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		<title>Arenc, le matin des centres de r&#233;tention</title>
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		<dc:date>2024-11-24T18:59:08Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Z (revue)</dc:creator>


		<dc:subject>Prison, justice, r&#233;pression</dc:subject>
		<dc:subject>Migrations, luttes contre les fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>Antiracisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1960, Arenc est un lieu dont personne ne se pr&#233;occupe. Pourtant, c'est dans l'utilisation que l'administration a faite de ce hangar v&#233;tuste du port autonome de Marseille qu'ont &#233;t&#233; rationalis&#233;es les pratiques d'expulsion, de refoulement et de reconduite &#224; la fronti&#232;re des &#233;trangers jug&#233;s ind&#233;sirables. Arenc, c'est l'anc&#234;tre des centres de r&#233;tention ; son histoire nous raconte l'av&#232;nement de ces lieux d'enfermement finalement banalis&#233;s et inscrits dans le droit, r&#233;primant non pas un acte mais un &#233;tat, celui de ne pas avoir les bons papiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Texte publi&#233; en 2009 dans le n&#176;2 de la revue &lt;i&gt;Z&lt;/i&gt;, &#034;Marseille&#034;.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique5" rel="directory"&gt;A&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot20" rel="tag"&gt;Prison, justice, r&#233;pression&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot35" rel="tag"&gt;Migrations, luttes contre les fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot96" rel="tag"&gt;Antiracisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH87/logo-a4597.png?1780486498' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='87' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/survol.png?1699348858&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Arenc, le matin des centres de r&#233;tention &#8212; Enqu&#234;te sur l'enfermement des &#233;trangers&#183;&#232;res &#224; Marseille, de 1963 &#224; 2006&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans les ann&#233;es 1960, Arenc est un lieu dont personne ne se pr&#233;occupe. Pourtant, c'est dans l'utilisation que l'administration a faite de ce hangar v&#233;tuste du port autonome de Marseille qu'ont &#233;t&#233; rationalis&#233;es les pratiques d'expulsion, de refoulement et de reconduite &#224; la fronti&#232;re des &#233;trangers jug&#233;s ind&#233;sirables. Arenc, c'est l'anc&#234;tre des centres de r&#233;tention ; son histoire nous raconte l'av&#232;nement de ces lieux d'enfermement finalement banalis&#233;s et inscrits dans le droit, r&#233;primant non pas un acte mais un &#233;tat, celui de ne pas avoir les bons papiers.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir des ann&#233;es 1960, la police enferme des &#233;trangers en toute discr&#233;tion sur les quais marseillais d'Arenc, afin de les faire embarquer plus facilement dans un avion ou un bateau &#224; destination de leur pays dit d'origine. Lorsque ces activit&#233;s sont d&#233;couvertes en 1975, l'affaire de &#171; la prison clandestine &#187; fait grand bruit et une importante mobilisation met en accusation le gouvernement Jacques Chirac&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sous la pr&#233;sidence de Val&#233;ry Giscard d'Estaing.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; alors en exercice. Mais la r&#233;tention administrative sera finalement l&#233;galis&#233;e par le ministre Christian Bonnet en 1980. Elle ne sera jamais remise en cause et certainement pas par les socialistes qui arrivent au pouvoir alors, apr&#232;s s'&#234;tre pourtant engag&#233;s contre Arenc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mohamed, celui par qui le scandale arriva&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du 11 au 20 avril 1975, Mohamed Mohamed Cherif, un p&#234;cheur d'origine marocaine en situation r&#233;guli&#232;re, ne donne plus signe de vie &#224; son entourage apr&#232;s avoir r&#233;pondu &#224; une convocation au service des &#233;trangers de l'H&#244;tel de police de Marseille. Son avocat s'inqui&#232;te : Mohamed est alors en pleine proc&#233;dure contentieuse contre les autorit&#233;s consulaires de son pays, qu'il accuse de l'avoir violent&#233;, et un repr&#233;sentant marocain en France l'a d&#233;j&#224; ouvertement menac&#233; d'expulsion. Ma&#238;tre Sixte Ugolini, &#233;galement responsable local du Syndicat des avocats de France (SAF), alerte alors l'opinion en tenant une conf&#233;rence de presse, parlant &#171; d'enl&#232;vement &#187; puisque son client n'a &#171; pas &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; au Parquet au terme de la dur&#233;e l&#233;gale de la garde &#224; vue &#187;. Il harc&#232;le l'administration par t&#233;l&#233;phone et par des visites r&#233;p&#233;t&#233;es &#224; la pr&#233;fecture, et finit par obtenir d'un fonctionnaire, qui pr&#233;f&#232;re garder l'anonymat, un num&#233;ro de t&#233;l&#233;phone. Il le compose et se rend compte qu'&#171; il y avait quelque chose. Le d&#233;bat fut vif, on me demanda comment j'avais obtenu ce num&#233;ro. Je ne savais pas &#224; quoi j'avais affaire, mais je les ai pr&#233;venus que je ne l&#226;cherai pas &#187;. Deux journalistes locaux, Alex Panzani de La Marseillaise et Jean-Claude Baillon du Proven&#231;al, se saisissent de l'affaire, avertis par l'avocat qui compte secouer le panier de crabes. &#171; Au d&#233;but, Defferre (le maire socialiste de Marseille) a voulu les faire taire, jusqu'&#224; ce qu'il comprenne que c'&#233;tait vraiment grave &#187;, se souvient Me Ugolini. Finalement, face &#224; l'attention que l'affaire suscite, Mohamed est rel&#226;ch&#233; juste avant d'&#234;tre embarqu&#233; &#224; S&#232;te. De retour &#224; Marseille, il peut livrer son t&#233;moignage. Il raconte alors qu'&#224; l'H&#244;tel de police, on l'a forc&#233; &#224; signer un document dont il n'avait pas pu prendre connaissance avant d'&#234;tre enferm&#233; pendant six jours &#171; dans un hangar &#224; la Joliette (un quartier du 2e arrondissement de Marseille) sans savoir pr&#233;cis&#233;ment ce qui allait se passer&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le Marocain &#8220;disparu&#8221; raconte&#8230; &#187;, Le Proven&#231;al, 20 avril 1975&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_9235 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/png/capture_d_ecran_du_2023-11-07_09-42-20.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH319/capture_d_ecran_du_2023-11-07_09-42-20-a213d.png?1780486498' width='500' height='319' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; D'&#233;tranges mouvements de fourgons &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est gr&#226;ce &#224; Latif&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pr&#233;nom a &#233;t&#233; chang&#233;. Voir plus bas&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qu'un hangar sur les quais d'Arenc est identifi&#233; comme &#233;tant l'endroit o&#249; Mohamed, et bien d'autres, ont &#233;t&#233; et sont toujours retenus. Le 15 avril 1975, alors qu'il aurait d&#251; repartir libre apr&#232;s l'audience o&#249; il &#233;tait jug&#233; pour une petite affaire de droit commun, Latif est embarqu&#233; dans un fourgon de police au seuil du Palais de Justice, sous les yeux de ses parents venus le chercher. Se doutant d'un probl&#232;me, ils avertissent Me Ugolini et suivent le fourgon jusqu'aux barri&#232;res du port autonome. C'est d&#233;sormais certain, le lieu d'enfermement se situe sur les quais d'Arenc. Me Ugolini poursuit l'enqu&#234;te : &#171; Certains de mes clients d'origine &#233;trang&#232;re &#233;voquaient un curieux endroit sur les quais dont ils avaient entendu parler, et des dockers me disaient avoir remarqu&#233; d'&#233;tranges mouvements de fourgons. &#187; Gr&#226;ce &#224; la m&#233;diatisation de l'histoire de Mohamed, d'autres parents de personnes enferm&#233;es dans le hangar se manifestent. En planque, dans la matin&#233;e du 19 avril 1975, Alex Panzani, Alain Dugrand de Lib&#233;ration et le vice-pr&#233;sident du SAF Fran&#231;ois-No&#235;l Bernardi r&#233;ussissent &#224; photographier plusieurs Marocains transf&#233;r&#233;s du hangar jusqu'au bateau les renvoyant dans leur pays d'origine. Publi&#233;s dans la presse, les clich&#233;s sont la preuve ultime de l'institutionnalisation d'une pratique dont Mohamed et Latif ne sont pas les seules victimes. Par la suite, de nombreux autres cas d'enfermement arbitraire seront m&#233;diatis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une prison pas si clandestine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_9236 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH377/capture_d_ecran_du_2023-11-07_09-42-47-83610.png?1780486499' width='500' height='377' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une partie de la presse ainsi que les personnes mobilis&#233;es pour d&#233;noncer l'affaire prennent d&#232;s lors l'habitude de parler d'Arenc comme d'une &#171; prison clandestine &#187;. Clandestine aux yeux des individus certes, mais pas pour l'administration. En effet, le fonctionnement d'Arenc n'&#233;chappe pas aux autorit&#233;s ; et ce n'est pas seulement le fait de quelques fonctionnaires z&#233;l&#233;s. En 1963, le b&#226;timent a fait l'objet d'une transaction entre le propri&#233;taire des murs, la Chambre de commerce et d'industrie de Marseille, et le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une prison clandestine de la police fran&#231;aise, Alex Panzani, Maspero, 1975.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Son existence est connue jusqu'aux sommets de la hi&#233;rarchie, et son fonctionnement encadr&#233; par de hauts responsables. Lorsque le scandale &#233;clate et qu'on demande &#224; l'administration de rendre des comptes, le pr&#233;fet des Bouches-du-Rh&#244;ne Pierre Somveille assume ainsi publiquement l'utilisation du hangar en d&#233;clarant prendre &#171; l'enti&#232;re responsabilit&#233; des mesures concernant les &#233;trangers dans les Bouches-du-Rh&#244;ne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'emprisonnement &#224; Arenc n'est r&#233;gi par aucune loi, aucun r&#232;glement public ; aucune proc&#233;dure officielle ne semble exister pour conf&#233;rer &#224; d'autres autorit&#233;s que celle du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur un droit de regard sur ce qui s'y passe. Ainsi, pendant une d&#233;cennie, pas de magistrats, pas d'avocats, pas de b&#233;n&#233;voles, pas de journalistes : personne pour restreindre le pouvoir discr&#233;tionnaire de la Pr&#233;fecture en mati&#232;re d'enfermement des &#233;trangers, personne pour porter un regard sur les pratiques mises en &#339;uvre. M&#234;me dans les &#171; camps d'assignation &#224; r&#233;sidence surveill&#233;e &#187;&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La politique des camps d'internement &#187;, Benjamin Stora, L'Histoire n&#176; 140, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, o&#249; &#233;taient maintenus les &#233;trangers suspect&#233;s de soutenir le FLN&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Front de lib&#233;ration nationale &#233;tait un parti socialiste cr&#233;&#233; en 1954, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pendant la guerre d'Alg&#233;rie entre 1958 et 1962, l'administration faisait l'objet d'un contr&#244;le de la part des &#233;lus locaux, des journalistes et d'associations telles que la Croix-Rouge et la Cimade&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le &#171; Comit&#233; inter mouvement aupr&#232;s des &#233;vacu&#233;s &#187; (Cimade) est cr&#233;&#233; en 1939 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La diff&#233;rence entre un camp comme celui du Larzac, &#171; l'un des plus importants camps dans les annales fran&#231;aises de l'internement administratif&#8239;[&#171; Entre r&#233;pression polici&#232;re et prise en charge sanitaire et sociale : le cas du centre d'assignation de Larzac (1957-1963) &#187;, Marc Bernardot, Bulletin de l'IHTP n &#176; 80, 2004.]] &#187;, et Arenc, c'est la discr&#233;tion. Le camp du Larzac ne pouvait &#233;chapper &#224; une vigilance ext&#233;rieure, &#233;tant donn&#233; sa visibilit&#233; sur le territoire et l'impact important sur son environnement, en termes &#233;conomiques et policiers. Arenc, &#224; l'inverse, s'installe et fonctionne sans faire parler de lui. L'inauguration se fait en catimini avec le commissaire d'arrondissement, et le port autonome offre une enceinte s&#233;curis&#233;e o&#249;, encore aujourd'hui, on ne peut entrer que muni d'une autorisation. Pour plus de discr&#233;tion, les CRS qui s'occupent dans un premier temps de la surveillance sont remplac&#233;s en 1969 par les agents de la police aux fronti&#232;res (PAF)&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une prison clandestine de la police fran&#231;aise, op.cit.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pas de barbel&#233;s, pas de baraques, rien n'est visible de l'ext&#233;rieur. Seul un escalier surplomb&#233; par une sorte de mirador o&#249; un agent surveille les all&#233;es et venues sans se faire remarquer pourrait laisser penser que ce hangar-l&#224; n'est pas tout &#224; fait comme les autres. Pr&#233;figurant les choix qui seront faits par la suite pour la construction des centres de r&#233;tention administrative (CRA), l'architecture du hangar permet isolement et discr&#233;tion par rapport au reste de la population. D'ailleurs, lorsqu'en 2006 le CRA de Marseille est transf&#233;r&#233; du port au quartier du Canet, le projet de construction explique qu'il s'agit de ne perdre aucun des avantages qu'offraient le vieux hangar : &#171; Le but est de ne rien montrer, de ne rien d&#233;montrer puisqu'il n'y a rien &#224; voir, rien de visible y compris depuis l'autoroute dont nous avons affranchi les vues en cr&#233;ant une rang&#233;e de cypr&#232;s en compl&#233;ment de la barri&#232;re v&#233;g&#233;tale existante&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Pour faire des cr&#226;nes &#187;, CQFD n&#176;35.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la disposition des locaux permet aux forces de l'ordre d'effectuer tranquillement leurs missions de garde et de transfert, les policiers ne peuvent cependant agir totalement seuls : il leur faut entrer en contact avec la Justice, notamment lorsqu'il s'agit de pr&#233;parer l'expulsion d'un &#233;tranger consid&#233;r&#233; comme d&#233;linquant. La mise en &#339;uvre de la double peine &#8211; le fait d'assortir une condamnation judiciaire d'une interdiction du territoire et d'une expulsion &#8211; est courante alors, et souvent des plus cavali&#232;re. Parfois, alors m&#234;me que l'&#233;tranger n'a pas encore &#233;t&#233; condamn&#233; pour l'infraction dont on le suspecte, et b&#233;n&#233;ficie donc d'une libert&#233; provisoire, la police vient le chercher &#224; la sortie de l'audience. Elle l'enferme &#224; Arenc le temps que soit r&#233;dig&#233; un arr&#234;t&#233; d'expulsion &#224; son encontre et qu'on le renvoie dans son pays d'origine. C'est ce qui est arriv&#233; le 4 avril 1975 au jeune Salah, qui est cependant parvenu &#224; revenir clandestinement en France apr&#232;s un passage &#224; Arenc et un retour en Alg&#233;rie. Il se pr&#233;sente alors au juge un mois plus tard pour lui expliquer que c'est &#224; cause de la police qu'il n'a pas pu se pr&#233;senter au commissariat pour son contr&#244;le judiciaire, dans le cadre d'une affaire de d&#233;tention de p&#233;tards&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Graves rebondissements dans l'affaire de la prison clandestine &#187;, Alex (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8230; D'autres &#233;trangers sont tout simplement remis &#224; la police &#224; leur lev&#233;e d'&#233;crou, pour une &#171; v&#233;rification administrative &#187;, qui se termine dans un bateau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon le magistrat Louis Bartolomei, &#171; toute la magistrature n'&#233;tait pas au courant, mais le juge d'application des peines devait savoir (&#8230;) Un jour, un auditeur de justice [un &#233;l&#232;ve de l'&#201;cole nationale de la magistrature] en stage aupr&#232;s d'un juge d'application des peines nous a parl&#233; d'Arenc lors d'une r&#233;union, comme si de rien n'&#233;tait. Il s'y &#233;tait rendu mais ne savait pas que nous n'&#233;tions pas au courant. C'est comme &#231;a que j'ai appris l'existence de cet endroit &#187;. L'affaire provoque des remous dans le petit monde judiciaire marseillais mais, au sommet, la discr&#233;tion reste de mise. Le ministre de la Justice, Jean Lecanuet, pr&#233;f&#232;re laisser aux bons soins de Michel Poniatowski, alors ministre de l'Int&#233;rieur, le r&#232;glement de cette affaire, qui rel&#232;ve pourtant du respect des libert&#233;s, mission confi&#233;e &#224; l'autorit&#233; judiciaire par l'article 66 de la Constitution de 1958.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_9237 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L312xH231/capture_d_ecran_du_2023-11-07_09-43-09-044e5.png?1780486499' width='312' height='231' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais ces magistrats n'&#233;taient les seuls &#224; conna&#238;tre les pratiques polici&#232;res men&#233;es &#224; Arenc. Dans l'historique pr&#233;sent&#233; sur son site internet, l'Association pour le d&#233;veloppement des relations intercommunautaires &#224; Marseille (Adrim) affirme avoir pris en charge &#171; la gestion du centre de r&#233;tention d'Arenc &#187; dans les ann&#233;es 1960&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'Adrim a &#233;t&#233; fond&#233;e en 1950 sous l'appellation d'Aide aux travailleurs d'outre-mer (Atom) afin de rem&#233;dier aux &#171; difficult&#233;s d'insertion de la population nord-africaine primo-arrivante &#224; Marseille &#187;. Sous la houlette de Louis Belpeer, un universitaire chr&#233;tien, l'Atom cr&#233;e sur la ville un vaste r&#233;seau de travail social qui devient incontournable avec le temps, jusqu'aux ann&#233;es 1980 o&#249; l'association se fait &#233;pingler pour sa gestion des subventions &#233;tatiques, jug&#233;e trop opaque par la Cour des Comptes. Elle est alors refond&#233;e sous le nom d'Adrim, abandonne son fonctionnement paternaliste et perd sa mainmise sur les activit&#233;s sociales aupr&#232;s des &#233;trangers.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_9238 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L297xH630/capture_d_ecran_du_2023-11-07_09-43-24-0836b.png?1780486499' width='297' height='630' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Outre la cr&#233;ation de foyers et la mise en place de formations &#171; d'initiation &#224; la vie moderne &#187;&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rapport sur l'association Atom et le centre de pr&#233;-formation de Marseille, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'Atom est impliqu&#233;e dans le fonctionnement d'Arenc. Les personnes contact&#233;es ayant travaill&#233; pour l'Atom, peinent &#224; se souvenir des activit&#233;s de l'association sur les quais. Plusieurs paraissent m&#234;me &#233;tonn&#233;es d'apprendre le lien de l'Atom avec Arenc, pourtant lisible en toutes lettres sur internet. &#171; Je crois qu'il y avait une de nos antennes sur les quais, mais celui qui s'en occupait est d&#233;c&#233;d&#233; &#187;, raconte, h&#233;sitante, une salari&#233;e de l'Adrim qui travaillait d&#233;j&#224; du temps de l'Atom. En effet, un rapport stipule que &#171; l'accueil &#187; des migrants faisait partie des missions de l'Atom qui avait &#171; deux &#8220;antennes&#8221; &#224; la gare et au port avec un service de &#8220;premiers secours&#8221;, de renseignements et de r&#233;glementation &#187;&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dommage que Louis Belpeer soit aujourd'hui disparu, car il en savait manifestement davantage. Dans un entretien in&#233;dit r&#233;alis&#233; &#224; l'occasion d'une recherche sur l'histoire de son association, cet ancien dirigeant de l'Atom revient sur son exp&#233;rience des ann&#233;es 1960. Dans le cadre de sa mission d'accueil, il lui arrivait de s'occuper d'&#233;trangers qui, ne disposant pas des documents n&#233;cessaires pour entrer sur le territoire, &#233;taient maintenus sur le port pour permettre leur renvoi direct. Cette fonction ne semblait pas le d&#233;ranger plus que &#231;a, jusqu'au jour o&#249; l'on commen&#231;a &#224; amener sur le port des personnes qui r&#233;sidaient d&#233;j&#224; en France, mais auxquelles on refusait le maintien sur le territoire. Racontant l'histoire d'une vieille femme alg&#233;rienne d&#233;barquant &#224; Marseille pendant la guerre pour se recueillir sur la tombe de son fils, il &#233;voque &#171; le frigo &#187; o&#249; la police comptait la mettre car &#171; elle n'avait pas de papiers &#187;. &#171; Le frigo, explique-t-il, c'&#233;tait un hangar qui servait de zone de transit. Moi j'ai g&#233;r&#233; un de ces frigos avec du personnel, jusqu'au jour o&#249; on a mis des expuls&#233;s et plus seulement des non-admis &#187;. &#192; partir de ce changement de fonction du lieu, il raconte avoir refus&#233; de collaborer : &#171; J'ai dit au pr&#233;fet : &#8220;Moi je ne fais pas le flic. Mettez des services de police, moi je ne fais pas ce m&#233;tier-l&#224;&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La vie &#224; Arenc : &#171; ni drame, ni myst&#232;re &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon des t&#233;moignages de retenus, les conditions de vie et d'hygi&#232;ne dans le hangar d'Arenc &#233;taient plus que pr&#233;caires. Aucun suivi juridique de leur dossier n'&#233;tait assur&#233; et ils ne connaissaient ni les raisons ni la dur&#233;e de leur enfermement ; leur destin est enti&#232;rement plac&#233; entre les mains de l'administration et leur quotidien dans celles de la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier t&#233;moignage diffus&#233; par la presse sur le fonctionnement int&#233;rieur d'Arenc fut celui de Mohamed, lors de sa lib&#233;ration : &#171; Dans ce hangar, dont les fen&#234;tres &#233;taient grillag&#233;es, il y avait 50 &#224; 60 personnes, dont deux femmes. Les conditions d'hygi&#232;ne &#233;taient presque inexistantes. Le hangar &#233;tait muni de lits superpos&#233;s. Deux fois par jour, on nous apportait un repas compos&#233; d'une bo&#238;te de sardines, de deux &#339;ufs, de fromage et de pain ; six ou sept policiers en uniforme nous gardaient toute la journ&#233;e&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le Marocain &#8220;disparu&#8221; raconte&#8230; &#187;, op.cit.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Par la suite, d'autres t&#233;moignages corrobor&#232;rent ces descriptions. Certains &#233;trangers, qui ne savaient m&#234;me pas o&#249; ils avaient &#233;t&#233; enferm&#233;s, reconnurent le lieu de leur d&#233;tention gr&#226;ce aux t&#233;moignages parus dans la presse et vinrent raconter leur histoire &#224; leur tour. Selon un communiqu&#233; du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur dat&#233; du 22 avril 1975, pas moins de 3 299 &#233;trangers pass&#232;rent par Arenc en 1974 (70% de non-admis, 16% d'expuls&#233;s, 9% de refus de s&#233;jour et 5% de clandestins)&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Piteuses explications de M. Poniatowski &#187;, La Marseillaise, 23 avril 1976&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette d&#233;claration, le ministre de l'Int&#233;rieur reconna&#238;t implicitement que le confort du centre n'a pas &#233;t&#233; la pr&#233;occupation primordiale de ses services, mais assure, grand prince, que &#171; des cr&#233;dits vont &#234;tre d&#233;gag&#233;s pour am&#233;liorer les conditions d'h&#233;bergement de ce centre&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une prison clandestine de la police fran&#231;aise, op.cit.&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Cependant, jusqu'&#224; son abandon en 2006, Arenc restera un centre de r&#233;tention des plus critiqu&#233;s, en particulier par le Comit&#233; europ&#233;en pour la pr&#233;vention de la torture qui lui consacre un accablant rapport en 1996.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_9239 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH407/capture_d_ecran_du_2023-11-07_09-43-53-f12ae.png?1780486499' width='500' height='407' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; son arriv&#233;e au hangar, l'&#233;tranger est d'abord emmen&#233; dans les bureaux de la PAF pour &#234;tre ensuite d&#233;sinfect&#233; &#224; la bombe a&#233;rosol dans ce qui tient lieu d'infirmerie. Les locaux de d&#233;tention sont divis&#233;s en cinq compartiments. Le plus grand, r&#233;serv&#233; aux &#171; Africains &#187;, ne dispose m&#234;me pas d'un lavabo. D'ailleurs, le centre n'est &#233;quip&#233; d'aucune douche. Un autre est destin&#233; aux &#171; non-admis &#187;, ceux qui n'ont pas m&#234;me eu le temps de fouler le sol fran&#231;ais, pris aux contr&#244;les douaniers, faute de documents n&#233;cessaires &#224; leur entr&#233;e. Dans un troisi&#232;me local sont d&#233;tenus les futurs expuls&#233;s ; ils y sont parfois enferm&#233;s avant m&#234;me que la mesure ne soit formellement prise. Un compartiment est r&#233;serv&#233; aux &#171; isol&#233;s &#187;, cat&#233;gorie dont personne n'a jamais su ce qu'elle recouvrait exactement. Enfin, les femmes et les enfants sont s&#233;par&#233;s des autres prisonniers. L'hiver est glacial dans ce hangar expos&#233; au vent, avec un syst&#232;me de chauffage rudimentaire. Chaque personne ne dispose que d'une couverture, &#171; particuli&#232;rement crasseuse et puante &#187;, o&#249; la vermine prolif&#232;re, selon des descriptions faites par un ancien pensionnaire dans les ann&#233;es 1970.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_9240 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH467/capture_d_ecran_du_2023-11-07_09-44-07-d2d2c.png?1780486499' width='500' height='467' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile, voire dangereux, d'essayer de quitter cet enfer. En 1969, un homme tente de s'&#233;chapper mais, poursuivi, il se tue en s'&#233;crasant sur une verri&#232;re. En 1975, un jeune Espagnol prend lui aussi beaucoup de risques pour se faire la belle. Pass&#233; &#224; travers une lucarne, il survit malgr&#233; d'importantes coupures. Des actions de r&#233;sistance collective ont &#233;galement lieu. En f&#233;vrier 1975, selon des t&#233;moignages de policiers, des Africains d&#233;tenus depuis plusieurs semaines incendient leurs matelas. Les autres personnes enferm&#233;es prennent part &#224; leur r&#233;volte et des CRS sont appel&#233;s en renfort&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Malheureusement, les tentatives de suicide sont d&#233;j&#224; monnaie courante. Alors que le ministre de l'Int&#233;rieur vient d'assurer qu'&#224; Arenc, il n'y a &#171; pas de drame, pas de myst&#232;re &#187;, un jeune homme s'y ouvre les veines avec une bo&#238;te de sardines&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Un immigr&#233; &#8220;h&#233;berg&#233;&#8221; au Centre d'Arenc tente de se suicider &#187;, Jean-Claude (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Apr&#232;s un bref passage &#224; l'h&#244;pital, encore sous le choc, il est rapidement embarqu&#233; sur un bateau partant pour l'Alg&#233;rie. Dans les trois mois qui suivent, deux autres d&#233;tenus tentent de se suicider de la m&#234;me fa&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, aujourd'hui, les conditions de vie en centre de r&#233;tention ne sont plus aussi dures qu'elles ne l'&#233;taient &#224; Arenc, r&#233;voltes et automutilations sont encore des r&#233;actions fr&#233;quentes &#224; l'enfermement. Nous ne referons pas ici l'historique de toutes les luttes et les actes de r&#233;sistance men&#233;s par les &#233;trangers enferm&#233;s, mais nous les gardons &#224; l'esprit : le probl&#232;me pos&#233; par l'existence des CRA n'est pas une question de forme. Qu'ils soient infest&#233;s de vermine ou dot&#233;s de Playstations, les CRA privent de libert&#233; des milliers d'individus au vu de simples donn&#233;es administratives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin du mois d'avril 1975, plusieurs personnalit&#233;s politiques, tels que le d&#233;put&#233; communiste Jacques Billoux et la conseill&#232;re r&#233;gionale des Bouches-du-Rh&#244;ne Jeanine Porte, demandent officiellement au pr&#233;fet, combien de centres de ce genre compte la France, et qui en a eu l'initiative. Ils n'obtiendront jamais de r&#233;ponse&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Graves rebondissements dans l'affaire de la prison clandestine &#187;, op. cit.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Toutefois, il devient clair &#224; cette &#233;poque que le d&#233;p&#244;t de la pr&#233;fecture de Police &#224; Paris remplit les m&#234;mes fonctions que le centre d'Arenc, auquel il est explicitement assimil&#233; dans un texte r&#233;dig&#233; en 1978 par les ministres de l'Int&#233;rieur et de la Justice : &#171; D&#232;s l'entr&#233;e en vigueur de la pr&#233;sente instruction, ni le centre d'Arenc ni le d&#233;p&#244;t de la pr&#233;fecture de police ne devront &#234;tre utilis&#233;s comme centres d'h&#233;bergement d'&#233;trangers en instance de d&#233;part. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du secret &#224; la banalisation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les explications fournies officiellement par la Pr&#233;fecture et le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur, d'abord t&#226;tonnantes, sont &#233;tonnamment proches de celles qui fondent aujourd'hui l'acceptation publique des centres de r&#233;tention administrative. Centre d'h&#233;bergement et non pas prison, Arenc serait avant tout l'outil dont la R&#233;publique a besoin pour appliquer ses lois relatives &#224; l'immigration. Pas d'id&#233;ologie, pas de jugement de valeur, pas de proc&#232;s d'intention : ces &#233;trangers ont viol&#233; les r&#232;gles, voil&#224; pourquoi ils sont enferm&#233;s. Ainsi, les pouvoirs publics rompent, au moins dans l'argumentaire employ&#233;, avec l'internement administratif fond&#233; sur la loi du 12 novembre 1938. &#192; l'&#233;poque, l'enfermement des personnes &#233;tait justifi&#233; par le danger potentiel qu'elles repr&#233;sentaient pour la nation au yeux du pouvoir, dans un contexte de x&#233;nophobie rampante et de guerre o&#249; il n'&#233;tait pas difficile &#224; la France de se figurer des ennemis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque, &#224; partir des t&#233;moignages de Mohamed et Latif, les associations et la presse commencent &#224; parler d'un &#171; centre parall&#232;le &#187; sur les quais du port autonome de Marseille, la Pr&#233;fecture se veut rassurante : pourquoi un tel affolement autour d'un simple &#171; centre d'h&#233;bergement &#187;&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les d&#233;tentions arbitraires seraient pratiqu&#233;es &#224; Marseille &#187;, Le Monde, 20 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? Rapidement, l'affaire ne d&#233;senflant pas, c'est au minist&#232;re de l'Int&#233;rieur de prendre le relais : &#171; Il n'existe pas &#224; Marseille de prison clandestine ni de centre de d&#233;tention mais un centre de transit&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Communiqu&#233; du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur, 22 avril 1975.&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Afin de prouver que l'administration sait ce qu'elle fait et ne s&#233;questre pas arbitrairement n'importe quel &#233;tranger qui passerait dans le coin, une liste des situations dans lesquelles les individus peuvent se retrouver &#224; Arenc est largement diffus&#233;e&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Officiellement, trois cat&#233;gories de personnes sont concern&#233;es : celles qui sont arriv&#233;es de leur pays sans remplir les conditions pour &#234;tre admises en France, celles qui se sont maintenues sur le territoire en situation irr&#233;guli&#232;re, et celles que l'on veut expulser, apr&#232;s une condamnation notamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel Poniatowski insiste : les &#233;trangers ne sont pas d&#233;tenus mais &#171; h&#233;berg&#233;s &#187; &#8211; h&#233;berg&#233;s par des policiers arm&#233;s dans un cadre agr&#233;ablement barbel&#233;. Il assure &#233;galement que la majorit&#233; des personnes n'y s&#233;journe jamais plus de deux jours&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le ministre de l'Int&#233;rieur : &#8220;Il n'y a rien &#224; cacher&#8221; &#187;, Le Proven&#231;al, 29 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce qui fait tout de m&#234;me 24 heures de d&#233;tention arbitraire ; on peut se demander ce qu'il advient des autres. Rapidement, l'administration locale d&#233;cide de faire face &#224; la pol&#233;mique en reconnaissant l'existence du centre et en la l&#233;gitimant au nom du maintien de l'ordre public : enfermer pour pr&#233;parer l'expulsion d'un individu ayant enfreint les r&#232;gles fran&#231;aises. Afin d'illustrer le bien-fond&#233; de cette argumentation, le pr&#233;fet prend l'exemple d'un &#171; ressortissant d'Afrique noire &#187; qui, condamn&#233; pour violence, devait &#234;tre expuls&#233;. Laiss&#233; en libert&#233;, il se fait arr&#234;ter plus tard pour homicide volontaire. L'homme, souffrant de pathologies psychiatriques, est intern&#233; et pris en charge par l'Aide sociale. Le pr&#233;fet conclut logiquement : &#171; Je pense que ce cas d&#233;montre bien que, si l'on veut sauvegarder l'ordre et la tranquillit&#233; publique, il faut conserver sous surveillance administrative les &#233;trangers&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;claration du pr&#233;fet de la r&#233;gion Provence-C&#244;te d'Azur Pierre Somveille (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; On per&#231;oit bien ici la mise en &#339;uvre de la fameuse rh&#233;torique du fait divers, lorsqu'un &#233;v&#233;nement dramatique est utilis&#233; pour stigmatiser une cat&#233;gorie de personnes avec lesquelles le &#171; coupable &#187; aurait un point commun. Ce m&#233;canisme permet alors de justifier la mise en place de mesures r&#233;pressives &#224; l'encontre de toute une population suspect&#233;e de d&#233;viance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour d&#233;dramatiser la situation, il est &#233;galement important pour l'administration de donner une impression de continuit&#233; dans les pratiques de gestion des flux migratoires : Arenc n'est pas un dispositif d'enfermement d'un nouveau genre, c'est juste une disposition sans cons&#233;quence de large port&#233;e, destin&#233;e &#224; faciliter le travail de la police et le respect de la loi. D'ailleurs, &#171; avant la cr&#233;ation du centre d'Arenc, les modalit&#233;s d'expulsion &#233;taient exactement les m&#234;mes. Mais de grandes difficult&#233;s ont &#233;t&#233; rencontr&#233;es pour cet h&#233;bergement depuis l'accession &#224; l'ind&#233;pendance des pays du Maghreb et d'Afrique. C'est pour faire face &#224; cette nouvelle situation qu'un centre a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; &#224; Marseille, d'o&#249; partent les navires vers l'Afrique&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le &#8220;centre d'h&#233;bergement&#8221; d'Arenc a &#233;t&#233; visit&#233; par le magistrat charg&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Ainsi, selon le pr&#233;fet, loin d'&#234;tre le fruit d'un projet &#224; grande &#233;chelle inscrit dans la dur&#233;e, Arenc n'est qu'une r&#233;action des autorit&#233;s pour faire face &#224; une situation nouvelle. Et, &#224; l'&#233;poque, personne n'insiste pour &#233;tendre &#224; d'autres r&#233;gions des centres du m&#234;me type. Ce sont les ann&#233;es 1980 qui verront se d&#233;velopper sur le territoire un v&#233;ritable r&#233;seau de centres de r&#233;tention. La droite aura pr&#233;par&#233; le terrain &#224; la gauche, arriv&#233;e alors au pouvoir, en l&#233;galisant la r&#233;tention administrative.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_9241 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH355/capture_d_ecran_du_2023-11-07_09-44-36-8ec21.png?1780486499' width='500' height='355' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La voie de la l&#233;galisation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon le SAF, soutenu par des syndicats ouvriers et des magistrats, toute personne enferm&#233;e &#224; Arenc, m&#234;me si sa situation entre dans les cat&#233;gories &#233;num&#233;r&#233;es par le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur, est victime de d&#233;tention arbitraire au regard de la loi, car elle a &#233;t&#233; enferm&#233;e plus de 24 heures sans contr&#244;le de l'autorit&#233; judiciaire&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Nouvelles preuves de l'ill&#233;galit&#233; du centre de Marseille &#187;, L'Humanit&#233;, 24 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs plaintes pour &#171; d&#233;tention arbitraire &#187; sont d&#233;pos&#233;es d&#232;s le mois d'avril 1975, notamment par Salah. Elie Loques, le doyen des juges d'instruction de Marseille, charg&#233; des plaintes pour d&#233;tention arbitraire, perquisitionne le hangar le 29 mai 1975, arm&#233; d'un plan dessin&#233; par des sources officieuses, ne faisant certainement pas confiance &#224; la visite guid&#233;e de la police&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Perquisition du juge d'instruction au &#8220;centre&#8221; d'Arenc &#187;, Alex Panzani, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sa d&#233;marche semble plut&#244;t prometteuse : convaincu que les mises en d&#233;tention &#224; Arenc sont irr&#233;guli&#232;res, il veut inculper le pr&#233;fet et les policiers. Mais, pour cela, il doit avoir l'accord du Conseil constitutionnel, &#233;tant donn&#233; la qualit&#233; des personnes qu'il compte poursuivre. Le parquet met alors tout en &#339;uvre pour faire obstruction aux d&#233;cisions du magistrat, et, malgr&#233; quelques tentatives de r&#233;sistance du juge Loques, la br&#251;lante affaire finira aux oubliettes des dossiers g&#234;nants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant faire face dans l'urgence &#224; la d&#233;couverte d'Arenc, l'administration pr&#233;tend tout d'abord que l'ordonnance de 1945&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'ordonnance n&#176;45-2658 du 2 novembre 1945 est la base de la l&#233;gislation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; lui donne le pouvoir d'utiliser un tel endroit pour faciliter l'&#233;loignement des &#233;trangers ind&#233;sirables. Mais si ce texte parle de l'assignation &#224; r&#233;sidence dans son article 28, il n'&#233;voque pas la possibilit&#233; d'une mise en d&#233;tention. La pirouette ne peut pas durer, et le gouvernement doit alors cr&#233;er les conditions juridiques n&#233;cessaires &#224; l'acceptation g&#233;n&#233;rale de l'existence d'Arenc et de la r&#233;tention administrative des &#233;trangers en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1978, les ministres Christian Bonnet et Alain Peyrefitte entament la l&#233;galisation d'Arenc. Par la publication d'une &#171; instruction &#187;, qui n'implique pas de discussion au Parlement, ils cherchent &#224; &#233;viter d'&#233;ventuels levers de bouclier. &#192; cette occasion, le gouvernement tente de donner une base juridique aux pratiques d'enfermement des &#233;trangers, en distordant les textes existants d'une fa&#231;on plus &#233;labor&#233;e que ce qui avait &#233;t&#233; entrepris avec l'ordonnance de 1945. Les ministres se fondent sur l'article 120 du Code p&#233;nal &#233;tablissant les sanctions applicables aux directeurs de prison qui accepteraient un d&#233;tenu sans mandat ou, &#171; quand il s'agira d'une expulsion ou d'une extradition, sans ordre provisoire du gouvernement &#187;. Selon la subtile analyse minist&#233;rielle, ce texte est la preuve que le droit fran&#231;ais autorise la mise en d&#233;tention des &#233;trangers en voie d'expulsion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lois de la R&#233;publique ne semblent jamais aussi utiles que lorsqu'elles sont interpr&#233;t&#233;es &#224; dessein. Mais alors, pourquoi ne pas fermer Arenc et mettre tous les clandestins en prison ? Non, car au-dessus de nous veillent des humanistes. Michel Poniatowski explique ainsi &#171; qu'en vertu de l'article 120 du Code p&#233;nal, nous pourrions mettre ces &#233;trangers en maison d'arr&#234;t. Mais pour que leurs conditions ne soient pas trop p&#233;nibles, nous les envoyons au centre d'h&#233;bergement d'Arenc&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; M. Poniatowski justifie l'existence du centre d'Arenc &#187;, Le Monde, 26 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Par cette savante entourloupe juridique, le gouvernement r&#233;&#233;crit l'histoire : Arenc a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; pour &#233;viter la prison aux &#233;trangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif de cette justification bricol&#233;e est finalement rempli par la cr&#233;ation d'une loi, laissant derri&#232;re elle les laborieuses analyses de textes. La r&#233;tention administrative est d&#233;finitivement inscrite dans le droit en 1980, &#224; l'initiative du ministre Christian Bonnet. Une loi vient donc couronner des d&#233;cennies de pratiques arbitraires et permettre leur d&#233;veloppement. Car, une fois nomm&#233;e, la r&#233;tention administrative est port&#233;e sur la place publique, elle sort de la &#171; clandestinit&#233; &#187; qu'on lui reprochait, elle devient l'&#233;manation de la volont&#233; du peuple s'exprimant &#224; travers ses &#233;lus. &#192; partir de l&#224;, la machine est en route, le gouvernement d'union de la gauche arrivant au pouvoir juste apr&#232;s n'aura plus qu'&#224; prendre le train en marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les quais de Marseille : un sas efficace&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on se r&#233;f&#232;re &#224; l'organisation actuelle des dispositifs d'enfermement des &#233;trangers, Arenc a rempli en son temps le r&#244;le des centres de r&#233;tention &#8211; voire m&#234;me des zones d'attente que nous connaissons aujourd'hui et qui n'avaient pas d'existence l&#233;gale &#224; l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne sait pas vraiment &#224; partir de quel moment l'administration a commenc&#233; &#224; utiliser les quais d'Arenc pour y g&#233;rer les flux de nouveaux arrivants sur le territoire fran&#231;ais. Selon les sources officielles, tout aurait commenc&#233; en 1963, date &#224; laquelle la Chambre de commerce et d'industrie de Marseille c&#232;de au minist&#232;re de l'Int&#233;rieur l'&#233;tage sup&#233;rieur d'un grand hangar. Les documents internes du &#171; centre de r&#233;tention d'Arenc &#187;, d&#233;pos&#233;s en 2007&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous n'avons pas pu y avoir acc&#232;s, elles ne seront consultables qu'en 2057. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; aux archives d&#233;partementales des Bouches-du-Rh&#244;ne, sont dat&#233;s de 1963 &#224; 2003. Mais si le hangar n'a commenc&#233; &#224; servir qu'en 1963, les quais d'Arenc ont toujours &#233;t&#233; un lieu strat&#233;gique pour le contr&#244;le des flux de nouveaux arrivants. Ainsi, d&#232;s le xviie si&#232;cle, les passagers et les marchandises de navires en provenance de zones infect&#233;es par des maladies contagieuses &#233;taient maintenus en quarantaine dans le grand lazaret&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les lazarets &#233;taient utilis&#233;s depuis le xve si&#232;cle afin d'y garder &#224; l'&#233;cart (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de Saint-Martin d'Arenc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Pieds-Noirs ont eux aussi connu les plaisirs du s&#233;jour &#224; Arenc. &#171; Arenc, &#231;a fonctionnait d&#233;j&#224; avant 1963. Ma tante y est pass&#233;e quand elle a &#233;t&#233; rapatri&#233;e d'Alg&#233;rie en 1962, raconte Mado, l'archiviste du journal La Marseillaise. Elle n'y est rest&#233;e que deux jours parce que la famille est venue la chercher, mais il y en avait qui restait plus longtemps. &#187; Pour les Pieds-Noirs, &#171; Il y avait un bureau o&#249; tu devais signer des papiers, faire des d&#233;marches. Ceux qui n'avaient pas les moyens de s'entretenir, qui n'avaient pas de famille, devaient rester l&#224;. &#187; De fait, un dispositif d'accueil pour les Pieds-Noirs est mis en place &#224; Marseille &#224; partir du 10 mai 1962, mais &#171; ce sas &#224; partir duquel ils sont diss&#233;min&#233;s sur le territoire &#187; laisse &#224; ces &#171; rapatri&#233;s &#187; l'amertume du d&#233;chirement, qui plus est mal organis&#233; par les autorit&#233;s. &#171; Certains pensaient qu'on &#233;tait tous des colonialistes. Quand on arrivait, des pancartes &#8220;Les Pieds-Noirs &#224; la mer !'' nous attendaient sur le port &#187;, se rappelle l'un d'eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les quais d'Arenc ont pu servir de lieu d'agr&#233;gation pour les plus d&#233;munis des rapatri&#233;s d'Alg&#233;rie&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;1962 : L'arriv&#233;e des Pieds-Noirs, Jean-Jacques Jordi, Autrement, 1995.&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les premi&#232;res traces de l'utilisation du hangar comme lieu d'enfermement d'&#233;trangers remontent &#224; 1963. Mais pourquoi 1963 ? La France n'a pas encore adopt&#233; une politique d'expulsion massive, et l'immigration n'est pas encore restreinte. Au contraire, dans les ann&#233;es 1960, si les &#233;trangers doivent en principe entrer sur le territoire munis de certains documents, notamment d'un contrat de travail, il leur est ais&#233; d'obtenir leur r&#233;gularisation sur place d&#232;s qu'ils trouvent &#224; se faire embaucher&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La France et ses &#233;trangers : l'aventure d'une politique de l'immigration de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et, &#224; l'&#233;poque, les emplois ne manquent pas dans l'industrie, les mines, le b&#226;timent. Le patronat a besoin de cette main-d'&#339;uvre qu'il va parfois recruter lui-m&#234;me dans les pays d'origine. Mais 1963, c'est aussi la d&#233;colonisation, comme l'&#233;voque le ministre de l'Int&#233;rieur., et avec elle la fermeture des camps d'assignation &#224; r&#233;sidence, ces grandes &#233;tendues de baraquements o&#249; l'on retenait les &#233;trangers identifi&#233;s comme mena&#231;ant l'ordre public, tr&#232;s utilis&#233;s pendant la guerre d'Alg&#233;rie. Ce type d'enfermement d'une population &#233;trang&#232;re dans un contexte de troubles s'est largement d&#233;velopp&#233; dans les ann&#233;es 1930, pour contenir l'arriv&#233;e massive d'Espagnols fuyant le franquisme. Ainsi, quelques mois apr&#232;s la fermeture de ces camps, le hangar sur les quais d'Arenc recommence &#224; &#171; accueillir &#187; ceux dont la France veut se d&#233;barrasser. Ces &#233;trangers qu'on ne d&#233;sire pas garder sur le territoire, ceux qui ont d&#233;vi&#233; de la route du citoyen mod&#232;le ou ceux qui posent des probl&#232;mes d'ordre politique. En effet, il semblerait qu'Arenc ait &#233;galement servi &#224; cacher des mesures exp&#233;ditives mont&#233;es de concert avec les autorit&#233;s de pays &#233;trangers. Ce fut sans doute le cas de Mohamed. Il ne fait pas bon &#234;tre opposant au r&#233;gime marocain dans un d&#233;partement dont le pr&#233;fet est impliqu&#233; dans l'affaire Ben Barka&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La carri&#232;re de Pierre Somveille est &#233;troitement li&#233;e &#224; celle de Maurice (&#8230;)&#034; id=&#034;nh34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_9242 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L408xH568/capture_d_ecran_du_2023-11-07_09-44-59-b95c4.png?1780486499' width='408' height='568' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Arenc est un simple hangar d&#233;labr&#233; r&#233;cup&#233;r&#233; par le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur, qui estime qu'il pourrait servir &#224; ses services de l'immigration en attendant sa destruction pr&#233;vue. Mais ce local se r&#233;v&#232;le utile, se p&#233;rennise et sert de tremplin &#224; l'officialisation des centres de r&#233;tention en s'&#233;loignant du mod&#232;le du camp des ann&#233;es 1930, difficilement acceptable pour la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise des ann&#233;es 1970. Son fonctionnement se met en place par t&#226;tonnements, l'administration ne semblant pas elle-m&#234;me savoir ce qu'elle fait : aucune disposition juridique n'a &#233;t&#233; prise en amont, celles qui interviendront ne feront qu'avaliser les pratiques pr&#233;fectorales et polici&#232;res sur lesquelles il n'est plus question de revenir. Finalement, la d&#233;couverte de l'existence d'Arenc pr&#233;cipite la p&#233;rennisation du type de pouvoir que l'administration s'y est d&#233;j&#224; octroy&#233;. Arenc, le dispositif provisoire et officieux, devient Arenc, le centre de r&#233;tention &#233;tabli et officiel de Marseille. Finie la logique de pr&#233;carit&#233; mat&#233;rielle et temporelle propre aux camps, on donne naissance &#224; un cadre durable et sp&#233;cialis&#233; pour l'&#233;loignement forc&#233; des &#233;trangers. Un dispositif fond&#233; sur des crit&#232;res p&#233;tris d'objectivit&#233;, o&#249; l'arbitraire n'aurait plus sa place et o&#249; la dignit&#233; humaine serait respect&#233;e. Un enfermement banalis&#233; et accept&#233;. Pour combien de temps encore ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Encadr&#233; 1&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CELUI QU'ON EXPULSE DE TOUT&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;R&#233;sum&#233; de l'acharnement de l'administration contre Latif&#8239;[**]. Son &#171; cas &#187; a contribu&#233; &#224; r&#233;v&#233;ler le scandale d'Arenc&#8239;[***].&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'histoire d'un homme qui se perd entre des lignes absurdes. Un gamin n&#233; &#224; Marseille qui n'a pas voulu devenir Alg&#233;rien, seul paria d'une famille de dix fr&#232;res et s&#339;urs que la France a refus&#233; de reconna&#238;tre. C'est un homme expuls&#233; &#224; huit reprises vers un pays qui n'a jamais &#233;t&#233; le sien, un ind&#233;sirable qui a toujours su revenir. C'est l'histoire d'une vie d&#233;racin&#233;e que les fronti&#232;res ont fini par &#233;garer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mauvais r&#234;ve de Latif commence au fond de l'hiver le plus froid du si&#232;cle, en janvier 1963. L'ind&#233;pendance de son pays d'origine bouleverse le destin du minot, qui devient Alg&#233;rien alors qu'il n'a pas encore 7 ans et vit une enfance ordinaire &#224; Marseille.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un &#233;t&#233;, son p&#232;re l'entra&#238;ne en Alg&#233;rie voir sa famille. Latif finit par rentrer seul, traumatis&#233;, mal &#224; l'aise sur une terre qu'il trouve hostile, lui qui ne parlera jamais arabe, lui qui esquive d&#233;j&#224; la pri&#232;re du soir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Latif s'esp&#232;re plombier, quand son p&#232;re le veut horloger. Ado, il passe quinze jours &#224; l'ombre pour vol de voiture. Un peu plus tard, il prend un an de sursis &#224; cause d'un ami qui donne son nom pour lib&#233;rer un fr&#232;re. Il se fait aussi prendre en flag dans une bijouterie. Vol &#224; main arm&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1975, son destin se lie une premi&#232;re fois avec Arenc. &#192; la sortie des Baumettes, braqu&#233;, menott&#233;, Latif est conduit dans un hangar clandestin sur le port marseillais. Sa famille le retrouve. Le scandale &#233;clate. Latif reste en cage seize jours. En d&#233;cembre, son arret&#233; d'expulsion signe le d&#233;but de dix-sept ans de traque.&lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re fois, il ne reste pas longtemps &#224; Alger. Le retour en cargo dure 48 heures. Une fois &#224; Marseille, un marin fait le guet. Latif rentre chez celle qui devient sa femme en 1982. Entre-temps, deux nouvelles expulsions. Une fois, il rentre par l'Espagne, puis par l'Italie, passant la fronti&#232;re sous la jupe d'une vieille femme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'en 1990, la France chasse Latif tous les deux ans, sans piti&#233;. Quand il n'est pas en prison et ne trouve aucun boulot, il fait du recel. En 1988, sa femme lui envoie les flics. Dans la voiture qui l'embarque, il donne un coup de pied dans la t&#234;te du conducteur. Il prend deux ans pour coups et blessures. &#192; la sortie des Baumettes, il passe une nouvelle fois par Arenc. Il n'y dort pas. Il est expuls&#233; imm&#233;diatement sans voir son avocat.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1992, le minist&#232;re abroge enfin l'arr&#234;t&#233; qui lui a valu huit aller-simples pour l'Alg&#233;rie, de nombreux mois de prisons pour entorse &#224; la mesure d'expulsion et une d&#233;liquescence sociale annonc&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1993, il d&#233;croche enfin un premier titre de s&#233;jour, mais pas d'autorisation de travail. &#192; cette &#233;poque, un de ses jeunes fr&#232;res meurt d'overdose. Latif veut faire sa propre enqu&#234;te. Il rencontre des toxicos, se met lui-m&#234;me &#224; l'h&#233;ro&#239;ne et perd l'usage de son bras gauche dans un heurt avec un dealer. En 1996, la drogue le renvoie en prison pour quatre ans et le conduit m&#234;me jusqu'en h&#244;pital psychiatrique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un nouvel arret&#233; d'expulsion est pris &#224; son encontre par le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur en avril 1999. Latif retrouve le hangar du bout du quai. &#192; l'&#233;poque, la Cimade se mobilise et m&#233;diatise l'affaire. &#171; Vingt-cinq ans apr&#232;s, on finit le si&#232;cle, il y a toujours le centre d'Arenc et toujours le m&#234;me gars dedans, explique dans Le Monde un membre de la Cimade. On a toujours trait&#233; Latif en paria, on l'a marginalis&#233;. On en a fait une proie facile &#224; la r&#233;cidive, on a frein&#233; sa r&#233;insertion en ne lui donnant pas la possibilit&#233; de travailler. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Finalement lib&#233;r&#233;, mais assign&#233; &#224; r&#233;sidence, Latif attend pendant deux ans une autorisation de travail qu'on lui a promise. Fatigu&#233;, il retourne en h&#244;pital psy, cass&#233; une nouvelle fois par les vies ult&#233;rieures d'une d&#233;cision prise vingt-cinq ans plus t&#244;t, un arr&#234;t&#233; qui l'aura sans doute expuls&#233; d'un pays, mais plus s&#251;rement de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sous la pr&#233;sidence de Val&#233;ry Giscard d'Estaing.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le Marocain &#8220;disparu&#8221; raconte&#8230; &#187;, Le Proven&#231;al, 20 avril 1975&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le pr&#233;nom a &#233;t&#233; chang&#233;. Voir plus bas&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une prison clandestine de la police fran&#231;aise, Alex Panzani, Maspero, 1975.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La politique des camps d'internement &#187;, Benjamin Stora, L'Histoire n&#176; 140, janvier 1991&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le Front de lib&#233;ration nationale &#233;tait un parti socialiste cr&#233;&#233; en 1954, luttant pour l'ind&#233;pendance de l'Alg&#233;rie&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le &#171; Comit&#233; inter mouvement aupr&#232;s des &#233;vacu&#233;s &#187; (Cimade) est cr&#233;&#233; en 1939 et s'engage dans la r&#233;sistance pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1984, une convention pass&#233;e avec le gouvernement fait de la Cimade la seule association habilit&#233;e &#224; intervenir en centre de r&#233;tention, fournissant aux retenus une assistance juridique et humaine. R&#233;cemment, par le d&#233;cret du 22 ao&#251;t 2008, le minist&#232;re de l'Immigration a lanc&#233; un appel d'offre pour trouver d'autres intervenants et ainsi briser la vue d'ensemble et la capacit&#233; de d&#233;nonciation dont disposait l'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une prison clandestine de la police fran&#231;aise, op.cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Pour faire des cr&#226;nes &#187;, CQFD n&#176;35.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Graves rebondissements dans l'affaire de la prison clandestine &#187;, Alex Panzani, La Marseillaise, 29 avril 1975.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class='ressource spip_out'&gt;&lt;&lt;a href=&#034;http://www.adrim.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.adrim.fr&lt;/a&gt;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rapport sur l'association Atom et le centre de pr&#233;-formation de Marseille, Albano Cordeiro, 1970.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le Marocain &#8220;disparu&#8221; raconte&#8230; &#187;, op.cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Piteuses explications de M. Poniatowski &#187;, La Marseillaise, 23 avril 1976&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une prison clandestine de la police fran&#231;aise, op.cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Un immigr&#233; &#8220;h&#233;berg&#233;&#8221; au Centre d'Arenc tente de se suicider &#187;, Jean-Claude Baillon, Le Proven&#231;al, 29 avril 1975.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Graves rebondissements dans l'affaire de la prison clandestine &#187;, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Les d&#233;tentions arbitraires seraient pratiqu&#233;es &#224; Marseille &#187;, Le Monde, 20 avril 1975.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Communiqu&#233; du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur, 22 avril 1975.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le ministre de l'Int&#233;rieur : &#8220;Il n'y a rien &#224; cacher&#8221; &#187;, Le Proven&#231;al, 29 avril 1975&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D&#233;claration du pr&#233;fet de la r&#233;gion Provence-C&#244;te d'Azur Pierre Somveille devant le Conseil g&#233;n&#233;ral des Bouches-du-Rh&#244;ne le 30 avril 1975.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le &#8220;centre d'h&#233;bergement&#8221; d'Arenc a &#233;t&#233; visit&#233; par le magistrat charg&#233; d'instruire une plainte pour d&#233;tention arbitraire &#187;, Le Monde, 31 mai 1975&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Nouvelles preuves de l'ill&#233;galit&#233; du centre de Marseille &#187;, L'Humanit&#233;, 24 avril 1975.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Perquisition du juge d'instruction au &#8220;centre&#8221; d'Arenc &#187;, Alex Panzani, La Marseillaise, 30 mai 1975.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'ordonnance n&#176;45-2658 du 2 novembre 1945 est la base de la l&#233;gislation applicable aux &#233;trangers en France, bien que de nombreuses modifications lui aient &#233;t&#233; apport&#233;es depuis. Ce texte a &#233;t&#233; adopt&#233; apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale afin de se doter d'une structure juridique coh&#233;rente en mati&#232;re de droit des &#233;trangers, au moment o&#249; la question migratoire devient un v&#233;ritable enjeu national pour la reconstruction et la repopulation de la France. Dans la m&#234;me perspective, la cr&#233;ation de l'Office national d'immigration est cens&#233;e donner &#224; l'Etat le monopole de l'introduction de main d'&#339;uvre &#233;trang&#232;re dans le pays, auparavant prise en charge par le patronat &#224; travers la Soci&#233;t&#233; g&#233;n&#233;rale de l'immigration.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; M. Poniatowski justifie l'existence du centre d'Arenc &#187;, Le Monde, 26 novembre 1978.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous n'avons pas pu y avoir acc&#232;s, elles ne seront consultables qu'en 2057. Une demande de d&#233;rogation a &#233;t&#233; faite, mais nous n'avons pas encore obtenu de r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les lazarets &#233;taient utilis&#233;s depuis le xve si&#232;cle afin d'y garder &#224; l'&#233;cart de la population les personnes souffrant de maladies transmissibles ou consid&#233;r&#233;es comme telles. Plusieurs h&#244;pitaux encore en fonction aujourd'hui sont d'anciens lazarets, comme l'h&#244;pital Saint-Louis &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;1962 : L'arriv&#233;e des Pieds-Noirs, Jean-Jacques Jordi, Autrement, 1995.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La France et ses &#233;trangers : l'aventure d'une politique de l'immigration de 1938 &#224; nos jours, Patrick Weil, Calmann-L&#233;vy, 1991.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La carri&#232;re de Pierre Somveille est &#233;troitement li&#233;e &#224; celle de Maurice Papon. Apr&#232;s l'avoir rencontr&#233; en 1944 &#224; la pr&#233;fecture de Gironde sous le r&#233;gime de Vichy, il le suit dans ses diff&#233;rents postes pr&#233;fectoraux. Il sera son directeur de cabinet &#224; la pr&#233;fecture de Police de Paris de 1961 &#224; 1967, p&#233;riode marqu&#233;e par plusieurs &#233;pisodes de r&#233;pression sanglante, comme la manifestation pour l'ind&#233;pendance de l'Alg&#233;rie du 17 octobre 1961 ou les crimes perp&#233;tr&#233;s au m&#233;tro Charonne le 8 f&#233;vrier 1962. En 1965, Mehdi Ben Barka, influent leader anticolonialiste et opposant socialiste du roi Hassan II, est enlev&#233; par des policiers fran&#231;ais et des truands recrut&#233;s par les services secrets marocains. L'un des hauts fonctionnaires officiellement charg&#233;s d'aider la Justice dans son enqu&#234;te n'est autre que Pierre Somveille. Le corps de Ben Barka ne sera jamais retrouv&#233; et il sera prouv&#233; que les responsables fran&#231;ais n'ont jamais communiqu&#233; les informations dont ils disposaient sur les circonstances et les auteurs du rapt. De 1968 &#224; 1974, Pierre Somveille seconde le ministre de l'Int&#233;rieur Raymond Marcellin qui a d&#233;clar&#233; la guerre aux gauchistes. Il est ensuite envoy&#233; &#224; la Pr&#233;fecture des Bouches-du-Rh&#244;ne, qu'il quitte en 1976 pour la pr&#233;fecture de Police &#224; Paris jusqu'en 1981.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La r&#233;pression coloniale de l'&#201;tat fran&#231;ais contre les &#233;tranger&#183;es &#224; Mayotte</title>
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		<dc:date>2024-11-01T10:11:31Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Toulouse Anti CRA</dc:creator>


		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>
		<dc:subject>Anticolonialisme(s)</dc:subject>
		<dc:subject>Migrations, luttes contre les fronti&#232;res</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Expulsion industrielle, violences polici&#232;res, enfermement, in&#233;galit&#233; des droits, mise en pauvret&#233;, chasse aux &#233;trangers, Fran&#231;afrique, r&#233;gimes d&#233;rogatoires et discriminations, cette courte brochure d&#233;crit et permet de comprendre la situation de dominatin coloniale dans laquelle se trouve Mayotte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle a &#233;t&#233; &#233;crite en p&#233;riode de l'op&#233;ration militaire &#034;Wuambushu&#034; o&#249; des milliers de gendarmes sont envoy&#233;s l&#224; bas pour d&#233;truire 10% des cases et expulser des milliers de personnes.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique24" rel="directory"&gt;R&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot160" rel="tag"&gt;Anticolonialisme(s)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot35" rel="tag"&gt;Migrations, luttes contre les fronti&#232;res&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH113/couv_mayotte-62bda.png?1780457075' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/couv_mayotte_150-150_pxl.png?1724931350&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'offensive coloniale &#224; Mayotte appel&#233;e op&#233;ration &#171; Wuambushu &#187; a d&#233;marr&#233; en avril 2023 juste apr&#232;s le ramadan. Pr&#232;s d'un millier de gendarmes mobiles, de policiers et de CRS 8 ont d&#233;barqu&#233; en renfort pour d&#233;truire 10% des cases et expulser des milliers de comorien&#183;nes en deux mois vers les autres &#238;les de l'archipel des Comores. Les structures de soins ont d&#251; se tenir pr&#234;tes &#224; soigner en urgence, les &#233;coles se pr&#233;parer &#224; voir disparaitre des enfants, et en parall&#232;le, le conseil d&#233;partemental de Mayotte avait vot&#233; l'interdiction de l'acc&#232;s &#224; la Protection maternelle et infantile (PMI) aux personnes &#233;trang&#232;res non couvertes par la s&#233;curit&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette op&#233;ration tr&#232;s m&#233;diatis&#233;e a servi &#224; Darmanin &#224; visibiliser son projet de loi, par une d&#233;monstration de force. Depuis, la loi Asile et Immigration a &#233;t&#233; vot&#233;e dans sa version durcie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s &#171; Wuambushu &#187;, l'offensive continue avec &#171; Wuambushu 2 &#187; ou &#171; Mayotte place nette &#187;, pour &#171; nettoyer &#187; Mayotte des &#233;tranger&#183;es, essentiellement des comorien&#183;nes et des mal-log&#233;&#183;es via des &#171; d&#233;casages &#187; de quartiers entiers de plusieurs milliers d'habitations.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; Mayotte l'expulsion est toujours industrielle &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais loin du regard des m&#233;dias et en dehors des op&#233;rations telle que &#171; Wuambushu &#187;, les enfermements et les expulsions d'&#233;tranger&#183;es ont lieu &#224; Mayotte toute l'ann&#233;e, &#224; une &#233;chelle industrielle : cela repr&#233;sente plus de la moiti&#233; des enfermements administratifs et plus de trois quarts des expulsions du territoire fran&#231;ais. L'&#201;tat fixe &#224; la pr&#233;fecture des objectifs d'expulsion de 30 000 personnes par an, c'est &#224; dire 10% de la population de Mayotte, il s'agit de transferts forc&#233;s de population.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Domination coloniale et Fran&#231;afrique &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mayotte est rest&#233;e ill&#233;galement territoire fran&#231;ais &#224; l'ind&#233;pendance des &#238;les des Comores en 1975. L'ONU consid&#232;re comme nul et non avenu le referendum de 1976, condamne la pr&#233;sence de la France &#224; Mayotte et demande son retrait. Au fil des ans, une vingtaine de r&#233;solutions de l'ONU ont suivi dans ce sens. En parall&#232;le, l'ing&#233;rence de la France apr&#232;s l'ind&#233;pendance des Comores, avec notamment l'intervention du mercenaire Bob Denard (assassinats de pr&#233;sidents, coups d'&#201;tat&#8230;) va &#234;tre &#224; l'origine de la d&#233;stabilisation et de la paup&#233;risation des Comores.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le visa Balladur responsable de milliers de morts &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Seulement 70 km s&#233;parent Mayotte de l'&#238;le d'Anjouan aux Comores. Depuis 1995, la France a instaur&#233; un visa obligatoire pour les Comorien&#183;nes qui veulent rejoindre Mayotte. C'est la fin de la libre circulation au sein de l'archipel et la cr&#233;ation d'une immigration dite &#171; irr&#233;guli&#232;re &#187;. Avant qu'il soit instaur&#233;, les familles &#233;taient diss&#233;min&#233;es dans l'archipel et circulaient d'une &#238;le &#224; l'autre. Pr&#232;s de 50% de la population est &#233;trang&#232;re &#224; Mayotte &#8211; &#233;trang&#232;re d'un point de vue strictement administratif, parce que justement 95% de ces &#233;tranger&#183;es sont comorien&#183;es. 15 &#224; 20% seraient en situation dite irr&#233;guli&#232;re, situation cr&#233;&#233;e par la fermeture des fronti&#232;res depuis 1995, alors que ces personnes sont chez elles &#224; Mayotte.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Acc&#232;s au s&#233;jour verrouill&#233; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a qu'une seule pr&#233;fecture, &#224; Mamoudzou, qui traite l'ensemble des demandes de titre de s&#233;jour et des demandes d'asile. Les d&#233;lais de traitement sont tr&#232;s longs pour les demandes de titre. Un retard a &#233;t&#233; accumul&#233; depuis plusieurs ann&#233;es par la pr&#233;fecture dans le traitement des dossiers, ce qui maintient les personnes en situation irr&#233;guli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Omnipr&#233;sence de la police et des contr&#244;les &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; Mayotte, les agents interpellateurs de la police aux fronti&#232;res (PAF) sont partout, les arrestations sont massives. La pression exerc&#233;e par la police est telle que des mineurs n'osent plus aller &#224; l'&#233;cole, des personnes ne vont pas se faire soigner &#224; cause des contr&#244;les &#224; proximit&#233; de l'h&#244;pital, etc. Pour faire des v&#233;rifications d'identit&#233;, les flics rentrent dans les maisons sans autorisation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Arrestations en mer &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Elles repr&#233;sentent entre 20 et 30% des arrestations. Certaines embarcations sont refoul&#233;es directement vers les Comores. Les personnes se rendent &#224; Mayotte dans des embarcations de fortune. Elles risquent leur vie en venant en bateau, le canal du Mozambique est un cimeti&#232;re. Il n'existe aucun d&#233;compte exact, mais il s'agit de plusieurs centaines de morts chaque ann&#233;e, et on compte en dizaines de milliers de morts depuis 1995.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Enfermement et expulsion &#224; Mayotte &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas de chiffres d&#233;taill&#233;s qui proviennent d'association &#224; l'int&#233;rieur. Contrairement aux autres CRA, pour Mayotte on n'a que les chiffres de la PAF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2023, plus de 28 000 personnes ont &#233;t&#233; enferm&#233;es &#224; Mayotte. Cela repr&#233;sente 60% des enfermements d&#233;cid&#233;s par l'administration fran&#231;aise. Pr&#232;s de 25 000 ont &#233;t&#233; expuls&#233;es, soit plus de 85%, alors que dans l'hexagone le taux d'expulsion est de 35%.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le CRA de Pamandzi &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le CRA de Mayotte est situ&#233; &#224; Pamandzi, il y a 136 places. L'&#201;tat a pr&#233;vu d'en construire un nouveau &#224; Koungou, afin de poursuivre ses objectifs d'expulsions de masse. La particularit&#233; de Mayotte, c'est que les proc&#233;dures d'expulsion se font tr&#232;s rapidement : la grande majorit&#233; des personnes arr&#234;t&#233;es est expuls&#233;e en moins de 24h, la dur&#233;e moyenne de r&#233;tention est de 17 heures. Les personnes n'ont ni le temps ni la possibilit&#233; d'exercer leurs droits. Ce n'est qu'une petite minorit&#233; qui est vue par l'association sur place qui traite les dossiers juridiques dans le CRA, 2 900 personnes sur les plus de 28 000.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les locaux de r&#233;tention administrative (LRA) &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le CRA ne suffit pas en capacit&#233; pour enfermer toutes les personnes arr&#234;t&#233;es, Les LRA sont cr&#233;&#233;s soit de mani&#232;re p&#233;renne, soit par arr&#234;t&#233; pr&#233;fectoral pour quelques heures, une journ&#233;e ou quelques jours, et renouvel&#233;s perp&#233;tuellement. Les personnes expuls&#233;es directement depuis les LRA n'ont aucun acc&#232;s &#224; leurs droits.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Enfermement des enfants au CRA de Mayotte &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce sont 3 200 enfants qui ont &#233;t&#233; enferm&#233;s au CRA en 2023, c'est &#224; dire plus de 30 fois plus que dans l'hexagone, et c'est plus de 10% des personnes enferm&#233;es &#224; Mayotte. Et ce sans compter les enfants enferm&#233;s en LRA, dont on ne connait pas les chiffres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les strates de la discrimination Il y a plusieurs strates de discriminations &#224; Mayotte : le CESEDA (code de l'entr&#233;e et du s&#233;jour des &#233;trangers et du droit d'asile) qui r&#233;git le droit des personnes &#233;trang&#232;res en France. Le CESEDA est un droit d'exception raciste, il cible une cat&#233;gorie de la population et institutionnalise la discrimination envers les personnes &#233;trang&#232;res. Mais le CESEDA contient un r&#233;gime d&#233;rogatoire qui est propre &#224; Mayotte. &#192; &#231;a s'ajoute les pratiques ill&#233;gales de l'administration. Les ill&#233;galit&#233;s sont plus nombreuses car il n'y a pas ou peu de contr&#244;le du juge. Il s'agit d'une gestion coloniale des populations.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le r&#233;gime d&#233;rogatoire &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est un h&#233;ritage de la colonisation : la constitution de 1958 permet dans les colonies, appel&#233;es d&#233;partements et r&#233;gions d'Outre-Mer, d'avoir un droit d&#233;rogatoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelques exemples du droit d&#233;rogatoire &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; D&#233;rogation sur les contr&#244;les : contrairement &#224; ce qui se passe ailleurs sur le territoire fran&#231;ais, la police peut proc&#233;der en tout lieu et tout le temps sur l'&#238;le &#224; des contr&#244;les d'identit&#233;, ce qui a &#233;t&#233; valid&#233; par le conseil constitutionnel fin 2022. C'est ce qui permet &#224; la police d'&#234;tre omnipr&#233;sente et de faire r&#233;gner la peur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; D&#233;rogation au droit du sol : en France, la nationalit&#233; est acquise de plein droit &#224; la majorit&#233; pour un enfant n&#233; en France de parents &#233;trangers, sous condition d'avoir r&#233;sid&#233; un certain temps en France. Mais depuis 2018, il y a une d&#233;rogation au droit du sol &#224; Mayotte : pour les enfants n&#233;s &#224; Mayotte il faut que l'un de ses parents ait, au jour de la naissance, &#233;t&#233; pr&#233;sent de mani&#232;re r&#233;guli&#232;re sur le territoire national depuis plus de trois mois. L'&#201;tat colonial pr&#233;voit m&#234;me de modifier le droit constitutionnel sp&#233;cifiquement pour Mayotte afin d'y supprimer le droit du sol. Pour &#234;tre Fran&#231;ais, il faudra &#234;tre n&#233; de deux parents fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; D&#233;rogation sur l'enfermement des enfants : La loi Asile et immigration de 2024 interdit d&#233;sormais l'enfermement des enfants, sauf &#224; Mayotte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; D&#233;rogation &#224; la r&#233;gularisation : &#234;tre sur le territoire fran&#231;ais avant l'&#226;ge de 13 ans permet une r&#233;gularisation de plein droit &#224; la majorit&#233;, mais &#224; Mayotte il faut prouver en plus qu'on a v&#233;cu avec un de ses parents r&#233;gularis&#233; depuis l'&#226;ge de 13 ans. Or fr&#233;quemment les enfants ont grandi avec un oncle, une tante, une grand-m&#232;re, car certains membres de la famille ont un titre de s&#233;jour ou sont fran&#231;ais, et d'autres membres, non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; D&#233;rogation sur l'obtention du DCEM ou Document de Circulation pour &#201;tranger Mineur. Un mineur n'a pas d'obligation d'avoir un titre de s&#233;jour. Le DCEM lui permet de circuler librement hors du territoire, pour peu qu'un de ses parents poss&#232;de un titre de s&#233;jour. Mais &#224; Mayotte, il existe une condition suppl&#233;mentaire : le mineur doit &#234;tre n&#233; en France ou entr&#233; &#034;r&#233;guli&#232;rement&#034; avant l'&#226;ge de 13 ans, ce qui n'est pas demand&#233; dans l'hexagone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; D&#233;rogation &#224; la demande d'asile : les demandeurs d'asile n'ont pas le droit de travailler avant un d&#233;lai de 6 mois, et peuvent demander une allocation pour demandeur d'asile, l'ADA (environ 200 euros pour une personne seule). Sauf qu'il n'y a pas d'ADA &#224; Mayotte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pas d'Aide M&#233;dicale de l'&#201;tat (l'AME) &#224; Mayotte, c'est-&#224;-dire pas d'acc&#232;s aux soins pour les personnes sans papiers.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pratiques ill&#233;gales ordinaires de l'administration &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour rappel, la loi interdit l'enfermement administratif des mineurs non accompagn&#233;s et leur expulsion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Tous les jours, des mineurs non-accompagn&#233;s sont plac&#233;s au CRA comme majeurs apr&#232;s que l'administration leur attribue une date fictive de naissance et consid&#232;re les actes de naissance des comorien&#183;es comme faux ou falsifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Toutes les semaines, d'autres mineurs sont rattach&#233;s arbitrairement &#224; un tiers lors des interpellations maritimes ou terrestres, pour permettre leur enfermement et leur expulsion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Enfermement de mineurs fran&#231;ais en possession d'une preuve de leur nationalit&#233;, pour les expulser ill&#233;galement avec leur parent &#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Enfermement de personnes fran&#231;aises, et m&#234;me une demi-douzaine d'expulsions de personnes fran&#231;aises vers les Comores en 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pour les personnes qui arrivent &#224; saisir le juge, il arrive qu'elles soient expuls&#233;es malgr&#233; tout, alors que cette saisie doit suspendre l'expulsion.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;In&#233;galit&#233; des droits et pauvret&#233; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les droits sociaux des mahorais sont tr&#232;s inf&#233;rieurs &#224; ceux des habitants de l'hexagone. Le SMIC est inf&#233;rieur de 25%. Le RSA est r&#233;duit de moiti&#233;, et sur 300 000 habitants de l'&#238;le, moins de 5000 personnes sont allocataires du RSA. Il n'y a pas de Compl&#233;mentaire Sant&#233; Solidarit&#233; &#224; Mayotte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;80% des habitants vivent sous le seuil de pauvret&#233;, sur une &#238;le o&#249; le co&#251;t de la vie est plus &#233;lev&#233; que dans l'hexagone, car la plupart des produits sont import&#233;s. La grande majorit&#233; de la population vit dans des logements pr&#233;caires ou insalubres, il s'agit souvent d'abris de fortune, sans acc&#232;s &#224; l'eau, &#224; l'&#233;nergie et sans assainissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a surtout des in&#233;galit&#233;s de revenus en fonction de la couleur de la peau : une analyse qui date de quelques ann&#233;es montre qu'en moyenne les revenus sont de 200&#8364; mensuels pour les &#233;trangers, de 300&#8364; pour les fran&#231;ais originaires de Mayotte, et de 1400&#8364; pour les fran&#231;ais non originaires de Mayotte. C'est typiquement une structure sociale coloniale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La chasse aux &#233;trangers &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Des milliers d'habitations sont d&#233;truites chaque ann&#233;e laissant les personnes &#224; la rue. Depuis 2016, des collectifs se sont organis&#233;s pour d&#233;loger et agresser leurs voisins qui sont des comorien&#183;nes avec ou sans papiers et qui habitent un terrain qu'ils louent. Ces collectifs ont &#233;t&#233; escort&#233;s par les flics. Depuis l'&#201;tat a pris le relai de ces groupes x&#233;nophobes en d&#233;mantelant luim&#234;me les quartiers pauvres. Les personnes construisent des cases sur des terrains et ensuite la pr&#233;fecture d&#233;cide que tout un quartier est insalubre et vient le d&#233;truire sans respecter &#233;videmment la Loi &#201;lan qui veut qu'on reloge les personnes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'enjeu &#233;conomique et g&#233;ostrat&#233;gique &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi l'&#201;tat fran&#231;ais tient tant &#224; conserver Mayotte ? Mayotte est sur la route du Cap par laquelle est achemin&#233;e le p&#233;trole du Moyen Orient vers les pays occidentaux, par le canal du Mozambique. De plus d'importantes r&#233;serves de p&#233;trole et de gaz ont &#233;t&#233; d&#233;couvertes dans le canal, entre le Mozambique et Madagascar. Conserver Mayotte permet &#233;galement &#224; la France d'agrandir nettement sa zone &#233;conomique exclusive en mer (ZEE) qui est la 2e au monde.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Mayotte, laboratoire sur la question migratoire &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Par le durcissement du droit des &#233;trangers, le droit d&#233;rogatoire propre &#224; Mayotte peut venir alimenter la transformation du CESEDA, ainsi que par les pratiques administratives ill&#233;gales, pratiques qui finissent r&#233;guli&#232;rement par &#234;tre avalis&#233;es par les plus hautes juridictions comme le Conseil d'&#201;tat, puis int&#233;gr&#233;es aux divers projets de loi &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mayotte sert aussi de laboratoire m&#233;diatique, pour construire le discours sur les liens entre immigration, ins&#233;curit&#233; et d&#233;linquance, o&#249; les &#233;tranger&#183;es d&#233;sign&#233;&#183;es comme la source de tous les probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;//////// &#192; Mayotte et partout ailleurs, les luttes contre les politiques anti-migratoires et les luttes contre l'imp&#233;rialisme et le colonialisme sont indissociables&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Toulouse &#224; Mayotte, solidarit&#233; avec toutes les personnes qui luttent contre le colonialisme et pour leur libert&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; bas les CRA et les prisons ! &#192; bas l'&#201;tat raciste et colonialiste !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Des informations sur le centre de r&#233;tention de Toulouse et des paroles de personnes enferm&#233;es sont disponibles sur le site : toulouseanticra.noblogs.org &lt;br class='manualbr' /&gt;Pour suivre les prochaines actions et nous contacter : toulouseanticra@riseup.net &lt;br class='manualbr' /&gt;07 58 21 68 70 &lt;br class='manualbr' /&gt;Twitter X : @CraAnti &lt;br class='manualbr' /&gt;Instagram : @toulouseanticra &lt;br class='manualbr' /&gt;Mastodon : @toulouseanticra &lt;br class='manualbr' /&gt;Facebook : toulouseanticra &lt;br class='manualbr' /&gt;Telegram : &lt;a href=&#034;https://t.me/AlatTAC&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://t.me/AlatTAC&lt;/a&gt; 8/&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>Before we die</title>
