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		<title>Pourquoi j'ai cambriol&#233;</title>
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		<dc:date>2006-10-02T08:14:39Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alexandre Jacob</dc:creator>


		<dc:subject>Anarchismes, anarchie</dc:subject>
		<dc:subject>Prison, justice, r&#233;pression</dc:subject>
		<dc:subject>Editions Turbulentes (Metz-Dijon)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Cette brochure pr&#233;sente une d&#233;claration de l'anarchiste ill&#233;galiste Alexandre Marius Jacob lors de son proc&#232;s &#224; Amiens en mars 1905.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sommaire :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Jacob devant ses juges (l&#233;galisme et ill&#233;galisme, quelques exemples de d&#233;clarations ant&#233;rieures &#224; celle de Jacob, la derni&#232;re ligne droite des individualistes)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#034;Pourquoi j'ai cambriol&#233;&#034;, par Alexandre Jacob.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Rep&#232;res (le mousse, l'apprenti anarchiste, l'ill&#233;galiste anarchiste, le proc&#232;s d'Amiens)&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique22" rel="directory"&gt;P&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Anarchismes, anarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot20" rel="tag"&gt;Prison, justice, r&#233;pression&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot62" rel="tag"&gt;Editions Turbulentes (Metz-Dijon)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH118/arton352-2f76a.png?1781172241' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='118' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff352.png?1151599823&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;JACOB DEVANT SES JUGES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D'APRES ALAIN SERGENT, cette d&#233;claration de principe aurait &#233;t&#233; lue par Jacob lors de la troisi&#232;me journ&#233;e du proc&#232;s d'Amiens. La presse bien pensante de l'&#233;poque n'y fait pas r&#233;f&#233;rence. Seul &lt;/i&gt;Germinal&lt;i&gt; la publia in &lt;/i&gt;extenso&lt;i&gt;, pleine page et a la une de son &#233;dition du 19 mars 1905, pr&#233;c&#233;d&#233;e d'un chapeau accrocheur &#171; Jacob devant nos ennemis &#187;, mais sans sp&#233;cifier quand Jacob en fit lecture. On peut supposer qu'elle fut r&#233;dig&#233;e a la maison d'arr&#234;t d'Amiens dans les semaines qui pr&#233;c&#233;d&#232;rent le proc&#232;s : les pr&#233;venus tenaient la un bon moyen de diffuser leurs id&#233;es sur l'activit&#233; r&#233;volutionnaire.&lt;br /&gt;
Au cours des d&#233;bats, &#233;maill&#233;s d'incidents divers jusqu'&#224; l'expulsion de dix des accus&#233;s &#224; la dixi&#232;me audience, Jacob put lire &#224; plusieurs reprises des professions de foi, genre qu'affectionnaient les anarchistes lors des grands proc&#232;s criminels qui d&#233;frayaient la chronique depuis une vingtaine d'ann&#233;es. [...]&lt;br /&gt;
Seule la d&#233;claration &lt;/i&gt;Pourquoi j'ai cambriol&#233;&lt;i&gt; fut utilis&#233;e au-del&#224; du proc&#232;s. Elle d&#233;passait le simple rapport de force avec cet organisme de vindicte sociale que l'&#201;tat nomme justice (pour paraphraser Soudy de la bande dite &#171; &#224; Bonnot &#187;). Sans doute Jacob l'avait-il r&#233;fl&#233;chie comme un moment de propagande par l'id&#233;e, une continuation des ann&#233;es d'activit&#233;s pass&#233;es. De fait, c'est ainsi que le comprirent certains des moins obtus des militants libertaires de l'&#233;poque. Ainsi le texte paru dans &lt;/i&gt;Germinal&lt;i&gt; fut repris, sit&#244;t le proc&#232;s fini, par le &lt;/i&gt;Balai Social&lt;i&gt;, bimensuel anarchiste-individualiste de la r&#233;gion parisienne, le 15 avril 1905. Il fut &#233;galement imprim&#233; sous forme d'affiches placard&#233;es dans les semaines qui suivirent le passage aux assises des &#171; travailleurs de la nuit &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;L&#233;galisme et ill&#233;galisme&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce soutien aux men&#233;es de Jacob et de ses amis se manifesta essentiellement dans les milieux que l'on qualifiait d'individualistes, car d&#233;j&#224; la fracture &#233;tait consomm&#233;e entre les sectateurs de la reprise et le reste du mouvement libertaire alors absorb&#233; par des activit&#233;s plus directement politiques, sociales et culturelles. Ainsi, du congr&#232;s d'unification des Bourses du travail (Limoges, 1895) &#224; celui qui se tint un an et demi apr&#232;s le proc&#232;s et dans cette m&#234;me ville d'Amiens, les militants et les penseurs les plus influents se tourn&#232;rent vers les organisations syndicales et ceci avant que la mainmise des politiciens socialistes de tout poil ne soit compl&#232;te.&lt;br /&gt;
D'autres, qui pourtant estimaient les combats ouvri&#233;ristes trop triviaux et qui leur pr&#233;f&#233;raient des t&#226;ches d'&#233;ducation et d'&#233;l&#233;vation culturelle des masses, ne se souciaient pas pour autant de soutenir quelques maraudeurs embastill&#233;s qui avaient eu l'outrecuidance de se pr&#233;tendre anarchistes : Jean Grave, directeur des &lt;/i&gt;Temps Nouveaux&lt;i&gt;, cette tendance, lui qui dans son autobiographie &lt;/i&gt;Quarante ans de propagande anarchiste&lt;i&gt; r&#233;v&#233;lait ainsi sa petitesse d'esprit : &#171; Parlant des individualistes, cela m'am&#232;ne &#224; parler des mouchards, des cambrioleurs aussi. A qui donner la priorit&#233; ? Je suis bien embarrass&#233;, car les trois cat&#233;gories sont &#233;troitement m&#234;l&#233;es. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Quelques exemples de d&#233;clarations ant&#233;rieures &#224; celle de Jacob&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Les parasites ne doivent pas avoir des bijoux quand les travailleurs, les producteurs n'ont pas de pain. Je n'ai qu'un regret, c'est de ne pas avoir trouv&#233; l'argent, que je comptais restituer pour servir a la propagande r&#233;volutionnaire, et je ne serais pas ici sur la sellette mais en train de faire des engins pour tous vous faire sauter.&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;Cl&#233;ment DUVAL&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait loin le temps o&#249; la d&#233;claration de Cl&#233;ment Duval aux assises de la Seine en janvier 1887, tir&#233;e &#224; cinquante mille exemplaires, &#233;tait imm&#233;diatement et int&#233;gralement diffus&#233;e dans le mouvement socialiste. Certains autoritaires comme Jules Guesde se retrouvaient en accord avec des libertaires comme Pierre Kropotkine, le futur &#171; prince des tranch&#233;es &#187;, pour d&#233;nier &#224; un pillard-incendiaire la qualit&#233; de r&#233;volutionnaire (&lt;/i&gt;Le R&#233;volt&#233;&lt;i&gt;, f&#233;vrier 1887). D'autres, et non des moindres, comme S&#233;verine, l'&#171; h&#233;riti&#232;re &#187; de Vall&#232;s et de son &lt;/i&gt;Cri du Peuple&lt;i&gt;, ou les fr&#232;res Paul et Elis&#233;e Reclus, ou encore S&#233;bastien Faure quelques ann&#233;es plus tard dans &lt;/i&gt;l'Almanach anarchiste pour 1892&lt;i&gt;, prirent franchement la d&#233;fense de l'ancienne Panth&#232;re des Batignolles (le groupe anarchiste dont Duval faisait partie avant son arrestation). En 1887, Cl&#233;ment Duval avait &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; mort pour avoir incendi&#233; et pill&#233; un h&#244;tel particulier de la rue Monceau &#224; Paris. Apr&#232;s avoir vu sa peine commu&#233;e en travaux forc&#233;s a perp&#233;tuit&#233;, l'ancien serrurier fut d&#233;port&#233; en Guyane. Il y resta jusqu'&#224; ce qu'il parvienne &#224; s'&#233;vader, quatorze ans plus tard, le 14 avril 1901. Il se r&#233;fugia dans la communaut&#233; libertaire italienne de New York o&#249; il mourut le 29 mars 1935. La d&#233;fense de Cl&#233;ment Duval est reproduite dans ses &lt;/i&gt;M&#233;moires&lt;i&gt; pr&#233;sent&#233;s par Marianne Enckell auxquels nous renvoyons le lecteur pour tout ce qui a trait &#224; ce personnage, en particulier sur ce qui rel&#232;ve de sa vie au bagne. Rappelons que depuis son exil Duval reprocha &#224; ses anciens compagnons leur attitude m&#233;prisante envers la &#171; bande &#224; Bonnot &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Comment donc s'&#233;tonner qu'au sein de toutes ces tentatives, en pr&#233;sence de tous ces exemples, il se trouve des gens qui, moins patients que la masse, tentent de faire en petit, pour leur compte personnel, ce qu'ils voient tous les jours accomplir en grand, sans vergogne comme sans remords, par les privil&#233;gi&#233;s de la haute p&#232;gre.&lt;i&gt;&lt;br /&gt;
Vittorio PINI&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait loin le temps o&#249; la &lt;/i&gt;D&#233;fense&lt;i&gt; du compagnon Pini &#233;tait distribu&#233;e par les compagnons avant la repr&#233;sentation de &lt;/i&gt;La Gr&#232;ve&lt;i&gt;, drame social de Louise Michel donn&#233; au th&#233;&#226;tre de la Villette, devant 700 &#224; 800 personnes, le 20 d&#233;cembre 1890.&lt;br /&gt;
Vittorio Pini, anarchiste d'origine italienne, avait, d'apr&#232;s Maitron, fond&#233; avec son compatriote Parmeggiani vers 1887 un groupe libertaire &#224; Paris qui se fit remarquer par son m&#233;pris des intellectuels. Le 4 novembre 1889, il fut condamn&#233; par les assises de la Seine a vingt ans de travaux forc&#233;s pour une s&#233;rie de cambriolages. Pini accueillit la sentence aux cris de : &#171; Vive l'anarchie ! A bas les voleurs ! &#187; Cette m&#234;me ann&#233;e le gouvernement italien avait d&#233;pos&#233; une demande d'extradition pour une tentative d'assassinat sur le publiciste Ceretti ; les &#171; Intransigenti &#187;, le groupe de Pini, &#233;taient fortement soup&#231;onn&#233;s. La police fran&#231;aise op&#233;ra une perquisition le 18 juin et trouva un arsenal de monte-en-l'air et le produit de multiples vols. Le 15 ao&#251;t 1890, il fut transport&#233; aux &#238;les du Salut o&#249; il se lia avec Cl&#233;ment Duval. Ensemble, ils tent&#232;rent plusieurs fois de s'&#233;vader. Apr&#232;s plusieurs essais infructueux, Pini, affaibli par la maladie, put s'&#233;tablir comme concessionnaire sur les &#238;les o&#249; il mourut en 1903. Duval, qui avait r&#233;ussi &#224; quitter le bagne en avril 1901, ne sut jamais que celui dont il avait partag&#233; l'infortune pendant plus de dix ann&#233;es avait fini par abandonner la lutte qu'ils avaient men&#233;e de concert contre l'administration. Ainsi, en avril 1902, le commandant des &#238;les du Salut pouvait-il &#233;crire &#224; ses sup&#233;rieurs : &#171; La conduite de Pini ne laisse rien &#224; d&#233;sirer depuis plus de cinq ans, il a rompu avec les individus se disant anarchistes. [...] Je puis fournir les meilleurs renseignements sur Pini, il se tient bien et ces derniers temps il m 'a fourni des indications utiles... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Par le fait de notre naissance nous devenons copropri&#233;taires de l'univers entier et nous avons droit &#224; tout ce qui est, &#224; tout ce qui a &#233;t&#233; et &#224; tout ce qui sera.&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;Georges &#201;TI&#201;VANT&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait loin le temps o&#249; les d&#233;clarations de Georges &#201;ti&#233;vant, imprim&#233;es sous forme de brochures, &#233;taient diffus&#233;es dans le milieu r&#233;volutionnaire. Georges Eti&#233;vant avait &#233;t&#233; condamn&#233; une premi&#232;re fois le 27 juillet 1892 devant les assises de la Seine-et-Oise &#224; cinq ans de prison pour sa participation au vol des explosifs qui servirent &#224; Ravachol &#224; faire danser Paris. Il subit une seconde condamnation, par contumace celle-l&#224;, en d&#233;cembre 1897, &#224; deux et trois ans de prison, pour des articles qu'il avait fait para&#238;tre, &#224; sa sortie de Clairvaux, dans &lt;/i&gt;le Libertaire&lt;i&gt;. Recherch&#233;, il anticipa sur son arrestation en attaquant le 16 janvier les plantons de garde du poste de police de la rue Berz&#233;lius dans le XVIIe arrondissement de Paris. Condamn&#233; &#224; mort aux assises de la Seine le 15 juin de la m&#234;me ann&#233;e, il vit sa peine commu&#233;e en travaux forc&#233;s &#224; perp&#233;tuit&#233;. Il mourut quelques ann&#233;es plus tard au bagne. Lors de son premier proc&#232;s, il fit deux d&#233;clarations devant le tribunal, qui, publi&#233;es en brochures, connurent un certain succ&#232;s.&lt;br /&gt;
Cette forme de soutien aux propagandistes par le fait fut plus syst&#233;matiquement utilis&#233;e dans les deux ann&#233;es suivantes, avant que les lois dites &#171; sc&#233;l&#233;rates &#187; de l'&#233;t&#233; 1894 ne calment quelque peu les sectateurs les plus v&#233;h&#233;ments de Dame Dynamite. On retrouve entre 1911 et 1913 une r&#233;&#233;dition du &lt;/i&gt;Pourquoi j'ai cambriol&#233;&lt;i&gt; de Jacob et des &lt;/i&gt;D&#233;clarations&lt;i&gt; d'&#201;mile Henry devant la cour d'assises de la Seine par &lt;/i&gt;l'Id&#233;e Libre&lt;i&gt;, mais cette tradition finira par se perdre compl&#232;tement et dispara&#238;tre dans le bourbier g&#233;n&#233;ralis&#233; pr&#233;tendument d&#233;clench&#233; par l'assassinat d'une t&#234;te couronn&#233;e autrichienne.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La derni&#232;re ligne droite des individualistes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Entre la dynamite de Ravachol et les brownings de Bonnot, Jacob exprime une autre id&#233;e de ce bon vieux courant individualiste qui &#233;tait encore bien vivant. Il est, entre autres, contemporain d'Albert Libertad. Le b&#233;quillard, n&#233; &#224; Bordeaux le 24 novembre 1875, &#233;tait arriv&#233; &#224; Paris en ao&#251;t 1897. Il se signala imm&#233;diatement dans les milieux libertaires par la virulence de ses positions individualistes. Il installa, en octobre 1902, ses Causeries populaires rue du Chevalier-de-La-Barre &#224; Montmartre, o&#249; il put approfondir les positions qu'il d&#233;veloppait par ailleurs dans ses articles du &lt;/i&gt;Libertaire&lt;i&gt;. En 1905, il y cr&#233;a avec un certain nombre de compagnons l'hebdomadaire &lt;/i&gt;L'anarchie&lt;i&gt; qui d&#233;fendit souvent avec violence les th&#232;ses du courant individualiste. Il avait suivi les d&#233;bats d'Amiens et donn&#233; &#224; &lt;/i&gt;Germinal&lt;i&gt; quelques papiers prenant vigoureusement la d&#233;fense des accus&#233;s. Il ouvrit, dans le num&#233;ro du 19 octobre 1905 de &lt;/i&gt;L'anarchie&lt;i&gt;, une souscription pour la m&#232;re de Jacob qui venait d'&#234;tre lib&#233;r&#233;e apr&#232;s la cassation de Laon. Apr&#232;s le passage &#224; tabac qui co&#251;ta la vie &#224; son fondateur en novembre 1908, le journal des individualistes enrag&#233;s d&#233;m&#233;nagea pour Romainville. Dirig&#233; par Lorulot puis par Mauricius, il fut finalement repris par le couple Kilbatchiche-Maitrejean avant d'&#234;tre emport&#233; par la d&#233;rive de ces &#171; bandits tragiques &#187; qui le firent d&#233;finitivement conna&#238;tre par leurs agissements au-del&#224; du milieu libertaire. La revue, changeant par la suite souvent de collaborateurs et apr&#232;s avoir vu dans ses colonnes les signatures de tous ceux que l'&#233;poque p&#251;t compter de penseurs individualistes, ne se remit jamais v&#233;ritablement de la terrible publicit&#233; qui lui fut faite au proc&#232;s de f&#233;vrier 1913. Elle fin&#238;t par dispara&#238;tre en juillet 1914. Signalons qu'une seconde s&#233;rie exista de 1926 &#224; 1929 ; elle fut anim&#233;e par Louis Louvet que l'on retrouva apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale aux c&#244;t&#233;s de S&#233;bastien Faure &#224; la direction de la revue &lt;/i&gt;Ce qu'il faut dire&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;POURQUOI J'AI CAMBRIOLE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Messieurs,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous savez maintenant qui je suis : un r&#233;volt&#233; vivant du produit des cambriolages. De plus j'ai incendi&#233; plusieurs h&#244;tels et d&#233;fendu ma libert&#233; contre l'agression d'agents du pouvoir. J'ai mis &#224; nu toute mon existence de lutte ; je la soumets comme un probl&#232;me &#224; vos intelligences. Ne reconnaissant &#224; personne le droit de me juger, je n'implore ni pardon, ni indulgence. Je ne sollicite pas ceux que je hais et m&#233;prise. Vous &#234;tes les plus forts ! Disposez de moi comme vous l'entendrez, envoyez-moi au bagne ou &#224; l'&#233;chafaud, peu m'importe ! Mais avant de nous s&#233;parer, laissez-moi vous dire un dernier mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque vous me reprochez surtout d'&#234;tre un voleur, il est utile de d&#233;finir ce qu'est le vol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mon avis, le vol est un besoin de prendre que ressent tout homme pour satisfaire ses app&#233;tits. Or ce besoin se manifeste en toute chose : depuis les astres qui naissent et meurent pareils &#224; des &#234;tres, jusqu'&#224; l'insecte qui &#233;volue dans l'espace, si petit, si infime que nos yeux ont de la peine &#224; le distinguer. La vie n'est que vols et massacres. Les plantes, les b&#234;tes s'entre-d&#233;vorent pour subsister. L'un ne na&#238;t que pour servir de p&#226;ture &#224; l'autre ; malgr&#233; le degr&#233; de civilisation, de perfectibilit&#233; pour mieux dire, o&#249; il est arriv&#233;, l'homme ne faillit pas &#224; cette loi ; il ne peut s'y soustraire sous peine de mort. Il tue et les plantes et les b&#234;tes pour s'en nourrir. Roi des animaux, il est insatiable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre des objets alimentaires qui lui assurent la vie, l'homme se nourrit aussi d'air, d'eau et de lumi&#232;re. Or a-t-on jamais vu deux hommes se quereller, s'&#233;gorger pour le partage de ces aliments ? Pas que je sache. Cependant ce sont les plus pr&#233;cieux sans lesquels un homme ne peut vivre. On peut demeurer plusieurs jours sans absorber de substances pour lesquelles nous nous faisons esclaves. Peut-on en faire autant de l'air ? Pas m&#234;me un quart d'heure. L'eau compte pour trois quarts du poids de notre organisme et nous est indispensable pour entretenir l'&#233;lasticit&#233; de nos tissus ; sans la chaleur, sans le soleil, la vie serait tout &#224; fait impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or tout homme prend, vole ces aliments. Lui en fait-on un crime, un d&#233;lit ? Non certes ! Pourquoi r&#233;serve-t-on le reste ? Parce que ce reste exige une d&#233;pense d'effort, une somme de travail. Mais le travail est le propre d'une soci&#233;t&#233;, c'est-&#224;-dire l'association de tous les individus pour conqu&#233;rir, avec peu d'efforts, beaucoup de bien-&#234;tre. Est-ce bien l&#224; l'image de ce qui existe ? Vos institutions sont-elles bas&#233;es sur un tel mode d'organisation ? La v&#233;rit&#233; d&#233;montre le contraire. Plus un homme travaille, moins il gagne ; moins il produit, plus il b&#233;n&#233;ficie. Le m&#233;rite n'est donc pas consid&#233;r&#233;. Les audacieux seuls s'emparent du pouvoir et s'empressent de l&#233;galiser leurs rapines. Du haut en bas de l'&#233;chelle sociale tout n'est que friponnerie d'une part et idiotie de l'autre. Comment voulez-vous que, p&#233;n&#233;tr&#233; de ces v&#233;rit&#233;s, j'aie respect&#233; un tel &#233;tat de choses ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un marchand d'alcool, un patron de bordel s'enrichit, alors qu'un homme de g&#233;nie va crever de mis&#232;re sur un grabat d'h&#244;pital. Le boulanger qui p&#233;trit le pain en manque ; le cordonnier qui confectionne des milliers de chaussures montre ses orteils, le tisserand qui fabrique des stocks de v&#234;tements n'en a pas pour se couvrir ; le ma&#231;on qui construit des ch&#226;teaux et des palais manque d'air dans un infect taudis. Ceux qui produisent tout n'ont rien, et ceux qui ne produisent rien ont tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel &#233;tat de choses ne peut que produire l'antagonisme entre les classes laborieuses et la classe poss&#233;dante, c'est-&#224;-dire fain&#233;ante. La lutte surgit et la haine porte ses coups.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous appelez un homme &#171; voleur et bandit &#187;, vous appliquez contre lui les rigueurs de la loi sans vous demander s'il pouvait &#234;tre autre chose. A-t-on jamais vu un rentier se faire cambrioleur ? J'avoue ne pas en conna&#238;tre. Mais moi qui ne suis ni rentier ni propri&#233;taire, qui ne suis qu'un homme ne poss&#233;dant que ses bras et son cerveau pour assurer sa conservation, il m'a fallu tenir une autre conduite. La soci&#233;t&#233; ne m'accordait que trois moyens d'existence : le travail, la mendicit&#233;, le vol. Le travail, loin de me r&#233;pugner, me pla&#238;t, l'homme ne peut m&#234;me pas se passer de travailler ; ses muscles, son cerveau poss&#232;dent une somme d'&#233;nergie &#224; d&#233;penser. Ce qui m'a r&#233;pugn&#233;, c'est de suer sang et eau pour l'aum&#244;ne d'un salaire, c'est de cr&#233;er des richesses dont j'aurais &#233;t&#233; frustr&#233;. En un mot, il m'a r&#233;pugn&#233; de me livrer &#224; la prostitution du travail. La mendicit&#233; c'est l'avilissement, la n&#233;gation de toute dignit&#233;. Tout homme a droit au banquet de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le droit de vivre ne se mendie pas, il se prend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vol c'est la restitution, la reprise de possession. Plut&#244;t que d'&#234;tre clo&#238;tr&#233; dans une usine, comme dans un bagne ; plut&#244;t que mendier ce &#224; quoi j'avais droit, j'ai pr&#233;f&#233;r&#233; m'insurger et combattre pied &#224; pied mes ennemis en faisant la guerre aux riches, en attaquant leurs biens. Certes, je con&#231;ois que vous auriez pr&#233;f&#233;r&#233; que je me soumette &#224; vos lois ; qu'ouvrier docile et avachi j'eusse cr&#233;&#233; des richesses en &#233;change d'un salaire d&#233;risoire et, lorsque le corps us&#233; et le cerveau ab&#234;ti, je m'en fusse crever au coin d'une rue. Alors vous ne m'appelleriez pas &#171; bandit cynique &#187;, mais &#171; honn&#234;te ouvrier &#187;. Usant de la flatterie, vous m'auriez m&#234;me accord&#233; la m&#233;daille du travail. Les pr&#234;tres promettent un paradis &#224; leurs dupes ; vous, vous &#234;tes moins abstraits, vous leur offrez un chiffon de papier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous remercie beaucoup de tant de bont&#233;, de tant de gratitude, messieurs. Je pr&#233;f&#232;re &#234;tre un cynique conscient de mes droits qu'un automate, qu'une cariatide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que j'eus possession de ma conscience, je me livrai au vol sans aucun scrupule. Je ne coupe pas dans votre pr&#233;tendue morale, qui pr&#244;ne le respect de la propri&#233;t&#233; comme une vertu, alors qu'en r&#233;alit&#233; il n'y a de pires voleurs que les propri&#233;taires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Estimez-vous heureux, messieurs, que ce pr&#233;jug&#233; ait pris racine dans le peuple, car c'est l&#224; votre meilleur gendarme. Connaissant l'impuissance de la loi, de la force pour mieux dire, vous en avez fait le plus solide de vos protecteurs. Mais prenez-y garde ; tout n'a qu'un temps. Tout ce qui est construit, &#233;difi&#233; par la ruse et la force, la ruse et la force peuvent le d&#233;molir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le peuple &#233;volue tous les jours. Voyez-vous qu'instruits de ces v&#233;rit&#233;s, conscients de leurs droits, tous les meurt-de-faim, tous les gueux, en un mot, toutes vos victimes, s'armant d'une pince-monseigneur aillent livrer l'assaut &#224; vos demeures pour reprendre leurs richesses, qu'ils ont cr&#233;&#233;es et que vous leur avez vol&#233;es. Croyez-vous qu'ils en seraient plus malheureux ? J'ai l'id&#233;e du contraire. S'ils y r&#233;fl&#233;chissent bien, ils pr&#233;f&#233;reraient courir tous les risques plut&#244;t que de vous engraisser en g&#233;missant dans la mis&#232;re. La prison... le bagne... l'&#233;chafaud ! dira-t-on. Mais que sont ces perspectives en comparaison d'une vie d'abruti, faite de toutes les souffrances. Le mineur qui dispute son pain aux entrailles de la terre, ne voyant jamais luire le soleil, peut p&#233;rir d'un instant &#224; l'autre, victime d'une explosion de grisou ; le couvreur qui p&#233;r&#233;grine sur les toitures peut faire une chute et se r&#233;duire en miettes ; le marin conna&#238;t le jour de son d&#233;part, mais il ignore s'il reviendra au port. Bon nombre d'autres ouvriers contractent des maladies fatales dans l'exercice de leur m&#233;tier, s'&#233;puisent, s'empoisonnent, se tuent &#224; cr&#233;er pour vous ; il n'est pas jusqu'aux gendarmes, aux policiers, vos valets qui, pour un os que vous leur donnez &#224; ronger, trouvent parfois la mort dans la lutte qu'ils entreprennent contre vos ennemis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ent&#234;t&#233;s dans votre &#233;go&#239;sme &#233;troit, vous demeurez sceptiques &#224; l'&#233;gard de cette vision, n'est-ce pas ? Le peuple a peur, semblez-vous dire. Nous le gouvernons par la crainte de la r&#233;pression ; s'il crie, nous le jetterons en prison ; s'il bronche, nous le d&#233;porterons au bagne ; s'il agit, nous le guillotinerons ! Mauvais calcul, messieurs, croyez-m'en. Les peines que vous infligerez ne sont pas un rem&#232;de contre les actes de r&#233;volte. La r&#233;pression, bien loin d'&#234;tre un rem&#232;de, voire un palliatif n'est qu'une aggravation du mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mesures correctives ne peuvent que semer la haine et la vengeance. C'est un cycle fatal. Du reste, depuis que vous tranchez des t&#234;tes, depuis que vous peuplez les prisons et les bagnes, avez-vous emp&#234;ch&#233; la haine de se manifester ? Dites ! R&#233;pondez ! Les faits d&#233;montrent votre impuissance. Pour ma part, je savais pertinemment que ma conduite ne pouvait avoir pour moi d'autre issue que le bagne ou l'&#233;chafaud. Vous devez voir que ce n'est pas ce qui m'a emp&#234;ch&#233; d'agir. Si je me suis livr&#233; au vol, &#231;a n'a pas &#233;t&#233; une question de gains, de livres, mais une question de principe, de droit J'ai pr&#233;f&#233;r&#233; conserver ma libert&#233;, mon ind&#233;pendance, ma dignit&#233; d'homme, que me faire l'artisan de la fortune d'un ma&#238;tre. En termes plus crus, sans euph&#233;misme, j'ai pr&#233;f&#233;r&#233; &#234;tre voleur que vol&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, moi aussi je r&#233;prouve le fait par lequel un homme s'empare violemment et avec ruse du fruit du labeur d'autrui. Mais c'est pr&#233;cis&#233;ment pour cela que j'ai fait la guerre aux riches, voleurs du bien des pauvres. Moi aussi je voudrais vivre dans une soci&#233;t&#233; o&#249; le vol serait banni. Je n'approuve et n'ai us&#233; du vol que comme moyen de r&#233;volte propre &#224; combattre le plus inique de tous les vols : la propri&#233;t&#233; individuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour d&#233;truire un effet, il faut au pr&#233;alable en d&#233;truire la cause. S'il y a vol, ce n'est que parce qu'il y a abondance d'une part et disette de l'autre ; que parce que tout n'appartient qu'&#224; quelques-uns. La lutte ne dispara&#238;tra que lorsque les hommes mettront en commun leurs joies et leurs peines, leurs travaux et leurs richesses ; que lorsque tout appartiendra &#224; tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Anarchiste r&#233;volutionnaire j'ai fait ma r&#233;volution&lt;br /&gt;
Vienne l'Anarchie&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alexandre JACOB&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;REPERES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;i&gt;Le mousse&lt;/i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ALEXANDRE JACOB naquit le 29 septembre 1879 &#224; Marseille. L'enfant &#233;tait plut&#244;t placide. Quand elle parlait de lui, sa m&#232;re, Marie Berthou, une fille de la Provence, disait : &#171; Mon petit, il &#233;tait bien tranquille. On aurait cru une fille, il jouait avec des chiffons et des poup&#233;es. &#187; &#192; 11 ans, il obtint, chez les fr&#232;res des &#233;coles chr&#233;tiennes, son certificat d'&#233;tudes avec la mention &#171; passable &#187;. Puis Jacob embarqua comme mousse pour un voyage sur les c&#244;tes occidentales africaines. A 12 ans, il partit en qualit&#233; de novice-timonier en direction de Noum&#233;a via Suez, Djibouti et Sidney. Apr&#232;s divers engagements, Jacob finit par d&#233;serter de l'&lt;i&gt;Armand-B&#233;hic&lt;/i&gt; en Australie ; il se retrouva engag&#233; sur un baleinier qui s'av&#233;ra &#234;tre un navire pirate. Apr&#232;s un voyage avec cet &#233;quipage, Jacob s'engagea &#224; nouveau comme mousse pour revenir &#224; Marseille. L&#224; il se fit arr&#234;ter pour d&#233;sertion, il avait alors 13 ans. Comme punition, il d&#251;t repartir sur les bateaux des Messageries maritimes. Or Jacob &#233;tait r&#233;ellement tent&#233; par le m&#233;tier de marin : quand il le pouvait, il consultait des livres sur la navigation afin de pouvoir un jour devenir capitaine au long cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A terre, il recevait, d'un jeune homme dont son p&#232;re avait la tutelle, ses premiers &#233;l&#233;ments d'&#233;ducation anarchiste ; c'est avec lui qu'il se mit &#224; lire des brochures s&#233;ditieuses et &#224; assister &#224; des conf&#233;rences libertaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;L'apprenti anarchiste&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Jacob tomba malade &#224; 16 ans ; une fi&#232;vre persistante l'obligea &#224; rester &#224; terre pour se soigner. En compagnie de militants anarchistes, il participa &#224; un journal de propagande, &lt;i&gt;l'Agitateur&lt;/i&gt;. D&#233;nonc&#233; par un indicateur de police, il fut condamn&#233; &#224; six mois de prison et cinquante francs d'amende pour fabrication d'explosifs. &#192; sa lib&#233;ration, il trouva une place de commis de bureau chez un fondeur de plomb. La police ne l'entendait pas de cette oreille, elle visita son patron pour le faire renvoyer, ce qui fut fait. Il fut ensuite embauch&#233; dans une pharmacie comme pr&#233;parateur pour y passer un dipl&#244;me de seconde classe. Le stage dura un mois, le temps pour la S&#251;ret&#233; de venir y faire une visite : il fut imm&#233;diatement cong&#233;di&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En guise de vengeance, Jacob trouva une application aux doctrines anarchistes qu'il avait choisies d&#232;s l'&#226;ge de 13 ans ; le 1er avril 1899, avec trois amis, il simula une descente de police dans un bureau du mont-de-pi&#233;t&#233; &#224; Marseille : ils &#233;pluch&#232;rent les comptes, firent semblant de retrouver des bijoux vol&#233;s, saisirent l'ensemble des objets de valeur, conduisirent le commissionnaire du mont-de-pi&#233;t&#233; au palais de justice o&#249; ils l'abandonn&#232;rent devant la porte du procureur de la R&#233;publique avant de s'enfuir avec le butin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s un s&#233;jour en Espagne, Jacob revint &#224; Toulon. Suite &#224; la d&#233;nonciation d'un indicateur, apr&#232;s le cambriolage d'une &#233;tude de notaire, il eut affaire une deuxi&#232;me fois &#224; la justice. Gr&#226;ce &#224; un habile subterfuge, il fut acquitt&#233; aux assises d'Aix-en-Provence, car l'affaire du mont-de-pi&#233;t&#233; n'&#233;tait pas encore &#233;lucid&#233;e. Ensuite il commit quelques cambriolages, sans grande envergure, d'&#233;glises et d'h&#244;tels particuliers dans le Sud-Ouest. &#192; Monte-Carlo, il d&#233;pouilla, avec un Sicilien, les mises des tables de jeu du casino : pendant qu'il simulait une crise d'&#233;pilepsie, son complice nettoyait les tapis. Une fois que Jacob eut fini de jouer les malades, il se rendit compte qu'il avait &#233;t&#233; grug&#233;, l'autre avait disparu avec le butin. Il le poursuivit, afin de le tuer, jusqu'en Italie. Lorsqu'il le retrouva, le tra&#238;tre &#233;tait d&#233;j&#224; mort, assassin&#233; par une autre de ses victimes. &#192; Milan, il croisa une connaissance &#224; qui il donna un peu d'argent pour rentrer &#224; Toulon o&#249; lui-m&#234;me arriva peu apr&#232;s. Son oblig&#233; le signala alors &#224; la police : Jacob fut arr&#234;t&#233; cette fois-ci pour l'affaire du mont-de-pi&#233;t&#233;. Il avait &#233;t&#233; d&#233;nonc&#233; puis jug&#233; par contumace &#224; cinq ans de prison et 3000 francs d'amende. Il fit appel, joua la folie, et fut envoy&#233; &#224; l'asile de Mont-Perrin d'o&#249; il s'&#233;vada le 19 avril 1900 gr&#226;ce &#224; la complicit&#233; d'un infirmier-surveillant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;L'ill&#233;galiste anarchiste&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
A ce moment, il organisa avec quelques-uns de ses camarades, sa compagne Rose Roux et sa m&#232;re une bande de voleurs dont l'ambition &#233;tait de faire de la &#171; reprise &#187; une pratique scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant trois ans, cette &#233;quipe, que la presse baptisa pendant le proc&#232;s &#171; les travailleurs de la nuit &#187;, &#233;cuma la France. Devant les juges d'Amiens, 156 cambriolages furent r&#233;pertori&#233;s : des vols dans des h&#244;tels particuliers, dans des ch&#226;teaux, dans des &#233;glises. Parmi ceux-ci, certains sont rest&#233;s c&#233;l&#232;bres, comme le vol des tapisseries de la cath&#233;drale de Tours ou le casse de la rue Quincampoix. Jacob et ses amis avaient lou&#233; un appartement qui se trouvait juste au-dessus d'une fabrique de bijoux. S'assurant de l'absence du bijoutier et de sa famille pendant la nuit, il perc&#232;rent le plancher en installant un parapluie pour &#233;viter que le bruit des gravats n'alert&#226;t les voisins. Une fois devant le coffre, Jacob dut travailler plusieurs heures &#224; cause de la maladresse d'un de ses complices qui avait brouill&#233; les p&#234;nes de la serrure. Le butin &#233;tait &#233;norme : 7 kilos d'or, 280 carats de pierres, 300 de perles, 8000 francs en esp&#232;ces, 200 000 francs de rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cambriolages &#233;taient minutieusement pr&#233;par&#233;s, laissant peu de place au hasard. La France &#233;tait divis&#233;e en trois zones, selon les trajets ferroviaires : tout reposait sur la rapidit&#233; des d&#233;placements. L'id&#233;al &#233;tait &#233;videmment que le butin f&#251;t rapatri&#233; avant la d&#233;couverte du m&#233;fait. Souvent trois hommes suffisaient pour une op&#233;ration : l'un d'entre eux partait en &#233;claireur dans la ville choisie. Son travail &#233;tait de rep&#233;rer, &lt;i&gt;de visu&lt;/i&gt; et en consultant les bottins mondains, les demeures dignes d'&#234;tre visit&#233;es. Il posait des scell&#233;s sur toutes les ouvertures afin de s'assurer de l'absence des &#233;lus, et ainsi &#233;viter toute violence inutile. Puis il envoyait aux deux autres un message t&#233;l&#233;graphique cod&#233; qui leur indiquait le mat&#233;riel &#224; emporter. Le ou les cambriolages &#233;taient faits dans la nuit et tout le monde repartait par le premier train du matin. Ni vu, ni connu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacob avait achet&#233; un commerce de quincaillerie &#224; Montpellier pour se procurer les syst&#232;mes de coffres-forts les plus sophistiqu&#233;s. Ainsi il avait tout loisir de les &#233;tudier, de se procurer les outils n&#233;cessaires &#224; la constitution d'une trousse de cambrioleur tr&#232;s perfectionn&#233;e. Pour &#233;viter les interm&#233;diaires et les risques de d&#233;lation, il fit ouvrir aussi une fonderie d'or &#224; Paris. Il se constitua une garde-robe vari&#233;e pour assurer tous les d&#233;guisements possibles et diversifier les identit&#233;s en cas de probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cibles &#233;taient les riches, le projet &#233;tait de les punir. Les vols &#233;taient parfois sign&#233;s de provocations verbales, comme chez le juge de paix Mulot, au Mans : &#171; Aux juges de paix, nous faisons la guerre. Attila &#187;, ou dans la cath&#233;drale de Tours : &#171; Dieu Tout-Puissant, retrouve Tes voleurs. Attila &#187;. Anecdote r&#233;v&#233;latrice : Jacob &#233;tait en train de cambrioler &#224; Rochefort, chez un enseigne de marine nomm&#233; Viaud, lorsqu'il se rendit compte que ce dernier &#233;tait en fait l'&#233;crivain Pierre Loti ; il rebroussa aussit&#244;t chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacob, parfois en d&#233;saccord avec ses amis moins altruistes, s'&#233;tait toujours tenu &#224; son projet initial : faire du vol non pas une r&#233;appropriation personnelle mais une attaque contre le monde des puissants. L'enqu&#234;te men&#233;e sur sa vie pendant l'instruction du proc&#232;s a r&#233;v&#233;l&#233; qu'il avait v&#233;cu chichement pendant ces trois ann&#233;es de travail nocturne, mangeant dans des restaurants populaires, ne buvant pas d'alcool. Loin de se constituer une fortune personnelle, comme il aurait pu ais&#233;ment le faire, il aidait largement les &#339;uvres libertaires. On a &#233;videmment peu de d&#233;tails sur ces contributions, pusillanimit&#233; et moralisme des b&#233;n&#233;ficiaires obligent, mais l'on sait tout de m&#234;me qu'il a contribu&#233; &#224; financer l'achat du terrain de la rue d'Orsel, &#224; Paris, o&#249; Matha voulait installer les locaux du &lt;i&gt;Libertaire&lt;/i&gt;. L'on sait aussi qu'une partie de l'argent servait &#224; aider les familles des amis envoy&#233;s en prison ou au bagne...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 21 avril 1903, Jacob et P&#233;lissard rejoignirent Bour &#224; Abbeville o&#249; ce dernier avait pr&#233;par&#233; une s&#233;rie de cambriolages. L'aventure s'arr&#234;ta cette nuit-l&#224; pour les trois comp&#232;res : Jacob fut arr&#234;t&#233; au petit matin apr&#232;s une longue traque narr&#233;e dans les &lt;i&gt;Souvenirs d'un r&#233;volt&#233;&lt;/i&gt;. Les autres suivirent rapidement et certains ne purent tenir leur langue. Ce qui permit &#224; la police de mettre la main sur une bonne partie du groupe, dont la m&#232;re, la compagne de Jacob et des amis proches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le proc&#232;s d'Amiens&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Le juge Hatt&#233; instruisit l'affaire pendant pratiquement deux ans ; il r&#233;unit finalement un &#233;norme acte d'accusation de 161 pages comportant plus de 20 000 pi&#232;ces. Pendant ce temps, des anarchistes cr&#233;aient, le 1er novembre 1904, un hebdomadaire libertaire &#224; Amiens : &lt;i&gt;Germinal&lt;/i&gt;. Le proc&#232;s prit une place pr&#233;pond&#233;rante dans le journal. Des r&#233;unions, des conf&#233;rences furent organis&#233;es &#224; Amiens, des orateurs comme S&#233;bastien Faure y furent invit&#233;s. Il s'agissait de pr&#233;parer ce moment de confrontation entre les voleurs et leurs juges, de donner toute son ampleur au projet de Jacob et de ne pas le laisser choir dans la rubrique des faits divers. De son c&#244;t&#233;, il pr&#233;parait activement sa d&#233;fense, ou, plus exactement, son attaque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proc&#232;s se d&#233;roula du 8 au 22 mars 1905. Dire qu'il ne passa pas inaper&#231;u est un euph&#233;misme. Les quotidiens aussi bien locaux que nationaux et certains journaux &#233;trangers y envoy&#232;rent des journalistes ; il fallut, pour assurer l'ordre, faire venir un bataillon d'infanterie qui occupa l'int&#233;rieur du palais de justice d'Amiens ; des gendarmes &#224; cheval et des chasseurs du 30e r&#233;giment assuraient l'escorte des voitures cellulaires. De son c&#244;t&#233;, &lt;i&gt;Germinal&lt;/i&gt; assurait le d&#233;sordre aussi bien dans les colonnes du journal que dans la rue et autour du palais. La tension semblait telle que les jur&#233;s n'os&#232;rent tenir leur r&#244;le par peur de repr&#233;sailles. Le pr&#233;sident Wehekind dut les convoquer de force, encadr&#233;s par des gendarmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; l'expulsion des principaux accus&#233;s, les audiences ont servi aux membres de la bande, et particuli&#232;rement &#224; Jacob, de tribune publique. Ils ont r&#233;p&#233;t&#233; sans cesse qu'ils ne reconnaissaient aucun droit &#224; cette justice de classe de statuer sur leur sort. &#171; Je ne suis d'accord avec personne, proclame Jacob, mes amis et moi nous ne reconnaissons pas &#224; vos jur&#233;s le droit de nous juger. &#187; Il ne s'agissait pas pour eux de se d&#233;fendre ni de se justifier, mais bien d'expliquer leurs actes qu'ils assumaient avec fiert&#233; : &#171; Oui, tous les vols, je les revendique comme un honneur &#187;. Toutes les cat&#233;gories sociales dominantes furent pass&#233;es au crible de leurs d&#233;clarations, de leurs interventions aussi provocatrices que lourdes de sens. Chaque t&#233;moin, chaque victime d'un de leurs vols se vit accus&#233; &#224; son tour, ironie du sort d'&#234;tre responsable d'un fl&#233;au social. Nous ne donnons ici que quelques exemples. &#192; propos des militaires : &#171; De tous les fl&#233;aux qui dominent les hommes, la guerre est le plus funeste. Au lieu de la combattre, des hommes, pour satisfaire leur ambition, ont remplac&#233; le dogme de Dieu par celui de la patrie &#187;. Au sujet des nobles : ils les accusait &#171; de marier leurs fils les plus tar&#233;s avec les filles de marchands de porcs am&#233;ricains, apr&#232;s s'&#234;tre autrefois enrichis de brigandages &#187;. Puis ce fut le tour des cur&#233;s : &#171; J'ai cambriol&#233; assez de pr&#234;tres. Chez tous j'ai trouv&#233; un coffre-fort et quelquefois plusieurs. Ils ne renfermaient pas des harengs saurs, je vous prie de le croire. Ils contenaient quelques hectogrammes de pains &#224; cacheter, ils contenaient aussi de fortes sommes [...] Et voil&#224; les charlatans qui m'appellent voleur ! &#187; Enfin viennent les magistrats : &#171; Ils ont tous mis leur pouvoir &#224; la disposition des riches pour &#233;craser les pauvres. Selon le mot d'Anatole France, ce sont des machines &#224; ex&#233;cuter. Or on ne gu&#233;rit pas en r&#233;primant. Des magistrats, &#231;a ne peut exister que dans une soci&#233;t&#233; corrompue. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacob alliait sans cesse critique et humour, r&#233;pliques et boutades afin de mieux ridiculiser la mise en sc&#232;ne s&#233;rieuse qu'on voulait lui faire jouer. Au pr&#233;sident, qui lui demandait se lever, Jacob r&#233;pondit &#171; Vous &#234;tes bien assis, vous ! &#187; A un sacristain qui &#233;num&#233;rait une liste d'objets vol&#233;s dans son &#233;glise, Jacob pr&#233;cisa : &#171; Voyons, vous n'avez pas tout dit, sacristain... Oui, le placard dans lequel il y avait des gravures du genre... disons, Fragonard. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la sixi&#232;me audience, suite &#224; un incident entre le pr&#233;sident et les avocats parisiens, Jacob et quelques autres inculp&#233;s furent exclus de la salle pour ne plus y revenir. Le proc&#232;s put alors se d&#233;rouler normalement ou presque, puisque les jur&#233;s re&#231;urent deux avertissements les mena&#231;ant d'une vengeance s'ils venaient &#224; faire condamner les inculp&#233;s : &#171; Osez frapper sans piti&#233; nos amis, et, sans piti&#233; aussi, nous vous frapperons. Comptez avec nos repr&#233;sailles ; et que cette vision fatale de votre sort soit fr&#233;quente &#224; votre esprit au moment du jugement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Au proc&#232;s d'Amiens, Alexandre Jacob est condamn&#233; aux travaux forc&#233;s &#224; perp&#233;tuit&#233;. Bagnard en Guyane, aux &#238;les du Salut pendant un quart de si&#232;cle (dont quatre ans de mitard), il tente dix-sept fois de s'&#233;vader. &lt;br /&gt; Lib&#233;r&#233; le 30 d&#233;cembre 1928, il devient, par amour de la libert&#233;, marchand-forain, un m&#233;tier qu'il invente.&lt;br /&gt; Apr&#232;s une derni&#232;re et sublime histoire d'amour, il choisit de mettre fin &#224; ses jours le 28 ao&#251;t 1954.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://nem.brassicanigra.org/" class="spip_out"&gt;http://nem.brassicanigra.org/&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Les trois textes qui constituent cette brochure sont extraits du volume I des &lt;i&gt;Ecrits&lt;/i&gt; d'Alexandre Jacob, paru aux Editions L'Insomniaque &lt;i&gt;(&#233;puis&#233;)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut retrouver le texte &lt;i&gt;Pourquoi j'ai cambriol&#233;&lt;/i&gt; (ainsi que &lt;i&gt;Souvenirs d'un r&#233;volt&#233;&lt;/i&gt;) dans &lt;i&gt;Travailleurs de la nuit&lt;/i&gt;, premier de trois petits volumes d'un choix d'&#233;crits d'Alexandre Jacob, dans la collection &lt;i&gt;A couteaux tir&#233;s&lt;/i&gt; des Editions L'Insomniaque.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Note de C. sur la brochure :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est question des fr&#232;res Paul et Elis&#233;e Reclus, &#224; mon avis c'est plut&#244;t Elis&#233;e et son neveu Paul, car c'est son neveu qui fr&#233;quentait les milieux libertaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sinon, il y a eu d'autres r&#233;&#233;ditions des &#034;D&#233;clarations&#034; d'Emile Henry avant 1911, notamment par son fr&#232;re vers 1906.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un truc qui me tient plus &#224; coeur c'est quand on dit que le journal &lt;i&gt;l'anarchie&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; par des &#034;compagnons&#034; parce que pour ce coup l&#224; il y avait pas mal de &#034;compagnonnes&#034; et notamment la co-fondatrice avec Libertad, Anna Mah&#233;, sa soeur Armandine Mah&#233;, les soeurs Morand, Rirette Ma&#238;trejean et d'autres mais je ne vais pas faire la liste ici !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, Libertad n'est pas mort d'un passage &#224; tabac, eh non ! M&#234;me si c'est plus glorieux ! Il serait mort d'une p&#233;ritonite d&#233;clar&#233;e &#224; la suite d'un coup de pied dans le ventre &#224; la suite d'une altercation avec la bande de Paraf-Javal (une bande anar rivale avec laquelle il s'&#233;tait embrouill&#233; - &#231;a rigolait pas &#224; l'&#233;poque !) cumul&#233; avec un anthrax qu'un m&#233;decin lui aurait ouvert au bistouri avant qu'il ne soit m&#251;r. Voil&#224; pour tous les d&#233;tails qu'on trouve dans la brochure sur Libertad faite par &#034;l'en-dehors&#034;...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pourquoi j'ai tu&#233;</title>
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		<dc:date>2006-09-27T13:07:53Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Garnier</dc:creator>


		<dc:subject>Anarchismes, anarchie</dc:subject>
		<dc:subject>Prison, justice, r&#233;pression</dc:subject>
		<dc:subject>Editions Turbulentes (Metz-Dijon)</dc:subject>
		<dc:subject>Agitations arm&#233;es</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ecrits de Garnier, anarchiste ill&#233;galiste ayant fait partie de la fameuse &#034;Bande &#224; Bonnot&#034; au d&#233;but du XX&#232;me si&#232;cle...&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique22" rel="directory"&gt;P&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Anarchismes, anarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot20" rel="tag"&gt;Prison, justice, r&#233;pression&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot62" rel="tag"&gt;Editions Turbulentes (Metz-Dijon)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot91" rel="tag"&gt;Agitations arm&#233;es&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH100/arton358-17b96.jpg?1781191325' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff358.jpg?1151675113&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Les &lt;i&gt;M&#233;moires &lt;/i&gt;publi&#233;s dans ce chapitre sont ceux de Garnier et non de Callemin. Ils ont &#233;t&#233; trouv&#233;s &#224; la villa Bonhours de Nogent-sur-Marne et ont &#233;t&#233; conserv&#233;s sous scell&#233;s portant le num&#233;ro 396 avant d'&#234;tre vers&#233;s aux Archives de la Pr&#233;fecture de Police. Par suite d'une erreur, on a mentionn&#233;, page I du manuscrit : &#171; M&#233;moires de Callemin dit Raymond la Science &#187; et c'est sous ce titre que je les ai reproduits. Je profite de la possibilit&#233; qui m'est aujourd'hui offerte pour rectifier et je remercie M. Malcolm Menzi&#232;s qui m'a signal&#233; l'erreur.&lt;br /&gt;
J. MAITRON.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La mort de Garnier et de Valet constituait une &#233;tape importante dans l'affaire Bonnot. D&#233;sormais tous les &#171; en dehors &#187; &#233;taient tu&#233;s ou sous les verrous. Le proc&#232;s devant les assises de la Seine n'allait cependant s'ouvrir qu'en f&#233;vrier 1913. En prison, Callemin et ses associ&#233;s eurent le temps de m&#233;diter, parfois d'&#233;crire. Apr&#232;s le jugement et les ex&#233;cutions qui le suivirent, des &#171; m&#233;moires &#187;, des &#171; souvenirs &#187; furent publi&#233;s, en particulier les &#171; Notes de Raymond la Science &#233;crites &#224; la Sant&#233; &#187; que Me Boucheron, avocat de Callemin remit au &lt;/i&gt;Journal&lt;i&gt; pour publication. Or, un observateur attentif des ill&#233;galistes, Emile Michon, qui put s'entretenir avec eux quotidiennement pendant les huit mois de leur d&#233;tention et les d&#233;crivit dans son ouvrage &lt;/i&gt;Un peu de l'&#226;me des bandits&lt;i&gt;, caract&#233;risa ainsi le style de Callemin : &#171; On a pu notamment constater &#224; loisir combien celui du premier &lt;/i&gt;[Callemin]&lt;i&gt; est nerveux et concis, bien en harmonie avec son esprit scientifique. &#187; On ne peut dire que ce soit l&#224; le trait dominant des textes publi&#233;s par le &lt;/i&gt;Journal&lt;i&gt; du 23 avril au 1er mai 1913...&lt;br /&gt; Quoi qu'il en soit, voici un texte de 24 pages dactylographi&#233;es que nous avons trouv&#233; aux archives de la Pr&#233;fecture de Police. Il est intitul&#233; &lt;/i&gt;Mes M&#233;moires&lt;i&gt;. Sur la premi&#232;re page figure la mention : &lt;/i&gt;M&#233;moires de Callemin dit Raymond la Science.&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;	Le manuscrit qui ne fut certainement pas relu (ponctuation et orthographe accidentellement d&#233;fectueuses, mots omis ou d&#233;form&#233;s) se trouve brusquement interrompu au milieu d'une phrase. Nous ne poss&#233;dons aucune indication sur les circonstances dans lesquelles il fut &#233;crit ou dict&#233; puis reproduit &#224; la machine. Il nous a paru essentiel pour la connaissance de la jeunesse de Garnier, de sa formation et de l'&#233;volution de ces conceptions sociales.&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;	Pourquoi j'ai cambriol&#233;&lt;br /&gt; Pourquoi j'ai tu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Tout &#234;tre venant au monde a droit &#224; la vie, cela est indiscutable puisque c'est une loi de la nature. Aussi, je me demande pourquoi sur cette terre, il y a des gens qui entendent avoir tous les droits. Ils pr&#233;textent qu'ils ont de l'argent mais si on leur demande o&#249; ils ont pris cet argent que r&#233;pondront-ils ? Moi je r&#233;ponds ceci : &#171; Je ne reconnais &#224; personne le droit d'imposer ses volont&#233;s sous n'importe quel pr&#233;texte que ce soit ; je ne vois pas pourquoi je n'aurais pas le droit de manger ces raisins ou ces pommes parce que c'est la propri&#233;t&#233; de M. X... Qu'a-t-il fait plus que moi pour que ce soit lui seul qui en profite. Je ne r&#233;ponds rien et par cons&#233;quent j'ai le droit d'en profiter selon mes besoins et s'il veut m'en emp&#234;cher par la force je me r&#233;volterai et &#224; sa force je lui opposerai la mienne car me trouvant attaqu&#233; je me d&#233;fendrai par n'importe quel moyen. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	C'est pourquoi &#224; ceux qui me diront qu'ils ont de l'argent et qu'alors je dois leur ob&#233;ir, je leur dirai : &#171; Quand vous pourrez d&#233;montrer qu'une partie du tout repr&#233;sente le tout, lorsque ce sera une autre terre que celle sur laquelle vous &#234;tes n&#233; comme moi et un autre soleil que celui qui vous &#233;claire [qui] a fait pousser les arbres et m&#251;rir les fruits, quand vous m'aurez d&#233;montr&#233; cela, je vous reconna&#238;trai le droit de m'emp&#234;cher d'en vivre, car, d'o&#249; sort l'argent : de la terre, et l'argent est une partie de cette terre transform&#233; en un m&#233;tal que l'on a appel&#233; argent et une partie du monde a pris le monopole de cet argent et a, par la force, en se servant de ce m&#233;tal, forc&#233; le reste du monde &#224; lui ob&#233;ir. Pour ce fait, ils ont invent&#233; toutes sortes de syst&#232;mes de torture tel que les prisons, etc. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;TROP LACHES POUR SE REVOLTER&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Pourquoi cette minorit&#233; qui poss&#232;de est-elle plus forte que la majorit&#233; qui est d&#233;poss&#233;d&#233;e ? Parce que cette majorit&#233; du peuple est ignorante et sans &#233;nergie ; elle supporte tous les caprices des poss&#233;dants en baissant les &#233;paules. Ces gens sont trop l&#226;ches pour se r&#233;volter et, bien mieux, si parmi eux il y en a qui sortent de leur troupeau, ils s'efforcent de les y emp&#234;cher soit expr&#232;s, soit par leur b&#234;tise, mais ils sont aussi dangereux l'un que l'autre. Ils se r&#233;clament de l'honn&#234;tet&#233; mais sous leur marque se cache une hypocrisie et une l&#226;chet&#233; qui n'est pas discutable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Que l'on me montre un honn&#234;te homme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour toutes ces choses que je me suis r&#233;volt&#233;, c'est parce que je ne voulais pas vivre la vie de la soci&#233;t&#233; actuelle et que je ne voulais pas attendre que je sois mort pour vivre que je me suis d&#233;fendu contre les oppresseurs par toutes sortes de moyens &#224; ma disposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;	DES MON PLUS JEUNE AGE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	D&#232;s mon plus jeune &#226;ge, je connus d&#233;j&#224; l'autorit&#233; du p&#232;re et de la m&#232;re et avant d'avoir l'&#226;ge de comprendre je me r&#233;voltai contre cette autorit&#233; ainsi que celle de l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	J'avais alors treize ans. Je commen&#231;ai &#224; travailler ; la raison me venant, je commen&#231;ai &#224; comprendre ce que c'&#233;tait que la vie et l'injure sociale ; je vis les individus mauvais, je me suis dit : &#171; il faut que je cherche un moyen de sortir de cette pourriture qu'&#233;taient patrons, ouvriers, bourgeois, magistrats, policiers et autres ; tous ces gens me r&#233;pugnaient, les uns parce qu'ils supportaient de faire tous ces gestes. &#187; Ne voulant pas &#234;tre exploit&#233; et non plus exploiteur, je me mis &#224; voler &#224; l'&#233;talage ce qui ne rapportait pas grand-chose ; une premi&#232;re fois je fus pris&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Supprim&#233; : pour la premi&#232;re fois&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, j'avais alors dix-sept ans ; je fus condamn&#233; &#224; trois mois de prison ; je compris alors ce que c'&#233;tait que la justice ; mon camarade qui &#233;tait pr&#233;venu du m&#234;me d&#233;lit puisque nous &#233;tions ensemble, fut condamn&#233; &#224; deux mois et avec sursis. Pourquoi, je me le suis toujours demand&#233;. Mais je puis dire que je ne reconnais &#224; personne le droit de me juger pas plus un juge d'instruction qu'un pr&#233;sident de tribunal, car personne ne peut conna&#238;tre les raisons d&#233;terminantes qui me font agir ; personne ne peut se mettre &#224; ma place en un mot personne ne peut &#234;tre moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;	J'AURAIS BIEN VOULU M'INSTRUIRE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Quand je sortis de prison, je rentrai chez mes parents qui me firent des reproches assez violents. Mais d'avoir subi ce que l'on appelle la justice, la prison, m'avait rendu encore plus r&#233;volt&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Supprim&#233; : mais.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je recommen&#231;ai &#224; travailler, mais pas dans le m&#234;me m&#233;tier. C'est alors qu'apr&#232;s avoir &#233;t&#233; dans un bureau, je me mis &#224; travailler dans la boucherie, ensuite boulangerie et quand je sortis de prison, je voulus travailler dans la boulangerie, m&#233;tier que je connaissais tr&#232;s bien, mais partout o&#249; j'allais, on me demandait des certificats. Je n'en avais pas, alors on ne voulait pas de moi cela me r&#233;voltait encore. C'est l&#224; que je recommen&#231;ai &#224; ruser pour trouver du travail, je me fabriquai de faux certificats et finalement je trouvai une place dans laquelle je travaillai environ de seize &#224; dix-huit heures par jour pour la somme de 70 &#224; 80 F par semaine de sept jours et lorsque je demandai un jour de repos cela ne plaisait pas &#224; Monsieur le patron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Au bout de trois mois environ de ce travail, j'&#233;tais harass&#233;, fourbu et pourtant il fallait continuer sous peine de&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Supprim&#233; : ne pas.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; crever de faim, car ce que je gagnais suffisait &#224; peine pour mes principaux besoins, mais d'un autre c&#244;t&#233;, je constatai que mon patron, lui, ramassait le b&#233;n&#233;fice de mon travail et que faisait-il, lui, pour cela ? rien sinon de me dire : &#171; Vous arrivez dix minutes en retard aujourd'hui &#187;, ou alors : &#171; Votre travail n'est pas tr&#232;s bien fait aujourd'hui, il faudra veiller &#224; cela, sinon... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Enfin, comme je n'aime pas faire toujours le m&#234;me geste car je ne [me] consid&#232;re pas comme une machine, j'aurais bien voulu m'instruire, conna&#238;tre beaucoup de choses, d&#233;velopper mon intelligence, mon physique, en un mot devenir un &#234;tre pouvant se diriger dans tous les sens, tout en ayant le moins besoin possible d'autrui. Mais pour arriver &#224; cela, il me fallait du temps, des livres. Comment me procurer tout cela avec mon travail ? Il m'&#233;tait impossible de r&#233;unir toutes ces choses, car il fallait manger et pour cela il fallait travailler et pour qui ? pour un patron. Je r&#233;fl&#233;chissais &#224; tout cela et je me dis : je vais encore changer de m&#233;tier, peut-&#234;tre &#231;a ira mieux, mais je n'avais pas compt&#233; avec le syst&#232;me social actuel ; j'avais du go&#251;t pour la m&#233;canique, mais quand je me pr&#233;sentai chez des m&#233;caniciens, ils me disaient : Nous voulons bien vous occuper, mais nous ne pouvons vous payer car vous ne produirez pas assez, ne connaissant rien dans le m&#233;tier ; qu'ils me paieraient, mais quand je saurais travailler, c'est-&#224;-dire au bout de quinze &#224; dix-huit mois et encore, qu'ils paient 6 &#224; 8 F par jour pour dix &#224; douze heures de travail. L'&#233;tat social commen&#231;ait singuli&#232;rement &#224; me d&#233;go&#251;ter. En fin de compte, je me trouvai de l'embauche dans le terrassement, mais je constatai encore que c'&#233;tait la m&#234;me chose : travailler beaucoup pour ne pas m&#234;me suffire &#224; mes besoins. Je fis les d&#233;ductions suivantes que partout et dans tout, c'&#233;tait la m&#234;me chose ; je ne voyais que mis&#232;re chez tous ceux qui travaillaient &#224; c&#244;t&#233; et autour de moi et pour comble, tous ces mis&#233;reux, au lieu d'essayer de sortir de cette situation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Supprim&#233; : ils.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, s'y enfon&#231;aient encore plus en buvant de l'alcool jusqu'&#224; rouler par terre et en perdre la raison. Je voyais tout cela et aussi l'exploiteur &#234;tre content de cette situation et m&#234;me pire, payer encore &#224; boire &#224; ces brutes qui en avaient d&#233;j&#224; trop absorb&#233; ; pour une bonne raison, c'est que pendant qu'ils &#233;taient abrutis, ces gens ne pouvaient raisonner et c'est ce qu'il lui fallait pour mieux les tenir sous son autorit&#233;.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; COURTE APPARITION DANS LES SYNDICATS&lt;BR /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; Quand, par hasard, il se produisait un geste de r&#233;volte parmi ces imb&#233;ciles (je ne fais pas de distinction de corps de m&#233;tiers), imm&#233;diatement le patron les mena&#231;ait de les renvoyer et alors le calme revenait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il m'est arriv&#233; de faire gr&#232;ve aussi, mais j'en ai eu vite compris le sens et la port&#233;e. Toute cette troupe &#171; d'hommes &#187; incapables d'agir individuellement se nommaient un chef qu'ils chargeaient de discuter avec le patron le sujet de m&#233;sentente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Quelquefois, ce chef imb&#233;cile et cupide se vendait au patron pour quelques pi&#232;ces d'argent et alors quand toutes ces brutes n'avaient plus d'argent, il leur conseillait de retourner travailler. Voil&#224; tous les aboutissants de la gr&#232;ve ou alors quand parfois la gr&#232;ve r&#233;ussissait et que les ouvriers avaient gagn&#233; ce qu'ils avaient demand&#233; : augmentation de salaire, alors les capitalistes eux, r&#233;augmentaient les denr&#233;es alimentaires et autres, si bien qu'un temps innombrable &#233;tait perdu, de l'&#233;nergie d&#233;pens&#233;e inutilement, puisque rien n'&#233;tait chang&#233; r&#233;ellement. Aussi, dans les syndicats, je ne fis qu'une courte apparition car je fus vite au courant que tous ces messieurs n'&#233;taient autres que des profiteurs et arrivistes qui criaient r&#233;volte partout, qu'il fallait d&#233;truire le capitaliste et autre, mais pourquoi. Je compris qu'ils voulaient d&#233;truire l'&#233;tat social actuel, tout simplement pour s'installer, eux, &#224; la place, remplacer la R&#233;publique par le syndicat, c'est-&#224;-dire &#233;liminer un Etat pour le remplacer par un autre dans lequel il y a lois et toute la m&#234;me engeance sociale actuelle, en somme ne changer que le nom pour arriver &#224; cela. Comme les capitalistes, ils emploient les m&#234;mes proc&#233;d&#233;s : promesses. Votre sinc&#233;rit&#233;, en somme, ils ne font qu'exploiter toujours la b&#234;tise ouvri&#233;riste. Quand je sortis de ce milieu, je rentrai dans un autre &#224; peu pr&#232;s identique : les r&#233;volutionnaires. Mais je ne fis que passer. Je devins alors anarchiste. J'avais environ dix-huit ans, je ne voulus plus retourner travailler et je recommen&#231;ai encore la reprise individuelle, mais pas plus de chance que la premi&#232;re fois. Au bout de trois ou quatre mois, j'&#233;tais encore pris. Je fus condamn&#233; &#224; deux mois. Je sortis cette fois et j'essayai encore de travailler. Je fis une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale dans laquelle il y eut bagarre avec la police, je fus arr&#234;t&#233; et condamn&#233; &#224; six jours de prison.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; DES HOMMES SOBRES, RAISONNABLES, D'UNE VOLONTE DE FER&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;	Tout cela continua &#224; m'aigrir le caract&#232;re et naturellement plus j'allais, plus je m'&#233;duquais, plus je comprenais la vie. Comme je fr&#233;quentais les anarchistes, je comprenais leurs th&#233;ories et j'en devenais un fervent partisan, non parce que ces th&#233;ories me plaisaient, mais parce que je les trouvais les plus justes discutables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Je rencontrai dans les milieux anarchistes des individus propres &#224; la vie, individus essayant le plus possible, de se d&#233;barrasser des pr&#233;jug&#233;s qui font que le monde est ignorant et sauvage, ces hommes avec qui je me faisais un plaisir de discuter, car ils&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Supprim&#233; : ne.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; me d&#233;montraient non des utopies, mais des choses que l'on pouvait voir et toucher. En plus de cela, ces individus &#233;taient sobres. Quand je discutais avec eux, je n'avais pas besoin, comme chez la g&#233;n&#233;ralit&#233; des brutes, de d&#233;tourner la t&#234;te quand ils me causaient, leur bouche ne rendait pas un relent d'alcool ou de tabac Je les trouvais raisonnables et j'en rencontrai d'une volont&#233; de fer et tr&#232;s &#233;nergiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mon opinion fut vite fond&#233;e, je devins comme eux, je ne voulus plus du tout aller travailler pour d'autres, je voulus aussi travailler pour moi mais comment m'y prendre, je n'avais pas grand choix, mais acquis un peu d'exp&#233;rience, et, plein d'&#233;nergie, r&#233;solu &#224; me d&#233;fendre jusqu'&#224; la mort, contre cette meute pleine de b&#234;tise et d'iniquit&#233; qu'est la pr&#233;sente Soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;	QU'EST-CE QUE LA PATRIE POUR MOI&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;	Je quittai Paris vers dix-neuf ans et demi, car j'entrevoyais, avec horreur, le r&#233;giment. L&#224; encore je vis, avec beaucoup plus de raison, ce que c'&#233;tait la loi dite sociale et humanitaire. Je compris ce que ces mots R&#233;publique, Libert&#233;, Egalit&#233;, Fraternit&#233;, drapeau, Patrie et autres voulaient dire. Je me discutais int&#233;rieurement, le parti que je devais prendre et je discutai aussi avec mes camarades, la valeur de ce vocabulaire social que l'Etat fait apposer partout et sur tous les &#233;difices publics ; je compris l'horrible hypocrisie repr&#233;sent&#233;e par ce langage. Tout cela n'est qu'une religion comme celle de Dieu que l'on jette en p&#226;ture &#224; tous les religieux qui sont la g&#233;n&#233;ralit&#233; du monde. On leur dit : vous devez respecter la Patrie, mourir pour elle, mais qu'est-ce que la Patrie pour moi, la Patrie c'est toute la terre, sans fronti&#232;re. La Patrie, c'est l&#224; o&#249; je vis, soit en Allemagne, soit en Russie, soit en France, pour moi, la Patrie n'a pas de bornes, elle est partout o&#249; je me trouve heureux. Je ne fais pas de distinction de peuple, je ne cherche qu'entente partout, mais autour de moi je ne vois que religieux et chr&#233;tiens ou hypocrites fourbes. Si les ouvriers r&#233;fl&#233;chissaient un peu, ils verraient et comprendraient qu'entre capitalistes il n'existe pas de fronti&#232;re, que ces rapaces malfaiteurs s'organisent pour mieux les oppresser et alors ils ne travailleraient plus &#224; la fabrication de canons, de sabres, de monnaies, d'habits militaires, ils abandonneraient les arsenaux, ils s'abstiendraient de s'alcooliser, ce qui est le plus redoutable ennui [ennemi ?] de la raison, ainsi que le tabac qui annihile le cerveau, mais ils sont trop veules actuellement, peut-&#234;tre cette masse inconsciente et fourbe changerait-elle peut-&#234;tre, je l'esp&#232;re, mais moi je ne veux pas me sacrifier pour elle. C'est maintenant que je suis sur la terre et c'est maintenant que je dois vivre et je m'y prendrai par tous les moyens que la science met &#224; ma disposition. Peut-&#234;tre que je ne vivrai pas vieux, je serai vaincu dans cette lutte qui est ouverte entre moi et toute cette Soci&#233;t&#233; qui dispose d'un arsenal incomparable au mien, mais je me d&#233;fendrai de mon mieux, &#224; la ruse, je r&#233;pondrai par la ruse &#224; la force je r&#233;pondrai par la force jusqu'&#224; ce que je sois vaincu, c'est-&#224;-dire mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;	DESERTEUR&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;	Donc, vers le mois de mai 1910, je partis en province pour t&#226;cher de gagner la fronti&#232;re pour ne pas &#234;tre soldat, mais vers le mois de juillet je retourne de nouveau en prison pour coups et blessures. J'en sors &#224; la fin d'ao&#251;t, un mois avant que ma classe ne parte. Sit&#244;t sorti, je travaille quelques jours sur un chantier de terrassement pour avoir un peu d'argent ; je prends le train pour les fronti&#232;res de Belgique, je paie une partie du voyage et ne paie pas l'autre car il fallait manger en route. J'arrivai &#224; Valenciennes, je descendis du train et cherchai &#224; sortir de la gare, mais je fus vis&#233; par le chef de gare qui me courut apr&#232;s. On discuta un peu, il me mena&#231;a des gendarmes et finalement j'eus raison de sa conscience car il me dit de sortir. Je n'avais plus d'argent en arrivant, je travaillai encore sur un chantier une semaine puis j'envoyai promener le patron car sur les fronti&#232;res les patrons ont l'habitude de mener les ouvriers comme des b&#234;tes de somme, pis m&#234;me, et cela me r&#233;voltait. Je fis deux cambriolages et quittai le pays pour gagner d&#233;finitivement la Belgique. J'arrivai vers le 6 octobre 1910 &#224; Charleroi, je me mis encore au travail pendant quelques jours, je fr&#233;quentai les anarchistes, cela seul, et vers les premiers jours du mois de novembre, je fus arr&#234;t&#233; comme tel mais faute de preuves, je fus rel&#226;ch&#233; huit jours apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;	CAMBRIOLEUR&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;	Quand je sortis de prison, je travaillai encore quelques jours et fis la connaissance de quelques camarades ayant mes opinions, camarades qui &#233;taient bons et francs, &#233;nergiques, auxquels je m'associai pour le cambriolage, car il fallait vivre et je ne voulus plus du tout aller ni &#224; l'usine, ni au chantier. J'avais alors vingt ans et demi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Vers le commencement de novembre, je fis la connaissance d'une compagne, je partis avec elle pour Bruxelles o&#249; mes camarades m'avaient pr&#233;c&#233;d&#233;. L&#224;, nous y restons jusqu'&#224; la fin de f&#233;vrier 1911. Je fus oblig&#233; de quitter Bruxelles car j'&#233;tais recherch&#233; pour des cambriolages que j'avais commis &#224; Charleroi et alentours ; je quittai donc Bruxelles et je revins &#224; Paris o&#249; j'allai m'installer au journal &lt;i&gt;l'anarchie&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;pour lequel je me mis &#224; l'&#339;uvre. J'y travaillai presque tous les jours et comme l'ordinaire &#233;tait un peu maigre, je fis, en compagnie de quelques camarades, une quantit&#233; de cambriolages, mais cela ne rapportait pas beaucoup, je fis l'&#233;mission de fausse monnaie, mais cela ne rapportait pas beaucoup et je risquais autant que d'aller faire un cambriolage qui me rapportait plus. Je laissai donc la fausse monnaie l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Vers le mois de juillet 1911, plusieurs de mes meilleurs camarades tomb&#232;rent entre les mains de la police. J'en fus beaucoup pein&#233; et je d&#233;terminai de me venger de cette soci&#233;t&#233; criminelle, aussi je quittai le journal et venai [vins] m'installer &#224; Vincennes, encore avec ma compagne qui m'&#233;tait d&#233;vou&#233;e et que j'aimais beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Pendant le temps que je passai au journal, si j'avais perdu quelques-uns de mes camarades, par contre, je fis la connaissance d'autres, aussi &#233;nergiques que moi, aussi nous discut&#226;mes ensemble le moyen de faire sentir plus fort que jamais le cri de notre r&#233;volte. C'est ainsi que nous d&#233;cid&#226;mes de louer plusieurs logements pour pouvoir travailler en toute s&#233;curit&#233;, Nous n'avions pas beaucoup d'argent, aussi, nous nous m&#238;mes tout de suite au travail. Nous faisions cambriolage sur cambriolage dont je puis citer les principaux qui furent ceux des mois d'ao&#251;t, septembre, octobre 1911.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En ao&#251;t nous en faisons plusieurs qui nous rapportent chaque 3 ou 400 F dont un pr&#232;s de Mantes, un bureau de poste qui nous rapporta 700 F, une villa &#224; Mantes qui nous rapporta 4.000 F, mais &#224; c&#244;t&#233; de cela, nous en faisions beaucoup d'autres qui ne valaient pas grand-chose. En septembre, octobre, pendant ces deux mois, le principal cambriolage fut celui du Bureau de poste de Chelles, dans le d&#233;partement de Seine-et-Marne qui nous rapporta 4.000 F et quelques autres de moindre importance, enfin, vers le commencement de novembre, nous en faisions encore un &#224; Compi&#232;gne qui nous rapporta 3.500 F. C'&#233;tait une perception, mais cet argent avait &#233;t&#233; d&#233;pens&#233; car beaucoup de nos camarades ayant &#233;t&#233; ennuy&#233;s par la police et autre cause, on leur &#233;tait venu en aide p&#233;cuniairement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Pendant ces derniers mois, j'avais cherch&#233; un copain chauffeur, mais vainement. Mais j'avais appris &#224; conduire, mais n'&#233;tant pas encore tr&#232;s habile, j'h&#233;sitais encore &#224; me lancer pour aller voler une automobile afin de faire un coup qui nous mettrait &#224; l'abri du besoin pendant un certain temps. Lorsque sur ces entrefaites, je fis la connaissance de Bonnot. Nous caus&#226;mes de projets, et, finalement, nous nous entend&#238;mes ensemble.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; LE COUP DE L'ENCAISSEUR&lt;BR /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; C'est alors que vers le 10 d&#233;cembre 1911, dans la nuit m&#234;me, nous commettions le vol d'une automobile &#224; Boulogne et nous allions la garer chez un m&#233;canicien [dont] un ami nous avait donn&#233; l'adresse. Nous all&#226;mes le trouver et nous lui demand&#226;mes de garer notre voiture. Il accepta. Nous ne lui avions pas dit que la voiture avait &#233;t&#233; vol&#233;e, car il n'aurait peut-&#234;tre pas accept&#233;. Je lui dis : &#171; Nous reviendrons la chercher dans une huitaine de jours. &#187; Je lui donnai un faux nom et une fausse adresse, puis nous part&#238;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Nous discut&#226;mes ensuite ce que nous avions &#224; faire. Nous avions deux travaux colossaux &#224; faire car dans le courant du mois d'octobre j'avais achet&#233; un chalumeau et nous devions avoir une automobile pour le transporter. Dans ce travail il y avait deux coffres &#224; percer. Comme je savais manier le chalumeau et Bonnot bien conduire, nous en concl&#251;mes avec les autres camarades que nous tenterions tout prochainement l'op&#233;ration d'un autre c&#244;t&#233;. Nous avions &#233;tudi&#233; un autre coup, celui de d&#233;valiser un encaisseur ; au cas o&#249; l'un manquerait, l'autre pourrait r&#233;ussir. C'est ainsi que dans la nuit du 20 au 21 d&#233;cembre, nous part&#238;mes chercher la voiture au garage, je payai le m&#233;canicien et l'on se mit en route ; il &#233;tait une heure du matin. L'on prit en passant le chalumeau qui &#233;tait chez un ami.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Nous &#233;tions en tout quatre copains, mais une circonstance [ne] nous permit pas de faire ce travail car pour faire cela il nous fallait un temps qui nous soit complice et ce que nous attendions ne se produit pas, il fallait qu'il tombe de l'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Enfin, vers 3 h 1/2 du matin, l'on repartit reporter le chalumeau. C'est alors que nous d&#233;cid&#226;mes de faire le gar&#231;on de banque, t&#226;che qui &#233;tait pleine d'emb&#251;ches comme on va le voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Nous nous promenons dans Paris pendant le reste de la nuit, jusqu'&#224; 8 h 1/2, c'est moi qui restai au volant pour bien me faire la main et je commen&#231;ais bien d&#233;j&#224;, je me sentais capable d'affronter les virages assez dangereux &#224; une bonne allure ; c'&#233;tait d'autant plus utile, car il fallait bien deux chauffeurs au cas o&#249; l'un d'eux aurait &#233;t&#233; bless&#233;, que l'on puisse au moins d&#233;pister ceux qui tenteraient de nous poursuivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	A 8 h 1/2 je passai le volant &#224; Bonnot et je prenais place &#224; c&#244;t&#233; de lui et les deux autres se trouvaient dans la voiture, car c'&#233;tait une magnifique limousine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Nous n'&#233;tions pas tr&#232;s bien d'accord comment nous devions faire le coup, car c'&#233;tait &#224; 9 heures du matin, rue Ordener, en pleine rue et dans ce quartier assez populeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Enfin, nous arriv&#226;mes &#224; 9 heures moins deux minutes &#224; 200 m&#232;tres environ de l'endroit o&#249; l'encaisseur passait, car il venait de la rue de Provence, Bureau Central de la Soci&#233;t&#233; G&#233;n&#233;rale, et venait rue Ordener apporter de l'argent &#224; une succursale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Quelques jours avant j'&#233;tais venu faire le guet avec Bonnot, pour nous rendre compte de l'heure exacte et du chemin qu'il prenait&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	A neuf heures exactement, nous l'apercevons, descendant du tramway comme d'habitude, accompagn&#233; par un autre personnage d&#233;l&#233;gu&#233; sp&#233;cialement pour cela. L'heure est grave, il faut agir promptement, une seconde d'h&#233;sitation peut nous perdre ; la voiture avance, je descends et un de mes compagnons descend &#233;galement de voiture tandis que Bonnot reste avec le quatri&#232;me &#224; la voiture pour que personne n'approche. Je marche sur le trottoir, &#224; la rencontre du gar&#231;on de Banque, la main dans la poche de mon pardessus, la main sur la crosse de mon revolver. Mon compagnon est, lui, sur l'autre c&#244;t&#233; du trottoir, &#224; quelques pas derri&#232;re moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Arriv&#233; &#224; trois pas du gar&#231;on, je sors mon revolver et, froidement, je tire une premi&#232;re balle, puis une deuxi&#232;me ; il tombe pendant que celui qui l'accompagne s'enfuit en courant, transi de peur ; je ramasse un sac, mon copain ramasse un autre que cet imb&#233;cile ne veut pas l&#226;cher, car il n'est pas tu&#233;, mais il finit par l&#226;cher prise, car il perd connaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Nous allons remonter en voiture, quelques passants veulent nous en emp&#234;cher, mais nous sortons alors nos revolvers, nous tirons quelques coups et tout le monde se sauve, Nous montons en voiture, moi, toujours &#224; c&#244;t&#233; de Bonnot ; il est 9 h 1/2 nous sommes &#224; Saint-Denis, nous ne savons pas bien par o&#249; nous diriger. Enfin, nous prenons la route du Havre, mais pas directement, nous faisons beaucoup de d&#233;tours afin d'&#233;viter de nous faire prendre ou de livrer bataille car nous &#233;tions terriblement arm&#233;s. Je n'avais pas moins de six revolvers sur moi dont un qui se montait sur une crosse et qui a une port&#233;e de 800 m&#232;tres et mes compagnons en avaient chacun trois et nous avions environ 400 balles dans nos poches et bien d&#233;cid&#233;s &#224; nous d&#233;fendre jusqu'&#224; la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il est environ 11 heures du matin, nous arrivons &#224; Pontoise, nous nous arr&#234;tons un moment et nous ouvrons les sacs. Dans les sacs que j'ai ramass&#233;s il y a 5.500 F. Nous partageons de suite. Dans le sac que mon copain a ramass&#233; il y a 320.000 F de titres. Nous sommes d&#233;sillusionn&#233;s. Nous comptions trouver 150.000 F en argent liquide. Enfin, ne nous d&#233;solons pas, l'on pourrait peut-&#234;tre vendre les titres ou bien nous recommencerons autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Je prends le volant &#224; mon tour et nous partons. Il pleut, &#231;a ne fait rien, nous bravons la pluie. Nous arrivons &#224; Beauvais, l'employ&#233; d'octroi nous fait signe d'arr&#234;ter, nous passons outre ; je mets le pied sur l'acc&#233;l&#233;rateur et nous lui br&#251;lons la politesse ; tant sa b&#234;tise est grande, il tente de courir apr&#232;s nous, puis reste stup&#233;fi&#233; ; cet ignoble brute n'a sans doute jamais vu cela,&lt;br /&gt; Nous avons [faim], j'arr&#234;te la voiture devant la boutique d'un boulanger, un camarade descend chercher du pain et du chocolat et nous repartons. Il est &#224; peu pr&#232;s 4 h 1/2, nous avons fait beaucoup de chemin, nous sommes bien fatigu&#233;s, mais il faut arriver. Je passe le volant &#224; Bonnot, nous arrivons vers 5 h 1/4 dans un petit pays o&#249; je descends de voiture pour chercher un bidon d'huile pour la voiture et nous repartons &#224; 5 h 1/2, je reprends le volant ; en route nous nous trompons de route et au lieu d'arriver au Havre, nous arrivons &#224; Dieppe, il est grande nuit ; il est 6 heures pass&#233;, nous n'avons plus beaucoup d'essence, nous prenons la r&#233;solution d'abandonner la voiture &#224; Dieppe alors, je cherche une rue d&#233;serte pour la laisser ; j'en trouve une, je la suis quand tout &#224; coup la voiture n'avance plus, le moteur s'arr&#234;te, je vais pour descendre de la voiture, mais &#224; peine ai-je mis un pied par terre que j'enfonce jusqu'au genou, je prends ma lampe de poche car tous les becs de gaz sont &#233;teints, je regarde par terre, je vois de la boue jusqu'au moyeu des roues et j'aper&#231;ois les falaises et la mer, alors j'avertis les amis de ce qui arrive, nous prenons vite la d&#233;cision de laisser la voiture, nous arrachons les num&#233;ros de la voiture et nous les jetons &#224; la mer et nous partons dans la direction de la gare. En route, mon chapeau s'envole et je ne le revois plus, heureusement j'ai une casquette, je mets ma casquette et c'est fini, nous arrivons &#224; la gare, un de nous va chercher quatre billets pour Paris, nous avons un train de suite qui arrive &#224; une heure du matin &#224; Paris ; nous le prenons et rentrons tranquillement chacun chez nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Nous prenons avant de nous quitter, rendez-vous pour le lendemain. Pendant ce temps, la S&#251;ret&#233; parisienne, la S&#251;ret&#233; g&#233;n&#233;rale est sur les dents, les flics se demandent ce qui leur tombe sur la t&#234;te, ils croient d&#233;j&#224; l&#224; r&#233;volution arriv&#233;e mais ce n'est qu'une escarmouche, un peu s&#233;rieuse, ils vont en voir bien d'autres [...] .&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://nem.brassicanigra.org/" class="spip_out"&gt;http://nem.brassicanigra.org/&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Supprim&#233; : pour la premi&#232;re fois&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Supprim&#233; : mais.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Supprim&#233; : ne pas.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Supprim&#233; : ils.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Supprim&#233; : ne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte constitue le chapitre 7 du livre de Jean Maitron &lt;i&gt;Ravachol et les anarchistes&lt;/i&gt;, sorti en 1964 aux Editions Gallimard (dans la collection Archives), puis r&#233;&#233;dit&#233; en 1992 (dans la collection Folio Histoire).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Oppression et lib&#233;ration de la grosseur</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article359</link>
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		<dc:date>2006-07-30T09:33:04Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Collectif</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme, (questions de) genre</dc:subject>
		<dc:subject>Editions Turbulentes (Metz-Dijon)</dc:subject>
		<dc:subject>Corps, soin, sant&#233; mentale</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Les &#233;ditions turbulentes proposent ici un recueil de textes sur l'oppression de la grosseur, avec surtout des textes &#233;crits par des f&#233;ministes lesbiennes radicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sommaire :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Introduction des Editions Turbulentes
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Nos corps sont politiques ! : grossophobie# &lt;br&gt;
par &lt;i&gt;Kangara Alaezia&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Oppression et lib&#233;ration de la grosseur : quelques notions de base*&lt;br /&gt;
par &lt;i&gt;Judith Stein&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La grosse illusion ou le contr&#244;le des corps comme forme de contr&#244;le social*&lt;br /&gt;
par &lt;i&gt;Vivian Mayer&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; A propos d'une mythologie scientifique : la maladie de l'ob&#233;sit&#233;*&lt;br /&gt;
par &lt;i&gt;Johanne Coulombe&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Pascale Noizet &lt;/i&gt;et &lt;i&gt;Louise Turcotte&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Manifeste pour la lib&#233;ration des personnes grosses*&lt;br /&gt;
par &lt;i&gt;Judy Freespirit&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Aldebaran&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une torche sert &#224; &#233;clairer ; une &#034;grosse torche&#034; &#224; insulter ou &lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est dans la t&#234;te qu'on est grosse !&lt;/i&gt; Hommage &#224; LG5*&lt;br /&gt;
par &lt;i&gt;Marie-Mich&#232;le&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte suivi de # est extrait du n&#176;3 (hiver 2000-2001) de &lt;strong&gt;Onward&lt;/strong&gt; (&lt;i&gt;anarchist news, opinion, theory, and strategy of today&lt;/i&gt;).&lt;br /&gt;
Les textes suivis de * sont extraits du n&#176;23 (d&#233;cembre 1992) de &lt;strong&gt;Amazones d'Hier, Lesbiennes d'Aujourd'hui&lt;/strong&gt; (&lt;i&gt;revue d'information et de r&#233;flexion politique produite par des lesbiennes radicales&lt;/i&gt;), intitul&#233; &#034;La grosseur : obsession ? Oppression !&#034;.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique21" rel="directory"&gt;O&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;F&#233;minisme, (questions de) genre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot62" rel="tag"&gt;Editions Turbulentes (Metz-Dijon)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot124" rel="tag"&gt;Corps, soin, sant&#233; mentale&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L144xH150/arton359-98ce7.jpg?1781151635' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='144' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff359.jpg?1151677327&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction des &#233;ditions turbulentes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;	Un certain nombre d'entre vous doit se demander &#034;Mais pourquoi faire une brochure sur ce sujet ?&#034;, &#034;Il y a quand m&#234;me d'autres luttes plus importantes !&#034;, &#034;C'est la derni&#232;re mode Politiquement Correcte ou quoi ?&#034;, etc. Et bien il se trouve que je suis gros, et que le sujet m'int&#233;resse donc ! Et oui, je consid&#232;re avoir &#233;t&#233; opprim&#233; pour cela, et encore aujourd'hui (m&#234;me si j'ai r&#233;ussi &#224; prendre une certaine distance, &#224; me &#034;blinder&#034;, etc.). Au d&#233;but, je pensais &#233;crire un texte plus long, mais ce n'est pas &#233;vident... Puis m'est venu l'id&#233;e de lancer un appel &#224; contributions (en direction surtout [uniquement ?] des gro-sse-s), mais bon, finalement je me suis dit que les textes ici pr&#233;sents (avec lesquels je peux &#234;tre en d&#233;saccord sur certains points) m&#233;ritaient d'&#234;tre connus, et je n'avais pas envie d'attendre des mois de recevoir d'hypoth&#233;tiques contributions... C'est aujourd'hui que j'ai envie de cette brochure !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les textes qui la constituent (&#224; part celui que vous &#234;tes en train de lire, &#233;videmment !) ont &#233;t&#233; &#233;crits par des f&#233;ministes (lesbiennes radicales pour certaines). Les textes sur le sujet par des femmes sont d&#233;j&#224; peu r&#233;pandus, mais alors par des hommes !1 D'ailleurs, est-ce &#233;tonnant si ce sont principalement des femmes qui &#233;crivent l&#224;-dessus ? Nombre de f&#233;ministes ont &#233;crits sur les normes de beaut&#233;, le corps, etc. Il faut dire que les femmes sont les premi&#232;res concern&#233;es par cette dictature de la &#034;beaut&#233;&#034; (en g&#233;n&#233;ral au moins associ&#233;e &#224; la minceur...). D'ailleurs, cette oppression li&#233;e &#224; la grosseur n'est pas uniforme, et ne nous touche &#233;videmment pas de la m&#234;me fa&#231;on selon notre genre, notre couleur, notre &#226;ge, etc. Notamment en tant que mec, je pense que cela m'opprime moins que les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Sinon, j'en entends d&#233;j&#224; qui posent l'&#233;pineuse question de la &#034;priorisation&#034; des luttes... M'int&#233;resser &#224; la lutte contre l'oppression de la grosseur ne veut pas dire que je la place avant, ou que je sous-estime ou ne suis pas impliqu&#233; dans d'autres luttes, etc. En ce qui me concerne, j'estime que cette oppression est moindre que les oppressions sexistes, racistes, capitalistes, etc.2, mais franchement, faut-il faire une hi&#233;rarchie des oppressions ? Et puis, vivre dans un monde anarchiste, non-patriarcal, etc. o&#249; l'oppression de la grosseur serait toujours d'actualit&#233; ne me satisferait pas compl&#232;tement... (Mais quand m&#234;me d&#233;j&#224; pas mal !!) Donc on en parle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Parlons par exemple de la n&#233;gation souvent exprim&#233;e de l'existence m&#234;me de cette oppression. Je pense que tu peux dire &#234;tre opprim&#233; quand tu subis depuis l'&#233;cole primaire les remarques d&#233;sagr&#233;ables, injures, &#034;blagues&#034; (&#034;on rigole !&#034; C'est bien connu, les gros n'ont pas d'humour, il faut savoir rire de soi, etc. Ben voyons...), quand tu prends en pleine gueule des images de gens minces, muscl&#233;s, etc. (T.V., pubs3, etc.), quand tes parents t'emm&#232;nent voir une di&#233;t&#233;ticienne (pour ton bien, bien s&#251;r...) et que tu passes des ann&#233;es &#224; te surveiller/fliquer, &#224; maigrir/grossir/maigrir/..., &#224; flipper d&#232;s que tu montes sur une balance (cassons ces instruments de torture !), etc. Bref, tout &#231;a te pousse &#233;videmment &#224; complexer &#224; mort (et pourrit m&#234;me tes relations avec des gens4). Encore aujourd'hui, la perspective de devoir me mettre torse nu devant des gens, pour me baigner par exemple, peut me mettre mal &#224; l'aise (combien de fois ai-je trouv&#233; de pauvres excuses pour ne pas me baigner, alors que j'avais vraiment envie de me jeter &#224; l'eau ?). MARRE ! Pendant combien d'ann&#233;es ai-je &#233;vit&#233; les fringues moulantes (je le fais encore...), me suis-je serr&#233; la ceinture (au sens figur&#233; &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; au sens propre !), ai-je rentr&#233; le ventre pour para&#238;tre moins gros (pitoyable technique !), etc. ? MARRE ! Et si aujourd'hui il y a certains (pas tous) de ces trucs que je ne fais plus, ce n'est pas que tout ceci ne me touche plus, mais que j'arrive &#224; m'en foutre, &#224; prendre du recul, ou que j'ai appris &#224; encaisser... (Sinon, on ne vit plus, on survit !)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	D'ailleurs, m&#234;me dans nos5 milieux alternos-anarcos-trucs j'en prends plein la gueule. Combien de tracts qui parlent des &#034;gros&#034; capitalistes ou industriels (sans parler de la vieille repr&#233;sentation du gros patron qui affame le maigre prolo...), etc. ? Bien s&#251;r, j'exag&#232;re... Si on ne peut plus rien dire ! Ben voyons... C'est comme ces camarades qui emploient l'expression &#034;gros gars&#034; pour parler des mecs tr&#232;s machos et p&#233;nibles qui emmerdent les filles6. Ou bien quand des gens7 que tu connais et appr&#233;cie commentent la photo d'un ami et disent &#034;Ouah ! Il &#233;tait gros &#224; l'&#233;poque ! Il est mieux maintenant !&#034;, ou te prennent &#224; t&#233;moin en te disant &#034;T'as vu comme j'ai grossi ?&#034; (ou des trucs du style) alors qu'ils sont plut&#244;t minces, etc. Ou cette amie qui est en train de regarder un reportage o&#249; un mec gros essaye des voitures et montre qu'elles ne sont pas adapt&#233;es &#224; sa taille : volant qui &#034;rentre&#034; dans le ventre, impossibilit&#233; de mettre sa ceinture, etc. et qui dit en rigolant : &#034;Pourquoi il veut une ceinture, il ne peut m&#234;me pas bouger !&#034; Ou quand tu r&#233;agis &#224; une expression que tu juges grossophobe en commen&#231;ant par dire que toi m&#234;me tu es gros et qu'on te r&#233;torque tout de suite (comme pour te rassurer...) &#034;Mais non, t'es pas gros...&#034; (si, et alors ?!) et qu'on rajoute m&#234;me &#034;...t'es mignon !&#034;. Argh !! Ou encore, pour en finir avec des exemples8, ce tract fait par une association pro-v&#233;g&#233;tarisme (A.V.I.S.) qui parle de l'ob&#233;sit&#233; comme d'une maladie, etc. J'y r&#233;agis en disant que je trouve &#231;a grossophobe, et en proposant d'envoyer des textes sur le sujet, etc. (le tout sign&#233; &#034;un gros v&#233;gan qui ne l'est pas devenu pour maigrir&#034;). Et l&#224;, r&#233;action ultra-violente d'un membre (ex-gros) de cette association, qui me dit qu'il en a marre du Politiquement Correct, qu'&#234;tre gros c'est un choix et que &#231;a ne tient qu'&#224; moi de maigrir (parce qu'&#233;videmment, il &lt;i&gt;faut&lt;/i&gt; maigrir...), qu'avec ma surconsommation (De quoi il parle ? Il me conna&#238;t ?) je cautionne le syst&#232;me (!), qu'il est plus efficace pour militer (notamment sur le v&#233;g&#233;tarisme) depuis qu'il a maigri, etc. Bref, &#224; gerber ! Ensuite, quelques autres r&#233;actions (tout ceci se passe sur une liste de discussion internet), plut&#244;t sympathiques. On me dit d'ailleurs que c'est vrai que &#231;a peut &#234;tre contestable, car il s'agit de savoir &#224; partir de quand on est ob&#232;se... et de me donner le moyen de calculer l'Indice de Masse Corporelle, internationalement reconnu (si ce sont les scientifiques qui le disent)... R&#233;sultat : je suis ob&#232;se, et alors ! Bref, y'en a marre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Bien s&#251;r, c'est facile &#224; dire tout &#231;a, et moi-m&#234;me ne suis pas lib&#233;r&#233; de ce poids (pas du mien, mais de celui de cette oppression !), et en prends encore plein la gueule (je me suis juste &#034;blind&#233;&#034;... et encore...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Evidemment, cette introduction n'a pas la pr&#233;tention de faire le tour de la question, et j'aurais voulu aborder plusieurs autres points, comme l'emploi de l'adjectif &#034;gros/se&#034; (souvent n&#233;gativement), ou le fait que parmi les gro-sse-s, ce sont quand m&#234;me souvent les &#034;moins&#034; gro-sse-s qui s'expriment sur le sujet, ou sur le fait que les minces (et donc potentiellement belles/beaux) relationnent et/ou baisent plut&#244;t entre elles/eux, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En tout cas, j'esp&#232;re que ce texte et cette brochure susciteront des r&#233;actions, et encore mieux des envies d'&#233;crire sur le sujet ! Car j'ai vraiment envie de donner suite &#224; cette brochure, donc je lance ici un appel &#224; contributions : &#233;crivez-moi, envoyez-moi des textes, dessins, etc. Exprimez-vous ! Si vous avez envie de r&#233;agir &#224; des textes de cette brochure, de parler des sujets cit&#233;s dans le paragraphe pr&#233;c&#233;dent, ou de tout autre th&#232;me, n'h&#233;sitez pas ! Textes personnels, th&#233;oriques, pratiques, enjou&#233;s, exutoires, tristes,... bienvenus ! Bref, tout ce que vous avez &#224; dire sur la question de l'oppression et de la lib&#233;ration de la grosseur, dites-le moi ! A suivre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Steph.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P.S. : J'avais pris l'habitude d'employer l'expression &#034;ob&#233;phobe&#034;, mais &#231;a ne me satisfaisait qu'&#224; moiti&#233; (r&#233;f&#233;rence &#224; l'ob&#233;sit&#233;). J'avais d&#233;j&#224; vu employ&#233; &#034;grossisme&#034;, mais l'adjectif &#034;grossiste&#034; n'est pas g&#233;nial, je trouve... Puis j'ai vu r&#233;cemment &#034;grossophobe&#034;, et m&#234;me si je ne trouve pas le mot forc&#233;ment tr&#232;s beau, il a au moins le m&#233;rite d'&#234;tre assez explicite ! D'autres id&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes :&lt;br class='autobr' /&gt;
