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		<title>&#034;Mes brebis comme des machines&#034;</title>
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		<dc:date>2016-04-20T09:46:35Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Matthieu, Paul</dc:creator>


		<dc:subject>Technocritique</dc:subject>
		<dc:subject>S&#233;ditions graphiques (Paris)</dc:subject>
		<dc:subject>Luttes paysannes, ruralit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Z (France)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Matthieu, la trentaine, est berger depuis quatre ans. Il a environ 150 brebis qu'il m&#232;ne chaque ann&#233;e en transhumance. Paul, la cinquantaine, est &#171; n&#233; dans les brebis &#187;, mais il a son propre troupeau depuis dix ans. Avec 200 b&#234;tes, &#171; deux cents m&#232;res &#187;, il reste sur son terrain toute l'ann&#233;e. Ils se sont tous les deux mobilis&#233;s contre le pu&#231;age &#233;lectronique de leurs troupeaux qui doit &#234;tre impos&#233; d&#233;but 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; dans le n&#176;1 de la revue &lt;i&gt;Z&lt;/i&gt;, printemps 2009.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique19" rel="directory"&gt;M&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;Technocritique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;S&#233;ditions graphiques (Paris)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot123" rel="tag"&gt;Luttes paysannes, ruralit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot133" rel="tag"&gt;Z (France)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH149/arton730-5b771.jpg?1780470078' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='149' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff730.jpg?1253445443&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Matthieu, la trentaine, est berger depuis quatre ans. Il a environ 150 brebis qu'il m&#232;ne chaque ann&#233;e en transhumance. Paul, la cinquantaine, est &#171; n&#233; dans les brebis &#187;, mais il a son propre troupeau depuis dix ans. Avec 200 b&#234;tes, &#171; deux cents m&#232;res &#187;, il reste sur son terrain toute l'ann&#233;e. Ils se sont tous les deux mobilis&#233;s contre le pu&#231;age &#233;lectronique de leurs troupeaux qui doit &#234;tre impos&#233; d&#233;but 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; dans le n&#176;1 de la revue &lt;i&gt;Z&lt;/i&gt;, printemps 2009.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt; &lt;i&gt; &lt;i&gt;Commen&#231;ons par une question basique : qu'est-ce que l'identification des b&#234;tes ?&lt;/i&gt; &lt;/i&gt; &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Matthieu : Jusqu'&#224; pr&#233;sent c'&#233;tait des boucles en plastique fix&#233;es &#224; l'oreille, avec le num&#233;ro de l'exploitation et celui de la b&#234;te. Jusqu'en 2006 il n'y avait qu'une seule boucle. Puis il y en a eu une &#224; chaque oreille, et sur certaines il y a un code-barres. Mais pas toutes, pas sur les miennes par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul : L'identification est ancienne. Elle a commenc&#233; dans les ann&#233;es 1960-70 avec des tatouages &#224; l'int&#233;rieur de l'oreille, mais c'&#233;tait compliqu&#233;. Il fallait des lampes &#233;lectriques pour lire le num&#233;ro par transparence. Avant il n'y avait rien, du moins ce n'&#233;tait pas obligatoire. Certains le faisaient. Ceux qui &#233;taient &#171; en avance &#187;, &#171; modernes &#187;. Apr&#232;s, &#231;a s'est impos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais surtout la boucle correspond &#224; la gestion d'un cahier d'&#233;levage. Pour savoir &#224; tout moment d'o&#249; viennent les b&#234;tes et combien il y en a. Si tu ach&#232;tes de jeunes b&#234;tes pour produire, il faut savoir d'o&#249; elles viennent. Si tu les vends, pour la garde ou pour l'abattoir, c'est pareil. Quand tu transportes, tu as un cahier o&#249; sont not&#233;s tous les num&#233;ros des b&#234;tes, le v&#233;hicule qui les transporte, le nom du bonhomme, leur provenance, leur destination, etc. C'est ce qu'on appelle la tra&#231;abilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si on te chope, en contr&#244;le routier par exemple, avec des bestioles non identifi&#233;es, on peut les saisir, les abattre et les mettre hors du march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le transport, c'est la premi&#232;re opportunit&#233; de contr&#244;le ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul : Ce n'est pas pendant le transport, c'est &#224; l'arriv&#233;e, &#224; l'abattoir par exemple. Ou alors chez toi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Matthieu : Mais ils tiennent tout le monde avec les primes [les aides de la PAC, ndlr].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul : Oui, et la prime, c'est des contr&#244;les. Il faut bien comprendre que l'identification animale fait partie d'un tout. L'identification est copi&#233;e sur un cahier tenu &#224; jour, copi&#233;e aussi sur le bordereau de transport. Cela fait partie d'une s&#233;rie de papiers que tu remplis, ce qu'on appelle &#171; l'auto-contr&#244;le &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc le cahier d'&#233;levage est plus qu'obligatoire. Parce qu'aujourd'hui, toutes les normes sont li&#233;es aux aides de la PAC. Si lors d'un contr&#244;le tu n'as pas le cahier, une partie de tes aides saute. Dans le bovin viande ou l'ovin viande, on dit souvent que les primes de la PAC repr&#233;sentent 140 &#224; 150% du revenu. Je ne connais pas aujourd'hui d'unit&#233; d'&#233;levage viable sans les primes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
140 &#224; 150% du revenu ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul : Les primes repr&#233;sentent 100% du revenu, plus une part des charges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Et le reste est pay&#233; par le produit de la vente ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul : Oui mais en argent courant, l'agneau n'a pas chang&#233; de prix depuis pr&#232;s de quarante ans. Donc il y a des primes, &#224; l'hectare et &#224; la b&#234;te. Et pour y pr&#233;tendre, il faut, entre autres, que tous les documents soient pr&#234;ts quand le contr&#244;leur arrive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#231;a, c'est le fonctionnement hors pu&#231;age ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul : Non. Le pu&#231;age s'inscrit dedans. C'est juste une petite formalit&#233; dans cette histoire. D'ailleurs, on pourrait se demander pourquoi on s'&#233;nerve contre le pu&#231;age aujourd'hui, puisqu'il y a tellement d'autres choses contre lesquelles on aurait pu s'&#233;nerver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#224; partir de quand avez-vous entendu parler du pu&#231;age &#224; venir de vos b&#234;tes ? Cela avait commenc&#233; &#224; &#234;tre obligatoire pour d'autres types de b&#234;tes que les v&#244;tres. Est-ce que vous pouvez revenir sur cet encha&#238;nement ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Matthieu : Il y a eu d'abord les chevaux et les &#226;nes vers 2006. Dans le cas des chevaux, c'est une puce sous-cutan&#233;e. Pour les brebis, on a su que &#231;a allait venir d&#232;s 2006. La premi&#232;re date annonc&#233;e &#233;tait le 1er janvier 2008. Puis &#231;a a &#233;t&#233; repouss&#233; &#224; fin 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul : &#224; l'origine, cela a &#233;t&#233; soumis, sugg&#233;r&#233; par la FNO, la F&#233;d&#233;ration nationale ovine. Ce syndicat de producteurs, totalement noyaut&#233; par la FNSEA (F&#233;d&#233;ration nationale des syndicats d'exploitants agricoles), devait faire face &#224; l'h&#233;morragie de ses adh&#233;rents. La consommation d'ovins est faible en France. Les organismes syndicaux cherchaient &#224; redorer leur blason. Et ils ont pari&#233; sur la tra&#231;abilit&#233;. Parce que c'est la mode.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais il n'y a aucun lien entre la tra&#231;abilit&#233; et la qualit&#233;. La tra&#231;abilit&#233; permet de savoir d'o&#249; vient la viande sans aucune garantie sur sa qualit&#233;, contrairement &#224; ce qu'on croit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont donc mis&#233; sur le pu&#231;age &#233;lectronique qui devait d'ailleurs &#234;tre impos&#233; par la Commission europ&#233;enne. Ils l'ont exp&#233;riment&#233; sur plusieurs milliers de b&#234;tes, dans toute la fili&#232;re. Expliquant qu'on pourrait cr&#233;er des parcs de tri li&#233;s &#224; l'identification &#233;lectronique, avec beaucoup moins de manutention, plus de m&#233;canisation, que &#231;a faciliterait la vie de l'&#233;leveur... L'obligation du pu&#231;age vient de la profession, ou en tout cas a &#233;t&#233; largement soutenue par elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Matthieu : Sauf qu'&#224; un moment donn&#233;, les &#233;leveurs ont r&#226;l&#233; parce qu'il n'&#233;tait pas pr&#233;vu qu'ils aient des lecteurs de puces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Les &#233;leveurs n'&#233;taient pas cens&#233;s avoir de lecteurs ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Matthieu : Non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul : Ils ont surtout r&#226;l&#233; parce que le lecteur et tout l'&#233;quipement co&#251;taient cher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Matthieu : Quand ils ont lanc&#233; des essais sur les troupeaux, les &#233;leveurs ont gueul&#233; parce qu'ils se sentaient hors jeu, que ce n'&#233;tait pas leur histoire. Ils voulaient &#234;tre impliqu&#233;s, avoir des lecteurs pour pouvoir trier leurs b&#234;tes, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul : C'est au niveau europ&#233;en que cela s'est jou&#233;. La Copa-Cogeca, une structure qui rassemble les syndicats majoritaires de l'Union, a fait valoir le probl&#232;me du surco&#251;t li&#233; au pu&#231;age, jusqu'&#224; un tiers du prix de la b&#234;te dans certains pays. Ce repr&#233;sentant ultra-majoritaire des producteurs europ&#233;ens a donc fait repousser la date du pu&#231;age obligatoire au 31 d&#233;cembre 2009. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; vous entendre, il y a d&#233;j&#224; tellement de contr&#244;les que la puce ne serait qu'un petit truc en plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul : Non, ce n'est pas un &#171; truc en plus &#187;, c'est d&#233;terminant, car il faut identifier les b&#234;tes si on veut pouvoir les contr&#244;ler. Mais la question est : de quelle mani&#232;re ? Le pu&#231;age est v&#233;cu dans l'imaginaire collectif, scientifique et professionnel, comme le summum de l'identification infalsifiable. Chose qui vient d'&#234;tre infirm&#233;e par un v&#233;t&#233;rinaire, le professeur Mouthon, qui vient de prouver qu'en exposant une puce &#224; une forte tension, par exemple avec le flash d'un appareil photo jetable, on pouvait la bousiller. Il alerte sans cesse ses coll&#232;gues dans les magazines pros pour dire que ce n'est pas techniquement fiable, qu'il faut revenir &#224; des techniques plus simples. Il a &#233;t&#233; poursuivi deux fois par des bo&#238;tes de puces, et il a gagn&#233; les deux proc&#232;s. On assiste, d'apr&#232;s lui, &#224; un trafic de chiens d'Europe de l'Est dont les puces sont trafiqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;C'est donc l'identification en soi qui ne vous para&#238;t pas souhaitable ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul : C'est comme la carte d'identit&#233;, il faudrait tout envoyer balader. Mais l&#224;...&lt;br class='autobr' /&gt;
Traditionnellement, il y a toujours eu des besoins d'identifier les b&#234;tes. Parce que quand tu as des brebis, tu en as vite quelques dizaines, il faut les reconna&#238;tre, ce n'est pas toujours facile. Les &#233;leveurs avaient des syst&#232;mes, comme &#171; l'escoussure &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Matthieu : Les oreilles coup&#233;es tu veux dire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul : Oui, ou les cornes. Tu avais des codages qui te permettaient d'identifier les b&#234;tes, une coupure &#224; l'oreille, une entaille sur la corne ou de la peinture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Et &#231;a c'est d'abord utile &#224; l'&#233;leveur...&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Matthieu : &#231;a a continu&#233; &#224; exister avec les boucles. On se sert aussi des num&#233;ros pour reconna&#238;tre les b&#234;tes. Bien s&#251;r, il y en a que tu reconnais tout de suite. Mais il peut y avoir un doute pour certaines, alors tu regardes la boucle. Donc boucles et identification traditionnelle pouvaient s'imbriquer. Mais avec la puce, tu ne peux plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul : Si, puisque tu peux avoir un lecteur. Mais le probl&#232;me, c'est qu'il n'est pas fait pour toi. C'est comme avec toute la technologie. Consid&#232;re une machine &#224; laver par exemple. Qui peut la produire ? Pas moi, ni toi. Ou cette cochonnerie qui nous enregistre [le dictaphone num&#233;rique, ndlr], c'est un industriel qui peut la fabriquer, c'est impossible au niveau artisanal. &lt;br class='autobr' /&gt;
La puce et son scanner sont r&#233;gis par un ailleurs, sur lequel tu ne peux pas intervenir. Si tu fais des marques, si tu peins les cornes, c'est toi qui interviens, avec tes codes &#224; toi. La puce n'est pas pour l'&#233;leveur. On n'en a rien &#224; faire de l'&#233;leveur. C'est pour un ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Matthieu : &#199;a t'&#233;chappe un peu plus, quoi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Et si &#231;a tombe en panne, vous serez oblig&#233;s d'appeler quelqu'un...&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul : Je ne sais pas. Je suppose qu'il y aura des syst&#232;mes, comme les boucles rouges actuelles que tu places sur une b&#234;te qui a perdu la sienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Matthieu : De toute fa&#231;on, &#231;a ne va pas marcher. &#199;a ne sera pas plus fiable qu'avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul : Ce n'est pas l'identification qui est en cause, c'est la mani&#232;re. Il faut se demander &#224; qui cela sert. C'est comme la carte d'identit&#233; qui formalise un nom, un pr&#233;nom, etc. C'est cette formalisation universelle et &#233;gale pour tout le monde qui est g&#234;nante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nom, au moins, est utile &#224; tout le monde. Mais la carte d'identit&#233; ne sert pas &#224; chacun de nous, elle facilite le contr&#244;le social. Il faut s&#233;parer un peu ce qui est utile &#224; chacun de ce qui ne l'est pas. La carte d'identit&#233;, comme les puces &#233;lectroniques, ne sont pas utiles aux individus, qui, n&#233;anmoins, s'en accommodent. Quand tu as plein de boucles, comme disait Matthieu, tu ne fais plus d'entailles, tu ne mets pas de couleurs sur les cornes. Tu utilises les boucles, certes, mais elles ne sont pas faites pour &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Matthieu : Oui, ce n'est plus l'&#233;leveur qui est la r&#233;f&#233;rence. Parfois, il arrive que tu oublies des brebis dans le troupeau. Elles n'ont pas de probl&#232;me, ne font pas d'agneaux... Tu n'as pas besoin de tout savoir, chaque jour, pour chaque brebis. Puis, quelques mois apr&#232;s, elles r&#233;apparaissent parce qu'elle ont mal au pied ou qu'elles ont fait un agneau. Alors tu repenses &#224; elles. Il y a une fa&#231;on de voir ses brebis, une fa&#231;on de les reconna&#238;tre, selon ses habitudes, parce que tu sais qu'elle est avec telle autre, dans tel groupe, etc. Tu arrives toujours &#224; retrouver ta brebis. Mais toutes ces fa&#231;ons de faire ne valent plus rien. La seule r&#233;f&#233;rence c'est la gestion administrative qu'il y a derri&#232;re, et le pu&#231;age pousse encore un peu plus dans cette direction. Ta parole ne vaut plus rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul : C'est une d&#233;possession. Et le contr&#244;le d&#233;barque de nulle part. Le probl&#232;me est qu'il y a toujours plus d'injonctions d'un ailleurs, de plus en plus de parties de ton activit&#233; qui sont g&#233;r&#233;es par un ailleurs, normalis&#233;es. Il ne te reste plus que les actes machinaux. C'est comme les normes ISO o&#249; les proc&#233;dures sont strictement d&#233;finies. [L'ISO/CEI donne la d&#233;finition suivante : &#171; Proc&#233;dure par laquelle une tierce partie donne une assurance &#233;crite qu'un produit, un processus ou un service est conforme aux exigences sp&#233;cifi&#233;es dans un r&#233;f&#233;rentiel &#187;, ndlr]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Des &#171; actes machinaux &#187; ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul : Prenons l'exemple d'une proc&#233;dure ISO, o&#249; c'est plus sch&#233;matis&#233;. Un &#171; qualiticien &#187; d&#233;finit le cheminement d'une pi&#232;ce et morcelle les actes &#224; accomplir pour la produire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Par exemple, une palette en bois [pour le transport de marchandises, ndlr]. Le bois doit &#234;tre d&#233;bit&#233; de telle fa&#231;on. Il y a ensuite un premier assemblage qui va &#234;tre divis&#233; en une ou deux phases. Puis un deuxi&#232;me assemblage. Chaque phase est d&#233;finie par un cahier, une normalisation, un cheminement, et plus du tout par l'ouvrier ou par l'organisation des ouvriers. Il y a une &#171; fossilisation &#187; des proc&#233;dures. &#224; la fin de chaque phase, il doit y avoir un contr&#244;le. Et cela jusqu'au cloutage, au rangement et &#224; l'exp&#233;dition de la palette. Tout est r&#233;gi par cette proc&#233;dure. Ne sont laiss&#233;s au jugement de l'ouvrier que les gestes machinaux, qui sont eux-m&#234;mes pr&#233;cis&#233;ment d&#233;finis par la proc&#233;dure. Il n'y a plus d'espace de libert&#233;. C'est &#224; ce prix-l&#224; que les palettes auront la norme ISO qui sera garante de leur qualit&#233;. Le fait de fossiliser, de d&#233;finir toutes les proc&#233;dures, &#231;a signifie que l'on fait toujours le m&#234;me produit, &#224; qualit&#233; constante. Ce qui lui donne le label ISO.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Matthieu : Et le point faible dans tout &#231;a, c'est l'humain, et les b&#234;tes. Donc tu es suspect &#224; chaque contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul : Oui, le point faible c'est l'humain. Et quand la PAC vient contr&#244;ler chez toi, tout comme pour un contr&#244;le du ch&#244;mage, bref, quand tu es en face d'un agent bureaucratique, c'est forc&#233;ment toi qui es suspect, puisque tout le reste est mod&#233;lis&#233;. Tout est fossilis&#233;, arr&#234;t&#233;, contr&#244;l&#233;, et la seule d&#233;viance, c'est le c&#244;t&#233; humain. Tu es forc&#233;ment fautif. En plus, on te donne des subventions, puisque c'est li&#233; aux aides, donc il n'y a pas int&#233;r&#234;t &#224; d&#233;conner. Et &#231;a accentue la suspicion. D'ailleurs, il y a tr&#232;s tr&#232;s peu de contr&#244;les, quels qu'ils soient, qui ne se finissent pas par un petit redressement, m&#234;me symbolique. Tu as forc&#233;ment fait une erreur. C'est pareil pour le ch&#244;mage, les Assedic, le RMI. C'est la m&#234;me politique. Le RMIste est un sujet, il doit se coucher devant l'assistante sociale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous avez donc d&#233;j&#224; &#233;t&#233; contr&#244;l&#233;s. Comment cela s'est-il pass&#233; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Paul : Oui, je l'ai d&#233;j&#224; &#233;t&#233;. Chez moi. C'&#233;tait un contr&#244;le sur le nombre de b&#234;tes. L'agent a contr&#244;l&#233;, il y avait plus de b&#234;tes que le nombre marqu&#233; sur le papier, et voil&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Vous n'aviez pas d&#233;clar&#233; toutes vos b&#234;tes ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul : Non, mais c'est toujours comme &#231;a. Au cas o&#249; il y en a une qui meurt, par exemple. Par contre, tu ne fais jamais le contraire ! En plus, comme nous faisons de la bio, nous sommes par ailleurs contr&#244;l&#233;s chaque ann&#233;e, par ce que j'appelle la &#171; Gestabio &#187;. Il faut choisir une bo&#238;te priv&#233;e pour ce contr&#244;le. Tu lui donnes acc&#232;s &#224; ta pharmacie v&#233;t&#233;rinaire, &#224; tes stocks. Elle prend des &#233;chantillons, regarde ta comptabilit&#233;... Tu dois avoir rempli tout un tas de cahiers d'autocontr&#244;le. C'est toi qui fais les contr&#244;les et c'est elle qui est pay&#233;e. Normal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Tu &#233;voquais cette normalisation de la cha&#238;ne de production des palettes, cela tend &#224; &#234;tre la m&#234;me chose pour l'&#233;levage ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul : Ce sera quand m&#234;me plus compliqu&#233;, parce que la brebis est moins inerte que le bois. Mais avec cette vue m&#233;caniste du vivant, il y a un moment o&#249; &#231;a coince. Le pu&#231;age s'inscrit en droite ligne de tout &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Pensez-vous que la tendance est d'imposer certaines dates pour faire certaines op&#233;rations sur le troupeau, pour lui donner un certain type de nourriture, etc. ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul : Pour r&#233;pondre, il faut &#233;voquer l'avenir des aides europ&#233;ennes. Le budget de la PAC repr&#233;sente pr&#232;s de 50% du budget europ&#233;en, et avec les nouveaux &#233;largissements, il ne sera pas question qu'il augmente encore. En 2012, il n'y aura donc plus de primes de la PAC, en tous cas beaucoup moins. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; mon avis, il y aura une nationalisation des aides. Et avec la tendance &#233;colo actuelle, ce qui reste des aides va &#234;tre peint en vert, pour qu'elles soient admissibles au niveau du commerce international, &#224; cause de l'OMC et de la concurrence d&#233;loyale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Par exemple, pour toucher les aides il te faudra faucher &#224; une date impos&#233;e. La condition sera, par exemple, de ne pas couper l'herbe au mois de juin, parce que la sauterelle sauterelus sauterelus, (tu sais, celle qui a quatre pattes et qui saute plus haut que les autres, c'est bien connu...) a une ponte en juillet. On te dira donc de couper au mois d'ao&#251;t. Sauf que, par ici, l'herbe coup&#233;e au mois d'ao&#251;t, &#231;a s'appelle de la paille. &lt;br class='autobr' /&gt;
Encore une fois, on retombe dans cette histoire o&#249;, toi, paysan, tu es un abruti, tu n'as jamais su rien faire. Et il faut qu'un technocrate te dise comment g&#233;rer tes sauterelles et ton fauchage. Il a autorit&#233; sur les aides, qui te sont indispensables, et peut t'imposer une fa&#231;on de faire rationalis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Matthieu : Je ne pense pas qu'on nous fera faucher du foin au mois d'ao&#251;t. Je ne crois pas &#224; cette caricature. On nous fera faucher &#224; date normale. En tout cas, &#231;a aura toujours la gueule d'une agriculture, mais nous ne serons plus ma&#238;tres de la situation, &#231;a se d&#233;cidera ailleurs. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je voudrais revenir sur les zones naturelles prot&#233;g&#233;es. L'hiver, quand je n'ai pas de foin, je transhume dans des zones tenues par des associations fonci&#232;res pastorales. C'est une communaut&#233; de communes qui a voulu mettre des bergers sur ses collines, par rapport aux risques d'incendie, &#224; la biodiversit&#233;, etc. Tu as un calendrier de p&#226;turage qui t'est impos&#233;. Tu vas, de telle date &#224; telle date, dans tel secteur avec tant de b&#234;tes. Puis ensuite tu vas dans tel autre secteur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais c'est assez fin, ils te laissent toujours un peu de souplesse. Ils te disent : &#171; On sait bien, la nature, les b&#234;tes, tout &#231;a... Tu fais aussi comme tu peux. &#187;, mais le principal c'est que cela soit mis en place. On recr&#233;e artificiellement une pratique pastorale. Quoique, par ici, il n'y a jamais eu de pratiques comme celle-l&#224;. On cr&#233;e donc quelque chose de toutes pi&#232;ces, avec un pion au milieu : l'&#233;leveur, le berger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Comme si des &#171; technocrates &#187; &#233;crivaient tout sur le papier, le mod&#233;lisaient presque math&#233;matiquement et l'imposaient. Mais comme ce n'est pas applicable, vous faites ce que vous voulez ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Matthieu : Tu ob&#233;is quand m&#234;me. Si tu n'as pas pu &#234;tre l&#224; au jour dit, on refait le calendrier de p&#226;turage, on le signe &#224; nouveau. Il y a une r&#233;union. Avec la technicienne du conseil g&#233;n&#233;ral qui vient. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est &#233;vident que tu ne peux pas faucher au mois d'ao&#251;t. Je ne crois pas une seule seconde qu'on pourra obliger quelqu'un &#224; faire &#231;a, m&#234;me pour une sauterelle. Mais si c'est le cas, tu vas gueuler, et alors tu seras cantonn&#233; &#224; &#234;tre le gars de bon sens, le gars de terrain. Ce sera ton r&#244;le, d'&#234;tre le gars de terrain. On te dira : &#171; Oui, c'est vrai, tu as raison, il n'est pas question de faucher au mois d'ao&#251;t... &#187;, mais alors il y aura une r&#233;union, et c'est la technicienne qui te dira que tu peux faucher au mois de juin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul : C'est la m&#234;me chose dans la recherche. Quand on travaille le vivant, il y a une part d'impond&#233;rable. Mais on mod&#233;lise m&#234;me cela pour que &#231;a serve encore le mod&#232;le. Jamais l'impond&#233;rable ne remet en cause le syst&#232;me de mod&#233;lisation, au contraire. Quand on travaille avec du m&#233;tal, il y en a peu, mais avec les brebis, on sait qu'il y en a plus et donc on mod&#233;lise n'importe quoi, l'air du temps. Tout &#231;a est au service d'une id&#233;ologie de mod&#233;lisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Retour sur la tra&#231;abilit&#233;. La question de la distinction entre tra&#231;abilit&#233; et qualit&#233;, et ses implications pour vous en tant qu'&#233;leveurs, et, plus globalement, sur le fait que les animaux soient de plus en plus tra&#231;ables.&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul : On est dans un univers s&#233;curitaire, o&#249; l'on r&#234;ve de s&#233;curit&#233;. Une bonne mani&#232;re d'&#234;tre en s&#233;curit&#233;, c'est de savoir &#224; tout moment o&#249; sont les choses, et d'o&#249; elles viennent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela oblige &#224; la tenue d'un cahier d'&#233;levage (en ce qui concerne les animaux) et &#224; des identifications vari&#233;es. Mais cela n&#233;cessite aussi et surtout des croyances en la tra&#231;abilit&#233; comme &#233;l&#233;ment de s&#233;curit&#233; et de qualit&#233;. Il faut un lien, dans les t&#234;tes, entre tra&#231;abilit&#233; et qualit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si on se penche sur le cahier des charges de &#171; l'agriculture raisonn&#233;e &#187;, par exemple, on s'aper&#231;oit que l'agriculteur &#171; raisonn&#233; &#187; est juste oblig&#233; de respecter la loi. Si tu es dans le r&#233;seau Farre (Forum de l'agriculture raisonn&#233;e respectueuse de l'environnement), tu dois respecter les doses maximales de pesticides d&#233;j&#224; impos&#233;es par les r&#232;glements, c'est &#231;a le cahier des charges. En fait, on dit que l'eau chaude br&#251;le et on l'&#233;crit sur un cahier. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'explique. Tout le monde est li&#233;, dans son activit&#233;, par des points l&#233;gaux : interdiction du travail au noir, restrictions dans l'usage de pesticides, d'antibiotiques et autres r&#232;gles concernant l'alimentation. Mais il suffit que tu fasses un cahier des charges qui reprend les r&#233;glementations existantes, avec quelqu'un qui contr&#244;le, pour que &#231;a devienne un plus. Et &#231;a marche ! Tu fais tout pareil, mais tu dis que tu le fais, tu signes un papier, tu fais venir un contr&#244;leur et tu as ton label. En plus, comme c'est &#171; raisonn&#233; &#187;, il y a une assimilation avec la bio. C'est bien vu comme histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Matthieu : Il y a une vraie partie de croyance l&#224;-dedans, mais il y a aussi un semblant de croyance et une vraie soumission. Souvent, lorsque tu discutes avec les gens et que tu leur pr&#233;sentes l'envers du d&#233;cor, comme sur l'agriculture raisonn&#233;e, tu as le sentiment qu'ils se forcent presque &#224; s'&#233;tonner. On sent qu'ils le savaient d&#233;j&#224; ou qu'ils l'acceptent a priori.&lt;br class='autobr' /&gt;
Paul : C'est une histoire de sous-traitance. Tu sous-traites la confiance que tu peux avoir en ton producteur-vendeur, celui que tu connais, avec qui tu discutes. Cette confiance n'est pas moins fiable que celle d'un label. Mais on croit aux labels. Comme si &#224; partir du moment o&#249; il y a un label, c'est z&#233;ro d&#233;faut ; que je suis incapable d'atteindre avec mon vendeur. &#224; partir du moment o&#249; tu sous-traites ce rapport de confiance, tu le sous-traites forc&#233;ment &#224; un label. Mais le z&#233;ro d&#233;faut n'existe pas, et &#231;a d&#233;raille de temps en temps, comme on l'a vu avec la maladie de la vache folle ou avec la grippe aviaire ; des maladies issues de l'&#233;levage industriel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Alors tra&#231;abilit&#233; et qualit&#233;, &#231;a n'a rien &#224; voir ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul : Si, mais quand on parle de tra&#231;abilit&#233; on entend qualit&#233;, ce qui n'est pas le cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Mais alors, comment garantir la qualit&#233; aux consommateurs ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul : D&#233;j&#224; tu cat&#233;gorises des &#171; consommateurs &#187;. Comme si il y avait d'un c&#244;t&#233; les gens qui produisent et de l'autre ceux qui consomment. &#199;a ne me convient pas. Tu poses un r&#244;le social pr&#233;d&#233;fini. Il faut que les gens mettent la main &#224; la p&#226;te d'une mani&#232;re ou d'une autre, m&#234;me symbolique. Quand tu sous-traites les rapports de confiance, quand tu sous-traites l'alimentation, quand tu ne veux pas y mettre un rond parce que tu veux le mettre ailleurs, &#224; un moment donn&#233; &#231;a p&#232;te, et viennent les scandales alimentaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne veut pas mettre d'argent dans la bouffe, ni s'en occuper. On ne veut pas y mettre de temps parce que, soi-disant, dans nos soci&#233;t&#233;s d&#233;velopp&#233;es &#231;a doit aller de soi. Et on voudrait que &#231;a marche ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Matthieu : De m&#234;me qu'on ne veut pas avoir de b&#234;tes parce que c'est un &#171; emprisonnement &#187; et qu'il faut s'en occuper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul : Et on ne veut pas les tuer...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Matthieu : On ne veut pas les tuer parce que c'est d&#233;gueulasse, parce que les b&#234;tes ont le droit de vivre ou je ne sais quoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul : On ne veut pas aller dans un abattoir, mais on veut des produits super propres. &#199;a coince. Il n'y a pas d'autres solutions que de mettre le nez dedans, je ne vois pas. Ce serait &#224; peu pr&#232;s normal que, de temps en temps, les gens tuent les b&#234;tes qu'ils mangent. Qu'ils voient dans le fait de tuer autre chose qu'un truc abominable d'assassin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre civilisation est une civilisation de domestication. Cela fait 20 000 ans qu'il y a un compagnonnage avec les animaux. Que nous sommes domestiqu&#233;s autant que nous domestiquons. Toute notre production culturelle et nos rapports humains sont influenc&#233;s par ce compagnonnage, et la mort en est un des &#233;l&#233;ments. Peut-&#234;tre ne fallait-il pas devenir &#233;leveurs... Je ne sais pas, je n'&#233;tais pas l&#224; au n&#233;olithique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Tu dis : &#171; Mettre la main &#224; la p&#226;te. &#187; Mais ce n'est pas &#233;vident, pour les habitants des grandes villes notamment.&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul : Il y a d&#233;j&#224; des choses qui se font. Les jardins en ville, par exemple. Ou les gens qui tuent leur mouton pour les f&#234;tes, les f&#234;tes musulmanes, moi je trouve &#231;a tr&#232;s bien. Mais l&#224; aussi, &#231;a se complique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Matthieu : C'est de plus en plus fliqu&#233;, du coup, ils passent de plus en plus par l'abattoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul : Je pense que c'est comme &#231;a qu'il faut essayer d'avancer. Pour &#233;lever trois poules il n'y a pas besoin d'une grande surface, m&#234;me en centre-ville. Avoir au moins quelques plantes aromatiques dans son jardin ou un plant de tomates sur son balcon, ce n'est pas insurmontable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Maintenant si c'est vraiment beaucoup plus important, si &#231;a procure plus de plaisir de craquer la thune pour partir au ski ou avoir une nouvelle bagnole... C'est une histoire de plaisir qui rentre en discussion avec le reste. Le plaisir &#231;a se travaille, &#231;a se cr&#233;e, &#231;a se cultive. Il n'y a pas de le&#231;on &#224; donner, c'est un &#233;tat de fait. C'est devant ce qu'on voit et ce qu'on constate qu'il faut prendre des dispositions, si on a envie d'&#234;tre encore acteur de ce monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous connaissez des exp&#233;riences men&#233;es par des gens, en ville par exemple, qui &#233;taient tr&#232;s &#233;loign&#233;s de la production alimentaire et qui se sont organis&#233;s pour &#171; mettre la main &#224; la p&#226;te &#187; ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul : En Espagne, il y a les BAH, Bajo el asfalto esta la huerta !, &#171; Sous le bitume le jardin ! &#187;, c'est une sorte de coop&#233;rative. Je crois qu'&#224; Madrid, ils &#233;taient une dizaine. Ils ont achet&#233; des terres sur lesquelles une ou deux personnes salari&#233;es font tourner les jardins. Ils vont, de temps en temps, bosser sur le lieu. &#231;a change, &#231;a tourne. Apr&#232;s, je ne sais pas trop comment ils font pour la transmission des comp&#233;tences, mais &#231;a marche bien, &#231;a fait quelques ann&#233;es que &#231;a existe. Je crois qu'ils ont des b&#234;tes aussi. Il y a au moins &#231;a. &lt;br class='autobr' /&gt;
En France, il y a aussi les AMAP. Les Associations pour le maintien des agricultures paysannes. Les adh&#233;rents paient par avance la r&#233;colte au paysan, puis elle est r&#233;partie entre eux. &#199;a peut &#234;tre une mani&#232;re bobo de consommer des produits de qualit&#233; ou une mani&#232;re de reprendre un peu le contact avec la terre. Dans certaines AMAP, par exemple, le paysan laisse un bout de champ aux adh&#233;rents qui font des patates. D'autres sont juste les nouvelles &#233;piceries &#224; la mode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est pas spontan&#233;. Par exemple pour faire tourner la prise en charge d'un &#233;levage, c'est plus difficile que pour du jardinage ou un potager.&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Matthieu : Je ne crois pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul : Non. Des poules, des pigeons, &#231;a peut commencer comme &#231;a. &lt;br class='autobr' /&gt;
Matthieu : Je me demande m&#234;me si ce n'est pas plus simple d'avoir des b&#234;tes que de faire des l&#233;gumes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul : Je ne sais pas... Pour les poules ou les pigeons, tu peux te procurer les c&#233;r&#233;ales en te mettant en manche avec un paysan. Comme &#231;a, tu les nourris, tu les tues et tu sais d'o&#249; &#231;a vient. Sinon, tu peux leur filer ton compost de cuisine, elles adorent &#231;a. Et tu as au moins des &#339;ufs. Pour le poulet c'est un peu plus compliqu&#233;. Disons qu'il faut un temps d'adaptation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Tu imagines le mec dans son lotissement de banlieue qui &#233;l&#232;ve ses poules ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul : Il y en a. Pas beaucoup, mais il y en a. Bon, s'il y a un coq, &#231;a risque de poser un probl&#232;me avec les voisins. Tu peux commencer sans coq.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Va pour le coq. Parlons de votre relation &#224; vos b&#234;tes. Comment la d&#233;finir ? Quelle est la part d'affectif, par exemple ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul : On y travaille depuis un moment, mais c'est tr&#232;s difficile &#224; mettre en mots. C'est &#224; se demander &#224; la fin si c'est utile de la formuler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Matthieu : Je pense qu'elle est tr&#232;s li&#233;e au rapport qu'on a au monde d'aujourd'hui. On parlait des gens qui pourraient avoir quelques b&#234;tes chez eux, des poules. Mais s'ils vont acheter leurs c&#233;r&#233;ales &#224; la coop&#233;rative du coin, et si, d&#232;s qu'il y a un probl&#232;me, ils courent chez le v&#233;to, ils utilisent toutes les s&#233;curit&#233;s que ce monde-l&#224; propose, et ils passent &#224; c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul : Si je devais faire pareil, j'en viendrais &#224; voir mes moutons comme des machines...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Matthieu : Oui. Et du coup, on n'arriverait pas &#224; se comprendre. Pas plus qu'on ne se comprendrait avec un &#233;leveur de brebis qui m&#232;ne son troupeau de telle sorte que tous ses agneaux soient vendables et conformes. Avec la relation que nous avons &#224; nos b&#234;tes, certains &#233;leveurs industriels diraient que nous travaillons comme des sagouins, que nous ne faisons pas &#171; de l'agneau &#187;, que nous sommes des bricoleurs, que nous faisons comme les vieux. C'est pareil avec des gens qui, chez eux, ont deux ou trois brebis grasses toute l'ann&#233;e et qui les emm&#232;nent chez le v&#233;to pour un oui, pour un non. Ils diraient que nous ne savons pas nous occuper des b&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul : C'est &#231;a, comme tu disais, c'est en rapport avec ta relation au monde. Et le monde te serine que tout doit marcher au doigt et &#224; l'&#339;il, que c'est le r&#232;gne du z&#233;ro d&#233;faut, que tout doit &#234;tre uniforme, etc. C'est li&#233; &#224; une id&#233;ologie d'uniformit&#233;, de puret&#233; : il faut que &#231;a soit propre. Tu sais ce que &#231;a veut dire pour un champ ? &#199;a veut dire qu'il faut qu'il n'y ait que du bl&#233;, rien d'autre. Tout le reste doit &#234;tre tu&#233;. D&#233;clarer qu'un champ de ma&#239;s doit &#234;tre propre, c'est d&#233;clarer la guerre. C'est un acte de guerre. Le g&#233;nocide de tout ce qui n'est pas ma&#239;s. En plus, il est souvent transg&#233;nique ou hybride... Tout va bien !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Matthieu : Bient&#244;t, laisser les brebis ou les vaches maigrir un peu l'hiver parce que l'herbe est moins grasse, ce sera criminel. Comme toi : parce que tu roules avec une vieille voiture qui pollue. Bient&#244;t, ce sera nous les pollueurs parce qu'on chie dans des toilettes s&#232;ches non labellis&#233;es, et qu'on vit dans des cabanes non d&#233;clar&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul : Ton rapport aux b&#234;tes est comme ton rapport aux humains, c'est li&#233;. L'un influe sur l'autre. Mais sur cette question de la d&#233;finition du rapport aux b&#234;tes, nous sommes arriv&#233;s &#224; la conclusion qu'il n'&#233;tait pas souhaitable de la formuler. Pour peu qu'un sociologue s'en empare, il nous pondra un truc qui aura pour effet de restreindre encore un peu nos libert&#233;s. Alors ce n'est pas la peine de s'esquinter les neurones pour que &#231;a nous retombe dessus. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si tu veux savoir ce qu'est le rapport aux b&#234;tes, je te donne une brebis et tu verras bien ce que c'est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt; Revenons aux puces. Pourquoi &#234;tre contre le pu&#231;age ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul : Non, mais c'est la goutte d'eau qui fait d&#233;border le vase, on aurait peut-&#234;tre pu batailler avant, mais avec ce c&#244;t&#233; artificiel, c'est vraiment la transformation de la brebis en gigot sur pattes. Il y a aussi un c&#244;t&#233; intrusif, les premi&#232;res puces seront sur les oreilles, mais tr&#232;s vite ce sera &#224; l'int&#233;rieur de la b&#234;te. Encore une fa&#231;on de se faire d&#233;poss&#233;der de quelque chose. C'est d'ailleurs en liaison avec toute l'avanc&#233;e de la surveillance g&#233;n&#233;rale, de la biom&#233;trie, etc. Tout est li&#233;, cela a entra&#238;n&#233; des r&#233;flexions sur le sujet, et il y a des gens qui ne sont pas d'accord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Aujourd'hui la puce ne transmet qu'un num&#233;ro d'identification, pensez-vous qu'&#224; l'avenir cela pourra s'&#233;largir &#224; d'autres informations ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul : C'est &#233;vident. La premi&#232;re g&#233;n&#233;ration de puces, les RFID, transmet un num&#233;ro sur excitation du scanner. La deuxi&#232;me g&#233;n&#233;ration, qui n'est pas particuli&#232;rement destin&#233;e aux animaux quoique cela repr&#233;sente un gros march&#233;, est une puce capable d'&#233;mettre elle-m&#234;me. Mais &#224; la limite, ce n'est m&#234;me pas utile. Il suffit qu'il y ait des bornes qui excitent les puces &#224; des endroits importants, comme un arr&#234;t de bus ou l'entr&#233;e d'une administration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le pu&#231;age des b&#234;tes entre-t-il dans un processus d'habituation pour, &#224; terme, faire accepter le pu&#231;age des humains ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul : Oui, peut-&#234;tre. Mais c'est assez controvers&#233;. Lequel est le premier, de la b&#234;te ou de l'humain ? On dit souvent que l'abattage industriel a commenc&#233; chez les animaux avant de se faire chez les humains, pendant la Seconde Guerre mondiale. Je ne sais pas, mais &#231;a peut &#233;clairer les gens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Matthieu : Les humains sont plus &#171; tra&#231;ables &#187; que les b&#234;tes. Les brebis n'ont pas de num&#233;ro de S&#233;cu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un humain aujourd'hui a une carte d'identit&#233;, une carte bancaire, une carte Vitale... Un agneau n'a pas tout &#231;a. Le pu&#231;age des b&#234;tes consolide le pr&#233;sent, l'enfermement technologique et bureaucratique dans lequel nous sommes d&#233;j&#224;. Il v&#233;rouille ce qui existe d&#233;j&#224;, plus qu'il ne nous pr&#233;pare &#224; accepter des choses &#224; venir. On peut le dire d'un fa&#231;on plus encourageante : ce qui existe d&#233;j&#224; n'est pas irr&#233;m&#233;diablement r&#233;gl&#233;. Le probl&#232;me, c'est que nous avons pris l'habitude de nous faire peur avec des choses &#224; venir, pour mieux oublier le pr&#233;sent, et, d'embl&#233;e, nous y soumettre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Pourquoi n'y a-t-il pas plus de r&#233;sistance au pu&#231;age ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul : Ici, il y a quelques paysans qui s'activent. Quelques trucs qui commencent &#224; na&#238;tre. Disons que nous n'avons pas encore fix&#233; la date de la r&#233;volution. Nous avons le si&#232;cle, mais nous ne sommes pas encore tout &#224; fait s&#251;rs de l'ann&#233;e, du mois et de l'heure.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://www.zite.fr/" class="spip_out"&gt;Revue Z&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Autor&#233;ductions italiennes 1970 </title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article595</link>
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		<dc:date>2008-07-02T03:53:42Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre-Georges Randal, Yves Collondes</dc:creator>


		<dc:subject>Squat, logement</dc:subject>
		<dc:subject>S&#233;ditions graphiques (Paris)</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvance autonome</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Les textes qui suivent ont le m&#233;rite de combler, &#224; leur mesure, un des non-dits de l'histoire europ&#233;enne que l'on apprend en classe, un de ces moments terriblement r&#233;volutionnaires que les pouvoirs en place pr&#233;f&#232;rent faire oublier. Ici, aussi, on rencontrera des lacunes : le point de vue est tr&#232;s situ&#233;, ce sont des op&#233;ra&#239;stes qui parlent, et par exemple on ne rencontrera pas de r&#233;elle remise en question du syst&#232;me de logement contemporain, avec ses tours de banlieue compos&#233;es d'appartements individuels en p&#233;riph&#233;rie des grandes m&#233;gapoles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces textes sont extraits de deux chapitres du livre d'Yves Collondes et Pierre-Georges Randal &#034;&lt;i&gt;Les autor&#233;ductions&lt;/i&gt;&#034; (&#233;ditions Christian Bourgois, Paris, 1976).&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique5" rel="directory"&gt;A&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot5" rel="tag"&gt;Squat, logement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;S&#233;ditions graphiques (Paris)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot73" rel="tag"&gt;Mouvance autonome&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L134xH150/arton595-0f275.jpg?1780470078' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='134' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff595.jpg?1213635115&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;AVANT-PROPOS&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les textes qui suivent ont le m&#233;rite de combler, &#224; leur mesure, un des non-dits de l'histoire europ&#233;enne que l'on apprend en classe, un de ces moments terriblement r&#233;volutionnaires que les pouvoirs en place pr&#233;f&#232;rent faire oublier. Ici, aussi, on rencontrera des lacunes : le point de vue est tr&#232;s situ&#233;, ce sont des op&#233;ra&#239;stes qui parlent, et par exemple on ne rencontrera pas de r&#233;elle remise en question du syst&#232;me de logement contemporain, avec ses tours de banlieue compos&#233;es d'appartements individuels en p&#233;riph&#233;rie des grandes m&#233;gapoles.&lt;br&gt;
Cependant, ces textes montrent aussi combien les &#233;poques se suivent sans se ressembler. Les tentatives d'autor&#233;duction que l'on conna&#238;t aujourd'hui sont souvent bien isol&#233;es, et v&#233;cues par les employ&#233;s des magasins concern&#233;s, ou par les voisins des maisons occup&#233;es, comme des agressions, des actes parasitaires men&#233;s par quelques corporations surexcit&#233;es ou autres enfants de bourgeois en mal d'aventures. Nous ne vivons plus cette esp&#232;ce d'entente populaire implicite, qui faisait que les actes de r&#233;appropriation r&#233;volutionnaires &#233;taient compris, suivis ou soutenus par une grande partie de la population.&lt;br&gt;
Est-ce que les gens ne savent plus &lt;i&gt;danser&lt;/i&gt; ensemble ? Certains regardent-ils trop la t&#233;l&#233; pendant que d'autres r&#234;vent trop &#224; jouer les avant-gardes d'une r&#233;volution de professionnels ? Nous trouvons donc ici des outils pour nous souvenir &#224; quoi ressemble une organisation collective &#171; socialis&#233;e &#187;, c'est-&#224;-dire des actions men&#233;es par plusieurs univers, rassembl&#233;s autour d'envies, de questions de survie et de formes de lutte communes. Mais il nous reste &#224; penser comment retrouver cette communaut&#233; d'imaginaires et de fa&#231;ons de vivre susceptibles de renouer avec une culture populaire qui, dans l'individualisme et les querelles de chapelle, fait aujourd'hui cruellement d&#233;faut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ferdinand Cazalis pour S&#233;ditions, mai 2008.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE MOUVEMENT DES OCCUPATIONS DE MAISONS&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si le mouvement des autor&#233;ductions a pu se d&#233;velopper &#224; une &#233;chelle de masse, c'est qu'il existait en Italie des luttes d'usines particuli&#232;rement fortes et permanentes. Mais c'est aussi parce qu'&#224; la diff&#233;rence de l'Angleterre, o&#249; les ouvriers restent souvent enferm&#233;s au seul niveau de l'entreprise, au &lt;i&gt;shop floor&lt;/i&gt;, les conflits sortent de l'usine. Ils investissent le terrain social gr&#226;ce &#224; la force qu'ils ont conquise dans l'usine, et reprenant toutes les contradictions de la soci&#233;t&#233; capitaliste, les reportent en usine pour relancer le combat. Les conseils d'usine ont servi directement par exemple pendant les autor&#233;ductions au rassemblement des quittances d'&#233;lectricit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, avant de parvenir &#224; l'autor&#233;duction, les prol&#233;taires ont parcouru un long cycle de luttes sur le terrain social. Les comit&#233;s de quartiers qui ont propuls&#233; l'autor&#233;duction se sont construits &#224; partir de 1969. La question du logement a permis cette socialisation, &#8211; cette massification &#8211; des luttes, comme disent les Italiens. En juillet, Nichelino, commune de la banlieue industrielle de Turin, avait &#233;t&#233; occup&#233;e, les ouvriers refusant de payer les loyers. Un an plus tard, via Tibaldi &#224; Milan, prol&#233;taires et &#233;tudiants occupaient des appartements libres. En 1974, &#224; la rentr&#233;e des vacances, au moment o&#249; les luttes pour l'autor&#233;duction des transports et de l'&#233;lectricit&#233; commencent, des dizaines de familles occupent des appartements et des maisons via delle Cacce &#224; Turin, dans un des ghettos o&#249; logent les ouvriers de Mirafiori Sud. Le mouvement finira par entra&#238;ner six cents familles dans l'occupation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le plus vaste mouvement d'occupation jamais vu &#224; Turin. Mais c'est &#224; Rome que le mouvement de lutte sur la question du logement s'est manifest&#233; avec le plus d'ampleur. C'est l&#224; aussi que les occupations de maisons ont men&#233; aux affrontements les plus violents avec la police, particuli&#232;rement dans le quartier de San Basilio&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Toutes les grandes villes d'Italie ont connu des mouvements d'occupations, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ROME : UNE LONGUE TRADITION DE LUTTE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les luttes sur la question du logement remontent &#224; Rome &#224; l'imm&#233;diat apr&#232;s-guerre. Pendant les op&#233;rations, il se produit un afflux de prol&#233;taires venant du Latium m&#233;ridional ou du sud de l'Italie. Ceux-ci seront pour la plupart des &#171; travailleurs intermittents &#187; vou&#233;s aux bas salaires. Mais une loi fasciste rest&#233;e en vigueur &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette loi favorise tellement l'industrie du b&#226;timent qu'elle ne sera abrog&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; interdit aux immigr&#233;s l'acc&#232;s de la ville historique. C'est l&#224; que sont install&#233;s des auberges de fortune, des centres d'h&#233;bergement municipaux, anc&#234;tres des cit&#233;s dortoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant la p&#233;riode suivante, celle de la &#171; reconstruction nationale &#187;, c'est le PCI qui organise les luttes de masse, les gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales qui paralysent toute la ville. L'objectif est l'emploi et la construction de logements pour les travailleurs. Parfois m&#234;me, des ch&#244;meurs encadr&#233;s par les militants du Parti prennent en charge la construction de routes, d'&#233;gouts, d&#233;barrassent les gravats. Cette forme de lutte est th&#233;oris&#233;e comme un exemple &#171; d'autogestion &#187; susceptible de former &#171; les agents sociaux capables de diriger le travail et de le contr&#244;ler &#187;. La ligne politique du PCI est alors claire : dans une cit&#233; comme Rome, domin&#233;e historiquement par les couches moyennes des administrations et par le fascisme, et en l'absence d'une classe ouvri&#232;re vraiment importante, il faut miser sur les banlieues, sur les &#171; marginaux &#187;, sur les travailleurs temporaires, si l'on veut construire un poids politique capable de contrebalancer la droite. Malgr&#233; la pr&#233;carit&#233; du travail, et la pr&#233;sence d'un sous-prol&#233;tariat, la banlieue romaine va devenir une forteresse rouge imperm&#233;able aux infiltrations de la droite. Ph&#233;nom&#232;ne qui se v&#233;rifiera &#233;lectoralement mais aussi dans des manifestations dures. La population de cette &#171; ceinture rouge &#187; est surtout constitu&#233;e des ouvriers du b&#226;timent, des rares industries existantes, des ch&#244;meurs, des petits artisans chass&#233;s dans la p&#233;riph&#233;rie au moment de &#171; l'&#233;ventrement &#187; du centre historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les heurts avec la police sont violents, comme en t&#233;moigne la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de d&#233;cembre 1947 durant laquelle la police n'h&#233;site pas &#224; tirer sur les manifestants, tuant un ouvrier du b&#226;timent au ch&#244;mage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;chec de l'insurrection &#224; la suite de l'attentat manqu&#233; contre Togliatti, secr&#233;taire du PCI, marque le d&#233;but d'un reflux progressif qui conduira aux d&#233;faites dans les grandes usines du Nord vers 1955. Le r&#244;le organisateur du PCI va d&#233;croissant. Les gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales contre le ch&#244;mage et pour l'am&#233;lioration des services ne parviennent plus &#224; paralyser la capitale. Rome accentue durant ces ann&#233;es son caract&#232;re de ville essentiellement tertiaire (administrations centrales, services publics, commerce) ; le secteur industriel se r&#233;duit au b&#226;timent et &#224; de petites usines. Parall&#232;lement, la capitale devient un lieu de passage de la main d'&#339;uvre qui, du sud, va vers le nord, et surtout un p&#244;le d'immigration r&#233;gionale et extra r&#233;gionale. L'urbanisation sauvage se d&#233;veloppe ; les bidonvilles apparaissent et la sp&#233;culation immobili&#232;re fait ses premi&#232;res armes avec succ&#232;s. En m&#234;me temps qu'il distend ses liens directs avec l'organisation des luttes, le PCI va &#234;tre amen&#233; &#224; pr&#233;ciser sa strat&#233;gie d'une &#171; voie parlementaire au socialisme &#187; ; il commence &#224; se poser le probl&#232;me de l'environnement urbain et de l'organisation de l'espace social. Il &#233;tudie la question de la &#171; rente fonci&#232;re &#187; et d&#233;couvre dans l'oligopole le &#171; &lt;i&gt; latifundium&lt;/i&gt; urbain &#187; (notamment le Saint Si&#232;ge qui se taille la part du lion). Le probl&#232;me du logement se trouve alors subordonn&#233; &#224; la question d'un d&#233;veloppement urbain &#233;quilibr&#233;, li&#233; lui-m&#234;me &#224; une lutte d'ensemble contre la rente fonci&#232;re. Selon une logique toute r&#233;formiste qui s&#233;pare dans le processus d'accumulation du capital rente et profit, pourtant li&#233;s, la rente est alors interpr&#233;t&#233;e comme le frein parasitaire au d&#233;veloppement de la ville, du pays, et comme seule responsable des poches d'arri&#233;ration. Le PCI engage alors la bataille au niveau communal et parlementaire contre la concentration de la grande propri&#233;t&#233;, contre les &#171; &lt;i&gt; latifundia&lt;/i&gt; urbaines &#187; tenues pour responsables de la p&#233;nurie du logement. C'est dans ce cadre l&#224; qu'il tentera de canaliser le mouvement populaire encore fort dans les banlieues. &lt;br&gt;
En 1950-51 se produisent les premi&#232;res occupations de maisons dans les quartiers comme Primavalle, Laurentino, Pietralata. Les &lt;i&gt;Consulte Popolari&lt;/i&gt; cr&#233;&#233;s &#224; ce moment l&#224; sont des organismes de masse unitaires PCI-PSI. Ils rassemblent diverses associations et comit&#233;s s'occupant du logement. Dans une premi&#232;re phase, leur composante locale de base est essentiellement prol&#233;taire. Au niveau central, on trouve plut&#244;t le personnel politique du PCI (conseillers municipaux, parlementaires). L'axe essentiel est d'obtenir de l'&#201;tat le blocage des loyers ou davantage d'investissements dans le secteur de la construction publique. Avec bien peu de succ&#232;s puisque de 51 &#224; 55, le pourcentage de l'aide publique tombe de 25 &#224; 12% du total. Les &lt;i&gt;Consulte Popolari&lt;/i&gt; interviennent en outre aupr&#232;s des autorit&#233;s locales pour r&#233;soudre les probl&#232;mes les plus urgents (&#233;vacuation des logements dangereux, attribution de logements aux familles expuls&#233;es, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les formes de luttes sont le plus souvent des manifestations, des d&#233;l&#233;gations, des p&#233;titions qui servent de d&#233;bouch&#233;s aux occupations spontan&#233;es qui se multiplient vers 1955, date &#224; laquelle les &lt;i&gt;Consulte&lt;/i&gt; les organisent directement pour la premi&#232;re fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Presque toutes les occupations de cette &#233;poque sont dirig&#233;es contre l'Institut pour la Construction &#201;conomique et Populaire (IACP). Les logements &#233;difi&#233;s par cet organisme public, sorte d'office des HLM italiennes, jouxtent en g&#233;n&#233;ral les quartiers de l'&#233;poque fasciste. Principalement les quartiers Goridinai, Tiburtino III, San Basilio, Primavalle, Tor Marancio. Ces zones populeuses abritent les prol&#233;taires entass&#233;s dans des conditions infectes ; client&#233;lisme et corruption vont bon train. C'est ainsi que les inscriptions sur les listes d'attente pour b&#233;n&#233;ficier d'un relogement d&#233;pendent enti&#232;rement des partis du centre et de la D&#233;mocratie Chr&#233;tienne. Les occupations organis&#233;es par les &lt;i&gt;Consulte&lt;/i&gt; ne sont pas con&#231;ues comme des actes d'appropriation mais comme des moyens de pression sur les pouvoirs publics : le probl&#232;me de leur d&#233;fense n'est donc pas pos&#233;. La ville et son administration ne sont pas consid&#233;r&#233;es comme des ennemies, mais comme des alli&#233;es contre la sp&#233;culation. En g&#233;n&#233;ral, ces occupations se terminent par une intervention sans m&#233;nagement de la police qui expulse tout le monde, et par une manifestation de protestation devant le Capitole, o&#249; sont exig&#233;s des cr&#233;dits pour permettre aux pouvoirs publics d'intervenir. &#192; San Basilio et Pietralata, il arrive que le rapport de force soit favorable aux occupants et que la lutte r&#233;ussisse. Les &lt;i&gt;Consulte&lt;/i&gt; organisent &#233;galement vers cette &#233;poque des gr&#232;ves de loyers : les termes &#233;chus ne sont pas pay&#233;s aux pouvoirs publics afin de les obliger &#224; am&#233;liorer ou &#224; cr&#233;er des services (&#233;coles, routes, &#233;gouts). Durant toute cette p&#233;riode, le PCI r&#233;ussit en fait &#224; offrir &#224; ces luttes un d&#233;bouch&#233; parlementaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, en 1956, l'exp&#233;rience du centre gauche et la loi Sullo contre la sp&#233;culation fonci&#232;re &#233;chouent. La ligne du parti va alors osciller entre des propositions technocratiques (contre-propositions, critiques des organismes existants) et des interventions populistes et d&#233;magogiques sur les situations d'abus les plus criantes autour desquelles tables rondes et p&#233;titions se succ&#232;dent. Mais aucune lutte g&#233;n&#233;rale n'est lanc&#233;e pour appuyer une intervention l&#233;gislative visant &#224; r&#233;former l'urbanisme. Les &lt;i&gt;Consulte&lt;/i&gt; changent progressivement de nature : ils se mettent &#224; rassembler &#171; tous les citoyens &#187; qui s'int&#233;ressent au probl&#232;me du logement, des services, des transports, des parcs. Ils perdent leur connotation de classe. Les luttes qui se conduisent encore prennent un tour &#171; civil &#187;. Il y a bien encore des blocus des rues et des places, comme lorsque les familles expuls&#233;es des logements d&#233;molis pour la construction des installations olympiques manifestent en 1958. Quelques gr&#232;ves de loyers comme celle de Via Grottaperfetta en 1964. Mais ces luttes ont perdu une grande partie de leur importance et, &#224; la veille de 1969, elles ne sont plus organis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des ann&#233;es 1960, parall&#232;lement &#224; la transformation de l'appareil productif et &#224; l'accentuation des flux migratoires, la p&#233;nurie de logements &#224; loyers mod&#233;r&#233;s devient le probl&#232;me num&#233;ro un. La mainmise du grand capital financier sur les terrains &#224; b&#226;tir continue de plus belle, tandis que la part des investissements publics dans le secteur des HLM passe de 16,8% pour tout le pays en 1960 &#224; 6,5% en 1965, et &#224; 7% en 1968, 5,1% en 1969 et 3,7% en 1970 ! Rome qui est devenue la ville charni&#232;re entre le Sud et le triangle industriel du Nord gonfle d&#233;mesur&#233;ment. Le reste du Latium se vide et se d&#233;sagr&#232;ge, tandis que la lointaine banlieue sud ouest vers Latina, Pomezia Aprilia, se congestionne compl&#232;tement. La construction priv&#233;e s'oriente vers les logements de &#171; standing &#187; ; l'augmentation des loyers devient vertigineuse et nourrit la sp&#233;culation &#224; son tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'&#233;chec de sa lutte contre la rente fonci&#232;re, la politique du PCI se replie sur la demande d'une r&#233;&#233;quilibration des pouvoirs publics. Apr&#232;s 64-65, le PCI ne parle plus d'une &#171; politique de l'urbanisme &#187; ; la seule politique coh&#233;rente qui est men&#233;e est celle d'une pression pour l'assainissement de la banlieue (canalisation des &#233;gouts et recouvrement, etc.). Pour le reste, la lutte est abandonn&#233;e &#224; un niveau sectoriel et ce sont des organismes de masse interclassistes qui la m&#232;nent de fa&#231;on syndicale. C'est &#224; ce moment l&#224; que se forme l'UNIA (Unione Nazionale Inquilini e Assegnatori = Union nationale des locataires et des gens sur liste d'attente) qui offre ses conseils juridiques aux citoyens en butte aux propri&#233;taires. Les initiatives se limitent &#224; des p&#233;titions, &#224; des manifestations pour faire pression sur la commune, sur l'IACP, et obtenir la r&#233;sorption des bidonvilles, ainsi que l'augmentation de logements sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;69-75 : UN NOUVEAU CYCLE DE LUTTES URBAINES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en 1969 que se produit l'explosion r&#233;sultant des tensions accumul&#233;es durant toutes les ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes. &#192; Rome, 70 000 prol&#233;taires parqu&#233;s dans des ghettos et dans des conditions catastrophiques ont en face d'eux 40 000 appartements vides qui ne trouvent pas d'acqu&#233;reurs ou de locataires en raison du co&#251;t des loyers. L'Association des Entrepreneurs du b&#226;timent romain reconna&#238;t elle-m&#234;me qu'il s'agit l&#224; d'une &#171; marge de man&#339;uvre indispensable &#187;. Le climat politique g&#233;n&#233;ral cr&#233;&#233; par les luttes ouvri&#232;res et &#233;tudiantes exerce alors une grande influence dans le d&#233;clenchement d'un nouveau genre d'action : il ne s'agit plus d'une occupation symbolique servant de moyen de pression suppl&#233;mentaire dans le cadre d'une n&#233;gociation au sommet. Cette derni&#232;re est refus&#233;e et les occupations prennent l'allure d'une prise de possession violente qui traduit confus&#233;ment la volont&#233; des prol&#233;taires de prendre les biens n&#233;cessaires &#224; leurs besoins. Ces luttes vont avoir pour cons&#233;quence de d&#233;mystifier l'&#201;tat qui &#233;tait pr&#233;sent&#233; comme &#171; m&#233;diateur &#187; dans la prestation des services pour tous les citoyens. Elles mettent le doigt sur la nature de classe de l'&#201;tat et de l'administration communale, et concr&#233;tisent une extension directe de la lutte de l'usine vers la soci&#233;t&#233;.&lt;br&gt;
Cette volont&#233; exprim&#233;e de s'emparer des maisons sans attendre le bon plaisir des patrons, ni les investissements qui suivent les avatars du profit, marque une &#171; socialisation &#187; de la lutte, c'est &#224; dire une d&#233;fense et une r&#233;cup&#233;ration du salaire r&#233;el. Il manque certes &#224; ces premi&#232;res occupations d'un nouveau genre une participation directe des ouvriers d'usine en tant que tels. Pourtant, elles apporteront un autre &#233;l&#233;ment, que les luttes ouvri&#232;res n'ont pas encore : celle d'une organisation autonome des luttes. Les occupations spontan&#233;es de Tufello en &#233;t&#233; 69 rassembleront un groupe de militants du PCI, du PSIUP (&#233;quivalent alors du PSU) et des catholiques de gauche qui formeront la premi&#232;re forme de soutien organis&#233; de ces luttes. Apr&#232;s l'intervention de la police et l'&#233;vacuation des appartements, 120 autres logements voisins sont imm&#233;diatement occup&#233;s, puis 220 dans le quartier Celio. Le nombre monte &#224; 400 les jours suivants. Par choix d&#233;lib&#233;r&#233;, les appartements appartiennent tous aux pouvoirs publics, mais sont abandonn&#233;s et libres depuis longtemps. Cette solution offre en effet de meilleures chances de succ&#232;s et met des b&#226;tons dans les roues aux op&#233;rations de l'IAPC entreprises avec la complicit&#233; tacite des repr&#233;sentants syndicaux qui si&#232;gent en son sein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le quartier Celio se constitue un Comit&#233; d'Agitation de Banlieue, structure centrale qui regroupe des militants et des occupants, &#233;lue par les diff&#233;rentes assembl&#233;es d'occupants. Un gros effort est fait pour aboutir &#224; une prise en main de la lutte par chacun et pour former des cadres de mouvement, objectif qui ne sera que tr&#232;s partiellement atteint, en raison de l'&#233;parpillement et de la division des prol&#233;taires des bidonvilles.&lt;br&gt;
En septembre, 200 appartements sont occup&#233;s via Pigafetta dans un quartier d'Ostie ; ils font partie d'un bloc d'immeubles abandonn&#233;s, propri&#233;t&#233; des chemins de fer. Le mot d'ordre avanc&#233; est : &#171; R&#233;quisition des logements ! &#187;, car il doit &#234;tre possible d'appliquer la loi de r&#233;quisition pour calamit&#233; publique en faveur des bidonvilles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le PCI, pour la premi&#232;re fois en contradiction avec sa ligne pr&#233;c&#233;dente, condamne cette forme de lutte, se borne &#224; demander l'inscription sur les listes d'attente, et pr&#233;tend que les occupations de logements appartenant aux pouvoirs publics dressent contre les occupants ceux qui sont d&#233;j&#224; inscrits sur ces listes. C'est de l&#224; que part le processus de rupture entre le PCI et le nouvel organisme de masse ainsi qu'avec les militants communistes qui en faisaient partie. D&#233;sormais, les occupations se feront en secret et les seuls &#224; en &#234;tre avis&#233;s &#224; l'avance seront les parlementaires qui &#233;taient d&#233;j&#224; en position de fronde avec le Parti, et qui constitueront le noyau fondateur du quotidien &lt;i&gt;Il Manifesto&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les objectifs de ces occupations se pr&#233;cisent aussi : les occupants r&#233;clament que la commune r&#233;quisitionne les logements libres aux constructeurs et qu'elle les loue &#224; un loyer proportionnel au salaire, &#224; la port&#233;e donc de tous les travailleurs. Le Comit&#233; d'Agitation des Banlieues (CAB) organise une manifestation de trois &#224; quatre mille habitants des bidonvilles devant le Capitole. Il repousse la proposition du PCI d'envoyer une d&#233;l&#233;gation et fait prendre la parole &#224; des dizaines de gens des bidonvilles. Devant la pression qui se manifeste dans les banlieues, le PCI doit organiser en octobre une occupation de trois cents appartements. L'op&#233;ration &#233;choue. Le 18 novembre, les &lt;i&gt;Consulte&lt;/i&gt;, cette fois-ci avec le CAB, organisent trois cents occupations avenue Prati di Papa. Mais le jour suivant, lors de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale sur la question du logement, les manifestants interdisent au PCI de d&#233;filer avec ses banderoles en t&#234;te du cort&#232;ge. Les mots d'ordre sont durs : &#171; Ou vous nous donnez les logements, ou bien nous les prenons nous-m&#234;mes ! &#187; Le CAB organise sur la lanc&#233;e l'occupation de cinq cents nouveaux appartements construits en pleine campagne pour les fonctionnaires des minist&#232;res romains. L'&#201;tat, comprenant alors que la prochaine &#233;tape sera l'occupation de maisons priv&#233;es, organise la contre-attaque. Quinze cents CRS en tenue de combat interviennent. Apr&#232;s une bataille qui dure toute la nuit et la matin&#233;e suivante, vingt prol&#233;taires sont arr&#234;t&#233;s. L'assembl&#233;e d&#233;cide d'abandonner les appartements ind&#233;fendables, et n&#233;gocie en &#233;change la mise en libert&#233; des arr&#234;t&#233;s.&lt;br&gt;
Pour &#233;viter de stagner, le CAB cherche alors &#224; coordonner son action avec les autres groupes qui m&#232;nent une intervention sur les logements. La nuit du 10 mars, apr&#232;s un long d&#233;fil&#233; dans la ville, les objectifs d'abord envisag&#233;s &#233;tant gard&#233;s par la police, cent soixante familles occupent huit immeubles de luxe rue Serpentara, quartier de Val Melaina. La matin&#233;e suivante, la police intervient et fait &#233;vacuer. Les occupants ne se dispersent pas. Traversant la ville avec les matelas, le mobilier, ils viennent s'installer place du Capitole. Pendant plus de dix jours, ils campent, se r&#233;chauffent par des feux au pied des statues de Michel Ange, et nouent des liens de solidarit&#233; avec les &#233;tudiants, les ouvriers de l'extr&#234;me gauche. Le syndicat fait l'objet d'attaques continuelles, et son aide est refus&#233;e. L'&#233;preuve de force avec la commune &#233;choue toutefois. Par lassitude, les occupants finissent par abandonner la place. Il y aura d'autres occupations par la suite, mais elles se solderont par des &#233;checs. L'exp&#233;rience du CAB touche &#224; sa fin. Le PCI et les &lt;i&gt;Consulte&lt;/i&gt; parviennent &#224; liquider ces premiers &#233;l&#233;ments d'autogestion de la lutte, car ils obtiennent des r&#233;sultats dans leurs n&#233;gociations avec les pouvoirs publics. M&#234;me si ces r&#233;sultats ne sont pas toujours extraordinaires, ils sont loin d'&#234;tre n&#233;gligeables. Il faut dire que la situation objective s'y pr&#234;te bien. Ainsi, dans le quartier de Nuova Ostia, les promoteurs ne parvenaient pas &#224; vendre les appartements en raison des prix et des loyers trop &#233;lev&#233;s. La sp&#233;culation avait &#233;chou&#233; et leur co&#251;tait des milliards de perte s&#232;che. Les conseillers municipaux lib&#233;raux impliqu&#233;s dans l'affaire se mettent d'accord avec le PCI : la commune, &#224; la suite de l'occupation de ces immeubles, en fait l'acquisition pour y reloger les habitants des bidonvilles contre des loyers mod&#233;r&#233;s, payant la diff&#233;rence aux promoteurs !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le CAB ne surv&#233;cut pas au d&#233;clin du mouvement &#233;tudiant, aux attaques du PCI et des &lt;i&gt;Consulte&lt;/i&gt;, ainsi qu'aux dissensions internes qui mirent aux prises le &lt;i&gt;Manifesto&lt;/i&gt; et le PSIUP &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;PSIUP : Partito Socialista Italiano d'Unita Proletaria, fond&#233; en 1964, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sur les &#233;lections des instances dirigeantes de ce mouvement. Aussi, &#224; la fin du printemps de 1970, le cycle de luttes qui avait donn&#233; naissance &#224; cet organisme para&#238;t-il bien irr&#233;m&#233;diablement clos.&lt;br&gt;
Lorsqu'un an plus tard la lutte repart, elle sera anim&#233;e surtout par les groupes extra parlementaires et &#233;galement par l'UNIA, fond&#233;e par le PCI, qui, pour ne pas perdre tout contr&#244;le de la situation, lancera une grande occupation symbolique en octobre 1971. La crise qui suit 1969 avec une augmentation galopante du co&#251;t de la vie n'arrange pas la question du logement qui reste &#224; Rome un probl&#232;me aussi br&#251;lant. D'autre part, les groupes ont choisi la voie d'une socialisation de la lutte pour construire leur organisation. &#192; Milan, l'occupation r&#233;ussie avenue Mac Mahon am&#232;ne &#224; la pr&#233;paration de la grande occupation Via Tibaldi (1970).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 26 mars 1971, sur la vague de ces occupations milanaises, trente familles de San Basilio occupent avec des militants de &lt;i&gt;Potere Operaio&lt;/i&gt; deux immeubles dans la commune voisine de Casal Bruciato. Rapidement, trois cent cinquante familles s'y joignent. Malgr&#233; l'intervention de l'UNIA et du PCI qui veulent organiser une d&#233;l&#233;gation centrale &#224; Rome, les occupants se pr&#233;parent &#224; r&#233;sister activement &#224; la police, ils &#233;lisent des d&#233;l&#233;gu&#233;s d'immeubles et dressent des barricades. Lors de l'assaut donn&#233; par trois mille policiers, les heurts sont tr&#232;s violents : vingt arrestations sont op&#233;r&#233;es. La bataille gagne les rues avoisinantes, certains cherchent refuge dans une section locale du PCI qui leur ferme la porte au nez. &#192; l'assembl&#233;e suivante, malgr&#233; des divergences d'appr&#233;ciation sur la suite de la conduite &#224; tenir, il est d&#233;cid&#233; de continuer &#224; occuper. La nuit m&#234;me, &lt;i&gt;Potere Operaio&lt;/i&gt; organise l'occupation de cent autres appartements. L&#224; encore, la police intervient et expulse tr&#232;s violemment. En juin, &lt;i&gt;Potere Operaio&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Lotta Continua&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Il Manifesto&lt;/i&gt; organisent simultan&#233;ment des occupations dans les quartiers de Centocelle et Pietralata. La police fait &#233;vacuer mais, cette fois-ci, selon les exigences des occupants, sans violence. Une assembl&#233;e tenue sur le champ d&#233;cide une nouvelle occupation de soixante dix/quatre vingt familles au quartier Magliana. La police arrive imm&#233;diatement, illumine la rue comme de jour : les heurts sont violents, des voitures sont incendi&#233;es, des CRS tirent des rafales de mitraillette et organisent la chasse &#224; l'homme toute la matin&#233;e suivante.&lt;br&gt;
