234;me d'un mouvement social classique qui serait quand m&#234;me&lt;br class='autobr' /&gt;
g&#234;nant pour le pouvoir (en d&#233;mantelant le secteur &#233;tatique et ses bastions syndicaux) et une guerre&lt;br class='autobr' /&gt;
contre l'ennemi inavouable (la batterie de mesures s&#233;curitaires, traitement de choc contre les pathologies&lt;br class='autobr' /&gt;
de la d&#233;viance, de la criminalit&#233;, de l'incivilit&#233;), tandis que le &#8220; scandale &#8221; des plans sociaux,&lt;br class='autobr' /&gt;
devenu quotidien, ne laisse m&#234;me plus le temps &#224; la bonne conscience de gauche de se scandaliser.&lt;br&gt;
La d&#233;faite de la gr&#232;ve &#233;tudiante, c'est la r&#233;ussite de l'op&#233;ration qui consiste &#224; faire travailler&lt;br class='autobr' /&gt;
au service du mythe &#233;vent&#233; de la gauche la joie d'interrompre le cours quotidien des rapports&lt;br class='autobr' /&gt;
d'hostilit&#233;. Sa victoire, c'est d'abord d'avoir &#233;t&#233; l'espace-temps d'un affrontement sur le sens et l'enjeu&lt;br class='autobr' /&gt;
d'un mouvement, quand tout ceci aurait d&#251; tomber &lt;i&gt;sous le sens&lt;/i&gt;. Mais c'est aussi d'avoir constitu&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
pour cet affrontement une caisse de r&#233;sonance suffisamment consistante pour que les &#233;chos parviennent&lt;br class='autobr' /&gt;
avec force jusqu'&#224; nous, au point de rendre ridicule l'id&#233;e m&#234;me d'une reprise &#224; l'identique&lt;br class='autobr' /&gt;
de la gr&#232;ve &#233;tudiante, au point de laisser imaginer les lin&#233;aments d'une subversion qui prendrait&lt;br class='autobr' /&gt;
pour cible les rapports d'hostilit&#233; eux-m&#234;mes, entra&#238;nant la dissolution de l'universit&#233; comme&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#233;diatrice des rapports entre ceux qui sont pr&#233;sents &#224; la situation, dispos&#233;s &#224; la rencontre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;DEUXIEME PARTIE : COMMENT LA JOIE EST MISE AU TRAVAIL&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On a raison de faire remarquer ce qu'il y a de profond&#233;ment d&#233;cal&#233; par rapport aux exigences&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'&#233;poque, malade justement de son obsession d'&#233;viter toute manifestation du conflit, dans la&lt;br class='autobr' /&gt;
n&#233;cessit&#233;, pour que s'impose au bruit des fonctionnements institutionnels, le silence de l'interruption&lt;br class='autobr' /&gt;
et l'irruption du d&#233;bat, de pr&#233;senter des pr&#233;textes du type r&#233;formes LMD- autonomie des universit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Finalement, on ne rompra ni avec le champ universitaire ni avec la propagande : &#224; nouveau,&lt;br class='autobr' /&gt;
comme toujours, une parole port&#233;e par des sp&#233;cialistes de la parole, de la communication,&lt;br class='autobr' /&gt;
devra &#234;tre int&#233;gr&#233;e telle quelle, avec respect. Les syndicalistes succ&#232;deront aux professeurs, les professeurs&lt;br class='autobr' /&gt;
aux syndicalistes : mais on ne se doute pas au d&#233;but que cette &#233;trange alternance sera mise&lt;br class='autobr' /&gt;
en oeuvre avec tant de clart&#233; que sa critique ouvre, pendant et apr&#232;s la gr&#232;ve &#233;tudiante, les perspectives&lt;br class='autobr' /&gt;
de la gr&#232;ve humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;joie de l'interruption, d&#233;sir d'adh&#233;sion, m&#233;moire et oubli&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors des premi&#232;res assembl&#233;es, qui r&#233;unissent plusieurs centaines de personnes, on est tout&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; sa joie d'&#234;tre ici et pas ailleurs, pas en cours, pas au travail, dans l'amphith&#233;&#226;tre dispos&#233; selon d'autres&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#232;gles, dans la pr&#233;sence &#224; tant d'autres corps inconnus comme autant de possibilit&#233;s de rencontre.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est la joie juv&#233;nile des commencements, o&#249; la parole, m&#234;me confuse, m&#234;me inconsistante,&lt;br class='autobr' /&gt;
n'existe que dans la perspective de ce commencement : apparaissent d'autres contenus de discours&lt;br class='autobr' /&gt;
appel&#233;s &#224; un devenir, un partage, appel&#233;s &#224; participer d'une reconfiguration des rapports entre&lt;br class='autobr' /&gt;
ceux qui &#233;taient bien forc&#233;s de s'ignorer. Tout &#224; notre mouvement de croire, on accepte tels quels&lt;br class='autobr' /&gt;
les objets de ce mouvement : finalement, peu importent ces pr&#233;textes &#224; l'enthousiasme. On ne se&lt;br class='autobr' /&gt;
soucie pas d'en examiner la pertinence vis &#224; vis de ce qui fonde notre d&#233;sir de rupture dans l'ordre&lt;br class='autobr' /&gt;
du quotidien : l'examiner serait corseter, entraver la naissance du plaisir. Ici r&#233;side le drame de&lt;br class='autobr' /&gt;
nombre de mouvements sociaux : dans les circonstances, le milieu o&#249; ils naissent, leur mani&#232;re de&lt;br class='autobr' /&gt;
na&#238;tre se dit d&#233;j&#224; leur d&#233;faite. Parce que ce qui les fonde est une soif terrible d'adh&#233;sion &#224; une parole,&lt;br class='autobr' /&gt;
qui n'est pas fatalement adh&#233;sion &#224; un discours politico- syndical, qui constitue aujourd'hui pour&lt;br class='autobr' /&gt;
les luttes le pr&#234;t-&#224;-parler, le pr&#234;t-&#224;-adh&#233;rer disponible en magasin. Cette soif d'adh&#233;sion &#224; une&lt;br class='autobr' /&gt;
parole manifeste le d&#233;sir de cr&#233;er une langue nouvelle pour des rapports nouveaux : cette soif est&lt;br class='autobr' /&gt;
elle-m&#234;me pauvre en exp&#233;rience, compl&#232;tement d&#233;pourvue de mots pour se dire, r&#233;duite &#224; de l'attente,&lt;br class='autobr' /&gt;
de la disposition &#224; croire. Elle est aussi bien &#233;duqu&#233;e que peu scrupuleuse : le long travail&lt;br class='autobr' /&gt;
d'int&#233;gration de ce qui est dicible et de ce qui ne l'est pas, de ce qui est politique et de ce qui est de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'ordre de la vie priv&#233;e, du raisonnable et de l'utopique, s'est effectu&#233; sur le mode de l'insatisfaction&lt;br class='autobr' /&gt; : d'un c&#244;t&#233;, des mots, de la pens&#233;e &#233;labor&#233;e, qui dans une certaine mesure permettent l'adaptation&lt;br class='autobr' /&gt;
aux rapports d'hostilit&#233; de la d&#233;mocratie biopolitique ; de l'autre un manque, un creux, un vide de&lt;br class='autobr' /&gt;
mots, de pens&#233;e, un champ libre et un no man's land : le d&#233;sir d'interruption. Ainsi, la gr&#232;ve qui se&lt;br class='autobr' /&gt;
dessine, comme toute gr&#232;ve sans pr&#233;avis, &#224; l'&#233;tat naissant, n'est pas compl&#232;tement r&#233;ductible &#224; de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'imitation de ce qui a &#233;chou&#233; partout ailleurs : mouvement contre la r&#233;forme des retraites, contre&lt;br class='autobr' /&gt;
le changement de statut des intermittents du spectacle, mouvements lyc&#233;ens et universitaires de&lt;br class='autobr' /&gt;
1998, gr&#232;ve de la fonction publique en 1995.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contradiction et le conflit se donnent donc &#224; percevoir dans ces tentatives th&#233;&#226;tralis&#233;es de&lt;br class='autobr' /&gt;
fonder l'origine d'un refus collectif : le d&#233;sir d'interruption est le d&#233;nominateur commun de pr&#233;sences&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;individuelles&lt;/i&gt; (les mouvements sociaux jouent tr&#232;s mal l'exhortation &#224; d&#233;passer l'individu)&lt;br class='autobr' /&gt;
satur&#233;es de m&#233;moire des luttes pass&#233;es et d&#233;faites, bris&#233;es par leur tendance dominante &#224; souhaiter&lt;br class='autobr' /&gt;
l'&#233;v&#232;nement tout en le conjurant. Il ne reste presque rien du mouvement des ch&#244;meurs (hiver&lt;br class='autobr' /&gt;
1997 / 1998), de ses r&#233;quisitions (ou pillages, comme on voudra) de supermarch&#233;s, de ses auto-invitations&lt;br class='autobr' /&gt;
dans les grands restaurants, de ses occupations de lieux impromptus, de ses assembl&#233;es,&lt;br class='autobr' /&gt;
telle celle de Jussieu, assembl&#233;e quotidienne pendant deux mois, o&#249; se cherchait dans les mots la&lt;br class='autobr' /&gt;
critique moderne du travail, approfondissant la tendance &#224; la fuite collective hors du salariat, &#224; la&lt;br class='autobr' /&gt;
recherche d'autres mani&#232;res de satisfaire les besoins. Quant au mouvement de l'anti-CIP (le Smicjeunes&lt;br class='autobr' /&gt;
de Balladur, qui pr&#233;voyait l'embauche des dipl&#244;m&#233;s &#224; bac plus 2 &#224; 80% du SMIC) en mars&lt;br class='autobr' /&gt;
1994, mouvement qui durant un mois avait r&#233;uni dans la rue lyc&#233;ens des centre-ville, &#233;tudiants aux&lt;br class='autobr' /&gt;
cursus longs ou courts, aux dipl&#244;mes professionnalisant ou non, jeunes banlieusards, ch&#244;meurs, de&lt;br class='autobr' /&gt;
nombreux travailleurs pr&#233;caires ou menac&#233;s de licenciement, manifestations de rue qui se sold&#232;rent&lt;br class='autobr' /&gt;
notamment &#224; Paris, Lyon et Nantes par des affrontements avec la police, des attaques de vitrines et&lt;br class='autobr' /&gt;
des pillages, il n'est que l'&#233;cho lointain, exorcis&#233;, d'une &#233;poque qu'on esp&#232;re disparue. Notons que&lt;br class='autobr' /&gt;
le mouvement des ch&#244;meurs avait au moins obtenu une prime de No&#235;l, qui s'est institutionnalis&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
depuis, que le CIP avait &#233;t&#233; retir&#233; : m&#234;me si l'on consid&#232;re ces faits par le petit bout de la lorgnette&lt;br class='autobr' /&gt;
(car toutes les apparences de victoire hors d'un mouvement r&#233;volutionnaire sont sans lendemain,&lt;br class='autobr' /&gt;
et ne disent essentiellement que le succ&#232;s d'une normalisation), en termes de satisfaction imm&#233;diate&lt;br class='autobr' /&gt;
de revendications-pr&#233;textes, ces mouvements, ayant manifest&#233; intens&#233;ment un conflit irr&#233;conciliable&lt;br class='autobr' /&gt;
quant &#224; la nature des rapports sociaux, ont &#233;t&#233; capables d'imprimer un mouvement de recul au&lt;br class='autobr' /&gt;
pouvoir qui les combattait. Ce n'est pas le cas des mouvements cit&#233;s plus haut, et ce n'est pas un&lt;br class='autobr' /&gt;
hasard si le mouvement des ch&#244;meurs et le mouvement anti-CIP ont disparu de la m&#233;moire collective&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; l'oeuvre dans l'&#233;laboration des mouvements sociaux actuels, et que les autres, au contraire,&lt;br class='autobr' /&gt;
fournissent aux luttes pr&#233;sentes un imaginaire, des formes organisationnelles et des moyens d'action,&lt;br class='autobr' /&gt;
imm&#233;diatement disponibles et reproductibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car la m&#233;moire propre aux luttes du post-fordisme, et plus particuli&#232;rement &#224; celles de la&lt;br class='autobr' /&gt;
derni&#232;re d&#233;cennie, n'est pas qualitativement diff&#233;rente de la m&#233;moire individuelle de ce qui est pr&#233;sent&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
comme &#233;v&#233;nement concernant la collectivit&#233; par l'information dominante (les grands m&#233;dias)&lt;br class='autobr' /&gt;
et l'&#233;ducation nationale. Depuis que l'information a fait des faits une mati&#232;re premi&#232;re qui doit &#234;tre&lt;br class='autobr' /&gt;
transformable en marchandise sous le nom d' &#8220; actualit&#233; &#8221;, depuis qu'elle d&#233;termine ce qui a lieu&lt;br class='autobr' /&gt;
et ce qui n'a pas eu lieu, depuis qu'elle a accru sa puissance au point de figurer elle-m&#234;me directement&lt;br class='autobr' /&gt;
parmi les acteurs de l' &#8220; &#233;v&#232;nement &#8221; qu'elle commente et qu'elle peut enti&#232;rement fabriquer,&lt;br class='autobr' /&gt;
la m&#233;moire et l'oubli sont largement d&#233;pendants de l'intensit&#233; du matraquage m&#233;diatique et&lt;br class='autobr' /&gt;
du jugement moral, explicite ou implicite qui manifeste le caract&#232;re essentiellement propagandiste&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'information.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;violence du conflit et &#233;v&#232;nement m&#233;diatique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est manifeste, &#224; ce propos, que le mouvement social classique tel qu'il se reproduit depuis&lt;br class='autobr' /&gt;
1995, et son alli&#233; le plus proche, le mouvement citoyen, ach&#232;vent la s&#233;paration entreprise depuis les&lt;br class='autobr' /&gt;
ann&#233;es 80 entre lutte et &#233;v&#232;nement, ici entendu comme ce qui trouble le cours normal de la production-&lt;br class='autobr' /&gt;
consommation- circulation des marchandises, comme ce qui manifeste la conflictualit&#233; historique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Reconnaissons-le : quand il y a conflictualit&#233;, il y a approfondissement des rencontres que&lt;br class='autobr' /&gt;
l'interruption rend possible, d&#233;sir de leur donner consistance et ainsi d'extirper la m&#233;diation qui&lt;br class='autobr' /&gt;
maintient la s&#233;paration. Cette m&#233;diation cherche &#224; se conserver sous les formes diverses du mod&#233;rantisme&lt;br class='autobr' /&gt;
syndical et politique, puis, le cas &#233;ch&#233;ant, par la police. Quand la conflictualit&#233; est forte,&lt;br class='autobr' /&gt;
elle a d'ailleurs toujours recours &#224; la police. A ce sujet, notons que la question de savoir s'il est bien&lt;br class='autobr' /&gt;
ou mal d'employer la violence est une fausse question : m&#234;me les formes d'action non-violentes&lt;br class='autobr' /&gt;
sont confront&#233;es &#224; la violence polici&#232;re, pour peu qu'elles d&#233;rangent vraiment : il n'y a qu'&#224; voir&lt;br class='autobr' /&gt;
comment ceux qui &#233;taint venus rencontrer et soutenir les&#8220; &#233;co-citoyens &#8221; log&#233;s dans les arbres du&lt;br class='autobr' /&gt;
parc Mistral &#224; Grenoble ont &#233;t&#233; ramen&#233;s au r&#233;el, par la matraque. La violence est donc une caract&#233;ristique&lt;br class='autobr' /&gt;
fondamentale des moments de conflictualit&#233; forte : elle n'est une question morale que pour&lt;br class='autobr' /&gt;
ceux qui cherchent &#224; exorciser la conflictualit&#233; : les instances dirigeantes de la d&#233;mocratie biopolitique&lt;br class='autobr' /&gt;
dont font partie les m&#233;dias et la gauche. La question de la violence est une question tactique&lt;br class='autobr' /&gt; : en quoi, &#224; certains moments, dans certaines circonstances, l'usage de la violence peut-il concourir&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; l'accroissement de notre puissance ? ; de m&#234;me, en quoi le d&#233;ploiement n&#233;cessaire du mouvement&lt;br class='autobr' /&gt;
par lequel nous nous approprions ce dont nous &#233;tions s&#233;par&#233;s par la m&#233;diation d&#233;mocratique&lt;br class='autobr' /&gt;
implique t-il la confrontation ? Les instances dirigeantes sont divis&#233;es &#224; ce sujet : pour les premiers,&lt;br class='autobr' /&gt;
il n'y a de violence, donc de mal, que dans les actes violents de leurs subordonn&#233;s ; pour les&lt;br class='autobr' /&gt;
seconds, la police, l'arm&#233;e, et m&#234;me les entreprises qui licencient peuvent aussi &#234;tre violentes, du&lt;br class='autobr' /&gt;
c&#244;t&#233; du mal. Pour les deux, la violence doit &#234;tre &#233;limin&#233;e : c'est la forme grossi&#232;re que rev&#234;t leur&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#234;ve commun d'exorciser la conflictualit&#233;. Nous dirons pour notre part que la violence n'est jamais&lt;br class='autobr' /&gt;
que le point de rencontre entre deux forces oppos&#233;es, dont la coexistence est impossible. La violence&lt;br class='autobr' /&gt;
traverse les antagonistes : il n'y a pas des violents et des non-violents, des victimes et des&lt;br class='autobr' /&gt;
bourreaux, mais une situation o&#249; les forces et faiblesses rentrent en jeu pour faire, provisoirement&lt;br class='autobr' /&gt;
ou finalement, des vainqueurs et des vaincus. Mais la violence est devenue un tabou : elle ne doit&lt;br class='autobr' /&gt;
plus appara&#238;tre que fictive, imaginaire, dans les films et s&#233;ries t&#233;l&#233;vis&#233;es, ou encore mise &#224; distance&lt;br class='autobr' /&gt;
et sublim&#233;e pour le spectateur dans les guerres dites chirurgicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image t&#233;l&#233;visuelle des &#8220; violents &#8221; (black bloc, racailles de toutes les banlieues du monde,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;meutiers albanais, alg&#233;riens, indon&#233;siens, argentins...) en action r&#233;duit toute conflictualit&#233; historique,&lt;br class='autobr' /&gt;
dans laquelle l'affrontement violent n'est qu'un moment, &#224; ce moment m&#234;me, dont on change&lt;br class='autobr' /&gt;
le sens selon les cat&#233;gories de la d&#233;mocratie biopolitique : un paroxysme de d&#233;viance et de criminalit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'exposition d'une telle image n'est rien d'autre qu'une op&#233;ration &#224; l'intention des spectateurs&lt;br class='autobr' /&gt; : que vous refusiez ou non quelque chose, qu'il vous arrive ou non d'aller dans les manifs,&lt;br class='autobr' /&gt;
voil&#224; ce qu'il faut craindre, voil&#224; ce qu'il faut ha&#239;r, voil&#224; ce qu'il faut emp&#234;cher. Il ne s'agit pas seu-&lt;br class='autobr' /&gt;
lement d'emp&#234;cher les &#233;meutes, mais tout ce qui les rappelle : un bruit de verre bris&#233;, un vol, une&lt;br class='autobr' /&gt;
engueulade un peu rude, un tag, et, plus g&#233;n&#233;ralement, toute mise en danger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la m&#233;moire des mouvements sociaux est-elle filtr&#233;e, &#233;pur&#233;e : occultant la conflictualit&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#233;dias et gauche (syndicats, associations et partis) s'emploient &#224; construire l'&lt;i&gt;&#233;v&#232;nement m&#233;diatique&lt;/i&gt;,&lt;br class='autobr' /&gt;
l'&#233;v&#232;nement qui se nie en tant qu'&#233;v&#232;nement. Id&#233;alement, il ne devrait pas y avoir de gr&#232;ve&lt;br class='autobr' /&gt;
sans pr&#233;avis de gr&#232;ve, de manifestation non autoris&#233;e et dont le parcours ne soit par avance communiqu&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; la police, de br&#232;che dans la direction du mouvement qui doit &#233;t&#233; confi&#233;e &#224; des syndicalistes,&lt;br class='autobr' /&gt;
de slogans, de revendications et g&#233;n&#233;ralement de comportements qui &#233;chappent &#224; la biopolitique&lt;br class='autobr' /&gt;
des assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales. Le fl&#233;au agit&#233; en permanence est celui de la &#8220; criminalisation &#8221;&lt;br class='autobr' /&gt; : et quand on &#233;crit qu'on refuse la criminalisation des mouvements sociaux, malgr&#233; les apparences,&lt;br class='autobr' /&gt;
ce n'est pas au pouvoir, &#224; la justice que l'on s'adresse : dans un Etat de droit, comme disent les&lt;br class='autobr' /&gt;
citoyens, nul n'est sens&#233; ignorer la loi. Un acte ill&#233;gal est r&#233;prim&#233;, rien de plus normal. On s'adresse&lt;br class='autobr' /&gt;
bien plut&#244;t &#224; ceux qu'on sent derri&#232;re soi, impr&#233;visibles, potentiellement d&#233;viants ; mais aussi, soucieux&lt;br class='autobr' /&gt;
de la respectabilit&#233; de leur engagement : on veut conjurer la tendance &#224; l'indistinction entre&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220; crimes de droit commun &#8221; et ill&#233;galisme politique. Les b&#226;tisseurs de mouvements sociaux et&lt;br class='autobr' /&gt;
citoyens anticipent la d&#233;viance potentielle d'une gr&#232;ve, d'une manifestation quelconque, et s'emploient&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; ce que ce l&#233;ger mouvement de rupture se conserve (et comme il ne s'accro&#238;t pas, s'annule)&lt;br class='autobr' /&gt;
pendant un temps donn&#233;, sous la protection de la loi, ceci impliquant de prot&#233;ger pour elle-m&#234;me,&lt;br class='autobr' /&gt;
contre elle-m&#234;me la &#8220;masse&#8221; des gr&#233;vistes de sa propre immaturit&#233; en flattant son go&#251;t pour la posture&lt;br class='autobr' /&gt;
des justes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;joie et d&#233;mocratie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mouvements &#233;tudiants ont au moins ce charme non n&#233;gligeable de ne pas exiger de&lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;avis : il suffit d'&#234;tre quelques centaines dans un amphi, pr&#234;ts &#224; voter la gr&#232;ve pour que tout commence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Deux assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales le 5 Novembre ouvrent donc la voie &#224; la gr&#232;ve, au blocage des&lt;br class='autobr' /&gt;
cours et &#224; l'occupation du hall B (b&#226;timent B), principal lieu de passage des &#233;tudiants, environn&#233; de&lt;br class='autobr' /&gt;
cinq amphith&#233;&#226;tres, de sa caf&#233;t&#233;ria universitaire et de ses machines &#224; caf&#233;. La mise en place de &#8220;&lt;br class='autobr' /&gt;
barricades &#8221; de tables, de bureaux et de chaises bloquant les acc&#232;s aux autres b&#226;timents, aux salles&lt;br class='autobr' /&gt;
de cours et amphis est sans doute possible l'un des moments les plus enivrants du mouvement :&lt;br class='autobr' /&gt;
comment ne pas penser &#224; Fourier admirant la dext&#233;rit&#233; et la rapidit&#233; d'ex&#233;cution d'ouvriers&lt;br class='autobr' /&gt;
construisant une barricade, bien sup&#233;rieures &#224; un ouvrage r&#233;alis&#233; dans le cadre du salariat ? Les&lt;br class='autobr' /&gt;
petits chefs ne sont pas encore l&#224;, fais donc comme tu l'entends, profites-en pour &#233;crire sur les murs,&lt;br class='autobr' /&gt;
retire la chaise sous le cul du professeur stup&#233;fait. Les initiatives autonomes donnent &#224; la coop&#233;ration&lt;br class='autobr' /&gt;
son contenu. Le lendemain, avec d&#233;j&#224; moins de joie (plus de labeur) mais plus d'audace, la&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me imposition de l'interruption se produit &#224; la fac d'&#233;ducation physique, avec une demi-douzaine&lt;br class='autobr' /&gt;
de complices du cru et en l'absence des &#233;tudiants. Une grande absente : la d&#233;mocratie. Sur ce&lt;br class='autobr' /&gt;
point, les anti, ou alter- gr&#232;ve (qui comme les &#8220; alter- mondialistes &#8221; ont d&#251; batailler pour ne pas&lt;br class='autobr' /&gt;
appara&#238;tre comme des n&#233;gateurs refusant de &#8220; proposer &#8221; aux &#8220; mouvements sociaux &#8221;, aux gouvernements,&lt;br class='autobr' /&gt;
aux journalistes des &#8220; alternatives &#8221; de gestion, de conjuration du conflit, conflit qui&lt;br class='autobr' /&gt;
se donne encore trop &#224; sentir par le pr&#233;fixe &#8220; anti &#8221;) ont raison : jamais la majorit&#233; des &#233;tudiants ne&lt;br class='autobr' /&gt;
s'est prononc&#233;e pour la gr&#232;ve, le blocage. Ni contre, d'ailleurs. La majorit&#233; des individus suivant des&lt;br class='autobr' /&gt;
cours &#224; Villejan &#233;tait absente lors de toutes les AG, m&#234;me les plus massives (jusqu'&#224; cinq mille participants)&lt;br class='autobr' /&gt; : ils laissaient donc le soin &#224; d'autres de faire de la fac quoi bon leur semblerait. Les r&#233;criminations&lt;br class='autobr' /&gt;
sur le caract&#232;re anti-d&#233;mocratique ne disaient rien d'autre que le refus de l'interruption&lt;br class='autobr' /&gt;
du cours normal des choses : o&#249; l'on voit bien &#224; quel point d&#233;mocratie et maintien de l'ordre sont&lt;br class='autobr' /&gt;
devenus synonymes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les multiples altercations entre gr&#233;vistes et anti-gr&#233;vistes, entre sociaux-d&#233;mocrates de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'UNEF, gr&#233;vistes non affili&#233;s et anarchistes de la CNT sur la question de la d&#233;mocratie, n'ont cess&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
d'entretenir la confusion entre la d&#233;mocratie comme forme de lutte, mod&#232;le d'organisation politique&lt;br class='autobr' /&gt;
de la lutte (qui ne serait jamais compl&#232;tement r&#233;alis&#233;e mais toujours en travail), et d&#233;mocratie&lt;br class='autobr' /&gt;
au sens commun de d&#233;mocratie biopolitique, ensemble de dispositifs de conjuration du conflit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi abrupt que cela puisse para&#238;tre, ce consensus sur la centralit&#233; de la question d&#233;mocratique,&lt;br class='autobr' /&gt;
cette lutte pour imposer la &#8220;d&#233;mocratie v&#233;ritable&#8221; indique dans sa pluralit&#233; le travail collectif de&lt;br class='autobr' /&gt;
conjuration de l'&#233;v&#233;nement. Ce qu'on a voulu emp&#234;cher, c'est l'affrontement entre des formes de vie&lt;br class='autobr' /&gt;
qui cherchaient &#224; accro&#238;tre leur puissance au d&#233;triment des autres ; on a donc travaill&#233; &#224; att&#233;nuer ces&lt;br class='autobr' /&gt;
diff&#233;rences, pour grand nombre irr&#233;ductibles, en diffusant l'id&#233;e qu'on pouvait se mettre d'accord,&lt;br class='autobr' /&gt;
trouver un terrain d'entente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale, haut lieu de la d&#233;mocratie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale, seule d&#233;cisionnelle et ouverte &#224; tous les &#233;tudiants, est la structure organisationnelle&lt;br class='autobr' /&gt;
o&#249; se d&#233;ploie un tel consensus. Les anti-gr&#233;vistes n'ont pas longtemps pu d&#233;nier toute&lt;br class='autobr' /&gt;
l&#233;gitimit&#233; &#224; l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale. Ils ont vite reconnu que leurs r&#233;unions en petit comit&#233;, malgr&#233; les&lt;br class='autobr' /&gt;
propositions &#8220;alternatives &#224; la gr&#232;ve&#8221; qu'ils annon&#231;aient toujours pour la prochaine AG, n'avaient&lt;br class='autobr' /&gt;
pas d'autre but que d'arracher l'arr&#234;t du blocage &#224; l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale &#8220;souveraine&#8221;, seule l&#233;gitime.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'UNEF, par son nombre de militants, ses grands pr&#234;tres de gauche, sa capacit&#233; &#224; fournir tous&lt;br class='autobr' /&gt;
les r&#244;les, du mod&#233;r&#233; m&#233;diatique qui flatte les anti-gr&#232;ve et les autorit&#233;s universitaires au radical qui&lt;br class='autobr' /&gt;
temp&#234;te contre patronat et gouvernement, de l'aust&#232;re sp&#233;cialiste des r&#233;formes au tribun, a toujours&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;t&#233;, m&#234;me occasionnellement sous-repr&#233;sent&#233;e, dans son &#233;l&#233;ment. Elle a toujours man&#339;uvr&#233; sur ce&lt;br class='autobr' /&gt;
terrain connu, et, m&#234;me en dehors des AG, elle a toujours agi et man&#339;uvr&#233; en vue, en pr&#233;vision des&lt;br class='autobr' /&gt;
AG. Certains ont reproch&#233; &#224; l'UNEF de placer syst&#233;matiquement ses militants &#224; la pr&#233;sidence des&lt;br class='autobr' /&gt;
AG, du comit&#233; de gr&#232;ve, des commissions, de se permettre d'accumuler les interventions pour&lt;br class='autobr' /&gt;
noyer toute parole ennemie, de ne pas soumettre au vote de l'AG les propositions qui les d&#233;rangeaient.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout cela est juste, et m&#234;me &#233;vident pour qui a particip&#233;, m&#234;me bri&#232;vement, au mouvement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais cela ne sert en rien de s'en scandaliser, d'en appeler &#224; la d&#233;mocratie directe. Toutes les&lt;br class='autobr' /&gt;
assembl&#233;es constituaient des espaces et ouvraient des moments au conflit : l'UNEF faisait la guerre&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; ce qui dans la gr&#232;ve d&#233;sirait au del&#224; des revendications LMD-autonomie, au-del&#224; du monde &#233;tudiant,&lt;br class='autobr' /&gt;
au del&#224; du mouvement social. Pour cela, il fallait nier que ce courant existe, et quand cela&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;tait impossible, en appeler &#224; la &#8220;masse des gens&#8221; qui n'&#233;tait pas pr&#234;te, frileuse, sous-inform&#233;e, mal&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;conscientis&#233;e&#8221; pour employer un des termes les plus significatifs de cette gr&#232;ve d'intellects sans&lt;br class='autobr' /&gt;
corps. L'UNEF faisait la guerre &#224; ce qui dans la gr&#232;ve &#233;tudiante &#233;tait d&#233;j&#224; de l'ordre de la gr&#232;ve&lt;br class='autobr' /&gt;
humaine : non d&#233;fendre l'universit&#233;, mais la critiquer ; ne pas r&#233;clamer plus de droits pour l'&#233;tudiant,&lt;br class='autobr' /&gt;
mais rejeter la s&#233;paration d&#233;j&#224; fausse entre ceux qui &#233;tudieraient et ne travailleraient pas, et&lt;br class='autobr' /&gt;
ceux qui travailleraient apr&#232;s avoir fini d'&#233;tudier, en brisant la s&#233;paration r&#233;elle entre les corps qui&lt;br class='autobr' /&gt;
travaillent, qui se redouble dans la s&#233;paration spatiale des espaces connect&#233;s de la production&lt;br class='autobr' /&gt;
(l'universit&#233;, l'Etat, l'entreprise). Et il n'est donc pas &#233;tonnant que dans cette miniature de d&#233;mocratie&lt;br class='autobr' /&gt;
biopolitique qu'est une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale, la guerre men&#233;e par l'UNEF prenne la forme d'une&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;n&#233;gation du conflit, de constants appels &#224; l'&#8221;unit&#233; du mouvement&#8221; et de la pr&#233;sentation comme&lt;br class='autobr' /&gt;
un corps &#233;tranger &#224; celui-ci ceux qui voudraient le &#8220;casser&#8221;, tant ils s'identifiaient &#224; ce mouvement&lt;br class='autobr' /&gt;
en ce qu'il s'approchait de la moyenne de tous les autres, en ce qu'il illustrait leur propre puissance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Reprocher &#224; l'UNEF de manipuler la d&#233;mocratie directe des assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales (dont les&lt;br class='autobr' /&gt;
CNTistes n'ont jamais contest&#233; la forme), c'&#233;tait leur reprocher d'&#234;tre ce qu'ils sont. Les assembl&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt;
g&#233;n&#233;rales sont faites pour &#234;tre manipul&#233;es, et le resteront tant qu'elles rassembleront des individus&lt;br class='autobr' /&gt;
s&#233;par&#233;s et non des tendances, des forces qui peuvent dialoguer, s'agr&#233;ger, mais aussi se combattre,&lt;br class='autobr' /&gt;
mais aussi agir en dehors de l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale. En appeler &#224; l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale comme seule&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;cisionnelle , &#224; la d&#233;mocrate directe comme principe transcendant, c'&#233;tait renforcer l'UNEF, parce&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'elle tire sa force dans sa sup&#233;riorit&#233; quantitative et qualitative pour ce qui est de la manipulation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nul ne peut rivaliser avec elle sur ce terrain. C'est pourquoi il fallait d&#233;construire ces assembl&#233;es,&lt;br class='autobr' /&gt;
faire &#233;clater la souverainet&#233; qui voulait r&#233;gner l&#224; sans partage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a beaucoup ri et m&#233;dit dans ce mouvement sur les assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales. Ridicules,&lt;br class='autobr' /&gt;
consternantes, pitoyables, des qualificatifs peu am&#232;nes ont servi &#224; d&#233;crire ces grands-messes qui&lt;br class='autobr' /&gt;
concentraient toutes les tensions et l'attention de ceux qui faisaient cette gr&#232;ve et qui s'achevaient&lt;br class='autobr' /&gt;
toujours comme un ballon qui se d&#233;gonfle : c'&#233;tait gros, massif, mais plein de vide. Au d&#233;but, cela&lt;br class='autobr' /&gt;
commen&#231;ait par le rituel rappel des r&#233;formes, UNEF et SUD, puis, plus tard, UNEF toute seule&lt;br class='autobr' /&gt;
venaient r&#233;citer le credo. Quel plaisir de voir ces gens si bien parler ! Les applaudissements &#233;taient&lt;br class='autobr' /&gt;
alors syst&#233;matiques. On ne se r&#233;pondait pas entre intervenants, on en rajoutait. La LMD, les cr&#233;dits&lt;br class='autobr' /&gt;
ECTS, l'autonomie des universit&#233;s. Vous avez oubli&#233; les frais d'inscription ! Je peux faire la session&lt;br class='autobr' /&gt;
de rattrapage ? Et la non-compensation des notes ? Moi aussi, je veux conscientiser la masse. Ainsi&lt;br class='autobr' /&gt;
prenaient corps les serpents qui sifflent sur nos t&#234;tes, la catastrophe annonc&#233;e qui viendra boule-&lt;br class='autobr' /&gt;
verser notre syst&#232;me si parfait, le monstre hideux du lib&#233;ralisme sauvage. Mais il est encore temps&lt;br class='autobr' /&gt;
camarades ! Cette gr&#232;ve rejettera le dragon dans son enfer. Ce qui compte, c'est de bien voir &#224; quoi&lt;br class='autobr' /&gt;
il ressemble, de le conna&#238;tre &#224; fond pour pouvoir le combattre, ce dragon. De temps &#224; autre, un &#233;tudiant&lt;br class='autobr' /&gt;
de droite, toujours le m&#234;me, venait apporter la contradiction : ce dragon n'est pas aussi&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#233;chant que vous le dites, on ne sait pas encore, ne nous emballons pas. Mais l'&#233;tudiant de droite&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;tait tout seul, et endurant particuli&#232;rement bien les hu&#233;es, il paraissait un peu idiot, d&#233;cal&#233;, &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
essayer de dire ce qui n'&#233;tait pas faux : que les r&#233;formes avaient &#233;t&#233; initialis&#233;es par la gauche au pouvoir&lt;br class='autobr' /&gt;
et que l'UNEF (alors encore scind&#233;e entre UNEF et UNEF-ID) avait cherch&#233; &#224; freiner la tentative&lt;br class='autobr' /&gt;
de gr&#232;ve contre ce qui s'appelait alors le &#8220;Plan Attali&#8221; ; que le LMD &#233;tait d&#233;j&#224; appliqu&#233; dans certaines&lt;br class='autobr' /&gt;
universit&#233;s, que les r&#233;formes avaient &#233;t&#233; &#233;labor&#233;es au niveau europ&#233;en et que les professeurs&lt;br class='autobr' /&gt;
y avaient &#233;t&#233; associ&#233;s... Dans ces conditions, o&#249; le d&#233;bat ne pouvait pas mener au-del&#224; des r&#233;formes,&lt;br class='autobr' /&gt;
sur ce qu'&#233;tait d&#233;j&#224; l'universit&#233; et son &#233;troite collaboration avec les entreprises dans la production&lt;br class='autobr' /&gt;
immat&#233;rielle (qui ne se mesure pas par le temps de travail et implique un investissement&lt;br class='autobr' /&gt;
important en savoirs) il ne pouvait que se perdre dans les m&#233;andres politiciens d'une &#8220;autre LMD&lt;br class='autobr' /&gt;