1 - N'h&#233;sitez pas &#224; m'en envoyer si vous en connaissez...&lt;br /&gt;
2 - Mais n'est-ce pas le but que de faire int&#233;grer aux opprim&#233;-e-s qu'il y a &#034;pire&#034; ?&lt;br /&gt;
3 - La derni&#232;re que j'ai vue est pour des yaourts (o% de mati&#232;re grasse) : un mec soul&#232;ve son pull et nous montre un ventre bien plat. Le slogan : &#034;Sveltesse, 0% complexes&#034;...&lt;br /&gt;
4 - Le seul truc positif que j'en retire (a posteriori, &#233;videmment !) c'est d'avoir &#233;t&#233; &#034;exclu&#034; de tous les d&#233;lires drague, etc.&lt;br /&gt;
5 - En tout cas c'est le mien...&lt;br /&gt;
6 - Merci &#224; celles/ceux qui n'emploient plus ce terme depuis que j'ai mis un petit mot au mur dans le squat, ou que je me suis permis quelques remarques g&#234;n&#233;es (pourquoi g&#234;n&#233;es ?) ou sur le ton de l'humour (&#231;a passe toujours mieux...) ; quant aux autres, &#231;a ne vous dit pas de faire un effort, car moi je pense en avoir assez fait...&lt;br /&gt;
7 - Dans le cas pr&#233;sent des filles. En ce qui me concerne, je trouve cela plus difficile de parler de &#231;a des filles qu'&#224; des mecs, car je me demande comment je peux me permettre de faire ce type de remarques, en tant que mec et donc b&#233;n&#233;ficiaire quotidien du syst&#232;me patriarcal... &lt;br /&gt;
D'ailleurs il est bon de se rappeler que ce &#034;syst&#232;me patriarcal&#034; n'est rien d'autre que la classe des hommes dominant la classe des femmes. J'entends souvent &#034;oui, mais les hommes aussi sont victimes de ce syst&#232;me, ils ont &#233;t&#233; construits ainsi, etc.&#034;. Bien s&#251;r que le patriarcat &lt;i&gt;ali&#232;ne&lt;/i&gt; les femmes et les hommes, mais il &lt;i&gt;opprime&lt;/i&gt; les femmes. C'est pourquoi je pense que les mecs feraient mieux de se remettre en question et essayer de se d&#233;construire, plut&#244;t que de (se) trouver des excuses...&lt;br /&gt;
8 - A propos de tous ces exemples, ils ne sont pas forc&#233;ment une attaque contre les personnes en question, car ils ne sont (malheureusement) que le reflet de la soci&#233;t&#233; grossophobe dans laquelle on vit. Attention, il n'est pas question de faire de l'ang&#233;lisme r&#233;volutionnaire, en disant que ce n'est pas la faute des gens, qu'ils ont &#233;t&#233; conditionn&#233;s ainsi,... (surtout dans nos milieux radicaux o&#249; on est cens&#233; avoir r&#233;fl&#233;chi &#224; plein de trucs et o&#249; on a acc&#232;s &#224; de nombreux &#233;crits sur les diff&#233;rentes dominations et exploitations) mais juste de dire que les individu-e-s en question ne sont pas d'horribles personnages... Bref, pour celles/ceux qui se reconna&#238;traient dans des propos et attitudes cit&#233;s ici, n'en prenez pas ombrage... Posez-vous juste quelques questions... La banalit&#233; de ce type de comportement ne l'excusant &#233;videmment pas...&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Nos corps sont politiques ! : grossophobie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;par &lt;i&gt;Kangara Alaezia&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Nous en avons tou-te-s entendu parler, le taux d'anorexie chez les jeunes femmes, les d&#233;sordres alimentaires, comment la moiti&#233; de l'Am&#233;rique d&#233;passe soudainement le poids &#034;r&#233;glementaire&#034;. Nous voyons les pubs o&#249; des femmes minces vendent ceci ou cela, ou disent comment elles ont pu&#034; &#234;tre ainsi&#034; [grosses], et tout ce qui fait la promotion des films et de la TV est mince et bien coiff&#233;. Nous entendons parler de comment ceci pousse la jeunesse de notre soci&#233;t&#233; &#224; se taquiner les un-e-s les autres et &#224; s'affamer ou manger avec exc&#232;s. Mais comment avons-nous analys&#233;s exactement ceci et avons - nous consid&#233;r&#233;s le profit que chacun-e en tirait ? La peur de la grosseur. C'est ce qu'on dit &#224; chacun-e de ne pas &#234;tre - et l'&#234;tre est en r&#233;alit&#233; un crime. Donc pourquoi ce crime est-il si grand ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parce que &#231;a peut te tuer !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grosseur cause des maladies de c&#339;ur et un bouquet complet d'autres maladies, n'est-ce pas ? Nous savons tou-te-s comment les gens gros meurent, des docteurs, des &#233;tudes et autres nous le disent. Mais qui financent ces &#233;tudes ? Il y a beaucoup d'&#233;tudes qui disent qu'il n'y a pas de corr&#233;lation entre la grosseur et le fait d'&#234;tre en mauvaise sant&#233;. C'est la fluctuation du poids &#224; cause des &#233;checs de r&#233;gimes r&#233;p&#233;t&#233;s qui causent des probl&#232;mes de sant&#233;. En fait, les effets pernicieux sur la sant&#233; de la fluctuation de poids causent plus de morts pr&#233;matur&#233;es que la cigarette. En r&#233;alit&#233;, le cholest&#233;rol cause des maladies de c&#339;ur et beaucoup d'autres probl&#232;mes de sant&#233;. En fait, un r&#233;gime bas&#233; sur la viande et les produits laitiers te tue. Et oui, tu peux &#234;tre v&#233;gan/ne et gros/se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parce que les gro-sse-s sont paresseuses/eux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Nous voulons tou-te-s &#234;tre couronn&#233;es de succ&#232;s, capables et efficaces. Les gro-sse-s sont souvent d&#233;crit-e-s assi-se-s devant la TV et en train de manger. Elles/ils ne sortent jamais, ni ne prennent soin d'elles/eux. Les gens relient le manque d'activit&#233; et le fait d'&#234;tre gros/se. Et bien, il n'y a pas de rapport. Il y a des gens de toutes tailles qui g&#226;chent leurs journ&#233;es devant la T.V. en ne faisant quasiment rien, et qui ne font jamais d'exercice. Il y a des tonnes de gro-sse-s qui font de l'exercice r&#233;guli&#232;rement, ont beaucoup d'&#233;nergie et font beaucoup de travail important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parce qu'elles/ils n'ont pas de &#034;ma&#238;trise de soi&#034;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Rappelez-vous du film &#034;Goonies&#034; (ou prenez &#224; peu pr&#232;s n'importe quel film avec un personnage gros connu) ? Le gros gar&#231;on &#233;tait toujours en train de manger, surtout des glaces, ou des bonbons, ou du g&#226;teau. S'il ne mangeait pas, il pensait &#224; la nourriture. C'est toujours ce genre de st&#233;r&#233;otype qui est transmis. On a appris &#224; beaucoup de gro-sse-s, par le biais de comportements violents, &#224; &#234;tre calmes &#224; propos de la nourriture qu'elles/ils consomment, peu importe la quantit&#233;. Tout le monde a un d&#233;sir pour la nourriture. L'id&#233;e que chaque individu-e gro-se mange tout le temps est absurde. Des &#233;tudes ont montr&#233; que le ration alimentaire des individu-e-s ob&#232;ses et la ration alimentaire des gens minces sont identiques. Il y a des gens minces et gros qui mangent beaucoup et des gens minces et gros qui mangent peu. Il n'y a pas de rapport.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parce que les gro-sse-s consomment plus&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Nous voyons &#231;a tout le temps, surtout en tant qu'activistes. Des individu-e-s gro-sse-s repr&#233;sentant une entreprise d&#233;vorant le monde. Pourquoi cette repr&#233;sentation ? Les gro-sse-s d&#233;vorent-elles/ils vraiment tout ce qu'il y a autour d'elles/eux. L'id&#233;e que deux individu-e-s qui consomment exactement la m&#234;me quantit&#233; et se comportent exactement de la m&#234;me mani&#232;re devraient avoir la m&#234;me masse corporelle n'est pas seulement impossible scientifiquement, mais une pens&#233;e effrayante. Je suis contente qu'il y ait de la diversit&#233; dans la taille des corps. Que notre monde serait ennuyeux sinon. Cependant quand les gens st&#233;r&#233;otypent que grosseur = plus de consommation, cela sugg&#232;re que nous devrions tou-te-s avoir le m&#234;me genre de corps au d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parce que la minceur est belle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ouais, et plus tu es mince plus c'est joli. C'est pourquoi nous sommes obs&#233;d&#233;-e-s par les mannequins et actrices presque squelettiques. Dans la soci&#233;t&#233;, une id&#233;e a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e. La majorit&#233; des gens s'efforce soit d'&#234;tre cet id&#233;al, soit de dater l'id&#233;al. Et nous pourrions dire que nous d&#233;passons cela, que nous acceptons tous les types de corps. Mais examinons vraiment cela. C'est une chose facile &#224; dire mais une chose plus dure &#224; expliciter. Est-ce que l'acceptation signifie que vous pouvez les tol&#233;rer, ou seulement ne pas discriminer les gro-sse-s ? ou cela veut-il dire que vous les regardez avec la m&#234;me quantit&#233; de d&#233;sir sexuel que leurs homologues minces, ou ne les estampiller avec aucun des st&#233;r&#233;otypes dont on a bourr&#233; le cr&#226;ne de chacun-e &#224; propos de qui et de ce que sont les gro-sse-s ? Une exp&#233;rience a &#233;t&#233; faite pla&#231;ant deux fausses petites annonces dans un journal. Un-e individu-e &#233;tait d&#233;crit-e comme pesant 50 livres* de trop tandis que l'autre &#233;tait d&#233;crit-e comme un-e toxicomane. 79 % des r&#233;ponses furent pour cette/ce dernier-e. Qu'est-ce que cela dit &#224; propos de notre soci&#233;t&#233; et de notre peur de la grosseur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parce que... [remplir le vide]&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien, je suis sure que la raison a &#233;t&#233; influenc&#233;e par celles/ceux qui profitent de la peur de la soci&#233;t&#233;. Le fait est que les gro-sse-s sont discrimin&#233;-e-s quotidiennement. Que ce soit sur le lieu de travail (les femmes grosses gagnent en moyenne 7000$ de moins par an que leurs &#233;gales minces), dans les rues, dans les cabinets m&#233;dicaux (parce que chaque maladie doit &#234;tre caus&#233;e par ton poids), par les compagnies d'assurance, dans les cours de r&#233;cr&#233;ation, etc. C'est partout. Si nous pensons qu'il est &#034;mal&#034; de juger les autres sur la base de la race, du sexe, de la sexualit&#233;, de la religion, etc., pourquoi permettre &#224; la soci&#233;t&#233; de discriminer sur la base de la taille du corps ? L'augmentation du poids de la population depuis les 20-30 derni&#232;res ann&#233;es co&#239;ncide avec l'augmentation de la pression pour se mettre au r&#233;gime. Y a-t-il un rapport ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Nous avons une peur de la grosseur pas &#224; cause de ce qu'est la grosseur. Nous ne comprenons pas vraiment ce qu'est la grosseur et les concepts autour du fait d'&#234;tre gros-se en relation avec nos corps. On nous a appris quoi penser et comment traiter notre propre grosseur, ou les autres qui sont gro-sse-s. Mais qui nous contr&#244;le et pourquoi ? Si nous pensons &#224; toutes les industries qui nous racontent des mensonges, nous pouvons obtenir une image plus claire. L'industrie du r&#233;gime, l'industrie de la mode, l'industrie pharmaceutique, l'industrie de la forme, et beaucoup d'autres. Toutes ces industries font du profit de la peur de la grosseur de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Combien de nouvelles drogues de r&#233;gime, toutes cens&#233;es &#234;tre un &#034;miracle&#034;, frappent le march&#233; chaque ann&#233;e ? J'ai d&#233;test&#233; entendre comment les centres d'amaigrissement font se sentir les gens &#224; propos de leur grosseur quand ils franchissent leurs portes. Parce que vous savez qu'au moment o&#249; ils repasseront la porte, ils ne p&#232;seront pas beaucoup moins, mais ils ont d&#233;j&#224; battu leur amour-propre, qui tombera &#233;nergiquement. L'industrie du r&#233;gime fait des milliards de profits chaque ann&#233;e. L'industrie du r&#233;gime fait des profits sur la sant&#233; et le bonheur de millions de gens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il semble qu'il y ait toujours une nouvelle pub &#224; la T.V. &#224; propos d'une nouvelle drogue &#224; prendre pour perdre du poids, ou perdre l'app&#233;tit. Bien s&#251;r, vous entendez ensuite la liste des s&#233;rieux effets secondaires que la drogue va causer. Il est triste que des gens risquent essentiellement leur vie dans le but de perdre du poids. On a approuv&#233; des pilules de r&#233;gime, qui sont connues pour causer des probl&#232;mes mettant s&#233;rieusement la vie en danger. Beaucoup de drogues de r&#233;gime ont &#233;t&#233; retir&#233;es du march&#233; &#224; cause de tels effets. Des &#233;tudes sur ces m&#234;mes drogues ont montr&#233;es que les drogues ne faisait pas grand chose pour favoriser la perte de poids. Mais nous savons tou-te-s qui en a profit&#233; et qui &#233;tait consid&#233;r&#233; comme sacrificiable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc quand nous parlons d'entreprises n&#233;fastes, n'oublions pas ces industries. Quand nous parlons de discrimination, n'oublions pas les luttes des individu-e-s gro-sse-s. Nos corps sont politiques dans tous les sens du mot, cependant nous permettons &#224; des entreprises de contr&#244;ler nos perceptions sans les mettre en doute. Elles ne font pas seulement d'&#233;normes profits, mais elles faussent la vue de notre soci&#233;t&#233; enti&#232;re sur la grosseur et l'image du corps en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Pensez &#224; tous les gens que vous connaissez que cela touche. Y a-t-il quelqu'un-e que vous connaissez que cela ne touche pas d'une mani&#232;re ou d'une autre ? Ces entreprises d&#233;truisent l'amour-propre de millions de femmes et d'hommes - gro-sse-s, minces ou entre les deux. . Il est temps que des gens commencent &#224; faire quelque chose &#224; ce propos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* N.D.T. : 1 livre = 0.453 kg&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;&#61472;Kangara est une &#233;crivaine de zines et une activiste. Pour plus d'infos &#224; propos de la grossophobie et/ou pour obtenir son zine (sur ce sujet), &#233;crivez &#224; : PO Box 175, Corvallis, OR 97339, U$A&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;&#61472;Traduction (laborieuse) : Editions Turbulentes&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;14 conseils pour &#234;tre en meilleure sant&#233; d&#232;s maintenant&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.&lt;/strong&gt; Arr&#234;te les r&#233;gimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.&lt;/strong&gt; Traite ton corps avec respect et amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.&lt;/strong&gt; Jette ta balance dans la poubelle &#224; recycler les ordures m&#233;talliques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4.&lt;/strong&gt; D&#233;couvre et revendique le plaisir de manger et apprend de quelle nourriture, et en quelle quantit&#233;, ton corps a envie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5.&lt;/strong&gt; Retourne ton placard &#224; v&#234;tements et jette tout ce que tu ne peux pas donner &#224; une &#339;uvre caritative ; et puis offre-toi en de nouveaux qui ont de l'allure et dans lesquels tu te sentes aussi bien que belle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6.&lt;/strong&gt; Apprend &#224; te rendre compte de la diversit&#233; des poids et des formes naturelles des personnes, et apprend &#224; reconna&#238;tre la beaut&#233;, la force et la gr&#226;ce de TOUTES.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;7.&lt;/strong&gt; Deviens amie avec la personne que tu vois dans le miroir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;8.&lt;/strong&gt; Rencontre des personnes grosses qui ont appris &#224; s'aimer telles qu'elles sont : consid&#232;re les comme des ressources de valeur, des mod&#232;les, des mentors... et des amies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;9.&lt;/strong&gt; Sens le plaisir de bouger ton corps librement ; trouve des activit&#233;s physiques que tu adores pratiquer - danser, nager, jardiner, faire du v&#233;lo, du ski, marcher, les sports collectifs ou n'importe quoi d'autre - et amuse-toi en les pratiquant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;10.&lt;/strong&gt; D&#233;nonce l'invisibilit&#233; qui entoure la grosseur, revendique des soins de sant&#233; r&#233;ellement inform&#233;s &#224; ce sujet ; si ceux qui te soignent ne satisfont pas cette exigence minimale, cherches en d'autres qui y r&#233;pondent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;11.&lt;/strong&gt; Rejoins un groupe de soutien pour l'estime des personnes grosses, dans ton quartier, dans un centre de sant&#233; ou un centre f&#233;ministe, dans une paroisse, dans une organisation pour les droits des personnes grosses ; si aucun groupe n'existe, tu peux en d&#233;marrer un toi-m&#234;me !.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;12.&lt;/strong&gt; D&#233;fie la haine des gros-ses, et lutte contre les discriminations grossophobes en tout lieu et chaque fois que tu les rencontres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;13.&lt;/strong&gt; Cherche les choses que tu as repouss&#233;es au jour o&#249; tu atteindrais le poids ou la taille parfaite, et fais les maintenant - tu as un poids et une taille parfaite pour TOI-MEME !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;14.&lt;/strong&gt; Fais des copies de ces conseils et envoies-les &#224; toutes les personnes que tu connais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une information d'utilit&#233; publique fournie par &#034;Largesse&#034;,&lt;br /&gt;
r&#233;seau f&#233;ministe pour l'estime de la grosseur, site internet : &lt;a href='https://www.infokiosques.net/http:/www.eskimo.com/~largesse' class=&#034;spip_url&#034;&gt;http:/www.eskimo.com/~largesse&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;
Traduit et adapt&#233; par Madivine (mel : &lt;a href=&#034;mailto:madivine@cheerful.com&#034; class=&#034;spip_mail&#034;&gt;madivine@cheerful.com&lt;/a&gt;), Lyon, d&#233;cembre 2000.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Oppression et lib&#233;ration de la grosseur : quelques notions de base&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;par &lt;i&gt;Judith Stein&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;QU'EST-CE QUE L'OPPRESSION DE LA GROSSEUR ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L'oppression de la grosseur est la haine, la d&#233;rision et la discrimination syst&#233;matiques que la soci&#233;t&#233; manifeste envers les personnes grosses. Elle est fond&#233;e sur la croyance que les personnes grosses ne sont pas aussi bonnes que les personnes minces et que les personnes grosses restent grosses parce qu'elles sont l&#226;ches, manquent de volont&#233; ou sont stupides. Plusieurs mythes constituent les pierres angulaires de l'oppression de la grosseur - presque tout le monde les consid&#232;re comme des faits m&#234;me si la recherche m&#233;dicale ainsi que le v&#233;cu m&#234;me de maintes personnes grosses les contredisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mythe n&#176; 1 : &lt;/strong&gt;On devient grosse parce qu'on mange trop, ou qu'on mange mal, ou peut-&#234;tre parce qu'on a un m&#233;tabolisme qui ne fonctionne pas bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus de cent &#233;tudes auront tent&#233; de prouver que les personnes grosses mangent plus que les personnes minces et chacune d'elles a connu l'&#233;chec. En moyenne, les personnes grosses mangent les m&#234;mes quantit&#233;s et les m&#234;mes types de nourriture que les personnes minces. En fait, dans une &#233;tude, un groupe d'adolescentes grosses ont dit qu'elles mangeaient plus que leurs amies m&#234;me si, dans les faits, un compte r&#233;el de la consommation alimentaire d&#233;montrait qu'elles mangeaient moins que leurs amies minces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mythe que les personnes grosses, d'une mani&#232;re ou d'une autre, mangent &lt;strong&gt;incorrectement &lt;/strong&gt;est soutenu non seulement par les personnes minces mais &#233;galement par nous-m&#234;mes, les personnes grosses. Aussi longtemps que nous penserons qu'il y a quelque chose qui ne va pas chez &lt;strong&gt;nous&lt;/strong&gt;, nous ne regarderons pas de tr&#232;s pr&#232;s la culture qui nous fait nous sentir si mal dans notre peau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mythe n&#176; 2 : &lt;/strong&gt;Les personnes grosses pourraient cesser d'&#234;tre grosses si elles se d&#233;cidaient tout simplement &#224; suivre un r&#233;gime amaigrissant &#233;quilibr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La recherche m&#233;dicale a prouv&#233; sans exception que les r&#233;gimes ont un taux d'&#233;chec &#224; long terme de 98 ou 99 %. Cela veut dire que 99 personnes grosses sur 100 qui r&#233;ussissent &#224; perdre du poids en suivant des r&#233;gimes reprendront tout le poids perdu en moins de cinq ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, &#233;tant donn&#233; que suivre un r&#233;gime provoque, en soi, des changements dans le m&#233;tabolisme, d'habitude on reprend non seulement le poids qu'on a perdu, mais on en reprend plus encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait. le processus m&#234;me d'un r&#233;gime est malsain en soi : on a d&#233;montr&#233; qu'il cause le durcissement des art&#232;res chez les rats et, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, on croit qu'il est reli&#233; &#224; des risques plus &#233;lev&#233;s de crise cardiaque et d'attaque d'apoplexie chez les &#234;tres humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mythe n&#176; 3 :&lt;/strong&gt; Les personnes grosses sont en mauvaise sant&#233; ou elles ont une moins bonne sant&#233; que les personnes minces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sant&#233; des personnes grosses se trouve sur une gamme allant de &#034;tr&#232;s bonne&#034; &#224; &#034;tr&#232;s mauvaise&#034; tout comme c'est le cas chez les personnes minces. Toute tentative de prouver que le fait d'&#234;tre grosse cause plus de crises cardiaques, ou d'attaques d'apoplexie, ou de diab&#232;te a &#233;chou&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les maladies qu'on croit caus&#233;es par la grosseur se rattachent toutes au stress (l'hypertension, par exemple) et il y a plus de chances que leur cause soit le stress provenant de la haine de notre culture envers la grosseur ainsi que les ravages physiques r&#233;sultant des r&#233;gimes r&#233;p&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#034;traitements&#034; de la grosseur - tels que les interventions chirurgicales de &lt;i&gt;by pass &lt;/i&gt;ou les produits pour rapetisser l'estomac - sont accompagn&#233;s d'un taux de mortalit&#233; &#233;lev&#233; et ils ne font que rendre les personnes grosses plus malades. Dans plusieurs cas connus, les r&#233;gimes tels que la di&#232;te de prot&#233;ine liquide ont entra&#238;n&#233; la mort par inanition (mourir de faim !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;tude, connue sous le nom de l'&#233;tude de Roseto ,a d&#233;montr&#233; que, dans une communaut&#233; o&#249; la plupart des personnes &#233;taient grosses et o&#249; la grosseur &#233;tait tr&#232;s bien accept&#233;e, le taux de crises cardiaques &#233;tait &lt;strong&gt;inf&#233;rieur&lt;/strong&gt; &#224; la moyenne nationale. Ces m&#234;mes personnes ont &#233;t&#233; &#233;tudi&#233;es, par la suite, lorsqu'elles ont quitt&#233; leur communaut&#233; pour aller &#224; des endroits o&#249; la grosseur est d&#233;test&#233;e et o&#249; les personnes grosses sont opprim&#233;es : le taux de crises cardiaques a augment&#233; jusqu'au niveau de la moyenne nationale pour les personnes grosses !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;QU'EST-CE QUE LA LIB&#201;RATION DE LA GROSSEUR ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La lib&#233;ration de la grosseur est &#224; la fois une philosophie et un mouvement politique qui sont fond&#233;s sur la reconnaissance du fait que les personnes grosses sont des victimes d'une oppression syst&#233;matique et que la fa&#231;on de mettre fin &#224; cette oppression est de travailler ensemble pour un changement social radical. Nous consid&#233;rons l'oppression des personnes grosses comme faisant partie de l'ordre social existant, celui qui opprime les personnes &#224; cause de leur &#226;ge, leur race, leur sexe, leur orientation sexuelle, leur classe et leur &#233;tat physique. Nous savons que tant que les valeurs de cette culture ne seront pas radicalement chang&#233;es, les personnes grosses et, en particulier, les femmes grosses subiront l'oppression de la grosseur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Nous voulons particuli&#232;rement d&#233;velopper et renforcer les liens de solidarit&#233; entre la lib&#233;ration de la grosseur et les mouvements f&#233;ministe et lesbien. Les femmes grosses ne r&#233;pondent pas &#224; la d&#233;finition admise des femmes dans cette culture et elles sont particuli&#232;rement la cible de raillerie, d'exploitation et d'hostilit&#233;. Pour les lesbiennes grosses, affronter le sexisme, l'h&#233;t&#233;rosexisme et l'oppression de la grosseur fait partie de notre vie quotidienne. Les femmes grosses qui sont pauvres, ou de couleur, subissent cette oppression de mani&#232;re intensifi&#233;e dans une culture qui est &#224; la fois raciste et classiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce que nous tentons de faire :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#61485;	En fin de compte, nous &#339;uvrons &#224; changer la soci&#233;t&#233; afin que le contr&#244;le ne soit pas dans les mains des hommes blancs riches et afin que la haine envers les femmes, les personnes de couleur, les lesbiennes et les gays, les pauvres et les personnes grosses soit &#233;limin&#233;e. Nous luttons pour une culture qui c&#233;l&#232;bre et qui appuie les diff&#233;rences existant parmi nous plut&#244;t que de tenter de d&#233;truire les personnes qui sont diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#61485;	Nous voulons exposer au grand jour les mensonges qui sont &#224; la base de notre oppression en tant que femmes grosses ainsi qu'encourager les femmes grosses &#224; &#234;tre &#224; l'&#233;coute de leurs propres exp&#233;riences et de celles des autres femmes grosses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#61485;	Nous exposerons au grand jour les mensonges qui sont v&#233;hicul&#233;s par le milieu m&#233;dical - ainsi que les &#034;traitements&#034; que celui-ci a d&#233;velopp&#233; pour les personnes grosses - et qui servent &#224; nous maintenir physiquement affaiblies, affam&#233;es, pr&#233;occup&#233;es par les r&#233;gimes et qui nous tuent tout simplement parce que nous sommes grosses. Nous revendiquons que le milieu m&#233;dical cesse de nous vendre des &#034;traitements&#034; - parce que &#234;tre grosse n'est pas une maladie, donc ne n&#233;cessite pas un &#034;traitement&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#61485;	Nous voulons mettre fin &#224; l'isolement et au m&#233;pris de soi que vivent les femmes grosses en cr&#233;ant des groupes de r&#233;flexion collective et d'action politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#61485;	Nous luttons contre les id&#233;es et les attitudes qui nous oppriment en tant que femmes grosses, ou les id&#233;es qui nient nos propres perceptions de nos vies. Nous voulons confronter ces id&#233;es quand elles sont soulev&#233;es en public (&#224; la t&#233;l&#233;vision ou lors de rassemblements sociaux, par exemple) et &#233;galement quand elles se pr&#233;sentent lors de nos &#233;changes avec des amies, des amantes ou avec la famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#61485;	Nous luttons contre les oppressions sociale et juridique comme le fait d'&#234;tre priv&#233;e de job ou de v&#234;tements abordables, ou quand notre mobilit&#233; est limit&#233;e par des chaises, des bancs et des passages &#233;troits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#61485;	Nous voulons que les femmes minces r&#233;alisent comment elles sont &#233;galement victimis&#233;es par la peur de devenir grosse ou la peur d'engraisser davantage. Cette peur nous enferme toutes dans une pr&#233;occupation de nos corps, et nous emp&#234;che de nous r&#233;unir pour lutter ensemble contre la v&#233;ritable oppression - une soci&#233;t&#233; sexiste qui nous dicte notre allure et comment nous devons vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#61485;	Nous sommes en train de cr&#233;er une pr&#233;sence et une image positives, en tant que femmes grosses, dans les sports, au travail, au th&#233;&#226;tre et dans les arts, dans les m&#233;dias - partout o&#249; nous nous trouvons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#61485;	Nous sommes en train d'apprendre &#224; nous aimer et nous respecter et nous voulons que toutes les femmes aiment et respectent les femmes grosses, afin que chaque femme puisse r&#233;ellement voir la beaut&#233; de son corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;&#61472;Publi&#233; par Fat Liberator Publications, avril 1980.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;&#61472;Traduction : Denise Blais et Louise-Andr&#233;e Lauzi&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La grosse illusion ou le contr&#244;le des corps comme forme de contr&#244;le social&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;par &lt;i&gt;Vivian Mayer&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Si vous en doutez encore, la multitude de revues f&#233;minines, disponibles dans tous les magasins d'alimentation, d&#233;montre clairement &#224; quel point la &#034;grosseur&#034; est un des sujets qui occupent le plus d'espace dans la t&#234;te des femmes. Presque tous les num&#233;ros de chacune des revues f&#233;minines contiennent un article sur les diff&#233;rentes fa&#231;ons de perdre du poids. La peur d'&#234;tre grosse est si bien enracin&#233;e dans l'esprit des Am&#233;ricaines que m&#234;me les plus radicales parmi elles, celles qui ont pass&#233; des ann&#233;es &#224; chercher, &#224; approfondir et &#224; reconstruire la conscience des femmes par le mouvement de lib&#233;ration des femmes, ne sont pas arriv&#233;es &#224; d&#233;celer l'imposture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Dans les rencontres hautement r&#233;volutionnaires, vous verrez des f&#233;ministes convaincues boire des boissons gazeuses &#034;di&#232;tes&#034; pour &#233;viter de grossir. Qu'elles essaient d'&#233;viter de grossir est un probl&#232;me mais ce n'est pas &lt;i&gt;le&lt;/i&gt; probl&#232;me : les femmes devraient &#234;tre libres de choisir leur apparence physique. &lt;i&gt;Le&lt;/i&gt; probl&#232;me r&#233;side dans le fait de croire que les boisson gazeuses &#034;di&#232;tes&#034; leur permettent de choisir leur taille, &#233;tablissant ainsi l'illusion qu'&#234;tre grosse ou mince rel&#232;ve d'un choix personnel et d'une autodiscipline. Elles sont enferm&#233;es dans cette &#034;vieille croyance&#034; mise de l'avant par une industrie sexiste qui en tire des profits de 11 milliards de dollars et qui fait de la vie des femmes grosses un v&#233;ritable enfer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des &#233;lectrodes ont &#233;t&#233; implant&#233;es le cerveau d'un rat. Le rat a appris &#224; contr&#244;ler le plaisir car, lorsqu'il presse un bouton, les &#233;lectrodes simulent la partie de son cerveau qui produit des sensations de plaisir. Puisque le rat pr&#233;f&#232;re cette sensation de plaisir intense &#224; la nourriture, il va bient&#244;t mourir de faim.&lt;br /&gt;
Observation faite dans un laboratoire de psychologie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me sens bien quand j'ai faim. Les tiraillements d'estomac me rappellent que je n'ai pas c&#233;d&#233; &#224; ma faim ; je me sens donc fi&#232;re de moi car je me ma&#238;trise.&lt;br /&gt;
Commentaires d'une femme &#224; la di&#232;te&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les femmes qui suivent des r&#233;gimes amaigrissants ne se retrouvent pas dans des situations aussi extr&#234;mes que celle du rat. Cette femme ne s'affamera probablement pas jusqu'&#224; la mort. Le rat &#233;prouvera, par contre, probablement beaucoup plus de plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L'une des rares formes de contr&#244;le qu'on laisse exercer aux femmes est le contr&#244;le de leur poids. Bien que certains hommes luttent contre leur poids, ce fait s'&#233;clipse devant la l&#233;gion d'industries de l'amaigrissement orient&#233;es sp&#233;cialement vers les femmes : les &lt;i&gt;hunger clubs, &lt;/i&gt;les &lt;i&gt;sweat salons&lt;/i&gt;1,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;les pseudoproduits alimentaires dont la promotion est toujours assur&#233;e par des femmes sveltes. La faim qu'endurent les femmes de taille moyenne pendant quelques semaines, pour ensuite reprendre tout le poids qu'elles ont perdu, les femmes grosses, elles, l'endurent durant des mois, voire des ann&#233;es, pour ensuite, elles aussi, reprendre le poids qu'elles ont perdu. Personne ne parle du taux d'&#233;chec de 99 % de &lt;i&gt;toutes &lt;/i&gt;les di&#232;tes. Tout le monde est trop occup&#233; &#224; parler de di&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	M&#234;me parmi les groupes de femmes, soit les f&#233;ministes radicales ou les lesbiennes f&#233;ministes, qui ont pouss&#233; tr&#232;s loin la d&#233;nonciation des standards de beaut&#233; et de &#034;sant&#233;&#034; tels que d&#233;finis par la culture patriarcale, le discours de la di&#232;te persiste :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me sentirais mieux si je pouvais perdre 15 livres...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour elle, &#234;tre grosse c'&#233;tait une fa&#231;on d'&#233;loigner les hommes. Depuis qu'elle est lesbienne elle a perdu beaucoup de poids, et tu devrais voir comme elle est belle maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aime beaucoup les femmes grosses comme s&#339;urs ou comme amies. Mais elles ne m'excitent pas sexuellement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Malgr&#233; la connaissance superficielle de l'oppression sp&#233;cifique faite aux grosses due &#224; leur aspect physique (&lt;i&gt;lookism&lt;/i&gt;)&lt;i&gt; &lt;/i&gt;les radicales continuent &#224; voir la grosseur comme une maladie personnelle ; anormale, ind&#233;sirable, lamentable et curable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les &#034;faits&#034; relatifs &#224; la grosseur tels que connus par Mme Tout-Le-Monde se r&#233;sument de la fa&#231;on suivante : les personnes grosses &#034;manquent de volont&#233;&#034;. Elles sont grosses parce qu'elles mangent plus que les personnes minces. Si elles mangent plus, c'est pour masquer des probl&#232;mes de personnalit&#233; ou parce qu'elles ne sont pas en contact avec leurs &#233;motions r&#233;elles. Etre grosse, c'est mauvais pour la sant&#233;. Perdre du poids peut &#234;tre agr&#233;able ou du moins tol&#233;rable. Une fois &#034;l'exc&#232;s&#034; de poids perdu, on peut maintenir une taille mince en mangeant aussi attentivement qu'une personne normalement mince.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ces &#034;faits&#034; viennent tout aussi bien des m&#233;decins et des th&#233;rapeutes que de la croyance populaire. On les retrouve dans les revues f&#233;minines &#224; travers des articles r&#233;dig&#233;s par des &#034;experts&#034; m&#233;dicaux et psychiatriques ou par des journalistes ; on les entend aussi &#224; la t&#233;l&#233;vision lors d'entrevues avec des m&#233;decins sp&#233;cialis&#233;s en di&#232;te, on les lit dans leurs ouvrages dont ils font la promotion &#224; la t&#233;l&#233;vision dans le but d'en faire des best-sellers. Voil&#224; qui est franchement &#233;tonnant - parce que toute la litt&#233;rature m&#233;dicale d'ordre technique contredit carr&#233;ment chacune de ces affirmations populaires !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Pour ce qui est de &#034;la suralimentation&#034;, p&#233;ch&#233; fondamental pour lequel les personnes grosses sont constamment punies :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En comparant de mani&#232;re rigoureuse la consommation de nourriture de personnes ob&#232;ses avec celle de personnes de poids normal (sic), l'on a d&#233;couvert que les personnes ob&#232;ses consommaient la m&#234;me quantit&#233; de nourriture que les personnes dites de poids normal. il y a des personnes minces qui mangent &#224; l'exc&#232;s &#034;on entend souvent dire qu'un tel mange comme un d&#233;fonc&#233; sans jamais prendre une livre&#034; - tout comme il y a des personnes grosses qui mangent trop. De m&#234;me, il existe des personnes minces et des personnes grosses qui ont peu d'app&#233;tit. En moyenne, la personne grosse a un app&#233;tit mod&#233;r&#233;.2&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	D'apr&#232;s les r&#233;sultats d'une &#233;tude men&#233;e par le minist&#232;re de la Sant&#233;, de l'Education et du Bien-&#234;tre social des Etats-Unis, voici ce qui se produit lorsque des personnes consommant une certaine quantit&#233; de nourriture en r&#233;duisent la consommation juste pour perdre du poids :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;tude rigoureuse a r&#233;v&#233;l&#233; que des jeunes femmes ayant maigri en suivant un r&#233;gime alimentaire de 1 000 calories par jour ont subi une baisse de leur taux de m&#233;tabolisme de base et que, pour maintenir leur nouveau poids, elles devaient r&#233;duire davantage leur consommation de nourriture. Le suivi de celle &#233;tude a permis de constater que, pour ne pas reprendre le poids qu'elles avaient perdu, ces femmes devaient consommer encore moins de calories que pendant la p&#233;riode initiale et cela, pour une p&#233;riode ind&#233;termin&#233;e.3&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les personnes grosses qui ont subi les affres de la faim en esp&#233;rant ainsi &#034;se gu&#233;rir&#034; et vivre comme des personnes &#034;normales&#034; (c'est-&#224;-dire minces) ont appris, comme le signale un m&#233;decin sp&#233;cialiste des di&#232;tes, que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les personnes qui perdent du poids et qui d&#233;sirent maintenir un poids normal (sic) doivent se r&#233;signer &#224; ne jamais manger &#224; leur faim et &#224; consid&#233;rer cela comme un mode de vie.4&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mais puisque s'affamer est un &#233;tat de souffrance&lt;i&gt; &lt;/i&gt;physique constant, il n'est pas &#233;tonnant que tous nos instincts biologiques nous forcent &#224; l'&#233;viter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En survolant toute la litt&#233;rature &#233;crite depuis 1958 au sujet des r&#233;gimes amaigrissants, seuls ou combin&#233;s avec des m&#233;dicaments, traitements psychologiques et programmes d'exercices, on ne retrouve aucune &#233;tude &#224; long terme r&#233;ussie.5&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il y a quelque chose de grotesque dans le fait de devoir citer des sources m&#233;dicales pour d&#233;fendre un mouvement de lib&#233;ration. Id&#233;alement le &lt;i&gt;Fat Liberation Movement&lt;/i&gt;, comme les autres mouvements de lib&#233;ration, sera bas&#233; sur les assertions des masses, sur la r&#233;alit&#233; de l'oppression des personnes grosses, sur le temps que nous consacrons &#224; vivre des contradictions dont personne n'ose admettre l'existence : renoncer aux aliments &#034;engraissants&#034; comme n'importe quel mannequin de &lt;i&gt;Vogue&lt;/i&gt; (mais en avoir quand m&#234;me plein la vue de la diff&#233;rence entre lui et nous), envisager le suicide &#224; mesure que nous reprenons du poids apr&#232;s chaque di&#232;te (en mangeant tout bonnement de la m&#234;me fa&#231;on qu'une amie mince - mais d'o&#249; vient cette graisse ?), d&#233;couvrir que pour maintenir la perte de poids nous devons aller au lit affam&#233;es (est-ce ainsi que vivent les personnes minces ?). Mais qui croirait nos assertions ? Pas les m&#233;decins qui b&#226;tissent leur r&#233;putation professionnelle et font fortune en vendant des cures d'amaigrissement bas&#233;es aux deux tiers sur une dissimulation des faits et dont un tiers fait appel aux &#233;motions. Pas le grand public qui pense que nous sommes malades, p&#233;cheresses, ridicules. Pas les gauchistes qui utilisent nos corps pour symboliser les oppresseurs - &#034;Les Gros Capitalistes&#034; - &#034;Les Cochons&#034; - et nous consid&#232;rent d&#233;go&#251;tantes et d&#233;cadentes. Et m&#234;me pas nous-m&#234;mes dont la confiance en notre propre jugement est naturellement min&#233;e par le scepticisme avec lequel la soci&#233;t&#233; nous consid&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Personnes grosses et minces, professionnels de la sant&#233; et radicales, l'&#233;lite intellectuelle comme le reste de la population, nous sommes toutes sous l'emprise de la culture de la GROSSE ILLUSION. Nous croyons que la dimension de nos corps rel&#232;ve d'un choix, qu'elle refl&#232;te un contr&#244;le personnel, et nous passons sous silence ou rejetons toute &#233;vidence contredisant cette croyance. Quelles forces de contr&#244;le &lt;i&gt;social &lt;/i&gt;rendent cette illusion aussi &#233;blouissante pour que nous nous y accrochions malgr&#233; la privation, la souffrance morale, malgr&#233; le ridicule et l'&#233;chec de nos espoirs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Nous voici donc au c&#339;ur de la Grosse Illusion, cherchant l'issue. Des couches de confusion et de cruaut&#233;s sont empil&#233;es les unes sur les autres, semblables &#224; des couches d'atmosph&#232;re, empoisonn&#233;es. Commen&#231;ons par la plus simple et la plus personnelle exp&#233;rience de la r&#233;alit&#233; d'&#234;tre grosse pour se frayer un chemin hors de cette illusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#176;1 L'ILLUSION DU CONTROLE PERSONNEL&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;OBSERVATION : Je mange ni plus ni moins que les autres. Mon alimentation est &#233;tiquet&#233;e &#034;suralimentation&#034; et j'en suis punie. Les autres qui ne deviennent pas grosses ne sont pas accus&#233;es de suralimentation et ne sont pas punies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CONCLUSION : Je ne m&#233;rite pas autant de nourriture que les autres. Je ne suis pas correcte, j'ai moins de valeur que les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Etant grosse depuis mon plus jeune &#226;ge, je voyais naturellement ma condition en ces termes absolus et effroyables. Je ne pense pas que j'aurais pu assimiler une telle condamnation et rester en vie. Donc, comme plusieurs femmes grosses de la petite-bourgeoisie. j'ai trouv&#233; plus facile de me couper de la r&#233;alit&#233; et de croire que ce que je voyais se passer n'arrivait pas r&#233;ellement. J'essayais de me raisonner lorsque je voyais des personnes minces manger plus que moi en me disant : &#034;Elles ont saut&#233; le repas du midi&#034; ou &#034;Elles vont probablement faire de l'exercice pour br&#251;ler ces calories&#034;. Je refusais d'admettre que j'avais faim bien que je ne consommais qu'une tr&#232;s faible quantit&#233; de nourriture afin de maintenir la dimension &#034;normale&#034; de mon corps, que j'avais pu acqu&#233;rir en m'affamant compl&#232;tement. Lorsque j'ai d&#251; admettre la faim, j'essayais de me raisonner en me disant qu'elle n'&#233;tait pas r&#233;elle et que c'&#233;tait ma capacit&#233; &#224; sentir la faim qui &#233;tait &#034;d&#233;traqu&#233;e&#034;. Cet &#233;tat perp&#233;tuel d'affam&#233;e provoquait t&#244;t ou tard des fringales d'une intensit&#233; si incontr&#244;lable que je me croyais folle. Toute l'&#233;tendue d'une culture bas&#233;e sur la haine des grosses m'a forc&#233;e &#224; accepter l'illusion que ce que je sentais dans mes tripes &#233;tait imaginaire et non justifi&#233;. Pis encore, la sensation de faim se transforma en sensation de plaisir malsain. Tout cri de mes entrailles devint supplice moral, rachetant mon p&#233;ch&#233; imaginaire de gloutonnerie et me rapprochant un peu plus de l'&#233;tat de femme &#034;normale&#034;. Comme le rat recevant des chocs &#233;lectriques, je croyais contr&#244;ler mon plaisir et ma douleur. La volont&#233;, le contr&#244;le de soi, le contr&#244;le du poids : tout cela est pure illusion. Nous sommes manipul&#233;es par les hommes en blanc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#176;2 L'ILLUSION DE LA LIBERTE DE CHOIX&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Consid&#233;rant l'imbrication esth&#233;tique/&#233;conomie comme un des aspects de contr&#244;le social, Gudrun Fonfa &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;lookism &lt;/i&gt;est la standardisation d'un aspect physique (image corporelle) et la discrimination exerc&#233;e contre celles qui ne rencontrent ou ne se conforment pas &#224; l'image prescrite. Les soci&#233;t&#233;s fixent des limites acceptables assez larges car il est important de cr&#233;er l'illusion que les individus choisissent leur propre esth&#233;tisme, c'est-&#224;-dire qu'ils choisissent la fa&#231;on dont ils vont se martyriser.6&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Si vous &#234;tes grosses, vous pouvez choisir de compter les calories ou les grammes d'hydrate de carbone que vous consommez, boire Nutri-Di&#232;te ou Norma-Ligne, acheter des produits &lt;i&gt;Weight Watchers &lt;/i&gt;ou Di&#232;te Deluxe, aller &#224; la clinique Gendron ou Ostiguy vous faire donner des injections de gonadotrophine chorionique humaine (HCG), de suivre les di&#232;tes de &lt;i&gt;Madame au foyer&lt;/i&gt; ou de &lt;i&gt;Ch&#226;telaine&lt;/i&gt;. Cet &#233;ventail de choix ne r&#233;ussit qu'&#224; masquer le fait que vous &#234;tes &lt;i&gt;oblig&#233;es &lt;/i&gt;de choisir. Quant aux choix eux-m&#234;mes, peu importe lequel vous choisissez, vous choisissez toujours la souffrance inh&#233;rente &#224; la faim. Par contre, lorsque vous choisissez de rejeter toutes les m&#233;thodes d'amaigrissement, vous &#234;tes punies par le ridicule et le rejet social. H&#233;las, comme presque toutes les tentatives de perte de poids &#233;chouent, les m&#234;mes femmes qui utilisent constamment l'un ou l'autre des produits &#034;di&#232;tes&#034; sont aussi punies parce que leur aspect physique donne l'impression qu'elles ne l'utilisent pas !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le contr&#244;le social va plus loin que la simple r&#233;pression des d&#233;viants. Les moyens fondamentaux de contr&#244;le social affectent tout le monde dans une soci&#233;t&#233; enti&#232;rement contr&#244;l&#233;e. On pourrait logiquement dire que la pers&#233;cution des femmes grosses enl&#232;ve &#224; chaque femme la libert&#233; de devenir grosse. Comme on ne peut savoir d'apr&#232;s le poids d'une personne si elle mange peu ou beaucoup, il serait plus juste de dire que la libert&#233; que nous, femmes, perdons, c'est la libert&#233; de se sentir &#224; l'aise avec nos app&#233;tits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La plupart des femmes minces croient qu'elles pourraient devenir tr&#232;s grosses si elles &#034;se laissaient aller&#034;. Cette croyance habilement exploit&#233;e par les publicitaires sexistes a &#233;t&#233; transform&#233;e en v&#233;ritable obsession, particuli&#232;rement chez la petite et la grande bourgeoisie. Il en r&#233;sulte donc que des millions de femmes de taille moyenne &#233;prouvent une terreur continuelle &#224; chaque bouch&#233;e qu'elles avalent et en viennent &#224; consid&#233;rer leur corps comme des dragons &#224; peine dompt&#233;s qui pourraient se retourner contre elles &#224; tous moments et d'o&#249; pourrait jaillir la graisse. Le fait qu'elles puissent prendre cinq livres durant la p&#233;riode d'indulgence du temps des F&#234;tes semble confirmer ce danger &#224; leurs yeux, et les am&#232;ne &#224; croire que toutes les femmes grosses sont des femmes qui s'accordent cette indulgence toute leur vie. Mais les millions de femmes persuad&#233;es que si ce n'&#233;tait de leur di&#232;te, elles p&#232;seraient 250 livres, luttent inutilement contre leur app&#233;tit. Environ 99 % des tentatives de perte de poids se soldent par un &#233;chec. Cons&#233;quemment, pas plus de 1 % des femmes qui sont minces peuvent attribuer leur taille au succ&#232;s d'une di&#232;te7. Pourquoi les femmes minces sont-elles minces ? Est-ce g&#233;n&#233;tique8 ? Est-ce magique ? Peu importe le m&#233;canisme, l&#224; n'est pas la question. Ce n'est certainement pas une question de volont&#233; ou de meilleures habitudes alimentaires puisque, de toute fa&#231;on, la plupart des femmes minces mangent autant que la plupart des femmes grosses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Plusieurs croient que ce qui rend les personnes grosses, c'est le manque d'exercice. Ici encore, la personne qui fait r&#233;guli&#232;rement de l'exercice a tendance &#224; prendre du poids lorsqu'elle arr&#234;te d'en faire. De plus, des &#233;tudes ont montr&#233; que plusieurs groupes de femmes grosses (par exemple, les adolescentes grosses) ont tendance &#224; &#234;tre moins actives que leurs pairs9. Toutefois les m&#234;mes &#233;tudes d&#233;montrent de fa&#231;on significative que ces adolescentes moins actives mangent &lt;i&gt;moins &lt;/i&gt;que leurs pairs minces. Au lieu de conclure qu'elles sont grosses parce qu'elles sont moins actives, les chercheurs devraient se demander si elles ne sont pas plut&#244;t moins actives parce qu'elles sont sous-aliment&#233;es ; on a souvent observ&#233; une baisse d'activit&#233; et de productivit&#233; chez les travailleurs &#224; peine nourris du Tiers-Monde. Tous ceux qui insistent sur l'exercice ignorent le r&#244;le que joue la pers&#233;cution dans le fait que des personnes grosses sont moins actives physiquement. Cette pers&#233;cution va de l'absence de costumes de gymnastique de grande taille pour les &#233;l&#232;ves grosses des &#233;coles secondaires &#224; la ris&#233;e &#224; laquelle s'exposent les personnes grosses qui essaient de faire du jogging, de nager ou de danser en public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Par ailleurs, ceux qui attribuent le fait d'&#234;tre grosse &#224; la paresse ignorent les &#233;vidences fournies par les diff&#233;rences de classes sociales. &#192; titre d'exemple, les femmes de m&#233;nage, qui travaillent dur physiquement toute la journ&#233;e, sont souvent grosses. Elles sont pauvres, poss&#232;dent rarement leur propre voiture et d&#233;pendent donc du transport public pour leurs d&#233;placements. Ce qui veut dire qu'elles doivent marcher pour aller aux arr&#234;ts d'autobus et en revenir. Contrastant ainsi avec les secr&#233;taires de direction assises devant leur machine &#224; &#233;crire toute la journ&#233;e et, qui, elles, sont habituellement minces. Les personnes de la classe moyenne ont plus de chances que les autres de poss&#233;der leur propre voiture. Depuis quelque temps, de plus en plus de personnes de la classe moyenne, et plus particuli&#232;rement des femmes, font r&#233;guli&#232;rement de l'exercice - jogging, tennis, etc. Avant que cette tendance ne se dessine, elles n'&#233;taient pas toutes grosses - du moins pas aussi grosses que les femmes de m&#233;nage typiques. Jean Mayer, un des chercheurs les plus connus dans le domaine de l'exercice et des di&#232;tes, &#233;crit que la perte de poids pour les personnes grosses requiert &#034;[...] une attitude presque sto&#239;que d'aust&#233;rit&#233; et... un r&#233;am&#233;nagement du temps pour ce qui sera souvent une p&#233;riode solitaire de marche et d'exercice&#034;10. Sto&#239;cisme, aust&#233;rit&#233;, marche et exercice solitaires d&#233;crivent difficilement la vie d'une femme mince &lt;i&gt;typique&lt;/i&gt; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La pertinence de tout ceci r&#233;side dans le fait que nous n'avons pas autant le choix pour ce qui est de notre aspect physique qu'on voudrait nous le faire croire. La souffrance qu'endurent les femmes pour une question d'aspect physique n'a aucun sens - et cela est difficile &#224; accepter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#176;3 L'ILLUSION QUE &#034;C'EST POUR TON BIEN...&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Un demi-si&#232;cle de mensonges tant m&#233;dicaux que psychiatriques emprisonne la honte des femmes grosses et la peur des femmes non grosses, mensonges que le groupe &lt;i&gt;Fat Underground &lt;/i&gt;qualifie de &#034;n&#233;gligence criminelle et meurtri&#232;re dirig&#233;e contre les femmes&#034;11.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Dans cet article, je veux n'accorder qu'une petite place aux contre-arguments radicaux suivants : ce sont les m&#233;decins qui rendent les personnes grosses malades et les psychiatres qui les rendent folles. L'essentiel de ces arguments repose sur les observations suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; En ce qui concerne la sant&#233; physique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.	De s&#233;rieux dommages physiques surviennent &#224; des corps gros &#224; la di&#232;te, y compris les dommages occasionn&#233;s par un &#233;tat perp&#233;tuel &#034;d'affam&#233;-e&#034;12. Il existe des preuves que l'art&#233;rioscl&#233;rose, qui m&#232;ne aux crises cardiaques et aux attaques d'apoplexie, est caus&#233;e par le recours fr&#233;quent aux di&#232;tes13. Ce fait &#224; lui seul expliquerait le taux &#233;lev&#233; de d&#233;c&#232;s chez les personnes atteintes de ces maladies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.	Toutes les &#233;tudes ayant fourni la preuve qu'&#234;tre grosse est mauvais pour la sant&#233; ont &#233;t&#233; effectu&#233;es sur des personnes ayant eu recours fr&#233;quemment &#224; des di&#232;tes et vivant dans un climat de pers&#233;cution et de haine de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.	Les quelques &#233;tudes r&#233;alis&#233;es sur des personnes grosses non pers&#233;cut&#233;es sugg&#232;rent qu'elles sont en excellente sant&#233;14, alors que des &#233;tudes effectu&#233;es aupr&#232;s des groupes pers&#233;cut&#233;s autres que celui des personnes grosses, tels que les Noirs, d&#233;montrent que ces groupes sont atteints de plusieurs maladies &#034;caract&#233;ristiques&#034; aux personnes grosses15.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et concernant la sant&#233; mentale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.	Presque tous les individus, gros ou minces, qui sont affam&#233;s&lt;i&gt; &lt;/i&gt;ou priv&#233;s de nourriture, ou menac&#233;s de l'&#234;tre, ont une attitude compulsive face &#224; la nourriture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5.	Puisque toutes les th&#233;ories psychiatriques ont comme postulat de base que les personnes grosses le sont parce qu'elles mangent plus que les personnes minces, ces th&#233;ories contredisent la r&#233;alit&#233; et conduisent forc&#233;ment les personnes grosses &#224; l'ali&#233;nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En fait, le &#034;c'est pour ton bien&#034; n'est pas la v&#233;ritable raison de la pers&#233;cution des personnes grosses. La v&#233;ritable raison est le &lt;i&gt;look&lt;/i&gt;16. Quand avez-vous vu de fumeuses se faire refuser&lt;i&gt; &lt;/i&gt;un emploi, faire rire d'elles quand elles se plaignent de&lt;i&gt; &lt;/i&gt;discrimination ; ridiculis&#233;es par les m&#233;dias ; rejet&#233;es comme amies, comme amantes ? - et pourtant elles mettent en danger leur sant&#233; ainsi que celle des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le &lt;i&gt;look &lt;/i&gt;est toujours la raison pour laquelle les femmes suivent une di&#232;te, m&#234;me quand les raisons que l'on croit souvent et qu'on invoque sont des raisons de sant&#233;. Il n'y a aucune chance qu'une femme se sente bien dans cette soci&#233;t&#233; si elle se voit grosse. Les sentiments de l&#233;thargie et d'accablement que ressentent certaines femmes grosses refl&#232;tent, du moins en partie, la haine de toute une culture pour les personnes grosse. Haine qui est int&#233;rioris&#233;e par celles-ci et exprim&#233;e sous forme de m&#233;pris de soi. Gardons &#224; l'esprit que certaines parmi nous avaient des grand-m&#232;res grosses qui, n&#233;anmoins, travaillaient dur et &#233;nergiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Pour beaucoup de femmes, la sant&#233; n'entre m&#234;me pas en ligne de compte quand il s'agit de se d&#233;barrasser de leur grosseur. Lors d'une r&#233;union de femmes grosses &#224; Los Angeles le 20 avril 1973, une femme grosse avoua son fantasme secret : &#034;Je souhaiterais avoir le cancer ou une autre maladie pour pouvoir mourir mince&#034;. La popularit&#233; croissante du pontage intestinal refl&#232;te bien le d&#233;sespoir des femmes grosses. Cette intervention chirurgicale consiste &#224; court-circuiter la majeure partie de l'intestin gr&#234;le, ne laissant que quelques pieds (ou parfois que quelques pouces), de sorte que la majeure partie des aliments qu'une personne consomme passe dans le syst&#232;me digestif sans &#234;tre dig&#233;r&#233;s, Il en r&#233;sulte g&#233;n&#233;ralement une perte de poids d'environ 100 livres. Pendant les mois ou les ann&#233;es o&#249; elle d&#233;p&#233;rit vers la mince (sinon bilieuse) beaut&#233;, la patiente se trouve aux prises avec une violente et douloureuse diarrh&#233;e naus&#233;abonde, avec la malnutrition et des dommages aux autres organes. Selon des statistiques conservatrices, le taux de d&#233;c&#232;s reli&#233; &#224; cette intervention est &#233;valu&#233; &#224; 6 %17. Etant donn&#233; que ce genre d'intervention est nouveau et encore au stade exp&#233;rimental, les effets &#224; long terme ne sont pas encore connus. Pourtant, au moins 5 000 pontages intestinaux sont pratiqu&#233;s tous les ans aux Etats-Unis, dont environ 80 % sur des femmes18 et g&#233;n&#233;ralement au co&#251;t de 6000 $ chacun, payable par la patiente - qui, bien s&#251;r, &#224; cause de sa grosseur n'est pas &#034;assurable&#034;19.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	D&#233;t&#233;riorer ses organes, comme s'il s'agissait de pi&#232;ces m&#233;caniques et de circuits, est le devoir inh&#233;rent au statut d'objet sexuel. L'utilit&#233; (sex-appeal) en est la seule vertu, la douleur importe peu. La relation &#233;tablie entre les m&#233;decins et les femmes grosses est sadomasochiste. Se croyant inapte &#224; se manipuler &lt;i&gt;elle-m&#234;me &lt;/i&gt;en tant qu'objet sexuel, la femme grosse abandonne finalement son pouvoir au m&#233;decin qui, lui, la manipule (la mutile). Ses m&#226;choires seront ficel&#233;es avec du fil de fer. Ses tripes seront d&#233;coup&#233;es en morceaux. Sa soumission n'est pas loin de ressembler &#224; la passivit&#233; id&#233;ale. Inculqu&#233; &#224; la plupart des femmes par le sexisme, voici la forme que prend le masochisme pouss&#233; &#224; son maximum chez les grosses. Nous avons toutes &#233;t&#233; &#233;lev&#233;es selon un bon vieux, principe : &#034;Il faut souffrir pour &#234;tre belle&#034;. Pour ce qui est de la souffrance, ce n'est qu'une question de degr&#233;. Suivant la rh&#233;torique du sadomasochisme, par sa soumission &#224; la douleur, la femme obtient un pouvoir absolu. Ce qu'elle obtient r&#233;ellement, c'est l'illusion d'exercer un contr&#244;le sur elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le pouvoir que d&#233;tiennent les m&#233;decins pour perp&#233;tuer ou mettre un terme &#224; cette mis&#232;re n'est pas, lui, une illusion. Les m&#233;decins se disent d&#233;concert&#233;s devant les contradictions contenues dans la documentation sur l'ob&#233;sit&#233; - mais leur perplexit&#233; ne les emp&#234;che pas de traiter l'ob&#233;sit&#233; comme une simple question de contr&#244;le de d&#233;bits et de cr&#233;dits au grand livre des calories. Tant que les m&#233;decins orienteront leur pratique dans ce sens, ils continueront d'utiliser leur pouvoir pour nous abuser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La d&#233;couverte que les m&#233;decins peuvent &#234;tre des ennemis politiques des femmes n'est pas nouvelle pour le f&#233;minisme : les mouvements d'auto-examen, de th&#233;rapie radicale, ainsi que les &#233;crits, tels ceux de Barbara Ehrenreich et Dierdre English sur l'histoire des femmes en tant que gu&#233;risseuses, marquent une reprise de pouvoir par les femmes sur leur corps et leur esprit20. Le &lt;i&gt;Fat Liberation&lt;/i&gt; est la prochaine &#233;tape dans ce processus de lib&#233;ration des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#176;4 L'ILLUSION DU &#034;VOULOIR, C'EST POUVOIR&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#034;Si tu veux vraiment quelque chose, tu peux l'avoir - cela ne d&#233;pend que de toi&#034;. Combien de fois entendons-nous ce clich&#233; &#224; double tranchant ! D'une part, le clich&#233; exhorte les gens &#224; ne pas s'abandonner au d&#233;sespoir. D'autre part, c'est l'argument par excellence du statu quo, sous-entendant que les &#034;nantis&#034; m&#233;ritent leur privil&#232;ge et que les &#034;d&#233;pourvus&#034; sont &#034;d&#233;pourvus&#034; parce qu'ils ne sont pas suffisamment motiv&#233;s pour faire ce qu'il faut pour obtenir ce privil&#232;ge. Par cette ruse, les politiques sont d&#233;guis&#233;es en psychologie personnelle et les victimes en portent le bl&#226;me. La plupart des m&#233;decins sont profond&#233;ment accroch&#233;s &#224; cette attitude hypocrite. Comment arriveraient-ils &#224; se respecter, comment &#233;viteraient-ils une culpabilit&#233; d&#233;moralisante, s'ils ne croyaient pas &#224; l'&#233;quit&#233; d'un syst&#232;me qui en prive tant et en r&#233;compense si peu et, fort heureusement, c'est &#224; cette derni&#232;re cat&#233;gorie qu'ils appartiennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Dans la section &#034;L'illusion de la libert&#233; de choix&#034;, j'ai d&#233;crit comment LA GROSSE ILLUSION pi&#232;ge chaque femme dans sa lutte insens&#233;e pour un &#034;contr&#244;le du poids&#034;. Au niveau de l'illusion de &#034;vouloir, c'est pouvoir&#034;, ces luttes individuelles perdent de leur sens, masquant un syst&#232;me qui contr&#244;le les &#233;nergies d'une multitude de femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les femmes sont ainsi divis&#233;es en deux groupes : celles qui ont peur de devenir grosses et celles qui ont honte d'&#234;tre grosses. En adoptant l'id&#233;ologie de l'amaigrissement et en achetant ses produits (saccharine, boissons gazeuses &#034;di&#232;tes&#034;, revue &lt;i&gt;Weight Watchers&lt;/i&gt;, etc.), les femmes minces affirment qu'elles sont motiv&#233;es &#224; &#234;tre minces et belles. Elles sont r&#233;compens&#233;es par l'approbation des m&#226;les et par la permission de se sentir sup&#233;rieures aux femmes grosses. En faisant de m&#234;me, les femmes grosses affirment qu'elles veulent l'approbation des hommes - qu'elles ont le c&#339;ur &#224; la bonne place, qu'elles acceptent la domination du Patriarcat - mais leur r&#233;compense r&#233;side seulement dans une promesse future d'approbation des m&#226;les puisque aussi longtemps qu'elles sont grosses, m&#234;me si elles sont &#224; la di&#232;te, elles souffrent de pers&#233;cution. Toutefois, elles arrivent &#224; se croire sup&#233;rieures &#224; quelque personne imaginaire qui est plus grosse qu'elles ne le sont et qui mange sans honte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La valeur et le pouvoir de l'approbation des m&#226;les augmentent proportionnellement &#224; la souffrance que les femmes subissent pour l'obtenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	J'ai mis l'accent sur l'approbation des m&#226;les pour d&#233;montrer que ceci est une situation sexiste qui maintient l'ensemble des femmes d&#233;pendantes de l'ensemble des hommes pour ce qui est de l'estime de soi. La m&#234;me situation existe chez les lesbiennes, mais de mani&#232;re plus subtile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L'argent et le support que les femmes fournissent &#224; l'industrie de l'amaigrissement se transforment en un fouet qui pers&#233;cute les femmes grosses - sous forme de di&#232;te et d'annonces de mode railleuses impliquant que seules les femmes minces sont dignes d'amour. Le triste spectacle de la souffrance des femmes grosses terrifie les femmes et les force &#224; continuer &#224; supporter l'industrie de l'amaigrissement. Ceci est un racket d'extorsion o&#249; chaque sou vers&#233; &#224; cette industrie augmente le pouvoir qu'elle a sur nous. Le pouvoir des femmes est diminu&#233; non seulement par la comp&#233;tition pour &#234;tre plus mince que sa voisine, mais aussi par la faim et la pr&#233;occupation constante de nourriture. L'ultime message contre-r&#233;volutionnaire est : ce qui est bon pour nom - comme manger ce que nous voulons - est en fait mauvais pour nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La GROSSE ILLUSION, &#224; tous les niveaux, doit &#234;tre &#233;limin&#233;e de la vie des femmes. Aucun support et aucune indulgence de doivent &#234;tre accord&#233;s aux industries de l'amaigrissement puisque ces industries d&#233;gradent les femmes grosses. Chaque canette de boisson gazeuse &#034;di&#232;te&#034; que vous achetez - peu importe si vous en &#034;pr&#233;f&#233;rez peut-&#234;tre le go&#251;t&#034; - blesse les femmes grosses et par extension toutes les femmes. A mesure que les femmes lib&#233;reront du monopole m&#233;dical la connaissance en mati&#232;re de grosseur, les femmes grosses sortiront au grand jour pour r&#233;aliser qu'elles n'ont rien &#224; se reprocher. Il est temps de prendre conscience des implications que renferme le privil&#232;ge d'&#234;tre mince aussi bien que le fait d'&#234;tre punie parce qu'on est grosse, de la m&#234;me fa&#231;on que nous avons pris conscience des autres injustices sociales que nous combattons depuis des ann&#233;es. Nous ne devons attendre ni aide ni conseils de la part des m&#233;decins. De plus, peu de m&#233;decins risqueront leur carri&#232;re pour discr&#233;diter un racket m&#233;dical populaire qui est , apr&#232;s tout, principalement une affaire de femmes. Car, dans ce cas, dire la v&#233;rit&#233; ne serait tout simplement pas bon pour les affaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, qui sommes gras comme des porcs, ne r&#233;ussirons peut-&#234;tre jamais &#224; lib&#233;rer la personne mince qui est emprisonn&#233;e dans le corps de chaque personne grosse, mais &#231;a ne sera pas par manque d'efforts. Alors que nous avan&#231;ons d'un pas lourd vers l'ultime victoire, nous voyons la route parsem&#233;e de &#034;signaux d'arr&#234;t&#034; qui nous rappellent notre p&#233;ch&#233; de gourmandise et nous ram&#232;nent dans le droit chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Traduction libre de l'article intitul&#233; &#034;The Wild Signal of Health&#034;, in &lt;strong&gt;101 Ways to Lose Weight and Stay Healthy, a Woman's Day Super Speclal&lt;/strong&gt;, n&#176; 3, 1975, p. 10.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;&#61472;Tir&#233; de la revue &lt;strong&gt;Amazones d'Hier, Lesbiennes d'Aujourd'hui&lt;/strong&gt;, &#034;Dossier des oppressions&#034;, volume III, n&#176; 2-3, novembre 1984.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;&#61472;Traduction : Mich&#232;le Charland et Louise Turcotte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;&#61472;Version finale faite &#224; partir d'une premi&#232;re traduction de Constance Durocher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes :&lt;br&gt;
1 - N.D.T. : Nous avons gard&#233; ces deux expressions en anglais car il n'y a pas d'&#233;quivalents fran&#231;ais. &#034;Club de la faim&#034; et &#034;Salon de sudation&#034; qui en sont la traduction litt&#233;rale ne rendent pas l'id&#233;e de l'auteure.&lt;br /&gt;
2 - A.M. Bryans, &#034;Chilhood Obesity - Prelude to Adult Obesity&#034; (L'ob&#233;sit&#233; infantile : pr&#233;lude de l'ob&#233;sit&#233; &#224; l'&#226;ge adulte), in &lt;i&gt;Canadian Journal of Public Health&lt;/i&gt;, novembre 1967, p. 487.&lt;br /&gt;
3 - U.S Department of Health, Education and Welfare, &lt;i&gt;Obesity and Health&lt;/i&gt; (L'ob&#233;sit&#233; et la sant&#233;), 1966, p. 60.&lt;br /&gt;
4 - W.L Asher, &#034;Appetite Suppressants as an Aid in Obesity Control&#034;, (L'utilisation de m&#233;dicaments anorexig&#232;nes comme mesure pour contr&#244;ler l'ob&#233;sit&#233;), in &lt;i&gt;Obesity : Causes, Consequences and Treatment&lt;/i&gt;, Louis Lasagna ed., New York, 1974, p. 73.&lt;br /&gt;
5 - Joseph A. Glennon, &#034;Weight Reduction - an Enigma&#034; (La perte de poids : une &#233;nigme), in &lt;i&gt;Archives of Internal Medicine&lt;/i&gt;, 118, juillet, 1966, pp. 1-2.&lt;br /&gt;
6 - Gudrun Fonfa, &#034;&lt;i&gt;Lookism&lt;/i&gt; as Social Control&#034; (L'esth&#233;tique comme forme de contr&#244;le social), in &lt;i&gt;Lesbian Tide&lt;/i&gt;, janvier 1975, p. 20.&lt;br /&gt;
7 - Alvan Feinstein, &#034;How Do We Measure Accomplishment in Weight Reduction ?&#034; (Quels sont les crit&#232;res de r&#233;ussite en mati&#232;re de perte de poids ?), in &lt;i&gt;Obesity : Causes, Consequences and Treatment&lt;/i&gt;, Louis Lasagna ed., Medcom Press, 1974, p. 86.&lt;br /&gt;
8 - Jean Mayer, &lt;i&gt;Overweight : Causes, Cost and Control&lt;/i&gt;, Englewood Cliffs, New Jersey, 1968. Au chapitre 3, intitul&#233; &#034;Genes and Obesity&#034; (L'ob&#233;sit&#233; et l'h&#233;r&#233;dit&#233;), l'auteur cite des faits qui indiquent que la grosseur est h&#233;r&#233;ditaire (pp. 45 &#224; 57).&lt;br /&gt;
9 - &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., pp. 125-126.&lt;br /&gt;
10 - &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 165.&lt;br /&gt;
11 - Fat Underground, &#034;Health of Fat Women... the &lt;i&gt;Real&lt;/i&gt; Problem&#034; (La sant&#233; des femmes grosses : le &lt;i&gt;vrai&lt;/i&gt; probl&#232;me), 1974.&lt;br /&gt;
12 - Aldebaran, &#034;Fat Liberation - A Luxury ?&#034; (La lib&#233;ration des personnes grosses : un luxe ?), in &lt;i&gt;State and Mind&lt;/i&gt;, juin/juillet 1977, pp. 34-38.&lt;br /&gt;
13 - &lt;i&gt;Obesity and Health&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op&lt;/i&gt;.&lt;i&gt; cit&lt;/i&gt;., p. 40.&lt;br /&gt;
14 - Clark Stout and als., &#034;Unusually Low Incidence of Death From Myocardial Infarction...&#034; (Taux anormalement bas de d&#233;c&#232;s dus &#224; l'infarctus du myocarde), in &lt;i&gt;Journal of the American Medical Association&lt;/i&gt;, 188, juin 1964, pp. 845-849.&lt;br /&gt;
15 - Jack SIater, &#034;Hypertension : Biggest Killer of Blacks&#034; (L'hypertension, principale cause de d&#233;c&#232;s chez les Noirs), in &lt;i&gt;Ebony&lt;/i&gt;, juin 1973.&lt;br /&gt;
16 - N.D.T. : Nous avons gard&#233; les termes &lt;i&gt;look&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;lookism&lt;/i&gt; tels quels car il n'existe pas encore d'&#233;quivalents fran&#231;ais. Ils font r&#233;f&#233;rence &#224; la d&#233;finition de Gudrun Fonfa telle que pr&#233;sent&#233;e plus haut dans le texte.&lt;br /&gt;
17 - &#034;Current Status of Jejuno-Ileal Bypass for Obesity&#034; (Situation actuelle du court-circuit j&#233;juno-il&#233;on comme traitement pour l'ob&#233;sit&#233;), &lt;i&gt;Nutrition Reviews&lt;/i&gt;, 32, 1974, p. 334.&lt;br /&gt;
18 - Propos recueillis le 6 ao&#251;t 1975 lors d'une conversation t&#233;l&#233;phonique avec un adjoint administratif du docteur J. Howard Payne, qui f&#251;t l'un des premiers m&#233;decins &#224; pr&#233;coniser le pontage intestinal comme traitement pour l'ob&#233;sit&#233;.&lt;br /&gt;
19 - N.D.T. : L'assurance-maladie aux Etats-Unis n'existe que sur une base priv&#233;e.&lt;br /&gt;
20 - Bon nombre d'ouvrages portant sur les femmes et la sant&#233; ont &#233;t&#233; &#233;crits par des f&#233;ministes. Une bonne bibliographie (qui ne contient cependant aucune information sur les femmes grosses) figure &#224; l'appendice de &lt;i&gt;The Hidden Malpractice&lt;/i&gt;, de Gena Corea (William Morrow and Company, New York, 1977).&lt;br /&gt;
L'ouvrage auquel le texte renvoi est intitul&#233; &lt;i&gt;Witches, Midwives and Nurses&lt;/i&gt;, &#233;crit par Barbara Ehrenreich et Dierdre English et est publi&#233; par The Feminist Press, Bok 334, Old Westbury, New York 11568, USA. Cet ouvrage a &#233;t&#233; traduit et publi&#233; en fran&#231;ais par les Editions du remue-m&#233;nage (Montr&#233;al, 1976) sous le titre &lt;i&gt;Sorci&#232;res, sages-femmes et infirmi&#232;res : une histoire des femmes et de la m&#233;decine&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Grosses et sans complexe - 10 d&#233;clarations de poids&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.&lt;/strong&gt; Je suis une personne de poids et d'envergure, qui m&#233;rite mon propre respect et celui des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.&lt;/strong&gt; Je suis solide, en bonne sant&#233; et belle, simplement avec le poids que je fais maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.&lt;/strong&gt; Je suis capable d'obtenir l'approbation, de gagner l'affection et d'&#234;tre heureuse quel que soit le poids et la taille de mon corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4.&lt;/strong&gt; Je m'autorise &#224; manger normalement, et je reconnais que l'obsession de la bouffe et les d&#233;sordres alimentaires sont la cons&#233;quence in&#233;vitable des r&#233;gimes amaigrissants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5.&lt;/strong&gt; Je m&#233;rite d'&#234;tre trait&#233;e avec dignit&#233; et respect tout le temps, et je m'efforce toujours de projeter une image positive de moi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6.&lt;/strong&gt; O&#249; que j'aille, j'ai droit &#224; un espace appropri&#233; &#224; ma taille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;7.&lt;/strong&gt; Je refuse &#224; toute personne, groupe, ou institution la possibilit&#233; de me discriminer ou de me diminuer de quelque fa&#231;on que ce soit &#224; cause de mon poids.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;8.&lt;/strong&gt; Je vis ma vie dans sa pl&#233;nitude et je refuse d'&#234;tre victimis&#233;e par les pr&#233;jug&#233;s ou les peurs des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;9.&lt;/strong&gt; J'apprends &#224; r&#233;pondre franchement aux personnes sectaires envers la grosseur, et d'une fa&#231;on qui les &#233;duque et qui me donne de la force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;10.&lt;/strong&gt; Je rejoins d'autres personnes grosses, nos ami-e-s, nos communaut&#233;s, et nos alli&#233;-es non-gros-ses, pour travailler ensemble et faire de ce monde un espace plus accueillant pour toutes les personnes de TOUTES tailles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une information d'utilit&#233; publique fournie par &#034;Largesse&#034;,&lt;br /&gt;
r&#233;seau f&#233;ministe pour l'estime de la grosseur, site internet : &lt;a href='https://www.infokiosques.net/http:/www.eskimo.com/~largesse' class=&#034;spip_url&#034;&gt;http:/www.eskimo.com/~largesse&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;
Traduit et adapt&#233; par Madivine (mel : &lt;a href=&#034;mailto:madivine@cheerful.com&#034; class=&#034;spip_mail&#034;&gt;madivine@cheerful.com&lt;/a&gt;), Lyon, d&#233;cembre 2000.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;A propos d'une mythologie scientifique : la maladie de l'ob&#233;sit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;par &lt;i&gt;Johanne Coulombe, Pascale Noizet et Louise Turcotte&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L'id&#233;e d'associer oppression et grosseur ne semble pas encore acquise dans l'opinion populaire. Cela laisse sous-entendre qu'une partie de la population, les personnes grosses, est opprim&#233;e. L'id&#233;e m&#234;me fait sourire et/ou exasp&#232;re comme s'il s'agissait l&#224; de la derni&#232;re trouvaille du courant &lt;i&gt;politically correct&lt;/i&gt;. Les personnes grosses &lt;i&gt;opprim&#233;es&lt;/i&gt; ? Et quoi encore ? Les trop petits, les trop grands, les trop laids, les trop beaux tant qu'&#224; y &#234;tre ! C'est la r&#233;action spontan&#233;e la plus r&#233;pandue lorsqu'on essaie d'expliquer la grosseur en ces termes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Car la grosseur a bien &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e comme l'a &#233;t&#233; la race et le sexe pour faire subir &#224; une population une situation sociale sp&#233;cifique. En fait on a transform&#233; une marque physique en une anomalie biologique. On a donc cr&#233;&#233; le probl&#232;me pour justifier la solution. Il y a l&#224;-dessus toute une litt&#233;rature de la plus scientifique (il existe, comme on va le voir, une &#034;science&#034; de l'ob&#233;sit&#233;) &#224; la plus populaire qui vient perp&#233;tuer ce fait incontest&#233; : la grosseur est une anomalie, est une maladie. C'est donc la pr&#233;sence de ces diff&#233;rents discours qui fait croire &#224; toute une partie de la population qu'elle est anormale. Car il n'y a pas un sujet qui soit plus discut&#233; avec autant d'unanimit&#233; que la question de ce qu'on nomme ob&#233;sit&#233;, et ce malgr&#233; les divergences du comment et du pourquoi. Les th&#233;ories changent, elles se compliquent, elles trouvent de nouveaux cr&#233;neaux &#224; explorer, mais l'anomalie reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La premi&#232;re constatation qui vient &#224; l'esprit lorsqu'on essaie de comprendre ce syst&#232;me d'oppression, c'est qu'on ne peut l'aborder de la m&#234;me fa&#231;on que tous les autres syst&#232;mes. Et c'est ce qui rend la r&#233;flexion si complexe. En effet, contrairement aux autres oppressions, celle de la grosseur n'est pas bas&#233;e sur &#034;un rapport social&#034;. Nous sommes pourtant devant une oppression qui, bien que relevant directement d'un marquage1, ne s'appuie pas sur une organisation sociale proprement dite pour maintenir et justifier ses objectifs r&#233;pressifs. On ne peut donc voir ce syst&#232;me en terme d'antagonismes de classes par exemples. Et pourtant, si on ne peut voir la cause en ces termes, Les effets restent quand m&#234;me les m&#234;mes. Nous sommes en fait, comme pour la race et le sexe, devant un discours dominant et des pratiques de pouvoir avec des effets tr&#232;s concrets et tr&#232;s mat&#233;riels sur la vie des personnes grosses. Et c'est par ces effets que le syst&#232;me d'oppression de la grosseur se distingue de tous les autres syst&#232;mes. Car, contrairement &#224; tous les autres syst&#232;mes d'oppression qui cr&#233;ent et maintiennent leur objet d'oppression (la race ou les femmes par exemple), celui de la grosseur cherche &#224; &#233;liminer ce qu'il cr&#233;e. En effet, tu es gros mais il est impossible que tu le sois. Cr&#233;er une diff&#233;rence en cherchant &#224; l'&#233;liminer. Etrange paradoxe !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ainsi, personne ne trouve &#233;trange qu'on enl&#232;ve des bouts d'estomac, d'intestins ou toutes autres mutilations que l'on fait subir aux personnes grosses. M&#234;me si on trouve ces m&#233;thodes horribles, on comprend qu'un individu doive en arriver l&#224;. En fait, rien ne peut &#234;tre aussi horrible que la grosseur elle-m&#234;me. Et c'est bien l&#224; ce que v&#233;hicule tout ce syst&#232;me d'oppression : son projet d'&#233;limination de la grosseur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Bien entendu, ce projet est entretenu en prenant bien soin de le dissimuler derri&#232;re une soi-disant compassion pour ces pauvres anormales puisque tout ce syst&#232;me existe pour leur venir en aide. La v&#233;rit&#233; incontest&#233;e et incontestable est l&#224; pour leur rappeler : c'est mauvais pour la sant&#233;. Mais d'o&#249; nous vient cette grande v&#233;rit&#233; ? d'abord de l'information provenant des diff&#233;rents discours scientifiques dont personne ne conteste l'impartialit&#233; des recherches empiriques. Or, voici ce que Danielle Bourque relate au sujet de la transmission des informations lors d'un congr&#232;s du National Institute of Health (NIH) qui se tenait en 1985 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors du congr&#232;s de 1985, un grand nombre de chercheurs vinrent pr&#233;senter les r&#233;sultats de leurs &#233;tudes qui remettaient en question les donn&#233;es habituelles sur les dangers de l'ob&#233;sit&#233;. Or, parmi toutes les recherches pr&#233;sent&#233;es, le comit&#233; du NIH retint seulement celles qui prouvaient que l'ob&#233;sit&#233; avait des cons&#233;quences l&#233;tales, sans tenir compte des faiblesses m&#233;thodologiques de plusieurs documents ; les &#233;tudes qui contredisaient cette affirmation furent syst&#233;matiquement rejet&#233;es, ind&#233;pendamment de leur rigueur scientifique.2&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Cette position des scientifiques face aux discours qui contestent la construction de l'objet ob&#233;sit&#233; r&#233;v&#232;le non seulement la force dogmatique d'un diagnostic mais &#233;galement le pouvoir politique de l'establishment scientifique qui refuse de voir poindre &#224; l'horizon le moindre &#233;clair de conscience. Tout est mis en place ici pour que demeure en l'&#233;tat la maladie de l'ob&#233;sit&#233; et tous les discours s'accordent pour quadriller strat&#233;giquement le trait physique de la grosseur. Nous allons le voir, rien n'est laiss&#233; au hasard de l'interpr&#233;tation et les arguments, du social au m&#233;dical, du m&#233;dical au psychologique, s'encha&#238;nent les uns aux autres jusqu'&#224; atteindre leur but : faire croire et convaincre que l'ob&#233;sit&#233; est une maladie &#224; soigner et non pas l'effet d'une oppression &#224; combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;br /&gt;
* *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La construction d'un objet, en l'occurrence lucratif, suppose qu'il soit le lieu d'une solide argumentation. Pour &#234;tre convaincante, la rh&#233;torique de l'ob&#233;sit&#233;, dans son &#233;troite association avec la maladie, a d&#251; &#234;tre support&#233;e par un discours d'expertise. Ainsi des th&#233;ories se sont &#233;labor&#233;es, qui ent&#233;rinaient et peaufinaient scientifiquement l'id&#233;e, d&#233;sormais lieu commun, que l'ob&#233;sit&#233; &#233;tait une maladie. Mais nous allons ici au plus court puisque, &#224; l'origine, l'objet se r&#233;v&#233;lait plus commercial que m&#233;dical :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela se situerait au d&#233;but du si&#232;cle alors que la compagnie d'assurances &lt;i&gt;Metropolitan Life&lt;/i&gt; aurait senti le besoin de poss&#233;der des normes pour &#233;valuer les risques d'assurer certaines personnes : on a additionn&#233; le poids de tous les assur&#233;s d'un &#226;ge d&#233;termin&#233; et on a divis&#233; le total par le nombre de ces assur&#233;s, ce qui donnait un poids moyen mais pas n&#233;cessairement le poids r&#233;el que telle ou telle personne devait peser !3&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En fait, les termes de la relation, soit du commercial au m&#233;dical, ne s'excluent nullement ; on pourrait m&#234;me ajouter que dans le cas qui nous pr&#233;occupe ils se renforcent dr&#244;lement. Aussi, de ce poids vaguement normatif du d&#233;but du si&#232;cle a-t-on gliss&#233; vers le concept de poids-sant&#233; de plus en plus restrictif. Aujourd'hui, le poids-sant&#233; inclut les variables de grandeur, de grosseur des os, de l'&#226;ge, du sexe et de l'activit&#233; physique jusqu'&#224; fixer un poids r&#233;solument normalis&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#61485;	une femme normale : 5 pieds/100 livres ; on ajoute ensuite 5 livres par pouce (5 pieds 4 pouces/120 livres). Une femme est consid&#233;r&#233;e ob&#232;se quand son poids exc&#232;de ces normes de 15 %. Une femme dont les mensurations sont de 5 pieds/115 livres sera donc au seuil de l'ob&#233;sit&#233;.&lt;br /&gt;
&#61485;	Un homme sera jug&#233; &#224; partir de 110 livres pour 5 pieds et on ajoutera par la suite 7 livres par pouce.4&lt;br /&gt;
M&#234;me si ces chiffres sont surtout utilis&#233;s par les compagnies d'assurances (une personne consid&#233;r&#233;e ob&#232;se paiera une surprime pour son assurance-vie), ils conviennent parfaitement au corps m&#233;dical et param&#233;dical. En effet, au moment o&#249; la &lt;i&gt;Metropolitan Life&lt;/i&gt; s'inqui&#233;tait pour ses deniers, l'institution m&#233;dicale s'assurait, quant &#224; elle, d'avoir le privil&#232;ge professionnel d'organiser la pens&#233;e sur ce qui allait devenir les sciences de l'ob&#233;sit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les th&#233;ories qui construisent l'objet ob&#233;sit&#233; se sp&#233;cifient par leur multidisciplinarit&#233;, tant au niveau social, m&#233;dical que psychologique. Toutes cependant s'ouvrent sur la m&#234;me pr&#233;misse, quasi implicite, en pr&#233;jugeant un rapport oblig&#233; entre l'ob&#233;sit&#233; et la suralimentation, et ce m&#234;me si on a pu &#233;tablir que 14 % seulement des personnes ob&#232;ses &#233;taient de gros mangeurs5. A partir de cette &#233;quation, trois facteurs &#233;tiologiques (les causes de la &#034;maladie&#034;) influencent les diverses th&#233;ories :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1)	que ce sont des comportements et habitudes alimentaires qui cr&#233;ent l'ob&#233;sit&#233;6 ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2)	que l'ob&#233;sit&#233; est d&#233;pendante du niveau socio-&#233;conomique dans lequel &#233;volue le sujet7 ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3)	que l'ob&#233;sit&#233; est le sympt&#244;me de divers troubles &#233;motionnels8.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les discours scientifiques ont donc rigoureusement pris possession de cette probl&#233;matique de l'ob&#233;sit&#233; qu'ils ont balis&#233;e &#224; partir d'un petit nombre d'hypoth&#232;ses, lesquelles encerclent strat&#233;giquement l'ob&#233;sit&#233; en la construisant et en l'organisant de fa&#231;on coh&#233;rente et homog&#232;ne. On pourrait certes &#234;tre surpris de cette coh&#233;sion th&#233;orique qui &#233;volue, redondante et sans voix contestataire, &#224; l'int&#233;rieur d'un cadre id&#233;ologique qui s'impose depuis le d&#233;but du si&#232;cle. Mais ne soyons pas positiviste : il y a l&#224;-dessous plus que de la r&#233;p&#233;tition. De nouveaux param&#232;tres se sont &#233;tablis qui complexifient au fil des ans la difficult&#233; d'appr&#233;hender la grosseur comme &#233;tant de l'ordre d'une oppression sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Certaines contraintes nous ont amen&#233; &#224; restreindre notre analyse : elle sera pour les pages qui vont suivre un survol non exhaustif des divers champs disciplinaires. Il nous a paru en fait plus utile d'en faire une synth&#232;se que de les pr&#233;senter comme des blocs de savoir erratiques qui accumuleraient une masse d'informations sans rapport les uns avec les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;br /&gt;