Pour r&#233;pondre &#224; l'occupation des groupes, l'UNIA et le PCI organisent une occupation monstre de dix mille personnes. Mais elle est symbolique. Le syndicat n&#233;gocie et s'engage &#224; obtenir six mille logements &#171; pour No&#235;l &#187;, dont on ne verra jamais la couleur, et seuls les occupants qui sont des &#171; clients &#187; fid&#232;les de l'UNIA trouveront &#224; se reloger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, il a manqu&#233; &#224; toutes ces occupations depuis 1969 la possibilit&#233; de durer. D'autre part, elles n'ont encore aucun lien organique avec les luttes d'usines ; leur protagoniste, outre les forces politiques des groupes de l'extr&#234;me gauche, est le &#171; prol&#233;tariat &#187; toujours pr&#234;t &#224; l'&#233;meute. Ce ne sera plus le cas lors de l'hiver 73 et du printemps 74.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LES OCCUPATIONS MASSIVES DE L'HIVER ET DU PRINTEMPS 1974&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode de l'hiver et du printemps 1974 aura &#233;t&#233; celle o&#249; le co&#251;t de la vie augmente &#224; la cadence de 1,4 &#224; 2,1% par rapport au mois pr&#233;c&#233;dent. Le 5 d&#233;cembre 1973, les p&#226;tes augmentent ainsi de 25% d'un coup. D'autre part, dans une ville comme Rome, o&#249; le loyer arrive &#224; repr&#233;senter en fait 50 % du salaire, on comprend facilement l'enjeu des luttes sur le logement. En janvier 1974, il y a d&#233;j&#224; deux mois que des immeubles sont occup&#233;s dans le quartier de Magliana :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Les quatre cents appartements que les patrons pr&#233;f&#233;raient ne pas louer de peur que leurs nouveaux occupants ne participent aux luttes de l'autor&#233;duction (commenc&#233;es &#224; Rome depuis 1972,&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir la brochure &#224; para&#238;tre prochainement chez S&#233;ditions, NdE&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), sont actuellement enti&#232;rement occup&#233;s par des travailleurs. Parmi ceux-ci, il y a 26 ouvriers et 51 travailleurs du b&#226;timent, 30 artisans (tailleurs et menuisiers), 71 employ&#233;s des services (h&#244;pital, garage), 14 ch&#244;meurs, 9 m&#233;nag&#232;res, 15 retrait&#233;s et invalides. Ces travailleurs proviennent de tous les quartiers de Rome.&lt;br&gt;
Tir&#233; du journal &lt;i&gt;Magliana en lutte&lt;/i&gt;,&lt;br class='autobr' /&gt;
du comit&#233; de quartier de Magliana, f&#233;vrier 1974.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est &#224; partir du 15 janvier 1974 qu'on entre dans la phase ascendante du mouvement : en trois mois, plus de quatre mille appartements vont &#234;tre successivement occup&#233;s, principalement &#224; l'initiative des groupes autonomes de quartier et de &lt;i&gt;Lotta Continua&lt;/i&gt;. La r&#233;action de l'&#201;tat et des propri&#233;taires sera dans tous les cas extr&#234;mement violente : intervention syst&#233;matique des carabiniers pour expulser les occupants, ce qui sera chaque fois l'occasion d'affrontements impliquant parfois tout un quartier. De plus, pendant toute cette p&#233;riode, il sera fait un usage syst&#233;matique de bandes fascistes qui tenteront par des provocations continuelles, m&#234;me parfois des tentatives d'infiltration, de casser le mouvement. Enfin, dans le cas d'occupations directement organis&#233;es par des ouvriers d'usine (et particuli&#232;rement par l'Assembl&#233;e Autonome de la Fatm&#233;), la r&#233;pression s'accentuera : arrestations de quelques &#171; leaders &#187; ouvriers, exclusion du conseil d'usine des d&#233;l&#233;gu&#233;s qui appuient les occupations &#224; l'initiative du PCI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la mi-mars, ces actions marquent le pas devant le d&#233;cha&#238;nement de la violence de l'&#201;tat. Les occupations d'&#233;glises sur lesquelles les groupes et particuli&#232;rement &lt;i&gt;Avanguardia Operaia&lt;/i&gt; comptaient pour maintenir le mouvement sur pied cessent au bout de quelques jours. Le PCI peut saluer la fin de la lutte. L'&lt;i&gt;Unita&lt;/i&gt;, sous le titre : &#171; Une dangereuse diversion &#187;, &#233;crit le 8 mars :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Il y a des priorit&#233;s &#224; respecter en ce qui concerne l'attribution de logements &#224; ceux qui sont inscrits sur la liste d'attente ainsi que la r&#233;alisation des autres services sociaux. C'est pourquoi le type d'occupations qui a lieu en ce moment, en raison des objectifs qu'elle se fixe, repr&#233;sente une tentative de fourvoyer le mouvement de lutte r&#233;el, et ne parvient pas &#224; masquer l'aventurisme d'une tactique qui oscille entre la tentative d'entra&#238;ner des quartiers entiers dans la &#171; gu&#233;rilla &#187; et des tractations avec les institutions d&#233;mocratiques tant d&#233;cri&#233;es. Cette tactique a &#233;t&#233; isol&#233;e par la grande majorit&#233; des travailleurs, des habitants des bidonvilles, des banlieusards, qui forme un front de lutte toujours plus fort, plus responsable et plus vigilant.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce cycle d'actions pr&#233;sente des ressemblances avec celui qui avait eu lieu en 1970-71 : spontan&#233;it&#233;, dimension de masse attest&#233;e par la forte participation des femmes. Il pr&#233;sente n&#233;anmoins deux nouveaut&#233;s importantes : la participation ouvri&#232;re directe dont nous avons parl&#233;, et surtout le fait que les logements occup&#233;s ne sont plus la propri&#233;t&#233; des pouvoirs publics, mais appartiennent &#224; toutes les entreprises immobili&#232;res de moyenne dimension. Ces derni&#232;res forment &#224; Rome le c&#339;ur de la sp&#233;culation immobili&#232;re (notamment de l'ACER : l'association des promoteurs entrepreneurs romains).&lt;br&gt;
Les autres propri&#233;taires l&#233;s&#233;s ont &#233;t&#233; des groupes immobiliers li&#233;s &#224; la Fiat, &#224; la Banca Nazionale del Lavoro. On saisit l&#224; d'ailleurs l'entrem&#234;lement parfait de la rente fonci&#232;re et du profit. L'IRI et la Fiat ont op&#233;r&#233; de gros efforts de reconversion pour r&#233;pondre &#224; des commandes massives de services sociaux (transports en commun, construction) et il est parfaitement artificiel de s&#233;parer ces grandes entreprises du tissu sp&#233;culatif des moyennes entreprises &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme en t&#233;moignait un fonctionnaire de la Commune de Rome, dont l'interview (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les prol&#233;taires ne s'y sont pas tromp&#233;s qui ont frapp&#233; les deux &#224; la fois. Les techniques r&#233;pressives mises en &#339;uvre par l'&#201;tat qui ont permis de voir les limites politiques et organisationnelles des occupations, en sont aussi la preuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement des occupations &#224; Rome est arriv&#233; &#224; l'occupation des biens priv&#233;s et non plus seulement des biens d&#233;pendants des pouvoirs publics. Toute la dynamique habituelle des occupations s'en est trouv&#233;e modifi&#233;e. Les syndicats et le PCI n'ont pas pu jouer le m&#234;me r&#244;le m&#233;diateur qu'auparavant. Il ne s'agissait plus d'une prise de gages pour renforcer leur position dans les n&#233;gociations (relogement, inscriptions sur les listes d'attente), mais d'une appropriation directe qui refusait le c&#244;t&#233; symbolique qu'avaient eu les occupations pr&#233;c&#233;dentes. De ce point de vue, les occupations du printemps 1974 ressemblent beaucoup plus aux formes d'organisation des prol&#233;taires de la banlieue de Santiago, ou aux occupations, par le Comit&#233; de Moradores &#224; Lisbonne, de palais pour les transformer en h&#244;pitaux et faire fonctionner imm&#233;diatement des services de sant&#233; gratuits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, le mouvement d'occupation de maisons &#224; Rome marque un saut par rapport au reste des actions d&#233;j&#224; entreprises &#224; Milan par exemple, ou &#224; Venise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Milan en effet, o&#249; les occupations de maisons datent de 1969 et sont organis&#233;es souvent par l'Unione Inquilini (l'Union des locataires), les logements d&#233;pendant des pouvoirs publics (de l'IACP notamment : I'Instituto Autonomo Case Popolari) ont tous &#233;t&#233; occup&#233;s et distribu&#233;s. Il faut donc s'attaquer aux logements priv&#233;s avec les m&#234;mes probl&#232;mes qu'&#224; Rome &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cela donne une bonne id&#233;e de l'ampleur des luttes urbaines et de l'arri&#232;re (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br&gt;
La lutte de San Basilio &#224; Rome, en septembre, qui a co&#251;t&#233; un mort au mouvement r&#233;volutionnaire, a marqu&#233; un pas en avant et a &#233;t&#233; suivie de toute une s&#233;rie d'occupations victorieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LES EVENEMENTS DE SAN BASILIO A ROME EN SEPTEMBRE 1974&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;San Basilio se situe &#224; Rome au c&#339;ur des quartiers &#171; rouges &#187;. Ses habitants ont &#233;t&#233; de toutes les batailles : occupations de maisons, gr&#232;ves de loyers, centres sociaux investis pour les transformer en dispensaires populaires (1971), blocus des avenues qui coupent le quartier et qu'il est impossible de traverser aux heures de pointe, enfin luttes pour la cr&#233;ation d'&#233;coles. D&#232;s 1972, un propri&#233;taire du quartier, pour emp&#234;cher des occupations r&#233;p&#233;t&#233;es, &#233;tait oblig&#233; de faire blinder les portes de ses immeubles. C'est &#233;galement dans ce quartier que les habitants de Rome ont &#233;t&#233; les premiers &#224; pratiquer les autor&#233;ductions d'&#233;lectricit&#233;. Il existe &#224; San Basilio une tradition antifasciste et antipolici&#232;re tr&#232;s solide. Les exp&#233;ditions punitives organis&#233;es par la police pour rechercher de fantomatiques voleurs donnent lieu &#224; des ripostes. En 1970, les r&#233;unions &#233;lectorales du candidat d&#233;mocrate chr&#233;tien ne peuvent pas s'y tenir. En 1973, enfin, la population soutient tr&#232;s activement la r&#233;volte des prisonniers de l'&#233;tablissement de Rebiddia ; ce dernier formant le seul service public r&#233;alis&#233; dans le quartier depuis des ann&#233;es !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, la zone industrielle s'est d&#233;velopp&#233;e tout pr&#232;s de San Basilio. D'importantes luttes contre les nuisances et la pollution permettent une r&#233;unification du &#171; prol&#233;tariat &#187; marginalis&#233; des ghettos avec la classe ouvri&#232;re.&lt;br&gt;
Au d&#233;but de septembre 1974, cela fait onze mois que cent quarante sept familles occupent des immeubles appartenant &#224; l'IACP (Instituto Autonomo delle Case Popolari). Le jeudi 5 septembre, la police fait irruption dans le quartier et fait &#233;vacuer les immeubles via Fabriano, et huit immeubles via Montecarotto.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vendredi matin, la population du quartier s'organise et bloque la grande voie d'acc&#232;s, la Tiburtina. Des affrontements tr&#232;s violents ont lieu jusqu'&#224; l'apr&#232;s midi et contraignent la police &#224; abandonner les expulsions, qui n'ont &#233;t&#233; que limit&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Samedi matin, tandis qu'une d&#233;l&#233;gation se rend &#224; la pr&#233;fecture et aupr&#232;s de l'IACP, la police revient pour continuer les expulsions, mais se retrouve devant une forte mobilisation du quartier et de tous les quartiers de Rome. La police est un peu plus nombreuse, mais la d&#233;termination des manifestants est visiblement plus forte. La d&#233;l&#233;gation, qui &#233;tait partie sans trop se faire d'illusions, voit les portes s'ouvrir devant elle. La police semble s'effacer. &lt;i&gt;Lotta Continua&lt;/i&gt; demande et obtient une tr&#234;ve jusqu'au lundi soir &#224; 19 heures. Cette organisation croit avoir gagn&#233; et organise imprudemment un d&#233;fil&#233; de victoire dans les rues du quartier. Le lendemain, dimanche, les CRS reviennent en force devant les immeubles qu'ils n'avaient pu &#233;vacuer. Ils p&#233;n&#232;trent sans m&#233;nagement dans les immeubles, pi&#233;tinant tout ce qui leur tombe sous la botte, jetant les meubles par les fen&#234;tres, ouvrant les r&#233;frig&#233;rateurs, les pillant, s'offrant un petit-d&#233;jeuner. Ils pissent devant les femmes et les enfants, puis lancent des grenades lacrymog&#232;nes &#224; l'int&#233;rieur des appartements &#224; hauteur d'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que surpris, les prol&#233;taires ne tardent pas &#224; r&#233;agir. Pr&#233;venus par t&#233;l&#233;phone, des militants affluent des diff&#233;rents quartiers de Rome et harc&#232;lent violemment les forces de l'ordre toute la matin&#233;e. Le comit&#233; de lutte pour le logement de San Basilio appelle une assembl&#233;e populaire sur la place centrale de San Basilio pour 18 heures. &#192; 18h30, la police charge le rassemblement et lance des centaines de grenades lacrymog&#232;nes &#224; hauteur de visage. Les gens form&#233;s en manifestation se regroupent &#224; la hauteur du carrefour, entre les rues Fiuminata et Fabriano. Via Fabriano, de l'autre c&#244;t&#233; des immeubles occup&#233;s, un peloton de CRS cherche le contact avec les prol&#233;taires. Mais, lorsqu'il doit reculer, un autre peloton qui est derri&#232;re, en face des manifestants, se met &#224; tirer &#224; feu nourri. L'une des balles touche mortellement Fabrizio Ceruso, 19 ans, militant du comit&#233; ouvrier de Tivoli, qui meurt lors de son transfert en ambulance &#224; l'h&#244;pital. Lorsque, &#224; 20 heures, la nouvelle de sa mort est connue dans le quartier, toutes les lumi&#232;res s'&#233;teignent, sauf sur le carrefour, o&#249; la police est rest&#233;e en position. Vers 19h30, un expert fait un rapport au palais de justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce m&#233;decin pr&#233;tendra avoir contr&#244;l&#233; les armes de tous les policiers (alors que ceux-ci sont plus d'un millier !) et n'avoir constat&#233; aucune anomalie ! Tout San Basilio est dans les rues. Les policiers de nouveau sortent leurs armes, mais, cette fois, ils ont l'am&#232;re surprise de sentir que le plomb vient de la direction oppos&#233;e. Huit policiers sont touch&#233;s gri&#232;vement, dont un commissaire. Le vent a tourn&#233;. Un inspecteur, pour freiner la d&#233;bandade des policiers, leur affirme qu'un camion automitrailleur va venir, mais rien n'y fait ; ils ont perdu la bataille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'occupation militaire, qui avait dur&#233; quatre jours, prend ainsi fin. Le lendemain, les n&#233;gociations pour reloger dans les m&#234;mes conditions les cent quarante-sept familles de San Basilio, les trente de Casal Bruciato et les quarante de Bagni di Tivoli commencent. Elles aboutiront tr&#232;s vite, tant la d&#233;termination du quartier a fait peur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire que les autor&#233;ductions d'&#233;lectricit&#233; viennent de commencer, et que l'&#201;tat italien ne tient sans doute pas &#224; se retrouver avec plus de cinq mille occupations de maisons, comme au printemps 1974 &#224; Rome.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#171; accords &#187; se multiplient. Le mouvement des occupations &#233;tait d&#233;j&#224; massif &#224; Naples, Salerne et Turin. Le 27 novembre, les sept cents &#224; huit cents familles qui occupaient gagnent : trois cent soixante huit familles obtiennent un appartement dans les quinze jours, trois cent vingt cinq dans les trois mois et les cent trente autres en 1975 &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Lotta Continua du 27 novembre 1974.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elles obtiennent &#233;galement la garantie que le loyer ne d&#233;passera pas 12% de leur salaire, ce qui est tr&#232;s proche de la revendication initialement pos&#233;e : pas de loyer au dessus de 10% du salaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 3 novembre, un accord obtenu &#224; Salerne contraignait l'IACP &#224; accorder imm&#233;diatement un logement aux occupants et &#224; ceux qui &#233;taient sur les listes d'attente &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Il Manifesto du 3 novembre 1974.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;formistes, g&#234;n&#233;s par les &#233;v&#233;nements de San Basilio, pr&#233;sent&#232;rent les affrontements comme la cons&#233;quence d'une &#171; guerre entre les pauvres &#187;, comme des luttes &#171; d&#233;sesp&#233;r&#233;es &#187; d'habitants des taudis et des sous prol&#233;taires qui &#171; n'ont rien &#224; voir avec les traditions d&#233;mocratiques du mouvement ouvrier &#187;. Mais, dans le cas de San Basilio, comme durant le printemps 1974, les enqu&#234;tes effectu&#233;es sur la composition sociale des occupants montrent qu'il ne s'agit pas seulement de marginaux ou de gens habitant dans les taudis ou la &#171; zone &#187;, mais d'ouvriers, d'employ&#233;s, de petits artisans, de prol&#233;taires effectuant des travaux pr&#233;caires. Ces luttes ont par ailleurs pu mettre en crise la structure du secteur du b&#226;timent public. L&#224; o&#249;, en effet, la politique r&#233;formiste du PCI n'avait jamais r&#233;ussi &#224; venir &#224; bout de la sp&#233;culation, la lutte ouverte a commenc&#233; &#224; le faire. Le grand capital, et en particulier la Fiat, inquiet des cons&#233;quences sociales et politiques de ces luttes, a r&#233;clam&#233; une rationalisation du secteur, de fa&#231;on &#224; &#233;liminer cette poudri&#232;re permanente. L'&lt;i&gt;Unita&lt;/i&gt;, durant les affrontements, avait &#233;crit qu'&#224; Rome la ligne ultra-gauche des comit&#233;s de l'autonomie ouvri&#232;re &#233;tait en train de passer parmi les forces de la gauche extra-parlementaire (discret appel du pied &#224; &lt;i&gt;Lotta Continua&lt;/i&gt; ou au &lt;i&gt;Manifesto&lt;/i&gt; pour contr&#244;ler davantage la situation ?). Mais sans la d&#233;termination des habitants du quartier qui se sont d&#233;cid&#233;s &#224; g&#233;rer directement leur propre lutte et &#224; sortir des sentiers battus des occupations symboliques, qui se laissaient toujours expulser &#224; un moment ou &#224; un autre par la police, il est probable que les luttes pour le logement et les luttes de quartiers auraient subi un coup d'arr&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;APRES SAN BASILIO&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement des occupations se poursuit au printemps 1975 essentiellement dans deux grandes villes : Naples et Milan. Dans la premi&#232;re, en f&#233;vrier, plus de mille appartements &#233;taient occup&#233;s, essentiellement dans le quartier de San Erasmo et Don Guanella. Le mouvement r&#233;clamait un loyer ne d&#233;passant pas 10% du salaire. Il repoussait la &#171; solution &#187; propos&#233;e par le PCI et qui consistait &#224; accorder une &#171; aide &#187; de 30 000 lires par famille &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Le nuove lotte per la casa a Napoli, A. Drago et E. Cardillo, p. 10O.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Milan, l'Unione Inquilini et le comit&#233; de quartier Ticinese, l'un des quartiers historiques du centre de la ville, avaient lanc&#233; les occupations de maisons particuli&#232;res via de Amicis, exigeant la r&#233;quisition de plus de mille sept cents logements priv&#233;s dans le centre. Le 4 avril 1975, via Populi Uniti, c'&#233;tait au tour des logements d'un promoteur d&#233;mocrate-chr&#233;tien d'&#234;tre occup&#233;s. En mai 1976, le nombre de maisons occup&#233;es ouvertement &#8211; nous ne parlons pas ici des squatt&#233;risations sauvages comme il y en a &#224; Paris ou &#224; Londres &#8211; d&#233;passait la centaine. Les retards de paiement de loyers, habituellement de 1 &#224; 2%, ont grimp&#233; &#224; un niveau &#171; politique &#187; (20%) ; le d&#233;ficit qui a touch&#233; l'office des HLM italien &#233;tait de l'ordre de 5 milliards de lires en 1974 &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Massimo Todisco, Le Lotte sociali a Milano, p. 76.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de l'automne 1975, le mouvement des occupations s'est enrichi d'un nouveau type d'appropriation communiste de la ville : des groupes de jeunes prol&#233;taires des quartiers se sont install&#233;s dans des usines d&#233;saffect&#233;es et les ont transform&#233;es en centres de rencontre, de vie et de combat.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LES ACHATS POLITIQUES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Entre le 1er septembre et le 5 septembre 1974, alors qu'&#224; Turin, il y a d&#233;j&#224; plus d'une semaine que l'autor&#233;duction du prix des transports&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir la brochure &#224; para&#238;tre prochainement chez S&#233;ditions, NdE&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a commenc&#233;, l'Italie vit &#224; l'heure d'une vaste com&#233;die : les p&#226;tes, cet aliment de base des m&#233;nages populaires italiens, ont disparu des magasins. Pourquoi ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Le gouvernement est revenu sur une premi&#232;re d&#233;cision, prise &#224; la fin du mois d'ao&#251;t, d'augmenter le prix des p&#226;tes, et tarde &#224; annoncer sa d&#233;cision d&#233;finitive ; en attendant, les commer&#231;ants stockent pour ne pas avoir &#224; vendre &#224; bas prix, provoquant la col&#232;re des m&#233;nag&#232;res ; on voit m&#234;me &#224; Naples des d&#233;buts &#171; d'&#233;meutes de la faim &#187;. C'est qu'au m&#234;me moment, on apprend que l'inflation s'&#233;l&#232;ve depuis le d&#233;but de l'ann&#233;e &#224; 18 %, ce qui constitue un record dans l'Europe des Neuf. Dans ce contexte, la fixation des prix appara&#238;t de plus en plus aux ouvriers comme un geste politique, destin&#233; &#224; reprendre sur le territoire la part du salaire qu'ils ont arrach&#233;e aux patrons dans les usines. Pourquoi ne pas imposer, alors, un &#171; prix politique &#187;, un prix ouvrier des denr&#233;es de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;DU BOYCOTTAGE...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au mois de juin, d&#233;j&#224;, &#224; Venise et &#224; Maestre, des m&#233;nag&#232;res avaient entam&#233; les premiers mouvements de boycottage des magasins les plus chers. Au supermarch&#233; Cadoro, dans le Villagio San Marco, l'un des derniers quartiers prol&#233;taires de Venise, le prix du riz ordinaire tombe de 280 lires avant le boycottage &#224; 230 lires ; en fait, sur quatorze produits de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;, valant avant leur action 8 000 lires, les m&#233;nag&#232;res imposent 1000 lires de r&#233;duction. Un comit&#233; des prix se forme avec les m&#233;nag&#232;res dont le premier objectif sera de contr&#244;ler collectivement l'&#233;volution des prix, et qui interviendra au cours de l'ann&#233;e dans une dizaine de supermarch&#233;s et de coop&#233;ratives dans Venise et dans Maestre ; ce comit&#233;, sur sa lanc&#233;e, prendra tout naturellement l'initiative des autor&#233;ductions, quand le mouvement s'&#233;tendra &#224; la V&#233;n&#233;tie, et continuera la lutte bien apr&#232;s les accords gouvernement syndicat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; A L'APPROPRIATION COLLECTIVE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quand, comme &#224; Milan et sa grande banlieue, le tissu des relations sociales qui pouvaient exister &#224; Venise a c&#233;d&#233; devant le remodelage capitaliste des quartiers qui isole et renferme chacun chez soi, le mouvement de contestation des prix ne partira plus des m&#233;nag&#232;res, mais des ouvriers d'usine ; car ce qui va faire, en Italie, l'originalit&#233; d'un tel mouvement, c'est sa sp&#233;cificit&#233; proprement ouvri&#232;re. Il ne s'agit pas de &#171; consommateurs &#187;, en qu&#234;te d'un nouveau mode de consommer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#234;me s'ils remettent aussi en cause ce mod&#232;le l&#224;.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais d'ouvriers, se battant pour leur revenu, et reconnus comme tels par une bonne part de la classe ouvri&#232;re, comme nous allons le voir.&lt;br&gt;
Des noyaux d'ouvriers d&#233;cid&#233;s vont choisir la seule forme de lutte capable de faire c&#233;der les supermarch&#233;s : l'appropriation collective, violente s'il le faut, remettant en cause le respect de toute propri&#233;t&#233; priv&#233;e ; sans qu'il s'agisse pour les ouvriers d'un vol, comme l'affirmait un tract distribu&#233; lors d'une de ces actions : &#171; Les biens que nous avons pris sont &#224; nous, comme est notre tout ce qui existe parce que nous l'avons produit.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Parti Communiste Marxiste L&#233;niniste Italien&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;br&gt;
Organis&#233;e deux fois &#224; Milan, l'appropriation ne s'est pas encore g&#233;n&#233;ralis&#233;e en Italie ; mais la br&#232;che ainsi ouverte, l'&#233;cho qu'elle a rencontr&#233; chez les ouvriers laisse esp&#233;rer des d&#233;veloppements prometteurs ; apr&#232;s tout, comme le faisait remarquer un des protagonistes de cette action directe, &#171; les occupations d'autoroute ont mis trois ans avant de s'imposer en Italie &#187;, le r&#233;cit diffus&#233; par le journal &lt;i&gt;Contro Informazione&lt;/i&gt; montre bien l'accueil que de telles appropriations peuvent recevoir aupr&#232;s des consommateurs d'un supermarch&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; l'Alfa Romeo, qui est rest&#233;e un secteur d'avant garde dans le Milanais en ce qui concerne les nouveaux types de lutte, les camarades qui faisaient r&#233;f&#233;rence &#224; l'autonomie ouvri&#232;re ont soutenu la n&#233;cessit&#233; d'&#233;tendre apr&#232;s les transports les autor&#233;ductions au gaz, &#224; l'&#233;lectricit&#233; et aux produits de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;. Cette indication a commenc&#233; &#224; faire son chemin dans la t&#234;te de pas mal d'ouvriers, y compris de ceux du PCI. Et le samedi, un point de rendez vous a &#233;t&#233; fix&#233;, et on est parti sur l'objectif. Ceux de l'Alfa et des petites usines de la zone Sempione avaient choisi comme objectif un quartier populaire, Quarto Oggiaro. Pourquoi Quarto Oggiaro ? Pour la composante sociale qu'on y trouve, ouvriers des grandes et petites usines et sous-prol&#233;taires qui sont directement touch&#233;s par le probl&#232;me de l'augmentation des prix. De plus, 50 % des habitants y pratiquent la gr&#232;ve des loyers. La chose a &#233;t&#233; bien organis&#233;e, et tout a &#233;t&#233; fait pour garantir aux camarades un maximum d'impunit&#233;, ainsi qu'aux gens qui rentraient &#171; faire des achats &#187;.&lt;br&gt;
Un retrait&#233; est sorti, le chariot plein de vivres et il a dit en milanais : &#171; Ils ont raison ceux l&#224;, on ne peut pas vivre avec 75 000 lires par mois &#187;, et il s'en est all&#233; &#224; la maison avec son chariot.&lt;br&gt;
Les gens n'ont m&#234;me pas respect&#233; le mot d'ordre syndical qui voulait qu'on paye la moiti&#233; environ du prix des produits. Ils ont compris que m&#234;me cette attitude n'est plus possible, et l'opinion selon laquelle il faut prendre les choses sans attendre l'intervention du syndicat est en train de prendre racine chez les prol&#233;taires et les m&#233;nag&#232;res exploit&#233;s du quartier, refusant la logique du contrat : &#171; Je te donne une chose et tu m'en donnes une autre. &#187; Les produits que les gens ont pris &#233;taient tous de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; : huile, viande, sucre, p&#226;tes, toutes ces choses, et pour certains, pour aider &#224; dig&#233;rer le tout, une bouteille de whisky. La presse bourgeoise a tent&#233; de donner de l'importance &#224; la bouteille de whisky, sans signaler le fait que la plupart des produits &#171; achet&#233;s &#187; par les ouvriers venus l&#224; &#233;taient tous de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me jour, au supermarch&#233; SMA, via Padova, &#224; Milan, une op&#233;ration similaire se d&#233;roule, men&#233;e par des militants du PCMLI&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Italie-nouvelle, n&#176;5-6 : &#171; D&#233;faite du r&#233;gime dans le proc&#232;s des supermarch&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais onze travailleurs sont arr&#234;t&#233;s parmi lesquels figurent deux membres d'un conseil d'usine et trois m&#233;nag&#232;res. La revue Italie nouvelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rosso, n&#176;4 : &#171; Pour nous, c'est une appropriation &#187;, novembre 1975.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; signale bien &#224; ce propos que les ouvriers &#171; n'ont pas soutenu une d&#233;fense du style : &#171; Je n'&#233;tais pas l&#224;, ou je passais par l&#224; &#187;. Le caract&#232;re politique de la d&#233;fense va entra&#238;ner une forte mobilisation et un grand nombre de conseils d'usines vont prendre position en faveur des accus&#233;s ; un million de lires sera recueilli &#224; Milan par le &#171; secours rouge populaire &#187;, et malgr&#233; l'accusation de &#171; vol qualifi&#233; &#187; et &#171; d'incitation au pillage &#187;, sept des inculp&#233;s seront acquitt&#233;s, les quatre autres &#233;tant condamn&#233;s &#224; des peines de prison avec sursis pour &#171; r&#233;sistance et violence &#224; particulier &#187;. L'accusation ne s'&#233;tait pourtant pas fait faute de citer des articles de l'Unita, journal du PCI, qui d&#233;crivaient les accus&#233;s &#171; comme une toute petite minorit&#233; condamn&#233;e par l'ensemble de la classe ouvri&#232;re &#187;. Mais le mouvement de protestation populaire vient d&#233;mentir ces assertions et la justice doit l&#226;cher ses proies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LES JEUNES PROLETAIRES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me ce qu'il est convenu d'appeler la d&#233;linquance est devenu, en Italie, un ph&#233;nom&#232;ne aux implications politiques : on a pu dire que ceux qui alimentent quotidiennement la rubrique des faits divers dans les journaux turinois, sont justement ces 15 000 jeunes que Fiat aurait d&#251; embaucher s'il n'avait mis en &#171; casse integrazione &#187; une grande partie de ses ouvriers. Plus concr&#232;tement, des actes d'appropriations, men&#233;s &#224; Milan et &#224; Rome, contre des boutiques de disques ou de v&#234;tements, ont &#233;t&#233; revendiqu&#233;s politiquement par les jeunes qui les ont commis. En t&#233;moigne le texte de ce tract, laiss&#233;, par un groupe de jeunes, lors du pillage d'un magasin de disques, &#224; Rome, le 14 novembre 1975 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'achat politique n'est pas un d&#233;lit, c'est une pratique juste du prol&#233;tariat. Vendredi 13, nous, jeunes prol&#233;taires, nous nous sommes organis&#233;s pour reprendre ce dont nous avions besoin, payant les produits &#224; leur juste prix (m&#234;me si cela, les journaux bourgeois l'ont ignor&#233;). &#192; 18h30, deux groupes sont entr&#233;s au magasin Stanta &#224; Talenti ; pendant qu'une partie d'entre nous se r&#233;appropriaient les produits expos&#233;s, les autres incitaient les gens &#224; en faire autant. Quelques gardiens, valets empress&#233;s des patrons, ont alors assailli quelques jeunes prol&#233;taires, arm&#233;s de barres de fer, mais ils ont re&#231;u une juste riposte de la part de nos camarades.&lt;br&gt; &#187; Les achats politiques font partie de la lutte qui voit les prol&#233;taires s'organiser aujourd'hui dans les quartiers pour l'autor&#233;duction des quittances et des charges, dans les usines pour l'autor&#233;duction des cadences, dans les &#233;coles avec la lutte contre les co&#251;ts et contre la s&#233;lection.&lt;br&gt; &#187; La campagne journalistique de ces derniers jours fait partie d'une tentative de criminaliser ce type de lutte qui sort des canaux normaux et institutionnels dans lesquels on tente de renfermer les revendications prol&#233;taires. R&#233;visionnistes et opportunistes sont en premi&#232;re ligne avec leur pratique de d&#233;lation qui de tout temps les a caract&#233;ris&#233;s. En particulier le PCI, qui a aujourd'hui un r&#244;le fondamental comme garant de l'ordre social.&lt;br&gt; &#187; Contre la criminalisation de la lutte, contre l'attaque des patrons et la d&#233;lation des r&#233;formistes et des opportunistes, g&#233;n&#233;ralisons ce type de lutte, organisons nous pour tout nous r&#233;approprier ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Toutes les grandes villes d'Italie ont connu des mouvements d'occupations, de gr&#232;ves des loyers. Nous avons choisi de mettre l'accent sur Rome. Pour les mouvements &#224; Naples et a Milan, on lira les articles tr&#232;s document&#233;s d'Antonino Drago et Enrico Cardillo : &lt;i&gt;Le nuove lotte per la casa a Napoli&lt;/i&gt;, et de Massimo Todisco : &lt;i&gt;Le lotte sociali a Milano&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette loi favorise tellement l'industrie du b&#226;timent qu'elle ne sera abrog&#233;e qu'en 1962 et apr&#232;s des luttes m&#233;morables. Nous sommes redevables de l'analyse qui suit aux articles de M. Marcelloni sur San Basilio, parus dans le quotidien &lt;i&gt;Il Manifesto&lt;/i&gt; du 13 septembre 1974, et Case romane dans &lt;i&gt;Contro Informazione&lt;/i&gt; n&#176;3 &amp; 4, pp. 10-18.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;PSIUP : Partito Socialista Italiano d'Unita Proletaria, fond&#233; en 1964, dissous en 1972. La majorit&#233; a ralli&#233; le PCI, le reste le PSI, ou a form&#233; le PDUP (Partito d'Unita Proletaria).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir la brochure &#224; para&#238;tre prochainement chez S&#233;ditions, NdE&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme en t&#233;moignait un fonctionnaire de la Commune de Rome, dont l'interview parut dans Contro lnformazione, dont voici un extrait (sur les rapports entre les banques et les promoteurs) :&lt;br&gt;
&#171; Au niveau de la construction &#233;galement doivent exister des collusions et des appuis politiques qui commandent l'avalisation du pr&#234;t. D'autre part, chose plus int&#233;ressante, les banques interviennent &#224; divers niveaux sur le territoire. Il y a les branches li&#233;es au Vatican, qui ont suivi et suivent encore avec un extr&#234;me int&#233;r&#234;t les avatars du plan r&#233;gulateur, et qui financent toutes les plus grosses sp&#233;culations. En ce sens, le discours que fait le PCI &#224; propos du capital avanc&#233; et du capital arri&#233;r&#233; sur la base des crit&#232;res de la rente fonci&#232;re et de la rente parasitaire, est compl&#232;tement erron&#233;, car on est justement en pr&#233;sence d'une intervention du capital financier dans la sp&#233;culation. Allez distinguer apr&#232;s cela si la filiale de la Fiat qui intervient sur ce march&#233; fait &#339;uvre de capitalisme avanc&#233; ou arri&#233;r&#233; !&lt;br&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment cette interp&#233;n&#233;tration qui a emp&#234;ch&#233; une action r&#233;formatrice coh&#233;rente en Italie. La loi 865 en est un exemple : elle devait op&#233;rer une rupture ; elle est rest&#233;e lettre morte. Elle pr&#233;voyait l'expropriation aux tarifs agricoles des terrains et en confiait la responsabilit&#233; aux communes. De fait, &#224; part Bologne et encore en partie, je ne connais pas de situations o&#249; elle ait &#233;t&#233; appliqu&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cela donne une bonne id&#233;e de l'ampleur des luttes urbaines et de l'arri&#232;re terrain qu'elles forment pour les pratiques d'autor&#233;duction. En automne 1976, &#224; Milan, I'Unione Inquilini &#233;valuait &#224; 5 000 le nombre de familles occupant plus de quarante &#233;difices. M&#234;me chose &#224; des degr&#233;s divers &#224; Venise, V&#233;rone, Turin, Florence, Caserta, Potenza, Avellino, Bolzano. Selon Aur&#233;lio Cipriani, l'un des trois conseillers de l'extr&#234;me gauche qui participent &#224; la municipalit&#233; de gauche mise en place apr&#232;s les &#233;lections r&#233;gionales : &#171; Il n'existe pas seulement un mouvement d'occupations, mais un bien plus vaste mouvement sur le logement. Ce qui signifie que, derri&#232;re la bataille des sans logements qui m&#232;nent des occupations, il y a 20 000 familles, rien qu'&#224; Milan, qui pratiquent l'autor&#233;duction des loyers dus &#224; l'Office des HLM (l'IACP), qui refusent les expulsions, qui pratiquent l'autor&#233;duction du t&#233;l&#233;phone. La derni&#232;re note d'&#233;lectricit&#233; distribu&#233;e ces jours ci par la poste a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; contest&#233;e et autor&#233;duite par 12 000 Milanais. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;Lotta Continua&lt;/i&gt; du 27 novembre 1974.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;Il Manifesto&lt;/i&gt; du 3 novembre 1974.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &lt;i&gt;Le nuove lotte per la casa a Napoli&lt;/i&gt;, A. Drago et E. Cardillo, p. 10O.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Massimo Todisco, &lt;i&gt;Le Lotte sociali a Milano&lt;/i&gt;, p. 76.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir la brochure &#224; para&#238;tre prochainement chez S&#233;ditions, NdE&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M&#234;me s'ils remettent aussi en cause ce mod&#232;le l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Parti Communiste Marxiste L&#233;niniste Italien&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Italie-nouvelle, n&#176;5-6 : &#171; D&#233;faite du r&#233;gime dans le proc&#232;s des supermarch&#233;s &#187;, mars avril 1975.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rosso, n&#176;4 : &#171; Pour nous, c'est une appropriation &#187;, novembre 1975.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ces textes sont extraits de deux chapitres du livre d'Yves Collondes et Pierre-Georges Randal &#034;&lt;i&gt;Les autor&#233;ductions&lt;/i&gt;&#034; (&#233;ditions Christian Bourgois, Paris, 1976).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Empire et ses pi&#232;ges</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article541</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.infokiosques.net/spip.php?article541</guid>
		<dc:date>2008-02-21T14:18:35Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Claudio Albertani</dc:creator>


		<dc:subject>Communismes</dc:subject>
		<dc:subject>S&#233;ditions graphiques (Paris)</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvance autonome</dc:subject>
		<dc:subject>Anticapitalisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Voici un article qui lance une critique contre la pens&#233;e de Negri d'une mani&#232;re relativement calme et document&#233;e, pour ceux que la nouvelle gauche italienne n'enthousiasme pas, ni le salaire garanti et autres d&#233;tournements de la lutte. Vous aurez ici aussi une bonne introduction au contexte historique de l'Italie des ann&#233;es 1970, bouillonnantes de d&#233;bats passionnants et d'engagements dont il nous reste beaucoup &#224; d&#233;couvrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous avez deux couvertures au choix... et hop !&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique9" rel="directory"&gt;E&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot14" rel="tag"&gt;Communismes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;S&#233;ditions graphiques (Paris)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot73" rel="tag"&gt;Mouvance autonome&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot97" rel="tag"&gt;Anticapitalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L138xH150/arton541-7620b.jpg?1780462099' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='138' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff541.jpg?1203607012&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Extrait de : &lt;i&gt;A contretemps&lt;/i&gt; N&#176; 13, septembre 2003&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;Empire&lt;/i&gt; et ses pi&#232;ges - Toni Negri
et la d&#233;concertante trajectoire de l'op&#233;ra&#239;sme italien&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; On a cru jusqu'ici que la mythologie chr&#233;tienne sous l'Empire romain ne fut possible que parce qu'on n'avait pas encore invent&#233; l'imprimerie. C'est tout le contraire.&lt;br&gt;
La presse quotidienne et le t&#233;l&#233;graphe qui diffusent leurs inventions en un clin d'oeil sur toute l'&#233;tendue du globe, fabriquent plus de mythes en un jour qu'on pouvait autrefois en fabriquer en un si&#232;cle. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
Marx &#224; Kugelmann, 27 juillet 1871.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;BAUDELAIRE qualifiait les auteurs de trait&#233;s qui exposent en un tournemain l'art de devenir riches, savants et heureux, d'&#171; entrepreneurs de bonheur public &#187;. Il me semble que la d&#233;finition pourrait parfaitement s'appliquer aux auteurs d'Empire, lesquels nous assurent avoir des r&#233;ponses satisfaisantes aux grandes questions de notre temps (1). Pr&#233;sent&#233; comme la bible du mouvement anti-mondialisation, le livre a fait l'objet d'une op&#233;ration publicitaire de grande ampleur, aux Etats-Unis d'abord (en 2000), puis en France et, enfin, en Italie et dans le reste du monde. B&#233;n&#233;ficiant d'un v&#233;ritable succ&#232;s international (avec un demi-million d'exemplaires vendus &#224; ce jour), traduit dans de nombreuses langues &#8211; dont le chinois et l'arabe &#8211;, Empire a &#233;t&#233; re&#231;u par la presse am&#233;ricaine et europ&#233;enne comme une contribution de premier ordre &#224; la compr&#233;hension du nouvel ordre mondial. Le quotidien n&#233;o-conservateur The New York Times n'a pas h&#233;sit&#233; &#224; le qualifier d'&#171; oeuvre la plus importante de cette derni&#232;re d&#233;cennie &#187;, ce qui ne manque pas de sel si l'on songe que ses auteurs se tiennent pour des radicaux et se proposaient de faire rien de moins qu'une actualisation du Manifeste communiste. En Am&#233;rique latine, en revanche, les r&#233;actions ont &#233;t&#233; plus ti&#232;des et m&#234;me parfois franchement hostiles bien que, comme on le verra plus loin, pour de mauvaises raisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;UN VERNIS NEUF POUR UNE VIEILLE IDEOLOGIE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;cisons d'embl&#233;e que si Empire ne rel&#232;ve en rien du manifeste, il est encore moins un manuel pour activistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un livre long (plus de 500 pages) et bourr&#233; de concepts obscurs comme bio-pouvoir, commandement global, souverainet&#233; imp&#233;riale, auto-valorisation, d&#233;territorialisation, production immat&#233;rielle, hybridation, multitude, et beaucoup d'autres, d'acc&#232;s difficile pour des lecteurs non initi&#233;s. Une compr&#233;hension parfaite du livre requiert sans doute une certaine familiarisation avec diverses &#233;coles de pens&#233;e : le poststructuralisme fran&#231;ais, les th&#233;ories sociologiques d'Am&#233;rique du Nord et, comme on va le voir, l'op&#233;ra&#239;sme italien. A tout cela, il convient d'ajouter, outre la meilleure bonne volont&#233; du monde, une certaine connaissance de la philosophie politique, d'Aristote &#224; John Rawls, en passant par Polybe, Machiavel et Carl Schmitt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dois avouer que, dans mon cas, lire l'ouvrage en entier m'a co&#251;t&#233; quelques mois d'efforts, y compris les longues interruptions n&#233;cessaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Selon ses propres auteurs, Empire se pr&#234;te &#224; de multiples lectures : les lecteurs peuvent proc&#233;der du d&#233;but &#224; la fin, de la fin au d&#233;but ou encore par th&#232;mes partiels, en divisant l'ouvrage selon leurs centres d'int&#233;r&#234;t.&lt;br class='autobr' /&gt;
On me permettra d'y ajouter une autre suggestion : la lecture par slogan ou par mots-cl&#233;s, ces mots-cl&#233;s dont le maniement &#233;l&#233;gant est aujourd'hui le signe d'appartenance &#224; la nouvelle gauche ou, plus prosa&#239;quement, celui d'un aggiornamento intellectuel indispensable pour qui veut faire bonne figure dans les salons litt&#233;raires &#224; la mode.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le livre pr&#233;tend explorer la nouvelle configuration du syst&#232;me capitaliste induite par la mondialisation n&#233;o-lib&#233;rale et remettre en question les cat&#233;gories fondamentales de la politique l&#233;gu&#233;es par la modernit&#233;. Les auteurs se situent dans la tradition marxiste, bien qu'ils admettent, sans le dire explicitement, que le marxisme-l&#233;ninisme orthodoxe a cess&#233; d'&#234;tre pertinent. Si on se doit de saluer ce renoncement &#224; une id&#233;ologie qui servit si bien les int&#233;r&#234;ts du totalitarisme, comment ne pas s'&#233;tonner, cependant, de constater qu'il manque &#224; ce livre non seulement une analyse &#233;conomique s&#233;rieuse, mais encore et surtout le point de vue de la critique de l'&#233;conomie politique qui demeure, &#224; mes yeux, le seul h&#233;ritage vivant de cette m&#234;me tradition marxiste. En outre, il faut noter que, alors qu'Empire consacre des dizaines de pages &#224; l'&#233;tude de la Constitution des Etats-Unis, il ne contient aucune r&#233;flexion s&#233;rieuse sur la r&#233;volution russe et sur le l&#233;ninisme. Pourtant, il est clair aujourd'hui que le mod&#232;le sovi&#233;tique ouvre et ferme, &#224; la fois, l'espace des r&#233;volutions du XXe si&#232;cle. Son &#233;chec n'est d'ailleurs pas sans rapports avec le surgissement du nouvel ordre mondial, qui est pr&#233;cis&#233;ment le th&#232;me de l'ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat sur la trag&#233;die des r&#233;volutions qui se d&#233;vorent elles-m&#234;mes n'y est pas non plus &#233;voqu&#233;, et on n'y trouve aucune tentative pour juger &#224; sa juste mesure l'apport des courants critiques du socialisme, tant marxistes que libertaires, pass&#233; jusqu'ici sous le boisseau. Dans les rares pages consacr&#233;es &#224; la chute du bloc sovi&#233;tique, les auteurs se bornent &#224; remarquer que la discipline y &#171; agonisait &#187; et affirment, sans plus, qu'on n'&#233;tait pas en pr&#233;sence de soci&#233;t&#233;s totalitaires mais d'une dictature bureaucratique (2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proc&#233;dons par ordre. Empire fut &#233;crit entre 1994 et 1997, c'est-&#224;-dire apr&#232;s le d&#233;but de la r&#233;volte zapatiste et avant la bataille de Seattle. Une fois le livre achev&#233;, Negri, dirigeant politique de la gauche extraparlementaire italienne des ann&#233;es 1970, professeur d'universit&#233;, auteur de volumineux trait&#233;s sur Marx et sur Spinoza, se livra, apr&#232;s quatorze ans d'exil en France, &#224; la justice italienne pour r&#233;pondre devant elle de d&#233;lits en rapport avec la lutte arm&#233;e. Depuis quelques mois, il vit en r&#233;sidence surveill&#233;e dans son appartement romain, o&#249; il travaille au tome II d'Empire. Hardt, lui, est professeur de litt&#233;rature &#224; l'universit&#233; de Duke, en Caroline du Nord. J'ignore quelle est sa trajectoire, et je ne me propose donc pas d'analyser ici sa contribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque nous nous trouvons en pr&#233;sence d'un livre d'une &#233;norme ambition, il convient de se demander d'entr&#233;e en quoi il pourrait aider &#224; une meilleure compr&#233;hension du monde actuel. Ma r&#233;ponse est qu'il y contribue bien peu, en v&#233;rit&#233;. Sa th&#232;se principale, &#233;nonc&#233;e d&#232;s les premi&#232;res lignes, et reprise par la suite de fa&#231;on presque obsessionnelle, peut s'&#233;noncer ainsi : avec le surgissement de la mondialisation et la crise de l'Etat-nation, apparaissent de nouvelles formes de souverainet&#233; et un syst&#232;me social in&#233;dit, l'&#171; Empire &#187;, dont il faut mettre les attributs en lumi&#232;re. Nos auteurs expliquent que les Etats-Unis y occupent une place importante mais non centrale, pour la simple raison que l'Empire n'a pas de centre. Il s'agirait en quelque sorte d'un Empire sans imp&#233;rialisme, illusion partag&#233;e avec la pens&#233;e n&#233;o-conservatrice. L'Empire, nous disent-ils, en effet, est un non-lieu sans limites, d&#233;centralis&#233; et &#171; d&#233;territorialis&#233; &#187;, qui s'approprie la totalit&#233; de la vie sociale. Aucune fronti&#232;re ne peut restreindre son pouvoir puisqu'il est &#171; un ordre qui suspend effectivement le cours de l'histoire et fixe par l&#224; m&#234;me l'&#233;tat pr&#233;sent des affaires pour l'&#233;ternit&#233; &#187; (3). Il ressort de telles affirmations que l'Empire ne co&#239;ncide pas avec le syst&#232;me imp&#233;rialiste des Etats souverains en concurrence entre eux. A la diff&#233;rence de ceux-ci, il n'a ni centre ni p&#233;riph&#233;rie, et pas plus de &#171; dedans &#187; que de &#171; dehors &#187;, ce qui implique qu'on ne puisse plus parler des vieilles divisions entre premier et tiers monde ou m&#234;me de guerres imp&#233;rialistes. Si Negri et Hardt admettent l'existence de contradictions inter-imp&#233;rialistes, ils soutiennent qu'elles ne sont pas r&#233;ductibles aux m&#233;canismes classiques. Qu'en est-il, par ailleurs, des classes sociales dans l'Empire ? Il n'y a plus de prol&#233;tariat, et encore moins de paysannerie (4). Ce qui existe, en revanche, c'est un nouveau &#8211; et myst&#233;rieux &#8211; sujet r&#233;volutionnaire, la multitude (au singulier, comme le Saint-Esprit), dont les auteurs c&#233;l&#232;brent l'existence d&#232;s l'introduction, sans se soucier de pr&#233;ciser les contours du concept.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois lus ces pr&#233;ambules, plusieurs choix s'offrent au lecteur critique. Il peut, bien s&#251;r, renoncer &#224; s'attaquer &#224; un texte aussi abscons, mais il peut aussi s'armer de patience et passer au crible le contenu des 470 pages (sans compter les quelque 40 pages de notes) qui suivent l'introduction. C'est ce qu'a fait Atilio Boron qui, atterr&#233; par les extravagances de Negri et Hardt, leur consacre un livre entier (5). Toutefois, si ce choix a pour m&#233;rite de mettre &#224; la disposition du lecteur un inventaire fourni, quoique non exhaustif, des sottises du livre, Boron fait fausse route quand il qualifie les auteurs de post-modernes, alors que, en v&#233;rit&#233;, s'ils empruntent des concepts &#224; Foucault (bio-pouvoir, bio-politique) ou &#224; Deleuze (d&#233;territorialisation, nomadisme), leur argumentation est directement tributaire de ce qu'on a appel&#233; l'op&#233;ra&#239;sme italien, un courant auquel Negri adh&#233;ra dans les ann&#233;es 1960 et qu'il n'a jamais reni&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;flexion des auteurs de l'ouvrage ne proc&#232;de ni du d&#233;sir de remettre en cause les &#171; grandes narrations &#187; ni d'une sensibilit&#233; post-moderne, &#171; attentive &#224; la singularit&#233; des &#233;v&#233;nements &#187; (6), mais avant tout d'une vorace et totalisatrice volont&#233; h&#233;g&#233;lienne : &#233;galement oppos&#233;s &#224; la modernit&#233; et &#224; la post-modernit&#233;, les auteurs se situent en fait dans une sorte d'&#233;ther &#171; post-marxiste &#187; (7).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, plut&#244;t que de reprendre point par point les th&#232;ses du livre &#8211; parfois franchement d&#233;lirantes &#8211;, la critique peut choisir une autre voie et opter pour l'exploration des origines du champ dans lesquelles elles s'inscrivent. La tentative est d'autant moins oiseuse que, apr&#232;s les Etats-Unis et l'Europe, l'arsenal id&#233;ologique de Negri et Hardt est en train d'envahir l'Am&#233;rique latine. A notre sens, on ne peut comprendre Empire si on ne conna&#238;t pas, au moins dans ses traits les plus significatifs, les forces et les faiblesses de l'op&#233;ra&#239;sme italien.&lt;br class='autobr' /&gt;
En des temps d&#233;j&#224; lointains, ce courant apporta une contribution ind&#233;niable &#224; la reconstruction de la pratique r&#233;volutionnaire et de la pens&#233;e critique. Son interpr&#233;tation du marxisme a marqu&#233; une &#233;poque du conflit social en Italie, mais il existe une assez grande confusion quant &#224; sa nature profonde. Dans la litt&#233;rature de langue espagnole, par exemple, on parle de &#171; marxismo autonomista &#187; et, dans l'anglaise, de &#171; autonomist marxism &#187; (8), termes qui &#233;voquent l'id&#233;e d'une revendication de l'&#171; autonomie &#187; des mouvements sociaux &#224; l'&#233;gard des organisations et partis politiques, ce qui, s'agissant des seuls Toni Negri et Mario Tronti &#8211; les deux repr&#233;sentants les plus connus de ce courant hors d'Italie &#8211; est loin de correspondre &#224; la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;IL ETAIT UNE FOIS LA CLASSE OUVRIERE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le courant marxiste qu'on conna&#238;t en Italie sous le nom d'op&#233;ra&#239;sme est n&#233; dans les ann&#233;es 1960 autour des revues Quaderni Rossi et Classe Operaia. Parmi leurs collaborateurs les plus importants, on peut citer Raniero Panzieri, Romano Alquati, Mario Tronti, Sergio Bologna, Alberto Asor Rosa, Gianfranco Faina et Antonio Negri lui-m&#234;me (9). A l'&#233;poque , l'Italie vivait la fin du capitalisme agraire et du miracle &#233;conomique.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;taient les ann&#233;es sombres de la guerre froide et le pays subissait la double ing&#233;rence des Etats-Unis&lt;br class='autobr' /&gt;
et de l'URSS. Derri&#232;re une fa&#231;ade mena&#231;ante, le Parti communiste italien acceptait de bon gr&#233; les r&#232;gles du jeu qu'impliquait son &#233;loignement permanent du pouvoir central, en &#233;change d'une part (r&#233;duite) de pouvoir local.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La figure dominante dans les luttes sociales &#233;tait l'ouvrier professionnel, c'est-&#224;-dire ce travailleur qui&lt;br class='autobr' /&gt;
exerce encore un certain contr&#244;le sur le processus productif, qui poss&#232;de un bagage important de connaissances techniques et qui est conscient de pouvoir administrer l'entreprise mieux que le patron. On avait affaire en l'occurrence &#224; des travailleurs dot&#233;s d'une forte m&#233;moire et d'une conscience antifasciste tr&#232;s marqu&#233;e, qui d&#233;claraient avec fiert&#233; &#171; appartenir &#224; la nation ouvri&#232;re &#187; (10).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les choses ne tard&#232;rent pas &#224; changer. L'exode rural, le d&#233;collement industriel, la croissance du secteur tertiaire et la diffusion de la consommation de masse, tout cela modifia profond&#233;ment la structure sociale du pays. L'existence de secteurs d'ouvriers non qualifi&#233;s n'&#233;tait certes pas une chose nouvelle, mais &#224; ce moment-l&#224; les industries du nord &#233;prouvaient un besoin croissant de main-d'oeuvre bon march&#233; afin d'impulser le d&#233;veloppement des secteurs automobile et p&#233;trochimique. La production fut fragment&#233;e et, avec la diffusion de la cha&#238;ne de montage, surgit une nouvelle g&#233;n&#233;ration de jeunes &#233;migrants en provenance du sud, qui n'avaient ni la culture politique ni les valeurs de la R&#233;sistance. Ils vivaient une situation particuli&#232;rement difficile, puisque la soci&#233;t&#233; locale ne les acceptait pas et que le syndicat se m&#233;fiait d'eux. Pourtant, ils allaient devenir bient&#244;t les acteurs d'importants mouvements de protestation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;flexion de Quaderni Rossi, dont le premier num&#233;ro parut en 1961, fut consacr&#233;e &#224; l'analyse de cette nouvelle et complexe r&#233;alit&#233;. La revue &#233;tait &#233;dit&#233;e &#224; Turin, centre nerveux de Fiat et des formes in&#233;dites d'organisation du travail. Son directeur, Raniero Panzieri, &#233;tait un ex-dirigeant du Parti socialiste, de tendance luxemburgiste, qui maintenait des relations avec la gauche internationale non stalinienne. Quelques ann&#233;es avant, dans de pol&#233;miques Th&#232;ses sur le contr&#244;le ouvrier, il avait d&#233;fendu l'id&#233;e d'une d&#233;mocratie ouvri&#232;re de base et soutenu l'id&#233;e que &#171; le parti, con&#231;u d'abord comme instrument de classe devient une fin en lui-m&#234;me, un instrument pour l'&#233;lection de d&#233;put&#233;s [&#8230;] et un &#233;l&#233;ment de conservation &#187; (11).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Panzieri chercha &#224; &#233;manciper le marxisme du contr&#244;le des partis politiques et &#224; assumer un &#171; point de vue ouvrier &#187;, en relisant Marx &#224; partir de la lutte des classes (12). Il concentra son attention sur la planification, et interpr&#233;ta le capital comme pouvoir social et non plus seulement comme propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production. Intervenant directement dans la production, l'Etat n'&#233;tait plus seulement le garant, mais l'organisateur de l'exploitation. Dans la quatri&#232;me section du tome I du Capital, il trouva les concepts de &#171; commandement capitaliste &#187;, d'&#171; ouvrier social &#187; (&#171; travailleur collectif &#187;, dans la traduction espagnole que j'ai consult&#233;e) (13) et d'&#171; antagonisme &#187;, qui sont rest&#233;s, depuis, des r&#233;f&#233;rences th&#233;oriques incontournables de l'op&#233;ra&#239;sme. Il fut, de surcro&#238;t, un des premiers &#224; &#233;tudier des oeuvres de Marx jusqu'alors pratiquement inconnues, comme les Grundrisse (en particulier, le passage sur la machinerie) et le VIe chapitre (in&#233;dit) du Capital, en r&#233;cup&#233;rant le concept fondamental de &#171; critique de l'&#233;conomie politique &#187; et les cat&#233;gories de&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; soumission formelle &#187; et &#171; r&#233;elle &#187; du travail au capital (14).&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors que la gauche officielle s'embourbait dans l'id&#233;ologie du d&#233;veloppement, Panzieri &#233;tudia l'entrelacs de la technique et du pouvoir, qui l'amena &#224; cette id&#233;e que l'incorporation de la science dans le processus productif est un moment-cl&#233; du despotisme capitaliste, et de l'organisation de l'Etat. De la sorte, Panzieri r&#233;alisa une inversion du marxisme orthodoxe &#8211; une v&#233;ritable r&#233;volution copernicienne &#8211; et ouvrit la voie &#224; la critique des id&#233;ologies sociologiques, de la th&#233;orie des organisations notamment, qu'il interpr&#233;ta comme des techniques destin&#233;es &#224; neutraliser les luttes ouvri&#232;res (15). Bien plus que d'autres, cet auteur pr&#233;matur&#233;ment disparu (il mourut en 1964) essaya de construire une pens&#233;e politique distincte de la pens&#233;e communiste, en s'&#233;mancipant du sch&#233;ma de l'&#171; intellectuel organique &#187;, o&#249; l'intellectuel est beaucoup moins l'expression organique de la classe ouvri&#232;re que du seul parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre personnage important de cette premi&#232;re phase de l'op&#233;ra&#239;sme, Romano Alquati se chargea d'entreprendre des enqu&#234;tes empiriques dans les usines, en recourant &#224; la m&#233;thode de l'&#171; enqu&#234;te participative &#187; (en italien, conricerca), laquelle impliquait une rencontre d'&#233;gal &#224; &#233;gal entre le sujet et l'objet de la recherche &#8211; c'est-&#224;-dire entre les intellectuels et les ouvriers &#8211; en vue d'une lib&#233;ration commune. Alquati baptisa du nom d'&#171; ouvrier-masse &#187; (en anglais, unskilled worker ou mass production worker) le nouveau sujet politique : le travailleur migrant non qualifi&#233; et totalement s&#233;par&#233; des moyens de production, lequel &#233;tait en train de supplanter l'ouvrier professionnel. L'ouvrier-masse &#233;tait la concr&#233;tisation de trois ph&#233;nom&#232;nes parall&#232;les : 1) le fordisme, c'est-&#224;-dire la production de masse et la r&#233;volution du march&#233; ; 2) le taylorisme, soit l'organisation scientifique du travail et la cha&#238;ne de montage ; 3) le keyn&#233;sianisme, autrement dit les politiques capitalistes &#224; grande port&#233;e de l'Etat- providence. L'ensemble de ces mesures exprimait la r&#233;ponse du capital aux ouvriers qui avaient entrepris de prendre &#171; le ciel d'assaut &#187; au cours des ann&#233;es 1920-1930.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les op&#233;ra&#239;stes pensaient que, en Italie comme ailleurs, les grandes transformations fordistes avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; men&#233;es &#224; leur terme et qu'on &#233;tait en train de passer &#224; l'&#233;tape du &#171; refus du travail &#187;, autrement dit &#224; cette ali&#233;nation totale de l'ouvrier &#224; l'&#233;gard des moyens de production, qui d&#233;bouchait sur l'absent&#233;isme et une remise en question plus radicale du m&#233;canisme de l'exploitation. De ce point de vue, l'histoire de la classe ouvri&#232;re apparaissait comme un formidable roman &#233;pique o&#249; les grandes transformations productives, de la r&#233;volution industrielle jusqu'&#224; l'automation, semblaient promettre la r&#233;alisation progressive du plus vieux r&#234;ve de l'humanit&#233; : se lib&#233;rer de l'effort au travail.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une telle approche s'&#233;cartait radicalement de l'&#233;thique du travail, cheval de bataille du PCI. D'apr&#232;s Sergio Bologna, &#171; Quaderni Rossi a broy&#233; l'h&#233;g&#233;monie sur les presses de Mirafiori &#187;, ce qui &#233;tait une fa&#231;on de dire que la revue s'&#233;loignait de la pens&#233;e du fondateur du Parti, Antonio Gramsci (16). A mon sens, la relation des op&#233;ra&#239;stes avec Gramsci &#233;tait plus complexe qu'il n'y para&#238;t : s'ils n'approuvaient gu&#232;re l'historicisme de ce dernier (Tronti et Asor Rosa, par exemple, avaient &#233;t&#233; des &#233;l&#232;ves de Galvano Della Volpe, un antigramscien convaincu), ils appr&#233;ciaient les notes sur &#171; Am&#233;ricanisme et fordisme &#187;, o&#249; Gramsci pressentait la transition vers les nouvelles formes de domination capitaliste. Comme lui, ils suivaient attentivement les transformations du capitalisme am&#233;ricain : &#171; En Am&#233;rique, &#233;crivait Gramsci, la rationalisation a d&#233;termin&#233; la n&#233;cessit&#233; d'&#233;laborer un nouveau type humain conforme au nouveau type de travail et de processus productif. &#187; (17)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bient&#244;t, les op&#233;ra&#239;stes eurent la certitude que le ph&#233;nom&#232;ne de l'&#233;migration int&#233;rieure tendait &#224; rendre caducs les anciens d&#233;s&#233;quilibres entre nord et sud, axe des pr&#233;occupations de Gramsci. Et ceci non pas parce que le capitalisme italien les avait supprim&#233;s mais, au contraire, parce que la &#171; question m&#233;ridionale &#187; &#233;tait en train de s'&#233;tendre au pays entier, en particulier aux usines du nord, o&#249; s'accumulait la rage de ce nouveau prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des r&#233;ussites de ces auteurs fut l'&#233;laboration du concept de &#171; composition de classe &#187;. De m&#234;me que, chez Marx, la composition organique du capital exprime une synth&#232;se entre composition technique et valeur, pour les op&#233;ra&#239;stes, la composition de classe met l'accent sur le lien entre traits techniques &#171; objectifs &#187; et traits politiques &#171; subjectifs &#187;. La synth&#232;se des deux aspects d&#233;termine le potentiel subversif des luttes, et cela permet de d&#233;couper l'histoire en p&#233;riodes, chacune d'entre elles &#233;tant caract&#233;ris&#233;e par la pr&#233;sence d'une figure &#171; dynamique &#187;. Chaque fois, le capital r&#233;pond &#224; une certaine composition de classe par une restructuration &#224; laquelle succ&#232;de une recomposition politique de la classe, autrement dit le surgissement d'une nouvelle figure &#171; dynamique &#187; (18). De m&#234;me, les diff&#233;rentes expressions de cette recomposition favorisent une &#171; circulation des luttes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;t&#233; 1960, on avait pu observer une premi&#232;re manifestation de cette nouvelle composition quand, &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
l'occasion d'une convention du parti n&#233;o-fasciste &#8211; qui participait alors &#224; un gouvernement de centre droit &#8211; devant se tenir &#224; G&#234;nes, une s&#233;rie de manifestations violentes avaient secou&#233; cette ville et quelques autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles se sold&#232;rent par plusieurs morts, presque tous des jeunes gens, et la presse avait parl&#233;, sur un ton m&#233;prisant, d'&#171; une r&#233;bellion de rockers criminels &#187; (de &#171; teddy boys &#187;, selon l'expression alors &#224; la mode). En revanche, dans une chronique &#233;crite par un auteur proche de l'op&#233;ra&#239;sme, nous lisons que &#171; les faits de juillet sont la manifestation de classe de cette nouvelle g&#233;n&#233;ration &#233;lev&#233;e dans le climat de l'apr&#232;s-guerre. [&#8230;] Une g&#233;n&#233;ration situ&#233;e hors des partis &#187; (19).&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1962, &#233;clata l'affaire Fiat. Une fois expir&#233;s les contrats de travail du secteur automoteur, la corporation se trouva au centre d'un grave conflit du travail qui d&#233;boucha sur les violents affrontements de la Piazza Statuto (7, 8 et 9 juillet), &#224; Turin. Accus&#233;s d'avoir sign&#233; des contrats-poubelle, les syndicats officiels furent ignor&#233;s par des dizaines de milliers d'ouvriers en gr&#232;ve qui d&#233;clench&#232;rent une v&#233;ritable r&#233;volte urbaine. La police ne put reprendre la Piazza Statuto qu'apr&#232;s trois jours d'affrontements et apr&#232;s avoir re&#231;u des renforts en provenance d'autres villes. Les protagonistes des &#233;v&#233;nements, une fois de plus, &#233;taient de jeunes m&#233;ridionaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le PCI prit imm&#233;diatement position, en d&#233;non&#231;ant les insurg&#233;s comme des &#171; provocateurs fascistes &#187;. C'&#233;tait le d&#233;but d'une nouvelle &#233;tape de l'histoire italienne : au fur et &#224; mesure qu'apparaissaient de nouvelles pratiques d'affrontement des classes, on voyait augmenter la distance entre la gauche historique et les mouvements contestataires. La discussion fut tr&#232;s vive au sein de Quaderni Rossi et elle d&#233;boucha, en 1963, sur une premi&#232;re rupture. Si tous ses membres &#233;taient d'accord sur la potentialit&#233; r&#233;volutionnaire de la nouvelle situation, il existait de s&#233;rieuses diff&#233;rences quant &#224; l'attitude &#224; adopter. Panzieri optait pour la prudence, quand Tronti, Alquati, Negri, Bologna, Asor Rosa et Faina voulaient passer &#224; l'action. En 1964, ces derniers fond&#232;rent Classe Operaia, &#171; p&#233;riodique politique des ouvriers en lutte &#187;. Le groupe se proposait non seulement de contribuer &#224; la recherche th&#233;orique mais aussi de consolider le r&#233;seau de relations et de contacts &#233;bauch&#233;s les ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes (20).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LES PARADOXES DE MARIO TRONTI&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sign&#233; par son directeur, Mario Tronti, l'&#233;ditorial du premier num&#233;ro de Classe Operaia &#8211; &#171; L&#233;nine en&lt;br class='autobr' /&gt;
Angleterre &#187; &#8211; indiquait le chemin &#224; suivre : &#171; On voit pointer une nouvelle &#233;poque de la lutte des classes. Les ouvriers l'ont impos&#233;e aux capitalistes avec la force objective des forces organis&#233;es en usine. [&#8230;] La classe ouvri&#232;re conduit et impose un certain type de d&#233;veloppement du capital. [&#8230;] Un nouveau commencement est n&#233;cessaire. &#187; (21)&lt;br class='autobr' /&gt;
Penseur discut&#233; et paradoxal, Tronti &#233;tait convaincu que la r&#233;cente intensification des luttes ouvri&#232;res ouvrait la voie &#224; une transformation r&#233;volutionnaire. Mais, au lieu de se fier &#224; la spontan&#233;it&#233; des masses, &#224; l'instar de Panzieri, il croyait plut&#244;t &#224; l'intervention du parti. Ses id&#233;es trouv&#232;rent leur formulation d&#233;finitive en 1966, avec la publication de Operai e Capitale, un livre plein d'intuitions brillantes et d'images suggestives, qui condensait les splendeurs et les mis&#232;res de la seconde &#233;tape de l'op&#233;ra&#239;sme. Alors qu'ailleurs les n&#233;o-marxistes se perdaient dans d'interminables discussions sur les th&#233;ories de la crise et l'effondrement du capitalisme du fait de ses propres contradictions, Tronti affirmait la centralit&#233; politique de la classe ouvri&#232;re, mettait l'accent sur le facteur subjectif et proposait une analyse dynamique des relations de classe. L'usine n'&#233;tait plus le lieu de la domination capitaliste, mais le coeur m&#234;me de l'antagonisme. Son approche allait &#224; rebours de la tradition r&#233;formiste : la lutte pour le salaire &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme une lutte imm&#233;diatement r&#233;volutionnaire d&#232;s l'instant qu'elle parvenait &#224; faire plier le pouvoir du capital. La crise n'&#233;tait plus comprise comme le produit d'abstraites contradictions intrins&#232;ques, mais r&#233;sultait de la capacit&#233; ouvri&#232;re d'arracher des revenus au capital.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le discours de Tronti se concentrait sur les tendances, ce qui allait &#234;tre &#224; l'avenir une constante de la pens&#233;e op&#233;ra&#239;ste : il s'agissait de construire un mod&#232;le th&#233;orique qui permettrait d'anticiper le cours des choses. C'est pourquoi il fallait mettre &#171; Marx &#224; Detroit &#187;, c'est-&#224;-dire &#233;tudier les comportements du prol&#233;tariat dans le pays le plus avanc&#233;, l&#224; o&#249; le conflit apparaissait sous sa forme la plus pure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle approche pourrait para&#238;tre s&#233;duisante, mais les propositions pratiques qu'on en tirait &#233;taient, elles, franchement d&#233;cevantes : &#171; La tradition d'organisation de la classe ouvri&#232;re am&#233;ricaine est la plus politique au monde, parce que la force de ses luttes annonce la d&#233;faite &#233;conomique de l'adversaire et la rapproche non de la conqu&#234;te du pouvoir pour construire une autre soci&#233;t&#233; dans le vide, mais de l'explosion du salariat pour r&#233;duire le capital et les capitalistes &#224; une position subalterne dans cette m&#234;me soci&#233;t&#233; &#187; (22). D&#233;faite de l'adversaire ? Aux Etats-Unis ? Non, pr&#233;cisait Tronti : de toutes fa&#231;ons, &#171; la pure lutte syndicale ne peut nous faire sortir du syst&#232;me [&#8230;], il faut une organisation de type l&#233;niniste &#187; (23).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus int&#233;ressante &#233;tait, en revanche, l'analyse de la relation entre usine et soci&#233;t&#233; : &#171; Au niveau le plus &#233;lev&#233; du d&#233;veloppement capitaliste, la soci&#233;t&#233; enti&#232;re devient une articulation de la production. Autrement dit, toute la soci&#233;t&#233; vit en fonction de l'usine, et l'usine &#233;tend sa domination &#224; toute la soci&#233;t&#233;. &#187; (24) Contre l'interpr&#233;tation selon laquelle l'extension du secteur tertiaire signifiait un affaiblissement de la classe ouvri&#232;re, Tronti soutenait qu'avec la g&#233;n&#233;ralisation du travail salari&#233;, un nombre toujours plus &#233;lev&#233; de personnes &#233;tait en voie de prol&#233;tarisation, ce qui ne faisait qu'amplifier l'antagonisme au lieu de le r&#233;duire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien qu'Operai e Capitale soit devenu une r&#233;f&#233;rence oblig&#233;e pour les militants de 68, on peut noter curieusement que l'auteur de cet ouvrage ne quitta jamais le PCI et qu'aujourd'hui encore, il demeure membre du post-communiste PDS. Mieux m&#234;me : il y a peu, Tronti a expliqu&#233; que l'interpr&#233;tation gauchiste de son livre avait &#233;t&#233; le fruit d'une erreur. &#171; Je n'ai jamais &#233;t&#233; spontan&#233;iste. J'ai toujours pens&#233; que la conscience politique devait venir du dehors. &#187; (25)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ind&#233;pendamment des opinions que professent Tronti aujourd'hui, il est, cependant, &#233;vident que, dans les ann&#233;es 1960, lui et les op&#233;ra&#239;stes ouvrirent un front contre la tradition nationale-populaire de la gauche italienne, qui embrassait non seulement la politique, mais aussi la culture (philosophie, litt&#233;rature, cin&#233;ma et sciences humaines), et qu'ils donn&#232;rent une premi&#232;re r&#233;ponse aux th&#233;ories de la &#171; domination totale &#187; accept&#233;es par tous, y compris par la gauche critique. Ce qui semble le plus actuel dans Operai e Capitale, c'est s&#251;rement la critique du logos technico-productiviste, tant marxiste que lib&#233;ral, et de l'id&#233;e &#8211; d&#233;j&#224; pr&#233;sente chez Panzieri &#8211; que la connaissance est li&#233;e &#224; la lutte, qu'elle n'est pas neutre, mais partisane (26).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre de Tronti demeure une tentative s&#233;rieuse de r&#233;novation du marxisme, m&#234;me si elle n'a d&#233;bouch&#233; sur rien (27). Son &#171; subjectivisme &#187; exprima une r&#233;bellion contre l'objectivisme du marxisme vulgaire, celui de l'Ecole de Francfort compris, si on y excepte Marcuse. Tronti per&#231;ut le &#171; projet &#187; du capital de contr&#244;ler la soci&#233;t&#233; dans sa totalit&#233;, mais, &#224; rebours d'Adorno, il l'interpr&#233;ta comme une strat&#233;gie pour contenir la protestation ouvri&#232;re (28). Ce subjectivisme fut, en m&#234;me temps, la source de nombreuses erreurs, la plus grave &#233;tant de consid&#233;rer que la logique du d&#233;veloppement capitaliste ne reposait pas sur l'extraction du profit, mais sur la combativit&#233; ouvri&#232;re. Une telle approche l'&#233;loignait de Panzieri et du premier op&#233;ra&#239;sme qui concevait le capital et la classe ouvri&#232;re comme deux r&#233;alit&#233;s antagoniques &#233;galement &#171; objectives &#187;. Panzieri, en outre, ne commit pas la b&#233;vue de penser que les augmentations de salaire pouvaient provoquer la rupture du syst&#232;me (29).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans vouloir &#224; tout prix revendiquer un &#171; vrai &#187; marxisme, il semble &#233;vident que l'approche de Tronti repose sur une lecture partielle de Marx et, davantage encore, sur une grossi&#232;re simplification de la r&#233;alit&#233;. S'il est bien vrai que Marx a &#233;crit que la lutte des classes est le moteur de l'Histoire, son analyse se centre sur la relation sociale entre deux p&#244;les contradictoires : d'un c&#244;t&#233;, le capital comme puissance sociale, travail &#171; mort &#187;, objectivit&#233; pure, esprit du monde, et, de l'autre, le travail &#171; vivant &#187;, la classe ouvri&#232;re qui, partie et fondement de la relation, fonde, en m&#234;me temps, sa n&#233;gation. L'origine de la contradiction est due &#224; la double nature du travail ouvrier qui est &#224; la fois travail abstrait, producteur de plus-value, et travail concret, producteur de valeurs d'usage. Le probl&#232;me &#8211; ajoutait-il &#8211; est que &#171; la valeur ne porte pas inscrite sur son front ce qu'elle est &#187; (30). Selon Marx, les antinomies entre &#171; subjectivisme &#187; et &#171; objectivisme &#187; ne peuvent pas &#234;tre r&#233;solues dans la th&#233;orie, mais dans la pratique (31), puisque seule la cr&#233;ation d'un nouveau mode de production &#8211; la fameuse n&#233;gation de la n&#233;gation ou expropriation des expropriateurs &#8211; peut y parvenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Tronti, en revanche, il y a bien hypostase du p&#244;le subjectif : &#171; le capital comme fonction de la classe ouvri&#232;re &#187; (32). Cela le conduisit &#224; transformer la classe ouvri&#232;re en fondement ontologique de la r&#233;alit&#233;. La subjectivit&#233; n'&#233;tait plus la force concr&#232;te d'individus conscients qui s'organisent pour changer le monde, mais &#8211; pour Tronti &#8211; une simple cat&#233;gorie herm&#233;neutique pour la compr&#233;hension du capitalisme. Quant au n&#233;gatif, il &#233;tait parti en fum&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient de signaler que, presque quarante ans plus tard, le m&#234;me sch&#233;ma est constamment &#224; l'&#339;uvre dans Empire. Ici, le subjectivisme extr&#234;me, la lecture de l'Histoire &#224; partir de la &#171; puissance &#187; ouvri&#232;re, devient pur d&#233;lire : &#171; De la manufacture jusqu'&#224; l'industrie &#224; grande &#233;chelle, du capital financier &#224; la restructuration transnationale et la mondialisation du march&#233;, ce sont toujours les initiatives de la main-d'oeuvre organis&#233;e qui d&#233;terminent les configurations du d&#233;veloppement capitaliste. &#187; Ou encore : &#171; Nous arrivons ainsi au d&#233;licat passage par lequel la subjectivit&#233; de la lutte des classes transforme l'imp&#233;rialisme en Empire. &#187; C'est pourquoi il est n&#233;cessaire de comprendre &#171; la nature mondiale de la lutte des classes prol&#233;tarienne et sa capacit&#233; &#224; anticiper et pr&#233;figurer les d&#233;veloppements du capital vers la r&#233;alisation du march&#233; mondial &#187; (33). Dans ce passage, et tant d'autres similaires, la dialectique ouvriers-capital &#8211; cette &#171; grammaire de la r&#233;volution &#187;,&lt;br class='autobr' /&gt;
