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		<title>Au Biribi des gosses</title>
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		<dc:date>2007-07-05T01:16:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Zo d'Axa</dc:creator>


		<dc:subject>Prison, justice, r&#233;pression</dc:subject>
		<dc:subject>Petit peuple du cagibi (Grenoble)</dc:subject>
		<dc:subject>Critiques de l'&#226;gisme et de l'&#233;ducation</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Deux articles parus dans &lt;i&gt;La Feuille&lt;/i&gt;, journal &#233;dit&#233; par Zo d'Axa, suivis d'un extrait du r&#233;cit &lt;i&gt;De Mazas &#224; J&#233;rusalem&lt;/i&gt;, puis d'une notice bibliographique sur l'auteur, de la plume de B&#233;atrice Arnac d'Axa. &lt;i&gt;La Feuille&lt;/i&gt; est &#233;dit&#233;e de 1897 &#224; 1899, reprise dans une antologie, &lt;i&gt;Les feuilles&lt;/i&gt;, Paris, 1900. Les illustrations sont de Luce et Steinlein.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique6" rel="directory"&gt;B&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot20" rel="tag"&gt;Prison, justice, r&#233;pression&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot56" rel="tag"&gt;Petit peuple du cagibi (Grenoble)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot57" rel="tag"&gt;Critiques de l'&#226;gisme et de l'&#233;ducation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH150/arton452-3e86b.png?1780541820' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff452.gif?1182354646&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#034;&lt;i&gt;Le coll&#232;ge ! premi&#232;re prison, lit de Procuste universitaire, entra&#238;nement pour les casernes, petite soci&#233;t&#233; si laide qu'y germe la Soci&#233;t&#233;.&lt;/i&gt;&#034;&lt;br&gt;
Zo d'Axa, in &lt;i&gt;La revue blanche&lt;/i&gt; (Paris, 1895, premier semestre)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Enfants martyrs&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'autre jour, devant la vitrine d'un p&#226;tissier, un gar&#231;onnet, chaudement v&#234;tu, auquel sa maman refusait une troisi&#232;me tarte &#224; la cr&#232;me, se mit &#224; crier :&lt;br class='manualbr' /&gt;- Je meurs de faim !&lt;br class='manualbr' /&gt;La foule s'ameuta tr&#232;s vite, et les comm&#232;res du quartier, trois concierges, deux cuisini&#232;res et une marchande de poisson, invectiv&#232;rent la maman. Elles l'auraient battue s&#251;rement, si la bonne dame, prise de peur, ne s'&#233;tait enfin d&#233;cid&#233;e &#224; faire emplette, pour le gamin, d'une demi-douzaine de g&#226;teaux. L'enfant, sans doute, en fut quitte pour une bonne indigestion.&lt;br class='manualbr' /&gt;La gosse avait fait chanter sa m&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'enfant martyr est &#224; la mode. Depuis le petit Pierre et les Deux Gosses, la fibre populaire tressaille... et un papa assez os&#233; pour tirer l'oreille d'un marmot est d&#233;nonc&#233; par son pipelet. La moindre pichenette au bambin &#233;meut les voisins, belles &#226;mes qui croient de leur devoir civique d'&#233;crire des lettres au commissaire. Un usage enracin&#233; veut, d'ailleurs, que toutes ces lettres, des voisins comme des concierges, soient prudemment anonymes. Il y a ainsi de basses vengeances qui trouvent moyen de s'exercer. Il y a surtout la d&#233;lation, qui est un plaisir bourgeois.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les loupiots, qui avant de lire les journaux, les ont entendu &#226;nonner et commenter en famille, ont appris, par les faits-divers, que, contre tout m&#233;chant traitement, la Soci&#233;t&#233; les prot&#233;geait.&lt;br class='manualbr' /&gt;La Soci&#233;t&#233; ! des grandes personnes, qui ont le droit de punir maman et de mettre papa en p&#233;nitence. La Soci&#233;t&#233; ! s'ils savaient...&lt;br class='manualbr' /&gt;Eh bien ! nous allons le dire, le montrer &#224; tous, petits et grands, ce qu'elle fait, le Soci&#233;t&#233;, la paternelle Soci&#233;t&#233;, des enfants qu'elle prend en tutelle. Voici la maison de correction.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ici l'on souffre, on saigne, on je&#251;ne. Ici l'on tue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; Aniane. Citons des noms, citons des faits. Il faut qu'un de ces Biribi, lugubre autant que ceux d'Afrique, plus poignant, peut-&#234;tre, puisqu'on y tenaille de la chair encore pu&#233;rile, apparaisse dans son jour sinistre. C'est autre chose qu'un article &#224; faire. Et c'est mieux qu'un r&#233;quisitoire. Ce devrait &#234;tre un proc&#232;s-verbal :&lt;br class='manualbr' /&gt;Aniane, colonie p&#233;nitentiaire. Directeur : M. Naret. M&#233;decin : M. Rouveyrolis. Quatre cents colons : les plus jeunes ont &#224; peine huit ans !&lt;br class='manualbr' /&gt;Cette colonie n'est pas, au reste, pire que les autres : Saint-Hilaire, Douaires, La loge, Eysses, s&#233;vissent sur le m&#234;me mod&#232;le. Mais c'est d'Aniane que je veux parler, en mettant les points sur les i - en mettant les noms sur les morts.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il s'appelait Vaillanberg, celui-ci ; il avait dix-sept ans. Jet&#233; en cellule pour une tentative d'&#233;vasion, l'enfant tomba sous la coupe d'un gardien qui l'avait en haine. Ce gardien, ce fonctionnaire, ce tortionnaire nomm&#233; P&#233;rial, poussa l'ignominie au point de priver sa victime de la portion de nourriture accord&#233;e aux enfants punis : une soupe tous les quatre jours.&lt;br class='manualbr' /&gt;P&#233;rial vida dans les latrines la gamelle du petit martyr.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pendant trois semaines, le malheureux v&#233;cut au r&#233;gime d'une mince tartine de pain que, chaque jour, on lui lan&#231;ait. Et, des cellules voisines, ses petits camarades l'entendirent, de longues nuits, sangloter en demandant &#224; manger.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Par piti&#233; ! par piti&#233;, j'ai faim...&lt;br class='manualbr' /&gt;Le matin du vingt et uni&#232;me jour, on le trouva mort dans sa cellule - avec, aux dents, des d&#233;bris de pl&#226;tre que l'enfant avait m&#226;chonn&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, ce n'est l&#224; qu'un assassinat dont le directeur, je dois le reconna&#238;tre, se montra lui-m&#234;me affect&#233;. M. Naret bl&#226;ma le gardien.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il n'y eut pas, toutefois, d'enqu&#234;te.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce bl&#226;me directorial, ce bl&#226;me public d'un gardien devant les enfants assembl&#233;s, &#233;tait d'ailleurs sans pr&#233;c&#233;dent dans les annales de la Colonie.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le scandale n'alla pas plus loin.&lt;br class='manualbr' /&gt;Par exemple, ce que M. Naret, d'accord avec le r&#232;glement, n'appelle pas un scandale, trouve naturel et congru, c'est le r&#233;gime cellulaire, appliqu&#233; selon le tarif : une soupe tous les quatre jours, nous l'avons dit, plus une demi-boule de son chaque matin - 500 grammes de pain : son et paille.&lt;br class='manualbr' /&gt;Tel est l'ordinaire fix&#233; pour les jeunes &#034;colons&#034; punis.&lt;br class='manualbr' /&gt;Et notez que les petits &#234;tres que l'on soumet &#224; ce r&#233;gime, ont &#233;t&#233; punis le plus souvent pour des fautes dans le genre de celles-ci : ils ont caus&#233; pendant le travail. Ils ont ri pendant le repos. Ils ont ri...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pauvres gamins de nos rues qui couraient l'&#233;cole buissonni&#232;re, jeunes vagabonds sans famille, qu'arr&#234;ta le sergot, un soir, et que, le lendemain, un magistrat d&#233;p&#234;cha sur la Colonie, pour y attendre leurs vingt ans... Ils ont ri !&lt;br class='manualbr' /&gt;Peut-&#234;tre bien &#233;tait-ce dans les premiers jours de leur incarc&#233;ration, &#233;tonn&#233;s, presque inconscients, ne se rendant pas compte encore, amus&#233;s de la mascarade qui tout &#224; coup, les d&#233;figure. D&#232;s leur arriv&#233;e, en effet, on les affuble d'un costume fabriqu&#233; de pi&#232;ces en deux couleurs : une manche, un c&#244;t&#233; de la veste est bleu, l'autre c&#244;t&#233; blanc. De m&#234;me pour le pantalon : une jambe est blanche, l'autre est bleue.&lt;br class='manualbr' /&gt;Puis, le perruquier s'empare d'eux et s'occupe de leur coiffure : une raie, d'abord, au milieu. Le rasoir fait tomber, ensuite, la moiti&#233; de la chevelure. &#192; droite le cr&#226;ne appara&#238;t comme afflig&#233; de pelade, tandis que des m&#232;ches insoumises se dressent sur le c&#244;t&#233; gauche...&lt;br class='manualbr' /&gt;Et les petits s'en vont ainsi, matricul&#233;s et fl&#233;tris. Ils vont, blancs et bleus, chauves &#224; demi, tels des arlequins l&#233;preux, des pauvres pantins disloqu&#233;s...&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils vont vers les ateliers o&#249; ce sera les travaux forc&#233;s.&lt;br class='manualbr' /&gt;Charrons, menuisiers, ferblantiers, les enfants besognent d&#232;s le petit jour, sous les ordres d'une &#233;quipe de brutes, qui les harc&#232;lent et les b&#226;tonnent.&lt;br class='manualbr' /&gt;Comme repos, ou plut&#244;t en guise d'&#233;ducation morale, on leur fait, une fois par semaine, faire l'exercice du fusil. On leur apprend aussi la boxe.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les enfants qui sont maladroits, durant les le&#231;ons d'ensemble, se perfectionnent en cellule o&#249; les gardiens ne manquent jamais de leur infliger (boxe et chausson) quelques le&#231;ons particuli&#232;res. Coups de poing, coups de pied, toutes les formes connues de passage &#224; tabac, avec quelques raffinements, sont l'habituelle distraction de cette chiourme d&#233;soeuvr&#233;e, atteinte de d&#233;lire sadique.&lt;br class='manualbr' /&gt;Au mois d'ao&#251;t de cette ann&#233;e, le jeune Tissier &#233;tait en cellule depuis une huitaine de jours lorsque le perruquier accompagn&#233; d'un gardien vint pour le raser &#224; l'ordonnance. Le pauvre petit avait &#233;t&#233;, au cours de la semaine, si bien trait&#233; qu'il avait des trous dans la t&#234;te.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le savon du perruquier, mordant le cr&#226;ne mis &#224; vif, causait si cruelle douleur que l'enfant ne retenait plus ses cris.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est alors que pour le faire taire, le surveillant Berlinguy, pendant qu'on rasait Tissier, se mit &#224; le frapper, sous le menton, avec la bo&#238;te &#224; rasoir !&lt;br class='manualbr' /&gt;Le patient eut un sursaut, et le rasoir du perruquier taillada dans le cuir chevelu...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pourrais narrer encore maintes &#233;difiantes anecdotes qui datent d'hier... et de l&#224;-bas.&lt;br class='manualbr' /&gt;Seraient-elles capables d'&#233;mouvoir les singuliers amateurs pour lesquels les quotidiens maintiennent et truquent, en permanence, la rubrique des &#034;enfants martyrs&#034; ? Je ne sais. Certain publique ne vibre qu'au roman-feuilleton. Le strict expos&#233; des faits ne sollicite que rarement ses troubles sensibleries. Ceux qu'on appelle les &#034;honn&#234;tes gens&#034; n'aiment pas voir mettre en cause cette m&#233;g&#232;re : la Soci&#233;t&#233; !&lt;br class='manualbr' /&gt;Et c'est elle que je tra&#238;ne ici.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce n'est plus un cas sp&#233;cial, grossi par la malveillance et exploit&#233; par la presse - comme l'aventure r&#233;cente de ce m&#233;nage sans travail qui nourrissant mal sa nich&#233;e, et que le bourgeois de l'entre-sol accus&#232;rent d'&#234;tre des bourreaux...&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est la Loi, l'Administration, responsable d&#232;s l'origine. C'est l'&#201;tat, premier coupable de ce qui se passe dans ses ge&#244;les, dans ses maisons de correction, se colonies p&#233;nitentiaires - conservatoires d'enfants fl&#233;tris, p&#233;pini&#232;res de petits martyrs.&lt;br class='manualbr' /&gt;J'y reviendrai, s'il le faut, si l'on ne fait rien pour ces petits, si l'ont tarde &#224; v&#233;rifier l'exactitude des renseignements puis&#233;s aux sources sanglantes. Les faits fourmillent, tragiques.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pouss&#233;s &#224; bout, des enfants tentent de se pendre ou de se noyer. Frileux, un gar&#231;on de treize ans, a le bras cass&#233; d'un coup de b&#226;ton par le surveillant Dumas. Le jeune R&#233;mond meurt d'&#233;puisement &#224; peine sorti de cellule...&lt;br class='manualbr' /&gt;En cette minute, dans les cachots, d'autres enfants crient : au secours !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour tous motifs, il n'importe, les petits ont &#233;t&#233; punis. Ils n'iront pas &#224; l'atelier, ils ne coucheront plus au dortoir.&lt;br class='manualbr' /&gt;Et cela durera des semaines - selon le tarif et la R&#232;gle.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nu-pieds, dans la cellule humide, l'enfant, les huit premiers jours, a les bras li&#233;s derri&#232;re le dos. Des menottes lui serrent les poignets. Huit jours ! Sans tr&#234;ve, sans r&#233;pit, sans qu'on le d&#233;tache un moment. Mais comprend-on ? Mais sait-on lire ? Sait-on sentir ? Veut-on penser : je dis huit jours, je dis huit nuits ! les bras rejet&#233;s en arri&#232;re, maintenus par le cha&#238;nette froide.&lt;br class='manualbr' /&gt;Allons ! les mains derri&#232;re le dos. Essaye une minute, lecteur. Sors la poitrine, efface l'&#233;paule...&lt;br class='manualbr' /&gt;Huit fois vingt-quatre heures ainsi. Sans sommeil, sans repos possible aux heures des nuits interminables. Et d&#233;fense durant les jours de s'accoter le long du mur. Attention ! le gardien passe... gare &#224; tes pieds, pauvre gosse, &#224; tes pieds nus que les surveillants d&#233;chirent du talon de leurs bottes.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le gardien t'a jet&#233; un pain.&lt;br class='manualbr' /&gt;Baisse-toi, d&#233;chiqu&#232;te, mange en chien... Quand ce sera jour de gamelle, tu la prendras avec les dents.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour d'autres besoins, on t'aidera... si tu es sage, si on a le temps. Ne pleure pas ! N'appelle pas : maman ! C'est le gardien qui va venir...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout de la semaine, le jeu change.&lt;br class='manualbr' /&gt;On &#244;te cadenas et menottes. Les bras raidis, ankylos&#233;s, ne retombent pas le long du corps. Alors, par petites saccades, le gardien les ram&#232;ne &#224; lui - et pour huit nouvelles journ&#233;es remet les menottes en avant.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;***&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;J'attends maintenant le d&#233;menti. Les enfants montreront leurs bras...&lt;br class='manualbr' /&gt;Bras d&#233;charn&#233;s, poignets bleuis. Et les visages &#233;maci&#233;s... C'est &#224; Aniane. _ Qu'on aille voir !&lt;br class='manualbr' /&gt;Aniane, Biribi des gosses, o&#249; l'on plagie la crapaudine, o&#249; les gardiens sont des chaouchs, o&#249; les cellules riment aux silos.&lt;br class='manualbr' /&gt;Lorsqu'ils sortent de ces tombeaux, l'oeil vague, l'&#234;tre bris&#233;, les enfants n'ont gu&#232;re envie de faire des niches aux gardiens.&lt;br class='manualbr' /&gt;- &#199;a les dresse, disent les chaouchs.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les petits retournent au travail, longeant les murs, &#224; pas menus... , si faibles, si chancelants que suivant le mot de l'un d'eux, dont j'entends encore la voix :&lt;br class='manualbr' /&gt;Un coup de vent les fout par terre...&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Au Biribi des gosses&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;J'ai dit qu'&#224; la colonie p&#233;nitentiaire d'Aniane, par le b&#226;ton et par la faim, on fait mourir des enfants.&lt;br class='manualbr' /&gt;On me r&#233;pond que ces enfants ne sont pas v&#234;tus comme je l'indique !&lt;br class='autobr' /&gt;
L'odieuse livr&#233;e bicolore, bleue d'un c&#244;t&#233;, blanche de l'autre, la tonsure d'un c&#244;t&#233; de la t&#234;te, sont exceptionnelles seulement. C'est l'Administration qui le pr&#233;tend. On ne rase que les &#034;fortes t&#234;tes&#034;. On ne d&#233;guise en arlequin, on ne marque, on n'avilit que les plus indisciplin&#233;s : ceux qui s'&#233;vadent ou qu'on suppose avoir l'intention de s'&#233;vader. Combien sont-ils donc ceux-l&#224; qu'une pens&#233;e d'&#233;vasion travail, combien sont-ils qui, las de souffrir, r&#234;vent de s'enfuir par les routes, loin de la ge&#244;le o&#249; l'on prive de pain, loin des cellules o&#249; les menottes, jours et nuits, tenaillent la chair ? Un seul jour, ils partirent dix-huit. Une autre fois, cent cinquante tent&#232;rent de gagner l'air libre...&lt;br class='manualbr' /&gt;Wayenberge, dont j'ai dit la mort, (on me reproche d'avoir mal orthographi&#233; son nom) n'aurait pas &#233;t&#233;, un matin, trouv&#233; roide dans sa cellule avec, aux dents, des d&#233;bris de pl&#226;tre, m&#226;chonn&#233; pour tromper la faim. Nous rectifions. C'est du chlore qu'afin de mourir, le pauvre gosse avait absorb&#233; - le chlore qu'au fond du baquet on met comme d&#233;sinfectant.&lt;br class='manualbr' /&gt;Apr&#232;s cela, tout est exact : les coups de pied, les coups de b&#226;ton, faces meurtries et bras cass&#233;. En vain l'Administration essaie de se disculper. On ne peut plus nier que les enfants punis n'aient qu'une soupe tous les quatre jours. Il faudra reconna&#238;tre que ces petits, la chevelure &#224; moiti&#233; ras&#233;e, les mains li&#233;es derri&#232;re le dos, d&#233;filent une honteuse parade, devant leurs camarades r&#233;unis. Affubl&#233;s du costume grotesque, pieds nus dans les grands sabots, ils vont le pas incertain ; souvent le poing d'un gardien pr&#233;cipite leur marche ind&#233;cise ; ils tr&#233;buchent, se redressent, ils passent les petits enfants d&#233;grad&#233;s. Et les autres, les camarades, fix&#233;s dans le rang, les yeux rouges, se disent : les reverrons-nous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'heure o&#249; paraissent ces lignes, un d&#233;put&#233;, M. Fourni&#232;re, apporte devant la Chambre l'ensemble des faits et des preuves. Parmi les pi&#232;ces &#224; conviction, il y a des lettres de d&#233;tenus, il y en a m&#234;me de gardiens - les t&#233;moins ne sont pas anonymes. Sans doute Fourni&#232;re lira cette lettre que je publie, telle quelle, ici ; elle &#233;mane d'un jeune &#034;colon&#034; rendu &#224; la vie depuis peu et qu'hier je ne connaissais pas. Avec dix autres, aujourd'hui, l'enfant est pr&#234;t &#224; parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paris, le 23 novembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monsieur,&lt;br class='manualbr' /&gt;J'ai lu la Feuille, intitul&#233;e l'Enfant martyr, dans laquelle vous d&#233;voilez sous les yeux du public les abominables tortures que les enfants subissent &#224; Aniane.&lt;br class='manualbr' /&gt;Eh bien, ce que vous racontez est v&#233;ridique, puisqu'&#224; l'&#233;poque o&#249; se passaient toutes ces infamies j'&#233;tais encore le pensionnaire du cruel bourreau qui dirige ce lieu de torture. J'ai connu toutes les victimes dont parle votre feuille, et particuli&#232;rement Tissier. Je peux vous affirmer que les gardiens, notamment Berlingu&#233;, l'ont frapp&#233; jusqu'&#224; ce qu'il tombe, et une fois par terre ils s'acharnaient encore sur lui.&lt;br class='manualbr' /&gt;Tenez, moi qui justifie les faits que vous avez la franchise de d&#233;voiler, je vais vous en raconter un qui rien que d'y penser vous fait fr&#233;mir d'horreur.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le 1er novembre 1897, un jeune pupille, ayant &#224; se plaindre de la s&#233;v&#233;rit&#233; des surveillants &#224; son &#233;gard, r&#233;solu d'en finir avec ses souffrances : le soir du m&#234;me jour nous nous trouvions tous r&#233;unis sur la cour, quand tout &#224; coup le bruit d'un corps tombant dans l'eau se fit entendre car il y a un &#233;norme bassin dans la cour). Il y eut parmi nous une minute d'angoisse et comme je me trouvais l&#224; je m'&#233;lance avec plusieurs de mes camarades pour retirer notre ami Leinen (c'&#233;tait le nom du d&#233;sesp&#233;r&#233;), enfin nous parvenons &#224; le retirer. Inutile de vous dire que pendant ce temps aucun des gardiens n'est accouru pour lui porter secours, au contraire, ils raient tous comme des fous.&lt;br class='manualbr' /&gt;Une fois sorti de l'eau Leinen en avait tellement absorb&#233; qu'il avait perdu connaissance. Quand survint le farouche Berlingu&#233; qui, prenant Leinen par une jambe, le tra&#238;na &#224; la salle de police, arriv&#233; l&#224; lui donnant un formidable coup de pied dans les reins le livra au gardien charg&#233; de l'ex&#233;cution de cette torture.&lt;br class='manualbr' /&gt;Tout &#231;a s'&#233;tait pass&#233; devant les yeux de 400 enfants qui, devant ces actes de brutalit&#233;s inou&#239;es, laiss&#232;rent &#233;chapper un murmure d'indignation : moi pour ma part, les larmes me coulaient des yeux.&lt;br class='manualbr' /&gt;Devant de tels faits, nous &#233;tions unanimes &#224; nous r&#233;volter, si bien que le lendemain 18 enfants, parmi lesquels je faisais parti, s'&#233;vad&#232;rent de la colonie dans l'intention d'aller d&#233;poser une plainte &#224; Montpellier. Mais nous n'e&#251;mes pas al chance d'aller jusque l&#224;, les gendarmes, lanc&#233;s &#224; notre poursuite, nous arr&#234;t&#232;rent &#224; 7 ou 8 kilom&#232;tres de la colonie. L&#224;, revolver au poing, ils nous somm&#232;rent de nous rendre. Nous leur r&#233;pond&#238;mes plut&#244;t mourir sur place que d'&#234;tre reconduits &#224; la colonie, et plusieurs d'entre nous d&#233;couvraient notre poitrine en leur criant tirez donc, nous pr&#233;f&#233;rons la mort que de souffrir &#224; la colonie.&lt;br class='manualbr' /&gt;Voyant nos &#233;nergiques r&#233;solutions, le brigadier nous prit par la douceur, et usant d'un stratag&#232;me hypocrite parvint &#224; nous persuader qu'en nous rendant &#224; la gendarmerie nous serions de suite dirig&#233;s sur Montpellier. Bref, apr&#232;s des pourparlers avec le Directeur de la colonie, le brigadier r&#233;solut de nous reconduire &#224; la colonie, ceci avait dur&#233; deux jours, pendant lesquels nous n'avions rien mang&#233;. Bref, on nous passe les menottes et on nous encha&#238;ne de telle fa&#231;on tous ensemble comme un paquet de saucissons, que nous ne pouvions pas marcher. Force leur fut d'amener des voitures pour nous reconduire &#224; la colonie.&lt;br class='manualbr' /&gt;Enfin arriv&#233;s &#224; destination, ils nous ont ras&#233; la t&#234;te et en route pour le cachot o&#249; quatre d'entre nous furent punis &#224; 60 jours, d'autres &#224; 90 jours, et enfin 4, et j'&#233;tais de ces 4 l&#224;, furent punis &#224; 120 jours. Inutile de vous dire que d&#232;s les premiers jours de notre punition la plupart de nous &#233;tait malade.&lt;br class='manualbr' /&gt;On leur donnait un matelas et ils restaient couch&#233;s dans leur cellule.&lt;br class='manualbr' /&gt;Vous ne vous figurerez jamais les tortures, les privations, les vexations que nous avons subit pendant notre s&#233;jour au cachot, surtout quand le surveillant Calverac &#233;tait de service pour nous garder. Ce terrible garde-chiourme, la terreur des petits enfants (car il ne s'en prenait qu'aux petits) &#233;tait redout&#233; de la population o&#249; il ne commettait que des injustices.&lt;br class='manualbr' /&gt;Excusez moi, Monsieur, si je vous retiens si longtemps dans ce chapitre, mais je vous assure que &#231;a vaut la peine de s'occuper de ces pauvres martyrs, qui encore &#224; l'heure actuelle g&#233;missent sous le poids des b&#226;tons, des coups de poing.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour plus ample renseignement je vous prie de vous adressez &#224; moi, soit par lettres ou verbalement, car je suis &#224; votre disposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Nom et Adresse).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'&#233;touffera plus les voix. Aniane ne saurait &#234;tre d&#233;fendu que par l'Administration - et les reporters &#224; sa solde. Sous les d&#233;n&#233;gations attendues qu'osera le pr&#233;sident du Conseil, d&#233;j&#224; perceront des aveux. De partout des faits se confirment. Suspectant l'enqu&#234;te officielle, des journaux voulurent s'informer. On est all&#233; &#224; Aniane. Il faut lire la Fronde d'hier. Le Biribi des Gosses, d&#233;sormais, ne pourra subsister que gr&#226;ce &#224; la complicit&#233; av&#233;r&#233;e du gouvernement.&lt;br class='manualbr' /&gt;Et c'est alors, j'imagine, que les ligues fond&#233;es r&#233;cemment pour d&#233;fendre les droits de l'homme, penseront &#224; ceux de l'enfant. Ma t&#226;che s'arr&#234;te ainsi. Mais faut-il encore qu'on sache que je n'ai choisi Aniane que comme exemple et pour violer, en pr&#233;cisant, l'indiff&#233;rence coutumi&#232;re. Avis aux parlementaires qui seront d&#233;sign&#233;s sans doute pour l'enterrement des contre-enqu&#234;tes. Ce qui se passe &#224; Aniane se passe ailleurs. Cherchez, messieurs. Allez &#224; Eysses, &#224; Saint-Hilaire.&lt;br class='manualbr' /&gt;Demandez qu'on vous montre les poucettes !&lt;br class='manualbr' /&gt;Tout un r&#233;gime est en jeu. Rien n'est chang&#233; depuis Porquerolles. Rien ne sera chang&#233; vraiment tant que les enfants, coupables surtout de mis&#232;re, seront jet&#233;s dans ces ge&#244;les...&lt;br class='manualbr' /&gt;Et que pourrait-on m&#234;me changer ? La Soci&#233;t&#233; b&#226;tie &#224; chaux et &#224; sable, sang et larmes, s'&#233;rige sur ses prisons. On n'en modifie que le style. Il faudrait comprendre et agir, marcher vers la Libert&#233; ! ouvrir la cage aux enfants, donner la becqu&#233;e aux petits... On leur donne le bagne &#224; huit ans !&lt;br class='manualbr' /&gt;Le vieux monde croulera d'un seul coup. O&#249; que l'on projette une lumi&#232;re, il y a de la honte et du sang. C'est la caserne et c'est la ge&#244;le, c'est l'atelier, c'est l'usine ; des balles pour les jeunes soldats, le joug de la mis&#232;re pour le peuple, la torture pour les petits des hommes...&lt;br class='manualbr' /&gt;On s'occupe d'Aniane, passons. Demain nous parlerons d'autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Petites filles&lt;/h2&gt;&lt;center&gt;extrait de De Mazas &#224; J&#233;rusalem, Zo d'Axa, 1895&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;
&#192; Milan, cette apr&#232;s-midi, on jugeait des petites filles.&lt;br class='manualbr' /&gt;Et ce n'&#233;tait pas le triste proc&#232;s de l'enfant surprise sur un banc avec un rigide magistrat, naturellement contumace. &lt;br class='manualbr' /&gt;J'ai vu les d&#233;bats se d&#233;rouler. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il s'agissait d'une manifestation anarchiste o&#249;, parmi des hommes r&#233;solus et des femmes hardies, on avait arr&#234;t&#233; deux fillettes - quatorze et quinze ans. &lt;br class='manualbr' /&gt;Elle &#233;tait, la brune Maria, d'un charme &#233;trange avec son allure d&#233;cid&#233;e de jeune gar&#231;on mauvaise t&#234;te, avec ses boucles de cheveux courts et ses yeux noirs o&#249; se sentait du feu. Elle avait une fa&#231;on de toiser ces Messieurs de la Cour qui constituait une synth&#232;se d'insolence silencieuse, insaisissable - c'&#233;tait mieux que lancer la bottine. &lt;br class='manualbr' /&gt;Et quand elle parlait, ce n'&#233;tait point verbiage qui pr&#234;te aux sourires ; les phrases br&#232;ves disaient quelque chose et tombaient accentu&#233;es d'un geste s&#251;r. &lt;br class='manualbr' /&gt;- Que parlez-vous d'anarchie, grommelait le pr&#233;sident, vous ne savez pas ce que c'est. &lt;br class='manualbr' /&gt;- Alors, vous l'avez mieux &#233;tudi&#233;e, vous, l'anarchie ? Elle existe donc. Et me l'enseignerez-vous ? &lt;br class='manualbr' /&gt;Non, petite, on ne t'enseignera rien ! La r&#233;volte est d'instinct. &lt;br class='manualbr' /&gt;Et la th&#233;orie est trop souvent pu&#233;rile. Tu sais tout si tu sens la souillure de vivre la vie b&#234;te. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ernesta Quartiroli, plus jeune d'un an, n'est pas d'une physionomie moins caract&#233;ristique. Sa beaut&#233; naissante est grave - &#233;nigmatique. Et ce serait une fi&#232;re statue de l'avenir signifiant : Qui sait ? &lt;br class='manualbr' /&gt;Son mutisme est hautain. Il semble qu'il ne soit pas question d'elle : un oui, un non, un haussement d'&#233;paules et c'est tout. &lt;br class='manualbr' /&gt;Mais la brune Maria, Maria Roda aux attitudes de d&#233;fi, ne laisse pas le mon&#244;me des t&#233;moins &#224; charge se poursuivre dans le fastidieux pi&#233;tinement d'une procession non interrompue. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ses r&#233;pliques indiquent les haltes. Elle enguirlande des reposoirs pour les d&#233;lateurs honteux et les d&#233;nonciateurs professionnels. &lt;br class='manualbr' /&gt;Elle a la riposte pour chacun ; une riposte qui touche. &lt;br class='manualbr' /&gt;Un agent de la Pubblica Sicurezza r&#233;cite contre elle la le&#231;on apprise : la Roda encourageait les manifestants &#224; se ruer sur la police, elle se d&#233;menait comme une poss&#233;d&#233;e, elle apostrophait tout le monde, elle avait m&#234;me insult&#233; le brigadier !... &lt;br class='manualbr' /&gt;- Qu'avez-vous &#224; r&#233;pondre ? semonce le pr&#233;sident. &lt;br class='manualbr' /&gt;- Je plains ce garde. Je le plains parce qu'il gagne sa nourriture bien p&#233;niblement, parce que c'est un pauvre diable ; mais cela m'impressionne de le voir s'acharner sur d'autres pauvres diables : ses fr&#232;res... Qu'il songe. &lt;br class='manualbr' /&gt;Et d'un geste de gr&#226;ce vers le mis&#233;rable qui venait de l'accuser, elle jetait peut-&#234;tre en cet obscur esprit une premi&#232;re lueur r&#233;v&#233;latrice. &lt;br class='manualbr' /&gt;A l'&#226;ge o&#249; les autres quittent &#224; peine la poup&#233;e, &#224; l'&#226;ge o&#249; les filles des bourgeois commencent &#224; s'amuser d'amour avec un petit cousin ou bien avec quelque vieux monsieur ami de la famille, telles se sont montr&#233;es les s&#339;urs des compagnons. &lt;br class='manualbr' /&gt;La prison s'imposait. Les gens de la Cour furent g&#233;n&#233;reux. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ernesta et Maria conna&#238;tront trois mois de cachot - et les petites devront aussi payer l'amende &#224; ces Messieurs. &lt;br class='manualbr' /&gt;Trois cents francs demand&#233;s aux pauvrettes !... &lt;br class='manualbr' /&gt;C'est cynique, mais c'est ainsi... Et d'ailleurs tant qu'il y a des cheveux sous le bonnet des gens de justice, n'y a-t-il pas des rouflaquettes ? &lt;br class='manualbr' /&gt;Un moment avant que le Tribunal se retir&#226;t pour imaginer les consid&#233;rants de la condamnation, l'homme en rouge avait dit &#224; Maria : &lt;br class='manualbr' /&gt;- Avez-vous quelque chose &#224; ajouter ? &lt;br class='manualbr' /&gt;- Rien. Parce que tout serait inutile. &lt;br class='manualbr' /&gt;Et ce fut le mot de la fin, pas gai mais si flagellant. &lt;br class='manualbr' /&gt;On r&#233;p&#232;te que Milan est un petit Paris. Les magistrats milanais le prouvent, au moins sur un point : ils sont r&#233;pugnants tout comme leurs confr&#232;res parisiens. &lt;br class='manualbr' /&gt;La magistrature, du reste, n'est-elle pas la m&#234;me partout ? Et peut-elle &#234;tre autrement ? &lt;br class='manualbr' /&gt;C'est m&#234;me sans doute la raison qui fait qu'&#224; travers tous pays le souvenir de la Patrie vous reste : il remonte comme une naus&#233;e quand on voit la vilenie d'un juge.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Notice biographique&lt;/h2&gt;&lt;center&gt;Par B&#233;atrice Arnac d'Axa&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;N&#233; en 1864, issu d'un milieu de grande bourgeoisie, descendant du navigateur Gallaud de la P&#233;rouse, petit-fils du fournisseur de lait du Prince imp&#233;rial, fils d'un haut fonctionnaire des Chemins de fer d'Orl&#233;ans, centralien, par la suite ing&#233;nieur de la Ville de Paris. Son oncle, v&#233;t&#233;rinaire, charg&#233; de l'achat d'&#233;talons arabes pour le roi Louis Philippe, &#233;crivit en 1833 une relation pittoresque de ses voyages en Afrique. Sa soeur, Marie, statuaire et sculpteur, tr&#232;s &#233;rudite, passera plusieurs ann&#233;es en Orient et au Tibet interdit o&#249; elle voyagera habill&#233;e en homme, en compagnie d'un sherpa. Elle publiera en 1929 une histoire du Bouddhisme, couronn&#233;e par l'Acad&#233;mie fran&#231;aise, qui fera autorit&#233; en la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s des &#233;tudes m&#233;diocres au coll&#232;ge Chaptal, Zo d'Axa est saint-cyrien. Excellent cavalier et escrimeur, il s'engage &#224; 18 ans, avide de changements, dans les chasseurs d'Afrique. Il d&#233;serte bient&#244;t en emmenant la femme du capitaine ! R&#233;fugi&#233; &#224; Bruxelles, il d&#233;bute dans le journalisme aux &#034;nouvelles du jour&#034;, puis devient quelques temps secr&#233;taire du th&#233;&#226;tre de l'Alcazar et puis de l'Eden. &lt;br class='manualbr' /&gt;Refusant de &#034;faire carri&#232;re&#034; en Belgique, mais apr&#232;s y avoir publi&#233; un essai po&#233;tique &lt;i&gt;Au Galop&lt;/i&gt;, il s'installe &#224; Rome, fr&#233;quente la villa M&#233;dicis, y rencontre des peintres de l'&#233;poque, Vanutelli, Montald, Bis&#233;o etc., pour lesquels il posera souvent. Il devient le chroniqueur attir&#233; du journal &lt;i&gt;L'Italie&lt;/i&gt;, responsable de la critique d'art. &lt;br class='manualbr' /&gt;En 1889, l'amnistie lui permet de rentrer en France apr&#232;s 8 ans d'absence et de voyages jalonn&#233;s de multiples aventures sentimentales ; il est ardent !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1890, l'anarchisme ne peut que se d&#233;velopper. La pauvret&#233;, la mis&#232;re sont grandes. Le peuple n'est pas encore anesth&#233;si&#233; par les drogues, les pollutions et autres fascinations &#233;rotico-politico-friqueuses et t&#233;l&#233;visuelles que feront les d&#233;lices de leurs petit-fils. La main manipulatrice du pouvoir ne s'est pas encore appesantie lourdement sur l'esprit humain. Les id&#233;es cavalent encore au bras du courage et de l'individualit&#233;. Zo d'Axa va en &#234;tre avec force un des repr&#233;sentants. Il donne sans compter. Il nous montre l'&#226;me du mouvement. Sans &#234;tre anarchiste, il le dira lui-m&#234;me au tribunal apr&#232;s une condamnation, il est tout simplement pour la victime, pour l'innocent, pour celui qui souffre, pour la justice, pour la v&#233;rit&#233;. &#034;Dernier mousquetaire&#034;, &#034;paladin d&#233;voy&#233;&#034;, sa sensibilit&#233;, la parfaite ma&#238;trise de son &#233;criture nous entra&#238;ne, aujourd'hui encore, &#224; revivre dans une vision cin&#233;matographique ces pages de notre histoire r&#233;cente. Il r&#233;ussit &#224; nous &#233;mouvoir avec des &#233;v&#233;nements oubli&#233;s...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Perquisitions, poursuites, saisies, emprisonnements, n'entameront jamais, au contraire, sa verve et son action. Avec des mots violents mais mesur&#233;s, perfectionniste (il est capable de refaire 10 fois une phrase !) dans &lt;i&gt;L'Endehors&lt;/i&gt;, son premier journal, libertaire et litt&#233;raire, il massacre litt&#233;ralement la soci&#233;t&#233; du haut en bas, sans piti&#233;. &lt;i&gt;L'Endehors&lt;/i&gt; est bient&#244;t poursuivi, le g&#233;rant Matha, l'auteur Lecoq et d'Axa sont condamn&#233;s. C'est sa premi&#232;re condamnation. Dans le m&#234;me temps, Ravachol est arr&#234;t&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il lance une souscription pour les enfants des d&#233;tenus, distribue l'argent aux familles. On l'arr&#234;te pour association de malfaiteurs ! Le fait d'aider des familles n&#233;cessiteuses de personnes compromises d&#233;montre une complicit&#233;... Emprisonn&#233; &#224; Mazas, il refuse de r&#233;pondre aux interrogatoires ou de signer quoi que ce soit. On le met au secret. Pas de visite. Pas d'avocat. &lt;i&gt;L'Endehors&lt;/i&gt; continue de para&#238;tre. Ses collaborateurs sont ses amis... C'est dans une cave pr&#232;s du boulevard Rochechouart qu'est install&#233;e la r&#233;daction. Il y a un orgue et parfois la compagne de Zo d'Axa, B&#233;atrice Salvioni, vient en jouer. La r&#233;pression continue. Les r&#233;dacteurs de &lt;i&gt;La R&#233;volte&lt;/i&gt; et du &lt;i&gt;P&#232;re Peinard&lt;/i&gt; sont aussi &#224; Mazas, ainsi que bien d'autres anarchistes. Au bout d'un mois, Zo d'Axa est remis en libert&#233; provisoire. &#034;Notre pauvre libert&#233;, provisoire toujours&#034;, dira-t-il !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mazas ne calme rien du tout, la prison est l'argument d&#233;cisif, plus virulent que jamais, il reprend ses combats. Un article de Jules M&#233;ry, jug&#233; offensant pour l'arm&#233;e, lui vaut de nouvelles poursuites. Exc&#233;d&#233;, il part pour Londres. _ Il y rencontre Charles Malato, Matha, Louise Michel, qui fut amie de son grand-p&#232;re, Darien, Pouget, Malatesta, les peintres Luce, Pissaro, Whistler, etc. &lt;br class='manualbr' /&gt;Apr&#232;s quelques mois, il part pour la Hollande avec une troupe de musiciens ambulants. &#192; Rotterdam, il se fait embaucher sur un chaland qui l'emm&#232;ne &#224; Mayence par le Rhin. Il vivra huit jours dans la For&#234;t Noire avec des b&#251;cherons. Puis il se rend &#224; Milan o&#249; il tombe au milieu d'un proc&#232;s d'anarchistes. Il est arr&#234;t&#233; en pleine nuit, &#224; trois heures. On lui passe les menottes pour le conduire &#224; pied au commissariat. Il refuse de marcher et dit aux policiers : &#034;Vous me porterez et de force !&#034;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Zo d'Axa est expuls&#233; d'Italie. &#192; Trieste, il s'embarque pour le Pir&#233;e avec des d&#233;serteurs italiens. Ils organisent ensemble une r&#233;volte &#224; bord ; &#034;c'&#233;tait de la graine de r&#233;volt&#233;s, on s'entendait ...&#034;, dit-il. Il arrive en Gr&#232;ce et dort dans les ruines du Parthenon. L'Orient le fascine. Il d&#233;sire aller &#224; Constantinople. La ville l'enchante. Arr&#234;t&#233; puis rel&#226;ch&#233;, il quitte Constantinople pour Jaffa, o&#249; il arrive le premier Janvier 1893. Il est arr&#234;t&#233;, gard&#233; &#224; vue pendant quelques semaines. Il s'&#233;vade pendant un orage, se r&#233;fugie au consulat du Royaume-Uni, en principe inviolable, qui sera viol&#233; contre toutes les r&#232;gles diplomatiques pour le reprendre. &lt;br class='manualbr' /&gt;Encha&#238;n&#233; comme un droit commun, il est embarqu&#233; sur le navire &#034;La Gironde&#034; pour Marseille. Il est mis aux fers. En arrivant, Zo d'Axa passe quelques jours &#224; la prison de Marseille, r&#233;gime des droits communs. Transf&#233;r&#233; &#224; Paris, il passe 18 mois &#224; Sainte P&#233;lagie comme politique, ayant, bien s&#251;r, refus&#233; de signer une demande en gr&#226;ce. &lt;br class='manualbr' /&gt;En juillet 1894 il est lib&#233;r&#233;. Il publie &lt;i&gt;De Mazas &#224; J&#233;rusalem&lt;/i&gt; qu'il a &#233;crit en prison. Succ&#232;s ; critiques unanimes ; on s'incline devant la valeur et la personnalit&#233; de l'oeuvre. Jules Renard, Laurent Tailhade, Octave Mirbeau, Lucien Descaves, Georges Cl&#233;menceau, Jean de Mitty, Adolphe Rett&#233; qui dit de lui &#034;cet anarchiste hors de l'anarchie&#034;, rendent hommage &#224; Zo d'Axa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Indiff&#233;rent aux &#233;loges comme &#224; l'opprobre, ses collaborateurs dispers&#233;s ou ren&#233;gats, couvert de dettes, son journal mort, il se tait et voyage... jusqu'&#224; l'affaire-Dreyfus. On est pour ou on est contre. Quand il s'est engag&#233; dans l'affaire-Dreyfus, c'&#233;tait pour la justice, contre l'arm&#233;e, beaucoup plus que pour Dreyfus lui-m&#234;me. Lucide, Zo d'Axa parle : &#034;si ce monsieur ne fut pas tra&#238;tre, il fut capitaine ; passons.&#034; Son nouveau journal, &lt;i&gt;La Feuille&lt;/i&gt;, para&#238;t &#034;&#224; toute occasion&#034;. Des occasions, il y en a ! Il la r&#233;dige. Steinlen, Luce, Anquetin, Willette, Hermann Paul, L&#233;andre, Couturier l'illustrent. &lt;br class='manualbr' /&gt;C'est l'actualit&#233; de 1898 et 1899. Personne n'est &#233;pargn&#233;, du haut en bas de l'&#233;chelle sociale. Lorsqu'il s'attendrit, c'est sur les enfants des colonies p&#233;nitentiaires. Il sera &#224; l'origine de l'abolition des bagnes d'enfants. &lt;br class='manualbr' /&gt;Lors des &#233;lections le candidat de &lt;i&gt;La Feuille&lt;/i&gt;, un &#226;ne, promen&#233; &#224; travers Paris, fera scandale. Le jour du scrutin, Zo d'Axa parcourt la ville juch&#233; sur un char tir&#233; par l'&#226;ne blanc. Boulevard du Palais, la police arr&#234;te la procession qui s'est grossie d'une foule nombreuse et ricanante. Il est conduit &#224; la fourri&#232;re ; bagarre ; Zo d'Axa a le mot de la fin en l&#226;chant l'&#226;ne : &#034;Cela n'a plus d'importance, c'est maintenant un candidat officiel !&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1900. Zo d'Axa en a assez. Il a dit ce qu'il avait &#224; dire ; sans illusions, il part &#224; nouveau. Am&#233;rique du Nord, du Sud, Chine, Japon, Inde, Afrique. Pr&#233;figurant le &#034;grand reportage&#034;, il enverra des s&#233;ries d'articles &#224; quelques journaux, o&#249; percera toujours l'assoiff&#233; de justice. Aux &#201;tats-Unis, il ira voir la veuve de Bresci qui tua le roi italien Umberto I, et vivra avec les Indiens. _ En rentrant, bien des ann&#233;es plus tard, il vivra sur une p&#233;niche au hasard de son humeur, des fleuves et des canaux. Il s'arr&#234;te un jour &#224; Marseille et s'y fixera jusqu'&#224; sa mort volontaire et d&#233;lib&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est blas&#233;, il a fait le tour, il a trouv&#233; partout les hommes &#034;caverneusement&#034; mauvais. Il s'est tu pendant 20 ans. Beaucoup de ceux qui le trouvaient dilettante ont chang&#233; et trahi la cause humanitaire. Lui n'a pas chang&#233; et ne changera pas. Il est r&#233;fractaire &#224; tous les mirages. Celui de la r&#233;volution sovi&#233;tique &#034;qu'il ira voir de pr&#232;s&#034; ne le convaincra pas davantage. Il a cru seulement, un temps, &#224; l'individu. Sa droiture id&#233;aliste, presque maladive ne lui permet pas de s'int&#233;grer &#224; la soci&#233;t&#233; telle qu'elle est. &lt;br class='manualbr' /&gt;En 1921 une erreur journalistique lui donne l'occasion de faire une mise au point dans un article rest&#233; c&#233;l&#232;bre, publi&#233; dans le &lt;i&gt;Journal du Peuple&lt;/i&gt; ; toujours magistral dans l'&#233;criture, aristocratiquement asocial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que nos soci&#233;t&#233;s et nos r&#233;gimes sont mauvais, il y aura toujours des hommes assez forts, assez hardis, assez courageux, assez altruistes et presque toujours &#233;trangement m&#233;connus, pour se dresser, pleins de conscience et de volont&#233;, [...], pour affronter la pourriture. &lt;br class='manualbr' /&gt;Par amour de la v&#233;rit&#233;, sur laquelle ils ne jettent aucun voile lorsqu'elle sort du puits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bibliographie sommaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'Endehors&lt;/i&gt;, journal paru de 1891 &#224; 1893 ; anthologie &lt;i&gt;L'Endehors&lt;/i&gt;, Paris, 1896&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;La revue blanche&lt;/i&gt;, 1895&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;De Mazas &#224; J&#233;rusalem&lt;/i&gt;, Paris, 1895, r&#233;&#233;dit&#233; par le petit peuple du cagibi, Grenoble, 2005&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;La Feuille&lt;/i&gt;, journal paru de 1897 &#224; 1899, anthologie &lt;i&gt;Les feuilles&lt;/i&gt;, Paris, 1900&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://petitpeupleducagibi.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://petitpeupleducagibi.org&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
anti&#169; mai 2005&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Refuser le fichage ADN</title>
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		<dc:date>2007-06-23T17:57:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Editions Sarkommence</dc:creator>


		<dc:subject>Prison, justice, r&#233;pression</dc:subject>
		<dc:subject>Guides pratiques</dc:subject>
		<dc:subject>Technocritique</dc:subject>
		<dc:subject>Petit peuple du cagibi (Grenoble)</dc:subject>
		<dc:subject>La BAF (Grenoble)</dc:subject>
		<dc:subject>Italiano</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Depuis mars 2003, dans un silence m&#233;diatique quasi-absolu, l'Etat fran&#231;ais instaure le fichage g&#233;n&#233;tique de toutes les personnes consid&#233;r&#233;es comme ''d&#233;viant-e-s'' : manifestant-e-s anti-CPE, faucheurs et faucheuses d'OGM, jeunes de quartiers populaires, militant-e-s anti-pub, syndicalistes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment en est-on arriv&#233; l&#224; ? Quel projet de soci&#233;t&#233; dessine le fichage g&#233;n&#233;tique ? Peut-on refuser le pr&#233;l&#232;vement ADN ? Pourquoi ? Quelles sont les cons&#233;quences d'un refus ? Comment s'organiser pour r&#233;sister ?&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;Technocritique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot56" rel="tag"&gt;Petit peuple du cagibi (Grenoble)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot75" rel="tag"&gt;La BAF (Grenoble)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot130" rel="tag"&gt;Italiano&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L121xH150/arton451-1bee5.jpg?1780501708' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='121' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff451.jpg?1182458554&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'acide d&#233;soxyribonucl&#233;ique (souvent abr&#233;g&#233; en ADN) est une mol&#233;cule que l'on retrouve dans les cellules de presque tout organisme vivant. L'ADN contient l'information g&#233;n&#233;tique et h&#233;r&#233;ditaire. Il est diff&#233;rent pour chaque &#234;tre humain, &#224; l'exception des vrais jumeaux&lt;/i&gt;.&lt;br&gt;
D'apr&#232;s le dictionnaire &lt;i&gt;Le petit Robert&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;	Depuis mars 2003, la police r&#233;alise un pr&#233;l&#232;vement ADN des personnes pr&#233;sum&#233;es ou jug&#233;es coupables de presque toute action ill&#233;gale, sans limite d'&#226;ge. Tag sur un panneau publicitaire, vol &#224; l'&#233;talage, fauchage d'un plant de ma&#239;s OGM, collage d'affiche, outrage au drapeau fran&#231;ais... D&#233;but mai 2007, deux enfants de 8 et 11 ans &#233;taient convoqu&#233;s pour relever leurs empreintes g&#233;n&#233;tiques. Motif ? Avoir vol&#233; deux &#171; Tamagotchi &#187; et deux balles rebondissantes dans un hypermarch&#233; du Nord de la France. Suite &#224; la protestation des parents et quelques articles dans la presse nationale, le procureur a finalement fait marche arri&#232;re. &#192; titre exceptionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un silence m&#233;diatique quasi-absolu, l'Etat fran&#231;ais instaure le fichage g&#233;n&#233;tique de toutes les personnes consid&#233;r&#233;es comme ''d&#233;viant-e-s'' : manifestant- e-s anti-CPE, faucheurs et faucheuses d'OGM, jeunes des quartiers populaires, militant-e-s antipub, syndicalistes... D&#233;j&#224; plus de 480 000 profils ADN sont regroup&#233;s dans le Fichier National Automatis&#233; des Empreintes G&#233;n&#233;tiques (FNAEG). Seuls les d&#233;lits financiers et les abus de biens sociaux ne sont pas concern&#233;s par ce dispositif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment en est-on arriv&#233; l&#224; ? Quel projet de soci&#233;t&#233; dessine le fichage g&#233;n&#233;tique ? Peut-on refuser le pr&#233;l&#232;vement ADN ? Pourquoi ? Quelles sont les cons&#233;quences d'un refus ? Comment s'organiser pour r&#233;sister ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vu le contexte politique actuel, toute personne ayant affaire avec la police, que ce soit pour des raisons politiques, &#233;conomiques ou sociales, sera confront&#233;e t&#244;t ou tard au fichage g&#233;n&#233;tique. Et se verra somm&#233;e de choisir. Accepter le pr&#233;l&#232;vement ADN. Ou le refuser.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Depuis quand existe le fichage ADN ?&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La France est &#224; feu et &#224; sang. Il n'est plus un de nos concitoyens qui ne craigne pour ses proches, pour ses enfants lorsqu'ils se rendent &#224; l'&#233;cole, pour les anciens qui sont oblig&#233;s de se barricader chez eux. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
