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		<title>Quelques conseils face aux visites domiciliaires de la CAF</title>
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		<dc:date>2012-03-30T10:31:50Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>CAFards de Montreuil</dc:creator>


		<dc:subject>Guides pratiques</dc:subject>
		<dc:subject>Nadarlana (Montpellier)</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Nous sommes des millions &#224; devoir nous serrer la ceinture, &#224; faire des pirouettes pour payer les factures, la bouffe et le bouquet de fleurs pour la grand-m&#232;re. Les loyers explosent et il est impossible de les payer m&#234;me avec l'allocation logement. Tout le monde sait, y compris la CAF, qu'il est chim&#233;rique de survivre avec le montant du RSA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui que la CAF appelle &#171; fraudeur &#187;, c'est le RSAste qui se fait aider r&#233;guli&#232;rement par sa famille pour arriver &#224; la fin du mois, c'est la m&#232;re qui ne d&#233;clare pas son compagnon pour garder son ind&#233;pendance et ses maigres revenus, c'est l'intermittent du travail au black qui veut &#233;viter une chute de revenus catastrophique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de culpabilit&#233; qui tienne. On a du mal &#224; se battre pour l'argent des allocs, m&#234;me si l'on en d&#233;pend. Question de g&#234;ne, de honte, de peur, mais aussi de manque de prise, de manque de points d'attaque et d'&#233;l&#233;ments de d&#233;fense. Nous voudrions, ici, essayer de comprendre les r&#232;gles opaques qui r&#233;gissent la CAF pour &#234;tre plus r&#233;sistants, plus forts, plus solides vis-&#224;-vis de cette institution. Et que cela puisse servir d'outil pour r&#233;agir collectivement.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique23" rel="directory"&gt;Q&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;Guides pratiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot68" rel="tag"&gt;Nadarlana (Montpellier)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L117xH150/arton928-ee7b7.jpg?1780455683' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='117' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff928.jpg?1330170342&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ces conseils ont &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;s &#224; partir de l'exp&#233;rience des CAFards de Montreuil et d'informations collect&#233;es sur diff&#233;rents sites internet de collectifs de ch&#244;meurs comme RTO (R&#233;sistance au Travail Obligatoire) et AC ! (Agir ensemble contre le Ch&#244;mage !), de la Coordination intermittente et pr&#233;caire, du R&#233;seau Solidaire d'Allocataires Val d'Oise ainsi que le site L&#233;gifrance et celui de la CAF pour les textes l&#233;gaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pratiques &#233;voluant, merci de partager pr&#233;cisions, r&#233;cits et recettes afin de compl&#233;ter et actualiser ce texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous &#233;crire :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;mailto:cafardsdemontreuil@riseup.net&#034; class=&#034;spip_mail&#034;&gt;cafardsdemontreuil@riseup.net&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href=&#034;https://cafard93.wordpress.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://cafard93.wordpress.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien simple, il suffit de mettre le pied dans une CAF pour se sentir coupable. Dans chaque antenne, un panneau d'affichage dresse une liste de condamnations exemplaires en cas de fraude (amendes, peine de prison, etc.). Des campagnes de presse mettent en avant la figure du millionnaire RSAste, tandis que la CAF vante les m&#233;rites de sa politique de lutte contre la fraude. Au nom de la bonne gestion de l'argent public, tout allocataire est suspect.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soyons clairs, il s'agit de nous faire culpabiliser, de nous humilier, d'instaurer un climat de peur. De quoi nous d&#233;courager par avance en nous faisant oublier qu'il s'agit de droits et non de l'argent de poche donn&#233; par un p&#232;re autoritaire, tant qu'on le m&#233;rite. Nous sommes des millions &#224; devoir nous serrer la ceinture, &#224; faire des pirouettes pour payer les factures, la bouffe et le bouquet de fleurs pour la grand-m&#232;re. Les loyers explosent et il est impossible de les payer m&#234;me avec l'allocation logement. Tout le monde sait, y compris la CAF, qu'il est chim&#233;rique de survivre avec le montant du RSA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui que la CAF appelle &#171; fraudeur &#187;, c'est le RSAste qui se fait aider r&#233;guli&#232;rement par sa famille pour arriver &#224; la fin du mois, c'est la m&#232;re qui ne d&#233;clare pas son compagnon pour garder son ind&#233;pendance et ses maigres revenus, c'est l'intermittent du travail au black qui veut &#233;viter une chute de revenus catastrophique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de culpabilit&#233; qui tienne. On a du mal &#224; se battre pour l'argent des allocs, m&#234;me si l'on en d&#233;pend. Question de g&#234;ne, de honte, de peur, mais aussi de manque de prise, de manque de points d'attaque et d'&#233;l&#233;ments de d&#233;fense. Nous voudrions, ici, essayer de comprendre les r&#232;gles opaques qui r&#233;gissent la CAF pour &#234;tre plus r&#233;sistants, plus forts, plus solides vis-&#224;-vis de cette institution. Et que cela puisse servir d'outil pour r&#233;agir collectivement.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sommaire&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;La fraude selon la CAF&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;LES CONTR&#212;LES&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;La traque aux allocataires&lt;br class='manualbr' /&gt;Est-ce que les allocations sont suspendues pendant un contr&#244;le ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Pourquoi cela tombe sur moi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LE CONTR&#212;LE DOMICILIAIRE&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Qu'est-ce qu'un contr&#244;le domiciliaire ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Qu'est-ce qu'un agent de la CAF ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avant le rendez-vous avec le contr&#244;leur&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans le cas d'une visite surprise&lt;br class='manualbr' /&gt;Les avis de passage&lt;br class='manualbr' /&gt;Les motifs de la visite&lt;br class='manualbr' /&gt;Sur la violation de domicile&lt;br class='manualbr' /&gt;T&#233;moignage : Contr&#244;ler les contr&#244;leurs !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le rdv est pris, le contr&#244;leur vient au domicile&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Quand le contr&#244;leur demande a voir les relev&#233;s de compte&lt;br class='manualbr' /&gt;T&#233;moignage : Comment faites-vous pour ne pas &#234;tre mort de faim ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Plut&#244;t la carte d'identit&#233; que le passeport&lt;br class='manualbr' /&gt;De la fausse complicit&#233; &#224; la menace&lt;br class='manualbr' /&gt;T&#233;moignage : N'avoue jamais, jamais, jamais&lt;br class='manualbr' /&gt;Enqu&#234;te de voisinage : On ne s'affole pas&lt;br class='manualbr' /&gt;L'entretien doit &#234;tre contradictoire&lt;br class='manualbr' /&gt;Sur la notion de vie priv&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apr&#232;s le contr&#244;le&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Obtention du rapport de contr&#244;le&lt;br class='manualbr' /&gt;L'acc&#232;s aux documents administratifs&lt;br class='manualbr' /&gt;Les recours&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les institutions sociales, la fraude &#171; &lt;i&gt;est une action de mauvaise foi dans le but de tromper, de porter atteinte, de nuire aux int&#233;r&#234;ts d'autrui. C'est la transgression volontaire d'une r&#232;gle de droit.&lt;/i&gt; &#187; M&#234;me si la CAF nous consid&#232;re tous comme de potentiels fraudeurs, il existe tout de m&#234;me une diff&#233;rence l&#233;gale entre l'omission, la n&#233;gligence, et la fraude ou l'escroquerie.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;C'est &#224; eux de prouver qu'il y a eu intention d'enfreindre la r&#232;gle.&lt;/strong&gt; La CNAF&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Caisse nationale des allocations familiales (CNAF) forme la branche &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; souligne d'ailleurs cette distinction dans un dossier de presse de 2007 : &#171; &lt;i&gt;L'erreur involontaire aboutit &#224; une d&#233;claration erron&#233;e de la part de l'allocataire. Dans ce cas, elle g&#233;n&#232;re des indus. C'est-&#224;-dire que la CAF demande &#224; l'allocataire de rembourser le &#171; trop per&#231;u &#187;. De cette erreur involontaire &#224; celle d&#233;lib&#233;r&#233;e, on glisse vers la fraude ; de la fausse d&#233;claration &#224; la fabrication de faux documents, on d&#233;bouche sur l'escroquerie. Il faut donc faire la part des choses entre les erreurs de d&#233;clarations qui g&#233;n&#232;rent des indus, et les fraudes et escroqueries qui donnent lieu &#224; des p&#233;nalit&#233;s ou &#224; des d&#233;p&#244;ts de plainte aupr&#232;s des juridictions.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LES CONTR&#212;LES&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Selon l'article L.583.3 du Code de la S&#233;curit&#233; sociale : &#171; &lt;i&gt; Les organismes d&#233;biteurs de prestations familiales v&#233;rifient les d&#233;clarations des allocataires, notamment en ce qui concerne leur situation de famille, les enfants et personnes &#224; charge, leurs ressources, le montant de leur loyer, leurs conditions de logement. Le versement des prestations peut &#234;tre suspendu si l'allocataire refuse de se soumettre aux contr&#244;les pr&#233;vus par le pr&#233;sent article. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s la Charte du contr&#244;le publi&#233;e sur le site de la CAF, les contr&#244;les peuvent prendre trois formes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1/ l'&#233;change automatis&#233; et syst&#233;matique d'informations avec d'autres organismes. Comme dit plus bas, la CAF &#233;change et transmet des informations avec d'autres organismes : P&#244;le-emploi, les imp&#244;ts, la s&#233;cu... Souvent ce type de contr&#244;le a lieu sans m&#234;me que nous le sachions, sauf par exemple lorsque la CAF d&#233;tecte des incoh&#233;rences entre les d&#233;clarations et nous annonce par lettre que nous devons lui rembourser des trop-per&#231;us...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2/ la recherche de pi&#232;ces justificatives et de renseignements aupr&#232;s de l'allocataire ou des services autoris&#233;s &#224; les communiquer. Dans ce cas, on re&#231;oit un courrier qui nous demande de prendre contact avec un contr&#244;leur CAF. Le courrier pr&#233;cise les pi&#232;ces dont on doit se munir lors du rendez-vous qui aura lieu &#224; la CAF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3/ l'intervention d'un agent de contr&#244;le asserment&#233; se d&#233;pla&#231;ant au domicile de l'allocataire ou aupr&#232;s des divers services autoris&#233;s &#224; communiquer des informations. C'est la visite domiciliaire : le contr&#244;leur CAF vient effectuer le contr&#244;le chez nous ou sur le lieu de notre h&#233;bergement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&gt;&gt;&gt;&gt; La traque aux allocataires :&lt;/strong&gt; depuis plusieurs ann&#233;es les outils mis &#224; disposition de la CAF pour contr&#244;ler les allocataires se multiplient : mise en place d'un comit&#233; national de lutte contre la fraude et de cellules d&#233;partementales, demandes de v&#233;rification de pi&#232;ces et contr&#244;les domiciliaires, fichier de donn&#233;es nominatives CRISTAL (Conception Relationnelle Int&#233;gr&#233;e du Syst&#232;me de Traitement des Allocations), base nominative d'informations sur les dossiers frauduleux, r&#233;pertoire national des b&#233;n&#233;ficiaires qui permet notamment d'identifier les demandes d'allocations d'une m&#234;me personne dans plusieurs CAF, une convention entre diff&#233;rents organismes (CAF, CPAM, CRAM, URSSAF, imp&#244;ts, p&#244;le-emploi, MSA) permet l'&#233;change d'informations pour recouper les d&#233;clarations des allocataires, mise en place de p&#233;nalit&#233;s financi&#232;res, d&#233;p&#244;t syst&#233;matique de plainte en cas de fraude, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&gt;&gt;&gt;&gt;Attention au t&#233;l&#233;phone !&lt;/strong&gt; les conversations t&#233;l&#233;phoniques peuvent &#234;tre enregistr&#233;es par la CAF, que ce soit lors d'un simple appel pour une demande de renseignements et &#224; plus forte raison lorsqu'on est en conversation avec un contr&#244;leur. Qu'il s'agisse d'un contr&#244;le sur pi&#232;ces &#224; la CAF ou d'un contr&#244;le domiciliaire, si la prise de rendez-vous se fait par t&#233;l&#233;phone, il est fort probable que le contr&#244;leur commence &#224; nous poser des questions (&#171; &lt;i&gt;Monsieur X habite-t-il bien chez vous ?&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Avez-vous travaill&#233; le mois dernier ?&lt;/i&gt; &#187;, etc.). Il est pr&#233;f&#233;rable de dire au contr&#244;leur que nous lui r&#233;pondrons lors du rendez-vous, le mieux &#233;tant d'en dire le moins possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que les allocations sont suspendues pendant un contr&#244;le ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non : d'apr&#232;s la Charte du contr&#244;le, &#171; &lt;i&gt;le lancement d'un contr&#244;le ne peut avoir pour effet de suspendre le versement des prestations.&lt;br class='autobr' /&gt;