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		<dc:date>2023-03-23T07:40:07Z</dc:date>
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		<dc:creator>projet-evasions</dc:creator>


		<dc:subject>Migrations, luttes contre les fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>English</dc:subject>
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		<dc:subject>T&#252;rk&#231;e</dc:subject>
		<dc:subject>Projet-Evasions (d&#233;centralis&#233;)</dc:subject>
		<dc:subject>&#1575;&#1604;&#1593;&#1585;&#1576;&#1610;&#1577;</dc:subject>
		<dc:subject>Espa&#241;ol</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ce texte a &#233;t&#233; &#233;crit suite au suicide de Alireza, jeune afghan en demande d'asile, et raconte depuis l'int&#233;rieur des camps comment la politique migratoire suisse d&#233;valorise et pousse au suicide.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique6" rel="directory"&gt;B&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot35" rel="tag"&gt;Migrations, luttes contre les fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot127" rel="tag"&gt;English&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot131" rel="tag"&gt;Deutsch&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot162" rel="tag"&gt;T&#252;rk&#231;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot167" rel="tag"&gt;Projet-Evasions (d&#233;centralis&#233;)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot153" rel="tag"&gt;&#1575;&#1604;&#1593;&#1585;&#1576;&#1610;&#1577;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot129" rel="tag"&gt;Espa&#241;ol&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH84/beforewedie-6025e.png?1780467327' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/beforewedie_small.png?1678445212&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le suicide est un processus d'autodestruction&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le suicide est un processus d'autodestruction&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, il d&#233;bute &#224; l'int&#233;rieur de soi ; la personne se d&#233;connecte d'elle-m&#234;me, croyant que son existence n'a aucun sens ni aucune valeur. C'est la partie la plus longue et la plus difficile du processus suicidaire, pleine de tentatives pour s'accrocher, de recherches d'espoir et de d&#233;sespoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, la destruction a lieu &#224; l'ext&#233;rieur de soi et la personne rompt finalement le lien entre son corps et le monde. Tout le monde s'int&#233;resse &#224; cette partie du processus, les voix ne se font entendre qu'&#224; ce stade. La loi impose des cons&#233;quences non pas sur les destructions internes mais sur les destructions externes, les statistiques des &#201;tats eux ne prennent en compte que les destructions externes. C'est ce qui mobilise les gens et leurs larmes, mais ce n'est pas ce dont personnes qui n'ont pas pu survire ont besoin. Quelle est la derni&#232;re ville, le dernier jour, la derni&#232;re difficult&#233; supportable ? Ces questions n'ont d'int&#233;r&#234;t que pour celleux qui restent derri&#232;re. C'est le long processus d'autodestruction qui se d&#233;roule avant le moment final qui pr&#233;occupait Alireza et qu'il faut traiter. M&#234;me si ce texte est &#233;crit &#224; une &#233;poque qui n'a plus de sens pour Alireza, je voudrais attirer l'attention sur un point significatif et expliquer comment, sur les routes migratoires, dans les camps, dans la vie de tous les jours, la destruction interne s'op&#232;re progressivement pour nous, migrant.e.x.s, et comment on nous fait croire que notre existence n'a aucun sens ni aucune valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour certain.e.x.s d'entre nous, l'histoire commence l&#224; o&#249; nous sommes n&#233;.e.x.s. Alireza est n&#233; en Afghanistan, dans un endroit o&#249; lors d'une interview dans la rue en Suisse, personne n'a r&#233;pondu oui &#224; la question &#171; Aimeriez-vous vivre dans ce pays &#187;. Ces conditions que ici personne n'associe &#224; sa propre valeur et o&#249; personne ne peut s'imaginer vivre correspondent pourtant &#224; la vie quotidienne d'une personne qui joue, tombe amoureux, r&#234;ve, se lamente, cultive des fleurs, mange. Comment pouvons-nous dire que la vie humaine a la m&#234;me valeur dans ces deux g&#233;ographies lorsque ce qu'une partie du monde vit durant une journ&#233;e ordinaire est d'une horreur inimaginable aux yeux de l'autre partie du monde ? Surtout lorsque des sommes &#233;normes d'argent ont &#233;t&#233; d&#233;pens&#233;es pour s&#233;parer ces deux g&#233;ographies par des murs, des fusils, des soldats, des mines et des pi&#232;ges mortels. Face &#224; cette r&#233;alit&#233;, il est &#233;vident que toute personne vivant dans ces conditions &#171; horribles &#187; ne sera pas aussi encline &#224; croire que sa vie a un sens et une grande valeur que les personnes vivant dans des &#171; g&#233;ographies s&#251;res &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Oui, pour certain.e.x.s d'entre nous, le processus de destruction interne commence dans l'ut&#233;rus.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce serait une erreur r&#233;confortante pour le monde des privil&#233;gi&#233;s de penser que cette in&#233;galit&#233; est al&#233;atoire, selon les th&#233;ories de la conception divine, ou qu'elle r&#233;sulte de circonstances fatidiques dues uniquement &#224; des raisons g&#233;ographiques. Non, la r&#233;alit&#233; est que si une partie du g&#226;teau de la s&#233;curit&#233;, de la paix et de la valeur est plus petite que l'autre, c'est l&#224; le r&#233;sultat de multiples couches de relations de pouvoir ainsi que de la cupidit&#233; de quelques personnes. Comme aucune ressource au monde ne s'&#233;vapore, il n'est pas difficile de deviner que la paix et la valeur qui nous ont &#233;t&#233; enlev&#233;es sont stock&#233;es quelque part en abondance !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De notre vie &#171; horrible &#187;, nous laissons derri&#232;re nous tous les souvenirs, les amiti&#233;s, la famille et les habitudes que nous avons construites afin de pouvoir respirer, c'est-&#224;-dire les seules choses qui rendaient notre vie supportable, et nous nous lan&#231;ons dans une incertitude dont nous savons qu'elle comporte le risque de la mort. &#202;tre la personne qui nourrit le chien du quartier, &#234;tre la grande s&#339;ur de son petit fr&#232;re, &#234;tre la personne qui conna&#238;t bien l'endroit o&#249; elle vit, &#234;tre la voisine &#224; qui l'on demande de l'aide&#8230; tout ce qui, de nous m&#234;me, donne un sens et une valeur &#224; notre existence, nous le perdons comme cons&#233;quence forc&#233;e de la migration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celleux d'entre nous qui ont la chance de survivre au p&#233;riple migratoire et d'arriver dans des pays prosp&#232;res esp&#232;rent que le monde sans valeur dans lequel nous sommes n&#233;.e.x.s et qui a &#233;t&#233; riv&#233;.e.x.s sur notre dos par la migration prendra fin et que notre existence trouvera &#224; pr&#233;sent une certaine valeur. Iels attendent de devenir une &#171; personne &#187; dot&#233;e de droits, d'&#234;tre reconnue.x.s comme dignes de la protection de leur existence mat&#233;rielle et morale, et de recevoir enfin leur part du g&#226;teau de la s&#233;curit&#233; et de la paix. Iels attendent cela parce qu'il y'a une dette naturelle de vie envers les &#201;tats qui l'ont d&#233;pouill&#233;.e.x de sa valeur intrins&#232;que. Iels ont &#233;galement cette attente bas&#233; sur des promesses faites par les &#201;tats dans les accords internationaux et le droit national o&#249; les droits humains sont transform&#233;s en outil de marketing et permettent profits et investissements &#233;conomique. Cette attente est parfaitement justifi&#233;e, mais &#224; la place nous rencontrons un &#233;norme foss&#233; : le foss&#233; entre le fait que, dans un monde juste, tous les &#234;tres humains na&#238;traient avec la m&#234;me valeur et que personne ne serait forc&#233; de migrer, et le fait que m&#234;me en abandonnant tout ce que nous aimons et en parcourant des milliers de kilom&#232;tres avec le risque de la mort, nous ne pouvons pas nous d&#233;barrasser de notre manque de valeur. Dans ces conditions, croire qu'il y aura un b&#233;n&#233;fice &#224; continuer &#224; vivre ne tient qu'&#224; un fil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me dans le cas o&#249; le Secr&#233;tariat &#224; la migration (SEM) s'acquitterait m&#233;ticuleusement de toutes ses responsabilit&#233;s, allouerait des ressources suffisantes pour r&#233;pondre aux besoins des migrant.e.x.s, et produirait des politiques pour r&#233;parer tous les dommages et traumatismes que nous avons re&#231;u.e.x.s, nous savons que nous ne pourrons pas &#234;tre &#233;gaux dans cette soci&#233;t&#233; suite au poids de toutes nos exp&#233;riences traumatisantes. Je vous laisse imaginer combien le tableau est plus sombre encore pour les migrant.e.x.s dans le cas o&#249; le SEM ne fait pas ou fait mal ce travail. Allons &#224; pr&#233;sent encore plus loin et visualisons le SEM comme l'un des obstacles majeurs jet&#233; en travers de nos pieds lorsque nous essayons tout juste de survivre. Oui, c'est l&#224; exactement la position de SEM dans nos vies, nous, en tant que survivant.e.x.s migrant.e.x.s, ne vivons ni avec le soutien de cette organisation ni avec le fait qu'elle nous ignore mais bel et bien &#171; en d&#233;pit &#187; de ses politiques. En plus de la responsabilit&#233; historique et politique de l'&#201;tat suisse dans nos vies d&#233;valoris&#233;es, nous devons entendre combien il est destructeur lorsqu'il s'agit de remplir ses dettes/obligations. M&#234;me s'il utilise des outils diff&#233;rents de ceux des talibans, d'Erdo&#287;an, de Poutine et d'Assad, que nous avons fuis, et tente de montrer qu'il n'y a aucun point commun entre lui et ces dictateurs, nous devons entendre que les effets produits sur nos vies sont exactement les m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pouvons vivre dans l'ordre &#233;tabli par aucun d'entre eux. Ils nous disent tous une m&#234;me chose : Votre existence n'a pas de valeur ni de sens.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Depuis le premier jour o&#249; j'ai d&#251; m'int&#233;grer dans le syst&#232;me d'immigration suisse jusqu'&#224; aujourd'hui, c'est le mot qui m'a &#233;t&#233; le plus chuchot&#233; &#224; l'oreille. Une promesse que personne ne m'a dite ouvertement, que personne ne m'a cri&#233;e dessus, que personne ne m'a frapp&#233; sur la t&#234;te ; une promesse qui n'est pas &#233;crite sur le mur, qui n'est pas communiqu&#233;e par lettre officielle, que vous ne trouverez pas dans les r&#232;glements, mais qui se fait sentir partout. De m&#234;me que dans mon pays d'origine, la police a appris &#224; utiliser la violence physique contre nos corps sans laisser aucune trace, en Suisse, le personnel et les politiques des autorit&#233;s d'immigration se sont sp&#233;cialis&#233;s dans la destruction de notre personnalit&#233; et de l'estime de soi sans rien laisser para&#238;tre d'autre que de la politesse. Non pas avec l'agression d'un dictateur qui d&#233;clarait ouvertement qu'il ne reconnaissait pas la constitution, mais avec la sournoiserie d'une lourde bureaucratie, interpr&#233;tant toujours contre nous des lois extr&#234;mement ambigu&#235;s. J'ai ressenti le m&#234;me sentiment d'inutilit&#233; en tant qu'individu vis-&#224;-vis des deux &#201;tats, mais alors que mon pays d'origine est condamn&#233; par de nombreuses organisations internationales, la Suisse est pr&#233;sent&#233;e comme l'incarnation des droits humains et de la d&#233;mocratie. Ce que le syst&#232;me migratoire suisse nous fait vivre doit &#234;tre beaucoup plus visibilis&#233; afin de d&#233;masquer la cause de tant de morts et d'atrocit&#233;s et d'&#233;viter de continuer &#224; applaudir les meurtriers qui nous poussent &#224; mettre fin &#224; nos vies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;cris &#233;galement ce texte remplie de peine pour la vie de mon amie qui a d&#251; d&#233;cider de poursuivre sa grossesse non planifi&#233;e en raison de l'incertitude et de l'absence d'avenir caus&#233;es par le SEM.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de l'entretien pour l'&#233;valuation de sa demande d'asile, son entretien a &#233;t&#233; interrompu avec le motif qu'elle ne pouvait pas expliquer les traumatismes qu'elle avait subis dans son pays d'origine en raison de ses pleurs. Cela faisait seulement quelques mois qu'elle avait &#233;chapp&#233; &#224; la pers&#233;cution subie, elle ne pouvait pas parler, c'est ainsi que cela a &#233;t&#233; enregistr&#233;. Il lui a &#233;t&#233; dit qu'un autre entretien serait organis&#233; et qu'on la recontacterait, il suffit d'attendre. Deux ann&#233;es se sont &#233;coul&#233;es depuis ce jour et il ne lui a jamais &#233;t&#233; donn&#233; une autre date d'entretien, il ne lui a jamais &#233;t&#233; expliqu&#233; pourquoi cela a pris autant de temps, et il ne lui a rien &#233;t&#233; montr&#233; de significatif qu'elle puisse faire entre-temps. Elle ne peut pas aller &#224; l'&#233;cole, elle ne peut pas travailler, elle ne peut pas vivre dans une maison, elle ne peut pas voyager et elle ne sait pas combien de temps sa vie continuera ainsi. Il ne lui a pas &#233;t&#233; dit de quitter ce pays, mais il ne lui a pas &#233;t&#233; donn&#233; une chance d'y vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, le personnel du camp est entr&#233; par effraction dans la pi&#232;ce o&#249; elle vivait et l'a vu allong&#233;e sur le sol, dans la salet&#233;, la poussi&#232;re, les v&#234;tements et la nourriture &#233;parpill&#233;s au sol, et a cru qu'elle &#233;tait morte ! Puis ils ont r&#233;alis&#233; qu'il &#233;tait encore en vie mais qu'elle avait perdu sa force mentale et l'ont transf&#233;r&#233; d'urgence du camp vers un autre endroit. Puisque son existence n'avait aucune valeur et aucun sens, la seule chose qu'ils ont faite a &#233;t&#233; de traiter une personne qui perdait son lien avec la vie comme une bombe &#224; responsabilit&#233; sur le point d'exploser, et de la retirer de leurs mains pour la jeter sur quelqu'un d'autre. Lorsque nous nous sommes rencontr&#233;s r&#233;cemment, elle m'a dit qu'elle avait d&#233;cid&#233; de poursuivre sa grossesse non planifi&#233;e dans l'espoir d'une vie meilleure. Sous mes yeux, en deux ans, les politiques migratoires suisses avaient transform&#233; la vie de cette jeune personne en une &#233;pave, alors que j'avais connue les yeux p&#233;tillants le premier jour de son arriv&#233;e dans le camp o&#249; je me trouvais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lieux o&#249; nous sommes forc&#233;s de vivre, les camps pour migrant.e.x.s, sont s&#251;rement la manifestation la plus explicite de la politique migratoire officielle. Les autorit&#233;s nous empilent les un.e.xs sur les autres dans les parties les plus recul&#233;es de la ville ou dans des abris souterrains, et ce n'est qu'&#224; certaines heures de la journ&#233;e que nous sommes autoris&#233;s &#224; nous m&#234;ler &#224; la vie ext&#233;rieure. Pendant ces heures, il nous est interdit d'exercer une activit&#233; o&#249; nous pouvons gagner de l'argent. L'&#201;tat suisse nous traite comme si nous portons une &#233;pid&#233;mie de peste, et il est impossible de ne pas s'en rendre compte. Ce &#224; quoi nous sommes expos&#233;.e.x.s est similaire &#224; ce &#224; quoi les animaux sont expos&#233;s en termes de valeur et de traitement. Tant&#244;t comme les figurants du cirque servant &#224; divertir, tant&#244;t comme les individus emprisonn&#233;s sans d&#233;fense dans les zoos, tant&#244;t comme ceux des fermes d'&#233;levage, qui sont exploit&#233;s de la t&#234;te aux pieds puis laiss&#233;s &#224; l'abandon. Notre individualit&#233;, nos capacit&#233;s, nos besoins se sont pas importants, nous ne sommes plus les sujets de nos vies. Nous n'avons qu'un seul nom et une seule cat&#233;gorie : Les demandeurs d'asile. Chaque matin, nous allions au tableau principal pour voir si une nouvelle d&#233;cision a &#233;t&#233; prise concernant nos vies, nous y cherchons notre num&#233;ro (oui, tout le monde a un num&#233;ro, heureusement il n'est pas clou&#233; &#224; nos oreilles comme pour le b&#233;tail) et nous apprenons les &#233;volutions nous concernant.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Alors que dans nos pays d'origines, nous &#233;tions &#233;tiquet&#233;.e.x.s comme rebelles, victimes de guerre, survivant.e.x.s, terroristes, damn&#233;s, aux yeux du SEM nous ne sommes pas m&#234;me ces stigmates ; nous ne sommes plus qu'un num&#233;ro.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re insignifiant et sans valeur de notre existence n'est pas seulement impos&#233; par des strat&#233;gies &#224; long terme. Les atteintes &#224; notre dignit&#233; se manifestent aussi fr&#233;quemment dans la vie quotidienne. L'exemple le plus frappant, voire th&#233;&#226;tral, dans tous les camps sont les c&#233;r&#233;monies au cours desquelles nous recevons notre &#171; allocation &#187;, qui est fix&#233;e &#224; 3,- par jour. Tous les jeudis entre 8 et 9 heures, toutes les personnes vivant dans le camp sont soigneusement align&#233;es dans une file d'attente, chaque personne, tour &#224; tour, salue une personne haut plac&#233;e du SEM qui attend avec une caisse enregistreuse &#224; la main. L'agent.e.x du SEM demande &#224; des centaines de personnes avec la m&#234;me insensibilit&#233;, &#171; Bonjour, comment allez-vous ?&#171; , et apr&#232;s la r&#233;ponse qu'elles vont, l'argent de poche est remis. La personne qui re&#231;oit l'argent remercie le personnel du SEM et part. Cette c&#233;r&#233;monie est le moment o&#249; vous verrez le personnel du camp travailler de la mani&#232;re la plus amicale et la plus m&#233;ticuleuse. Iels organisent souvent les files d'attente, avertissent la personne qui ne se rend pas compte que c'est son tour d'aller &#224; la caisse, et dirigent la personne qui prend son argent vers la porte de sortie. La ligne o&#249; l'on attend, o&#249; l'on entre dans la salle, o&#249; l'on prend l'argent et o&#249; l'on part est presque aussi pr&#233;cise que si elle avait &#233;t&#233; dessin&#233;e &#224; la craie sur le sol. Parmi les milliers d'&#233;v&#233;nements chaotiques du camp, la c&#233;r&#233;monie la plus irr&#233;prochable est ce moment de remise de l'allocation. Elle rappelle tout autant le th&#233;&#226;tre en terme de mise en sc&#232;ne, l'arm&#233;e en termes de rapports de force et de saluts, et la relation familiale traditionnelle p&#232;re-enfant en termes d'attentes de gratitude et de respect. Ce qui rend la chose encore plus marquante est l'obligation de participer &#224; cette c&#233;r&#233;monie. Un jour, alors que j'&#233;tais malade et que je ne faisais pas la queue pour l'allocation, les fonctionnaires sont venus dans ma chambre et m'ont dit que je devais y aller.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Il &#233;tait clair que toute cette c&#233;r&#233;monie est organis&#233;e non pas pour nous donner quelque chose, mais pour nous prendre quelque chose : Notre honneur.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pour le prix ridicule de 3 CHF par jour, iels veulent nous enlever notre personnalit&#233; et la remplacer par des sujets reconnaissants, honteux, uniformes, soumis et sans valeur. C'est ainsi qu'iels posent les bases de la relation qu'iels attendent entre nous et l'&#201;tat suisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment empoisonner la sant&#233; mentale des migrant.e.x.s jour apr&#232;s jour, sans commettre de violence physique, sans commettre d'infraction d&#233;finie dans le code p&#233;nal et avec une apparence de premier de classe qui permettra de marquer 10/10 points lors des inspections ? La Suisse semble avoir &#233;crit un livre entier sur ce sujet. Il y a une telle politique professionnelle de d&#233;valorisation que celleux qui la subisse d&#233;p&#233;rissent jour apr&#232;s jour, souffrent de maladies psychosomatiques, d&#233;sesp&#232;rent de la vie, mais ne peuvent comprendre qui est l'auteur de ces violences. Lorsque vous voyez que le m&#234;me traitement humiliant est consid&#233;r&#233; comme normal par des centaines de personnes comme vous, vous perdez votre &#233;tonnement initial et vous vous adaptez au flux. Des centaines d'autres individualit&#233;s ont d&#251; passer par le m&#234;me processus que vous pour devenir des &#171; centaines de personnes &#187;. C'est &#224; la fois le r&#233;sultat de l'instinct de survie, et la connaissance que dans les relations de pouvoir, votre part obligatoire est de vous soumettre. Il est choquant et humiliant pour tout le monde d'apprendre que, lorsque vous avez besoin de papier toilette, vous devez vous rendre au kiosque du camp, rapporter le rouleau en carton de papier toilette vide et l'&#233;changer contre un nouveau. Mais comme vous n'avez pas d'autre choix, vous devez vous habituer &#224; faire la queue au kiosque avec le rouleau de papier toilette termin&#233;. Cette situation vous prive jour apr&#232;s jour de la conscience de votre vie priv&#233;e, de votre valeur personnelle et de vos droits fondamentaux. Alors que vous avez l'impression de n'&#234;tre rien, vous ne r&#233;alisez pas que l'une des raisons de ce n&#233;ant est le rouleau de papier toilette vide qu'ils vous font porter. Vous ne vous sentez d&#233;shonor&#233; que le premier jour, les autres jours vous &#234;tes habitu&#233; &#224; vivre avec votre nouvelle &#171; valeur &#187;. C'est &#231;a le propos de la politique d'immigration suisse &#224; chaque mesure : vous d&#233;valoriser un peu plus et vous fait croire que vous n'avez aucune valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas de malheurs individuels, de gestionnaires n&#233;gligents, de pratiques non r&#233;glement&#233;es. Au contraire, il s'agit de politiques g&#233;n&#233;rales soigneusement planifi&#233;es, ind&#233;niables et appliqu&#233;es dans presque tous les camps, chacune d'entre elles ayant &#233;t&#233; r&#233;fl&#233;chies pour produire exactement ce r&#233;sultat. Bien s&#251;r, il y a aussi des exemples de crimes contre les migrant.e.x.s, mais sans aborder ces d&#233;bordements &#171; individuels &#187;, je voudrais expliquer comment m&#234;me des pratiques l&#233;gales peuvent &#234;tre propices &#224; la perte de l'estime de soi et &#224; l'autodestruction qui en d&#233;coule. Ce que nous vivons ne peut pas &#234;tre expliqu&#233; par des aspects techniques, des insuffisances &#233;conomiques ou des raisons de s&#233;curit&#233;. Parce que nous savons que si, pour une raison quelconque, tous les politicien.ne.x.s suisses devaient, durant une certaines p&#233;riode &#234;tre install&#233;.e.x.s dans le m&#234;me b&#226;timent, ce b&#226;timent auraient &#233;t&#233; construits d&#232;s le d&#233;but d'une mani&#232;re qui aurait &#233;t&#233; digne de la valeur de ces politicien.ne.x.s. Si nous subissons tout cela, c'est &#224; cause de la &#171; valeur &#187; que les politicien.ne.x.s ont en quantit&#233; et dont on ne nous donne pas donn&#233; un iota. Par cons&#233;quent, je vais continuer &#224; parler des pratiques routini&#232;res et banales de la vie quotidienne dans le camp et je vous invite &#224; imaginer ce qui pourrait se passer si elles &#233;taient appliqu&#233;es &#224; des personnes de &#171; valeur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, si vous avez achet&#233; un shampoing, un paquet de cigarettes et une bouteille de jus de fruit avec les 3 CHF qu'iels vous donnent chaque jour, et que vous souhaitez les ramener dans le lieu o&#249; vous vivez, il est attendu que vous prouviez que vous n'avez pas vol&#233; ces marchandises en montrant un ticket. Sinon, les produits non factur&#233;s sont confisqu&#233;s comme preuve d'un d&#233;lit. Cela ne se fait pas en cachette, au contraire, cette r&#232;gle est &#233;crite en grosses lettres &#224; l'entr&#233;e de chaque camp. Je ne pourrai probablement jamais oublier ce que j'ai ressenti le jour o&#249; j'ai d&#251; attendre pendant une heure &#224; l'entr&#233;e que le directeur du camp vienne enfin me donner l'autorisation de pouvoir rentrer avec les chaussures que j'ai achet&#233;es pour 5 CHF au march&#233; aux puces. Je ne pouvais m&#234;me pas nommer ce que je vivais, je savais seulement que c'&#233;tait quelque chose qui pouvait peut-&#234;tre &#234;tre expliqu&#233; par leur propre r&#232;glement, mais qui &#233;tait incompatible avec ma valeur en tant qu'&#234;tre humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les camps, vos corps ne vous appartiennent pas, ce sont des monstres, des choses &#224; contr&#244;ler. Chaque jour, une autre main les touche, les fouille. S'il est d&#233;cid&#233; que votre corps n'est pas sain, vous &#234;tes oblig&#233;.e.x de subir des proc&#233;dures m&#233;dicales. Si votre allergie &#224; la poussi&#232;re est consid&#233;r&#233;e comme le covid, vous ne serez m&#234;me pas test&#233;.e.x, vous serez mis.e.x en quarantaine pendant deux semaines. Si, malgr&#233; vous, iels d&#233;cident que votre corps est sain, vous serez confront&#233; &#224; des obstacles constants pour acc&#233;der aux soins dont vous avez besoin. Le fait que vous vous inqui&#233;tiez de la sant&#233; du b&#233;b&#233; dans votre ventre ou que vous ne puissiez pas manger parce qu'on ne vous donne pas de nourriture conforme &#224; vos valeurs &#233;thiques sont des probl&#232;mes qui d&#233;passent la valeur sanitaire que vous m&#233;ritez &#224; leurs yeux et seront ignor&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Vous vous rendrez rapidement compte que toutes les mesures prises au nom de la sant&#233; ne visent pas &#224; vous emp&#234;cher de tomber malade, mais &#224; vous emp&#234;cher de propager des maladies.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Vous devrez utiliser du mat&#233;riel de nettoyage pour p&#233;n&#233;trer dans de nombreux endroits o&#249; la s&#233;curit&#233;, les travailleurs des services sociaux et les fonctionnaires entrent sans prendre aucune pr&#233;caution. Le mat&#233;riel allou&#233; uniquement aux migrant.e.x.s sont &#171; soigneusement &#187; prot&#233;g&#233;s contre le vol. Dans les camps, il y a toujours un gant pour s&#233;parer les corps des migrant.e.x.s de ceux des non-migrant.e.x.s. Mais ce gant ne change jamais, ce gant que le garde vient de mettre pour inspecter les chaussures de quelqu'un va bient&#244;t t&#226;ter votre cou. Les limites de ce qui est consid&#233;r&#233; comme sale et de ce qui ne l'est pas sont fa&#231;onn&#233;es par la distinction entre ce qui est associ&#233;s aux migrant.e.x.s et ce qui ne l'est pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fonctionnaires du camp peuvent &#224; tout moment faire une descente dans vos chambres, regarder sous les lits, ouvrir vos placards, fouiller dans les poubelles, chercher des preuves de d&#233;lits. Une fois, pendant une fouille, alors que j'&#233;tais malade et alit&#233;, l'employ&#233;e s'est approch&#233; de moi, a touch&#233; mon visage pour v&#233;rifier si j'avais de la fi&#232;vre&#8230; avec le m&#234;me gant que celui avec lequel elle venait de fouiller dans les ordures. Elle n'a pas fait cela avec l'intention de me faire du mal ou avec la conscience de son comportement, cela s'est produit automatiquement, en toute bonne foi, ce qui &#233;tait beaucoup plus humiliant. Ce n'&#233;tait m&#234;me pas dirig&#233; contre moi en tant que personne, je n'avais m&#234;me pas de personnalit&#233; pour me distinguer des autres. Elle l'a fait suite &#224; l'inutilit&#233; qui m'est automatiquement attribu&#233;e du fait que je suis une migrante. Elle ne lui est jamais venu &#224; l'esprit qu'il pouvait y avoir une diff&#233;rence entre les besoins d'hygi&#232;ne de mon visage et le niveau d'hygi&#232;ne de la poubelle. Par contre, elle a eu le r&#233;flexe de prot&#233;ger son visage avec son gant lorsqu'elle avait besoin de me toucher le visage. Ce que tout le monde sait dans son c&#339;ur, mais dont il est interdit de parler, remonte &#224; la surface avec ce comportement inconscient. Nous sommes des &#234;tres sans valeur non seulement pour la direction du SEM &#224; Berne, mais aussi pour les employ&#233;.e.x.s les moins bien pay&#233;s de l'&#233;chelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les affichettes que nous rencontrons et ce que l'administration veut nous communiquer au travers elles, m&#233;ritent d'&#234;tre analys&#233;s en profondeur. Toutes ont &#233;t&#233; astucieusement con&#231;ues de fa&#231;on &#224; bloquer facilement toute critique par le bouclier de leur fausse bienveillance. C'est l&#224; que r&#233;side la gravit&#233; de ce que nous vivons d&#233;j&#224; : Notre estime de soi est &#233;rod&#233;e jour apr&#232;s jour par leur comportement professionnel &#233;tal&#233; dans le temps, mais iels n'admettent jamais ce qu'iels font r&#233;ellement. De cette fa&#231;on, la violence que nous subissons n'est pas reconnue, et nous ne sommes pas accueillis par des excuses r&#233;paratrices ; il nous est presque impossible de voir que notre sentiment d'inutilit&#233; n'est pas intrins&#232;que, mais inject&#233; par l'&#201;tat. Des panneaux d'avertissement pour les toilettes, que vous ne trouverez dans aucune universit&#233;, dans aucun bureau, dans aucune municipalit&#233;, sont accroch&#233;s dans les toilettes des centres SEM, et lorsque vous en demandez la raison, plus ou moins chaque membre du personnel se justifie de la m&#234;me mani&#232;re en insultant gentiment les migrant.e.x.s. Dans diff&#233;rents cantons, dans diff&#233;rents camps, vous &#234;tes &#233;tonn&#233;.e.x de voir que chaque membre du personnel donne les m&#234;mes r&#233;ponses, comme s'il avait suivi le m&#234;me cours. En fait, c'est exactement le cas : ils ont tous suivi les le&#231;ons des politiques de l'&#201;tat, et ils travaillent ensemble pour mettre en &#339;uvre la sagesse de l'&#201;tat. Dr&#244;le, mena&#231;ant, didactique&#8230; les avertissements sont &#233;mis sous diff&#233;rentes formes, mais &#224; chaque fois se manifeste la relation de pouvoir asym&#233;trique entre l'auteur de l'avertissement et le destinataire de l'avertissement. C'est pourquoi il est n&#233;cessaire de voir non seulement ce que l'autorit&#233; essaie d &#187;enseigner &#187;, mais aussi quel sentiment elle veut susciter en nous &#224; travers l'outil utilis&#233;. Par exemple, l'affiche demandant de ne pas entrer dans le camp avec des chaussures boueuses est fait avec une photographie des chaussures boueuses d'un enfant vivant dans ce m&#234;me camp, imprim&#233;e et accroch&#233;e &#224; l'entr&#233;e. C'est un exemple tr&#232;s pr&#233;cis de la fa&#231;on dont la politique migratoire officielle nous touche. Ce que cet enfant ressent &#224; chaque fois qu'il passe la porte est ce que le SEM veut que nous ressentions &#224; chaque fois que nous sommes dans ce pays. Le but n'est pas de cr&#233;er un environnement propre, mais d'&#233;tablir cet ordre souhait&#233; sur notre honte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me d'asile suisse ne donne rien s'il n'est pas certain d'obtenir davantage en retour. La r&#233;partition du budget allou&#233; n'est pas bas&#233;e sur les besoins, mais sur la volont&#233; d'un investissement rentable &#224; l'avenir. L'&#233;tat entoure un petit enfant comme si elle voulait l'isoler de sa famille, car il repr&#233;sente une ressources et des projets &#224; ne pas manquer. L'&#201;tat a les moyens et le droit de l'int&#233;grer pleinement dans son syst&#232;me. Il est tr&#232;s rentable de cr&#233;er une gratitude durable en faisant croire qu'il offre &#224; cet enfant de grandes opportunit&#233;s que ce dernier ne m&#233;riterait pas. Cependant, les ressources allou&#233;es &#224; un.e.x migrant.e.x handicap&#233;.e.x, &#226;g&#233;.e.x ou anti-autoritaire et qui n'est pas consid&#233;r&#233; comme participant &#224; la force de travail et &#224; la vitrine de propagande du pays, sont toujours en danger car elles ne peuvent pas &#234;tre transform&#233;es en profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas, ces ressources limit&#233;es sont transf&#233;r&#233;es d'une institution &#224; l'autre sans que les migrant.e.x.s puissent les toucher ou d&#233;cider librement de leur gestion. Mais alors que l'argent circule entre les institutions de l'&#201;tat sans jamais en sortir, l'&#201;tat exige de recevoir un retour sur un investissement duquel il n'a jamais pay&#233;. Les cours de langue auxquels nous sommes obligatoirement envoy&#233;.e.x.s en sont un exemple clair. Si nous analysons qui organise les cours et comment ils se rapportent aux migrant.e.x.s, nous verrons que c'est l'&#201;tat, et non les migrant.e.x.s qui en b&#233;n&#233;ficie. Ces cours sont dispens&#233;s par des entreprises publiques travaillant pour le SEM ; pour chaque &#233;tudiant.e.x, l'&#201;tat prend de l'argent d'une poche et se la met dans une autre, tandis que nous, les migrant.e.x.s sommes factur&#233;.e.x.s pour le spectacle. En attendant, la formation que l'on nous donne n'est pas du tout propice au d&#233;veloppement des comp&#233;tences linguistiques. Ces formations nous permettent de comprendre communication officielle qui nous sont donn&#233;es, de remercier la police lorsqu'elle nous demande notre carte d'identit&#233;, d'ex&#233;cuter imm&#233;diatement les instructions qui nous sont donn&#233;es et, un jour, de nous rendre un jour au guichet pour payer nos imp&#244;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; tout cette mise en sc&#232;ne, il est attendu de notre part que nous soyons reconnaissants au SEM de nous allouer ces ressources. C'est avec ce but qu'une administratrice du SEM vient visiter notre classe et passant une heure &#224; nous dire quelles victimes chanceuses nous sommes d'avoir la possibilit&#233; de suivre ces cours. Quand sur le tableau noir, devant des dizaines de personnes, elle &#233;crit le montant de l'argent pay&#233; pour ces cours, il ne lui vient m&#234;me pas &#224; l'esprit que nous avons assez de &#171; valeur &#187; pour comprendre l'insolence de la chose. Mais elle a eu tort, les sans-valeur ont immortalis&#233; ce moment et lui demanderont des comptes :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#8211; Oui, les enfants, est-ce que vous payez pour ces cours ?&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#8211; Non, madame.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#8211; Et savez-vous combien ces cours co&#251;tent par mois ?&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#8211; Non, madame.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#8211; Alors regardez bien, j'&#233;cris au tableau.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#8211; Qui paie pour &#231;a, d'apr&#232;s vous ? Je vous laisse deviner.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#8211; &#201;tat, SEM, CARITAS, ORS, Canton.&#8230; ?&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#8211; Non, non. Vous ne savez pas. Nous, en tant que citoyens, nous payons cet argent. Vous venez ici avec nos imp&#244;ts.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#8211; &#8230;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; -Savez-vous ce qu'est une taxe ? Vous le savez tr&#232;s bien. D'accord, n'oubliez pas alors&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Puisque m&#234;me les actions les mieux intentionn&#233;es et les plus r&#233;fl&#233;chies, d&#233;cid&#233;es par l'&#201;tat &#171; en faveur des r&#233;fugi&#233;.e.x.s &#187; sont bas&#233;es sur l'hypoth&#232;se officielle que nous sommes des personnes sans valeur, elles se transforment invariablement toutes en actions &#171; contre les r&#233;fugi&#233;.e.x.s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce que nous avons v&#233;cu dans notre vie en Suisse est bien plus que ce lien de causalit&#233; obligatoire cr&#233;&#233; par la raison d'&#201;tat. Le fait qu'iels nous emm&#232;nent dans les rues certains jours de l'ann&#233;e, escort&#233;s par la police, pour nous apprendre &#224; marcher sur la route et &#224; traverser la rue, n'est pas possible &#224; interpr&#233;ter comme partant d'une bonne volont&#233; mais maladroitement traduite en acte. Car il est &#233;vident que cette marche honteuse, organis&#233;e au nom de l'&#233;ducation et &#224; laquelle la participation est obligatoire, est tr&#232;s &#233;loign&#233;e de la vie quotidienne de toute personne vivant dans ce pays. En t&#233;moigne le fait que pendant que nous essayions de marcher d'un endroit &#224; l'autre en &#233;tant stress&#233;s et en nous cognant les un.e.x.s les autres, les habitants des environs nous regardaient depuis leur balcon comme si nous faisions partie d'un cirque. Conscient.e.x.s que personnes de celleux qui organisent, g&#232;rent, supervisent ou contr&#244;lent cet &#171; exercice &#187; n'accepterait de se voir dans cette position, nous marchons &#224; quelques m&#232;tres d'elleux, &#224; une distance o&#249; la diff&#233;rence de valeur entre nous est frappante. Nous sommes oblig&#233;.e.x.s de dig&#233;rer ce spectacle de d&#233;valorisation parce que nous craignons que l'interminable s&#233;rie de causes et de cons&#233;quences li&#233;es au fait de ne pas faire ce qu'on nous dit &#234;tre obligatoire ne nous renvoie dans les pays o&#249; nous avons &#233;t&#233; traumatis&#233;s. Sans exception, chaque migrant.e.x doit construire sa vie plus ou moins &#224; l'ombre de cette angoisse. Tant que cette anxi&#233;t&#233; existe, il importe peu qu'elle soit r&#233;aliste, exag&#233;r&#233;e, possible, ill&#233;gale, l&#226;che, irrationnelle&#8230; etc. Pour une personne ayant d&#251; quitter son lieu de vie, le fait de savoir que cette &#233;ventualit&#233; est possible d'une mani&#232;re ou d'une autre cr&#233;e une diff&#233;rence de dignit&#233; infranchissable avec une personne ne vivant pas cette &#233;ventualit&#233;. Tant que l'&#233;p&#233;e de la d&#233;portation sera suspendue au-dessus de nous, nous ne pourrons jamais ressentir la &#171; valeur &#187; qui nous prot&#232;ge de l'autodestruction. Pour commencer &#224; nous rendre notre valeur usurp&#233;e, le syst&#232;me de renvoi, qui nous fait passer de quelqu'un &#224; quelque chose, doit &#234;tre aboli&#8230; imm&#233;diatement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De grandes mains qui nous transportent d'un endroit &#224; l'autre en nous prenant par la t&#234;te comme si nous &#233;tions les pi&#232;ces d'un jeu. Un &#201;tat qui trace une ligne autour d'une r&#233;gion et nous dit que nous ne pouvons pas vivre ici alors m&#234;me que nous sommes une partie naturelle du monde, qui nous transforme en objets comme un paquet de marchandises avec &#233;crit dessus exp&#233;diteur Suisse et destinataire Gr&#232;ce. Un.e.x directeur.ice d'institution a le pouvoir de couper, pour toujours, nos liens avec le pays dans lequel nous avons construit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je parle ici de quelque chose d'insupportable et qui les d&#233;passe : on nous renvoie dans des pays o&#249; nous avons subi des traumatismes, o&#249; ces traumatismes sont ignor&#233;s et o&#249; personne n'a l'intention de les r&#233;parer. Pour le dire encore plus clairement, on nous renvoie vers les pers&#233;cutions auxquelles nous avons &#233;t&#233; expos&#233;s et auxquelles nous avons r&#233;ussi &#224; &#233;chapper. Gr&#232;ce, Croatie, Slov&#233;nie&#8230; Pour de nombreuses personnes migrantes, ce ne sont pas que des noms de pays. Ce sont des pays o&#249; l'on nous demande de nous noyer dans leurs rivi&#232;res et de geler dans leurs for&#234;ts ; o&#249; l'on nous bat dans les zones officielles, o&#249; l'on nous vole dans les zones non officielles et o&#249; l'on nous jette dans des endroits isol&#233;s, o&#249; tout cela devient une politique d'&#201;tat et n'est pas puni. Nous avons m&#234;me perdu le privil&#232;ge de pouvoir parler de ces pays sans fr&#233;mir. Beaucoup de mes ami.e.x.s me disent que m&#234;me si un jour iels obtenaient la nationalit&#233; suisse, des garanties de s&#233;curit&#233; et des opportunit&#233;s &#233;conomiques, iels ne pourraient pas aller en Gr&#232;ce m&#234;me pour des vacances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ces informations, je sais &#224; quel point il &#233;tait d&#233;vastateur de dire &#224; Alireza, 18 ans, qui a r&#233;ussi &#224; fuir la guerre en Afghanistan alors qu'il &#233;tait enfant, qui a surv&#233;cu &#224; des violences sexuelles dans un camp en Gr&#232;ce, qui a atteint la Suisse et qui a pu y (re)construire sa vie, &#171; Tu vas maintenant vivre en Gr&#232;ce &#187;. Celleux qui lui ont donn&#233; cette d&#233;cision le savaient aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alireza a mis fin &#224; ses jours &#224; Gen&#232;ve le 30 novembre 2022, imm&#233;diatement apr&#232;s que le Tribunal administratif f&#233;d&#233;ral suisse lui ait notifi&#233; cette d&#233;cision. Le tribunal et le SEM savaient, suite aux rapports m&#233;dicaux, que la d&#233;cision de le renvoyer pouvait lui co&#251;ter la vie. Apr&#232;s sa mort, Anne C&#233;sard, attach&#233;e de presse du SEM, a, dans une d&#233;claration &#233;hont&#233;e, parfaitement repr&#233;sent&#233; l'organisation criminelle qui a tu&#233; Alireza et la politique d'immigration de la Suisse : &#171; Le risque de suicide n'est pas un obstacle &#224; la d&#233;cision de le renvoyer, si c'&#233;tait le cas, nous n'aurions pu renvoyer personne, les proc&#233;dures &#233;taient conformes &#224; la loi&#171; . Il y a eu des reportages, des d&#233;bats publics, des protestations ; la d&#233;cision a &#233;t&#233; condamn&#233;e, on a cherch&#233; &#224; la bl&#226;mer, certains &#233;taient indign&#233;.e.x.s, d'autres attrist&#233;.e.x.s. Pendant tout ce temps, quand le grand publique s'est enfin rendu compte qu'il &#233;tait une personne et qu'il valait quelque chose, Alireza n'&#233;tait plus l&#224;. &#192; un moment qui n'avait pas de sens pour lui, de beaucoup de politicien.ne.x.s ont soudainement d&#233;clar&#233; qu'iels &#233;taient d&#233;sol&#233;.e.x.s pour Alireza.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, son aventure consistant &#224; courir apr&#232;s la valeur qui lui a &#233;t&#233; vol&#233;e depuis le jour de sa naissance jusqu'au jour de sa mort ne semblait pas assez triste pour quiconque. C'est exactement la raison pour laquelle, malgr&#233; les centaines de politicien.n.e.x.s horribles, les politiques d'immigration et la x&#233;nophobie qui ont d&#233;valoris&#233; Alireza depuis son arriv&#233;e en Suisse, nous devons nous opposer de toute nos forces contre le fait que tout le monde ait les yeux fix&#233;s sur le dernier moment du suicide, le dernier moment o&#249; la bombe-&#224;-responsabilit&#233; a explos&#233;. C'est un effort collectif et de longue haleine qui a opprim&#233; Alireza jour apr&#232;s jour, l'a d&#233;courag&#233;, l'a rendu d&#233;sesp&#233;r&#233;. La fa&#231;on dont il a v&#233;cu devrait &#234;tre aussi int&#233;ressante que la fa&#231;on dont il est mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes des migrant.e.x.s qui avons r&#233;ussi &#224; survivre aujourd'hui malgr&#233; la destruction syst&#233;matique de notre estime de soi par les politiques suisses, mais nous ne sommes pas loin de l'ab&#238;me dans lequel Alireza a &#233;t&#233; pouss&#233;. Nous sommes des personnes qui sommes oblig&#233;.e.x.s de danser sur la ligne entre la vie et la mort &#224; cause de l'endroit o&#249; nous sommes n&#233;.e.x.s ou d'o&#249; nous avons migr&#233;. Quand nous ne mourons pas, nous ne pouvons n&#233;anmoins pas vivre comme nous le m&#233;ritons. Malgr&#233; la dynamite qui a &#233;t&#233; plac&#233;e partout dans notre quotidien, nous parvenons &#224; survivre avec nos propres ressources, nos outils, nos ami.e.x.s et notre solidarit&#233;. C'est pr&#233;cis&#233;ment pourquoi pour nous, lorsque le suicide est un processus d'autodestruction, la survie se transforme en un acte de r&#233;sistance et de solidarit&#233;. Notre meilleur outil de d&#233;fense dans cette action, dans laquelle nous nous trouvons involontairement, consiste dans le fait de nous dire que &#171; notre valeur est d&#251; au fait que nous existons, aucune autorit&#233; ne peut nous la donner ou nous la retirer. &#187; Croire et int&#233;rioriser cela n'est pas facile dans les conditions dans lesquelles nous sommes pouss&#233;.e.s, je nous invite donc &#224; parler &#224; haute voix et &#224; publier ce &#224; quoi nous sommes confront&#233;.e.s avant de nous sentir impuissant.e.s et sans valeur. Renfor&#231;ons notre confiance dans le fait que notre existence a de la valeur et attirons l'attention sur nos vies afin d'&#233;viter le d'autres d&#233;c&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parlons, crions notre valeur contre celleux qui tentent de nous d&#233;valoriser. Soyons vus, avant de mourir. beforewedie@@@riseup.net&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="https://projet-evasions.org/beforewedie_fr/" class="spip_out"&gt;https://projet-evasions.org/beforew...&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Contre les fronti&#232;res et les prisons &#224; Toulouse et partout ailleurs</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article1940</link>
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		<dc:date>2022-08-04T22:35:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Toulouse Anti CRA</dc:creator>


		<dc:subject>Prison, justice, r&#233;pression</dc:subject>
		<dc:subject>Migrations, luttes contre les fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Edit : la brochure a &#233;t&#233; mise &#224; jour en juillet 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Cette brochure a pour but de relayer les paroles collectives et individuelles des personnes enferm&#233;es dans le Centre de r&#233;tention administrative (CRA) de Toulouse et de d&#233;noncer le syst&#232;me de r&#233;pression des personnes &#233;trang&#232;res. Elle se fait l'&#233;cho de la violence qu'elles subissent et de leurs luttes de l'int&#233;rieur, des paroles que l'&#201;tat et sa police tentent sans cesse de b&#226;illonner.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sommaire :&lt;br class='manualbr' /&gt;- Les Centres de r&#233;tention administrative (CRA) : des prisons pour enfermer les personnes sans papiers&lt;br class='manualbr' /&gt;- Informations pratiques sur le Centre de r&#233;tention de Toulouse-Cornebarrieu&lt;br class='manualbr' /&gt;- Des prisonnier&#183;es des CRA de Toulouse et d'ailleurs racontent les conditions d'enfermement et leur quotidien&lt;br class='manualbr' /&gt;- C'est quoi le TAC (Toulouse Anti CRA) ?&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique7" rel="directory"&gt;C&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot20" rel="tag"&gt;Prison, justice, r&#233;pression&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot35" rel="tag"&gt;Migrations, luttes contre les fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L125xH150/ni-cra-ni-prison-300-8ad68.png?1780486499' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='125' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/ni-cra-ni-prison-150.png?1657651811&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les Centres de r&#233;tention administrative (CRA) : des prisons pour enfermer les personnes sans papiers&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les CRA sont des lieux d'enfermement et de privation de libert&#233; qui permettent &#224; l'&#201;tat fran&#231;ais d'enfermer chaque ann&#233;e pr&#232;s de 50 000 personnes sans papiers pendant qu'il organise leur expulsion. Les personnes peuvent &#234;tre maintenues dans ces prisons jusqu'&#224; trois mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis les ann&#233;es 2000, l'&#201;tat fran&#231;ais a construit des centres de r&#233;tention partout sur le territoire, aujourd'hui, il y en a 28. Les CRA sont un rouage essentiel de la r&#233;pression des personnes &#233;trang&#232;res sans titre de s&#233;jour, ils sont au c&#339;ur de la loi Asile et Immigration de 2024, dite Darmanin, qui a pour but d'enfermer et d'expulser le plus possible de sans-papiers et de personnes jug&#233;es d&#233;linquantes. Pour ce faire, gr&#226;ce &#224; la loi Lompi, vot&#233;e en 2019, 11 nouveaux CRA sont soit en projet soit en construction &#224; travers tout le territoire. L'objectif de l'&#201;tat est d'atteindre 3000 places en 2027 soit un triplement depuis 2017.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les places sont insuffisantes dans les CRA, les pr&#233;fectures peuvent cr&#233;er par arr&#234;t&#233;s des locaux de r&#233;tention administrative (LRA), souvent une simple pi&#232;ce dans les commissariats de gendarmerie ou de la police aux fronti&#232;res (PAF). Les arr&#234;t&#233;s peuvent &#234;tre renouvel&#233;s tous les jours, et ce ind&#233;finiment. Par ailleurs, 28 LRA permanents existent et il est pr&#233;vu d'en ouvrir 43 autres en 2024. Dans ces lieux sans contr&#244;le ext&#233;rieur, les personnes ne peuvent pas exercer leurs droits aux recours administratifs et juridiques et le nombre de personnes enferm&#233;es n'y est pas d&#233;compt&#233;. Les personnes sont cens&#233;es y &#234;tre enferm&#233;es pour une dur&#233;e courte avant un &#233;ventuel transfert dans un CRA mais de plus en plus les pr&#233;fectures utilisent les LRA pour les d&#233;portations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe aussi les &#171; zones d'attente &#187; dans les a&#233;roports, les ports ou encore les gares internationales o&#249; les personnes arr&#234;t&#233;es &#224; leur arriv&#233;e &#224; la fronti&#232;re fran&#231;aise peuvent &#234;tre enferm&#233;es durant 26 jours. Les visites sont interdites et de tr&#232;s jeunes mineur&#183;es isol&#233;&#183;es y sont fr&#233;quemment enferm&#233;&#183;es, bafouant le droit international, notamment aux a&#233;roports de Roissy et d'Orly.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'&#201;tat, l'enfermement a un double objectif : celui d'avoir &#224; disposition les personnes priv&#233;es de libert&#233; pour les d&#233;porter, mais aussi celui de punir et de soumettre une partie de la population. Il y a la volont&#233; de marquer les corps et les esprits de celleux emprisonn&#233;&#8901;es. Comme &#224; chaque point de la fronti&#232;re, on rappelle aux personnes qui n'ont pas les bons papiers qu'elles ne sont jamais tranquilles, qu'elles peuvent &#234;tre humili&#233;es &#224; tout moment, que l'&#201;tat les traque, qu'il ne faut pas se rebeller face au patron. &#192; celleux qui se font expulser, charge d'aller transmettre le mot &#224; celleux qui veulent ou doivent venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les CRA, comme dans tous les lieux d'enfermement, l'&#201;tat exerce sa violence et son arbitraire par l'entremise de ses agent&#183;es asserment&#233;&#183;es en uniforme. La police proc&#232;de aux arrestations des personnes suite aux contr&#244;les au faci&#232;s et lors de leurs convocations &#224; la pr&#233;fecture. Les personnes en transit sont contr&#244;l&#233;es et arr&#234;t&#233;es dans les bus, dans les trains, etc. Elles sont aussi rafl&#233;es &#224; leur domicile, sur leurs lieux de travail, devant les &#233;coles, et jusque dans les lieux d'accueil m&#233;dico-sociaux qui leur sont destin&#233;s. Ces arrestations sont notamment motiv&#233;es par une politique du chiffre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de la violence intrins&#232;que de l'enfermement, les personnes retenues en CRA subissent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; des violences polici&#232;res : provocations, humiliations, insultes racistes, chantage, isolement, mise au mitard parfois avec entraves, violences physiques&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; des conditions de vie indignes : absence r&#233;guli&#232;re de chauffage, difficult&#233;s d'acc&#232;s aux produits d'hygi&#232;ne, aux v&#234;tements, nourriture insuffisante et infecte, parfois p&#233;rim&#233;e. Les personnes enferm&#233;es ont faim et la PAF qui g&#232;re ces prisons interdit arbitrairement de faire entrer de la nourriture fra&#238;che que les visiteur&#183;euses peuvent apporter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; l'absence de soins m&#233;dicaux adapt&#233;s, associ&#233;e &#224; une distribution g&#233;n&#233;rale par les m&#233;decins du centre de psychotropes visant &#224; assurer la soumission des personnes enferm&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; un d&#233;s&#339;uvrement total car aucune activit&#233; n'est possible &#224; l'int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; une incertitude permanente concernant les dates d'une &#233;ventuelle sortie et un stress constant du fait de la possibilit&#233; d'&#234;tre d&#233;port&#233;&#183;es &#224; tout moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvent, ces prisons sont accol&#233;es aux a&#233;roports pour faciliter les d&#233;portations durant lesquelles les personnes peuvent &#234;tre b&#226;illonn&#233;es, scotch&#233;es, casqu&#233;es et contraintes physiquement de monter dans l'avion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les CRA tuent : des personnes sont d&#233;c&#233;d&#233;es suite &#224; des manques de soins, sont retrouv&#233;es mortes dans leur cellule, sont mortes suite &#224; des violences polici&#232;res ou des suicides. En 2023, quatre personnes sont d&#233;c&#233;d&#233;es dans ces prisons, la violence de cet enfermement pousse les prisonnier&#183;es au suicide, notamment par l'absorption de psychotropes distribu&#233;s par les m&#233;decins des CRA, et les automutilations sont fr&#233;quentes. En septembre 2018, Karim, 31 ans, s'est pendu dans sa chambre au CRA de Toulouse suite &#224; la prolongation de son enfermement par le juge alors qu'il avait &#233;t&#233; alert&#233; sur son &#233;tat psychique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les luttes &#224; l'int&#233;rieur des CRA&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les personnes luttent quotidiennement face &#224; la violence de l'enfermement et contre l'humiliation de l'administration et de la PAF : r&#233;sistances individuelles et collectives lors des expulsions, gr&#232;ves de la faim, automutilations, &#233;vasions, incendies&#8230; Mais ces luttes ne sont pas suffisamment visibles, alors qu'elles sont nombreuses et r&#233;guli&#232;res dans tous les CRA. &#192; Toulouse, comme ailleurs, beaucoup de prisonnier&#183;es r&#233;sistent &#224; l'expulsion, au risque de se retrouver condamn&#233;&#183;es &#224; une peine de prison puis ramen&#233;&#183;es &#224; nouveau au CRA, plusieurs fois de suite. Des prisonnier&#183;es ont r&#233;ussi &#224; se faire la belle, &#224; organiser des gr&#232;ves de la faim r&#233;guli&#232;rement pour exiger leur lib&#233;ration et d&#233;noncer les conditions d'enfermement dans le centre. Les personnes rapportent &#233;galement comment elles s'organisent individuellement ou collectivement pour d&#233;noncer les violences de la PAF en essayant de d&#233;poser plainte. Des personnes malades et des personnes enceintes luttent pour obtenir des soins face au refus du m&#233;decin et de l'administration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des CRA &#224; la prison et inversement : la collaboration entre l'AP et les pr&#233;fectures&lt;br class='autobr' /&gt;
Les liens entre les CRA et la prison se renforcent du fait de collaboration croissante des pr&#233;fectures et de l'administration p&#233;nitentiaire (AP) qui favorise la multiplication des passages entre ces lieux d'enfermement. Ces derni&#232;res ann&#233;es, le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur ordonne aux pr&#233;fectures d'enfermer le plus possible de personnes ayant commis des infractions ou des d&#233;lits m&#234;me si elles ne sont pas expulsables car le pays d'origine peut ne pas d&#233;livrer de laissez-passer consulaire. Ainsi, le nombre de personnes sortantes de prison ne cessent d'augmenter. En 2023, sur l'ensemble du territoire, 25% des personnes enferm&#233;es en CRA sortaient de prison et cette part montait &#224; 30% pour le CRA de Toulouse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les r&#233;sistances aux d&#233;portations, par exemple les refus d'embarquer, sont criminalis&#233;es et punies par des peines de prison de plusieurs mois. De m&#234;me, les personnes qui portent plainte pour des violences polici&#232;res se voient accus&#233;es en retour par la PAF et peuvent &#234;tre condamn&#233;es &#224; de la prison. Dans tous les cas, la prison est suivie d'un retour au CRA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La double peine, un racisme institutionnel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du fait des contr&#244;les au faci&#232;s, les personnes &#233;trang&#232;res sont plus contr&#244;l&#233;es et interpell&#233;es par la police (les personnes racis&#233;es sont contr&#244;l&#233;es jusqu'&#224; 20 fois plus que les personnes blanches). Par rapport aux personnes fran&#231;aises, les personnes &#233;trang&#232;res risquent 3 fois plus de passer en comparution imm&#233;diate, 5 fois plus d'&#234;tre plac&#233;es en d&#233;tention provisoire, et risquent 3 fois plus la prison ferme. Elles sont donc plus judiciaris&#233;es, avec des sanctions plus s&#233;v&#232;res et repr&#233;sentent un quart du total des personnes emprisonn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les personnes &#233;trang&#232;res qui ont un titre de s&#233;jour &#224; leur entr&#233;e en prison peuvent &#234;tre expuls&#233;es du territoire fran&#231;ais. D'une part, la double peine d&#233;signe les peines judiciaires d'interdiction de territoire fran&#231;ais (ITF) prononc&#233;es contre des personnes condamn&#233;es et qui constituent une deuxi&#232;me peine qui vient s'ajouter &#224; la peine de prison. De tr&#232;s nombreuses infractions sont passibles d'ITF (et donc d'expulsion en plus de la peine de prison), et leur nombre augmente avec chaque loi relative &#224; l'immigration. La loi immigration de 2024 rend possible l'ITF d&#232;s qu'une infraction est passible de 3 ans de prison ou plus, et fait dispara&#238;tre en m&#234;me temps les cat&#233;gories prot&#233;g&#233;es contre l'ITF (par exemple &#234;tre parent d'enfant fran&#231;ais, &#234;tre r&#233;sident depuis plus de 15 ans en France, etc.). D'autre part, la prison est l'occasion du tri des personnes par les pr&#233;fectures, qui &#233;valuent ce qu'elles consid&#232;rent comme &#171; menace pour l'ordre public &#187;, mesure &#171; pr&#233;ventive &#187; sur la &#171; dangerosit&#233; dans l'avenir &#187;. Celles-ci ont le pouvoir discr&#233;tionnaire de ne pas renouveler le titre de s&#233;jour ou m&#234;me de le retirer, et d&#233;cident ainsi de l'expulsion administrative de personnes emprisonn&#233;es qui avaient des papiers. La loi de 2024 renforce le pouvoir des pr&#233;fectures en permettant de prolonger l'enfermement en CRA pour tout le monde pour ce m&#234;me motif arbitraire de &#171; menace &#224; l'ordre public &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des prisonnier&#183;es parlent maintenant d'ailleurs de triple peine dans la mesure o&#249; l'enfermement au CRA peut durer jusqu'&#224; 3 mois, ce qui correspond &#224; une peine de prison suppl&#233;mentaire, juste apr&#232;s la prison et en attendant l'expulsion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une justice d'abattage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La violence que subissent les &#233;tranger&#183;es n'est pas que polici&#232;re ou carc&#233;rale, elle est aussi judiciaire. Les personnes enferm&#233;es au CRA ont re&#231;u une mesure d'expulsion, le plus souvent une obligation de quitter le territoire fran&#231;ais (OQTF). Elles doivent la contester dans un d&#233;lai tr&#232;s court (48h) devant le tribunal administratif, tout en contestant par ailleurs leur enfermement au tribunal judiciaire devant le juge des libert&#233;s et de la d&#233;tention (JLD).&lt;br class='autobr' /&gt;