Christian Estrosi, rapporteur du projet de loi de ''s&#233;curit&#233; int&#233;rieure'',&lt;br class='autobr' /&gt;
proche de Nicolas Sarkozy, discours &#224; l'Assembl&#233;e Nationale, 25/04/2001&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les citoyens seraient mieux prot&#233;g&#233;s si leurs donn&#233;es ADN &#233;taient recueillies d&#232;s leur naissance. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
le m&#234;me, cit&#233; dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 16/01/2007&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;	L'Etat fran&#231;ais a mis en place puis &#233;tendu le fichage g&#233;n&#233;tique en profitant de contextes &#233;motionnels forts. Le 26 mars 1998, Guy Georges, violeur et tueur en s&#233;rie impliqu&#233; dans 20 affaires criminelles dont 7 meurtres, est identifi&#233; et arr&#234;t&#233; gr&#226;ce &#224; son ADN. Trois mois plus tard, le 17 juin 1998, le gouvernement de Lionel Jospin met en place le pr&#233;l&#232;vement ADN pour les auteur-e-s de crimes et d&#233;lits sexuels commis sur des mineur-e-s de moins de 15 ans. Les pr&#233;l&#232;vements sont regroup&#233;s dans le Fichier National Automatis&#233; des Empreintes G&#233;n&#233;tiques (FNAEG). Ils sont conserv&#233;s 40 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 15 novembre 2001, deux mois apr&#232;s les attentats du 11 septembre, alors que l'ins&#233;curit&#233; s'annonce comme le th&#232;me central des &#233;lections pr&#233;sidentielles de 2002, le gouvernement de Lionel Jospin &#233;largit le fichage ADN. Il concerne d&#233;sormais les atteintes graves et volontaires &#224; la vie de la personne (crimes contre l'Humanit&#233;, homicides volontaires, actes de torture, prox&#233;n&#233;tisme...) ou les atteintes aux biens accompagn&#233;s de violence (incendie, destruction...). Cette loi, dite de ''s&#233;curit&#233; quotidienne'', pr&#233;voit &#233;galement une sanction pour tout refus de pr&#233;l&#232;vement : 6 mois d'emprisonnement et 7500 euros d'amende. Enfin, un Institut National de Police Scientifique est mis en place, sous la tutelle du Minist&#232;re de l'Int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 18 mars 2003, le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin &#233;tend une nouvelle fois le fichage ADN, sous l'impulsion du Ministre de l'Int&#233;rieur Nicolas Sarkozy. D&#233;sormais, 137 infractions sont concern&#233;es, soit la quasi-totalit&#233; des crimes et d&#233;lits d'atteintes aux personnes et aux biens (vol, tag, arrachage de cultures OGM, outrage &#224; agent, insulte, d&#233;gradation...). Seuls les d&#233;lits financiers ne sont pas concern&#233;s (abus de biens sociaux, fausses factures, fraude fiscale, banqueroute, trafic d'influence, corruption...). Cette loi, dite de ''s&#233;curit&#233; int&#233;rieure'', pr&#233;voit non seulement de ficher les personnes condamn&#233;es, sans limite d'&#226;ge, mais &#233;galement les personnes simplement suspect&#233;es, &#171; &lt;i&gt;&#224; l'encontre desquelles il existe des indices graves ou concordants&lt;/i&gt; &#187;. S'il est innocent&#233;, l'int&#233;ress&#233; peut demander le retrait de ses empreintes du FNAEG. Mais le procureur est libre de refuser. Enfin, les sanctions en cas de refus du pr&#233;l&#232;vement ADN sont alourdies : 1 an d'emprisonnement et 15 000 euros d'amende (2 ans et 30 000 euros dans le cas d'une personne condamn&#233;e pour crime).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 9 mars 2004, le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin oblige toute personne condamn&#233;e pour crime ou condamn&#233;e &#224; plus de dix ans de prison, &#224; fournir son ADN. Les pr&#233;l&#232;vements peuvent &#234;tre effectu&#233;s de force ou &#224; l'insu des condamn&#233;-e-s. Qui refuse perd droit &#224; toute r&#233;duction de peine. Dans tous les cas, pour toute personne refusant le fichage ADN, l'identification des empreintes g&#233;n&#233;tiques &#171; &lt;i&gt;peut &#234;tre r&#233;alis&#233;e &#224; partir de mat&#233;riel biologique qui se serait naturellement d&#233;tach&#233; du corps de l'int&#233;ress&#233;&lt;/i&gt; &#187; (Code de proc&#233;dure p&#233;nale, article 706-56-1).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actuellement, plus de 650 000 personnes sont fich&#233;es dans le FNAEG (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 05/05/08), dont plus de 200 000 sur simple pr&#233;somption, sans qu'une condamnation n'ait &#233;t&#233; prononc&#233;e &#224; leur encontre. Entre 20 000 et 30 000 profils ADN sont ajout&#233;s au FNAEG chaque mois. La France est le second pays europ&#233;en en mati&#232;re de fichage. L'Angleterre reste loin devant, avec plus de 4,5 millions de personnes g&#233;n&#233;tiquement fich&#233;es, soit 5,2% de la population. Depuis 2004, la loi autorise la police britannique &#224; prendre l'empreinte g&#233;n&#233;tique des personnes qu'elle arr&#234;te, m&#234;me si elles sont rel&#226;ch&#233;es sans inculpation. Cette loi autorise aussi le stockage des donn&#233;es sans limitation de dur&#233;e. Depuis juin 2006, chacun des 27 pays de l'Union europ&#233;enne a libre acc&#232;s aux fichiers ADN des autres pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis septembre 2007, un nouveau projet de loi est en discussion &#224; l'Assembl&#233;e Nationale : il concerne la possibilit&#233; de recourir au test ADN en cas de doute sur une personne demandant un visa pour la France. Les agents diplomatiques ou consulaires pourront &#034;proposer&#034; au demandeur d'un visa d'exercer, &#224; ses frais, la comparaison de ses empreintes g&#233;n&#233;tiques aux fins de v&#233;rification d'une filiation biologique d&#233;clar&#233;e. La pratique des tests ADN pourrait devenir massive : les proc&#233;dures de regroupement familial impliquant des enfants concernent 23 000 demandes par an. (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 13/09/07)&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
Ann&#233;e &#8212;&gt; Loi (gouvernement) &#8212;&gt; Fichage ADN&lt;br&gt;
1998 &#8212;&gt; Loi Guigou (Jospin, PS) &#8212;&gt; Condamn&#233;-e-s pour crimes et d&#233;lits sexuels sur mineur- e-s de moins de 15 ans&lt;br&gt;
2001 &#8212;&gt; Loi Vaillant (Jospin, PS) &#8212;&gt; S'ajoutent les condamn&#233;-e-s pour crimes graves aux personnes (crimes contre l'humanit&#233;, tortures, homicides volontaires, prox&#233;n&#233;tisme...) ou aux atteintes aux biens accompagn&#233;s de violence (incendie, destruction...)&lt;br&gt;
2003 &#8212;&gt; Loi Sarkozy (Raffarin, UMP) &#8212;&gt; S'ajoutent les suspect&#233;-e-s ou condamn&#233;-e-s pour la quasi-totalit&#233; des crimes et d&#233;lits d'atteinte aux personnes et aux biens, except&#233; les d&#233;lits financiers. Pas de limite d'&#226;ge&lt;br&gt;
2004 &#8212;&gt; Loi Perben 2 (Raffarin, UMP) &#8212;&gt; S'ajoutent les condamn&#233;-e-s &#224; plus de dix ans de prison&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Articles de loi : Faits pr&#233;vus par les articles 706.54, 706.55 et 706.56 du Code de Proc&#233;dure P&#233;nale. Faits r&#233;prim&#233;s par l'article 706.56 du Code de Proc&#233;dure P&#233;nale.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;tails techniques et financiers sur le pr&#233;l&#232;vement ADN&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;l&#232;vement ADN se fait au moyen d'un b&#226;tonnet et d'un buvard st&#233;riles. A l'aide du bat&#244;nnet, le policier muni de gants et d'un masque frotte les muqueuses de la bouche de la personne dont il souhaite pr&#233;lever l'ADN. Puis il applique les cellules recueillies sur le buvard. Ce pr&#233;l&#232;vement est ensuite analys&#233; par des laboratoires publics ou priv&#233;s agr&#233;&#233;s par l'Etat. L'analyse porte sur les segments d'ADN dits &#171; non codants &#187;, c'est-&#224;-dire ne permettant pas de d&#233;terminer certaines caract&#233;ristiques physiques ou certaines anomalies g&#233;n&#233;tiques (&#224; l'exception du segment correspondant au marqueur du sexe). La technique utilis&#233;e permet de d&#233;terminer un profil g&#233;n&#233;tique &#224; partir d'&#233;chantillons contenant une tr&#232;s faible quantit&#233; d'ADN (salive, cheveu, sang, sperme...). Le r&#233;sultat de l'analyse est fiable &#224; plus de 99%. L'ADN est ensuite stock&#233; &#224; Ecully, pr&#232;s de Lyon, ou parfois &#224; Pontoise, pr&#232;s de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le d&#233;veloppement exponentiel du fichage g&#233;n&#233;tique, pass&#233; de quelques milliers &#224; plusieurs centaines de milliers en l'espace de 4 ans, a cr&#233;&#233; un march&#233; juteux. D&#233;sormais, &#224; c&#244;t&#233; des laboratoires de la police et de la gendarmerie, il y a quatre ou cinq laboratoires priv&#233;s auxquels la police et la gendarmerie sous-traitent les analyses d'ADN. Alors qu'une analyse par un laboratoire priv&#233; co&#251;tait 350 &#8364; il y a quatre ans, son co&#251;t est d&#233;sormais descendu &#224; 56 &#8364;. Un march&#233; qui reste juteux. Le premier &#224; saisir l'opportunit&#233; pour conqu&#233;rir ce march&#233; a &#233;t&#233; le Professeur Jean-Paul Moisan. En 2003, ce chef du service de g&#233;n&#233;tique du CHU de Nantes, a quitt&#233; le service public avec 21 de ses coll&#232;gues pour cr&#233;er sa propre entreprise, l'Institut g&#233;n&#233;tique Nantes Atlantique (IGNA). Dans un accord sign&#233; avec l'IGNA, le CHU, o&#249; il ne restait plus que deux experts, s'est engag&#233; &#224; ne pas d&#233;velopper son service d'analyses g&#233;n&#233;tiques, pour lequel &#034;un plafond de 5.000 analyses par an&#034; a &#233;t&#233; fix&#233;. L'IGNA, qui a aujourd'hui une capacit&#233; de traitement de 180 000 analyses par an, a augment&#233; son capital en faisant appel &#224; des fonds d'investissement : les fonds Edmond de Rothschild et Matignon technologies &#233;tant d&#233;sormais actionnaires &#224; 45%.&lt;/i&gt; &#187; (Fausto Giudice, 18/03/07, &lt;a href=&#034;http://bellaciao.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://bellaciao.org/&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 31 mai 2006, une circulaire du minist&#232;re de la justice simplifiait la proc&#233;dure de fichage ADN : d&#233;sormais, les laboratoires priv&#233;s ne sont plus tenus d'envoyer l'int&#233;gralit&#233; des r&#233;sultats d'analyse aux magistrats mais la mention de la d&#233;couverte, ou non, d'un rapprochement entre le profil g&#233;n&#233;tique envoy&#233; et ceux pr&#233;sents dans la base de donn&#233;es. D'autre part, les employ&#233;s des laboratoires priv&#233;s charg&#233;s d'effectuer les analyses g&#233;n&#233;tiques pour le compte des magistrats et des officiers de police judiciaire des laboratoires d'analyse n'auront plus &#224; pr&#234;ter serment, par &#233;crit, qu'&#224; l'occasion de leur premi&#232;re r&#233;quisition, et non, comme ils devaient le faire jusqu'alors, &#224; chacune des op&#233;rations d'analyses qui leur seront confi&#233;es (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 03/07/07).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pourquoi refuser le fichage ADN ?&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; On ne peut pas accepter que l'Etat laisse dans la nature, sans aucun contr&#244;le, de v&#233;ritables bombes humaines aux pulsions monstrueuses &#187;&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
Nicolas Sarkozy, Ministre de l'Int&#233;rieur, &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, 18/09/2003&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Dans un monde o&#249; la menace terroriste est r&#233;elle et pr&#233;sente, dans des soci&#233;t&#233;s o&#249; l'affirmation du droit &#224; la s&#233;curit&#233; quotidienne est un enjeu majeur, le d&#233;veloppement de la police technique et scientifique est un imp&#233;ratif absolu. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
Le m&#234;me, conf&#233;rence &#224; Lyon, 23/02/2006&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;	Le fichage g&#233;n&#233;tique nous est pr&#233;sent&#233; comme une avanc&#233;e technologique incontournable. Son objectif officiel ? La &#171; s&#233;curit&#233; des Fran&#231;ais-es &#187;. A commencer par l'am&#233;lioration des enqu&#234;tes polici&#232;res. Les traces d'ADN pr&#233;lev&#233;es sur les lieux d'un d&#233;lit permettraient en effet d'identifier avec certitude les coupables. C'est le concept de &#171; preuve objective &#187; : &#171; &lt;i&gt;Sans &#233;l&#233;ment mat&#233;riel, nous le savons, nos dossiers sont fragiles. L'aveu est devenu suspect, le t&#233;moignage est jug&#233; faillible. Avec la preuve objective, nous pouvons aujourd'hui &#233;lucider des affaires qui, il y a quelques ann&#233;es encore, seraient rest&#233;es des &#233;nigmes&lt;/i&gt; &#187; (Nicolas Sarkozy, &#224; propos du fichage ADN, 23/02/2006). Selon le Minist&#232;re de l'Int&#233;rieur, le FNAEG aurait permis de r&#233;soudre 6 000 affaires depuis 1998. Fort de ce r&#233;sultat, le commissaire responsable du service central d'identit&#233; milite pour l'extension du FNAEG : &#171; &lt;i&gt;Plus on &#233;tendra la base de donn&#233;es, plus les chances d'avoir une orientation d'enqu&#234;te seront &#233;lev&#233;es.&lt;/i&gt; &#187; (&lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt;, 26/04/2007)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la l&#233;gislation actuelle, les empreintes g&#233;n&#233;tiques sont consid&#233;r&#233;es comme une technique d'identification comparable aux empreintes digitales, c'est-&#224;-dire utilis&#233;e dans le cadre d'enqu&#234;tes pour comparer des empreintes stock&#233;es avec celles trouv&#233;es sur le lieu d'un crime. Des laboratoires en biotechnologies tentent cependant d'aller encore plus loin dans l'utilisation des g&#232;nes &#224; des fins polici&#232;res, pr&#233;figurant les d&#233;rives scientistes li&#233;es au fichage g&#233;n&#233;tique. Les recherches de ces laboratoires visent en effet &#224; d&#233;duire, d'un simple pr&#233;l&#232;vement ADN, un maximum d'informations sur son propri&#233;taire : physionomie, groupe ethnique, maladies cong&#233;nitales, s&#233;ro-positivit&#233;... C'est le cas de la firme &#233;tats-unienne &lt;i&gt;DNA Print Genomics&lt;/i&gt;, sollicit&#233;e par les polices du monde entier. Pour obtenir les &#233;chantillons d'ADN n&#233;cessaires &#224; ses recherches, cette start-up effectue des campagnes de pr&#233;l&#232;vement g&#233;n&#233;tique sur toute la plan&#232;te. Elle sollicite notamment les clubs de g&#233;n&#233;alogie, promettant &#224; leurs membres de leur r&#233;v&#233;ler leurs origines lointaines, en &#233;change de leur ADN (&lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt;, 28/03/2007).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fichage g&#233;n&#233;tique ne poursuit pas seulement des buts d'investigation polici&#232;re. Le fait de pr&#233;lever quasi syst&#233;matiquement et de conserver 40 ans l'ADN de toute personne suspect&#233;e ou condamn&#233;e par l'Etat est &#233;galement pr&#233;sent&#233; comme une &#171; &lt;i&gt;mesure pr&#233;ventive&lt;/i&gt; &#187;. Pour les promoteurs du fichage g&#233;n&#233;tique &#233;tendu &#224; la quasi-totalit&#233; des crimes et d&#233;lits, tout individu pr&#233;sentant des comportements jug&#233;s ''d&#233;viants'', aussi minimes soient-ils, est un criminel en puissance. Ou, pour reprendre les mots du commissaire Philippe Mallet, responsable du service central d'identit&#233;, &#171; &lt;i&gt;Les grands criminels commencent g&#233;n&#233;ralement par commettre de petites infractions&lt;/i&gt; &#187; (&lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt;, 26/04/07). En novembre 2005, le &#171; &lt;i&gt;rapport B&#233;nisti&lt;/i&gt; &#187;, remis par le d&#233;put&#233; UMP du m&#234;me nom &#224; l'assembl&#233;e nationale, abondait dans ce sens. Bas&#233; sur une &#233;tude de l'INSERM&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Institut National de La Sant&#233; et de la Recherche M&#233;dicale, http://www.inserm.fr/&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il pr&#233;d&#233;finissait notamment les stigmates de la ''d&#233;linquance'' en fonction du comportement des enfants, d&#232;s l'&#226;ge de trois ans. Les origines &#233;trang&#232;res &#233;taient pr&#233;sent&#233;es comme des circonstances aggravantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce rapport provoqua un certain toll&#233; lors de sa publication. Deux ans plus tard, la nouvelle loi sur la &#171; &lt;i&gt;pr&#233;vention de la d&#233;linquance&lt;/i&gt; &#187; concr&#233;tise l'essentiel de ce projet. Vot&#233;e en mars 2007, cette loi multiplie les outils de fichage des comportements jug&#233;s ''d&#233;viants''. Les agents sociaux (assistantes sociales, &#233;ducateurs...) sont d&#233;sormais incit&#233;s &#224; jouer le r&#244;le d'informateurs aupr&#232;s des forces de police. Des fichiers municipaux rassemblant les personnes pr&#233;sentant des ''difficult&#233;s'' sociales, &#233;ducatives, psychiatriques et financi&#232;res sont cr&#233;&#233;s, consultables par les autorit&#233;s. Les &#233;tablissements scolaires sont &#233;galement mis &#224; contribution. Exp&#233;riment&#233; depuis 2004 et actuellement g&#233;n&#233;ralis&#233; malgr&#233; de vives r&#233;sistances, le fichier &lt;i&gt;base-&#233;l&#232;ves&lt;/i&gt; recense les enfants scolaris&#233;s, leurs &#034;origines&#034; g&#233;ographiques, la langue parl&#233;e au domicile, leur culture d'origine, leurs r&#233;sultats et difficult&#233;s scolaires, l'absent&#233;isme, l'&#233;ventuel suivi m&#233;dical, psychologique ou psychiatrique, ou encore la situation de la famille (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 26/07/07).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette politique de ''marquage'' pr&#233;coce de la population accompagne le renforcement des dispositifs de contr&#244;le et de r&#233;pression. Depuis 1995, les l&#233;gislations ont &#233;t&#233; durcies et &#233;tendues par tous les gouvernements, de Gauche comme de Droite. Les emprisonnements sont de plus en plus nombreux. En l'espace de 15 ans, la population carc&#233;rale est pass&#233;e de 40 000 &#224; 58 000 (+45%), alors que, dans le m&#234;me temps, la population fran&#231;aise n'a augment&#233; que de 5 %. Cette logique carc&#233;rale touche &#233;galement les mineurs, &#224; travers la cr&#233;ation en 2002 des centres &#233;ducatifs ferm&#233;s (CEF) et l'inauguration, cette ann&#233;e, d'&#233;tablissements p&#233;nitentiaires pour mineurs (EPM). Parall&#232;lement, de nouvelles technologies de contr&#244;le sont progressivement d&#233;ploy&#233;es sur le territoire : bornes biom&#233;triques, d&#233;j&#224; install&#233;es dans de nombreux lyc&#233;es ; vid&#233;osurveillance ''intelligente'', c'est-&#224;-dire capable de reconna&#238;tre automatiquement des visages ou des comportements ; puces RFID, permettant le stockage et la lecture de donn&#233;es &#224; distance. Cette derni&#232;re technologie &#233;quipera la nouvelle carte d'identit&#233; biom&#233;trique INES, pr&#233;vue pour bient&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces technologies de surveillance vont de pair avec une augmentation du fichage, dans tous les domaines (administratifs, judiciaires, immigration...). La police a de plus en plus facilement acc&#232;s &#224; ces informations, &#224; notre insu, sans aucun r&#233;el contr&#244;le d&#233;mocratique. Dernier exemple en date, le logiciel &lt;i&gt;Ardoise&lt;/i&gt; : courant avril 2008, des m&#233;dias r&#233;v&#233;laient que ce logiciel, destin&#233; &#224; alimenter les fichiers de police, pr&#233;sente des mentions telles que &#034;homosexuel&#034;, &#034;permanent syndical&#034; ou &#034;SDF&#034;. Suite &#224; cette r&#233;v&#233;lation, la ministre de l'int&#233;rieur, Mich&#232;le Alliot-Marie, aurait demand&#233; la modification d'&lt;i&gt;Ardoise&lt;/i&gt;. Avec quelles garanties ? Derni&#232;re nouveaut&#233; : la cr&#233;ation, le 1er juillet 2008, d'une nouvelle direction centrale du renseignement int&#233;rieur, qui donnera lieu &#224; de nouveaux fichiers, issus de la fusion entre la DST et les RG. Tout ce qui a trait au terrorisme, et &#224; la protection des int&#233;r&#234;ts vitaux de la France ira dans un fichier RI prot&#233;g&#233; par le secret d&#233;fense ; tout le reste, en gros tout ce qui concerne le renseignement en milieu &#034;ouvert&#034;, sera vers&#233; dans un nouveau fichier joliment baptis&#233; Edvige (Exploitation documentaire et valorisation de l'information g&#233;n&#233;rale). Le 1er janvier 2008, les fichiers de la police et de la gendarmerie, STIC et Judex, seront fusionn&#233;es. Rappelons que leurs donn&#233;es concernant les personnes majeures sont en principe conserv&#233;es vingt ans (quarante ans en cas d'infractions graves), cinq ans pour les mineurs (dix &#224; vingt ans selon la gravit&#233; des faits), et quinze ans pour les victimes. (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 05/05/08)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lois fran&#231;aises se succ&#232;dent, qui restreignent toujours davantage les libert&#233;s et les garanties juridiques de la population face &#224; l'&#201;tat. La puissance publique dispose d&#233;sormais de techniques de contr&#244;le social sans pr&#233;c&#233;dent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous avons choisi d'esquisser, en quelques paragraphes, le contexte s&#233;curitaire dans lequel s'inscrit le fichage g&#233;n&#233;tique, c'est qu'il fonde les raisons pour lesquelles nous refusons le pr&#233;l&#232;vement ADN : il renforce un ordre social injuste ; il s'apparente aux outils totalitaires ; il ouvre la porte aux discriminations g&#233;n&#233;tiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1/ Le renforcement d'un ordre injuste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lois s&#233;curitaires sont-elles justes ? Qui les d&#233;cide ? Sont-elles aussi efficaces que le pr&#233;tendent les chiffres officiels&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Deux livres sur la manipulation des chiffres de la &#034;d&#233;linquance&#034; : Place (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? Participent-elles &#224; cr&#233;er la soci&#233;t&#233; que nous voulons ? Quels sont les effets sociaux des logiques carc&#233;rales ? Pourquoi les milieux populaires sont-ils les plus touch&#233;s par la r&#233;pression ? Ces questions, et bien d'autres, ne sont jamais pos&#233;es. Au nom de &#171; l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral &#187; que repr&#233;sente la &#171; s&#233;curit&#233; &#187; des Fran&#231;ais-e-s, nous sommes somm&#233;s d'accepter le durcissement continu des dispositifs de surveillance et de r&#233;pression, sans d&#233;bat de fond sur la soci&#233;t&#233; qu'ils contribuent &#224; construire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon leurs promoteurs, les lois s&#233;curitaires profiteraient &#224; tou-te-s, responsables politiques et simples citoyen-ne-s, millionnaires et RMIstes. Cette conception est un mensonge fort utile pour les dirigeants de cette soci&#233;t&#233;. Il permet de masquer les antagonismes sociaux et de renforcer la r&#233;partition actuelle des richesses et du pouvoir. Dans une soci&#233;t&#233; de plus en plus in&#233;galitaire, o&#249; les voitures de luxe c&#244;toient la mis&#232;re sociale. O&#249; le salariat pr&#233;caire se g&#233;n&#233;ralise, la protection sociale se r&#233;tr&#233;cit, tandis que les profits du CAC 40 atteignent des records historiques. O&#249; un quart des Fran&#231;ais-es consomme des antid&#233;presseurs, des anxiolytiques et autres somnif&#232;res. O&#249; l'&#201;tat et les multinationales imposent l'agriculture industrielle, le nucl&#233;aire, les OGM, les nanotechnologies. O&#249; il est interdit de diffuser des semences de vari&#233;t&#233;s anciennes ou la recette du purin d'ortie. O&#249; 100 000 sans-papiers et r&#233;fugi&#233;-e-s politiques ont &#233;t&#233; expuls&#233;-e-s depuis 2002. O&#249; l'ins&#233;curit&#233; sociale est de plus en plus forte. O&#249; la col&#232;re gronde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le capitalisme impose partout le r&#232;gne du profit et produit les d&#233;sastres sociaux et environnementaux que l'on conna&#238;t, l'Etat se fait de plus en plus p&#233;nal, intrusif et omnipr&#233;sent. Dans un tel contexte, ce n'est pas un hasard si le fichage ADN vise d&#233;sormais les militant-e-s politiques. Les faucheurs et faucheuses d'OGM qui refusent la main-mise des multinationales sur le monde agricole. Les anti-pubs qui refusent le matraquage capitaliste permanent et la colonisation de notre imaginaire. Les syndicalistes qui manifestent contre la destruction du code du travail ou les d&#233;localisations. Les manifestant-e-s anti-CPE qui protestaient contre une loi injuste. Ce n'est pas un hasard si, en revanche, le fichage g&#233;n&#233;tique ne concerne pas les d&#233;lits financiers, la &#171; d&#233;linquance en col blanc &#187;, les abus de biens sociaux et autres d&#233;tournements financiers. En p&#233;nalisant les actes de contestation politique, le fichage ADN contribue &#224; diffuser un sentiment de peur. La peur de s'opposer aux lois, de d&#233;sob&#233;ir, de se r&#233;volter, la peur de lutter contre un ordre social injuste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2/ Des outils pour r&#233;gimes totalitaires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout militant politique ou syndical inform&#233; sur les luttes sociales dans le monde, actuelles ou pass&#233;es, sait de quoi nous parlons. Il suffit de se mettre quelques minutes dans la peau d'un juif ou d'une juive sous P&#233;tain, d'un-e Chilien-ne sous Pinochet ou d'un-e Tchadien-ne sous Idriss D&#233;by pour comprendre &#224; quel point les dispositifs s&#233;curitaires d&#233;velopp&#233;s actuellement en France sont lourds de menaces. Le quadrillage des populations, la multiplication des fichages, les nouvelles technologies de contr&#244;le et le sentiment de peur qu'elles g&#233;n&#232;rent sont les outils de base de la r&#233;pression des opposant-e-s politiques. Non seulement les lois s&#233;curitaires renforcent les dominations qui p&#232;sent sur la population, mais elles jalonnent le chemin vers des r&#233;gimes dictatoriaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conviction, bien qu'elle fonde profond&#233;ment notre refus du pr&#233;l&#232;vement ADN, est souvent difficilement comprise. La plupart du temps, il nous est reproch&#233; &#171; d'exag&#233;rer &#187;, de faire preuve de &#171; parano&#239;a &#187;, de nous projeter anachroniquement dans le roman &lt;i&gt;1984&lt;/i&gt; de George Orwell. Que ces personnes lisent d'abord les livres &lt;i&gt;Escadrons de la mort&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Une guerre noire&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Les ann&#233;es Condor&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Noir Silence&lt;/i&gt; (cf. bibliographie), et nous disposerons alors de bases communes pour en reparler... Ces ouvrages d&#233;taillent la gen&#232;se et le potentiel des dispositifs s&#233;curitaires, en particulier l'exportation des strat&#233;gies et des technologies d&#233;velopp&#233;es par l'Arm&#233;e et la police fran&#231;aise vers les dictatures d'Afrique et d'Am&#233;rique latine. Quoi qu'il en soit, nul besoin d'agiter le spectre d'une dictature, d'un Hitler, d'un P&#233;tain ou d'un Idriss D&#233;by pour justifier la r&#233;sistance aux lois s&#233;curitaires. Comme nous avons tent&#233; de l'exposer pr&#233;c&#233;demment, la situation d'injustice sociale actuelle est d&#233;j&#224; suffisamment r&#233;voltante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3/ Vers la discrimination g&#233;n&#233;tique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Multiplication des fichages, vid&#233;osurveillance, d&#233;ploiement de technologies biom&#233;triques... Au nom de la &#171; &lt;i&gt;s&#233;curit&#233;&lt;/i&gt; &#187; et de la &#171; &lt;i&gt;pr&#233;vention&lt;/i&gt; &#187;, peut-on aller plus loin en mati&#232;re de tra&#231;abilit&#233; sociale ? Oui. A travers le fichage ADN, une nouvelle politique s&#233;curitaire devient possible, bas&#233;e sur le caract&#232;re g&#233;n&#233;tique des comportements ''d&#233;viants''. Une conviction du pr&#233;sident Nicolas Sarkozy lui-m&#234;me : &#171; &lt;i&gt;J'inclinerais, pour ma part, &#224; penser qu'on na&#238;t p&#233;dophile, et c'est d'ailleurs un probl&#232;me que nous ne sachions soigner cette pathologie. Il y a 1 200 ou 1 300 jeunes qui se suicident en France chaque ann&#233;e, ce n'est pas parce que leurs parents s'en sont mal occup&#233;s ! Mais parce que, g&#233;n&#233;tiquement, ils avaient une fragilit&#233;, une douleur pr&#233;alable.&lt;/i&gt; &#187; (&lt;i&gt;Philosophie Magazine&lt;/i&gt;, mars 2007) Autrement dit, notre identit&#233; se r&#233;duirait principalement aux informations stock&#233;es dans notre ADN, nos caract&#233;ristiques biologiques pr&#233;domineraient sur notre histoire, notre &#233;ducation, notre contexte affectif, social et &#233;conomique. Ainsi, conna&#238;tre l'ADN de l'ensemble de la population permettrait d'identifier les futurs criminels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce type de d&#233;claration, qui dans la bouche d'un Jean-Marie Le Pen aurait d&#233;clench&#233; une vive campagne d'indignation m&#233;diatique, est pass&#233;e relativement inaper&#231;ue, malgr&#233; les d&#233;nonciations de g&#233;n&#233;ticiens renomm&#233;s. Pour l'heure, l'Etat semble poursuivre des recherches dans cette direction. R&#233;cemment, l'INSERM aurait lanc&#233; une enqu&#234;te aupr&#232;s de plusieurs milliers d'&#233;tudiant-e-s en Champagne-Ardenne. Apr&#232;s avoir fait remplir &#224; ces &#233;tudiant-e-s un questionnaire portant sur leur situation sociale, familiale et scolaire, l'existence &#233;ventuelle d'une d&#233;pendance par rapport &#224; une quelconque drogue, leurs habitudes de consommations, leurs ant&#233;c&#233;dents familiaux, leur niveau habituel d'impulsivit&#233;, leur &#233;ventuel &#233;tat d&#233;pressif, leur &#233;ventuelle d&#233;viance sexuelle, l'INSERM aurait pr&#233;l&#232;v&#233; leur ADN. Le but ? Etudier &#171; &lt;i&gt;l'interaction entre facteurs environnementaux et facteurs g&#233;n&#233;tiques&lt;/i&gt; &#187; (&lt;a href=&#034;http://souriez.info/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://souriez.info/&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue politique, la conception du monde selon laquelle &#171; l'inn&#233; &#187; pr&#233;domine sur &#171; l'acquis &#187; pr&#233;sente de nombreux avantages :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Elle minimise la responsabilit&#233; de l'Etat et de l'organisation sociale dans les souffrances de la population. Affirmer la pr&#233;dominance g&#233;n&#233;tique de telle ou telle pathologie, c'est faire passer &#224; l'arri&#232;re-plan le contexte social et environnemental. C'est couper l'herbe sous le pied de toutes les organisations politiques qui consid&#232;rent l'actuel syt&#232;me social comme la principale cause des souffrances psychiques, des maladies, des suicides et de la mis&#232;re sociale.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Elle encourage les logiques r&#233;pressives et carc&#233;rales. Si certains individus sont intras&#232;quement p&#233;dophiles, ils sont incurables. Il ne reste qu'&#224; les enfermer, les ''&#233;liminer'' socialement par la camisole physique ou chimique.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Plus largement, cette id&#233;ologie naturaliste ouvre la porte aux stigmatisations, au racisme et &#224; l'eug&#233;nisme. Certain-e-s seraient fait-e-s pour commander, d'autres pour &#234;tre guid&#233;-e-s, certain-e-s pour &#234;tre riches, d'autres pour vivre dans des HLM... Une id&#233;ologie en phase avec de nombreux partisans du lib&#233;ralisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;cf. Pas de piti&#233; pour les gueux, Laurent Cordonnier (Raisons d'agir, 2000) ; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, la discrimination g&#233;n&#233;tique pr&#233;sente un int&#233;r&#234;t pour le syst&#232;me capitaliste. Pour une compagnie d'assurance ou une entreprise, s&#233;lectionner ses clients ou ses employ&#233;s en fonction de leurs pr&#233;dispositions g&#233;n&#233;tiques repr&#233;senterait un nouveau crit&#232;re de rentabilit&#233;. Dans ces conditions, la tentation serait forte de disposer du fichier ADN de la population. Or, qui peut garantir, pendant 40 ans, l'imperm&#233;abilit&#233; du FNAEG, que ce soit par malveillance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour des exemples de revente de fichiers confidentiels, notamment par EDF, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou par l&#233;gislation ? Qui peut affirmer que dans 20 ans, un gouvernement n'autorisera pas les multinationales (banques, compagnies d'assurance, employeurs, services de marketing, ...) &#224; consulter les profils g&#233;n&#233;tiques de la population ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S&#233;lection non exhaustive et simplifi&#233;e de quelques fichiers depuis les ann&#233;es 80&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ann&#233;e &#8212;&gt; sigle &#8212;&gt; fonctions &#8212;&gt; fiches&lt;br&gt;
1982 &#8212;&gt; RG &#8212;&gt; Fichier tenu par les Renseignements G&#233;n&#233;raux : recense toute personne jouant un r&#244;le significatif en mati&#232;re politique, religieuse, philosophique, &#233;conomique et sociale. &#8212;&gt; Plus de 800 000&lt;br&gt;
1982 &#8212;&gt; FICOBA &#8212;&gt; Fichier national des comptes bancaires et assimil&#233;s : recense les propri&#233;taires de compte bancaire, postal ou d'&#233;pargne. &#8212;&gt; 80 millions&lt;br&gt;
1985 &#8212;&gt; Judex &#8212;&gt; Syst&#232;me JUdiciaire de Documentation et d'EXploitation : base de donn&#233;es de la gendarmerie. Le Judex a &#233;t&#233; mis en place sans cadre l&#233;gal en 1985, puis l&#233;galis&#233; en 2003. &#8212;&gt; 1,9 millions&lt;br&gt;
1987 &#8212;&gt; FAED &#8212;&gt; Fichier Automatis&#233; des Empreintes Digitales. &#8212;&gt; 1,8 millions&lt;br&gt;
1988 &#8212;&gt; FPR &#8212;&gt; Fichier des Personnes Recherch&#233;es : recense toute personne faisant l'objet d'une mesure de recherche ou de v&#233;rification de sa situation juridique. &#8212;&gt; 350 000&lt;br&gt;
1995 &#8212;&gt; SIS &#8212;&gt; Syst&#232;me d'Information Schengen : recense les personnes recherch&#233;es ou plac&#233;es sous surveillance en Europe, notamment les militants consid&#233;r&#233;s comme &#171; des personnes potentiellement dangereuses qu'il faudrait emp&#234;cher de rejoindre certains rassemblements internationaux &#187;. &#8212;&gt; 1 &#224; 10 millions&lt;br&gt;
1997 &#8212;&gt; Vitale &#8212;&gt; Informatisation de la S&#233;curit&#233; sociale par la Fiche de Soin Electronique (FSE) et la carte S&#233;same Vitale. &#8212;&gt; ?&lt;br&gt;
1998 &#8212;&gt; FNAEG &#8212;&gt; Fichier National Automatis&#233; des Empreintes G&#233;n&#233;tiques : recense depuis 2003 la quasi-totalit&#233; des personnes accus&#233;es de crimes et d&#233;lits. &#8212;&gt; 480 000&lt;br&gt;
2001 &#8212;&gt; STIC &#8212;&gt; Syst&#232;me de Traitement des Infractions Constat&#233;es : recense toute personne mise en cause dans une proc&#233;dure polici&#232;re (auteurs, suspects, victimes). Selon la CNIL, le taux d'erreur est de 25%. Cr&#233;&#233;e par Charles Pasqua, cette base de donn&#233;es a fonctionn&#233; 6 ans dans la plus compl&#232;te ill&#233;galit&#233; avant d'&#234;tre l&#233;galis&#233;e, en 2001. &#8212;&gt; 23 millions&lt;br&gt;
2004 &#8212;&gt; FIJAIS &#8212;&gt; FIchier Judiciaire national Automatis&#233; des auteurs d'Infractions Sexuelles. &#8212;&gt; ?&lt;br&gt;
2004 &#8212;&gt; Preventel &#8212;&gt; Recense les impay&#233;s dans le secteur de la t&#233;l&#233;phonie mobile et fixe. &#8212;&gt; 1,3 millions&lt;br&gt;
Pr&#233;vu pour fin 2007 &#8212;&gt; Base-&#233;l&#232;ve &#8212;&gt; Fichiers des enfants scolaris&#233;s : &#034;origines&#034; g&#233;ographiques, langue parl&#233;e au domicile, culture d'origine, difficult&#233;s scolaires, absent&#233;isme, suivi m&#233;dical, psychologique ou psychiatrique &#233;ventuel, situation de la famille. Ce fichier est exp&#233;riment&#233; depuis 2004 dans certains &#233;tablissements scolaires. &#8212;&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sources : &lt;br&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.cnil.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.cnil.fr&lt;/a&gt;&lt;br&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.renseignementsgeneraux.net&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.renseignementsgeneraux.net&lt;/a&gt; &lt;br&gt;
(les chiffres sont des estimations).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S&#233;lection non exhaustive et simplifi&#233;e de quelques lois s&#233;curitaires depuis les ann&#233;es 90&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1994	- Cr&#233;ation de la Brigade Anti-Criminalit&#233; (BAC)&lt;br&gt;
1995	- Activation du plan d'alerte ''anti-terroriste'' Vigipirate (toujours en vigueur) : contr&#244;les accrus, p&#233;rim&#232;tres de s&#233;curit&#233;, pr&#233;sence de l'Arm&#233;e dans certains lieux publics.&lt;br&gt;
1995 - Autorisation de la vid&#233;osurveillance dans les lieux publics.&lt;br&gt;
1997	- Cr&#233;ation des Contrats Locaux de S&#233;curit&#233; (meilleure coordination entre la police et les collectivit&#233;s locales).&lt;br&gt;
1998	- Fichage g&#233;n&#233;tique pour les crimes et d&#233;lits sexuels (FNAEG).&lt;br&gt;
2001	- Extension des motifs de contr&#244;les d'identit&#233; et de fouille des v&#233;hicules.&lt;br&gt;
2002	- Augmentation des cas de comparution imm&#233;diate.&lt;br&gt;
2002 - Sanctions alourdies pour les mineurs, cr&#233;ation de centres &#233;ducatifs ferm&#233;s (CEF) &#224; partir de 13 ans.&lt;br&gt;
2003	- Fichage g&#233;n&#233;tique &#233;tendu &#224; la quasi-totalit&#233; des crimes et d&#233;lits.&lt;br&gt;
2003 - Nouvelles incriminations p&#233;nales visant le stationnement de jeunes dans les halls d'immeuble, la mendicit&#233;, les prostitu&#233;-e-s, les gens du voyage.&lt;br&gt;
2003 - Punition de tout &#171; outrage au drapeau national &#187; ou &#224; l'hymne national.&lt;br&gt;
2004	- Mesures pour favoriser la d&#233;lation et l'impunit&#233; des d&#233;lateurs.&lt;br&gt;
2004 - Extension du champ des perquisitions, pouvant d&#233;sormais avoir lieu en l'absence ou sans l'accord de la personne, y compris de nuit.&lt;br&gt;
2004 - Garde &#224; vue port&#233;e &#224; 4 jours (et &#224; 6 jours en cas d'accusation de ''terrorisme'').&lt;br&gt;
2005	- Instauration de l'&#233;tat d'urgence de novembre 2005 &#224; janvier 2006 (couvre-feu, extension des pouvoirs r&#233;pressifs, etc.).&lt;br&gt;
2005 - Surveillance &#233;lectronique des d&#233;linquants sexuels apr&#232;s leur sortie de prison.&lt;br&gt;
2005 - Obligation pour les fournisseurs d'acc&#232;s internet et les op&#233;rateurs t&#233;l&#233;phoniques de stocker leurs donn&#233;es au moins 6 mois pour les fournir &#224; la police en cas de proc&#233;dure.&lt;br&gt;
2006	- Octroi &#224; des &#233;lus politiques (maires, pr&#233;sidents de conseil g&#233;n&#233;ral...) d'un pouvoir de sanction des familles et des jeunes en cas &#171; d'incivilit&#233; &#187;.&lt;br&gt;
2006 - Forces de police &#233;quip&#233;es en Taser (pistolet &#224; d&#233;charge &#233;lectrique).&lt;br&gt;
2007	- Cr&#233;ation de fichiers municipaux rassemblant les personnes pr&#233;sentant des ''difficult&#233;s'' sociales, &#233;ducatives et financi&#232;res. Le maire et le pr&#233;sident du conseil g&#233;n&#233;ral ont d&#233;sormais acc&#232;s aux informations confidentielles que seuls les &#233;ducateurs et les assistantes sociales d&#233;tenaient jusqu'&#224; aujourd'hui.&lt;br&gt;
2007 - Fichage des personnes pr&#233;sentant des troubles psychiatriques. Proc&#233;dures d'internement psychiatrique simplifi&#233;es (sur simple avis d'un m&#233;decin).&lt;br&gt;
2007 - Mise en place des &#233;tablissements p&#233;nitentiaires pour mineurs (EPM).&lt;br&gt;
2007 - Interdiction de faire circuler sur internet des images de violences polici&#232;res.&lt;br&gt;
2007 - Cr&#233;ation de fichiers municipaux regroupant les personnes pr&#233;sentant des ''difficult&#233;s'' sociales et financi&#232;res. Le maire et le pr&#233;sident du conseil g&#233;n&#233;ral ont d&#233;sormais acc&#232;s aux informations confidentielles que seuls les &#233;ducateurs et les assistantes sociales d&#233;tenaient.&lt;br&gt;
2007 - Fichage des personnes pr&#233;sentant des troubles psychiatriques, avec proc&#233;dures d'internement psychiatrique simplifi&#233;es.&lt;br&gt;
2007 - Mise en place des &#233;tablissements p&#233;nitentiaires pour mineurs (EPM) &#224; partir de 13 ans.&lt;br&gt;
2007 - Interdiction de faire circuler sur internet des images de violences polici&#232;res.&lt;br&gt;
2007 - Cr&#233;ation d'une ''milice'' de soutien &#224; la police, le &#171; service volontaire citoyen de la police nationale &#187;.&lt;br&gt;
2007 - Instauration de peines planchers (peines minimales obligatoires, auxquelles le juge ne peut pas d&#233;roger) d&#232;s la premi&#232;re r&#233;cidive pour les crimes et d&#233;lits passibles d'au moins 3 ans d'emprisonnement.&lt;br&gt;
Pr&#233;vu pour 2008	- Nouvelle carte d'identit&#233; biom&#233;trique baptis&#233;e INES (Identit&#233; Nationale Electronique S&#233;curis&#233;e). Sa puce (lisible &#224; distance) contiendra : empreintes digitales num&#233;ris&#233;es, photographie vectoris&#233;e de notre visage, num&#233;ro personnel d'identification permettant d'interroger les fichiers de police.&lt;br&gt;
Pr&#233;vu pour 2008	- Extension de la vid&#233;o-surveillance de 1 &#224; 3 millions de cam&#233;ras sur le territoire fran&#231;ais.&lt;br&gt;
Pr&#233;vu pour 2008	- Police nationale &#233;quip&#233;e de drones (petits engins t&#233;l&#233;guid&#233;s volant &#224; 150 m d'altitude) pour surveiller &#224; distance villes et quartiers.&lt;br&gt;
Pr&#233;vu pour 2008	- Possibilit&#233; de recours au test ADN en cas de doute sur l'&#233;tat civil d'une personne demandant un visa de plus de trois mois pour la France.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comment refuser le fichage ADN ?&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; &lt;i&gt;Se souvenir toujours pour savoir s'engager et r&#233;sister quand l'essentiel est en jeu.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
Jacques Chirac, 3 novembre 2005&lt;br&gt;
Inauguration du Centre Europ&#233;en du R&#233;sistant D&#233;port&#233;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;	Parce que nous refusons les politiques s&#233;curitaires qui renforcent une organisation sociale injuste et jalonnent le chemin vers des Etats totalitaires, parce que nous refusons de donner nos g&#232;nes &#224; des autorit&#233;s qui, sous couvert &#171; d'ins&#233;curit&#233; &#187;, ouvrent la voie vers la discrimination g&#233;n&#233;tique, nous consid&#233;rons le refus de fichage g&#233;n&#233;tique comme un acte politique indispensable. Et possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors d'une garde-&#224;-vue ou d'une convocation de la police, nous pouvons en effet refuser le fichage g&#233;n&#233;tique. Tant que nous ne sommes pas condamn&#233;-e-s pour les faits qui nous sont reproch&#233;s, la proc&#233;dure de pr&#233;l&#232;vement ADN ''normale'' ne peut &#234;tre fait sans notre consentement : notre corps est consid&#233;r&#233; comme une propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Nous avons vu dans le chapitre 1 que la police peut toutefois pr&#233;lever l'ADN &#171; &lt;i&gt;&#224; partir de mat&#233;riel biologique qui se serait naturellement d&#233;tach&#233; du corps de l'int&#233;ress&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart du temps, la police ''oublie'' de nous informer de nos droits. Si, lors d'une arrestation, nous refusons le pr&#233;l&#232;vement ADN, elle exerce souvent des pressions psychologiques. Menaces, parfois insultes, les policiers affirment que notre refus entra&#238;ne automatiquement 15 000 euros d'amende et 1 an de prison, peine maximale pr&#233;vue par la loi en cas de refus de fichage g&#233;n&#233;tique. Ce moment est difficile &#224; vivre. Il faut s'y pr&#233;parer, tenir bon et r&#233;ussir &#224; expliquer calmement les raisons de notre refus de pr&#233;l&#232;vement ADN.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce refus entra&#238;ne (non-syst&#233;matiquement) une convocation pour un proc&#232;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une convocation pour pr&#233;l&#232;vement ADN peut intervenir plusieurs ann&#233;es apr&#232;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Plusieurs proc&#232;s ont d&#233;j&#224; eu lieu, une centaine sont en cours. Jusqu'&#224; pr&#233;sent et &#224; notre connaissance, ces proc&#232;s ont abouti, grosso modo, &#224; deux types de d&#233;cisions de Justice : &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; pour les militant-e-s politiques, soutenu-e-s par des r&#233;seaux, des associations, de bons avocats, et dont les proc&#232;s sont relativement m&#233;diatis&#233;s : des relaxes, des amendes maximales de 500 euros ou de la peine de prison avec sursis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une peine pour refus de pr&#233;l&#232;vement ADN se cumule avec une &#233;ventuelle autre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; pour les personnes d&#233;j&#224; emprisonn&#233;es, pour les habitant-e-s des quartiers pauvres, qui ne b&#233;n&#233;ficient que de soutiens tr&#232;s faibles : souvent de la prison ferme. Ainsi, un d&#233;tenu de 19 ans, du centre de d&#233;tention de Neuvic-sur-l'Isle (Dordogne), a pris 3 mois de prison ferme pour avoir refus&#233; le fichage ADN en octobre 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon le minist&#232;re de la Justice, entre 2003 et 2005, sur 452 personnes ayant refus&#233; le fichage g&#233;n&#233;tique, 108 ont &#233;t&#233; dispens&#233;es de peine, 267 ont pris de la prison ferme (3 mois en moyenne), 16 ont pris du sursis, 58 des amendes ou des jours-amendes (300 euros en moyenne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques exemples de proc&#232;s relativement m&#233;diatis&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#192; Al&#232;s, un faucheur volontaire, Benjamin, a &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; 500 euros d'amende fin 2007 pour avoir refus&#233; de se soumettre &#224; un pr&#233;l&#232;vement ADN &#224; la suite d'une condamnation pour destruction de cultures OGM.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#192; Orl&#233;ans, 16 faucheurs volontaires d'OGM ont &#233;t&#233; condamn&#233;s jeudi 24 mai 2007 &#224; deux mois de prison avec sursis pour avoir refus&#233; de se soumettre au fichage g&#233;n&#233;tique, suite &#224; un arrachage de ma&#239;s transg&#233;nique Monsanto.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#192; M&#226;con, une jeune femme, Camille, a &#233;t&#233; relax&#233;e. Lors d'un contr&#244;le routier, des gendarmes avaient trouv&#233; un narghil&#233; (pipe &#224; eau) dans sa voiture. Ils ont exig&#233; un pr&#233;l&#232;vement ADN pour pr&#233;somption de consommation de cannabis. Camille a refus&#233;. Elle est pass&#233;e en proc&#232;s le 21 mars 2007, et a &#233;t&#233; relax&#233;e.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#192; Quimper, un lyc&#233;en de 18 ans, qui avait refus&#233; de se plier au pr&#233;l&#232;vement ADN apr&#232;s avoir &#233;t&#233; &#034;admonest&#233;&#034; par le juge des enfants &#224; la suite d'un vol de scooter, a &#233;t&#233; relax&#233; (&lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt;, 08/05/2008).
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#192; Orl&#233;ans, un agriculteur qui avait pi&#233;tin&#233; un champ de ma&#239;s OGM avec des militants de la Conf&#233;d&#233;ration paysanne a &#233;t&#233; condamn&#233; par la cour d'appel d'Orl&#233;ans, avec 45 autres faucheurs, &#224; 100 euros d'amende pour refus de test ADN. Une autre militante a &#233;t&#233; relax&#233;e par le Tribunal de la Roche-Sur-Yon d&#233;but avril 2008 (&lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt;, 08/05/2008).