* *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La th&#233;orie sociologique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il n'y a pas &#224; proprement parler d'approche sociologique de l'oppression de la grosseur. Bien qu'il existe &#224; l'heure actuelle une sociologie du &#034;corps&#034;, la discipline consacr&#233;e &#224; cette probl&#233;matique demeure sans voix sur la signification sociologique du corps gros9. A notre connaissance, seule l'analyse de Claude Fischler, qui se situe dans le domaine de la recherche scientifique, amorce une r&#233;flexion sur la &#034;lipophobie&#034; des soci&#233;t&#233;s modernes10, sans tenir compte toutefois de la situation des femmes dans ces soci&#233;t&#233;s. Il faut souligner ainsi l'un des points int&#233;ressants dans cette &#233;tude de Fischler, &#224; savoir que la grosseur n'a jamais &#233;t&#233; &#224; travers l'histoire en manque de signification. Le sociologue montre bien que, quelles que soient les connotations p&#233;joratives ou m&#233;lioratives accol&#233;es historiquement &#224; ce trait physique, la grosseur a toujours &#233;t&#233; contextuellement signifiante. M&#234;me si Fischler analyse les iconographies comme ca pr&#233;cis de cette pratique signifiante qu'il inscrit surtout au d&#233;but du XXe si&#232;cle, il semble opportun, dans le cadre de cet article, de rapporter d'autres cas de la fin du XXe si&#232;cle et la fa&#231;on dont les discours peuvent interpr&#233;ter dans une conjoncture donn&#233;e le trait physique de la grosseur. L'essai intitul&#233; &lt;i&gt;Les strat&#233;gies fatales&lt;/i&gt; que Jean Baudrillard &#233;crivait en 1983 est exemplaire de cette formation s&#233;miologique. En s'interrogeant sur le fait que les choses &#233;chappent &#224; la dialectique du sens, Jean Baudrillard avance l'hypoth&#232;se que l'obsc&#233;nit&#233; &#034;[...] leur tient lieu d&#233;sormais de finalit&#233; immanente, et de raison insens&#233;e&#034;11. La premi&#232;re de ces obsc&#233;nit&#233;s se cristallise dans l'ob&#233;sit&#233; : &#034;[...] cette sorte de conformit&#233; monstrueuse &#224; l'espace vide&#034; &#034;[...] telle qu'on la rencontre partout aux U.S.A.&#034;12. C'est que, pour Baudrillard, le social n'existe plus que hant&#233; par sa disparition. Ainsi les contradictions historiques, jadis ancr&#233;es dans des antagonismes de classe sociale, prennent aujourd'hui &#034;[...] la forme pataphysique de la d&#233;ficience mentale ou physique&#034;13. A ce niveau, ce sont bien les ob&#232;ses, les d&#233;biles et les handicap&#233;s, pour reprendre les trois cat&#233;gories ainsi nomm&#233;es par Baudrillard, qui font perdre au social la r&#232;gle de son jeu politique : &#034;[...] le social cherche dans ses &lt;i&gt;d&#233;chets vivants&lt;/i&gt; une sorte de l&#233;gitimit&#233; transpolitique - apr&#232;s la gestion de la crise, l'autogestion ouverte du d&#233;ficit et de la monstruosit&#233;&#034;14. Quel que soit l'objectif de cette recherche, l'analyse de Baudrillard, quand elle pense l'ob&#233;sit&#233; en terme de monstruosit&#233;, s'avance n&#233;cessairement sur le terrain fascisant d'une conception du monde o&#249; les ob&#232;ses, d&#233;biles et handicap&#233;s y sont pers&#233;cut&#233;s jusqu'&#224; la possible exclusion : c'est bien l&#224; que devrait les conduire en toute bonne logique la d&#233;monstration de cet &#233;minent penseur. Il s'agit ici d'un exemple parmi d'autres de ce qui se dit des ob&#232;ses, mais il &#233;taye bien - non pas, comme on pourrait le croire, par une virulence extr&#234;me de ses propos mais bien par leur banalit&#233; doxique - l'hypoth&#232;se de Fischler quant aux interpr&#233;tations qui ont &#233;t&#233; impos&#233;es au trait physique de la grosseur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En dehors de cette &#233;tude de Fischler, l'une des analyses la plus pertinente (mais h&#233;las marginale) est, du c&#244;t&#233; francophone, celle que Danielle Bourque pr&#233;sente dans son livre intitul&#233; : &lt;i&gt;A dix kilos du bonheur&lt;/i&gt;. En effet, bien que cet ouvrage s'adresse principalement aux femmes minces qui ont des probl&#232;mes de comportements alimentaires (la boulimie ou l'anorexie par exemple) ou d'obsession de la minceur (selon une &#233;chelle qui varie plus ou moins autour de dix kilos &#034;en trop&#034;), ce livre de Danielle Bourque est l'un des premiers qui questionne aussi bien les pr&#233;jug&#233;s, les &#233;nonc&#233;s scientifiques que les images corporelles v&#233;hicul&#233;es par les soci&#233;t&#233;s. Il y a donc l&#224; un v&#233;ritable tr&#233;sor d'informations et un travail de recherche impressionnant. Malgr&#233; l'absence d'une analyse sociologique de l'oppression de la grosseur, Danielle Bourque consacre quand m&#234;me quelques pages (cf. chapitre 6) aux discours social et psychologique qui cat&#233;gorisent les personnes grosses. Elle parle par exemple de la &#034;haine du gros&#034; et de la &#034;psychologie de l'opprim&#233;&#034; pour appr&#233;hender la vision n&#233;gative que ces personne sont d'elles-m&#234;mes. Elle d&#233;nonce clairement toutes les industries de l'amaigrissement, les chartes du poids id&#233;al, les th&#233;rapies et l'imposition des crit&#232;res esth&#233;tiques normatifs. Elle critique m&#234;me certaines approches f&#233;ministes, entre autres celle de Susie Orbach dans son livre intitul&#233; : &lt;i&gt;Fat is a Feminist Issue&lt;/i&gt; dont la traduction fran&#231;aise r&#233;sume bien l'approche &#034;maigrir sans obsession&#034; qui &#034;associe ob&#233;sit&#233; &#224; alimentation compulsive&#034;15. Danielle Bourque admet en fait que cette approche de &#034;culpabilisation de la victime&#034; est en grande partie responsable de l'id&#233;e que &#034;je grossis parce que je mange mes &#233;motions&#034;16.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Cet essai repr&#233;sente donc le premier - et le seul jusqu'&#224; pr&#233;sent en fran&#231;ais - contre-discours s'attaquant directement &#224; l'ensemble des arguments fallacieux qui construisent l'objet ob&#233;sit&#233;. Cependant, la principale critique &#224; faire de cette analyse, c'est qu'elle tombe dans le pi&#232;ge de la suppos&#233;e f&#233;minit&#233;. Ainsi la pr&#233;misse de base de son analyse s'appuie sur le fait que les soci&#233;t&#233;s refusent actuellement les &#034;rondeurs naturelles des femmes&#034; et, par cons&#233;quent, le corps id&#233;al impos&#233; aux femmes s'apparenterait plus &#224; celui d'un homme qu'&#224; celui d'une &#034;vraie femme&#034;. A ce niveau, l'analyse de Danielle Bourque finit par tomber dans le pi&#232;ge qu'elle d&#233;nonce, &#224; savoir pr&#233;senter un &#034;nouveau mod&#232;le&#034; de femme qui serait lib&#233;r&#233;e de l'obsession de la minceur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	C'est en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale &#224; cette solution du &#034;probl&#232;me&#034; que pr&#233;tendent la plupart des analyses qui abordent la grosseur par le biais th&#233;matique de l'obsession de la minceur17. Or, &#224; notre avis, l'obsession de la minceur n'est en d&#233;finitive que la partie &#034;id&#233;elle&#034; de l'oppression de la grosseur. Cette obsession repr&#233;sente en quelque sorte l'effet psychologique d'une oppression concr&#232;te et mat&#233;rielle ceintur&#233;e par un syst&#232;me : la cause est bien l&#224;. En fait, on ne pourrait jamais parler d'obsession de la minceur s'il n'y avait pas d'oppression de la grosseur : il s'agit que l'analyse la prenne de front et non pas pratiquer une d&#233;viation qui la d&#233;tourne id&#233;ologiquement de sa r&#233;alit&#233; propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	C'est pourquoi le seul ouvrage &#224; nommer l'oppression de la grosseur reste encore &lt;i&gt;Shadow on a Tightrope&lt;/i&gt;18 publi&#233; en 1983 aux Etats-Unis. En laissant la parole &#224; celles qui en subissent les cons&#233;quences, cette collection d'essais contient &#224; la fois des t&#233;moignages et des textes d'analyses dont ceux des premi&#232;res th&#233;oriciennes du &lt;i&gt;Fat Liberation Movement&lt;/i&gt;. Il s'agit l&#224; d'une d&#233;nonciation de toutes les formes de violences que subissent les personnes grosses : en premier lieu de ce pouvoir m&#233;dical qui entretient l'illusion que la grosseur qu'il nomme ob&#233;sit&#233; peut &#234;tre gu&#233;rie ; ensuite de ces industries de l'amaigrissement qui commercialisent cette illusion, en &#233;tant par le fait m&#234;me l'une des industries les plus lucratives qui existe actuellement dans les soci&#233;t&#233;s occidentales. Pour ce qui est des t&#233;moignages, ils d&#233;crivent concr&#232;tement les humiliations perp&#233;tuelles que les personnes grosses ont v&#233;cues et continuent &#224; vivre dans le cadre de leur vie quotidienne. Parce qu'il ne tergiverse pas avec une d&#233;formation de la r&#233;alit&#233;, que ce soit par le biais de l'obsession de la minceur ou que ce soit par le biais des pr&#233;jug&#233;s fondamentaux, &lt;i&gt;Shadow on a Tightrope&lt;/i&gt; &#233;labore sans faux-fuyants une analyse de l'oppression de la grosseur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Quant aux &#233;tudes qui s'occupent de trouver des causes sociales &#224; l'ob&#233;sit&#233;, elles ne font que glaner de-ci de-l&#224; quelques petits faits quotidiens de nature &#224; camper un portrait-robot des individus ob&#232;ses &#224; partir de leur appartenance sociale et de leur style de vie. Autant dire qu'elles n'envisagent pas la grosseur comme un ph&#233;nom&#232;ne d'oppression. Tout au plus rel&#232;vent-elles des statistiques qui lui permettent d'affirmer que &#034;le coefficient du risque d'ob&#233;sit&#233; chez les femmes de niveau socio-&#233;conomique d&#233;favoris&#233; est six fois plus &#233;lev&#233; que celui des femmes de niveau socio-&#233;conomique favoris&#233;&#034;19. Mais ce qui pourrait advenir clairement &#224; l'analyse s'enlise derechef dans le pr&#233;jug&#233; fondamental. En effet, m&#234;me si P. Wyden20, la m&#234;me ann&#233;e, souligne que les individus favoris&#233;s suivent g&#233;n&#233;ralement une di&#232;te amaigrissante, rien n'&#233;merge qui puisse faire esp&#233;rer une remise en question des pr&#233;misses scientifiques. Les explications &#224; ce sujet s'ancrent r&#233;solument &#224; la cause suralimentaire et au fait que les aliments bon march&#233; sont le plus souvent hypercaloriques. M&#234;me en la pr&#233;sence d'un tableau comparatif, la boucle est pour ainsi dire boucl&#233;e ; elle n'a effectu&#233; qu'un tour sur elle-m&#234;me en visant par le petit bout de sa lunette le paradigme conservateur : l'ob&#233;sit&#233; est reli&#233;e &#224; une suralimentation et s'ajoute ici le facteur &#034;mauvaise alimentation&#034;. Ce dernier facteur est d'ailleurs devenu au fil des ann&#233;es le cheval de bataille de bien des di&#233;t&#233;ticiens et nutritionnistes comme &#233;tant l'ordre nouveau &#224; suivre, celui qui s'acoquine avec le pr&#233;cis du &#034;d&#233;fi alimentaire&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les pr&#233;suppos&#233;s de cette recherche sur les causes sociales de l'ob&#233;sit&#233; emp&#234;chent d'&#233;laborer une analyse du rapport oppressif. Au contraire, et ici le fait est plus grave, leurs r&#233;sultats mettent l'enti&#232;re responsabilit&#233; sur les personnes ob&#232;ses, en l'occurrence (et sans en questionner ni le pourquoi ni le comment) sur les femmes. On est ob&#232;se parce qu'on mange trop, et mal quand on est pauvre. Or les r&#233;sultats, si &#233;vidents &#224; leurs yeux - et aux n&#244;tres - sont erron&#233;s : il n'y a pas plus de facteurs ob&#233;siques dans les milieux d&#233;favoris&#233;s puisque les autres suivent une di&#232;te amaigrissante. La solution qui s'en suivra en sera une de type contractuel dans la mesure o&#249; chacun devra remplir les conditions d'un contrat &#233;ducatif : apprendre &#224; doser, &#233;quilibrer, mesurer, peser quotidiennement des denr&#233;es d&#233;sormais normatives : apprendre &#224; penser, &#224; se penser, &#224; s'auto-&#233;valuer sous le joug tyrannique du poids-sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Car c'est bien de la &#034;sant&#233;&#034; des personnes grosses que tous ces discours semblent vouloir se pr&#233;occuper. Or, comme nous allons le voir dans la partie suivante, jamais une &#034;science de la sant&#233;&#034; n'a rendu des gens aussi &lt;i&gt;malades&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La th&#233;orie biologique/m&#233;dicale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Dans cet univers m&#233;dical, on parle d'exc&#232;s pond&#233;ral, d'hypothalamus, de structures neurologiques, de facteurs m&#233;taboliques, du volume des adipocytes, de d&#233;s&#233;quilibre hormonal. Mais, si les th&#233;ories se contredisent &#224; l'int&#233;rieur de leur propre champ, elles s'accordent sur l'&#233;tiologie, comme le prouve cette citation tir&#233;e de l'&lt;i&gt;Abr&#233;g&#233; de pathologie endocrinienne et m&#233;tabolique&lt;/i&gt; : &#034;Il n'y a qu'un moyen d'&#234;tre ob&#232;se, c'est de manger plus que ses besoins&#034;21. Ainsi, les facteurs exog&#232;nes seront la suralimentation et le manque d'exercice. Parmi les facteurs endog&#232;nes, on retrouve la pr&#233;disposition h&#233;r&#233;ditaire et constitutionnelle. Mais, tout en s'affranchissant de ses crit&#232;res scientifiques, l'argumentation devient fallacieuse au point d'alt&#233;rer la m&#233;thodologie du dit savant. Par un miracle retors, les facteurs endog&#232;nes, &#224; savoir l'h&#233;r&#233;dit&#233;, sont les m&#234;mes que les facteurs exog&#232;nes : &#034;les ob&#233;sit&#233;s familiales sont caus&#233;es par des habitudes de suralimentation et de s&#233;dentarit&#233;&#034;22.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Malheureusement la th&#233;orie m&#233;dicale ne se contente pas d'&#234;tre uniquement &#034;explicative&#034;, elle se veut aussi &#034;curative&#034;. Elle devient alors carr&#233;ment dangereuse lorsqu'elle fait intervenir la chirurgie &#224; d&#233;faut de trouver d'autre solution. Et on peut quasiment dire sans exag&#233;rer que cette solution finit par ressembler &#224; la &#034;solution finale&#034; d'une &#233;poque pas si lointaine. En effet, il existe depuis pr&#232;s d'une trentaine d'ann&#233;es des interventions chirurgicales concernant le traitement de l'ob&#233;sit&#233;. Ces interventions appel&#233;es court-circuit juj&#233;no-il&#233;al, court-circuit bilio-pancr&#233;atique, court-circuit gastrique et gastroplastie sont pratiqu&#233;es, principalement chez les femmes, depuis toutes ces ann&#233;es sans qu'aucune de ces interventions n'ait &#233;t&#233; pr&#233;alablement v&#233;rifi&#233;e en laboratoire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc l'accumulation des complications graves et des cas de mortalit&#233; qui am&#232;nent les chirurgiens &#224; abandonner une technique au profit d'une autre qu'ils croient moins dangereuse. Ils recommencent alors le m&#234;me processus, op&#233;rant directement sur les humains et modifiant la technique au fur et &#224; mesure des erreurs qu'ils constatent. Ils l'abandonnent finalement au profit d'une autre quand, faisant le bilan de 10, 15 ou 20 ann&#233;es d'intervention, ils constatent qu'ils ont accumul&#233; plus de morts que s'ils avaient laiss&#233; les ob&#232;ses tranquilles.23&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mais toute la question est bien l&#224; : on ne les laisse pas tranquilles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Aussi est-ce ce m&#234;me objectif que nous retrouvons dans la partie traitant de pathog&#233;nie qui amorce, quant &#224; elle, le trac&#233; d'une relation manipulatrice, absolument n&#233;cessaire &#224; la construction de notre objet. En effet, il ne suffirait pas que l'ob&#233;sit&#233; soit maladie physique. D'ailleurs, les r&#233;sultats des recherches m&#233;dicales sont par trop contradictoires pour ne pas laisser voir leur impertinence. Pour qu'elle soit op&#233;rationnelle, il faut organiser une relation de cause &#224; effet entre le trait physique et les manifestations qui lui sont soi-disant inh&#233;rentes. Les individus ob&#232;ses doivent absolument se sentir malades, c'est l&#224; une condition &lt;i&gt;sine qua non&lt;/i&gt; du processus. A ce niveau, la construction psycho-somatique de l'ob&#233;sit&#233; devient le lieu d'une culpabilisation en m&#234;me temps qu'un outil r&#233;pressif tr&#232;s efficace. Le trait physique, d&#233;j&#224; interpr&#233;t&#233; dans son rapport &#224; la suralimentation, cristallise l'inh&#233;rence caract&#233;rielle suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ob&#232;ses &#233;tant g&#233;n&#233;ralement peu sinc&#232;res dans leurs d&#233;clarations, il faut se m&#233;fier de leurs supercheries. Ils ont pour les aliments la m&#234;me attirance que les morphinomanes pour leur toxique et pour manger acceptent de sombrer dans la d&#233;ch&#233;ance.24&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ce portrait moral de l'ob&#232;se est par ailleurs pris en charge par les &#233;tudes en psychologie qui tentent elles aussi depuis plusieurs ann&#233;es d'atteindre l'objectif final.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;La th&#233;orie psychologique&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Au-del&#224; des &#233;coles de pens&#233;e, psycho-dynamique, psychanalytique ou b&#233;haviorale, l'ob&#233;sit&#233; est consid&#233;r&#233;e comme &#233;tant le sympt&#244;me d'un malaise &#233;motionnel. La suralimentation interviendra selon une modalit&#233; diff&#233;rente : elle sera en quelque sorte un &#233;piph&#233;nom&#232;ne, la traduction de probl&#232;mes psychologiques non r&#233;solus. Mais ces probl&#232;mes, une fois que la psychanalyse s'en m&#234;le, sont l&#233;gion. Pour les femmes, l'ob&#233;sit&#233; serait, au choix, une r&#233;action au : d&#233;sir d'&#234;tre un homme ; d&#233;sir de grossesse ; peur d'enfanter ; insatisfaction affective ; compensation de rapports sexuels inad&#233;quats ; d&#233;pendance infantile ; agressivit&#233; refoul&#233;e ; refus de la sexualit&#233;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Du c&#244;t&#233; psychologique, on dresse un portrait-robot hypersatur&#233; de configurations n&#233;gatives : tendance profonde au narcissisme ; peu d'initiative ; insatisfaction ; anxi&#233;t&#233; sociale ; d&#233;sir de plaire ; manque d'autonomie ; sentiments d'inf&#233;riorit&#233; ; peu de volont&#233; ; sans imagination ; sans esprit cr&#233;atif, etc. On peut s'en douter, le cadre familial, quant &#224; lui, draine une m&#232;re dominatrice/autoritaire et un p&#232;re faible/soumis. L'enfant, alors d&#233;sorient&#233; par ce d&#233;sordre familial (on le comprend cet enfant d&#233;sorient&#233; qui tente vainement de trouver un p&#232;re soumis et le fant&#244;me d'un soci&#233;t&#233; matriarcale), confond ses besoins &#233;motionnels avec celui biologique de s'alimenter !25&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	C'est cependant sans ironie aucune que les exp&#233;riences th&#233;rapeutiques se sont acharn&#233;es sur la probl&#233;matique. Certains traitement d'origine b&#233;haviorale consistaient en de v&#233;ritables tortures physiques. Durant les ann&#233;es 1920 &#224; 1960, on utilisait la stimulation &#233;lectrique et les produits chimiques pour soigner l'ob&#233;sit&#233; comme d'ailleurs l'homosexualit&#233;26. Le but de ces th&#233;rapies visait &#224; d&#233;faire des comportements conditionn&#233;s en associant des chocs &#233;lectriques et des odeurs nocives de produits chimiques &#224; l'odeur des aliments. Or, les effets secondaires physiquement d&#233;celables questionn&#232;rent l'&#233;thique de la profession. Aujourd'hui abandonn&#233;es, les pratiques b&#233;haviorales n'en continuent pas moins leur ascension. Transpos&#233;es au niveau imaginaire, on est pass&#233; de la torture physique &#224; la torture mentale. En 1966, Cautela introduit la sensibilisation imagin&#233;e qui de non personnalis&#233;e passe au stade d'une m&#233;thode personnalis&#233;e. Le patient imagine, &#224; l'aide du th&#233;rapeute, une sc&#232;ne aversive (qui lui r&#233;pugne le plus) associ&#233;e &#224; l'aliment-cible qu'il pr&#233;f&#232;re. Durant la s&#233;ance, apr&#232;s avoir introduit une description savoureuse de l'aliment, le th&#233;rapeute campe une situation qui correspond &#224; la plus grande aversion qu'&#233;prouve le sujet (&#233;tablie selon un questionnaire) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d&#232;s l'instant o&#249; vous approchez cette tranche de pain fran&#231;ais &#224; vos l&#232;vres, d'autres vers en sortent, et plus la tranche de pain fran&#231;ais touche &#224; vos l&#232;vres, plus nombreux et plus gros sont les vers, ces vers gluants, laids et affreux [...]. Ces vers se prom&#232;nent sur vous, sur votre coup, dans votre blouse, dans vos mains, sur votre visage et sur votre bouche. Vous &#234;tes couverte de vers et vous ne pouvez supporter que ces vers affreux se prom&#232;nent sur vous. [...] D&#232;s l'instant o&#249; vous jetez la tranche de pain fran&#231;ais, les vers s'en vont. Arr&#234;tez d'imaginer la sc&#232;ne et relaxez-vous.27&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Si cette technique punitive n'obtient pas les r&#233;sultats escompt&#233;s, &#224; savoir la perte de poids, il semble difficile d'envisager qu'elle n'en obtient aucun au niveau psychologique puisque les mises en situation s'&#233;laborent &#224; partir de cas de n&#233;vroses obsessionnelles : ce sont l&#224; des pratiques curatives qui continuent &#224; s'exercer en toute coh&#233;rence scientifique et sur le principe bien-pensant d'un logique humanitaire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;br /&gt;
* *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ainsi, quels que soient les nombreux terrains disciplinaires o&#249; se pratique cette &#034;recherche&#034;, tr&#232;s peu, mis &#224; part quelques cas marginaux &#224; peine entendus, sont &#224; m&#234;me de r&#233;fl&#233;chir profond&#233;ment sur le caract&#232;re oppressif de cette construction sociale que repr&#233;sente l'ob&#233;sit&#233;. En effet, aucune recherche n'a th&#233;oriquement d&#233;velopp&#233; une analyse qui questionnerait les fondements et le d&#233;veloppement de la pens&#233;e scientifique reli&#233;e &#224; l'ob&#233;sit&#233;. Toute nouvelle approche, ind&#233;pendamment de son terrain d'investigation, consid&#232;re l'ob&#233;sit&#233; comme une maladie dont le facteur &#233;tiologique est la suralimentation et (vers les ann&#233;es 60) la mauvaise alimentation. Et ici, les m&#233;thodes appliqu&#233;es se ressemblent. L'ob&#233;sit&#233; est isol&#233;e de ses bases socio-politiques pour &#234;tre d&#233;finie comme une anomalie physique et psychologique imputable au sujet ob&#232;se. Seul le lien entre le trait physique et des caract&#233;ristiques mentales inh&#233;rentes permet l'apparente coh&#233;rence du discours scientifique. Il cache en tout cas la contradiction fondamentale sur laquelle il s'appuie : si l'ob&#233;sit&#233; &#233;tait r&#233;ellement une maladie, pourquoi aurait-elle besoin d'une argumentation socio-psychologisante pour la justifier ? Ce type d'argument est l'interm&#233;diaire id&#233;ologique d'un discours o&#249; les connaissances scientifiques et leurs r&#233;sultats font mat&#233;riellement d&#233;faut alors qu'ils sont g&#233;n&#233;ralement un facteur de coh&#233;rence pour circonscrire et soigner une maladie. En la pr&#233;sence des arguments erron&#233;s et des &#233;checs th&#233;rapeutiques de tout acabit, les sciences de l'ob&#233;sit&#233; renforcent, mais ne rectifient pas, leurs postulats de base. Aussi continuent-elles &#224; sp&#233;cifier d'avantage l'ob&#233;sit&#233; par l'intervention muscl&#233;e du raisonnement socio-g&#233;n&#233;tique. Tout opprim&#233; est sp&#233;cifi&#233;, on a pu le constater dans les crit&#232;res s&#233;lectifs des diff&#233;rents discours comme on peut &#233;galement le constater dans &lt;i&gt;Le Petit Robert&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Antonyme d'ob&#232;se : maigre&lt;br /&gt;
Antonyme de maigre : corpulent, dodu, gras, gros, ob&#232;se ; abondant, copieux. Epais, large ; luxuriant, riche. Important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Une fois marqu&#233;s, il importe peu que les individus ob&#232;ses ne soient pas malades ou qu'ils pr&#233;sentent des cas m&#233;dicaux commun&#233;ment rep&#233;r&#233;s chez les humains. L'objet est cr&#233;&#233; et bien ficel&#233; et la personne ob&#232;se devient un malade ambulant convaincu (m&#234;me sans malaise aucun, en parfaite sant&#233;) qu'il est porteur potentiel de la maladie. L'univers scientifique, qui contribue largement au projet social, a tout int&#233;r&#234;t, &#233;conomiquement et symboliquement parlant, &#224; ne pas perdre de vue cet objectif lucratif. La comp&#233;tition m&#233;dicale et param&#233;dicale en t&#233;moigne, qui met en place un arsenal multidirectionnel pour prendre en charge, par souci suppos&#233; humanitaire, les personnes ob&#232;ses. Il n'y a qu'&#224; regarder cette liste d'intervenants pour en &#234;tre convaincu :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Acupuncteur ; chirurgien ; di&#233;t&#233;tiste ; &#233;ducateur physique ; hypnologue ; infirmi&#232;re ; masseur ; m&#233;decin ; naturopathe ; nutritionniste ; gourou ; animateur de groupe ; chercheur en pharmacologie ; publiciste ; plasticien ; psychologue ; relaxologue ; travailleur social ; psychiatre ; sociologue ; endocrinologue ; cardiologue ; couturier ; technicien en loisir ; ancien ob&#232;se ; cuisinier.28&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si parfois la r&#233;flexion inaugure une mirifique prise de conscience, il n'est pas &#233;tonnant que la pens&#233;e scientifique continue inlassablement &#224; courtiser sa trajectoire transcendantale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc permis de se demander si l'&#233;tude des probl&#232;mes psychologiques de l'ob&#233;sit&#233; n'a pas souffert de &lt;i&gt;tendances aux g&#233;n&#233;ralisations abusives&lt;/i&gt; &#224; partir d'&#233;chantillons biais&#233;s et en se basant surtout sur des individus qui sans doute se situaient au p&#244;le extr&#234;me d'un continuum allant de la stabilit&#233; &#233;motive aux troubles graves de la personnalit&#233;, nonobstant la pr&#233;sence de l'ob&#233;sit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[...] [Mais &#224; y bien penser...]29&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A vrai dire, on n'a jamais poss&#233;d&#233; d'autres statistiques pr&#233;cises faisant ressortir le pourcentage des ob&#232;ses qui seraient des cas &#034;n&#233;vrotiques&#034;, qui se r&#233;v&#233;leraient totalement r&#233;fractaires &#224; toute mise au r&#233;gime et chez qui le retour &#224; un poids plus ou moins normal d&#233;pendrait de la disparition de probl&#232;mes sous-jacents [...].30&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc pr&#233;server et entretenir le cercle de ses vices. De nouvelles th&#233;rapies corrigeront &#224; grands coups d'artifices scientifico-th&#233;matiques les d&#233;fectuosit&#233;s de l'appareil analytique. Car les chiffres sont les t&#233;moins partiaux de la praxis th&#233;rapeutique : &#224; un taux situ&#233; entre 95 et 97 %, ils alignent sans concession l'&#233;chec (in&#233;vitable) de tous les traitements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;br /&gt;
* *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mais &#233;videmment jamais les scientifiques ne pourront admettre l'&#233;vidence : si tous les traitements &#233;chouent, c'est tout simplement qu'il n'y a &lt;strong&gt;rien&lt;/strong&gt; &#224; traiter. Cela mettrait en p&#233;ril le pouvoir incontest&#233; et la cr&#233;dibilit&#233; infaillible dont ils jouissent dans nos soci&#233;t&#233;s modernes. En effet, le &#034;c'est prouv&#233; scientifiquement que...&#034; exerce dans l'opinion publique l'argument final de l'objectivit&#233; d'une affirmation. Et s'il fallait mettre &#224; jour que le discours scientifique repose finalement sur des pr&#233;misses ou des paradigmes pr&#233;existants &#224; la recherche elle-m&#234;me et que ces paradigmes reposent tout simplement sur des pr&#233;jug&#233;s sociaux, cela montrerait que tout objet d'&#233;tude ne peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme &#233;tant neutre au d&#233;part. Ainsi tous les discours scientifiques qui cherchent &#224; &#034;prouver&#034; que la grosseur est une maladie nomm&#233;e ob&#233;sit&#233; n'ont d'unanime que le paradigme lui-m&#234;me. Et puisqu'il n'y a aucun traitement qui n'a r&#233;ussi &#224; ce jour &#224; gu&#233;rir cette pauvre maladie, on ne pourra que lui accoler le qualitatif de &lt;i&gt;maladie incurable&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mais que se passerait-il si l'on partait du paradigme contraire ? Des chercheurs31 ont tent&#233; l'exp&#233;rience et sont arriv&#233;s &#224; des conclusions &#233;tonnantes qui ne doivent pas du tout faire l'affaire des scientifiques. Leurs conclusions avancent l'id&#233;e qu'il pourrait exister des rapports positifs entre l'ob&#233;sit&#233; et certaines maladies. C'est dire que l'ob&#233;sit&#233; ne serait pas n&#233;cessairement synonyme de probl&#232;mes de sant&#233; mais bien tout &#224; fait le contraire, &#224; savoir qu'elle aiderait &#224; passer &#224; travers certaines maladies. Ils en ont r&#233;pertori&#233;es pr&#232;s d'une quarantaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il faut donc garder en m&#233;moire que le discours scientifique n'est pas ind&#233;pendant du contexte socio-politique dans lequel il s'inscrit. Faut-il rappeler que pendant longtemps on a travaill&#233; &#224; prouver que le cerveau des noirs et des femmes &#233;tait plus petit que celui des blancs et des hommes ? Faut-il rappeler que les th&#233;ories g&#233;n&#233;tiques reviennent m&#234;me &#224; la mode ? Que l'homosexualit&#233; n'est plus consid&#233;r&#233;e comme une maladie mentale que depuis &#224; peine une vingtaine d'ann&#233;es ? Combien de temps encore avant que la grosseur ne soit plus consid&#233;r&#233;e comme une maladie ? Aussi longtemps qu'une remise en question politique de l'ensemble de ces discours qui constituent le point nodal de l'oppression des personnes grosses ne sera pas faite. Car, comme on vient de le montrer, il existe bien un consensus g&#233;n&#233;ral qui fait des personnes grosses une cat&#233;gorie &#224; part d'&#234;tres humains, lesquels partagent tous des caract&#233;ristiques bien d&#233;finies c'est-&#224;-dire qu'ils ne sont pas des &#234;tres humains tout &#224; fait normaux. C'est l&#224; une cat&#233;gorie qui partage le m&#234;me &#034;probl&#232;me&#034;. Or, ce probl&#232;me, on l'a cr&#233;&#233; et on l'a impos&#233; de force. Tous ces discours ne servent qu'&#224; masquer un pouvoir institutionnalis&#233; sur les personnes grosses. Et tant que ce pouvoir ne sera pas d&#233;nonc&#233; on continuera &#224; croire &#224; la maladie de l'ob&#233;sit&#233; parce qu'en r&#233;alit&#233; c'est dans leur t&#234;te qu'on est gros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Cette d&#233;nonciation a pourtant &#233;t&#233; faite il y a plus de vingt ans par le &lt;i&gt;Fat Liberation Movement&lt;/i&gt; aux Etats-Unis. Ce mouvement politique radical, qui se d&#233;marquait du &lt;i&gt;National Association to Aid of Fat Americans &lt;/i&gt;(NAAFA) plus mod&#233;r&#233; et r&#233;formiste, fut l'un des premiers &#224; d&#233;noncer au d&#233;but des ann&#233;es 70 la charte du &lt;i&gt;Metropolitan Life Assurance&lt;/i&gt;. L'un des groupes de ce mouvement, le &lt;i&gt;Fat Underground&lt;/i&gt;, r&#233;digeait un &lt;i&gt;Fat Liberation Manifesto&lt;/i&gt; autour de sept points principaux dont le troisi&#232;me affirmait la volont&#233; de lutter en solidarit&#233; avec tous les groupes minoritaires :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous concevons notre lutte en solidarit&#233; avec les luttes des autres groupes d'opprim&#233;s qui luttent contre le racisme, le sexisme, les classes sociales, l'&#226;gisme, le capitalisme, l'imp&#233;rialisme et tous leurs semblables.32&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Si ce manifeste a &#233;t&#233; &#233;crit en novembre 1973, il demeure tout aussi n&#233;cessaire, vingt ans plus tard, de reprendre ces m&#234;mes termes parce que l'oppression de la grosseur demeure invisible. Or, le fait que cette oppression demeure invisible a de lourdes cons&#233;quences non seulement parce que sa rh&#233;torique continue de faire croire &#224; l'anomalie physique mais aussi parce que sa pratique pers&#233;v&#232;re en toute qui&#233;tude dans des op&#233;rations chirurgicales qui font des ravages. A ce niveau, il n'y a pas plus de rh&#233;torique &#224; justifier qu'il n'y a de pratique &#224; accepter. Sans doute, la pr&#233;gnance scientifique sur le trait physique de la grosseur et le cadre m&#233;dical dans lequel il s'ins&#232;re constituent autant de freins &#224; une prise de conscience collective de cette oppression. C'est pourquoi cet article s'est concentr&#233; sur une critique des th&#233;ories scientifiques sans cependant perdre de vue qu'il s'agit l&#224; d'une oppression qui n'a pas le domaine scientifique pour seul point d'ancrage. Il reste &#224; parcourir d'autres chemins, mais pour l'instant il y a celui qui nous m&#232;ne tout droit &#224; remettre en question la maladie de l'ob&#233;sit&#233; et &#224; appr&#233;hender la grosseur dans l'ordre d'une oppression sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Plus que jamais, nous devons comprendre le sens politique de cette oppression parce que les arguments de tout acabit masquent une r&#233;alit&#233; r&#233;pressive. Plus que jamais, nous devons comprendre le sens politique de cette oppression parce qu'elle s'actualise dans un syst&#232;me qui &#233;touffe et finit par tuer ce qu'il consid&#232;re relever d'une anomalie physique. Plus que jamais, nous devons d&#233;noncer la maladie de l'ob&#233;sit&#233; pour ce qu'elle est : une mythologie scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes :&lt;br&gt;
1 - Cf. Colette Guillaumin, &#034;Race et nature : syst&#232;me des marques. Id&#233;e de groupe naturel et rapports sociaux&#034;, &lt;i&gt;Pluriel&lt;/i&gt;, n&#176; 11, 1977, pp. 39-55.&lt;br /&gt;
2 - Danielle Bourque, &lt;i&gt;A dix kilos du bonheur, Montr&#233;al&lt;/i&gt;, Ed.de L'homme, 1991, p. 152.&lt;br /&gt;
3 - Pierette Beaudoin, Sandra Conway-Le Blanc, &lt;i&gt;Une promenade en montagnes russes&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, Libre Expression, 1985, p. 56.&lt;br /&gt;
4 - Les chiffres sont tir&#233;s de &lt;i&gt;Une promenade en montagnes russes&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, pp. 58-59.&lt;br /&gt;
5 - Tir&#233; de Mich&#232;le Declerck et Jane Lagier, &lt;i&gt;La nourriture-n&#233;vrose&lt;/i&gt;, Paris, Deno&#235;l/Gonthier, 1981.&lt;br /&gt;
6 - Cette cause appara&#238;t d&#232;s 1930. Voir L.H. Newburg et N.W. Johnson, &#034;The Nature of Obesity&#034;, &lt;i&gt;Journal of Clinical Investigation&lt;/i&gt;, n&#176; 8, pp. 197-213.&lt;br /&gt;
7 - Voir &#224; ce propos Goldblatt et al, &#034;Social Factors in Obesity&#034;, &lt;i&gt;Journal of the American Medical Association&lt;/i&gt;, n&#176; 192, pp. 97-102.&lt;br /&gt;
8 - Ce postulat fonde en g&#233;n&#233;ral l'approche psychologique de l'ob&#233;sit&#233;.&lt;br /&gt;
9 - Cf. le num&#233;ro de &lt;i&gt;Sociologie et Soci&#233;t&#233;s&lt;/i&gt;, &#034;Entre le corps et le soi&#034;, vol. XXIV, n&#176; 1, printemps 1992.&lt;br /&gt;
10 - Claude Fischler, &#034;La symbolique du gros&#034;, &lt;i&gt;Communications&lt;/i&gt;, n&#176; 46, 1987, pp. 255-279.&lt;br /&gt;
11 - Jean Baudrillard, &lt;i&gt;Les strat&#233;gies fatales&lt;/i&gt;, Paris, Grasset, 1983, p. 7.&lt;br /&gt;
12 - &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 31.&lt;br /&gt;
13 - &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 34.&lt;br /&gt;
14 - &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 34. Nos italiques.&lt;br /&gt;
15 - Danielle Bourque, &lt;i&gt;A dix kilos du bonheur&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;cit&lt;/i&gt;., p. 183.&lt;br /&gt;
16 - &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 183.&lt;br /&gt;
17 - Voir &#233;galement le guide d'intervention &#233;tabli par le Centre des femmes de Verdun intitul&#233; : &lt;i&gt;L'obsession de la minceur&lt;/i&gt;, Verdun, 1991. 158 p.&lt;br /&gt;
18 - Schoenfielder, Lisa and Wieser, Barbara (ed.), &lt;i&gt;Shadow on a Tightrope. Writings by Women on Fat Oppression&lt;/i&gt;, Iowa City, Spinsters Aunt Lute Book Company, 1983, 260 p.&lt;br /&gt;
19 - C'est l&#224; la th&#232;se de Goldblatt et al, &lt;i&gt;op&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;cit&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
20 - P. Wyden, &lt;i&gt;The Overweight Society&lt;/i&gt;, New York, William Morrow, 1965.&lt;br /&gt;
21 - Jean Lederer, Abr&#233;g&#233; de pathologie endocrinienne et m&#233;tabolique, Paris, Masson, 1967, p. 156.&lt;br /&gt;
22 - &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 157.&lt;br /&gt;
23 - Danielle Bourque, &lt;i&gt;A dix kilos du bonheur&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;cit&lt;/i&gt;., p. 116.&lt;br /&gt;
24 - Jean Lederer, &lt;i&gt;op&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;cit&lt;/i&gt;., p. 157.&lt;br /&gt;
25 - C'est d'ailleurs l'explication qui est au c&#339;ur de la dramatique de Jacqueline Barette intitul&#233;e &lt;i&gt;Les larmes vol&#233;es&lt;/i&gt; pr&#233;sent&#233;e en 1986 &#224; Radio-Qu&#233;bec. On y voit la protagoniste principale chez son analyste. Elle d&#233;cide de cesser son analyse au moment o&#249; elle commence &#224; d&#233;couvrir l'influence de sa m&#232;re sur sa vie et celle de son p&#232;re. Elle quittera la s&#233;ance avec ce lapsus r&#233;v&#233;lateur comme elle le constate elle-m&#234;me : J'vais manger ma m&#232;re... au lieu de dire chez ma m&#232;re.&lt;br /&gt;
26 - Appliqu&#233; par Moss en 1924, in R. Ladouceur, M.A. Bouchard, L. Grabger, &lt;i&gt;Principes et applications des th&#233;rapies b&#233;haviorales&lt;/i&gt;, Paris, Maloine, 1977.&lt;br /&gt;
27 - Claire Jodoin, Traitement de l'ob&#233;sit&#233; par la sensibilisation imagin&#233;e non personnalis&#233;e par rapport &#224; la sensibilisation imagin&#233;e personnalis&#233;e, M&#233;moire de ma&#238;trise, Montr&#233;al, UQAM, 1981, pp. 107-108.&lt;br /&gt;
28 - Cf. &lt;i&gt;Th&#233;rapeutique de l'ob&#232;se adulte&lt;/i&gt;, Cahiers de l'ACFAS, n&#176; 3, 1979, p. 81.&lt;br /&gt;
29 - Notre ajout.&lt;br /&gt;
30 - Andr&#233; Busson, &#034;L'ob&#232;se et son traitement : consid&#233;rations psychologiques&#034;, &lt;i&gt;Th&#233;rapeutique de l'ob&#232;se adulte&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;cit&lt;/i&gt;., p.29. Nos italiques.&lt;br /&gt;
31 - Paul Ersnenberg et Paul Haskew, &#034;Rethinking Obesity. An Alternative View On Its Health Implication&#034;, &lt;i&gt;The Journal of Obesity and Weight Regulation&lt;/i&gt;, vol. 6, n&#176; 2, &#233;t&#233; 1978. Cit&#233; par Danielle Bourque, &lt;i&gt;op&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;cit&lt;/i&gt;., p. 145.&lt;br /&gt;
32 - Tir&#233; de &lt;i&gt;Shadow on a Tightrope&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;cit&lt;/i&gt;., p. 52. Traduction libre.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Manifeste pour la lib&#233;ration des personnes grosses&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;par &lt;i&gt;Judy Freespirit&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Aldebaran&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.	NOUS croyons que les personnes grosses ont enti&#232;rement droit au respect humain et &#224; la reconnaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.	NOUS sommes r&#233;volt&#233;es par le mauvais traitement qu'elles subissent &#224; des fins commerciales et sexistes. Ils font de nos corps des objets de ridicule et cr&#233;ent ainsi un immense march&#233; lucratif en vendant de fausses promesses pour venir &#224; bout de ce ridicule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.	NOUS concevons notre lutte en solidarit&#233; avec les luttes des autres groupes d'opprim&#233;es qui luttent contre le racisme, le sexisme, les classes sociales, l'&#226;gisme, le capitalisme, l'imp&#233;rialisme et tous leurs semblables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.	NOUS exigeons l'&#233;galit&#233; des droits pour les personnes grosses dans tous les domaines tel que cela est pr&#233;vu par la Constitution des Etats-Unis. Nous exigeons l'accessibilit&#233; &#224; tous les produits et services du domaine public ainsi que l'&#233;limination de toute forme de discrimination que nous subissons dans les domaines de l'emploi, de l'&#233;ducation, des services publics et des services de sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5.	NOUS d&#233;non&#231;ons comme notre principal ennemie toute l'industrie dite de l'amaigrissement. Ceci inclut tous les clubs de di&#232;te, les salons d'amaigrissement, les m&#233;decins sp&#233;cialis&#233;s dans l'ob&#233;sit&#233;, les livres de di&#232;te, les produits di&#233;t&#233;tiques ou les suppl&#233;ments di&#233;t&#233;tiques, les interventions chirurgicales, les m&#233;dicaments &#034;coupe-faim&#034;, toutes les pilules et les gadgets tels que les machines amaigrissantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NOUS exigeons que l'industrie dite de l'amaigrissement prenne ses responsabilit&#233;s face &#224; ses fausses d&#233;clarations, qu'elle reconnaisse que ses produits sont nuisibles &#224; la sant&#233; publique, et qu'elle publie des r&#233;sultats d'&#233;tudes statistiques de longue dur&#233;e d&#233;montrant l'efficacit&#233; de ses produits. &lt;i&gt;Nous posons ces exigences en sachant tr&#232;s bien que, lorsqu'on les &#233;value sur une p&#233;riode de cinq ans, plus de 99 % des programmes d'amaigrissement sont un &#233;chec total et qu'il est prouv&#233; que les gains et les pertes de poids importants et successifs sont tr&#232;s dommageables&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6.	NOUS d&#233;non&#231;ons cette science mystificatrice qui pr&#233;tend, &#224; tort, que nous ne sommes pas en bonne sant&#233;. Elle est l'origine &#224; la fois de la cause et du maintien de la discrimination que nous subissons, en plus d'aller de concert avec les int&#233;r&#234;ts financiers des compagnies d'assurance, de l'industrie de la mode et du v&#234;tement, de l'industrie de l'amaigrissement, des industries alimentaire et pharmaceutique ainsi que de l'establishment du pouvoir m&#233;dical et psychiatrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7.	NOUS refusons d'&#234;tre subjugu&#233;es dans le but de servir les int&#233;r&#234;ts de nos ennemis. Nous proclamons notre pouvoir sur nos corps et sur nos vies. Nous nous engageons nous-m&#234;mes &#224; poursuivre ces buts ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PERSONNES GROSSES DE LA TERRE, UNISSONS-NOUS ! NOUS N'AVONS &lt;i&gt;RIEN&lt;/i&gt; A PERDRE...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;&#61472;Tir&#233; de Schoenfielder, Lisa and Wieser, Barbara (ed.), &lt;i&gt;Shadow on a Tightrope. Writings by Women on Fat Oppression&lt;/i&gt;, Iowa City, Spinsters Aunt Lute Book Company, 1983, 260 p.&lt;br /&gt;
&#8226;&#61472;Copyright 1973 by The Fat Underground&lt;br /&gt;
&#8226;&#61472;Traduction : Louise Turcotte&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une torche sert &#224; &#233;clairer ; une &#034;grosse torche&#034; &#224; insulter ou c'est dans la t&#234;te qu'on est grosse !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Hommage &#224; LG5&lt;/b&gt;1&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;par &lt;i&gt;Marie-Mich&#232;le&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#61664;	DANS LA TETE des concepteur du tourniquet o&#249; je risque de rester coinc&#233;e2, du fauteuil qui me mord les hanches, de la ceinture &#034;d'ins&#233;curit&#233;&#034; qui me cloue &#224; mon si&#232;ge ou menace de m'&#233;trangler...&lt;br /&gt;
&#61664;	DANS LA TETE des fabricants et des vendeurs de v&#234;tements, des publicistes...&lt;br /&gt;
&#61664;	DANS LA TETE du m&#233;decin qui m'a sugg&#233;r&#233; de perdre du poids quand je me suis bless&#233; au dos plut&#244;t que de me r&#233;f&#233;rer en physioth&#233;rapie...&lt;br /&gt;
&#61664;	DANS LA TETE de l'amante qui, &#224; la moiti&#233; de mon poids, me prend &#224; t&#233;moin : elle est laide, grosse, affreuse, pas sex&#233;e, pas baisable, et j'en passe...&lt;br /&gt;
&#61664;	DANS LA TETE de celle qui s'&#233;tonne quand j'enfonce dans le banc de neige o&#249; elle vient de passer...&lt;br /&gt;
&#61664;	DANS LA TETE des passants de tout &#226;ge qui m'interpellent et commentent mon apparence...&lt;br /&gt;
&#61664;	DANS LA TETE d'&#233;ventuels employeurs dont le comportement a confirm&#233; l'intuition d'une copine, durant ma recherche d'emploi : je devrais faire le premier contact par lettre ou par t&#233;l&#233;phone, mais jamais en personne.&lt;br /&gt;
&#61664;	DANS LA TETE de la voisine qui me dit que je suis belle &#034;quand m&#234;me&#034;, avec une note d'&#233;tonnement dans la voix...&lt;br /&gt;
&#61664;	DANS LA TETE de la vague connaissance qui s'inqui&#232;te de mes glandes, de ma glyc&#233;mie et de mon alimentation...&lt;br /&gt;
&#61664;	DANS LA TETE d'une interlocutrice au t&#233;l&#233;phone : &#034;Ben voyons, tu peux pas &#234;tre si grosse que &#231;a, tu es intelligente !&#034;.&lt;br /&gt;
&#61664;	DANS LA TETE du pr&#233;pos&#233; &#224; l'accueil qui jette un regard sur mon tour de hanches et ne porte aucune attention &#224; ce que je lui dis. Au t&#233;l&#233;phone, il avait &#233;t&#233; convenable...&lt;br /&gt;
&#61664;	DANS LA TETE de l'artiste qui dit, durant son spectacle : &#034;J'ai toujours &#233;t&#233; attir&#233;e par les grosses lesbiennes&#034;.&lt;br /&gt;
&#61664;	DANS LA TETE de la lesbienne qui a r&#233;pondu au questionnaire de LG5 qu'on est grosse quand on p&#232;se 130 livres - ou &#233;tait-ce 120 ?&lt;br /&gt;
&#61664;	DANS LA TETE de celle qui est mal &#224; l'aise quand je dis un &#034;grand&#034; verre d'eau ; elle, elle dit un &#034;gros&#034; verre, et me reproche mon obsession... Quelle obsession ?&lt;br /&gt;
&#61664;	DANS LA TETE de la moraliste qui exige que je fasse un effort ; de la &#034;nouvelle &#232;re&#034; qui me psychanalyse ; de l'&#233;colo-granola qui me dit : &#034;Ecoute ton corps, c'est simple !&#034;.&lt;br /&gt;
&#61664;	DANS LA TETE de la dame d&#233;charn&#233;e qui, au kiosque &#224; revues, me montre un num&#233;ro de &lt;i&gt;Weight Watchers&lt;/i&gt;. Elle doit encore se demander pourquoi je lui ai dit : &#034;Je ne crois pas que vous en ayez besoin...&#034;.&lt;br /&gt;
&#61664;	DANS LA TETE de l'amie &#224; qui je dis, au t&#233;l&#233;phone : &#034;Je fais une th&#233;rapie et &#231;a va bien&#034; et qui me demande : &#034;Tu as perdu du poids ?&#034;.&lt;br /&gt;
&#61664;	DANS LA TETE de la serveuse qui m'apporte l'addition AVANT le dessert...&lt;br /&gt;
&#61664;	DANS LA TETE des assureurs, des m&#233;decins, des employeurs pour qui - &#224; 5' 2'' - je devrais peser moins de 130 livres.&lt;br /&gt;
&#61664;	DANS LA TETE des &#034;scientifiques&#034; qui &#233;crivent &#034;grotesque ob&#233;sit&#233;&#034; mais jamais &#034;grotesque maigreur&#034; en parlant des effets de certaines maladies...&lt;br /&gt;
&#61664;	DANS LA TETE du psychosociologue qui publie que les grosses sont forc&#233;ment antisociales puisqu'elles imposent aux autres la vue de leur corps inesth&#233;tique...&lt;br /&gt;
&#61664;	DANS LA TETE des compagnes de travail de ma s&#339;ur qui, &#224; son retour apr&#232;s quelques semaines d'absence, refusent de croire qu'elle a &#233;t&#233; s&#233;rieusement malade - elle est pass&#233;e de 120 &#224; 95 livres.&lt;br /&gt;
&#61664;	DANS LA TETE de celle qui me parle avec empathie des lesbiennes &lt;i&gt;differently able&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;physically challenged&lt;/i&gt;3 mais comprendrait mieux ma haine des escaliers et mon inconfort assise par terre s'il me manquait une jambe...&lt;br /&gt;
&#61664;	DANS LA TETE de celles qui ont lu ce texte dans &lt;i&gt;Treize...!&lt;/i&gt; Et m'ont f&#233;licit&#233;e de mon sens de l'humour...&lt;br /&gt;
&#61664;	DANS LA TETE de celles qui disent que c'est MA t&#234;te, le probl&#232;me...&lt;br /&gt;
&#61664;	En fait, c'est dans la t&#234;te et les yeux des autres que je suis GROSSE. Ce n'est pas quelque chose qui se per&#231;oit de l'int&#233;rieur : c'est une &#233;valuation et une perception morales sociales. GROSSE ? ce sont les autres qui me renvoient cette image. Ne me reste plus qu'&#224; la porter mais, des fois, je trouve &#231;a lourd...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes :&lt;br /&gt;
1 - A la quatri&#232;me journ&#233;e d'inter-actions lesbiennes, en octobre 1985, LG5 avait fait une animation sur l'oppression li&#233;e &#224; la grosseur. Un commentaire est revenu souvent : &#034;C'est dans la t&#234;te qu'on est grosse...&#034;. J'ai travaill&#233; durant plusieurs mois un texte publi&#233; dans &lt;i&gt;Treize...!&lt;/i&gt; de septembre 1986. En voici une version l&#233;g&#232;rement... engraiss&#233;e.&lt;br /&gt;
2 - Peu apr&#232;s l'ouverture du m&#233;tro de Montr&#233;al, une &#034;grosse&#034; est rest&#233;e coinc&#233;e dans un tourniquet durant des heures. Les journalistes et les photographes en ont fait des reportages &#034;humoristiques&#034;...&lt;br /&gt;
3 - Des expressions &#233;tats-uniennes (diff&#233;remment capable, qui rel&#232;ve un d&#233;fi physique) pour &#233;viter l'affreux &lt;i&gt;disable &lt;/i&gt;qui veut dire rendue incapable.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://nem.brassicanigra.org/" class="spip_out"&gt;http://nem.brassicanigra.org/&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conseils de lecture&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Le corps construit&lt;/i&gt; de Colette Guillaumin (Editions Turbulentes)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Ton corps est un champ de bataille&lt;/i&gt; (Macol&#232;re Editions)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Gr&#232;ve de la faim&lt;/i&gt; (petit livret illustr&#233;)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;La grosseur : obsession ? Oppression !&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
(revue Amazones d'Hier Lesbiennes d'Aujourd'hui, n&#176; 23, d&#233;cembre 1992)&lt;br /&gt;
A.H.L.A., C.P. 1721, Succ. Place du Parc, Montr&#233;al, QC, Canada H2W 2R7
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Bisons &lt;/i&gt;(bulletin du collectif gay et lesbien Big and Friends)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Autres contacts&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Madivine, 15 rue de Marseille, 69007 Lyon / e-mail : &lt;a href='https://www.infokiosques.net/madivine at cheerful.com' class=&#034;spip_url&#034;&gt;madivine at cheerful.com&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Allegro Fortissimo, 46 rue de la Bidassoa, 75020 Paris, France / t&#233;l : 01-47-978-740&lt;br /&gt;
e-mail : &lt;a href='https://www.infokiosques.net/ecriveznous at allegrofortissimo.com' class=&#034;spip_url&#034;&gt;ecriveznous at allegrofortissimo.com&lt;/a&gt; / site : &lt;a href=&#034;http://www.allegrofortissimo.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.allegrofortissimo.com&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Onward, PO Box 2671, Gainsville, FL 32602-2671, U$A - E-mail : &lt;a href='https://www.infokiosques.net/theonwardcollective at hotmail.com' class=&#034;spip_url&#034;&gt;theonwardcollective at hotmail.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sites internet&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;http://www.eskimo.com/~largesse&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.eskimo.com/~largesse&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;http://www.allegrofortissimo.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.allegrofortissimo.com&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;http://www.fatso.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.fatso.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://www.infokiosques.net/IMG/pdf/Oppression_Et_Liberation_De_La_Grosseur.pdf" length="571342" type="application/pdf" />
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Seattle, 30 novembre 1999</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article353</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.infokiosques.net/spip.php?article353</guid>
		<dc:date>2006-07-23T02:56:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>anonymes, Collectif ACME , Initiative pour une F&#233;d&#233;ration des communistes libertaires du Nord-est, Seattle Legal Defense </dc:creator>


		<dc:subject>Editions Turbulentes (Metz-Dijon)</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvance autonome</dc:subject>
		<dc:subject>Insurrections, r&#233;voltes, &#233;meutes</dc:subject>
		<dc:subject>Contre-sommets</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Retour sur les &#233;meutes de fin novembre 1999 qui ont eu lieu &#224; Seattle &#224; l'occasion d'un sommet de l'Organisation Mondiale du Commerce...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sommaire :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Communiqu&#233; du black bloc du 30 novembre &#224; propos de Seattle, par le collectif ACME
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Seattle : point de vue anarchiste radical, par un groupe d'intellectuels activistes
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; D&#233;claration de solidarit&#233; avec le &#034;Black bloc anarchiste&#034; de Seattle, par l'Initiative pour une F&#233;d&#233;ration des communistes libertaires du Nord-est
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Solidarit&#233; avec les anarchistes arr&#234;t&#233;Es &#224; Seattle, par Seattle Legal Defense
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pourquoi il faut toujours manifester masqu&#233;, texte anonyme&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique12" rel="directory"&gt;S&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot62" rel="tag"&gt;Editions Turbulentes (Metz-Dijon)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot73" rel="tag"&gt;Mouvance autonome&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot92" rel="tag"&gt;Insurrections, r&#233;voltes, &#233;meutes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot94" rel="tag"&gt;Contre-sommets&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH113/arton353-cadf2.jpg?1781158466' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff353.png?1151603496&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Communiqu&#233; du Black Bloc du 30 novembre&lt;br /&gt;
&#224; propos de Seattle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rapport d'une des sections du Black Bloc anarchiste durant les &#233;v&#233;nements du 30 novembre &#224; Seattle :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 30 novembre, plusieurs groupes d'individu&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;s du Black Bloc ont attaqu&#233; diff&#233;rents objectifs dans le centre ville de Seattle. Parmi eux (pour n'en citer qu'une partie), on trouve :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Fidelity Investment (principal investisseur dans Occidental Petroleum, la plaie de la tribu U'wa en Colombie),&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Bank of America, U.S. Bancorp, Key Bank et Washington Mutual Bank (institutions financi&#232;res cl&#233;s dans l'expansion des grands groupes),&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Old Navy. Banana Republic et le GAP (entreprises familiales qui pillent les for&#234;ts du Nord-Ouest et les ouvrier&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;s des ateliers de confection),&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; NikeTown et Levi's (dont les produits hors de prix sont fabriqu&#233;s dans des ateliers de confection o&#249; l'on exploite le personnel), &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; McDonald's (fast-food esclavagiste responsable de la destruction des for&#234;ts tropicales, et du massacre d'animaux),&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Starbucks (fabriquant d'une mati&#232;re premi&#232;re dont les produits sont r&#233;colt&#233;s par des paysan&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;s sous-pay&#233;&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;s et oblig&#233;s de d&#233;truire leurs for&#234;ts), &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Warner Bros. (monopole m&#233;diatique),&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Planet Hollywood (pour le simple fait d'&#234;tre Planet Hollywood)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette activit&#233; dura plus de 5 heures et entra&#238;na la destruction de vitrines et de portes de magasins ainsi que la d&#233;gradation de fa&#231;ades. Des lance-pierres, des distributeurs de journaux, des marteaux, des maillets, des leviers, des pinces ont &#233;t&#233; utilis&#233;s pour d&#233;truire de fa&#231;on strat&#233;gique la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et pouvoir entrer (un des trois Starbucks et Niketown vis&#233;s ont &#233;t&#233; pill&#233;s). Des &#339;ufs remplis d'une solution d'eau-forte pour verre, des pistolets de peinture et de la peinture en bombe ont &#233;galement &#233;t&#233; utilis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Black Bloc est un ensemble plus ou moins organis&#233; de groupes et individu&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;s r&#233;uni&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;s par affinit&#233; qui se baladent dans le centre ville, attir&#233;&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;s parfois par des devantures de magasins vuln&#233;rables et &#233;minentes, parfois par la vue d'un groupe de policiers. Contrairement &#224; la majeure partie des activistes qui ont &#233;t&#233; gaz&#233;s (poivre et lacrymog&#232;nes) et atteints par des balles de caoutchouc &#224; plusieurs occasions, la plupart de notre section du Black Bloc a &#233;vit&#233; les blessures graves en restant constamment en mouvement et &#233;vitant la bagarre avec la police. Nous sommes rest&#233;s group&#233;&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;s et nous regardions toujours derri&#232;re nous. Celles/ceux qui &#233;taient attaqu&#233;&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;s par les bandits f&#233;d&#233;raux ont &#233;t&#233; rapidement lib&#233;r&#233;&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;s par des membres du Black Block r&#233;agissant vite et organis&#233;&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;s. Le sens de la solidarit&#233; &#233;tait imposant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Police de la Paix&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, la pr&#233;sence et la persistance de services d'ordre ont &#233;t&#233; perturbantes. Au moins &#224; six occasions, des soi-disant activistes &#034;non violent&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;s&#034; ont attaqu&#233; physiquement des individus qui voulaient s'en prendre &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Certain&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;s sont m&#234;me all&#233;&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;s jusqu'&#224; se tenir devant le grand magasin NikeTown pour attaquer et repousser le Black Bloc. En fait, ces &#034;gardien&lt;strong&gt;ne&lt;/strong&gt;s de la paix&#034; comme elles/ils se nomment elles/eux-m&#234;mes ont &#233;t&#233; bien plus mena&#231;ant&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;s vis-&#224;-vis du Black Bloc que les &#034;gardien&lt;strong&gt;ne&lt;/strong&gt;s de la paix&#034; en uniforme de l'Etat, notoirement violent&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;s (des policier&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;s ont m&#234;me utilis&#233; la couverture des activistes &#034;gardien&lt;strong&gt;ne&lt;/strong&gt;s de la paix&#034; pour tendre une embuscade &#224; celles/ceux qui commen&#231;aient &#224; d&#233;truire la propri&#233;t&#233; priv&#233;e).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;action contre le Black Bloc&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action contre le Black Bloc a mis en lumi&#232;re certaines des contradictions et des oppressions internes de la communaut&#233; &#034;activiste non violente&#034;. En dehors de l'hypocrisie &#233;vidente de celles/ceux qui se sont montr&#233;&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;s violent&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;s avec les gens v&#234;tus de noir et masqu&#233;s (nombre d'entre elles/eux ont &#233;t&#233; frapp&#233;&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;s malgr&#233; le fait qu'elles/ils ne se sont jamais engag&#233;&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;s dans la destruction de la propri&#233;t&#233;), il appara&#238;t un racisme d'activistes privil&#233;gi&#233;&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;s qui peuvent s'offrir d'ignorer la violence perp&#233;tr&#233;e contre la majeure partie de la soci&#233;t&#233; et la nature au nom des droits de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. L'attaque des vitrines a concern&#233; et inspir&#233; beaucoup des personnes parmi les plus opprim&#233;es de la ville de Seattle, et ce bien plus que n'importe quelles marionnettes g&#233;antes ou costumes de tortues de mer (ce qui ne remet pas en cause leur utilisation par d'autres groupes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dix mythes &#224; propos du Black Bloc&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici un petit quelque chose pour dissiper les mythes qui circulent &#224; propos du Black Bloc N30 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. &#034;Ils sont tous une bande d'anarchistes d'Eugene.&#034; Bien que certain&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;s puissent &#234;tre des anarchistes d'Eugene, nous sommes originaires de tous les Etats-Unis, y compris Seattle. Dans tous les cas, la plupart d'entre nous connaissent les probl&#232;mes locaux &#224; Seattle (par exemple, la r&#233;cente occupation du centre ville par certains des plus inf&#226;mes commer&#231;ants multinationaux).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. &#034;Ils sont tous adeptes de John Zerzan.&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut, par exemple, se reporter &#224; l'ouvrage Aux sources de l'ali&#233;nation, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; De nombreuses rumeurs courent qui nous pr&#233;sentent comme des adeptes de John Zerzan, un auteur anarcho-primitiviste de Eugene qui pr&#244;ne la destruction de la propri&#233;t&#233;. Bien que certain&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;s d'entre nous peuvent appr&#233;cier ses &#233;crits et analyses, il n'est en aucun cas notre leader, directement, indirectement, philosophiquement ou d'une autre mani&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. &#034;Le squat &#034;public&#034; est le quartier g&#233;n&#233;ral des anarchistes qui s'en sont pris &#224; la propri&#233;t&#233; le 30 novembre.&#034; En r&#233;alit&#233;, la plupart des personnes du squat &#034;Zone autonome&#034; sont des habitant&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;s de Seattle qui ont pass&#233; la plus grande partie de leur temps, depuis l'ouverture le 28, &#224; l'int&#233;rieur du squat. Bien qu'ils puissent se conna&#238;tre, les deux groupes ne font pas un et en aucun cas le squat ne doit &#234;tre consid&#233;r&#233; comme le quartier g&#233;n&#233;ral des gens s'&#233;tant attaqu&#233;s &#224; la propri&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. &#034;Ils ont aggrav&#233; la situation, ce qui a men&#233; au gazage des manifestants non violents.&#034; Pour r&#233;pondre, nous avons seulement besoin de noter que les tirs de grenades lacrymog&#232;nes, les jets de poivre et les tirs de balles en caoutchouc ont tous commenc&#233;s avant que le Black Bloc (autant que nous savons) commence &#224; s'engager dans la destruction de la propri&#233;t&#233;. En plus, nous devons aller &#224; l'encontre d'une tendance qui &#233;tablit une relation de cause &#224; effet entre la r&#233;pression polici&#232;re et la protestation sous toutes ses formes, qu'il s'agisse de la destruction de la propri&#233;t&#233; ou non. La police a charg&#233; dans le but de prot&#233;ger les int&#233;r&#234;ts de quelques poss&#233;dant&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;s et la responsabilit&#233; de la violence ne peut pas &#234;tre mise sur le dos de celles/ceux qui protestent contre ces int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Inversement : &#034;Ils ont agi en r&#233;ponse &#224; la r&#233;pression polici&#232;re.&#034; Bien que cela puisse constituer une meilleure image du Black Bloc, c'est faux dans tous les cas. Nous refusons d'&#234;tre d&#233;sign&#233;&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;s comme une simple force de r&#233;action. Bien que la logique du Black Bloc puisse &#233;chapper &#224; certain&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;s, c'est dans tous les cas une logique en faveur de l'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. &#034;Ils sont une bande de jeunes gar&#231;ons en col&#232;re.&#034; En dehors du fait que dire cela revient &#224; faire preuve d'&#226;gisme et de sexisme, c'est faux. La destruction de la propri&#233;t&#233; n'est pas une lib&#233;ration fond&#233;e sur une agitation machiste ou charg&#233;e de testost&#233;rone. Ce n'est pas non plus une col&#232;re d&#233;plac&#233;e et r&#233;actionnaire. C'est strat&#233;giquement et sp&#233;cifiquement de l'action directe dirig&#233;e contre des int&#233;r&#234;ts priv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. &#034;Ils veulent juste se battre.&#034; C'est proprement absurde, et c'est une fa&#231;on commode d'ignorer l'ardeur de la &#034;police de la paix&#034; &#224; nous attaquer. De tous les groupes engag&#233;s dans l'action directe, le Black Bloc &#233;tait peut-&#234;tre le moins enclin &#224; provoquer les flics et nous n'avions certainement aucun int&#233;r&#234;t &#224; nous battre contre les autres militant&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;s anti-OMC (malgr&#233; de grands d&#233;saccords dans la tactique &#224; mener).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. &#034;C'est une foule chaotique, d&#233;sorganis&#233; et opportuniste.&#034; Bien que nombre d'entre nous pourraient s&#251;rement passer des jours &#224; discuter du terme &#034;chaotique&#034;, nous n'&#233;tions certainement pas d&#233;sorganis&#233;&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;s. L'organisation a pu &#234;tre fluide et dynamique, mais elle &#233;tait serr&#233;e. Quant &#224; l'accusation d'opportunisme, il serait difficile d'imaginer qui parmi tou&lt;strong&gt;te&lt;/strong&gt;s celles/ceux qui participaient n'a pas essay&#233; de tirer avantage de l'opportunit&#233; cr&#233;&#233;e &#224; Seattle pour mettre en avant son programme. La question devient, alors, si oui ou non nous avons cr&#233;&#233; cette opportunit&#233;, et la plupart d'entre nous l'ont certainement fait (ce qui m&#232;ne au mythe suivant) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. &#034; Ils ne connaissent pas les probl&#232;mes&#034; ou &#034;ce ne sont pas des militants qui ont travaill&#233; l&#224;-dessus.&#034; Bien que nous ne soyons pas des militant&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;s professionnel&lt;strong&gt;le&lt;/strong&gt;s, nous avions tou&lt;strong&gt;te&lt;/strong&gt;s travaill&#233; sur cette convergence &#224; Seattle depuis des mois. Certain&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;s ont r&#233;fl&#233;chi chez elles/eux, d'autres se sont rendu&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;s &#224; Seattle des mois &#224; l'avance pour pr&#233;parer cela. Il est certain que nous &#233;tions responsables de la pr&#233;sence de centaines de personnes qui sont descendues dans les rues le 30 novembre, seule une tr&#232;s petite minorit&#233; ayant quelque chose &#224; voir avec le Black Bloc. La plupart d'entre nous avons &#233;tudi&#233; les effets de la mondialisation de l'&#233;conomie, du g&#233;nie g&#233;n&#233;tique, du pillage des ressources naturelles, des transports, des conditions de travail, de la suppression de l'autonomie des indig&#232;nes, des droits des animaux et des humains et nous avons fait des actions sur ces th&#232;mes depuis plusieurs ann&#233;es. Nous ne sommes ni mal inform&#233;&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;s ni inexp&#233;riment&#233;&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. &#034;Les anarchistes masqu&#233;s sont antid&#233;mocratiques et camoufl&#233;s parce qu'ils cachent leur identit&#233;.&#034; Bon, regardons les choses en face (avec ou sans masque), nous ne vivons pas actuellement en d&#233;mocratie. Si cette semaine n'a pas rendu les choses assez claires, laissez-nous vous rappeler que nous vivons dans un Etat policier. Il y a des gens qui nous disent que si nous croyons vraiment avoir raison, nous ne nous cacherions pas derri&#232;re des masques. &#034;La v&#233;rit&#233; l'emportera&#034; est la revendication. Si c'est un juste et noble but, cela ne marche pas dans la r&#233;alit&#233; pr&#233;sente. Celles/ceux qui menacent s&#233;rieusement les int&#233;r&#234;ts du capital et de l'Etat seront pers&#233;cut&#233;&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;s. Certain&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;s pacifistes voudraient nous voir accepter cela joyeusement. D'autres nous diraient que c'est un sacrifice qui en vaut la peine. Nous ne sommes pas aussi moroses. Nous ne sentons pas non plus que nous avons le privil&#232;ge d'accepter la pers&#233;cution comme un sacrifice : la pers&#233;cution est pour nous quotidienne et in&#233;vitable et nous tenons &#224; nos maigres libert&#233;s. Accepter l'incarc&#233;ration comme une sorte de flatterie est l'apanage d'un privil&#232;ge d'&#034;occidentaux&#034;. Nous pensons qu'une attaque de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e est n&#233;cessaire si nous voulons reconstruire un monde qui serait utile, sain et joyeux pour tou&lt;strong&gt;te&lt;/strong&gt;s. Et ce malgr&#233; le fait que les droits hypertrophi&#233;s de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e dans ce pays transforme en f&#233;lonie des accusations pour toute destruction de propri&#233;t&#233; sup&#233;rieure &#224; 250 $.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les motivations du Black Bloc&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le but principal de ce communiqu&#233; est d'&#233;clairer un peu du myst&#232;re qui entoure le Black Bloc et de rendre certaines de ses motivations plus transparentes, puisque nos masques ne peuvent pas l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur la violence de la propri&#233;t&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous consid&#233;rons que la destruction de la propri&#233;t&#233; n'est pas un geste violent &#224; moins que cela ne d&#233;truise des vies ou cause des blessures. Selon cette d&#233;finition, la propri&#233;t&#233; priv&#233;e - en particulier la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des entreprises - est elle-m&#234;me infiniment plus violente que toute action entreprise contre elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On doit distinguer la propri&#233;t&#233; priv&#233;e de la propri&#233;t&#233; personnelle. Cette derni&#232;re est bas&#233;e sur l'usage alors que la premi&#232;re est bas&#233;e sur l'&#233;change. Le pr&#233;misse de la propri&#233;t&#233; personnelle est que chacun&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt; d'entre nous dispose de ce dont elle/il a besoin. Le pr&#233;misse de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e est que chacun&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt; d'entre nous dispose de quelque chose dont quelqu'un&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt; d'autre a besoin ou d&#233;sire. Dans une soci&#233;t&#233; bas&#233;e sur les droits de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, les personnes qui sont capables d'accumuler le plus ce dont les autres ont besoin ou d&#233;sirent ont un pouvoir plus grand. Par extension, elles exercent un contr&#244;le plus important sur ce que les autres per&#231;oivent comme des besoins et des d&#233;sirs, habituellement dans l'int&#233;r&#234;t d'accro&#238;tre leurs profits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les avocat&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;s du &#034;libre &#233;change&#034; aimeraient voir ce processus amen&#233; &#224; sa conclusion logique : un r&#233;seau de quelques monopoles d'industrie disposant d'un ultime contr&#244;le sur la vie de tou&lt;strong&gt;te&lt;/strong&gt;s. Les avocat&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;s du &#034;commerce &#233;quitable&#034; aimeraient voir ce processus att&#233;nu&#233; par des r&#233;gulations gouvernementales dont le but serait d'imposer superficiellement des normes de base en mati&#232;re de droits humains. En tant qu'anarchistes, nous m&#233;prisons les deux positions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La propri&#233;t&#233; priv&#233;e - et le capitalisme par extension - est intrins&#232;quement violente et r&#233;pressive et ne peut &#234;tre r&#233;form&#233;e ou att&#233;nu&#233;e. Que le pouvoir de tou&lt;strong&gt;te&lt;/strong&gt;s soit concentr&#233; entre les mains de quelques entreprises ou r&#233;parti au sein d'un appareil de r&#233;gulation charg&#233; d'att&#233;nuer les d&#233;sastres de ces derni&#232;res, nul&lt;strong&gt;le&lt;/strong&gt; ne peut &#234;tre aussi libre ou d&#233;tenir autant de pouvoir qu'elle/il ne le pourrait dans une soci&#233;t&#233; non-hi&#233;rarchique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand nous brisons une vitrine, nous avons l'intention de d&#233;truire le mince vernis de l&#233;gitimit&#233; qui entoure les droits de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Dans le m&#234;me temps, nous exorcisons cet ensemble de relations sociales violentes et destructives qui ont impr&#233;gn&#233; presque tout autour de nous. En &#034;d&#233;truisant&#034; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, nous transformons sa valeur d'&#233;change limit&#233;e en une valeur d'usage &#233;tendue. Une devanture devient un conduit laissant passer de l'air frais dans l'atmosph&#232;re oppressive de la vente de marchandises (au moins jusqu'&#224; ce que la police ne d&#233;cide de lancer des lacrymog&#232;nes sur une barricade toute proche). Un distributeur de journaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit de machines automatiques.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; devient un outil pour cr&#233;er de tels &#034;conduits&#034; ou un petit blocus pour revendiquer l'espace public ou un objet pour am&#233;liorer son point de vue en se tenant debout dessus. Une benne &#224; ordures devient un encombrement pour une arm&#233;e de flics anti-&#233;meutes et une source de chaleur et de lumi&#232;re. Une fa&#231;ade d'immeuble devient un tableau pour noter des id&#233;es en vue d'un monde meilleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le 30 novembre, beaucoup de gens ne regarderont plus une vitrine de magasin ou un marteau de la m&#234;me mani&#232;re qu'avant. Les utilisations possibles de l'espace urbain se sont multipli&#233;es par 100. Le nombre de vitrines &#233;clat&#233;es est ridicule compar&#233; au nombre de sorts bris&#233;s - sorts jet&#233;s par l'h&#233;g&#233;monie des entreprises pour nous endormir et nous faire oublier toutes les violences commises au nom de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et tout le potentiel d'une soci&#233;t&#233; sans elle. Les vitres bris&#233;es peuvent &#234;tre rebouch&#233;es (avec un g&#226;chis en bois toujours plus grand) et &#233;ventuellement remplac&#233;es, mais le fracas de notre arrogance et de nos espoirs persistera avec un peu de chance pour quelque temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre le capital et l'Etat,&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;le collectif ACME, 5 d&#233;cembre 1999&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contact : P.O. Box 563, Morgantown, wv, 26 507, USA&lt;br /&gt;
&lt;a href=&#034;mailto:jeff@tao.ca&#034; class=&#034;spip_mail&#034;&gt;jeff@tao.ca&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;menti : Ces observations et analyses repr&#233;sentent seulement celles du collectif ACME et ne doivent pas &#234;tre jug&#233;es repr&#233;sentatives du reste du Black Bloc sur le 30 novembre ou de toute autre personne qui aurait particip&#233; a l'&#233;meute ou &#224; la destruction de la propri&#233;t&#233; ce jour-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduction (plus que) largement inspir&#233;e de celle parue dans le #79 de l'excellent journal &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://cettesemaine.free.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cette Semaine&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Seattle : point de vue anarchiste radical&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;i&gt;Un Groupe d'intellectuels activistes d&#233;fend les dommages strat&#233;giques faits &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des entreprises &#224; Seattle et &#224; Eugene.&lt;/i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aux organisateurs des manifestations contre l'O.M.C. : n'abandonnez pas les radicaux.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le peuple, uni, jamais ne sera vaincu !&#034; &#233;tait l'un des slogans les plus entendus au cours des jours de contestation du sommet de l'O.M.C. a Seattle. Par contre, ce qui &#233;tait assez frappant des manifs anti-O.M.C. &#233;tait le niveau de conflit entre, d'une part, les adh&#233;rents de la m&#233;thode &#034;non violente&#034; de manifester et d'autre part ceux qui voulaient exprimer leurs sentiments plus concr&#232;tement face au capitalisme global. Une mar&#233;e de r&#233;actions prend de l'ampleur contre ces derniers, nourrie d'une grande arrogance de la part des &#034;non-violents&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etant un groupe d'intellectuels militants, nous sentons le besoin d'adresser notre appui au groupe que les m&#233;dias nomment, et ce quelque peu sans pr&#233;cisions, &#034;Les anarchistes de Eugene&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Nous, la grande gauche - anti entreprises priv&#233;es, pour un monde humain - avons contr&#244;l&#233; communautairement les rues du centre ville de Seattle de 7h &#224; 19h dans la journ&#233;e de mardi le 30 novembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cette p&#233;riode et suivant les d&#233;clarations du Maire de Seattle Schell et du gouverneur de l'&#233;tat de Washington Locke, les rues de Seattle sont devenues une zone de guerre &#224; cause de la violente offensive de la part de la police locale, de la police de r&#233;gion, de l'&#233;tat de Washington et de la Garde nationale. Rappelons que durant la p&#233;riode d'occupation communautaire de 7h &#224; 19h, les rues &#233;taient une zone lib&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'int&#233;rieur de cette zone lib&#233;r&#233;e, un spectrum de protestation et d'activit&#233;s de r&#233;sistance a eu lieu, dont beaucoup nous ont donn&#233; chaud au c&#339;ur. Des attaques par les manifestants contre les magasins appartenant &#224; des entreprises multinationales, ce que nous appelons la violence contre la propri&#233;t&#233;, &#233;taient l'une des strat&#233;gies conscientes qui ont &#233;t&#233; utilis&#233;es. Ces activit&#233;s ont d&#233;but&#233;es dans l'apr&#232;s-midi de lundi le 29 novembre, avec la destruction d'une fen&#234;tre d'un McDonald.&lt;br /&gt;
Le jour suivant, mardi le 30 novembre, ils ont commenc&#233; une fois de plus vers 10h, au coin de la sixi&#232;me avenue et de la rue Pike, et ce quand la police a d&#233;cid&#233; d'attaquer la foule avec des gaz lacrymog&#232;nes et des balles de caoutchouc. Au courant de la journ&#233;e, plusieurs manifestants, prot&#233;geant leur identit&#233; avec des cagoules, ont formes un &#034;Black Bloc&#034; pour ainsi attaquer les magasins inoccup&#233;s de g&#233;ants capitalistes tels que Gap, Nike, Levi's, Disney et la banque d'Am&#233;rique. Ceci est un point important que les m&#233;dias et le Pr&#233;sident Clinton, entre autres, tentent de laisser dans l'obscurit&#233; : la foule n'a pas attaqu&#233; les &#034;magasins de moma et papa&#034; (ex &#224; Montr&#233;al : des pizzerias a 99 cents) mais bien les manifestations physiques de la &#034;McDomination&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les adh&#233;rents de la contestation &#034;non-violente&#034; pr&#234;chent contre les attaques visant la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des corporations. Nous pensons que ceci est une acceptation non-critique du syst&#232;me de valeurs dominant de nos soci&#233;t&#233;s de consommation : ils acceptent que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e a une valeur plus grande que celle de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce moment, nous sentons que, en tant qu'activistes, le d&#233;bat de ces enjeux doit se faire et se poursuivre entre nous. Le probl&#232;me que nous adressons imm&#233;diatement est que ces activistes &#034;non violents&#034; ont utilis&#233; leur avantage num&#233;rique pour isoler et dominer les pratiquants de philosophies de r&#233;sistance autre que les leurs : plus visiblement, ces tactiques ont &#233;t&#233; utilis&#233;es contre les anarchistes du &#034;Black Bloc&#034;. Pendant que le spectrum des activit&#233;s de protestation se manifestait, nous avons t&#233;moign&#233; de sc&#232;nes o&#249; des activistes &#034;non violents&#034; ont joint leurs bras ensemble formant une ligne pour ainsi prot&#233;ger le magasin th&#233;matique &#034;Nike Town&#034; des attaques agressives d'un &#034;Black Bloc&#034;. La police anti-&#233;meute allait bient&#244;t remplacer les &#034;partisans de la paix&#034; comme pour dire : &#034;Nous ferons la t&#226;che maintenant ; vous (les non-violents) prot&#233;gez la propri&#233;t&#233; priv&#233;e volontairement, nous le faisons professionnellement&#034;. A d'autres endroits durant la journ&#233;e, des activistes &#034;non-violents&#034; ont d&#233;masqu&#233; des manifestants cagoul&#233;s et m&#234;me, &#224; au moins une occasion, ils ont battu un individu qui agissait contre la propri&#233;t&#233; priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup d'&#233;l&#233;ments de la communaut&#233; de gauche - anti entreprises priv&#233;es, pour un monde humain - se sont distanci&#233;s des formes directes de militantisme. Le &#034;World Trade Observer&#034;, un journal publi&#233; par un r&#233;seau de groupes environnementaux &#034;mainstream&#034; et d'organisations pr&#244;nant le travail juste, est un bon exemple de ceci. Dans ce journal nous pouvons lire l'&#233;criture de personnalit&#233;s &#034;connues&#034; comme Ralph Nader et Norman Solomon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur description des &#233;v&#233;nements du 30 novembre &#233;voque le &#034;th&#232;me troublant&#034; de la pratique de &#034;la police qui choisissait des manifestants pacifistes pour les gaz et les matraques tout en ignorant les &#034;hooligans&#034; en noir qui cassaient des fen&#234;tres et faisaient des graffitis&#034;. Nous avons t&#233;moign&#233; de sc&#232;nes ou d'autres manifestants &#034;non-violents&#034; ont critiqu&#233; la police, non pas pour avoir engag&#233; une guerre pour vider les rues de Seattle de manifestants, mais parce qu'ils n'&#233;taient pas entr&#233;s dans la foule pour en extraire les manifestants plus militants (violents). L'implication de ses propos est que la foule aurait &#034;vendu&#034; quelques uns de ses membres &#224; la police, si, bien s&#251;r, la police l'avait demand&#233;. Nous encourageons fortement les activistes progressistes qui ont cette position de la reconsid&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y aura sans doute des r&#233;percussions concernant le fait que nous avons pris contr&#244;le d'une grande ville pour 12 heures lorsque la plus importante machine administrative du capitalisme mondial si&#233;geait &#224; un sommet pour pr&#233;voir le prochain mill&#233;naire. Ce n'est pas juste, et d'autant plus, c'est irresponsable d'offrir les &#034;Anarchistes de Eugene&#034; &#224; l'Etat comme seuls responsables des &#233;v&#233;nements. Sans l'appui de l'ensemble des manifestants anti-O.M.C., les pratiquants de l'action directe sont &#224; risque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#034;Grand Jury&#034; (jury d'accusation) sont devenus communs dans les mouvements militants &#233;cologiques et ceux &#224; la d&#233;fense des animaux : nous ne serions pas surpris que dans ce cas-ci la justice ferait une enqu&#234;te explorant &#034;l'incitation a l'&#233;meute&#034; qui a eu lieu la journ&#233;e de rage tr&#232;s bien vis&#233;e &#224; Seattle. Les masques &#224; gaz ont &#233;t&#233; d&#233;clar&#233;s ill&#233;gaux &#224; Seattle a cause des mesures prises par le Maire Schell et le port de capuchons est explor&#233; par les procureurs de Eugene comme une excuse possible pour allonger des sentences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prix &#224; payer pour prot&#233;ger son identit&#233; de la police est &#224; la hausse. En &#233;tant des gens qui sont int&#233;ress&#233;s &#224; contre-agir face aux effets n&#233;fastes de la mondialisation et voulant assurer un nouveau mill&#233;naire vivable, nous devons d'une fa&#231;on consciente confronter la criminalisation des philosophies politiques radicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pensons que ceux qui m&#233;prisent et qui se distancient des actions des &#034;Anarchistes de Eugene&#034; ont soit ignor&#233; ou n'ont simplement pas r&#233;alis&#233; les contributions des anarchistes en noir et bien d'autres dans l'organisation de la r&#233;sistance du 30 novembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces contributions sont les m&#233;thodes joyeuses et innovatrices du &#034;Direct Action Network&#034;, l'effort de conscientisation de &#034;Left Bank Books&#034;, les structures sociales alternatives offertes par &#034;Food not Bombs&#034; et de &#034;Homes not jails&#034;, sans oublier la ligne t&#233;l&#233;phonique anarchiste, les r&#233;seaux de logements et ainsi de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'oublions pas que ces organisations ont pu amener des jeunes banlieusards blancs &#224; prendre l'action militante face &#224; l'ennemi r&#233;el, ce qui est assez impressionnant. Cela a pris des ann&#233;es d'organisation pour que ces groupes anarchistes soient arriv&#233;s au point o&#249; ils sont rendus ; nous, au moins, reconnaissons cet effort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la communaut&#233; gauchiste est pour &#234;tre unie et forte, de plus en plus de communication et de discussions internes a propos de ces enjeux strat&#233;giques sont n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'information pour nous contacter est disponible plus bas. Nous avons de l'exp&#233;rience dans les mouvements sociaux ; nous avons r&#233;ussi, quelques fois, &#224; contrer la r&#233;pression. Contactez nous !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Daniel Burton-Rose, (206) 324-8165, ex. 1. Co-&#233;diteur de &#034;The Celling of America : An Inside Look at the U.S. Prison Industry&#034; (Common Courage Press, 1998), &#233;diteur, WIN : a newsletter on activism at the extremes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Ward Churchill, (303) 492-5066 (voice mail). Auteur de &#034;Pacifism as Pathology : Reflections on the Role of Armed Struggle in North America&#034; (Arbeiter Ring : 1998).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Robin Hahnel, (202) 885-2712, &lt;a href=&#034;mailto:rhahnel@american.edu&#034; class=&#034;spip_mail&#034;&gt;rhahnel@american.edu&lt;/a&gt;. Auteur de &#034;Panic Rules : Everything You Need to Know About the Global Economy&#034; (South End Press, 1999) ; Professor, American University.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Kent Jewell, (206) 324-8165, ex. 3. Ex-co-propri&#233;taire de Left Bank Books Collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- George Katsiaficas, (617) 989-4384. Auteur de &#034;The Subversion of Politics : European Autonomous Social Movements and the Decolonization of Everyday Life&#034; (Humanities Press, 1997) et de &#034;The Global Imagination of the New Left&#034; (South End Press, 1987) ; &#233;diteur, avec Kathleen Cleaver, de &#034;Liberation, Imagination, and the Black Panther Party&#034; (Routledge, &#224; para&#238;tre) ; &#233;diteur de New Political Science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Christian Parenti, (415) 626-4034, &lt;a href=&#034;mailto:seapea@juno.com&#034; class=&#034;spip_mail&#034;&gt;seapea@juno.com&lt;/a&gt;. Auteur de &#034;Lockdown America : Police and Prisons in the Age of Crisis&#034; (Verso, 1999) ; professeur au New College.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Robert Perkinson, (203) 772-1600, &lt;a href=&#034;mailto:robert.perkinson@yale.edu&#034; class=&#034;spip_mail&#034;&gt;robert.perkinson@yale.edu&lt;/a&gt;. Professeur &#224; Yale University.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;claration de solidarit&#233; avec le &#034;Black bloc anarchiste&#034; de Seattle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;par l'Initiative pour une F&#233;d&#233;ration des communistes libertaires du Nord-est.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les membres de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), une instance d&#233;cisionnelle internationale de gestion de la d&#233;r&#233;glementation du capitalisme mondialis&#233;, se sont r&#233;unis r&#233;cemment &#224; Seattle aux &#201;tats-Unis pour une troisi&#232;me conf&#233;rence interminist&#233;rielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'OMC est une organisation qui regroupe 133 gouvernements nationaux, elle favorise les multinationales, exploite les paysans, supporte l'esclavage des enfants, d&#233;truit l'environnement un peu partout sur la plan&#232;te et nie les droits du travail. Le 30 novembre dernier, journ&#233;e des c&#233;r&#233;monies d'ouverture de la conf&#233;rence d'une semaine, les d&#233;l&#233;gations furent accueillies par des dizaines de milliers de manifestantEs qui, non seulement ont compromis l'ouverture de la conf&#233;rence, mais ont r&#233;ussi &#233;galement &#224; bloquer tout le centre-ville commercial de Seattle pendant la majeure partie de la journ&#233;e. Cela fut fait par l'utilisation de vastes et joyeuses formes de r&#233;sistance, de tactiques de manifestation innovatrices et d'une solidarit&#233; entre les diff&#233;rents groupes militants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des groupes militants ont construit, tout au long de la journ&#233;e, des barricades efficaces et ont occup&#233; les rues l'une apr&#232;s l'autre avec succ&#232;s. La police a r&#233;pondu &#224; ces actions par l'utilisation sans provocation de gaz lacrymog&#232;nes, de poivre de Cayenne, de balles de caoutchouc, de bombes &#224; &#034;concussion&#034;, de points de pression et de matraquage, ce qui a transform&#233; une situation instable en une s&#233;rie de tapageuses batailles de rue. Parmi les formes les plus radicales de manifestation, il y avait le black bloc anarchiste, une masse d'individus et de groupes d'affinit&#233; organis&#233;s de fa&#231;on souple, qui, en s'attaquant et en d&#233;truisant la propri&#233;t&#233; de compagnies sp&#233;cifiquement cibl&#233;es, s'est engag&#233; dans diff&#233;rentes formes de dommages &#233;conomiques . Parmi les compagnies vis&#233;es, il y avait, entre autres, NikeTown et Levi's (dont les produits trop chers sont faits dans des &#034;sweatshops&#034;), Fidelity investment (investisseur majeur d'Occidental Petroleum qui est en train d'an&#233;antir la tribu U'wa en Colombie), la Bank of America, U.S. Bancorp, Key Bank et la Washington Mutual Bank (l'institution financi&#232;re cl&#233; dans l'expansion de la r&#233;pression des corporations multinationales).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Collectif ACME, dans leur communiqu&#233; sur le Black Bloc, ont bien exprim&#233; notre pens&#233;e en d&#233;clarant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;En tant qu'anarchistes, nous consid&#233;rons que la destruction de propri&#233;t&#233; n'est pas un geste violent si cela n'an&#233;antit pas de vie et ne cause pas de blessures. Selon cette d&#233;finition, la propri&#233;t&#233; priv&#233;e &#8212;sp&#233;cialement la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des corporations&#8212; est en elle-m&#234;me infiniment plus violente que toute action entreprise contre elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La propri&#233;t&#233; priv&#233;e doit &#234;tre distingu&#233;e de la propri&#233;t&#233; personnelle. Alors que cette derni&#232;re est bas&#233;e sur l'usage, la premi&#232;re s'appuie sur l'&#233;change. La pr&#233;misse de la propri&#233;t&#233; personnelle est que chacun de nous utilisons ce dont nous avons besoin. Alors que la pr&#233;misse de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e veut que certainEs d'entre nous utilisent des choses dont d'autres ont besoin ou d&#233;sirent. Dans une soci&#233;t&#233; bas&#233;e sur les droits de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, les personnes qui sont capables d'accumuler ce dont les autres ont besoin ou d&#233;sirent ont plus de pouvoir. Par extension, elles contr&#244;lent mieux ce que les autres per&#231;oivent comme des besoins et des d&#233;sirs, habituellement dans le but d'accro&#238;tre leur profits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tenantEs du &#034;libre-&#233;change&#034; aimeraient voir ce processus amen&#233; &#224; sa conclusion logique : un r&#233;seau d'industries monopolistiques qui ont l'ultime contr&#244;le sur la vie de tout le monde. Quant aux tenantEs du &#034;commerce &#233;quitable&#034;, ils et elles d&#233;sireraient voir ce processus att&#233;nu&#233; par des r&#233;gulations gouvernementales qui imposeraient superficiellement des normes de base en mati&#232;re de droits humains. En tant qu'anarchistes, nous m&#233;prisons les deux positions. La propri&#233;t&#233; priv&#233;e &#8212;et le capitalisme par extension&#8212; est intrins&#232;quement violente et r&#233;pressive et ne peut &#234;tre r&#233;form&#233;e ou att&#233;nu&#233;e. Que le pouvoir de tous et toutes soit concentr&#233; entre les mains de quelques corporations ou r&#233;parti au sein d'un appareil de r&#233;gulation charg&#233; d'att&#233;nuer les d&#233;sastres des premiers, nul ne pourra y &#234;tre aussi libre et d&#233;tenir autant de pouvoir que dans une soci&#233;t&#233; non-hi&#233;rarchique.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, l'Initiative pour une F&#233;d&#233;ration des communistes libertaires du Nord-est, exprimons notre plus profonde solidarit&#233; avec nos camarades qui ont pris sur eux de combattre le capitalisme l&#224; o&#249; &#231;a fait mal et de d&#233;montrer au monde entier le r&#244;le important que sera appel&#233;e &#224; jouer la r&#233;sistance radicale dans les luttes &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne laissons pas les coups contre le syst&#232;me capitaliste cesser ! Des rues d'Ath&#232;nes en Gr&#232;ce &#224; celles de Seattle aux &#201;tats-Unis, notre r&#233;sistance anarchiste est, et continuera d'&#234;tre, aussi transnationale que le capital !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Solidarit&#233; et R&#233;volution,&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;L'Initiative pour une F&#233;d&#233;ration des communistes libertaires du Nord-est, 5 janvier 2000.&lt;br /&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sign&#233; par : Groupe Anarchiste &#201;mile-Henry (Qu&#233;bec), Groupe Nosotros (Baltimore), Collectif Prole Revolt (Morgantown, WV), Collectif du journal We Dare Be Free (Boston), Groupe Sabate (Boston) et un certain nombre de communistes libertaires du New-Hampshire, du Massachusetts, du Connecticut, du New Jersey, de la Pennsylvanie, de l'Ohio, de l'&#201;tat de New York et du Qu&#233;bec.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Solidarit&#233; avec les anarchistes arr&#234;t&#233;Es &#224; Seattle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous, en tant que participantEs actifs et actives &#224; l'Initiative pour une F&#233;d&#233;ration des communistes libertaires du nord-est, lan&#231;ons un appel urgent de fonds en solidarit&#233; avec les militantEs appr&#233;hend&#233;Es durant les manifestations anti-OMC &#224; Seattle dans la semaine du 30 novembre 1999.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La D&#233;fense l&#233;gale du Direct Action Network (DAN, r&#233;seau d'action directe), ainsi que le Mutual Aid Legal Fund (Fonds l&#233;gal d'aide mutuelle), s'organisent sur la C&#244;te Ouest pour garantir des fonds pour aider aux co&#251;ts l&#233;gaux associ&#233;s avec la d&#233;fense d'un grand nombre de personnes et en pr&#233;paration de la possibilit&#233; d'une bataille l&#233;gale prolong&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus des centaines de cas &#8220;misdemeanor&#8221; (dont plusieurs ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; abandonn&#233;s), un certain nombre d'anarchistes [18 d'apr&#232;s la presse, ndlt] furent arr&#234;t&#233;Es et accus&#233;s plus tard de &#8220;felony&#8221;. Ces accusations en particulier, vont n&#233;cessiter une quantit&#233; significative de support financier. En tant que r&#233;volutionnaires anarchistes, nous sommes particuli&#232;rement soucieux de supporter ces anarchistes qui font face &#224; des accusations de &#8220;felony&#8221;. Des gestes de solidarit&#233; avec ceux et celles qui osent, que ce soit localement ou internationalement, sont une des composantes les plus n&#233;cessaires pour le maintient d'un mouvement r&#233;volutionnaire fort. Sous aucunes circonstances nous ne laisserons nos militantEs actifs et actives &#234;tre abandonn&#233;Es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous croyons que l'action directe contre la propri&#233;t&#233; des grandes corporations est une tactique souvent n&#233;cessaire dans la lutte contre le capitalisme. Nous voyons une entit&#233; telle que l'OMC comme une figure de proue du syst&#232;me capitaliste, dont le r&#244;le est de renforcer l'ordre du jour libre &#233;changiste globalement. Ce syst&#232;me est en croissance exponentielle et doit &#234;tre d&#233;truit. Donc, nous supportons tout acte de r&#233;sistance entrepris contre des organisations telle que l'OMC, les grandes corporations et leur propri&#233;t&#233;, et les institutions oppressives qui sont cr&#233;&#233;es comme effets secondaires du capitalisme. De m&#234;me, nous supportons pleinement toute action entreprise en autod&#233;fense contre la menace physique directe de la police. Utiliser tout moyen &#224; sa disposition pour s'engager dans des actes de r&#233;sistance physique et d'autod&#233;fense est une r&#233;ponse d&#233;sirable, et souvent n&#233;cessaire, &#224; la violence r&#233;pressive de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Mutual Aid Legal Fund (Fonds l&#233;gal d'aide mutuelle), une organisation sans buts lucratifs bas&#233;e &#224; Seattle, a &#233;t&#233; organis&#233; en partie pour s'assurer que les anarchistes accus&#233;s de &#8220;felony&#8221; re&#231;oivent les repr&#233;sentations l&#233;gales et l'argent de soutien l&#233;gal qu'ils et elles m&#233;ritent. L'argent que nous r&#233;colterons sera destin&#233; au Mutual Aid Legal Fund sp&#233;cialement pour ces cas de &#8220;felony&#8221;. Le Mutual Aid Legal Fund a ouvert un compte de banque et accepte la monnaie canadienne.&lt;br&gt; On peut les rejoindre &#224; : &lt;a href=&#034;mailto:bd259@scn.org&#034; class=&#034;spip_mail&#034;&gt;bd259@scn.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'Est des &#201;tats-Unis, veuillez s.v.p. envoyer les fonds &#224; :&lt;br /&gt;