est possible&#8221; avec &#8220;maintien du cadrage national des dipl&#244;mes&#8221;, &#224; l'&#233;poque o&#249; le dipl&#244;me n'ouvre&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;j&#224; plus &#224; lui seul les portes de l'entreprise, quand les entrepreneurs font donner &#224; leurs futurs&lt;br class='autobr' /&gt;
employ&#233;s des cours &#224; l'universit&#233; ou quand ces cours ont lieu &#224; titre de formation directement pour&lt;br class='autobr' /&gt;
le compte de l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne pouvait plus alors s'agir que de psalmodier ces principes abstraits, &#233;galit&#233;, solidarit&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
service public, &#233;ducation, culture, qui sont chez les militants de gauche les formules mythiques&lt;br class='autobr' /&gt;
pour conjurer l'impuissance. Evidemment, ces grands concepts ne sont pas les fruits du hasard, ils&lt;br class='autobr' /&gt;
font consensus, ils conjurent r&#233;ellement le conflit, ils inondent les tracts, chants, slogans, d&#233;clarations&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; la presse : bien qu'invert&#233;br&#233;s, ils travaillent pourtant &#224; produire l'&#233;vidence sensible du partage&lt;br class='autobr' /&gt;
d'id&#233;aux et de valeurs indiscut&#233;s. Un autre &#233;l&#233;ment, et de taille, fut d&#233;terminant dans la production&lt;br class='autobr' /&gt;
du &#8220;tous ensemble&#8221; obligatoire, s'ajoutant &#224; ces premiers dispositifs de neutralisation : il&lt;br class='autobr' /&gt;
s'agit de la pr&#233;sence, de plus en plus massive, des anti-gr&#233;vistes dans les AG. D'abord timides et&lt;br class='autobr' /&gt;
emprunt&#233;s devant les sarcasmes et les hu&#233;es, ils devinrent omnipr&#233;sents et ne connurent plus de&lt;br class='autobr' /&gt;
limite quand, par esprit d&#233;mocratique, furent proscrits sarcasmes et hu&#233;es. Ils intervinrent presque&lt;br class='autobr' /&gt;
toujours sur le mode du pi&#233;tinement : peu leur importait le sujet abord&#233;, r&#233;formes, blocage, rapport&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; l'administration, coordination nationale : ils venaient juste dire qu'ils en avaient marre, qu'ils se&lt;br class='autobr' /&gt;
moquaient bien des r&#233;formes, qu'ils voulaient aller en cours. C'est mon choix. Leur adh&#233;sion forcen&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
au lib&#233;ralisme existentiel opposait la trivialit&#233;, l'obsc&#233;nit&#233; tranchante de l'individu dress&#233; &#224; la&lt;br class='autobr' /&gt;
s&#233;paration (de l'individu qui habituellement fonctionne, et qui voit d&#233;traqu&#233;, avec l'institution, son&lt;br class='autobr' /&gt;
propre fonctionnement) au ronflant humanisme de la pseudo-communaut&#233; gr&#233;viste. Tout l'enjeu&lt;br class='autobr' /&gt;
des AG se r&#233;duisait alors &#224; la reconduction ou non de la gr&#232;ve : faire bloc, montrer aux ind&#233;cis que&lt;br class='autobr' /&gt;
s'opposaient dans la question du blocage des cours le mauvais &#233;go&#239;sme et le gentil altruisme, r&#233;p&#233;ter&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; l'envi qu'il &#233;tait bien dommage d'avoir &#224; faire gr&#232;ve, qu'on ne le faisait pas pour s'amuser mais&lt;br class='autobr' /&gt;
par devoir, qu'on pr&#233;f&#233;rerait &#234;tre en cours, mais... et les g&#233;n&#233;rations futures ? D&#232;s lors qu'on&lt;br class='autobr' /&gt;
s'adresse prioritairement &#224; ceux qui r&#233;prouvent un peu des r&#233;formes mais aimeraient bien retourner&lt;br class='autobr' /&gt;
en cours, bref &#224; la majorit&#233; silencieuse, bref &#224; ceux qui ne vivent pas la gr&#232;ve, d&#232;s lors que tout&lt;br class='autobr' /&gt;
est suspendu &#224; un vote final, l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale, lieu o&#249; &#233;tait sens&#233; avoir lieu le d&#233;bat, lieu o&#249;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;taient sens&#233;es se prendre des d&#233;cisions, n'a plus pour enjeu que la poursuite ou non de la gr&#232;ve :&lt;br class='autobr' /&gt;
pourquoi, pour quoi et comment n'a plus d'importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; sensibliser l'opinion publique &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales &#233;taient, comme les manifestations, des moments de mobilisation&lt;br class='autobr' /&gt;
massive. Tel &#233;tait le concept central de la rh&#233;torique du mouvement. Ces moments r&#233;v&#232;lent pourtant&lt;br class='autobr' /&gt;
en n&#233;gatif la non-participation massive &#224; ce qui a fait le minimum de substance du mouvement,&lt;br class='autobr' /&gt;
le travail des commissions, du comit&#233; de gr&#232;ve, l'occupation du hall B, du rectorat et de la pr&#233;sidence,&lt;br class='autobr' /&gt;
les &#8220;barricadages&#8221;, les multiples discussions sur le sens &#224; donner au mouvement, formalis&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt;
par les ateliers de lutte et qui avaient &#233;galement cours de mani&#232;re informelle durant toute la&lt;br class='autobr' /&gt;
gr&#232;ve. Ainsi quelques centaines d'individus seulement se sont-ils mobilis&#233;s : attentifs d'abord &#224; la&lt;br class='autobr' /&gt;
masse qui leur restait ext&#233;rieure, ils ont perdu de vue ce qui se passait entre eux. La masse ext&#233;rieure,&lt;br class='autobr' /&gt;
multiforme, &#8220;les &#233;tudiants&#8221;, &#8220;l'opinion publique&#8221;, il allait falloir la convaincre, la mettre de&lt;br class='autobr' /&gt;
son c&#244;t&#233;, l'amadouer, et l'on n'allait pas reculer devant les compromissions. On n'allait pas se soucier&lt;br class='autobr' /&gt;
d'avoir raison, mais d'&#234;tre cr&#233;dible, visible pour sensibiliser, amollir la rude indiff&#233;rence, la&lt;br class='autobr' /&gt;
rigide hostilit&#233; du monde ext&#233;rieur. Il s'agissait d'&#233;laborer une politique du consensus &#224; tous les&lt;br class='autobr' /&gt;
niveaux. D'abord vis &#224; vis des m&#233;dias : comme dans tout mouvement social classique, on oublie (&#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
ce stade, on fait semblant d'oublier) que les m&#233;dias sont toujours, a priori, hostiles &#224; toute interruption&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;lib&#233;r&#233;e, m&#234;me minime et circonscrite, des flux de production et de circulation des marchandises.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils sont les porte-parole z&#233;l&#233;s de ceux que toute interruption g&#234;ne, de ceux qui quotidiennement,&lt;br class='autobr' /&gt;
fonctionnent normalement. Dans ces conditions, il ne sert &#224; rien de vouloir s&#233;duire ces censeurs :&lt;br class='autobr' /&gt;
il convient plut&#244;t de les tenir en respect, &#224; distance, en se servant occasionnellement d'eux&lt;br class='autobr' /&gt;
mais toujours cyniquement, de mani&#232;re strat&#233;gique. Ce probl&#232;me, qui n'a jamais &#233;t&#233; abord&#233; dans&lt;br class='autobr' /&gt;
toute son ampleur dans le cours du mouvement, a donn&#233; lieu, vers la fin, &#224; la tr&#232;s insuffisante exigence&lt;br class='autobr' /&gt;
que soit demand&#233;e aux commissions et au comit&#233; de gr&#232;ve la permission de venir les filmer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour le reste, les cam&#233;ras pouvaient pulluler et filmer ce que bon leur semblait, en commen&#231;ant par&lt;br class='autobr' /&gt;
le plus scandaleux pour eux, un tag, un peu de verre bris&#233;, le bordel du petit matin apr&#232;s une nuit&lt;br class='autobr' /&gt;
d'occupation... Quel plaisir de remarquer, alors qu'aux derni&#232;res nouvelles, le b&#226;timent B serait aux&lt;br class='autobr' /&gt;
mains des gr&#233;vistes, qu'un journaliste vous filme &#224; votre insu ! Pr&#233;sents &#224; la plupart des AG, les&lt;br class='autobr' /&gt;
cam&#233;ras, comme celles de vid&#233;osurveillance, sont des incitations permanentes &#224; l'autocensure, au&lt;br class='autobr' /&gt;
contr&#244;le de soi, au polissage de ses mots et de ses gestes. C'est une forme de police pr&#233;ventive.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme les autres, sa pr&#233;sence vise, avant m&#234;me de r&#233;primer (ici de d&#233;noncer, stigmatiser) ce&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'elle consid&#232;re comme d&#233;viant, &#224; pr&#233;venir le conflit, &#224; att&#233;nuer les diff&#233;rences. Si le conflit se&lt;br class='autobr' /&gt;
manifeste quand m&#234;me, il se th&#233;&#226;tralisera, se d&#233;r&#233;alisera en pr&#233;sence de cette machine &#224; produire&lt;br class='autobr' /&gt;
de la fiction qu'est un journaliste muni d'une cam&#233;ra. La &#8220;t&#233;l&#233; r&#233;alit&#233;&#8221; n'est pas une aberration&lt;br class='autobr' /&gt;
monstrueuse, mais seulement la logique de la m&#233;diation entre sujets biopolitiques pouss&#233;e &#224; son&lt;br class='autobr' /&gt;
terme : quand l'instrument de la m&#233;diation qui est aussi celui de la surveillance, devient explicitement&lt;br class='autobr' /&gt;
le centre des rapports humains, qui n'ont plus cours malgr&#233; cette instance de jugement, mais&lt;br class='autobr' /&gt;
pour elle-m&#234;me, pour lui plaire, la divertir, la renseigner. La question des m&#233;dias n'est ainsi pas une&lt;br class='autobr' /&gt;
question de principes, de puret&#233; : elle pose la question plus g&#233;n&#233;rale de la m&#233;diation d&#233;mocratique ;&lt;br class='autobr' /&gt;
et il est vrai que tant qu'on ne critique pas la d&#233;mocratie, tant qu'on fait gr&#232;ve en se r&#233;f&#233;rant &#224; des&lt;br class='autobr' /&gt;
valeurs abstraites, qu'on d&#233;termine sa politique comme une strat&#233;gie de communication &#224; l'adresse&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'&#8221;opinion publique&#8221;, ce qui n'existe pas et ne s'exprime jamais, et qui n'a plus de r&#233;alit&#233; qu'&#224; travers&lt;br class='autobr' /&gt;
les sondages (dont les &#233;lections font partie) comme accumulation de points de vue priv&#233;s, on&lt;br class='autobr' /&gt;
serait bien en peine de vouloir affronter le pouvoir de nuisance des m&#233;dias. Dans ce mouvement,&lt;br class='autobr' /&gt;
l'interruption de l'activit&#233; productive n'a pas interrompu la centralit&#233; du jugement policier dans les&lt;br class='autobr' /&gt;
rapports qui se sont constitu&#233; par la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette persistance de la m&#233;diation dans le mouvement qui potentiellement portait le d&#233;passement&lt;br class='autobr' /&gt;
de la s&#233;paration public-priv&#233;, d&#233;passement que laissait deviner les acc&#232;s de gr&#232;ve humaine&lt;br class='autobr' /&gt;
attisant les rencontres au cours d'un mois d'occupation, a permis au mouvement de rejoindre le&lt;br class='autobr' /&gt;
domaine public o&#249; il ne s'appartient plus &#224; lui-m&#234;me mais appartient &#224; l'Etat. Il faut dire qu'&#224; la&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#233;diation d&#233;mocratique s'agr&#233;geait la m&#233;diation des diverses fonctions militantes, maladroitement&lt;br class='autobr' /&gt;
inspir&#233;es des mod&#232;les entrepreneuriaux post-fordistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;l'auto-entrepenariat militant&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement qui en voulait tant aux entreprises priv&#233;es a repris leur mod&#232;le d'organisation&lt;br class='autobr' /&gt;
et leur rationalit&#233;. Il est &#233;vident pour des entrepreneurs que le probl&#232;me est de gagner de l'argent,&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'il s'agit pour cela de mettre la subjectivit&#233; et la cr&#233;ativit&#233; des employ&#233;s au travail, de&lt;br class='autobr' /&gt;
mani&#232;re &#224; pr&#233;venir une dissociation &#233;ventuelle entre les int&#233;r&#234;ts de ces employ&#233;s et ceux de leurs&lt;br class='autobr' /&gt;
employeurs. Il s'agit d'orienter toute l'activit&#233; vers la valorisation capitaliste, de stimuler cette activit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
par toutes sortes de promotions, d'int&#233;ressements, en lui accordant l'autonomie n&#233;cessaire &#224; la&lt;br class='autobr' /&gt;
cr&#233;ation et aux initiatives, l'essentiel demeurant de canaliser cette production immat&#233;rielle diffuse&lt;br class='autobr' /&gt;
vers l'extraction de valeur-argent. Non plus discipline et hi&#233;rarchie, mais autonomie contr&#244;l&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour un mouvement &#233;tudiant, il s'agit de mettre la joie au travail, de construire efficacement, en&lt;br class='autobr' /&gt;
mettant &#224; profit toutes les ressources de l'individu, un mouvement social classique. Je vais parler&lt;br class='autobr' /&gt;
du travail des commissions. D&#232;s le 7 Novembre, ont &#233;t&#233; mises en place une commission action, une&lt;br class='autobr' /&gt;
commission r&#233;flexion, une commission externe, puis, vers le milieu du mouvement, une commis-&lt;br class='autobr' /&gt;
sion occupation, et m&#234;me une commission blocage. A premi&#232;re vue, il s'agissait l&#224; d'une division&lt;br class='autobr' /&gt;
du travail tr&#232;s traditionnelle. Mais l'argument pour parer &#224; cette critique &#233;tait tout pr&#234;t : il s'agissait&lt;br class='autobr' /&gt;
de favoriser la communication entre ces commissions, sur le mod&#232;le de l'interdisciplinarit&#233; ch&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
aux universitaires modernistes. A l'objection un peu na&#239;ve que certains d'entre nous ont pu faire,&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'il n'y avait l&#224; que de la tr&#232;s banale s&#233;paration entre une r&#233;flexion sur les r&#233;formes, entre l'&#233;laboration&lt;br class='autobr' /&gt;
des formes et des moyens de la lutte, et entre la mise en oeuvre d'une strat&#233;gie quant &#224; la&lt;br class='autobr' /&gt;
mani&#232;re de se rapporter aux amis, ennemis et alli&#233;s potentiels, il a &#233;t&#233; r&#233;pondu que si la communication&lt;br class='autobr' /&gt;
entre ces sph&#232;res ne fonctionnait pas encore parfaitement, on &#233;tait sur la bonne voie. On pr&#233;textait&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; raison que les individus pouvaient passer d'une commission &#224; une autre, que le comit&#233; de&lt;br class='autobr' /&gt;
gr&#232;ve &#233;tait le lieu de la mise en commun de ces labeurs respectifs. Mais on perdait de vue la caract&#233;ristique&lt;br class='autobr' /&gt;
centrale de l'entreprise post-moderne, la collaboration des sp&#233;cialistes, l'int&#233;gration de la&lt;br class='autobr' /&gt;
coop&#233;ration &#224; la sp&#233;cialisation. Cette sp&#233;cialisation demeure essentiellement, mais elle a perdu son&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;tanch&#233;it&#233; ; sans dispara&#238;tre, elle se renforce et s'enrichit au contact de ce qui lui est &#233;tranger. Ainsi&lt;br class='autobr' /&gt;
la r&#233;flexion, l'action et la communication ont elles &#233;t&#233; r&#233;unies et harmonis&#233;es en tant que s&#233;par&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
La s&#233;paration n'a pas &#233;t&#233; abattue, ce qui aurait suppos&#233; la constitution dans le m&#234;me mouvement&lt;br class='autobr' /&gt;
d'une critique sociale et d'une strat&#233;gie, de formes de vie qui soient aussi des formes de lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on a pu chercher &#224; faire passer cette question de &#8220;structuration&#8221; du mouvement comme&lt;br class='autobr' /&gt;
une question de pure forme, opposer la logique des commissions et celle des ateliers de lutte en termes&lt;br class='autobr' /&gt;
de principes abstraits, le premier offrant l'incontestable avantage d'&#234;tre l&#224;, &#233;prouv&#233;, quand le&lt;br class='autobr' /&gt;
second se heurtait &#224; la soi-disant impossibilit&#233; mat&#233;rielle d'associer les gr&#233;vistes &#224; l'&#233;laboration&lt;br class='autobr' /&gt;
commune des divers aspects de la gr&#232;ve. La logique de l'urgence, la logique pragmatique qui voulait&lt;br class='autobr' /&gt;
que la temporalit&#233; des assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales et des manifs d&#233;termine la substance m&#234;me de la&lt;br class='autobr' /&gt;
gr&#232;ve, les rencontres, les d&#233;bats, les actions, l'organisation dont on se dote, a pu d&#233;terminer la&lt;br class='autobr' /&gt;
nature de l'efficacit&#233; qui &#233;tait mise en avant pour justifier ces op&#233;rations. Une efficacit&#233; num&#233;rique,&lt;br class='autobr' /&gt;
qui se mesure au nombre d'individus pr&#233;sents dans les AG, dans les manifs ; une efficacit&#233; m&#233;diatique,&lt;br class='autobr' /&gt;
puisque les m&#233;dias n'ont pas &#233;t&#233; trop m&#233;chants avec ce mouvement qui a su rester universitaire ;&lt;br class='autobr' /&gt;
une efficacit&#233; politique, puisque le ministre a ajourn&#233; son projet d'autonomie des universit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mouvement a donc &#233;t&#233; une r&#233;ussite puisqu'il a pu arracher un geste symbolique quand nombre&lt;br class='autobr' /&gt;
de mouvements sociaux vivent et meurent sans avoir suscit&#233; de la part des gouvernements autre&lt;br class='autobr' /&gt;
chose que du m&#233;pris. C'est ce que dit l'UNEF, et comme elle se contente de peu, nous lui laissons&lt;br class='autobr' /&gt;
sa victoire. Mais il a aussi &#233;t&#233; une r&#233;ussite puisqu'il a pu bloquer pendant un mois le fonctionnement&lt;br class='autobr' /&gt;
d'une universit&#233; sans que la reprise des cours pose le moindre probl&#232;me, puisque l'universit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
a pu redevenir aussi triste et terne qu'avant, puisque la plupart des occasions de rencontre, qui n'ont&lt;br class='autobr' /&gt;
pu s'approfondir, se sont noy&#233;es dans le retour &#224; la normale. Les choses sont redevenues telles&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'on les avait interrompues : il n'en reste rien, sinon le d&#233;couragement &#224; devoir travailler beaucoup&lt;br class='autobr' /&gt;
plus pour rattraper tout ce retard. Cela, l'UNEF ne le dit pas : elle s'entend en r&#233;formes, mais cale&lt;br class='autobr' /&gt;
un peu sur la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;TROISIEME PARTIE : PRESENCE COMBATTUE
DE LA GREVE HUMAINE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour nous, il en reste quelque chose. Par &#8220;nous&#8221;, je n'entends pas seulement ceux qui se sont&lt;br class='autobr' /&gt;
constitu&#233;s en force sous le nom d'atelier de lutte (et qui, d'ailleurs, n'ont jamais eu besoin de nom&lt;br class='autobr' /&gt;
pour agir en tant que force, et ne se sont servis de ce nom, vers le milieu du mouvement, que parce&lt;br class='autobr' /&gt;
que se d&#233;gageaient, &#224; l'occasion de ces ateliers ouverts &#224; tous, des positions qui faisaient exister, en&lt;br class='autobr' /&gt;
th&#233;orie et en pratique, la critique du mouvement &#233;tudiant, la critique de la d&#233;mocratie) mais aussi&lt;br class='autobr' /&gt;
ceux que nous avons pu croiser, avec qui nous avons pu partager refus, joies et insatisfactions, et&lt;br class='autobr' /&gt;
qui s'engageaient eux aussi, diversement, dans la constitution d'une force. Il va de soi que ce nous&lt;br class='autobr' /&gt;
traverse tous les partisans de la gr&#232;ve humaine, nos amis qui ont pr&#233;f&#233;r&#233; ne pas affronter la d&#233;perdition&lt;br class='autobr' /&gt;
d'&#233;nergie qu'impliquait l'engagement dans un mouvement &#233;tudiant aussi classique, et tous&lt;br class='autobr' /&gt;
ceux qui, connus ou inconnus, sabotent l'alternance r&#233;gl&#233;e de la paix sociale et des &#233;v&#232;nements&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#233;diatiques. Il en reste pour nous quelque chose, d'abord parce que nous sommes plus nombreux&lt;br class='autobr' /&gt;
et plus forts qu'auparavant, mais aussi parce que ce mouvement s'est achev&#233; sur l'irr&#233;conciliabilit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
d'au moins deux tendances et la promesse de conflits d'une toute autre envergure. La logique des&lt;br class='autobr' /&gt;
ateliers n'a pas &#233;t&#233; de proposer syst&#233;matiquement des solutions &#8220;radicales&#8221; toutes pr&#234;tes, de psal-&lt;br class='autobr' /&gt;
modier plut&#244;t classes populaires, autogestion, que service public et &#233;galit&#233; des &#233;tudiants. Il s'agissait&lt;br class='autobr' /&gt;
de prendre le temps d'aborder tous les probl&#232;mes de l'heure, blocage des cours, rapport &#224; l'administration,&lt;br class='autobr' /&gt;
aux m&#233;dias, convergence des luttes, critique de l'universit&#233; productive, appropriation&lt;br class='autobr' /&gt;
des moyens mat&#233;riels n&#233;cessaires. Evidemment, cela n'&#233;tait pas soluble dans les commissions, o&#249;&lt;br class='autobr' /&gt;
une r&#233;flexion minimale sur la mani&#232;re de se constituer en force (capable d'infirmer l'&#233;vidence que&lt;br class='autobr' /&gt;
l'effondrement de tous les mouvements qui comptent sur les &#8220;masses&#8221; et l'opinion publique est&lt;br class='autobr' /&gt;
programm&#233;, cyclique, in&#233;vitable) n'&#233;tait pas mat&#233;riellement possible, faute de temps. D&#233;serter les&lt;br class='autobr' /&gt;
commissions, c'&#233;tait bien le minimum que nous pouvions faire pour garder de la distance, ne pas&lt;br class='autobr' /&gt;
se laisser happer dans l'implacable logique de l'urgence. Nous &#233;tions, comme tout le monde, oblig&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
de subir les AG et les manifs, et il serait mensonger de pr&#233;tendre que le d&#233;couragement ne nous&lt;br class='autobr' /&gt;
a pas gagn&#233;s, comme tant d'autres, devant les fr&#233;quents triomphes des d&#233;mocrates de gauche. Nous&lt;br class='autobr' /&gt;
avons souvent &#233;prouv&#233; combien il est difficile de troubler la l&#233;thargie et l'ennui de ceux qui font&lt;br class='autobr' /&gt;
confiance aux autres pour diriger, de ceux qui ne se positionnent pas. Nous avons vu comment cette&lt;br class='autobr' /&gt;
l&#233;thargie, cet ennui sont contaminants, et comment ils ont pu nous pousser &#224; r&#233;p&#233;ter les m&#234;mes&lt;br class='autobr' /&gt;
arguments, ennuyeusement, sans conviction. Cela donne &#224; penser sur la mani&#232;re dont sont neutralis&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
les flux qui traversent les corps, m&#234;me en p&#233;riode de gr&#232;ve, au profit des carapaces c&#233;r&#233;brales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;les occupations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette gr&#232;ve, longue d'un mois, n'a, fort heureusement, pas &#233;t&#233; qu'ennui. L'occupation&lt;br class='autobr' /&gt;
du hall B a donn&#233; lieu &#224; une relative appropriation de l'espace (tables d'information, de nourriture,&lt;br class='autobr' /&gt;
de caf&#233;, confection de banderoles, d'affiches). Si les repas n'&#233;taient pas pris en commun, le r&#233;investissement&lt;br class='autobr' /&gt;
imm&#233;diat de ce qui &#233;tait vendu &#224; un prix modique ou libre, dans la caisse de gr&#232;ve pour&lt;br class='autobr' /&gt;
les tracts et la nourriture, la possibilit&#233; de dormir dans les amphis, faisaient qu'on s'engageait dans&lt;br class='autobr' /&gt;
cette gr&#232;ve sans peur de se mettre trop &#224; d&#233;couvert. Il y avait d&#233;j&#224; l&#224; des &#233;bauches de communisation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vers la fin du mois de novembre, l'occupation nocturne gagnait en joie, de mani&#232;re perceptible,&lt;br class='autobr' /&gt;
de jour en jour. A la fin du mouvement, il y avait f&#234;te tous les soirs, des gr&#233;vistes jouaient du&lt;br class='autobr' /&gt;
punk ou de la musique bretonne, on passait de groupe en groupe pour &#233;changer quelques mots,&lt;br class='autobr' /&gt;
quelques bi&#232;res. La derni&#232;re f&#234;te, le 3 d&#233;cembre, fut sans conteste la plus belle : des centaines de personnes&lt;br class='autobr' /&gt;
occupaient les amphis et le hall B : les comportements dans l'ivresse se d&#233;liaient, tout le&lt;br class='autobr' /&gt;
monde se parlait, et ce n'&#233;tait pas du LMD, de l'&#233;galit&#233; des droits mais du plaisir d'&#234;tre l&#224;, du d&#233;sir&lt;br class='autobr' /&gt;
un peu d&#233;lirant, &#233;tant donn&#233; l'absence totale de perspective du mouvement, de ne jamais arr&#234;ter.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle &#233;tait l&#224;, encha&#238;n&#233;e et d&#233;sesp&#233;r&#233;e, la gr&#232;ve humaine que ces m&#234;mes gr&#233;vistes, pour la plupart,&lt;br class='autobr' /&gt;
avaient conjur&#233;e : dans cette bizarre conjonction entre un jeudi soir dans la rue de la Soif et un&lt;br class='autobr' /&gt;
moment de lutte &#233;tudiante, dans la proximit&#233; de tant de corps attentifs les uns aux autres, pressentant&lt;br class='autobr' /&gt;
la fin proche, retrouvant un mois apr&#232;s le souvenir de l'interruption, r&#233;alisant enfin au moins&lt;br class='autobr' /&gt;
une des possibilit&#233;s ouvertes par la gr&#232;ve. La gr&#232;ve d'esprits politis&#233;s r&#233;v&#233;lait son n&#233;gatif : nous&lt;br class='autobr' /&gt;
f&#234;tions notre &#233;chec, toute la joie refoul&#233;e r&#233;apparaissait, s&#233;par&#233;e de ce qui aurait pu lui permettre&lt;br class='autobr' /&gt;
de se r&#233;pandre au-del&#224; de la nuit. Le lendemain matin, en comit&#233; de gr&#232;ve, l'UNEF d&#233;cidait de proposer&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; l'AG la dissolution du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, l'occupation du hall B avaient bien mal commenc&#233;. On d&#233;cidait de fermer les portes&lt;br class='autobr' /&gt;
du b&#226;timent B &#224; minuit pour &#233;viter que &#8220;les zonards de la place Saint-Anne&#8221; viennent finir leur soir&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; la fac. Si la question se pose bien de la n&#233;cessit&#233;, d&#232;s lors qu'une occupation a &#233;t&#233; collectivement&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;cid&#233;e, de d&#233;terminer des mani&#232;res de r&#233;agir collectivement en cas de probl&#232;me, on ne&lt;br class='autobr' /&gt;
m'&#244;tera pas de l'esprit qu'il y avait l&#224; du m&#233;pris et une certaine fatuit&#233; &#224; penser qu'il serait agr&#233;able&lt;br class='autobr' /&gt;
pour des zonards de venir &#224; la rencontre de la forme de vie &#233;tudiante surtout quand elle s'enferme&lt;br class='autobr' /&gt;
sur elle-m&#234;me par souci de &#171; cr&#233;dibilit&#233; &#187; m&#233;diatique . Les zonards ne sont jamais venus. Au&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;but, on partait &#224; minuit ou on devait rester toute la nuit. On se demandait s&#233;rieusement s'il ne&lt;br class='autobr' /&gt;
fallait pas interdire l'alcool. On se proposait d'organiser des rondes de surveillance pour attraper&lt;br class='autobr' /&gt;
ceux qui &#233;crivaient sur les murs. Puis, peu &#224; peu, la peur des &#8220;d&#233;bordements&#8221; s'est rel&#226;ch&#233;e (elle se&lt;br class='autobr' /&gt;
reportera des occupations aux manifs), ceux qui occupaient ont appris &#224; se parler, la joie a pris le&lt;br class='autobr' /&gt;
pas sur la police. La question centrale de l'appropriation de l'espace est rest&#233;e en suspens : le b&#226;timent&lt;br class='autobr' /&gt;
B &#233;tait-il notre lieu, ou &#233;tait-il encore le lieu de l'institution ? Les assembl&#233;es d'occupants, form&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
d'individus aux formes de vie et de lutte incompatibles, ne pouvaient pas r&#233;gler le probl&#232;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour les uns, &#233;crire sur les murs constituait une d&#233;gradation de ce qu'ils consid&#233;raient &#224; la fois &#234;tre&lt;br class='autobr' /&gt;
leur lieu et le lieu de l'institution, ce qui pour beaucoup d'entre eux revenait au m&#234;me. Pour nous,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;crire sur les murs signalait au minimum que le respect de l'assignation par l'institution d'un objet&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; son r&#244;le -un mur qui ne serait l&#224; que pour tenir le plafond- se perdait, ou s'&#233;tait perdu, et cela nous&lt;br class='autobr' /&gt;
plaisait plut&#244;t. Il &#233;tait &#233;vident que ce lieu n'&#233;tait notre lieu que tant que nous y faisions ce que nous&lt;br class='autobr' /&gt;
voulions y faire, et nous voulions bien discuter, des heures s'il le fallait pour &#233;tablir des r&#232;gles susceptibles&lt;br class='autobr' /&gt;
de contenter tout un chacun : mais si les d&#233;saccords &#233;taient trop graves, il ne fallait pas&lt;br class='autobr' /&gt;
compter sur nous pour nous plier &#224; la majorit&#233;. Apr&#232;s, le probl&#232;me de savoir si l'on veut imm&#233;diatement&lt;br class='autobr' /&gt;
chercher le conflit ouvert se pose en termes strat&#233;giques. Pratiquer la d&#233;mocratie n'a de sens&lt;br class='autobr' /&gt;
que pour les amis. Il fallait des bases d'accord suffisamment consistantes, l'appropriation de tout le&lt;br class='autobr' /&gt;
b&#226;timent, la r&#233;quisition de tout le mat&#233;riel n&#233;cessaire, pour que l'&#233;nonciation de r&#232;gles communes&lt;br class='autobr' /&gt;
aient un sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'occupation du rectorat, le 13 Novembre a pos&#233; les m&#234;mes probl&#232;mes en les exacerbant : les&lt;br class='autobr' /&gt;
quelques centaines d'&#233;tudiants qui l'ont investi ne se sont pas laiss&#233; intimider par le service d'ordre&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'UNEF qui patrouillait &#224; la recherche du flagrant d&#233;lit de d&#233;viance. La joie &#233;tait de passage, le&lt;br class='autobr' /&gt;
photocopillage de rigueur. On photocopiait ses pieds, ses mains, son visage, ses tracts, sanctionn&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
ou non par l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale ; on affichait tout cela sur les murs, on visitait les bureaux, on buvait&lt;br class='autobr' /&gt;
le caf&#233; et les bi&#232;res, affal&#233;s par terre. Dans une salle, ceux qui voulaient parler du mouvement en&lt;br class='autobr' /&gt;
assembl&#233;e faisaient taire les appels au repli des petits chefs de l'UNEF. Finalement, las d'attendre&lt;br class='autobr' /&gt;
l'arriv&#233;e de la police, les occupants ont pour la plupart quitt&#233; le rectorat avant son intervention.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;cid&#233;ment, ce lieu n'&#233;tait pas le n&#244;tre : nul d&#233;sir de le d&#233;fendre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une autre occupation, pour en finir avec cette question de l'appropriation, celle du b&#226;timent&lt;br class='autobr' /&gt;
de la Pr&#233;sidence, la semaine du 24 au 28 Novembre. L'atelier de lutte avait provoqu&#233; le 19 la tenue&lt;br class='autobr' /&gt;
d'un &#8220;comit&#233; de gr&#232;ve exceptionnel&#8221;, qui n'avait rien d'officiel, parce qu'il s'av&#233;rait intenable de&lt;br class='autobr' /&gt;
repousser perp&#233;tuellement le d&#233;bat entre tous les gr&#233;vistes sur la question notamment des commissions,&lt;br class='autobr' /&gt;
de la convergence des luttes, de l'inanit&#233; des assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales, bref sur la question du&lt;br class='autobr' /&gt;
mouvement dans son ensemble. Le comit&#233; de gr&#232;ve officiel avait pour fonction de pr&#233;parer les&lt;br class='autobr' /&gt;
assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales et de faire appliquer les d&#233;cisions de l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale ; bien s&#251;r, il fallait&lt;br class='autobr' /&gt;
bien suppl&#233;er un peu &#224; l'absence de d&#233;bat en AG, prendre des initiatives, mais pas n'importe lesquelles ;&lt;br class='autobr' /&gt;
il ne fallait surtout pas trop d&#233;battre et respecter son mandat. (Soit dit en passant, quelle&lt;br class='autobr' /&gt;
sorte de mandat confie t-on &#224; ceux qui viennent l&#224; parce qu'ils en ont envie ? 3000 en AG, 100 en&lt;br class='autobr' /&gt;
comit&#233; de gr&#232;ve, confiez votre lutte aux militants, aux citoyens, ils en feront bon usage) Le comit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
de gr&#232;ve exceptionnel, r&#233;unissant la centaine d'occupants du moment, aurait pu &#234;tre d&#233;cisionnel : il&lt;br class='autobr' /&gt;
posait les probl&#232;mes de l'heure, exposait des divergences, cherchait des terrains d'entente, avait&lt;br class='autobr' /&gt;
tout son temps. Quand les d&#233;mocrates, qui auraient bien aim&#233; l'interrompre, eurent compris que&lt;br class='autobr' /&gt;
ceux qui &#233;taient l&#224; n'oseraient pas vouloir les cons&#233;quences de leur pens&#233;e, ils purent se retirer, soulag&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Faute de mieux, on d&#233;cida d'&#233;laborer des positions communes en vue du prochain comit&#233; de&lt;br class='autobr' /&gt;
gr&#232;ve, de la prochaine AG. La question du blocage des cours y fut abord&#233;e : il faut savoir que les&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;tudiants en CAPES, les &#233;tudiants &#233;trangers (CIREF) et m&#234;me certains DESS avaient &#233;t&#233; autoris&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
d'aller en cours. Chaque nouvelle AG se faisait la caisse de r&#233;sonance d'une nouvelle cat&#233;gorie&lt;br class='autobr' /&gt;
d'&#233;tudiants qui venait se faire plaindre et arracher, par compassion, le droit de retourner &#224; ses ch&#232;res&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;tudes. Les gr&#233;vistes qui tenaient les piquets de gr&#232;ve, oblig&#233;s d'&#234;tre pr&#233;sents douze heures par&lt;br class='autobr' /&gt;
jour, rarement relev&#233;s par ceux qui cherchaient &#224; prendre en marche le TGV des commissions et&lt;br class='autobr' /&gt;
comit&#233;s, &#233;taient confront&#233;s non seulement &#224; l'agressivit&#233; des &#233;tudiants, mais aussi &#224; leurs complaintes,&lt;br class='autobr' /&gt;
pour aller dans une biblioth&#232;que, aller voir son prof, un tableau, une secr&#233;taire, mais aussi &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
leurs ruses, quand les cat&#233;gories &#233;pargn&#233;es par la gr&#232;ve se sont mis &#224; servir de mots de passe. Il n'y&lt;br class='autobr' /&gt;
avait &#224; certains piquets pas d'autre choix que de laisser passer tout le monde, et &#224; d'autres de prendre&lt;br class='autobr' /&gt;
sur soi de ne laisser passer personne, quitte &#224; &#234;tre sermonn&#233; par un syndicaliste, pour passer&lt;br class='autobr' /&gt;
outre &#224; ce qu'il peut y avoir d'indigne &#224; demander &#224; quelqu'un, comme un videur de nuit, comme&lt;br class='autobr' /&gt;
un flic, s'il a les papiers requis pour passer. Nous &#233;tions tr&#232;s nombreux &#224; penser qu'il fallait en finir&lt;br class='autobr' /&gt;
avec les piquets, qu'on pouvait, &#224; la rigueur, laisser un b&#226;timent &#224; ceux qui pouvaient avoir cours,&lt;br class='autobr' /&gt;
mais que tout le reste devait &#234;tre ferm&#233;. Cette position expos&#233;e en comit&#233; de gr&#232;ve, qui la reprit en&lt;br class='autobr' /&gt;