selon la magnifique expression d'Alexandre Herzen &#8211; s'&#233;vanouit dans l'apologie d'un pr&#233;sent sans contradictions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les ouvriers sont d'ores et d&#233;j&#224; si forts et puissants, pourquoi devraient-ils faire la r&#233;volution ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;RUPTURES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La principale fonction de Classe Operaia fut sans doute d'impulser l'articulation de divers groupes locaux ,qui travaillaient sur la question ouvri&#232;re en divers lieux du pays. Le groupe, cependant, eut une vie br&#232;ve, puisqu'il se saborda en 1966 (34). Pourquoi ? Au cours d'une r&#233;union tenue &#224; Florence vers la fin 1966, Tronti, Asor Rosa et Negri lui-m&#234;me se pos&#232;rent la question de l'urgence d'un virage politique. Le th&#232;me central &#233;tait la relation classe-parti : la classe incarnait la strat&#233;gie et le parti la tactique. Il y avait un probl&#232;me, n&#233;anmoins : si la premi&#232;re &#233;tait tr&#232;s consciente du travail de d&#233;molition qui l'attendait, le second &#233;tait en train de perdre le nord. Dans ces conditions, plut&#244;t que de jeter de l'huile sur le feu des protestations ouvri&#232;res, il fallait faire de l'entrisme dans les syndicats, et surtout dans le PCI. L'id&#233;e &#233;tait de former une sorte de direction ouvri&#232;re afin de lui faire jouer le r&#244;le de &#171; cale &#187; (telle &#233;tait l'expression utilis&#233;e) dans le Parti et modifier du coup son &#233;quilibre interne (35).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut signaler que, jusqu'alors, l'op&#233;ra&#239;sme avait &#233;t&#233; un laboratoire collectif, une sorte de r&#233;seau informel form&#233; d'intellectuels, de syndicalistes, d'&#233;tudiants et de r&#233;volutionnaires de tendances diverses qui avaient tous en commun une sensibilit&#233; anti-bureaucratique, et la d&#233;couverte d'un nouveau monde ouvrier en lutte. A l'exception de Tronti, personne n'y avait affront&#233; ouvertement la question du l&#233;ninisme. On acceptait le L&#233;nine qui avait compris la convergence entre crise &#233;conomique, crise politique et tendance ouvri&#232;re vers l'autonomie, mais on n'abordait pas la question du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une minorit&#233; libertaire &#8211; int&#233;gr&#233;e par Gianfranco Faina, Ricardo d'Este et d'autres militants de G&#234;nes et de Turin &#8211; n'accepta pas ce choix en faveur de l'entrisme. Tel qu'eux l'entendaient, l'op&#233;ra&#239;sme &#233;tait fond&#233; sur l'id&#233;e que les forces subversives se regroupaient hors de la logique des partis et des syndicats officiels. Ils trouv&#232;rent une source d'inspiration dans le communisme des conseils (36), chez les anarchistes espagnols et chez Amadeo Bordiga (37). Les ann&#233;es suivantes, ils partag&#232;rent les positions libertaires du groupe Socialisme ou Barbarie et de l'Internationale situationniste, et rompirent d&#233;finitivement avec toute pr&#233;tention &#224; &#171; diriger &#187; le mouvement (38). Une autre tendance, dirig&#233;e par Sergio Bologna, essaya de s'en tenir &#224; l'op&#233;ra&#239;sme originel, en revenant &#224; son travail de fourmi au sein de la Fiat et de quelques usines lombardes (39). De sorte que le virage annonc&#233; n'eut pas lieu et que Tronti dut reconna&#238;tre qu'on n'&#233;tait pas parvenu &#224; &#171; r&#233;aliser le cercle vertueux de la lutte, de l'organisation [et non de l'auto-organisation, NdA] et de la possession du terrain politique &#187; (40).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au m&#234;me moment, des &#233;v&#233;nements importants compliqu&#232;rent le projet de convertir le PCI &#224; l'op&#233;ra&#239;sme (41). En 1968, la temp&#233;rature sociale en Italie commen&#231;a &#224; monter &#224; des niveaux pr&#233;occupants. Des ferments culturels nouveaux et de plus en plus intenses commen&#231;aient &#224; se propager. Les probl&#232;mes nationaux se m&#234;laient &#224; la situation internationale de la fin des ann&#233;es 1960 (manifestations contre la guerre au Vietnam, Black Panthers, etc.), en inaugurant une p&#233;riode de grands changements. Les premiers &#224; entrer en mouvement furent les &#233;tudiants qui occup&#232;rent les principales universit&#233;s du pays : Trente, Milan, Turin et Rome. Ils commenc&#232;rent par mettre en cause l'autoritarisme universitaire et termin&#232;rent par faire la critique du capitalisme, de l'Etat, de la patrie, de la religion, de la famille, etc. Ils manifestaient un m&#233;pris tout particulier pour les partis de gauche qu'ils accusaient d'&#234;tre devenus des engrenages fondamentaux du r&#233;gime. A la fin de l'ann&#233;e 1968, et surtout en 1969, quand les protestations ouvri&#232;res s'intensifi&#232;rent, le syst&#232;me entra en crise. La grande rupture sociale, qui ailleurs s'&#233;tait consum&#233;e en quelques mois, s'&#233;tendit, en Italie, sur pr&#232;s de dix ans, et c'est l&#224; que r&#233;side sans doute la singularit&#233; de ce mouvement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il va sans dire que cette explosion de radicalit&#233; l&#233;gitimait les hypoth&#232;ses op&#233;ra&#239;stes les plus audacieuses. La &#171; strat&#233;gie du refus &#187; &#233;tait en train de se r&#233;aliser. Pourtant, Tronti affirma alors qu'on n'assistait pas &#224; la naissance d'une nouvelle &#233;poque, mais plut&#244;t &#224; la derni&#232;re des pouss&#233;es &#8211; et la plus d&#233;sesp&#233;r&#233;e d'entre elles &#8211; d'un cycle de luttes qui touchait &#224; sa fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est loisible aujourd'hui de percevoir d'ind&#233;niables &#233;l&#233;ments de v&#233;rit&#233; dans ce pessimisme, mais, &#224; l'&#233;poque, tout semblait encore en suspens. Soudain, Tronti accordait &#224; l'Etat des attributs qui constituaient la n&#233;gation de tout ce qu'il avait &#233;crit jusqu'alors. Il n'y a plus, pr&#233;cisait-il &#171; d'autonomie, d'autosuffisance, d'autoreproduction de la crise hors du syst&#232;me de m&#233;diation politique des contradictions sociales &#187;. Traduit dans un langage plus clair, cela voulait dire que la lutte &#233;conomique ne pouvait plus &#234;tre politique, et que la classe ouvri&#232;re, consid&#233;r&#233;e jusque-l&#224; comme une force antagoniste, devenait la &#171; seule rationalit&#233; de l'Etat moderne &#187; (42). En v&#233;rit&#233;, aux yeux de Tronti, l'utopie touchait &#224; sa fin, et c'est cela qu'il cherchait &#224; signifier en parlant d'&#171; autonomie de la politique &#187;, une id&#233;ologie qui eut une vie courte, bien qu'elle accompagn&#226;t l'&#233;volution d'une partie des op&#233;ra&#239;stes &#8211; le critique litt&#233;raire Alberto Asor Rosa ou le jeune germaniste Massimo Cacciari &#8211; vers l'acad&#233;misme et le PCI, o&#249; ils furent accueillis comme des repentis. La croyance en l'existence d'une sph&#232;re politique &#171; pure &#187; &#224; l'int&#233;rieur de l'Etat servit de justification &#224; d'autres pour entamer une longue marche au sein des institutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'int&#233;rieur du PCI, se d&#233;roula un (court) d&#233;bat sur l'opportunit&#233; de chevaucher le tigre du mouvement, mais, &#224; la fin, pr&#233;valurent les positions les plus conservatrices, au point qu'on en vint &#224; exclure le groupe du Manifesto (Rossanda, Pintor, Magri). C'est ainsi que, de mani&#232;re peu glorieuse, conclut le trajet d'un secteur des &#171; marxistes autonomistes &#187;. Quant aux autres, la majorit&#233; d'entre eux, dont Antonio Negri, vit dans la nouvelle situation la possibilit&#233; d'impulser une politique r&#233;volutionnaire hors des partis de gauche, et m&#234;me contre eux.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1969, on assista &#224; la multiplication de groupes et de groupuscules d'extr&#234;me gauche qui se proposaient tous de reproduire en Italie la strat&#233;gie bolchevique &#8211;dans ses diff&#233;rentes versions : l&#233;niniste, trotskiste, stalinienne et mao&#239;ste &#8211;, par la cr&#233;ation d'un parti pur et dur visant &#224; la prise du pouvoir. Les op&#233;ra&#239;stes fond&#232;rent Potere Operaio et Lotta Continua, formations qui gravitaient &#233;galement dans l'orbite du marxisme-l&#233;ninisme bien qu'elles n'aient pas manifest&#233; une sympathie particuli&#232;re pour le mod&#232;le sovi&#233;tique ni m&#234;me, reconnaissons-le, pour le chinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le projet &#233;tait irr&#233;el, les conflits, eux, &#233;taient bel et bien authentiques, et &#224; mesure que les groupes subversifs gagnaient du terrain, l'Etat devenait de plus en plus agressif. Le d&#233;nouement fut la &#171; strat&#233;gie de la tension &#187;, soit une s&#233;rie d'attentats et d'assassinats commis par les services secrets italiens entre 1969 et 1980 avec la complicit&#233; des gouvernements successifs. Il n'y a pas le moindre doute, en effet &#8211; et il existe des dizaines de documents pour le prouver &#8211;, que, en Italie, le terrorisme fut, dans un premier temps, l'apanage de l'Etat lui-m&#234;me, et non des mouvements d'extr&#234;me gauche (43).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de ces &#233;v&#233;nements tragiques &#233;tant hors des objectifs de la pr&#233;sente &#233;tude (44), je me contenterai ici de signaler les trois points suivants : 1) en adoptant en 1974 la strat&#233;gie du compromis historique &#8211; laquelle visait, pour les communistes, &#224; entrer au gouvernement gr&#226;ce &#224; une alliance strat&#233;gique avec les d&#233;mocrates-chr&#233;tiens &#8211;, le PCI se d&#233;pla&#231;a encore plus vers la droite, en contribuant ainsi &#224; l&#233;gitimer la criminalisation de toute dissidence ; 2) cette &#233;volution, ainsi que les massacres d'Etat finirent par convaincre un grand nombre de militants que la seule voie praticable &#233;tait la voie militaire et qu'il fallait un parti structur&#233; de mani&#232;re verticale, hi&#233;rarchique et clandestine ; 3) la lutte arm&#233;e fut une erreur aux cons&#233;quences incalculables, qui entra&#238;na le mouvement vers un affrontement sanglant &#8211; et vou&#233; &#224; l'&#233;chec &#8211; avec l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LES MESAVENTURES DE L'OUVRIER SOCIAL&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte que nous devons analyser la pens&#233;e de celui qui prit le relais de l'op&#233;ra&#239;sme : Antonio Negri. Il a souvent racont&#233; lui-m&#234;me sa trajectoire. Originaire d'une famille modeste, il &#233;tudia &#224; l'universit&#233; de Padoue, o&#249; il fit une th&#232;se sur l'historicisme allemand, avant de prolonger ses &#233;tudes en Allemagne et en France. Il a connu une brillante carri&#232;re universitaire, et a publi&#233; quelque vingt livres, ainsi qu'un nombre impressionnant d'articles dans des revues du monde entier. A partir de la fin des ann&#233;es 1950, et &#224; c&#244;t&#233; de ses activit&#233;s d'enseignement, il s'engagea dans l'action politique, d'abord dans les secteurs catholiques, puis au sein du Parti socialiste et enfin dans la mouvance op&#233;ra&#239;ste (45).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa premi&#232;re &#233;tape, et jusqu'&#224; Classe Operaia, l'apport de Negri ne fut pas d&#233;cisif, mais il devint d&#233;terminant avec la fondation de Potere Operaio. Le groupe naquit pendant l'&#233;t&#233; 1969, dans le contexte d'une crise du mouvement &#233;tudiant, dont la cause, du point de vue marxiste-l&#233;niniste, tenait au fait que les r&#233;voltes &#233;tudiantes n'avaient de sens que subordonn&#233;es &#224; une &#171; h&#233;g&#233;monie ouvri&#232;re &#187;, c'est-&#224;-dire &#224; la ligne de l'organisation. Il &#233;tait donc urgent, dans cette optique, de construire une direction politique pour les canaliser en ce sens. Negri impulsa, alors, l'id&#233;e d'&#233;difier un parti centralis&#233;, &#171; compartiment&#233; &#187; et vertical. &#171; Notre analyse se fonde sur l'oeuvre des classiques, de Marx, de L&#233;nine, de Mao. Il n'y a pas de place, dans notre organisation, pour les &#233;tats d'&#226;me ni pour les vell&#233;it&#233;s &#187;, &#233;crivait-il dans un texte qui ne permet gu&#232;re d'interpr&#233;tations &#171; autonomistes &#187; (46).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; Lotta Continua (LC), un groupe plut&#244;t port&#233; sur l'activisme, Potere Operaio (PO) accordait une certaine importance &#224; l'&#233;laboration th&#233;orique tournant autour d'une interpr&#233;tation extr&#233;miste de l'op&#233;ra&#239;sme des origines. La subjectivit&#233; ne r&#233;sidait plus dans la classe, mais dans l'avant-garde communiste, c'est-&#224;-dire dans le groupe PO. Il convenait donc de centraliser et de radicaliser les antagonismes spontan&#233;s pour les transformer en action insurrectionnelle contre l'Etat. Une fois de plus, la tentative &#233;choua. Le cycle de luttes entam&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 1970 entra dans sa phase d&#233;clinante et l'une de ses derni&#232;res manifestations fut l'occupation de la Fiat Mirafiori (&#224; Turin) qui, en mars 1973, mit fin &#224; l'&#233;poque des grands affrontements entre les ouvriers et le capital. Un des legs de cette lutte fut le Statut des travailleurs, un ensemble de dispositions favorables au monde du travail, aujourd'hui r&#233;duit &#224; une coquille vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la fin de la d&#233;cennie, les conflits sociaux persist&#232;rent, mais leur centre de gravit&#233; ne se trouvait&lt;br class='autobr' /&gt;
plus dans les usines. Dans le m&#234;me temps que les principales formations extra-parlementaires entraient en crise (PO se dissout en 1973 et LC en 1976), naissait une constellation de petits groupes autour du slogan &#171; Prenons la ville &#187;. Quelques-uns de ces groupes prirent le nom d'&#171; Indiens m&#233;tropolitains &#187; ou de &#171; Prol&#233;tariat juv&#233;nile &#187;. Ils occupaient des immeubles, formaient des centres sociaux, fondaient des revues, mettaient en marche des projets de communication alternative, cr&#233;aient des associations f&#233;ministes et &#233;cologistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec une base militante situ&#233;e tant dans les usines que dans les quartiers, ces groupes commen&#231;aient &#224; abandonner les vieilles conceptions du parti s&#233;par&#233; et du dirigisme l&#233;niniste pour aller &#224; la recherche d'alternatives dans l'organisation d'espaces de coexistence et d'&#233;change social autonomes par rapport &#224; la l&#233;galit&#233; dominante. Pour mettre en valeur leur ind&#233;pendance politique, ils utilisaient des sigles o&#249; apparaissait le mot &#171; autonome &#187; &#8211; par exemple, &#171; Prol&#233;taires autonomes &#187; ou &#171; Assembl&#233;e autonome &#187; &#8211; de telle sorte qu'on commen&#231;a &#224; les identifier sous le nom de &#171; zone de l'autonomie ouvri&#232;re &#187; (47).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Negri interpr&#233;ta la nouvelle &#233;tape avec un triomphalisme militant qui &#233;tait &#224; l'extr&#234;me oppos&#233; du pessimisme de Tronti (et de son &#171; autonomie du politique &#187;). Pour lui, il n'y avait plus de retour en arri&#232;re possible : le refus du travail tayloriste avait jet&#233; &#224; bas les murs qui s&#233;paraient l'usine du territoire. Tout le processus social &#233;tait maintenant mobilis&#233; pour la production capitaliste, augmentant de la sorte l'importance du travail productif. Dans cette nouvelle situation, l'ouvrier-masse sortait de l'usine pour se d&#233;placer vers le territoire, l'usine diffuse, et devenir l'ouvrier social, le nouveau sujet dont notre auteur commen&#231;a de proclamer la centralit&#233;. Techniciens, &#233;tudiants, enseignants, ouvriers, &#233;migr&#233;s, squatters finissaient tous dans le m&#234;me sac, sans que Negri porte la moindre attention &#224; leurs diff&#233;rences, &#224; leurs sp&#233;cificit&#233;s et &#224; leurs contradictions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se proposant de renverser (en italien, rovesciare) les cat&#233;gories de Marx, il introduisit dans son analyse la cat&#233;gorie d'auto-valorisation (la m&#234;me que celle qui r&#233;appara&#238;tra, sans autres explications, un quart de si&#232;cle plus tard, dans Empire) (48). De quoi s'agit-il ? Alors que la valorisation capitaliste se fonde sur la valeur d'&#233;change, l'auto-valorisation &#8211; pivot de l'&#233;difice th&#233;orique de Negri &#8211; serait fond&#233;e, elle, sur la valeur d'usage et sur les nouveaux besoins des prol&#233;taires. G&#233;n&#233;ralisant sur tout le territoire &#8211; l'usine diffuse &#8211; les pratiques d'auto-valorisation, l'ouvrier social devait d&#233;sormais lutter pour le &#171; salaire garanti &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, chez Negri, le noyau du conflit (et, partant, de l'analyse) se d&#233;pla&#231;ait vers l'Etat. Il pensait que l'Etat keyn&#233;sien &#8211; qu'il appelait l'Etat-plan &#8211; avait inscrit les acquis de la r&#233;volution d'Octobre au c&#339;ur du d&#233;veloppement capitaliste, en transformant le &#171; pouvoir ouvrier &#187; en une &#171; variable ind&#233;pendante &#187;. Pour lui, la lutte principale avait lieu maintenant sur le terrain de l'auto-valorisation et, puisqu'il n'y avait plus de reproduction du capital hors de l'Etat, la &#171; soci&#233;t&#233; civile &#187; cessait d'exister, en laissant seuls, face &#224; face, deux grands adversaires : les prol&#233;taires et l'Etat (49).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;pit de son apparente coh&#233;rence, ce raisonnement partait d'une interpr&#233;tation erron&#233;e du concept marxiste de valeur. Pour Negri, la valeur d'usage exprimait la radicalit&#233; ouvri&#232;re, sa potentialit&#233; subjective, en tant qu'antagoniste de la valeur d'&#233;change. Elle &#233;tait en quelque sorte le &#171; bon &#187; c&#244;t&#233; de la relation. Pourtant, si on adopte le point de vue de la critique de l'&#233;conomie politique, une telle approche n'a pas de sens, car, comme l'expliquait Marx dans le premier chapitre du tome I du Capital, la valeur d'usage n'est en aucune mani&#232;re une cat&#233;gorie morale, mais la base mat&#233;rielle de la richesse capitaliste, la condition de son accumulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, &#224; un moment quelconque du proc&#232;s de circulation, les valeurs d'usage ne se transforment pas en valeurs d'&#233;change, elles cessent d'&#234;tre des valeurs et, en ce sens, elles limitent et conditionnent le processus de valorisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des sources de Negri &#233;tait Agn&#232;s Heller, une des exposantes les plus connues de l'&#233;cole de Budapest, laquelle avait mis au centre de sa r&#233;flexion sur Marx le concept de besoins radicaux. Elle prenait bien garde, toutefois, de tomber dans l'apologie des besoins imm&#233;diats. &#171; Le besoin &#233;conomique, &#233;crivait-elle, est une expression de l'ali&#233;nation capitaliste dans une soci&#233;t&#233; o&#249; la fin de la production n'est pas la satisfaction des besoins, mais la valorisation du capital, o&#249; le syst&#232;me des besoins repose sur la division du travail et la demande du march&#233;. &#187; (50) Negri, lui, n'&#233;vita pas l'apologie, et s'&#233;carta ainsi du marxisme critique, en oubliant qu'on ne peut pas combattre un monde ali&#233;n&#233; d'une fa&#231;on ali&#233;n&#233;e. L'autonomie, en outre, ne peut s'exprimer dans la condition imm&#233;diate de la classe. Sous la domination du capital, l'autonomie est un projet, une tendance ou, plus pr&#233;cis&#233;ment, une tension. Elle ne peut se constituer en r&#233;alit&#233; pratique que dans les moments de rupture, dans les espaces d&#233;colonis&#233;s. Quand cette r&#233;alit&#233; pratique se socialise, viennent alors les grands moments de crise de l'administration, comme en France en 1968 ou en Italie en 1977. Contrairement &#224; ce que pense Negri, le communisme n'est pas &#171; l'&#233;l&#233;ment dynamique constitutif du capitalisme &#187; (51), mais une autre soci&#233;t&#233; sans antagonismes de classes, sans pouvoir d'Etat et sans f&#233;tichisme mercantile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le parti ? &#171; Dans ma conscience et ma pratique r&#233;volutionnaire, je ne peux ignorer ce probl&#232;me &#187;, &#233;crivait celui qui se voyait lui-m&#234;me comme le L&#233;nine italien, en pr&#233;cisant qu'il &#233;tait &#171; urgent de lancer le d&#233;bat sur la dictature communiste &#187; (52). Le parti, en effet, restait une t&#226;che en suspens, bien qu'il exist&#226;t d&#233;j&#224; en embryon, avec l'Autonomie organis&#233;e (avec une majuscule, pour bien la distinguer de l'autre autonomie), c'est-&#224;-dire l'ensemble des organisations semi-clandestines et leurs services d'ordre militaris&#233;s qui, pouss&#233;s par la r&#233;pression &#233;tatique, pratiquaient la lutte des classes avec l'intention de &#171; filtrer &#187; et de &#171; recomposer &#187; l'antagonisme des masses dans l'attente de la lutte finale (53).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat fut catastrophique. Le r&#234;ve de la prise de pouvoir se heurta bien vite contre les brisants de la r&#233;alit&#233;. A partir de 1977, derni&#232;re grande saison cr&#233;ative du &#171; laboratoire Italie &#187;, le PC fit front uni avec la d&#233;mocratie-chr&#233;tienne au pouvoir. La r&#233;pression entra dans une nouvelle phase, &#233;crasant tout ce qui se pla&#231;ait au-del&#224; de la gauche parlementaire, et annulant la diff&#233;rence entre terrorisme et protestation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun de son c&#244;t&#233;, et souvent en concurrence l'une contre l'autre, l'Autonomie organis&#233;e &#8211; ou, plut&#244;t, certaines de ses organisations (54) &#8211; et les n&#233;o-staliniennes Brigades rouges continu&#232;rent leur absurde assaut contre le &#171; coeur de l'Etat &#187; (comme si l'Etat avait un coeur !), entra&#238;nant dans leur ruine le riche et complexe tissu de l'autonomie avec un &#171; a &#187; minuscule (55).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore en 1978, &#224; l'occasion de l'ex&#233;cution d'Aldo Moro par les Brigades rouges (une des erreurs les plus n&#233;fastes et les plus lourdes de cons&#233;quences n&#233;gatives jamais commises par un groupe r&#233;volutionnaire), et tout en manifestant son d&#233;saccord, Negri pouvait &#233;crire que le c&#244;t&#233; positif de l'action &#233;tait d'avoir impos&#233; au mouvement la &#171; question du parti &#187; (56). Le 7 avril 1979, l'hallucination prit fin de la fa&#231;on la plus tragique, quand Negri et des dizaines de militants de l'Autonomie furent emprisonn&#233;s sous la (fausse) accusation d'&#234;tre les id&#233;ologues des Brigades rouges. Ils allaient passer entre deux et sept ans en prison, d&#233;sign&#233;s par la mesquinerie du pouvoir comme des victimes dignes d'&#234;tre sacrifi&#233;es sur l'autel de la paix sociale (57). En 1980, la derni&#232;re tentative d'occupation de l'usine Mirafiori marquait la fin symbolique d'un long cycle de conflits sociaux o&#249;, cas unique dans l'histoire europ&#233;enne, les luttes ouvri&#232;res et &#233;tudiantes, les mouvements pour la r&#233;invention de la vie avaient &#233;volu&#233; ensemble dans une formidable tentative de lib&#233;ration collective (58).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LES EXPLOITS DE LA MULTITUDE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les deux d&#233;cennies suivantes, Negri n'abandonna pas l'habitude de lire les mouvements sociaux comme v&#233;rification de ses th&#232;ses, &#233;crivant de nombreux (et cryptiques) ouvrages, sans jamais esquisser la moindre autocritique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Foucault, Deleuze et Guattari, notre auteur a h&#233;rit&#233; une forte aversion pour la dialectique (59). D&#233;j&#224;, dans son &#233;tude sur les Grundrisse, fruit d'un s&#233;minaire &#224; Paris, il &#233;crivait que &#171; l'horizon m&#233;thodique marxien ne se centre jamais sur le concept de totalit&#233; &#187;. Au contraire, il &#171; se trouve caract&#233;ris&#233; par la discontinuit&#233; mat&#233;rialiste des proc&#232;s r&#233;els &#187;, de telle sorte que le mat&#233;rialisme se subordonne la dialectique &#224; lui-m&#234;me (60).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Negri voit la soci&#233;t&#233; capitaliste comme un champ de forces en lutte constante. A la diff&#233;rence des poststructuralistes fran&#231;ais, n&#233;anmoins, il pense que le moteur des processus sociaux est la s&#233;paration ou, en d'autres termes, l'antagonisme social. Il revient &#224; la r&#233;flexion d'identifier l'antagonisme d&#233;terminant, de scruter ses tendances et de le mener &#224; l'explosion. Aussit&#244;t apr&#232;s, l'analyse se d&#233;place vers un nouveau champ, le red&#233;finit, et ainsi de suite (61). Le capital n'est plus con&#231;u comme contradiction en proc&#232;s (Marx) mais comme l'affirmation progressive d'un sujet connu &#224; l'avance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans Spinoza, l'anomalie sauvage, &#233;crit en prison, Negri pr&#233;cisa peu &#224; peu son projet : travailler &#224; la constitution mat&#233;rielle de la subjectivit&#233; radicale en Occident, en creusant le foss&#233; entre les philosophies du pouvoir et celles de la subversion. Autour de Spinoza, il voyait se condenser une tradition &#171; anomale &#187; qui, affirmant la productivit&#233; du sujet, va de Machiavel &#224; Marx, contre l'axe incarn&#233; par la triade Hobbes-Rousseau-Hegel (62). Negri trouvait chez Spinoza une critique anticip&#233;e de la dialectique h&#233;g&#233;lienne, ainsi que la naissance du mat&#233;rialisme r&#233;volutionnaire. De telle sorte qu'&#224; l'invention stalinienne du diamat, Negri oppose un nouvel horizon ontologique qui se fonde sur la cat&#233;gorie spinoziste de puissance. Cette approche ignore les critiques au marxisme sovi&#233;tique formul&#233;es cinquante ans avant par les communistes de gauche, &#224; savoir que le mat&#233;rialisme marxien n'est ni une philosophie ni une &#233;conomie, mais la th&#233;orie r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat en lutte. Le mouvement dialectique, pour les radicaux de gauche, n'a jamais exprim&#233; une loi de l'histoire universelle, et encore moins une science, mais &#171; la logique sp&#233;cifique d'un objet sp&#233;cifique &#187;, le capitalisme, un syst&#232;me social opaque qui se fonde sur le &#171; f&#233;tichisme &#187; (63).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans son livre sur Spinoza qu'appara&#238;t pour la premi&#232;re fois, chez Negri, le concept de multitude, autrement dit, le nouveau sujet global qui, peu &#224; peu, va supplanter l'ouvrier social et le transformer, presque vingt ans plus tard, en h&#233;ros indiscutable d'Empire (64). D'o&#249; vient-elle cette multitude annonc&#233;e &#224; grand fracas (65) ? A l'aube de la modernit&#233;, Hobbes et les philosophes de la souverainet&#233; nomm&#232;rent ainsi l'ensemble humain avant qu'il ne devienne peuple (66). La multitude, cependant, &#233;tait pour eux quelque chose de purement n&#233;gatif qui renvoyait &#224; un ensemble humain indiff&#233;renci&#233; et sauvage, pas encore organis&#233; au sein d'un Etat. Negri renverse le concept, le prenant comme fondement indispensable d'une d&#233;mocratie radicale (67). La multitude contemporaine serait la forme de l'existence sociale et politique des &#171; plus nombreux &#187;, de &#171; l'ensemble ouvert &#187; qui s'&#233;rige en alternative de la constellation peuple-volont&#233; g&#233;n&#233;rale-Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le peuple tend &#224; l'identit&#233; et &#224; l'homog&#233;n&#233;it&#233;, explique Negri, la multitude renverrait &#224; cet au-del&#224; de la nation qui, face &#224; la crise de l'Etat, serait le sujet pluriel d'un nouveau pouvoir constituant ouvert, incluant et post-moderne (68).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, une question se pose : comment notre auteur aborde le probl&#232;me du saut du XVIIe si&#232;cle &#224; nos jours ? Et, plus concr&#232;tement, comme passe-t-on de l'ouvrier social &#224; la multitude ? De fait, Negri ne se la pose pas. Il tente, en revanche, de donner un corps et une &#233;paisseur sociologique &#224; sa nouvelle cr&#233;ation, en se servant, d'une part, de Marx et, de l'autre, de l'abondante litt&#233;rature qui accompagne la r&#233;volution informatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la crise du fordisme, argumente Negri, la classe ouvri&#232;re industrielle perd sa position centrale dans la soci&#233;t&#233;. Une part consistante de la force de travail se voue aujourd'hui au travail immat&#233;riel, c'est-&#224;-dire &#224; l'ensemble d'activit&#233;s consacr&#233;es &#224; la manipulation de signes, au savoir techno-scientifique, aux messages et aux flux de communication (69). Progressivement, d'apr&#232;s Negri, l'&#233;l&#233;ment du savoir humain accumul&#233; tend &#224; devenir pr&#233;pond&#233;rant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a rien &#224; objecter &#224; ces affirmations qui se fondent sur le fameux fragment des Grundrisse consacr&#233; aux machines, o&#249; Marx note que, avec le d&#233;veloppement de la grande industrie, la cr&#233;ation des richesses &#171; n'entretient plus de relation avec le temps de travail imm&#233;diat n&#233;cessaire &#224; sa production, mais d&#233;pend plut&#244;t de l'&#233;tat g&#233;n&#233;ral de la science et du progr&#232;s de la technologie ou de l'application de la science &#224; la production &#187; (70). Et Marx d'ajouter : &#171; Aussit&#244;t que le travail, dans sa forme imm&#233;diate, cesse d'&#234;tre la source principale de la richesse, le temps de travail cesse, et doit cesser, d'&#234;tre sa mesure ; par cons&#233;quent, la valeur d'&#233;change cesse d'&#234;tre la mesure de la valeur d'usage. Le surplus de travail de la masse a cess&#233; d'&#234;tre la condition du d&#233;veloppement de la richesse sociale, de m&#234;me que le non-travail de quelques-uns a cess&#233; de l'&#234;tre pour le d&#233;veloppement des pouvoirs g&#233;n&#233;raux de l'insecte humain. De la sorte, la production fond&#233;e sur la valeur d'&#233;change s'effondre, et le proc&#232;s de production imm&#233;diat perd sa forme de besoin urgent et son antagonisme. &#187; (71) Il est bon de pr&#233;ciser que ces phrases de Marx, souvent &#233;voqu&#233;es et incontestablement&lt;br class='autobr' /&gt;
visionnaires, sont n&#233;anmoins quelque peu obscures. Elles le sont parce que le sens de l'affirmation &#171; la production fond&#233;e sur la valeur d'&#233;change &#187; n'est pas d'une grande clart&#233;. Cela signifie-t-il que, d&#233;pass&#233; par son propre d&#233;veloppement, le capitalisme touche &#224; sa fin ? Ou que l'antagonisme ouvriers-capital est finalement r&#233;solu ? Personnellement, je ne le pense pas, mais la question reste ouverte. Quant &#224; l'aspect visionnaire de ce passage, il est ind&#233;niable. Ces phrases nous donnent de stimulantes cl&#233;s pour lire le temps pr&#233;sent et, en particulier, le sens de la r&#233;volution informatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx continue : les produits de l'industrie deviennent maintenant des &#171; organes du cerveau humain cr&#233;&#233;s par la main humaine : une force objectiv&#233;e de la connaissance. Le d&#233;veloppement du capital fixe r&#233;v&#232;le jusqu'&#224; quel point la connaissance, ou knowledge, sociale g&#233;n&#233;rale est devenue une force productive imm&#233;diate et, par cons&#233;quent, jusqu'&#224; quel point les contradictions du processus de la vie sociale elle-m&#234;me sont entr&#233;es sous le contr&#244;le du general intellect et (ont &#233;t&#233;) remodel&#233;es en rapport avec celui-ci &#187; (72). De ce passage de Marx, on peut comprendre que les contradictions de la production manufacturi&#232;re s'&#233;tendent &#224; la sph&#232;re du travail &#171; immat&#233;riel &#187;. Negri a donc raison quand il affirme que, dans une telle situation, le probl&#232;me du sujet r&#233;volutionnaire se pose diff&#233;remment. Une fois d&#233;pass&#233;e la centralit&#233; de l'usine, les possibles sujets antagonistes se multiplient, en m&#234;me temps que tombe toute id&#233;e de &#171; n&#233;cessit&#233; &#187;. Mais alors, pourquoi proposer une cat&#233;gorie unique, la multitude, qui annule forc&#233;ment toute diff&#233;rence ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a davantage. Interpr&#233;tant de fa&#231;on unilat&#233;rale les affirmations de Marx, Negri semble soutenir que le capitalisme s'est d&#233;j&#224; &#233;teint en tant que mode de production et qu'il survit uniquement comme pure domination ou &#171; dispositif de contr&#244;le &#187; (73). Et comme si cela ne suffisait pas, il lorgne vers toutes les utopies technologiques, depuis la &#171; fin du travail &#187; jusqu'aux mythes de la soci&#233;t&#233; post-industrielle et les anthropologies du cyberespace. &#171; Dans l'expression de sa propre &#233;nergie cr&#233;atrice, le travail immat&#233;riel semble ainsi fournir le potentiel pour une sorte de communisme spontan&#233; et &#233;l&#233;mentaire. &#187; (74)&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'interpr&#233;tation de Negri, le communisme ne jaillit plus de l'antagonisme ou du refus collectif de la coop&#233;ration capitaliste mais, au contraire, de sa plus grande extension gr&#226;ce &#224; la science et &#224; la technique. Il en vient &#224; soutenir les plus vieilles causes n&#233;o-lib&#233;rales : le nouveau f&#233;d&#233;ralisme, l'Union europ&#233;enne et m&#234;me les &#171; entrepreneurs socialis&#233;s &#187; (en italien : imprenditorialit&#224; comune) de V&#233;n&#233;tie, &#171; tous ceux qui ont mis leur &#233;nergie, leur intellectualit&#233;, leur force de travail et leur force d'invention [s'agirait-il l&#224; d'une nouvelle cat&#233;gorie &#171; marxiste &#187; ? NdA] au service de la communaut&#233; &#187; (75). Ainsi, le cercle se referme : l'op&#233;ra&#239;sme de Negri d&#233;bouche sur une apologie des forces productives tr&#232;s semblable &#224; celle que Panzieri avait si justement refus&#233;e quelque quarante ans auparavant. Et, exactement comme chez Tronti, dispara&#238;t toute notion d'une autonomie concr&#232;te fond&#233;e sur l'action ind&#233;pendante des sujets sociaux en lutte, de telle sorte que les deux adversaires d'il y a trente ans se retrouvent &#224; nouveau ensemble (76).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est, enfin, pour le moins cocasse de voir Negri et Hardt &#233;voquer, &#224; la fin de leur livre, saint Fran&#231;ois comme figure paradigmatique du nouveau militant (77). Dans les mouvements sociaux actuels, on lui pr&#233;f&#232;re le mot &#171; activiste &#187;, qui est moins effrayant et renvoie davantage &#224; l'action directe. Les actions festives des jeunes (et moins jeunes) qui, depuis les journ&#233;es de Seattle, emp&#234;chent de dormir les puissants de la Terre ont peu de rapports avec la &#171; militance &#187; (78). Ce qui les soutient, au contraire, c'est une volont&#233; ludique de &#171; renverser la perspective &#187;, d'en finir avec la politique traditionnelle et de cr&#233;er de nouvelles formes communautaires (79).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en revenir au th&#232;me du concept de multitude et mesurer son efficacit&#233;, il est important de signaler que l'ensemble des changements connus par le capitalisme au cours de ces derni&#232;res d&#233;cennies a enti&#232;rement dissous tout centre de gravit&#233; dans les luttes anti-syst&#232;me. Le marxisme lui-m&#234;me n'est plus qu'une parmi les multiples th&#233;ories dont peuvent user les nouveaux mouvements pour s'armer conceptuellement. Il en est d'autres : l'anarchisme, les cosmo-visions traditionnelles, la th&#233;ologie de la lib&#233;ration, etc. L'Histoire, par ailleurs, ne se fait plus uniquement en Occident. Aujourd'hui, les mouvements sociaux sont pluriels par d&#233;finition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'ont en commun les indig&#232;nes du Chiapas et les ouvriers de Fiat, les agriculteurs &#233;cologistes fran&#231;ais et les &#233;meutiers argentins, les paysans du Karnakata et les cyberpunks des m&#233;tropoles post-modernes ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans doute beaucoup, comme nous l'explique, par exemple, le commandant Mister, de l'Arm&#233;e zapatiste de lib&#233;ration nationale (EZLN) : &#171; Les gouvernements pensent que, nous les Indiens, nous ne connaissons pas le monde. Eh bien, qu'ils sachent que nous le connaissons et que nous sommes au courant des plans de mort qu'on dresse contre l'humanit&#233; et aussi des luttes des peuples pour leur lib&#233;ration. Nous connaissons le monde, et m&#234;me le Japon. Parce que nous connaissons tous ces hommes et toutes ces femmes qui sont venus dans nos villages et qui nous ont parl&#233; de leurs luttes, de leurs mondes et de tout ce qu'ils font. A travers leurs paroles, nous avons voyag&#233;, vu et connu plus de terres que n'importe quel intellectuel. &#187; (80)&lt;br class='autobr' /&gt;
Il importe de refaire au plus vite ce monde qui ne nous appartient pas. Chaque sujet, chaque mouvement, chaque communaut&#233; en lutte cherche la rencontre avec l'autre, en exigeant dans le m&#234;me temps de conserver une perspective et une identit&#233; propres. Et cela me para&#238;t un grand pas en avant. Ce n'est pas par hasard si, par exemple, dans les mouvements indig&#232;nes m&#233;so-am&#233;ricains, on parle de moins en moins d'interculturalit&#233; et de plus en plus de multiculturalit&#233;. Alors que le premier concept postule une synth&#232;se obligatoire, le second conserve les tensions et les particularit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est incontestable que nous avons besoin de concepts nouveaux pour mettre ces diff&#233;rences en valeur, et c'est &#224; juste titre que Negri critique celui de &#171; peuple &#187;. Mais, pourquoi, en ce cas, les &#233;craser en les annulant au sein d'une abstraction philosophique vieille de trois si&#232;cles ? Comme son ant&#233;c&#233;dent, l'ouvrier social, la multitude est un concept forc&#233;. A la fin de son parcours, Negri en revient au p&#233;ch&#233; originel de l'op&#233;ra&#239;sme italien : la recherche incessante d'une &#171; centralit&#233; &#187;, quelle qu'elle soit, le f&#233;tichisme du travail productif, l'incapacit&#233; de sortir de l'horizon de l'usine (81). Le r&#233;sultat en est un sujet sans histoire, une forme sans contenu, derni&#232;re adaptation de la vieille torsion par laquelle la classe ouvri&#232;re ne cesse jamais de harceler le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;EPILOGUE. LA FIN DE L'ETAT-NATION ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; son aversion d&#233;clar&#233;e pour la pens&#233;e dialectique, la construction th&#233;orique de Negri n'a jamais cess&#233; d'&#234;tre h&#233;g&#233;lienne (82). Tant dans Empire que dans ses livres pr&#233;c&#233;dents, on trouve toujours, sous-jacente chez Negri, l'id&#233;e d'une th&#233;ologie n&#233;cessaire, d'un mouvement circulaire et d'une fin heureuse, d&#233;j&#224; pr&#233;sente dans les d&#233;buts. On nous y indique, par exemple, que les r&#233;volutions du XXe si&#232;cle ne furent jamais vaincues, mais qu'elles &#171; ont toutes pouss&#233; en avant et transform&#233; les termes des conflits de classe, posant les conditions d'une nouvelle subjectivit&#233; politique &#187; (83). Autrement dit, qu'elles pr&#233;par&#232;rent l'&#233;v&#233;nement de la r&#233;alit&#233; ultime de notre temps, l'Empire, et de son n&#233;cessaire ennemi, la multitude. De la m&#234;me fa&#231;on que l'esprit du monde se manifeste progressivement dans l'Histoire en sautant d'un c&#244;t&#233; &#224; l'autre du monde, l'&#233;piphanie imp&#233;riale s'incarne dans des &#233;tapes et des figures remarquables qui, &#224; chaque moment, lui accordent des caract&#232;res distinctifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;pop&#233;e commence dans la boutique de Spinoza et l'un de ses &#233;pisodes centraux est, semble-t-il, la Constitution am&#233;ricaine parce qu'elle repose sur &#171; l'exode, sur des valeurs affirmatives et non dialectiques, et sur le pluralisme et la libert&#233; &#187; (84). On assiste ici au retour du vieil attachement op&#233;ra&#239;ste pour les Etats- Unis, assaisonn&#233; &#224; pr&#233;sent &#224; quelques (malheureuses) affirmations de Hannah Arendt sur la r&#233;volution am&#233;ricaine (85).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Noam Chomsky, sans doute un des meilleurs analystes des Etats-Unis, nous a pourtant enseign&#233; que &#171; la Constitution de ce pays n'est qu'une cr&#233;ation con&#231;ue pour maintenir la populace &#224; sa place et &#233;viter que, ne serait-ce que par erreur, elle puisse avoir la mauvaise id&#233;e de prendre son destin entre ses mains &#187; (86). Dans le m&#234;me sens, Boron affirme que, contrairement &#224; ce que croit Negri, ce document nous offre un clair exemple du haut degr&#233; de conscience anti-populaire et anti-d&#233;mocratique qu'avaient ses cr&#233;ateurs. Alors, faut-il voir, chez Negri et Hardt, de l'ing&#233;nuit&#233;, de l'opportunisme ou un sens du marketing ? Et est-ce qu'au bout du compte, l'anarchiste Chomsky ne serait pas en train de donner une le&#231;on de marxisme au bolchevique Antonio Negri ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Une autre des fantaisies n&#233;o-lib&#233;rales avalis&#233;es par les auteurs d'Empire tient &#224; l'affirmation que l'Etat-nation serait en voie d'extinction. Avouons qu'il est pour le moins amusant que Negri &#8211; un admirateur de L&#233;nine et, en outre, un vieux strat&#232;ge de la prise du pouvoir &#233;tatique &#8211; tire aujourd'hui une telle absurdit&#233; de sa manche (87). D'autant qu'au nombre des rares propositions pratiques d'Empire, on retient celles du salaire social (resuc&#233;e du vieux &#171; salaire garanti &#187; de Potere Operaio) et celle la citoyennet&#233; globale. Autrement dit, des revenus et des papiers garantis &#224; tout le monde, ind&#233;pendamment de la nationalit&#233;, de la classe et de la condition sociale de tout un chacun. Sans vouloir entrer ici dans la discussion autour du sens politique et de l'opportunit&#233; de telles revendications, on peut n&#233;anmoins signaler leur aspect paradoxal : si, d'ores et d&#233;j&#224;, l'Etat n'existe plus, &#224; qui s'adressent donc Negri et Hardt ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus d'&#233;volution de l'Etat est, en r&#233;alit&#233;, terriblement contradictoire. D'un c&#244;t&#233;, la vague de privatisations a &#233;rod&#233; ses fonctions re-distributives, et sa cr&#233;dibilit&#233;, d&#233;truisant les sph&#232;res publiques en faveur du secteur priv&#233;. De l'autre, en &#233;levant le niveau de conflictualit&#233;, il a &#233;t&#233; contraint d'augmenter ses fonctions r&#233;pressives. C'est pourquoi nous n'avons pas affaire aujourd'hui &#224; ces Etats d&#233;graiss&#233;s dont parlent les n&#233;o-lib&#233;raux avalis&#233;s par Negri, mais plut&#244;t &#224; une sorte de keyn&#233;sianisme de guerre qui d&#233;vore les ressources publiques, &#244;tant aux pauvres pour donner aux riches dans des proportions jamais atteintes auparavant (88), et c'est dans ce but qu'on agite &#233;ternellement l'&#233;pouvantail de la guerre contre les &#171; Etats voyous &#187; (Irak, Cor&#233;e, Libye, Liban, etc.) ou contre les ennemis de l'int&#233;rieur (89). De tout cela, on peut conclure que, tant dans les domaines &#233;conomique que politique, les fonctions remplies par l'Etat demeurent indispensables pour le capitalisme, puisque celui-ci ne pourrait pas survivre une semaine si celui-l&#224; cessait de lui fournir non seulement les garanties politiques et militaires dont il a besoin, mais aussi d'&#233;normes ressources &#233;conomiques. De ce point de vue, le cas des Etats-Unis est significatif : les astronomiques subsides pour l'agriculture ou les mesures de soutien au secteur du transport a&#233;rien apr&#232;s le 11-Septembre prouvent ais&#233;ment que l'app&#233;tit pour ce genre de subventions n'a pas l'air de faiblir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la question de l'imp&#233;rialisme, la r&#233;flexion de Negri part, comme toujours, d'inqui&#233;tudes l&#233;gitimes. On ne peut &#234;tre, &#233;videmment, que d'accord avec lui sur la n&#233;cessit&#233; de revoir les vieilles th&#233;ories, mais pour ce faire, il faudrait d'abord reconna&#238;tre que &#8211; bien que la dynamique de leurs rapports change constamment (90) &#8211; tous les Etats sont potentiellement imp&#233;rialistes. Ensuite, il faudrait admettre qu'aucun Etat ne se trouve aujourd'hui en condition de concurrencer les Etats-Unis dans les domaines militaire, &#233;conomique, politique ou culturel, ce qui rend caduque une des principales caract&#233;ristiques de l'imp&#233;rialisme classique, tel que l'analysait Rosa Luxemburg, &#224; savoir l'existence d'un certain niveau de concurrence entre Etats pour la conqu&#234;te de march&#233;s, de territoires ou de mati&#232;res premi&#232;res (91). Depuis la chute du bloc sovi&#233;tique, aucun Etat ou r&#233;gion g&#233;opolitique n'a pu contrecarrer le pouvoir des Etats-Unis. Comment d&#233;signer cette nouvelle r&#233;alit&#233; ? Empire ? Imp&#233;rialisme ? Le nom, en fait, importe peu, d&#232;s l'instant qu'il appara&#238;t tr&#232;s clairement qu'un seul pays, les Etats-Unis, est en train d'imposer un syst&#232;me plan&#233;taire d'Etats vassaux organis&#233;s en souverainet&#233;s limit&#233;es, syst&#232;me qui, ironie de l'Histoire, ressemble &#233;norm&#233;ment &#224; celui que, pendant des d&#233;cennies, l'Union sovi&#233;tique imposa &#224; ses satellites (92). Ce syst&#232;me exige des Etats qui le composent qu'ils soient faibles vers l'ext&#233;rieur, c'est-&#224;-dire mall&#233;ables et sensibles aux besoins am&#233;ricains, mais forts &#224; l'int&#233;rieur, autrement dit, r&#233;pressifs et capables d'imposer ces m&#234;mes besoins &#224; leurs subordonn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce nouvel ordre mondial ne cesse, cependant, d'engendrer des frictions et du malaise, en particulier &#8211; mais non exclusivement &#8211; entre les &#171; classes dangereuses &#187; d'un monde de plus en plus en proie &#224; la pauvret&#233;, &#224; l'ins&#233;curit&#233; et aux probl&#232;mes environnementaux. Les zapatistes du Chiapas, les piqueteros argentins, les cocaleros de Bolivie, Lula au Br&#233;sil, Chavez au Venezuela, le cours nouveau en Equateur, sont autant de signes de crise dans l'arri&#232;re-cour m&#234;me de l'Empire. En Europe, le vent de G&#234;nes 2001 n'a pas cess&#233; de souffler et les manifestations contre la guerre se sont multipli&#233;es. Les ruptures, quand il y en a, surgissent des mouvements sociaux, comme un &#171; ya basta &#187; g&#233;n&#233;ralis&#233;, et non par l'entremise des partis politiques qui, &#224; quelques rares exceptions, acceptent, m&#234;me quand ils sont de gauche, l'ordre &#233;tabli. Nous sommes donc bien loin de cet Empire d&#233;-centr&#233; et d&#233;territorialisant th&#233;oris&#233; par nos auteurs. Les &#233;v&#233;nements du 11-Septembre et la r&#233;action qu'ils suscit&#232;rent dans l'administration Bush prouvent, une fois de plus, l'&#233;chec de leur mod&#232;le th&#233;orique : cette r&#233;action est celle d'un Etat imp&#233;rialiste qui pr&#233;tend ajuster la plan&#232;te &#224; ses inter&#234;ts (93).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Aujourd'hui, note Eric Hobsbawm, de m&#234;me que tout au long du XXe si&#232;cle, il y a une absence totale d'autorit&#233; mondiale effective qui soit capable de contr&#244;ler ou de r&#233;soudre des disputes arm&#233;es. La mondialisation a avanc&#233; dans presque tous les domaines &#8211; &#233;conomique, technologique, culturel et m&#234;me linguistique &#8211; except&#233; en un seul, le domaine militaire et politique. Les Etats territoriaux sont encore les seules autorit&#233;s effectives &#187; (94). Proclamer la fin de l'Etat ne nous est donc d'aucune utilit&#233;. C'est m&#234;me une id&#233;e n&#233;faste puisqu'elle ne contribue en rien &#224; l'action. Et si cette affirmation peut para&#238;tre d'une terrible banalit&#233;, il n'est pas inutile de la rappeler quand nous lisons, dans la revue Rebeld&#237;a, que ceux qui la font se sentent partie prenante d'une &#171; gauche qui n'est plus dispos&#233;e &#224; continuer de perdre son temps autour de la dispute d'un pouvoir national qui n'existe plus &#187; (95) (soulign&#233; par moi). Car rien n'est plus faux. Une chose est de dire, comme John Holloway &#8211; et avant lui les zapatistes, et bien avant encore les libertaires de toutes les tendances &#8211; que le monde ne peut &#234;tre chang&#233; en &#171; prenant &#187; le pouvoir d'Etat, et une autre, tr&#232;s diff&#233;rente, est de d&#233;clarer que le pouvoir national n'existe plus (96).&lt;br class='autobr' /&gt;
Qui envoie les tanks au Chiapas ? Qui arme les para-militaires ? Qui est derri&#232;re le plan Puebla Panama ? Le fameux appareil d&#233;-centr&#233; et d&#233;territorialisant ? Pas le moins du monde ! C'est bien un pouvoir national tr&#232;s identifiable : l'Etat mexicain. Les Etats-nations continuent d'exister, et ils sont &#224; la fois nos ennemis et nos interlocuteurs. Face &#224; eux, nous ne pouvons pas baisser la garde : nous devons faire pression sur eux, livrer bataille contre eux, les harceler. Nous devrons, &#224; l'occasion, n&#233;gocier avec eux, et nous le ferons en toute autonomie. Les zapatistes ont d&#233;montr&#233; que cela &#233;tait possible et, si les r&#233;sultats obtenus n'ont pas &#233;t&#233; &#224; la hauteur de leurs esp&#233;rances, ils leur ont au moins permis, contrairement &#224; d'autres, d'avoir conserv&#233; leur dignit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre voie, celle des mouvements pour l'humanit&#233; et contre le n&#233;o-lib&#233;ralisme, n'est pas exempte d'obstacles. Comme le sugg&#232;re Michael Albert, animateur de la revue Z Magazine (et du site Znet), elle implique, outre de la radicalit&#233; th&#233;orique et pratique, de la ductilit&#233;, de la patience et une certaine dose de pragmatisme (97). Car il faut le r&#233;p&#233;ter encore : le capitalisme et l'Etat-nation, ces deux monstres cr&#233;&#233;s par l'Occident, sont venus ensemble et ils dispara&#238;tront ensemble. Et si nous ne savons pas les noyer dans un oc&#233;an de rires, ils nous tiendront encore compagnie pendant quelque temps, comme le dinosaure de Tito Monterroso (98).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Claudio Albertani&lt;br&gt;
Tepoztl&#225;n, Morelos, M&#233;xico,&lt;br&gt;
novembre 2002-janvier 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Texte (in&#233;dit) traduit de l'espagnol par Miguel Chueca.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Je remercie Gianni Armaroli, Gianni Carrozza, Clara Ferri, Malena Fierros, John Holloway, Furio Lippi, Ra&#250;l Ornelas et Tito Pulsinelli pour leurs commentaires et leurs suggestions.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Michael Hardt et Antonio Negri, Empire, Harvard University Press, 2000. [Nous suivrons ici la version fran&#231;aise (Exils Editeurs, 2000), NdT.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) Empire, &#171; L'agonie de la discipline sovi&#233;tique &#187;, pp. 337-341.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(3) Empire, p. 19.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(4) M. Hardt, &#171; Il tramonto del mondo contadino nell'Impero &#187; dans la revue Posse. Pol&#237;tica. Filosofia. Moltitudini, Manifestolibri Edizioni, mai 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(5) Atilio A. Boron, Imperio. Imperialismo. Una lectura cr&#237;tica de Michael Hardt y Antonio Negri, Buenos Aires, CLACSO, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(6) Michel Foucault, Microf&#237;sica del poder, Ediciones de la Piqueta, 1978, p. 7.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(7) Negri et Hardt avaient d&#233;j&#224; pris leurs distances &#224; l'&#233;gard du post-modernisme dans leur livre Il lavoro di Dioniso. Per la critica dello Stato postmoderno, Manifestolibri, 1995, pp. 25-28. Dans Empire, ils pr&#233;cisent : &#171; Les divers courants de pens&#233;e postmodernistes [sont] les sympt&#244;mes d'une rupture dans la tradition de la souverainet&#233; moderne &#187;, qui &#171; indiquent le passage vers la constitution de l'Empire &#187; (p. 186).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(8) Il y a quelques ann&#233;es, Negri &#233;tait l'auteur de r&#233;f&#233;rence de certains marxistes am&#233;ricains. L'un d'entre eux, Harry Cleaver, &#233;crivit que &#171; si Marx ne voulait pas dire ce que dit Negri, eh bien, tant pis pour Marx &#187; (sic). (Cf. George Katsiafikas, The Subversion of Politics. European Autonomous Social Movements and the Decolonization of Everyday Life, Humanities Press International, New Jersey, 1997, p. 226).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(9) Cette br&#232;ve reconstruction se fonde sur le livre de Nanni Balestrini et Primo Moroni, L'Orda d'Oro. 1968-1977. La grande ondata rivoluzionaria e creativa, politica ed esistenziale, Feltrinelli, Milan, 1997, et sur celui d'Oreste Scalzone et Paolo Persichetti, la R&#233;volution et l'Etat. Insurrections et &#171; contre-insurrection &#187; dans l'Italie de l'apr&#232;s-68, Dagorno, 2000. On lira aussi Futuro Anteriore. Dai Quaderni Rossi ai movimenti globali : ricchezze e limiti dell'operaismo italiano, Derive/Approdi, Roma, 2002. J'ai &#233;galement consult&#233; le site &lt;a href=&#034;http://www.intermarx.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.intermarx.com&lt;/a&gt; (en particulier les excellents &#233;crits de Maria Turchetto et de Damiano Palano), les revues Vis-&#224;-Vis et Primo Maggio, ainsi qu'un vieil essai que j'avais publi&#233; anonymement sous le titre &#171; Proletari se voi sapeste &#187; dans Al tramonto. Operaismo italiano e dintorni, suppl&#233;ment de la revue Insurrezione (Renato Varani editore, Milan, 1982).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(10) Franco Alasia, Danilo Montaldi, Milano, Corea, Feltrinelli, 1978, p. 184.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(11) R. Panzieri, La crisi del movimento operaio. Scritti, interventi, lettere, 1956-1960, Lampugnani, 1973. Panzieri fut directeur de la revue th&#233;orique du PSI, Mondo Operaio.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(12) Cf. R. Panzieri, Spontaneit&#224; e Organizzazione. Gli anni dei Quaderni Rossi. Scritti Scelti, Biblioteca Franco Serantini, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(13) K. Marx, El Capital, Editorial Librer&#237;as Allende, 1977, pp. 328-330. [C'est cette m&#234;me expression de &#171; travailleur collectif &#187; qui figure dans la version fran&#231;aise, NdT].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(14) Cf. K. Marx, Le Capital. Livre I, Chapitre VI (in&#233;dit), Union g&#233;n&#233;rale d'&#233;ditions, 1971.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(15) R. Panzieri, &#171; Sull'uso capitalistico delle macchine nel neocapitalismo &#187; et &#171; Plusvalore e pianificazione. Appunti di lettura del Capitale &#187;, dans Spontaneit&#225;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(16) Sergio Bologna, &#171; Il rapporto fabbrica-societ&#224; come categoria storica &#187;, Primo Maggio, n&#176; 2, Milan, 1974.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(17) Antonio Gramsci, Quaderni del Carcere, &#233;dition de Valentino Gerratana, Einaudi, Turin, 1977, cahier 22, &#171; Americanismo e fordismo &#187;, p. 2146.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(18) R. Alquati, Composizione organica del capitale e forza-lavoro alla Olivetti, Quaderni Rossi, n&#176; 2, 1962, pp. 63-98. En 1975, cet auteur a rassembl&#233; ses &#233;crits dans Sulla Fiat e altri scritti, Milan, Feltrinelli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(19) Danilo Montaldi, &#171; Il significato dei fatti di luglio &#187;, Quaderni di Unit&#224; Proletaria, n&#176; 1, 1960. Montaldi &#233;tait un intellectuel libertaire proche du groupe Socialisme ou Barbarie. Sans appartenir au r&#233;seau, il exer&#231;a une forte influence sur les premiers op&#233;ra&#239;stes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(20) En plus des protagonistes d&#233;j&#224; cit&#233;s, il faut mentionner, parmi les membres de Classe Operaia, Giairo Daghini, Luciano Ferrari-Bravo, Guido Bianchini, Enzo Grillo (traducteur des Grundrisse en italien), Oreste Scalzone, Franco Piperno, Franco Berardi, Gianfranco Della Casa, Gaspare de Caro, Gianni Amaroli et Ricardo d'Este.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(21) Classe Operaia, n&#176; 1, janvier 1964. Repris in Mario Tronti, Operai e Capitale, Einaudi, Turin, 1966 (nouvelle &#233;dition, 1971), pp. 89-95. (Une version fran&#231;aise de ce texte a paru chez Christian Bourgois.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(22) Tronti, op. cit., pp. 298-299.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(23) Tronti, op. cit., pp 81 et 84.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(24) Tronti, op. cit., p. 53.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(25) Tronti, entrevue parue dans L'Unit&#224;, Rome, 8 d&#233;cembre 2001. Dans un entretien pr&#233;c&#233;dent, dat&#233; du 8 ao&#251;t 2000, Tronti d&#233;clara : &#171; Nous f&#251;mes victimes d'une illusion optique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(26) Tronti, op. cit., p. 14.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(27) Dans ses Considerations on Western Marxism (New Left Book, Londres, 1976), Perry Anderson ne consacre pas une ligne &#224; l'op&#233;ra&#239;sme italien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(28) Dans Dialectique n&#233;gative, Adorno affirma la supr&#233;matie de l'&#171; objet &#187; (traduction en italien, Einaudi, 1975, pp. 156-157).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(29) Voir, par exemple, R. Panzieri, &#171; Plusvalore e capitale &#187;, op. cit., o&#249; l'auteur signale l'unit&#233; du capitalisme comme fonction sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(30) Marx, El Capital, tome I, p. 88.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(31) Pages de Karl Marx. Choisies, traduites et pr&#233;sent&#233;es par Maximilien Rubel. 1. Sociologie critique, Payot, 1970, p. 103.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(32) Tronti, op. cit., p. 221.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(33) Empire, pp. 261 et 291.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(34) Le dernier num&#233;ro de la revue parut en mars 1967.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(35) Gianni Armaroli (collaborateur g&#233;nois de Classe Operaia), lettre &#224; l'auteur, 30 d&#233;cembre 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(36) Les principaux th&#233;oriciens des conseils ouvriers furent les tribunistes hollandais (ainsi nomm&#233;s &#224; cause du p&#233;riodique qu'ils &#233;ditaient, De Tribune) Anton Pannekoek et Herman Gorter ; &#224; c&#244;t&#233; des Allemands Karl Korsch, Otto Ruhle et Paul Mattick.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(37) Contrairement &#224; ce qu'on dit souvent (voir, par exemple, Octavio Rodr&#237;guez Araujo, Izquierdas e izquierdismos. De la Primera Internacional a Porto Alegre, Siglo XXI editores, 2002, p. 115), Bordiga n'&#233;tait pas un conseilliste, mais un partisan convaincu de l'id&#233;e bolchevique de parti. Voir l&#224;-dessus la pol&#233;mique qu'il soutint avec Gramsci in Antonio Gramsci-Amadeo Bordiga. Debate sobre los consejos de f&#225;brica, editorial Anagrama, 1973. Cependant, c'est Bordiga &#8211; fondateur et premier secr&#233;taire du PCI &#8211;, et non Gramsci, qui s'opposa &#224; la bolchevisation des partis occidentaux, impos&#233;e par l'Internationale communiste &#224; partir de 1923.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(38) Vers 1967 naquirent, &#224; G&#234;nes, le Circolo Rosa Luxemburg, la Lega Operai-Studenti et Ludd-Consigli Proletari (pr&#233;sents aussi &#224; Rome et Milan). A Turin, l'Organizzazione Consiliare na&#238;t en 1970 et Comontismo en 1971. Minoritaires, mais significatifs, ces groupes furent pratiquement effac&#233;s des histoires du mouvement de 1968.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(39) En 1969, Sergio Bologna et d'autres cr&#233;&#232;rent La Classe, une revue qui servit de porte-parole aux luttes ouvri&#232;res de Fiat. Bologna participa &#224; la fondation de Potere Operaio, avant d'animer, dans les ann&#233;es 1970 et 1980, la revue Primo Maggio, un bastion de l'op&#233;ra&#239;sme original.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(40) Tronti, entrevue cit&#233;e, 8 ao&#251;t 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(41) Entre 1968 et 1971, la tentative d&#233;boucha sur la cr&#233;ation de la revue Contropiano, dirig&#233;e par Asor Rosa et Cacciari, &#224; laquelle collabor&#232;rent aussi bien Tronti que Negri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(42) M. Tronti, Sull'autonomia del politico, Feltrinelli, 1977, pp. 7, 19 et 20.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(43) Eduardo di Giovanni, Marco Ligini, La strage di Stato, Samon&#224; e Savelli, 1970 (r&#233;&#233;dition Avvenimenti, 1993).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(44) Parmi les id&#233;es les plus curieuses de Negri, on retiendra l'&#233;loge de l' &#171; absence de m&#233;moire &#187;. Voir Antonio Negri, Du Retour. Ab&#233;c&#233;daire biopolitique, Calmann-L&#233;vy, 2002, p. 111.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(45) Cf. A. Negri, Du retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(46) Antonio Negri, Crisi dello Stato-piano, comunismo e organizzazione rivoluzionaria, Feltrinelli, 1972, p. 181. Ce &#171; n&#233;ol&#233;ninisme insurrectionnel &#187; sera syst&#233;matis&#233; in A. Negri, La fabbrica della strategia. 33 lezioni su Lenin, Libri Rossi, 1977.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(47) Un des groupes les plus connus de cette tendance &#233;tait le Collettivo di via dei Volsci, de Rome, qui allait bient&#244;t fonder Radio Onda Rossa, une station du mouvement qui existe encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(48) Negri a d&#233;velopp&#233; le th&#232;me de l'auto-valorisation dans Il dominio e il sabotaggio. Sul metodo marxista della trasformazione sociale. Feltrinelli, 1978. Cf. aussi Empire, pp. 491 et 493.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(46) Antonio Negri, Crisi dello Stato-piano, comunismo e organizzazione rivoluzionaria, Feltrinelli, 1972, p. 181. Ce &#171; n&#233;ol&#233;ninisme insurrectionnel &#187; sera syst&#233;matis&#233; in A. Negri, La fabbrica della strategia. 33 lezioni su Lenin, Libri Rossi, 1977.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(47) Un des groupes les plus connus de cette tendance &#233;tait le Collettivo di via dei Volsci, de Rome, qui allait bient&#244;t fonder Radio Onda Rossa, une station du mouvement qui existe encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(48) Negri a d&#233;velopp&#233; le th&#232;me de l'auto-valorisation dans Il dominio e il sabotaggio. Sul metodo marxista della trasformazione sociale. Feltrinelli, 1978. Cf. aussi Empire, pp. 491 et 493.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(49) A. Negri, Proletari e Stato. Per una discussione su autonomia operaia e compromesso storico, Feltrinelli, 1976, p. 30. La question de la dissolution de la soci&#233;t&#233; civile dans l'Etat est reprise dans Empire, pp. 51, 398-399.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(50) Agn&#232;s Heller, La teoria dei bisogni in Marx, Feltrinelli, 1977, p. 26.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(51) A. Negri, Marx oltre Marx. Quaderno di lavoro sui Grundrisse, Feltrinelli, 1979, p. 194.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(52) A. Negri, Il dominio&#8230;, pp. 61 et 70.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(53) Dans les ann&#233;es 70, il y eut en Italie des dizaines, et probablement des centaines, de groupes qui pratiqu&#232;rent la lutte arm&#233;e. Outre les Brigades rouges, on peut citer, parmi beaucoup d'autres, les Nuclei Armati Proletari (NAP), Prima Linea, Mai pi&#249; senza fucile, Azione Rivoluzionaria et Proletari Armati per il Comunismo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(54) Contrairement &#224; ce que je lis dans Memoria, n&#176; 167 (janvier 2003, p. 5), il n'a jamais exist&#233; en Italie un groupe appel&#233; &#171; Autonomie ouvri&#232;re &#187;. Negri dirigeait une des nombreuses organisations qui formaient le camp de l'autonomie ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(55) Sur le bilan tragique de la lutte arm&#233;e, on lira Cesare Bermani, Il nemico interno. Guerra civile e lotte di classe in Italia (1943-1976), Odradek, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(56) Rosso, mai 1978. La revue, &#233;dit&#233;e &#224; Milan, &#233;tait l'organe du Gruppo Gramsci, une organisation dirig&#233;e par Negri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(57) Apr&#232;s deux ann&#233;es d'emprisonnement, Negri fut mis en libert&#233; gr&#226;ce &#224; son &#233;lection comme d&#233;put&#233; sur les listes du Parti radical. En 1983, il s'exila en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(58) Dans les ann&#233;es 1980 et 1990, le projet d'un op&#233;ra&#239;sme libertaire est rest&#233; vivant dans la r&#233;flexion de quelques collectifs comme Primo Maggio, Collegamenti-Wobbly et Vis-&#224;-Vis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(59) Empire, pp. 183 et 187.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(60) A. Negri, Marx oltre Marx, p. 55.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(61) A. Negri, Marx oltre Marx, pp. 24-25.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(62) A. Negri, Spinoza, p. 394. Cette &#233;dition inclut : L'anomalia selvaggia (1980), Spinoza sovversivo (1985) et Democracia e eternit&#224; in Spinoza (1994), les principaux textes spinozistes de Negri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(63) Voir par exemple : Karl Korsch, Karl Marx, Laterza, 1970, p. 101.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(64) A. Negri, Spinoza, p. 35.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(65) J'ai cherch&#233;, sans succ&#232;s, une explication satisfaisante du concept de &#171; multitude &#187; dans l'oeuvre de Negri. Un de ses disciples, Paolo Virno, s'est apparemment charg&#233; de la t&#226;che dans : Grammatica della moltitudine. Per un analisi delle forme di vita contemporanee, Derive/Approdi, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(66) Norberto Bobbio-Michelangelo Bovero. Sociedad y Estado en la filosof&#237;a moderna. El modelo iusnaturalista y el modelo hegeliano-marxiano, FCE, M&#233;xico, 1994, p. 94.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(67) A. Negri-M. Hardt, Il lavoro di Dioniso, p. 27.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(68) Empire, p. 140.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(69) Empire, pp. 354-359.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(70) K. Marx, Grundrisse, tome II, p. 228.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(71) Grundrisse, pp. 228-229.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(72) Grundrisse, p. 230.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(73) Consultable sur &lt;a href=&#034;http://www.intermarx.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.intermarx.com&lt;/a&gt; : Maria Turchetto, &#171; Dall'operaio massa all'imprenditorialit&#224; comune. La sconcertante parabola dell'operaismo italiano &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(74) Empire, p. 359.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(75) Lettre de Negri &#233;crite de la prison de Rebibbia (Rome), dat&#233;e du 10 septembre 1997, d'apr&#232;s la version diffus&#233;e sur Internet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(76) Dans Il lavoro di Dioniso, pp. 29-30, Negri avoue accepter les th&#233;ories de Mario Tronti sur l'autonomie du politique. Dans Empire, en revanche, il nous informe de la disparition de &#171; la notion de l'autonomie du politique &#187; (p. 375).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(77) Empire, p. 496.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(78) D'apr&#232;s le dictionnaire de la Real Academia, un &#171; militant &#187; est quelqu'un qui se voue &#224; la milice&#8230; Les premi&#232;res critiques de la figure du militant remontent &#224; 1966 et sont dues &#224; l'Internationale situationniste. Voir De la mis&#232;re en milieu &#233;tudiant, traduit dans une vingtaine de langues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(79) Ce n'est pas le fait du hasard si les principaux disciples de Negri, les D&#233;sob&#233;issants (connus pr&#233;c&#233;demment sous le nom de Tute bianche &#8211; Combinaisons blanches &#8211; ou Association Ya Basta), sont un facteur de grande confusion dans le mouvement dit altermondialiste. Ils conjuguent le pire de la politique de la vieille gauche et le pire de l'activisme m&#233;diatique. Radicaux &#224; l'&#233;tranger (ils furent expuls&#233;s &#224; grand fracas du Mexique en 1998), ils sont dispos&#233;s &#224; tous les compromis en Italie ; pacifistes convaincus, ils diffusent de d&#233;lirantes d&#233;clarations de guerre &#224; l'adresse du gouvernement italien (mais ne savent pas &#234;tre cons&#233;quents) ; zapatistes d&#233;clar&#233;s, ils sont &#224; la recherche de charges &#233;lectives&#8230; Sur les incons&#233;quences des Tute bianche (aujourd'hui Disubbidienti), on se reportera &#224; &#171; Paint it Black. Blocchi neri, tute bianche e zapatisti nel movimento contro la globalizzazione &#187;, de Claudio Albertani, paru simultan&#233;ment dans Collegamenti-Wobbly, n&#176; 1, janvier 2002 et, en version fran&#231;aise, dans le n&#176; 12 des Temps maudits (janvier-avril 2002). Une version anglaise a paru dans New Political Science, Londres, d&#233;cembre 2002). Pour de plus amples informations sur l'activit&#233; des Disubbidienti, voir &lt;a href=&#034;http://www.ecn.org/movimento&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.ecn.org/movimento&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(80) &#171; Discours zapatistes, manifestation &#224; San Crist&#243;bal de Las Casas, Chiapas, 1er janvier 2003 &#187; &#224; consulter sur le site &lt;a href=&#034;http://chiapas.indymedia.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://chiapas.indymedia.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(81) Sur le f&#233;tichisme du travail chez Negri, cf. G. Katsiafikas, op. cit., pp. 225-232.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(82) Je reprends cet argument de l'essai de Maria Turchetto, &#171; L'impero colpisce ancora &#187; (&lt;a href=&#034;http://www.intermarx.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.intermarx.com&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(83) Empire, p. 474.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(84) Empire, p. 459.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(85) Hannah Arendt, On Revolution, (r&#233;&#233;dition : Vicking Press, 1996), surtout le chapitre III. Negri avait d&#233;j&#224; fait l'apologie de la Constitution am&#233;ricaine dans Il potere costituente. Saggio sulle alternative del moderno, SugarCo, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(86) Cit&#233; in : Boron, op. cit., p. 110.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(87) Dans une tentative de m&#233;nager Dieu et le diable, Negri formule la question qui suit : &#171; Que faire du l&#233;ninisme dans les nouvelles conditions de la force de travail ? [&#8230;] Quelle subjectivit&#233; faudra-t-il produire pour la prise du pouvoir, aujourd'hui, par le prol&#233;tariat immat&#233;riel ? &#187;. Et il r&#233;pond : &#171; Il faut mener L&#233;nine au-del&#224; de L&#233;nine, [&#8230;] vers la d&#233;mocratie absolue de la multitude &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