Seattle Legal Defense, c/o We Dare Be Free, P.O. Box 230685, Boston MA 02123, USA&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Canada, veuillez les adresser &#224; :&lt;br /&gt;
Seattle Legal Defense c/o Groupe anarchiste &#201;mile-Henry, C.P. 55051, 138 St-Vallier O., Qu&#233;bec (QC), G1K 1J0, Canada&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour plus d'info sur l'Initiative pour une F&#233;d&#233;ration des communistes libertaires du Nord-Est aller sur : &lt;br /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www3.sympatico.ca/emile.henry/orgwdbf.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www3.sympatico.ca/emile.henr...&lt;/a&gt; ou &lt;a href=&#034;http://www.nefac.net/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.nefac.net/&lt;/a&gt; &lt;br /&gt;
ou &#233;crire &#224; &lt;a href=&#034;mailto:emile.henry@sympatico.ca&#034; class=&#034;spip_mail&#034;&gt;emile.henry@sympatico.ca&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pourquoi il faut toujours manifester masqu&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On ne le dira jamais assez, le fond de l'air &#233;tant froid, il faut toujours pr&#233;voir un foulard, une bandana ou un keffieh quand on va manifester. Vous vous &#234;tes toujours demand&#233;&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;s &#224; quoi pouvait bien servir tous ces flics avec appareil photo et cam&#233;ras vid&#233;o dans les manifs ? Et bien allez faire un tour sur le site web des flics de Seattle et vous comprendrez :&lt;br /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.pan.ci.seattle.wa.us/seattle/spd/wto/spdwtosuspecthome.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.pan.ci.seattle.wa.us/sea...&lt;/a&gt; &lt;br /&gt;
On y trouve de nombreuses photos de celles et de ceux que les flics recherchent suite aux &#034;&#233;v&#233;nements&#034; de Seattle, plus commun&#233;ment appel&#233; la &#034;bataille de Seattle&#034; dans les milieux anars et radicaux militants. Malheureusement, de trop nombreuses/eux camarades n'avaient PAS suivi ce conseil &#233;l&#233;mentaire du b-a-ba militant et ont donc maintenant beaucoup plus de chances de se faire choper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;voir un foulard n'est pas une question de romantisme r&#233;volutionnaire mais bien l'envers d'une triste r&#233;alit&#233; d'aujourd'hui : Big brother nous regarde !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://nem.brassicanigra.org/" class="spip_out"&gt;http://nem.brassicanigra.org/&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut, par exemple, se reporter &#224; l'ouvrage &lt;i&gt;Aux sources de l'ali&#233;nation&lt;/i&gt;, de John Zerzan, paru aux &#233;ditions de l'Insomniaque, octobre 1999, 128 p. et &#224; &lt;i&gt;Futur primitif&lt;/i&gt;, au m&#234;me collectif d'&#233;dition, d&#233;cembre 1998, 94p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il s'agit de machines automatiques.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De la gr&#232;ve sauvage &#224; l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article309</link>
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		<dc:date>2006-07-20T05:26:33Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ratgeb</dc:creator>


		<dc:subject>Auto-organisation, exp&#233;rimentations collectives</dc:subject>
		<dc:subject>Situationnistes et apparent&#233;-e-s</dc:subject>
		<dc:subject>Editions Turbulentes (Metz-Dijon)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Texte anonyme probablement (co-)r&#233;dig&#233; par Raoul Vaneigem qui propose une esp&#232;ce d' &lt;i&gt;ABCD de la r&#233;volution&lt;/i&gt; &#224; travers une critique de la &lt;i&gt;soci&#233;t&#233; de survie&lt;/i&gt; et une affirmation de l'&lt;i&gt;autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; A - Le but du sabotage et du d&#233;tournement, pratiqu&#233;s individuellement&lt;br class='autobr' /&gt;
ou collectivement, est de d&#233;clencher la gr&#232;ve&lt;br class='autobr' /&gt;
sauvage.&lt;br&gt;
B - Toute gr&#232;ve sauvage doit devenir occupation d'usine.&lt;br&gt;
C - Toute usine occup&#233;e doit &#234;tre d&#233;tourn&#233;e et mise imm&#233;diatement&lt;br class='autobr' /&gt;
au service des r&#233;volutionnaires.&lt;br&gt;
D - En &#233;lisant des d&#233;l&#233;gu&#233;s - r&#233;vocables &#224; chaque instant, charg&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
d'enregistrer ses d&#233;cisions et de les faire appliquer - l'assembl&#233;e des gr&#233;vistes jette les bases d'une organisation sociale radicalement nouvelle : la soci&#233;t&#233; d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;D&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot10" rel="tag"&gt;Auto-organisation, exp&#233;rimentations collectives&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot15" rel="tag"&gt;Situationnistes et apparent&#233;-e-s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot62" rel="tag"&gt;Editions Turbulentes (Metz-Dijon)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L95xH150/arton309-a4af9.jpg?1781147946' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='95' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff309.jpg?1152985859&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Contributions &#224; la lutte des ouvriers r&#233;volutionnaires, destin&#233;es &#224; &#234;tre discut&#233;es, corrig&#233;es et principalement mises en pratique sans trop tarder&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;i&gt;Nous voulons voir la v&#233;rit&#233; sous forme de r&#233;sultat pratique.&lt;/i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pages qui suivent s'adressent aux ouvriers r&#233;volutionnaires, et &#224; nuls autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aux ouvriers, car, en dehors des travailleurs impliqu&#233;s directement dans le processus de&lt;br class='autobr' /&gt;
production, il n'y a personne qui d&#233;tienne le pouvoir de briser les reins &#224; l'imp&#233;rialisme&lt;br class='autobr' /&gt;
marchand. Aux ouvriers r&#233;volutionnaires, car ceux qui restent inf&#233;od&#233;s aux partis, syndicats,&lt;br class='autobr' /&gt;
groupuscules, ne font, comme des salauds d'esclaves, que travailler au renforcement&lt;br class='autobr' /&gt;
du syst&#232;me dominant et de sa mis&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les dix derni&#232;res ann&#233;es, des gr&#232;ves sauvages de plus en plus fr&#233;quentes et&lt;br class='autobr' /&gt;
de plus en plus r&#233;solues ont secou&#233;, sans le briser encore, le joug commun de la bourgeoisie&lt;br class='autobr' /&gt;
et des appareils bureaucratiques. Ce mouvement insurrectionnel latent a d&#233;voil&#233; &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
la conscience du prol&#233;tariat l'emprise croissante que la marchandise exerce sur la vie&lt;br class='autobr' /&gt;
quotidienne, sur l'ensemble des comportements humains, sur la nature m&#234;me. Et en&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me temps, il a fait la preuve de sa force, il a montr&#233; dans le miroir de son refus la faiblesse&lt;br class='autobr' /&gt;
irr&#233;m&#233;diable du syst&#232;me marchand et de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le refus apparaissent aussi les approches d'un style de vie en violente opposition&lt;br class='autobr' /&gt;
avec la survie qui est aujourd'hui la mis&#232;re du monde la mieux partag&#233;e. Ce sont&lt;br class='autobr' /&gt;
des r&#233;actions fragmentaires et souvent confuses, n&#233;es de la volont&#233; spontan&#233;e d'en finir&lt;br class='autobr' /&gt;
une fois pour toutes avec le travail, le sacrifice, le spectacle, l'&#233;conomisme, l'ennui, les&lt;br class='autobr' /&gt;
contraintes, les s&#233;parations ; mais si dispers&#233;es et si isol&#233;es qu'elles soient, elles jettent&lt;br class='autobr' /&gt;
les bases d'une soci&#233;t&#233; radicalement nouvelle la soci&#233;t&#233; d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie r&#233;volutionnaire de l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e s'est efforc&#233;e de donner&lt;br class='autobr' /&gt;
une plus grande coh&#233;rence &#224; l'ensemble des r&#233;actions de refus. Elle s'est d&#233;velopp&#233;e jusqu'&#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
atteindre aujourd'hui le stade o&#249; elle doit reprendre place dans le mouvement dont&lt;br class='autobr' /&gt;
elle est issue, le mouvement insurrectionnel des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ussite ou l'&#233;chec de l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e d&#233;pend d&#233;sormais de ceux qui&lt;br class='autobr' /&gt;
dans les usines, les entrep&#244;ts, les grands magasins, les transports, les champs, tiennent&lt;br class='autobr' /&gt;
entre leurs mains le sort de la marchandise ; de ceux qui peuvent d&#233;tourner, au profit de&lt;br class='autobr' /&gt;
tous, les biens de la terre et de l'industrie, ou bien continuer contre eux-m&#234;mes et contre&lt;br class='autobr' /&gt;
tout le prol&#233;tariat &#224; laisser le processus marchand &#233;tendre sa pollution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un changement d&#233;cisif s'amorce partout. Il suffit de l'acc&#233;l&#233;rer en lui apportant&lt;br class='autobr' /&gt;
les garanties d'efficacit&#233; et de coh&#233;rence pratique. Attendre davantage serait un crime, ou&lt;br class='autobr' /&gt;
pire, une faute historique, dont toute l'eau de la mer ne pourrait effacer le sang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, les conditions nous sont favorables. Les techniques, hautement d&#233;velopp&#233;es,&lt;br class='autobr' /&gt;
sont &#224; notre port&#233;e et pour peu que nous voulions les tourner contre nos exploiteurs,&lt;br class='autobr' /&gt;
tout est possible et rien n'est utopique. Jamais la survie n'a tant r&#233;gn&#233; et jamais elle&lt;br class='autobr' /&gt;
n'a suscit&#233; tant de r&#233;volte. Jamais l'Etat n'a mieux dispos&#233; de la force du mensonge et jamais&lt;br class='autobr' /&gt;
il n'a &#233;t&#233; si vuln&#233;rable &#224; la v&#233;rit&#233; quotidienne. Jamais le syst&#232;me marchand n'a pouss&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
si loin le conditionnement des hommes &#224; l'argent, au para&#238;tre et au pouvoir et jamais il&lt;br class='autobr' /&gt;
n'a vu se dresser pour le d&#233;truire totalement autant de rage raisonn&#233;e, autant de cr&#233;ativit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
et de passion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, si les ouvriers r&#233;volutionnaires ne se d&#233;cident pas &#224; r&#233;gler leurs affaires&lt;br class='autobr' /&gt;
eux-m&#234;mes et &#224; mener jusqu'au bout les bouleversements sociaux qu'annoncent les gr&#232;ves&lt;br class='autobr' /&gt;
sauvages, les occupations et les d&#233;tournements d'usine, ceux qui n'ont pas les moyens de la r&#233;aliser feront de l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e un mensonge de plus dans le ciel des&lt;br class='autobr' /&gt;
id&#233;es, et ils joueront les messies descendus sur terre pour pr&#234;cher l'organisation du prol&#233;tariat,&lt;br class='autobr' /&gt;
dans la meilleure tradition des L&#233;nine, Trotsky, Mao, Garcia Oliver, Castro, Guevara&lt;br class='autobr' /&gt;
et autres bureaucrates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il y a trop longtemps que la r&#233;volution est aux portes de nos cit&#233;s d'ennui,&lt;br class='autobr' /&gt;
de nos villes pollu&#233;es, de nos palais de stuc. C'en est assez de subir le travail, les chefs,&lt;br class='autobr' /&gt;
les temps morts, la souffrance, l'humiliation, le mensonge, les flics, les patrons, les gouvernements,&lt;br class='autobr' /&gt;
l'Etat. L'impatience trop longtemps contenue pousse &#224; la violence aveugle,&lt;br class='autobr' /&gt;
au terrorisme, &#224; l'autodestruction ; certes nous avons mieux &#224; faire, pour nous sauver&lt;br class='autobr' /&gt;
nous-m&#234;mes d'une soci&#233;t&#233; qui se suicide, que de jouer les kamikases contre un r&#233;giment&lt;br class='autobr' /&gt;
de flics, un quarteron d'&#233;v&#234;ques ou une brochette de patrons, de g&#233;n&#233;raux et d'hommes&lt;br class='autobr' /&gt;
d'Etat, mais l'&#233;coulement des heures sans vie est plus terrible que la mort. Notre lutte finale&lt;br class='autobr' /&gt;
a assez dur&#233;. Il nous faut maintenant la victoire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les textes ici propos&#233;s essaient de r&#233;pondre aux probl&#232;mes que pose le passage&lt;br class='autobr' /&gt;
d'une soci&#233;t&#233; de classes &#224; une soci&#233;t&#233; d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e. La premi&#232;re partie part&lt;br class='autobr' /&gt;
des refus les plus communs et insiste sur leur signification, car il importe que le familier&lt;br class='autobr' /&gt;
nous soit le mieux connu si nous voulons que tout ce qui vient de la vie quotidienne y retourne&lt;br class='autobr' /&gt;
pour l'enrichir en permanence. La deuxi&#232;me &#233;num&#232;re quelques mesures &#224; prendre&lt;br class='autobr' /&gt;
selon que l'action ouvri&#232;re se limite au sabotage et au d&#233;tournement, s'&#233;tend en gr&#232;ve&lt;br class='autobr' /&gt;
sauvage ou aboutit &#224; l'occupation des lieux de travail. La troisi&#232;me donne un mod&#232;le de&lt;br class='autobr' /&gt;
ce que pourraient &#234;tre l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e et une soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur la satisfaction&lt;br class='autobr' /&gt;
des volont&#233;s et des passions individuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De telles notes sont n&#233;cessairement entach&#233;es de faiblesses, d'h&#233;sitations, voire&lt;br class='autobr' /&gt;
d'erreurs mais leur radicalit&#233; est indiscutable. Elles m&#233;ritent d'&#234;tre discut&#233;es mais non par&lt;br class='autobr' /&gt;
ceux qui ne peuvent leur opposer que des critiques abstraites, non par la canaille intellectuelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Leur seul int&#233;r&#234;t, c'est d'&#234;tre d&#233;battues sur le tas, dans les ateliers, quand la col&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
monte. Alors, exp&#233;riment&#233;es, corrig&#233;es, diffus&#233;es par tous les moyens que poss&#232;dent&lt;br class='autobr' /&gt;
patrons, cadres, permanents syndicaux (t&#233;lex, photocopie, radio, sono, imprimeries), elles&lt;br class='autobr' /&gt;
permettront vraiment de donner toute sa coh&#233;sion &#224; l'&#233;lan insurrectionnel, elles &#233;viteront&lt;br class='autobr' /&gt;
les atermoiements et les lenteurs si souvent funestes dans les premiers moments d'une r&#233;volution,&lt;br class='autobr' /&gt;
elles jetteront &#224; la face des &#233;tatistes cette raison dans l'histoire, qu'ils redoutent&lt;br class='autobr' /&gt;
par-dessus tout quand elle s'exprime dans le prol&#233;tariat en armes : &#171; Voil&#224; la soci&#233;t&#233; que&lt;br class='autobr' /&gt;
nous allons construire. Voil&#224; pourquoi nous voulons vous d&#233;truire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;CHAPITRE I &lt;br&gt;
LA SOCIETE DE SURVIE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;1. &lt;i&gt;Avez-vous &#233;prouv&#233; au moins une fois le d&#233;sir d'arriver en retard au travail, ou de le quitter&lt;br class='autobr' /&gt;
plus t&#244;t ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Le temps de travail compte double car il est du temps perdu deux fois :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; comme temps qu'il serait plus agr&#233;able d'employer &#224; l'amour, &#224; la r&#234;verie, aux plaisirs,&lt;br class='autobr' /&gt;
aux passions ; comme temps dont on disposerait librement.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; comme temps d'usure physique et nerveuse.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Le temps de travail absorbe la plus grande partie de la vie, car il d&#233;termine aussi&lt;br class='autobr' /&gt;
le temps dit &#171; libre &#187;, le temps de sommeil, de d&#233;placement, de repas, de distraction. Il atteint&lt;br class='autobr' /&gt;
ainsi l'ensemble de la vie quotidienne de chacun et tend &#224; la r&#233;duire &#224; une succession&lt;br class='autobr' /&gt;
d'instants et de lieux, qui ont en commun la m&#234;me r&#233;p&#233;tition vide, la m&#234;me absence croissante&lt;br class='autobr' /&gt;
de vraie vie.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Le temps de travail forc&#233; est une marchandise. Partout o&#249; il y a marchandise il y&lt;br class='autobr' /&gt;
a travail forc&#233;, et presque toutes les activit&#233;s s'apparentent peu &#224; peu au travail forc&#233; : nous&lt;br class='autobr' /&gt;
produisons, consommons, mangeons, dormons pour un patron, pour un chef, pour l'Etat,&lt;br class='autobr' /&gt;
pour le syst&#232;me de la marchandise g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; Travailler plus, c'est vivre moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous luttez d&#233;j&#224;, consciemment ou non, pour une soci&#233;t&#233; qui assure &#224; chacun&lt;br class='autobr' /&gt;
le droit de disposer lui-m&#234;me du temps et de l'espace ; de construire chaque jour sa vie&lt;br class='autobr' /&gt;
comme il le d&#233;sire. (Voir III, 49).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. &lt;i&gt;Avez-vous &#233;prouv&#233; au moins une fois le d&#233;sir de ne plus travailler (sans faire travailler&lt;br class='autobr' /&gt;
les autres pour vous) ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; M&#234;me si le travail forc&#233; ne devait produire que des biens utiles tels que habits,&lt;br class='autobr' /&gt;
nourriture, technique, confort..., il n'en resterait pas moins oppressif et inhumain car :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le travailleur serait encore d&#233;poss&#233;d&#233; de son produit et soumis aux m&#234;mes lois de la&lt;br class='autobr' /&gt;
course au profit et au pouvoir.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le travailleur continuerait de passer au travail dix fois plus de temps qu'il n'est n&#233;cessaire&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; une organisation attrayante de la cr&#233;ativit&#233; pour mettre &#224; la disposition de tous&lt;br class='autobr' /&gt;
cent fois plus de biens.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Dans le syst&#232;me marchand, qui domine partout, le travail forc&#233; n'a pas pour but,&lt;br class='autobr' /&gt;
comme on veut le faire croire, de produire des biens utiles et agr&#233;ables pour tous ; il a pour&lt;br class='autobr' /&gt;
but de produire des marchandises. Ind&#233;pendamment de ce qu'elles peuvent contenir d'usage&lt;br class='autobr' /&gt;
utile, inutile ou polluant, les marchandises n'ont pas d'autre fonction que d'entretenir le profit&lt;br class='autobr' /&gt;
et le pouvoir de la classe dominante. Dans un tel syst&#232;me, tout le monde travaille pour&lt;br class='autobr' /&gt;
rien et en a de plus en plus conscience.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; En accumulant et en renouvelant les marchandises, le travail forc&#233; augmente le&lt;br class='autobr' /&gt;
pouvoir des patrons, des bureaucrates, des chefs, des id&#233;ologues. Il devient ainsi un objet de&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;go&#251;t pour les travailleurs. Tout arr&#234;t de travail est une fa&#231;on de redevenir nous-m&#234;mes et un d&#233;fi &#224; ceux qui nous en emp&#234;chent.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; Le travail forc&#233; produit seulement des marchandises. Toute marchandise est ins&#233;parable&lt;br class='autobr' /&gt;
du mensonge qui la repr&#233;sente. Le travail forc&#233; produit donc des mensonges, il produit&lt;br class='autobr' /&gt;
un monde de repr&#233;sentations mensong&#232;res, un monde renvers&#233; o&#249; l'image tient lieu de&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;alit&#233;. Dans ce syst&#232;me spectaculaire et marchand, le travail forc&#233; produit sur lui-m&#234;me&lt;br class='autobr' /&gt;
deux mensonges importants :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le premier est que le travail est utile et n&#233;cessaire, et qu'il est de l'int&#233;r&#234;t de tous de&lt;br class='autobr' /&gt;
travailler ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le deuxi&#232;me mensonge, c'est de faire croire que les travailleurs sont incapables de&lt;br class='autobr' /&gt;
s'&#233;manciper du travail et du salariat, qu'ils ne peuvent &#233;difier une soci&#233;t&#233; radicalement nouvelle,&lt;br class='autobr' /&gt;
fond&#233;e sur la cr&#233;ation collective et attrayante, et sur l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous luttez d&#233;j&#224;, consciemment r ou non, pour une soci&#233;t&#233; o&#249; la fin du travail&lt;br class='autobr' /&gt;
forc&#233; laisse place &#224; une cr&#233;ativit&#233; collective r&#233;gl&#233;e par les d&#233;sirs de chacun, et &#224; la distribution&lt;br class='autobr' /&gt;
gratuite des biens n&#233;cessaires &#224; la construction de la vie quotidienne. La fin du travail&lt;br class='autobr' /&gt;
forc&#233; signifie la fin du syst&#232;me o&#249; r&#232;gnent le profit, le pouvoir hi&#233;rarchis&#233;, le mensonge&lt;br class='autobr' /&gt;
g&#233;n&#233;ral. Il signifie la fin du syst&#232;me spectaculaire-marchand et amorce un changement global&lt;br class='autobr' /&gt;
de toutes les pr&#233;occupations. La recherche de l'harmonie des passions, enfin lib&#233;r&#233;es et&lt;br class='autobr' /&gt;
reconnues, va succ&#233;der &#224; la course &#224; l'argent et aux miettes de pouvoir. (Voir III, 59 &#224; 74).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. &lt;i&gt;Vous est-il arriv&#233; de ressentir hors du lieu de travail le m&#234;me d&#233;go&#251;t et la m&#234;me lassitude&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'&#224; l'usine ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; L'usine est partout. Elle est le matin, le train, la voiture, le paysage d&#233;truit, la machine,&lt;br class='autobr' /&gt;
les chefs, la maison, les journaux, la famille, le syndicat, la rue, les achats, les images,&lt;br class='autobr' /&gt;
la paie, la t&#233;l&#233;vision, le langage, les cong&#233;s, l'&#233;cole, le m&#233;nage, l'ennui, la prison, l'h&#244;pital,&lt;br class='autobr' /&gt;
la nuit. Elle est le temps et l'espace de la survie quotidienne. Elle est l'accoutumance aux&lt;br class='autobr' /&gt;
gestes r&#233;p&#233;t&#233;s, aux passions refoul&#233;es et v&#233;cues par procuration, par images interpos&#233;es.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Toute activit&#233; r&#233;duite &#224; la survie est un travail forc&#233; ; tout travail forc&#233; transforme&lt;br class='autobr' /&gt;
le produit et le producteur en objet de survie, en marchandise.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Le refus de l'usine universelle est partout puisque le sabotage et le d&#233;tournement&lt;br class='autobr' /&gt;
se r&#233;pandent partout chez les prol&#233;taires et leur permettent de prendre encore du plaisir &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
fl&#226;ner, &#224; faire l'amour, &#224; se rencontrer, &#224; se parler, &#224; boire, &#224; manger, &#224; r&#234;ver, &#224; pr&#233;parer la&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;volution de la vie quotidienne en ne n&#233;gligeant rien des joies de n'&#234;tre pas tout &#224; fait ali&#233;n&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous luttez d&#233;j&#224;, consciemment ou non, pour une soci&#233;t&#233; o&#249; les passions&lt;br class='autobr' /&gt;
soient tout, l'ennui et le travail rien. Survivre nous a jusqu'aujourd'hui emp&#234;ch&#233;s de vivre ; il&lt;br class='autobr' /&gt;
s'agit maintenant de renverser le monde &#224; l'envers ; de prendre appui sur les moments authentiques,&lt;br class='autobr' /&gt;
condamn&#233;s &#224; la clandestinit&#233; et &#224; la falsification dans le syst&#232;me spectaculairemarchand&lt;br class='autobr' /&gt; : les moments de bonheur r&#233;el, de plaisir sans r&#233;serve, de passion. (Voir III, 47 &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
58).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. &lt;i&gt;Avez-vous d&#233;j&#224; eu l'intention de vous servir de votre machine pour fabriquer un objet&lt;br class='autobr' /&gt;
dont vous avez l'usage en dehors de l'usine ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; La machine produit des effets oppos&#233;s selon qu'elle est employ&#233;e au profit d'un patron et de l'Etat, ou selon qu'elle est employ&#233;e par le travailleur &#224; son profit imm&#233;diat.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Le principe du d&#233;tournement consiste &#224; tourner contre l'ennemi les techniques et&lt;br class='autobr' /&gt;
les armes qu'il emploie contre nous.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Le contraire du travail forc&#233;, c'est la cr&#233;ation individuelle et collective. Les prol&#233;taires&lt;br class='autobr' /&gt;
aspirent &#224; cr&#233;er leurs propres conditions de vie pour cesser d'&#234;tre des prol&#233;taires. Hors&lt;br class='autobr' /&gt;
de quelques rares moments r&#233;volutionnaires, cette cr&#233;ativit&#233; est rest&#233;e jusqu'&#224; pr&#233;sent clandestine&lt;br class='autobr' /&gt;
(usage des machines, bricolage, exp&#233;rimentation, recherche de passions ou de sensations&lt;br class='autobr' /&gt;
nouvelles).&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; La passion de la cr&#233;ativit&#233; veut &#234;tre tout. Comme destruction du syst&#232;me marchand&lt;br class='autobr' /&gt;
et comme construction de la vie quotidienne, elle est la passion qui contient toutes les&lt;br class='autobr' /&gt;
autres. Le d&#233;tournement des techniques au profit de la cr&#233;ation faite par tous est donc la&lt;br class='autobr' /&gt;
seule fa&#231;on d'en finir avec le travail et les s&#233;parations qu'il r&#233;percute partout (manuelintellectuel,&lt;br class='autobr' /&gt;
travail-loisir, th&#233;orie-pratique, individu-soci&#233;t&#233;, &#234;tre-para&#238;tre...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous luttez d&#233;j&#224;, consciemment ou non, pour une soci&#233;t&#233; o&#249; les d&#233;p&#244;ts, les&lt;br class='autobr' /&gt;
centres de distribution, les usines, les techniques appartiendront aux assembl&#233;es de gr&#232;ve,&lt;br class='autobr' /&gt;
puis &#224; l'ensemble des individus group&#233;s en assembl&#233;es d'autogestion. (Voir III, 1 &#224; 20).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5.&lt;i&gt; Vous arrive-t-il de saboter volontairement des pi&#232;ces en cours d'usinage ou d&#233;j&#224; stock&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si oui, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; La lutte des ouvriers contre la marchandise est le vrai point de d&#233;part de la r&#233;volution.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle fait appara&#238;tre clairement comment le plaisir d'&#234;tre soi et de jouir de tout passe par&lt;br class='autobr' /&gt;
le plaisir de d&#233;truire de fa&#231;on totale ce qui nous d&#233;truit chaque jour.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; La marchandise est le coeur d'un monde sans coeur ; elle est la force et la faiblesse&lt;br class='autobr' /&gt;
du pouvoir hi&#233;rarchis&#233;, de l'Etat et de sa bureaucratie. La libert&#233; et le bonheur individuels&lt;br class='autobr' /&gt;
de tous exigent non seulement qu'on lui porte des coups mais bien plut&#244;t qu'on l'an&#233;antisse&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;finitivement et totalement (par exemple, le simple sabotage des marchandises ne suffit&lt;br class='autobr' /&gt;
pas puisque l'usure pr&#233;matur&#233;e des produits lanc&#233;s sur le march&#233; aide en fin de compte le&lt;br class='autobr' /&gt;
capitalisme priv&#233; et le capitalisme d'Etat - U.R.S.S., Cuba, Chine... - &#224; acc&#233;l&#233;rer le renouvellement&lt;br class='autobr' /&gt;
des achats et le renouvellement des id&#233;ologies ; qu'elle am&#233;liore ainsi l'accumulation&lt;br class='autobr' /&gt;
de la marchandise et l'accumulation de ses repr&#233;sentations et des attitudes sociales qu'elle&lt;br class='autobr' /&gt;
impose).&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Dans la mesure o&#249; le sabotage est une fa&#231;on de b&#226;cler le travail, il a le m&#233;rite&lt;br class='autobr' /&gt;
d'&#233;pargner de l'&#233;nergie et d'encourager &#224; ne plus travailler.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; Si insuffisant qu'il soit, le sabotage des produits finis est une r&#233;action saine. Il traduit&lt;br class='autobr' /&gt;
le m&#233;pris de l'ouvrier pour la marchandise et pour le r&#244;le d'ouvrier, c'est-&#224;-dire pour&lt;br class='autobr' /&gt;
l'attitude li&#233;e aux id&#233;es de travail n&#233;cessaire, de travail bien fait et autres conneries, que la&lt;br class='autobr' /&gt;
soci&#233;t&#233; dominante lui impose.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;e)&lt;/i&gt; Le refus du r&#244;le d'ouvrier va de pair avec le refus du travail et de la marchandise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il a toutes les chances de s'&#233;tendre au refus de tous les r&#244;les, de tous les comportements qui&lt;br class='autobr' /&gt;
font agir chacun non en fonction de ses d&#233;sirs et de ses passions mais en fonction d'images,&lt;br class='autobr' /&gt;
bonnes ou mauvaises, qui lui sont impos&#233;es et qui sont le mensonge par lequel la marchandise&lt;br class='autobr' /&gt;
se donne &#224; voir. Faites la part de ce qui reste de vous quand vous accumulez sur une&lt;br class='autobr' /&gt;
journ&#233;e des r&#244;les comme celui de p&#232;re de famille, d'&#233;poux, d'ouvrier, d'automobiliste, de&lt;br class='autobr' /&gt;
militant, de t&#233;l&#233;spectateur, de consommateur...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous luttez d&#233;j&#224;, consciemment ou non, pour une soci&#233;t&#233; o&#249; les s&#233;parations&lt;br class='autobr' /&gt;
disparaissent &#224; mesure que le travail dispara&#238;t ; o&#249; chacun peut enfin &#234;tre totalement vrai&lt;br class='autobr' /&gt;
parce qu'il cesse de produire la marchandise et son mensonge (le monde invers&#233; o&#249; les reflets&lt;br class='autobr' /&gt;
sont plus importants que l'authentique). (Voir III, 69, 90).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. &lt;i&gt;Tout en sabotant la production, &#233;prouvez-vous le d&#233;sir de vous amuser &#224; saboter les r&#233;seaux&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;pressifs (appareil bureaucratique, flics, cadres de ma&#238;trise, information, urbanisme)&lt;br class='autobr' /&gt; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Le syst&#232;me marchand sait fort bien r&#233;cup&#233;rer &#224; sou profit le sabotage partiel de la&lt;br class='autobr' /&gt;
marchandise. Le sabotage limit&#233; au sabotage des produits ne d&#233;truit pas le syst&#232;me marchand&lt;br class='autobr' /&gt;
car la mauvaise qualit&#233; obtenue s'ajoute seulement &#224; l'usure pr&#233;matur&#233;e d&#233;j&#224; pr&#233;vue&lt;br class='autobr' /&gt;
par les patrons pour provoquer le renouvellement acc&#233;l&#233;r&#233; des achats. De plus, le sabotage,&lt;br class='autobr' /&gt;
comme acte terroriste, renouvelle le stock d'images du spectacle en y apportant les indispensables&lt;br class='autobr' /&gt;
images n&#233;gatives (l'odieux-saboteur, l'affreux-incendiaire-d'entrep&#244;ts...).&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Ce qui permet la transformation d'un produit en marchandise et l'extension du&lt;br class='autobr' /&gt;
processus marchand &#224; toutes les activit&#233;s sociales, c'est le travail forc&#233; et les forces qui le&lt;br class='autobr' /&gt;
prot&#232;gent et le maintiennent : l'Etat, les syndicats, les partis, la bureaucratie, le spectacle,&lt;br class='autobr' /&gt;
c'est-&#224;-dire l'ensemble des repr&#233;sentations au service de la marchandise et marchandises&lt;br class='autobr' /&gt;
elles-m&#234;mes (id&#233;ologies, culture, r&#244;les, langage dominant).&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; La destruction de la marchandise par la liquidation du travail forc&#233; est donc ins&#233;parable&lt;br class='autobr' /&gt;
de la liquidation de l'Etat, de la hi&#233;rarchie, de la contrainte, de l'incitation au sacrifice,&lt;br class='autobr' /&gt;
du mensonge et de ceux qui organisent le syst&#232;me de la marchandise g&#233;n&#233;ralis&#233;e. S'il&lt;br class='autobr' /&gt;
n'attaque pas en m&#234;me temps la production de la marchandise et ce qui la prot&#232;ge, le sabotage&lt;br class='autobr' /&gt;
reste partiel et inop&#233;rant ; il devient ce terrorisme, qui est le d&#233;sespoir de la r&#233;volution&lt;br class='autobr' /&gt;
et la fatalit&#233; autodestructrice de la soci&#233;t&#233; de survie.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; Tout ce qui ne peut &#234;tre d&#233;tourn&#233; au profit des r&#233;volutionnaires doit &#234;tre d&#233;truit&lt;br class='autobr' /&gt;
par le sabotage. Tout ce qui entrave le d&#233;tournement doit &#234;tre d&#233;truit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous luttez d&#233;j&#224;, consciemment ou non, pour une soci&#233;t&#233; o&#249; l'Etat et toute&lt;br class='autobr' /&gt;
forme de pouvoir hi&#233;rarchis&#233; auront disparu et laisseront place &#224; des assembl&#233;es d'autogestion&lt;br class='autobr' /&gt;
disposant des forces productives et des biens &#224; distribuer gratuitement, et qui mettront&lt;br class='autobr' /&gt;
fin &#224; tout danger de reconstituer le syst&#232;me marchand. (Voir 27 &#224; 39).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. &lt;i&gt;Avez-vous d&#233;j&#224; &#233;prouv&#233; le d&#233;sir de ne plus lire de journaux et de briser votre t&#233;l&#233;viseur ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Les journaux, la radio, la t&#233;l&#233;vision sont les v&#233;hicules les plus grossiers du mensonge.&lt;br class='autobr' /&gt;
Non seulement ils &#233;loignent chacun des vrais probl&#232;mes - du &#171; comment vivre&lt;br class='autobr' /&gt;
mieux ? &#187; qui se pose concr&#232;tement chaque jour -, mais en plus ils poussent chaque individu&lt;br class='autobr' /&gt;
en particulier &#224; s'identifier &#224; des images toutes faites, &#224; se mettre abstraitement &#224; la place&lt;br class='autobr' /&gt;
d'un chef d'Etat, d'une vedette, d'un assassin, d'une victime, bref &#224; r&#233;agir comme s'il &#233;tait un&lt;br class='autobr' /&gt;
autre. Les images qui nous dominent, c'est le triomphe de ce qui n'est pas nous et de ce qui&lt;br class='autobr' /&gt;
nous chasse de nous-m&#234;mes ; de ce qui nous transforme en objets &#224; classer, &#233;tiqueter, hi&#233;rarchiser&lt;br class='autobr' /&gt;
selon le syst&#232;me de la marchandise universalis&#233;e.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Il existe un langage au service du pouvoir hi&#233;rarchis&#233;. Il n'est pas seulement&lt;br class='autobr' /&gt;
dans l'information, la publicit&#233;, les id&#233;es toutes faites, les habitudes, les gestes conditionn&#233;s mais aussi dans tout langage qui ne pr&#233;pare pas la r&#233;volution de la vie quotidienne, dans&lt;br class='autobr' /&gt;
tout langage qui n'est pas mis au service de nos plaisirs.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Le syst&#232;me marchand impose ses repr&#233;sentations, ses images, son sens, son langage&lt;br class='autobr' /&gt;
chaque fois que l'on travaille pour lui, c'est-&#224;-dire la plupart du temps. Cet ensemble&lt;br class='autobr' /&gt;
d'id&#233;es, d'images, d'identifications, de conduites d&#233;termin&#233;es par la n&#233;cessit&#233; d'accumulation&lt;br class='autobr' /&gt;
et de renouvellement de la marchandise forme le SPECTACLE o&#249; chacun joue ce qu'il ne&lt;br class='autobr' /&gt;
vit pas r&#233;ellement et vit faussement ce qu'il n'est pas. C'est pourquoi le r&#244;le est un mensonge&lt;br class='autobr' /&gt;
vivant, et la survie un malaise sans fin.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; Le spectacle (id&#233;ologies, culture, art, r&#244;les, images, repr&#233;sentations, motsmarchandises)&lt;br class='autobr' /&gt;
est l'ensemble des conduites sociales par lesquelles les hommes entrent dans&lt;br class='autobr' /&gt;
le syst&#232;me marchand, y participent contre eux-m&#234;mes en devenant des objets de survie - des&lt;br class='autobr' /&gt;
marchandises -, en renon&#231;ant au plaisir de vivre r&#233;ellement pour eux et de construire librement&lt;br class='autobr' /&gt;
leur vie quotidienne.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;e)&lt;/i&gt; Nous survivons dans un ensemble d'images auxquelles nous sommes pouss&#233;s &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
nous identifier. Nous agissons de moins en moins par nous-m&#234;mes et de plus en plus en&lt;br class='autobr' /&gt;
fonction d'abstractions qui nous dirigent selon les lois du syst&#232;me marchand (profit et pouvoir).&lt;br&gt;
&lt;i&gt;f)&lt;/i&gt; Les r&#244;les ou les id&#233;ologies peuvent &#234;tre favorables ou hostiles au syst&#232;me dominant,&lt;br class='autobr' /&gt;
cela importe peu puisqu'elles restent dans le spectacle, dans le syst&#232;me dominant. Seul&lt;br class='autobr' /&gt;
ce qui d&#233;truit la marchandise et son spectacle est r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous en avez assez du mensonge organis&#233;, de la r&#233;alit&#233; invers&#233;e, des grimaces&lt;br class='autobr' /&gt;
qui singent la vraie vie et ach&#232;vent de l'appauvrir. Vous luttez d&#233;j&#224;, consciemment ou&lt;br class='autobr' /&gt;
non, pour une soci&#233;t&#233; o&#249; le droit de communication r&#233;elle appartienne &#224; tous, o&#249; chacun&lt;br class='autobr' /&gt;
puisse faire conna&#238;tre ce qui le concerne gr&#226;ce &#224; la libre disposition des techniques&lt;br class='autobr' /&gt;
(imprimeries, t&#233;l&#233;communications), o&#249; la construction d'une vie passionnante liquide la&lt;br class='autobr' /&gt;
n&#233;cessit&#233; de tenir un r&#244;le et d'accorder plus de poids &#224; l'apparence qu'au v&#233;cu authentique.&lt;br class='autobr' /&gt;
(Voir III, 40 &#224; 46).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. &lt;i&gt;Vous arrive-t-il d'&#233;prouver le sentiment d&#233;sagr&#233;able qu'en dehors de rares moments vous&lt;br class='autobr' /&gt;
ne vous appartenez pas, vous devenez &#233;tranger &#224; vous-m&#234;me ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; A travers chacun de nos gestes - m&#233;canis&#233;s, r&#233;p&#233;t&#233;s, s&#233;par&#233;s les uns des autres - le&lt;br class='autobr' /&gt;
temps s'&#233;miette et, morceau par morceau, nous arrache &#224; nous-m&#234;mes. Et ces temps morts&lt;br class='autobr' /&gt;
se reproduisent et s accumulent en travaillant et en nous faisant travailler pour la reproduction&lt;br class='autobr' /&gt;
et l'accumulation des marchandises.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Le vieillissement n'est rien d'autre aujourd'hui que l'accroissement des temps&lt;br class='autobr' /&gt;
morts, du temps o&#249; la vie se perd. C'est pourquoi il n'y a plus ni jeunes ni vieux mais des&lt;br class='autobr' /&gt;
individus plus ou moins vivants. Nos ennemis sont ceux qui croient et font croire que le&lt;br class='autobr' /&gt;
changement global est impossible, ce sont les morts qui nous gouvernent et les morts qui se&lt;br class='autobr' /&gt;
laissent gouverner.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Nous travaillons, mangeons, lisons, dormons, consommons, prenons des loisirs,&lt;br class='autobr' /&gt;
absorbons de la culture, recevons des soins, et ainsi nous survivons comme des plantes d'appartement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous survivons contre tout ce qui nous incite &#224; vivre. Nous survivons pour un&lt;br class='autobr' /&gt;
syst&#232;me totalitaire et inhumain - une religion de choses et d'images - qui nous r&#233;cup&#232;re presque&lt;br class='autobr' /&gt;
partout et presque toujours pour augmenter les profits et les pouvoirs en miettes de la classe bureaucratico-bourgeoise.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; Nous serions simplement ce qui fait survivre le syst&#232;me marchand si parfois nous&lt;br class='autobr' /&gt;
ne redevenions soudain nous-m&#234;mes, si nous n'&#233;tions saisis par l'envie de vivre passionn&#233;ment.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au lieu d'&#234;tre v&#233;cus par procuration, par images interpos&#233;es, les moments authentiquement&lt;br class='autobr' /&gt;
v&#233;cus et le plaisir sans r&#233;serve, alli&#233; au refus de ce qui l'entrave ou le falsifie, sont&lt;br class='autobr' /&gt;
autant de coups port&#233;s au syst&#232;me spectaculaire-marchand. Il suffit de leur donner plus de&lt;br class='autobr' /&gt;
coh&#233;rence pour les &#233;tendre, les multiplier et les renforcer.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;e)&lt;/i&gt; En cr&#233;ant passionn&#233;ment les conditions favorables au d&#233;veloppement des passions,&lt;br class='autobr' /&gt;
nous voulons d&#233;truire ce qui nous d&#233;truit. La r&#233;volution est la passion qui permet toutes&lt;br class='autobr' /&gt;
les autres. Passion sans r&#233;volution n'est que ruine du plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous en avez assez de tra&#238;ner de temps morts en contraintes. Et vous luttez&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;j&#224;, consciemment ou non, pour une soci&#233;t&#233; dont la base ne sera plus la course au profit et&lt;br class='autobr' /&gt;
au pouvoir mais la recherche et l'harmonisation des passions &#224; vivre. (Voir III, 75 &#224; 92).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. &lt;i&gt;Avez-vous d&#233;j&#224; &#233;prouv&#233; le d&#233;sir de d&#233;truire par le feu une usine de distribution (supermarch&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
magasin &#224; grande surface, entrep&#244;t) ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; La vraie pollution est la pollution par la marchandise universalis&#233;e, &#233;tendue &#224; tous&lt;br class='autobr' /&gt;
les aspects de la vie. Chaque marchandise expos&#233;e dans un supermarch&#233; est l'&#233;loge cynique&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'oppression salariale, du mensonge qui fait vendre, de l'&#233;change, du chef et du flic qui&lt;br class='autobr' /&gt;
servent &#224; les prot&#233;ger.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; L'exposition des marchandises est un moment de la survie et la glorification de sa&lt;br class='autobr' /&gt;
mis&#232;re &#233;loge de la vie perdue en heures de travail forc&#233; ; des sacrifices consentis pour acheter&lt;br class='autobr' /&gt;
de la merde (nourriture trafiqu&#233;e, gadgets, voitures-cercueils, cages d'habitation, objets&lt;br class='autobr' /&gt;
con&#231;us pour se d&#233;glinguer...) ; des refoulements ; des plaisirs-angoisse ; des images d&#233;risoires&lt;br class='autobr' /&gt;
propos&#233;es en &#233;change d'une absence de vraie vie et achet&#233;es par compensation.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; L'incendie d'un grand magasin n'est qu'un acte terroriste. En effet, puisque la marchandise&lt;br class='autobr' /&gt;
est con&#231;ue pour se d&#233;truire elle-m&#234;me et &#234;tre remplac&#233;e, l'incendie ne d&#233;truit pas le&lt;br class='autobr' /&gt;
syst&#232;me marchand mais y participe avec seulement trop de brutalit&#233;. Or il ne s'agit pas que&lt;br class='autobr' /&gt;
la marchandise nous d&#233;truise en se d&#233;truisant elle-m&#234;me. Il faut la d&#233;truire totalement pour&lt;br class='autobr' /&gt;
construire l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous en avez assez des d&#233;cors de l'ennui et du voyeurisme ; d'un monde o&#249;&lt;br class='autobr' /&gt;
ce qui se voit emp&#234;che de vivre et o&#249; ce qui emp&#234;che de vivre se donne &#224; voir comme caricature&lt;br class='autobr' /&gt;
abstraite de vie. Et vous luttez d&#233;j&#224;, consciemment ou non, pour une soci&#233;t&#233; o&#249; la&lt;br class='autobr' /&gt;
vraie fin de la marchandise est dans le libre usage des produits cr&#233;&#233;s par la fin du travail&lt;br class='autobr' /&gt;
forc&#233;. Contre le travail qui interdit l'abondance et en produit seulement le reflet mensonger,&lt;br class='autobr' /&gt;
nous voulons l'abondance qui invite &#224; la cr&#233;ativit&#233; et aux passions. (Voir III 47 &#224; 58).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. &lt;i&gt;Avez-vous d&#233;j&#224; &#233;prouv&#233; le d&#233;sir d'emporter de l'usine ou d'un magasin tel ou tel objet,&lt;br class='autobr' /&gt;
pour la bonne raison que&lt;br class='autobr' /&gt;
vous avez particip&#233; &#224; sa production ou pour la raison, meilleure encore, que vous en avez&lt;br class='autobr' /&gt;
besoin ou envie ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Ce n'est pas voler que reprendre son bien. Les seuls voleurs sont les serviteurs du&lt;br class='autobr' /&gt;
syst&#232;me marchand et les hommes de main de l'Etat : patrons, bureaucrates, policiers, magistrats, sociologues, urbanistes, id&#233;ologues. C'est parce que nous tardons &#224; les condamner&lt;br class='autobr' /&gt;
pratiquement &#224; la disparition qu'ils osent encore condamner l&#233;galement un ouvrier qui prend&lt;br class='autobr' /&gt;
dans une usine ou un magasin ce dont il a besoin.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Un produit industriel ou agricole n'a d'int&#233;r&#234;t que s'il sert librement aux satisfactions&lt;br class='autobr' /&gt;
de chacun. C'est un crime contre le droit &#224; la jouissance que de le transformer en&lt;br class='autobr' /&gt;
marchandise, en &#233;l&#233;ment d'&#233;change et de spectacle.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; La condition n&#233;cessaire pour qu'un objet d&#233;rob&#233; au processus marchand n'y retourne&lt;br class='autobr' /&gt;
pas, c'est &#233;videmment qu'il ne soit ni revendu, ni appropri&#233; &#224; titre priv&#233;, ni &#233;chang&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
coutre une part d'argent ou de pouvoir (voler pour jouer au ca&#239;d, pour tenir un r&#244;le, c'est toujours&lt;br class='autobr' /&gt;
reproduire le processus spectaculaire-marchand, qu'il soit ou non tol&#233;r&#233; par l'Etat).&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; La condition pour qu'un objet, ou une attitude, ne soit pas r&#233;cup&#233;r&#233; par le syst&#232;me&lt;br class='autobr' /&gt;
marchand, c'est de l'employer contre lui, de le tourner contre la marchandise saisie dans son&lt;br class='autobr' /&gt;
propre mouvement (ce mouvement qui transforme un produit en marchandise va de l'objet&lt;br class='autobr' /&gt;
concret &#224; sa repr&#233;sentation abstraite, et sa repr&#233;sentation abstraite est &#224; son tour concr&#233;tis&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
en divers conditionnements d'attitudes sociales - les r&#244;les).&lt;br&gt;
&lt;i&gt;e)&lt;/i&gt; La destruction compl&#232;te de la marchandise ne peut se faire que par le d&#233;tournement&lt;br class='autobr' /&gt;
collectif des biens industriels et agricoles au profit de l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e et&lt;br class='autobr' /&gt;
par l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous en avez assez de passer par la soumission &#224; l'argent et aux r&#244;les pour&lt;br class='autobr' /&gt;
obtenir en &#233;change les biens n&#233;cessaires &#224; un semblant de vie. Vous luttez d&#233;j&#224;, consciemment&lt;br class='autobr' /&gt;
ou non, pour une soci&#233;t&#233; o&#249; la gratuit&#233; et le don soient les seuls rapports sociaux possibles.&lt;br class='autobr' /&gt;
(Voir III 54, 55, 56).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. &lt;i&gt;Avez-vous d&#233;j&#224; particip&#233; au pillage d'une usine de distribution (super-march&#233;, grand&lt;br class='autobr' /&gt;
magasin, discount) ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; La reprise individuelle des biens vol&#233;s par l'Etat et par le patronat retombe dans&lt;br class='autobr' /&gt;
le processus marchand si elle ne se transforme pas en une action collective et en une liquidation&lt;br class='autobr' /&gt;
totale du syst&#232;me (si sympathique que le geste soit, il ne suffit pas de reprendre les&lt;br class='autobr' /&gt;
biens, il faut aussi reprendre l'espace et le temps vol&#233;s).&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Le pillage est une r&#233;action normale &#224; la provocation marchande (voyez les inscriptions&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; offre gratuite &#187;, &#171; libre-service &#187;, etc.). Comme l'incendie dit criminel, il n'est&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'un avatar du syst&#232;me. De m&#234;me que le syst&#232;me marchand s'accommode d'un certain&lt;br class='autobr' /&gt;
pourcentage de vols dans les grands magasins et les usines, de m&#234;me il s'accommodera aussi&lt;br class='autobr' /&gt;
d'un certain pourcentage de mises &#224; sac, et il calculera son autor&#233;gulation en fonction de&lt;br class='autobr' /&gt;
ces &#171; accidents &#187; pr&#233;visibles et programmables. Le fait est si &#233;vident qu'un repr&#233;sentant de&lt;br class='autobr' /&gt;
la loi, le juge Kinnard, juge unique au tribunal correctionnel de Li&#232;ge a refus&#233;, le 12 septembre&lt;br class='autobr' /&gt;
1973, de sanctionner p&#233;nalement des vols &#224; l'&#233;talage, avec les remarquables attendus&lt;br class='autobr' /&gt;
suivants : &#171; Les vols &#224; l'&#233;talage dans les magasins organis&#233;s en libre service sont la cons&#233;quence&lt;br class='autobr' /&gt;
in&#233;luctable et d'ailleurs pr&#233;vue dans les charges d'exploitation de ce genre de commerce&lt;br class='autobr' /&gt;
o&#249; les publicit&#233;s tapageuses et les tentations multiples scientifiquement &#233;tal&#233;es forment&lt;br class='autobr' /&gt;
pour les consommateurs une provocation &#224; acheter bien au-del&#224;, soit de leurs besoins,&lt;br class='autobr' /&gt;
soit de leurs possibilit&#233;s d'achats. Les vols &#224; l'&#233;talage ne d&#233;notent g&#233;n&#233;ralement pas dans le&lt;br class='autobr' /&gt;
chef de leur auteur une mentalit&#233; ou une attitude qui m&#233;riterait d'&#234;tre sanctionn&#233;e p&#233;nalement. &#187; Ce qui fera sans doute jurisprudence.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Si, dans le pillage, chacun s'approprie des biens comme s'ils devenaient sa propri&#233;t&#233; priv&#233;e, la marchandise repara&#238;t et le syst&#232;me se renouvelle (dans ce cas, mieux vaut&lt;br class='autobr' /&gt;
tout d&#233;truire : on assure au moins la disparition de 90 % de merdes).&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; Sans la conscience de l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e, le pillage n'est au mieux qu'un&lt;br class='autobr' /&gt;
mode de distribution incoh&#233;rent. Il est un acte s&#233;par&#233; des conditions r&#233;volutionnaires o&#249; la&lt;br class='autobr' /&gt;
collectivit&#233;, qui cr&#233;e les biens, les distribue directement &#224; ses membres. Il risque, d&#232;s lors,&lt;br class='autobr' /&gt;
en d&#233;bouchant sur la disette et le manque de produits utiles, d'engendrer la confusion dans&lt;br class='autobr' /&gt;
les esprits et de provoquer un retour aux m&#233;canismes de la distribution marchande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous luttez d&#233;j&#224;, consciemment ou non, pour une soci&#233;t&#233; o&#249; la production&lt;br class='autobr' /&gt;
non salari&#233;e et la distribution gratuite des biens sont rendues possibles par la suppression de&lt;br class='autobr' /&gt;
la propri&#233;t&#233; et le regroupement des producteurs en assembl&#233;es d'autogestion. C'est l&#224; que la&lt;br class='autobr' /&gt;
volont&#233; de chacun se manifeste par la voix de d&#233;l&#233;gu&#233;s contr&#244;l&#233;s et r&#233;vocables &#224; tout instant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces d&#233;l&#233;gu&#233;s dressent le bilan des biens disponibles et harmonisent les offres de cr&#233;ation&lt;br class='autobr' /&gt;
productives et les demandes individuelles, en sorte que l'abondance s'installe de fa&#231;on&lt;br class='autobr' /&gt;
progressive et irr&#233;versible. (Voir III 1 &#224; 10).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. &lt;i&gt;A la premi&#232;re occasion, avez-vous l'intention de casser la gueule &#224; votre chef ou &#224; quiconque&lt;br class='autobr' /&gt;
vous traite en subordonn&#233; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si oui, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Devenir un chef, c'est cesser d'&#234;tre humain. Le chef est l'emballeur et l'emballage&lt;br class='autobr' /&gt;
de la marchandise. Hors du syst&#232;me marchand, il est sans usage. Comme les marchandises,&lt;br class='autobr' /&gt;
il se reproduit et s'accumule ; il se mesure en quantit&#233; de pouvoir, de haut en bas&lt;br class='autobr' /&gt;
de la hi&#233;rarchie. Et son pouvoir, il le tient du pouvoir que le spectacle exerce comme volont&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;conomique et comme repr&#233;sentation sociale sur la plus grande partie de la vie quotidienne.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Plus le pouvoir s'&#233;miette et s'&#233;tend partout, plus il se renforce et s'affaiblit. Plus&lt;br class='autobr' /&gt;
il y a de chefs, plus ils sont impuissants. Plus ils sont impuissants et plus la machine bureaucratique&lt;br class='autobr' /&gt;
tourne &#224; vide, plus elle impose &#224; tous l'apparence de sa toute-puissance, et plus les&lt;br class='autobr' /&gt;
gens apprennent &#224; refuser globalement la servitude.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Partout o&#249; il y a autorit&#233;, il y a sacrifice, et inversement. Le chef et le militant&lt;br class='autobr' /&gt;
sont la m&#234;me pierre d'achoppement de la r&#233;volution, le point o&#249; elle se renverse et devient&lt;br class='autobr' /&gt;
le contraire de l'&#233;mancipation.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; L'acte terroriste qui consiste &#224; liquider, dos &#224; dos, d'une m&#234;me balle, bureaucrate&lt;br class='autobr' /&gt;
et patron ne change rien aux structures et ne fait qu'acc&#233;l&#233;rer l&#233; renouvellement des&lt;br class='autobr' /&gt;
cadres dirigeants. Pour liquider l'Etat et les organisations hi&#233;rarchis&#233;es, qui le reproduisent&lt;br class='autobr' /&gt;
t&#244;t ou tard, il faut an&#233;antir le syst&#232;me marchand.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;e)&lt;/i&gt; L'Etat est le r&#233;gulateur, le centre nerveux et le r&#233;seau protecteur de la marchandise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'efforce d'&#233;quilibrer les contradictions &#233;conomiques, d'ordonner politiquement le&lt;br class='autobr' /&gt;
travail social en droits et devoirs du citoyen, d'organiser le battage id&#233;ologique et les m&#233;canismes&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;pressifs qui transforment chaque individu en serviteur du syst&#232;me marchand.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;f)&lt;/i&gt; La collusion de l'&#201;tat et de la marchandise peut s'estimer au premier coup d'oeil&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; la rapidit&#233; d'intervention des flics (et des milices patronales et syndicales) d&#232;s qu'une&lt;br class='autobr' /&gt;
gr&#232;ve sauvage &#233;clate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous luttez d&#233;j&#224; pour une soci&#233;t&#233; sans contrainte ni sacrifice, o&#249; chacun est&lt;br class='autobr' /&gt;
son propre ma&#238;tre, et vit en de telles conditions qu'il n'a jamais &#224; traiter un autre homme en&lt;br class='autobr' /&gt;
esclave ; une soci&#233;t&#233; sans classes, o&#249; le pouvoir d&#233;l&#233;gu&#233; aux conseils s'exerce sous le regard permanent et par la volont&#233; de chaque individu en particulier. (Voir III 28, 29).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. &lt;i&gt;Vous r&#233;jouissez-vous &#224; la pens&#233;e du jour prochain o&#249; l'on pourra traiter comme des&lt;br class='autobr' /&gt;
&#234;tres humains les flics qu'il n'aura pas &#233;t&#233; n&#233;cessaire d'abattre sur place ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Le flic est le chien de garde du syst&#232;me marchand. O&#249; le mensonge de la marchandise&lt;br class='autobr' /&gt;
ne suffit pas pour imposer l'ordre, il sort casqu&#233; de la cuisse de la classe ou de la&lt;br class='autobr' /&gt;
caste bureaucratique dominantes.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Sans compter le m&#233;pris qu'il se porte, le flic est m&#233;pris&#233; comme tueur salari&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
comme valet de tous les r&#233;gimes, comme esclave professionnel, comme marchandise de&lt;br class='autobr' /&gt;
protection, comme clause r&#233;pressive du contrat &#233;conomico-social impos&#233; par l'Etat aux citoyens.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Partout o&#249; il y a Etat, il y a flics. Partout o&#249; il y a flics - &#224; commencer par le service&lt;br class='autobr' /&gt;
d'ordre des manifestations contestataires - il y a l'Etat ou ses &#233;bauches.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; Toute hi&#233;rarchie est polici&#232;re.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;e)&lt;/i&gt; Abattre un flic est un passe-temps pour candidats au suicide. Il ne faut s'y r&#233;soudre&lt;br class='autobr' /&gt;
que dans l'autod&#233;fense, dans le mouvement g&#233;n&#233;ral de liquidation de tout pouvoir&lt;br class='autobr' /&gt;
hi&#233;rarchique.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;f)&lt;/i&gt; Le bonheur n'est possible que l&#224; o&#249; l'Etat a cess&#233; d'exister ; o&#249; aucune condition&lt;br class='autobr' /&gt;
de hi&#233;rarchisation n'en pr&#233;pare le retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous en avez assez du contr&#244;le et de la contrainte, du flic qui vous rappelle&lt;br class='autobr' /&gt;
que vous n'&#234;tes rien et que l'Etat est tout, du syst&#232;me qui cr&#233;e les conditions du crime ill&#233;gal&lt;br class='autobr' /&gt;
et l&#233;galise le crime des magistrats qui le r&#233;priment. Vous luttez d&#233;j&#224; pour une harmonisation&lt;br class='autobr' /&gt;
des int&#233;r&#234;ts passionnels (par la disparition des int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques et spectaculaires) et&lt;br class='autobr' /&gt;
pour l'organisation des rapports entre individus par l'abondance des rencontres et la libre&lt;br class='autobr' /&gt;
diffusion des d&#233;sirs. (Voir III 11 &#224; 18).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. &lt;i&gt;Avez-vous d&#233;j&#224; prouv&#233; le d&#233;sir de jeter votre fiche de paie &#224; la t&#234;te du caissier ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Le salariat r&#233;duit l'individu &#224; un chiffre d'affaire. Du point de vue capitaliste, le&lt;br class='autobr' /&gt;
salari&#233; n'est pas un homme mais un indice dans le co&#251;t de production et un certain taux&lt;br class='autobr' /&gt;
d'achat &#224; la consommation.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Le salariat est la base de l'exploitation globale aussi clairement que le travail&lt;br class='autobr' /&gt;
ali&#233;n&#233; et la production de marchandises sont la base du syst&#232;me spectaculaire-marchand.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'am&#233;liorer, c'est am&#233;liorer l'exploitation du prol&#233;tariat par la classe bureaucraticobourgeoise.&lt;br class='autobr' /&gt;
On peut seulement le supprimer.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Le salariat exige le sacrifice de plus de huit heures de vie pour huit heures de&lt;br class='autobr' /&gt;
travail, &#233;chang&#233;es contre une somme d'argent qui ne couvre qu'une petite partie du travail&lt;br class='autobr' /&gt;
fourni, le reste constituant le profit du patron. Et cette somme doit &#234;tre &#224; son tour &#233;chang&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
contre des produits pollu&#233;s et trafiqu&#233;s, des &#233;quipements m&#233;nagers pay&#233;s dix fois leur prix,&lt;br class='autobr' /&gt;
des gadgets ali&#233;nants (la voiture qui permet de travailler, de consommer, de polluer, de d&#233;truire&lt;br class='autobr' /&gt;
le paysage, de gagner du temps vide et de se tuer) ; sans compter les redevances &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
l'Etat, aux sp&#233;cialistes, aux rackets syndicaux...&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; Il est faux de croire que les revendications de salaire peuvent mettre en danger&lt;br class='autobr' /&gt;
le capitalisme priv&#233; ou d'Etat : le patronat n'accorde aux ouvriers que l'augmentation n&#233;cessaire aux syndicats pour d&#233;montrer qu'ils servent encore &#224; quelque chose ; et les syndicats&lt;br class='autobr' /&gt;
n'exigent du patronat (qui dispose en outre de l'augmentation des prix &#224; la consommation)&lt;br class='autobr' /&gt;
que des sommes qui ne mettent pas en p&#233;ril un syst&#232;me dont ils sont les profiteurs en second.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous en avez assez de vivre la plus grande partie du temps en fonction de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'argent, d'&#234;tre r&#233;duit &#224; la dictature de l'&#233;conomique, de survivre sans avoir le loisir de vivre&lt;br class='autobr' /&gt;
passionn&#233;ment. Vous luttez d&#233;j&#224;, consciemment ou non, pour une r&#233;partition des biens utiles&lt;br class='autobr' /&gt;
qui ne doive plus rien &#224; la course au profit et qui r&#233;ponde aux besoins r&#233;els des gens.&lt;br class='autobr' /&gt;
(Voir III 31, 34, 35, 40, 51, 52).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. &lt;i&gt;Vous arrive-t-il de cracher sur le cur&#233; qui passe ? D'avoir envie de br&#251;ler une &#233;glise, un&lt;br class='autobr' /&gt;
temple, une mosqu&#233;e, une synagogue ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si oui, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; La religion est l'opium de la cr&#233;ature opprim&#233;e.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Toute religion appelle au sacrifice, tout ce qui appelle au sacrifice est religieux&lt;br class='autobr' /&gt;
(les militants, par exemple).&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; La religion est le mod&#232;le universel du mensonge, le renversement du r&#233;el au&lt;br class='autobr' /&gt;
profit d'un monde mythique, qui deviendra, une fois d&#233;sacralis&#233;, le spectacle de la vie quotidienne.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; Le syst&#232;me marchand d&#233;sacralise ; il d&#233;truit l'esprit religieux et ridiculise ses&lt;br class='autobr' /&gt;
gadgets (pape, coran, bible, crucifix...) mais en m&#234;me temps, il le conserve comme une incitation&lt;br class='autobr' /&gt;
permanente &#224; pr&#233;f&#233;rer l'apparence au r&#233;el, la souffrance au plaisir, le spectacle au v&#233;cu,&lt;br class='autobr' /&gt;
la soumission &#224; la libert&#233;, le syst&#232;me dominant aux passions. Le spectacle est la religion&lt;br class='autobr' /&gt;
nouvelle et la culture est son esprit critique.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;e)&lt;/i&gt; Les symboles religieux attestent la permanence du m&#233;pris que les r&#233;gimes hi&#233;rarchiques&lt;br class='autobr' /&gt;
de tous les temps ont port&#233; aux hommes. Pour ne prendre qu'un exemple, le Christ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au premier rang des succursales de produits divins, les Eglises chr&#233;tiennes ont&lt;br class='autobr' /&gt;
adopt&#233; sous la pression du processus marchand une exhibition contorsionniste qui 11e verra&lt;br class='autobr' /&gt;
sa fin qu'avec la disparition compl&#232;te de son label publicitaire, le cam&#233;l&#233;on J&#233;sus. Fils de&lt;br class='autobr' /&gt;
dieu, fils de putain, fils de pucelle, faiseur de miracles et de petits pains, p&#233;d&#233;raste et puritain,&lt;br class='autobr' /&gt;
militant et membre du service d'ordre, accusateur et accus&#233;, homme de peine et astronaute,&lt;br class='autobr' /&gt;
il n'est aucun r&#244;le qui ne soit &#224; la port&#233;e de l'&#233;tonnant guignol. On l'a vu en marchand&lt;br class='autobr' /&gt;
de souffrances, en commis des gr&#226;ces, en sans-culotte, en socialiste, en fasciste, en antifasciste,&lt;br class='autobr' /&gt;
en stalinien, en barbudo, en reichien, en anarchiste. Il a &#233;t&#233; de toutes les enseignes,&lt;br class='autobr' /&gt;
sur tous les drapeaux, de tous les m&#233;pris de soi, des deux c&#244;t&#233;s de la trique, de la plupart des&lt;br class='autobr' /&gt;
ex&#233;cutions capitales, o&#249; il tient aussi bien dans la main du bourreau que dans celle du&lt;br class='autobr' /&gt;
condamn&#233;. Il a sa place dans les commissariats, les prisons, les &#233;coles, les bordels, les casernes,&lt;br class='autobr' /&gt;
les magasins &#224; grande surface, les aires de gu&#233;rilla. Il a servi de pendentif, de poteau&lt;br class='autobr' /&gt;
indicateur, d'&#233;pouvantail pour garder les morts en paix et les vivants &#224; genoux, de torture et&lt;br class='autobr' /&gt;
de r&#233;gime amaigrissant ; il servira de godemich&#233; quand les marchands de saints pr&#233;puces&lt;br class='autobr' /&gt;
auront r&#233;habilit&#233; commercialement le p&#233;ch&#233;. Pauvre Mahomet, pauvre Bouddha, pauvre&lt;br class='autobr' /&gt;
Confucius, tristes repr&#233;sentants de firmes concurrentes et sans imagination ni dynamisme,&lt;br class='autobr' /&gt;
J&#233;sus l'emporte sur tous les fronts. J&#233;sus-Christ super-drogue et super-star toutes les images&lt;br class='autobr' /&gt;
du vendu &#224; dieu en promotion-vente de dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La peau de couille de grand-papa-personne tir&#233;e &#224; trois &#233;pingles et mont&#233;e en amulette&lt;br class='autobr' /&gt;
est le symbole le plus accompli de l'homme comme marchandise universelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous luttez d&#233;j&#224;, consciemment ou non, pour une soci&#233;t&#233; o&#249; aura disparu&lt;br class='autobr' /&gt;
l'organisation de la souffrance et de ses compensations, o&#249; chacun &#233;tant son propre ma&#238;tre&lt;br class='autobr' /&gt;
l'id&#233;e de dieu n'aura plus de sens, o&#249; surtout les probl&#232;mes du v&#233;cu authentique et des passions&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; satisfaire l'emporteront d&#233;finitivement sur les probl&#232;mes de la vie invers&#233;e et des&lt;br class='autobr' /&gt;
passions &#224; refouler. (Voir III 75 &#224; 92).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16. &lt;i&gt;Etes-vous &#233;coeur&#233; par la destruction syst&#233;matique de la campagne et du paysage urbain&lt;br class='autobr' /&gt; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, vous comprenez que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; L'urbanisme est l'appropriation du territoire par le syst&#232;me marchand et ses polices.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; La mis&#232;re du d&#233;cor spectaculaire est le d&#233;cor de la mis&#232;re g&#233;n&#233;rale.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Urbaniste = sociologue = id&#233;ologue = flic.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; Pour le syst&#232;me dominant, il n'y a plus ni paysage, ni nature, ni rue &#224; fl&#226;ner&lt;br class='autobr' /&gt;
mais rentabilit&#233; du m2 ; plus-value de prestige par le maintien d'un cadre de verdure, d'arbres&lt;br class='autobr' /&gt;
ou de rocailles ; expulsions et regroupements hi&#233;rarchis&#233;s de la population ; quadrillage policier&lt;br class='autobr' /&gt;
des quartiers populaires ; habitat &#233;tudi&#233; pour conditionner &#224; l'ennui et &#224; la passivit&#233;.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;e)&lt;/i&gt; Le pouvoir n'essaie m&#234;me plus de dissimuler le fait que l'am&#233;nagement du territoire&lt;br class='autobr' /&gt;
est principalement et directement con&#231;u en fonction d'une prochaine guerre civile : les&lt;br class='autobr' /&gt;
routes sont renforc&#233;es en pr&#233;vision du passage des chars ; les tours et les ensembles nouvellement&lt;br class='autobr' /&gt;
construits abritent des cam&#233;ras qui transmettent &#224; la pr&#233;fecture, vingt-quatre heures&lt;br class='autobr' /&gt;
sur vingt-quatre, une vue panoramique des rues ; dans les immeubles modernes, des &#171; &lt;br class='autobr' /&gt;
chambres de tir &#187; sont pr&#233;vues &#224; l'usage des tireurs d'&#233;lite de la police.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;f)&lt;/i&gt; Le regard que le syst&#232;me dominant porte sur tout transforme tout en marchandise.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'id&#233;ologie est l'oeil artificiel du pouvoir, celui qui permet de voir vivant ce qui&lt;br class='autobr' /&gt;
est d&#233;j&#224; mort, ce qui est d&#233;j&#224; transform&#233; en marchandise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous luttez d&#233;j&#224;, consciemment ou non, pour une soci&#233;t&#233; o&#249; votre volont&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
d'&#233;chapper &#224; l'urbanisme et aux id&#233;ologies se traduira par la libert&#233; d'organiser selon vos&lt;br class='autobr' /&gt;
passions l'espace et le temps de votre vie quotidienne, de construire vos propres lieux d'habitation,&lt;br class='autobr' /&gt;
de pratiquer le nomadisme, de rendre les villes passionnantes et ludiques. (Voir III&lt;br class='autobr' /&gt;
93 &#224; 98).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17. &lt;i&gt;Eprouvez-vous le d&#233;sir de faire l'amour - non par habitude mais passionn&#233;ment - &#224; votre&lt;br class='autobr' /&gt;
partenaire, au premier ou &#224; la premi&#232;re venue, &#224; votre fille, &#224; vos parents, &#224; vos amis et&lt;br class='autobr' /&gt;
amies, &#224; vos fr&#232;res et soeurs ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Il faut en finir avec les r&#233;serves impos&#233;es &#224; l'amour, qu'il s'agisse de tabous, de&lt;br class='autobr' /&gt;
convenances, d'appropriation, de contrainte, de jalousie, de libertinage, de viol, de toutes les&lt;br class='autobr' /&gt;
formes d'&#233;change qui, du scandinavisme &#224; la prostitution, transforment l'art d'aimer en rapports&lt;br class='autobr' /&gt;
entre choses.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Vous en avez assez du plaisir m&#234;l&#233; d'angoisse ; de l'amour v&#233;cu de fa&#231;on incompl&#232;te,&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;form&#233;e ou inauthentique ; du baisage par procuration et images interpos&#233;es ; de&lt;br class='autobr' /&gt;
la fornication m&#233;lancolique ; des orgasmes d&#233;biles ; des rapports hygi&#233;niques ; des passions&lt;br class='autobr' /&gt;
engorg&#233;es, refoul&#233;es et mettant &#224; se d&#233;truire l'&#233;nergie qu'elles mettraient &#224; se r&#233;aliser dans&lt;br class='autobr' /&gt;
une soci&#233;t&#233; qui favoriserait leur harmonisation.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Tout le monde recherche, en se l'avouant ou non, l'amour-passion multiple et&lt;br class='autobr' /&gt;
unitaire. Nous voulons cr&#233;er socialement les conditions historiques d'une aventure passionnelle&lt;br class='autobr' /&gt;
permanente, d'une jouissance sans autre limite que l'&#233;puisement des possibles, d'un jeu&lt;br class='autobr' /&gt;
o&#249; le plaisir et le d&#233;plaisir red&#233;couvrent leur positivit&#233; (par exemple dans la naissance et&lt;br class='autobr' /&gt;
dans la fin d'une liaison amoureuse libre).&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; L'amour est ins&#233;parable de la r&#233;alisation individuelle, de la communication entre&lt;br class='autobr' /&gt;
les individus (des possibilit&#233;s de rencontres), de la participation authentique et passionnelle&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; un projet commun. Il est ins&#233;parable de la lutte pour l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;e)&lt;/i&gt; Il n'y a pas de plaisir qui ne d&#233;couvre son sens dans la lutte r&#233;volutionnaire et de&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me, la r&#233;volution n'a pas d'autre but que de r&#233;aliser tous les plaisirs dans leur libre d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous luttez d&#233;j&#224;, consciemment ou non, pour une soci&#233;t&#233; o&#249; le maximum&lt;br class='autobr' /&gt;
de possibilit&#233;s sera socialement agenc&#233; pour multiplier les regroupements libres et changeants&lt;br class='autobr' /&gt;
entre gens attir&#233;s par les m&#234;mes activit&#233;s, les m&#234;mes plaisirs ; o&#249; les attractions fond&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt;
sur le go&#251;t de la vari&#233;t&#233;, de l'enthousiasme, des jeux tiendront compte aussi bien des&lt;br class='autobr' /&gt;
accords que des d&#233;saccords et des &#233;carts. (Voir III 75 &#224; 92).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18. &lt;i&gt;Vous arrive-t-il de vous sentir mal dans votre peau chaque fois que les circonstances&lt;br class='autobr' /&gt;
dominantes vous obligent &#224; tenir un r&#244;le ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Il n'y a de plaisir total qu'&#224; devenir ce que l'on est, qu'&#224; se r&#233;aliser comme&lt;br class='autobr' /&gt;
homme de d&#233;sirs et de passions. Au contraire, les relations sociales, organis&#233;es comme&lt;br class='autobr' /&gt;
spectacle de la vie quotidienne, imposent &#224; chacun de se conformer &#224; une s&#233;rie d'apparences&lt;br class='autobr' /&gt;
et de comportements inauthentiques ; elles incitent &#224; s'identifier &#224; des images, &#224; des r&#244;les.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Les r&#244;les sont la mis&#232;re faussement v&#233;cue qui compense la mis&#232;re v&#233;cue r&#233;ellement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les r&#244;les (de chef, de subordonn&#233;, de p&#232;re ou m&#232;re de famille, d'enfant soumis ou&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;volt&#233;, de contestataire, de conformiste, d'id&#233;ologue, de s&#233;ducteur, d'homme de prestige, de&lt;br class='autobr' /&gt;
th&#233;oricien, d'activiste, de p&#233;dant cultiv&#233;, etc.) ob&#233;issent tous &#224; la loi d'accumulation et de&lt;br class='autobr' /&gt;
reproduction des images dans l'organisation spectaculaire de la marchandise. Et en m&#234;me&lt;br class='autobr' /&gt;
temps, ils dissimulent et entretiennent l'impuissance r&#233;elle des individus &#224; changer r&#233;ellement&lt;br class='autobr' /&gt;
leur vie quotidienne, &#224; la rendre passionnante, &#224; la vivre comme un ensemble de passions&lt;br class='autobr' /&gt;
harmonis&#233;es.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Le refus des r&#244;les passe par le refus des conditions dominantes (il est bon de se&lt;br class='autobr' /&gt;
souvenir que le r&#244;le peut aussi servir de protection, ainsi le r&#244;le de bon ouvrier, couvrant&lt;br class='autobr' /&gt;
des activit&#233;s de sabotage et de d&#233;tournement).&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; Il ne s'agit pas de changer de r&#244;le mais de liquider le syst&#232;me qui contraint &#224; se&lt;br class='autobr' /&gt;
jouer de soi contre sa propre volont&#233;. La lutte r&#233;volutionnaire est la lutte pour la vie authentiquement&lt;br class='autobr' /&gt;
v&#233;cue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous luttez d&#233;j&#224;, consciemment ou non, pour le droit &#224; l'authenticit&#233;, pour&lt;br class='autobr' /&gt;
la fin des dissimulations et des mensonges impos&#233;s, pour le droit d'affirmer la sp&#233;cificit&#233; de&lt;br class='autobr' /&gt;
chacun sans le juger ni le condamner mais au contraire en lui permettant de donner libre&lt;br class='autobr' /&gt;
cours &#224; ses d&#233;sirs et &#224; ses passions, si singuli&#232;res soient-elles. Vous luttez pour une soci&#233;t&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
o&#249; la v&#233;rit&#233; sera pratique et de chaque instant. (Voir III 11 &#224; 18, 40 &#224; 46).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19. &lt;i&gt;Eprouvez-vous une m&#233;fiance instinctive pour tout ce qui est intellectuel et pousse &#224; l'intellectualisation&lt;br class='autobr' /&gt; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; La fonction intellectuelle est, avec la fonction manuelle, le r&#233;sultat de la division&lt;br class='autobr' /&gt;
sociale du travail. La fonction intellectuelle est une fonction de ma&#238;tre, la fonction manuelle&lt;br class='autobr' /&gt;
une fonction d'esclave. L'une et l'autre sont &#233;galement m&#233;prisables et nous les abolirons&lt;br class='autobr' /&gt;
en abolissant la division du travail et la soci&#233;t&#233; de classes.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Dans la lutte de la bourgeoisie r&#233;volutionnaire contre la classe f&#233;odale et l'esprit&lt;br class='autobr' /&gt;
religieux, la culture a &#233;t&#233; une arme de lib&#233;ration partielle, une arme de d&#233;mystification.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand la bourgeoisie est devenue &#224; son tour une classe dominante, la culture a gard&#233; pour&lt;br class='autobr' /&gt;
un temps sa forme r&#233;volutionnaire. Des intellectuels comme Fourier, Marx, Bakounine ont&lt;br class='autobr' /&gt;
tir&#233; des revendications prol&#233;tariennes, exprim&#233;es dans les gr&#232;ves et les &#233;meutes, une th&#233;orie&lt;br class='autobr' /&gt;
radicale qui, prise en conscience et pratiqu&#233;e par les ouvriers, aurait pu liquider rapidement&lt;br class='autobr' /&gt;
la bourgeoisie.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Au contraire, les penseurs sp&#233;cialis&#233;s du prol&#233;tariat - intellectuels ouvri&#233;ristes et&lt;br class='autobr' /&gt;
ouvriers intellectualis&#233;s - en jouant les tribuns, les hommes politiques, les guides de la&lt;br class='autobr' /&gt;
classe ouvri&#232;re, ont transform&#233; la th&#233;orie radicale en id&#233;ologie, c'est-&#224;-dire en mensonge, en&lt;br class='autobr' /&gt;
id&#233;es au service des ma&#238;tres. Le socialisme et les vari&#233;t&#233;s de jacobinisme (blanquisme, bolchevisme...)&lt;br class='autobr' /&gt;
ont &#233;t&#233; ce mouvement qui annonce la dictature bureaucratique sur le prol&#233;tariat,&lt;br class='autobr' /&gt;
telle qu'elle appara&#238;t avec tous les partis dits ouvriers, les syndicats et les organisations&lt;br class='autobr' /&gt;
gauchistes.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; Les intellectuels sont l'arm&#233;e de r&#233;serve de la bureaucratie, qu'il s'agisse d'intellectuels&lt;br class='autobr' /&gt;
ouvri&#233;ristes ou d'ouvriers intellectualistes.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;e)&lt;/i&gt; La culture est aujourd'hui la forme d'int&#233;gration intellectuelle au spectacle, le&lt;br class='autobr' /&gt;
label de qualit&#233; qui fait vendre toutes les marchandises, l'initiation au monde invers&#233; de la&lt;br class='autobr' /&gt;
marchandise. Sous le pr&#233;texte de la n&#233;cessit&#233; de s'instruire, la culture r&#233;cup&#232;re le besoin de&lt;br class='autobr' /&gt;
connaissance pratique et le transforme en savoir s&#233;par&#233; ; elle impose une plus-value de savoir&lt;br class='autobr' /&gt;
abstrait, une compensation au vide de la survie quotidienne, une promotion dans la bureaucratie&lt;br class='autobr' /&gt;
des sp&#233;cialistes. Parce qu'elle est un savoir qui se veut sans emploi, elle finit toujours&lt;br class='autobr' /&gt;
par servir le syst&#232;me spectaculaire-marchand.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;f)&lt;/i&gt; En particulier, le pr&#233;tendu savoir &#233;conomique est une mystification bureaucratico-&lt;br class='autobr' /&gt;
bourgeoise. Il n'a de sens que dans l'organisation capitaliste de l'&#233;conomie, et encore !&lt;br class='autobr' /&gt;
Une fois celle-ci abolie, chaque ouvrier est mieux pr&#233;par&#233; &#224; organiser la nouvelle production&lt;br class='autobr' /&gt;
que le plus savant des &#233;conomistes (Sans m&#234;me aller au-del&#224; du r&#233;formisme, les travailleurs&lt;br class='autobr' /&gt;
de Lip ont prouv&#233; qu'ils &#233;taient capables de faire marcher l'usine et de se passer des&lt;br class='autobr' /&gt;
cadres).&lt;br&gt;
&lt;i&gt;g)&lt;/i&gt; Le refus de l'intellectualisation n'a pas de sens hors de la lutte pour la liquidation&lt;br class='autobr' /&gt;
de la division du travail, de la hi&#233;rarchie, de l'Etat.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;h)&lt;/i&gt; Les intellectuels ouvri&#233;ristes sont des cons et des salauds. Comme intellectuels,&lt;br class='autobr' /&gt;
ils acceptent, honteusement ou non, de conserver une mission dirigeante. Sous le r&#244;le et la&lt;br class='autobr' /&gt;
fonction d'ouvrier, ils perp&#233;tuent la duperie du r&#244;le et une fonction d'esclave dont aucun&lt;br class='autobr' /&gt;
ouvrier ne veut plus. En choisissant de travailler en usines alors que les ouvriers sont oblig&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
de le faire et n'attendent que le moment de se lib&#233;rer d&#233;finitivement du travail, ils sont&lt;br class='autobr' /&gt;
ridicules et contre-r&#233;volutionnaires (car l'appel au sacrifice est toujours contrer&#233;volutionnaire).&lt;br&gt;
&lt;i&gt;i)&lt;/i&gt; Les ouvriers qui sont fiers de l'&#234;tre sont des cons serviles. Les ouvriers intellectualistes sont aussi salauds que n'importe quel candidat dirigeant, misant sur la servilit&#233; des&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; bons ouvriers &#187;.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;j)&lt;/i&gt; La th&#233;orie radicale, issue des luttes d'&#233;mancipation du prol&#233;tariat, appartient d&#233;sormais,&lt;br class='autobr' /&gt;
sous sa forme la plus claire et la plus simple, &#224; ceux qui sont capables de la pratiquer,&lt;br class='autobr' /&gt;
aux ouvriers r&#233;volutionnaires, c'est-&#224;-dire &#224; tous les prol&#233;taires qui luttent pour la fin&lt;br class='autobr' /&gt;
du prol&#233;tariat et de la soci&#233;t&#233; de classes. Elle appartient &#224; tons ceux qui engagent le combat&lt;br class='autobr' /&gt;
pour l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e, pour la soci&#233;t&#233; des ma&#238;tres sans esclaves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous luttez d&#233;j&#224; pour une soci&#233;t&#233; qui s'organise de telle fa&#231;on que les s&#233;parations&lt;br class='autobr' /&gt;
disparaissent, que la diversit&#233; s'accroisse dans l'unit&#233; du projet r&#233;volutionnaire, que&lt;br class='autobr' /&gt;
l'ensemble des connaissances emprisonn&#233;es dans la culture soit rendu &#224; la pratique d'enrichissement&lt;br class='autobr' /&gt;
de la vie quotidienne ; que le savoir soit partout o&#249; est le plaisir ; que passion et&lt;br class='autobr' /&gt;
raison soient ins&#233;parables ; et que la suppression de la division du travail, pouss&#233;e &#224; ses extr&#234;mes&lt;br class='autobr' /&gt;
cons&#233;quences, cr&#233;e vraiment les conditions d'harmonisation sociale. (Voir III 47 &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
58).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20. &lt;i&gt;Eprouvez-vous un &#233;gal m&#233;pris pour ceux qui font de la politique et pour ceux qui n'en&lt;br class='autobr' /&gt;
font pas mais laissent les autres la faire pour eux ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Il est de tradition de consid&#233;rer les hommes politiques comme les clowns du&lt;br class='autobr' /&gt;
spectacle id&#233;ologique. Cela permet de les m&#233;priser tout en continuant de voter pour eux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Personne ne leur &#233;chappe tout &#224; fait puisque personne n'&#233;chappe tout &#224; fait &#224; l'organisation&lt;br class='autobr' /&gt;
spectaculaire du vieux monde.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; La politique est toujours la raison d'Etat. Pour en finir avec elle&gt; il faut en finir&lt;br class='autobr' /&gt;
avec le syst&#232;me spectaculaire-marchand et son organisation de protection, l'Etat.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Il n'y a pas de parlementarisme r&#233;volutionnaire, comme il n'y a pas et n'y aura&lt;br class='autobr' /&gt;
jamais d'Etat r&#233;volutionnaire. Entre les r&#233;gimes parlementaires et les r&#233;gimes dictatoriaux,&lt;br class='autobr' /&gt;
il n'y a que la diff&#233;rence entre la force du mensonge et la v&#233;rit&#233; de la terreur.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; Comme toute id&#233;ologie, comme toute activit&#233; s&#233;par&#233;e, la politique r&#233;cup&#232;re les&lt;br class='autobr' /&gt;
revendications radicales pour les morceler et les transformer en leur contraire. Par exemple,&lt;br class='autobr' /&gt;
la volont&#233; de changer la vie devient, entre les mains des partis et des syndicats, une revendication&lt;br class='autobr' /&gt;
de salaire, une demande de temps libre et autres am&#233;liorations de la survie qui ne font&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'accro&#238;tre le malaise en le rendant plus ou moins confortable momentan&#233;ment.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;e)&lt;/i&gt; Les grandes id&#233;ologies politiques (nationalisme, socialisme, communisme) ont&lt;br class='autobr' /&gt;
perdu leur attrait &#224; mesure que les conduites sociales impos&#233;es par l'imp&#233;rialisme de la marchandise&lt;br class='autobr' /&gt;
multipliaient les &#171; id&#233;ologies de poche &#187;. A leur tour, les miettes id&#233;ologiques (les&lt;br class='autobr' /&gt;
id&#233;es sur la pollution, l'art, le confort, l'&#233;ducation, l'avortement, les ratons laveurs) se politisent&lt;br class='autobr' /&gt;
en regroupements grossiers vers le droitisme ou 1e gauchisme. Ce n'est l&#224; qu'une fa&#231;on&lt;br class='autobr' /&gt;
d'&#233;loigner chacun de l'unique pr&#233;occupation qui lui tient vraiment &#224; coeur : changer sa propre&lt;br class='autobr' /&gt;