la diluant, aboutit &#224; la proposition en AG de r&#233;duire les piquets de 3 &#224; 1 par b&#226;timent. Les portes&lt;br class='autobr' /&gt;
laiss&#233;es auparavant ouvertes seraient ferm&#233;es &#224; l'aide de cha&#238;nes et de cadenas. Cette proposition&lt;br class='autobr' /&gt;
fut accept&#233;e, contre l'avis de l'UNEF, par l'AG, (qui refusa par ailleurs, le m&#234;me jour, de remplacer&lt;br class='autobr' /&gt;
les commissions par des ateliers) ce qui aboutit &#224; la cr&#233;ation d'une &#8220;commission blocage&#8221; charg&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
de mettre en oeuvre ces am&#233;liorations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lundi 24, trois jours plus tard, la Pr&#233;sidence, prenant acte de ce &#8220;durcissement&#8221; qui ne permettait&lt;br class='autobr' /&gt;
plus d'&#8221;assurer des conditions normales de s&#233;curit&#233;&#8221;, fermait la fac. Le matin, apr&#232;s deux&lt;br class='autobr' /&gt;
heures d'atermoiements sur la m&#233;chancet&#233; de la Pr&#233;sidence, la porte d'entr&#233;e du b&#226;timent B fut&lt;br class='autobr' /&gt;
enfin fracass&#233;e, provoquant l'indignation de nombreux assistants, bien contents pourtant de pouvoir&lt;br class='autobr' /&gt;
aller boire leur caf&#233;. Le m&#234;me jour, la Pr&#233;sidence fut occup&#233;e pour exiger la r&#233;ouverture de la&lt;br class='autobr' /&gt;
fac. On peut se demander quel probl&#232;me cette fermeture pouvait bien poser, puisque personnels&lt;br class='autobr' /&gt;
IATOSS et professeurs n'avaient pas voulu rejoindre physiquement le mouvement, se contentant&lt;br class='autobr' /&gt;
d'un soutien verbal par l'interm&#233;diaire de leurs responsables syndicaux. (Il est vrai que ce mouvement&lt;br class='autobr' /&gt;
s'est fort souci&#233; de son ind&#233;pendance, de nombreux syndiqu&#233;s et non-syndiqu&#233;s consid&#233;rant,&lt;br class='autobr' /&gt;
sans rire, qu'il fallait d'abord construire un mouvement &#233;tudiant fort, et que la &#8220;convergence des&lt;br class='autobr' /&gt;
luttes&#8221; viendrait apr&#232;s). Que nous importait alors que la fac soit ferm&#233;e, si nous avions le b&#226;timent&lt;br class='autobr' /&gt;
B ? L'occupation de la Pr&#233;sidence pouvait cependant para&#238;tre justifi&#233;e par cet acte hostile : elle a dur&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
quatre jours. L&#224; o&#249; elle aurait pu, vite et bien, arracher les moyens mat&#233;riels qui manquaient au&lt;br class='autobr' /&gt;
mouvement, &#234;tre &#224; la hauteur du conflit qui s'offrait, elle n'a abouti qu'&#224; la r&#233;ouverture le 28&lt;br class='autobr' /&gt;
Novembre de la fac, avec le retour aux trois piquets par b&#226;timent, et une prime de quelques milliers&lt;br class='autobr' /&gt;
de tracts, &#224; adresser exclusivement aux &#233;tudiants, r&#233;serv&#233;s aux mandat&#233;s par l'AG et le comit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
de gr&#232;ve. Pendant quatre jours, on avait donc le choix entre s'ennuyer dans le hall B ou dans la salle&lt;br class='autobr' /&gt;
du grand conseil, o&#249; l'on se sentait infiniment fort, tout en s'excusant devant le responsable de la&lt;br class='autobr' /&gt;
s&#233;curit&#233;, en col&#232;re, d'avoir allum&#233; une cigarette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;partout et toujours, la peur de l'&#233;v&#232;nement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on retiendra &#233;galement, c'est &#224; quel point le d&#233;sir d'&#233;v&#232;nement &#224; l'origine de la gr&#232;ve&lt;br class='autobr' /&gt;
se doublait d'une peur syst&#233;matique de l'&#233;v&#232;nement, de ce qui pourrait reconfigurer les rapports&lt;br class='autobr' /&gt;
de force, marquer un avant et un apr&#232;s, faire consister le conflit. Cette peur se dit par exemple dans&lt;br class='autobr' /&gt;
le refus de casser une vitre qui nous a &#233;t&#233; ferm&#233;e &#224; la figure, d'interrompre l'&#233;mission de TV Match&lt;br class='autobr' /&gt;
qui &#233;tait enregistr&#233;e dans l'Op&#233;ra, sur la place de la Mairie, o&#249; la manif passait le 20 Novembre&lt;br class='autobr' /&gt;
(alors que l'animateur - vedette &#233;tait venu, de son plein gr&#233;, &#224; la rencontre des gr&#233;vistes pour se foutre&lt;br class='autobr' /&gt;
de leur gueule), dans l'angoisse qui nous fait craindre la col&#232;re de la police ou des m&#233;dias quand&lt;br class='autobr' /&gt;
des oeufs de peinture sont jet&#233;s sur les banques et les agences d'int&#233;rim, autant de symboles outr&#233;s,&lt;br class='autobr' /&gt;
ind&#233;fendables, de la &#8220;marchandisation&#8221; qu'on dit refuser, quand des tags sont laiss&#233;s sur les murs,&lt;br class='autobr' /&gt;
traces de ce mouvement sans traces, sans histoire. Il s'agissait, plus g&#233;n&#233;ralement, de la peur de&lt;br class='autobr' /&gt;
s'approprier, simplement, ce dont on a besoin (nourriture, boisson, photocopieuses, imprimantes..).&lt;br class='autobr' /&gt;
On a voulu croire que ce qu'on refusait de faire, par peur, c'est ce dont on n'avait pas vraiment&lt;br class='autobr' /&gt;
besoin, ce qui ne servait &#224; rien. Mais le d&#233;sir d'&#233;v&#232;nement exige de se lib&#233;rer de la peur ; et pour cela,&lt;br class='autobr' /&gt;
il faut r&#233;fl&#233;chir &#224; comment faire ce que dans le fond on aimerait tant faire ; il faut &#233;laborer une strat&#233;gie&lt;br class='autobr' /&gt;
collective, tisser des amiti&#233;s, former des attachements, partager des moments de joie ou de&lt;br class='autobr' /&gt;
tristesse, avoir confiance, sentir que nos perceptions s'affinent en un savoir qui soit aussi un pouvoir&lt;br class='autobr' /&gt;
de transformation. Cela implique une autre pr&#233;sence des corps que celle des manifs, desquelles&lt;br class='autobr' /&gt;
il n'y a, hormis ces quelques moments o&#249; les corps se mettaient en jeu, en lan&#231;ant des fruits&lt;br class='autobr' /&gt;
pourris ou des oeufs de couleur en direction des CRS qui gardaient le rectorat, en lan&#231;ant des oeufs&lt;br class='autobr' /&gt;
(frais, h&#233;las) sur la fa&#231;ade du MEDEF, rien &#224; retenir, tout &#224; oublier parmi les slogans du type &#8220;quand&lt;br class='autobr' /&gt;
le MEDEF attaque l'&#233;cole, l'&#233;cole r&#233;pond r&#233;sistance&#8221; ou encore &#8220;une seule solution, la manifestation&#8221;,&lt;br class='autobr' /&gt;
tout &#224; oublier de ces marches sans joie dans des quartiers r&#233;sidentiels o&#249; il n'y a rien &#224; salir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Grosses, massives manifs, et pleines de vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Mobilisation massive &#187; et &#171; convergence des luttes &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut d'autres actions, dite de &#8220;sensibilisation&#8221;, barrages filtrants et distribution de tracts,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;actions artistiques&#8221; et enfin, peut-&#234;tre la plus int&#233;ressante, le blocage pendant quelques minutes&lt;br class='autobr' /&gt;
d'un acc&#232;s du centre commercial du Colombier, le 13 d&#233;cembre, alors que la gr&#232;ve avait &#233;t&#233; d&#233;finitivement&lt;br class='autobr' /&gt;
enterr&#233;e deux jours plus t&#244;t. Mais il y avait toujours entre les gr&#233;vistes et ceux qu'ils voulaient&lt;br class='autobr' /&gt;
toucher, ce discours unilat&#233;ral de celui qui lutte face &#224; celui qui ne lutte pas. La logique de&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;mobilisation massive&#8221;, de &#8220;conscientisation&#8221; a fait des ravages, n'envisageant la communication&lt;br class='autobr' /&gt;
que sur le plan quantitatif, ignorant le simple fait que la rencontre exige une certaine communaut&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
d'attentes, de d&#233;sirs, chez celui qui parle et celui qui &#233;coute, de nature &#224; rendre possible le renversement&lt;br class='autobr' /&gt;
le jeu des r&#244;les. On a cru efficace de diffuser massivement un discours consensuel selon&lt;br class='autobr' /&gt;
lequel les valeurs abstraites de la gauche, l'&#233;ducation et la culture, et avec elles l'&#233;tudiant lui m&#234;me,&lt;br class='autobr' /&gt;
seraient mises en p&#233;ril par des r&#233;formes catastrophiques. L'histoire de ces &#233;tudiants &#224; la fac de droit,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; moiti&#233; convaincus en AG par les alarmes de l'UNEF, puis changeant d'avis apr&#232;s leur r&#233;futation&lt;br class='autobr' /&gt;
par un professeur, nous est &#233;clairante. Il y a une certaine mani&#232;re de parler de soi qui emp&#234;che le&lt;br class='autobr' /&gt;
partage ; il y a une certaine mani&#232;re de se poser en victime qu'il faut plaindre, soutenir et encourager,&lt;br class='autobr' /&gt;
qui rend toute empathie impossible. Les discours pseudo-universels sur le &#171; progr&#232;s social &#187;,&lt;br class='autobr' /&gt;
les discours &lt;i&gt;emprunt&#233;s&lt;/i&gt;, renforcent l'ext&#233;riorit&#233; de tout message &#224; caract&#232;re explicitement politique &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
l'exp&#233;rience individuelle et collective. Il convient plut&#244;t, pour provoquer la rencontre, de partir ce&lt;br class='autobr' /&gt;
qui nous est commun, une certaine insatisfaction, une soif d'interrompre dans le d&#233;but d'un partage&lt;br class='autobr' /&gt;
et non dans le d&#233;chirement, le cours norm&#233; d'une vie quotidienne aux douleurs v&#233;cues comme&lt;br class='autobr' /&gt;
incommunicables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En luttant en tant qu'&#233;tudiant, comme on l'a vu, les gr&#233;vistes recr&#233;aient un ersatz de lien&lt;br class='autobr' /&gt;
communautaire autour d'une identit&#233; effondr&#233;e. Tout le temps pass&#233; &#224; travailler, dans les jobs pr&#233;caires,&lt;br class='autobr' /&gt;
les stages, pour les examens, tout cela disparaissait dans la c&#233;l&#233;bration de l'universit&#233; d&#233;mocratique&lt;br class='autobr' /&gt;
et &#233;galitaire. Il semblait alors qu'on &#233;tudiant spontan&#233;ment, par plaisir, en tout cas par&lt;br class='autobr' /&gt;
choix, pour se cultiver &#187;, &#171; s'enrichir &#187;... ce qui pris &#224; la lettre, aurait pu faire d&#233;vier le d&#233;bat du&lt;br class='autobr' /&gt;
refus de l'autonomie des universit&#233;s entre elles au processus d'autonomisation de la production et&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'&#233;change de savoirs vis &#224; vis de l'&#233;conomie, vers l'universit&#233; sauvage (la constitution d'une force&lt;br class='autobr' /&gt;
autonome de production et d'&#233;change de savoirs-pouvoirs).Il ne s'agissait pourtant pas l&#224; d'un discours&lt;br class='autobr' /&gt;
habit&#233;, mais d'une mani&#232;re de sublimer la mise au travail de la subjectivit&#233; dans la production&lt;br class='autobr' /&gt;
immat&#233;rielle : ce discours, encourag&#233; par l'UNEF au fait des techniques mises en &#339;uvre par&lt;br class='autobr' /&gt;
les individus pour s'accommoder aux communaut&#233;s effondr&#233;es, interdisait en m&#234;me temps la critique&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'universit&#233; que la critique du travail. Le manque de consistance de ce qui a &#233;t&#233; effectivement&lt;br class='autobr' /&gt;
v&#233;cu par chacun &#224; l'universit&#233; en termes &#171; d'&#233;panouissement moral et intellectuel &#187; (ce&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'elle serait sens&#233;e permettre, selon un syndicaliste UNEF), fait l'inconsistance du refus de la &#171; &lt;br class='autobr' /&gt;
marchandisation &#187;, qui retombe sur la platitude du &#171; il faut bien travailler pour pouvoir manger&lt;br class='autobr' /&gt; &#187;. Il faut savoir qu'au d&#233;but, l'UNEF disait rejeter compl&#232;tement le LMD, puis, &#224; partir du 27&lt;br class='autobr' /&gt;
novembre, a commenc&#233; &#224; diffuser l'id&#233;e qu'une &#171; autre LMD &#233;tait possible &#187;, quand la tendance &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
la s&#233;cession hors des rapports de production qui &#233;tait virtuellement l&#224; dans le refus affich&#233; de la &#171; &lt;br class='autobr' /&gt;
rentabilit&#233; &#187;, fut conjur&#233;e chez la majorit&#233;. S&#233;par&#233;s de leurs d&#233;sirs par la d&#233;fense d'une condition&lt;br class='autobr' /&gt;
particuli&#232;re effondr&#233;e, les gr&#233;vistes rest&#232;rent s&#233;par&#233;s de tous ceux qui auraient pu &#234;tre leurs alli&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Construire un mouvement &#233;tudiant fort (une contradiction dans les termes) avant de chercher&lt;br class='autobr' /&gt;
la rencontre avec d'autres secteurs en lutte, l'ayant &#233;t&#233; ou en passe de l'&#234;tre, cette &#233;vidence des&lt;br class='autobr' /&gt;
quinze premiers jours n'avait pas d'autre motivation que d'emp&#234;cher une &#233;ventuelle &#171; radicalisation&lt;br class='autobr' /&gt; &#187; du mouvement. On n'a pas non plus questionn&#233; ces &#233;vidences que les rencontres, souhait&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt;
en principe par la suite , ne pouvaient prendre d'autre forme que celles de la juxtaposition un peu&lt;br class='autobr' /&gt;
arbitraire des mouvements et de leurs revendications respectives, que celles des tractations entre&lt;br class='autobr' /&gt;
responsables syndicaux au sein des &#171; interprofessionnelles &#187;. Quant aux lyc&#233;ens, on les a invit&#233;s &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
se &#171; mobiliser &#187; (jamais explicitement &#224; la gr&#232;ve) pour les m&#234;mes pr&#233;textes que nous. On n'a pas&lt;br class='autobr' /&gt;
cherch&#233; avec les lyc&#233;ens qu'on avait pu rencontrer des moyens de provoquer une gr&#232;ve au lyc&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
(Recette &#233;prouv&#233;e : distribuer, avec des amis, quelques jours avant, voire la veille, du jour o&#249; l'on&lt;br class='autobr' /&gt;
veut faire gr&#232;ve, des tracts appelant explicitement &#224; la gr&#232;ve pour un jour pr&#233;cis, autant de tracts&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'il le faudra pour &#234;tre s&#251;r que la plupart des lyc&#233;ens soit au courant, propager la rumeur que le&lt;br class='autobr' /&gt;
jour J la gr&#232;ve aura lieu ; nul besoin de convoquer avant des assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales ou des r&#233;unions&lt;br class='autobr' /&gt;
de d&#233;l&#233;gu&#233;s, nul besoin de permettre &#224; l'administration d'entraver le mouvement avant qu'il ait lieu&lt;br class='autobr' /&gt; ; le jour choisi, avec les quelques dizaines qui auront effectivement r&#233;pondu &#224; l'appel, monter dans&lt;br class='autobr' /&gt;
les salles de classe et interrompre les cours. Vous serez tr&#232;s vite plusieurs centaines. Apr&#232;s, &#224; vous&lt;br class='autobr' /&gt;
de jouer.) Nous avons pour notre part diffus&#233; deux tracts, dont le premier avait surtout valeur de&lt;br class='autobr' /&gt;
contre-discours &#224; la prose d&#233;mocratique ; le second est intervenu trop tard, quand la gr&#232;ve &#233;tudiante&lt;br class='autobr' /&gt;
touchait &#224; sa fin. Nous ne pouvons bien s&#251;r nier notre part d'&#233;chec, les forces de l'atelier de&lt;br class='autobr' /&gt;
lutte n'&#233;tant pas suffisantes pour contrecarrer efficacement ce qui se faisait par ailleurs pour provoquer&lt;br class='autobr' /&gt;
la &#171; convergence des luttes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons pu cependant r&#233;diger un tract ( tract aux ambitions limit&#233;es puisqu'il appelait&lt;br class='autobr' /&gt;
seulement &#224; une manifestation commune toutes les cat&#233;gories qui subissaient les unes apr&#232;s les&lt;br class='autobr' /&gt;
autres l'acc&#233;l&#233;ration des restructurations capitalistes) avec les salari&#233;s de STMicroelectronics, entreprise&lt;br class='autobr' /&gt;
en pleine sant&#233; financi&#232;re qui compte un site &#224; Rennes et produit des semi-conducteurs, en&lt;br class='autobr' /&gt;
lutte depuis septembre contre la fermeture annonc&#233;e de leur site qui doit conduire au licenciement&lt;br class='autobr' /&gt;
des 600 salari&#233;s (dont 200 int&#233;rimaires). Un tract aux ambitions limit&#233;es puisqu'il appelait seulement&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; une manifestation commune toutes les cat&#233;gories qui subissaient les unes apr&#232;s les autres&lt;br class='autobr' /&gt;
l'acc&#233;l&#233;ration des restructurations capitalistes. M&#234;me s'il s'agit d'une lutte d&#233;fensive, pour sauver&lt;br class='autobr' /&gt;
des emplois et qui se donne de mauvais pr&#233;textes (le risque de &#171; d&#233;sertification &#187; &#233;conomique de&lt;br class='autobr' /&gt;
la Bretagne, quand c'est plut&#244;t l'&#233;conomie qui r&#233;pand le d&#233;sert, et son refus qui le repeuple), se&lt;br class='autobr' /&gt;
disait l&#224; aussi le refus d'&#234;tre d&#233;plac&#233;s selon les offres de &#171; reclassement &#187; de la direction, notamment&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; Grenoble et de servir pour leurs employeurs de cobaye &#224; licenciements boursiers (ainsi leurs&lt;br class='autobr' /&gt;
patrons pr&#233;voient des restructurations dans de nombreux sites et cherchent &#224; se faire la main, en&lt;br class='autobr' /&gt;
commen&#231;ant par le site de Rennes). Du 18 novembre &#224; d&#233;but janvier (la s&#233;questration du directeur&lt;br class='autobr' /&gt;
et sa lib&#233;ration 24 H plus tard), alors que l'activit&#233; a &#233;t&#233; fortement r&#233;duite, les employ&#233;s ont bloqu&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
les stocks de semi-conducteurs qu'ils continuaient &#224; produire. Une grande tente militaire, toujours&lt;br class='autobr' /&gt;
en place aujourd'hui qu'ils ont jug&#233; ne pas devoir continuer &#224; emp&#234;cher la sortie des produits finis&lt;br class='autobr' /&gt;
(ils ont fait face &#224; la menace de condamnations en justice), abrite les repas et les discussions collectives&lt;br class='autobr' /&gt;
de plusieurs centaines d'employ&#233;s qui ne se r&#233;signent pas. Malgr&#233; le caract&#232;re ind&#233;passable&lt;br class='autobr' /&gt;
pour l'instant de cette question de l'emploi, et de la valorisation du travail qu'elle implique, l'intensit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'exp&#233;rience a cr&#233;&#233; de la communaut&#233; parmi les salari&#233;s, et une certaine disponibilit&#233; vis &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
vis de ceux qui viennent les voir. Il &#233;tait, il est toujours essentiel de les rencontrer, m&#234;me si ce renforcement&lt;br class='autobr' /&gt;
du lien entre les salari&#233;s ne s'est pas encore traduit par un renversement du rapport de&lt;br class='autobr' /&gt;
force avec la direction de nature &#224; leur permettre d'esp&#233;rer mieux que de conserver leur emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il n'y eut pas, hors des interventions de d&#233;l&#233;gu&#233;s STM en AG et de leur participation &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
cet manif du 27 Novembre, d'autres moments de partage entre la lutte de ces employ&#233;s et la contestation&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;tudiante : sur ce plan, tout reste &#224; construire. Quant aux autres cat&#233;gories rien n'eut lieu&lt;br class='autobr' /&gt;
hors de leurs interventions en AG et des r&#233;unions interpro, si ce n'est la participation individuelle&lt;br class='autobr' /&gt;
de ch&#244;meurs ou de professeurs qui se sont investis dans la gr&#232;ve au m&#234;me titre que les &#233;tudiants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qu'il nous fallait &#233;laborer et qu'il e&#251;t &#233;t&#233; impossible sans occasionner une dispersion de nos forces,&lt;br class='autobr' /&gt;
c'est une transversalit&#233; des luttes, non une interprofessionnelle. Par transversalit&#233;, il faut entendre&lt;br class='autobr' /&gt;
la constitution, par l'approfondissement des rencontres, de positions, de modalit&#233;s d'action et&lt;br class='autobr' /&gt;
d'organisation communes, une mani&#232;re de comit&#233; d'action sans r&#233;f&#233;rence &#224; une identit&#233; socioprofessionnelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Compter sur la collaboration des appareils syndicaux, quand ceux-ci souvent se font&lt;br class='autobr' /&gt;
concurrence &#224; l'int&#233;rieur de chaque secteur (sans pr&#234;cher l' &#171; unit&#233; syndicale &#187;, il faut bien reconna&#238;tre&lt;br class='autobr' /&gt;
le caract&#232;re dissolvant de ces luttes au sommet), reproduisent la logique du mouvement&lt;br class='autobr' /&gt;
social classique et l'attachement travailliste &#224; sa corporation, ne fait qu'amplifier, sous couvert de &#171; &lt;br class='autobr' /&gt;
prudence &#187;, l'&#233;tranget&#233; des mondes du travail salari&#233; proprement dit et du travail immat&#233;riel. Pour&lt;br class='autobr' /&gt;
en finir avec le mythe inhibant de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, apprenons &#224; reconna&#238;tre nos alli&#233;s potentiels,&lt;br class='autobr' /&gt;
en provoquant les rencontres et les positionnements, prenons m&#233;thodiquement pour cible les dispositifs&lt;br class='autobr' /&gt;
de s&#233;paration qui neutralisent l'amiti&#233; et l'inimiti&#233; dans l'inconsistance et la r&#233;vocabilit&#233; des&lt;br class='autobr' /&gt;
solidarit&#233;s invocatoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;suite et fin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de l'avant-derni&#232;re journ&#233;e de gr&#232;ve, l'UNEF proposa sa propre &#171; alternative &#224; la gr&#232;ve&lt;br class='autobr' /&gt; &#187; (suspension d&#232;s le lundi 8 d&#233;cembre, journ&#233;e &#171; fac morte &#187; avec blocage le 11, &#233;laboration&lt;br class='autobr' /&gt;
conjointe par l'UNEF et le SNES SUP, syndicat des professeurs de l'enseignement sup&#233;rieur, de&lt;br class='autobr' /&gt;
contre-r&#233;formes &#224; n&#233;gocier avec le ministre). Les syndiqu&#233;s UNEF pr&#233;sents &#224; la tribune de l'AG,&lt;br class='autobr' /&gt;
comme &#224; tant d'autres reprises, omirent de mentionner la prosposition qui leur avait &#233;t&#233; soumise&lt;br class='autobr' /&gt;
de reconduire la gr&#232;ve jusqu'&#224; lundi, ne laissant d'autre choix qu'entre leur projet et la poursuite&lt;br class='autobr' /&gt;
jusqu'au 13 d&#233;cembre (journ&#233;e de manifestation europ&#233;enne des &#233;tudiants). La suspension fut&lt;br class='autobr' /&gt;
adopt&#233;e par l'AG. Quelques &#233;tudiants, pas du tout convaincus de l'intelligence strat&#233;gique de ce&lt;br class='autobr' /&gt;
qui qui se pr&#233;sentait comme une tentative de sauver le mouvement, ignorant qu'un tel plan devait&lt;br class='autobr' /&gt;
&#234;tre soumis au vote, appel&#232;rent &#224; une r&#233;union le lendemain pour contrecarrer les effets de cette&lt;br class='autobr' /&gt;
man&#339;uvre. Une bonne centaine d'&#233;tudiants r&#233;pondit &#224; l'appel. Les syndicalistes UNEF pr&#233;sents y&lt;br class='autobr' /&gt;
furent fort malmen&#233;s. Prenant le pr&#233;texte d'une altercation un peu vive avec l'un d'entre nous, ils&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;ussirent, en quittant en bloc l'assembl&#233;e, &#224; provoquer sa suspension. Ils partirent donc en emmenant&lt;br class='autobr' /&gt;
avec eux les plus ti&#232;des, ceux qui se sentaient compromis par le succ&#232;s du &#171; sauvetage &#187; du&lt;br class='autobr' /&gt;
mouvement chez les anti-gr&#233;vistes, et ceux qu'un conflit ouvert de tendances effrayait. Le d&#233;bat&lt;br class='autobr' /&gt;
entre la cinquantaine qui restait put commencer : il y fut assez vite admis qu'on proposerait &#224; l'AG&lt;br class='autobr' /&gt;
la reprise de la gr&#232;ve d&#232;s lundi, le remplacement des commissions par des ateliers, le remplacement&lt;br class='autobr' /&gt;
du comit&#233; de gr&#232;ve par une assembl&#233;e de gr&#233;vistes d&#233;cisionnelle. Le lundi, beaucoup de ceux qui&lt;br class='autobr' /&gt;
avaient &#233;t&#233; l&#224; n'y croyaient d&#233;j&#224; plus : &#224; l'AG de quelques quatre cents personnes, on n'osa proposer&lt;br class='autobr' /&gt;
que le remplacement des commissions par des ateliers, qui fut une nouvelle fois repouss&#233;e, cette&lt;br class='autobr' /&gt;
fois-ci &#224; une faible majorit&#233;. La reprise de la gr&#232;ve serait propos&#233;e jeudi et l'assembl&#233;e de gr&#233;vistes&lt;br class='autobr' /&gt;
serait suspendue &#224; la reprise ou non de la gr&#232;ve. Le lendemain mardi fut affich&#233; l'appel &#171; pour une&lt;br class='autobr' /&gt;
gr&#232;ve humaine &#187;. Mercredi soir, les gr&#233;vistes se pr&#233;paraient &#224; la journ&#233;e &#171; fac morte &#187; : cadenas,&lt;br class='autobr' /&gt;
cha&#238;nes, tables et chaises pour ceux qui croyaient que de tels moyens suffiraient pour emp&#234;cher la&lt;br class='autobr' /&gt;
tenue des cours (la Pr&#233;sidence avait affich&#233; quelques jours plus t&#244;t sa satisfaction de voir les cours&lt;br class='autobr' /&gt;
reprendre et assurait qu'une nouvelle journ&#233;e de gr&#232;ve compromettrait gravement la tenue des examens,&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;j&#224; retard&#233;s d'un mois, ce qui constituait une menace voil&#233;e contre ceux qui chercheraient&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; faire d&#233;raper le red&#233;marrage de la machine universitaire), glu pour les autres. Pendant la nuit, les&lt;br class='autobr' /&gt;
vigiles firent sauter la plupart des barrages et les employ&#233;s IATOSS ceux qui restaient au petit&lt;br class='autobr' /&gt;
matin, et la glu dispos&#233;e sur un nombre trop restreint de serrures ne suffit pas &#224; emp&#234;cher l'entr&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
en masse des &#233;tudiants. Lors de l'AG du midi, la reprise de la gr&#232;ve (tandis que certains s'employaient,&lt;br class='autobr' /&gt;
stupidement, &#224; faire voter le &#171; principe de la gr&#232;ve &#187; pour une reprise &#171; d&#232;s que les&lt;br class='autobr' /&gt;
conditions seraient r&#233;unies &#187;) jusqu'aux vacances fut repouss&#233;e. ; la proposition que soit demand&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
la d&#233;mission du pr&#233;sident Mouret, pour ses diverses tentatives d'intoxication et d'intimidation&lt;br class='autobr' /&gt;
des gr&#233;vistes, fut &#233;galement repouss&#233;e : on n'en avait pas, apr&#232;s cinq semaines de gr&#232;ve, encore fini&lt;br class='autobr' /&gt;
avec le respect des managers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; manifestation europ&#233;enne &#187; du 13 d&#233;cembre, &#224; 200, fut aux dires de certains de ceux&lt;br class='autobr' /&gt;
qui y ont particip&#233; la moins terne de toutes, li&#233;e qu'elle &#233;tait au blocage du Colombier, mais aussi &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
un certain soulagement d'en finir avec une gr&#232;ve qui n'avait pas conduit &#224; un &#233;puisement, mais &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
un tarissement achev&#233; de ses potentialit&#233;s. La gr&#232;ve avait effectivement cess&#233; d'&#234;tre d&#233;sirable, en&lt;br class='autobr' /&gt;
secr&#233;tant un quotidien qui, s'il &#233;tait moins triste qu'avant l'interruption du 5 novembre, r&#233;v&#233;lait&lt;br class='autobr' /&gt;
l'ampleur de l'&#233;chec au regard de l'enthousiasme et de la confiance en ses forces qui caract&#233;risaient,&lt;br class='autobr' /&gt;
malgr&#233; leur imm&#233;diate exploitation d&#233;mocratique, le mouvement &#224; ses d&#233;buts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui n'avaient rien retenu d'une gr&#232;ve qu'ils avaient trouv&#233; pour l'essentiel fort belle,&lt;br class='autobr' /&gt;
continu&#232;rent et continuent encore &#224; parier sur la reprise d'une gr&#232;ve similaire pourvu que soit men&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; bien leur travail de &#171; remobilisation &#187; des &#233;tudiants. L'UNEF a perdu un certain nombre de voix&lt;br class='autobr' /&gt;
aux &#233;lections universitaires, et gagn&#233; un certain nombre de militants. L'atelier de lutte, qui avait&lt;br class='autobr' /&gt;
cherch&#233; &#224; approfondir ce qui dans la gr&#232;ve &#233;tudiante &#233;tait d&#233;j&#224; de la gr&#232;ve humaine, qui se voulait&lt;br class='autobr' /&gt;
une tendance constitu&#233;e au sein du mouvement pour augmenter les chances de la gr&#232;ve humaine,&lt;br class='autobr' /&gt;
a quitt&#233; le champ des luttes universitaires, s'est dissous en tant que tendance pour se fonder en force&lt;br class='autobr' /&gt;
autonome, participer &#224; laconstitutiondeformesdevie quisoient aussi des formes de lutte.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;SURPRISE - PARTIE : VERS LA GREVE HUMAINE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il reste que si dans cette lutte la logique du mouvement social classique a domin&#233;jusqu'&#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
sonterme, elle n'a pu le faire qu'en combattant sciemment les &#233;l&#233;ments de d&#233;prise des r&#244;les, des&lt;br class='autobr' /&gt;
identit&#233;s, des rapports d'hostilit&#233;, dont la gr&#232;ve n'&#233;tait pas exempte. Ce faisant, cette logique s'est&lt;br class='autobr' /&gt;
appauvrie au point de ne pas m&#234;me n&#233;cessiter un &#233;puisement pour s'achever. Les rapports d'hostilit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
se sont renforc&#233;s (on ne parle plus de gr&#232;ve, ni de politique &#224; Villejean, et chacun est retourn&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; son cursus) au point d'appara&#238;tre, de mani&#232;re &#233;vidente ou confuse, par de nombreux gr&#233;vistes&lt;br class='autobr' /&gt;
comme le centre de ce qu'il faut attaquer. Si une gr&#232;ve &#233;tudiante devait reprendre &#224; l'identique dans&lt;br class='autobr' /&gt;
les semaines qui viennent &#224; Villejean, elle ne tiendrait pas trois jours. Le seul mouvement possible&lt;br class='autobr' /&gt;
aujourd'hui, c'est une vaste propagation de gr&#232;ve humaine. Il s'agirait d'op&#233;rer, conjointement, l'interruption&lt;br class='autobr' /&gt;
du cours normal des flux humains et mat&#233;riels qui font l'universit&#233; et l'exp&#233;rimentation&lt;br class='autobr' /&gt;
de formes de partage et d'&#233;laboration collective de savoirs, d'exp&#233;riences et de d&#233;sirs. Il s'agirait de&lt;br class='autobr' /&gt;
provoquer une vague de rencontres, qui d&#233;sagr&#232;gerait les rapports norm&#233;s qu'entretient l'individu&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; la condition &#233;tudiante et provoquerait l'agr&#233;gation des dispositions nouvelles aux flux d'affects en&lt;br class='autobr' /&gt;
circulation. Ceci, en d'autres termes, se r&#233;sume assez bien par la formule : d'un c&#244;t&#233;, nous voulons&lt;br class='autobr' /&gt;
vivre le communisme ; de l'autre, nous voulons r&#233;pandre l'anarchie. Vivre le communisme, r&#233;pandre&lt;br class='autobr' /&gt;
l'anarchie, c'est, par exemple, avec ceux qu'on rencontre, red&#233;corer la fac, pr&#233;parer un repas&lt;br class='autobr' /&gt;
pris en commun, mettre en place une zone de gratuit&#233;, danser, s'aimer, s'enivrer, planter un jardin&lt;br class='autobr' /&gt;
potager, interrompre un cours, s'entretenir longtemps de Rimbaud, de l'Argentine ou d'Ha&#239;ti, de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'art de faire les cr&#234;pes et de griller les transports en commun... C'est aussi cesser de vouloir &#224; tout&lt;br class='autobr' /&gt;
prix &#234;tre &#224; la hauteur d'identit&#233;s socialement construites qui sont comme autant d'injonctions morales,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; &#234;tre un &#233;tudiant cool et cultiv&#233;, un homme riche &#224; l'&#233;paule solide, une ma&#238;tresse sexy et une&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#232;re aimante, un honn&#234;te travailleur. C'est se rendre attentifs aux d&#233;sirs qui nous traversent. C'est&lt;br class='autobr' /&gt;
aussi perdre le respect et la politesse envers ceux qui n'ont rien &#224; partager avec nous, et plus largement,&lt;br class='autobr' /&gt;
substituer au respect et &#224; la politesse, l'attention &#224; ce qui nous attache et nous d&#233;tache, aux&lt;br class='autobr' /&gt;
processus qui fondent l'amiti&#233; et l'inimiti&#233;, se tenir &#224; la hauteur du conflit, pr&#233;sents &#224; la situation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons tout notre temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commencer la propagation de gr&#232;ve humaine dans et contre une institution n'est pas la simple&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; radicalisation &#187; d'un mouvement social, au sens o&#249; celle-ci pourrait s'identifier dans des faits&lt;br class='autobr' /&gt;
isol&#233;s, le d&#233;saveu des leaders syndicaux, des heurts lors d'une manifestation, la s&#233;questration d'un&lt;br class='autobr' /&gt;
bureaucrate, l'occupation de &#171; lieux symboliques &#187;... Elle impliquerait avant tout une logique de&lt;br class='autobr' /&gt;
s&#233;cession : chercher &#224; dissoudre l'institution plut&#244;t que de chercher le dialogue ou m&#234;me le conflit&lt;br class='autobr' /&gt;
avec ses gestionnaires du moment, ministres, managers. Ne plus d&#233;terminer la constitution du lien&lt;br class='autobr' /&gt;
communautaire par la n&#233;cessit&#233; de r&#233;agir &#224; une attaque, n'en plus faire un moyen mais un processus&lt;br class='autobr' /&gt;
valable pour lui-m&#234;me, chercher &#224; &#233;chapper au regard et aux crit&#232;res de rationalit&#233; d&#233;finis par&lt;br class='autobr' /&gt;
la d&#233;mocratie et ses employ&#233;s. Briser la m&#233;diation d&#233;mocratique et capitaliste entre nous et nos&lt;br class='autobr' /&gt;
moyens de subsistance, dont l'appropriation et la ma&#238;trise sont les conditions du jeu. Penser ainsi&lt;br class='autobr' /&gt;
les moyens d'&#233;chapper ensemble au salariat, rendre impossible le retour &#224; la normale, faire persister&lt;br class='autobr' /&gt;
l'exp&#233;rimentation au del&#224; du retour p&#233;riodique des mouvements et de leur pr&#233;visible effondrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela passera certainement dans l'avenir par l'ouverture de maisons du peuple, rappelant ces&lt;br class='autobr' /&gt;
lieux constitu&#233;s par le mouvement ouvrier &#224; la fin du XIXe si&#232;cle pour tisser les solidarit&#233;s entre les&lt;br class='autobr' /&gt;
luttes qui agitaient les divers m&#233;tiers, luttes qui avaient pour ennemi commun la classe bourgeoise&lt;br class='autobr' /&gt;
et qui cherchaient &#224; s'agr&#233;ger dans la constitution d'organes de lutte r&#233;volutionnaire (les premiers&lt;br class='autobr' /&gt;
syndicats) de la classe ouvri&#232;re. Les maisons du peuple &#233;taient ce lieu o&#249; l'on pouvait se rencontrer&lt;br class='autobr' /&gt;