(!) Cf. Toni Negri, &#171; Che farne del Che fare ? Ovvero il corpo del General Intellect &#187;, Posse, mai 2002, pp. 123-133.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(88) Voir &#224; ce sujet les r&#233;centes mesures de Bush en faveur des sp&#233;culateurs financiers, qui pr&#233;voient une r&#233;duction de 300 milliards de dollars d'imp&#244;ts sur les dividendes des actionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(89) Guerre contre un seul individu, parfois, comme on l'a vu avec Ben Laden. Si l'on en croit des d&#233;clarations r&#233;centes de la Maison-Blanche, ce cycle risque de durer au moins une trentaine d'ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(90) Une des erreurs de L&#233;nine fut de croire que l'imp&#233;rialisme &#233;tait simplement une &#171; &#233;tape &#187; du capitalisme alors que, en r&#233;alit&#233;, il &#233;tait inscrit dans sa logique d&#232;s le d&#233;but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(91) Stefano Capello, &#171; L'imperialismo da Disraeli a Bush &#187;, Collegamenti n&#176; 2, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(92) Tito Pulsinelli, &#171; Sobre el se&#241;or y los vasallos. Estados Unidos en el atardecer del neoliberalismo &#187;. A consulter sur le site &lt;a href=&#034;http://www.lafogata.org/02inter/8internacional/sobre.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.lafogata.org/02inter/8internacional/sobre.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(93) Negri s'est d'ailleurs senti tr&#232;s peu &#224; l'aise face &#224; ces &#233;v&#233;nements. Il a d'abord interpr&#233;t&#233; la chute des tours jumelles comme une affaire interne &#224; l'Empire, quelque chose &#171; qui lui appartient &#187; en propre, avant de rectifier, en soutenant que nous sommes face &#224; une r&#233;action imp&#233;rialiste contre l'Empire. Hardt a soutenu, lui, cette seconde version dans un article r&#233;cent o&#249; il exhortait &#171; les &#233;lites &#224; agir dans leur propre int&#233;r&#234;t comme r&#233;seau imp&#233;rial d&#233;-centr&#233;, interrompant de la sorte le processus de conversion des Etats-Unis en un &#8220;pouvoir imp&#233;rialiste selon le vieux mod&#232;le europ&#233;en&#8221; &#187;. Curieux appel, en v&#233;rit&#233;, venant d'un proph&#232;te de la &#171; multitude &#187; ! Du retour, p. 185 et p. 209. Entrevue parue dans Il Manifesto, 14 septembre 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(94) Eric Hobsbawm, &#171; La guerra y la paz en el siglo XX &#187;, La Jornada, M&#233;xico, 24 mars 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(95) Rebeld&#237;a, &#233;ditorial du n&#176; 1, M&#233;xico, nov. 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(96) John Holloway, Change the World without Taking Power, Pluto Press, 2002. C'est &#224; tort que de nombreux commentateurs ont voulu mettre Holloway et Negri dans le m&#234;me sac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(97) Benedetto Vecchi, &#171; Democrazia in Movimento &#187;, Il Manifesto, 18 janvier 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(98) Claudio Albertani fait ici allusion &#224; une fameuse nouvelle du romancier Tito Monterroso, qui pr&#233;sente cette particularit&#233; de ne contenir qu'une seule phrase : &#171; Al d&#237;a siguiente, cuando despert&#243;, el dinosaurio segu&#237;a todav&#237;a ah&#237; &#187;, proprement intraduisible du reste, puisque le sujet de la subordonn&#233;e n'est pas explicit&#233; et qu'on ne sait pas s'il s'agit de &#171; &#233;l &#187;, de &#171; ella &#187;, voire de &#171; Usted &#187; : &#171; Le lendemain, quand il s'&#233;veilla [ou : &#171; quand elle s'&#233;veilla &#187; ou : &#171; quand vous vous &#234;tes &#233;veill&#233; &#187; ou &#171; &#233;veill&#233;e &#187;], le dinosaure &#233;tait encore l&#224;. &#187; (NdT).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Combattre la biom&#233;trie</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article496</link>
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		<dc:date>2007-10-24T21:57:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Collectif anti-biom&#233;trie</dc:creator>


		<dc:subject>Technocritique</dc:subject>
		<dc:subject>S&#233;ditions graphiques (Paris)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Au sommaire :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Tracts, r&#233;cits et r&#233;flexions autour de l'action de destruction de bornes biom&#233;triques qui a eu lieu le 17 novembre 2005 dans un lyc&#233;e de la Vall&#233;e de Chevreuse, &#224; Gif-sur-Yvette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et aussi :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#034;Ne laissez pas les machines jouer avec les enfants&#034; par Jean-Philippe Joseph, Christine Rojewski et Jean-Pierre Joseph &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#034;Biom&#233;trie : l'identification ou la r&#233;volte&#034; par Celia Izoard
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#034;Logiques biom&#233;triques&#034; par Kamo
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#034;Non &#224; la biom&#233;trie. D&#233;sob&#233;issons pendant qu'il est encore temps&#034; par Giorgio Agamben
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#034;La France contre les robots&#034; par Georges Bernanos&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique7" rel="directory"&gt;C&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;Technocritique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;S&#233;ditions graphiques (Paris)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH139/arton496-f400f.jpg?1780470078' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='139' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff496.jpg?1192120747&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En 2004, les industriels de micro-&#233;lectronique (Gixel) publiaient leur Livre Bleu conseillant au gouvernement de faire accepter la biom&#233;trie par le conditionnement des plus jeunes, et prescrivaient une &#171; &#233;ducation d&#232;s l'&#233;cole maternelle &#187; pour les technologies susceptibles d'&#234;tre mal accueillies et de susciter des r&#233;sistances populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 2005 cette propagande se mat&#233;rialise avec l'installation progressive de bornes biom&#233;triques dans les &#233;tablissement scolaires pour g&#233;rer l'acc&#232;s des &#233;l&#232;ves &#224; la cantine, comme dans une &#233;cole maternelle &#224; Angers ou au lyc&#233;e de Gif-sur-Yvette, dans l'Essone (91), parmi tant d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 17 novembre 2005, une vingtaine de clowns sont all&#233;s dans ce lyc&#233;e de la Vall&#233;e de Chevreuse pour y d&#233;truire les bornes biom&#233;triques et inviter les &#233;l&#232;ves du lyc&#233;e &#224; se poser quelques questions sur ces nouvelles machines. Trois d'entre eux ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s, puis jug&#233;s le 20 janvier 2006, pour &#171; intrusion dans un &#233;tablissement scolaire et d&#233;gradation de biens priv&#233;s &#224; usage public en r&#233;union &#187;. Ce jour-l&#224;, les inculp&#233;s ont tent&#233; d'expliquer leurs motivations, soutenus par de nombreuses personnes venues t&#233;moigner et manifester, par leur pr&#233;sence, leur hostilit&#233; &#224; ces dispositifs. Mais ni les inculp&#233;s, ni les t&#233;moins n'ont eu la parole, si ce n'est pour s'en tenir strictement aux faits. Ils ont &#233;t&#233; condamn&#233;s &#224; trois mois de prison avec sursis chacun, 1&#8197;500 euros d'amende et 9&#8197;000 euros de d&#233;dommagement pour le lyc&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Combattre la biom&#233;trie
&lt;p&gt;Appel &#224; soutien&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En 2004, les industriels de micro-&#233;lectronique (Gixel) publiaient leur Livre Bleu conseillant au gouvernement de faire accepter la biom&#233;trie par le conditionnement des plus jeunes, et prescrivaient une &#171; &#233;ducation d&#232;s l'&#233;cole maternelle &#187; pour les technologies susceptibles d'&#234;tre mal accueillies et de susciter des r&#233;sistances populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 2005 cette propagande se mat&#233;rialise avec l'installation progressive de bornes biom&#233;triques dans les &#233;tablissement scolaires pour g&#233;rer l'acc&#232;s des &#233;l&#232;ves &#224; la cantine, comme dans une &#233;cole maternelle &#224; Angers ou au lyc&#233;e de Gif-sur-Yvette, dans l'Essone (91), parmi tant d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 17 novembre 2005, une vingtaine de clowns sont all&#233;s dans ce lyc&#233;e de la Vall&#233;e de Chevreuse pour y d&#233;truire les bornes biom&#233;triques et inviter les &#233;l&#232;ves du lyc&#233;e &#224; se poser quelques questions sur ces nouvelles machines. Trois d'entre eux ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s, puis jug&#233;s le 20 janvier 2006, pour &#171; intrusion dans un &#233;tablissement scolaire et d&#233;gradation de biens priv&#233;s &#224; usage public en r&#233;union &#187;. Ce jour-l&#224;, les inculp&#233;s ont tent&#233; d'expliquer leurs motivations, soutenus par de nombreuses personnes venues t&#233;moigner et manifester, par leur pr&#233;sence, leur hostilit&#233; &#224; ces dispositifs. Mais ni les inculp&#233;s, ni les t&#233;moins n'ont eu la parole, si ce n'est pour s'en tenir strictement aux faits. Ils ont &#233;t&#233; condamn&#233;s &#224; trois mois de prison avec sursis chacun, 1&#8197;500 euros d'amende et 9&#8197;000 euros de d&#233;dommagement pour le lyc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les dispositifs biom&#233;triques ont d'abord &#233;t&#233; install&#233;s dans des zones dites &#171; sensibles &#187; (prisons, a&#233;roports...). Ils se multiplient depuis quelques ann&#233;es dans de nombreux domaines de la vie quotidienne. &#171; BIO-M&#233;TRIE &#187;, c'est-&#224;-dire la mesure de parties du corps (iris de l'&#339;il, empreintes digitales, contour de la main, du visage...) ou de comportements (d&#233;marche, mani&#232;re de signer...) propres &#224; chaque individu. Les parties de mon corps sont num&#233;ris&#233;es, puis enregistr&#233;es dans des bases de donn&#233;es, et r&#233;activ&#233;es &#224; chaque fois qu'il faut m'identifier. Ce n'est plus ma parole qui compte, la confiance ou le conflit entre humains, mais la v&#233;rification syst&#233;matique de donn&#233;es par une machine. C'est l'ordinateur qui d&#233;cide, instance sup&#233;rieure, qui rationalise les d&#233;cisions humaines selon des protocoles binaires. Plus de n&#233;gociations possibles, de droit &#224; l'erreur, ni &#224; l'oubli. Tu mets ta main dans une machine, et selon des crit&#232;res pr&#233;d&#233;finis, la porte s'ouvre &#8211; ou pas. Ne nous voilons pas la face : il existe une demande sociale en faveur de ce type de contr&#244;le ; et comme pour le GPS ou les cam&#233;ras de surveillance, cette demande n'&#233;mane malheureusement pas que des flics et des patrons. Nous sommes partout riv&#233;s &#224; nos portables, ce qui permet &#224; la police de toujours nous localiser. On peut aussi retracer la journ&#233;e du citadin moderne gr&#226;ce &#224; sa carte bleue, son pass Navigo, son velib', la consultation de son courrier &#233;lectronique. La dure r&#233;alit&#233; est que nous avons d&#233;j&#224; accept&#233; dans ses grandes lignes une soci&#233;t&#233; de contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas que l'on pr&#233;f&#232;re les flics aux machines. Mais la biom&#233;trie s'immisce dans des espaces de la vie qui jusqu'ici ne sont pas totalement sous contr&#244;le ; les &#233;changes de cartes, les faux papiers ou m&#234;me les arnaques restent possibles pour vivre malgr&#233; l'arbitraire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plusieurs logiques s'interp&#233;n&#232;trent pour rendre ces nouveaux dispositifs monstrueux. Le contr&#244;le, d'accord, c'est pas nouveau. Mais il change de nature, devient plus vicieux, car nous sommes facilement fascin&#233;s par la technologie. On conna&#238;t tous l'envie de cracher dans l'&#339;il du flic qui contr&#244;le, de se rebeller contre le surveillant &#224; l'&#233;cole. Mais quand les technologies de contr&#244;le s'installent &#224; l'entr&#233;e des &#233;coles, les lyc&#233;ens sont d&#233;j&#224; habitu&#233;s : &#171; C'est cool, &#231;a fait high tech, c'est comme dans Minority Report, ou 24h. &#187; Jeux vid&#233;o et films de science-fiction ont bien pr&#233;par&#233; le terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde de la biom&#233;trie est le m&#234;me que celui du pr&#233;l&#232;vement massif d'ADN et de la pose de bracelets &#233;lectroniques sur les nourrissons. Le pouvoir odieux se cache derri&#232;re la machine pour endormir la r&#233;volte, servir ses imp&#233;ratifs de fichage et de contr&#244;le et nourrir en m&#234;me temps des int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques. Tant&#244;t en agitant la peur des terroristes, tant&#244;t simplement par souci de rentabilit&#233;, les bureaucraties, petites et grandes, &#233;tatiques ou marchandes, ne cessent de soumettre les espaces de la vie commune &#224; leurs propres crit&#232;res : rien ne doit entraver le flux de l'&#233;conomie ; rien ni personne ne doit se d&#233;placer incognito.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les inculp&#233;s de Gif ont, apr&#232;s bien des h&#233;sitations, renonc&#233; &#224; faire appel du jugement. Non qu'ils acceptent la condamnation, mais le contexte actuel ne les laisse pas esp&#233;rer une diminution de peigne en rappel. Ils n'ont pas non plus r&#233;ussi &#224; trancher la question de savoir s'il &#233;tait int&#233;ressant de contribuer &#224; faire reculer la biom&#233;trie dans l'enceinte d'un tribunal. On peut les aider &#224; payer leurs frais de justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition &#224; l'identification &#233;lectronique doit d&#233;sormais d&#233;passer la pr&#233;occupation de quelques cercles d'amis, personnalit&#233;s et associations. Il est n&#233;cessaire de soutenir tous ceux et celles qui ont d&#233;j&#224; commenc&#233; &#224; s'y attaquer, de continuer &#224; r&#233;fl&#233;chir ensemble pour saisir l'ampleur du probl&#232;me, de faire jouer notre imagination pour d&#233;jouer la Machine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous remercions tous ceux qui nous ont aid&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
depuis 2005, que ce soit personnellement ou en s'engageant autour de la lutte contre la fuite&lt;br class='autobr' /&gt;
en avant technologique et scientifique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par les temps qui&lt;br class='autobr' /&gt;
courent, votre soutien, y compris financier,&lt;br class='autobr' /&gt;
est le bienvenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous pouvez adresser des ch&#232;ques&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; l'ordre du th&#233;&#226;tre du Cheval Noir,&lt;br&gt;
Le Cheval Noir, 131 rue du Cherche-Midi, 75015 Paris, Fr.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le jour de l'action, le tract suivant avait &#233;t&#233; distribu&#233; sur les lieux :&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lyc&#233;ennes, lyc&#233;ens,&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ne sentons-nous pas autour de nous l'&#233;tau qui se resserre, le bocal qui r&#233;tr&#233;cit ? Ne voyons-nous pas venir ce moment o&#249; l'on saura dans tous les d&#233;tails ce que nous faisons, o&#249; nous sommes, ce que nous consommons ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelque chose de &#231;a avec le syst&#232;me de biom&#233;trie install&#233; dans la cantine du lyc&#233;e. Pas un contr&#244;le fort, d'accord. Juste l'un de ces trucs qui nous apprennent &#224; toujours &#234;tre identifi&#233;s, tri&#233;s, s&#233;par&#233;s. Qui nous conditionnent, nous habituent &#224; ressembler aux moutons et aux veaux dans nos assiettes, puc&#233;s pour que les administrations sachent parfaitement d'o&#249; ils viennent, quand ils naissent, quand ils meurent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le meilleur moyen de contr&#244;ler les humains, c'est pour l'instant de les mettre &#224; l'&#233;cole et au travail, avec en poche une carte bleue et un t&#233;l&#233;phone mobile. Imaginez qu'un jour prochain, on nous mette une puce sous la peau, objectif avou&#233; de ceux qui nous invitent &#224; &#171; s'inscrire &#224; la biom&#233;trie &#187; : il deviendra alors compl&#232;tement impossible de nous r&#233;volter contre le pouvoir de l'Etat et des entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas de science-fiction, mais de ce qui arrive petit &#224; petit ici et maintenant sous le voile du high tech branch&#233; et du jeu. Du temps de nos grands-parents, la science et la technologie devaient permettre d'en finir avec la mis&#232;re et les in&#233;galit&#233;s. Aujourd'hui, le progr&#232;s cher aux anciennes g&#233;n&#233;rations sent &#224; plein nez la prison et la mort. Dans ce nouveau mill&#233;naire, nous sommes nombreux et nombreuses &#224; savoir que le d&#233;lire scientifique et technologique est le premier obstacle &#224; la justice sociale et &#224; la libert&#233; humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est encore temps : demandons-nous si un monde sans cam&#233;ra de surveillance, sans ordinateur et sans portable, ne serait pas plus vivable. Demandons-nous ce que la biom&#233;trie et ses puces peuvent nous apporter. Et ne laissons pas remettre en marche ces foutues machines &#224; trier entre ceux qui ont les moyens et ceux qu'on envoie manger dehors (... Et n'h&#233;sitons pas &#224; en saboter d'autres !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des complices&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;claration des inculp&#233;-e-s au tribunal d'Evry&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il nous revient, pour notre d&#233;fense, d'&#233;claircir en quelques mots les raisons de notre pr&#233;sence dans ce lyc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les outils biom&#233;triques ont &#233;t&#233; introduits dans les &#233;coles, ce ne sont pas au fond, les &#233;coliers qui sont vis&#233;s par ces contr&#244;les. Car m&#234;me le proviseur le plus bureaucrate ne pourrait justifier un instant qu'ils sont n&#233;cessaires. Si la biom&#233;trie est entr&#233;e &#224; l'&#233;cole, c'est parce que les &#233;coliers d'aujourd'hui seront demain des adultes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or l'industrie de pointe, omnipr&#233;sente dans ce d&#233;partement de l'Essonne, consid&#232;re avec l'appui actif de tous les d&#233;cideurs politiques que les citoyens doivent &#234;tre, d&#232;s l'enfance, conditionn&#233;s au high-tech, afin qu'ils ne remettent jamais en question les transformations que le d&#233;ferlement technologique exerce sur leurs modes de vie. L'arsenal publicitaire fa&#231;onn&#233; &#224; leur intention, les mutations successives de l'&#233;cole, dressent les plus jeunes &#224; accepter ou &#224; d&#233;sirer la technicisation croissante des activit&#233;s humaines, que l'on appelle, contre toute sensibilit&#233; et contre toute raison, le &#171; progr&#232;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mani&#232;re dont on impose la biom&#233;trie par le conditionnement des plus jeunes, entre autres, est d'inspiration tout aussi totalitaire que le contr&#244;le biom&#233;trique lui-m&#234;me. Cet &#233;chantillon de barbarie &#233;lectronique signifie litt&#233;ralement que l'individu se situe &#224; mi-chemin entre le produit &#233;tiquet&#233; du supermarch&#233; et le d&#233;tenu tatou&#233; du camp. Nous nous demandons alors quelle part de dignit&#233; il reste &#224; celui qui doit transformer une partie de son corps en code-barre pour &#234;tre identifi&#233;. Nous nous demandons &#224; quelle marge d'autonomie morale il peut pr&#233;tendre une fois que son anatomie est devenue le support direct du fonctionnement social. Jusqu'o&#249; ira-t-on pour achever de rendre les comportements pr&#233;visibles, et les personnes &#233;trang&#232;res &#224; elles-m&#234;mes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant&#244;t au nom de la menace terroriste, tant&#244;t simplement parce que &#8220; c'est plus pratique comme &#231;a &#8221;, les bureaucraties petites et grandes, &#233;tatiques ou marchandes, ne cessent de soumettre les espaces de la vie commune &#224; leurs propres crit&#232;res : rien ne doit entraver le flux de l'&#233;conomie ; rien ne doit obscurcir la transparence du contr&#244;le. Le langage et le rapport sensible, trop lents, trop ambigus, sont &#233;vacu&#233;s au profit de la surveillance &#233;lectronique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous estimons donc que la biom&#233;trie est un pas de plus vers la d&#233;shumanisation de la soci&#233;t&#233; : la gestion des populations s'automatise et devient &#224; elle-m&#234;me sa propre fin. Conform&#233;ment aux pires anticipations cybern&#233;tiques, il semble de plus en plus admis que l'existence n'est qu'un pr&#233;texte &#224; la production et &#224; la circulation de l'information. C'est ce que rend possible la biom&#233;trie, en faisant de la vie elle-m&#234;me la mati&#232;re premi&#232;re de sa version artificielle et programmable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons voulu, le 17 novembre, interrompre symboliquement une exp&#233;rimentation d&#233;sastreuse sur des adolescents, dont le d&#233;ploiement n'est pas en l'&#233;tat contr&#244;lable par la l&#233;gislation. Nous ne d&#233;non&#231;ons pas les d&#233;rives de l'outil biom&#233;trique, mais la biom&#233;trie en tant que telle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous consid&#233;rons qu'accepter les contr&#244;les biom&#233;triques signifie livrer la soci&#233;t&#233; &#224; une logique de ghetto, c'est pourquoi nous engageons le plus grand nombre &#224; refuser de s'y soumettre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les inculp&#233;-e-s. Evry, le 20 janvier 2006.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ne laissez pas les machines jouer avec les enfants&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;T&#233;moignage r&#233;dig&#233; &#224; l'attention des juges.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un pas vient d'&#234;tre franchi dans la confrontation entre l'homme et la machine en milieu scolaire. Le 17 novembre, vingt personnes habill&#233;es en clowns sont entr&#233;es en chantant dans le lyc&#233;e de Gif-sur-Yvette. Alors qu'ils ex&#233;cutaient une sayn&#232;te, deux dispositifs biom&#233;triques contr&#244;lant l'acc&#232;s des &#233;l&#232;ves ont &#233;t&#233; d&#233;truits &#224; coups de marteaux. Trois personnes ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;es, battues par un surveillant et des &#233;l&#232;ves. Elles seront jug&#233;es par le tribunal d'Evry le 16 d&#233;cembre. Install&#233;s en 2004, ces dispositifs biom&#233;triques qui associent v&#233;rification de la paume de la main et frappe d'un code &#224; sept chiffres n'avaient pas obtenu d'autorisation de la CNIL&#8230; peu importe.&lt;br&gt;
Cette exp&#233;rience n'est pas isol&#233;e. A Angers, dans une &#233;cole primaire et un coll&#232;ge, c'est l'empreinte digitale qui donne acc&#232;s &#224; la cantine, &#224; Gif-sur-Yvette, &#224; Sainte Maxime, Marseille ou Carqueiranne les &#233;l&#232;ves introduisent leur main dans une machine qui en reconna&#238;t le contour. Qui peut pr&#233;tendre que prendre la main d'un enfant est un geste neutre ? &#171; Il est apparu que certains &#233;l&#232;ves associaient la biom&#233;trie &#224; des repr&#233;sentations infantiles d'angoisse. Certains petits ont m&#234;me &#233;voqu&#233; la pr&#233;sence d'un monstre &#224; l'int&#233;rieur de la machine. Les plus grands rationalisent leur peur, mais ils l'expriment dans des termes assez proches : on a peur de se faire &#233;lectrocuter en mettant la main dans la machine, par exemple.&#8197;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Xavier Guchet, &#171; Manger sous surveillance, L'usage d'une technique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Au lyc&#233;e Jean-Baptiste Dumas &#224; Al&#232;s, ce sont 90 cam&#233;ras de vid&#233;osurveillance, 104 au lyc&#233;e Jean Rostand de Mantes-la -Jolie, associ&#233;es &#224; un dispositif de gestion des absences par codes barres et stylos optiques.... Les technologies s&#233;curitaires mod&#232;lent les espaces dans lesquels toute une g&#233;n&#233;ration se construit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;guli&#232;rement, les experts consult&#233;s s'inqui&#232;tent de leurs cons&#233;quences sociales mais ces technologies originaires du milieu carc&#233;ral, promues ailleurs au nom de la lutte contre le terrorisme, se propagent en milieu &#233;ducatif, sans d&#233;bat, comme si vingt ans de discours alarmistes rendaient in&#233;luctable la transformation des &#233;coles en prisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car la logique est bien carc&#233;rale. Elle s'ajoute dans les &#233;tablissements scolaires &#224; la multiplication des injonctions focalisant le r&#244;le des enseignants et de l'institution au contr&#244;le de la pr&#233;sence. Les r&#233;cents remplacements de courte dur&#233;e sont un pas de plus dans ce sens : l'important c'est de garder les &#233;l&#232;ves. Pudiquement, les enseignants regretteront que leur r&#244;le soit de plus en plus limit&#233; &#224; de la &#171; garderie &#187;. Mais la garderie est une d&#233;marche &#233;ducative qui s'appuie sur une formation et ne se limite pas &#224; contraindre un enfant &#224; la pr&#233;sence dans un lieu clos. Par ailleurs, &#224; la diff&#233;rence de son application dans les a&#233;roports, la biom&#233;trie &#224; la cantine ne r&#233;pond &#224; aucune menace. Elle ne vise pas &#224; emp&#234;cher une intrusion mais, officiellement, &#224; contr&#244;ler la pr&#233;sence que ceux qui devraient &#234;tre l&#224;. Le principal du coll&#232;ge Joliot-Curie (de Carqueiranne) dit chercher &#224; obtenir une &#171; transparence absolue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; : il s'agit de savoir en permanence, et en temps r&#233;el, o&#249; sont et ce que font les &#233;l&#232;ves, notamment s'ils mangent ou s'ils ne mangent pas. D&#232;s lors, on ne peut pas s'emp&#234;cher de penser au panopticon de Bentham. Schizophr&#233;nie de ces &#233;tablissements o&#249; le d&#233;veloppement des visions panoptiques &#224; grands renforts de vid&#233;o, de biom&#233;trie et d'alertes par SMS place l'administration au centre quand les textes officiels proclament depuis 15 ans que c'est l'enfant (ou l'&#233;l&#232;ve) qui doit &#234;tre &#171; au centre &#187; des institutions &#233;ducatives et sociales&#8197;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Loi du 10 juillet 1989 d'orientation sur l'&#233;ducation, loi du 2 janvier 2002 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br&gt;
Avec la logique carc&#233;rale c'est le renforcement de la notion de fronti&#232;re qui se d&#233;veloppe par ces technologies. L'entr&#233;e des lyc&#233;es est surveill&#233;e, l'ext&#233;rieur est diabolis&#233;. Les agressions, les vols, les trafics sont li&#233;s, dans les discours m&#233;diatiques et institutionnels aux intrusions : &#171; On entre dans ce lyc&#233;e comme dans un moulin. &#187; La biom&#233;trie et la vid&#233;o sont suppos&#233;es prot&#233;ger des &#233;l&#232;ves et un personnel vertueux du contact avec une pl&#232;be &#233;trang&#232;re. Ce &#171; r&#234;ve politique de la peste &#187; de Foucault, on le retrouve dans la diabolisation de l'ext&#233;rieur, des non-scolaris&#233;s ou de ceux qui ont &#233;t&#233; exclus de l'&#233;cole ou qui viennent de tel &#233;tablissement suspect. Ainsi, cette &#171; technologisation de la fronti&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Philippe Bonditti, &#171; Technologisation de la fronti&#232;re : vers un &#233;tat de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; de l'&#233;cole se d&#233;veloppe sur fond de discours x&#233;nophobe et &#233;duque ces enfants &#224; la suspicion de l'Autre. Le renforcement narcissique de ces insiders leur rappelle, contr&#244;le apr&#232;s contr&#244;le, leur appartenance &#224; une communaut&#233;, par opposition au magma dangereux des outsiders. Pire, elle fait planer comme une menace d'exclusion le risque un jour de ne plus &#234;tre contr&#244;l&#233;, g&#233;n&#233;rant de fait une demande de contr&#244;le de la part des enfants eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement de ces technologies marque &#233;galement la progression des logiques polici&#232;res &#224; l'&#233;cole. A cette &#233;poque o&#249; c'est le ministre de l'Int&#233;rieur qui demande une &#233;valuation des ZEP, l'av&#232;nement de la vid&#233;osurveillance et de la biom&#233;trie au d&#233;triment de l'encadrement humain r&#233;duisent les possibilit&#233;s d'intervenir en amont ou pendant les conflits et cantonnent toute r&#233;ponse &#224; l'a posterori. Alors qu'un surveillant pouvait intervenir pour temp&#233;rer les pr&#233;misses d'une bagarre, ou pour s&#233;parer, la vid&#233;o ne fait qu'enregistrer un affrontement qui fatalement s'envenime jusqu'&#224; son terme. Elle ne peut alors que t&#233;moigner de ses cons&#233;quences les plus graves et ne servir que de preuve, lors de l'investigation future. Car, ici encore, c'est bien l'un ou l'autre, l'homme ou la machine, tant les moyens humains se r&#233;duisent au fur et &#224; mesure que progressent les investissements dans ces dispositifs. Au lyc&#233;e J. Rostand de Mantes-la-Jolie, le projet d'installer 104 cam&#233;ras de vid&#233;osurveillance a ainsi &#233;t&#233; annonc&#233; le m&#234;me jour que la suppression d'un poste d'aide &#233;ducateur. &#224; Al&#232;s, ces personnels ont d'abord &#233;t&#233; sur-occup&#233;s &#224; des t&#226;ches de bureau, notamment de contr&#244;le des absences, avant que les cam&#233;ras soient install&#233;es. &#224; Gif-sur-Yvette c'est peut-&#234;tre le d&#233;sarroi de ce surveillant, &#171; obsol&#232;te &#187; dirait Anders, au milieu de ces technologies qui l'a pouss&#233; &#224; frapper les clowns et &#224; appeler les &#233;l&#232;ves &#224; les battre. Alors, face au manque de personnel comp&#233;tent et pr&#233;sent, la r&#233;ponse qui s'impose aux administrations est polici&#232;re. Les interventions polici&#232;res dans les &#233;tablissements, les patrouilles ou les arrestations se multiplient donc. Loin d'apporter la r&#233;ponse d&#233;finitive qu'on nous annon&#231;ait m&#233;diatiquement, pour certains &#233;l&#232;ves ce n'est que le retour &#224; des situations d'affrontements quotidiens qu'ils ont appris &#224; g&#233;rer : &#171; Oh ! la police vous savez, on a l'habitude. &#187; Leurs yeux alors trahissent la d&#233;ception : ils attendaient autre chose de l'&#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui subsiste aujourd'hui de la volont&#233; de pr&#233;server une pr&#233;sence humaine pousse les conseils d'administration au recrutement de personnels sans formation, &#224; des postes de vigiles pour un temps limit&#233; et de faibles salaires. Le chemin est alors tout trac&#233; pour la privatisation prochaine de ces fonctions. Un enseignant d'anglais du lyc&#233;e de Mantes remarquait avec tristesse qu'on enseignerait Orwell et Bradbury, &#233;crivains visionnaires des soci&#233;t&#233;s de la surveillance g&#233;n&#233;ralis&#233;e, &#224; des &#233;l&#232;ves l&#226;ch&#233;s ensuite dans des espaces dont les moindres recoins sont sous surveillance vid&#233;o.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette avanc&#233;e vers la privatisation, par ses aspects mercantiles mais aussi par la soumission des r&#233;f&#233;rences &#233;ducatives &#224; celles de l'industrie, est une composante fondamentale de ces processus. Pourquoi d&#233;penser de telles sommes pour contr&#244;ler que des enfants mangent, alors m&#234;me que l'acc&#232;s &#224; la cantine est un probl&#232;me financier pour certains ? Pourquoi persister dans la vid&#233;osurveillance lorsqu'une seule ann&#233;e de mise en place suffit &#224; d&#233;montrer son inefficacit&#233; ? Pourquoi prendre tant de risques, avec les implications que peuvent avoir sur ces enfants le contact avec de telles technologies ? Une r&#233;ponse majeure r&#233;side dans les fabuleux budgets publics que repr&#233;sentent ces dispositifs pour les industriels, une autre dans la facult&#233; des &#233;tablissements scolaires &#224; fabriquer de futurs clients pour ces secteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre bleu r&#233;dig&#233; par le GIXEL (Groupement des industries de l'interconnexion des composants et des sous-ensembles &#233;lectroniques) &#224; destination du gouvernement contient ce passage impayable, &#224; la rubrique &#171; Acceptation par la population&#8197;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Livre bleu, grands programmes structurants, proposition des industries (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;curit&#233; est tr&#232;s souvent v&#233;cue dans nos soci&#233;t&#233;s d&#233;mocratiques comme une atteinte aux libert&#233;s individuelles. Il faut donc faire accepter par la population les technologies utilis&#233;es et parmi celles-ci la biom&#233;trie, la vid&#233;osurveillance et les contr&#244;les.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs m&#233;thodes devront &#234;tre d&#233;velopp&#233;es par les pouvoirs publics et les industriels pour faire accepter la biom&#233;trie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles devront &#234;tre accompagn&#233;es d'un effort de convivialit&#233; par une reconnaissance de la personne et par l'apport de fonctionnalit&#233;s attrayantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#201;ducation d&#232;s l'&#233;cole maternelle, les enfants utilisent cette technologie pour rentrer dans l'&#233;cole, en sortir, d&#233;jeuner &#224; la cantine, et les parents ou leurs repr&#233;sentants s'identifieront pour aller chercher les enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Introduction dans des biens de consommation, de confort ou des jeux : t&#233;l&#233;phone portable, ordinateur, voiture, domotique, jeux vid&#233;o.&#8197;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui sont familiers des m&#233;thodes de relations publiques reconna&#238;tront les strat&#233;gies de communication des firmes de l'agroalimentaire pour faire accepter les OGM. La pression exerc&#233;e sur les &#233;tablissements pour une course &#224; l'&#233;quipement (budgets sp&#233;cifiques, limites dans le temps, d&#233;bats b&#226;cl&#233;s&#8230;) les pousse &#224; accepter des &#233;quipements sans mesurer les impacts de leur utilisation banale et encore moins ceux de leurs dysfonctionnements. Or, pour des documents aussi sensibles que les passeports biom&#233;triques am&#233;ricains, par exemple, The Economist notait que le syst&#232;me de reconnaissance adopt&#233; &#233;chouerait &#224; identifier une personne sur dix et que &#171; les fausses alertes pourraient devenir la norme &#187;. Faute d'&#234;tre crypt&#233;es, les donn&#233;es des puces incluses dans les passeports pourraient &#234;tre lues &#224; distance et donc permettre le vol d'identit&#233;. Malgr&#233; tout l'investissement r&#233;alis&#233;, les constructeurs promettent rarement une s&#233;curit&#233; absolue (&#171; taux d'erreur de 0,0001&#8197;% &#187;, &#171; ne fonctionne pas au-dessous de&#8211; 8 &#176;C &#187;&#8230;). Bien vite alors, l'humain est appel&#233; en renfort pour composer un code secret, surveiller un &#233;cran&#8230; en p&#233;riph&#233;rique de la machine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, les d&#233;faillances de ces technologies nous int&#233;ressent peu. Leur bon fonctionnement nous para&#238;t d&#233;j&#224; une d&#233;faite de la relation &#233;ducative dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La CNIL rappelle fr&#233;quemment dans ses path&#233;tiques tentatives de contr&#244;le que l'usage de ces technologies doit &#234;tre contraint par la &#171; proportionnalit&#233; &#187; entre l'exigence de contr&#244;le et le processus utilis&#233; et que chacun a &#171; droit &#224; l'oubli &#187; ; les enregistrements sur &#171; listes noires &#187; et autres fichiers doivent pouvoir &#234;tre effac&#233;s. Ce droit &#224; l'oubli, fondement du droit, est aussi un fondement de l'&#233;ducation. La relation avec l'enseignant est pour l'enfant un temps &#224; l'abri, un temps de confiance o&#249; la compr&#233;hension peut suivre l'erreur et permettre qu'on &#171; oublie tout &#187;, qu'on &#171; ferme les yeux pour cette fois &#187;, renvoyant l'enfant, lav&#233;, &#224; la possibilit&#233; de progresser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La place de cette relation, entre humains, recule &#224; mesure que progresse l'&#339;il froid de la machine qui vient conforter une p&#233;nalisation de rapports &#233;ducatifs dont la r&#233;f&#233;rence est la d&#233;lirante th&#233;orie de la &#171; vitre bris&#233;e &#187; fondement des politiques de tol&#233;rance z&#233;ro. Si &#171; qui vole un &#339;uf, vole un b&#339;uf &#187; ou &#171; qui brise une vitre ouvrira le feu au fusil automatique ou dealera la coca&#239;ne au kilo &#187; alors sur les actes banals de l'enfance qui &#233;taient source d'apprentissage bienveillant de la norme s'abattra une r&#233;pression automatis&#233;e, implacable et d&#233;mesur&#233;e, v&#233;ritable &#171; p&#233;dagogie noire &#187;. Le rapport parlementaire Benisti sur la &#171; pr&#233;vention de la d&#233;linquance&#8197;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le rapport Benisti a pr&#233;par&#233; la loi du 5 mars 2007 relative &#224; la pr&#233;vention (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, qui pr&#233;conise la cr&#233;ation d'un &#171; syst&#232;me de rep&#233;rage et de suivi des difficult&#233;s et des troubles du comportement de l'enfant &#187; mis en place non seulement dans les &#233;tablissements scolaires (de la maternelle au lyc&#233;e), mais aussi dans les cr&#232;ches, montre les liens qui peuvent exister entre une vision politique de l'enfance, une pathologisation de la d&#233;linquance et ces technologies hors de contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enregistrement pr&#233;alable des paumes de main des &#233;l&#232;ves est appel&#233; &#171; l'enr&#244;lement &#187; et l'administration appellerait en d&#233;but d'ann&#233;e ces enfants &#224; se &#171; soumettre &#187; &#224; la biom&#233;trie. Est-il ironique de rappeler que la d&#233;claration universelle des droits de l'Homme dans son article 26 lie l'&#233;ducation &#224; la libert&#233; lorsqu'elle proclame : &#171; L'&#233;ducation doit viser au plein &#233;panouissement de la personnalit&#233; humaine et au renforcement du respect des droits de l'homme et des libert&#233;s fondamentales. &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment imaginer former des hommes et des femmes libres, usagers de leurs libert&#233;s et familiers de celles-ci si on les familiarise d&#232;s l'enfance aux cha&#238;nes, fussent-elles num&#233;riques et modernes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'action du 17 novembre sur les deux dispositifs biom&#233;triques du lyc&#233;e de Gif-sur-Yvette, a peut-&#234;tre simplement remis ces machines &#224; leur place et nous donne une occasion unique de r&#233;fl&#233;chir au tournant que prennent les politiques de l'enfance, qu'elles soient &#233;ducatives, sociales ou judiciaires. Qu'a-t-on &#224; gagner dans la course &#224; la soumission des enfants et des personnels &#224; des technologies qui les d&#233;shumanisent et les cantonnent &#224; des r&#244;les d'automates apeur&#233;s, de p&#233;riph&#233;riques, et leur font perdre tout le g&#233;nie et la cr&#233;ativit&#233; de leur humanit&#233; ? Jusqu'o&#249; sommes nous pr&#234;ts &#224; sacrifier cette g&#233;n&#233;ration au Moloch de la technologie et du march&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Philippe Joseph&lt;br&gt;
Christine Rojewski&lt;br&gt;
Jean-Pierre Joseph&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Biom&#233;trie : l'identification ou la r&#233;volte &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Texte paru dans &lt;i&gt;La tyrannie technologique&lt;/i&gt;, L'&#233;chapp&#233;e, Paris, 2007.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La biom&#233;trie : le plus court chemin entre la loi et vous &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contr&#244;le biom&#233;trique signifie dans un premier temps, la r&#233;duction du sujet incarn&#233; en corps anatomique objet de la clinique, et dans un second temps, la r&#233;duction du corps anatomique vivant en support informatique mort. Ces deux op&#233;rations permettent le branchement de l'anatomie sur les bureaucraties ; d'une certaine mani&#232;re, elles la placent en prise directe avec le pouvoir. C'est pr&#233;cis&#233;ment ce qu'exprime le rapport du Minist&#232;re du budget et de la r&#233;forme de l'&#233;tat, r&#233;dig&#233; &#224; l'intention du public, dans cette formule cinglante : &#171; La biom&#233;trie, le plus court chemin entre la loi et vous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est intrigant avec la biom&#233;trie, c'est qu'elle est en m&#234;me temps terrifiante et anodine. Anodine, parce qu'elle ne fait qu'&#233;tayer des proc&#233;dures de contr&#244;le pr&#233;existantes (cartes magn&#233;tiques, badges, banques de donn&#233;es, empreintes digitales non num&#233;riques&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Terrifiante, parce que ces &#233;l&#233;ments de contr&#244;le dont on avait toujours r&#233;ussi &#224; se persuader qu'ils ne nous concernaient pas s'immiscent &#224; pr&#233;sent &#224; m&#234;me le corps. La biom&#233;trie viendrait donc nous signifier que la gestion bureaucratique des administrations, en se mariant avec l'examen anatomique, se rapproche dangereusement. Litt&#233;ralement, elle ne peut plus ne pas nous toucher. Elle m'oblige &#224; me pencher sur cette partie de mon existence dont j'avais pens&#233; qu'elle n'&#233;tait pas la mienne : ma vie dans la gestion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'empreinte biom&#233;trique vient compl&#233;ter, et parfois se substituer &#224;, un &#233;difice d'individualisation administrative d&#233;j&#224; en place, mat&#233;rialis&#233; par la carte d'identit&#233;, le num&#233;ro de s&#233;curit&#233; sociale, d'assedic etc. Cette individualisation qui donne lieu &#224; la personne juridique, morale ou l&#233;gale du citoyen est une abstraction de ce que nous sommes au sein d'un groupe de personnes, dans notre r&#233;alit&#233; sensible. Au risque d'enfoncer des portes ouvertes, disons que la perte de puissance politique qui r&#233;sulte de cet &#233;difice d'individualisation abstrait est ce sur quoi repose le fonctionnement r&#233;publicain : la renonciation &#224; notre capacit&#233; d'organisation politique locale au profit de l'organisation centrale &#233;tatique. Mais le simple fait que nous pr&#233;f&#233;rions nous associer physiquement les uns aux autres d&#232;s qu'il s'agit de contester ce pouvoir, plut&#244;t que d'adresser chacun en particulier des dol&#233;ances aux ministres, montre que nous avons parfaitement conscience du caract&#232;re purement formel et impuissant de la personne l&#233;gale. Nous savons d&#232;s que nous engageons une action politique que la v&#233;ritable puissance dont nous pouvons nous pr&#233;valoir contre le pouvoir n'est pas dans l'association m&#233;diatis&#233;e par l'&#201;tat que sont les citoyens pris un par un, mais dans l'association concr&#232;te face &#224; l'&#201;tat. En somme, plus l'individualisation abstraite gagne du terrain, plus nous perdons en puissance d'action collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les critiques relatives aux contr&#244;les biom&#233;triques, la remarque a souvent &#233;t&#233; faite que &#171; si un dictateur prenait le pouvoir, il pourrait faire de la biom&#233;trie un usage totalement fasciste &#187;. Je crois que c'est se m&#233;prendre sur les enjeux politiques. La question est, d'une part, celle de la nature du pouvoir politique de l'&#201;tat qui s'exerce d&#233;j&#224;, et d'autre part, de la nature du gouvernement cybern&#233;tique naissant dont participe la biom&#233;trie. De quelle forme de pouvoir la personne l&#233;gale fait-elle l'objet dans le premier cas ? De quel pouvoir l'anatomie est-elle l'interface dans le second ? &#192; mon sens, c'est par nature et non par accident que le pouvoir gestionnaire nous prive de la libert&#233; d'agir politiquement. Car l'individu isol&#233;, objet de la gestion administrative, n'est absolument pas dot&#233; des moyens de pr&#233;server sa libert&#233;, et encore moins des moyens de contester le pouvoir en place. En fait, si je parviens &#224; jouir d'une relative libert&#233;, c'est parce que le pouvoir gestionnaire est encore suffisamment en retrait pour que je ne sois pas confront&#233; &#224; lui &#224; chaque instant de mon existence. D'autre part, c'est parce qu'il n'a pas compl&#232;tement envahi mon esprit, et que, pour cette raison, je ne suis pas contrainte de m'identifier &#224; ce qu'il fait de moi, de nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personnellement, &#231;a m'est &#233;gal d'&#234;tre le num&#233;ro 2800567 ou l'identifiant Z. &#231;a m'est &#233;gal que dans les fichiers de telle compagnie de t&#233;l&#233;phone, je sois une cliente plut&#244;t comme ci ou plut&#244;t comme &#231;a selon les r&#233;sultats de leurs calculs marketing, pour peu que je puisse continuer &#224; vivre ma vie. Ils ne nous connaissent pas. Ce n'est pas avec nous que la gestion traite, mais avec un objet qu'elle constitue elle-m&#234;me et qui nous ressemble. Le fait que nous ayons presque un statut d'esclave dans la gestion, que les recours soient si difficiles, ne nous pr&#233;occupe pas tant que &#231;a &#8211; pourvu qu'on ne se mette pas &#224; nous traiter en esclaves dans la vraie vie. En d'autres termes, nous ne pourrons conserver un semblant de libert&#233; que si la gestion ne s'exerce pas le mieux possible, mais le moins possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objet de la gestion est, comme dans le r&#233;cit &#233;ponyme de Dosto&#239;evski , une sorte de Double assez d&#233;sagr&#233;able et avec qui je ne voudrais pas que l'on me confonde &#8211; je sens qu'il pourrait vite m'&#233;touffer. S'il est emb&#234;tant d'&#234;tre arr&#234;t&#233;, jug&#233; et d'avoir un casier judiciaire, c'est parce qu'alors, notre Double gestionnaire se rapproche dangereusement, de sorte que le nuage de libert&#233; qui nous entoure commence &#224; se volatiliser : celle de pouvoir se d&#233;placer, rencontrer qui nous voulons, dire certaines choses et de ne pas &#234;tre activement surveill&#233; en permanence. S'il ne s'agit que d'une libert&#233; priv&#233;e &#8211; si r&#233;duite que l'on devrait plut&#244;t la nommer &#171; sentiment de libert&#233; &#187; &#8211;, elle peut, &#224; certains moments, pr&#233;tendre &#224; devenir publique, comme &#224; la faveur d'un mouvement social. Ceux qui consid&#232;rent que le probl&#232;me de la biom&#233;trie n'est pas la biom&#233;trie en soi mais ce qu'une dictature pourrait en faire estiment que cette relative libert&#233; priv&#233;e est suffisante, et qu'il importe de laisser subsister &#224; travers elle la possibilit&#233; de la libert&#233; publique pour se r&#233;volter, un jour, au cas o&#249; les fascistes prendraient le pouvoir. Je crois que c'est se m&#233;prendre sur la nature et l'exercice du pouvoir des &#233;tats dits d&#233;mocratiques. La biom&#233;trie n'est pas l'instrument potentiel d'un pouvoir sujet &#224; des modifications, en fonction de qui dirige l'&#233;tat, de qui dirige le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur. Le pouvoir est bien plut&#244;t constitu&#233; par l'arsenal technique dont dispose l'&#233;tat pour homog&#233;n&#233;iser nos modes de vie et nos activit&#233;s en fonction d'une s&#233;rie de &#171; n&#233;cessit&#233;s &#187;, qu'elles soient d'ordre &#233;conomique, administratif ou spectaculaire. C'est dans ces n&#233;cessit&#233;s-l&#224; que libert&#233; priv&#233;e et libert&#233; publique s'entrem&#234;lent et se confondent, que les syst&#232;mes de r&#233;gulations techniques de l'existence interdisent de fait d'exercer une action politique qui ne serait pas une activit&#233; abstraite, une mise &#224; distance de l'organisation pratique de nos vies. En ce sens, au m&#234;me titre que la gestion centralis&#233;e des ressources naturelles ou la robotisation du travail, la biom&#233;trie t&#233;moigne de l'inversion si bien d&#233;crite par Michel Foucault : elle n'est pas l'instrument du pouvoir, mais le pouvoir de l'instrument.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela est assez bien illustr&#233; par le fait qu'&#224; l'issue d'un sondage minimal, le minist&#232;re a opt&#233; pour quelques changements dans le dispositif de la carte INES (Identit&#233; nationale &#233;lectronique s&#233;curis&#233;e) dot&#233;e d'une puce &#233;lectronique contenant des informations biom&#233;triques telles que la photographie et les empreintes digitales num&#233;ris&#233;es. Ces am&#233;nagements consistent &#224; verrouiller le recoupement de certains fichiers, et &#224; limiter la lecture &#224; distance de la puce RFID contenue dans la carte en imposant une d&#233;cision pr&#233;alable de l'autorit&#233; judiciaire. Dans les deux cas, il s'agit de faire en sorte que le dispositif marche moins bien que ce pour quoi il est pratiquement con&#231;u &#8211; une puce RFID est faite pour &#234;tre lue &#224; distance, la constitution de fichiers compatibles sert &#224; fusionner des donn&#233;es. Il semble donc &#233;vident que ces am&#233;nagements ne sont que provisoires, et destin&#233;s &#224; prouver que le politicien sait tenir les brides d'un &#233;quipage technologique dont il n'est pourtant pas ma&#238;tre, quitte &#224; le laisser partir au galop un peu plus tard. Comme le montre bien Jacques Ellul, l'essence de l'&#201;tat moderne et des administrations est technicienne. Le pouvoir gestionnaire, parce qu'il est d'essence technicienne, ne d&#233;pend donc pas d'une quelconque volont&#233;, qu'une quelconque intention. C'est parce qu'il est par nature anti-politique que ceux sur qui il se penche ne sont pas et ne seront jamais des sujets politiques, et que toute v&#233;ritable prise de position politique ne peut que se placer en dehors de la gestion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La biom&#233;trie s'inscrit dans le droit fil de la forme de gouvernement gestionnaire en voie de num&#233;risation. En effet, le fait que l'objet de la gestion passe de l'individu abstrait au substrat anatomique tout aussi abstrait est une cons&#233;quence presque n&#233;cessaire du fait que l'administration soit en passe de devenir totalement &#233;lectronique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effectuer une transaction &#224; distance implique de s'identifier en l'absence de la personne d&#233;tentrice de l'autorit&#233;. Plus les formalit&#233;s et les achats sont automatis&#233;s, et plus ces transactions sont sensibles (paiement des imp&#244;ts, obtention d'un visa), plus le syst&#232;me r&#233;pandu d'identifiant et de mot de passe s'av&#232;re insuffisamment s&#233;curis&#233; &#8211; le risque qu'il s'agisse d'une personne se faisant passer pour une autre, ou d'un logiciel se faisant passer pour une personne n'est pas v&#233;ritablement att&#233;nu&#233; malgr&#233; les garde-fou suppl&#233;mentaires d&#233;velopp&#233;s par les informaticiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans le contexte de la num&#233;risation des &#233;changes, appel&#233;e &#224; remplacer les transactions de la main &#224; la main, la g&#233;n&#233;ralisation de la biom&#233;trie ob&#233;it &#224; quelque chose d'assez logique &#8211; elle est loin d'&#234;tre imparable, et serait plut&#244;t dangereuse, puisque le fait de fusionner les principes distincts de l'identifiant et du mot de passe en les rempla&#231;ant par l'empreinte biom&#233;trique permet des usurpations aux cons&#233;quences quasi-irr&#233;m&#233;diables. En effet, nous pouvons tous constater que les lieux d'exercice du pouvoir d'&#201;tat se vident progressivement, pour se transformer en traitement automatique de donn&#233;es et de prestations par internet. Cette d&#233;localisation &#8211; il faudrait plut&#244;t parler de d&#233;territorialisation, ou de virtualisation du pouvoir &#8211; implique une transformation des activit&#233;s bureaucratiques : l&#224; o&#249; auparavant il fallait venir avec ses papiers, le bon formulaire et une signature, il faut maintenant taper un mot de passe, un identifiant et rentrer ses donn&#233;es. Manque la preuve que la personne qui est l&#224; est bien l&#224; m&#234;me que sur le papier, d'o&#249; l'identification biom&#233;trique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une certaine mani&#232;re, puisque personne n'aime se confronter &#224; la bureaucratie, que la machine bureaucratique se transforme v&#233;ritablement en machine, avec des pages web et des souris &#224; la place des tristes employ&#233;s de l'administration, ce n'est pas une grosse perte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'informatisation de l'&#233;difice &#233;tatique, tout comme celle des bureaucraties marchandes, n'est pas une surprise : ce n'est que la transformation de pseudo-machines en v&#233;ritables machines. La d&#233;territorialisation de leurs fonctions, cela signifie quelques br&#232;ches, quelques possibilit&#233;s de recours qui se referment, une centralisation accrue des donn&#233;es. &#192; premi&#232;re vue, le changement n'est pas si grand, de l'arbitraire &#224; l'arbitraire &#233;lectronique. Le probl&#232;me est qu'&#224; mesure que nous permettons que les activit&#233;s de l'&#201;tat et des entreprises se d&#233;placent vers le monde virtuel, les lieux physiques de pouvoir se vident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le temps de la matrice n'est plus si lointain, o&#249; personne ne pourra plus dire pr&#233;cis&#233;ment o&#249; est le S&#233;nat, l'Assembl&#233;e Nationale, le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur (Or, si personne ne peut affirmer avec certitude qu'une r&#233;volte sur internet n'aura jamais lieu, cela reste assez improbable).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement, par l'interm&#233;diaire de ces empreintes qui collent &#224; la peau et qui deviennent les m&#234;mes pour toutes sortes de prestations, la gestion centraliste se place au c&#339;ur des activit&#233;s les plus quotidiennes : &#233;cole, biblioth&#232;que, bureau, transports&#8230;Certaines mairies, pour leur simplifier la vie, ont choisi d'offrir &#224; leurs habitants des &#171; Cartes de vie quotidienne &#187;, qui regroupent les domaines du m&#233;dical, du scolaire, de l'administratif et du judiciaire. Enfin : l'interface avec ces organismes n'est plus le r&#244;le tr&#232;s temporaire de personne l&#233;gale ou d'usager que j'endosse pour mieux m'en d&#233;partir quand je vais au imp&#244;ts ou &#224; la CAF, mais&#8230; mon empreinte digitale, la paume de ma main, l'iris de mon &#339;il. La g&#233;n&#233;ralisation du contr&#244;le biom&#233;trique qui transforme mon anatomie en support d'informations implique que la gestion se rapproche au point que mon &#171; Double &#187; gestionnaire vienne &#224; pr&#233;sent se nicher quelque part dans mes organes. Et l&#224;&#8230; il devient vraiment difficile de pr&#233;tendre qu'il ne s'agit pas de moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous l'avons &#233;voqu&#233; : si l'informatique est capable de se greffer sur les organes et sur la peau, c'est dans la mesure o&#249; le corps est soumis &#224; un processus de r&#233;duction machinique qui le rend radicalement autre. Le contr&#244;le biom&#233;trique nous somme de donner une livre de chair : une ali&#233;nation bien concr&#232;te dans laquelle nous devenons un peu plus &#233;trangers &#224; nous-m&#234;mes. Si nous l'&#233;tions d&#233;j&#224; devenus au d&#233;tour d'un formulaire, d'un entretien, d'un contr&#244;le d'identit&#233;, il nous semble, avec ces nouvelles empreintes du quotidien, de plus en plus difficile de nous distancier de ce que le pouvoir fait de nous. Nous pouvions peut-&#234;tre encore penser pr&#233;server notre quant-&#224;-soi, ce sentiment de libert&#233; qui accompagne notre r&#233;alit&#233; sensible, cette impression que nos choix et nos opinions, notre int&#233;grit&#233; peuvent survivre &#224; la tourmente de transformations politiques qui nous &#233;chappent depuis bien longtemps, et se recomposer entre deux humiliations &#224; la petite semaine. Avec la biom&#233;trie, pourtant, l'incarnation qui nous prot&#233;geait de l'abstraction gestionnaire est elle-m&#234;me vis&#233;e par ce pouvoir d&#233;sormais dot&#233; d'une capacit&#233; de frappe chirurgicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le &#171; Je &#187; de ma r&#233;alit&#233; sensible ne se confond pas avec l'objet de la posture gestionnaire, c'est dans la mesure o&#249; ce &#171; Je &#187; s'incarne dans une communaut&#233; sensible. La m&#233;diation de la bureaucratie technicienne n'a cess&#233; de gagner du terrain au d&#233;triment des communaut&#233;s politiques plus ou moins formelles qui pouvaient exister ou qui auraient pu voir le jour. Pourtant, cette individualisation est rest&#233;e incapable de r&#233;ellement emp&#234;cher que, l&#224; o&#249; les personnes se rencontrent, elles puissent encore se parler, se retrouver et s'organiser, que les corps de m&#234;lent. S'il peut encore parfois se passer quelque chose, c'est parce qu'une communaut&#233; sensible parvient &#224; se reformer ponctuellement malgr&#233; la privation formelle de libert&#233; publique. En cela, l'incarnation qui lui permet de voir le jour est bien plus mena&#231;ante pour la gestion rationnelle de surplomb que toutes les id&#233;es d&#233;sincarn&#233;es. Nous d&#233;montrons r&#233;guli&#232;rement notre capacit&#233; &#224; &#233;luder la posture gestionnaire, l'observation et le calcul dont nous faisons l'objet, voire de nous y confronter en bloc. Mais l'av&#232;nement de la biom&#233;trie est &#224; la fois la cons&#233;quence et le sympt&#244;me d'un d&#233;ploiement sans pr&#233;c&#233;dent du pouvoir technologique et gestionnaire. C'est un moment de rupture. Moment d'inventer la critique, les critiques, intellectuelles et concr&#232;tes, compatibles avec ce qu'exige une guerre &#224; la gestion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celia Izoard&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Logiques biom&#233;triques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Extrait du texte paru dans &lt;i&gt;Bachibouzouk&lt;/i&gt;, n&#176;1, d&#233;cembre 2006.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Biom&#233;trie et logiques du corps&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le corps se num&#233;rise, se transforme en algorithme. Devenu ligne de code, il peut &#234;tre stock&#233; et tout un ensemble d'op&#233;rations peuvent s'effectuer : je pose mon empreinte et je passe, mon visage est authentifi&#233; et l'on sait si oui ou non je dois &#234;tre l&#224;. Le corps se donne &#224; la machine qui l'enregistre. Mon corps devient ainsi une cl&#233; : c'est-&#224;-dire autant un pass que quelque chose qui enclenche un m&#233;canisme qui va provoquer une nouvelle action. Mon corps se transforme en signe pour la machine, tandis que jusqu'alors il l'actionnait, la mettait en route, l'utilisait. D&#233;sormais la machine reconna&#238;t, int&#232;gre, apprend : ainsi se voit-elle dot&#233;e d'une pseudo-subjectivit&#233; que nulle machine n'avait auparavant, en dehors de ces fantasmes de bricoleurs et de bricoleuses, ces elle-me-reconnait et ces il-n'y-a-qu'avec-moi-que-&#231;a-marche. Nous voil&#224; face &#224; cette fausse subjectivit&#233; de machine qui reconna&#238;t nos corps, &#171; sait &#187; quand nous sommes l&#224;. La machine ne fait plus qu'&#234;tre l&#224;, elle me regarde. Nouvelle machine, nouveau rapport. Mon corps banal, qui d&#233;ambule, devient source d'information : il n'est plus besoin de paroles, plus besoin d'actions. Plus besoin de me pr&#233;senter &#224; un guichet, de parler, d'introduire la parole pour devenir quelque chose pour l'administration, pour la police, pour le commerce. Je suis toujours &#224; nu, moi, sans cet atour que constitue ma parole, sans ce sentiment de n'&#234;tre pr&#233;sent, moi, que pour celles et ceux que je souhaite. Je suis pr&#233;sent, moi, pour tous les dispositifs qui m'entourent et pour toutes celles et ceux qui d&#233;tiennent ces informations. Ce qui s'op&#232;re, subjectivement et objectivement, c'est le d&#233;doublement de mon corps. D'un c&#244;t&#233;, il y a mon corps pour celles et ceux que je souhaite, le corps que je veux pr&#233;senter, mon corps qui parle et dit son nom. De l'autre, il y a mon corps pour les dispositifs, mon corps &#224; g&#233;rer, &#224; contr&#244;ler, &#224; surveiller, mon corps sans parole qui me dit, qui me pr&#233;sente et qui m'indique. On le comprend assez vite, ce corps-pour-le-contr&#244;le est aussi potentiellement le corps qui me trahit, le corps qui me trace, qui me suit, me surprend, me fait prendre. C'est le corps qui, par cons&#233;quent, m'enferme, le corps qui m'emp&#234;che, sans risque, de p&#233;n&#233;trer dans telle zone, de participer &#224; telle chose &#224; laquelle je ne devrais pas participer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cela ne recouvre pas seulement ce qui est l&#233;galement interdit : il y a plein de choses que je n'ai pas &#224; faire, qui ne correspondent pas &#224; ce que je devrais faire conform&#233;ment &#224; mon &#233;tat, &#224; ma fonction, &#224; mon &#226;ge. Les raisons de sonner l'alerte sont bien plus multiples car il est question de pr&#233;vention et non de m'arr&#234;ter. D&#232;s lors, je me trouve enjoint sous peine d'alerte &#224; ne pas d&#233;passer les limites qui sont celles de ma caste : me voil&#224; dot&#233;-e d'un corps qui &#171; reconna&#238;t &#187; &#224; tout moment les limites de ma cellule ; me voil&#224; dot&#233;-e d'un authentique corps-cellule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	On le sait : nos corps sont d&#233;j&#224; conditionn&#233;s, domestiqu&#233;s, disciplin&#233;s par le monde de la marchandise et du biopouvoir. Habitu&#233;s &#224; manger cela, &#224; se tenir dans telles postures. Des ann&#233;es de &#171; tiens-toi droit-e &#187; ont fait leur chemin, tout comme nos habitudes d'hygi&#232;ne : du nettoyage des dents aux douches chaudes, du rester propre aux cheveux coiff&#233;s. &#192; l'image de nos &#171; environnements &#187;, nous avons d&#251; devenir lisses, aussi plastiques que nos nourritures ou nos jouets. Nos corps, devenus souci de l'institut pour les dents qui propose des chewing-gums, pour les industriels du glamour chimique, pour les esclavagistes du textile, sont aussi n&#233;gativement devenus des tas de chair, des bonbonnes de sueur, des sources d'odeurs inf&#226;mes. Le souci de soi industriel, massivement enseign&#233;, enregistr&#233; dans de multiples rapports, en finirait presque par nous convaincre qu'il y a dans cette bestialit&#233; quelque chose &#224; d&#233;truire, quelque chose dont il faut se s&#233;parer. Nos corps, &#224; travers cette vaste injonction au plastique, ont d&#233;j&#224; cess&#233; de nous appartenir, pour ce qui est de ces corps que nous montrons. Et avec cela, de mani&#232;re corr&#233;lative, un d&#233;doublement qui ressemble &#224; celui que nous avons d&#233;voil&#233; plus haut. Comme s'il existait une correspondance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	D'un c&#244;t&#233;, ce corps-plastique, corps du regard public, corps inscrit dans la norme du lissage, corps invisible &#8211; corps, en somme, de la vie commune, corps de la norme, corps produit de mani&#232;re h&#233;t&#233;ronome. De l'autre c&#244;t&#233;, ce corps du fond, corps de l'intime, corps velu qui sue, qui pue, qui se cache et cache ses asp&#233;rit&#233;s, ses recoins, qui se d&#233;voile au creux de l'intimit&#233;. Corps sauvage, corps-pourriture, corps qui d&#233;borde, qui d&#233;passe les zones, qui s'anime de forces ingouvernables, qui transgresse, sale &#8211; corps qui d&#233;finit, envers et contre tout, une r&#233;sistance continuellement recouverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Quand on leur demande, les lyc&#233;en-ne-s qui passent les bornes biom&#233;triques, dans une cantine, affirment g&#233;n&#233;ralement que leur principale peur est d'avoir les mains sales. D'un c&#244;t&#233;, qu'illes se salissent sur la borne ; de l'autre, que leurs mains sales ne conviennent pas &#224; la machine. Cette crainte t&#233;moigne de la continuit&#233; qui existe entre ce corps-pour-le-contr&#244;le et le corps-plastique : le corps pour la machine doit &#234;tre propre. Le contr&#244;le est la fois celui de mon corps et de mon bon corps, celui qui circule, dans sa transparence fonctionnelle, sans asp&#233;rit&#233;. La biom&#233;trie provoque ce d&#233;doublement du corps que nous avons d&#233;crit, avec la naissance de ce double qui nous enferme, nous trahit. Ce faisant, elle redouble ce premier d&#233;doublement que nous subissons, avec ce devoir d'entretenir en permanence ce corps lisse compatible aux autres, aux entretiens d'embauche et aux affiches publicitaires. Par ce redoublement, elle rend &#233;vidente le rapport entre le corps sauvage et l'activit&#233; sauvage, entre ce corps qui sue et ce corps qui s'agence dans l'amour, dans la foule ou dans la f&#234;te et qui s'&#233;chappe en terrains inconnus. D'un c&#244;t&#233;, la biom&#233;trie vient comme un sympt&#244;me de ce que nos corps ne nous appartiennent plus, appartiennent aux industriels, &#224; la marchandise ou au contr&#244;le. Elle vient aussi extr&#234;miser le sentiment de cette d&#233;possession en d&#233;voilant sa fonction : s&#233;parer nos corps de nous-m&#234;mes et nous s&#233;parer des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Nos corps construits par la gestion sont r&#233;-&#233;labor&#233;s, par la biom&#233;trie, pour la gestion. Nos corps ali&#233;n&#233;s puis cod&#233;s finissent par leur servir dans le cadre d'une gestion pr&#233;ventive de nos bons comportements. Nous pouvons ainsi saisir sans trop d'effort la voie qu'ouvre la biom&#233;trie, c'est-&#224;-dire une gestion sans parole de nos corps domestiqu&#233;s. On pourrait parler d'une logique de cheptel, mais ce serait rester en de&#231;&#224; de la r&#233;alit&#233;. Le cheptel est dirig&#233; par un-e berger-e qui l'oriente, qui le traite et le soigne. Il faut noter que chaque animal est consid&#233;r&#233; comme un &#234;tre vivant, avec lequel peut s'&#233;laborer une entente, un rapport de connaissance mutuelle. Avec la biom&#233;trie, rien de tel ne s'annonce. Certain-e-s ont bien vu le rapport existant entre le corps lisse et le corps-marchandise : c'est le corps que l'on nous vend, que l'on ach&#232;te, qui circule et se fond dans la masse. C'est le corps abstrait, produit d'une auto-exploitation, &#224; la surface duquel rarement le bricolage du souci de soi vient affleurer. Et, produit d'un monde d'usines et de centres commerciaux, ce corps-marchandise est en train de se faire code-barrer par la biom&#233;trie. Ce qui se d&#233;voile va bien au-del&#224; de la cheptellisation : avec cette technologie, c'est l'utopie d'un monde de marchandises en perp&#233;tuelle circulation et sous contr&#244;le permanent qui se r&#233;v&#232;le, un monde o&#249; corps humains, aliments et gadgets &#233;quivalent techniquement sous le r&#232;gne de la marchandise industrielle. Il y a quelques d&#233;cennies, certain-e-s se moquaient des cybern&#233;ticien-ne-s, de leurs d&#233;lires sur l'information et son contr&#244;le, de leurs r&#234;ves d'un monde r&#233;ductible &#224; un espace informationel peupl&#233; de bo&#238;tes noires qui r&#233;agiraient &#224; des messages ext&#233;rieurs. &#192; pr&#233;sent, alors que nos corps informent, peuvent &#234;tre trait&#233;s et soumis automatiquement &#224; des injonctions par r&#233;troaction, leurs r&#234;ves paraissent tout d'un coup moins fous, moins d&#233;lirants. Le d&#233;lire cybern&#233;tique trouve peu &#224; peu ses voies de r&#233;alisation : lorsque le corps devient marchandise informationnelle, le r&#234;ve d'une transparence totale de la soci&#233;t&#233; peut se r&#233;aliser .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;Biom&#233;trie et logiques de l'opacit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commission Nationale Informatique et Libert&#233; (CNIL), partenaire de l'exposition sur la biom&#233;trie de la Villette, a notamment pour fonction de prot&#233;ger notre vie priv&#233;e face aux m&#233;susages de donn&#233;es personnelles inclues dans divers fichiers susceptibles de recoupements. D'o&#249;, aussi, d&#232;s la premi&#232;re arriv&#233;e de la biom&#233;trie, la fameuse probl&#233;matique de la &#171; vie priv&#233;e &#187;. Pourront-illes croiser les fichiers, constitueront-illes de grosses bases de donn&#233;es ? Autant de questions qui viennent, comme une vieille rengaine. Et avec cela, &#233;videmment, les armes de l'acceptation : oui, ne vous inqui&#233;tez pas, la Commission veillera &#224; ce que rien ne se constitue de tel, et nous pourrons avoir les avantages de la biom&#233;trie sans ses inconv&#233;nients... nous voil&#224; rassur&#233;-e-s, une fois de plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Reste que cette topique de la &#171; vie priv&#233;e &#187; est devenue centrale, m&#234;me si la d&#233;finition de celle-ci est incroyablement floue pour tout le monde. Ce que l'on sait, c'est qu'elle est fondamentale dans le lib&#233;ralisme politique, comme notion autour de laquelle s'articule tant ma protection par rapport aux incursions de l'&#201;tat que celle de mes biens et de ma personne. Ma vie priv&#233;e, c'est cette part de ma vie sur laquelle l'&#201;tat n'a en principe pas le droit d'intervenir : mes opinions religieuses, mon intimit&#233;, ce qui en somme me concerne moi chez moi ou chez mes ami-e-s. De plus en plus, cela d&#233;finit aussi une sorte de besoin d'anonymat, de refus que l'on sache ce que je fais et o&#249; je suis en permanence. Mais cette id&#233;e a &#233;videmment des limites, car la question revient toujours, dans la bouche des citoyen-ne-s ou des dirigeant-e-s : &#171; mais qu'avez-vous &#224; cacher ? &#187; Chacun-e se d&#233;fend comme ille peut en invoquant une esp&#232;ce de pudeur &#224; fleur de peau, en faisant remarquer que si tel-le dirigeant-e arrivait au pouvoir ce serait terrible. Mais, au fond, il reste le sentiment d'&#234;tre d&#233;sarm&#233;. Face &#224; celles et ceux qui n'ont rien &#224; cacher, celui ou celle qui d&#233;fend l'anonymat se retrouve en position de coupable. Et le contre-argument, qui fait valoir que chacun-e fait des choses plus ou moins r&#233;pr&#233;hensibles est &#233;galement un peu vaseux, puisque se sait &#233;galement, souvent, que ce n'est pas cela qui sera vis&#233; et r&#233;prim&#233;. Le fait est que cette probl&#233;matique de la vie priv&#233;e est une impasse. La protection de la vie priv&#233;e, pour beaucoup, signifie que telle enseigne de la distribution ne doit pas savoir ce que j'ai achet&#233; chez telle autre, que je peux avoir telle pratique sexuelle sans &#234;tre inqui&#233;t&#233;-e. Le recoupement moderne entre loisir et vie priv&#233;e en fait tr&#232;s largement une zone sans int&#233;r&#234;t, o&#249; se massifient en toute tranquillit&#233; des pratiques en continuit&#233; absolue avec le temps de travail. La vie priv&#233;e est prot&#233;g&#233;e par tradition, alors m&#234;me que celle-ci, bien souvent, se trouve r&#233;duite &#224; la plus pure insignifiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ces technologies sont susceptibles d'emp&#234;cher tant dans les faits que dans les t&#234;tes toute opacit&#233; de la vie sociale. Pourtant, des choses &#224; cacher se font et/ou se feront. Passer le seuil sacr&#233; de la l&#233;galit&#233; arrive souvent dans un monde r&#233;gul&#233; par des normes gestionnaires qui viennent exclure tant de convenances communes, &#233;labor&#233;es dans les interstices, les vides. Que ce soit pour le pr&#233;sent ou pour le futur, nous sommes nombreux &#224; savoir qu'arrive ou arrivera le moment o&#249; se franchit ou se franchira cette barri&#232;re l&#233;gale et qu'une r&#233;pression assur&#233;e &#224; l'aide de machines sera terrible. Ces technologies sont terrifiantes, elles impliqueront s&#251;rement trop de feintes insupportables au quotidien pour que l'on puisse &#8211; m&#234;me si la &#171; vie priv&#233;e &#187; reste prot&#233;g&#233;e &#8211; les laisser arriver. Conserver l'opacit&#233; de nos mouvements, l'opacit&#233; de notre identit&#233;, c'est maintenir la possibilit&#233; de la fraude, la possibilit&#233; de la r&#233;-appropriation de richesses abandonn&#233;es ou de maisons vides, la possibilit&#233; de productions ill&#233;gales, non-suivies, non-puc&#233;es. Face aux fascin&#233;-e-s de la Loi, du respect de l'ordre existant, rien d'autre n'est &#224; dire sinon : oui, des choses se cachent.... Aux autres, moins respectueux-ses, il s'agira de faire valoir la valeur de tant de luttes qui ont besoin de cette opacit&#233;, la valeur de formes-de-vie en r&#233;sistance, faire saisir le danger que repr&#233;sentent de telles technologies pour leurs continuit&#233;s et &#233;ventuellement leurs minces victoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie priv&#233;e &#224; l'int&#233;rieur du lib&#233;ralisme n'est rien d'autre qu'une vie priv&#233;e de sens, dans laquelle se trouve en permanence assum&#233;e la s&#233;paration nette entre ce que je veux et ce que je dois faire pour l'avoir ; cette vie priv&#233;e n'est rien d'autre que ce petit morceau de &#171; vie personnelle &#187; conc&#233;d&#233; en &#233;change de terribles collaborations. En revanche, il y a bien des enjeux &#224; conserver les zones d'ombre, les ruelles, les petites places, les fermes abandonn&#233;es. La pleine lumi&#232;re de la gestion affadit, d&#233;nonce, amoindrit tant d'amours, d'amiti&#233;s, de f&#234;tes, de luttes. Ce qu'il reste d'autonomie, c'est-&#224;-dire de capacit&#233; &#224; faire exister des rapports et &#224; vivre des d&#233;sirs qui conviennent &#224; des sujets-groupes, se d&#233;ploie plus &#224; l'aise &#224; la lumi&#232;re d'une bougie qu'au grand jour du contr&#244;le. C'est cette opacit&#233; des formes de vie des offens&#233;-e-s, l'&#233;paisseur des attachements qui tiennent chacun-e, leur incompr&#233;hensibilit&#233; pour le pouvoir qui seule peut permettre d'imaginer une quelconque victoire. &#192; vrai dire, il est bien possible que ce soit le retour perp&#233;tuel de cette opacit&#233; &#8211; et de la complexit&#233; qui lui est comme inh&#233;rente &#8211; qui retarde encore et toujours une victoire des gestionnaires qui signifie avant tout la victoire de la clart&#233;, du rationnel, du machinesque. Avec la biom&#233;trie, il est &#224; craindre que ces zones d'opacit&#233; se r&#233;tr&#233;cissent jusqu'&#224; dispara&#238;tre. Certes, des feintes verront le jour, mais cela a toutes les chances de nuire &#224; toutes ces coalitions improbables, ces rencontres au hasard, ces gestes qui sont autant survie que lutte, ces moments par lesquels se constitue toute lente insurrection. L'enjeu de cette lutte n'est donc pas le respect de la &#171; vie priv&#233;e &#187;, mais bien la perte d'une autonomie sociale et individuelle plus que jamais attaqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;Biom&#233;trie et logiques d'&#233;mancipation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'erreur fondamentale de la &#171; Science moderne &#187; &#8211; celle qui a engendr&#233; tous les d&#233;sastres que nous subissons aujourd'hui &#8211; est de pr&#233;tendre qu'elle peut &#233;tudier et manipuler les &#234;tres vivants, les hommes et leur monde tout comme elle &#233;tudie et manipule les choses dans ses laboratoires. Or les &#234;tres vivants et les hommes ne peuvent &#234;tre r&#233;duits &#224; l'&#233;tat de choses sans &#234;tre tr&#232;s gravement mutil&#233;s ; sans que leur soient &#244;t&#233;es les capacit&#233;s qui fondent leur sp&#233;cificit&#233; d'&#234;tres vivants, sensibles et pensant. Ce qui distingue les &#234;tres des choses, c'est cette capacit&#233; d'avoir une grande diversit&#233; de rapports entre eux et avec le monde qui les entoure, et par l&#224; pas seulement subir et s'adapter aux circonstances, mais aussi d'utiliser et de transformer ces circonstances pour vivre &#224; leur mani&#232;re. En les traitant comme des choses, non seulement on nie l'existence de leur libert&#233; et de leur autonomie, mais surtout on en vient naturellement &#224; vouloir la supprimer, puisqu'elle devient un obstacle &#224; leur manipulation en tant que choses.&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