Chaque jour, des dizaines de personnes comparaissent devant les diff&#233;rentes juridictions de France, les audiences ont lieu tous les jours de l'ann&#233;e. &#192; l'audience du JLD pour les &#233;tranger&#183;es, les personnes comparaissent syst&#233;matiquement en groupe, et le d&#233;lib&#233;r&#233; est lui aussi rendu collectivement en une fois, contrairement aux audiences de droit commun.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est difficile pour les personnes de se d&#233;fendre : la plupart du temps, les personnes ont des avocat&#183;es commis d'office, n'ayant pas les moyens de payer un&#183;e avocat&#183;e de leur choix. De plus les avocat&#183;es de l'audience du JLD ont connaissance du dossier au dernier moment et parfois ne plaident pas du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec loi immigration 2024, l'audience du JLD n'a lieu qu'au bout de 4 jours, au lieu de 48h pr&#233;c&#233;demment, un plus grand nombre de personnes seront expuls&#233;es avant m&#234;me de pouvoir tenter de se d&#233;fendre, sachant qu'il y a de nombreuses violations de droits et de proc&#233;dures irr&#233;guli&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand une personne est lib&#233;r&#233;e du CRA, elle reste sous le coup de la mesure d'expulsion, et peut &#234;tre enferm&#233;e &#224; nouveau d&#232;s 48h plus tard en cas d'arrestation (contre 7 jours avant 2024).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi 2024 a rallong&#233; la dur&#233;e des OQTF &#224; 3 ans et a fait dispara&#238;tre les protections qui existaient contre les OQTF, comme par exemple &#234;tre r&#233;sident r&#233;guli&#232;rement en France depuis plus de vingt ans, ou &#234;tre parent d'un enfant fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi pr&#233;voit &#233;galement la g&#233;n&#233;ralisation des visio-conf&#233;rences des audiences. C'est pour les personnes enferm&#233;es une entrave suppl&#233;mentaire &#224; la compr&#233;hension de ce qui se dit pendant l'audience, elles ne voient l'avocat&#183;e qu'&#224; travers l'&#233;cran, l'interpr&#232;te est au t&#233;l&#233;phone. Par ailleurs est pr&#233;vue l'externalisation des salles d'audiences, par la construction d'annexes des tribunaux d&#233;di&#233;es aux personnes &#233;trang&#232;res, tout pr&#232;s des CRA, loin des regards, ce qui rendra plus difficile la publicit&#233; des d&#233;bats et isolera encore plus les personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le CESEDA contribue &#224; la hi&#233;rarchisation raciale des rapports sociaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le CESEDA (le Code d'entr&#233;e et de s&#233;jour des &#233;trangers et du droit d'asile, qui r&#233;git le droit des personnes &#233;trang&#232;res en France) est un droit d'exception, raciste et sexiste, h&#233;rit&#233; de l'id&#233;ologie coloniale et des codes d'exception tel que le Code de l'indig&#233;nat, qui organisait le contr&#244;le des &#171; indig&#232;nes &#187; dans les colonies. Le CESEDA s'en inspire : limitation de circulation, enfermement administratif, d&#233;portations (vers d'autres colonies dans le cas du Code de l'indig&#233;nat).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;tranger&#183;es, comme les &#171; indig&#232;nes &#187; &#224; l'&#233;poque coloniale, doivent justifier de garanties de repr&#233;sentations (argent, h&#233;bergement, etc.) pour pouvoir circuler sur le territoire et doivent quotidiennement se confronter &#224; la police. Au nom de l'&#233;galit&#233; homme-femme les discours politiques stigmatisent les &#233;trangers jug&#233;s plus sexistes et violents, mais le CESEDA est un code sexiste car il ne prot&#232;ge pas les femmes qui rencontrent plus de difficult&#233;s que les hommes pour r&#233;gulariser leur situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le droit des &#233;tranger&#183;es est l'instrument de l&#233;gitimation des pratiques r&#233;pressives de l'&#201;tat pour &#171; lutter contre l'immigration &#187; de celleux qu'il n'aura pas choisi. Depuis les ann&#233;es 70 ce droit &#233;volue sans cesse par empilements successifs, donnant un enchev&#234;trement inextricable de lois, de r&#232;gles et de circulaires. C'est un droit d'exception : les d&#233;lais de recours et d'appel sont r&#233;duits, les erreurs de proc&#233;dure n'annulent rien tant qu'elles &#171; ne font pas grief &#224; l'int&#233;ress&#233; &#187;, il y a deux juridictions diff&#233;rentes et donc deux tribunaux diff&#233;rents pour contester l'enfermement d'une part et la d&#233;portation d'autre part. La lib&#233;ration du CRA ne l&#232;ve pas les interdictions de territoire ou les obligations de le quitter : l'arrestation peut toujours survenir &#224; nouveau et ramener au CRA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a dans la loi Asile et Immigration de 2024 un objectif assimilationniste qui passe par la connaissance de la langue (le niveau demand&#233; pour les titres de s&#233;jour est revu &#224; la hausse et contr&#244;l&#233;) et par l'adh&#233;sion aux principes et valeurs de la r&#233;publique. La question des valeurs de la r&#233;publique conditionne l'obtention, le renouvellement et le retrait des titres de s&#233;jour. La pr&#233;fecture v&#233;rifie pour les titres de s&#233;jour si les personnes &#233;trang&#232;res adh&#232;rent bien aux modes de vie et aux valeurs de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise et s'ils respectent les principes de la r&#233;publique. Il s'agit finalement d'&#234;tre exploit&#233;&#183;e tout en s'invisibilisant, gommer ses particularit&#233;s culturelles, religieuses. La question des valeurs de la r&#233;publique est un vrai fourre-tout juridique qui permet de renforcer le pouvoir discr&#233;tionnaire de la pr&#233;fecture. Et c'est avant tout les musulmans et les musulmanes qui sont encore cibl&#233;&#183;es dans le contexte actuel d'islamophobie d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#201;tat bafoue la loi&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, l'&#201;tat montre en permanence qu'il se moque de la loi et la viole sans aucune difficult&#233; quand cela sert ses int&#233;r&#234;ts. Ses d&#233;cisions contraires au droit se voient tr&#232;s souvent avalis&#233;es par la justice judiciaire et administrative, et ce jusque dans leurs plus hautes sph&#232;res : la Cour de cassation et le Conseil d'&#201;tat. De nouveaux textes viennent ensuite l&#233;galiser les pratiques ill&#233;gales et durcir la loi, et ce de mani&#232;re cyclique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le durcissement extr&#234;me du droit d'une part et les libert&#233;s que l'&#201;tat prend vis &#224; vis de ce droit d'autre part, font que les personnes concern&#233;es n'ont pas les moyens de se d&#233;fendre et sont broy&#233;es par cette machine &#224; criminaliser et &#224; invisibiliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pratiques ill&#233;gales ont m&#234;me pr&#233;c&#233;d&#233; l'existence des CRA : l'anc&#234;tre des centres de r&#233;tention &#233;tait le hangar d'Arenc dans le port de Marseille, cr&#233;&#233; en 1963. C'&#233;tait une prison clandestine pour enfermer les personnes &#233;trang&#232;res r&#233;gie par aucune loi. Le fonctionnement &#233;tait encadr&#233; par la pr&#233;fecture des Bouches-du-Rh&#244;ne en accord avec le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur. Elle a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e apr&#232;s l'ind&#233;pendance de l'Alg&#233;rie dans la foul&#233;e des accords d'&#201;vian qui pr&#233;voyaient pourtant la libert&#233; de circulation pour les Alg&#233;riens. Pour la pr&#233;fecture, il s'agit de stopper l'immigration alg&#233;rienne qui d&#233;barque au port, ceux qui sont jug&#233;s &#171; inaptes &#187; au travail sont s&#233;questr&#233;s et expuls&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions d'enfermement sont terribles, les personnes sont parqu&#233;es comme des animaux, &#224; peine nourris, sans hygi&#232;ne. Ensuite, le centre enferme des Alg&#233;riens qui sont contr&#244;l&#233;s sur le territoire, qui sont sans ressources ou sans emploi, appel&#233;s &#171; les oisifs &#187;. Puis on s&#233;questre une nouvelle cat&#233;gorie appel&#233;e &#171; faux touristes &#187; et on finit par enfermer les familles. Peu &#224; peu, la pr&#233;fecture s&#233;questre aussi des Tunisiens, des Marocains, des S&#233;n&#233;galais, des Maliens, des Ivoiriens et des Mauritaniens. Entre 1963 et 1975, pr&#232;s de 50 000 personnes sont s&#233;questr&#233;es par la police sans aucune base l&#233;gale dans ce hangar.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette histoire finit par &#234;tre d&#233;voil&#233;e en 1975, une mobilisation s'organise contre la &#171; prison clandestine de la police fran&#231;aise &#187;. Une loi est finalement adopt&#233;e le 29 octobre 1981 pour l&#233;galiser la r&#233;tention administrative des &#233;trangers et l'existence du hangar d'Arenc qui ne sera ferm&#233; qu'en 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 43 ans, environ 100 000 personnes ont &#233;t&#233; s&#233;questr&#233;es dans ce m&#234;me hangar, y compris des enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les CRA, rouage d'un syst&#232;me de domination capitaliste et d'exploitation coloniale&lt;br class='autobr' /&gt;
L'immigration est une variable d'ajustement pour les &#233;conomies des pays riches. Avant les ann&#233;es 60, la France a eu massivement recours &#224; l'immigration de travailleurs venus notamment des colonies d'Afrique pour remplir ses usines, construire ses infrastructures, etc. Depuis les ann&#233;es 70, les politiques anti-migratoires ont &#233;t&#233; l&#233;gitim&#233;es par les crises &#233;conomiques mais aussi par la stigmatisation des travailleurs africains ainsi que leurs descendant&#183;es, les &#171; jeunes de banlieues &#187;. Les pr&#233;jug&#233;s et les cat&#233;gories raciales produites pendant la colonisation sont perp&#233;tu&#233;es, l&#233;gitimant ainsi les politiques men&#233;es face &#224; un ennemi int&#233;rieur et ext&#233;rieur dont il faut se prot&#233;ger : l'&#233;tranger violent, fraudeur, profiteur, qui ne peut &#171; s'adapter &#224; la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, l'&#233;conomie fran&#231;aise s'appuie sur la main d'&#339;uvre &#233;trang&#232;re, notamment dans les secteurs d'emploi les plus p&#233;nibles et faiblement r&#233;mun&#233;r&#233;s. Cette exploitation des travailleur&#183;euses sans papiers est rendue possible par la difficult&#233; d'obtenir un titre de s&#233;jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cas de Mayotte : gestion des populations sous r&#233;gime colonial et pratiques ill&#233;gales de l'&#201;tat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mayotte, &#238;le des Comores rest&#233;e ill&#233;galement colonie fran&#231;aise &#224; l'ind&#233;pendance des &#238;les, repr&#233;sente plus de la moiti&#233; des expulsions et enfermements dans les CRA du territoire fran&#231;ais. &#192; Mayotte, l'expulsion est industrielle. L'&#201;tat fixe &#224; la pr&#233;fecture des objectifs d'expulsion de 30 000 personnes par an, c'est &#224; dire pr&#232;s de 10% de la population de Mayotte, cela devient des transferts forc&#233;s de population qui constituent un crime contre l'humanit&#233; selon le code p&#233;nal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus de 3200 enfants ont &#233;t&#233; enferm&#233;s au CRA de Mayotte en 2023, contre 87 dans l'hexagone, sans compter les enfants enferm&#233;s en LRA, dont les chiffres ne sont pas communiqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi de 2024 interdit d&#233;sormais l'enfermement des enfants, sauf &#224; Mayotte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a 3 niveaux de discrimination pour Mayotte : le droit d'exception qui est r&#233;gi par le CESEDA, le r&#233;gime d&#233;rogatoire qui est propre &#224; Mayotte qui diminuent les droits des &#233;tranger&#183;es (la constitution le permet car c'est une colonie) et viennent se rajouter les pratiques ill&#233;gales de l'administration (placement en r&#233;tention de mineur&#183;es fran&#231;ais&#183;es, rattachement arbitraire d'autres mineur&#183;es &#224; un tiers, etc.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chasse aux &#233;trangers &#224; Mayotte est particuli&#232;rement violente, elle s'organise notamment avec des collectifs de citoyen&#183;nes pour d&#233;loger les comorien&#183;nes avec ou sans papiers, et ce avec la complicit&#233; de la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des milliers de morts et un juteux business des fronti&#232;res&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fermeture, la militarisation et l'externalisation des fronti&#232;res sont la cause de milliers de morts en M&#233;diterran&#233;e, dans la Manche, au large des &#238;les Canaries, entre Mayotte et Les Comores, dans le Sahara, etc. Les &#201;tats europ&#233;ens sont responsables de ces morts de masse. Des millions d'euros sont d&#233;pens&#233;s pour construire des murs, des camps et des syst&#232;mes de surveillance qui enferment et tuent les personnes exil&#233;es, en enrichissant l'industrie militaro-s&#233;curitaire. Ce contr&#244;le des fronti&#232;res repr&#233;sente un business en plein essor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les CRA, comme toutes les prisons, et comme tous les dispositifs de contr&#244;le des fronti&#232;res, engraissent aussi les entreprises de construction des b&#226;timents, comme Eiffage. L'&#201;tat investit des millions d'euros pour construire des CRA et alimenter le business du secteur du b&#226;timent, secteur qui emploie le plus de travailleurs sans papier exploit&#233;s. Mais d'autres profitent aussi de ce syst&#232;me : les entreprises de gestion de ces lieux, comme Vinci, ONET et GEPSA (Engie), les entreprises de d&#233;portation, comme Air France. Des associations r&#233;pondent &#224; des appels d'offres lanc&#233;s par l'&#201;tat pour obtenir des contrats et des financements (plusieurs millions d'euros) pour s'occuper de l'accompagnement des personnes enferm&#233;es. Certaines diffusent des informations sur les violences exerc&#233;es &#224; l'int&#233;rieur, tout en participant au fonctionnement normal de ces lieux. D'autres sont complices de l'&#201;tat, leur travail maintient bien souvent la paix sociale en CRA et elles tirent profit de cette machine raciste &#224; punir et expulser les &#233;tranger&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Imp&#233;rialisme et m&#233;canismes de domination Nord/Sud&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Fran&#231;afrique, syst&#232;me de soutien aux dictatures, de corruption, d'interventions militaires, de mainmise mon&#233;taire par le Franc CFA, etc., permet &#224; la France le maintien de sa domination sur ses anciennes colonies, le pillage des mati&#232;res premi&#232;res, la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts des multinationales et la pr&#233;servation de sa puissance sur le plan international. La pr&#233;sence des soldats fran&#231;ais sur le continent africain sous le pr&#233;texte de &#171; lutter contre le terrorisme &#187; est de plus en plus contest&#233;e par notamment les populations des pays du Sahel qui ont demand&#233; le d&#233;part des troupes fran&#231;aises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les institutions capitalistes internationales telles que le Fond Mon&#233;taire International (FMI) ou la Banque Mondiale ont mis en place des r&#233;formes structurelles dans les pays du sud afin d'ouvrir leurs march&#233;s, ce qui profite essentiellement aux entreprises occidentales et a provoqu&#233; un d&#233;s&#233;quilibre des &#233;conomies locales et une paup&#233;risation massive. Cette oppression &#233;conomique ainsi que les conflits arm&#233;s, attis&#233;s notamment par la vente d'armes des puissances occidentales, ont pour cons&#233;quence l'exil des personnes et les prive de la libert&#233; de rester. Cet exil constitue une main d'&#339;uvre bon march&#233; &#233;galement qualifi&#233;e, form&#233;e au frais des pays d'origine, profitant en fin de compte aux pays imp&#233;rialistes, ce qui repr&#233;sente une autre forme de pillage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe des accords bilat&#233;raux asym&#233;triques entre les pays europ&#233;ens et les pays d'origine ou de transit pour bloquer l'immigration. L'Europe op&#232;re un marchandage avec les &#201;tats d'origine sous forme d'aide, de d&#233;livrance de visas, etc. La loi Asile et immigration de 2024 s'inscrit dans ce rapport de force. Elle officialise une pratique existante qui consiste &#224; refuser les visas aux ressortissants des pays qui ne collaborent pas assez avec la France pour bloquer l'immigration, par exemple avec les pays qui ne d&#233;livrent pas assez de laissez-passer pour permettre l'expulsion des personnes car si les personnes ne pr&#233;sentent pas de passeport, les pr&#233;fectures doivent demander un laissez-passer consulaire aux pays d'origine sans quoi l'expulsion n'est pas possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce chantage fait &#233;galement partie du Pacte migratoire europ&#233;en sign&#233; en avril 2024 dont l'objectif est de faciliter l'expulsion des personnes n'ayant pas re&#231;u l'asile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi Asile et Immigration pr&#233;voit &#233;galement que l'aide au d&#233;veloppement puisse &#234;tre revue si les pays d'origine &#171; ne respectent pas les accords &#187; pass&#233;s avec la France pour lutter contre l'immigration, alors que les transferts d'argent par les immigr&#233;.es dans leurs pays d'origine sont beaucoup plus &#233;lev&#233;s que l'aide au d&#233;veloppement et que les investissements &#233;trangers.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Paysages en zones-fronti&#232;res</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article1898</link>
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		<dc:date>2022-02-17T09:10:31Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>anonymes</dc:creator>


		<dc:subject>Migrations, luttes contre les fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>Urbanisme</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;R&#233;cits paysag&#233;s des &#233;v&#232;nements r&#233;pressifs du Campo Roya durant le printemps 2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans les villes-fronti&#232;res italo-fran&#231;aises, la r&#233;pression ne cesse de s'accentuer et de se banaliser, pour se frayer peu &#224; peu des chemins vers la l&#233;gitimation d'une &#171; contre-violence pr&#233;ventive &#187;. Les lieux de possibles s'amenuisent sous le joug de la surveillance permanente. Les dispositiifs s&#233;curitaires envahissent l'espace public et rentrent dans le quotidien, la promiscuit&#233; de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette s&#233;rie d'articles se veut comme un d&#233;but d'esquisse des dynamiques de contr&#244;le de l'espace public &#224; l'oeuvre &#224; Ventimiglia.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sommaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chapitre 1 : Quadrillage du territoire &lt;br class='manualbr' /&gt;Chapitre 2 : Ventimiglia, la ville en creux &lt;br class='manualbr' /&gt;Chapitre 3 : Habiter l'interstice, campement informel &lt;br class='manualbr' /&gt;Chapitre 4 : Expulsion du campement &lt;br class='manualbr' /&gt;Chapitre 5 : Strat&#233;gie d'invisibilisation des ind&#233;sir&#233;s&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique22" rel="directory"&gt;P&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot35" rel="tag"&gt;Migrations, luttes contre les fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot53" rel="tag"&gt;Urbanisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L121xH150/arton1898-dfed0.png?1780486499' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='121' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1898.png?1642183426&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;cits paysag&#233;s des &#233;v&#232;nements r&#233;pressifs du Campo Roya durant le printemps 2018.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans les villes-fronti&#232;res italo-fran&#231;aises, la r&#233;pression ne cesse de s'accentuer et de se banaliser, pour se frayer peu &#224; peu des chemins vers la l&#233;gitimation d'une &#171; contre-violence pr&#233;ventive &#187;. Les lieux de possibles s'amenuisent sous le joug de la surveillance permanente. Les dispositiifs s&#233;curitaires envahissent l'espace public et rentrent dans le quotidien, la promiscuit&#233; de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette s&#233;rie d'articles se veut comme un d&#233;but d'esquisse des dynamiques de contr&#244;le de l'espace public &#224; l'oeuvre &#224; Ventimiglia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sommaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chapitre 1 : Quadrillage du territoire &lt;br class='manualbr' /&gt;Chapitre 2 : Ventimiglia, la ville en creux &lt;br class='manualbr' /&gt;Chapitre 3 : Habiter l'interstice, campement informel &lt;br class='manualbr' /&gt;Chapitre 4 : Expulsion du campement &lt;br class='manualbr' /&gt;Chapitre 5 : Strat&#233;gie d'invisibilisation des ind&#233;sir&#233;s&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Au sein de la ville cadastr&#233;e, quadrill&#233;e et contr&#244;l&#233;e par une poign&#233;e de d&#233;cisionnaires, se superpose une autre ville, nomade : la ville en creux. Dans l'effervescence de la machine m&#233;tropolitaine, la ville en creux nait des d&#233;combres et se nourrit de l'oubli, dig&#233;rant l'urbanit&#233; innavouable, le non planifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les interstices, ni dedans, ni dehors, se font alors attracteurs de r&#234;ves. Echappant &#224; l'ordre &#233;tabli, ils se situent en marge du pouvoir de la soci&#233;t&#233; marchande et spectaculaire ; l'espace o&#249; l'on s'invente de nouvelles vies. &lt;br class='manualbr' /&gt;Des blancs dans la carte. &lt;br class='manualbr' /&gt;La pratique de l'interstice (le refuge) tiendrait alors de l'acte rhizomatique : son enracinement est dynamique, existant &#224; partir d'un lieu tout en le transgressant. Se r&#233;fugier demande alors une d&#233;territorialisation permanente ; une capacit&#233; de surgissement, d'occupation et de disparition dans/de l'espace. &lt;br class='manualbr' /&gt;Vers le trac&#233; d'une ligne de fuite cr&#233;ative...&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Chapitre 1 / Quadrillage du territoire &lt;/h2&gt;&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH365/images-001-clean-c853d03c-d7216.jpg?1780486499' width='500' height='365' /&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La fermeture de la carte &lt;/strong&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; La derni&#232;re parcelle de Terre n'appartenant &#224; aucun &#201;tat-nation fut absorb&#233;e en 1899. Notre si&#232;cle est le premier sans terra incognita, sans une fronti&#232;re. La nationalit&#233; est le principe supr&#234;me qui gouverne le monde &#8211; pas un r&#233;cif des mers du Sud ne peut &#234;tre laiss&#233; ouvert, pas une vall&#233;e lointaine, pas m&#234;me la Lune et les plan&#232;tes. C'est l'apoth&#233;ose du &#034;gangst&#233;risme territorial&#034;. Pas un seul centim&#232;tre carr&#233; sur Terre qui ne soit tax&#233; et polic&#233;... en th&#233;orie. &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;T.A.Z&lt;/i&gt;, Hakim Bey&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fronti&#232;res &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Fronti&#232;re se dessine comme invariant bio-social de la constitution et de la l&#233;gitimation des &#201;tats-nations. &lt;br class='manualbr' /&gt;Dans un monde globalis&#233; o&#249; le capitalisme pr&#244;ne l'accroissement des &#233;changes pour le d&#233;veloppement des flux et des capitaux, la Fronti&#232;re devient un espace essentiel dans les processus de contr&#244;les des mouvements du Spectacle. La mondialisation fait du lieu de la Fronti&#232;re un objet de politiques publiques et une ressource pour les int&#233;r&#234;ts priv&#233;s ; une cristallisation d'enjeux de mobilit&#233;s et de pouvoirs. Celle-ci appara&#238;t alors comme une vaste zone d'exp&#233;rimentation de processus d'am&#233;nagement et d'occupation des territoires, tissant de nouveaux fils de plus en plus soumis &#224; un ordre marchand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; l'ouverture des fronti&#232;res impuls&#233;e par l'&#233;conomie globalis&#233;e, celles-ci entretiennent pourtant toujours un r&#244;le originel rituel, celui de la d&#233;marcation, de la s&#233;paration, de la dualit&#233;, de la division, de la protection ; envers un Autre, un Sauvage, un Barbare, envers nos relations au Monde. Les fronti&#232;res sont emplies d'impulsions contraires : elles s'ouvrent aux marchandises, &#224; la finance et aux touristes, et deviennent murs &#233;rig&#233;s face &#224; l'homme migratoire ind&#233;sir&#233; ; nomade, voyageur, r&#233;fugi&#233;, exil&#233;, errant... L'origine du terme en fran&#231;ais proviendrait de 'front', terme militaire qui d&#233;signe la zone de contact avec une arm&#233;e ennemie, une ligne sinueuse et fluctuante &#233;voluant en fonction des rapports de forces en pr&#233;sence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Fronti&#232;re op&#232;re aujourd'hui un tri entre les pr&#233;tendant au Passage, gr&#226;ce au march&#233; florissant des politiques anti-migratoires internationales et des nouvelles technologies, &#233;troitement li&#233;es &#224; la militarisation de l'espace. Elle devient ainsi un lieu de l'attente, de la tentative et de la r&#233;pression, o&#249; le monopole &#233;tatique d'une 'violence l&#233;gitime' prend peu &#224; peu la forme d'une 'contre-violence pr&#233;ventive'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nouvelle phase du conflit s'amorce dont l'enjeu n'est plus le lieu o&#249; passe la limite, mais la d&#233;fense de l'id&#233;e de fronti&#232;re elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH233/2-7-713f0123-418df.png?1780486499' width='500' height='233' /&gt;
&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH647/images-005-clean-3ed8fa6d-b72f7.jpg?1780486499' width='500' height='647' /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Militarisation &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e 2015 et les nouvelles applications du trait&#233; de Dublin marquent la fermeture de la fronti&#232;re italo-fran&#231;aise, au sein de l'espace Schengen (de libre circulation). On assiste depuis &#224; une remilitarisation de l'espace frontalier, territoire aux limites qui ne peuvent plus &#234;tre repr&#233;sent&#233;es comme simples trac&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la fronti&#232;re prend une toute nouvelle &#233;paisseur par le biais de politiques s&#233;curitaires anti-migratoires et antiterroristes qui &#233;largissent son champ d'action et ses p&#233;n&#233;trantes. Dans ce territoire disput&#233;, la fronti&#232;re conflictuelle se fait mouvante et interroge les degr&#233;s du pouvoir incarn&#233; sur le territoire frontalier, et son influence sur l'&#233;tat du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partout, le contr&#244;le, la r&#233;pression et la violence s'intensifient envers les &#234;tres migratoires : patrouilles et fouilles sur les voies de d&#233;placement (trains, routes, sentiers) ; arrestations et rafles dans les rues et les campements ; &#233;loignement de la fronti&#232;re et d&#233;portations dans les hotspots du sud ; diss&#233;mination de technologies de surveillance optiques et thermiques ; menaces et poursuites judiciaires des solidaires ; diffusion d'un racisme habitant...&lt;/p&gt;
&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH531/images-009-clean-6fdd8036-d3fff.jpg?1780486499' width='500' height='531' /&gt;
&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH585/images-007-clean-e9b218db-34aca.jpg?1780486500' width='500' height='585' /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Annexion &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre 2001 est cr&#233;&#233;e par arr&#234;t&#233; pr&#233;fectoral la Communaut&#233; d'Agglom&#233;ration de la Riviera Fran&#231;aise (CARF), comprenant les communes de Beausoleil, Castillon, Menton, Moulinet, Roquebrune Cap Martin et Sospel. En septembre 2002, Gorbio rejoint la communaut&#233;, suivi quelques mois plus tard par Peille et SainteAgn&#232;s. Castellar rejoint en 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2011, impuls&#233; par la m&#233;tropole Ni&#231;oise, la premi&#232;re cr&#233;&#233;e en France, il est question d'int&#233;grer les communes de la Moyenne et de la Haute vall&#233;e : &#171; les communes de l'arri&#232;re pays ont besoin de la pouss&#233;e du littoral pour se d&#233;velopper &#187;. Ceci arrivera 3 ans plus tard, apr&#232;s une r&#233;sistance habitante &#224; l'incorporation, pr&#233;ferant une intercommunalit&#233; de la Roya.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la pression m&#233;tropolitaine, la CARF tend alors &#224; privatiser les comp&#233;tences de gestion du territoire : d&#233;veloppement &#233;conomique ; am&#233;nagement de l'espace ; &#233;quilibre social de l'habitat ; politique de la ville ; protection et mise en valeur de l'environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De grands projets infrastructurels promettent aussi de bouleverser la vall&#233;e. Le doublement du tunnel de Tende par exemple, avec pour objectif l'accroissement du trafic des poids lourds entre la France et l'Italie, par le point de passage le plus rapide de la r&#233;gion et sans p&#233;age.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s suspension des travaux pour cause de d&#233;tournements, de corruption et de vices de fabrications, des mat&#233;riaux polluants (anydhrites) stock&#233;s en bordure d'un affluent du fleuve menacent toujours la potabilit&#233; de la Roya. Plus de 200.000 personnes sont concern&#233;es, notamment les villes c&#244;ti&#232;res de Ventimiglia, Menton et Monaco, aliment&#233;es par le fleuve et ses nappes.&lt;/p&gt;
&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH528/nice_metropole-1ed35044-3d442.png?1780486500' width='500' height='528' /&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Des blancs dans la carte ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet espace de surveillance et de contr&#244;le, est il encore possible de trouver Refuge dans les replis de la fronti&#232;re ? De se r&#233;approprier nos mani&#232;res de voyager, d'habiter et de se repr&#233;senter les lieux ? De r&#233;aliser des moments et des espaces o&#249; la libert&#233; est non seulement possible mais actuelle ? Des sentiers pirates aux blancs dans la carte, de cabanes &#233;chapp&#233;es, d'agriculture fugitive aux f&#234;tes sauvages, aux communaut&#233;s intentionnelles... Des zones autonomes temporaires, qui lib&#232;rent des zones de temps, d'espaces et d'imaginations de l'ali&#233;nation du Spectacle. Des repaires o&#249; l'on exp&#233;rimente des pratiques, des savoirs-faire, des formes d'organisation diff&#233;rentes, pour leur usage et non leur valeur marchande. &lt;br class='manualbr' /&gt;O&#249; l'&#202;tre de voyage devient catalyseur des paysages &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pens&#233;e nomade &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La machine de guerre nomade a pour objet le trac&#233; d'une ligne de fuite cr&#233;atrice, la composition d'un espace lisse et le mouvement des hommes dans cet espace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parcours pr&#233;vaut sur l'habitat et le dehors prend la place du dedans. La pens&#233;e nomade est une pratique de l'intervalle et de l'interstice qui ne s'int&#233;resse pas &#224; un concept A ou B, ni &#224; un concept B comme &#233;tant un non A, mais au processus qui s'op&#232;re entre les deux concepts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distribution nomadique n'int&#232;gre ni mesures, ni limites. Elle propage les espaces intersticiels et brouille les fronti&#232;res. De l'ailleurs dans l'ici. De l'alt&#233;rit&#233; dans le m&#234;me. Elle incarne les soubresauts d'une nouvelle organisation sociale moins rationnelle, plus &#233;motive et plus libre.&lt;/p&gt;
&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH114/coupe_ventimigli-dd56055f-2e8bf.png?1780486500' width='500' height='114' /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enclave &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enclave est un territoire enferm&#233; dans un autre (de la racine latine clavis, cl&#233; ou verrou). &#171; &lt;i&gt;Enti&#232;rement situ&#233; &#224; l'int&#233;rieur d'un autre sans lien direct avec l'unit&#233; principale. Cela peut concernet une parcelle dans un propri&#233;t&#233; voisine, une commune enclav&#233;e dans une unit&#233; voisine ou une parcelle d'un Etat englob&#233;e dans son voisin. Corps &#233;tranger s&#233;journant temporairement ou d&#233;finitivement dans le cytoplasme&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vall&#233;e serpente sur une soixantaine de kilom&#232;tres, des hauteurs du Mercantour, dressant ses plus hautes cimes &#224; pr&#232;s de 3000 m&#232;tres, jusqu'&#224; l'embouchure de la M&#233;diterran&#233;e : Ventimiglia. L'&#233;tagement particulier, de la mer aux montagnes, dans une vall&#233;e fortement encaiss&#233;e, engendre une grande diversit&#233; des altitudes, des expositions, des sols, des climats. Elle accueille ainsi un impressionnant brassage floristique, faunistique et g&#233;ologique avec un taux d'end&#233;misme &#233;lev&#233;, qui en fait le refuge de la plus grande biodiversit&#233; inventori&#233;e d'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH356/images-022-clean-68a4278b-9cef3.jpg?1780486500' width='500' height='356' /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;sistances &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les montagnes furent successivement fa&#231;onn&#233;es pour permettre aux hommes d'y &#233;tablir leurs existences, d'y semer les graines de leur libert&#233;, dans l'exil, le refuge, le d&#233;sir. Le relief difficile, les hameaux parsem&#233;s, parfois inaccessibles ont compliqu&#233; la t&#226;che &#224; la diffusion du contr&#244;le gouvernemental et de mod&#232;les marchands. Le mythe habite la montagne, transportant tout un imaginaire de libert&#233;s li&#233; a un pr&#233;suppos&#233; sur sa capacit&#233; d'&#233;chapper &#224; l'agitation et les horreurs de ce monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vall&#233;e de la Roya est un repaire de passage pour les brigands, les contrebandiers, les r&#233;fugi&#233;s, les d&#233;serteurs, les clandestins, les bergers, un espace o&#249; l'on peut dispara&#238;tre temporairement, esquiver l'ordre &#233;tabli...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Zomia&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Zomia&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Espace p&#233;riph&#233;rique de refuge et d'insoumission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vaste zone de contreforts montagneux et de jungles, hors empires et civilisations. Ensemble h&#233;t&#233;rog&#232;ne de peuples des hauteurs, fugitifs, autonomes : le n&#233;gatif de l'&#201;tat tel qu'il s'impose dans le sud-est asiatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les centaines de communaut&#233;s qui peuplent les montagnes de la Zomia ont depuis deux mille ans organis&#233; leurs soci&#233;t&#233;s avec un souci constant, celui d'&#233;chapper aux nuisances de l'&#201;tat : &#224; ses d&#233;cideurs, ses hi&#233;rarchies et institutions ; &#224; sa logique : esclavage, religion, conscription, imp&#244;ts ; aux famines et &#233;pid&#233;mies p&#233;riodiques li&#233;es &#224; la vie en plaine et &#224; la monoculture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fondements de ces autonomies : des organisations sociales souples (le village comme seule unit&#233; politique) ainsi que l'agriculture rotative sur br&#251;lis (essartage) impliquant le d&#233;placement fr&#233;quent des villages quand changent les parcelles de for&#234;t br&#251;l&#233;es, puis exploit&#233;es. La communaut&#233; zomiane typique ne conna&#238;t pas la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Les notions d'ethnie, de peuple y sont assez floues : s'il y a revendication d'une identit&#233;, celle-ci d&#233;passe rarement les limites du village.&lt;/p&gt;
&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH697/ANTI-atlas-c07f0441-98337.png?1780486500' width='500' height='697' /&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Chapitre 2 / Ventimiglia, la ville en creux &lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Espace fluide et nomade &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La r&#233;alit&#233; en soi n'est qu'une illusion, elle est toujours flottante, et ne peut &#234;tre saisie que dans son perp&#233;tuel devenir. Ainsi, tout en &#233;tant n&#233;cessaire, le territoire est relatif. Terme qu'il faut comprendre stricto sensus. C'est-&#224; dire que le territoire n'est pas une fin en soi, il ne se suffit pas &#224; lui-m&#234;me, sous peine, justement, de provoquer l'enfermement. Et, d'autre part, le territoire ne vaut que s'il met en relation, que s'il renvoie &#224; autre chose ou &#224; d'autres lieux, et aux valeurs li&#233;es &#224; ceux-ci. C'est ainsi qu'il faut comprendre le relativisme : la mise en relation. &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Du nomadisme : vagabondages initiatiques&lt;/i&gt;, Michel Maffesoli&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ville fronti&#232;re &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ventimiglia. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ville c&#244;ti&#232;re italienne, Azur&#233;enne, ville-fronti&#232;re. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ville de passage des &#234;tres du voyage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tourn&#233;e vers la M&#233;diterran&#233;e, elle regarde le lointain, et dissimule dans les replis du lit de la Roya, ses formes ind&#233;sir&#233;s : campements, cabanons et friches, zones industrielles et logistiques, parkings... &lt;br class='manualbr' /&gt;Les rives du fleuve sont l'espace du rejet, dig&#233;rant l'inavouable part de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Roya et ses berges sont le lieu d'&#233;closion de l'interdit, et de son outrepassement. L'acc&#232;s y est interdit, difficile ; pour atteindre le lit du fleuve, il faut r&#233;ussir &#224; se frayer un chemin entre les murs, barri&#232;res, grillages et infrastructures routi&#232;res, tandis que des myriades de panneaux annoncent la dangerosit&#233; de la zone (interdit aux pi&#233;tons, risque de mont&#233;e des eaux soudaine).&lt;/p&gt;
&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH245/mediterranee-cle-bf7386cd-442a9.png?1780486500' width='500' height='245' /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Travers&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parcours qui s'entrem&#234;lent, se rendant d'un bord &#224; l'autre. La travers&#233;e est passage, reliance entre les univers ; saute-fronti&#232;res. &lt;br class='manualbr' /&gt;Traverser l'espace, c'est lui accorder existence dans un intervalle de temps. La pr&#233;sence de la travers&#233;e r&#233;v&#232;le les lieux, les plantes, les roches, vibre avec les gens, dialogue avec le sol ; pose son regard. Nomme les choses -Walkabout et song lines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tat de voyage dans la Travers&#233;e, comme expression d'&#234;tre-au-monde, transforme alors la marche en geste, signifiant les paysages. La marche est la travers&#233;e. &lt;br class='manualbr' /&gt;Elle est ce qui est l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH305/traversees-951b2110-42a61.png?1780486500' width='500' height='305' /&gt;
&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH140/coupe_traversees-a0196e99-3836f.png?1780486500' width='500' height='140' /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rhizome &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Syst&#232;me ouvert, r&#233;seau de connexions en mesure d'infiltrer le pouvoir et de rendre visible les singularit&#233;s et les minorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rhizome s'oppose &#224; la racine unique. Il connecte un point quelconque avec un autre point quelconque. Le rhyzome ne se laisse ni ramener &#224; l'Un ni au multiple. Ni commencement, ni fin, mais un milieu par lequel il pousse et d&#233;borde. Il est toujours au milieu, entre les choses, inter-&#234;tre, - intermezzo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son enracinement est dynamique ; &lt;br class='manualbr' /&gt;il existe &#224; partir d'un lieu &lt;br class='manualbr' /&gt;tout en le transgressant.&lt;/p&gt;
&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH362/thizome-46b93666-a355c.png?1780486500' width='500' height='362' /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entre, l'espace lisse &lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Se superpose &#224; la ville un espace nomade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre les infrastructures, l'espace se fait lisse, et laisse la possibilit&#233; au voyageur qui osera sauter les murs, grimper les barri&#232;res, p&#233;netrer les broussailles, &#224; celui qui osera marcher l'oubli&#233; de la ville, de retrouver des lieux d'ensauvagement. Des traces de passage s'&#233;grainent sur les rives. Maigres sentiers dessin&#233;s dans les herbes folles, talus stri&#233; de pas, trous dans les grillages, echelles sous les murs... &lt;br class='autobr' /&gt;
Les parcours longent l'eau. &lt;br class='manualbr' /&gt;D&#233;rives aqueuses redonnant existence aux berges.&lt;/p&gt;
&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH144/espacelisse1-9715794e-deb1f.png?1780486500' width='500' height='144' /&gt;
&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH338/espacelisse2-c878de5b-91cfc.png?1780486500' width='500' height='338' /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Interstices &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre les choses et les &#234;tres, espace vide entre les corps. &lt;br class='manualbr' /&gt;L'interstice peut-&#234;tre silence. Entre-deux musical. &lt;br class='manualbr' /&gt;Distance s&#233;parant les lieux, respiration. &lt;br class='manualbr' /&gt;Les interstices abritent l'ensauvagerie. Ils naissent des d&#233;combres et du rejet, et se nourrissent de l'oubli. Comme les parts refoul&#233;es de l'espace, et qui de temps &#224; autre, se manifestent au gr&#232;s de quelques agitations humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les interstices existent dans la sph&#232;re des possibles comme attracteurs de r&#234;ves. Ils &#233;chappent &#224; l'ordre &#233;tabli, se situent en marge du pouvoir de la soci&#233;t&#233; marchande et spectaculaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni dedans ni dehors, ils sont la ville en creux, o&#249; l'on s'invente de nouvelles vies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'interstice devient l'espace o&#249; aller.&lt;/p&gt;
&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH137/interstices1-5bd53603-ca914.png?1780486501' width='500' height='137' /&gt;
&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L310xH396/interstices2-8c671023-ff372.png?1780486501' width='310' height='396' /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Refuges &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le refuge peut naitre des lieux de l'abandon et de l'oubli. &lt;br class='manualbr' /&gt;Se r&#233;fugier demande une d&#233;territorialisation permanente, une nomadisation des parcours. &lt;br class='manualbr' /&gt;L'espace lisse des possibles se retrouve alors ponctu&#233; de points, d'oasis, o&#249; la halte est rendue possible. Pour un temps. Le refuge est eph&#233;m&#232;re. Comme un blanc dans la carte, une esquive au quadrillage du contr&#244;le, une ligne de fuite cr&#233;ative. &lt;br class='manualbr' /&gt;Le refuge est un acte rhizomatique. Se r&#233;fugier, dans un espace physique, immat&#233;riel, imaginaire, tiendrait d'une capacit&#233; de surgissement, d'occupation et de disparition dans/de l'espace.&lt;/p&gt;
&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH360/refuges-d83cd795-dabbd.png?1780486501' width='500' height='360' /&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Chapitre 3 / Habiter l'interstice, campement informel &lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Habiter, de la sorte [sans habitudes], est de toute fa&#231;on sinon un exercice ou un art p&#233;rilleux, du moins une tenue d'existence. Habiter est aussi &#233;trange et monstrueux qu'&#234;tre. Ce n'est jamais acquis, jamais une situation. Il reste toujours &#224; habiter. [ ... ] Le sujet se tient toujours encore sur un seuil o&#249; il oscille et o&#249; il doute. Habiter, ce n'est donc pas occuper ou remplir un &#171; chez-soi &#187; dont aurait &#233;t&#233; chass&#233;e toute trace d'ext&#233;riorit&#233;. Habiter, c'est &#234;tre sur la br&#232;che. &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Habiter l'inhabituel : le nomadisme comme posture artistique&lt;/i&gt;, Benoit Goetz&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH312/campement_inform-191167f4-1ae75.png?1780486501' width='500' height='312' /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sous le pont &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pont &#233;tait le refuge des voyageurs bloqu&#233;s &#224; Ventimiglia, abri face aux intemp&#233;ries, entre sol en terre et toit en b&#233;ton. Cabanes et tentes s'y d&#233;ployaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proximit&#233; avec le centre ville en fait un lieu strat&#233;gique, et les politiques publiques jouent la carte de l'invisibilisation de cet espace de vie, derri&#232;re parkings, grillages et signal&#233;tique (interdit d'acc&#232;s &#171; en raison &#187; de risques de submersion soudaine par ouverture des barrages des usines hydroelectriques).&lt;/p&gt;
&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH353/sous_le_pont-c5c25a40-17cef.png?1780486501' width='500' height='353' /&gt;
&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH332/infrastructures-3d3a5952-e18e3.png?1780486501' width='500' height='332' /&gt;
&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH329/creux-c460d711-989b5.png?1780486501' width='500' height='329' /&gt;
&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH348/creux2-ec1f60e6-66db6.png?1780486501' width='500' height='348' /&gt;
&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH336/creux3-0cd04872-838d0.png?1780486501' width='500' height='336' /&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Chapitre 4 / Expulsion du campement informel &lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Ce que nous montrent les Sauvages, c'est l'effort permanent pour emp&#234;cher les chefs d'&#234;tre chefs, c'est le refus de l'unification, c'est le travail de conjuration de l'Un, de l'&#201;tat. L'histoire des peuples qui ont une histoire est, dit-on, l'histoire de la lutte des classes. L'histoire des peuples sans histoire, c'est, dira-t-on avec autant de v&#233;rit&#233; au moins, l'histoire de leur lutte contre l'&#201;tat &#187;. &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; contre l'&#201;tat&lt;/i&gt;, Pierre Clastres&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Op&#233;ration de &#171; Nettoyage &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 18 avril 2018 eu lieu la destruction du campement informel sous le pont, et des cabanes dans le lit du fleuve. Les raisons avanc&#233;es par les autorit&#233;s : salubrit&#233; publique, et d&#233;mantel&#232;ment de r&#233;seaux de trafic (deal, prostitution, passeurs). L'&#233;vacuation de la plupart des habitants du campement s'est d&#233;roul&#233;e en amont, avec bien des tentatives de travers&#233;e de la fronti&#232;re dans la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH454/expulsion-c209b533-993e7.png?1780486502' width='500' height='454' /&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il ne s'agit pas d'un d&#233;mant&#232;lement mais d'une op&#233;ration de nettoyage des berges. La zone &#233;tait insalubre et posait des probl&#232;mes d'hygi&#232;ne. Il fallait donc intervenir. &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;Enrico Loculano, Maire de Ventimiglia, le 17 avril 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;mices&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5h : une vingtaine de silhouettes s'activent entre les tentes. Les derni&#232;res affaires &#224; sauver sont &#233;vacu&#233;es vers un local. &lt;br class='manualbr' /&gt;7h : arriv&#233;e de la police et d&#233;ploiement sur le parking. Environ 6 fourgons. arriv&#233;e des journalistes. &lt;br class='manualbr' /&gt;8h : les &#233;lus de la ville arrivent, accompagn&#233;s d'une foule de badauds curieux et d'associations. Les machines arrivent, et commencent, l'air de rien, &#224; nettoyer l'extr&#233;mit&#233; Sud du p&#233;rim&#232;tre. &lt;br class='manualbr' /&gt;9h : les reporters sont en transe devant le broyage de b&#226;ches et de bois. Les derniers occupants se r&#233;veillent, remballent leurs affaires, prient.&lt;/p&gt;
&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH127/expulsion2-ffd8c9ab-ce6c1.png?1780486502' width='500' height='127' /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Incendie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10h : Une cabane prend feu, et risque de faire exploser une bombonne de gaz voisine. La police intervient et escorte les pompiers. Le traffic est interrompu sur le dessus du pont, noy&#233; dans une &#233;paisse fum&#233;e plastique. &lt;br class='manualbr' /&gt;10h15 : L'incendie est &#233;teint, et la police commence &#224; se positionner afin de mettre en place un p&#233;rim&#232;tre interdit d'acc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH315/expulsion3-a764dea4-67d77.png?1780486502' width='500' height='315' /&gt;
&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L402xH296/expulsion4-4ce05488-b4c7d.png?1780486502' width='402' height='296' /&gt;
&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH525/expulsion5-013a8bf5-15ed8.png?1780486502' width='500' height='525' /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;ploiement policier &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10h30 : la zone incendi&#233;e est boucl&#233;e par la police. Les machines en profitent pour faire un tour dans le lit du fleuve. Escort&#233;es par une vingtaine de policiers, un cort&#232;ge de cinquante personnes assiste impuissant &#224; la destruction des cabanes. Cris de rages. Squelettes bleus d&#233;soss&#233;s abandonn&#233;s sur les galets. Dispersion des spectateurs.&lt;/p&gt;
&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L473xH243/expulsion6-cd8ebf43-5bbb1.png?1780486502' width='473' height='243' /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fouilles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11h : fouille de la ripisylve et cordon policier. Des g&#233;n&#233;rateurs sont trouv&#233;s. Longues engueulades et cris sous les sourires narquois des bleus. Il devient peu &#224; peu impossible de rejoindre la Roya. On s'abrite sous le pont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Perim&#232;tre d'interdiction d'acc&#232;s &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12h : &#233;vacuation finale des gens hors du lit. Seule la police reste sur la zone. Un cordon de bleus casqu&#233;s et prot&#233;g&#233;s par de grands boucliers transparents avance vers les derni&#232;res personnes pr&#233;sentes. Feintes d'arrestations. &#199;a se disperse sur le parking. &lt;br class='manualbr' /&gt;12h30 : l'op&#233;ration polici&#232;re est finie, les deux parkings control&#233;s. Les machines, elles, continuent leur travail de nettoyage sous le pont, chargeant monceaux de cabanes et de tentes broy&#233;es dans les bennes. Fin du travail vers 19h, ponctu&#233; d'interventions polici&#232;res : deux arrestations de personnes r&#233;fugi&#233;es dans les buissons de la zone.&lt;/p&gt;
&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH375/expulsion7-782d299a-4170b.png?1780486502' width='500' height='375' /&gt;
&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH222/expulsion8-e9c56d99-67be1.png?1780486502' width='500' height='222' /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Occupation polici&#232;re &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sence polici&#232;re est quotidienne d&#232;s lors sur les parkings. Quiconque fait mine d'approcher, essaye de d&#233;plier une couverture ou de s'asseoir sur le bord d'un trottoir est somm&#233; de quitter le lieu. Des cl&#244;tures ont &#233;t&#233; pos&#233;es ou remplac&#233;es afin de fermer le p&#233;rim&#232;tre. D&#233;truites &#224; plusieurs reprises, elles furent aussit&#244;t reb&#226;ties.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres dispositifs s&#233;curitaires ou de dissuasion &#233;grainent aussi les bords de route : rochers anti-v&#233;hicules et barres de limitations de hauteur, grillages et parpaings de chantier, panneaux d'interdictions en tous genres et panneaux de dangers de mort, barri&#232;res automatiques, disparition du trottoir...&lt;/p&gt;
&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH282/expulsion9-62df4e48-de888.png?1780486502' width='500' height='282' /&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Chapitre 5 / Strat&#233;gie d'invisibilisation des ind&#233;sir&#233;s &lt;/h2&gt;&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L455xH610/invisibilisation-b3e6f3b7-be908.png?1780486502' width='455' height='610' /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le camp de la Croix-Rouge - Monopole de gestion &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le camp de la Croix-rouge est la seule r&#233;ponse institutionnelle face &#224; l'expulsion du camp : canalisation, invisibilisation de la pr&#233;sence des voyageurs ind&#233;sir&#233;s. Situ&#233; &#224; 4km du centre ville, recroquevill&#233; au fond d'une immense friche ferroviaire, le campo flotte dans une impression de bout du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le camp est ferm&#233; et surveill&#233; : condition d'entr&#233;e sur prise d'empreinte. Ouverture de 8h &#224; 22h, abaiss&#233; &#224; 20h en hiver. Th&#233;oriquement, l'accueil des femmes et des mineurs peut se faire &#224; n'importe quelle heure, mais n'est pas respect&#233;. La capacit&#233; de 300 places dans des alg&#233;cos, avec deux douches en service sont insuffisants face &#224; l'afflux de personnes. &lt;br class='manualbr' /&gt;Le camp cr&#233;e un couloir de marche inninterrompu, fait d'allers-retours entre le centre ville et le hors-ville.&lt;/p&gt;
&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH494/invisibilisation-3bc608b9-ee5c4.png?1780486502' width='500' height='494' /&gt;
&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L314xH580/invisibilisation-ad996681-3ce63.png?1780486502' width='314' height='580' /&gt;
&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH739/invisibilisation-f2968f99-6c79a.png?1780486503' width='500' height='739' /&gt;
&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH717/invisibilisation-45ff4b26-3005e.png?1780486503' width='500' height='717' /&gt;
&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L373xH521/invisibilisation-741eed16-b0299.png?1780486503' width='373' height='521' /&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Et Ventimiglia se vide, redevient ville-fant&#244;me de la c&#244;te, des &#234;tres de passage. &lt;br class='manualbr' /&gt;Les derniers espaces d'autonomie disparaissent derri&#232;re la r&#233;pression constante, la fermeture des locaux, la pose de barri&#232;res en tous sens et les travaux sans fin...&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH362/invisibilisation-ccef898a-197d8.png?1780486503' width='500' height='362' /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De la n&#233;cessit&#233; d'une (bonne) traduction</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article1879</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.infokiosques.net/spip.php?article1879</guid>
		<dc:date>2022-01-14T09:20:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anonyme</dc:creator>


		<dc:subject>Guides pratiques</dc:subject>
		<dc:subject>Migrations, luttes contre les fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>
		<dc:subject>Auto-organisation, exp&#233;rimentations collectives</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quelques pistes sur comment s'y prendre pour que la traduction simultan&#233;e fonctionne bien et que les personnes &#034;&#224; qui l'on traduit&#034; puissent comprendre et prendre part &#224; la conversation.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;D&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;Guides pratiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot35" rel="tag"&gt;Migrations, luttes contre les fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot10" rel="tag"&gt;Auto-organisation, exp&#233;rimentations collectives&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH79/arton1879-06736.jpg?1780486503' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='79' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1879.jpg?1639497517&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quelques pistes sur comment s'y prendre pour que la traduction fonctionne bien et que les personnes &#034;&#224; qui l'on traduit&#034; puissent comprendre et prendre part &#224; la conversation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En s'organisant sur le terrain entre personnes en gal&#232;re, que ce soit dans la lutte squat ou dans la lutte et l'autod&#233;fense contre l'Etat et ses multiples fronti&#232;res, physiques ou administratives, on se retrouve souvent dans des groupes aux langues multiples, et il n'est pas rare qu'il y ait des groupes qui n'ont pas de langue en commun. C'est l&#224; qu'entre en jeu lx traducteur.ice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La traduction est cens&#233;e &#234;tre (quand elle est bien ex&#233;cut&#233;e) un outil qui permet la communication entre groupes linguistiques qui ne pourraient communiquer (ou alors difficilement) sans. Dans ce sens, quand on veut &#233;tendre sa solidarit&#233; par del&#224; les lignes de d&#233;marcation nationales, linguistiques et culturelles, c'est un outil indispensable, et un point de d&#233;part pour une compr&#233;hension mutuelle qui pourra se traduire en actions communes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce n'est pas juste une question technique, c'est aussi une question politique, en ce sens qu'une langue &#233;tant ce qui rend possible pas mal d'interactions, les lignes qui s&#233;parent celleux qui peuvent s'en servir et celleux qui ne peuvent pas, celleux qui comprennent et celleux qui ne comprennent pas, deviennent des fronti&#232;res autour desquelles viennent s'articuler les dominations structurelles. C'est l&#224; qu'une bonne traduction, et une bonne &#233;thique de discussion autour, sont n&#233;cessaires pour avoir une r&#233;elle discussion, en faisant en sorte que l'&#233;change d'id&#233;es soit le moins possible limit&#233; par les oppressions structurelles li&#233;es &#224; la langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour entrer dans le vif du sujet, je dirais que sch&#233;matiquement, il existe deux configurations de traduction :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A : &lt;i&gt;Les personnes de la langue dominante (qui parlent la langue du groupe dominant) parlent entre elleux et les personnes &#8220;&#224; qui l'on traduit&#8221; sont &#8220;tenues au courant&#8221; du d&#233;veloppement de la conversation.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B : &lt;i&gt;Les personnes de la langue dominante et les personnes des diff&#233;rentes langues parlent ensemble et s'&#233;changent des id&#233;es par la m&#233;diation de lx traducteurice.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les personnes &#224; qui la configuration A convient, je ne vous conseille pas particuli&#232;rement de lire ce texte, parce que si c'est comme &#231;a que &#231;a fonctionne, ce n'est pas grave si la traduction est mal men&#233;e. Parce que si les personnes des langues minoris&#233;es (ce n'est pas forc&#233;ment une question num&#233;rique, il peut y avoir un groupe de 100 personnes o&#249; seules 6 parlent fran&#231;ais, et le fran&#231;ais y reste la langue dominante) ne sont que &#8220;tenues au courant&#8221;, c'est qu'alors elles n'ont aucune possibilit&#233; de participer &#224; la discussion, donc vraiment il n'y a pas de raison qu'elles soient l&#224; (&#224; moins que ce soit pour que vous puissiez dire &#034;on ne s'organise pas qu'entre Fran&#231;ais, &lt;i&gt;nous&lt;/i&gt;&#034;), vous n'avez qu'&#224; les tenir au courant de ce qui sort de pratique de la discussion. Les gens ne sont pas de la d&#233;co et ne doivent pas &#234;tre trait&#233;.e.s comme tel.le.s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vois d'ici tout le monde se pr&#233;cipiter pour pr&#233;tendre qu'ielles &#034;ont choisi&#034; et &#034;font&#034; la configuration B, mais &#224; vrai dire c'est plus que souvent que &#231;a ressemble &#224; A, m&#234;me dans des milieux qui se voudraient sensibilis&#233;s au sujet. Si l'on veut que tout le monde ait la possibilit&#233; de participer &#224; une discussion o&#249; la m&#233;diation par traduction est n&#233;cessaire, il faut le rendre possible. Ceci demande bien s&#251;r du travail de la part de la personne qui traduit, mais aussi, et c'est l'objet de ce texte, de toutes les personnes dans la discussion. Il n'est pas question que tout le monde sache traduire, mais juste que chaque interlocuteur.ice (et notamment les personnes qui parlent la langue dominante) prenne en compte au moment de parler que tout le monde ne parle pas sa langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas souvent le cas. Et donc les personnes qui parlent la langue dominante font leur truc, parlent de ce qu'elles ont &#224; dire, et s'imaginent que lx traducteur.ice va faire sa magie et que miraculeusement tout le monde va comprendre, et paf, mission accomplie ! Mais en fait, &#231;a ne marche pas comme &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224;, on ne peut pas juste attendre de la personne qui traduit qu'elle fasse tout le taf, bien que ce soit la personne qui parle les deux langues et qui va ultimement faire pas mal du taf. On n'est pas dans un milieu social o&#249; on a des traducteurices pros qui travaillent pour nous, qui ont une formation officielle et protocolaire, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les traducteur.ices sont en g&#233;n&#233;ral juste des gens qui sont l&#224; et qui savent parler les langues et qui du coup, parce qu'elles consid&#232;rent que tout le monde devrait pouvoir comprendre, ou simplement parce que quelqu'un.e leur a demand&#233; de le faire, font ce qu'elles peuvent. Chaque personne a ses capacit&#233;s propres, et les mani&#232;res de traduire d&#233;pendent des sp&#233;cificit&#233;s des personnes engag&#233;es dans la traduction : une des langues est une langue utilis&#233;e tous les jours, l'autre rarement &#8211; les deux langues n'ont pas &#233;t&#233; parl&#233;es dans les m&#234;mes milieux et du coup n'ont pas le m&#234;me registre ou le m&#234;me champ de vocabulaire &#8211; une des deux langues n'est pas compl&#232;tement apprise &#8211; qui font les sp&#233;cificit&#233;s de chaque traduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc quand tu parles la langue dominante &#8211; et que donc tu seras lx premi&#232;r.e &#224; parler, celle/celui qui donnera le ton de la discussion, etc &#8211; cela demande une attention particuli&#232;re de ta part pour permettre aux personnes des langues minoris&#233;es de trouver leur place dans la discussion. Sinon tu tombes tr&#232;s, tr&#232;s, rapidement dans la configuration A, c'est &#224; dire que les personnes qui ne parlent pas la langue dominante se voient exclues de la conversation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une bonne traduction peut permettre des &#233;changes autrement impossibles, et les moments o&#249; les personnes qui parlent la langue dominante prennent le temps de laisser parler les autres en leurs langues et de laisser traduire leurs propos ne sont pas nombreux. C'est pourtant la condition de possibilit&#233; pour &#233;tablir une solidarit&#233;. Il y a trop de collectifs, d'associations, de groupes o&#249; des personnes francophones pilotent des luttes qu'elles pr&#233;tendent pourtant partager avec des personnes non-francophones, qui sont souvent plus directement concern&#233;es, sans m&#234;me le conscientiser, parce que &#231;a ne leur est m&#234;me pas venu &#224; l'id&#233;e de demander leur avis et pens&#233;es aux personnes concern&#233;es non-francophones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce n'est pas toujours aussi clair que &#231;a, il y a autant de cas qu'il y a de groupes concern&#233;s par cette situation, et c'est parfois plus mitig&#233;. Souvent, les personnes dominantes &#8211; aussi inclusives qu'elles peuvent pr&#233;tendre &#234;tre &#8211; ont encore beaucoup de chemin &#224; faire pour &#233;galiser le terrain entre francophones et non francophones, ainsi qu'entre personnes qui se consid&#232;rent &#034;militantes&#034; et personnes concern&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Ces d&#233;marcations ne se superposent pas forc&#233;ment. D&#233;j&#224;, les personnes concern&#233;es peuvent se consid&#233;rer militantes. Puis, y'a plein de personnes concern&#233;es qui sont &#233;trang&#232;res mais qui parlent fran&#231;ais. etc)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a beaucoup de param&#232;tres qui font que les oppressions syst&#233;miques et leurs r&#233;percussions dans la discussion et la prise de d&#233;cision perdurent, et les d&#233;fauts de traduction et d'inclusivit&#233; autour de la langue en font certainement partie. Une bonne traduction n'est donc qu'une &#233;tape sur un chemin, mais c'est une &#233;tape importante.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;CAS QUI COMPLIQUENT VRAIMENT LA TRADUCTION&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Confusion ou coupures dans le propos et les pens&#233;es cheminantes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est important d'avoir d&#233;j&#224; r&#233;fl&#233;chi &#224; ce qu'on dit avant de le dire. Si l'id&#233;e n'est pas claire dans ta t&#234;te avant de parler, il y a peu de chances qu'elle puisse &#234;tre rattrap&#233;e facilement par la personne traductrice. Si le propos est disloqu&#233; (par exemple parce que tu as constamment besoin de r&#233;fl&#233;chir &#224; la suite de ce que tu dis), il le sera quand il sera traduit et cela risque d'&#234;tre mal compris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne dis pas &#231;a pour stigmatiser les personnes qui ont du mal &#224; formuler leurs propos clairement. Je suis parfaitement conscient.e que c'est gal&#232;re parfois de parler devant des groupes, et que des fois &#231;a fait tellement longtemps que tu gal&#232;res &#224; essayer d'avoir la parole que tu zappes un peu ce que tu voulais dire. &lt;strong&gt;C'est pas grave de pas &#234;tre s&#251;r.e d'exactement comment on aimerait formuler ce qu'on a &#224; dire, mais &#231;a vaut le coup d'essayer d'au moins avoir un fil conducteur clair, et de si on ne l'a pas, prendre le temps &#8211; quitte &#224; faire une pause (qu'on peut faire passer en disant &#034;d&#233;sol&#233;, j'essaie de clarifier dans ma t&#234;te avant de parler&#034;) &#8211; de pr&#233;parer un peu ce qu'on va dire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les gens qui parlent trop, trop longtemps&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est difficile d'enmagasiner des phrases &#224; rallonge pour les recracher, et c'est encore plus dur si t'as des difficult&#233;s sur certains mots parce que ca te coupe dans ton rythme et du coup tu peux perdre des trucs en route. Selon si lx traducteur.ice fonctionne avec des phrases ou des id&#233;es, chaque terme ou id&#233;e est comme un verre de plus pos&#233; sur un plateau. Quand lx traducteurice &#8220;sert&#8221; les verres, ielle &#8220;vide son plateau&#8221; et a ainsi &#224; nouveau de la place sur son plateau pour y charger de nouveaux verres. Quand lx traducteur.ice traduit les phrases/ les id&#233;es, ielle a de nouveau de la place dans sa t&#234;te pour y garder &#224; nouveau des phrases/ id&#233;es qu'ielle traduira ensuite. Regarde le visage de la personne qui va traduire quand tu parles, tu verras sur son visage une sorte de m&#233;lange de fatigue anticip&#233;e et d'appr&#233;hension si tu n'arr&#234;tes pas d'encha&#238;ner les phrases et les id&#233;es. Sois concis.e !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les personnes qui ne laissent pas de temps pour la traduction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut comprendre que quand un sujet tient &#224; coeur et que quelqu'un.e dit un truc avec lequel tu n'es pas d'accord, voire avec lequel tu es fondamentalement oppos&#233;.e, tu aies envie de r&#233;pondre direct pour remettre les pendules &#224; l'heure, mais c'est un des trucs les plus probl&#233;matiques dans les discussions. Parce que &#231;a ne laisse pas de pause pour la traduction. Et vu que c'est chiant &#224; chaque fois d'&#234;tre oblig&#233;.e d'interrompre pour pouvoir dire &#034;eh, excusez moi, la traduction...&#034; on n'ose pas forc&#233;ment vous couper de suite. Et imagine donc que la personne &#224; qui tu as r&#233;pondu du tac au tac est vraiment attach&#233;e &#224; ce qu'elle a dit et qu'elle r&#233;pond encore, etc. On perd compl&#232;tement le fil. En plus c'est souvent le genre de situation ou les gens s'&#233;nervent et acc&#233;l&#232;rent le propos, ce qui rend la traduction encore plus difficile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vraiment relou d'&#234;tre mis.e, en tant que traducteurice, dans une position o&#249; l'on est oblig&#233;.e d'interrompre pour rappeler l'importance de la traduction, surtout (et c'est pas si rare) si la personne qui traduit le fait parce qu'elle s'y sent oblig&#233;e (pour que tout le monde comprenne ou par respect/ crainte de la personne qui leur a demand&#233;) donc c'est sympa de pas lui rajouter du boulot chiant, du genre essayer de calmer deux coqs se pr&#233;parant &#224; une bataille qui r&#233;volutionnera sans doute l'id&#233;ologie &#8211; mais merde, est-on vraiment l&#224; pour &#231;a ? &#8211; pour pouvoir avoir l'autorisation de faire son taf...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci ne veut pas dire qu'on ne doit pas exprimer son opposition quand quelqu'un.e dit quelque chose d'aberrant &#8211; mais il y a des mani&#232;res de le faire, du genre : &#034;Je ne suis vraiment pas d'accord avec ce qu'a dit Machin.e, et je veux bien dire pourquoi apr&#232;s la traduction&#034; sans d&#233;velopper plus. Comme &#231;a on peut traduire le premier propos, puis l'autre, sans essayer de m&#233;moriser les cinq minutes de joute verbale que &#231;a prendra avant que quelqu'un.e exprime son exasp&#233;ration sur la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand la personne qui traduit instrumentalise la traduction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci est un probl&#232;me d'une nature diff&#233;rente, en ce que le reste de ces remarques sont principalement orient&#233;es vers les personnes francophones (qui parlent la langue dominante) qui parlent &#224; un.e traducteur.ice, mais bon, &#231;a vaut quand m&#234;me le coup d'en parler parce que &lt;i&gt;&#231;a peut vraiment flinguer l'utilit&#233; d'une discussion&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La position que donne la traduction est une position de pouvoir non-n&#233;gligeable. En tant que personne qui traduit, c'est toi qui fais que les groupes linguistiques se comprennent entre eux, et si tu le fais mal, ils se comprendront mal, et si tu tords les propos lors de la traduction, les propos seront compris tels que tu les as dits, c'est &#224; dire tordus. Ceci peut &#234;tre intentionnel, c'est &#224; dire que &#231;a correspondrait &#224; une intention de la personne qui traduit de faire en sorte que les personnes comprennent mal ou qu'elles comprennent une chose diff&#233;rente, ou inintentionnel &#8211; la personne traductrice d&#233;rape et traduit quelque chose de diff&#233;rent, parce qu'ielle est fatigu&#233;.e, a eu un moment inattention, a mal compris un truc...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour &#233;viter les prises de pouvoir des personnes qui traduisent, c'est utile (si c'est possible, &#231;a ne l'est pas toujours) de toujours avoir plusieurs personnes qui font le relais entre deux langues&lt;/strong&gt;. Ca peut &#234;tre plusieurs traducteurices qui se relaient, ou alors des personnes qui, m&#234;me si elles ne sauraient pas traduire, comprennent les deux langues et sont capables de pointer du doigt des probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;QUELQUES PISTES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S'adapter au rythme de la personne qui traduit&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut &#233;couter la traduction, m&#234;me si elle est dans une langue que l'on ne comprend pas, parce que 1) on peut y comprendre des petits trucs quand m&#234;me, 2) on apprend les langues en les &#233;coutant, et 3) on entend si la personne qui traduit gal&#232;re ou pas. Il faut aussi &#234;tre attenti.f.ve aux personnes qui re&#231;oivent la traduction pour voir si vous (toi et la personne qui traduit) avez &#233;t&#233; compris.es. &lt;strong&gt;Si &#231;a a l'air de ne pas bien marcher, &#224; toi de voir avec la personne qui traduit ce qui pose probl&#232;me, et &#224; toi d'adapter ton propos en cons&#233;quence&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Technique phrase par phrase vs technique id&#233;e par id&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme &#231;a, sans trop r&#233;fl&#233;chir, je vois deux grandes mani&#232;res de g&#233;rer la traduction, je suis sur qu'il y en a plein d'autres, mais je vais parler de ce que je connais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit tu fonctionnes phrase par phrase, c'est &#224; dire E (la personne qui &#233;nonce) dit une phrase P que T (la personne qui traduit) traduit, puis E dit une nouvelle phrase que T traduit, ainsi : E(P1) T(P1) E(P2) T(P2) E(P3) etc. Soit tu fonctionnes id&#233;e par id&#233;e, c'est &#224; dire E dit une id&#233;e I que T traduit, puis E dit une nouvelle id&#233;e que T traduit, ainsi : E(I1) T(I1) E(I2) T(I2) E(I3) etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laquelle de ces deux techniques est la plus adapt&#233;e ? C'est &#224; voir selon les capacit&#233;s de la personne qui traduit, et il faut pr&#234;ter attention &#224; cela. Parfois, T est parfaitement op&#233;rationel.le pour fonctionner avec plusieurs phrases o&#249; id&#233;es en m&#234;me temps ( E(P1,2,3,4) T(P1,2,3,4) ou E(I1,2,3,4) T(I1,2,3,4) ) mais cela implique de retenir plus d'informations pendant un temps qui du coup est plus long, et ce n'est pas donn&#233; &#224; tout le monde, et &#231;a peut d&#233;pendre de l'&#233;tat d'esprit, du moment dans la journ&#233;e etc. pour la personne traductrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De fonctionner id&#233;e par id&#233;e permet de ne pas disloquer les id&#233;es en it&#233;rations s&#233;par&#233;es par d'autres langues&lt;/strong&gt;, parce que pour la personne qui entend le propos, il sera forc&#233;ment &#8220;coup&#233;&#8221; par les moments o&#249; il est &#233;nonc&#233; dans la langue qu'iel ne comprend pas. Cependant, &#231;a peut &#234;tre compliqu&#233; si les id&#233;es sont complexes/ peu compr&#233;hensibles, parce que si ce n'est pas une id&#233;e simple elle risque d'&#234;tre compliqu&#233;e &#224; m&#233;moriser pour la personne qui traduit, ce qui peut mener &#224; des cafouillages. Cette technique peut fonctionner pour un propos avec des id&#233;es simples ou des id&#233;es complexes bien expliqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De fonctionner phrase par phrase permet de vraiment bien traduire chaque phrase en d&#233;pensant le minimum d'effort&lt;/strong&gt;. Alors certes, &#231;a &#8220;coupe&#8221; en &#8220;tranches&#8221; le propos, tranches qui sont s&#233;par&#233;es par les/l' autre(s) langue(s), mais l'avantage du phrase par phrase, c'est que &#231;a peut aller vite, et E(P1) T(P1) E(P2) T(P2) E(P3) T(P3) E(P4) T(P4) peut prendre beaucoup moins de temps que E(P1,2,3,4) T(P1,2,3,4) parce que T n'a pas &#224; gal&#233;rer pour essayer de se rapeller de ce qu'a dit E et aussi parce que si E et T font attention l'un.e &#224; l'autre, T peut enchainer direct quand E a fini de parler et ainsi de suite pour pouvoir acc&#233;lerer jusqu'&#224; atteindre la zone de confort des deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Utiliser des mots simples de la vie courante/ avoir des synonymes ou paraphrases pour clarifier/ dire les choses clairement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exemple : Conflit/ Dispute&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la plupart des cas pratiques ces deux termes sont assez interchangeables. Alors certes, &#8220;dispute&#8221; semble plus vulgaire que &#8220;conflit&#8221;, mais en fait, en termes pratiques, &#231;a fait appel aux m&#234;mes choses et dispute peut &#234;tre beaucoup plus simple a saisir. En soi, &#8220;conflit&#8221; n'est pas non plus compl&#232;tement un mot de jargon, mais il peut &#234;tre utilis&#233; comme tel. Dans le &#8220;milieu anti-autoritaire&#8221;, c'est un mot qui est utilis&#233; tout le temps avec un sens assez sp&#233;cifique mais pour une grande palette de situations, ce qui fait que ce n'est pas toujours le bon mot &#224; choisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, c'est bien d'&#233;viter le jargon, les mots trop sp&#233;cifiques ou trop abstraits, et de s'en tenir &#224; des mots utilis&#233;s couramment, qui ont un sens plus commun et sont donc plus simples &#224; traduire. Si l'on part du principe que rien n'est fondamentalement compliqu&#233;, mais plut&#244;t que les choses sont souvent complexes, il devient &#233;vident que toute id&#233;e &#8220;compliqu&#233;e&#8221; est en fait une id&#233;e complexe mal articul&#233;e et qui n'est pas compr&#233;hensible justement parce qu'elle est mal articul&#233;e (elle peut d'ailleurs &#234;tre intentionellement mal articul&#233;e pr&#233;cis&#233;ment pour ne pas &#234;tre comprise par tout le monde). Il n'y a pas d'excuse valable qui justifie d'utiliser du jargon quand c'est avec des gens qui ne le comprennent pas. &lt;strong&gt;Ce qui est complexe peut &#234;tre simplifi&#233; &#8211; &#231;a sera juste plus long. Mais du coup, &#224; l'enonciateur.ice de savoir &#234;tre concis.e pour que &#231;a ne soit pas trop long, tout en se permettant de prendre le temps que &#231;a prend pour faire en sorte d'&#234;tre clair et simple.