hors du travail, &#233;changer des exp&#233;riences, des informations et des savoirs, faire consister l'invocatoire&lt;br class='autobr' /&gt;
prol&#233;tariat hors des moments de guerre sociale ouverte. Aujourd'hui qu'on ne peut plus rien&lt;br class='autobr' /&gt;
attendre de ce qui reste des maisons du peuple (une triste juxtaposition de locaux syndicaux), qu'il&lt;br class='autobr' /&gt;
est devenu impensable et m&#234;me nuisible de vouloir agr&#233;ger des luttes corporatistes qui ne peuvent&lt;br class='autobr' /&gt;
plus r&#233;aliser cette agr&#233;gation que par le biais des intersyndicales et en respectant le consensus&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;mocratique, il faut envisager l'ouverture de telles maisons comme une tentative de communisation&lt;br class='autobr' /&gt;
des diverses expressions du refus, qu'elles viennent du salariat classique, de la production&lt;br class='autobr' /&gt;
immat&#233;rielle et du pr&#233;cariat, des zones d'autonomie qui cherchent &#224; abolir en elles les rapports de&lt;br class='autobr' /&gt;
production, des populations inadapt&#233;es et /ou inadaptables qui peuplent les m&#233;tropoles contemporaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La propagation de gr&#232;ve humaine aboutirait certainement &#224; l'ouverture de telles maisons,&lt;br class='autobr' /&gt;
achet&#233;es, lou&#233;es ou squatt&#233;es, selon les moyens en pr&#233;sence et la tactique choisie, au sein des institutions&lt;br class='autobr' /&gt;
en dissolution ou hors de ces lieux d&#233;sert&#233;s, o&#249; l'on chercherait &#224; centraliser les informations,&lt;br class='autobr' /&gt;
provoquer les rencontres et rendre effectives les solidarit&#233;s. Il s'agirait &#233;galement d'y mettre&lt;br class='autobr' /&gt;
en place l'universit&#233; sauvage : ne plus &#234;tre d&#233;pendant d'institutions qui monnaient et mettent au&lt;br class='autobr' /&gt;
travail notre d&#233;sir d'apprendre et de transmettre, en finir avec la capitalisation individuelle des&lt;br class='autobr' /&gt;
savoirs : faire communiquer ces savoirs pour qu'ils trouvent toute leur place dans nos savoir-vivre,&lt;br class='autobr' /&gt;
dans nos savoir-lutter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le communisme est &#224; tout moment possible.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Vous trouverez dans le .pdf tracts, affiches, documents...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Malcolm X &#224; Hollywood</title>
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		<dc:date>2004-04-26T14:01:15Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Charles Reeve</dc:creator>


		<dc:subject>Art, Culture</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosk/distro de l'ex-Ekluserie (Rennes)</dc:subject>
		<dc:subject>Antiracisme</dc:subject>
		<dc:subject>Tout mais pas l'indiff&#233;rence (nulle part)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;Lors de la sortie du film &lt;i&gt;Malcolm X&lt;/i&gt; de Spike Lee, en 1992, Hollywood a pr&#233;sent&#233; Malcolm X comme &#034;une des figures les plus marquantes de l'histoire et de la politique am&#233;ricaines&#034;. Etrange renversement d'attitude de la part de ceux qui, longtemps, n'ont vu dans cet homme qu'un &#034;terroriste extr&#233;miste&#034; et un &#034;symbole de la violence raciale&#034;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Texte publi&#233; initialement dans &lt;i&gt;Le Monde Libertaire&lt;/i&gt; en avril-mai 1993.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique19" rel="directory"&gt;M&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot16" rel="tag"&gt;Art, Culture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Infokiosk/distro de l'ex-Ekluserie (Rennes)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot96" rel="tag"&gt;Antiracisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot119" rel="tag"&gt;Tout mais pas l'indiff&#233;rence (nulle part)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L114xH150/arton128-82219.jpg?1780504627' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='114' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff128.jpg?1128977576&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Hollywood pr&#233;sente aujourd'hui Malcolm X comme &lt;i&gt;&#034;une des figures les plus marquantes de l'histoire et de la politique am&#233;ricaines&#034;&lt;/i&gt;. Etrange renversement d'attitude de la part de ceux qui, longtemps, n'ont vu dans cet homme que le &lt;i&gt;&#034;terroriste extr&#233;miste&#034;&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;&#034;symbole de la violence raciale&#034;&lt;/i&gt;. Pourquoi donc les producteurs ont-ils choisi aujourd'hui de s'occuper de ce militant, laissant de c&#244;t&#233; Martin Luther King Jr., leader responsable (&lt;i&gt;&#034;responsable vis-&#224;-vis des Blancs !&#034;&lt;/i&gt;, pr&#233;cisait Malcolm X &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Discours de Malcolm X, Rochester, N.Y., 16 f&#233;vrier 1965, in Malcolm X, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), s'il en est ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelque temps, Hollywood a entrepris de produire des films qui participent &#224; un projet de r&#233;interpr&#233;tation de l'histoire am&#233;ricaine r&#233;cente. Il y eut &lt;i&gt;JFK&lt;/i&gt; de Oliver Stone, voici maintenant &lt;i&gt;Malcolm X&lt;/i&gt; de Spike Lee. Une certaine intention para&#238;t guider cette entreprise. Si l'Am&#233;rique est aujourd'hui en crise, c'est parce que des &#034;chances historiques&#034; ont &#233;t&#233; rat&#233;es ; parce que de &#034;grands hommes&#034; furent mal compris en leur temps. Insuffisamment soutenus par le peuple (ignorant par d&#233;finition), d&#233;laiss&#233;s par les couches &#233;clair&#233;es, abandonn&#233;s, voire sabord&#233;s, par ceux qui &#233;taient proches du pouvoir, ils furent des victimes faciles pour les &#034;forces du mal&#034; (aux contours impr&#233;cis). D'o&#249; de facheuses cons&#233;quences sur le destin, naturellement grandiose, de l'Am&#233;rique. Une vision bourgeoise de l'histoire, tent&#233;e par la d&#233;rive &#233;litiste et fascisante du chef sauveur providentiel &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il y a, dans le film de Spike Lee, une sc&#232;ne qui illustre bien ce qui vient (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le film de Spike Lee ne s'int&#232;gre pas seulement dans ce projet de r&#233;&#233;criture simplifi&#233; de l'histoire officielle. Il remplit aussi une autre fonction qui lui conf&#232;re une importance toute particuli&#232;re. Il apporte une r&#233;ponse &#224; la demande de la bourgeoisie noire am&#233;ricaine, qui tente de se r&#233;approprier le mouvement noir. &lt;i&gt;&#034;Dans son besoin de vouloir fabriquer une histoire respectable, la bourgeoisie noire essaye de faire passer le mouvement des droits civiques des ann&#233;es 1960 pour un simple moment de son ascension sociale&#034;&lt;/i&gt; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voyageurs au bord d'une Am&#233;rique en crise, Sylvie Deneuve et Charles Reeve, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Seulement, la vie politique agit&#233;e de Malcolm X constitue un &#233;pisode singuli&#232;rement complexe de cette p&#233;riode troubl&#233;e ; et son assassinat t&#233;moigne des affrontements entre les divers courants du mouvement noir. Aurait-il &#233;t&#233; &#233;limin&#233; parce qu'il n'&#233;tait plus s&#233;paratiste-nationaliste ? Ou serait-il devenu encombrant &#224; partir du moment o&#249; il &#233;tait pr&#234;t &#224; se montrer plus raisonnable, c'est-&#224;-dire moins radical ? Le moins qu'on puisse dire est que Spike Lee et Hollywood r&#233;pondent de fa&#231;on d&#233;tourn&#233;e et &#233;vasive. Tout d'abord, l'extr&#233;misme et la radicalit&#233; de Malcolm X sont compl&#232;tement assimil&#233;s &#224; sa p&#233;riode militante chez les Black Muslims (les &#034;Musulmans noirs&#034;). Ensuite, les raisons profondes de sa rupture avec cette organisation et son &#233;volution politique sont quasiment escamot&#233;es. Ceci, alors qu'il s'agit du moment le plus riche et le plus intense du parcours politique de Malcolm X. On apprendra seulement qu'il rentre de La Mecque &#034;transform&#233;&#034; ; qu'il s'est &#034;d&#233;couvert&#034; Noir am&#233;ricain en faisant du tourisme sur le Nil ; qu'il a renonc&#233; au racisme anti-blanc en priant avec des musulmans blancs aux yeux bleus... C'est essentiel pour Hollywood de souligner combien cette valeur nouvelle de fraternit&#233; non-raciste fut issue d'une exp&#233;rience mystique et non point d'une exp&#233;rience sociale concr&#232;te. On le comprendra ais&#233;ment : il fallait condamner l'extr&#233;misme religieux et redonner &#224; la religion sa place dans le syst&#232;me des valeurs morales actuelles. Dans la p&#233;riode instable que nous vivons, o&#249; la tentation de comportements irrationnels est forte, l'asservissement au religieux est, sans doute, l'aspect le plus pernicieux et r&#233;actionnaire du film de Spike Lee.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son vivant, Malcolm X fut violemment ha&#239; par la bourgeoisie noire ; fui par ceux qui pr&#233;conisaient la voie pacifique de l'int&#233;gration et par les rares &#034;individualit&#233;s&#034; noires qui avaient alors &#233;t&#233; coopt&#233;es par le syst&#232;me. Son assassinat en soulagea plus d'un. Paradoxe de l'&#233;poque : Hollywood nous vend aujourd'hui un produit &lt;i&gt;Malcolm X&lt;/i&gt; qui est destin&#233; &#224; &#234;tre consomm&#233; (en tout cas aux Etats-Unis) par cette m&#234;me bourgeoisie noire dont l'aisance cache mal le d&#233;sastre humain de la majorit&#233; de la communaut&#233; noire. Le film de Spike Lee s'ouvre sur quelques images insoutenables de la bande vid&#233;o sur le tabassage de Rodney King ; il aurait aussi bien pu se terminer avec les &#233;meutes de Los Angeles, qui en furent la cons&#233;quence directe et qui ont failli mettre le feu &#224; Beverly Hills (1992), quartier bien connu des gens de Hollywood. On verra &#224; la place le p&#232;re Mandela, en chemise africaine et au pli de pantalon impeccable, faire la le&#231;on &#224; des enfants qui prennent Malcolm X pour Rambo !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, la le&#231;on s'adresse &#224; la bourgeoisie noire et aux Blancs lib&#233;raux : vous avez pris cet homme pour un extr&#233;miste alors qu'il &#233;tait un leader responsable ... du calibre de ceux qui nous manquent aujourd'hui pour contr&#244;ler les ghettos ! Le film de Spike Lee met un peu de baume au coeur de tout ce beau monde. Les morts ont toujours raison et Malcolm X peut, dor&#233;navant, faire partie de leur panth&#233;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La compr&#233;hension de Malcolm X et de ses id&#233;es peut &#234;tre totalement diff&#233;rente pour peu qu'on le place dans le cadre du mouvement social de son &#233;poque. La p&#233;riode s&#233;paratiste et raciste de Malcolm X, entre 1952 et 1964, fut justement celle qui d&#233;rangea le moins le pouvoir am&#233;ricain. Pour les Black Muslims, le racisme &#233;tait une valeur &#034;naturelle&#034;, positive, contre laquelle ils ne luttaient &#233;videmment pas. Ils se consid&#233;raient eux-m&#234;mes racistes et ils se battaient pour s'affirmer en tant qu'avant-garde de la race sup&#233;rieure. De ce point de vue, ils se pla&#231;aient sur le m&#234;me terrain que les organisations racistes blanches &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'apr&#232;s Malcolm X lui-m&#234;me, les Black Muslims auraient eu, en 1960, des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; De telles conceptions &#233;loignaient in&#233;vitablement les Black Muslims des luttes qui se d&#233;veloppaient alors contre la violence raciste et pour les droits civiques. Au moment de sa rupture avec ce parti religieux, Malcolm X l'admet : &lt;i&gt;&#034;Tous ces militants d&#233;termin&#233;s ont &#233;t&#233; paralys&#233;s par une organisation qui ne prend aucune part active dans aucun combat. Une organisation qui n'est une menace pour personne d'autre qu'elle-m&#234;me&#034; &lt;/i&gt; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Discours du 15 f&#233;vrier 1965, op. cit.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;On peut comprendre que c'est &#224; partir de ce moment que le militant, lib&#233;r&#233; du carcan du nationalisme noir raciste, se place en opposition ouverte avec le syst&#232;me. C'est alors que Malcolm X a commenc&#233; &#224; s'int&#233;resser aux fondements capitalistes du racisme et qu'il s'est radicalis&#233;. &#034;Sa carri&#232;re militante &#233;tait en pleine ascension. Elle ne faisait, &#224; vrai dire, que commencer. L'homme &#233;tait en pleine mue. Une seconde mue, la premi&#232;re ayant &#233;t&#233; celle qui, nagu&#232;re, l'avait arrach&#233; &#224; l'existence d&#233;r&#233;gl&#233;e de sa jeunesse, &#224; travers l'&#233;preuve purificatrice de la solitude, de la m&#233;ditation, de la lecture. La seconde mue avait commenc&#233; le jour d'automne 1963 o&#249; il avait os&#233; rompre avec la secte des Musulmans noirs, o&#249; d&#233;lib&#233;r&#233;ment il avait fait pr&#233;valoir la lutte politique sur le charlatanisme religieux et le contre-racisme infantile&#034; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#034;Ils ont tu&#233; Malcolm X&#034;, Daniel Gu&#233;rin, Pr&#233;sence Africaine, ndeg.62, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Esprit brillant et vif, attentif aux bouleversements mondiaux de l'apr&#232;s-guerre qui secouaient la domination du capitalisme am&#233;ricain, Malcolm X &#233;tait &#233;galement plong&#233; dans les d&#233;bats contradictoires qui traversaient alors le mouvement noir. Il n'a pas eu le temps de clarifier sa pens&#233;e, il n'a pas pu trancher entre ses anciennes conceptions et les nouvelles id&#233;es qui l'attiraient et lui semblaient pouvoir redonner un souffle au mouvement noir, en le faisant sortir de l'impasse de s&#233;paratisme. D'autant que sa rupture avec les nationalistes religieux et ses d&#233;saccords avec les r&#233;formistes int&#233;grationnistes faisaient de lui un homme seul, politiquement fragile. Son adh&#233;sion passionn&#233;e &#224; une vision internationaliste fut influenc&#233;e par la mont&#233;e des luttes anti-imp&#233;rialistes, bien plus que par ses s&#233;jours &#224; La Mecque. Malcolm X s'aligna ainsi rapidement sur les positions du tiers-mondisme marxiste-l&#233;niniste. Il y recherchait, avant tout, un renforcement du front de lutte contre le syst&#232;me am&#233;ricain. Mais il se pr&#233;occupa fort peu de soutenir les nouveaux pouvoirs de classe qui se r&#233;clamaient de cette variante marxiste de l'id&#233;ologie nationaliste. C'est pourquoi toute tentative pour le pr&#233;senter aujourd'hui comme un adepte du socialisme &#233;tatique rel&#232;ve de la manipulation politique &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Apr&#232;s sa mort, Malcolm X fut souvent pr&#233;sent&#233; par diverses organisations (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est, par contre, ind&#233;niable que, avant son assassinat, Malcolm X se penchait avec int&#233;r&#234;t sur la question sociale, qu'il approfondissait sa critique de classe de la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine. &lt;i&gt;&#034;L&#224; o&#249; il y a du capitalisme, il y a du racisme&lt;/i&gt; - remarquait-il - [...] &lt;i&gt;dans ce pays, le syst&#232;me ne peut pas apporter la libert&#233; aux Noirs. C'est impossible dans le cadre du syst&#232;me &#233;conomique et dans ce syst&#232;me social&#034;&lt;/i&gt; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Propos d'un d&#233;bat en 1965, cit&#233; par The Nation, 22 f&#233;vrier 1993.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'exp&#233;rience de sa propre condition sociale a-t-elle pes&#233; dans cette d&#233;marche, dans ce r&#233;veil politique ? A-t-elle &#233;t&#233; plus d&#233;terminante que la pratique religieuse ? La plupart de ceux qui se sont int&#233;ress&#233;s &#224; la formation des id&#233;es politiques de Malcolm X ont d&#233;lib&#233;r&#233;ment ignor&#233; ces questions &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une remarquable exception : &#034;The transgression of a laborer : Malcolm X in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Spike Lee et Hollywood n'ont pas, bien &#233;videmment, innov&#233; en la mati&#232;re ! Pourtant - et &#224; l'inverse de la plupart des autres dirigeants noirs de l'&#233;poque - Malcolm X a tr&#232;s bien connu les conditions de vie du prol&#233;tariat noir. Pendant la deuxi&#232;me guerre, encore adolescent, il travailla dans les wagons restaurants ; alors, un des secteurs o&#249; les travailleurs noirs &#233;taient particuli&#232;rement combatifs et organis&#233;s syndicalement. Plus tard, en prison, Malcolm X a connu la duret&#233; des ateliers ouvriers o&#249;, souvent, le travail n'&#233;tait m&#234;me pas pay&#233;. Une fois lib&#233;r&#233;, il sera ouvrier &#224; la cha&#238;ne chez Ford &#224; Detroit, juste le temps de se sentir &#224; nouveau renferm&#233;... On le retrouvera ensuite, au d&#233;but des ann&#233;es 1950, docker sur le port de Philadelphie, alors m&#234;me qu'il organisait dans cette ville une section des Black Muslims. L'&#233;crivain James Baldwin souligna un jour combien le traitement accord&#233; aux Noirs au cours de la guerre avait marqu&#233; un tournant dans leur rapport avec la soci&#233;t&#233;. &lt;i&gt;&#034;Un certain respect pour l'Am&#233;rique s'est alors estomp&#233;&#034;&lt;/i&gt; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par Ferruccio Gambino, Ibid.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; La r&#233;volte de Malcolm X contre la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine a pris une forme politique pr&#233;cis&#233;ment au cours de ces ann&#233;es. Les valeurs de solidarit&#233;, d'&#233;galit&#233; et de justice sociales ont m&#251;ri dans cette exp&#233;rience de prol&#233;taire noir ; m&#234;me si la militance religieuse les a, par la suite, incorpor&#233;es dans un syst&#232;me de pens&#233;e moraliste. L'attrait de Malcolm X pour l'action autonome, le respect des individus, sa m&#233;fiance envers les institutions et le pouvoir, l'am&#232;neront finalement &#224; rompre avec la rigidit&#233; et l'&#233;touffement sectaire. Autant de traits de caract&#232;re qui auraient difficilement pu se forger en vase clos, ind&#233;pendamment du v&#233;cu d'exploitation de classe de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec Malcolm X la question noire &#233;tait pos&#233;e de fa&#231;on plus radicale. S'il continuait &#224; dire qu'elle ne pouvait pas trouver une solution &#224; l'int&#233;rieur du syst&#232;me, il sugg&#233;rait d&#233;sormais que l'&#233;mancipation des Noirs exploit&#233;s passait par la transformation de la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine. Il ne proposait plus une action s&#233;paratiste mais la subversion du syst&#232;me. Ce qui entra&#238;nait, pour la premi&#232;re fois chez lui, la reconnaissance de l'existence d'int&#233;r&#234;ts communs entre tous les exploit&#233;s, au-del&#224; des s&#233;parations raciales : &lt;i&gt;&#034;Je crois qu'il &#233;clatera un conflit entre ceux qui veulent la libert&#233;, la justice et l'&#233;galit&#233; pour tous et ceux qui veulent maintenir le syst&#232;me d'exploitation. Je crois qu'il y aura un conflit de ce genre, mais je ne pense pas qu'il sera fond&#233; sur la couleur de la peau&#034; &lt;/i&gt; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Malcolm X, Le pouvoir noir, L'Harmattan, Paris, 1993 (r&#233;&#233;dition).&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et, du coup, Malcolm X reviendra &#233;galement sur ses anciennes conceptions autoritaires de l'organisation et de l'action : &lt;i&gt;&#034;Je suis d'avis que si on donne aux gens une compr&#233;hension parfaite de leur situation et de ses causes essentielles, ils cr&#233;ent eux-m&#234;mes leur programme ; quand les gens cr&#233;ent un programme, il y a de l'action. Quand les leaders cr&#233;ent un programme, il n'y a pas d'action&#034; &lt;/i&gt; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On est loin des principes &#233;litistes d'&#034;&#233;ducation politique&#034; que les Black Muslims inculquaient &#224; leurs militants et qui se r&#233;duisaient pour l'essentiel &#224; la soumission aveugle des masses aux chefs. Que Hollywood ait pass&#233; sous silence l'adh&#233;sion de Malcolm X &#224; des id&#233;es plus radicales, voil&#224; qui ne peut &#233;tonner que des na&#239;fs endurcis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 1910 &#224; 1970, six millions et demi de Noirs quitt&#232;rent le sud rural des Etats-Unis vers les zones urbaines et industrielles du nord et du nord-est ; un des plus grands mouvements de population de la premi&#232;re moiti&#233; du si&#232;cle. La plupart de ces migrants laissaient derri&#232;re eux les plantations de coton du Delta du Mississippi, &#034;lib&#233;r&#233;s&#034; du travail agricole par l'essor de la m&#233;canisation. Ils abandonnaient leur vie &#233;conomique et sociale traditionnelle et partaient &#224; la recherche d'un monde nouveau. C'est ainsi qu'entre 1910 et 1960, la population noire de Chicago passa de quarante mille &#224; un million et demi de personnes. Le temps d'un voyage dans le train &#034;Illinois Central&#034;, et on passait brusquement d'une soci&#233;t&#233; r&#233;gie par des r&#232;gles h&#233;rit&#233;es de l'esclavagisme &#224; une soci&#233;t&#233; structur&#233;e selon les lois du capitalisme industriel moderne. C'est l'&#233;cho de cette &#233;poque (&#224; la fois douloureuse et lib&#233;ratrice) qu'on retrouve dans les blues de Muddy Waters, ainsi que dans les romans du grand &#233;crivain noir Richard Wright. Si dans un premier temps les nouveaux arrivants furent rapidement absorb&#233;s dans le prol&#233;tariat urbain et industriel, vers la fin des ann&#233;es 1950 le ralentissement de l'industrialisation et la d&#233;gradation du march&#233; du travail oppos&#232;rent ceux d&#233;j&#224; &#034;install&#233;s&#034; &#224; ceux qui tentaient de le faire. Les formes d'exclusion et de marginalisation s'accentu&#232;rent. La situation dev&#238;nt peu &#224; peu explosive, surtout sur les questions de logement. Les nouveaux th&#232;mes du blues de Chicago en t&#233;moignent : on vivait des &lt;i&gt;Tough times&lt;/i&gt; (des temps difficiles), comme le chantait John Brim.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut &#224; cette &#233;poque que la secte des Black Muslims de Elijah Muhammad s'est cr&#233;&#233;e et s'est d&#233;velopp&#233;e, au point de devenir, dans les ann&#233;es 1940, une des plus puissantes organisations dans la communaut&#233; noire de Detroit et de Chicago. C'est en 1952 que Malcolm X y adh&#233;ra. Ce parti religieux pr&#234;chait une curieuse th&#233;ologie : Dieu est noir et les Blancs sont des cr&#233;atures du diable, qui ont pris possession de la terre provisoirement (il va de soi !). En attendant le &#034;Grand soir&#034; et la reconqu&#234;te de la plan&#232;te par la race &#233;lue, les cadres des Black Muslims devaient soumettre les fid&#232;les &#224; une stricte discipline, afin de mieux leur extorquer les fonds n&#233;cessaires au financement d'un petit capitalisme priv&#233; dans les quartiers noirs (commerces et immobiliers). Accessoirement, et sans trop d'enthousiasme, ils devaient pr&#233;parer les masses &#224; un &#233;ventuel retour en Afrique... &lt;br class='autobr' /&gt;
La Nation de l'Islam (nom de l'organisation proph&#233;tique qui regroupait les fid&#232;les) recrutait essentiellement parmi les jeunes Noirs qui arrivaient du sud rural, et qui &#233;prouvaient de croissantes difficult&#233;s &#224; s'int&#233;grer dans une communaut&#233; d&#233;j&#224; structur&#233;e par des relations industrielles. Communaut&#233; o&#249;, de surcro&#238;t, les liens religieux traditionnels s'effritaient au profit des nouvelles solidarit&#233;s engendr&#233;es par la condition prol&#233;taire : syndicats et associations de quartier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mythologie d'un Dieu noir et de la race noire pure, les aspirations s&#233;cessionnistes, la fantaisie du &#034;retour en Afrique&#034; ou le projet d'un capitalisme noir n'&#233;taient pourtant pas des id&#233;es nouvelles. Elles circulaient dans la communaut&#233; noire (surtout parmi ses &#233;l&#233;ments les plus cultiv&#233;s) depuis la fin du XVIIIe si&#232;cle, avant m&#234;me l'abolition de l'esclavage dans les Etats de l'Est (1777-1784). Dans les ann&#233;es 1920, Marcus Garvey organisa &#224; Harlem (New York), un large mouvement de masse autour de ces id&#233;es, qui entra&#238;na des millions de personnes. Mais, discr&#233;dit&#233; par de sombres affaires de corruption (comme plus tard les Black Muslims), son parti religieux s'est rapidement d&#233;compos&#233;. L'id&#233;e s&#233;paratiste de Garvey fut, peu de temps apr&#232;s, reprise de fa&#231;on inattendue, par un protagoniste alors fort actif sur la sc&#232;ne politique nord-am&#233;ricaine : le Parti communiste. Entre 1929 et 1934, celui-ci adaptera la ligne de la IIIe Internationale stalinienne sur la &#034;question nationale&#034; &#224; la situation des Noirs en proposant la cr&#233;ation d'un Etat noir ind&#233;pendant dans le sud du pays ! Position d'autant plus &#233;trange que le Parti communiste comptait &#224; l'&#233;poque pour beaucoup dans la vie des quartiers noirs et dans l'activit&#233; syndicale des travailleurs noirs. Pendant les ann&#233;es de la grande d&#233;pression, le parti &#233;tait bien implant&#233; dans les quartiers noirs des grandes villes industrielles. A Chicago, le grand journal noir &lt;i&gt;Chicago Defender&lt;/i&gt; &#233;tait m&#234;me tr&#232;s proche des positions communistes. Mais, une fois de plus, la proposition de s&#233;paratisme se r&#233;v&#233;la &#234;tre une r&#233;cup&#233;ration politique d'aspirations populaires confuses. Au cours de la deuxi&#232;me guerre et au nom de l'alliance sacr&#233;e antifasciste, le Parti communiste s'engagea ouvertement pour la d&#233;fense du syst&#232;me am&#233;ricain et pour les sacrifices n&#233;cessaires &#224; sa consolidation. Il n'h&#233;sita pas &#224; soutenir l'action de la police dans la r&#233;pression des &#233;meutes de Detroit et de Harlem, en 1943. Ces pratiques d&#233;voil&#232;rent son m&#233;pris pour les r&#233;voltes noires et &#233;loign&#232;rent de l'action politique bon nombre de Noirs militants. L'activisme des groupes religieux, tels que les Black Muslims, en sortit renforc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Daniel Gu&#233;rin, un des rares libertaires qui s'int&#233;ressa, en France, &#224; la richesse du mouvement social nord-am&#233;ricain, avait bien compris les aspects contradictoires du s&#233;paratisme noir &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;O&#249; va le peuple am&#233;ricain, Daniel Gu&#233;rin, Paris, Julliard, 1951.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tout en reconnaissant que &lt;i&gt;&#034;la s&#233;gr&#233;gation conf&#232;re &#224; la minorit&#233; noire aux Etats-Unis une conscience de &#034;race&#034; - se d&#233;veloppant parfois en chauvinisme&#034;&lt;/i&gt;, Gu&#233;rin expliquait : &lt;i&gt;&#034;Cette conscience de race se manifeste souvent par la hantise de s'&#233;vader du ghetto, et de trouver quelque part un refuge&#034; &lt;/i&gt; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En somme : le s&#233;paratisme est une manifestation de d&#233;sespoir et de d&#233;faitisme devant la force du racisme dans la soci&#233;t&#233;. Elle est l'expression d'un d&#233;sir de fuite devant l'impossibilit&#233; d'int&#233;gration. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le s&#233;paratisme s&#233;cessionniste tardif pr&#244;n&#233; par les Black Muslims faisait largement appel aux frustrations des Noirs qui d&#233;couvraient que le racisme avait surv&#233;cu &#224; la fin des relations sociales rurales n&#233;es de l'esclavagisme. Il &#233;tait devenu une composante vivace et essentielle du capitalisme industriel et de la vie dans les grandes m&#233;tropoles. Ceci &#233;tant, l'id&#233;e d'un retour en Afrique apparaissait &#224; la majorit&#233; comme une fantaisie irr&#233;alisable. La plupart des militants puisaient dans le courant pan-africain des &#233;l&#233;ments de fiert&#233; ; d'autres, par contre, y voyaient une tactique dont le but &#233;tait de les &#233;loigner de la lutte pour l'&#233;galit&#233; sociale &#224; l'int&#233;rieur de la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine. Pour reprendre une plaisanterie qui avait cours parmi les Noirs qui quittaient le Delta dans les ann&#233;es 1930 : &lt;i&gt;&#034;Les Blancs souhaitaient notre d&#233;part en Afrique ; pour nous, Chicago &#233;tait suffisamment proche !&#034; &lt;/i&gt; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le livre de Nicholas Lemann, The promised land, New York, Vintage Book, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Comment coordonner les valeurs d'une conscience de classe tardive avec celles de la lutte contre l'oppression raciale ? De par son histoire m&#234;me, le prol&#233;tariat noir nord-am&#233;ricain a toujours eu des difficult&#233;s &#224; affronter cette contradiction. Cela entra&#238;na un sentiment explosif, oscillant entre le &#034;r&#234;ve&#034; du nationalisme s&#233;paratiste et l'&#034;instinct radical&#034; dont parlait Gu&#233;rin. &lt;i&gt;&#034;Au fond d'elles-m&#234;mes &lt;/i&gt;[les masses noires] &lt;i&gt;voudraient bien, elles aussi, s'int&#233;grer dans la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine. &lt;/i&gt;[...] &lt;i&gt;mais elles sentent que cette int&#233;gration ne pourrait s'effectuer que par une op&#233;ration chirurgicale.&#034; &lt;/i&gt;C'est pourquoi &lt;i&gt;&#034;elles restent les adversaires irr&#233;conciliables du monde blanc&#034; &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Gu&#233;rin, op. cit.&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'originalit&#233; de Malcolm X fut, justement, de r&#233;ussir &#224; d&#233;passer le &#034;r&#234;ve&#034; de s&#233;cession en tant que moment de d&#233;sespoir et d'impuissance. Il parvint &#224; rompre avec ce courant r&#233;actionnaire et &#224; poser la question noire en termes d'&#034;op&#233;ration chirurgicale&#034;. D'o&#249; son opposition irr&#233;ductible aux d&#233;fenseurs des voies non-violentes : Martin Luther King Jr., en particulier. Malcolm X voyait la violence raciale comme une composante constitutive du syst&#232;me am&#233;ricain et il consid&#233;rait donc la non-violence comme une attitude irrationnelle. Jusqu'&#224; la fin, il reviendra inlassablement sur cette diff&#233;rence. Elle constitua, indiscutablement, l'aspect de sa pens&#233;e qui influen&#231;a le plus les courants radicaux des ann&#233;es 1960-1970. Le Black Panthers Party (le Parti des Panth&#232;res Noires) deviendra le plus connu de tous. Aujourd'hui, Malcolm X reste une r&#233;f&#233;rence incontournable pour ceux qui, dans les ghettos, cherchent &#224; renouer avec une opposition au syst&#232;me. Il repr&#233;sente le respect de soi-m&#234;me et la dignit&#233; ; la volont&#233; de lutte contre la soumission et la fatalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'id&#233;ologie nationaliste des Black Muslims ne pouvait pas, dans le pass&#233;, apporter une r&#233;ponse &#224; l'&#233;mancipation des Noirs, elle semble encore plus inadapt&#233;e aujourd'hui au salut des classes pauvres noires. La crise actuelle du capitalisme et l'interruption brutale de l'int&#233;gration des Noirs dans le prol&#233;tariat industriel n'ont fait que rendre encore plus insoluble le probl&#232;me noir dans le cadre de la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine. De l'esclavage &#224; l'exclusion destructrice, en passant par une courte p&#233;riode interm&#233;diaire de prol&#233;tarisation, voil&#224; r&#233;sum&#233; en une phrase le cyle tragique de l'histoire du peuple noir am&#233;ricain. Pour les Noirs qui vivent, depuis maintenant deux ou trois g&#233;n&#233;rations, dans les ghettos des grandes m&#233;tropoles, l'id&#233;e s&#233;paratiste classique ne peut plus &#234;tre per&#231;ue comme une proposition d'&#233;vasion ou de r&#234;ve. Il leur faut d&#233;sormais r&#233;sister, sur place, &#224; la destruction programm&#233;e par le syst&#232;me ! Compte tenu de l'&#233;tat sinistr&#233; des communaut&#233;s pauvres et de la r&#233;pression qui s'abat sur elles, la seule revendication des nationalistes noirs qui peut encore entretenir des illusions est celle de la cr&#233;ation d'un petit capitalisme noir... C'est en tout cas, un projet que caresse avec espoir l'&#233;lite noire &#224; l'intention de &#034;ses&#034; pauvres &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette id&#233;e est sous-jacente dans les films de Spike Lee.&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans un oc&#233;an de mis&#232;re et d'injustice sociale, le petit commerce est l'ersatz du r&#234;ve am&#233;ricain dans les ghettos. Bien s&#251;r, la classe dirigeante am&#233;ricaine regarde tout cela avec int&#233;r&#234;t. L'explosion de Los Angeles en 1992 &#233;tant venue, entretemps, rappeler les cons&#233;quences que pouvait avoir la trop grande d&#233;sagr&#233;gation sociale. Bloqu&#233;e dans son ascension &#224; l'int&#233;rieur de la soci&#233;t&#233; blanche am&#233;ricaine, la classe moyenne noire se trouve pi&#233;g&#233;e. Par la force des circonstances elle est pouss&#233;e &#224; revenir dans des quartiers qu'elle avait fui &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La r&#233;gulation du march&#233; immobilier am&#233;ricain renforce la s&#233;gr&#233;gation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour sa survie et au nom de la solidarit&#233; raciale, elle doit y imposer un ordre respectueux des rapports de classe. Un nouveau projet s&#233;paratiste est ainsi remis au go&#251;t du jour et est pr&#233;sent&#233; comme la derni&#232;re opportunit&#233; d'int&#233;gration de &lt;i&gt;tous &lt;/i&gt;les Noirs. Vu sous cet angle le travail d'Hollywood sur Malcolm X appara&#238;t encore plus insidieux. &lt;br class='autobr' /&gt;