Bertrand Louart, &lt;i&gt;Quelques &#233;l&#233;ments d'une critique de la soci&#233;t&#233; industrielle&lt;/i&gt;, p. 14, juin 2003&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;	Chacun-e le sait, plus ou moins confus&#233;ment : nous sommes en permanence g&#233;r&#233;-e-s par divers appareils, qui nous ont, depuis le d&#233;part, configur&#233;-e-s, conform&#233;-e-s &#224; leurs exigences. Gestion d&#232;s la naissance, et gestion continu&#233;e, avec apprentissage, mise au travail, retraite. Nos intimit&#233;s elles-m&#234;mes, qui, pensons-nous, peuvent nous d&#233;finir, sont tr&#232;s souvent massives, constitu&#233;es massivement. La part des d&#233;cisions que nous avons prise en toute conscience, en fonction de nos d&#233;sirs, est extraordinairement faible. On nous a appris &#224; nous satisfaire de nos niveaux de vie, de nos conditions d'exploitation, du travail que nous effectuons. &#199;a marche, et &#231;a ne marche pas. &#199;a marche : il suffit de croiser tou-te-s ces satisfait-e-s, bien content-e-s de leur confort statistique, de leur vie qui fonctionne bien, de leur travail qui fonctionne assez. Et &#231;a ne marche pas : ces coups de blues, ces moments o&#249; l'on sent que l'on s'est perdu-e, ces moments o&#249; tout cela manque terriblement de sens, ces moments o&#249; l'on s'embarque dans de mauvais personnages, o&#249; l'on s'enferme dans de petits r&#244;les, o&#249; l'exploitation devient trop p&#233;nible, o&#249; les probl&#232;mes physiques arrivent par surprise. Tout d'un coup appara&#238;t que nous n'avons rien choisi, sauf des d&#233;tails. Tout d'un coup, on se rend compte que l'on s'est fait embarquer pour rien. Comme si ce monde se faisait toujours sans nous, &#224; c&#244;t&#233; de nous, contre nous, comme s'il venait d'un ext&#233;rieur qui cependant nous traverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La biom&#233;trie, en tant qu'outil de gestion de masse, est le signe d'un futur qui se d&#233;cline sous la forme d'un bonheur transparent, sans saveur, lisse et sordide &#224; l'image des technicien-ne-s qui ont pu imaginer et confectionner une telle technologie de contr&#244;le. Elle annonce un monde o&#249; des machines r&#233;guleront, en silence et sans exception, la circulation des corps, l'impossibilit&#233; de leurs enchev&#234;trements subversifs. Un monde sans parole, sans petits recours, c'est-&#224;-dire un monde o&#249; la politique n'existe plus que sous la forme de techniques de gestion. Les forces qui s'y opposent et s'y opposeront se constituent et se constitueront dans cet antagonisme qui est n&#233; avec le capitalisme industriel et la gouvernementalit&#233; moderne, qui voit sans cesse l'affrontement entre les forces de la gestion et les d&#233;sirs populaires d'&#233;mancipation et de communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kamo&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Non &#224; la biom&#233;trie. D&#233;sob&#233;issons pendant qu'il est encore temps&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Article paru dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 6 d&#233;cembre 2005.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque, &#224; la fin du xixe si&#232;cle, Galton en Angleterre commen&#231;a ses recherches sur les empreintes digitales et Bertillon en France inventa la photographie judiciaire &#171; pour l'identification anthropom&#233;trique &#187; (c'&#233;tait le terme de l'&#233;poque), de tels proc&#233;d&#233;s &#233;taient exclusivement r&#233;serv&#233;s aux criminels r&#233;cidivistes. Aujourd'hui une soci&#233;t&#233; se profile o&#249; l'on se propose d'appliquer &#224; tous les citoyens des dispositifs qui &#233;taient jusque-l&#224; destin&#233;s aux seuls d&#233;linquants. Selon un projet qui est d&#233;j&#224; en voie de r&#233;alisation, le rapport normal de l'&#233;tat &#224; ce que Rousseau appelait les &#171; membres du souverain &#187; sera la biom&#233;trie, c'est-&#224;-dire le soup&#231;on g&#233;n&#233;ralis&#233;. Au fur et &#224; mesure que les citoyens, sous la pression de la d&#233;politisation croissante des soci&#233;t&#233;s postindustrielles, se retirent de toute participation politique, ils se voient trait&#233;s de plus en plus comme des criminels virtuels. Le corps politique est ainsi devenu un corps criminel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dangers d'une telle situation sont &#233;vidents pour tous sauf pour ceux qui refusent tout simplement de voir. On ne sait pas assez que ce sont des photos tir&#233;es des cartes d'identit&#233; et des cartes professionnelles qui ont permis aux polices nazies des pays occup&#233;s (notamment en Hollande, en Belgique et au Danemark) de rep&#233;rer et d'enregistrer (souvent avec un simple &#171; J &#187; &#8211; pour Jude &#8211; grav&#233; sur l'image) les juifs et qui ont facilit&#233; ainsi leur d&#233;portation. Que va-t-il se passer le jour o&#249; un pouvoir despotique disposera de l'enregistrement biom&#233;trique de toute une population ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or cela est d'autant plus inqui&#233;tant que les pays europ&#233;ens, apr&#232;s avoir impos&#233; le contr&#244;le biom&#233;trique aux immigrants, s'appr&#234;tent &#224; l'imposer &#224; tous leurs citoyens. Les raisons de s&#233;curit&#233; invoqu&#233;es en faveur de ces pratiques odieuses ne sont pas convaincantes, car si elles peuvent contribuer &#224; emp&#234;cher la r&#233;cidive, elles sont bien s&#251;r inutiles pour pr&#233;venir un premier d&#233;lit ou un acte de terrorisme. En revanche elles sont parfaitement efficaces pour le contr&#244;le massif des individus. Le jour o&#249; le contr&#244;le biom&#233;trique sera g&#233;n&#233;ralis&#233; et o&#249; la surveillance par cam&#233;ra sera &#233;tablie dans toutes les rues, nous n'aurons pas seulement perdu la simple joie de pouvoir marcher dans nos villes. Toute critique et tout dissentiment seront devenus impossibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les jeunes &#233;tudiants qui ont d&#233;truit le 17 novembre les bornes biom&#233;triques dans la cantine du lyc&#233;e de Gif-sur-Yvette ont montr&#233; qu'ils se souciaient bien davantage des libert&#233;s individuelles et de la d&#233;mocratie que ceux qui avaient d&#233;cid&#233; ou accept&#233; sans broncher leur installation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a trois ans, j'ai d&#233;missionn&#233; de mon poste de professeur &#224; la New York University parce que les &#233;tats-Unis avaient d&#233;cid&#233; d'imposer un contr&#244;le biom&#233;trique aux &#233;trangers qui entraient dans le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui non seulement j'exprime ma solidarit&#233; aux &#233;tudiants fran&#231;ais, mais je d&#233;clare publiquement que je refuserai de me pr&#234;ter &#224; tout contr&#244;le biom&#233;trique et que je suis pr&#234;t pour cela &#224; renoncer &#224; mon passeport comme &#224; toute pi&#232;ce d'identit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Giorgio Agamben&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La France contre les robots&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a vingt ans, le petit bourgeois fran&#231;ais refusait de laisser prendre ses empreintes digitales, formalit&#233; jusqu'alors destin&#233;e aux for&#231;ats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oh ! Oui, je sais, vous vous dites que ce sont l&#224; des bagatelles. Mais en protestant contre ces bagatelles, le petit bourgeois engageait sans le savoir un h&#233;ritage immense, toute une civilisation dont l'&#233;vanouissement progressif a pass&#233; presque inaper&#231;u, parce que l'&#233;tat moderne, le Moloch technique, en posant solidement les bases de sa future tyrannie, restait fid&#232;le &#224; l'ancien vocabulaire lib&#233;ral, couvrait ou justifiait du vocabulaire lib&#233;ral ses innombrables usurpations. Au petit bourgeois fran&#231;ais refusant de laisser prendre ses empreintes digitales, l'intellectuel de profession, le parasite intellectuel, toujours complice du pouvoir, m&#234;me lorsqu'il para&#238;t le combattre, ripostait avec d&#233;dain que ce pr&#233;jug&#233; contre la science risquait de mettre obstacle &#224; une admirable r&#233;forme des m&#233;thodes d'identification, qu'on ne pouvait sacrifier le Progr&#232;s &#224; la crainte ridicule de se salir les doigts. Erreur profonde ! Ce n'&#233;tait pas ses doigts que le petit bourgeois fran&#231;ais, l'immortel La Brige de Courteline, craignait de salir, c'&#233;tait sa dignit&#233;, c'&#233;tait son &#226;me. Oh ! peut-&#234;tre ne s'en doutait-il pas, ou ne s'en doutait-il qu'&#224; demi, peut-&#234;tre sa r&#233;volte &#233;tait-elle beaucoup moins celle de la pr&#233;voyance que celle de l'instinct. N'importe ! On avait beau lui dire : &#171; Que risquez-vous ? Que vous importe d'&#234;tre instantan&#233;ment reconnu gr&#226;ce au moyen le plus simple et le plus infaillible ? Le criminel seul trouve avantage &#224; se cacher... &#187; Il reconnaissait bien que le raisonnement n'&#233;tait pas sans valeur, mais il ne se sentait pas convaincu. En ce temps-l&#224;, le proc&#233;d&#233; de M.&#8197;Bertillon n'&#233;tait en effet redoutable qu'au criminel et il en est de m&#234;me encore maintenant. C'est le mot de criminel dont le sens s'est prodigieusement &#233;largi, jusqu'&#224; d&#233;signer tout citoyen peu favorable au R&#233;gime, au Syst&#232;me, au Parti ou &#224; l'homme qui les incarne. Le petit bourgeois fran&#231;ais n'avait certainement pas assez d'imagination pour se repr&#233;senter un monde comme le n&#244;tre si diff&#233;rent du sien, un monde o&#249; &#224; chaque carrefour la Police d'&#201;tat guetterait les suspects, filtrerait les passants, ferait du moindre portier d'h&#244;tel, responsable de ses fiches, son auxiliaire b&#233;n&#233;vole et public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tout en se f&#233;licitant de voir la Justice tirer parti, contre les r&#233;cidivistes, de la nouvelle m&#233;thode, il pressentait qu'une arme si perfectionn&#233;e, aux mains de l'&#201;tat, ne resterait pas longtemps inoffensive pour les simples citoyens. C'&#233;tait sa dignit&#233; qu'il croyait seulement d&#233;fendre, et il d&#233;fendait avec elle nos s&#233;curit&#233;s et nos vies. Depuis vingt ans, combien de millions d'hommes, en Russie, en Italie, en Allemagne, en Espagne, ont &#233;t&#233; ainsi, gr&#226;ce aux empreintes digitales, mis dans l'impossibilit&#233; non pas seulement de nuire aux Tyrans, mais de s'en cacher ou de les fuir ? Et ce syst&#232;me ing&#233;nieux a encore d&#233;truit quelque chose de plus pr&#233;cieux que des millions de vies humaines. L'id&#233;e qu'un citoyen, qui n'a jamais eu affaire &#224; la Justice de son pays, devrait rester parfaitement libre de dissimuler son identit&#233; &#224; qui il lui pla&#238;t, pour des motifs dont il est seul juge, ou simplement pour son plaisir, que toute indiscr&#233;tion d'un policier sur ce chapitre ne saurait &#234;tre tol&#233;r&#233;e sans les raisons les plus graves, cette id&#233;e ne vient plus &#224; l'esprit de personne. Le jour n'est pas loin peut-&#234;tre o&#249; il nous semblera aussi naturel de laisser notre clef dans la serrure, afin que la police puisse entrer chez nous nuit et jour, que d'ouvrir notre portefeuille &#224; toute r&#233;quisition. Et lorsque l'&#201;tat jugera plus pratique, afin d'&#233;pargner le temps de ses innombrables contr&#244;leurs, de nous imposer une marque ext&#233;rieure, pourquoi h&#233;siterions-nous &#224; nous laisser marquer au fer, &#224; la joue ou &#224; la fesse, comme le b&#233;tail ? L'&#233;puration des Mal-Pensants, si ch&#232;re aux r&#233;gimes totalitaires, en serait grandement facilit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Georges Bernanos&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sur la biom&#233;trie et plus avant :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Collectif, &lt;i&gt;La tyrannie technologique : critique de la soci&#233;t&#233; num&#233;rique&lt;/i&gt;,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;ditions de L'&#233;chapp&#233;e, Paris, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Groupe Marcuse, &lt;i&gt;La libert&#233; dans le coma&lt;/i&gt;,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;ditions de La lenteur, &#224; para&#238;tre, Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Harun Farocki, &lt;i&gt;Images du monde et inscription de la guerre&lt;/i&gt; (film), 1988. &lt;br&gt;
Voir aussi les textes des films dans Harun Farocki : &lt;i&gt;Films&lt;/i&gt;,&lt;br class='autobr' /&gt;
Th&#233;&#226;tre Typographique, Paris, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Xavier Guchet, &#171; Les deux corps de la biom&#233;trie &#187;, Communications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Laurent Guillot, &lt;i&gt;Le temps des bioma&#238;tres&lt;/i&gt; (film), 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; P. Piazza, X. Crettiez (dir.), &lt;i&gt;Du papier &#224; la biom&#233;trie : identifier les individus&lt;/i&gt;, Presses de Sciences Po, Paris, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pierre Piazza, &lt;i&gt;Histoire de la carte nationale d'identit&#233;&lt;/i&gt;,&lt;br class='autobr' /&gt;
Paris, Odile Jacob 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; S&#233;bastien Thomasson, &lt;i&gt;Au doigt et &#224; l'&#339;il : lettre ouverte &#224; Henri Chabert&lt;/i&gt;, Grenoble, 2005, disponible sur &lt;a href=&#034;http://infokiosques.net/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://infokiosques.net/&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Nicolas Bonanni, &lt;i&gt;Des moutons et des hommes&lt;/i&gt;,&lt;br class='autobr' /&gt;
Grenoble, 2007, disponible sur &lt;a href=&#034;http://www.piecesetmaindoeuvre.com/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.piecesetmaindoeuvre.com/&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;http://infokiosques.net/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://infokiosques.net/&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Xavier Guchet, &#171; Manger sous surveillance, L'usage d'une technique biom&#233;trique pour le contr&#244;le d'acc&#232;s &#224; la cantine scolaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Loi du 10 juillet 1989 d'orientation sur l'&#233;ducation, loi du 2 janvier 2002 r&#233;novant l'action sociale et m&#233;dicosociale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Philippe Bonditti, &#171; Technologisation de la fronti&#232;re : vers un &#233;tat de peste g&#233;n&#233;ralis&#233; ? &#187;, Chantiers Politiques, ENS, Paris, n&#176;2, Oct. 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Livre bleu, grands programmes structurants, proposition des industries &#233;lectroniques et num&#233;riques &#187;, juillet 2004. Au cours de l'ann&#233;e 2006, suite &#224; la mise en &#233;vidence de ce passage par le collectif anti-biom&#233;trie, le GIXEL a modifi&#233; formellement son Livre Bleu en &#244;tant le passage en question. Original disponible &lt;a href=&#034;http://bigbrotherawards.eu.org/Livre-Bleu-du-Gixel-les-BBA-republient-la.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le rapport Benisti a pr&#233;par&#233; la loi du 5 mars 2007 relative &#224; la pr&#233;vention de la d&#233;linquance.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://www.infokiosques.net/IMG/pdf/combattre-la-biometrie-cahier.pdf" length="1996998" type="application/pdf" />
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>A propos d'autonomie, d'amiti&#233; sexuelle et d'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article473</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.infokiosques.net/spip.php?article473</guid>
		<dc:date>2007-08-14T11:08:55Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Corinne Monnet</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme, (questions de) genre</dc:subject>
		<dc:subject>S&#233;ditions graphiques (Paris)</dc:subject>
		<dc:subject>Sexualit&#233;s, relations affectives</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Texte extrait d'&lt;i&gt;Au-del&#224; du personnel&lt;/i&gt;, ouvrage collectif &#233;puis&#233;, publi&#233; en 1997.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sommaire :&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- Les choix de vie relationnels, une histoire de go&#251;t ?&lt;br class='manualbr' /&gt;- Autonomie et rapport &#224; l'autre&lt;br class='manualbr' /&gt;- Pr&#233;sentation du cadre de la non-monogamie responsable&lt;br class='manualbr' /&gt;- L'amour exclusif&lt;br class='manualbr' /&gt;- Le paradigme de l'amiti&#233;&lt;br class='manualbr' /&gt;- La r&#233;union de l'amiti&#233; et du d&#233;sir&lt;br class='manualbr' /&gt;- Amour et h&#233;t&#233;rosexualit&#233; - Point de vue f&#233;ministe&lt;br class='manualbr' /&gt;- Pascale Noizet et la fonction de l'amour dans l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;&lt;br class='manualbr' /&gt;- Pour une pratique h&#233;t&#233;rosexuelle f&#233;ministe&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique5" rel="directory"&gt;A&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;F&#233;minisme, (questions de) genre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;S&#233;ditions graphiques (Paris)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot126" rel="tag"&gt;Sexualit&#233;s, relations affectives&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH148/arton473-0212d.jpg?1780470078' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='148' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff473.jpg?1187768795&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#034;Lorsque je consid&#232;re que le personnel est politique, je dis d'une part que ce personnel est susceptible de changement puisque non d&#233;termin&#233; biologiquement, et d'autre part que le comportement affectif et sexuel est bien un comportement social. Autrement dit, le personnel fait partie de l'ordre politique que je souhaite changer. Dire que le personnel est politique n'est pas pour moi seulement dire que le politique influence le personnel mais bien plut&#244;t que les choix et pratiques dans notre vie &#171; priv&#233;e &#187; ont des significations politiques.&#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; La soci&#233;t&#233; dans laquelle nous vivons est un processus, et cela est vrai de toutes les soci&#233;t&#233;s, m&#234;me de celles qui essayent de r&#233;sister au changement. Une partie importante de la fonction du gouvernement consiste &#224; tenter d'inhiber le processus de changement dans notre soci&#233;t&#233;. Mais le changement est possible et n&#233;cessaire (il est, en effet, in&#233;vitable), quelle qu'en soit l'&#233;tendue que nous puissions pr&#233;sentement r&#233;aliser. Nous accroissons la viabilit&#233; de la r&#233;volution en vivant maintenant en accord avec les principes anarchistes et f&#233;ministes, quelle que soit notre situation environnante. Vivre la r&#233;volution est, je crois, la phrase clef. &#187;&lt;br&gt;
Lisa Bendall&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Anarchism and Feminism &#187; dans Feminism, Anarchism, Women. The Raven 21, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En guise d'introduction &#224; ce texte, je souhaite &#233;claircir quelques points afin de ne pas avoir &#224; revenir dessus tout au long. Ce texte est un texte personnel dans le sens que j'y parle de ma fa&#231;on de vivre mon f&#233;minisme et mon anarchisme dans la sph&#232;re relationnelle et affective. Ce n'est heureusement pas la seule fa&#231;on de les vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte doit donc &#234;tre lu dans sa juste mesure, que je d&#233;finirais comme un t&#233;moignage d'un v&#233;cu et d'une exp&#233;rience de femme anarcha-f&#233;ministe, de 30 ans, blanche, RMIste et bisexuelle (&#224; long pass&#233; strictement h&#233;t&#233;rosexuel). D'autre part, ce texte ne portant que sur mon exp&#233;rience dans le domaine du &#171; priv&#233; &#187;, il ne faudrait pas en d&#233;duire, de mani&#232;re abusive, que ma lutte contre cette soci&#233;t&#233; se r&#233;sumerait &#224; cela. Combattre &#224; ce niveau n'abolira malheureusement ni le pouvoir dans sa globalit&#233;, ni la domination, qu'elle soit celle de l'&#201;tat ou celle de la classe sexuelle des hommes. Particuli&#232;rement au niveau du patriarcat, nous savons qu'il n'y a pas de solution individuelle des femmes &#224; l'oppression, et je ne cesserai de rappeler l'importance de lutter, comme bien des f&#233;ministes, pour un mouvement collectif autonome de femmes, m&#234;me si je n'en parlerai pas ici, ceci n'&#233;tant pas le sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, je ne confonds pas le pouvoir individuel que j'ai pu acqu&#233;rir &#224; mon niveau personnel et le pouvoir des femmes en tant que groupe social, comme le font nombre d'anarchistes, femmes et hommes, ce qui leur permet de nier la domination masculine dans son ampleur et de rendre les femmes seules responsables de leur situation, comme si elles la choisissaient. Qu'il soit possible d'avoir une marge de man&#339;uvre individuelle est une chose, nier le patriarcat en est une autre. S'il y a des changements que je peux faire moi-m&#234;me, il en reste une bien plus grande partie sur laquelle je ne peux rien faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, je pourrais dire que ce texte porte sur ma marge personnelle de man&#339;uvre, qui, si elle peut para&#238;tre assez &#233;tendue, me semble &#224; moi-m&#234;me bien limit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais lorsque je consid&#232;re que le personnel est politique, je dis d'une part que ce personnel est susceptible de changement puisque non d&#233;termin&#233; biologiquement, et d'autre part que le comportement affectif et sexuel est bien un comportement social. Autrement dit, le personnel fait partie de l'ordre politique que je souhaite changer. Dire que le personnel est politique n'est pas pour moi seulement dire que le politique influence le personnel mais bien plut&#244;t que les choix et pratiques dans notre vie &#171; priv&#233;e &#187; ont des significations politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rapports femmes/hommes sont politiques, qu'ils se d&#233;roulent dans la rue ou dans un lit, puisque d'une part ce sont les rapports sociaux de sexe structur&#233;s par la domination masculine qui construisent les humains en &#171; femmes &#187; et &#171; hommes &#187; et que, d'autre part, le pouvoir des uns ne dispara&#238;t pas &#224; l'antre de l'affectif et du &#171; priv&#233; &#187;. Alors que ma lutte pour un changement dans les rapports sociaux de sexe est multidimensionnelle, il ne sera donc question ici que de la dimension personnelle et interactive.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dimension, faut-il le rappeler, nettement rel&#233;gu&#233;e aux oubliettes par la plupart des anarchistes, pour ne pas parler des autres courants politiques. Le changement doit prendre place aussi bien au niveau des structures sociales que des interactions sociales et de l'individue. Ainsi, si ma fa&#231;on de vivre (et quelle qu'elle soit) ne sera jamais une solution &#224; l'oppression patriarcale, je la consid&#232;re comme faisant toutefois partie du combat. De mon point de vue, ce n'est qu'une d&#233;duction pratique du d&#233;sir de vouloir agir sur la r&#233;alit&#233; sociale ? : la r&#233;alit&#233; &#171; priv&#233;e &#187; &#233;tant essentiellement sociale, il va de soi que je d&#233;sire aussi agir sur cette r&#233;alit&#233;-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dois aussi rajouter que bien que parlant toujours de f&#233;minisme tout court, ma perspective est clairement celle du courant f&#233;ministe radical, dans sa tendance la plus anti-naturaliste, visant l'abolition m&#234;me de la cat&#233;gorisation sexuelle, afin que la distinction entre les sexes n'ait plus aucune pertinence sociale, afin que le sexe ne donne plus lieu &#224; aucune classification ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si vous d&#233;sirez en savoir plus sur le f&#233;minisme radical, je vous conseille (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les choix de vie relationnels,&lt;br class='autobr' /&gt;
une histoire de go&#251;t ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nombre de personnes reconnaissent que l'&#233;ducation dicte la fa&#231;on de penser, mais bien peu &#233;largissent cette id&#233;e au domaine &#233;motionnel et sentimental. L'utopique sph&#232;re priv&#233;e des sentiments et de la sexualit&#233;, qui serait situ&#233;e au-del&#224; de toute influence du pouvoir, en a pris un bon coup depuis le mouvement f&#233;ministe des ann&#233;es 1970 et sa fameuse d&#233;couverte que le personnel est politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je choisis, depuis plusieurs ann&#233;es, de vivre mes relations affectives sur le mode non-exclusif. Je parle de choix pour bien le diff&#233;rencier d'un go&#251;t ou d'une tendance que j'aurais d&#233;velopp&#233; au hasard d'une rencontre ou d'une situation. Ce mode d'amour est pour moi le r&#233;sultat d'une longue r&#233;flexion et d'un non moins long travail fait sur moi-m&#234;me afin de pouvoir vivre aussi dans mes amours mes exigences d'autonomie, de libert&#233;, de qualit&#233; et d'&#233;panouissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la pratique elle-m&#234;me est d&#233;j&#224; cible de nombreuses critiques, le fait de donner les raisons de ce choix n'a fait qu'en rajouter. Si j'avais pr&#233;sent&#233; cette pratique comme un non-choix individuel et priv&#233;, en disant par exemple que j'avais plusieurs relations simplement parce que je ne pouvais choisir entre elles, je crois que personne ne se serait r&#233;ellement senti attaqu&#233;. R&#233;guli&#232;rement, on m'a donc renvoy&#233; que, bien que je critique la norme actuelle s&#233;vissant &#224; ce propos, je n'avais finalement qu'une seule envie ? : celle de lui en restituer d'autres. Bizarre de voir &#224; quel point, lorsque l'on propose des alternatives &#224; un mode de vie dominant (que ce soit la monogamie ou l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; par exemple), celles/ceux qui vivent pourtant selon ces normes dominantes (sans trop se poser de questions) crient alors &#224; la norme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici resurgit le bon vieux d&#233;mon de l'intouchabilit&#233; du priv&#233;. Pourquoi, lorsque je dis que mon choix est politique et qu'il se situe dans une optique globale, on me r&#233;torque que je veux imposer de nouvelles normes ?? Pourquoi, d&#232;s que l'on ne se retire pas derri&#232;re la sph&#232;re du priv&#233;, appara&#238;t toujours le probl&#232;me de la norme ?? Il me semble que la division op&#233;r&#233;e entre le personnel et le politique arrange bien en ce qu'elle permet d'&#233;viter de probl&#233;matiser, en l'occurrence ses propres comportements.&lt;br&gt;
Je vais donc &#234;tre claire : je ne souhaite imposer d'aucune fa&#231;on la non-exclusivit&#233;, je souhaite seulement essayer de montrer, en me servant de mon exp&#233;rience, que l'on peut vivre hors la norme du couple et de la monogamie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'on peut cr&#233;er un contre-pouvoir face &#224; la r&#233;glementation sociale des sentiments et de la sexualit&#233;. Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Dans cette soci&#233;t&#233; patriarcale et autoritaire, les rapports affectifs sont normalis&#233;s. La sexualit&#233;, les rapports d'un corps &#224; un autre sont r&#233;gul&#233;s comme le sont les formes relationnelles. Nous savons que le domaine sexuel est celui o&#249; la dimension socioculturelle domine le plus compl&#232;tement le biologique. La forme de relation, de sexualit&#233;, le choix de l'objet sexuel sont soumis et esclaves des attentes et autres normes sociales. Le contr&#244;le social s&#233;vit et gare &#224; la r&#233;pression si tu t'avises de d&#233;roger &#224; ces lois. La soci&#233;t&#233; p&#232;se de fa&#231;on consid&#233;rable sur nos relations affectives/sexuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pas besoin d'&#234;tre f&#233;ministe pour voir qu'&#224; l'int&#233;rieur de ce sch&#233;ma subsistent d'importantes dissym&#233;tries selon la cat&#233;gorie de sexe. Il me faut dire ici que je ne crois &#224; aucune opposition de nature entre la sexualit&#233; f&#233;minine et masculine ? ; ce sont des constructions sociales qui, comme les cat&#233;gories &#171; femmes &#187; et &#171; hommes &#187;, sont produites par des rapports de domination, d'in&#233;galit&#233; et d'exploitation. Contrairement &#224; la vision libertaire de la sexualit&#233;, je ne pense donc pas par exemple la sexualit&#233; f&#233;minine en seul terme de r&#233;pression, mais bien d'oppression. Aussi, les libertaires posent le consentement comme la seule valeur morale pertinente &#224; propos de la sexualit&#233;. Ceci d&#233;coulant bien s&#251;r de leur n&#233;gation de la domination masculine. Des f&#233;ministes ont montr&#233; la relativit&#233; du consentement. Pour que cette valeur soit suffisante, encore faudrait-il que les personnes impliqu&#233;es aient les m&#234;mes informations et le m&#234;me pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'&#233;normes efforts ont &#233;t&#233; et sont toujours d&#233;ploy&#233;s pour contr&#244;ler et policer la sexualit&#233; des femmes, pour la construire toujours &#224; l'avantage des hommes. En tant qu'&#233;ternels objets du d&#233;sir m&#226;le, nous ne pouvons que difficilement d&#233;velopper une sexualit&#233; libre, active et &#233;panouissante d'o&#249; nous puissions retirer &#233;nergie et puissance. Celles qui seront parvenues &#224; &#233;chapper &#224; cette r&#233;gulation seront gravement sanctionn&#233;es, que ces sanctions d&#233;rivent directement des hommes ou de la culpabilit&#233; que l'on se renvoie alors (du &#171; je ne suis pas nor-m&#226;le &#187; jusqu'au fait de se consid&#233;rer soi-m&#234;me, lorsque l'on aime le sexe, comme malade et d&#233;pendante du sexe. Je n'ai jamais vu d'hommes se tracasser sur une &#233;ventuelle d&#233;pendance sexuelle...). Le double standard est toujours en vigueur sur la moralit&#233; sexuelle ? : si la sexualit&#233; est bonne pour les hommes, elle reste mauvaise pour les femmes, et une femme qui prend son pied comme elle l'entend n'est qu'une salope (ce qui reste une des pires insultes concernant les femmes) et non un &#234;tre &#224; la recherche de son propre plaisir, d&#233;fini par elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte d&#233;crit tr&#232;s succinctement, que dire de nos comportements si l'on ne questionne pas nos &#171; go&#251;ts &#187; affectifs et sexuels ?? Comment ne pas renforcer les normes et la morale ambiantes si l'on s'arr&#234;te &#224; consid&#233;rer comme authentiques et libres des &#233;motions qui ne sont en fait la plupart du temps que des r&#233;sultats d'int&#233;riorisation des normes sociales ?? Et ceci est bien pris en compte quand il s'agit par exemple d'une femme qui dit aimer faire la vaisselle. Je le pense donc aussi en mati&#232;re relationnelle. Les ressentis et sentiments &#171; spontan&#233;s &#187; sont pour moi produits par l'int&#233;gration et l'int&#233;riorisation des valeurs g&#233;n&#233;rales dominantes et du r&#244;le sexuel en particulier. Les &#233;couter ne me semble donc pas pouvoir participer au d&#233;veloppement de soi, surtout chez les femmes, pour lesquelles le r&#244;le social f&#233;minin est des plus restrictifs et limitatifs, et des plus antagonistes &#224; l'autonomie individuelle et &#224; la r&#233;alisation de soi. Nul doute d'ailleurs que, dans une soci&#233;t&#233; patriarcale, ce sont bien les hommes qui tireront profits et b&#233;n&#233;fices du fait de nous laisser aller &#224; nos int&#233;riorisations, ce qui en soi donne d&#233;j&#224; une bonne raison pour les interroger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis donc pour l'analyse et la discussion des go&#251;ts et des couleurs. Car si certaines pratiques contribuent &#224; maintenir la domination masculine par exemple et participent m&#234;me &#224; la construction d'une r&#233;alit&#233; patriarcale, d'autres peuvent la miner et &#339;uvrer &#224; sa d&#233;construction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Autonomie et rapport &#224; l'autre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble important de d&#233;velopper ma conception de l'autonomie, &#233;tant donn&#233; sa pr&#233;sence continue dans ce texte. On y trouvera en creux, toujours au niveau individuel, une illustration de mon cheminement de l'anarchisme &#224; l'anarcha-f&#233;minisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En partant du postulat que l'anarchisme a un r&#233;el projet d'&#233;mancipation et de d&#233;veloppement de l'individue, le fait est qu'il s'est malheureusement cantonn&#233; &#224; une d&#233;finition masculine de l'individue. Face &#224; ce projet d'&#233;panouissement individuel, femmes et hommes ne sont pas &#224; la m&#234;me place. Si l'individu m&#226;le ne peut pleinement se d&#233;velopper dans une soci&#233;t&#233; autoritaire et capitaliste, que dire de l'individue femelle dans une soci&#233;t&#233; patriarcale, autoritaire et capitaliste ??&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, c'est bien la forme patriarcale du pouvoir qui me rend femme et non individue &#224; part enti&#232;re. Ce n'est pas par hasard que nous parlons d'oppression sp&#233;cifique des femmes. Mais les anarchistes, comme tous les autres politiques, sont majoritairement des hommes. Arr&#234;ter de nier cette oppression sp&#233;cifique signifierait pour eux devoir se reconna&#238;tre de la classe dominante des hommes, du groupe oppresseur et de ceux qui profitent de la hi&#233;rarchie des genres. Que les anarchistes en profitent aussi ne fait aucun doute, ce que d&#233;montre bien leur attitude g&#233;n&#233;rale envers les f&#233;ministes qui repr&#233;sentent une v&#233;ritable menace contre leurs privil&#232;ges masculins. En dehors du fait qu'ils ne remettent gu&#232;re en cause la dichotomie personnel/politique, m&#234;me sur leurs sujets (si l'on prend le racisme par exemple, ils s'attachent beaucoup plus &#224; le combattre chez les autres ou dans la soci&#233;t&#233; que celui qu'ils pourraient avoir int&#233;rioris&#233;), comment expliquer qu'ils n'aient jamais consid&#233;r&#233; comme aussi important de lutter contre l'oppression patriarcale que contre l'oppression classiste ou raciste ??&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui fait souvent sourire dans l'id&#233;e d'autonomie, c'est qu'on l'associe (et pour cause ?!) &#224; l'id&#233;al masculin d'auto-suffisance et de toute-puissance. En monopolisant cette potentialit&#233; humaine, ils l'ont d&#233;fini en fonction de leurs int&#233;r&#234;ts, de leur r&#233;alit&#233; et de leurs fantasmes de dominants. Or, ne serait-ce que pour lutter contre la polarisation sexu&#233;e, il est hors de question de leur laisser ce monopole. L'autonomie, comme la rationalit&#233;, sont des potentialit&#233;s humaines, elles ne sont pas masculines par essence. Nous avons besoin de les red&#233;finir, de les modifier ? ; non parce que en tant que femmes nous serions diff&#233;rentes, mais parce que les hommes en ont corrompu le sens afin qu'elles servent leur domination. Ou comment le &#171; pouvoir de &#187;, quand on est dominant, se transforme bien vite en &#171; pouvoir sur &#187;... Surtout que l'ind&#233;pendance masculine repose la plupart du temps sur la n&#233;gation pure et simple d'autrui, ou sur son esclavage, au moins au niveau des affections et des besoins. Ce qui n'est pas sans rappeler que leur pr&#233;sence dans la sph&#232;re publique, ce sont les femmes qui la payent par le confinement dans la sph&#232;re priv&#233;e. Ce sont rarement eux qui s'occupent de leurs propres besoins (domestiques, corporels, humains, affectifs...) mais ce sont bien eux dont les besoins sont pris en charge par d'autres, des femmes en l'occurrence. Comme il est alors facile de se concevoir ind&#233;pendant et sans besoins quand ce sont les femmes qui y pensent et s'en occupent &#224; leur place ?! Mais comment peut-on parler d'ind&#233;pendance et d'autonomie quand on construit sa libert&#233; sur l'esclavage d'autrui ?? Pour moi, &#231;a ne fait que les invalider. La conception de la libert&#233; qui repose sur une domination, comme celle de la rationalit&#233; qui repose sur l'&#233;touffement des sentiments ne sont pas les miennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que peut signifier sur le plan de la construction de soi la revendication d'autonomie pour les femmes ?? Au-del&#224; de la strat&#233;gie, j'utilise assez peu le mot d'&#233;galit&#233;, n'&#233;tant pas tr&#232;s au clair sur sa compatibilit&#233; profonde avec l'autonomie. L'&#233;galit&#233; suppose deux termes o&#249; l'un va n&#233;cessairement fonctionner comme mod&#232;le ou r&#233;f&#233;rant. Que les hommes soient le r&#233;f&#233;rant ne peut &#233;videmment m'enchanter... puisque mon but politique final n'est pas l'am&#233;lioration du statut social des femmes mais bien la destruction des cat&#233;gories &#171; femmes &#187; et &#171; hommes &#187;. Alors, seulement, on pourra parler de r&#233;elle &#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, revendiquer l'autonomie, c'est revendiquer le fait de pouvoir se d&#233;finir soi-m&#234;me dans les termes que l'on choisit. C'est revendiquer l'autod&#233;termination compl&#232;te dans toutes les sph&#232;res de notre existence ? : politique, sociale, &#233;conomique, sentimentale, intellectuelle et sexuelle. L'autonomie, c'est la libert&#233; de se d&#233;terminer soi-m&#234;me, de vivre sa propre vie et de fixer ses propres buts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui a toujours d&#233;fini les femmes, c'est d'avoir une identit&#233; subordonn&#233;e &#224; leurs relations &#224; autrui. Fille de, femme de, m&#232;re de... sont toujours l&#224; pour rappeler que les femmes sans hommes ne sont pas des poissons sans bicyclettes. On sait qu'un des effets de structure sur le soi induit par le rapport domin&#233;/dominant se trouve dans la difficult&#233; d'acc&#232;s &#224; une identit&#233; propre pour les domin&#233;-e-s, puisqu'elles et ils sont enferm&#233;es dans une d&#233;finition cat&#233;gorielle d'elles/d'eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se d&#233;finir en fonction des besoins des hommes, chercher le sens de sa vie dans l'adaptation aux d&#233;sirs masculins ne peut pas permettre la r&#233;alisation de soi. C'est ce que des f&#233;ministes psychologues ont bien &#233;tudi&#233;. Ainsi, comme l'&#233;crit Susan Sturdivant ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Susan Sturdivant, Les femmes et la psychoth&#233;rapie. Une philosophie f&#233;ministe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; une comparaison du r&#244;le sexuel f&#233;minin et de notre description de la r&#233;alisation de soi montre qu'ils sont logiquement incompatibles, pour ne pas dire mutuellement exclusifs. &#187; Ceci n'est gu&#232;re surprenant quand on ne croit &#224; aucune essence f&#233;minine, mais que l'on pense au contraire que les caract&#233;ristiques dites f&#233;minines (comme la d&#233;pendance, le sur-d&#233;veloppement de l'affection, de la sensibilit&#233; &#233;motionnelle, du soin des autres...) sont des cons&#233;quences de l'oppression et de la subordination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est n&#233;cessaire d'apprendre &#171; &#224; s'accorder &#224; soi-m&#234;me la tendresse que les femmes ont traditionnellement nourrie pour les autres ? &#187; (Susan Sturdivant, 1992). Ce qui est extr&#234;mement difficile &#233;tant donn&#233; que les actes de confiance en soi, d'affirmation de soi, d'autonomie et d'ind&#233;pendance ne signifient plus qu'arrogance, agressivit&#233;, &#233;go&#239;sme et indiff&#233;rence quand ce sont des femmes qui les posent. C'est encore le double standard qui s&#233;vit ici. Le m&#234;me comportement est per&#231;u et interpr&#233;t&#233; diff&#233;remment selon le sexe de la personne et les assignations qu'on y rapporte. &#201;valuation diff&#233;rentielle qui permet le maintien de la domination des hommes dans tous les domaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes doivent donc se prendre comme objets de leurs pr&#233;occupations et se rediriger vers elles-m&#234;mes. L'existence d'une identit&#233; ind&#233;pendante, c'est-&#224;-dire distincte des relations &#224; autrui, est la base n&#233;cessaire pour avoir conscience de son propre moi afin d'attribuer du sens &#224; ses propres exp&#233;riences (Susan Sturdivant, 1992). Ainsi seulement les femmes pourront se cr&#233;er comme sujets et devenir cr&#233;atrices actives de leur propre existence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand la conscience de soi est noy&#233;e par la conscience excessive des autres, on ne peut se cr&#233;er sujet. Ceci, &#233;videmment, est bien une cons&#233;quence de l'appropriation des femmes par les hommes. Colette Guillaumin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Colette Guillaumin, Sexe, Race et Pratique du pouvoir. L'id&#233;e de Nature, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dans son analyse de l'expression concr&#232;te de l'appropriation des femmes, nous parle aussi des effets de l'appropriation sur l'individualit&#233;. On exige de la classe des femmes &#171; qu'elle se dilue, mat&#233;riellement et concr&#232;tement, dans d'autres individualit&#233;s. Contrainte centrale dans les rapports de classes de sexe, la privation d'individualit&#233; est la s&#233;quelle ou la face cach&#233;e de l'appropriation mat&#233;rielle de l'individualit&#233; &#187;. La constante proximit&#233; et charge physique des autres d&#233;volue aux femmes &#171; est un puissant frein &#224; l'ind&#233;pendance, &#224; l'autonomie ? ; c'est la source d'une impossibilit&#233; &#224; discerner, et a fortiori &#224; mettre en &#339;uvre, des choix et des pratiques propres &#187;. Et puisque &#171; quand on est appropri&#233; mat&#233;riellement on est d&#233;poss&#233;d&#233; mentalement de soi-m&#234;me &#187;, l'appropriation mat&#233;rielle nous d&#233;poss&#232;de de notre autonomie.&lt;br&gt;
La psychologie f&#233;ministe, contrairement &#224; la psychologie classique, dont Susan Sturdivant nous donne un tr&#232;s bon exemple, rejette &#171; les buts de conformit&#233; sociale adopt&#233;s par les mod&#232;les de sant&#233; mentale qui mettent l'accent sur l'adaptation &#187; et leur pr&#233;f&#232;re &#171; des buts repr&#233;sentant la d&#233;finition personnelle de soi et la d&#233;termination de soi &#187;. Et Sturdivant tient toujours compte de l'adversit&#233; des r&#233;alit&#233;s sociales pour les femmes (ce qui lui &#233;vite de croire par exemple aux solutions individuelles pour les femmes et lui fait prendre clairement position en faveur d'une lutte collective autonome des femmes). C'est que l'on ne manquera pas de se faire traiter d'anticonformiste (pour le moins), ce qui n'est pas &#233;vident &#224; g&#233;rer quand la crainte de la marginalit&#233; est forte. J'ai d&#251;, pour ma part, me rendre &#224; l'&#233;vidence que je craignais bien moins la marginalit&#233; que de renoncer &#224; mes d&#233;sirs, valeurs et choix de vie. M&#234;me lorsque ces choix me co&#251;tent de l'exclusion, de l'isolement et de la stigmatisation (ce qui ne manque pas d'arriver...), je veux bien assumer ces cons&#233;quences puisqu'elles me semblent &#234;tre aujourd'hui malheureusement in&#233;vitables pour une existence qui essaie de vivre d'une fa&#231;on non dominante. Depuis mes jeunes ann&#233;es de punk jusqu'au f&#233;minisme, je n'ai cess&#233; de me retrouver &#224; la marge (quand ce n'a pas &#233;t&#233; &#224; la marge de la marge...). Mais tant que je trouverai toute cette puissance et libert&#233;, estime et confiance en moi-m&#234;me dans le fait de me d&#233;finir comme je le choisis et de vivre ma propre vie, nul doute que je continuerai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette peur de la marginalit&#233; et de l'isolement me semble &#234;tre un des grands freins &#224; la pratique f&#233;ministe, m&#234;me dans les milieux anarchistes. On peut ne pas avoir envie d'en rajouter quand on est d&#233;j&#224; par ailleurs dans une situation marginale. Mais, comme le souligne Sturdivant, il semble pire de ne pas avoir de sens de soi-m&#234;me que de supporter les cons&#233;quences de l'&#233;tiquette &#171; anticonformiste &#187;. Car si les souffrances peuvent co&#251;ter aussi cher dans les deux cas, on gagnera tout de m&#234;me un b&#233;n&#233;fice infiniment plus grand sur le plan de l'estime de soi, de la libert&#233; et du potentiel de signification personnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Susan Sturdivant, s'appuyant sur d'autres psychologues, explore les cons&#233;quences psychologiques qu'entra&#238;ne pour les femmes le fait d'avoir &#233;t&#233; d&#233;finies par leurs relations &#224; d'autres et donc d'&#234;tre dirig&#233;es par les autres plut&#244;t que par elles-m&#234;mes. Non seulement cette &#171; direction par autrui &#187; engendre le doute de soi, alimente le besoin d'approbation des autres mais, en &#171; investissant la plus grande partie de son identit&#233; dans les autres, on leur donne aussi le pouvoir de d&#233;finir la r&#233;alit&#233; &#187;. Comme ces autres sont souvent des hommes, on peut leur faire confiance l&#224;-dessus, la r&#233;alit&#233; ne manquera pas d'&#234;tre patriarcale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'esp&#232;re avoir suffisamment explicit&#233; ce que je mets dans le processus d'autonomisation. Ce n'est pas le m&#234;me pour les femmes que pour les hommes. Qu'en l'&#233;tat actuel, l'autonomie ne peut pas signifier la m&#234;me chose et qu'elles et ils n'en payent pas le m&#234;me prix. Que les femmes deviennent autonomes n&#233;cessite qu'elles prennent conscience de leur oppression, que la diff&#233;rence dans laquelle on les enferme est la source de leur pi&#232;tre estime de soi et de leur manque de confiance en soi ? ; qu'elles aient la force et l'&#233;nergie pour travailler &#224; leur autonomisation, &#224; une d&#233;finition de soi plus autonome, quand les obstacles sont nombreux et puissants, et que tout est fait pour que nous restions &#224; notre place. S'identifier &#224; la classe des femmes, &#224; un groupe opprim&#233; n'est pas facile. Mais si l'on veut &#233;largir ses choix et cr&#233;er sa vie, il me semble bien n&#233;cessaire d'en passer un minimum par l&#224;, afin de contr&#244;ler et d'esp&#233;rer changer l'influence que les attentes sociales et l'appropriation exercent sur nous.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'isolement classique des femmes entre elles fait bien entendu partie de l'oppression, et il est donc une cible importante du f&#233;minisme. En m&#234;me temps que j'ai d&#233;velopp&#233; cette ind&#233;pendance psychique des hommes, le f&#233;minisme m'a permis de d&#233;construire une grande partie de la misogynie que j'avais int&#233;gr&#233;e (je ne dis pas toute, parce qu'&#233;tant donn&#233; l'ampleur et la force de celle-ci, je travaille toujours &#224; en d&#233;truire des traces). M&#234;me en dehors du fait que c'est bien le f&#233;minisme qui m'a r&#233;ellement permis de d&#233;sirer et d'&#233;prouver de forts sentiments pour des femmes, ou qui m'a permis de d&#233;velopper des relations qualitatives et affectives avec elles, de mon point de vue, le f&#233;minisme d&#233;veloppe aussi l'importance de la qualit&#233; des relations entre femmes. Il ne se contente pas de critiquer les rapports femmes/hommes mais donne aussi les moyens d'apprendre &#224; rechercher et &#224; valoriser les relations avec des femmes. Ceci pour dire que depuis que je suis f&#233;ministe, ces relations ont jou&#233; et jouent toujours un r&#244;le tr&#232;s important pour la qualit&#233; de ma vie, pour la joie et le plaisir que j'en retire, mais aussi pour mon autonomie. Jamais je ne serais parvenue o&#249; j'en suis, sans tous ces &#233;changes dans les groupes non-mixtes, sans tous ces partages avec des copines, rajout&#233;s aux discussions, au soutien et &#224; l'affection de mes amies. Les groupes f&#233;ministes ainsi que certaines relations m'ont r&#233;par&#233;e de bien des souffrances et m'ont permis d'accro&#238;tre la confiance et l'assurance dans mes projets et dans moi-m&#234;me. En r&#233;sum&#233;, je dois &#233;norm&#233;ment &#224; cette resocialisation et sans elle, je n'aurais jamais pu me d&#233;velopper telle que je suis. Je pense avoir assez parl&#233; (et ce n'est pas fini...) des effets n&#233;gatifs et inhibants que peut avoir sur soi le fait de se r&#233;f&#233;rer prioritairement aux hommes, de compter principalement sur eux, ainsi que d'en attendre beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin donc, c'est d'abord dans le rapport &#224; l'autre que se construit l'autonomie, ce qui peut permettre justement de go&#251;ter &#224; l'utopie d'une interaction &#224; l'autre existant au-del&#224; de l'exploitation, du besoin, du pouvoir, de l'ali&#233;nation, et de la peur de la solitude. Cette nouvelle autonomie repose aussi sur l'id&#233;e d'un moi qui serait fondamentalement structur&#233; socialement. Si le patriarcat permet difficilement de concevoir ainsi l'autonomie, c'est parce que nous devons faire un effort d'imagination pour pouvoir penser certaines potentialit&#233;s humaines qui ne seraient pas construites par la domination, le pouvoir ou la hi&#233;rarchie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autonomie n'est pas donn&#233;e. Elle est &#224; construire et &#224; cr&#233;er.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;sentation du cadre&lt;br class='autobr' /&gt;
de la non-monogamie responsable&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de mon cheminement pour vivre d'autres possibles que le couple exclusif, je me suis heurt&#233;e &#224; une grande solitude. Partager, &#233;changer avec les autres sur ce sujet &#233;tait souvent impossible. J'avais tant&#244;t droit aux opinions les plus banales du style &#171; si tu n'es pas fid&#232;le, c'est que tu n'as pas rencontr&#233; l'homme qu'il te fallait &#187;, tant&#244;t &#224; des moins courues mais qui ne disaient qu'une seule chose finalement, que je me prenais vraiment trop la t&#234;te et que mes d&#233;sirs, bien que chouettes, &#233;taient irr&#233;alisables. Quelques rares personnes &#233;taient d'accord sur les principes, mais ne le vivaient pas, ce qui ne pouvait m'&#234;tre d'une grande aide. Quand on sait combien dans cette pratique on a affaire justement &#224; des affects les plus profonds et les plus difficiles &#224; changer (sentiment d'ins&#233;curit&#233;, jalousie, manque de confiance en soi, d&#233;sir de fusion...), l'accord seulement th&#233;orique semble bien creux. Ramer &#224; contrecourant est tr&#232;s difficile, mais quand on n'a aucun soutien de l'entourage proche (hormis celles/ceux avec qui l'on vit ces relations non exclusives bien s&#251;r) et qu'on ne trouve dans les publications existantes ni mod&#232;le, ni encouragements, reflets ou analyses pouvant nous soutenir dans notre d&#233;marche, &#231;a devient bien insupportable. Constamment j'ai remis en cause mes choix et je n'ai cess&#233; de me demander si les autres n'avaient pas finalement raison. Comme si le couple et l'affectif &#233;taient des limites infranchissables et intouchables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais malgr&#233; quelques crises de doute, j'ai continu&#233;. Si je n'ai pas abandonn&#233; mon projet devant tant d'adversit&#233;, c'est surtout je pense pour quatre raisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, je suis relativement &#171; habitu&#233;e &#187; au combat interne men&#233; contre la peur de la douleur, combat qui me semble d&#233;cisif lorsque l'on cherche &#224; vivre autrement et que l'on est dans un processus d'autonomisation, g&#233;n&#233;rant indubitablement au minimum de l'anxi&#233;t&#233;. D'autre part, le travail sur soi que cela n&#233;cessite ne peut pas s'accompagner d'une fuite devant la douleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Travailler sur &#187; est bien &#233;loign&#233; de la simple &#171; conscience de &#187; ; la conscience n'est que le pr&#233;alable du travail qui, lui, demande un effort conscient, constant et d&#233;lib&#233;r&#233;. Ce qui n'est pas &#233;vident l&#224;-dedans, c'est de penser qu'on pourra survivre &#224; la douleur occasionn&#233;e. Mais c'est un sentiment profond de lib&#233;ration qui fera suite &#224; cette douleur et m&#234;me si j'en garde quelques marques, j'ai &#224; chaque fois jug&#233; que &#231;a en valait profond&#233;ment la peine. Sans faire l'&#233;loge de la souffrance, comment peut-on, dans ce monde, prendre conscience d'une oppression, aborder un processus d'autonomisation de soi sans passer par la douleur ?? Est-il imaginable de prendre conscience de son objectification par exemple, et de vouloir y r&#233;sister sans que &#231;a nous fasse profond&#233;ment souffrir ?? S'y d&#233;rober syst&#233;matiquement gr&#226;ce aux diverses strat&#233;gies de d&#233;fense, de refoulement et autres arrangements avec soi-m&#234;me ne peut pas conduire &#224; mieux se conna&#238;tre soi-m&#234;me et devenir plus libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, le troisi&#232;me &#233;l&#233;ment me paraissant n&#233;cessaire est la confiance en soi, en ce que l'on veut vivre ou au moins ne veut plus vivre. Confiance en moi-m&#234;me qui m'a permis d'aborder un processus d'ind&#233;pendance. Confiance en moi-m&#234;me, dans mes choix et mes valeurs, qui m'a permis de ne pas attendre l'approbation d'autrui et des hommes en particulier, sur cette pratique comme sur d'autres. Ayant tr&#232;s t&#244;t fait des choix d&#233;sapprouv&#233;s par mon entourage familial puis amical, j'ai constat&#233; assez rapidement que la confiance en soi ne pouvait pas d&#233;pendre de l'estime des autres, mais plut&#244;t de la sienne propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ceci me semble d'autant plus juste dans une vision f&#233;ministe. La confiance en soi et l'estime de soi sont assez rares chez les femmes, et pour cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment cumuler l'estime de soi avec les attentes des hommes &#224; notre &#233;gard ?? Enfin, j'avais un sentiment d'individualit&#233; assez d&#233;velopp&#233; qui m'a permis de trouver la force de lutter contre les r&#232;gles uniformisantes et autres subordinations de l'individue aux r&#233;glementations sociales. J'avais d&#233;j&#224; appris que lorsque l'on souhaite &#234;tre cr&#233;atrice de sa vie, et surtout en tant que femme, on a plut&#244;t int&#233;r&#234;t &#224; &#234;tre au clair sur les antinomies existantes entre son propre d&#233;veloppement individuel et le genre qu'on nous assigne. J'ai fini aussi par rencontrer quelques femmes qui faisaient les m&#234;mes choix dans leur vie, devant autant d'adversit&#233;. M&#234;me si ces rencontres ont &#233;t&#233; &#224; cette &#233;poque &#233;ph&#233;m&#232;res, elles m'ont r&#233;confort&#233;e et encourag&#233;e dans ma pratique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toutes ces r&#233;flexions peuvent peut-&#234;tre para&#238;tre bien &#233;loign&#233;es du sujet de la non-exclusivit&#233;. Toutefois, elles me semblaient avoir un sens pour essayer de communiquer le cadre dans lequel je m'inscris, afin d'&#233;viter au maximum des incompr&#233;hensions. Pour les m&#234;mes raisons, je n'emploie pas le terme d'&#171; amour libre &#187;, trop connot&#233; de r&#233;volution sexuelle (des hommes bien s&#251;r) et d'exp&#233;riences foireuses o&#249; les femmes ont encore &#233;t&#233; flou&#233;es. J'utilise par contre les termes de non-exclusivit&#233; et de non-monogamie sans diff&#233;rence de signification. La non-exclusivit&#233; &#171; &#224; ma fa&#231;on &#187;, je ne l'entends souhaitable et enrichissante que dans un certain cadre. Je r&#233;p&#232;te que ceci est mon exp&#233;rience, je ne nie pas la possibilit&#233; d'autres cadres, mais par rapport o&#249; j'en suis, lui seul me semble pouvoir le mieux &#171; garantir &#187; que ce mode relationnel devienne une r&#233;alit&#233; tangible, certes complexe et difficile, mais apportant joie sinc&#232;re, qualit&#233; et &#233;panouissement. Ce cadre est finalement ce qui diff&#233;rencie pour moi la non-exclusivit&#233; responsable de l'irresponsable (m&#234;me si, par commodit&#233;, je ne rajoute pas toujours l'adjectif). Je d&#233;finirai donc ce cadre en disant qu'il n&#233;cessite au minimum :&lt;br&gt; Une forte volont&#233; personnelle libre et choisie de vivre ainsi, pour soi-m&#234;me. Ce qui n&#233;cessite d'avoir d&#233;fini ce que l'on veut pour soi. Toute pression quelle qu'elle soit venant de la/du partenaire (et &#233;videmment, surtout si c'est un mec, m&#234;me antisexiste) me paraissant le meilleur moyen d'&#234;tre d&#233;go&#251;t&#233;e &#224; jamais de la non-monogamie. On ne peut pas vivre ainsi pour faire plaisir &#224; l'autre ou par peur de la/le perdre. Ni pour mettre du piquant dans la relation prioritaire, que ce soit pour attiser le d&#233;sir ou pour r&#233;gler des comptes en se faisant du mal. Je pense que l'on a toutes de ces exemples en t&#234;te, et il ne me viendrait pas &#224; l'id&#233;e d'appeler &#231;a de la non-monogamie responsable.&lt;br&gt; Une parole libre et ouverte. Ne pas avoir peur et pouvoir exprimer &#224; ses partenaires ses &#233;motions, ses doutes, ses difficult&#233;s, ses douleurs... dans un climat de confiance et d'&#233;change. Mais aussi les joies et les plaisirs que l'on prend avec les autres partenaires, ce qui n'est pas moins difficile.&lt;br class='autobr' /&gt; Un d&#233;sir de travail sur soi et sur les relations. La plus belle illusion &#233;tant de croire que tout ceci peut se passer tout seul, facilement et spontan&#233;ment. Ce qui est peut-&#234;tre possible dans un certain contexte, mais pour ce que j'ai pu en voir, ce type de relation ne n&#233;cessite effectivement que peu d'effort et de travail, car il repose sur peu d'investissement et d'engagement, sur assez peu d'intimit&#233; au fond, &#233;tant peut-&#234;tre ax&#233; uniquement sur le plaisir et l'agr&#233;able d'un moment partag&#233; ensemble, sans d&#233;sir de construire ou d'agir sur la relation. Je n'en parlerai gu&#232;re plus ici parce que trouvant ces relations trop partielles et souvent superficielles, je n'en ai que peu v&#233;cues. Mais je les consid&#232;re toutefois comme un choix possible, d&#233;pendant de ce que l'on cherche dans les relations avec autrui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le propre de la monogamie est que chaque couple en fixe les limites, pourvu qu'elles existent. Dans le cas par exemple o&#249; un couple d&#233;cide de donner la possibilit&#233; &#224; chaque partenaire d'avoir des aventures sexuelles sans lendemain ou tout du moins sans affectif, il s'agit pour moi d'une non-monogamie sexuelle (comme il peut y avoir une non-exclusivit&#233; amicale, ou de vacances... mais ce sur quoi porte la libert&#233; octroy&#233;e est bien nomm&#233;) ? ; les limites &#224; d'autres relations &#233;tant bien pr&#233;sentes, la monogamie s&#233;vit toujours m&#234;me si elle peut para&#238;tre moins rigide. La non-monogamie responsable ne pose donc aucune limite, et les diverses relations, bien que n&#233;cessairement diff&#233;rentes gr&#226;ce &#224; la singularit&#233; des individues, ne sont pas hi&#233;rarchis&#233;es en ordre d'importance, du style &#171; nous vivons d'autres relations tant qu'elles ne mettent pas la n&#244;tre en danger &#187;. Ce n'est pas une relation en cours qui d&#233;cidera du contenu de ce que je vivrai avec une autre personne, quel qu'en soit ce contenu. &#192; ce niveau, je ressens la libert&#233; dans le fait que rien n'en soit fix&#233; &#224; l'avance, ni limites, ni sc&#233;nario, afin que la nouvelle relation ne soit pas biais&#233;e d&#232;s le d&#233;part et puisse se d&#233;velopper dans toute sa richesse. Toutes les partenaires concern&#233;es ayant librement choisi la non-monogamie responsable, les int&#233;r&#234;ts des diff&#233;rentes individues sont pourtant pris en compte, contrairement &#224; la non-monogamie irresponsable. Vu les enjeux, tout ne se passe pas bien &#233;videmment dans l'harmonie, mais &#231;a, ce n'est pas propre &#224; la non-exclusivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'amour exclusif&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a plusieurs modes d'aimer bien qu'un seul soit conseill&#233;, valoris&#233;, donn&#233; comme possible et souhaitable et donc suivi. La soci&#233;t&#233; n'encourage qu'un unique mode d'amour ? : l'amour exclusif, o&#249; le couple fait structure, o&#249; la fid&#233;lit&#233; devient valeur supr&#234;me et la jalousie une preuve et une garantie.&lt;br&gt;
Amour de march&#233;, o&#249; le verbe &#171; &#234;tre &#187; se contorsionne en &#171; avoir &#187; et poss&#233;der. Toute autre forme d'amour est per&#231;ue (quand elle n'est pas tout simplement pas con&#231;ue du tout ?!) comme non adulte, non v&#233;ritable, non authentique. Ce mod&#232;le ne permet pas d'autres possibles. Tout au plus des n&#233;gociations, qui bien &#233;videmment ne cr&#233;ent ni rupture, ni r&#233;elle r&#233;sistance, ni remise en cause ou destruction de la structure dominante et normative.&lt;br&gt;
Le point le plus important me semble se situer au niveau du travail &#224; fournir pour la d&#233;construction de notre vision de l'amour. La non-exclusivit&#233; responsable et bien v&#233;cue ne peut pas reposer sur les bases monogames de notre structure amoureuse. Il ne suffit pas de les recouvrir de douces id&#233;es pour que &#231;a fonctionne. Je me suis r&#233;guli&#232;rement aper&#231;ue, surtout au d&#233;but, que lorsque quelque chose coin&#231;ait, la source en &#233;tait souvent cette conception qui refaisait surface &#224; certains moments, les plus d&#233;licats. Encore une fois, les id&#233;es sont bien plus faciles &#224; changer que les &#233;motions et les sentiments. Mais ce n'est certainement que la pratique et l'exp&#233;rience suivies d'un esprit critique qui peuvent nous montrer en quoi nous restons exclusives/fs, et faire ainsi que nous le d&#233;passions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans notre mythologie de l'amour, il n'y a pas de place pour une troisi&#232;me personne. La monogamie est &#224; la base de notre structure affective et de nos esp&#233;rances dans ce domaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier pas &#224; faire donc semble d&#233;j&#224; se situer dans le fait de pouvoir cr&#233;er la possibilit&#233; conceptuelle d'aimer plus d'une personne en m&#234;me temps. &#199;a n'a l'air de rien comme &#231;a, mais qui y croit profond&#233;ment et sinc&#232;rement ??&lt;br&gt;
C'est l&#224; qu'on voit le poids des normes. Il n'est pas n&#233;cessaire d'interdire formellement d'avoir plusieurs relations, car on n'envisage tout simplement pas de vivre autrement ses amoures. Pendant de longues ann&#233;es, nous avons &#171; subi &#187; un long apprentissage sur le fait de n'aimer qu'une seule personne, si possible pour la vie, mais surtout dans le m&#234;me temps. On parle aujourd'hui de monogamie s&#233;rielle pour d&#233;signer le fait que l'on n'a plus une seule partenaire au cours d'une vie, mais que toute relation reste bien exclusive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce que l'on pourrait na&#239;vement croire, cette monogamie s&#233;rielle largement v&#233;cue n'invalide jamais l'id&#233;al monogame. On nous apprend que l'amour doit se diriger vers une seule et unique personne &#224; la fois. Qu'au mieux, si l'on s'avise &#224; aimer A et B en m&#234;me temps, A n'aura que la moiti&#233; de l'amour puisque B en aura l'autre moiti&#233;. Ou bien que l'on donnera 40 ?% &#224; A et 60 ?% &#224; B. Derri&#232;re l'exclusivit&#233; se &#171; cache &#187; l'id&#233;e que la personne aim&#233;e pourrait et devrait tout apporter &#224; l'aimante. Combien de fois m'a-t-on object&#233; que si je n'&#233;tais pas fid&#232;le (dans le sens monogame), c'&#233;tait d&#251; au fait que je n'aurais pas trouv&#233; la personne ad&#233;quate ou id&#233;ale, comme une lesbienne n'aurait pas trouv&#233; le bon mec qui aurait su lui faire aimer l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; (plus couramment entendu &#171; la faire jouir &#187;...). Si j'&#233;tais vraiment bien avec quelqu'une, il para&#238;t que je n'aurais pas besoin d'aller voir ailleurs ce qui s'y passe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par d&#233;finition, deux personnes qui s'aiment et qui n'ont pas de probl&#232;me majeur dans leur relation forment un couple fid&#232;le. Point. Toute d&#233;rogation sera le sympt&#244;me de quelque chose qui ne va pas, et d'un manque par rapport &#224; l'autre plus s&#251;rement. Or, si quelque chose m'a bien manqu&#233; dans mes premi&#232;res exp&#233;riences de couple h&#233;t&#233;ro, c'est ma libert&#233; et mon &#233;panouissement et non le fait que mon copain ne m'apporte pas tout. (Car &#224; la fin, qu'est-ce que ce tout ? Ce dont les hommes ont d&#233;cid&#233; que les femmes avaient besoin ?) Comment serait-il m&#234;me possible de le penser quant ce tout signifie pour soi bien autre chose que ce qu'une relation de couple peut apporter, que ses propres exigences sur sa vie visent justement &#224; d'autres pr&#233;tentions que celles qui peuvent &#234;tre r&#233;alis&#233;es par le couple ?&lt;br&gt;
La culture du couple donne &#224; penser que celui-ci r&#233;soudra tous nos probl&#232;mes, manques, insuffisances, besoins ou d&#233;sirs. Le couple d&#233;tient toujours le parangon du bonheur et du bien-&#234;tre, alors &#233;videmment, tout ce qui n'est pas lui sera per&#231;u comme ne pouvant amener tout au plus qu'un simili-bonheur ou un bonheur substitutif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'une personne pense qu'elle puisse tout apporter &#224; une autre est pour le moins suspect. &#199;a me semble pourtant un des pr&#233;suppos&#233;s n&#233;cessaires &#224; avoir pour vivre en couple sans penser que l'on prive l'autre de bien des plaisirs et richesses. Des personnes m'ont exprim&#233; qu'elles ne pouvaient soutenir cette opinion, mais qu'elles vivaient comme si, afin d'&#233;viter la remise en question du couple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En restant dans cette logique de l'apport, pourquoi ne pense-t-on pas que deux relations apporteront deux fois tout, ce qui serait encore mieux, non ?&lt;br&gt;
Parce qu'il n'existe qu'un seul &#234;tre pouvant tout apporter &#224; une personne donn&#233;e et &#224; un moment donn&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le paradigme de l'amiti&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour m'aider &#224; sortir de l'irrationalit&#233; courante attach&#233;e &#224; l'amour, je me suis personnellement servie du paradigme de l'amiti&#233;. Ayant remarqu&#233; combien les sentiments amoureux pouvaient aller &#224; l'encontre de mon d&#233;sir d'autonomie et d'ind&#233;pendance, j'ai donc essay&#233; de trouver une fa&#231;on d'aimer qui corresponde mieux &#224; mon projet d'existence et c'est ce mod&#232;le de l'amiti&#233; qui, de fa&#231;on concr&#232;te, m'a permis de la r&#233;aliser. Il m'a aussi permis de me rendre compte &#224; quel point l'amour classique pouvait &#234;tre ali&#233;nant et appauvrissant et de croire en une alternative affective en m'ouvrant d'autres horizons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mod&#232;le de l'amiti&#233; dont je me sers est certainement, dans les repr&#233;sentations, plus un mod&#232;le masculin que f&#233;minin. Ceci n'est gu&#232;re surprenant ? : la r&#233;alisation de ce mod&#232;le exige des personnalit&#233;s autonomes se consid&#233;rant sujets de leur vie. Les hommes ont depuis longtemps &#233;t&#233; d&#233;finis comme sujets, c'est-&#224;-dire comme pouvant se d&#233;finir par leurs activit&#233;s, en fonction du travail qu'ils r&#233;alisent, contrairement aux femmes, qui, assign&#233;es objets, sont d&#233;finies plut&#244;t par les activit&#233;s des sujets &#224; leurs &#233;gards, c'est-&#224;-dire que leur identit&#233; repose sur leur relation &#224; ces sujets. Ainsi, la socialisation masculine permettra aux hommes de se d&#233;velopper comme ind&#233;pendants et autonomes tandis qu'on le refusera aux femmes. Je vous renvoie &#224; ma partie sur l'autonomie pour plus d'explicitation &#224; ce propos. Toutefois, dans la r&#233;alit&#233;, les hommes s'&#233;panouissent plut&#244;t dans le travail (ou le statut social, ou la militance) que dans les relations, amicales ou amoureuses. D'autre part, l'ind&#233;pendance masculine telle qu'elle est v&#233;cue majoritairement par les hommes doit aussi &#234;tre modifi&#233;e pour vivre une amiti&#233;, ceci d&#233;coulant de leur pratique de l'autonomie, que j'ai d&#233;velopp&#233;e plus avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; du refus d'&#233;prouver des sentiments, leur peur de l'intimit&#233;, leur refus de parler de leurs sentiments et d'eux-m&#234;mes, du relationnel, leur refus d'exprimer leurs &#233;motions, de d&#233;voiler le plus personnel d'eux-m&#234;mes ne permet pas non plus une forte relation amicale. Et ceci est malheureusement loin d'&#234;tre d&#233;pass&#233; ? ; encore aujourd'hui, ce que les femmes non f&#233;ministes reprochent le plus aux hommes concerne leur absence de parole de l'intime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; les succ&#232;s faramineux des livres portant sur la (l'in)communication femmes/hommes, qui ont remplac&#233; ceux sur la sexualit&#233; sur les rayons de librairie concernant les rapports femmes/hommes. Livres qui, faut-il le dire, ne remettent jamais en question la domination des hommes dans la conversation puisque les relations de pouvoir sont neutralis&#233;es. La solution aux frustrations des femmes (bien constat&#233;es) r&#233;side dans la compr&#233;hension mutuelle... ce qui a pour effet de l&#233;gitimer l'&#233;tat actuel des rapports femmes/ hommes. Si ce message est d&#233;politis&#233; au possible, il n'est &#233;videmment pas neutre politiquement. J'ai &#233;tudi&#233; dans un texte la r&#233;partition des t&#226;ches entre les femmes et les hommes dans le travail conversationnel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La r&#233;partition des t&#226;ches entre femmes et hommes dans le travail (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La conversation, contrairement aux apparences, n&#233;cessite de fournir un travail afin qu'elle puisse se r&#233;aliser. En principe &#233;galitaire, la conversation mixte comporte en r&#233;alit&#233; de nombreuses asym&#233;tries. La division du travail est des plus in&#233;galitaire. Alors que ce sont les femmes qui produisent principalement la conversation, les hommes la dirigent et la contr&#244;lent. (Il n'y a donc rien de tr&#232;s surprenant &#224; ce que l'id&#233;e qu'on se fait de la conversation soit exempte de celle de travail. Nous sommes habitu&#233;es au fait que le travail fourni par les femmes ne soit jamais analys&#233; comme travail, puisque toujours renvoy&#233; &#224; leur pr&#233;tendue nature. Les femmes sont, elles ne font pas. Cette naturalisation de leur travail l'obscurcit pour mieux le nier afin de cacher la domination masculine. Ce sont toujours des f&#233;ministes qui ont rendu visible le travail effectu&#233; par les femmes, qu'il soit domestique ou relationnel.)&lt;br&gt;