vie quotidienne dans le sens de l'enrichissement et des aventures passionnelles.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;f)&lt;/i&gt; Il n'est personne qui ne se batte pour soi et n'en arrive la plupart du temps &#224; se&lt;br class='autobr' /&gt;
battre contre lui-m&#234;me. L'action politique est une des causes principales de cette inversion&lt;br class='autobr' /&gt;
du r&#233;sultat recherch&#233;. Seule la lutte pour l'autogestion de tous en tout r&#233;pond au d&#233;sir r&#233;el de&lt;br class='autobr' /&gt;
chaque individu. C'est pourquoi elle n'est ni politique ni apolitique mais sociale et totale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous luttez d&#233;j&#224;, consciemment ou non, pour une soci&#233;t&#233; o&#249; la d&#233;cision&lt;br class='autobr' /&gt;
appartient &#224; tous ; o&#249; les divergences entre les individus et les groupes sont agenc&#233;es de telle sorte qu'elles n'aboutissent pas &#224; des destructions mutuelles mais au contraire se renforcent&lt;br class='autobr' /&gt;
et profitent &#224; tous. Il faut que la part ludique emprisonn&#233;e et engorg&#233;e dans la politique&lt;br class='autobr' /&gt;
se lib&#232;re dans un jeu des rapports entre les individus et entre les groupes d'affinit&#233;s, par relations&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;quilibr&#233;es et harmonis&#233;es d'accords et de discords. (Voir III 75 &#224; 92).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21. &lt;i&gt;Avez-vous depuis longtemps d&#233;chir&#233; votre carte syndicale ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si oui, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Il est faux de se croire trahi par les syndicats. Ceux-ci forment une organisation,&lt;br class='autobr' /&gt;
s&#233;par&#233;e des travailleurs et qui devient n&#233;cessairement un pouvoir bureaucratique s'exer&#231;ant&lt;br class='autobr' /&gt;
contre eux tout en organisant le spectacle de leur d&#233;fense.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Cr&#233;&#233;s pour la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats d'un prol&#233;tariat sur-exploit&#233;, les&lt;br class='autobr' /&gt;
syndicats sont devenus, avec le d&#233;veloppement du capitalisme, les courtiers attitr&#233;s de la&lt;br class='autobr' /&gt;
force de travail. Leur but n'est pas d'abolir le salariat mais de l'am&#233;liorer. Ils sont donc les&lt;br class='autobr' /&gt;
meilleurs serviteurs du capitalisme qui r&#232;gne, sous la forme priv&#233;e ou &#233;tatis&#233;e, dans le&lt;br class='autobr' /&gt;
monde entier.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; L'id&#233;e anarchiste d'un &#171; syndicat r&#233;volutionnaire &#187; est d&#233;j&#224; la r&#233;cup&#233;ration bureaucratique&lt;br class='autobr' /&gt;
du pouvoir direct que les travailleurs peuvent exercer directement en se r&#233;unissant&lt;br class='autobr' /&gt;
en assembl&#233;es de conseils. N&#233;e d'un refus du politique au nom du social, elle retombe&lt;br class='autobr' /&gt;
dans le pi&#232;ge de la s&#233;paration et des leaders (m&#234;me si certains d'entre eux ne veulent pas se&lt;br class='autobr' /&gt;
conduire en chefs).&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; Les syndicats sont la bureaucratie para-&#233;tatique qui compl&#232;te et perfectionne le&lt;br class='autobr' /&gt;
pouvoir que la classe bourgeoise exerce sur le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous luttez d&#233;j&#224; &#224; chaque gr&#232;ve sauvage pour affirmer directement le pouvoir&lt;br class='autobr' /&gt;
de tous contre toute repr&#233;sentation qui marque une s&#233;paration. Nous ne voulons plus de&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;l&#233;gu&#233;s syndicaux mais des assembl&#233;es o&#249; les d&#233;cisions soient prises par tous et appliqu&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt;
au profit de tous. Au lieu de discuter sur la reprise ou non du travail, nous voulons&lt;br class='autobr' /&gt;
nous prononcer sur l'usage que nous allons faire des usines et de nous-m&#234;mes. Nous voulons&lt;br class='autobr' /&gt;
traduire notre volont&#233; dans les faits en &#233;lisant un conseil, dont chaque membre soit r&#233;vocable&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; chaque instant, et qui soit charg&#233; d'appliquer les d&#233;cisions prises par l'assembl&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
(Voir III 27 &#224; 39).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22. &lt;i&gt;Vous arrive-t-il d'en avoir assez de votre &#233;pouse, de votre &#233;poux, de vos parents, de vos&lt;br class='autobr' /&gt;
enfants, des corv&#233;es m&#233;nag&#232;res, des obligations familiales ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; La famille est la plus petite unit&#233; d'oppression sociale, l'&#233;cole du mensonge,&lt;br class='autobr' /&gt;
l'apprentissage du r&#244;le, le conditionnement &#224; la soumission, le chemin du refoulement, la&lt;br class='autobr' /&gt;
destruction syst&#233;matique de la cr&#233;ativit&#233; de l'enfance, le lieu commun de la b&#234;tise, du ressentiment,&lt;br class='autobr' /&gt;
de la r&#233;volte t&#233;l&#233;guid&#233;e.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; L'autorit&#233; familiale n'a cess&#233; de d&#233;cro&#238;tre et d'&#234;tre contest&#233;e &#224; mesure que le syst&#232;me&lt;br class='autobr' /&gt;
marchand diminue le pouvoir des hommes au profit de m&#233;canismes oppressifs o&#249; les&lt;br class='autobr' /&gt;
gens de pouvoir ne sont que des rouages. Le syst&#232;me marchand conserve ainsi la famille en&lt;br class='autobr' /&gt;
la vidant de ses significations anciennes presque humaines ; elle n'en devient que plus insupportable.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; La famille est le lieu o&#249; toutes les humiliations d'avoir &#233;t&#233; trait&#233;s en objets dans&lt;br class='autobr' /&gt;
la soci&#233;t&#233; de survie donnent le droit d'humilier et de transformer en objets ceux qui en font partie.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; L'&#233;mancipation des femmes est ins&#233;parable de l'&#233;mancipation des enfants et de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'&#233;mancipation des hommes. L'abolition de la famille est ins&#233;parable de la liquidation du&lt;br class='autobr' /&gt;
syst&#232;me spectaculaire-marchand. Toute revendication s&#233;par&#233;e de l'ensemble (Mouvement&lt;br class='autobr' /&gt;
de lib&#233;ration de la femme, Mouvement de lib&#233;ration de l'enfant, Front homosexuel d'action&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;volutionnaire...) n'est que r&#233;formisme et ne fait qu'entretenir l'oppression.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;e)&lt;/i&gt; L'imp&#233;rialisme marchand, qui d&#233;truit la famille traditionnelle, fait de la famille&lt;br class='autobr' /&gt;
le lieu de passivit&#233; et de soumission au syst&#232;me (et de sa contestation qui nourrit les querelles&lt;br class='autobr' /&gt;
de d&#233;tail).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous luttez d&#233;j&#224;, consciemment ou non, pour une soci&#233;t&#233; o&#249; chacun dispose&lt;br class='autobr' /&gt;
librement de lui-m&#234;me sans d&#233;pendre de qui que ce soit, sans &#234;tre soumis &#224; un syst&#232;me&lt;br class='autobr' /&gt;
oppressif, ne se posant que des probl&#232;mes d'harmonisation de ses d&#233;sirs. Une soci&#233;t&#233; qui se&lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;occupe prioritairement de la suppression des corv&#233;es domestiques et qui laisse l9&#233;ducation&lt;br class='autobr' /&gt;
des enfants aux volontaires, &#224; commencer par les enfants eux-m&#234;mes. (Voir III 35, 38,&lt;br class='autobr' /&gt;
44, 76, 83, 89, 90).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23. &lt;i&gt;Avez-vous souvent l'impression d'&#234;tre dans un monde &#224; l'envers, o&#249; les gens font le&lt;br class='autobr' /&gt;
contraire de ce qu'ils d&#233;sirent, passent le temps &#224; se d&#233;truire et &#224; r&#233;v&#233;rer ce qui les d&#233;truit,&lt;br class='autobr' /&gt;
ob&#233;issent &#224; des abstractions et y sacrifient leur vie r&#233;elle ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Le travail ali&#233;n&#233; est la base de toutes les ali&#233;nations. Il est &#224; l'origine historique&lt;br class='autobr' /&gt;
de la division sociale en ma&#238;tres et esclaves, et de toutes les s&#233;parations qui en d&#233;coulent&lt;br class='autobr' /&gt;
(religion, culture, &#233;conomie, politique), de tout ce qui d&#233;truit l'homme en prenant un visage&lt;br class='autobr' /&gt;
humain.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Ce sont les produits, les relations sociales, les images et repr&#233;sentations cr&#233;&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt;
par les producteurs, dans des conditions telles que ceux-ci en sont d&#233;poss&#233;d&#233;s et les voient&lt;br class='autobr' /&gt;
se retourner contre eux, qui masquent leur hostilit&#233; et leur inhumanit&#233; sous des apparences&lt;br class='autobr' /&gt;
inverses de ce qu'ils sont r&#233;ellement (le ma&#238;tre se dit le serviteur des esclaves, les exploiteurs&lt;br class='autobr' /&gt;
du prol&#233;tariat se pr&#233;tendent au service du peuple, les images du v&#233;cu se donnent pour&lt;br class='autobr' /&gt;
la seule r&#233;alit&#233; authentique, etc.).&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; La diff&#233;rence de plus en plus sensible et de plus en plus insupportable entre les&lt;br class='autobr' /&gt;
mis&#232;res quotidiennes de la survie, les repr&#233;sentations mensong&#232;res qui nous en sont propos&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt;
et l'aspiration commune &#224; tous de vivre une vraie vie montre chaque jour plus nettement&lt;br class='autobr' /&gt;
que la lutte est engag&#233;e entre le parti de la survie et de la d&#233;composition et le parti de&lt;br class='autobr' /&gt;
la vie et du d&#233;passement ; que la lutte finale pour la soci&#233;t&#233; sans classes, historiquement in&#233;vitable&lt;br class='autobr' /&gt;
aujourd'hui, dresse le prol&#233;tariat, qui en a assez de son esclavage et qui r&#233;clame l'autogestion&lt;br class='autobr' /&gt;
de tout et de tous, contre le syst&#232;me marchand et ses serviteurs, bourgeoisie et bureaucratie&lt;br class='autobr' /&gt;
toutes deux sous le m&#234;me casque protecteur de l'Etat.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; La recherche du bonheur est la recherche du v&#233;cu authentique, non falsifi&#233;, non&lt;br class='autobr' /&gt;
invers&#233;, non sacrifi&#233;. S'accepter tel que l'on est, dans sa sp&#233;cificit&#233; particuli&#232;re, est une&lt;br class='autobr' /&gt;
conqu&#234;te qui suppose la liquidation du syst&#232;me marchand et l'organisation collective harmonis&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
des passions individuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, nous en avons assez d'une existence domin&#233;e par le contraire de la recherche&lt;br class='autobr' /&gt;
du bonheur individuel ; domin&#233;e par des secteurs s&#233;par&#233;s (&#233;conomie, politique, culture&lt;br class='autobr' /&gt;
et tous les &#233;l&#233;ments du spectacle) qui absorbent toute notre &#233;nergie et nous emp&#234;chent de vivre. Nous luttons pour le renversement du monde invers&#233;, pour la r&#233;alisation des d&#233;sirs et&lt;br class='autobr' /&gt;
des passions dans des relations sociales d&#233;barrass&#233;es des imp&#233;ratifs de rentabilit&#233; et de pouvoirs&lt;br class='autobr' /&gt;
hi&#233;rarchis&#233;s. (Voir III 11 &#224; 18).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24. &lt;i&gt;Trouvez-vous ridicule et odieux de faire une distinction entre travailleur immigr&#233; et travailleur&lt;br class='autobr' /&gt;
autochtone ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Le vieux principe &#171; les prol&#233;taires n'ont pas de patrie &#187; reste parfaitement vrai,&lt;br class='autobr' /&gt;
et il faut le rappeler sans cesse devant toutes les conneries nationalistes et racistes.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; De m&#234;me, il faut rappeler sans cesse que l'&#233;mancipation du prol&#233;tariat est une t&#226;che&lt;br class='autobr' /&gt;
historique et internationale. Seule la pratique des ouvriers r&#233;volutionnaires dans le&lt;br class='autobr' /&gt;
monde entier cr&#233;era de fait l'internationale des conseils d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; La classe dirigeante et ses serviteurs font tout pour imposer une distinction entre&lt;br class='autobr' /&gt;
travailleurs immigr&#233;s et travailleurs autochtones. A ces derniers, qu'ils m&#233;prisent comme&lt;br class='autobr' /&gt;
des objets de rendements, ils font croire qu'il existe encore plus m&#233;pris&#233; qu'eux.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; La participation des immigr&#233;s aux luttes les plus dures est aussi une lutte contre&lt;br class='autobr' /&gt;
leur propre bourgeoisie, qui les vend dans la meilleure tradition de la traite des esclaves. En&lt;br class='autobr' /&gt;
ce sens aussi, ils forment avec tous les autres ouvriers r&#233;volutionnaires la base d'une v&#233;ritable&lt;br class='autobr' /&gt;
internationale de l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous luttez d&#233;j&#224;, consciemment ou non, pour une soci&#233;t&#233; o&#249; les diff&#233;rences,&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'elles soient de race, de sexe, d'&#226;ge, de caract&#232;re, de passions, de d&#233;sirs ne cr&#233;ent plus&lt;br class='autobr' /&gt;
de barri&#232;re mais au contraire servent &#224; l'harmonisation pour le plus grand accroissement de&lt;br class='autobr' /&gt;
plaisir et de bonheur de tous. Vous luttez pour la r&#233;alisation de l'autogestion individuelle et&lt;br class='autobr' /&gt;
collective sur des bases internationales, liquidant les pr&#233;jug&#233;s imb&#233;ciles des nationalismes,&lt;br class='autobr' /&gt;
des r&#233;gionalismes, des attachements g&#233;ographiques. (Voir III 19 &#224; 26).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25. &lt;i&gt;Eprouvez-vous le besoin de parler &#224; quelqu'un qui vous comprenne et agisse dans le&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me sens que vous (refus du travail, des contraintes, de la marchandise et de la v&#233;rit&#233; des&lt;br class='autobr' /&gt;
mensonges que constitue le spectacle) ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, vous avez compris que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; L'habitude de parler pour ne rien dire, de se perdre dans de faux probl&#232;mes, de&lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#234;ter l'oreille &#224; ceux qui parlent d'une fa&#231;on et agissent d'une autre, de se laisser aller &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
l'usure des conneries quotidiennes et du r&#233;p&#233;titif, est encore une fa&#231;on d'emp&#234;cher chacun&lt;br class='autobr' /&gt;
de reconna&#238;tre dans ses passions et ses souhaits de vie authentique (l'inverse des d&#233;sirs d'appropriation&lt;br class='autobr' /&gt;
priv&#233;e invent&#233;s par le commerce) ses v&#233;ritables int&#233;r&#234;ts.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Toute intervention qui n'aboutit pas &#224; des mesures pratiques est du bavardage,&lt;br class='autobr' /&gt;
une fa&#231;on de noyer le poisson. Toute mesure pratique qui n'aboutit pas &#224; l'am&#233;lioration de la&lt;br class='autobr' /&gt;
vie de chacun ne fait que renforcer son oppression ; et rien ne peut vraiment am&#233;liorer la vie&lt;br class='autobr' /&gt;
sans la destruction du syst&#232;me marchand.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Toute assembl&#233;e doit arriver rapidement &#224; une d&#233;cision ou &#234;tre sabot&#233;e.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; Pendant les gr&#232;ves ou avant, la discussion doit avoir pour but la v&#233;rit&#233; pratique :&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;pandre la conscience de la lutte entreprise et arriver &#224; des certitudes quant aux actions &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
entreprendre.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;e)&lt;/i&gt; Ce qui reste emprisonn&#233; dans le langage devient vite de l'id&#233;ologie, c'est-&#224;-dire&lt;br class='autobr' /&gt;
le mensonge, comme tout ce que racontent les membres des appareils bureaucratiques (partis, syndicats, groupes sp&#233;cialis&#233;s dans l'am&#233;lioration du b&#233;tail ouvrier).&lt;br&gt;
&lt;i&gt;f)&lt;/i&gt; Contre le langage dominant et faux, la meilleure garantie des assembl&#233;es de&lt;br class='autobr' /&gt;
gr&#232;ve est d'&#233;lire tr&#232;s vite un conseil de d&#233;l&#233;gu&#233;s seuls habilit&#233;s &#224; suivre les directives des&lt;br class='autobr' /&gt;
gr&#233;vistes, sous peine de destitution imm&#233;diate, et &#224; les traduire en actes sans perdre de&lt;br class='autobr' /&gt;
temps.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;g)&lt;/i&gt; Nous ne voulons plus ni beaux parleurs, ni orateurs faisant des effets de style&lt;br class='autobr' /&gt;
mais le langage des actes, des propositions concr&#232;tes et des plans d'action bien &#233;labor&#233;s par&lt;br class='autobr' /&gt;
nous-m&#234;mes. Il est temps que l'effort de perfection porte non plus sur les phrases mais sur&lt;br class='autobr' /&gt;
les actes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, vous luttez d&#233;j&#224;, consciemment ou non, pour une soci&#233;t&#233; o&#249; les mots ne&lt;br class='autobr' /&gt;
serviront plus &#224; dissimuler mais &#224; prolonger r&#233;ellement nos d&#233;sirs, &#224; &#234;tre les porte-paroles fid&#232;les de ce que nous voulons (voir III 40 &#224; 46).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;CHAPITRE II &lt;br&gt;
A B C D DE LA REVOLUTION&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A)&lt;/strong&gt; Le but du sabotage et du d&#233;tournement, pratiqu&#233;s individuellement ou collectivement,&lt;br class='autobr' /&gt;
est de d&#233;clencher la gr&#232;ve sauvage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B)&lt;/strong&gt; Toute gr&#232;ve sauvage doit devenir occupation d'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C)&lt;/strong&gt; Toute usine occup&#233;e doit &#234;tre d&#233;tourn&#233;e et mise imm&#233;diatement au service des&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D)&lt;/strong&gt; En &#233;lisant des d&#233;l&#233;gu&#233;s - r&#233;vocables &#224; chaque instant, charg&#233;s d'enregistrer ses&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;cisions et de les faire appliquer - l'assembl&#233;e des gr&#233;vistes jette les bases d'une organisation&lt;br class='autobr' /&gt;
sociale radicalement nouvelle : la soci&#233;t&#233; d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;i&gt;D&#232;s l'occupation des usines.&lt;/i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Toute assembl&#233;e de gr&#233;vistes doit devenir assembl&#233;e d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;br&gt;
Il lui suffit pour cela :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; D'&#233;lire des d&#233;l&#233;gu&#233;s, &#224; tout instant r&#233;vocables, mandat&#233;s pour donner &#224; ses d&#233;cisions&lt;br class='autobr' /&gt;
force d'application imm&#233;diate.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; D'assurer son autod&#233;fense.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; De s'&#233;tendre &#224; l'ensemble des r&#233;volutionnaires et d'organiser son expansion g&#233;ographique&lt;br class='autobr' /&gt;
selon la meilleure efficacit&#233; de d&#233;tournement possible (par exemple dans les r&#233;gions&lt;br class='autobr' /&gt;
qui poss&#232;dent &#224; la fois des ressources agricoles et des industries prioritaires).&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; De g&#233;n&#233;raliser l'autogestion en assurant, de fa&#231;on irr&#233;versible, le passage de la&lt;br class='autobr' /&gt;
survie &#224; la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Tout le pouvoir appartient &#224; l'assembl&#233;e, en ce qu'il est le pouvoir que chacun&lt;br class='autobr' /&gt;
veut exercer sur sa vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. La meilleure garantie contre tout autre pouvoir, n&#233;cessairement oppressif&lt;br class='autobr' /&gt;
(comme partis, syndicats, organisations hi&#233;rarchis&#233;es, groupuscules intellectuels et activistes,&lt;br class='autobr' /&gt;
tous embryons d'Etats), c'est la construction imm&#233;diate de conditions de vie radicalement&lt;br class='autobr' /&gt;
nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Seules les f&#233;d&#233;rations de d&#233;l&#233;gu&#233;s r&#233;unis en conseils peuvent dissoudre l'Etat en&lt;br class='autobr' /&gt;
le paralysant. Seule la coordination des luttes pour l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e peut liquider le&lt;br class='autobr' /&gt;
syst&#232;me marchand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Toute discussion, toute intervention doit aboutir &#224; une proposition pratique. Une&lt;br class='autobr' /&gt;
mesure prise par l'assembl&#233;e est imm&#233;diatement ex&#233;cutoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;i&gt;ORGANISER RAPIDEMENT L'AUTODEFENSE.&lt;/i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. L'autod&#233;fense est le premier droit de l'assembl&#233;e d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Armer&lt;br class='autobr' /&gt;
les masses, prot&#233;ger et &#233;tendre la conqu&#234;te du territoire en y cr&#233;ant les conditions d'un&lt;br class='autobr' /&gt;
mieux-vivre g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. La r&#233;volution ne se planifie pas et elle ne s improvise pas, mais elle se pr&#233;pare.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est donc indispensable que les assembl&#233;es disposent notamment des renseignements suivants :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Les zones d'approvisionnement : emplacement des d&#233;p&#244;ts, des stocks, des super-&lt;br class='autobr' /&gt;
march&#233;s, des r&#233;seaux de distribution. Emplacement des usines pr&#233;sum&#233;es prioritaires et&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'il conviendra d'automatiser au plus t&#244;t ; emplacement des usines pr&#233;sum&#233;es reconvertibles&lt;br class='autobr' /&gt;
et &#224; transformer ; emplacement des secteurs pr&#233;sum&#233;s parasitaires et &#224; supprimer. R&#233;partition&lt;br class='autobr' /&gt;
des zones agricoles.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Les zones ennemies emplacement des casernes, commissariats, arsenaux, d&#233;p&#244;ts&lt;br class='autobr' /&gt;
d'armes. Domicile et itin&#233;raire des chefs dont la neutralisation d&#233;sorganisera les forces&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;tatistes.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Les zones de communication et de liaison : emplacement des d&#233;p&#244;ts de camions,&lt;br class='autobr' /&gt;
bus, trains, avions, garages, d&#233;p&#244;ts d'essence... Emplacement des centres de t&#233;l&#233;communication : radios locales, imprimeries, t&#233;lex, offsets...&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; Les zones de survie : eau, &#233;lectricit&#233;, h&#244;pitaux, centres de soins, usines &#224; gaz...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. D&#232;s qu'une r&#233;gion est occup&#233;e par les r&#233;volutionnaires, elle doit &#234;tre d&#233;tourn&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
aussit&#244;t selon deux principes indiscutables : autod&#233;fense et distribution gratuite des biens de&lt;br class='autobr' /&gt;
production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. La meilleure fa&#231;on d'&#233;viter l'isolement, c'est l'attaque. Il faut donc :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Cr&#233;er, dans une perspective internationaliste, d'autres foyers d'occupations et de&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;tournements.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Renforcer et prot&#233;ger les liaisons entre les zones r&#233;volutionnaires.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Isoler l'ennemi et d&#233;truire ses liaisons, recourir &#224; des commandos d'intervention&lt;br class='autobr' /&gt;
rapide pour le harceler sur ses arri&#232;res et &#233;viter ses manoeuvres d'encerclement en le morcelant.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; D&#233;sorganiser la contre-r&#233;volution en mettant hors d'&#233;tat de nuire ses chefs principaux&lt;br class='autobr' /&gt;
et ses meilleurs strat&#232;ges.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;e)&lt;/i&gt; Se servir des imprimeries, des radios locales, des t&#233;l&#233;communications pour r&#233;pandre&lt;br class='autobr' /&gt;
la v&#233;rit&#233; sur le mouvement d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e et expliquer ce que nous voulons&lt;br class='autobr' /&gt;
et ce que nous pouvons. Faire en sorte que les masses, dans chaque quartier, dans chaque&lt;br class='autobr' /&gt;
ville et village, soient au courant de ce qui se passe dans le reste du pays. Coordonner&lt;br class='autobr' /&gt;
les combats de rues et coordonner les luttes des villes et des campagnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. On &#233;vitera les tactiques anciennes, passives et statiques, telles que barricades,&lt;br class='autobr' /&gt;
manifestations de masses, luttes de type estudiantin. Il importe au plus haut point d'inventer&lt;br class='autobr' /&gt;
et d'exp&#233;rimenter des tactiques nouvelles et inattendues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. Le succ&#232;s d'une gu&#233;rilla urbaine intervenant comme appui tactique aux usines&lt;br class='autobr' /&gt;
occup&#233;es r&#233;side dans la rapidit&#233; et l'efficacit&#233; de ses raids, d'o&#249; l'importance de petits commandos d'intervention r&#233;unissant ceux que les &#233;tatistes de toutes couleurs appellent d&#233;j&#224; les&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; voyous de quartier &#187; et les &#171; voyous d'usine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. Notre objectif est d'emp&#234;cher toute violence contre le mouvement d'autogestion&lt;br class='autobr' /&gt;
g&#233;n&#233;ralis&#233;e, non de le r&#233;pandre par la violence. Le d&#233;sarmement de l'ennemi nous importe&lt;br class='autobr' /&gt;
plus que sa liquidation physique. Plus notre action sera r&#233;solue et rapide, moins le&lt;br class='autobr' /&gt;
sang coulera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. Le ralliement d'une partie des gens initialement hostiles &#224; l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
est la pierre de touche qui permettra de juger de la r&#233;ussite des premi&#232;res mesures&lt;br class='autobr' /&gt;
adopt&#233;es et de leur excellence pour tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. N&#233;anmoins, il faut compter avec les conditionn&#233;s de la hi&#233;rarchie que les habitudes&lt;br class='autobr' /&gt;
d'esclaves, le m&#233;pris de soi, l'ancrage du refoulement et le go&#251;t du sacrifice poussent &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
leur propre destruction et &#224; la destruction de tous les progr&#232;s de la libert&#233; concr&#232;te. Voil&#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
pourquoi il est utile de neutraliser d&#232;s le d&#233;but de l'action insurrectionnelle les ennemis de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'int&#233;rieur (chefs syndicaux, hommes de parti, ouvri&#233;ristes, jaunes) et les ennemis de l'ext&#233;rieur&lt;br class='autobr' /&gt;
(patrons, cadres, flics, arm&#233;e).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. En cas d'isolement ou de d&#233;p&#233;rissement de l'insurrection, l'autod&#233;fense prescrit&lt;br class='autobr' /&gt;
d'analyser diff&#233;rentes formes de repli possibles. Ces formes varieront selon le degr&#233; de la&lt;br class='autobr' /&gt;
lutte engag&#233;e, la nature des fautes commises (par exemple l'incoh&#233;rence interne du mouvement),&lt;br class='autobr' /&gt;
la violence des moyens mis en oeuvre par l'ennemi, la r&#233;pression pr&#233;visible, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16. Nous n'avons pas &#224; craindre un &#233;chec mais &#224; tenter l'impossible et le possible&lt;br class='autobr' /&gt;
pour le pr&#233;voir, l'&#233;viter et parer &#224; la r&#233;pression. &#171; N'est pas un r&#233;volutionnaire mais un individu&lt;br class='autobr' /&gt;
qui ne s'est pas encore lib&#233;r&#233; de l'intellectualisme et qui objectivement se tourne vers la&lt;br class='autobr' /&gt;
contre-r&#233;volution celui qui n'admet la r&#233;volution prol&#233;tarienne que si elle s'accomplit facilement&lt;br class='autobr' /&gt;
et sans heurts, s'assure imm&#233;diatement le concours du prol&#233;tariat mondial et &#233;limine &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
l'avance l'&#233;ventualit&#233; des d&#233;faites. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17. Les massacreurs de la Commune de Paris et de Budapest nous ont appris que&lt;br class='autobr' /&gt;
la r&#233;pression est toujours impitoyable et que la paix des cimeti&#232;res est l'unique promesse&lt;br class='autobr' /&gt;
tenue par les forces de l'ordre &#233;tatique. A un stade de l'affrontement o&#249; la r&#233;pression n'&#233;pargnera&lt;br class='autobr' /&gt;
personne, n '&#233;pargnons aucun de ces l&#226;ches qui attendent notre d&#233;faite pour se transformer&lt;br class='autobr' /&gt;
en bourreaux. Br&#251;lons les quartiers r&#233;sidentiels, liquidons les otages, ruinons l'&#233;conomie&lt;br class='autobr' /&gt;
afin qu'il ne subsiste rien de ce qui nous a emp&#234;ch&#233;s d'&#234;tre tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18. Instruits de ce qui nous attend en cas d'&#233;chec et r&#233;solus, une fois notre victoire&lt;br class='autobr' /&gt;
assur&#233;e, &#224; ne pas tenir grief aux anciens ennemis, nous sommes pr&#234;ts &#224; employer toutes les&lt;br class='autobr' /&gt;
formes de dissuasion au cours de la lutte, et notamment la destruction des machines, des&lt;br class='autobr' /&gt;
stocks et des otages dans le but d'obtenir le retrait et le d&#233;sarmement des forces &#233;tatistes. A&lt;br class='autobr' /&gt;
un stade d'affrontement moins dur, il est utile de couper l'eau, le gaz, l'&#233;lectricit&#233;, le combustible&lt;br class='autobr' /&gt;
dans les quartiers bourgeois et de dirigeants, d'y d&#233;verser les ordures, de saboter les&lt;br class='autobr' /&gt;
ascenseurs des blocs r&#233;sidentiels, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19. La voix des masses ne se fait bien entendre que dans le fracas des armes. Les dons d'invention de chacun cr&#233;eront des armes insolites et efficaces &#224; l'usage des commandos&lt;br class='autobr' /&gt;
d'autod&#233;fense. Au bricolage succ&#233;dera le plus t&#244;t possible la reconversion des machines&lt;br class='autobr' /&gt;
qui se trouvent dans nos usines, selon un programme d'armement rapide d&#233;fini par les assembl&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt;
d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20. Parmi les armes d'intervention imm&#233;diate, il convient de pr&#233;voir les tuyaux&lt;br class='autobr' /&gt;
transform&#233;s en tubes lance-fus&#233;es (exp&#233;riment&#233;s au V&#233;n&#233;zuela vers les ann&#233;es 1960), les&lt;br class='autobr' /&gt;
fus&#233;es sol-air (exp&#233;riment&#233;es dans les clubs de jeunes scientifiques), les catapultes pour grenades&lt;br class='autobr' /&gt;
et cocktails molotov, les lance-flammes, les mortiers, les appareils &#224; ultra-sons, les&lt;br class='autobr' /&gt;
lasers... On &#233;tudiera aussi les diff&#233;rentes formes de blindage des camions et des bulldozers&lt;br class='autobr' /&gt;
reconvertis, les gilets pare-balles, les masques &#224; gaz, les produits neutralisant les effets des&lt;br class='autobr' /&gt;
incapacitants, l'emploi de L.S.D. dans l'eau des ennemis, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21. Etudier des armes anti-h&#233;licopt&#232;res : am&#233;lioration du canon &#224; gr&#234;le, fus&#233;es solair,&lt;br class='autobr' /&gt;
canons l&#233;gers t&#233;l&#233;guid&#233;s, lasers, tireurs d'&#233;lite, pieux emp&#234;chant l'atterrissage...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22. Pr&#233;parer la d&#233;fense contre les blind&#233;s : silos anti-tanks, fus&#233;es t&#233;l&#233;guid&#233;es,&lt;br class='autobr' /&gt;
blindicides, jets de napalm, mines...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23. Tenir les toits et les caves, cr&#233;er des passages d'un immeuble &#224; l'autre afin de&lt;br class='autobr' /&gt;
permettre le d&#233;placement rapide et prot&#233;g&#233; des commandos d'autod&#233;fense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24. Recourir &#224; la ruse et aux armes t&#233;l&#233;command&#233;es afin de s'exposer le moins&lt;br class='autobr' /&gt;
possible au danger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;i&gt;HATER LE PASSAGE DES CONDITIONS DE SURVIE AUX CONDITIONS DE VIE.&lt;/i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25. Nous l'emporterons &#224; coup s&#251;r si nous sommes capables de concr&#233;tiser pour&lt;br class='autobr' /&gt;
tous le passage de la survie &#224; la vie. Cela ne signifie pas que nous allons r&#233;ussir &#224; abattre le&lt;br class='autobr' /&gt;
syst&#232;me marchand d&#232;s le premier combat. Cela signifie seulement que les premi&#232;res mesures&lt;br class='autobr' /&gt;
adopt&#233;es et appliqu&#233;es par les assembl&#233;es d'autogestion doivent rendre doublement impossible&lt;br class='autobr' /&gt;
tout retour en arri&#232;re en d&#233;truisant les conditions anciennes et en cr&#233;ant de tels&lt;br class='autobr' /&gt;
avantages que personne n'accepte de s'en laisser d&#233;poss&#233;der.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26. Les premiers avantages de l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e porteront n&#233;cessairement&lt;br class='autobr' /&gt;
sur :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; La fin du syst&#232;me des &#233;changes et du salariat par la distribution gratuite des&lt;br class='autobr' /&gt;
biens n&#233;cessaires &#224; la vie de chacun.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; La fin du travail forc&#233; par le passage des forces productives sous le contr&#244;le&lt;br class='autobr' /&gt;
direct des assembl&#233;es d'autogestion, et par le libre essor de la cr&#233;ativit&#233; individuelle et collective.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; La fin de l'ennui, des refoulements, des contraintes par l'organisation de conditions&lt;br class='autobr' /&gt;
sociales passionnantes, par une autonomie qui permet &#224; chaque individu de se r&#233;aliser&lt;br class='autobr' /&gt;
en disposant de l'aide de tous, par la reconnaissance, l'&#233;mancipation, la multiplication et&lt;br class='autobr' /&gt;
l'harmonisation de passions jusqu'aujourd'hui appauvries, sacrifi&#233;es, engorg&#233;es, falsifi&#233;es et&lt;br class='autobr' /&gt;
souvent tourn&#233;es vers la destruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sorte que l'histoire enregistre, d&#233;finitivement et simultan&#233;ment, en n&#233;gatif l'an&#233;antissement&lt;br class='autobr' /&gt;
du syst&#232;me marchand et en positif la construction d'une soci&#233;t&#233; radicalement&lt;br class='autobr' /&gt;
nouvelle, d&#233;j&#224; pr&#233;sente au coeur de chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27. D&#232;s le d&#233;but du mouvement, il s'agit d'emp&#234;cher tout retour en arri&#232;re, de br&#251;ler&lt;br class='autobr' /&gt;
derri&#232;re nous les vaisseaux du vieux monde, en aidant &#224; la disparition des banques, des&lt;br class='autobr' /&gt;
prisons, des asiles, des tribunaux, des b&#226;timents administratifs, des casernes, des commissariats,&lt;br class='autobr' /&gt;
des &#233;glises, des symboles oppressifs. Ainsi que des dossiers, des fichiers, des&lt;br class='autobr' /&gt;
papiers d'identit&#233;, des traites et paiements &#224; temp&#233;rament, des feuilles d'imp&#244;t, des paperasseries&lt;br class='autobr' /&gt;
financi&#232;res et autres. Destruction des r&#233;serves d'or par l'eau r&#233;gale (m&#233;lange d'acide&lt;br class='autobr' /&gt;
nitrique et d'acide chlorhydrique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28. Autant que possible, d&#233;truire les structures de la marchandise plut&#244;t que les&lt;br class='autobr' /&gt;
personnes, et ne liquider que ceux qui esp&#232;rent nous ramener au r&#233;gime de l'exploitation, de&lt;br class='autobr' /&gt;
la servitude, du spectacle et de l'ennui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29. La fin de la marchandise signifie la promotion du DON sous toutes ses formes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les assembl&#233;es d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e organiseront donc la production et la distribution&lt;br class='autobr' /&gt;
des biens prioritaires. Elles enregistreront les offres de cr&#233;ation et de production d'une part,&lt;br class='autobr' /&gt;
les demandes individuelles d'autre part. Des tableaux tenus &#224; jour permettront &#224; chacun de&lt;br class='autobr' /&gt;
prendre connaissance des stocks disponibles, du nombre et de la r&#233;partition des demandes,&lt;br class='autobr' /&gt;
de la localisation et du mouvement des forces productives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30. Les usines seront reconverties et automatis&#233;es ou, dans le cas de secteurs parasitaires,&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;truites. Un peu partout, des ateliers de cr&#233;ation libre seront mis &#224; la disposition de&lt;br class='autobr' /&gt;
tous les talents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31. Les b&#226;timents parasitaires (bureaux, &#233;coles, casernes, &#233;glises...) seront, sur d&#233;cision&lt;br class='autobr' /&gt;
des assembl&#233;es d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e, d&#233;truits ou de pr&#233;f&#233;rence transform&#233;s en&lt;br class='autobr' /&gt;
greniers collectifs, entrep&#244;ts, logements de passage, labyrinthes et terrains de jeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;32. Transformer les super-march&#233;s et magasins &#224; grande surface en centres de distribution&lt;br class='autobr' /&gt;
gratuite, en examinant l'opportunit&#233; de multiplier par r&#233;gion les petits centres de&lt;br class='autobr' /&gt;
distribution (reconversion des petits magasins et des bistrots par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;33. Les besoins changent d&#232;s que dispara&#238;t la dictature marchande, qui n'a cess&#233; de&lt;br class='autobr' /&gt;
les falsifier. Ainsi, les voitures deviennent pour la plupart inutiles d&#232;s que l'espace et le&lt;br class='autobr' /&gt;
temps appartiennent &#224; tous et qu'il est possible de se d&#233;placer librement sans limitation horaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut donc non seulement pr&#233;voir l'apparition de demandes radicalement nouvelles,&lt;br class='autobr' /&gt;
de fantaisies individuelles, de passions insolites, mais aussi mettre tout en oeuvre pour les&lt;br class='autobr' /&gt;
satisfaire, de telle sorte que le seul obstacle &#224; leur r&#233;alisation soit dans le manque momentan&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
d'&#233;quipement mat&#233;riel et non dans l'organisation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;34. Le projet d'abolir la distinction entre villes et campagnes exige la d&#233;centralisation&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'habitat (droit de nomadisme, droit de b&#226;tir sa maison en territoire disponible), la&lt;br class='autobr' /&gt;
destruction des industries de nuisance et de pollution, la cr&#233;ation dans les villes de zones de&lt;br class='autobr' /&gt;
culture et d'&#233;levage (aux Champs-Elys&#233;es par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;35. Dans le moment insurrectionnel, toutes les professions ont l'occasion de se nier&lt;br class='autobr' /&gt;
comme travail forc&#233;. La petite &#233;tincelle passionnelle qui permettait de supporter la dure&lt;br class='autobr' /&gt;
ali&#233;nation du m&#233;tier exerc&#233; pour survivre, va embraser des vocations nouvelles et libres. Tel&lt;br class='autobr' /&gt;
qui aime enseigner donnera ses cours dans la rue ; tel qui aime cuisiner disposera de cuisines&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; banales &#187; install&#233;es partout et rivalisant en qualit&#233;. Ainsi chaque disposition cr&#233;ative&lt;br class='autobr' /&gt;
donnera naissance &#224; un artisanat libre et &#224; une profusion de raret&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;36. Chacun a le droit de faire conna&#238;tre ses critiques, ses revendications, ses opinions,&lt;br class='autobr' /&gt;
ses cr&#233;ations, ses d&#233;sirs, ses analyses, ses fantaisies, ses probl&#232;mes... afin que la plus&lt;br class='autobr' /&gt;
grande vari&#233;t&#233; puisse engendrer les meilleures chances de rencontre, d'accords, d'harmonisation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les imprimeries, t&#233;lex, offsets, radios, t&#233;l&#233;visions pass&#233;es aux mains des assembl&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt;
seront mises &#224; cette fin &#224; la disposition de chaque individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;37. Personne ne se battra sans r&#233;serve s'il n'apprend d'abord &#224; vivre sans temps&lt;br class='autobr' /&gt;
morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;i&gt;En cas de gr&#232;ve sauvage limit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TOUTE GREVE DOIT DEVENIR GREVE SAUVAGE.&lt;/i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;38. Le vrai sens d'une gr&#232;ve, c'est le refus du travail ali&#233;n&#233; et de la marchandise&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'il produit et qui le produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;39. Une gr&#232;ve ne prend son vrai sens qu'en devenant gr&#232;ve sauvage, c'est-&#224;-dire en&lt;br class='autobr' /&gt;
se d&#233;barrassant de ce qui entrave l'autonomie des ouvriers r&#233;volutionnaires : partis, syndicats,&lt;br class='autobr' /&gt;
patrons, chefs, bureaucrates, candidats bureaucrates, jaunes, travailleurs &#224; mentalit&#233; de&lt;br class='autobr' /&gt;
flic et d'esclave.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;40. Tous les pr&#233;textes sont bons pour d&#233;clencher une gr&#232;ve sauvage, car il n'y a&lt;br class='autobr' /&gt;
rien qui justifie l'abrutissement du travail forc&#233; et l'inhumanit&#233; du syst&#232;me marchand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;41. Les ouvriers r&#233;volutionnaires n'ont pas besoin d'agitateurs. C'est d'eux seuls&lt;br class='autobr' /&gt;
que part le mouvement d'agitation g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;42. Dans la gr&#232;ve sauvage, les gr&#233;vistes doivent exercer le pouvoir absolu, &#224; l'exclusion&lt;br class='autobr' /&gt;
de tout pouvoir ext&#233;rieur &#224; eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;43. La seule fa&#231;on de tenir en &#233;chec les organisations ext&#233;rieures - toutes r&#233;cup&#233;ratrices -, c'est d'accorder tout pouvoir &#224; l'assembl&#233;e des gr&#233;vistes et d'&#233;lire des d&#233;l&#233;gu&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
charg&#233;s de coordonner les d&#233;cisions et de les faire appliquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;44. Si limit&#233;e qu'elle soit, une gr&#232;ve sauvage doit tout mettre en oeuvre pour obtenir&lt;br class='autobr' /&gt;
le soutien du plus grand nombre. Par exemple en amor&#231;ant les habitudes de gratuit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
gr&#232;ve des caissi&#232;res de super-march&#233; permettant la distribution gratuite des biens expos&#233;s et&lt;br class='autobr' /&gt;
entrepos&#233;s ; distribution par les ouvriers des produits fabriqu&#233;s par eux ou sortis des stocks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;i&gt;TOUTE GREVE SAUVAGE DOIT DEVENIR OCCUPATION D'USINE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TOUTE OCCUPATION D'USINE DOIT ABOUTIR A SON DETOURNEMENT IMMEDIAT.&lt;/i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;45. L'occupation d'usine traduit la volont&#233; des ouvriers r&#233;volutionnaires d'&#234;tre les&lt;br class='autobr' /&gt;
ma&#238;tres de l'espace et du temps occup&#233;s jusqu'&#224; pr&#233;sent par la marchandise. S'ils ne d&#233;tournent&lt;br class='autobr' /&gt;
pas l'usine &#224; leur profit, cela signifie qu'ils renoncent &#224; la cr&#233;ativit&#233; qu'ils veulent exercer&lt;br class='autobr' /&gt;
et &#224; leurs droits les plus indiscutables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;46. Une usine occup&#233;e et non d&#233;tourn&#233;e apporte au spectacle de l'impuissance &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
briser le syst&#232;me marchand l'argument d&#233;cisif dont ont toujours besoin les appareils bureaucratiques,&lt;br class='autobr' /&gt;
les manipulateurs id&#233;ologiques et tous ceux qui oublient que la richesse des possibilit&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
techniques, aujourd'hui &#224; notre port&#233;e, rend ridicule l'accusation d'utopie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;47. Une usine occup&#233;e doit &#234;tre aussit&#244;t d&#233;tourn&#233;e au profit de l'autod&#233;fense (fabrication&lt;br class='autobr' /&gt;
d'armes et de blindages) et de la distribution gratuite de tout ce qui peut s'y fabriquer&lt;br class='autobr' /&gt;
d'utile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;48. Pour sortir de l'isolement, les r&#233;volutionnaires ne peuvent compter que sur leur&lt;br class='autobr' /&gt;
cr&#233;ativit&#233;. Il importe notamment de :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Pr&#233;voir les formes d'appui tactique des autres travailleurs hors usines : par&lt;br class='autobr' /&gt;
exemple, les imprimeurs peuvent intervenir dans les journaux qu'ils impriment pour donner&lt;br class='autobr' /&gt;
des informations exactes et diffuser le programme des ouvriers en gr&#232;ve ; les lyc&#233;ens et lyc&#233;ennes&lt;br class='autobr' /&gt;
peuvent s'emparer des &#233;coles, former des cha&#238;nes de liaison avec le reste du pays,&lt;br class='autobr' /&gt;
attaquer les forces de l'ordre &#224; revers ; les habitants d'une r&#233;gion peuvent neutraliser les forces&lt;br class='autobr' /&gt;
de r&#233;pression et former avec les ouvriers en gr&#232;ve des assembl&#233;es d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt; ; les soldats peuvent s'emparer des casernes et prendre leurs chefs en otages ; les avocats&lt;br class='autobr' /&gt;
peuvent prendre les juges en otages et les livrer aux gr&#233;vistes... Dans le moment r&#233;volutionnaire,&lt;br class='autobr' /&gt;
il n'est aucune fonction qui ne puisse se d&#233;truire en se tournant vers la subversion.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Internationaliser le conflit, r&#233;pandre les gr&#232;ves sauvages entre divisions d'un&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me, complexe industriel &#233;loign&#233;es g&#233;ographiquement, entre firmes connexes ou compl&#233;mentaires&lt;br class='autobr' /&gt;
d'un pays &#224; l'autre, entre une usine et ses sources d'approvisionnement. Non seulement&lt;br class='autobr' /&gt;
le d&#233;tournement d'une r&#233;gion &#233;conomiquement viable se moque des fronti&#232;res, des&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;gionalismes, du nationalisme, mais il est la base sur laquelle se construira non plus une&lt;br class='autobr' /&gt;
internationale politique mais au contraire une internationale de la pratique r&#233;volutionnaire.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Donner sa pleine coh&#233;rence &#224; la gu&#233;rilla d'autod&#233;fense ; ne lancer de raids de&lt;br class='autobr' /&gt;
commandos contre les casernes, les arsenaux, la radio que pour appuyer et d&#233;velopper le&lt;br class='autobr' /&gt;
mouvement ouvrier r&#233;volutionnaire, et non s&#233;par&#233;ment comme c'est le cas dans le terrorisme,&lt;br class='autobr' /&gt;
le blanquisme ou l'activisme gauchiste ; ne recourir, si c'est utile, &#224; des attentats&lt;br class='autobr' /&gt;
que d'une fa&#231;on s&#233;lective (chefs contre-r&#233;volutionnaires &#224; mettre hors d'&#233;tat de nuire, nids&lt;br class='autobr' /&gt;
de flics &#224; neutraliser...) et jamais de fa&#231;on aveugle (bombes dans les gares, les banques, les&lt;br class='autobr' /&gt;
lieux publics).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;49. Aux otages vivants tels que patrons, ministres, &#233;v&#234;ques, banquiers, g&#233;n&#233;raux,&lt;br class='autobr' /&gt;
hauts fonctionnaires, pr&#233;fets, chefs policiers, il faut pr&#233;f&#233;rer des otages mat&#233;riels : stocks,&lt;br class='autobr' /&gt;
prototypes, r&#233;serves d'or et d'argent, machines tr&#232;s co&#251;teuses, appareillage &#233;lectronique, hauts fourneaux, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;50. Il faut savoir accorder les moyens de pression et de dissuasion et la nature des&lt;br class='autobr' /&gt;
revendications. Par exemple, il est absurde, comme l'ont fait les ouvriers des &#233;tablissements&lt;br class='autobr' /&gt;
Sal&#233;e &#224; Li&#232;ge (septembre 1973), de menacer de faire sauter l'usine pour obtenir une entrevue&lt;br class='autobr' /&gt;
avec des parlementaires. Les recours &#224; des moyens extr&#234;mes doivent aboutir &#224; des mesures&lt;br class='autobr' /&gt;
radicales (par exemple &#224; la liquidation de l'ennemi &#233;tatiste, au d&#233;sarmement des forces&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;pressives, &#224; l'&#233;vacuation d'une ville ou d'une r&#233;gion par les flics et l'arm&#233;e).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;51. Ne prendre de risques que lorsque le r&#233;sultat en vaut la peine. Si l'isolement&lt;br class='autobr' /&gt;
menace, mieux vaut abandonner mais en pr&#233;voyant de nouvelles tentatives, en &#233;vitant la&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;pression et en tournant &#224; l'avantage des r&#233;volutionnaires chaque repli momentan&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;52. En cas de menace r&#233;pressive, envisager la destruction des lieux et des otages.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui ne peut &#234;tre d&#233;tourn&#233; au profit de tous peut &#234;tre d&#233;truit ; en cas de victoire, nous reconstruirons,&lt;br class='autobr' /&gt;
en cas de d&#233;faite, nous pr&#233;cipiterons la ruine de la marchandise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;53. Il faut renoncer une fois pour toutes aux manifestations de masse et aux affrontements&lt;br class='autobr' /&gt;
de type estudiantin (pav&#233;s, b&#226;ton, barricades). Pour prot&#233;ger la marchandise, les&lt;br class='autobr' /&gt;
flics n'h&#233;sitent pas &#224; tirer. Les commandos d'intervention doivent tr&#232;s vite aboutir au d&#233;sarmement&lt;br class='autobr' /&gt;
et &#224; la neutralisation des &#233;tatistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;54. Ne jamais faire confiance aux &#233;tatistes, n'accepter aucune tr&#234;ve, &#233;tendre le&lt;br class='autobr' /&gt;
mouvement aussi rapidement que possible, et ne pas oublier la f&#233;rocit&#233; des r&#233;pressions&lt;br class='autobr' /&gt;
bourgeoises et bureaucratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;i&gt;Avant la vague de gr&#232;ves sauvages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'EXERCICE INDIVIDUEL DU SABOTAGE ET DU DETOURNEMENT EST EFFICACE&lt;br class='autobr' /&gt;
QUAND IL ABOUTIT AU DECLENCHEMENT DE LA GR&#200;VE SAUVAGE.&lt;/i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;55. Chaque ouvrier a le droit de d&#233;tourner &#224; son usage les produits et les techniques&lt;br class='autobr' /&gt;
employ&#233;s jusqu'&#224; ce jour contre lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;56. Chaque ouvrier a le droit de saboter tout ce qui sert &#224; le d&#233;truire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;57. Le sabotage et le d&#233;tournement sont les gestes spontan&#233;s les plus r&#233;pandus en&lt;br class='autobr' /&gt;
milieu ouvrier. Il suffit d'en r&#233;pandre partout la bonne conscience et d'en redire l'utilit&#233; pour&lt;br class='autobr' /&gt;
les multiplier, les perfectionner et leur donner plus de coh&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;58. En 1972, un rapport pr&#233;sent&#233; par des fonctionnaires du Commissariat pour la&lt;br class='autobr' /&gt;
protection de l'Etat et pour le respect de la constitution, et par des responsables de la s&#233;curit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
dans l'industrie en R&#233;publique F&#233;d&#233;rale Allemande a relev&#233; les actes de sabotage &#233;conomiques&lt;br class='autobr' /&gt;
suivants :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Dans une fabrique de pneus, les solutions intervenant dans la fabrication de ceuxci&lt;br class='autobr' /&gt;
ont &#233;t&#233; plus d'une fois souill&#233;es par diff&#233;rents moyens.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Dans les environs d'une aci&#233;rie, deux hommes ont coup&#233; les vannes d'arriv&#233;e de&lt;br class='autobr' /&gt;
gaz, provoquant le refroidissement d'un haut-fourneau et, par l&#224;, des pertes &#224; la production&lt;br class='autobr' /&gt;
s'&#233;levant &#224; plusieurs millions de marks.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une firme fabriquant des tubes de t&#233;l&#233;vision devait faire face &#224; de nombreuses&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;clamations et se rendit compte que le verre avait &#233;t&#233; sali par l'addition de produits chimiques.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une cave contenant des machines de grande valeur a &#233;t&#233; inond&#233;e suite &#224; la section&lt;br class='autobr' /&gt;
d'une conduite d'eau.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Des inconnus ont vol&#233; des cartes perfor&#233;es dans un d&#233;p&#244;t organis&#233; par ordinateurs,&lt;br class='autobr' /&gt;
stoppant ainsi tout travail pendant quatre jours.&lt;br&gt;
Ces exemples, publi&#233;s par une revue allemande, donnent une id&#233;e de la cr&#233;ativit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
individuelle appliqu&#233;e au sabotage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;59. Le sabotage est plus passionnant que le bricolage, le jardinage ou le tierc&#233;. Soigneusement&lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;par&#233;, il risque d'arriver &#224; point pour d&#233;clencher la gr&#232;ve sauvage, l'occupation,&lt;br class='autobr' /&gt;
le d&#233;tournement de l'usine au profit de tous, et il amorce ainsi le contr&#244;le de chacun sur&lt;br class='autobr' /&gt;
sa propre vie quotidienne. Vieille tradition ouvri&#232;re, il permet, ici, de se d&#233;tendre les nerfs&lt;br class='autobr' /&gt;
en assouvissant une petite vengeance, et l&#224;, de gagner un peu de repos en attendant les r&#233;parations.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'aujourd'hui, il a rarement d&#233;pass&#233; le stade du bricolage. Tout le monde sait&lt;br class='autobr' /&gt;
que :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un marteau ou une barre de fer suffisent pour d&#233;truire un ordinateur, un prototype,&lt;br class='autobr' /&gt;
du mat&#233;riel de pr&#233;cision, les pointeuses, les robots qui contr&#244;lent et imposent le&lt;br class='autobr' /&gt;
rythme de production.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une source de chaleur approch&#233;e du d&#233;clencheur lib&#232;re l'eau des pommes d'arrosage&lt;br class='autobr' /&gt;
fix&#233;es dans le plafond des grands magasins et des zones de stockage.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un peu de limaille de fer dans le carburateur, de sucre dans le r&#233;servoir d'essence,&lt;br class='autobr' /&gt;
de sulforicinate d'ammoniaque dans le carter met hors d'usage la voiture d'un flic,&lt;br class='autobr' /&gt;
d'un patron, d'un jaune, d'un chef syndical.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La diffusion des num&#233;ros de t&#233;l&#233;phone des &#233;tatistes et du num&#233;ro min&#233;ralogique&lt;br class='autobr' /&gt;
de leur voiture peut servir d'arme de dissuasion et de d&#233;moralisation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais nous commen&#231;ons vraiment &#224; sortir de l'&#232;re du bricolage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;60. Plus le syst&#232;me marchand se complique, plus les moyens simples suffisent &#224; le&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;truire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;61. Le terrorisme est la r&#233;cup&#233;ration du sabotage, son id&#233;ologie, son image s&#233;par&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Autant il est utile, d&#232;s le d&#233;but des gr&#232;ves sauvages, de d&#233;truire les caisses enregistreuses&lt;br class='autobr' /&gt;
des super-march&#233;s, de donner l'argent des caisses au personnel en gr&#232;ve, d'organiser&lt;br class='autobr' /&gt;
une distribution sauvage des produits et d'expliquer ce que sera l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e,&lt;br class='autobr' /&gt;
autant il est absurde de d&#233;clencher la m&#234;me op&#233;ration sans liaison avec le mouvement de&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;tournement des usines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;62. La positivit&#233; du sabotage, c'est qu'habitu&#233;s &#224; conna&#238;tre mieux que les patrons&lt;br class='autobr' /&gt;
les fautes commises dans la production par suite de la course au profit, les ouvriers sont tout&lt;br class='autobr' /&gt;
aussi capables de les aggraver que de les corriger lorsqu'il s'agit de d&#233;tourner l'usine &#224; leur&lt;br class='autobr' /&gt;
profit. L'exp&#233;rience de Lip - initialement r&#233;cup&#233;r&#233;e parce qu'elle n'a pas r&#233;ussi &#224; rompre radicalement&lt;br class='autobr' /&gt;
avec le syst&#232;me marchand - a du moins soulign&#233; l'&#233;vidence que les ouvriers sont seuls arm&#233;s pour changer d&#233;finitivement le monde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les ouvriers de Lip ont montr&#233; jusqu'o&#249; ils n'ont pas r&#233;ussi &#224; aller assez (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans l'&#233;tat actuel des forces productives,&lt;br class='autobr' /&gt;
nous pouvons tout, et rien ne peut s'opposer durablement &#224; ce que nous en prenions&lt;br class='autobr' /&gt;
tous conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;63. Soumis &#224; toutes les ali&#233;nations, les ouvriers ont sur le reste du prol&#233;tariat&lt;br class='autobr' /&gt;
l'avantage de tenir entre leurs mains la cause de toutes les ali&#233;nations : le processus marchand.&lt;br class='autobr' /&gt;
Parce qu'ils n'ont que le pouvoir de d&#233;truire la totalit&#233; de ce qui les d&#233;truit, ils d&#233;tiennent&lt;br class='autobr' /&gt;
aussi la solution globale aux probl&#232;mes d'harmonisation, du d&#233;tournement de l'&#233;conomie&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; l'organisation de nouveaux rapports humains, fond&#233;s sur la gratuit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;64. Le sabotage est par excellence l'anti-travail, l'anti-militantisme, l'anti-sacrifice.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chacun le pr&#233;pare en recherchant &#224; la fois son propre plaisir, l'int&#233;r&#234;t de tous, un risque calcul&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
la facilit&#233; d'ex&#233;cution, l'occasion favorable. Il habitue &#224; l'autonomie et &#224; la cr&#233;ativit&#233;, et&lt;br class='autobr' /&gt;
sert de base r&#233;elle aux relations que les r&#233;volutionnaires souhaitent &#233;tablir entre eux. Il est le&lt;br class='autobr' /&gt;
jeu subversif o&#249; se brise la r&#233;cup&#233;ration bureaucratique. Voil&#224; une description de ce qui s'est&lt;br class='autobr' /&gt;
pass&#233; en 1963 dans une usine automobile proche de D&#233;troit :&lt;br&gt;
&#171; On commen&#231;a &#224; voir dans certaines parties de l'usine des actes de sabotage organis&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au d&#233;but, c'&#233;taient des fautes d'assemblage ou m&#234;me des omissions de pi&#232;ces &#224; une&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;chelle bien plus grande que la normale, Si bien que de nombreux moteurs &#233;taient rejet&#233;s &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
la premi&#232;re inspection. L'organisation de l'action entra&#238;na diff&#233;rents accords entre les v&#233;rificateurs&lt;br class='autobr' /&gt;
et quelques ateliers d'assemblage, avec des sentiments et des motivations m&#233;lang&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
chez les ouvriers concern&#233;s - certains d&#233;termin&#233;s, d'autres cherchant une sorte de vengeance,&lt;br class='autobr' /&gt;
d'autres encore participant seulement pour se marrer. Toujours est-il que le mouvement&lt;br class='autobr' /&gt;
se d&#233;veloppa rapidement dans une ambiance tr&#232;s enthousiaste...&lt;br&gt;
&#171; A la v&#233;rification et aux essais, au cas o&#249; le moteur aurait pass&#233; la cha&#238;ne sans&lt;br class='autobr' /&gt;
que des d&#233;fauts de fabrication s'y glissent, un bon coup de clef &#224; molette sur le filtre &#224; huile,&lt;br class='autobr' /&gt;
sur une couverture de bielle ou sur le distributeur, arrangeait toujours les choses. Parfois&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me les moteurs &#233;taient simplement rejet&#233;s parce qu'ils ne tournaient pas assez silencieusement...&lt;br&gt;
&#171; Les projets con&#231;us lors de ces r&#233;unions innombrables conduisirent finalement au&lt;br class='autobr' /&gt;
sabotage &#224; l'&#233;chelle de toute l'usine des moteurs V-8. Comme les six cylindres, les V-8&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;taient assembl&#233;s de fa&#231;on d&#233;fectueuse ou endommag&#233;s en cours de route pour qu'ils soient&lt;br class='autobr' /&gt;
rejet&#233;s. En plus de cela, les v&#233;rificateurs, &#224; l'essai, se mirent d'accord pour rejeter quelque&lt;br class='autobr' /&gt;
chose comme trois moteurs sur quatre ou cinq qu'ils testaient...&lt;br&gt;
&#171; Sans aucun aveu de sabotage de la part des gars, le chef fut forc&#233; de se lancer&lt;br class='autobr' /&gt;
dans un expos&#233; tortueux, qui lui troubla m&#234;me un peu les sens, en essayant d'expliquer aux&lt;br class='autobr' /&gt;
gars qu'ils ne devaient pas rejeter des moteurs qui &#233;taient de toute &#233;vidence de tr&#232;s mauvaise&lt;br class='autobr' /&gt;
qualit&#233;, mais sans pouvoir leur dire carr&#233;ment. Toutes ces tentatives furent vaines car les gars y all&#232;rent au toupet : ils lui affirm&#232;rent sans rel&#226;che que leurs int&#233;r&#234;ts et ceux de la&lt;br class='autobr' /&gt;
compagnie ne faisant qu'un, c'&#233;tait leur devoir d'assurer la fabrication de produits de premi&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
qualit&#233;...&lt;br&gt;
&#171; Un programme de sabotage rotatif au niveau de toute l'usine fut &#233;labor&#233; pendant&lt;br class='autobr' /&gt;
l'&#233;t&#233; pour gagner du temps libre. Lors d'une r&#233;union, les ouvriers prirent des num&#233;ros de 1 &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
50 ou plus. Il y eut des r&#233;unions similaires dans d'autres parties de l'usine. Chaque ouvrier&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;tait responsable d'une certaine p&#233;riode d'environ 20 minutes pendant les deux semaines &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
suivre, et lorsque sa p&#233;riode arrivait, il faisait quelque chose pour saboter la production dans&lt;br class='autobr' /&gt;
son atelier, si possible quelque chose d'assez grave pour arr&#234;ter toute la cha&#238;ne. D&#232;s que le&lt;br class='autobr' /&gt;
chef envoyait une &#233;quipe pour r&#233;parer la &#171; faute &#187;, la m&#234;me chose recommen&#231;ait dans un&lt;br class='autobr' /&gt;
autre endroit-cl&#233;. De cette mani&#232;re l'usine enti&#232;re se reposait entre 5 et 20 minutes par heure&lt;br class='autobr' /&gt;
pendant un bon nombre de semaines, &#224; cause soit d'un arr&#234;t de la cha&#238;ne, soit de l'absence de&lt;br class='autobr' /&gt;
moteurs sur la dite cha&#238;ne. Les techniques m&#234;mes employ&#233;es pour le sabotage sont tr&#232;s&lt;br class='autobr' /&gt;
nombreuses et vari&#233;es, et j'ignore celles qui furent employ&#233;es dans la plupart des ateliers.&lt;br&gt;
&#171; Ce qui est remarquable dans tout cela, c'est le niveau de coop&#233;ration et d'organisation&lt;br class='autobr' /&gt;
des ouvriers &#224; l'int&#233;rieur d'un m&#234;me atelier et aussi entre les diff&#233;rents ateliers. Tout&lt;br class='autobr' /&gt;
en &#233;tant une r&#233;action au besoin d'action commune, cette organisation est aussi un moyen de&lt;br class='autobr' /&gt;
faire fonctionner le sabotage, de faire des collectes, ou m&#234;me d'organiser des jeux et des&lt;br class='autobr' /&gt;
comp&#233;titions qui servent &#224; transformer la journ&#233;e de travail en une activit&#233; plaisante. Ce fut&lt;br class='autobr' /&gt;
ce qui se produisit &#224; l'atelier d'essai des moteurs...&lt;br&gt;
&#171; Les contr&#244;leurs, au banc d'essai des moteurs, organis&#232;rent un concours avec les&lt;br class='autobr' /&gt;
bielles qui n&#233;cessitait que des vigies soient post&#233;es aux entr&#233;es de l'atelier et que des accords&lt;br class='autobr' /&gt;
soient conclus avec les ouvriers de la cha&#238;ne de montage des moteurs, par exemple&lt;br class='autobr' /&gt;
pour qu'ils ne fixent pas enti&#232;rement les bielles de certains moteurs pris au hasard. Quand&lt;br class='autobr' /&gt;
un v&#233;rificateur sentait des vibrations douteuses, il criait &#224; tous de d&#233;gager l'atelier et les ouvriers&lt;br class='autobr' /&gt;
abandonnaient aussit&#244;t leur travail pour se mettre &#224; l'abri derri&#232;re les caisses et les&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;tag&#232;res. Ensuite, il lan&#231;ait le moteur &#224; 4 ou 5 000 tours minute. Celui-ci faisait toutes sortes&lt;br class='autobr' /&gt;
de bruits et de coups de ferraille pour finalement s'arr&#234;ter ; dans un grand claquement sec, la&lt;br class='autobr' /&gt;
bielle baladeuse crevant le carter &#233;tait projet&#233;e d'un seul coup &#224; l'autre bout de l'atelier. Les&lt;br class='autobr' /&gt;
gars sortaient alors de leurs abris en poussant des hourrahs et on marquait &#224; la craie sur le&lt;br class='autobr' /&gt;
mur un autre point pour ce v&#233;rificateur. Cette comp&#233;tition-l&#224; se prolongea pendant plusieurs&lt;br class='autobr' /&gt;
mois, entra&#238;nant l'&#233;clatement de plus de 150 moteurs. Et les paris allaient bon train.&lt;br&gt;
&#171; Dans un autre cas tout commen&#231;a par deux gars qui s'arrosaient par un jour de&lt;br class='autobr' /&gt;
chaleur avec les jets d'eau utilis&#233;s dans l'atelier d'essai. Cela se d&#233;veloppa en une bataille&lt;br class='autobr' /&gt;
rang&#233;e de jets d'eau dans tout l'atelier qui dura plusieurs jours. La plupart des moteurs&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;taient soit ignor&#233;s, soit simplement approuv&#233;s en vitesse pour que les gars soient libres&lt;br class='autobr' /&gt;
pour la bataille, et dans de nombreux cas les moteurs &#233;taient d&#233;truits ou endommag&#233;s pour&lt;br class='autobr' /&gt;
s'en d&#233;barrasser rapidement. Il y avait en g&#233;n&#233;ral 10 ou 15 jets d'eau en action dans ta bataille,&lt;br class='autobr' /&gt;
tous avec une pression d'eau comparable &#224; celle d'une lance &#224; incendie. Des jets d'eau&lt;br class='autobr' /&gt;
giclaient de partout, les gars fiaient, criaient et couraient dans tous les sens : dans cette atmosph&#232;re,&lt;br class='autobr' /&gt;
il y en avait bien peu qui &#233;taient d'humeur &#224; faire leur travail. L'atelier &#233;tait r&#233;guli&#232;rement&lt;br class='autobr' /&gt;
inond&#233; jusqu'au plafond et tous les gars compl&#232;tement tremp&#233;s. Bient&#244;t, ils apport&#232;rent&lt;br class='autobr' /&gt;
toutes sortes de pistolets &#224; eau, tuyaux d'arrosage et seaux, et le jeu prit des proportions&lt;br class='autobr' /&gt;
d'une foire &#233;norme pendant les heures. Un gars se promenait avec le bonnet de bain de&lt;br class='autobr' /&gt;
sa femme sur la t&#234;te, au grand amusement du reste de l'usine qui n'&#233;tait pas au courant de ce&lt;br class='autobr' /&gt;
qui se passait dans l'atelier des essais... &#187; (&#171; Lordstown 72 &#187;, brochure publi&#233;e par 4 millions&lt;br class='autobr' /&gt;
de Jeunes Travailleurs B. P. 8806, 75261 Paris Cedex 06).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;65. Le probl&#232;me de l'organisation est un probl&#232;me abstrait s'il ne r&#233;pond &#224; la question&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; qui organise et pourquoi ? &#187;. Les organisations constitu&#233;es en dehors des ouvriers ont&lt;br class='autobr' /&gt;
abouti, dans le meilleur des cas, &#224; l'impuissance pratique, et la plupart du temps au renouvellement&lt;br class='autobr' /&gt;
des appareils bureaucratiques. Les organisations constitu&#233;es au nom des ouvriers&lt;br class='autobr' /&gt;
ont, dans le meilleur des cas, cr&#233;&#233; des conditions de bureaucratisation, et la plupart du temps&lt;br class='autobr' /&gt;
sont devenues des instruments d'oppression para-&#233;tatiques. La seule forme d'organisation&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;ellement ouvri&#232;re et r&#233;volutionnaire, c'est l'assembl&#233;e des gr&#233;vistes sauvages devenant&lt;br class='autobr' /&gt;
assembl&#233;e d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e (voir 2e partie, 1). Ce qui la pr&#233;pare, ce ne sont pas&lt;br class='autobr' /&gt;
d'autres organisations, n&#233;cessairement hybrides et s&#233;par&#233;es, mais l'action r&#233;volutionnaire&lt;br class='autobr' /&gt;
pour laquelle il n'est besoin que de groupes d'intervention se formant pour une action pr&#233;cise&lt;br class='autobr' /&gt;
et se dissolvant quand une pratique pr&#233;cise ne les justifie plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;66. Les groupes &#233;ph&#233;m&#232;res, form&#233;s le temps d'une action pr&#233;cise et de l'exploitation&lt;br class='autobr' /&gt;
de ses effets, veilleront au respect de l'autonomie individuelle, au refus de tout militantisme,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; l'exclusion de tout sacrifice. La seule discipline sera celle adopt&#233;e apr&#232;s discussion&lt;br class='autobr' /&gt;
et r&#233;gl&#233;e sur les n&#233;cessit&#233;s de l'entreprise et de la protection contre tout risque de r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;67. Chaque r&#233;volutionnaire a le droit d'agir seul, en commandos ou groupes &#233;ph&#233;m&#232;res,&lt;br class='autobr' /&gt;
mais qu'il soit attentif &#224; ne pas agir s&#233;par&#233;ment, c'est-&#224;-dire en perdant de vue la ligne&lt;br class='autobr' /&gt;
tactique qui va des actes de sabotage et de d&#233;tournement &#224; la gr&#232;ve sauvage, et de la&lt;br class='autobr' /&gt;
gr&#232;ve sauvage &#224; l'occupation et au d&#233;tournement collectif des usines. Notre r&#233;volution est&lt;br class='autobr' /&gt;
une r&#233;volution totale et unitaire. Cela signifie, par exemple, que le sabotage ne se limite pas&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; l'anti-travail mais qu'il s'en prend globalement &#224; la marchandise, liquidant les attitudes&lt;br class='autobr' /&gt;
autoritaires, les tabous (inceste, r&#233;pression sexuelle), les conduites appropriatives (jalousie,&lt;br class='autobr' /&gt;
avarice), les mensonges de la repr&#233;sentation, etc. ; qu'il encourage partout la libert&#233; et le&lt;br class='autobr' /&gt;
renforcement des passions, l'harmonisation des d&#233;sirs et des volont&#233;s individuelles...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;68. Seuls des groupes d'autod&#233;fense, form&#233;s sur le projet d'une action pr&#233;cise et&lt;br class='autobr' /&gt;
disparaissant une fois le but atteint et la protection de tous assur&#233;e, peuvent pr&#233;parer de fa&#231;on&lt;br class='autobr' /&gt;
coh&#233;rente l'apparition de conditions favorables &#224; l'&#233;tablissement d'assembl&#233;es d'autogestion&lt;br class='autobr' /&gt;
g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;69. Les ouvriers anti-travail, anti-partis, anti-syndicats, anti-marchandise, antisacrifice,&lt;br class='autobr' /&gt;
anti-hi&#233;rarchie formeront les groupes occasionnels d'autod&#233;fense. Les &#171; voyous&lt;br class='autobr' /&gt;
d'usine &#187;, comme les appelle le front des &#233;tatistes (des fascistes aux mao&#239;stes) forment la&lt;br class='autobr' /&gt;
base d'un mouvement sans laquelle l'action des &#171; voyous de quartier &#187; tombe dans le terrorisme,&lt;br class='autobr' /&gt;
et d'o&#249; na&#238;tront n&#233;cessairement les assembl&#233;es d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;70. La meilleure garantie de s&#233;curit&#233; dont peut s'entourer un groupe de sabotage et&lt;br class='autobr' /&gt;
de d&#233;tournement, c'est le d&#233;clenchement d'un mouvement collectif d'enthousiasme r&#233;volutionnaire&lt;br class='autobr' /&gt;
chez l'ensemble des ouvriers et de la population. Le meilleur anonymat, c'est l'adh&#233;sion&lt;br class='autobr' /&gt;
du plus grand nombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;71. L'absence de d&#233;cisions prises hi&#233;rarchiquement limite les risques de manipulation&lt;br class='autobr' /&gt;
polici&#232;re ou de machination bureaucratique. Tout groupe &#233;ph&#233;m&#232;re d'intervention&lt;br class='autobr' /&gt;
a n&#233;anmoins int&#233;r&#234;t &#224; :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Se constituer entre gens qui se connaissent bien.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Tenir compte des capacit&#233;s et des faiblesses de chacun, et les accorder &#224; l'action.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Pr&#233;voir l'&#233;chec du plan par trahison ou d&#233;faillance, et pr&#233;parer les diff&#233;rentes ripostes&lt;br class='autobr' /&gt;
possibles en veillant &#224; &#233;viter toute r&#233;pression g&#233;n&#233;rale (par exemple en prenant des&lt;br class='autobr' /&gt;
otages et en mettant au point l'extermination des exterminateurs probables et de leurs complices,&lt;br class='autobr' /&gt;
etc.), &#224; lancer une deuxi&#232;me vague d'actions qui corrigent les premi&#232;res, &#224; tirer la&lt;br class='autobr' /&gt;
le&#231;on des &#233;checs, &#224; transformer pratiquement tout &#233;chec en &#233;chec des &#233;tatistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;72. D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, une action subversive, lanc&#233;e par un groupe de gu&#233;rilla&lt;br class='autobr' /&gt;
contre le syst&#232;me dominant, devrait r&#233;pondre au moins &#224; quatre pr&#233;occupations :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Exp&#233;rimenter la cr&#233;ativit&#233; et l'autonomie individuelles tout en affinant les relations&lt;br class='autobr' /&gt;
d'accords et de d&#233;saccords entre les participants.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Etudier les modalit&#233;s de r&#233;pression probable et la fa&#231;on de riposter tr&#232;s vite&lt;br class='autobr' /&gt;
pour le profit du plus grand nombre.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Porter la lutte sur tous les aspects de la vie quotidienne, qui est le lieu r&#233;el o&#249;&lt;br class='autobr' /&gt;
s'enregistrent les progr&#232;s et les manques de la longue r&#233;volution.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; Avoir en vue la jouissance r&#233;elle et la qualit&#233; de vie pour tous les ouvriers d'une&lt;br class='autobr' /&gt;
usine, pour tout un quartier, pour le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;73. Le crit&#232;re de r&#233;ussite se mesure &#224; la rapidit&#233; du passage du sabotage et du d&#233;tournement&lt;br class='autobr' /&gt;
individuels &#224; la gr&#232;ve sauvage et au d&#233;tournement collectif. C'est la seule pratique&lt;br class='autobr' /&gt;
qui amorce le projet d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;74. La base de l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e n'est pas l'individu mais l'individu r&#233;volutionnaire,&lt;br class='autobr' /&gt;
n'ob&#233;issant qu'a un engagement momentan&#233; sur un objectif particulier et &#224; son&lt;br class='autobr' /&gt;
propre plaisir pouss&#233; jusqu'&#224; la coh&#233;rence globale ; ne s'inf&#233;odant &#224; aucun f&#233;tichisme organisationnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;75. Un acte de sabotage ou de d&#233;tournement, qu'il soit individuel ou collectif, ne&lt;br class='autobr' /&gt;
s'improvise pas mais se pr&#233;pare comme une op&#233;ration de harc&#232;lement. Calculer le moment&lt;br class='autobr' /&gt;
opportun, le rapport des forces engag&#233;es de part et d'autre, la disposition des lieux, les d&#233;fections&lt;br class='autobr' /&gt;
et les erreurs possibles et toute la gamme de leur correction, les chances de repli,&lt;br class='autobr' /&gt;
les risques. Lier l'action &#224; une strat&#233;gie globale dont le centre soit toujours la construction&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;76. Il est bon d'organiser la diffusion de renseignements sur les usines, les casernes,&lt;br class='autobr' /&gt;
les b&#226;timents de t&#233;l&#233;communication... afin que les plans d'acc&#232;s, les m&#233;thodes de sabotage,&lt;br class='autobr' /&gt;
les modes de fonctionnement soient entre les mains de plusieurs et &#224; la disposition de&lt;br class='autobr' /&gt;
beaucoup d'esprits cr&#233;atifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;77. Il est bon que des textes comme celui-ci soient discut&#233;s, critiqu&#233;s, corrig&#233;s,&lt;br class='autobr' /&gt;
mais non dans l'abstraction. Seule la pratique porte en elle la critique r&#233;elle du projet r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;78. De m&#234;me, la meilleure fa&#231;on d'en finir avec les id&#233;ologies et leurs arm&#233;es de&lt;br class='autobr' /&gt;
bureaucrates, c'est de lutter avec la plus grande coh&#233;rence et la plus grande pr&#233;cision pour&lt;br class='autobr' /&gt;
l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e. D&#232;s que les gr&#232;ves sauvages permettront de former des assembl&#233;es d'autogestion, avec leurs d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;lus, responsables et r&#233;vocables, d&#232;s que la gratuit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
des biens sera appliqu&#233;e, les id&#233;ologues verront la critique en armes se dresser contre leurs&lt;br class='autobr' /&gt;
vis&#233;es &#233;tatiques et bureaucratiques et d&#233;noncer d&#233;finitivement les mensonges derri&#232;re lesquels&lt;br class='autobr' /&gt;
ils se dissimulent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;79. L'&#233;vidence th&#233;orique selon laquelle &#171; le droit de vivre passionn&#233;ment passe par&lt;br class='autobr' /&gt;
la liquidation totale du syst&#232;me spectaculaire-marchand &#187; doit maintenant atteindre &#224; une&lt;br class='autobr' /&gt;
coh&#233;rence pratique qui va du projet strat&#233;gique global aux moindres d&#233;tails de la lutte tactique.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pourquoi, il n'est pas inutile que chacun r&#233;dige et diffuse ses recettes de jeu subversif&lt;br class='autobr' /&gt;
(par exemple qu'il est possible de d&#233;loger n'importe quel ennemi de son local en jetant,&lt;br class='autobr' /&gt;
fix&#233;s ensemble, une bouteille d'eau de javel - hypochlorite de sodium - et un flacon de&lt;br class='autobr' /&gt;
produit pour d&#233;tartrer et d&#233;boucher les &#233;viers et les WC - &#224; base d'hydrate de sodium ;&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'une heure avant d'&#234;tre soumis &#224; un tir de grenades lacrimog&#232;nes, il faut absorber des&lt;br class='autobr' /&gt;
comprim&#233;s d'anti-histaminique (rumicine) ; etc.). Il conviendra de se m&#233;fier des fausses indications&lt;br class='autobr' /&gt;
donn&#233;es par les flics eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;80. La lutte pour la destruction radicale de la marchandise est ins&#233;parable de la&lt;br class='autobr' /&gt;
construction quotidienne d'une vie passionnante, lib&#233;r&#233;e des tabous et des contraintes. Tout&lt;br class='autobr' /&gt;
projet r&#233;volutionnaire s'appuie n&#233;cessairement sur la recherche d'un enrichissement passionnel,&lt;br class='autobr' /&gt;
sur un calcul et un jeu du risque et du plaisir (risque minimum, plaisir maximum).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;CHAPITRE III &lt;br&gt;
L'AUTOGESTION GENERALISEE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;1. L'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e est l'organisation sociale du pouvoir reconnu &#224; chacun&lt;br class='autobr' /&gt;
sur sa vie quotidienne et exerc&#233; directement soit par les individus eux-m&#234;mes, soit par les&lt;br class='autobr' /&gt;
assembl&#233;es d'autogestion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Elle est apparue dans l'histoire du mouvement ouvrier chaque fois que la base a&lt;br class='autobr' /&gt;
voulu imposer et r&#233;aliser ses propres d&#233;cisions sans abandonner son pouvoir &#224; des chefs et&lt;br class='autobr' /&gt;
sans se laisser guider par aucune id&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Elle a &#233;t&#233; &#233;cras&#233;e par l'effet conjugu&#233; de sa faiblesse constitutive, de ses irr&#233;solutions&lt;br class='autobr' /&gt;
et confusions, de son isolement, et des dirigeants qu'elle a commis l'erreur de se donner&lt;br class='autobr' /&gt;
ou de tol&#233;rer et qui l'ont men&#233;e &#224; sa perte en pr&#233;tendant l'ordonner et la fortifier. Les&lt;br class='autobr' /&gt;
exemples les plus riches d'enseignements sont les conseils ouvriers apparus en Russie en&lt;br class='autobr' /&gt;
1905 (&#233;cras&#233;s par le tsarisme), 1917 (r&#233;cup&#233;r&#233;s et d&#233;truits par les bolcheviks), 1921 (&#233;cras&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; Cronstadt par L&#233;nine et Trotsky) ; en Allemagne en 1918 (&#233;cras&#233;s par les socialistes) ; en&lt;br class='autobr' /&gt;
Italie en 1920 (d&#233;truits par les socialistes et les syndicats) ; en Espagne en 1934 (r&#233;volution&lt;br class='autobr' /&gt;
asturienne &#233;cras&#233;e par le gouvernement r&#233;publicain), en 1936-1937 (r&#233;cup&#233;r&#233;s par le syndicat&lt;br class='autobr' /&gt;
anarchiste et &#233;cras&#233;s par les staliniens) ; en Hongrie en 1956 (&#233;cras&#233;s par l'Etat dit sovi&#233;tique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Il n'y a pas de r&#233;volution possible hors du retour, du renforcement d&#233;finitif et de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'expansion internationale du mouvement de l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Le mouvement d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e na&#238;t dans le fonctionnement des assembl&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt;
et de leurs conseils de coordination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. C'est de la lutte de classes que vient l'assembl&#233;e d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Elle&lt;br class='autobr' /&gt;
exprime de la fa&#231;on la plus simple la volont&#233; du prol&#233;tariat de liquider la bourgeoisie et de&lt;br class='autobr' /&gt;
se liquider en tant que classe ; sa d&#233;cision de ne plus assister en spectateur &#224; sa propre d&#233;ch&#233;ance&lt;br class='autobr' /&gt;
et aux repr&#233;sentations mensong&#232;res qui la dissimulent tant bien que mal ; sa r&#233;solution&lt;br class='autobr' /&gt;
de ne plus subir l'histoire mais de la faire &#224; son profit et au profit de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. L'assembl&#233;e d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e n'est rien d'autre que l'assembl&#233;e de gr&#232;ve&lt;br class='autobr' /&gt;
constitu&#233;e par les travailleurs d&#232;s l'occupation des usines, et qui s'&#233;tend aussi vite que possible&lt;br class='autobr' /&gt;
du lieu de travail au quartier environnant et &#224; la r&#233;gion. Son projet n'a rien d'abstrait ou&lt;br class='autobr' /&gt;
de politique : n est au contraire centr&#233; sur la vie quotidienne de chacun et sur ses possibilit&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
d'enrichissement passionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Le conseil groupe l'ensemble des d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;lus par l'assembl&#233;e, charg&#233;s d'un&lt;br class='autobr' /&gt;
mandat pr&#233;cis, contr&#244;l&#233;s et r&#233;vocables &#224; chaque instant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Le conseil a essentiellement une fonction de coordination. Il est indissociable de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'assembl&#233;e. Ses membres rel&#232;vent exclusivement de ceux qui les ont &#233;lus dans un but bien pr&#233;cis ; ils n'exercent aucun pouvoir par eux-m&#234;mes mais ont seulement toute la libert&#233; de&lt;br class='autobr' /&gt;
cr&#233;ativit&#233; n&#233;cessaire pour arriver au r&#233;sultat qui leur a &#233;t&#233; assign&#233;. Si jamais une s&#233;paration&lt;br class='autobr' /&gt;
apparaissait entre leurs int&#233;r&#234;ts et ceux de leurs &#233;lecteurs, le conseil deviendrait comit&#233; et,&lt;br class='autobr' /&gt;
en s'arrogeant un pouvoir autonome, ouvrirait la voie vers un nouvel Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. M&#234;me au degr&#233; d'expansion le plus vaste, l'ensemble des assembl&#233;es d'autogestion&lt;br class='autobr' /&gt;
g&#233;n&#233;ralis&#233;e ne cesse de contr&#244;ler en permanence, par tous les moyens de la t&#233;l&#233;communication,&lt;br class='autobr' /&gt;
l'efficacit&#233; des d&#233;l&#233;gu&#233;s dans la mission dont ils ont &#233;t&#233; charg&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;i&gt;Des droits positifs r&#233;volutionnaires&lt;/i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. Les droits positifs r&#233;volutionnaires sont l'ensemble croissant des droits individuels&lt;br class='autobr' /&gt;
de jouissance, garantis par le fonctionnement m&#234;me de la nouvelle organisation sociale.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; N&#233;s de la lutte contre le syst&#232;me marchand et concr&#233;tis&#233;s d&#232;s les premi&#232;res mesures&lt;br class='autobr' /&gt;
prises par les assembl&#233;es d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e, ils constituent un acquis en de&#231;&#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
duquel il est impossible de revenir.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Form&#233;s par les demandes pr&#233;sent&#233;es dans l'assembl&#233;e d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e,&lt;br class='autobr' /&gt;
et qui ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;es imm&#233;diatement, harmonis&#233;es ou diff&#233;r&#233;es par manque momentan&#233; de&lt;br class='autobr' /&gt;
moyens, ils composent un code perp&#233;tuel des droits possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. Dans le refus de la survie, les droits &#224; la jouissance apparaissent sous une&lt;br class='autobr' /&gt;
forme n&#233;gative. Nous en prenons conscience dans des revendications anti-Etat, anti-bureaucratie,&lt;br class='autobr' /&gt;
anti-travail, anti-&#233;change, anti-sacrifice, anti-propri&#233;t&#233; priv&#233;e, anti-quantiatif, antiid&#233;ologie,&lt;br class='autobr' /&gt;
anti-hi&#233;rarchie. Ainsi n avons-nous qu'une id&#233;e appauvrie du bonheur in&#233;puisable&lt;br class='autobr' /&gt;
que la destruction d'un syst&#232;me de contraintes et de mensonges peut mettre &#224; notre port&#233;e du&lt;br class='autobr' /&gt;
jour au lendemain. En r&#233;alisant positivement des d&#233;sirs jusqu'&#224; ce jour r&#233;prim&#233;s, engorg&#233;s,&lt;br class='autobr' /&gt;
falsifi&#233;s, l'assembl&#233;e d'autogestion va d&#233;barrasser authentiquement les passions de ce qui les&lt;br class='autobr' /&gt;
corrompt et les harmoniser de telle sorte que disparaissent une fois pour toutes les s&#233;quelles&lt;br class='autobr' /&gt;
psychologiques de la survie (jalousie, avarice, prestige, autoritarisme, go&#251;t de la soumission&lt;br class='autobr' /&gt;
et du viol...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. Pour que le mouvement d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e soit vrai, il faut que son pouvoir&lt;br class='autobr' /&gt;
soit absolu dans les zones lib&#233;r&#233;es nous voulons l'autogestion des libert&#233;s, non l'autogestion&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'oppression et du mensonge, qui n'est que l'oppression et le mensonge au nom de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'autogestion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. il ne s'agit pas de condamner un d&#233;sir, une passion tourn&#233;s vers l'angoisse ou la&lt;br class='autobr' /&gt;
destruction mais de les rendre caducs par la multiplicit&#233; des jouissances possibles. Toutes&lt;br class='autobr' /&gt;
les demandes passionnelles m&#233;ritent ainsi d'&#234;tre pr&#233;sent&#233;es &#224; l'assembl&#233;e d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
afin d'y &#234;tre r&#233;alis&#233;es, harmonis&#233;es par offres et demandes, d&#233;velopp&#233;es du simple&lt;br class='autobr' /&gt;
au compos&#233;, multipli&#233;es et raffin&#233;es. S'il est vrai que les r&#233;volutionnaires formeront les premi&#232;res&lt;br class='autobr' /&gt;
assembl&#233;es d'autogestion, ce sont aussi ces assembl&#233;es qui formeront les r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. Les droits positifs r&#233;volutionnaires sont la pratique d'individus concrets, non les principes abstraits du citoyen ou de l'Homme en soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16. Il ne suffit pas que chaque individu connaisse et s'invente des droits en exp&#233;rimentant&lt;br class='autobr' /&gt;
leur pratique, il faut surtout que l'organisation sociale soit ainsi faite qu'elle puisse&lt;br class='autobr' /&gt;
seulement renforcer, enrichir et multiplier ces droits individuels. Nous ne voulons pas une&lt;br class='autobr' /&gt;
nouvelle d&#233;claration des Droits de l'Homme mais les droits r&#233;els qui d&#233;coulent du fonctionnement&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me de l'organisation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17. Les droits positifs r&#233;volutionnaires s'expriment partout dans la vie sociale&lt;br class='autobr' /&gt;
gr&#226;ce au fonctionnement des assembl&#233;es d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Plus ce fonctionnement&lt;br class='autobr' /&gt;
sera simple, plus la complexit&#233; des exigences individuelles augmentera et plus la demande&lt;br class='autobr' /&gt;
passionnelle pourra se satisfaire sans m&#234;me passer par les assembl&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18. Plus d&#233;cisifs seront les coups port&#233;s au syst&#232;me marchand et &#224; l'Etat, mieux&lt;br class='autobr' /&gt;
l'harmonisation des int&#233;r&#234;ts, des d&#233;sirs et des passions individuels fera de chacun le ma&#238;tre&lt;br class='autobr' /&gt;
de sa vie quotidienne. Pendant la phase de t&#226;tonnements et d'erreurs, il importe surtout de&lt;br class='autobr' /&gt;
rendre impossible toute forme de r&#233;pression &#224; l'int&#233;rieur de la soci&#233;t&#233; d'autogestion. Hors de&lt;br class='autobr' /&gt;