N&#233;anmoins, le paiement des prestations peut &#234;tre interrompu dans les cas suivants : - lorsque l'allocataire ne fournit pas les justificatifs n&#233;cessaires &#224; la poursuite d'un droit. - lorsqu'un contr&#244;leur ne peut effectuer une enqu&#234;te au domicile de l'allocataire, apr&#232;s deux tentatives infructueuses d&#251;ment signal&#233;es par un avis de passage.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ce qu'ils appellent un &#034;refus de contr&#244;le&#034;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi cela tombe sur moi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas de r&#232;gle formelle, les contr&#244;les peuvent toucher tout le monde. Mais de fait, il y a des cat&#233;gories cibles. Dans une circulaire transmise &#224; l'AFP par le minist&#232;re des Solidarit&#233;s et de la Coh&#233;sion sociale (en avril 2011), on peut lire : &#171; &lt;i&gt;Les contr&#244;leurs vont particuli&#232;rement tenter de d&#233;tecter le travail dissimul&#233; et ses cons&#233;quences sur les droits &#224; prestation, les fraudes aux aides au logement, notamment les logements fictifs, les fraudes &#224; la prestation d'accueil du jeune enfant (PAJE) et notamment les &#171; nounous &#187; fictives, les fraudes &#224; la r&#233;sidence sur le territoire national (8 mois par an au minimum) et les faux parents isol&#233;s qui, en fait, vivent en couple.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait d&#233;j&#224; que la plupart des m&#232;res isol&#233;es se font contr&#244;ler. Les RSAstes sont &#233;galement plus cibl&#233;s que les autres allocataires. Plus g&#233;n&#233;ralement, risquent de subir un contr&#244;le tous ceux qui s'&#233;cartent de la norme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette politique de contr&#244;le de masse est co&#251;teuse, elle est donc soumise &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;clarer un changement de situation (nouveau boulot, d&#233;m&#233;nagement, s&#233;paration, &#8230;) peut &#233;galement attirer l'attention et donc la suspicion de l'institution.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE CONTR&#212;LE DOMICILIAIRE&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Pr&#232;s de 300 000 contr&#244;les domiciliaires sont effectu&#233;s chaque ann&#233;e par la CAF&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rapport de la Cour des comptes, la S&#233;curit&#233; sociale, septembre 2010&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Autant de personnes qui ont vu un jour d&#233;barquer un contr&#244;leur chez elles. Et souvent c'est la panique. On a l'impression que ce contr&#244;leur est tout puissant, qu'il doit et peut tout savoir sur nous. C'est le branle-bas de combat pour cacher, &#171; au cas o&#249; &#187;, l'&#233;cran plat, l'ordi offert pour nos trente ans, l'aspirateur high-tech ou tout signe qui pourrait laisser penser que nous vivons au-dessus de nos moyens. Et puis la CAF est si opaque et impr&#233;cise, qu'on se dit que puisque &#231;a tombe sur nous, c'est qu'on doit bien &#234;tre coupable de quelque chose. Pour ne pas c&#233;der &#224; la panique, voici quelques conseils pour mieux comprendre la logique du contr&#244;le domiciliaire et s'y pr&#233;parer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&gt;&gt;&gt;&gt; Qu'est-ce qu'un contr&#244;le domiciliaire ? &lt;/strong&gt; On parle de contr&#244;le domiciliaire quand la CAF envoie un agent de contr&#244;le au domicile de l'allocataire pour v&#233;rifier ses d&#233;clarations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&gt;&gt;&gt;&gt; Qu'est ce qu'un agent de contr&#244;le de la CAF ?&lt;/strong&gt; le contr&#244;leur est un agent asserment&#233;, mandat&#233; par la CAF et titulaire d'une carte professionnelle. Une &#171; Charte du contr&#244;le &#187;, cit&#233;e plus haut, rappelle certains principes juridiques cens&#233;s encadrer sa fonction, comme le respect de la vie priv&#233;e ou du domicile. Mais cette charte &#233;dicte des r&#232;gles plus d&#233;ontologiques que juridiques, et finalement, le cadre de l'activit&#233; de contr&#244;le reste flou.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Avant le rendez-vous avec le contr&#244;leur&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans le cas d'une visite surprise&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois, le contr&#244;leur CAF informe de sa visite &#224; l'avance, par courrier ou par t&#233;l&#233;phone. Fr&#233;quemment, le contr&#244;leur se pr&#233;sente directement au domicile, sans pr&#233;avis. Face &#224; une visite surprise, nous avons le droit de refuser l'acc&#232;s et le contr&#244;le &#224; l'improviste, et de demander un autre rendez-vous. Repousser la visite permet d'avoir le temps et l'esprit tranquille pour s'y pr&#233;parer, et notamment pour rassembler les pi&#232;ces demand&#233;es, inviter des amis pour &#233;viter d'&#234;tre seul face &#224; l'inspection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Refuser une visite surprise permet de marquer le fait que m&#234;me si la CAF nous verse de l'argent, elle n'a pas pour autant un acc&#232;s inconditionnel &#224; notre intimit&#233;. Nous avons le droit de dire que ce n'est pas possible aujourd'hui, que nous avons d'autres choses &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le contr&#244;leur est vraiment trop insistant, il faudra lui rappeler que s'il entre sans notre consentement, il s'agira d'une violation de domicile et que les informations qu'il obtiendra seront nulles et non avenues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&gt;&gt;&gt;&gt; &#192; savoir :&lt;/strong&gt; Lorsque l'on fixe le rendez-vous, on peut demander les motifs de la visite. Mais il est tr&#232;s rare que la CAF les communique &#224; l'avance. Par ailleurs, m&#234;me si le contr&#244;leur informe de ses intentions lors de la visite, il peut en profiter pour v&#233;rifier autre chose. Si la v&#233;rification ne concerne pas sp&#233;cifiquement le logement, le contr&#244;le domiciliaire n'est pas obligatoire.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'allocataire peut fournir lui-m&#234;me, &#224; la CAF, les pi&#232;ces n&#233;cessaires &#224; la v&#233;rification de ses d&#233;clarations, sans qu'il y ait une visite &#224; son domicile. On peut toujours faire valoir cet argument pour &#233;viter le contr&#244;le domiciliaire, mais sans aucune garantie de r&#233;ussite...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les avis de passage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le contr&#244;leur ne trouve personne au domicile, il d&#233;pose un avis de passage avec un autre rendez-vous. Si la date ou l'heure du rendez-vous ne convient pas, le mieux est de contacter le contr&#244;leur afin de pr&#233;venir de ses disponibilit&#233;s. Selon la Charte du contr&#244;le, c'est seulement apr&#232;s deux tentatives de visite non abouties, signal&#233;es par un avis de passage, qu'il peut y avoir une suspension des allocations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le contr&#244;leur r&#233;clame par t&#233;l&#233;phone des pi&#232;ces qui ne sont pas indiqu&#233;es sur le document qu'il a d&#233;pos&#233; dans la boite aux lettres, il ne faut pas h&#233;siter &#224; demander qu'il renvoie par &#233;crit la liste exacte des pi&#232;ces indispensables au contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les motifs de la visite&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En venant au domicile le contr&#244;leur peut chercher &#224; v&#233;rifier plusieurs choses concernant les revenus, la situation de famille, le logement, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Les revenus : par exemple qu'il n'y a pas de revenus cach&#233;s comme des aides familiales ou amicales r&#233;guli&#232;res, du travail au black, de la sous-location, etc. En venant &#224; la maison, il essayera d'&#233;valuer le train de vie.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226; La situation de famille : par exemple que l'on est pas en couple si l'on a d&#233;clar&#233; &#234;tre c&#233;libataire, que le nombre d'enfants ou de personnes &#224; charge est conforme aux d&#233;clarations, etc.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226; La situation du logement : par exemple que le montant du loyer est v&#233;ridique, qu'il n'y a pas de sous-location cach&#233;e, etc.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226; Dans le cas de pr&#234;t &#224; la CAF pour l'am&#233;lioration de l'habitat ou des pr&#234;ts &#224; l'&#233;quipement familial, le contr&#244;leur peut v&#233;rifier si les travaux ou les achats de mobilier ont &#233;t&#233; faits&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les travaux doivent concerner votre r&#233;sidence principale. Vous devez (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&gt;&gt;&gt;&gt; Sur la violation de domicile :&lt;/strong&gt; est consid&#233;r&#233; comme domicile tout local d'habitation quel qu'en soit le genre : chambre d'h&#244;tel, meubl&#233;, chambre dans un h&#244;pital, foyer, tente, caravane ou auto-caravane, abri de camping, etc. Par extension, font partie du domicile les d&#233;pendances, cours, jardins, terrains dans la d&#233;pendance &#233;troite et imm&#233;diate du domicile. Attention ! Une cour non close d'un immeuble n'est pas consid&#233;r&#233;e comme domicile.&lt;br class='manualbr' /&gt;Selon le Code p&#233;nal, pour toute personne participant &#224; une mission de service public, et notamment les agents de contr&#244;les, il suffit que l'introduction dans le domicile ou la tentative se soit produite contre le gr&#233; de l'occupant, que celui-ci se soit oppos&#233; ou m&#234;me qu'il n'ait pas librement consenti &#224; l'entr&#233;e dans le logement, pour qu'il y ait violation de domicile.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;T&#233;moignage : Contr&#244;ler les contr&#244;leurs !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le mercredi 18 novembre, un contr&#244;leur CAF passe chez moi sans aucune communication pr&#233;alable. Le mec ne trouve personne et laisse dans la bo&#238;te aux lettres un avis de passage avec une date de RDV obligatoire, 48h apr&#232;s, entre 10h et 12h. Il est aussi indiqu&#233; que j'ai 24h pour le rappeler sur son portable si j'ai un motif s&#233;rieux pour d&#233;placer le RDV. Dans la lettre de convocation, la CAF me demande de pr&#233;senter un tas de documents (acte de naissance, d&#233;clarations de revenus 2006-07-08, n&#176; de s&#233;cu, tous les justificatifs de r&#233;sidence et de travail&#8230;).&lt;br class='manualbr' /&gt;La CAF avait d&#233;j&#224; la plupart de ces papiers. Il est important de rappeler que je suis gratuitement h&#233;berg&#233;. Que je ne touche pas d'allocation logement. Que je suis b&#233;n&#233;ficiaire du RSA. Et que je suis de nationalit&#233; italienne (et qu'&#224; ce titre d'ailleurs, j'ai d&#233;j&#224; particip&#233; l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente &#224; une action collective &#224; la CAF de Rosny pour d&#233;bloquer le refus qu'ils m'opposaient au droit de toucher le RMI). Enfin, outre les documents me concernant, la lettre de convocation exigeait aussi tous les justificatifs de revenus et d'identit&#233; de toutes les personnes habitant dans la maison.&#192; partir de l&#224;, nous avons essay&#233; &#224; quelques-uns de pr&#233;parer le RDV (qu'est-ce qu'ils peuvent bien me vouloir ? que veulent-ils v&#233;rifier ?, etc.), et de nous organiser pour recevoir &#171; au mieux &#187; le contr&#244;leur de la CAF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour du RDV, nous sommes une dizaine dans la maison. Nous l'installons &#224; une table dans le salon. Certains s'asseyent &#224; la table, d'autres un peu plus loin sur un canap&#233;. Avant m&#234;me que s'estompe son premier sentiment de surprise et de g&#234;ne, nous lui posons toute une s&#233;rie de questions sur les objectifs r&#233;els de ces contr&#244;les, sur la forme &#171; surprise &#187; de la convocation, mais aussi sur ce qu'il fait des informations collect&#233;es. Bref, il comprend bien que nous sommes aussi l&#224; pour &#171; contr&#244;ler &#187; ce qu'il fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'ensuit une longue discussion sur le fonctionnement de la CAF et le contexte social et politique dans lequel s'inscrivent ces contr&#244;les domiciliaires. Le contr&#244;leur est alors oblig&#233; de chercher, une fois n'est pas coutume, &#224; se justifier. Et il nous r&#233;p&#232;te tellement qu'il est l&#224; avant tout pour aider les gens &#224; s'orienter dans le d&#233;dale administratif, que deux parmi nous lui soumettent un probl&#232;me de blocage dans le traitement de leur demande d'allocation logement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au final, il nous promet d'acc&#233;l&#233;rer les choses, nous donne son num&#233;ro de portable et ne prend finalement que quelques minutes pour v&#233;rifier mon num&#233;ro de s&#233;cu qui &#233;tait, selon lui, le seul objet de son passage au domicile. &#192; force d'insistance, il finit &#233;galement par l&#226;cher que c'est parce que je suis italien qu'il est l&#224;, et que ce type de contr&#244;le est fr&#233;quent pour les &#233;trangers communautaires.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le rdv est pris, le contr&#244;leur vient au domicile&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Le contr&#244;leur est entr&#233; chez nous. Il est hors de question qu'il regarde le nombre de brosses &#224; dents, qu'il se balade partout, qu'il v&#233;rifie nos placards, nos lectures, etc. &#192; un contr&#244;leur trop &#224; l'aise qui se croira tout puissant, qui voudra tout voir, tout toucher, tout regarder, il faudra savoir poser des limites. D'abord, n'oublions jamais que nous sommes chez nous. Le mieux est de l'installer dans un endroit que nous aurons choisi par avance, et s'il estime n&#233;cessaire de se d&#233;placer, il doit le demander. &#192; ce moment, il ne faut pas h&#233;siter &#224; lui demander ce qu'il veut voir et savoir. L'exp&#233;rience nous apprend que pour limiter ses d&#233;placements, le mieux est d'&#234;tre nombreux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avant l'arriv&#233;e du contr&#244;leur, certains pr&#233;f&#232;rent transformer quelque peu leur maison pour ne pas avoir &#224; trop se justifier aupr&#232;s du contr&#244;leur (par exemple de la pr&#233;sence d'une cha&#238;ne Hi-Fi un peu trop neuve ou de v&#234;tements pas &#224; notre taille &#233;parpill&#233;s partout). D'autres au contraire pr&#233;f&#232;rent prendre le temps d'argumenter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand le contr&#244;leur demande a voir les relev&#233;s de compte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re de RSA, le contr&#244;leur a le droit de demander des relev&#233;s de compte bancaire. Regarder nos relev&#233;s de compte permet aux contr&#244;leurs de voir si l'allocataire d&#233;clare tous les revenus qu'il per&#231;oit. Attention, toute aide r&#233;guli&#232;re est consid&#233;r&#233;e comme un revenu qu'il faut d&#233;clarer &#224; la CAF, lors de la d&#233;claration trimestrielle. La CAF peut demander des explications s' il y a des entr&#233;es d'argent sur le compte chaque mois. Par exemple, si on se fait aider par des amis ou des parents pour arriver &#224; boucler la fin du mois, la CAF consid&#232;re que ce sont des revenus &#224; d&#233;clarer, et donc l'allocation est recalcul&#233;e &#224; la baisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien &#233;videmment, si les aides sont vers&#233;es en liquide, le contr&#244;leur ne pourra pas prouver que l'allocataire se fait aider. Et, si le contr&#244;leur nous accuse d'avoir des entr&#233;es d'argent sur notre compte bancaire tous les mois, il est toujours possible d'expliquer qu'il s'agit du remboursement d'une dette. Un argent rendu est un d&#251;, pas un revenu ! Une reconnaissance de dette peut suffire &#224; le prouver.&lt;br class='autobr' /&gt;