Personnellement, je parle de refus de la part des hommes et non d'incapacit&#233; de parler de soi et de l'intime, parce que je pense que si les hommes &#233;prouvent des difficult&#233;s dans leur relation &#224; autrui, induites par leur non-expression de leurs &#233;motions et non-parole sur l'intime, ce n'est pas d&#251; &#224; la seule socialisation masculine (&#171; un gar&#231;on ne pleure pas &#187;, etc.) mais aussi &#224; leur d&#233;sir de dominer. Exprimer ses &#233;motions tend fortement &#224; r&#233;duire sa position de pouvoir, le pouvoir ayant de forts liens avec la non-expression de la vuln&#233;rabilit&#233;. Les hommes ne sont pas des agents passifs du patriarcat, mais bien actifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mod&#232;le de l'amiti&#233; me semble donc aussi difficile &#224; r&#233;aliser pour les femmes que pour les hommes, bien qu'elles et ils soient &#224; des places bien diff&#233;rentes. La coupure op&#233;r&#233;e entre l'amour et l'amiti&#233; est loin d'&#234;tre innocente. Pourtant, ce qui est bon pour l'amiti&#233; me semble aussi pouvoir &#234;tre bon pour l'amour. Mais sur de nombreux points, l'amiti&#233; s'oppose &#224; ce qu'on appelle commun&#233;ment l'amour, m&#234;me s'il me semble assez &#233;vident qu'il s'agit bien d'une forme d'amour. F. Alberoni l'appelle &#171; la forme &#233;thique de l'amour &#187;, ce qui me semble bien lui convenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour rentrer un peu dans les d&#233;tails, je dirais tout d'abord que l'amiti&#233; est une inclination s&#233;lective entre deux personnes. Elle implique un choix ? : je vais &#233;lire une amie en fonction de crit&#232;res qui m'importent, en grande partie &#233;thiques. Or, cette id&#233;e de choix, de s&#233;lection subvertit d&#233;j&#224; l'id&#233;e d'amour. Il est bien connu que l'&#171; on ne choisit pas qui on aime &#187;, que les explications que l'on en donne sont d'ordre psychologique, c'est-&#224;-dire faisant intervenir l'inconscient ou d'ordre irrationnel. On peut constater que, la plupart du temps, les crit&#232;res que nous avons pour choisir une amie ne valent plus pour l'aim&#233;e. Si dans le premier cas il est clair que ce que je pense de la personne pr&#233;existe &#224; mon sentiment amical et en est la source, il n'en va pas de m&#234;me dans l'amour o&#249;, l&#224;, on va attribuer une valeur &#224; ce que l'on d&#233;couvre chez l'autre : &#171; Je t'aime, tu es bleu, donc j'adore le bleu. &#187; Quand on n'a pas envie de vivre n'importe quoi, n'importe comment et avec n'importe qui, mieux vaut inverser cette proposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'amour brouille fortement la lucidit&#233; de jugement, tout le monde en a maints exemples. &#171; L'amour est aveugle &#187;, mais pourquoi ne pas lutter contre cet aveuglement ? Je sais que, malgr&#233; toutes les d&#233;terminations conscientes que l'on pourrait essayer d'introduire dans notre amour, je ne me fais aucun souci, il en restera toujours quelque chose qui nous &#233;chappe. Mais m&#234;me dans ce bateau de l'amour, je ne laisserai pas l'inconscient et les affects seuls ma&#238;tres &#224; bord. Et si j'op&#232;re ici un d&#233;coupage entre la raison et les affects, c'est seulement pour la clart&#233; de l'&#233;nonc&#233; ; je ne me vis pas de fa&#231;on si tranch&#233;e, cherchant justement &#224; rendre chez moi cet antagonisme le plus caduc possible. Que ce soit l'inconscient qui d&#233;termine en grande partie notre fa&#231;on d'aimer n'enl&#232;ve en rien la pertinence d'essayer de comprendre consciemment ce qui se joue ici afin de pouvoir agir dessus, mieux se conna&#238;tre soi-m&#234;me et devenir plus libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour continuer sur l'amiti&#233;, elle semble aussi rattacher les personnes sous le signe de l'&#233;galit&#233;. Estime de l'autre, respect de sa libert&#233;, s&#233;r&#233;nit&#233;, confiance, proximit&#233;, r&#233;ciprocit&#233;, sinc&#233;rit&#233;, bienveillance en sont ces &#233;l&#233;ments les plus essentiels. Lequel d'entre eux pourrait-il pr&#233;tendre &#234;tre n&#233;cessaire &#224; l'affection amoureuse ? Si l'amiti&#233; est exigeante, l'amour lui se contente de beaucoup moins, faisant souvent preuve d'une grande complaisance. Rien ne semble le faire vaciller. Ni la b&#234;tise de l'autre, ni une m&#233;diocrit&#233; relationnelle. Nul obstacle &#224; l'amour. Que la relation soit des plus in&#233;galitaires, qu'elle engendre de fortes souffrances n'est pas grave, l'important &#233;tant de s'aimer ! Le temps pass&#233; ensemble fait preuve, et l'estime que le couple peut tirer de la relation semble souvent se situer uniquement sur le plan de la dur&#233;e. Aussi, et peut-&#234;tre plus fondamentalement encore, on cherche en g&#233;n&#233;ral le bien pour son amie, on souhaite son bonheur et on est pr&#234;t &#224; la/le soutenir dans ce sens, &#224; l'aider dans la satisfaction de ses d&#233;sirs propres, on s'emploie &#224; lui procurer avantages et plaisirs. On est heureuse/x de sa joie et triste de son malheur. On d&#233;sire et favorise son individualit&#233; et sa libert&#233;. L'amour, l&#224; encore, ne tient pas la comparaison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'instar des philosophes qui ont souvent c&#233;l&#233;br&#233; l'amiti&#233; comme unique forme enviable d'attachement &#224; autrui, les libertaires feraient bien d'en faire de m&#234;me. L'amour n'a rien d'anarchiste, car il ne respecte que trop de lois. O&#249; est la boh&#232;me ? Il ne passe pas les barri&#232;res sociales (homogamie g&#233;n&#233;ralis&#233;e), il cherche &#224; asservir l'autre plut&#244;t que la/le lib&#233;rer et entretient des relations hi&#233;rarchis&#233;es (hommes-femmes bien s&#251;r mais aussi p&#232;res-fils par exemple). L'amour rime avec la passion (au sens latin de supporter, souffrir), l'abn&#233;gation et la soumission. Il peut all&#232;grement se passer de r&#233;ciprocit&#233;, alors que l'amiti&#233; est r&#233;ciproque ou n'est pas. Elle ne cherche pas la fusion, ni le contr&#244;le mental et physique de l'autre. Elle d&#233;teste la souffrance et ne semble pas supporter la domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, l'amiti&#233; n'est pas un sentiment exclusif. Une nouvelle amie ne fait pas d&#233;laisser l'ancienne, et je suis heureuse qu'elle/il en ait d'autres que moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;union de l'amiti&#233; et du d&#233;sir&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de discussions sur ce sujet, quelques personnes semblaient &#234;tre contrari&#233;es par l'aspect un peu froid de la chose, la sagesse ou la raison apparaissant malheureusement souvent, sur le plan relationnel comme sur d'autres, comme un frein &#224; l'intensit&#233;. Si l'intensit&#233; est trouv&#233;e dans l'ali&#233;nation de soi et/ou le pouvoir exerc&#233; sur d'autres, il va sans dire que je lutterai contre cette intensit&#233; l&#224;, comme devrait en principe le faire toute anarchiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais peut-&#234;tre que ces personnes visaient plus pr&#233;cis&#233;ment l'aspect sexuel, g&#233;n&#233;ralement absent de l'amiti&#233;. Il faudrait qu'on m'explique en quoi l'exigence qualitative diminuerait le d&#233;sir sexuel pour l'autre ou le plaisir. La sexualit&#233; entre amies me semble &#234;tre une des plus &#233;panouissantes qui soit, pour toutes les raisons donn&#233;es auparavant. &#192; moins, bien s&#251;r, que le plaisir sexuel n&#233;cessite des relations de domination. Si ceci me semble assez juste malheureusement pour la plupart des hommes, m&#234;me anarchistes, puisque la sexualit&#233; masculine est d'abord construite sur le d&#233;sir de dominer, je ne crois pas que &#231;a le soit pour la majorit&#233; des femmes, anarchistes ou pas. Remplacer une base passionnelle par une base amicale me semblerait permettre beaucoup plus de libert&#233; sexuelle pour les femmes, dans l'affirmation de leurs plaisirs et d&#233;sirs propres, plut&#244;t que dans la satisfaction, pour les h&#233;t&#233;rosexuelles, de ceux des hommes. En tout cas, dans mon histoire h&#233;t&#233;rosexuelle, ma sexualit&#233; a &#233;t&#233; beaucoup plus &#233;panouissante et enrichissante avec des amants qui &#233;taient des amis qu'avec des amoureux.&lt;br&gt;
Rien n'a &#233;t&#233; pour moi plus riche, plus fort et plus puissant que cette amiti&#233; sexuelle non monogame. C'est elle qui m'a permis de conjuguer la rationalit&#233; avec les sentiments, et surtout l'ind&#233;pendance avec une profonde intimit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Autre point fondamental pour moi : je n'ai jamais pu trouver dans l'amour toute la force et l'&#233;nergie que j'ai trouv&#233;e dans l'amiti&#233; sexuelle, la force de faire autre chose, de m'affirmer et me r&#233;aliser ailleurs que dans ces relations affectives. L'amour permet-il cela ? Rien ne me para&#238;t moins s&#251;r puisqu'il demande au final, surtout pour les femmes h&#233;t&#233;rosexuelles, de faire plus attention &#224; l'autre qu'&#224; soi. Pour cette raison aussi, je ne vois pas comment j'aurais pu concilier mon projet de construction de soi (bas&#233; sur l'autonomie et le d&#233;veloppement de soi) avec l'amour, qui m'aurait demand&#233; de faire maintes concessions et compromis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que l'amiti&#233; sexuelle n&#233;cessite de pouvoir dissocier la sexualit&#233; de l'amour, dissociation que le patriarcat interdit aux femmes et permet aux hommes sur le seul mode de l'objectification de l'autre. Mod&#232;le qui ne peut donc pas me servir puisque je me situe dans une relation de sujet &#224; sujet, m&#234;me dans le cas d'une rencontre qui serait uniquement sexuelle. Comme dans le cas de l'autonomie ou de la rationalit&#233;, il faut penser autrement cette potentialit&#233; de dissociation ; car de la m&#234;me fa&#231;on, si les hommes la combinent avec la n&#233;gation ou l'objectification de l'autre, ce n'est pas inh&#233;rent au fait de pouvoir dissocier la sexualit&#233; de l'amour, mais bien plut&#244;t &#224; leur d&#233;sir de dominer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport sexuel sans affection est rarement d&#233;sir&#233; par les femmes. Ceci d&#233;coulant encore pour moi du double standard sur la sexualit&#233;. Si les femmes doivent justifier leur sexualit&#233; par leurs sentiments, cela montre bien &#224; quel point on n'accepte pas que les femmes aient une sexualit&#233; pour elle-m&#234;me. La sexualit&#233; reste bien ill&#233;gitime pour elles, contrairement &#224; ce qu'on essaye de nous faire croire. Elle n'est accept&#233;e que si elle peut &#234;tre justifi&#233;e par la procr&#233;ation ou l'amour. Cette int&#233;riorisation de l'ill&#233;gitimit&#233; du sexe sans sentiments est si forte qu'elle est pr&#233;sente m&#234;me chez les femmes qu'on appelle &#171; pro-sexe &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Sallie Tisdale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sallie Tisdale, Parlons cul, Editions Dagorno, 1997.&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; par exemple &#171; souhaite analyser le sexe ind&#233;pendamment de la structure de la relation durable &#187;, elle constate toutefois ? : &#171; J'ai beau r&#234;ver &#8211; et Dieu sait si mon corps r&#234;ve &#8211; d'une sexualit&#233; d&#233;pourvue de relations ou de sentiments, d'une sexualit&#233; qui serait r&#233;duite &#224; l'acte sexuel, je suis incapable de la vivre.? &#187; Elle ne garde alors que l'espoir d'une sexualit&#233; d&#233;barrass&#233;e &#171; de tout cet incroyable bagage n&#233; de pressions sociales et sexuelles &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque l'on commence &#224; l&#226;cher les cases hi&#233;rarchis&#233;es, octroy&#233;es par la culture du couple, entre ses amies et ses amantes, on se rend compte &#224; quel point ces barri&#232;res emp&#234;chaient de v&#233;ritables interactions libres. Car je crois que si j'ai choisi la non-monogamie responsable comme principe de vie, c'est parce qu'elle me semblait la mieux &#224; m&#234;me de r&#233;pondre &#224; mon exigence d'interactions libres. Des relations ouvertes, bas&#233;es sur la r&#233;ciprocit&#233;, le d&#233;sir et la qualit&#233;, &#224; l'oppos&#233; de celles ferm&#233;es, bas&#233;es sur le besoin, l'attachement et la d&#233;pendance. Des relations o&#249; aucun sc&#233;nario n'est fix&#233; &#224; l'avance, o&#249; l'on re-d&#233;cide et re-choisit tout le temps ce que l'on veut vivre, sans sentiment du devoir &#224; accomplir, sans &#233;vidences jamais interrog&#233;es, sans habitudes non questionn&#233;es. Des relations o&#249; l'on se sent libre de ren&#233;gocier la r&#233;alit&#233; relationnelle quand on le d&#233;sire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pourquoi m'&#233;vertuer &#224; vouloir comparer l'amour et l'amiti&#233; ? Pour mieux faire appara&#238;tre peut-&#234;tre qu'ils ne sont pas &#171; destin&#233;s &#187; &#224; remplir les m&#234;mes fonctions...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Amour et h&#233;t&#233;rosexualit&#233;.&lt;br&gt;
Point de vue f&#233;ministe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant cette premi&#232;re partie, j'ai surtout retrac&#233; mes ressentis et r&#233;flexions avant que je ne sois f&#233;ministe. C'est pour cette raison que j'ai parl&#233; de l'amour de fa&#231;on indiff&#233;renci&#233;e par rapport au genre, et aussi par rapport &#224; l'orientation sexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais maintenant essayer de montrer en quoi mon f&#233;minisme m'a confort&#233;e et soutenue dans mon projet de vie non-monogame et dans mon questionnement au sujet de la fonction de l'amour. Cette partie portera explicitement sur les relations h&#233;t&#233;rosexuelles, que les femmes et les hommes impliqu&#233;es soient bisexuelles ou h&#233;t&#233;rosexuelles. Aussi, je n'y parlerai donc que de mon versant h&#233;t&#233;rosexuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des difficult&#233;s qui se pose aux femmes pour prendre conscience de leur oppression, en regard par exemple des oppressions racistes et classistes, se trouve dans le fait que la plupart du temps, les femmes cohabitent avec des hommes, que ceux-ci soient leur p&#232;re, leur(s) fr&#232;re(s), leur(s) copain(s), leurs coll&#232;gues de travail, leur conjoint ou leur(s) fils. Cette promiscuit&#233; avec les hommes est ce qui rend tr&#232;s difficile la projection d'une image ennemie sur des personnes que l'on c&#244;toie quotidiennement, avec qui on peut avoir des relations tr&#232;s intimes et que l'on aime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne serait-ce que sur le plan psychologique, la non-mixit&#233; m'appara&#238;t n&#233;cessaire &#224; la lutte f&#233;ministe. Et ceci parce que je crois que seule une distance physique et psychique vis-&#224;-vis des hommes peut permettre la rupture psychologique n&#233;cessaire afin de prendre conscience de l'ampleur de leur domination et de d&#233;velopper un regard tr&#232;s critique face &#224; cet &#233;tat de fait. Ma participation &#224; des r&#233;unions non mixtes a &#233;t&#233; pour moi tr&#232;s riche d'enseignement sur la r&#233;alit&#233; profond&#233;ment in&#233;galitaire de la mixit&#233; et la place des femmes dans celle-ci. Il m'est &#233;vident aujourd'hui que je n'aurais jamais d&#233;velopp&#233; une analyse aussi critique de la mixit&#233; (d'un groupe politique, de la rue, de l'&#233;cole, d'une f&#234;te...) si je n'avais pas go&#251;t&#233; &#224; la non-mixit&#233;. Elle m'a aussi permis de voir que de nombreuses femmes &#233;taient beaucoup plus inventives, offensives et radicales qu'elles ne le sont en mixit&#233;. Et ce n'est pas par hasard que nombre de critiques de fond f&#233;ministes, les plus fortes et les plus radicales, se soient d&#233;velopp&#233;es en non-mixit&#233;. La non-mixit&#233; politique est une force (in)consid&#233;rable pour les femmes. Les hommes en ont bien conscience ? : il suffit de voir la violence et la n&#233;gativit&#233; des r&#233;actions que les espaces non mixtes f&#233;ministes suscitent chez eux. La non-mixit&#233; dans les cuisines ne leur a jamais pos&#233; le moindre probl&#232;me, bien au contraire. Mais ils per&#231;oivent bien o&#249; est le danger pour leur dominance. Comme j'ai entendu une femme (qui passait la plus grande partie de son temps en mixit&#233;) le dire, tout se passe comme si, quand on entrait en mixit&#233;, notre regard se voilait. La routine nous prend tr&#232;s vite, notre vigilance et notre perspicacit&#233; intellectuelle vis-&#224;-vis de la domination masculine s'estompent petit &#224; petit. Je me suis toujours demand&#233;e comment garder une conscience aigu&#235; des rapports femmes/hommes en passant avec des hommes la plus grande partie de notre temps...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, ce qui m'est tr&#232;s important dans cette mise &#224; distance des dominants, c'est qu'elle permet ou favorise le conflit avec eux. Notre socialisation f&#233;minine nous pousse &#224; toujours &#233;viter ou fuir les conflits : on prend sur soi, on comprend, on s'adapte, on se sacrifie, on r&#233;prime notre col&#232;re, on a peur, on &#233;prouve de l'empathie, on est sensible, protectrice... ce que je rattacherai &#224; l'&#233;thique du soin, l'&#233;thique de la sollicitude, si pr&#233;sente chez les femmes, si absente chez les hommes et qui leur b&#233;n&#233;ficie tant. Ce n'est pas le souci pour autrui que je critique, bien pr&#233;sent dans cette &#233;thique, mais le fait qu'il passe chez de nombreuses femmes par le sacrifice de soi et l'indulgence excessive. Certaines f&#233;ministes ont observ&#233; que si cette &#233;thique de la sollicitude &#233;tait bien dans un sens f&#233;minine, elle n'en &#233;tait pas pour autant f&#233;ministe, le f&#233;minisme rejetant souvent la notion de f&#233;minin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alison M. Jaggar, &#171; F&#233;minisme ? : l'&#233;thique de la sollicitude &#187; dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quelles ressources par exemple l'&#233;thique de la sollicitude donne-t-elle afin de critiquer la domination masculine ? Prodiguer des soins &#224; une personne qui vous exploite rel&#232;ve-t-il d'une qualit&#233; morale ? Ne faudrait-il pas faire une distinction entre sollicitude appropri&#233;e et inappropri&#233;e, afin que le souci pour autrui ne se conjugue pas avec l'abn&#233;gation de soi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le conflit me para&#238;t si n&#233;cessaire, c'est qu'en l'&#233;tat actuel des rapports entre les sexes, je ne vois pas bien comment nous pourrions, en tant que femmes, essayer de d&#233;velopper des relations &#233;galitaires avec les hommes sans rentrer en conflit avec eux. Le conflit n'est pas la haine, ce n'est pas parce qu'ils le disent que c'est juste. Ils ont simplement tout int&#233;r&#234;t &#224; &#233;viter le conflit, puisque le conflit ouvert peut permettre la ren&#233;gociation de la r&#233;alit&#233;. Que ce soit dans mes relations intimes avec eux ou dans mes relations militantes, c'est bien le conflit qui m'a permis, quand je ne me suis pas fait jeter, d'acc&#233;der au statut de sujet. Il est par exemple &#233;vident que mon exigence de non-monogamie (parmi d'autres) a provoqu&#233; de fortes tensions et caus&#233; des douleurs chez des hommes. Mais comment croire &#224; l'instauration d'une relation de sujet &#224; sujet sans que les hommes y perdent quelque chose ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne veux pas de relation avec eux qui soit in&#233;galitaire. Et il ne suffit pas de le dire pour qu'elle ne le soit pas dans les faits. Je n'ai pas non plus envie d'attendre la r&#233;volution (laquelle ? pour qui ?) qui, para&#238;t-il, pourrait abolir les classes de sexe. &#201;viter tout compromis conscient avec la domination masculine est un souci toujours pr&#233;sent dans mes relations aux hommes et j'essaie d'&#234;tre la plus vigilante possible &#224; ce propos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci d&#233;coule simplement pour moi de l'id&#233;e que les dominants, les hommes donc dans ce cas-l&#224;, ne changeront pas d'eux-m&#234;mes et ne l&#226;cheront pas leur pouvoir &#171; spontan&#233;ment &#187;. Je ne vais donc pas attendre qu'ils m'octroient quelques libert&#233;s selon leur bon vouloir, les prenant tout &#171; simplement &#187; quoi qu'il arrive. De toute fa&#231;on, ces quelques hommes qui ont fait, font ou feront un bout de chemin avec moi savent d&#232;s le d&#233;part &#224; quoi s'en tenir, puisque je suis tout de suite tr&#232;s claire &#224; ce sujet... si &#231;a ne leur convient pas, rien ne les retient !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit, j'ai essay&#233; de retracer que mon profond doute au sujet de l'amour ne date pas de mon f&#233;minisme. &#199;a me semblait plus honn&#234;te de le dire, par rapport &#224; moi et par rapport aux autres. Psychologiquement, je pense que c'est gr&#226;ce &#224; ce pass&#233; que j'ai pu entendre certaines critiques f&#233;ministes du couple h&#233;t&#233;ro. Elles ne sont pas venues se poser sur un vide ou sur une attache forte &#224; l'amour, mais sur des questionnements et des pratiques qui &#233;taient d&#233;j&#224;, m&#234;me si dans une moindre mesure, subversives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il m'est &#233;videmment difficile de distinguer l'amour de la monogamie. L'amour tel que nous apprenons &#224; le d&#233;sirer ne fait pas de concessions sur la monogamie, en tout cas du c&#244;t&#233; des femmes. Du c&#244;t&#233; des hommes, il va sans dire que leur rapport &#224; l'amour est bien diff&#233;rent de celui des femmes, contrairement &#224; ma premi&#232;re pr&#233;sentation &#171; neutre &#187; de l'amour. La dissym&#233;trie des positions sexu&#233;es se retrouve aussi dans l'amour. L'id&#233;e que la fusion va au profit de l'homme et que c'est la femme qui en paye le prix est assez courante. Des &#233;tudes en psychologie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Susan Sturdivant, op. cit.&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ont montr&#233; combien le mariage pouvait &#234;tre mauvais pour les femmes, sur le plan de leur sant&#233; mentale en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des effets d&#233;pressifs au risque accru de d&#233;sordre psychologique pour les femmes, le mariage offre en revanche une protection aux hommes. &#171; En fait, de tous les groupes &#233;tudi&#233;s (c&#233;libataires, mari&#233;s, veufs et divorc&#233;s des deux sexes), les femmes mari&#233;es pr&#233;sentent la plus haute incidence de maladie mentale. &#187; Parmi les c&#233;libataires, ce sont les hommes qui pr&#233;sentent un risque sup&#233;rieur de maladie mentale !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce syst&#232;me h&#233;t&#233;ropatriarcal, la monogamie sert le groupe des hommes, construit la d&#233;pendance des femmes &#224; un homme et renforce l'appropriation du corps et du travail des femmes par les hommes. Or mon f&#233;minisme signifie bien sortir de la d&#233;pendance des hommes en g&#233;n&#233;ral et d'un homme en particulier. Pour moi, le chemin le plus s&#251;r pour ce faire a donc &#233;t&#233; la non-monogamie. C'est mon histoire mais les derni&#232;res d&#233;pendances que je pouvais avoir vis-&#224;-vis des hommes dans mes exp&#233;riences monogames se sont alors bris&#233;es. N'en d&#233;plaise &#224; certaines, je ne suis pas tomb&#233;e dans une d&#233;pendance &#233;largie &#224; deux ou trois mecs plut&#244;t qu'un. Ce qui me concerne, c'est que je n'ai jamais r&#233;ussi &#224; &#234;tre totalement ind&#233;pendante en couple, f&#251;t-il ouvert (c'est-&#224;-dire ne fonctionnant pas sur la fusion et permettant de go&#251;ter &#224; d'autres relations si elles restent hi&#233;rarchis&#233;es inf&#233;rieurement). C'est certainement ce qui m'a fait pousser ma r&#233;flexion sur le rapport entre la monogamie (ou l'amour) et la d&#233;pendance. Ce n'est pas faute d'avoir essay&#233; un temps de m'arranger en me disant que je n'avais qu'&#224; prendre les c&#244;t&#233;s reconnus positifs de l'amour sans les n&#233;gatifs. Exp&#233;rimentalement, j'en suis donc arriv&#233;e &#224; la conclusion que je ne pourrais me d&#233;faire totalement de &#231;a dans une relation h&#233;t&#233;ro-couple. Ce qui m'a pouss&#233;e &#224; chercher ailleurs ce que je voulais : dans l'amiti&#233; sexuelle non monogame. J'ai donc trouv&#233; ici tout ce que je pouvais d&#233;sirer des relations : la tendresse, la qualit&#233;, l'&#233;change, la reconnaissance mutuelle, le soutien r&#233;ciproque, l'intimit&#233;, l'espace n&#233;cessaire &#224; mon d&#233;veloppement personnel, etc., sans ce reste qui fait l'amour : l'id&#233;alisation de l'autre, la d&#233;pendance, l'irrationalit&#233;, la hi&#233;rarchie, la possessivit&#233;, le repli sur le &#171; nous &#187;, l'abn&#233;gation de soi, etc. Si je prends d'autres fonctions reconnues positives de l'amour&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fran&#231;ois De Singly, Le soi, le couple et la famille, Nathan, 1996.&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, comme la construction de l'identit&#233; adulte, ou la validation de soi par un proche familier (dans ses diverses dimensions comme donner le sentiment d'unit&#233; au soi, de coh&#233;rence, de r&#233;v&#233;lation de soi et de totalit&#233;), je comprends bien la n&#233;cessit&#233; d'une relation forte d'intimit&#233; et d'une certaine stabilit&#233;. En revanche, je ne vois pas pourquoi elle devrait &#234;tre exclusive. Le soi peut bien se r&#233;aliser &#171; dans sa triple qu&#234;te : la d&#233;couverte de ses ressources cach&#233;es, l'unit&#233;, et la stabilit&#233; &#187;, m&#234;me dans l'amiti&#233; sexuelle non-monogame. Je crois que l'opposition constante dans ce texte entre l'amour et l'autonomie vient bien de mon v&#233;cu de femme dans une soci&#233;t&#233; h&#233;t&#233;ropatriarcale, o&#249; l'amour tel qu'il est con&#231;u et v&#233;cu me semble difficilement pouvoir &#234;tre source de grande &#233;mancipation pour les femmes. Ainsi, mon exp&#233;rience m'a conduite &#224; penser que ce n'&#233;tait pas tant l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; en soi qui permettait &#224; l'homme de dominer aussi dans la sph&#232;re dite priv&#233;e, mais bien l'amour. En tout cas, il me semble important de d&#233;finir exactement ce que l'on critique dans l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;. La pens&#233;e queer nous montre que l'on peut bien la prendre comme premi&#232;re cible d'attaque sans que &#231;a ne d&#233;range grand-chose &#224; la hi&#233;rarchie des sexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait me faire l'objection que si l'amour asservit les femmes, &#231;a ne signifie pas pour autant que ce soit inh&#233;rent &#224; l'amour. Certaines f&#233;ministes pensent plut&#244;t que c'est l'in&#233;galit&#233; entre les femmes et les hommes qui conduit au fait que l'amour asservisse les femmes. Alors, l'amour est-il seulement corrompu par le patriarcat ? L'amour existerait-il dans une soci&#233;t&#233; o&#249; il n'y aurait ni cat&#233;gorisation sexuelle, ni contrainte &#224; l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;, ni contrainte &#224; la monogamie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pascale Noizet&lt;br class='autobr' /&gt;
et la fonction de l'amour dans l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais recourir &#224; Pascale Noizet pour donner quelques &#233;l&#233;ments de r&#233;ponse.&lt;br&gt;
Dans l'id&#233;e moderne d'amour&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pascale Noizet, L'id&#233;e moderne d'amour. Entre sexe et genre ? : vers une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, elle analyse de fa&#231;on mat&#233;rialiste l'amour et la logique h&#233;t&#233;rosociale sur laquelle il repose. &#171; Notre probl&#233;matique d'ensemble vise &#224; d&#233;couvrir la nature et la fonction de l'amour dans le rapport h&#233;t&#233;rosexuel tel qu'il est repr&#233;sent&#233; dans un ensemble de textes homog&#232;nes. &#187; Il s'agit donc d'amour h&#233;t&#233;rosexuel, m&#234;me si Pascale Noizet pense que les lesbiennes subissent aussi les contradictions de cette id&#233;e moderne d'amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, parler des connexions homosexuelles de l'amour &#171; &#233;vacuerait le fonctionnement social dominant et l'h&#233;g&#233;monie de sa repr&#233;sentation &#187;. Je ne peux que recommander vivement la lecture de cet ouvrage et j'esp&#232;re vous en donner l'envie. L'&#233;vidence de l'amour est enfin travaill&#233;e et analys&#233;e et, de surcro&#238;t, avec grande pertinence et intelligence. Rares sont les &#233;crits f&#233;ministes ou lesbiens qui ont os&#233; s'attaquer de cette fa&#231;on &#224; l'amour, les critiques portant g&#233;n&#233;ralement plut&#244;t sur la sexualit&#233; h&#233;t&#233;ro ou sur la contrainte &#224; l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;, sans &#233;tudier la fonction de l'amour. Je ne r&#233;sume pas son livre, ni ne fais un compte-rendu exhaustif mais me limite &#224; en ressortir quelques points me semblant plus en rapport avec les questions de ce texte. Il va sans dire que ce livre contient d'autres analyses tout aussi int&#233;ressantes mais je m'axerai donc sur deux points ? : le fait que Noizet rende visible la relation de pouvoir d'o&#249; &#233;merge l'amour et le fait que l'amour se soit impos&#233; comme un &#233;l&#233;ment structural de la f&#233;minit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui m'a tout d'abord plu chez Pascale Noizet, c'est qu'elle rend visibles les rapports qui d&#233;terminent l'oppression des femmes. Ainsi, elle ne tombe pas dans l'&#233;cueil des nombreux &#233;crits traitant de la d&#233;pendance affective des femmes ou de leur passivit&#233; comme des donn&#233;es de faits, comme si elles existaient en dehors de tout rapport social, et qui focalisent donc sur les femmes en oubliant qu'elles subissent un rapport d'oppression. Noizet est tr&#232;s claire : &#171; &#192; notre avis, il ne s'agit nullement d'un &#233;tat ou d'une d&#233;pendance mais bien d'un proc&#232;s de diff&#233;renciation qui fonde l'oppression des femmes. &#187; &#192; l'aide d'un corpus romanesque, Pascale Noizet va montrer que &#171; l'amour est un construit social qui organise significativement l'oppression des femmes &#187;. Le XVIIIe si&#232;cle op&#232;re une coupure dans les histoires sentimentales. Auparavant, l'amour &#233;tait souvent impossible et les obstacles &#224; sa r&#233;alisation venaient de l'ext&#233;rieur, de la soci&#233;t&#233;. &#192; partir du XVIIIe, les obstacles viennent de l'int&#233;rieur et l'amour ne sera donc plus un &#233;l&#233;ment de transgression sociale mais bien un &#233;l&#233;ment de l'ordre social.&lt;br&gt;
En analysant la mise en forme de la relation amoureuse dans Pamela ou la vertu r&#233;compens&#233;e, &#233;crit par Samuel Richardson en 1740, Pascale Noizet montre que le rapport de pouvoir est alors explicite entre les deux protagonistes. La relation amoureuse est inscrite au sein d'un rapport de forces, o&#249; la victime est bien l'h&#233;ro&#239;ne. Avant de tomber amoureuse, Pamela essaye de r&#233;sister au v&#233;ritable harc&#232;lement sexuel qu'elle subit de la part du h&#233;ros (s&#233;questration, rapt, tentative de viol...). Harc&#232;lement qui se finira donc dans la r&#233;v&#233;lation de l'amour, puis le mariage d'amour. Si aujourd'hui l'id&#233;e d'amour nous fait croire que tout en lui est choix et libert&#233;, force est de constater qu'il n'en a donc pas toujours &#233;t&#233; de m&#234;me ! Ici, c'est explicitement une pratique coercitive qui va contraindre l'h&#233;ro&#239;ne &#224; l'amour h&#233;t&#233;rosexuel. Pamela d'ailleurs place bien le sentiment amoureux &#171; dans l'&#233;conomie g&#233;n&#233;rale d'un rapport d'oppression &#187; puisque sa lucidit&#233;, encore pr&#233;sente au d&#233;but, lui fera dire cette fameuse phrase : &#171; Comment suis-je arriv&#233;e &#224; aimer l'ennemi ? &#187; Mais cette conscience ne durera pas parce que &#171; l'&#233;mergence du sentiment provoque une dislocation du sujet en ce sens qu'il ne r&#233;siste plus &#187;. C'est donc bien l'amour qui va d&#233;truire chez l'h&#233;ro&#239;ne la conscience du rapport d'oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pascale Noizet distingue l'amour des agressions et de l'appropriation physique pour le rattacher &#224; l'appropriation mentale, qui &#171; paralyse la conscience f&#233;minine &#187; et &#171; concerne en premier lieu l'espace occup&#233; de la conscience &#187;. Ainsi, elle en arrive &#224; trouver &#171; l'une des fonctions essentielles de l'amour, &#224; savoir effectuer un brouillage de la relation dans laquelle il prend forme &#187;. Relation, on l'a vu, d'oppression. Avec l'apparition du sentiment va aussi appara&#238;tre la maladie d'amour, faite de signes corporels tels que l'insomnie, l'inapp&#233;tence ou les vertiges, qui ancrera l'amour dans le domaine de la nature. La fonction de cette naturalisation de l'amour est de faire croire ainsi que cet amour h&#233;t&#233;rosexuel est une relation naturelle et non sociale. &#233;videmment, l'amour n'affecte jamais de la m&#234;me fa&#231;on l'h&#233;ro&#239;ne et le h&#233;ros. Cette situation est bien plus pernicieuse et plus dangereuse que celle du harc&#232;lement, car &#171; le sentiment prend racine, il s'ancre au corps m&#234;me de l'h&#233;ro&#239;ne qui devient le d&#233;terminant incontournable de la relation amoureuse &#187;. Cette vision ne d&#233;crit plus un rapport concret o&#249; l'homme est lui-m&#234;me impliqu&#233;. Ainsi, on a &#171; le primat d'une biologisation du sentiment qui se cristallise sur l'h&#233;ro&#239;ne en &#233;cartant son vis-&#224;-vis masculin &#187;. Le sentiment devient alors quasi autonome &#171; en s'agen&#231;ant par ramifications &#224; l'int&#233;rieur de l'h&#233;ro&#239;ne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'amour a donc bien un sexe, puisqu'il &#171; s'impose comme un dogme qui n'inclut qu'une cat&#233;gorie de sexe &#187;. L'emprise du sentiment ne touche pas l'homme dans sa vie int&#233;rieure, comme il ne contraint pas la formation de son identit&#233;. Pascale Noizet parle alors de l'amour comme d'un principe de cat&#233;gorisation entre les sexes &#171; qui a la fonction pr&#233;cise de d&#233;finir les femmes dans une diff&#233;rence amoureuse sur laquelle s'organise leur appropriation h&#233;t&#233;rosociale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'amour n'a m&#234;me pas besoin de justifier le rapport de pouvoir puisqu'il l'invisibilise totalement. On pourra donc parler ensuite tranquillement de compl&#233;mentarit&#233; naturelle entre les sexes, nier que l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; soit un r&#233;gime politique, et croire que les femmes sont destin&#233;es &#224; l'amour. Ainsi, &#171; l'amour construit ce qui dans l'histoire reste unique : un rapport de domination o&#249; le domin&#233; doit aimer le dominant &#187;. Mais si Pamela n'avait pas subi cette fragmentation du sujet, si sa comp&#233;tence &#224; analyser une situation concr&#232;te d'oppression n'avait pas &#233;t&#233; brouill&#233;e par l'amour ? Si &#171; l'amour est l'un des &#233;l&#233;ments fondamentaux qui vise la construction h&#233;t&#233;rosociale &#187;, personnellement, je pense aussi que le non-amour peut viser la d&#233;construction h&#233;t&#233;rosociale. C'est bien entendu une interpr&#233;tation de bisexuelle, mais je crois que si l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; patriarcale participe &#224; l'&#233;tablissement de la hi&#233;rarchie, une h&#233;t&#233;rosexualit&#233; f&#233;ministe doit pouvoir la miner quelque peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour une pratique h&#233;t&#233;rosexuelle f&#233;ministe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne r&#233;argumenterai pas la critique globale de l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; et de l'h&#233;t&#233;rosexisme, ni les liens entre sexisme et h&#233;t&#233;rosexisme, si bien d&#233;velopp&#233;s dans Le point de vue lesbien dans les &#233;tudes f&#233;ministes que nous republions. Je dirais donc seulement que, bien qu'ayant toujours eu des relations intimes avec des hommes, la critique de l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; fait enti&#232;rement partie de mon engagement f&#233;ministe et me para&#238;t fondamentale. L'institution h&#233;t&#233;rosexuelle doit devenir une cible s&#233;rieuse d'action politique, afin de permettre entre autres la visibilit&#233; des lesbiennes dans le mouvement f&#233;ministe. Cette probl&#233;matisation de l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; a principalement &#233;t&#233; faite par des lesbiennes f&#233;ministes. Toutefois, lesbiennes comme bies et h&#233;t&#233;ros &#171; h&#233;sitent encore aujourd'hui &#224; s'aventurer sur ce terrain min&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; &#201;ditorial &#187;, Nouvelles Questions F&#233;ministes, 1996, Vol 17, n&#176; 3. Les NQF (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. L'une des raisons qui a s&#251;rement jou&#233; un r&#244;le important pour ma prise de position en faveur d'une critique de l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;, c'est que la norme de l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; n'est pas dommageable pour les lesbiennes uniquement, m&#234;me si ce sont elles qui la subissent de la fa&#231;on la plus violente, mais aussi pour les bisexuelles, les h&#233;t&#233;rosexuelles et les c&#233;libataires. L'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; opprime toutes les femmes ; m&#234;me si cette oppression semble cro&#238;tre &#224; la mesure de l'ind&#233;pendance des femmes envers les hommes, d'o&#249; la double oppression des lesbiennes. D&#233;fendre le lesbianisme doit faire partie int&#233;grante du f&#233;minisme, qui lutte pour l'autonomie des femmes, donc pour l'autod&#233;termination de soi, le choix de sa vie et de ses propres buts. On n'a pas besoin d'&#234;tre lesbienne pour lutter contre l'oppression sp&#233;cifique des lesbiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;oriquement, il suffit d'&#234;tre pour l'autonomie des femmes et de combattre les d&#233;finitions des femmes donn&#233;es par les hommes. Malheureusement, dans la r&#233;alit&#233;, &#231;a semble beaucoup plus compliqu&#233; vu le poids de l'int&#233;riorisation de la lesbophobie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nombre de codes et normes de conduite sont dict&#233;s par l'institution h&#233;t&#233;rosexuelle. Il est assez facile de s'en rendre compte quand on ne rentre pas dans le moule h&#233;t&#233;ro pr&#233;vu... Car ne pas se conformer aux attentes genr&#233;es montre toujours &#224; quel point elles existent et doivent &#234;tre entretenues. Sans ces normes, aurais-je mis tant d'ann&#233;es &#224; d&#233;construire en moi tout ce qu'avait construit l'amour et la monogamie ? Aurais-je d&#251; fournir tant d'efforts pour arriver &#224; ne plus d&#233;sirer la cohabitation avec mes amants ? Aurais-je pay&#233; si cher le fait de lutter contre mon objectification dans mes relations aux hommes ? Aurais-je eu besoin de reconstruire une sexualit&#233; fond&#233;e sur le plaisir et l'affirmation plut&#244;t que le pouvoir et la passivit&#233; ? Je ne sais pas si c'est le fait d'avoir une pratique h&#233;t&#233;ro non conforme qui m'a permis de comprendre combien l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; est normative et oppressive, combien elle maintient et renforce le pouvoir des hommes. Mais force a &#233;t&#233; de constater que, malgr&#233; des d&#233;rogations &#224; l'institution h&#233;t&#233;rosexuelle, il me restait encore des points &#224; interroger s&#233;rieusement. J'ai v&#233;cu alors une p&#233;riode de culpabilisation, suivie d'un v&#233;cu franchement d&#233;chirant et douloureux. Ma question principale portait &#233;videmment sur la contradiction (qui m'a tout d'abord sembl&#233; assez &#233;vidente) entre mon f&#233;minisme et mon h&#233;t&#233;rosexualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais &#224; ce moment de fortes relations amicales, affectives et sexuelles suivies avec deux hommes. Une partie du travail n&#233;cessaire &#224; mon autonomisation &#233;tait d&#233;j&#224; faite gr&#226;ce &#224; mon &#233;thique anarchiste : ind&#233;pendante &#233;conomiquement, affectivement, je ne cohabitais pas avec eux et ne leur dispensais ni services domestiques, ni services sexuels. J'avais mes propres activit&#233;s, mes propres amiti&#233;s, qui, les unes comme les autres, concernaient de plus en plus exclusivement des femmes, lesbiennes, bies et h&#233;t&#233;ros. Mais malgr&#233; cette position privil&#233;gi&#233;e (qui m'a tout de m&#234;me certainement permis d'aller encore plus loin), il m'a fallu du temps pour comprendre et analyser profond&#233;ment la question, et la confronter &#224; mon v&#233;cu. Cheminement que je ne peux retracer ici, mais si je suis &#224; peu pr&#232;s claire avec moi-m&#234;me aujourd'hui sur mes relations h&#233;t&#233;ros et mon f&#233;minisme, il n'en a pas toujours &#233;t&#233; ainsi, d'o&#249; ce sentiment de d&#233;chirure. J'ai donc r&#233;fl&#233;chi aux arguments que j'avais pu lire chez les lesbiennes f&#233;ministes, allant des privil&#232;ges h&#233;t&#233;rosexuels&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce sujet l'article &#171; Femmes bisexuelles, politique f&#233;ministe &#187; dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; la question de la p&#233;n&#233;tration, les prenant tous d'embl&#233;e comme int&#233;ressants, m&#234;me ceux qu'aujourd'hui je rejette vivement (mais il me fallait bien me mettre au clair sur le pourquoi de ce rejet). Les rares textes que j'avais alors d'h&#233;t&#233;rosexuelles f&#233;ministes d&#233;fendant leur pratique me semblaient bien l&#233;gers et inconsistants, et ne faisaient finalement que renforcer mon profond doute sur la possibilit&#233; d'une compatibilit&#233; honn&#234;te et int&#232;gre entre mon f&#233;minisme et mes relations h&#233;t&#233;ros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; titre d'exemple, je pourrais donner le domaine du plaisir. Si je n'avais pas de probl&#232;mes vis-&#224;-vis des arguments portant sur le manque de plaisir pour les femmes dans les relations h&#233;t&#233;ros, car j'&#233;prouvais bien des plaisirs, la question de la nature de ce plaisir &#233;tait bien moins facile. Non contente de m'&#234;tre d&#233;j&#224; attaqu&#233;e &#224; la probl&#233;matisation de la construction de nos d&#233;sirs dans une soci&#233;t&#233; h&#233;t&#233;ropatriarcale, me voil&#224; embarqu&#233;e sur la question du plaisir lui-m&#234;me. Autre exemple, le domaine des services &#233;motionnels que je pouvais encore dispenser &#224; mes partenaires. Eh bien, termin&#233;. Le terme de service est assez &#233;loquent, qu'on le comprenne comme l'obligation de servir une autorit&#233; ou comme le fait de se mettre &#224; la disposition de quelqu'un.&lt;br&gt;
Susan Sturdivant cite une analyse de divers aspects de la relation entre groupe dominant et groupe subordonn&#233;. Un des caract&#232;res se trouve dans le fait qu'&#171; en d&#233;signant un ou plusieurs r&#244;les &#8216;&#8216;acceptables'', les dominants tentent de d&#233;nier d'autres domaines de d&#233;veloppement aux groupes moins puissants. Les r&#244;les acceptables fournissent g&#233;n&#233;ralement un &#8216;&#8216;service'' que le groupe dominant ne choisit pas de se rendre &#224; lui-m&#234;me, ou n'est pas capable de se rendre &#224; lui-m&#234;me &#187;. Je pense ne pas avoir besoin d'expliciter plus en quoi cette caract&#233;ristique convient parfaitement aux rapports sociaux de sexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon &#233;nergie ne passera pas dans les services traditionnels r&#233;clam&#233;s par les hommes aux femmes, quels qu'ils soient. Je ne les maternerai pas ni ne leur octroierai tout ce soutien qui leur para&#238;t tant aller de soi et qu'ils reconnaissent si peu. Je suis &#233;go&#239;ste ? Indiff&#233;rente ? Je l'ai trop entendu celle-l&#224;... &#231;a ne marche plus. Non, seulement et simplement, je sais mieux que les hommes ce qui me convient, et &#171; je vis ma propre vie, non la vie de quelque homme que j'aiderais &#224; s'en sortir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ellen Burstyn, lors d'une interview cit&#233;e par Susan Sturdivant.&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne supportant pas la contradiction entre mes id&#233;es et mon comportement, il fallait bien que je trouve des solutions. Pr&#233;f&#233;rant toujours dans ces moments-l&#224; assortir mon comportement &#224; mes id&#233;es plut&#244;t que l'inverse, je me suis pr&#233;par&#233;e &#224; l'&#233;ventualit&#233; d'arr&#234;ter les relations h&#233;t&#233;ros si elles ne pouvaient pas s'assortir &#224; mon f&#233;minisme. Vu mon fonctionnement, tout le plaisir et la joie que je pouvais ressortir de ces relations auraient &#233;t&#233; g&#226;ch&#233;s par ce ressenti de contradiction. D'o&#249; la perspective de devenir exclusivement lesbienne qui m'apparaissait alors tout &#224; fait envisageable et souhaitable. Suis-je esclave de mes id&#233;es, comme on a pu me le sugg&#233;rer ? Encore faut-il croire &#224; la dichotomie id&#233;es/comportement comme pouvant &#234;tre viable &#224; long terme. Pour ce que j'ai pu en voir en moi et autour de moi, si l'on ne parvient pas &#224; changer son comportement, ce sont les id&#233;es qui changeront... Quant au pire, je pr&#233;f&#232;re &#234;tre esclave de mes propres id&#233;es et valeurs qu'esclave de celles des hommes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aurais pu aussi g&#233;rer le probl&#232;me gr&#226;ce &#224; un comportement &#171; schizophr&#232;ne &#187; qui m'aurait fait me d&#233;couper en vie sociale f&#233;ministe et vie personnelle non f&#233;ministe, mais &#233;tant donn&#233; ce que je pense du personnel, &#231;a m'aurait &#233;t&#233; encore bien plus difficile &#224; vivre. Je sais que des f&#233;ministes bisexuelles ou h&#233;t&#233;rosexuelles le g&#232;rent ainsi, trouvant trop difficile ou impossible de modifier ce niveau. Ce que je peux facilement comprendre, en regard de mon exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis donc finalement arriv&#233;e &#224; consid&#233;rer que, s'agissant de ma pratique h&#233;t&#233;ro, elle n'avait plus grand-chose &#224; voir avec une h&#233;t&#233;rosexualit&#233; patriarcale. Ce qui ne signifie absolument pas que la critique de l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; ne soit plus juste pour moi puisque, bien au contraire, c'est elle qui me permet d'acc&#233;der &#224; des relations h&#233;t&#233;ros volontaires et f&#233;ministes. Car voil&#224;, vivre une relation h&#233;t&#233;ro affective et sexuelle, fond&#233;e sur l'&#233;change, l'amiti&#233;, le d&#233;sir, la r&#233;ciprocit&#233;, l'encouragement mutuel, la tendresse, l'autonomie, l'affirmation et l'estime mutuelle ne peut pas &#234;tre le fruit du hasard. Elle demande du travail, travail effectu&#233; par les deux personnes, m&#234;me si l'initiative en revient plus aux femmes. Mais les hommes doivent assumer leur part de responsabilit&#233; dans les relations affectives, je me h&#226;te de leur rappeler car je ne le ferai pas &#224; leur place. De plus, on ne peut pas se reposer sur ses lauriers, arriver &#224; un point o&#249; l'on pourrait se dire &#171; c'est bon, maintenant on peut se laisser aller &#187;, sinon, je pense que l'on peut retomber tr&#232;s vite dans un sch&#233;ma plus classique de couple et de domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais n'est-ce pas le propre de tout travail effectu&#233; sur soi ?? C'est ainsi que pour ma part je le consid&#232;re toujours ? : malgr&#233; les avanc&#233;es certaines qu'il m'a permises, les nombreuses joies et libert&#233;s qu'il m'a apport&#233;es, j'ai coutume de penser qu'en la mati&#232;re, rien n'est jamais acquis. La vigilance et la prudence s'imposent car la garantie &#224; ce sujet n'existe pas. Humilit&#233; &#224; laquelle mon exp&#233;rience m'a conduite... Je peux &#233;tendre cela &#224; tout ce que je consid&#232;re comme pr&#233;cieux d'ailleurs, que ce soit mon autonomie, mon anarchaf&#233;minisme ou une relation d'amiti&#233; sexuelle. Parce qu'il ne faut pas sous-estimer la force des normes et attentes culturelles, des int&#233;riorisations diverses de l'oppression et du pouvoir, ainsi que la difficult&#233; de vivre &#224; leur encontre, quand il est tellement plus simple et facile de ne pas les remettre en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je crois &#224; la possibilit&#233; d'une pratique h&#233;t&#233;rosexuelle non oppressive, ce que j'appelle une pratique f&#233;ministe h&#233;t&#233;rosexuelle, diff&#233;rant donc de l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; patriarcale, ce n'est qu'une fois fait le proc&#232;s de l'institution h&#233;t&#233;rosexuelle. Cette condition n'est certainement pas suffisante, mais elle est n&#233;cessaire. Je me sens responsable de mon versant h&#233;t&#233;rosexuel, m&#234;me dans une soci&#233;t&#233; &#224; contrainte h&#233;t&#233;rosexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, dans une soci&#233;t&#233; o&#249; la contrainte &#224; l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; s&#233;vit si fortement, c'est franchement difficile de penser choisir r&#233;ellement une pratique h&#233;t&#233;rosexuelle, c'est pourtant ce que j'ose aujourd'hui affirmer. Attention toutefois &#224; ne pas me faire dire ce que je ne dis pas : je le diff&#233;rencie bien entendu du choix lesbien. Et je crois d'ailleurs que politiser la cat&#233;gorie &#171; h&#233;t&#233;rosexuelles &#187; pourrait permettre que les h&#233;t&#233;rosexuelles s'interrogent plus sur leur pratique (plut&#244;t que de la consid&#233;rer si &#233;vidente qu'elles ne la nomment m&#234;me pas) et &#233;viter bien des &#233;cueils lesbophobes, en particulier celui de d&#233;politiser la cat&#233;gorie &#171; lesbiennes &#187; en la consid&#233;rant comme simple pr&#233;f&#233;rence sexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel plaisir de lire le texte de Stevi Jackson R&#233;cents d&#233;bats sur l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; ? : une approche f&#233;ministe mat&#233;rialiste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NQF, vol. 17, 1996, n&#176; 3.&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si j'avais pu en avoir la connaissance &#224; l'&#233;poque de mon exp&#233;rience d&#233;chirante, &#231;a m'aurait &#233;vit&#233; quelques affres. Je renvoie donc &#224; ce texte celles qui voudraient une approche plus pouss&#233;e et plus th&#233;orique sur ce sujet. Stevi Jackson, bien que d&#233;veloppant une perspective f&#233;ministe mat&#233;rialiste critique sur l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;, estime qu'elle doit &#171; &#234;tre analys&#233;e comme une institution patriarcale mais qu'il faut &#233;viter d'associer l'institution avec la pratique et l'exp&#233;rience de l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; &#187;. Elle part du concept de genre &#171; en tant que construction sociale produite par un syst&#232;me hi&#233;rarchique patriarcal &#187; et le pose comme fondamental pour toute analyse de la sexualit&#233;. L'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; est con&#231;ue comme hi&#233;rarchie des genres, et non seulement comme construction normative du d&#233;sir d'un sexe pour l'autre, &#171; elle n'est pas uniquement fond&#233;e sur un lien entre genre et sexualit&#233;, mais sur l'appropriation du corps et du travail des femmes &#187;. Mais Stevi Jackson ne nie pas aux h&#233;t&#233;rosexuelles la possibilit&#233; d'une autonomie d'action &#224; l'int&#233;rieur d'un cadre patriarcal. Ce qui lui &#233;vite de consid&#233;rer les femmes h&#233;t&#233;ros en termes de victimes ou de complices, comme bien d'autres l'ont fait. Si la structure de l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; est oppressive, les relations &#224; l'int&#233;rieur peuvent varier. Stevi Jackson conclut son article sur la vigilance &#224; accorder au fait que &#171; l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; et le lesbianisme sont des notions dont l'existence d&#233;pend directement de la hi&#233;rarchie du genre &#187; et elle me semble aussi remettre les choses &#224; leur place en disant que la sexualit&#233; n'est pas le seul &#171; terrain de lutte contre cette hi&#233;rarchie (...) de m&#234;me que la sexualit&#233; n'est pas la seule base de la subordination des femmes &#187;. Bon, c'est bien beau tout &#231;a, mais il y a le revers de la m&#233;daille qui n'est pas des moindres. C'est que pour vivre cette pratique f&#233;ministe de l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;, il nous faut trouver des hommes non seulement pr&#234;ts &#224; s'embarquer pour des contr&#233;es si dangereuses pour eux mais pr&#234;ts aussi &#224; participer activement &#224; la cr&#233;ation de cette relation o&#249; nous avons tant &#224; d&#233;construire et &#224; inventer. Quand, de surcro&#238;t, on pense que la non-monogamie responsable et l'amiti&#233; sexuelle font partie int&#233;grante de cette pratique h&#233;t&#233;rosexuelle f&#233;ministe, &#231;a ne simplifie rien. Mais je laisse la simplicit&#233;, la facilit&#233; et la s&#233;curit&#233; &#224; ces sc&#233;narios fix&#233;s et &#224; ces chemins tout trac&#233;s par le patriarcat. La raret&#233; de ces hommes peut poser &#224; nouveau un probl&#232;me de d&#233;pendance. M&#234;me si je reste prudente &#224; ce propos, mon exp&#233;rience m'a montr&#233; que si l'on est sortie de la d&#233;pendance g&#233;n&#233;rale des hommes, que si nous sommes mat&#233;riellement et psychiquement ind&#233;pendantes d'eux, il me semble difficile de tomber dans cette d&#233;pendance particuli&#232;re, pour peu qu'on ne s'en d&#233;fende pas trop a priori, et qu'on y fasse attention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est malheureusement plus facile de rencontrer des hommes qui se disent antisexistes ou pro-f&#233;ministes que des hommes avec qui on peut vivre une relation de sujet &#224; sujet. Parce que cela n&#233;cessite, et que nous puissions l'&#234;tre, et qu'ils le soient aussi, &#224; la lumi&#232;re des red&#233;finitions de l'autonomie et de l'ind&#233;pendance que j'ai pu esquisser dans ce texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par rapport &#224; cette raret&#233; donc, c'est l&#224; aussi qu'&#234;tre bisexuelle peut &#234;tre un atout majeur ! J'ai peu parl&#233; de l'int&#233;r&#234;t de la bisexualit&#233; dans une perspective f&#233;ministe, mais j'ai tendance &#224; la penser aussi comme importante dans la revendication du choix volontaire et f&#233;ministe d'une pratique h&#233;t&#233;rosexuelle. Si le choix signifie qu'il y ait plusieurs options valables pour pouvoir en choisir une, il faut bien voir que ces autres options sont soit le c&#233;libat, soit les relations lesbiennes. Et comme le dit Mariana Valverde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mariana Valverde, Sexe, pouvoir et plaisir, Les &#233;ditions du Remue-M&#233;nage. 1989.&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#171; parmi les femmes h&#233;t&#233;rosexuelles que je connais, les plus heureuses semblent &#234;tre celles qui ont une attitude ouverte par rapport aux partenaires sexuels et au plaisir sexuel en g&#233;n&#233;ral, sans trop compter sur leur partenaire ou les hommes dans l'ensemble &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tout &#233;crit, mon t&#233;moignage est le reflet de mes r&#233;flexions et de mon v&#233;cu qui ne cesseront d'&#233;voluer au fil des rencontres et des exp&#233;riences. Aussi, je vous invite &#224; me faire partager vos critiques, id&#233;es ou t&#233;moignages de vos propres pratiques de r&#233;sistance contre la domination masculine en m'&#233;crivant &#224; l'adresse de l'&lt;a href=&#034;http://www.atelierdecreationlibertaire.com/article.php3?id_article=143&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ACL&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Anarchism and Feminism &#187; dans &lt;i&gt;Feminism, Anarchism, Women&lt;/i&gt;. The Raven 21, janvier/mars 1993, Londres, Freedom Press.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Si vous d&#233;sirez en savoir plus sur le f&#233;minisme radical, je vous conseille vivement la revue &lt;i&gt;Nouvelles Questions F&#233;ministes&lt;/i&gt;, qui est la plus ancienne et principale revue d'&#233;tudes f&#233;ministes en langue fran&#231;aise, et qui se consacre &#224; la diffusion et au d&#233;veloppement de la r&#233;flexion n&#233;e des mouvements f&#233;ministes - &lt;a href=&#034;http://www2.unil.ch/liege/nqf/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www2.unil.ch/liege/nqf/&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Susan Sturdivant, &lt;i&gt;Les femmes et la psychoth&#233;rapie. Une philosophie f&#233;ministe du traitement&lt;/i&gt;, Pierre Mardaga &#233;diteur, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Colette Guillaumin, &lt;i&gt;Sexe, Race et Pratique du pouvoir. L'id&#233;e de Nature&lt;/i&gt;, C&#244;t&#233;-femmes &#233;ditions, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://infokiosques.net/spip.php?article239&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La r&#233;partition des t&#226;ches entre femmes et hommes dans le travail conversationnel&lt;/a&gt; &#187; dans &lt;i&gt;Nouvelles Questions F&#233;ministes&lt;/i&gt;, volume 19, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sallie Tisdale, &lt;i&gt;Parlons cul&lt;/i&gt;, Editions Dagorno, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alison M. Jaggar, &#171; F&#233;minisme ? : l'&#233;thique de la sollicitude &#187; dans &lt;i&gt;Magazine litt&#233;raire&lt;/i&gt;, &#171; Le souci. Ethique de l'individualiste &#187;, &#233;t&#233; 1996.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Susan Sturdivant, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fran&#231;ois De Singly, &lt;i&gt;Le soi, le couple et la famille&lt;/i&gt;, Nathan, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pascale Noizet, &lt;i&gt;L'id&#233;e moderne d'amour. Entre sexe et genre ? : vers une th&#233;orie du sexolog&#232;me&lt;/i&gt;, Editions Kim&#233;, Paris, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &#201;ditorial &#187;, &lt;i&gt;Nouvelles Questions F&#233;ministes&lt;/i&gt;, 1996, Vol 17, n&#176; 3. Les NQF ont toujours r&#233;serv&#233; un int&#233;r&#234;t &#224; ce sujet &#233;pineux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; ce sujet l'article &#171; Femmes bisexuelles, politique f&#233;ministe &#187; dans l'ouvrage (&lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://infokiosques.net/IMG/pdf/Audela.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Au-del&#224; du personnel&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ellen Burstyn, lors d'une interview cit&#233;e par Susan Sturdivant.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;NQF&lt;/i&gt;, vol. 17, 1996, n&#176; 3.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mariana Valverde, &lt;i&gt;Sexe, pouvoir et plaisir&lt;/i&gt;, Les &#233;ditions du Remue-M&#233;nage. 1989.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Paris : Bachibouzouk n&#176;1 (hiver 2006-07) vient de sortir !</title>
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		<guid isPermaLink="true">https://www.infokiosques.net/spip.php?article413</guid>
		<dc:date>2007-01-19T07:43:32Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bachibouzouk</dc:creator>


		<dc:subject>S&#233;ditions graphiques (Paris)</dc:subject>
		<dc:subject>Hobolo (Paris)</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#034;Bachi-bouzouks (zouk') n. m. pl. : Ce nom, qui signifie en turc &#034;les mauvaises t&#234;tes, les t&#234;tes de d&#233;sordre&#034;, d&#233;signe une sorte de corps franc lev&#233; par les ordres du sultan, dans un cas de p&#233;ril imminent pour l'empire. - Encycl. Ces troupes, compos&#233;es de tous les gens tar&#233;s et sans aveu, sont plus dangereuses pour ceux qu'elles sont cens&#233;es servir que pour leurs ennemis. Durant la guerre de Crim&#233;e, le sultan avait envoy&#233; un corps de ces irr&#233;guliers aux g&#233;n&#233;raux des troupes coalis&#233;s : il (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique41" rel="directory"&gt;ailleurs&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;S&#233;ditions graphiques (Paris)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot65" rel="tag"&gt;Hobolo (Paris)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#034;Bachi-bouzouks (zouk') n. m. pl. : Ce nom, qui signifie en turc &#034;les mauvaises&lt;br class='autobr' /&gt;
t&#234;tes, les t&#234;tes de d&#233;sordre&#034;, d&#233;signe une sorte de corps franc lev&#233; par les ordres&lt;br class='autobr' /&gt;
du sultan, dans un cas de p&#233;ril imminent pour l'empire. - Encycl. Ces troupes,&lt;br class='autobr' /&gt;
compos&#233;es de tous les gens tar&#233;s et sans aveu, sont plus dangereuses pour ceux&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'elles sont cens&#233;es servir que pour leurs ennemis. Durant la guerre de Crim&#233;e, le&lt;br class='autobr' /&gt;
sultan avait envoy&#233; un corps de&lt;br class='autobr' /&gt;
ces irr&#233;guliers aux g&#233;n&#233;raux des troupes coalis&#233;s : il fallut prendre contre eux&lt;br class='autobr' /&gt;
les plus grandes pr&#233;cautions et, par bonheur, la plupart moururent du chol&#233;ra dans&lt;br class='autobr' /&gt;
la Dobrutscha.&#034;&lt;br&gt;
(Encyclop&#233;die Larousse illustr&#233;e en 7 volumes de 1900)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;SOMMAIRE :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelques propos sur la violence pendant le mouvement anti-CPE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Paris comme ailleurs, des oppositions aux pratiques de casse et d'affrontement&lt;br class='autobr' /&gt;
avec les forces de l'ordre se sont largement montr&#233;es, allant des remarques&lt;br class='autobr' /&gt;
v&#233;h&#233;mentes - parfois hyst&#233;riques - en AG jusqu'&#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
l'interposition physique (sic). Bien que chacun ait pu constater leur reflux &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
mesure que la lutte gagnait en puissance, le rejet dogmatique de la violence n'a&lt;br class='autobr' /&gt;
pas cess&#233;. Ce qui est &#233;tonnant n'est pas tant le fait que&lt;br class='autobr' /&gt;
cette position ait &#233;t&#233; tenue par bien des syndicats - que pouvions-nous attendre de&lt;br class='autobr' /&gt;
ces gestionnaires ? - mais qu'elle fut aussi celle de nombre de simples&lt;br class='autobr' /&gt;
participants. Le texte suivant tente de donner des raisons &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
ces actions dites violentes, face &#224; ceux qui, au nom d'une position &#171; responsable&lt;br class='autobr' /&gt; &#187;, n'ont voulu y voir qu'une barbarie adolescente. Il est suivi d'une courte&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un aper&#231;u du mouvement anti-CPE &#224; Al&#232;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Al&#232;s, ancienne ville mini&#232;re, 40 000 habitants aux pieds des C&#233;vennes, de nombreux&lt;br class='autobr' /&gt;
ch&#244;meurs et RMIstes, des quartiers plut&#244;t &#171; chauds &#187;... Un P.C.F. et une CGT encore&lt;br class='autobr' /&gt;
forts m&#234;me si, depuis une dizaine d'ann&#233;es, ils se sont fait piquer la place &#224; la&lt;br class='autobr' /&gt;
mairie par une crapule d'un autre style, maire, d&#233;put&#233; U.M.P. qui ne r&#233;pugne pas &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
s'allier &#224; l'extr&#234;me droite. Et au milieu, un &#233;norme lyc&#233;e de 3 600 &#233;l&#232;ves. Et&lt;br class='autobr' /&gt;
parmi eux, Grieg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paris et le mouvement anti-CPE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette discussion revient sur la lutte anti-CPE &#224; Paris : lien entre ce qu'il s'est&lt;br class='autobr' /&gt;
pass&#233; &#224; Paris et dans les autres r&#233;gions, rapports entretenus entre les tenants de&lt;br class='autobr' /&gt;
pratiques dites radicales avec le mouvement au sens&lt;br class='autobr' /&gt;
large... Tentative de saisir &#171; l'ambiance &#224; Paris &#187;. Et surtout, premiers mat&#233;riaux&lt;br class='autobr' /&gt;
en vue d'une r&#233;flexion qui sera continu&#233;e plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Black box&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On arrive, on pose la bo&#238;te, et l&#224;, il y a quelqu'un qui vient te voir pour te&lt;br class='autobr' /&gt;
demander ce que tu fais : &#171; Je fais une image. &#187; Il te r&#233;pond alors que tu te fous&lt;br class='autobr' /&gt;
de lui. Tu l'emm&#232;nes au labo et l&#224;, il d&#233;couvre le &#171; truc &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Images Nerfs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Images, imaginaires, images-nerfs... les images jouent avec nos joies et nous&lt;br class='autobr' /&gt;
entra&#238;nent dans leurs tristesses. L'image, synonyme d'&#171; illusion &#187;, de &#171; tromperies&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#233;diatiques &#187;, de &#171; manipulations publicitaires &#187; : nous&lt;br class='autobr' /&gt;
avons appris qu'il fallait se m&#233;fier d'elles et de ce qu'elles v&#233;hiculent. Mais que&lt;br class='autobr' /&gt;
serait un monde vid&#233; d'images ? Et si l'illusion nous ouvrait des mondes que la&lt;br class='autobr' /&gt;
soci&#233;t&#233; du Spectacle aimerait nous voir oublier ? Et si des&lt;br class='autobr' /&gt;
pestacles pouvaient nous rendre les imaginaires collectifs arrach&#233;s &#224; nos corps,&lt;br class='autobr' /&gt;
vendus au culte du travail ; si nos yeux s'&#233;taient enterr&#233;s &#224; force d'observer et&lt;br class='autobr' /&gt;
de mater ? En voyant le pestacle des F&#233;es Railleuses, se&lt;br class='autobr' /&gt;
jouant des airs et des mots dans leurs Entredits, nous avons eu des d&#233;sirs de dire,&lt;br class='autobr' /&gt;
comme une danse... Un texte form&#233; et formul&#233; par trois personnes mais &#233;manant d'un&lt;br class='autobr' /&gt;
imaginaire commun cristallis&#233; par une n&#233;buleuse de rencontres... &#192; contre-pied&lt;br class='autobr' /&gt;
d'une pens&#233;e critique simpliste qui tend &#224; associer image et mensonge par&lt;br class='autobr' /&gt;
opposition &#224; une r&#233;alit&#233;-v&#233;rit&#233;, ce texte regarde des images, celles qui nous&lt;br class='autobr' /&gt;
produisent sans cesse, autant que nous les produisons, intimement ; elles sont ce&lt;br class='autobr' /&gt;
qui fait la consistance de nos vies, la formulation de nos d&#233;sirs, l'enjeu de nos&lt;br class='autobr' /&gt;
luttes... et l'occasion de revivre des arts myst&#233;rieux, des rages &#224; fleur de&lt;br class='autobr' /&gt;
peau...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le fant&#244;me de la Decency&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1936, en Californie, John Steinbeck visite un camp de &#171; squatters &#187; dans le Kern&lt;br class='autobr' /&gt;
County. Dans ce bidonville peupl&#233; de travailleurs agricoles, il rencontre un peuple&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#233;pris&#233; qui lui inspire Les Raisins de la Col&#232;re,&lt;br class='autobr' /&gt;
roman dont John Ford tirera l'un de ses chefs-d'oeuvre cin&#233;matographiques. Dans ce&lt;br class='autobr' /&gt;
comt&#233;, la possession d'une copie du roman reste aujourd'hui encore un d&#233;lit. Trop&lt;br class='autobr' /&gt;
juste sans doute, trop vrai aussi. Comme un mauvais souvenir, cette famine&lt;br class='autobr' /&gt;
organis&#233;e, cette prol&#233;tarisation forc&#233;e des paysans, n'ont cess&#233; de hanter notre&lt;br class='autobr' /&gt;
monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Connected brains, disconnected people&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Serial Experiment Lain est une s&#233;rie d'animation en treize &#233;pisodes r&#233;alis&#233;e en&lt;br class='autobr' /&gt;
1998 par Ryutaro Nakamura sur un sc&#233;nario de Chiaki J. Konaka. Cette s&#233;rie se veut&lt;br class='autobr' /&gt;
la premi&#232;re dont l'action se d&#233;roule dans le monde&lt;br class='autobr' /&gt;
virtuel. Comme dans beaucoup de mangas ou d'autres oeuvres de la pop culture&lt;br class='autobr' /&gt;
nippone (Gunm, N&#233;on G&#233;nesis Evang&#233;lion ou la s&#233;rie des Final Fantasy), les&lt;br class='autobr' /&gt;
manifestations du progr&#232;s technique y tiennent une place importante et souvent&lt;br class='autobr' /&gt;
n&#233;gative, m&#234;l&#233;es &#224; une fascination. On peut sans doute y voir les traces d'un&lt;br class='autobr' /&gt;
traumatisme culturel li&#233; aux bombardements am&#233;ricains &#224; la fin de la seconde guerre&lt;br class='autobr' /&gt;
mondiale : test des nouveaux bombardiers sur la province de Kyushu, bombardement&lt;br class='autobr' /&gt;
nocturne de Tokyo au napalm (plus du quart de la ville est ray&#233;, 100 000 personnes&lt;br class='autobr' /&gt;
p&#233;rissent...) et bien s&#251;r les deux bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki. Le&lt;br class='autobr' /&gt;
point de d&#233;part de la s&#233;rie est le suicide de Chisa Yomoda, camarade de classe de&lt;br class='autobr' /&gt;
Lain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La qu&#234;te d'une vie simple : les Naturiens, n&#233;o-Naturiens et Tahiti&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce titre peut para&#238;tre pour le moins exotique ou anecdotique. En effet, il fait&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;f&#233;rence &#224; un point de vue sp&#233;cifique apparu chez des ouvriers et artisans&lt;br class='autobr' /&gt;
anarchistes appel&#233;s &#171; naturiens &#187; (dans les ann&#233;es 1890) ou &#171; &lt;br class='autobr' /&gt;
n&#233;o-naturiens &#187; (dans les ann&#233;es 1920) qui se distinguent de leurs camarades par&lt;br class='autobr' /&gt;
leurs critiques de la Civilisation, du travail ou du progr&#232;s. Ils privil&#233;gient&lt;br class='autobr' /&gt;
parfois l'&#233;mancipation individuelle et la fuite&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; l'issue r&#233;volutionnaire qui para&#238;t toujours lointaine et chim&#233;rique. Mais c'est&lt;br class='autobr' /&gt;
parfois surprenant de d&#233;couvrir l'histoire d'individus et de groupes qui rappellent&lt;br class='autobr' /&gt;
par certains aspects nos propres discours, volont&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
ou envies. Cela peut &#233;galement &#234;tre utile pour relativiser le caract&#232;re, suppos&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
novateur, de ce que nous faisons. Non pas pour retomber dans un relativisme&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;sabus&#233; mais plut&#244;t pour nuancer ou affiner certaines&lt;br class='autobr' /&gt;
positions et avec l'envie (l'illusion ?) de d&#233;passer certains questionnements qui,&lt;br class='autobr' /&gt;
souvent, ne datent pas d'hier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Logiques biom&#233;triques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Technologie de gestion des hommes fond&#233;e sur la reconnaissance de caract&#233;ristiques&lt;br class='autobr' /&gt;
physiques sp&#233;cifiques (forme du visage, empreintes, paume de la main, iris de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'oeil), la biom&#233;trie s'installe pour contr&#244;ler les&lt;br class='autobr' /&gt;
flux et identifier de mani&#232;re machinique. Par-del&#224; les critiques qui mettent en&lt;br class='autobr' /&gt;
avant la question de la vie priv&#233;e, de la surveillance ou de la venue d'un monde &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
la 1984, il convient de situer cette technologie dans&lt;br class='autobr' /&gt;
le cadre des logiques qui trament d'ores et d&#233;j&#224; notre monde. Et de rep&#233;rer, en&lt;br class='autobr' /&gt;
parall&#232;le, les lignes de fractures sensibles ainsi que les forces en pr&#233;sence, afin&lt;br class='autobr' /&gt;
de r&#233;fl&#233;chir sur les modalit&#233;s d'une opposition&lt;br class='autobr' /&gt;
fructueuse &#224; cette mutation en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Grenoble 2006 : retour sur la bataille des nanotechnologies&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 2 juin dernier, Minatec &#233;tait inaugur&#233; &#224; Grenoble. C'est l'un des plus gros&lt;br class='autobr' /&gt;
centres de recherche consacr&#233; aux nanotechnologies, ces nouvelles technologies&lt;br class='autobr' /&gt;
explorant l'infiniment petit en utilisant des mat&#233;riaux&lt;br class='autobr' /&gt;
nanom&#233;triques, c'est-&#224;-dire dont la taille n'exc&#232;de pas le milliardi&#232;me de m&#232;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les scientifiques et les diff&#233;rents repr&#233;sentants de l'&#201;tat investis dans ces&lt;br class='autobr' /&gt;
recherches nous promettent qu'elles vont r&#233;volutionner&lt;br class='autobr' /&gt;
de nombreux domaines de notre existence comme la sant&#233;, l'&#233;nergie ou&lt;br class='autobr' /&gt;
l'environnement. Il est certain que les nanotechnologies constituent un grand pas&lt;br class='autobr' /&gt;
en avant vers un monde de moins en moins ma&#238;trisable, accordant&lt;br class='autobr' /&gt;
toujours plus de pouvoirs &#224; des experts scientifiques et politiques dont les&lt;br class='autobr' /&gt;
int&#233;r&#234;ts (notamment celui de pouvoir g&#233;rer toujours plus efficacement la&lt;br class='autobr' /&gt;
population) ne sont pas ceux des gens dont ils pr&#233;tendent r&#233;volutionner&lt;br class='autobr' /&gt;
l'existence. Il convient donc de s'attaquer &#224; ce pr&#233;tendu Progr&#232;s dont la&lt;br class='autobr' /&gt;
bienveillance nous &#233;crase et &#224; toutes ces tentatives d'artificialiser les milieux&lt;br class='autobr' /&gt;
de vie. Ces &#233;volutions ne sont pas in&#233;luctables, elles d&#233;pendent de rapports de&lt;br class='autobr' /&gt;
forces politiques &#224; un moment donn&#233;, et leurs cons&#233;quences&lt;br class='autobr' /&gt;
peuvent nous toucher directement et quotidiennement. C'est dans ce cadre qu'ont eu&lt;br class='autobr' /&gt;
lieu, du 29 mai au 2 juin, diverses actions, manifestations et discussions &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
Grenoble autour de la critique des nouvelles technologies Plusieurs centaines de&lt;br class='autobr' /&gt;
personnes de diff&#233;rentes r&#233;gions s'y sont retrouv&#233;es. Nous publions ici un&lt;br class='autobr' /&gt;
entretien r&#233;alis&#233; avec trois d'entre elles, Antonius, Anatolie et Malcolm,&lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;sentes ensemble &#224; Grenoble durant cette semaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour toute commande, commentaire, soutien, insultes, don de maison, vous pouvez&lt;br class='autobr' /&gt;
nous contacter &#224; : &lt;a href='https://www.infokiosques.net/bachibouzouk at no-log.org' class=&#034;spip_url&#034;&gt;bachibouzouk at no-log.org&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Black Box</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article407</link>
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		<dc:date>2007-01-07T11:02:36Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anonyme</dc:creator>


		<dc:subject>Art, Culture</dc:subject>
		<dc:subject>Guides pratiques</dc:subject>
		<dc:subject>S&#233;ditions graphiques (Paris)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Faire des photographies sans appareil photo, ou fabriquer soi-m&#234;me son appareil photo (ou st&#233;nop&#233;), confectionner du papier photosensible (ou cyanotype) et &#233;laborer des produits chimiques de d&#233;veloppement &#224; l'aide de th&#233;, de caf&#233;... ou de vin rouge.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique6" rel="directory"&gt;B&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot16" rel="tag"&gt;Art, Culture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;Guides pratiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;S&#233;ditions graphiques (Paris)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L109xH150/arton407-0cc45.jpg?1780457124' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='109' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff407.jpg?1168200120&#034; /&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Beaut&#233;s de la Disconvenance</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article331</link>
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		<dc:date>2006-04-07T07:01:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Le CUL</dc:creator>


		<dc:subject>S&#233;ditions graphiques (Paris)</dc:subject>