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#192; Millau, le 28 mai 2008, deux faucheurs volontaires d'OGM, Francis Roux et Philippe Matet, ont comparu &#224; la barre du tribunal correctionnel de Millau pour avoir refus&#233; de se soumettre &#224; des pr&#233;l&#232;vements ADN dans le courant de l'ann&#233;e 2007. Ils ont &#233;t&#233; relax&#233;s (&lt;i&gt;La D&#233;p&#234;che&lt;/i&gt;, 29/05/2008).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons que le refus de donner son ADN est consid&#233;r&#233; comme un d&#233;lit ''infini''. Autrement dit, apr&#232;s une condamnation pour refus de pr&#233;l&#232;vement g&#233;n&#233;tique, la police peut demander de vous soumettre de nouveau au test. Si vous refusez, vous vous trouvez en situation de r&#233;cidive, ce qui aggrave les peines pouvant &#234;tre requises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faire pression sur la Justice fran&#231;aise, le refus en masse est une possibilit&#233;. La saturation des tribunaux s'envisage, en effet, avec seulement 10% de refus. Plusieurs organisations soutiennent cette d&#233;marche : les faucheurs volontaires, la Ligue des Droits de l'Homme, la Conf&#233;d&#233;ration Nationale du Travail (CNT), la CGT, les Verts et le Syndicat de la magistrature.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Depuis l'automne 2006, un collectif REFUS ADN s'est constitu&#233;. Cette structure d'information et de soutien vise &#224; rassembler les personnes refusant le pr&#233;l&#232;vement ADN.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Site : &lt;a href=&#034;http://refusadn.free.fr/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://refusadn.free.fr/&lt;/a&gt; &lt;br&gt;
Courriel : &lt;a href='https://www.infokiosques.net/refusadn at free point fr' class=&#034;spip_url&#034;&gt;refusadn at free point fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les soutiens financiers sont les bienvenus ! Ch&#232;ques &#224; l'ordre de &#171; caisse de solidarit&#233; &#187;, mention &#171; refus ADN &#187; au dos du ch&#232;que, adresse d'envoi : Association T&#233;moins, 39 rue Courteline, 69100 Villeurbanne.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pour aller plus loin&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&gt;&gt;&gt; Sur le fichage ADN&lt;br&gt; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://infokiosques.net/spip.php?article535&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Compilation d'information et de soutien contre le fichage ADN&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, novembre 2007&lt;br&gt; &lt;i&gt;Pist&#233;s par nos g&#232;nes&lt;/i&gt;, film documentaire de Philippe Borrel et Gilbert Charles, 52mn, 2007&lt;br&gt;
&lt;i&gt;Ni dieu ni g&#232;nes&lt;/i&gt;, Kupiec &amp; Sonigo, Seuil, 2003&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&gt;&gt;&gt; Sur la biom&#233;trie&lt;br&gt; &lt;i&gt;Au doigt et &#224; l'oeil&lt;/i&gt;, S&#233;bastien Thomasson, 2005, texte disponible sur &lt;a href=&#034;http://souriez.info/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://souriez.info/&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;https://infokiosques.net/spip.php?article319&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://infokiosques.net/spip.php?a...&lt;/a&gt;&lt;br&gt; &lt;i&gt;Le temps des bioma&#238;tres&lt;/i&gt;, film documentaire de Laurent Guyot, 52 mn, 2006&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&gt;&gt;&gt; sur la RFID&lt;br&gt; &lt;i&gt;RFID, la police totale&lt;/i&gt;, 2006, texte disponible sur &lt;a href=&#034;http://pmo.erreur404.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://pmo.erreur404.org&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;https://infokiosques.net/spip.php?article349&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://infokiosques.net/spip.php?a...&lt;/a&gt;&lt;br&gt; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://infokiosques.net/spip.php?article414&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Des moutons et des hommes&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, 2007&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&gt;&gt;&gt; Sur les coulisses de la police&lt;br&gt; &lt;i&gt;Place Beauvau&lt;/i&gt;, Recasens, D&#233;cugis et Labb&#233;, Robert Laffont, 2006&lt;br&gt; &lt;i&gt;Ruptures, Serge Portelli&lt;/i&gt;, 2007, livre t&#233;l&#233;chargeable sur &lt;a href=&#034;http://www.betapolitique.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.betapolitique.fr&lt;/a&gt; &lt;br&gt; &lt;i&gt;Histoire secr&#232;te de la V&#232;me R&#233;publique&lt;/i&gt;, ouvrage collectif, La d&#233;couverte, 2007&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&gt;&gt;&gt; Sur le fichage&lt;br&gt; &lt;i&gt;Histoire de la carte nationale d'identit&#233;&lt;/i&gt;, Pierre Piazza, Odile Jacob, 2004&lt;br&gt; &lt;i&gt;Tous fich&#233;s&lt;/i&gt;, Jacques Henno, T&#233;l&#233;maque, 2005&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&gt;&gt;&gt; Sur les origines et le potentiel des outils s&#233;curitaires modernes&lt;br&gt; &lt;i&gt;Escadrons de la mort, l'&#233;cole fran&#231;aise&lt;/i&gt;, M.D. Robin, La d&#233;couverte, 2004&lt;br&gt; &lt;i&gt;Une guerre noire&lt;/i&gt;, P&#233;ri&#232;s et Servenay, La d&#233;couverte, 2007&lt;br&gt; &lt;i&gt;Les ann&#233;es Condor&lt;/i&gt;, John Dinges, La d&#233;couverte, 2005.&lt;br&gt; &lt;i&gt;Noir Silence&lt;/i&gt;, F.X. Verschave, Les ar&#232;nes, 2000&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&gt;&gt;&gt; Sur la cr&#233;ation de &#171; l'ins&#233;curit&#233; &#187; et la logique carc&#233;rale&lt;br&gt;
&lt;i&gt;L'Horreur s&#233;curitaire : Les Trente Honteuses&lt;/i&gt;, Jean-Marc F&#233;dida, Priv&#233;, 2006&lt;br&gt;
&lt;i&gt;La France a peur&lt;/i&gt;, Laurent Bonelli, La d&#233;couverte, 2008&lt;br&gt; &lt;i&gt;Pourquoi faudrait-il punir ?&lt;/i&gt;, Catherine Baker, tahin party, 2005, livre t&#233;l&#233;chargeable sur &lt;a href=&#034;http://tahin-party.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://tahin-party.org&lt;/a&gt; &lt;br&gt; &lt;i&gt;Punir les pauvres&lt;/i&gt;, Lo&#239;c Wacquant, Agone, 2004&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&gt;&gt;&gt; Sites internet &lt;br&gt; Souriez vous &#234;tes film&#233;s, &lt;a href=&#034;http://souriez.info/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://souriez.info/&lt;/a&gt; &lt;br&gt; Pi&#232;ces et Main d'Oeuvre, &lt;a href=&#034;http://pmo.erreur404.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://pmo.erreur404.org/&lt;/a&gt; &lt;br&gt; Big Brother Awards France, &lt;a href=&#034;http://nomines.bigbrotherawards.eu.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://nomines.bigbrotherawards.eu.org/&lt;/a&gt; &lt;br&gt; Non &#224; INES, &lt;a href=&#034;http://www.ines.sgdg.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.ines.sgdg.org/&lt;/a&gt; &lt;br&gt;
Collectif George Orwell, &lt;a href=&#034;http://1984.over-blog.com/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://1984.over-blog.com/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&gt;&gt;&gt; Conna&#238;tre ses droits face &#224; la police&lt;br&gt; &lt;i&gt;Face &#224; la Justice, face &#224; la police&lt;/i&gt;, livre t&#233;l&#233;chargeable sur &lt;a href=&#034;http://www.guidejuridique.net/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.guidejuridique.net/&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;https://infokiosques.net/spip.php?article538&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://infokiosques.net/spip.php?a...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Institut National de La Sant&#233; et de la Recherche M&#233;dicale, &lt;a href=&#034;http://www.inserm.fr/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.inserm.fr/&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Deux livres sur la manipulation des chiffres de la &#034;d&#233;linquance&#034; : &lt;i&gt;Place Beauvau&lt;/i&gt;, Recasens, D&#233;cugis et Labb&#233; (Laffont, 2006) et &lt;i&gt;Ruptures&lt;/i&gt;, Serge Portelli, 2007, t&#233;l&#233;chargeable sur [&lt;a href=&#034;http://www.betapolitique.fr/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.betapolitique.fr/&lt;/a&gt;. Pour un aper&#231;u des manipulations &#233;galement utilis&#233;es avec les chiffres du ch&#244;mage, cf. le journal &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;40 &#224; 45 (&lt;a href=&#034;http://cequilfautdetruire.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://cequilfautdetruire.org/&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;cf. &lt;i&gt;Pas de piti&#233; pour les gueux&lt;/i&gt;, Laurent Cordonnier (Raisons d'agir, 2000) ; &lt;i&gt;Le grand bond en arri&#232;re&lt;/i&gt;, Serge Halimi (Fayard, 2004) ; &lt;i&gt;Les fondements philosophiques du lib&#233;ralisme&lt;/i&gt;, Francisco Vergara (La D&#233;couverte, 2002).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour des exemples de revente de fichiers confidentiels, notamment par EDF, cf. &lt;i&gt;Histoire secr&#232;te de la V&#232;me R&#233;publique&lt;/i&gt; (voir bibliographie).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une convocation pour pr&#233;l&#232;vement ADN peut intervenir plusieurs ann&#233;es apr&#232;s le proc&#232;s pour le d&#233;lit initial. La police peut convoquer la personne au Commissariat sans sp&#233;cifier qu'il s'agit d'une demande de pr&#233;l&#232;vement ADN. En cas de refus de pr&#233;l&#232;vement ADN, la police peut garder la personne en garde-&#224;-vue, pour faire pression. Pour conna&#238;tre ses droits lors d'une garde-&#224;-vue, &lt;a href=&#034;http://www.guidejuridique.net/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.guidejuridique.net/&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une peine pour refus de pr&#233;l&#232;vement ADN se cumule avec une &#233;ventuelle autre condamnation pour le d&#233;lit ayant entra&#238;n&#233; le pr&#233;l&#232;vement ADN. Il s'agit d'une double peine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Editions Sarkommence, juin 2008&lt;br&gt;
Photocopiage et diffusion encourag&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retrouvez cette brochure et bien d'autres sur &lt;a href=&#034;http://infokiosques.net/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://infokiosques.net/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<enclosure url="https://www.infokiosques.net/IMG/pdf/Brochure_ADN_v3.pdf" length="1105063" type="application/pdf" />
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Contre l'antifascisme, contre l'&#201;tat</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article252</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.infokiosques.net/spip.php?article252</guid>
		<dc:date>2005-10-26T08:18:11Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Collectif</dc:creator>


		<dc:subject>Petit peuple du cagibi (Grenoble)</dc:subject>
		<dc:subject>Critiques du citoyennisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Regroupement de textes critiques sur le fascisme et son anti et l'usage qui en est fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; &#201;videmment, ces &#233;crits ne critiquent pas la lutte contre le fascisme, mais bien les plates-formes, coordinations, [...] et profiteur-euse-s qui veulent en tirer avantage. La lutte contre le fascisme est importante, mais ce n'est qu'une lutte de plus. Nous autres, en tant qu'anarchistes, lutterons toujours contre tout Pouvoir qu'il soit rouge, bleu, vert ou jaune. Pour la destruction de tout ce qui nous opprime. Pour l'Anarchie. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L117xH150/arton252-2a54b.jpg?1780501708' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='117' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff252.jpg?1130314572&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;* Les trois premiers textes de cette brochure sont traduits du castillan.&lt;br class='manualbr' /&gt;Plusieurs fois r&#233;&#233;dit&#233;s en Espagne, ils sont anonymes (tout du moins : les noms de leurs auteureuses ne sont pas parvenus jusqu'&#224; nous, ou d'une certaine forme). Seul le premier est dat&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ces textes (et d'autres que nous n'avons pas traduits) ont &#233;t&#233;s notamment &#233;dit&#233;s en 1999 par les &#233;ditions &lt;i&gt;SINmesura&lt;/i&gt; sous le titre &#034;Contra el antifascismo - textos revolucionarios contra el antifascismo&#034; dont nous reproduisons l'&#233;dito ici, et r&#233;&#233;dit&#233;s (&#224; une date inconnue) par la &lt;i&gt;Federaci&#243;n Ib&#233;rica de Juventud Libertarias&lt;/i&gt; sous le titre &#034;&#191;Antifascismo ? - textos revolucionarios contra el antifascismo&#034;, dot&#233; d'un &#233;dito au ton bien moins incisif et d'une note de couverture ainsi formul&#233;e :&lt;br class='manualbr' /&gt;&#034;&#201;videmment, ces &#233;crits ne critiquent pas la lutte contre le fascisme, mais bien les plates-formes, coordinations, [...] et profiteur-euse-s qui veulent en tirer avantage. La lutte contre le fascisme est importante, mais ce n'est qu'une lutte de plus. Nous autres, en tant qu'anarchistes, lutterons toujours contre tout Pouvoir qu'il soit rouge, bleu, vert ou jaune. Pour la destruction de tout ce qui nous opprime. Pour l'Anarchie.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah oui : le texte intitul&#233; &#034;Dictature et D&#233;mocratie&#034; semble d&#233;j&#224; &#234;tre une traduction de l'italien vers le castillan. Si quelqu'un-e met la main sur l'original en italien nous serions int&#233;ress&#233;s afin d'am&#233;liorer notre traduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Suit un article parut dans le num&#233;ro sp&#233;cial &#034;L'Arnaque Citoyenne&#034; de&lt;i&gt;Courant Alternatif&lt;/i&gt;, mensuel de l'Organisation Communiste Libertaire.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'article ne traite pas particuli&#232;rement du fascisme et de l'antifascisme, mais de l'&#201;tat en g&#233;n&#233;ral et de la n&#233;cessit&#233; d'en finir avec lui dans une logique anticapitaliste, quelle que soit la forme qu'il rev&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Pour finir nous avons ajout&#233; un article et un tract commis par Claude Guillon ; le premier &#224; la suite d'un d&#233;bat sur les moyens &#224; utiliser contre le FN - publi&#233; dans &lt;i&gt;No Pasaran&lt;/i&gt; en avril 1997 - et le second entre les deux tours des pr&#233;sidentielles de 2002.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous avons pens&#233; que c'&#233;tait l&#224; de bons questionnements et illustrations des discours qui pr&#233;c&#232;dent, plus proches de nous dans l'espace et dans le temps que les questionnements moins tactiques et les exemples historiques mentionn&#233;s avant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;br&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Contre l'antifascisme&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#233;dito de SINmesura&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cela peu para&#238;tre un peu fort d'affirmer ouvertement et ainsi, d'entr&#233;e, notre opposition &#224; cet artifice qui unit - de mani&#232;re fictive, dans un monde d'apparence - tant de personnes autour de lui : l'antifascisme. Cela sonne fort, mais il nous faut parler clairement. Continuer &#224; se taire face &#224; la farce que quelques abus&#233;-e-s, id&#233;ologues, popes, cr&#233;tin-e-s et autres canailles qualifient de &#034;mouvement antifasciste&#034; serait, arriv&#233;s &#224; ce point, soutenir tacitement ce &#034;mouvement&#034; et ce qu'il soutient : la D&#233;mocratie et le Capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne voulons pas d&#233;truire le fascisme. Nous voulons d&#233;truire tout ce qui nous fait vivre une vie invivable. Nous ne jouons pas ; la lutte, l'intervention directe dans tous les aspects de la vie, l'attaque contre nos ennemi-e-s, ne sont pas des passe-temps destin&#233;s &#224; remplir le temps &#034;libre&#034; que nous laissent le syst&#232;me et les obligations quotidiennes. Nous d&#233;sirons ardemment changer la vie. Nous voulons &#234;tre libres. Nous savons bien que changer la vie sans s'attaquer &#224; une profonde et radicale transformation sociale, &#224; une immense t&#226;che de d&#233;molition, est impossible. Nous voulons, en d&#233;finitive, la r&#233;volution sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cela peut certainement para&#238;tre, en ces temps de tol&#233;rance et de consensus d&#233;mocratique, une chose d'hallucin&#233;-e-s que de penser et de parler de r&#233;volution. Or, nous l'avons d&#233;j&#224; dit : nous ne jouons pas. Qui se r&#233;signe &#224; la mis&#232;re quotidienne peut se permettre le luxe de continuer &#224; faire l'imb&#233;cile en collaborant au maintient de ce monde de merde. Qui ne se r&#233;signe pas, qui ne se conforme pas avec cela, peut seulement faire une chose : penser, parler, faire la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'antifascisme, dans tout cela, joue un r&#244;le qui historiquement a &#233;t&#233;, et continue aujourd'hui &#224; &#234;tre, essentiel : faire combattre les exploit&#233;-e-s pour des int&#233;r&#234;ts qui ne sont pas les leurs, en les utilisant comme chair &#224; canon entre les mains des diff&#233;rentes factions du pouvoir. Combattre l'antifascisme est essentiel si nous voulons lutter pour nos int&#233;r&#234;ts, nos n&#233;cessit&#233;s, nos d&#233;sirs et non pour les int&#233;r&#234;ts de nos exploiteur-euse-s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette collection de textes ne pr&#233;tend &#233;videmment pas &#234;tre une quelconque &#034;v&#233;rit&#233;&#034; ; il ne s'agit pas d'une &#034;bible&#034; &#224; vendre ou &#224; adorer. Ces textes existent pour &#234;tre lus, pens&#233;s, discut&#233;s. Entre nous autres qui voulons tout changer, le d&#233;bat est essentiel pour surmonter les nombreux obstacles - aujourd'hui plus nombreux que jamais - que le pouvoir place en travers de notre chemin, de notre lutte. Mais nous ne voulons pas d'un d&#233;bat sans cons&#233;quences, d'une discussion de couloir pour rentrer chez soi &#034;en y voyant plus clair&#034;. Si l'on n'est pas dispos&#233;-e &#224; aller jusqu'au bout mieux vaut ne pas commencer. Si la r&#233;flexion ne se transforme pas en action ce n'est qu'une simple pirouette mentale, inoffensive, innocente, stupide. Nous voulons de la r&#233;flexion et de la discussion pour avancer dans la lutte, &#233;cartant les obstacles du milieu et identifiant l'ennemi avec chaque fois plus de pr&#233;cision. Nous nous retrouverons dans le processus de lib&#233;ration que chacun entreprendra. Nous cherchons des compagne-on-s, pas des troupeaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une derni&#232;re clarification : ceci n'est pas un pamphlet &#034;anarchiste&#034;. Nous sommes toutes et tous, pas seulement les anarchistes, coinc&#233;-e-s, soumis-es &#224; l'exploitation et &#224; la domination. La t&#226;che de liquidation sociale est l'affaire de tout le monde et de chacun-e, et non pas de quelque minorit&#233; consciente que ce soit. L'&#233;mancipation des travailleur-euse-s sera l'oeuvre des travailleur-euse-s m&#234;me ou, de fait, ne sera pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans plus, portez-vous bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Communisme ou Barbarie&lt;br class='autobr' /&gt;
mort &#224; l'&#201;tat, vive l'Anarchie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ediciones SINmesura&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'antifascisme comme forme d'adh&#233;sion au syst&#232;me&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dire d'entr&#233;e que le fascisme autant que l'antifascisme ont jou&#233; historiquement un r&#244;le contre-r&#233;volutionnaire et que les deux ont constitu&#233; et constituent une forme d'adh&#233;sion au capitalisme peut para&#238;tre un peu fort ou pour le moins &#233;trange.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intention de cet article est d'essayer d'argumenter de telles affirmations ou au moins de provoquer un d&#233;bat sur ce th&#232;me &#224; la mode qu'est l'antifascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;R&#233;examiner l'histoire&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour certain-e-s, l'histoire est la charogne des soci&#233;t&#233;s et les historiens leurs m&#233;decins l&#233;gistes. Il s'agit peut-&#234;tre l&#224; de l'histoire avec un grand &#034;H&#034;, celle des facult&#233;s et des biblioth&#232;ques ; l'histoire que nous revendiquons n'est pas - ou ne devrait pas &#234;tre - pr&#233;tentieusement objective, elle est - ou devrait &#234;tre - un outil critique pour comprendre le pr&#233;sent et le transformer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; plusieurs reprises dans l'histoire les minorit&#233;s ais&#233;es ont utilis&#233; en moment de crise des mouvements folkloriques pour maintenir leurs privil&#232;ges, allant jusqu'&#224; c&#233;der &#224; ces groupes de pression le pouvoir politique. C'est le cas du fascisme pendant la p&#233;riode de l'entre-deux guerres.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les similitudes entre le fascisme-nazi des ann&#233;es 30 et la prise de pouvoir (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la guerre de 14-18 le capitalisme ne jouait d&#233;j&#224; plus un r&#244;le progressif, il ne d&#233;veloppait plus les forces productives autrement qu'en provoquant des crises et des guerres. C'est dans ce contexte que surgira le fascisme, mais aussi l'antifascisme, tous deux poursuivant un but identique, bien qu'il puisse para&#238;tre contraire : sauvegarder les int&#233;r&#234;ts du capital imp&#233;rialiste et &#233;craser le prol&#233;tariat international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Guerre Civile espagnole illustre &#224; la perfection le r&#244;le contre-r&#233;volutionnaire de l'antifascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 19 juillet 1936, dans plusieurs villes d'Espagne, les ouvrier-e-s ont barr&#233; la route &#224; la r&#233;bellion militaire et ont lanc&#233; une dynamique d'expropriation de type clairement r&#233;volutionnaire. L'apog&#233;e de ce processus sera de courte dur&#233;e, la constitution m&#234;me du Comit&#233; de Milices Antifascistes (organisme interclassiste qui d&#233;place le protagonisme des masses vers la direction des organisations) met en &#233;vidence l'attaque de la bourgeoisie antifasciste contre le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conclave de Burgos&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Burgos &#233;tait la capitale de guerre de Franco, o&#249; l'on pouvait aussi (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et le gouvernement r&#233;publicain de Madrid forment l'axe d'une m&#234;me pince qui se referme sur la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Espagne ne sera pas le th&#233;&#226;tre d'une guerre r&#233;volutionnaire, ni m&#234;me d'une guerre civile, sinon celui d'une guerre imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie tant nationale qu'internationale, impliqu&#233;e des deux c&#244;t&#233;s, r&#232;gle ses comptes aux d&#233;pens du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la R&#233;publique, le message s'axe sur une politique de guerre. La guerre comme forme de restructuration du mod&#232;le capitaliste en crise et d'&#233;crasement de la classe ouvri&#232;re. La guerre en Espagne servira de banc d'essai ; ce sera un avant-go&#251;t du m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne de restructuration qui sera v&#233;cu au niveau mondial (Seconde Guerre Mondiale). Un mod&#232;le capitaliste dictatorial s'imposera en Espagne (avec la complicit&#233; des d&#233;mocraties occidentales et de l'URSS), tandis qu'apr&#232;s la Seconde Guerre Mondiale, dans le reste du monde, s'imposera un mod&#232;le capitaliste d&#233;mocratique faussement oppos&#233; &#224; un soit-disant bloc &#034;socialiste&#034; antagoniste. Le mod&#232;le dictatorial comme le mod&#232;le d&#233;mocratique poursuivent un but identique : r&#233;ajuster et maintenir le syst&#232;me d'exploitation. L'Espagne n'entrera &#233;videmment pas dans le conflit mondial puisque le r&#233;ajustement (via le triomphe dictatorial) a eu lieu avec anticipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc tout aussi logique, selon ce raisonnement, que les d&#233;mocraties occidentales qui disaient lutter contre de le fascisme n'aient pas remis en cause le syst&#232;me politique (fasciste) espagnol apr&#232;s la Seconde Guerre Mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant la guerre d'Espagne, l'id&#233;ologie qui s'imposera, comme pr&#233;tendue n&#233;cessit&#233; in&#233;luctable, sera l'antifascisme : le frontisme et la collaboration de classe - incluant la chefferie (on ne peut pas les appeler autrement) de la CNT-FAI et les opportunistes du POUM se d&#233;marquant ainsi d'une politique r&#233;ellement r&#233;volutionnaire et se pliant au pragmatisme d'une politique de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'unit&#233; antifasciste n'est rien d'autre que la collaboration de classe. Le prol&#233;tariat, au lieu d'affronter ses ennemis (la bourgeoisie fasciste et antifasciste) dans une v&#233;ritable guerre de classe, se verra oblig&#233; de servir de chair &#224; canon pour les deux bourgeoisies avec la complicit&#233; de quelques un-e-s de ses &#034;dirigeant-e-s les plus avanc&#233;-e-s&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements de mai&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mai barcelonais : le 3 mai 1937 &#224; Barcelone, le central t&#233;l&#233;phonique conquis (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; Barcelone se pr&#233;sentent clairement comme l'&#233;pilogue d'un d&#233;sir frustr&#233; de communisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le communisme compris non pas du point de vue des strat&#233;gies l&#233;ninistes mais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; d'une partie du prol&#233;tariat. C'est &#224; partir de mai que l'on peut dire que la bourgeoisie (par la main de ses alli&#233;s staliniens) l'a emport&#233; sur une r&#233;volution inachev&#233;e (les banques ne furent pas touch&#233;es, l'argent ne fut pas aboli, et surtout l'&#201;tat ne fut pas d&#233;truit, bien au contraire : au lieu de &#231;a quelques anarchistes all&#232;rent jusqu'&#224; se convertir en ministres). Le cadavre de Camilo Berneri&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Camilio Berneri : propagandiste et combattant anarchiste italien. Il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sera l'&#233;tendard d'un des crimes de l'antifascisme les plus &#233;vidents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvrier-e-s espagnol-e-s furent massacr&#233;-e-s sous la banni&#232;re de l'antifascisme et lutt&#232;rent en d&#233;finitive (sans le vouloir) pour le triomphe du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat international uni sous la m&#234;me banni&#232;re &#233;baucha seulement le trac&#233; d'une solidarit&#233; m&#233;diatis&#233;e. Sa seule mani&#232;re de soutenir les ouvrier-e-s espagnol-e-s fut d'effectuer des actions de classe dirig&#233;es contre l'appareil &#233;conomique et politique du capital. C'est pour cela que l'aide effective &#224; l'Espagne r&#233;volutionnaire r&#233;sida uniquement dans le changement radical des relations de classe au niveau mondial.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Seulement quelques-uns (Durruti et son groupe &#034;Nosotros&#034;, entre autres) (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le fascisme aujourd'hui&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour d&#233;terminer la fonction que remplit de nos jours le fascisme il faut d&#233;terminer quelle est la r&#233;alit&#233; dans laquelle il se d&#233;roule, qui n'est &#233;videmment pas la m&#234;me que celle des ann&#233;es 30.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;cessit&#233; constante du d&#233;veloppement des forces productives du capitalisme a men&#233; celui-ci &#224; une crise permanente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise du mod&#232;le keyn&#233;sien depuis le d&#233;but des ann&#233;es 70 conduit &#224; un d&#233;passement graduel de ce mod&#232;le (l'&#201;tat Providence) et, petit &#224; petit, &#224; l'extension d'un nouveau (vieux) mod&#232;le de lib&#233;ralisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actuellement les deux mod&#232;les cohabitent et/ou rivalisent entre eux dans le cadre mondialis&#233; de l'&#233;conomie de march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;tat d'instabilit&#233; est susceptible de g&#233;n&#233;rer de graves dysfonctionnements. La substitution d'un mod&#232;le d&#233;cadent par un autre &#224; son apog&#233;e cr&#233;e une situation de d&#233;r&#233;gulation et une forte r&#233;sistance dans plusieurs couches de la soci&#233;t&#233;. &#192; cela s'ajoute la suppos&#233;e immigration massive comme cause de dysfonctionnement suppl&#233;mentaire fruit de la mondialisation de l'&#233;conomie et l'augmentation de l'exploitation dans les pays de la p&#233;riph&#233;rie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'ai traduit litt&#233;ralement &#034;pays de la p&#233;riph&#233;rie&#034;, bien que cette (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ainsi que la marginalisation de grandes aires g&#233;ographiques du march&#233;-monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fin de compte c'est l&#224; le cadre dans lequel situer le fascisme aujourd'hui. Sa mission y serait de faciliter la transition d'un mod&#232;le &#224; l'autre, d&#233;veloppant des politiques visant non &#224; prendre le pouvoir (pas pour maintenant) mais plut&#244;t &#224; le fortifier et &#224; le rendre totalitaire par le biais de lois r&#233;pressives, s&#233;curitaires, anti-immigration, etc. qui emp&#234;chent ou neutralisent les dysfonctionnements possibles (qui se traduiraient en r&#233;voltes cycliques ou en mouvements de r&#233;sistance)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Des r&#233;voltes comme celles de Caracas, de la Poll Tax et de Los Angeles. Dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; en conservant et en maintenant des formes de gouvernements formellement d&#233;mocratiques mais en accentuant le r&#244;le r&#233;pressif de l'&#201;tat capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fascisme essaiera donc de &#034;droitiser&#034; la soci&#233;t&#233; en m&#234;me temps qu'il la d&#233;stabilise pour justifier des mesures d'urgence de la part de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233; surgit &#224; nouveau la dichotomie d&#233;mocratie ou fascisme (deux visages du m&#234;me capitalisme) qui pousse &#224; renforcer l'alternative d&#233;mocratique face &#224; l'&#233;ventualit&#233; fasciste, le capital sortant victorieux de ce faux affrontement. [&lt;i&gt;cf. plus loin &#034;Ni honte ni F-Haine !&#034;&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'antifascisme aujourd'hui&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant compris quel r&#244;le joue le fascisme dans le cadre des relations sociales et &#233;conomiques, nous pouvons comprendre la fonction que remplit son anti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'antifascisme adopte aujourd'hui (consciemment ou non) diff&#233;rentes facettes et fonctions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'antifascisme comme attitude esth&#233;tique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'antifascisme n'est pas loin d'&#234;tre une mode. Le manque d'analyse, de d&#233;bat et de critique est manifeste. Au lieu de s'attaquer au probl&#232;me de mani&#232;re globale on essaie d'en bloquer les effets les plus palpables (violence de rue fasciste) en reproduisant, dans la plupart des cas, la m&#234;me chose (violence de rue antifasciste).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autour de l'antifascisme se cr&#233;e et se recr&#233;e une esth&#233;tique de bande et de contenu limit&#233; men&#233;e par une violence st&#233;rile et grossi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a prolif&#233;ration de groupes, collectifs, plateformes, etc., qui tentent de r&#233;pondre &#224; un ph&#233;nom&#232;ne sans en analyser les causes ou tout du moins sans les attaquer. Les actions &lt;i&gt;a contra&lt;/i&gt; ou de caract&#232;re purement anecdotique comme les manifs du 20-N [&lt;i&gt;jour anniversaire de la mort de Franco, le 20 novembre 1975, qui donne lieu tous les ans en Espagne &#224; des manifs fascistes et des contre-manifs antifascistes, ndt&lt;/i&gt;] sont monnaie courante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; il faut encore rep&#233;rer l'image path&#233;tique du mata-nazi [&lt;i&gt;litt&#233;ralement tueur-de-nazi, ndt&lt;/i&gt;] comme figure folklorique du mouvement qui trop souvent copie les attitudes et les sch&#233;mas mentaux de ses victimes pr&#233;sum&#233;es, dans une tendance clairement militariste qui peut finir par pr&#233;valoir et entra&#238;ner tout le mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'antifascisme comme lutte de distraction&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait de concentrer nos efforts dans la lutte antifasciste &#224; un niveau partiel nous &#233;loigne in&#233;luctablement du point central de la lutte de classes : travailler &#224; la conscience et l'auto-organisation de classe. L'antifascisme d&#233;tournerait les volont&#233;s vers un probl&#232;me concret fruit d'une situation globale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On tombe vite dans des dynamiques de repression-action (difficiles &#224; &#233;viter) qui am&#232;nent le mouvement &#224; concentrer son travail pour r&#233;pondre &#224; des agressions de groupes fascistes ou de l'appareil r&#233;pressif de l'&#201;tat lorsque les antifascistes sont r&#233;prim&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'antifascisme comme collaboration de classe&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le slogan &#034;tou-te-s contre le fascisme&#034; peut illustrer une tendance &#224; la collaboration de classe. L'alliance, en plateformes et autres, avec les forces contre-r&#233;volutionnaires de la gauche capitaliste est &#233;vidente dans la plupart des cas. Un slogan si g&#233;n&#233;ral peut &#234;tre assum&#233; par tous, de la gauche collaborationniste &#224; la droite lib&#233;rale (n'oublions pas qu'Antenne 3 s'est convertie en paladin antifasciste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Antena 3 est une cha&#238;ne priv&#233;e espagnole, style t&#233;l&#233;-poubelle gorg&#233;e de pub, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) en passant par des groupuscules opportunistes (les restes du l&#233;ninisme qui combattent le fascisme ici et qui soutiennent des alliances entre fascistes et &#034;communistes&#034; dans l'ancienne URSS).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire se r&#233;p&#232;te &#224; nouveau avec un sc&#233;nario diff&#233;rent tandis que se d&#233;veloppent des politiques frontistes qui entra&#238;nent un renforcement du mod&#232;le capitaliste sous des formes d&#233;mocratiques parlementaires. On collabore &#224; nouveau avec nos ennemis de classe, torpillant nos propres int&#233;r&#234;ts, pour d&#233;fendre tou-te-s ensemble nos ennemis apparemment les plus directs et les plus atroces : les fascistes.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cela s'est produit dans le cas allemand (et ce n'est pas le seul). Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulte qu'au lieu de faire la r&#233;volution quotidiennement nous nous allions avec ses ennemis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'antifascisme comme mani&#232;re de renforcer l'&#201;tat&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains groupes antifascistes r&#233;clament des mesures &#233;tatiques et l&#233;gales pour r&#233;primer le fascisme : lois contre les groupes nazis, augmentation des moyens policiers, hautes peines de prison, etc.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce type de mesures &#233;taient r&#233;clam&#233;es r&#233;cemment sur la couverture du bulletin (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'application de telles mesures joueraient difficilement en notre faveur, bien au contraire. De cette mani&#232;re le r&#244;le de l'&#201;tat se renforce au niveau de la r&#233;pression et son pouvoir se fortifie. Il est surprenant et alarmant que depuis nos rangs on donne des armes &#224; notre ennemi le plus notoire : l'&#201;tat. Il en est de m&#234;me du fait de consid&#233;rer que leurs lois puissent &#234;tre notre sauvegarde contre ceux qui ne sont ni plus ni moins que leurs complices : les fascistes. [&lt;i&gt;cf. plus loin &#034;Censure et violence contre le FN : principes ou strat&#233;gie ?&#034;&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Derniers mots&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article ne pr&#233;tend pas faire une critique sanguinaire et sans nuances de tous les groupes antifascistes. On ne peut pas penser que ce mouvement soit homog&#232;ne et &#233;galement critiquable, mais il est n&#233;cessaire de commencer &#224; critiquer, &#224; analyser et en d&#233;finitive &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Globaliser les situations pour intervenir dans la r&#233;alit&#233; et la transformer est la t&#226;che de tout-e r&#233;volutionnaire. Dans le cas contraire nous pouvons tomber (m&#234;me sans le vouloir) dans le r&#244;le de complices ou compagnons de route du syst&#232;me m&#234;me qui nous opprime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article ne veut pas non plus dire que nous ne devons pas affronter le fascisme, mais bien &#233;claircir le fait que cette lutte est une partie (et pas fondamentale) de l'affrontement quotidien au Capital-&#201;tat et non une mani&#232;re de justifier son existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Salud y anarqu&#237;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;El &#218;ltimo de Filipinas, Alacant, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pour en finir avec le fascisme et l'antifascisme : lutte de classes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;1. L'essence de l'antifascisme consiste &#224; renforcer la d&#233;mocratie, dans une tentative de l'opposer au fascisme : une lutte qui ne serait pas dirig&#233;e contre le capitalisme mais qui aurait pour finalit&#233; d'emp&#234;cher qu'il ne devienne totalitaire. En diffusant cette utopie l'antifascisme tente d'occulter l'existence des antagonismes de classe. Dans la strat&#233;gie antifasciste il n'existe pas deux classes qui s'affrontent l'une &#224; l'autre - le prol&#233;tariat et la bourgeoisie. Il n'existe pas non plus deux projets oppos&#233;s : le communisme et le capitalisme ; l'abolition de la soci&#233;t&#233; de classes et l'imposition du travail sous la dictature capitaliste. Bien au contraire, la polarisation bourgeoise pr&#233;vaut : &#034;d&#233;mocratie&#034; contre &#034;fascisme&#034;, &#034;&#233;tat l&#233;gal&#034; contre &#034;&#233;tat policier&#034;, &#034;citoyennet&#233;&#034; contre &#034;militarisation&#034;, &#034;parlementarisme&#034; contre &#034;r&#233;gime dictatorial&#034;. Le fascisme, dans la majorit&#233; des cas, est identifi&#233; &#224; l'&#201;tat Totalitaire. Les campagnes antifascistes (tout comme les campagnes fascistes) pr&#233;tendent reconstruire l'unit&#233; nationale autour de l'&#201;tat, comme une adh&#233;sion des prol&#233;taires &#224; la reproduction des relations sociales capitalistes. Aujourd'hui, comme hier, les id&#233;ologues du Capital tentent de recr&#233;er la polarisation entre fascisme et antifascisme, avec pour objectif de provoquer une guerre totale qui stimulera l'&#233;mergence d'un nouveau cycle d'accumulation capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Le probl&#232;me n'est pas que la d&#233;mocratie offre une exploitation plus douce que la dictature, de telle sorte qu'il serait pr&#233;f&#233;rable d'&#234;tre exploit&#233; &#224; la mani&#232;re su&#233;doise plut&#244;t qu'&#224; la mani&#232;re br&#233;silienne. Le probl&#232;me est que nous ayons &#224; faire ce choix. Dans la plupart des cas tout ce que nous offre le capitalisme est choisir de quelle mani&#232;re nous voulons &#234;tre exploit&#233;s ! Comme l'&#201;tat est un organe dont la fonction est de s'adapter aux n&#233;cessit&#233;s du capital, la d&#233;mocratie se convertira en dictature si une telle chose est n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Le fascisme tire ses origines de la situation qui l'a pr&#233;c&#233;d&#233; : l'&#233;crasement du processus r&#233;volutionnaire entre 1917 et 1921 par la social-d&#233;mocratie europ&#233;enne (R&#233;volution russe, allemande, italienne, hongroise, bulgare...). C'est tout d'abord la social-d&#233;mocratie qui d&#233;sarme le prol&#233;tariat, id&#233;ologiquement et mat&#233;riellement, et qui r&#233;prime militairement ses insurrections. En Allemagne les corps francs dirig&#233;s par le socialiste Noske r&#233;tablirent l'ordre bourgeois. Le fascisme, tout comme le stalinisme, se contenta de poursuivre le travail de la contre-r&#233;volution en massacrant le prol&#233;tariat pr&#233;c&#233;demment d&#233;fait ! La dictature appara&#238;t toujours apr&#232;s que les prol&#233;taires aient &#233;t&#233;s d&#233;faits par la d&#233;mocratie. L'antifascisme occulte cette r&#233;alit&#233; en identifiant le fascisme comme &#034;forces mal&#233;fiques&#034; et en le r&#233;duisant &#224; une &#034;r&#233;action irrationnelle&#034; sans fondement historique venue d'on ne sait o&#249;. La cr&#233;dibilit&#233; du fascisme des ann&#233;es trente peut &#234;tre expliqu&#233; parce qu'il d&#233;fendait en partie le programme de la social-d&#233;mocratie : am&#233;lioration du niveau de vie, fin du ch&#244;mage, ouvrages publics importants, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. La tactique essentielle de tous les fronts antifascistes est d'accuser de fascisme tous les partis politiques gouvernants. Ils substituent ainsi la critique de l'&#201;tat par la d&#233;nonciation de ceux et celles qui le dirigent. L'antifascisme est la promotion et le renforcement de la d&#233;mocratie et par cons&#233;quent de l'&#201;tat !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. L'antifascisme prend comme argument les massacres fascistes pour justifier la guerre. Il camoufle ainsi la r&#233;alit&#233; de la guerre qui est une n&#233;cessit&#233; du capital qui lui permet de d&#233;truire &#224; court terme les forces productives existantes. Mais toute guerre n&#233;cessite une justification pour enr&#244;ler les prol&#233;taires sous sa banni&#232;re. La lutte contre le fascisme servit pour justifier le massacre de 50 millions de prol&#233;taires. Pourtant, m&#234;me selon une analyse &#034;impartiale&#034; on est forc&#233; de reconna&#238;tre que les camps de concentration nazis ne furent pas les uniques horreurs de la guerre : les bombes atomiques lanc&#233;es sur Hiroshima et Nagazaki, les bombardements assassins massifs sur les villes allemandes, le massacre de S&#233;tif en Alg&#233;rie en mai 1945, le m&#234;me jour que &#034;l'armistice&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. L'accumulation du capital est n&#233;cessairement accompagn&#233;e de deux conditions principales : l'ob&#233;issance des travailleur-euse-s, qui sous-entend la destruction du mouvement r&#233;volutionnaire, et la concurrence avec les autres capitaux nationaux, en d'autre termes, la guerre. Chaque &#201;tat produit son propre nationalisme, en comp&#233;tition avec les nationalismes des autres &#201;tats. Chaque nation pr&#233;tend monopoliser des parties int&#233;grantes du march&#233; de la nation voisine. Tout nationalisme est imp&#233;rialiste et par cons&#233;quent cause de guerres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Le capital atteint la plupart de ses victoires quand les travailleur-euse-s se mobilisent en sa faveur en croyant qu'illes peuvent ainsi &#034;changer leur vie&#034;. La diff&#233;rence entre dictature et d&#233;mocratie consiste en la m&#233;thode utilis&#233;e pour subjuguer le prol&#233;tariat. La premi&#232;re recourt prioritairement &#224; la force brute ; la seconde utilise le v&#233;hicule des organisations &#034;propres&#034; au prol&#233;tariat : syndicats, partis, associations...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Pour tous les r&#233;formistes, antifascistes inclus, la d&#233;mocratie est consid&#233;r&#233;e comme un &#233;l&#233;ment du socialisme. Le socialisme serait la d&#233;mocratie totale et la lutte pour le socialisme consisterait en un gain croissant de droits d&#233;mocratiques &#224; l'int&#233;rieur du capitalisme. Ainsi, contrairement &#224; ce qu'il affirme, l'antifascisme renforce le totalitarisme qu'il dit combattre : sa lutte pour la d&#233;mocratie revient &#224; consolider l'&#201;tat ! Pour les r&#233;volutionnaires, socialisme, communisme, et anarchie signifient la destruction totale des relations sociales capitalistes et par cons&#233;quent de leurs classes, de leur &#201;tat, de leur d&#233;mocratie. Notre lutte est dirig&#233;e contre le fascisme et l'antifascisme, ces deux faces de la m&#234;me monnaie, cette double camisole avec laquelle le capitalisme nous emprisonne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Les prol&#233;taires, une fois qu'illes se laissent tromper volontairement et sous forme militante par le camp de la d&#233;mocratie, de l'antifascisme et de l'&#201;tat, perdent toute capacit&#233; &#224; lutter de mani&#232;re autonome pour leurs int&#233;r&#234;ts de classe. Illes cessent alors d'appartenir &#224; la classe r&#233;volutionnaire en se transformant en chair &#224; canon de l'&#201;tat. Le mouvement autonome du prol&#233;tariat cesse d'exister &#224; partir du moment o&#249; il s'int&#232;gre &#224; l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Le communisme est un mouvement qui s'&#233;tend et se radicalise si les prol&#233;taires vont au-del&#224; de la simple r&#233;volte (fut-elle arm&#233;e) et d&#233;truisent les fondements du syst&#232;me capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. La guerre espagnole de 1936-39 fut utilis&#233;e pour polariser les prol&#233;taires du monde entier derri&#232;re la fausse opposition fascisme/antifascisme pr&#233;parant l'Union Sacr&#233;e antifasciste de 1939 &#224; 1945. La bourgeoisie essaye tout le temps de former des alliances, polarisant int&#233;rieurement son propre camp et faisant en sorte que les prol&#233;taires empoignent les drapeaux imp&#233;rialistes avec un objectif unique : r&#233;soudre leurs probl&#232;mes avec la guerre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. En soutenant l'&#201;tat d&#233;mocratique pour &#233;viter qu'il devienne dictatorial, l'antifascisme d&#233;sarme les prol&#233;taires id&#233;ologiquement et mat&#233;riellement. Occultant et niant les antagonismes qui opposent le prol&#233;tariat &#224; l'&#201;tat, l'antifascisme manipule les prol&#233;taires, les convaincant d'abandonner la lutte de classes ; mais l'ennemi, la bourgeoisie elle-m&#234;me, d&#233;cide de son c&#244;t&#233; de la mener jusqu'au bout. C'est ce qui s'est pass&#233; en Espagne lors des sanglantes batailles de Barcelone, en mai 1937. En derni&#232;re instance, c'est l'absence d'une rupture des r&#233;volutionnaires prol&#233;taires avec l'antifascisme - et plus g&#233;n&#233;ralement avec la social-d&#233;mocratie - qui les m&#232;nent &#224; la d&#233;faite et &#224; la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. Les r&#233;volutionnaires prol&#233;taires ont compris que la guerre d'Espagne ne fut pas autre chose que la r&#233;p&#233;tition g&#233;n&#233;rale et la justification de la guerre mondiale de 1939 &#224; 1945. Lorsqu'ils ont accept&#233; l'Union Sacr&#233;e contre l'Allemagne nazie, les prol&#233;taires finirent en remorque des d&#233;mocraties imp&#233;rialistes voyant en cela un moindre mal en comparaison d'une &#233;ventuelle victoire fasciste. Une des fonctions id&#233;ologiques tr&#232;s importante de la guerre d'Espagne fut de polariser tout le monde autour de l'alternative &#034;d&#233;mocratie&#034; ou &#034;fascisme&#034;, qui correspondait &#224; chacune des bandes d'assassins capitalistes, la pr&#233;sentant comme &#233;tant l'unique alternative possible. En 1936, comme en 1940 et avant cela en 1914, c'est la social-d&#233;mocratie qui a mobilis&#233; les prol&#233;taires pour la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Dictature et d&#233;mocratie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; la r&#233;pandue mythologie de gauche, les formes politiques d&#233;mocratiques et dictatoriales se succ&#232;dent et se g&#233;n&#232;rent r&#233;ciproquement, sans intervention directe du prol&#233;tariat. Les dictatures n'arrivent pas au pouvoir apr&#232;s avoir vaincu les exploit&#233;-e-s insurg&#233;-e-s au cours de luttes de rue : ce sont les d&#233;mocraties et tout le mouvement r&#233;formiste (politique et social) qui battent les r&#233;volutionnaires, avec les armes et l'escroquerie &#233;lectorale. Cell-ui qui fait de la r&#233;action militaire le croque-mitaine, comme si c'&#233;tait l'unique forme de contre-r&#233;volution, doit r&#233;fl&#233;chir au fait qu'on ne met pas le prol&#233;tariat en d&#233;route avec l'action militaire seule. C'est lorsque le prol&#233;tariat est d&#233;j&#224; vaincu socialement que la contre-r&#233;volution devient militaire et par cons&#233;quent violente. Le fascisme italien s'est heurt&#233; aux travailleur-euse-s agricoles et industriel-le-s, mais il n'a triomph&#233; qu'apr&#232;s que les travailleur-euse-s aient &#233;t&#233; divis&#233;-e-s par les votations, par les tentatives de conciliation des socialistes et par l'intervention mat&#233;rielle de l'&#201;tat d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dictatures ne tombent pas sous les coups des masses enfin insurg&#233;es contre la tyrannie. Elles c&#232;dent d'elles-m&#234;mes leur place &#224; la d&#233;mocratie. En Italie ce fut le r&#233;gime lui-m&#234;me qui retira les pouvoirs du &#034;dictateur&#034; Mussolini, ce fut le r&#233;gime qui d&#233;cida un retour progressif &#224; la d&#233;mocratie, prenant &#224; cette fin contact avec les partis de l'opposition jusqu'alors proscrits et ouvrant des n&#233;gociations avec les Alli&#233;s pour pr&#233;parer le changement. En 1945, en Allemagne, ce fut la d&#233;faite militaire qui fit tomber le r&#233;gime, que les Alli&#233;s remplac&#232;rent par leurs propres dirigeants, aussi bien &#224; l'Est qu'&#224; l'Ouest, avant que les dirigeants &#034;nationaux&#034; ne reprennent les r&#234;nes du pouvoir. En 1975, en Gr&#232;ce, la chute de Chypre et la pression am&#233;ricaine oblig&#232;rent les Colonels &#224; laisser la place aux d&#233;mocrates (ceux-ci &#233;tant par ailleurs bien de droite) qui attendaient leur tour en exil et qui all&#232;rent, naturellement, occuper leur nouvelle place. Quelque chose de similaire eut lieu au Portugal et en Espagne. Plus r&#233;cemment, quelques factions du pouvoir dans des pays comme le Chili, les Philippines, ou l'Afrique du Sud ont compris que la vielle formule politique n'&#233;tait plus soutenable et ils ont pris l'initiative d'un changement de r&#233;gime pour le rendre plus &#034;doux&#034;, processus toujours en cours. Malgr&#233;, et gr&#226;ce &#224; quelques oppositions encore pr&#233;sentes, la mise en marche d'une d&#233;mocratisation progressive, contr&#244;l&#233;e et plus raisonnable peut d&#233;j&#224; &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme &#233;tant in&#233;vitable dans diff&#233;rents pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une logique aussi rigoureuse dans les &#034;suicides de la d&#233;mocratie&#034; que dans les cons&#233;quents &#034;retours&#034; &#224; la d&#233;mocratie. Il ne s'agit de rien de plus que d'une r&#233;partition des t&#226;ches et d'une concentration dans le temps de la violence n&#233;cessaire pour liquider l'opposition qui fait obstacle &#224; la bonne marche du syst&#232;me. La politique, entendue dans le sens classique de &#034;l'art de gouverner&#034;, a toujours consid&#233;r&#233; la dictature comme un moyen exceptionnel adopt&#233; par l'&#201;tat en cas d'urgence extr&#234;me, comme une guerre civile ou une grave crise &#233;conomique et sociale. Dans de telles circonstances le pluralisme d&#233;mocratique, le parlementarisme, les partis de masse et les syndicats - qui &#224; d'autres moments sont eux-m&#234;mes efficaces pour contenir une pouss&#233;e r&#233;volutionnaire - peuvent cr&#233;er une situation de confusion, qui ne soit pas r&#233;ellement r&#233;volutionnaire, mais qui emp&#234;cherait une r&#233;instauration rapide et ad&#233;quate de l'ordre. La dictature devient donc fondamentale pour discipliner la soci&#233;t&#233;, d&#233;velopper l'&#233;conomie, apaiser les antagonismes engendr&#233;s, imposer la paix sociale. L'un des caract&#232;res essentiels de la dictature est la concentration de tous les pouvoirs - politique, militaire, &#233;conomique, administratif - entre les mains d'un seul individu ou d'un petit groupe &#224; l'arbitrage duquel on laisse enti&#232;rement le contr&#244;le et la gestion de la nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans contr&#244;le ni contrat de type l&#233;gal, la dictature n'a rien &#224; craindre des situations embarrassantes pendant son activit&#233; de gouvernement et peut user d'une main de fer pour sortir de la crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fascisme fut un exemple de cette concentration forc&#233;e dans des pays - comme l'Italie et l'Allemagne - o&#249; l'unit&#233; politique &#233;tait fragile, dont la &#034;question nationale&#034; &#233;tait mal r&#233;solue, et o&#249; le mouvement ouvrier r&#233;formiste avait pris trop d'importance &#224; la suite des moments r&#233;volutionnaires qu'il avait frein&#233;s (l'occupation des usines en Italie et le mouvement des conseils en Allemagne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'antifascisme veut pousser le pouvoir, selon le cas, &#224; devenir ou &#224; demeurer d&#233;mocratique, pour se d&#233;barrasser de sa forme dictatoriale. Mais les formes politiques de l'&#201;tat d&#233;pendent des n&#233;cessit&#233;s du moment : les partis r&#233;formistes, les travailleur-euse-s, les masses ne peuvent rien y faire, en supposant qu'illes veuillent faire quelque chose. Il n'existe pas un &#034;choix&#034; vers lequel les travailleur-euse-s pourraient se diriger ou &#234;tre dirig&#233;-e-s par la force. &#192; certains moments, l'organisation &#233;tatique ne peut pas continuer &#224; &#234;tre pluraliste, elle doit centraliser par la force les composants de la soci&#233;t&#233;, les faire converger sous une direction unique. Mais cet exc&#232;s de pouvoir des gouvernements dictatoriaux d&#233;termine leur caract&#232;re provisoire. Un pouvoir excessif et sans contr&#244;le, &#233;tant particuli&#232;rement influenc&#233; par les qualit&#233;s des individus qui l'incarnent, est beaucoup plus sujet &#224; commettre des erreurs qui le condamnent &#224; mort. De plus, avec le temps qui passe, la dictature se cr&#233;e beaucoup d'ennemi-e-s y compris au sein des classes les plus ais&#233;es, lesquelles - une fois pass&#233; le p&#233;ril qui rendit n&#233;cessaire l'instauration de la dictature - ressentent la n&#233;cessit&#233; de se lib&#233;rer de l'absolutisme, afin de profiter des privil&#232;ges et du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que la d&#233;mocratie reprend les r&#234;nes de l'&#201;tat. Voil&#224; pourquoi dans ce jeu d'alternances la dictature appara&#238;t simplement comme une esp&#232;ce de &#034;cure&#034; pour une d&#233;mocratie malade, une terrible su&#233;e pour calmer la fi&#232;vre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le secret du passage de la d&#233;mocratie au fascisme, et vice-versa, peut se r&#233;sumer facilement dans la formule : &#034;changer de r&#233;gime pour sauver l'&#201;tat&#034;. De fait c'est exactement ce que font en alternance l'av&#232;nement des dictatures et le retour des d&#233;mocraties &#224; la t&#234;te de l'&#201;tat - qui m&#234;me ainsi sont pr&#233;sent&#233;es &#224; chaque fois comme une &#034;victoire de la classe laborieuse&#034;. Cette imposture est devenue possible du fait que toutes deux, dictature et d&#233;mocratie, sont pr&#233;sent&#233;es comme d&#233;passement d'une situation sociale d&#233;j&#224; insupportable : &#034;mieux vaut la dictature que le d&#233;sordre social et mieux vaut la d&#233;mocratie que la tyrannie&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux formes de gouvernement ne sont pas seulement similaires parce qu'elles correspondent toutes deux &#224; une n&#233;cessit&#233; contingente de l'&#201;tat, elles ont davantage de choses en commun. Par exemple tous les r&#233;gimes organisent, &#224; plus ou moins long terme, un simulacre de vie parlementaire. M&#233;prisant envers le &#034;parlementarisme pourri&#034;, Hitler maintient jusqu'au moment de la guerre une fiction de Reichstag souverain. En 1939, il lui fait voter la d&#233;claration de guerre, non sans d'ailleurs recourir &#224; un subterfuge ridicule : trop de d&#233;put&#233;s &#233;tant absents, il fait occuper les places vides par des fonctionnaires du parti. Staline - et plus tard les d&#233;mocraties populaires - ont d&#251; reproduire les formes &#233;lectorales, vid&#233;es de leur sens. Le parti unique n'&#233;tait pas le seul en lice, il y avait des candidats &#034;sans parti&#034; et, dans les d&#233;mocraties populaires, des partis satellites diff&#233;rents du PC - tout cela pour obtenir un r&#233;sultat positif quasi-unanime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La force-n&#233;cessit&#233; du r&#233;gime ne consiste pas seulement &#224; trouver les chefs ou une majorit&#233;, mais aussi une opposition, de se doter d'un lieu o&#249; mettre ses incertitudes en sc&#232;ne. La vie politique dans son ensemble est model&#233;e selon cette n&#233;cessit&#233;. Dans les pays d&#233;mocratiques est en vigueur l'alternance de partis dont les actions sont peu s'en faut identiques, mais qui ont la valeur non d&#233;daignable de repr&#233;senter des solutions diff&#233;rentes. Le pluralisme d&#233;mocratique tant vant&#233; n'emp&#234;che de toute mani&#232;re pas la pr&#233;sence de personnalisme qui ne sont pas par hasard consid&#233;r&#233;s comme de &#034;petites dictatures&#034;. Le cas de politiciens comme Andreoti&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un des grands chefs de la D&#233;mocratie Chr&#233;tienne depuis les ann&#233;es 40, un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou Craxi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Grand chef du Parti Socialiste, fut pendant toutes les ann&#233;es 80 pr&#233;sident (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; en Italie est exemplaire, et on doit remarquer comment la critique de leurs agissements est pr&#233;cis&#233;ment men&#233;e au nom de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'on puisse profiter de ces &#034;&#233;volutions&#034; pour manifester sur un terrain subversif ou simplement pour mettre en difficult&#233; les rationalisations du pouvoir politique et &#233;conomique ne doit pas &#234;tre exclu, mais cela n'assure pas une perspective r&#233;volutionnaire dans la mesure o&#249; rien n'est propos&#233; au-del&#224; de l'opposition d&#233;mocratie/dictature. Le pouvoir n'est jamais aussi fort que lorsqu'il r&#233;ussit &#224; mobiliser les masses en sa faveur, en les convaincant qu'elles combattent pour elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tension sociale pr&#233;sente aujourd'hui en Italie peut-&#234;tre consid&#233;r&#233;e comme un exemple clair. Si la forte &#034;crise&#034; &#233;conomique, toujours en cours, qui a provoqu&#233; des licenciements massifs, des gr&#232;ves, des affrontements plus ou moins violents - au moins en apparence - para&#238;t d'un c&#244;t&#233; troubler les doux r&#234;ves du Ministre de l'Int&#233;rieur, elle montre d'un autre c&#244;t&#233; son inoffensivit&#233; &#224; partir du moment o&#249; est revendiqu&#233; le &lt;i&gt;droit au travail&lt;/i&gt;, exactement ce sur quoi se basent le Capital, l'&#201;tat, l'exploitation. Moyen de gagner sa survie dans une relative indiff&#233;rence au &#034;que-faire pour &#231;a&#034;, l'&#233;tat de salari&#233; n&#233;cessite une organisation externe au travail, une organisation qui soit un encadrement contre la fuite en avant qui laisserait le travail derri&#232;re. Un organe externe est n&#233;cessaire pour recomposer l'unit&#233; de la production et en assurer l'ex&#233;cution, et cet organe est l'&#201;tat. Demander du travail signifie demander la pr&#233;sence de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sans la revendication de l'abolition de l'&#201;tat, l'anticapitalisme c'est du pipeau !