De plus, la CAF a acc&#232;s, par requ&#234;te individualis&#233;e, au fichier FICOBA, c'est-&#224;-dire au Fichier national des comptes bancaires et assimil&#233;s. Dans ce fichier, sont recens&#233;s les comptes de toute nature (bancaires, postaux, d'&#233;pargne&#8230;), d&#233;tenus par une personne ou une soci&#233;t&#233;. Ce qui concr&#232;tement veut dire que la CAF peut d&#233;couvrir des comptes secondaires d&#233;tenus par les allocataires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&gt;&gt;&gt;&gt; &#192; savoir :&lt;/strong&gt; nous avons le droit de montrer des relev&#233;s de compte sans montrer certains d&#233;bits. Regarder pourquoi on d&#233;pense de l'argent sans notre consentement, c'est une intrusion dans la vie priv&#233;e et le contr&#244;leur de la CAF n'a pas le droit de le faire. N'oublions pas que la CAF peut directement demander nos relev&#233;s &#224; la banque.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&lt;strong&gt;T&#233;moignage : Comment faites-vous pour ne pas &#234;tre mort de faim ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Lors d'un contr&#244;le domiciliaire pendant lequel j'apprends (car je me permets de le demander) que je suis contr&#244;l&#233;e parce que mon loyer repr&#233;sente plus des deux tiers de mes ressources (RSA + allocation logement), la contr&#244;leuse fait le compte sur l'ann&#233;e contr&#244;l&#233;e de l'argent dont je dispose par mois pour vivre. Le &#171; reste &#224; vivre &#187;, comme ils disent. Et en effet, c'est bien peu. Une fois le loyer pay&#233;, il reste &#224; peine une centaine d'euros pour payer l'&#233;lectricit&#233;, la bouffe, l'abonnement t&#233;l&#233;phonique et tout le reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je lui pr&#233;sente alors les documents qui viennent officiellement prouver comment je m'en sors : demande de fonds &#233;nergie pour payer l'&#233;lectricit&#233;, demande d'allocation exceptionnelle &#224; la mairie de Paris, etc. Et elle continue &#224; faire les comptes, mois par mois, et me demande : &#171; Et ce mois-l&#224;, vous n'avez pas eu d'allocation exceptionnelle , comment avez-vous fait ? &#187;. L&#224; je m'&#233;nerve, et lui demande si elle pr&#233;f&#232;rerait que je sois &#224; la rue. Je lui dis que je fais les r&#233;cups sur le march&#233;, que je connais des endroits o&#249; on paye ce que l'on peut pour bouffer, que des amis m'invitent &#224; manger chez eux, que je me d&#233;brouille quoi. Elle finit par dire : &#171; oui, oui, je comprends &#187;, et nous en restons l&#224;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Attention aux contr&#244;les co-lat&#233;raux : plut&#244;t la carte identit&#233; que le passeport&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contr&#244;leur a le droit de demander un document d'identit&#233;. Un document d'identit&#233; est une carte d'identit&#233;, une carte de s&#233;jour ou un passeport. Souvent, le contr&#244;leur demande &#224; voir le passeport, pour v&#233;rifier nos d&#233;placements et notre pr&#233;sence en France. Apr&#232;s quatre mois d'absence, pour l'allocation logement et trois mois pour le RSA, la CAF suspend les allocations et r&#233;clame le trop-per&#231;u. Puisque le passeport n'est pas obligatoire et ne peut donc &#234;tre strictement exig&#233;, il est toujours mieux de montrer une carte d'identit&#233; ou une carte de s&#233;jour pour &#233;viter une intrusion de plus dans notre vie priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De la fausse complicit&#233; a la menace&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contr&#244;leur posera des questions multiples pour obtenir des aveux, ou tout au moins r&#233;v&#233;ler les contradictions qui prouvent notre culpabilit&#233;. Pour arriver &#224; ses fins, il jouera tour &#224; tour la menace ou la fausse complicit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, il mettra en avant que si l'allocataire refuse de r&#233;pondre &#224; certaines questions, ses allocations seront supprim&#233;es. En effet, si le contr&#244;leur estime qu'il y a une &#171; absence de collaboration de la part de l'allocataire &#187;, il peut &#233;crire un rapport qui constate un &#171; obstacle &#224; contr&#244;le &#187; et les droits sont suspendus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas se laisser impressionner, ni embobiner et surtout rester ferme sur ses d&#233;clarations initiales. On ne le r&#233;p&#232;tera jamais assez : &#234;tre nombreux permet &#224; la fois d'&#234;tre un peu plus s&#251;r de soi et de limiter les manigances du contr&#244;leur.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;T&#233;moignage : N'avoue jamais, jamais, jamais&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il y a quelques mois, j'ai eu droit &#224; une visite domiciliaire. La premi&#232;re fois, le contr&#244;leur est pass&#233; sans pr&#233;avis, mais je n'&#233;tais pas l&#224; et il a laiss&#233; un papier pour un autre rendez-vous. Les motifs de la visite n'&#233;taient pas pr&#233;cis&#233;s. Lors du contr&#244;le, je me rends bien compte que le contr&#244;leur veut prouver que j'habite avec le p&#232;re de ma fille, alors que je d&#233;clare que j'habite seule avec elle. Tout au long du rendez-vous, il me fait savoir qu'il a r&#233;colt&#233; plein d'informations par le voisinage, y compris la concierge, qui d&#233;clare que le p&#232;re de ma fille habite l&#224;. L'entretien a dur&#233; 3 heures. 3 heures o&#249; le contr&#244;leur m'amenait par l&#224; pour ensuite revenir en arri&#232;re, pour me pousser &#224; des d&#233;clarations contradictoires et enfin, me faire avouer que, h&#233; oui, le p&#232;re de ma fille habite bien l&#224;. Je suis rest&#233; ferme sur le fait que non il avait une autre adresse (il est domicili&#233; dans un centre d'h&#233;bergement pour sdf) et qu'il avait une vie un peu boh&#232;me, qu'il habitait &#224; droite &#224; gauche, dans des squats, etc. Et que oui, heureusement il venait tr&#232;s souvent ici voir sa fille et s'occuper d'elle (d'ailleurs, j'avais choisi de ne pas cacher toutes ses fringues). Apr&#232;s 3 heures d' &#171; interrogatoire &#187; sans aveu de ma part, le contr&#244;leur n'a rien pu prouver. Franchement, je me suis dit que c'&#233;tait comme un interrogatoire de police, te lessiver pour arriver &#224; entendre ce qu'ils veulent. Quand, &#224; la fin, il a r&#233;dig&#233; son compte-rendu, je lui ai pris la t&#234;te en permanence sur ce qu'il &#233;crivait et je l'ai pouss&#233; &#224; modifier toute formulation que je consid&#233;rais incorrecte. Je n'ai sign&#233; le papier qu'il avait r&#233;dig&#233; qu'apr&#232;s modification.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enqu&#234;te de voisinage : on ne s'affole pas&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des pratiques courantes du contr&#244;leur CAF est l'enqu&#234;te de voisinage. C'est-&#224;-dire recueillir des t&#233;moignages de tierces personnes sur le mode de vie de l'allocataire. Lors du contr&#244;le domiciliaire, il se peut que le contr&#244;leur fasse valoir ce genre de t&#233;moignage pour nous coincer. Ne nous affolons pas. &lt;strong&gt;M&#234;me si des informations sont r&#233;colt&#233;es, elles ne sont pas des preuves suffisantes.&lt;/strong&gt; Les documents &#233;crits justifiant de la situation mat&#233;rielle doivent primer. Par exemple, si des t&#233;moignages disent qu'un homme et une femme vivent ensemble en situation de concubinage, mais que les individus concern&#233;s peuvent produire des justificatifs d'adresse ou des comptes bancaires s&#233;par&#233;s, la CAF doit tenir compte exclusivement de ces &#233;l&#233;ments. La valeur de chaque justificatif (par exemple une quittance EDF ou une quittance de loyer) est incontestable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'entretien doit &#234;tre contradictoire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contr&#244;leur doit r&#233;diger un rapport de contr&#244;le. Ce rapport doit mentionner les observations &#233;ventuelles de l'allocataire, son accord ou son d&#233;saccord sur les constats de l'agent. Les conclusions du contr&#244;le doivent reposer sur des indices multiples, pr&#233;cis et concordants. Cela signifie que nous pouvons, aussi, produire des t&#233;moignages pour contrer ceux de la CAF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&gt;&gt;&gt;&gt; Attention !&lt;/strong&gt; Souvent lors de leurs passages, les contr&#244;leurs en profitent pour relever les noms sur la bo&#238;te aux lettres. On peut &#234;tre tent&#233; de supprimer certains noms pour le jour de la visite officielle mais cela peut nous mettre dans l'embarras lorsque le contr&#244;leur nous dit : &#171; Pourquoi depuis que je suis pass&#233;, il n'y a plus les m&#234;mes noms sur la bo&#238;te aux lettres ? &#187;. Cela ouvre une porte au contr&#244;leur pour renforcer sa suspicion &#224; notre &#233;gard. Il suffit souvent de justifier la pr&#233;sence d'autres noms : &#171; J'ai h&#233;berg&#233; un tel &#224; titre gratuit pendant plusieurs mois l'ann&#233;e derni&#232;re. J'ai oubli&#233; de l'enlever par ailleurs. Je ne sais pas o&#249; le joindre en ce moment. &#187; &#171; Une telle avait juste besoin d'une adresse o&#249; recevoir son courrier, elle m'a laiss&#233; les documents qui prouvent qu'elle n'habite pas ici. &#187; &#171; En ce moment j'h&#233;berge &#224; titre gratuit un ami le temps qu'il trouve un appartement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&gt;&gt;&gt;&gt; Selon l'article 7 du Code civil,&lt;/strong&gt; &#171; Chacun a droit au respect de sa vie priv&#233;e &#187;. La sph&#232;re de la &#034;vie priv&#233;e&#034; comporte un certain nombre d'&#233;l&#233;ments, comme le domicile, l'adresse, la vie affective, etc. Selon le point 8 de sa Charte de contr&#244;le, &#171; La Caisse d'allocations familiales a le souci de pr&#233;server la vie priv&#233;e de l'allocataire. Les investigations sont donc limit&#233;es &#224; ce qui est strictement n&#233;cessaire pour la gestion des droits. &#187; Typiquement, c'est ce genre d'arguments qu'on peut opposer &#224; un contr&#244;leur trop envahissant. Si lors de l'enqu&#234;te de voisinage, le contr&#244;leur d&#233;voile des informations concernant l'allocataire (le nom d'un concubin, le type de relation pouvant unir l'allocataire &#224; un tiers, une situation de maternit&#233;, etc.), il y a &#171; atteinte &#224; la vie priv&#233;e &#187;. L'atteinte &#224; la vie priv&#233;e constitue un d&#233;lit punissable p&#233;nalement. Elle ouvre droit aussi &#224; une r&#233;paration civile.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Apr&#232;s le contr&#244;le&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Obtention du rapport de contr&#244;le&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite au contr&#244;le, un rapport est r&#233;dig&#233; par le contr&#244;leur. Le droit de consulter ce rapport n'est pas toujours respect&#233; par les CAF, qui refusent parfois de remettre &#224; l'allocataire qui le demande son dossier.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le site de RTO on peut lire qu'&#224; Paris &#171; sans une action collective, on (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais n'oublions pas qu' obtenir le rapport de contr&#244;le est un droit. La Charte de contr&#244;le est claire : &#171; Sur sa demande, l'allocataire peut consulter son dossier, dans les conditions arr&#234;t&#233;es par la commission d'acc&#232;s aux documents administratifs &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le site de la Commission d'acc&#232;s aux documents administratifs. En cas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acc&#232;s aux documents pr&#233;vu par la loi signifie qu'un r&#233;sum&#233; oral, ou une lecture faite par un fonctionnaire CAF, n'est pas suffisant. Nous avons droit d'en obtenir une copie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant qu'il y ait suspension d'allocation, le rapport de contr&#244;le devrait &#234;tre soumis &#224; l'allocataire. De fait, la pratique de sucrer les allocs avant que l'allocataire ait pu acc&#233;der au rapport le concernant est tr&#232;s fr&#233;quente. Cette pratique ne respecte pas le droit au recours &#233;tabli par la CAF : Comment faire un recours, si nous ne savons pas &#224; partir de quels arguments nous avons &#233;t&#233; sanctionn&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience de certains collectifs de ch&#244;meurs et pr&#233;caires montre qu'il est important de batailler, par exemple par des actions collectives &#224; la CAF, non seulement pour obtenir le rapport, mais aussi pour que les allocs soient r&#233;tablies jusqu'au r&#233;sultat d'un &#233;ventuel recours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&gt;&gt;&gt;&gt; La loi n&#176; 78-753&lt;/strong&gt; du 17 juillet 1978 portant diverses mesures d'am&#233;lioration des relations entre l'administration et le public stipule :&lt;br class='manualbr' /&gt;Article 3 : Sous r&#233;serve des dispositions de la loi n&#176; 78-17 du 6 janvier 1978 relative &#224; l'informatique, aux fichiers et aux libert&#233;s, concernant les informations nominatives figurant dans des fichiers, toute personne a le droit de conna&#238;tre les informations contenues dans un document administratif dont les conclusions lui sont oppos&#233;es. Sur sa demande, ses observations &#224; l'&#233;gard des dites conclusions sont obligatoirement consign&#233;es en annexe au document concern&#233;. L'utilisation d'un document administratif au m&#233;pris des dispositions ci-dessus est interdite.&lt;br class='manualbr' /&gt;Article 4 : L'acc&#232;s aux documents administratifs s'exerce, au choix du demandeur et dans la limite des possibilit&#233;s techniques de l'administration :&lt;br class='manualbr' /&gt;a) Par consultation gratuite sur place, sauf si la pr&#233;servation du document ne le permet pas ;&lt;br class='manualbr' /&gt;b) Sous r&#233;serve que la reproduction ne nuise pas &#224; la conservation du document, par la d&#233;livrance d'une copie sur un support identique &#224; celui utilis&#233; par l'administration ou compatible avec celui-ci et aux frais du demandeur, sans que ces frais puissent exc&#233;der le co&#251;t de cette reproduction, dans des conditions pr&#233;vues par d&#233;cret ;&lt;br class='manualbr' /&gt;c) Par courrier &#233;lectronique et sans frais lorsque le document est disponible sous forme &#233;lectronique.&lt;br class='manualbr' /&gt;Article 8 : Sauf disposition pr&#233;voyant une d&#233;cision implicite de rejet ou un accord tacite, toute d&#233;cision individuelle prise au nom de l'Etat, d'une collectivit&#233; territoriale, d'un &#233;tablissement public ou d'un organisme, f&#251;t-il de droit priv&#233;, charg&#233; de la gestion d'un service public, n'est opposable &#224; la personne qui en fait l'objet que si cette d&#233;cision lui a &#233;t&#233; pr&#233;alablement notifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les recours&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le collectif des CAFards ne s'est jusque-l&#224; jamais engag&#233; dans une proc&#233;dure de recours suite une visite domiciliaire. Voici n&#233;anmoins quelques &#233;l&#233;ments qui nous semblent importants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour contester une d&#233;cision prise par la CAF, nous avons le choix de formuler, par courrier :&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226; soit un recours hi&#233;rarchique, nomm&#233;ment aupr&#232;s du Directeur de la CAF, qui est cens&#233; nous informer de la suite donn&#233;e au plus tard dans les 15 jours.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226; soit un recours amiable aupr&#232;s de la Commission de recours amiable (CRA) de la CAF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;cision prise par la commission doit alors &#234;tre notifi&#233;e au cours du mois civil suivant l'envoi du courrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il s'agit d'un trop-per&#231;u, il est aussi possible de demander soit un &#233;talement des remboursements, aupr&#232;s de l'agence comptable de la CAF, soit une r&#233;duction de la dette (partielle ou totale) aupr&#232;s de la Commission de recours amiable de la CAF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attention ! La CAF et certains tribunaux interpr&#232;tent toute demande d'&#233;ch&#233;ancier ou de remise de dette comme un renoncement implicite &#224; la contestation de la d&#233;cision elle-m&#234;me ! Il faut donc toujours pr&#233;ciser dans ces &#233;crits que l'on conteste la d&#233;cision prise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien &#233;videmment, lors du recours, il est important de mettre en avant tout vice de proc&#233;dure qui aurait &#233;ventuellement eu lieu au cours du contr&#244;le : par exemple, des informations obtenues suite &#224; une violation de domicile, ou une &#233;ventuelle divulgation aux voisins d'informations priv&#233;es nous concernant. Si la conclusion du contr&#244;leur est bas&#233;e sur des &#171; ragots &#187; et non sur des informations objectives (les documents priment !), si elle ne tient pas compte de t&#233;moignages et des observations que nous avons fournis, il faut aussi le mentionner lors du recours.