		<dc:subject>Critiques de l'&#226;gisme et de l'&#233;ducation</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvance autonome</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvements sociaux</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ces textes sont extraits du &lt;i&gt;Papier CUL&lt;/i&gt;, journal aux allures vari&#233;es qui servait d'organe de propagande aux d&#233;lires du CUL (Comit&#233; Universitaire de Lib&#233;ration), publi&#233; entre 2003 et 2005, et remis en page ici par la CRETE (Cellule de Restitution Editoriale des Travaux Empiriques).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;A l'&#233;cart des AG, nous avons pu vivre des d&#233;bats intenses, des repas collectifs, voir des tags appara&#238;tre, des murs se briser : une violence et une joie qui, pour une fois, n'&#233;taient pas entrav&#233;es par l'atmosph&#232;re tristement citoyenne des luttes &#233;tudiantes. Nous avons senti qu'&#224; ce niveau se jouait tout autre chose qu'une simple contestation ponctuelle, qu'&#224; cet endroit s'&#233;laborait puissamment un refus de ce monde et de ces r&#232;gles du jeu. Nous avons vu que, la disconvenance aidant, la lutte &#233;tudiante pouvait devenir, dans ses marges, un moment de communisation, un moment o&#249; le partage des pratiques et des exp&#233;riences s'exprime telle une n&#233;cessit&#233; sensible pour abattre ce qui nous r&#233;duit. Peut-&#234;tre nous appartient-il, &#224; pr&#233;sent, de jouer avec cette disconvenance, d'utiliser ce mal-&#234;tre que nous avons en partage avec bon nombre de ceux qui nous entourent, dans notre pratique politique quotidienne.&#034;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique6" rel="directory"&gt;B&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;S&#233;ditions graphiques (Paris)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot57" rel="tag"&gt;Critiques de l'&#226;gisme et de l'&#233;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot73" rel="tag"&gt;Mouvance autonome&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot93" rel="tag"&gt;Mouvements sociaux&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH150/arton331-582a1.jpg?1780462099' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff331.jpg?1142855677&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;***&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce texte ne dit pas de v&#233;rit&#233;. Il ne s'oppose pas, ne propose pas, n'impose pas. Il ne cherche pas ceux qui le comprennent, mais parle &#224; ceux qui lui conviennent. Ce texte n'a pas de sens a priori, il t&#226;tonne. Ce texte exprime des &#233;nergies qui se rencontrent dans les auteurs et les tourmentent, au point d'exploser p&#233;niblement sous la forme de caract&#232;res alphab&#233;tiques. Ce texte cherche des rencontres, celles qui aideront par leurs conflits et leurs associations la poursuite des th&#233;ories et des pratiques convenant aux volont&#233;s d'autonomie et d'interd&#233;pendance.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;BEAUTES DE LA DISCONVENANCE.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Chaque g&#233;n&#233;ration vit dans l'illusion de sup&#233;riorit&#233; par rapport &#224; la pr&#233;c&#233;dente. &#187; &lt;br&gt;
Inconnu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Chaque g&#233;n&#233;ration se croit vou&#233;e &#224; refaire le monde. La mienne sait qu'elle ne le refera pas. Sa t&#226;che est bien plus grande, elle consiste &#224; emp&#234;cher qu'il ne se d&#233;fasse. &#187; &lt;br&gt;
Camus.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Valeur de la disconvenance...&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Nous(A) ressentons une disconvenance. Nous ne l'interpr&#233;tons pas comme grave, d&#233;sesp&#233;rante, n&#233;gative...tout au plus n&#233;gative comme r&#233;v&#233;lateur de positivit&#233;. La sensation de la disconvenance exprime une beaut&#233; de vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Chaque g&#233;n&#233;ration ressent ses disconvenances. Chaque g&#233;n&#233;ration provient d'une nouvelle donne sociale, familiale, &#233;conomique, etc. , psychophysiologique. Ces nouvelles donnes signifient une originalit&#233; pulsionnelle irr&#233;ductible aux configurations pass&#233;es. Chaque g&#233;n&#233;ration exprime un quantum original de puissances intensives : d&#232;s lors, elle &#233;merge avec son probl&#232;me : comment exprimer cette nouvelle configuration de puissances dans des champs d'expression &#233;labor&#233;s par et pour les &#233;nergies de la g&#233;n&#233;ration pr&#233;c&#233;dente ? Nos parents veulent nous apprendre comment nous d&#233;brouiller dans leurs mondes, mais nous ne retenons comme le&#231;on que ce qu'ils font, ce qu'ils nous donnent et non ce qu'ils auraient aim&#233; nous l&#233;guer ; et ne gardons en h&#233;ritage que les mondes qu'ils ont b&#226;tis, pas ceux qu'ils auraient aim&#233; vivre... Comment nous exprimer dans les champs que nos parents ont construits ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; De ce d&#233;calage n&#233;cessaire entre nos types originaux d'&#233;nergies qui cherchent &#224; s'exprimer et le terrain d'expression d&#233;j&#224;-l&#224;, na&#238;t un malaise que nous nommons disconvenance. Chaque g&#233;n&#233;ration, dans ses modes de conflits et d'associations, cherche ses r&#233;ponses et ses rem&#232;des.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Donc nous ne situons pas le probl&#232;me dans la disconvenance, mais dans le :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Qu'en faisons-nous ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous avons rep&#233;r&#233; notre disconvenance. Nous l'interpr&#233;tons comme n&#244;tre, dans le sens o&#249; nous n'en rep&#233;rons dans l'histoire que la gen&#232;se et non la manifestation. Nous &#233;tudions la provenance et assumons la rupture, car nous exprimons les deux...et beaucoup plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Passer derri&#232;re le pot d'&#233;chappement d'une voiture : disconvenance de respiration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Boire un verre d'eau chlor&#233; : disconvenance d'hydratation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Manger un aliment sans forme, sans saveur, sans sensation : disconvenance de la nutrition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ne pas habiter nos logements, ne pas les aimer, les trouver laids et inhumains : disconvenance de nos lieux de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ne croire &#224; rien et ne rien d&#233;fendre, se complaire dans la mat&#233;rialit&#233;, dans un imaginaire artificiel et impersonnel : disconvenance de sens.&lt;br&gt; [...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sentir ces disconvenances en de&#231;&#224; des discours &#233;cologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les produits de luxe ont toujours exprim&#233; des privil&#232;ges, par d&#233;finition. Mais on pouvait combattre pour acqu&#233;rir ces privil&#232;ges. Les conditions d'existence ont aussi exprim&#233; des privil&#232;ges, selon la d&#233;finition &#233;conomique. Le pain ou l'eau ne remplissaient pas les m&#234;mes ventres, mais on pouvait combattre pour les acqu&#233;rir. Aujourd'hui, la nourriture, l'eau, l'air, l'habitat, [...], sortent de la sph&#232;re des conflits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Explication. Crever de faim ou de soif ne provoque pas de disconvenance. Cela implique seulement douleur et mort. Or nous aimons douleur et mort autant que plaisir et vie, nous ne les s&#233;parons pas. En revanche, nous n'aimons pas la destruction ou la privatisation des conditions de possibilit&#233; de l'alimentation, de l'hydratation, de la respiration, etc. . Comment aimer les directions qui d&#233;truisent le tout ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous voil&#224; en passe de perdre tout acc&#232;s &#224; nos conditions de vie : de nombreux processus nous &#244;tent la ma&#238;trise de nous-m&#234;mes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; par une transformation insidieuse de la nourriture en produit manufactur&#233;, plastique, chimique, purement nourricier,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; par la mutation de l'eau en compos&#233; chimique hygi&#233;nique et m&#233;dicamenteux,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; par le remplacement de l'habitat par des casiers, des tiroirs classables et contr&#244;lables,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; par l'&#233;change de l'air contre un gaz l&#233;nitif et pathog&#232;ne,&lt;br&gt; [...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon le concept d'Ivan Ilich, nous nous dirigeons vers la constitution d'espaces humano-immunes. Les villes construites par l'homme entrent dans un rapport d'hostilit&#233; envers les caract&#233;ristiques de l'animal humain : les muscles s'atrophient, les odeurs disparaissent, l'eau ne se trouve pas hors des espaces payants comme les bars, les voitures mettent les pi&#233;tons en danger, le bruit d&#233;vore les oreilles, [...], autant d'aspects qui tendent &#224; faire penser que l'homme construit un espace anti-humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Manger fast-food, boire javel, respirer plus de monoxyde de carbone que d'oxyg&#232;ne, se loger dans des cages, [...], : nous pensons que l'entit&#233; qui agit ainsi exprime autre chose que l'humain-animal. Nous aimons notre animalit&#233;, notre irrationalit&#233;, nous interpr&#233;tons les poils sous les bras comme la condition de possibilit&#233; de la litt&#233;rature, des math&#233;matiques ou de Mozart... Nous pr&#233;f&#233;rons la b&#234;tise et l'idiotie(B) humaine plut&#244;t que les ordinateurs st&#233;r&#233;otyp&#233;s et polic&#233;s ou que l'intelligence artificielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Seuls demeurent humains ceux qui peuvent se battre ou non pour avoir de la bonne nourriture, de l'eau saine, etc. . Insistons : les conditions de possibilit&#233; des conflits se rarifient ; certains hommes(C) s'accaparent irr&#233;versiblement les conditions d'existence. Ce qu'ils laissent n'a plus rien d'humain : certains continuent l'&#233;volution humaine en nous transformant en machine, en carburant. Des pressions discr&#232;tes et efficaces s'exercent sur nous et nous donnent forme machinale. On nous &#244;te consciences et luttes, nous pensons et combattons de plus belle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous pensons que nos pratiques quotidiennes s'attaquent trop &#224; la possibilit&#233; d'avoir des pratiques, &#224; nos conditions de vie. Notre croissance d&#233;truit parfois nos racines. Nous cherchons un mouvement diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les pratiques nihilistes de l'&#233;nergie atomique, p&#233;troli&#232;re, celles des sciences g&#233;n&#233;tiques,robotiques,nanotechnologiques, &#171; n&#233;crotechnologiques &#187;, les processus d'uniformisation, de machinisation, d'&#233;conomisation, de fonctionalisation, etc., s'incorporent en nous et nous choquent et nous perturbent. Et pourtant... Au final nous laissent indiff&#233;rents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Notre expression commence par le refus de donner prise &#224; ces cadres de pouvoir. Donc sentir ces disconvenances, cela veut dire sentir que nous ne pouvons pas nous exprimer avec l'automobile, le plastique, l'&#233;lectricit&#233;, l'ordinateur, les h&#244;pitaux, les &#171; cages &#187; d'escalier, le travail salari&#233;, la mode de l'identique, tels que nous les pratiquons. Cela ne signifie pas changer le monde, ni changer les autres, mais nous changer nous-m&#234;mes. Cependant, chercher des convenances ne veut pas dire nous conformer &#224; &#171; l'ordre des choses &#187;, &#224; ce qui entrave notre expression : cela signifie exp&#233;rimenter pour trouver des voies propices &#224; notre expression.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Agir...&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Nous ne comprenons pas le sens de cette devise d'Attac, organisation gouvernementale dont le logo repr&#233;sente un pourcentage : &#171; Un autre monde est possible. &#187;. Nous pensons avec gaiet&#233; que d'autres mondes ne &#171; sont &#187; pas possibles : de multiples autres mondes s'expriment d&#233;j&#224;...et nous cr&#233;ons sans cesse d'autres mondes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; LE monde en tant qu'unit&#233; universelle exprime une construction fictive visant &#224; disperser et &#233;puiser les forces des hommes. Nous vivons en rapports plus ou moins intenses avec des multiplicit&#233;s incalculables de mondes qui tournent autour des familles, des amis, des rues travers&#233;es, des pommes croqu&#233;es, des fleurs hum&#233;es, des rencontres charnelles ou discursives, [...], des espaces et des sentiments quotidiennement v&#233;cus. Ces mondes ne se calculent pas car ils expriment des puissances relationnelles, des intensit&#233;s relatives et non des sommes alg&#233;briques. Nous n'appelons pas ces mondes &#171; r&#233;els &#187; par rapport au monde fictif, nous les nommerions plut&#244;t les mondes v&#233;cus, sentis, partag&#233;s ou combattus...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous exprimons notre pr&#233;sence comme alt&#233;rit&#233; et diff&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;vert :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; J'ai vu des hommes s'entretuer, &lt;br&gt;
Et c'est pas gai.&lt;br&gt; J'ai vu des hommes s'entrevivre, &lt;br&gt; Et je les rejoindrai. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; M&#234;me en refusant la d&#233;mesure destructrice, nous vivons en rapport n&#233;cessaire avec ces destructeurs actifs et passifs. Cependant, nous ne r&#233;agissons plus par rapport &#224; eux. Nous agissons par rapport &#224; nos vies. Nos &#233;nergies ne combattent pas pour les renforcer, elles nous construisent avec joie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ils devront agir ou r&#233;agir par rapport &#224; nous, ils devront nous aider, nous imiter ou nous tuer pour vivre et mourir encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous entendons des r&#233;ponses : d&#233;truire les destructeurs, la r&#233;volution, une r&#233;volution, des r&#233;formes, des violences r&#233;troactives, un d&#233;part, une fuite, une attente, rien, etc. . Nous ne nous positionnons pas contre. Nous les aimons toutes si elles vous permettent de vous exprimer. Mais elles ne conviennent pas &#224; nos expressions, &#224; nos disconvenances, on reste sur notre faim. Nous cherchons d'autres types d'expression : ceux que vous nous proposez nous semblent trop r&#233;actifs, pas assez risqu&#233;s, voire bien machiav&#233;liques comme il faut. Nous pensons aux militants qui ne luttent contre le pouvoir qu'en imposant eux m&#234;mes des pouvoirs(D).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous nous sentons forts et vigoureux. Nous voulons par n&#233;cessit&#233; risque et action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous r&#233;agissons aussi. A des disconvenances comme celle provenant du viol d'espace-temps de nos consciences par la publicit&#233;, nous ne pouvons que r&#233;agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous agissons plus que nous ne r&#233;agissons. Nous cr&#233;ons plus que nous ne d&#233;truisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous voulons par n&#233;cessit&#233; risque et action. L'action cr&#233;e sa morale &#224; mesure de sa pratique. La r&#233;action exprime une morale toute faite, bigote en pleine la&#239;cit&#233;, en attendant que des guerres se d&#233;clenchent pour faire la guerre &#224; la guerre, elle regarde se monter des &#171; sommets &#187; pour monter des &#171; collines &#187; encercl&#233;es de zones rouges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cr&#233;ations des pratiques sociales et individuelles nouvelles ou minoritaires, propices &#224; notre type d'expression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Exp&#233;rimentations. &lt;br&gt;
[...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous ne retournons pas dans le pass&#233; et ne renions pas notre h&#233;ritage. Nous ne conservons pas et n'oublions pas, nous sublimons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous n'avan&#231;ons pas ni ne progressons, nous croissons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous nous rapprochons d'abord de nos conditions amicales de vie : eaux, feux, terres, airs, animaux, herbes, roches, humains, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'autonomie ne commence-t-elle pas par l&#224; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous ne renions pas les techniques pass&#233;es ni pr&#233;sentes et refusons sereinement celles qui d&#233;truisent plus qu'elles ne cr&#233;ent, quantitativement, mais surtout qualitativement. Nous voulons n&#233;cessairement ce qui favorise les vies, les expressions et les consciences, les affects et les conflits, les amours, les amiti&#233;s, les gaiet&#233;s et les incompr&#233;hensions, [...].&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
Valeurs friables en discussions...&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Nous avons la chance de pouvoir prendre des risques et d'instaurer des relations autres que celles de pouvoir et de fronti&#232;res(E). Nous discutons, exp&#233;rimentons, apprenons, etc. mais pas seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous commen&#231;ons par quelques valeurs friables : nous aimons l'autonomie, la convivialit&#233;, les arts, les corps, les imperfections...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous ne donnons pas de sens &#224; &#171; LE monde &#187;, l'universalit&#233; signifie peu : une illusion impos&#233;e pour &#233;tablir un pouvoir gr&#226;ce &#224; des satellites : regardez ceux qui ont du pouvoir sur vous, ils ne croient pas &#224; l'universalit&#233; et en font propagande. Nous ne rentrons pas dans leur jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous ne donnons pas de sens &#224; &#171; L'individu &#187;, l'ego n'exprime qu'un raccourci th&#233;orique commode et dangereux : regardez ceux qui d&#233;truisent plus qu'ils ne cr&#233;ent, ils ont foi en l'ego. Ils ignorent leur d&#233;pendance envers ce qu'ils d&#233;truisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous ne donnons pas de sens &#224; &#171; L'&#234;tre &#187;, l'affirmation du stable indique une faiblesse qui a peur et qui cherche &#224; dominer : pour imposer un pouvoir, il faut d&#233;finir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous aimons la localit&#233;, car nous aimons m&#233;diter ce que nous faisons. Nous refusons la volont&#233; de tout savoir, de tout conna&#238;tre et de tout contr&#244;ler. Mais nous recherchons un brin de ma&#238;trise : nous agissons en pensant, et nous rions de cette science qui produit d'abord et donne sens ensuite. Avoir conscience de nos actes et de leurs liens avec l'autre. Nous aimons la joie qui vient avec : nous exprimons nos nuances des joie avec le discours, la rencontre, le rire, l'entraide, le sentiment d'amiti&#233; et de convenance, la cr&#233;ation, la ma&#238;trise, la sauvagerie, [...]. Nous refusons la pseudo-joie qui vient dans l'oubli de nous-m&#234;mes, le fonctionnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous aimons vivre et mourir, et tout ce qui va avec...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Polynonyme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;NOTES :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; (A) : Sens du &#171; nous &#187; : je consid&#232;re que moi-m&#234;me et ce texte expriment aujourd'hui les rapports spontan&#233;s de mes diverses rencontres. Ces rencontres ont cr&#233;&#233; et cr&#233;ent les rapports de puissances et d'&#233;nergies qui s'expriment dans ce texte, si cette interpr&#233;tation vous convient &#224; peu pr&#232;s. Je m'exprime librement et irresponsablement, par n&#233;cessit&#233;. Je ne parle &#171; au nom &#187; de personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; (B) : En grec, Idi&#244;t&#232;s : simple, particulier, unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; (C) : D&#233;terminer ces hommes a peu de sens ici. Nous parlons du processus, pas des acteurs. D'ailleurs, nous ne leur ferons l'honneur de penser qu'ils puissent avoir pleine conscience de leurs actes... pas plus que nous en tout cas. Disons simplement qu'il s'agirait des politiques partisans, des scientifiques robotis&#233;s, des militaires esclaves, des &#233;conomistes obs&#233;d&#233;s, des industriels colonisateurs, [...], bref de ceux qui n'ont pas le temps. Et nous n'oublions pas que nous participons souvent &#224; leurs machinisations des mondes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; (D) : Une puissance s'exprime par pouvoir quand elle exerce un contr&#244;le non consenti sur une autre puissance. Par exemple, nous interpr&#233;tons le surfeur et la vague comme deux ensembles de puissances qui s'expriment en convenance ; le porte avions s'exprime par l'exercice d'un pouvoir sur la mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; (E) : Rappel : ce discours implique d'interpr&#233;ter le pouvoir comme devant n&#233;cessairement s'exprimer. La n&#233;gation signifie seulement une tendance, une faiblesse de sens ou d'importance. La n&#233;gation signifie une s&#233;lection de pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;***&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Splendeurs et mis&#232;res des luttes &#233;tudiantes &lt;br&gt;
La Disconvenance contre l'entrepreunariat mouvementiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Chaque ann&#233;e, &#224; la m&#234;me p&#233;riode, le traditionnel &#8220; mouvement &#233;tudiant &#8221; tombe comme les feuilles mortes. A plusieurs reprises d&#233;j&#224;, nous avons v&#233;cu la remise en cause de la r&#233;forme LMD-ECTS. Cette rentr&#233;e encore, un &#8220; mouvement &#8221; aura s&#251;rement lieu, comme par tradition. Nous verrons encore : AG, piquets de gr&#232;ve, discours alarmiste sur la-nouvelle-mesure-qui-est-un-nouveau-pas-dans-la-marchandisation-de-l'universit&#233;. L'&#233;ternelle pi&#232;ce retrouvera ses acteurs principaux, entre le sp&#233;cialiste &#232;s r&#233;forme, le syndicaliste qui pousse au calme, la masse passive des &#233;tudiants qui votent n'importe quoi, pourvu qu'ils justifient leur d&#233;sir de ne pas aller en cours, et de ne pas trop s'engager. Une fois de plus, quoiqu'il arrive autour de ce motif, ce sera un &#233;chec. M&#234;me si le gouvernement recule, nous resterons dans un syst&#232;me universitaire qui n'a d'autre sens que de nous r&#233;signer &#224; ce monde, qui n'a d'autre sens que de produire dans le flux - ou de reproduire, avec notre consentement d'unit&#233; travaillant &#224; se faire reconna&#238;tre, la s&#233;paration, la vie d&#233;li&#233;e et absurde &#224; laquelle les g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes se sont d&#233;j&#224; condamn&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
La lutte &#233;tudiante, sous un certain angle, refl&#232;te bien ce monde dans tout ce qu'il peut avoir de plus sordide. La bureaucratie qu'elle occasionne, avec ces diff&#233;rentes commissions, l'ennui mortel qui gagne chacun des participants aux AG, les revendications collectives bidons sans rapports avec les aspirations subjectives, le jeux des rivalit&#233;s mesquines, la volont&#233; de faire-masse, la pens&#233;e-slogan sont dans la continuation du d&#233;sert et du vide propre &#224; la soci&#233;t&#233; spectaculaire. Le &#8220; mouvement &#8221; fait presque figure de passage oblig&#233; dans l'acceptation du &#8220; principe de r&#233;alit&#233; de Monoprix &#8221; que les psys rab&#226;chent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la lutte &#233;tudiante exprime aussi d'autres choses, qui, quoique toujours inhib&#233;es, sont en opposition v&#233;ritable avec cet enfer devenu destin. Le refus de la &#8220; privatisation de l'universit&#233; &#8221; n'est que l'avatar mod&#233;r&#233; et syndical d'un puissant refus du travail salari&#233; avec ses petits chefs, ses t&#226;ches inutiles et la vie pourrie qu'il engendre - destin de travailleur auquel les gr&#233;vistes se sentent tous confus&#233;ment condamn&#233;s pour le pire. Une r&#233;forme quelconque, seule, ne pourrait provoquer une telle rage dans les discours d'AG ou une telle pr&#233;sence quotidienne sur les piquets de gr&#232;ve matinaux. Le gr&#233;viste ne sacrifie pas ses cours, son sommeil, ses habitudes pour maintenir la session de septembre ou par amour du syst&#232;me ant&#233;rieur, il le fait tout simplement pour participer &#224; la cr&#233;ation commune d'un &#233;v&#233;nement qui pourrait changer l'ordre du monde, pour qu'enfin il se sente pouvoir faire quelque chose dans ce monde conform&#233;ment &#224; ses d&#233;sirs. Les gr&#233;vistes n'ont pas encore pris parti pour ce monde ; et le mouvement qu'ils engendrent, avec ses vides et ses liens en construction, leur montre &#224; la fois leur impuissance et le fait que l'atomisation n'est pas in&#233;luctable. N&#233;anmoins, s'ils n'ont pas encore pris parti pour ce monde, ils se placent &#224; l'int&#233;rieur de celui-ci, et c'est dans des formes rituelles que les gr&#233;vistes vont agir. C'est finalement dans la lutte qu'ils finissent, &#224; la suite des syndicalistes, par accepter ce monde qui, pour solide qu'il soit, leur offre un terrain de jeu molletonn&#233; &#224; leurs d&#233;sirs de changements d&#233;mocratiques. Dans la lutte &#233;tudiante s'exp&#233;rimente l'espoir d'am&#233;nagements possibles du syst&#232;me, espoir qui soutient l'ambition affich&#233;e du gr&#233;viste d'&#234;tre, dans le futur, le diamant pur dans le tas de merde du monde du travail. Quand on prend go&#251;t au r&#233;formisme, par les gr&#232;ves &#224; revendications ou autres, on se r&#233;signe &#224; ce monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Les &#233;tudiants&#8221;, c'est aussi cette entit&#233; que le mouvement &#233;tudiant doit toucher. C'est l'&#233;ternelle figure qui revient, cette masse dont on se demande si elle va suivre... &#8220; Les &#233;tudiants &#8221;, pour le mouvement et les syndicats, c'est la mati&#232;re qu'il s'agit d'informer, l'objet informe qui, d&#232;s qu'il sera au courant, s'&#233;rigera fi&#232;rement contre l'injustice. &#8220; Les &#233;tudiants &#8221;, c'est &#8220; l'homme de la rue &#8221; universitaire, l'inconnu qui se m&#233;fie de la manipulation, de la politique, celui qu'il faut m&#233;nager, apprivoiser, au risque de voir le mouvement &#233;chouer. &#8220; L'&#233;tudiant &#8221; incarne l'Autre du gr&#233;viste fi&#233;rot de son analyse critique. &#8220; L'&#233;tudiant &#8221; est la figure de l'humanit&#233; ha&#239;e par le gr&#233;viste : cette humanit&#233; t&#233;l&#233;vis&#233;e, manipul&#233;e, consommatrice, d&#233;politis&#233;e dont le gr&#233;viste se pla&#238;t &#224; se distinguer. &#8220; Les &#233;tudiants &#8221; est cet objet-masse auquel il suffirait d'un d&#233;clic, d'une &#233;tincelle ou d'un &#233;lectrochoc (au choix selon la profondeur de son ali&#233;nation suppos&#233;e) pour qu'il devienne sujet politique. Il est la figure de la passivit&#233;, de l'&#233;ternel mineur. &#8220; Faire de l'information &#8221;, sensibiliser pour faire que certains parmi ces Autres se l&#232;vent. Comme si les informations avaient fait na&#238;tre m&#233;caniquement le mouvement, comme si &#234;tre gr&#233;viste &#233;tait le signe s&#251;r d'une intelligence critique... Les discours &#233;pur&#233;s, sordidement soft des divers mouvements - car il faut bien plaire &#224; &#8220; l'&#233;tudiant &#8221; - sont tels car ils visent exclusivement un inconnu, une entit&#233; qui n'existe pas, et qui r&#233;agirait rationnellement &#224; des messages. Les discours de &#8220; sensibilisation &#8221;, st&#233;r&#233;otyp&#233;s par tradition syndicale, manquent toujours ce qui fait v&#233;ritablement se mouvoir les gr&#233;vistes eux-m&#234;mes, ce qui les fait sensiblement agir et qui rel&#232;ve peu d'une rationalit&#233; ou d'informations. Si chacun doit apprendre par c&#339;ur son discours de combat, c'est bien parce que ce discours est bel et bien inhabitable sauf pour ces rh&#233;teurs sp&#233;cialistes qui sauront toujours parler &#224; vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous semble qu'&#224; force de se focaliser sur &#8220; les &#233;tudiants &#8221;, les gr&#233;vistes tendent toujours &#224; nier ce qui les prend intens&#233;ment, ce qui les pousse avec force - il est vrai aussi que nous faisons d'ordinaire preuve d'une certaine pudeur avec les inconnus. Et peut-&#234;tre est-ce bien dans ce refoulement que se trouve la racine des &#233;checs successifs. Car les gr&#233;vistes ne parlent jamais avec des inconnus, ils parlent toujours avec des personnes dont ils sont &#233;minemment proches en terme de v&#233;cu sensible : ne partagent-ils pas avec eux, pourtant, l'angoisse d'un travail pourri, le sentiment d'isolement, l'arriv&#233;e prochaine d'un petit quotidien mesquin ? C'est toujours la disconvenance qui pousse le gr&#233;viste &#224; agir. C'est cette disconvenance qui, par-del&#224; les revendications du jour, le relie aux autres, qu'ils soient gr&#233;vistes ou non - anti-gr&#233;vistes mis &#224; part. La disconvenance est toujours lisible sous sa forme positive dans les mouvements, quand se montrent des engagements intenses, presque vitaux, quand affleurent des discours qui prennent v&#233;ritablement aux tripes, quand on sent que quelque chose d'important se passe. Quand, contre le vernis rationnel et informatif des discours, perce le rejet de ce monde (et non simplement de ce qui fournit un pr&#233;texte au mouvement) et le d&#233;sir de le modifier radicalement. C'est un souci d'en finir avec la disconvenance qui pousse &#224; la constitution de ces moments qui, sans rapports directs (et le professionnel de la gr&#232;ve le soulignera toujours) avec la lutte, sont l'expression de d&#233;sirs de partages et de rencontres, comme ces petits &#8220; ateliers &#8221; de r&#233;flexion et d'action en marge des &#8220; comit&#233;s de gr&#232;ve &#8221; ou les repas collectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La disconvenance est syst&#233;matiquement refoul&#233;e du mouvement pour son manque de s&#233;rieux et d'objectivit&#233;, pour son c&#244;t&#233; &#8220; petit-bourgeois individualiste &#8221; - l'&#233;ternelle rengaine des leaders syndicaux en mal de domination. On pr&#233;f&#233;rera toujours parler de &#8220; l'&#233;tudiant &#8221; et de &#8220; la R&#233;forme &#8221;, de la &#8220; n&#233;cessit&#233; d'&#233;largir la lutte &#8221;, de la &#8220; pr&#233;carit&#233; &#8221; et du &#8220; contexte global de casse des droits sociaux &#8221;, bref, user de la novlangue de ceux qui refusent la dimension subjective de leur engagement. Cela n'emp&#234;che pourtant pas la disconvenance de jouer de mani&#232;re implicite, d'offrir, par la force engag&#233;e pour s'en arracher, tout ce qui fait la joie de la lutte collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reconna&#238;tre la disconvenance constitue un premier pas dans la n&#233;cessaire r&#233;appropriation de notre v&#233;cu commun. Car c'est bien &#224; cause de cette absence que des mouvements creux commencent et &#233;chouent : fond&#233;s sur des probl&#232;mes spectaculaires - ces &#8220; probl&#232;mes &#8221; qui, en d&#233;finitive, ne nous touchent que superficiellement, les diverses r&#233;formes, nos &#8220; droits en danger &#8221; - les mouvements &#233;tudiants ordinaires deviennent vite vides de sens, et l'&#233;nergie collective se tarie, s'&#233;vapore. On s'&#233;puise vite lorsque la ressource qui nous meut r&#233;v&#232;le sa st&#233;rilit&#233;, son incapacit&#233; &#224; nous faire pers&#233;v&#233;rer dans notre mouvement ; une lutte ordinaire &#034;en r&#233;action &#224;&#034; retombe bien souvent faute de ne pas avoir su changer de ressource, faute de ne pas avoir reconnu ce qui constituait le ressort central de l'action de chacun. Les mouvements, et leurs porte-parole, s'engagent dans une probl&#233;matique de la survie dont ils ne parviennent pas &#224; se d&#233;p&#234;trer. Comme s'ils &#233;taient seulement pris par une peur de la dimension mat&#233;rielle de leur vie future. Et pourtant. Parler de &#8220; pr&#233;carit&#233; &#233;tudiante &#8221; en termes &#233;conomiques est bien faible &#224; c&#244;t&#233; de la r&#233;alit&#233; hi&#233;rarchique, bureaucratique et merdique des &#8220; jobs &#8221; de serviteur. Evoquer les &#8220; probl&#232;mes de logement &#8221; en termes &#233;conomiques est bien r&#233;ducteur quand la r&#233;alit&#233; subjective est plus proche d'un sentiment d'enfermement, de d&#233;sert affectif, de s&#233;paration. Et les solutions &#224; ces probl&#232;mes ne sont pas &#233;conomiques : personne ne veut d'un Crous aseptis&#233; moins cher, de chambres individuelles &#224; loyers mod&#233;r&#233;s ni d'un emploi &#224; vie chez McDo. Vouloir une &#034;autre r&#233;forme universitaire&#034; confine m&#234;me &#224; l'absurde quand ce qui est intimement souhait&#233; tient plus de l'expression non-entrav&#233;e d'une forme-de-vie propre que d'un simple changement de structure. Dans la focalisation obsessionnelle sur les modalit&#233;s de survie s'oublie la puissance contenue dans la rage li&#233;e &#224; une vie morbide et le d&#233;sir intime d'une vie intense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La disconvenance, prise sous un angle positif, est ce qui, collectivement partag&#233;, est toujours en exc&#232;s par rapport aux revendications du mouvement, tout en constituant sa force, sa puissance, sa v&#233;ritable ressource. C'est ce qui ne cesse de le d&#233;border, ce qui le pousse toujours &#224; avoir une dimension transversale, c'est-&#224;-dire commune, bien au-del&#224; d'une simple volont&#233; affich&#233;e d' &#8220;unit&#233; de la lutte&#8221; se limitant fr&#233;quemment &#224; une simple agglom&#233;ration de souhaits parcellaires. La disconvenance s'exprime toujours de mani&#232;re incontr&#244;lable : &#224; l'int&#233;rieur de la lutte, ce sera elle qui en poussera certains &#224; s'&#233;carter ou &#224; saboter ce qui se donne comme simulacre de mouvement ; c'est &#233;galement elle qui, traversant chacun, va toujours produire des actes isol&#233;s, r&#233;actions subjectives aux vides et aux manquements de la lutte contre ce monde. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le ph&#233;nom&#232;ne de la disconvenance est en tout premier lieu un constat. Les luttes r&#233;centes ont syst&#233;matiquement &#233;t&#233; marqu&#233;es par les forces centrifuges qui y sont li&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;cart des AG, nous avons pu vivre des d&#233;bats intenses, des repas collectifs, voir des tags appara&#238;tre, des murs se briser : une violence et une joie qui, pour une fois, n'&#233;taient pas entrav&#233;es par l'atmosph&#232;re tristement citoyenne des luttes &#233;tudiantes. Nous avons senti qu'&#224; ce niveau se jouait tout autre chose qu'une simple contestation ponctuelle, qu'&#224; cet endroit s'&#233;laborait puissamment un refus de ce monde et de ces r&#232;gles du jeu. Nous avons vu que, la disconvenance aidant, la lutte &#233;tudiante pouvait devenir, dans ses marges, un moment de communisation, un moment o&#249; le partage des pratiques et des exp&#233;riences s'exprime telle une n&#233;cessit&#233; sensible pour abattre ce qui nous r&#233;duit. Peut-&#234;tre nous appartient-il, &#224; pr&#233;sent, de jouer avec cette disconvenance, d'utiliser ce mal-&#234;tre que nous avons en partage avec bon nombre de ceux qui nous entourent, dans notre pratique politique quotidienne. Ce qui signifie, pour ceux qui luttent d&#233;j&#224;, de cesser de recourir &#224; des pr&#233;textes vaseux de type &#8220;r&#233;forme&#8221; ou &#8220;r&#233;pression&#8221;, qui font toujours courir le risque de retomber dans de vaines perspectives syndicales et des contre-propositions foireuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il faut d&#233;sormais nous battre pour nous-m&#234;mes, pour les formes de vie, les mondes, qui sont les n&#244;tres. Nous avons des pratiques communes de vies partag&#233;es, d'organisations collectives, des strat&#233;gies de r&#233;cup', de d&#233;brouille, de vol (ou comment manger sans recourir &#224; papa-maman et en limitant nos sacrifices au monde du travail). Nos envies de temps pour nous reposer, nous balader, &#233;crire, parler, fabriquer, faire l'amour qui sont bien plus nuisibles &#224; ce monde si nous essayons de les faire exister jusqu'au bout que les minces revendications des mouvements traditionnels. Une de nos premi&#232;res armes devient alors les modes de vie qui nous conviennent, nos modes de partage et d'expression collective, qu'il nous appartient de montrer et de mettre en oeuvre &#224; l'int&#233;rieur des espaces auxquels on nous assigne - et donc, pour ce qui nous concerne ici, les couloirs, les amphis, les hall : ces lieux pacifi&#233;s dans lesquels se construit quotidiennement la s&#233;paration. Car la disconvenance, comme sentiment d'inad&#233;quation &#224; ce monde, ne s'exp&#233;rimente jamais aussi bien qu'&#224; partir d'un v&#233;cu convenant, &#224; partir duquel il est possible de porter un regard r&#233;flexif sur ce qui a lieu : on n'en prend pas conscience, on l'exp&#233;rimente par corps. D&#232;s lors, d'ailleurs, il est possible d'envisager des actions offensives qui tenteraient de la rendre sensible &#224; un haut degr&#233; d'intensit&#233; ; intervenir au coeur des rapports de domination prof-&#233;l&#232;ve, des laboratoires universitaires de l'ennui, de ces rapports et de ces espaces dans lesquels la disconvenance a toutes les chances de se construire, et mettre &#224; nu en acte la possibilit&#233; de s'en arracher, de s'en sortir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident que les tactiques quotidiennes qui s'inspireraient explicitement de la strat&#233;gie de la disconvenance sont toujours en discussion, ce qui n'emp&#234;che pas d'agir, de faire des tentatives en ce sens : les sabotages des cours p&#233;nibles et st&#233;riles dans lesquels se r&#233;pand silencieusement le mandarinat, la r&#233;appropriation conviviale des espaces pacifi&#233;s, l'ouverture de lieux dans lesquels nous pouvons &#224; la fois exprimer nos formes de vie et construire les bases durables de l'enrayement de l'extension du Spectacle, du Contr&#244;le, du d&#233;sert... Il y a une s&#233;cession &#224; mettre en place, une sortie consistante de l'Universit&#233; &#224; construire, une d&#233;sertion du salariat &#233;puisant &#224; organiser, des sensibilit&#233;s qui doivent s'exprimer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monsieur Chameau&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;***&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
Le Goutey autonome&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Le Pik Nik Otonome est mort : nous en portons le deuil. Faire chaque semaine la m&#234;me chose, &#224; la m&#234;me heure, essayer de ramener du &#171; cons&#233;quent &#187; &#224; bouffer et le partager... Une pratique peut-&#234;tre trop lourde &#224; mettre en place. Peut-&#234;tre l'hiver nous a-t-il rompu ? Peu importe finalement. Nous avons fini par hiberner, nous avons pris notre temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous voulons toujours nous retrouver, prendre du bon temps ensemble. Ouvrir un espace de convivialit&#233; dans lequel peuvent s'&#233;laborer des d&#233;bats, des discussions intimes, des engagements communs et collectifs. Nous le faisons d'abord parce que cela nous fait plaisir. Aussi parce que nous avons pu rencontrer des gens formidables et partager d'exaltantes discussions. Ensuite parce que cela d&#233;montre qu'au-del&#224; des cours, autre chose nous relie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous l'avons fait, et nous le ferons autrement, parce que nous continuons de souhaiter un foyer autog&#233;r&#233; dans notre fac. Un espace organis&#233; par des &#233;tudiants &#224; l'int&#233;rieur de la fac avec une cuisine collective (pouvoir faire sa bouffe sur place), du caf&#233; (du th&#233;, etc.), la possibilit&#233; de fumer dans une salle de travail commune, des canap&#233;s... Nous pourrions y envisager un grand panneau d'annonces &#233;tudiantes (pas de pubs), la mise en place de session de troc (bouquins, recettes, ustensiles de cuisine, etc.), un espace pour le covoiturage et l'&#233;change de petits services (cours contre lessive, par exemple). La liste reste ouverte et souhaite le demeurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous n'envisageons pas cet espace commun sur notre fac comme une fin en soi. La facult&#233; est symptomatique de ce qui a lieu partout. R&#232;gne du repli sur soi, de l'incommunication et de la peur. Relations de fonctions : &#224; propos des cours, du temps qu'il fait, d'&#171; une baguette s'il vous pla&#238;t ? &#187;. Pas d'horizons, pas de d&#233;passement des th&#232;mes ou des relations que l'on nous assigne. (Re)Trouver ce qui nous lie profond&#233;ment, ce qui ne devrait pas nous s&#233;parer. Construire ce que nous d&#233;sirons tous, et savoir ce qui se fait d&#233;j&#224;. Le Pik-Nik a commenc&#233; autour du constat que, sans foyer, sans espace ouvert et organis&#233; hors-CROUS (ambiance aseptis&#233;e, bouffe insipide et anomie assur&#233;e pour un prix en perp&#233;tuelle augmentation), la fac restera un lieu de passage, d'indiff&#233;rence et de construction des fausses diff&#233;rences. Un de ces endroits o&#249; l'on finit de nous dresser &#224; la neutralit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un lieu o&#249; l'on ne peut pas s'arr&#234;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La question ne se r&#233;duit pas &#224; celle de l'urbanisme, nous le savons. Ce probl&#232;me a une dimension anthropologique. Il y a un probl&#232;me au-del&#224; de la structure des cours, du manque d'espace. Nous avons peur. Peur d'aller vers des inconnus, peur de se confronter &#224; la diff&#233;rence, peur d'introduire de la rupture. Peur surtout de trouver un projet qui nous convienne, mais qui d&#233;vie du Grand Programme G&#233;n&#233;ral du Bonheur pour Tous. Peur surtout de bouleverser notre propre vie. Cette peur se solde par l'attentisme et la perp&#233;tuation de relations fictives : en cessant d'attendre, nous avons cess&#233; de vivre avec cette fausse peur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous voyons dans le foyer un espace d'exp&#233;rimentations collectives. Pour l'instant, l'universit&#233; nous rassemble sur un mode t&#233;l&#233;visuel, o&#249; nous nous regroupons devant un prof - m&#233;prisant - sans tenir compte de ceux qui nous entourent... autant dire que l'on nous rassemble pour mieux nous atomiser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On souhaite nous faire travailler comme des bourrins, histoire de pouvoir faire bouffer les enfants et d'acc&#233;der &#224; un joli appartement. Nous faisons semblant de croire que la fac nous donnera un emploi, un poste... et dans cette illusion r&#233;siderait le sens de notre pr&#233;sence &#224; l'Universit&#233;. La fac peut et doit pourtant signifier autre chose. Nous l'envisageons comme un espace qui, de fait, permet la construction d'autres strat&#233;gies de vie pour nous et pour les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le Goutey otonome prend le relais du Pik-Nik. Il a lieu tous les mercredis, dans l'apr&#232;s-midi, dans la Sorbonne (s&#251;rement dans la cour d'honneur ou devant la BU). Il peut aussi s'improviser &#224; tout moment. Il s'agit de partager du th&#233;, du caf&#233;, des g&#226;teaux, des biscuits, mais aussi des bons plans, des textes, des journaux, des exp&#233;riences, des perspectives d'actions...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Chacun peut y venir, y amener un truc &#224; bouffer ou &#224; boire, des textes(A), ou juste sa bonne humeur, des envies de discuter, ... Chacun peut y venir en groupe ou seul... chacun peut se pointer sans forc&#233;ment vouloir rencontrer le CUL, mais seulement pour participer &#224; la cr&#233;ation d'un moment de rassemblement &#233;tudiant joyeux et convivial... on ne cherche pas &#224; forcer les rencontres mais &#224; les rendre possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette histoire, le CUL n'a rien &#224; &#171; gagner &#187;. Il ne s'agit pas ici d'un quelconque recrutement, ou de pros&#233;lytisme. D'ailleurs le CUL reste une entit&#233; fictive, dont les non-membres se comptent d&#233;j&#224; par millions all over the world. &#171; Ce qui se joue dans ce go&#251;ter, c'est l'avenir du monde. &#187;(B)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le Goutey s'engage aussi r&#233;solument dans un rapport de force afin d'ouvrir le foyer que nous voulons. Il est d&#233;j&#224;, en plus pr&#233;caire, ce foyer autog&#233;r&#233;. Nous disposons d&#233;j&#224; de mini locaux, d'un frigo, de bouilloires, de plaques chauffantes, d'un canap&#233;, d'un ordinateur, de tapis super grands, d'ustensiles et de meubles divers...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Autrement dit, &#171; il ne manque qu'une grande salle : &#224; nous de la prendre &#187;(C) .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;NOTES :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(A) : Tout ce qui peut avoir un co&#251;t financier s'&#233;change ou se propose &#224; prix libre, c'est-&#224;-dire que celui qui prend d&#233;cide de la valeur de ce qu'il prend : 0, 20centimes, 1 ou 2 euros, selon ses moyens et ce qu'il estime correct...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(B) : Bernadette Chirac, lors de sa conf&#233;rence au meeting &#171; La France dans le monde : le Go&#251;ter du CUL &#187; du 1er mars 2004 &#224; Johannesburg. On notera malgr&#233; tout l'inculture cuisante de Madame Chirac, qui ne sait toujours pas &#233;crire Goutey.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(C) : Jean-Robert Pitte, pr&#233;sident de Paris IV, lors d'un appel &#224; l'&#233;meute, suite au refus du recteur de budgeter le foyer otog&#233;r&#233; de la Sorbonne, au cours de l'occupation d'un amphi, le 18 mars 2003.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>CPE - Le Monde se referme-t-il ?</title>
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		<dc:date>2006-03-29T13:13:39Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Collectif</dc:creator>


		<dc:subject>S&#233;ditions graphiques (Paris)</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvance autonome</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvements sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Anticapitalisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Textes parisiens issus du mouvement &#034;anti-CPE&#034;, mais qui sont en r&#233;alit&#233; bien plus que de l'anti-CPE... Un bon coup d'air frais pour les &#034;mouvements sociaux&#034; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le monde se referme-t-il ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pousser le monde qui s'&#233;croule
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Appel de Raspail
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Mais o&#249; est pass&#233; le mouvement r&#233;el ?&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique7" rel="directory"&gt;C&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;S&#233;ditions graphiques (Paris)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot73" rel="tag"&gt;Mouvance autonome&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot93" rel="tag"&gt;Mouvements sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot97" rel="tag"&gt;Anticapitalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L103xH150/arton332-be26b.jpg?1780462099' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='103' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff332.jpg?1143479728&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le monde se referme-t-il ?&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;	Il y a ce sentiment qui est l&#224; : que cela se referme, que l'histoire se cl&#244;t progressivement, que les possibles diminuent. C'est d&#233;j&#224; arriv&#233; de multiples fois, quand chacun et chacune sombrait dans le blues, avec cette id&#233;e que d&#233;cid&#233;ment les autres &#233;taient trop embourb&#233;-e-s, trop pris-es par leur quotidien, par leurs cr&#233;dits, leur travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Trop pris-es par le cours normal des choses, par une sorte de manque de recul. Comme si tout le monde &#233;tait trop coll&#233; au pr&#233;sent pour imaginer autre chose que sa r&#233;p&#233;tition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;Le constat, aujourd'hui, pourrait encore se faire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Course apr&#232;s les nouveaut&#233;s technologiques d&#233;biles, d&#233;sertification des sols, air et eau vici&#233;s, aliments pesticid&#233;s, un &#233;cran toujours allum&#233;, lucarne pour faire oublier le monde ou pour le r&#233;tr&#233;cir &#224; volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Consensus autour du travail salari&#233;, horizons r&#233;duits, objectifs sans int&#233;r&#234;ts, sourire, dynamisme, tristesse intime, pas de grandeur, enfermement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La politique loin, tr&#232;s loin, un jeu de parti, avec des gueules de costard et de la com', des associations qui colmatent, des citoyen-ne-s qui d&#233;sirent plus que jamais aider l'&#201;tat dans son &#339;uvre d'&#233;ducation, de gestion, de limitation des d&#233;rives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Un espace pour circuler, pas d'arr&#234;t, mesures de s&#233;curit&#233;, d'hygi&#232;ne, de sant&#233;, rien &#224; rajouter, pas assur&#233;, des flics, des cam&#233;ras, un regard permanent, pas de cachettes, de recoins, de fissures pour s'&#233;vader. L'&#233;cole d&#232;s deux ans, activit&#233; extrascolaire, projet personnel, coll&#232;ge boutonneux, lyc&#233;e gothique, fac branch&#233;e, jobs, fringues ch&#232;res, d&#233;ception, voies de garages, on se range et on taffe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Tou-te-s singulier-e-s et en m&#234;me temps : m&#234;mes avenirs, m&#234;mes m&#233;dicaments, m&#234;mes enfants laiss&#233;s &#224; l'&#201;tat, m&#234;mes relations, des s&#233;ries t&#233;l&#233;s, des bons films, un moment d'&#233;clate, un beau voyage, de la mauvaise solitude, le sentiment de s'&#234;tre tromp&#233; &#224; un moment. Un blues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Qu'est-ce que VOUS avez &#224; proposer ? C'est TON choix, MOI je ne pourrais pas. JE suis trop attach&#233; &#224; MON confort, j'ai peur de vivre &#224; plusieurs, ce n'est pas fait pour MOI. En m&#234;me temps, c'est bien, il en faut des comme TOI, parce que c'est vraiment terrible. Les sans-papiers, les clodos, la pollution, le flicage permanent, la pub, le sexisme, les prisons qui d&#233;bordent, le spectacle politique insignifiant, sans perspective, la libert&#233; resserr&#233;e, la parentalit&#233; d&#233;bord&#233;e, le Prozac, les massacres chirurgicaux, les mots qui disent leur contraire. MOI, &#231;a me d&#233;prime. JE suis trop petit-e face &#224; &#231;a, JE manque de courage. C'est trop gros, trop massif, trop puissant, trop global, trop &#233;touffant. JE pr&#233;f&#232;re me construire un bon espace, une bonne niche pour mon &#233;cologie intime, chercher mon petit bout d'utopie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il n'y aura DE TOUTE FA&#199;ON pas de grand changement avant longtemps, il faut bien s'am&#233;nager quelque chose dans tout &#231;a. JE sais qu'AU FOND je resterai le-la m&#234;me. Et JE serai l&#224; s'il arrive quelque chose de grand, je serai &#224; VOS c&#244;t&#233;s quand cela arrivera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;En attendant...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;Et pourtant. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Tellement de signes que cela n'est pas bloqu&#233;, que tout n'est pas ferm&#233;. C'est effectivement trop gros, trop &#233;touffant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Trop criant d'horreur, trop criant d'ennui. Des tours qui tombent ; fanatisme contre fanatisme, d&#233;sastre. G&#234;nes, un mort, des dizaines de milliers d'&#233;meutier-e-s et l'effet carabine, d&#233;sastre. Des nabots qui gouvernent, leurs corps qui suent le fascisme post-moderne, gestionnaires de la haine et de l'angoisse, d&#233;sastre. Des vieux qui meurent dans le silence caniculaire ; des caisses qui br&#251;lent, on demande plus de service public, d&#233;sastre. Pickpockets, bagages abandonn&#233;s, vigilance, d&#233;sastre. M&#233;duses g&#233;antes, brasiers de volaille, d&#233;sastre. Asthme, nosocomie, cancers, sauveurs du monde en combinaison blanche, d&#233;sastre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;D&#233;sastre.&lt;br&gt; Surgissement des structures, des logiques. Tout &#224; nu.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Plus tellement besoin d'analyse quand tout est l&#224;, toutes les cons&#233;quences. Que l'on tente de g&#233;rer. Comme si c'&#233;tait seulement possible. Le cours du monde prend une teneur abstraite, m&#233;taphysique, crue, blanche. Plus besoin d'effort critique, quand chaque discours porte en lui-m&#234;me sa propre critique, ses propres limites, ses pr&#233;suppos&#233;s. On parle de croisade, d'autres de flexibilit&#233;, de conjoncture, d'ins&#233;curit&#233;, de confiance en soi : mots qui ne veulent rien dire, qui ne d&#233;signent rien d'autre que la domination du vide qu'ils propagent et enregistrent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Tout le monde sent cela, sent que cela ne convient pas. Mais on croit que les autres y croient, qu'illes aiment ce monde. Comme si cette sensibilit&#233; n'&#233;tait pas partag&#233;e ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;comme si elle ne devait pas surgir aujourd'hui,&lt;br&gt;
telle une cons&#233;quence n&#233;cessaire&lt;br&gt;
de ce qui nous arrive.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Reste que le d&#233;sastre fascine, comme la gigantesque machine d'une apocalypse qui vient. On le prend comme le ciel, comme un au-dessus n&#233;cessaire : fruit coupable de nos irresponsabilit&#233;s individuelles, de nos besoins d'argent, de nos besoins de gadgets qui rendent tout un peu moins p&#233;nible. Bien malais&#233; de se rappeller que d'autres, il y a longtemps, ont impos&#233; ce monde, cette forme de monde, avec ses d&#233;sirs, ses besoins, ses limites. Et plus dur encore de cesser d'ignorer leurs h&#233;ritiers, toute la bande d'apr&#232;s-moi-le-deluge... encore plus douloureux de sentir les parties de moi-m&#234;me qui me trahissent, mes laisser-faire meurtriers, mes cocons &#224; balles r&#233;elles... Difficile de se rappeller que c'est ce monde qui nous oblige &#224; &#234;tre irresponsable, &#224; toujours d&#233;truire quand nous voulons simplement survivre. Qu'il est tout sauf un ciel : le simple produit de notre activit&#233;, de nos quotidiennes participations, nos amours machinales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Voil&#224; bien ce que produit le d&#233;sastre &#224; l'int&#233;rieur de nos vies, ce choix : vais-je accepter de r&#233;p&#233;ter ces gestes qui me d&#233;go&#251;tent, ne font toujours que nous pr&#233;cipiter dans le gouffre ? Le probl&#232;me, c'est qu'il est impossible de refuser de mani&#232;re individuelle, que l'on ne peut rien s'am&#233;nager. Il ne s'agit donc jamais d'un choix mais de quelque chose dans lequel nous sommes pouss&#233;-e-s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;Ainsi devenons-nous, &lt;br&gt;
malgr&#233; tous nos beaux efforts,&lt;br&gt; une part du d&#233;sastre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;Fin de la tristesse. D'autres lignes, que nous oublions peut-&#234;tre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La situation est trop claire pour que rien n'en d&#233;borde. Et &#231;a d&#233;borde de partout. &#199;a fissure. Des refrains nous parlent de joie, d'anarchie. Les facs, les ANPE sont remplies de celles et ceux qui veulent faire durer ce moment o&#249; l'on ne s'engage pas pleinement dans le d&#233;sastre. Quand elles ne br&#251;lent pas. Nous sommes tellement &#224; retarder ce moment que le ch&#244;mage des jeunes est devenue une cause nationale, le grand drame &#224; propos duquel il faut se mobiliser. &#199;a se r&#233;jouit. Les drogues circulent &#224; l'&#233;chelle de l'ivresse, dans le silence des salons, dans le bruit des teufs, &#224; l'arri&#232;re des bo&#238;tes. Comme des exp&#233;dients qui font oublier et intensifient, parviennent &#224; nous emporter, malgr&#233; tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#199;a rigole, &#231;a jouit, &#231;a s'en fout, &#231;a se moque des managers. Parfois &#231;a s'ennuie, mais &#231;a r&#234;ve. &#199;a se rappelle les r&#234;ves adolescents d'&#238;les d&#233;sertes habit&#233;es en commun, &#231;a partage autant qu'il est possible : de la bouffe, des tristesses, de la tise, des danses, des pieux, des chants, des angoisses... du cri. &#199;a tente de s'exprimer malgr&#233; tout, malgr&#233; la langue du psy qui &#233;vite de parler de soi, malgr&#233; la langue du politique qui &#233;vite de parler de nous, malgr&#233; la langue du travail qui &#233;vite de parler d'&#339;uvre, malgr&#233; la langue de la p&#233;dagogie qui &#233;vite de parler des m&#244;mes. &#199;a po&#233;tise, &#231;a esp&#232;re, &#231;a s'emballe. &#199;a vit toujours, m&#234;me au fond du gouffre. &#199;a susurre d'espoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Alors parfois, il est possible de reprendre du souffle, de se dire qu'au fond, c'est possible ; que cela ne peut pas que concerner celles et ceux qui d&#233;j&#224; font des choses. Trop tristes qu'illes sont - &#224; l'image du d&#233;sastre qu'illes combattent. Manque de respiration ; isolement de l'impatience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Nous avons ces images de farandoles, de peuple, de repas en commun, d'ami-e-s crois&#233;-e-s au hasard, de belles choses que nous avons construites, de sourires glan&#233;s par chance, de voyages en stop, de victoires m&#234;mes minimes sur des autorit&#233;s absurdes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Nous avons tou-te-s connu ces moments o&#249; la parole publique devenait possible, n&#233;cessaire m&#234;me, pour que cela avance ou pour comprendre. Ces moments o&#249; elle revient. Nous savons que les murs pourraient se red&#233;corer de notre po&#233;sie, que les voitures pourraient s'arr&#234;ter de rouler, que les vieilles pourraient cesser d'avoir peur, que nous pourrions faire nos v&#233;los &#224; vingt places, construire nos maisons nous-m&#234;mes, que les flics, les juges et leurs prisons ne peuvent prot&#233;ger les beaut&#233;s dont nous sommes capables ; nous savons qu'il nous reste encore, m&#234;me dans cette ab&#238;me, tant de forces, tant de d&#233;sirs, tant de rage pour en sortir, nous arr&#234;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;Et recommencer comme nous l'entendons.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Alors non, le monde ne se referme pas. Il se montre simplement dans son extr&#234;met&#233;, dans sa radicalit&#233;. Il se r&#233;v&#232;le comme n'&#233;tant le monde de personne, comme le monde qui se produit lorsqu' ont &#233;t&#233; vaincu en surface, les d&#233;sirs d'&#233;mancipation, d'une vie bonne, plus ajust&#233;e. Les envies d'entraide, de solidarit&#233;, de partage continuent pourtant &#224; nous mouvoir, comme les seules choses qui pourraient enfin donner un sens &#224; ce merdier. Peut-&#234;tre r&#234;vons-nous encore trop en termes de Parti, en terme d'utopies, en termes de valeurs. Autant de choses qui nous &#233;loignent de nous-m&#234;mes, de ce qui nous ronge, nous prend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;	Autant de mani&#232;re d'attendre,&lt;br&gt; encore et toujours,&lt;br&gt;
les autres.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les autres pourtant, ne sont pas si loin. Nous-m&#234;mes, n'avons-nous pas d&#233;j&#224; le sentiment de devenir autres que ce que nous devions &#234;tre, pris-e-s par l'emballement terrible de nos rencontres ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;	Aux mille visages et aux mille &#233;poques, lutter et r&#233;sister comme l'&#233;lan de ce que nous d&#233;sirons vivre... Pourquoi tant de voies exp&#233;riment&#233;es autour de nous qui tentent de d&#233;jouer les rets du pouvoir, tant de personnes qui cherchent &#224; d&#233;construire leurs propres cha&#238;nes de pouvoir, fabriquent autour d'elleux une constellation de corps serr&#233;s, tant de belles personnes qui s'allient dans un lieu collectif ou dans un projet social, tant d'&#233;nergies qui refusent les &#233;vidences de la domestication et construisent au hasard de leurs d&#233;sirs communs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Toutes ces questions auxquelles les r&#233;volutions ne r&#233;pondent pas plus que les gouvernements qu'elles reproduiront. Toutes ces &#233;pines que l'on oublie &#224; mesure que l'on d&#233;l&#232;gue nos envies aux professionnels du renversement, au ventre de la majorit&#233;. Comment vivre ensemble nos singularit&#233;s sans nourrir le sommet des pyramides, comment simplement vivre en commun, sans prolonger les fronti&#232;res des isolements que nous fuyons ? Les alternatives, les possibles, les contre-mondes se diffusent et s'&#233;paississent, ou recr&#233;ent leurs normes &#224; mesure qu'ils grossissent...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Comment ne pas refermer le monde sur nos r&#234;ves, ne pas nous faire avaler par les niches qui combattent d&#233;j&#224;, ne pas nous laisser d&#233;passer par nos d&#233;bordements ? D'o&#249; partir et o&#249; construire ? de moi, de ma bande de potes, de cette lutte, dans un ghetto, sous un olivier, sur les ruines du d&#233;sastre ? Comment concr&#233;tiser une vie en commun solide sans &#233;venter nos emportements ? Le grand silence, le tabou r&#233;volutionnaire qui ne veut pas d&#233;voiler la vanit&#233; de l'objectif de la lutte, ou qui voudrait qu'elle se nourrisse d'elle-m&#234;me, et l'intense sentiment de ne pouvoir combattre en y sacrifiant la l&#233;g&#233;ret&#233; des r&#234;ves qui m&#232;nent nos regards : l'esprit de s&#233;rieux ne nous prendra pas l'&#233;nergie de nos luttes ; l'&#233;nergie de nos luttes nous conduira toujours &#224; la vie que nous souhaitons mener parmi celleux nous aimons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne laisserons pas ce monde se refermer sur nos r&#234;ves,&lt;br&gt;
et ce sera...&lt;/strong&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;...la violence d'un projectile pour nos entraves &lt;br&gt;
et la force d'une danse pour nos d&#233;sirs...&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autonomes. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Kamo &amp; Kalo, en route de l'Italie vers les barricades de la Sorbonne, mars 2006&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;***&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pousser le monde qui s'&#233;croule...&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'y a jamais de casse ou de violences &#171; gratuites &#187;.&lt;/strong&gt; Certes, certaines sont stupides ou peu strat&#233;giques, mais toutes traduisent une rage, une d&#233;termination qui avait disparu depuis des ann&#233;es. Nous y trouvons de l'espoir, mais nous en voulons pas nous en contenter. Nous voulons parler, &#233;largir et donner de l'&#233;paisseur au mouvement en cours. Nous ne souhaitons pas reproduire les conditions et les erreurs qui ont fait &#233;chouer les mouvements pr&#233;c&#233;dents : s&#233;paration entre nous et avec le monde qui nous entoure, jonction impossible avec les salari&#233;-e-s, invisibilisation de l'au-del&#224; que nous portons, stigmatisation m&#233;diatique et citoyenne des minorit&#233;s violentes... Ne laissons pas dispositifs et dispositions jouer contre nous. Pour cela il est n&#233;cessaire d'&#233;claircir certaines positions et parti pris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Que Villepin ne retire pas son texte, ni aujourd'hui, ni demain, ni dans une semaine, qu'il s'obstine,&lt;/strong&gt; c'est ce que nous voulons tou-te-s : que la lutte perdure, que les discussions d&#233;j&#224; amorc&#233;es se d&#233;veloppent, s'amplifient... et que chacun prenne enfin position : pour ou contre le monde que l'on nous propose et que subissent les plus pr&#233;caires, celleux qui n'en peuvent plus de leur boulot, de leur patron, de leur vie. Car nous sentons partout, dans l'air et dans les mots, un soutien, des questionnements, une envie que &#231;a explose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous cherchons un lieu ( ou plusieurs)&lt;/strong&gt; qui puisse devenir un point de ralliement, un lieu de convergence o&#249; tou-te-s les gr&#233;vistes, du public comme du priv&#233;, les pr&#233;caires, les activistes et les autres pourraient se rencontrer, partager leurs exp&#233;riences, leurs souffrances, leurs espoirs et repartir avec l'envie de continuer, de pousser plus loin le combat que nous avons commenc&#233;. L'Ehess peut &#234;tre un temps un lieu, mais d'autres lieux, vides et imprenables &#224; peu nombreux-ses, nous permettraient de nous installer dans le long terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous voulons la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, que la machine s'arr&#234;te, que la routine soit cass&#233;e.&lt;/strong&gt; Nous voyons d&#233;j&#224; les sourires, la joie qui animent celleux qui en veulent &#224; ce monde, celles qui sont d&#233;j&#224; en lutte. Nous voyons le m&#233;pris des t&#234;tes syndicales qui ne proposent qu'une &#233;ni&#232;me journ&#233;e de gr&#232;ve et le d&#233;go&#251;t qu'il suscite chez les plus &#233;nerv&#233;-es qu'illes soient syndicalistes ou non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous nous reconnaissons dans la rue sans nous conna&#238;tre.&lt;/strong&gt; Nous ne sommes plus des anonymes. Sans faire de l'&#233;meute un mythe, la concr&#233;tisation de notre force nous lie plus &#224; chaque confrontation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne voulons pas de chefs, ni de porte-parole. Celleux qui existent, nous ne les reconnaissons pas. Que certain-e-s s'assoient &#224; la table du gouvernement et illes seront d&#233;savou&#233;-e-s. Nous n'avons rien &#224; n&#233;gocier et tout &#224; prendre. Nous le savons maintenant plus que jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chirac a &#233;t&#233; &#233;lu contre Le Pen, sa majorit&#233; s'est install&#233;e gr&#226;ce &#224; l'abstention de l'&#233;lectorat de gauche. Les lois, les d&#233;crets, les ordonnances appliqu&#233;es depuis sont ill&#233;gitimes, comme les gouvernements qui se sont succ&#233;d&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout est pass&#233; :&lt;/strong&gt; des politiques qui s'attaquaient aux plus faibles, aux plus domin&#233;-e-s (sans-papiers, ch&#244;meur-se-s, rmistes...), des lois qui, pourtant, avaient r&#233;ussi &#224; former contre elles de v&#233;ritables mouvements (retraites, r&#233;forme Fillon...), des mesures polici&#232;res &#171; d'exception &#187; qui sont devenues la r&#232;gle. Nous avons v&#233;cu l'Etat d'urgence et la r&#233;pression des &#233;meutes d'Octobre-Novembre 2005. Passif-ve-s. Cela n'arrivera plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous voulons faire plus qu'un &#171; coup d'arr&#234;t &#187;.&lt;/strong&gt; Nous critiquons ce monde et les valeurs, les &#233;vidences qu'il porte en lui. Nous critiquons l'Ecole et la formation, le salariat, la soci&#233;t&#233; industrielle, la croissance et le &#171; plein emploi &#187;, le progr&#232;s et son cort&#232;ge de destructions. Nous critiquons les r&#244;les que la soci&#233;t&#233; voudraient nous faire jouer : nous ne serons pas des cyniques sans piti&#233;, des &#171; gagnants &#187; pr&#234;ts &#224; &#233;craser les autres, des consommateurs passifs ou des esclaves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous ne combattons pas que la pr&#233;carit&#233;, nous combattons l'exploitation et le travail forc&#233;.&lt;/strong&gt; Nous savons qu'illes sont nombreu-ses-x celleux qui n'osent plus s'opposer. Et illes n'ont ni un CPE, ni un CNE, mais un CDI ou un contrat pr&#233;caire. La multiplication des dispositifs de mise au travail que sont les CPE, CNE, RMA, le contr&#244;le mensuel des ch&#244;meur-se-s ne signale pas qu'une offensive id&#233;ologique en faveur de la &#171; valeur travail &#187;, ils r&#233;v&#232;lent une r&#233;sistance &#224; l'asservissement, l'humiliation quotidienne de celleux qui travaillent ou pas en entreprise (qu'elle soit publique ou priv&#233;e, rappelons-le).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous ne nous laisserons pas adapter !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous combattons pour une dignit&#233; bafou&#233;e, pi&#233;tin&#233;e sur l'autel de la comp&#233;tition capitaliste et du productivisme.&lt;/strong&gt; En cela nous ne d&#233;tachons pas du v&#233;cu &#171; mat&#233;riel &#187; des plus pr&#233;caires : l'impossibilit&#233; de boucler les fins de mois, de se projeter dans l'avenir sont les cons&#233;quences des r&#233;organisations successives du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous savons qu'il n'y a pas d'alternative &#224; gauche&lt;/strong&gt; pour 2007, que les urnes ne nous am&#232;neront que de nouvelles d&#233;ceptions, que tout est &#224; faire ici et maintenant de mani&#232;re autonome, sans compter ni sur les syndicats, ni sur les partis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous n'avons aucune confiance dans les m&#233;dias et nous ferons tout pour mettre &#224; nu les mensonges qu'ils r&#233;pandent.&lt;/strong&gt; C'est par les prises de parole, les inscriptions sur les murs et dans le m&#233;tro, le bouche-&#224;-oreille et les m&#233;dias alternatifs que nous r&#233;tablierons la v&#233;rit&#233;, que nous cr&#233;erons des liens, des connivences, et par nos actes que nous prouverons notre maturit&#233; (que ce soit dans la casse ou dans le combat contre les flics).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le mouvement que nous avons entrepris ne doit pas s'arr&#234;ter :&lt;/strong&gt; les interpel&#233;-e-s, les inculp&#233;-e-s de ces derniers jours, de Novembre, de tous les mouvements sociaux de ces derni&#232;res ann&#233;es ont besoin de notre soutien total pour qu'une amnistie soit possible. C'est en continuant la lutte pr&#233;sente que nous ne nous enliserons pas dans la lutte contre la r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La flicaille vient d'envoyer dans le coma un syndicaliste. Nous pensons &#224; lui et &#224; son entourage et crions tout-e-s &#224; la vengeance...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Nous ne l&#226;cherons rien (ni personne) !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Solidarit&#233; entre tou-te-s les insurg&#233;-e-s quelque soit leurs modes d'action ou d'intervention !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un occupant de l'Ehess, le 21/03/06.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PS : ce &#034;nous&#034; est celui de tou-te-s celleux qui se reconna&#238;tront dans ce texte et de celleux qui me l'ont inspir&#233;... Vous pouvez en faire ce que vous voulez : tract, appel ou autres... Je n'en suis pas le ma&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;***&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Appel de Raspail&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Aux &#233;tudiants, ch&#244;meurs, salari&#233;s plus ou moins pr&#233;caires, de France et de Navarre, &lt;br&gt;
&#224; tous ceux qui sont ces jours-ci en lutte &lt;br class='autobr' /&gt;
contre le Contrat Premi&#232;re Embauche, &lt;br&gt;
et peut-&#234;tre contre bien plus que &#231;a...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque nous parvenons de plus en plus pr&#233;cis&#233;ment &#224; envisager le moment o&#249; la Terre sera enti&#232;rement consum&#233;e par notre mode de vie,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Puisque les scientifiques en sont r&#233;duit &#224; nous promettre la colonisation d'autres plan&#232;tes &#224; consommer,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, salari&#233;s et &#233;tudiants, stabilis&#233;s ou occasionnels, de la r&#233;gion parisienne et d'ailleurs, occupants du Centre d'&#201;tude des Modes d'Industrialisation au 4&#232; &#233;tage de l'EHESS en ce premier jour du printemps, voulons r&#233;fl&#233;chir &#224; ce que pourrait &#234;tre une vie p&#233;renne et souhaitable dans un autre monde fini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous semble impossible de poser la question de la pr&#233;carit&#233; des emplois et des revenus mon&#233;taires sans poser aussi celle de la pr&#233;carit&#233; de la survie humaine globale. En ces temps de d&#233;sastre &#233;cologique tr&#232;s avanc&#233;, nous pensons qu'aucune position politique et aucune revendication qui n'int&#232;gre pas le caract&#232;re d'impasse du d&#233;veloppement &#233;conomique, de la croissance, ne peuvent avoir la moindre valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes donc &#224; la fois fantastiquement utopistes et radicalement pragmatiques, bien plus pragmatiques au fond que tous les gestionnaires &#171; cr&#233;dibles &#187; du capitalisme et des mouvements sociaux (quand UNEF rime avec MEDEF...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voulons briser le culte dont sont l'objet les cr&#233;ateurs d'emplois et de richesse, r&#233;habilit&#233;s avec le concours de la gauche dans les ann&#233;es 1980. Aucun discours sur l'exploitation et la pr&#233;carit&#233; n'a de sens et d'efficacit&#233; s'il s'interdit de malmener comme ils le m&#233;ritent ces &#171; bienfaiteurs de la collectivit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voulons aussi lever le tabou de ce mouvement anti-CPE : la perspective du plein-emploi, qui sous-tend la plupart des mots d'ordre et des revendications, n'est ni r&#233;aliste ni d&#233;sirable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail humain, en Occident, est supprim&#233; massivement par les machines et les ordinateurs depuis plusieurs dizaines d'ann&#233;es. Il n'a certes jamais &#233;t&#233; autre chose qu'une marchandise pour le capital, mais ce qui a chang&#233; au stade actuel du &#171; progr&#232;s &#187; technologique c'est que l'accumulation d'argent exige moins d'humains &#224; exploiter qu'avant. Il faut se mettre dans la t&#234;te que le capitalisme ne peut plus cr&#233;er assez d'emplois pour tous. Et reconna&#238;tre qu'en plus, ceux qu'il cr&#233;e encore p&#233;niblement sont de plus en plus vides, d&#233;connect&#233;s de nos besoins fondamentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce syst&#232;me, la production mat&#233;rielle est d&#233;localis&#233;e vers les pays &#171; en voie de d&#233;veloppement &#187;, o&#249; se concentre ainsi le d&#233;sastre &#233;cologique (m&#234;me si nous ne sommes pas en reste...). Et chez nous, dans notre &#233;conomie de services pr&#233;tendument immat&#233;rielle, fleurissent les emplois de serviteurs : esclaves des cadences robotiques, domestiques des &#171; services &#224; la personne &#187; (voir les r&#233;cents plans Borloo), petits soldats du management.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mouvement ne sera fort et porteur d'avenir que s'il fait entendre une critique lucide du travail moderne. Et s'il permet d'&#233;tablir d&#233;finitivement qu'il n'y aura pas de sortie de crise. Loin de nous laisser abattre, nous voulons faire de ce constat une chance. Nous pensons qu'un mouvement social cons&#233;quent doit se donner pour but d'aider l'&#233;conomie &#224; s'effondrer. Le monde actuel ne conna&#238;t pas d'en-dehors, on ne peut pas esp&#233;rer le fuir. Il faut donc patiemment y constituer des milieux de vie o&#249; l'on puisse produire ses moyens de subsistance sans le concours de la machinerie industrielle, et o&#249; &#233;mergent de nouveaux rapports humains, d&#233;gag&#233;s d'elle. Il faut dans le m&#234;me temps entreprendre le d&#233;mant&#232;lement de pans entiers de l'appareil de production existant, inutiles ou nuisibles. Bien s&#251;r, tout cela exige, dans nos discours comme dans nos pratiques, un rejet r&#233;solu de l'Etat et de ses repr&#233;sentants, qui seront presque toujours des obstacles &#224; nos projets d'autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Cessons de r&#233;clamer un emploi stable pour chacun !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
(m&#234;me s'il arrive &#224; tout le monde de chercher du boulot ou de l'argent)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Que la crise s'aggrave !