S'adressant un jour &#224; ceux qui le critiquaient, Malcolm X aurait dit : &#034;Bien s&#251;r que je suis extr&#233;miste ! Montrez-moi un Noir am&#233;ricain qui n'est pas extr&#233;miste et je vous montrerai quelqu'un qui est mal dans sa peau !&#034; Les conditions de survie du peuple noir pauvre &#233;tant ce qu'elles sont, la bourgeoisie noire n'a pas fini de se sentir mal &#224; l'aise. Et Spike Lee avec eux ! Au-del&#224; des diff&#233;rences et des d&#233;saccords (et ils sont nombreux), c'est sur ce terrain de l'insoumission &#224; l'ordre capitaliste que Malcolm X nous rejoint et que sa vie de lutte nous interpelle.&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie sommaire : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Sylvie Deneuve et Charles Reeve, &lt;i&gt;Voyageurs au bord d'une Am&#233;rique en crise&lt;/i&gt;, Paris, Traffic, 1992. Notes sur l'Am&#233;rique d'aujourd'hui par deux libertaires. &lt;br class='manualbr' /&gt;- Michel Fabre, &lt;i&gt;Esclaves et planteurs dans le sud am&#233;ricain au XIXe si&#232;cle&lt;/i&gt;, Paris, Archives Julliard, 1970. &lt;br class='manualbr' /&gt;- Chester Himes, &lt;i&gt;La Croisade de Lee Gordon&lt;/i&gt;, Paris, Le Livre de Poche, 1952. La r&#233;volte d'un ouvrier noir communiste contre les manipulations du Parti. Pr&#233;face de Richard Wright. &lt;br class='manualbr' /&gt;- Malcolm X, &lt;i&gt;Le Pouvoir noir&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan, 1993 (r&#233;&#233;dition). &lt;br class='manualbr' /&gt;- Malcolm X et Alex Haley, &lt;i&gt;Autobiographie de Malcolm X&lt;/i&gt;, Paris, Grasset, 1993 (r&#233;&#233;dition). &lt;br class='manualbr' /&gt;- Malcolm X, &lt;i&gt;Derniers discours&lt;/i&gt;, Paris, &#233;ditions Dagomo, 1993. &lt;br class='manualbr' /&gt;- Richard Wright, &lt;i&gt;Black Boy&lt;/i&gt;, Paris, Folio, 1976. L'enfance dans le Sud et l'attirance du Nord. Un des grands de la litt&#233;rature am&#233;ricaine de l'apr&#232;s-guerre. &lt;br class='manualbr' /&gt;- Richard Wright, &lt;i&gt;Une faim d'&#233;galit&#233;&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1979. La jeunesse &#224; Chicago, l'immigration, le d&#233;racinement et le racisme quotidien ; l'exp&#233;rience am&#232;re du parti communiste pour un Noir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Discours de Malcolm X, Rochester, N.Y., 16 f&#233;vrier 1965, in &lt;i&gt;Malcolm X, derniers discours&lt;/i&gt;, &#233;ditions Dagorno, Paris,1993.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il y a, dans le film de Spike Lee, une sc&#232;ne qui illustre bien ce qui vient d'&#234;tre dit. A la t&#234;te de son parti religieux, Malcolm X parvient &#224; encadrer et &#224; canaliser une r&#233;volte contre des exactions polici&#232;res. Message clair &#224; l'intention du pr&#233;sent : de la n&#233;cessit&#233; des chefs cr&#233;dibles en cas de coup dur !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Voyageurs au bord d'une Am&#233;rique en crise&lt;/i&gt;, Sylvie Deneuve et Charles Reeve, Traffic &#233;ditions, Paris, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D'apr&#232;s Malcolm X lui-m&#234;me, les Black Muslims auraient eu, en 1960, des entretiens secrets avec le Ku Klux Klan dans le but de mettre sur pied un projet de cr&#233;ation d'un territoire noir dans le sud des Etats-Unis. Ceci afin de &lt;i&gt;&#034;rendre le programme s&#233;paratiste plus cr&#233;dible aux yeux des N&#232;gres, avec l'espoir que cela diminuerait la pression exerc&#233;e sur les Blancs par les int&#233;grationnistes.&#034; &lt;/i&gt;(Discours, Harlem, N.Y., 15 f&#233;vrier 1965, &lt;i&gt;op.cit.&lt;/i&gt;). Une semaine apr&#232;s avoir fait ces r&#233;v&#233;lations, Malcolm X fut assassin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Discours du 15 f&#233;vrier 1965, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#034;Ils ont tu&#233; Malcolm X&#034;, Daniel Gu&#233;rin, &lt;i&gt;Pr&#233;sence Africaine&lt;/i&gt;, ndeg.62, Paris, 1967.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Apr&#232;s sa mort, Malcolm X fut souvent pr&#233;sent&#233; par diverses organisations trotskystes comme &#233;tant proche des id&#233;es socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Propos d'un d&#233;bat en 1965, cit&#233; par &lt;i&gt;The Nation&lt;/i&gt;, 22 f&#233;vrier 1993.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une remarquable exception : &#034;The transgression of a laborer : Malcolm X in the wilderness of America&#034; de Ferruccio Gambino, &lt;i&gt;Radical Historical Review&lt;/i&gt;, New York, 1993. Je reprends ici une partie de l'argumentation de l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; par Ferruccio Gambino, &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Malcolm X, &lt;i&gt;Le pouvoir noir&lt;/i&gt;, L'Harmattan, Paris, 1993 (r&#233;&#233;dition).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;O&#249; va le peuple am&#233;ricain&lt;/i&gt;, Daniel Gu&#233;rin, Paris, Julliard, 1951.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir le livre de Nicholas Lemann, &lt;i&gt;The promised land&lt;/i&gt;, New York, Vintage Book, 1992 : r&#233;cit passionnant de la migration des Noirs, du sud rural vers le nord industriel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Gu&#233;rin, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette id&#233;e est sous-jacente dans les films de Spike Lee.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La r&#233;gulation du march&#233; immobilier am&#233;ricain renforce la s&#233;gr&#233;gation raciale. Au-dessus de 8% de Noirs dans les banlieues des classes moyennes, les prix baissent et les Blancs d&#233;m&#233;nagent. Des aides financi&#232;res sont propos&#233;es aujourd'hui &#224; la classe moyenne noire pour se r&#233;installer dans les quartiers d&#233;favoris&#233;s (&#034;Back to the ghetto ?&#034;, &lt;i&gt;The Economist&lt;/i&gt;, Londres, 10 juillet 1993).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Publi&#233; initialement dans &lt;i&gt;Le Monde Libertaire&lt;/i&gt;, les 22-28 avril et 29 avril-5 mai 1993. Edit&#233; ensuite sous forme de brochure par Ab irato en f&#233;vrier 1994.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Et la guerre est &#224; peine commenc&#233;e</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article136</link>
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		<dc:date>2004-04-26T12:14:18Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anonyme</dc:creator>


		<dc:subject>Communismes</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosk/distro de l'ex-Ekluserie (Rennes)</dc:subject>
		<dc:subject>Sexualit&#233;s, relations affectives</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Transcription d'un court m&#233;trage en couleurs de 18 minutes.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique9" rel="directory"&gt;E&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot14" rel="tag"&gt;Communismes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Infokiosk/distro de l'ex-Ekluserie (Rennes)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot126" rel="tag"&gt;Sexualit&#233;s, relations affectives&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH103/arton136-a5d1e.png?1780461316' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='103' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff136.gif?1128977577&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;cette brochure est la retranscription d'un court-m&#233;trage. d&#233;j&#224;, on perd beaucoup &#224; passer de l'un &#224; l'autre. encore plus quand on passe &#224; une version sans images comme suit. pr&#233;f&#233;rez donc le .pdf&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le grand corps social de l'Empire, dans le grand corps social de l'Empire qui a la consistance et l'inertie d'une m&#233;duse &#233;chou&#233;e, dans le grand corps social de l'Empire qui est comme une &#233;norme m&#233;duse &#233;chou&#233;e de toute sa rondeur sur toute la rondeur de la Terre, sont plant&#233;es des &#233;lectrodes, des centaines, des milliers d'&#233;lectrodes, des nombres &#224; peine croyable d'&#233;lectrodes.&lt;br&gt;
De type si divers qu'elles n'ont m&#234;me plus l'air, d'&#233;lectrodes.&lt;br&gt;
il y a l'&#233;lectrode T&#233;l&#233; bien-s&#251;r mais il y a aussi l'&#233;lectrode Argent, l'&#233;lectrode Pharmaceutique, et l'&#233;lectrode Jeune-Fille.&lt;br&gt;
Par ces milliers, ces millions d'&#233;lectrodes , qui sont de nature si diverses que j'ai renonc&#233; &#224; les compter, on maintient l'enc&#233;phalogramme plat de la m&#233;tropole imp&#233;riale.&lt;br&gt; A tout instant, on diffuse par ces canaux imperceptibles pour la plupart, les informations, les tournures d'esprit, les affects et les contre-affects susceptibles de prolonger le sommeil universel . Et notez que je passe sur tous les capteurs qui s'ajoutent &#224; ces &#233;lectrodes, sur tous les journalistes, sociologues, flics, intellectuels, professeurs, et autres agents, &#224; qui je ne sais quel incompr&#233;hensible b&#233;n&#233;volat a d&#233;l&#233;gu&#233; la t&#226;che d'orienter l'activit&#233;, des &#233;lectrodes.&lt;br&gt;
Il convient de maintenir un certain niveau d'angoisse afin de pr&#233;server la disponibilit&#233; g&#233;n&#233;rale &#224; la r&#233;gression, le go&#251;t de la d&#233;pendance.&lt;br&gt; Ce n'est pas au hasard que l'on diffuse, &#224; tel ou tel moment opportun, tel ou tel sentiment de terreur, de contentement ou de menace. &lt;br&gt;
Nul ne doit s'affranchir de cette position infantile de passivit&#233; repue ou querelleuse, de sati&#233;t&#233; engourdie ou de revendication g&#233;miarde qui fait le m&#233;chant murmure de la couveuse imp&#233;riale.&lt;br&gt;
On dit &#034; le temps des h&#233;ros est pass&#233;&#034;, dans l'espoir d'enterrer avec lui toute forme d'h&#233;roisme. &lt;br&gt;
Le sommeil de l'&#233;poque n'est pas le bon sommeil, qui procure le repos, c'est plut&#244;t le sommeil travers&#233; d'angoisse et qui vous laisse plus &#233;puis&#233; encore, d&#233;sireux seulement de le retrouver pour fuir un peu plus loin l'irritante r&#233;alit&#233;. Il est la narcose qui appelle une narcose plus profonde encore.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ceux qui, par malheur ou par chance, s'extraient du sommeil prescrit naissent &#224; ce monde en enfants perdus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; sont les mots, o&#249; est la maison, o&#249; sont mes anc&#234;tres, o&#249; sont mes amours, o&#249; sont mes amis ? &lt;br&gt;
Il n'y en a pas mon enfant. Tout est &#224; construire. Tu dois construire la langue que tu habiteras, et tu dois trouver les anc&#234;tres qui te rendent plus libre. Tu dois construire la maison o&#249; tu ne vivras point seul. Et tu dois construire la nouvelle &#233;ducation sentimentale par quoi, &#224; nouveau, tu aimeras. Et tout cela, tu le b&#226;tiras sur l'hostilit&#233; g&#233;n&#233;rale, car ceux qui se sont r&#233;veill&#233;s sont le cauchemar de ceux qui dorment encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici pr&#233;vaut la r&#232;gle du non-agir, qui s'exprime ainsi : la f&#233;condit&#233; de l'action v&#233;ritable r&#233;side &#224; l'int&#233;rieur d'elle-m&#234;me ; je pourrais dire cela autrement, je pourrais dire : l'action v&#233;ritable n'est pas un projet que l'on accomplit, mais un processus auquel on s'abandonne. &lt;br&gt;
Qui agit, aujourd'hui, agit en enfant perdu.&lt;br&gt;
L'errance gouverne cet abandon. Nous errons . nous errons parmi les ruines de la civilisation ; et pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elle est en ruine cette civilisation, il ne nous sera pas donn&#233; de l'affronter. C'est une bien curieuse guerre, que celle o&#249; nous sommes engag&#233;es, et qui veut que des mondes et des langages soient produits, que des lieux soient ouverts et offerts, que des foyers soient &#233;tablis au milieu du d&#233;sastre .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a cette vielle notion, bolchevique, et un peu frigide certes, la construction du Parti. Je crois que notre guerre &#224; pr&#233;sent, c'est de construire le Parti, ou plut&#244;t, c'est de donner &#224; cette fiction d&#233;peupl&#233;e un contenu nouveau. &lt;br&gt;
Nous bavardons, nous nous l&#233;chons, nous pr&#233;parons un film, une f&#234;te, une &#233;meute, nous rencontrons un ami, nous partageons un repas, un lit, nous nous aimons, en d'autres termes, nous construisons le Parti. &lt;br&gt;
Les fictions sont des choses s&#233;rieuses. Nous avons besoin de fiction pour croire &#224; la r&#233;alit&#233; de ce que nous vivons. Le Parti est la fiction centrale, celle qui r&#233;capitule la guerre de l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les derniers si&#232;cles de l'empire romain, tout &#233;tait pareillement us&#233;. Les corps &#233;taient las, les dieux mourants et la pr&#233;sence en crise. Aux quatre coins d'un monde en exil, retentissait la grande supplique, qu'on en finisse. La fin d'une civilisation poussait &#224; la recherche d'un autre commencement. L'errance venait apaiser le sentiment d'&#234;tre partout en &#233;tranger. &lt;br&gt;
il fallait s'affranchir du commerce des civilis&#233;s .&lt;br&gt;
Et tandis que de fameuses sectes exp&#233;rimentaient de singuli&#232;res formes de communisme, certains cherch&#232;rent dans la solitude l'exode n&#233;cessaire. Ils s'appelaient les monacho&#239;, les solitaires, les uniques. Ils allaient s'installer seuls dans le d&#233;sert, &#224; des dizaines de kilom&#232;tres d'Alexandrie, et ils furent bient&#244;t en si grand nombre, ces solitaires, ces d&#233;serteurs, qu'ils durent s'inventer les r&#232;gles d'une vie collective ; et l'empire qu'avait sur eux l'asc&#233;tisme chr&#233;tien en fit les premiers monast&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et on peut dire que des premiers monast&#232;res naquit en peu de temps une civilisation plus d&#233;testable encore que celle qui l'avait pr&#233;c&#233;d&#233;e, mais enfin, elle naquit de l&#224;.&lt;br&gt;
Ceci pour d&#233;fendre et illustrer la valeur strat&#233;gique du retrait offensif. Il est dans l'art de la guerre qu'&#224; certains moments, il vaille mieux produire des lieux et des amiti&#233;s que des armes et des boucliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui s'exile, exile ; l'&#233;tranger qui s'en va emporte avec lui la cit&#233; habitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les p&#232;res ont disparu d'abord. ils sont all&#233; &#224; l'usine, au bureau. Puis, &#224; leur tour, les m&#232;res, elles sont all&#233;es &#224; l'usine, au bureau. Et chaque fois, ce n'&#233;tait pas les p&#232;res ou les m&#232;res qui disparaissaient, c'&#233;tait un ordre symbolique, un monde. Le monde des p&#232;res s'est effac&#233; d'abord, puis celui des m&#232;res, l'ordre symbolique de la m&#232;re, que rien jusque l&#224; n'&#233;tait parvenu &#224; &#233;branler. Et cette perte est si incalculable, et c'est un deuil si total que nul ne consent &#224; le faire. L'Empire r&#233;sume ce d&#233;sir qu'un n&#233;o-matriarcat prenne m&#233;caniquement la rel&#232;ve du patriarcat d&#233;funt. Et il n'y a de r&#233;volte plus absolue que celle qui d&#233;fie cette domination bienveillante, ce pouvoir chalheureux, cette emprise maternelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enfants perdus sont les orphelins de tous les ordres connus. Bienheureux les orphelins, le chaos du monde leur appartient.&lt;br&gt;
Tu pleures sur ce que tu as perdu . nous avons tout perdu en effet. Mais regarde autour de nous, nous avons gagn&#233; des fr&#232;res et des s&#339;urs, tant de fr&#232;res, tant de s&#339;urs. A pr&#233;sent, seule cette nostalgie nous s&#233;pare, &#224; charge d'in&#233;dit.&lt;br&gt;
Tu vas, tu es perdu ; tu ne trouves nulle part le m&#232;tre de ta valeur, tu vas, et tu ne sais pas qui tu es, et tu es sans valeur comme le premier homme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vas par les chemins .&lt;br&gt;
Si tu n'&#233;tais pas si perdu, tu ne porterais en toi pas une telle fatalit&#233; de rencontres.&lt;br&gt;
Fuyons, il est grand temps ; mais je t'en prie, fuyons ensemble. Regarde nos gestes, la gr&#226;ce naissante au dedans de nos gestes ; regarde nos corps, comme ils s'&#233;changent avec fluidit&#233;, comme cela fait longtemps que tant de gratuit&#233; ne s'est abattue sur le monde.&lt;br&gt;
Vois cet abandon, comme il est beau que rien ne nous atteigne...&lt;br&gt;
Mais tu le sais, il y a encore des murs contre ce communisme-l&#224;. Il y a des murs en nous, entre nous, qui sans cesse menacent.&lt;br&gt;
Nous ne sommes pas quittes de ce monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a encore la jalousie, la b&#234;tise, le d&#233;sir d'&#234;tre quelqu'un, d'&#234;tre reconnu, le besoin de valoir quelque chose, et pire, le besoin d'autorit&#233;. Ce sont les ruines que le vieux monde a laiss&#233;es en nous, et nous n'en sommes pas quittes. A la lumi&#232;re de certains projecteurs, notre chute nous fait parfois l'effet d'une d&#233;ch&#233;ance.&lt;br&gt;
O&#249; allons-nous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a les Cathares, qui haissent les maris bien plus que les amants. Il y a les gnostiques, qui trouvent plus de charme &#224; l'orgie qu'&#224; l'accouplement solitaire. Il y a cet &#233;v&#234;que du quinzi&#232;me si&#232;cle en Italie qui soutient jusqu'&#224; l'excommunication qu'une femme qui refuse son corps &#224; un homme qui le lui demande par charit&#233; commet un p&#233;ch&#233;. Il y a les B&#233;gards et les B&#233;guines, qui habitent dans des maisons collectives et dont l'extr&#234;me d&#233;soeuvrement passe &#224; se rendre des visites. Il y a les spirituels, qui assurent que pour les parfaits, il n'y a plus de p&#233;ch&#233; ; ils s'appellent fr&#232;res et s&#339;urs, et la saint valentin n'est pas encore la c&#233;l&#233;bration du couple, mais le jour o&#249; la dame mari&#233;e peut aller avec qui bon lui semble .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon,maintenant, il y a les m&#233;tropoles, s'approprier l'inappropriable, feindre d'ignorer toute perdition, jouer &#224; l'homme, &#224; la femme, au mari, &#224; l'amant, jouer au couple, s'occuper. S'&#233;tablir le plus s&#233;rieusement du monde dans le plus p&#233;nible des infantilisme. Oublier, dans une d&#233;bauche de sentiments, le cynisme auquel condamne la vie dans les m&#233;tropoles, et parler d'amour encore et toujours, apr&#232;s tant de ruptures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui disent qu'un autre monde est possible, et qui ne se font pas porteurs d'une autre &#233;ducation sentimentale que celle des romans et des t&#233;l&#233;films m&#233;ritent qu'on leur crache &#224; la gueule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne connais pas d'&#233;tat plus abject que l'&#233;tat amoureux. Entre aimer et &#234;tre amoureux, il y a toute la diff&#233;rence d'un destin qu'on assume et d'une condition que l'on subit.&lt;br&gt;
Nous voulons extraire de l'amour toute possession, toute identification, pour devenir enfin capable d'aimer..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question, c'est de savoir si le communisme, c'est la propri&#233;t&#233; collective ou l'absence de propri&#233;t&#233; ; et ensuite, il y a celle de savoir ce que c'est que l'absence de propri&#233;t&#233;. Nous, la fa&#231;on dont on pratique le communisme, c'est le libre usage, c'est la mise en commun. On d&#233;cide le libre usage d'un certain nombre de choses que l'on poss&#232;de.&lt;br&gt;
Ce qu'on fait, c'est qu'on remplit la forme ext&#233;rieure de la propri&#233;t&#233; d'un contenu qui la sabote, c'est-&#224;-dire le partage absolu entre les &#234;tres. &lt;br&gt;
L'important l&#224;-dedans, ce n'est pas l'objet du partage, mais son mode contingent, qui est toujours &#224; construire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'orgie prouve seulement ceci, que la sexualit&#233; n'est rien, rien qu'un certain point de la distance entre les corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je devais d&#233;finir le vieux monde, je dirais, le vieux monde, c'est une certaine mani&#232;re de lier les affects aux gestes, les affects aux paroles, c'est une certaine &#233;ducation sentimentale, et vraiment, celle-l&#224;, on n'en veut plus .&lt;br class='autobr' /&gt;
Si je devais d&#233;finir l'orgie, je dirais, l'orgie, c'est chaque fois que l'un ou l'autre se met &#224; d&#233;traquer le lien qu'il y a entre les affects et les gestes, entre les affects et les paroles, et que d'autres le suivent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous essayons extraire de l'amour, toute possession, toute identification, pour devenir enfin capable d'aimer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toute situation, il y a une certaine distance qui se donne entre les corps. Cette distance, c 'est pas une distance spatiale, c'est une distance &#233;thique, c'est la diff&#233;rence entre les formes de vie. La notion d'amour, l'intimit&#233;, tout &#231;a, &#231;a a &#233;t&#233; invent&#233; pour qu'on puisse plus l'assumer, pour qu'on puisse plus jouer avec, pour emp&#234;cher les corps de danser et d'&#233;laborer un art des distances. Car toute distance est une proximit&#233;, et toute proximit&#233; est encore une distance .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une certaine id&#233;e du jeu, alli&#233;e &#224; la certitude de construire le Parti, nous tient &#224; &#233;gale distance du couple et du lib&#233;ralisme sordide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu vois, le Parti, et c'est des corps, c'est des lieux, c'est des corps qui circulent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souviens-toi, c'est au fond de la s&#233;paration que nous avons trouv&#233; le communisme. Nous ne pouvions plus rien partager que nous ne voulions partager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si tu veux, moi, je voudrais bien construire le Parti avec toi,&lt;br class='autobr' /&gt;
enfin, si t'es libre ...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le Mouvement de lib&#233;ration animale : sa philosophie, ses r&#233;alisations, son avenir</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article133</link>
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		<dc:date>2004-04-06T19:37:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Peter Singer</dc:creator>


		<dc:subject>Antisp&#233;cisme, v&#233;ganisme</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosk/distro de l'ex-Ekluserie (Rennes)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Texte fondateur du mouvement antisp&#233;ciste, qui remet en cause la domination de l'homme sur les animaux non humains en se basant notamment sur ce principe : &lt;i&gt;La question n'est pas &#034;peuvent-ils raisonner ?&#034; ni &#034;peuvent-ils parler ?&#034; mais &#034;peuvent-ils souffrir ?&#034;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique19" rel="directory"&gt;M&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot3" rel="tag"&gt;Antisp&#233;cisme, v&#233;ganisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Infokiosk/distro de l'ex-Ekluserie (Rennes)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L107xH150/arton133-a2842.jpg?1780461316' class='spip_logo spip_logo_right' width='107' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Note rajout&#233;e : &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Peter Singer, l'auteur de ce texte validiste, a &#233;t&#233; d&#233;nonc&#233; comme tr&#232;s probl&#233;matique (raciste, soutien &#224; des milliardaires, sexiste, ultra-capitaliste, etc) dans le texte &#034;Pour un antisp&#233;cisme d&#233;barass&#233; de Peter Singer, d&#233;veloppons un antisp&#233;cisme intersectionnel&#034;, que l'on peut retrouver &lt;a href=&#034;https://infokiosques.net/spip.php?article1710&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en suivant ce lien&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sur l'auteur&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peter Singer est professeur de philosophie et directeur actuel du Centre for Human Bioethics &#224; Monash University, Melbourne, Australie. N&#233; en 1946 &#224; Melbourne de parents autrichiens ayant fui le nazisme, il fit ses &#233;tudes de philosophie &#224; Melbourne University et &#224; Oxford University (Royaume-Uni), o&#249; il se sp&#233;cialisa dans l'&#233;thique et dans la philosophie politique. Il a enseign&#233; &#224; University College &#224; Oxford, &#224; New York University, &#224; University of Colorado &#224; Boulder, et &#224; University of California &#224; Irvine.&lt;br /&gt;
Ce fut la publication en 1975 de son &lt;i&gt;Animal Liberation - A New Ethics for our Treatment of Animals&lt;/i&gt; (traduction fran&#231;aise &lt;i&gt;La Lib&#233;ration animale&lt;/i&gt;, &#201;d. Grasset, 1992), qui le fit conna&#238;tre du grand public. Souvent qualifi&#233; de &#171; Bible du mouvement de lib&#233;ration animale &#187;, cet ouvrage &#233;non&#231;ait dans un langage simple et clair les bases th&#233;oriques et pratiques en rupture avec le point de vue paternaliste des organisations traditionnelles de d&#233;fense des animaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Propos de l'&#233;diteur&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela fait maintenant seize ans qu'est parue la premi&#232;re &#233;dition de &lt;i&gt;La Lib&#233;ration animale&lt;/i&gt; de Peter Singer ; et depuis cette &#233;poque, le mouvement de lib&#233;ration animale n'a cess&#233; de se d&#233;velopper, dans les pays de langue anglaise, puis au Japon, en Pologne, en Tch&#233;coslovaquie, en Italie et dans les pays scandinaves. En Angleterre, une personne sur quinze ne mange plus de viande, et, parmi les jeunes, pr&#232;s de la moiti&#233; des adolescents d&#233;clarent qu'ils n'en mangeraient plus, s'ils en avaient la possibilit&#233;. Dans ces pays, ce mouvement de lib&#233;ration est devenu un d&#233;bat public et une lutte, au m&#234;me titre que d'autres mouvements de lib&#233;ration qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;, les mouvements des Noirs ou des femmes - dont il s'inspire, tant au niveau des principes th&#233;oriques qu'au niveau des m&#233;thodes d'action non violentes, l&#233;gales ou ill&#233;gales, ayant pour but d'aider les victimes et de convaincre le public. Et tout comme les mouvements antiracistes et antisexistes, le mouvement antisp&#233;ciste non seulement se fonde sur une pens&#233;e rationnelle, mais correspond &#224; l'irruption de la pens&#233;e rationnelle dans un domaine o&#249; &lt;i&gt;l'&#233;vidence&lt;/i&gt; de comportements s&#233;culaires semblait &#224; jamais pouvoir remplacer la rationalit&#233; ; et il correspond &#233;galement &#224; l'espoir que, malgr&#233; les grandes difficult&#233;s, la pens&#233;e rationnelle et l'&#233;thique pourront l'emporter sur les pr&#233;jug&#233;s et l'&#233;go&#239;sme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux mots :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Animal&lt;/i&gt; : Peter Singer, comme la plupart des auteurs du mouvement de lib&#233;ration animale, d&#233;signe souvent par &#171; animaux &#187; les animaux &lt;i&gt;y compris&lt;/i&gt; les &#234;tres humains. Ceci est conforme aux enseignements de la biologie la plus &#233;l&#233;mentaire, mais contraire &#224; l'usage courant, qui r&#233;unit sous un m&#234;me mot des &#234;tres aussi diff&#233;rents que les hu&#238;tres et les chimpanz&#233;s, tout en s&#233;parant radicalement ces derniers des humains.&lt;br /&gt;
L'usage habituel est n&#233;anmoins parfois retenu pour &#233;viter les lourdeurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Sp&#233;cisme&lt;/i&gt; : ce terme n'est pas encore entr&#233; dans l'usage courant en fran&#231;ais comme le sont racisme et sexisme. On peut d&#233;finir le sp&#233;cisme comme la priorit&#233; syst&#233;matique accord&#233;e &#224; la satisfaction des int&#233;r&#234;ts des membres de l'esp&#232;ce humaine, ou comme l'opinion selon laquelle l'esp&#232;ce &#224; laquelle appartient un &#234;tre serait en elle-m&#234;me une caract&#233;ristique moralement pertinente. N&#233;anmoins, plus qu'une simple opinion, le sp&#233;cisme est, tout comme le racisme et le sexisme, un fait culturel profond&#233;ment enracin&#233;, qui exige pour &#234;tre combattu, comme le dit Peter Singer, un v&#233;ritable travail de retournement de point de vue.&lt;br /&gt;
Lyon, mai 1991&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le Mouvement de lib&#233;ration animale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Introduction&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La question n'est pas : peuvent-ils raisonner ? &lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;ni : peuvent-ils parler ? mais : peuvent-ils souffrir ?&lt;/i&gt; &lt;br /&gt;
Jeremy Bentham (1748 - 1832)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Au cours de ces derni&#232;res ann&#233;es, le public a progressivement pris conscience de l'existence d'une nouvelle cause : celle de la lib&#233;ration animale. Ce fut d'abord par des articles de journaux, souvent du genre &#171; ils ne savent plus quoi inventer &#187; ; puis les cam&#233;ras de t&#233;l&#233;vision port&#232;rent dans des millions de foyers l'image de marches et de manifestations dirig&#233;es contre l'&#233;levage industriel, contre l'exp&#233;rimentation animale ou la chasse au phoque au Canada. Vinrent enfin les actes ill&#233;gaux : les slogans couvrant les magasins de fourrure, et les visites clandestines dans des laboratoires et les animaux sauv&#233;s.&lt;br /&gt;
Quelles sont les id&#233;es qui inspirent le mouvement de lib&#233;ration animale ? Vers quoi se dirige-t-il ? C'est &#224; ces question que je tente de r&#233;pondre ici.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il peut &#234;tre bon de commencer par un peu d'histoire, pour mettre le mouvement de lib&#233;ration animale en perspective. La prise en compte de la souffrance des animaux est pr&#233;sente dans la pens&#233;e hindoue, et la compassion est pour le bouddhisme une notion universelle qui s'applique aussi bien aux animaux qu'aux humains. Mais il n'existe rien de tel dans nos traditions occidentales. Il y a bien quelques lois dans l'Ancien Testament qui t&#233;moignent d'une certaine pr&#233;occupation pour le bien-&#234;tre des animaux, mais il n'y a rien du tout dans ce sens dans le Nouveau Testament, ni dans les courants de pens&#233;e principaux qui repr&#233;sent&#232;rent le christianisme pendant ses premiers dix-huit si&#232;cles.&lt;br /&gt;
Paul rejeta d&#233;daigneusement l'id&#233;e que Dieu e&#251;t pu se pr&#233;occuper du bien-&#234;tre des boeufs, et Augustin interpr&#233;ta l'histoire biblique des porcs de Gadar&#232;ne, selon laquelle J&#233;sus exp&#233;dia des d&#233;mons dans un troupeau de cochons qui se jet&#232;rent alors dans la mer et s'y noy&#232;rent, comme signifiant que nous n'avons aucun devoir envers les animaux. Cette interpr&#233;tation fut admise par Thomas d'Aquin, qui d&#233;clara que la seule objection possible &#224; la cruaut&#233; envers les animaux &#233;tait qu'elle pouvait favoriser la cruaut&#233; envers les humains - car selon lui, il n'y avait rien de mal &lt;i&gt;en soi&lt;/i&gt; &#224; faire souffrir les animaux. Ceci devint le point de vue officiel de l'Eglise Catholique Romaine, tant et si bien (ou si mal) que, encore au milieu du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle, le Pape Pie IX refusa d'autoriser la cr&#233;ation d'une soci&#233;t&#233; pour la pr&#233;vention de la cruaut&#233; envers les animaux, parce qu'une telle autorisation e&#251;t impliqu&#233; que les &#234;tres humains ont des devoirs envers les cr&#233;atures inf&#233;rieures.&lt;br /&gt;
M&#234;me en Angleterre, dont les habitants ont la r&#233;putation d'&#234;tre fous des animaux, les premiers efforts pour obtenir une protection l&#233;gale pour les membres d'autres esp&#232;ces que l'esp&#232;ce humaine datent de moins de deux si&#232;cles. Ils furent accueillis par la d&#233;rision. &lt;i&gt;The Times&lt;/i&gt; &#233;tait &#224; tel point incapable de concevoir que la souffrance des animaux f&#251;t quelque chose &#224; emp&#234;cher, qu'il d&#233;clara &#224; l'encontre d'une proposition de loi pour interdire le &#171; sport &#187; de &lt;i&gt;bull-baiting&lt;/i&gt; (activit&#233; consistant &#224; faire attaquer et mettre &#224; mort un taureau par des chiens) : &#171; Est tyrannie tout ce qui interf&#232;re avec l'usage priv&#233; et personnel que l'homme fait de son temps et de sa propri&#233;t&#233;. &#187; Les animaux, pour cet auguste journal, n'&#233;taient clairement que propri&#233;t&#233;.&lt;br /&gt;
C'&#233;tait en 1800, et cette proposition de loi fut repouss&#233;e. Il fallut encore vingt ans avant que n'entr&#226;t dans la l&#233;gislation britannique le premier texte s'opposant &#224; la cruaut&#233;. La prise en compte, aussi limit&#233;e f&#251;t-elle, des int&#233;r&#234;ts des animaux, repr&#233;sentait un pas en avant significatif compar&#233; au point de vue selon lequel les fronti&#232;res de notre esp&#232;ce traceraient les fronti&#232;res de la moralit&#233;. N&#233;anmoins, ce pas en avant &#233;tait limit&#233;, car il ne remettait pas en cause notre droit de faire des autres esp&#232;ces tout &lt;i&gt;usage&lt;/i&gt; &#224; notre convenance. Seuls &#233;taient interdits les actes de cruaut&#233; - c'est-&#224;-dire ceux qui font souffrir sans raison, par pur sadisme ou par indiff&#233;rence grossi&#232;re. Les &#233;leveurs qui refusent &#224; leurs cochons la place qui leur est n&#233;cessaire pour se mouvoir ne commettent pas d'acte cruel, selon ce point de vue, car ils ne font que ce qu'ils estiment devoir faire pour produire du bacon. De m&#234;me, les chercheurs qui empoisonnent cent rats avec un quelconque nouvel aromatisant pour dentifrice, dans le but d'en d&#233;terminer la dose l&#233;tale, ne sont pas cruels - ils se soucient seulement de se conformer aux proc&#233;dures reconnues pour d&#233;terminer l'innocuit&#233; des nouveaux produits.&lt;br /&gt;
Le mouvement contre la cruaut&#233; du si&#232;cle dernier &#233;tait fond&#233; sur le pr&#233;suppos&#233; que les int&#233;r&#234;ts des animaux non humains ne m&#233;ritent protection que quand aucun int&#233;r&#234;t humain s&#233;rieux n'est en cause. Dans cet esprit , les animaux restent tr&#232;s clairement des &#171; cr&#233;atures inf&#233;rieures &#187;, et les &#234;tres humains tout-&#224;-fait &#224; part et infiniment au-dessus de toutes les formes de vie animale. Pour peu qu'il y e&#251;t conflit entre nos int&#233;r&#234;ts et les leurs, il ne pouvait y avoir de doute quant &#224; ceux qui devaient c&#233;der : dans tous les cas, ce sont les int&#233;r&#234;ts des animaux qui &#233;taient sacrifi&#233;s.&lt;br /&gt;
C'est la remise en question de ce pr&#233;suppos&#233; qui donne son sens et son importance au nouveau mouvement de lib&#233;ration animale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La th&#232;se de l'&#233;galit&#233; animale&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es, un certain nombre de groupes opprim&#233;s ont men&#233; des campagnes vigoureuses pour conqu&#233;rir l'&#233;galit&#233;. L'exemple classique est le mouvement de lib&#233;ration des Noirs, qui r&#233;clame la fin des pr&#233;jug&#233;s et discriminations qui ont fait des Noirs des citoyens de seconde cat&#233;gorie. L'attrait imm&#233;diat que ce mouvement a exerc&#233;, ainsi que le succ&#232;s initial, bien que limit&#233;, qu'il eut, en ont fait un mod&#232;le pour d'autres groupes opprim&#233;s. On vit alors appara&#238;tre les mouvements de lib&#233;ration des Am&#233;ricains du Nord hispaniques, des homosexuels, et de diverses autres minorit&#233;s. Quand un groupe majoritaire - celui des femmes - se mit en campagne, certains pens&#232;rent qu'on &#233;tait arriv&#233; &#224; la fin du chemin. Il a &#233;t&#233; dit que la discrimination sexuelle &#233;tait la derni&#232;re forme de discrimination universellement accept&#233;e et ouvertement pratiqu&#233;e, y compris dans ces milieux progressistes qui, longtemps, se sont vant&#233;s de leur absence de pr&#233;jug&#233;s &#224; l'encontre des minorit&#233;s raciales.&lt;br /&gt;