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Ces quelques conseils et informations sur le contr&#244;le domiciliaire ont &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;s par les CAFards, collectif de ch&#244;meuses et pr&#233;caires qui se sont regroup&#233;s pour se d&#233;fendre face aux institutions sociales : d&#233;bloquer des dossiers en faisant irruption &#224; plusieurs au P&#244;le Emploi ou &#224; la CAF, contr&#244;ler collectivement les contr&#244;leurs domiciliaires, s'organiser contre la mise au travail forc&#233;e, &#233;tudier pr&#233;cis&#233;ment l'&#233;volution des dispositifs de gestion des pr&#233;caires... Pour r&#233;diger cette brochure, nous sommes &#224; la fois partis de notre exp&#233;rience, de la lecture des documents et des textes officiels, mais aussi des r&#233;cits et analyses d'autres collectifs de ch&#244;meurs et pr&#233;caires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce travail ne pr&#233;tend ni &#234;tre exhaustif, ni fournir des r&#233;ponses clefs en main. D'abord parce que les d&#233;crets et les moyens de flicage des allocataires se multiplient et se modifient sans cesse. Ensuite, parce que la r&#233;glementation CAF reste largement floue et laisse de grandes marges &#224; l'interpr&#233;tation. C'est dans cet espace d'incertitude (et d'arbitraire) que les actions de collectifs de ch&#244;meurs s'inscrivent aussi, en cr&#233;ant partout o&#249; cela est possible un rapport de forces qui nous soit un tant soit peu favorable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus que jamais, la question du rapport aux institutions sociales est politique. Aujourd'hui, comme un patron qui s'&#233;tonne qu'on ne le remercie pas d'avoir la chance de bosser quarante heures par semaine dans des conditions de merde tout en gagnant une mis&#232;re, l'Etat voudrait nous voir reconnaissants en plus d'&#234;tre pauvres. La propagande actuelle contre les &#171; fraudeurs &#187; cherche &#224; construire le mod&#232;le n&#233;gatif d'un &#171; mauvais pauvre &#187; qui serait individuellement responsable de la mis&#232;re organis&#233;e de cette soci&#233;t&#233;. Elle ne vise rien d'autre qu'&#224; culpabiliser les allocataires pour mieux les soumettre et emp&#234;cher toute forme de r&#233;flexion et d'action collectives autour de ces questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conna&#238;tre ses droits ne saurait suffire &#224; contrebalancer ces effets de stigmatisation, mais nous sommes oblig&#233;s d'&#234;tre attentifs aux transformations en cours : toujours moins de droits sociaux et collectifs, pour toujours plus de d&#233;crets et d'applications discr&#233;tionnaires qui s&#233;parent et enferment toujours plus durement dans la gestion individuelle des gal&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi ce guide, tout en donnant quelques billes &#224; chacun pour se d&#233;brouiller l&#224; o&#249; il se trouve, est surtout une invitation &#224; se rencontrer, &#224; partager des informations, des pratiques, mais aussi des luttes. Pour moins subir la d&#233;pendance &#224; l'argent, pour repousser l'intrusion toujours plus massive des institutions sociales dans nos vies, pour refuser le sale chantage au comportement qui se joue autour de ces maigres allocations de survie, mais aussi pour affirmer d'autres valeurs que celles du travail et du m&#233;rite, d'autres d&#233;sirs que ceux que cette soci&#233;t&#233; voudrait nous faire int&#233;rioriser.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La Caisse nationale des allocations familiales (CNAF) forme la branche &#171; famille &#187; de la S&#233;curit&#233; sociale fran&#231;aise, qu'elle g&#232;re au travers des 123 caisses d'allocations familiales (CAF) r&#233;parties sur tout le territoire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette politique de contr&#244;le de masse est co&#251;teuse, elle est donc soumise &#224; des modernisations r&#233;p&#233;t&#233;es. R&#233;cemment, apr&#232;s avoir proclam&#233; que : &#171; &lt;i&gt;La fraude, ce n'est pas du syst&#232;me D, c'est du vol &#187;, le ministre de l'emploi, de la sant&#233; et du travail Xavier Bertrand exigeait que les contr&#244;les soient plus cibl&#233;s : le but est davantage de &#171; s'int&#233;resser aux atypies, aux comportements qui sortent de l'ordinaire (...) plut&#244;t que de multiplier le nombre [de contr&#244;les]&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rapport de la Cour des comptes, la S&#233;curit&#233; sociale, septembre 2010&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt; Les travaux doivent concerner votre r&#233;sidence principale. Vous devez recevoir au moins une prestation familiale. Si vous recevez uniquement l'allocation aux adultes handicap&#233;s, l'aide personnalis&#233;e au logement, l'allocation de logement vers&#233;e aux personnes sans enfant, vous ne pourrez pas b&#233;n&#233;ficier de ce pr&#234;t. Le pr&#234;t doit &#234;tre destin&#233; &#224; financer des travaux : de r&#233;paration, d'assainissement, d'am&#233;lioration (chauffage, sanitaire), d'agrandissement ou de division d'isolation thermique&lt;/i&gt; &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &lt;i&gt;Si vous &#234;tes allocataire et touchez une prestation familiale pour l'un de vos enfants, vous pouvez peut-&#234;tre en b&#233;n&#233;ficier. Le cr&#233;dit &#224; la consommation de la CAF, appel&#233; &#171; pr&#234;t &#224; l'&#233;quipement familial &#187;, permet aux familles d'acheter des &#233;quipements n&#233;cessaires au quotidien...&lt;/i&gt; &#187;. (d'apr&#232;s le site de la CAF).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur le site de RTO on peut lire qu'&#224; Paris &#171; sans une action collective, on obtient quasiment jamais un rapport de contr&#244;le, m&#234;me apr&#232;s la demande &#233;crite de l'allocataire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir le site de la Commission d'acc&#232;s aux documents administratifs. En cas de refus d'acc&#232;s au dossier, on peut toujours menacer la CAF de saisir cet organisme&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Tatouage libre</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article910</link>
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		<dc:date>2012-02-09T10:47:20Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Acratos &#233;ditions</dc:creator>


		<dc:subject>Art, Culture</dc:subject>
		<dc:subject>Nadarlana (Montpellier)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#034;Le tatouage peut tout &#234;tre : un outil d'oppression, un outil d'&#233;mancipation, de pacification, de r&#233;sistance, de soumission, de lutte. C'est en tant qu'outil que le tatouage est politique, et c'est en tant qu'outil qu'il faut s'en r&#233;-emparer.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sommaire :&lt;br class='manualbr' /&gt;1- Petite histoire politique et sociale du tatouage&lt;br class='manualbr' /&gt;2- Enjeux du tatouage contemporain, id&#233;ologies et &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique11" rel="directory"&gt;T&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot16" rel="tag"&gt;Art, Culture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot68" rel="tag"&gt;Nadarlana (Montpellier)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH107/arton910-0e08c.jpg?1780457123' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='107' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff910.jpg?1325128909&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1) Petite histoire politique et sociale du tatouage&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La pratique du tatouage est universelle. On la retrouve historiquement sous toutes les latitudes, tous les continents, toutes les civilisations. Il n'est pas de tribu, si minime et isol&#233;e qu'elle soit, qui n'ait pas pratiqu&#233; la modification corporelle au m&#234;me titre que la danse, la musique ou les psychotropes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'on parle de tatouage, de scarification ou de tout autre type de modification corporelle, cela a toujours &#233;t&#233; int&#233;gr&#233; dans les codes des soci&#233;t&#233;s et significatif de la place que les individu-e-s y occupent. La modification corporelle fonctionne comme marque du statut social : passage &#224; l'&#226;ge adulte, mariage, place hi&#233;rarchique, tout est inscrit dans le corps, v&#233;hiculant de ce fait une marque de violence, une souffrance &#224; supporter, une &#233;preuve qui donne acc&#232;s &#224; une place codifi&#233;e dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un monde qui, &#224; de rares exceptions pr&#232;s, est tout entier soumis au syst&#232;me patriarcal, on embellit les femmes selon des canons de beaut&#233; sp&#233;cifiques. On les d&#233;core. Les modifications corporelles esth&#233;tisantes les donnent &#224; voir en tant qu'objet &#224; acqu&#233;rir ou &#224; conserver, en tout cas &#224; convoiter. La virginit&#233;, la pubert&#233;, le mariage, l'adult&#232;re et la fertilit&#233; sont pr&#233;sent&#233;s par des codes reconnaissables par tous-tes. Les hommes sont quant &#224; eux virilis&#233;s par des marques de pubert&#233;, d'&#233;preuves, des symboliques de force, de protection ou de statut social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces pratiques ont domin&#233; le monde jusqu'&#224; l'arriv&#233;e des grandes religions monoth&#233;istes. La conception d'un dieu unique d&#233;charge les soci&#233;t&#233;s de la pluralit&#233; des mod&#232;les. On ne s'identifie plus &#224; des forces naturelles ou symboliques (dieu de la guerre, d&#233;esse de la sagesse etc), mais &#224; une entit&#233; dominante, d&#233;sormais unique, qui ne peut que nous ressembler, attendu que nous sommes les seuls &#234;tres vivants &#224; la concevoir et, de fait, &#224; s'en r&#233;clamer : si Dieu nous ressemble, alors nous devons lui ressembler au mieux pour s'en rapprocher. Le monde monoth&#233;iste rejette donc ces marques qui alt&#232;rent un corps devenu sacr&#233; dans sa puret&#233; originelle. La circoncision est une exception de la religion juda&#239;que. On peut penser qu'outre la consid&#233;ration hygi&#233;nique, le fait que le p&#233;nis de Dieu n'ait jamais &#233;t&#233; envisag&#233; en repr&#233;sentation ait facilit&#233; cette exception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant que l'homme soit &#224; l'image de dieu, ce n'est pas le cas de la femme. Dans la gen&#232;se de ces religions, la femme n'intervient que comme objet de compagnie et propre &#224; propager l'esp&#232;ce. Elle est exclue de la divinit&#233; afin de la maintenir en domination et son corps en r&#233;p&#232;te les marques, m&#234;me si celles-ci se font plus discr&#232;tes. Ce n'est pas pour rien que le per&#231;age des oreilles des femmes, y compris tr&#232;s jeunes, est rest&#233; une tradition fortement ancr&#233;e en occident. Ce n'est pas pour rien non plus si le tatouage &#233;rotique a perdur&#233; au Maghreb par del&#224; des interdictions et autres blasph&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant plusieurs si&#232;cles, l'alt&#233;ration du corps est donc l'alt&#233;ration de l'image de Dieu. En dehors des &#171; d&#233;corations &#187; f&#233;minines, les modifications corporelles deviennent traces d'infamie. Marquages au fer rouge, amputations, s&#233;vices et tortures, tatouages forc&#233;s d&#233;gradent donc non seulement l'int&#233;grit&#233; physique des supplici&#233;-es, mais aussi leur part de divinit&#233;. La justice des hommes pr&#233;c&#232;de la justice de Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'univers monoth&#233;iste, les modifications corporelles volontaires disparaissent presque int&#233;gralement. N'en reste que l'image du mal absolu, punitif et infamant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grandes civilisations d'orient, en dehors de quelques parcelles converties &#224; l'un des trois monoth&#233;isme, ont conserv&#233; un rapport pluriel &#224; la divinit&#233;. La pratique des modifications corporelles y a perdur&#233;. Si les aspects religieux et sociaux en sont rest&#233; le socle, ce sont des &#233;volutions &#233;conomiques et politiques qui en ont fait &#233;voluer l'usage, les r&#233;gulant dans des soci&#233;t&#233;s bien plus vastes que les cellules tribales : des nations, des royaumes, des empires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le social local est devenu politique global, et le tatouage a pu devenir une marque de f&#233;odalit&#233; (signifiant l'appartenance compl&#232;te, physique et morale, &#224; tel ou tel seigneur de guerre), un signe de reconnaissance entre membres d'une m&#234;me secte (organisations multiples travaillant sur fond d'id&#233;ologie commune &#224; un int&#233;r&#234;t &#233;conomique et d'influence, parfois proches d'une organisation toute militaire), un &#233;l&#233;ment d&#233;coratif ou sensuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est int&#233;ressant de voir qu'au Japon et sur une grande partie de la Chine, le tatouage est &#224; la fois devenu plus &#233;tendu sur la surface du corps, plus fourni, plus &#233;clatant, tout en &#233;tant circonscrit &#224; des places r&#233;serv&#233;es sous les v&#234;tements, invisibles sur des individu-es habill&#233;-es. Le code est toujours pr&#233;sent et m&#234;me de plus en plus affirm&#233;, mais r&#233;serv&#233; &#224; certains regard avertis. Le commun des mortel-les n'y a pas acc&#232;s. Cela prolonge la dimension de rang social, ou de caste sociale en l'occurrence, qui a bel et bien perdur&#233; au del&#224; des pratiques tribales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, on retrouve encore une fois des sch&#233;mas fortement sexu&#233;s dans les modifications corporelles. Une iconographie bestiale ou symbolique toujours signe de force ou de protection sur des hommes &#233;lev&#233;s pour la guerre, &#224; la fois soumis &#224; une domination f&#233;odale aveugle et d&#233;tenteurs du pouvoir des armes. Les femmes sont une fois de plus objectiv&#233;es, portant fards, bijoux et coiffures extr&#234;mement sophistiqu&#233;es, des v&#234;tements entravant les mouvement jusqu'&#224; les rendre pratiquement incapables de marcher, leurs pieds tortur&#233;s et atrophi&#233;s (en Chine) r&#233;duisant encore un peu plus l'usage de leur propre corps. Le tatouage est tout &#224; la fois signe de sensualit&#233; et de soumission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rang social est encore extr&#234;mement marqu&#233; : hommes et femmes de basses conditions ne peuvent arborer aucun signe corporel, les femmes conservant leurs capacit&#233;s physiques afin de pouvoir travailler efficacement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le retour des modifications corporelles en occident se fait &#224; l'&#233;poque des grands voyages maritimes, lors de l'expansion coloniale des puissantes nations d'Europe, et ce par deux mouvements qui vont se t&#233;lescoper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, des marins se trouvent confront&#233;s &#224; des peuples ayant conserv&#233; la pratique des modifications corporelles. Ces pratiques ont d'ailleurs renforc&#233; la conviction de sup&#233;riorit&#233; des conqu&#233;rants sur des tribus tellement &#233;loign&#233;es de dieu qu'elles en alt&#233;raient l'image, les ravalant d'autant mieux au statut d'animaux sans &#226;mes et dont on peut disposer &#224; loisir. Par l'esclavage, par les cabinets de curiosit&#233; ou l'on exhibait des &#171; sauvages &#187; portant tatouages, scarifications et autres plateaux au milieu de la belle soci&#233;t&#233;, les pratiques corporelles, bien que toujours consid&#233;r&#233;es comme marques du mal, sont r&#233;apparues. Certains marins, se liant d'amiti&#233; avec des autochtones, ont commenc&#233; &#224; se faire tatouer et percer selon leurs rites et coutumes. Pirates et corsaires en furent les plus grand-es repr&#233;sentant-es, allant jusqu'&#224; s'installer d&#233;finitivement au sein d'une tribu, dans un mode de vie qui correspondait mieux &#224; leurs id&#233;aux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, si cette &#233;poque est celle du christianisme triomphant, elle ne l'est que par l'expansion &#233;conomique qui le pr&#233;c&#232;de. Si le travail est utile &#224; l'&#233;conomie, alors le travail sera une punition