&lt;p&gt;Que la vie l'emporte !&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les occupants du Centre d'Etude des Modes d'Industrialisation &lt;br class='autobr' /&gt;
(&#224; l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, bd Raspail &#224; Paris), constitu&#233;s en Comit&#233; Pour la D&#233;sindustrialisation du Monde, &lt;br class='autobr' /&gt;
entre l'aube du 21 mars 2006 et le milieu de la nuit suivante.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;***&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Mais o&#249; est pass&#233; le mouvement r&#233;el ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Compte-rendu politique, critique et subjectif d'un mandat&#233; de la Sorbonne au sujet de la Coordination Nationale &#201;tudiante s'&#233;tant tenue &#224; Aix-en-Provence les 25 et 26 mars 2006&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;	D'abord, et comme un sympt&#244;me, le TGV qui relie Paris &#224; Aix en trois heures. On arrive au milieu du d&#233;sert : une gare immense, enti&#232;rement vitr&#233;e, lisse, un temple de la laideur architecturale contemporaine au milieu de la s&#233;cheresse. Et l'autoroute qui met la ville &#224; quinze minutes. Le temps et l'espace sont annul&#233;s, nous sommes au milieu de nulle part, dans un centre impossible, fruit de la volont&#233; d'effacer ce no man's land que constitue &#224; pr&#233;sent le centre de la France. Nous sommes l'une des premi&#232;res d&#233;l&#233;gations &#224; arriver, nous nous faisons enregistrer aupr&#232;s d'un cocheur de cases, et r&#233;digeons proprement les &#8220;motions perspectives&#8221; que l'on nous a demand&#233; de porter &#224; la coordination. Elles seront retap&#233;es par ordinateur et distribu&#233;es pendant les d&#233;bats. Tout le monde se badgera bient&#244;t : d&#233;l&#233;gu&#233;, caf&#233;t&#233;ria, S.O., organisateur. Voil&#224; tout le monde bien rang&#233;, bien distingu&#233;, afin que chacun-e reste &#224; sa place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Tout le monde est stress&#233;. Il faut que cela se passe mieux que la semaine derni&#232;re, &#224; Dijon. &#199;a rigole quand m&#234;me un peu, &#231;a chante. &#192; Aix, l'occupation dure depuis trois semaines, et c'est un honneur d'organiser la coord. Il y a &#233;videmment les grandes banderoles de bienvenues, les tas de chaises entass&#233;es, les panneaux indicatifs. Tout le monde dort &#224; l'arrache dans les amphis. Le lendemain, &#231;a commence.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;	R&#233;veil p&#233;nible sur le sol en lino. Plein de d&#233;l&#233;gations sont l&#224; dans le hall. &#199;a grouille de monde, &#231;a discute. Retrouvailles. Comment &#231;a va depuis la derni&#232;re coord ? Il y a beaucoup d'habitu&#233;-e-s ici. Les m&#234;mes t&#234;tes syndicales se retrouvent. Famille infecte, n&#233;vrotique, dans laquelle se jouent les petites rivalit&#233;s, les inimiti&#233;s. Je n'y comprends rien, ne sais pas ce qui se trame entre les diff&#233;rents groupes trotskards et gauchistes, sur quels points se constituent les ruptures. Le complotisme r&#244;de, la mesquinerie va de bon ton. &#199;a se moque. Les d&#233;l&#233;gations font encore semblant d'&#234;tre ensemble. Mais d&#233;j&#224; on se rassemble, on se m&#233;lange, les rumeurs circulent. Qui tiendra la tribune ? Vous avez vu la charte qu'Aix propose pour la tenue de la coord ? Qui est derri&#232;re tout &#231;a ? L'Unef mino, l'Unef majo ? Et la coord, nous dit-on, est un grand espace de d&#233;bat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#199;a d&#233;marre vers midi. Des d&#233;l&#233;gations venant de villes proches se sont fait le plaisir d'arriver en retard. La tribune se pr&#233;sente, elle sera tournante. Grand discours d'inauguration d'un type de l'Union des Etudiants Communistes, beau comme un jeune cadre stalinien des ann&#233;es 80. On rigole. Il sera discut&#233; pendant des heures des modalit&#233;s de vote, de la question de la &#8220;charte d'Aix&#8221;. Je ne comprends rien, sauf quand cela pue vraiment l'usurpation. Au bout d'un moment viennent les bilans fac par fac. On a les chiffres en AG et les chiffres en manif ville par ville. Au grand jeu concours, c'est Rennes qui l'emporte. Ensuite, les &#8220;cas sp&#233;ciaux&#8221; doivent parler : les facs ferm&#233;es, les mouvements poursuivis au nom de la libert&#233; d'&#233;tudier. On entend finalement tr&#232;s peu parler des centaines d'arrestations qui ont eu lieu, le suivi juridique et le reste. En tant que mandat&#233; de la Sorbonne, je raconte ce qui nous arrive, nous est arriv&#233; pendant la semaine. Avec cette &#233;trange division entre celles et ceux qui ont d&#233;cid&#233; de s'installer dans le bastion occup&#233; qu'est la fac de Tolbiac, et les autres qui ont pr&#233;f&#233;r&#233; se m&#234;ler &#224; l'occupation de l'EHESS avec les sans-statut fixe. Je ne m'attarde pas plus que &#231;a. On me siffle derri&#232;re que je n'ai que deux minutes d'intervention. D'autres cas particuliers doivent aussi s'exprimer. Une minute de silence sera faite pour l'&#233;tudiant mort d'une crise &#224; Strasbourg ; une minute de bruit ensuite pour montrer notre motivation. R&#233;sultats de ce soir : 1 pour la tristesse, 1 pour le bruit. Je crois que c'&#233;tait le bruit qui recevait &#224; domicile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Pause. &#199;a reprend. On va aborder la fameuse question des revendications qui seront mises en avant par la coordination. Il y a d&#233;j&#224; la d&#233;sormais sacr&#233;e plateforme de Toulouse. Plusieurs heures sont n&#233;cessaires pour savoir si on la modifie, si on l'&#233;largit, ce qu'on en fait en somme. Il y a une forte pression dans la salle pour que cela ne soit pas rediscut&#233;. Avec la menace : rappelez-vous ce qu'il s'est pass&#233; &#224; Dijon ! Je ne sais pas de quoi il s'agit ; rien entendu &#224; ce sujet &#224; l'AG de la Sorbonne. En m&#234;me temps, vu que c'est le bordel, vu les coups de force d&#233;biles qui ont lieu, j'arrive &#224; m'imaginer ce qui a eu lieu. Les mandat&#233;-e-s, en tout cas, ont plein de revendications vot&#233;es dans leurs AG. Le grand tableau se couvre de 70 propositions que l'on range dans des cases : mouvement, emploi/pr&#233;carit&#233;, politique, divers. Facile de comprendre que &#231;a bouillonne dans les Assembl&#233;es locales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Apr&#232;s une nouvelle pause surgit une id&#233;e myst&#233;rieuse : le cahier de dol&#233;ances. Un grand sac pour mettre toutes ces revendications nouvelles, dans la grande tradition du cause-toujours. On se demande qui a propos&#233; &#231;a. On nous explique : il s'agit d'&#234;tre cr&#233;dible, d'avoir un message clair qui puisse r&#233;unir tout le monde, les &#233;tudiants et les salari&#233;s. Nous devons encore massifier le mouvement. Une fois que nous aurons gagn&#233; sur la Loi sur l'Egalit&#233; des Chances, nous pourrons faire avancer le reste. En attendant, on ne peut pr&#233;senter &#231;a aux centrales syndicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;IL FAUT &#202;TRE CR&#201;DIBLE.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les nouvelles revendications sont refus&#233;es au fur et &#224; mesure, car les mandats ne sont pas aussi pr&#233;cis que &#231;a. Pas assez de mandats pour refuser le contr&#244;le renforc&#233; des ch&#244;meurs, le RMA, le statut pourri des intermittents, les projets de loi pour la pr&#233;vention de la d&#233;linquance &#224; la cr&#232;che, la derni&#232;re loi sur l'immigration. Ne Prend Part au Vote, NPPV, NPPV, NPPV. Sera finalement rajout&#233; &#224; la Plateforme sacr&#233;e le refus du Contrat de Travail Unique (qui n'existe pas encore), la demande de la d&#233;mission du gouvernement, un CDI pour tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;ON RESTE CR&#201;DIBLE.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Quatre heures du mat. On passe aux perspectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Au d&#233;but est lue la motion de Jussieu. Tou-te-s les trotskystes de la salle se sont mis d'accord dessus. On y fera quelques am&#233;nagements mineurs, int&#233;grant la proposition du blocage des voies de circulation. Le texte est moche, mal &#233;crit, plein de la novlangue de la cr&#233;dibilit&#233; et de la massification. Il ne peut susciter aucun engouement, aucun appel d'air. La pens&#233;e de la lutte syndicale r&#233;sum&#233;e dans un torchon sans int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;ON RESTE CR&#201;DIBLE.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'en peux plus, je m'&#233;nerve, d&#233;cide d'aller me coucher. Il est six heures du matin. Les deux autres mandat&#233;es restent, dorment &#224; tour de r&#244;le. &#192; dix heures, apr&#232;s vingt-deux heures d'AG, est propos&#233; un bureau national, refus&#233; in extremis. Les vingt porte-parole sont &#233;lu-e-s, et affubl&#233;-e-s d'un mandat imp&#233;ratif (illes ne peuvent donc en principe exprimer leurs positions personnelles). Une bonne moiti&#233;, semble-t-il, viennent de l'UNEF mino (la tendance minoritaire du syndicat) : la coord a donc &#224; sa t&#234;te la partie de l'UNEF qui n'a pas prise sur le porte-parole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Une conf&#233;rence de presse sera r&#233;alis&#233;e &#224; l'issue de la mascarade. La &#8220;motion Jussieu&#8221; est lue avec le peu d'entrain qu'elle m&#233;rite devant des journaleux impatients. Les questions pos&#233;es portent, comme il fallait s'y attendre, sur la violence. Les porte-parole s'en sortent avec la r&#233;ponse besancenote : la premi&#232;re violence est celle du gourvenement. Quelle r&#233;partie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;ON RESTE CR&#201;DIBLE.
&lt;p&gt;NOUS DEVONS MASSIFIER LE MOUVEMENT.&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;	La premi&#232;re chose qui m'a prise, lorsque je suis all&#233; &#224; la coord, a &#233;t&#233; le sentiment de participer &#224; un vaste d&#233;lire collectif. Tout ce petit monde badg&#233; qui ronchonne, hurle, l&#232;ve des cartons, complote dans les couloirs, se marre en plissant des yeux vides quand telle secte gauchiste n'a pas r&#233;ussi &#224; placer sa motion, sa perspective, son bilan. Ces listes d'inscrit-e-s avec 70 noms de facs, ces tribunard-e-s qui hurlent hyst&#233;riquement pour appeller au calme ou au respect. Tout &#231;a pour quelques vagues phrases rajout&#233;es &#224; un petit texte et de fumeuses journ&#233;es d'action o&#249; chacun-e selon le d&#233;sir du coin ira faire des sit-ins sur les places des villes, differ &#224; la sortie des gares ou des usines, fera des manifs de nuit. Vingt-quatre heures d'AG pour presque que dalle, en dehors des divers jeux de pouvoir des organisations. Aucun contenu, aucun discours qui prend aux tripes, une juxtaposition de phrases qui se superposent mais ne se composent pas. Un brouhaha dont le sens doit pouvoir &#234;tre trouv&#233; dans les divers bureaux politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#192; quoi aboutit-on finalement ? Un &#8220;appel &#224; la gr&#232;ve interprofessionnelle reconductible&#8221; (comme la semaine derni&#232;re), trois revendications en plus sur la plateforme. Je ne vois pas ce qui a &#233;t&#233; coordonn&#233;. &#192; peine des journ&#233;es d'action qui de toute fa&#231;on auraient eu lieu. Pourquoi tout ce temps pass&#233; en AG &#224; ce sujet, pour mandater, pour penser des motions, pour proposer des actions si c'est pour aboutir &#224; cela ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; NOUS DEVONS MASSIFIER LE MOUVEMENT.
&lt;p&gt;NOUS DEVONS RESTER CR&#201;DIBLES.&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;	Il me semble qu'&#224; l'heure actuelle, deux hypoth&#232;ses sont &#224; l'&#339;uvre, en pratique. Une premi&#232;re est celle qui se montre &#224; la coordination nationale et dans bien des AG. Je la qualifierais de gauchiste-r&#233;volutionnaire. Elle s'articule autour du double-motif de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale appell&#233;e par les syndicats et l'opinion publique. L'encha&#238;nement des id&#233;es est simple. Pour que les syndicats appellent &#224; la gr&#232;ve, il faut d&#233;montrer la puissance du mouvement &#233;tudiant : faire donc de grosses manifs, multiplier les gr&#232;ves. Il faut aussi que les syndicats puissent partager nos exigences : avoir donc une plateforme dans laquelle ils puissent facilement se retrouver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il faut enfin que la base des syndicats sentent qu'un coup est &#224; jouer : proposer donc &#224; l'opinion publique une image claire du mouvement, le rendre compr&#233;hensible au pire des idiots, faire preuve de responsabilit&#233; face &#224; la violence ou aux revendications. De l&#224; des diffusions massives aupr&#232;s des salari&#233;-e-s, dans les gares, &#224; la sortie des entreprises, avec un message CR&#201;DIBLE, pour qu'illes puissent se joindre &#224; nous. De l&#224; aussi, conform&#233;ment &#224; cette volont&#233;, ce qui s'est exprim&#233; &#224; la derni&#232;re coord de mani&#232;re explicite &#224; plusieurs reprises : donner une t&#234;te forte &#224; ce mouvement, une &#8220;vraie direction&#8221;, pour que les syndicats et leurs adh&#233;rent-e-s sachent o&#249; &#231;a va, pour que les journaleux aient quelqu'un-e de fixe &#224; qui parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Cette hypoth&#232;se traverse en partie ce mouvement, prend du temps. Beaucoup de diffusions de tracts insipides sont faites en ce sens, bien des discussions sur ce qui est CR&#201;DIBLE ou non ou ce qui passe dans les media ont lieu dans ce sens. L'hypoth&#232;se gauchiste-r&#233;volutionnaire de la constitution d'un grand mouvement de masse par le biais de mots d'ordre simple bat son plein. La coordination telle qu'elle se fait aujourd'hui n'en est que le pur produit d&#233;sastreux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
4&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;	La seconde hypoth&#232;se, elle, ne se montre pas en coordination, m&#234;me si elle y laisse ses traces. C'est la suivante : dans la situation pr&#233;sente, la force de notre mouvement est li&#233;e &#224; ce qui a lieu dans la rue et les occupations, c'est ce bouillonnement qui fait peur et pourrait bien, par contagion, ouvrir les possibles. Ce bouillonnement est d'abord celui de la parole qui se d&#233;lie. Nous recommen&#231;ons &#224; parler de politique, de ce que signifie vivre dans ce monde-ci aujourd'hui. Nous partageons nos r&#233;voltes, nos rages, nos refus. Parfois s'&#233;laborent des programmes, plus ou moins farfelus. Cela a m&#234;me d&#233;bord&#233; &#224; la coordination, avec ces 70 revendications vot&#233;es dans les assembl&#233;es dont les syndicalistes ne savaient que faire. Pour reprendre le vocabulaire en cours chez eux, la base est largement politis&#233;e : nous n'en sommes plus, apr&#232;s plusieurs semaines de contestion, au simple refus du CPE, mais bien, de mani&#232;re souvent explicite, &#224; un refus du monde qui se d&#233;ploie aujourd'hui. Les discussions en marge des assembl&#233;es, dans les occupations, dans les moments creux du temps de gr&#232;ve laissent &#233;merger des espoirs de changements radicaux. Revient, apr&#232;s une longue absence, l'id&#233;e qu'il nous appartient de faire ce monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, en parall&#232;le, les moyens s'inventent. Des actions symboliques plus ou moins d&#233;biles se r&#233;alisent, on se d&#233;brouille pour trouver de la thune, on r&#233;cup&#232;re sur les march&#233;s, dans les supermarch&#233;s pour nourrir l'occupation, on s'&#233;quipe pour les affrontements, on apprend &#224; se soigner, &#224; faire attention aux autres, on apprend &#224; s'exprimer publiquement, &#224; construire des trucs. Des solidarit&#233;s pratiques se nouent, on finit par tenir &#224; la lutte moins pour son pr&#233;texte que pour les moments qu'elle laisse vivre, le temps qu'elle voit &#233;merger, les espoirs qui se partagent. &#199;a bouillonne et &#231;a s'organise. On finit par se dire que l'on peut aussi bien faire des choses sans forc&#233;ment attendre l'aval &#233;puisant de tou-te-s, que l'on peut aussi parler v&#233;ritablement en dehors des d&#233;bats et des AG.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ce qui se constitue, en ce moment, c'est la puissance du d&#233;bordement. Les ressorts d'action syndicaux s'&#233;puisent, on perd le go&#251;t de la manif plan-plan o&#249; m&#234;me les chansons bien trouv&#233;es ne suffisent plus. On perd le go&#251;t des slogans mille fois r&#233;p&#233;t&#233;s, des tracts mille fois distribu&#233;s. On perd la curiosit&#233; pour les motions, pour les subtilit&#233;s qui ont amen&#233; aux choix de parcours ; les AG apparaissent dans leur vacuit&#233;, leur tristesse formaliste. Alors, &#233;videmment, cela d&#233;g&#233;n&#232;re, comme illes disent. La parole se fait plus r&#234;veuse, les actes se font plus d&#233;termin&#233;s. Les beaux cort&#232;ges bien rang&#233;s se disloquent, les tracts non-tamponn&#233;s se multiplient. Cela d&#233;marre vers l'incontr&#244;lable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Voil&#224; o&#249; nous en sommes aujourd'hui. Au c&#339;ur du conflit entre deux hypoth&#232;ses qui ont pu cohabiter un moment ensemble, mais qui, &#224; pr&#233;sent, vont s'affronter. La coordination nationale, encore &#224; Aix, s'est voulue fi&#232;re coordination du mouvement &#233;tudiant. Elle n'en repr&#233;sente pourtant que sa face syndicale, bien lisse, bien propre, bien claire, bien CR&#201;DIBLE. Rien de plus que cela. Elle ne vient que couronner la domination, dans les AG, du principe de l'unification des mots d'ordre et des actions, de la tribune qui note les listes d'inscrit-e-s, de la volont&#233; d'obtenir en se montrant &#224; leur hauteur la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale par le biais des syndicats. Le mouvement r&#233;el de son c&#244;t&#233;, est irr&#233;aliste, irresponsable, divers, il pense et il d&#233;borde. Sa rage est trop forte pour se contenir dans les pauvres slogans tout mous et les manifs en rang. Il ne passe pas bien dans les media, il aime faire la popotte, pr&#233;parer des actions, se dire qu'il ne fait que commencer et qu'il a le temps. Le mouvement r&#233;el s'organise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Rien ne peut encore vraiment &#234;tre pr&#233;vu. &#199;a s'affronte d&#233;j&#224; dans les rues, &#231;a prend une tournure radicalement politique dans certaines AG. On ne sait dans quelle mesure les syndicats et les gauchistes parviendront encore &#224; pourrsuivre leur &#339;uvre d'encamaradement, leur &#339;uvre de censure du caract&#232;re politique du mouvement dont ils ont constitu&#233; l'&#233;tincelle. &#201;mettons une hypoth&#232;se : si gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale ou blocage g&#233;n&#233;ral il y a, cela arrivera surtout parce que, dans les rues et les occupations, la jeunesse, qu'elle vienne des cit&#233;s ou du centre des m&#233;galopoles, se sera mise &#224; s'organiser par elle-m&#234;me, &#224; penser et parler haut et fort &#224; l'&#233;cart des m&#233;gaphones et des camions sonos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le d&#233;sastre est trop pr&#233;sent pour que ce monde ne commence &#224; se fissurer. Le besoin de r&#233;volte est trop grand, trop partag&#233; pour que le mouvement r&#233;el n'&#233;merge pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Je pense que la Sorbonne devrait cesser de participer &#224; la coordination car sa pr&#233;paration prend trop de temps, parce que ses r&#233;sultats sont et seront minimes, parce qu'elle ne sait pas et ne saura jamais refl&#233;ter la multiplicit&#233; de ce qui a lieu en bas, parce que c'est avaliser comme une &#233;vidence les logiques de pouvoir d&#233;lirantes d'organisations syndicales et gauchistes. On m'a dit, s&#251;rement avec raison, que si l'on cessait de faire tout cela en AG, beaucoup de gens s'en iraient. Il est vrai que certain-e-s s'amusent dans ce jeu d'organisations. Mais les autres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Quant &#224; moi, et je sais que je ne suis pas seul, je pr&#233;f&#232;re la seconde hypoth&#232;se. Car je crois en notre capacit&#233; &#224; nous organiser pour les affrontements &#224; venir et en notre capacit&#233; &#224; laisser surgir &#224; l'int&#233;rieur de ce mouvement des r&#233;flexions politiques radicales et des pratiques d'organisation autonomes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En tout cas, je n'irai plus jamais en TGV pour voir cette pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre sordide. L'exil est d&#233;j&#224; assez difficile. Pas besoin d'aller voir ces gardiens de troupeau &#224; keffieh s'&#233;charper sur la part de d&#233;sert qu'ils contr&#244;lent. J'ai d&#233;finitivement mieux &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kamo, le 27 mars 2006&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>De La Libert&#233; comme Ressort Oppressif</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article330</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.infokiosques.net/spip.php?article330</guid>
		<dc:date>2006-03-26T05:55:11Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Berenice Kalo, Le Chat</dc:creator>


		<dc:subject>S&#233;ditions graphiques (Paris)</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvance autonome</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ces textes sont extraits du &lt;i&gt;papier CUL&lt;/i&gt;, journal aux allures vari&#233;es, servant d'organe de propagande aux d&#233;lires du CUL (Comit&#233; Universitaire de Lib&#233;ration), publi&#233; entre 2003 et 2005, et remis en page ici par la C.R.E.T.E. (Cellule de Restitution Editoriale des Travaux Empiriques).&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;D&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;S&#233;ditions graphiques (Paris)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot73" rel="tag"&gt;Mouvance autonome&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH150/arton330-21905.jpg?1780470078' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff330.jpg?1142785235&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#034;Ce que je sens, c'est que sous couvert de propagation de la libert&#233;, et de pr&#233;servation de ce monde-ci tel qu'on nous le vend, les portes s'ouvrent &#224; la fabrication de conditions id&#233;ales pour l'instauration de nouveaux fascismes. Non seulement les micro-fascismes se d&#233;veloppent au niveau de l'appauvrissement des expressions affectives, loin des luttes racistes et nationalistes, mais aussi des macro-fascismes, structurels et syst&#233;matiques sont en train de s'armer.&#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De La Libert&#233; comme Ressort Oppressif&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
Par Berenice Kalo, membre en fuite du CUL, D&#233;cembre 2004.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Qu'est ce que &#231;a veut dire, devenir raisonnable ? Qu'est-ce que &#231;a veut dire, devenir libre, une fois dit qu'on ne l'est pas ? On ne na&#238;t pas libre, on ne na&#238;t pas raisonnable. On est compl&#232;tement &#224; la merci des rencontres, c'est-&#224;-dire : on est compl&#232;tement &#224; la merci des d&#233;compositions. Et vous devez comprendre que c'est normal chez Spinoza ; les auteurs qui pensent que nous sommes libres par nature, c'est ceux qui se font de la nature une certaine id&#233;e. Je ne crois pas qu'on puisse dire : nous sommes libres par nature si l'on ne se con&#231;oit pas comme une substance, c'est-&#224;-dire comme une chose relativement ind&#233;pendante. Si vous vous concevez comme un ensemble de rapports, et pas du tout comme une substance, la proposition &#8220;je suis libre&#8221; est strictement d&#233;nu&#233;e de sens. Ce n'est m&#234;me pas que je sois le contraire : &#231;a n'a aucun sens, libert&#233; ou pas libert&#233;. En revanche, peut-&#234;tre a un sens la question : &#8220;Comment devenir libre ?&#8221; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
G. Deleuze&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le probl&#232;me de la libert&#233; renvoie traditionnellement &#224; celui du prisonnier, de l'esclave. Ma r&#233;flexion actuelle me porte vers cette question comme une s&#233;rie d'ennuis th&#233;oriques et pratiques que je ne parviens pas &#224; r&#233;soudre seul. J'aimerais mettre &#224; plat ce qui tournoie en moi &#224; ce sujet, histoire de lancer quelques discussions avec mes amis... Selon moi, la question de la libert&#233; d&#233;passe les bornes de la d&#233;tention et de l'esclavage sur deux points, en gros :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176;) Le mot de libert&#233; semble aussi et presque surtout servir pour des discours propagandistes, autrement dit s'ins&#232;re dans des logiques de pouvoir pr&#233;cises et oppressives pour les sujets-groupes ; et aujourd'hui on fait tout et n'importe quoi au nom de la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176;) La libert&#233; se s&#233;pare nettement entre : d'une part un concept de libert&#233;, d'autre part un sentiment de libert&#233;. Je me demande jusqu'o&#249; nous d&#233;sirons sentir l'esclavage plut&#244;t que la libert&#233;, et j'aimerais distinguer les uns des autres les concepts de libert&#233;, lib&#233;ration, autonomie, ind&#233;pendance, etc. de mani&#232;re &#224; voir quel nom mettre sur le mouvement politique que poursuit mon corps dans ses pratiques, ne me sentant pas du tout convaincu de me battre &#171; pour la libert&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; A partir de ma faible culture historique et avec un effort de na&#239;vet&#233;, il me semble que nous vivons une &#233;poque particuli&#232;rement libre, les conditions de la libert&#233; en pays dits d&#233;mocratiques semblent l'aboutissement d'un certain progr&#232;s politique. On sent r&#233;ellement une marge d'action, on sent des sph&#232;res sociales d&#233;cloisonn&#233;es, du moins en d&#233;cloisonnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Acceptez les r&#232;gles du jeu, et le reste suivra. Pack libert&#233; comprise. &#171; Libert&#233;, &#233;galit&#233;, t&#233;l&#233; &#187;, annonce la publicit&#233; pour PinkTV, programmes cibl&#233;s pour homosexuels. On vote, on danse, on s'associe, on manifeste, on informe, on pousse des coups de gueule, on pamphl&#232;te...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour prouver notre libert&#233;, il suffit d'invoquer l'histoire, le Moyen Age, l'Occupation, la Monarchie absolue... ou la g&#233;ographie, l'Afghanistan, la Chine, la Birmanie... envoyer loin les yeux, construire les sentiments ailleurs, comparer le pire pour s'autoglorifier. Le monde n'a jamais &#233;t&#233; aussi libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pendant que j'entends r&#233;p&#233;ter que nous sommes les plus libres, qu'il faut veiller sur notre libert&#233;, l'assurer, je sens monter toutes sortes de logiques de pouvoir qui resserrent silencieusement nos fers, jusqu'&#224; les rendre transparents...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; J'ignore si cela vient d'une parano&#239;a g&#233;opolitique, mais je ne peux m'emp&#234;cher de me dire que pendant que certaines formes de libert&#233;s se renversent pour &#234;tre mieux distribu&#233;es, les logiques de pouvoir transf&#232;rent leurs prises sur d'autres lignes. Ainsi de la libert&#233; d'expression ; le droit &#224; la parole et les contenus de discours ont &#233;t&#233; peu &#224; peu &#233;largis, &#224; doses mesur&#233;es, jusqu'&#224; l'oc&#233;an d'expression libre que nous connaissons aujourd'hui. Le dernier bastion du langage &#233;tant la forme du discours, s&#233;v&#232;rement prot&#233;g&#233;e par les m&#339;urs, c'est-&#224;-dire l'acceptation des affects par l'opinion commune et l'orientation m&#233;diatique des codes de l'humeur. &#171; D'o&#249; &#231;a parle ? &#187; : de partout, sans arr&#234;t. Ma boulang&#232;re commente la guerre en Irak au journal de 20heures et Bernard-Henri Levy me r&#233;-explique la paix pour la 86&#232;me fois en tribune du Monde... Il suffit de l'ouvrir pour se faire entendre. Ou d'avoir un truc &#224; vendre, de la camelote ou son corps, une opinion ou son talent, c'est &#233;gal. D&#233;mocratisation de l'expression opin&#233;e, resserrement des prises de d&#233;cision. La parole croule sous la communication et la libre expression, plus aucune s&#233;lection, plus aucune valeur des conjugaisons sur les mondes... pendant qu'on brame les valeurs de la R&#233;publique. La parole politique se trouve neutralis&#233;e et l'expression devient organe de pouvoir, loin de constituer une forme d'&#233;panouissement de nos puissances. Au &#167;96 de son Manifeste sur la soci&#233;t&#233; industrielle et son avenir, Unabomber &#233;crit : &#171; Pour que notre message ait quelque chance d'avoir un effet durable, nous avons &#233;t&#233; oblig&#233;s de tuer des gens &#187;. Je me sens triste quand on me propose de perturber une conf&#233;rence ou un sommet &#224; coups de sifflets et de tambours ; il me semble qu'une action politique n'a aujourd'hui comme espoir que les murmures de l'intime et le silence de l'action... fini le temps de celui qui criera le plus fort, &#171; L'important, ce sera peut-&#234;tre de cr&#233;er des vacuoles de non-communication, des interrupteurs, pour &#233;chapper au contr&#244;le. &#187;(1).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Idem pour la libert&#233; de circulation, quand les flux g&#233;r&#233;s ne circulent librement que dans des espaces publics humano-immunes et pr&#233;form&#233;s pour une surveillance et une orientation rationalis&#233;es. Espaces publics de couloirs et de publicit&#233;s, espaces panoptiques et polis, o&#249; l'on exp&#233;rimente le contr&#244;le des sens et des affects.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Espaces publics comme chantiers des pouvoirs sur l'odorat (diffusion de parfums pr&#232;s des magasins), la vue (publicit&#233;s et lignes s&#232;ches des architectures), le toucher (les rampes d'escalators lisses (2) comme une peau Nivea, et les marbres des halls), l'ou&#239;e (pollution sonore, messages intempestifs par haut-parleurs, les musiques d'ascenseur) et le go&#251;t (saveurs standardis&#233;es et caf&#233;s en distributeurs, mode mondialis&#233;e H&amp;M).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Espaces publics o&#249; je me sens dress&#233;e &#224; &#233;prouver mes limites affectives : pas trop de cris, de gestes... pas de larmes, pas d'&#233;clats de rires, pas de rage, pas de fougue : ma t&#234;te risquerait de d&#233;passer du troupeau (3). On observe ce renversement : pendant que le mot de libert&#233; de circulation est exalt&#233;, le lib&#233;ralisme privatise les espaces et les routes, les repos et la psychomotricit&#233;. Mais surtout je d&#233;saffecte mes lieux de vie...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; N'en d&#233;plaise &#224; ceux qui ch&#233;rissent la libert&#233;, il s'agit d'une valeur certifi&#233;e conforme par le lib&#233;ralisme et ses meurtres, le capitalisme et ses g&#233;nocides, la R&#233;publique et ses appareils d'Etat... Rien ne m'&#233;tonne dans la libre circulation des marchandises cens&#233;e entrer en contradiction avec les fronti&#232;res prot&#233;g&#233;es et assassines. Le r&#233;seau No Border voudrait-il une &#233;galisation des d&#233;placements marchandises-personnes ? Mais &#231;a viendra, n'ayons crainte, d&#232;s qu'une personne sera tra&#231;able comme l'est une marchandise. Les biopuces et les contr&#244;les biom&#233;triques (4) feront plus en ce sens que les luttes anticapitalistes. Le but n'est pas selon moi une libre circulation des personnes, mais une autonomie de notre rapport &#224; l'espace, dans l'apprentissage de constructions de lieux de vie. Le lieu n'existe pas a priori. Il exprime la construction spatiale du sujet, son agencement des puissances alentour, relativement &#224; son projet. Un lieu exprime toujours une volont&#233; politique : les espaces vierges n'existent pas. Ce qui ne fait pas lieu pour moi fait espace pour moi et lieu pour d'autres puissances. Lorsque le lieu semble venu d'ailleurs, alors on vit en mode r&#233;pressif, dans un espace - public ou priv&#233; : on peut parler d'espace a priori : cela signifie qu'un lieu exprime la volont&#233; d'autres puissances qui ont organis&#233; un lieu dans lequel nous agissons en vue de leur projet, selon des technologies de pouvoir. Or c'est dans cet espace - kantien - a priori que s'&#233;laborent les luttes contre les fronti&#232;res. Vouloir d&#233;truire les fronti&#232;res, cela revient &#224; vouloir niveler l'&#233;tranger sur le soi, ou l'inverse. Le lieu exprime le champ d'action d'une communaut&#233; de puissances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La signalisation de l'espace : panneaux, feux &#233;lectriques, passages pi&#233;tons, ponts, chemins, exprime la trace d'un sens d&#233;j&#224; donn&#233; : cette signalisation continue les fronti&#232;res historiques et &#233;tatiques. Faire plier les fronti&#232;res c'est constituer ma ville au lieu de vouloir qu'elle soit organis&#233;e. Les meurtres des sans papiers s'appuient d'abord sur des sentiments x&#233;nophopbes locaux, puis, en langage d'&#233;lite sur &#171; logiques g&#233;opolitiques &#224; l'&#233;chelle inter-&#233;tatique &#187; : autrement dit, ce qui est le plus politique dans le mouvement No Border, ce ne sont pas les revendications ni les manifestations mais ce qui se noue ou se construit dans les campements et se qui s'&#233;paissit ou se dissout quand chacun retourne &#224; sa vie collective ou s&#233;paratiste. La r&#233;appropriation d'un lieu de vie signifie la volont&#233; de rendre convenant un lieu, autrement dit cela implique une remise en question du sens de l'espace, et c'est ce que fait un campement. Mais j'ignore encore comment vivre la permanence de tels campements, nomades ou s&#233;dentaires, plut&#244;t que leur r&#233;p&#233;tition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'ici signifie le champ d'action des puissances proches des miennes, ins&#233;r&#233; dans l'horizon de mes liens affectifs directs.. L'ici signifie avant tout ce qui s'exprime le plus en convenance avec moi : en g&#233;n&#233;ral, il s'agit des humains que j'aime. Si mon fr&#232;re ou mon partenaire vit &#224; Londres, alors Londres exprime une part de mon ici. On peut donc parler de lieu de conscience (pour ce qui est loin mais me constitue) et de lieu de circonstance (pour ce qui m'affecte directement) : le milieu que je per&#231;ois directement constitue mon lieu comme champ d'action, sur fond du lieu-horizon (l'ensemble de mes ici) o&#249; je m'exprime comme singulier et qui correspond &#224; l'ensemble des personnes, ou autres, que j'aime. Vouloir s'impliquer pour sauver des personnes que j'ignore, au nom de libert&#233; ou du pacifisme, en Irak, ou ailleurs, cela me semble non seulement d&#233;risoire mais directement issu de logiques de pouvoir &#224; mon encontre, parce qu'enti&#232;rement constitu&#233; d'ailleurs. Vouloir la libre circulation des personnes en g&#233;n&#233;ral revient &#224; se sentir perdu dans la complexit&#233; DU monde et conduit par cons&#233;quent &#224; vivre en mode r&#233;pressif, et en servitude volontaire, par sentiment d'impuissance et peur des gros m&#233;chants super arm&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tel est un des ressort du lib&#233;ralisme, perdre dans la boue du &#171; tout se vaut &#187; et du vouloir tout &#224; la fois, rengaine du nihilisme &#233;galitaire ou libertaire. La devise de certaines des Lumi&#232;res, inscrites depuis sur les pi&#232;ces de monnaie : libert&#233;, &#233;galit&#233;, fraternit&#233;, d&#233;cline les concepts oppressifs par leur &#233;clat. En un mot comme en cent, invoquer la libert&#233; &#224; grands bruits, c'est opprimer en silence, c'est tuer &#171; au nom &#187; d'un principe transcendant et fallacieux ; &#233;galiser en droit c'est justifier l'&#233;crasement des minorit&#233;s en acte, c'est donner aux plus riches les meilleurs avocats ; socialiser par la fraternit&#233; c'est vouloir regrouper les gens selon un sch&#232;me familial, fraternel, sanguin, c'est eug&#233;niser les rapports humains. Si la d&#233;claration des droits de l'homme pose tant de probl&#232;mes, c'est surtout par sa volont&#233; de figer les devenir-r&#233;volutionnaires, de substantialiser les oppressions et les r&#233;pressions historiques. Non seulement plus on les clame, moins on respecte les droits de l'homme, mais surtout il faut toujours attendre l'inscription dans la constitution, l'amendement aux droits universels pour qu'une r&#233;pression devienne r&#233;elle. Les recherches publiques pour fabriquer des robots policiers par la firme Cybernetics, dans la vall&#233;e de Chevreuse, pr&#232;s de Paris, ne constituent pas l&#233;galement d'atteinte aux droits de l'homme et &#224; notre &#233;tat libre. Ce n'est qu'une fois qu'on se fera tabasser par des machines qu'on dira qu'il y a un petit probl&#232;me. La Raison en progr&#232;s et la judiciarisation des hommes des Lumi&#232;res marquent le mouvement de formes d'oppression sournoises, car il faut toujours attendre pour lutter : attendre que les brevets soient d&#233;pos&#233;s, attendre que les magistrats aient re&#231;us l'ordre de la loi pour emp&#234;cher les r&#233;pressions ... (5)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans cette libert&#233; absolue, tout est permis, et c'est se montrer obscurantiste ou fanatique, r&#233;actionnaire ou suspect que de dire &#171; non &#187;, refuser d'ouvrir une porte. Si le journalisme de d&#233;tail reste possible, si l'investigation fouineuse me semble encore &#224; l'abri de l'ex&#233;cution sommaire (en omettant les exemples comme l'affaire Kelly en Grande Bretagne), rien ne sert de courir ni de partir &#224; point, le travail de compr&#233;hension se noie dans l'indiff&#233;rence des consciences satur&#233;es. Au risque de reprendre la comparaison de Locke, associant la conscience &#224; un magasin, on pourrait dire que le stock est plein, il d&#233;borde, en quantit&#233; comme en intensit&#233;s. Aucun temps pour organiser les pens&#233;es, aucun moment pour hi&#233;rarchiser les critiques. Entre les bruits des voitures et les messages du m&#233;tro, entre les signaux d'orientation urbains, les 39 codes m&#233;moris&#233;s, et dans tout &#231;a penser &#224; ma m&#232;re et rester originale pour mes amant-e-s... Stiegler parle de crise &#233;cologique de la conscience. Oui, oui... mais plus qu'une crise, puisqu'aucun repos pour revenir sur la crise. Oblig&#233;e de g&#233;rer mes affects et mes amis... Cette obligation de rentrer en logique gestionnaire de l'intime me pousse &#224; croire que nous vivons sur nos derniers retranchements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Alors ils peuvent bien fabriquer des nanorobots, des robots policiers, des armes nucl&#233;aires miniaturis&#233;es, des biopuces d'identit&#233;... quel temps aurais-je pour questionner ces d&#233;cisions qui me contr&#244;leront davantage demain ? et pourquoi les critiquer si mon enqu&#234;te tombe dans une case &#171; &#224; classer plus tard &#187; chez les gens que mon discours atteindra ? Quoique cela cr&#233;e parfois de l'int&#233;r&#234;t de mettre le doigt sur les nouveaux dispositifs de pouvoir, sur les nouvelles technologies de contr&#244;le, mais pour s'entendre dire que nous vivons en pays libre et qu'on n'a rien &#224; se reprocher... On a beau ne rien avoir fait de &#171; mal &#187;, refuser un test ADN lors d'une instruction, qu'on soit innocent ou non, est passible de prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour Spinoza, la libert&#233; ne se joue pas au moment de l'action, car on est pris par l'action, il est trop tard, impossible d'avoir tout pr&#233;vu. Tout se joue dans ma mise en disposition, dans mon entra&#238;nement &#224; l'arriv&#233;e de l'&#233;v&#232;nement. Ce n'est pas une question de jugement, mais d'&#233;valuation. Evaluation de mes possibilit&#233;s, de mes d&#233;sirs et pr&#233;paration pour l'effectuation de ces d&#233;sirs et puissances. En bref, cela veut dire que ce n'est pas de se savoir libre ni de vivre libre qui compte, mais c'est la mani&#232;re dont les mondes s'agencent en vue de ce qui arrivera. Mon sentiment est que nous sommes en train d'agencer un gros monde, g&#233;opolitiquement simple dans ses antagonismes et complexe dans la justification, l'explication de ces antagonismes. Ce que je sens, c'est que sous couvert de propagation de la libert&#233;, et de pr&#233;servation de ce monde-ci tel qu'on nous le vend, les portes s'ouvrent &#224; la fabrication de conditions id&#233;ales pour l'instauration de nouveaux fascismes. Non seulement les micro-fascismes se d&#233;veloppent au niveau de l'appauvrissement des expressions affectives, loin des luttes racistes et nationalistes, mais aussi des macro-fascismes, structurels et syst&#233;matiques sont en train de s'armer. Alors on va me traiter de catastrophiste. Sauf que je ne dis pas que &#231;a va arriver, je ne proph&#233;tise pas : je dis qu'en ce moment c'est en train d'arriver, que nous le construisons, que c'est ce que nous d&#233;sirons et ce que nous mettons en &#339;uvre au jour le jour. Je ne renvoie &#224; aucun futur, je dis que notre pr&#233;sent, la journ&#233;e que je suis en train de vivre devient fasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce monde libre justifie a priori et pr&#233;pare les pires totalitarismes ; les soci&#233;t&#233;s post-totalitaires sont celles qui ont int&#233;gr&#233; le totalitarisme comme syst&#232;me, et qui, apr&#232;s l'avoir refoul&#233;, le rejouent plus discr&#232;tement, incarn&#233; cette fois-ci (6). On sait que le r&#232;glement des ann&#233;es sombres ne fut que spectaculaire : proc&#232;s des t&#234;tes pensantes, ex&#233;cution des fortes gueules et des moins malins ; mais que le gros de la police vichyste est rest&#233;e en place, pour ne citer que cet exemple. Les mentalit&#233;s et les sentiments fascistes sont rest&#233;s, ont compris que l'expression directe ne payait pas, et ont patient&#233;. Ce que nous vivons aujourd'hui, avec l'UMP qui fait un congr&#232;s pour sacrer Sarkozy &#224; 6 ou 7 millions d'euros par exemple (7), c'est le fait que les pulsions fascistes sentent un peu de marge, elles sentent que leur long travail d'habituation en chacun de nous, leurs lentes constructions x&#233;nophobes et surveillantes se sont ciment&#233;es dans la soci&#233;t&#233; et dans les intimit&#233;s. Elles peuvent dor&#233;navant se permettre quelques coups d'&#233;clat, quelque faste, quelques bavures : la machine discr&#232;te est en marche. A toute attaque contre la techno-science, les directions eug&#233;nistes du T&#233;l&#233;thon, les champs d'O.G.M., la bureaucratie, on les entendra brailler &#171; Fascistes ! Int&#233;gristes ! &#187; comme pour nous retourner le compliment...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Jeune fille, &#224; ce stade je vous stoppe : si les affects fascistes ont surv&#233;cu aux jugements post-totalitaires, les affects libertaires des r&#233;sistants sont aussi bien pr&#233;sents, et seront toujours l&#224; pour lutter contre la b&#234;te immonde &#187;. A cela je r&#233;pondrai par une question : les r&#233;sistants fran&#231;ais se battaient-ils pour la &#171; libert&#233; &#187; ou pour des questions nationalistes et militaires - pour la France, pour le G&#233;n&#233;ral ? et comment se fait-il que si peu de r&#233;sistance existe alors que de nouveaux fascismes de contr&#244;le surgissent, qui n'ont rien &#224; voir avec ce que l'on a connu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pendant qu'en Am&#233;rique, pays de l'esclavage, des capteurs de mouvement pars&#232;ment le sol, au pied du mur qui s&#233;pare le Mexique des victimes du 11 septembre, en Europe on continue de b&#226;tir des villes forteresses, urbanisant une lutte qui d&#233;passe des classes mais oppose les d&#233;sirs organise la gestion des pulsions plut&#244;t que d'en permettre la ma&#238;trise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Hier, je me suis amus&#233;e &#224; compter les cam&#233;ras rencontr&#233;es sur un de mes trajets courants : 34 cam&#233;ras pour un trajet de 40min, depuis celle de mon hall d'immeuble jusqu'&#224; celle qui orne l'entr&#233;e de ma fac, en passant par celle de ma rue et celles du m&#233;tro. Nous vivons l'&#233;poque de l'1cam&#233;ra/minute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'&#233;poque des propositions de service de s&#233;curit&#233;, nouvelle politique accroissant la nouvelle &#233;conomie et les nouvelles technologies (8). Pour chaque sph&#232;re de ma vie des emplois plus pr&#233;caires apparaissent en m&#234;me temps que des techniques mat&#233;rielles de contr&#244;le, certes, mais aussi des emplois li&#233;s &#224; la s&#233;curit&#233;. En plus des dispositifs purement techniques, je vois au jour le jour s'amonceler des milices priv&#233;es ou publiques autour de mes gestes. Je vis cette &#233;poque o&#249; je peux voir la diff&#233;rence, j'ai aujourd'hui 25ans, et quand j'en avais 15 je ne voyais que des flics en uniforme. Ces milices priv&#233;es dont le mod&#232;le vient directement des Etats-Unis (9) sont cens&#233;es &#339;uvrer au bien public. Mais elles sont compos&#233;es de personnes qui ont peur de perdre leur emploi, et qui sont gav&#233;es de s&#233;ries et de films policiers ou d'action US. S'instaurant en cow-boys agressifs, flics bad boys, justiciers mercenaires qui prot&#232;gent ceux qui les paient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous vivons les ann&#233;es qui additionnent les micro-fascismes. Ce qui ne signifie pas qu'on entend poindre les bottes noires, mais plut&#244;t que l'on travaille &#224; l'acceptation (10), &#224; la r&#233;signation, ou qu'on dresse &#224; l'espoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si les affects jouent dans les relations de pouvoir, d'une part c'est par l'existence au sein des appareils d'Etat d'une &#171; machine abstraite qui organise les &#233;nonc&#233;s dominants et l'ordre &#233;tabli d'une soci&#233;t&#233;, les langues et savoirs dominants, les actions et les sentiments conformes, les segments qui l'emportent sur les autres &#187; (11). D'autre part, c'est par l'orientation des affects selon des sch&#232;mes reconnus par les logiques de pouvoir, cod&#233;s pour nous faciliter la vie. Le pouvoir ne fonctionnant pas du haut vers le bas mais de partout, je vois que les logiques affectives de pouvoir ne peuvent se passer de notre bienveillance, de notre d&#233;sir de simplifier nos relations avec les autres en usant de techniques de pouvoir : humiliations, voix fortes, moqueries, r&#233;tention, etc. Enfin, nos relations sont travers&#233;es de logiques de contr&#244;le qui peuvent, pour l'instant, permettre de caract&#233;riser les soci&#233;t&#233;s post-totalitaires comme des micro-fascismes de contr&#244;le. Contr&#244;les dans tous les sens : de l'Etat sur les citoyens, des entreprises sur leurs employ&#233;s, des &#233;coles et des universit&#233;s sur leurs bambins, des magasins sur leurs clients, des couples entre eux (dernier appel compos&#233;...), des amis sur leurs m&#339;urs, des groupes politiques sur leurs opinions, de soi sur soi (r&#233;gimes, calme-toi, ne crie pas trop fort en jouissant)... Qu'il soit &#233;quip&#233; de nouvelles technologies ou qu'il perp&#233;tue d'anciennes surveillances, le contr&#244;le r&#233;tr&#233;cit le bocal de la libert&#233;. Bocal dans lequel le poisson se sent toujours libre, tant qu'il peut respirer et se d&#233;placer dans l'int&#233;gralit&#233; du volume d'eau qui lui est imparti. Nos poissons occidentaux sont libres : de choisir des nike ou des adidas, la gauche ou la droite, le cin&#233;ma de quartier ou le multiplexe, la glace bio ou le Mr Freeze... Mais si tu questionnes le bocal, si tu remarques son r&#233;tr&#233;cissement, tu es un marginal ou un terroriste. La loi sur le terrorisme actuelle est plus large que nos libert&#233;s : en tant que cela porte atteinte au bon fonctionnement &#233;conomique de la France, ne pas consommer d'&#233;lectricit&#233;, ou mettre trop de temps &#224; payer ses courses dans la queue d'une caisse de supermarch&#233; pourrait l&#233;galement &#234;tre soumis &#224; des poursuites pour terrorisme. Les terroristes sont partout, dans les lois, dans les peurs des chefs d'Etat, dans les facs, les gares, les centres commerciaux, les rues, partout... le plan vigipirate s'&#233;tend sur l'ensemble du territoire. Nous sommes tous des vigipirates. Rassur&#233;s par les contr&#244;les de sac dans les mus&#233;es, les universit&#233;s, les a&#233;roports... mais je me fais &#224; chaque fois la m&#234;me r&#233;flexion : j'aurais une grenade dans mon sac, je serais pass&#233; sans ennui ! Il nous faut ce spectacle du contr&#244;le, cette th&#233;&#226;tralisation du fichage et du &#171; laisse-moi jeter un coup d'&#339;il dans ton sac &#187;, sans cela on resterait chez nous morts de trouille. Quel d&#233;lice de voir des mitraillettes dans la gare de Perpignan, 100 000 habitants...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le mot de &#171; s&#233;curit&#233; &#187; est d&#233;j&#224; incorpor&#233; par tous, repris dans le concept de lutte &#171; anti-s&#233;curitaire &#187;. Mais je ne vois personne combattre la s&#233;curit&#233; ; ce sont des luttes qui refusent le contr&#244;le et la r&#233;pression politique, mais qui se laissent enfermer dans un vocabulaire de pouvoir. Les mouvements contestataires, m&#234;me les plus radicaux en restent donc &#224; un plan d'organisation transcendantale. J'ai vraiment mal lortsque la r&#233;action - lutte directe contre des vigiles ou des murs - si n&#233;cessaire et pertonente en tant que r&#233;sistance, s'installe parfois dans un r&#233;gime de priorit&#233;, rel&#233;guant au secondaire la construction de vies communes - c'est-&#224;-dire singuli&#232;res. Je me d&#233;place sur les soutiens aux expulsions sur simple appel, je participe &#224; des actions directes avec ou sans connaissance de cause, je rencontre &#224; Belgrade ou &#224; Grignoble, mais c'est &#224; chaque fois avec ce go&#251;t amer, cette sensation triste de remettre au lendemain l'action constituante de l'universit&#233; otonome ou la prise d'un squatt pour habiter avec mes proches, constituer un champ de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La pleine libert&#233; des affects et des puissances, la d&#233;charge &#224; tout va, pour plus de plaisir, un meilleur bien-&#234;tre, un confort optimis&#233;, une prise de risque d&#233;brid&#233;e : autant de modes du lib&#233;ralisme existentiel qui donnent prise au pouvoir, lui ouvrant les portes de l'intimit&#233; et des corps. Si le contr&#244;le vient d'ailleurs, tout comme la mort, en revanche la ma&#238;trise et le mourir, comme styles de vie ne peuvent que se construire en groupes restreints et affinitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On se veut et se croit libre... demandez &#224; n'importe quelle personne qui n'a pas de menottes au poignets, elle se sent libre. Le milieu libertaire et autonome est-il libre ? oui. A condition de r&#233;p&#233;ter que cette question et cette r&#233;ponse n'ont que peu de sens. La question de la libert&#233; rel&#232;ve de la m&#233;taphysique et des commentateurs sorbonnards de Suarez ou de Descartes. L'essence de la libert&#233;, de m&#234;me que d&#233;finir l'homme selon la libert&#233; ne veut rien dire. La question ne se pose pas entre fatalit&#233;, hasard et n&#233;cessit&#233;, mais entre ce qui arrive et ce qu'on accepte. Je suis sans cesse prise dans des jeux qui infirment ma libert&#233; : jeux de s&#233;duction, jeux pulsionnels, jeux langagiers, jeux d'imagination, etc. tout d&#233;pend de ma mani&#232;re d'accepter ces jeux qui ne sont pas des jeux de pouvoir a priori, mais le deviennent par la force des choses, c'est-&#224;-dire tant que je ne les &#233;value pas. Mais apr&#232;s questionnement, je peux tr&#232;s bien accepter une autorit&#233;, une hi&#233;rarchie de comp&#233;tences ou de talents... Dans une r&#233;union politique, toute libre que je puisse me sentir, il existe des autorit&#233;s et des hi&#233;rarchies, en termes d'intelligences pratiques ou th&#233;oriques, en termes de charismes et d'exp&#233;rience, etc. ; vouloir aplanir ces diff&#233;rences rel&#232;ve d'une illusion qui voudrait que tout soit contr&#244;lable dans une relation de groupe... Il suffit peut-&#234;tre de voir certains jeux et de les accepter en tant que je ne suis pas toute puissante et que j'ai des limites comme les autres en ont. Un groupe refuse les d&#233;s&#233;quilibres de puissances ou les fige dans un code pouvoir (hi&#233;rarchie) quand il refuse que chacun cr&#233;e - et non trouve - sa place au sein du groupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tandis que la libert&#233; ne vaut que comme abstraction, machine abstraite, servant all&#232;grement &#224; des prises de pouvoir, il me semble que le concept d'autonomie, non seulement prenne davantage de sens dans mes pratiques, mais se passe volontiers du concept comme du sentiment de libert&#233; - qui n'ont de sens que lors d'une mise aux fers effective. L'autonomie signifie la mise en disposition de pratiques qui entravent la transcendance du pouvoir, l'intrusion ext&#233;rieure et non d&#233;sir&#233;e de modes de vie. Comme entra&#238;nement quotidien &#224; des pratiques de critique intellectuelle ou de talent manuel. Non pas savoir mais savoir faire comme dit Beaumarchais, voici pour moi la cl&#233; d'une lib&#233;ration toujours possible. Et c'est bien le processus de lib&#233;ration qui prime sur l'&#233;tat de libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je commence &#224; peine &#224; lire Deleuze et j'aimerais comprendre ses histoires de plans, car ils me semblent &#233;clairer la notion d'autonomie. 1&#176;)Plan d'organisation transcendantale, c'est-&#224;-dire qu'on m'organise d'en haut, et avant toute exp&#233;rience que je pourrais faire, et 2&#176;)Plan de consistance immanente, c'est-&#224;-dire qu'&#224; partir de moi-m&#234;me, ou de mon groupe-sujet, j'exp&#233;rimente, j'essaie de toucher la mati&#232;re, de sentir l'&#233;preuve, je fais dans le consistant, dans ce qui a de la tenue, de la dur&#233;e intensive. Je me place donc aujourd'hui avec cet agencement : je vis de mani&#232;re d&#233;pendante, non libre et en cours d'autonomisation ; j'essaie de parcourir le plan de consistance immanente de mon groupe-sujet. Mes amis, mes proches, les sentiments et les corps de ceux que j'aime restant la base friable de mon engagement politique. Mais il n'y a pas que deux plans, j'ai essay&#233; de parler ici du plan d'espace disconvenant et du plan de lieux de convenance ; des plans d'expression libres et des plans de paroles autonomes ; aujourd'hui, je r&#233;sume l'autonomie &#224; la capacit&#233; de faire non, sur fond d'un &#171; grand oui &#187; : pouvoir s&#233;lectionner ce qui m'arrive, ne pas c&#233;der &#224; la moindre sollicitation des puissances ext&#233;rieures ou de mes puissances pulsionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et j'aimerais finir ce texte en disant que je ne me sens ni responsable ni fier de mon engagement politique. Si la libert&#233; pose probl&#232;me, c'est au moins depuis Nietzsche et sa critique de la responsabilit&#233;, comme construction morale. Selon lui, on a invent&#233; la responsabilit&#233; pour pouvoir juger, pour pouvoir dire &#224; celui qui g&#232;ne la soci&#233;t&#233; ou le groupe : &#171; tu aurais pu faire autrement, tu &#233;tais libre, mais tu as mal choisi. &#187;. Je pr&#233;f&#232;re me dire que je fais ce que je fais par rapport aux rencontres que j'ai connues, et aux directions vers lesquelles m'ont port&#233;e mes affects. Et Amor fati. Je peux assumer mes actes, mais pour &#234;tre responsable, je laisse cela aux juges, qu'ils soient fonctionnaires du minist&#232;re de la justice ou badauds. J'assume mais sans fiert&#233;, car je ressens le probl&#232;me de la gloire ressentie par le sentiment de sup&#233;riorit&#233; politique ; gloire de la diff&#233;rence qui ne fait qu'attiser en soi ce que l'on combat (12). Gloire politique quand on croit avoir mieux compris le monde et ses relations. Alors qu'on ne fait que voir par une autre lorgnette, qu'on prend d'autres lignes de fuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Avec toujours cette impression de vouloir acc&#233;l&#233;rer le temps, d'abr&#233;ger l'attente r&#233;volutionnaire. Vouloir le grand soir tout de suite maintenant. Vouloir ressentir la gloire de celui qui aura men&#233; l'action d&#233;cisive, qui restera, comme sujet-groupe, dans les livres d'histoire. Mais la r&#233;volution ne se d&#233;cide pas. Elle se fait, c'est-&#224;-dire se construit. Ce qui compte, ce n'est pas l'apr&#232;s r&#233;volution, ni le pendant, mais d'&#234;tre attentif &#224; comment la sauce a pris - devenir-r&#233;volutionnaire : qui fait quoi quand la tension monte, dans les deux camps...? Ce qui compte dans le mouvement d'autonomie, c'est qu'&#224; aucun moment on ne puisse se dire autonome comme on voudrait se croire libre. Je vois de belles latitudes dans le sentiment d'autonomie...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Enfin, l'ennemi majeur, l'adversaire strat&#233;gique (alors que l'opposition de L'Anti-&#338;dipe &#224; ses autres adversaires constitue plut&#244;t un engagement tactique) : le fascisme. Et non seulement le fascisme historique de Hitler et de Mussolini - qui a su si bien mobiliser et utiliser le d&#233;sir des masses - , mais aussi le fascisme qui est en nous tous, qui hante nos esprits et nos conduites quotidiennes, le fascisme qui nous fait aimer le pouvoir, d&#233;sirer cette chose m&#234;me qui nous domine et nous exploite. Comment faire pour ne pas devenir fasciste m&#234;me quand (surtout quand) on croit &#234;tre un militant r&#233;volutionnaire ? Comment d&#233;barrasser notre discours et nos actes, nos c&#339;urs et nos plaisirs du fascisme ? Comment d&#233;busquer le fascisme qui s'est incrust&#233; dans notre comportement ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
M. Foucault&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
Notes :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;1&lt;/strong&gt; : G. Deleuze : &#171; Vous demandez si les soci&#233;t&#233;s de contr&#244;le ou de communication ne susciteront pas des formes de r&#233;sistance capables de redonner des chances &#224; un communisme con&#231;u comme &#8220; organisation transversale d'individus libres &#8221;. Je ne sais pas, peut-&#234;tre. Mais ce ne serait que dans la mesure o&#249; les minorit&#233;s pourraient reprendre la parole. Peut-&#234;tre la parole, la communication sont-elles pourries. Elles sont enti&#232;rement p&#233;n&#233;tr&#233;es par l'argent : non par accident, mais par nature. Il faut un d&#233;tournement de la parole. Cr&#233;er a toujours &#233;t&#233; autre chose que communiquer. L'important, ce sera peut-&#234;tre de cr&#233;er des vacuoles de non-communication, des interrupteurs, pour &#233;chapper au contr&#244;le. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; 2&lt;/strong&gt; : Deleuze pr&#244;ne l'espace lisse contre le stri&#233;... je ne comprends pas encore ; j'aime penser que le rugueux, le stri&#233;, le montagneux &#233;chappent au contr&#244;le et &#224; la normalisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;3&lt;/strong&gt; :Adorno : &#171; (Huxley) prend &#224; la lettre la m&#233;taphore schopenhau&#233;rienne de la nature produite en s&#233;rie. Des troupeaux fourmillants de jumeaux sont fabriqu&#233;s dans l'&#233;prouvette, cauchemar de doubles &#224; l'infini, tel qu'il fait irruption au grand jour dans la vie quotidienne, dans la p&#233;riode la plus r&#233;cente du capitalisme, avec le sourire normalis&#233;, la gr&#226;ce apprise &#224; la charm school, jusqu'&#224; la conscience standardis&#233;e d'innombrables individus, adapt&#233;e aux industries de la communication. L'ici et maintenant de l'exp&#233;rience spontan&#233;e, rong&#233; depuis longtemps, est priv&#233; de tout pouvoir : d&#233;sormais, les hommes ne sont pas seulement les consommateurs de produits fabriqu&#233;s en s&#233;rie et fournis par les trusts, mais ils semblent eux-m&#234;mes &#234;tre produits par la toute-puissance de ces trusts et avoir perdu leur individualit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;4&lt;/strong&gt; : Le correcteur orthographique d'IBM ne reconna&#238;t pas ces deux mots : biopuce et biom&#233;trique... il me les souligne de son petit rouge dent&#233; et narquois, l'air de dire : &#171; non, non, j'vois pas de quoi vous parlez ... ce doit &#234;tre de la science-fiction... comment &#231;a s'&#233;crit d&#233;j&#224; ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;5&lt;/strong&gt; : Lib&#233;ration sam. 4 d&#233;c : &#171; &#8220;Quand une affaire d&#233;marre, l'analyse du portable est devenue un r&#233;flexe comme l'enqu&#234;te de voisinage&#8221;, explique un officier de gendarmerie. &#8220;La t&#233;l&#233;phonie est impliqu&#233;e dans 99 % de nos enqu&#234;tes de stups et de braquages&#8221;, affirme un commissaire du Nord. Qu'il s'agisse de d&#233;terminer un emploi du temps, un itin&#233;raire ou un r&#233;seau de relations, l'&#233;tude des appels t&#233;l&#233;phoniques fixes et mobiles est devenue &#8220;un recours quasi syst&#233;matique&#8221;, selon un magistrat. &#187; (...) &#171; Le r&#233;seau GSM est pr&#233;cieux pour les micros espions. Il suffit d'une puce t&#233;l&#233;phonique, la carte SIM et d'un peu de technique pour permettre &#224; un micro espion de fonctionner sur le r&#233;seau du portable. Les enqu&#234;teurs peuvent donc l'&#233;couter en toute l&#233;galit&#233; en composant un simple num&#233;ro t&#233;l&#233;phonique et profiter ainsi d'une meilleure couverture qu'un micro classique. &#187; (...) &#171; La tra&#231;abilit&#233; t&#233;l&#233;phonique a &#233;videmment un co&#251;t : 70 millions d'euros sur les 400 millions de frais de justice (analyses ADN, frais de fourri&#232;re et de scell&#233;s...) engag&#233;s l'ann&#233;e derni&#232;re par la chancellerie. &#8220;C'est le poste de d&#233;penses qui augmente le plus, explique un haut fonctionnaire. 70 millions d'euros en 2003 contre 35 millions d'euros en 2002.&#8221; Les op&#233;rateurs en t&#233;l&#233;phonie mobile sont extr&#234;mement peu diserts sur les r&#233;quisitions judiciaires : ils ne communiquent ni leurs nombres, ni leurs tarifications. &#8220;On applique la loi du 18 juillet 1991, on a une cellule qui s'occupe des r&#233;quisitions judiciaires&#8221;, indique-t-on chez Bouygues T&#233;l&#233;com. (...) &#187;. Et il ne faudrait pas penser que ce type d'intrusions se r&#233;sume aux suspects de terrorisme ou de grand banditisme, puisqu'on peut utiliser les informations priv&#233;es pour un simple fait divers : &#171; Marie Leblanc trahie par son t&#233;l&#233;phone. Marie Leblanc, 23 ans, avait imagin&#233; un luxe de d&#233;tails pour d&#233;crire aux policiers son agression imaginaire dans le RER D. Mais elle n'avait pas pr&#233;vu que son t&#233;l&#233;phone s&#232;merait le doute parmi les enqu&#234;teurs. Le 9 juillet 2004, cette jeune femme affirmait &#234;tre mont&#233;e vers 9 h 30 dans le RER D en gare de Louvres (Val-d'Oise) avec son b&#233;b&#233; &#226;g&#233; de 13 mois. Selon ses d&#233;clarations, six jeunes gens d'origines maghr&#233;bine et africaine, dont trois arm&#233;s de poignards, l'avaient bouscul&#233;e et lui avaient vol&#233; son sac. Elle affirmait que ses agresseurs, persuad&#233;s qu'elle &#233;tait juive, lui avaient taillad&#233; les cheveux, lac&#233;r&#233; jean et tee-shirt, lui griffant la peau de leurs lames et dessinant au marqueur noir des croix gamm&#233;es sur son ventre. Elle avait indiqu&#233; aux policiers avoir quitt&#233; le RER &#224; la gare de Garges-Sarcelles (Val-d'Oise), o&#249; elle avait pr&#233;venu son compagnon depuis son t&#233;l&#233;phone portable. Dans un premier temps, les enqu&#234;teurs &#233;pluch&#232;rent les bandes vid&#233;o du RER sans retrouver la trace d'&#233;ventuels agresseurs. Ils &#233;tablirent ensuite que la jeune femme n'avait pas t&#233;l&#233;phon&#233; de son portable de la gare de Garges-Sarcelles mais de Louvres, dans le Val-d'Oise. J. D. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;6&lt;/strong&gt; : De m&#234;me que les soci&#233;t&#233;s post-disciplinaires ne sont pas celles qui sont sorties des modes disciplinaires de dressage mais qui les ont incorpor&#233;es jusqu'&#224; ne plus les noter. Les cours aujourd'hui dispens&#233;s sur Foucault n'ont pas besoin de mat&#233;riel pour illustrer leur propos : ils se d&#233;roulent dans les m&#234;mes salles de classe, avec le m&#234;me dispositif panoptique et vertical, avec les m&#234;mes rapports au savoir que ceux d&#233;nonc&#233;s par Foucault. Foucault capitalis&#233; et illustr&#233; dans les modes de restitution de son apport.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;7&lt;/i&gt; : Libre UMP, qui fait voter &#233;lectroniquement... &#171; J'ai besoin de jeunes libres, pas de jeunes &#224; qui on explique ce qu'ils doivent penser&#034;, a d&#233;clar&#233; Sarkozy, avant de remercier son &#171; arm&#233;e de militants &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;8&lt;/strong&gt; : Lib&#233;ration sam. 4 d&#233;c : &#171; Le procureur de la R&#233;publique de Meaux, Ren&#233; Pech, a ouvert vendredi une information &#224; l'encontre de trois agents de la surveillance g&#233;n&#233;rale (Suge) de la SNCF pour &#8220;violences volontaires &#187; ayant caus&#233; une interruption de travail de plus de huit jours &#8220;par personnes charg&#233;es d'une mission de service public en r&#233;union&#8221;. Les trois ont &#233;t&#233; mis en examen, et l'un d'eux a &#233;t&#233; &#233;crou&#233;. Ce sont eux qui, apr&#232;s ce qu'ils appellent &#8220;une neutralisation&#8221;, auraient exp&#233;di&#233; &#224; l'h&#244;pital [Abdelkadder,] un jeune homme de 21 ans dans le coma, avec une fracture du cr&#226;ne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;9&lt;/strong&gt; : On nous rab&#226;che notre anti-am&#233;ricanisme, sans cesse contredit par l'accumulation de pratiques directement &#233;tats-uniennes. Cf la mauvaise conscience que voudrait nous inculquer les juges de l'Intelligentsia, &#8220;vous &#234;tes coupables de racisme envers les am&#233;ricains&#8221; ; mais ces intellectuels m&#233;diatis&#233;s ne parlent que pour la poign&#233;e de r&#233;els anti-am&#233;ricains d&#233;biles de France. En mettant tout le monde dans le m&#234;me anti-am&#233;ricanisme, on condamne toute critique v&#233;h&#233;mente envers la politique am&#233;ricaine. La seule bravade autoris&#233;e &#233;tant : &#8220;Ah oui ils assassinent et envahissent, ils bafouent leurs droits civiques, ils construisent ECHELON et la NSA, et des armes nucl&#233;aires miniatures, mais bon &#231;a va c'est le pays de la libert&#233;, si les Ricains n'&#233;taient pas l&#224;...&#8221; Sans compter qu'en faisant porter le d&#233;bat sur les Etats-Unis, on &#233;vite de regarder la politique fran&#231;africaine meurtri&#232;re, les abus policiers ou vigiliers fran&#231;ais, etc. &lt;br class='autobr' /&gt; A noter que les Etats-Unis commencent &#224; envoyer des robots arm&#233;s de mitraillettes en Irak, &#224; la place de soldats. Voir le journal t&#233;l&#233;vis&#233; d'Euronews, &lt;a href=&#034;http://www.euronews.net&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.euronews.net&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;10&lt;/strong&gt; : Philippe Mallein a cr&#233;&#233; Ad-Valor, une entreprise qui propose des services d'acceptabilit&#233; : quand un produit de nouvelle technologie risque de subir une critique, comme ce fut le cas pour les O.G.M., Mallein et son &#233;quipe lancent un protocole sociologique cens&#233; faire accepter plus lentement mais plus s&#251;rement l'innovation aux destin&#233;es &#233;thiques ambigu&#235;s. Ses client sont E.D.F., Danone, Bouygues, etc. et des anonymes pour qui il fait des &#171; Expertise d'usage sur un syst&#232;me de bracelet &#233;lectronique pour la surveillance d'enfant &#187;. Allez voir son site...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;11&lt;/strong&gt; : G. Deleuze, &#171; Le vieux fascisme si actuel et si puissant qu'il soit dans beaucoup de pays, n'est pas le nouveau probl&#232;me actuel. On nous pr&#233;pare d'autres fascismes. Tout un n&#233;o-fascisme s'installe par rapport auquel l'ancien fascisme fait figure de folklore. (...) Au lieu d'&#234;tre une politique et une &#233;conomie de guerre, le n&#233;o-fascisme est une entente mondiale pour la s&#233;curit&#233;, pour la gestion d'une &#8220;paix&#8221; non moins terrible, avec organisation concert&#233;e de toutes les petites peurs, de toutes les petites angoisses qui font de nous autant de micro-fascistes, charg&#233;s d'&#233;touffer chaque chose, chaque visage, chaque parole un peu forte, dans sa rue, son quartier, sa salle de cin&#233;ma. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;12&lt;/strong&gt; : Quand Nietzsche parle de pathos de la distance, il pense aux pairs, ce n'est pas une question de sup&#233;riorit&#233; mais de convenance d'organisation pulsionnelle. Le sentiment de tenir une diff&#233;rence, de tenir une place, d'aimer la d&#233;fendre et continuer &#224; la cr&#233;er, par la surprise des rencontres convenantes. On n'a pas besoin des conseils de personnes qui se sentiraient sup&#233;rieures, pas de consultants, mais de strat&#233;gies &#233;labor&#233;es en commun pour augmenter notre puissance ou du moins &#233;laborer et faire vivre nos d&#233;sirs au lieu de les inhiber et de les entraver trop. Un &#233;paississement intensif de l'affectivit&#233; et non une d&#233;sorganisation pulsionnelle qui veut tout sans rien vouloir vraiment. Mais pour cela, il me semble que l'&#233;preuve consiste &#224; vouloir sentir des affects, non pas contradictoires et emm&#234;l&#233;s, - mais contrari&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;MILANO CENTRALE
&lt;p&gt;Contre-po&#233;sie du Chat&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Leurs demandes sont floues, prohib&#233;es par la clart&#233; de nos slogans. En certains endroits nouveaux de la grande ville, il n'est de salut que leur chute. &lt;br&gt;
Nos pupilles pulv&#233;risent leurs yeux glabres. Un matin, le rajout de couleurs vives fut d&#233;cid&#233; unanimement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que fait le sans-toit ?&lt;br&gt;
Il suinte des bancs publics telle une plante grasse.&lt;br&gt;
La parole ?&lt;br&gt;
Plus saoule que les soldats russes apr&#232;s la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bavardage est pris de grippe. Il dit ce qu'une putain ne dirait pas. Les danseuses ont un regard de mort.&lt;br&gt;
Une petite pluie &#224; roulettes d&#233;ferle sur les pav&#233;s. En dedans, nous devenons &#224; peu pr&#232;s des gens de maison.&lt;br&gt;
Le plastique cr&#232;ve le bois. On tousserait bien une centaine de mygales, pour jouer &#224; les regarder d&#233;taler sur la ferraille.&lt;br&gt;
Pourquoi ne pas rompre le dos d'un vieux, et s'en faire un si&#232;ge ?&lt;br&gt;
Les lutins de gare sont plus humides que les corniches moisies de l'H&#244;tel Moderne.&lt;br&gt;
Les agents suivent d'ing&#233;nieux carrosses emplis de sucre, qui roulent sur nos pieds. &lt;br&gt;
Le marbre pr&#234;t&#233; par la municipalit&#233; susurre des boiteries et des ulc&#232;res, des lumbagos et des rages de dents. Les rigoles de pisse, s'il ne gelait, auraient bien la vulgarit&#233; de l'&#233;clat. Ensemble, nous m&#226;chons des piments lisses, vitamin&#233;s, au go&#251;t de violette.&lt;br&gt;
Les grands-parents sont pl&#226;tr&#233;s sur les &#233;tag&#232;res de tous les buffets de France, &#224; c&#244;t&#233; du passe-plat. C'est pourquoi nous pensons qu'il est dans votre int&#233;r&#234;t de ne pas agir.&lt;br&gt;
Ah les imbus, les propres ! Les enregistrements &#224; court et &#224; long terme !&lt;br&gt;
Il a &#233;t&#233; dit que demain &#224; l'aube trente veuves disputeraient le marathon de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dort &#224; mes c&#244;t&#233;s le dernier voyageur d'Europe. &lt;br&gt;
Nous avons parl&#233; de toi.&lt;br&gt;
Nous nous sommes tenus sur la br&#232;che, o&#249; l'aube et le cr&#233;puscule se disputent les contraires.&lt;br&gt;
Tu nous as demand&#233; de compter les habitants de Milano Centrale, entre le Jour du Seigneur et le premier rendez-vous de la semaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;compte du 17 octobre, 2 : 59.&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Moribonds : 7&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Colleurs d'affiches, pr&#233;parant l'arriv&#233;e des Acheteurs : 12
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; R&#233;fugi&#233;s, sains, avec bagages : 19
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Voyageurs et/ou rateurs de train : 6
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Curieux : 1
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Manutentionnaires de caisses m&#233;talliques, de chariots, avec musique : 0
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Policiers et gendarmes : 40
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Chats : 0.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 : 30. Retour de la voix qui annonce et qui d&#233;nonce. &lt;br&gt;
Nous avions &#224; pr&#233;sent la mine roussie et le bras cass&#233; de l'extincteur.&lt;br&gt;
Nous avons pris note de ta proposition selon laquelle est &#224; chercher ce qui n'existe pas encore. Nous disons : s'il faut murmurer quelque belle parole, qu'elle fasse route entre la marchande de loto et l'homme au costume gris, entre les Erythr&#233;ennes endormies et le fr&#232;re qu'elles attendent, qu'elle se dissipe entre deux hommes semblables.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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