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mots techniques (surtout s'ils ne rel&#232;vent pas d'un champ technique que T associe &#224; son utilisation d'une des deux (ou plusieurs) langues qu'ielle traduit) sont difficiles &#224; traduire. Cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas les utiliser, ils sont justement utiles parce qu'ils sont sp&#233;cifiques et donc clairs quand tu sais les placer dans leur r&#233;f&#233;renciel, mais plutot qu'il ne faut pas les utiliser &#224; tort et &#224; travers. Le but reste d'&#234;tre compr&#233;hensible, pas d'avoir l'air malin.e parce que tu connais plus de mots que les autres. En tant que personne traductrice, je d&#233;teste quand des gens compliquent d&#233;lib&#233;r&#233;ment leurs propos alors qu'il est possible de dire les m&#234;mes choses simplement. &#199;a ne sert &#224; rien d'avoir une bonne id&#233;e si c'est juste pour dire &#8220;regardez, j'ai une super id&#233;e, mais vous ne pouvez pas la comprendre parce que je fais le malin&#8221;. Si c'est pour faire &#231;a, &lt;i&gt;tais-toi plut&#244;t. &#199;a n'est utile pour personne. Oublie tes ann&#233;es &#224; l'universit&#233; et ton bagage culturel dominant et exprime-toi clairement, ou bouge de l&#224;.&lt;/i&gt; C'est super chiant d'essayer de traduire quelque chose qui a &#233;t&#233; rendu intentionnellement compliqu&#233;. On n'est pas pay&#233; (et m&#234;me si on l'&#233;tait, on d&#233;testerait &#231;a quand m&#234;me), merde, c'est pas un jeu ou un d&#233;fi, on veut pas gal&#233;rer pour rien ! Et &#231;a nous fait gal&#233;rer, parce qu'on aimerait bien que les gens comprennent mais voil&#224;, &#231;a ne nous aide pas du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand on utilise des mots techniques, c'est bien de penser &#224; des synonymes ou des mots qui ont un sens proche dans la situation particuli&#232;re en main, ou alors &#224; des paraphrases qui permettent de dire la m&#234;me chose, en plus long, sans l'utilisation du mot ou de l'expression potentiellement probl&#233;matique&lt;/strong&gt;. Sinon, c'est la personne traductrice qui doit ramasser derri&#232;re toi pour faire en sorte que le truc que t'as voulu dire soit compr&#233;hensible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parler de questions pratiques partag&#233;es/ savoir faire le raccord entre notre v&#233;cu et le v&#233;cu de la personne avec qui on discute&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois ce n'est m&#234;me pas une question de vocabulaire, c'est juste que certaines mani&#232;res d'axer les choses peuvent n'avoir aucun sens pour la personne cibl&#233;e par la traduction. Il faut faire attention aux r&#233;f&#233;rences culturelles implicites &#8211; le mieux n'&#233;tant pas forc&#233;ment d'en faire l'impasse totalement, mais plut&#244;t de savoir les clarifier pour qu'elles puissent &#234;tre apprises si on a besoin de les utiliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est toujours utile d'adapter son propos aux personnes &#224; qui l'on parle si on veut &#234;tre compris.e. Ca ne veut pas dire adapter son propos &#224; une caricature qu'on consid&#232;re comme caract&#233;risant la personne &#224; qui l'on parle &#8211; c'est un &#233;cueil majeur qui ne donne pas du tout envie de t'&#233;couter, chose que tu ne seras pas forc&#233;ment capable de voir. Les gens ne sont pas stupides (en tout cas pas plus que toi) et peuvent appr&#233;hender tous les sujets que tu appr&#233;hendes, sur-simplifier c'est juste infantilisant et insultant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que j'entends par l&#224; est plut&#244;t de &lt;strong&gt;faire appel &#224; des choses pratiques de la vie avec lesquelles toutes les personnes dans le groupe de parole/discussion peuvent s'identifier dans leur v&#233;cu&lt;/strong&gt;. Etant donn&#233; &#224; quel point on est tous et toutes similaires quelle que soit notre langue et notre culture, ce n'est pas tr&#232;s difficile de s'en tenir &#224; du v&#233;cu ou du v&#233;cu potentiel commun. Cependant, il y a des choses qui sont des particularit&#233;s culturelles difficiles &#224; lire pour les personnes ext&#233;rieures &#8211; et toutes les cultures n'associent pas les m&#234;mes niveaux d'importance aux m&#234;mes choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du coup c'est important de parler des choses qui int&#233;ressent les gens &#224; qui l'on parle et des choses que ces personnes peuvent avoir v&#233;cues sinon la discussion n'est pas vraiment utile. Dans un groupe mixte entre personnes militantes qui parlent majoritairement la langue dominante et personnes &#8220;non militantes&#8221; &#8211; pour tout ce que &#231;a m'irrite d'utiliser cette expression, disons plutot de personnes non-initi&#233;es aux codages militants sp&#233;cifiques du groupe militant pr&#233;sent &#8211; les personnes qui se consid&#232;rent militantes ont souvent en quelque sorte tout pr&#233;vu, et donc si elles ne font pas attention, ce seront ces personnes l&#224; qui controleront quels sujets sont abord&#233;s et selon quel axe, ce qui sape la possibilit&#233; d'interaction dans la discussion. Ce que j'entends par l&#224; c'est que les personnes qui se consid&#232;rent &#034;militantes&#034; savent d&#233;j&#224; o&#249; elles veulent aller et quels sont les &#233;l&#233;ments qui les int&#233;ressent, qu'elles consid&#232;rent comme utiles, ont souvent leurs habitudes qui forment des m&#233;caniques huil&#233;es ou une chose en entrainerait forc&#233;ment une autre dans la discussion, donc, bref, c'est le groupe &#034;militant&#034; qui parle la langue dominante et donc qui controle la discussion. Ce n'est plus une r&#233;union, c'est un cours, mais &#231;a a &#233;t&#233; annonc&#233; comme une r&#233;union et les personnes sont venues pour &#231;a, pas pour un cours &#8211; m&#234;me si, encore une fois, elles ne le feront pas forc&#233;ment remarquer si c'est le groupe dominant qui contr&#244;le la parole (pour des raisons qu'on sait d&#233;j&#224; : c'est souvent difficile de soulever les oppressions quand on est dans un environnement contr&#244;l&#233; par les oppresseureuses, mais aussi pour d'autres raisons : gratitude envers des personnes vues comme apportant de l'aide qui m&#232;ne &#224; trop de politesse &#8211; difficile de contredire ouvertement et de risquer de contrarier la personne qui t'a aid&#233;.e &#224; sortir d'une gal&#232;re administrative, te traduit tes courriers officiels, t'a aid&#233;.e &#224; ouvrir une maison, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il faut donc &#234;tre &#224; l'&#233;coute de ce dont les gens des langues minoris&#233;es (qui n'auront pas initialement l'initiative dans la discussion) ont envie de parler, et de comment ielles axent les sujets&lt;/strong&gt;. On a envie de lutter ensemble, non ? Alors on doit s'&#233;couter, traiter les propositions des unes avec autant de respect que celles des autres, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pas d'envol&#233;es abstraites&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les personnes qui ont l'habitude d'avoir des discussions th&#233;oriques cheminantes et &#034;passionn&#233;es&#034; sur des &#034;sujets politiques&#034; ont une tendance irritante &#224; partir dans des longues pens&#233;es &#8211; que c'est peut &#234;tre m&#233;chant de qualifier d'abstraites &#8211; qui n'ont pas de lien clair avec du v&#233;cu ou des situations pratiques. C'est souvent long, difficilement compr&#233;hensible si tu n'as pas le m&#234;me bagage que la personne qui parle, et du coup, non seulement ce n'est pas tr&#232;s utile, mais &#231;a donne lieu &#224; des traductions difficiles et entrecoup&#233;es de moments o&#249; la personne qui traduit essaie de mettre le propos au clair dans sa t&#234;te pour pouvoir le traduire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mieux vaut &#233;viter compl&#232;tement les sujets trop abstraits donc, et en &lt;strong&gt;rester au concret&lt;/strong&gt;. Non seulement on gal&#232;re moins en tant que traducteur.ices mais en plus il y a plus de chance que &#231;a int&#233;resse les autres personnes dans la discussion s'il s'agit de propos pratiques que les personnes peuvent projeter dans leur v&#233;cu. On est l&#224; pour discuter, pas pour d&#233;montrer par un essai en trois parties qu'on est la personne la plus intelligente dans la pi&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Etre poli.e, compr&#233;hensi.f.ve et patient.e avec la personne qui traduit&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des fois, la personne qui est cens&#233;e traduire a du mal. &#199;a arrive souvent. Traduire est un savoir-faire. Cela ne signifie pas que c'est l'apanage d'une &#233;lite initi&#233;e &#224; la traduction, juste que c'est quelque chose qui se travaille et qui s'affine par l'entrainement, et &lt;i&gt;c'est normal que &#231;a soit difficile au d&#233;but&lt;/i&gt;. Tu peux tr&#232;s bien &#234;tre une personne qui parle parfaitement deux ou plusieurs langues et ne pas avoir l'habitude de jongler entre elles ; cela demandera de la pratique avant d'&#234;tre capable des sauts de langue en langue que n&#233;cessite la traduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais justement, pour y arriver, il faut pratiquer. Donc il faut qu'on te m&#233;nage quand tu fais des erreurs pour pas que tu laisses tomber. Je pense &#224; des discussions dont j'ai fait partie o&#249; la traductrice devait avoir genre 12 ans (j'ai vu des gens plus jeunes traduire, et parfois &lt;i&gt;tr&#232;s tr&#232;s bien&lt;/i&gt; traduire, ce n'est pas l'age le souci en soi) et qu'elle gal&#233;rait &#8211; m&#234;me si elle comprenait bien et parlait bien les deux langues en question. &#199;a a g&#233;n&#233;r&#233; une sorte de honte pour elle de ne pas y arriver alors que les personnes de son groupe de langue d&#233;pendaient d'elle pour comprendre, et que les personnes de la langue dominante lui r&#233;p&#233;taient les choses comme si elle &#233;tait juste b&#234;te... &#199;a pourrait tr&#232;s bien la d&#233;gouter &#224; vie de traduire pour ce genre de truc. Aux personnes francophones, j'ai envie de dire, &#034;bravo, c'est malin, faudrait savoir, vous voulez qu'il y ait une traduction ou pas ?&#034; Parce que comme je le sens, on ne peut pas juste vouloir qu'il y ait une traduction et &#224; la fois pas travailler soi-m&#234;me pour que la traduction se passe bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on voit donc une personne qui gal&#232;re &#224; traduire, c'est bien d'&#234;tre patient.e, d'essayer de comprendre &lt;i&gt;pourquoi&lt;/i&gt; &#231;a ne fonctionne pas et &lt;i&gt;quel est mon r&#244;le dans ce dysfonctionnement ?&lt;/i&gt; Plutot que de bl&#226;mer la personne qui traduit, qui fait sans doute de son mieux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;QUELQUES MOTS EN GUISE DE NON-CONCLUSION&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De fait, la domination ne va pas s'&#233;vaporer par quelques artifices et pratiques mises en place dans une discussion, c'est certain, mais si nous voulons pouvoir travailler ensemble, dans des groupes qui comprennent &#224; la fois des personnes des groupes dominants et des groupes domin&#233;s pour attaquer ensemble les structures de domination, alors on a tout int&#233;r&#234;t &#224; mettre en place des cadres qui minimisent l'impact des dominations dans les discussions et les prises de d&#233;cision dans nos luttes partag&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ne sont ici que quelques id&#233;es, quelques pistes de r&#233;flexion, qui m&#233;riteraient d'&#234;tre plus pouss&#233;es, mais j'ai ressenti comme une n&#233;cessit&#233; d'exprimer au moins ceci, quitte &#224; d&#233;tailler, d&#233;velopper, et ajouter des &#233;l&#233;ments plus tard (dans un autre format ?), pour pouvoir partager les questionnements qui m'habitent autour de ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je parle tr&#232;s bien fran&#231;ais et me retrouve donc plut&#244;t dans le camp des personnes dominantes. Mais la position de traducteur.ice, m&#234;me si on ne l'assume pas dans toutes les discussions auquelles on assiste, am&#232;ne &#224; voir plus facilement des choses que d'autres personnes francophones n'apercevraient pas sans un certain effort. Quand on traduit, on ne fait pas que jongler avec les mots, il y a aussi un &#233;l&#233;ment d'empathie indissociable de la traduction, puisque il faut essayer de voir comment rendre un propos compr&#233;hensible dans la langue vers laquelle on le traduit, et donc d'&#234;tre attentif.ve aux personnes qui &#233;coutent la traduction pour savoir si elle fonctionne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvent, les gens des groupes domin&#233;s ne formulent pas elleux-m&#234;mes les probl&#232;mes des cadres de discussion, &#224; cause de raisons dont on a parl&#233; un peu plus haut, et du coup, m&#234;me si &#231;a ne saurait remplacer le fait de discuter de ces probl&#233;matiques &#233;ventuelles directement avec les personnes concern&#233;es, il est important que les personnes dominantes conscientisent leur domination, et si elles sont vraiment contre toutes les formes d'autorit&#233; et d'oppression, qu'elles la subvertissent de l'int&#233;rieur. Il faut agir directement contre sa propre position d'oppresseur/euse, et pas juste attendre que des personnes que l'on oppresse nous pr&#233;m&#226;chent le travail. Si nous nous y prenons de la mauvaise mani&#232;re, ce sera toujours possible de nous le signaler ult&#233;rieurement, alors que si on ne prend jamais aucune initiative, bien sur qu'on ne pourra pas nous reprocher de nous y &#234;tre mal pris.es, mais on nous reprochera &#8211; justement &#8211; notre inaction, qui &#233;quivaut &#224; une acceptation du statu quo (et si on a un minimum d'&#233;thique et de conscience de soi, on se le reprochera nous-m&#234;mes).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Dans cette brochure, le terme &#171; traduction &#187; est utilis&#233; au sens d'interpr&#233;tation. Souhaitant conserver le texte original et le terme &#171; traduction &#187; &#233;tant plus courant, nous avons fait le choix de garder cette l&#233;g&#232;re inexactitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Texte initialement paru sur &lt;a href=&#034;https://iaata.info/De-la-necessite-d-une-bonne-traduction-et-quelques-pistes-sur-comment-s-y-3527.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;iaata.info&lt;/a&gt; en ao&#251;t 2019.&lt;br class='manualbr' /&gt;L&#233;g&#232;rement retouch&#233; et mis en page en d&#233;cembre 2021.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>De l'arrestation au centre de r&#233;tention : faire face &#224; la machine &#224; expulser quand on est sans-papiers</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article1773</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Collectif</dc:creator>


		<dc:subject>Prison, justice, r&#233;pression</dc:subject>
		<dc:subject>Guides pratiques</dc:subject>
		<dc:subject>Migrations, luttes contre les fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>
		<dc:subject>English</dc:subject>
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		<dc:subject>&#1575;&#1604;&#1593;&#1585;&#1576;&#1610;&#1577;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ce document vise &#224; rassembler des informations juridiques et pratiques pour comprendre et tenter de s'en sortir en cas d'arrestation et de risque d'expulsion&lt;/i&gt; &#187; quand on est sans-papiers en France. &#171; &lt;i&gt;Il est con&#231;u &#224; partir de la lecture des textes de loi et de retours d'exp&#233;rience&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sommaire :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Introduction&lt;br class='manualbr' /&gt;- Conseils g&#233;n&#233;raux avant l'&#233;ventuelle arrestation :&lt;br class='manualbr' /&gt;Lieux &#224; risque d'arrestation&lt;br class='manualbr' /&gt;Si vous &#234;tes convoqu&#233;.e &#224; la pr&#233;fecture&lt;br class='manualbr' /&gt;Selon votre strat&#233;gie au cours de la proc&#233;dure&lt;br class='manualbr' /&gt;- L'arrestation :&lt;br class='manualbr' /&gt;Au commissariat&lt;br class='manualbr' /&gt;La retenue administrative et la garde &#224; vue&lt;br class='manualbr' /&gt;Si on vous remet une OQTF et une IRTF &#224; la sortie du commissariat&lt;br class='manualbr' /&gt;- Le centre de r&#233;tention :&lt;br class='manualbr' /&gt;L'arriv&#233;e au centre de r&#233;tention administrative (CRA) &lt;br class='manualbr' /&gt;Le consul&lt;br class='manualbr' /&gt;Le juge des libert&#233;s et de la d&#233;tention (JLD)&lt;br class='manualbr' /&gt;Le tribunal administratif (TA)&lt;br class='manualbr' /&gt;La prison&lt;br class='manualbr' /&gt;Les vols&lt;br class='manualbr' /&gt;La demande d'asile&lt;br class='manualbr' /&gt;- Quelques infos pratiques :&lt;br class='manualbr' /&gt;Adresses et num&#233;ros de cabines des CRA en Ile-de-France&lt;br class='manualbr' /&gt;- Conclusion&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;D&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot20" rel="tag"&gt;Prison, justice, r&#233;pression&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;Guides pratiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot35" rel="tag"&gt;Migrations, luttes contre les fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot127" rel="tag"&gt;English&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot152" rel="tag"&gt;&#4325;&#4304;&#4320;&#4311;&#4323;&#4314;&#4312; &#4308;&#4316;&#4304;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot153" rel="tag"&gt;&#1575;&#1604;&#1593;&#1585;&#1576;&#1610;&#1577;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L109xH150/arton1773-1a8e7.png?1780486503' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='109' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1773.png?1598292033&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sommaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conseils g&#233;n&#233;raux avant l'&#233;ventuelle arrestation :&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Lieux &#224; risque d'arrestation&lt;br class='manualbr' /&gt;Si vous &#234;tes convoqu&#233;.e &#224; la pr&#233;fecture&lt;br class='manualbr' /&gt;Selon votre strat&#233;gie au cours de la proc&#233;dure&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'arrestation :&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Au commissariat&lt;br class='manualbr' /&gt;La retenue administrative et la garde &#224; vue&lt;br class='manualbr' /&gt;Si on vous remet une OQTF et une IRTF &#224; la sortie du commissariat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le centre de r&#233;tention :&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;L'arriv&#233;e au CRA (Centre de R&#233;tention Administrative)&lt;br class='manualbr' /&gt;Le consul&lt;br class='manualbr' /&gt;Le juge des libert&#233;s et de la d&#233;tention (JLD)&lt;br class='manualbr' /&gt;Le tribunal administratif (TA)&lt;br class='manualbr' /&gt;La prison&lt;br class='manualbr' /&gt;Les vols&lt;br class='manualbr' /&gt;La demande d'asile&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelques infos pratiques :&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Adresses et num&#233;ros de cabines des CRA en Ile-de-France&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce document vise &#224; &lt;strong&gt;rassembler des informations juridiques et pratiques&lt;/strong&gt; pour comprendre et tenter de s'en sortir en cas d'arrestation et de risque d'expulsion. Il est con&#231;u &#224; partir de la lecture des textes de loi et de retours d'exp&#233;rience. La loi ne nous laissant pas beaucoup de place pour nous en sortir, un certain nombre de conseils sont en dehors de la l&#233;galit&#233;. Ce guide est tr&#232;s condens&#233;, et les pratiques &#233;voluent selon le moment et les pr&#233;fectures. Il n'est donc pas complet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, &#8220;&lt;em&gt;c'est toi et ta chance&lt;/em&gt;&#8221; : selon la pr&#233;fecture, le &#64258;ic, l'avocat et le juge sur lequel vous tombez, ce qui vous arrivera n'arrivera pas forc&#233;ment &#224; quelqu'un d'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette brochure n'est pas juste un guide &#224; l'usage des personnes susceptibles d'&#234;tre expuls&#233;es, mais aussi une initiative contre les fronti&#232;res. Il s'agit autant de fournir des outils pour &#233;chapper &#224; l'&#201;tat que de s'opposer &#224; lui, d'enrayer sa machine &#224; expulser.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Participer &#224; des luttes, refuser d'embarquer, faire de la prison, et tout ce qui pourrait arriver pendant que vous &#234;tes au centre de r&#233;tention ne posera pas forc&#233;ment de probl&#232;me pour votre acc&#232;s &#224; un titre de s&#233;jour plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conseils g&#233;n&#233;raux avant l'&#233;ventuelle arrestation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lieux &#224; risque d'arrestation :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible de se faire arr&#234;ter &#224; peu pr&#232;s partout. Ceci dit, il existe des&lt;br class='autobr' /&gt;
lieux o&#249; les rafles sont plus nombreuses. Ces lieux, ce sont les gares&lt;br class='autobr' /&gt;
(trains et bus), les grosses stations de m&#233;tro (pour &#233;viter les&lt;br class='autobr' /&gt;
contr&#244;leurs : &#233;viter les escalators, les sens interdits, et si possible avoir de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'argent sur soi pour payer l'amende), La Chapelle, Barb&#232;s, la proximit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
des campements, ou encore dans les quartiers tr&#232;s touristiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors d'un contr&#244;le ou d'une arrestation, tentez au maximum de la&lt;br class='autobr' /&gt;
rendre visible. Des gens autour pourraient comprendre et r&#233;agir/intervenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si vous &#234;tes convoqu&#233;.e &#224; la pr&#233;fecture :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vous &#234;tes convoqu&#233;.e &#224; la pr&#233;fecture, m&#233;fiez-&#173;vous. Faites traduire la&lt;br class='autobr' /&gt;
convocation. S'il y a &#233;crit &#034;en vue de votre &#233;loignement&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vous &#234;tes demandeur.se d'asile, il peut s'agir d'une expulsion&lt;br class='autobr' /&gt;
dans le cadre d'une proc&#233;dure Dublin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vous avez eu un refus de titre de s&#233;jour ; de l'OFPRA ou de la&lt;br class='autobr' /&gt;
CNDA, c'est forc&#233;ment une expulsion pr&#233;vue (vous pouvez&lt;br class='autobr' /&gt;
&#234;tre sous le coup d'une OQTF sans en &#234;tre au courant), donc n'y allez pas !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Selon votre strat&#233;gie au cours de la proc&#233;dure :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous pouvez choisir de donner une fausse identit&#233;, pour qu'on ne&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;couvre pas votre nationalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, &#233;vitez de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale d'avoir des papiers qui&lt;br class='autobr' /&gt;
indiquent votre identit&#233; (comme votre passeport ou un r&#233;c&#233;piss&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les flics mettent la main sur un papier qui permet de confirmer votre&lt;br class='autobr' /&gt;
identit&#233;, cela facilite votre expulsion, car il sera plus facile d'obtenir un&lt;br class='autobr' /&gt;
laissez&#173;passer de votre consulat. S'ils ont votre passeport, ils n'ont&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me pas besoin de laissez&#173;passer. En garde &#224; vue (GAV), les flics&lt;br class='autobr' /&gt;
peuvent fouiller votre t&#233;l&#233;phone pour regarder o&#249; vous appelez &#224; l'&#233;tranger,&lt;br class='autobr' /&gt;
pour deviner votre nationalit&#233; : effacer r&#233;guli&#232;rement ses historiques d'appel&lt;br class='autobr' /&gt;
peut &#234;tre une bonne strat&#233;gie.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Attention : Le consul d'Alg&#233;rie peut donner des laissez&#173;passer pour&lt;br class='autobr' /&gt;
toutes les personnes quelle que soit leur nationalit&#233;. Vous pouvez &#234;tre&lt;br class='autobr' /&gt;
expuls&#233;.e en Alg&#233;rie m&#234;me si vous n'&#234;tes pas alg&#233;rien.ne, vous risquez&lt;br class='autobr' /&gt;
la prison en Alg&#233;rie et en France &#224; votre retour.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'arrestation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tout ce qui va vous arriver au cours de la proc&#233;dure pourra servir &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
votre avocat pour vous faire lib&#233;rer devant le juge (non&#173;respect des&lt;br class='autobr' /&gt;
droits). C'est pour &#231;a que c'est important de demander tous ses droits. Les&lt;br class='autobr' /&gt;
flics vous diront que vous sortirez plus vite si vous ne les demandez pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est faux, ce ne sont pas eux qui d&#233;cident. &lt;i&gt;Donc demander le plus de&lt;br class='autobr' /&gt;
droits possible, c'est multiplier les chances d'erreurs des flics.&lt;/i&gt; Cela&lt;br class='autobr' /&gt;
pourra vous servir plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au commissariat :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe deux proc&#233;dures :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- La retenue administrative&lt;br class='manualbr' /&gt;- La garde &#224; vue&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La v&#233;rification d'identit&#233; : &lt;/strong&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Avant d'&#234;tre plac&#233;.e en GAV ou en&lt;br class='autobr' /&gt;
retenue, vous pouvez &#234;tre en v&#233;rification d'identit&#233; qui dure un&lt;br class='autobr' /&gt;
maximum de 4h. Pendant ces 4h, vous n'avez pas les droits qui existent&lt;br class='autobr' /&gt;
en GAV et en retenue. Parfois, les pr&#233;fectures et les flics, lors d'une&lt;br class='autobr' /&gt;
rafle, par exemple, s'organisent pour que dans les 4h, ils produisent les&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;cisions pour vous placer en CRA. Dans ce cas, au JLD, il faudra&lt;br class='autobr' /&gt;
absolument que l'avocat regarde la l&#233;galit&#233; de l'arrestation.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ne signez aucun papier que vous ne comprenez pas. Ne croyez pas&lt;br class='autobr' /&gt;
les flics. Vous pouvez &#233;crire &#034;&lt;i&gt;Je ne comprends pas&lt;/i&gt;&#034;. De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale,&lt;br class='autobr' /&gt;
ne signez aucun papier. Si vous habitez avec d'autres personnes sans&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
papiers, donner la vraie adresse pourrait les mettre en danger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A aucun moment il faut dire qu'on ne veut pas partir (sauf au&lt;br class='autobr' /&gt;
Tribunal Administratif, voir plus loin) . Si on vous pose la question &#034;&lt;i&gt;Voulez&#173;&lt;br class='autobr' /&gt;
vous quitter le territoire ?&lt;/i&gt;&#034; vous pouvez r&#233;pondre &#034;&lt;i&gt;Oui je veux partir&lt;/i&gt;&#034;, ou &#034;&lt;i&gt;Si&lt;br class='autobr' /&gt;
je n'ai pas le choix je partirai&lt;/i&gt;&#034;, ou &#034;&lt;i&gt;Je veux partir, mais par mes propres&lt;br class='autobr' /&gt;
moyens&lt;/i&gt;&#034;. Ce que vous dites aux flics ou aux juges ne vous engage &#224; rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En retenue comme en garde &#224; vue, vous disposez de droits. Demandez&lt;br class='autobr' /&gt;
tous vos droits. S'il ne sont pas respect&#233;s, &#231;a peut vous permettre d'&#234;tre&lt;br class='autobr' /&gt;
lib&#233;r&#233;.e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Un traducteur dans votre langue maternelle :&lt;br class='manualbr' /&gt;Un flic, m&#234;me s'il parle votre langue, n'est pas un traducteur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Un avocat commis d'office, ou un avocat en qui vous avez confiance :&lt;br class='manualbr' /&gt;De pr&#233;f&#233;rence un avocat sp&#233;cialis&#233; en droit des &#233;trangers. Si vous&lt;br class='autobr' /&gt;
demandez un commis d'office, ce ne sera pas le m&#234;me pour le&lt;br class='autobr' /&gt;
reste de la proc&#233;dure. Donnez &#224; l'avocat tous les papiers n&#233;cessaires, demandez&#173;lui de les faire traduire. S'il y a une d&#233;cision &#224; contester (comme une OQTF, voir ci&#173;-dessous), demandez&#173;-lui de la contester.&lt;br class='manualbr' /&gt;Attention : un avocat n'est pas forc&#233;ment de bon conseil !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Demandez &#224; voir un m&#233;decin :&lt;br class='manualbr' /&gt;Vous pouvez lui faire constater des violences si vous en avez eu (essayer d'obtenir des certificats).&lt;br class='manualbr' /&gt;Attention : les m&#233;decins ne sont pas des alli&#233;s, ne rien leur dire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Demandez &#224; faire pr&#233;venir un proche :&lt;br class='manualbr' /&gt;Cela peut leur permettre de s'organiser &#224; l'ext&#233;rieur.&lt;br class='manualbr' /&gt;Attention : si vous utilisez une fausse identit&#233;, pr&#233;parez &#231;a avec la&lt;br class='autobr' /&gt;
personne que vous voulez pr&#233;venir, car c'est le flic qui l'a au&lt;br class='autobr' /&gt;
t&#233;l&#233;phone et pas vous. Il est possible de demander de l'appeler&lt;br class='autobr' /&gt;
soi&#173;-m&#234;me, mais les flics ont le droit de refuser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Vous pouvez demander &#224; pr&#233;venir votre employeur :&lt;br class='manualbr' /&gt;Ne le faites que si vous y voyez un int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4950 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH637/ra-gav-64caf.png?1780486503' width='500' height='637' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si des proches, collectifs et personnes solidaires sont au courant, ils&lt;br class='autobr' /&gt;
peuvent manifester leur solidarit&#233; en faisant un rassemblement devant le&lt;br class='autobr' /&gt;
comissariat, par exemple. Montrer qu'on est soutenu, &#231;a change le rapport&lt;br class='autobr' /&gt;
avec les flics du commissariat comme avec tous les autres gens que vous&lt;br class='autobr' /&gt;
croiserez au cours de la proc&#233;dure&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Empreintes digitales :&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Si vous avez demand&#233; un visa pour la&lt;br class='autobr' /&gt;
France au pays, et que vous aviez donn&#233; vos empreintes (fichier&lt;br class='autobr' /&gt;
VISABIO), ou que vous &#234;tes dublin&#233;.e (fichier EURODAC), vos&lt;br class='autobr' /&gt;
empreintes peuvent ressortir avec votre identit&#233; et nationalit&#233; d'origine.&lt;br class='manualbr' /&gt;Vous pouvez refuser de donner vos empreintes. C'est ill&#233;gal, mais&lt;br class='autobr' /&gt;
les flics ne vous forceront pas &#224; les donner la plupart du temps.&lt;br class='manualbr' /&gt;Attention : Si vous &#234;tes poursuivi.e pour cela et que vous passez en&lt;br class='autobr' /&gt;
comparution imm&#233;diate (proc&#232;s direct apr&#232;s la garde &#224; vue), vous&lt;br class='autobr' /&gt;
pouvez refuser d'&#234;tre jug&#233;.e tout de suite. Vous risquez toutefois d'&#234;tre&lt;br class='autobr' /&gt;
envoy&#233;.e en d&#233;tention provisoire en attendant le proc&#232;s. Si vous donnez&lt;br class='autobr' /&gt;
vos empreintes en prison, ils peuvent les r&#233;cup&#233;rer. Continuer de&lt;br class='autobr' /&gt;
refuser de les donner peut avoir des cons&#233;quences sur vos&lt;br class='autobr' /&gt;
conditions de d&#233;tention, mais emp&#234;che la pr&#233;fecture de r&#233;cup&#233;rer vos empreintes.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si on vous remet une OQTF et une IRTF &#224; la sortie du commissariat :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au commissariat, vous pouvez recevoir une convocation ult&#233;rieure (pour&lt;br class='autobr' /&gt;
un proc&#232;s), un rappel &#224; la loi, mais aussi une d&#233;cision d'&#233;loignement&lt;br class='autobr' /&gt;
(comme une OQTF). Une OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Fran&#231;ais), est une d&#233;cision administrative qui vous demande de quitter le territoire. La plupart du temps, l'OQTF est &#034;sans d&#233;lai&#034;. Vous avez 48h pour la contester. L'OQTF est maintenant syst&#233;matiquement assortie d'une IRTF (Interdiction de Retour sur le Territoire Fran&#231;ais) de deux ou trois ans. Celle&#173;ci ne commence qu'au moment o&#249; l'administration constate que vous avez quitt&#233; le pays. Donc tant que vous restez en France, l'IRTF reste valable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vous &#234;tes lib&#233;r&#233;.e, allez au plus t&#244;t contacter une association&lt;br class='autobr' /&gt;
sp&#233;cialis&#233;e en droit des &#233;trangers pour faire traduire les papiers et, si besoin, faire un recours contre l'OQTF et l'IRTF.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le centre de r&#233;tention&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Certains l'appellent le d&#233;p&#244;t. Le Centre de R&#233;tention Administrative (CRA) est une prison pour sans&#173;-papiers, o&#249; la pr&#233;fecture peut vous enfermer jusqu'&#224; 3 mois pendant que l'Etat essaie de vous expulser. Elle est cens&#233;e vous y maintenir car on soup&#231;onne que vous ne voulez pas partir de vous&#173;-m&#234;me. Pour vous placer en r&#233;tention, la pr&#233;fecture a obligatoirement pris une d&#233;cision d'&#233;loignement (OQTF, arr&#234;t&#233; de transfert Dublin...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'arriv&#233;e au CRA :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la pr&#233;fecture vient de prendre une OQTF ou un arr&#234;t&#233; de transfert&lt;br class='autobr' /&gt;
Dublin et vous l'a remise au commissariat, vous avez 48h pour faire le recours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenez imm&#233;diatement contact avec l'association pr&#233;sente dans le centre de r&#233;tention. Si vous ne pouvez pas voir l'association, allez au greffe du centre pour faire enregistrer le recours avec les phrases &#034;je conteste toutes les d&#233;cisions dont je fais l'objet&#034;. Faites pression pour qu'il soit fax&#233; au tribunal administratif (TA). Si vous n'y arrivez pas, il est possible de demander &#224; un proche de le faire, en y ajoutant la phrase &#034;la requ&#234;te de l'int&#233;ress&#233; sera r&#233;gularis&#233;e par la pr&#233;sence de l'int&#233;ress&#233; &#224; l'audience&#034;. Il doit &#234;tre envoy&#233; au tribunal administratif du m&#234;me d&#233;partement que la&lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;fecture qui a pris l'OQTF. Si votre recours est accept&#233;, vous aurez une&lt;br class='autobr' /&gt;
audience au TA (voir plus loin).&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Les t&#233;l&#233;phones avec cam&#233;ra ne sont pas accept&#233;s au centre, mais les autres oui .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme pour la GAV, il est bien de noter toutes les infos qui pourraient servir &#224; l'avocat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;fecture a pu prendre l'OQTF il y a plusieurs mois, que&lt;br class='autobr' /&gt;
vous en ayez connaissance ou non. Vous ne pouvez plus faire de&lt;br class='autobr' /&gt;
recours au TA si le d&#233;lai est d&#233;pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans le centre de r&#233;tention, tout le pouvoir est aux flics et tout se joue au&lt;br class='autobr' /&gt;
rapport de force. Discutez avec les autres d&#233;tenus pour savoir quelles sont les pratiques dans ce centre (aussi bien sur les fonctionnements du CRA que sur les expulsions et les vols cach&#233;s, fausses convocations, etc.), et si possible s'organiser collectivement pour tenir le rapport de force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous serez aussi confront&#233;.e aux m&#233;decins ou infirmier.es, qui ne sont&lt;br class='autobr' /&gt;
pas l&#224; pour s'assurer de votre sant&#233;, mais plut&#244;t pour vous calmer et&lt;br class='autobr' /&gt;
assurer le pouvoir des flics dans le centre, et vous cachetonner (droguer)&lt;br class='autobr' /&gt;
avant votre vol. M&#233;fiez&#173;-vous des m&#233;dicaments qu'on vous donne.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;C'est aupr&#232;s de l'association que vous pouvez effectuer vos d&#233;marches administratives et &#234;tre assist&#233;.e pour vos recours (prendre des infos sur votre dossier, demander un nom d'avocat, recevoir des conseils juridiques...).&lt;br class='manualbr' /&gt;L'Etat se sert de leur pr&#233;sence pour faire croire que les retenus&lt;br class='autobr' /&gt;
peuvent se d&#233;fendre juridiquement et que vous avez des alli&#233;s au&lt;br class='autobr' /&gt;
centre. C'est la caution humanitaire de la machine &#224; expulser.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans les faits, ils sont les garants de la l&#233;galit&#233; : la plupart du temps,&lt;br class='autobr' /&gt;
ils ne donneront pas de conseils pratiques en dehors de la loi. Par&lt;br class='autobr' /&gt;
ailleurs, ils sont peu nombreux et n'ont ni le temps ni les moyens pour&lt;br class='autobr' /&gt;
suivre tous les dossiers. Ils se retrouvent donc oblig&#233;s d'effectuer un tri&lt;br class='autobr' /&gt;
entre &#034;bon&#034; et &#034;mauvais&#034; dossiers. Quoi qu'ils vous en disent, insistez en&lt;br class='autobr' /&gt;
leur disant que, m&#234;me s'il n'y a rien &#224; d&#233;fendre dans votre recours, cela&lt;br class='autobr' /&gt;
permet de gagner du temps. Des personnes peuvent aussi insister&lt;br class='autobr' /&gt;
depuis l'ext&#233;rieur en les contactant.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pendant tout le temps que vous passez au CRA, l'administration cherche &#224; conna&#238;tre votre nationalit&#233; (ou &#224; vous en attribuer une) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si elle a votre passeport, l'administration n'a pas besoin de laissez&#173;-passer et voudra vous expulser rapidement, avant m&#234;me que vous ayez vu le juge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vous &#234;tes en proc&#233;dure Dublin, le laissez&#173;-passer est remis en&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me temps que la d&#233;cision d'&#233;loignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si elle n'a pas votre passeport, elle devra obtenir un laissez&#173;-passer d'un consulat qui permettra votre expulsion :&lt;br class='manualbr' /&gt;- Soit elle a une autre de vos pi&#232;ces d'identit&#233; ou une copie (trouv&#233;e sur vous ou donn&#233;e lors d'une d&#233;marche en pr&#233;fecture), le consul n'a pas besoin de vous voir pour remettre un laissez&#173;-passer.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Soit ils n'ont aucun de vos papiers d'identit&#233;, le consul devra alors vous rencontrer pour d&#233;cider de donner ou pas un laissez&#173;-passer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le consul :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la police n'a aucun de vos papiers, elle doit alors vous pr&#233;senter &#224; un&lt;br class='autobr' /&gt;
consul pour qu'il atteste que vous &#234;tes de la bonne nationalit&#233; et qu'il d&#233;livre&lt;br class='autobr' /&gt;
le laissez&#173;-passer. Si ce dernier ne vous reconna&#238;t pas, les flics peuvent vous&lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;senter &#224; d'autres consulats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vous pensez que le consul va vous reconna&#238;tre, il est toujours possible d'insister sur les attaches qu'on a en France pour qu'il refuse de d&#233;livrer le laissez&#173;passer. L&#224; aussi, vous pouvez discuter avec les autres retenu.e.s des strat&#233;gies plus ou moins risqu&#233;es pour ne pas &#234;tre reconnu.e par le consul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aller voir le consul et refuser de lui parler ne l'emp&#234;chera foc&#233;ment pas de donner un laissez&#173;passer. Il est possible de refuser de le voir, mais il y a un risque de garde &#224; vue.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Certains consuls viennent&lt;br class='autobr' /&gt;
dans les centres de r&#233;tention.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est vrai &#224; Vincennes pour le Maroc, la Tunisie et l'Alg&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seule la pr&#233;fecture sait si un laissez&#173;-passer a &#233;t&#233; donn&#233; ou&lt;br class='autobr' /&gt;
non. Le seul moment o&#249; vous pouvez en avoir connaissance,&lt;br class='autobr' /&gt;
c'est lors d'une audience au JLD.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le juge des libert&#233;s et de la d&#233;tention (JLD) :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;48h ou 72h apr&#232;s votre arriv&#233;e au centre, vous allez &#234;tre emmen&#233;.e&lt;br class='autobr' /&gt;
devant le juge des libert&#233;s et de la d&#233;tention au tribunal de grande&lt;br class='autobr' /&gt;
instance (TGI) du d&#233;partement du centre dans lequel vous &#234;tes. Ce&lt;br class='autobr' /&gt;
juge est saisi par la pr&#233;fecture qui demande votre maintien en r&#233;tention&lt;br class='autobr' /&gt;
pour pouvoir vous expulser, car elle pense que vous ne partirez pas de&lt;br class='autobr' /&gt;
vous&#173;m&#234;me (d'o&#249; l'id&#233;e de ne jamais dire qu'on ne veut pas partir).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines audiences au JLD se d&#233;roulent dans une annexe du TGI &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
c&#244;t&#233; du CRA. C'est le cas au Mesnil&#173;-Amelot ou &#224; Coquelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au tribunal de Paris, le week&#173;end, il faut pr&#233;senter des papiers d'identit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
si on veut entrer dans le tribunal et assister aux audiences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le juge est cens&#233; regarder si la proc&#233;dure a &#233;t&#233; respect&#233;e depuis votre&lt;br class='autobr' /&gt;
arrestation jusqu'&#224; maintenant. C'est donc &#224; votre avocat de d&#233;montrer&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'elle n'a pas &#233;t&#233; respect&#233;e pour obtenir du juge votre lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vous avez pris un avocat par vous&#173;-m&#234;me, sp&#233;cialis&#233; en droit des&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;trangers, vous avez plus de chances qu'il cherche des &#034;vices de proc&#233;dure&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attention, payer cher un avocat n'est pas une garantie d'&#234;tre bien&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;fendu, les avocats sympathisants sont souvent les moins chers. Si vous&lt;br class='autobr' /&gt;
avez l'avocat de permanence (gratuit), c'est la loterie, certains n'en ont rien&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; foutre de votre situation et ne vont rien chercher, d'autres se casseront&lt;br class='autobr' /&gt;
plus la t&#234;te.Il faut lui raconter tout ce qu'il s'est pass&#233; en d&#233;tails depuis votre&lt;br class='autobr' /&gt;
arrestation (par exemple : vous avez demand&#233; un traducteur, et vous ne l'avez pas eu...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le juge, c'est aussi la loterie. Il y a des juges qui ne lib&#232;rent quasi&#173; personne... Normalement, il ne doit pas regarder votre situation personnelle&lt;br class='autobr' /&gt;
en France ou les raisons de votre demande d'asile, mais souvent il pose&lt;br class='autobr' /&gt;
quand m&#234;me des questions. Le juge peut attendre de vous deux discours&lt;br class='autobr' /&gt;
qui se contredisent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas, le juge vous demandera si vous voulez partir.&lt;br class='manualbr' /&gt;Vous pouvez r&#233;pondre &#034;&lt;i&gt;Oui, je veux partir&lt;/i&gt;&#034;, ou &#034;&lt;i&gt;Si je n'ai pas le&lt;br class='autobr' /&gt;
choix, je partirai&lt;/i&gt;&#034;, ou &#034;&lt;i&gt;Je veux partir, mais par mes propres moyens&lt;/i&gt;&#034;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le juge peut vous poser des questions sur votre int&#233;gration en&lt;br class='autobr' /&gt;
France. Attention, &#231;a peut &#234;tre un pi&#232;ge. Selon le juge, &#234;tre bien&lt;br class='autobr' /&gt;
int&#233;gr&#233; signifie que vous pourriez pr&#233;tendre &#224; un titre de s&#233;jour,&lt;br class='autobr' /&gt;
quand d'autres peuvent au contraire consid&#233;rer que ce sont des&lt;br class='autobr' /&gt;
indices que vous ne voulez pas partir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Discutez avant avec l'avocat s'il conna&#238;t ce juge pour d&#233;cider d'une strat&#233;gie.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Les avocats proposent souvent de demander votre assignation &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;sidence, cela implique de donner votre passeport au juge qui le&lt;br class='autobr' /&gt;
donnera &#224; la prefecture, cela est tr&#232;s dangereux car apr&#232;s il n'y a plus&lt;br class='autobr' /&gt;
besoin de demander un laisser passez pour vous expulser. Cela ne vaut&lt;br class='autobr' /&gt;
le coup que si la pr&#233;fecture a d&#233;j&#224; votre passeport. Ou si vous avez de&lt;br class='autobr' /&gt;
tr&#232;s fortes garanties de repr&#233;sentation (&#224; la fois une attestation de&lt;br class='autobr' /&gt;
domicile, une promesse d'embauche, un certificat de scolarit&#233; et/ou de marriage, ...).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Si vous avez des soutiens, ils peuvent vous amener les garanties de&lt;br class='autobr' /&gt;
repr&#233;sentation et demander &#224; rencontrer l'avocat. La pr&#233;sence des&lt;br class='autobr' /&gt;
personnes qui vous soutiennent en amont et lors de l'audience est&lt;br class='autobr' /&gt;
importante, car cela met la pression &#224; l'avocat et au juge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le juge vous lib&#232;re, la pr&#233;fecture ainsi que le procureur peuvent&lt;br class='autobr' /&gt;
faire appel dans les 10 heures. Vous restez enferm&#233; au tribunal le&lt;br class='autobr' /&gt;
temps de savoir si il y a un appel ou pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart du temps les audiences se d&#233;roulent tr&#232;s vite et vous &#234;tes prolong&#233;.e&lt;br class='manualbr' /&gt;Si votre avocat a soulign&#233; plein de probl&#232;mes dans la proc&#233;dure et que&lt;br class='autobr' /&gt;
le juge vous a quand m&#234;me maintenu.e en r&#233;tention cela vaut le coup de&lt;br class='autobr' /&gt;
faire appel. Vous avez 24h, il faut le demander &#224; l'avocat. Vous passez le&lt;br class='autobr' /&gt;
lendemain ou le surlendemain. Vous passez &#224; la cours d'appel du m&#234;me&lt;br class='autobr' /&gt;
tribunal (la cours d'appel n'est g&#233;n&#233;ralement pas au m&#234;me endroit).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire appel, &#231;a veut dire &#234;tre&lt;br class='autobr' /&gt;
extrait une nouvelle journ&#233;e &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
attendre dans une cellule du TGI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si votre avocat n'a rien dit (ou pas grand-chose), Il ne sera pas possible&lt;br class='autobr' /&gt;
de dire plus en appel, quel que soit l'avocat, et le r&#233;sultat sera le m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Si vous &#234;tes lib&#233;r&#233;.e, votre d&#233;cision d'expulsion n'est pas&lt;br class='autobr' /&gt;
pour autant annul&#233;e (voir TA). Si vous n'&#234;tes pas lib&#233;r&#233;.e, vous retournez en r&#233;tention pour 28 jours.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les autres JLD :&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;La pr&#233;fecture doit de nouveau demander une prolongation au JLD aux 30e, 60e et 75e jours. Votre avocat devra alors d&#233;montrer que la pr&#233;fecture n'a pas tent&#233; de vous expulser (n'a pas pris contact avec le consul, r&#233;serv&#233; de vol, etc.) et que votre enfermement est abusif. La plupart du temps, la pr&#233;fecture &#224; gain de cause et vous &#234;tes prolong&#233;.e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le tribunal administratif (TA) :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous passez au TA du d&#233;partement de l'OQTF, dans les jours qui suivent&lt;br class='autobr' /&gt;
le recours. Pendant ce temps, vous n'&#234;tes pas expulsable.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ici encore, c'est la loterie... Le juge doit confirmer ou annuler votre&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;cision d'expulsion et les interdictions de retour sur le territoire. Et donc&lt;br class='autobr' /&gt;
c'est l&#224; &#173;&#8212; et c'est le seul endroit&#173; &#8212; o&#249; vous devez expliquer pourquoi&lt;br class='autobr' /&gt;
vous voulez rester en France (vie familiale, attaches en France, travail,&lt;br class='autobr' /&gt;
scolarisation, risques dans le pays d'origine, maladie, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il vaut mieux avoir un bon avocat sp&#233;cialis&#233; en droit des &#233;trangers. Il&lt;br class='autobr' /&gt;
n'y a pas de possibilit&#233; d'avocat gratuit que l'on choisit. En revanche vous&lt;br class='autobr' /&gt;
devez avoir acc&#232;s lors de l'audience &#224; un avocat de permanence. L&#224; aussi,&lt;br class='autobr' /&gt;
la pr&#233;sence de soutiens &#224; l'audience est importante, elle d&#233;montre vos&lt;br class='autobr' /&gt;
attaches en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les vols :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vols peuvent &#234;tre annonc&#233;s ou cach&#233;s. Les pratiques varient selon&lt;br class='autobr' /&gt;
les CRA, mais en g&#233;n&#233;ral, vous &#234;tes inform&#233;.e du premier vol. Il est&lt;br class='autobr' /&gt;
possible de tenter de refuser son vol. Discutez avec les autres&lt;br class='autobr' /&gt;
retenu.e.s des pratiques individuelles ou collectives qui peuvent&lt;br class='autobr' /&gt;
fonctionner pour &#233;viter l'expulsion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les escortes polici&#232;res ne fonctionnent pas toutes de la m&#234;me fa&#231;on&lt;br class='autobr' /&gt;
suite au refus d'un vol. De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, manifestez votre refus le plus&lt;br class='autobr' /&gt;
tard possible (le mieux &#233;tant de le faire dans l'avion &#224; la vue des autres&lt;br class='autobr' /&gt;
passager.e.s). Choisir ce moment, d'une part, emp&#234;che les flics d'anticiper&lt;br class='autobr' /&gt;
que vous allez vous rebeller. D'autre part, vu que vous n'&#234;tes pas seul avec&lt;br class='autobr' /&gt;
les flics, ils ne peuvent pas r&#233;agir aussi violemment. Enfin, certains&lt;br class='autobr' /&gt;
passager.e.s peuvent intervenir ou &#234;tre r&#233;volt&#233;.e.s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vos proches peuvent se rendre &#224; l'a&#233;roport pour parler aux&lt;br class='autobr' /&gt;
passagers, et les inciter, par exemple, &#224; demander au commandant de bord&lt;br class='autobr' /&gt;
(et pas aux flics) de refuser de d&#233;coller avec quelqu'un qu'on expulse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvent, pour le 1er vol, s'il est au d&#233;but des 90 jours d'enfermement, il&lt;br class='autobr' /&gt;
n'y a pas d'escorte. Dans ce cas, parfois, il est possible de refuser le vol&lt;br class='autobr' /&gt;
avant de quitter le CRA (voir avec les autres retenu.e.s). Pour que vous&lt;br class='autobr' /&gt;
acceptiez le vol, les flics peuvent vous foutre la pression, et vous mentir en&lt;br class='autobr' /&gt;
annon&#231;ant une escorte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La prison :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le centre de r&#233;tention et la prison vont de pair, et il est courant de&lt;br class='autobr' /&gt;
passer de l'un &#224; l'autre. En effet, au CRA, durant votre r&#233;tention ou au&lt;br class='autobr' /&gt;
bout des 90 jours, vous pouvez &#234;tre poursuivi.e pour &#034;soustraction &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
une mesure d'&#233;loignement&#034; suite &#224; un refus de voir le consul, une&lt;br class='autobr' /&gt;
tentative d'&#233;vasion, un refus d'embarquement... et donc vous retrouver&lt;br class='autobr' /&gt;
devant le juge en correctionnel et prendre un peine de prison. Cette&lt;br class='autobr' /&gt;
pratique est devenue courante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et au moment de la sortie de prison, on est tr&#232;s souvent transf&#233;r&#233;.e directement au centre de r&#233;tention.On peut donc faire des allers et retours entre prison et centre de r&#233;tention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La demande d'asile :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous pouvez faire une demande d'asile au CRA. Dans les cinq jours, elle&lt;br class='autobr' /&gt;
sera &#233;tudi&#233;e &#173; premi&#232;re demande ou r&#233;examen &#173; (en proc&#233;dure acc&#233;l&#233;r&#233;e,&lt;br class='autobr' /&gt;
96h). Au&#173;-del&#224;, son principal int&#233;r&#234;t est de pouvoir &#233;viter un vol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps que l'OFPRA &#233;tudie votre demande d'asile, vous ne pouvez&lt;br class='autobr' /&gt;
pas &#234;tre expuls&#233;.e. Pour vous garder enferm&#233;.e, la pr&#233;fecture prendra un&lt;br class='autobr' /&gt;
arr&#234;t&#233; de maintien en r&#233;tention (AMR). Vous avez 48 heures pour le&lt;br class='autobr' /&gt;
contester au TA. Ce recours est &#233;galement suspensif. L'audience au TA est&lt;br class='autobr' /&gt;
jointe &#224; celle concernant votre recours contre la d&#233;cision d'&#233;loignement si&lt;br class='autobr' /&gt;
vous l'avez fait. Elle aura lieu 96 heures apr&#232;s la d&#233;cision de l'OFPRA (ou&lt;br class='autobr' /&gt;
plus en fonction des d&#233;lais du tribunal). En cas de rejet de l'OFPRA et de&lt;br class='autobr' /&gt;
recours CNDA, le tribunal d&#233;cidera de votre maintien ou non en r&#233;tention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les cinq jours :&lt;br class='manualbr' /&gt;Vous pouvez retirer le cahier d'asile &#224; toute heure.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'OFPRA vous convoque g&#233;n&#233;ralement dans les 4 &#224; 10 jours, et&lt;br class='autobr' /&gt;
rend sa d&#233;cision 3 &#224; 6 jours plus tard (parfois moins).&lt;br class='manualbr' /&gt;L'OFPRA convoque tr&#232;s peu les personnes en demande de r&#233;examen et peut se prononcer uniquement sur la base des &#233;crits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au&#173;-del&#224; des cinq jours :&lt;br class='manualbr' /&gt;Vous ne pouvez retirer et rendre le cahier d'asile qu'entre 9h et 17h (&#231;a d&#233;pend des CRA).&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour un premier r&#233;examen, sans r&#233;els &#233;l&#233;ments nouveaux au&#173;-del&#224; des 5 jours, l'OFPRA d&#233;clarera votre demande irrecevable et la rejettera sans l'&#233;tudier (s'il y a des faits nouveaux, voir &#034;dans les cinq jours&#034;).&lt;br class='manualbr' /&gt;Si la nationalit&#233; de votre demande d'asile fait partie de la liste des&lt;br class='autobr' /&gt;
pays s&#251;rs, elle sera automatiquement rejet&#233;e par la pr&#233;fecture&lt;br class='autobr' /&gt;
dans la journ&#233;e ou le lendemain, qu'il y ait ou non des nouveaux&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;l&#233;ments. Dans ce cas, la pr&#233;fecture n'aura pas besoin de prendre&lt;br class='autobr' /&gt;
un AMR ; il n'est pas possible de gagner du temps ou d'&#233;viter son&lt;br class='autobr' /&gt;
vol par cette voie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelques infos pratiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a quatre CRA en Ile&#173;-de&#173;-France, dans lesquels plus de 8 000 personnes&lt;br class='autobr' /&gt;
ont &#233;t&#233; enferm&#233;es en 2018. Il sont parfois divis&#233;s en diff&#233;rents b&#226;timents. Il faut donc appeler une cabine du bon b&#226;timent pour pouvoir t&#233;l&#233;phoner &#224; la personne que vous souhaitez.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4951 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH583/adresses-cra-76f96.png?1780486503' width='500' height='583' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette brochure s'&#233;tend beaucoup sur les proc&#233;dures, mais au fur et &#224; mesure des lois contre les &#233;trangers, il existe de moins en moins de moyens juridiques pour s'en tirer. Dans ce contexte, instaurer un rapport de force est particuli&#232;rement important. L'institution ne vous traite pas de la m&#234;me fa&#231;on si vous &#234;tes combattif. Isol&#233;, vous &#234;tes toujours plus vuln&#233;rable : cette machine est &#233;crasante, mais elle s'incarne en de multiples individus (fonctionnaires, juges, &#64258;ics, avocats, etc.) face auxquels offensif.ve.s, organis&#233;.e.s et solidaires, vous pouvez peser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire partie de collectifs de sans-papiers, s'organiser &#224; l'int&#233;rieur du centre de r&#233;tention entre retenu.e.s comme &#224; l'ext&#233;rieur avec des personnes solidaires, permet souvent de sortir de cette machine.&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;p&gt;Le contenu de cette brochure est &#233;galement disponible en vid&#233;o en plusieurs langues, &#224; l'initiative du Collectif de sans-papiers du XXe arrondissement de Paris (CSP20) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=jDEa_qwfZiU&#034;&gt;fran&#231;ais&lt;/a&gt;, en &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=uLM7qivNUEM&#034;&gt;sonink&#233;&lt;/a&gt;, en &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=04CKt1CQYMw&#034;&gt;peul&lt;/a&gt; et en &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=8ov1hfnpHhU&#034;&gt;bambara&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Pour faire des retours d'exp&#233;riences : &lt;i&gt;face&#173;a&#173;lexpulsion@@@riseup.net&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Comment rater l'avion</title>
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		<dc:date>2020-07-12T10:31:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Kounta Kint&#233;</dc:creator>


		<dc:subject>Prison, justice, r&#233;pression</dc:subject>
		<dc:subject>Migrations, luttes contre les fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Quand iels deviennent la cible de la machine &#224; expulser, les &#233;tranger&#183;es sous le coup d'une obligation de quitter le territoire fran&#231;ais (OQTF) ne baissent pas les bras pour autant. Kounta Kint&#233; raconte les diff&#233;rentes tactiques mises en &#339;uvre jusqu'&#224; l'int&#233;rieur m&#234;me des centres de r&#233;tention administrative (CRA) pour r&#233;sister &#224; l'expulsion. Qu'elles soient transmises ou invent&#233;es, les strat&#233;gies de lutte permettent de &#034;faire la force&#034;, tout seul ou &#224; plusieurs.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article est initialement paru en 2018 dans le n&#176;5 de la revue &lt;i&gt;Jef Klak&lt;/i&gt;, &#171; Course &#224; pied &#187;.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique7" rel="directory"&gt;C&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot20" rel="tag"&gt;Prison, justice, r&#233;pression&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot35" rel="tag"&gt;Migrations, luttes contre les fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH81/arton1760-b1122.jpg?1780486503' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='81' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1760.jpg?1596641705&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quand iels deviennent la cible de la machine &#224; expulser, les &#233;tranger&#183;es sous le coup d'une obligation de quitter le territoire fran&#231;ais (OQTF) ne baissent pas les bras pour autant. Kounta Kint&#233; raconte les diff&#233;rentes tactiques mises en &#339;uvre jusqu'&#224; l'int&#233;rieur m&#234;me des centres de r&#233;tention administrative (CRA) pour r&#233;sister &#224; l'expulsion. Qu'elles soient transmises ou invent&#233;es, les strat&#233;gies de lutte permettent de &#171; faire la force &#187;, tout seul ou &#224; plusieurs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je travaillais &#224; v&#233;lo, je suis livreur. Un soir, en rentrant chez moi, j'ai vu des policiers &#224; un feu rouge, sur la voie oppos&#233;e. Quand le feu est pass&#233; au vert, leur voiture s'est mise derri&#232;re moi en mettant la sir&#232;ne, pour me rattraper. J'ai pas compris. &#171; Bonjour monsieur, contr&#244;le d'identit&#233;. &#187; Pourquoi ? Parce que, soi-disant, je roulais avec des &#233;couteurs. C'&#233;tait faux, je les avais autour du cou, mais pas moyen de me faire entendre : &#171; Arr&#234;tez de n&#233;gocier, vous n'allez quand m&#234;me pas m'apprendre mon travail ! &#187; Ils m'ont demand&#233; si j'avais une pi&#232;ce d'identit&#233; sur moi. J'ai dit non. Comme je savais que j'avais une OQTF, il valait mieux pas qu'on me reconnaisse. J'ai tent&#233; un truc : comme quelqu'un me pr&#234;tait ses papiers d'identit&#233; pour travailler, c'est son nom que j'ai donn&#233;. L&#224;, ils m'ont demand&#233; ma date de naissance, et j'ai sorti une date au hasard. Quand ils m'ont demand&#233; mon &#226;ge, j'ai d&#251; r&#233;fl&#233;chir, j'ai mis un peu de temps. &#171; Ben, monsieur, vous ne connaissez pas votre &#226;ge ? &#187; Et j'ai rat&#233; de peu. Ils ont fouill&#233; mon sac, malheureusement le passeport du type dont j'utilisais le nom y &#233;tait. Ils ont d&#233;cid&#233; de m'embarquer pour v&#233;rification. J'ai fini par leur donner mes vrais nom et pr&#233;nom. Au commissariat, ils ont d&#233;couvert l'OQTF qui datait de dix mois, et ils m'ont plac&#233; en garde &#224; vue. L&#224;, ils ont essay&#233; de jouer avec moi : si j'avouais que la personne m'avait donn&#233; son passeport contre une somme d'argent, je pouvais &#234;tre consid&#233;r&#233; comme victime. J'ai r&#233;pondu qu'elle voulait juste me d&#233;panner, sans rien en &#233;change. Ils l'ont fait venir de force au commissariat, en lui faisant croire que j'avais avou&#233; qu'il me louait son passeport. Ils lui ont dit que s'il ne portait pas plainte contre moi pour avoir vol&#233; son identit&#233;, ils allaient le poursuivre et prendre son titre de s&#233;jour. Heureusement le mec a compris que c'&#233;tait du chantage, et il a donn&#233; la m&#234;me version que moi. Ils l'ont laiss&#233; partir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai pass&#233; plus de vingt-quatre heures en garde &#224; vue, ils m'ont r&#233;veill&#233; au moins cinq fois pendant la nuit pour me poser les m&#234;mes questions. Ils ont pris mon ADN et une photo avec la pancarte &#224; num&#233;ros, comme pour les criminels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le matin, on m'a menott&#233; et emmen&#233; en CRA avec quatre policiers. Dans la voiture, celui qui &#233;tait au volant a conduit comme un fou, on aurait dit qu'ils escortaient un grand criminel : &#224; toute allure, prenant des contresens, roulant sur les voies de bus ! Je ne comprenais pas trop.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on est arriv&#233;s au centre du Bois de Vincennes, on m'a dit que j'allais y rester jusqu'&#224; ce que tout soit mis en place pour que je sois renvoy&#233; dans mon pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais plut&#244;t &#233;nerv&#233;, et puis j'ai vu l'ambiance et &#231;a m'a rendu vite triste. &#202;tre l&#224;, enferm&#233;, tourner en rond sans n'avoir rien &#224; faire... Certaines personnes &#233;taient devenues &#224; moiti&#233; folles. On &#233;tait deux par chambre, les portes &#233;taient num&#233;rot&#233;es. Ils allumaient et &#233;teignaient la TV quand &#231;a leur chantait. Tu as le choix : soit tu dors, soit tu fais des allers-retours dans un couloir de trente centim&#232;tres de large. Au bout de quarante-huit heures, si tu n'as toujours pas &#233;t&#233; expuls&#233;, ils te pr&#233;sentent devant un&#183;e juge pour d&#233;cider si on te lib&#232;re ou si on prolonge la r&#233;tention. Je me suis retrouv&#233; devant la juge et lui ai dit que je travaillais, que j'&#233;tais int&#233;gr&#233;. En plus, &#224; ce moment-l&#224;, j'avais un r&#233;c&#233;piss&#233; encore valable : &#231;a veut dire que j'&#233;tais en m&#234;me temps autoris&#233; et pas autoris&#233; &#224; rester en France. Mais elle a quand m&#234;me pris la d&#233;cision de prolonger la r&#233;tention de vingt-huit jours. Qu'est-ce que je pouvais y faire ? Sa parole suffisait &#224; me condamner ou &#224; me faire partir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si au bout de vingt-huit jours, je n'avais pas &#233;t&#233; expuls&#233;, je devais repasser devant un&#183;e juge. Si j'arrivais &#224; tenir, j'avais une chance d'&#234;tre lib&#233;r&#233; &#224; ce moment-l&#224;. Mais tous les jours, ils venaient prendre au moins neuf personnes, et chaque soir, je me disais que le lendemain, ce serait moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, j'ai compris un peu le syst&#232;me. Quand tu arrives au centre, les gens t'expliquent ce qui se passe, comment tu peux faire si tu ne veux pas partir, comment faire annuler ton vol. Une association avec laquelle je suis en contact m'a aussi fil&#233; des tuyaux. &#192; l'int&#233;rieur, ils affichent une liste avec les noms, les destinations, et les jours des vols. Dix jours apr&#232;s mon arriv&#233;e, j'ai vu mon nom sur la liste. Je me suis dit que &#231;a commen&#231;ait &#224; &#234;tre chaud ! Repartir sans rien alors que j'ai toute ma vie ici ! J'ai r&#233;fl&#233;chi &#224; toutes les possibilit&#233;s pour sortir de l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand c'est ton premier vol, ils viennent te chercher dans la journ&#233;e. L&#224;, si tu commences tout de suite &#224; faire la force, on t'attache. &#192; l'a&#233;roport, un jeune maghr&#233;bin &#224; c&#244;t&#233; de moi criait pour ne pas partir. Ils l'ont attach&#233; direct de mani&#232;re inhumaine, je n'avais jamais vu &#231;a : une ceinture &#233;norme autour du bassin qui retient aussi les bras ; attach&#233; aux pieds et aux genoux, il ne pouvait plus bouger. Pour te porter, il y en a un qui te prend par les pieds, l'autre par le bassin, le dernier par la t&#234;te et voil&#224;. Retourner dans son pays ligot&#233; de cette mani&#232;re, c'est plus que dur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc le jour pr&#233;vu, quand ils sont venus me chercher, je suis rest&#233; tranquille. Si tu as l'air d'accord avec eux, ils ne te menottent pas, ils t'accompagnent pour t'installer dans l'avion quarante minutes avant le d&#233;collage, et apr&#232;s ils te laissent. Une fois dedans, tu es seul, libre, tu peux crier ! Mais si tu commences trop t&#244;t, ils ont le temps de te faire descendre, de t'attacher et de te remonter. Alors il faut rester assis tranquille, attendre la derni&#232;re minute. Quand l'avion est plein, c'est l&#224; qu'il faut faire la force ! Vingt minutes avant le d&#233;collage, j'ai dit &#224; l'h&#244;tesse de l'air que je voulais parler au commandant et annuler mon vol. Elle a refus&#233;, je me suis lev&#233;, j'ai fait du remue-m&#233;nage, j'ai cri&#233; et je me suis dirig&#233; vers la porte pour descendre. Paniqu&#233;e, l'h&#244;tesse a appel&#233; les policiers. Ils sont mont&#233;s, m'ont menott&#233; et m'ont fait descendre de l'avion. &#192; ce moment, ils n'ont plus le choix : ils ne peuvent pas t'attacher ni te brutaliser devant les gens. Ils ne prendront pas ce risque. Ils m'ont dit : &#171; Tu verras la prochaine fois... Tu nous auras pas deux fois ! &#187; Il n'y a pas eu de prochaine fois !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au centre, un Alg&#233;rien ne mangeait pas et avalait des vis continuellement. Son estomac en &#233;tait rempli. Ils n'ont jamais r&#233;ussi &#224; lui faire prendre l'avion, il allait tout le temps &#224; l'h&#244;pital. Un autre ami s&#233;n&#233;galais a r&#233;ussi &#224; &#233;viter plusieurs vols. Pour le premier, il a bu du shampoing et pris des comprim&#233;s juste avant le d&#233;part, et il a d&#251; &#234;tre transf&#233;r&#233; &#224; l'h&#244;pital. Une fois soign&#233;, ils ont essay&#233; de le r&#233;exp&#233;dier tout de suite &#224; l'a&#233;roport, attach&#233; et menott&#233;. Il a cogn&#233; sa t&#234;te contre un mur. Ils ont encore d&#251; le renvoyer &#224; l'h&#244;pital et il a rat&#233; l'avion. Mais ils ont fini par l'avoir. La veille de son dernier vol, il s'est planqu&#233; dans une autre chambre que la sienne, et on l'a aid&#233; &#224; bloquer la porte pour qu'ils ne l'attrapent pas tout de suite. Il a profit&#233; du temps qu'ils ont mis &#224; le d&#233;nicher pour se rendre malade avec des m&#233;dicaments. Mais ils ont fini par le retrouver. Ils &#233;taient six policiers pour lui attacher les pieds, les jambes, lui mettre la ceinture autour du bassin qui coince les bras, et sur la t&#234;te, un genre de casque qui bloque la bouche pour emp&#234;cher de crier. C'est soit &#231;a, soit du scotch et une cagoule. Ils l'ont renvoy&#233; comme &#231;a &#224; Dakar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand tu refuses un vol une premi&#232;re fois, tu sais qu'une semaine apr&#232;s, maximum, un deuxi&#232;me t'attend. Cette fois, pour t'emp&#234;cher de tenter quelque chose, ils n'affichent pas ton nom sur la liste des vols. On te tombe dessus &#224; 4 ou 5 h du matin, et on t'am&#232;ne de force &#224; l'a&#233;roport. Ils venaient tr&#232;s t&#244;t, comme &#231;a, et quoi que tu fasses &#8211; avaler des comprim&#233;s, boire du shampoing, te tailler les veines, te blesser &#8211;, ils avaient le temps de g&#233;rer le probl&#232;me et de te faire monter dans l'avion. On appelle &#231;a le &#171; vol cach&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand ils venaient la nuit chercher des gens pour l'a&#233;roport, il y en avait plein qui ne dormaient pas. Moi-m&#234;me je ne dormais jamais avant 5 h du matin. Certains &#233;taient assis dans le couloir. D&#232;s que les policiers d&#233;barquaient, ils criaient : &#171; Vol cach&#233;, vol cach&#233;, vol cach&#233; ! &#187; Quand on entendait &#231;a, on sortait tous de notre chambre et on se mettait &#224; crier. Les policiers s'&#233;nervaient, ils nous demandaient de rentrer, ils &#233;taient d&#233;bord&#233;s. M&#234;me quand ils venaient pour un contr&#244;le de routine, on leur demandait &#171; Vol cach&#233; ? &#187;, &#231;a les rendait fous ! Ils avaient la rage, ils ne te r&#233;pondaient m&#234;me pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au final, les policiers avaient un peu peur aussi, car c'&#233;tait souvent la bagarre, ils &#233;taient paniqu&#233;s par les tentatives d'&#233;vasion. Avant que j'arrive, certains avaient mis le feu aux deux b&#226;timents en m&#234;me temps, en allumant des matelas, et trente personnes avaient profit&#233; du chaos pour s'&#233;chapper. Quand j'y &#233;tais, il y a eu deux tentatives, mais ce n'&#233;tait pas assez organis&#233;, pas assez m&#233;thodique. On a d&#233;cid&#233; un soir de frapper &#224; la porte des surveillants pour demander un briquet, puis de forcer le passage en nombre pour piquer leurs badges. Sur le moment, tout le monde &#233;tait l&#224;, mais il n'y en a que deux ou trois qui ont eu le courage d'avancer vraiment. Les autres ont eu peur et se sont mis &#224; courir dans l'autre sens. Les policiers ont bien bastonn&#233; les trois fonceurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre fois, on a essay&#233; de casser la vitre blind&#233;e d'une chambre. J'&#233;tais dedans, m&#234;me si je savais que &#231;a allait foirer. On a d&#233;mont&#233; une porte, discr&#232;tement &#224; cause des cam&#233;ras, et pendant ce temps, les autres devaient chahuter les policiers pour d&#233;tourner leur attention. Au bon moment, on est tous entr&#233;s dans une chambre, et on a pris la porte pour d&#233;foncer la vitre blind&#233;e. Elle c&#233;dait petit &#224; petit, mais &#231;a prenait du temps. En passant la t&#234;te par la porte pour surveiller, on a fini par attirer l'attention des policiers. Ils se sont dout&#233;s qu'il se passait quelque chose. La panique a encore tout g&#226;ch&#233;, tout le monde s'est &#233;parpill&#233; en les voyant approcher : on y &#233;tait presque ! Apr&#232;s &#231;a, ils ont commenc&#233; &#224; renvoyer les gens massivement, ils ont &#233;t&#233; impitoyables, ils mettaient tout le monde en vol cach&#233; et ils les attachaient direct.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mon deuxi&#232;me vol, pile une semaine apr&#232;s le premier, on est venu me chercher au milieu de la nuit. Au moment de partir &#224; l'a&#233;roport, ils mettent tous nos effets personnels dans un sac qu'ils ne te restituent qu'une fois dans l'avion. Je me suis laiss&#233; faire mais j'ai planqu&#233; mon t&#233;l&#233;phone. Ils m'ont mis dans une fourgonnette inqualifiable, pleine de cages. On &#233;tait l&#224;-dedans comme des chiens, on n'y voyait rien, on sentait juste le mouvement de la voiture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est arriv&#233;s tr&#232;s en avance &#224; l'a&#233;roport, &#224; 6 h du matin. Je suis rest&#233; calme et j'ai appel&#233; discr&#232;tement mon avocate. En apprenant la situation, elle a imm&#233;diatement d&#233;pos&#233; un recours au tribunal administratif. J'ai aussi appel&#233; une amie qui a reconstitu&#233; mon dossier m&#233;dical avec des rapports r&#233;dig&#233;s par plusieurs m&#233;decins, dont celui du CRA, qui me contre-indiquaient de prendre l'avion au risque de d&#233;grader irr&#233;versiblement mon audition. Elle est aussi all&#233;e &#224; l'ambassade faire annuler mon laissez-passer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lorsqu'un&#183;e &#233;tranger&#183;e en instance d'expulsion ne pr&#233;sente aucun passeport, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'expulsion est devenue ill&#233;gale et mon avocate les a harcel&#233;s jusqu'&#224; ce qu'ils fassent machine arri&#232;re et qu'ils me ram&#232;nent au centre. Quelques jours apr&#232;s, ils avaient d&#233;j&#224; r&#233;serv&#233; un autre vol pour moi ! Mais au trenti&#232;me jour de ma d&#233;tention, j'ai &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; de nouveau devant un juge. Il fallait vraiment justifier le fait d'avoir refus&#233; les deux vols. C'est mon dossier m&#233;dical qui les a convaincus de me lib&#233;rer. Je suis enfin sorti de l&#224;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lorsqu'un&#183;e &#233;tranger&#183;e en instance d'expulsion ne pr&#233;sente aucun passeport, la pr&#233;fecture doit demander un laissez-passer aupr&#232;s du consulat du pays de destination. Faute de ce laissez-passer, la reconduite ne peut pas avoir lieu.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Cet article est initialement paru en 2018 dans le cinqui&#232;me num&#233;ro de la revue &lt;i&gt;Jef Klak&lt;/i&gt;, &#171; Course &#224; pied &#187; (&lt;i&gt;contact@@@jefklak.org&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>En lutte contre les CRA ! [volume 2]</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article1737</link>