la guerre d'autod&#233;fense qui vise &#224; l'&#233;limination des &#233;tatistes.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Personne n'est condamnable pour ce qu'il a &#233;t&#233; avant la r&#233;volution. Seule l'attitude&lt;br class='autobr' /&gt;
pendant la lutte est d&#233;terminante. Ainsi, &#224; Alcorisa, en Aragon, lors des &#233;meutes de&lt;br class='autobr' /&gt;
1933, les anarchistes avaient tir&#233; sur le notaire du village, qui en resta boiteux jusqu'&#224; sa&lt;br class='autobr' /&gt;
mort. En 1936, le village fut collectivis&#233; et le notaire entra dans la collectivit&#233;, car tout le&lt;br class='autobr' /&gt;
village l'&#233;tait. Un an plus tard, avec le renforcement de la bourgeoisie gr&#226;ce au parti communiste&lt;br class='autobr' /&gt;
et aux efforts des staliniens pour d&#233;truire les collectivit&#233;s, une minorit&#233; de petits&lt;br class='autobr' /&gt;
paysans voulut sortir en entra&#238;nant les autres. Le notaire s'opposa alors &#224; leur argumentation&lt;br class='autobr' /&gt;
et dit : &#171; Auparavant, j'avais une propri&#233;t&#233; qui faisait tant d'hectares. Maintenant, dans la&lt;br class='autobr' /&gt;
collectivit&#233;, tout m'appartient et je suis bien plus riche. &#187; Ce notaire devenu r&#233;volutionnaire&lt;br class='autobr' /&gt;
fut fusill&#233; par les franquistes en 1939 &#224; Barcelone.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Autant la rigueur doit l'emporter dans le combat, autant il convient, une fois la&lt;br class='autobr' /&gt;
victoire assur&#233;e, de rendre caduque la notion de &#171; suspect &#187; en diversifiant les rapports ludiques.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Seul compte le r&#233;sultat pratique. Que les rapports de jugement s'effacent au profit&lt;br class='autobr' /&gt;
des rapports d'harmonisation. Le manquement aux droits individuels n'appelle aucun autre&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; ch&#226;timent &#187; que sa correction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;i&gt;Du droit d'autod&#233;fense&lt;/i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19. L'autod&#233;fense est le premier droit des r&#233;volutionnaires. Tant que les armes ne&lt;br class='autobr' /&gt;
seront pas devenues inutiles, chacun aura le droit d'&#234;tre arm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20. L'assembl&#233;e s'organise imm&#233;diatement en groupes d'autod&#233;fense charg&#233;s entre&lt;br class='autobr' /&gt;
autres de :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La gu&#233;rilla en zones non lib&#233;r&#233;es, avec destruction des centres &#233;conomiques vitaux&lt;br class='autobr' /&gt;
pour les &#233;tatistes et attentats visant &#224; la d&#233;sorganisation de l'ennemi.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La production d'armes nouvelles.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La mise au point de tactiques insolites.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La protection des usines prioritaires, des sources d'approvisionnement, des d&#233;p&#244;ts, des zones de stockage, des centres de soins, des t&#233;l&#233;communications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21. A travers les t&#226;tonnements et les erreurs in&#233;vitables, la meilleure garantie de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'autod&#233;fense r&#233;side dans la preuve apport&#233;e &#224; tous, pratiquement et imm&#233;diatement, que :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; L'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e assure &#224; chaque individu une hausse instantan&#233;e de la&lt;br class='autobr' /&gt;
qualit&#233; de vie quotidienne (primaut&#233; des passions d&#233;sali&#233;n&#233;es, abolition du travail forc&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
construction de vrais rapports humains... ).&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; La r&#233;gression vers l'&#233;change, l'argent, la hi&#233;rarchie, la marchandise devient subjectivement&lt;br class='autobr' /&gt;
odieuse et objectivement impossible.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; La liquidation du syst&#232;me marchand change radicalement le sens des int&#233;r&#234;ts et&lt;br class='autobr' /&gt;
des pr&#233;occupations humaines. D&#233;barrass&#233;s des probl&#232;mes de survie, nous n'aurons enfin que&lt;br class='autobr' /&gt;
le souci d'apprendre &#224; vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22. L'acquisition de droits multiples et de plus en plus riches est la meilleure arme&lt;br class='autobr' /&gt;
du combattant r&#233;volutionnaire. Nous n'avons que faire d'exhortations ou de le&#231;ons. Nous&lt;br class='autobr' /&gt;
ne sommes pas des h&#233;ros mais les conqu&#233;rants de passions nouvelles, les enrag&#233;s d'un plaisir&lt;br class='autobr' /&gt;
sans r&#233;serve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23. L'expansion du mouvement d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e - une expansion qui doit&lt;br class='autobr' /&gt;
atteindre rapidement et n&#233;cessairement une dimension internationale - tient principalement&lt;br class='autobr' /&gt;
aux progr&#232;s de l1&#233;mancipation individuelle, assur&#233;e par la transformation collective des&lt;br class='autobr' /&gt;
conditions historiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24. La lutte contre l'isolement qui menace les tentatives d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
implique un bouleversement simultan&#233; du temps et de l'espace :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Modifier l'espace g&#233;ographique en instaurant le r&#232;gne de la gratuit&#233; des biens, la&lt;br class='autobr' /&gt;
conqu&#234;te de secteurs &#233;conomiques compl&#233;mentaires (notamment une zone industrielle une&lt;br class='autobr' /&gt;
zone agricole + les sources de mati&#232;res premi&#232;res), la cr&#233;ation de &#171; polyindustries &#187; automatis&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt;
et capables de fournir la plus grande diversit&#233; de produits.&lt;br&gt;
Et ins&#233;parablement,&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Cr&#233;er les conditions de passage du temps de l'ennui et de la passivit&#233; &#224; un temps&lt;br class='autobr' /&gt;
de cr&#233;ativit&#233; et de passions multiples, en sorte que les gens vivent sur un autre rythme et&lt;br class='autobr' /&gt;
dans un ensemble d'unit&#233;s d'espace et de temps qu'ils contr&#244;lent et transforment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25. Le changement qualitatif de la vie quotidienne est une exigence absolue dans&lt;br class='autobr' /&gt;
la soci&#233;t&#233; d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Elle exclut tout compromis avec les forces du vieux&lt;br class='autobr' /&gt;
monde. C'est pour n'avoir pas &#233;t&#233; assez de l'avant et avoir pactis&#233; avec la canaille r&#233;formiste&lt;br class='autobr' /&gt;
et stalinienne que les r&#233;volutionnaires espagnols se sont condamn&#233;s &#224; l'extermination de&lt;br class='autobr' /&gt;
1937.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26. L'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e n'a ni programme minimum ni programme maximum.&lt;br class='autobr' /&gt;
Son sort est li&#233; &#224; celui des assembl&#233;es, &#224; leur d&#233;veloppement coh&#233;rent ou &#224; leur d&#233;p&#233;rissement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques r&#233;alisations ins&#233;parables et imm&#233;diatement applicables permettent de&lt;br class='autobr' /&gt;
juger de sa r&#233;ussite ou de son &#233;chec l'abolition de tout pouvoir &#233;tatique ou para-&#233;tatique,&lt;br class='autobr' /&gt;
l'appropriation par les producteurs de tous les moyens de production, la fin du travail par la&lt;br class='autobr' /&gt;
cr&#233;ation collective, la fin des &#233;changes par le don g&#233;n&#233;ralis&#233;, la fin de la survie et du spectacle&lt;br class='autobr' /&gt;
par la construction individuelle de la vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;i&gt;Du droit de participation&lt;/i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27. Tout individu a le droit de :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Participer &#224; l'assembl&#233;e d'autogestion de son choix.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Elire des d&#233;l&#233;gu&#233;s.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Etre &#233;lu comme d&#233;l&#233;gu&#233;.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; Saisir l'assembl&#233;e de ses revendications, prendre la parole pour les d&#233;fendre et&lt;br class='autobr' /&gt;
disposer, pour les faire conna&#238;tre, de toutes les techniques aux mains de la collectivit&#233;.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;e)&lt;/i&gt; Jouir dans l'ensemble de sa vie quotidienne des enrichissements dont il b&#233;n&#233;ficie&lt;br class='autobr' /&gt;
dans l'assembl&#233;e d'autogestion, ceux-ci constituant un minimum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28. Tout d&#233;l&#233;gu&#233; s'engage &#224; d&#233;fendre les mandats pour lesquels il a &#233;t&#233; &#233;lu. Il en&lt;br class='autobr' /&gt;
assure l'ex&#233;cution par tous les moyens. Son &#233;lection ne lui accorde aucun privil&#232;ge ; sa r&#233;vocation&lt;br class='autobr' /&gt;
n'entra&#238;ne donc aucun discr&#233;dit. Le seul crit&#232;re qui d&#233;cide de sa r&#233;vocation ou de&lt;br class='autobr' /&gt;
son maintien, c'est le r&#233;sultat de ses d&#233;marches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29. Les membres de l'assembl&#233;e ne d&#233;l&#232;guent pas leur pouvoir : le d&#233;l&#233;gu&#233; n'est&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'un moment dans le mouvement de r&#233;alisation du pouvoir de tous et de chacun ; il n'en est&lt;br class='autobr' /&gt;
jamais s&#233;par&#233;. C'est pour emp&#234;cher cette s&#233;paration que les membres doivent rester en&lt;br class='autobr' /&gt;
contact permanent avec leur d&#233;l&#233;gu&#233; et user des t&#233;l&#233;communications moins dans un esprit&lt;br class='autobr' /&gt;
de contr&#244;le qu'afin de lui permettre la consultation &#224; chaque instant de son mandat. Cette&lt;br class='autobr' /&gt;
communication que les membres de l'assembl&#233;e exigent en permanence de leurs d&#233;l&#233;gu&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
ne concerne que la mission qu'ils ont accept&#233; de remplir. Elle n'agit pas comme une entrave&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; leur cr&#233;ativit&#233; mais veille seulement &#224; l'heureux aboutissement du mandat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30. Tout d&#233;l&#233;gu&#233; a le droit de d&#233;missionner. Il semble n&#233;anmoins qu'un tel droit&lt;br class='autobr' /&gt;
tombe momentan&#233;ment sous certaines r&#233;serves dans la p&#233;riode d'autod&#233;fense. On voit mal&lt;br class='autobr' /&gt;
un volontaire de section d'assaut abandonner ses camarades &#224; l'instant de d&#233;clencher une&lt;br class='autobr' /&gt;
op&#233;ration arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31. Sans pr&#233;sumer de la forme que les conditions historiques pr&#234;teront au conseil&lt;br class='autobr' /&gt;
des d&#233;l&#233;gu&#233;s de l'assembl&#233;e d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e, il est peut-&#234;tre utile de pr&#233;voir quatre&lt;br class='autobr' /&gt;
sections &#233;troitement unies :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Une section d'&#233;quipement, charg&#233;e de coordonner les offres de production et les&lt;br class='autobr' /&gt;
demandes de distribution ; d'&#233;quilibrer les stocks de production et les stocks &#224; distribuer ; de&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;gler les rapports entre les zones industrielles et les zones agricoles en mettant tout en oeuvre&lt;br class='autobr' /&gt;
pour aboutir &#224; leur fusion.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Une section d'autod&#233;fense, charg&#233;e d'organiser la gu&#233;rilla, la lib&#233;ration des territoires&lt;br class='autobr' /&gt;
contr&#244;l&#233;s par les &#233;tatistes et la protection des usines prioritaires, des stocks et des centres&lt;br class='autobr' /&gt;
de mati&#232;res premi&#232;res.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Une section d'harmonisation, charg&#233;e de coordonner les offres et les demandes&lt;br class='autobr' /&gt;
passionnelles, d'harmoniser la pluralit&#233; des d&#233;sirs, d'aider &#224; la r&#233;alisation des caprices particuliers.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;d)&lt;/i&gt; Une section de liaison, charg&#233;e des relations avec les assembl&#233;es et leurs&lt;br class='autobr' /&gt;
conseils de d&#233;l&#233;gu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;32. La division des conseils en diff&#233;rentes sections correspond &#224; un premier effort&lt;br class='autobr' /&gt;
de coordination des demandes et des offres les plus diverses. Mais il n'existe aucune s&#233;paration entre les sections ; bien plus, elles travaillent en commun et aident &#224; fonder sur des bases&lt;br class='autobr' /&gt;
concr&#232;tes l'esprit de totalit&#233;. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s participent aux r&#233;unions et au travail de toutes&lt;br class='autobr' /&gt;
les sections du conseil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;33. Sauf en mati&#232;re d'autod&#233;fense - et si la strat&#233;gie l'exige -, aucune d&#233;cision prise&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; la majorit&#233; des votes n'exclut les autres revendications. Si une revendication ne peut &#234;tre&lt;br class='autobr' /&gt;
satisfaite (parce que l'&#233;quipement mat&#233;riel n&#233;cessaire &#224; sa r&#233;alisation fait d&#233;faut, ou encore&lt;br class='autobr' /&gt;
parce qu'elle manifeste une r&#233;gression vers des conduites anciennes et ali&#233;nantes), elle est&lt;br class='autobr' /&gt;
prise en charge par les d&#233;l&#233;gu&#233;s de la section d'harmonisation. Ceux-ci veillent &#224; &#233;viter son&lt;br class='autobr' /&gt;
engorgement et ont pour mandat de la r&#233;aliser selon les voeux du demandeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;34. Chacun a le droit de pr&#233;senter et de d&#233;fendre ses revendications jusqu'&#224; satisfaction.&lt;br class='autobr' /&gt;
(Voir III, 82 et 88).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;35. Tout ce qui s'harmonise spontan&#233;ment n'a pas besoin de passer par l'assembl&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e. La diversit&#233; des occupations attrayantes, la multiplication des&lt;br class='autobr' /&gt;
aventures, le go&#251;t du changement, le jeu des intrigues, des rencontres, des enthousiasmes&lt;br class='autobr' /&gt;
atteignent &#224; un tel d&#233;veloppement que seul s'harmonise avec l'aide de l'assembl&#233;e ce qui n'a&lt;br class='autobr' /&gt;
pas encore trouv&#233; &#224; s'harmoniser au hasard de la vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;36.Les membres de l'assembl&#233;e fixent la fr&#233;quence des r&#233;unions selon les urgences&lt;br class='autobr' /&gt;
du moment. L'int&#233;r&#234;t et le plaisir de chacun d&#233;terminent la participation aux assembl&#233;es, et&lt;br class='autobr' /&gt;
non pas le volontarisme, ni &#233;videmment la contrainte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;37. Le renforcement des possibilit&#233;s et l'enrichissement des r&#233;gions et de leurs assembl&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt;
est la meilleure garantie de rapports internationaux fond&#233;s sur le don et le ludique.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'autre part, l'internationale des assembl&#233;es et de leurs conseils assure les plus grandes&lt;br class='autobr' /&gt;
chances d'harmonisation des d&#233;sirs et fonde r&#233;ellement le r&#232;gne de l'abondance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;38. La libert&#233; de changer d'occupations et de lieux de r&#233;sidence entra&#238;ne la libert&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
de changer d'assembl&#233;e. Une telle mobilit&#233; offre au moins trois avantages :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Elle &#233;vite la r&#233;apparition d'un r&#233;gionalisme ou l'attachement &#224; une notion de&lt;br class='autobr' /&gt;
territoire.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Elle &#233;vite la fixit&#233; des groupes et les habitudes communautaires.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; Alli&#233;e au souci de satisfaire aussi bien les revendications minoritaires que les&lt;br class='autobr' /&gt;
majoritaires, elle permet, en modifiant le nombre de membres des assembl&#233;es et des groupes&lt;br class='autobr' /&gt;
d'affinit&#233; qui se font et se d&#233;font, de dissoudre le crit&#232;re de la quantit&#233;, d'en finir avec les&lt;br class='autobr' /&gt;
oppositions proportionnelles (tel l'antagonisme majorit&#233;-minorit&#233;), d'encourager une diversit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
du qualitatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;39. Dans les modalit&#233;s de participation, comme dans les probl&#232;mes de r&#233;alisation,&lt;br class='autobr' /&gt;
il importe de veiller &#224; battre en br&#232;che ce qui subsiste de la vieille dictature du quantitatif.&lt;br class='autobr' /&gt;
O&#249; la diversit&#233; existe dans la qualit&#233;, la loi du nombre n'a plus cours ; o&#249; le dont pr&#233;domine&lt;br class='autobr' /&gt;
sans contrepartie, l'&#233;change de quantit&#233;s &#233;gales dispara&#238;t ; o&#249; chacun a le droit d'affirmer sa&lt;br class='autobr' /&gt;
particularit&#233;, les groupes cessent d'&#234;tre consid&#233;r&#233;s comme une simple somme d'individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;i&gt;Du droit de communication&lt;/i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;40. Tout individu a le droit d'exprimer et de diffuser son opinion, ses d&#233;sirs, ses&lt;br class='autobr' /&gt;
revendications, ses critiques par la parole, l'imprim&#233;, le film, les moyens artistiques... Pour&lt;br class='autobr' /&gt;
cela, il dispose librement des techniques de communication cr&#233;&#233;es, entretenues et am&#233;lior&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt;
par les assembl&#233;es d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;41. Chaque assembl&#233;e d&#233;tient un maximum de moyens de t&#233;l&#233;communication.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ceux-ci servent principalement &#224; :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Diffuser les projets et les demandes des individus ou des groupes.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Faire conna&#238;tre les d&#233;cisions des assembl&#233;es et l'&#233;tat de d&#233;veloppement des probl&#232;mes&lt;br class='autobr' /&gt;
en cours.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Porter &#224; la connaissance de tous les questions d'harmonisation entre les individus&lt;br class='autobr' /&gt;
et les possibilit&#233;s d'accorder les offres et les demandes mat&#233;rielles et passionnelles.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Communiquer des informations sur tout, former des centres d'accumulation de&lt;br class='autobr' /&gt;
connaissances, diffuser les proc&#233;d&#233;s de cr&#233;ation en tout domaine, constituer des m&#233;moires&lt;br class='autobr' /&gt;
de base &#224; l'usage d'un enseignement fond&#233; sur la curiosit&#233; et l'attrait pratique.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Recueillir et communiquer les exp&#233;riences particuli&#232;res, les r&#234;ves, les souvenirs,&lt;br class='autobr' /&gt;
les cr&#233;ations, les &#233;tudes et recherches individuelles et collectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;42. Toute proposition &#224; l'assembl&#233;e est d&#233;battue et r&#233;gl&#233;e publiquement. Quand&lt;br class='autobr' /&gt;
tous les attraits sont permis, tous sont avouables et la r&#233;alisation d'un d&#233;sir ne fait qu'exciter&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; les r&#233;aliser tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;43. L'assembl&#233;e assure la communication de ce que la volont&#233; individuelle ne r&#233;ussit&lt;br class='autobr' /&gt;
pas &#224; communiquer par elle-m&#234;me. Elle n'intervient jamais en dehors d'une demande&lt;br class='autobr' /&gt;
des individus (ce qui reviendrait &#224; agir contre eux et &#224; se nier). Elle n'est pas charg&#233;e de limiter&lt;br class='autobr' /&gt;
mais au contraire de radicaliser, de multiplier et d'enrichir les occupations attrayantes,&lt;br class='autobr' /&gt;
les rencontres, les exp&#233;riences, les aventures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;44. Le bilan permanent des r&#233;alisations, la pratique de droits nouveaux, le progr&#232;s&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'harmonisation sociale permettent de juger avec la plus grande nettet&#233; de la marche irr&#233;guli&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
de la longue r&#233;volution ; de corriger ses manques, de rappeler ses retards, d'oublier&lt;br class='autobr' /&gt;
ses progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;45. L'assembl&#233;e est aussi le lieu o&#249; se commettent les fautes. Mais la transparence&lt;br class='autobr' /&gt;
des rapports entre les individus, rendue possible par l'absence de pr&#233;jug&#233;s, de contraintes et&lt;br class='autobr' /&gt;
de tabous, encourage non &#224; l'autocritique mais &#224; l'autocorrection permanente. La seule erreur&lt;br class='autobr' /&gt;
irr&#233;m&#233;diable serait de pr&#233;f&#233;rer &#224; une assembl&#233;e qui se trompe un comit&#233; qui a toujours&lt;br class='autobr' /&gt;
raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;46. Le conseil des d&#233;l&#233;gu&#233;s r&#233;pond &#224; ce que l'assembl&#233;e en attend en pr&#233;sentant&lt;br class='autobr' /&gt;
chaque fois une perspective globale des revendications individuelles et de leur devenir. Il&lt;br class='autobr' /&gt;
refl&#232;te le point de vue de la totalit&#233; en rendant compte de ses d&#233;marches, de ses r&#233;ussites, de&lt;br class='autobr' /&gt;
ses &#233;checs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;i&gt;Du droit de r&#233;alisation&lt;/i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;47. L'assembl&#233;e d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e met la collectivit&#233; au service des individus,&lt;br class='autobr' /&gt;
et non l'inverse. Ce que la cr&#233;ativit&#233; de chacun lui offre par le jeu des occupations attrayantes&lt;br class='autobr' /&gt;
est aussit&#244;t et int&#233;gralement mis &#224; la disposition de tous sans contrepartie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;48. Le conseil des d&#233;l&#233;gu&#233;s est un simple organe de coordination. Il est le centre&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'assembl&#233;e comme l'assembl&#233;e est le pivot de la vie sociale. Il est aussi l'instrument&lt;br class='autobr' /&gt;
d'ex&#233;cution des volont&#233;s exprim&#233;es dans l'assembl&#233;e. Ce sont les besoins qui cr&#233;ent les d&#233;l&#233;gu&#233;s,&lt;br class='autobr' /&gt;
et non l'inverse. Qu'il n'y ait pas de d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;lus hors de volont&#233;s pr&#233;cises &#224; ex&#233;cuter&lt;br class='autobr' /&gt;
en sorte qu'&#224; chaque instant, selon les d&#233;cisions de l'assembl&#233;e, ceux-ci puissent &#234;tre appel&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; justifier de la r&#233;alisation - imm&#233;diate, diff&#233;r&#233;e &#224; court terme ou diff&#233;r&#233;e &#224; long&lt;br class='autobr' /&gt;
terme - des demandes expos&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;49. La construction par chacun de sa propre vie individuelle - la r&#233;alisation de ce&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'il veut &#234;tre r&#233;ellement - signifie la fin de l'&#233;conomie comme secteur s&#233;par&#233; et son int&#233;gration&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; une cr&#233;ation collective qui assure ins&#233;parablement le libre usage des biens de survie&lt;br class='autobr' /&gt;
(habits, maisons, nourriture, soins, &#233;quipements m&#233;nagers) et de l'&#233;quipement n&#233;cessaire &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
la r&#233;alisation des passions, des rencontres, des aventures, des jeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;50. M&#234;me si l'urgence porte sur l'autod&#233;fense (armements, &#233;quipements, vivres,&lt;br class='autobr' /&gt;
organisation de la gu&#233;rilla...), la satisfaction des passions individuelles doit rester prioritaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Nous ne nous battrons sans r&#233;serve qu'&#224; la seule condition de gagner en combattant une&lt;br class='autobr' /&gt;
vie sans r&#233;serve. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;51. La fin du syst&#232;me marchand implique le r&#232;gne de la gratuit&#233;. Celle-ci atteint sa&lt;br class='autobr' /&gt;
phase irr&#233;versible lorsque les assembl&#233;es d'autogestion s'emparent des centres de distribution&lt;br class='autobr' /&gt;
et de production et organisent la r&#233;partition des biens ainsi que le libre usage des&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;quipements techniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;52. La production ou la cr&#233;ation de biens ne donne pas droit &#224; la distribution gratuite,&lt;br class='autobr' /&gt;
comme contrepartie. Nous rempla&#231;ons &#171; &#224; chacun selon son travail &#187; par &#171; &#224; chacun&lt;br class='autobr' /&gt;
selon ses d&#233;sirs &#187;. Le don doit effacer partout l'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;53. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s du conseil sont, d'une fa&#231;on permanente, mandat&#233;s pour suivre le&lt;br class='autobr' /&gt;
mouvement des stocks dans les &#171; greniers d'approvisionnement &#187; et les magasins collectifs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les ordinateurs permettent le relev&#233; des possibilit&#233;s d'approvisionnement et des offres de&lt;br class='autobr' /&gt;
production et de cr&#233;ation. Ces donn&#233;es sont port&#233;es &#224; la connaissance de tous. Elles sont la&lt;br class='autobr' /&gt;
voie vers l'abondance avec son accroissement graduel de stocks, la multiplication de centres&lt;br class='autobr' /&gt;
de produits exc&#233;dentaires, l'&#233;mulation du luxe et le triomphe du somptueux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;54. Le r&#232;gne de la gratuit&#233; signifie la fin des &#233;changes qui r&#233;gissent l'ensemble des&lt;br class='autobr' /&gt;
comportements sociaux dans le syst&#232;me marchand. Quand l'int&#233;r&#234;t passionnel l'emporte sur&lt;br class='autobr' /&gt;
la course au profit et au pouvoir, l'usage des objets et la notion d'utilit&#233; se modifient et d&#233;tournent&lt;br class='autobr' /&gt;
les gestes quotidiens de leurs anciennes habitudes. C'est ainsi que dispara&#238;tront les&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;actions d'avarice, d'appropriation privative, de jalousie, de mensonge, de prestige et de&lt;br class='autobr' /&gt;
spectacle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;55. Le r&#232;gne de la gratuit&#233; ne fera que d&#233;velopper ce que les moments r&#233;volutionnaires&lt;br class='autobr' /&gt;
du pass&#233; ont amorc&#233;. Ainsi, &#224; Cronstadt, en 1921, &#171; l'union des agriculteurs, organisation&lt;br class='autobr' /&gt;
des ouvriers poss&#233;dant une liaison avec les campagnes, demanda &#224; tous ceux qui poss&#233;daient&lt;br class='autobr' /&gt;
de la vieille ferraille de la donner pour fabriquer des outils d'agriculture. Tout ce&lt;br class='autobr' /&gt;
qui &#233;tait fabriqu&#233; &#233;tait r&#233;pertori&#233; en listes compl&#232;tes dans les &lt;i&gt;Izvestia&lt;/i&gt; du soviet de Cronstadt.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chaque objet portait l'estampille de l'Union des Agriculteurs de Cronstadt. On donnait aux&lt;br class='autobr' /&gt;
agitateurs du soviet, partant dans les campagnes, selon les possibilit&#233;s, des objets et instruments&lt;br class='autobr' /&gt;
fabriqu&#233;s par cette union ; ils &#233;taient offerts aux paysans par l'interm&#233;diaire de leurs&lt;br class='autobr' /&gt;
soviets locaux &#187;. (Efim Yartchouk : &lt;i&gt;Cronstadt dans la r&#233;volution russe.&lt;/i&gt;) L'&#233;change fera&lt;br class='autobr' /&gt;
place au don, au cadeau sans contrepartie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;56. La fin du syst&#232;me marchand signifie la fin du r&#232;gne du quantitatif. A mesure&lt;br class='autobr' /&gt;
que la production laissera place &#224; la cr&#233;ation collective, le crit&#232;re de la qualit&#233; l'emportera&lt;br class='autobr' /&gt;
partout et sera un des facteurs importants de l'&#233;mulation passionnelle et de la conqu&#234;te du&lt;br class='autobr' /&gt;
luxe. De m&#234;me que l'art de bien manger doit remplacer le simple besoin de se nourrir, de&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me la recherche de la qualit&#233; dans les produits, les techniques et le style de vie va devenir&lt;br class='autobr' /&gt;
l'occupation essentielle de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;57. Le progr&#232;s de la longue r&#233;volution se marquera dans le passage de la pratique&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; A travail minimum, distribution &#233;gale pour tous &#187; &#224; son stade plus avanc&#233; &#171; A cr&#233;ativit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
g&#233;n&#233;rale, dons maximums pour tous &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;58. Nous voulons que la jouissance de tous les droits soit le droit &#224; toutes les jouissances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;i&gt;De l'abolition du travail forc&#233;&lt;/i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;59. L'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e est le plus court chemin vers l'abondance. Le travail&lt;br class='autobr' /&gt;
y tend vers z&#233;ro, la cr&#233;ativit&#233; vers l'infini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;60. La liquidation du travail forc&#233; est l'une des premi&#232;res mesures qui expriment la&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;alit&#233; du moment r&#233;volutionnaire. Son processus est applicable imm&#233;diatement par :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; La suppression des secteurs parasitaires (industries inutiles ou polluantes, bureaux,&lt;br class='autobr' /&gt;
minist&#232;res, banques, assurances, secteur tertiaire). Celle-ci va lib&#233;rer un tr&#232;s grand&lt;br class='autobr' /&gt;
nombre de travailleurs, parmi lesquels il ne manquera pas de volontaires &#224; la fois pour passer&lt;br class='autobr' /&gt;
5 &#224; 8 heures par mois en secteurs prioritaires, et pour s'adonner &#224; la cr&#233;ation individuelle&lt;br class='autobr' /&gt;
et collective. Les assembl&#233;es coordonneront le d&#233;placement des &#233;quipes tournantes. Les&lt;br class='autobr' /&gt;
volontaires pr&#233;ciseront eux-m&#234;mes le nombre d'heures et leur r&#233;partition.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Un renversement de perspective : au lieu de quarante heures de travail forc&#233; par&lt;br class='autobr' /&gt;
semaine et d'un temps domin&#233; par les imp&#233;ratifs de survie (la course au profit et aux promotions),&lt;br class='autobr' /&gt;
chaque individu va d&#233;couvrir les probl&#232;mes passionnants que pose la construction&lt;br class='autobr' /&gt;
d'une soci&#233;t&#233; qui se donne pour but d'assurer le bonheur de tous : cr&#233;ation et distribution&lt;br class='autobr' /&gt;
gratuite des biens cr&#233;&#233;s, multiplicit&#233; des rencontres, regroupements par affinit&#233;s, r&#233;alisation&lt;br class='autobr' /&gt;
des d&#233;sirs par la vari&#233;t&#233; des dispositions passionnelles enfin reconnues et d&#233;barrass&#233;es des&lt;br class='autobr' /&gt;
tabous qui les refoulaient vers la violence et la destruction.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; L'automatisation sera install&#233;e ou d&#233;velopp&#233;e imm&#233;diatement dans les secteurs prioritaires et les travaux r&#233;siduels r&#233;pugnants (nettoyage, destruction des ordures). On veillera&lt;br class='autobr' /&gt;
notamment &#224; assainir la production d'&#233;nergie (&#233;tude des proc&#233;d&#233;s de production d'&#233;nergie&lt;br class='autobr' /&gt;
solaire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;61. Il n'est pas s&#251;r, n&#233;anmoins, que tous les travaux p&#233;nibles puissent &#234;tre supprim&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
sur-le-cliamp. Il faut donc veiller :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; A ce qu'ils soient de peu de dur&#233;e.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; A les r&#233;server &#224; ceux qui y prennent du plaisir.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; A les automatiser en priorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;62. D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, il importe que tout travail forc&#233; r&#233;siduel disparaisse au&lt;br class='autobr' /&gt;
profit de la cr&#233;ation collective, gr&#226;ce &#224; un jeu d'occupations attrayantes. Les travaux indispensables&lt;br class='autobr' /&gt;
red&#233;couvriront ainsi, mais &#224; un plus haut niveau de d&#233;veloppement technique, le&lt;br class='autobr' /&gt;
caract&#232;re de f&#234;te que rev&#234;tait, dans certaines soci&#233;t&#233;s agricoles, la corv&#233;e des moissons et&lt;br class='autobr' /&gt;
des vendanges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;63. Une fois abolies les conditions qui font du temps une marchandise, les occupations&lt;br class='autobr' /&gt;
cessent d'ob&#233;ir &#224; la n&#233;cessit&#233; du profit et de la repr&#233;sentation sociale ; elles s'organisent&lt;br class='autobr' /&gt;
selon les crit&#232;res du plaisir. Une activit&#233; - aujourd'hui d&#233;risoire - comme le bricolage&lt;br class='autobr' /&gt;
contient en germe une cr&#233;ativit&#233; qui n'attend que le moment de se d&#233;velopper sans&lt;br class='autobr' /&gt;
contrainte et de disposer des techniques les plus &#233;labor&#233;es pour enrichir l'humanit&#233;, en quelques&lt;br class='autobr' /&gt;
mois, de plus de trouvailles ing&#233;nieuses et agr&#233;ables que ne lui apport&#232;rent jamais des&lt;br class='autobr' /&gt;
si&#232;cles de travail forc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;64. Ce qui subsistera de t&#226;ches r&#233;p&#233;titives et ennuyeuses sera agenc&#233; de telle sorte&lt;br class='autobr' /&gt;
que le plus grand nombre possible de gens y consacrent une heure ou deux par go&#251;t du&lt;br class='autobr' /&gt;
changement ; afin que ceux qui y &#233;taient condamn&#233;s &#224; demeure n'y restent plus que le temps&lt;br class='autobr' /&gt;
de former quelques &#233;quipes de rel&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;65. A mesure que le go&#251;t du changement s'affinera, on peut supposer que beaucoup&lt;br class='autobr' /&gt;
arriveront &#224; une formation polytechnique, c'est-&#224;-dire &#224; la capacit&#233; d'exercer avec bonheur&lt;br class='autobr' /&gt;
n'importe quelle occupation cr&#233;ative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;66. Les nouveaux d&#233;sirs d&#233;finissent de nouvelles utilit&#233;s. A mesure que dispara&#238;tront&lt;br class='autobr' /&gt;
avec le temps-marchandise les voitures, les d&#233;placements rapides ; avec le spectacle&lt;br class='autobr' /&gt;
l'organisation du mensonge ; avec la bureaucratie l'Etat et la hi&#233;rarchie, etc. la disponibilit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
de la cr&#233;ativit&#233; individuelle aboutira &#224; la d&#233;concentration industrielle et agricole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;67. Il n'y a risque de p&#233;nurie que si l'on commet l'erreur de consid&#233;rer la survie&lt;br class='autobr' /&gt;
comme prioritaire au lieu de se donner pour but l'&#233;l&#233;vation globale du style de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;68. Il faut d&#233;sormais &#233;viter les concentrations de population, d&#233;centraliser et ouvrir&lt;br class='autobr' /&gt;
les villes &#224; une nouvelle campagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;69. La fin des s&#233;parations sera aussi la fin de la s&#233;paration entre villes et campagne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela signifie la m&#233;canisation de l'agriculture d&#233;barrass&#233;e des imp&#233;ratifs marchands&lt;br class='autobr' /&gt;
(rentabilit&#233;, pollution par engrais...) et la p&#233;n&#233;tration dans les villes de zones agricoles telles que champs, p&#226;turages, for&#234;ts, potagers, zones d'&#233;levage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;70. L'automatisation rapide des secteurs prioritaires encourage la renaissance d'un&lt;br class='autobr' /&gt;
nouvel artisanat, la red&#233;couverte de techniques anciennes perdues &#224; cause de leur manque&lt;br class='autobr' /&gt;
de rentabilit&#233;, la cr&#233;ation d'inventions nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;71. Aussit&#244;t que possible les usines seront d&#233;centralis&#233;es en ateliers automatis&#233;s de&lt;br class='autobr' /&gt;
cr&#233;ation collective (sur le mod&#232;le de ce qui existe, mais de fa&#231;on archa&#239;que, pour certaines&lt;br class='autobr' /&gt;
usines de tissage, d'armements, d'horlogerie). Les industries de mati&#232;res premi&#232;res fourniront&lt;br class='autobr' /&gt;
en pi&#232;ces de base les ateliers de cr&#233;ation afin de leur permettre la plus grande vari&#233;t&#233; de&lt;br class='autobr' /&gt;
produits finis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;72. A c&#244;t&#233; d'ateliers de cr&#233;ation ou de montage, il faut pr&#233;voir la multiplication de&lt;br class='autobr' /&gt;
centres d'exp&#233;rimentation individuels ou &#224; collectivit&#233; r&#233;duite ainsi que des machines &#233;parses&lt;br class='autobr' /&gt;
o&#249; chacun peut r&#233;parer ou construire, des cuisines et des boulangeries banales, versions&lt;br class='autobr' /&gt;
modernes des fours et moulins banaux du Moyen Age, voire des greniers &#224; bl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;73. Quels que soient son &#226;ge, son &#233;tat physique, ses capacit&#233;s, chacun a le droit&lt;br class='autobr' /&gt;
d'exercer sa cr&#233;ativit&#233; librement. C'est un acquis particuli&#232;rement important car il est de nature&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; h&#226;ter la liquidation des distinctions d'&#226;ge, de sexe, de force physique ou mentale, de&lt;br class='autobr' /&gt;
capacit&#233;s ou d'incapacit&#233;s &#233;rig&#233;es en prestige, bref &#224; en finir avec les s&#233;parations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;74. L'harmonisation sociale incite &#224; la plus grande vari&#233;t&#233; de go&#251;ts et de passions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce seront d&#233;sormais les seuls moteurs de l'abondance, la garantie de chaque individu contre&lt;br class='autobr' /&gt;
tout retour au travail forc&#233;, &#224; la fonction et au r&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;i&gt;Du droit de rencontre et d'affinit&#233;s&lt;/i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;75. Le mouvement d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e est aussi l'&#233;tude, la recherche et l'exp&#233;rimentation&lt;br class='autobr' /&gt;
de rapports humains fond&#233;s sur l'attrait et l'antipathie qui se manifestent entre&lt;br class='autobr' /&gt;
les individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;76. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s qui forment la section d'harmonisation sont pr&#233;cis&#233;ment saisis&lt;br class='autobr' /&gt;
des conflits ou des accords surgis entre les individus et entre les groupes. La section facilite&lt;br class='autobr' /&gt;
les rencontres, enregistre et communique l'offre et la demande passionnelles, &#233;largit le&lt;br class='autobr' /&gt;
champ des possibilit&#233;s et accumule la plus grande vari&#233;t&#233; de comportements et de d&#233;sirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;77. Il ne s'agit pas de supprimer les oppositions et les d&#233;saccords mais au contraire&lt;br class='autobr' /&gt;
de les entretenir en sorte que tout le monde y d&#233;couvre des plaisirs accrus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;78. Les in&#233;galit&#233;s, les contrastes, les d&#233;sirs disparates sont le moteur de l'harmonisation,&lt;br class='autobr' /&gt;
son principe de variations et de vari&#233;t&#233;s. Leur analyse et leur organisation forment&lt;br class='autobr' /&gt;
une des pr&#233;occupations les plus importantes de la vie quotidienne en autogestion ; elle est&lt;br class='autobr' /&gt;
vraiment la r&#233;alisation de l'histoire individuelle par la r&#233;alisation collective de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;79. Tout ce qui ne peut &#234;tre harmonis&#233; sur-le-champ doit &#234;tre maintenu comme demande urgente, avec d&#233;l&#233;gu&#233;s d&#251;ment charg&#233;s du projet de r&#233;alisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;80. Plus il y aura de singularit&#233;s, plus l'harmonisation se fera spontan&#233;ment. La&lt;br class='autobr' /&gt;
meilleure fa&#231;on de ne pas succomber &#224; une seule passion, c'est d'en avoir plusieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;81. Nous ne voulons pas que le refus d'eu revenir au syst&#232;me marchand donne&lt;br class='autobr' /&gt;
naissance &#224; un nouveau moralisme. L'appel &#224; la vertu r&#233;volutionnaire est toujours contrer&#233;volutionnaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne fait que rendre honteuses et cyniques les tares qu'il condamne. Mensonges,&lt;br class='autobr' /&gt;
s&#233;parations, prestige, passivit&#233;, appropriations et toutes les habitudes h&#233;rit&#233;es du&lt;br class='autobr' /&gt;
syst&#232;me marchand ne dispara&#238;tront pas sous l'effet de contraintes, de sanctions ou de bonnes&lt;br class='autobr' /&gt;
paroles mais par l'organisation harmonieuse des passions et des volont&#233;s de r&#233;alisation individuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;82. Il est pr&#233;visible que des groupes id&#233;ologiques ant&#233;rieurs &#224; la r&#233;volution (partis,&lt;br class='autobr' /&gt;
organisations politiques) tentent de se conserver ou de se reconstituer dans les assembl&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut les combattre r&#233;solument pendant la p&#233;riode de lutte &#224; outrance contre les &#233;tatistes&lt;br class='autobr' /&gt;
mais pas au-del&#224;. Si l'autogestion se g&#233;n&#233;ralise correctement, les groupes &#224; &#233;tiquette politique&lt;br class='autobr' /&gt;
ou syndicale dispara&#238;tront dans la vari&#233;t&#233; et la complexit&#233; des regroupements qui vont&lt;br class='autobr' /&gt;
se fonder sur les sympathies, les antipathies, les communaut&#233;s de go&#251;ts et de r&#233;pulsions ;&lt;br class='autobr' /&gt;
dans un jeu d'accords et de d&#233;saccords qui mettra les rivalit&#233;s et les affinit&#233;s au service des&lt;br class='autobr' /&gt;
progr&#232;s de l'autogestion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;83. Les individus disposent de toutes les libert&#233;s pratiques de ralliement ou de&lt;br class='autobr' /&gt;
non-ralliement, en sorte qu'ils peuvent se grouper par affinit&#233;s, se r&#233;unir pour des occupations&lt;br class='autobr' /&gt;
communes, partager leurs passions et leurs go&#251;ts, rester seuls, passer d'un groupe &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
l'autre, se faire les champions enthousiastes d'une activit&#233;, changer de pr&#233;occupations plusieurs&lt;br class='autobr' /&gt;
fois par jour, rivaliser d'&#233;mulation dans la cr&#233;ativit&#233; (concours de meilleur plat cuisin&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
d'invention, de perfectionnement des plaisirs, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;84. La coh&#233;rence de l'assembl&#233;e doit promouvoir un ensemble d'activit&#233;s agenc&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt;
de telle sorte qu'elles ne se d&#233;truisent pas mutuellement mais au contraire se multiplient et&lt;br class='autobr' /&gt;
se renforcent. Il est entendu une fois pour toutes qu'une telle organisation implique la disparition&lt;br class='autobr' /&gt;
des conditions spectaculaires-marchandes et n'a rien de commun avec la dynamique&lt;br class='autobr' /&gt;
de groupe et autres techniques d'int&#233;gration au monde de la survie. Il ne s'agit pas de combiner&lt;br class='autobr' /&gt;
des d&#233;sirs ali&#233;n&#233;s mais au contraire d'harmoniser entre eux les d&#233;sirs d&#233;sali&#233;n&#233;s, lib&#233;r&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
de leur engorgement, d&#233;barrass&#233;s, par le changement radical des conditions historiques, de&lt;br class='autobr' /&gt;
ce qui les tournait contre eux-m&#234;mes &#224; la faveur d'un ensemble de contraintes, d'impuissances&lt;br class='autobr' /&gt;
et de mensonges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;85. Tous les go&#251;ts sont dans la nature de l'harmonisation sociale. En liquidant la&lt;br class='autobr' /&gt;
culpabilit&#233;, la promotion et la lib&#233;ration des d&#233;sirs liquideront aussi ce que le vieux monde&lt;br class='autobr' /&gt;
connaissait de d&#233;lits et de crimes. C'est un des paris de l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;86. Les tendances rivales ou divergentes donnent de la vie aux assembl&#233;es d'autogestion&lt;br class='autobr' /&gt;
g&#233;n&#233;ralis&#233;e et &#224; l'organisation sociale tout enti&#232;re. &#171; L'absence de discorde, ou &lt;i&gt;bien&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
n&#233;gatif, n'est que le succ&#233;dan&#233; du &lt;i&gt;bien&lt;/i&gt; positif qui na&#238;t de la combinaison des discordes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;87. La nouvelle organisation sociale n'est rien d'autre que l'organisation par tous&lt;br class='autobr' /&gt;
les individus des d&#233;sirs, des passions, des volont&#233;s, des r&#234;ves, cr&#233;ant au jour le jour les&lt;br class='autobr' /&gt;
conditions historiques de leur lib&#233;ration, de leur d&#233;veloppement, de leur r&#233;alisation pratique.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'humanit&#233; n'a plus d'autre choix, au stade actuel de son histoire, que de dispara&#238;tre ou de&lt;br class='autobr' /&gt;
cr&#233;er les garanties du bonheur individuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;88. Les comportements et les habitudes h&#233;rit&#233;s du syst&#232;me marchand, et que sa&lt;br class='autobr' /&gt;
liquidation n'a pas r&#233;ussi &#224; extirper compl&#232;tement, il faut les tourner vers le jeu, vers la&lt;br class='autobr' /&gt;
combinaison ludique des passions, en sorte que l'abondance des jouissances vienne &#224; bout&lt;br class='autobr' /&gt;
des mis&#233;rables compensations du renoncement, des manques et de la sous-estimation de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;89. Non seulement admettre mais surtout encourager chaque disposition d'un individu,&lt;br class='autobr' /&gt;
chaque revendication subjective, chaque d&#233;sir particulier, chaque singularit&#233; de go&#251;t,&lt;br class='autobr' /&gt;
chaque capacit&#233;, voil&#224; ce qui donne leur valeur positive aux in&#233;galit&#233;s, voil&#224; ce qui les emp&#234;che&lt;br class='autobr' /&gt;
de s'ordonner selon les fonctions n&#233;gatives d'une nouvelle hi&#233;rarchie. La satisfaction&lt;br class='autobr' /&gt;
comp&#233;titive des tendances individuelles d&#233;finit la gamme des in&#233;galit&#233;s positives qui fait,&lt;br class='autobr' /&gt;
dans les rapports ludiques non contraignants, le charme des rencontres et des regroupements.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous voulons cr&#233;er les conditions &#233;galitaires pour toutes nos in&#233;galit&#233;s subjectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;90. La pratique de l'harmonisation sociale des individus est ins&#233;parable de la lutte&lt;br class='autobr' /&gt;
contre les s&#233;parations. Il est important, par exemple, que l'&#233;conomie et la vie quotidienne ne&lt;br class='autobr' /&gt;
subsistent pas comme des secteurs autonomes mais au contraire disparaissent telles qu'elles&lt;br class='autobr' /&gt;
ont exist&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent et se retrouvent &#233;troitement m&#234;l&#233;es, indistinctes l'une de l'autre. Il&lt;br class='autobr' /&gt;
faudra donc veiller &#224; ce que l'offre et la demande passionnelles soient ins&#233;parables de l'offre&lt;br class='autobr' /&gt;
et de la demande de produits de survie (nourriture, connaissances, mati&#232;res premi&#232;res,&lt;br class='autobr' /&gt;
soins, etc.). C'est le travail des d&#233;l&#233;gu&#233;s de coordonner en un tout ce qui est exig&#233; d'eux de&lt;br class='autobr' /&gt;
fa&#231;on s&#233;par&#233;e, afin que l'esprit de totalit&#233; ach&#232;ve de se r&#233;pandre partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;91. Le mouvement de regroupements par sympathies et contrastes est &#224; son tour&lt;br class='autobr' /&gt;
une des plus s&#251;res garanties de la fin des s&#233;parations, du parcellaire, des sp&#233;cialisations. En&lt;br class='autobr' /&gt;
devenant l'affaire de tous, par un jeu d'&#233;mulation g&#233;n&#233;rale et de jouissances particuli&#232;res,&lt;br class='autobr' /&gt;
l'&#233;conomie, l'enseignement, les connaissances, le langage... cessent d'&#234;tre des secteurs et des&lt;br class='autobr' /&gt;
activit&#233;s s&#233;par&#233;s de la construction de la vie quotidienne, et participent ainsi, selon une unit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
dont les g&#233;n&#233;rations pass&#233;es ont toujours ressenti l'imp&#233;rieux d&#233;sir et la tr&#232;s incertaine possibilit&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
au plus grand bouleversement de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;92. L'existence d'une section d'harmonisation au sein du conseil des d&#233;l&#233;gu&#233;s a son&lt;br class='autobr' /&gt;
utilit&#233; dans la mesure o&#249; elle facilite, de fa&#231;on unitaire avec les autres sections, les possibilit&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
de rencontre et de regroupements attractifs. Elle dispara&#238;tra lorsque les individus auront&lt;br class='autobr' /&gt;
par eux-m&#234;mes une vue globale des chances de rencontres et d'association. Elle peut h&#226;ter&lt;br class='autobr' /&gt;
notamment l'autogestion des enfants, en coordonnant l'action de tous ceux qui leur sont attach&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
afin de cr&#233;er, dans l'&#226;ge de survie, les meilleures conditions d'&#233;panouissement, et en&lt;br class='autobr' /&gt;
apprenant ensuite de leur cr&#233;ativit&#233; spontan&#233;e comment red&#233;couvrir une finesse disparue,&lt;br class='autobr' /&gt;
une nouvelle perception du r&#233;el, le v&#233;ritable sens de l'unit&#233; entre la parole et l'acte, l'espace&lt;br class='autobr' /&gt;
et le temps, le r&#234;ve et le r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;i&gt;De la libre disposition de l'espace-temps&lt;/i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;93. L'espace-temps cr&#233;&#233; par la r&#233;volution de la vie quotidienne est l'ensemble des&lt;br class='autobr' /&gt;
territoires lib&#233;r&#233;s du contr&#244;le &#233;tatique et du syst&#232;me marchand, et modifi&#233;s en permanence&lt;br class='autobr' /&gt;
par les individus qui apprennent &#224; construire, collectivement et en particulier, chaque moment&lt;br class='autobr' /&gt;
de leur existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;94. Mod&#232;le et centre de la vie sociale, l'assembl&#233;e d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e est&lt;br class='autobr' /&gt;
l'unit&#233; de lieu et de temps de la pratique r&#233;volutionnaire individuelle et collective. C'est en&lt;br class='autobr' /&gt;
elle que le vieux projet de se faire en faisant l'histoire d&#233;couvre sa seule voie de r&#233;alisation&lt;br class='autobr' /&gt;
possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;95. La libre disposition du temps et la libre disposition de l'espace sont ins&#233;parables.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut &#224; chaque instant que chacun puisse &#234;tre partout chez lui. Pratiquement, cela&lt;br class='autobr' /&gt;
signifie que chaque individu a le droit de b&#226;tir n'importe quel style d'habitation, de cr&#233;er des&lt;br class='autobr' /&gt;
ambiances, de se d&#233;placer comme il l'entend (droit de nomadisme), de construire ses r&#234;ves,&lt;br class='autobr' /&gt;
de concr&#233;tiser ses souvenirs, de condenser le temps du v&#233;cu, de l'&#233;mietter en instants fugitifs,&lt;br class='autobr' /&gt;
d'y mettre fin par le suicide, de l'explorer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;96. Une des moindres modifications de l'espace-temps, r&#233;alisable &#224; bref d&#233;lai,&lt;br class='autobr' /&gt;
consiste &#224; liquider la distinction entre villes et campagnes. Partiellement envahies par les&lt;br class='autobr' /&gt;
champs et les for&#234;ts, les grandes villes dispara&#238;tront au profit d'une grande dispersion et&lt;br class='autobr' /&gt;
d'une grande vari&#233;t&#233; d'habitats, mobiles ou fixes, &#233;ph&#233;m&#232;res ou durables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;97. Le droit au changement d'espace-temps de la vie quotidienne entra&#238;ne le droit &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
tous les changements dont r&#234;ve la subjectivit&#233; (par exemple, changement d'aspect, changement&lt;br class='autobr' /&gt;
de nom selon les circonstances).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;98. Il n'est pas douteux que la libre disposition de l'espace-temps apporte de pr&#233;cieux&lt;br class='autobr' /&gt;
bouleversements dans le comportement humain. Ainsi se modifiera notre perception&lt;br class='autobr' /&gt;
du r&#233;el ; ainsi nos sens, &#233;rod&#233;s par les habitudes abrutissantes de la survie, vont s'affiner&lt;br class='autobr' /&gt;
jusqu'&#224; atteindre une acuit&#233; aujourd'hui insoup&#231;onnable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;i&gt;La r&#233;volution en permanence&lt;br&gt;
est le pivot rationnel de toutes les passions&lt;/i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les ouvriers de Lip ont montr&#233; jusqu'o&#249; ils n'ont pas r&#233;ussi &#224; aller assez loin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Handicap&#233;s par le caract&#232;re parasitaire de leur industrie, ils ont agi partiellement pour le&lt;br class='autobr' /&gt;
mieux en faisant marcher l'usine pour leur propre compte, en s'emparant du stock et en s'assurant&lt;br class='autobr' /&gt;
une paie sauvage. Mais en conservant les chefs syndicaux, en r&#233;duisant leur mouvement&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; la d&#233;fense du &#171; droit au travail &#187;, en permettant aux pires ennemis de la r&#233;volution&lt;br class='autobr' /&gt;
d'applaudir au spectacle de leur gr&#232;ve, ils ont renonc&#233; &#224; leur propre autonomie, n'ont laiss&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
au mouvement aucune possibilit&#233; d'expansion et n'ont amorc&#233; aucun changement historique&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte a &#233;t&#233; publi&#233; par l'Union g&#233;n&#233;rale d'&#233;ditions, 10/18, en 1974.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://www.infokiosques.net/IMG/pdf/De_la_greve_sauvage.pdf" length="430184" type="application/pdf" />
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Proudhon, un refoul&#233; sexuel</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article354</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.infokiosques.net/spip.php?article354</guid>
		<dc:date>2006-07-16T23:01:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Daniel Gu&#233;rin, L'Empereur Tomato Ketchup</dc:creator>


		<dc:subject>Anarchismes, anarchie</dc:subject>
		<dc:subject>F&#233;minisme, (questions de) genre</dc:subject>
		<dc:subject>Editions Turbulentes (Metz-Dijon)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Daniel Gu&#233;rin s'attache ici &#224; &#034;consid&#233;rer l'un des aspects les moins connus de l'&#339;uvre du grand r&#233;formateur social : sa vive et insolite curiosit&#233; &#224; l'&#233;gard de l'homosexualit&#233;. Curiosit&#233; d'autant plus surprenante qu'il passait, a juste titre, pour un homme de m&#339;urs rigides et que, par ailleurs, l'auteur de la posthume &lt;i&gt;Pornocratie&lt;/i&gt; &#233;tait enclin a tonner contre les &#233;carts de la chair.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la suite du texte de Daniel Gu&#233;rin, quelques citations r&#233;actionnaires de divers personnages c&#233;l&#232;bres accompagnent d'autres citations de Proudhon, toutes aussi r&#233;trogrades, notamment au sujet des femmes...&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique22" rel="directory"&gt;P&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Anarchismes, anarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;F&#233;minisme, (questions de) genre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot62" rel="tag"&gt;Editions Turbulentes (Metz-Dijon)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH115/arton354-982f1.jpg?1781172241' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='115' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff354.jpg?1151605059&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Proudhon, un refoul&#233; sexuel&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais consid&#233;rer l'un des aspects les moins connus de l'&#339;uvre du grand r&#233;formateur social : sa vive et insolite curiosit&#233; &#224; l'&#233;gard de l'homosexualit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Toutes les citations de Proudhon qui suivent sont extraites de De la Justice (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Curiosit&#233; d'autant plus surprenante qu'il passait, a juste titre, pour un homme de m&#339;urs rigides et que, par ailleurs, l'auteur de la posthume &lt;i&gt;Pornocratie &lt;/i&gt;&#233;tait enclin a tonner contre les &#233;carts de la chair.&lt;br /&gt;
Proudhon avait cru remarquer que l'homosexualit&#233;, de son temps, n'&#233;tait gu&#232;re pratiqu&#233;e par les classes laborieuses. Ses adeptes &#233;taient bien plut&#244;t, selon lui, &#171; des raffin&#233;s, des artistes, des gens de lettres, des magistrats, des pr&#234;tres &#187;. Pourquoi ? parce que les travailleurs n'&#233;taient &#171; pas assez avanc&#233;s dans le culte de l'id&#233;al &#187;. Pour lui, &lt;i&gt;l'amour unisexuel &lt;/i&gt;&#233;tait &#171; une erreur de jugement produite par une illusion de l'id&#233;al &#187;, par la poursuite &#171; du beau et du bien &#187;. Ce qui le frappait dans les m&#339;urs antiques, c'&#233;tait que de &#171; grands po&#232;tes en vinrent &#224; c&#233;l&#233;brer cette monstrueuse ardeur, privil&#232;ge, &#224; les entendre, des dieux et des h&#233;ros &#187;. Il ajoutait que c'&#233;tait cette &#171; po&#233;tique &#187; de l'homosexualit&#233; qu'il s'agissait surtout d'expliquer. Et s'excusant &#224; l'avance de l'audace de son incursion dans pareil domaine, il osait &#233;crire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;J'ai consult&#233; les t&#233;moignages &#233;crits ; j'ai interrog&#233; ces anciens qui surent mettre de la po&#233;sie, de la philosophie partout, et qui, parlant &#224; une soci&#233;t&#233; habitu&#233;e aux m&#339;urs socratiques, ne se g&#234;naient gu&#232;re (...) Ce que je vais dire (...) aura (...) l'avantage d'all&#233;ger singuli&#232;rement le crime de ceux qui les premiers s'en firent les chantres et les pan&#233;gyristes (...) Nous avons plaid&#233; en faveur de quelques personnages, les plus grands qui aient illustr&#233; notre race, en faveur de la po&#233;sie et de la philosophie grecque, &#233;ternel honneur de l'esprit humain, l'innocence de l'amour unisexuel. &lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Proudhon ouvre son &#233;tude en rejetant d&#233;lib&#233;r&#233;ment l'explication de saint Paul &#171; qui croit avoir tout dit quand il attribue le ph&#233;nom&#232;ne qui nous occupe au culte des faux dieux &#187;. Pour lui &#171; l'explication de saint Paul n'explique rien &#187;. Il &#233;tait trop commode pour le christianisme d'imputer au polyth&#233;isme et &#224; la soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur lui les comportements dont il pr&#233;tendait purger la terre. &#171; Mais (...) le christianisme n'a pas r&#233;ussi dans son entreprise &#187; et les passions d&#233;nonc&#233;es par l'ap&#244;tre &#171; se sont perp&#233;tu&#233;es dans l'Eglise du Christ. &#187;&lt;br /&gt;
Remontant aux origines de l'amour grec, Proudhon sugg&#232;re, avec raison, que l'homosexualit&#233; avait exist&#233; en Gr&#232;ce bien avant Socrate. C'est en Ionie que cet amour fut d'abord &#171; chant&#233; et divinis&#233; &#187;. De bonne heure, chez les Syriens, les Babyloniens et autres Orientaux la religion avait fait de l'homosexualit&#233; un de ses myst&#232;res. A l'origine de l'humanit&#233;, r&#233;gnait un &#171; panth&#233;isme &#233;rotique &#187;, ce que Charles Fourier, &#224; qui Proudhon devait tant, appelait &lt;i&gt;omnigamie &lt;/i&gt;et que Proudhon &#233;voque en ces termes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Cet amour supr&#234;me, qui d&#233;brouilla le chaos et qui anime tous les &#234;tres, n'a pas besoin, pour jouir, de la forme humaine. Pour lui, les r&#232;gnes, les genres, les esp&#232;ces, les sexes, tout est confondu (...) C'est C&#233;nis, chang&#233;e de fille en gar&#231;on ; Hermaphrodite, &#224; la fois m&#226;le et femelle ; Prot&#233;e, avec ses mille m&#233;tamorphoses (...) Th&#233;ocrite va plus loin : dans une complainte sur la mort d'Adonis, il pr&#233;tend que le sanglier qui le tua d'un coup de croc ne fut coupable que de maladresse. Le pauvre animal voulut donner un baiser &#224; ce beau jeune homme : dans le transport de sa passion il le d&#233;chira ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Quand l'humanit&#233;, sortie du chaos, entra dans la civilisation, ce panth&#233;isme &#233;rotique se mua en &#171; id&#233;alisme &#233;rotique &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Avant tout, pensaient les anciens, l'homme ne peut vivre sans &lt;/i&gt;amour ; &lt;i&gt;sans amour la vie est une anticipation de la mort. L'antiquit&#233; est pleine de cette id&#233;e ; elle a chant&#233; et pr&#233;conis&#233; l'amour&lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;elle a disput&#233; &#224; perte de vue de sa nature comme elle a disput&#233; du souverain Bien, et plus d'une fois il lui est arriv&#233; de les confondre. Avec la m&#234;me puissance que ses artistes id&#233;alisaient la forme humaine, ses philosophes et ses po&#232;tes id&#233;alis&#232;rent l'Amour (...) Ce fut (...) parmi eux, &#224; qui d&#233;couvrirait et r&#233;aliserait le parfait amour (...) Mais cette id&#233;alit&#233; de l'amour, o&#249; la trouver ? Comment en jouir, et dans quelle mesure ? &lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Dans le mariage ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le mariage, &lt;/i&gt;r&#233;plique Proudhon d'apr&#232;s un proverbe, &lt;i&gt;est le tombeau de l'amour. Et cela &#233;tait vrai pour les Grecs (...) incomparablement plus qu'il ne l'est pour nous. La dignit&#233; d'&#233;pouse, aristocratique dans son principe et dans sa forme, ne conf&#233;rait gu&#232;re &#224; la femme antique que de hautaines pr&#233;tentions qui la rendaient peu aimable. &lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
L'auteur fait ici allusion, mais trop sommairement d'ailleurs, aux conditions sociales (patriarcat) dont &#233;tait victime la femme grecque :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;L'&#233;pouse telle qu'au sortir de l'&#226;ge h&#233;ro&#239;que la civilisation dut la faire, n'ayant pour elle que son orgueil, la trivialit&#233; de ses occupations et son importune lascivit&#233;, que r&#233;primaient &#224; peine les ennuis de la grossesse et les rebuffades maritales, l'amour s'envolait au matin des noces, et le c&#339;ur restait d&#233;sert. &lt;/i&gt;Il n'y a pas la moindre parcelle d'amour dans le gyn&#233;c&#233;e, &lt;i&gt;dit &#233;nergiquement Plutarque.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Si l'union conjugale &#233;tait ainsi &#171; destitu&#233;e d'id&#233;al, partant, d'amour &#187; &#224; qui demander l'amour ? A l'&lt;i&gt;heta&#239;ra&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&#224; la concubine, &#224; la courtisane ? Mais ce genre d' &#171; amour &#224; gages &#187; se r&#233;duit &#224; une &#171; satisfaction des sens &#187;, &#224; une &#171; s&#233;cr&#233;tion de l'organisme &#187;, &#224; une &#171; sentine &#187;, peste Proudhon. &#171; Je l'aime, dites-vous ; oui comme j'aime le vin, le poisson et tout ce qui me donne du plaisir. &#187;&lt;br /&gt;
&#171; &lt;i&gt;Ainsi l'&lt;/i&gt;heta&#239;ra &lt;i&gt;et la courtisane n'offrant rien de plus, quant a la d&#233;lectation amoureuse, offrant m&#234;me moins que la femme l&#233;gitime, l'amour tel que le veut l'&#226;me humaine, l'amour id&#233;alis&#233; devient impossible entre les deux sexes (...) Les anciens n'avaient que trop bien suivi cette analyse. Ils comprenaient merveilleusement que la beaut&#233;, au physique comme au moral, est immat&#233;rielle, que l'amour qu'elle inspire est tout entier dans l'&#226;me (...) O&#249; donc, se demandait l'homme de l'antiquit&#233;, o&#249; trouver l'amour sans lequel je ne puis vivre, et que je ne puis saisir ni avec ma femme, ni avec ma ma&#238;tresse, ni avec mon esclave ? O&#249; est-il, cet amour, feu follet qui ne se montre que pour tromper les hommes ? &lt;/i&gt;J'ai trouv&#233; la femme plus am&#232;re que la mort, &lt;i&gt;s'&#233;crie Salomon ; il&lt;/i&gt; &lt;i&gt;d&#233;signe &#233;videmment, non pas la personne, mais le sexe. N&#233;ant partout, amour nulle part.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Et Proudhon de suivre attentivement &#171; la marche de cette s&#233;duction id&#233;aliste qui, apr&#232;s avoir fait repousser le mariage comme &#233;tranger par sa nature &#224; l'amour &#187;, aboutit &#224; &#171; l'hallucination &#187; de l'homosexualit&#233;.&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&#171; &lt;i&gt;C'est donc par un raffinement de d&#233;licatesse en m&#234;me temps que par une recherche quintessenci&#233;e du beau et de l'honn&#234;te que les anciens en vinrent &#224; m&#233;priser l'amour conjugal, et avec lui tout rapport physique avec la femme. Telle est la s&#233;rie d'id&#233;es par laquelle les Grecs, &#224; force de sp&#233;culer sur l'amour et de le d&#233;gager des indignit&#233;s de la chair, arriv&#232;rent aux derniers exc&#232;s. Cela peut para&#238;tre prodigieux, mais cela est : et l'histoire enti&#232;re en t&#233;moigne.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Proudhon, avec une singuli&#232;re complaisance, abandonne maintenant la th&#233;orie pour les exemples :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Anacr&#233;on, suivant Elien, &#233;tant a la cour de Polycrate, tyran de Samos, con&#231;ut une vive affection pour un jeune homme nomm&#233; Smerdias. Il le ch&#233;rissait, dit l'historien, pour son &#226;me, non pour son corps. De son c&#244;t&#233;, l'adolescent avait une affection respectueuse pour le po&#232;te.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Proudhon de surench&#233;rir :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le bel &#233;ph&#232;be Smerdias dont il est ici question &#233;tait aussi aim&#233; par le tyran Polycrate.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Ayant surmont&#233;, enfin, et la prudence et l'inhibition, l'auteur se lance &#224; corps perdu dans l'exaltation de l'amour grec :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Il faut bien croire que cette th&#233;orie extraordinaire &#233;tait entr&#233;e jusqu'&#224; un certain point dans les m&#339;urs, quand on voit les hommes les plus vertueux de l'antiquit&#233; et les moins suspects en faire profession. Socrate, qui donna son nom a l'amour parfait avant que Platon lui e&#251;t donn&#233; le sien, faisait, au vu et au su de toute la ville, l'amour a Alcibiade. Il lui enseignait la philosophie, lui reprochait son orgueil, l'arrachait aux s&#233;ductions des courtisanes, le formait &#224; la continence, et, par son exemple et ses discours, apprenait aux Ath&#233;niens &#224; aimer la jeunesse et &#224; la respecter. Il y a une belle le&#231;on de lui dans le dialogue de Platon appel&#233; le &lt;/i&gt;Th&#233;&#233;t&#232;te. &lt;i&gt;Th&#233;&#233;t&#232;te est un jeune homme sans gr&#226;ce, au nez camus, aux petits yeux enfonc&#233;s, vrai portrait de Socrate, et qui est pr&#233;sent&#233; et recommand&#233; au philosophe par un citoyen d'Ath&#232;nes, que ses amis accusaient ironiquement, et &#224; son grand d&#233;plaisir, de faire l'amour &#224; ce vilain gar&#231;on. Socrate interroge Th&#233;&#233;t&#232;te, le force par ses questions de montrer son intelligence, fait ressortir son heureux naturel, et lui dit &#224; la fin devant tout le monde : Va, tu es beau, Th&#233;&#233;t&#232;te ; car tu poss&#232;des la beaut&#233; de l'&#226;me, mille fois plus pr&#233;cieuse que celle du corps. Parole digne de l'Evangile, qui dut frapper vivement les Ath&#233;niens, et que Platon n'aurait eu garde de perdre.&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&#171; &lt;i&gt;Corn&#233;hus N&#233;pos, dans la vie d'Epaminondas, raconte que, le roi de Perse ayant eu dessein de l'acheter, Diom&#233;don de Cyzique, qui &#233;tait charg&#233; de la commission, commen&#231;a par mettre dans ses int&#233;r&#234;ts un tout jeune homme, appel&#233; Micythus, qu'Epaminondas aimait de tout son c&#339;ur. Que fit le h&#233;ros th&#233;bain ? Apr&#232;s avoir admonest&#233; s&#233;v&#232;rement l'entremetteur du grand roi, il dit a son jeune ami : Pour toi, Micythus, rends-lui vite son argent, ou je te d&#233;nonce au magistrat ! (...) Etrange occupation pour des p&#233;d&#233;rastes, de pr&#234;cher &#224; leurs gitons, de parole et d'exemple, la modestie, l'&#233;tude, le d&#233;sint&#233;ressement, la chastet&#233;, tous les genres de vertu, et de les menacer du ch&#226;timent s'ils s'en &#233;cartent !&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&#171; &lt;i&gt;Dans une guerre que ceux de Chalcis soutenaient contre leurs voisins, ils durent la victoire au courage de Cl&#233;omaque, un des leurs, qui se d&#233;voua (...) &#224; la seule condition de recevoir auparavant, en pr&#233;sence de l'arm&#233;e, un baiser de son ami, et de mourir sous ses yeux. C'est Plutarque qui raconte le fait. Je voudrais savoir si la chevalerie a produit rien de plus beau et de plus chaste que ce trait ?&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&#171; &lt;i&gt;Tout le monde sait que le bataillon sacr&#233; de Th&#232;bes, qui p&#233;rit tout entier &#224; Ch&#233;ron&#233;e, &#233;tait form&#233; de trois cents jeunes gens, cent cinquante paires, dont l'amour autant que le patriotisme formait la discipline.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Passant de la litt&#233;rature grecque &#224; la po&#233;sie latine, Proudhon poursuit dans la m&#234;me veine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Virgile, chantant le messianisme romain et la r&#233;g&#233;n&#233;ration universelle, Virgile, disciple de Platon, n'oublie pas cette &#233;puration de l'amour p&#233;d&#233;rastique. Son &#233;pisode de Nisus et Euryale s'inspire de l'amiti&#233; grecque, o&#249; l'amour s'allie &#224; l'&#233;mulation guerri&#232;re,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Un m&#234;me amour les unissait et ils se ruaient ensemble dans les combats&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En&#233;ide, IX, 188.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;dit-il des jeunes h&#233;ros : Euryale, type de jeunesse splendide et de gr&#226;ce vertueuse, que toute l'arm&#233;e aime autant qu'elle l'admire,&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Euryale remarquable par sa beaut&#233; et par sa jeunesse en fleur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.., V. 295.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;,&lt;br /&gt;
Ce charme plus s&#233;duisant qui appara&#238;t dans un beau corps&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., V. 344.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;,&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;et Nisus, son pur et pieux amant. Lisez aux 5e et 9e livres de l'&lt;/i&gt;En&#233;ide &lt;i&gt;l'histoire touchante de cet amour : on dirait un &#233;pisode du bataillon sacr&#233; de Th&#232;bes. Et c'est apr&#232;s avoir racont&#233; leur mort que le po&#232;te s'&#233;crie : Heureux couple ! Si mes vers ont quelque puissance, votre m&#233;moire durera autant que le Capitole, aussi longtemps que Rome tiendra l'empire du monde !&lt;/i&gt; &#187;&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Et Proudhon, que rien n'&#233;tonne plus, que rien ne retient plus, s'exclame :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Pourquoi nous &#233;tonner si fort, apr&#232;s tout, d'un attachement qui a des racines dans la nature m&#234;me ? Ne savons-nous pas qu'il existe entre l'adolescent et l'homme fait une inclination r&#233;ciproque, qui se compose de mille sentiments divers et dont les effets vont bien au-del&#224; de la simple amiti&#233;, Qu'&#233;tait-ce que l'affection de F&#233;nelon pour le duc de Bourgogne, cet enfant de son c&#339;ur et de son g&#233;nie, qu'il avait cr&#233;&#233;, form&#233;, la Bible dirait engendr&#233;, comme il avait cr&#233;&#233; son T&#233;l&#233;maque ? De l'amour, dans le sens le plus pur et le plus &#233;lev&#233; que lui donnaient les Grecs. F&#233;nelon instruisant le duc de Bourgogne, c'est Socrate r&#233;v&#233;lant &#224; ses auditeurs la beaut&#233; de Th&#233;&#233;t&#232;te, c'est Epaminondas r&#233;primandant Micythus. Qu'il e&#251;t voulu mourir pour ce fruit de ses entrailles, le tendre F&#233;nelon !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&#171; &lt;i&gt;J'irais plus loin : qu'&#233;tait cette pr&#233;dilection tant remarqu&#233;e du Christ pour le plus jeune de ses ap&#244;tres ?&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean, XIII, 23 ; XIX, 26, 27 ; XXI, 20.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Pour moi, j'y vois, comme dans l'&#233;pisode de Nisus et Euryale, une imitation chr&#233;tienne de l'amour grec. Et ce n'est pas la moindre preuve &#224; mes yeux que l'auteur du 4e Evangile ne fut pas un H&#233;breu de J&#233;rusalem, incapable de ces d&#233;licatesses, mais un hell&#233;niste d'Alexandrie, qui connaissait son public, et ne trouvait rien de mieux, pour vanter la saintet&#233; du Christ, que d'en faire un amant &#224; la mani&#232;re de Socrate. Nous calomnions les anciens, et nous ne voyons pas que leurs id&#233;es, ramen&#233;es &#224; leur juste mesure, ont leur source dans le c&#339;ur humain, et qu'elles ont coul&#233; jusque dans notre religion.&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
&#171; &lt;i&gt;La distinction des amours et la diff&#233;rence de leurs caract&#232;res &#233;tait si bien &#233;tablie chez les Grecs, que nous les voyons habiter ensemble, sans se combattre ni se confondre. Achille a pour compagne de sa couche, &lt;/i&gt;heta&#239;ra, &lt;i&gt;Bris&#233;is, la belle captive ; pour ami de c&#339;ur, Patrocle, son &lt;/i&gt;heta&#239;ros. &lt;i&gt;Aussi, quelle diff&#233;rence dans les regrets qu'il leur donne ! Pour Bris&#233;is, il pleure, il jure de ne plus combattre et de retourner en Thessalie ; pour Patrocle, il viole son serment, tue Hector, massacre ses captifs et d&#233;cide la prise de Troie.&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
&#171; &lt;i&gt;Tous les po&#232;tes grecs qui ont chant&#233; l'amour sous sa double hypostase ont suivi l'exemple d'Hom&#232;re. Je veux que le Bathylle d'Anacr&#233;on soit suspect : l'indiscr&#233;tion du po&#232;te, dans le portrait qu'il a trac&#233; de son ami, a laiss&#233; tomber sur la puret&#233; de l'original une ombre obsc&#232;ne ; mais combien le sentiment que Bathylle lui inspire l'emporte sur toutes ses fantaisies de ma&#238;tresses ! Quoi de plus ravissant que cette chanson de la colombe messag&#232;re ! Et quelle r&#234;verie dans ces deux couplets, que les traducteurs s&#233;parent comme si c'&#233;taient deux odes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Rafra&#238;chissez, &#244; femmes, de vin doux ma gorge dess&#233;ch&#233;e ; rafra&#238;chissez de roses nouvelles ma t&#234;te br&#251;lante. Mais qui rafra&#238;chira mon c&#339;ur, incendi&#233; par les amours ?&lt;br /&gt;
Je m'assoirai &#224; 1'ombre de Bathylle, le jeune arbre &#224; la verdoyante chevelure ; aupr&#232;s de lui coule et murmure la fontaine de persuasion. C'est la, voyageur &#233;puis&#233;, que je prendrai une nouvelle force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant ce n'est plus tant l'amour grec que sa puret&#233; qui intrigue Proudhon :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ce qui m'&#233;tonne dans toute cette po&#233;sie socratique, platonique, anacr&#233;ontique ou saphique, comme on voudra l'appeler, c'est l'extraordinaire chastet&#233; de la pens&#233;e aussi bien que du langage, chastet&#233; qui n'a d'&#233;gale que l'ardeur de la passion. M'explique qui pourra, dans l'hypoth&#232;se d'un amour impie, cet inconcevable m&#233;lange de tout ce que la tendresse la plus exalt&#233;e, la pens&#233;e la plus s&#233;v&#232;re, la po&#233;sie la plus divine, pouvaient offrir de traits p&#233;n&#233;trants, d'images gracieuses et d'ineffable harmonie, avec ce que la rage des sens aurait fait inventer de plus atroce ; quant &#224; moi, une pareille alliance du ciel et de l'enfer dans un m&#234;me c&#339;ur me para&#238;t inadmissible, et je reste convaincu que, s'il y a l&#224;-dessous quelque horreur, elle est toute notre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'amour &#171; unisexuel &#187; des anciens &#233;tait-il vraiment pur ? Proudhon, apr&#232;s l'avoir affirm&#233;, n'en est plus tellement certain. Mais leur id&#233;al, tout au moins, &#233;tait, selon lui, de puret&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Pour nous, sans pr&#233;tendre &#224; plus de science en pareille mati&#232;re qu'il ne convient &#224; d'honn&#234;tes gens d'en avoir, nous maintenons l'opinion &#233;tablie par nous dans le texte, savoir, que l'amour p&#233;d&#233;rastique n'impliquait pas n&#233;cessairement, pour les anciens Grecs, comme il implique aujourd'hui pour nous, des rapports corporels ; que tout au contraire cet amour avait la pr&#233;tention de rester pur, et que c'est ainsi que le pratiqu&#232;rent Socrate, Epaminondas, et une foule d'autres. Les passages que nous avons cit&#233;s de Plutarque, de Platon, de Virgile, de l'Evangile selon saint Jean, en sont des t&#233;moignages irr&#233;cusables. Nous soutiendrons en cons&#233;quence que c'est ce pur amour que chant&#232;rent Anacr&#233;on et Sapho ; qu'il importe, si l'on veut &#234;tre juste, de distinguer ici entre la th&#233;orie passionnelle des anciens et ce que put &#234;tre leur pratique, et qu'avant d'accuser de m&#339;urs abominables les plus grands des po&#232;tes, il faudrait commencer par comprendre leurs sentiments et leurs id&#233;es. De quelque fa&#231;on qu'en aient us&#233;, dans le secret, Anacr&#233;on avec Bathylle, Sapho avec son amie, ce dont nous ne savons absolument rien ni ne saurons jamais rien, une chose reste positive, d&#233;montr&#233;e, acquise (...) les anciens se faisaient de l'amour un autre id&#233;al que nous, id&#233;al qu'il ne s'agit pas ici de justifier (...) ; mais id&#233;al irr&#233;prochable dans leur pens&#233;e, et qui avait sa po&#233;sie.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Proudhon, cependant, instruit par son exp&#233;rience personnelle, a une notion trop profonde de la &#171; rage des sens &#187; pour se bercer de na&#239;ves illusions. Il sait trop bien qu'il est impossible d'interposer une cloison &#233;tanche entre le platonisme et la chair : ce genre d'amour, &#171; quelque spiritualiste qu'en soit le principe &#187;, n'en demeure pas moins physique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Un des interlocuteurs de Plutarque, celui qui d&#233;fend la cause de l'amour androgyne ou bi-sexuel, fait &#224; son adversaire, qui protestait au nom des sectateurs du &lt;/i&gt;parfait amour &lt;i&gt;contre les accusations dont on les chargeait, l'objection suivante : Vous pr&#233;tendez que votre amour est pur de tout rapprochement des corps, et que l'union n'existe qu'entre les &#226;mes ; mais comment peut-il y avoir amour l&#224; o&#249; il n'y a pas possession ? C'est comme si vous parliez de vous enivrer en faisant une libation aux dieux, ou d'apaiser votre faim &#224; l'odeur des victimes. A cette objection, pas de r&#233;ponse. Quelque opinion que l'on se lasse de la distinction des corps et des &#226;mes, il reste toujours que celles-ci ne s'unissent que par le rapprochement de ceux-l&#224;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Et Proudhon de conclure, comme un homme qu'a d&#233;vast&#233;, au plus profond de lui-m&#234;me, le combat de l'ange et de la b&#234;te :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Tout amour, si id&#233;al qu'en soit l'objet, tel qu'est par exemple l'amour des religieuses pour le Christ ou celui des moines pour la Vierge, &#224; plus forte raison l'amour qui se rapporte &#224; un &#234;tre vivant et palpable, retentit n&#233;cessairement dans l'organisme et &#233;branle la sexualit&#233;. Il y a de la d&#233;lectation amoureuse chez la jeune Vierge qui caresse sa tourterelle ; et quel d&#233;lire, on le sait trop, allume dans leurs sens consum&#233;s l'imagination des mystiques ! Parvenu au sommet de l'empyr&#233;e, l'amour c&#233;leste, attir&#233; par cette beaut&#233; mat&#233;rielle dont la contemplation le poursuit, retombe vers l'ab&#238;me : c'est Eloa, la belle archange, amoureuse de Satan, qu'il lui suffit de regarder pour se perdre. Telle est (...) l'antinomie &#224; laquelle l'amour, comme toute passion, est soumis : de m&#234;me qu'il ne peut se passer d'id&#233;al, il ne peut pas non plus se passer de possession. Le premier le pousse invinciblement &#224; la seconde. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;br /&gt;
* *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi Proudhon portait-il tant d'int&#233;r&#234;t &#224; l'homosexualit&#233; ? Il me reste &#224; chercher la cl&#233; de l'&#233;nigme dans sa vie et sa personne. La plupart de ses nombreux commentateurs se sont d&#233;rob&#233;s devant une aussi indiscr&#232;te enqu&#234;te. Tout au plus, l'un d'eux, Jules L. Puech s'est-il born&#233; &#224; indiquer, sommairement, que la source de ses refoulements serait &#171; sans doute &#187; r&#233;v&#233;l&#233;e par la psychanalyse.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Introduction au volume des &#339;uvres Compl&#232;tes de P.J. Proudhon contenant Du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout jeune, &#224; l'&#226;ge de 17 ans, Proudhon &#233;prouve, comme il nous le raconte lui-m&#234;me, un &#171; amour platonique &#187; qui le rend &#171; bien sot et bien triste &#187;. Il s'&#233;prend d'une jeune fille &#224; la mani&#232;re d'un chr&#233;tien, c'est-&#224;-dire avec &#171; la foi &#224; l'absolu &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par Daniel Hal&#233;vy, La Jeunesse de Proudhon, 1913, p. 36.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt; En d&#233;pit de sa &#171; verte jeunesse &#187; qui r&#233;clame des satisfactions plus concr&#232;tes, il se fait le &#171; gardien &#187; et le &#171; participant &#187; de la virginit&#233; de la demoiselle. A la fin, &#171; ayant trop attendu, la jeune personne s'est elle-m&#234;me d&#233;tach&#233;e et mari&#233;e &#224; un autre &#187;.&lt;br /&gt;
Pourquoi ce singulier comportement amoureux, qui s'est prolong&#233; durant cinq ann&#233;es ? Proudhon attribue son &#171; affection mentale &#187; &#224; la lecture de &lt;i&gt;Paul et Virginie&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;de Bernardin de Saint-Pierre, &#171; pastorale pr&#233;tendue innocente et qui devrait &#234;tre &#224; l'index de toutes les familles &#187;. Et il d&#233;nonce &#171; le p&#233;ril de ce platonisme qu'une vaine litt&#233;rature voudrait &#233;riger en vertu &#187;. Il nous sugg&#232;re une autre explication lorsqu'il note dans ses &lt;i&gt;Carnets &lt;/i&gt; : &#171; Je souhaite, si je me marie jamais, d'aimer autant ma femme que j'ai aim&#233; ma m&#232;re &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Philosophie de la Mis&#232;re, 1867, t. Il, p. 384 ; - Carnets, 1960-1961, t. I, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Peut-&#234;tre a-t-il &#233;t&#233; paralys&#233;, comme tant d'autres, par le trop fameux complexe d'&#338;dipe. Toujours est-il qu'il dut &#224; ce malheureux amour de rester puceau, pendant dix ans apr&#232;s sa pubert&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Celui, &lt;/i&gt;raconte-t-il, &lt;i&gt;qu'une passion id&#233;ale a saisi de bonne heure et conduit fort avant dans la virilit&#233; est devenu, par son id&#233;alisme m&#234;me, gauche et maladroit avec le sexe, d&#233;daigneux de la galanterie, o&#249; il ne r&#233;ussit pas, brusque et sarcastique envers les jolies personnes, intraitable &#224; l'endroit des positions mitoyennes, qu'il qualifie, non sans raison, d'immorales. Bref, il regimbe, malgr&#233; son app&#233;tit et ses dents, contre l'amour qui le pique, l'irrite, le fait rougir comme un lion (...) Il se sent extravagant, ridicule (...) il prend en aversion et l'amour, et le mariage, et la femme.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Pendant des ann&#233;es, Proudhon, &#171; lamentable martyr de la continence &#187;, sera &#171; assailli par le diable qui taquinait saint Paul &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le diable qui, si longtemps m'avait br&#251;l&#233; du c&#244;t&#233; du c&#339;ur, maintenant me r&#244;tissait du c&#244;t&#233; du foie, sans que ni travail, ni lectures, ni promenades, ni r&#233;frig&#233;rants d'aucune sorte pussent me rendre la tranquillit&#233; (...) Une scission douloureuse s'op&#233;rait en moi entre la volont&#233; et la nature. La chair disait : je veux, la conscience : je ne veux pas... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;C'est alors que Proudhon nous entrouvre ses r&#233;duits les plus intimes. Ce &#171; &lt;i&gt;platonisme&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;dont il d&#233;non&#231;ait de fa&#231;on impr&#233;cise le &#171; &lt;i&gt;p&#233;ril&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De la Justice dans la R&#233;volution et dans l'Eglise, &#233;dition Rivi&#232;re, t. IV, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il l'explicite maintenant : &#171; &lt;i&gt;O vous tous, jeunes hommes et jeunes filles, qui r&#234;vez d'un amour parfait, sachez-le bien, &lt;/i&gt;votre platonisme est le droit chemin qui conduit &#224; Sodome &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 69.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;br /&gt;
* *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on fouille dans ses moindres recoins la jeunesse de Proudhon, on n'y trouve, &#224; part cette chaste passion, aucune aventure f&#233;minine. Son biographe, Daniel Hal&#233;vy, convient que &#171; fol&#226;trer avec le beau sexe n'&#233;tait pas de son go&#251;t &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Ha1&#233;vy, La Jeunesse de Proudhon, 1913, p. 102.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Lui-m&#234;me nous avoue que lorsqu'il vivait encore &#224; la campagne et qu'il voyait les filles de ferme masturber le taureau, &#171; il ne sentait jamais rien pour ces luronnes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Pornocratie ou les femmes dans les temps modernes, ouvrage posthume, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, nous lui d&#233;couvrons une liaison masculine. A 22 ans, il a fait la connaissance, &#224; l'imprimerie o&#249; il travaille, d'un jeune &#233;tudiant de Besan&#231;on. Bien que d'origine sociale diff&#233;rente, les deux jeunes gens deviennent des ins&#233;parables : &#171; Je vous ai connu, je vous ai aim&#233; &#187; &#233;crira plus tard Gustave Fallot &#224; Pierre-Joseph Proudhon&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettre du 5 d&#233;cembre 1831, Correspondance, 1875, t. I, p. XV.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il presse son ami de le suivre &#224; Paris. Proudhon ne r&#233;siste pas &#224; cet appel. Tout est commun entre eux : chambre, lit, table, biblioth&#232;que, p&#233;cule. Ensemble, ils &#171; &lt;i&gt;platonisent&lt;/i&gt; &#187;. Mais la terrible &#233;pid&#233;mie de chol&#233;ra de 1836 atteint Fallot. Son ami le soigne jour et nuit. Il s'&#233;puise pour sauver celui qu'il aime. Mais il ne r&#233;ussit pas &#224; le disputer &#224; la mort. Sa douleur est affreuse :&lt;br /&gt;
&#171; &lt;i&gt;Je sentis que la moiti&#233; de ma vie et de mon esprit m'&#233;tait retranch&#233;e : je me trouvai seul au monde.&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Le&lt;i&gt; &lt;/i&gt;souvenir de Fallot occupe sa pens&#233;e &#171; &lt;i&gt;comme une id&#233;e fixe, une vraie monomanie&lt;/i&gt; &#187;.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Il se rend au P&#232;re-Lachaise et reste une heure enti&#232;re en m&#233;ditation sur sa tombe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hal&#233;vy, op. cit., p. 122, 133.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;
Toute sa vie Proudhon restera fid&#232;le &#224; l'amiti&#233; masculine. Dans un &#233;crit posthume, il observera : &#171; Tout homme a des secrets qu'il confie &#224; un ami, et qu'il ne dit pas &#224; sa femme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Pornocratie..., p. 193.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;br /&gt;
A un camarade, que lui enl&#232;ve une &#233;pouse, il &#233;crit, avec amertume : &#171; Le mariage op&#232;re d'une fa&#231;on &#233;trange sur vous, messieurs qui avez pris femme (...) Vous retranchant peu &#224; peu dans le m&#233;nage, vous finissez par oublier que vous f&#251;tes compagnons. Je croyais que l'amour, la paternit&#233; augmentaient l'amiti&#233; chez les hommes ; je m'aper&#231;ois aujourd'hui que ce n'&#233;tait l&#224; qu'urne illusion. &#187; Et il ajoute cette remarque significative, pour le lecteur qui sait d&#233;j&#224; le prix qu'il attachait &#224; l'amiti&#233; antique : &#171; Si Oreste avait &#233;pous&#233; Hermione, de ce jour, il e&#251;t oubli&#233; Pylade&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettre &#224; Ackermann du 4 octobre 1844, Correspondance, t. Il, p. 158.159.&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;br /&gt;
Ailleurs Proudhon presse un amoureux, &#224; qui il veut du bien, de sauvegarder sa libert&#233; : &#171; Souviens-toi, jeune homme, que les baisers qu'on te donne sont des liens dont tu te charges et que trois jours de car&#234;me suffisent pour faire de la femme, sans que tu t'en aper&#231;oives, d'une douce amoureuse un tyran&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Pornocratie..., p. 264.&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Proudhon voudrait pr&#233;server ses amis de la d&#233;l&#233;t&#232;re influence f&#233;minine : &#171; La conversation et la soci&#233;t&#233; des femmes rapetissent l'esprit des hommes, les eff&#233;minent, les &#233;moussent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Carnets, 1961, II, p. 12.&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;br /&gt;