id&#233;ale pour qui outrepasse les lois des hommes ou de Dieu, les lois de Dieu se rangeant aux lois &#233;conomiques (On se souviendra de ces natif-ves d'Am&#233;rique du sud ne pouvant &#234;tre de nature divine attendu qu'illes ignoraient la valeur de l'or.) De ce fait, au lieu d'emprisonner ou d'ex&#233;cuter syst&#233;matiquement, bagne et mise aux gal&#232;res deviennent un moyen de punir &#233;conomiquement viable. De la m&#234;me mani&#232;re, on se sert de condamn&#233;-es pour coloniser les nouvelles terres trop hostiles. Tout ce bas peuple, qui &#233;tait jusque-l&#224; isol&#233; en cachot, ex&#233;cut&#233; ou rendu &#224; la soci&#233;t&#233; amput&#233; de quelque membre et condamn&#233; &#224; la mendicit&#233;, ce peuple, donc, se voit r&#233;uni dans des lieux de travail forc&#233;. Maintenu &#224; l'&#233;cart de ses ma&#238;tres et de la population environnante, il forme des micro-soci&#233;t&#233;s. En ces lieux violents, &#224; l' esp&#233;rance de vie plus que limit&#233;e, des codes se sont r&#233;-instaur&#233;s. Ce qui &#233;tait autrefois marque d'infamie devient un lien social, et la modification corporelle reprend un aspect positif de l'int&#233;rieur et n&#233;gatif depuis l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce croisement violent de l'apport tribal esclavagis&#233; et de la concentration criminelle que tatouages et modifications corporelles refont surface en Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est logiquement chez les marins que le tatouage a pris son essor. Il devient &#224; la fois une identification sociale entre les gens de peine &#224; bord des bateaux et une bravade face &#224; celleux qui les dirigent. L' exemple de ces marins se faisant encrer un crucifix sur le dos afin d'&#233;chapper au fouet qui aurait alors lac&#233;r&#233; une image divine est caract&#233;ristique de ces pratiques qui deviennent des formes de r&#233;sistance face &#224; une oppression. (On retrouvera plus tard le m&#234;me type de protection face &#224; un ch&#226;timent : les prisonnier-&#232;res russes du d&#233;but de l'&#233;poque communiste se faisaient fr&#233;quemment tatouer des portraits de L&#233;nine ou de Staline sur la poitrine, &#224; hauteur du c&#339;ur, &#233;vitant l'ex&#233;cution par balle.) Un-e for&#231;at-ate, un-e prisonnier-&#232;re ne peut rien poss&#233;der, mais un tatouage est inali&#233;nable. Qu'un bagne interdise le port de la moustache, et on voit des moustaches encr&#233;es appara&#238;tre, de m&#234;me que des chaussettes en des lieux o&#249; les v&#234;tements sont uniformis&#233;s et sans confort. Une phrase grav&#233;e le restera quand bien m&#234;me on arriverait &#224; faire taire l'individu-e qui la porte, et elle sera un d&#233;fi lisible au del&#224; de l'ex&#233;cution.&lt;br class='autobr' /&gt;
Petit &#224; petit, au long des ann&#233;es, la pratique se r&#233;pand. Dans les camps militaires d'abord, en commen&#231;ant par les pelotons de conscrits. Ensuite, par les peines qui s'ach&#232;vent, les &#233;vasions, les d&#233;sertions et d&#233;mobilisations, le tatouage revient dans la grande soci&#233;t&#233; par la petite porte. Tous-tes ces marginalaux se retrouvent, formant &#224; nouveau des micro-soci&#233;t&#233;s de petite ou grande criminalit&#233;. Alors que ces pratiques fleurissent dans les prisons et les bagnes, la rue s'en empare &#224; son tour. Les symboles qui sont rest&#233;s aujourd'hui les plus traditionnels se font jour : mod&#232;le religieux, portrait ou pr&#233;nom d' une personne aim&#233;e de l'autre c&#244;t&#233; des murs, m&#233;taphores d'animaux ou d'objets (pens&#233;e, araign&#233;e, dague, rose hirondelle, cr&#226;ne...), opposition &#224; l'&#233;tat et revendication de la marginalit&#233; (mort aux vaches, &#171; pas vu pas pris &#187;, pointill&#233;s autours du cou, guillotines, &#171; sans patrie &#187;, etc).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut noter qu'&#224; cette p&#233;riode, les cabinets de curiosit&#233;s ont c&#233;d&#233; la place aux foires et &#224; leurs monstres. En tant que ph&#233;nom&#232;nes exotiques et fascinant-es pour la bonne soci&#233;t&#233;, les tatou&#233;-es prennent une part du devant de la sc&#232;ne dans une course &#224; l'extr&#234;me, se recouvrant le corps, parfois sur une p&#233;riode tr&#232;s courte. Les femmes y tiennent une place privil&#233;gi&#233;e, l'exotisme et la sensualit&#233; plaqu&#233;e &#224; la figure f&#233;minine d&#233;cha&#238;nant la passion du public. C'est dans cette surench&#232;re que d'autres types de modifications corporelles reviennent &#224; la surface dans le monde des europ&#233;en-nes : lobes dilat&#233;s, l&#232;vres &#224; plateau, scarifications. Cette mouvance &#171; spectaculaire &#187; va avoir un r&#244;le tr&#232;s important &#224; jouer aux c&#244;t&#233;s de sa s&#339;ur &#171; marginale &#187; : c'est d'elle, en effet, dont se revendiqueront plus tard les freaks [ monstres ]. C'est &#224; cette p&#233;riode que les premi&#232;res boutiques et salons de tatouage ouvrent leurs portes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Russie, le tatouage de cette &#233;poque est toujours la marque d'infamie qui a longtemps perdur&#233; en Europe. Ex&#233;cut&#233; &#224; m&#234;me le visage, il stigmatise &#224; vie l'individu-e qui le subit. Mais par le biais des marins anglais, le tatouage commence &#224; se r&#233;pandre dans la soci&#233;t&#233; non carc&#233;rale. Ces deux tendances vont amener peu &#224; peu la frange criminelle russe &#224; s'inventer un langage propre, un langage fait d'encre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'av&#232;nement du cin&#233;ma est une date importante dans l'histoire moderne du tatouage. En dehors du fait qu'apr&#232;s la photo, il ouvre la voie de la culture de l'image dont le tatouage fait bien &#233;videment partie, il a eu sur lui des actions plus directes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, en faisant d&#233;couvrir aux spectateur-trices des images vivantes d'exotismes jusque-l&#224; statiques ou &#233;voqu&#233;es, il a enterr&#233; pour un temps les mod&#232;les tatou&#233;-es des cirques et des foires.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'autre part, il a cristallis&#233; la vision du tatouage marginal dans des images caricaturales, en cr&#233;ant sur lui un jeu d'attirance / r&#233;pulsion. Si les rares tatou&#233;-es apparaissant &#224; l'&#233;cran sont stigmatis&#233;-es en rebuts de la soci&#233;t&#233; souvent patibulaires, hirsutes, violent-es, b&#233;stialaux, il n'en &#233;merge pas moins une forme de fascination qui va grandir au fur et &#224; mesure que le cin&#233;ma gagne en finesse et se d&#233;tache petit &#224; petit d'un manich&#233;isme syst&#233;matique. M&#234;me si le tatouage n'est abord&#233; que comme un accessoire assez rare dans la grande panoplie des voyouxtes, c'est toute une esth&#233;tique de l'attirance criminelle qui s'installe avec le temps, et le tatouage commence &#224; s&#233;duire autant qu'il effraie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette porte d'entr&#233;e de l'encre par le cin&#233;ma passe par le filtre d'une soci&#233;t&#233; qui ne fait pas l'erreur de mettre le tatouage &#224; jour sans le recouvrir d'une part de ses valeurs : le genre de la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente se lisait mal sur les tatouages. S'il y avait plus d'hommes que de femmes tatou&#233;-es (une proportion assez proche de celle de la fr&#233;quentation des prisons, bagnes et casernes), les tatouages ne diff&#233;raient gu&#232;re d'un genre &#224; l'autre. Bien que le jeu homme viril / femme sensuelle ait &#233;t&#233; de mise, il restait assez l&#233;ger du fait de la &#171; na&#239;vet&#233; &#187; du travail. L'ex&#233;cution assez maladroite brouillait le caract&#232;re &#233;ventuellement sexu&#233; des imageries (g&#233;n&#233;ralement illisibles &#224; moins de deux m&#232;tres). De plus, le choix du motif &#233;tait souvent indiff&#233;rent au genre : pr&#233;noms, fleurs et papillons symboliques (bien plus pr&#233;sents &#224; l'&#233;poque chez les hommes que de nos jours. Il y avait, par exemple, une forte tendance, tant chez les hommes que chez les femmes, &#224; se faire encrer des fleurs sur les t&#233;tons), oiseaux divers, images pieuses et phrases constituaient la plus grande part des choix. &#201;videmment, t&#234;tes de mort et autres couteaux, ainsi que les tatouages purement sexuels &#233;taient pr&#233;sents (&#171; robinet d'amour &#187; ou &#171; au bonheur des dames &#187; sur des pubis masculins), mais l'aspect g&#233;n&#233;ral de la personne tatou&#233;e &#233;tait tr&#232;s similaire. Il faut aussi noter que les femmes tatou&#233;es &#233;taient issues de milieux souvent violents et &#233;taient bien plus proches dans leurs comportements des malfrats masculins que des dames du monde. Les motifs et symboliques &#233;taient fr&#233;quemment plus agressifs que les classiques du tatouage f&#233;minin que l'on conna&#238;t de nos jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le cin&#233;ma, le tatouage (au d&#233;but presque exclusivement masculin) se revirilise. Il devient partie int&#233;grante du s&#233;ducteur violent et fort. S'y ajoute une vision romantique de personnage libre par opposition &#224; une femme s&#233;dentaire et cherchant &#224; fixer cette libert&#233; dans la raison et la famille, jouant sur l'imagerie de la femme de marin en continuelle attente. La r&#233;f&#233;rence &#224; ce clich&#233; social n'est pas anodine attendu le r&#244;le qu'a tenu la marine dans la renaissance du tatouage occidental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les femmes tatou&#233;es apparaissent enfin &#224; l'&#233;cran, ce sont des femmes souvent sulfureuses, conspiratrices, parfois espionnes, toujours sensuelles et s&#233;ductrices. Le clich&#233; de genre se redouble d'un clich&#233; social : ces femmes tatou&#233;es ne sont pas de la m&#234;me couche sociale que leurs confr&#232;res masculins. Si la condition &#171; bestiale &#187; et pauvre de l'homme ajoute &#224; son cachet viril et &#224; sa s&#233;duction, le clich&#233; f&#233;minin ne peut pas s'y retrouver. Les mains larges et calleuses, les cicatrices et autres marques d'alcoolisme peuvent fasciner chez un homme, mais sont r&#233;pulsifs pour la femme. Porte-cigarette, gants noirs et corsets sont bien plus &#224; m&#234;me de faire fantasmer le public. Lorsque la femme tatou&#233;e prend place au cin&#233;ma, elle est donc d'un niveau social &#233;lev&#233;. C'est dans son attitude qu'elle reste li&#233;e &#224; la criminalit&#233;. On retrouve encore une fois l'id&#233;e de nature fondamentalement mauvaise de la femme. Si le tatou&#233; du cin&#233;ma est marginal, c'est d&#251; &#224; sa condition, et il peut en venir &#224; se racheter. La femme tatou&#233;e n'est mauvaise que par choix, par essence, et ne peut donc s'am&#233;liorer. L'homme peut toujours sauver son &#226;me, la femme non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es de guerre, en particulier celle de 39-45 vont voir des mobilisations massives, des victimes plus civiles que militaires. Individu-es et classes sociales de nombreux pays se c&#244;toient, et les diff&#233;rentes imageries se croisent. Dans les contingents et les camps de prisonnier-es, le tatouage se communique au del&#224; des fronti&#232;res. Le nazisme a pratiquement annihil&#233; cette communication de l'encre entre les pays par la barbarie de ses pratiques et de ses id&#233;ologies. Il est &#233;vident que l'extr&#234;me violence du marquage des juif-ves, rom-es, homosexuel-les et opposant-es politiques, l'industrialisation du g&#233;nocide et le tatouage comme outil d&#233;finitif de nomenclature stigmatisante d'un &#171; objet &#187; humain &#224; &#233;radiquer, a plac&#233; un jalon qu'il est impossible d'ignorer. La r&#233;p&#233;tition du marquage d'infamie d'autrefois &#233;lev&#233; au rang d'industrie du g&#233;nocide va laisser des cicatrices ind&#233;l&#233;biles dans la culture moderne du tatouage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur le front de l'Est, quantit&#233; de prisonnier-es russes, ayant eu le choix de rejoindre l'arm&#233;e ou de poursuivre leur peine, s'engagent. Ces engag&#233;-es issu-es des prisons &#233;taient souvent tr&#232;s fortement tatou&#233;-es, arborant codes et symboles des &#171; voleurs dans la loi &#187; (caste criminelle form&#233;e de plusieurs organisations mafieuses, se faisant concurrence mais partageant un m&#234;me langage &#233;crit sur la peau). La guerre finie, les principales mafias rejettent ces engag&#233;-es. Mais partageant les m&#234;mes codes, il devient difficile de ne pas &#234;tre infiltr&#233;s par elles-eux. Le monde de la criminalit&#233; va donc &#233;laborer de nouvelles symboliques qui resteront secr&#232;tes, sorte de mots de passe internes. Les tatouages d&#233;j&#224; fort pr&#233;sents dans les prisons y prennent une place capitale, devenant de v&#233;ritables curriculums vitae. Pour qui sait les interpr&#233;ter, on peut y lire le pass&#233;, le temps purg&#233;, celui pass&#233; au goulag ou dans d'autres camps d'internements, le rang social au sein des &#171; voleurs dans la loi &#187;, et m&#234;me si la personne qui le porte peut tuer, commercer, fournir de la drogue ou organiser des &#233;vasions au sein m&#234;me de la prison. Ce langage tatou&#233; reste le plus vaste et complexe qui ait exist&#233;, organisant et r&#233;gissant toute une soci&#233;t&#233; parall&#232;le. Plus qu'une institution, le tatouage carc&#233;ral Russe devient l'articulation incontournable de tout un monde complexe. Il est sa loi, sa constitution, sa communication, sa hi&#233;rarchie et sa nomenclature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette guerre va aussi remettre le Japon devant les yeux de l'occident. L'holocauste nucl&#233;aire a modifi&#233; &#224; jamais la vision du monde de ce bassin du tatouage. Si l'impressionnante force de la tradition y a surv&#233;cu, les traumas de Nagasaki et d'Hiroshima vont peu &#224; peu peupler la culture japonaise de pessimisme, d'ambiances post-apocalyptiques, de fantasmes de fin du monde. Sous l'influence du brassage de l'apr&#232;s-guerre, le tatouage oriental va se diviser entre le pur traditionnel et une vision prise entre les influences ext&#233;rieures, la culture mill&#233;naire et le catastrophisme. &#192; l'inverse, toute une population occidentale se retrouve face &#224; une culture qu'elle avait pass&#233; sous silence, et le tatouage japonais, avec sa ma&#238;trise, ses dimensions, ses compositions complexes et sa couleur se diffuse de part le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous arrivons &#224; une &#233;poque d&#233;cisive en ce qu'elle porte en elle la premi&#232;re r&#233;volution musicale populaire : le rock n' roll. En partie venu des marginalaux, en partie d'une jeunesse beaucoup plus sage. Deux mondes oppos&#233;s et pourtant amalgam&#233;s dans un clich&#233; de jeunesse / voyouterie qui va perdurer jusqu'&#224; nos jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;troitement li&#233;e au cin&#233;ma et &#224; la diffusion de masse, cette mouvance avec ses h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233;s se r&#233;-empare du tatouage et de ses codes en pleine transformation. Les bandes fleurissent en dedans autant qu'en dehors de la criminalit&#233; avec des signes de reconnaissance, jusqu'&#224; investir les institutions, les coll&#232;ges et autres lyc&#233;es. Ces codes d'identification de bande rejouent la pi&#232;ce des bagnes, des gal&#232;res et des tribus, en y ajoutant un niveau plus large de l'identification collective &#224; une culture musicale, et un niveau plus intime avec l'identification individuelle au sein du groupe. L'ensemble &#233;tant encore une fois en opposition avec le reste de la soci&#233;t&#233;. Musique et tatouage