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		<dc:date>2020-04-09T18:39:42Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>anticra</dc:creator>


		<dc:subject>Migrations, luttes contre les fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Deuxi&#232;me volume retra&#231;ant un bon nombre de luttes &#224; l'int&#233;rieur et &#224; l'ext&#233;rieur des centres de r&#233;tention administrative fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sommaire :&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- Introduction&lt;br class='manualbr' /&gt;- T&#233;moignages de prisonnie&#183;er&#183;es&lt;br class='manualbr' /&gt;- Des prisonni&#232;res du CRA du Mesnil-Amelot racontent les conditions d'enfermement et leur quotidien&lt;br class='manualbr' /&gt;- Mouvements de lutte au CRA de Lyon Saint-Exup&#233;ry&lt;br class='manualbr' /&gt;- La Poste balance des sans-papiers&lt;br class='manualbr' /&gt;- Des luttes collectives&lt;br class='manualbr' /&gt;- Tentatives d'&#233;vasion et punition collective&lt;br class='manualbr' /&gt;- Lettres et communiqu&#233;s de septembre-novembre 2019&lt;br class='manualbr' /&gt;- T&#233;moignages de novembre 2019&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L106xH150/arton1737-c9aa9.png?1780463361' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1737.png?1579729413&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;SOMMAIRE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;- Introduction&lt;br class='manualbr' /&gt;- T&#233;moignages de prisonnie&#183;er&#183;es&lt;br class='manualbr' /&gt;- Des prisonni&#232;res du CRA du Mesnil-Amelot racontent les conditions d'enfermement et leur quotidien&lt;br class='manualbr' /&gt;- Mouvements de lutte au CRA de Lyon Saint-Exup&#233;ry&lt;br class='manualbr' /&gt;- La Poste balance des sans-papiers&lt;br class='manualbr' /&gt;- Des luttes collectives&lt;br class='manualbr' /&gt;- Tentatives d'&#233;vasion et punition collective&lt;br class='manualbr' /&gt;- Lettres et communiqu&#233;s de septembre-novembre 2019&lt;br class='manualbr' /&gt;- T&#233;moignages de novembre 2019&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;INTRODUCTION&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le CRA (Centre de R&#233;tention Administrative) est une prison pour sans-papiers. Depuis 2018, la dur&#233;e maximale d'enfermement est pass&#233;e de 45 &#224; 90 jours. En Ile-de-France, il y a quatre CRA. Il y a 240 places &#224; Mesnil-Amelot (77 990), idem &#224; 240 &#224; Vincennes (75012), 40 &#224; Palaiseau (91 120) et 28 &#224; Plaisir (78 370).&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En f&#233;vrier 2019, dans la foul&#233;e de gr&#232;ves de la faim et de r&#233;voltes dans des prisons pour sans-papier (CRA) en Ile-de-France et ailleurs, une premi&#232;re brochure sur trois mois de luttes (d&#233;cembre-f&#233;vrier) &#233;tait sortie pour continuer &#224; les relayer plus largement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis les mouvements collectifs ont continu&#233; : gr&#232;ve de la faim, incendies de cellules ou de b&#226;timents, communiqu&#233;s, manifestations &#224; l'int&#233;rieur des centres, mont&#233;e sur les toits, des prisonnier&#183;e&#183;s qui se mettent en lien entre diff&#233;rentes prisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette brochure est faite dans la m&#234;me optique que la premi&#232;re : non pas pour faire le r&#233;cit d'une histoire qui n'est pas encore termin&#233;e, mais pour faire circuler la parole de celleux qui luttent &#224; l'int&#233;rieur et relayer leurs revendications, pour renforcer la solidarit&#233; &#224; l'ext&#233;rieur, pour inventer d'autres moyens qui puissent entraver la machine &#224; expulser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les personnes qui n'ont pas les bons papiers sont toujours rafl&#233;es, emprisonn&#233;es et d&#233;port&#233;es, et la violence quotidienne des keufs et des tribunaux ne s'arr&#234;te pas. Les r&#233;voltes dans les CRA non plus ! Et &#224; l'ext&#233;rieur des gens continuent &#224; s'organiser contre ces prisons et pour soutenir les prisonni&#232;r&#183;es, &#224; Paris comme ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;QU'EST CE QU'UN CRA ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les CRA (centres de r&#233;tention administrative) sont des prisons. M&#234;me si les textes juridiques ne les d&#233;signent pas comme telles, ce sont des lieux d'enfermement et de privation de libert&#233;, o&#249; les violences polici&#232;res, les menaces et les humiliations sont &#224; l'ordre du jour. Les prisonniers et les prisonni&#232;res reclu.e&#183;s derri&#232;re les murs des CRA ont &#233;t&#233; jug&#233;.e&#183;s coupables d'un crime particulier : celui de ne pas avoir les &#8220;bons papiers&#8221;. Pour l'Etat, seul ce bout de papier compte, et son absence suffit pour enfermer et expulser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la raison d'&#234;tre des CRA. Enfermer et expulser loin des regards. C'est pour cela que les CRA sont souvent situ&#233;s dans des coins paum&#233;s, &#233;loign&#233;s de tout sauf des casernes ou des &#233;coles de police, pour que les flics puissent intervenir rapidement en cas de r&#233;volte. Voire &#224; proximit&#233; des a&#233;roports (CRA de Mesnil Amelot) pour enfermer les personnes encore plus pr&#232;s de la d&#233;portation. Il suffit d'aller faire un parloir avec un&#183;e prisonnier&#183;e pour se rendre compte que l'isolement de ces lieux ne sert qu'&#224; rendre davantage invisibles celleux qui y sont, et dissuader la solidarit&#233; depuis l'ext&#233;rieur. La solitude et l'absence des liens avec leurs proches sont calcul&#233;es pour briser le moral des retenu.e&#183;s afin de mieux les ma&#238;triser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les CRA sont des lieux d'isolement et d'abus. Mais ils sont un maillon d'une cha&#238;ne bien plus large. Cette cha&#238;ne va des relations n&#233;o-coloniales qui organisent les visas et les accords bilat&#233;raux, jusqu'aux fronti&#232;res militaris&#233;es, des centres d'h&#233;bergement et d'accueil aux prisons, des pr&#233;fectures &#224; la commission d'asile, des tribunaux aux rafles et aux contr&#244;les au faci&#232;s dans les rues et dans les gares. Les CRA font partie d'un syst&#232;me d'exploitation et d'humiliation raciste, auquel un ensemble d'acteurs participent. Certains se disent humanitaires, d'autres sont explicitement r&#233;pressifs, mais que ce soit pour trier, expulser, ou &#8220;&#233;duquer et int&#233;grer&#8221;, ils participent tous au grand jeu de fichage et de contr&#244;le des &#233;trangers&#183;e&#183;s, de leurs mouvements, de leurs comportements, de leurs vies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les CRA sont le visage le plus explicite et brutal de la mise &#224; l'&#233;cart des migrant.e&#183;s &#8220;sans les bons papiers&#8221;. Mais ils ne produisent pas que de l'exclusion. Ils ont pour objectif de fabriquer des travailleurs et des travailleuses toujours plus exploit&#233;&#183;e&#183;s, soumi&#183;es au chantage continu de la r&#233;clusion et de l'expulsion. Ils sont l'outil de l'&#201;tat et des patrons pour discipliner et faire baisser la t&#234;te aux prisonniers-&#232;res, certes, mais aussi &#224; tou.te&#183;s celleux qui, un jour ou l'autre, pourraient se faire contr&#244;ler par des flics dans une station de m&#233;tro et &#234;tre renferm&#233;.e&#183;s. Les CRA, comme toutes les prisons, sont une menace toujours pr&#233;sente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les CRA sont aussi une source de profit pour les grosses entreprises. L'enfermement paie, comme le savent bien les diff&#233;rentes bo&#238;tes qui collaborent avec les forces de r&#233;pression dans les centres de r&#233;tention tout comme lors des expulsions. Les entreprises qui assurent la bouffe, la surveillance, le transport, mais aussi les guichets qui balancent les sans-papiers sont des rouages de la machine &#224; expulser. Ce sont ces boites collabos qui permettent concr&#232;tement l'existence et le fonctionnement de ces lieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ACTUALIT&#201; : Lois, institutions et constructions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lois contre les &#233;tranger&#183;e&#183;s se durcissent toujours plus, et fournissent autant d'outils pour consolider le racisme d'Etat. La derni&#232;re loi en vigueur ne se contente pas de rallonger la dur&#233;e de r&#233;tention &#224; 3 mois, elle complique encore l'acc&#232;s &#224; un titre de s&#233;jour et syst&#233;matise des mesures d'&#233;loignement beaucoup plus dures (exemple OQTF/IRTF&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Obligation de Quitter le Territoire Fran&#231;ais/ Interdiction de Retour sur le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Pendant ce temps, le gouvernement en place pr&#233;pare d&#233;j&#224; le terrain pour couper aux dublin&#233;&#183;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Personnes demandant l'asile mais menac&#233;es d'&#234;tre expuls&#233;es vers le premier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; les droits auxquels ielles ont acc&#232;s aujourd'hui, par exemple en supprimant les Conditions Mat&#233;rielles d'Accueil (qui comprennent l'allocation pour demandeurs d'asile et l'h&#233;bergement d'urgence).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis mars dernier, des travaux d'&#233;largissement ont eu lieu dans plusieurs centres de r&#233;tention (Nimes, Oissel, Lyon, Coquelles...). En septembre, le gouvernement a annonc&#233; la construction de trois nouvelles prisons pour &#233;trangers&#183;e&#183;s (Lyon, Olivet, Bordeaux), pour arriver &#224; 1 549 places d'ici 2020&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En &#171; m&#233;tropole &#187;.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En octobre, Macron se rend &#224; Mayotte et annonce 24 000 d&#233;portations depuis le d&#233;but de l'ann&#233;e, soit 80 par jour. On n'en parle presque jamais, mais il est important de rappeler que l'enfermement et le refoulement &#224; la fronti&#232;re sont peut-&#234;tre encore plus syst&#233;matiques et v&#233;n&#232;res dans ces territoires, que l'Etat fran&#231;ais continue &#224; gouverner comme des colonies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela va donc bien au-del&#224; du territoire de l'Hexagone : il est une des formes que l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais prend dans ses anciennes, ou actuelles, colonies. Mais il fait aussi partie d'un syst&#232;me des fronti&#232;res qui fonctionne &#224; l'&#233;chelle europ&#233;enne. &#199;a n'est pas nouveau, &#231;a remonte &#224; bien avant les soi-disant &#171; crises des r&#233;fugi&#233;&#183;e&#183;s &#187; et aux d&#233;veloppements actuels des politiques racistes et r&#233;pressives. Depuis la cr&#233;ation de Schengen et la mise en place d'une pseudo libre circulation &#224; l'int&#233;rieur des fronti&#232;res europ&#233;ennes, la coop&#233;ration entre les diff&#233;rents &#201;tats en mati&#232;re de &#171; lutte contre l'immigration ill&#233;gale &#187; s'intensifie. Ouvrir les fronti&#232;res, certes, mais d'abord pour les capitaux et les marchandises, ensuite pour les citoyen.ne&#183;s europ&#233;en.ne&#183;s (de pr&#233;f&#233;rence blanc.he&#183;s et riches) ; en &#233;change, on fait la guerre aux sans-papiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'UE (Union Europ&#233;enne) s'est donn&#233; pas mal de moyens pour combattre cette guerre. D'abord, en externalisant les fronti&#232;res en Afrique et au Moyen Orient : que ce soit &#224; travers des missions &#171; de paix &#187; et la militarisation des territoires, ou gr&#226;ce &#224; la pression diplomatique et &#233;conomique (les accords bilat&#233;raux, le co-d&#233;veloppement etc.), pour ceux et celles qui veulent rejoindre le continent europ&#233;en, les fronti&#232;res commencent bien avant la M&#233;diterran&#233;e : les ambassades et les a&#233;roports sont de plus en plus des outils dans les mains des gouvernements faisant partie de l'UE pour emp&#234;cher les gens d'arriver sur les cotes europ&#233;ennes. Les &#201;tats europ&#233;ens organisent le fichage, blocage et tri d&#232;s les pays d'o&#249; les gens partent mais aussi ceux qu'ils et elles traversent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus, une agence a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e en 2004 pour r&#233;primer aux fronti&#232;res : Frontex, d'un budget de 7 millions en 2007, 420 millions en 2020 : autant de gardes c&#244;tes qui refoulent aux fronti&#232;res, que de la surveillance haute technologique (satellite, dr&#244;ne etc.). En parall&#232;le, des fichiers europ&#233;ens de contr&#244;le des &#233;trangers&#183;e&#183;s ont &#233;t&#233; mis en place, comme Visabio (qui regroupe toutes les empreintes des demandeurs de visa) et Eurodac (qui regroupe toutes les empreintes des personnes rentrant sans autorisation dans un pays ou y faisant leur demande d'asile). La surveillance aux fronti&#232;res et le fichage massif rendent aussi encore plus efficace l'enfermement des personnes qui n'ont pas les &#171; bons papiers &#187; : dans tous les pays europ&#233;ens y a des prisons pour sans-papiers o&#249; ils et elles peuvent &#234;tre enferm&#233;&#183;e&#183;s plus ou moins longtemps (jusqu'&#224; 18 mois en Suisse).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement les fronti&#232;res sont externalis&#233;es, mais aussi l'enfermement. Les centres de r&#233;tention sur le sol europ&#233;en ne semblent pas suffire, voil&#224; donc des prisons, des centres et des camps qui se d&#233;veloppent partout en Libye, au Niger, au Maroc pour ficher et enfermer les migrant.e&#183;s qui tentent de traverser ces territoires. Ces prisons sont l'effet direct des politiques migratoires made in EU. Union Europ&#233;enne qui pr&#233;f&#232;re sous-traiter une partie du sale boulot toujours plus loin de ses fronti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;REGARD SUR LES LUTTES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, un constat : dans les CRA, des luttes et des r&#233;sistances, qu'elles soient individuelles ou collectives, il y en a toujours. Ce qui manque le plus souvent c'est de la solidarit&#233; &#224; l'ext&#233;rieur, la capacit&#233; de relayer les paroles des prisonnier&#183;e&#183;s en lutte, de s'organiser pour les soutenir. Les rares fois o&#249; on entend parler des r&#233;voltes &#224; l'int&#233;rieur, c'est par des communiqu&#233;s des flics ou dans les m&#233;dias dominants (qui reprennent les premiers), o&#249; les keufs se plaignent des &#233;vasions, de l'insubordination des prisonnier&#183;e&#183;s, des risques pour leur s&#233;curit&#233; physique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette parole univoque, nous cherchons dans cette brochure &#224; reproduire simplement sur papier les luttes des prisonnier&#183;e&#183;s &#224; l'int&#233;rieur des CRA, et celles men&#233;es &#224; l'ext&#233;rieur en solidarit&#233;, pour qu'elles puissent rester dans le temps. Nous ne cherchons pas &#224; tracer des bilans ou &#224; apprendre quoi que ce soit aux prisonnier&#183;e&#183;s. Nous pouvons regarder la mani&#232;re dont les luttes &#224; l'int&#233;rieur se transforment, pour essayer de nous coordonner mieux avec elleux et tenter de construire une solidarit&#233; plus efficace, pour frapper plus fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 4 janvier 2019, une nouvelle gr&#232;ve de la faim collective est d&#233;cid&#233;e par des prisonniers du CRA 2A de Vincennes. Un appel &#224; un parloir sauvage en solidarit&#233; avec cette lutte est lanc&#233; pour le 7 janvier. Suite &#224; ce parloir, une assembl&#233;e se lance en Ile-de-France. Entre fin d&#233;cembre et fin janvier plusieurs r&#233;voltes collectives se suivent et se r&#233;pondent dans diff&#233;rentes prisons pour sans-papiers : &#224; Vincennes, Mesnil-Amelot puis rejointes par des prisonniers de Oissel et de Plaisir. Jusqu'en mars, l&#224; o&#249; s'&#233;tait arr&#234;t&#233;e la derni&#232;re brochure, des mouvements collectifs continuent d'&#234;tre lanc&#233;s par des prisonnier&#183;e&#183;s malgr&#233; les tentatives de r&#233;pression par les keufs de la PAF. Une manif publique contre les centres de r&#233;tention et les rafles est appel&#233;e &#224; Paris le 3 mars suivie d'un parloir sauvage derri&#232;re la prison de Vincennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On va essayer de raconter dans cette brochure la suite de ces luttes men&#233;es par des prisonnier&#183;e&#183;s et dehors par l'assembl&#233;e, m&#234;me si on sait que les informations qu'on a sont toujours tr&#232;s limit&#233;es : nous ne sommes pas au courant de tout ce qui se passe &#224; l'int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la derni&#232;re brochure les mouvements collectifs ou les luttes individuelles ont continu&#233; dans tous les centres de r&#233;tention. Que ce soit par des gr&#232;ves de la faim, des blocages de promenades, des tentatives de bloquer ensemble des expulsions, des incendies des lieux d'enfermement, des r&#233;voltes faces aux violences polici&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est compliqu&#233; d'analyser des p&#233;riodes de luttes dans les CRA, plein de choses se passent sans qu'on le sache et l'ambiance dans ces prisons pour sans-papiers change rapidement. Quand on a commenc&#233; &#224; &#233;crire cette intro en septembre, on avait l'impression que la situation n'&#233;tait plus la m&#234;me : les camarades en lutte de ces derniers mois ont &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;&#183;e&#183;s ou d&#233;port&#233;&#183;e&#183;s, la r&#233;pression avait frapp&#233; violemment une partie de celleux qui se sont r&#233;volt&#233;&#183;e&#183;s. Mais d&#233;j&#224; &#224; la fin de septembre, une gr&#232;ve de la faim commen&#231;ait dans les CRA de Plaisir et de Palaiseau le m&#234;me jour. Depuis les r&#233;voltes n'ont pas cess&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre chaque lutte collective, plein de prisonnier&#183;e&#183;s tentent de lutter comme ils et elles peuvent pour faire face aux expulsions et a l'enfermement. Lors des expulsions, beaucoup de prisonnier&#183;e&#183;s se r&#233;voltent dans l'avion en essayant d'appeler &#224; la solidarit&#233; des passager&#183;e&#183;s et des travailleur&#183;se&#183;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi il existe une pratique de l'automutilation ou de la prise v&#233;n&#232;re de m&#233;docs comme tentative de r&#233;sister au vol. Cependant l'&#201;tat expulse quelque soit l'&#233;tat de sant&#233; des prisonnier&#183;e&#183;s, il essaye juste d'&#233;viter que les personnes meurent pendant le vol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On observe aussi que le lien entre prison et CRA s'intensifie : toujours plus de personnes entrent en CRA apr&#232;s une peine de prison, et cette ann&#233;e il y a eu beaucoup de proc&#232;s et d'allers retours CRA-prison pour des r&#233;voltes et des tentatives &#233;vasion. Par exemple, &#231;a a &#233;t&#233; le cas &#224; Rennes apr&#232;s l'incendie d'un b&#226;timent (deux personnes ont pris un et deux ans de prison ferme).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et donc, que faire ? A Paris une assembl&#233;e &#224; lieu tous les mercredis pour s'organiser. Dans pas mal d'autres villes existent aussi des collectifs qui luttent pour la fermeture des prisons pour &#233;tranger&#183;e&#183;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement, on continue &#224; montrer notre solidarit&#233; de plusieurs fa&#231;ons. Par exemple, &#224; Paris depuis septembre il y a eu 3 parloirs sauvages ; on a aussi essay&#233;, quand c'&#233;tait possible, de nous organiser avec des proches ou avec des collectifs de sans-papiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parall&#232;le, nous avons continu&#233; &#224; mettre en place un travail d'information sur les entreprises et les acteurs qui participent au fonctionnement des CRA, des boites qui ram&#232;nent la bouffe et font le m&#233;nage dans les centres, aux guichets (de la Poste, de le SNCF, etc) qui balancent les sans-papiers, des juges qui prolongent sans cesse la r&#233;tention, aux assos qui cautionnent ou collaborent avec les flics dans les prisons pour &#233;trangers&#183;e&#183;s. Les CRA existent aussi &#224; cause d'elles !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pensons aussi qu'il est fondamental de faire sortir les paroles collectives et individuelles des prisonnier&#183;e&#183;s et relayer les luttes. Pour &#231;a, nous nous appuyons sur plusieurs supports.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Un blog : &lt;a href=&#034;https://abaslescra.noblogs.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;abaslescra.noblogs.org&lt;/a&gt; o&#249; on relaye tous les communiqu&#233;s, t&#233;moignages et d'autres infos sur les fronti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- La radio : avec l'&#233;mission L'Envol&#233;e, tous les vendredis de 19h &#224; 20h30 sur FPP 106.3 (en r&#233;gion parisienne). La radio permet aux prisonnier&#183;e&#183;s d'appeler en direct pour raconter leurs luttes et d'avoir des nouvelles d'autres prisons pour sans-papiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Brochures : &lt;br class='manualbr' /&gt;Une brochure racontant &lt;a href=&#034;https://infokiosques.net/spip.php?article1656&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la lutte entre janvier et mars 2019 contre les centres de r&#233;tentions&lt;/a&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Un 12 pages de conseils pratiques pendant les arrestations et en r&#233;tention.&lt;br class='manualbr' /&gt;(Toutes ces brochures sont disponibles sur &lt;a href=&#034;https://infokiosques.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;infokiosques.net&lt;/a&gt;.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Plein d'affiches et tracts dispos sur le &lt;a href=&#034;https://abaslescra.noblogs.org/category/ressources/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blog abaslescra&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Un mail pour nous contacter : &lt;i&gt;abaslescra@@@riseup.net&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paris-Banlieue, d&#233;cembre 2019&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;DES T&#201;MOIGNAGES DE PRISONNIER&#183;E&#183;S&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;voltes contre l'enfermement sont quotidiennes et permanentes. Nous relayons dans cette brochure des fragments de luttes qui ont eu lieu dans les Centres de R&#233;tention Administrative (CRA) entre mars et novembre 2019. Ces fragments sont connus et relay&#233;s gr&#226;ce aux liens que nous cr&#233;ons avec les prisonni&#232;r&#183;e&#183;s. Nous ne pouvons en parler que quand nous sommes en lien avec elleux . L'essentiel de ces luttes est rest&#233; entre les murs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8220;T'es suicidaire, ton &#233;tat de sant&#233; il est pas compatible avec le mitard&#8221; / Retranscription de l'&#8202;&#233;mission de radio L'&#8202;Envol&#233;e du 24 mai 2019, sur un appel du CRA du Mesnil-Amelot&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s que j'&#8202;ai fini une peine de prison je me suis trouv&#233; ici, voil&#224;. La pr&#233;fecture a refus&#233; de renouveler mes papiers, ils m'&#8202;ont mis dans un centre o&#249; je suis aujourd'&#8202;hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;T'&#8202;as &#233;t&#233; incarc&#233;r&#233; combien de temps tu peux nous dire ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#8202;ai &#233;t&#233; incarc&#233;r&#233; pendant 28 mois. Et &#224; la fin de la peine ils m'&#8202;ont mis dans un centre de r&#233;tention. Et voil&#224; aujourd'&#8202;hui je suis &#224; l'&#8202;isolement. Je suis pas dans le b&#226;timent o&#249; se trouve tout le monde je me trouve &#224; l'&#8202;isolement, toujours entre l'&#8202;h&#244;pital, parler avec les m&#233;decins et les psychologues, et l'&#8202;isolement j'&#8202;ai pas le droit de sortir, j'&#8202;ai m&#234;me pas le droit d'&#8202;aller me promener, voil&#224;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mais pourquoi ils t'&#8202;ont mis &#224; l'&#8202;isolement ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils m'&#8202;ont mis &#224; l'&#8202;isolement parce qu'&#8202;ils m'&#8202;ont dit &#171; vous voulez vous suicider &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ils sont contradictoires ces gens-l&#224; normalement quelqu'&#8202;un qui est suicidaire il a pas &#224; &#234;tre &#224; l'&#8202;isolement il doit &#234;tre m&#233;lang&#233; &#224; tous non ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, je sais pas, normalement quelqu'&#8202;un qui voulait se suicider c'&#8202;est qu'&#8202;il est arriv&#233; &#224; bout c'&#8202;est que... il devrait pas &#234;tre l&#224;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et les psychologues ils jugent... c'&#8202;est quoi leur rapport ?&#8230; heu... j'&#8202;arrive &#224; ressentir un peu la douleur que tu peux avoir dans ton corps pour en arriver l&#224; parce que bon je suis une ancienne prisonni&#232;re donc j'&#8202;arrive un peu &#224; me mettre &#224; ta place m&#234;me si ce que tu vis c'&#8202;est plus grave que la d&#233;tention pour moi parce que c'&#8202;est... voil&#224; t'&#8202;as connu les deux et je pense que tu sais c'&#8202;est pire que la taule pour moi je sais pas si.. Voil&#224;...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui au moins la taule on est l&#224; pour faire notre peine, on connait la date de sortie mais l&#224;... notre probl&#232;me, on est dans l'&#8202;angoisse, la peur, dans le stress total tous les jours voil&#224; moi le fait qu'&#8202;aujourd'&#8202;hui je suis pas bien parce que je suis p&#232;re de famille, j'&#8202;ai un enfant voil&#224;, c'&#8202;est pas le fait qu'&#8202;ils veulent que je parte vers mon pays d'&#8202;origine. C'&#8202;est le fait que j'&#8202;aurais plus le droit de voir mon enfant c'&#8202;est &#231;a qui me...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Oui ils rompent les liens familiaux compl&#232;tement.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; et aujourd'&#8202;hui ces gens-l&#224; qui m'&#8202;ont mis ici, ils veulent rien savoir, ils ont du pouvoir, et aujourd'&#8202;hui je suis l&#224; et maltrait&#233; m&#234;me...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et les psychologues ils disent quoi ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les psychologues ils disent &#171; Cette personne l&#224; on la laisse &#224; l'&#8202;isolement. On peut pas le laisser dans un b&#226;timent avec les autres retenus, on le laisse &#224; l'&#8202;isolement. Parce que il peut faire des trucs dangereux. Il est dangereux on peut pas le laisser comme &#231;a avec les autres retenus &#187; Et c'&#8202;est pas le cas, c'&#8202;est pas le cas, depuis que je suis ici j'&#8202;ai jamais fait quelque chose qui nuise &#224; la...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A la sant&#233; d'&#8202;autrui ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, soit des retenus, soit des fonctionnaires. Moi aujourd'&#8202;hui c'&#8202;est mon probl&#232;me personnel j'&#8202;essaie de passer le message, c'&#8202;est de pourquoi pas si des gens s'&#8202;int&#233;ressent &#224; ce genre de probl&#232;me, si ils peuvent aider ou je sais pas. J'&#8202;aimerai bien que les gens soient au courant de ce qu'&#8202;il se passe. En guillemets, oui c'&#8202;est un centre de r&#233;tention, mais pour moi c'&#8202;est un camp de r&#233;fugi&#233;s, voil&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ouais et moi je me demandais parce que toi tu disais que t'&#8202;&#233;tais pass&#233; de la prison au centre de r&#233;tention. C'&#8202;est &#224; quel moment qu'&#8202;ils t'&#8202;ont pr&#233;venu qu'&#8202;ils allaient te mettre en centre de r&#233;tention ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui quand j'&#8202;&#233;tais en d&#233;tention, en fait j'&#8202;avais pos&#233; mon dossier &#224; la pr&#233;fecture pour renouveler mes papiers. Ils m'&#8202;ont dit &#171; Ok il y a pas de probl&#232;me &#187; mais avant ma sortie, deux jours avant la date de ma lib&#233;ration, le greffe ils m'&#8202;ont convoqu&#233; ils m'&#8202;ont dit &#171; Monsieur, on refuse de renouveler vos papiers. Monsieur, on va vous placer dans un centre de r&#233;tention. &#187; Moi je connais pas ce que c'&#8202;est un centre de r&#233;tention. Voil&#224; deux jours apr&#232;s les gendarmes sont venus me chercher ils m'&#8202;ont ramen&#233; en centre de r&#233;tention. Voil&#224;, ils m'&#8202;ont pas pr&#233;venus &#224; l'&#8202;avance rien du tout, ou si deux jours avant ma sortie quoi. Et moi je dis peut &#234;tre j'&#8202;ai de la chance et je suis encore ici en train de me battre et mais j'&#8202;aidais des gens qui avaient pas cette occasion l&#224;... Le fait que je sois ici c'&#8202;est la prison, encore la prison, c'&#8202;est pas une double peine c'&#8202;est plusieurs peines. Bon je parle pas de la prison parce que certes j'&#8202;ai commis une erreur dans ma vie. J'&#8202;ai fait quelque chose, j'&#8202;ai &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; la prison, bon &#231;a c'&#8202;est normal il y a une justice. J'&#8202;ai pas gagn&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Apr&#232;s il faut que tout le monde mange quand m&#234;me hein. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l&#224; je parle de... ils veulent me priver de mon propre enfant et le fait que je sois ici l&#224; c'&#8202;est &#231;a et j'&#8202;arrive pas &#224; accepter, j'&#8202;arrive pas a accepter, j'&#8202;arrive pas &#224; croire que... J'&#8202;arrive pas &#224;... je r&#233;alise pas en fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et tout &#224; l'&#8202;heure l&#224; quand t'&#8202;as commenc&#233; &#224; raconter t'&#8202;as dit qu'&#8202;il t'&#8202;avait amen&#233; voir le psy tu crois que tu peux raconter un peu comment &#231;a s'&#8202;est pass&#233; ? C'&#8202;est quoi les questions qu'&#8202;il te pose le psy ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nan il m'&#8202;a pas pos&#233; de questions en fait. J'&#8202;&#233;tais ici les policiers sont venus me chercher ils m'&#8202;ont menott&#233; et ils m'&#8202;ont ramen&#233; &#224; l'&#8202;h&#244;pital ils m'&#8202;ont dit vous allez voir un psychologue parce que vous &#234;tes malade. J'&#8202;ai dit non je suis pas malade ils m'&#8202;ont dit &#171; Oui vous &#234;tes malade, si les gens comme vous tentent de se suicider c'&#8202;est qu'&#8202;ils sont malades. &#187; donc je suis parti l&#224;-bas. Il y a un m&#233;decin psychologue qui s'&#8202;est pr&#233;sent&#233; &#224; moi m&#233;decin machin. Je lui ai dit &#171; &#233;coutez monsieur, moi je suis pas malade certes j'&#8202;ai fait pour &#231;a pour toucher les gens qui m'&#8202;enferment pour leur montrer qu'&#8202;il faut qu'&#8202;ils traitent mon cas autrement. C'&#8202;est pas de m'&#8202;enfermer ici, et c'&#8202;est pas de m'&#8202;&#233;loigner de mon enfant, c'&#8202;est pas &#231;a qui va r&#233;gler le probl&#232;me. Il m'&#8202;a dit bon moi je peux rien faire pour vous, vous allez rester &#224; l'&#8202;isolement parce que vous, entre guillemets, vous pr&#233;sentez du danger pour vous m&#234;me et pour les autres retenus. Je peux pas vous laisser dans le b&#226;timent. Moi je suis d'&#8202;accord pour que vous restiez &#224; l'&#8202;isolement. Voil&#224; il m'&#8202;a pas pos&#233; d'&#8202;autres questions sur ma vie personnelle, sur ma vie professionnelle ou ma vie familiale ou...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il a fait une conclusion et c'&#8202;est tout. Il a suivi des ordres surtout.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ouais, pour moi c'&#8202;est s&#251;r qu'&#8202;il a re&#231;u des ordres, bien s&#251;r ! Parce qu'&#8202;avant qu'&#8202;il me voit il a parl&#233; avec les policiers. Moi je dis il croit plus les policiers que moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ouais et ils &#233;couteront plus les policiers quoi qu'&#8202;il arrive. Si les policiers ils lui disent vous le laissez l&#224;... &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r. Mais malgr&#233; que les policiers je les appelle les monstres c'&#8202;est pas des policiers c'&#8202;est des monstres ces gens-l&#224;. Moi ici dans un centre de r&#233;tention c'&#8202;est des pauvres gens juste parce qu'&#8202;ils ont pas de papiers ils sont enferm&#233;s ils sont maltrait&#233;s parce que juste... leurs probl&#232;mes c'&#8202;est administratif, on les maltraite. Pour moi le fait de rester ici 90 jours c'&#8202;est une peine de prison. 90 jours &#231;a...&lt;br class='manualbr' /&gt;L&#224; par exemple tu m'&#8202;as parl&#233; du psychologue d'&#8202;ici du centre d'&#8202;ici. Je suis parti le voir deux jours avant que j'&#8202;ai ces probl&#232;mes-l&#224;. J'&#8202;ai parl&#233; avec lui il m'&#8202;a dit : &#171; Monsieur vous pouvez pas changer le monde &#187; j'&#8202;ai dit : &#171; Moi monsieur devant vous, je veux pas changer le monde, c'&#8202;est pas &#224; moi de changer le monde moi je veux changer ma situation et trouver une solution pour mon probl&#232;me. &#187; il m'&#8202;a dit : &#171; Moi je peux rien faire pour vous, voil&#224; si ils veulent vous expulser bah, ils ont le droit voil&#224;. Parce que vous avez commis un truc quand vous &#233;tiez en prison &#187; j'&#8202;ai dit : &#171; Oui en prison j'&#8202;ai pay&#233; pour ce que j'&#8202;ai fait normalement vous devez pas me parler du pass&#233;, j'&#8202;ai &#233;t&#233; en prison et j'&#8202;ai pay&#233; pour ce que j'&#8202;ai fait aujourd'&#8202;hui j'&#8202;ai le droit de vivre normalement comme tout le monde. Est-ce que j'&#8202;ai pas le droit de vivre dans la soci&#233;t&#233; ? &#187; Et il m'&#8202;a dit &#171; Oui vous avez le droit. &#187; Je dis : &#171; bah dans ce cas-l&#224; pourquoi vous me dites &#231;a monsieur si j'&#8202;ai le droit de vivre dans la soci&#233;t&#233; ? Si j'&#8202;ai le droit de voir encore mon enfant, devant moi, pourquoi vous &#234;tes d'&#8202;accord avec eux pour qu'&#8202;ils m'&#8202;expulsent ? &#187; Comme tu viens de me dire moi je confirme que bien s&#251;r c'&#8202;est un complice. C'&#8202;est un complice de ce syst&#232;me-l&#224;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Et aussi je voulais dire quand t'&#8202;es en prison et que t'&#8202;es suicidaire ton &#233;tat de sant&#233; il est pas compatible avec le mitard. Tu comprends ? C'&#8202;est pour &#231;a que &#231;a m'&#8202;int&#233;ressait le fait qu'&#8202;il soit suicidaire et qu'&#8202;ils le mettent au mitard. Ce qui prouve encore que c'&#8202;est vraiment une putain de zone de non droit ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8220;Ferme ta gueule, tu es en situation irr&#233;guli&#232;re, tu n'as aucun droit ici en France&#8221; / Plainte et r&#233;cit contre les violences polici&#232;res &#224; Vincennes - 16 avril 2019 (on relaie ici la plainte d'un copain enferm&#233; &#224; Vincennes, victime de violences polici&#232;res, et expuls&#233; par un vol cach&#233; quelques jours plus tard&#8230;)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monsieur le Procureur,&lt;br class='manualbr' /&gt;Je voudrais porter &#224; votre connaissance les faits suivants.Je suis descendu au coffre vendredi 1er f&#233;vrier vers 15h30-16h. Un policier m'&#8202;a demand&#233; ce que je voulais. Je lui ai dit que je voulais prendre des affaires dans le coffre. Il m'&#8202;a dit &#8220;le coffre il est l&#224;&#8221;. Je lui ai dit &#8220;non je veux descendre au coffre d'&#8202;en bas&#8221;. Dans le coffre d'&#8202;en bas il y a mes v&#234;tements, je voulais prendre des affaires pour me changer. Le policier m'a dit qu'&#8202;il n'&#8202;y a pas de coffre en bas, le coffre est &#224; c&#244;t&#233;. Je lui ai dit &#8220;vous avez compris ce que je veux, vous jouez aux jeux de mots avec moi&#8221;.Le policier a dit &#8221;tu as du r&#233;pondant toi. Si c'&#8202;est comme &#231;a tu ne vas pas y aller au coffre&#8221;.Je lui ai dit &#8220;bah comme vous voulez&#8221;.Le policier a pris ma carte et est reparti vers la polici&#232;re qui est au bureau. Le policier lui a remis la carte et lui a dit &#8220;il est interdit de coffre&#8221;.J'&#8202;attendais sur le banc pour qu'&#8202;ils me remontent. Ils m'&#8202;ont laiss&#233; sur le banc environ 20 minutes. La polici&#232;re est pass&#233;e devant moi. J'&#8202;ai demand&#233; d'&#8202;acc&#233;der au coffre ou alors qu'&#8202;on me remonte. La polici&#232;re a dit &#8220;vous me cassez les couilles&#8221;. Je lui ai dit &#8220;vous aussi vous me cassez les couilles si c'&#8202;est comme &#231;a&#8221;.La polici&#232;re s'&#8202;est retourn&#233;e et m'&#8202;a cri&#233; dessus. Le policier a vu la polici&#232;re en train de me crier dessus et est venu vers moi et m'&#8202;a attaqu&#233;. Il m'&#8202;a attrap&#233;, il m'&#8202;a secou&#233;. Il m'&#8202;a dit vous me cassez les couilles. Il m'&#8202;a mis hors cam&#233;ra et m'&#8202;a tap&#233; la t&#234;te contre le mur 3 ou 4 fois. Je commen&#231;ais &#224; perdre connaissance. Il m'&#8202;a jet&#233; par terre. Il m'&#8202;a donn&#233; des coups de poing sur la figure, ils &#233;taient 4 policiers et une polici&#232;re. Le policier a une marque sur la main gauche tellement il m'&#8202;a frapp&#233;. Je n'&#8202;arrivais pas &#224; bouger. Ils m'&#8202;ont insult&#233;. Ils m'&#8202;ont dit &#8220;sale arabe vous croyez que vous &#234;tes chez vous ici ou quoi&#8221;. Ils m'&#8202;ont donn&#233; des coups de pieds dans la gueule. J'&#8202;ai pris au moins trois coups de pieds dans la gueule. J'&#8202;ai des bosses dans la t&#234;te et j'&#8202;ai mal &#224; la m&#226;choire. Je n'&#8202;arrive pas &#224; m&#226;cher. J'&#8202;ai l'&#8202;oreille bleue et gonfl&#233;e. J'&#8202;ai l'&#8202;&#339;il bleu et j'&#8202;ai le cou bloqu&#233;. Dans la brigade, il y a des policiers qui ont dit aux policiers d'&#8202;arr&#234;ter et ils ont dit &#8220;l&#224; vous &#234;tes partis trop loin&#8221;. Les policiers ont arr&#234;t&#233; et ils m'&#8202;ont ramass&#233;s et ils m'&#8202;ont mis sur le banc. J'&#8202;ai demand&#233; &#224; remonter au centre et &#224; voir un m&#233;decin. Quand ils ont entendu &#231;a ils sont partis voir leur chef. J'&#8202;ai ensuite attendu environ 30 minutes sur le banc. Ils m'&#8202;ont ensuite conduit au commissariat du 18e. Les policiers du CRA ont parl&#233; avec les policiers du 18e dans un bureau ferm&#233; du commissariat. Quand les policiers sont sortis, je suis rentr&#233; dans le bureau. Le policier du commissariat a dit aux policiers du CRA &#8220;quand m&#234;me vous l'&#8202;avez massacr&#233;&#8221;. Les policiers du CRA ont r&#233;pondu &#8220;vous d&#238;tes qu'&#8202;il est tomb&#233; sur le banc&#8221;. J'&#8202;ai dit &#224; la polici&#232;re du commissariat du 18e que ce n'&#8202;&#233;tait pas vrai. Elle m'&#8202;a r&#233;pondu &#8220;ferme ta gueule, je ne t'&#8202;ai pas donn&#233; la parole&#8221;. Je lui ai dit &#8220;je connais mes droits&#8221;. Elle m'&#8202;a r&#233;pondu &#8220;ferme ta gueule, tu es en situation irr&#233;guli&#232;re, tu n'&#8202;as aucun droit ici en France&#8221;. Je lui ai dit que je voulais porter plainte. Elle m'&#8202;a dit &#8220;non tu ne peux pas porter plainte, c'&#8202;est les policiers qui portent plainte&#8221;. Le policier est grand, il a une barbe, il est ch&#226;tain fonc&#233;. Le policier est en civil. La polici&#232;re a les cheveux teints en rouge. Je n'&#8202;ai pas eu acc&#232;s &#224; un avocat. Ils ne m'&#8202;ont pas expliqu&#233; mes droits lorsque j'&#8202;&#233;tais au commissariat. Ils ne m'&#8202;ont pas propos&#233; d'&#8202;avocat et ils ne m'&#8202;ont pas autoris&#233; &#224; appeler ma femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fait &#224; Paris le 4 f&#233;vrier 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8220;Si t'&#233;tais pas toxico avant&#8230; tu deviens toxico dedans avec les cachets du m&#233;decin&#8221; / T&#233;moignage du CRA de Bordeaux sur les conditions d'enfermement et la gr&#232;ve de la faim en cours. Soutien &#224; tou&#183;te&#183;s les prisonnier&#183;e&#183;s, libert&#233; pour tou&#183;te&#183;s ! 5 mars 2019, texte d&#233;j&#224; relay&#233; par la CIMADE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au CRA de Bordeaux on se fait traiter comme des chiens. D&#233;j&#224; on est 22 au maximum, 6 chambres de 3 et une chambre de 4&#8230; bon en ce moment on est 11. Mais on est au sous-sol ! On a 1m2 de ciel dans la promenade, avec des grillages et tout autour les grands b&#226;timents de la police, pas de fen&#234;tre rien. On s'ennuie on fait rien, on stresse alors on boit des caf&#233;s et on fume des clopes, &#231;a nous stresse encore plus&#8230; En ce moment les toilettes sont cass&#233;es, &#231;a fuit c'est mouill&#233;. Puis m&#234;me imagine, une seule toilette pour 20 personnes, le matin c'est d&#233;gueulasse et faut faire la queue, c'est tremp&#233; par terre, faut nettoyer avant d'y aller&#8230; y'a des travaux en plus en ce moment donc on a m&#234;me pas d'eau chaude. On est vraiment trait&#233;s comme des chiens c'est d&#233;gueulasse. En ce moment y'a des alg&#233;riens, des chinois, des libanais, des guin&#233;ens, on est tous dans la m&#234;me merde. &lt;br class='manualbr' /&gt;Y'a eu une tentative de pendaison, c'est nous qui l'avons sauv&#233; on l'a soulev&#233; et tout. Les gens deviennent fous, si t'&#233;tais pas toxico avant&#8230; tu deviens toxico dedans avec les cachets du m&#233;decin. Ils prennent des Valium, des Diaz&#233;pal, c'est cens&#233; nous calmer mais &#231;a rend les gens fous, tout le monde essaye de se suicider, de se couper de partout ou de se tuer, tous les soirs c'est la m&#234;me chose. La bouffe ici, m&#234;me les chiens ils la mangeraient pas. D&#233;j&#224; il faut jamais toucher la viande. C'est de la nourriture en plastique, &#231;a se voit que c'est vieux. C'est de la nourriture de garde-&#224;-vue pendant 90 jours. Personnellement je prie Dieu pour qu'ils me mettent en prison, c'&#233;tait mieux la prison ! 90 jours ici c'est pas possible. Ici y'a 4 vols par semaine, par Air Alg&#233;rie ou des compagnies comme Aigle Azur. Les flics ils pr&#233;viennent pas, ils viennent la nuit ils te r&#233;veillent, ils te font une cl&#233; pour t'immobiliser et apr&#232;s tu te fais scotcher ; on te met le casque direct. T'as pas le temps de r&#233;sister ou de crier, t'es scotch&#233; comme en centre psychiatrique. Si tu r&#233;sistes, ou si tu veux te r&#233;volter ou te battre pour aider quelqu'un &#224; r&#233;sister &#224; son vol, les policiers ils parlent pas ils envoient direct du gaz et ils s'en vont ils te laissent dans le gaz. Ici on a pas le droit aux briquets dans les chambres, y'a un briquet dans la promenade, et les draps ils sont dans une mati&#232;re sp&#233;ciale pour nous emp&#234;cher de tout br&#251;ler. Y'a 2 portes &#233;lectroniques on peut pas s'&#233;chapper. [&#8230;] Les gens du consul [d'Alg&#233;rie] ils harc&#232;lent et draguent nos femmes et nos filles, ils proposent de coucher avec elles pour nous lib&#233;rer ces chiens ! Ou alors ils veulent de l'argent&#8230; C'est des corrompus.. Tous les consulats c'est des collabo et des corrompus, faut les d&#233;noncer. Et les commandants de bord pareil. Au Mali les consuls ils se sont fait br&#251;ler leur maison &#224; cause de leur collaboration avec la France, bient&#244;t faudra faire pareil ! [&#8230;] Donc on est en gr&#232;ve de la faim, on boit de l'eau on mange du sucre. Il faudrait que tout le monde arr&#234;te de prendre les cachets aussi, mais certains en prennent pour oublier qu'ils ont mal au ventre. &lt;br class='manualbr' /&gt;Quand je suis arriv&#233; au CRA y'a un mois, on avait fait gr&#232;ve de la faim pour avoir du caf&#233; et un distributeur d'eau et de boissons, et aussi pour qu'ils r&#233;parent les toilettes, ils ont accept&#233; finalement pour &#234;tre tranquilles. Donc faut continuer parce que &#231;a marche, m&#234;me si c'est tr&#232;s dur. Nous on veut &#234;tre tous lib&#233;r&#233;s. Mais aussi : on demande le respect c'est simple ! De la bonne nourriture, une meilleure promenade, on veut voir le ciel un peu ! &#199;a fait 1 mois que j'ai pas vu le ciel moi.&lt;br class='manualbr' /&gt;On va tenir jusqu'au bout. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&#233;moignage de M., prisonnier au CRA &lt;br class='autobr' /&gt;
de Bordeaux. 5 mars 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette violence est organis&#233;e. Elle se d&#233;roule hors cam&#233;ra, ces m&#234;mes cam&#233;ras qui servent &#224; envoyer en prison les personnes qui se r&#233;voltent dans les CRA comme &#224; Lyon et Rennes ces derni&#232;res semaines. Elle est couverte par la hi&#233;rarchie, les coll&#232;gues, les m&#233;decins et l'association du centre. Le m&#234;me groupe de flics profite de l'isolement des prisonniers &#224; la fouille et de l'absence de cam&#233;ra pour tabasser. S'ensuit alors la chaine de r&#233;pression habituelle : plaintes des keufs, GAV, et parfois prison. Quatre jours apr&#232;s, un prisonnier, pass&#233; &#224; tabac par une dizaine de policier, dormait &#224; Fresnes.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8220;Le temps que le mec il grimpe l&#224;-haut et accroche le drap, ils &#233;taient o&#249; ? Sur leur smartphone ?&#8221; / mars 2019&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il a re&#231;u un avis d&#233;favorable du tribunal, pour le retenir encore l&#224; au centre. Parce qu'il a d&#233;j&#224; pass&#233; 28 jours, ils ont rajout&#233; une trentaine de jours. Voil&#224;, il &#233;tait vraiment dans un &#233;tat d&#233;pressif apr&#232;s avoir re&#231;u la d&#233;cision du tribunal. Il a demand&#233; l'asile. Il avait une attestation de l'asile d&#233;j&#224;. Ils ont pas voulu de l'attestation. Apparemment, c'est une attestation qui n'est plus valide, qui a expir&#233;. Du coup elle n'&#233;tait pas renouvelable. Du coup aujourd'hui il a re&#231;u la d&#233;cision. Il a compris que c'&#233;tait pas en sa faveur. On lui a dit que &#231;a fait rien, que &#231;a va aller. On &#233;tait tous ensemble pour essayer de le consoler quoi. Et du coup moi je suis rentr&#233; dans ma chambre tranquille, j'ai pens&#233; il est all&#233; dans sa chambre lui aussi. Et l&#224; un mec, depuis la salle t&#233;l&#233;, l'a vu en train d'attacher la corde &#224; son cou dehors. On est arriv&#233; juste &#224; temps pour le d&#233;crocher. &lt;br class='manualbr' /&gt;En fait dans la cour y a une cage &#224; l'ext&#233;rieur. Vous voyez comme y a des cages l&#224; o&#249; on met des oiseaux. Ou bien les animaux voil&#224;. C'est une cage, et il s'est pendu au niveau des barreaux ext&#233;rieurs de la cage. Il a r&#233;ussi &#224; grimper. C'est fou quand m&#234;me &#8230; &#224; attacher le drap et &#224; se pendre. Avec un peu de chance on a r&#233;ussi &#224; grimper et &#224; le descendre en bas. Apr&#232;s, ils l'ont emmen&#233; dans une ambulance et on sait plus rien du tout de lui. Ils l'ont amen&#233; &#224; l'infirmerie puis dans l'ambulance. Et la police n'a m&#234;me pas cherch&#233; comment &#231;a s'est pass&#233;. Ils nous ont pas interrog&#233;, qui l'a d&#233;croch&#233;, pourquoi et tout&#8230; Le minimum, une petite enqu&#234;te. Et dans la cour, aux deux extr&#233;mit&#233;s, il y a deux cabines avec des policiers qui sont l&#224; en permanence jour et nuit, &#224; ta droite et &#224; ta gauche. Le temps que le mec il grimpe l&#224;-haut et accroche le drap, ils &#233;taient o&#249; ? sur leur smartphone ? J'sais pas. Ils ont rien vu du tout. C'est nous de l'int&#233;rieur qui avons r&#233;ussi &#224; le voir et nous sommes pr&#233;cipit&#233;s vers lui. Pourtant, eux leur travail consiste &#224; nous surveiller.&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retranscription d'&#8202;un coup de t&#233;l&#233;phone le lundi 11 mars 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8220;Les policiers ils savent tr&#232;s bien ce qui se passe, tout &#231;a c'est &#224; cause d'eux&#8221; / mars 2019&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Baston g&#233;n&#233;rale et grosse r&#233;pression au CRA du Mesnil-Amelot, le 12 mars 2019. Les copains du Mesnil-Amelot craquent et les embrouilles et bagarres s'encha&#238;nent. Mardi 12 mars, une bagarre g&#233;n&#233;rale a eu lieu au CRA sous la pression de l'enfermement et de la violence des keufs.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8220;Il y avait tout le monde, c'&#233;tait bagarre g&#233;n&#233;rale !&#8221;&lt;br class='manualbr' /&gt;Beaucoup de personnes sont bless&#233;es et envoy&#233;es &#224; l'h&#244;pital. Au total, il y a eu 7 personnes sorties du CRA. 3 ont &#233;t&#233; envoy&#233;es en prison et les autres ont &#233;t&#233; transf&#233;r&#233;es dans d'autres CRA hors de l'&#206;le-de-France. Les keufs ont gaz&#233; tout le monde pendant la bagarre et un keuf a &#233;t&#233; bless&#233; &#224; la bouche avec une lame. Des prisonniers aussi ont &#233;t&#233; bless&#233;s par des lames de rasoir.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8220;Les policiers ils savent tr&#232;s bien ce qui se passe, tout &#231;a c'est &#224; cause d'eux.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Ceux qui sont dehors il faut vraiment manifester pour &#231;a &#187; / Une gr&#232;ve de la faim et une gr&#232;ve de l'infirmerie et de l'ASFAM (l'association pr&#233;sente dans le centre) ont &#233;clat&#233; au CRA 1 de Vincennes le jeudi 21 mars 2019 et se sont poursuivies jusqu'au vendredi, partiellement suivies au CRA 2&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On va dire ici les objectifs de la gr&#232;ve de la faim. Les 3 mois ici c'est pire que la prison, nous on est dans un centre de r&#233;tention et c'est pire que la prison. Parce qu'ici on a un pied dedans et un pied dehors, parce qu'&#224; tout moment on peut nous expulser. Y en a &#231;a fait plus de 60 jours qu'ils sont l&#224;&#8230; c'est trop.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ceux qui sont dehors il faut vraiment manifester pour &#231;a.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les sanitaires c'est d&#233;gueulasse, la bouffe c'est immonde, la fa&#231;on dont on nous ram&#232;ne au tribunal dans des cages c'est pas possible Les gens malades sont l&#224;&#8230; laissez tomber c'est d&#233;plorable. C'est un centre de merde, on nous a mis dans ce centre de r&#233;tention de merde ici.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous sommes dans un centre o&#249; on nous dit que c'est pas une prison, mais on dirait que c'est pire. On a pas le droit &#224; nos t&#233;l&#233;phones, juste les t&#233;l&#233;phones sans photo. On peut m&#234;me pas communiquer avec Whatsapp. Ils nous ont priv&#233; de tout &#231;a. Nous mangeons trop mal, nous buvons l'eau de leurs robinets. Leurs fontaines d'eau sont pleines de rouille.&lt;br class='manualbr' /&gt;Y a des gens malades, de la tuberculose, du sida, h&#233;patite&#8230; y a tout ici. Y a un petit qui est ici qui est fou.&lt;br class='manualbr' /&gt;On n'a pas le droit de manifester ici, y a des gens ils sont censur&#233;s on les a renvoy&#233;s dans leurs pays. On leur met des scotchs sur la bouche, on les attache et tout &#231;a. On les envoie forc&#233;s quoi. Avant de monter dans l'avion on leur met le scotch, on leur met le masque. On a l'info par les copains qui sont au pays. Y en a d'autres quand m&#234;me qui ont r&#233;ussi au CRA [&#224; refuser les vols]. &lt;br class='manualbr' /&gt;Y en a un ils l'ont tap&#233;, alors qu'il est m&#234;me pas envoy&#233; au pays. Ils l'ont tap&#233; parce qu'ils l'ont pas r&#233;ussi.&lt;br class='manualbr' /&gt;On utilise une tondeuse pour 100 personnes , 1 coupe ongle pour tout le monde.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ici y a beaucoup de vols, d'argent et tout.&lt;br class='manualbr' /&gt;M&#234;me au centre y a de la discrimination, on dirait qu'ils nous mettent en conflit entre les arabes et les noirs. La mani&#232;re dont on les traite les noirs.&lt;br class='manualbr' /&gt;On met plus les noirs dans un secteur, dans une m&#234;me chambre. &#199;a a cr&#233;&#233; des conflits, un des n&#244;tres a &#233;t&#233; emmen&#233; &#224; l'h&#244;pital m&#234;me, et chang&#233; de CRA.C'est la strat&#233;gie de la police de nous mettre en conflit. Quand on veut revendiquer ils nous permettent pas. Rien n'est de leur faute, y a une hi&#233;rarchie et ils sont oblig&#233;s d'ex&#233;cuter. Les juges font partie de l'&#233;quipe de la pr&#233;fecture, parce que quand tu prends un priv&#233; (avocat) t'es lib&#233;r&#233;, mais quand c'est d'office y a pas de lib&#233;ration.&lt;br class='manualbr' /&gt;La nourriture n'est pas hallal.&lt;br class='manualbr' /&gt;Tout le monde se plaint de la m&#234;me chose, quand les d&#233;lais arrivent &#224; leurs fin ils cr&#233;ent quelque chose (genre aller voir ton ambassade) et comme &#231;a t'es prolong&#233;. Comme &#231;a tu prends la peine maximale. Quand ils voient qu'il te reste un ou deux jours, ils te font quelque chose comme &#231;a le juge te prolonge en disant qu'ils ont pas eu le temps de te faire voyager mais que c'est en cours.&lt;br class='manualbr' /&gt;Au premier jugement on te dit la peine maximale de 28 jours, alors apr&#232;s ils font tout pour te prolonger. Quand t'es un fran&#231;ais quand on te dit peine maximale, c'est la fin. Pas pour nous.&lt;br class='manualbr' /&gt;On leur demande d'am&#233;liorer la situation des d&#233;tenus, que les choses se fassent dans des brefs d&#233;lais. On a pas besoin de 3 mois pour quitter un territoire. M&#234;me 28 jours pour quitter un territoire. C'est pour &#231;a qu'on fait la gr&#232;ve de la faim, on pr&#233;f&#232;re mourir qu'attendre leurs choses. On se dit que c'est un centre o&#249; y a pas de d&#233;lai.&lt;br class='manualbr' /&gt;On est l&#224; dans une condition d&#233;plorable, inhumaine. On peut pas supporter 3 mois. C'est pour &#231;a qu'on est en train de grever.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En solidarit&#233; avec la gr&#232;ve, le 24 mars 2019, nous avons fait un parloir sauvage (rassemblement pour communiquer avec les gens de l'int&#233;rieur) devant le centre de r&#233;tention administrative (CRA) de Vincennes.&lt;br class='manualbr' /&gt;Deux personnes ont &#233;t&#233; interpell&#233;es par la police et plac&#233;es en garde-&#224;-vue, puis plac&#233;es au CRA pendant 5 jours.&lt;br class='manualbr' /&gt;Solidarit&#233; avec tou&#183;te&#183;s les enferm&#233;&#183;e&#183;s !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8220;Ils m'ont pris dans une prison &#224; l'h&#244;pital&#8221; / Violences polici&#232;res &#224; r&#233;p&#233;tition au CRA de Vincennes, un prisonnier harcel&#233; par les flics porte plainte, voici un extrait du document. Deux semaines avant, des personnes ont r&#233;sist&#233; &#224; la d&#233;portation de l'un des leurs au CRA de Vincennes. Elles se sont faites tabasser par les flics du centre. Plusieurs sont parties en GAV suite aux plaintes de flics. Des violences similaires ont conduit &#224; l'incendie du CRA de Rennes il 10 jours avant par des prisonniers. Depuis le d&#233;but du Ramadan d&#233;but mai, les violences et humiliations quotidiennes dans les CRA semblent avoir redoubl&#233; / Mars 2019&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On est arriv&#233; aux urgences le policier qui conduisait a voulu venir avec moi, il fait la fouille il a demand&#233; &#224; venir avec moi car c'&#8202;est son pote, ils ont pas arr&#234;t&#233; de dire que j'&#8202;avais fait &#231;a tout seul. A l'&#8202;h&#244;pital le policier a demand&#233; &#224; parler avec sa coll&#232;gue, il a demand&#233; ce que j'&#8202;avais il a dit &#8220;j'&#8202;ai fait &#231;a tout seul&#8221; elle a dit &#8220;s&#233;rieux&#8221;, il a dit &#8220;oui oui&#8221;. J'&#8202;ai vu j'&#8202;&#233;tais juste derri&#232;re lui. Apr&#232;s le monsieur qui &#233;tait en train de conduire &#224; l'&#8202;accueil des urgences a commenc&#233; &#224; me parler normalement et alors qu'&#8202;avant il me parlait trop m&#233;chamment. J'&#8202;&#233;tais en train de me rappeler qu'&#8202;est ce qui m'&#8202;&#233;tait arriv&#233;. J'&#8202;ai dit soit toi soit les deux qui restent m'&#8202;avez pouss&#233; la t&#234;te vers l'&#8202;angle et vous avez fait &#231;a expr&#232;s. Il a dit &#8220;non c'&#8202;est pas moi j'&#8202;&#233;tais &#224; cinq m&#232;tres de toi&#8221;. J'&#8202;ai dit &#8220;c'&#8202;est le policier qui porte le num&#233;ro 1448229 qui est responsable&#8221;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Apr&#232;s ils m'&#8202;ont fait les proc&#233;dures des urgences, temp&#233;ratures, tensions, ils m'&#8202;ont entr&#233; dans la salle des soins j'&#8202;ai perdu la conscience pour faire les points de suture parce que j'&#8202;ai perdu trop de sang car j'&#8202;ai attendu pas mal de temps dans la salle avant qu'&#8202;ils m'&#8202;am&#232;nent &#224; l'&#8202;h&#244;pital. Ils sont rest&#233;s l&#224; dedans, j'&#8202;ai fait un scanner. Quand je suis redescendu j'&#8202;ai fait les points de suture et le m&#233;decin a dit que je peux pas revenir au CRA.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ils m'&#8202;ont pris dans une prison &#224; l'&#8202;h&#244;pital. Ils m'&#8202;ont enlev&#233; le t&#233;l&#233;phone et mes v&#234;tements et m'&#8202;ont donn&#233; les habits de l'&#8202;h&#244;pital. C'&#8202;&#233;tait la premi&#232;re fois que je vois &#231;a, j'&#8202;avais trop peur. J'&#8202;ai pris mon traitement et j'&#8202;ai dormi direct. Le matin le m&#233;decin m'&#8202;a revu et m'&#8202;a dit &#8220;tu restes une nuit de plus pour que je te surveille&#8221;. Et j'&#8202;avais trop peur j'&#8202;ai dit &#8220;je veux repartir au CRA. J'&#8202;ai plus de libert&#233;&#8221;. J'&#8202;ai demand&#233; le certificat m&#233;dical au m&#233;decin mais il ne m'&#8202;a pas donn&#233; en mains propres. Il l'&#8202;a donn&#233; au chef de poste qui l'&#8202;a donn&#233; aux agents qui m'&#8202;ont fait venir au CRA.&lt;br class='manualbr' /&gt;J'&#8202;ai &#233;t&#233; menott&#233; et je suis rest&#233; deux heures &#224; l'&#8202;accueil. J'&#8202;&#233;tais trop fatigu&#233;. Quand j'&#8202;ai dit que je voulais me reposer apr&#232;s une heure d'&#8202;attente une polici&#232;re m'&#8202;a dit &#8220;pourquoi tu fermes pas ta gueule&#8220;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Je peux reconna&#238;tre tous les policiers. Il y a des t&#233;moins et tout le monde a dit &#8220;Ohhh, pas comme &#231;a&#8221; quand ils m'&#8202;ont tap&#233; la t&#234;te. Ils n'&#8202;ont m&#234;me pas vu le sang, ils ont entendu que le bruit. (...) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;H.&lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Fait &#224; paris le 27 mars 2019&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;DES PRISONNI&#200;RES DU CRA DU MESNIL-AMELOT RACONTENT LES CONDITIONS D'ENFERMEMENT ET LEUR QUOTIDIEN&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;Pour les copines enferm&#233;es en CRA, c'est la double peine du racisme et du sexisme c'est-&#224;-dire qu'en plus des violences subies par tous et toutes, elles doivent supporter d'autres &#171; formes &#187; de violences. Elles ont toujours pour but d'intimider et d'humilier la personne. &#199;a peut &#234;tre des insultes li&#233;es &#224; leur genre, de la drague non consentie, donc du harc&#232;lement,de la part des flics, des menaces par rapport &#224; leurs enfants. En plus du stress des conditions de vie en CRA et de la d&#233;portation, elles doivent vivre avec la possibilit&#233; et une probabilit&#233; plus &#233;lev&#233;e de se faire violer. Au Mesnil-Amelot, en d&#233;cembre, une femme enferm&#233;e s'est faite violer par un keuf du CRA. Le viol est aussi utilis&#233; comme une punition, une forme de r&#233;pression de la part des keufs. Un autre moyen de leur faire fermer leur gueule, de leur mettre la pression. Les copines avec qui on &#233;tait en contact nous racontaient que face &#224; ce viol, elles avaient d&#233;cid&#233; de r&#233;sister ensemble, c'est-&#224;-dire de rester toujours ensemble, de ne jamais se retrouver seules. Il y a souvent une grande solidarit&#233; et complicit&#233; entre les meufs au Mesnil. Elles s'&#233;changent les produits de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; comme les serviettes hygi&#233;niques, elles s'entraident moralement, elles partagent les informations sur les r&#233;sistances, sur les parloirs sauvages.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8220;Une mort douce&#8221;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Par o&#249; commencer : les toilettes sont sales. Il y a des fuites d'eau dans la salle de bain. La chasse d'eau ne fonctionne pas. Le r&#233;fectoire est sale. La nourriture est immangeable. Les portes ne se ferment pas. Les lits font trop de bruit, du coup les filles dorment par terre pour pas d&#233;ranger les autres. &#199;a sent pas bon et les couloirs sentent les &#233;gouts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une mort douce j'appelle &#231;a. Ils ne laissent pas les visiteurs faire entrer de la nourriture chaude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a tellement de choses &#224; dire et &#224; changer : maltraitance, mauvaise nutrition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont prolong&#233; le d&#233;lai de la r&#233;tention de 45 &#224; 90 jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une communaut&#233; musulmane, ils cuisinent avec du porc et de la viande. Les retenues malades et qui ont une sant&#233; fragile ne sont pas bien prises en charge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;crit &#231;a &#233;tant sous Attarax, comprim&#233; calmant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vraiment c'est avec le c&#339;ur serr&#233; que je parle de ces diff&#233;rentes conditions, c'est vraiment g&#234;nant de la part de la France. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On ne mange pas bien, des femmes avec leurs b&#233;b&#233;s et des nourrissons sont enferm&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On nous traite comme des chiens et chiennes sans respect, pas de nourriture, les sanitaires sont tellement insalubres qu'on risque de se faire piquer, d'attraper des infections incurables, les policiers nous traitent comme des moins que rien alors que le sang qui circule dans leurs veines est le m&#234;me sang que nous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand on demande du papier toilette les personnes nous refusent c'est-&#224;-dire c'est un calvaire total. Hier j'ai &#233;t&#233; &#224; l'infirmerie pour prendre mon traitement. Il y a une infirmi&#232;re raciste qui se permet de me dire que je faisais semblant de me faire mourir alors que tout le monde savait que j'avais fait une crise 3 fois depuis le d&#233;but de cette histoire. Si je pouvais faire une plainte contre cette infirmi&#232;re je le ferais. J'ai tellement &#224; raconter, donc je pr&#233;f&#232;re le t&#234;te &#224; t&#234;te avec vous, j'ai vu des choses qui m'ont &#233;pat&#233;es, vraiment. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8220;On a pr&#233;vu de faire une gr&#232;ve de la faim, car on est en contact avec le centre de Vincennes&#8221; / T&#233;moignage d'une copine prisonni&#232;re au CRA du Mesnil-Amelot retranscrit de l'&#233;mission l'Actu des luttes du 5 avril 2019&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je suis au CRA de Mesnil-Amelot depuis 25 jours. Je me suis faite arr&#234;ter au travail, j'ai &#233;t&#233; en GAV pendant 24 heures. Puis on m'a emmen&#233; au CRA. La police n'&#233;tait pas sympa, ils &#233;taient horribles racistes, tout ce que vous voulez. Arriv&#233;e ici, comme c'&#233;tait la premi&#232;re fois, je ne savais pas comment &#231;a allait se passer, c'&#233;tait quoi la prochaine &#233;tape. La Cimade m'a guid&#233;e un petit peu. Puis j'ai pris un avocat, je suis pass&#233;e au premier jugement, j'ai &#233;t&#233; rejet&#233;e, et j'ai fait l'appel &#224; Paris, mais personne n'est lib&#233;r&#233; &#224; Paris, donc je n'avais pas beaucoup d'espoir quand je suis all&#233;e &#224; Paris. Et il y a trois jours, je suis pass&#233;e &#224; Melun, et pareil j'ai &#233;t&#233; rejet&#233;e, donc j'ai d&#233;cid&#233; de rentrer chez moi. En fait, ils font tout pour nous faire craquer. Il y a des gens qui ont des sant&#233;s fragiles qui ne sont pas bien trait&#233;s. Il y a une femme asthmatique qui fait des crises et ils ne la prennent pas au s&#233;rieux. Elle est tomb&#233;e par terre et une polici&#232;re lui a dit &#171; relevez-vous, vous faites de la com&#233;die &#187;. Et puis ils mettent du temps &#224; appeler les pompiers, car ils ne veulent pas se casser la t&#234;te, ils ne veulent pas passer leur nuit &#224; l'h&#244;pital. Une autre dame qui se fait super mal traiter par la police, qui est une femme voil&#233;e, elle a droit &#224; rien, si elle va devant la Cimade, elle attend une heure, deux heures, et apr&#232;s on lui dit que c'est ferm&#233;, pour la fouille, pareil. Et il y a les sanitaires aussi, qui sont d&#233;guelasses, les douches sont bouch&#233;es, et quand quelqu'un prend sa douche, &#231;a sent les &#233;gouts dans le couloir. La bouffe, c'est pareil, absolument immangeable. Il y a des b&#233;b&#233;s, des enfants, des familles. Il y a m&#234;me un nouveau n&#233;, ils l'ont ramen&#233; et ils ont dit qu'il allait rest&#233; ici trois mois, car il a &#233;t&#233; rejet&#233; au JLD de Meaux. &#199;a c'est aberrant, c'est affreux. Il y a tellement de choses qui se passent, des gens malades, des gens perdus, qui ne savent pas parler le fran&#231;ais, qui ne savent m&#234;me pas lire le d&#233;lib&#233;r&#233; du juge. Donc ils ne savent m&#234;me pas ce qui se passe. Parfois, ils partent au tribunal, et ils n'ont pas d'interpr&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je ne sais pas pourquoi les CRA existent, pourquoi ils ram&#232;nent des gens de chez eux, du travail, ou de n'importe quel lieu, ils les ram&#232;nent ici, ils leur donnent de la merde &#224; bouffer, et ils les traitent comme des chiens. M&#234;me les chiens ils ont une meilleure vie que les &#234;tres humains d'ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D&#232;s que je suis arriv&#233;e, on est tr&#232;s solidaires avec les autres filles. Elles m'ont expliqu&#233; comment &#231;a allait se passer, ce qui se passe, comment faire. Il y a une fille qui est partie il y a pas longtemps, il lui ont fait un vol cach&#233;. Je n'ai jamais compris le principe des vols cach&#233;s. Elle a v&#233;cu toute sa vie en France, et elle voulait renouveler ses papiers. Je pense qu'elle avait d&#233;j&#224; un OQTF, et ils l'ont ramen&#233; ici. Au bout de 19 jours, ils lui ont mis un vol, elle a refus&#233; et le jour o&#249; elle partait &#224; la Cimade pour contacter le ministre de l'int&#233;rieur, c'&#233;tait sa derni&#232;re chance, car c'est une fille qui est venue &#224; l'&#226;ge de 8 ans en France, elle a fait ses &#233;tudes ici, elle a tout fait ici. Ils l'ont pris du lit, en surv&#234;t, comme &#231;a, et elle savait pas. Ils disent &#171; pr&#233;sentez-vous avec toutes vos affaires au couloir &#187;. C'est comme &#231;a qu'ils font pour les vols cach&#233;s. Donc l&#224; maintenant, on connait le jeu, on sait que c'est un vol cach&#233;, surtout si c'est le matin. Ils l'ont pris comme &#231;a, et elle s'est retrouv&#233;e au Maroc. Elle a pratiquement jamais mis les pieds au Maroc depuis son arriv&#233;e en France. Et l&#224; on a des nouvelles, &#231;a va elle essaye de se d&#233;brouiller, mais c'est choquant, et je ne comprends toujours pas pourquoi ils font &#231;a. Au d&#233;but, ils mettent un vol affich&#233;, et parfois, avant de passer au tribunal administratif o&#249; il y a plus de chances d'&#234;tre lib&#233;r&#233;e, ils affichent un vol. Et apr&#232;s le deuxi&#232;me vol, tu peux refuser mais c'est un vol cach&#233;. Et au troisi&#232;me vol, ils te mettent un casque de boxe et ils te scotchent et te mettent dans l'avion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On a pr&#233;vu de faire une gr&#232;ve de la faim, car on est en contact avec le centre de Vincennes, et on a vu que leur gr&#232;ve de la faim a march&#233;, donc on voudrait faire pareil. On essaye d'aller vers les gens, de leur dire voil&#224;, il faut qu'on s'organise. On propose de faire une journ&#233;e o&#249; on ne va pas manger. Moi je ne vais jamais au r&#233;fectoire, mais il y en a qui y vont et on est pas encore arriv&#233; &#224; convaincre tout le monde de ne pas y aller. M&#234;me par rapport &#224; la Cimade, on a parl&#233; de ne pas aller &#224; l'infirmerie, &#224; la Cimade, de ne pas parler &#224; la police et de rester juste &#224; l'int&#233;rieur du CRA ou dans la cour, pour pouvoir nous exprimer, et on est en train d'organiser &#231;a, et j'esp&#232;re pouvoir le faire avant de partir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Depuis que je suis l&#224;, j'essaye d'aider tout le monde, quand un nouveau arrive, on lui donne des v&#234;tements propres. J'ai eu au t&#233;l&#233;phone &#192;-bas-les-CRA, ils sont venus, ils ont ramen&#233; des serviettes hygi&#233;niques, ramen&#233; des v&#234;tements propres, qu'on peut donner aux nouveaux. J'ai beaucoup appris, m&#234;me si c'est une mauvaise exp&#233;rience, &#231;a nous apprend plein de choses, &#231;a nous sensibilise, &#231;a n'arrive pas qu'aux autres. Jamais je ne me serais imagin&#233; &#234;tre l&#224;, mais &#231;a n'arrive pas qu'aux autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Y'a des personnes vraiment abandonn&#233;es, oubli&#233;es par l'&#201;tat et par tout le monde. L'autre jour, je suis partie voir un chef grad&#233;, et un policier m'a dit, &#171; pourquoi tu sens bon tout le temps ? pourquoi tu t'habilles bien ? tu veux attirer qui ici ? il n'y a que des sans-papiers, &#231;a va te servir &#224; quoi ? &#187; Il m'a d&#233;moralis&#233;, je lui ai r&#233;pondu &#171; toi tu sais pas c'est qu'&#234;tre une femme, si je fais &#231;a, c'est pour moi, &#231;a ne te regarde pas du tout &#187;. Donc j'en ai parl&#233; au chef grad&#233;, il m'a dit &#171; oui oui, c'est not&#233; &#187;. J'ai profit&#233; de l'occasion pour lui montrer qu'une dame n'avait pas de lumi&#232;re dans sa chambre, car les ampoules ont cram&#233;. C'&#233;tait une dame qui a &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e depuis, on &#233;tait tr&#232;s tr&#232;s tr&#232;s contente pour elle. Il a fallu que je fasse une crise de panique et que je sois en larmes et dans tous mes &#233;tats pour qu'ils viennent voir ce qui se passe ici, dans les chambres. Et si les policiers ram&#232;nent une personne &#224; minuit, ils viennent, ils frappent pas aux portes, alors qu'on est des femmes. Aucun respect. Et il y a aussi les policiers qui viennent &#224; 6h du matin prendre les gens pour le TGI et tout &#231;a. Ils chantent dans les couloirs, ils crient, ils frappent aux portes. Ils menacent les gens. Une dame est venue, elle est rest&#233;e 24h avant d'&#234;tre d&#233;port&#233;e. Et une flic lui a dit, la personne la plus raciste que j'ai jamais vu je crois. Elle est venue et elle lui a dit &#171; si tu refuses le vol, on va te mettre en prison, te scotcher &#187; alors que c'&#233;tait son premier vol, et qu'elle voulait repartir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a tellement de choses, c'est sid&#233;rant, je suis d&#233;gout&#233;e de la France, de tout &#231;a. Il n'y a pas de droits de l'homme. Ils se battent pour que les chiens se fassent adopter, alors que les gens sont oubli&#233;s, exp&#233;di&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;MOUVEMENTS DE LUTTE AU CRA DE LYON SAINT-EXUPERY&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8220;C'est la prison politique c'est pas la prison humanitaire ici, c'est pas un centre de r&#233;tention&#8221;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Lundi 15 avril 2019, une personne d&#233;tenue a tent&#233; de se suicider &#224; Lyon. Les personnes &#224; l'int&#233;rieur se sont r&#233;volt&#233;es et l'une d'elles a lanc&#233; un appel au secours et &#224; mobilisation qui a &#233;t&#233; diffus&#233; le lendemain. Ci-dessous l'appel au secours du prisonnier ; enregistr&#233; avec son accord.