* *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand il arrive &#224; sa plume d'&#233;voquer un beau m&#226;le, Proudhon contient mal son &#233;moi. Dans une curieuse parabole, il d&#233;crit un personnage de sang pl&#233;b&#233;ien, dont &#171; l'&#233;nergie passionn&#233;e, la fermet&#233; de ses muscles, le timbre de sa voix (...) exer&#231;aient une s&#233;duction irr&#233;sistible &#187; au point que la jeune veuve dont il &#233;tait l'un des adorateurs &#171; ne pouvait, en sa pr&#233;sence, se d&#233;fendre d'un frisson d&#233;licieux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Contradictions Politiques, 1864, ouvrage posthume, &#233;dition Rivi&#232;re, p. 297. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; En revanche, l'eff&#233;mination lui r&#233;pugne : &#171; Le mignon qui affecte les gr&#226;ces f&#233;minines est d&#233;go&#251;tant. &#187; La perspective lui fait horreur d'une soci&#233;t&#233; o&#249; l'homme serait &#171; joli, gentil, mignon &#187; et o&#249; il n'y aurait plus &#171; ni m&#226;les ni femelles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Pornocratie..., p. 33, 59-63. La Pornocratie..., p. 33, 59-63.&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Ailleurs Proudhon trahit sa pr&#233;dilection pour l'anatomie masculine. Compar&#233; au corps de l'homme celui de la femme est, &#224; ses yeux, un &#171; amoindrissement, un sous-ordre &#187; : &#171; Les muscles sont effac&#233;s ; cette carrure virile est arrondie ; ces lignes expressives et fortes sont adoucies et molles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Carnets, 1961, II, p. 11.&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;br /&gt;
Proudhon n'est pas tendre pour le sexe faible. Il ne trouve pas de mots assez d&#233;gradants pour stigmatiser la femme que l'amour poss&#232;de. Elle jappe, elle redevient une b&#234;te, une folle, une catin, une guenon, elle est atteinte de luxure inextinguible, elle est un puits de coquinerie. &#171; La femme sollicite, agace, provoque l'homme ; elle le d&#233;go&#251;te et l'emb&#234;te : encore, encore, encore !&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Pornocratie..., p. 30, 92, 198, 235, 265 - Contradictions Politiques, p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;br /&gt;
Pour Proudhon, la femme est une cr&#233;ature inf&#233;rieure, &#171; subalterne &#187;. Elle ne sera jamais un &#171; esprit fort &#187;. Il nie radicalement le g&#233;nie f&#233;minin. &#171; Une femme ne peut plus faire d'enfant quand son esprit, son imagination et son c&#339;ur se pr&#233;occupent des choses de la politique, de la soci&#233;t&#233; et de la litt&#233;rature. &#187; Sa vraie vocation est le m&#233;nage : &#171; Nous autres hommes, nous trouvons qu'une femme en sait assez quand elle raccommode nos chemises et nous fait des beefsteaks&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Pornocratie..., 33, 225, 170 - De la Justice..., t. IV, p. 304 ; - (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Accorder &#224; la femme le droit de vote serait &#171; porter atteinte &#224; la pudeur familiale &#187; et Proudhon, qui a pris pour &#233;pouse une m&#233;nag&#232;re, prof&#232;re cette risible menace : &#171; Le jour o&#249; le l&#233;gislateur accordera aux femmes le droit de suffrage sera le jour de mon divorce&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Pornocratie..., p. 59 ; - Contradictions Politiques, p. 274.&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;br /&gt;
Il va jusqu'&#224; prescrire aux hommes de mener la femme &#224; la trique. Elle &#171; veut &#234;tre dompt&#233;e et s'en trouve bien (...) L'homme a la force ; c'est pour en user ; sans la force la femme le m&#233;prise (...) La femme ne hait point d'&#234;tre un peu violent&#233;e, voire m&#234;me viol&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Pornocratie..., p. 191, 194, 267.&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;br /&gt;
La b&#234;te noire de Proudhon, c'est la femme &#233;mancip&#233;e, atteinte de &#171; nymphomanie intellectuelle &#187;, qui imite les mani&#232;res masculines, la &#171; virago &#187;, la femme de lettres, dont George Sand est, &#224; ses yeux, le d&#233;testable prototype&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 28 - Carnets, t. I, p. 227, 321, 342-343, 354 ; t. II, p. 202, 363.&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais cette fr&#233;n&#233;sie anti-f&#233;ministe lui vaudra de cinglantes ripostes. A l'&#226;ge de dix-huit ans, une jeune romanci&#232;re publiera contre Proudhon un vigoureux pamphlet, suivie bient&#244;t par une cons&#339;ur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Juliette La Messine (la future Madame Adam, connue en litt&#233;rature sous le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Rendu furieux par ces attaques, Proudhon r&#233;digera une r&#233;ponse &#233;chevel&#233;e, d'ailleurs inachev&#233;e, et qui, heureusement pour lui, ne verra le jour qu'apr&#232;s sa mort&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Pornocratie...&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;br /&gt;
* *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par-del&#224; la femme, c'est toute la soci&#233;t&#233; moderne en voie de r&#233;volution sexuelle qui suscite l'ire de Proudhon. Il d&#233;nonce &#171; la folie amoureuse qui tourmente notre g&#233;n&#233;ration &#187;, &#171; cette pornocratie qui depuis trente ans a fait reculer en France la pudeur publique &#187;, &#171; cet esprit de luxure et de d&#233;vergondage &#187; qui est &#171; la peste de la d&#233;mocratie &#187;, &#171; le culte de l'amour et de la volupt&#233; (...) cancer de la nation fran&#231;aise &#187;. Apostrophant ses contemporains, il leur lance &#171; Vous voulez de la chair ! vous aurez de la chair jusqu'au d&#233;go&#251;t&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Philosophie de la Mis&#232;re, t. II, p. 376 ; - cf. &#233;galement Carnets 1960, t. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; La faute en est aux arts et aux lettres, qui surexcitent les sens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De la Justice..., t. IV, p. 71 ; - Philosophie de la Mis&#232;re, t. Il, p. 384 ; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La lecture d'un roman amoureux n'est-elle pas suivie infailliblement par une visite &#224; la maison de tol&#233;rance - o&#249; l'on &#171; ne rencontre que d&#233;go&#251;t, d&#233;plaisance, remords ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Pornocratie..., p. 250 ; - De la Justice..., t. IV, p. 132.&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Et Proudhon de s'en prendre aux socialistes utopiques, ses pr&#233;d&#233;cesseurs, qui ont voulu r&#233;habiliter la chair, au P&#232;re Enfantin, chef de la &#171; religion saint-simonienne &#187; &#224; qui il lance : &#171; Vous &#234;tes une &#233;glise de prox&#233;n&#232;tes et de d&#233;vergond&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Pornocratie..., p. 166 et 23, 31, 108, 113.&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, &#224; Charles Fourier, qui pr&#234;chait le libre essor des passions et pr&#233;tendait les mettre au service de sa soci&#233;t&#233; r&#233;g&#233;n&#233;r&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 229.&#034; id=&#034;nh33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;
Mais, plus encore que la luxure, c'est l'homosexualit&#233; qui ne cesse de hanter le cerveau d&#233;rang&#233; de Proudhon. Le communisme, en tendant &#171; &#224; la confusion des sexes &#187; serait &#171; au point de vue des relations amoureuses, fatalement p&#233;d&#233;rastique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De la Justice..., t. IV, p. 71.&#034; id=&#034;nh34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Il suspecte &#171; l'androgynie sacerdotale &#187; des saints-simoniens tout comme 1' &#171; omnigamie &#187; de Fourier, sur qui il fait peser le soup&#231;on inquisitorial d'avoir &#171; &#233;tendu fort au-del&#224; des barri&#232;res accoutum&#233;es les relations amoureuses &#187; et d'avoir &#171; sanctifi&#233; jusqu'aux &lt;i&gt;conjonctions unisexuelles&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Avertissement aux Propri&#233;taires, 1842, &#233;dition Rivi&#232;re, 1939, p. 222&#034; id=&#034;nh35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. La fureur des sens, &#224; l'entendre, aboutit n&#233;cessairement aux jouissances &#171; contre nature &#187;, &#224; la &#171; sodomie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Pornocratie..., p. 164, 247, 261.&#034; id=&#034;nh36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#171; Nous sommes en pleine promiscuit&#233;, tant la paillardise est devenue universelle... Nous voil&#224; parvenus &#224; l'amour unisexuel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De la Justice..., t. IV, p. 131.&#034; id=&#034;nh37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Toute nation qui s'adonne au plaisir &#171; est une nation que d&#233;vore la gangr&#232;ne sodomitique, une congr&#233;gation de p&#233;d&#233;rastes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 71.&#034; id=&#034;nh38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. La p&#233;d&#233;rastie serait &#171; l'effet d'une volupt&#233; furieuse que rien ne peut assouvir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De la Justice..., t. IV, p. 54.&#034; id=&#034;nh39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Et il demande, sur un ton d'&#233;trange d&#233;lectation : &#171; Y aurait-il (...) dans ce &lt;i&gt;frictus &lt;/i&gt;de deux m&#226;les, une jouissance &#226;cre, qui r&#233;veille les sens blas&#233;s, comme la chair humaine qui, dit-on, rend fastidieux au cannibale tout autre festin ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De la Justice..., t. IV, p. 54-55.&#034; id=&#034;nh40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;br /&gt;
* *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier mot de Proudhon, c'est le terrorisme antisexuel. Livr&#233;e &#224; elle-m&#234;me, la passion charnelle lui para&#238;t sans rem&#232;de : &#171; Il n'a servi de rien aux Bernard, aux J&#233;r&#244;me, aux Orig&#232;ne, de vouloir dompter leur chair par le travail, le je&#251;ne, les veilles, la solitude. &#187; Comprim&#233;e, la passion &#233;clate avec encore plus de furie. Au lieu de s'amortir, elle rena&#238;t de l'assouvissement et cherche de nouveaux objets : &#171; Jouir, jouir encore, jouir sans fin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Philosophie de la Mis&#232;re, &#233;dition 1867, t. II, p. 376, 385.&#034; id=&#034;nh41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;br /&gt;
Proudhon n'h&#233;site donc pas &#224; appeler le l&#233;gislateur, le gendarme, le juge &#224; la rescousse. Qu'on interdise le divorce, qu'on assimile la sodomie au viol et qu'on la punisse de vingt ans de r&#233;clusion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De la Justice..., t. IV, p. 52, 298.&#034; id=&#034;nh42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mieux encore, qu'on d&#233;clare l&#233;galement excusable le meurtre, par le premier venu, d'un &#171; sodomite &#187; pris en flagrant d&#233;lit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Carnets, t. I, p. 232.&#034; id=&#034;nh43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Proudhon songe s&#233;rieusement &#224; adresser une d&#233;nonciation au procureur g&#233;n&#233;ral afin de faire poursuivre pour &#171; immoralit&#233; &#187; l'&#233;cole phalanst&#233;rienne : &#171; D&#233;sormais, triomphe-t-il, on est en droit de dire aux fouri&#233;ristes vous &#234;tes des p&#233;d&#233;rastes (...) S'il est d&#233;montr&#233; que le fouri&#233;risme est immoral, il faut les interdire (...) Ce ne sera pas de la pers&#233;cution, ce sera de la &lt;i&gt;l&#233;gitime d&#233;fense.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb44&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Justice poursuivie par l'Eglise, 1861, &#233;d. Rivi&#232;re, 1946, p. 237 ; - (&#8230;)&#034; id=&#034;nh44&#034;&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Proudhon pr&#244;ne, pour extirper la luxure, le plus implacable des eug&#233;nismes : &#171; Il faut exterminer toutes les mauvaises natures et renouveler le sexe, par l'&#233;limination des sujets vicieux, comme les Anglais refont une race de b&#339;ufs, de moutons et de porcs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb45&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Pornocratie..., cit., p. 252.&#034; id=&#034;nh45&#034;&gt;45&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Le socialisme, tel qu'il le con&#231;oit, emploiera les grands moyens. Le tort du christianisme n'est pas, selon lui, d'avoir voulu condamner tout rapport sexuel hors l&#233;gitime mariage, mais &lt;i&gt;de n'avoir pas su le faire. La R&#233;volution, elle, le fera&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb46&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De la Justice..., IV, p. 155.&#034; id=&#034;nh46&#034;&gt;46&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;
Nous voici pr&#233;venus : &#171; &lt;i&gt;Tout se pr&#233;pare pour des m&#339;urs s&#233;v&#232;res.&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Dans la soci&#233;t&#233; future, &#171; &lt;i&gt;une guerre perp&#233;tuelle&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;sera faite &#171; &lt;i&gt;aux app&#233;tits &#233;rotiques&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt; ; &#171; &lt;i&gt;une guerre de plus en plus heureuse&lt;/i&gt; &#187;. On saura bien nous inculquer &#171; le d&#233;go&#251;t de la chair&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb47&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Carnets, I, p. 135, 190.&#034; id=&#034;nh47&#034;&gt;47&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;br /&gt;
Ainsi, &#244; paradoxe, pour &#233;teindre &#171; le feu du sang &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb48&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Philosophie de la Mis&#232;re, p. 379&#034; id=&#034;nh48&#034;&gt;48&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui le consume et que, d&#233;sesp&#233;r&#233;ment, il refoule, Proudhon, anarchiste en mati&#232;re d'organisation sociale, sombre dans le plus autoritaire des puritanismes.&lt;br /&gt;
Il fait ainsi la preuve par l'absurde qu'il faut pour d&#233;livrer les victimes de son esp&#232;ce une r&#233;volution sexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Daniel Gu&#233;rin&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Adages r&#233;actionnaires&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Voici quelques citations que l'on qualifiera de &#171; sexistes &#187; sans trop de contestations, bien que certaines puissent para&#238;tre surprenantes. A personnalit&#233;s r&#233;actionnaires... adages r&#233;actionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Septimius Florens Tertullianus, TERTULLIEN (v.150-v.222) : &#171; La femme est la porte de l'enfer &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Aurelius Augustinus, SAINT-AUGUSTIN (354-430) : &#171; Homme, tu es le ma&#238;tre, la femme est ton esclave ; c'est Dieu qui l'a voulu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; SAINT-THOMAS d'AQUIN (1228-1274) : &#171; En tant qu'individu, la femme est un &#234;tre ch&#233;tif et d&#233;fectueux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Charles BAUDELAIRE (1821-1867) : &#171; J'ai toujours &#233;t&#233; &#233;tonn&#233; qu'on laisse les femmes entrer dans les &#233;glises. Quelle conversation peuvent-elles avoir avec Dieu ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Alexandre DUMAS, dit DUMAS FILS (1824-1895) : &#171; La femme est, selon la Bible, la derni&#232;re chose que Dieu a faite. Il a d&#251; la faire le samedi soir. On sent la fatigue. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Anatole Fran&#231;ois THIBAULT, dit ANATOLE FRANCE (l844-l895) : &#171; La t&#234;te chez les femmes n'est pas un organe essentiel. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Paul VAL&#201;RY (1871-1945) : &#171; Dieu cr&#233;a l'homme et ne le trouvant pas assez seul, il lui donna une compagne pour lui faire mieux sentir sa solitude. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Adolf HITLER (1889-1945) : &#171; L'intellect ne compte pas chez une femme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Charles Andr&#233; Joseph Marie de GAULLE, plus connu sous le doux sobriquet de GENERAL DE GAULLE (1890-1970) : &#171; Un Minist&#232;re de la condition f&#233;minine ? Et pourquoi pas un Sous-secr&#233;tariat d'Etat au tricot ?! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Jacques Ren&#233; CHIRAC, dit HIROCHIRAC (1932-...) : &#171; Pour moi, la femme id&#233;ale, c'est la femme corr&#233;zienne, celle de l'ancien temps, dure &#224; la peine, qui sert les hommes &#224; table, ne s'assied jamais avec eux et ne parle pas. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus &#233;tonnant, PROUDHON, celui que l'on consid&#232;re parfois comme &#171; le p&#232;re de l'anarchisme &#187; - vous avez dit &#171; PERE &#187; ? -, n'avait rien &#224; envier &#224; ses comp&#232;res machistes... Egalement &#171; douteux &#187; sur d'autres points de vue, pas besoin de renier tout culte de la personnalit&#233; pour rayer un pareil r&#233;actionnaire de nos lectures favorites ! Nous ne voulons ni Dieu ni Ma&#238;tre, ni Patrie ni Patriarche, nous ne voulons pas de PROUDHON comme r&#233;f&#233;rence positive, jugez vous-m&#234;mes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;&#61472;Pierre-Joseph PROUDHON (1809-1865) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les femmes, plus enclines au sentiment qu'&#224; la raison, ont en g&#233;n&#233;ral de la haine pour les penseurs (...). Elles aiment ce qui les fait jouir, non ce qui les fait r&#233;fl&#233;chir. Elles se laissent imposer la loi de chastet&#233;, (...), mais ce n'est qu'une marque d'emprunt chez elle ; elles ne sont pas chastes du tout. C'est nous &lt;les hommes&gt; qui le sommes, et qui leur en rapportons tout l'honneur. &#187;&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;Carnet n&#176;3 &lt;/i&gt;(1846)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La vraie dignit&#233; de la femme est dans le m&#233;nage : cela est prouv&#233; &#233;conomiquement (...) ; le travail de cuisine, lingerie, etc. est &#233;gal en honneur &#224; celui de la litt&#233;rature. &#187;&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;Camer n&#176;4 &lt;/i&gt;(1846)&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&#171; Tout ce que les femmes ont produit en litt&#233;rature pourrait &#234;tre retranch&#233;, sans que la litt&#233;rature perd&#238;t rien. &#187;&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;Carnet n&#176;4 &lt;/i&gt;(1847)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La conversation et la soci&#233;t&#233; des femmes rapetissent l'esprit des hommes, les eff&#233;minent, les &#233;moussent. La femme, hormis la soci&#233;t&#233; conjugale, est pour l'homme mauvaise compagnie, fatigante, &#233;nervante, d&#233;moralisante. - Entre mari et femme il convient que les rapports soient de chef &#224; lieutenant, de cur&#233; &#224; vicaire, de roi &#224; ministre ; non d'associ&#233; &#224; associ&#233;. - Il est absurde de dire que la soci&#233;t&#233; puisse &#234;tre r&#233;form&#233;e par les femmes ; parce que la femme n'est elle-m&#234;me que ce que l'homme la fait &#234;tre. &#187;&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;Carnet n&#176;4 &lt;/i&gt;(1847)&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cas o&#249; le mari peut tuer sa femme, selon la rigueur de la justice paternelle : 1&#176;/adult&#232;re, 2&#176;/impudicit&#233;, 3&#176;/trahiison, 4&#176;/ivrognerie et d&#233;bauche, 5&#176;/dilapidation et vol, 6&#176;/insoumission obstin&#233;e, imp&#233;rieuse et m&#233;prisante. (...) L'homme, &#233;poux, a le droit de justice sur sa femme ; la femme n'a pas le droit de justice sur le mari. Cette r&#233;ciproque est incompatible avec la subordination matrimoniale. (...) C'est une honte pour notre soci&#233;t&#233;, une marque de d&#233;ch&#233;ance, que la femme puisse demander le divorce pour incompatibilit&#233;s d'humeur ou violences du mari ; tant qu'il n'y a pas de haine de celui-ci, immoralit&#233;, incapacit&#233;, de vices grands et sans motifs, la femme qui se plaint doit &#234;tre pr&#233;sum&#233;e coupable et renvoy&#233;e &#224; son m&#233;nage. (...) Si l'homme a re&#231;u la sup&#233;riorit&#233; d'intelligence sur la femme, c'est pour en user. Intelligence et caract&#232;re obligent. &#187;&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;La&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Pornocratie ou les femmes dans les temps modernes &lt;/i&gt;(posthume - 1875)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Notez que les femmes, &#224; qui on a enlev&#233; le blanchissage, la boulangerie, le soin du b&#233;tail, ont encore abandonn&#233; le tricotage et la couture. J'ai vu ma m&#232;re faire tout cela. Elle p&#233;trissait, faisait la lessive, repassait, cuisinait, trayait la vache, allait au champ lui chercher de l'herbe ; tricotait pour cinq personnes et raccommodait son linge. &#187;&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;La Pornocratie ou les femmes dans les temps modernes &lt;/i&gt;(posthume - 1875)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Jeune homme, si tu as envie de te marier, sache d'abord que la premi&#232;re condition, pour un homme, est de dominer sa femme et d'&#234;tre ma&#238;tre. &#187;&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;Notes et Pens&#233;es&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&#171; Une femme ne peut plus faire d'enfants quand son esprit, son imagination et son c&#339;ur se pr&#233;occupent des choses de la politique, de la soci&#233;t&#233; et de la litt&#233;rature. &#187;&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;Notes et Pens&#233;es&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&#171; J'ai eu tort de dire trop de bien des femmes, j'ai &#233;t&#233; ridicule. &#187;&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;Notes et Pens&#233;es&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Impressionnant, non ?...M&#233;fions-nous des l&#233;gendes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Empereur Tom@to Ketchup&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://nem.brassicanigra.org/" class="spip_out"&gt;http://nem.brassicanigra.org/&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Toutes les citations de Proudhon qui suivent sont extraites de &lt;i&gt;De la Justice dans la &lt;/i&gt;R&#233;volution et &lt;i&gt;dans l'Eglise&lt;/i&gt;, 1858, &#233;dition Rivi&#232;re, t. IV.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt; En&#233;ide, &lt;/i&gt;IX, 188.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt; Ibid.., &lt;/i&gt;V. 295.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid., &lt;/i&gt;V. 344.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean, XIII, 23 ; XIX, 26, 27 ; XXI, 20.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Introduction au volume des &#339;uvres Compl&#232;tes de P.J. Proudhon contenant &lt;i&gt;Du Principe de l'Art&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;La Pornocratie ou les femmes dans les temps modernes&lt;/i&gt;, 1939, p. 304.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; par Daniel Hal&#233;vy, &lt;i&gt;La&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Jeunesse de Proudhon, &lt;/i&gt;1913, p. 36.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Philosophie de la Mis&#232;re, &lt;/i&gt;1867, t. Il, p. 384 ; - &lt;i&gt;Carnets, &lt;/i&gt;1960-1961, t. I, &lt;br /&gt;
p. 320 ; t. II, p. 340.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt; De la Justice dans la R&#233;volution et dans l'Eglise, &lt;/i&gt;&#233;dition Rivi&#232;re, t. IV, p. 131-132.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt; Ibid., &lt;/i&gt;p. 69.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Ha1&#233;vy, &lt;i&gt;La&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Jeunesse de Proudhon, &lt;/i&gt;1913, p. 102.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt; La&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Pornocratie ou les femmes dans les temps modernes, &lt;/i&gt;ouvrage posthume, 1875, p. 84.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lettre du 5 d&#233;cembre 1831, &lt;i&gt;Correspondance, &lt;/i&gt;1875,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;t. I, p. XV.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hal&#233;vy, &lt;i&gt;op. cit., &lt;/i&gt;p. 122, 133.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Pornocratie..., &lt;/i&gt;p. 193.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lettre &#224; Ackermann du 4 octobre 1844, &lt;i&gt;Correspondance, &lt;/i&gt;t. Il, p. 158.159.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Pornocratie..., &lt;/i&gt;p. 264.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Carnets, &lt;/i&gt;1961, II, p. 12.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Contradictions Politiques, &lt;/i&gt;1864, ouvrage posthume, &#233;dition Rivi&#232;re, p. 297. On peut comparer ce portrait &#224; celui d'Hercule, athl&#232;te &#171; aux cuisses longues et fortes &#187; emprunt&#233;, avec complaisance, par Proudhon, &#224; un manuel scolaire en latin (&lt;i&gt;La Guerre et la Paix, &lt;/i&gt;1861, &#233;dition Rivi&#232;re, p. 15).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Pornocratie..., &lt;/i&gt;p. 33, 59-63.&lt;i&gt; La Pornocratie..., &lt;/i&gt;p. 33, 59-63.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Carnets, &lt;/i&gt;1961, II, p. 11.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Pornocratie..., &lt;/i&gt;p. 30, 92, 198, 235, 265 - &lt;i&gt;Contradictions Politiques, &lt;/i&gt;p. 298.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Pornocratie..., &lt;/i&gt;33, 225, 170 - &lt;i&gt;De la Justice..., &lt;/i&gt;t. IV, p. 304 ; - &lt;i&gt;Carnets, &lt;/i&gt;1961, II, p. 12.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Pornocratie..., &lt;/i&gt;p. 59 ; - &lt;i&gt;Contradictions Politiques, &lt;/i&gt;p. 274.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Pornocratie..., &lt;/i&gt;p&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;191, 194, 267.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid., &lt;/i&gt;p. 28 &lt;i&gt;- Carnets, &lt;/i&gt;t.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;I, p. 227, 321, 342-343, 354 ; t. II, p. 202, 363.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Juliette La Messine (la future Madame Adam, connue en litt&#233;rature sous le nom de Juliette Lamber), &lt;i&gt;Id&#233;es antiproudhoniennes, &lt;/i&gt;1858 - Jenny d'H&#233;ricourt, &lt;i&gt;La&lt;/i&gt; &lt;i&gt;femme affranchie, &lt;/i&gt;1860 ; - cf. Jules L. Puech, Introduction &#224; &lt;i&gt;La Pornocratie..., &lt;/i&gt;&#233;dition Rivi&#232;re, 1939, p. 315.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Pornocratie...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Philosophie de la Mis&#232;re, &lt;/i&gt;t.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;II, p. 376 ; - cf. &#233;galement &lt;i&gt;Carnets &lt;/i&gt;1960, t. I, p. 242 : &#171; Tous sont contents pourvu qu'ils baisent (...)&lt;i&gt; &lt;/i&gt;On fait l'amour en chien &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;De la Justice..., &lt;/i&gt;t.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;IV, p. 71 ; - &lt;i&gt;Philosophie de la Mis&#232;re, &lt;/i&gt;t. Il, p. 384 ; - Lettre de Proudhon &#224; Joseph Garnier, 23 f&#233;vrier 1844 cit. par Sainte-Beuve, &lt;i&gt;P. -J. Proudhon, &lt;/i&gt;1872, p. 105.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt; La&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Pornocratie..., &lt;/i&gt;p. 250 ; - &lt;i&gt;De la Justice..., &lt;/i&gt;t. IV, p. 132.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Pornocratie..., &lt;/i&gt;p. 166 et 23, 31, 108, 113.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid., &lt;/i&gt;p. 229.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;De la Justice..., &lt;/i&gt;t. IV, p. 71.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Avertissement aux Propri&#233;taires, &lt;/i&gt;1842, &#233;dition Rivi&#232;re, 1939, p. 222&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt; La Pornocratie..., &lt;/i&gt;p. 164, 247, 261.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;De la Justice...,&lt;/i&gt; t. IV, p. 131.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid., &lt;/i&gt;p. 71.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;De la Justice..., &lt;/i&gt;t. IV, p. 54.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt; De la Justice..., &lt;/i&gt;t. IV, p. 54-55.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Philosophie de la Mis&#232;re, &lt;/i&gt;&#233;dition 1867, t. II, p. 376, 385.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;De la Justice..., &lt;/i&gt;t. IV, p. 52, 298.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Carnets, &lt;/i&gt;t. I, p. 232.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb44&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh44&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 44&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Justice poursuivie par l'Eglise, &lt;/i&gt;1861, &#233;d. Rivi&#232;re, 1946, p. 237 ; - &lt;i&gt;Carnets, &lt;/i&gt;I, p. 168, 275, 288-289 ; II, p. 113, 128.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb45&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh45&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 45&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;45&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Pornocratie..., &lt;/i&gt;cit., p. 252.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb46&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh46&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 46&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;46&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;De la Justice..., &lt;/i&gt;IV, p. 155.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb47&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh47&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 47&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;47&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Carnets, &lt;/i&gt;I,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;p. 135&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;190.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb48&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh48&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 48&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;48&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt; Philosophie de la Mis&#232;re, &lt;/i&gt;p. 379&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Proudhon, un refoul&#233; sexuel&lt;/i&gt; est extrait du livre de Daniel Gu&#233;rin &lt;i&gt;Essai sur la r&#233;volution sexuelle (apr&#232;s Reich et Kinsey)&lt;/i&gt;, paru en 1969 aux Editions Pierre Belfond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Adages r&#233;actionnaires&lt;/i&gt; est extrait d'un num&#233;ro hors-s&#233;rie du journal &lt;i&gt;REFLEXes&lt;/i&gt; consacr&#233; &#224; l'antisexisme (hiver 1995-96).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Th&#233;orie de la d&#233;rive</title>
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		<dc:date>2006-07-12T11:57:14Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Guy Debord, Internationale lettriste</dc:creator>


		<dc:subject>Situationnistes et apparent&#233;-e-s</dc:subject>
		<dc:subject>Urbanisme</dc:subject>
		<dc:subject>Editions Turbulentes (Metz-Dijon)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ces quelques textes abordant la d&#233;rive situationniste et la question de la psychog&#233;ographie datent de la p&#233;riode de l'Internationale lettriste (en l'occurrence 1954-1956). Publi&#233;s &#224; l'&#233;poque dans &lt;i&gt;Les L&#232;vres Nues&lt;/i&gt; et dans &lt;i&gt;Potlatch&lt;/i&gt;, les voici regroup&#233;s dans une m&#234;me brochure par les &#233;ditions turbulentes.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique11" rel="directory"&gt;T&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot15" rel="tag"&gt;Situationnistes et apparent&#233;-e-s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot53" rel="tag"&gt;Urbanisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot62" rel="tag"&gt;Editions Turbulentes (Metz-Dijon)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH101/arton357-f25f0.jpg?1781147904' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='101' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff357.jpg?1151673731&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Th&#233;orie de la d&#233;rive&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Entre les divers proc&#233;d&#233;s situationnistes, la d&#233;rive se d&#233;finit comme une technique du passage h&#226;tif &#224; travers des ambiances vari&#233;es. Le concept de d&#233;rive est indissolublement li&#233; &#224; la reconnaissance d'effets de nature psychog&#233;ographique, et &#224; l'affirmation d'un comportement ludique-constructif, ce qui l'oppose en tous points aux notions classiques de voyage et de promenade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une ou plusieurs personnes se livrant &#224; la d&#233;rive renoncent pour une dur&#233;e plus ou moins longue, aux raisons de se d&#233;placer et d'agir qu'elles se connaissent g&#233;n&#233;ralement, aux relations, aux travaux et aux loisirs qui leur sont propres, pour se laisser aller aux sollicitations du terrain et des rencontres qui y correspondent. La part de l'al&#233;atoire est ici moins d&#233;terminante qu'on ne croit : du point de vue de la d&#233;rive, il existe un relief psychog&#233;ographique des villes, avec des courants constants, des points fixes, et des tourbillons qui rendent l'acc&#232;s ou la sortie de certaines zones fort malais&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la d&#233;rive, dans son unit&#233;, comprend &#224; la fois ce laisser-aller et sa contradiction n&#233;cessaire : la domination des variations psychog&#233;ographiques par la connaissance et le calcul de leurs possibilit&#233;s. Sous ce dernier aspect, les donn&#233;es mises en &#233;vidence par l'&#233;cologie, et si born&#233; que soit &#224; priori l'espace social dont cette science se propose l'&#233;tude, ne laissent pas de soutenir utilement la pens&#233;e psychog&#233;ographique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse &#233;cologique du caract&#232;re absolu ou relatif des coupures du tissu urbain, du r&#244;le des microclimats, des unit&#233;s &#233;l&#233;mentaires enti&#232;rement distinctes des quartiers administratifs, et surtout de l'action dominante de centres d'attraction, doit &#234;tre utilis&#233;e et compl&#233;t&#233;e par la m&#233;thode psychog&#233;ographique. Le terrain passionnel objectif o&#249; se meut la d&#233;rive doit &#234;tre d&#233;fini en m&#234;me temps selon son propre d&#233;terminisme et selon ses rapports avec la morphologie sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chombart de Lauwe dans son &#233;tude sur &#8220; Paris et l'agglom&#233;ration parisienne &#8221; (Biblioth&#232;que de Sociologie Contemporaine, P.U.F. 1952) note qu'un &#8220; quartier urbain n'est pas d&#233;termin&#233; seulement par les facteurs g&#233;ographiques et &#233;conomiques mais par la repr&#233;sentation que ses habitants et ceux des autres quartiers en ont &#8221; ; et pr&#233;sente dans le m&#234;me ouvrage - pour montrer &#8220; l'&#233;troitesse du Paris r&#233;el dans lequel vit chaque individu... g&#233;ographiquement un cadre dont le rayon est extr&#234;mement petit &#8221; - le trac&#233; de tous les parcours effectu&#233;s en une ann&#233;e par une &#233;tudiante du XVIe arrondissement : ces parcours dessinent un triangle de dimension r&#233;duite, sans &#233;chapp&#233;es, dont les trois sommets sont l'Ecole des Sciences Politiques, le domicile de la jeune fille et celui de son professeur de piano.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas douteux que de tels sch&#233;mas, exemples d'une po&#233;sie moderne susceptible d'entra&#238;ner de vives r&#233;actions affectives - dans ce cas l'indignation qu'il soit possible de vivre de la sorte -, ou m&#234;me la th&#233;orie, avanc&#233;e par Burgess &#224; propos de Chicago, de la r&#233;partition des activit&#233;s sociales en zones concentriques d&#233;finies, ne doivent servir aux progr&#232;s de la d&#233;rive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le hasard joue dans la d&#233;rive un r&#244;le d'autant plus important que l'observation psychog&#233;ographique est encore peu assur&#233;e. Mais l'action du hasard est naturellement conservatrice et tend, dans un nouveau cadre, &#224; tout ramener &#224; l'alternance d'un nombre limit&#233; de variantes, et &#224; l'habitude. Le progr&#232;s n'&#233;tant jamais que la rupture d'un des champs o&#249; s'exerce le hasard, par la cr&#233;ation de nouvelles conditions plus favorables &#224; nos desseins, on peut dire que les hasards de la d&#233;rive sont fonci&#232;rement diff&#233;rents de ceux de la promenade, mais que les premi&#232;res attirances psychog&#233;ographiques d&#233;couvertes risquent de fixer le sujet ou le groupe d&#233;rivant autour de nouveaux axes habituels, o&#249; tout les ram&#232;ne constamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une insuffisante d&#233;fiance &#224; l'&#233;gard du hasard, et de son emploi id&#233;ologique toujours r&#233;actionnaire, condamnait &#224; un &#233;chec morne la c&#233;l&#232;bre d&#233;ambulation sans but tent&#233;e en 1923 par quatre surr&#233;alistes &#224; partir d'une ville tir&#233;e au sort : l'errance en rase campagne est &#233;videmment d&#233;primante, et les interventions du hasard y sont plus pauvres que jamais. Mais l'irr&#233;flexion est pouss&#233;e bien plus loin dans &#8220; M&#233;dium &#8221; (mai 1954), par un certain Pierre Vendryes qui croit pouvoir rapprocher de cette anecdote - parce que tout cela participerait d'une m&#234;me lib&#233;ration antid&#233;terministe - quelques exp&#233;riences probabilistes, par exemple sur la r&#233;partition al&#233;atoire de t&#234;tards de grenouille dans un cristallisoir circulaire, dont il donne le fin mot en pr&#233;cisant : &#8220; il faut, bien entendu, qu'une telle foule ne subisse de l'ext&#233;rieur aucune influence directrice &#8221;. Dans ces conditions, la palme revient effectivement aux t&#234;tards qui ont cet avantage d'&#234;tre &#8220; aussi d&#233;nu&#233;s que possible d'intelligence, de sociabilit&#233; et de sexualit&#233; &#8221;, et, par cons&#233;quent, &#8220; vraiment ind&#233;pendants les uns des autres &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux antipodes de ces aberrations, le caract&#232;re principalement urbain de la d&#233;rive, au contact des centres de possibilit&#233;s et de significations que sont les grandes villes transform&#233;es par l'industrie, r&#233;pondrait plut&#244;t &#224; la phrase de Marx : &#8220; Les hommes ne peuvent rien voir autour d'eux qui ne soit leur visage, tout leur parle d'eux-m&#234;mes. Leur paysage m&#234;me est anim&#233;. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut d&#233;river seul, mais tout indique que la r&#233;partition num&#233;rique la plus fructueuse consiste en plusieurs petits groupes de deux ou trois personnes parvenues &#224; une m&#234;me prise de conscience, le recoupement des impressions de ces diff&#233;rents groupes devant permettre d'aboutir &#224; des conclusions objectives, Il est souhaitable que la composition de ces groupes change d'une d&#233;rive &#224; l'autre. Au-dessus de quatre ou cinq participants, le caract&#232;re propre &#224; la d&#233;rive d&#233;croit rapidement et en tout cas il est impossible de d&#233;passer la dizaine sans que la d&#233;rive ne se fragmente en plusieurs d&#233;rives men&#233;es simultan&#233;ment. La pratique de ce dernier mouvement est d'ailleurs d'un grand int&#233;r&#234;t, mais les difficult&#233;s qu'il entra&#238;ne n'ont pas permis jusqu'&#224; pr&#233;sent de l'organiser avec l'ampleur d&#233;sirable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dur&#233;e moyenne d'une d&#233;rive est la journ&#233;e, consid&#233;r&#233;e comme l'intervalle de temps compris entre deux p&#233;riodes de sommeil. Les points de d&#233;part et d'arriv&#233;e, dans le temps, par rapport &#224; la journ&#233;e solaire, sont indiff&#233;rents, mais il faut noter cependant que les derni&#232;res heures de la nuit sont g&#233;n&#233;ralement impropres &#224; la d&#233;rive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dur&#233;e moyenne de la d&#233;rive n'a qu'une valeur statistique. D'abord, elle se pr&#233;sente assez rarement dans toute sa puret&#233;, les int&#233;ress&#233;s &#233;vitant difficilement, au d&#233;but ou &#224; la fin de cette journ&#233;e, d'en distraire une ou deux heures pour les employer &#224; des occupations banales ; en fin de journ&#233;e, la fatigue contribue beaucoup &#224; cet abandon. Mais surtout la d&#233;rive se d&#233;roule souvent en quelques heures d&#233;lib&#233;r&#233;ment fix&#233;es, ou m&#234;me fortuitement pendant d'assez brefs instants, ou au contraire pendant plusieurs jours sans interruption. Malgr&#233; les arr&#234;ts impos&#233;s par la n&#233;cessit&#233; de dormir, certaines d&#233;rives d'une intensit&#233; suffisante se sont prolong&#233;es trois ou quatre jours, voire m&#234;me davantage. Il est vrai que dans le cas d'une succession de d&#233;rives pendant une assez longue p&#233;riode, il est presque impossible de d&#233;terminer avec quelque pr&#233;cision le moment o&#249; l'&#233;tat d'esprit propre &#224; une d&#233;rive donn&#233;e fait place &#224; un autre. Une succession de d&#233;rives a &#233;t&#233; poursuivie sans interruption notable jusqu'aux environ de deux mois, ce qui ne va pas sans amener de nouvelles conditions objectives de comportement qui entra&#238;nent la disparition de bon nombre des anciennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'influence sur la d&#233;rive des variations du climat, quoique r&#233;elle, n'est d&#233;terminante que dans le cas de pluies prolong&#233;es qui l'interdisent presque absolument. Mais les orages ou les autres esp&#232;ces de pr&#233;cipitations y sont plut&#244;t propices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le champ spatial de la d&#233;rive est plus ou moins pr&#233;cis ou vague selon que cette activit&#233; vise plut&#244;t &#224; l'&#233;tude d'un terrain on &#224; des r&#233;sultats affectifs d&#233;routants. Il ne faut pas n&#233;gliger le fait que ces deux aspects de la d&#233;rive pr&#233;sentent de multiples interf&#233;rences et qu'il est impossible d'en isoler un &#224; l'&#233;tat pur. Mais enfin l'usage des taxis, par exemple, peut fournir une ligne de partage assez claire : si dans le cours d'une d&#233;rive on prend un taxi, soit pour une destination pr&#233;cise, soit pour se d&#233;placer de vingt minutes vers l'ouest, c'est que l'on s'attache surtout au d&#233;paysement personnel. Si l'on s'en tient &#224; l'exploration directe d'un terrain, on met en avant la recherche d'un urbanisme psychog&#233;ographique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas le champ spatial est d'abord fonction des bases de d&#233;part constitu&#233;es, pour les sujets isol&#233;s, par leurs domiciles, et pour les groupes, par les points de r&#233;union choisis. L'&#233;tendue maximum de ce champ spatial ne d&#233;passe pas l'ensemble d'une grande ville et de ses banlieues. Son &#233;tendue minimum peut &#234;tre born&#233;e &#224; une petite unit&#233; d'ambiance : un seul quartier, ou m&#234;me un seul &#238;lot s'il en vaut la peine (&#224; l'extr&#234;me limite la d&#233;rive-statique d'une journ&#233;e sans sortir de la gare Lazare).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exploration d'un champ spatial fix&#233; suppose donc l'&#233;tablissement de bases, et le calcul des directions de p&#233;n&#233;tration. C'est ici qu'intervient l'&#233;tude des cartes, tant courantes qu'&#233;cologiques ou psychog&#233;ographiques, la rectification et l'am&#233;lioration de ces cartes. Est-il besoin de dire que le go&#251;t du quartier en lui-m&#234;me inconnu, jamais parcouru, n'intervient aucunement ? Outre son insignifiance, cet aspect du&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;probl&#232;me est tout &#224; fait subjectif, et ne subsiste pas longtemps. Ce crit&#232;re n'a jamais &#233;t&#233; employ&#233;, si ce n'est, occasionnellement quand il s'agit de trouver les issues psychog&#233;ographiques d'une zone en s'&#233;cartant syst&#233;matiquement de tous les points coutumiers. On peut alors s'&#233;garer dans des quartiers d&#233;j&#224; fort parcourus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La part de l'exploration au contraire est minime, par rapport &#224; celle d'un comportement d&#233;routant, dans le &#8220; rendez-vous possible &#8221;. Le sujet est pri&#233; de se rendre seul &#224; une heure qui est pr&#233;cis&#233;e dans un endroit qu'on lui fixe. Il est affranchi des p&#233;nibles obligations du rendez-vous ordinaire, puisqu'il n'a personne &#224; attendre. Cependant ce &#8220; rendez-vous possible &#8221; l'ayant men&#233; &#224; l'improviste en un lieu qu'il peut conna&#238;tre ou ignorer, il en observe les alentours. On a pu en m&#234;me temps donner au m&#234;me endroit un autre &#8220; rendez-vous possible &#8221; &#224; quelqu'un dont il ne peut pr&#233;voir l'identit&#233;. Il peut m&#234;me ne l'avoir jamais vu, ce qui incite &#224; lier conversation avec divers passants. Il peut ne rencontrer personne, ou m&#234;me rencontrer par hasard celui qui a fix&#233; le &#8220; rendez-vous possible &#8221;. De toute fa&#231;on, et surtout si le lieu et l'heure ont &#233;t&#233; bien choisis, l'emploi du temps du sujet y prendra une tournure impr&#233;vue. Il peut m&#234;me demander par t&#233;l&#233;phone un autre &#8220; rendez-vous possible &#8221; &#224; quelqu'un qui ignore o&#249; le premier l'a conduit. On voit les ressources presque infinies de ce passe-temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, quelques plaisanteries d'un go&#251;t dit douteux, que j'ai toujours vivement appr&#233;ci&#233;es dans mon entourage, comme par exemple s'introduire nuitamment dans les &#233;tages des maisons en d&#233;molition, parcourir sans arr&#234;t Paris en auto-stop pendant une gr&#232;ve des transports, sous le pr&#233;texte d'aggraver la confusion en se faisant conduire n'importe o&#249;, errer dans ceux des souterrains des catacombes qui sont interdits au public, rel&#232;veraient d'un sentiment plus g&#233;n&#233;ral qui ne serait autre que le sentiment de la d&#233;rive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enseignements de la d&#233;rive permettent d'&#233;tablir les premiers relev&#233;s des articulations psychog&#233;ographiques d'une cit&#233; moderne. Au-del&#224; de la reconnaissance d'unit&#233;s d'ambiance, de leurs composantes principales et de leur localisation spatiale, on per&#231;oit leurs axes principaux de passage, leurs sorties et leurs d&#233;fenses. On en vient &#224; l'hypoth&#232;se centrale de l'existence de plaques tournantes psychog&#233;ographiques. On mesure les distances qui s&#233;parent effectivement deux r&#233;gions d'une ville, et qui sont sans commune mesure avec ce qu'une vision approximative d'un plan pouvait faire croire. On peut dresser, &#224; l'aide des vieilles cartes, de vues photographiques a&#233;riennes et de d&#233;rives exp&#233;rimentales une cartographie influentielle qui manquait jusqu'&#224; pr&#233;sent, et dont l'incertitude actuelle, in&#233;vitable avant qu'un immense travail ne soit accompli, n'est pas pire que celle des premiers portulans, &#224; cette diff&#233;rence pr&#232;s qu'il ne s'agit plus de d&#233;limiter pr&#233;cis&#233;ment des continents durables, mais de changer l'architecture et l'urbanisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diff&#233;rentes unit&#233;s d'atmosph&#232;re et d'habitation, aujourd'hui, ne sont pas exactement tranch&#233;es, mais entour&#233;es de marges fronti&#232;res plus ou moins &#233;tendues. Le changement le plus g&#233;n&#233;ral que la d&#233;rive conduit &#224; proposer, c'est la diminution constante de ces marges fronti&#232;res, jusqu'&#224; leur suppression compl&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'architecture m&#234;me, le go&#251;t de la d&#233;rive porte &#224; pr&#233;coniser toutes sortes de nouvelles formes du labyrinthe, que les possibilit&#233;s modernes de construction favorisent. Ainsi, la presse signalait en mars 1955 la construction &#224; New-York d'un immeuble o&#249; l'on peut voir les premiers signes d'une occasion de d&#233;rive &#224; l'int&#233;rieur d'un appartement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Les logements de la maison h&#233;lico&#239;dale auront la forme d'une tranche de g&#226;teau. Ils pourront &#234;tre agrandis ou diminu&#233;s &#224; volont&#233; par le d&#233;placement de cloisons mobiles. La gradation par demi-&#233;tage &#233;vite de limiter le nombre de pi&#232;ces, le locataire pouvant demander &#224; utiliser la tranche suivante en surplomb ou en contrebas. Ce syst&#232;me permet de transformer en six heures trois appartements de quatre pi&#232;ces en un appartement de douze pi&#232;ces ou plus. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sentiment de la d&#233;rive se rattache naturellement &#224; une fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale de prendre la vie, qu'il serait pourtant maladroit d'en d&#233;duire m&#233;caniquement. Je ne m'&#233;tendrai ni sur les pr&#233;curseurs de la d&#233;rive, que l'on peut reconna&#238;tre justement, ou d&#233;tourner abusivement, dans la litt&#233;rature du pass&#233;, ni sur les aspects passionnels particuliers que cette activit&#233; entra&#238;ne. Les difficult&#233;s de la d&#233;rive sont celles de la libert&#233;. Tout porte &#224; croire que l'avenir pr&#233;cipitera le changement irr&#233;versible du comportement et du d&#233;cor de la soci&#233;t&#233; actuelle. Un jour, on construira des villes pour d&#233;river. On peut utiliser, avec des retouches&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;relativement l&#233;g&#232;res, certaines zones qui existent d&#233;j&#224;. On peut utiliser certaines personnes qui existent d&#233;j&#224;.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
Guy-Ernest DEBORD&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Deux comptes rendus de d&#233;rive&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;i&gt;I. - Rencontres et troubles cons&#233;cutifs &#224; une d&#233;rive continue&lt;/i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir du 25 d&#233;cembre 1953, les lettristes G. I., G. D. et G. L., entrant dans un bar alg&#233;rien de la rue Xavier-Privas o&#249; ils ont pass&#233; toute la nuit pr&#233;c&#233;dente - et qu'ils appellent depuis longtemps &#8220; Au Malais de Thomas &#8221; - sont amen&#233;s &#224; converser avec un Antillais d'environ quarante ans, d'une &#233;l&#233;gance assez insolite parmi les habitu&#233;s de ce bouge, qui, &#224; leur arriv&#233;e, parlait avec K., le tenancier du lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme demande aux lettristes, contre tonte vraisemblance, s'ils ne sont pas &#8220; dans l'arm&#233;e &#8221;. Puis, sur leur r&#233;ponse n&#233;gative, il insiste vainement pour savoir &#8220; &#224; quelle organisation ils appartiennent &#8221;. Il se pr&#233;sente lui-m&#234;me sous le nom, manifestement faux, de Camille J. La suite de ses propos est parsem&#233;e de co&#239;ncidences (les adresses qu'il cite, les pr&#233;occupations qui sont celles de ses interlocuteurs cette semaine-l&#224;, son anniversaire qui est aussi celui de G. I.) et de phrases qu'il veut &#224; double sens, et qui semblent &#234;tre des allusions d&#233;lib&#233;r&#233;es &#224; la d&#233;rive. Mais le plus remarquable est son d&#233;lire croissant qui tourne autour d'une id&#233;e de voyage press&#233; - &#8220; il voyage continuellement &#8221; et le r&#233;p&#232;te souvent. J. en vient &#224; dire s&#233;rieusement qu'arrivant de Hambourg il avait cherch&#233; l'adresse du bar o&#249; ils sont &#224; pr&#233;sent - il y &#233;tait venu autrefois, un instant, l'avait aim&#233; -, ne la trouvant pas, il avait fait un saut &#224; New-York pour la demander &#224; sa femme ; et l'adresse n'&#233;tant pas non plus &#224; New-York, c'est fortuitement qu'il venait de retrouver le bar. Il arrive d'Orly. (Aucun avion n'a atterri depuis plusieurs jours &#224; Orly, par suite d'une gr&#232;ve du personnel de la s&#233;curit&#233; compliqu&#233;e de mauvaise visibilit&#233;, et G. D. le sait parce que lui-m&#234;me est arriv&#233; l'avant-veille, par train, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; retard&#233; deux jours sur l'a&#233;rodrome de Nice). J. d&#233;clare &#224; G. L., d'un air de certitude attrist&#233;e, que ses activit&#233;s actuelles doivent &#234;tre au-dessus de ses capacit&#233;s (G. L. sera en effet exclu deux mois plus tard). J. propose aux lettristes de les retrouver au m&#234;me endroit le lendemain : il leur fera go&#251;ter un excellent rhum &#8220; de sa plantation &#8221;. Il a aussi parl&#233; de leur faire conna&#238;tre sa femme, mais ensuite, et sans contradiction apparente, il a dit que le lendemain &#8220; il serait veuf &#8221;, sa femme partant de bon matin pour Nice en automobile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s qu'il soit sorti, K., interrog&#233; (lui-m&#234;me ignore tout des activit&#233;s des lettristes), ne peut rien dire sinon qu'il l'a vu boire un verre une fois, il y a quelques mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain J. vient au rendez-vous avec sa femme, une Antillaise de son &#226;ge, assez belle. Il fait, avec son rhum, un punch hors de pair. J. et sa femme exercent une attraction d'une nature peu claire sur tous les Alg&#233;riens du bar, &#224; la fois enthousiastes et d&#233;f&#233;rents. Une agitation d'une intensit&#233; tr&#232;s inhabituelle se traduit par le fracas de toutes les guitares ensemble, des cris, des danses. J. r&#233;tablit instantan&#233;ment le calme en portant un toast impr&#233;vu &#8220; &#224; nos fr&#232;res qui meurent sur les champs de bataille &#8221; (bien qu'&#224; cette date, nulle part hors d'Indochine il n'y ait de lutte arm&#233;e de quelque envergure). La conversation atteint en valeur d&#233;lirante celle de la veille, mais cette fois avec la participation de la femme de J. Remarquant qu'une bague que J. portait le soir pr&#233;c&#233;dent est maintenant au doigt de sa femme, G. L. dit assez bas &#224; G. I., faisant allusion &#224; leurs commentaires de la veille qui n'avaient pas manqu&#233; d'&#233;voquer les zombies et les signes de reconnaissance de sectes secr&#232;tes : &#8220; Le Vaudou a chang&#233; de main &#8221;.&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;La femme de J. entend cette phrase et sourit d'un air complice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir encore parl&#233; des rencontres et des lieux qui les provoquent, J. d&#233;clare &#224; ses interlocuteurs qu'il ne sait pas si lui-m&#234;me les rencontrera un jour, car ils sont &#8220; peut-&#234;tre trop forts pour lui &#8221;.&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;On l'assure du contraire. Au moment de se s&#233;parer G. I. propose de donner &#224; la femme de J., puisqu'elle doit partir pour Nice, l'adresse d'un bar assez attirant dons cette ville. J. r&#233;pond alors froidement que c'est malheureusement trop tard puisqu'elle est partie depuis le matin. Il prend cong&#233; en affirmant que maintenant il est s&#251;r qu'ils se reverront un jour &#8220; serait-ce m&#234;me dans un autre monde &#8221; - ajoutant &#224; sa phrase un &#8220; vous me comprenez ? &#8221; qui corrige compl&#232;tement ce qu'elle pourrait avoir de mystique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir du 31 d&#233;cembre au m&#234;me bar de la rue Xavier-Privas, les lettristes trouvent K. et les habitu&#233;s terroris&#233;s - malgr&#233; leurs habitudes de violence - par une sorte de bande, forte d'une dizaine d'Alg&#233;riens venus de Pigalle, et qui occupent les lieux. L'histoire, des plus obscures, semble concerner &#224; la fois une affaire de fausse monnaie et les rapports qu'elle pourrait avoir avec l'arrestation dans ce bar m&#234;me, quelques semaines auparavant, d'un ami de K., pour trafic de stup&#233;fiants. Comme il est apparent que le premier d&#233;sir des visiteurs est de ne pas m&#234;ler des Europ&#233;ens &#224; un r&#232;glement de comptes qui, entre Nord-Africains, n'&#233;veillera pas grande attention de la police, et comme K. leur demande instamment de ne pas sortir du bar, G. D et G. I. passent la nuit &#224; boire au comptoir (o&#249; les visiteurs ont plac&#233; une fille amen&#233;e par eux) parlant sons arr&#234;t et tr&#232;s haut, devant un public silencieux, de mani&#232;re &#224; aggraver encore l'inqui&#233;tude g&#233;n&#233;rale. Par exemple, peu avant minuit, sur la question de savoir qui doit mourir cette ann&#233;e ou l'ann&#233;e prochaine ; ou bien en &#233;voquant le mot du condamn&#233; ex&#233;cut&#233; &#224; l'aube d'un premier janvier : &#8220; Voil&#224; une ann&#233;e qui commence bien &#8221; ; et toutes les boutades de ce genre qui font bl&#234;mir la quasi-totalit&#233; des antagonistes. M&#234;me vers le matin, G. D. &#233;tant ivre-mort, G. L. continue seul pendant quelques heures, avec un succ&#232;s toujours aussi marqu&#233;. La journ&#233;e du 1er janvier 1954 se passe dans les m&#234;mes conditions, les multiples man&#339;uvres d'intimidation et les menaces voil&#233;es ne persuadant pas les deux lettristes de partir avant la rixe, et eux-m&#234;mes n'arrivant &#224; joindre aucun de leurs amis par le t&#233;l&#233;phone dont ils n'ont pu s'emparer qu'en payant d'audace. Enfin, aux approches du soir, les amis de K. et les &#233;trangers arrivent &#224; un compromis et se quittent de mauvaise gr&#226;ce (K. par la suite &#233;ludera avec crainte toute explication de cette affaire, et les lettristes jugeront discret d'y foire &#224; peine allusion).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, vers la fin de l'apr&#232;s-midi, G. D. et G. I., s'apercevant soudain qu'ils sont pr&#232;s de la rue Vieille du Temple, d&#233;cident d'aller revoir un bar de cette rue ou, six semaines plus t&#244;t, G. I. avait not&#233; quelque chose de surprenant : comme il y entrait, au cours d'une d&#233;rive en compagnie de P. S., le barman, manifestant une certaine &#233;motion &#224; sa vue, lui avait demand&#233; &#8220; Vous venez sans doute pour un verre ? &#8221; et, sur sa r&#233;ponse affirmative, avait continu&#233; &#8220; Il n'y en a plus. Revenez demain &#8221;. G. I. avait alors machinalement r&#233;pandu &#8220; C'est bien &#8221;, et &#233;tait sorti ; et P. S., quoique &#233;tonn&#233; d'une r&#233;action si absurde, l'avait suivi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entr&#233;e de G. I. et G. D. dans le bar fait taire &#224; l'instant une dizaine d'hommes qui parlaient en yiddish, assis &#224; deux ou trois tables, et tous coiff&#233;s de chapeaux. Alors que les lettristes boivent quelques verres d'alcool au comptoir, tournant le dos &#224; la porte, un homme, &#233;galement coiff&#233; d'un chapeau, entre en courant, et la serveuse - qu'ils n'ont jamais vue - leur fait signe de la t&#234;te que c'est &#224; lui qu'ils doivent s'adresser. L'homme apporte une chaise &#224; un m&#232;tre d'eux, s'assoit, et leur parle &#224; tr&#232;s haute voix, et fort longtemps, en yiddish, sur un ton tant&#244;t convaincant et tant&#244;t mena&#231;ant mais sans agressivit&#233; d&#233;lib&#233;r&#233;e, et surtout sans avoir l'air d'imaginer qu'ils puissent ne rien comprendre. Les lettristes restent impassibles ; regardent avec le maximum d'insolence les individus pr&#233;sents qui, tous, semblent attendre leur r&#233;ponse avec quelque angoisse ; puis finissent par sortir. Dehors, ils s'accordent pour constater qu'ils n'ont jamais vu une ambiance aussi glaciale, et que les gangsters de la veille &#233;taient des agneaux en comparaison. D&#233;rivant encore un peu plus loin, ils arrivent au pont Notre-Dame quand ils s'avisent qu'ils sont suivis par deux des hommes du bar, dans la tradition des films de gangsters. C'est &#224; cette tradition qu'ils croient devoir s'en remettre pour les d&#233;pister, en traversant le pont n&#233;gligemment, puis en descendant brusquement &#224; droite sur le quai de l'&#238;le de la Cit&#233; qu'ils suivent en courant, passant sous le Pont-Neuf, jusqu'au square du Vert-Galant. L&#224;, ils remontent sur la place du Pont-Neuf par l'escalier dissimul&#233; derri&#232;re la statue d'Henri IV. Devant la statue, deux autres hommes en chapeaux qui arrivaient en courant - sans doute pour surplomber la berge du Quai des Orf&#232;vres, qui para&#238;t la seule issue quand on ignore l'existence de cet escalier - s'arr&#234;tent tout net en les voyant surgir. Les deux lettristes marchent vers eux et les croisent sans que, dans leur surprise, ils fassent un seul geste ; puis suivent le trottoir du Pont-Neuf vers la rive droite. Ils voient alors que les deux hommes se remettent &#224; les suivre ; et il semble qu'une voiture engag&#233;e sur le Pont-Neuf, avec laquelle ces hommes paraissent &#233;changer des signes, se joigne &#224; la poursuite. G. I. et G. D. traversent alors le quai du Louvre au moment pr&#233;cis o&#249; le passage est donn&#233; aux voitures, dont la circulation en cet endroit est fort dense. Puis, mettant &#224; profit cette avance, ils traversent en h&#226;te le rez-de-chauss&#233;e du grand magasin &#8220; La Samaritaine &#8221;, sortent rue de Rivoli pour s'engouffrer dans le m&#233;tro &#8220; Louvre &#8221;, et changent au Ch&#226;telet. Les quelques voyageurs munis de chapeaux leur paraissent suspects. G. I. se persuade qu'un Antillais, qui se trouve pr&#232;s de lui, lui a fait un signe d'intelligence, et veut y voir un &#233;missaire de J., charg&#233; de les soutenir contre ce surprenant d&#233;cha&#238;nement de forces contraire. Descendus &#224; &#8220; Monge &#8221;, les lettristes gagnent la Montagne-Genevi&#232;ve &#224; travers le Continent Contrescarpe d&#233;sert, o&#249; la nuit tombe, dans une atmosph&#232;re d'inqui&#233;tude grandissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;i&gt;II. - Relev&#233; d'ambiances urbaines au moyen de la d&#233;rive&lt;/i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mardi 8 mars 1956, G.-E. Debord et Gil J. Wolman se rencontrent &#224; 10 h. dans la rue des Jardins-Paul, et partent en direction du nord pour reconna&#238;tre les possibilit&#233;s d'une travers&#233;e de Paris &#224; ce niveau. Malgr&#233; leurs intentions ils se trouvent rapidement d&#233;port&#233;s vers l'est et traversent la partie sup&#233;rieure du XIe arrondissement qui, par son caract&#232;re de standardisation commerciale pauvre, est un bon exemple du paysage petit-bourgeois repoussant. La seule rencontre plaisante est, au 160 de la rue Oberkampf, le magasin &#8220; Charcuterie-Comestibles A. Breton &#8221;. Parvenus dans le XXe arrondissement Debord et Wolman s'engagent dans une s&#233;rie de passages &#233;troits qui, &#224; travers des terrains vagues et des constructions peu &#233;lev&#233;es qui ont un grand air d'abandon, joignent la rue de M&#233;nilmontant &#224; la rue des Couronnes. Au nord de la rue des Couronnes, ils acc&#232;dent par un escalier &#224; un syst&#232;me de ruelles du m&#234;me genre, mais d&#233;pr&#233;ci&#233; par un f&#226;cheux caract&#232;re pittoresque. Leur progression se trouve ensuite infl&#233;chie vers le nord-ouest. Ils traversent, entre l'avenue Simon Bolivar et l'avenue Mathurin Moreau, une butte o&#249; s'enchev&#234;trent des rues vides, d'une consternante monotonie de fa&#231;ades (rues R&#233;my de Gourmont, Edgar Po&#235;, etc.). Peu apr&#232;s, ils en viennent &#224; surgir &#224; l'extr&#233;mit&#233; du canal Martin, et rencontrent &#224; l'improviste l'admirable rotonde de Claude-Nicolas Ledoux, presque ruin&#233;e, laiss&#233;e dans un incroyable abandon, et dont le charme s'accro&#238;t singuli&#232;rement du passage, &#224; tr&#232;s proche distance, de la courbe du m&#233;tro suspendu. On songe ici &#224; l'heureuse pr&#233;vision du mar&#233;chal Toukhachevsky, cit&#233;e jadis dans &#8220; La R&#233;volution Surr&#233;aliste &#8221;, sur la beaut&#233; que gagnerait Versailles quand une usine serait construite entre le ch&#226;teau et la pi&#232;ce d'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#233;tudiant le terrain, les lettristes croient pouvoir conclure &#224; l'existence d'une importante plaque tournante psychog&#233;ographique - la rotonde de Ledoux en occupant le centre - qui peut se d&#233;finir comme une unit&#233; Jaur&#232;s-Stalingrad, ouverte sur au moins quatre pentes psychog&#233;ographiques notables (canal Martin, boulevard de la Chapelle, rue d'Aubervilliers, canal de l'Ourcq), et probablement davantage. Wolman rappelle &#224; propos de cette notion de plaque tournante le carrefour qu'il d&#233;signait &#224; Cannes, en 1952, comme &#233;tant &#8220; le centre du monde &#8221;. Il faut sans doute en rapprocher l'attirance nettement psychog&#233;ographique de ces illustrations, pour les livres des tr&#232;s jeunes &#233;coliers, o&#249; une intention didactique fait r&#233;unir sur une seule image un port, une montagne, un isthme, une for&#234;t, un fleuve, une digue, un cap, un pont, un navire, un archipel. Les images des ports de Claude Lorrain ne sont pas sans parent&#233; avec ce proc&#233;d&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est par la belle et tragique rue d'Aubervilliers que Debord et Wolman continuent &#224; marcher vers le nord. Ils y d&#233;jeunent au passage. Ayant emprunt&#233; le boulevard Macdonald jusqu'au canal Denis, ils suivent la rive droite de ce canal vers le nord, stationnant plus ou moins longuement dans divers bars de mariniers. Imm&#233;diatement au nord du pont du Landy, ils passent le canal &#224; une &#233;cluse qu'ils connaissent et arrivent &#224; 18 h. 30 dans un bar espagnol couramment nomm&#233; par les ouvriers qui le fr&#233;quentent &#8220; Taverne des R&#233;volt&#233;s &#8221;, &#224; la pointe la plus occidentale d'Aubervilliers, face au lieudit La Plaine, qui fait partie de la commune de Denis. Ayant repass&#233; l'&#233;cluse, ils errent encore un certain temps dans Aubervilliers, qu'ils ont parcouru des dizaines de fois la nuit, mais qu'ils ignorent au jour. L'obscurit&#233; venant, ils d&#233;cident enfin d'arr&#234;ter l&#224; cette d&#233;rive, jug&#233;e peu int&#233;ressante en elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faisant la critique de l'op&#233;ration, ils constatent qu'une d&#233;rive partant du m&#234;me point doit plut&#244;t prendre la direction nord-nord-ouest ; que le nombre des d&#233;rives syst&#233;matiques de ce genre doit &#234;tre multipli&#233;, Paris leur &#233;tant encore, dans cette optique, en grande partie inconnu ; que la contradiction que la d&#233;rive implique entre le hasard et le choix conscient se reconduit &#224; des niveaux d'&#233;quilibre successifs, et que ce d&#233;veloppement est illimit&#233;. Pour le programme des prochaines d&#233;rives Debord propose la liaison directe du centre Jaur&#232;s-Stalingrad (ou Centre Ledoux) &#224; la Seine, et l'exp&#233;rimentation de ses d&#233;bouch&#233;s vers l'ouest. Wolman propose une d&#233;rive qui, &#224; partir de la &#8220; Taverne des R&#233;volt&#233;s &#8221;, suivrait le canal vers le nord, jusqu'&#224; Denis et au-del&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction &#224; une critique de la g&#233;ographie urbaine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De tant d'histoires auxquelles nous participons, avec ou sans int&#233;r&#234;t, la recherche fragmentaire d'un nouveau mode de vie reste le seul c&#244;t&#233; passionnant. Le plus grand d&#233;tachement va de soi envers quelques disciplines, esth&#233;tiques ou autres, dont l'insuffisance &#224; cet &#233;gard est promptement v&#233;rifiable. Il faudrait donc d&#233;finir quelques terrains d'observation provisoires. Et parmi eux l'observation de certains processus du hasard et du pr&#233;visible, dans les rues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot &lt;i&gt;psychog&#233;ographie&lt;/i&gt;, propos&#233; par un Kabyle illettr&#233; pour d&#233;signer l'ensemble des ph&#233;nom&#232;nes dont nous &#233;tions quelques-uns &#224; nous pr&#233;occuper vers l'&#233;t&#233; de 1953, ne se justifie pas trop mal. Ceci ne sort pas de la perspective mat&#233;rialiste du conditionnement de la vie et de la pens&#233;e par la nature objective. La g&#233;ographie, par exemple, rend compte de l'action d&#233;terminante de forces naturelles g&#233;n&#233;rales, comme la composition des sols ou les r&#233;gimes climatiques, sur les formations &#233;conomiques d'une soci&#233;t&#233; et, par l&#224;, sur la conception qu'elle peut se faire du monde. La &lt;i&gt;psychog&#233;ographie&lt;/i&gt; se proposerait l'&#233;tude des lois exactes et des effets pr&#233;cis du milieu g&#233;ographique, consciemment am&#233;nag&#233; ou non, agissant directement sur le comportement affectif des individus. L'adjectif &lt;i&gt;psychog&#233;ographique&lt;/i&gt;, conservant un assez plaisant vague, peut donc s'appliquer aux donn&#233;es &#233;tablies par ce genre d'investigations, aux r&#233;sultats de leur influence sur les sentiments humains, et m&#234;me plus g&#233;n&#233;ralement &#224; toute situation ou toute conduite qui paraissent relever du m&#234;me esprit de d&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;sert est monoth&#233;iste, a-t-on pu dire il y a d&#233;j&#224; longtemps. Trouvera-t-on illogique, ou d&#233;pourvue d'int&#233;r&#234;t, cette constatation que le quartier qui s'&#233;tend, &#224; Paris, entre la place de la Contrescarpe et la rue de l'Arbal&#232;te incline plut&#244;t &#224; l'ath&#233;isme, &#224; l'oubli, et &#224; la d&#233;sorientation des r&#233;flexes habituels ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est bon d'avoir de l'utilitaire une notion historiquement relative. Le souci de disposer d'espaces libres permettant la circulation rapide de troupes et l'emploi de l'artillerie contre les insurrections &#233;tait &#224; l'origine du plan d'embellissement urbain adopt&#233; par le Second Empire. Mais de tout point de vue autre que policier, le Paris d'Haussmann est une ville b&#226;tie par un idiot, pleine de bruit et de fureur, qui ne signifie rien. Aujourd'hui, le principal probl&#232;me que doit r&#233;soudre l'urbanisme est celui de la bone circulation d'une quantit&#233; rapidement croissante de v&#233;hicules automobiles. Il n'est pas interdit de penser qu'un urbanisme &#224; venir s'appliquera &#224; des constructions, &#233;galement utilitaires, tenant le plus large compte des possibilit&#233;s psychog&#233;ographiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi bien l'actuelle abondance des voitures particuli&#232;res n'est rien d'autre que le r&#233;sultat de la propagande permanente par laquelle la production capitaliste persuade les foules - et ce cas est une de ses r&#233;ussites les plus confondantes - que la possession d'une voiture est pr&#233;cis&#233;ment un des privil&#232;ges que notre soci&#233;t&#233; r&#233;serve &#224; ses privil&#233;gi&#233;s. (Le progr&#232;s anarchique se niant lui-m&#234;me on peut d'ailleurs go&#251;ter le spectacle d'un pr&#233;fet de police invitant par voie de film-annonce les parisiens propri&#233;taires d'automobiles &#224; utiliser les transports en commun.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque l'on rencontre, m&#234;me &#224; de si minces propos, l'id&#233;e de privil&#232;ge, et que l'on sait avec quelle aveugle fureur tant de gens - si peu privil&#233;gi&#233;s pourtant - sont dispos&#233;s &#224; d&#233;fendre leurs m&#233;diocres avantages, force est de constater que tous ces d&#233;tails participent d'une id&#233;e du bonheur, id&#233;e re&#231;ue dans la bourgeoisie, maintenue par un syst&#232;me de publicit&#233; qui englobe aussi bien l'esth&#233;tique de Malraux que les imp&#233;ratifs du Coca-Cola, et dont il s'agit de provoquer la crise en toute occasion, par tous les moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers de ces moyens sont sans doute la diffusion, dans un but de provocation syst&#233;matique, d'une foule de propositions tendant &#224; faire de la vie un jeu int&#233;gral passionnant, et la d&#233;pr&#233;ciation continuelle de tous les divertissements en usage, dans la mesure naturellement o&#249; ils ne peuvent &#234;tre d&#233;tourn&#233;s pour servir &#224; des constructions d'ambiances plus int&#233;ressantes. Il est vrai que la plus grande difficult&#233; d'une telle entreprise est de faire passer dans ces propositions apparemment d&#233;lirantes une quantit&#233; suffisante de &lt;i&gt;s&#233;duction s&#233;rieuse&lt;/i&gt;. Pour obtenir ce r&#233;sultat une pratique habile des moyens de communication pris&#233;s actuellement peut se concevoir. Mais aussi bien une sorte d'abstention tapageuse, ou des manifestations visant &#224; la d&#233;ception radicale des amateurs de ces m&#234;mes moyens de communication, entretiennent ind&#233;niablement, &#224; peu de frais, une atmosph&#232;re de g&#234;ne extr&#234;mement favorable &#224; l'introduction de quelques nouvelles notions de plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette id&#233;e que la r&#233;alisation d'une situation affective choisie d&#233;pend seulement de la connaissance rigoureuse et de l'application d&#233;lib&#233;r&#233;e d'un certain nombre de m&#233;canismes concrets, inspirait ce &#8220; Jeu psychog&#233;ographique de la semaine &#8221; publi&#233;, avec tout de m&#234;me quelque humour, dans le num&#233;ro 1 de POTLATCH :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; En fonction de ce que vous cherchez, choisissez une contr&#233;e, une ville de peuplement plus ou moins dense, une rue plus ou moins anim&#233;e. Construisez une maison. Meublez-la. Tirez le meilleur parti de sa d&#233;coration et de ses alentours. Choisissez la saison et l'heure. R&#233;unissez les personnes les plus aptes, les disques et les alcools qui conviennent. L'&#233;clairage et la conversation devront &#234;tre &#233;videmment de circonstance, comme le climat ext&#233;rieur ou vos souvenirs. &lt;br /&gt;
S'il n'y a pas eu d'erreur dans vos calculs, la r&#233;ponse doit vous satisfaire. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut s'employer &#224; jeter sur le march&#233;, ne serait-ce m&#234;me pour le moment que le march&#233; intellectuel, une masse de d&#233;sirs dont la richesse ne d&#233;passera pas les actuels moyens d'action de l'homme sur le monde mat&#233;riel, mais la vieille organisation sociale. Il n'est donc pas d&#233;pourvu d'int&#233;r&#234;t politique d'opposer publiquement de tels d&#233;sirs aux d&#233;sirs primaires qu'il ne faut pas s'&#233;tonner de voir remoudre sans fin dans l'industrie cin&#233;matographique ou les romans psychologiques, comme ceux de cette vieille charogne de Mauriac. (&#8220; Dans une soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur la &lt;i&gt;mis&#232;re&lt;/i&gt;, les produits les plus &lt;i&gt;mis&#233;rables &lt;/i&gt;ont la pr&#233;rogative fatale de servir &#224; l'usage du plus grand nombre &#8221;, expliquait Marx au pauvre Proudhon.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transformation r&#233;volutionnaire du monde, de tous les aspects du monde, donnera raison &#224; toutes les id&#233;es d'abondance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le brusque changement d'ambiance dans une rue, &#224; quelques m&#232;tres pr&#232;s ; la division patente d'une ville en zones de climats psychiques tranch&#233;s ; la ligne de plus forte pente - sans rapport avec la d&#233;nivellation - que doivent suivre les promenades qui n'ont pas de but ; le caract&#232;re prenant ou repoussant de certains lieux ; tout cela semble &#234;tre n&#233;glig&#233;. En tout cas, n'est jamais envisag&#233; comme d&#233;pendant de causes que l'on peut mettre au jour par une analyse approfondie, et dont on peut tirer parti. Les gens savent bien qu'il y a des quartiers tristes, et d'autres agr&#233;ables. Mais ils se persuadent g&#233;n&#233;ralement que les rues &#233;l&#233;gantes causent un sentiment de satisfaction et que les rues pauvres sont d&#233;primantes, presque sans plus de nuances. En fait, la vari&#233;t&#233; des combinaisons possibles d'ambiances, analogue &#224; la dissolution des corps purs chimiques dans le nombre infini des m&#233;langes, entra&#238;ne des sentiments aussi diff&#233;renci&#233;s et aussi complexes que ceux que peut susciter tout autre forme de spectacle. Et la moindre prospection d&#233;mystifi&#233;e fait appara&#238;tre qu'aucune distinction, qualitative ou quantitative, des influences des divers d&#233;cors construits dans une ville ne peut se formuler &#224; partir d'une &#233;poque ou d'un style d'architecture, encore moins &#224; partir de conditions d'habitat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les recherches que l'on est ainsi appel&#233; &#224; mener sur la disposition des &#233;l&#233;ments du cadre urbaniste, en liaison &#233;troite avec les sensations qu'ils provoquent, ne vont pas sans passer par des hypoth&#232;ses hardies qu'il convient de corriger constamment &#224; la lumi&#232;re de l'exp&#233;rience, par la critique et l'autocritique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines toiles de Chirico, qui sont manifestement provoqu&#233;es par des sensations d'origine architecturale, peuvent exercer une action en retour sur leur base objective, jusqu'&#224; la transformer : elles tendent &#224; devenir elles-m&#234;mes des maquettes. D'inqui&#233;tants quartiers d'arcades pourraient un jour continuer, et accomplir, l'attirance de cette &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne vois gu&#232;re que ces deux ports &#224; la tomb&#233;e du jour peints par Claude Lorrain, qui sont au Louvre, et qui pr&#233;sentent la fronti&#232;re m&#234;me de deux ambiances urbaines les plus diverses qui soient, pour rivaliser en beaut&#233; avec les plans du m&#233;tro affich&#233;s dans Paris. On entend bien qu'en parlant ici de beaut&#233; je n'ai pas eu en vue la beaut&#233; plastique - la beaut&#233; nouvelle ne peut &#234;tre qu'une beaut&#233; de situation - mais seulement la pr&#233;sentation particuli&#232;rement &#233;mouvante, dans l'un et l'autre cas, d'une somme de &lt;i&gt;possibilit&#233;s&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre divers moyens d'intervention plus difficiles, une cartographie r&#233;nov&#233;e para&#238;t propre &#224; l'exploitation imm&#233;diate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fabrication de cartes psychog&#233;ographiques, voire m&#234;me divers truquages comme l'&#233;quation, tant soit peu fond&#233;e ou compl&#232;tement arbitraire, pos&#233;e entre deux repr&#233;sentations topographiques, peuvent contribuer &#224; &#233;clairer certains d&#233;placements d'un caract&#232;re, non certes de gratuit&#233;, mais de parfaite &lt;i&gt;insoumission&lt;/i&gt; aux sollicitations habituelles. - Les sollicitations de cette s&#233;rie &#233;tant catalogu&#233;es sons le terme de tourisme, drogue populaire aussi r&#233;pugnante que le sport ou le cr&#233;dit &#224; l'achat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un ami, r&#233;cemment, me disait qu'il venait de parcourir la r&#233;gion du Hartz, en Allemagne, &#224; l'aide d'un plan de la ville de Londres dont il avait suivi aveugl&#233;ment les indications. Cette esp&#232;ce de jeu n'est &#233;videmment qu'un m&#233;diocre d&#233;but en regard d'une construction compl&#232;te de l'architecture et de l'urbanisme, construction dont le pouvoir sera quelque jour donn&#233; &#224; tous. En attendant, on peut distinguer plusieurs stades de r&#233;alisations partielles, moins malais&#233;es, &#224; commencer par le simple d&#233;placement des &#233;l&#233;ments de d&#233;coration que nous sommes accoutum&#233;s de trouver sur des positions pr&#233;par&#233;es &#224; l'avance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi Mari&#235;n, dans le pr&#233;c&#233;dent num&#233;ro de cette revue, proposait de rassembler en d&#233;sordre, quand les ressources mondiales auront cess&#233; d'&#234;tre gaspill&#233;es dans les entreprises irrationnelles que l'on nous impose aujourd'hui, toutes les statues &#233;questres de toutes les villes dans une seule plaine d&#233;sertique. Ce qui offrirait aux passants - l'avenir leur appartient - le spectacle d'une charge synth&#233;tique de cavalerie, que l'on pourrait m&#233;m&#233; d&#233;dier au souvenir des plus grands massacreurs de l'histoire, de Tamerlan &#224; Ridgway. On voit resurgir ici une des principales exigences de cette g&#233;n&#233;ration : la valeur &#233;ducative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, il n'y a rien &#224; attendre que de la prise de conscience, par des masses agissantes, des conditions de vie qui leur sont faites dans tous les domaines, et des moyens pratiques de les changer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; L'imaginaire est ce qui tend &#224; devenir r&#233;el &#8221;, a pu &#233;crire un auteur dont, en raison de son inconduite notoire sur le plan de l'esprit, j'ai depuis oubli&#233; le nom. Une telle affirmation, par ce qu'elle a d'involontairement restrictif, peut servir de pierre de touche, et faire justice de quelques parodi&#233;s de r&#233;volution litt&#233;raire : ce qui tend &#224; rester irr&#233;el, c'est le bavardage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie, dont nous sommes responsables, rencontre, en m&#234;me temps que de grands motifs de d&#233;couragement, une infinit&#233; de diversions et de compensations plus ou moins vulgaires. Il n'est pas d'ann&#233;e o&#249; des gens que nous aimions ne passent, faute d'avoir clairement compris les possibilit&#233;s en pr&#233;sence, &#224; quelque capitulation voyante. Mais ils ne renforcent pas le camp ennemi qui comptait d&#233;j&#224; des millions d'imb&#233;ciles, et o&#249; l'on est objectivement condamn&#233; &#224; &#234;tre imb&#233;cile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re d&#233;ficience morale reste l'indulgence, sous toutes ses formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Guy-Ernest DEBORD&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Projets d'embellissements rationnels de la ville de Paris&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les lettristes pr&#233;sents le 26 septembre ont propos&#233; commun&#233;ment les solutions rapport&#233;es ici &#224; divers probl&#232;mes d'urbanisme soulev&#233;s au hasard de la discussion. Ils attirent l'attention sur le fait qu'aucun aspect constructif n'a &#233;t&#233; envisag&#233;, le d&#233;blaiement du terrain paraissant &#224; tous l'affaire la plus urgente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ouvrir le m&#233;tro, la nuit, apr&#232;s la fin du passage des rames. En tenir les couloirs et les voies mal &#233;clair&#233;s par de faibles lumi&#232;res intermittentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par un certain am&#233;nagement des &#233;chelles de secours, et la cr&#233;ation de passerelles l&#224; o&#249; il en faut, ouvrir les toits de Paris &#224; la promenade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laisser les squares ouverts la nuit. Les garder &#233;teints. (Dans quelques cas un faible &#233;clairage constant peut &#234;tre justifi&#233; par des consid&#233;rations psychog&#233;ographiques.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Munir les r&#233;verb&#232;res de toutes les rues d'interrupteurs ; l'&#233;clairage &#233;tant &#224; la disposition du public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les &#233;glises, quatre solutions diff&#233;rentes ont &#233;t&#233; avanc&#233;es, et reconnues d&#233;fendables jusqu'au jugement par &lt;i&gt;l'exp&#233;rimentation&lt;/i&gt;, qui fera triompher promptement la meilleure :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G.-E. Debord se d&#233;clare partisan de la destruction totale des &#233;difices religieux de toutes confessions. (Qu'il n'en reste aucune trace, et qu'on utilise l'espace.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gil J Wolman propose de garder les &#233;glises, en les vidant de tout concept religieux. De les traiter comme des b&#226;timents ordinaires. D'y laisser jouer les enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mich&#232;le Bernstein demande que l'on d&#233;truise partiellement les &#233;glises, de fa&#231;on que les ruines subsistantes ne d&#233;c&#232;lent plus leur destination premi&#232;re (la Tour Jacques, boulevard de S&#233;bastopol, en serait un exemple accidentel). La solution parfaite serait de raser compl&#232;tement l'&#233;glise et de reconstruire des ruines &#224; la place. La solution propos&#233;e en premier est uniquement choisie pour des raisons d'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacques Fillon, enfin, veut transformer les &#233;glises en &lt;i&gt;maisons &#224; faire peur. &lt;/i&gt;(Utiliser leur ambiance actuelle, en accentuant ses effets paniques.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous s'accordent &#224; repousser l'objection esth&#233;tique, &#224; faire taire les admirateurs du portail de Chartres. La beaut&#233;, &lt;i&gt;quand elle n'est pas une promesse de bonheur&lt;/i&gt;, doit &#234;tre d&#233;truite. Et qu'est-ce qui repr&#233;sente mieux le malheur que cette sorte de monument &#233;lev&#233; &#224; tout ce qui n'est pas encore domin&#233; dans le monde, &#224; la grande marge inhumaine de la vie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Garder les gares telles qu'elles sont. Leur laideur assez &#233;mouvante ajoute beaucoup &#224; l'ambiance de passage qui fait le l&#233;ger attrait de ces &#233;difices. Gil J Wolman r&#233;clame que l'on supprime ou que l'on fausse arbitrairement toutes les indications concernant les d&#233;parts (destinations, horaires, etc.). Ceci pour favoriser la &lt;i&gt;d&#233;rive. &lt;/i&gt;Apr&#232;s un vif d&#233;bat, l'opposition qui s'&#233;tait exprim&#233;e renonce &#224; sa th&#232;se, et le projet est admis sans r&#233;serves. Accentuer l'ambiance sonore des gares par la diffusion d'enregistrements provenant d'un grand nombre d'autres gares - et de certains ports.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suppression des cimeti&#232;res. Destruction totale des cadavres, et de ce genre de souvenirs : ni cendres, ni traces. (L'attention doit &#234;tre attir&#233;e sur la propagande r&#233;actionnaire que repr&#233;sente, par la plus automatique association d'id&#233;es, cette hideuse survivance d'un pass&#233; d'ali&#233;nation. Peut-on voir un cimeti&#232;re sans penser &#224; Mauriac, &#224; Gide, &#224; Edgar Faure ?)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abolition des mus&#233;es, et r&#233;partition des chefs d'&#339;uvre artistiques dans les bars (l'&#339;uvre de Philippe de Champaigne dans les caf&#233;s arabes de la rue Xavier-Privas ; le &lt;i&gt;Sacre&lt;/i&gt;, de David, au Tonneau de la Montagne-Genevi&#232;ve).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Libre acc&#232;s illimit&#233; de tous dans les prisons. Possibilit&#233; d'y faire un s&#233;jour touristique. Aucune discrimination entre visiteurs et condamn&#233;s. (Afin d'ajouter &#224; l'humour de la vie, douze fois tir&#233;s au sort dans l'ann&#233;e, les visiteurs pourraient se voir rafl&#233;s et condamn&#233;s &#224; une peine effective. Ceci pour laisser du champ aux imb&#233;ciles qui ont absolument besoin de courir un risque inint&#233;ressant : les sp&#233;l&#233;ologues actuels, par exemple, et tous ceux dont le &lt;i&gt;besoin de jeu &lt;/i&gt;s'accommode de si pauvres imitations.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les monuments, de la laideur desquels on ne peut tirer aucun parti (genre Petit ou Grand Palais), devront faire place &#224; d'autres constructions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enl&#232;vement des statues qui restent, dont la signification est d&#233;pass&#233;e - dont les renouvellements esth&#233;tiques possibles sont condamn&#233;s par l'histoire avant leur mise en place. On pourrait &#233;largir utilement la pr&#233;sence des statues - pendant leurs derni&#232;res ann&#233;es - par le changement des titres et inscriptions du socle, soit dans un sens politique (Le &lt;i&gt;Tigre dit Clemenceau, &lt;/i&gt;sur les Champs Elys&#233;es), soit dans un sens d&#233;routant &lt;i&gt;(Hommage dialectique &#224; la fi&#232;vre et &#224; la quinine&lt;/i&gt;, &#224; l'intersection du boulevard Michel et de la rue Comte ; &lt;i&gt;Les grandes profondeurs&lt;/i&gt;, place du parvis dans l'&#238;le de la Cit&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire cesser la cr&#233;tinisation du public par les actuels noms des rues. Effacer les conseillers municipaux, les r&#233;sistants, les Emile et les Edouard (55 rues dans Paris), les Bugeaud, les Gallifet, et plus g&#233;n&#233;ralement tous les noms sales (rue de l'Evangile).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce propos, reste plus que jamais valable l'appel lanc&#233; dans le num&#233;ro 9 de &lt;i&gt;Potlach &lt;/i&gt;pour la non-reconnaissance du vocable &lt;i&gt;saint &lt;/i&gt;dans la d&#233;nomination des lieux.*&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;En attendant la fermeture des &#233;glises&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; ce calendrier de 1793 qui essayait d'imposer un autre cycle, le mot d&#233;plaisant de &#8220; saint &#8221; continue de salir les murs d'une multitude de rues parisiennes dont il commande l'appellation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelques mois, nous nous plaisons &#224; mener campagne pour la suppression de ce vocable, dans la correspondance comme dans nos conversations. Les noms des rues sont passagers. Qu'est-ce que l'avenir en gardera sinon peut-&#234;tre, pour m&#233;moire, l'Impasse de l'Enfant-J&#233;sus ? (15e arrondissement, m&#233;tro Pasteur.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'administration des P.T.T. se soumet d&#232;s &#224; pr&#233;sent au v&#339;u de son public : les lettres parviennent boulevard Germain ou rue Honor&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous invitons la partie saine de l'opinion &#224; soutenir cette entreprise de salubrit&#233; publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;[Potlach N&#176; 9 (17 ao&#251;t 1954), Bulletin d'information du groupe fran&#231;ais de l'Internationale lettriste]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://nem.brassicanigra.org/" class="spip_out"&gt;http://nem.brassicanigra.org/&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Th&#233;orie de la d&#233;rive&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Deux comptes rendus de d&#233;rive &lt;/i&gt;sont extraits du N&#176; 9 (novembre 1956) de la revue LES LEVRES NUES, r&#233;&#233;dit&#233;e en int&#233;gralit&#233; par les Ed. Allia en 1995.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Introduction &#224; une critique de la g&#233;ographie urbaine&lt;/i&gt; est extrait du N&#176; 6 (septembre 1955).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Projets d'embellissements rationnels de la ville de Paris &lt;/i&gt;est tir&#233; du N&#176; 23 (13 octobre 1955) de POTLACH, Bulletin d'information de l'Internationale lettriste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En attendant la fermeture des &#233;glises&lt;/i&gt; est tir&#233; du N&#176; 9 (17 ao&#251;t 1954) de POTLATCH, Bulletin d'information du groupe fran&#231;ais de l'Internationale lettriste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Comment des &#234;tres humains ont &#233;t&#233; transform&#233;s en hommes et en femmes</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article307</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.infokiosques.net/spip.php?article307</guid>
		<dc:date>2006-02-08T17:37:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alice Schwarzer</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme, (questions de) genre</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;genr&#233;E (Grenoble)</dc:subject>
		<dc:subject>Editions Turbulentes (Metz-Dijon)</dc:subject>
		<dc:subject>Antinaturalisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ces deux textes, extraits de&lt;br class='autobr' /&gt;
la deuxi&#232;me partie (&#034;La fonction de la sexualit&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