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a belle lurette que l'anti-&#233;tatisme ne fait plus recette. Dans les &#201;tats d&#233;velopp&#233;s, il faut remonter autour de 1968 (en France, Allemagne, ... et surtout en Italie) pour assister au dernier assaut contre cette pieuvre &#224; deux t&#234;tes (&#201;tat/Capital) aux cerveaux compl&#233;mentaires et inter-d&#233;pendants. Et encore, d'autres analystes remontent avant 1939, c'est &#224; dire avant la seconde guerre mondiale ! Aujourd'hui, les &#034;anticapitalistes&#034; se ramassent &#224; la pelle, mais cet anti-capitalisme ne montre du doigt que le lib&#233;ralisme (comme il a &#233;volu&#233; au cours du dernier si&#232;cle, on ajoute le pr&#233;fixe &#034;n&#233;o&#034; afin de faire plus &#034;branch&#233;&#034; !), c'est-&#224;-dire les formes priv&#233;es prises par le capitalisme en particulier les multinationales qui, soit dit en passant, ont quasiment toutes leurs centres (cerveau et moelle &#233;pini&#232;re) dans un seul &#201;tat d&#233;velopp&#233; (&#201;tats-Unis ou &#201;tats europ&#233;ens ou Japon). Quant aux anti-&#233;tatistes, existent-ils encore ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L' &#201;tat ? Qui le conteste aujourd'hui ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Formellement, aujourd'hui, aucun mouvement social ne le conteste puisque quasiment tous ces mouvements s'adressent &#224; l'&#201;tat en tant que super m&#233;diateur dont ils ont int&#233;gr&#233; la soi-disant ind&#233;pendance entre le travail et le capital. Ils demandent &#224; L'&#201;tat, aux &#034;pouvoirs publics&#034; comme aiment l'appeler les syndicats repr&#233;sentatifs (dont la repr&#233;sentativit&#233; a &#233;t&#233; donn&#233;e par qui &#224; votre avis ?), de garantir des plans sociaux, de pallier aux &#034;carences&#034; d'un patronat que l'&#201;tat d&#233;signera dans certains cas flagrants de &#034;voyou&#034; alors que c'est un magnifique pl&#233;onasme... Ils demandent m&#234;me &#224; l'&#201;tat de subventionner le patronat priv&#233; afin que celui-ci cr&#233;e des emplois quitte ensuite &#224; d&#233;noncer ce m&#234;me patronat subventionn&#233; quand celui-ci d&#233;cide, apr&#232;s en avoir largement profit&#233;, de mettre la cl&#233; sous la porte, de d&#233;localiser g&#233;ographiquement la production ou de chasser sous d'autres terres de nouvelles subventions. En r&#233;pertoriant les entreprises qui se pr&#233;sentent pour reprendre telle ou telle entreprise en difficult&#233; (et ceci au niveau mondial), on s'aper&#231;oit qu'une fraction du patronat est sp&#233;cialis&#233;e dans ce type de sport, comme ce fut hier, en France, le cas d'un certain Bernard Tapie. C'est un cr&#233;neau comme un autre ! Comme nous allons le voir plus loin, l'&#201;tat ne peut pas &#234;tre neutre car c'est d&#233;j&#224; &#224; lui seul une entreprise capitaliste en tant que telle, une structure dont la fonction principale est de valoriser le capital, d'accompagner le capital, de le cadrer par un appareil judiciaire afin que celui-ci ne soit pas amen&#233;, dans sa logique perp&#233;tuelle de croissance et de d&#233;veloppement, &#224; d&#233;truire fondamentalement toute forme de vie dans notre galaxie et surtout &#224; maintenir sur les rails les conditions de sa propre reproduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat, ce sont les allocations diverses et multiples qui permettent aux personnes les plus pauvres de nos pays de survivre via les organisations caritatives (secours populaire et catholique, restos du coeur, ...) mais aussi et surtout de consommer car le capital a besoin d'&#233;couler ses marchandises afin de toucher les dividendes de la plus value cr&#233;&#233;e par le travail humain et r&#233;alis&#233; par la contribution directe (comme tout le secteur des transports) ou indirecte (formation, &#233;ducation, ...) d'un certain nombre de travailleurs qui peuvent avoir le statut public (travailleurs de l'entreprise &#201;tat, dit &#034;fonctionnaires&#034;) ou priv&#233; suivant les int&#233;r&#234;ts fondamentaux du capitalisme qui sont : &lt;i&gt;faire du fric, poss&#233;der, dominer&lt;/i&gt;... Cette survie donn&#233;e aux plus pauvres a une contrepartie terrible :&lt;i&gt;le contr&#244;le social&lt;/i&gt; qui permet &#224; l'&#201;tat, pour le bien &#234;tre du capital, de contr&#244;ler cette masse dont la fonction n'&#233;tait hier que de produire et qui est aujourd'hui &#034;d&#233;laiss&#233;e&#034; au profit d'autres populations exploit&#233;es, souvent, mais pas seulement (voir le travail au noir dans nos soci&#233;t&#233;s dites d&#233;velopp&#233;es), sous d'autres latitudes. Ce contr&#244;le social pour se faire accepter par les &#034;clients&#034; et les travailleurs sociaux se justifie toujours en r&#233;f&#233;rence &#224; la citoyennet&#233; o&#249; les &#034;droits&#034; (manger, se v&#234;tir, se loger) ne peuvent exister qu'en contre partie de &#034;devoirs&#034; (chercher et accepter n'importe quel travail, tenue propre de son logis, savoir s'occuper de ses enfants suivant des normes id&#233;ologiques pr&#233;d&#233;termin&#233;es, ...) d&#251;ment contr&#244;l&#233;s avec rapports &#233;crits &#224; l'appui ! C'est ainsi que des travailleurs sociaux communaux ont les cl&#233;s des appartements allou&#233;s par la mairie &#224; des familles en difficult&#233;s sociales afin de contr&#244;ler le contenu de leur frigo, la tenue de leur linge, le m&#233;nage, la vaisselle, les lits, ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'&#201;tat soit sollicit&#233; sur des questions li&#233;es &#224; la propri&#233;t&#233; donc &#224; un capital, &#224; des rapports entre individus et institutions &#233;tatiques ou para-&#233;tatiques, cela se comprend puisqu'il est directement concern&#233;. Le probl&#232;me est que dans ce cas les d&#233;s sont pip&#233;s d&#233;s le d&#233;part puisque c'est l'&#201;tat qui a fix&#233; les r&#232;gles m&#234;me s'il a d&#251;, dans certains cas (non fondamentaux, on &#233;limine ainsi les grandes d&#233;cisions de l'am&#233;nagement du territoire, le nucl&#233;aire, les OGM, l'industrie militaire, ...) et dans un temps qui restera limit&#233;, tenir compte d'un rapport de forces issu d'une lutte collective. Dans nombre de luttes o&#249; des individus concern&#233;s se sont regroup&#233;s dans une collectivit&#233;, au niveau social mais aussi au niveau de l'&#233;cologie, de la remise en cause du patriarcat, ...ces recours &#224; l'&#201;tat sont bien souvent synonymes de d&#233;l&#233;gation de pouvoir (donn&#233; &#224; des &#233;lus fantoches qui seront d&#233;nonc&#233;s plus tard mais trop tard !), de renoncement &#224; l'action directe - c'est &#224; dire &#224; l'affrontement direct -, de capitulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat c'est aussi et surtout cette super-m&#233;diation entre individus ! D&#232;s qu'un probl&#232;me surgit, la justice est saisie afin &#034;d'arbitrer&#034; tel divorce, garde d'enfants, rapports de voisinage, ... Cela concerne tous les rapports priv&#233;s entre individus ! C'est peut-&#234;tre l&#224; que sa l&#233;gitimit&#233; est le plus reconnue car aucune autre force ext&#233;rieure aux conflits inter-individuels, m&#233;diatrice, a su s'imposer hormis certains pouvoirs comme par exemple le pouvoir m&#233;dical ou param&#233;dical qui d'ailleurs sont sous contrat, d'une fa&#231;on ou d'une autre, avec l'&#201;tat. On ne peut que constater que l'&#201;tat pallie aux replis d'autres m&#233;diations comme la famille, la communaut&#233; ethnique, religieuse ou sociale. Ces replis s'expliquent, ici, par l'&#233;volution de l'exploitation capitaliste qui insinue toujours plus profond&#233;ment sa logique dans tous les aspects de l'existence de l'individu et du collectif mais ces m&#233;diations de l'&#201;tat n'ont jamais &#233;t&#233; satisfaisantes, c'est le moins que l'on puisse en dire, car li&#233;es aux d&#233;veloppements des forces productives, au patriarcat, au colonialisme, ...soit plus globalement &#224; l'ali&#233;nation et &#224; la domination ! Dans une soci&#233;t&#233; communiste libertaire, se posera ce probl&#232;me de gestion des conflits inter-individuels non n&#233;cessairement uniquement d&#233;pendants du mode de production, de la r&#233;partition des richesses, de l'abolition des classes, de l'abolition du patriarcat (ou de leurs avanc&#233;es !) et les solutions, m&#234;me avec l'apport de la psycho... quelque chose, ne seront pas &#233;videntes &#224; trouver et &#224; mettre en place m&#234;me si cela sera plus palpitant que ce que nous vivons actuellement....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'&#201;tat totalitaire&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disons le tout de suite, il n'est pas totalitaire seulement parce qu'il assume des fonctions r&#233;pressives au niveau policier et juridique. L'&#201;tat n'est d'ailleurs pas le seul &#224; assumer ces fonctions de r&#233;pression pour le capital quand nous connaissons le nombre de milices priv&#233;es et leurs r&#244;les dans maintes et maintes luttes ouvri&#232;res du 19i&#232;me si&#232;cle &#224; nos jours !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;&#201;tat policier&#034; est un pl&#233;onasme mais son niveau r&#233;pressif d&#233;pend toujours de plusieurs facteurs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; De ses gestionnaires &#224; un moment donn&#233; qui tiennent &#224; garder le pouvoir politique de gestion des affaires de l'&#201;tat, des R&#233;gions, des Cantons et des Municipalit&#233;s qui ne l'oublions pas, pour plus de 3000 d'entre elles en France, ont leur propre police priv&#233;e. Dans ce cadre la recherche d'un bouc &#233;missaire joue un tr&#232;s grand r&#244;le et dans tous les cas ce sont toujours les exclus directs de la citoyennet&#233;, c'est-&#224;&#8212;dire ceux et celles qui n'ont pas la nationalit&#233;, ou indirects pour ceux et celles qui n'ont pas les moyens &#233;conomiques, sociaux, culturels d'exercer cette citoyennet&#233; formelle au moyen de lobbies influents qui sont utilis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; De l'&#233;tat de d&#233;labrement de certaines parties de la soci&#233;t&#233; civile par rapport &#224; la situation ant&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Du degr&#233; des luttes sociales, de leur intensit&#233;, des revendications avanc&#233;es par celles-ci int&#233;grables ou non, &#224; court terme, par le capitalisme o&#249; l'&#201;tat pourrait servir de m&#233;diateur, de financeur, de force paritaire, ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces fonctions r&#233;pressives sont tr&#232;s loin d'&#234;tre les seules car si l'&#201;tat est total c'est aussi dans le sens o&#249; il est devenu l'agent principal instantan&#233; et bien souvent unique de la socialisation des individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous l'avons dit plus haut, il encadre quasiment toute notre vie individuelle ou collective au niveau social, politique et m&#234;me culturel. Il absorbe toutes nos relations jadis priv&#233;es pour les institutionnaliser en organes de l'&#201;tat ou d&#233;pendant de celui-ci (syndicats, associations, Organisations Non Gouvernementales). Ce totalitarisme est pass&#233; dans les moeurs &#224; tel point que plus les gens sont d&#233;pouill&#233;s par le syst&#232;me capitaliste plus ils attendent de l'&#201;tat et font appel &#224; lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les &#233;tatistes&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cadre on peut se demander pourquoi des mouvements politiques, associatifs, syndicaux, ... les plus divers mais toujours globalement de gauche, constatent le d&#233;sengagement de l'&#201;tat, en appellent &#224; son renforcement et fondent leur strat&#233;gie &#233;lectorale de lobbying l&#224;-dessus alors qu'il est &#233;vident que l'&#201;tat n'est jamais autant intervenu socialement ? Bien s&#251;r, on est pass&#233; de prestations sociales d'assurance (assurance ch&#244;mage, assurance maladie) &#224; des prestations sociales dites universelles (RMI, CMU, etc.), ce qui fait dire &#224; certains que l'&#201;tat n'est plus ce qu'il &#233;tait. En fait ce qui a chang&#233; ce sont,&lt;i&gt;ici&lt;/i&gt;, les formes d'exploitation non plus seulement li&#233;es &#224; la production directe d'objets. On s'aper&#231;oit que l'&#201;tat n'est plus ce qu'il &#233;tait que par rapport &#224; la p&#233;riode ant&#233;rieure o&#249; il &#233;tait surnomm&#233; &#034;l'&#201;tat providence&#034;. Notons que cet &#034;&#201;tat providence&#034; n'a dur&#233; qu'une trentaine d'ann&#233;es maximum (&#034;les trente glorieuses&#034;), une p&#233;riode donc tr&#232;s courte qui ne sera plus bient&#244;t qu'un lointain souvenir pour les anciens. Cette p&#233;riode constituait l'application des m&#233;thodes am&#233;ricaines du New Deal et du Keyn&#233;sianisme (pour sortir les USA de la crise de 29) &#224; l'Europe occidentale de l'apr&#232;s-guerre, pour d&#233;gager un march&#233; de consommateurs face &#224; une Europe de l'Est sous la botte stalinienne mais cens&#233;e repr&#233;senter le paradis des Prol&#233;taires. Il n'a touch&#233; que les &#201;tats o&#249; le capitalisme &#233;tait d&#233;velopp&#233; et n'aurait pas exist&#233; sans l'accaparement imp&#233;rialiste des richesses mondiales, tout particuli&#232;rement des mati&#232;res premi&#232;res. Dans cette p&#233;riode l'&#201;tat a d&#233;velopp&#233; le capital financier, notamment par la dette publique pay&#233;e par les imp&#244;ts. La bureaucratie a enfl&#233; et la fiscalit&#233; est devenue &#233;crasante. L'&#201;tat fut tr&#232;s actif par rapport au capital financier au niveau organisationnel mais il n'est jamais ma&#238;tre de la monnaie (voir les taux annuels d'inflation difficilement ma&#238;trisables par les gestionnaires de l'&#201;tat m&#234;me s'ils &#233;taient des &#233;conomistes de renomm&#233;e mondiale comme un certain Raymond Barre en France), ni d'ailleurs de l'accroissement de la dette publique. L'&#201;tat providence fut marqu&#233; par un &#233;largissement de la consommation dans les m&#233;tropoles centrales du capitalisme qui est une n&#233;cessit&#233; pour le capital car l'extension du machinisme d&#233;cuple la production beaucoup plus vite que le nombre de consommateurs. Cette p&#233;riode peut para&#238;tre &#224; certains idyllique mais l'&#201;tat a organis&#233;, encadr&#233; le consensus social minimum afin que se reproduise cette soci&#233;t&#233; capitaliste. On oublie bien souvent de dire que m&#234;me dans les &#201;tats capitalistes concern&#233;s par cette &#034;providence&#034; capitaliste (Europe de l'Ouest, Am&#233;rique du Nord) il y a une fraction non n&#233;gligeable de la population qui en restera toujours exclue ! Cette p&#233;riode, une parenth&#232;se dans l'histoire du capitalisme, ne pouvait pas durer car l'augmentation de la productivit&#233; (le machinisme) diminuera sans cesse le travail vivant dans ces m&#233;tropoles sapant ainsi la base fondamentale de la production de la plus value.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait tous ces &#233;tatistes de gauche en sont rest&#233;s &#224; l'id&#233;e d'un &#201;tat ind&#233;pendant (avec l'av&#232;nement du suffrage universel tr&#232;s progressif puisqu'il a dur&#233; pr&#232;s d'un si&#232;cle, de la moiti&#233; du XIXe si&#232;cle &#224; la moiti&#233; du XXe si&#232;cle pour la plupart des &#201;tats des m&#233;tropoles capitalistes) au-dessus des classes, n'ayant plus rien &#224; voir avec son image pr&#233;c&#233;dente d'&#201;tat bourgeois. Il suffit donc d'en prendre &#034;d&#233;mocratiquement&#034; le pouvoir (comme l'ont th&#233;oris&#233; tr&#232;s t&#244;t les sociaux-d&#233;mocrates allemands) ; ils y arrivent d'ailleurs p&#233;riodiquement depuis plus d'un si&#232;cle avec les r&#233;sultats fondamentaux que nous savons. Leur derni&#232;re invention aura &#233;t&#233; de reprendre l'id&#233;e d'un &#233;conomiste am&#233;ricain, un certain Tobin, de taxation des op&#233;rations financi&#232;res effectu&#233;es sur le march&#233; des changes proportionnelle au montant de l'op&#233;ration effectu&#233;e. Cette proposition &#233;tatique de Tobin avait pour but de limiter la casse en cas de d&#233;rive du capital afin de sauver celui-ci. Ce prof d'&#233;conomie, profond&#233;ment pro-capitaliste, s'est toujours demand&#233;, de son vivant, pourquoi la gauche fran&#231;aise voire europ&#233;enne s'&#233;tait empar&#233;e de son id&#233;e. Cette proposition, qui d'ailleurs sera peut-&#234;tre adopt&#233;e un jour par les &#201;tats, entre dans le cadre d'une des fonctions des &#201;tats qui est de limiter les exc&#232;s du march&#233; car le capital est capable dans sa logique de d&#233;truire compl&#232;tement la soci&#233;t&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#233;tatistes entretiennent l'id&#233;e que l'&#201;tat aurait en charge &#034;l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral&#034;, mais que d&#233;poss&#233;d&#233; de son pouvoir de d&#233;cision par ce lib&#233;ralisme d&#233;brid&#233; dans le cadre de la &#034;mondialisation&#034; il serait accul&#233; &#224; une course &#233;perdue en faveur des gros investisseurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, il y a m&#233;prise sur la marchandise depuis l'&#233;closion des &#201;tats Nations ! Cette m&#233;prise ne peut plus s'expliquer par des choix strat&#233;giques afin d'arriver au communisme int&#233;gral, datant de la moiti&#233; du XIX&#232;me si&#232;cle, entre ceux qui pensaient avec Marx qu'on pouvait utiliser l'&#201;tat qui d&#233;p&#233;rirait ensuite et ceux qui avec Bakounine pensaient qu'on ne pouvait utiliser un outil dont la fonction primaire &#233;tait d&#233;j&#224; &#224; cette &#233;poque la sauvegarde du capital et qui ne pouvait que se renforcer. L'Histoire aura donn&#233; raison aux seconds mais cela ne suffit pas !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Au fait, l'&#201;tat c'est quoi ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au d&#233;part un pouvoir ext&#233;rieur &#224; la soci&#233;t&#233; civile constitu&#233; d'individus isol&#233;s mais propri&#233;taires ou de privil&#233;gi&#233;s comme les aristocrates de cour en rupture avec les anciens nobles qui guerroyaient mais ne travaillaient pas sous peine de d&#233;choir. Sa fonction primaire fut d'organiser les conditions du march&#233;, l'unit&#233; des individus/bourgeois s&#233;par&#233;s. Cette force politique, au sens premier du terme, a eu pour fonction, d&#232;s sa naissance, de cr&#233;er les conditions afin que le capital puisse se d&#233;velopper sans entraves. Au d&#233;part et jusqu'en 1848 au moins il ne peut &#234;tre aux mains que des bourgeois puisque les &#034;gueux&#034; n'ont pas le droit de vote (suffrage censitaire, r&#233;serv&#233; aux riches). Jusqu'&#224; la Commune de Paris (1871) l'&#201;tat n'a qu'un r&#244;le coercitif vis-&#224;-vis des ouvriers qui oeuvrent, non pour en changer son personnel dirigeant, mais pour tout simplement l'abolir. Puis son r&#244;le va se diversifier, il va l&#233;gif&#233;rer des droits comme celui du travail, sociaux, etc. afin de calmer, d'int&#233;grer, de canaliser puis d'assimiler les exploit&#233;/e/s. Mais sa principale fonction a &#233;t&#233; et est toujours la reproduction du capitalisme, la valorisation de celui-ci. Bref, comme le dit si bien Tom Thomas dans son livre &#034;L'&#201;tat et le Capital, l'exemple fran&#231;ais&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions l'ALBATROZ, B.P. 404, 75969 Paris cedex 20. Ce livre a largement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#034;Il n'y a pas deux politiques de l'&#201;tat, l'une dite lib&#233;rale en faveur du capital et de la cr&#233;ation des richesses, l'autre dite sociale et droit de l'hommiste en faveur du travail et des individus. Mais une seule politique globale de valorisation du capital qui int&#232;gre le social, la r&#233;forme, comme moyen pacifique de soumission du travail au capital mais tenant bon sur l'essentiel : La division sociale du travail (la propri&#233;t&#233;), l'argent, le salariat, l'&#201;tat.&#034;. &#034;... L'ali&#233;nation des individus lui permet de se donner des apparences d&#233;mocratiques. D&#233;mocratie purement formelle puisque le peuple est d&#233;pouill&#233; de toute puissance et de tous moyens qui lui soient propres dans sa vie r&#233;elle, son double politique, le citoyen, ne peut &#234;tre alors qu'une vraie potiche&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat moderne est aussi une entreprise capitaliste g&#233;r&#233;e par une bureaucratie et une technocratie inamovibles sans oublier la classe politique. Tout ce beau monde en retirant des avantages substantiels. Le capital de cette entreprise est essentiellement son territoire qu'il fait fructifier, ses infrastructures de circulation m&#234;me s'il en donne de plus en plus l'entretien quotidien au secteur priv&#233;. Il vend au priv&#233; leur utilisation. Quant &#224; ses marchandises ce sont les aides financi&#232;res, techniques, scientifiques, administratives, que les capitalistes priv&#233;s lui ach&#232;tent en payant ces services et bien entendu des imp&#244;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fric investi par l'&#201;tat revient dans ses caisses multipli&#233; x fois m&#234;me si ces profits sont longs &#224; appara&#238;tre. La privatisation de ses services publics ne change rien &#224; ce processus car l'&#201;tat reste ma&#238;tre du territoire, des infrastructures de distribution (principaux axes routiers, chemin de fer, de distribution de toute l'&#233;nergie...). Ainsi, l'entreprise &#201;tat a des liens constants d'&#233;change capitaliste avec le priv&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#224; ce propos l'article de Nicolas du cercle social publi&#233; dans la revue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat est li&#233; &#224; la soci&#233;t&#233; civile, il en est m&#234;me indissociable, il en est m&#234;me un produit, &#224; tel point que sa prise de contr&#244;le par le suffrage universel a &#233;t&#233; et sera toujours vaine quant &#224; aboutir &#224; un r&#233;el changement de soci&#233;t&#233;. Si on veut changer ce monde, l'&#201;tat ne sera jamais un moyen, et l'anticapitalisme n'a de sens que s'il est aussi anti-&#233;tatique (la r&#233;ciproque &#233;tant &#233;videmment vraie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'anti-&#233;tatisme a peut-&#234;tre un avenir...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;pendance de l'immense majorit&#233; des gens vis-&#224;-vis de l'&#201;tat implique de fait une adh&#233;sion &#224; l'&#201;tat qui a rendu caduque pendant des d&#233;cennies une opposition entre &#201;tat et &#034;soci&#233;t&#233; civile&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nous assistons aujourd'hui &#224; des ph&#233;nom&#232;nes qui doivent nous faire r&#233;fl&#233;chir. Au niveau &#233;lectoral, il y a de plus en plus de candidats, repr&#233;sentant un &#233;chiquier de plus en plus large au niveau id&#233;ologique et qui ne se cantonnent pas dans ce domaine car on peut y trouver tous les corporatismes que la soci&#233;t&#233; engendre. Et pourtant il y a de moins en moins de votants ! Beaucoup d'analystes pensaient que ce ph&#233;nom&#232;ne abstentionniste serait limit&#233; dans le temps, rien n'indique que cela sera le cas quand on sait qu'aux derni&#232;res pr&#233;sidentielles, un pseudo danger fasciste, bien orchestr&#233;, manipul&#233;, m&#233;diatis&#233; &#224; l'extr&#234;me (qui a fait voter pour Chirac nombre de militants au label r&#233;volutionnaire, il est toujours bon de le rappeler !) n'a pas fait descendre le taux d'abstention &#224; moins de 20%, un record pour ce type d'&#233;lections. Et pourtant il y aurait eu para&#238;t-il un &#034;sursaut r&#233;publicain&#034;... qui a fait plouf quelques semaines plus tard aux l&#233;gislatives ! D&#233;cid&#233;ment, une forte proportion de citoyens formels ne croit plus &#224; cette d&#233;mocratie repr&#233;sentative car tout simplement ils ne se sentent plus repr&#233;sent&#233;s (contrairement &#224; une &#233;poque o&#249; le PCF faisait 25 % !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'immense majorit&#233; des gens qui ne votent plus est constitu&#233;e d'exclus de la &#034;citoyennet&#233;&#034; r&#233;elle. Bien s&#251;r l'adh&#233;sion &#224; l'&#201;tat ne se limite pas &#224; la participation aux &#233;lections de son personnel gestionnaire. Bien s&#251;r on peut arriver &#224; un syst&#232;me &#233;lectoral avec seulement 50 % de votants comme aux &#201;tats-Unis. Mais n&#233;anmoins, l'id&#233;e que, quels que soient ses gestionnaires, l'&#201;tat sera toujours du c&#244;t&#233; des poss&#233;dants et l'id&#233;e que changer le personnel de l'&#201;tat ne peut changer quoique ce soit, progresse ! Bien s&#251;r on en est &#224; un stade o&#249; une masse grandissante de gens ressent l'&#201;tat comme &#233;tant simplement impuissant et le fait que l'&#201;tat soit l'organisateur du capital est encore loin d'&#234;tre ressenti. Une majorit&#233;, afin de r&#233;soudre ses mis&#232;res, demande encore et toujours un &#201;tat plus fort, plus r&#233;pressif sans se rendre compte qu'elle va en &#234;tre la victime, que l'&#201;tat va de plus en plus cogner, enfermer, ... sans contre partie sociale hormis le minimum de survie, le tout &#233;tant li&#233; aux difficult&#233;s croissantes de la valorisation du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;el changement de soci&#233;t&#233; avec comme moyen la r&#233;volution peut devenir ou revenir de plus en plus &#224; l'ordre du jour. En toute modestie, nous devons nous y employer tout en sachant que la masse des prol&#233;taires devra rester ma&#238;tre de son destin tout en prenant en compte tous les aspects de la domination (patriarcal, &#233;conomique, colonial, ...) si nous voulons nous lib&#233;rer de toutes les formes de domination et d'ali&#233;nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Denis (OCL Reims), article paru dans le hors-s&#233;rie n&#176;9 de &lt;i&gt;Courant Alternatif,&lt;/i&gt; 2&#232;me trimestre 2003.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Censure et violence contre le FN : principes ou strat&#233;gie ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'expulsion par la force, puis la mise &#224; sac (partielle) du stand du Front national lors du dernier salon du livre, a provoqu&#233; un d&#233;bat sur lequel il n'est pas inutile de revenir. La situation se repr&#233;sentera en effet &#224; de nombreuses reprises dans les temps qui viennent. Les questions pos&#233;es sont de deux ordres. Du point de vue des principes, tout d'abord, est-il &#034;d&#233;mocratique&#034; ou moralement d&#233;fendable de demander ou d'imposer &#034;l'interdiction&#034; des livres ou des journaux fascistes ? N'est-ce pas utiliser les m&#234;mes m&#233;thodes que l'adversaire ? D'un point de vue tactique, ensuite, est-ce faire le jeu du Front ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis absolument hostile, j'ai eu l'occasion de le r&#233;p&#233;ter &#224; maintes reprises, &lt;i&gt;&#224; toute esp&#232;ce de censure d'&#201;tat&lt;/i&gt;, sans aucune exception possible. Ni &lt;i&gt;Mein Kampf&lt;/i&gt; ni les livres p&#233;dophiles ou pornographiques, ni la Bible ni &lt;i&gt;Suicide, mode d'emploi&lt;/i&gt;, pour prendre quelques-uns des exemples qui viennent &#224; l'esprit des censeurs d&#233;mocrates. Mais il s'agit bien de savoir pourquoi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re raison est que je me refuse de d&#233;l&#233;guer mes col&#232;res ou mes d&#233;go&#251;ts &#224; mes ennemis. Si je peux &#234;tre amen&#233; &#224; porter plainte contre les militants FN ou des policiers agresseurs, ou contre tel &#233;crivain ou journaliste diffamateur, je n'entends pas confier aux tribunaux le soin de trancher des d&#233;bats th&#233;oriques, historiques ou moraux ou celui de d&#233;cr&#233;ter une v&#233;rit&#233; officielle, dont je suis adversaire par principe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne me place pas du point de vue d'un droit naturel abstrait &#224; la libre expression de toute entit&#233; vivante dans la galaxie (ce qui devrait en effet inclure M. Le Pen), mais du point de vue de la strat&#233;gie r&#233;volutionnaire. Il serait na&#239;f et dangereux de venir r&#233;clamer au ministre de l'Int&#233;rieur des mesures coercitives contre tel de nos adversaires, alors que l'exp&#233;rience historique montre qu'une loi vot&#233;e contre les fascistes servira immanquablement demain contre les r&#233;volutionnaires. Dans les ann&#233;es soixante-dix, la Ligue communiste a ainsi &#233;t&#233; dissoute en application d'une loi vot&#233;e dans les ann&#233;es trente contre les ligues fascistes... Aujourd'hui, le summum de l'imb&#233;cillit&#233; &#034;d&#233;mocratique-radicale&#034; est de r&#233;clamer l'interdiction du Front national, d'ailleurs pure rodomontade puisqu'elle est impossible &#224; envisager juridiquement. Exemple limite, la p&#233;tition lanc&#233;e par &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; est ainsi r&#233;dig&#233;e : &#034;Nous vous demandons de dissoudre le Front national, cette ligue &lt;i&gt;dont le but politique est de faire dispara&#238;tre la R&#233;publique&lt;/i&gt;.&#034; Je rappelle que le mouvement anarchiste est n&#233; &lt;i&gt;sous&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;contre&lt;/i&gt; la R&#233;publique, et que la logique de cet appel suppose de r&#233;clamer &#233;galement l'interdiction de tous les groupes libertaires et r&#233;volutionnaires, la saisie de leurs journaux et la fermeture de leurs radios !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un texte pr&#233;cis&#233;ment distribu&#233; aux alentours du stand FN au Salon du livre par Pierre Guillaume, r&#233;visionniste bien connu, le libraire qui diffuse le dernier livre de Roger Garaudy fait remarquer que la librairie La-Vielle-Taupe (du m&#234;me Guillaume) a &#233;t&#233; contrainte de fermer &#224; la suite de nombreuses agressions, alors que les livres qu'elle vendait n'&#233;taient pas interdits. L'argument rencontre un certain &#233;cho. Dans &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; (17 mars dernier), Laurent Joffrin &#233;crit &#224; propos du FN : &#034;L'emploi de moyens violents, coercitifs, contre la propagande frontiste n'est pas aujourd'hui opportun. [...] Seuls ses propos ou &#233;crits ill&#233;gaux peuvent &#234;tre sanctionn&#233;s.&#034; Les militants r&#233;volutionnaires se trouveraient donc dans une impasse : soit ils recourent &#224; la censure d'&#201;tat, avec pour cons&#233;quence de la renforcer jusqu'&#224; ce qu'elle les frappe, soit ils emploient des moyens violents, jug&#233;s ill&#233;gitimes ou maladroits en ce qu'ils servent un adversaire prompt &#224; jouer les martyrs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que nous pouvons sortir de ce dilemme en combinant refus de toute censure &lt;i&gt;d'&#201;tat&lt;/i&gt; et actions spectaculaires, qu'elles soient &#224; caract&#232;re &#034;militaire&#034; ou non. Pour prendre un autre exemple, je suis &#224; la fois hostile &#224; l'interdiction polici&#232;re des manifestations int&#233;gristes devant les cliniques qui pratiquent les avortements et favorable &#224; des contre-manifestations violentes. Il peut s'agir de violences symboliques (jet d'oeufs, de peinture, d&#233;gradation du mat&#233;riel de l'ennemi) et non uniquement de violences contre les personnes, dans le genre &#034;manche de pioche&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le risque de tels incidents ne r&#233;side pas tant dans l'usage imm&#233;diat (et in&#233;vitable) qu'en fait la propagande de l'adversaire, que dans une polarisation progressive, et excessive, sur des affrontements militaires, dont on sait par exp&#233;rience qu'ils sont propices aux fixations machistes et &#233;litistes, et finissent par transformer aux yeux de la population l'agitation r&#233;volutionnaire en une esp&#232;ce de rivalit&#233; extr&#234;me gauche et extr&#234;me droite, match arbitr&#233; - sans aucun esprit sportif - par la police. La poursuite du d&#233;bat sur ces questions de strat&#233;gie, la diversification des formes d'actions violentes (par le recours &#224; la d&#233;rision), un soin particulier mis &#224; expliquer publiquement ce type d'actions, devraient permettre de limiter ce risque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Claude Guillon&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ni honte ni F-Haine !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sur le danger n&#233;o-nazi&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1980, gr&#226;ce &#224; la strat&#233;gie de Mitterrand qui institua la proportionnelle pour jeter un FN-peau de banane sous les pieds de la droite, le n&#233;o-nazi Le Pen a pu multiplier par quinze les scores confidentiels de l'extr&#234;me droite. Il obtient ainsi 11% aux europ&#233;ennes de 1984, et 14,5% lors de la pr&#233;sidentielle de 1988. Si le FN abandonne aujourd'hui ses habits d'&#233;pouvantail pour endosser le costume d'arbitre &#233;lectoral, son ascension, beau r&#233;sultat &#171; socialiste &#187;, ne date donc pas d'hier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que des coll&#233;giens, qui n'&#233;taient pas n&#233;s &#224; l'&#233;poque, prennent conscience de l'implantation &#233;lectorale du FN et s'en alarment, c'est compr&#233;hensible et encourageant. Que des militants associatifs et syndicaux exp&#233;riment&#233;s, voire d'anciens r&#233;volutionnaires, feignent de d&#233;couvrir la chose, et l'exag&#232;rent &#224; plaisir pour vendre leur soupe d&#233;mocratique et nationale ; qu'ils se lamentent, comme tel &#171; r&#233;seau &#187; sp&#233;cialis&#233; dans la d&#233;nonciation des violences polici&#232;res, sur une &#171; France couverte de honte aux yeux de l'histoire [&lt;i&gt;sic&lt;/i&gt;] et du monde &#187; qui &#171; flirterait &#187; avec l'&#233;lection d'un Le Pen, voil&#224; qui donne envie de vomir son p'tit d&#232;j !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France ? Qu&#232;s aco ? La &#171; France &#233;ternelle &#187; dont se gargarise Le Pen ? S'agit-il plut&#244;t de &#171; l'ensemble des Fran&#231;ais &#187; ? Mais Le Pen a obtenu 16,95% des suffrages exprim&#233;s. Rapport&#233; au nombre des &#233;lecteurs inscrits, ce score tombe &#224; 11,8%. Le chiffre des inscrits doit &#234;tre major&#233; de 7 &#224; 10% de non-inscrits. Ce sont donc au maximum entre 10,5 et 11% de la population adulte qui ont vot&#233; Le Pen. Ce chiffre brut ne prend pas en compte les jeunes qui ne sont pas en &#226;ge l&#233;gal de voter. Ne parlons pas des cr&#233;tins qui ont d&#233;pos&#233; un bulletin Le Pen dans l'urne sans approuver ses positions...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut certes dire que &#171; 11%, c'est 11 de trop ! &#187;, mais c'est le genre de platitude qui n'aide pas &#224; penser. Au-del&#224; de l'impact symbolique ind&#233;niable de la pr&#233;sence d'un Le Pen au second tour de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle, et de l'encouragement qu'il repr&#233;sente pour les nazillons et autres racistes, il n'y a pas de p&#233;ril nazi imm&#233;diat en France. Affirmer le contraire est un mensonge d&#233;magogique et contre-productif. Recourir pour le faire &#224; des cat&#233;gories id&#233;ologiques comme la &#171; France &#187;, &#171; &#234;tre Fran&#231;ais &#187; (...et en avoir honte) participe finalement de la &#171; lep&#233;nisation &#187; des esprits que l'on d&#233;nonce chez les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#192; propos de la honte&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ne sont en eux-m&#234;mes ni l'abstention ni les votes d'extr&#234;me gauche qui ont cr&#233;&#233; la visibilit&#233; renouvel&#233;e de Le Pen, mais bien l'effondrement de la gauche gestionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, heureux &#233;v&#233;nement, cette d&#233;route est logique. Trop s&#251;r de lui, Jospin a avou&#233; d'embl&#233;e ce que tout le monde pouvait voir : son programme de modernisation capitaliste (concoct&#233; par Fabius et Strauss-Kahn) ne m&#233;ritait m&#234;me plus un d&#233;guisement &#171; socialiste &#187;. &#192; force de r&#233;p&#233;ter qu'il n'y a plus de classe ouvri&#232;re, ces ordures avaient fini par oublier l'existence de plus de six millions d'ouvriers et d'ouvri&#232;res. Lesquel[le]s, en grand nombre, se sont abstenu[e]s, ont vot&#233; LO ou Le Pen...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni la peur ni la honte ne sont des armes de r&#233;sistance. Ce sont au contraire les moyens favoris des ma&#238;tres. C'est par la honte que les tortionnaires, les p&#232;res incestueux, les violeurs, imposent silence &#224; leurs victimes et les persuadent qu'elles sont responsables des violences qu'elles subissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;VIVENT LA COL&#200;RE ET L'ESPOIR !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons pas &#224; sauver la r&#233;publique avec le flic Chev&#232;nement, la patrie en danger avec Jupp&#233;-la-hache et Chirac-matraque, pas plus qu'&#224; fraterniser avec les supporteurs des 35 heures d'exploitation salari&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui se passionnent pour le Monopoly &#233;lectoral n'avaient qu'&#224; voter Chirac au premier tour. Il &#233;tait d&#233;j&#224; la meilleure digue (m&#234;me pleine de trous) contre l'extr&#234;me droite. Compar&#233; &#224; Jospin, qui a privatis&#233; davantage que la droite, c'est un serviteur maladroit et archa&#239;que du capitalisme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#234;ve d'illusions, parlons de guerre sociale ! Pass&#233;s ou non par les bureaux de vote, d&#233;fendons dans la rue et par les luttes le projet d'un autre futur, sans &#171; races &#187; ni fronti&#232;res, sans &#171; pr&#233;sident &#187; ni patrie, une soci&#233;t&#233; &#233;galitaire et libertaire o&#249; l'on ne verra d'&#233;pouvantails que plant&#233;s dans les champs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenons les politiciens dans l'ins&#233;curit&#233; !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; bas la France !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Buvons &#224; l'ind&#233;pendance du monde ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Claude Guillon&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paris, le 26 avril 2002&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les similitudes entre le fascisme-nazi des ann&#233;es 30 et la prise de pouvoir de Bonaparte le 18 Brumaire sont &#233;videntes. De m&#234;me qu'entre l'organisation politique du fascisme-nazi et la &#034;Soci&#233;t&#233; du 10 septembre&#034; qui supportait Bonaparte et la fonction politique donn&#233;e &#224; celle-ci dans le cadre des int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Burgos &#233;tait la capitale de guerre de Franco, o&#249; l'on pouvait aussi rencontrer les fondateurs de l'&lt;i&gt;Opus Dei&lt;/i&gt;, organisation toujours active et de sinistre r&#233;putation, ndt.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mai barcelonais : le 3 mai 1937 &#224; Barcelone, le central t&#233;l&#233;phonique conquis par les anars de la CNT depuis le d&#233;but de la r&#233;volution est attaqu&#233; par divers groupes de police et de s&#233;curit&#233; command&#233;s par les communistes staliniens ; mais les anarchistes ripostent et descendent en armes dans les rues qui se couvrent de barricades. Les combats dureront jusqu'au 7 mai, opposant les anarchistes et les combattants du POUM aux staliniens. Les anarchistes et les poumistes, pourtant sup&#233;rieurs en nombre, seront trahis par certains dirigeants de la CNT, membres du gouvernement. 6 000 gardes d'assaut seront envoy&#233;s pour r&#233;tablir &#034;l'ordre&#034; ; ils d&#233;sarmeront les derniers combattants. Bilan : 500 morts, un millier de bless&#233;s et une r&#233;volution de perdue. (inspir&#233; de l'&#233;ph&#233;m&#233;ride anarchiste, &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.ytak.club.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.ytak.club.fr&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, lire aussi &lt;i&gt;Hommage &#224; la Catalogne&lt;/i&gt; de George Orwell), ndt.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le communisme compris non pas du point de vue des strat&#233;gies l&#233;ninistes mais bien depuis sa forme int&#233;grale. Ce que nous autres anarchistes appelons le communisme libertaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Camilio Berneri : propagandiste et combattant anarchiste italien. Il organise la premi&#232;re colonne de volontaires italiens, participe &#224; plusieurs combats ainsi qu'aux &#233;missions de radio de la CNT-FAI. Il fonde la revue &#034;Guerra di classe&#034; dans la quelle il se montre tr&#232;s critique sur l'&#233;volution de la r&#233;volution, la participation des anarchistes au gouvernement et la part belle laiss&#233;e aux communiste staliniens. Le 5 mai 1937, durant les journ&#233;es sanglantes de Barcelone, Camilio Berneri et Francisco Barbieri - un activiste anarchiste italien - sont arr&#234;t&#233;s &#224; leur domicile par la police aux ordres des staliniens. Ils seront retrouv&#233;s morts le lendemain, le corps cribl&#233; de balles. (source : &#233;ph&#233;m&#233;ride anarchiste), ndt.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Seulement quelques-uns (Durruti et son groupe &#034;Nosotros&#034;, entre autres) propos&#232;rent de mani&#232;re th&#233;orique d'&#233;tendre la r&#233;volution &#224; un niveau international et de cr&#233;er un &#034;effet domino&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J'ai traduit litt&#233;ralement &#034;pays de la p&#233;riph&#233;rie&#034;, bien que cette expression me paraisse &#233;tonnamment g&#233;ocentrique. On lui pr&#233;f&#232;re souvent ces derniers temps &#034;pays du Sud&#034;, bien qu'il s'agisse l&#224; encore d'une simplification, ndt.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Des r&#233;voltes comme celles de Caracas, de la Poll Tax et de Los Angeles. Dans celles-ci est mis en &#233;vidence un background plus profond, de mal-&#234;tre g&#233;n&#233;ral, au-del&#224; des faits concrets qui servirent de d&#233;tonateur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Antena 3 est une cha&#238;ne priv&#233;e espagnole, style t&#233;l&#233;-poubelle gorg&#233;e de pub, et qui ne cachait pas sa sympathie au gouvernement Aznar, ndt.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cela s'est produit dans le cas allemand (et ce n'est pas le seul). Les groupes autonomes sont all&#233;s jusqu'&#224; chercher du soutien dans le Parti Social-d&#233;mocrate en fomentant une esp&#232;ce d'unit&#233; antifasciste et interclassiste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce type de mesures &#233;taient r&#233;clam&#233;es r&#233;cemment sur la couverture du bulletin &#034;No Pasar&#225;n&#034; du collectif &#034;Al enemigo ni agua&#034; de Barna. Ou dans le cas Guillem Agull&#243; o&#249; diff&#233;rents groupes r&#233;clament de hautes peines de prison et l'application int&#233;grale des peines. Il y en avait &#233;videmment qui &#233;taient en d&#233;saccord, comme l'Assembl&#233;e Antifasciste de Valence.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un des grands chefs de la D&#233;mocratie Chr&#233;tienne depuis les ann&#233;es 40, un &#034;grand homme d'&#201;tat&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Grand chef du Parti Socialiste, fut pendant toutes les ann&#233;es 80 pr&#233;sident du conseil des ministres, aujourd'hui r&#233;fugi&#233; en Tunisie suite au scandale de l'op&#233;ration Mains Propres, qui de fait a suppos&#233; une certaine r&#233;g&#233;n&#233;ration des pouvoirs politiques &#224; travers l'action judiciaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;ditions l'ALBATROZ, B.P. 404, 75969 Paris cedex 20. Ce livre a largement contribu&#233; au pr&#233;sent article.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire &#224; ce propos l'article de Nicolas du &lt;i&gt;cercle social&lt;/i&gt; publi&#233; dans la revue &lt;i&gt;La Griffe&lt;/i&gt; N&#176; 21- Automne 2001. &lt;i&gt;La griffe&lt;/i&gt;, c/o librairie la Gryffe, 5 rue S&#233;bastien Gryphe, 69007 Lyon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Sc&#233;nographie r&#233;pressive basique</title>
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		<dc:date>2005-07-10T12:42:38Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anonyme</dc:creator>


		<dc:subject>Prison, justice, r&#233;pression</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;dias de masse, autom&#233;dia</dc:subject>
		<dc:subject>Petit peuple du cagibi (Grenoble)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce que l'on pr&#233;tend avec ces r&#233;flexions, &#224; partir de quelques faits r&#233;pressifs qui semblent apparemment n'avoir rien &#224; voir, c'est d'essayer d'en analyser les co&#239;ncidences possibles. Analyser des m&#233;thodes r&#233;pressives, comme le montage m&#233;diatico-policier, dans lesquelles se manifestent clairement des ressorts r&#233;pressifs d&#233;terminants qui nous permettent de deviner par intuition le fonctionnement actuel des appareils de contr&#244;le social.&lt;/i&gt; (Extrait)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Texte original anonyme &#233;crit en castillan, dat&#233; de juin 2002, paru sous forme de brochure de 12 pages et intitul&#233;e &lt;i&gt;Escenografia represiva basica - Analisis estrategico de los montajes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot56" rel="tag"&gt;Petit peuple du cagibi (Grenoble)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH111/arton251-73468.jpg?1780462533' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='111' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff251.jpg?1128977620&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte original anonyme &#233;crit en castillan, dat&#233; de juin 2002, paru sous forme de brochure de 12 pages et intitul&#233;e &lt;i&gt;Escenografia represiva basica - Analisis estrategico de los montajes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adresse pour obtenir le texte original (bo&#238;te postale) :&lt;br&gt; Apdo : 13326 28080 - Madrid &lt;br&gt;