vont d&#233;sormais rester intimement li&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es 60-70 sont une rupture culturelle et politique, et le tatouage est pris dans ce mouvement. Les combats f&#233;ministes le bousculent en deux points : premi&#232;rement, les rapports hommes / femmes bien enracin&#233;s vont subir une charge qui va, selon les tendances, d&#233;viriliser, s'approprier la virilit&#233;, d&#233;-f&#233;miniser ou au contraire sur-f&#233;miniser le tatouage. &#201;videmment, le socle sexiste reste en place, mais il est &#233;branl&#233;. Si le motif m&#234;me du tatouage reste g&#233;n&#233;ralement marqu&#233;, ce n'est d&#233;sormais plus forc&#233;ment en rapport avec le genre de la personne qui le porte. Les codes se brouillent, les possibilit&#233;s se multiplient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, la r&#233;appropriation du corps par les mouvements f&#233;ministes va jouer un r&#244;le d&#233;cisif. Le corps n'est plus seulement vu comme un rapport social (ou plut&#244;t, ce rapport est combattu), mais aussi comme un support d'&#233;mancipation individuelle. Si pour une part, les tatouages et autres modifications corporelles sont rejet&#233;es comme stigmates ali&#233;nant, ils sont par ailleurs repris et affirm&#233;s en tant que moyen de se r&#233;approprier son propre corps, d'en faire un lieu de lutte. Qu'on envisage le corps originel divin, ou celui vierge de l'int&#233;gration sociale (qui porte en lui les marques d'un formatage &#233;ducatif aux r&#244;les bien assign&#233;s de soumission et de domination), ce corps est repris par soi et pour soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois, le tatouage sort de ses codes. Et il sort aussi plus volontairement des v&#234;tements, pour affirmer d'autant plus la r&#233;appropriation du corps, avec en partie l'influence des ces tatouages japonais et de leurs dimensions in&#233;dites en occident. Pour celleux qui s'en emparent, le corps tatou&#233; passe d'un code social hi&#233;rarchisant &#224; une revendication d'individualit&#233; autonome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres luttes politiques ont de leur c&#244;t&#233; rapproch&#233; les marginalaux de milieux intellectuels, &#233;tudiants, ouvriers et militants. Le tatouage se d&#233;place dans diverses couches de la population, dans diverses cultures sociales et prend autant de valeurs diff&#233;rentes que de milieux qu'il rencontre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pacifisme, l'antimilitarisme et la culture hippie contribuent eux aussi &#224; casser en partie le sexisme du tatouage, le virilisme des armes et du combat laissant la place au naturalisme et aux symboliques spirituelles, se r&#233;appropriant d'autant plus l'influence orientale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au m&#234;me moment et &#224; l'oppos&#233;, les mouvements de bikers, et principalement celui des Hell's Angels, &#233;mergent, entre filiation des bandes du rock n' roll, nomadisme spirituel des hippies et r&#233;action ultra-viriliste &#224; la non-violence. Le tatouage y est tr&#232;s largement adopt&#233;, exaltant la puissance des hommes, celle de leur machines et un &#233;rotisme tr&#232;s marqu&#233; chez les femmes. Probablement dans un m&#234;me mouvement de r&#233;action &#224; la d&#233;ferlante politique du moment, des images violentes d&#233;viant parfois vers l'extr&#234;me-droite apparaissent. Ces mouvements vont tellement s'approprier le tatouage, qu'outre le fait que ses membres soient souvent tr&#232;s encr&#233;s, ils vont s'investir fortement dans la production des tatouages. Pendant plus de 30 ans, ils seront tr&#232;s nombreux &#224; ouvrir boutique, et auront une main mise sur le r&#233;seau du tatouage public, en v&#233;ritable mafia des studios.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette p&#233;riode particuli&#232;rement mouvement&#233;e, on assiste &#224; quelque chose que l'on avait jamais vu dans de telles proportions dans l'univers du tatouage : la naissance de diff&#233;rentes tendances, motifs et symboliques en un m&#234;me lieu et dans un m&#234;me temps. Le tatouage s'affirme, prend radicalement parti. Il devient un acte politique dans un monde politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sc&#232;nes musicales et milieux sociaux ou politiques commencent &#224; compter dans leurs rangs des tatoueureuses, g&#233;n&#233;ralement autodidactes. Prolongeant l'encre &#171; fait main &#187; de la prison, le tatouage fait ses pr&#233;mices d'autonomie dans le giron de la musique. Ce ph&#233;nom&#232;ne se d&#233;veloppe aussi dans l'&#233;mergence de ce que l'on appellera plus tard les &#171; tribus urbaines &#187;. Dans ces rapports de marginalit&#233;, de politique et de musique, le tatouage s'implante en profondeur, devient partie int&#233;grante de nouvelles culture qui apparaissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 70-80, les bouleversements continuent. Dans un contexte de crise sociale, le National Front se d&#233;veloppe sous l'Angleterre thatch&#233;rienne. Il va infiltrer le mouvement skinhead (originellement issu du brassage culturel et musical des immigr&#233;s jama&#239;cains et de la jeunesse populaire britannique, tribu urbaine tr&#232;s amatrice de tatouage) afin d'y recruter ses &#171; gros bras &#187;. La r&#233;action &#224; cette d&#233;rive ne se fait pas attendre, et le mouvement se divise entre traditionnels, n&#233;o-nazis et antifascistes. Les tatouages qui les accompagnent se font plus radicaux, jusqu'&#224; devenir des porte-drapeaux d'id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre &#233;l&#233;ment r&#233;volutionnaire de l'&#233;poque et qui a &#233;t&#233; la gen&#232;se des modifications corporelles d'aujourd'hui : le bouleversement artistique qui a accompagn&#233; les mutations politiques que l'on a vu. Rejetant en bloc toute forme de classicisme, de nombreux-ses artistes ont pris leur propre corps comme mati&#232;re premi&#232;re, comme support, et la performance comme lieu artistique &#233;ph&#233;m&#232;re en opposition avec l'&#339;uvre d'art habituelle, objet conservable et vendable. &#192; cette &#233;poque, il n'y a pas d'art qui ne soit ne serait-ce que sous-tendu par du politique. La revendication du corps pour lui m&#234;me, comme mati&#232;re vivante, organique et sociale, sa mise en danger, la recherche de ses limites, sa contrainte et sa libert&#233; occupent pour un temps la sc&#232;ne artistique. Orlan va se modifier physiquement pour ne plus &#234;tre r&#233;duite &#224; une &#171; cute girl &#187; (fille mignonne). Les organes sexuels se montrent comme parties inali&#233;nables d'un corps complexe et social et non plus comme les attributs d'une s&#233;gr&#233;gation sexuelle. Le &#171; beau corps &#187; est enfin remis en question, des dizaines d'ann&#233;es apr&#232;s la &#171; belle peinture &#187;. Les modifications chirurgicales, scarifications, tatouages, piercings extr&#234;mes s'imposent dans les performances, encore une fois comme r&#233;appropriation du corps, mais aussi comme r&#233;appropriation du beau qui ne peut plus &#234;tre une valeur absolue, mais un rapport individuel &#224; soi-m&#234;me. On se souvient alors des monstres de foires, de mod&#232;les tatou&#233;s, perc&#233;s, scarifi&#233;s. On red&#233;couvre ces &#171; freaks &#187;. C'est dans des milieux bien plus intellectuels qu'auparavant que les modifications corporelles reviennent. La soci&#233;t&#233; du corps moral et immacul&#233; est assaillie de toutes parts : depuis ses prisons, jusqu'&#224; sa jeunesse, de sa marginalit&#233; &#224; ses intellectuels, de sa culture populaire &#224; sa culture artistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire du tatouage se prolonge naturellement dans ce croisement de la musique, de l'art et de la marginalit&#233; dans le fameux &#171; sex, drugs and rock n'roll &#187;. Les exp&#233;riences sont extr&#234;mes et on explore toutes les possibilit&#233;s du physique, du mental et des sens. Le mouvement glam prolonge luttes et performances en jouant la carte de l'extravagance, d'une beaut&#233; nouvelle et d'une confusion des genres. Il sera aussi la passerelle entre la musique populaire et l'art. Il va emmener le tatouage sur des terrains d'autant plus visibles et provocants. Si ce dernier fait partie du show de la sc&#232;ne et du spectaculaire, il est toujours pr&#233;sent lorsque les maquillages et costumes sont enlev&#233;s. Il maintient l'ext&#233;riorisation d'une r&#233;volte en dehors des projecteurs. Il redit ce qu'il est pour les prisonnier-es et for&#231;at-es : un fait inali&#233;nable face &#224; la d&#233;possession syst&#233;matique d'individualit&#233; de l'univers carc&#233;ral. Encore une fois, l'oppression est d&#233;plac&#233;e depuis l'int&#233;rieur des prisons vers la soci&#233;t&#233; dite &#171; libre &#187;, et c'est face &#224; la normalisation sociale, aux bonnes m&#339;urs et &#224; l'&#339;il de plus en plus coercitif de l'&#233;tat que le tatouage se pose en outil de r&#233;-individualisation, de manifeste d'un choix de vie diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le punk va pousser le ph&#233;nom&#232;ne encore plus loin. Non seulement l'opposition &#224; l'establishment n'est plus un &#233;l&#233;ment, mais bien le fondement de ce mouvement, ses manifestations, tatouage y compris, n'en &#233;tant que plus d&#233;monstratives, mais en plus, il porte en lui ce qui va devenir le DIY. La musique n'est plus une affaire de professionnel-le, les v&#234;tements sont r&#233;cup&#233;r&#233;s et modifi&#233;s par celleux qui les portent, les squats se d&#233;veloppent. Ce qui &#233;tait d&#233;j&#224; en gestation dans l'autonomisation des sc&#232;nes s'affirme et le tatouage s'y enracine plus que jamais. Ce n'est plus simplement par une envie &#171; d'entre soi &#187; que les tatouages se pratiquent depuis l'int&#233;rieur m&#234;me de la sc&#232;ne, c'est d&#233;sormais une volont&#233; manifeste, un choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette mouvance qui croise &#233;troitement le politique et la musique, des groupes de lesbiennes, de gays, de f&#233;ministes arrivent. Le corps punk est un corps libre, et les motifs, dispositions et autres symboliques des tatouages se ressemblent tant par la r&#233;futation des genres et l'appartenance &#224; un m&#234;me mouvement, qu'ils varient par l'affirmation de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pouss&#233;e radicalement politique de groupes dans la lign&#233;e de CRASS va porter le DIY et la r&#233;flexion sociale au c&#339;ur d'un mouvement dont la musique n'est plus qu'un &#233;l&#233;ment parmi d'autres. L'anarchopunk pointe le bout de son nez. En opposition au syst&#232;me, &#224; l'&#233;tat, &#224; la social-d&#233;mocratie mais aussi face au punk commercial et labellis&#233;, face &#224; la d&#233;politisation du mouvement et &#224; ses idoles naissantes, il va propager une alternative d'action et d'autonomie. La r&#233;appropriation du corps revient encore une fois en force. Son ind&#233;pendance face &#224; des normes de genres, de valeurs morales et de subordination au travail combin&#233;e au DIY fait que tout un milieu contestataire s'&#233;quipe, se forme en autodidacte et partage ses connaissances et exp&#233;riences du tatouage &#224; une &#233;poque o&#249; les &#171; secrets &#187; sont jalousement gard&#233;s par les professionnels. Un tatouage positivement amateur et dynamique face &#224; un professionnalisme jaloux de son savoir. Dans ce mouvement lib&#233;rateur, les imageries explosent. Les motifs traditionnels du tatouage laissent la place &#224; l'expression graphique de chacun-une. La libert&#233;, le refus de l'autorit&#233; et la marginalisation volontaire se r&#233;investissent depuis l'encre du cachot vers un espace politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis les ann&#233;es 70, si le tatouage s'est donc clairement politis&#233;, il a aussi commenc&#233; &#224; amorcer sa popularisation. De plus en plus vu, de plus en plus montr&#233;, parfois m&#233;diatis&#233;, il commence &#224; toucher des couches de population qui ne sont pas forc&#233;ment engag&#233;es politiquement, musicalement ou ayant t&#226;t&#233; de la prison. L'av&#232;nement du petit &#233;cran y a tr&#232;s probablement contribu&#233;. Aux films et actualit&#233;s du cin&#233;ma se sont ajout&#233;s des feuilletons, des reportages, documentaires, &#233;missions de d&#233;bats, etc... Malgr&#233; la guerre froide omnipr&#233;sente, le monde se &#171; r&#233;tr&#233;cit &#187;. Le tatouage prend d'avantage d'importance dans la panoplie de voyouxte d&#233;j&#224; en amorce dans le cin&#233;ma. Ce que l'on a dit des artistes performeureuses s'ajoute &#224; une diffusion &#224; la fois plus populaire et m&#233;diatique du tatouage. Il faut aussi compter avec un aspect g&#233;n&#233;rationnel. Si la jeunesse du rock n' roll des ann&#233;es 50 flirtait avec la marginalit&#233;, elle constitue une partie des parents des enfants des ann&#233;es 70. Les jeunes g&#233;n&#233;rations cohabitent parfois d&#232;s l'enfance avec des personnes tatou&#233;es. C'&#233;tait bien &#233;videment d&#233;j&#224; le cas avec les enfants d'ancien-es prisonnier-es, mais d&#233;sormais, cette influence g&#233;n&#233;rationnelle ne se cantonne plus forc&#233;ment &#224; une imagerie criminelle et n&#233;gative. Petit &#224; petit, le tatouage entre dans les m&#339;urs. Ce ph&#233;nom&#232;ne va, de fait, aller en s'accroissant, chaque g&#233;n&#233;ration &#233;tant expos&#233;e &#224; un univers plus tatou&#233; que la pr&#233;c&#233;dente, avec une forme de banalisation progressive de l'encre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tatouage va donc suivre plusieurs &#233;volutions distinctes, parall&#232;les, parfois oppos&#233;es, mais &#233;tablissant souvent des passerelles en elles : des courants marginaux, qu'ils soient criminels ou politiques, des courants musicaux, des courants artistiques et des courants moins engag&#233;s, plus communs. Il serait un peu pr&#233;matur&#233; de parler de mode &#224; propos de ces derniers. Ce mot assez fort sera trop utile pour qualifier le boum du tatouage qui explosera tous ces codes quelques 20 ou 30 ans plus tard. On peut en parler en terme de &#171; tendance &#187;, pas dans un sens m&#233;diatique tr&#232;s synonyme de mode, mais dans le sens de &#171; tendre vers &#187;, comme une inclinaison progressive d'une population en direction d'un ph&#233;nom&#232;ne. Si cette &#171; tendance &#187; du tatouage touche encore tr&#232;s majoritairement les couches populaires, il se diffuse doucement dans les milieux plus confortables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces ph&#233;nom&#232;nes continuent &#224; s'accentuer tout au long des ann&#233;es 80. La soci&#233;t&#233; de consommation qui s'instaure et s'installe ne laisse pas le tatouage de c&#244;t&#233;. Par la m&#233;diatisation, par une banalisation encore timide mais bien en marche, par l'explosion de la production musicale, des clips, la tendance au tatouage se renforce. Encore une fois, le cin&#233;ma promeut une certaine vision. Toutes qualit&#233;s de films confondues, le tatouage revient en force &#224; l'&#233;cran. Bon ou mauvais, le h&#233;ros qui le porte (cette tendance est presque exclusivement masculine) est n&#233;cessairement violent, criminel ou militaire. Le tatouage se porte fermement sur les muscles. La fascination grandit, et l'identification aussi. Pour la premi&#232;re fois, le tatouage est vu d'un &#339;il positif, non pas par diff&#233;rentes sc&#232;nes musicales ou politiques, mais par toute une population consommatrice. La soci&#233;t&#233; occidentale, si elle a &#233;t&#233; touch&#233;e peu ou prou par la r&#233;volution du corps et les pouss&#233;es f&#233;ministes, reste fermement accroch&#233;e &#224; ses valeurs sociales et &#224; ses valeurs de genre. Et si le tatouage se d&#233;place dans des couches plus moyennes de la population, c'est rabattu sur les valeurs de cette soci&#233;t&#233;. Le tatouage de cette &#171; tendance &#187; s'installe, plein de testost&#233;rone, dans les foyers o&#249; le petit &#233;cran participe &#224; sa diffusion. Bien qu'encore assez rares et souvent vues d'un mauvais &#339;il, le nombre de boutiques augmente, les premi&#232;res revues sp&#233;cialis&#233;es paraissent, dans un univers affili&#233; ou, dans la plupart des cas, proche du milieu biker.