Il vaut mieux toujours se garder de parler de &#171; derni&#232;re forme de discrimination &#187;. S'il n'y avait qu'une seule chose &#224; retenir des mouvements de lib&#233;ration, ce devrait &#234;tre la difficult&#233; qu'il y a &#224; prendre conscience des pr&#233;jug&#233;s cach&#233;s que peuvent receler nos attitudes envers des groupes particuliers, tant que ces pr&#233;jug&#233;s ne nous sont pas mis sous les yeux par la force.&lt;br /&gt;
Un mouvement de lib&#233;ration implique un &#233;largissement de notre horizon moral, ainsi qu'une extension, ou une r&#233;interpr&#233;tation, du principe moral fondamental d'&#233;galit&#233;. Des pratiques ant&#233;rieurement consid&#233;r&#233;es comme naturelles et in&#233;vitables en viennent alors &#224; appara&#238;tre comme &#233;tant le r&#233;sultat de pr&#233;jug&#233;s injustifiables. Qui peut dire en toute certitude qu'aucune de ses attitudes et pratiques ne peut &#234;tre l&#233;gitimement remise en question ? Si nous voulons &#233;viter de nous compter du nombre des oppresseurs, nous devons &#234;tre pr&#234;ts &#224; repenser jusqu'&#224; nos attitudes les plus fondamentales. Nous devons les envisager du point de vue o&#249; sont plac&#233;s ceux que ces attitudes, et les pratiques qui en d&#233;coulent, d&#233;savantagent le plus. Si nous sommes capables de cet inhabituel retournement de point de vue, nous d&#233;couvrirons peut-&#234;tre alors &#224; la base de ces attitudes et pratiques une constante, un leitmotiv, ayant pour effet syst&#233;matique de servir les int&#233;r&#234;ts du m&#234;me groupe - en g&#233;n&#233;ral, il s'agira du groupe auquel nous appartenons nous-m&#234;mes - aux d&#233;pens des int&#233;r&#234;ts d'un autre. Et ainsi, nous r&#233;aliserons peut-&#234;tre que se justifie un nouveau mouvement de lib&#233;ration. Le but des militants de la lib&#233;ration animale est de nous inciter &#224; op&#233;rer ce retournement mental dans le regard que nous portons sur nos attitudes et pratiques envers un tr&#232;s grand groupe d'&#234;tres : envers les membres des esp&#232;ces autres que la n&#244;tre. En d'autres termes, ces militants r&#233;clament que nous &#233;tendions aux autres esp&#232;ces ce m&#234;me principe fondamental d'&#233;galit&#233; que la plupart d'entre nous acceptons de voir appliquer &#224; tous les membres de notre esp&#232;ce.&lt;br /&gt;
Une telle extension est-elle vraiment plausible ? Est-il possible de prendre vraiment au s&#233;rieux le slogan de &lt;i&gt;La ferme des animaux&lt;/i&gt; de George Orwell : &#171; Tous les animaux sont &#233;gaux &#187; ?&lt;br /&gt;
Il est bon de commencer par examiner la th&#232;se famili&#232;re selon laquelle tous les humains sont &#233;gaux. Lorsque nous disons que tous les &#234;tres humains, quels que soit leur race, leur croyance ou leur sexe, sont &#233;gaux, qu'entendons-nous par l&#224; ? Ceux qui d&#233;sirent d&#233;fendre une soci&#233;t&#233; hi&#233;rarchique et in&#233;galitaire ont souvent mis en avant que, quel que soit le crit&#232;re retenu, il reste parfaitement faux de dire que tous les humains sont &#233;gaux. Que cela nous plaise ou non, nous devons faire face au fait que les humains existent dans des tailles et des formes diff&#233;rentes, viennent avec des capacit&#233;s morales diff&#233;rentes, des capacit&#233;s intellectuelles diff&#233;rentes, des quantit&#233;s diff&#233;rentes de sentiments bienveillants et de sensibilit&#233; envers les besoins des autres, des aptitudes diff&#233;rentes &#224; communiquer efficacement, et des susceptibilit&#233;s diff&#233;rentes &#224; ressentir le plaisir et la douleur. En bref, si l'exigence d'&#233;galit&#233; devait &#234;tre bas&#233;e sur l'&#233;galit&#233; de fait de tous les &#234;tres humains, nous devrions cesser d'exiger l'&#233;galit&#233;. Car cette exigence serait injustifiable.&lt;br /&gt;
Fort heureusement, la revendication de l'&#233;galit&#233; des &#234;tres humains ne d&#233;pend pas de l'&#233;galit&#233; de leur intelligence, capacit&#233; morale, force physique, ou de tout autre fait particulier de ce genre. L'&#233;galit&#233; est une notion morale, et non une simple affirmation de faits. Il n'y a pas de raison logique qui impose de faire d&#233;couler d'une diff&#233;rence de fait dans les capacit&#233;s que poss&#232;dent deux personnes une diff&#233;rence quelconque dans la quantit&#233; de consid&#233;ration que nous devons porter &#224; la satisfaction de leurs besoins et int&#233;r&#234;ts. Le principe d'&#233;galit&#233; entre les humains n'est pas l'affirmation d'une hypoth&#233;tique &#233;galit&#233; de fait ; il est une prescription portant sur la mani&#232;re dont nous devrions traiter les humains.&lt;br /&gt;
Jeremy Bentham int&#233;gra dans son syst&#232;me &#233;thique la base essentielle du principe d'&#233;galit&#233; morale au travers de la formule : &#171; Chacun compte pour un et nul ne compte pour plus d'un. &#187; En d'autres termes, tous les int&#233;r&#234;ts susceptibles d'&#234;tre affect&#233;s par un acte doivent &#234;tre pris en compte, quel que soit l'&#234;tre dont ce sont les int&#233;r&#234;ts, avec le m&#234;me poids que le sont les int&#233;r&#234;ts semblables de tout autre &#234;tre.&lt;br /&gt;
Il d&#233;coule de ce principe d'&#233;galit&#233; que la pr&#233;occupation que nous devons avoir pour les autres &#234;tres, la disposition que nous devons avoir &#224; prendre en compte leurs int&#233;r&#234;ts, ne devraient pas d&#233;pendre des caract&#233;ristiques ou aptitudes de ces &#234;tres - bien que les d&#233;cisions exactes que cette pr&#233;occupation implique que nous devons prendre puissent, elles, d&#233;pendre des caract&#233;ristiques des &#234;tres qui en seront affect&#233;s. C'est sur cette base que doit reposer, en derni&#232;re analyse, la r&#233;futation du racisme, tout comme celle du sexisme ; et c'est en fonction de ce principe que le sp&#233;cisme doit lui aussi &#234;tre condamn&#233;. Si le fait pour un humain de poss&#233;der un degr&#233; d'intelligence plus &#233;lev&#233; qu'un autre ne justifie pas qu'il se serve de cet autre comme moyen pour ses fins, comment cela pourrait-il justifier qu'un humain exploite des &#234;tres non humains ?&lt;br /&gt;
Beaucoup de philosophes ont propos&#233; comme principe moral fondamental l'&#233;galit&#233; de consid&#233;ration des int&#233;r&#234;ts, sous une forme ou une autre ; mais peu d'entre eux ont reconnu que ce principe s'applique aussi bien aux membres des autres esp&#232;ces qu'&#224; ceux de la n&#244;tre. Bentham fut parmi les rares qui virent cela. Dans un passage tourn&#233; vers l'avenir, datant d'une &#233;poque o&#249; les esclaves noirs &#233;taient encore trait&#233;s dans les colonies britanniques &#224; peu pr&#232;s comme nous traitons aujourd'hui les animaux non humains, Bentham d&#233;clara :&lt;br /&gt;
Le jour viendra peut-&#234;tre o&#249; le reste de la cr&#233;ation animale obtiendra ces droits que seule la main de la tyrannie a pu lui refuser. Les Fran&#231;ais ont d&#233;j&#224; d&#233;couvert que la noirceur de la peau n'est en rien une raison pour qu'un &#234;tre humain soit abandonn&#233; sans recours aux caprices d'un bourreau. On reconna&#238;tra peut-&#234;tre un jour que le nombre de pattes, la pilosit&#233; de la peau, ou la fa&#231;on dont se termine le sacrum sont des raisons tout aussi insuffisantes pour abandonner un &#234;tre sensible &#224; ce m&#234;me sort. Et quel autre crit&#232;re devrait-on prendre pour tracer la ligne infranchissable ? Est-ce la facult&#233; de raisonner, ou peut-&#234;tre la facult&#233; de discourir ? Mais un cheval ou un chien adultes sont incomparablement plus rationnels, et aussi ont plus de conversation, qu'un nourrisson d'un jour, d'une semaine ou m&#234;me d'un mois. Et s'il en &#233;tait autrement, qu'est-ce que cela changerait ? La question n'est pas : &#171; Peuvent-ils raisonner ? &#187;, ni : &#171; Peuvent-ils parler ? &#187;, mais : &#171; Peuvent-ils souffrir ? &#187;&lt;br /&gt;
Dans ce passage, Bentham d&#233;signe comme caract&#233;ristique essentielle devant d&#233;terminer si un &#234;tre a ou non droit &#224; l'&#233;galit&#233; de consid&#233;ration des int&#233;r&#234;ts, sa capacit&#233; &#224; souffrir. Cette capacit&#233; - ou, plus rigoureusement, la capacit&#233; &#224; souffrir et/ou &#224; &#233;prouver du plaisir ou du bonheur - n'est pas une simple caract&#233;ristique comme une autre, comparable &#224; la capacit&#233; &#224; parler ou &#224; comprendre les math&#233;matiques sup&#233;rieures. Ce que dit Bentham n'est pas que ceux qui tentent de tracer cette &#171; ligne infranchissable &#187; devant d&#233;terminer si les int&#233;r&#234;ts d'un &#234;tre sont &#224; prendre en compte, se sont simplement tromp&#233;s de caract&#233;ristique. La capacit&#233; &#224; souffrir ou &#224; &#233;prouver du plaisir est une condition n&#233;cessaire pour avoir un int&#233;r&#234;t quel qu'il soit au d&#233;part, elle est une condition qui doit &#234;tre remplie faute de quoi cela n'a aucun sens de parler d'int&#233;r&#234;ts. Cela n'a aucun sens de dire qu'il est contraire aux int&#233;r&#234;ts d'une pierre de recevoir le coup de pied d'un enfant. Une pierre n'a pas d'int&#233;r&#234;ts, parce qu'elle ne peut pas souffrir. Rien de ce que nous pouvons faire ne peut avoir de cons&#233;quence pour son bien-&#234;tre. Une souris, au contraire, a un int&#233;r&#234;t &#224; ne pas &#234;tre tourment&#233;e, parce que si on la tourmente, elle souffrira.&lt;br /&gt;
Si un &#234;tre souffre, il ne peut y avoir de justification morale pour refuser de tenir compte de cette souffrance. Quelle que soit la nature de l'&#234;tre qui souffre, le principe d'&#233;galit&#233; exige que sa souffrance soit prise en compte autant qu'une souffrance similaire - pour autant que des comparaisons grossi&#232;res soient possibles - de tout autre &#234;tre. Dans le cas o&#249; un &#234;tre n'est pas capable de souffrir, ou de ressentir de la joie ou du bonheur, il n'y a rien &#224; prendre en compte. C'est pourquoi c'est la sensibilit&#233; (pour employer cette expression courte, mais l&#233;g&#232;rement inexacte, pour parler de la capacit&#233; &#224; souffrir et/ou &#224; ressentir le plaisir) qui seule est capable de fournir un crit&#232;re d&#233;fendable pour d&#233;terminer o&#249; doit s'arr&#234;ter la prise en compte des int&#233;r&#234;ts des autres. Limiter cette prise en compte selon tout autre crit&#232;re, comme l'intelligence ou la rationalit&#233;, serait la limiter de fa&#231;on arbitraire - pourquoi choisir tel crit&#232;re plut&#244;t qu'un autre, comme la couleur de la peau ?&lt;br /&gt;
Les racistes violent le principe d'&#233;galit&#233; en accordant plus de poids aux int&#233;r&#234;ts des membres de leur propre race, quand ces int&#233;r&#234;ts sont en conflit avec ceux des membres d'une autre race. De m&#234;me, les sp&#233;cistes permettent aux int&#233;r&#234;ts des membres de leur propre esp&#232;ce de l'emporter face &#224; des int&#233;r&#234;ts sup&#233;rieurs des membres d'autres esp&#232;ces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'&#233;galit&#233; de consid&#233;ration des int&#233;r&#234;ts&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la th&#232;se de l'&#233;galit&#233; animale est fond&#233;e, quelles en sont les cons&#233;quences ? Cette th&#232;se n'implique pas, bien &#233;videmment, qu'il faille accorder aux animaux tous les droits que nous estimons devoir accorder aux humains - par exemple, le droit de vote. La th&#232;se de l'&#233;galit&#233; animale d&#233;fend l'&#233;galit&#233; de consid&#233;ration des int&#233;r&#234;ts, et non l'&#233;galit&#233; des droits. Mais qu'est-ce que cela signifie exactement en pratique ? Il faut ici entrer un peu dans le d&#233;tail.&lt;br /&gt;
Si je gifle vigoureusement un cheval sur son flanc, il sursautera peut-&#234;tre, mais on peut supposer que sa douleur sera faible. Sa peau est assez &#233;paisse pour le prot&#233;ger d'une simple gifle. Si par contre je gifle un b&#233;b&#233; avec la m&#234;me force, celui-ci pleurera et sans doute souffrira, sa peau &#233;tant plus sensible. Il s'ensuit qu'il est plus grave de gifler un b&#233;b&#233; qu'un cheval, si les deux gifles sont de m&#234;me force. Il doit n&#233;anmoins y avoir une fa&#231;on de frapper un cheval - je ne sais pas exactement laquelle, peut-&#234;tre avec un gros b&#226;ton - qui lui occasionnera autant de douleur qu'en occasionne une gifle &#224; un enfant. C'est l&#224; ce que j'entends par &#171; m&#234;me quantit&#233; de douleur &#187; ; et si nous consid&#233;rons qu'il est mal d'infliger sans raison valable cette quantit&#233; de douleur &#224; un enfant, alors nous devons, si nous ne sommes pas sp&#233;cistes, consid&#233;rer comme tout aussi mal d'infliger sans raison valable la m&#234;me quantit&#233; de douleur &#224; un cheval.&lt;br /&gt;
Entre les humains et les animaux il y a encore d'autres diff&#233;rences, qui seront cause d'autres complications. Les humains adultes normaux ont des capacit&#233;s mentales qui, dans certaines circonstances, les am&#232;neront &#224; souffrir plus que ne souffriraient des animaux plac&#233;s dans les m&#234;mes circonstances. Si, par exemple, nous d&#233;cidons d'effectuer des exp&#233;riences scientifiques extr&#234;mement douloureuses ou mortelles sur des adultes humains normaux, kidnapp&#233;s &#224; cette fin au hasard dans les jardins publics, alors tout adulte entrant dans un jardin public ressentirait la peur d'&#234;tre kidnapp&#233;. Cette terreur repr&#233;senterait une souffrance suppl&#233;mentaire s'ajoutant &#224; la douleur de l'exp&#233;rience.&lt;br /&gt;
La m&#234;me exp&#233;rience effectu&#233;e sur des animaux non humains causerait moins de souffrance, puisqu'eux ne ressentiraient pas la peur due &#224; l'anticipation de la capture et de l'exp&#233;rience &#224; subir. Cela &lt;i&gt;ne justifie pas&lt;/i&gt;, bien entendu, le fait lui-m&#234;me d'effectuer l'exp&#233;rience sur des animaux, mais implique seulement qu'il existe une raison &lt;i&gt;non sp&#233;ciste&lt;/i&gt; pour pr&#233;f&#233;rer utiliser des animaux plut&#244;t que des adultes humains normaux, si tant est au d&#233;part que l'exp&#233;rience soit &#224; faire. Il faut remarquer, n&#233;anmoins, que ce m&#234;me argument nous donne aussi une raison de pr&#233;f&#233;rer, pour faire des exp&#233;riences, &#224; l'emploi d'humains adultes normaux l'emploi de nourrissons humains - orphelins, par exemple - ou d'humains mentalement retard&#233;s, puisqu'eux non plus n'auraient aucune id&#233;e de ce qui les attend.&lt;br /&gt;
Pour tout ce qui d&#233;pend de cet argument, les animaux non humains, les nourrissons humains et les d&#233;biles mentaux humains sont dans la m&#234;me cat&#233;gorie ; et si cet argument nous sert &#224; justifier l'exp&#233;rimentation sur des animaux non humains, nous devons nous demander si nous sommes aussi pr&#234;ts &#224; permettre l'exp&#233;rimentation sur des nourrissons humains et sur des adultes handicap&#233;s mentaux. Et si nous distinguons ces derniers des animaux, sur quelle base pouvons-nous justifier cette discrimination, si ce n'est par une pr&#233;f&#233;rence cynique, et moralement ind&#233;fendable, en faveur des membres de notre propre esp&#232;ce ?&lt;br /&gt;
Il y a de nombreux domaines dans lesquels les aptitudes mentales sup&#233;rieures de l'adulte humain normal - ses capacit&#233;s &#224; anticiper, &#224; se souvenir de fa&#231;on plus d&#233;taill&#233;e, &#224; mieux savoir ce qui se passe, et ainsi de suite - font une diff&#233;rence. Mais celle-ci ne va pas toujours dans le sens d'une souffrance plus grande pour l'&#234;tre humain normal. Il arrive parfois au contraire que la compr&#233;hension limit&#233;e qu'ont les animaux puisse augmenter leur souffrance. Si nous capturons un humain, par exemple un prisonnier au cours d'une guerre, nous pouvons lui expliquer qu'il devra subir la capture, la fouille et la d&#233;tention, mais qu'il ne lui sera fait aucun mal par ailleurs, et qu'il sera lib&#233;r&#233; &#224; la fin des hostilit&#233;s. Si par contre nous capturons un animal sauvage, nous ne pouvons pas lui expliquer que nous ne mena&#231;ons pas sa vie. Un animal sauvage ne peut pas distinguer une tentative de le tuer d'une tentative de le ma&#238;triser et de le d&#233;tenir ; sa terreur sera donc aussi grande dans un cas que dans l'autre.&lt;br /&gt;
On peut objecter qu'il est impossible de faire des comparaisons entre les souffrances ressenties par des membres d'esp&#232;ces diff&#233;rente, et que, par cons&#233;quent, quand il y a conflit entre les int&#233;r&#234;ts des animaux et ceux des &#234;tres humains, le principe d'&#233;galit&#233; ne peut nous guider. Il est sans doute effectivement impossible de comparer avec pr&#233;cision la souffrance de membres d'esp&#232;ces diff&#233;rentes ; mais la pr&#233;cision n'est pas essentielle. M&#234;me si nous ne devions cesser de faire souffrir les animaux que dans les cas o&#249; il est tout-&#224;-fait certain que les int&#233;r&#234;ts des &#234;tres humains n'en seront pas affect&#233;s dans une mesure comparable &#224; celle o&#249; sont affect&#233;s les int&#233;r&#234;ts des animaux, nous serions oblig&#233;s d'apporter des changements radicaux dans la fa&#231;on dont nous les traitons - lesquels changements concerneraient notre r&#233;gime alimentaire, les m&#233;thodes employ&#233;es en agriculture, les proc&#233;dures exp&#233;rimentales utilis&#233;es dans de nombreux domaines scientifiques, notre attitude envers la faune sauvage et la chasse, le pi&#233;geage des animaux et le port de la fourrure, ainsi que des domaines r&#233;cr&#233;atifs comme les cirques, les rod&#233;os et les zoos. Et ainsi serait &#233;vit&#233;e une quantit&#233; &#233;norme de souffrance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Est-ce aussi un probl&#232;me que de tuer ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent j'ai beaucoup parl&#233; du fait d'infliger de la souffrance aux animaux, mais je n'ai rien dit concernant le fait de les tuer. Cette omission est d&#233;lib&#233;r&#233;e. L'application du principe d'&#233;galit&#233; au fait de faire souffrir est assez directe, du moins en th&#233;orie. La douleur et la souffrance sont des choses mauvaises, qui doivent &#234;tre pr&#233;venues ou minimis&#233;es quels que soient la race, le sexe ou l'esp&#232;ce de l'&#234;tre qui les ressent. La douleur est d'autant plus mauvaise qu'elle est plus intense et qu'elle dure plus longtemps, mais une grandeur donn&#233;e de douleur est aussi mauvaise quelle que soit l'esp&#232;ce.&lt;br /&gt;
Alors que des caract&#233;ristiques comme la conscience de soi, l'intelligence, la capacit&#233; &#224; entretenir des relations significatives avec les autres, et ainsi de suite, ne sont pas pertinentes par rapport &#224; la question de la douleur - puisque la douleur est de la douleur, quelles que soient les capacit&#233;s de l'&#234;tre qui la ressent, d&#232;s lors qu'il poss&#232;de la capacit&#233; &#224; la ressentir -, ces caract&#233;ristiques peuvent au contraire &#234;tre pertinentes en ce qui concerne le probl&#232;me de tuer. Il n'est pas arbitraire de dire que la vie d'un &#234;tre conscient de lui-m&#234;me, capable de penser abstraitement, d'&#233;laborer des projets d'avenir, de communiquer de fa&#231;on complexe, et ainsi de suite, a plus de valeur que la vie d'un &#234;tre qui n'a pas ces capacit&#233;s.&lt;br /&gt;
Pour bien saisir la diff&#233;rence qui existe entre la question de la douleur et celle de tuer, nous pouvons consid&#233;rer comment nous choisirions dans des cas concernant des membres de notre propre esp&#232;ce. Si nous devions choisir entre sauver la vie, soit d'un &#234;tre humain normal, soit d'un &#234;tre humain handicap&#233; mental,nous choisirions probablement celle de l'humain normal ; mais si nous devions choisir entre faire cesser la souffrance, soit d'un humain normal, soit d'un humain handicap&#233; - si par exemple tous deux souffrent de blessures superficielles mais douloureuses, sans que nous ayons assez d'analg&#233;sique pour les deux - il est beaucoup moins clair quel devrait &#234;tre notre choix. La m&#234;me conclusion vaut encore quand nous consid&#233;rons des &#234;tres appartenant &#224; d'autres esp&#232;ces. La valeur n&#233;gative de la douleur est en elle-m&#234;me ind&#233;pendante des autres caract&#233;ristiques de l'&#234;tre qui ressent cette douleur ; la valeur de la vie, au contraire, est affect&#233;e par ces autres caract&#233;ristiques.&lt;br /&gt;
Cela signifiera en g&#233;n&#233;ral que si nous devons choisir entre la vie d'un &#234;tre humain et celle d'un autre animal, nous devons choisir de sauver celle de l'humain ; mais il peut aussi y avoir des cas particuliers o&#249; le contraire sera vrai, quand l'&#234;tre humain en question ne poss&#232;de pas les capacit&#233;s d'un &#234;tre humain normal. Une telle position n'est pas sp&#233;ciste, bien qu'elle puisse le para&#238;tre &#224; premi&#232;re vue.&lt;br /&gt;
La pr&#233;f&#233;rence pour la vie d'un &#234;tre humain normal sur celle d'un animal - &lt;i&gt;dans les cas o&#249; ce choix se pose&lt;/i&gt; - se fonde surlescaract&#233;ristiquesque cet &#234;tre humain normal poss&#232;de r&#233;ellement, et non sursa simple appartenance &#224; notre esp&#232;ce. C'est pourquoi lorsqu'il s'agit des membres de notre esp&#232;ce qui n'ont pas les caract&#233;ristiques normales d'un &#234;tre humain, nous ne pouvons plus affirmer que leurs vies sont toujours &#224; pr&#233;f&#233;rer &#224; celles d'autres animaux. En pratique, n&#233;anmoins, la question de savoir exactement quand il est injustifi&#233; de tuer (sans souffrance) un animal est une question &#224; laquelle il n'est pas n&#233;cessaire de r&#233;pondre pr&#233;cis&#233;ment. Aussi longtemps que nous gardons &#224; l'esprit que nous devons respecter la vie d'un animal autant que nous respectons celle d'un &#234;tre humain de m&#234;me niveau de d&#233;veloppement mental, nous ne serons pas loin de la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les objectifs du mouvement&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant que nous avons vu quelle philosophie sous-tend le mouvement de lib&#233;ration animale, nous pouvons nous tourner vers ses objectifs. Que tente d'accomplir le mouvement de lib&#233;ration animale ?&lt;br /&gt;
On peut en &#233;noncer le but en une seule phrase : mettre fin au parti-pris sp&#233;ciste actuel qui emp&#234;che que soient pris en compte s&#233;rieusement les int&#233;r&#234;ts des animaux non humains. Mais par quoi faut-il commencer ? Ce but est tellement vaste qu'il est n&#233;cessaire de se fixer des objectifs plus pr&#233;cis.&lt;br /&gt;
Les organisations traditionnelles de protection des animaux se concentrent sur la t&#226;che de faire cesser les mauvais traitements envers ceux d'entre eux qui appartiennent aux esp&#232;ces avec lesquelles nous avons le plus facilement des relations. Les chiens, les chats et les chevaux sont bien plac&#233;s sur leurs listes, parce que nous avons ces animaux comme compagnons. Ensuite il y a ceux des animaux sauvages que nous trouvons particuli&#232;rement attirants - les b&#233;b&#233;s phoques, avec leurs grands yeux bruns et leurs douces et blanches fourrures, les myst&#233;rieuses baleines et les dauphins joueurs. Les militants de la lib&#233;ration animale eux aussi, &#233;videmment, sont oppos&#233;s &#224; la souffrance et &#224; la mort qu'on impose sans n&#233;cessit&#233; aux chiens, chats, chevaux, phoques, baleines et dauphins, comme &#224; tous les autres animaux. Mais ils ne consid&#232;rent pas que l'attirance plus ou moins grande qu'un animal exerce sur nous ait quoi que ce soit &#224; voir avec le fait qu'il soit mal de le faire souffrir. A la place, ce qui leur importe est la gravit&#233; de la souffrance, ainsi que le nombre d'animaux impliqu&#233;s.&lt;br /&gt;
Ceci signifie qu'il y a plus de chance de voir le mouvement de lib&#233;ration animale manifester en d&#233;fense des rats de laboratoire, ou des poules &#233;lev&#233;es en batterie, que pour les chiens ou les chats que maltraitent leurs propri&#233;taires. Car il y a quelque 45 &lt;i&gt;millions&lt;/i&gt; de rats et de souris consomm&#233;s chaque ann&#233;e dans les seuls laboratoires des Etats-Unis ; et dans ce m&#234;me pays, chaque ann&#233;e, plus de trois &lt;i&gt;milliards&lt;/i&gt; de poulets sont &#233;lev&#233;s dans des fermes industrielles, tass&#233;s dans des caisses sur des camions, pendus par les pattes &#224; la cha&#238;ne d'abattage. La quantit&#233; de souffrance impliqu&#233;e dans ces formes institutionnalis&#233;es de sp&#233;cisme domine largement tout le mal fait aux chiens et aux chats par des propri&#233;taires n&#233;gligeants ou m&#234;me cruels.&lt;br /&gt;
Les groupes de lib&#233;ration animale s'opposent &#224; toute exploitation des animaux ; mais leur attention s'est ainsi dirig&#233;e principalement vers l'exp&#233;rimentation sur les animaux et vers leur utilisation comme aliments. Nous allons nous pencher un peu plus sur ces deux domaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les animaux outils pour la recherche&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sp&#233;cisme est &#224; l'oeuvre dans la pratique tr&#232;s r&#233;pandue consistant &#224; exp&#233;rimenter sur d'autres esp&#232;ces pour voir si certaines substances sont inoffensives pour les humains, ou pour tester la validit&#233; de telle ou telle th&#233;orie psychologique sur l'influence des punitions s&#233;v&#232;res dans l'apprentissage, ou pour tester divers produits chimiques nouveaux juste au cas o&#249; ils feraient preuve de propri&#233;t&#233;s int&#233;ressantes. Les gens pensent parfois que toutes ces exp&#233;riences sont faites dans des buts m&#233;dicaux essentiels, et qu'ainsi il en r&#233;sultera une diminution de la souffrance totale. Cette croyance est tr&#232;s confortable, mais tr&#232;s loin de la v&#233;rit&#233;.&lt;br /&gt;
Voici un exemple de test tr&#232;s courant pratiqu&#233; par des fabricants de cosm&#233;tiques comme Revlon, Avon et Bristol-Myers avec de nombreuses substances, lorsqu'ils ont l'intention de s'en servir dans leurs produits. Ce test est appel&#233; le test de Draize, d'apr&#232;s le nom de son inventeur. Vous prenez six lapins albinos ; vous saisissez chacun d'eux fermement d'une main, et de l'autre, vous tirez sur la paupi&#232;re inf&#233;rieure d'un oeil de fa&#231;on &#224; l'&#233;carter du globe oculaire et &#224; former ainsi entre les deux une sorte de cuvette. Dans cette cuvette, vous placez avec une pipette quelques gouttes de n'importe quelle substance &#224; tester. Enfin, vous tenez les deux paupi&#232;res ferm&#233;es pendant une seconde et vous rel&#226;chez. Vous revenez le lendemain pour noter si les paupi&#232;res sont tum&#233;fi&#233;es, si l'iris est enflamm&#233;, si la corn&#233;e est ulc&#233;r&#233;e et si le lapin est devenu aveugle de cet oeil.&lt;br /&gt;
Ce test est un test standard, pratiqu&#233; sans anesth&#233;sie pour pratiquement toute substance vendue, d&#232;s lors qu'elle risque d'entrer dans l'oeil de quelqu'un. Parmi les autres tests commerciaux il y a la DL 50 - &#171; DL &#187; signifie &#171; dose l&#233;tale &#187; (mortelle), et &#171; 50 &#187; est le pourcentage des animaux pour lesquels cette dose est mortelle. En d'autres termes, pour faire un test de DL 50, vous prenez un &#233;chantillon d'animaux - de rats, de souris, de chiens ou d'autres - et vous leur administrez des quantit&#233;s de la substance que vous testez, sous forme concentr&#233;e, jusqu'&#224; ce que vous ayez r&#233;ussi &#224; ce que la moiti&#233; soient morts empoisonn&#233;s. Vous avez alors trouv&#233; la dose qui est l&#233;tale pour 50 % de votre &#233;chantillon. Cette dose, appel&#233;e &#171; valeur DL 50 &#187;, est cens&#233;e donner une indication sur la dangerosit&#233; que cette substance peut avoir pour les &#234;tres humains. Mais en plus de la mis&#232;re qu'il inflige aux animaux, qui en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale deviennent tous malades, et dont la moiti&#233; deviennent tellement malades qu'ils en meurent, on remarque que ce test est tr&#232;s peu fiable en tant qu'indication donn&#233;e sur la s&#233;curit&#233; d'une substance pour les &#234;tres humains. Il y a trop de variations d'une esp&#232;ce &#224; l'autre. La thalidomide, pour ne prendre que cet exemple c&#233;l&#232;bre, produit des d&#233;formations chez les nouveau-n&#233;s humains mais pas chez la plupart des autres esp&#232;ces animales.&lt;br /&gt;
Ces tests sont des tests de routine dans les laboratoires commerciaux. Dans les universit&#233;s, il y a aussi de nombreuses exp&#233;riences qu'aucune personne, pour peu qu'elle prenne au s&#233;rieux les int&#233;r&#234;ts des animaux non humains, ne pourrait consid&#233;rer comme justifi&#233;es. Dans les d&#233;partements de psychologie, des exp&#233;rimentateurs con&#231;oivent des variations et des r&#233;p&#233;titions sans fin d'exp&#233;riences qui d&#233;j&#224; &#224; l'origine n'avaient que peu de valeur. On infligera &#224; des animaux des chocs &#233;lectriques comme punition, ou on les &#233;l&#232;vera en isolation totale pour voir jusqu'&#224; quel point cela les rend fous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les animaux aliments&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contact le plus direct que la plupart des &#234;tres humains, surtout ceux de soci&#233;t&#233;s urbaines et industrielles, ont avec des membres d'autres esp&#232;ces, a lieu au moment des repas ; nous les mangeons. Par l&#224;, nous les traitons simplement comme des moyens pour nos fins. Nous consid&#233;rons leur vie et leur bien-&#234;tre comme subordonn&#233;s &#224; notre go&#251;t pour un plat donn&#233;. Et il s'agit bien de go&#251;t : ce qui est en cause est uniquement le plaisir du palais. Il ne peut exister aucune d&#233;fense valable de la pratique de l'alimentation carn&#233;e qui soit fond&#233;e sur la satisfaction de nos besoins nutritifs, puisqu'il a &#233;t&#233; &#233;tabli sans la moindre ombre d'un doute que nous pourrions couvrir nos besoins en prot&#233;ines et autres nutriments n&#233;cessaires de fa&#231;on bien plus efficace avec un r&#233;gime qui remplace la chair animale par des produits v&#233;g&#233;taux riches en prot&#233;ines.&lt;br /&gt;
Il n'y a pas que le fait de tuer qui soit une indication de ce que nous sommes pr&#234;ts &#224; infliger &#224; d'autres esp&#232;ces dans le but de nous faire plaisir &#224; nous-m&#234;mes. La souffrance que nous infligeons aux animaux pendant qu'ils sont encore en vie montre peut-&#234;tre encore plus clairement notre sp&#233;cisme que ne le montre le fait que nous sommes pr&#234;ts &#224; les faire mourir. Dans le but de mettre de la viande sur notre table pour un prix qui soit abordable pour la plupart des gens, notre soci&#233;t&#233; tol&#232;re des m&#233;thodes de production qui impliquent d'entasser pendant leur vie enti&#232;re des &#234;tres sensibles dans des environnements surpeupl&#233;s et inadapt&#233;s &#224; leurs besoins. Les animaux sont trait&#233;s comme des machines &#224; convertir le fourrage en chair, et toute innovation qui permette d'augmenter ce &#171; rapport de conversion &#187; est susceptible d'&#234;tre employ&#233;e.&lt;br /&gt;
Comme le dit une autorit&#233; reconnue en la mati&#232;re, &#171; la cruaut&#233; d'un acte n'est reconnue que quand cet acte n'est pas rentable &#187;. Les poules sont donc entass&#233;es &#224; trois ou quatre par cage sur 40 x 46 cm, soit moins que la surface d'une seule page de journal. Le sol de ces cages est en grillage, pour r&#233;duire le co&#251;t de nettoyage ; mais ce grillage est inadapt&#233; &#224; leurs pattes. Le sol est inclin&#233;, pour que les oeufs se rassemblent sur un c&#244;t&#233;, rendant ainsi la r&#233;colte plus facile ; mais cela emp&#234;che les poules de se reposer &#224; leur aise. Dans ces conditions, elles ne sont en mesure de satisfaire aucun de leurs instincts naturels ; elles ne peuvent ni &#233;tendre enti&#232;rement leurs ailes, ni marcher librement, ni se baigner dans la poussi&#232;re, ni gratter la terre, ni construire un nid. On a not&#233; que, bien qu'elles n'aient jamais v&#233;cu dans des conditions o&#249; elles auraient pu accomplir ces actes, elles tentent n&#233;anmoins en vain de le faire. La frustration qui r&#233;sulte de l'impossibilit&#233; de satisfaire leurs instincts les am&#232;ne souvent &#224; d&#233;velopper ce que les &#233;leveurs appellent des &#171; vices &#187;, &#224; s'entre-tuer &#224; coups de bec. Comme mesure pr&#233;ventive, les &#233;leveurs coupent le bec aux poussins.&lt;br /&gt;
Ce genre de traitement n'est pas r&#233;serv&#233; uniquement &#224; la volaille. Les cochons sont maintenant &#233;lev&#233;s en hangar dans des stalles. L'intelligence des cochons est comparable &#224; celle des chiens, et il leur faut un environnement vari&#233; et stimulant, sous peine de souffrir de stress et d'ennui. Quiconque garderait un chien dans les conditions o&#249; sont fr&#233;quemment maintenus les cochons tomberait sous le coup de la loi, mais, parce que l'int&#233;r&#234;t que nous avons dans l'exploitation des cochons est sup&#233;rieur &#224; celui que nous avons dans l'exploitation des chiens, nous nous opposons &#224; la cruaut&#233; envers les chiens tout en mangeant le produit de la cruaut&#233; envers les cochons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La lib&#233;ration animale aujourd'hui&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement de lib&#233;ration animale a obtenu au cours des quelques derni&#232;res ann&#233;es des victoires sans pr&#233;c&#233;dent. Alors qu'il y a peu le public des pays les plus d&#233;velopp&#233;s &#233;tait en majorit&#233; inconscient de la nature de l'&#233;levage intensif moderne, aujourd'hui, en Grande Bretagne, en Allemagne, dans les pays scandinaves, de larges secteurs de l'opinion inform&#233;e sont oppos&#233;s au confinement des poules pondeuses dans de petites cages en grillage, et des cochons et des veaux dans des stalles si petites qu'ils ne peuvent faire un seul pas ni m&#234;me se retourner. En Grande Bretagne, un comit&#233; d'agriculture de la chambre des communes a recommand&#233; que les cages pour les poules pondeuses soient progressivement abandonn&#233;es. La Suisse a fait un pas de plus, allant jusqu'&#224; voter une loi interdisant ces cages &#224; partir de 1992. Un tribunal d'Allemagne F&#233;d&#233;rale a jug&#233; le syst&#232;me de cages contraire &#224; la l&#233;gislation contre la cruaut&#233; du pays - et, bien que le gouvernement ait trouv&#233; un moyen de rendre ce verdict sans cons&#233;quence, l'Etat ouest-allemand de Hesse a annonc&#233; qu'il suivrait l'exemple suisse et commencerait &#224; abandonner le syst&#232;me des cages.&lt;br /&gt;