dans l'oppression des femmes&#034;) du livre d'Alice Schwarzer &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;La petite diff&#233;rence et&lt;br class='autobr' /&gt;
ses grandes cons&#233;quences&lt;/i&gt; (paru en 1977 aux &#233;ditions des femmes) se penchent sur l'id&#233;e que les cat&#233;gories &#034;homme&#034; et &#034;femme&#034; ne sont pas plus &#034;naturelles&#034; que ne l'est la norme h&#233;t&#233;rosexuelle...&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique7" rel="directory"&gt;C&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;F&#233;minisme, (questions de) genre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot55" rel="tag"&gt;D&#233;genr&#233;E (Grenoble)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot62" rel="tag"&gt;Editions Turbulentes (Metz-Dijon)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot98" rel="tag"&gt;Antinaturalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH99/arton307-639e9.jpg?1781151635' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='99' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff307.jpg?1136416675&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comment des &#234;tres humains ont &#233;t&#233; m&#233;tamorphos&#233;s en hommes et en femmes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au XIXe si&#232;cle encore, le c&#233;l&#232;bre m&#233;decin anglais Acton &#233;crivait : &#034;Toute id&#233;e de plaisir sexuel chez la femme est une inf&#226;me calomnie.&#034; Esquisser ici l'histoire de la sexualit&#233; nous m&#232;nerait trop loin, mais il est &#233;vident que les derniers temps ont brill&#233; par l'absence de toute sexualit&#233; f&#233;minine. Les fillettes, les &#233;pouses et les m&#232;res &#233;taient cens&#233;es n'avoir pas de sexualit&#233;. Seule exception &#224; la r&#232;gle, les putains, pay&#233;es pour ce faire par les hommes qui en avaient les moyens. &lt;i&gt;La possession de la femme par l'homme s'&#233;tant d&#233;mocratis&#233;e, tout repr&#233;sentant du sexe masculin dispose aujourd'hui d'un personnel f&#233;minin comprenant en une seule personne une putain, une m&#232;re, une compagne et une servante.&lt;/i&gt; Le statut de femme-objet s&#233;v&#238;t tout particuli&#232;rement chez les gauchistes qui formulent des postulats repris des slogans de Mai 68 : &#034;Baiser deux fois la m&#234;me fille c'est faire d&#233;j&#224; partie des nantis !&#034; (Les ravages caus&#233;s par ces nouvelles normes masculines ont &#233;t&#233; plus d'une fois &#233;voqu&#233;s dans les t&#233;moignages.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement notre &#233;poque a trouv&#233; de nouvelles normes, mais elle a aussi ses proph&#232;tes pour &#233;noncer des commandements d&#233;j&#224; &#233;tablis. Autrefois nous avions les religions repr&#233;sentantes au moins identifiables d'une morale subjective. En d&#233;pit de la terreur qu'elles exer&#231;aient, elles conc&#233;daient au moins une toute petite place &#224; des versions individuelles de leur morale. Aujourd'hui nous avons la science qui, elle, se veut objective. &lt;i&gt;La psychanalyse et la psychologie qui pr&#234;chent la &#034;v&#233;rit&#233;&#034; de la &#034;nature&#034; humaine ont cr&#233;&#233; une image quasi irr&#233;futable de la &#034;nature f&#233;minine&#034;.&lt;/i&gt; Au lieu d'employer les instruments qui leur sont propres pour d&#233;montrer comment des &#234;tres humains ont &#233;t&#233; transform&#233;s en hommes et en femmes, elles sont devenues elles-m&#234;mes &lt;i&gt;des instruments de manipulation sexiste pour le patriarcat&lt;/i&gt;. La soci&#233;t&#233; des hommes a trouv&#233; en ses sciences ses instruments les plus efficaces de dressage &#224; la f&#233;minit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les rares exceptions, on compte le psychologue professeur John Money et la psychiatre Anke A. Ehrhardt. Au lieu de manipuler leurs sujets d'observation, ils respectent plus ou moins la mission d'&#233;mancipation d'un service au service de l'humanit&#233; et dans leurs recherches et leurs observations cliniques posent avec rigueur le probl&#232;me de l'identit&#233; sexuelle. Selon leurs th&#232;ses&lt;i&gt;, l'identit&#233; sexuelle - la f&#233;minit&#233; et la virilit&#233; - n'est pas une identit&#233; biologique mais une identit&#233; psychique.&lt;/i&gt; Simone de Beauvoir : &#034;On ne na&#238;t pas femme, on le devient.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une vaste analyse intitul&#233;e &#034;Masculin, f&#233;minin&#034;, les Am&#233;ricains citent entre autres choses ce cas impressionnant : lors d'une des circoncisions pratiqu&#233;es habituellement aux U.S.A., l'un des deux jumeaux monozygotes &#226;g&#233;s de sept mois a &#233;t&#233; bless&#233; : son p&#233;nis a &#233;t&#233; compl&#232;tement br&#251;l&#233;. Les parents, un jeune couple qui vit &#224; la campagne, sont d&#233;sesp&#233;r&#233;s. Dix mois plus tard, un chirurgien leur &lt;i&gt;conseille d'&#233;lever le gar&#231;on qui n'a plus de p&#233;nis comme une &lt;/i&gt;fille (jugeant sans doute avec r&#233;alisme que dans notre soci&#233;t&#233;, un homme sans p&#233;nis n'est pas un homme...) La m&#232;re suit ce conseil. Elle commence &#224; habiller, &#224; coiffer et &#224; traiter l'enfant tout autrement que son jumeau. La m&#232;re informe r&#233;guli&#232;rement les m&#233;decins de son &#233;volution et de leurs mesures &#233;ducatives. Elle encourage syst&#233;matiquement la coquetterie de l'enfant, lui offre des bijoux et des rubans, lui apprend l'ordre et la propret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;A quatre ans et demi, rapporte la m&#232;re, elle &#233;tait d&#233;j&#224; beaucoup plus ordonn&#233;e que son fr&#232;re. Elle tient aussi beaucoup &#224; ce que je lui donne son bain. &lt;i&gt;Je n'ai jamais vu une petite fille aussi ordonn&#233;e et coquette&lt;/i&gt;.&#034; Un jour, l'enfant d&#233;clar&#233; petite fille fait pipi debout - comme le font d'ailleurs souvent les petites filles. On le gronde et lui fait comprendre qu'il doit s'accroupir : &#034;Une petite fille ne fait pas &#231;a !&#034; - Dans le m&#234;me temps, on encourage inversement ces attitudes chez son fr&#232;re. Sa m&#232;re &#233;clate de rire, quand elle le voit un jour faire pipi sur les fleurs du jardin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le gar&#231;on imite de plus en plus son p&#232;re, la fille sa m&#232;re&lt;/i&gt;. Le fr&#232;re claque les fesses de sa s&#339;ur, comme son p&#232;re le fait avec sa m&#232;re, il veut devenir plus tard pompier ou policier et voudrait pour No&#235;l un garage avec des autos. La s&#339;ur voudrait une poup&#233;e. La m&#232;re souhaite que tous deux fassent des &#233;tudes, &#034;surtout le gar&#231;on, c'est un homme et il est important qu'il gagne sa vie&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#034;petite fille&#034; suit un traitement hormonal. Apr&#232;s la pubert&#233;, on lui greffera un vagin artificiel. Elle sera une femme &#034;normale&#034; - &#224; cette diff&#233;rence pr&#232;s, qu'elle sera st&#233;rile&lt;i&gt;. Il est vrai que la facult&#233; d'enfanter reste la seule diff&#233;rence entre homme et femme&lt;/i&gt;. Tout le reste n'est qu'artifice, une question d'identit&#233; psychique fabriqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me de la &lt;i&gt;transsexualit&#233;&lt;/i&gt; prouve d'ailleurs bien que c'est l'identit&#233; sexuelle psychique qui est d&#233;terminante et non l'identit&#233; biologique. Les transsexuels sont des &#234;tres biologiquement femmes mais qui se sentent hommes - ou vice versa. Quelque chose s'est &#034;mal&#034; pass&#233; lors de leur dressage &#224; l'identit&#233; sensuelle, c'est pourquoi une &#226;me d'homme ou de femme habite un corps qui ne lui est pour ainsi dire pas appropri&#233;. La m&#233;decine progressiste professe aujourd'hui que dans un tel cas, la seule solution possible est d'adapter le corps &#224; la conscience et non pas l'inverse. La psych&#233; est donc plus d&#233;terminante que l'anatomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tragique de ce drame de l'identit&#233; sexuelle r&#233;side aussi dans le fait que notre soci&#233;t&#233; soi-disant &#233;galitaire n'accorde aucune place &#224; un comportement ambigu : &lt;i&gt;On est soit compl&#232;tement femme soit compl&#232;tement homme. Etre tout bonnement humain, mais &#231;a ne suffit pas ! &lt;/i&gt;Bien au contraire, &#231;a peut mener un &#234;tre humain &#224; un conflit d&#233;chirant qui se terminera bien souvent par le suicide. Si l'on n'entre pas dans l'une ou l'autre des deux cat&#233;gories, on n'a pas de place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien, pas m&#234;me l'appartenance &#224; une race ou &#224; une classe, ne nous marque autant que l'appartenance &#224; un sexe. Rien ne d&#233;termine aussi profond&#233;ment notre vie et les r&#233;actions de notre entourage que notre sexe biologique. &lt;i&gt;Avec l'exclamation, &#034;c'est une fille !&#034; ou &#034;c'est un gar&#231;on !&#034;, les d&#233;s sont jet&#233;s. D&#232;s le premier jour, notre sexe sert de pr&#233;texte au dressage &#224; la &#034;f&#233;minit&#233;&#034; ou &#224; la &#034;masculinit&#233;&#034;. Impossible d'y &#233;chapper.&lt;/i&gt; Les parents qui tentent de briser la contrainte de la distribution des r&#244;les n'y parviennent qu'en partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'habitude et l'inconscient leur jouent de mauvais tours. De nombreuses &#233;tudes l'attestent, telle celle de la psychologue allemande Ursula Scheu : &#034;on ne na&#238;t pas petite fille, on le devient&#034; (Fischer, 1977) et celle d'Elena Gianini Belotti dans &#034;Du c&#244;t&#233; des petites filles&#034; (des femmes, Paris, 1974). La psychologue au C.N.R.S., Ir&#232;ne L&#233;zine a observ&#233; le d&#233;veloppement psychologique au cours de la premi&#232;re enfance. Elles ont entre autres choses constat&#233; que les m&#232;res allaitent syst&#233;matiquement leur b&#233;b&#233; trois mois de plus si c'est un gar&#231;on et qu'elles ne lui apprennent que trois mois plus tard &#224; &#234;tre propre. Au cours de l'allaitement, elles laissent aussi aux gar&#231;ons de plus longues pauses qu'aux filles. Ce qui signifie que d&#232;s l'allaitement, le dressage est plus s&#233;v&#232;re pour une fille que pour un gar&#231;on. Les filles doivent se soumettre, on brise leur volont&#233;. Brunet et L&#233;zine concluent &lt;i&gt;que le besoin d'apprivoiser l'enfant est plus fort lorsqu'il s'agit d'une fille. Si c'est un gar&#231;on, bien qu'il soit tout petit et sans d&#233;fense, il repr&#233;sente d&#233;j&#224; le symbole de l'autorit&#233; &#224; laquelle se soumet la m&#232;re elle-m&#234;me.&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
De telles observations remettent enfin en question des constatations de la psychologie progressiste telles que : toutes les petites filles sont plus passives, plus tourn&#233;es vers les grandes personnes alors que les petits gar&#231;ons sont plus actifs et plus tourn&#233;s vers la r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle. C'est juste ! Mais ce n'est pas inn&#233;, c'est bel et bien inculqu&#233;. D&#232;s le berceau !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ursula Scheu analyse dans son livre l'essentiel des travaux effectu&#233;s dans tous les pays sur le conditionnement du r&#244;le sexuel de la petite fille. Elle &#233;crit : &#034;Il est frappant de constater que lorsqu'on aborde la plupart des aspects de la vie (d&#233;veloppement de la fibre maternelle chez les petites filles, fa&#231;on dont on leur apprend &#224; se servir de leurs mains, &#224; &#234;tre adroites pour les int&#233;grer et les exploiter plus tard dans les t&#226;ches m&#233;nag&#232;res ou professionnelles, &lt;i&gt;un seul domaine reste totalement exclu celui de la sexualit&#233;). Nous savons, bien s&#251;r, que l&#224; aussi les hommes et les femmes se comportent diff&#233;remment, mais nous jugeons &#231;a &#034;naturel&#034;.&lt;/i&gt; Pourtant, c'est dans le processus m&#234;me de socialisation des &#234;tres que se lient la passivit&#233; et la soumission f&#233;minines, l'activit&#233; et la domination masculines. &lt;i&gt;En omettant de soulever le probl&#232;me de la formation d'un comportement sp&#233;cifiquement sexuel, la science fait croire que le comportement sexuel, tel qu'on le rencontre aujourd'hui, est un comportement naturel&lt;/i&gt;.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ce qu'il y a de politique dans la contrainte &#224; l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; et l'homosexualit&#233; sont des cat&#233;gories culturelles, injustifiables avec des arguments biologiques. L'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; dominante est un fait de culture, une h&#233;t&#233;rosexualit&#233; forc&#233;e. Dans&lt;i&gt; Le comportement sexuel de la femme&lt;/i&gt;, Kinsey nous dit d&#233;j&#224; &#224; quel point elle ne savait se justifier par nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;On n'insiste jamais assez sur le fait que le comportement de tout &#234;tre vivant d&#233;pend des stimuli qu'il rencontre, de ses possibilit&#233;s anatomiques et physiologiques, de ses premi&#232;res exp&#233;riences. Sans avoir &#233;t&#233; marqu&#233; par des exp&#233;riences ant&#233;rieures, un animal devrait r&#233;agir de fa&#231;on identique &#224; des stimuli identiques, que ces stimuli proviennent de son propre corps, d'un autre individu du m&#234;me sexe ou d'un individu du sexe oppos&#233;.&lt;br /&gt;
Il est aberrant de classifier le comportement sexuel en onanisme, h&#233;t&#233;rosexualit&#233; et homosexualit&#233;, pour &#233;tablir par l&#224; trois types de r&#233;actions ou que des individus visent ou pratiquent une activit&#233; sexuelle &#224; l'exclusion des autres. &lt;i&gt;L'anatomie ou la physiologie des r&#233;actions sexuelles et de l'orgasme ne nous apprennent pas en quoi diff&#232;rent les r&#233;actions propres &#224; l'onanisme, l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; et l'homosexualit&#233;.&lt;br /&gt;
La seule valeur de ces termes, c'est qu'ils nous renseignent sur l'origine du stimulus sexuel ; toutefois, ils ne devraient pas servir &#224; caract&#233;riser les personnes r&#233;agissant &#224; ces diff&#233;rents stimuli. Nous aurions les id&#233;es plus nettes si nous les faisions compl&#232;tement dispara&#238;tre de notre vocabulaire. Nous pourrions nous contenter de dire que des relations sexuelles entre &#234;tres humains ont lieu soit entre un homme et une femme, soit entre deux femmes, soit entre deux hommes, ce qui reviendrait &#224; exposer les faits de fa&#231;on bien plus objective&lt;/i&gt;. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une soci&#233;t&#233; o&#249; la procr&#233;ation n'est plus le but premier des rapports sexuels, l'homosexualit&#233; devrait &#234;tre aussi naturelle &#224; l'&#233;panouissement des &#234;tres que l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; ou l'auto-&#233;rotisme. Et s'il n'en est pas ainsi, c'est pour des raisons politiques. Car enfin, &lt;i&gt;seule une h&#233;t&#233;rosexualit&#233; promue au rang de dogme peut assurer aux hommes le monopole sexuel - sous pr&#233;texte de la &#034;petite diff&#233;rence&#034; &lt;/i&gt; : ainsi se gouverne le monde des hommes o&#249; les femmes se retrouvent enti&#232;rement d&#233;pendantes, exploit&#233;es sans merci, dans leur vie priv&#233;e, comme partout ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'amour est la clef de cette d&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au nom de l'amour que les femmes lavent les chemises des hommes, qu'elles &#233;l&#232;vent seules leurs enfants, qu'elles consolent et encouragent leur mari dans ses probl&#232;mes professionnels. Leur abn&#233;gation finit par les rendre schizophr&#232;nes (comme Rita L., devenue schizophr&#232;ne une fois que son mari l'a quitt&#233;e, sa seule raison d'&#234;tre. A la question, mais pourquoi s'est-elle tant d&#233;vou&#233;e pour lui, elle r&#233;pond : &#034;Par amour&#034;).&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br /&gt;
C'est au nom de l'amour que les femmes sont exploit&#233;es. Dans ces conditions, la sexualit&#233; n'est pas une affaire priv&#233;e mais politique. Quant &#224; l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; exclusive, c'est l'instrument d&#233;cisif du pouvoir des hommes dans la lutte des sexes&lt;/i&gt;. Contre cette situation, on peut et on doit affirmer qu'il y a une alternative. &lt;i&gt;Quand l'amour des femmes ne sera plus un privil&#232;ge naturel des hommes, il faudra qu'ils fassent un effort&lt;/i&gt;. Et pour tenir le coup, il faudrait qu'ils r&#233;visent leur position. Mais &#034;jouer les simples bouche-trous&#034; (Christa), &#231;a ne marche plus. C'est pour cette seule et unique raison qu'ils se cramponnent tant &#224; leur petite diff&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecoutons deux f&#233;ministes am&#233;ricaines :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son analyse les rapports de pouvoir entre les sexes &#034;R&#233;flexion sur la lib&#233;ration de la femme&#034;, publi&#233;e dans &lt;i&gt;Les temps modernes&lt;/i&gt; en 1972, Susan Sonntag &#233;crit : &#034;Si nous ne voulons pas que la lib&#233;ration sexuelle se r&#233;v&#232;le vou&#233;e &#224; l'&#233;chec, nous devons nous-m&#234;mes red&#233;finir la sexualit&#233;. Car ni les rapports sexuels en soi ni les aventures &#224; la cha&#238;ne ne nous satisfont. En ce domaine&lt;i&gt;, une &#233;thique vraiment lib&#233;ratrice doit rejeter le dogme du moment de l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;&lt;/i&gt;. Une soci&#233;t&#233; non r&#233;pressive, une soci&#233;t&#233; o&#249; les femmes et les hommes sont subjectivement et objectivement &#233;gaux sera obligatoirement une soci&#233;t&#233; bisexu&#233;e, androgyne.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Shulamith Firestone, dans son livre &lt;i&gt;Lib&#233;ration de la femme et r&#233;volution sexuelle&lt;/i&gt;, relie le probl&#232;me de la sexualit&#233; &#224; la lutte des classes, et d&#233;clare : &#034;De m&#234;me que la r&#233;volution socialiste vise non seulement &#224; abolir les privil&#232;ges des classes, &lt;i&gt;mais aussi &#224; supprimer les diff&#233;rences qui les fondent&lt;/i&gt;, la r&#233;volution f&#233;ministe, elle, ne doit pas seulement viser &#224; supprimer les privil&#232;ges des hommes, mais &#224;&lt;i&gt; supprimer la diff&#233;rence des sexes elle-m&#234;me : les diff&#233;rences proprement sexuelles n'auraient alors plus la moindre cons&#233;quence sociale&lt;/i&gt;. (Ce serait le retour &#224; une pansexualit&#233; spontan&#233;e - la &#034;perversion polymorphe&#034; de Freud - qui remplacerait alors l'homo-, l'h&#233;t&#233;ro- et la bisexualit&#233;.)&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme ce raisonnement provoque encore bien des angoisses de castration et bien des r&#233;actions hyst&#233;riques chez les hommes, et comme il n'est pas encore tr&#232;s r&#233;pandu, je tiens &#224; pr&#233;ciser :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br /&gt;
Cela signifierait que les individus se d&#233;finiraient d'abord comme des &#234;tres humains et ensuite seulement comme hommes ou femmes. L'anatomie ne serait plus un destin.&lt;/i&gt; Les femmes et les hommes ne seraient plus forc&#233;s de jouer un r&#244;le, l'obsession de la virilit&#233; serait aussi d&#233;nu&#233;e de sens que le complexe de f&#233;minit&#233;. La division du travail et l'exploitation propre &#224; chaque sexe prendraient fin. Seule la maternit&#233; biologique resterait l'affaire des femmes, mais la maternit&#233; sociale (c'est-&#224;-dire l'&#233;ducation des enfants) serait aussi bien l'affaire des hommes que des femmes. La vie des hommes et des femmes ne se r&#233;glerait plus sur la contrainte des r&#244;les, mais sur les besoins et les go&#251;ts de chacune et de chacun (chacun pourrait se montrer passif ou actif, &#224; son gr&#233;). Les individus communiqueraient entre eux, aussi librement qu'ils le voudraient et suivant leurs besoins et leurs d&#233;sirs (sexuels compris), - sans qu'il soit tenu compte de l'&#226;ge, de la race et du sexe (il n'y aurait plus de classes dans cette soci&#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e). Utopie qui ne se r&#233;alisera qu'apr&#232;s-demain sans doute, mais buts et perspectives qu'ici et maintenant nous ne devons pas perdre de vue, car ils sont appel&#233;s &#224; d&#233;terminer nos actes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;sume ma th&#232;se sur l'importance de la sexualit&#233; dans l'oppression et la lib&#233;ration des femmes (et des hommes) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. &lt;i&gt;Les relations hommes/femmes sont - ind&#233;pendamment de la volont&#233; d&#233; l'individu isol&#233; - fonction des rapports de domination qui caract&#233;risent cette soci&#233;t&#233;. Les femmes y sont des &#234;tres inf&#233;rieurs, les hommes des &#234;tres sup&#233;rieurs. Ces structures de pouvoir se refl&#232;tent dans la sexualit&#233;.&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
2. &lt;i&gt;Les normes sexuelles dominantes, et donc les pratiques sexuelles repr&#233;sentent l'instrument privil&#233;gi&#233; pour &#233;tablir ces rapports de force entre hommes et femmes. Les femmes n'auront de chance de devenir plus autonomes et plus ind&#233;pendantes des hommes que dans la mesure ou elles ne seront plus &#224; leur merci dans leur vie priv&#233;e, dans la mesure o&#249; le dogme du primat de l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; pourra &#234;tre remis en question. Alors et alors seulement, les femmes pourront choisir en toute libert&#233; entre h&#233;t&#233;ro et homosexualit&#233;, mais surtout, les femmes ne doivent pas se croire oblig&#233;es de mettre imm&#233;diatement en pratique de telles id&#233;es.&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
La simple possibilit&#233; d'une alternative, la naissance d'amiti&#233;s nouvelles entre femmes nous apportent d&#233;j&#224; quelque libert&#233;, et nous ouvrent d'autres horizons. &lt;i&gt;Je pr&#233;cise qu'il ne peut et ne doit pas s'agir d'imposer de nouvelles normes.&lt;/i&gt; Il ne s'agit pas de forcer les femmes &#224; devenir bisexuelles ou homosexuelles. Mais toutes doivent avoir une chance de remettre en question ce qui allait de soi jusqu'&#224; pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes - c'est ce qui me semble le plus important - doivent pouvoir dire enfin leur v&#233;rit&#233;. Elles ne devraient plus se laisser intimider ni terroriser par les normes dominantes mais comprendre que leurs probl&#232;mes sont ceux de la plupart des femmes. &lt;i&gt;Les femmes doivent enfin pouvoir parler de leurs angoisses, de leur d&#233;pendance, de leurs contradictions et de leurs espoirs.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, nous sommes encore loin de l'&#233;galit&#233; des droits, les relations entre hommes et femmes sont toujours des rapports de force bas&#233;s sur &#034;la puissance&#034; et &#034;l'impuissance&#034; respectives des sexes. Et aujourd'hui encore, les hommes qui sont pour la plupart les premiers &#224; profiter de la situation actuelle, n'ont aucun int&#233;r&#234;t &#224; en changer (ils ne semblent d'ailleurs gu&#232;re convaincus d'y gagner &#224; long terme - notamment en tant qu'&#234;tres humains).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions toute lutte de lib&#233;ration des femmes devra s'attaquer directement aux privil&#232;ges des hommes, &#224; leurs privil&#232;ges individuels comme &#224; leurs privil&#232;ges collectifs, et cela sans &#233;pargner les maris, amants, etc. Les t&#233;moignages montrent bien dans quelle mesure la lutte des sexes est pour toute femme une lutte quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aux yeux des femmes, dans le doute et l'isolement cette lutte semble encore bien individuelle et parfois sans espoir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ces deux textes sont extraits de la deuxi&#232;me partie, &#034;La fonction de la sexualit&#233; dans l'oppression des femmes&#034;, du livre d'Alice Schwarzer &lt;i&gt;La petite diff&#233;rence et ses grandes cons&#233;quences&lt;/i&gt;, paru en 1977 aux &#233;ditions des femmes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Mode d'emploi du d&#233;tournement</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article320</link>
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		<dc:date>2006-02-03T02:47:22Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gil J. Wolman, Guy Debord</dc:creator>


		<dc:subject>Situationnistes et apparent&#233;-e-s</dc:subject>
		<dc:subject>Art, Culture</dc:subject>
		<dc:subject>Editions Turbulentes (Metz-Dijon)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Cet article est d'abord paru dans le num&#233;ro 8 des &lt;i&gt;L&#232;vres Nues&lt;/i&gt; (Mai 1956). Il a pour but la diffusion des principes du &#034;d&#233;tournement&#034; dans la soci&#233;t&#233;, et recherche les meilleurs supports &#224; cette pratique - qui consiste &#224; &lt;i&gt;d&#233;tourner&lt;/i&gt; le sens initial d'une oeuvre (notamment par des ajouts, des collages, etc.) pour lui donner un caract&#232;re subversif.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique19" rel="directory"&gt;M&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot15" rel="tag"&gt;Situationnistes et apparent&#233;-e-s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot16" rel="tag"&gt;Art, Culture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot62" rel="tag"&gt;Editions Turbulentes (Metz-Dijon)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L113xH150/arton320-9613b.jpg?1781147904' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='113' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff320.jpg?1137206494&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tous les esprits un peu avertis de notre temps s'accordent sur cette &#233;vidence qu'il est devenu impossible &#224; l'art de se soutenir comme activit&#233; sup&#233;rieure, ou m&#234;me comme activit&#233; de compensation &#224; laquelle on puisse honorablement s'adonner. La cause de ce d&#233;p&#233;rissement est visiblement l'apparition de forces productives qui n&#233;cessitent d'autres rapports de production et une nouvelle pratique de la vie. Dans la phase de guerre civile o&#249; nous nous trouvons engag&#233;s, et en liaison &#233;troite avec l'orientation que nous d&#233;couvrirons pour certaines activit&#233;s sup&#233;rieures &#224; venir, nous pouvons consid&#233;rer que tous les moyens d'expression connus vont confluer dans un mouvement g&#233;n&#233;ral de propagande qui doit embrasser tous les aspects, en perp&#233;tuelle interaction, de la r&#233;alit&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les formes et la nature m&#234;me d'une propagande &#233;ducative, plusieurs opinions s'affrontent, g&#233;n&#233;ralement inspir&#233;es par les diverses politiques r&#233;formistes actuellement en vogue. Qu'il nous suffise de d&#233;clarer que, pour nous, sur le plan culturel comme sur le plan strictement politique, les pr&#233;misses de la r&#233;volution ne sont pas seulement m&#251;res, elles ont commenc&#233; &#224; pourrir. Non seulement le retour en arri&#232;re, mais la poursuite des objectifs culturels &#034;actuels&#034;, parce qu'ils d&#233;pendent en r&#233;alit&#233; des formations id&#233;ologiques d'une soci&#233;t&#233; pass&#233;e qui a prolong&#233; son agonie jusqu'&#224; ce jour, ne peuvent avoir d'efficacit&#233; que r&#233;actionnaire. L'innovation extr&#233;miste a seule une justification historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son ensemble, l'h&#233;ritage litt&#233;raire et artistique de l'humanit&#233; doit &#234;tre utilis&#233; &#224; des fins de propagande partisane. Il s'agit, bien entendu, de passer au-del&#224; de toute id&#233;e de scandale. La n&#233;gation de la conception bourgeoise du g&#233;nie et de l'art ayant largement fait son temps, les moustaches de la Joconde ne pr&#233;sentent aucun caract&#232;re plus int&#233;ressant que la premi&#232;re version de cette peinture. Il faut maintenant suivre ce processus jusqu'&#224; la n&#233;gation de la n&#233;gation. Bertold Brecht r&#233;v&#233;lant, dans une interview accord&#233;e r&#233;cemment &#224; l'hebdomadaire &#034;France-Observateur&#034;, qu'il op&#233;rait des coupures dans les classiques du th&#233;&#226;tre pour en rendre la repr&#233;sentation plus heureusement &#233;ducative, est bien plus proche que Duchamp de la cons&#233;quence r&#233;volutionnaire que nous r&#233;clamons. Encore faut-il noter que, dans le cas de Brecht, ces utiles interventions sont tenues dans d'&#233;troites limites par un respect malvenu de la culture, telle que la d&#233;finit la classe dominante : ce m&#234;me respect enseign&#233; dans les &#233;coles primaires de la bourgeoisie et dans les journaux des partis ouvriers, qui conduit les municipalit&#233;s les plus rouges de la banlieue parisienne &#224; r&#233;clamer toujours &#034;le Cid&#034; aux tourn&#233;es du T.N.P., de pr&#233;f&#233;rence &#224; &#034;M&#232;re Courage&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A vrai dire, il faut en finir avec toute notion de propri&#233;t&#233; personnelle en cette mati&#232;re. Le surgissement d'autres n&#233;cessit&#233;s rend caduques les r&#233;alisations &#034;g&#233;niales&#034; pr&#233;c&#233;dentes. Elles deviennent des obstacles, de redoutables habitudes. La question n'est pas de savoir si nous sommes ou non port&#233;s &#224; les aimer. Nous devons passer outre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les &#233;l&#233;ments, pris n'importe o&#249;, peuvent faire l'objet de rapprochements nouveaux. Les d&#233;couvertes de la po&#233;sie moderne sur la structure analogique de l'image d&#233;montrent qu'entre deux &#233;l&#233;ments, d'origines aussi &#233;trang&#232;res qu'il est possible, un rapport s'&#233;tablit toujours. S'en tenir au cadre d'un arrangement personnel des mots ne rel&#232;ve que de la convention. L'interf&#233;rence de deux mondes sentimentaux, la mise en pr&#233;sence de deux expressions ind&#233;pendantes, d&#233;passent leurs &#233;l&#233;ments primitifs pour donner une organisation synth&#233;tique d'une efficacit&#233; sup&#233;rieure. Tout peut servir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi que l'on peut non seulement corriger une oeuvre ou int&#233;grer divers fragments d'oeuvres p&#233;rim&#233;es dans une nouvelle, mais encore changer le sens de ces fragments et truquer de toutes les mani&#232;res que l'on jugera bonnes ce que les imb&#233;ciles s'obstinent &#224; nommer des citations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tels proc&#233;d&#233;s parodiques ont &#233;t&#233; souvent employ&#233;s pour obtenir des effets comiques. Mais le comique met en sc&#232;ne une contradiction &#224; un &#233;tat donn&#233;, pos&#233; comme existant. En la circonstance, l'&#233;tat de choses litt&#233;raire nous paraissant presque aussi &#233;tranger que l'&#226;ge du renne, la contradiction ne nous fait pas rire. Il faut donc concevoir un stade parodique-s&#233;rieux o&#249; l'accumulation d'&#233;l&#233;ments d&#233;tourn&#233;s, loin de vouloir susciter l'indignation ou le rire en se r&#233;f&#233;rant &#224; la notion d'une oeuvre originale, mais marquant au contraire notre indiff&#233;rence pour un original vid&#233; de sens et oubli&#233;, s'emploierait &#224; rendre un certain sublime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que Lautr&#233;amont s'est avanc&#233; si loin dans cette voie qu'il se trouve encore partiellement incompris par ses admirateurs les plus affich&#233;s. Malgr&#233; l'&#233;vidence du proc&#233;d&#233; appliqu&#233; dans &#034;Po&#233;sies&#034;, particuli&#232;rement sur la base de la morale de Pascal et Vauvenargues, au langage th&#233;orique - dans lequel Lautr&#233;amont veut faire aboutir les raisonnements, par concentrations successives, &#224; la seule maxime - on s'est &#233;tonn&#233; des r&#233;v&#233;lations d'un nomm&#233; Viroux, voici trois ou quatre ans, qui emp&#234;chaient d&#233;sormais les plus born&#233;s de ne pas reconna&#238;tre dans &#034;les Chants de Maldoror&#034; un vaste d&#233;tournement, de Buffon et d'ouvrages d'histoire naturelle entre autres. Que les prosateurs du &#034;Figaro&#034;, comme ce Viroux lui-m&#234;me, aient pu y voir une occasion de diminuer Lautr&#233;amont, et que d'autres aient cru devoir le d&#233;fendre en faisant l'&#233;loge de son insolence, voil&#224; qui ne t&#233;moigne que de la d&#233;bilit&#233; intellectuelle de vieillards des deux camps, en lutte courtoise. Un mot d'ordre comme &#034;le Plagiat est n&#233;cessaire, le progr&#232;s l'implique&#034; est encore aussi mal compris, et pour les m&#234;mes raisons, que la phrase fameuse sur la po&#233;sie qui &#034;doit &#234;tre faite par tous&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'oeuvre de Lautr&#233;amont - que son apparition extr&#234;mement pr&#233;matur&#233;e fait encore &#233;chapper en grande partie &#224; une critique exacte - mis &#224; part, les tendances au d&#233;tournement que peut reconna&#238;tre une &#233;tude de l'expression contemporaine sont pour la plupart inconscientes ou occasionnelles ; et, plus que dans la production esth&#233;tique finissante, c'est dans l'industrie publicitaire qu'il faudra en chercher les plus beaux exemples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut d'abord d&#233;finir deux cat&#233;gories principales pour tous les &#233;l&#233;ments d&#233;tourn&#233;s, et sans discerner si leur mise en pr&#233;sence s'accompagne ou non de corrections introduites dans les originaux. Ce sont les &lt;strong&gt;d&#233;tournements mineurs&lt;/strong&gt;, et les &lt;strong&gt;d&#233;tournements abusifs&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;tournement mineur est le d&#233;tournement d'un &#233;l&#233;ment qui n'a pas d'importance propre et qui tire donc tout son sens de la mise en pr&#233;sence qu'on lui fait subir. Ainsi des coupures de presse, une phrase neutre, la photographie d'un sujet quelconque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;tournement abusif, dit aussi d&#233;tournement de proposition pr&#233;monitoire, est au contraire celui dont un &#233;l&#233;ment significatif en soi fait l'objet ; &#233;l&#233;ment qui tirera du nouveau rapprochement une port&#233;e diff&#233;rente. Un slogan de Saint-Just, une s&#233;quence d'Einsenstein par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les oeuvres d&#233;tourn&#233;es d'une certaine envergure se trouveront donc le plus souvent constitu&#233;es par une ou plusieurs s&#233;ries de d&#233;tournements abusifs-mineurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs lois sur l'emploi du d&#233;tournement se peuvent d&#232;s &#224; pr&#233;sent &#233;tablir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'&#233;l&#233;ment d&#233;tourn&#233; le plus lointain qui concourt le plus vivement &#224; l'impression d'ensemble, et non les &#233;l&#233;ments qui d&#233;terminent directement la nature de cette impression. Ainsi dans une m&#233;tagraphie relative &#224; la guerre d'Espagne la phrase au sens le plus nettement r&#233;volutionnaire est cette r&#233;clame incompl&#232;te d'une marque de rouge &#224; l&#232;vres : &#034;les jolies l&#232;vres ont du rouge&#034;. Dans une autre m&#233;tagraphie (&#034;Mort de J.H.&#034;) cent vingt-cinq petites annonces sur la vente de d&#233;bits de boissons traduisent un suicide plus visiblement que les articles de journaux qui le relatent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;formations introduites dans les &#233;l&#233;ments d&#233;tourn&#233;s doivent tendre &#224; se simplifier &#224; l'extr&#234;me, la principale force d'un d&#233;tournement &#233;tant fonction directe de sa reconnaissance, consciente ou trouble, par la m&#233;moire. C'est bien connu. Notons seulement que si cette utilisation de la m&#233;moire implique un choix du public pr&#233;alable &#224; l'usage du d&#233;tournement, ceci n'est qu'un cas particulier d'une loi g&#233;n&#233;rale qui r&#233;git aussi bien le d&#233;tournement que tout autre mode d'action sur le monde. L'id&#233;e d'expression dans l'absolu est morte, et il ne survit momentan&#233;ment qu'une singerie de cette pratique, tant que nos autres ennemis survivent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le d&#233;tournement est d'autant moins op&#233;rant qu'il s'approche d'une r&#233;plique rationnelle.&lt;/strong&gt; C'est le cas d'un assez grand nombre de maximes retouch&#233;es par Lautr&#233;amont. Plus le caract&#232;re rationnel de la r&#233;plique est apparent, plus elle se confond avec le banal esprit de r&#233;partie, pour lequel il s'agit &#233;galement de faire servir les paroles de l'adversaire contre lui. Ceci n'est naturellement pas limit&#233; au langage parl&#233;. C'est dans cet ordre d'id&#233;es que nous e&#251;mes &#224; d&#233;battre le projet de quelques-uns de nos camarades visant &#224; d&#233;tourner une affiche antisovi&#233;tique de l'organisation fasciste &#034;Paix et Libert&#233;&#034; - qui proclamait, avec vues de drapeaux occidentaux emm&#234;l&#233;s, &#034;l'union fait la force&#034; - en y ajoutant la phrase &#034;et les coalitions font la guerre&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le d&#233;tournement par simple retournement est toujours le plus imm&#233;diat et le moins efficace.&lt;/strong&gt; Ce qui ne signifie pas qu'il ne puisse avoir un aspect progressif. Par exemple cette appellation pour une statue et un homme : &#034;le Tigre dit Clemenceau&#034;. De m&#234;me la messe noire oppose &#224; la construction d'une ambiance qui se fonde sur une m&#233;taphysique donn&#233;e, une construction d'ambiance dans le m&#234;me cadre, en renversant les valeurs, conserv&#233;es, de cette m&#233;taphysique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des quatre lois qui viennent d'&#234;tre &#233;nonc&#233;es, la premi&#232;re est essentielle et s'applique universellement. Les trois autres ne valent pratiquement que pour des &#233;l&#233;ments abusifs d&#233;tourn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premi&#232;res cons&#233;quences apparentes d'une g&#233;n&#233;ration du d&#233;tournement, outre les pouvoirs intrins&#232;ques de propagande qu'il d&#233;tient, seront la r&#233;appropriation d'une foule de mauvais livres ; la participation massive d'&#233;crivains ignor&#233;s ; la diff&#233;renciation toujours plus pouss&#233;e des phrases ou des oeuvres plastiques qui se trouveront &#234;tre &#224; la mode ; et surtout une facilit&#233; de la production d&#233;passant de tr&#232;s loin, par la quantit&#233;, la vari&#233;t&#233; et la qualit&#233;, l'&#233;criture automatique d'ennuyeuse m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement le d&#233;tournement conduit &#224; la d&#233;couverte de nouveaux aspects du talent, mais encore, se heurtant de front &#224; toutes les conventions mondaines et juridiques, il ne peut manquer d'appara&#238;tre un puissant instrument culturel au service d'une lutte de classes bien comprise. Le bon march&#233; de ses produits est la grosse artillerie avec laquelle on bat en br&#232;che toutes les murailles de Chine de l'intelligence. Voici un r&#233;el moyen d'enseignement artistique prol&#233;tarien, la premi&#232;re &#233;bauche d'un &lt;strong&gt;communisme litt&#233;raire&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les propositions et les r&#233;alisations sur le terrain du d&#233;tournement se multiplient &#224; volont&#233;. Limitons-nous pour le moment &#224; montrer quelques possibilit&#233;s concr&#232;tes &#224; partir des divers secteurs actuels de la communication, &#233;tant bien entendu que ces divisions n'ont de valeur qu'en fonction des techniques d'aujourd'hui, et tendent toutes &#224; dispara&#238;tre au profit de synth&#232;ses sup&#233;rieures, avec les progr&#232;s de ces techniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre les diverses utilisations imm&#233;diates des phrases d&#233;tourn&#233;es dans les affiches, le disque ou l'&#233;mission radiophonique, les deux principales applications de la prose d&#233;tourn&#233;e sont l'&#233;criture m&#233;tagraphique et, dans une moindre mesure, le cadre romanesque habilement perverti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;tournement d'une oeuvre romanesque compl&#232;te est une entreprise d'un assez mince avenir, mais qui pourrait se r&#233;v&#233;ler op&#233;rante dans la phase de transition. Un tel d&#233;tournement gagne &#224; s'accompagner d'illustrations en rapports non-explicites avec le texte. Malgr&#233; les difficult&#233;s que nous ne nous dissimulons pas, nous croyons qu'il est possible de parvenir &#224; un instructif d&#233;tournement psychog&#233;ographique du &#034;Consuelo&#034; de George Sand, qui pourrait &#234;tre relanc&#233;, ainsi maquill&#233;, sur le march&#233; litt&#233;raire, dissimul&#233; sous un titre anodin comme &#034;Grande Banlieue&#034;, ou lui-m&#234;me d&#233;tourn&#233; comme &#034;La Patrouille Perdue&#034; (il serait bon de r&#233;investir de la sorte beaucoup de titres de films dont on ne peut plus rien tirer d'autre, faute de s'&#234;tre empar&#233; des vieilles copies avant leur destruction, ou de celles qui continuent d'abrutir la jeunesse dans les cin&#233;math&#232;ques).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;criture m&#233;tagraphique, aussi arri&#233;r&#233; que soit par ailleurs le cadre plastique o&#249; elle se situe mat&#233;riellement, pr&#233;sente un plus riche d&#233;bouch&#233; &#224; la prose d&#233;tourn&#233;e, comme aux autres objets ou images qui conviennent. On peut en juger par le projet, datant de 1951 et abandonn&#233; faute de moyens financiers suffisants, qui envisageait l'arrangement d'un billard &#233;lectrique de telle sorte que les jeux de ses lumi&#232;res et le parcours plus ou moins pr&#233;visible de ses billes servissent &#224; une interpr&#233;tation m&#233;tagraphique-spaciale qui s'intitulerait &#034;des sensations thermiques et des d&#233;sirs des gens qui passent devant les grilles du mus&#233;e de Cluny, une heure environ apr&#232;s le coucher du soleil en novembre&#034;. Depuis, bien s&#251;r, nous savons qu'un travail situationniste-analytique ne peut progresser scientifiquement par de telles voies. Les moyens cependant restent bons pour des buts moins ambitieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#233;videmment dans le cadre cin&#233;matographique que le d&#233;tournement peut atteindre &#224; sa plus grande efficacit&#233;, et sans doute, pour ceux que la chose pr&#233;occupe, &#224; sa plus grande beaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pouvoirs du cin&#233;ma sont si &#233;tendus, et l'absence de coordination de ces pouvoirs si flagrante, que presque tous les films qui d&#233;passent la mis&#233;rable moyenne peuvent alimenter des pol&#233;miques infinies entre divers spectateurs ou critiques professionnels. Ajoutons que seul le conformisme de ces gens les emp&#234;che de trouver des charmes aussi prenants et des d&#233;fauts aussi criants dans les films de derni&#232;re cat&#233;gorie. Pour dissiper un peu cette risible confusion des valeurs, disons que &#034;Naissance d'une Nation&#034;, de Griffith, est un des films les plus importants de l'histoire du cin&#233;ma par la masse des apports nouveaux qu'il repr&#233;sente. D'autre part, c'est un film raciste : il ne m&#233;rite donc absolument pas d'&#234;tre projet&#233; sous sa forme actuelle. Mais son interdiction pure et simple pourrait passer pour regrettable dans le domaine, secondaire mais susceptible d'un meilleur usage, du cin&#233;ma. Il vaut bien mieux le d&#233;tourner dans son ensemble, sans m&#234;me qu'il soit besoin de toucher au montage, &#224; l'aide d'une bande sonore qui en ferait une puissante d&#233;nonciation des horreurs de la guerre imp&#233;rialiste et des activit&#233;s du Ku-Klux-Klan qui, comme on sait, se poursuivent &#224; l'heure actuelle aux Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel d&#233;tournement, bien mod&#233;r&#233;, n'est somme toute que l'&#233;quivalent moral des restaurations des peintures anciennes dans les mus&#233;es. Mais la plupart des films ne m&#233;ritent que d'&#234;tre d&#233;membr&#233;s pour composer d'autres oeuvres. Evidemment, cette reconversion de s&#233;quences pr&#233;existantes n'ira pas sans le concours d'autres &#233;l&#233;ments : musicaux ou picturaux, aussi bien qu'historiques. Alors que jusqu'&#224; pr&#233;sent tout truquage de l'histoire, au cin&#233;ma, s'aligne plus ou moins sur le type de bouffonnerie des reconstitutions de Guitry, on peut faire dire &#224; Robespierre, avant son ex&#233;cution : &#034;malgr&#233; tant d'&#233;preuves, mon exp&#233;rience et la grandeur de ma t&#226;che me font juger que tout est bien&#034;. Si la trag&#233;die grecque, opportun&#233;ment rajeunie, nous sert en cette occasion &#224; exalter Robespierre, que l'on imagine en retour une s&#233;quence du genre n&#233;o-r&#233;aliste, devant le zinc, par exemple, d'un bar de routiers - un des camionneurs disant s&#233;rieusement &#224; un autre : &#034;la morale &#233;tait dans les livres des philosophes, nous l'avons mise dans le gouvernement des nations&#034;. On voit ce que cette rencontre ajoute en rayonnement &#224; la pens&#233;e de Maximilien, &#224; celle d'une dictature du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lumi&#232;re du d&#233;tournement se propage en ligne droite. Dans la mesure o&#249; la nouvelle architecture semble devoir commencer par un stade exp&#233;rimental baroque, le &lt;strong&gt;complexe architectural&lt;/strong&gt; - que nous concevons comme la construction d'un milieu ambiant dynamique en liaison avec des styles de comportement - utilisera vraisemblablement le d&#233;tournement des formes architecturales connues, et en tout cas tirera parti, plastiquement et &#233;motionnellement, de toutes sortes d'objets d&#233;tourn&#233;s : des grues ou des &#233;chafaudages m&#233;talliques savamment dispos&#233;s prenant avantageusement la rel&#232;ve d'une tradition sculpturale d&#233;funte. Ceci n'est choquant que pour les pires fanatiques du jardin &#224; la fran&#231;aise. On se souvient que, sur ses vieux jours, d'Annunzio, cette pourriture fascisante, poss&#233;dait dans son parc la proue d'un torpilleur. Ses motifs patriotiques ignor&#233;s, ce monument ne peut qu'appara&#238;tre plaisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#233;tendant le d&#233;tournement jusqu'aux r&#233;alisations de l'urbanisme, il ne serait sans doute indiff&#233;rent &#224; personne que l'on reconstitu&#226;t minutieusement dans une ville tout un cartier d'une autre. L'existence, qui ne sera jamais trop d&#233;routante, s'en verrait r&#233;ellement embellie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les titres m&#234;mes, comme on l'a d&#233;j&#224; vu, sont un &#233;l&#233;ment radical du d&#233;tournement. Ce fait d&#233;coule de deux constatations g&#233;n&#233;rales qui sont, d'une part, que tous les titres sont interchangeables, et d'autre part qu'ils ont une importance d&#233;terminante dans plusieurs disciplines. Tous les romans policiers de la &#034;s&#233;rie noire&#034; se ressemblent intens&#233;ment, et le seul effort de renouvellement portant sur le titre suffit &#224; leur conserver un public consid&#233;rable. Dans la musique, un titre exerce toujours une grande influence, et rien ne justifie vraiment son choix. Il ne serait donc pas mauvais d'apporter une ultime correction au titre de la &#034;Symphonie h&#233;ro&#239;que&#034; en en faisant, par exemple, une &#034;Symphonie L&#233;nine&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le titre contribue fortement &#224; d&#233;tourner l'oeuvre, mais une r&#233;action de l'oeuvre sur le titre est in&#233;vitable. De sorte que l'on peut faire un usage &#233;tendu de titres pr&#233;cis emprunt&#233;s &#224; des publications scientifiques (&#034;Biologie littorale des mers temp&#233;r&#233;es&#034;) ou militaires (&#034;Combats de nuit des petites unit&#233;s d'infanterie&#034;) ; et m&#234;me de beaucoup de phrases relev&#233;es dans les illustr&#233;s enfantins (&#034;De merveilleux paysages s'offrent &#224; la vue des navigateurs&#034;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour finir, il nous faut citer bri&#232;vement quelques aspects de ce que nous nommerons l'ultra-d&#233;tournement, c'est-&#224;-dire les tendances du d&#233;tournement &#224; s'appliquer dans la vie sociale quotidienne. Les gestes et les mots peuvent &#234;tre charg&#233;s d'autres sens, et l'ont &#233;t&#233; constamment &#224; travers l'histoire, pour des raisons pratiques. Les soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes de l'ancienne Chine disposaient d'un grand raffinement de signes de reconnaissance, englobant la plupart des attitudes mondaines (mani&#232;re de disposer des tasses ; de boire ; citations de po&#232;mes arr&#234;t&#233;es &#224; des moments convenus). Le besoin d'une langue secr&#232;te, de mots de passe, est ins&#233;parable d'une tendance au jeu. L'id&#233;e-limite est que n'importe quel signe, n'importe quel vocable, est susceptible d'&#234;tre converti en autre chose, voire en son contraire. Les insurg&#233;s royalistes de la Vend&#233;e, parce qu'affubl&#233;s de l'immonde effigie du coeur de J&#233;sus, s'appelaient l'Arm&#233;e Rouge. Dans le domaine pourtant limit&#233; de la politique, cette expression a &#233;t&#233; compl&#232;tement d&#233;tourn&#233;e en un si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre le langage, il est possible de d&#233;tourner par la m&#234;me m&#233;thode le v&#234;tement, avec toute l'importance affective qu'il rec&#232;le. L&#224; aussi, nous trouvons la notion de d&#233;guisement en liaison &#233;troite avec le jeu. Enfin, quand on en arrive &#224; construire des situations, but final de toute notre activit&#233;, il sera loisible &#224; tout un chacun de d&#233;tourner des situations enti&#232;res en en changeant d&#233;lib&#233;r&#233;ment telle ou telle condition d&#233;terminante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les proc&#233;d&#233;s que nous avons sommairement trait&#233;s ici ne sont pas pr&#233;sent&#233;s comme une intention qui nous serait propre, mais au contraire comme une pratique assez commun&#233;ment r&#233;pandue que nous nous proposons de syst&#233;matiser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie du d&#233;tournement par elle-m&#234;me ne nous int&#233;resse gu&#232;re. Mais nous la trouvons li&#233;e &#224; presque tous les aspects constructifs de la p&#233;riode de transition pr&#233;-situationniste. Son enrichissement, par la pratique, appara&#238;t donc comme n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous remettons &#224; plus tard le d&#233;veloppement de ces th&#232;ses.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte est extrait du n&#176;8 (mai 1956) de la revue &lt;i&gt;Les L&#232;vres Nues&lt;/i&gt;, r&#233;&#233;dit&#233;e en int&#233;gralit&#233; par les &#233;ditions Allia en 1995.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Eloge de la paresse affin&#233;e</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article306</link>
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		<dc:date>2006-01-31T00:05:44Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Raoul Vaneigem</dc:creator>


		<dc:subject>Critiques du travail</dc:subject>
		<dc:subject>Situationnistes et apparent&#233;-e-s</dc:subject>
		<dc:subject>Editions Turbulentes (Metz-Dijon)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Publi&#233; en 1996, ce texte rend indirectement hommage, plus d'un si&#232;cle apr&#232;s, au fameux &#034;Droit &#224; la paresse&#034; de Paul Lafargue...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La paresse est jouissance de soi ou elle n'est pas. N'esp&#233;rez pas qu'elle vous soit accord&#233;e par vos ma&#238;tres ou par leurs dieux &#187;.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique9" rel="directory"&gt;E&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot6" rel="tag"&gt;Critiques du travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot15" rel="tag"&gt;Situationnistes et apparent&#233;-e-s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot62" rel="tag"&gt;Editions Turbulentes (Metz-Dijon)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH115/arton306-dd19d.jpg?1781151635' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='115' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff306.jpg?1136418625&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans l'opinion qui s'est forg&#233;e &#224; son propos, la paresse a beaucoup gagn&#233; au discr&#233;dit croissant dont s'est grev&#233; le travail. Longtemps &#233;rig&#233; en vertu par la bourgeoisie, qui en tirait profit, et par les bureaucraties syndicales, auxquelles il assurait leur plus-value de pouvoir, l'abrutissement du labeur quotidien a fini par se faire reconna&#238;tre pour ce qu'il est : une alchimie involutive transformant en un savoir de plomb l'or de la richesse existentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Cependant, l'estime dont se pr&#233;vaut la paresse n'en continue pas moins &#224; souffrir de la relation de couple qui, dans la sotte assimilation des b&#234;tes &#224; ce que les humains ont de plus m&#233;prisable, persiste &#224; accoler la cigale et la fourmi. Qu'on le veuille ou non, la paresse demeure prise au pi&#232;ge du travail qu'elle rejette en chantant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Quand il s'agit de ne rien faire, la premi&#232;re id&#233;e n'est-elle pas que la chose va de soi ? H&#233;las, dans une soci&#233;t&#233; o&#249; nous sommes sans rel&#226;che arrach&#233;s &#224; nous-m&#234;mes, comment aller vers soi sans encombre ? Comment s'installer sans effort en cet &#233;tat de gr&#226;ce o&#249; ne r&#232;gne plus que la nonchalance du d&#233;sir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Tout n'est-il pas mis en branle pour troubler, par les meilleures raisons du devoir et de la culpabilit&#233;, le loisir serein d'&#234;tre en paix en sa seule compagnie ? Georg Groddeck percevait avec justesse dans l'art de ne rien faire le signe d'une conscience vraiment affranchie des multiples contraintes qui, de la naissance &#224; la mort, font de la vie une fr&#233;n&#233;tique production de n&#233;ant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Nous sommes si p&#233;tris de paradoxes que la paresse n'est pas un sujet sur lequel on puisse s'&#233;tendre simplement, comme y convierait la nature si toutefois la nature pouvait s'aborder sans d&#233;tours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le travail a d&#233;natur&#233; la paresse. Il en a fait sa putain dans le m&#234;me temps que le pouvoir patriarcal voyait dans la femme le repos du guerrier. Il l'a affubl&#233;e de ses faux-semblants, quand la morgue des classes sociales exploiteuses identifiait l'activit&#233; laborieuse &#224; la seule production manuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Qu'&#233;tait-ce que ces puissants, ces souverains, ces aristocrates, ces hauts dignitaires sinon des travailleurs intellectuels, des travailleurs charg&#233;s de faire travailler ceux dont ils avaient &#171; pris la t&#234;te &#187; ? Cette oisivet&#233; dont les riches se targuaient et qui nourrit s&#233;culairement le ressentiment des opprim&#233;s me para&#238;t bien &#233;loign&#233;e de l'&#233;tat de paresse dans ce qu'elle offre d'idyllique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le beau pr&#233;lassement que s'adjugent les infatu&#233;s de noblesse aux aguets des moindres manquements, sourcilleux de pr&#233;s&#233;ances, attentifs &#224; la valetaille masquant sa hargne et son m&#233;pris sous la servilit&#233;, quand il ne s'agit pas de faire go&#251;ter au pr&#233;alable les mets assaisonn&#233;s par les mal&#233;fices de l'envie et de la vengeance. Quelle fatigue que cette paresse-l&#224;, et quelle servitude dans l'agr&#233;ment constant d'une complaisance de commande !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Dira-t-on du despote qu'il s'arroge au moins le plaisir d'&#234;tre ob&#233;i ? Pi&#232;tre plaisir que celui qui, se payant du d&#233;plaisir des autres, s'avale avec l'aigreur qu'il suscite ! On conviendra que se tenir de la sorte au-dessus des t&#226;ches ignobles n'est pas de tout repos et ne favorise gu&#232;re l'heureux &#233;tat de ne rien faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Sans doute l'homme d'affaires, le patron, le bureaucrate ne s'embarrassent-ils pas, en dehors de leurs occupations, d'un train de domesticit&#233; plus importune que confortable. Je ne sais s'ils recherchent la solitude du sous-pr&#233;fet aux champs mais tout indique chez eux une propension au divertissement plus qu'&#224; l'oisivet&#233;. On ne rompt point sans difficult&#233; avec un rythme qui vous propulse de l'usine au bureau, du bureau &#224; la Bourse et de la conf&#233;rence-repas au repas-conf&#233;rence. Le temps soudain vid&#233; de sa comptabilit&#233; monnay&#233;e tourne au temps mort, c'est &#224; peine s'il existe. Il faut avoir perdu plus que le sens moral, le sens de la rentabilit&#233; pour pr&#233;tendre y entrer et s'y installer sans vergogne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Passe pour le sommeil, v&#233;ritable prescription m&#233;dicale pour qui se jette chaque jour dans une course contre la montre. Mais qui osera, dans une guerre o&#249; chaque instant est expos&#233; au feu nourri de la concurrence, lever le drapeau blanc d'un moment d'oisivet&#233; ? Nous a-t-on assez rab&#226;ch&#233; le d&#233;sastreux exemple des &#171; d&#233;lices de Capoue &#187; o&#249; Hannibal, c&#233;dant &#224; l'on ne sait quel envo&#251;tement des sens, perd irr&#233;m&#233;diablement et Rome et le b&#233;n&#233;fice de ses conqu&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il faut se rendre &#224; l'&#233;vidence : dans un monde o&#249; rien ne s'obtient sans le travail de la force et de la ruse, la paresse est une faiblesse, une b&#234;tise, une faute, une erreur de calcul. On n'y acc&#232;de qu'en changeant d'univers, c'est &#224; dire d'existence. Ce sont des choses qui arrivent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Un directeur de banque, m'assure-t-on, s'est trouv&#233; ruin&#233;, abandonn&#233; de tous, couvert d'opprobre. Un coin de campagne l'accueille, il y cultive un peu de vigne. Un potager, quelques poules et l'amiti&#233; des ses voisins suffisent &#224; ses besoins. Il y fait d'&#233;tonnantes d&#233;couverte : un coucher de soleil, le scintillement de la lumi&#232;re dans les sous-bois, l'odeur de la sauvagine, le go&#251;t du pain qu'il a p&#233;tri et cuit, le chant des alites, la conformation troublante de l'orchid&#233;e, les r&#234;veries de la terre &#224; l'heure de la ros&#233;e ou du serein. Le d&#233;go&#251;t d'une existence pass&#233;e &#224; s'ignorer lui a donn&#233; une place dans l'univers. Encore s'agissait-il de savoir l'occuper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La route n'est pas si facile que l'exclusion d'un monde qui vous exclut de vous-m&#234;me suffise &#224; s'y retrouver. S'il en &#233;tait ainsi, il n'est pas un ch&#244;meur qui ne dev&#238;nt po&#232;te des temps futurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le ch&#244;meur, le plus souvent, ne s'appartient pas, il continue d'appartenir au travail. Ce qui l'a d&#233;truit dans l'ali&#233;nation de l'usine et du bureau persiste &#224; le ronger au dehors comme la douleur d'un membre fant&#244;me. Pas plus que l'exploiteur, l'exploit&#233; n'a gu&#232;re la chance de se vouer sans r&#233;serve aux d&#233;lices de la paresse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il y a de la malice, assur&#233;ment, &#224; en faire le moins possible pour un patron, &#224; s'arr&#234;ter d&#232;s qu'il a le dos tourn&#233;, &#224; saboter les cadences et les machines, &#224; pratiquer l'art de l'absence justifi&#233;e. La paresse ici sauvegarde la sant&#233; et pr&#234;te &#224; la subversion un caract&#232;re plaisamment roboratif. Elle rompt l'ennui de la servitude, elle brise le mot d'ordre, elle rend la monnaie de sa pi&#232;ce &#224; ce temps qui vous &#244;te huit heures de vie et qu'aucun salaire ne vous laissera r&#233;cup&#233;rer. Elle double avec un sauvage acharnement les minutes vol&#233;es &#224; l'horloge pointeuse, o&#249; le d&#233;compte de la journ&#233;e accro&#238;t le profit patronal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Bien, mais la question reste pos&#233;e : quel plaisir peut-on prendre sans r&#233;serve s'il implique avant tout que soit g&#226;t&#233; celui de l'autre ? Tu veux &#234;tre ob&#233;i ? Cela ne sera pas, et j'en avance la preuve vivante en me d&#233;robant &#224; ta puissance, en brisant ce pouvoir qui te semble sinon &#233;ternel, du moins acquis pour longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Noble t&#226;che que la subversion du travail ignoble, sans doute, mais travail ne vous en d&#233;plaise ! Vous voil&#224;, comme le ma&#238;tre aux aguets du valet qui le vole, &#224; paresser aux aguets du ma&#238;tre pour le mieux voler. La paresse ne s'entend pas de fa&#231;on aussi furtive. Il y faut de l'aisance, comme dans l'amour. Qui est sur le &#171; qui vive ? &#187; ne vit point, ou m&#233;diocrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle ranc&#339;ur, de surcro&#238;t, &#224; ne pas g&#226;cher aussi salement qu'on le souhaiterait l'h&#233;donisme des exploiteurs, si m&#233;diocre qu'il f&#251;t ! &#171; Pendant que nous trimons, ils s'amplissent la panse &#187;, dit la chanson. Mais &#224; l'exemple de ces cur&#233;s paillards &#224; qui le vieil anticl&#233;ricalisme puritain reprochait de verser dans la d&#233;bauche, l'h&#233;donisme n'&#233;tait-ce pas ce que les exploiteurs eussent r&#233;ussi de mieux dans leur existence si leur terreur des exploit&#233;s ne les avait condamn&#233;s &#224; de h&#226;tives et secr&#232;tes compulsions ? Le privil&#232;ge des prol&#233;taires s'&#233;mancipant et du travail qui les salarie et de ceux qui en tirent la plus-value, c'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment d'acc&#233;der &#224; la jouissance d'eux-m&#234;mes et du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jouissance et sa conscience, aiguis&#233;e &#224; la parfaire, poss&#232;dent assez la science de se lib&#233;rer de ce qui les entrave ou les corrompt ; demandez &#224; ceux qui apprennent &#224; s'aimer !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est vrai de l'amour est vrai de la paresse et de sa jouissance. Nous sommes souvent loin du compte. Un reportage sur les paysans br&#233;siliens priv&#233;s de terres, alors que de grandes &#233;tendues demeurent en friche aux mains de propri&#233;taires soucieux seulement d'en garder la propri&#233;t&#233;, les exhibait dans une longue marche de la mis&#232;re, brandissant des croix, cur&#233;s en t&#234;te, car l'Eglise les pourvoit quotidiennement d'une galimafr&#233;e de riz et de haricots. Par souci m&#233;diatique d'objectivit&#233; s'interposait, selon les lois du montage, un banquet o&#249; les propri&#233;taires terriens se servant abondamment de saucisses et de c&#244;tes d'agneau arguaient de leur bon droit et protestaient contre les attaques dont ils s'estimaient les victimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre la mis&#232;re des notables apeur&#233;s et l'apitoiement des d&#233;poss&#233;d&#233;s, on se prenait &#224; penser que les premiers n'ont pas la jouissance de leurs terres parce qu'ils n'en ont que la propri&#233;t&#233; et que les seconds, &#224; qui en reviendrait la jouissance, ne se mettent gu&#232;re en disposition de jouir de quoi que ce soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation est moins archa&#239;que qu'il n'y para&#238;t. L'Europe voit aujourd'hui une classe bureaucratique racler les fonds de tiroir du capital afin de les faire fructifier en circuit ferm&#233;, sans investir dans de nouveaux modes de production. Et les prol&#233;taires, &#224; qui l'on a remontr&#233; que le prol&#233;tariat n'existe plus, excipent de leur diminution de pouvoir d'achat dans l'espoir qu'un grand mouvement caritatif suppl&#233;era &#224; la suppression des acquis sociaux, aux baisses de salaires, &#224; la rar&#233;faction du travail utile et au d&#233;mant&#232;lement de l'enseignement, des transports, des services sanitaires, de l'agriculture de qualit&#233;, et de tout ce qui n'accro&#238;t pas par une rentabilit&#233; imm&#233;diate la masse financi&#232;re mise au service de la sp&#233;culation internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule utilit&#233; d&#233;sormais reconnue au travail se limite &#224; garantir un salaire au plus grand nombre et une plus-value &#224; l'oligarchie bureaucratique internationale. Le premier se d&#233;pense en biens de consommation et en services d'une m&#233;diocrit&#233; croissante, la seconde s'investit en sp&#233;culations boursi&#232;res qui pr&#234;tent de plus en plus &#224; l'&#233;conomie un caract&#232;re parasitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'habitude s'est si bien implant&#233;e d'accepter n'importe quel travail et de consommer n'importe quoi pour &#233;quilibrer cette balance des march&#233;s qui r&#232;gne sur les destin&#233;es comme la vieille et fantomatique providence divine, que rester chez soi au lieu de participer &#224; la fr&#233;n&#233;sie qui d&#233;truit l'univers passe &#233;trangement pour scandaleux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un de ces ministres dont la machine administrative, &#224; l'instar du gigantesque appareillage qui parasite la production de biens prioritaires, d&#233;vore des milliards, n'a pas craint de d&#233;noncer, avec l'approbation des gestionnaires de l'information, ces nouveaux privil&#233;gi&#233;s que sont les allocataires de revenus minimums, les cheminots retrait&#233;s, les b&#233;n&#233;ficiaires de soins de sant&#233;, bref des gens qui tirent plaisir de leur sommeil alors que les autres dorment pour un patron dont l'argent ne cesse de travailler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il se soit trouv&#233; des prol&#233;taires, pourtant RMistes en puissance, pour acquiescer secr&#232;tement &#224; la refonte s&#233;mantique des mots achet&#233;s par le pouvoir, n'est pas le simple effet de l'imb&#233;cillit&#233; gr&#233;gaire. Il plane sur la paresse une telle culpabilit&#233; que peu osent la revendiquer comme un temps d'arr&#234;t salutaire, qui permet de se ressaisir et de ne pas aller plus avant dans l'orni&#232;re o&#249; le vieux monde s'enlise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui, des allocataires sociaux, proclamera qu'il d&#233;couvre dans l'existence des richesses que la plupart cherchent o&#249; elles ne sont pas ? Ils n'ont nul plaisir &#224; ne rien faire, ils ne songent pas &#224; inventer, &#224; cr&#233;er, &#224; r&#234;ver, &#224; imaginer. Ils ont honte le plus souvent d'&#234;tre priv&#233;s d'un abrutissement salari&#233;, qui les privait d'une paix dont ils disposent maintenant sans oser s'y installer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La culpabilit&#233; d&#233;grade et pervertit la paresse, elle en interdit l'&#233;tat de gr&#226;ce, elle la d&#233;pouille de son intelligence. Quelle plus belle occasion que les gr&#232;ves pour suspendre ce temps o&#249; chacun court &#224; ne s'attraper jamais, s'&#233;chine &#224; &#234;tre ce qui lui r&#233;pugne et &#224; n'&#234;tre pas ce qu'il aurait d&#233;sir&#233;, mise sur la retraite, la maladie et la mort pour mettre fin &#224; sa fatigue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un arr&#234;t de travail devrait propager la bonne conscience de la paresse, encourager &#224; ce repos salutaire qui &#233;pargnerait bien des frais de sant&#233;. Il n'y faut qu'un peu d'imagination. Nous nous croisons les bras, diraient les cheminots, nous instaurons la gratuit&#233; du temps et de l'espace et, pour votre d&#233;lassement, nous allons nous relayer pour faire circuler les trains et vous permettre de parcourir la France enti&#232;re sans rien d&#233;bourser. Vous continuerez &#224; gagner usines et bureaux ? &#192; votre guise ! Peut-&#234;tre appara&#238;tra-t-il &#224; certains que la paresse est plus cr&#233;ative que le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais non ! Avouer que la gr&#232;ve est une f&#234;te est une insulte &#224; ceux qui persistent &#224; trouver de la dignit&#233; dans l'esclavage du travail. Il faut, dans l'ordre des choses qui nous gouvernent, que la gr&#232;ve soit une mal&#233;diction, comme la paresse. On respire &#224; regret un peu d'air frais avant de reprendre vaillamment la route de la corruption et de la pollution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous aurons bien m&#233;rit&#233; la retraite, soupirent les travailleurs. Ce qui se m&#233;rite, dans la logique de la rentabilit&#233;, a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; pay&#233; dix fois plut&#244;t qu'une. Ne dites pas que la retraite offre enfin un refuge &#224; cette oisivet&#233; qui d&#233;cid&#233;ment est la chose au monde la moins partag&#233;e.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Confondrez-vous paresse et fatigue ? Je ne parle m&#234;me pas de cette fin de l'existence, dite cyniquement active, sur laquelle quarante ans d'&#233;reintement quotidien continuent d'imprimer leur cadence si bien que la vie fuit de toutes parts et que les jours entrent en acompte dans la comptabilit&#233; de la mort. La paresse o&#249; se d&#233;bonde soudain la charge de d&#233;sirs, interdits par quarante heures hebdomadaires de pr&#233;sence contraignante &#224; l'usine ou au bureau, n'est qu'un morne d&#233;foulement, l'acc&#233;l&#233;ration d'un retard &#224; rattraper, la compulsion du chien &#224; l'attache soudain lib&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La paresse, en somme, n'a jamais &#233;t&#233; mieux trait&#233;e que la femme par le pass&#233;, et l'on ne sait que trop combien notre pr&#233;sent est grev&#233; aux neuf dixi&#232;mes par le temps r&#233;volu. Quand le pouvoir du m&#226;le voyait dans la femme le repos du travailleur en armes, en col blanc ou bleu de chauffe, n'est-ce pas qu'il l'identifiait &#224; l'oisivet&#233; ? Parlant pour ne rien dire, s'affairant pour ne rien faire, elle tenait son inf&#233;riorit&#233; de son absence de l'&#233;conomie, elle &#233;tait exclue du grand-&#339;uvre lucratif et salutaire r&#233;serv&#233; &#224; la force virile ; si ce n'est le temps d'&#234;tre m&#232;re et de produire des enfants pour l'usine et la gloire militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Oiseuse et vaine, il s'agissait bien de la &#171; besogner &#187; comme le travail viole la paresse. Exil&#233;e, comme le ch&#244;meur, de la machine &#224; excr&#233;ter la rentabilit&#233; elle n'obtenait du loisir que l'ombre de sa mal&#233;diction. Ni droit ni jouissance mais remords et p&#233;ch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	O&#249; trouver du repos dans une oisivet&#233; qui est au pis une bassesse, au mieux une excuse ? Car de m&#234;me que le travail &#233;tait identifi&#233; &#224; la force, la paresse se ravalait &#224; quelque faiblesse morbide. Par une inversion de sens dont le vieux monde est coutumier, l'&#233;reintement laborieux devenait signe de sant&#233; tandis que l'heureux &lt;i&gt;farniente &lt;/i&gt;relevait du sympt&#244;me maladif. Tel est le poids de l'affairement sur la vie qui n'en demandait pas tant, qu'&#244;t&#233;e la fr&#233;n&#233;sie de l'action engag&#233;e &#224; toutes fins utiles et inutiles, il semble ne rien rester dans un monde d&#233;peupl&#233;. La paresse est un n&#233;ant, s'y pencher c'est contempler un ab&#238;me et l'ab&#238;me, assurait Nietzsche, regarde aussi en toi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il entre assez dans la logique des choses qu'apr&#232;s avoir remontr&#233; qu'elle ne poss&#233;dait pas d'existence en dehors du travail, de l'oppression, de la subversion, de la culpabilit&#233;, du d&#233;foulement, de la faiblesse constitutive, la conclusion statu&#226;t qu'elle n'&#233;tait rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Albert Cossery a fait de ce rien une savoureuse description. &lt;i&gt;Les fain&#233;ants dans la vall&#233;e fertile &lt;/i&gt;nous introduit furtivement dans une maison de village o&#249; chaque habitant rivalise d'ing&#233;niosit&#233; pour se m&#233;nager le plus long sommeil possible. Il y faut d&#233;jouer les conjurations du monde ext&#233;rieur, ruser avec la perverse attirance que le travail exerce parfois sur ceux qui ont eu la fortune de l'ignorer. Le moins que l'on puisse dire est que l'atmosph&#232;re n'est ni &#224; la jubilation, ni m&#234;me &#224; l'enjouement. Une sombre ardeur pr&#233;side au rigoureux agencement du silence. L'angoisse r&#244;de entre deux ronflements. Peut-&#234;tre na&#238;t-elle moins d'une rupture possible dans le d&#233;licat &#233;quilibre du rien que de la lassitude du d&#233;s&#339;uvrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Car la paresse n'est ici que la vanit&#233; d'un sommeil sans r&#234;ve. C'est une vengeance contre la vie absente, un r&#232;glement de compte existentiel qui ruse avec la mort. On revendique le droit de n'&#234;tre rien dans un univers qui vous a d&#233;j&#224; condamn&#233; au n&#233;ant. C'est trop ou pas assez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il y a s&#251;rement quelque plaisir &#224; n'y &#234;tre pour personne, &#224; se vouloir d'une absolue nullit&#233; lucrative, &#224; t&#233;moigner tranquillement de son inutilit&#233; sociale dans un monde o&#249; un r&#233;sultat identique est obtenu par une activit&#233; le plus souvent fr&#233;n&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Reste que le contenu m&#234;me de la paresse laisse &#224; d&#233;sirer. Son inconsistance la pr&#233;dispose aux man&#339;uvres de qui veut en tirer parti. &#171; Il y a bien autant de paresse que de faiblesse &#224; se laisser gouverner &#187;, remarquait La Bruy&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il y a chez les l&#233;thargiques une propension &#224; pr&#233;f&#233;rer une injustice &#224; un d&#233;sordre. Les soins que requi&#232;rent les privil&#232;ges de la somnolence mentale et de l'oisivet&#233; n'impliquent-ils pas une parfaite ob&#233;dience &#224; l'ordre des choses ? Payer le repos par la servitude, voil&#224; bien un travail ignoble. Il y a trop de beaut&#233; dans la paresse pour en faire la pr&#233;bende des client&#233;lismes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Au passage d'une manifestation contre la mafia, &#224; Palerme, un jeune homme s'indignait : &#171; Ils sont fous ! Sans la mafia, qui nous aidera ? &#187;. L'int&#233;grisme islamiste ne r&#233;agit pas autrement. Etre une larve sous le regard d'Allah et dans la mis&#232;re du monde sert le pouvoir des affaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Si la paresse s'accommodait de la veulerie, de la servitude, de l'obscurantisme, elle ne tarderait pas &#224; entrer dans les programmes d'&#201;tat qui, pr&#233;voyant la liquidation des droits sociaux, mettent en place des organismes caritatifs priv&#233;s qui y suppl&#233;eront : un syst&#232;me de mendicit&#233; o&#249; s'effaceront les revendications qui, il est vrai, en prennent docilement le chemin si l'on en juge par les derni&#232;res supplications publiques sur le leitmotiv &#171; donnez-nous de l'argent ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L'affairisme de type mafieux en quoi se reconvertit l'&#233;conomie en d&#233;clin ne saurait coexister qu'avec une oisivet&#233; vid&#233;e de toute signification humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Car, il est peut-&#234;tre temps de s'en apercevoir, la paresse est la pire ou la meilleure des choses selon qu'elle entre dans un monde o&#249; l'homme n'est rien ou dans la perspective o&#249; il veut &#234;tre tout. C'est assez convenir qu'elle n'a connu d'existence qu'ali&#233;n&#233;e, ab&#226;tardie, asservie &#224; des int&#233;r&#234;ts sans relations souhaitables avec les esp&#233;rances qu'il e&#251;t &#233;t&#233; naturel de lui pr&#234;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Comment s'en &#233;tonner puisqu'il en va de m&#234;me de l'&#234;tre qui se dit humain et passe le plus clair de son temps &#224; d&#233;montrer qu'il l'est fort peu ? Cela n'emp&#234;che pas les aspirations, ni la puissance de l'imaginaire par laquelle l'histoire fait plus que suppl&#233;er &#224; ses cruelles r&#233;alit&#233;s : esquisser les changements que tant de d&#233;sirs secrets appellent de leurs v&#339;ux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	C'est alors que la paresse r&#233;v&#232;le sa richesse. N'a-t-elle pas fond&#233; un univers, &#233;labor&#233; une civilisation ? Heureux pays de Cocagne o&#249;, sans le moindre effort, les plats les plus app&#233;tissants ornent les tables, o&#249; les boissons coulent &#224; flots dans une extravagante diversit&#233;, o&#249;, &#224; la faveur d'une nature luxuriante, les ravissements de l'amour s'offrent au d&#233;tour d'un taillis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Parmi les populations les plus paisibles du globe r&#232;gne une charmante indolence. Il suffit de tendre la main ou d'ouvrir la bouche pour satisfaire aux exigences du go&#251;t et de la jouissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En pays de Cocagne, l'abondance est naturelle, la bont&#233; native, l'harmonie universelle. Rien, du mythe de l'Age d'or &#224; Fourier, n'a mieux exalt&#233; les r&#234;veries du corps et de la terre, les symphonies secr&#232;tes et joyeuses que composait une raison soigneusement pr&#233;munie contre la rationalit&#233; du tumulte laborieux, de la mis&#232;re active et du fanatisme concurrentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Faut-il y d&#233;celer le souvenir r&#233;surgent d'une &#233;poque lointaine, ant&#233;rieure &#224; notre civilisation agraire fertilisant la terre par la sueur et le sang avant de la st&#233;riliser pour en extraire plus d'argent ? Les cha&#238;nes du travail et de la comp&#233;tition guerri&#232;re, qui rythment la danse macabre de la civilisation marchande, ont id&#233;alis&#233; sans peine les soci&#233;t&#233;s soustraites &#224; d'aussi redoutables privil&#232;ges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Sans doute, mais la vision idyllique s'accommode assez, si l'on en juge par l'&#233;tude des sites magdal&#233;niens, de collectivit&#233;s o&#249; la cueillette des plantes, la p&#234;che et une chasse d'appoint tressaient entre les hommes, les femmes, les animaux, la f&#233;condit&#233; v&#233;g&#233;tale et la terre des liens moins contraignants, plus &#233;galitaires et plus apaisants que l'appropriation agraire o&#249; l'exploitation de la nature entra&#238;nerait l'exploitation de l'homme par l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Reconnaissons-le, n&#233;anmoins, chaque fois que le bon sauvage a &#233;t&#233; d&#233;couvert, il a fallu en rabattre d'une tierce dans la m&#233;lodie des louanges. En mati&#232;re de comportements exemplaires, la vari&#233;t&#233; &#171; Jivaro &#187; et &#171; Dayak &#187; l'emportait le plus fr&#233;quemment sur le type &#171; Trobriandais &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Et quand le mod&#232;le e&#251;t r&#233;joui nos c&#339;urs, qu'en eussions-nous tir&#233; qu'un peu plus de nostalgie ? Il n'y a pas de retour vers le pass&#233; si ce n'est dans l'irritante st&#233;rilit&#233; des regrets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La r&#234;verie de Cocagne n'a pas de ces langueurs r&#233;trogrades. Forte d'une scandaleuse improbabilit&#233;, elle veut d'autant mieux s 'ins&#233;rer dans le champ des possibles. Nous y pressentons que la luxuriance de la nature s'offre &#224; qui la sollicite sans la vouloir piller ni violer. Il y passe, comme venu du plus profond de l'histoire et de l'individu, le souffle d'un d&#233;sir inextinguible, celui d'une harmonie avec les &#234;tres et les choses, si simplement pr&#233;sent dans l'air de tous les temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L'&#233;poque o&#249; les b&#234;tes parlaient, o&#249; les arbres prodiguaient des conseils de sagesse, o&#249; les objets m&#234;mes s'animaient demeure au c&#339;ur du r&#233;el chez l'enfant. Le paresseux en d&#233;couvre l'&#233;merveillement au creux d'une indolence qui lui &#233;voque confus&#233;ment l'existence pr&#233;natale, lorsque l'univers matriciel, le ventre de la m&#232;re, dispense amour, nourriture et tendresse. &#171; Quelles funestes conditions, se demande-t-il, nous emp&#234;chent-elles de rendre &#224; la nature sa vocation de m&#232;re nourrici&#232;re ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La rationalit&#233; lucrative du travail a beau tenir la question pour nulle et non avenue, il sait, lui, que dans l'heureuse disposition qui le retranche du monde affairiste et affair&#233;, sa r&#234;verie n'est pas d&#233;nu&#233;e de sens et de puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Entre lui et le milieu ambiant, l'insouciance contemplative suffit &#224; tisser le r&#233;seau de subtiles affinit&#233;s. Il per&#231;oit mille pr&#233;sences au sein de l'herbe, des feuilles, d'un nuage, d'un parfum, d'un mur, d'un meuble, d'une pierre. Soudain le sentiment le saisit d'&#234;tre reli&#233; &#224; la terre par les intimes nervures de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il est dans l'unit&#233; avec le vivant, dans la &lt;i&gt;religio, &lt;/i&gt;dont la religion est l'inversion, elle qui encha&#238;ne la terre au ciel et le corps aux mandements de l'esprit divin. A l'oppos&#233; du mystique, exil&#233; de ses sens par le m&#233;pris de soi, l'oisif restitue la mat&#233;rialit&#233; de la vie - la seule qui soit - &#224; l'univers dont elle se cr&#233;e : l'air, le feu, l'eau, la terre, le min&#233;ral, le v&#233;g&#233;tal, l'animal et l'humain qui de tous a h&#233;rit&#233; sa sp&#233;cificit&#233; cr&#233;atrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Sous l'apparente langueur du songe s'&#233;veille une conscience que le mart&#232;lement quotidien du travail exclut de sa r&#233;alit&#233; rentable. Elle n'a rien d'un animisme, boursouflure religieuse o&#249; l'esprit tente de s'approprier les &#233;l&#233;ments de la terre comme s'ils ne se suffisaient pas &#224; eux-m&#234;mes. Elle &#233;mane simplement de la vitalit&#233; dont le corps au repos se r&#233;approprie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Pour que la paresse acc&#232;de &#224; sa sp&#233;cificit&#233;, il ne suffit pas qu'elle se refuse &#224; la volont&#233; omnipr&#233;sente du travail, il faut qu'elle soit pour elle et par elle-m&#234;me. Il faut que le corps, dont elle constitue l'un des privil&#232;ges, se reconqui&#232;re comme territoire des d&#233;sirs, &#224; la mani&#232;re dont les amants le per&#231;oivent dans le moment de l'amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Lieu et moment des d&#233;sirs, telle se revendique cette paresse selon le c&#339;ur si contraire &#224; la paresse du c&#339;ur, &#224; laquelle conjure de la r&#233;duire l'ordinaire marchandage social. La douceur du pr&#233;, la s&#233;r&#233;nit&#233; du lit se peuplent d'une foule de souhaits form&#233;s pour le bonheur et que les contraintes refoulaient, estropiaient, d&#233;cimaient, travestissaient de significations mortif&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le pays de Cocagne s'&#233;rige en projet dans le propos : tout vient &#224; port&#233;e de qui apprend &#224; d&#233;sirer sans fin. &#171; Fais ce que veux &#187; est une plante &#233;tique qui ne demande qu'&#224; cro&#238;tre et embellir. La cruaut&#233; de conditions insupportables, et que cependant nous tol&#233;rons, nous enjoint de la d&#233;laisser comme si nous &#233;tions requis par l'urgence de n'&#234;tre pas nous-m&#234;mes, de n'&#234;tre jamais &#224; nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La paresse est jouissance de soi ou elle n'est pas. N'esp&#233;rez pas qu'elle vous soit accord&#233;e par vos ma&#238;tres ou par leurs dieux. On y vient comme l'enfant par une naturelle inclination &#224; chercher le plaisir et &#224; tourner ce qui le contrarie. C'est une simplicit&#233; que l'&#226;ge adulte excelle &#224; compliquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Que l'on en finisse donc avec la confusion qui allie &#224; la paresse du corps le ramollissement mental appel&#233; paresse de l'esprit - comme si l'esprit n'&#233;tait pas la forme ali&#233;n&#233;e de la conscience du corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L'intelligence de soi qu'exige la paresse n'est autre que l'intelligence des d&#233;sirs dont le microcosme corporel a besoin pour s'affranchir du travail qui l'entrave depuis des si&#232;cles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Car dans la foule des v&#339;ux et des souhaits qui envahissent le paresseux enfin r&#233;solu de n'y &#234;tre que pour lui-m&#234;me, allez savoir ce qui se glisse !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Telle est la force des d&#233;sirs quand ils se retrouvent pour ainsi dire &#224; l'&#233;tat libre que l'illusion les gagne de pouvoir changer le monde en leur faveur et sur le champ. La vieille magie hante plus qu'on ne croit les replis de la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#171; C'est une tr&#232;s ancienne croyance, &#233;crit Campbel Bonner, qu'une personne, instruite des moyens de proc&#233;der, peut mettre en branle des forces myst&#233;rieuses, capables d'influencer la volont&#233; d'autrui et de soumettre ses &#233;motions aux d&#233;sirs de l'op&#233;rateur. Ces forces peuvent &#234;tre activ&#233;es par des paroles, des c&#233;r&#233;monies accomplies selon des r&#232;gles, des objets investis d'une puissance d&#233;cr&#233;t&#233;e magique. &#187; Et Jacob B&#246;hme, plus subtilement : &#171; La magie est la m&#232;re de l'&#234;tre de tous les &#234;tres puisqu'elle se fait elle-m&#234;me et qu'elle consiste dans le d&#233;sir. La vraie magie n'est pas un &#234;tre, c'est le d&#233;sir, l'esprit de l'&#234;tre. &#187; &lt;i&gt;(Erkl&#228;rung von sechs Punkten)&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;	&lt;/i&gt;Le XIIIe si&#232;cle a gard&#233; trace de cette &#171; paresse qui fait tourner les moulins &#187; qu'&#233;voque Georges Sch&#233;had&#233;. Une secte y soutient en effet : &#171; Il ne faut jamais travailler de ses mains mais prier sans cesse ; et si les hommes prient de la sorte, la terre portera sans culture plus de fruits que si elle &#233;tait cultiv&#233;e. &#187; (Cit&#233; par H. Grundmann, &lt;i&gt;Religi&#246;se&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Bewegungen in Mittelalter, &lt;/i&gt;Hildesheim, 1961)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'op&#233;ration n'a pas laiss&#233; dans l'histoire une preuve tangible de son efficacit&#233;, il convient moins d'incriminer l'incomp&#233;tence du Dieu auquel les orants s'adressaient ou quelque mani&#232;re vicieuse de proc&#233;der que le recours &#224; la pri&#232;re, car se mettre dans la d&#233;pendance des autres pour acc&#233;der &#224; une ind&#233;pendance ardemment d&#233;sir&#233;e, c'est aller &#224; l'encontre de sa propre volont&#233; et faire peu de cas de ses aspirations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'univers du d&#233;sir fourmille de pi&#232;ges de ce genre. Il s'y m&#234;le trop de suj&#233;tions, d'interdits, de refoulements, d'automatismes pour dispenser de la plus grande vigilance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On conna&#238;t l'apologue indien. Un homme s'&#233;tait couch&#233; &#224; l'ombre d'un arbre r&#233;put&#233; pour son pouvoir magique. Le sol lui paraissant peu moelleux, il souhaita s'allonger plus voluptueusement, et un lit somptueux apparut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'envie lui vint ensuite d'un plantureux repas et une table surgit, garnie des mets les plus exquis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mon bonheur serait complet, songea-t-il, si j'avais &#224; mes c&#244;t&#233;s une jeune fille gracieuse et pr&#234;te &#224; combler mes d&#233;sirs. &#187; La jeune fille survint aussit&#244;t et r&#233;pondit &#224; son amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu habitu&#233;, cependant, &#224; une telle constance dans la f&#233;licit&#233;, il ne put se garder d'une crainte irraisonn&#233;e. Redoutant de perdre en un instant une fortune aussi parfaite, il s'imagina qu'un tigre sortait du bois. Le tigre jaillit et lui brisa la nuque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un d&#233;sir peut en cacher un autre, de sens contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la paresse d'apprendre qu'elle ne doit rien redouter, surtout d'elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que d'efforts pour s'appartenir sans r&#233;serve. Ce n'est pas qu'il y faille de grands d&#233;tours mais le plus simple ne se livre pas ais&#233;ment aux esprits tourment&#233;s. L'enfance de l'art ne s'atteint qu'&#224; travers l'art de redevenir enfant. La d&#233;naturation a fait de grands progr&#232;s, affirmait un paresseux en savourant &#171; Le l&#233;zard &#187;, la chanson de Bruant, et son immortel &#171; J'peux pas travailler, j'ai jamais appris &#187;. Il ajoutait : on nous a si bien mis dans les dispositions de travailler que ne rien faire exige aujourd'hui un apprentissage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'heure du ch&#244;mage croissant, enseigner la paresse aurait de quoi s&#233;duire s'il n'appartenait &#224; chacun de cultiver sans le secours des autres une science aussi d&#233;licate, particuli&#232;re et personnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne ne peut assurer son bonheur (et plus ais&#233;ment son malheur) que soi-m&#234;me. Il en va des d&#233;sirs comme de la &lt;i&gt;materia prima &lt;/i&gt;dont l'alchimiste s'essaie &#224; tirer la pierre philosophale. Ils constituent leur propre fonds et l'on n'en peut extraire que ce qui s'y trouve. En revanche, tout est dans l'affinement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La paresse &#224; l'&#233;tat brut est comme une noix que l'on mangerait sans l'&#233;caler. L'a-t-on choisie sauve des ordinaires corruptions du travail, de la culpabilit&#233;, du d&#233;foulement et de la servitude qu'il faut encore la d&#233;guster pour son plus grand plaisir. La rendre au mouvement naturel qui la fera devenir ce qu'elle est, un moment de la jouissance de soi, une cr&#233;ation, en somme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accoutumance aux bonheurs laborieux, ombr&#233;s plus que soulign&#233;s par l'&#233;ph&#233;m&#232;re, et d&#233;rob&#233;s &#224; la sauvette nous a d&#233;pouill&#233;s de l'exp&#233;rience de l'effort et de la gr&#226;ce. Les plaisirs dans ce qu'ils ont d'authentique ne sont ni le fruit d'un caprice du hasard ou des dieux, ni la r&#233;compense d'un travail dont ils ne seraient alors que la respiration haletante. Ils se donnent tels que nous les prenons. La joie dont ils nous comblent est celle avec laquelle nous les abordons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre est-ce l&#224; le Grande &#338;uvre dont l'alchimiste entreprenait chaque jour la qu&#234;te patiente et passionn&#233;e : une obstination du d&#233;sir &#224; se d&#233;pouiller de ce qui le corrompt, &#224; s'affiner sans cesse jusqu'&#224; cette gr&#226;ce qui transmute en or vivifiant le plomb de la mis&#232;re, de la mort et de l'ennui.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Quand la paresse ne nourrira plus que le d&#233;sir de se satisfaire, nous entrerons dans une civilisation o&#249; l'homme n'est plus le produit d'un travail qui produit l'inhumain &#8226;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte est extrait du livre&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La Paresse &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
publi&#233; aux Editions du Centre Pompidou en 1996,&lt;br class='autobr' /&gt;
dans la collection &#171; Les P&#233;ch&#233;s capitaux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement aux Editions de l'inf&#226;me Centre Pompidou, il va de soi que nous encourageons toute reproduction, adaptation ou traduction (totale ou partielle) de ce texte, m&#234;me sans indication d'origine.&lt;br&gt;
No copyright ! Photocopiez et distribuez !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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