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la chute du mur de Berlin et celle du bloc communiste, capitalisme et soci&#233;t&#233; de consommation dominent le monde de leur monopole politique. Le bloc de l'Est explose, et les fameux tatouages des prisons russes sortent des fronti&#232;res. Bien que la signification en reste secr&#232;te, peu &#224; peu les codes sont explor&#233;s, et dans certains milieux marginaux en Europe et aux &#233;tats-Unis, dans et hors des murs, le tatouage reprend en partie sa force symbolique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 90, ce qu'on appelle la mondialisation se met en place. Une mondialisation du march&#233;, un rapport de production / consommation qui devient plan&#233;taire o&#249; la toute puissance &#233;conomique et militaire des anciens alli&#233;s dominent. Dans ce contexte, les pays &#233;conomiquement forts l&#226;chent la bride &#224; la soci&#233;t&#233; de consommation qui s'&#233;tait mise en branle dans les ann&#233;es 80. Dans le m&#233;lange de ce consum&#233;risme, de l'envie de nouveaut&#233; (qui a en grande partie &#224; voir avec un monde &#224; direction d&#233;sormais unique) et de la pr&#233;sence de plus en plus visible du tatouage, les pr&#233;mices de ce qui sera un effet de mode se font jour. Au milieu de la d&#233;cennie, les classes moyennes commencent &#224; entrer plus volontiers dans les boutiques. Celles-ci se font plus nombreuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au tournant du si&#232;cle, c'est l'explosion. De quelques centaines d&#233;but 90, les boutiques se comptent par milliers dans les ann&#233;es 2000, et par dizaines de milliers dix ans plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution de la bulle Internet, l'arriv&#233;e progressive de professionnel-les ayant un v&#233;ritable bagage en dessin ou en graphisme, la multiplication des m&#233;dias, l'arriv&#233;e des conventions nationales puis internationales font que le tatouage se diffuse partout et &#224; une tr&#232;s grand &#233;chelle. De ce fait, la main mise du milieu biker sur la profession commence &#224; se disloquer, et finira par pratiquement dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Repris, diffus&#233;, &#171; communiqu&#233; &#187;, le tatouage perd de sa symbolique, de ses significations. Il devient progressivement plus ornemental que charg&#233; de sens. La culture du tatouage propre &#224; certains milieux marginaux ou musicaux se dilue peu &#224; peu dans la masse, et m&#234;me les codes les plus marqu&#233;s sont repris &#224; titre de d&#233;corations. De l'&#233;toile nautique &#224; la toile d'araign&#233;e au coude, de l'hirondelle au dragon japonais, du chat noir &#224; la t&#234;te de mort, rien n'y &#233;chappe. Par le processus qui vide une forme de son sens et de son histoire, toute une culture devient effet de mode. Il est d'ailleurs assez paradoxal qu'une mode, par essence &#233;ph&#233;m&#232;re, se fixe sur une pratique aux r&#233;sultats permanents. Ces nouvelles tendances se posent donc sur des motifs particuliers qui passent de mode les uns apr&#232;s les autres. La p&#233;riode dauphins, la p&#233;riode aigles et indiens, la p&#233;riode f&#233;es, la p&#233;riode &#233;toiles, la p&#233;riode calligraphie chinoise, etc, etc... Le paradoxe entre mode et permanence n'&#233;chappe d'ailleurs pas &#224; ce ph&#233;nom&#232;ne d&#233;sormais mondial : de plus en plus de firmes, de laboratoires et de professionnel-les tendent &#224; chercher d'avantage de moyens de rendre le tatouage &#233;ph&#233;m&#232;re. Encres non-permanentes, d&#233;-tatouage laser de plus en plus efficace, recherche de cr&#232;mes et traitements d&#233;-tatouants, autant de tentatives pour que l'effet de mode ne soit plus entrav&#233; par la permanence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; ph&#233;nom&#232;ne tatouage &#187; s'installe de plus en plus dans la soci&#233;t&#233;, touchant d'autant plus de personnes, d'avantage de professionnel-les et g&#233;n&#233;rant toute une &#233;conomie, il entra&#238;ne des cons&#233;quences jusque-l&#224; in&#233;dites. D'une part, les tatoueureuses se cherchent une l&#233;gitimit&#233; dans le monde du travail : en Angleterre, en Suisse, Allemagne, Belgique, Italie, Norv&#232;ge, Canada, USA, Chine, Australie, des associations ou syndicats existent depuis 1975, avec une visibilit&#233; de plus en plus l&#233;gale et accept&#233;e. En 2003, le premier syndicat Fran&#231;ais de tatoueureuses est cr&#233;&#233; : le SNAT (Syndicat National des Artistes Tatoueurs) . D'autre part, les &#233;tats entreprennent de l&#233;gif&#233;rer sur une activit&#233; qu'ils ne peuvent plus ignorer, que ce soit au niveau l&#233;gal, financier ou au niveau de l'hygi&#232;ne. Les premi&#232;res tentatives en ce sens sont extr&#234;mes et stigmatisantes : le 20 f&#233;vrier 2008, l'acad&#233;mie de m&#233;decine fran&#231;aise cat&#233;gorise les personnes tatou&#233;es en ces termes : &#171; Ces modifications corporelles correspondaient d'abord &#224; des camouflages avant de devenir un rite initiatique du passage de l'enfance &#224; l'&#226;ge adulte, ont un lien avec certains modes de vie ou comportements sociaux. Elles traduisent plusieurs &#233;tats : perception n&#233;gative des conditions de vie, mauvaise int&#233;gration sociale, souci d'am&#233;lioration de l'image de soi, pr&#233;cocit&#233; des rapports sexuels avec grand nombre de partenaires, homosexualit&#233;, usage de drogues et consommation d'alcool, activit&#233;s illicites et appartenance &#224; un &#171; gang &#187;, mauvaises habitudes alimentaires. &#187; Les syndicats r&#233;agissent et la HALDE (Haute Autorit&#233; de lutte contre les discriminations et pour l'&#233;galit&#233;) est saisie. Si le tatouage professionnel se trouve petit &#224; petit l&#233;galis&#233;, encadr&#233;, institutionnalis&#233;, par effet de r&#233;action, le tatouage traditionnel et culturel plus marginal est montr&#233; du doigt. Tout un monde qui vivait sur une marge permanente, ni l&#233;gale ni ill&#233;gale, se trouve fractionn&#233;. Le mouvement qui l&#233;galise une activit&#233; ill&#233;galise tout ce qui est hors d'elle en m&#234;me temps. Les tatoueureuses rest&#233;-es hors des boutiques sont d&#233;sormais ill&#233;gales-aux, tant au niveau de la fiscalit&#233; qu'&#224; celui de la l&#233;gislation du travail et jusqu'&#224; l'hygi&#232;ne. Les syndicats appuient cette &#171; ill&#233;galisation &#187; pour deux raisons : premi&#232;rement, l'argument de la concurrence d&#233;loyale, chaque tatoueureuse travaillant dans l'ill&#233;galit&#233; peut &#234;tre la source d'un manque &#224; gagner, d'une perte de client&#232;le. Ensuite, le fait de s'&#234;tre oppos&#233;s &#224; des d&#233;cisions d'&#233;tat les a amen&#233;s autour de la table des n&#233;gociations. L'obtention d'am&#233;nagements ne peut pas se faire sans contrepartie, et c'est une collaboration entre &#233;tats et professionnel-les qui s'instaure. Prenant place dans cette nouvelle &#171; chasse aux sorci&#232;res &#187;, les syndicats en viennent &#224; d&#233;noncer leurs pendants d&#233;sormais ill&#233;gaux et &#224; participer &#224; l'action criminalisante de l'&#233;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s des si&#232;cles de marginalisation, le tatouage se rev&#234;t &#224; nouveau de certains aspects tribaux de ses origines. Si ses motifs ont explos&#233; et se sont multipli&#233;s &#224; tel point qu' aujourd'hui, bien que tout ne soit pas tatouable, tout peut &#234;tre envisag&#233; en tatouage, ce dernier commence &#224; redevenir la marque d'int&#233;gration qu'il a pu &#234;tre dans les civilisations tribales. De plus en plus cher, de plus en plus virtuose, il se rapproche de la tendance artistique qui s'est ouverte dans les ann&#233;es 60-70. Il devient difficile au commun des mortels de s'en faire faire un, et les couches les plus populaires s'en trouvent de plus en plus exclues. Si les codes d'importance sociale des pratiques ancestrales se r&#233;p&#232;tent, ce n'est plus vis-&#224;-vis d'un statut, mais bien, et dans le m&#234;me sens vers lequel la soci&#233;t&#233; enti&#232;re a &#233;volu&#233;, par rapport &#224; une situation de confort financier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, le tatouage marginal a lui aussi &#233;volu&#233;. Si la pratique &#224; l'int&#233;rieur des murs n'a &#233;t&#233; que peu sensible &#224; la professionnalisation (pas de concurrence d&#233;loyale, ill&#233;galisme &#171; mineur &#187; exerc&#233; dans un milieu confin&#233; de hors-la-loi, d'ill&#233;galismes &#171; majeurs &#187;), il a n&#233;anmoins subi une partie de l'effet de mode, et ses codes habituels ont &#233;volu&#233; vers une pratique plus d&#233;corative que signifiante. Hors les murs, une tendance similaire &#224; celle du march&#233; noir a vu le jour. Une sorte de professionnalisme &#171; hors-la-loi &#187;. Il s'agit pour une part de personnes qui travaillaient de cette mani&#232;re avant la vague de l&#233;galisme, et qui ont simplement fait le choix de continuer &#224; fonctionner de la m&#234;me mani&#232;re, et d'autre part de personnes cherchant &#224; &#233;viter taxes et investissements tr&#232;s lourds de mise au norme d'une boutique, &#224; maintenir des prestations sociales ou avoir une autre activit&#233; (professionnelle celle-l&#224;) et conserver la pratique du tatouage en compl&#233;ment ou en loisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Restent les cultures du tatouage marginal des sc&#232;nes musicales et / ou politiques. Celles-ci restent fermement attach&#233;es &#224; l'ind&#233;pendance qui &#233;tait la leur. Le milieu DIY a, tout au long de ces ann&#233;es de transformations politiques, continu&#233; &#224; d&#233;velopper des pratiques d'autonomisation de l'individu-e. Chaque nouvelle loi &#233;tant &#224; la fois une r&#233;action face &#224; une r&#233;sistance et le signe de cette r&#233;sistance, il s'empare du tatouage en tant que lieu de lutte individuel et collectif. Face &#224; l'effet de mode esth&#233;tisant, il a d&#233;velopp&#233; des formes et des graphismes diff&#233;rents, alternatifs, d&#233;montant en grande partie la forme forc&#233;ment tr&#232;s identifi&#233;e sexuellement de toute esth&#233;tique institutionnelle de l'individu-e. Le tatouage qui &#233;tait, avant la professionnalisation, le lieu d'une lutte de r&#233;appropriation du corps, de l'esth&#233;tique, devient en plus celui d'une autre r&#233;sistance face &#224; l'&#233;tat, &#224; la loi, &#224; la marchandisation de ce corps.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2) Enjeux du tatouage contemporain, id&#233;ologies et &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans le tatouage contemporain, si l'aspect purement tribal existe encore dans certaines parties pr&#233;serv&#233;es de la plan&#232;te, on peut envisager une vision globale. Bien s&#251;r, certaines traditions sont fermement attach&#233;es aux territoires dont elles sont issues, marquant la pratique locale et se diffusant &#224; l'international. Mais par ces transferts, c'est une notion de style plus que de culture qui s'affiche sur la sc&#232;ne du tatouage. La professionnalisation s'&#233;tend &#224; tous les pays industrialis&#233;s, cependant qu'il reste une pratique traditionnelle ou artisanale dans les pays les plus pauvres. Seules les populations noires d'Afrique ne le pratiquent que peu ou pas du tout : l'encre ne ressort que tr&#232;s peu sous les peaux les plus sombres. Celles-ci, par contre, r&#233;agissant tr&#232;s fortement &#224; la cicatrisation et cr&#233;ant des ch&#233;lo&#239;des (excroissances de chair dues &#224; la sur-cicatrisation d'une plaie), ont des rendus particuli&#232;rement visibles sur les scarifications. En plus du per&#231;age et autres dilatations, c'est vers ces modifications corporelles que ces cultures se sont initialement orient&#233;es. Il faut tout de m&#234;me noter l'importance des tatouages de prisonnier-es, le plus fr&#233;quemment noir-es, d'Afrique du sud qui, sans atteindre la complexit&#233; du langage de l'encre des criminel-les Russes, est devenu une culture de codes &#224; part enti&#232;re. Ce qui suit n'a donc pas de pr&#233;tention universelle, mais peut s'apparenter &#224; une tendance fortement dominante au niveau mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il soit abstrait, symbolique ou figuratif, le tatouage fait image. Il est avant tout social, en permanent va et vient entre l'individuel et le collectif. On peut proposer une lecture en quatre tendances :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- Une r&#233;appropriation du corps est un travail priv&#233;, une reconqu&#234;te personnelle de l'individu. Mais elle n'existe qu'en face de codes collectifs ressentis comme oppressants, ali&#233;nants, et c'est face &#224; ce collectif que le tatouage va projeter une image d'opposition. Le simple fait d'&#234;tre port&#233; est suffisant dans cette projection &#171; contre &#187;, car, quelque soit le motif, le tatouage est la marque d'un choix, d'une prise de parole, d'un acte volontairement diff&#233;renciant sur son propre corps. &#201;videmment, le motif peut venir moduler cette marque : il peut, selon la repr&#233;sentation choisie, adoucir ou au contraire renforcer cette prise d'ind&#233;pendance, cette opposition. On peut parler dans ce cas de tatouage individualisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- Le tatouage peut aussi &#234;tre un rapprochement de l'individuel et du collectif. Dans ce cas, ce dernier est g&#233;n&#233;ralement d&#233;fini comme un groupe, une bande, un gang, un collectif bien plus petit qu'une soci&#233;t&#233; et souvent oppos&#233; &#224; elle. La reconqu&#234;te de soi passe par un acc&#232;s &#224; une identification collective. La symbolique ou la figuration choisie le sera g&#233;n&#233;ralement selon des codes esth&#233;tiques communs. L'acte du tatouage en lui m&#234;me reprend une part de l'&#233;preuve initiatique tribale qui soude socialement un groupe. Mais ici, ce n'est plus au sein d'un code global, mais partag&#233;e dans une fraction de cette globalit&#233; et oppos&#233;e &#224; elle. La diff&#233;rence fondamentale entre l'esprit tribal et cet esprit de marque collective r&#233;side dans le choix de s'engager dans ce collectif ou pas. Le tatouage se rev&#234;t alors d'une force symbolique de &#171; passage &#224; l'acte &#187; volontaire. M&#234;me si ces diff&#233;rents groupes sont loin d'&#234;tre tous politiques ou politis&#233;s, on pourrait n&#233;anmoins parler de tatouage militant, car il figure autant la pr&#233;sence du groupe lui m&#234;me que l'appartenance de l'individu au groupe. Au niveau tant individuel que collectif, il fait acte de propagande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- Les milieux carc&#233;ralis&#233;s, les milieux de la d&#233;linquance perp&#233;tuent leur culture de l'encre. La relation entre individu-es et collectif y est plus conflictuelle qu'ailleurs : si le tatouage reste l'acte inali&#233;nable des d&#233;poss&#233;d&#233;-es ou la trace ind&#233;l&#233;bile de leur passage entre quatre murs, il reste un enjeu &#224; tiroirs. Syst&#233;matiquement oppos&#233; &#224; la soci&#233;t&#233;, il peut &#234;tre individualisant envers et contre tout (et contre tous-tes), identitaire vis &#224; vis d'un