C'est peut-&#234;tre dans le domaine le pire de l'&#233;levage industriel, celui de la &#171; viande de veau blanche &#187;, qu'a eu lieu le pas en avant le plus important pour les animaux d'&#233;levage britanniques. La fa&#231;on d'&#233;lever les veaux qui &#233;tait devenue la norme consistait &#224; les maintenir dans le noir pendant vingt-deux heures par jour, dans des stalles individuelles tellement &#233;troites qu'ils n'y pouvaient se retourner. Ils n'avaient aucune paille sur laquelle se coucher, les &#233;leveurs voulant &#233;viter qu'en la m&#226;chant ils enl&#232;vent &#224; leur chair sa douce p&#226;leur, et ils recevaient un r&#233;gime alimentaire d&#233;lib&#233;r&#233;ment carenc&#233; en fer, de fa&#231;on &#224; garder &#224; leur chair cette blancheur qui lui donne tant de valeur sur le march&#233; des d&#233;licatesses pour restaurants de luxe. Une campagne contre la viande de veau entra&#238;na un boycott de la part d'une grande partie des consommateurs ; il en r&#233;sulta que le principal producteur britannique de viande de veau admit qu'un changement &#233;tait n&#233;cessaire : il sortit ses veaux de leurs stalles de bois brut de 60 x 150 cm et les groupa en cases avec suffisamment de place pour se mouvoir et de la paille pour se coucher.&lt;br /&gt;
L'autre domaine majeur de pr&#233;occupation du mouvement de lib&#233;ration animale, en raison du nombre des animaux impliqu&#233;s et de la quantit&#233; de souffrance en jeu, est l'exp&#233;rimentation animale. Ici aussi il y a eu des victoires importantes, bien que, en contraste avec la situation dans l'&#233;levage industriel, ces victoires aient surtout &#233;t&#233; remport&#233;es aux Etats-Unis. La premi&#232;re eut lieu en 1976, suite &#224; une campagne contre le American Museum of Natural History (mus&#233;um d'histoire naturelle am&#233;ricain). Ce mus&#233;um fut choisi comme cible parce qu'il menait une s&#233;rie d'exp&#233;riences particuli&#232;rement futiles, qui consistaient &#224; mutiler des chats et &#224; examiner quelles cons&#233;quences cela avait pour leur vie sexuelle. En juin 1976, des militants de la lib&#233;ration animale commenc&#232;rent &#224; &#233;tablir des piquets devant le mus&#233;um pour distribuer des tracts, &#224; &#233;crire des lettres, &#224; faire de la publicit&#233; et &#224; s'attirer des soutiens. Ils continu&#232;rent jusqu'en d&#233;cembre 1977, date &#224; laquelle il fut annonc&#233; que les exp&#233;riences en question cesseraient d'&#234;tre financ&#233;es.&lt;br /&gt;
Cette victoire permit sans doute &#224; seulement peut-&#234;tre une soixantaine de chats d'&#233;chapper &#224; des exp&#233;riences douloureuses, mais elle a montr&#233; qu'une campagne bien planifi&#233;e et bien men&#233;e peut emp&#234;cher les chercheurs d'en user selon leur bon plaisir avec des animaux de laboratoire. Henry Spira, ancien marin de la marine marchande de New York, ancien militant des droits civiques, mena cette campagne contre le mus&#233;um, et fit de la victoire obtenue un tremplin pour des campagnes plus importantes. Il anime maintenant deux coalitions de groupes de d&#233;fense animale, qui concentrent leurs actions contre le test de Draize sur les yeux des lapins et contre le test de toxicit&#233; DL 50, test grossier qui date de plus de cinquante ans. Ces deux seuls tests, rien qu'aux Etats-Unis, plongent dans la d&#233;tresse et la souffrance plus de cinq millions d'animaux chaque ann&#233;e.&lt;br /&gt;
D&#233;j&#224; ces deux coalitions ont commenc&#233; &#224; obtenir la r&#233;duction &#224; la fois du nombre des animaux utilis&#233;s, et de l'intensit&#233; de leurs souffrances. Les agences gouvernementales am&#233;ricaines ont r&#233;agi aux campagnes contre le test de Draize en remettant en question certaines des pratiques dont la cruaut&#233; &#233;tait la plus flagrante. Elles d&#233;clar&#232;rent que les substances connues comme &#233;tant des irritants caustiques, telles la soude, l'ammoniaque et m&#234;me les produits pour nettoyer les fours, n'avaient pas besoin d'&#234;tre &#224; chaque fois retest&#233;es sur les yeux de lapins conscients. Si ce fait peut sembler trop &#233;vident pour avoir besoin d'&#234;tre sp&#233;cifi&#233; par une agence gouvernementale, cela montre simplement o&#249; en &#233;taient les choses avant cette campagne. Ces agences ont aussi r&#233;duit de moiti&#233; ou du tiers le nombre de lapins recommand&#233; pour les tests de Draize sur les autres produits. Deux des principaux fabricants, Procter and Gamble et Smith, Kline and French, ont annonc&#233; des programmes d'am&#233;lioration de leurs tests de toxicologie qui devraient r&#233;duire substantiellement la somme de souffrance inflig&#233;e aux animaux. Une autre compagnie, Avon, annon&#231;a une r&#233;duction de 33% du nombre d'animaux qu'elle utilisait.&lt;br /&gt;
Un autre pas en avant r&#233;cent eut lieu lorsque la FDA (Food and Drug Administration, administration am&#233;ricaine qui autorise la mise sur le march&#233; des m&#233;dicaments) annon&#231;a qu'elle n'exigeait pas que soient effectu&#233;s les tests de DL 50. D'un coup s'&#233;croula l'excuse principale qu'avan&#231;aient les compagnies d&#233;veloppant de nouveaux produits pour justifier l'emploi de ce test : ils pr&#233;tendaient que la FDA les obligeait &#224; le faire avant d'autoriser la mise sur le march&#233; am&#233;ricain de leurs produits.&lt;br /&gt;
D'autres victoires spectaculaires eurent lieu gr&#226;ce au travail patient de militants individuels. Par exemple, Alex Pacheco se fit embaucher dans le laboratoire d'un certain Dr. Edward Taub. Pacheco y d&#233;couvrit que le travail de Taub sur des singes impliquait la coupure de connexions nerveuses dans leurs bras, pour observer dans quelle mesure ils en r&#233;cup&#233;raient ensuite l'usage. De plus, les conditions de vie dans le laboratoire &#233;taient infectes, et lorsque les singes s'infligeaient eux-m&#234;mes des blessures, ils ne recevaient aucun soin v&#233;t&#233;rinaire. Patiemment Pacheco rassembla des preuves, puis il s'adressa &#224; la police. Taub fut convaincu de cruaut&#233; ; c'&#233;tait la premi&#232;re fois qu'un chercheur am&#233;ricain se voyait condamn&#233; pour ce d&#233;lit. La condamnation fut ult&#233;rieurement annul&#233;e pour des raisons de forme, relatives &#224; la possibilit&#233; d'appliquer la loi de l'Etat dans les cas o&#249; sont en jeu des cr&#233;dits d'origine f&#233;d&#233;rale ; mais cela fit perdre &#224; Taub une importante subvention gouvernementale et l'image qu'avait l'exp&#233;rimentation animale aupr&#232;s du public fut largement entam&#233;e.&lt;br /&gt;
Cette image devait encore plus souffrir en 1984/85 lorsque des membres du Front de Lib&#233;ration des Animaux entr&#232;rent par effraction dans un laboratoire de recherche sur les blessures de la t&#234;te &#224; l'universit&#233; de Pennsylvanie, &#224; Philadelphie. Le Dr. Thomas Gennarelli s'y &#233;tait sp&#233;cialis&#233; dans le fait d'infliger &#224; des babouins des blessures &#224; la t&#234;te. Ces militants ne d&#233;livr&#232;rent aucun des babouins, mais rapport&#232;rent plusieurs heures d'enregistrement de vid&#233;os qui avaient &#233;t&#233; effectu&#233;es par les exp&#233;rimentateurs eux-m&#234;mes. Quand des extraits en furent diffus&#233;s par les cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision nationales, le public fut horrifi&#233;. On pouvait voir les exp&#233;rimentateurs plaisantant joyeusement pendant qu'ils manipulaient les babouins avec brutalit&#233;, se moquant d'eux et les traitant de &#171; godiches &#187;. Les enregistrements d&#233;montraient aussi clairement que, contrairement &#224; ce qu'affirmait Gennarelli, les babouins n'&#233;taient pas anesth&#233;si&#233;s correctement au moment o&#249; on leur infligeait les blessures. Apr&#232;s de nombreuses protestations, un sit-in dans les bureaux du National Institute of Health, agence gouvernementale qui finan&#231;ait ces exp&#233;riences, amena une victoire spectaculaire : le minist&#232;re am&#233;ricain de la sant&#233; (United States Secretary for Health and Human Services) annon&#231;a qu'il y avait des pr&#233;somptions de &#171; manquements mat&#233;riels &#187; aux r&#232;gles qui r&#233;gissent l'utilisation des animaux, et le financement du laboratoire fut suspendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'avenir de la lib&#233;ration animale&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui vivent de l'exploitation des animaux sont maintenant sur la d&#233;fensive. La communaut&#233; des chercheurs est sp&#233;cialement inqui&#232;te. Beaucoup de laboratoires ont renforc&#233; leurs dispositifs de s&#233;curit&#233;, mais cela co&#251;te cher, et on peut supposer que l'argent ainsi d&#233;pens&#233; en grillages et en salaires de gardiens est autant d'argent en moins pour la recherche - tel est justement le but recherch&#233; par les militants de la lib&#233;ration animale. Cela co&#251;terait encore plus cher de faire garder chaque &#233;levage industriel. Il n'est donc pas &#233;tonnant que ceux qui font des exp&#233;riences sur les animaux, ou qui les &#233;l&#232;vent pour la nourriture, esp&#232;rent que le mouvement de lib&#233;ration animale s'av&#233;rera n'avoir &#233;t&#233; qu'une mode passag&#232;re.&lt;br /&gt;
Leur espoir sera sans aucun doute d&#233;&#231;u. Le mouvement de lib&#233;ration animale est l&#224; pour durer. Cela fait maintenant plus de dix ans qu'il se construit progressivement. Il existe maintenant un soutien venant de larges secteurs de l'opinion publique en faveur de l'id&#233;e que nous avons tort de traiter les animaux comme de simples choses, &#224; notre disposition pour n'importe quel usage, que ce soit pour notre divertissement dans la chasse ou comme outils de laboratoire pour tester tel ou tel nouveau colorant alimentaire.&lt;br /&gt;
Mais la question de la direction que prendra le mouvement de lib&#233;ration animale reste pos&#233;e. En son sein, certaines formes d'action directe b&#233;n&#233;ficient d'un large soutien. Sous la condition qu'aucune violence ne soit exerc&#233;e &#224; l'encontre d'un animal quel qu'il soit, humain ou non, de nombreux militants estiment justifi&#233; de lib&#233;rer des animaux auxquels des souffrances sont injustement impos&#233;es, et de les placer dans de bons foyers. Ils comparent cela &#224; l'&#171; Underground Railroad &#187;, qui aidait des esclaves noirs dans leur fuite vers la libert&#233; ; il s'agit l&#224;, disent-ils, du seul moyen qui existe pour venir en aide aux victimes de l'oppression.&lt;br /&gt;
Appliqu&#233; aux pires des cas d'exp&#233;rimentations ind&#233;fendables, cet argument est sans aucun doute correct ; mais il y a une autre question que doit se poser celui qu'int&#233;resse non seulement la lib&#233;ration imm&#233;diate de dix, ou cinquante, ou cent animaux, mais aussi la perspective d'un changement concernant des millions d'animaux. L'action directe est-elle efficace en tant que tactique ? Son seul effet n'est-il pas de polariser le d&#233;bat et de durcir l'opposition &#224; tout changement ? Jusqu'&#224; pr&#233;sent, il faut bien admettre que l'action directe a plus aid&#233; le mouvement qu'elle ne l'a desservi, au travers de la publicit&#233; qu'elle lui a fait, et de la sympathie incontestable du public pour les animaux lib&#233;r&#233;s. Ceci est en grande partie d&#251; au choix judicieux des cibles, gr&#226;ce auquel ces op&#233;rations ont pu r&#233;v&#233;ler au public des exp&#233;rimentations particuli&#232;rement ind&#233;fendables.&lt;br /&gt;
Je ne pense pas que les actes ill&#233;gaux soient toujours injustifi&#233;s. Il y a, m&#234;me dans une d&#233;mocratie, des circonstances dans lesquelles il est moralement justifi&#233; de contrevenir &#224; la loi ; et la question de la lib&#233;ration animale fournit de bons exemples de telles circonstances. Si le processus d&#233;mocratique ne fonctionne pas correctement, si des sondages r&#233;p&#233;t&#233;s confirment qu'une large majorit&#233; de l'opinion publique s'oppose &#224; de nombreuses sortes d'exp&#233;riences, mais que le gouvernement n'entreprend aucune action efficace pour les faire cesser, si le public est maintenu pour une large part dans l'ignorance de ce qui se produit dans les &#233;levages et dans les laboratoires ; alors l'action ill&#233;gale peut &#234;tre le seul moyen qui reste pour aider les animaux et pour obtenir des informations et des preuves sur ce qui se passe.&lt;br /&gt;
Ce qui me pr&#233;occupe n'est pas la violation de la loi en elle-m&#234;me ; c'est plut&#244;t la crainte que la confrontation ne devienne violente, et qu'elle ne m&#232;ne &#224; un climat de polarisation rendant impossible l'usage de la raison, &#224; un climat dont les animaux eux-m&#234;mes finiraient par &#234;tre les victimes. La polarisation est peut-&#234;tre in&#233;vitable entre les militants de la lib&#233;ration animale, d'une part, et les &#233;leveurs industriels et au moins une partie de ceux qui exp&#233;rimentent sur animaux, d'autre part. Par contre, les actions impliquant le public en g&#233;n&#233;ral, ou les actions violentes blessant physiquement des personnes, aboutiraient &#224; une bipolarisation de toute la communaut&#233;.&lt;br /&gt;
Le mouvement de lib&#233;ration animale se doit de jouer son r&#244;le dans la pr&#233;vention de cette vicieuse escalade de la violence. Les militants de la lib&#233;ration animale doivent se prononcer de fa&#231;on irr&#233;vocable contre l'emploi de la violence, m&#234;me quand leurs adversaires l'emploient &#224; leur encontre. Par violence, j'entends toute action qui cause un dommage physique direct &#224; un humain ou &#224; un animal ; et j'irai m&#234;me au-del&#224;, pour inclure dans ce terme les actes qui causent un mal psychologique comme la peur ou la terreur. Il est facile de penser que parce que certains chercheurs font souffrir des animaux, il n'est pas grave de les faire souffrir eux-m&#234;mes. Cette attitude est erron&#233;e. Nous pouvons bien &#234;tre convaincus de la brutalit&#233; et de l'insensibilit&#233; compl&#232;te de telle ou telle personne qui maltraite des animaux ; mais nous nous abaissons &#224; son niveau, et nous nous mettons dans notre tort si nous lui causons du mal ou si nous mena&#231;ons de le faire. Le mouvement de lib&#233;ration animale est bas&#233; enti&#232;rement sur la force de son implication &#233;thique. Il ne doit pas abandonner sa position de sup&#233;riorit&#233; morale.&lt;br /&gt;
Au lieu de s'enfoncer dans le chemin de la violence croissante, le mouvement de lib&#233;ration animale aura bien plus int&#233;r&#234;t &#224; suivre l'exemple des deux plus grands - et aussi, ce n'est pas un hasard, des deux plus efficaces - leaders de mouvements de lib&#233;ration des temps modernes : Gandhi et Martin Luther King. Avec un courage et une r&#233;solution immenses, ils se maintinrent fermement dans leur principe de non-violence malgr&#233; les provocations, et les attaques souvent violentes, que firent leurs adversaires. Et en fin de compte ils furent vainqueurs, parce que la justesse de leur cause ne pouvait &#234;tre ni&#233;e, et leur comportement toucha les consciences m&#234;me de ceux qui les avaient combattus. La lutte pour l'extension de la sph&#232;re de pr&#233;occupation morale aux animaux non humains sera peut-&#234;tre encore plus longue et difficile, mais si elle est poursuivie avec la m&#234;me t&#233;nacit&#233; et la m&#234;me r&#233;solution morale, alors elle aussi, on peut en &#234;tre certain, sera victorieuse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://tahin-party.org/singer.html" class="spip_out"&gt;http://tahin-party.org/singer.html&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Traduit de l'anglais par David Olivier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte r&#233;sume les th&#232;ses que le m&#234;me auteur expose dans &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;La Lib&#233;ration animale&lt;/i&gt;, &#233;d. Grasset, 1993.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nouvelle &#233;dition fran&#231;aise : &lt;i&gt;L'&#201;galit&#233; animale&lt;br class='autobr' /&gt;
expliqu&#233;e aux humains&lt;/i&gt;,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;d. Tahin Party, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;ditions Tahin Party,&lt;br class='manualbr' /&gt;20 rue Cavenne,&lt;br class='manualbr' /&gt;69007 Lyon, Fr.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;mailto:tahin.party at free.fr&#034; class=&#034;spip_mail&#034;&gt;tahin.party at free.fr&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Site &#224; visiter : &lt;a href=&#034;https://www.cahiers-antispecistes.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cahiers antisp&#233;cistes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Comment faire ?</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article127</link>
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		<dc:date>2004-03-22T21:19:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tiqqun</dc:creator>


		<dc:subject>Communismes</dc:subject>
		<dc:subject>Situationnistes et apparent&#233;-e-s</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosk/distro de l'ex-Ekluserie (Rennes)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#034;&lt;i&gt;Dont't know what I want,&lt;br&gt;
but I know how to get it&lt;/i&gt;&#034;.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sex Pistols&lt;br&gt;
&lt;i&gt;Anarchy in the UK&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Dernier article de &lt;i&gt;Tiqqun&lt;/i&gt; 2, zone d'opacit&#233; offensive.&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique7" rel="directory"&gt;C&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot14" rel="tag"&gt;Communismes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot15" rel="tag"&gt;Situationnistes et apparent&#233;-e-s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Infokiosk/distro de l'ex-Ekluserie (Rennes)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L134xH150/arton127-f92e5.jpg?1780461316' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='134' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff127.jpg?1205927319&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;b&gt;Dont't know what I want,&lt;br&gt;
but I know how to get it.&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sex Pistols&lt;br&gt;
&lt;i&gt;Anarchy in the UK&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; I&lt;br /&gt;
VINGT ANS. Vingt ans &lt;i&gt;de contre-r&#233;volution&lt;/i&gt;. De contre-r&#233;volution &lt;i&gt;pr&#233;ventive.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
En Italie.&lt;br /&gt;
Et ailleurs.&lt;br /&gt;
Vingt ans d'un sommeil h&#233;riss&#233; de grillages, peupl&#233; de vigiles. D'un sommeil &lt;i&gt;des corps&lt;/i&gt;,&lt;br /&gt;
impos&#233; par couvre-feu.&lt;br /&gt;
Vingt ans. Le pass&#233; ne passe pas. Parce que la guerre continue. Se ramifie. Se prolonge.&lt;br /&gt;
Dans une r&#233;ticulation mondiale de dispositifs locaux. Dans un calibrage in&#233;dit des subjectivit&#233;s. Dans une nouvelle paix de surface.&lt;br /&gt;
Une paix &lt;i&gt;arm&#233;e&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Bien faite pour couvrir le d&#233;roulement d'une imperceptible&lt;br /&gt;
guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a vingt ans, c'&#233;tait&lt;br /&gt;
le punk, le mouvement de 77, l'aire de l'Autonomie,&lt;br /&gt;
les Indiens m&#233;tropolitains et la gu&#233;rilla diffuse.&lt;br /&gt;
D'un coup surgissait,&lt;br /&gt;
comme issu de quelque r&#233;gion souterraine de la civilisation,&lt;br /&gt;
tout un contre-monde de subjectivit&#233;s&lt;br /&gt;
qui ne voulaient plus consommer, qui ne voulaient plus produire,&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;qui ne voulaient m&#234;me plus &#234;tre des subjectivit&#233;s.&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;La r&#233;volution &#233;tait mol&#233;culaire, la contre-r&#233;volution ne le fut pas moins.&lt;br /&gt;
ON disposa offensivement,&lt;br /&gt;
puis durablement,&lt;br /&gt;
toute une complexe machine &#224; neutraliser ce qui est porteur d'intensit&#233;. Une machine &#224; d&#233;samorcer tout ce qui pourrait exploser.&lt;br /&gt;
Tout les individus &#224; risque,&lt;br /&gt;
les corps indociles,&lt;br /&gt;
les agr&#233;gations humaines autonomes,&lt;br /&gt;
Puis ce furent vingt ans de b&#234;tise, de vulgarit&#233;, d'isolement et de d&#233;solation.&lt;br /&gt;
Comment faire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se relever. Relever&lt;i&gt; la t&#234;te.&lt;/i&gt; Par choix ou par n&#233;cessit&#233;. Peu importe, vraiment, d&#233;sormais.&lt;br /&gt;
Se regarder dans les yeux et se dire qu'on recommence. Que tout le monde la sache, au plus vite.&lt;br /&gt;
On recommence.&lt;br /&gt;
Finis la r&#233;sistance passive, l'exil int&#233;rieur, le conflit par soustraction, la survie. On recommence. En vingt ans, on a eu le temps de voir. On a compris. La d&#233;mokratie pour tous, la lutte &#171; anti-terroriste &#187;, les massacres d'Etat, la restructuration capitaliste et son Grand &#338;uvre d'&#233;puration sociale,&lt;br /&gt;
par s&#233;lection,&lt;br /&gt;
par pr&#233;carisation,&lt;br /&gt;
par normalisation,&lt;br /&gt;
par &#171; modernisation &#187;,&lt;br /&gt;
On a vu, on a compris. Les m&#233;thodes et les buts. Le destin qu'ON nous r&#233;serve. Celui qu'ON nous refuse. L'&#233;tat d'exception. Les lois qui mettent la police, l'administration, la magistrature au-dessus des lois. La judiciarisation, la psychiatrie, la m&#233;dicalisation de tout ce qui sort du cadre. De tout ce qui &lt;i&gt;fuit&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
On a vu. On a compris. Les m&#233;thodes et les buts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le pouvoir &#233;tablit en temps r&#233;el sa propre l&#233;gitimit&#233;,&lt;br /&gt;
quand sa violence devient pr&#233;ventive&lt;br /&gt;
et que son droit est un &#171; droit d'ing&#233;rence &#187;,&lt;br /&gt;
alors il ne sert plus &#224; rien d'avoir raison. D'avoir raison &lt;i&gt;contre lui.&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Il faut &#234;tre plus fort, ou plus rus&#233;. C'est pour &#231;a&lt;br /&gt;
aussi&lt;br /&gt;
qu'on recommence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Recommencer n'est jamais recommencer &lt;i&gt;quelque chose.&lt;/i&gt; Ni reprendre une affaire l&#224; o&#249; on l'avait laiss&#233;e. Ce que l'on recommence est toujours &lt;i&gt;autre chose.&lt;/i&gt; Est toujours inou&#239;.&lt;br /&gt;
Parce que ce n'est pas le pass&#233; qui nous pousse, mais pr&#233;cis&#233;ment ce qui en lui &lt;br /&gt;
&lt;i&gt;n'est pas&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;advenu.&lt;br /&gt;
Et parce que c'est aussi bien &lt;i&gt;nous-m&#234;mes&lt;/i&gt;, alors qui recommen&#231;ons.&lt;br /&gt;
Recommencer veut dire : sortir de la suspension. R&#233;tablir le contact entre nos devenirs.&lt;br /&gt;
Partir,&lt;br /&gt;
&#224; nouveau,&lt;br /&gt;
de l&#224; o&#249; nous sommes,&lt;br /&gt;
maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, il y a des coups&lt;br /&gt;
qu'ON ne nous fera plus.&lt;br /&gt;
Le coup de &#171; la soci&#233;t&#233; &#187;. A&#192; transformer. A d&#233;truire. A rendre meilleure.&lt;br /&gt;
Le coup du pacte social. Que certains briseraient tandis que les autres peuvent feindre de le &#171; restaurer &#187;.&lt;br /&gt;
Ces coups-l&#224;, ON ne nous les fera plus,&lt;br /&gt;
Il faut &#234;tre un &#233;l&#233;ment militant de la petite-bourgeoisie plan&#233;taire,&lt;br /&gt;
un &lt;i&gt;citoyen&lt;/i&gt; vraiment&lt;br /&gt;
Pour ne pas voir qu'elle n'existe plus,&lt;br /&gt;
La soci&#233;t&#233;.&lt;br /&gt;
Qu'elle a implos&#233;. Qu'elle n'est plus qu'un argument pour la terreur de ceux qui disent la re/pr&#233;senter.&lt;br /&gt;
Elle qui s'est absent&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce qui est social nous est devenu &#233;tranger.&lt;br /&gt;
Nous nous consid&#233;rons comme absolument d&#233;li&#233;s de toute obligation, de toute&lt;br /&gt;
pr&#233;rogative, de toute appartenance&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;sociales.&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&#171; la soci&#233;t&#233; &#187;, &lt;br /&gt;
c'est le nom qu'a souvent re&#231;u l'Irr&#233;parable&lt;br /&gt;
parmi ceux qui voulaient aussi en faire&lt;br /&gt;
l'Inassumable.&lt;br /&gt;
Qui se refuse &#224; ce leurre devra faire&lt;br /&gt;
un pas d'&#233;cart.&lt;br /&gt;
Op&#233;rer&lt;br /&gt;
un l&#233;ger d&#233;placement &lt;br /&gt;
d'avec la commune logique &lt;br /&gt;
de l'Empire et de sa contestation,&lt;br /&gt;
celle de la &lt;i&gt;mobilisation&lt;/i&gt;, &lt;br /&gt;
d'avec leur commune temporalit&#233;,&lt;br /&gt;
celle de &lt;i&gt;l'urgence&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Recommencer veut dire : habiter cet &#233;cart. Assumer la schizophr&#233;nie capitaliste dans le sens d'une croissante facult&#233; de &lt;i&gt;d&#233;subjectivation&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
D&#233;serter &lt;i&gt;tout en gardant les armes&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
Fuir imperceptiblement.&lt;br /&gt;
Recommencer veut dire : rallier la s&#233;cession sociale, l'opacit&#233;, entrer &lt;br /&gt;
&lt;i&gt;en d&#233;mobilisation&lt;/i&gt;,&lt;br /&gt;
soutirant aujourd'hui &#224; tel ou tel r&#233;seau imp&#233;rial de production-consommation les&lt;br /&gt;
moyens de vivre et de lutter pour, au moment choisi, &lt;br /&gt;
le saborder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous parlons d'une nouvelle guerre, &lt;br /&gt;
d'une nouvelle guerre &lt;i&gt;de partisans&lt;/i&gt;. Sans front ni uniforme, sans arm&#233;e ni bataille&lt;br /&gt;
d&#233;cisive.&lt;br /&gt;
Une guerre dont les foyers se d&#233;ploient &#224; l'&#233;cart des flux marchands quoique branch&#233;s sur eux.&lt;br /&gt;
Nous parlons d'une guerre toute en latence. Qui &lt;i&gt;a le temps&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
D'une guerre &lt;i&gt;de position&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
Qui se livre l&#224; o&#249; nous sommes.&lt;br /&gt;
Au nom de personne.&lt;br /&gt;
Au nom de notre existence m&#234;me,&lt;br /&gt;
qui n'a pas de nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Op&#233;rer ce l&#233;ger d&#233;placement.&lt;br /&gt;
Ne plus craindre son temps.&lt;br /&gt;
&#171; Ne pas craindre soin temps est une question d'espace &#187;.&lt;br /&gt;
Dans le squatt. Dans l'orgie. Dans l'&#233;meute. Dans le train ou le village occup&#233;.&lt;br /&gt;
A la recherche, au milieu d'inconnus, d'une &lt;i&gt;free party&lt;/i&gt; introuvable. Je fais l'exp&#233;rience de ce l&#233;ger d&#233;placement. L'exp&#233;rience&lt;br /&gt;
de ma d&#233;subjectivation. Je &lt;i&gt;deviens&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;une singularit&#233; quelconque. Un &lt;i&gt;jeu&lt;/i&gt; s'insinue entre ma pr&#233;sence et tout l'appareil de qualit&#233;s qui me sont ordinairement attach&#233;es.&lt;br /&gt;
Dans les yeux d'un &#234;tre qui, pr&#233;sent, veut m'estimer &lt;i&gt;pour ce que je suis&lt;/i&gt;, je savoure la d&#233;ception&lt;i&gt;, sa&lt;/i&gt; d&#233;ception de me voir devenu si commun, si parfaitement &lt;br /&gt;
&lt;i&gt;accessible.&lt;/i&gt; Dans les gestes d'un autre, c'est une inattendue complicit&#233;.&lt;br /&gt;
Tout ce qui m'isole comme &lt;i&gt;sujet&lt;/i&gt;, comme corps dot&#233; d'une configuration publique&lt;br /&gt;
d'attributs, je le sens fondre. Les corps s'effrangent &#224; leur limite. A leur limite,&lt;br /&gt;
s'indistinguent. Quartier suivant quartier, le quelconque ruine l'&#233;quivalence. Et je parviens &#224; une nudit&#233; nouvelle,&lt;br /&gt;
&#224; une nudit&#233; &lt;i&gt;impropre&lt;/i&gt;, comme v&#234;tue d'amour.&lt;br /&gt;
S'&#233;vade-t-on jamais seul de la prison du Moi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le squatt. Dans l'orgie. Dans l'&#233;meute. Dans le train ou le village occup&#233;. Nous nous&lt;br /&gt;
retrouvons.&lt;br /&gt;
Nous nous retrouvons&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;en singularit&#233;s quelconques&lt;/i&gt;. C'est-&#224;-dire&lt;br /&gt;
non sur la base d'une commune appartenance, &lt;br /&gt;
mais d'une &lt;i&gt;commune pr&#233;sence&lt;/i&gt;. &lt;br /&gt;
C'est cela&lt;br /&gt;
notre besoin de communisme. Le besoin d'espaces de nuit, o&#249; nous puissions&lt;br /&gt;
Nous retrouver&lt;br /&gt;
Par-del&#224;&lt;br /&gt;
nos pr&#233;dicats. &lt;br /&gt;
Par-del&#224; la &lt;i&gt;tyrannie&lt;/i&gt; de la reconnaissance. Qui impose la re/connaissance comme distance&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;finale&lt;/i&gt; entre les corps. Comme in&#233;luctable s&#233;paration. &lt;br /&gt;
Tout ce que l'ON - le fianc&#233;, la famille, le milieu, l'entreprise, l'Etat, l'opinion - me &lt;br /&gt;
Reconna&#238;t, c'est par l&#224; que l'ON croit me tenir. &lt;br /&gt;
Par le rappel constant de ce que je suis, de mes qualit&#233;s, ON voudrait m'abstraire de &lt;br /&gt;
chaque situation, ON voudrait m'extorquer en toute circonstance une fid&#233;lit&#233; &#224; moi-m&#234;me&lt;br /&gt;
qui est une fid&#233;lit&#233; &lt;i&gt;&#224; mes pr&#233;dicats&lt;/i&gt;. &lt;br /&gt;
ON attend de moi que je me comporte en homme, en employ&#233;, en ch&#244;meur, en m&#232;re, en militant ou en philosophe. &lt;br /&gt;
ON veut contenir entre les bornes d'une identit&#233; le cours impr&#233;visible de mes devenirs. &lt;br /&gt;
ON veut me convertir &#224; la religion d'une coh&#233;rence&lt;br /&gt;
Que l'on a choisie pour moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus je suis &lt;i&gt;reconnue&lt;/i&gt;, plus mes gestes sont entrav&#233;s, &lt;i&gt;int&#233;rieurement&lt;/i&gt; entrav&#233;s. Me voil&#224; prise dans le maillage ultra-serr&#233; du nouveau pouvoir. Dans les rets impalpables de la&lt;br /&gt;
nouvelle police : LA POLICE IMPERIALE DES QUALITES. &lt;br /&gt;
Il y a tout un r&#233;seau de dispositifs o&#249; je me coule pour m' &#171; int&#233;grer &#187;, et qui m'&lt;i&gt;incorporent &lt;/i&gt;ces qualit&#233;s. &lt;br /&gt;
Tout un petit syst&#232;me de fichage, d'identification et de flicage mutuels. &lt;br /&gt;
Toute une prescription diffuse de l'absence. &lt;br /&gt;
Tout un appareil de contr&#244;le comporte/mental, qui vise au panoptisme, &#224; la privatisation&lt;br /&gt;
transparentielle, &#224; l'atomisation. &lt;br /&gt;
Et dans lequel je me d&#233;bats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai besoin de devenir anonyme. Pour &#234;tre pr&#233;sente. &lt;br /&gt;
&lt;i&gt;Plus je suis anonyme, plus je suis pr&#233;sente&lt;/i&gt;. &lt;br /&gt;
J'ai besoin de zones d'indistinction&lt;br /&gt;
pour acc&#233;der au Commun. &lt;br /&gt;
Pour ne plus me &lt;i&gt;reconna&#238;tre &lt;/i&gt;dans mon nom. Pour ne plus entendre dans mon nom&lt;br /&gt;
que la voix qui l'appelle. &lt;br /&gt;
Pour faire consister le &lt;i&gt;comment &lt;/i&gt;des &#234;tres, non ce qu'ils sont, mais &lt;i&gt;comment&lt;/i&gt; ils sont ce &lt;br /&gt;
qu'ils sont. Leur forme-de-vie. &lt;br /&gt;
J'ai besoin de zones d'opacit&#233; o&#249; les attributs, &lt;br /&gt;
M&#234;me criminels, m&#234;me g&#233;niaux, &lt;br /&gt;
Ne s&#233;parent plus les corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Devenir&lt;/i&gt; quelconque. Devenir une &lt;i&gt;singularit&#233;&lt;/i&gt; quelconque, n'est pas donn&#233;. &lt;br /&gt;
Toujours possible, mais jamais donn&#233;. &lt;br /&gt;
Il y a une &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt; de la singularit&#233; quelconque. &lt;br /&gt;
Qui consiste &#224; arracher &#224; l'Empire&lt;br /&gt;
Les conditions et les moyens, &lt;br /&gt;
m&#234;me intersticiels, &lt;br /&gt;
De s'&#233;prouver comme tel. &lt;br /&gt;
C'est une politique, parce qu'elle suppose une capacit&#233; d'affrontement, &lt;br /&gt;
Et qu'une nouvelle agr&#233;gation humaine&lt;br /&gt;
lui corresponde. &lt;br /&gt;
Politique de la singularit&#233; quelconque : d&#233;gager ces espaces o&#249; aucun acte n'est plus assignable &#224; aucun corps donn&#233;. &lt;br /&gt;
O&#249; les corps retrouvent l'aptitude au &lt;i&gt;geste &lt;/i&gt;que la savante distribution des dispositifs&lt;br /&gt;
m&#233;tropolitains - ordinateurs, automobiles, &#233;coles, cam&#233;ras, portables, salles de sport, &lt;br /&gt;
h&#244;pitaux, t&#233;l&#233;visions, cin&#233;mas, etc. - leur avait d&#233;rob&#233;e. &lt;br /&gt;
En les reconnaissant. &lt;br /&gt;
En les immobilisant. &lt;br /&gt;
En les faisant tourner &#224; vide. &lt;br /&gt;
En faisant exister la t&#234;te s&#233;par&#233;ment du corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Politique de la singularit&#233; quelconque. &lt;br /&gt;
Un devenir-quelconque est plus r&#233;volutionnaire que n'importe quel &#234;tre-quelconque. &lt;br /&gt;
Lib&#233;rer des espaces nous lib&#232;re cent fois plus que n'importe quel &#171; espace lib&#233;r&#233; &#187;.&lt;br /&gt;
Plus que de mettre en acte un pouvoir, je jouis de la mise en circulation de ma puissance. &lt;br /&gt;
La politique de la singularit&#233; quelconque r&#233;side dans l'offensive. Dans les circonstances, &lt;br /&gt;
les moments et les lieux o&#249; seront arrach&#233;s&lt;br /&gt;
les circonstances, les moments et les lieux &lt;br /&gt;
d'un tel anonymat, &lt;br /&gt;
d'un arr&#234;t momentan&#233; en &#233;tat de simplicit&#233;, &lt;br /&gt;
l'occasion d'extraire de toutes nos formes la &lt;i&gt;pure ad&#233;quation &#224; la pr&#233;sence&lt;/i&gt;, &lt;br /&gt;
l'occasion d'&#234;tre, enfin, &lt;br /&gt;
l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II&lt;br /&gt;
COMMENT FAIRE ? Non pas &lt;i&gt;Que faire ? Comment &lt;/i&gt;faire ? La question des moyens.&lt;br /&gt;
Pas celle des buts, des &lt;i&gt;objectifs,&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;de ce qu'il y a &lt;i&gt;&#224; faire&lt;/i&gt;, strat&#233;giquement, dans l'absolu.&lt;br /&gt;
Celle de ce que l'on &lt;i&gt;peut&lt;/i&gt; faire, tactiquement, en situation,&lt;br /&gt;
et de l'&lt;i&gt;acquisition&lt;/i&gt; de cette puissance.&lt;br /&gt;
Comment faire ? Comment d&#233;serter ? Comment &#231;a marche ? Comment conjuguer mes blessures et le communisme ? Comment rester en guerre sans perdre la tendresse ?&lt;br /&gt;
La question est technique. Pas un probl&#232;me. Les probl&#232;mes sont rentables.&lt;br /&gt;
Ils nourrissent les experts.&lt;br /&gt;
Une question.&lt;br /&gt;
Technique. Qui se redouble en question des techniques de &lt;i&gt;transmission&lt;/i&gt; de ces techniques.&lt;br /&gt;
Comment faire ? Le r&#233;sultat contredit toujours au but. Parce que poser un but&lt;br /&gt;
est encore un moyen,&lt;br /&gt;
un &lt;i&gt;autre &lt;/i&gt;moyen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Que faire&lt;/i&gt; ? Babeuf, Tchernychevski, L&#233;nine. La virilit&#233; classique r&#233;clame un antalgique,&lt;br /&gt;
un mirage, quelque chose. Un &lt;i&gt;moyen&lt;/i&gt; pour s'ignorer encore un peu. En tant que pr&#233;sence.&lt;br /&gt;
En tant que forme-de-vie. En tant qu'&#234;tre en &lt;i&gt;situation&lt;/i&gt;, dot&#233; d'inclinations.&lt;br /&gt;
D'inclinations &lt;i&gt;d&#233;termin&#233;es&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
Que faire ? Le volontarisme comme ultime nihilisme. Comme nihilisme propre&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#224; la virilit&#233; classique&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
Que faire ? La r&#233;ponse est simple : se soumettre encore une fois &#224; la logique de la &lt;br /&gt;
mobilisation, &#224; la temporalit&#233; de l'urgence. Sous pr&#233;texte de r&#233;bellion. Poser des fins,&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;des mots.&lt;/i&gt; Tendre vers leur accomplissement. Vers l'accomplissement &lt;i&gt;des mots&lt;/i&gt;. En &lt;br /&gt;
attendant, remettre l'existence &#224; plus tard. Se mettre entre parenth&#232;ses. Loger dans&lt;br /&gt;