ou &lt;a href=&#034;http://www.nodo50.org/crimental/Archivo/Textos/Montajes.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur le net&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;claration d'intention&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	H&#233; oui ! Nous voici une fois de plus face &#224; l'un de ces textes cafardeux sur les montages policiers. Une nouvelle occasion pour nous de nous sentir confort&#233;-e-s dans notre r&#244;le de victimes en le lisant, d'accord avec nous-m&#234;mes et avec ce que nous faisons... Martyr-e-s du XXI&#232;me si&#232;cle crucifi&#233;-e-s au nom de la libert&#233;, au nom de la solidarit&#233; avec la r&#233;alit&#233; d'autres peuples que nous ne connaissons pas, &#224; la recherche d'un-e autre martyr-e parmi les prisonnier-e-s en lutte, au nom de l'anti-globalisation...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assumer le r&#244;le de victime est assez confortable, on n'a pas &#224; douter ni &#224; se poser de questions : l'hostilit&#233; du pouvoir nous donne automatiquement raison. Il y a des martyr-e-s de plusieurs sortes ; il y a les aimables, les d&#233;sagr&#233;ables, celleux par vocation et celleux qui s'adaptent &#224; la situation. Tou-te-s ont un facteur commun : illes ne sont pas utiles au projet r&#233;volutionnaire et c'est pour cela qu'illes ne nous int&#233;ressent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte ne pr&#233;tend en aucun cas &#234;tre un apport &#224; &#8220;l'ABC du victimisme&#8221; o&#249; l'on se plaint du manque de d&#233;mocratie (aux chiottes la d&#233;mocratie !). Ce ne sera pas non plus le r&#233;cit lacrymal relatant comment l'&#201;tat malveillant a coinc&#233; et enferm&#233; quelques bons gars pour leur rendre la vie impossible. Et ce texte pr&#233;tend encore moins faire une apologie mythificatrice du passage &#224; la clandestinit&#233; arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que l'on pr&#233;tend avec ces r&#233;flexions, &#224; partir de quelques faits r&#233;pressifs qui semblent apparemment n'avoir rien &#224; voir, c'est d'essayer d'en analyser les co&#239;ncidences possibles. Analyser des m&#233;thodes r&#233;pressives, comme le montage m&#233;diatico-policier, dans lesquelles se manifestent clairement des ressorts r&#233;pressifs d&#233;terminants qui nous permettent de deviner par intuition le fonctionnement actuel des appareils de contr&#244;le social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela en consid&#233;rant que ces derniers agissent sous les ordres de l'&#201;tat et des classes dominantes, &#224; l'abri de leurs n&#233;cessit&#233;s et des exigences du syst&#232;me capitaliste pour se perp&#233;tuer d'une mani&#232;re plus ou moins constante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les montages ne sont qu'une fraction de la guerre que maintiennent les institutions contre la dissidence , c'est pour &#231;a que, au-del&#224; de descriptions d&#233;taill&#233;es de chaque cas, ce dont il sera question est le montage dans le contexte de la guerre sociale ou de classes, en essayant d'en extraire les enseignements qui puissent nous &#234;tre utiles pour l'avancement du projet r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le montage comme moment r&#233;pressif dans lequel interviennent en parfaite synchronisation les principaux acteurs du contr&#244;le social est une opportunit&#233; pour apprendre. Il nous faut conna&#238;tre l'ennemi pour adapter continuellement nos strat&#233;gies aux circonstances du moment et appliquer les connaissances acquises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela peut nous servir, en inversant la perspective, pour conna&#238;tre &#224; la fois les possibilit&#233;s du moment, nos points forts et les aspects &#224; am&#233;liorer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;pression en tant que telle ne peut pas se combattre. Dans le contexte de la guerre sociale c'est une arme de l'ennemi qui a exist&#233; et existera toujours parce que n&#233;cessaire &#224; la perp&#233;tuation du syst&#232;me. C'est pour &#231;a qu'elle change et se transforme selon les circonstances et c'est &#231;a que nous cherchons &#224; conna&#238;tre pour l'appliquer &#224; notre pratique r&#233;volutionnaire quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui suit vise &#224; contribuer &#224; l'analyse, passage oblig&#233; pour &#233;laborer la strat&#233;gie r&#233;volutionnaire essentielle.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution ne se fait pas sur la d&#233;fensive. Les martyr-e-s sont encombrant-e-s. La victimisation nous maintient &#224; notre place d'esclaves. Commen&#231;ons &#224; d&#233;monter, d&#233;montons en attaquant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Madrid, juin 2002&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Post-scriptum : Nous indiquons, &#224; titre d'exemple, quelques extraits d'articles de presse. Nous pourrions donner beaucoup d'autres exemples, faire une &#233;tude d&#233;taill&#233;e et minutieuse : courage &#224; cellui qui s'y mettra. Dans tous les cas, le fait d'accumuler plus de donn&#233;es ne variera pas le contenu que nous voulions donner &#224; ce texte, donc &#231;a reste comme &#231;a pour le moment.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La fabrication des montages&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les faits r&#233;pressifs se succ&#232;dent les uns apr&#232;s les autres. Le rythme s'acc&#233;l&#232;re &#224; des moments d&#233;termin&#233;s mais ne ralentit jamais suffisamment pour que nous ne l'ayons pas toujours pr&#233;sent, bien pr&#233;sent dans nos t&#234;tes. La r&#233;pression &#233;tatique est parfois capable de nous bloquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En certaines occasions, l'intensit&#233; des coups durs r&#233;pressifs nous paralyse. Nous nous voyons comme des &#234;tres isol&#233;s incapables de supporter le poids des institutions r&#233;pressives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une grande partie de l'efficacit&#233; du contr&#244;le institutionnel se base justement sur cette sensation d'isolement que nous ressentons. Cependant, lors des d&#233;tentions, montages, interrogatoires, etc., il y a des aspects qui se r&#233;p&#232;tent. La m&#233;lodie r&#233;pressive est comme le tube de l'&#233;t&#233;, diff&#233;rente en apparence mais dans l'essentiel r&#233;p&#233;titive. Les notes qui composent cette m&#233;lodie sont toujours les m&#234;mes et, m&#234;me si leur disposition varie l&#233;g&#232;rement, on peut percevoir des aspects concrets qui nous r&#233;v&#232;lent des compositions pr&#233;fabriqu&#233;es pour des moments et des circonstances similaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;composant les montages policiers s'ouvre la possibilit&#233; d'interpr&#233;ter la partition de l'orchestre r&#233;pressif dans son ensemble et au complet, incluant le chef d'orchestre, les musiciens et les compositeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;masquons le compositeur qu'il y a derri&#232;re chaque montage policier. D&#233;couvrons la trame de chaque &#233;v&#233;nement r&#233;pressif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les co&#239;ncidences&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la guerre que m&#232;ne le syst&#232;me contre toute forme de dissidence, est toujours &#8220;mont&#233;e&#8221; une structure organisationnelle hi&#233;rarchique similaire &#224; la structure &#233;tatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette mani&#232;re, face &#224; la figure du leader gouvernant, ils cherchent et mod&#232;lent un leader (un pour chaque forme de dissidence) qui lui fasse face. Le milieu antiautoritaire, qui rejette par nature les leaders, n'&#233;chappe pas &#224; cette imposition. En cas d'absence de soumission &#224; un chef, se seront les institutions qui le choisiront. &#192; partir de ce moment l&#224;, qu'il le veuille ou non, il se convertira en t&#234;te visible (ou de turc) dans l'affrontement entre le pouvoir et les dissidents.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;Lavazza, un cerveau capable de diriger tout type d'entreprise&#8221; ; &#8220;Ghislain, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me mani&#232;re ce sont les institutions qui, &#224; c&#244;t&#233; d'un chef, &#233;lisent un &#8220;&#233;tat major&#8221; et assignent g&#233;n&#233;ralement, selon leurs propres crit&#232;res et leurs n&#233;cessit&#233;s, une place dans la &#8220;hi&#233;rarchie de l'organisation&#8221; &#224; chacun des protagonistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si &#8220;le bien&#8221; est repr&#233;sent&#233; par les leaders gouvernementaux, le mal doit &#234;tre comme une b&#234;te &#224; sept t&#234;tes qui, bien qu'ayant diff&#233;rents visages, doit avoir un corps commun. Cette repr&#233;sentation infantile se mat&#233;rialise dans ce qu'un gouvernant a d&#233;fini comme &#233;tant &#8220;l'axe du mal&#8221;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;(...) de plus on les rattache &#224; des prisonniers inclus dans le fichier des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet axe se situeront toutes les formes de dissidences aussi diff&#233;rentes et oppos&#233;es qu'elles puissent &#234;tre. Et pour donner un aspect plus mena&#231;ant au monstre on le grossira avec les fameuses &#8220;connexions internationales&#8221;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;Ce groupe avait des connexions avec d'autres bandes italiennes et grecques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la guerre pour l'imposition de la paix sociale, les institutions ne peuvent pas se soumettre aux lois. Celles-ci sont trop rigides pour s'adapter suffisamment rapidement aux circonstances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image que reproduisent les cam&#233;ras de contr&#244;le policier ne peut percevoir chaque action de r&#233;volte anonyme. Les fronti&#232;res qui s&#233;parent le l&#233;gal et l'ill&#233;gal deviennent diffuses. Ils attribuent des actions men&#233;es dans l'ombre &#224; celleux qui d&#233;fendent ouvertement des id&#233;es de r&#233;volte. Ils pr&#233;tendent mettre un visage derri&#232;re chaque action pour essayer, en embastillant les id&#233;es, de freiner l'activit&#233; de la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les op&#233;rations r&#233;pressives ressemblent parfois &#224; des bandes annonces de film d'horreur, &#224; des promotions de marketing pour cr&#233;er des personnages au regard sinistre et aux pens&#233;es sombres. Il s'agit de transformer la guerre sociale en une affaire psychiatrique, en analysant la personnalit&#233; de la ou du d&#233;tenu-e, ses ant&#233;c&#233;dents policiers et de vie pour en arriver &#224; la conclusion selon laquelle tout se limite &#224; une erreur de fabrication de l'individu au lieu d'un mod&#232;le social divis&#233; en classes.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;La totalit&#233; d'entre eux se trouvent dans les FIES [Ndt : quartiers sp&#233;ciaux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce film a besoin de noms tapageurs qui se fixent dans la m&#233;moire ; qu'on les invente ou qu'on les transforme importe peu.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;Le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur met en garde les syndicats contre d'&#233;ventuels (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la promotion de ce film devront &#234;tre utilis&#233;s des grands titres dans lesquels apparaisse clairement la relation directe entre la d&#233;tention et le d&#233;lit. Peu importe qu'on pr&#233;cise ensuite dans le corps du texte qu'il manque des preuves : seul le titre demeure en m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les personnages du sc&#233;nario doivent &#234;tre reconnaissables, on utilisera donc des st&#233;r&#233;otypes, des personnages d&#233;j&#224; fabriqu&#233;s dans des romans, des films ou des feuilletons t&#233;l&#233; (la conspiratrice froide, la fille dans les vapes qui ne sait pas trop dans quel merdier elle se fout...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accusation doit faire peur car c'est cette peur qui donnera ses fruits plus tard. On la pr&#233;sente ainsi comme une menace soudaine ou qui a soudainement augment&#233; de fa&#231;on alarmante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour augmenter la gloire des forces r&#233;pressives, il doit y avoir des informations (de &#8220;sources s&#251;res&#8221; bien entendu) sur ce qui se serait pass&#233; si les malfaiteurs n'avaient pas &#233;t&#233; d&#233;tenus (leurs plans futurs, leurs conspirations, leur soif de sang...).&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;L'enqu&#234;te polici&#232;re d&#233;gageait le fait que la cellule d&#233;sarticul&#233;e pourrait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;res r&#233;flexions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En situant les montages dans leur contexte, celui de la guerre sociale, nous comprendrons quel r&#244;le fondamental de propagande ils remplissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'importance que prennent les m&#233;dias dans la fabrication des montages, ajout&#233;e au peu de gens qui subissent habituellement ces actes r&#233;pressifs, nous incite &#224; penser que ce dont il s'agit est principalement la recherche du spectacle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils s&#233;lectionnent certaines personnes d&#233;termin&#233;es, connues de leur entourage, et la r&#233;pression retombe sur elles. De plus, ces personnes deviennent l'objet de l'application litt&#233;rale, de la part des journalistes, des manuels de contre-insurrection, c'est &#224; dire d'un traitement d&#233;shumanisant. Tout indique qu'il s'agit d'une propagande de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette forme de propagande cherche &#224; canaliser la frustration que provoquent les conditions actuelles de survivance en direction de celleux qui ne sont pas d'accord avec le mod&#232;le social actuel. Il s'agit de pr&#233;senter cellui qui lutte contre l'&#233;tat actuel des choses comme &#233;tant le-la coupable de cette m&#234;me situation, le-la pr&#233;sentant comme un &#234;tre antisocial. On pr&#233;tend ainsi isoler les r&#233;volutionnaires et les rebelles en g&#233;n&#233;rant &#224; la fois la peur et la d&#233;moralisation entre celleux qui veulent en finir avec la soci&#233;t&#233; capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La propagande de guerre institutionnelle se charge aussi de pr&#233;parer le terrain pour d'autres formes de r&#233;pression plus larges (les lois, l'augmentation des cr&#233;dits pour le contr&#244;le social, plus de police, plus de prison...) et d'entretenir la soumission des exploit&#233;-e-s face aux consignes officielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re secondaire, mais non moins importante, on veut provoquer &#224; l'aide de ces moyens une terreur g&#233;n&#233;ralis&#233;e dans laquelle fleurissent la d&#233;lation, la collaboration citoyenne avec les corps r&#233;pressifs et la complicit&#233; des opprim&#233;-e-s avec leur propre oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela est impuls&#233; par l'excuse de l'alarme sociale qui est cr&#233;&#233;e &#224; son tour par les propres moyens de propagande du syst&#232;me (la presse, la radio, et la t&#233;l&#233;vision surtout). Pour cela, celleux qui b&#233;n&#233;ficient de l'exploitation et de la domination des autres, qui sont celleux qui s'alarment r&#233;ellement face aux &#233;ruptions de l'insoumission, essaient d'&#233;tendre leur peur au reste. La socialisation de la peur des classes &#8220;privil&#233;gi&#233;es&#8221; consiste &#224; faire en sorte que nous autres exploit&#233;-e-s assumions comme n&#244;tre la peur qu'ont les exploiteur-euse-s d'une possible r&#233;volte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce processus de socialisation de la peur, le syst&#232;me ne nous fabrique pas des monstres que nous pouvons toucher, mais plut&#244;t des fant&#244;mes. Des entit&#233;s plus ou moins imaginaires et sinistres tir&#233;es des contes pour enfants, qui par leur propre omnipr&#233;sence invisible peuvent provoquer davantage d'angoisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la majorit&#233; des montages, autant la police que la presse ont l'habitude de pr&#233;senter les d&#233;tenu-e-s comme des individus tr&#232;s dangereux en y ajoutant de grandes doses de mythification, n&#233;cessaire &#224; une plus grande splendeur des professionnels de la r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le triangle terroriste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'imposition d'un syst&#232;me bas&#233; sur l'exploitation exige la pr&#233;sence d'institutions consacr&#233;es au contr&#244;le social. Ces institutions, et le personnel &#224; leur solde, sont charg&#233;es d'&#233;viter que la frustration des exploit&#233;-e-s ne se convertisse en conscience et en r&#233;volte. Selon leur fonction on peut les grouper en trois axes : le politique, le m&#233;diatique et le juridico-p&#233;nal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'axe politique est form&#233; de la chienlit charg&#233;e de canaliser toute protestation vers les voies sans issue de la n&#233;gociation et du pacte. Depuis les ONGs ou les groupuscules gauchistes jusqu'aux syndicats et aux partis politiques, illes sont tou-te-s &#224; l'origine de la r&#233;cup&#233;ration des luttes et par cons&#233;quent du maintient du syst&#232;me tel qu'il est. Illes n'h&#233;siteront pas le moment venu &#224; signaler celleux qui ne passent pas par le cercle des voies institutionnelles, participant ainsi &#224; la r&#233;pression comme complices plus ou moins actif-ve-s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'axe m&#233;diatique est compos&#233; des journalistes des diff&#233;rents m&#233;dias de &#8220;communication&#8221;. Fer de lance de la propagande institutionnelle de guerre, les m&#233;dias d&#233;blayeront le chemin de la r&#233;pression et justifieront ensuite toute mesure c&#339;rcitive en s'appuyant sur la gravit&#233; de l'affaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'axe juridico-p&#233;nal est form&#233; de l'ensemble des entit&#233;s qui vont du policier de quartier au maton en passant par toute la chienlit des palais de justice et, pour les affaires de caract&#232;re international ou d'importance particuli&#232;re, l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le triangle que nous avons d&#233;crit est celui charg&#233; de veiller &#224; ce que l'&#233;conomie des capitalistes ne se voit pas alt&#233;r&#233;e par des incidents surgis des secteurs exploit&#233;s. Son r&#244;le est celui de chien de garde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour maintenir l'ordre, ce triangle doit faire peur, peur pour &#233;viter que celleux qui n'ont rien &#224; perdre ne se lancent contre les responsables de la mis&#232;re g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Dans ce but, les institutions qui forment le triangle r&#233;pressif exerce leur besogne moyennant le jeu morbide, gagn&#233; d'avance, de la terreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette peur fabriqu&#233;e par le triangle terroriste, est diffus&#233;e comme la lumi&#232;re d'un phare partout o&#249; l'on per&#231;oit que la soumission des esclaves peut se briser. Mais le processus de la peur sur certains secteurs d&#233;termin&#233;s de la population doit &#234;tre justifi&#233; d'une mani&#232;re quelconque au yeux du public. Et c'est l&#224; qu'interviennent les m&#233;dias, g&#233;n&#233;rant la peur qui r&#233;clame des lois, des d&#233;tentions, des centres de r&#233;clusion ; investissements et int&#233;r&#234;ts qui &#224; leur tour se chargeront que la peur ne se dissipe pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la peur n'est pas seulement le produit qui sort de cette fabrique triangulaire, mais aussi sa mati&#232;re premi&#232;re. Les int&#233;r&#234;ts qu'il y a derri&#232;re l'industrie de la s&#233;curit&#233;, autant publique que priv&#233;e, sont ceux qui se chargent, en premier lieu, de convertir la &#8220;s&#233;curit&#233;&#8221; en un produit de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;. En second lieu, ce sont ceux qui d&#233;limitent et marquent le niveau d'ins&#233;curit&#233; n&#233;cessaire pour que la production et la vente ne stagnent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#233;cologie du contr&#244;le social, le triangle form&#233; par les politicien-ne-s, les journalistes et les corps r&#233;pressifs, se convertit en fabriquant de terreur et en symbole du recyclage de la peur. Peur qui nous transforme en accus&#233;-e-s et qui, au fond, est la m&#234;me que celle avec laquelle il justifie son existence.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Inquisition d&#233;mocratique et guerre sainte&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La peur dont nous venons de parler a &#233;t&#233; un instrument de contr&#244;le social de base dans l'histoire de l'exercice du pouvoir. Les pr&#234;tres des religions primitives, d&#233;j&#224;, s'appuyaient sur la peur de l'inconnu pour rendre leur pouvoir effectif. Aujourd'hui les choses ont tr&#232;s peu chang&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat d&#233;mocratique, surgit du triomphe de la r&#233;volution bourgeoise en France, substitua le culte des dieux traditionnels par la d&#233;votion &#224; l'&#201;tat ; la Bible par la Constitution ; les pr&#234;tres par les juges et les politiciens ; les paroissien-ne-s par les citoyen-ne-s responsables.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans cette ambiance tant charg&#233;e de foi, la dissidence doit &#234;tre trait&#233; comme h&#233;r&#233;sie. Le r&#233;volutionnaire sera la r&#233;incarnation du mal sur la terre, il sera jug&#233; et condamn&#233; &#224; la mani&#232;re de l'Inquisition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'endoctrinement religieux n&#233;cessaire pour guider le troupeau, on appellera &#233;ducation d&#233;mocratique et information objective ce qui n'est que jugements moraux et propagande de foi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La paix sociale que veulent ces illumin&#233;-e-s a besoin d'une guerre sainte contre la dissidence, contre le mal. Une guerre qui retrouve de l'importance &#224; un moment de transformation du capitalisme qui peut donner lieu &#224; des ruptures dans la foi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre sainte contre quiconque se rebelle ne peut se cantonner aux sch&#233;mas rigides de la loi. Ainsi, tout comme les institutions tol&#232;rent des ill&#233;galit&#233;s dans des affaires &#233;conomiques, d'exploitation salariale, de drogues, etc., il y a des activit&#233;s apparemment non ill&#233;gales qui sont poursuivies pour leur caract&#232;re potentiellement d&#233;stabilisateur. S'accrocher aux dogmes de la loi n'est en aucun cas une garantie pour ne pas subir le poids de la r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;gal de l'Inquisition catholique d'hier, l'inquisition d&#233;mocratique d'aujourd'hui suppose une guerre, surtout sur le terrain psychologique, contre toute force d'insoumission, y compris celle qui surgit &#224; l'int&#233;rieur de nos propres t&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re international de cette offensive nous confirme seulement ce que nous savions d&#233;j&#224;, &#224; savoir que les r&#233;voltes ne doivent pas s'enfermer dans des limites g&#233;ographiques ou &#233;tatiques mais qu'elles doivent s'&#233;tendre au moyen de la solidarit&#233; r&#233;volutionnaire en nous faisant complices des r&#233;volutionnaires des autres lieux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Social-d&#233;mocratie et montages&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La social-d&#233;mocratie parlementaire, extra-parlementaire, &#8220;O&#232;NeG&#232;re&#8221; ou citoyenne joue un r&#244;le important dans le contr&#244;le social. Elle accomplit aussi un travail essentiel dans les montages policiers puisqu'elle fait partie de l'axe politique du triangle de la terreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant la particularit&#233; de la gauche est la capacit&#233; qu'elle a de s'infiltrer parmi nous et de d&#233;former la vision de la r&#233;alit&#233; r&#233;pressive. Son double jeu nous oblige &#224; lui pr&#234;ter une attention sp&#233;ciale pour d&#233;masquer son activit&#233; manipulatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a beaucoup de co&#239;ncidences entre l'image que projettent aussi bien la gauche que les institutions concernant les montages policiers ; des co&#239;ncidences qui trahissent des pr&#233;tentions similaires de leur part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Th&#233;orie de la conspiration&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e selon laquelle il y aurait une conspiration en marche a &#233;t&#233; utilis&#233;e par les politicien-ne-s de toutes les &#233;poques pour se pr&#233;senter comme pers&#233;cut&#233;-e-s par des trames obscures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les th&#233;ories conspiratives aident &#224; rendre plus facilement compr&#233;hensibles les r&#232;gles complexes de cause &#224; effet dans les relations humaines. Elles facilitent les campagnes de propagande contre la dissidence men&#233;es par l'&#201;tat. Elles aident la gauche &#224; cr&#233;er une vision simpliste dans laquelle les conspirations &#233;tatiques et les conspirations &#8220;des radicaux&#8221; la situent comme le point d'&#233;quilibre hypoth&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les th&#233;ories conspiratives servent aussi de bouc &#233;missaire. Elles sont utiles &#224; l'&#201;tat parce qu'elles servent &#224; ce que la frustration caus&#233;e par la mis&#232;re quotidienne soit canalis&#233;e, non pas vers ses v&#233;ritables responsables, mais contre la dissidence. La social-d&#233;mocratie essaie de justifier avec les th&#233;ories relatives &#224; une conspiration &#8220;radicale&#8221; son attitude conventionnaliste, r&#233;cup&#233;ratrice et sa mis&#232;re politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En personnifiant le mal en une entit&#233; conspiratrice, l'&#201;tat essaie de parvenir &#224; ce que la soci&#233;t&#233; s'identifie au pouvoir et aux institutions par peur. La gauche utilise pour sa part ces th&#233;ories pour engendrer la confusion et &#233;loigner le reste des exploit&#233;-e-s des positions r&#233;volutionnaires et de l'action directe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les th&#233;ories conspiratrices aident &#224; fabriquer une vision simpliste de la r&#233;alit&#233;, dans laquelle les sc&#233;l&#233;rats conspirent contre les &#8220;honn&#234;tes gens&#8221;. Elles compliquent la capacit&#233; de compr&#233;hension de l'environnement, en substituant le r&#244;le que joue toute personne en relation avec le pouvoir et l'exploitation par le caract&#232;re plus humain ou espi&#232;gle de chacun-e. Elles servent aussi &#224; diriger la rage vers des positions inoffensives pour le syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces th&#233;ories, les conspirateurs et conspiratrices sont caract&#233;ris&#233;-e-s comme un groupe monolithique et infaillible qui est partout en d&#233;pit de son invisibilit&#233;, pratiquement omnipotent et qui repr&#233;sente la r&#233;incarnation satanique sur terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vision hi&#233;rarchique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis ses instruments de propagande, l'&#201;tat insiste pour pr&#233;senter toute forme de r&#233;volte comme le fruit de la conspiration de quelque organisation poss&#233;dant une structure hi&#233;rarchique et un leader. Cette mani&#232;re de d&#233;crire les actes d'insoumission n'est pas accidentelle et ne surgit pas non plus &#224; cause de la d&#233;formation mentale des fonctionnaires du pouvoir, mais au contraire parce qu'elle remplit des fonctions strat&#233;giques importantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, les institutions ne peuvent pas permettre que, sous couvert de l'anonymat, des groupes d'exploit&#233;-e-s d&#233;cident de frapper directement les structures qui les oppriment. Cela pourrait s'&#233;tendre s'il devenait &#233;vident combien c'est simple. Ainsi, la premi&#232;re chose que fait le pouvoir est d'attribuer chaque action &#224; une organisation (r&#233;elle ou invent&#233;e) qui puisse &#234;tre surveill&#233;e et punie. L'existence physique ou virtuelle d'une entit&#233; &#224; laquelle parler et laquelle accuser facilite les besognes judiciaires, polici&#232;res et journalistiques. De plus, cela sort l'action de l'anonymat et on l'attribue &#224; des entit&#233;s plus ou moins visibles et pr&#233;visibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, attribuer tout geste de d&#233;sob&#233;issance anonyme &#224; une structure hi&#233;rarchique sert au pouvoir &#224; nier aux exploit&#233;-&#233;-s la possibilit&#233; de se rebeller, en faisant croire au &#8220;public&#8221; qu'on ne peut agir qu'en &#233;tant encadr&#233; par un quelconque type de structure militaire, soumise aux directives de quelques chefs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voyons ainsi que, aussi bien en reliant toute action &#224; des sigles qu'en imprimant un caract&#232;re pyramidal &#224; sa structure interne, cela remplit la besogne strat&#233;gique de d&#233;sarmer le prol&#233;tariat conscient. C'est notre t&#226;che d'annuler les effets de ce type de propagande de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Que r&#233;v&#232;lent les montages ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La meilleure arme de la r&#233;pression institutionnelle est la peur, la sensation d'isolement. Pour cela, le meilleur outil anti-r&#233;pressif est de replacer chaque d&#233;tention, rafle ou matraquage dans son contexte : la guerre sociale ; de contextualiser pour pouvoir analyser et d&#233;velopper des strat&#233;gies, des projets qui suscitent la r&#233;volte et la conscience r&#233;volutionnaire. Il faut garder &#224; l'esprit que la peur est une arme &#224; double tranchant qui peut durer peu ou produire l'effet inverse &#224; celui recherch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les montages font partie de la propagande de guerre contre la dissidence. On peut voir en eux les ressorts du triangle cr&#233;ateur de peur que forment les politiciens, les journalistes et les fonctionnaires des corps r&#233;pressifs. Ce sont ce triangle et les int&#233;r&#234;ts qu'il y a derri&#232;re qui d&#233;finissent le niveau de peur que l'on doit respirer dans notre milieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La peur est l'objectif que recherchent les institutions et, pour cela, elles usent d'un langage religieux dans lequel le dissident est trait&#233; comme un h&#233;r&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La social-d&#233;mocratie joue un r&#244;le actif dans la guerre contre la dissidence en d&#233;sarmant et en isolant les rebelles, principalement sur le plan psychologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On porte l'accusation de terrorisme parce que l'existence de dissident-e-s contre la d&#233;mocratie doit &#234;tre cach&#233;e. Avec les montages l'&#201;tat cherche &#224; : 1) enfermer ou enterrer juridiquement les r&#233;volutionnaires ; 2) criminaliser et effrayer celleux qui d&#233;sob&#233;issent aux consignes du pouvoir et se solidarisent avec les luttes ; et 3) essayer de faire croire qu'il faut se soumettre &#224; une organisation hi&#233;rarchique similaire &#224; l'&#201;tat pour lutter contre le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les montages nous permettent de voir que ce que craint l'&#201;tat n'est pas une action ou une perturbation concr&#232;te mais le message selon lequel qui que ce soit peut, avec de la d&#233;termination et quelques moyens, faire face et affronter le pouvoir ; l'&#201;tat redoute aussi la possibilit&#233; que les rebelles de diff&#233;rentes r&#233;alit&#233;s prennent contact entre eux et s'enrichissent mutuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les institutions ont peur de la diffusion de l'id&#233;e r&#233;volutionnaire (difficilement punissable) qui peut engendrer des luttes, des actions, de l'agitation... Elles ont peur que les petits signes d'insatisfaction qui font le tour des exploit&#233;-e-s se reconnaissent dans la th&#233;orie et la pratique insurrectionnelles. Pour tout cela elles essaient de freiner les actions (et leur extension) en enfermant quiconque d&#233;fend ouvertement les id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les institutions de contr&#244;le craignent les pratiques qu'elles ne peuvent pas contr&#244;ler : la r&#233;volte diffuse, l'action anonyme ayant lieu dans un contexte social d'insatisfaction, l'activit&#233; en marge des organisations hi&#233;rarchiques, militaristes, de masse, l&#233;gales, etc. qui rendent difficile la r&#233;cup&#233;ration politique et militaire de la r&#233;volte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les montages nous indiquent le chemin que le pouvoir redoute car il ne peut le contr&#244;ler : le conflit permanent qui affronte les diff&#233;rentes facettes du capital sans se soumettre &#224; la dictature du dialogue et &#224; l'imposition de la culture du pacte, l'activit&#233; d&#233;velopp&#233;e en marge des organisations qui sont par leur structure ou leur dynamique facilement manipulables par le syst&#232;me et les r&#233;seaux de solidarit&#233; r&#233;volutionnaire qui se tissent entre celleux qui luttent contre le syst&#232;me capitaliste et qui s'exprime de forme percutante dans la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les montages nous indiquent aussi que le syst&#232;me se trouve dans une phase de transformation dans laquelle il devient plus vuln&#233;rable. C'est pour cela qu'il se lance dans l'offensive en essayant que rien n'&#233;chappe &#224; sa griffe. Son agressivit&#233; d&#233;note une inqui&#233;tude certaine pour ce qui pourrait se passer dans un futur proche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exploitation et la domination continuent &#224; marquer nos conditions de survivance. La soci&#233;t&#233; est toujours divis&#233;e entre celleux qui sont couverts et celleux qui pour vivre doivent se soumettre &#224; l'exploitation salariale ou courir le risque de finir enferm&#233;-e-s. Dans tous les cas, ce qui nous d&#233;finit comme exploit&#233;-e-s est que pour obtenir les moyens de vivre nous perdons le contr&#244;le d'une grande partie de nos vies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre activit&#233; devrait s'appuyer sur cette base : observer l'environnement ; nous d&#233;finir des objectifs &#224; court et moyen termes ; d&#233;velopper des projets visant &#224; atteindre ces objectifs et revoir continuellement l'accord entre ce que nous cherchons et comment nous le cherchons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en cela que consiste basiquement la r&#233;flexion strat&#233;gique, une t&#226;che qui, bien d&#233;velopp&#233;e, nous &#233;vite de rester longtemps sur la d&#233;fensive, &#224; la d&#233;rive, perdu-e-s, d&#233;sar&#231;onn&#233;-e-s en attendant de recevoir le coup suivant. Nous ne devons pas accepter de nous trouver face &#224; une guerre qui profite seulement &#224; l'ennemi. Mais accepter le fait que nous faisons partie de cette guerre (qu'on le veuille ou non) nous m&#232;ne &#224; nous demander comment r&#233;ussir &#224; renforcer notre camp et &#224; affaiblir celui de l'ennemi pour pouvoir le mettre dans des situations difficiles dans lesquelles il d&#233;voile sa v&#233;ritable essence et pour pouvoir le d&#233;truire d&#233;finitivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une guerre non conventionnelle, une guerre qui affecte tous les aspects de la vie. Une guerre sociale, une guerre de classe, entre celleux qui d&#233;fendent ce syst&#232;me et celleux qui veulent en finir avec lui. Les conditions dans lesquelles se d&#233;roule cet affrontement changent mais le conflit demeure et pour agir de la mani&#232;re la plus efficace nous devons &#234;tre tr&#232;s attentif-ve-s &#224; tous types de signes qui nous indiquent les nouveaux points de collision, attentif-ve-s pour comprendre comment et de quelle mani&#232;re agit l'ennemi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement de la pens&#233;e strat&#233;gique et de l'intelligence collective des r&#233;volutionnaires est une autre des craintes du pouvoir,pour les possibilit&#233; de d&#233;stabilisation que cela ouvre. Pour toute cette t&#226;che il devient n&#233;cessaire d'abandonner des postures de victimes, la mythification des martyr-e-s, des h&#233;ro-&#239;ne-s pr&#233;sum&#233;-e-s, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Atterrissons et observons la r&#233;alit&#233; comme elle est pour pouvoir d&#233;molir toutes les barri&#232;res qui nous oppriment et en finir avec ce syst&#232;me qui nous maintient dans une situation de mis&#232;re g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8220;Lavazza, un cerveau capable de diriger tout type d'entreprise&#8221; ; &#8220;Ghislain, la main arm&#233;e de Lavazza&#8221; (&lt;i&gt;El Mundo&lt;/i&gt;, 12/11/00). &#8220;Un troisi&#232;me suspect, qui pourrait &#234;tre le cerveau des attaques, pourrait avoir fuit&#8221; (&lt;i&gt;Diario16&lt;/i&gt;, 10/11/00). &#8220;Ils recevaient toutes leurs instructions des dangereux prisonniers Lavazza, Gisbert et Cobos&#8221; (&lt;i&gt;El Mundo&lt;/i&gt;, 10/11/00). &#8220;Le cerveau arr&#234;t&#233; : bombes, s&#233;questration et vols ; 11 personnes arr&#234;t&#233;es dans toute l'Italie&#8221; ; &#8220;Son initiative a cr&#233;&#233; une fracture entre le groupe de Bonnano et la F&#233;d&#233;ration anarchiste italienne&#8221; (articles de presse &#224; propos du montage Marini [Ndt : &#224; propos du montage Marini, voir le dossier sur &lt;a href=&#034;http://apa.online.free.fr/rubrique.php3?id_rubrique=5&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;APA&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;http://mutineseditions.free.fr/Marecage/marecage6.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mutines S&#233;ditions&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8220;(...) de plus on les rattache &#224; des prisonniers inclus dans le fichier des d&#233;tenus suivis sp&#233;cialement pour leur dangerosit&#233;&#8221; (&lt;i&gt;ABC&lt;/i&gt;, 7/10/01 [Ndt : ce quotidien espagnol n'a rien, mais alors rien &#224; voir avec l'Anarchist Black Cross]). &#8220;L'ETA a des contacts avec des groupes violents, radicaux et ind&#233;pendantistes catalans qui la fournissent en informations&#8221; (Major Oreja, ministre de l'int&#233;rieur, 28/01/01). &#8220;(la police) a r&#233;ussi pour la premi&#232;re fois &#224; d&#233;montrer la relation entre des groupes radicaux anti-syst&#232;me et l'ETA&#8221; (Julia Garcia Valdecasas, d&#233;l&#233;gu&#233;e du gouvernement, in &lt;i&gt;El Peri&#243;dico&lt;/i&gt;, 25/01/01). &#8220;On craint qu'un nouveau bloc terroriste ne surgisse dans le sillage de l'ETA, d'un m&#233;lange d'anarchisme issu des GRAPO et de marginaux&#8221; (&lt;i&gt;La Raz&#243;n&lt;/i&gt;, 18/11/00). &#8220;des radicaux madril&#232;nes apprennent Kale Borroka au Pays Basque&#8221; ; &#8220;Des agitateurs basques se d&#233;placent entre les squats de Madrid et de Catalogne&#8221; (&lt;i&gt;Diario16&lt;/i&gt;, 19/11/00). &#8220;L'ETA fiche les prisonniers les plus dangereux&#8221; (&lt;i&gt;Intervi&#250;&lt;/i&gt;, 4/12/00). &#8220;L'&#233;tat-major croit qu'il y a des liens entre l'ETA et les auteurs des bombes envoy&#233;es &#224; &lt;i&gt;La Raz&#243;n&lt;/i&gt;&#8221; (&lt;i&gt;La Raz&#243;n&lt;/i&gt;, 11/11/00). &#8220;Des autocars de Jarrai sont arriv&#233;s &#224; Barcelone pour briser le d&#233;fil&#233; militaire&#8221; (&lt;i&gt;La Raz&#243;n&lt;/i&gt;, juin 2000).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8220;Ce groupe avait des connexions avec d'autres bandes italiennes et grecques au sein du d&#233;nomm&#233; triangle anarchiste de la M&#233;diterran&#233;e&#8221; (&lt;i&gt;El Pa&#237;s&lt;/i&gt;, 4/10/01). &#8220;Les experts policiers consult&#233;s par ce journal ont indiqu&#233; qu'il existe des soup&#231;ons fond&#233;s &#224; propos des relations de Lavazza avec des organisations similaires en France&#8221; (&lt;i&gt;El Mundo&lt;/i&gt;, 10/11/00). &#8220;Ce genre d'activistes n'agissent pas seuls mais ont des contacts avec des gens d'autres endroits&#8221; (Juan Cotino, dir. g&#233;n. de la police, 10/11/00)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8220;La totalit&#233; d'entre eux se trouvent dans les FIES [Ndt : quartiers sp&#233;ciaux des prisons espagnoles, aux conditions particuli&#232;rement dures, class&#233;es en diff&#233;rents degr&#233;s. Voir &lt;a href=&#034;http://journalenvolee.free.fr/envolee4/numero4/436.shtml&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'Envol&#233;e&lt;/a&gt;, un catalogue compos&#233; de personnages de bas &#233;tage et de la pire engeance (...)&#8221; (Antonio San Jos&#233;, opinologue, dans &lt;i&gt;Intervi&#250;&lt;/i&gt;, 4/12/00). &#8220;Ce sont les FIES CD, les hommes les plus durs de nos prisons, une cinquantaine de d&#233;tenus qualifi&#233;s d'extr&#234;mement dangereux par les autorit&#233;s carc&#233;rales&#8221; (&lt;i&gt;Intervi&#250;&lt;/i&gt;, 4/12/00). &#8220;Lavazza, personne froide et distante poss&#233;dant un haut niveau intellectuel et une grande capacit&#233; de manipulation (...)&#8221; (&lt;i&gt;El Mundo&lt;/i&gt;, 12/11/00).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8220;Le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur met en garde les syndicats contre d'&#233;ventuels attentats de la part des &#8220;anars&#8221;&#8221; (&lt;i&gt;El Mundo&lt;/i&gt;, 31/01/02). &#8220;Les anarchistes radicaux (d&#233;finis par les forces de s&#233;curit&#233; comme anarcho-terroristes) voulaient &#234;tre pr&#233;sents avant de finir l'ann&#233;e&#8221; (&lt;i&gt;El Mundo&lt;/i&gt;, 4/1/02). &#8220;Les anarcho-terroristes ont essay&#233; de commettre un attentat le 28 du mois dernier &#224; Madrid&#8221; (&lt;i&gt;El Mundo&lt;/i&gt;, 4/1/02). &#8220;Terrorisme anarchiste : 60 interpell&#233;s&#8221; (&lt;i&gt;Corriere della Sera&lt;/i&gt;, 3/1/96). &#8220;C'&#233;tait le noyau turinois de l'Organisation R&#233;volutionnaire Anarchiste Insurrectionnaliste, le groupe n&#233;o-terroriste&#8221; (articles de presse &#224; propos du montage Marini).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8220;L'enqu&#234;te polici&#232;re d&#233;gageait le fait que la cellule d&#233;sarticul&#233;e pourrait &#234;tre connect&#233;e avec d'autres groupes qui 'peuvent mener &#224; bien des actions dans les mois prochains'&#8221; (&lt;i&gt;&#201;poca&lt;/i&gt;, 22/1/02). &#8220;Si les paquets n'avaient pas &#233;t&#233; d&#233;sactiv&#233;s par les tedax ils auraient pu tuer les personnes qui les auraient ouverts&#8221; (Juan Cotino, dir. g&#233;n. de la police, 10/11/00)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De la mis&#232;re en milieu hippie</title>
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		<dc:date>2005-06-28T16:09:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ken Knabb</dc:creator>


		<dc:subject>Situationnistes et apparent&#233;-e-s</dc:subject>
		<dc:subject>Art, Culture</dc:subject>
		<dc:subject>Petit peuple du cagibi (Grenoble)</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Texte critique sur la contre-culture hip, &#233;crit en 1972 par le groupe &lt;i&gt;Contradiction&lt;/i&gt;, suivi d'un extrait de l'autobiographie de Ken Knabb o&#249; il revient sur ses ann&#233;es au sein du Haight-Ashbury et de la contre-culture hip.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;D&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot15" rel="tag"&gt;Situationnistes et apparent&#233;-e-s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot16" rel="tag"&gt;Art, Culture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot56" rel="tag"&gt;Petit peuple du cagibi (Grenoble)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH150/arton250-6d835.jpg?1780501708' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff250.jpg?1128977619&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Titre original &lt;i&gt;On the Poverty of Hip Life&lt;/i&gt;, &#233;crit partiellement in&#233;dit du groupe &lt;i&gt;Contradiction&lt;/i&gt;, avril 1972, disponible sur &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.bopsecrets.org/PH/hippies.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.bopsecrets.org/PH/hippies.html&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le traducteureux a repris et augment&#233; une traduction partielle de Ken Knabb. La traduction n'&#233;tant pas de tr&#232;s bonne qualit&#233;, toutes aides, modifications, remarques et am&#233;liorations la concernant seront les bienvenues !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ken Knabb a pris part comme des millions d'autres jeunes am&#233;ricainEs &#224; la contre-culture hip, avant de faire parti du groupe &lt;i&gt;Contradiction&lt;/i&gt;. Le deuxi&#232;me texte est un extrait de son autobiographie &lt;i&gt;Confessions d'un ennemi d&#233;bonnaire de l'&#201;tat&lt;/i&gt;, 1997 (traduction de Ken Knabb et Fran&#231;ois Lonchampt). Cet ouvrage ainsi que la plupart de ses &#233;crits - en anglais et pour certains traduits en divers langues - se retrouvent sur son site web &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.bopsecrets.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Bureau of Public Secrets&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;br&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; propos du groupe &#034;&lt;i&gt;Contradiction&lt;/i&gt;&#034;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#034;Nous avons d&#233;velopp&#233; deux projets collectifs : un groupe consacr&#233; &#224; l'&#233;tude de &lt;i&gt;la Soci&#233;t&#233; du Spectacle&lt;/i&gt; de Guy Debord (l'autre principal livre situationniste), qui venait d'&#234;tre traduit par Black and Red, et une critique de la contre-culture et du mouvement radical am&#233;ricains. Le groupe d'&#233;tude n'a pas dur&#233; longtemps - nous avons vite trouv&#233; que, pour comprendre les th&#232;ses de Debord, il valait mieux les utiliser directement (dans les graffiti, dans les tracts et dans les pr&#233;misses de notre critique du mouvement) que de les discuter seulement dans l'abstrait. Les premiers stades de la critique du mouvement confirm&#232;rent un accord toujours plus &#233;troit entre nous six, tout en &#233;liminant trois ou quatre autres personnes qui avaient assist&#233; au groupe d'&#233;tude, mais sans avoir jamais engag&#233; aucune initiative autonome. En d&#233;cembre Dan [Hammer], Isaac [Cronin], Michael [Lucas], Ron [Rothbart] et moi, avons fond&#233; le groupe &lt;i&gt;Contradiction&lt;/i&gt;. En plus de notre critique du mouvement, nous pr&#233;voyions l'&#233;dition d'une revue dans le genre de l'I.S. [Internationale Situationniste] ainsi que diverses autres activit&#233;s critiques. [...] [John Adams] commen&#231;a &#224; collaborer avec nous sur la critique du mouvement et finit par devenir le sixi&#232;me membre de &lt;i&gt;Contradiction&lt;/i&gt;. Cette rencontre avec John m'a toujours sembl&#233; une confirmation frappante de la pr&#233;tention des situationnistes &#224; exprimer simplement les r&#233;alit&#233;s qui &#233;taient d&#233;j&#224; l&#224;, plut&#244;t qu'&#224; propager une id&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[...] En m&#234;me temps, nous continuions &#224; travailler sur la critique du mouvement et sur d'autres articles pour notre revue. Malheureusement, aucun de ces travaux ne devait aboutir, &#224; part quelques tracts d'int&#233;r&#234;t secondaire. Il y avait beaucoup de bonnes id&#233;es dans nos brouillons, mais bien des insuffisances aussi, et nous nous sommes montr&#233;s incapables d'achever nos projets. La raison &#233;tait d'une part que nous voulions trop en faire, et d'autre part que nous avions mal organis&#233; le travail. Il y avait beaucoup d'efforts redondants. Une personne pourrait consacrer beaucoup de travail &#224; un sujet pour apprendre ensuite que son brouillon devrait &#234;tre r&#233;organis&#233; radicalement pour s'accorder avec des changements introduits dans d'autres articles ; mais &#224; la prochaine r&#233;union elle trouverait peut-&#234;tre que des modifications suppl&#233;mentaires de ces autres articles exigeaient encore plus de changements de son article... Les r&#233;unions devenaient de plus en plus ennuyeuses.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ken Knabb, in &lt;i&gt;Confessions d'un ennemi d&#233;bonnaire de l'&#201;tat&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De la mis&#232;re en milieu hippie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les valeurs qui ont anciennement soutenu l'organisation des apparences ont perdu leur puissance ; la morale, la famille, le patriotisme et tout le reste sont tomb&#233;s comme autant de poids morts. Les anciens r&#244;les et les anciennes mystifications ne peuvent plus d&#233;dommager le sacrifice d'exp&#233;rience authentique qu'ils demandent. Homme d'affaire, professeur, honn&#234;te travailleur, play-boy, femme de m&#233;nage - qui peut encore les prendre au s&#233;rieux ? Les idoles et les h&#233;ros dominants deviennent risibles. Toute falsification est en crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;sint&#233;gration des valeurs ouvre un vide positif qui rend possible une libre exp&#233;rimentation. Mais si cette exp&#233;rimentation ne s'oppose pas sciemment &#224; tous les m&#233;canismes du pouvoir, alors, au moment critique o&#249; toutes les valeurs sont aspir&#233;es dans le tourbillon, de nouvelles illusions viennent combler le vide ; le pouvoir a horreur du vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'insatisfaction du hippie, sa dissociation des vieux clich&#233;s, a abouti &#224; en fabriquer et &#224; en adopter de nouveaux. La vie hip cr&#233;e et consomme de nouveaux r&#244;les - gourou, artisan, vedette de rock -, de nouvelles valeurs abstraites - l'amour universel, le naturel, la franchise -, et de nouvelles mystifications consolatrices - le pacifisme, le bouddhisme, l'astrologie, les d&#233;bris culturels du pass&#233; remis au go&#251;t du jour pour la consommation. Les innovations fragmentaires r&#233;alis&#233;es par le hippie - et qu'il a v&#233;cu comme si elles &#233;taient totales - n'ont fait que raviver le spectacle. Au lieu de se battre pour une vie r&#233;elle, le hippie assume une repr&#233;sentation abstraite, une image de la vie, et annonce son changement d'apparence comme &#233;tant un changement r&#233;el. Le s&#233;rieux moral avec lequel il s'attache &#224; son style de vie donne la mesure de sa d&#233;pendance &#224; la nouvelle image. Depuis que la prolif&#233;ration des styles de vie grandit parall&#232;lement &#224; la d&#233;cadence des valeurs, l'estimation tend &#224; son tour &#224; ne devenir rien de plus que le choix d'une pseudo-vie enti&#232;re parmi les styles pr&#233;sents sur le march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disques, affiches, pattes d'&#233;ph' : quelques marchandises vous rendent hip. Quand on reproche au &#171; capitalisme hip &#187; d'avoir &#171; vol&#233; notre culture &#187;, on oublie que les premiers h&#233;ros de cette culture (Timothy Leary, Allen Ginsberg, Alan Watts...) ont promu le nouveau style de vie sur le march&#233; de la consommation culturelle. En combinant leur propre f&#233;tichisme culturel avec la fausse promesse d'une vie authentique, ces publicitaires pour un nouveau style ont engendr&#233; un attachement quasi-messianique &#224; la cause. Ils ont &#034;&#233;veill&#233;&#034; [traduction choisie pour &#034;turn on&#034;, ndt] la jeunesse tant &#224; un nouvel ensemble de valeurs qu'&#224; un ensemble de biens qui y correspondent. &#034;S'&#233;veiller&#034; signifie &#224; la fois consommer des drogues et acheter sans aucune critique une &lt;i&gt;Weltanschauung&lt;/i&gt; [philosophie, ndt] enti&#232;re. La diff&#233;rence entre le hippie &#171; r&#233;el &#187; et le hippie &#171; synth&#233;tique &#187;, c'est le premier a des illusions plus profondes ; il a acquis ses mystifications dans leur forme pure et naturelle, tandis que l'autre les ach&#232;te en kit pr&#234;ts &#224; l'usage - l'astrologie d'apr&#232;s un poster, la libert&#233; naturelle en portant des pattes d'&#233;ph', le taoisme via les Beatles. Bien que le hippie r&#233;el ait peut-&#234;tre lu et contribu&#233; au d&#233;veloppement de l'id&#233;ologie hip, le hippie synth&#233;tique ach&#232;te les marchandises qui incarnent cette id&#233;ologie. Identifi&#233;es avec des objets dans la r&#233;alit&#233; renvers&#233;e du spectacle, les qualit&#233;s humaines - spontan&#233;it&#233;, &#233;panouissement, communaut&#233; -, deviennent des id&#233;aux de consommation pr&#233;cis&#233;ment parce que c'est ce dont manque la r&#233;alit&#233; ; et parce que l'illusion de l'authenticit&#233; devient n&#233;cessaire pour une vie qui n'est pas authentique. Le style de vie hippie reproduit le consum&#233;risme auquel il imagine s'opposer [...].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soi-disant r&#233;volution dans l'industrie du disque des ann&#233;es 50 aux ann&#233;es 60 fut pr&#233;cis&#233;ment la victoire de cette industrie sur une partie insatisfaite de la population par le biais de c&#233;l&#233;brit&#233;s et de symboles autochtones, une sorte de &#034;lib&#233;ration nationale&#034; de la jeunesse qui avait laiss&#233; de c&#244;t&#233; les ma&#238;tres indig&#232;nes et les illusions de libert&#233;. Les festivals de rock n'&#233;taient rien d'autre que la c&#233;l&#233;bration du triomphe d'un assaut n&#233;o-imp&#233;rialiste sur la consommation culturelle de la jeunesse essayant d&#233;sesp&#233;r&#233;ment d'appara&#238;tre comme le succ&#232;s de la &#034;r&#233;volte de la jeunesse&#034;. La musique rock - ce point central de la &#034;nation&#034; jeune - exprime dans ses paroles l'id&#233;ologie de la r&#233;volte de la jeunesse. Transcendant les fronti&#232;res de classe, de nation, le rock unit une brigade globale de jeunes consommateurs militants en un service fervent pour leurs marchandises star. Durant les festivals de rock la passion sexuelle est transform&#233;e en extase contemplative ; les enfants du spectacle pur ondulent en un d&#233;sir orgiaque devant la pr&#233;sence totalitaire des c&#233;l&#233;brit&#233;s du rock. C'est le magn&#233;tisme des marchandises qui assure fondamentalement la coh&#233;sion de cette communaut&#233; r&#233;ifi&#233;e. Ceux qui ont pr&#233;sent&#233; Woodstock et Altamont en une fausse dichotomie escamotent leur identit&#233; intrins&#232;que. &#192; chaque pseudo-festival des groupes de musique succ&#232;dent &#224; d'autres groupes de musique, et le public exhibe sa bonne volont&#233; en endurant l'inconfort pendant des jours afin de r&#233;aliser leurs r&#234;ves de consommation les plus sauvages. Mais la coh&#233;sion de l'audience peut &#224; tout moment se d&#233;sint&#233;grer et r&#233;v&#233;ler sa v&#233;rit&#233; fondamentale - la s&#233;paration spectaculaire - dans sa d&#233;sint&#233;gration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des gens ont r&#233;pondu &#224; la contre-culture parce que son contenu &#233;tait en grande partie une critique partielle du vieux monde et de ses valeurs - les premiers Ginsberg et Dylan, par exemple. Sous le capitalisme avanc&#233;, tout art qui n'est pas pure pacotille con&#231;ue pour le march&#233; de la culture &#034;&#233;rudite&#034;, ou pour m&#233;nager le soi-disant go&#251;t populaire, doit &#234;tre critique envers la non-vie spectaculaire, ne fusse que d'une fa&#231;on incoh&#233;rente ou nihiliste. Mais n'&#233;tant que culturelle, une telle critique ne sert qu'&#224; pr&#233;server son objet. Comme elle n'a pas r&#233;ussi &#224; abolir la culture en soi, la contre-culture ne peut rien faire d'autre que de substituer une nouvelle culture oppositionnelle, un nouveau contenu pour une forme marchande immuable. L'innovation culturelle est la raison de l'optimisme erron&#233; du hippie : &#034;Regarde, les choses changent&#034; - oui, mais les choses seulement. Ce qui semble avoir &#233;t&#233; rejet&#233; et d&#233;truit est recr&#233;&#233; morceaux par morceaux dans la reconstitution du monde de la culture. Les chansons, autant que d'autres formes artistiques, peuvent devenir des armes r&#233;volutionnaires, mais seulement si elles vont au-del&#224; de l'artistique en faisant partie d'une praxis agitationelle qui vise explicitement &#224; la destruction des marchandises et de la culture en tant que sph&#232;re ind&#233;pendante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet initi&#233; par les Diggers dans le quartier du Haight-Ashbury - &#224; savoir la construction d'une &#171; ville libre &#187; dans la ville de San Francisco qui se nourrirait des d&#233;chets de son h&#244;te et distribuerait librement les moyens de sa survie - a expos&#233; le fait de l'abondance mat&#233;rielle et la possibilit&#233; d'un nouveau monde fond&#233; sur le principe du don. Mais comme le projet n'a pas mis directement en cause la pratique sociale du capitalisme, c'est rest&#233; un simple geste, un programme militant d'assistance sociale d'avant-garde. Malgr&#233; les espoirs des Diggers, cette autogestion des d&#233;chets fut loin de faire tomber l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but, la pratique des Diggers &#233;tait une r&#233;ponse opportune aux besoins du moment dans le contexte d'une activit&#233; insurrectionnelle : ils furent les premiers &#224; organiser la distribution de nourriture apr&#232;s l'&#233;meute des Noirs de San Francisco (1966) et que le couvre-feu qui s'est ensuivi avait rendue difficile &#224; obtenir. Mais en continuant ce projet dans un contexte non-r&#233;volutionnaire, en l'&#233;tayant avec une id&#233;ologie de communisme primitif, ils ont f&#233;tichis&#233; l'id&#233;e de la distribution gratuite et ils sont devenus en quelque sorte une institution anti-bureaucratique. Ils ont fini par faire le boulot des travailleurs sociaux mieux que ceux-ci n'en &#233;taient capables, d&#233;samor&#231;ant la critique radicale de la famille qui &#233;tait v&#233;cue par les fugueurs en leur conseillant, dans le &#171; langage de la rue &#187;, de rentrer chez leurs parents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le Haight-Ashbury il y avait bien s&#251;r des tentatives de contester directement l'urbanisme de l'isolement et l'autorit&#233; qui l'impose (il est remarquable que le supermarch&#233; local ait d&#251; fermer &#224; cause du vol &#224; l'&#233;talage), et ces tentatives ont t&#233;moign&#233; souvent d'une bonne part de jeu (notamment dans les premi&#232;res tentatives d'occupation des rues). Mais parce que l'id&#233;ologie pacifiste et humaniste a domin&#233; sa pratique, le Haight-Ashbury est devenu un exercice moral, une croisade plut&#244;t qu'une r&#233;volte. Les actes critiques furent perdus dans l'espoir utopique que la soci&#233;t&#233;, comme un mauvais enfant, suivrait un bon exemple. Ce qui est utopique n'est pas l'id&#233;e d'une soci&#233;t&#233; bas&#233;e sur le principe du don mais la croyance qu'un tel r&#234;ve puisse &#234;tre r&#233;alis&#233; sans supprimer la r&#233;alit&#233; qui l'enferme. L'activit&#233; critique mise dehors, ils ne reste que des id&#233;aux &#224; suivre ; le principe du don devient la &lt;i&gt;giving attitude&lt;/i&gt; de la psychologie humaniste. Les bonnes vibrations des hippies sont comparables &#224; l'assaut men&#233; sur l'&#233;conomie de march&#233; par les dialecticiens pragmatiques des r&#233;voltes des ghettos, dans lesquelles ils ont r&#233;alis&#233; pour un court moment un autre des principes du nouveau monde : &#034;&#224; chacun selon ses besoins&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme les sociologues qui pensaient que les &#233;meutes des ghettos n'&#233;taient qu'une cons&#233;quence malheureuse de &lt;i&gt;l'attitude&lt;/i&gt; des Noirs envers les conditions existantes, le hippie croit que l'ali&#233;nation n'est qu'une question de perception (&#034;tout est dans ta t&#234;te&#034;). Il croit que les entraves de la vie sociale sont finalement les id&#233;es et les attitudes dominantes, que c'est la conscience - s&#233;par&#233;e de la pratique sociale - qui a besoin d'&#234;tre transform&#233;e. Il r&#233;interpr&#232;te donc, en effet, la r&#233;alit&#233; au point de l'accepter par les moyens de son interpr&#233;tation. Il &#171; s'adoucit &#187;, se pacifie pour se mettre &#171; en phase &#187; avec son environnement (qui est domin&#233; par le capitalisme). Tout sentiment n&#233;gatif n'est qu'un probl&#232;me de conscience, qui peut &#234;tre r&#233;solu en manifestant de &#171; bonnes vibrations &#187;. La frustration et la mis&#232;re sont attribu&#233;es au &#171; mauvais karma &#187;. Les &#171; &lt;i&gt;bum trips&lt;/i&gt; &#187; sont le r&#233;sultat de ne pas &#171; s'&#234;tre laiss&#233; porter par le courant des choses &#187;. Psycho-moralisant contre les &#171; &lt;i&gt;ego trips&lt;/i&gt; &#187; et les &#171; &lt;i&gt;power trips&lt;/i&gt; &#187;, il les tient pour responsables de la pauvret&#233; sociale actuelle, et entretient des espoirs mill&#233;naristes bas&#233;s sur la d&#233;termination abstraite de tout le monde &#224; &#171; s'aimer l'un l'autre &#187;. Tout continue comme avant mais, par une ruse dialectique, il fournit une interpr&#233;tation secr&#232;te : les conditions existantes dispara&#238;tront d&#232;s que tout le monde agira comme si elles n'existaient pas. Cette &#233;l&#233;vation quasi-chr&#233;tienne au dessus du monde mesure exactement &#224; quel point le hippie est &lt;i&gt;au-dessous&lt;/i&gt; de la vie et &#034;destin&#233;&#034; &#224; en rester l&#224; par la vertu de cette interpr&#233;tation. Il accepte son destin dans un esprit de saintet&#233;, de sup&#233;riorit&#233; confiante (&#034;ne laisse pas les choses te tirer &#224; terre&#034; ). Comme des adolescents lors d'un bal de fin d'ann&#233;e, tout le monde est encourag&#233; &#224; danser et &#224; passer du bon temps. &#034;Sois libre ! Sois naturel !&#034; Un avant-go&#251;t discret de la force de police psycho-humaniste du nouvel ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;mergeant de l'isolation d&#233;sesp&#233;r&#233;e du capitalisme avanc&#233;, les hippies r&#233;agissent simplement en s'accrochant les uns aux autres pour se soutenir. Leur rejet de l'isolement se perd rapidement dans les illusions de la communaut&#233;. Tout le discours &#224; propos de danser dans les rues et tous les pseudo-festivals ne font que masquer la s&#233;paration r&#233;elle et la mis&#232;re. Mesurant sa propre vie avec les crit&#232;res du style, le hippie juge naturellement les autres de la m&#234;me mani&#232;re. Sourire &#224; un autre cheveux-longs donne l'illusion d'une reconnaissance mutuelle ; la communaut&#233; de style devient un ersatz de communication. De toute part - de la communaut&#233; &#224; la rue, des standards t&#233;l&#233;phoniques aux cliniques gratuites, des centres de conversation au commerce hip - la contre-culture met en place un nouveau r&#233;seau de faux liens. Tout le monde devient la chambre de commerce d'une soi-disant communaut&#233; hippie bas&#233;e sur de fausses contestations, des marchandises &#233;sot&#233;riques et des spectacles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait la promesse d'une communaut&#233; authentique qui a attir&#233; tant de gens vers le milieu hippie. Et pendant un certain temps, en effet, dans le Haight-Ashbury, les s&#233;parations entre les individus isol&#233;s, les fronti&#232;res entre le domicile et la rue, ont commenc&#233; &#224; s'&#233;crouler. Mais ce qui &#233;tait cens&#233; &#234;tre une nouvelle vie a d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; en survie glorifi&#233;e. Parce que le d&#233;sir commun de vivre en dehors de la soci&#233;t&#233; dominante ne pouvait &#234;tre r&#233;alis&#233; que partiellement en vivant en marge de cette soci&#233;t&#233; (&#233;conomiquement ou culturellement), il a fini par r&#233;introduire la survie comme base de la coh&#233;sion collective. Toute les platitudes domestiques sont f&#233;tichis&#233;es et les relations sociales sont marqu&#233;es par une tol&#233;rance mutuelle et une dissimulation active des s&#233;parations r&#233;elles. La devise d'une communaut&#233; est &#034;Je te tol&#233;rerai si tu me tol&#232;res&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les communaut&#233;s rurales, une pseudo-communaut&#233; de n&#233;o-primitifs, qui ne partagent que leur retraite commune, se r&#233;unissent autour de la pseudo-crise d'une ali&#233;nation naturelle auto-impos&#233;e. Cette r&#233;serve naturelle est pour eux un endroit sacr&#233; o&#249; ils esp&#232;rent retourner au lien &#233;rotique du communisme primitif et de l'union mystique avec la nature. Mais en fait ces zones pour l'exp&#233;rimentation communautaire, qui servent d'amortisseurs pour la soci&#233;t&#233; dominante, ne font que reproduire les rapports hi&#233;rarchiques des soci&#233;t&#233;s pr&#233;c&#233;dentes, depuis une division naturelle du travail red&#233;couverte et le chamanisme jusqu'aux formes modifi&#233;es du patriarcat du Far West. Tandis que la magie et les rituels que le communautariste pratique, d'abord par jeux puis s&#233;rieusement, avaient une raison mat&#233;rielle quand la technologie &#233;tait primitive - et constituait, &#224; un niveau primitif, un jeu avec la nature -, leur application n'est qu'un substitut risible pour ce qui est aujourd'hui mat&#233;riellement possible : un v&#233;ritable jeu avec la nature sans l'entremise religieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;ologues de la contre-culture ont justifi&#233; leur &#233;clectisme mystique et religieux comme &#233;tant une recherche par les m&#233;thodes de la &#034;lib&#233;ration spirituelle&#034;, dont certains d'entre eux pr&#233;tendaient que c'&#233;tait un pr&#233;-requis n&#233;cessaire &#224; la r&#233;volution sociale. Entre leurs mains la r&#233;volution est devenue, non pas la chance pour la subjectivit&#233; de transformer la r&#233;alit&#233;, mais le probl&#232;me technique de &#034;changer d'&#233;tat d'esprit&#034;, &#034;de s'&#233;veiller&#034;. Le hippie est devenu un consommateur avide et &#224; plein temps des techniques les plus vielles et les plus r&#233;centes de la passivit&#233; induite : m&#233;ditations, light shows, multim&#233;dia, drogues, posters psych&#233;d&#233;liques. Utilisant tous les moyens techniques possibles pour simuler l'excitation - pour se convaincre lui-m&#234;me qu'il est toujours en vie - le hippie cr&#233;e des environnements totalitaires stimulants et se manipule lui-m&#234;me dans une passivit&#233; euphorique. Son sensualisme n'est qu'un probl&#232;me de conscience exacerb&#233;e, un pseudo-enrichissement dont il importe peu que le contenu soit appauvri. Vivant une titillation, il est bient&#244;t perdu dans une autre. C'est la spontan&#233;it&#233; de la marchandise : tu fumes un joint, tu allumes le stroboscope, tu &#233;coutes du son quadriphonique, et tu attends que les choses se passent [&lt;i&gt;and let things happen&lt;/i&gt;].