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; - Ok donc y a deux jours y en a qui ont essay&#233; de faire une tentative de s'&#8202;&#233;vader. Il y en a trois qui ont r&#233;ussi et trois qui se sont fait attraper, ont &#233;t&#233; grave bless&#233;s. Ils ont &#233;t&#233; quarante-huit heures en garde &#224; vue et ils ont pass&#233; en quarante-huit heures et aujourd'&#8202;hui ils rentrent au centre, et aujourd'&#8202;hui il y a quelqu'&#8202;un tout &#224; l'&#8202;heure qui a mont&#233; sur la porte o&#249; il y a le barbel&#233;. Et il s'&#8202;est suicid&#233; avec le barbel&#233;. Et il s'&#8202;est &#233;trangl&#233; avec le barbel&#233;. Et la police ils ont rien fait, c'&#8202;est nous qu'&#8202;on l'&#8202;a descendu. La police ils ont mis &#224; peu pr&#232;s 25 minutes juste pour ramener une &#233;chelle. Ils &#233;taient m&#234;me pas loin, &#224; 200 ou 300 m&#232;tres. Nous on a voulu le r&#233;cup&#233;rer malgr&#233; tout y a les portes entre nous, donc on s'&#8202;est grimp&#233; tout le monde et on a essay&#233; de descendre mais sauf que eux ils nous a gaz&#233; ils nous a frapp&#233; ils nous a viol&#233;, laisse tomber. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ici tout le monde a p&#233;t&#233; un plomb, tout l'&#8202;monde a commenc&#233; &#224; br&#251;ler, br&#251;ler les chambres, &#224; br&#251;ler les matelas, &#224; br&#251;ler tout. Donc ici les gens ils sont trait&#233;s comme des chiens, si il y a moyen de nous aider, ici on est des &#234;tres humains on est pas des animaux, voil&#224; notre seul d&#233;lit qu'&#8202;on a pas de papier, c'&#8202;est notre seul d&#233;lit, notre seul probl&#232;me dans cette vie. Vous pouvez appeler les associations, ou appeler les m&#233;dias ou appeler les journalistes, ou toutes les personnes qui sont l&#224; pour l'&#8202;humanitaire, pour de vrai, il faut qu'&#8202;ils soient l&#224; pour nous, pas de cin&#233;ma, pas de spectacle, pas de th&#233;&#226;tre, ici c'&#8202;est des &#234;tres humains, on n'&#8202;a pas besoin de th&#233;&#226;tre, on n'&#8202;a pas besoin de spectacle, on a besoin des gens qui luttent pour nous. C'&#8202;est un message d'&#8202;au secours.&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;i&gt;D'&#8202;accord&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- Voil&#224; c'&#8202;que j'&#8202;veux dire, et c'&#8202;est pour &#231;a que aujourd'&#8202;hui, vraiment, y en a un qui s'&#8202;est suicid&#233;, y a m&#234;me pas 20 minutes ou 25 minutes, y a du sang partout, y a des gens ici qui sont pr&#234;ts &#224; faire m&#234;me plus que &#231;a parce qu'&#8202;on est trait&#233; comme des chiens. C'&#8202;est pour &#231;a on fait appel &#224; tout l'&#8202;monde, c'&#8202;est un appel au secours &#231;a.&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;i&gt;D'&#8202;accord et l&#224; qu'&#8202;est-ce que vous faites en ce moment ?&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- L&#224; en ce moment on essaie de se calmer mais malheureusement il nous a ferm&#233; mais c'&#8202;est br&#251;l&#233;, y a des chambres qu'&#8202;ont d&#233;j&#224; br&#251;l&#233;, malheureusement y a rien on n'&#8202;a pas le choix, si on reste ici on va mourir br&#251;l&#233;s, ou on va s'&#8202;&#233;touffer avec la fum&#233;e. Les gens ici ils peuvent plus en fait c'&#8202;est, c'&#8202;est, c'&#8202;est... pire que la prison ici, c'&#8202;est la prison politique c'&#8202;est pas la prison humanitaire ici, c'&#8202;est pas un centre de r&#233;tention, c'&#8202;est la prison, c'&#8202;est m&#234;me pas la prison, je sais pas c'&#8202;que c'&#8202;est. Faut aider ces gens-l&#224;, aujourd'&#8202;hui on est des &#234;tres humains, des &#233;trangers, il faut les aider. J'&#8202;peux plus trop parler l&#224;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Samedi 13 avril, des personnes d&#233;tenues ont tent&#233; de s'&#233;vader du CRA de St-Exup&#233;ry pour &#233;chapper &#224; l'enfermement, &#224; la r&#233;pression polici&#232;re et aux conditions d&#233;shumanisantes qu'elles subissent.&lt;br class='manualbr' /&gt;Parmi ces personnes, trois ont r&#233;ussi &#224; s'&#233;chapper et quatre ont &#233;t&#233; rattrap&#233;es, tabass&#233;es, plac&#233;es en garde &#224; vue. Elles ont &#233;t&#233; d&#233;f&#233;r&#233;es devant le tribunal en comparution imm&#233;diate ce jeudi 18 avril ; l'audience a finalement &#233;t&#233; report&#233;e au 3 mai. Dans l'attente de cette prochaine date, la juge a d&#233;cid&#233; de les enfermer &#224; la prison de Villefranche s/Sa&#244;ne.&lt;br class='manualbr' /&gt;Suite &#224; ces tentatives d'&#233;vasion, les flics se sont veng&#233; en r&#233;primant les personnes emprisonn&#233;es au CRA. Iels ont inflig&#233; des punitions collectives : gazages, tabassages, maintien en cellule&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8220;Un chien, on l'enferme chez vous pendant 48h, il va tout faire, m&#234;me il va se suicider&#8221;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Apr&#232;s une premi&#232;re comparution imm&#233;diate le 18 avril 2019, le proc&#232;s de quatre &#233;vad&#233;s a eu lieu le 3 mai, ils ont tous &#233;cop&#233; de 4 mois de prison ferme. Compte rendu de l'audience du 3 mai, o&#249; un d&#233;tenu se d&#233;fend seul.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois d&#233;tenus seront assist&#233;s par une interpr&#232;te.&lt;br class='manualbr' /&gt;On reproche aux quatre personnes une &#171; tentative de soustraction &#224; une mesure de r&#233;tention administrative &#187; le 13 avril et pour deux d'entre elles &#171; la d&#233;gradation ayant caus&#233; un dommage grave dans le mur du Centre de R&#233;tention, d&#233;gradation commise par plusieurs personnes en qualit&#233; d'auteur ou de complice &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- LA JUGE, r&#233;sume les faits : &#224; 17h45 le 13 avril, l'alarme du CRA se d&#233;clenche, deux flics arrivent et voient un trou creus&#233; dans un mur ext&#233;rieur donnant sur une coursive. Les flics voient trois personnes en train d'escalader et une qui repasse &#224; l'int&#233;rieur du CRA. Tous seront interpell&#233;es. La juge montre des photos et d&#233;crit le dispositif qui barricade le CRA : sur la coursive, il y a des haies avec derri&#232;re un grillage de 4m, et le dernier m&#232;tre est constitu&#233; de panneaux inclin&#233;s vers l'int&#233;rieur, eux-m&#234;mes termin&#233;s par des herses pointues. S'adressant &#224; D. qui a choisi de se d&#233;fendre lui-m&#234;me : Concernant votre participation aux faits, vous vous &#234;tes bless&#233; en tombant du grillage, vous n'&#234;tes pas parvenu &#224; l'escalader. Vous dites que vous avez entendu parler de l'&#233;vasion qui &#233;tait en projet en d&#233;but d'apr&#232;s-midi. Vous contestez avoir particip&#233; aux d&#233;gradations mais vous avez vu le trou se creuser. Vous reconnaissez par contre que vous vous y &#234;tes int&#233;ress&#233;, que vous avez fait du bruit, que vous avez donc &#233;videmment particip&#233; &#224; cette tentative d'&#233;vasion qui a &#233;chou&#233;. Alors, qu'est ce que vous souhaitez dire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- D. : Je ne suis pas d'accord parce que c'est pas ce que j'ai dit, ce qui est &#233;crit. J'avais une avocate &#224; c&#244;t&#233; de moi, j'ai demand&#233;, j'ai dit, je n'ai pas dit ce qu'il est &#233;crit, trois fois je l'ai dit &#224; l'avocate. Jusqu'&#224; aujourd'hui je n'ai pas vu mon dossier. Je sais pas ce qu'on me reproche. J'ai pas eu de r&#233;ponse. J'ai refus&#233; d'avoir un avocat.&lt;br class='manualbr' /&gt;Par rapport l'&#233;vasion, n'importe qui il a un chien chez lui, qui le ferme pendant 48h, il va tenter de s'&#233;vader. L'&#234;tre vivant, c'est comme &#231;a. Moi je suis un &#234;tre vivant. J'ai &#233;t&#233; en prison, de prison on m'a envoy&#233; au centre de r&#233;tention, c'est la premi&#232;re fois de ma vie que je suis enferm&#233;. Donc moi je pense et je crois, y a rien qui va changer, je crois profond&#233;ment que c'est dans mes droits d'essayer de s'&#233;vader. Parce que je me sentais pas libre, n'importe qui va chercher sa libert&#233;. Moi j'ai voulu chercher ma libert&#233;, c'est dans les droits de chercher ma libert&#233; [La juge tente de l'interrompre, mais il ne l&#226;che pas]. Mais moi, de mon point de vue personnellement, j'ai pas fait un d&#233;lit. Je vois pas pourquoi aujourd'hui je suis en prison. J'ai cherch&#233; que ma libert&#233;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Un chien, on le met chez vous pendant 48h, il va tout faire, m&#234;me il va se suicider, il va pas rester enferm&#233;. Moi je suis pareil, je suis un &#234;tre vivant. Voil&#224;. Y'a des gens qui peuvent &#234;tre incarc&#233;r&#233;s, moi je peux pas &#234;tre incarc&#233;r&#233; &#187;. La juge s'impose et, dans un ton condescendant et moralisateur, fait la le&#231;on : &#171; Alors, je vous explique une chose, si vous ne comprenez pas la diff&#233;rence entre un chien et un &#234;tre humain, le chien ne connait pas la loi et vous vous la connaissez. On en a fini avec les faits, je n'ai pas de question &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Le proc'] demande quatre mois d'emprisonnement pour chacun avec maintien en d&#233;tention.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est au tour de la personne sans avocat d'assurer sa d&#233;fense, disons S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. : - J'ai demand&#233; le 18 pour que je pr&#233;pare ma d&#233;fense. En prison, on ne m'a pas fourni le dossier pour relire la police ils ont dit, les faits qu'ils ont dit sur moi. La tentative d'&#233;vasion, c'est vrai la loi fran&#231;aise elle interdit &#231;a. Mais moi comme &#234;tre humain, aujourd'hui, m&#234;me si on me met en prison, je trouve n'importe quel moyen de s'&#233;vader, je vais chercher ma libert&#233;. Je suis un &#234;tre humain, je suis un &#234;tre vivant, moi j'ai frapp&#233; personne, j'ai fait de mal &#224; personne, j'ai touch&#233; personne, j'ai juste cherch&#233; ma libert&#233;. Y'a 100 ans de l&#224;, y'avait l'histoire de l'&#234;tre humain, y'a que 100 ans qu'il y a les fronti&#232;res, y'a 100 ans, juste 100 ans que y'a les fronti&#232;res. Peut-&#234;tre &#231;a changera un jour. Je vais &#234;tre jug&#233; par ces lois-l&#224;, moi pour moi, c'est un proc&#232;s politique d&#233;guis&#233; dans une enveloppe de jugement d'affaires je sais pas comment dire. Pour moi, c'est injuste si je suis aujourd'hui en prison, parce que juste j'ai tent&#233; de m'&#233;vader. Pourquoi j'ai tent&#233; de m'&#233;vader. (...) Au centre de r&#233;tention, j'&#233;tais pas, je me sentais pas un &#234;tre humain. Je me sentais&#8230; tout &#224; l'heure j'ai dit un chien, un chien c'est un &#234;tre vivant, pour moi il a total respect, pour moi n'importe quel &#234;tre vivant, il doit avoir le respect. Aujourd'hui, moi je me trouve en prison, je trouve &#231;a injuste, &#231;a c'est mon point de vue personnel bien s&#251;r, je trouve &#231;a injuste que je, honteux aussi que je me trouve en prison &#224; cause de &#231;a. D&#233;gradations, je veux bien qu'on me le prouve. Moi j'ai pas d&#233;grad&#233;, j'ai rien fait ou quoi. J'ai pas pu pr&#233;parer ma d&#233;fense, Madame. Aujourd'hui je suis en train de subir, c'est mon point de vue personnel Madame, je suis en train de subir aujourd'hui la torture, que j'ai rien fait du tout. &lt;br class='manualbr' /&gt;Aujourd'hui, moi si on m'a pas pris mes papiers, je m'&#233;vaderais pas, je serais pas entr&#233; en prison, je serais pas l&#224; devant vous. Moi mes papiers ils me les ont pris injustement. J'ai un recours. Je consid&#232;re pas que je suis sans-papier, non. Ma pr&#233;sence au centre de r&#233;tention, je la trouve aussi injuste. Donc injuste pour ce qu'on me reproche, un d&#233;lit que moi je trouve pas un d&#233;lit, n'importe quel &#234;tre humain, n'importe quel &#234;tre vivant va chercher, va faire pareil, voire m&#234;me mieux, peut-&#234;tre il va r&#233;ussir, moi j'ai pas r&#233;ussi, malheureusement. Ne le niez pas Madame, n'importe quel moment que j'aurai un p'tit, un p'tit point que je pourrai m'&#233;vader&#8230; C'est pas contre la loi...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA JUGE, tente de l'interrompre : On a bien compris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. : ...c'est juste pour r&#233;cup&#233;rer ma libert&#233;. C'est tout Madame.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La juge tente de mettre un terme &#224; sa plaidoirie, mais il souhaite ajouter quelque chose :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. : J'ai pas pu r&#233;cup&#233;rer le dossier pour pr&#233;parer ma d&#233;fense. Je sais m&#234;me pas si c'est l&#233;gal ou pas. S'il vous pla&#238;t, c'est vous qui va me dire &#231;a : est-ce que c'est l&#233;gal ? Aujourd'hui, j'ai lu rien depuis la garde &#224; vue, jusqu'&#224; ce moment-l&#224;, j'ai pas eu quoi que ce soit comme papier, madame. Vraiment, &#231;a, c'est l&#233;gal ou pas ? Je sais pas. La juge, ne voyant aucune trace de ces demandes dans le dossier, choisit d'ignorer compl&#232;tement sa parole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proc&#232;s aura dur&#233; 1h15. Les quatre, avec ou sans avocat, sont finalement condamn&#233;s &#224; quatre mois de prison ferme, comme le demandait le procureur.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;En solidarit&#233; avec les prisonni&#232;r&#183;e&#183;s du CRA de Lyon, un parloir sauvage a eu lieu le 23 avril 2019 devant la prison/CRA. Plusieurs dizaines de personnes &#233;taient pr&#233;sentes dont pas mal de familles !&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8220;Tant qu'il y aura des CRA il y aura de l'auto-mutilation&#8221;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;T&#233;moignage d'un prisonnier du CRA de Lyon, 26 avril 2019 (publi&#233; sur Rebellyon.info)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Bah j'ai fait &#231;a parce que j'ai des enfants ici et qu'ils veulent m'expulser au pays. Je comprends pas pourquoi ils veulent m'expulser au pays, j'ai un enfant de quatre ans et un enfant de cinq ans et ils veulent m'expulser au pays. Ils m'ont fait un premier vol et le deuxi&#232;me vol, je l'ai refus&#233; et voil&#224; ! Et l&#224;, je me suis charcl&#233; et j'attends, j'attends pour mon jugement et je regarde, quoi. En fait c'&#233;tait vendredi dernier. Au lieu de me ramener faire des points de suture, ils m'ont foutu l&#224;, ils m'ont ramen&#233; &#224; l'isolement, ils m'ont gard&#233; toute la nuit l&#224;-bas. Ils m'ont nettoy&#233; juste le truc, et j'ai au moins treize points de suture, ils m'ont rien fait. J'ai neuf points &#224; peu pr&#232;s dans la main et treize points dans les pieds. C'est le docteur qui a dit : &#8220;ouais, ben mettez-le &#224; l'isolement.&#8221;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#192; part &#231;a, c'est le bordel aussi, l&#224;. Comme au Forum, ils aident pas les gens, ici, ils expliquent rien aux gens, les gens, ils appellent la Cimade et les gens de la Cimade qui passent ici, ils aident un petit peu. Mais le Forum, il y a un bureau de le Forum, c'est pour aider les &#233;trangers. Ils aident rien du tout. Il y a une infirmi&#232;re aussi, ils font pas leur boulot comme il faut, c'est comme le m&#233;decin, c'est comme tout le monde. Les gens, ils ont attrap&#233; des maladies, ils ont la gale et tout, ici, l'infirmi&#232;re elle s'en fout. Il y en a un la derni&#232;re fois qui a fait une crise ici, aussi, pareil. Ils s'en foutent aussi. Ils leur donnent des m&#233;dicaments, n'importe quoi, vraiment, &#231;a sert &#224; rien du tout. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Les Centres de r&#233;tention administrative (CRA) sont des prisons pour &#233;tranger&#183;e&#183;s dont l'administration ne reconna&#238;t pas le droit de s&#233;journer dans le pays. L'enfermement et ces conditions d&#233;sastreuses, ainsi que les violences polici&#232;res, ont cristallis&#233; les tensions en leur sein. Rassemblons-nous ce dimanche 28 avril en soutien aux r&#233;volt&#233;&#183;e&#183;s &#224; l'int&#233;rieur et contre toutes les formes d'enfermement ! &lt;br class='manualbr' /&gt;Pour que vive la r&#233;volte, par-del&#224; les murs, contre ce monde de barreaux et de barbel&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8220;Paf la Paf, ils paieront les pots cass&#233;s&#8221;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Extrait d'un communiqu&#233; d'une action de soutien suite &#224; l'appel au secours sorti le 16 avril 2019 du CRA de Lyon&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;ponse &#224; l'appel au secours des d&#233;tenu.e&#183;s du CRA de Lyon Saint-Exup&#233;ry, ce mercredi 1er Mai 2019, nous avons men&#233; une action contre la PAF (police aux fronti&#232;res) de Part Dieu. En cette journ&#233;e de mobilisation internationale, nous affirmons que nous devons d&#233;fendre la dignit&#233; de tou.t.es : des travailleurs.ses, mais pas seulement. Nous nous sommes retrouv&#233;.e&#183;s et avons d&#233;cid&#233; de red&#233;corer leur triste fa&#231;ade &#224; l'aide de bocaux de peinture. Nous devons tou.te&#183;s combattre continuellement ces institutions. (...)&lt;br class='manualbr' /&gt;On brise du verre, ils brisent des vies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;C.A.R.G.L.A.S.S&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;(Compagnie Autonome R&#233;volutionnaire Gardant L'Anonymat pour Sa S&#233;curit&#233;)&lt;br class='manualbr' /&gt;Carglass r&#233;pare, carglass remPAF !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA POSTE BALANCE DES SANS-PAPIERS&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; La Poste de Champigny, on balance des sans-papiers aux flics...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;agir face aux pratiques de collabo de La Poste et les visibiliser, on est plusieurs personnes &#224; &#234;tre all&#233;es &#224; Champigny le samedi 1er juin au matin. On a coll&#233; des affiches sur deux bureaux de Poste de la ville, tendu une banderole devant l'une d'elles et tract&#233; le texte ci-dessous. De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, les gens &#233;taient tr&#232;s r&#233;ceptif&#183;ive&#183;s : beaucoup &#233;taient choqu&#233;&#183;e&#183;s, voulaient en savoir plus sur ce qui s'&#233;tait pass&#233;, ce qu'on peut faire contre &#231;a, etc. Apr&#232;s avoir lu le tract, une personne est d'ailleurs all&#233;e embrouiller un employ&#233; de La Poste au guichet en lui demandant qu'est-ce que c'&#233;tait que cette histoire. Embarrass&#233;, il est all&#233; chercher le directeur. Ce dernier a clairement exprim&#233; son positionnement en r&#233;pondant que l'employ&#233; de La Poste qui avait balanc&#233; la personne n'avait fait que respecter la loi. On se demande bien de quelle loi d&#233;gueulasse il parle, mais surtout on s'en fout compl&#232;tement qu'il y ait une loi ou pas pour justifier sa collaboration &#224; la machine &#224; expulser en balan&#231;ant les gens aux flics.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4656 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/png/TractLP-champigny-670.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH707/TractLP-champigny-670-eaff5.png?1780463361' width='500' height='707' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4654 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/AfficheLaPoste-670.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH707/AfficheLaPoste-670-a2988.jpg?1780463361' width='500' height='707' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8220;La libert&#233; c'est d'abord dans nos c&#339;urs&#8221;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Lettre collective du 25 avril 2019 d'un prisonnier du CRA de Vincennes&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous vous &#233;crivons cette lettre avec toutes les blessures dans nos c&#339;urs et corps, derri&#232;re les barri&#232;res de prison qu'eux appellent &#171; CRA &#187;, il n'existe pas de justice ni les droits de l'homme. On se fait violer mentalement chaque jour par leur harc&#232;lement.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous &#233;crivons cette lettre et nous savons bien que &#231;a ne changera rien. Nous avons v&#233;cu beaucoup de probl&#232;mes avec cette dictature de la police. Nous avons fait une gr&#232;ve de la faim pendant 5 jours et apr&#232;s ils nous ont oblig&#233; &#224; manger par la force.&lt;br class='manualbr' /&gt;S'il vous plait, nous avons besoin de votre aide pour nous lib&#233;rer de cet enfer parce que nous ne sommes pas des criminels et la libert&#233; c'est d'abord dans nos c&#339;urs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;Les retenus du b&#226;timent 2B du CRA de Vincennes&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;DES LUTTES COLLECTIVES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8220;Ils ont pris deux piges pour &#231;a. Pour avoir br&#251;l&#233; des matelas dehors&#8221;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Des r&#233;voltes &#224; Rennes et Rouen.&lt;br class='manualbr' /&gt;Au centre de Oissel, en f&#233;vrier 2019, une gr&#232;ve de la faim r&#233;prim&#233;e a pouss&#233; les prisonniers &#224; br&#251;ler des b&#226;timents. R&#233;sultat : 8 cellules sur 12 rendues inutilisables. Cette r&#233;volte est pass&#233;e sous silence partout. Sauf dans le CRA de Rennes o&#249; une dizaine de prisonniers de Oissel ont &#233;t&#233; transf&#233;r&#233;s apr&#232;s la r&#233;volte. Suite &#224; un vol cach&#233; violent, des prisonniers du centre de Rennes se r&#233;voltent et y foutent le feu. La r&#233;pression ne se fait pas attendre, d&#233;j&#224; quatre d'entre eux ont pris du ferme. (Extrait d'une &#233;mission de L'Envol&#233;e en avril 2019)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L&#224; au centre (de Oissel pr&#232;s de Rouen) il doit y avoir 4 chambres. En tout y en avait douze. Mais j'crois y a deux trois mois ici ils ont fait une gr&#232;ve de la faim, ils ont d&#233;mont&#233; les chambres ils ont d&#233;moli tous les lits. L&#224; il reste 4 chambres. Chaque chambre c'est 6 ou 8 personnes. Donc l&#224; on est ptet 30 ouai&#8230; On est quatre chambres, y a deux chambres o&#249; la douche elle marche pas.&lt;br class='manualbr' /&gt;[&#8230;]&lt;br class='manualbr' /&gt;Bah en fait depuis &#231;a (les gr&#232;ves de la faim), moi j'&#233;tais au centre de r&#233;tention de Rennes, je suis rentr&#233; le 26 l&#224; bas. Et y&#8216;avait des mecs ils &#233;taient ici &#224; Rouen, ils avaient fait la gr&#232;ve de la faim et tout &#231;a. Y'en avait 10 ils les ont tous transf&#233;r&#233;s. Y'a 10 personnes ils les ont transf&#233;r&#233;es &#224; Rennes. Et c'est l&#224; bas j'ai appris ils avaient fait la gr&#232;ve de la faim et tout &#231;a. Et moi quand ils m'ont transf&#233;r&#233; de l&#224; bas (Rennes), c'est parce qu'il y a eu un incendie. Et ils ont scotch&#233; un mec. Tu sais comment ils font. Ils rentrent dans ta chambre. Ils viennent le soir hein. Ils voient si tout le monde est l&#224;. Ils font l'effectif &#224; minuit et ils repassent &#224; deux heures voir si t'es bien dans ta chambre. A quatre heure du matin ils sont rentr&#233;s et &#224; ce qu'il parait ils m'ont dit, moi je sais pas j'&#233;tais pas dans le m&#234;me b&#226;timent, &#224; ce qu'il parait ils s'appr&#234;taient &#224; faire la pri&#232;re. Ils sont venus sur lui, ils se sont jet&#233;s sur lui. Une &#233;ponge dans la bouche pour qu'il se morde pas la langue, un casque de boxeur sur la t&#234;te, pour qu'il se tape pas la t&#234;te sur les murs, et menott&#233;s par derri&#232;re, et scotch&#233; menott&#233; les pieds, le mec il touchait pas le sol. Moi j'ai entendu les cris et tout &#231;a j'&#233;tais pas dans le m&#234;me b&#226;timent. Il touchait pas par terre le mec. Son vol il a commenc&#233; l&#224; o&#249; il &#233;tait en fait.&lt;br class='manualbr' /&gt;Et les mecs qui &#233;taient avec lui, ses bin&#244;mes, ceux qui dorment avec lui, ses co, bah ils &#233;taient enrag&#233;s je crois. Ils ont foutu le feu, devant les cam&#233;ras.&lt;br class='manualbr' /&gt;[&#8230;]&lt;br class='manualbr' /&gt;J'&#233;tais en contact avec un Tunisien l&#224;-bas et il m'a dit ils ont pris deux ans deux ans et un an. En plus le Tunisien avec qui je parlais hier il a pris l'avion. Il a dit franchement moi je rentre.&lt;br class='manualbr' /&gt;[&#8230;]&lt;br class='manualbr' /&gt;Les mecs ils ont mis le feu, ils ont br&#251;l&#233; les matelas tout &#231;a. Parce que les mecs ils ont br&#251;l&#233; le feu, c'&#233;tait &#224; l'ext&#233;rieur. C'est pour dire. A l'ext&#233;rieur&#8230;&lt;br class='manualbr' /&gt;Alors les mecs ils ont commenc&#233; &#224; foutre le feu dehors, devant les cam&#233;ras. Je te dis &#231;a parce que vraiment les gens qui prennent deux piges deux piges une pige c'est compliqu&#233; tu vois. Ils ont pris deux piges pour &#231;a. Pour avoir br&#251;l&#233; des matelas dehors. Ca veut dire y a rien qui br&#251;le. Les keufs t'as vu ils sont arriv&#233;s, ils ont sorti l'armurerie. Les matraques, les gaz. Ils ont mis les personnes accroupies dans un coin l&#224;-bas et puis ils les ont dispatch&#233;s dans les autres b&#226;timents. Et la nuit les gens ils ont pas dormi. Parce que les autres b&#226;timents y a dix personnes ils sont blind&#233;s. Ils ont pass&#233; une nuit blanche dans la salle t&#233;l&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; On appelle les prisonniers de Rennes et de tous les autres centres &#224; nous rejoindre dans la lutte &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Alors que leur centre de r&#233;tention est en travaux suite &#224; des r&#233;voltes qui l'ont mis partiellement hors d'usage deux mois auparavant, les prisonniers du CRA de Oissel, pr&#232;s de Rouen, se mettent en lutte pendant plusieurs jours. Ils ont &#233;crit le jeudi 6 juin 2019 un communiqu&#233; pour raconter les raisons de leur col&#232;re et de leur mobilisation.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous on fait gr&#232;ve par rapport &#224; la nourriture qui est pas bonne. Le centre de r&#233;tention est sale. Les douches sont bouch&#233;es. Les lavabos sont bouch&#233;s. Y a un terrain de foot o&#249; personne peut faire du sport. C'est les policiers qui font du sport &#224; notre place. Y a pas d'activit&#233; ici. Le CRA est en travaux. Hier on s'est embrouill&#233; avec eux, ce matin ils ont reveill&#233; t&#244;t le matin tout le monde pour prendre des gens et les ramener en Espagne. Toute la journ&#233;e y a du bruit parce que le centre est en travaux. Il est en travaux parce qu'il a br&#251;l&#233; recemment. On devrait &#234;tre sortis pendant les travaux. Il devrait pas y avoir de prisonniers ici.&lt;br class='manualbr' /&gt;Hier ils ont mis un gars qui avait 16 ans a l'h&#244;pital pour lui faire le test osseux et depuis pas de nouvelles des r&#233;sultats. Il est toujours l&#224;. Ici les flics ont conseill&#233; &#224; la femme d'un prisonnier de divorcer de son mari si elle veut avoir un jour les papiers. Y a des gars qui devraient &#234;tre &#224; l'h&#244;pital. Y a un gars qui doit se faire op&#233;rer, il ne peut pas respirer par le nez. Y a un mec ici qu'a l'h&#233;patite B et un autre l'h&#233;patite C. Ils devraient &#234;tre &#224; l'h&#244;pital. On sait qu'&#224; Rennes depuis l'incendie du CRA de la bas c'est plus pareil. Ils ont plus de sport, les visites c'est plus compliqu&#233;. Les policiers &#233;coutent tout et laissent les portes ouvertes. Face &#224; tout &#231;a, on appelle les prisonniers de Rennes et de tous les autres centres &#224; nous rejoindre dans la lutte ! &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Des prisonniers du CRA de Oissel&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Force et courage &#224; tou&#183;te&#183;s les enferm&#233;&#183;e&#183;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les r&#233;voltes dans les centres de r&#233;tentions continuent ! Il y a plusieurs semaines les prisons pour &#233;tranger&#183;e&#183;s de Oissel puis de Rennes &#233;taient en partie d&#233;truit par des r&#233;voltes de prisonniers. En fin de semaine derni&#232;re c'est au CRA 2 du Mesnil Amelot qu'une autre r&#233;volte a eu lieu. R&#233;sultat : tout le batiment 9 du CRA2 a br&#251;l&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8220;Chaque policier par exemple il travaille trois jours &#8211; trois jours, il vient il fait sa loi !&#8221;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Des prisonniers du CRA de Lyon Saint Exup&#233;ry racontent les conditions d'enfermement et leur quotidien : inondation, gazage et isolement, le 1er juillet 2019 (crametoncralyon.noblogs.org)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Hier comment il pleuvait. Il y a de la pluie, il y a l'inondation et y'a de l'eau il est rentr&#233; dans les chambres. Et les gens ils ont cri&#233; pour avoir de l'aide. Et euh 5 minutes ils sont venus les policiers avec des masques, avec des bombes lacrymog&#232;nes avec des gaz, avec des b&#226;tons et ils commen&#231;aient &#224; battre tout, tous les gens. Il sont sortis avec la pluie qu'il y a, ils ont sorti les gens dans la cour. Ils les ont laiss&#233;s l&#224; avec la pluie. Et ils insultent. Puis ils ont ramen&#233; des pompiers. Ils ont nettoy&#233; tout et ils ont d&#233;bouch&#233; je sais pas quoi. Ils ont d&#233;bouch&#233; quelque chose et de l'eau. Ils ont ramen&#233;s deux au mitard, &#224; l'isolement. Ils ont laiss&#233; jusqu'&#224; 11h. Et ils ont frapp&#233; aussi hein !! Ils ont frapp&#233; ils ont&#8230; comment &#231;a se dit.. Ils ont tir&#233; des pieds je jure hein ! Comme un sac ! Comme un sac de patates jte jure ! Ils ont pris jusqu'&#224; la chambre, ils ont ferm&#233; la chambre. Il rest&#233; tout seul jusqu'&#224; le matin, &#224; 11h du matin ils ont laiss&#233; sortir. Euh je suis pas d'accord avec eux. Ce qu'ils ont fait. Ils ont pas le droit de frapper des gens et, ils ont pas le droit de frapper des gens et aussi pour jeter le gaz lacrymog&#232;ne dans le visage. C'est pas une bonne id&#233;e y'a des gens qui sont malades, qui sont asthmatiques et &#231;a c'est moche.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous on a rien fait ! Et c'est &#231;a moi pour cette raison que je parle. Oui aussi les gens qui ont de la famille, ils sont venus, ils ont pris la route 100 km, ya des gens qui viennent de Chambery, qui sont venus de Annecy pour les visites, ils ont pas laiss&#233; pour voir ce qu'il passe, le bordel qu'il passe avec les policiers, avec nous. Ils disent qu'il y a trop. Il y a des gens qui sont venus aussi, ils ont des femmes qui sont mari&#233;es &#224; Grenoble ou il viennent des gens d'Annecy et jusqu'&#224; maintenant ils n'ont pas laiss&#233;. Ils ont laiss&#233; rien passer, 5 personnes ou 6 personnes aujourd'hui.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mon copain il t'a dit aussi pour les m&#233;dicaments il a mal au dent ils donnent du doliprane. Il a mal de l'estomac ils donnent du doliprane. Il a mal de la t&#234;te ils donnent du doliprane. Les yeux c'est le m&#234;me ! Doliprane ! Doliprane ! Ici rien d'autre que du doliprane, le m&#234;me m&#233;dicament pour tout ! Y en a ils donnent du Valium, &#231;a pour tuer des gens, des arabes, pour les droguer. Lyrica, Diazepam, c'est rien que pour les arabes hein, jte jure les albanais ils prennent pas. Je sais pas pourquoi ils leur donnent pour les arabes. Tu les vois se droguer c'est les m&#234;mes que des animaux hein ! Alors que c'est des gens. Moi &#231;a fait 48 jours que je suis l&#224;. Il y a des gens qui ont maintenant 52 jours. Et eux aussi hein, les pauvres comme moi le stress et tout pour cette raison ils leur donnent Valium, ils leur donnent &#231;a pour se calmer hein. Le stress de la prison, comment on nous traite. Ils frappent, ils insultent tu as compris ? Ils nous disent &#8220;tu es ici, nous on fait ce qu'on veut. Chacun chez nous tu es ici, toi tu peux rien, sinon tu prends ton bagage et tu pars au bled&#8221; Chacun il fait la loi ici ! Chaque policier par exemple il travaille trois jours &#8211; trois jours, il vient il fait sa loi ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Dans la nuit du 7 au 8 juillet une personne est morte &#224; 32 ans dans le CPR (&lt;i&gt;Centri di Permanenza per il Rimpatrio&lt;/i&gt;, &#233;quivalent des CRA en Italie) de Turin, une ville dans le nord de l'&#8202;Italie. Elle est morte en cellule d'&#8202;isolement dans le CPR apr&#232;s avoir d&#233;nonc&#233; un viol. Il y a eu des r&#233;voltes et des manifestations &#224; l'&#8202;exterieur.&lt;br class='manualbr' /&gt;7 juillet : un d&#233;tenu du CPR de Torino meurt faute de soins. Dans les jours qui suivent, une r&#233;volte secoue le CPR. Une tentative d'&#8202;incendie, des affrontements avec la police, des prisonniers bless&#233;s. &lt;br class='manualbr' /&gt;12 juillet : pour protester contre la bouffe immangeable et dans la foul&#233;e de la r&#233;volte pour le d&#233;tenu laiss&#233; crever, une gr&#232;ve de la faim d&#233;bute dans le CPR de Turin. Pendant 3 jours, presque personne ne mange. Des d&#233;tenus montent sur le toit, gros tabassages de la part des keufs.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class='spip_document_4655 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/2019-06-22_Paris_LaChapelle_TractAntiCRA-670.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH696/2019-06-22_Paris_LaChapelle_TractAntiCRA-670-180f7.jpg?1780463361' width='500' height='696' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Suite &#224; ce rassemblement, nous sommes all&#233;&#183;e&#183;s en parloir sauvage au CRA de Vincennes ou nous avons pu crier notre solidarit&#233; et entendre qu'elle avait &#233;t&#233; entendue. Sur le retour une trentaine de BRAV (flics &#224; moto) et des quelques camions de CRS nous ont fait courir et d&#233;couvrir les recoins de Joinville. Quelques contr&#244;les d'identit&#233; mais pas d'arrestations.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Action contre Air France et les d&#233;portations pendant la Marche des Fiert&#233;s &#224; Paris ! &lt;br class='manualbr' /&gt;De plus en plus d'entreprises s'invitent &#224; la Marche des Fiert&#233;s, ce 29 juin 2019, c'&#233;tait autour d'Air France avec un char Person'Aile. Une centaine de personnes d&#233;cident de bloquer le char, et de rappeler le r&#244;le d'Air France dans les milliers de d&#233;portations qui ont lieu chaque ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8220;On a allum&#233; le feu&#8221;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le 8 juillet 2019, des copains du b&#226;timent 1 du CRA de Vincennes (il y a deux b&#226;timents distincts dans ce CRA, les retenus ne sont pas m&#233;lang&#233;s) ont incendi&#233; une cellule pour protester contre leur enfermement et leurs conditions de vie en CRA.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a allum&#233; le feu. Apr&#232;s on est rest&#233;s bloqu&#233;s dans la cour dehors du midi jusqu'au soir. Ici on nous consid&#232;re comme des chiens, on nous respecte pas, on nous parle mal, on a aucun droit contre la police. La police nous insulte, l'autre jour un policier m'a film&#233; je lui ai dit d'arr&#234;ter, je lui ai dit qu'il a pas le droit, qu'on n'est pas des singes, il filme pour mettre sur son mur facebook et rigoler. Le policier a r&#233;pondu qu'on est des singes.&lt;br class='manualbr' /&gt;On est des animaux pour elles et eux, on peut rien faire, on se fait taper et on doit fermer notre gueule. On peut pas r&#233;pondre si on se fait taper. Si on r&#233;pond on va en prison, apr&#232;s le vol arrive plus vite. L'ASFAAM [association au CRA de Vincennes], le Juge des libert&#233;s et les keufs ils travaillent ensemble.&lt;br class='manualbr' /&gt;Et puis le JLD c'est de la merde. Y a quelqu'un dans le CRA qui a les papiers espagnols, qui a toute sa vie l&#224;-bas et ils le laissent pas sortir, le JLD veut pas l'envoyer en Espagne. Y en a un autre au bout de 88 jours (dur&#233;e d'enfermement : 90 jours) il a &#233;t&#233; d&#233;port&#233; avec la force physique, amen&#233; &#224; l'a&#233;roport et dans l'avion.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les m&#233;decins ont pas donn&#233; un certificat &#224; quelqu'un qui s'est cass&#233; le bras au CRA pour l'amener &#224; l'h&#244;pital. Ils l'ont jamais amen&#233; &#224; l'h&#244;pital. Un autre qui &#233;tait diab&#233;tique il avait pas acc&#232;s &#224; l'insuline, quand il faisait des crises il tombait par terre.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ici c'est l'angoisse, que des probl&#232;mes, personne rigole, y a que des insultes avec les keufs. On sait pas quand on va sortir, quand y aura un vol. Le CRA c'est comme une peine de prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8220;Ce lundi on est une trentaine &#224; avoir refus&#233; le repas ce midi...&#8221;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;D&#233;but juillet, la situation est tr&#232;s tendue depuis plusieurs semaines dans la prison pour &#233;trang&#232;r&#183;e&#183;s du Mesnil Amelot. Cette semaine apr&#232;s plusieurs tentatives de suicides violemment r&#233;prim&#233;es, les prisonniers des deux centres du Mesnil (CRA2 et CRA3) ont lutt&#233; collectivement contre le racisme et la violence des keufs de la PAF.&lt;br class='autobr' /&gt; _ Dans la foul&#233;e, la CIMADE (l'asso qui fait du soutien juridique dans le centre) a d&#233;cid&#233; d'exercer son droit de retrait pendant trois jours. Avec des t&#233;moignages de 2 copains, S. et O., enferm&#233;s au CRA2 du Mesnil on revient sur ce qui s'est pass&#233; cette semaine.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 13 au soir une nouvelle commence &#224; tourner :&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; L&#224; on est tous dans la cour avec toutes nos affaires, ceux des b&#226;timents 10,11 et 12 ! &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Le lendemain on prend des nouvelles :&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Hier soir apr&#232;s avoir essay&#233; de bloquer la cours on est rentr&#233;s dans les b&#226;timents. A 22h40 ils ont amadou&#233; tout le monde. Ils ont pris un gars du b&#226;timent 10 et ils lui ont donn&#233; une p&#233;tition &#224; remplir.&lt;br class='autobr' /&gt; _ Mais moi je pense qu'une p&#233;tition c'est pas une bonne id&#233;e. Y a le &#8220;repr&#233;sentant&#8221; du b&#226;timent 10 ils lui ont pass&#233; qu'&#224; lui la p&#233;tition. Il faut tout &#233;crire, qui on est, qu'est ce qu'on veut..&lt;br class='autobr' /&gt; _ Oblig&#233; ils vont essayer d'avoir ou de trouver des leaders et de les virer tout &#231;a. Des gars vont prendre des vols c'est s&#251;r. Cette p&#233;tition c'est eux qui ont dress&#233; les r&#232;gles..&lt;br class='manualbr' /&gt;On dirait un jeu et c'est eux qui contr&#244;lent le jeu. C'est un d&#233;lire.&lt;br class='manualbr' /&gt;La police dit ce qu'elle veut quoi...&#8221;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;S.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le lundi 15 juillet, un mouvement collectif a eu lieu au CRA 2B de Vincennes (donc l'autre b&#226;timent). S., enferm&#233; l&#224; bas raconte ce qui s'y passe.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce lundi on est une trentaine &#224; avoir refus&#233; le repas ce midi. Trente cinq pour &#234;tre pr&#233;cis.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le lundi soir on a mis tous les matelas dans la cour. Et on a pas dormi de la nuit. T&#244;t le matin ils sont venu pour un vol cach&#233;. Le gars ils l'ont tabass&#233; devant nous. Alors y en a ils ont r&#233;agit. On s'est fait taper et tout. Dans la journ&#233;e de mardi, on &#233;tait de moins en moins nombreux dehors. Y avait plein de flics autour de nous avec des gazeuses.&lt;br class='manualbr' /&gt;Y a une personne qui est venu nous parler. Ils sont venu le deuxi&#232;me jours. Ils sont repartit. Apr&#232;s ils venaient chaque cinq minutes pour des fouilles etc. On nous appelait pas pour le m&#233;decin et tout.. Maintenant &#231;a c'est calm&#233; avec eux.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le grad&#233; nous a demand&#233; pourquoi on faisait &#231;a. On leur a dit que c'&#233;tait &#224; cause des trois mois, que c'&#233;tait trop pour les violences polici&#232;res et tout. Ils nous ont dit que c'&#233;tait pas de leurs ressort et ils sont repartit.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les gens sont all&#233;s manger peu &#224; peu tout seul parce qu'ils pouvaient plus tenir. Ils ont pas de parloir ni rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui on est le 18 juillet. On est encore sept en gr&#232;ve de la faim. &#199;a devient tendu. Hier j'ai perdu une dent, je sors la bouche en sang avec la dent dans la main pour demande avoir le docteur. On me dit &#8220;Ouais attends..&#8221; J'ai vu personne. En plus je suis tomb&#233; malade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; On est encore une dizaine &#224; toujours &#234;tre en gr&#232;ve de la faim. C'est pas tout le monde qui tient le coup &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pendant ce temps l&#224;, le CRA de Palaiseau entre aussi en lutte. Des prisonniers du CRA de Palaiseau se mettent en gr&#232;ve et font sortir un texte collectif.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici il y a une gr&#232;ve de la faim depuis ce matin mercredi 17 juillet 2019. Si on fait &#231;a c'est par rapport &#224; la nourriture d&#233;j&#224;. Il y a tout le temps de la viande et pas hallal. Alors qu'ici y a beaucoup de musulmans ou v&#233;g&#233;tariens comme les rastas. C'est aussi par rapport &#224; l'acc&#232;s &#224; l'eau, ici y a pas de machine &#224; eau fraiche. L'OFII &#224; refus&#233; aujourd'hui de nous laisser acheter de l'eau en bouteille, alors m&#234;me qu'il a fait tr&#232;s chaud. Sur les 3 derniers jours la machine &#224; caf&#233; a fonctionn&#233; une seul apres midi.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'infirmerie faut en parler. Y en a ils sont malade mais on les soigne m&#234;me pas.&lt;br class='manualbr' /&gt;Tout &#231;a c'est un moyen de pression pour les keufs sur les retenus.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ici y a beaucoup de p&#232;res, de gens qui ont des familles. Et tout ce qu'on nous propose c'est de partir au pays.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ici y en a un il est malade du coeur, mais vu qu'il a perdu son dossier m&#233;dical il est pas soign&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Y en a un ici il &#233;tait a l'h&#244;pital de Villejuif et ils l'ont ramen&#233; au centre de r&#233;tentions. Ils ont chang&#233;s ses m&#233;docs comme &#231;a.&lt;br class='manualbr' /&gt;Y en a un ici son pays n'a pas d'ambassade en France, dans tous les cas c'&#233;tait impossible pour lui de faire les papiers.&lt;br class='manualbr' /&gt;Y en a un ici c'est la pr&#233;fecture qui a &#233;gar&#233; tous ses papiers marocains, ce qui fait qu'il est ici et qu'il attend. Un autre s'est fait arr&#234;ter en allant a l'a&#233;roport, apr&#232;s avoir achet&#233; son billet. La France l'emp&#234;che de partir. Il le ram&#232;ne ici et le font gal&#233;rer. C'est n'importe quoi.&lt;br class='manualbr' /&gt;Y en a un il s'est pr&#233;sent&#233; au comico pour r&#233;pondre &#224; une convocation et ils l'ont ramen&#233; au CRA. C'est pas le seul.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ici y en a une quinzaine qui sortent de la prison. Il faut arr&#234;ter la double peine, et les aller retour cra-prison-cra.&lt;br class='manualbr' /&gt;Tout cela c'est un moyen de pression pour faire craquer les gens et quitter la France. Les 3 mois c'est beaucoup trop. Ici c'est pas de la r&#233;tention c'est de la prison. C'est m&#234;me pire que la prison parce que t'as pas le droit de cantiner ni nourriture ni eau.&lt;br class='manualbr' /&gt;Y a un &#233;tat d'esprit &#233;lectrique ici. Tout le monde court partout. En 2h la police est intervenu 5 fois. On veut des changements rapidement dans le centre sur l'acc&#232;s &#224; la nourriture, &#224; l'eau et au soin.&lt;br class='manualbr' /&gt;On appelle les autres centres &#224; se mettre en lutte aussi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;22 prisonniers du centre de r&#233;tention de Palaiseau&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8220;On dirait qu'on est &#224; Guantanamo quoi ! Une cage !&#8221;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Au mois de juillet 2019, les prisonniers du CRA de Lyon Saint-Exup&#233;ry ont fait une gr&#232;ve de la faim. On relaie leurs t&#233;moignages de lutte.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Du coup &#224; ce moment-l&#224; au CRA depuis euh mardi soir, l&#224; on est jeudi, ya une gr&#232;ve de la faim. On a commenc&#233; la gr&#232;ve de la faim parce qu'ils ont vol&#233; &#224; quelqu'un ses v&#234;tements, ses propres v&#234;tements dans le coffre. Chez les policiers il a pas trouv&#233; ses v&#234;tements. Il a r&#233;clam&#233;, il a r&#233;clam&#233;, il a parl&#233; avec tous les policiers qui &#233;taient l&#224;-bas mais rien !&lt;br class='manualbr' /&gt;Il &#233;tait &#233;nerv&#233;, il est rentr&#233; dans le couloir il a allum&#233; une couverture. &#192; chaque fois on se fait voler notre argent, nos affaires, nos trucs personnels et eux, ils disent &#171; on ne sait pas &#187;.Mais y'a des cam&#233;ras, il y a tout ce qu'il faut l&#224;-bas !En fait ils nous donnent pas les bonnes r&#233;ponses. Ils essayent &#224; chaque fois d'esquiver notre question. Et nous on a commenc&#233; la gr&#232;ve de faim. Personne qui mange jusqu'&#224; ce qu'on r&#233;cup&#232;re nos sacs, nos affaires. &lt;br class='manualbr' /&gt;Si on se fait pas voler nos affaires, ils prennent les gens chez eux dans les bureaux et les frappent. M&#234;me tu peux pas frapper quelqu'un parce qu'il a insult&#233; !Si c'est physiquement &#231;a c'est une autre chose, mais s'il te dit juste une insulte on a pas le droit de &#231;a. Alors chaque fois s'il y a quelqu'un qui rentre l&#224;-bas et les insulte et m&#234;me quelqu'un il a des probl&#232;mes, ils le tapent, ils l'am&#232;nent au mitard.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ils nous contr&#244;lent partout. Si vous rentrez ici vous voyez les cages qu'ils nous ont mises un peu partout &#231;a c'est pas normal quoi on dirait que on est &#224; Guantanamo quoi ! Une cage ! On est dans une cage ici ! Tout est ferm&#233; dehors, et dehors et de tous les cot&#233;s ! Ils ont mis un mur ! Une sorte de mur comme &#231;a de m&#233;tal vert, que on peut pas voir dehors, on peut rien ! Et toute la journ&#233;e le soleil il tape dedans et la chaleur elle rentre dans les chambres. L&#224; on est le 4, il fait tr&#232;s chaud ! &#199;a veut dire si dehors il fait 40&#176;, dans les chambres c'est 60&#176;. Alors que nous on est juste des personnes qu'on a pas des papiers, on est pas des criminels !&lt;br class='manualbr' /&gt;Alors tout tout&#8230; Tout ce qu'ils amorcent ici &#231;a marche &#224; l'envers en fait ! Ils veulent nous faire chier comme comme &#231;a on ram&#232;ne nos passeports, on ram&#232;ne tout ce qu'il faut pour partir d'ici le plus vite possible. &#199;a c'est pas normal ! Vous voyez ce que je veux dire ? C'est &#231;a en fait ! C'est &#231;a ! C'est &#231;a.&lt;br class='manualbr' /&gt;Depuis que la gr&#232;ve de faim a commenc&#233; ils sont venus, ils ont commenc&#233; &#224; essayer de parler avec nous mais on a pas parl&#233; avec eux. On a donn&#233; nos cartes parce que quand on rentre pour manger faut qu'on montre nos cartes. Alors si tout le monde il mange pas, on a dit &#171; voil&#224; nos cartes, nous on mange pas ! &#187; C'est pour &#231;a, c'est &#231;a la raison. Pour leur dire que nous on veut pas manger, on fait la gr&#232;ve de la faim. Ouais tout le monde a donn&#233; sa carte. Nous on a dit donnez-nous, donnez-nous nos affaires. Ils nous disent &#171; Non ! Il faut manger d'abord et boire de l'eau et apr&#232;s on va vous rendre vos cartes &#187;.Vous voyez ce que je veux dire ? &#199;a c'est pas normal ! Alors si on refuse de manger, eux ils refusent de nous donner nos affaires. Nos propres affaires ! Notre propre argent ! Sans la carte &#231;a marche rien du tout, on peut m&#234;me pas acheter du tabac. Rien ! Ils nous coupent tout comme &#231;a, ils veulent nous couper tout ! Tout ce qu'il faut, tout ce qui vient de dehors comme &#231;a on est oblig&#233; de manger ici chez eux alors comme &#231;a eux ils disent, &#171; ok, vous avez fini votre gr&#232;ve de la faim &#187;. Alors premi&#232;rement ils nous ont dit &#171; oui on va vous donner vos affaires et tout &#231;a &#187; et apr&#232;s il ont vu le premier jour, le deuxi&#232;me jour et maintenant le troisi&#232;me jour qu'on fait vraiment la gr&#232;ve de la faim. Alors ils essayent de nous couper de tout le monde. De tout ce qu'on peut rentrer de dehors. De tout ! Vous voyez ?&lt;br class='manualbr' /&gt;On est pas des animaux on est comme des &#234;tres humains ! Juste qu'on est partis parce qu'on est pauvres ! On a m&#234;me pas le moyen de manger, c'est pour &#231;a on essaye juste de vivre comme tout le monde. On est pas tous des criminels ou jsais pas quoi. C'est &#231;a mon message.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8220;Ils fouillent les chambres. 3 ou 4 fois par jour des fois&#8221;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En ao&#251;t, la situation est tendue au centre de Palaiseau, o&#249; une &#233;quipe de flics particuli&#232;rement s'en prend aux prisonniers. Un prisonnier raconte quelques moments un peu chauds. Publi&#233; le 12 ao&#251;t 2019&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &#192; peine tu descends les escaliers pour aller a l'infirmerie, t'y es d&#233;j&#224;. Ici on est 36 mais la cour elle est plus petite qu'en quartier d'isolement s&#233;curitaire en prison.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#192; Palaiseau, y a une des deux &#233;quipes de keufs... ils triquent vraiment les gens. Dans chaque &#233;quipe y a un grad&#233;, et celui-l&#224; il aime trop aller vers les gens et crier &#171; TA GUEULE ! &#187;. Il est grand, genre 1m80, 100kg. Il emm&#232;ne les gens &#224; l'isolement parce qu'il n'y a pas de cam&#233;ras et l&#224;-bas ils se font d&#233;foncer.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce matin d&#233;j&#224; c'&#233;tait tendu. Y a un gars qui est parti les voir, il &#233;tait 12h17. D&#233;j&#224; le matin m&#234;me ils n'ont pas voulu lui donner le ptit d&#233;j. &#192; midi ils ont ferm&#233; la cantine avant l'heure, alors il n'a pas mang&#233;. Normal, il p&#232;te un cable au bout d'un moment.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il a piss&#233; dans un gobelet et il l'a jet&#233; sur la porte de la police. Il a crach&#233; dessus. Ils sont sortis avec gazeuse et tout. Ils l'ont ramen&#233; en bas, ils l'ont triqu&#233; bien comme il faut. Apr&#232;s, ils ont voulu prendre sa veste pour nettoyer la pisse. Normal, il n'a pas voulu. Apr&#232;s, les flics tournaient dans le centre pour prendre ses affaires et nettoyer la pisse avec. Ils n'ont pas trouv&#233;. Lui il a d&#233;j&#224; eu deux vols donc vu comment ils se comportent avec lui, c'est s&#251;r ils vont le soulever et &#231;a va &#234;tre v&#233;n&#232;r.&lt;br class='manualbr' /&gt;Y a un aussi un ptit keuf tatou&#233; qui trique tout le monde. Lui, &#224; tous les repas il trique les gens. Les gens, ils veulent m&#234;me pas manger apr&#232;s. Il est un peu costaud, comment il fait le fou&#8230;&lt;br class='manualbr' /&gt;Il met les nerfs... La derni&#232;re fois, y a un gars il avait m&#234;me pas mang&#233;, le policier commence &#224; l'embrouiller d&#232;s qu'il arrive, genre il a d&#233;j&#224; mang&#233;. Le gars lui dit de v&#233;rifier sur sa liste. Le keuf v&#233;rifie et le gars avait raison. Mais au final il est parti sans manger. M&#234;me son coll&#232;gue lui a dit &#171; ah ouais toi t'es direct &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Tous les jours ils rentrent et ils fouillent les chambres. 3 ou 4 fois par jours des fois. Y a une &#233;quipe qui tourne toute la nuit. Toutes les 20 minutes, elle ouvre. Quand je dis tous les jours c'est vraiment tous les jours. Pas un jour sur deux. Alors qu'ils n'ont pas le droit de faire une fouille syst&#233;matique. M&#234;me en centrale s&#233;curitaire c'est pas &#231;a. &lt;br class='manualbr' /&gt;L'&#233;quipe de nuit dont j'te parle, eux ils dorment pas. Ils claquent les portes, ils allument la lumi&#232;re des fois. Sur le poignet d'un des keufs il y a &#233;crit &#171; GO &#187; tatou&#233; sur le poignet. C'est un asiat costaud bien grand. Lui &#231;a se voit il veut que la bagarre.&lt;br class='manualbr' /&gt;Y a une keuf, toute la nuit elle braque les lampes sur les fen&#234;tres. C'est &#231;a son d&#233;lire. La, &#231;a fait deux nuits qu'elle fait &#231;a. La nuit, elle ne nous laisse pas nous mettre &#224; la fen&#234;tre, elle nous insulte. L'autre fois, on l'appelle pour changer les cha&#238;nes, elle nous dit &#171; ah mais c'est avec nos imp&#244;ts &#187;, plein de petits trucs comme &#231;a.&lt;br class='manualbr' /&gt;Y a un gars, quand il &#233;tait &#224; l'a&#233;roport, ils lui ont mis des patates, il &#233;tait menott&#233;, ils l'ont jet&#233; par terre. Ils lui ont dit &#171; la prochaine fois, t'inqui&#232;te, on t'attend &#187;. Oblig&#233;, lui, il va prendre cher &#224; l'a&#233;roport.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Un prisonnier du centre de Palaiseau, le 11 ao&#251;t 2019&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8220;Crever dans un CRA n'est jamais un accident&#8221;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lundi 19 ao&#251;t, un prisonnier est retrouv&#233; d&#233;c&#233;d&#233; dans la cellule o&#249; il &#233;tait enferm&#233;, dans le Centre de r&#233;tention administrative de Vincennes. Un jeune homme de nationalit&#233; roumaine, rentr&#233; depuis quelques jours dans cette prison pour &#233;trangers. Les journalistes ne perdent pas de temps pour r&#233;p&#233;ter qu'&#8202;il s'&#8202;agit d'&#8202;un accident individuel finalement in&#233;vitable, que les matons et les autres collabos qui travaillent dans le CRA, n'&#8202;y sont pour rien : &#171; les premiers &#233;l&#233;ments d'&#8202;enqu&#234;te, notamment m&#233;dico-l&#233;gaux, conduisent &#224; &#233;carter l'&#8202;intervention d'&#8202;un tiers &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Selon les journaux, la cause de la mort serait li&#233;e &#224; des m&#233;dicaments. Mais d'&#8202;o&#249; il se serait procur&#233; ces m&#233;dicaments ? A l'&#8202;entr&#233;e du CRA, tout est saisi et mis au coffre, c'&#8202;est l'&#8202;infirmerie du centre qui file les m&#233;docs aux prisonniers (bien s&#251;r, surtout des somnif&#232;res pour que la situation reste tranquille dans la prison mais aussi des calmants). Certains prisonniers du b&#226;timent 1 de Vincennes parlent d'&#8202;overdose de m&#233;thadone : dans ce cas aussi, difficile d'&#8202;imaginer que les keufs ne soient pas au courant. D'&#8202;autres prisonniers sont plus sceptiques, y voient des responsabilit&#233;s directes de l'&#8202;administration et des matons.&lt;br class='manualbr' /&gt;En tout cas, les personnes avec qui on a pu parler n'&#8202;ont pas beaucoup d'&#8202;infos car d&#232;s que son d&#233;c&#232;s a &#233;t&#233; annonc&#233;, tous les prisonniers de l'&#8202;aile de sa cellule ont &#233;t&#233; sortis des b&#226;timents pendant plusieurs heures, de mani&#232;re &#224; ce que personne ne sache vraiment ce qui s'&#8202;est pass&#233;. Tout doit &#234;tre cach&#233;, dissimul&#233;, effac&#233;, d'&#8202;autant plus lorsqu'&#8202;il s'&#8202;agit d'&#8202;une mort. Les morts qu'&#8202;on dit accidentelles dans les CRA, sont loin d'&#8202;&#234;tre rares, en France comme ailleurs. [...]&lt;br class='manualbr' /&gt;L'&#8202;enfermement pousse &#224; bout et tous les jours dans les CRA en France des personnes se mutilent ou tentent de se tuer en avalant des lames, en s'&#8202;ouvrant les veines, en essayant de se pendre ou en se gavant de m&#233;dicaments. Comme Karim qui est mort en 2018 au CRA de Toulouse-Cornebarrieu o&#249; il &#233;tait prisonnier.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais crever dans une prison n'&#8202;est jamais un accident : que ce soit &#224; cause de la violence des keufs, du manque de soins, de l'&#8202;enfermement, c'&#8202;est le CRA m&#234;me qui produit ces morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques jours apr&#232;s la mort de ce prisonnier au CRA de Vincennes, dans le m&#234;me b&#226;timent, un prisonnier tr&#232;s &#226;g&#233; a eu une crise cardiaque. Les flics ont attendu avant d'appeler les secours, ils vont jusqu'&#224; se moquent de lui alors qu'il est au sol souffrant. Un autre prisonnier r&#233;agit, insulte les flics. R&#233;sultat : il est plac&#233; au mitard. Encore un exemple de comment les keufs pensent pouvoir jouer avec la vie des prisonnier&#183;e&#183;s dans les CRA, un exemple quotidien de r&#233;sistance et de r&#233;pression au sein de ces machines &#224; expulser qui sont aussi, bien souvent, des machines &#224; tuer.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;TENTATIVES D'&#201;VASIONS ET PUNITIONS COLLECTIVES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Comme dans toutes les autres prisons, tou.te&#183;s celles et ceux qui y sont enferm&#233;.e&#183;s pensent ou tentent un jour de se nachav.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Au CRA de Ponte Galeria de Rome il y a des r&#233;voltes et une &#233;vasion collective.&lt;br class='manualbr' /&gt;La section masculine du CPR (CRA)de Ponte Galeria, restructur&#233;e et remise en service il y a environ un mois, a finalement &#233;t&#233; inaugur&#233;e de la meilleure mani&#232;re possible : entre le 5 et le 6, une grande r&#233;volte a &#233;clat&#233; pour protester contre les invivables conditions du camp d'internement. Selon la seule source disponible pour l'instant (un article d'un syndicat de keufs), plusieurs dizaines de prisonniers, apr&#232;s avoir d&#233;chir&#233; portes et fen&#234;tres, &#171; ont contourn&#233; et forc&#233; le garde inter-force plac&#233; pour prot&#233;ger et surveiller la structure &#187;. Les fugitifs se sont dispers&#233;s dans le coin et certains ont &#233;t&#233; captur&#233;s et renvoy&#233;s dans les cellules. Actuellement 17 personnes ont r&#233;ussi &#224; retrouver la libert&#233;. On parle de certains bless&#233;s, parce qu'ils se sont &#171; bless&#233;s avec des lames de rasoir et d'autres armes improvis&#233;es &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;CONTRE TOUTES LES GAL&#200;RES, CONTRE TOUTES LES FRONTI&#200;RES, FEU AUX CPR !&lt;br class='manualbr' /&gt;SOLIDARIT&#201; AVEC LES PRISONNIERS EN LUTTE, VIVE LA LIBERTE !&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans la nuit du 18 au 19 mai, trois prisonniers du centre de r&#233;tention de Hendaye (au Pays Basque) ont r&#233;ussi &#224; s'&#233;vader ! Dans la semaine suivante deux des &#233;vad&#233;s se sont fait arr&#234;ter.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mardi aprem y en a deux qui sont mont&#233;s sur les toits du batiment 12 et l'autre sur les grilles. Ils en ont marre de ce qui se passe ici. Lui (celui des grilles) voulait &#234;tre extrad&#233; en Belgique o&#249; il avait fait sa demande d'asile mais non eux ils veulent le renvoyer au Maroc. Lui il voulait pas y retourner. Il a parl&#233; avec eux, mais personne nous &#233;coute ici.. Apr&#232;s il a mis le barbel&#233; autour du cou. Juste il n'en pouvait plus.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est d'autres prisonniers qui parlaient arabe qui l'ont calm&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les gars sur les toits ils voulaient juste pas rester 3 mois ici. 3 mois c'est trop. Y en a deux qui ont &#233;t&#233; transf&#233;r&#233;s dans d'autres CRA. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22 juillet : double tentative d'&#233;vasion du CPR de Turin (les deux personnes ont &#233;t&#233; malheureusement rattrap&#233;es).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques nouvelles du Plaisir et du Mesnil-Amelot, et pour une fois m&#234;me une bonne nouvelle !&lt;br class='manualbr' /&gt;Mardi 6 ao&#251;t, Mesnil-Amelot. Un prisonnier est transf&#233;r&#233; vers l'a&#233;roport pour &#234;tre d&#233;port&#233;. A l'arriv&#233;, pendant le transfert des affaires, une porte mal ferm&#233;e et.. une personne de plus qui est libre !&lt;br class='manualbr' /&gt;De ce qu'on sait, aujourd'hui, 5 jours plus tard il est toujours libre. Beaucoup de force &#224; lui !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis le vendredi 8 ao&#251;t au Plaisir, trois prisonniers ont essay&#233; de s'&#233;vader tard dans la nuit. Malheureusement les keufs les ont rattrap&#233;s, et un d'eux &#224; &#233;t&#233; transf&#233;r&#233; imm&#233;diatement dans une autre prison pour sans-papiers.&lt;br class='manualbr' /&gt;Force &#224; tou.te&#183;s les &#233;vad&#233;.e&#183;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Salut ! Je vous appelle pour vous dire qu'y a eu une &#233;vasion &#224; Plaisir ! La y a m&#234;me pas une heure ! Au moins 3 gars. Askip ils ont fait un trou dans le mur et se sont tir&#233;. Je vous tiens au courant. &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; C'est moi &#224; nouveau. Les 3 sont loin apparemment, mais les suivants ont trop h&#233;sit&#233; et y en a un il s'est fait pet&#233; en passant par le trou. En fait c'&#233;tait la fenetre dont ils avaient p&#233;t&#233; les barreaux. Ca fait plaisir ! Je vous laisse faire tourner l'info ! Avec le gars de Mesnil la semaine derni&#232;re &#231;a fait trois &#233;vasions l&#224;. &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Mi-ao&#251;t au CRA de Plaisir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Verdict : &#8220;3 mois de prison avec maintien en d&#233;tention&#8221;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vendredi 16 ao&#251;t dernier, la PAF a une fois de plus tabass&#233; des prisonniers du Centre de R&#233;tention Administratif de Lyon-St-Exup&#233;ry. Des personnes se sont retrouv&#233;es &#224; terre, gravement bless&#233;es, pendant que d'autres appelaient &#224; l'aide. Les keuf.es les ont parqu&#233;es pendant plusieurs heures, et bien &#233;videmment, iels n'ont fait venir aucune assistance m&#233;dicale malgr&#233; les appels. Pour se faire entendre, T., emprisonn&#233; au CRA, met le feu &#224; un matelas. Il a &#233;t&#233; jug&#233; le lundi 19 ao&#251;t en comparution imm&#233;diate, et a &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; 3 mois de prison avec maintien en d&#233;tention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8220;J'ai fait un outil avec la poign&#233;e de la porte de ma chambre et deux vis, pour couper le grillage&#8221;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tentatives d'&#233;vasion, auto-mutilations&#8230; le quotidien dans le CRA de Vincennes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On relaye ici le t&#233;moignage de M., prisonnier au CRA de Vincennes depuis plus de 30 jours (soit depuis le 1er octobre). Un t&#233;moignage en deux temps o&#249; il raconte d'abord l'auto-mutilation d'un co-retenu puis sa tentative d'&#233;vasion quelques jours plus t&#244;t (cette semaine-l&#224; plusieurs tentatives d'&#233;vasion ont eu lieu au CRA de Vincennes ainsi qu'&#224; celui de Mesnil-Amelot). Suite &#224; sa tentative d'&#233;vasion M. a fait une garde &#224; vue mais n'a pas &#233;t&#233; poursuivi.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Moi je suis l&#224; depuis 33 jours, j'ai un vol bient&#244;t. La bouffe c'est pas terrible, les t&#233;l&#233;s, une marche pas et l'autre fait un bruit incroyable tu peux pas rester &#224; cot&#233;, y a un ballon de foot tout d&#233;chir&#233; on peut pas l'utiliser, il y a deux tables de ping pong mais il y a pas le reste pour jouer. C'est des petites choses mais &#231;a fait beaucoup pour nous on est enferm&#233;s 24 sur 24, &#231;a nous sort d'ici un peu, surtout pour la t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il raconte l'auto-mutilation de son pote :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Apr&#232;s il y a la personne que j'aime bien ici, j'ai fait une relation d'amiti&#233; avec. Je suis son ami il est mon ami voil&#224;. Mais apr&#232;s une visite de sa femme qui s'est pas bien pass&#233;e, il a explos&#233; il est fatigu&#233; voil&#224; d'&#234;tre maintenu ici sans aucune raison, comme moi. Donc il a explos&#233;, il s'est coup&#233; lui m&#234;me, avec une lame de rasoir (ici il y a tout ici). Il a eu de la chance j'&#233;tais &#224; cot&#233; de lui j'ai vu je suis tout de suite venu, &#231;a coulait trop, juste sur le ventre il a pris 27 points de suture, c'est quand m&#234;me beaucoup hein. Je l'ai pris, je l'ai retenu dans mes bras, il avait une force incroyable j'ai mal au dos &#224; cause de ca. Je l'ai pris tout seul, je l'ai ramen&#233; &#224; l'infirmerie tout seul, de la police j'avais peur. Je l'ai embrass&#233;, je l'ai pris dans mes bras pour pas le laisser faire plus parce qu'il essayait toujours de donner des coups de t&#234;te &#224; la porte tout &#231;a. Et pour &#233;viter &#231;a il faut une force incroyable t'imagines m&#234;me pas j'ai tr&#232;s mal au dos. Et voil&#224;. Apr&#232;s &#231;a il est all&#233; &#224; l'h&#244;pital, le jour apr&#232;s il est revenu. J'ai fait mon lit &#171; tu dors sur mon lit et je dors par terre ya pas de soucis et demain on va voir. &#187; parce que sa chambre elle est rest&#233;e ferm&#233;e. Le jour apr&#232;s ils sont venus nous parler pour dire qu'ils vont ouvrir sa chambre bient&#244;t mais il y avait du sang partout tout &#231;a tout &#231;a. &#171; dans une heure maximum votre chambre elle est ouverte &#187;. Il a pass&#233; une heure, deux heures, trois heures, quatre heures, rien. Il a tout dans sa chambre toutes ses affaires, il a &#224; manger il a tout. Il est revenu demander j'&#233;tais &#224; cot&#233; de lui il y avait un petit policier. (j'appelle &#231;a le syndrome du petit chien, le petit policer qu'on voit en CRA il arrive &#171; wouwouwou&#8230; &#187; apr&#232;s il devient un grand chien et &#171; WOUAF ! &#187;) et il a commenc&#233; a provoquer et il a agress&#233; mon coll&#232;gue au ventre l&#224; o&#249; il a les points de suture et apr&#232;s je me suis mis au milieu et voil&#224; et mon ami il peut pas se d&#233;fendre contre la police sinon c'est comme s'auto-mutiler encore. il s'est retap&#233; sur la porte apr&#232;s je l'ai repris dans mes bras, ramen&#233; &#224; l'infirmerie et il s'est stabilis&#233;. Mais en fait c'est la fatigue, il est arriv&#233; &#224; un point de fatigue, sa femme elle est enceinte de 8 mois bient&#244;t elle va mettre au monde et lui il veut rester &#224; cot&#233; de sa femme, t'as compris. C'est un truc de malade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il raconte sa tentative d'&#233;vasion :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On a du temps pour penser ici ! La premi&#232;re fois que je suis arriv&#233; ici j'ai commenc&#233; &#224; voir les points fragiles pour sortir. J'ai mis dix jours pour regarder les angles morts des cam&#233;ras et tout pour trouver la faille. Comme je travaille dans le b&#226;timent je connais les mat&#233;riaux je connais comment &#231;a marche c'est pour &#231;a que c'est facile pour moi d'identifier certaines choses ou qu'est ce que t'as besoin de couper.. voil&#224;. Apr&#232;s j'ai trouv&#233;, j'ai fait un outil avec la poign&#233;e de la porte de ma chambre et deux vis, pour couper le grillage. Sauf que j'avais besoin de huit carr&#233;s de grillage pour passer, mais je suis arriv&#233; &#224; la 7e et mon outil il s'est cass&#233;. Mais j'ai pens&#233; quand m&#234;me sept peut-&#234;tre je passe, je force un peu.. j'ai essay&#233; de passer mais euh.. c'&#233;tait pas suffisant. Comme je suis pas pass&#233; j'ai donn&#233; du temps &#224; la vigilance, ils ont un local au fond et la police m'a vu elle a d&#233;clench&#233; l'alarme. Apr&#232;s je suis rentr&#233; j'ai chang&#233; de v&#234;tements et j'ai mang&#233; beaucoup, vite fait, je savais qu'apr&#232;s j'allais aller en garde &#224; vue et apr&#232;s je peux plus manger. Et apr&#232;s j'ai attendu qu'ils viennent me chercher, c'est tout.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LETTRES ET COMMUNIQU&#201;S