l'exception de soi. A l'&#233;cart du temps. Qui passe. Qui ne passe pas. Qui s'arr&#234;te.&lt;br /&gt;
Jusqu'&#224;... Jusqu'au prochain. But.&lt;br /&gt;
Que faire ? Autrement dit : inutile de vivre. Tout ce que vous n'avez pas v&#233;cu, l'Histoire&lt;br /&gt;
vous le rendra.&lt;br /&gt;
Que faire ? C'est l'oubli de soi qui se projette sur le monde.&lt;br /&gt;
Comme oubli du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Comment faire&lt;/i&gt; ? La question du &lt;i&gt;comment. &lt;/i&gt;Non pas de &lt;i&gt;ce&lt;/i&gt; qu'un &#234;tre, un geste, une chose&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;est&lt;/i&gt;, mais de &lt;i&gt;comment&lt;/i&gt; il est ce qu'il est. De comment ses pr&#233;dicats se rapportent &#224; lui.&lt;br /&gt;
Et lui &#224; eux.&lt;br /&gt;
Laisser &#234;tre. Laisser &#234;tre la b&#233;ance entre le sujet et ses pr&#233;dicats. L'&lt;i&gt;ab&#238;me &lt;/i&gt;de la pr&#233;sence.&lt;br /&gt;
Un homme n'est pas &#171; un homme &#187;. &#171; Cheval blanc &#187; n'est pas &#171; cheval &#187;.&lt;br /&gt;
La question du &lt;i&gt;comment&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;L'attention &lt;/i&gt;au&lt;i&gt; comment&lt;/i&gt;. L'attention &#224; la mani&#232;re dont une&lt;br /&gt;
femme est, et n'est pas,&lt;br /&gt;
une femme - il en faut des dispositifs pour faire d'un &#234;tre de sexe f&#233;minin &#171; une femme &#187;,&lt;br /&gt;
ou d'un homme &#224; la peau noire &#171; un Noir &#187;.&lt;br /&gt;
L'attention &#224; la &lt;i&gt;diff&#233;rence &#233;thique&lt;/i&gt;. A l'&lt;i&gt;&#233;l&#233;ment&lt;/i&gt; &#233;thique. Aux irr&#233;ductibilit&#233;s qui le&lt;br /&gt;
traversent. Ce qui se passe entre les corps dans une occupation est plus int&#233;ressant&lt;br /&gt;
que l'occupation elle-m&#234;me.&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;Comment faire&lt;/i&gt; ? veut dire que l'affrontement militaire avec l'Empire doit &#234;tre subordonn&#233;&lt;br /&gt;
&#224; l'intensification des relations &#224; l'int&#233;rieur de notre parti. Que la politique n'est qu'un&lt;br /&gt;
certain degr&#233; d'intensit&#233; &lt;i&gt;au sein&lt;/i&gt; de l'&#233;l&#233;ment &#233;thique. Que la guerre r&#233;volutionnaire ne &lt;br /&gt;
doit plus &#234;tre confondue avec sa repr&#233;sentation : le moment brut du combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du &lt;i&gt;comment&lt;/i&gt;. Devenir attentif &#224; l'avoir-lieu des choses, des &#234;tres. A leur&lt;br /&gt;
&#233;v&#233;nement. A l'obstin&#233;e et silencieuse saillance de leur temporalit&#233; propre&lt;br /&gt;
sous l'&#233;crasement plan&#233;taire de toutes les temporalit&#233;s&lt;br /&gt;
par celle de l'urgence.&lt;br /&gt;
Le &lt;i&gt;Que faire&lt;/i&gt; ? comme ignorance programmatique de cela. Comme formule inaugurale&lt;br /&gt;
du d&#233;samour affair&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;Que faire&lt;/i&gt; ? revient. Depuis quelques ann&#233;es. Depuis le milieu des ann&#233;es 90, plus que&lt;br /&gt;
Depuis Seattle. Un revival de la &lt;i&gt;critique&lt;/i&gt; fait semblant d'affronter l'Empire&lt;br /&gt;
avec les slogans, les recettes des ann&#233;es 60. Sauf que cette fois, on simule.&lt;br /&gt;
On simule l'innocence, l'indignation, la bonne conscience et le besoin de soci&#233;t&#233;. On remet&lt;br /&gt;
en circulation toute la vieille gamme des affects sociaux-d&#233;mocrates. Des affects&lt;i&gt; chr&#233;tiens&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
Et &#224; nouveau, ce sont les manifestations. Les manifestations tue-d&#233;sir. O&#249; il ne se passe rien.&lt;br /&gt;
Et qui ne manifestent plus&lt;br /&gt;
Que l'absence collective.&lt;br /&gt;
A jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ceux qui ont la nostalgie de Woodstock, de la ganja, de mai 68 et du militantisme, il&lt;br /&gt;
y a les contre-sommets. ON a reconstitu&#233; le d&#233;cor, le &lt;i&gt;possible en moins.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Voil&#224; ce que commande le &lt;i&gt;Que faire&lt;/i&gt; ? aujourd'hui : aller &#224; l'autre bout du monde contester&lt;br /&gt;
la marchandise globale&lt;br /&gt;
pour revenir, apr&#232;s un grand bain d'unanimisme et de s&#233;paration m&#233;diatis&#233;e,&lt;br /&gt;
se soumettre &#224; la marchandise locale.&lt;br /&gt;
Au retour, c'est la photo dans le journal... Tous seuls ensemble !... Il &#233;tait une fois...&lt;br /&gt;
Quelle jeunesse !...&lt;br /&gt;
Dommage pour les quelques corps vivants &#233;gar&#233;s l&#224;, cherchant en vain un espace&lt;br /&gt;
&#224; leur d&#233;sir.&lt;br /&gt;
Ils en reviennent un peu plus ennuy&#233;s. Un peu plus vid&#233;s. R&#233;duits.&lt;br /&gt;
De contre-sommet en contre-sommet, ils finiront bien par comprendre. Ou pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne conteste pas l'Empire sur sa gestion. On ne &lt;i&gt;critique&lt;/i&gt; pas l'Empire.&lt;br /&gt;
On s'&lt;i&gt;oppose&lt;/i&gt; &#224; ses forces.&lt;br /&gt;
L&#224; o&#249; l'on est.&lt;br /&gt;
Dire son avis sur telle ou telle alternative, aller l&#224; o&#249; l'ON nous appelle, cela n'a plus de&lt;br /&gt;
sens. Il n'y a pas de projet global alternatif au projet global de l'Empire. Car il n'y a&lt;br /&gt;
pas de projet global de l'Empire. Il y a une &lt;i&gt;gestion imp&#233;riale&lt;/i&gt;. Toute gestion est&lt;br /&gt;
mauvaise. Ceux qui r&#233;clament une autre soci&#233;t&#233; feraient mieux de commencer par voir&lt;br /&gt;
qu'il n'y en a plus. Et peut-&#234;tre cesseraient-ils alors d'&#234;tre des apprentis-gestionnaires.&lt;br /&gt;
Des citoyens. Des citoyens &lt;i&gt;indign&#233;s&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ordre global ne peut pas &#234;tre pris pour ennemi. Directement.&lt;br /&gt;
Car l'ordre global n'a pas de lieu. Au contraire. C'est plut&#244;t l'ordre des non-lieux.&lt;br /&gt;
Sa perfection n'est pas d'&#234;tre global, mais d'&#234;tre &lt;i&gt;globalement local&lt;/i&gt;. L'ordre global est la conjuration de tout &#233;v&#233;nement parce qu'il est l'occupation achev&#233;e, autoritaire du local.&lt;br /&gt;
On ne s'oppose &#224; l'ordre global que &lt;i&gt;localement&lt;/i&gt;. Par l'extension des zones d'ombre sur les&lt;br /&gt;
cartes de l'Empire. Par leur mise en contact progressive.&lt;br /&gt;
Souterraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique qui vient. Politique de l'insurrection locale contre la gestion globale. De la&lt;br /&gt;
pr&#233;sence regagn&#233;e sur l'absence &#224; soi. Sur l'&#233;tranget&#233; citoyenne, imp&#233;riale.&lt;br /&gt;
Regagn&#233;e par le vol, la fraude, le crime, l'amiti&#233;, l'inimiti&#233;, la conspiration.&lt;br /&gt;
Par &lt;i&gt;l'&#233;laboration de modes de vie qui soient aussi&lt;br /&gt;
des modes de lutte&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
Politique de l'avoir-lieu.&lt;br /&gt;
L'Empire n'a &lt;i&gt;pas lieu&lt;/i&gt;. Il administre l'absence en faisant partout planer la menace palpable&lt;br /&gt;
de l'intervention polici&#232;re. Qui cherche dans l'Empire un adversaire auquel se mesurer&lt;br /&gt;
trouvera l'an&#233;antissement pr&#233;ventif.&lt;br /&gt;
Etre per&#231;u, d&#233;sormais, c'est &#234;tre vaincu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apprendre &#224; devenir indiscernables. A nous confondre. Reprendre go&#251;t&lt;br /&gt;
&#224; l'anonymat, &lt;br /&gt;
&#224; la promiscuit&#233;.&lt;br /&gt;
Renoncer &#224; la distinction,&lt;br /&gt;
Pour d&#233;jouer la r&#233;pression :&lt;br /&gt;
m&#233;nager &#224; l'affrontement les conditions les plus favorables.&lt;br /&gt;
Devenir rus&#233;s. Devenir impitoyables. Et pour cela, devenir quelconques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Comment faire&lt;/i&gt; ? est la question des enfants perdus. Ceux &#224; qui l'on n'a pas dit. Ceux qui&lt;br /&gt;
ont les gestes mal assur&#233;s. A qui rien n'a &#233;t&#233; &lt;i&gt;donn&#233;&lt;/i&gt;. Dont la cr&#233;aturalit&#233;, l'errance ne&lt;br /&gt;
cesse de se trahir.&lt;br /&gt;
La r&#233;volte qui vient est la r&#233;volte des enfants perdus.&lt;br /&gt;
Le fil de la transmission historique a &#233;t&#233; rompu. M&#234;me la tradition r&#233;volutionnaire&lt;br /&gt;
Nous laisse orphelins. Le mouvement ouvrier surtout. Le mouvement ouvrier qui s'est&lt;br /&gt;
retourn&#233; en instrument d'une int&#233;gration sup&#233;rieure au Processus. Au nouveau Processus,&lt;br /&gt;
cybern&#233;tique, de valorisation sociale.&lt;br /&gt;
En 1978, c'est en son nom que le PCI, le &#171; parti aux mains propres &#187;, lan&#231;ait&lt;br /&gt;
La chasse &#224; l'Autonome.&lt;br /&gt;
Au nom de sa conception classiste du prol&#233;tariat, de sa mystique de la soci&#233;t&#233;,&lt;br /&gt;
du respect du travail, de l'utile et de la d&#233;cence.&lt;br /&gt;
Au nom de la d&#233;fense des &#171; acquis d&#233;mocratiques &#187; et de l'Etat de droit.&lt;br /&gt;
Le mouvement ouvrier qui se sera surv&#233;cu dans l'op&#233;ra&#239;sme.&lt;br /&gt;
Seule critique existante du capitalisme &lt;i&gt;du&lt;/i&gt; &lt;i&gt;point de vue de la Mobilisation Totale&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
Doctrine redoutable et paradoxale,&lt;br /&gt;
Qui aura sauv&#233; l'objectivisme marxiste en ne parlant plus que de &#171; subjectivit&#233; &#187;.&lt;br /&gt;
Qui aura port&#233; &#224; un raffinement in&#233;dit la d&#233;n&#233;gation du &lt;i&gt;comment&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
La r&#233;sorption du geste dans son produit.&lt;br /&gt;
L'urticaire du &lt;i&gt;futur ant&#233;rieur&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
De ce que toute chose &lt;i&gt;aura &#233;t&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique est devenue vaine. La critique est devenue vaine parce qu'elle &#233;quivaut &#224; une&lt;br /&gt;
absence. Quant &#224; l'ordre dominant, tout le monde sait &#224; quoi s'en tenir. Nous n'avons &lt;br /&gt;
plus besoin de th&#233;orie &lt;i&gt;critique&lt;/i&gt;. Nous n'avons plus besoin de professeurs. La critique roule&lt;br /&gt;
pour la domination, d&#233;sormais. &lt;i&gt;M&#234;me la critique de la domination&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
Elle reproduit l'absence. Elle nous parle de l&#224; o&#249; nous ne sommes pas. Elle nous propulse&lt;br /&gt;
ailleurs. Elle nous consomme. Elle est l&#226;che. Et reste bien &#224; l'abri&lt;br /&gt;
quand elle nous envoie au carnage.&lt;br /&gt;
Secr&#232;tement amoureuse de son objet, elle ne cesse de nous mentir.&lt;br /&gt;
D'o&#249; les si courtes idylles entre prol&#233;taires et intellectuels engag&#233;s.&lt;br /&gt;
Ces mariages de &lt;i&gt;raison&lt;/i&gt; o&#249; l'on n'a la m&#234;me id&#233;e ni du plaisir ni de la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t que de nouvelles critiques, c'est de nouvelles cartographies&lt;br /&gt;
que nous avons besoin.&lt;br /&gt;
Des cartographies non de l'Empire, mais des lignes de fuite hors de lui.&lt;br /&gt;
Comment faire ? Nous avons besoin de cartes. Non pas de cartes de ce qui est hors carte.&lt;br /&gt;
Mais de cartes de navigation. De cartes &lt;i&gt;maritimes&lt;/i&gt;. D'outils d'&lt;i&gt;orientation&lt;/i&gt;. Qui ne &lt;br /&gt;
cherchent pas &#224; dire, &#224; repr&#233;senter ce qu'il y a &#224; l'int&#233;rieur des diff&#233;rents archipels de la&lt;br /&gt;
d&#233;sertion, mais nous indiquent comment les rejoindre.&lt;br /&gt;
Des &lt;i&gt;portulans&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III&lt;br /&gt;
NOUS SOMMES le mardi 17 septembre 1996, peu avant l'aube. Le ROS (Regroupement&lt;br /&gt;
Op&#233;rationnel Sp&#233;cial) coordonne dans toute la p&#233;ninsule l'arrestation &lt;br /&gt;
de 70 anarchistes italiens.&lt;br /&gt;
Il s'agit de mettre un terme &#224; 15 ans d'enqu&#234;tes infructueuses au sujet des anarchistes insurrectionalistes.&lt;br /&gt;
La technique est connue : fabriquer un &#171; repenti &#187;, lui faire d&#233;noncer l'existence d'une&lt;br /&gt;
vaste organisation subversive hi&#233;rarchis&#233;e.&lt;br /&gt;
Puis accuser sur la base de cette cr&#233;ation chim&#233;rique tous ceux que l'on veut&lt;br /&gt;
neutraliser d'en faire partie.&lt;br /&gt;
Encore une fois ass&#233;cher la mer pour prendre les poissons.&lt;br /&gt;
M&#234;me quand il ne s'agit que d'un &#233;tang minuscule.&lt;br /&gt;
Et de quelques gardons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#171; note informative de service &#187; a &#233;chapp&#233; au ROS&lt;br /&gt;
sur cette affaire.&lt;br /&gt;
Il y expose sa strat&#233;gie.&lt;br /&gt;
Fond&#233; sur les principes du g&#233;n&#233;ral Dalla Chiesa, le ROS est le type m&#234;me du service&lt;br /&gt;
imp&#233;rial de contre-insurrection.&lt;br /&gt;
Il travaille sur la population.&lt;br /&gt;
L&#224; o&#249; une intensit&#233; s'est produite, l&#224; o&#249; quelque chose s'est pass&#233;, il est le &lt;i&gt;french doctor&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
de la situation. Celui qui pose,&lt;br /&gt;
sous couvert de prophylaxie,&lt;br /&gt;
les cordons sanitaires visant &#224; isoler&lt;br /&gt;
la contagion.&lt;br /&gt;
Ce qu'il redoute, il le dit. Dans ce document, il l'&#233;crit. Ce qu'il redoute, c'est le &#171; &lt;i&gt;mar&#233;cage&lt;br /&gt;
de l'anonymat politique &#187;.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
L'Empire a peur.&lt;br /&gt;
L'Empire a peur que nous devenions quelconques. Un milieu d&#233;limit&#233;,&lt;br /&gt;
une organisation combattante. Il ne le craint pas. Mais une constellation expansive de&lt;br /&gt;
squatts, de fermes autog&#233;r&#233;es, d'habitations collectives, de rassemblements &lt;i&gt;fine a se&lt;br /&gt;
stesso&lt;/i&gt;, de radios, de techniques et d'id&#233;es. L'ensemble reli&#233; par une intense circulation&lt;br /&gt;
des corps, et des affects entre les corps. C'est une autre affaire.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
La &lt;i&gt;conspiration des corps&lt;/i&gt;. Non des esprits critiques, mais des &lt;i&gt;corpor&#233;it&#233;s critiques.&lt;/i&gt; Voil&#224; &lt;br /&gt;
ce que l'Empire redoute. Voil&#224; ce qui lentement advient,&lt;br /&gt;
avec l'accroissement des flux&lt;br /&gt;
de la d&#233;fection sociale.&lt;br /&gt;
Il y a une opacit&#233; inh&#233;rente au &lt;i&gt;contact &lt;/i&gt;des corps. Et qui n'est pas compatible avec le&lt;br /&gt;
r&#232;gne imp&#233;rial d'une lumi&#232;re qui n'&#233;claire plus les choses&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;que pour les d&#233;sint&#233;grer&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
Les Zones d'Opacit&#233; Offensive ne sont pas&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#224; cr&#233;er&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
Elles sont d&#233;j&#224; l&#224;, dans tous les rapports o&#249; survient une v&#233;ritable&lt;br /&gt;
mise en jeu des corps.&lt;br /&gt;
Ce qu'il faut, c'est &lt;i&gt;assumer&lt;/i&gt; que nous avons part &#224; cette opacit&#233;. Et se doter des moyens&lt;br /&gt;
de l'&#233;tendre,&lt;br /&gt;
de la d&#233;fendre.&lt;br /&gt;
Partout o&#249; l'on parvient &#224; d&#233;jouer les dispositifs imp&#233;riaux, &#224; ruiner tout le travail&lt;br /&gt;
quotidien du Biopouvoir et du Spectacle pour exciper de la population une fraction de &lt;br /&gt;
citoyens. Pour isoler de nouveaux &lt;i&gt;untorelli&lt;/i&gt;. Dans cette indistinction reconquise&lt;br /&gt;
se forme spontan&#233;ment&lt;br /&gt;
un tissu &#233;thique autonome,&lt;br /&gt;
un plan de consistance &lt;br /&gt;
s&#233;cessionniste.&lt;br /&gt;
Les corps s'agr&#232;gent. Retrouvent le souffle. Conspirent.&lt;br /&gt;
Que de telles zones soient vou&#233;es &#224; l'&#233;crasement militaire importe peu. Ce qui importe, &lt;br /&gt;
c'est &#224; chaque fois&lt;br /&gt;
de m&#233;nager une voie de retraite assez s&#251;re. Pour se r&#233;agr&#233;ger ailleurs.&lt;br /&gt;
Plus tard. &lt;br /&gt;
Ce que sous-tendait le probl&#232;me &lt;i&gt;Que faire&lt;/i&gt; ?, c'&#233;tait le &lt;i&gt;mythe&lt;/i&gt; de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale.&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Ce qui r&#233;pond &#224; la question &lt;i&gt;Comment faire&lt;/i&gt; ?, c'est la &lt;i&gt;pratique&lt;/i&gt; de la GREVE HUMAINE.&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale laissait entendre qu'il y avait une exploitation limit&#233;e&lt;br /&gt;
dans le temps, et dans l'espace,&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;une ali&#233;nation parcellaire, due &#224; un ennemi reconnaissable, et donc vincible.&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;La gr&#232;ve humaine r&#233;pond &#224; une &#233;poque o&#249; les limites entre le travail et la vie ach&#232;vent de s'estomper.&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;O&#249; consommer et survivre,&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;produire des &#8220;textes subversfs&#8221; et parer aux effets les plus nocifs de la civilisation&lt;br /&gt;
industrielle,&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;faire du sport, l'amour, &#234;tre parent ou sous Prozac.&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;Tout est travail.&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;Car l'Empire g&#232;re, dig&#232;re, absorbe et r&#233;int&#232;gre&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;tout ce qui vit.&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;M&#234;me &#171; ce que je suis &#187;, la subjectivation que je ne d&#233;mens pas &lt;i&gt;hic et nunc,&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;tout est productif.&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;L'Empire a tout mis au travail.&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Id&#233;alement, mon profil professionnel co&#239;ncidera avec mon propre visage.&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;M&#234;me s'il ne sourit pas.&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Les grimaces du rebelle se vendent tr&#232;s bien, apr&#232;s tout.&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Empire, c'est-&#224;-dire que les moyens de production sont devenus des moyens de contr&#244;le &lt;br /&gt;
dans le m&#234;me temps o&#249; l'inverse s'av&#233;rait.&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Empire signifie que d&#233;sormais le moment politique &lt;i&gt;domine&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;le moment &#233;conomique.&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Et contre cela, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale ne peut plus rien.&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Ce qu'il faut opposer &#224; l'Empire, c'est la gr&#232;ve humaine.&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Qui ne s'attaque jamais aux rapports de production sans s'attaquer en m&#234;me temps&lt;br /&gt;
aux rapports affectifs qui les soutiennent.&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Qui sape l'&#233;conomie libidinale inavouable, &lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;restitue l'&#233;l&#233;ment &#233;thique - le &lt;i&gt;comment&lt;/i&gt; - refoul&#233; dans chaque contact entre les corps neutralis&#233;s.&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;La gr&#232;ve humaine, c'estla gr&#232;ve qui, l&#224; o&#249; l'ON s'attendrait&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&#224; telle ou telle r&#233;action pr&#233;visible,&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&#224; tel ou tel ton contrit ou indign&#233;,&lt;strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;/strong&gt;PREFERE NE PAS.&lt;strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;/strong&gt;Se d&#233;robe au dispositif. Le sature, ou l'&#233;clate.&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Se reprend, pr&#233;f&#233;rant&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;autre chose.&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Autre chose qui n'est pas circonscrit dans les possibles autoris&#233;s par le dispositif.&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Au guichet de tel ou tel service social, aux caisses de tel ou tel supermarch&#233;, dans une conversation polie, lors d'une intervention des flics,&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;selon le rapport de force,&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;la gr&#232;ve humaine fait consister l'espace entre les corps,&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;pulv&#233;rise le &lt;i&gt;double bind&lt;/i&gt; o&#249; ils sont pris,&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;les accule &#224; la pr&#233;sence&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Il y a tout un luddisme &#224; inventer, un luddisme des rouages humains&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;qui font tourner le Capital.&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
En Italie, le f&#233;minisme radical a &#233;t&#233; une forme embryonnaire de la gr&#232;ve humaine.&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;&#171; Plus de m&#232;res, de femmes et de filles, d&#233;truisons les familles ! &#187; &lt;/i&gt; &#233;tait une invitation au geste de casser les encha&#238;nements pr&#233;vus,&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;de lib&#233;rer les possibles comprim&#233;s.&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;C'&#233;tait une atteinte aux commerces affectifs foireux, &#224; la prostitution ordinaire.&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;C'&#233;tait un appel au d&#233;passement du couple, comme unit&#233; &#233;l&#233;mentaire de gestion&lt;br /&gt;
de l'ali&#233;nation.&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Appel &#224; une complicit&#233;, donc.&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Pratique intenable sans circulation, sans contagion.&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;La gr&#232;ve des femmes appelait implicitement celle des hommes et des enfants, appelait &#224; vider les usines, les &#233;coles, les bureaux et les prisons,&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&#224; r&#233;inventer pour chaque situation une autre mani&#232;re d'&#234;tre, un autre &lt;i&gt;comment.&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;L'Italie des ann&#233;es 70 &#233;tait une gigantesque zone de gr&#232;ve humain&lt;i&gt;e.&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Les autor&#233;ductions, les braquages, les quartiers squatt&#233;s, les manifestations arm&#233;es, les radios libres, les innombrables cas de &#8220;syndrome de Stockholm&#8221;,&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;m&#234;me les fameuses lettres de Moro d&#233;tenu, vers la fin, &#233;taient&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;des pratiques de gr&#232;ve humaine.&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Les staliniens parlaient alors d' &#171; irrationalit&#233; diffuse &#187;, c'est dire.&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Il y a des auteurs aussi&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;chez qui c'est tout le temps &lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;la gr&#232;ve humaine.&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Chez Kafka, chez Walser ;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;ou chez Michaux,&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;par exemple.&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Acqu&#233;rir &lt;i&gt;collectivement&lt;/i&gt; cette facult&#233; de secouer&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;les familiarit&#233;s.&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Cet art de fr&#233;quenter en soi-m&#234;me &lt;br /&gt;
l'h&#244;te le plus inqui&#233;tant.&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Dans la guerre pr&#233;sente,&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;o&#249; le r&#233;formisme d'urgence du Capital doit prendre les habits du r&#233;volutionnaire pour se&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;faire entendre,&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;o&#249; les combats les plus d&#233;mokrates, ceux des contre-sommets,&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;ont recours &#224; l'action directe,&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;un r&#244;le nous est r&#233;serv&#233;.&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Celui de martyrs de l'ordre d&#233;mokratique,&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;qui frappe pr&#233;ventivement tout corps qui &lt;i&gt;pourrait&lt;/i&gt; frapper.&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Je devrais entonner la rh&#233;torique de la victime. Puisque, c'est connu,&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;tout le monde est victime, les oppresseurs eux-m&#234;mes.&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Et savourer qu'une discr&#232;te circulation du masochisme&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;r&#233;enchante la situation.&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
La gr&#232;ve humaine, aujourd'hui, c'est&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;refuser de jouer le r&#244;le de la victime.&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;S'attaquer &#224; lui.&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Se r&#233;approprier la violence.&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;S'arroger l'impunit&#233;.&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Faire comprendre aux citoyens m&#233;dus&#233;s&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;que s'il n'entrent pas en guerre ils y sont quand m&#234;me.&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Que l&#224; o&#249; l'ON nous dit que c'est &#231;a ou mourir, c'est toujours&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;en r&#233;alit&#233;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&#231;a &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; mourir.&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Ainsi,&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;de gr&#232;ve humaine&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;en gr&#232;ve humaine, propager&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;l'insurrection,&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;o&#249; il n'y a plus que,&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;o&#249; nous sommes tous&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;des singularit&#233;s&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;quelconques.&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;. Si vous le pouvez, pr&#233;f&#233;rez le .pdf. Il est plus proche de l'original.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;. Ce texte &#224; &#233;t&#233; &#233;crit en vue d'une parution italienne, au printemps 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;. Comment faire ?&lt;br&gt;
&lt;i&gt;est le dernier article de Tiqqun 2, zone d'opacit&#233; offensive &lt;br&gt;
paru en octobre 2001, et diffus&#233; par Belles lettres.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://www.infokiosques.net/IMG/pdf/tiqqun2_comment_faire.pdf" length="289038" type="application/pdf" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Introduction &#224; la vie non-fasciste</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article115</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.infokiosques.net/spip.php?article115</guid>
		<dc:date>2004-03-22T08:11:19Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Foucault</dc:creator>


		<dc:subject>Anarchismes, anarchie</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosk/distro de l'ex-Ekluserie (Rennes)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Extraits de &lt;i&gt;Dits et Ecrits III&lt;/i&gt;, o&#249; le camarade Foucault nous parle de la vie.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique15" rel="directory"&gt;I&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Anarchismes, anarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Infokiosk/distro de l'ex-Ekluserie (Rennes)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH140/arton115-eb7f7.jpg?1780461316' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='140' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#034; [...] On pourrait dire que l'Anti-&#338;dipe est une &lt;i&gt;Introduction &#224; la vie non-fasciste.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet art de vivre contraire &#224; toutes les formes de fascisme, qu'elles soient install&#233;es ou proches de l'&#234;tre, s'accompagne d'un certain nombre de principes essentiels, que je r&#233;sumerais comme suit si je devais faire de ce grand livre un manuel ou un guide de vie quotidienne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; lib&#233;rez l'action politique de toute forme de parano&#239;a unitaire et totalisante ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; faites cro&#238;tre l'action, la pens&#233;e et les d&#233;sirs par prolif&#233;ration, juxtaposition et disjonction, plut&#244;t que par subdivision et hi&#233;rarchisation pyramidale ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; affranchissez-vous des vielles cat&#233;gories du n&#233;gatif (la loi, la limite, la castration, le manque, la lacune), que la pens&#233;e occidentale a si longtemps sacralis&#233;es comme forme du pouvoir et mode d'acc&#232;s &#224; la r&#233;alit&#233;.&lt;br&gt;
Pr&#233;f&#233;rez ce qui est positif et multiple, la diff&#233;rence &#224; l'uniforme, le flux aux unit&#233;s, les agencements mobiles aux syst&#232;mes. Consid&#233;rez que ce qui est productif n'est pas s&#233;dentaire, mais nomade ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; n'imaginez pas qu'il faille &#234;tre triste pour &#234;tre militant, m&#234;me si la chose qu'on combat est abominable. C'est le lien du d&#233;sir &#224; la r&#233;alit&#233; (et non sa fuite dans les formes de la repr&#233;sentation) qui poss&#232;de une force r&#233;volutionnaire ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; n'utilisez pas la pens&#233;e pour donner &#224; une pratique politique une valeur de v&#233;rit&#233; ; ni l'action politique pour discr&#233;diter une pens&#233;e, comme si elle n'&#233;tait que pure sp&#233;culation. Utilisez la pratique politique comme un intensificateur de la pens&#233;e, et l'analyse comme un multiplicateur des formes et des domaines d'intervention de l'action politique ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; n'exigez pas de la politique qu'elle r&#233;tablisse des &#034;droits&#034; de l'individu tels que la philosophie les a d&#233;finis, l'individu est le produit du pouvoir. Ce qu'il faut, c'est d&#233;sindividualiser par la multiplication et le d&#233;placement les divers agencements. Le groupe ne doit pas &#234;tre le lien organique qui unit des individus hi&#233;rarchis&#233;s, mais un constant g&#233;n&#233;rateur de &#034;d&#233;sindividualisation&#034; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ne tombez pas amoureux du pouvoir.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel FOUCAULT, &lt;i&gt;Dits et Ecrits III.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://www.infokiosques.net/IMG/pdf/vie_non_fasciste.pdf" length="53117" type="application/pdf" />
		
		<enclosure url="https://www.infokiosques.net/IMG/pdf/foucault_preface_Antioedipe.pdf" length="18570" type="application/pdf" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>4 pages de pr&#233;sentation du site Infokiosques.net</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article124</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.infokiosques.net/spip.php?article124</guid>
		<dc:date>2004-03-12T01:02:30Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Collectif</dc:creator>


		<dc:subject>Infokiosk/distro de l'ex-Ekluserie (Rennes)</dc:subject>
		<dc:subject>Guides pratiques</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Flyer de pr&#233;sentation d'infokiosques.net, &#224; photocopier et diffuser autour de vous !&lt;br class='manualbr' /&gt;(La version 2004 est l&#224; juste pour la m&#233;moire du site, mais cette version est p&#233;rim&#233;e, pr&#233;f&#233;rez donc la version 2003-2015.)&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique38" rel="directory"&gt;WEB&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Infokiosk/distro de l'ex-Ekluserie (Rennes)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;Guides pratiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L106xH150/arton124-7fed0.jpg?1780461316' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff124.jpg?1639050271&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Flyer de pr&#233;sentation d'infokiosques.net, &#224; photocopier et diffuser autour de vous !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pdf version page par page : &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_2747 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;68&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/pdf/flyer-presentation-infokiosques-2015-pageparpage.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 1.9 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1780453177' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;sentation Infokiosques.net 2003-2015 (page par page)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;4 pages A5
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pdf version cahier : &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_2748 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;90&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/pdf/flyer-presentation-infokiosques-2015-cahier.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 1.9 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1780453177' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;sentation Infokiosques.net 2003-2015 (cahier)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;4 pages A5 (une feuille A4 recto-verso)
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;A titre purement d'archive, n'h&#233;sitez pas &#224; consulter la pr&#233;sentation (p&#233;rim&#233;e) de 2004&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_2704 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;120&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/pdf/presentation-iknet_8p_a4_fil.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 176.9 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1780453177' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;sentation Infokiosques.net 2004 avec les personnages de la Bible en Lego (page par page)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;8 pages A4 format paysage.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_168 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;121&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/pdf/prez-IK.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 157 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1780453177' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;sentation Infokiosques.net 2004 avec les personnages de la Bible en Lego (cahier)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;8 pages A6 (format &#224; l'italienne).
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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