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fascination du hippie pour les drogues et l'occulte, en d&#233;pit de ses pr&#233;tentions lib&#233;ratrices, est vraiment une fascination avec un esclavage plus int&#233;rioris&#233;. Essayant compulsivement de se sentir bien au dedans et en d&#233;pit des conditions dominantes, il finit par se d&#233;fendre lui-m&#234;me de &#034;sentiments d'ali&#233;nation&#034; en essayant de les faire partir, ou au moins en les diminuant jusqu'&#224; les rendre tol&#233;rables. Tout comme le retrait&#233; qui se trouve des hobbies parce qu'il s'ennuie, le hippie essaye de supprimer son malaise en s'occupant &#224; quelque activit&#233;. Il rejette le travail et les loisirs de ses parents, mais seulement pour y revenir par lui-m&#234;me. Il travaille dans des boulots &#171; qui ont du sens &#187; pour des &#171; entreprises hip &#187; o&#249; les travailleurs constituent une &#171; famille &#187;, ou bien il fait de l'agriculture de subsistance ou du travail temporaire. S'imaginant &#234;tre un artisan primitif, il cultive ce r&#244;le et id&#233;alise le m&#233;tier artisanal. L'id&#233;ologie qu'il attache &#224; son occupation pseudo-primitive ou pseudo-f&#233;odale dissimule son caract&#232;re petit-bourgeois. Ses int&#233;r&#234;ts, tels que la nourriture biologique, engendrent des entreprises florissantes. Mais les propri&#233;taires ne se voient pas comme hommes d'affaires ordinaires, parce qu'ils &#171; croient en leur produit &#187;. De bonnes vibrations tout au long du chemin vers la banque [&lt;i&gt;good vibes all the way to the bank&lt;/i&gt;].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les loisirs du hippie sont tout aussi banals. Imaginant qu'il a rejet&#233; le r&#244;le d'&#233;tudiant, il devient un &#233;tudiant permanent. Les universit&#233;s libres sont des buffets o&#249; sont servis les plats les plus m&#233;taphysiques ainsi que les plus banals. Dans ses limites id&#233;ologiques, l'app&#233;tit du hippie est sans bornes. Il lit le &lt;i&gt;Yi King&lt;/i&gt;. Il pratique la m&#233;ditation. Il jardine. Il apprend un nouvel instrument musical. Il fait de la peinture, des chandelles, de la cuisine. Son &#233;nergie est in&#233;puisable, mais elle est toute dissip&#233;e. Chaque chose qu'il fait est en soi irr&#233;prochable, parce que banale ; ce qui est risible ce sont les illusions qu'il &#233;chafaude &#224; propos de ses activit&#233;s. Pour lui, plus l'activit&#233; est banale, plus elle est divine. En r&#233;alit&#233;, ce &#224; quoi il s'occupe, que ce soit en ville ou &#224; la campagne, ressemble &#224; une immense distraction de cr&#233;ativit&#233;, une passivit&#233; occup&#233;e qui commence &#224; r&#233;soudre pour le spectacle avanc&#233; le probl&#232;me de la colonisation du &#034;temps libre&#034; qu'il rend disponible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rompant abstraitement avec son pass&#233;, le hippie vit une version superficielle d'un pr&#233;sent &#233;ternel. Dissoci&#233; du pass&#233; et de l'avenir, la succession de moments dans sa vie est une s&#233;rie d&#233;cousue de divertissements (&#171; trips &#187;). Le voyage est son mode de changement, une consommation &#224; la d&#233;rive de pseudo-aventures. Il traverse le pays &#224; la recherche de ce &#171; lieu formidable &#187; qui lui &#233;chappe toujours. C'est un ennuie toujours en mouvement. Il d&#233;vore avidement toute exp&#233;rience en vente, pour maintenir sa t&#234;te &#224; la m&#234;me bonne place. Partout o&#249; se r&#233;unissent les hippies on trouve un espace rempli de tensions non r&#233;solues, de particules non charg&#233;es qui errent autour de quelque noyau spectaculaire. L'urbanisme hip - essayant toujours de cr&#233;er un espace confortable o&#249; pourrait fleurir sa pseudo-communaut&#233; - n'a jamais manqu&#233; de cr&#233;er pour lui-m&#234;me des r&#233;serves o&#249; les indig&#232;nes se regardent entre eux d'un air &#233;bahi parce qu'ils en sont &#233;galement les touristes. Le Haight-Ashbury, le festival rock, la piaule hip &#233;taient cens&#233;s &#234;tre des espaces libres o&#249; les s&#233;parations s'&#233;croulaient. Mais l'espace hip est devenu un espace de passivit&#233;, de consommation de loisirs, o&#249; les s&#233;parations ont reparu &#224; un autre niveau. Le concert de rock dans l'Oregon qui fut organis&#233; par l'&#201;tat pour d&#233;tourner les gens d'une manifestation, et o&#249; l'&#201;tat distribua gratuitement de l'herbe et inspecta les psych&#233;d&#233;liques avant qu'ils soient distribu&#233;s, n'est que le cas limite d'une tendance g&#233;n&#233;rale : l'espace organis&#233; avec bienfaisance pour les touristes du temps mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; son origine, la vie hip avait certes un contenu plus actif. Le terme spectaculaire &#171; hippie &#187; recouvre des ph&#233;nom&#232;nes divers, et la contre-culture et les individus qui en ont fait partie sont pass&#233;s &#224; travers des stades divers. Quelques-uns des premiers participants avaient bien compris que le nouveau monde devait &#234;tre construit consciemment, qu'il n'arriverait pas par hasard si seulement tout le monde se mettait &#224; fumer de l'herbe et &#224; s'aimer les uns les autres. Mais la culture spectaculaire qui est le legs de leurs activit&#233;s, leur &#034;succ&#232;s&#034;, est en fait le signe de leur &#233;chec. Lorsque en 1967 certains ont jou&#233; les fun&#233;railles symboliques du hippie pour la presse, ils ont seulement montr&#233;, par leur expression th&#233;&#226;trale de l'&#233;chec, qu'ils n'avaient jamais abandonn&#233; le spectacle qui les avait produit et qu'ils n'avaient jamais compris le spectacle qu'ils produisaient. Le mouvement hip &#233;tait un signe de l'insatisfaction de plus en plus r&#233;pandue devant une vie quotidienne de plus en plus colonis&#233;e par le spectacle. Mais ne sachant pas s'opposer plus radicalement au syst&#232;me dominant, il n'a fait que construire un contre-spectacle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne veut pas dire que cette opposition aurait d&#251; &#234;tre politique dans le sens ordinaire. Si le hippie ne savait rien d'autre, il savait en revanche tr&#232;s bien que la vision r&#233;volutionnaire des politicards gauchistes n'allait pas suffisamment loin. Bien que le style de vie hippie ne f&#251;t qu'un mouvement pour la r&#233;forme de la vie quotidienne, le hippie &#233;tait dans une position o&#249; il pouvait au moins reconna&#238;tre que le politicard n'avait aucune critique de la vie quotidienne (c'est-&#224;-dire qu'il &#233;tait &lt;i&gt;straight&lt;/i&gt;). Si les premiers hippies ont rejet&#233; l'activit&#233; &#171; politique &#187; en partie pour de mauvaises raisons (&#224; cause de leur perspective positiviste, leur utopisme, etc.), ils avaient aussi une critique partiellement juste de son ennui, de son caract&#232;re id&#233;ologique, et de sa rigidit&#233;. Ken Kesey avait raison de reconna&#238;tre que les gauchistes n'engageaient le vieux monde que dans ses propres termes. Mais en n'offrant rien de plus, sauf le LSD, lui et d'autres comme lui ont abdiqu&#233; effectivement aux politicards. Leur apolitisme simpliste les a men&#233;s d'abord &#224; soutenir partiellement le mouvement politique, puis &#224; &#234;tre absorb&#233; par lui. M&#234;me ceux qui avaient un semblant de perspectives politiques critiques ont eu un destin similaire. Par exemple, Gary Snyder, qui avait des sympathies gandhistes-anarchistes, impute, dans un de ses premiers essais, l'&#233;chec du mouvement prol&#233;taire classique &#224; &#034;un &#233;tat d'esprit&#034; et des &#034;traditions occidentales&#034;, mais finit plus tard par soutenir, m&#234;me vaguement, les Black Panthers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les hippies pr&#233;-politiques se sont laiss&#233;s prendre par toutes les illusions et toutes les &#171; solutions &#187; utopiques, si leur critique de la vie quotidienne n'a jamais reconnu ses bases historiques et les forces mat&#233;rielles qui aurait pu la rendre socialement efficace, l'apparition du hippie a quand m&#234;me r&#233;v&#233;l&#233; l'&#233;tendue de l'insatisfaction, l'impossibilit&#233; ressentie par tant de gens de continuer dans la voie &#233;troite de l'int&#233;gration sociale. Cependant, en m&#234;me temps que la contre-culture a annonc&#233;, m&#234;me d'une fa&#231;on incoh&#233;rente, la possibilit&#233; d'un monde nouveau, elle a construit quelques-unes des voies les plus avanc&#233;es de r&#233;int&#233;gration dans le vieux monde. [...]. Sur tous les fronts, la contre-culture fut une avant-garde de la r&#233;cup&#233;ration ; elle a canalis&#233; un m&#233;contentement r&#233;el avec l'isolation g&#233;n&#233;ralis&#233;e dans de fausses alternatives ; elle a servi le pouvoir en tant que recherche exp&#233;rimentale n&#233;cessaire &#224; l'&#233;touffement d'une opposition potentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;groupe &lt;i&gt;Contradiction&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;i&gt;Confession d'un ennemi d&#233;bonnaire de l'&#201;tat&lt;/i&gt; - extraits&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Partie 1 - Le Berkeley des ann&#233;es 60 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;[...] En automne 1966 j'ai quitt&#233; l'&#233;cole. Il y avait tant d'autres choses plus passionnantes ! La contre-culture hip, qui avait fait surface l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, se r&#233;pandait comme une tra&#238;n&#233;e de poudre. Le quartier de Haight-Ashbury d&#233;bordait dans la rue en f&#234;te quasi permanente. Des milliers et des milliers de jeunes venaient ici pour voir ce qui se passait, y compris des dizaines de mes amis de Shimer, de Chicago et du Missouri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma petite maison (deux pi&#232;ces de 3 m&#232;tres sur 3, une cuisine et une salle de bains, contre 150 francs par mois) servait d'&#233;tape, logeant parfois jusqu'&#224; sept ou huit personnes &#224; la fois. Maintenant que je suis habitu&#233; &#224; une vie solitaire et plus tranquille, j'ai du mal &#224; imaginer comment je pouvais supporter &#231;a. Mais &#224; l'&#233;poque nous &#233;tions tous jeunes, nous partagions les m&#234;mes enthousiasmes, et quand nous n'allions pas aux concerts, quand nous ne cabriolions pas &#224; Telegraph Avenue, au Haight-Ashbury, &#224; Chinatown ou au Golden Gate Park, quand nous n'allions pas &#224; la campagne pour faire du camping, nous &#233;tions contents de rester chez moi en lisant, en bavardant, en faisant des boeufs, en &#233;coutant des disques et en bouffant du pain d&#233;licieux que nous faisions tous les jours, sans nous pr&#233;occuper qu'il n'y ait gu&#232;re de place pour mettre nos sacs de couchage. Bien s&#251;r le fait que nous planions &#224; l'herbe presque en permanence favorisait l'harmonie g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes parents ont subvenu &#224; mes besoins quand j'&#233;tais &#224; l'&#233;cole, mais d&#232;s que je l'ai abandonn&#233;e j'ai d&#251; me d&#233;brouiller seul. Comme tant d'autres dans les ann&#233;es 60, j'ai surv&#233;cu avec presque rien, touchant des bons de nourriture pour les pauvres, partageant un loyer bon march&#233; avec plusieurs personnes, colportant des journaux &lt;i&gt;underground&lt;/i&gt;, effectuant des petits travaux de temps en temps. En quelques minutes je pouvais me rendre en stop n'importe o&#249; &#224; Berkeley ou dans la baie de San Francisco, et j'&#233;tais souvent branch&#233; par le conducteur qui m'offrait de l'herbe. Au besoin je pouvais facilement mendier le prix d'un repas ou d'un concert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une ann&#233;e de ce mode de vie agr&#233;able mais pr&#233;caire, j'ai travaill&#233; comme facteur pendant six mois ; puis j'ai quitt&#233; ce travail et j'ai v&#233;cu de mes &#233;conomies pendant les deux ann&#233;es suivantes. Quand cet argent a commenc&#233; &#224; s'&#233;puiser j'ai d&#233;couvert un cercle de poker. Et la centaine de dollars que j'y gagnais tous les mois, augment&#233; des gains d'un boulot d'un jour par semaine comme chauffeur de taxi pour une compagnie coop&#233;rative hip, m'ont permis de me d&#233;brouiller pendant quelques ann&#233;es de plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les psych&#233;d&#233;liques &#233;taient le coeur de la contre-culture, son expression la plus visible, ou plut&#244;t la plus audible, &#233;tait &#233;videmment la nouvelle musique rock. Quand la musique de plus en plus subtile des Beatles et d'autres groupes a rencontr&#233; les paroles de plus en plus sophistiqu&#233;es de Bob Dylan, qui portait la musique populaire bien au-del&#224; des chansons de protestation &#233;cul&#233;es et de la fixation rigide aux formes traditionnelles, nous avons eu enfin notre propre musique populaire. Pendant que Dylan, les Beatles et les Rolling Stones devenaient plus franchement psych&#233;d&#233;liques, les premiers groupes &lt;i&gt;totalement&lt;/i&gt; psych&#233;d&#233;liques se d&#233;veloppaient dans la Bay Area. Bien avant qu'ils n'eussent enregistr&#233; des disques, nous pouvions &#233;couter les Grateful Dead, Country Joe and the Fish, Big Brother and the Holding Company et des dizaines d'autres groupes passionnants &#224; presque n'importe quel moment, au Fillmore, &#224; l'Avalon ou gratuitement dans les parcs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand ils sont parvenus finalement &#224; se faire enregistrer, leurs disques &#233;taient loin de restituer l'exp&#233;rience de ces concerts en public, partie int&#233;grale d'une contre-culture qui battait son plein. Ces premiers concerts, Trips Festivals, Acid Tests et Be-Ins, aussi &#233;cul&#233;s que de tels termes pourraient sembler maintenant, comprenaient beaucoup d'improvisation et d'interaction, et pas seulement sur la sc&#232;ne. La musique et les &lt;i&gt;light shows&lt;/i&gt; &#233;taient manifestement subordonn&#233;s aux trips de &#187;l'assistance &#187;, et plut&#244;t que des spectacles, c'&#233;taient l'accompagnement d'une c&#233;l&#233;bration extasi&#233;e. S'il y avait quelques personnes c&#233;l&#232;bres sur l'estrade (Leary, Ginsberg, Kesey), ils n'&#233;taient pas des vedettes inaccessibles ; nous savions qu'ils &#233;taient aussi boulevers&#233;s que nous, compagnons d'un voyage dont personne ne pouvait pr&#233;dire la destination, mais qui &#233;tait &lt;i&gt;d&#233;j&#224;&lt;/i&gt; fantastique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ces grands rassemblements publics n'&#233;taient que la partie &#233;merg&#233;e de l'iceberg. Les exp&#233;riences les plus significatives &#233;taient plut&#244;t personnelles et interpersonnelles. La contre-culture avait bien plus de substance intellectuelle que ne le pensaient les observateurs superficiels. Certes il y avait bien des &lt;i&gt;flower children&lt;/i&gt; (hippies st&#233;r&#233;otyp&#233;s) na&#239;fs et passifs, surtout parmi la deuxi&#232;me vague des adolescents, qui adoptaient les ornements ext&#233;rieurs d'un style de vie hip d&#233;j&#224; existant sans avoir eu &#224; faire aucune exp&#233;rience ind&#233;pendante ; mais nombre de &#187;hips &#187; avaient plus de sens critique, vivaient des exp&#233;riences plus profondes et diverses qu'on le croit commun&#233;ment, et ils se consacraient &#224; une grande vari&#233;t&#233; de projets cr&#233;atifs et radicaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'aucuns seront peut-&#234;tre surpris du contraste entre la critique caustique de la contre-culture &#224; laquelle je me suis livr&#233; dans quelques-uns de mes anciens &#233;crits et l'image plus favorable que j'en pr&#233;sente ici. C'est le contexte qui a chang&#233;, pas mes opinions. Au d&#233;but des ann&#233;es 70, quand tout le monde &#233;tait encore bien conscient des aspects radicaux de la contre-culture, je pensais qu'il fallait d&#233;fier sa suffisance, signaler ses limites et ses illusions. Maintenant que les aspects radicaux ont &#233;t&#233; pratiquement oubli&#233;s, il me semble tout aussi important de rappeler son c&#244;t&#233; fantastique et lib&#233;rateur. &#192; c&#244;t&#233; de toute la publicit&#233; spectaculaire, des millions de gens proc&#233;daient &#224; des changements radicaux dans leur vie, se livrant &#224; des exp&#233;rimentations audacieuses et scandaleuses qu'ils n'auraient gu&#232;re song&#233; &#224; faire quelques ann&#233;es auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne nie pas que la contre-culture comprenait beaucoup de passivit&#233; et de sottise. Je veux seulement souligner que nous visions - et dans une certaine mesure vivions d&#233;j&#224; - une transformation fondamentale de tous les aspects de la vie. Nous savions &#224; quel point les psych&#233;d&#233;liques avaient chang&#233; profond&#233;ment notre propre &#233;tat d'esprit. Au d&#233;but des ann&#233;es 60 il n'y avait que quelques milliers de gens qui en avait fait l'exp&#233;rience ; cinq ans plus tard le chiffre avait d&#233;pass&#233; un million. Qui aurait pu dire que cette tendance ne continuerait pas, pour saper finalement le syst&#232;me entier ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant qu'elle a dur&#233;, la contre-culture &#233;tait remarquablement bienveillante. Je trouvais tout naturel de faire du stop avec n'importe qui, d'offrir un joint &#224; des inconnus, ou de les inviter &#224; pieuter chez moi s'ils venaient d'arriver en ville. &#192; l'&#233;poque cette confiance n'&#233;tait presque jamais abus&#233;e. Il est vrai que l'&#226;ge d'or de Haight-Ashbury n'a pas dur&#233; longtemps. Les choses ont commenc&#233; &#224; empirer vers 1967, quand la publicit&#233; faite &#224; &#171; l'&#233;t&#233; d'amour &#187; attir&#226;t un &#233;norme afflux de jeunes qui &#233;taient moins exp&#233;riment&#233;s et plus vuln&#233;rables, dispos&#233;s &#224; se faire exploiter par le flot d'arnaqueurs et de dealers qui d&#233;barquaient. Mais ailleurs la contre-culture allait continuer son plein essor pendant plusieurs ann&#233;es encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ma part, je m'int&#233;ressais &#224; des exp&#233;riences qui &#171; &#233;largissent l'esprit &#187; et les frissons d'&#233;vasion qui l'engourdissent seulement ne me s&#233;duisaient en rien. La plupart des gens que je fr&#233;quentais pensaient de m&#234;me. A part une bi&#232;re de temps en temps nous ne buvions gu&#232;re d'alcool, et il nous &#233;tait difficile d'imaginer que l'on puisse pr&#233;f&#233;rer les effets grossiers et souvent insupportables de l'alcool aux effets esth&#233;tiques et b&#233;nins de l'herbe, &#224; moins qu'on ne soit extr&#234;mement refoul&#233;. Quant aux drogues dures, nous n'en avions presque jamais entendu parler, &#224; l'exception notable des amph&#233;tamines. &#192; dose mod&#233;r&#233;e l'effet des speed n'est pas tr&#232;s diff&#233;rent de celui du caf&#233; &#224; haute dose, et la plupart d'entre nous en avaient pris de temps &#224; autre pour veiller la nuit dans le but de rendre un devoir pour l'&#233;cole, ou pour traverser le pays en voiture sans s'arr&#234;ter. Mais il n'en faut pas beaucoup pour qu'ils deviennent dangereux. [...]&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ken Knabb&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Un an au p&#233;nitencier de Blackwell's Island</title>
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		<dc:date>2005-05-19T19:17:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Emma Goldman</dc:creator>


		<dc:subject>Anarchismes, anarchie</dc:subject>
		<dc:subject>Prison, justice, r&#233;pression</dc:subject>
		<dc:subject>Petit peuple du cagibi (Grenoble)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Chapitre in&#233;dit en fran&#231;ais traduit de &lt;i&gt;Living my life&lt;/i&gt;, l'autobiographie d'Emma Goldman, o&#249; elle narre sa premi&#232;re ann&#233;e d'emprisonnement au p&#233;nitencier de Blackwell's Island.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique26" rel="directory"&gt;U&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Anarchismes, anarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot20" rel="tag"&gt;Prison, justice, r&#233;pression&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot56" rel="tag"&gt;Petit peuple du cagibi (Grenoble)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L148xH150/arton240-b0006.jpg?1780481116' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='148' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff240.jpg?1128977614&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La vie d'Emma Goldman est si riche que son autobiographie remplit presque mille pages en anglais. Son histoire se confond avec celle de l'anarchisme. Plus encore : son histoire d&#233;bute exactement avec l'histoire de l'anarchisme aux USA. Lorsqu'elle arrive &#224; New York, l'anarchisme n'est pas vraiment sorti des ghettos d'immigr&#233;s, souvent russes ou allemands. La plupart de la propagande est tout d'abord faite en yiddish, en russe, en allemand. Apr&#232;s sa lib&#233;ration Emma contribua &#224; faire sortir ces id&#233;es du ghetto et &#224; populariser l'anarchisme en apprenant l'anglais et en &#233;crivant et donnant d&#233;sormais des conf&#233;rences dans cette langue. Le mouvement s'&#233;toffe lorsqu'elle revient d'Europe. Plusieurs Britanniques ont &#233;migr&#233; ou sont de passage aux USA, les publications anarchistes en langue anglaise se multiplient. Les combats les plus connus d'Emma Goldman furent notamment ceux pour la libert&#233; d'expression, la libert&#233; sexuelle, le droit &#224; la contraception, l'&#233;galit&#233; des femmes et des hommes, ou encore contre les guerres, toujours dans une perspective anarchiste. Emma Goldman et Sasha Berkman furent parmi les premiers &#224; revenir de Russie (o&#249; ils avaient &#233;t&#233;s exil&#233;s), apr&#232;s le massacre de Cronsdat, et &#224; se battre, contre leurs camarades m&#234;me, pour dire la r&#233;alit&#233; de la dictature bolchevique, et ce d&#232;s 1921. Il serait vain de lister tous les domaines et toutes les luttes o&#249; se firent grandement sentir les id&#233;es et l'influence d'Emma et Sasha.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, cette admirable autobiographie n'a pas &#233;t&#233; traduite en fran&#231;ais. Il n'existe qu'une traduction partielle et adapt&#233;e, de 300 pages environ, de laquelle des passages, voire des chapitres entiers ont &#233;t&#233; supprim&#233;s, et la plupart des autres remani&#233;s. Tous les chapitres concernant sa vie en prison ont &#233;t&#233; soit grandement diminu&#233;s soit totalement supprim&#233;s. Ainsi en est-il de celui qui suit, totalement in&#233;dit en fran&#231;ais. Il s'agit du chapitre 12 de &lt;i&gt;Living my life&lt;/i&gt;, traduit de l'&#233;dition Dover, New York 1970. Malheureusement, n'ayant pas l'original sous la main au moment de la mise en page, j'ai reform&#233; les paragraphes moi-m&#234;me, en esp&#233;rant ne pas avoir fait trop d'erreurs. Je rajoute, avant le chapitre 12, un petit r&#233;sum&#233; des &#233;v&#233;nements qui l'ont conduite en prison et le dernier paragraphe du chapitre 11.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas f&#233;minis&#233; particuli&#232;rement le texte. N&#233;anmoins, l'anglais ne s'embarrassant pas de distinction de genre la plupart du temps, j'ai parfois indiff&#233;remment employ&#233; le f&#233;minin ou le masculin l&#224; o&#249; les deux pouvaient s'appliquer. Un grand merci &#224; Alice pour ses corrections.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nous sommes en 1893, Emma a alors 24 ans et vient de rencontrer son nouveau compagnon Edward Brady, natif d'Autriche o&#249; il vient de purger une peine de 10 ann&#233;es de prison pour publication d'&#233;crits ill&#233;gaux. Son ancien amant Alexandre &#171; Sasha &#187; Berkman est lui m&#234;me incarc&#233;r&#233; pour avoir tent&#233; d'assassiner un patron d'industrie l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, Henry Clay Frick (cf. l'&lt;/i&gt;index des noms &lt;i&gt;&#224; la fin). Accus&#233;e &#171; d'incitation &#224; l'&#233;meute &#187; lors d'un discours prononc&#233; &#224; Union Square, Emma est arr&#234;t&#233;e &#224; Philadelphie puis extrad&#233;e vers l'&#201;tat de New York. La police lui propose, sans succ&#232;s, de devenir indic pour &#233;viter la prison. L'instruction se base sur les notes d'un agent de police, pr&#233;tendument prises durant le meeting, alors que douze personnes pr&#233;sentes t&#233;moign&#232;rent de l'impossibilit&#233; physique de prendre des notes &#224; cause de la foule et qu'un expert d&#233;clara que l'&#233;criture &#233;tait bien trop r&#233;guli&#232;re pour avoir &#233;t&#233; prise debout dans un endroit bond&#233;. Un journaliste du&lt;/i&gt;World &lt;i&gt;de New York t&#233;moigna en sa faveur mais ce fut sa perte. En effet, le lendemain du meeting, le&lt;/i&gt;World &lt;i&gt;avait publi&#233; un article de ce m&#234;me journaliste rendant compte du discours d'Emma &#224; Union Square. Or, l'article avait &#233;t&#233; retouch&#233; et le propos du journaliste, compl&#232;tement modifi&#233;, accusait Emma. Le journaliste n'osa pas t&#233;moigner contre son employeur en plein tribunal et son article fut suppl&#233;&#233; &#224; son t&#233;moignage. Contre l'avis de son avocat elle refusa de faire appel : la farce de son proc&#232;s avait renforc&#233; son opposition &#224; l'&#201;tat et elle ne voulait lui demander aucune faveur. Son avocat refusa alors d'&#234;tre pr&#233;sent le jour du jugement. Le m&#234;me&lt;/i&gt;World &lt;i&gt;qui lui avait jou&#233; un si mauvais tour lui proposa de publier le discours qu'elle avait pr&#233;par&#233; pour s'adresser au jury ; elle y consenti, sous r&#233;serve d'avoir acc&#232;s aux &#233;preuves avant le tirage. Emma ne fut pas autoris&#233;e &#224; adresser le discours qu'elle avait pr&#233;par&#233; au tribunal mais l'&#233;dition sp&#233;ciale du&lt;/i&gt;World &lt;i&gt;sortit comme pr&#233;vu juste apr&#232;s le verdict de la cour. Elle fut condamn&#233;e &#224; un an de d&#233;tention au p&#233;nitencier de Blackwell's Island (litt&#233;ralement : l'&#238;le du puits noir).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait une magnifique journ&#233;e d'octobre, claire et lumineuse. La barge se h&#226;tait sur l'eau avec laquelle jouaient les reflets du soleil. J'&#233;tais accompagn&#233;e par plusieurs journalistes, qui me pressaient tous de leur accorder une entrevue. &#171; Je voyage avec une escorte digne d'une reine, &#187; remarquai-je de bonne humeur ; &#171; jetez seulement un coup d'oeil &#224; mes satrapes. &#187; &#171; Mais cette m&#244;me ne s'arr&#234;te donc jamais ! &#187;, r&#233;p&#233;tait sans cesse un jeune reporteur, admiratif. Lorsque nous avons atteint l'&#238;le, j'ai dit adieu &#224; mon escorte, les enjoignant de ne pas &#233;crire plus de mensonges que n&#233;cessaire. Je leur ai cri&#233; gaiement que je les reverrai dans un an et j'ai suivi le sh&#233;rif adjoint le long de la large all&#233;e de gravier bord&#233;e d'arbres qui conduisait &#224; l'entr&#233;e de la prison. Arriv&#233;e l&#224; je me suis tourn&#233;e vers la rivi&#232;re, j'ai inspir&#233; profond&#233;ment une derni&#232;re bouff&#233;e d'air libre, et j'ai franchi le seuil de ma nouvelle demeure.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Je fus appel&#233;e devant la surveillante-chef, une grande femme au visage stupide. Elle commen&#231;a par s'enqu&#233;rir de mes origines. &#171; Quelle religion ? &#187; fut sa premi&#232;re question. &#171; Aucune, je suis ath&#233;e... &#187; &#171; L'ath&#233;isme est interdit ici. Tu iras &#224; l'&#233;glise. &#187; Je r&#233;pondis que je ne ferais rien de la sorte. Je ne croyais en rien de ce que d&#233;fendait l'&#201;glise et, n'&#233;tant pas une hypocrite, je n'assisterai pas aux offices. De plus, j'&#233;tais d'origine juive. Y avait-il une synagogue ? Elle r&#233;pondit s&#232;chement qu'il y avait des services pour les d&#233;tenus juifs le samedi apr&#232;s-midi, mais comme j'&#233;tais l'unique prisonni&#232;re juive, elle ne pouvait pas me permettre d'aller seule parmi tant d'hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir pris un bain et rev&#234;tu l'uniforme des d&#233;tenues je fus envoy&#233;e dans ma cellule et enferm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je savais d'apr&#232;s ce que Most m'avait racont&#233; de Blackwell's Island que la prison &#233;tait vieille et humide, les cellules petites, sans eau ni lumi&#232;re. J'&#233;tais donc pr&#233;par&#233;e &#224; ce qui m'attendait. Mais au moment o&#249; la porte fut verrouill&#233;e, j'ai commenc&#233; &#224; &#233;prouver une sensation de suffocation. Dans les t&#233;n&#232;bres j'ai t&#226;tonn&#233; &#224; la recherche de quelque chose pour m'asseoir et mes mains ont rencontr&#233; &#233;troit un bas-flanc de m&#233;tal. Une fatigue extr&#234;me m'a soudain submerg&#233;e et je me suis endormie imm&#233;diatement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pris conscience d'une vive br&#251;lure dans les yeux, et je bondis, effray&#233;e. Une lampe &#233;tait tenue pr&#232;s des barreaux. &#171; Qu'est-ce que c'est ? &#187;, ai-je cri&#233;, oubliant o&#249; je me trouvais. La lampe s'abaissa et je vis un visage maigre et asc&#233;tique qui me regardait fixement. Une voix douce m'a f&#233;licit&#233; de mon profond sommeil. C'&#233;tait la matonne du soir qui faisait sa ronde r&#233;guli&#232;re. Elle me dit de me d&#233;shabiller et me laissa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je ne pus trouver &#224; nouveau le sommeil cette nuit-l&#224;. La sensation irritante de la couverture rugueuse, les ombres rampantes de l'autre c&#244;t&#233; des barreaux, me gard&#232;rent &#233;veill&#233;e jusqu'&#224; ce que le son d'un gong me mette &#224; nouveau sur pied. Les cellules furent d&#233;verrouill&#233;es, les portes violemment ouvertes. Des silhouettes ray&#233;es bleues et blanches s'en extirp&#232;rent, formant automatiquement une ligne dans laquelle je pris place moi-m&#234;me. Il y eut un commandement : &#171; En avant, marche ! &#187;, et la ligne commen&#231;a &#224; se d&#233;placer le long du corridor, descendant les escaliers vers un recoin contenant des lavabos et des serviettes. Il y eut &#224; nouveau un commandement : &#171; Lavez-vous ! &#187; et tout le monde se mit &#224; r&#233;clamer bruyamment une serviette, d&#233;j&#224; sale et humide. &#192; peine avais-je eu le temps de m'asperger d'eau les mains et le visage, sans m&#234;me avoir pu m'essuyer, que l'ordre de retour fut donn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vint ensuite le petit d&#233;jeuner : une tranche de pain et une tasse en fer blanc remplie d'eau chaude brun&#226;tre. Puis &#224; nouveau la ligne fut form&#233;e, et l'humanit&#233; ray&#233;e fut divis&#233;e en sections et envoy&#233;e vers ses t&#226;ches quotidiennes. Avec d'autres femmes, je fus emmen&#233;e &#224; l'atelier de couture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proc&#233;dure de formation de la ligne - &#171; En avant, marche ! &#187; - &#233;tait r&#233;p&#233;t&#233;e trois fois par jours, sept jours par semaine. Apr&#232;s chaque repas, dix minutes &#233;taient accord&#233;es pour parler. Ces &#234;tres refoul&#233;s d&#233;versaient alors un torrent de mots. Chaque pr&#233;cieuse seconde augmentait le rugissement des sons ; et soudain, le silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'atelier de couture &#233;tait vaste et lumineux, le soleil entrant souvent par les hautes fen&#234;tres, ses rayons intensifiant la blancheur des murs et la monotonie des uniformes r&#233;glementaires. Sous cette lumi&#232;re crue les silhouettes v&#234;tues de pantalons trop larges et d'habits rudes et sans gr&#226;ce paraissaient plus hideuses encore. Pourtant, l'atelier &#233;tait un soulagement bienvenu apr&#232;s la cellule. La mienne, situ&#233;e au rez-de-chauss&#233;e, &#233;tait grise et humide m&#234;me en pleine journ&#233;e ; les cellules des &#233;tages sup&#233;rieurs &#233;taient un peu plus lumineuses. Contre les barreaux de la porte, on pouvait m&#234;me lire &#224; l'aide de la lumi&#232;re venant des fen&#234;tres du corridor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le verrouillage des portes pour la nuit &#233;tait la plus terrible exp&#233;rience de la journ&#233;e. Les d&#233;tenues d&#233;filaient le long des cellules, formant la ligne habituelle. En atteignant sa cellule, chacune quittait la ligne, p&#233;n&#233;trait dedans et, les mains sur la porte de fer, attendait le commandement. Retentissait alors l'ordre &#171; Fermez ! &#187; et avec fracas les soixante-dix portes se fermaient, chaque prisonni&#232;re s'enfermant automatiquement elle-m&#234;me. Plus d&#233;chirant encore &#233;tait l'avilissement quotidien d'&#234;tre oblig&#233;e de marcher au pas cadenc&#233; jusqu'&#224; la rivi&#232;re, transportant le seau d'excr&#233;ments accumul&#233;s durant vingt-quatre heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je fus nomm&#233;e responsable de l'atelier de couture. Ma t&#226;che consistait &#224; couper les habits et &#224; pr&#233;parer le travail pour les deux douzaines de femmes employ&#233;es l&#224;. En plus de cela je devais tenir les comptes du mat&#233;riel entrant et des paquets sortants. J'accueillis tout ce travail avec joie. Cela m'aidait &#224; oublier l'existence sinistre au sein de la prison. Mais les soir&#233;es &#233;taient une torture. Durant les premi&#232;res semaines je tombais endormie aussit&#244;t que ma t&#234;te touchait l'oreiller. Mais bient&#244;t, toutefois, les nuits me trouv&#232;rent agit&#233;e sans r&#233;pit, recherchant en vain le sommeil. Quelles nuits &#233;pouvantables ! M&#234;me si j'obtenais les deux mois ordinaires de commutation de peine, j'en avais encore pr&#232;s de deux cent quatre-vingt dix &#224; affronter. Deux cent quatre-vingt dix nuits - et Sasha ? Souvent, &#233;tendue dans les t&#233;n&#232;bres de ma cellule, je comptais mentalement le nombre de jours et de nuits qu'il avait encore devant lui. M&#234;me s'il pouvait sortir apr&#232;s sa premi&#232;re sentence de sept ans, il lui resterait encore plus de vingt-cinq mille nuits ! Je fus terroris&#233;e &#224; l'id&#233;e que Sasha pourrait ne pas y survivre. Je sentais qu'il n'y avait rien de tel pour mener les gens &#224; la folie que les nuits d'insomnie pass&#233;es en prison. Mieux valait encore la mort, pensai-je. La mort ? Frick n'&#233;tait pas mort, et la jeunesse magnifique de Sasha, sa vie, les choses qu'il aurait pu accomplir - tout cela avait &#233;t&#233; sacrifi&#233; - peut-&#234;tre pour rien. Mais l'&lt;i&gt;Attentat&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En fran&#231;ais dans le texte, pour d&#233;signer un assassinat politique.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de Shasha fut-il commit en vain ? Ma foi r&#233;volutionnaire n'&#233;tait-elle qu'un simple &#233;cho de ce que les autres m'avaient dit ou enseign&#233; ? &#171; Non, pas en vain ! &#187; insistait quelque chose en moi. &#171; Aucun sacrifice n'est perdu pour un grand id&#233;al. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour la surveillante-chef vint me dire que j'allais devoir obtenir de meilleurs r&#233;sultats de la part des femmes. Elles ne produisaient pas autant, me dit-elle, que sous la conduite de la prisonni&#232;re qui avait eu la responsabilit&#233; de l'atelier de couture avant moi. Je fus indign&#233;e &#224; la suggestion de devenir un tyran. C'&#233;tait parce que je ha&#239;ssais les esclaves autant que leurs ma&#238;tres, informais-je la matonne, que j'avais &#233;t&#233; envoy&#233;e en prison. Je me consid&#233;rais moi-m&#234;me comme &#233;tant une des d&#233;tenues, et non pas leur sup&#233;rieure. J'&#233;tais d&#233;termin&#233;e &#224; ne pas faire quoi que ce soit qui renierait mes id&#233;aux. Je pr&#233;f&#233;rais la punition. Une des m&#233;thodes utilis&#233;es pour traiter les offenseurs consistait &#224; les placer dans un coin face &#224; un tableau noir, les contraignant &#224; rester quatre heures dans cette position, constamment sous le regard vigilant d'une matonne. Cela me semblait insultant et mesquin. Aussi, je d&#233;cidai que si l'on m'imposait une telle indignit&#233;, j'augmenterais mon offense et serais envoy&#233;e au cachot. Mais les jours pass&#232;rent et je ne fus pas punie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En prison, les nouvelles voyagent avec une rapidit&#233; surprenante. Avant vingt-quatre heures toutes les femmes surent que j'avais refus&#233; d'agir comme une esclavagiste. Elles n'avaient pas &#233;t&#233; m&#233;chantes avec moi, mais elles &#233;taient rest&#233;es distantes. On leur avait dit que j'&#233;tais une terrible &#171; anarchiste &#187; et que je ne croyais pas en Dieu. Elles ne m'avaient jamais vue &#224; l'&#233;glise et je ne prenais pas part &#224; leur dix minutes d'effusion de paroles. &#192; leurs yeux j'&#233;tais une marginale, une &lt;i&gt;freak&lt;/i&gt;. Mais quand elles apprirent que j'avais refus&#233; de jouer au boss avec elles, leur r&#233;serve disparut. Le dimanche, apr&#232;s la messe, les cellules &#233;taient ouvertes pendant une heure pour permettre aux femmes de se rendre visite. Le dimanche suivant je re&#231;us la visite de toutes les d&#233;tenues de mon &#233;tage. Elles sentaient que j'&#233;tais leur amie, m'assur&#232;rent-elles, et elles feraient n'importe quoi pour moi. Les filles travaillant &#224; la blanchisserie me propos&#232;rent de laver mes habits, d'autres de repriser mes chaussettes. Chacune d'elles &#233;tait anxieuse de pouvoir me rendre un service. Je fus profond&#233;ment &#233;mue. Ces pauvres cr&#233;atures &#233;taient tellement assoiff&#233;es de tendresse, que la moindre manifestation de gentillesse leur paraissait &#233;norme. Apr&#232;s ce jour, elles vinrent souvent me voir pour partager avec moi leurs probl&#232;mes, leur haine de la surveillante chef, ou leurs confidences &#224; propos de leur engouement pour les prisonniers masculins. Leur ing&#233;niosit&#233; &#224; continuer de flirter juste sous les yeux des gardes &#233;tait &#233;tonnante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trois semaines pass&#233;es aux Tombeaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;The Tombs : prison dans laquelle Emma &#233;tait plac&#233;e en pr&#233;ventive en attente (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; m'avaient apport&#233; des preuves suffisantes que l'assertion r&#233;volutionnaire, selon laquelle le crime est le r&#233;sultat de la pauvret&#233;, &#233;tait bas&#233;e sur des faits r&#233;els. La plupart des accus&#233;s qui attendaient leur proc&#232;s venaient de la plus basse couche de la soci&#233;t&#233;, des hommes et des femmes sans amis, souvent m&#234;me sans logis. C'&#233;taient des cr&#233;atures malheureuses, ignorantes, mais toujours remplies d'espoir parce qu'elles n'avaient pas encore &#233;t&#233; condamn&#233;es. Au p&#233;nitencier, le d&#233;sespoir poss&#233;dait pratiquement tous les prisonniers et les prisonni&#232;res. Cela aider &#224; r&#233;veiller les t&#233;n&#232;bres mentales, la peur et la superstition qui les maintenaient en esclavage. Parmi les soixante-dix prisonni&#232;res, il n'y en avait pas plus d'une demi-douzaine qui montrait encore quelque discernement. Les autres n'&#233;taient que des r&#233;prouv&#233;es sans la moindre conscience sociale. Leurs malheurs personnels remplissaient leurs pens&#233;es ; elles ne pouvaient pas comprendre qu'elles &#233;taient des victimes, des maillons dans une cha&#238;ne infinie d'in&#233;galit&#233;s et d'injustices. Depuis leur enfance elles n'avaient rien connu d'autre que la pauvret&#233;, la mis&#232;re, le besoin, et les m&#234;mes conditions les attendaient apr&#232;s leur lib&#233;ration. Pourtant elles &#233;taient toujours capables de sympathie et de d&#233;vouement, d'impulsions g&#233;n&#233;reuses. J'eus bient&#244;t l'occasion de m'en rendre compte par moi-m&#234;me lorsque je tombai malade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'humidit&#233; de ma cellule et le froid des derniers jours de d&#233;cembre avaient d&#233;clench&#233; une attaque de mon vieux mal, les rhumatismes. Pendant des jours la surveillante-chef s'opposa &#224; ce que je sois transf&#233;r&#233;e &#224; l'h&#244;pital, mais elle fut finalement oblig&#233;e de se soumettre aux ordres du m&#233;decin de visite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le p&#233;nitencier de Blackwell's Island supportait bien l'absence d'un m&#233;decin &#171; permanent &#187;. Les d&#233;tenues recevaient l'assistance m&#233;dicale du Charity Hospital, qui se trouvait non loin. Le personnel de cet institut comportait des &#233;tudiants en stages de six semaines, ce qui entra&#238;nait de fr&#233;quents changements dans l'&#233;quipe. Ils &#233;taient supervis&#233;s directement par un m&#233;decin de visite de la ville de New-York, le Dr. White, un homme agr&#233;able et humain. Le traitement donn&#233; aux prisonni&#232;res &#233;tait aussi bon que celui que pouvaient recevoir les patientes de n'importe quel h&#244;pital new-yorkais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'infirmerie du p&#233;nitencier &#233;tait la pi&#232;ce la plus grande et la plus claire de tout le b&#226;timent. Ses fen&#234;tres spacieuses donnaient sur une vaste pelouse en face de la prison et, plus loin, sur l'East River. Quand il faisait beau le soleil entrait g&#233;n&#233;reusement. Un mois de repos, la gentillesse du m&#233;decin, et l'attention touchante de mes camarades prisonni&#232;res me soulag&#232;rent de ma douleur et me permirent de me remettre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant l'une de ses visites, le Dr. White d&#233;crocha la carton suspendu au pied de mon lit sur lequel &#233;taient not&#233;s mon crime et mon &lt;i&gt;curriculum vitae&lt;/i&gt;. &#171; Incitation &#224; l'&#233;meute, &#187; lut-il. &#171; Balivernes ! Je crois que vous ne seriez m&#234;me pas capable de faire du mal &#224; une mouche. Quelle belle &#233;meuti&#232;re vous feriez ! &#187; plaisanta-t-il avant de me demander si &#231;a ne me plairait pas de rester &#224; l'infirmerie pour m'occuper des malades. &#171; Bien s&#251;r, &#231;a me plairait, &#187; r&#233;pondis-je, &#171; mais je ne connais rien au m&#233;tier d'infirmi&#232;re. &#187; Il m'assura que personne non plus dans toute la prison. Il avait plusieurs fois essay&#233; de persuader la ville de nommer une infirmi&#232;re professionnelle comme responsable du service, mais il n'avait pas r&#233;ussi. Pour les op&#233;rations et les cas graves il devait faire venir une infirmi&#232;re du Charity Hospital. Je pourrais facilement apprendre les choses &#233;l&#233;mentaires pour m'occuper des malades. Il m'apprendrait &#224; prendre le pouls et la temp&#233;rature et &#224; accomplir des soins similaires. Il irait parler au directeur de la prison et &#224; la surveillante-chef si j'acceptais de rester.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai rapidement commenc&#233; mon nouveau travail. L'infirmerie contenait seize lits, la plupart d'entre eux toujours occup&#233;s. Les diff&#233;rents cas &#233;taient trait&#233;s dans la m&#234;me salle, des graves op&#233;rations aux tuberculoses, en passant par les pneumonies ou les accouchements. Mes journ&#233;es &#233;taient longues et &#233;puisantes, les g&#233;missements des patientes angoissants ; mais j'aimais mon travail. Il me donnait l'occasion de me rapprocher des malades et d'apporter un peu de gaiet&#233; dans leurs vies. Ma situation &#233;tait tellement plus enviable que la leur : j'avais un amant et des amies, je recevais pleins de lettres et Ed m'envoyait des messages journaliers. Des anarchistes autrichiens, qui tenaient un restaurant, m'envoyaient des d&#233;jeuners tous les jours, qu'Ed apportait lui-m&#234;me au bateau. Fedya me fournissait en fruits et en sucreries chaque semaine. J'avais tant de choses &#224; donner ; c'&#233;tait une joie de partager avec mes soeurs qui n'avaient ni amis ni attention. Il y avait quelques exceptions, bien s&#251;r ; mais la majorit&#233; n'avait rien. Elles n'avaient jamais rien eu avant et elles n'auraient rien lorsqu'elles seraient lib&#233;r&#233;es. Elles &#233;taient les r&#233;prouv&#233;es, les laiss&#233;es pour compte, abandonn&#233;es sur le tas de fumier de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'eus petit &#224; petit l'enti&#232;re responsabilit&#233; de l'infirmerie, une partie de mes devoirs &#233;tant de diviser les rations sp&#233;ciales accord&#233;es aux prisonni&#232;res malades. Ces rations consistaient en un litre de lait, une tasse de bouillon de boeuf, deux oeufs, deux biscuits, et deux morceaux de sucre pour chaque invalide. En plusieurs occasions le lait et les oeufs manquaient et je signalai le probl&#232;me &#224; l'une des matonnes de jour. Plus tard elle m'informa que la surveillante-chef avait dit que ce n'&#233;tait pas un probl&#232;me, et que certaines patientes &#233;taient assez fortes pour se passer de leurs rations sp&#233;ciales. J'avais eu des occasions consid&#233;rables d'&#233;tudier cette surveillante-chef, qui d&#233;testait toutes celles qui n'&#233;taient pas anglo-saxonnes. Ses cibles pr&#233;f&#233;r&#233;es &#233;taient les Irlandaises et les Juives, qu'elle discriminait habituellement. Je n'&#233;tais donc pas surprise de recevoir un tel message de sa part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques jours plus tard la prisonni&#232;re qui apportait les rations pour l'h&#244;pital me dit que les portions manquantes avaient &#233;t&#233; donn&#233;es par la surveillante-chef &#224; deux prisonni&#232;res noires. Cela non plus ne me surpris pas. Je savais qu'elle avait une attirance particuli&#232;re pour les d&#233;tenues noires. Elle les punissait rarement et leur accordait souvent des privil&#232;ges inhabituels. En &#233;change, ses favorites &#233;piaient les autres prisonni&#232;res, m&#234;me celles de leur propre couleur qui &#233;taient trop honn&#234;tes pour se laisser acheter. Je n'eus moi-m&#234;me jamais aucun pr&#233;jug&#233; &#224; l'encontre des gens de couleur ; en fait, je ressentais une profonde souffrance pour eux parce qu'ils &#233;taient trait&#233;s comme des esclaves aux &#201;tats-Unis. Mais je ha&#239;ssais la discrimination. L'id&#233;e que des gens malades, blancs ou noirs, puissent &#234;tre priv&#233;s de leurs rations pour nourrir des personnes en bonne sant&#233; outrageait mon sens de la justice, mais je restai impuissante face &#224; ce probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s mon premier conflit avec cette femme, elle m'avait laiss&#233; particuli&#232;rement tranquille. Une fois elle devint folle de rage parce que je refusais de traduire une lettre &#233;crite en russe qui &#233;tait arriv&#233;e pour l'une des prisonni&#232;res. Elle m'avait appel&#233;e dans son bureau pour que je lise la lettre et que je lui en dise le contenu. Lorsque je vis que la lettre ne m'&#233;tait pas adress&#233;e, je l'informais que je n'&#233;tais pas employ&#233;e comme traductrice par la prison. C'&#233;tait d&#233;j&#224; suffisamment mauvais de la part du personnel carc&#233;ral de fouiner dans le courrier personnel d'&#234;tres humains impuissants ; je n'y participerais pas. Elle r&#233;pondit que c'&#233;tait stupide de ma part de ne pas tirer avantage de son bon vouloir. Elle pouvait me renvoyer dans ma cellule, me priver de ma commutation de peine pour bonne conduite, et faire en sorte que le reste de mon s&#233;jour devienne un enfer. Je lui r&#233;pondis qu'elle pouvait bien faire ce qu'elle voulait, mais que je ne lirais jamais les lettres personnelles de mes malheureuses soeurs, et que je les lui traduirais encore moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis vint le probl&#232;me des rations manquantes. Les malades commenc&#232;rent &#224; suspecter qu'elles n'avaient pas leur part enti&#232;re et elles se plaignirent au docteur. Confronter &#224; une question directe de sa part, je dus lui dire la v&#233;rit&#233;. Je n'ai jamais su ce qu'il avait dit &#224; la matonne, mais les rations arriv&#232;rent &#224; nouveau enti&#232;res. Deux jours plus tard je fus appel&#233;e en bas et enferm&#233;e au cachot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais vu &#224; plusieurs reprises les effets du cachot sur d'autres prisonni&#232;res. Une d&#233;tenue y avait &#233;t&#233; enferm&#233;e pendant vingt-huit jours, au pain et &#224; l'eau, alors que les r&#232;glements interdisaient tout s&#233;jour de plus de quarante-huit heures. &#192; sa sortie, elle avait du &#234;tre transport&#233;e sur une civi&#232;re ; ses mains et ses jambes &#233;taient enfl&#233;es, son corps couvert de plaques. Les descriptions que m'en avaient fait la pauvre cr&#233;ature et d'autres infortun&#233;es me rendaient malade. Mais rien de ce que j'avais entendu n'&#233;tait comparable avec la r&#233;alit&#233;. La cellule &#233;tait nue ; on devait s'asseoir ou se coucher sur le dur sol de pierre. L'humidit&#233; des murs faisait du cachot un endroit &#233;pouvantable. Pire encore &#233;tait l'absence totale d'air et de lumi&#232;re, les t&#233;n&#232;bres imp&#233;n&#233;trables, tellement &#233;paisses qu'on ne pouvait m&#234;me pas deviner sa main lev&#233;e devant sa figure. J'eus la sensation de sombrer dans une fosse d&#233;vorante. Je pensais &#224; la description de Most : &#171; L'Inquisition Espagnole rena&#238;t en Am&#233;rique &#187;. Il n'avait pas exag&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s que la porte se fut referm&#233;e sur moi, je restai debout, redoutant l'id&#233;e de m'asseoir ou de m'adosser au mur. Puis je t&#226;tonnai vers la porte. Petit &#224; petit l'obscurit&#233; perdit de sa densit&#233;. Je saisis un son faible qui approchait lentement ; j'entendis une cl&#233; tourner dans la serrure. Une matonne apparut. Je reconnu Miss Johnson, celle qui m'avait effray&#233;e &#224; mon r&#233;veil lors de ma premi&#232;re nuit au p&#233;nitencier. J'en &#233;tais venue &#224; conna&#238;tre et &#224; appr&#233;cier sa belle personnalit&#233;. Sa gentillesse envers les prisonni&#232;res &#233;tait l'unique rayon de soleil dans leur existence terne. Elle m'avait prise en affection pratiquement d&#232;s le d&#233;but, et elle m'avait &#224; plusieurs reprises d&#233;montr&#233; son attention de mani&#232;re d&#233;tourn&#233;e. Souvent la nuit, quand tout le monde &#233;tait endormi, et que le calme &#233;tait tomb&#233; sur la prison, Miss Johnson entrait dans l'infirmerie, posait ma t&#234;te sur ses genoux, et caressait tendrement mes cheveux. Elle me racontait les nouvelles parues dans les journaux pour me distraire et elle essayait d'&#233;gayer mon humeur maussade. Je savais que j'avais trouv&#233; une amie chez cette femme, qui &#233;tait elle-m&#234;me une &#226;me seule, n'ayant jamais connu l'amour d'un homme ou d'un enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle entra dans le cachot en portant une chaise pliante et une couverture. &#171; Tu peux t'asseoir l&#224;-dessus &#187;, dit-elle, &#171; et t'enrouler l&#224;-dedans. Je laisserai la porte entrouverte pour laisser passer un peu d'air. Plus tard, je t'apporterai du caf&#233; chaud. Cela t'aidera &#224; passer la nuit. &#187; Elle me raconta combien c'&#233;tait douloureux pour elle de voir des prisonni&#232;res enferm&#233;es dans ce trou effrayant, mais qu'elle ne pouvait rien faire parce qu'on ne pouvait pas faire confiance &#224; la plupart d'entre elles. Elle &#233;tait persuad&#233;e qu'avec moi, c'&#233;tait diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cinq heures du matin mon amie dut r&#233;cup&#233;rer la chaise et la couverture et verrouiller la porte. Je ne me sentais plus oppress&#233;e par le cachot. L'humanit&#233; de Miss Johnson avait dissip&#233; l'obscurit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on me sortit du cachot et qu'on me renvoya &#224; l'infirmerie, il &#233;tait pratiquement midi. Je repris mes devoirs. Plus tard j'appris que le Dr. White m'avait demand&#233;e, et, ayant &#233;t&#233; inform&#233; que j'&#233;tais punie, il avait cat&#233;goriquement demand&#233; ma lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune visite n'&#233;tait autoris&#233;e avant qu'ait &#233;t&#233; accompli un mois de peine. Depuis mon incarc&#233;ration j'avais attendu Ed avec impatience, bien qu'en m&#234;me temps je redoutais sa venue. Je me souvenais de ma terrible visite avec Sasha, au p&#233;nitencier de Pennsylvanie. Mais ce ne fut pas si &#233;pouvantable &#224; Blackwell's Island. J'ai retrouv&#233; Ed dans une salle o&#249; d'autres prisonniers recevaient les amis et la famille qui venaient les voir. Il n'y avait pas de garde entre nous. Les autres d&#233;tenues &#233;tait tellement absorb&#233;es avec leurs propres visiteuses que personne ne fit attention &#224; nous. Pourtant nous nous sentions contraints. Les mains jointes, nous avons parl&#233; de choses g&#233;n&#233;rales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma seconde visite eut lieu dans l'infirmerie. Miss Johnson &#233;tant de garde, elle pla&#231;a avec pr&#233;venance un paravent pour nous soustraire &#224; la vue des autres patientes, et resta elle-m&#234;me &#224; distance. Ed me prit dans ses bras. C'&#233;tait une extase de sentir &#224; nouveau la chaleur de son corps, d'entendre battre son coeur, de s'accrocher avidement &#224; ses l&#232;vres. Mais son d&#233;part me laissa dans un violent tumulte &#233;motionnel, d&#233;vor&#233;e d'un besoin passionnel de la pr&#233;sence de mon amant. Le jour durant j'essayais de calmer le d&#233;sir br&#251;lant qui d&#233;ferlait dans mes veines, mais la nuit venue la passion s'empara de moi. Je finis par trouver le sommeil, un sommeil agit&#233;, perturb&#233; par des r&#234;ves et des images des nuits enivrantes pass&#233;es avec Ed. C'&#233;tait un supplice trop &#233;puisant. Je fus contente lorsqu'il amena Fedya et d'autres amis avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois Ed vint accompagn&#233; par Voltairine de Cleyre. Elle avait &#233;t&#233; invit&#233;e &#224; New York par des amies pour parler &#224; un meeting organis&#233; en ma faveur. Lorsque je lui avais rendu visite &#224; Philadelphie, elle &#233;tait trop malade pour pouvoir discuter. Je fus heureuse de cette possibilit&#233; de devenir d&#233;sormais plus proche d'elle. Nous avons parl&#233; des choses les plus ch&#232;res &#224; nos coeurs - Sasha, le mouvement. Voltairine promit, &#224; ma lib&#233;ration, de se joindre &#224; moi dans un nouvel effort en faveur de Sasha. En attendant elle m'assura qu'elle lui &#233;crirait. Ed aussi &#233;tait en contact avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes visiteurs et visiteuses &#233;taient toujours envoy&#233;s &#224; l'infirmerie. Je fus donc surprise d'&#234;tre un jour appel&#233;e dans le bureau du Directeur pour voir quelqu'un. Il s'agissait de John Swinton et sa femme. Swinton &#233;tait une c&#233;l&#233;brit&#233; nationale ; il avait travaill&#233; avec les abolitionnistes et s'&#233;tait battu pendant la Guerre Civile. En tant qu'&#233;diteur en chef du &lt;i&gt;New York Sun&lt;/i&gt; il avait plaid&#233; en faveur des r&#233;fugi&#233;s Europ&#233;ens qui venaient chercher asile aux &#201;tats-Unis. Il &#233;tait l'ami et le conseiller de jeunes aspirants litt&#233;raires, et avait &#233;t&#233; un des premiers &#224; d&#233;fendre Walt Whitman contre les jugements erron&#233;s des puristes. Grand, droit, avec un beau visage, John Swinton &#233;tait un personnage impressionnant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me salua chaleureusement, me faisant remarquer qu'il &#233;tait justement en train de dire au Directeur Pillsbury qu'il avait lui-m&#234;me fait, pendant les jours de l'abolition, des discours plus violents que tout ce que j'avais pu dire &#224; Union Square. Et il n'avait pas &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; pour autant. Il avait dit au Directeur qu'il devrait avoir honte de garder enferm&#233;e &#171; une petite fille comme &#231;a &#187;. &#171; Et que pensez-vous qu'il a r&#233;pondu ? Il a r&#233;pondu qu'il n'avait pas le choix, qu'il ne faisait que son devoir. Tous les faibles disent &#231;a, des l&#226;ches qui rejettent toujours la faute sur les autres. &#187; Juste &#224; ce moment le Directeur s'approcha de nous. Il assura Swinton que j'&#233;tais une prisonni&#232;re mod&#232;le et que j'&#233;tais devenue une infirmi&#232;re efficace en tr&#232;s peu de temps. En fait, je travaillais si bien qu'il aurait voulu que l'on m'ait condamn&#233;e pour cinq ans. &#171; Qu'elle g&#233;n&#233;rosit&#233;, n'est-ce pas ? &#187;, rigola Swinton. &#171; Peut-&#234;tre lui donnerez-vous un travail pay&#233; lorsqu'elle aura purg&#233; sa peine ? &#187; &#171; Assur&#233;ment &#187;, r&#233;pondis Pillsbury. &#171; H&#233; bien, vous seriez bien stupide. Ne savez-vous donc pas qu'elle ne croit pas en la prison ? Aussi s&#251;r que vous &#234;tes vivant, elle les laisserait toutes s'&#233;chapper, et qu'adviendrait-il alors de vous ? &#187; Le pauvre homme &#233;tait embarrass&#233;, mais il se joignit &#224; la rigolade. Avant que mon visiteur prenne cong&#233;, il se tourna une fois de plus vers le Directeur, l'avertissant de &#171; prendre bien soin de sa jeune amie &#187;, sans quoi il &#171; ferait &#233;clater tout cela au grand jour &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La visite des Swinton changea compl&#232;tement l'attitude de la surveillante-chef envers moi. Si le Directeur avait toujours &#233;t&#233; assez d&#233;cent avec moi, elle commen&#231;a &#224; me couvrir de privil&#232;ges : de la nourriture de sa propre table, des fruits, du caf&#233;, et des ballades sur l'&#238;le. Je refusai toutes ces faveurs &#224; l'exception des balades ; c'&#233;tait ma premi&#232;re opportunit&#233; en six mois d'aller &#224; l'air libre et d'inhaler l'air printanier sans barreau d'acier pour y mettre un frein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Mars 1894 nous avons re&#231;u un grand afflux de prisonni&#232;res. C'&#233;tait pratiquement toutes des prostitu&#233;es ramass&#233;es pendant les rafles r&#233;centes. La ville avait &#233;t&#233; frapp&#233;e d'une nouvelle croisade contre le vice. Le Comit&#233; Lexow, avec &#224; sa t&#234;te le R&#233;v&#233;rend Parkhurst, maniait le balai qui devait nettoyer New York de ce fl&#233;au affreux. Les hommes trouv&#233;s dans les maisons closes &#233;taient automatiquement rel&#226;ch&#233;s, mais les femmes &#233;taient arr&#234;t&#233;es, condamn&#233;es et envoy&#233;es &#224; Blackwell's Island.