DE SEPTEMBRE-NOVEMBRE 2019&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Je m'appelle D.H. Je suis au centre depuis le 15 ao&#251;t 2019, je suis venu avec une bonne sant&#233; et maintenant je suis pas bien du tout.&lt;br class='manualbr' /&gt;Je prends des m&#233;dicaments que mon corps supporte pas.&lt;br class='manualbr' /&gt;J'ai eu quelques mauvais comportements par certains agents du centre.&lt;br class='manualbr' /&gt;J'ai eu une hospitalisation ce mercredi pour une maladie grave, pour l'instant je n'ai eu ni de vol ni de libert&#233;, je suis tr&#232;s fatigu&#233; physiquement et moralement, tellement y a beaucoup de stress je souffre et je pense trop.&lt;br class='manualbr' /&gt;M&#234;me la nourriture n'est pas bonne du tout, les conditions d'hygi&#232;ne du sanitaire (toilettes, douches) tr&#232;s d&#233;gueulasses.&lt;br class='manualbr' /&gt;Par contre j'ai eu une longue garde &#224; vue sans traducteur, ni m&#233;decin, la police m'a arr&#234;t&#233; pour rien du tout, je marchais normalement sans aucune erreur ou b&#234;tise.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans ce centre c'est la gal&#232;re, c'est la souffrance, c'est la mis&#232;re, les conditions de vie sont insupportables et invivables.&lt;br class='manualbr' /&gt;Je suis venu dans le bateau jusqu'en Italie, j'ai vu des morts dans le voyage en mer.&lt;br class='manualbr' /&gt;19 septembre 2019 - Vincennes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4657 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/2019-09-21_PALAISEAU_communique-670.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH707/2019-09-21_PALAISEAU_communique-670-2bf8c.jpg?1780463361' width='500' height='707' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4658 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/2019-09-22_PLAISIR_communique-670.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH707/2019-09-22_PLAISIR_communique-670-795b9.jpg?1780463362' width='500' height='707' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4659 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/2019-10_VINCENNES_communique-670.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH707/2019-10_VINCENNES_communique-670-438a0.jpg?1780463362' width='500' height='707' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce soir, le CRA du Mesnil-Amelot est en flammes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prison pour sans-papiers du Mesnil-Amelot (77) est juste &#224; c&#244;t&#233; de l'a&#233;roport CDG. Y sont enferm&#233; plus de 230 prisonnier&#183;e&#183;s et c'est aussi la seule prison en IDF pour femme sans-papier. Depuis la cr&#233;ation de ce blog en novembre dernier, on a souvent relay&#233; des luttes collectives, des r&#233;voltes qui y ont eu lieu. Mais aussi les violences polici&#232;res, les expulsions cach&#233;es et violentes, le racisme des keufs..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au moins la troisi&#232;me fois cette ann&#233;e que des prisonniers du CRA2 essayent de mettre &#224; mal la machine &#224; expulser en tentant de br&#251;ler des cellules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce lundi 28 octobre 2019 en d&#233;but de soir&#233;e, dans trois batiments (le 9, le 10 et le 11) des feux se d&#233;clenchent. Le batiment 10 est le plus touch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pompiers interviennent (trop) rapidement et jugent qu'on peut continuer &#224; y enfermer des personnes sans danger pour la sant&#233;. R&#233;sultat les prisonniers des batiments concern&#233;s se retrouvent &#224; dormir dans ces m&#234;mes cellules qui ont brul&#233;s, sans matelas ni draps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;pression &#224; d&#233;j&#224; commenc&#233; : deux prisonniers ont &#233;t&#233; amen&#233;s &#224; l'isolement (et peut &#234;tre en garde-&#224;-vue). L'un deux a &#233;t&#233; reconnu par un keuf du CRA parce qu'il l'avait d&#233;j&#224; tap&#233; l'ann&#233;e derni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un prisonnier fait savoir que : &#8220;Aujourd'hui les keufs sont chauds chauds. Ils cherchent qui c'est. Mais ils savent pas. La direction du CRA a dit jusqu'&#224; jeudi pour le nettoyage. Mais rien a commenc&#233;. Pas de shampoing de gel douche aujourd'hui c'est pour la punition. Alors qu'hier y avait d&#233;j&#224; pas de shampoing, alors qu'y avait pas eu de feux.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des nouvelles bient&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour rappel : ce dimanche dans la soir&#233;e, une cellule a br&#251;l&#233; aussi au centre de r&#233;tention de Plaisir dans le 78.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Force et solidarit&#233; avec tou.te&#183;s les prisonni&#232;r&#183;e&#183;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour s'organiser en IDF en solidarit&#233; avec les prisonnier&#183;e&#183;s en CRA : RDV tous les mercredis &#224; 18h au CICP (21 ter rue Voltaire, Paris XIe, m&#233;tro Rue des boulets sur la ligne 9).&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Suite &#224; l'incendie du CRA de Mesnil-Amelot et &#224; la r&#233;pression qui l'a accompagn&#233;, un parloir sauvage a &#233;t&#233; organis&#233; dans la soir&#233;e de mardi.&lt;br class='manualbr' /&gt;Des personnes sont all&#233; crier leur solidarit&#233; avec les retenu&#183;e&#183;s et leurs luttes. Les &#171; Libert&#233; ! &#187;, &#171; Huriya ! &#187; et &#171; Mur par mur, pierre par pierre, nous d&#233;truirons tous les centres de r&#233;tention ! &#187; ont travers&#233; les grilles et fait des allers-retours entre int&#233;rieur et ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jeudi 7 novembre : Rassemblement en solidarit&#233; avec Amadou et tou&#183;te&#183;s les autres !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOLIDARITE AVEC AMADOU ET TOU.TE&#183;S LES PRISONNIER&#183;E&#183;S EN CENTRE DE RETENTION !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Amadou Diop est un habitant du foyer Olympiade dans le 13e arrondissement de Paris. Il a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; le 25 septembre 2019 &#224; Gare de Lyon suite &#224; un contr&#244;le raciste par la police. On ne lui a pas demand&#233; son titre de transport mais directement s'il avait des papiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis il est enferm&#233; au centre de r&#233;tention de Vincennes, une des prisons pour sans-papiers. On rappelle les conditions d'enfermements des ces prisons qui sont insupportable pour tou.te&#183;s le monde, en plus de la pression permanente a cause des expulsions quotidiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre camarade y est enferm&#233; depuis presque 40 jours, il ne repassera pas devant le juge avant 20 jours. Pour que la police puisse expulser Amadou, il faut l'accord d'un consulat. Nous exigeons donc du personnel du consulat qu'il ne fasse pas ce laisser-passer, pour Amadou et tous les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La famille d'Amadou, les habitant.es et le collectif sans-papiers Paris 1 appellent donc &#224; une mobilisation de tout le monde : habitant.e&#183;s des foyers, &#233;tudiant.e&#183;s et habitant.e&#183;s du quartier !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;RENDEZ VOUS JEUDI 7 NOVEMBRE A 13h30 devant le FOYER OLYMPIADES (80 rue de Tolbiac, Paris XIIIe, m&#233;tro Olympiades) pour partir ensemble montrer notre solidarit&#233; face aux consulats !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NI POLICE NI CHARITE ! VIVE LA LUTTE DES SANS-PAPIERS !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;T&#201;MOIGNAGES DE NOVEMBRE 2019&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;T&#233;moignage de r&#233;sistance (r&#233;ussie !) &#224; la d&#233;portation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;On publie le r&#233;cit d'un prisonnier d'un CRA francilien qui raconte la mani&#232;re dont il a r&#233;sist&#233;, avec succ&#232;s, &#224; sa tentative de d&#233;portation vers le Soudan.&lt;br class='manualbr' /&gt;En plus des violences polici&#232;res qu'il d&#233;nonce, son t&#233;moignage fournit quelques conseils pour les personnes menac&#233;es d'expulsion dans les diff&#233;rentes prisons pour &#233;trang&#232;res (par exemple, le fait d'essayer de garder la calme jusqu'&#224; quand on est dans l'avion, et seulement &#224; ce moment-l&#224; crier et se faire entendre par les autres passagers-&#232;res, de mani&#232;re qu'iels s'opposent &#224; la d&#233;portation, en se levant debout et en demandant au pilote de ne pas d&#233;coller).&lt;br class='manualbr' /&gt;Et enfin, une bonne nouvelle : le camarade, apr&#232;s presque 90 jours de r&#233;tention et le refus du vol, a &#233;t&#233; lib&#233;r&#233; !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le 30 Octobre les policiers sont venus me chercher dans ma chambre du centre de r&#233;tention &#224; 9h. J'&#233;tais all&#233; aux toilette, j'ai &#233;t&#233; interpell&#233; devant les toilettes et ils m'ont demand&#233; d'aller rassembler mes affaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; J'ai &#233;t&#233; fouill&#233;, on m'a pos&#233; des questions sur l'asile et ma nationalit&#233;, et on m'a annonc&#233; qu'on allait m'emmener au Soudan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je suis arriv&#233; &#224; l'a&#233;roport et je n'ai pas subi de violences jusqu'&#224; l'a&#233;roport de Roissy Charles de Gaulle. J'ai &#233;t&#233; re&#231;u par 5 policiers en civil et un avec un policier en uniforme. Ils m'ont propos&#233; de prendre des cachets sans m'expliquer ce dont il s'agissait et m'ont propos&#233; une bouteille d'eau pour les boire. J'ai refus&#233; de les avaler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ils m'ont escort&#233; vers l'avion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois agents m'ont install&#233; dans l'avion et m'ont menott&#233; et recouvert d'un drap rouge pour me cacher des autres passagers. Il n'y avait encore personne dans l'avion. A ce moment, j'avais un policier &#224; ma gauche, un &#224; ma droite et un devant. Deux autres discutaient avec le capitaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les passagers sont arriv&#233;s et je hurlais et je pleurais, les policiers ont alors commenc&#233; &#224; me frapper. J'ai re&#231;u des coups de poings et ils m'ont &#233;trangl&#233;. J'ai surtout &#233;t&#233; frapp&#233; &#224; la t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite je n'ai pas tout compris et entendu mais j'ai vu le pilote parler avec les officiers, et il a refus&#233; de me laisser prendre l'avion notamment &#224; cause de la violence que j'ai subi devant tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les policiers m'ont fait sortir de l'avion. J'ai continu&#233; d'&#234;tre frapp&#233; et j'ai &#233;t&#233; insult&#233; &#171; suce ma bite &#187; &#171; ferme ta gueule &#187; &#171; fils de pute &#187; dans la voiture qui m'emmenait au poste de police dans l'a&#233;roport. J'ai &#233;t&#233; frapp&#233; &#224; la t&#234;te et &#233;trangl&#233; pour m'emp&#234;cher de crier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; emmen&#233; dans un poste de police dans l'a&#233;roport pendant deux heures et j'ai &#233;t&#233; frapp&#233; par deux des trois policiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout au long de ces moments, j'ai prot&#233;g&#233; mon visage avec mes bras en criant que je respecte la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s j'ai &#233;t&#233; emmen&#233; au centre de r&#233;tention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Au CRA, l'infirmerie, c'est une boucherie &#187;. Un autre mort &#224; Vincennes, ni oubli ni pardon !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le CRA est une machine &#224; tuer. Luttons pour que la mort de Mohammed, prisonnier dans le CRA de Vincennes, ne soit pas oubli&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vendredi 8 novembre, un prisonnier est d&#233;c&#233;d&#233; au centre de r&#233;tention de Vincennes. Il s'appelait Mohammed et avait 19 ans. Il &#233;tait enferm&#233; depuis 28 jours. Au matin, ses co-d&#233;tenus l'ont d&#233;couvert entre la vie et la mort dans son lit. Ces derniers parlent d'une overdose survenue &#224; la suite d'une prise d'un cocktail de m&#233;dicaments. Quand ils ont appel&#233; &#224; l'aide, les flics ont mis des plombes &#224; r&#233;agir. Finalement une infirmi&#232;re est appel&#233;e, faute de m&#233;decin sur place, et les pompiers ont mis une demi-heure &#224; arriver, trop tard. Le parquet de Paris a &#171; ouvert une enqu&#234;te en recherche des causes de la mort &#187; et la presse s'empresse de mettre en avant un m&#233;lange entre m&#233;dicaments et stup&#233;fiants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais o&#249; a t-il trouv&#233; ces m&#233;dicaments, et ne sont-ils pas des stup&#233;fiants ? A l'entr&#233;e du CRA tout est saisi et mis au coffre. Ses camarades d&#233;noncent la responsabilit&#233; des m&#233;decins du centre, c'est eux qui ont fil&#233; ce cocktail empoisonn&#233; : &#171; L'infirmerie, c'est une boucherie, pas une infirmerie &#187;. Ils soutiennent que chaque jour, Mohammed recevait de l'infirmerie des pilules de valium, de tramadol et autres somnif&#232;res (des pilules color&#233;es). Un de ses co-d&#233;tenus raconte qu'il le retrouvait r&#233;guli&#232;rement dans des sales &#233;tats apr&#232;s avoir pris les m&#233;dicaments donn&#233;s par les m&#233;decins :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le m&#233;decin, il donne des calmants, il shoote tout le monde et apr&#232;s peut rentrer se coucher. Dans le centre de r&#233;tention, on traite les prisonniers comme des fous, c'est un HP, pas un centre de r&#233;tention. Tous les jours, ils nous appellent, &#034;venez chercher vos m&#233;dicaments&#034;. Et les gens, ils courent, dans l'&#233;tat dans lequel ils sont &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Souvent &#224; l'int&#233;rieur, on nous dit que les m&#233;decins administrent des calmants et tranquillisants au moment de l'expulsion et avant que les prisonnier&#183;e&#183;s passent devant le juge, pour qu'iels restent bien tranquilles. Le lendemain de sa mort, Mohammed devait passer devant le juge des libert&#233;s. La veille, avec ses co-d&#233;tenus, ils avaient &#233;voqu&#233; qu'il ne survivrait pas &#224; 30 jours de plus d'enfermement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le CRA est un lieu d'enfermement o&#249; les prisonnier&#183;e&#183;s sont constamment pouss&#233;s &#224; bout. Tout pousse &#224; leur destruction physique et psychologique. En plus de l'enfermement, les violences des keufs sont quotidiennes. De l'int&#233;rieur, on raconte ces violences subies, par Mohammed comme par tou.te&#183;s les autres :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; La veille de sa mort, il avait encore mal [parlant de Mohammed], il s'&#233;tait fait &#233;trangler par des flics. Tous les jours, on voit des prisonniers qui ont des bleus, des traces de coups &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Je suis en train de voir des choses ici, que j'ai jamais vues, l'autre jour, j'&#233;tais pos&#233; avec un gars ; il avait mal au ventre, j'appelle les flics, &#171; y a quelqu'un qui va pas bien &#187;, le flic il me regarde avec un petit sourire &#171; il est mort, il respire ? &#187; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les morts dites accidentelles dans les centre de r&#233;tentions sont loin d'&#234;tre rares. C'est le deuxi&#232;me d&#233;c&#232;s qui a lieu &#224; Vincennes en trois mois. Le 19 ao&#251;t, un prisonnier, de nationalit&#233; roumaine avait aussi &#233;t&#233; retrouv&#233; mort dans sa cellule. Selon les journaux, sa mort serait due &#224; des m&#233;dicaments, les prisonniers parlant d'une overdose de m&#233;thadone. Lors de cette affaire, au moment de la d&#233;couverte du corps, les prisonniers avaient &#233;t&#233; sortis du b&#226;timent pendant des heures, de mani&#232;re &#224; ce que personne ne sache vraiment ce qu'il s'&#233;tait pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand il s'agit d'un mort, il faut vite tout cacher, dissimuler, effacer. Aujourd'hui, les camarades de Mohammed craignent, qu'encore une fois, les policiers fassent tout pour &#233;touffer l'affaire. Ils appellent &#224; se mobiliser pour Mohammed, pour qu'il ne soit pas oubli&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Crever dans un CRA n'est jamais un accident : que ce soit &#224; cause de la violence des keufs, du manque de soins, de l'enfermement, c'est le CRA m&#234;me qui produit ces morts. Dans ce cas, les m&#233;decins sont clairement dangereux et responsables car ils laissent entre les mains de prisonnier&#183;e&#183;s du v&#233;ritable poison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'AG contre les CRA et le collectif sans-papiers Paris 1 appellent &#224; une r&#233;union publique, le mercredi 13 novembre 2019 &#224; 18h, au CICP (21ter rue Voltaire).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne laissons pas cette &#233;ni&#232;me mort passer sous silence. Soyons solidaires des prisonniers-&#232;res, organisons la lutte &#224; l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfermement des &#233;tranger&#183;e&#183;s et les fronti&#232;res tuent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; bas les CRA !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4660 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH350/liberta_-_copie-5e2b6.jpg?1780463362' width='500' height='350' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Obligation de Quitter le Territoire Fran&#231;ais/ Interdiction de Retour sur le Territoire Fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Personnes demandant l'asile mais menac&#233;es d'&#234;tre expuls&#233;es vers le premier pays europ&#233;en o&#249; leurs empreintes ont &#233;t&#233; prises.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En &#171; m&#233;tropole &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Textes, parfois recoup&#233;s, issus de :&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href=&#034;https://abaslescra.noblogs.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;abaslescra.noblogs.org&lt;/a&gt; - &lt;a href=&#034;https://crametoncralyon.noblogs.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;crametoncralyon.noblogs.org&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Et aussi de :&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href=&#034;https://paris-luttes.info/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;paris-luttes.info&lt;/a&gt; - &lt;a href=&#034;https://larotative.info/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;larotative.info&lt;/a&gt; - &lt;a href=&#034;https://www.lacimade.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;lacimade.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://abaslescra.noblogs.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://abaslescra.noblogs.org/&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;anticra@@@riseup.net&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Paroles d'enferm&#233;s</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article1673</link>
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		<dc:date>2019-07-25T15:46:38Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Collectif toutes et tous &#233;trangers</dc:creator>


		<dc:subject>Prison, justice, r&#233;pression</dc:subject>
		<dc:subject>Migrations, luttes contre les fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Paroles d'enferm&#233;s au centre de r&#233;tention administrative de S&#232;te, d'apr&#232;s des entretiens men&#233;s au parloir au cours de l'ann&#233;e 2018.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique22" rel="directory"&gt;P&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot20" rel="tag"&gt;Prison, justice, r&#233;pression&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot35" rel="tag"&gt;Migrations, luttes contre les fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH108/arton1673-7b389.jpg?1780486503' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='108' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1673.jpg?1562447682&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Paroles d'enferm&#233;s, d'apr&#232;s des entretiens, men&#233;s par le Collectif toutes et tous &#233;trangers, au parloir du Centre de r&#233;tention administrative de S&#232;te
au cours de l'ann&#233;e 2018&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Medhi&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a le visage creus&#233;. Sculpt&#233; au couteau. Translucide. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Je veux l'op&#233;ration. Je veux juste l'op&#233;ration. Apr&#232;s je quitte le trottoir, d'accord&lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;&#8211; il dit &#171; &lt;i&gt;trottoir&lt;/i&gt; &#187; pour &#171; &lt;i&gt;territoire&lt;/i&gt; &#187;. &lt;i&gt;Mais d'abord l'op&#233;ration&lt;/i&gt;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il a &#233;t&#233; frapp&#233; par des policiers. &lt;i&gt;Le 8 janvier deux mille dix-seize. &#192; 18h41&lt;/i&gt;. Il nous raconte comment il avait r&#233;ussi &#224; glisser ses mains hors des menottes au commissariat. Et cherchait, simplement, la sortie. Manque de bol, un policier le voit. &lt;br class='autobr' /&gt;
Medhi se l&#232;ve, nous montre comment le policier l'attrape par les cheveux, lui donne un coup de genou dans les yeux. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il se rassoit. &lt;i&gt;Avant, j'avais 10 et 10, dit-il en d&#233;signant son &#339;il droit, puis son &#339;il gauche. Maintenant j'ai 8 et 7.&lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Il nous raconte. L'expulsion au Maroc. Les lunettes, l&#224;-bas, qui n'arrangent rien. &lt;i&gt;J'ai mal. J'ai mal aux yeux. Il me faut l'op&#233;ration.&lt;/i&gt; Il retourne en France en 2017. Son visa expire &lt;i&gt;le 8 du 3 deux mille dix-huit&lt;/i&gt;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Le 2 juillet, deux rendez-vous. Le matin, au commissariat, il ne sait pas bien nous dire pourquoi. &lt;br class='manualbr' /&gt;L'apr&#232;s-midi, avec le m&#233;decin, pour parler de l'op&#233;ration. Il ne pourra pas y aller, le rendez-vous au commissariat l'emm&#232;ne droit au centre de r&#233;tention. &lt;br class='manualbr' /&gt;C'est la quatri&#232;me fois qu'il est retenu. &lt;i&gt;Au d&#233;p&#244;t&lt;/i&gt;, il dit. Perpignan, N&#238;mes, Marseille, et maintenant S&#232;te. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il a d&#233;cid&#233; de ne pas porter plainte contre le policier qui l'a frapp&#233; aux yeux. Il veut bien quitter &#171; le trottoir &#187;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Mais d'abord, l'op&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mourad&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mourad est expuls&#233; vers le Maroc le 3 juillet 2018.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il entamait sa cinqui&#232;me saison avec le m&#234;me producteur de fruits et l&#233;gumes lorsqu'il s'est fait contr&#244;ler &#224; scooter, &#224; quelques kilom&#232;tres de son domicile. Il &#233;tait trois heures du matin. Plac&#233; en garde &#224; vue &#224; la Gendarmerie, il est transf&#233;r&#233; le lendemain au Centre de R&#233;tention Administrative de S&#232;te. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il a pass&#233; dix ans en Espagne, dont cinq sans papiers, avant d'&#234;tre r&#233;gularis&#233; parce qu'il a pu prouver qu'il &#233;tait rest&#233; quatre ans avec le m&#234;me employeur. En 2011, il s'installe dans la r&#233;gion de Montpellier, vend des v&#234;tements sur les march&#233;s l'hiver et signe, trois ans plus tard, son premier contrat de saisonnier. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il est muni d'une carte de s&#233;jour espagnole qui est valide jusqu'en 2020. Il regrette de leur avoir dit qu'il n'&#233;tait pas retourn&#233; en Espagne depuis plus de trois ans. Il esp&#232;re tout de m&#234;me que c'est de l'autre c&#244;t&#233; des Pyr&#233;n&#233;es qu'on le renverra si l'on doit le renvoyer quelque part. Il a aujourd'hui 37 ans. Il en avait 20 lorsqu'il a quitt&#233; le Maroc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Moussa&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Moussa est expuls&#233; vers l'Italie le 12 juin 2018.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a 30 ans, il est originaire de C&#244;te d'Ivoire et est d&#233;tenu au CRA&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Centre de r&#233;tention administrative.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; depuis le 24 mai &#224; S&#232;te. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il a fait appel du dernier jugement (Obligation de Quitter le Territoire Fran&#231;ais et reconduite en Italie programm&#233;e le 12 juin). Sa premi&#232;re phrase est un cri : On chasse la libert&#233;, ici ! &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;J'ai quitt&#233; la C&#244;te d'Ivoire en 2010. J'ai &#233;t&#233; bless&#233; pendant la guerre civile, lors du coup d'&#201;tat. Regarde : l&#224; (blessure au cr&#226;ne), l&#224; (au pied) et l&#224; (au mollet). Des balles perdues... &lt;br class='manualbr' /&gt;J'habitais Du&#233;kou&#233;, dans le quartier Carrefour, le premier quartier des chr&#233;tiens. J'ai grandi avec eux. La C&#244;te d'Ivoire est une ancienne colonie fran&#231;aise, je suis francophone. M&#234;me la monnaie est en francs ! En francs CFA. &lt;br class='manualbr' /&gt;Et puis un jour, ou plut&#244;t une nuit, le 3 janvier, &#224; cinq heures du matin, &#231;a a commenc&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Beaucoup de musulmans tu&#233;s, dans le quartier. Regarde, sur Internet, tu verras. Je me suis enfui dans la brousse. Je suis rest&#233; trois jours dans les bas-fonds. Quand la ville s'est calm&#233;e, la Croix Rouge m'a retrouv&#233;. Ils m'ont soign&#233;. Mais la guerre &#233;tait pas trop finie : il y avait des cadavres pas encore enterr&#233;s, des coups de feu. &lt;br class='manualbr' /&gt;Alors je me suis enfui. J'ai travers&#233; le Burkina, le Niger et la Libye. Puis j'ai travers&#233; la mer. &lt;br class='manualbr' /&gt;Travers&#233; la guerre, travers&#233; les fronti&#232;res, travers&#233; la mer. &lt;br class='manualbr' /&gt;J'ai &#233;t&#233; braqu&#233; par des Nig&#233;rians. Au couteau. Tous les jours, ils tournent. Tous les jours, je donnais ce que j'avais gagn&#233; dans la journ&#233;e. Ou tu donnes, ou tu meurs. Alors je donnais, pour garder la vie. Tous les jours, pendant six mois. &lt;br class='manualbr' /&gt;En Libye, j'ai &#233;t&#233; fait prisonnier par un couple, dans une maison, pendant trois ans. Je nettoyais, nettoyais, nettoyais... Pas d'argent. Une vraie prison. Moi, je r&#234;vais d'Europe. &lt;br class='manualbr' /&gt;Quand ils ont compris que je n'avais pas de famille &#224; contacter, ils m'ont lib&#233;r&#233;. Ils m'ont amen&#233; au bord de la mer et m'ont mis dans un zodiac. Ils ont d&#251; trouver quelqu'un d'autre, pour me remplacer... &lt;br class='manualbr' /&gt;En Italie, j'ai laiss&#233; mes empreintes. Je ne savais pas que cela rendrait l'asile en France impossible. &lt;br class='manualbr' /&gt;&#034;Dublin&#233;&#034;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Pi&#233;g&#233;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Je parle fran&#231;ais, ici on se comprend. Rester en Italie, c'est une perte de temps. Et puis il n'y a pas de travail... Je me souviens, il y avait des femmes qui nous amenaient de quoi manger. Sinon, on devait chercher dans les poubelles, pour manger. J'ai quitt&#233; l'Italie pour la France, je suis venu par la montagne, dans la neige.&lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Derni&#232;rement, il d&#233;pose sa demande d'asile &#224; la pr&#233;fecture de l'H&#233;rault. Il se pr&#233;sente &#224; la convocation du 24 mai, &#224; neuf heures. On lui demande de revenir &#224; quatorze heures. On garde sa convocation, son r&#233;c&#233;piss&#233; de demandeur d'asile. &#192; l'heure dite, la Police Aux Fronti&#232;res l'embarque. Il est incarc&#233;r&#233; &#224; S&#232;te. Je suis un voyageur sans papiers. Je ne veux ni le camp en Italie, ni la prison en France. Je veux la libert&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il est convoqu&#233; &#224; la cour d'appel de Montpellier mercredi 6 juin, &#224; dix heures. Moussa n'est pas pr&#233;sent au tribunal car la PAF, en sous-effectif, n'a pas pu l'escorter. La magistrate a statu&#233; et rejet&#233; son appel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Redouane&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Redouane est lib&#233;r&#233; au terme des 45 jours de r&#233;tention.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son corps est ploy&#233; sous le maillot de foot rouge. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il vient de passer deux ans en taule &#224; Villeneuve &#8211; arriv&#233; du Maroc sous un camion &#224; 13 ans, pass&#233; &#224; 14 en France il en a aujourd'hui 22. &lt;br class='manualbr' /&gt;Passe son adolescence entre la rue et son grand-p&#232;re, les h&#244;tels pour mineurs non accompagn&#233;s et les foyers : &#171; On te laisse comme &#231;a sans personne, c'est l&#224; que c'est parti les conneries. Dans la rue j'ai rien fait de grave. &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;Il ne sait pas quel est son avocat, il en a pris pour 28 jours suppl&#233;mentaires et l'appel n'a rien chang&#233;, sa famille est &#224; Ouarzazate, c'est la pens&#233;e de sa m&#232;re qui le fait tenir &#8211; son fr&#232;re &#224; d&#233;j&#224; &#233;t&#233; renvoy&#233; mais il s'appr&#234;te peut-&#234;tre &#224; revenir. Sa copine en France l'aide &#224; ne pas p&#233;ter un plomb. &lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Un jour ils vont tomber sur quelqu'un qui n'a pas de vie... &#187;, parlant des flics, et il laisse &#233;chapper des mouvements de bras qui en disent long sur ce qui se passerait pour eux s'il le voulait vraiment &#8211; il se retient, il surnage, il pense &#224; sa m&#232;re et il craque. Je l'appelle r&#233;guli&#232;rement sur la cabine, il m'aide &#224; faire le lien de qui est l&#224;, qui est qui, mais il ne coop&#232;re pas toujours compte tenu de son accablement. Il est de plus en plus d&#233;prim&#233;, le foot il s'en fout, il ne comprend pas comment on peut r&#233;sister ici 45 jours. &#171; On essaie de passer le temps, y a m&#234;me pas de t&#233;l&#233;commande et y a des gens qui mangent des piles &#8211; on est enferm&#233;s 24 heures sur 24. &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; On nous traite pire que des chiens ici &#8211; personne ne dort il fait trop chaud on regarde la t&#233;l&#233; jusqu'&#224; quatre heures du matin apr&#232;s on nous r&#233;veille on nous force &#224; monter au r&#233;fectoire personne ne peut rester dans les chambres pendant les heures de repas &#8211; il fait tr&#232;s tr&#232;s chaud &#231;a pue tr&#232;s fort &#231;a sent l'urine. &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;Et comment est la police ? &lt;br class='manualbr' /&gt;Il n'ose d'abord pas employer le mot de racisme puis il raconte avec d&#233;go&#251;t et col&#232;re l'arriv&#233;e d'un nouveau que ce flic a accueilli comme un chien, en lui proposant notamment de s'installer dans une des &#171; trois chambres sans fen&#234;tre remplies d'urine jamais nettoy&#233;es &#187;, et qu'alors, pour la nuit, un enferm&#233; a dormi par terre et lui a laiss&#233; son matelas. &lt;br class='manualbr' /&gt;Je lui parle de la gr&#232;ve des plateaux, il dit que &#171; tout ce qui est contre eux moi je suis d'accord &#187;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il pleure &#8211; s'excuse de se l&#226;cher comme &#231;a mais dit qu'il n&#8216;a jamais parl&#233; encore &#224; quelqu'un comme &#231;a (ni un flic ni un ami ou un cod&#233;tenu ni la famille ni je ne sais quoi) et qu'il est &#171; vraiment perdu &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans ces conditions il pr&#233;f&#232;re retourner au Maroc, trop de violences ici, &#171; nettoyer au K&#228;rcher comme on dit. &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Ils ne savent pas ce qu'il se passe en Afrique. &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;Quand je lui demande de quoi il a besoin il ne sait pas. &lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Je suis perdu &#187; reste son leitmotiv...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Omar&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Omar est lib&#233;r&#233; le 14 juillet 2018, trop tard pour se pr&#233;senter devant le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il vit en Italie depuis trois ans. Venu passer l'a&#239;d chez des amis &#224; Montpellier, il est arr&#234;t&#233; dans la rue le 11 juin, puis transf&#233;r&#233; au Centre de R&#233;tention Administrative de S&#232;te le lendemain. Il ne comprend pas. J'ai rien fait de mal. J'ai juste &#233;t&#233; contr&#244;l&#233;. Il s'est fait barboter deux paquets de cigarettes qu'il avait laiss&#233;s dans son casier en entrant. Je leur ai demand&#233; ce qu'ils &#233;taient devenus. Ils m'ont r&#233;pondu : Je sais pas. Ou : Je fume pas, moi. En vrai, ils s'en foutent compl&#232;tement. &lt;br class='manualbr' /&gt;Quand je frappe &#224; la porte pour demander quelque chose, je le vois bien. Ils n'ont pas id&#233;e de ce que nous vivons. Eux, ils rentrent chez eux, ils mangent bien, ils dorment bien. Chaque fois qu'il demande un parloir pour utiliser son t&#233;l&#233;phone, ils le font attendre. Parfois toute la journ&#233;e. Quand il l'obtient enfin, c'est toute une histoire pour capter le r&#233;seau de l'int&#233;rieur. Il lui faut monter sur une chaise. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il raconte la chaleur dans les chambres o&#249; il n'y a pas d'air, o&#249; tu ne peux pas respirer. Il n'y a qu'ici qu'on profite de la clim' ! Au parloir ! Le contr&#244;leur des lieux de privation de libert&#233; est pass&#233; la veille. Il lui a demand&#233; si &#231;a allait. Il lui a r&#233;pondu que tout allait bien. On dort bien, on mange bien, on se douche bien. Il n'est pas dupe, non plus. Ils vont venir, ils vont aller parler dans les bureaux, et rien ne va changer. La crasse, la puanteur dans les chambres, les doses ridicules de shampoing, le bout de pain sec, trois fois par jour. Un morceau comme &#231;a, nous montre-t-il avec sa main. L&#233;siner sur le pain n'est pas dans sa culture. &lt;br class='manualbr' /&gt;&#192; son arriv&#233;e au centre, ses empreintes sont relev&#233;es. Il s'attend &#224; &#234;tre renvoy&#233; &#224; tout moment vers son pays d'origine s'ils s'aper&#231;oivent qu'il a d&#233;j&#224; d&#233;pos&#233; une demande d'asile sous une autre nationalit&#233;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il jongle avec les nationalit&#233;s comme avec ses cartes SIM, fran&#231;aise ou italienne. Libyen en France, &#201;gyptien en Italie. Quand il d&#233;pose une demande d'asile en France en 2015, il comprend vite qu'&#201;gyptien, &#231;a ne vaut rien : on t'y renvoie direct. Il pr&#233;f&#232;re dire qu'il vient de Libye. En Italie, en revanche, il obtient des papiers comme ressortissant &#233;gyptien et d&#233;pose une demande d'asile. D&#233;bout&#233; une premi&#232;re fois, il fait appel. L'audience est pr&#233;vue le 13 juin, soit deux jours apr&#232;s son interpellation. Il parvient &#224; joindre son avocate en Italie. Le jugement est report&#233; au 13 juillet. &lt;br class='manualbr' /&gt;Quand on vient lui expliquer qu'il sera expuls&#233; par avion le 18 juillet vers Italie, il p&#232;te les plombs. Mais tu peux pas parler avec eux. Ils viennent, ils mettent les gants et ils te forcent. Deux jours &#224; l'isolement, sans fumer ni manger parce qu'il est malade. Lorsqu'ils le voient sur leur &#233;cran de contr&#244;le jeter sa nourriture, ils d&#233;barquent &#224; cinq et le passent &#224; tabac.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le lendemain, il simule un suicide avec son drap. Ils s'en aper&#231;oivent, l'envoient consulter en psychiatrie. Il explique au m&#233;decin qu'il a simplement voulu les alerter pour qu'ils le sortent de l&#224;. Retour au centre o&#249;, depuis, il fait profil bas. Mais il ne peut s'emp&#234;cher de leur demander tous les jours : S'il vous pla&#238;t, l'audience, c'est le 13, &#231;a fait trois ans que j'attends &#231;a... Non ! L'avion, c'est le 18 ! Il est d&#233;j&#224; pass&#233; deux fois devant le juge depuis son arriv&#233;e au centre. La prochaine audience est pr&#233;vue pour le 14 juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Younes&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Younes est expuls&#233; vers la Tunisie le 25 ao&#251;t 2018.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25 ans, Tunisien, enferm&#233; depuis le 16 juillet, en France depuis 2011. &lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; J'ai des probl&#232;mes au pied, et malgr&#233; &#231;a ils veulent me renvoyer, regardez : mon pied a l&#226;ch&#233; ! &#187; Il se l&#232;ve et me fait une sorte de d&#233;hanchement bizarre qui se d&#233;clenche quand il bouge le pied. Impressionnant. &lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; J'ai refus&#233; de monter dans l'avion, alors ils m'ont prolong&#233; de quinze jours, mais ils m'ont dit que la prochaine fois ils me forceraient &#224; partir, en bateau s'il le faut. S'ils me renvoient en Tunisie, je vais &#234;tre oblig&#233; de faire l'arm&#233;e, ils ne vont pas se soucier de savoir si je suis inapte ou pas. La France vous a autoris&#233; &#224; voyager, c'est que vous &#234;tes apte. Je ne sens plus mon pied. J'ai des radios &#224; faire le 22 ao&#251;t, je dois voir un chirurgien ce jour-l&#224;, mais j'ai peur qu'ils me renvoient avant. Hier j'ai expliqu&#233; au juge. Et il y a un autre probl&#232;me : je suis mari&#233;, mais on ne vit plus ensemble, et l&#224; je suis en couple avec une autre personne, une Fran&#231;aise, elle est venue au jugement, j'aimerais divorcer, sinon je peux pas refaire ma vie. &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; J'ai demand&#233; au tribunal de pouvoir r&#233;gulariser ma situation, en proposant m&#234;me de rentrer de mon plein gr&#233;, mais ils ont refus&#233;. C'est la famille de ma premi&#232;re femme qui m'a fait enfermer, car je demandais qu'elle me rembourse la dot, mais la famille a refus&#233;. Ils ont dit que je les harcelais et m'ont fait arr&#234;ter, et comme je suis pas en r&#232;gle, j'ai atterri ici. &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; J'ai pens&#233; au suicide, car l&#224; c'est double peine, ils ont dit qu'ils allaient me donner une interdiction de rentrer sur le territoire fran&#231;ais pour un an, et je vais briser ma vie sentimentale. Si on pouvait m'aider pour remettre en cause la d&#233;cision m&#233;dicale de Toulouse, car je n'ai pas &#233;t&#233; examin&#233; s&#233;rieusement, ils ont dit que je pouvais voyager normalement, alors que c'est faux. &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Mon p&#232;re a fuit vers l'Alg&#233;rie apr&#232;s la r&#233;volution car il &#233;tait dans l'ancien r&#233;gime, il &#233;tait menac&#233;. Ma m&#232;re est encore en Tunisie, elle ne travaille pas, elle pourra rien pour moi. Ils me gardent ill&#233;galement ici, pour gagner des sous, car la France re&#231;oit des sous pour investir dans des centres comme &#231;a, c'est un esclavage moderne, mettez &#231;a en gros. Par exemple, le gars qui a une fille ici, Issa, on peut pas le renvoyer dans son pays, on le garde ici, pour justifier ces lieux, pour gagner des sous. &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Une femme lui apporte un caf&#233;. &#171; J'ai l'impression que les juges prennent leur d&#233;cision avant de nous entendre. J'ai pas eu beaucoup de rapport avec mon avocat. &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Les visites &#231;a les &#233;nerve, ma copine n'a pas pu rester longtemps par exemple... &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Les r&#234;ves, oui... L&#224;, j'ai fait un cauchemar, il y avait un rat qui voulait me mordre la jambe, c'&#233;tait horrible. Parfois les r&#234;ves se r&#233;alisent... &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;Je lui demande s'il lit, il me dit qu'il serait content d'avoir des livres : &#171; Des livres de math&#233;matique, ou pour apprendre des langues, l'italien ce serait bien. &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Il y en a qui sont super &#233;nerv&#233;s ici, c'est pas facile la cohabitation. La France, elle garde des gens qui ne savent pas parler, pas &#233;crire, qui ne connaissent pas la loi, et elle jette des gens qui ont des comp&#233;tences. Ils nous mettent la haine, ils cr&#233;ent des terroristes comme &#231;a. J'ai travaill&#233; pendant sept ans, j'ai fait des &#233;tudes d'informatique et un peu de math&#233;matique. Je suis rentr&#233; avec un visa &#233;tudiant mais quand mon p&#232;re a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;, j'ai &#233;t&#233; oblig&#233; de me mettre au travail. &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;Je lui propose d'&#233;crire ce qui se passe ici, il est d'accord. Il s'y met ce soir, je repasserai mardi pour prendre son texte, il est content. On se quitte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mansour&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je cherche juste la libert&#233;. &#199;a m'&#233;nerve. Je perds le courage. Tous les jours je r&#233;fl&#233;chis c'est pas bien. Je suis bloqu&#233;. Rester ici &#224; S&#232;te c'est comme si l'avenir est fini. J'ai un jugement le 6 ao&#251;t. Je n'ai rien dit &#224; personne concernant mon arriv&#233;e ici, je n'ai pas de t&#233;l&#233;phone. &lt;br class='manualbr' /&gt;Je suis parti &#224; cause de la situation de gal&#232;re, la famille pas bien, y travaillaient pas. Moi je veux pas rentrer au bled. Y a rien, y a pas de travail. Je suis venu en France pour trouver du travail comme tout le monde, changer la vie. Je n'ai pas de contact avec la famille. L&#224;-bas j'ai pas trouv&#233; de travail ni de situation. &#199;a fait longtemps que j'ai pas eu de contact avec mes parents. Si je suis renvoy&#233; au bled j'irai pas voir mes parents. J'ai besoin de vous pour sortir. Je pr&#233;f&#232;re mourir plut&#244;t que de rentrer au bled.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Johnson&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je sais, je souris, mais au fond, vous savez, j'arrive de la prison et je suis encore en prison. &#199;a fait une semaine ici. L&#224;-bas je sortais pas de ma cellule. J'ai peur que ce soit comme en Am&#233;rique o&#249; c'est dangereux de se promener avec les autres &#8211; on sait jamais si ils veulent m'attraper. Parler avec l'aum&#244;nier, &#231;a m'a fait du bien. Mon p&#232;re m'a envoy&#233; en Angleterre mais je me suis arr&#234;t&#233; l&#224;. La police m'a dit que Calais, c'est ferm&#233;. En France depuis trois ans, sans l'aide de mon p&#232;re, les foyers, etc. &lt;br class='manualbr' /&gt;Au lyc&#233;e, j'ai de bonnes notes, j'ai appris le fran&#231;ais en trois mois. 14 de moyenne la premi&#232;re ann&#233;e. Ils sont venus me chercher chez moi &#224; six heures du matin. Y avait mes &#233;ducateurs avec les policiers. Y a une semaine de &#231;a, la directrice du foyer qui me parlait toujours mal, elle m'avait justement dit que &#171; ils peuvent TOUT faire si ils veulent &#187;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Deux fois elle me l'a r&#233;p&#233;t&#233; &#8211; une semaine apr&#232;s, ils m'attrapent et je passe trois mois &#224; Villeneuve. Encore une prison, c'est difficile. Et je n'arrive pas &#224; dormir, je prends des m&#233;dicaments. Je n'arrive pas &#224; dormir parce que j'arr&#234;te pas de penser au policier avec sa haine dans les yeux : &#171; Je sais qu'il y a des probl&#232;mes dans ton pays mais ce n'est pas notre faute ! &#187; Le policier qui est venu me chercher &#224; cinq heures du matin, je savais pas si c'&#233;tait des gens de mon pays... &lt;br class='manualbr' /&gt;Tout le temps qu'ils mont gard&#233; &#224; la police, je savais pas &#224; qui j'avais affaire... &lt;br class='manualbr' /&gt;En Angola, on nous a fait changer quatre fois de maison. Ma petite s&#339;ur, ils l'ont tu&#233;e avec du gaz. Tout ce qui peut faire du mal &#224; mon p&#232;re, ils le font &#8211; il est sorti du parti avec des secrets alors... J'ai pas envie de faire pareil que lui avec mes enfants, pas envie de rentrer pour faire de la politique. Je comprends, il fait &#231;a pour son peuple, mais derri&#232;re y a sa famille. Et puis pourquoi il a attendu quinze ans avant de passer dans le parti d'opposition ? &lt;br class='manualbr' /&gt;S'il faisait un autre m&#233;tier on aurait moins souffert. &lt;br class='manualbr' /&gt;Je veux mon dipl&#244;me bac pro climatisation et un m&#233;tier. Simplement travailler. J'ai trich&#233;, j'ai perdu &#8211; ce que j'aimerais dire c'est que je comprends pas qu'on te donne du pain, puis on te dit : &#171; Tu sais combien il a co&#251;t&#233; ce pain ?! &#187; Apr&#232;s t'en veux plus du pain ! Moi je veux que la France elle m'aide &#224; trouver du pain &#8211; vous savez, on dit que trouver un poisson, c'est bon pour la journ&#233;e, mais apprendre &#224; p&#234;cher, c'est pour la vie enti&#232;re. Moi je veux apprendre &#224; p&#234;cher. J'ai tr&#232;s peur qu'on me kidnappe. J'aime bien le Bar&#231;a et le PSG. Et le noir. Et le blanc. Et dans une chanson, ce qui est important pour moi, c'est le message &#8211; qu'est-ce que &#231;a raconte. Ce que je veux dire une derni&#232;re fois ? C'est de pas juger avant de comprendre le but de l'histoire de quelqu'un. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bilal&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bilal est lib&#233;r&#233; le 21 juin 2018. Au t&#233;l&#233;phone, je l'entends expliquer aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Bonjour. &lt;br class='manualbr' /&gt;Non, &#231;a ne va pas. Je n'ai rien fait. Ici, c'est pire que la prison. &lt;br class='manualbr' /&gt;J'ai 18 ans. Je suis en France depuis un an et demi. Quand je suis arriv&#233;, j'&#233;tais mineur. &lt;br class='manualbr' /&gt;J'&#233;tudie. CAP H&#244;tellerie. &#192; Cavaillon. &lt;br class='manualbr' /&gt;Voil&#224;, c'est tout. &lt;br class='manualbr' /&gt;Mercredi, je vais au consulat tunisien. S'ils signent le laissez-passer, ils vont me renvoyer en Tunisie. Alors je ferai la gr&#232;ve de la faim pour qu'ils me renvoient pas. S'ils me renvoient en Tunisie, au bout d'une semaine, je repars. Je pourrai pas avoir de visa, je viendrai en bateau. Avec le bateau je ne sais pas si j'arriverais. &lt;br class='manualbr' /&gt;J'ai d&#233;j&#224; fait la gr&#232;ve de la faim. Quatre jours. Des amis m'ont dit d'arr&#234;ter. &lt;br class='manualbr' /&gt;Un autre d&#233;tenu a fait la gr&#232;ve de la faim quinze jours. Il a &#233;t&#233; trois fois &#224; l'h&#244;pital.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais ils l'ont pas lib&#233;r&#233;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Voil&#224;, c'est tout. &lt;br class='manualbr' /&gt;Mon lyc&#233;e, ils savent pas que je suis ici. Mon oncle, il sait pas que je suis ici. Je peux pas l'appeler. J'ai la carte SIM mais j'ai pas de t&#233;l&#233;phone. Non, je ne demande pas aux autres. &lt;br class='manualbr' /&gt;Voil&#224;, c'est tout.&lt;br class='manualbr' /&gt;Je suis l&#224; depuis dix jours. &lt;br class='manualbr' /&gt;Si je peux appeler mon oncle, je pourrais lui dire de venir et de me ramener mes affaires. J'ai rien ici. Chez moi, j'ai tout. &lt;br class='manualbr' /&gt;Voil&#224;, c'est tout. &lt;br class='manualbr' /&gt;J'allais chez le coiffeur. Une voiture grise s'est arr&#234;t&#233;e devant moi, j'ai trouv&#233; &#231;a bizarre. Des policiers sont sortis. Ils m'ont mis en garde &#224; vue, et apr&#232;s direct ici. J'avais que 20 euros avec moi. Je les ai d&#233;pens&#233;s pour les cigarettes. Maintenant, j'ai rien. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ma famille est en Tunisie. Ils savent pas que je suis ici. Je vais pas leur dire. Ma m&#232;re est malade, je peux pas lui dire. S'ils me renvoient en Tunisie, j'irai pas les voir. Je repars. &lt;br class='manualbr' /&gt;J'ai rien fait. Je suis l&#224;, tranquille, jamais de probl&#232;me, jamais une garde &#224; vue ou quoi. Et m&#234;me, j'ai une copine ! Je leur ai dit : Si vous voulez me renvoyer, renvoyez-moi en Italie ou en Allemagne, j'irais &#233;tudier l&#224;-bas ! Ils ont r&#233;pondu : On te renvoie en Tunisie. &lt;br class='manualbr' /&gt;Voil&#224;, c'est tout. &lt;br class='manualbr' /&gt;Je connais quelqu'un, il a &#233;t&#233; au consulat, il a &#233;t&#233; gentil et tout, et le consulat n'a pas sign&#233; le laissez-passer. Je vais essayer de faire comme &#231;a. Un avocat ? J'en ai un, je connais m&#234;me pas son nom. Je l'ai vu une fois au tribunal, il n'est m&#234;me pas venu parler avec moi. Ici, il y a des gens qui ont de l'argent pour payer un avocat et ils sortent. Et d'autres comme moi qui en ont pas et qui sortent pas. &lt;br class='manualbr' /&gt;Hier il y a eu du tapage. Un des retenus voulait prendre de la nourriture dans sa chambre pour manger plus tard. Le policier lui a dit non. Il l'a frapp&#233;, il l'a pris par le cou comme &#231;a dans les escaliers. Apr&#232;s ils l'ont enferm&#233; dans la pi&#232;ce l&#224;, pendant deux, trois heures. Tous les autres on a tap&#233; sur les portes, partout. &lt;br class='manualbr' /&gt;Voil&#224;, c'est tout.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce soir, il y a un match avec la Tunisie ! Contre qui, je ne sais pas. Oui, il y a la t&#233;l&#233;, sinon il n'y a rien &#224; faire ici. &lt;br class='manualbr' /&gt;C'est bon, je peux y aller ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Boubacar&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu as deux enfants au Ghana. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il faut payer tous les ans pour qu'ils aillent &#224; l'&#233;cole. &lt;br class='manualbr' /&gt;Tu es en Italie depuis dix ans, tu travailles, tu fabriques des maisons. &lt;br class='manualbr' /&gt;Avant au Ghana, tu fabriquais des meubles.&lt;br class='manualbr' /&gt;Aujourd'hui, tu ne fabriques plus rien, tu es s&#233;questr&#233; au CRA de S&#232;te. &lt;br class='manualbr' /&gt;Tu as la main tr&#232;s molle quand tu me serres la main, l'esprit ailleurs, tu ne me regardes presque pas. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il y a beaucoup de silence entre nous. &lt;br class='manualbr' /&gt;Tu allais voir un ami &#224; Avignon, la police t'a arr&#234;t&#233;, tu leur disais &#171; J'ai un r&#233;c&#233;piss&#233; italien, j'ai un r&#233;c&#233;piss&#233; italien &#187;. Ils n'en avaient rien &#224; faire, ils t'ont men&#233; au CRA de S&#232;te. &lt;br class='manualbr' /&gt;Tu ne parles pas fran&#231;ais, tu parles anglais, on parle anglais, apr&#232;s un petit moment d'adaptation, on arrive &#224; se comprendre. &lt;br class='manualbr' /&gt;&#199;a fait trente-six jours que tu es enferm&#233; au CRA, dans neuf jours, tu sortiras d'ici. La juge n'a pas voulu te lib&#233;rer, tu ne comprends pas pourquoi, moi non plus. Elle t'a dit tu seras libre &#224; l'issue des 45 jours, tu pourras rentrer en Italie. &lt;br class='manualbr' /&gt;Mais alors pourquoi ces neuf jours ? &lt;br class='manualbr' /&gt;Tu me dis &#171; Je n'aime pas ce pays, pourquoi ils font &#231;a ? C'est un endroit pour des meurtriers ou des dealers ici, je n'aime pas cet endroit, je ne m'y sens pas bien. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sma&#239;n&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le quai de la gare o&#249; il attend le train qui le ram&#232;nera en Italie, nous entamons une conversation o&#249; se m&#234;lent un peu de fran&#231;ais, beaucoup d'italien et quelques mots d'arabe pour faire bonne mesure. Il sort &#224; peine du Centre de R&#233;tention Administrative de S&#232;te, o&#249; il aura pass&#233; deux jours. Il ne comprend pas ce qu'il y faisait. Il a 27 ans, vit en Italie depuis onze ans, il a sa famille l&#224;-bas, y travaille comme jardinier, carreleur ou peintre, c'est selon. Des boulots qui ne lui font pas peur. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il ne remettra plus les pieds en France. Trop raciste, la police, nous dit-il avec les quelques mots de fran&#231;ais que lui a appris son amie. C'est en venant la voir qu'il s'est fait arr&#234;ter. Un soir, ils sortent prendre un verre, deux hommes s'approchent. Monsieur, s'il vous pla&#238;t... L&#224; encore, c'est lui qui le dit avec les quelques mots de fran&#231;ais que lui ont appris les policiers. Deux jours de garde &#224; vue, puis direction le centre. Il est lib&#233;r&#233; deux jours plus tard. Plus jamais la France. Trop raciste, la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Souad&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le lendemain matin, nous l'avons au t&#233;l&#233;phone, &#224; 5h30, il est d&#233;j&#224; dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vous devez aider les gens &#224; l'int&#233;rieur, c'est vraiment mauvais ce qu'il se passe &#224; l'int&#233;rieur, il y a m&#234;me un sans-abri, il parle presque pas, personne ne lui parle. Moi j'y arrive, mais c'est compliqu&#233;, il a l'air perdu, c'est s&#251;rement psychiatrique... &lt;br class='manualbr' /&gt;Demandez &#224; la police comment &#231;a se fait qu'il soit ici ! Il ne parle &#224; personne, allez le voir s'il vous pla&#238;t et ramenez-lui des cigarettes. Moi je ne serai plus l&#224; demain mais allez le voir, on me renvoie &#224; six heures du matin demain.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les flics m'ont vol&#233; mon chargeur pour me faire chier, je suis all&#233; les voir. Ils m'ont dit que c'&#233;tait un gars qui &#233;tait all&#233; au tribunal aujourd'hui et qui a &#233;t&#233; expuls&#233; qui me l'avait vol&#233;, mais on est dimanche, il y a pas de tribunal ! Ils se sont foutu de ma gueule. Je sais que c'est eux. Je leur ai dit moi je m'en fous qu'on me vole quelque chose, on m'a d&#233;j&#224; tout vol&#233; : ma famille en Irak, ma libert&#233;, ma vie ! Je suis plus &#224; &#231;a pr&#232;s. Mais je trouve &#231;a r&#233;voltant que des policiers se comportent comme &#231;a, ici en France, c'est ridicule. &lt;br class='manualbr' /&gt;Je ne veux pas passer un jour de plus dans ce centre, je pr&#233;f&#232;re qu'on me renvoie en Su&#232;de et en Irak. Vous devez fermer ce lieu. Si vous arrivez &#224; faire que ce lieu ferme vous commencez &#224; fermer chaque lieu comme celui-ci. On ne peut rien faire ici, c'est pire que la prison, pas de sport, on est comme des animaux, vous devez aider les gens &#224; l'int&#233;rieur. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ici, c'est comme &#234;tre en Irak, en Syrie ou dans un pays du Moyen-Orient, ce n'est pas la France, ce n'est pas de l'humanit&#233; ! Vous devez alerter les m&#233;dias sur ce qu'il se passe ! Ici, c'est ferm&#233;, c'est secret, appelez les m&#233;dias s'il vous pla&#238;t. &#199;a ne va pas ! &lt;br class='manualbr' /&gt;Ils travaillent avec la pr&#233;fecture, ils sont comme des serpents,&lt;/i&gt; nous dit-il &#224; propos du CADA (Centre d'accueil pour demandeurs d'asile) o&#249; il &#233;tait avant d'&#234;tre enferm&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Et il y a un gars qu'a un bras gonfl&#233; avec une plaie, faut aller le voir aussi, il lui faut un m&#233;decin.&lt;/i&gt; Il me passe l'un de ses cod&#233;tenus :&lt;i&gt; &#171; Il a eu une op&#233;ration y a six mois, ils lui ont mis des broches, et c'est encore gonfl&#233;, avec la chaleur, &#231;a gonfle de jour en jour, un m&#233;decin du centre est venu, il lui a donn&#233; un rendez-vous pour dans quelques jours, &#231;a fait deux semaines maintenant, il &#233;tait dans un foyer pour mineurs &#224; Montpellier, l&#224; franchement, ce que je vois, c'est pas normal, ici ils font rien, c'est gonfl&#233; et il a mal, il gal&#232;re avec son truc, on est comme des chiens dans une cage. &#187; &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Il me repasse Souad. &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;J'esp&#232;re que vous allez fermer ce lieu. Il le faut ! &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ismael&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il allait voir quelqu'un en Espagne et il s'est fait arr&#234;ter. Il a l'asile en Italie. La premi&#232;re fois au tribunal, ils ne le savaient pas. Mais l&#224;, ils ont pris ses empreintes. On lui demande s'il a besoin de quelque chose. Non, il veut juste partir. &lt;i&gt;Je veux bien signer un papier pour dire je reviendrai jamais en France.&lt;/i&gt; Un truc &#224; nous dire ? &lt;i&gt;Il faut changer la loi qu'il y a ici en France.&lt;/i&gt; S'il reste 45 jours, il a trop de trucs &#224; perdre en Italie. Y a que lui qui travaille pour sa famille, il a des p'tits fr&#232;res, son p&#232;re, et il envoie l'argent au Maroc. Il ne faisait que passer et &#224; la fin il tombe dans un tribunal, c'est la folie... Il a jamais ressenti un truc comme &#231;a de sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Salem&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Salem est expuls&#233; vers le Maroc le 22 juin 2018. Les policiers sont venus le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26 ans. N&#233; au Maroc de m&#232;re libyenne et de p&#232;re marocain. Grandit en Libye. Y reste jusqu'au bout, insiste-t-il. Jusqu'&#224; ce que des miliciens, en l'occurrence, entrent dans sa boucherie armes au poing. Tout le monde a des armes, l&#224;-bas ! Il y a des gamins de moins de douze ans qui rentrent chez toi pour te braquer ! &lt;br class='manualbr' /&gt;En 2016, il s'embarque sur un zodiac. Deux jours sans manger ni boire, avant d'&#234;tre secouru par un navire de commerce qui le d&#233;barque en Italie. L&#224;, il donne tout, comme il dit : son nom, sa carte d'identit&#233; marocaine, son permis de conduire libyen. &lt;br class='manualbr' /&gt;On lui signifie qu'il doit quitter le territoire italien sous huit jours. Il prend le train sans billet, traverse la fronti&#232;re &#224; pied. Des parents le r&#233;cup&#232;rent sur une aire d'autoroute c&#244;t&#233; fran&#231;ais. Il s'installe &#224; Montpellier, vit en colocation, nettoie les bureaux la nuit. Il est au centre de r&#233;tention depuis le 24 mai et n'a encore jamais vu d'interpr&#232;te. Il a du mal &#224; comprendre ce que les policiers lui expliquent. Ce n'est que devant le juge qu'il b&#233;n&#233;ficie de l'aide d'un interpr&#232;te. Condamn&#233; une premi&#232;re fois &#224; quitter le territoire, il est en attente d'une nouvelle audience en appel. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il en est &#224; son quatri&#232;me s&#233;jour au centre de r&#233;tention de S&#232;te. Il &#233;gr&#232;ne comme une litanie son parcours, que jalonnent contr&#244;les au faci&#232;s, interpellations, gardes &#224; vue, s&#233;jours au centre... Fin 2016, premi&#232;re interpellation place de la Com&#233;die &#224; Montpellier, deux jours de garde &#224; vue, il reste 45 jours au centre, on lui donne quatre mois pour quitter le territoire. &lt;br class='manualbr' /&gt;En 2017, rebelote, interpell&#233; dans le quartier de Plan Cabanes &#224; Montpellier, il reste 45 jours au centre, on lui donne six mois pour quitter le territoire. Fin 2017, interpell&#233; &#224; nouveau dans le m&#234;me quartier, il reste 45 jours au centre, on lui donne un an pour quitter le territoire. &lt;br class='manualbr' /&gt;Le 22 mai, il est interpell&#233; &#224; nouveau place de la Com&#233;die. M&#234;me topo : deux jours de garde &#224; vue, puis direction le centre. Cette fois, on le pr&#233;vient. Si l'on vous attrape une cinqui&#232;me fois, vous &#233;copez de dix ans de prison ! Il n'aura pas le temps de le v&#233;rifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lahocine&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lahocine est lib&#233;r&#233; pour vice de proc&#233;dure le 16 juin 2018.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;42 ans. Arr&#234;t&#233; au p&#233;age de Chalon-sur-Sa&#244;ne la veille, il a &#233;t&#233; transf&#233;r&#233; le 14 juin au centre de r&#233;tention. En France depuis six ans, il vit &#224; Paris avec sa compagne et son fils de 3 ans. Il nous regarde avec le regard perdu de celui qui se demande o&#249; il se trouve. &lt;br class='manualbr' /&gt;Le lendemain, il a retrouv&#233; un peu de sa superbe, si l'on peut parler de superbe en ces lieux. Arriv&#233; la veille, il passe demain matin devant le juge. Son dossier est pr&#234;t, sa compagne a envoy&#233; les papiers, son cousin l'a aid&#233; pour l'avocat. Il esp&#232;re b&#233;n&#233;ficier d'un vice de forme mais sur le fond, il ne voit pas pourquoi on devrait le s&#233;parer de son fils. Il a pu parler &#224; sa compagne, rassurer son fils qui sent bien &#8211; m&#234;me &#224; 3 ans &#8211; que quelque chose se passe. Sa m&#232;re l'a retrouv&#233; en pleurs sous le lavabo ce matin. &lt;br class='manualbr' /&gt;Cette apr&#232;s-midi-l&#224;, par-dessus le muret qui s&#233;pare le centre de l'&#233;cole maternelle, d&#233;passait la t&#234;te d'un enfant qui jouait sur un toboggan. Il ne devait pas avoir plus de 3 ans, lui non plus, mais jouait avec cette insouciance que l'on envie aux enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Reda&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Reda est expuls&#233; vers le Maroc le 16 juillet 2018. Il m'appelle. Il est &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; trois jours qu'il est arriv&#233; au CRA. Il vient de Bordeaux. &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Regardez, ils m'ont frapp&#233; dans la voiture. Le policier &#224; c&#244;t&#233; de moi, un Marocain, il me frappait, j'ai la trace &#224; l'&#339;il, regardez le compte-rendu du m&#233;decin. Je disais rien, lui il m'a dit &#171; alors tu fais pas le ramadan ?? &#187; et des choses comme &#231;a. Comme il frappait je me suis tourn&#233; vers la fen&#234;tre, comme &#231;a, et il a continu&#233;. &#192; un moment, j'ai mis ma t&#234;te contre les genoux pour me prot&#233;ger, comme &#231;a. Et il a tap&#233; sur la t&#234;te. &lt;br class='manualbr' /&gt;Le conducteur, il disait rien. Celui &#224; c&#244;t&#233;, il m'envoyait des insultes. Oui, oui, des insultes.&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Il a une marque sur l'&#339;il. Il a une feuille remplie des constats du m&#233;decin. Il montre, avec son corps, la position assise tourn&#233;e vers la fen&#234;tre. Puis, la t&#234;te contre les genoux. &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Apr&#232;s, entre Toulouse et S&#232;te, &#231;a allait, c'&#233;tait une autre &#233;quipe. Les autres leur ont dit que j'&#233;tais dangereux, alors ils m'ont attach&#233; les genoux avec une corde. Mais &#231;a s'est bien pass&#233;, ils m'ont m&#234;me laiss&#233; fumer. &#192; Bordeaux, quand ils m'ont arr&#234;t&#233;, pendant deux jours j'&#233;tais enferm&#233; et ils ne me donnaient pas de caf&#233;, je pouvais pas fumer, pas manger. Au bout de deux jours ils ont commenc&#233; &#224; m'interroger. Je leur ai dit &#171; vous m'avez rien donn&#233; &#224; manger, j'ai m&#234;me pas eu le droit de fumer, je dirai rien &#187;. Apr&#232;s ils &#233;taient tous contre moi.&lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Il continue &#224; parler, sans s'arr&#234;ter, doucement. Je dois parfois tendre l'oreille, et je prends conscience des bruits du CRA. Cl&#233; qui tourne dans la serrure. Retenu appel&#233; &#224; la cantonade, deux, trois fois. Porte qui claque. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il raconte qu'il est entr&#233; en France en 1999. En 2000 il s'est mari&#233;, il est revenu en France l&#233;galement. Quelques ann&#233;es plus tard, la rupture, et tout bascule. &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Elle m'a pris mes papiers, mon argent. On avait un compte commun, elle travaillait pas, elle a tout vid&#233;. J'ai &#233;t&#233; au tribunal, le juge de Grenoble a dit qu'elle devait tout rendre, et elle doit payer 100 euros par jour de retard. Mais elle ne l'a jamais fait. Quand ils m'ont amen&#233; au tribunal pour les papiers, j'ai demand&#233; &#224; la juge : &#171; Vous &#234;tes l&#224; pour faire respecter les lois ? &#187; Elle a dit oui, alors je lui ai montr&#233; le papier du juge de Grenoble : &#171; Alors pourquoi vous faites pas respecter cette condamnation ? &#187; Elle m'a dit &#171; C'est trop vieux &#187;, mais apr&#232;s elle a plus rien dit ! C'est quoi cette justice ? C'est pour les riches, ceux qui ont le pouvoir.&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Reda a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; enferm&#233;. En prison, et au Centre de r&#233;tention de Marseille. &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;L&#224;-bas, c'est plus grand &#8211; il y a des femmes aussi &#8211; et il y a des distributeurs de boissons et de g&#226;teaux. Et la nourriture est propre.&lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Pas ici ? Il fait la grimace. &lt;i&gt;Le pain est sec. Comme j'ai plus de dents, je peux pas le manger, je dois le tremper le matin dans le caf&#233;.&lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Le Maroc, il n'y est pas all&#233; depuis 2000. &lt;i&gt;Quand mon cousin m'a montr&#233; des photos, j'&#233;tais choqu&#233; ! &#199;a a chang&#233; beaucoup ! Mais les endroits anciens restent, je connais bien l&#224;-bas.&lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Il ne veut pas y aller. Trop de probl&#232;mes. &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Quand ils m'ont arr&#234;t&#233; je leur ai dit : Vous voulez me renvoyer au Maroc ? Pourquoi vous me renvoyez pas en cercueil alors ? Ou alors vous me tirez une balle dans la t&#234;te directement, c'est pareil. Oui, je leur ai dit &#231;a, c'est la v&#233;rit&#233;.&lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Il a son oncle &#224; S&#233;nas, point de rep&#232;re familial, qui lui parle de Bordeaux. &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Je suis parti l&#224;-bas avec une adresse : 26 rue du Commandant Arnould.&lt;/i&gt; Une adresse, c'est tout. &lt;br class='manualbr' /&gt;La domiciliation, le squat, l'incendie, la rencontre avec des assos sur place, &lt;i&gt;la Cabane &#224; gratter&lt;/i&gt; et les coups de mains, les rencontres, les amis. L'envie de travailler &#8211; &lt;i&gt;j'ai trouv&#233; un employeur mais il me faut des papiers ! Alors j'ai pas pu prendre le travail...&lt;/i&gt; L'envie d'&#234;tre utile, d'&#234;tre en lien. &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Je rencontre des femmes, mais j'ai peur. Comme &#231;a a fait tellement de probl&#232;mes avec ma premi&#232;re femme, j'ai peur. Quand on se rencontre, je discute, &#231;a se passe bien, elle me donne son num&#233;ro de t&#233;l&#233;phone. Mais appeler, j'y arrive pas. Je peux pas. Alors je rappelle pas. J'ai plein de num&#233;ros de t&#233;l&#233;phone... S&#232;te, c'est joli ! Quand ils m'ont sorti pour aller au tribunal, j'ai vu un peu, les bateaux, tout, c'est tr&#232;s joli ! J'aimerais bien voir plus. Bordeaux j'aime bien, les vieilles maisons, le fleuve... J'aimerais bien visiter la France. Voir le Nord aussi, il para&#238;t que c'est joli !&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Des sourires, de l'&#233;change. Un policier vient nous signifier tr&#232;s poliment que la visite touche &#224; sa fin. &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Lui, il est gentil. Il y en a qui sont gentils, et d'autres mauvais. Comme partout, dans la vie. Moi je vois surtout ce qui est bon. &lt;br class='manualbr' /&gt;On m'a racont&#233; que l'autre jour un des retenus s'est fait frapper, je sais pas pourquoi. Un policier l'a pris &#224; la gorge et l'a frapp&#233;, mais les retenus ont fait du tapage, alors il l'a laiss&#233;. Il a eu de la chance qu'ils fassent du tapage, sinon il se serait fait engloutir. &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Comme il faut clore l'entretien, je lui dis une nouvelle fois que j'en tirerai un texte, pour t&#233;moigner de ce qu'il me raconte. &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Moi aussi j'aimerais &#233;crire. J'ai demand&#233; un stylo, mais ils veulent pas m'en donner.&lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;&#201;tonn&#233;e, je lui propose le mien. Il est g&#234;n&#233;. &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Je sais pas, je crois qu'on n'a pas le droit.&lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Petit silence. Je pense &#224; une exposition que j'ai vue r&#233;cemment &#224; S&#232;te. Il s'agissait de carnets de recettes &#233;crits dans les camps de concentration, avec les moyens du bord et l'inventivit&#233; rageuse pour trouver de quoi &#233;crire &#8211; faire office de papier, de crayon. L'&#233;criture comme moyen d'&#233;vasion. &lt;br class='manualbr' /&gt;Je lui glisse mon stylo, une feuille. Si jamais c'est interdit (!), on dira qu'on ne savait pas&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Reda&lt;/strong&gt; (&lt;i&gt;suite&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J'suis all&#233; en prison, affaires familiales, j'ai fait deux ans. &lt;br class='manualbr' /&gt;Quand j'suis sorti, le pr&#233;fet du Vaucluse m'a dit que j'&#233;tais dangereux. J'ai eu une OQTF&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Obligation de Quitter le Territoire Fran&#231;ais.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt; dans le Vaucluse. J'ai une adresse l&#224;-bas. &lt;br class='manualbr' /&gt;J'ai &#233;t&#233; enferm&#233; au CRA de Marseille. J'ai fait une visio-conf&#233;rence &#224; Marseille pour demander l'asile. &lt;br class='manualbr' /&gt;&#192; ma sortie, je suis parti &#224; Bordeaux, avec mon oncle. &lt;br class='manualbr' /&gt;&#192; Grenoble, j'ai divorc&#233;, ma femme m'a vol&#233; mes papiers. &lt;br class='manualbr' /&gt;&#192; Bordeaux j'ai &#233;t&#233; &#224; la Cabane &#224; gratter, association d'accueil et d'entraide, apr&#232;s j'ai &#233;t&#233; coinc&#233; &#224; Bordeaux, j'ai &#233;t&#233; dans un gros squat, il a pris feu dans la nuit, mes affaires sont rest&#233;es dedans, heureusement que j'avais mon passeport avec moi. Je me suis domicili&#233; au CCAS de Bordeaux. &lt;br class='manualbr' /&gt;Puis y a eu un contr&#244;le d'identit&#233;, je dormais sous un pont, au bord de la rivi&#232;re, la police est arriv&#233;e et ils m'ont arr&#234;t&#233;, ils m'ont emmen&#233; au commissariat, pendant deux jours, ils m'ont rien donn&#233; &#224; manger et j'ai pas pu fumer, puis ils m'ont envoy&#233; &#224; S&#232;te. &lt;br class='manualbr' /&gt;Lors du trajet, entre Bordeaux et Toulouse, un policier marocain m'a frapp&#233;. Il me tenait fort contre la paroi, je lui ai dit l&#226;che-moi et l&#224; il a p&#233;t&#233; les plombs... Il m'a frapp&#233;. Comme j'avais peur, je me repliais, avec mon &#226;ge de 48 ans, me faire frapper comme &#231;a... franchement... j'&#233;tais tout repli&#233; sur moi et il continuait de me frapper... Il mettait son genou dans mon dos et il me frappait, j'ai d&#233;pos&#233; plainte.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais comme je la vois la police, et toute la mis&#232;re qu'ils font, on peut plus faire confiance. Je voulais m&#234;me retirer ma plainte, &#224; votre avis je dois faire quoi ?&lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Il nous montre le compte-rendu du m&#233;decin qui l'a examin&#233; : h&#233;matome palp&#233;bral, douleurs cervicales et cr&#226;niennes, dermabrasion &#233;paule droite, douleurs &#233;paules, discr&#232;te ecchymose aux deux poignets, douleur de la paroi thoracique gauche. &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Ici y a un policier qui fait peur. Des fois, on regarde la t&#233;l&#233; et il &#233;teint la lumi&#232;re. Il nous interdit de prendre de la nourriture avec nous dans les chambres. Il parle mal, il est violent. Hier soir il criait &#171; Gaaaarde &#224; vuuuuue &#187;, &#171; Gaaaarde &#224; vuuuuue &#187; et il rigolait, on n'arrivait pas &#224; dormir. &lt;br class='manualbr' /&gt;Dans la voiture entre Bordeaux et Toulouse, un policier avait un Taser et il me mena&#231;ait avec, y en avait un autre avec une Kalach. &lt;br class='manualbr' /&gt;Un autre policier, ici, &#224; S&#232;te, le matin il crie &#171; &#224; la soupe ! &#187; et il met une musique militaire &#224; fond pour nous r&#233;veiller, tr&#232;s fort, &#231;a fait peur. &lt;br class='manualbr' /&gt;Aujourd'hui, j'appelle un policier pour lui demander de fermer la fen&#234;tre parce qu'il y avait des courants d'air, il me r&#233;pond : &#171; Je vais parler avec le chef pour baisser le vent &#187;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Je viens du Maroc, de F&#232;s, j'ai encore pris vingt-huit jours ici. &lt;br class='manualbr' /&gt;Mon p&#232;re n'avait pas assez pour les enfants l&#224;-bas. Je suis ind&#233;pendant, j'ai &#233;t&#233; mari&#233;. Je suis parti du Maroc depuis 2000, je connais m&#234;me plus le pays l&#224;-bas. &#199;a fait dix-huit ans que j'suis l&#224;. &lt;br class='manualbr' /&gt;J'ai travaill&#233; dans l'agriculture, p&#234;che, abricots, en r&#232;gle. J'ai fait peintre et ma&#231;onnerie aussi. &lt;br class='manualbr' /&gt;De toute fa&#231;on, moi, je choisis pas le travail, je prends ce que je trouve.&lt;br class='manualbr' /&gt;J'fais pas d'travail sale. M&#234;me si je cr&#232;ve, je peux pas agresser un gars. &lt;br class='manualbr' /&gt;J'ai pas de chance, j'ai fait que le bien, mais je suis l&#224;, j'ai pas de chance, j'ai pass&#233; des moments tr&#232;s tr&#232;s difficiles. &lt;br class='manualbr' /&gt;Je stresse beaucoup, je stresse beaucoup, j'ai plein de stress, des fois m&#234;me je commence &#224; trembler, je demande des tranquillisants pour dormir. J'en prends quatre par jour. &lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Ta couleur ?&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Le bleu, le ciel, la mer, je porte le bleu. &lt;br class='manualbr' /&gt;Et le rose. C'est fleuri. &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Ton animal ?&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;J'aime tous les animaux, je pr&#233;f&#232;rerais travailler avec eux. J'aimerais bien travailler &#224; la montagne, avec les animaux, berger. On respire, on travaille, on transpire, c'est bon pour la sant&#233;, c'est pour &#231;a que je fais de l'agriculture.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#192; la montagne, dans le Rif, y a des renards, des singes, des cochons sauvages, des sources, des grottes magnifiques, des torrents. Des grottes sans limites, tu peux dispara&#238;tre dedans, tr&#232;s anciennes. &lt;br class='manualbr' /&gt;La route l&#224;-bas, on dirait l'Himalaya, tr&#232;s dangereuse. Y a des figues, des olives, de la menthe, des noix, des framboises, tr&#232;s grosses, comme des boules de billard, mais faut pas trop en manger, &#231;a tourne la t&#234;te. Y a comme de l'huile noire qui sort de la terre, comme du p&#233;trole. &lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Ton souhait ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Je souhaite que le bonheur pour tout le monde et pour moi, qu'on vive ensemble, musulmans, juifs, chr&#233;tiens, comme &#224; F&#232;s, on vivait tous ensemble. &lt;br class='manualbr' /&gt;M&#234;me si je trouve un travail juste pour aider &#231;a me va, c'est pas l'argent qui compte dans la vie, c'est le partage. L'argent, l'argent, on devient fou.&lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Le lendemain, il me rappelle : &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Ce matin, un jeune, Kateb Younes, 19 ans. Y a un policier qui l'a &#233;trangl&#233;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Les policiers l'ont forc&#233; &#224; monter &#224; l'infirmerie pour prendre un m&#233;dicament. &lt;br class='manualbr' /&gt;Neuf heures du matin. Le jeune il s'est engueul&#233; avec le policier et le policier l'a &#233;trangl&#233;. Heureusement d'autres retenus les ont s&#233;par&#233;s. M&#234;me moi j'ai &#233;t&#233; tap&#233; dans l'&#233;tablissement. J'vous l'ai pas dit la derni&#232;re fois mais c'est vrai. C'est le policier qui fait la musique le matin. &lt;br class='manualbr' /&gt;Un mec a jet&#233; un papier par terre. Le policier me dit : Ramasse-le et mets-le &#224; la poubelle ! Je dis : C'est pas moi. Il me dit : Ramasse-le ! Je dis : Non. Il m'a &#233;trangl&#233; avec son bras et il m'a mis par terre. J'avais mal des deux c&#244;t&#233;s du cou. Il a pas voulu l&#226;cher mais il a fini par me l&#226;cher. &lt;br class='manualbr' /&gt;Apr&#232;s il est revenu avec son chef. Il me dit : On fait la paix. Moi j'ai refus&#233;. Je lui ai dit : Si t'es un homme enl&#232;ve l'uniforme. Tu te mets nu dans une salle, moi aussi et on se bat. Si tu gagnes je te dis chapeau.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Amine&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Amine est expuls&#233; vers le Maroc le 27 ao&#251;t 2018.