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart de ces malheureuses arrivaient dans des conditions d&#233;plorables. Elles &#233;taient soudainement priv&#233;es des narcotiques qu'elles utilisaient pratiquement toutes habituellement. La vue de leur souffrance &#233;tait poignante. Avec une force de g&#233;antes les fr&#234;les cr&#233;atures secouaient les barreaux de fer, juraient et hurlaient pour demander de la drogue et des cigarettes. Puis elles tombaient au sol, ext&#233;nu&#233;es, g&#233;missant pitoyablement tout au long de la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mis&#232;re de ces pauvres cr&#233;atures me rappela ma propre lutte pour me passer de l'effet apaisant des cigarettes. Mis &#224; part durant mes dix semaines de maladie &#224; Rochester, j'avais fum&#233; pendant des ann&#233;es, parfois jusqu'&#224; quarante cigarettes par jour. Lorsque nous avions des probl&#232;mes d'argent, et qu'il fallait choisir entre du pain ou des cigarettes, nous nous d&#233;cidions g&#233;n&#233;ralement pour ces derni&#232;res. Nous ne pouvions tout simplement pas tenir tr&#232;s longtemps sans fumer. &#202;tre coup&#233;e de cette habitude en arrivant au p&#233;nitencier fut pour moi une torture presque au-del&#224; de mes forces. Les nuits dans la cellule devinrent doublement atroces. Le seul moyen d'obtenir du tabac en prison passait par la corruption. Mais je savais que si une des d&#233;tenues &#233;tait attrap&#233;e en m'apportant des cigarettes, elle serait punie. Je ne pouvais les exposer &#224; ce risque. Priser du tabac &#233;tait autoris&#233;, mais je n'ai jamais pu m'y habituer. Il n'y avait rien &#224; faire &#224; part s'adapter &#224; la privation. J'eus la force de r&#233;sister et j'oubliais ma d&#233;pendance en me plongeant dans la lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en &#233;tait pas de m&#234;me pour les nouvelles arrivantes. &#192; partir du moment o&#249; elles apprirent que j'&#233;tais responsable de la pharmacie, elle m'ont poursuivie avec des offres d'argent ; pire encore, avec de pitoyables appels &#224; mon humanit&#233;. &#171; Juste une bouff&#233;e de dope, pour l'amour de Dieu ! &#187;. Je m'insurgeais contre l'hypocrisie chr&#233;tienne qui permettait aux hommes de s'en aller librement et qui envoyait les pauvres femmes en prison pour avoir acc&#233;d&#233; aux demandes sexuelles de ces m&#234;mes hommes. Priver soudainement les victimes des narcotiques qu'elles avaient utilis&#233;s pendant des ann&#233;es me paraissait impitoyable. Je leur aurais volontiers donn&#233; ce dont elles avaient si terriblement besoin. Ce ne fut pas la peur de la punition qui m'emp&#234;cha de leur apporter un peu de soulagement ; c'&#233;tait la confiance que le Dr. White avait en moi. Il m'avait fait confiance avec les m&#233;dicaments, il avait &#233;t&#233; gentil et g&#233;n&#233;reux - je ne pouvais pas le trahir. Les cris des femmes me d&#233;rout&#232;rent, m'affaiblirent durant des journ&#233;es enti&#232;res, mais je m'en suis tenue &#224; mes responsabilit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour une jeune Irlandaise fut amen&#233;e &#224; l'h&#244;pital pour une op&#233;ration. Vu la gravit&#233; du cas, le Dr. White fit appel &#224; deux infirmi&#232;res dipl&#244;m&#233;es. L'op&#233;ration dura jusqu'&#224; tard dans la soir&#233;e, puis la patiente fut laiss&#233;e sous ma garde. Les effets de l'&#233;ther l'avait rendue vraiment malade ; elle vomit violemment, et arracha les points de suture de sa plaie, ce qui provoqua une h&#233;morragie s&#233;v&#232;re. J'envoyai un appelle urgent au Charity Hospital. Il me sembla que des heures s'&#233;coul&#232;rent avant que le docteur et son &#233;quipe arrivent. Il n'y avait pas d'infirmi&#232;res cette fois-ci et je dus prendre leur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La journ&#233;e avait &#233;t&#233; inhabituellement dure, et j'avais eu tr&#232;s peu de sommeil. J'&#233;tais &#233;puis&#233;e et je devais me tenir &#224; la table d'op&#233;ration avec la main gauche pendant qu'avec celle de droite je passais les instruments et les &#233;ponges. La table d'op&#233;ration c&#233;da soudain et mon bras fut attrap&#233;. J'ai hurl&#233; de douleur. Le Dr. White &#233;tait tellement absorb&#233; dans ses manipulations que pendant un instant il ne r&#233;alisa pas ce qui s'&#233;tait pass&#233;. Quand il releva enfin la table et que mon bras fut ressorti, on aurait dit que chaque os en avait &#233;t&#233; bris&#233;. La douleur &#233;tait insoutenable et il ordonna une piq&#251;re de morphine. &#171; On s'occupera du bras plus tard. L'op&#233;ration d'abord &#187;. &#171; Non, pas de morphine, &#187; suppliais-je. Je me souvenais encore de l'effet qu'avait eu la morphine sur moi quand le Dr. Julius Hoffman m'en avait donn&#233; une dose contre l'insomnie. Cela m'avait fait dormir, mais au cours de la nuit j'avais essay&#233; de me jeter par la fen&#234;tre, et il avait fallu toute la force de Sasha pour me retenir. La morphine m'avait rendue folle, et il &#233;tait d&#233;sormais hors de question que j'en prenne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des m&#233;decins me donna quelque chose qui eut un effet calmant. Apr&#232;s que la patiente op&#233;r&#233;e eut &#233;t&#233; transport&#233;e dans son lit, le Dr. White examina mon bras. &#171; Vous &#234;tes d&#233;licate et rondelette, &#187; dit-il, &#171; &#231;a a sauv&#233; vos os. Rien n'a &#233;t&#233; cass&#233; - juste un petit peu aplati &#187;. Il mit une attelle &#224; mon bras. Le docteur voulait que j'aille au lit, mais il n'y avait personne d'autre pour veiller au chevet de la patiente. C'&#233;tait peut-&#234;tre sa derni&#232;re nuit : ses tissus &#233;taient tellement infect&#233;s que les points ne tiendraient pas, et une autre h&#233;morragie s'av&#233;rerait fatale. Je d&#233;cidai de rester &#224; son c&#244;t&#233;. Je savais que je n'arriverai pas dormir avec un cas aussi s&#233;rieux que celui-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai assist&#233; toute la nuit &#224; sa lutte pour la vie et, au matin, j'ai envoy&#233; chercher un pr&#234;tre. Tout le monde fut surpris de mon acte, particuli&#232;rement la surveillante-chef. Comment pouvais-je, moi une ath&#233;e, faire une chose pareille, se demanda-t-elle, et choisir un pr&#234;tre, par dessus le march&#233; ! J'avais refus&#233; de voir les missionnaires aussi bien que le rabbin. Elle avait remarqu&#233; que j'avais sympathis&#233; avec les deux soeurs catholiques qui nous rendaient souvent visite le dimanche. Je leur avais m&#234;me pr&#233;par&#233; du caf&#233;. Ne pensais-je pas que l'&#201;glise catholique avait toujours &#233;t&#233; l'ennemie du progr&#232;s et qu'elle avait pers&#233;cut&#233; et tortur&#233; les Juifs ? Comment pouvais-je &#234;tre si incons&#233;quente ? Je lui ai assur&#233; que je pensais bien s&#251;r tout cela. J'&#233;tais tout autant oppos&#233;e aux Catholiques qu'aux autres &#201;glises. Je les consid&#233;rais toutes identiques, ennemies du peuple. Elles pr&#234;chaient la soumission, et leur Dieu &#233;tait le Dieu des riches et des puissants. Je ha&#239;ssais leur Dieu et jamais je ne ferai la paix avec lui. Mais si je pouvais croire &#224; une religion parmi toutes, je pr&#233;f&#233;rerais l'&#201;glise catholique. &#171; Elle est moins hypocrite, &#187; lui ai-je dis ; &#171; elle tient compte des fragilit&#233;s humaines et poss&#232;de un sens de la beaut&#233; &#187;. Les soeurs catholiques et le pr&#234;tre n'avaient jamais essay&#233; de pr&#234;cher avec moi comme l'avaient fait les missionnaires, le pasteur, et le rabbin vulgaire. Ils avaient laiss&#233; mon &#226;me &#224; son propre destin ; ils m'avaient parl&#233; de choses humaines, sp&#233;cialement le pr&#234;tre, qui &#233;tait un homme cultiv&#233;. Ma pauvre patiente &#233;tait parvenue &#224; la fin d'une vie qui avait &#233;t&#233; trop dure pour elle. Le pr&#234;tre lui donnerait peut-&#234;tre quelques moments de paix et de gentillesse ; pourquoi est-ce que je n'aurais pas d&#251; faire appel &#224; lui ? Mais la matonne &#233;tait trop born&#233;e pour suivre mon raisonnement ou comprendre mes motifs. Je demeurais pour elle une &#171; fille bizarre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de mourir, ma patiente me demanda de la disposer pour la mort. J'avais &#233;t&#233; plus gentille avec elle, me dit-elle, que sa propre m&#232;re. Elle voulait savoir que ce seraient mes mains qui la pr&#233;pareraient pour son dernier voyage. Je la ferais belle ; elle voulait &#234;tre belle pour rencontrer la M&#232;re Marie et le Seigneur J&#233;sus. Cela demanda peu d'efforts de la rendre aussi jolie une fois morte qu'elle l'avait &#233;t&#233; en vie. Ses boucles noires rendaient son visage d'alb&#226;tre plus d&#233;licat que toutes les m&#233;thodes artificielles qu'elle avait utilis&#233; pour rehausser sa beaut&#233;. Ses yeux lumineux &#233;taient maintenant clos ; je les avais ferm&#233;s de ma propre main. Mais ses sourcils cisel&#233;s et ses longs cils noirs rappelaient l'&#233;clat qui avait &#233;t&#233; le sien. Comme elle avait d&#251; fasciner les hommes ! Et eux l'avaient d&#233;truite. Elle &#233;tait d&#233;sormais hors de leur atteinte. La mort avait att&#233;nu&#233; ses souffrances. Elle paraissait maintenant sereine dans sa blancheur de marbre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment des f&#234;tes juives, je fus de nouveau appel&#233;e dans le bureau du Directeur. Ma grand-m&#232;re m'y attendait. Elle avait suppli&#233; Ed &#224; plusieurs reprises pour qu'il l'emm&#232;ne avec lui, mais il avait refus&#233; afin de lui &#233;viter cette exp&#233;rience douloureuse. Mais rien ne pouvait arr&#234;ter cet &#234;tre d&#233;vou&#233;. Avec le peu d'anglais qu'elle baragouinait elle s'&#233;tait fait son chemin jusqu'au Commissaire des Peines, s'&#233;tait procur&#233; un laisser-passer, et &#233;tait venue jusqu'au p&#233;nitencier. Elle me tendit un grand torchon blanc contenant du &lt;i&gt;matzoth&lt;/i&gt;, du poisson &lt;i&gt;gef&#252;llte&lt;/i&gt;, et un g&#226;teau de l'Est pr&#233;par&#233; de sa main. Elle essaya d'expliquer au Directeur quelle bonne fille juive &#233;tait sa &lt;i&gt;Chavele&lt;/i&gt; ; en fait, meilleure que n'importe quelle femme de rabbin, parce qu'elle donnait tout aux pauvres. Elle &#233;tait terriblement nerveuse quand vint le moment du d&#233;part, et j'essayai de l'apaiser, la suppliant de ne pas craquer devant le Directeur. Elle s&#233;cha bravement ses larmes et sortit en marchant droite et fi&#232;re, mais je savais qu'elle pleurerait am&#232;rement aussit&#244;t qu'elle serait hors de vue. Sans doute prierait-elle son Dieu pour sa &lt;i&gt;Chavele&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mois de juin vit plusieurs prisonni&#232;res quitter l'infirmerie. Quelques lits seulement restaient occup&#233;s. Pour la premi&#232;re fois depuis que j'&#233;tais entr&#233;e &#224; l'h&#244;pital j'eus quelque temps libre, et j'en profitais pour lire plus souvent. J'avais accumul&#233; une biblioth&#232;que cons&#233;quente. John Swinton m'avait envoy&#233; plusieurs livres, ce que firent aussi d'autres amis, mais la plupart d'entre eux venaient de Justus Schwab. Il n'&#233;tait jamais venu me voir ; il avait demand&#233; &#224; Ed de me dire qu'il lui &#233;tait impossible de venir me rendre visite. Il ha&#239;ssait tant la prison qu'il ne serait pas capable de me laisser derri&#232;re les barreaux. S'il venait il serait tent&#233; d'utiliser la force pour me ramener avec lui, et cela ne ferait que causer des probl&#232;mes. &#192; la place il m'envoyait des piles de livres. Walt Whitman, Emerson, Thoreau, Hawthorne, Spencer, John Stuart Mill, et plusieurs autres auteurs Anglais et Am&#233;ricains que j'appris &#224; conna&#238;tre et &#224; aimer gr&#226;ce &#224; l'amiti&#233; de Justus. Au m&#234;me moment d'autres auteurs vinrent &#224; s'int&#233;resser &#224; mon salut - des spiritualistes et des r&#233;dempteurs m&#233;taphysique de tout poil. J'essayai honn&#234;tement d'atteindre leur pens&#233;e, mais j'&#233;tais sans doute trop terre &#224; terre pour suivre leurs ombres dans les nuages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les livres que je re&#231;us figurait la &lt;i&gt;Vie d'Albert Brisbane&lt;/i&gt;, &#233;crit par sa veuve. La page de garde portait une d&#233;dicace reconnaissante &#224; mon intention. Une lettre cordiale de son fils, Arthur Brisbane, &#233;tait jointe au livre, dans laquelle il exprimait son admiration et l'espoir qu'&#224; ma lib&#233;ration je lui permettrai d'organiser une soir&#233;e pour moi. La biographie de Brisbane me fit d&#233;couvrir Fourrier et d'autres pionniers de pens&#233;e socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La biblioth&#232;que de la prison poss&#233;dait quelque bonne litt&#233;rature, notamment les oeuvres de George Sand, George Eliot, et Ouida. Le responsable de la biblioth&#232;que &#233;tait un Anglais instruit purgeant une peine de 5 ans pour contrefa&#231;on. Les livres qu'il me distribuait commenc&#232;rent rapidement &#224; contenir des billets doux r&#233;dig&#233;s dans les termes les plus affectueux, qui s'enflamm&#232;rent bient&#244;t avec passion. Il avait d&#233;j&#224; pass&#233; quatre ann&#233;es en prison, disait l'un de ses billets, et l'amiti&#233; et l'amour d'une femme lui manquaient cruellement. Il me suppliait de lui offrir au moins l'amiti&#233;. Pourrais-je lui &#233;crire occasionnellement &#224; propos des livre que j'&#233;tais en train de lire ? Il n'aimait pas l'id&#233;e de s'engager dans un stupide flirt de prison, mais le besoin d'expression libre et sans censure &#233;tait par trop irr&#233;sistible. Nous avons &#233;chang&#233; plusieurs billets, souvent d'une nature tr&#232;s ardente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon admirateur &#233;tait un splendide musicien et jouait de l'orgue dans la chapelle. J'aurais aim&#233; y assister, pouvoir l'&#233;couter et le sentir &#224; mes c&#244;t&#233;s, mais la vue des prisonniers dans leurs uniformes ray&#233;s, certains d'entre eux menott&#233;s, et par dessus tout avilis et insult&#233;s par le sermon du pasteur, &#233;tait trop &#233;pouvantable pour moi. J'en avait &#233;t&#233; t&#233;moin une fois, le 4 juillet, quand des politiciens &#233;taient venus pour parler aux d&#233;tenus des splendeurs de la libert&#233; Am&#233;ricaine. J'avais d&#251; passer par l'aile du b&#226;timent des hommes pour d&#233;livrer un message au Directeur, et j'avais entendu la pompeuse d&#233;clamation patriotique sur la libert&#233; et l'ind&#233;pendance adress&#233;e aux hommes rendus &#224; l'&#233;tat d'&#233;paves physiques et mentales. Un des condamn&#233;s avait &#233;t&#233; mis aux fers &#224; cause d'une tentative d'&#233;vasion. Je pouvais entendre le cliquetis de ses cha&#238;nes qui accompagnait chacun de ses mouvements. Je ne supportais pas d'aller &#224; l'&#233;glise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chapelle &#233;tait situ&#233;e en dessous de l'infirmerie. Deux fois par dimanche, assise sur l'escalier, je pouvais entendre mon admirateur jouer de l'orgue. Le dimanche &#233;tait presque une journ&#233;e de vacances : la surveillante-chef &#233;tait de cong&#233;, et nous &#233;tions lib&#233;r&#233;es de l'irritation que nous causait sa voix brutale. Les deux soeurs catholiques venaient parfois ce jour-l&#224;. J'&#233;tais charm&#233;e par la plus jeune, qui n'avait pas vingt ans, tr&#232;s jolie et pleine de vie. Je lui ai demand&#233; une fois ce qui l'avait amen&#233;e &#224; entrer dans les ordres. Levant ses grands yeux au ciel, elle me r&#233;pondit : &#171; Le pr&#234;tre &#233;tait si jeune et si beau ! &#187; La &#171; b&#233;b&#233; nonne, &#187; comme je l'appelais, pouvait babiller des heures de sa jeune voix enjou&#233;e, me contant nouvelles et ragots. C'&#233;tait pour moi un soulagement apr&#232;s la grisaille de la prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tous les amis que je me suis faits sur Blackwell's Island le pr&#234;tre &#233;tait le plus int&#233;ressant. Au premier abord je n'ai pas &#233;prouv&#233; beaucoup de sympathie pour lui. Je pensais qu'il &#233;tait comme le reste des autres religieux pros&#233;lytes, mais j'ai rapidement compris qu'il voulait uniquement parler de livres. Il avait &#233;tudi&#233; &#224; Cologne et avait beaucoup lu. Il savait que j'avais plusieurs livres et il me demanda si je voulais bien en &#233;changer quelques-uns avec lui. J'&#233;tais abasourdie et je me demandais quelle sorte de livre il allait m'amener, &#224; part le Nouveau Testament ou le Cat&#233;chisme. Mais il vint avec des oeuvres de po&#233;sie et de musique. Il avait libre acc&#232;s &#224; la prison &#224; n'importe quelle heure, et il venait souvent &#224; l'infirmerie &#224; neuf heures du soir et y restait bien apr&#232;s minuit. Nous discutions alors de ses compositeurs favoris - Bach, Beetoven et Brahms - et nous comparions nos points de vue en po&#233;sie et nos id&#233;es sociales. Il m'offrit un dictionnaire Anglais-Latin ainsi d&#233;dicac&#233; : &#171; Pour Emma Goldman, avec mon plus grand respect. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'eus l'occasion de lui demander pourquoi il ne m'avait jamais donn&#233; la Bible. &#171; Parce que personne ne peut la comprendre ou l'aimer si on la force &#224; la lire, &#187; me r&#233;pondit-il. Cela me donna envie de la lire et je la lui demandai. Sa simplicit&#233; de langage et son c&#244;t&#233; mythique me fascin&#232;rent. Il n'y avait pas de faux-semblant chez mon jeune ami. Il &#233;tait d&#233;vot, enti&#232;rement consacr&#233; &#224; sa t&#226;che. Il observait chaque je&#251;ne et pouvait se perdre des heures en pri&#232;res. Une fois il me demanda de l'aider &#224; d&#233;corer la chapelle. Lorsque je suis descendue, j'ai trouv&#233; la fr&#234;le figure &#233;maci&#233;e dans une pri&#232;re silencieuse, oublieuse de tout ce qui l'entourait. Mon id&#233;al, ma foi, &#233;tait &#224; l'oppos&#233;e de la sienne, mais je sus qu'il &#233;tait aussi ardemment sinc&#232;re que moi. Notre ferveur &#233;tait notre terrain d'entente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Directeur Pillsbury venait souvent &#224; l'h&#244;pital. C'&#233;tait un homme peu commun pour son environnement. Son grand-p&#232;re avait &#233;t&#233; ge&#244;lier et son p&#232;re et lui-m&#234;me &#233;taient tous deux n&#233;s en prison. Il comprenait ses pensionnaires et les forces sociales qui les avaient cr&#233;&#233;s. Il me confia une fois qu'il ne pouvait supporter les &#171; balances &#187; ; il pr&#233;f&#233;rait le prisonnier qui avait de la fiert&#233; et qui ne s'abaissait pas &#224; agir &#224; l'encontre de ses cod&#233;tenus dans le but de gagner des privil&#232;ges pour lui-m&#234;me. Si un d&#233;tenu affirmait qu'il s'amenderait et ne commettrait plus jamais de crime, le Directeur &#233;tait s&#251;r qu'il mentait. Il savait que personne ne pouvait recommencer une vie nouvelle apr&#232;s des ann&#233;es de prison et le monde entier contre lui, &#224; moins qu'il ait des amis pour l'aider au dehors. Il avait l'habitude de dire que l'&#201;tat ne fournissait m&#234;me pas suffisamment d'argent &#224; un homme lib&#233;r&#233; pour se payer les repas de sa premi&#232;re semaine. Comment, alors, pouvait-on attendre de lui qu'il &#171; agisse bien &#187; ? Il racontait l'histoire d'un homme qui lui avait dit, le jour de sa lib&#233;ration : &#171; Pillsbury, la prochaine montre que je volerai je vous l'enverrai comme pr&#233;sent. &#187; &#171; C'est mon type d'homme, &#187; en rigolait le Directeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pillsbury pouvait faire beaucoup de bien pour les infortun&#233;s &#224; sa charge dans la position o&#249; il se trouvait, mais il &#233;tait constamment entrav&#233;. Il avait d&#251; permettre aux prisonni&#232;res de faire la cuisine, la lessive et le m&#233;nage pour d'autres qu'elles-m&#234;mes. Si la table damass&#233;e n'&#233;tait pas correctement roul&#233;e avant le repassage, la lavandi&#232;re courait le risque d'&#234;tre envoy&#233;e au cachot. La prison enti&#232;re &#233;tait min&#233;e par le favoritisme. Les d&#233;tenues &#233;taient priv&#233;es de nourriture &#224; la moindre infraction, mais Pillsbury, qui &#233;tait un vieil homme, n'y pouvait pas grand chose. En outre, il faisait tout pour &#233;viter un scandale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au plus approchait le jour de ma lib&#233;ration, au plus la vie en prison devenait insupportable. Les jours s'&#233;ternisaient et je devenais agit&#233;e et irritable. M&#234;me lire devint impossible. Je restais des heures perdue dans mes souvenirs. Je pensais aux camarades du p&#233;nitencier de l'Illinois graci&#233;s par le Gouverneur Altgeld. Depuis que j'&#233;tais arriv&#233;e en prison, j'avais r&#233;alis&#233; combien la commutation de la peine des trois hommes, Neebe, Fielden et Schwab, avait jou&#233; pour la cause pour laquelle avaient &#233;t&#233; pendus leurs camarades de Chicago. Le venin de la presse &#224; l'encontre de Altgeld pour son geste de justice prouva combien il avait profond&#233;ment touch&#233; les groupes d'int&#233;r&#234;ts, particuli&#232;rement par son analyse du proc&#232;s et sa d&#233;monstration limpide selon laquelle les anarchistes ex&#233;cut&#233;s avaient &#233;t&#233; judiciairement assassin&#233;s en d&#233;pit de leur innocence prouv&#233;e du crime dont on les accusait. Chaque d&#233;tail de ces journ&#233;es de 1887 se dressait comme un grand soulagement devant moi. Je pensais aussi &#224; Sasha, &#224; notre vie ensemble, son acte, son martyr - je revivais maintenant avec une r&#233;alit&#233; poignante chaque moment des cinq ann&#233;es &#233;coul&#233;es depuis que je l'avais rencontr&#233; pour la premi&#232;re fois. Pourquoi Sasha &#233;tait-il encore si profond&#233;ment enracin&#233; en moi ? Mon amour pour Ed n'&#233;tait-il pas plus extatique, plus enrichissant ? Peut-&#234;tre &#233;tait-ce son acte qui m'avait attach&#233;e &#224; lui avec des liens si puissants. Comme ma propre exp&#233;rience de la prison &#233;tait insignifiante compar&#233;e &#224; ce que Sasha &#233;tait en train d'endurer dans le purgatoire d'Allengheny ! Je ressentais maintenant de la honte d'avoir pu, ne serait-ce qu'un moment, trouver quelque duret&#233; &#224; mon incarc&#233;ration. Pas un seul visage ami dans la salle du tribunal pour &#234;tre pr&#232;s de Sasha et le r&#233;conforter - confinement solitaire et isolation totale, plus aucune visite ne lui avait &#233;t&#233; autoris&#233;e. L'inspecteur avait tenu sa promesse ; depuis ma visite en novembre 1892, Sasha n'avait pas &#233;t&#233; autoris&#233; &#224; voir qui que ce soit. Combien il devait avoir soif de la vue et du contact d'un esprit affinitaire, comme il devait le d&#233;sirer ardemment !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes pens&#233;es se pr&#233;cipit&#232;rent. Fedya, l'amoureux de la beaut&#233;, si fin et sensible ! Et Ed. Ed - il m'avait fait embrasser tant de d&#233;sirs myst&#233;rieux, il m'avait ouvert de telles sources de richesse spirituelles ! Je devais mon d&#233;veloppement &#224; Ed, ainsi qu'aux autres qui avaient travers&#233; ma vie. Mais, plus que toute autre chose, ce fut la prison qui s'av&#233;ra &#234;tre la meilleure &#233;cole. Une &#233;cole plus douloureuse, mais combien n&#233;cessaire. C'est l&#224; que j'ai pu approcher des profondeurs et des complexit&#233;s de l'&#226;me humaine ; c'est l&#224;, plus qu'ailleurs, que j'ai c&#244;toy&#233; l'horreur et la beaut&#233;, la bassesse et la g&#233;n&#233;rosit&#233;. C'est aussi l&#224; o&#249; j'ai appris &#224; voir la vie &#224; travers mes propres yeux et pas au travers de ceux de Sasha, Most ou Ed. La prison a &#233;t&#233; le creuset qui a mit ma foi &#224; l'&#233;preuve. Elle m'a aid&#233; &#224; d&#233;couvrir ma propre force, la force d'&#234;tre seule, la force de vivre ma vie et de me battre pour mes id&#233;aux, contre le monde entier si cela &#233;tait n&#233;cessaire. L'&#201;tat de New York ne pouvait pas m'avoir rendu un plus grand service qu'en m'envoyant au p&#233;nitencier de Blackwell's Island !&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Index des noms&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Berkman, Alexander, dit Sasha&lt;/strong&gt; (1870 &#224; Vilna ou Wilno, Russie - 1936 &#224; Nice)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a autant &#224; dire qu'&#224; propos d'Emma Goldman, alors... essayons de r&#233;sumer...&lt;br&gt;Anarchiste russe dou&#233; d'un grand sens organisationnel. Il &#233;crit &#224; douze ans un pamphlet antireligieux qu'il avouera trois ans plus tard, ce qui lui vaudra d'&#234;tre publiquement r&#233;primand&#233; et rabaiss&#233; &#224; une classe inf&#233;rieure du lyc&#233;e. Il &#233;migre aux USA en 1888, six mois apr&#232;s la mort de sa m&#232;re. Il s'int&#232;gre au milieu anarchiste new-yorkais, principalement compos&#233; d'&#233;migr&#233;s allemands et russes. Il rencontre Emma et devient son amant. Il collabore au &lt;i&gt;Freiheit&lt;/i&gt; (voir Most) avant de s'&#233;loigner de lui et de participer, avec Emma, au groupe &lt;i&gt;autonomie&lt;/i&gt;et de commettre un attentat, rat&#233;, contre Henry Clay Frick. Il refusera l'assistance d'un avocat, transformant son proc&#232;s en tribune, et sera condamn&#233; &#224; vingt-deux ans de r&#233;clusion. Il passera 14 ann&#233;es au p&#233;nitencier, la plupart du temps dans les quartiers d'isolement. Apr&#232;s une visite d'Emma et une tentative d'&#233;vasion rat&#233;e il n'aura m&#234;me plus droit aux visites. Il sortira de prison en 1906. Il publiera un livre, &lt;i&gt;Prison Memoirs of an Anarchist&lt;/i&gt;, participera au journal &lt;i&gt;Mother Earth&lt;/i&gt; d'Emma Goldman, sera l'un des fondateur de l'&#233;cole Ferrer de New York, puis publiera avec sa compagne son propre journal, &lt;i&gt;The Blast&lt;/i&gt;, &#224; San Francisco. En 1919 il sera expuls&#233; vers la Russie avec Emma Goldman, d'o&#249;, conscient de l'horreur en route et de la r&#233;cup&#233;ration de la r&#233;volution, ils r&#233;ussiront &#224; partir et gagneront Berlin. Berkman publiera alors &lt;i&gt;The Bolshevik Myth&lt;/i&gt; et de nombreux articles. Il arrivera en France en 1925, et se suicidera &#224; Nice le 28 juin 1936, &#224; la veille de la r&#233;volution espagnole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; propos de la mort de Berkman l'ex-anarchiste Max Nomad parla d'assassinat en se r&#233;f&#233;rant au fait que Berkman se soit tu&#233; en se tirant dans le ventre et pas dans la t&#234;te et que sa compagne, Emmy, ait devant lui fait une diatribe virulente &#224; l'encontre de l'anarchisme et des anarchistes. Il affirme aussi qu'Emma n'aurait pas invit&#233; Emmy &#224; une f&#234;te en l'honneur de Berkman et que lorsque celui-ci revint, Emmy lui aurait tir&#233; dessus (Max Nomad : &lt;i&gt;Dreamers, dynamiters and demagogues&lt;/i&gt;, NY 1964). Jo Peirats, dans sa biographie d'Emma Goldman, conteste cela, arguant du fait que Berkman n'&#233;tait pas sorti vu son &#233;tat de sant&#233;, que l'histoire du ventre et de la t&#234;te est aussi valable dans le cas d'un suicide que d'un assassinat et que Berkman a laiss&#233; une lettre disant &#171; Je ne veux pas vivre malade et d&#233;pendant des autres. Pardonne-moi, Emmy, et toi aussi Emma. Toute ma tendresse pour vous... Aide Emmy - Sasha &#187;.&lt;br&gt;May Piqueray, dans son autobiographie, &#233;met elle aussi des doutes quant au suicide de Berkman : &#171; Le connaissant bien, je ne pouvais y croire et, aujourd'hui encore, si je pleure sa mort, un doute me tenaille le coeur &#187;.&lt;br&gt;Dans un article paru peu apr&#232;s la mort de son camarade, Emma Goldman n'&#233;met quant &#224; elle aucun doute sur son suicide (cf. &#034;Alexander Berkman's last days&#034;, &lt;i&gt;The Vanguard&lt;/i&gt;, ao&#251;t-septembre 1936).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Brady, Edward, dit Ed&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anarchiste autrichien qui &#233;migre aux USA apr&#232;s dix ans de prison pour avoir publi&#233; de la litt&#233;rature anarchiste ill&#233;gale. Il vient juste d'arriver lorsque qu'il rencontre Emma Goldman et devient son amant, peu de temps avant son incarc&#233;ration &#224; Blackwell's Island. Il lui fait d&#233;couvrir d'autres horizons litt&#233;raires, tels les grands classiques de la litt&#233;rature anglaise et fran&#231;aise. Ils resteront longtemps ensemble, mais l'attitude d'Ed, qui voudrait qu'Emma cesse de s'occuper de politique et de courir de meeting en meeting, les conduira &#224; se s&#233;parer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;de Cleyre, Voltairine &lt;/strong&gt;(1866, Michigan - 1912, Chicago)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ath&#233;e et libre-penseuse, puis anarchiste f&#233;ministe. Elle commencera sa carri&#232;re publique comme pacifiste et s'&#233;l&#232;vera durant de nombreuses ann&#233;es contre les m&#233;thodes r&#233;volutionnaires. Mais une plus grande familiarit&#233; avec les id&#233;es europ&#233;ennes, la r&#233;volution Russe de 1905, la croissance rapide du capitalisme dans son propre pays, avec tout ce que cela comporte de violence et d'injustice, et particuli&#232;rement la r&#233;volution Mexicaine, &#224; laquelle elle se d&#233;vouera enti&#232;rement, changeront son attitude. Elle rencontrera Emma Goldman. Les deux femmes s'appr&#233;ci&#232;rent mutuellement mais ne devinrent jamais r&#233;ellement amies. Po&#233;tesse et auteur talentueuse, elle effectuera diverses tourn&#233;es de conf&#233;rences en Am&#233;rique et en Europe. Elle aurait pu gagner renom et fortune gr&#226;ce &#224; ses talents mais n'accepta m&#234;me pas les plus simples conforts au sein de ses activit&#233;s dans le mouvement social. Elle mourra de maladie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Chicago's Eight&lt;/i&gt;, ou les 8 de Chicago, ou les martyrs de Chicago&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le samedi 1er mai 1886 est fix&#233;, par les syndicats am&#233;ricains et le journal anarchiste &lt;i&gt;The Alarm,&lt;/i&gt; afin d'organiser un mouvement revendicatif pour la journ&#233;e de 8 heures. La gr&#232;ve, suivie par 340 000 salari&#233;s, paralyse pr&#232;s de 12 000 usines &#224; travers les USA. Le mouvement se poursuit les jours suivants ; le 3 mai, &#224; Chicago, un meeting se tient pr&#232;s des usines Mc Cormick. Des affrontements ont lieu avec les &#171; jaunes &#187; et la police tire sur la foule, provoquant la mort de plusieurs ouvriers. Le 4 mai, tout Chicago est en gr&#232;ve et un grand rassemblement est pr&#233;vu &#224; Haymarket dans la soir&#233;e. Alors que celui-ci se termine, la police charge les derniers manifestants. C'est &#224; ce moment-l&#224; qu'une bombe est jet&#233;e sur les policiers, qui ripostent en tirant. Le bilan se solde par une douzaine de morts, dont 7 policiers. Cela d&#233;clenche l'hyst&#233;rie de la presse bourgeoise et la proclamation de la loi martiale. La police arr&#234;te 8 anarchistes, dont deux seulement &#233;taient pr&#233;sents au moment de l'explosion (d'apr&#232;s Emma Goldman, trois d'entre eux avaient parl&#233; &#224; la tribune). Mais qu'importe leur innocence ; un proc&#232;s, commenc&#233; le 21 juin 1886, en condamne 5 &#224; mort ; malgr&#233; l'agitation internationale, ils seront pendus le 11 novembre, sauf Lingg qui se suicidera la veille, dans sa cellule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;v&#233;nement aura un fort impact sur la jeune Emma Goldman et sera l'&#233;l&#233;ment d&#233;clencheur de sa prise de conscience et de son engagement dans la lutte sociale et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois ans plus tard, en 1889, le congr&#232;s de l'Internationale Socialiste r&#233;unie &#224; Paris d&#233;cidera de consacrer chaque ann&#233;e la date du 1er mai &#171; journ&#233;e de lutte &#224; travers le monde &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; 1er mai &#187; sera d'abord r&#233;cup&#233;r&#233; par la r&#233;volution bolchevique, puis par les nazis, et enfin par le r&#233;gime de Vichy qui le transformera en &#171; F&#234;te du travail &#187;, sans jamais r&#233;ussir totalement &#224; lui enlever son origine libertaire. (texte tir&#233; de l'&lt;a href=&#034;http://perso.club-internet.fr/ytak&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#201;ph&#233;m&#233;ride anarchiste&lt;/a&gt;.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fedya&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peintre et illustrateur. Ami et colocataire d'Emma et Sasha, un moment amant d'Emma. Il ne s'engagera pas politiquement comme ses amis, mais soutiendra toujours Emma moralement ou financi&#232;rement, m&#234;me si leurs &#171; mondes &#187; finiront par diverger grandement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fielden, Samuel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des 8 de Chicago, et un des trois qui ne furent pas pendus (condamn&#233; &#224; perp&#233;tuit&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Frick, Henry Clay&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Directeur de la &#171; Carnegie Steel Company &#187; (appartenant au magnat de l'acier Andrew Carnegie), quintessence du patron capitaliste dur, responsable en juin 1892 du massacre d'ouvriers en gr&#232;ve &#224; Homestead qui fera 35 mort et 400 bless&#233;s du c&#244;t&#233; des ouvriers, et 7 du c&#244;t&#233; des 316 mercenaires contract&#233;s par Frick et arm&#233;s de pistolets et de winchester (d'apr&#232;s &lt;i&gt;Lockout&lt;/i&gt;, Leon Wolff, Harper and Row, New-York 1965. May Piqueray parle d'un bilan bien moins lourd, mais je ne m'y fierai pas, son livre comportant par ailleurs quelques erreurs sur les dates, les faits...). 8000 gardes nationaux sont entr&#233;s dans Homestead, la loi martial est instaur&#233;e, et 2000 jaunes travaillent dans l'usine. Des 4000 ouvriers qui y travaillaient pr&#233;c&#233;demment, 800 seulement seront repris (d'apr&#232;s &lt;i&gt;May la r&#233;fractaire&lt;/i&gt;, de May Piqueray, Los Solidarios, 2003). Le 22 juillet de la m&#234;me ann&#233;e Berkman s'introduit dans le bureau de Frick et lui tire cinq coups de revolver avant d'&#234;tre ma&#238;tris&#233; par des ouvriers. Frick n'en mourra pas, Berkman &#233;chappant ainsi &#224; la peine de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Most, Johann&lt;/strong&gt; (1846, Bavi&#232;re -1906, USA)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propagandiste anarchiste allemand, ouvrier relieur puis journaliste, &#233;lu en 1874 d&#233;put&#233; social-d&#233;mocrate au &lt;i&gt;Reichstag&lt;/i&gt;(parlement allemand), plusieurs fois emprisonn&#233; pour ses activit&#233;s d'agitateur et ses discours particuli&#232;rement enflamm&#233;s avant d'&#234;tre exil&#233; de son pays par les lois antisocialistes de 1878. Il se r&#233;fugie en Angleterre, puis est expuls&#233; du parti pour indiscipline en 1880. Il publie le journal &lt;i&gt;Freiheit&lt;/i&gt;(Libert&#233;), est condamn&#233; &#224; 16 mois de travaux forc&#233;s suite &#224; un article glorifiant l'attentat contre le Tsar Alexandre II. Il &#233;migre aux USA en 1882, o&#249; il reprend la publication du &lt;i&gt;Freiheit&lt;/i&gt;, journal qui participa grandement &#224; la formation id&#233;ologique d'Emma, et qui la poussera &#224; quitter sa famille et son mari pour venir voir Most &#224; New York. Il rencontrera les jeunes Emma et Sasha, qui l'admirent, et deviendra un temps l'amant d'Emma. Ce fut Most qui poussa Emma &#224; devenir oratrice et qui lui organisa ses premi&#232;res tourn&#233;es. Il finiront par se s&#233;parer violemment, Most prenant m&#234;me position contre l'acte de Berkman, le discr&#233;ditant dans la presse, et Emma le fouettera publiquement au visage durant l'un de ses meeting.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Neebe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des 8 de Chicago, et un des trois qui ne furent pas pendus (condamn&#233; &#224; 15 ans).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Schwab, Justus&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Intellectuel ami d'Emma, dont le salon &#233;tait le plus fameux centre des radicaux new-yorkais. Comme dit Emma c'&#233;tait &#171; La Mecque des Communards fran&#231;ais, des r&#233;fugi&#233;s espagnols et italiens, des militants russes, et des anarchistes et socialistes allemands qui avaient &#233;chapp&#233; tant bien que mal au talon de fer de Bismarck &#187; (&lt;i&gt;Living my life&lt;/i&gt;, chapitre 11).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Schwab, Michael&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des 8 de Chicago, et un des trois qui ne furent pas pendus (condamn&#233; &#224; perp&#233;tuit&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rep&#232;res bibliographiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(Pour une bibliographie compl&#232;te - ou presque - en anglais voir &lt;a href='https://www.infokiosques.net/ici'&gt;http://dwardmac.pitzer.edu/anarchist_archives/goldman/Goldmanbiblio.html&lt;/a&gt;.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En anglais&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; D'Emma Goldman&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;Living my life&lt;/i&gt;, Dover, New-York 1970. 2 vol.&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;i&gt;Anarchims and Other Essays&lt;/i&gt;, Dover, New-York 1969 ou 1970.&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;i&gt;My Disillusionment in Russia&lt;/i&gt;, Cromwell Appolo, 1970.&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;i&gt;Red Emma Speaks&lt;/i&gt;, Random House, 1972 (recueil de textes pr&#233;sent&#233;s par Alix Shulman).&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; D'Alexander Berkman&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;Prison Memoirs of an Anarchist&lt;/i&gt;, Shocken Books, 1970.&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;i&gt;The Bolshevik Myth&lt;/i&gt;, Liveright, 1974.&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;i&gt;What is communist Anarchism ?&lt;/i&gt;, Dover, 1972.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; D'Emma Goldman et Alexander Berkman&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;Nowhere at Home : Letters from Exile...&lt;/i&gt;, Schocken Books, 1975 (recueil de lettres d'exil pr&#233;sent&#233;es par Richard et Anna-Maria Drinon).&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#192; propos d'Emma Goldman&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;Rebel in Paradise&lt;/i&gt;, de Richard Drinon, Harper &amp; Row-Colophon, 1976&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#192; propos de Homestead&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;Lockout&lt;/i&gt;, Leon Wolff, Harper and Row, New-York 1965.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En fran&#231;ais&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; D'Emma Goldman&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;L'&#201;pop&#233;e d'une anarchiste, New-York 1886 - Moscou 1920&lt;/i&gt;, traduction partielle et adaptation de &lt;i&gt;Living My Life&lt;/i&gt; par Cathy Bernheim et Annette L&#233;vy-Willard, Hachette 1979 puis Editions Complexe 1984 et 2002 (2001 ?).&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;i&gt;La trag&#233;die de l'&#233;mancipation f&#233;minine&lt;/i&gt;, suivi de &lt;i&gt;Du mariage et de l'amour&lt;/i&gt;, Syros, 1978 (deux conf&#233;rences pr&#233;fac&#233;es annot&#233;es et comment&#233;es par Claire Auzias-G&#233;lineau, Denise Berthaud, Marie Hazan et Annik Houel).&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;i&gt;L'individu, la soci&#233;t&#233; et l'&#201;tat&lt;/i&gt;, &#233;ditions du R&#233;fractaire, Paris 1978 (1977 ?), introduction de May Piqueray et traduction de Marie-May Nielsen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs textes traduits dans la revue de traductions et de d&#233;bats &lt;i&gt;Ni Patrie Ni Fronti&#232;res&lt;/i&gt;, disponible par correspondance, &#224; Publico ou sur le site &lt;a href=&#034;http://www.mondialisme.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;mondialisme.org&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; D'Alexandre Berkman&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;M&#233;moires de prison d'un anarchiste&lt;/i&gt;, Presses de la Renaissance, Paris, 1977, traduction de H.D&#233;n&#232;s.&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;i&gt;La Trag&#233;die russe. &#201;tude critique, perspectives&lt;/i&gt;, &#233;ditions du R&#233;fractaire - Les Amis de Louis Lecoin, Paris 1977, traduction de Marie-May Nielsen.&lt;br class='manualbr' /&gt;- &#171; Journal d'un t&#233;moin &#187;, in &lt;i&gt;la Commune de Cronstadt&lt;/i&gt;, B&#233;listare, 1969.&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;i&gt;Le Mythe bolchevik. Journal. 1920-1922&lt;/i&gt; [suivi de &#171; &#192; contre-courant (Anti-climax) &#187;], traduction de M. Zaoui, pr&#233;face de M. Zalcman, La Digitale-Calligrammes, Quimperl&#233;, 1987 ; r&#233;&#233;d., suivi de &#171; La Grande D&#233;sillusion &#187;, La Digitale-Calligrammes, Quimperl&#233;, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#192; propos de la vie des vagabondEs, &lt;i&gt;hobos&lt;/i&gt;, r&#233;prouv&#233;Es, anarchistes et autres &lt;i&gt;freaks&lt;/i&gt; aux &#201;tats-Unis, sur ses routes, ses rails et dans ses prisons, au d&#233;but du XXe si&#232;cle et entre les deux guerres mondiales.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;Les vagabonds du rail&lt;/i&gt; (Titre original : &lt;i&gt;The Road&lt;/i&gt;), 1907, Bouquins (int&#233;grale de l'oeuvre), Jack London.&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;i&gt;Boxcar Bertha&lt;/i&gt;, Ben Reitman, 1937, 10/18 (&#233;puis&#233;) et Nautilus (Ben Reitman, connu comme le roi des &lt;i&gt;hobos&lt;/i&gt;, fut aussi l'amant et le &#171; manager &#187; d'Emma Goldman durant plusieurs ann&#233;es).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En castillan&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; D'Emma Goldman&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;Viviendo mi vida&lt;/i&gt;, traduction de Antonia Ruiz Cabezas, &#233;dit&#233; par la Fundacion de Estudios Libertarios &#171; Anselmo de Lorenzo &#187;, DL, Madrid 1995.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#192; propos d'Emma Goldman&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;Rebelde en el paraiso yanqui&lt;/i&gt;, Richard Drinon, Editorial Proyecion, Buenos Aires 1965.&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;i&gt;Emma Goldman, una mujer en la tormenta del siglo&lt;/i&gt;, Jos&#233; Peirats, Editorial Laia, Barcelona 1983.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En fran&#231;ais dans le texte, pour d&#233;signer un assassinat politique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;The Tombs&lt;/i&gt; : prison dans laquelle Emma &#233;tait plac&#233;e en pr&#233;ventive en attente de son proc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Traduction et &#233;dition : &lt;a href=&#034;http://petitpeupleducagibi.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Petit Peuple du Cagibi&lt;/a&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;anti&#169; &lt;br class='manualbr' /&gt;F&#233;vrier 2005&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://www.infokiosques.net/IMG/pdf/blackwell_island.pdf" length="498366" type="application/pdf" />
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Points de fuite</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article234</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.infokiosques.net/spip.php?article234</guid>
		<dc:date>2005-05-10T18:19:09Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Josu Montero</dc:creator>


		<dc:subject>Critiques du travail</dc:subject>
		<dc:subject>Art, Culture</dc:subject>
		<dc:subject>Petit peuple du cagibi (Grenoble)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#034;Celui qui a le pouvoir fabrique la r&#233;alit&#233; &#224; sa mesure, et il le fait par le moyen de la culture. La culture devient tout cet ensemble plus ou moins complexe d'&#233;l&#233;ments dont la mission est de l&#233;gitimer cette soci&#233;t&#233; ; elle est charg&#233;e de la reproduire, de la perp&#233;tuer.&#034; (extrait)&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique22" rel="directory"&gt;P&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot6" rel="tag"&gt;Critiques du travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot16" rel="tag"&gt;Art, Culture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot56" rel="tag"&gt;Petit peuple du cagibi (Grenoble)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH100/arton234-12916.jpg?1780462533' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff234.jpg?1128977612&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Traduit d'un texte en castillan de Josu Montero (po&#232;te et auteur de th&#233;&#226;tre qui participe aux ateliers d'&#233;criture collective de Barakaldo, Pays basque)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; originalement sous le titre &lt;i&gt;Puntos de Fuga - la cultura como instrumento de normalizaci&#243;n, inclusi&#243;n, cohesi&#243;n y control social&lt;/i&gt;, par les &#233;ditions Ekintza Zuzena (Bilbao - 1998)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut en aucun cas prendre ce texte pour une r&#233;flexion aboutie mais bien pour ce qu'il est r&#233;ellement, de l'avis m&#234;me de son auteur : un ensemble d'id&#233;es et de r&#233;flexions pouvant servir de base &#224; une discussion ou une analyse plus pouss&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il m'a n&#233;anmoins paru suffisamment int&#233;ressant du fait des diff&#233;rents &#233;l&#233;ments qu'il met en relation les uns par rapport aux autres, ainsi que par quelques-unes de ses r&#233;flexions - que l'on retrouvera dans d'autres ouvrages ou brochures, parfois plus pouss&#233;es - &#224; propos de l'int&#233;gration culturelle ou du couple travail/ch&#244;mage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les notes regroup&#233;es &#224; la fin du texte sont de ma plume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute envie de participer &#224; la correction et &#224; la retraduction de cette version est la bienvenue. Dans cette optique, ou dans celle d'une simple consultation, l'original en castillan de la brochure est disponible sur demande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je remercie celles et ceux qui ont d&#233;j&#224; particip&#233; &#224; la relecture et &#224; la correction de la premi&#232;re traduction du printemps 2004. Illes se reconna&#238;tront.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A part &#231;a, bonne lecture !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le traducteureux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;br&gt;
EN GUISE D'EXPLICATION&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ce texte est n&#233; accidentellement. Il y a de &#231;a d&#233;j&#224; un an, les membres du collectif Berri-Otxoak de Barakaldo m'ont demand&#233; d'organiser un petit d&#233;bat pendant un cycle de conf&#233;rences d&#233;di&#233; &#224; &#034;l'exclusion sociale&#034; ; la discussion devait aborder l'exclusion sociale sous l'angle de la culture. Pour cela j'ai essay&#233; de mettre quelques id&#233;es au clair et avec quelques notes j'ai fait un plan. Le cycle de conf&#233;rences de Berri-Otxoak voulait d&#233;noncer l'exclusion sociale et &#233;conomique dont souffrent chaque fois plus fortement un nombre chaque fois plus grand de &#034;pauvres&#034; au sein de notre soci&#233;t&#233; de bien-&#234;tre, et exiger des pouvoirs publics qu'ils mettent fin &#224; cette cruelle situation. Mon approche fut pr&#233;cis&#233;ment le contraire : en d&#233;pit de tant d'in&#233;galit&#233;s, de tant d'exclusion &#233;conomique et sociale, il ne se passe rien parce que le pouvoir fait en sorte que nous soyons tous bien int&#233;gr&#233;s culturellement. Ainsi, loin de plaider pour que la culture des institutions parvienne aux plus d&#233;favoris&#233;s, je suis arriv&#233; &#224; une conclusion qui devint mon point de d&#233;part : nous lib&#233;rer des griffes de la &#034;culture&#034; nous rendra moins ob&#233;issants, moins passifs et plus cr&#233;atifs. Par ce chemin je suis arriv&#233; &#224; des concepts et des id&#233;es qu'il &#233;tait n&#233;cessaire de remettre en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Plusieurs mois plus tard, des membres de l'Assembl&#233;e anti-TGV me demand&#232;rent de mener une autre petite discussion &#224; propos de la culture alternative dans le cadre de ses journ&#233;es de juin &#224; Iurreta. C'est ainsi que sur les bases de la discussion pr&#233;c&#233;dente j'ai int&#233;gr&#233; de nouvelles questions qui avaient surgi. La bo&#238;te de Pandore &#233;tait ouverte. Plus encore, mon cerveau r&#233;chauff&#233; &#233;tait en train de filer et de structurer de nouvelles interrogations et de nouveaux chemins sur lesquels je m'&#233;tais aventur&#233; avec l'aide de lectures diverses et vari&#233;es - certaines curieusement casuelles - rencontr&#233;es dans quelques livres et bon nombre d'articles de fanzines et de revues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mais tout n'&#233;tait encore que notes, id&#233;es plus ou moins &#233;parses, unies les unes aux autres par des &#233;pingles. Quand Ekintza Zuzena m'a propos&#233; de convertir les discussions en un texte, d'un c&#244;t&#233; l'id&#233;e m'a s&#233;duit car je devais le faire solidement, remplir les lacunes, le syst&#233;matiser ; mais d'un autre c&#244;t&#233;, la paresse me gagnait. Quand tout n'&#233;tait qu'&#224; l'&#233;tat de notes, les possibilit&#233;s, les chemins, les suggestions, les intuitions &#233;taient multiples, rien n'&#233;tait trop cat&#233;gorique ; en l'&#233;crivant, toutes ces potentialit&#233;s s'&#233;vaporaient et peu &#224; peu cela donnait quelque chose de rigide, ferm&#233;, doctrinal, jusqu'&#224; para&#238;tre un peu, voir assez, forc&#233;. J'ai essay&#233; de faire en sorte que cela se ressente le moins possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chemin suivi explique aussi que le texte soit peu approfondi ; il se d&#233;veloppe plus en &#233;tendue qu'en profondeur. Il s'&#233;tend en reliant, en unissant, en rattachant les &#233;l&#233;ments les uns aux autres pour pr&#233;senter la vision n&#233;cessaire d'un paysage d&#233;sol&#233;, sans s'attarder &#224; en analyser une plante particuli&#232;re. Mais, sans &#234;tre d&#233;faitiste, ce serait le plus facile. Comme il est dit dans cette esp&#232;ce de conclusion finale, il suffit seulement de savoir, vouloir et pouvoir voir au-del&#224; des constrictions quotidiennes, de nier notre collaboration journali&#232;re, de d&#233;velopper une sensibilit&#233; qui nous permette de percevoir de quelles possibilit&#233;s cela nous prive constamment..... Ce n'est pas rien !&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Comme pratiquement tout, &#034;culture&#034; est un terme parfaitement us&#233; ; us&#233; &#224; la perfection. Le concept qui se cache derri&#232;re ce mot n'est absolument pas innocent. On entend pourtant parler pompeusement de culture comme s'il s'agissait d'une cat&#233;gorie universelle et inamovible. &#192; des circonstances d&#233;termin&#233;es, &#224; un type de soci&#233;t&#233; d&#233;termin&#233;, de relations sociales, de relations de production correspond une culture d&#233;termin&#233;e. Il est donc n&#233;cessaire d'ajouter apr&#232;s le substantif les noms qui lui correspondent, de le relativiser ; dans ce cas : culture capitaliste, culture consum&#233;riste, culture m&#233;diatis&#233;e et m&#233;diatique, culture sp&#233;culative et spectaculaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui qui a le pouvoir fabrique la r&#233;alit&#233; &#224; sa mesure, et il le fait par le moyen de la culture. La culture devient tout cet ensemble plus ou moins complexe d'&#233;l&#233;ments dont la mission est de l&#233;gitimer cette soci&#233;t&#233; ; elle est charg&#233;e de la reproduire, de la perp&#233;tuer.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;HORLOGE, ARGENT ET TRAVAIL&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La culture est n&#233;cessaire pour cr&#233;er un consensus &#224; propos du type de soci&#233;t&#233;, pr&#233;sentant celle-ci comme l'unique possible, la plus naturelle, la meilleure ; elle normalise ainsi une r&#233;alit&#233; que nous ne trouverions peut-&#234;tre pas si normale si nous &#233;tions capable de la voir avec d'autres yeux. La culture est le principal facteur de consensus et de coh&#233;sion sociale. C'est pourquoi une soci&#233;t&#233; bas&#233;e sur la l&#233;gitimit&#233; que lui conf&#232;re le bien-&#234;tre renforce en temps de crise le contr&#244;le culturel sur les citoyens. Ainsi les couches les plus d&#233;favoris&#233;es &#233;conomiquement, celles qui pourraient remettre en cause une soci&#233;t&#233; bas&#233;e sur l'avoir, puisqu'elles ne poss&#232;dent rien, articulent &#224; peine quelques contestations, remises en cause ou protestations. Sur ceux et celles exclus &#233;conomiquement, socialement, le pouvoir doit exercer l'int&#233;gration culturelle pour qu'il ne se produise pas de fracture sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une br&#232;ve parenth&#232;se pour quelques r&#233;flexions au vol. &#034;Ceux qui ne poss&#232;dent rien&#034; ne sont pas les seuls qui puissent remettre en cause un syst&#232;me bas&#233; sur la propri&#233;t&#233;. &#034;Ceux qui poss&#232;dent en trop&#034; pourraient aussi le faire, et peut-&#234;tre dans une plus grande mesure, vu que pr&#233;cis&#233;ment cet avoir ne les rend pas plus heureux. Et cela se passe ainsi car notre soci&#233;t&#233; ne se sustente pas dans le fait de poss&#233;der, sinon dans le fait de parvenir &#224;, d'acqu&#233;rir, dans la croissance illimit&#233;e et inflexible - avec ce que cela suppose d'abolition &#233;ternelle du pr&#233;sent en fonction d'un futur qui n'arrivera jamais. Je crains que les effets de ce m&#233;canisme soient plus destructeurs psychologiquement qu'&#233;conomiquement ou &#233;cologiquement. De la m&#234;me mani&#232;re, au cours des derniers si&#232;cles, l'horloge a &#233;t&#233; intronis&#233;e comme objet individuel et public essentiel, le temps est parti en fum&#233;e, il s'est effrit&#233;, il a disparu. Garc&#237;a Calvo parle de la nature essentiellement r&#233;actionnaire du temps. J. E. Cirlot affirmait qu'en quelques si&#232;cles d'histoire l'homme a &#233;chang&#233; &#224; un rythme acc&#233;l&#233;r&#233; l'espace et le temps contre des objets. Ce faisant l'homme est en train de se convertir en objet lui aussi. L'horloge, l'argent, le travail, sainte trinit&#233; vers laquelle nous reviendrons plus tard.
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&lt;p&gt;PEUPLE, INDIVIDU ET MASSE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous l'avons dit, le pouvoir doit int&#233;grer culturellement ceux et celles exclus &#233;conomiquement. Il ne les int&#232;gre &#233;videmment pas &#224; une culture d'&#233;lite, mais &#224; une culture de second ordre, de troisi&#232;me classe. Le terme &#034;populaire&#034; a souffert d'un d&#233;placement s&#233;mantique significatif et int&#233;ress&#233;. Il y a de cela plusieurs dizaines d'ann&#233;es, &#034;populaire&#034; signifiait &#034;fait par le peuple&#034; - cela d&#233;borde les limites de ce texte que d'estimer ce que cela voulait dire ; aujourd'hui, par &#034;populaire&#034; ou &#034;pop&#034; on entend plut&#244;t &#034;fait pour la consommation du peuple&#034;. Aujourd'hui le peuple n'est pas cr&#233;ateur de culture, il est sujet passif, consommateur, spectateur, usager, parce que la culture de la consommation s'est impos&#233;e ; tout nous parvient d&#233;j&#224; fait, fabriqu&#233;, pr&#234;t-&#224;-consommer. Le capitalisme a r&#233;ussi &#224; nous rendre libres : libres de voter et de choisir parmi un large &#233;ventail de marchandises. Et c'est dans ce sens que le peuple a pratiquement cess&#233; d'exister ; le pouvoir nous &#224; transform&#233; en individu ou en masse. C'est cette usurpation que le pouvoir &#224; perp&#233;tr&#233; &#224; l'&#233;gard du &#034;populaire&#034;, le transformant en &#034;de masse&#034;, et c'est de ses effets dont parle Antonio M&#233;ndez Rubio dans son r&#233;cent et tr&#232;s recommandable livre &lt;i&gt;Encrucijadas. Elementos de cr&#237;tica de la cultura&lt;/i&gt; : &#034;[...] &lt;i&gt;l'int&#233;gration que procure la culture de masse cherche &#224; gommer les diff&#233;rences &#233;conomiques et de pouvoir, &#224; faire dispara&#238;tre la menace qu'implique l'existence m&#234;me de la underlying population, &#224; partir de l'&#233;galit&#233; formelle de la consommation&lt;/i&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si telles sont les choses, cela vaut-il la peine de lutter pour une plus grande int&#233;gration culturelle, d'un plus haut niveau, ou vaut-il mieux, dans la mesure du possible, nous sortir d'un syst&#232;me qui nous opprime et nous consume ? Je crois que l'engagement, peut-&#234;tre utopique, devrait consister &#224; rel&#226;cher les liens de cette int&#233;gration culturelle ; mais, bien entendu, ce &#224; quoi nous ne devrions pas travailler c'est &#224; &#233;tayer le syst&#232;me. Au-del&#224; de l'humanisme et des principes d&#233;montr&#233;s, et &#233;tant donn&#233;e la situation dans laquelle nous nous trouvons, il est n&#233;cessaire de r&#233;fl&#233;chir de fa&#231;on audacieuse &#224; propos des b&#233;n&#233;fices de la culture et &#224; propos de ses serviteurs - et je ne pense pas seulement aux plus imm&#233;diats et aux plus &#233;vidents. R&#233;fl&#233;chir, par exemple, sur la nature des campagnes de promotion du livre et de la lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pauvret&#233; et le faible niveau culturel vont &#233;videmment de pair. Pas besoin de tourner des heures autour du pot pour savoir qui fut le premier de l'oeuf ou de la poule. On peut le v&#233;rifier dans nos villes o&#249; dans les quartiers les plus d&#233;favoris&#233;s se trouvent les &#233;coles avec les plus grands indices d'&#233;chec scolaire et d'enfants ou de jeunes &#034;&#224; probl&#232;mes&#034;. Nous ne pouvons pas oublier que c'est l'un des engrenages qui permet &#224; l'Etat de mettre en marche et de l&#233;gitimer sa machine r&#233;pressive n&#233;cessaire, sa violence fondamentale. La marginalisation et la d&#233;linquance : une parcelle culturelle qui para&#238;t ne pas int&#233;resser le grand public.
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&lt;p&gt;AGONIE DE LA CULTURE OUVRI&#200;RE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Euskadi &lt;i&gt;[au Pays basque, ndt]&lt;/i&gt; nous sommes en train de vivre des changements culturels profonds, qui correspondent en partie &#224; un ph&#233;nom&#232;ne mondial que Ram&#243;n Fern&#225;ndez Dur&#225;n analyse attentivement dans son livre &lt;i&gt;La Explosi&#243;n del desorden&lt;/i&gt;. Il y a quelques ann&#233;es encore, pr&#233;dominait ici la culture ouvri&#232;re. L'individu int&#233;ressait le syst&#232;me en tant que producteur ; son milieu vital et symbolique &#233;tait l'usine. Nous avons assist&#233; &#224; la fin de ce mod&#232;le. Aujourd'hui, l'individu, au sein de la soci&#233;t&#233; du suppos&#233; bien-&#234;tre, est int&#233;ressant en tant que consommateur. Le centre n'est plus la production, celle-ci s'est d&#233;plac&#233;e g&#233;ographiquement vers d'autres pays o&#249; l'on peut produire pour moins cher tout en r&#233;alisant plus de b&#233;n&#233;fices. Des pays g&#233;n&#233;ralement peu d&#233;mocratiques dont les travailleurs et travailleuses ne poss&#232;dent pas les privil&#232;ges dont jouissent ceux et celles des &#034;d&#233;mocraties&#034; ; ces derniers ont r&#233;ussi &#224; obtenir tellement de droits que le plus efficace pour les capitalistes a &#233;t&#233; de faire dispara&#238;tre, non pas les droits, mais bien la figure m&#234;me de l'ouvrier. C'est en cela que consiste la fameuse globalisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, l'usine ne correspond d&#233;j&#224; plus au travail. Les usines ont pratiquement disparu du paysage. Aujourd'hui, le milieu vital et symbolique, l'espace de l'humain s'est d&#233;plac&#233; au &#034;Grand Centre commercial&#034;, grand totem du consum&#233;risme. La monumentalit&#233; &#233;pique des usines est aujourd'hui usurp&#233;e par les macrocentres commerciaux - ou par le Guggenheim, autre grand centre culturo-commercial. Nous pouvons aller plus loin, et affirmer que l'espace symbolique de l'humain est aujourd'hui la r&#233;alit&#233; virtuel de l'&#233;cran toujours allum&#233; du t&#233;l&#233;viseur, ou de l'ordinateur. Les gens ne se r&#233;unissent plus sur une place, dans les bars ; les gens se rencontrent &#224; l'hypermarch&#233;, qui aide &#224; passer ses soir&#233;es du samedi. Confluence de vie sociale et de consommation, avec air et lumi&#232;re artificielle. Les espaces auparavant occup&#233;s par les usines sont ceux o&#249; s'&#233;rigent aujourd'hui les grands centres commerciaux. La culture, le loisir sont question de consommation ; la culture est une industrie, l'une des plus rentables. Parlant de son film &lt;i&gt;Charles, mort ou vif&lt;/i&gt;, le r&#233;alisateur suisse Alain Tanner affirme : &lt;i&gt;&#034;Adeline r&#234;ve que Gen&#232;ve se transforme en une ville d'usine parce que,dit-elle,&#034;elle m'horrifie cette ville, cette ville de parcs, d'institutions internationales, dans laquelle il n'y a pas d'ouvriers, cette ville dans laquelle on ne peut d'aucune mani&#232;re marcher sur la pelouse.&#034; L'&#233;limination des signes du travail y est unie &#224; un contr&#244;le rigide. Les esp&#233;rances politiques de la jeunesse europ&#233;enne furent remplac&#233;es par la consommation massive de hamburgers et par les voyages organis&#233;s (le remplacement des deux librairies fran&#231;aises Masp&#233;ro par deux agences de voyage symbolise ce ph&#233;nom&#232;ne).&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu par cons&#233;quent un d&#233;placement de la culture ouvri&#232;re vers la culture de la consommation. Les valeurs positives de cette culture ouvri&#232;re sont en train de dispara&#238;tre : des valeurs comme la solidarit&#233; ; la confiance en la force m&#234;me de se voir soutenu par beaucoup d'autres dans le m&#234;me cas ; la capacit&#233; de proposer et de lutter pour des revendications et des droits ; une vraie culture de la rue, espace o&#249; se rencontraient les gens... La disparition de ces valeurs est un danger qui se traduit dans les faits par le recul des mouvements d'associations de quartier ou la multiplication des entreprises de travail temporaire et la rare contestation que cela g&#233;n&#232;re - la figure de l'ouvrier solidaire a fait place &#224; celle du travailleur journalier urbain sans d&#233;fense.
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&lt;p&gt;DE LA POLITIQUE &#192; LA PUBLICIT&#201;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans nos villes, les rues et les places se vident et les centres commerciaux se remplissent. Le loisir s'unit directement &#224; la consommation. Et cela est frustrant pour qui n'a pas de capacit&#233; &#233;conomique, bien que m&#234;me ce vide soit rempli par les magasins &#034;populaires&#034; &lt;i&gt;todo a cien&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#034;Todo a cien&#034; : &#233;quivalent d'un bazar o&#249; l'on trouve tout ce qui n'est pas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Que faire ? Revendiquer notre droit &#224; consommer ou plaider pour un autre mod&#232;le ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un livre dont le titre r&#233;sume cela &#224; la perfection : &lt;i&gt;De la guerre des classes &#224; la guerres des phrases. De la politique &#224; la publicit&#233;&lt;/i&gt;. Actuellement, la politique - la lutte pour un monde meilleur - a disparu puisque apparemment le meilleur monde &#034;raisonnablement&#034; possible est celui-ci. Il existe un consensus authentique, tous les politiciens sont d'accord avec l'essentiel du mod&#232;le en vigueur ; il est seulement question de r&#233;gler ses dysfonctionnements, de faire quelques retouches, d'introduire de l&#233;g&#232;res nuances... et de beaucoup de rh&#233;torique. La politique s'est convertie en un savoir technique, r&#233;serv&#233; &#224; des professionnels. Les quelques rares individus qui ne sont pas d'accord sont diabolis&#233;s comme ennemis de la soci&#233;t&#233;. C'est en cela que doit consister la fameuse fin des id&#233;ologies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui la lutte a lieu entre produits, pour que nous consommions ; les slogans publicitaires remplissent notre vie. La publicit&#233; cr&#233;e la r&#233;alit&#233;. La rentabilit&#233; &#233;conomique seule importe et tout conduit &#224; ce que l'individu en soit le g&#233;n&#233;rateur. Jos&#233; Saramago a &#233;crit que&lt;i&gt;&#034;la seule chose qui remue et dessine le destin de l'homme actuellement est l'argent&#034;&lt;/i&gt;. L'argent est le d&#233;tenteur de toutes les pr&#233;rogatives qui jusqu'&#224; Nietzsche correspondaient &#224; Dieu : il est omnipr&#233;sent, omnipotent, il n'est ni tangible ni charnel mais il peut se personnifier et vivre en nous quand la foi faiblit, il appara&#238;t &#224; ceux et celles qui croient en lui et condamne les incroyants. Ce qui ne se vend pas ou ne se transmet pas m&#233;diatiquement n'a aucune existence - la th&#233;orie connue de la disparition du r&#233;el, de P. Virilio - et ce qui est ennuyeux est que ce qui se vend cesse d'exister. Et aujourd'hui, pour vendre, on va jusqu'&#224; faire du spectacle des sentiments.
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&lt;p&gt;T&#201;L&#201;COMMANDE ET D&#201;MOCRATIE OU INFORMER ET UNIFORMISER&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons passer rapidement - cela sortirait du cadre de ce texte - sur les deux piliers de base de cet &#233;tat des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier est, clairement, l'&#233;ducation. Un syst&#232;me &#233;ducatif qui met au rencard d&#232;s le d&#233;but la cr&#233;ativit&#233;, la curiosit&#233;, le d&#233;sir, et qui encourage la comp&#233;titivit&#233;, l'ob&#233;issance, l'acceptation acritique. Tout cela contribue &#224; former les individus au contr&#244;le et &#224; la productivit&#233; - long chemin jusqu'au march&#233; aux esclaves, pardon, je voulais dire du travail, r&#233;gi malgr&#233; ses d&#233;guisements par un syst&#232;me de r&#233;compenses et de punitions. Les parents qui voudraient que leurs enfants sortent de cette norme ne sont pas au bout de leurs peines, ne serait-ce d&#233;j&#224; parce que notre syst&#232;me &#233;ducatif est obligatoire - une autre des r&#233;ussites du credo illustr&#233; ; les exp&#233;riences positives des quelques &#233;coles libres &#233;parpill&#233;es de-ci de-l&#224; s'essoufflent face aux obstacles du pouvoir. La r&#233;alit&#233; et la fonction de l'universit&#233; est tellement &#233;vidente que cela ne vaut pas la peine de s'y attarder ; nous noterons juste l'hyper-sp&#233;cialisation chaque fois plus grande et plus int&#233;ress&#233;e comme &#233;tant l'un des facteurs qui influe le plus sur l'&#233;tat des choses. Plus notre connaissance sera ponctuelle, plus nous serons sans d&#233;fense. Nous connaissons les comment et leurs applications mais nous en ignorons le quoi, le pour quoi et le pourquoi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En espagnol &#034;pour&#034; se d&#233;cline en para et por, but et cause.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Notre savoir finit par &#234;tre instrumental, nous sommes les simples rouages d'une grande machinerie que nous avons appris &#224; ne pas voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le syst&#232;me &#233;ducatif, l'autre pilier de base de la structure culturelle en vigueur est l'industrie de la communication. Des macrogroupes contr&#244;lent et produisent l'information, la culture et l'id&#233;ologie - ou leur manque. L'industrie audiovisuelle se trouve &#224; la t&#234;te de ce secteur. T&#233;l&#233;vision, vid&#233;o, t&#233;l&#233;phonie, ordinateurs, publicit&#233;, journaux, revues, livres, cin&#233;ma... la participation dans ce secteur des grands capitaux financiers et les grands int&#233;r&#234;ts qui sont en jeu, &#233;tant donn&#233;e son importance strat&#233;gique, font que se confondent les concepts d'industrie culturelle, de groupe de communication et de pouvoir. De quatri&#232;me pouvoir, les moyens de communication (m&#233;dias) sont devenus le pouvoir essentiel car, comme nous l'affirmions plus haut, l'&#233;cran - et la r&#233;alit&#233; virtuelle qu'il nous montre - s'est &#233;rig&#233; en espace symbolique de l'humain. Les gens se rencontrent de moins en moins dans les places et les bars et de plus en plus de forme autiste autour du t&#233;l&#233;viseur, ou sur Internet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pluralit&#233; de l'offre est une grande mystification, une grande supercherie ; lorsque tu n'ob&#233;is pas aux int&#233;r&#234;ts du pouvoir tu cesses d'exister. [...] En zappant avec la t&#233;l&#233;commande - l'essence authentique de la d&#233;mocratie ! -, on constate l'uniformit&#233; et la grossi&#232;ret&#233; de 95 % des produits que nous offrent les centaines de canaux auxquels nous avons acc&#232;s. Les informations - &#034;uniformisations&#034; serait plus ad&#233;quat - sont par leur port&#233;e l'unique r&#233;f&#233;rant. Une t&#233;l&#233;vision comme la t&#233;l&#233; espagnole ne poss&#232;de des correspondants que dans une dizaine de villes, presque toutes du premier monde bien s&#251;r&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les hispanophones emploient souvent &#034;premier monde&#034; lorsque les m&#233;dias (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; le reste de l'information provient des agences, le principal syst&#232;me de d&#233;sinformation et de propagande du &#034;syst&#232;me unique&#034; : un message unique r&#233;pandu par des milliers de haut-parleurs qui font clairement entendre qui sont les bons et qui sont les m&#233;chants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde &#233;ditorial ne donne pas non plus de preuve d'une plus grande h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233;. Sept &#233;diteurs se partagent 80 % du march&#233; du livre dans l'Etat espagnol, et la dynamique m&#234;me du march&#233; du livre m&#232;ne &#224; la mise au rencard des petits &#233;diteurs qui ne comptent pas sur un fort appui des autres secteurs ; il est possible de dire pareil des petites librairies en faveur des grandes surfaces impersonnelles r&#233;gies uniquement par des crit&#232;res mercantiles.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;REPR&#201;SENTATION ET SPECTACLE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e va de plus en plus dans un sens unique, celui qu'ils ont balis&#233;. La culture ressemble de plus en plus &#224; un march&#233; global o&#249; quelques-uns vendent et o&#249; beaucoup d'autres se consument devant les emballages infinis du m&#234;me message.&lt;br&gt;Revenons &#224; la t&#233;l&#233;vision, m&#233;dia cl&#233; de par son &#233;norme influence sur le mode de vie et le changement des mentalit&#233;s. Certains ont affirm&#233; que, sans la t&#233;l&#233;vision, un syst&#232;me comme la d&#233;mocratie moderne serait inimaginable. Il y a dans la mythologie grecque un &#234;tre monstrueux - monstrueux ne veut pas dire laid, repoussant, les monstres sont fr&#233;quemment des &#234;tres &#034;adorables&#034;, fascinants, attrayants -, la M&#233;duse. La M&#233;duse exer&#231;ait une attraction vertigineuse sur les hommes. Si ces derniers ne la regardaient pas il n'y avait aucun danger, mais s'ils &#233;taient incapables de r&#233;sister &#224; sa fascination ils la regardaient... et qui la regardait restait p&#233;trifi&#233; ; la M&#233;duse attrapa et congela dans son regard tous les regards de ces hommes. Belle m&#233;taphore de cet envo&#251;tement et de cette insensibilisation que la t&#233;l&#233;vision produit sur nous. La t&#233;l&#233;vision nous montre presque tout - &#231;a oui, convenablement mont&#233; et ordonn&#233; par le pouvoir -, nous bombarde d'informations, et le t&#233;l&#233;spectateur - autrefois d&#233;nomm&#233; &#034;peuple&#034; - substitue l'action par l'information ; l'opinion est en soi un but h&#233;ro&#239;que, ce qui g&#233;n&#232;re une soci&#233;t&#233; plus ob&#233;issante et plus passive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#233;l&#233;vision nous vend la repr&#233;sentation de la r&#233;alit&#233; comme si c'&#233;tait la r&#233;alit&#233; m&#234;me ; l'exp&#233;rience m&#233;diatis&#233;e grandit ainsi au d&#233;triment de l'exp&#233;rience directe, de la participation. La t&#233;l&#233;vision convertit la r&#233;alit&#233; en spectacle ; il y a spectacularisation de la vie &#224; travers sa repr&#233;sentation. La grande th&#233;&#226;tralisation m&#233;diatique autour de l'affaire Miguel &#193;ngel Blanco&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Affaire Miguel Angel Blanco : &#233;lu du Parti populaire (parti de droite au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#224; laquelle nous avons assist&#233; l'&#233;t&#233; dernier, d&#233;montre clairement le pouvoir de la t&#233;l&#233;vision comme g&#233;n&#233;rateur de r&#233;alit&#233; ainsi que sa capacit&#233; &#224; se changer en un d&#233;mocratique autel du sacrifice. Utilisant le SIDA comme m&#233;taphore, quelqu'un a &#233;crit que la t&#233;l&#233;vision est &#224; l'imagination et &#224; la cr&#233;ativit&#233;, mais aussi &#224; la critique, ce que le virus est &#224; l'ADN. Ce qui saute aux yeux &#224; la vue de faits comme le &lt;i&gt;rese&#241;ado&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rese&#241;ado : sans doute un reality-show de la TV espagnole (rese&#241;ar signifie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou d'autres &lt;i&gt;reality shows&lt;/i&gt;, et en jetant un coup d'oeil autour de nous, c'est que la vie affective de l'homme s'achemine de plus en plus vers un monde virtuel au travers de l'&#233;cran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gonzalo Abril, professeur de sciences de l'information, a &#233;crit r&#233;cemment : &lt;i&gt;&#034;L'aire de l'information est l'aire de la production industrielle d'&#233;tats mentaux qui accaparent aussi le contr&#244;le des sensibilit&#233;s et de l'affectif. Cela a commenc&#233; avec la publicit&#233;, qui dans le monde actuel a envahi totalement le champ de l'information.&#034;&lt;/i&gt;
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&lt;p&gt;RENDEMENT ET H&#201;DONISME&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;cemment, Jos&#233; Manuel Romero, analysant dans la revue &lt;i&gt;Iralka&lt;/i&gt; la fabrication de la soumission et de l'exploitation, aborda quatre m&#233;canismes du pouvoir y aboutissant : la d&#233;r&#233;gulation du march&#233; du travail, les effets de &#034;confusion&#034; et de &#034;peur&#034; de l'information dans les mass m&#233;dia et, celui qui attire le plus mon attention, le mod&#232;le de &#034;bonne vie&#034; que les m&#233;dias - principalement la t&#233;l&#233;vision - entretiennent et diffusent. J. M. Romero &#233;crivait : &lt;i&gt;&#034;Quelle attitude face &#224; la vie assument-ils et nous pr&#233;sentent-ils comme valable, comme parfaite ? C'est &#233;vident : un h&#233;donisme facile qui ignore tout type de d&#233;chirure vitale... &#034;Prends ton pied&#034; est son imp&#233;ratif cat&#233;gorique... Un tel mod&#232;le de vie maintient les individus dans un minorit&#233; d'&#226;ge flagrante, les installe dans une adolescence permanente, dans une immaturit&#233; commod&#233;ment irresponsable qui ne se pr&#233;occupe pas des questions douloureuses, des probl&#232;mes qui nous harc&#232;lent. Ces choses-l&#224; agacent, et l'important est ne ne pas &#234;tre agac&#233;... Le r&#233;sultat en est le maintien des individus dans un &#233;tat de conventionnalit&#233; radicale, de fusion compulsive avec les valeurs de coh&#233;sion sociale. Les individus sont maintenus &#224; un niveau conventionnel dans le contexte d'une soci&#233;t&#233; in&#233;galitaire impr&#233;gn&#233;e d'une id&#233;ologie du rendement &#224; laquelle l'h&#233;donisme facile n'est ni plus ni moins que son envers et son compl&#233;ment. Les processus de constitution des subjectivit&#233;s distanci&#233;es du conventionnel sont ainsi sap&#233;s ; ce qui, dans un contexte o&#249; cela co&#239;ncide avec la discipline et un h&#233;donisme obsessionnel, est hautement int&#233;ressant pour un pouvoir qui cherche &#224; maintenir les individus dans une position politique et sociale passive. Un pouvoir qui veut des individus-objets pr&#233;visibles dont les n&#233;cessit&#233;s ne surpassent pas l'offre quotidienne des grandes surfaces.&#034;&lt;/i&gt; Nous pensons que l'int&#233;r&#234;t excuse la longueur de la citation. Rendement, r&#233;ification de l'&#234;tre humain et grandes surfaces commerciales, &#233;l&#233;ments r&#233;currents dans notre texte.
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&lt;p&gt;CONTRE-CULTURE PR&#202;T-&#192;-PORTER ET MARCHANDISATION DU D&#201;SIR&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la culture entendue comme instrument de consensus acritique, d'int&#233;gration sociale, on trouve une autre conception de la culture qui la comprend pr&#233;cis&#233;ment comme instrument pour lutter contre l'&#233;tat des choses, contre le mod&#232;le de soci&#233;t&#233; en vigueur ; on l'a appel&#233;e contre-culture, anti-culture, culture alternative, underground... Historiquement il y a toujours eu des mouvements qui se sont oppos&#233;s au mod&#232;le social en vigueur non au travers de la politique mais pas le biais de la culture. Ils ont plusieurs fois &#233;t&#233; pr&#233;curseurs de mouvements politiques. L'Histoire &#233;tant &#233;crite par les vainqueurs, il en est &#224; peine rest&#233; quelques t&#233;moignages ; &#224; d'autres &#233;poques, nous pouvons imaginer qu'ils &#233;taient condamn&#233;s pour h&#233;r&#233;sie. Seulement on ne se souvient d'eux que depuis une &#233;poque assez proche : romantisme, dada&#239;sme, surr&#233;alisme, situationnisme, beat g&#233;n&#233;ration, mouvements hippies, rock, punk...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toute mani&#232;re le syst&#232;me capitaliste a trouv&#233; le moyen de se d&#233;barrasser de ces attitudes de contestation : en les innocentant, en les int&#233;grant, en les convertissant en produits vendables. Le capitalisme, a &#233;crit Hakim Bey, est un vampire qui suce notre sang, notre &#233;nergie, notre cr&#233;ativit&#233;, ce qui en plus lui donne vie car le capitalisme vit de la marchandisation de notre imagination, en la convertissant en amusement, en spectacle, et en abandonne ensuite le cadavre converti en zombie - belle m&#233;taphore que celle du mort vivant pour comprendre la nature de la culture et de l'art actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La stup&#233;fiante chanteuse du Velvet Underground, l'allemande Christa Paffgen - Nico - avait d&#233;j&#224; retourn&#233; le couteau dans la plaie quand, en pleine explosion hippie, elle a d&#233;fini le mouvement hippie comme une esp&#232;ce de march&#233; noir qui lui rappelait celui de son adolescence dans le Berlin vaincu de l'apr&#232;s-guerre. Aujourd'hui la culture dite alternative est en grande partie une marque de fabrique. Le pouvoir absorbe, il assume le concept en en annulant le contenu et en le vidant de sa signification. Les suppl&#233;ments dominicaux et les revues publicitaires des multinationales usurpent et s'approprient l'esth&#233;tique et le style du fanzine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la seconde guerre mondiale le syst&#232;me s'aper&#231;ut de l'importance d'un secteur jusque l&#224; pratiquement exclu : la jeunesse. La culture jeune est donc apparue et avec elle l'importance et la n&#233;cessit&#233; d'&#234;tre toujours jeune. Bob Dylan a commenc&#233; &#224; essayer d'&#234;tre &lt;i&gt;forever young&lt;/i&gt; et a fini en le chantant au Pape le plus r&#233;actionnaire des derni&#232;res d&#233;cennies. L'explosion de la culture juv&#233;nile a co&#239;ncid&#233;, par hasard, bien s&#251;r, avec l'augmentation du pouvoir d'achat de la jeunesse et avec en cons&#233;quence la n&#233;cessit&#233; pour cette derni&#232;re de s'&#233;manciper et d'&#234;tre rebelle. Ce qui est certain c'est que ce secteur est peu &#224; peu devenu le principal client acheteur. Les symboles de sa r&#233;bellion commenc&#232;rent &#224; alimenter le march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En phagocytant toutes ces formes de protestation, le syst&#232;me les momifie, les empaille, annule les contenus en pr&#233;servant la forme, laissant intactes la fa&#231;ade, l'apparence, l'enveloppe ; la r&#233;bellion comme pose pr&#234;te &#224; &#234;tre empaquet&#233;e et vendue au Corte Ingl&#232;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Corte Ingl&#233;s : grande surface de style Galerie Lafayette r&#233;pandue dans toute (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il y a quelques mois Marta Sanz &#233;crivait dans la revue &lt;i&gt;Ni hablar&lt;/i&gt; &#224; propos de la culture pop : &lt;i&gt;&#034;Ils nous d&#233;pouillent de nos symboles en les multipliant et en les sortant de leur contexte, ils nous neutralisent en vidant de sens nos r&#233;f&#233;rences, notre symbolique, nos instruments pour dire, pour parler, pour agir.&#034;&lt;/i&gt;
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&lt;p&gt;R&#201;VOLUTION SUBVENTIONN&#201;E&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se passe aujourd'hui la m&#234;me chose dans le domaine de l'art. Autant dans le th&#233;&#226;tre que dans la litt&#233;rature, la peinture ou le cin&#233;ma. Les contenus contestataires du &lt;i&gt;modus vivendi&lt;/i&gt; actuel sont envelopp&#233;s de papier cadeau et parachev&#233;s par les petits rubans et les paillettes du syst&#232;me. Les oeuvres qui remettent en cause le r&#233;gime du march&#233; actuel sont mises en circulation par lui-m&#234;me. Elles finissent par l'alimenter et le l&#233;gitimer, comme nous le disions plus haut. En &#233;change le march&#233; engloutit le contenu et, &#224; la fin de la cha&#238;ne de production culturelle, en recrache la forme pel&#233;e et appauvrie convertie en grandes expositions r&#233;trospectives, dans les grands mus&#233;es de l'Etat, de mouvements auxquels on a fait dispara&#238;tre comme par enchantement leur authentique nature &#233;mancipatrice, comme le surr&#233;alisme et tant d'autres ; comme le montage &#224; coup de millions, &#224; charge des grandes compagnies &#233;tatiques, des oeuvres de Brecht ou de Weis, pour donner seulement quelques exemples. La classification historique, la &#034;critique&#034;, la culture tuent l'art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble bien qu'aujourd'hui les oeuvres &#034;r&#233;volutionnaires&#034; veulent &#234;tre subventionn&#233;es par le capitalisme. Les artistes, r&#233;cemment, lors d'Arco 97&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Arco : foire d'art contemporain espagnole, dont on n'entendait pas parler il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, demand&#232;rent au gouvernement qu'il renforce le march&#233; de l'art. C'est aujourd'hui la norme ; ce qui est rare, exceptionnel, ce sont des po&#232;tes comme Carlos Oroza, dont vous ne trouverez les livres dans aucune librairie, qui interpelle : &lt;i&gt;&#034;L'Etat doit-il alimenter le po&#232;te ou le po&#232;te doit-il d&#233;truire l'Etat ?&#034;&lt;/i&gt; C'est dans ce contexte que l'avant-garde artistique r&#233;elle a propos&#233; une gr&#232;ve de l'art pour les deux premi&#232;res ann&#233;es du XXe si&#232;cle, pour attirer l'attention et la r&#233;flexion sur la fonction que l'art - ravi par le pouvoir - est en train de remplir dans le renforcement du syst&#232;me et la ruine de l'&#234;tre humain.
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&lt;p&gt;ROCK &amp; ROLL ZOMBI OU LE ROCK DU POUVOIR&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est significatif que ces attitudes antisociales et contre-culturelles qui surgirent il y a 30 ans comme devise de libert&#233; et de subversion : sexe, drogue et rock &amp; roll, soient aujourd'hui des industries florissantes qui rapportent de splendides b&#233;n&#233;fices &#224; ceux qui les dirigent. Le rock &amp; roll serait peut-&#234;tre aujourd'hui l'image la plus significative du zombie, du mort-vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des messages pr&#233;c&#233;demment subversifs sont d&#233;sormais empaquet&#233;s et pr&#234;ts &#224; consommer au travers d'une cha&#238;ne de marketing millionnaire. Grandes vedettes idol&#226;tr&#233;es - ou vedettes d'ampleur moyenne, y compris familiales - et leurs compagnies : le n&#233;goce du si&#232;cle, le plus hypocrite. Un panorama au sein duquel les groupes les plus antisyst&#232;me enregistrent pour des multinationales qui se d&#233;dient aussi &#224; l'&#233;nergie nucl&#233;aire ou &#224; la fabrication et l'exportation d'armes ; et au sein duquel l'ind&#233;pendance - l'ind&#233; - est une mode promotionnelle de plus. Jim Morrison &#233;crivait d&#233;j&#224; : &lt;i&gt;&#034;Aujourd'hui l'art orne les murs de notre prison pour nous maintenir conformes, divertis, et indiff&#233;rents&lt;/i&gt;.&lt;i&gt;&#034;&lt;/i&gt; &#192; propos du pouvoir du rock et du rock du pouvoir - l'utilisation tant effective et machiav&#233;lique que celui-ci peu faire de celui-l&#224; - les paroles avec lesquelles Elena L&#243;pez termine son livre &lt;i&gt;Du txistu au telecaster. Chronique du rock basque&lt;/i&gt; sont tr&#232;s significatives : &lt;i&gt;&#034;On dit que, lorsque les Beatles sont pass&#233;s pour la premi&#232;re fois &#224; la t&#233;l&#233;vision nord-am&#233;ricaine, le nombre de d&#233;lits a pratiquement chut&#233; &#224; z&#233;ro dans tout le pays durant le temps de l'&#233;mission. Si le rock sert &#224; &#231;a, nous saluons le fait qu'aujourd'hui il continue &#224; exister.&#034;&lt;/i&gt; Nous sommes bien entendu totalement oppos&#233;s &#224; la conclusion de l'auteur ; soyons s&#251;r que les t&#234;tes pensantes du contr&#244;le &#233;tatique auront pris bonne note de cette &#233;ducation : rock, t&#233;l&#233;vision, passivit&#233; (des &#034;d&#233;linquants&#034;).
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TROUS NOIRS DANS L'UNIVERS DU MARCH&#201; OU SE METTRE DE C&#212;T&#201;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233; &#224; ce point, je me fais une derni&#232;re r&#233;flexion. Aujourd'hui, dans cette illusion de libert&#233; on peut dire quoi que ce soit. Les messages, les contenus ne sont plus aujourd'hui ce qui est subversif car ils peuvent &#234;tre vid&#233;s et vendus par le march&#233; - l'&#233;cologie est un bon exemple de cette pratique. Il se peut qu'aujourd'hui la contestation, la lutte se rencontrent ailleurs. Non pas dans le contenu mais dans la forme et dans le canal. Alain Tanner a &#233;crit : &lt;i&gt;&#034;Tout proc&#232;de du m&#234;me discours publicitaire. Nous vivons, sans le savoir, dans un v&#233;ritable syst&#232;me de censure, mais une censure qui nous sourit largement : c'est le lib&#233;ralisme. En r&#233;alit&#233;, on peut dire ce que l'on veut quant au contenu, ce qui nous donne l'illusion de la libert&#233;. La censure, &#233;videmment &#233;conomique, s'exerce sur les formes. Le pi&#232;ge est l&#224;. Les contenus importent peu, rien ne se joue &#224; ce niveau, dans la mesure o&#249; il y a un consensus g&#233;n&#233;ral dans notre soci&#233;t&#233; selon lequel tout le monde est plus ou moins d'accord sur tout. Cependant, ce qui peut encore faire bouger (un peu, peut-&#234;tre...) les choses en mati&#232;re artistique, c'est le travail des formes. L'int&#233;r&#234;t peut se trouver uniquement dans la forme du discours, plus que dans le discours en lui-m&#234;me. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment ici que la route est coup&#233;e, ou que s'exerce une pression vers les marges. J'ai toujours &#233;t&#233; un peu en marge, mais le probl&#232;me maintenant c'est que ces marges se r&#233;tr&#233;cissent de plus en plus.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cr&#233;er des canaux de culture qui ne soient pas m&#233;diatis&#233;s par le pouvoir, des v&#233;hicules que nous dirigerions nous-m&#234;mes. Se ranger &#224; c&#244;t&#233; de son syst&#232;me de production et de vente, hors de la machinerie qui convertit la cr&#233;ativit&#233; et la critique en une marchandise. Aujourd'hui la critique des canaux est aussi n&#233;cessaire que la critique des contenus. Nous devons nous sortir de ses routes et de ses march&#233;s. Ce qui est important ce n'est pas la marchandise - culturelle - en soit, mais le syst&#232;me de production dans lequel elle surgit et s'ins&#232;re. Ouvrir de petits trous noirs dans l'univers du march&#233;. Ne pas se soumettre &#224; ce consensus de l'offre et de la demande ; interf&#233;rer, boycotter ces m&#233;canismes de consensus, d'int&#233;gration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F. Calvo Ortega, dans sa critique du livre de Santiago L&#243;pez Petit &lt;i&gt;Horror vacui&lt;/i&gt;, affirme : &lt;i&gt;&#034;Un corps qui refuse de plier et qui en ne se soumettant pas interf&#232;re dans le m&#233;canisme consensuel. Mais abandonner l'ordre est avant tout abandonner la structure de l'attente, de cette attente interminable qui nous assujettit et nous emp&#234;che de vivre. Ouvrir la crevasse depuis laquelle pouvoir vivre, se mettre de c&#244;t&#233;. Multiplier les espaces o&#249; il est possible d'habiter sans &#234;tre trop sujets. Assur&#233;ment pas hors du syst&#232;me, mais d'o&#249; nous pouvons l'attaquer &#224; coup s&#251;r. Au lieu de vivre le ch&#244;mage comme une punition g&#233;n&#233;rale, s'aventurer &#224; essayer d'en profiter pour impulser sa cr&#233;ativit&#233;. L'exp&#233;rimenter comme une nouvelle forme de vie, parce que exp&#233;rimenter c'est vouloir vivre.&#034;&lt;/i&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ATTENTE INTERMINABLE ET LE CH&#212;MAGE COMME POINT DE FUITE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; parl&#233; du travail et de l'horloge ; F. Calvo nous parle ici de la structure de l'attente interminable et du ch&#244;mage. Les suggestions se bousculent et je veux insister sur ce point essentiel. J'ai parl&#233; plus haut des valeurs positives de la culture ouvri&#232;re moribonde, dont la perte suppose un danger ; mais la culture ouvri&#232;re a aussi g&#233;n&#233;r&#233; des valeurs n&#233;gatives. La plus n&#233;faste de toute, bien qu'elle ne soit pas une de ses inventions : la sacralisation du travail et l'articulation de la personne et de la soci&#233;t&#233; autour de la valeur travail. C'est une valeur encore tr&#232;s en vigueur au sein de la gauche. Je consid&#232;re qu'il est n&#233;cessaire, indispensable, de nous construire d'autres ciments qui ne soient pas le travail - et &#233;videmment pas la consommation non plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; une &#233;poque dans laquelle le ch&#244;mage ne va pas dispara&#238;tre - et ce n'est pas s&#251;r que ce soit mal qu'il ne le fasse pas -, et qui s'est r&#233;v&#233;l&#233; &#234;tre quelque chose de structurel dans un syst&#232;me d'&#233;conomie de march&#233;, continuer &#224; nous valoriser socialement et individuellement en fonction du travail a des cons&#233;quences psychologiques et sociales frustrantes. Profitons de la conjoncture en notre faveur, comme le propose F. Calvo. Nous d&#233;sesp&#233;rer et courber l'&#233;chine pour un emploi c'est jouer le jeu et faire ce que le syst&#232;me attend de nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une grande entrevue r&#233;cemment publi&#233;e dans la revue &lt;i&gt;El Europeo&lt;/i&gt;, l'&#233;conomiste Jos&#233; Manuel Naredo donnait une r&#233;vision historique du concept de travail. Sans aller plus loin, le terme travail provient de &lt;i&gt;tripalium&lt;/i&gt;, un instrument de torture de la Rome antique. Travail et esclavage ont &#233;t&#233; historiquement des concepts parall&#232;les. Et on pourrait affirmer que le progr&#232;s n'a pas &#233;t&#233; un chemin de lib&#233;ration de l'&#234;tre humain, sinon un processus d'esclavage, salarial, progressif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail &#233;crase la cr&#233;ativit&#233; dans l'&#234;tre humain, ses impulsions cr&#233;atives, et la transforme en culture de la consommation ; la cr&#233;ativit&#233;, dans le meilleur des cas, reste pour le temps du loisir - concept qui provient lui aussi de la culture ouvri&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Contrairement &#224; ce que dit Josu Montero ce n'est pas si simple, et le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui n'est ni plus ni moins l'autre face de la m&#234;me monnaie, celle du travail et de la productivit&#233;, celle du temps chronom&#233;tr&#233; et usurp&#233;, celle du temps-cha&#238;ne qui nous ligote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut profiter de cette terre de personne comme d'un point de fuite du syst&#232;me, et non comme une source de frustration et un outil d'&#233;tayage du syst&#232;me m&#234;me au travers de notre d&#233;sespoir. R&#233;inventer notre fa&#231;on de vivre, et, dans la mesure du possible, le faire dehors, en plein jour.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA BOURSE OU LA VIE, OU LE TRAVAIL : NOTRE R&#201;ALIT&#201; LA PLUS OPPRESSIVE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant que j'&#233;cris ces lignes je lis dans le fanzine madril&#232;ne &lt;i&gt;Amano&lt;/i&gt; une entrevue avec Eugenio Castro et Jos&#233; Manuel Rojo, du Groupe surr&#233;aliste de Madrid, dans laquelle ils affirment : &lt;i&gt;&#034;Une des t&#226;ches r&#233;volutionnaires primordiales consiste &#224; faire prendre conscience moralement et politiquement de l'importance qu'a le temps libre des ch&#244;meurs et ch&#244;meuses. S'il pouvait germer une conscience de la jouissance du temps libre du ch&#244;mage et que cela se transmettait &#224; ceux et celles qui travaillent temporairement, &#224; ce moment l&#224; on pourrait penser &#224; une possibilit&#233;, donnant un saut qualitatif, comme celle d'inviter beaucoup de travailleurs et travailleuses &#224; quitter leurs emplois. Le simple abandon massif des usines supposerait une rupture fondamentale pour le syst&#232;me capitaliste. Un fait perturbateur pour l'&#233;conomie mondiale. La suppression de l'esclavage salarial. Le temps est aujourd'hui une telle camisole de force qu'il a remplac&#233; l'id&#233;e de patrie, ordre, famille. D&#233;truire ce concept de temps serait tr&#232;s important pour parvenir &#224; une consid&#233;ration &#233;rotique du temps.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abandon de l'emploi non pas pour demander un meilleur salaire, ni m&#234;me d'une r&#233;duction du temps de travail, mais pour en finir avec lui, avec le temps. Je me souviens d'un film argentin, &lt;i&gt;La Fiaca&lt;/i&gt;, dans laquelle quelqu'un, sans raison, se refuse un bon matin &#224; se rendre au travail. Et je me souviens du &lt;i&gt;Droit &#224; la paresse&lt;/i&gt;, du gendre de Marx, Paul Lafargue. Et je lis aussi ces jours-ci &lt;i&gt;Zone autonome temporaire&lt;/i&gt;, du Nord-Am&#233;ricain Hakim Bey, qui dit : &lt;i&gt;&#034;J'esp&#232;re que nous sommes suffisamment adultes pour conna&#238;tre la diff&#233;rence entre la vie et l'accumulation d'un tas de camelote de merde. M&#234;me ainsi, nous devons nous souvenir constamment (vu que notre culture ne le fera pas pour nous) que ce monstre appel&#233; travail continue &#224; &#234;tre l'objectif pr&#233;cis et exact de notre ire rebelle, la &#034;r&#233;alit&#233;&#034; la plus oppressive &#224; laquelle nous nous affrontons (et nous devons aussi apprendre &#224; reconna&#238;tre le Travail lorsqu'il est d&#233;guis&#233; en &#034;loisir&#034;). Nous &#233;cumons d'indignation &#224; l'encontre de &#034;l'oppression&#034; et des &#034;lois injustes&#034; quand de fait ces abstractions ont peu d'impact dans notre vie quotidienne, tandis que ce qui nous rend r&#233;ellement malheureux passe inaper&#231;u, rel&#233;gu&#233; &#224; &#034;l'occupation&#034; ou &#224; la &#034;distraction&#034;, ou voir &#224; la nature m&#234;me de la r&#233;alit&#233; : &#034;Bon, je ne peux tout de m&#234;me pas vivre sans un travail !&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai quelques aphorismes juteux sur le maudit travail (trouv&#233;s je ne sais o&#249; et je ne sais quand : si quelqu'un le sait je le remercie de l'information), je crois qu'ils viennent &#224; point :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;- Ils ne te demandent pas seulement de travailler, mais d'aimer et de respecter ce qu'ils appellent travail.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;- Si ton travail n'est pas ton travail, toutes tes relations de travail, si lourdes &#224; porter, ne sont pas non plus les tiennes.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;- Ils te disent utile parce qu'ils t'utilisent.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;- Le travail, qui &#233;tait un ch&#226;timent biblique, et en cela la Bible avait raison, a &#233;t&#233; transform&#233; en b&#233;n&#233;diction du ciel. J&#233;sus n'a pas travaill&#233; sa vie durant, mais son p&#232;re putatif Joseph a &#233;t&#233; transform&#233; en patron des ouvriers.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;- Est travail seulement ce qui m'aide &#224; conqu&#233;rir la paresse ou le dolce far niente ce &#224; quoi tout homme, normalement constitu&#233;, aspire.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;- Mettre en doute le concept de travail social mis au point par Marx, et non pas parce que le concept est faux, mais parce qu'il est tr&#232;s facilement utilisable, manipulable. Il faut nous d&#233;montrer en quoi un travail est social, apr&#232;s nous l'accepterons ou non.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;- La soci&#233;t&#233; du d&#233;pouillement g&#233;n&#233;ral. Qui volent-ils ? Ils nous volent tous, &#224; certains le temps, &#224; d'autres l'effort, &#224; d'autres la vie, &#224; d'autres l'espace... Ils ne font que voler et voler. Notre soci&#233;t&#233; est bas&#233;e sur le d&#233;pouillement g&#233;n&#233;ral, et c'est pour cela qu'il d&#233;fendent avec tant d'acharnement la propri&#233;t&#233; priv&#233;e.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;- Ne pas se nommer gr&#233;vistes : &#234;tre en gr&#232;ve est suffisant. Le castillan poss&#232;de un autre terme plus humain et plus juste : fain&#233;ant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En castillan gr&#233;viste se dit huelguista, gr&#232;ve se dit huelga, &#234;tre oisif (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le fain&#233;ant est oisif en toute naturalit&#233;, mais il est oisif joyeusement, confortablement, c'est ainsi un gr&#233;viste agr&#233;able et souriant. Gr&#233;vistes non, fain&#233;ants ; et non seulement les fain&#233;ants sont oisifs mais ils fain&#233;antent, ils paressent, ce sont des flemmards et des cossards, ils ont plus de culot que les gr&#233;vistes et sont bien plus jouisseurs&lt;/i&gt;.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;EN FINIR AVEC L'OB&#201;ISSANCE QUOTIDIENNE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes nous-m&#234;mes plus int&#233;gr&#233;s que nous le croyons dans les mod&#232;les culturels institutionnels. Notre culture est essentiellement subsidiaire de l'institutionnelle en ce qu'en trop d'occasions elle se cantonne dans la simple protestation, dans l'opposition, mais sans quasi jamais rien cr&#233;er dans la pratique, pas m&#234;me des &#233;bauches d'une alternative possible qui doit en outre commencer dans une sph&#232;re que nous d&#233;laissons trop souvent, le personnel. Le cr&#233;ateur du Living Theatre, Julian Beck, a &#233;crit : &lt;i&gt;&#034;Vivre en cr&#233;ant de la vie, chacun en tant qu'artiste, mettant l'art dans la vie et non le contraire, qui est le vieux style, plut&#244;t vivre cr&#233;ativement. C'est cela que nous devons faire, c'est cela la r&#233;volution.&#034;&lt;/i&gt; Et Hakim Bey, via le situationnisme : &lt;i&gt;&#034;Comme si l'artiste ne f&#251;t pas un type sp&#233;cial de personne, mais chaque personne un type sp&#233;cial d'artiste.&#034;&lt;/i&gt; Et il rench&#233;rit : &lt;i&gt;&#034;Il faut donner une claque &#224; la norme sociale de l'ennui ali&#233;n&#233; et m&#233;diatis&#233;. Se rencontrer face &#224; face, c'est d&#233;j&#224; la r&#233;volution&lt;/i&gt;.&lt;i&gt;&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Joachim Hirsh dans &lt;i&gt;El Viejo Topo&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;&#034;La structure capitaliste de contr&#244;le n'est pas seulement devenue tendancieusement totalitaire, mais elle s'est aussi faite extr&#234;mement vuln&#233;rable techniquement et politiquement. Aujourd'hui ce serait bien plus le refus massif, l'arr&#234;t d'une collaboration enti&#232;rement quotidienne, une conscience pratique d'arr&#234;ter de tout tol&#233;rer, qui ferait d&#233;railler ses roues rapidement. Et dans un processus de ce type pourraient aussi appara&#238;tre de nouvelles formes politiques et de nouvelles structures institutionnelles d&#233;mocratiques. Dans ce sens, il est probable qu'une r&#233;volution anticapitaliste n'ait jamais &#233;t&#233; aussi facile qu'aujourd'hui, et simultan&#233;ment il est probable que les hommes et les femmes n'aient jamais &#233;t&#233; autant incapables de regarder au-del&#224; de leurs constrictions quotidiennes, de d&#233;velopper une sensibilit&#233; qui leur permette de percevoir de quelles possibilit&#233;s ils se privent continuellement et de reconna&#238;tre l'indignit&#233; r&#233;elle dans laquelle on les force &#224; vivre. Une r&#233;volution r&#233;elle ne doit par cons&#233;quent pas &#234;tre uniquement sociale et politique, mais surtout une r&#233;volution culturelle.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#034;Todo a cien&#034;&lt;/i&gt; : &#233;quivalent d'un bazar o&#249; l'on trouve tout ce qui n'est pas de la nourriture, beaucoup de pacotille, et dont les premiers prix sont proches de 100 pesetas (maintenant 60 centimes).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En espagnol &#034;pour&#034; se d&#233;cline en &lt;i&gt;para&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;por&lt;/i&gt;, but et cause.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les hispanophones emploient souvent &#034;premier monde&#034; lorsque les m&#233;dias francophones parlent &#034;d'Occident&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Affaire Miguel Angel Blanco : &#233;lu du Parti populaire (parti de droite au pouvoir de 1996 &#224; 2004) s&#233;questr&#233; et ex&#233;cut&#233; par des membres de l'ETA l'&#233;t&#233; 1998, apr&#232;s un mois au cours duquel il y eu plusieurs attentats &#224; la voiture pi&#233;g&#233;e qui avaient bless&#233; et tu&#233; plusieurs personnes &#034;ordinaires&#034; (ni policiers ni politiciens, etc.). Les m&#233;dias avaient organis&#233; une spectacularisation monstre de l'&#233;v&#233;nement et des manifestations qui avaient suivi - apparemment plus grande dans les ann&#233;es qui ont suivi qu'au moment des faits m&#234;mes - qui servit au final aux objectifs du PP (qui avait profit&#233; de l'indignation g&#233;n&#233;rale &#224; des fins politiques) et &#224; la situation actuelle (ill&#233;galit&#233; de partis politiques, censure de documentaires, se procurer des votes...).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Rese&#241;ado&lt;/i&gt; : sans doute un reality-show de la TV espagnole (&lt;i&gt;rese&#241;ar&lt;/i&gt; signifie d&#233;crire, faire le compte rendu de).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Corte Ingl&#233;s : grande surface de style Galerie Lafayette r&#233;pandue dans toute l'Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Arco : foire d'art contemporain espagnole, dont on n'entendait pas parler il y a quelques ann&#233;es et qui depuis quelques temps est m&#234;me annonc&#233;e au journal TV. L'entr&#233;e co&#251;terait la bagatelle de 25 euros (pour ne pas parler du prix des &#034;oeuvres&#034;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Contrairement &#224; ce que dit Josu Montero ce n'est pas si simple, et le concept du temps de loisir ne peut-&#234;tre qualifi&#233; ainsi de &lt;i&gt;&#034;concept provenant de la culture ouvri&#232;re&#034;.&lt;/i&gt;L'aristocratie et la &lt;i&gt;gentry&lt;/i&gt; anglaise du XVIIIe si&#232;cle ne m&#233;prisaient nullement le &lt;i&gt;negotium&lt;/i&gt; - l'Angleterre du XVIIIe est d&#233;j&#224; une grande puissance capitaliste - mais tenait toutefois l'&lt;i&gt;otium&lt;/i&gt; dans la plus haute estime (&lt;i&gt;otium&lt;/i&gt; - loisir - se traduit par &lt;i&gt;ocio&lt;/i&gt; en castillan). Ce n'est qu'&#224; partir du XIXe si&#232;cle, suite &#224; la r&#233;volution industrielle et &#224; l'invention du chemin de fer et du bateau &#224; vapeur - entre autres - et &#224; l'organisation du travail qui en d&#233;coule que le loisir va peu &#224; peu se &#034;d&#233;mocratiser&#034; et finir par jouer le r&#244;le qui est le sien aujourd'hui au sein des diff&#233;rentes classes de la population, dont la classe ouvri&#232;re. Pour plus d'informations concernant les loisirs et le r&#244;le qu'ils ont jou&#233; et jouent encore, lire l'&lt;i&gt;Av&#232;nement des loisirs&lt;/i&gt;, Champs/Flammarion, &#233;tude dirig&#233;e par Alain Corbin (tous les chapitres ne sont pas aussi int&#233;ressants, n'h&#233;sitez pas &#224; en sauter, un livre n'a rien de sacr&#233;, faites en ce que vous voulez, mais c'est pas pour &#231;a qu'il faut tous les br&#251;ler, cabrones !).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En castillan gr&#233;viste se dit &lt;i&gt;huelguista&lt;/i&gt;, gr&#232;ve se dit &lt;i&gt;huelga&lt;/i&gt;, &#234;tre oisif &lt;i&gt;holgar&lt;/i&gt; et un fain&#233;ant ou un paresseux &lt;i&gt;un holg&#243;n&lt;/i&gt;. Provenant de la m&#234;me racine on trouve aussi &lt;i&gt;la juerga&lt;/i&gt;, la f&#234;te, la bringue.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie sommaire&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;- Toute petite anatomie de la culture du travail et r&#233;pliques de ch&#244;meureuses et d'autres gens distingu&#233;s&lt;/i&gt;, iosk &#233;ditions, brochure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;- Manifeste des ch&#244;meurs heureux, Berlin 1996,&lt;/i&gt; iosk &#233;ditions, brochure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;- T.A.Z., zone autonome temporaire&lt;/i&gt;, Hakim Bey, &#233;ditions de l'&#201;clat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;- Travailler, moi ? jamais !&lt;/i&gt;Bob Black, &#233;ditions de l'Esprit frappeur et en brochure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;- Le Droit &#224; la paresse&lt;/i&gt;, Paul Lafargue, &#233;ditions Allia, Mille et une Nuits, etc., et en brochure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;- &#201;loge de l'oisivet&#233;&lt;/i&gt;, Bertrand Russel, &#233;ditions Allia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;- L'Art du chaos&lt;/i&gt;, Hakim Bey, Nautilus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir aussi les diff&#233;rents textes de l'Assembl&#233;e de ch&#244;meureuses de Jussieu qui se trouvent en brochures ou sur le site ouaibe &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://mx.geocities.com/assembleedesluttes/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://mx.geocities.com/assembleedesluttes/&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous retrouverez ces brochures et bon nombre d'autres toutes aussi int&#233;ressantes, &#224; consulter, commander ou t&#233;l&#233;charger, sur : &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://infokiosques.net&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://infokiosques.net&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; et dans tout bon infokiosque du squat pr&#232;s de chez vous.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>qcq Petit peuple du cagibi</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Petit peuple du cagibi</dc:creator>


		<dc:subject>Petit peuple du cagibi (Grenoble)</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Petit peuple du cagibi &lt;br class='autobr' /&gt;
(Extraits du dictionnaire &#233;ph&#233;m&#232;re perp&#233;tuel) &lt;br class='autobr' /&gt;
Cagibi : n. m. - 1902 ; p.-&#234;. M&#233;tath&#232;se de cabigit, cabagit &#171; cahute &#187; &lt;&gt; endroit sombre rempli de vieilleries o&#249; l'on trouve parfois des tas de trucs formidables, des livres par exemple ou des vielles malles d'objets h&#233;t&#233;roclites d'usages divers. On y est bien plus tranquille que dans n'importe quel autre lieu. &lt;br class='autobr' /&gt;
Peuple : n. m. - v. 1430 ; poblo 842 ; pueble, pople XIe ; lat. populus &lt;&gt; canaille, pl&#232;be, populace, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique54" rel="directory"&gt;Petit peuple du cagibi&lt;/a&gt;

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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Petit peuple du cagibi&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(Extraits du dictionnaire &#233;ph&#233;m&#232;re perp&#233;tuel)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cagibi&lt;/strong&gt; : n. m. - 1902 ; p.-&#234;. M&#233;tath&#232;se de &lt;i&gt;cabigit&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;cabagit&lt;/i&gt; &#171; cahute &#187; &lt;&gt; endroit sombre rempli de vieilleries o&#249; l'on trouve parfois des tas de trucs formidables, des livres par exemple ou des vielles malles d'objets h&#233;t&#233;roclites d'usages divers. On y est bien plus tranquille que dans n'importe quel autre lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peuple&lt;/strong&gt; : n. m. - v. 1430 ; &lt;i&gt;poblo&lt;/i&gt; 842 ; &lt;i&gt;pueble&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;pople&lt;/i&gt; XIe ; lat. &lt;i&gt;populus&lt;/i&gt; &lt;&gt; canaille, pl&#232;be, populace, populo, multitude. Quand il est en forme le peuple bouffe du cur&#233;, du capitaliste, du flic, du politicard. Quand il s'assoupit il s'&#233;tiole et meurt comme un coquelicot coup&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Petit&lt;/strong&gt; : adj. - 980 &#171; jeune &#187; ; lat. pop. &lt;&gt; grand en puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;petit peuple du cagibi&lt;/i&gt; c'est quelques brochures traduites de textes glan&#233;s &#231;a et l&#224;, quelques r&#233;cits v&#233;cus, quelques r&#233;flexions compil&#233;es, et ce sera peut-&#234;tre aussi quelques textes plus techniques sur des exp&#233;rimentations toujours utiles ou sympathiques en cours ou &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le joindre : nologin[at]altern.org&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en savoir plus allez faire un tour dans &lt;a href=&#034;http://nologin.lautre.net/cagibi&#034;&gt;la rue des bons enfants&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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