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19 ans, Marocain, en Corse depuis cinq ans, menac&#233; d'expulsion vers le Maroc, o&#249; il n'a plus d'attaches. Ici depuis le 25 juillet. &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;J'ai point&#233; tous les jours, mais la pr&#233;fecture a refus&#233; d'en tenir compte. J'ai pas pu m'expliquer, rien. Hier, j'ai fait un malaise, je voyais tout noir, j'ai jamais fait &#231;a. J'ai besoin de mes parents, je suis jeune, ils sont venus une fois me voir de Corse, mais le voyage est cher, 150 euros chacun. Je demande juste qu'ils regardent les cam&#233;ras de surveillance pour voir que j'ai toujours point&#233; depuis le premier jour. J'ai eu une premi&#232;re avocate par rapport &#224; mon interpellation, elle a fait la demande mais l&#224;, elle est en vacances. Mes parents quand ils sont venus, ils ont trouv&#233; une autre avocate ici, mais je peux plus rien faire car j'ai pass&#233; deux jugements. Je demande juste qu'ils regardent les cam&#233;ras le premier jour de mon pointage &#224; Ajaccio. L&#224;, ils vont se rendre compte. Je commen&#231;ais &#224; trouver du travail, l'&#233;t&#233;, j'avais trouv&#233; un contrat avec une soci&#233;t&#233; de nettoyage, mais juste l&#224;, ils m'ont fait &#231;a. Je me m&#233;lange pas avec les autres ici, je p&#232;te les plombs dans ma chambre.&lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Discr&#232;tement, il me dit qu'un pote lui a donn&#233; un cr&#233;dit de 50 euros pour l'Internet. &lt;i&gt;Avec &#231;a, je passe le temps. Je comprends pas ce qu'ils font, j'ai jamais quitt&#233; mes parents.&lt;/i&gt; Il insiste : &lt;i&gt;Les cam&#233;ras de surveillance, &#224; Ajaccio, de mon premier jour de pointage, vous pouvez pas m'aider &#224; les retrouver ? Ils m'ont attrap&#233; pour rien en fait, ils m'ont dit que j'avais insult&#233; une polici&#232;re, mais c'est faux, c'&#233;tait pas moi, ils peuvent le voir, il y avait des cam&#233;ras, et l&#224;, apr&#232;s &#231;a, j'ai port&#233; plainte au commissariat contre elle et depuis j'ai que des probl&#232;mes. C'&#233;tait le ramadan, il y a deux mois... C'est chaud, pour qu'ils m'am&#232;nent ici, &#224; S&#232;te. Je deviens fou. Forum r&#233;fugi&#233;s, j'y crois pas, ils travaillent avec &#171; eux &#187;... Ils me demandent des preuves. Je suis ici, comment je donne des preuves ? Je pr&#233;f&#232;re la prison au Maroc. &lt;br class='manualbr' /&gt;Samedi matin, ils sont venus me r&#233;veiller &#224; sept heures du matin, comme &#231;a, ils m'ont dit : Tu as un avion &#224; midi &#224; Marseille pour le Maroc, j'ai rien compris, &#224; sept heures et demi comme &#231;a, on &#233;tait parti, j'avais rien, m&#234;me pas ma puce t&#233;l&#233;phone, rien, si j'arrive au Maroc comme &#231;a, je suis mort, pas le temps de me r&#233;veiller, rien. On est parti dans la voiture de police. Et l&#224; j'ai &#233;t&#233; en garde &#224; vue pendant une heure, je sais pas o&#249;, &#224; l'a&#233;roport peut-&#234;tre, et puis ils m'ont dit que c'&#233;tait annul&#233;, on est reparti, deux heures aller deux heures retour pour rien ! J'ai rien compris. Ils m'ont tap&#233; parce que j'ai p&#233;t&#233; les plombs, j'ai crach&#233; du sang, ici je crache du sang tous les jours, ils se foutent de moi, ils me donnent des trucs pour les dents. &lt;br class='manualbr' /&gt;Le 24 j'ai mon jugement, apr&#232;s je sais pas ce qu'ils vont faire de moi. C'est plus simple qu'ils me laissent ici, en France, de toute fa&#231;on.&lt;/i&gt; Il me raconte &#224; nouveau son histoire. Parti &#224; quatorze ans du Maroc, pour regroupement familial, ses papiers n'&#233;tant plus valides, il devait se pr&#233;senter &#224; la pr&#233;fecture tous les jours, ce qu'il a fait, des cam&#233;ras de surveillance en t&#233;moignent, mais il y a eu un souci, lorsque la police l'a interpell&#233; pour insulte &#224; une polici&#232;re. Ce n'&#233;tait pas lui le responsable, du coup, il a port&#233; plainte. Et depuis il a des probl&#232;mes. L'un des probl&#232;mes est que seulement la feuille 2 de ses signatures a &#233;t&#233; donn&#233;e, il manque la feuille 1 qui prouve qu'il est bien all&#233; signer tous les jours depuis le premier jour. &lt;i&gt;La nuit je dors pas, je r&#234;ve pas. L'animal que je pr&#233;f&#232;re : le cheval. La couleur : le noir, la couleur de la peau, c'est classe. La musique : le rap.&lt;/i&gt; Je lui laisse mon num&#233;ro, je lui dis que je reviendrai demain, il insiste pour les cam&#233;ras, qu'on l'aide &#224; r&#233;cup&#233;rer &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ilyes&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ilyes est expuls&#233; vers son pays d'origine le 28 juin 2018.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24 ans. Entre en France en 2016 avec un visa touristique. S'installe &#224; Montpellier o&#249; vit sa s&#339;ur. Y travaille comme coiffeur. Il est interpell&#233; dans la rue le 29 mai et transf&#233;r&#233; deux jours apr&#232;s au centre de r&#233;tention. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il entame une gr&#232;ve de la faim d&#232;s son arriv&#233;e. On le conduit &#224; l'h&#244;pital lorsqu'il se met &#224; cracher du sang. Il y fait trois allers-retours, on le prive de visites, de t&#233;l&#233;, lui met la pression. Il arr&#234;te au bout de quinze jours. Affaibli, ses reins le font souffrir, il se dit que cela ne va rien changer. La premi&#232;re fois, il avait &#233;t&#233; lib&#233;r&#233; au bout de douze jours de gr&#232;ve de la faim. &lt;br class='manualbr' /&gt;Cette fois, il s'est fait une raison. &lt;br class='manualbr' /&gt;C'est lui qui coiffe ses cod&#233;tenus lorsqu'ils sont convoqu&#233;s devant le juge. C'est important qu'ils soient propres, nous explique-t-il. Des fois, m&#234;me, on leur pr&#234;te une chemise. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il nous raconte l'ennui, la chaleur, le d&#233;s&#339;uvrement, pas m&#234;me un ballon pour taper dedans, la nourriture insipide, toujours la m&#234;me, la t&#233;l&#233;vision dont on leur a confisqu&#233; la t&#233;l&#233;commande, et qu'ils actionnent avec une pointe de stylo. La nuit, quand il dort, il a toujours peur que des policiers d&#233;barquent dans sa chambre pour le menotter, direction l'a&#233;roport, ou qu'ils viennent chercher l'un de ses cod&#233;tenus. Il nous raconte qu'ils entrent sans pr&#233;venir dans sa chambre pour &#233;teindre la musique, fermer la fen&#234;tre, ou lui faire croire qu'ils vont l'embarquer : Allez, on t'emm&#232;ne, on va t'expulser !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hicham&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#199;a fait treize jours que je suis l&#224;. &lt;br class='manualbr' /&gt;&#199;a se passe pas bien. Ma fille est n&#233;e le 3 juillet et moi je suis parti au tribunal le 6 juillet. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ma femme a eu une c&#233;sarienne. Le juge ne me donne m&#234;me pas le droit de voir ma petite. Je sais pas pourquoi tous ces probl&#232;mes, probl&#232;me de papiers, probl&#232;me avec la maison&#8230;&lt;br class='manualbr' /&gt;La journ&#233;e je fais rien, je dors, je prends des cachets : Lexomil, Atarax. Cachets, cachets... On dort &#224; deux. Manger, c'est pas bien ! &lt;br class='manualbr' /&gt;Les chiens ne mangeraient pas ce qu'on nous donne. Il y en a un qui ne mange pas depuis dix jours, il n'y a m&#234;me pas une visite de l'h&#244;pital, rien. C'est Hussein Mokrani. Il ne prend rien, m&#234;me pas une bouteille d'eau. Il est tr&#232;s faible. C'est grave. Il faut faire quelque chose. C'est pas bien. J'ai m&#234;me pas pu regarder mon b&#233;b&#233;. Ma femme habite &#224; Vendargues, elle ne peut pas venir &#224; cause de la c&#233;sarienne. Il n'y a personne pour nous aider. Personne. Elle est seule.&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Il me donne son num&#233;ro. Elle s'appelle Yasmine. Elle parle fran&#231;ais. Je lui propose de lui t&#233;l&#233;phoner et de lui donner des nouvelles de lui, de lui dire qu'il l'aime, il me dit de lui dire qu'il est trop mal ici, qu'il souffre de la police raciste, qu'il aimerait voir sa fille. &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;On est comme des chiens, m&#234;me les chiens, c'est mieux.&lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;En sortant, je t&#233;l&#233;phone, mais personne ne r&#233;pond, alors je laisse un message. Je retenterai plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elias&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Elias est lib&#233;r&#233; pour raisons m&#233;dicales le 12 juillet 2018, apr&#232;s plusieurs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons le choix. Le choix du parloir. &lt;br class='manualbr' /&gt;Celui-ci est minuscule, deux des chaises sont fix&#233;es &#224; la table, on y tient &#224; peine &#224; trois. Et la lumi&#232;re ne fonctionne pas. &lt;br class='manualbr' /&gt;L'autre est plus spacieux et lumineux. &lt;br class='manualbr' /&gt;Dans le premier il y a une prise pour charger le t&#233;l&#233;phone ! Dans le second on capte mieux le r&#233;seau ! &lt;br class='manualbr' /&gt;Au choix ! &lt;br class='manualbr' /&gt;Elias a 23 ans, un visage fin. Il habite &#224; Lyon. &#171; Pourquoi tu n'es pas all&#233; au CRA l&#224;-bas ? &#8211; Il n'y avait plus de place. &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;Il comprend et ne comprend pas. C'est un bon gars, se d&#233;fend-il, jamais de b&#234;tise, jamais de prison. Les yeux criant d'innocence. Il sait pourtant pourquoi on l'a enferm&#233; ici. &lt;br class='manualbr' /&gt;Elias est mari&#233;. &#192; une Fran&#231;aise. Comme elle n'a pas encore 18 ans, le mariage n'est pas encore valid&#233;. Ah oui ? Eh oui, c'est &#233;crit l&#224;, sur tous ces papiers qui attestent du mariage, de la minorit&#233;. Papiers, papiers, papiers... Et aussi dans sa sinc&#233;rit&#233;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ils sont charmants les tourtereaux, sur les photos. Main dans la main, un peu partout. Choupinous. &lt;br class='manualbr' /&gt;Elias encha&#238;ne les tribunaux. Ce matin, le Juge des Libert&#233;s et de la D&#233;tention. Demain, la cour d'appel. Apr&#232;s-demain, le tribunal administratif. Il faut s'y retrouver. Il ne se laisse pas abattre, est entour&#233; &#224; distance par sa famille, ses amis, &#224; Lyon. Magie du t&#233;l&#233;phone portable. Il s'accroche, aussi, aux lueurs d'espoir. Les yeux d&#233;bordant d'y croire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nadir&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nadir est lib&#233;r&#233; le 29 juin 2018. Il dormait quand on est venu le lui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17 ans. Il entame sa deuxi&#232;me semaine au centre de r&#233;tention. Condamn&#233; &#224; trois mois de prison, il a effectu&#233; une partie de sa peine &#8211; un mois et trois semaines &#8211; &#224; la prison de Villeneuve-l&#232;s-Maguelone avant d'&#234;tre transf&#233;r&#233; au centre le 30 mai. Il nous raconte l'expulsion ce matin de son compagnon de chambre, mineur isol&#233; lui aussi, et &#8211; tout en nous parlant &#8211; se demande s'il ne sera pas le prochain sur la liste. Les policiers sont venus le trouver dans sa chambre, il &#233;tait huit heures du matin, il a r&#233;sist&#233;, mais ils l'ont pris de force, c'&#233;tait tellement brutal. On est venu voir, on n'a rien pu faire, ils &#233;taient trop nombreux. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il serre contre lui un cahier d'&#233;colier sur lequel il a &#233;crit avec application, l'histoire de sa vie, tout simplement. Du haut de ses 17 ans. Sa famille de c&#339;ur, comme il dit, lui a donn&#233; ce cahier lorsqu'il est entr&#233; au centre, pour en faire un livre lorsqu'il en sortira. Il s'accroche &#224; cet espoir autant qu'&#224; ce cahier, comme le dernier lien qui le rattache encore &#224; cette famille. &lt;i&gt;Mes anges&lt;/i&gt;, nous lit-il, &lt;i&gt;dans le livre je les appelle mes anges&lt;/i&gt;. Et l'espace d'un instant, il esquisse un sourire qui, mieux qu'un test osseux, atteste de son &#226;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mounir&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mounir est lib&#233;r&#233; le 30 juillet, au terme de sa p&#233;riode de r&#233;tention comme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il porte son bras en &#233;charpe, il a une double fracture. Un sac de ciment qui lui a &#233;chapp&#233; sur un chantier. Quatre mois qu'il tra&#238;ne cette fracture, deux op&#233;rations, le pl&#226;tre pendant plus d'un mois, et aujourd'hui la menace d'aller se faire soigner ailleurs. &lt;br class='manualbr' /&gt;En Alg&#233;rie en l'occurrence, qu'il a quitt&#233; enfant, et dont il n'a plus aucun souvenir, ni plus de famille pour l'accueillir. &lt;br class='manualbr' /&gt;La veille, il se plaint de douleurs, son bras gonfle. Sollicit&#233;s, les policiers de garde ne lui proposent qu'un anxiolytique en guise d'antalgique. Nous sommes accompagn&#233;s d'un m&#233;decin venu l'examiner. Il constate une invalidit&#233; importante avec blocage de l'extension du coude, des douleurs d&#233;clench&#233;es, des troubles de la sensibilit&#233; de la main, et pr&#233;conise, dans une lettre adress&#233;e au chirurgien, de poursuivre les soins et la r&#233;&#233;ducation en France. Il s'assurera par la suite aupr&#232;s du m&#233;decin du centre que des antalgiques lui sont r&#233;guli&#232;rement d&#233;livr&#233;s. &lt;br class='manualbr' /&gt;Quand il est sorti, majeur, de sa premi&#232;re op&#233;ration, ses &#233;ducateurs lui ont propos&#233; de rester au foyer le temps de se soigner. Il n'a pas eu le temps d'en profiter. Il est arr&#234;t&#233; dans la rue, en pleine journ&#233;e. Il ne comprend pas pourquoi. &#171; J'avais quartier libre. Je ne faisais rien de mal. Je leur ai dit d'appeler le foyer, mais ils n'ont rien voulu savoir. J'avais ma carte vitale, ils ne l'ont m&#234;me pas regard&#233;e. T'as pas de papier !? Alors, on t'embarque ! &#187; Direction le commissariat, deux jours de garde &#224; vue, avant d'&#234;tre transf&#233;r&#233; au Centre de R&#233;tention Administrative de S&#232;te.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il est pass&#233; trois fois devant le juge, avant d'&#234;tre conduit au consulat d'Alg&#233;rie pour se voir d&#233;livrer un laissez-passer. Il en est ressorti sans le document qui l'aurait renvoy&#233; directement en Alg&#233;rie, mais il garde de l'&#233;pisode le souvenir d'un nouvel affront. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ni l'Alg&#233;rie ni la France ne veulent de lui. &lt;br class='manualbr' /&gt;Le consul ne l'a pas regard&#233; lorsqu'il est entr&#233; dans son bureau. Il n'a pas lev&#233; le nez de ses papiers. Puis il a fait ce geste de la main, qui signifiait : &#171; Retourne d'o&#249; tu viens ! &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;Comme &#231;a, sans un regard. Comme on chasse une mouche de la main, nous dit-il. Il nous raconte la tentative de suicide d'un de ses cod&#233;tenus qui vient d'arriver &#224; S&#232;te. &lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Il &#233;tait &#224; N&#238;mes depuis quarante-trois jours. Il a mang&#233; sept pi&#232;ces de 2 euros l&#224;-bas, deux lames de rasoir et un briquet. Deux lames de la taille d'un doigt ! C'&#233;tait un Tunisien, ils voulaient le renvoyer en Roumanie, o&#249; il risquait un an de prison, et donc il a aval&#233; les lames de rasoir. Il a eu une histoire &#224; N&#238;mes, aussi. Sept mecs ont ouvert le grillage pour fuir, mais lui, il n'est m&#234;me pas parti, il a regard&#233;. Ils se sont fait prendre et ils ont dit qu'il &#233;tait impliqu&#233;. C'est pour &#231;a qu'il a &#233;t&#233; en garde &#224; vue et qu'il a &#233;t&#233; transf&#233;r&#233; ici. &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;Rester au foyer le temps de se soigner, c'est tout ce qu'il d&#233;sirait lorsqu'il a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;. C'est au centre qu'il devra poursuivre sa convalescence jusqu'&#224; la fin de la p&#233;riode de r&#233;tention des 45 jours. Il en a fait quinze. Il lui en reste 30.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aly&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 14 juin, trois jours avant son rendez-vous avec le Juge des Libert&#233;s et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aly aura bient&#244;t 17 ans, le 10 juillet prochain. Arriv&#233; en France en mars 2017, il est ce qu'on appelle ici un &#171; Mineur Non Accompagn&#233; &#187;. Il est incarc&#233;r&#233; depuis le 18 mai &#224; S&#232;te. Du statut de mineur isol&#233; scolaris&#233;, il a d&#233;gringol&#233; &#224; celui de &#171; pr&#233;sum&#233; majeur &#187;, condamn&#233;, enferm&#233; et expulsable. &lt;br class='manualbr' /&gt;Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; contr&#244;l&#233; et arr&#234;t&#233; &#224; Montpellier le 19 mars, il a &#233;t&#233; mis trois jours en garde &#224; vue, a subi des tests osseux et dentaires qui ont permis de contester sa minorit&#233; (&#171; entre 16 et 18 ans &#187;), a &#233;t&#233; jug&#233; en comparution imm&#233;diate, condamn&#233; pour falsification de documents et incarc&#233;r&#233; &#224; la maison d'arr&#234;t de Villeneuve-l&#232;s-Maguelone, o&#249; il est rest&#233; deux mois et une semaine, pr&#233;cise-t-il, avant d'&#234;tre transf&#233;r&#233; au CRA de S&#232;te en vue d'une expulsion. &lt;br class='manualbr' /&gt;L'OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Fran&#231;ais) a &#233;t&#233; prononc&#233;e durant sa garde &#224; vue, avant m&#234;me qu'il ne soit jug&#233; et condamn&#233;. Un recours a &#233;t&#233; d&#233;pos&#233; au Tribunal administratif par Forum r&#233;fugi&#233;s &#8211; l'association qui travaille au Centre de R&#233;tention Administrative de S&#232;te. Mais appels et recours ne suspendent pas l'OQTF.&lt;br class='manualbr' /&gt;En d'autres termes, il reste expulsable &#224; tout moment, l'objectif &#233;tant de l'expulser AVANT sa convocation par le Juge des Libert&#233;s et de la D&#233;tention, le 17 juin. La preuve, Aly nous apprend que, la veille de notre visite, les agents de police sont venus le surprendre, &#224; six heures du matin. Il a refus&#233; d'&#234;tre emmen&#233; et embarqu&#233; dans un avion pour la C&#244;te d'Ivoire. Selon la loi, les futurs expuls&#233;s doivent &#234;tre avertis de la date de leur &#171; &#233;loignement &#187;, ce qui n'a pas &#233;t&#233; le cas pour Aly. &lt;br class='manualbr' /&gt;En refusant d'embarquer, Aly s'expose &#224; commettre un d&#233;lit qualifi&#233; d'&#171; obstruction &#224; la mesure d'&#233;loignement &#187;, &#224; &#234;tre jug&#233; en comparution imm&#233;diate, &#224; subir une peine de prison ferme et d'interdiction judiciaire de territoire. On peut alors demander un &#171; report &#187;, le temps de pr&#233;parer le contr&#244;le judiciaire, mais une fois encore, le report n'est pas une mesure suspensive de l'OQTF. Ou alors, on les embarque de force au bout de deux ou trois refus. Le deuxi&#232;me avion est d&#233;j&#224; en vue... &lt;br class='manualbr' /&gt;Aly n'est pas un &#171; sans-papiers &#187;. Il est en possession d'un extrait d'acte de naissance prouvant sa minorit&#233;. Mais l'administration fran&#231;aise ne reconna&#238;t pas forc&#233;ment les documents administratifs &#233;manant de ses anciennes colonies, &#233;crits &#224; la main ou non authentifi&#233;s. Nous sommes en attente de l'envoi, par la famille d'Aly, de son extrait d'acte de naissance, qu'il faudra encore faire authentifier par le consulat. C'est une course contre la montre, car les proc&#233;dures d'expulsion acc&#233;l&#233;r&#233;es permettent d'ex&#233;cuter les injustices avant m&#234;me que ne puissent &#234;tre &#233;tablis la bonne foi et le droit des &#233;trangers.&lt;br class='manualbr' /&gt;Aly est parti de C&#244;te d'Ivoire avec quelqu'un de son quartier, plus &#226;g&#233;, de confiance. Ils ont fait la route ensemble. Apr&#232;s la mort de son p&#232;re, sa m&#232;re &#233;tant gravement malade, la situation familiale &#233;tait devenue beaucoup trop compliqu&#233;e... Il a &#233;t&#233; scolaris&#233; (en fran&#231;ais) jusqu'en CM2 et a d&#233;cid&#233; de venir en France pour pouvoir continuer ses &#233;tudes, souhaitant devenir &#233;lectricien. Pass&#233;s par le Mali, l'Alg&#233;rie, la Libye, ils ont pris un bateau pour l'Italie. Son compagnon de route est rest&#233; en Italie. Aly y est rest&#233; de juin 2016 &#224; mars 2017, dans un h&#244;tel pour r&#233;fugi&#233;s. Mais ne voyant pas de possibilit&#233;s de poursuivre ses &#233;tudes en Italie, ne parlant pas la langue et ne b&#233;n&#233;ficiant que d'un cours hebdomadaire d'italien, il a continu&#233; vers la France. &lt;br class='manualbr' /&gt;Arriv&#233; en France en mars 2017, il a &#233;t&#233; confi&#233; &#224; l'Aide Sociale &#224; l'Enfance. D'abord h&#233;berg&#233; dans un h&#244;tel pendant cinq jours, il a pass&#233; une &#233;valuation, fait quatre mois de stage en &#233;lectricit&#233;, puis a &#233;t&#233; scolaris&#233; le 13 novembre 2017 au lyc&#233;e Jean-Jacques Rousseau, &#224; Montpellier, en premi&#232;re ann&#233;e de CAP paysagiste. Il &#233;tait alors accompagn&#233; par l'association Un Toit O&#249; Apprendre, d&#233;pendant du r&#233;seau de l'association RAIH, et &#233;tait h&#233;berg&#233; dans un appartement, avec deux autres jeunes et une &#233;ducatrice qui assurait un suivi. Il avait &#233;galement trouv&#233; un ma&#238;tre de stage paysagiste et effectu&#233; une p&#233;riode de formation en entreprise. Tout semblait en bonne voie pour cet adolescent dont les enseignants vantaient unanimement le s&#233;rieux et la motivation : &#171; Int&#233;ress&#233; et motiv&#233; &#187; ; &#171; Volontaire &#187; ; &#171; Attitude positive &#187; ; &#171; Bonne implication &#187;. Les documents attestant de sa r&#233;ussite scolaire avaient &#233;t&#233; transmis au juge. &lt;br class='manualbr' /&gt;Lors de notre premi&#232;re entrevue, il s'av&#232;re qu'il n'a pas de soutien, plus d'argent, plus de chargeur pour son t&#233;l&#233;phone, plus de carte SIM, plus aucun contact avec personne. Il nous donne le nom de deux de ses professeurs. Je parviens &#224; joindre une personne de son &#233;tablissement, qui me chargera de lui transmettre des messages de soutien de la part de ses professeurs et de ses camarades : &#171; On ne t'a pas oubli&#233;, on pense fort &#224; toi, tout le temps. On ne savait pas, comment te joindre, comment venir te voir... &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;Aly ne comprend pas ce qui se passe, il dit qu'il est innocent, que si ses papiers ne suffisent pas, il peut en fournir d'autres, qu'il n'y a pas besoin de le mettre en prison pour cela. &lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; On s'est sacrifi&#233; pour venir en France et on nous accueille avec de la prison ! C'est pas bien ! Je suis innocent. Je veux &#234;tre lib&#233;r&#233;. &#187; Il nous dit qu'ils sont trois jeunes mineurs au centre et que trois personnes font une gr&#232;ve de la faim. Que l'ambiance n'est pas facile et que pour ceux qui font le ramadan, la nourriture servie consiste en un m&#233;lange de conserves qu'ils avalent, faute de mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Yacine&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Yacine est transf&#233;r&#233; &#224; l'h&#244;pital trois jours plus tard. Intern&#233; en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24 ans, n&#233; &#224; Gaza. Arr&#234;t&#233; la veille &#224; Nice, il a &#233;t&#233; transf&#233;r&#233; le 15 juin au centre de r&#233;tention. Il s'excuse, il n'a pas vraiment dormi depuis. Une nuit au commissariat, une autre au centre, il fait chaud dans les chambres. Il n'a pas non plus les id&#233;es bien en place et n'a que son tee-shirt sur le dos, le m&#234;me qu'il portait lorsqu'il est parti travailler. &lt;br class='manualbr' /&gt;On lui a dit qu'il passerait devant le juge dans les 48 heures. Il se frotte les yeux, pour essayer d'y voir plus clair. Cela fait neuf ans qu'il sillonne l'Europe, il en avait 15 &#224; son arriv&#233;e. Ballott&#233; de centre pour mineurs en foyer de l'enfance, il en fugue tr&#232;s vite. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il apprend vite, aussi. Il compte sur ses doigts : &lt;i&gt;Je parle espagnol, fran&#231;ais, hollandais, allemand... L'allemand,&lt;/i&gt; perfekt&lt;i&gt; ! &lt;br class='manualbr' /&gt;Il sourit. &#199;a va aller, &#231;a va aller... C'est la vie, je peux rien faire. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Yacine&lt;/strong&gt; (suite)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nouvelle visite dix jours apr&#232;s son incarc&#233;ration. Entre-temps, il s'est retrouv&#233; plaqu&#233; contre un mur pour avoir d&#233;rob&#233; un morceau de pain au r&#233;fectoire, saisi &#224; la gorge, ma&#238;tris&#233; au sol, tra&#238;n&#233; dans les escaliers, plac&#233; &#224; l'isolement, puis lib&#233;r&#233; au bout de deux heures gr&#226;ce &#224; la pression de ses cod&#233;tenus qui tambourinaient &#224; la porte. Les retenus n'ont pas le droit de rapporter de nourriture dans leur chambre.&lt;br class='manualbr' /&gt;Trois jours plus tard, il est conduit &#224; l'h&#244;pital de S&#232;te, service psychiatrie. Il ne dort plus depuis une semaine, son compagnon de chambre alerte le m&#233;decin qui ordonne son transfert &#224; l'h&#244;pital. Le psychiatre lui parle, lui r&#233;dige une ordonnance et lui propose d'&#234;tre hospitalis&#233; dans son service. Il d&#233;cide de retourner au centre, o&#249; il a laiss&#233; le peu d'affaires qu'il a. &lt;i&gt;Pour moi, c'est la m&#234;me chose&lt;/i&gt;, nous explique-t-il. Il est reconduit au centre. &lt;br class='manualbr' /&gt;Depuis, on lui donne deux cachets le matin, deux &#224; midi, trois le soir. Il ne sait pas de quoi. Il dit que les premiers jours, &#231;a l'a soulag&#233; un peu, mais que &#231;a lui coupe l'app&#233;tit, lui file la naus&#233;e et lui permet de dormir seulement quatre heures d'affil&#233;e, entre trois heures et sept heures du matin. Il dit qu'il n'a pas demand&#233; &#224; recevoir des soins psychiatriques. &lt;br class='manualbr' /&gt;Pas plus qu'en Isra&#235;l d'ailleurs, &#224; l'h&#244;pital militaire o&#249; il &#233;tait intern&#233;. Il a peur d'&#234;tre renvoy&#233; &#224; Gaza, o&#249; il a laiss&#233; ses empreintes et son ADN. Il en a surtout gard&#233; les stigmates, des cicatrices qui courent le long des bras et sur le dos. La veille, il a re&#231;u la visite d'un policier en civil venu relever ses empreintes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tahar&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tahar est lib&#233;r&#233; le 18 juin 2018.&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Terminus en gare de S&#232;te. Le 16 juin, il monte dans le TGV pour se rendre en Espagne o&#249; du travail l'attend. Le jour m&#234;me, il se retrouve au centre de r&#233;tention. Premier contr&#244;le, il montre son billet. Au second, le contr&#244;leur demande &#224; voir son passeport. &lt;i&gt;Il m'a dit : Si tu n'as pas de passeport, tu descends ! &lt;/i&gt; Il est d&#233;barqu&#233; en gare de S&#232;te. Il n'a pas le temps de se retourner que deux policiers en civil l'abordent. Il leur montre son billet, appelle son patron, le leur passe. Lequel leur confirme qu'il l'a bien engag&#233; et qu'il va l'h&#233;berger. Les policiers se montrent rassurants : ils vont certainement le rel&#226;cher, mais il faut voir &#231;a avec la pr&#233;fecture. Il est transf&#233;r&#233; au centre. &lt;br class='manualbr' /&gt;Lorsque nous le rencontrons le lendemain, il est tr&#232;s agit&#233;. Il n'a pas pu parler &#224; ses proches depuis la veille. Il n'a pas pu parler tout court. Et n'a re&#231;u aucune assistance juridique. Nous sommes venus avec une interpr&#232;te. Ses premiers mots dans sa langue maternelle d&#233;clenchent un flot de paroles qu'elle a du mal &#224; contenir. Il lui r&#233;p&#232;te en boucle : &lt;i&gt;Moi, je voulais aller en Espagne&lt;/i&gt;. Et, tout en la submergeant, cherche dans son regard un semblant de r&#233;alit&#233; &#224; quoi se raccrocher. Puis, peu &#224; peu, retisse le fil de son r&#233;cit. Il n'a pas 30 ans. Il en a pass&#233; cinq en Espagne, avant de rejoindre Paris o&#249; il vit depuis cinq ans. Samedi, il a pris le train.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Djamel et Youssef&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Djamel et Youssef sont expuls&#233;s vers l'Italie le 28 juin 2018.&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux jumeaux, on dirait un sketch ! Rigolards, enthousiastes et d&#233;tendus. Ils disent les choses simplement. Bien entour&#233;s &#8211; amis, collectif militant, etc. &#8211; ils ont l'air plut&#244;t tranquilles. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ben oui, apr&#232;s tout, c'est simple, non ? Ils &#233;taient dans un PRADHA, un centre d'h&#233;bergement pour demandeurs d'asile &#224; Villeneuve-l&#232;s-Maguelone, entre les salins et la prison. Et puis, on leur a dit qu'ils devaient repartir en Italie &#224; cause de la fameuse &#171; proc&#233;dure Dublin &#187;. Ils ne voulaient pas, alors ils sont partis. C'est aussi simple que &#231;a ! &lt;br class='manualbr' /&gt;Ben oui, ils ont quitt&#233; le PRADHA et voil&#224;. Ils &#233;taient tranquillement en train de se rendre &#224; un cours de fran&#231;ais et bim ! On les contr&#244;le ! Juste eux, alors qu'ils &#233;taient avec d'autres. Juste eux, alors qu'ils &#233;taient habill&#233;s normalement, qu'ils ne faisaient rien de mal. C'est pas de bol quand m&#234;me ! &lt;br class='manualbr' /&gt;Quand l'un parle, l'autre acquiesce ; quand l'un rit, l'autre aussi, quand l'un regarde, l'autre voit. Ils sont plus que jumeaux, ils sont unis comme les bras d'un m&#234;me corps, ensemble, profond&#233;ment ensemble. &lt;br class='manualbr' /&gt;Oui, ils veulent bien un paquet de g&#226;teaux. Ils ne font pas ramadan ? Non, ils ne sont pas musulmans. &#171; Ah bon, vous &#234;tes Soudanais et pas musulmans ? &#187; Ils &#233;clatent de rire. &#171; Ben oui, c'est pour &#231;a qu'on est l&#224; ! &#187; Comme une bonne blague. Ils plaisantent sur tout, &#171; Ici tu peux changer de lit tous les soirs si tu as envie ! Tu en vois un qui te pla&#238;t, tu y vas, c'est g&#233;nial ! Ici tout le monde est nos amis. Ben oui, on est tous dans la m&#234;me... situation ! &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &#8211; Et comment vous vous sentez ici ? &#187; Les rires cessent, les visages deviennent graves. &#171; Ici, on ne sait jamais ce qui peut arriver. &#187; Silence. Puis ils recommencent &#224; rire et plaisanter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Salah&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Salah est lib&#233;r&#233; le 24 ao&#251;t 2018.&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tunisien, 29 ans, 37 jours enferm&#233;s, &#224; N&#238;mes d'abord puis ici depuis le 24 juillet. Il ne comprend pas bien le fran&#231;ais me dit-il, mais je note qu'il le parle assez bien. &lt;i&gt;Je suis sans papiers, ils m'ont pris &#224; Marseille, je suis l&#224; depuis 2015. Ils veulent m'envoyer au bled, le plus vite possible. Je travaille de temps en temps, dans le b&#226;timent... Pas tout le temps. &lt;br class='manualbr' /&gt;Le 5 juillet j'ai d&#233;j&#224; eu le jugement... Personne n'est venu me voir encore, sauf mon oncle. &lt;br class='manualbr' /&gt;Je voudrais dire : Il faut la libert&#233;, nous lib&#233;rer, on n'est pas des criminels, juste sans papiers, c'est une prison ici, c'est pas un centre, c'est dur.&lt;/i&gt; Il me raconte un cauchemar. &lt;i&gt;Bon, toujours il y a des cauchemars, beaucoup. Bon, la derni&#232;re fois je vois un policier qui court derri&#232;re moi, et moi je prends la fuite, je cours je cours je passe la porte, et je tombe dans l'eau, et l&#224; je me r&#233;veille. Chaque nuit, chaque nuit. Ici, on a tous des allergies, &#231;a gratte, &#231;a gratte.&lt;/i&gt; Il me montre ses bras plein de boutons rouges. &lt;i&gt;&#199;a fait trente-cinq jours et je sais pas ce que c'est... &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Abdoulaye&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Abdoulaye n'aura pas le temps de me transmettre ses &#233;crits. Il est expuls&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois mois de prison. Pour falsification de document. &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Je pr&#233;f&#232;re la d&#233;tention que la r&#233;tention. &lt;br class='manualbr' /&gt;Je mange pas bien. J'ai le droit &#224; rien. Hier ils ont refus&#233; que je mange mon kebab. Un ami m'en a apport&#233; un, je leur ai dit que je pouvais le manger au parloir mais ils ont pas voulu. &lt;br class='manualbr' /&gt;Mon r&#234;ve, c'est pas de retourner chez moi. J'avais une formation &#224; Montpellier. Au lyc&#233;e L&#233;onard de Vinci. J'ai 20 ans. Je veux devenir quelqu'un. &lt;br class='manualbr' /&gt;Je vais p&#233;ter un c&#226;ble parce que je comprends rien &#224; cette histoire. Moi je suis d'accord avec la justice mais l'humanit&#233; d'abord. &lt;br class='manualbr' /&gt;On nous fait des trucs, on n'y pense m&#234;me pas. J'ai tout vu dans la vie des gens, j'ai tout vu. Y en a marre. &lt;br class='manualbr' /&gt;Et en plus j'ai pas envie de retourner chez moi. J'ai pris la d&#233;cision de rentrer dans la L&#233;gion &#233;trang&#232;re &#224; ma sortie. C'est que je suis d&#233;termin&#233;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Je comprends pas. &lt;br class='manualbr' /&gt;Le consulat a d&#233;livr&#233; un laissez-passer valable jusqu'&#224; d&#233;cembre 2019. J'ai une OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Fran&#231;ais). &lt;br class='manualbr' /&gt;Je ne comprends plus rien dans cette histoire. J'ai d&#251; perdre la m&#233;moire.&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Il conna&#238;t bien Aly, renvoy&#233; en C&#244;te d'Ivoire. Il l'a eu r&#233;cemment au t&#233;l&#233;phone. &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Aly avait la haine, m&#234;me contre moi quand il est revenu en C&#244;te d'Ivoire. Mais j'ai compris que &#231;a fait mal sa situation et je l'appellerai plus tard. Tu renvoies quelqu'un. Il va &#234;tre dans la rue. Il va &#234;tre incapable d'aller aux champs. Sa relation avec sa famille s'est g&#226;t&#233;e y a longtemps. Qui va l'aider ? Ils te renvoient et ils te donnent rien en argent. M&#234;me pas d'argent pour le taxi &#224; l'a&#233;roport. &lt;br class='manualbr' /&gt;Y a des gens qui font des b&#234;tises. Nous, on est l&#224;. Depuis que je suis en France, j'ai jamais rien vol&#233;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Je demande ma libert&#233; m&#234;me si on me laisse pas un job. Pour m'engager dans la L&#233;gion &#233;trang&#232;re. &lt;br class='manualbr' /&gt;2015 perdu p&#232;re. 2010 perdu m&#232;re. &lt;br class='manualbr' /&gt;Moi franchement, je ne comprends plus rien dans cette histoire. Ils viennent te chercher menott&#233; comme si t'&#233;tais un colis de manioc. Si c'&#233;tait un enfant fran&#231;ais, ils feraient pas &#231;a. Je suis d'une ancienne colonie et je suis venu l&#224; parce que je parle la langue fran&#231;aise. &lt;br class='manualbr' /&gt;Et on nous... je sais pas comment m'expliquer... mais au bout d'un moment, y en a marre. &lt;br class='manualbr' /&gt;Je ne comprends pas que la justice mette l'humanit&#233; en danger. Celui qui veut faire des efforts, personne peut l'aider. On demande pas des millions.&lt;/i&gt; Il me dit bien &#233;crire le fran&#231;ais, je lui propose d'&#233;crire ce qu'il pense de ce qu'il lui arrive, de ce qu'il vit, sa col&#232;re, ses indignations, ses revendications et qu'on pourra le partager &#224; l'ext&#233;rieur. Il va &#233;crire &#231;a sur un papier. Nous nous sommes donn&#233; rendez-vous vendredi matin, j'irai le visiter au CRA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ousmane&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ousmane est expuls&#233; dix jours plus tard vers son pays d'origine.&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#199;a va pas ici. J'suis v'nu en France pour &#233;tudier. J'ai dit que j'avais 17 ans. J'ai &#233;t&#233; en foyer &#224; Montpellier. Puis y m'ont fait un test osseux. Y m'ont dit que j'avais 18 ans et que j'&#233;tais majeur. J'ai &#233;t&#233; condamn&#233; pour faux et usage de faux. Prison &#224; Villeneuve : six mois, j'ai fait que quatre mois. J'suis arriv&#233; samedi apr&#232;m ici, direct de la prison. &lt;br class='manualbr' /&gt;J'suis venu ici pour &#233;tudier, je viens de Guin&#233;e Conakry, l&#224;-bas, je ne pouvais pas. Mon p&#232;re ne travaille pas, ma m&#232;re est femme de m&#233;nage, elle a 60 ans, j'ai deux fr&#232;res, eux aussi, ils faisaient rien. C'est pour &#231;a que je suis venu ici, si les choses allaient tr&#232;s bien je n'aurais pas d&#251; venir. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ici au CRA toute la journ&#233;e enferm&#233; &#231;a me rend fou, tu n'as rien fait, tu n'as frapp&#233; personne et t'es enferm&#233;. Je suis interdit de territoire fran&#231;ais pour cinq ans. Je veux sortir, &#234;tre libre. &lt;br class='manualbr' /&gt;J'ai quitt&#233; l'Espagne car je parle pas d'autre langue que le fran&#231;ais. &#199;a fait deux ans que je suis parti : Mali, Burkina, Niger, Alg&#233;rie, Maroc, Espagne, France, j'ai failli mourir trois fois, je suis rest&#233; plusieurs jours sans manger. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ce que je veux, c'est sortir et &#233;tudier, c'est tout. &lt;br class='manualbr' /&gt;&#192; Melilla, j'ai dit que j'avais 21 ans parce que si tu dis que t'es mineur ils te gardent l&#224;-bas. &lt;br class='manualbr' /&gt;Arriv&#233; ici j'ai dit que j'avais 17 ans. Ils m'ont mis dans un foyer pour mineurs mais apr&#232;s ils m'ont mis en prison en disant que j'avais menti. J'ai un extrait d'acte de naissance mais je l'avais donn&#233; &#224; mon &#233;ducateur et il m'a dit qu'il l'avait perdu, j'avais la photocopie mais je l'ai donn&#233;e &#224; la police, l&#224; j'ai plus rien. Au test osseux, ils ont dit que j'avais 18 ans, c'est pas vrai. &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;/i&gt;Ta couleur : &lt;i&gt;Blanche, le Real Madrid, j'aime porter le bleu aussi.&lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Ton animal : &lt;i&gt;Le cheval, j'aimerais grimper avec.&lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Tes r&#234;ves : &lt;i&gt;Je fais des cauchemars souvent la nuit, je r&#234;ve que je suis dans le d&#233;sert, dans tout ce que j'ai travers&#233;.&lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Ta musique : &lt;i&gt;La Guin&#233;enne, la Mamaya. J'aime quand &#231;a parle de la vie, de l'aventure, des gens qui souffrent dans le d&#233;sert, parce que j'ai v&#233;cu &#231;a, y a une chanson d'un chanteur guin&#233;en que j'aime bien, dans le clip on voit le chanteur dans le d&#233;sert, on le frappe comme en Libye, l'esclavage et tout &#231;a.&lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Il va chercher son t&#233;l&#233;phone dans son casier et nous fait &#233;couter la chanson : &lt;a href=&#034;https://youtu.be/7vebkDz7-Tg&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Degg J Force 3 &#8211; &lt;i&gt;Fal&#233;&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Il commente : &lt;i&gt;Il est parti et il est revenu chez lui, il a beaucoup souffert, il a vu la mort, deux trois jours sans boire dans le d&#233;sert, il a bu sa pisse. Partir c'est bien mais pas sans papiers. Le sable est br&#251;lant dans le d&#233;sert quand tu marches dessus &#231;a fait mal aux pieds. C'est une musique de conseils. J'&#233;tais au Maroc quand je l'ai entendue. Si je l'avais entendue avant, je serai pas parti. L&#224;-bas en Guin&#233;e Conakry c'est la souffrance, si les choses allaient tr&#232;s bien on viendrait pas ici, on est d&#233;sesp&#233;r&#233;. Je pr&#233;f&#232;re aller en prison les cinq ans qui viennent plut&#244;t que de rentrer chez moi, au moins en prison je serai en s&#233;curit&#233;, je vais manger deux trois fois par jour, alors que l&#224;-bas je n'aurai m&#234;me pas cette occasion.&lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Le clip &lt;i&gt;Fal&#233;&lt;/i&gt; de Degg J Force 3 a &#233;t&#233; financ&#233; par l'Union Europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Issa&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Issa est lib&#233;r&#233; le 2 septembre 2018. Sur le quai de la gare de S&#232;te o&#249; il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est lui qui choisit son pseudo. Issa. Comme le p&#232;re qu'il a perdu &#224; 13 ans. Ancien champion de lutte en Alg&#233;rie. Il ne se souvient pas l'avoir vu combattre, mais il a vu ses m&#233;dailles. Il a surtout march&#233; dans ses pas. &lt;i&gt;Tous les soirs, on s'entra&#238;nait d&#232;s que je rentrais de l'&#233;cole&lt;/i&gt;. Son p&#232;re lui-m&#234;me ne l'a jamais vu combattre. &lt;i&gt;Il &#233;tait en prison lorsque j'ai remport&#233; le championnat d'Alg&#233;rie&lt;/i&gt;. Il se souvient lui avoir apport&#233; sa m&#233;daille au parloir. Aujourd'hui, il ne pratique plus. Mais il en a gard&#233; les gestes, les r&#233;flexes, la discipline. Il n'oublie pas ce qu'il a appris, ni &#224; qui il le doit. &lt;br class='manualbr' /&gt;Issa a 28 ans. Il est en France depuis cinq ans et p&#232;re d'une petite fille de 22 mois. &lt;i&gt;En fait, quand j'&#233;tais petit, j'avais un p&#232;re, une m&#232;re, un fr&#232;re. Moi, j'&#233;tais l'a&#238;n&#233;.&lt;/i&gt; Quand son p&#232;re d&#233;c&#232;de, il se retrouve &#224; travailler sur un chantier. Il n'a pas 13 ans. Une adolescence vol&#233;e avec pour seul horizon, l'autre rive de la M&#233;diterran&#233;e. Quand j'&#233;tais jeune, je voyais tout le monde partir. On ne parlait que de &#231;a dans le quartier. Il y a ceux qui partent et qui restent, d'autres qui reviennent avec rien, ou qui deviennent fous, d'autres encore qui reviennent avec femme et enfants&lt;/i&gt;. Depuis la fen&#234;tre de sa chambre, il peut voir la plage d'o&#249; il est parti avec trois de ses amis. &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;On a fait une f&#234;te o&#249; on a vendu tout ce qu'on avait pour acheter un bateau. Deux jours et demi en mer, le moteur n'est pas de premi&#232;re jeunesse, il cale sans arr&#234;t. On perdait de l'essence &#224; chaque fois pour le red&#233;marrer. Jusqu'&#224; la panne. On voyait des montagnes au loin, on avait l'impression qu'on avan&#231;ait, mais on avait peur des courants.&lt;/i&gt; Ils &#233;puisent vite les quelques fus&#233;es de d&#233;tresse qu'ils ont embarqu&#233;es et se retrouvent &#224; ramer &#224; la main. Rep&#233;r&#233;s par un chalutier italien, ils arborent fi&#232;rement le drapeau du Milan AC qu'ils ont pris soin d'emporter. &lt;i&gt;On n'avait pas de t&#233;l&#233;phone pour appeler les garde-c&#244;tes, mais on avait des cigarettes. On leur a demand&#233; de pr&#233;venir les secours et propos&#233; des cigarettes en &#233;change. Il nous ont r&#233;pondu : Les cigarettes, d'abord ! J'en revenais pas ! J'&#233;tais parti d'Alg&#233;rie parce que je croyais que &#231;a allait &#8211; enfin &#8211; &#234;tre tranquille, et ils commen&#231;aient par nous r&#233;clamer des cigarettes !&lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Pris en remorquage par le chalutier qui refuse de les prendre &#224; son bord, ils sont remis aux garde-c&#244;tes italiens, puis accueillis dans un centre pour demandeurs d'asile. Son premier appel est pour sa m&#232;re. &lt;i&gt;Je lui ai dit : &#199;a y est, je suis en Italie. Mais elle le savait ! Tout le monde ne pense qu'&#224; &#231;a dans le quartier ! &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Depuis, il &#233;conomise avant les f&#234;tes pour lui envoyer un peu d'argent. Il compte sur ses doigts le nombre de f&#234;tes pass&#233;es sans eux. Cinq. &lt;i&gt;M&#234;me si j'ai une famille ici, je pense &#224; ma famille l&#224;-bas. D&#232;s que j'ai les papiers, j'y retourne. Pour que ma m&#232;re puisse voir sa petite-fille. Elle n'attend que &#231;a ! Et que ma fille voit sa grand-m&#232;re.&lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Sa famille d'ici. Celle qu'il a fond&#233;e avec sa compagne rencontr&#233;e &#224; Marseille il y a quatre ans, et qui s'est agrandie depuis d'une petite fille qui f&#234;tera ses 2 ans en octobre. Elle porte un pr&#233;nom &#233;gyptien, suivi &#8211; pour faire bonne mesure &#8211; de ceux de ses deux grands-m&#232;res. &lt;i&gt;Comme &#231;a, il n'y a pas de jaloux !&lt;/i&gt; L'enfant porte &#233;galement les deux patronymes, puisqu'il l'a d&#233;clar&#233;e avec sa carte d'identit&#233; alg&#233;rienne. Depuis, acte de naissance &#224; l'appui, il a d&#233;pos&#233; une demande de carte de s&#233;jour &#224; la pr&#233;fecture d'Amiens, o&#249; ses beaux-parents qui y r&#233;sident lui ont fourni une attestation d'h&#233;bergement.&lt;br class='manualbr' /&gt;Sa carte d'identit&#233; alg&#233;rienne, assortie de cette demande, lui avait permis jusqu'ici de passer &#224; travers les contr&#244;les. &lt;i&gt;Cinq &#224; six fois par jour&lt;/i&gt;, pr&#233;cise-t-il. &lt;i&gt;&#192; chaque fois, ils appellent et me rel&#226;chent. &#192; force, ils finissent par me conna&#238;tre.&lt;/i&gt; Surtout dans le quartier o&#249; il vend des cigarettes &#224; la sauvette. &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Il y en a m&#234;me qui m'en ach&#232;tent, d'autres qui me rapportent des bonbons pour ma fille &lt;/i&gt; ! D'autres aussi qui lui confisquent la marchandise. &lt;i&gt;Mais ils ne m'attrapent qu'avec trois ou quatre paquets, jamais avec un carton, je suis pas un grossiste, moi !&lt;/i&gt; Quand il ne vend pas des cigarettes &#224; la sauvette, il travaille au noir. &lt;i&gt;En m&#233;canique &#8211; bloc moteur, embrayage, freins. Ou ma&#231;onnerie. J'ai le dipl&#244;me en Alg&#233;rie&lt;/i&gt;. Son oncle &#233;tait ma&#231;on. Tout petit d&#233;j&#224;, il maniait la truelle en famille. Une sp&#233;cialit&#233; ? Il regarde autour de lui, dans les trois m&#232;tres carr&#233;s de concentr&#233; de sordide qui nous entourent, puis d&#233;signe du doigt : &lt;i&gt;Carrelage, plinthes, cloisons, fa&#231;ades... Parce que je suis un travailleur, moi ! S'ils me donnent les papiers, je travaille !&lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Il est arr&#234;t&#233; le 15 juillet dans le quartier de la Joliette &#224; Marseille, puis transf&#233;r&#233; au centre de r&#233;tention de S&#232;te dans la foul&#233;e, apr&#232;s deux jours de garde &#224; vue. Cette fois, sa carte d'identit&#233; alg&#233;rienne ne lui est d'aucun secours. Et il n'a plus sur lui le r&#233;c&#233;piss&#233; de sa demande de carte de s&#233;jour, pli&#233;, d&#233;pli&#233;, repli&#233; plus que de raison... &lt;i&gt;Il &#233;tait mort !&lt;/i&gt; Sa compagne contacte la pr&#233;fecture &#224; Amiens qui lui assure que son dossier a &#233;t&#233; transf&#233;r&#233; &#224; Marseille. &lt;i&gt;Pourtant, &#224; l'audience, ils m'ont dit qu'ils n'avaient rien trouv&#233; !&lt;/i&gt; Il est sous le coup d'une OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Fran&#231;ais) et s'appr&#234;te &#224; reprendre le chemin de l'Italie, comme en 2015. &#192; l'&#233;poque d&#233;j&#224;, il &#233;tait parti travailler sur les march&#233;s avec son oncle. Sa compagne l'avait rejoint. Cette fois, elle ne pourra pas l'accompagner, elle a commenc&#233; &#224; travailler, ses parents gardent leur fille, et lui-m&#234;me ne prendra pas le risque, comme il dit, de revenir avant un an d&#233;poser une nouvelle demande de s&#233;jour. Devant le juge en appel, il n'a pas le temps d'&#233;voquer sa fille qu'il se voit r&#233;torquer : &#199;a, je ne veux pas l'entendre ! Moi, je suis un juge administratif ! Il nous regarde les yeux ronds : &lt;i&gt;C'est quoi, l'administratif !?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bachir&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bachir s'assoit en face de nous, il se frotte les yeux et quand il les l&#232;ve vers nous, c'est dans son regard fatigu&#233;, tr&#232;s fatigu&#233;, que nous nous effor&#231;ons de lire, parce que tr&#232;s vite nous r&#233;alisons que Bachir ne comprend et ne parle que tr&#232;s peu le fran&#231;ais.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il r&#233;p&#232;te &#171; &lt;i&gt;France&lt;/i&gt; &#187; aux questions que nous tentons de lui poser concernant son lieu d'arrestation et son lieu de naissance... Au bout d'un moment, nous croyons comprendre qu'il est tunisien, qu'il a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; &#224; Lyon, chez sa s&#339;ur, dont il attend de l'argent. Un avocat lui aurait dit qu'il sortirait dans quinze jours. Mais la communication est tr&#232;s laborieuse et nous ressortons sans &#234;tre bien s&#251;res de nous, de la parole que nous retranscrivons ici. La seule certitude, son immense fatigue et son isolement. Nous le quittons en lui assurant, les yeux dans les yeux, qu'il n'est pas seul. Il sourit et remercie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Boualem&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a l'accent du sud et des expressions de Marseille. Ses yeux noirs brillent de col&#232;re, d'indignation, de fatigue.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Je suis en France depuis que j'ai 9 ans. L&#224; j'en ai 22. &lt;br class='manualbr' /&gt;J'ai une interdiction du territoire fran&#231;ais pour une affaire de stups, &#224; vie. &#192; cause de &#231;a j'ai fait huit mois de prison. &#192; la sortie ils m'ont emmen&#233; au d&#233;p&#244;t &#224; N&#238;mes, directement. &lt;br class='manualbr' /&gt;Au centre de r&#233;tention de N&#238;mes, ils nous traitent vraiment mal, ils nous mettent la pression, les gens ils deviennent fous. Il y en a qui se tailladent. Il y a eu une tentative d'&#233;vasion. Pas moi, hein, j'&#233;tais pas avec eux, mais il y en a ils ont cass&#233; la fen&#234;tre et essay&#233; de s'enfuir. Les policiers les ont attrap&#233;s mais ils ont pas coop&#233;r&#233;, tu comprends ? &lt;br class='manualbr' /&gt;Alors le lendemain &#224; cinq heures du matin les policiers ont d&#233;barqu&#233;. Ils &#233;taient 20, avec des casques, ils faisaient deux m&#232;tres ! &lt;br class='manualbr' /&gt;Moi il y a une polici&#232;re qui est venue me chercher dans ma chambre. Elle m'a r&#233;veill&#233;, comme &#231;a, elle avait un casque, moi j'ai rien dit ! Quand tu vois une polici&#232;re avec un casque tu dis rien. Mais j'&#233;tais malade, j'avais la grippe, alors j'ai demand&#233; si je pouvais mettre mes chaussettes et une &#233;charpe. Elle m'a dit non, tu sors. Ils nous ont emmen&#233;s dans la cour, il faisait -5&#176;C ! Il faisait froid. Ils nous ont rassembl&#233;s, l&#224;, et ils ont pris ceux qui avaient tent&#233; de s'&#233;vader. Apr&#232;s ils ont dit aux autres &#171; c'est bon vous pouvez gagner vos chambres &#187;. J'ai rien dit. En revenant dans ma chambre, je croise la polici&#232;re, alors je lui demande juste pourquoi ils nous ont lev&#233;s comme &#231;a. Et l&#224; elle s'&#233;nerve. Alors moi je me suis &#233;nerv&#233;, c'&#233;tait trop, j'avoue je l'ai insult&#233;e. Mais je l'ai pas menac&#233;e de mort, &#231;a non, je menace jamais de mort, jamais j'ai tu&#233; quelqu'un et jamais je pourrais tuer, c'est pas dans mon c&#339;ur. &lt;br class='manualbr' /&gt;La polici&#232;re a port&#233; plainte pour menaces de mort, je passe en jugement le 22 octobre. Mais je l'ai pas menac&#233;e de mort, jamais ! Ils veulent me renvoyer en prison. J'ai fait huit mois de prison, ici c'est 45 jours, et apr&#232;s ils veulent me renvoyer en prison. Je perds deux ans de ma vie. Ils nous enferment, pour rien ! Juste parce qu'on n'a pas les papiers. &#199;a rend fou. On est humain, on a des sentiments, on peut pas vivre &#231;a. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ils m'ont transf&#233;r&#233; il y a quinze jours. Dans le transfert ils ont perdu mes affaires, deux gros sacs avec mes v&#234;tements, mon t&#233;l&#233;phone, mon argent. Le centre ici c'est pas bien. Les policiers il y en a qui sont bien et d'autres non. Il y a que Forum r&#233;fugi&#233;s qui est avec nous. La dame de l'OFII c'est pire qu'un policier, c'est le commissaire ! Les femmes de m&#233;nage, il y en a deux qui sont gentilles, et deux c'est comme les policiers. Il n'y a que Forum R&#233;fugi&#233;s et deux femmes de m&#233;nage qui sont avec nous. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ici la cour c'est 2 m&#232;tres sur 4 m&#232;tres, avec des grilles, des protections, la lumi&#232;re du jour arrive m&#234;me pas. Qu'est-ce qu'on peut faire dans 2 m&#232;tres sur 4 m&#232;tres ? Dans les chambres, les fen&#234;tres c'est pire que la prison : une grille avec des tout petits trous, une autre grille, des barreaux, et entre les deux une vitre. &#192; peine la lumi&#232;re elle entre. &lt;br class='manualbr' /&gt;La nourriture c'est vraiment mauvais. On a un tout petit morceau de pain chacun. La viande, je mange pas parce que je mange hallal. Le poisson je mange, mais c'est des portions pour survivre, pas pour manger. J'ai perdu 7 kilos depuis que je suis ici. Je pesais 62 en sortant de prison. Maintenant 55.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'eau on ne peut pas la boire. Elle est tr&#232;s calcaire, et il n'y a que de l'eau chaude au robinet, elle n'est pas bonne, on sait qu'il y a plein de trucs mauvais pour la sant&#233; dans l'eau chaude, et quand tu la mets dans ta bouteille il faut attendre des heures qu'elle soit froide. &lt;br class='manualbr' /&gt;Le baby-foot est cass&#233;. Les machines avec les boissons et les g&#226;teaux ne marchent pas. La v&#233;rit&#233;, il y en a ici qui ont de l'argent, ils peuvent m&#234;me pas s'acheter une canette ! &lt;br class='manualbr' /&gt;Il y a la t&#233;l&#233;, mais on n'a pas le droit &#224; la t&#233;l&#233;commande. Alors pour changer de cha&#238;ne il faut appeler les policiers. Et souvent ils sont occup&#233;s, ils ne viennent pas. &#199;a rend fou. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ils viennent chercher les gens &#224; cinq heures du matin, sans pr&#233;venir, pour les expulser. &#192; Marseille j'ai &#233;t&#233; au centre de r&#233;tention, c'est pas comme &#231;a, ils pr&#233;viennent quand il y a un bateau, un avion. &#192; N&#238;mes il y a un retenu ils l'ont pris &#224; cinq heures du matin, il voulait pas partir, ils l'ont fait partir de force, avec des scotchs, dans la soute &#224; bagage. M&#234;me pas avec les passagers, il a voyag&#233; avec les bagages ! M&#234;me les chiens on les traite pas comme &#231;a. Les chiens si on les voit, perdus, on les soigne, on les traite pas comme &#231;a. &lt;br class='manualbr' /&gt;Un Fran&#231;ais qui n'a pas ses papiers, en Tunisie, on ne le traite pas comme &#231;a. On l'emm&#232;ne au consulat et s'ils ne lui font pas ses papiers, apr&#232;s on le l&#226;che dans la nature, il se d&#233;brouille. Il se d&#233;brouille pour travailler, manger, mais on le laisse tranquille.&lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Quelque chose que tu voudrais dire, &#224; l'ext&#233;rieur ? &lt;i&gt;Qu'on est tous &#233;gaux, on est tous des humains.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bassem&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a les cheveux gris. Il a le visage gris. Des ombres sous les yeux, au creux des joues, le front qui se ride, des ombres dans les yeux aussi. Il parle peu fran&#231;ais, la conversation est difficile. Il est en col&#232;re, une col&#232;re douce, faite d'incompr&#233;hension et d'injustice. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il me parle de la dame de l'OFII. &#171; Donner moi pantalon, pourquoi pas donner moi pantalon ? Elle pantalons partout, pourquoi pas donner moi ? &#187; il fait de grands gestes pour signifier les v&#234;tements. Tout &#224; l'heure la polici&#232;re lui signifiait qu'il n'avait plus de sous. Il s'&#233;tonne. &#171; Donner moi argent, France donner moi argent. RSA, CAF &#187;. Manifestement, il y a peu, il avait ces revenus. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il est Syrien, arriv&#233; en France en 2010. Il a eu le statut de r&#233;fugi&#233;, mais son titre de s&#233;jour n'est plus valable. Je peine &#224; comprendre pourquoi il est l&#224;. Lui-m&#234;me ne comprend pas.&lt;br class='manualbr' /&gt;Sa jambe fr&#233;tille, elle tape sur la chaise fr&#233;n&#233;tiquement, j'entends clac clac clac, fort, &#231;a vient rythmer la conversation, clac clac clac, alors qu'il s'exprime plus lentement. Clac clac clac. Et il explique. Avec les gestes, toujours, pour imager ses mots. &#171; Moi emmen&#233; h&#244;pital. Je sais pas pourquoi. Eux faire des piq&#251;res, l&#224;, l&#224;, des piq&#251;res des piq&#251;res, je sais pas pourquoi, pas d'ordonnance, je sais pas. &#199;a, non c'est bien [je mets un temps &#224; comprendre que &#171; non c'est bien &#187;, c'est &#171; ce n'est pas bien &#187;]. Depuis, ma jambe comme &#231;a, tac tac tac tout le temps, non c'est bien, je sais pas pourquoi. &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;Il me parle de ses envies. &#171; Donner moi argent &#233;cole &#224; voiture, moi apprendre conduire voiture, apr&#232;s donner moi argent pour maison, donner moi argent pour snack. &#187; Une vie &#224; acheter. &#171; Le snack, la voiture, la maison, dans la t&#234;te &#187;. Son index pointe son cr&#226;ne. &#171; Maintenant rien. Travail stop. &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;Je comprends que sa famille est &#224; Duba&#239;. Qu'il voudrait les rejoindre. Et, l&#224;-bas, se marier. Se marier ? Super, tu as une fianc&#233;e ? &#171; Oui, quelqu'un famille &#187;. Et tu veux avoir des enfants ? &#171; Oui, plein des b&#233;b&#233;s des b&#233;b&#233;s des b&#233;b&#233;s &#187;. Il montre, comme plein de b&#233;b&#233;s qui auraient envahi le parloir. Et il sourit. Son visage s'&#233;claire, les joues s'arrondissent, les yeux brillent. &#171; Des b&#233;b&#233;s, des b&#233;b&#233;s. &#187; Puis tout se referme. Merci, bon courage, au revoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Edin&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Edin monte dans le train le 11 septembre 2018. Trois semaines plus tard, je (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'il comprend que je ne suis pas venu &#224; la gare de S&#232;te prendre un train mais simplement le rencontrer une derni&#232;re fois avant qu'il ne parte pour les sept jours de circulation autoris&#233;s par la PAF, je reconnais cette t&#234;te d'enfant malicieuse et communicative plant&#233;e sur un corps d'athl&#232;te. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il offre des barres chocolat&#233;es pour &#171; la dame &#187; et moi, tr&#232;s chaleureusement, me dit encore que nous sommes les bienvenus chez lui dans son village, o&#249; tout le monde le conna&#238;t surtout sous son ancien nom. Seize ans qu'il n'est pas retourn&#233; en ex-Yougoslavie. Je note son adresse mac&#233;donienne dans mon carnet pour lui envoyer le texte de nos rencontres et lui donne la mienne sur une page arrach&#233;e. Pas d'autre moyen d'&#233;change pour l'instant. &lt;br class='manualbr' /&gt;Cette fin d'apr&#232;s-midi chaude de septembre voit grimper dans un train pour Marseille ce fanatique de sport, comme il se d&#233;crit, avec deux sacs Tati et une liste d'avocats aupr&#232;s desquels il veut porter plainte contre le sort qui lui a &#233;t&#233; r&#233;serv&#233; lors de ses 45 jours de r&#233;tention au CRA de S&#232;te. Une plainte au procureur de la R&#233;publique port&#233;e en son nom et avec l'aide de Forum R&#233;fugi&#233;s contre le comportement d'un des policiers du centre. &lt;br class='manualbr' /&gt;Sur le quai comme dans le parloir minuscule, Edin est tr&#232;s volubile, et ne cesse de d&#233;noncer les injustices qui lui ont &#233;t&#233; faites depuis sa sortie de prison. En effet, ce cinqui&#232;me enfermement en centre de r&#233;tention n'a strictement aucun sens (il n'a jamais &#233;t&#233; &#233;loign&#233; du territoire fran&#231;ais) car il a manifest&#233; dans de nombreux courriers, qu'il m'a fait lire, son souhait imminent de rentrer dans son pays. Edin estime que sa dette &#224; la justice est pay&#233;e par ses dizaines d'ann&#233;es de prison en Europe de l'Ouest. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il parle volontiers de &#171; dictature d&#233;mocratique &#187; pour qualifier la France et sa situation administrative. Il refuse d'endosser la place de &#171; moderne esclave &#187; que lui imposent la justice et la r&#233;tention. Il a une grande soif de t&#233;moigner aux m&#233;dias, &#171; aux journalistes &#224; la t&#233;l&#233; &#187;, de l'absurdit&#233; de sa situation, de &#171; l'humanit&#233; &#233;cras&#233;e sous les pieds &#187; et de la col&#232;re contre le syst&#232;me qui l'a gard&#233; enferm&#233; pendant 45 jours. &#171; Pire que la pire prison d'Europe, la prison de Marseille &#187;. Il nous dit au parloir : &#171; Je donne ma parole, je suis correct, ne mens pas &#8211; si ils ont fait bonnes choses, je dis bonnes choses, si ils ont fait mal, je dis mal, parce que je suis un mec comme &#231;a. &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;L'incomp&#233;tence judiciaire &#224; r&#233;pondre &#224; ses requ&#234;tes qui vont pourtant dans le sens de son expulsion, les maladies qui lui sont venues par le manque d'hygi&#232;ne (il t&#233;moigne d'une semaine sans eau chaude au CRA du Canet fin juillet et de multiplies visites chez les m&#233;decins), propulsent &#224; ses yeux la France et sa rengaine des droits de l'homme au c&#244;t&#233; de r&#233;gimes politiques et de pratiques dignes de &#171; Saddam Hussein ou Milosevic &#187;. &#171; Sarkozy, Macron, ils ont parl&#233; de d&#233;mocratie fraternit&#233;. Pour moi, c'est d&#233;mocratique dictature &#187;. &lt;br class='manualbr' /&gt;La premi&#232;re fois que j'ai rencontr&#233; cet homme je ne l'ai pas vu, nous &#233;tions r&#233;unis sous les fen&#234;tres de la prison pour &#233;trangers qui n'ont pas les bons papiers de S&#232;te, et alors que l'un d'entre nous lisait un texte, un homme criait qu'ici on brisait la d&#233;mocratie, qu'il voulait t&#233;moigner &#224; la t&#233;l&#233;, qu'il &#233;tait pr&#234;t &#224; accueillir les journalistes pour d&#233;noncer leurs conditions. &#171; Je suis avec vous je suis avec vous &#8211; bravo &#8211; vas-y vas-y &#8211; journal appeler &#8211; journal journal &#8211; vous &#234;tes courageux &#8211; merci ! &#187; Le gardien de la PAF vient l'interrompre de l'int&#233;rieur : &#171; Tu cries libert&#233; libert&#233; mais tu vas faire une &#233;meute ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lakhdar&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un homme pleure, pas vieux, muscl&#233;, tatou&#233; mais on ne le voit pas. &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Pourquoi je suis l&#224; ? Je suis jamais rentr&#233; dans un commissariat et je me retrouve avec les menottes. Au mariage de mon copain, l&#224;-bas &#224; Marseille, c'est normal, on tire en l'air, c'est comme &#231;a, l&#224;-bas ! Pas des vrais vrais fusils, mais pas des faux faux non plus. Ils sont venus et ils en ont embarqu&#233; un seul, c'&#233;tait moi &#8211; j'ai pas tir&#233;. Je suis p&#234;cheur et je vais &#224; la salle de sport tous les jours m&#234;me le dimanche &#8211; ma copine est enceinte de neuf mois, j'ai tout am&#233;nag&#233; chez moi, achet&#233; un beau lit, beaucoup travaill&#233;. Mon patron attend depuis six mois que la pr&#233;fecture renouvelle mes papiers. Mon patron est un Fran&#231;ais en plus, et je suis en CDI &#8211; je suis menuisier et j'aime aller &#224; la p&#234;che &#224; la ligne. Tu sais ce qu'on dit, un p&#234;cheur, c'est un tranquille. &lt;br class='manualbr' /&gt;Je veux vivre en France pour &#234;tre normal, travailler, j'ai du boulot ici, personne ne m'attend en Tunisie, ma m&#232;re est morte, mon p&#232;re aussi, je sais pas o&#249; je vais aller l&#224;-bas, &#231;a m'emp&#234;che de dormir. Je prends des cachets. Trois jours que je suis l&#224;, je comprends pas pourquoi. Deux heures et demi par jour je m'entra&#238;ne &#8211; tu veux voir mon badge de salle de sport, combien de fois j'y suis all&#233; ? Ce qui me fait le plus mal, c'est qu'ils m'ont pris devant mon copain et que j'ai m&#234;me pas vu la mari&#233;e. J'&#233;tais jamais rentr&#233; dans un commissariat avant la garde &#224; vue. &lt;br class='manualbr' /&gt;Quand je travaillais pas, j'appelais cent dix fois par semaine la pr&#233;fecture, &#231;a fait des milliers de fois depuis des semaines, comment faut faire ? J'ai pay&#233; 4000 euros l'avocat pour qu'il m'accompagne &#224; la pr&#233;fecture. J'ai pas besoin de beaucoup d'argent pour vivre, je vais &#224; la p&#234;che et &#224; la salle de sport c'est tout, je sors pas. M&#234;me l'autre jour, quand les coll&#232;gues sont all&#233;s voir Marseille au stade, j'ai dit d'accord mais d'abord je vais &#224; la salle de sport, 120 kg d&#233;velopp&#233; couch&#233;, surtout pour le haut, si tu fais trop les jambes aussi, apr&#232;s &#231;a fait moche dans le pantalon &#8211; tu veux voir mon badge ? &lt;br class='manualbr' /&gt;J'ai arr&#234;t&#233; de fumer. J'apprends le fran&#231;ais avec ma petite cousine. J'en ai neuf &#224; Nice. Je lui ach&#232;te des glaces, elle se moque de moi mais j'apprends bien avec elle &#8211; suis pas un criminel. J'ai le droit au ch&#244;mage, je le prends pas. Suis pas l&#224; pour profiter, mes cousins me donnent un salaire. Je voudrais &#234;tre un chat pour toujours, dormir au chaud, pas comme un chien qui dort dehors. Un chat, un poisson ou un oiseau m&#234;me. J'ai un canard, un chien et j'aimerais bien un serpent. Mon r&#234;ve, c'est travailler avec les animaux. O&#249; j'vais dormir en Tunisie ? J'ai plus personne l&#224;-bas. &#199;a me coupe le sommeil, je prends des cachets. Ma copine est enceinte de neuf mois. Je paie mes imp&#244;ts, mon dentiste. Suis venu pour vivre tranquille, honn&#234;te. J'ai neuf tatouages, tu vois, je suis diff&#233;rent. On m'a pris pour un Fran&#231;ais quand je suis arriv&#233; ici. &lt;br class='manualbr' /&gt;Avec ma femme, on s'&#233;tait mari&#233; en r&#232;gle. On s'est mari&#233; et tout, mais apr&#232;s les attentats &#224; Nice, son p&#232;re corse, il a plus voulu, et elle a plus voulu de moi. J'insiste pas, alors j'ai demand&#233; le divorce &#224; l'amiable. Les menottes, la prison, j'ai pas l'habitude. Jamais &#233;t&#233; chez la police. Le pire, c'est qu'ils m'ont arr&#234;t&#233; devant mon copain le jour de son mariage. &lt;br class='manualbr' /&gt;Mets-toi &#224; ma place, c'est comme si on te laisse en Espagne, tu vas aller voir chez les gens pour dormir chez eux ? Je peux plus dormir. O&#249; je vais aller l&#224;-bas. Ouais, j'aime bien le beau ciel et toutes les musiques. Moi, les poissons, je les rel&#226;che parce que j'en mange pas, c'est juste pour le plaisir de les attraper et d'&#234;tre tranquille l&#224;. Je sais pas comment dire ce que je sens, c'est comme une grosse boule dans mon c&#339;ur, j'ai fait de mal &#224; personne, j'ai m&#234;me arr&#234;t&#233; la cigarette mais l&#224;, y a tout qui s'effondre, tout &#8211; qu'est-ce que &#231;a veut dire, pourquoi moi ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En intro : gravure d'Ddbanan - Atelier autonome du livre. &lt;br class='manualbr' /&gt;Contact : &lt;i&gt;toutesettousetrangers@@@riseup.net&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mourad est expuls&#233; vers le Maroc le 3 juillet 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Moussa est expuls&#233; vers l'Italie le 12 juin 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Centre de r&#233;tention administrative.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Redouane est lib&#233;r&#233; au terme des 45 jours de r&#233;tention.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Omar est lib&#233;r&#233; le 14 juillet 2018, trop tard pour se pr&#233;senter devant le juge en Italie. Son permis de s&#233;jour expire le 25 juillet. Sur le quai de la gare o&#249; il attend le train qui le ram&#232;nera en Italie, il compte sur ses doigts les quelques jours qu'il lui reste d'ici l&#224;. Il vient d'en passer trente-deux au centre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Younes est expuls&#233; vers la Tunisie le 25 ao&#251;t 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bilal est lib&#233;r&#233; le 21 juin 2018. Au t&#233;l&#233;phone, je l'entends expliquer aux contr&#244;leurs qu'il n'a pas de billet parce qu'il sort de prison et rentre chez lui. Heureusement, ils ont l'air compr&#233;hensifs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le lendemain matin, nous l'avons au t&#233;l&#233;phone, &#224; 5h30, il est d&#233;j&#224; dans l'avion. Arriv&#233; &#224; l'a&#233;roport, en Su&#232;de, Souad n'est ni enferm&#233; en Centre de r&#233;tention ni expuls&#233; en Irak, comme il le craignait, mais laiss&#233; libre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Salem est expuls&#233; vers le Maroc le 22 juin 2018. Les policiers sont venus le chercher dans sa chambre au petit matin, sans lui laisser le temps d'emporter ses effets personnels. Ses cod&#233;tenus n'osent pas y toucher depuis.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lahocine est lib&#233;r&#233; pour vice de proc&#233;dure le 16 juin 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Reda est expuls&#233; vers le Maroc le 16 juillet 2018. Il m'appelle. Il est &#224; l'a&#233;roport de Montpellier. Il ne va pas s'opposer, pas refuser. Il avait d&#233;pos&#233; une plainte pour violences polici&#232;res et il lui restait quatre jours pour faire appel. &lt;i&gt;C'est du cin&#233;ma tout &#231;a, que du cin&#233;ma. M&#234;me l&#224;-bas, au Maroc, je vais pas l&#226;cher l'affaire et continuer pour la plainte ! Ils disent libert&#233; &#233;galit&#233; fraternit&#233; rien du tout ! L'avion va direct &#224; Casablanca. Apr&#232;s je vais &#224; F&#232;s. Je ne sais m&#234;me pas ce qu'il se passe dans le pays depuis dix-huit ans. Quand je vais arriver l&#224;-bas, on dirait je vais tomber de l'&#233;chelle. Ils m'ont pas dit hier que j'allais partir. Juste ce matin. M&#234;me pas je me suis ras&#233; la barbe, rien du tout, m&#234;me pas de douche. Ce matin, ils me disent : Tu vas &#224; Montpellier. Je leur dis : Pourquoi ? J'ai pas de tribunal, rien !? Ils me disent : &#192; l'a&#233;roport.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Obligation de Quitter le Territoire Fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Amine est expuls&#233; vers le Maroc le 27 ao&#251;t 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ilyes est expuls&#233; vers son pays d'origine le 28 juin 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Elias est lib&#233;r&#233; pour raisons m&#233;dicales le 12 juillet 2018, apr&#232;s plusieurs s&#233;jours &#224; l'h&#244;pital.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nadir est lib&#233;r&#233; le 29 juin 2018. Il dormait quand on est venu le lui annoncer. Il est sorti par la porte de service, dont ils ont actionn&#233; l'ouverture &#224; distance. Tout seul comme un grand.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mounir est lib&#233;r&#233; le 30 juillet, au terme de sa p&#233;riode de r&#233;tention comme il s'y &#233;tait r&#233;solu. Pour autant, deux heures avant sa lib&#233;ration, il r&#233;p&#233;tait encore, incr&#233;dule : &lt;i&gt;C'est vrai, c'est fini, je sors ?&lt;/i&gt; Un &#233;ducateur l'attendait &#224; sa sortie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le 14 juin, trois jours avant son rendez-vous avec le Juge des Libert&#233;s et de la D&#233;tention, Aly a &#233;t&#233; pris de force &#224; six heures du matin. Direction : l'a&#233;roport. Affaire Class&#233;e. &lt;i&gt;Ils &#233;taient dix contre un ! Ils ne m'ont pas laiss&#233; le choix. Ils m'ont soulev&#233;, menott&#233;, embarqu&#233;. Ils m'ont eu ! Apr&#232;s tout ce travail, tous ces efforts... J'ai fait des stages gratuits et on m'attache comme un cheval ! Chaque fois que j'y pense, je pleure. Ils ont gel&#233; la loi ! La seule loi, c'est le racisme !&lt;/i&gt; Je lui dis que sa col&#232;re est juste. Je lui dis que ce n'est pas lui, l'animal.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Yacine est transf&#233;r&#233; &#224; l'h&#244;pital trois jours plus tard. Intern&#233; en psychiatrie, il en ressort libre le 12 juillet 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tahar est lib&#233;r&#233; le 18 juin 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Djamel et Youssef sont expuls&#233;s vers l'Italie le 28 juin 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Salah est lib&#233;r&#233; le 24 ao&#251;t 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Abdoulaye n'aura pas le temps de me transmettre ses &#233;crits. Il est expuls&#233; le jeudi matin vers son pays d'origine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ousmane est expuls&#233; dix jours plus tard vers son pays d'origine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Issa est lib&#233;r&#233; le 2 septembre 2018. Sur le quai de la gare de S&#232;te o&#249; il attend le train qui le ram&#232;nera &#224; Marseille, il tient un sac plastique &#224; la main, dans lequel il a rassembl&#233; les papiers de la proc&#233;dure. &lt;i&gt;Je suis sorti comme je suis rentr&#233;&lt;/i&gt;. En surv&#234;tement, en l'occurrence. Mais cette fois, c'est un surv&#234;tement de marque que lui a offert pour l'occasion l'un de ses cod&#233;tenus. Il regarde autour de lui. &lt;i&gt;Je n'arrive pas &#224; croire que je suis dehors. Dans ma t&#234;te, je suis encore dedans&lt;/i&gt;. Il est surtout d&#233;j&#224; dehors : sous le coup d'une OQTF, il a sept jours pour aller embrasser sa fille avant de rejoindre son oncle en Italie. Quand il en reviendra, elle aura appris &#224; parler.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Edin monte dans le train le 11 septembre 2018. Trois semaines plus tard, je re&#231;ois une carte postale d'Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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