groupe ou d'un gang &#224; l'int&#233;rieur des murs, une affiliation &#224; la population carc&#233;rale en g&#233;n&#233;ral tout en y &#233;tant diff&#233;renciant : les enjeux de pouvoirs et de territoires physique ou para-commerciaux peuvent &#234;tre extr&#234;mement violents en prison, et &#224; la mani&#232;re des prisonnier-es Russes, le tatouage peut &#234;tre un signe distinctif et indicateur de r&#244;le ou de grade &#224; l'int&#233;rieur d'un collectif en m&#234;me temps qu'il affirme ce collectif. Cette culture du tatouage est le constat d'un enfermement subit puis revendiqu&#233; comme une part d'identit&#233;. On pourra parler de tatouage carc&#233;ral puisqu'il affirme ce constat et cette revendication, qu'elle soit individuelle ou collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4- Il existe d&#233;sormais un nouveau ph&#233;nom&#232;ne du tatouage qui va int&#233;grer l'individu-e au collectif dans un sens bien plus large, celui d'une soci&#233;t&#233;. C'est une tendance en pleine transition vers une h&#233;g&#233;monie sur toutes les autres : totalement int&#233;gr&#233;e dans le milieu du spectacle musical et commercial, dans le cin&#233;ma (tant au niveau des vrais tatouages des vedettes que des &#339;uvres de fiction mettant le tatouage en sc&#232;ne), dans beaucoup de milieux sportifs tr&#232;s d&#233;monstratifs au point de vue physique (Ce qui est loin d'&#234;tre anodin lorsqu'on parle de marquage et de rapport au corps), cette tendance est m&#233;diatis&#233;e, diffus&#233;e, montr&#233;e en exemple. Toute une population s'en empare, majoritairement jeune bien que touchant pratiquement tous les &#226;ges, r&#233;futant l'aspect d&#233;socialisant au point de vue de la soci&#233;t&#233; pour quelque chose de purement esth&#233;tique ou porteur de sens personnel et sans cons&#233;quence sur la bonne marche de cette m&#234;me soci&#233;t&#233;. &#192; la fois propuls&#233; par le spectacle du showbiz et adopt&#233; par une population relativement mixte du point de vue de la classe sociale, ce ph&#233;nom&#232;ne va recouvrir peu &#224; peu l'ensemble de la soci&#233;t&#233;, les g&#233;n&#233;rations ayant pleinement int&#233;gr&#233; cette vision particuli&#232;re du tatouage acc&#233;dant progressivement aux affaires. Le conflit g&#233;n&#233;rationnel historiquement en place depuis l'av&#232;nement du rock n'roll est en train de se dissoudre par la masse, par la m&#233;diatisation et la l&#233;gislation. Cette tendance se distingue des autres en ceci que le rapport de l'individu au collectif ne se fait plus &#171; contre &#187;, du moins, en apparence : il faut bien remarquer qu'une affiliation se fait toujours face &#224; des r&#233;sistances. Une affiliation &#224; la norme ne peut exister que pour affirmer une non appartenance au &#171; hors norme &#187;, celle par rapport &#224; une soci&#233;t&#233;, un &#233;tat ou une nation ne se fait que par peur, rejet ou volont&#233; de distinction de l'ext&#233;rieur, d'un-e &#171; ennemi-e int&#233;rieur-e &#187; ou de quoi que ce soit qui ne correspondent pas aux codes promulgu&#233;s. Une esth&#233;tisation du corps se fait par adh&#233;sion &#224; une vision esth&#233;tique collective, et rejette de ce fait tout ce qui se situe en dehors de cette esth&#233;tique. Cette tendance du tatouage est clairement &#171; contre &#187; le laid, le moche, &#171; contre &#187; le d&#233;socialisant, &#171; contre &#187; le hors-normes. Elle devient facteur d'int&#233;gration sociale au sens pacifi&#233; du terme, d'une int&#233;gration &#224; la soci&#233;t&#233; enti&#232;re. Bien que, comme on l'a vu, l'aspect permanent du tatouage soit paradoxal par rapport &#224; une mode par d&#233;finition &#233;ph&#233;m&#232;re, on parlera ici de tatouage de mode, ou de mode du tatouage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on peut distinguer ces quatre tendances du tatouage, elles sont perm&#233;ables entre elles, et les va et viens sont incessants de l'une &#224; l'autre. Un tatouage carc&#233;ral peut tendre vers la mode, un tatouage militant peut piocher dans l'individualisant etc. Chacun de ces croisement vient moduler, renforcer ou adoucir les motivation &#171; pour &#187;, &#171; contre &#187;, &#171; face &#224; &#187; ou &#171; ind&#233;pendant &#187; d'un groupe, une soci&#233;t&#233; de groupes, une soci&#233;t&#233; tout court. Dans tous les cas, il y a une image individuelle en regard d'une notion collective. Ce regard r&#233;ciproque, cette tension prend la forme d'un rapport, qu'il soit rapport de nombre (masse / unicit&#233;), de norme (homog&#233;n&#233;isation / distinction), institutionnel (l&#233;galisme / marginalit&#233; et d&#233;linquance) ou encore de morale (vertu / d&#233;viance). Ces rapports antagonistes sont des rapports de force, des rapports de pouvoir / contre-pouvoir, des rapports politiques. Si l'aspect et le motif d'un tatouage ne portent pas forc&#233;ment une lisibilit&#233; de ces rapports, l'acte et le choix de s'en saisir en d&#233;coulent n&#233;cessairement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; la p&#233;riode r&#233;cente de la mode du tatouage, ces rapports &#233;taient sous-entendus en permanence. Depuis le tatouage tribal indicateur de rang social, &#224; la marque d'infamie, de l'ornement guerrier ou sensuel Japonais au tatouage carc&#233;ral, du tatouage individualisant au militant, la charge politique &#233;tait affirm&#233;e. La nouvelle vague tend-elle &#224; changer la donne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tatouage est donc en plein milieu de l'une de ses grandes transitions, comme ont pu l'&#234;tre l'arriv&#233;e des religions monoth&#233;istes ou le retour de l'encre en occident lors de l'expansion coloniale, de l'esclavage et de la rentabilisation de la peine criminelle. La soci&#233;t&#233; de consommation d&#233;sormais mondialis&#233;e et les politiques qui l'appuient s'emparent de tout ce qui est &#233;conomiquement exploitable. Le tatouage, en tant que v&#233;hicule visuel a &#233;t&#233; compl&#232;tement happ&#233; dans cette tendance. On peut se poser la question de ce succ&#232;s tout particulier. L'envergure du ph&#233;nom&#232;ne n'a que peu de pr&#233;c&#233;dents, hormis les raz-de-mar&#233;e de certains mouvements musicaux. La fa&#231;on qu'a eu le tatouage de s'imposer est &#224; elle seule distincte des autres ph&#233;nom&#232;nes mondiaux. Chronologiquement, on assiste habituellement &#224; une petite &#233;tincelle localis&#233;e qui explose et contamine toute une partie du monde tr&#232;s rapidement. Suit g&#233;n&#233;ralement une stabilisation qui vient peu &#224; peu banaliser le mouvement, puis un d&#233;clin progressif ou rapide selon le cas, puis une autre explosion se d&#233;clenche ailleurs. L'arriv&#233;e du tatouage de mode a &#233;t&#233; bien plus progressive. Non seulement d'un point de vue purement mat&#233;riel, le nombre de boutiques de professionnel-les et de tatoueur-euses ind&#233;pendant-es ou marginalaux n'a pu s'adapter &#224; cette demande grandissante qu'avec du temps, mais, en plus, l'aspect d&#233;finitif, la douleur qui peut accompagner l'acte ont refr&#233;n&#233; nombre de personne susceptibles de s'y int&#233;resser. Pr&#232;s de quinze ans apr&#232;s son initialisation, cette phase d'explosion n'est pas encore achev&#233;e. Le ph&#233;nom&#232;ne, loin de stagner, continue &#224; prendre de l'ampleur. Or la dangerosit&#233; n'est pas rentable : non seulement le danger fait fuir le public, mais quand bien m&#234;me la client&#232;le serait pr&#233;sente, ce danger d&#233;cupl&#233; par le nombre se reporterait sur le commerce, menacerait l'&#233;conomie, la soci&#233;t&#233;. Mais si la fascination populaire pour la criminalit&#233;, l'ill&#233;galisme et la r&#233;bellion sont compens&#233;s par la peur de leur r&#233;alisation concr&#232;te, le trio consommation / communication / pacification peut &#171; d&#233;sarmer &#187; ces fascinations et les exploiter &#233;conomiquement sans crainte de leurs effets r&#233;els. Fantasme de la piraterie, imagerie et slogans DIY en publicit&#233; pour de grandes marques, reprise de l'imagerie punk rock dans la mode vestimentaire, capillaire et encore une fois publicitaire, utilisation d'images de r&#233;voltes ou d&#233;tournement de symboles r&#233;volutionnaires pour des annonceurs souvent &#233;conomiques (banques, assurances, produits p&#233;troliers), les exemples se bousculent d'imageries contestataires rendues inoffensives par l'&#233;vacuation de leur contenu et la dilution de leur aspect visuel dans la masse. Il n'est pas question de crier &#224; la r&#233;cup&#233;ration concert&#233;e ou au complot syst&#233;matique. Bien que cela permette souvent de d&#233;sincarner et de d&#233;sarmer certaines r&#233;voltes, l'int&#233;r&#234;t est bien plus &#233;conomique que politique, une forme de consommation de r&#233;volte sans danger. Le plus souvent, ces d&#233;tournements prennent naissance dans des initiatives individuelles sur de petites entreprises commerciales ou de communicants, amen&#233;s fr&#233;quemment par des personnes ou groupes de personnes issues des mouvements en question sans intention manifeste de leur nuire, mais d'une simple envie de &#171; vivre de ce qu'on aime &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est en jeu dans cette mode du tatouage, c'est donc une diffusion massive, un d&#233;samor&#231;age de l'acte individualisant, carc&#233;ral ou militant au profit d'une esth&#233;tique du simple motif, un rapport commercial dominant, et une l&#233;galisation, &#224; la fois du point de vue des pouvoirs publics que de l'organisation des professionnel-les en syndicat. Une &#171; mondialisation &#187; du tatouage. Mais ce n'est pas parce que la r&#233;sistance en a &#233;t&#233; &#233;dulcor&#233;e que celui-ci n'est plus politique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un effet de mode est n&#233;cessairement porteur d'id&#233;ologie : outre le fait qu'il est amorc&#233; depuis les sph&#232;res m&#233;diatiques du spectacle et du vedettariat, qui sont des milieux totalement int&#233;gr&#233;s dans une soci&#233;t&#233; communicante et commerciale, le tatouage &#171; int&#233;grant &#187; est bel et bien porteur de valeurs, et ce sont les valeurs de la soci&#233;t&#233; qui les porte. R&#233;cup&#233;rant et piochant dans les diff&#233;rentes cultures des symboliques et des motifs, l'effet de mode les rabat sur les canons de beaut&#233; contemporains, vid&#233;s des enjeux sociaux des milieux qui les ont vus na&#238;tre. L'acte en lui m&#234;me, la marque, perdent de leur sens au profit du seul r&#233;sultat visuel, au profit d'une esth&#233;tique homog&#233;n&#233;isante. L'id&#233;ologie de la mode est celle de la soci&#233;t&#233; qui la v&#233;hicule, recouverte d'une extravagance ou d'une nouveaut&#233; qui tendent &#224; la faire oublier. La mode est l'agent infiltrant de l'id&#233;ologie d'&#233;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce m&#233;lange commercial et m&#233;diatique, comme on l'a vu, le niveau technique des tatoueureuses a explos&#233;. Les qualit&#233;s de dessin quasi facultatives il y a une trentaine d'ann&#233;es sont devenues indispensables aujourd'hui, avec r&#233;guli&#232;rement de nouveaux apports provenant du graphisme, de la peinture, de l'infographie qui s'ajoutent au panel des possibilit&#233;s. L'aspect &#171; artistique &#187; devient de fait de plus en plus pr&#233;sent et, en tant que nouvellaux artistes, les tatoueureuses acc&#233;dant au statut de star, de vedette, sont toujours plus nombreureuses. Les pi&#232;ces r&#233;alis&#233;es grandissent, se colorent, deviennent toujours plus virtuoses. Sous le regard des valeurs v&#233;hicul&#233;es, ce n'est pas anodin : le r&#233;sultat primant sur le sens, ce r&#233;sultat prenant un aspect qualitatif (sur l'esth&#233;tique) et quantitatif (la surface, ou l'homog&#233;n&#233;isation des surfaces entre elles), il devient comparable, mesurable &#224; un autre. Entre professionnalisation et mise en vue de ces nouvellaux &#171; artistes &#187; tatoueureuses, le tatouage devient un objet pr&#233;cieux &#224; collectionner, une marque de valeur, une forme sociale du traditionnel signe ext&#233;rieur de richesse. Financi&#232;rement inabordable pour toute une partie de la population, et acc&#233;dant progressivement au statut d'objet de luxe, il affirme un statut social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre cons&#233;quence de l'explosion artistisante, le corps, s'il est rest&#233; un enjeu, est devenu tout &#224; la fois un support et un objet de mise en valeur. Il n'est plus &#224; se r&#233;approprier mais &#224; ornementer pour s'aligner sur un canon de beaut&#233;. Les tatouages se sont en effet mis &#224; suivre les lignes du corps pour les affirmer, les souligner. Un motif esth&#233;tique en lui m&#234;me qui va esth&#233;tiser un corps. Les canons de beaut&#233; &#233;tant toujours aussi implant&#233;s dans leurs clich&#233;s de genre, ces tatouages de &#171; mise en valeur &#187; vont affirmer des chutes de reins, des poitrines dans des exacerbations &#233;rotiques du c&#244;t&#233; des femmes, et souligner des musculatures, des statures virilisantes pour les hommes. De ce point de vue, les boutiques de tatouages se rapprochent de plus en plus des salons d'esth&#233;tique, avec maquillage permanent, pose de faux ongles d&#233;coratifs, bronzage artificiel et &#233;pilation y compris masculine. Les salles de musculations et autres remises en forme n'ont jamais aussi bien march&#233;. Le corps devient un enjeu crois&#233; de sant&#233; et d'esth&#233;tique. On ne cherche plus &#224; s'approcher de son propre corps, mais d'un corps id&#233;alis&#233; beau et fort. Une id&#233;ologie qui, certes n'est pas encore pouss&#233;e &#224; son paroxysme, mais dont les effluves fascisantes sont difficiles &#224; ignorer. La notion de &#171; mise en valeur &#187; est tr&#232;s claire en ce sens : par le prix et la marque de niveau social qu'imprime le tatouage, le corps prend une &#171; valeur &#187; financi&#232;re, autant qu'il prend une &#171; valeur &#187; sociale marquant le degr&#233; d'affiliation du corps &#224; l'id&#233;ologie esth&#233;tique de la soci&#233;t&#233;. L'id&#233;e de &#171; valeur &#187; elle-m&#234;me rejouant la carte de ce qui est quantifiable et comparable, de ce qui a un rang et une place, de ce qui est mis en concurrence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec cette expansion et une fois le processus de tatouage d&#233;sarm&#233; de ses forces contestataires, la culture g&#233;n&#233;rale y est ramen&#233;e, principalement par les professionnel-les, par le biais des magazines papier et d'internet, et de livres th&#233;matiques. Articles sur les for&#231;at-ates, les marins, les prisonnier-es de diff&#233;rents pays et diff&#233;rentes &#233;poques, sur les cultures musicales, les gangs, les symboliques particuli&#232;res de tel ou tel motif traditionnel, des reportages ethnographiques sur des populations ayant conserv&#233; une culture tribales du tatouage, etc... Le r&#233;sultat en est une forme d'historisation, une mise au pass&#233; de toutes ces cultures, ce qui permet de mieux d&#233;gager le tatouage contemporain de toute intensit&#233; &#171; contre &#187;, tout en l'implantant dans l'inconscient collectif comme l'aboutissement d'un parcours historique. La reprise de tout motif porteur de sens, ne l'est plus que par esth&#233;tique, ou hommage historique perdant la force subversive de l'original. &#192; la fois justifiante et d&#233;sincarnante, cette remise en culture pose le tatouage de mode comme mod&#232;le actuel unique, niant de ce fait toute culture vivante mais marginale ou alternative du tatouage. D'un c&#244;t&#233;, le mode de production du tatouage de mode fait dispara&#238;tre en &#171; creux &#187; toute autre forme de tatouage contemporain, de l'autre, la l&#233;gif&#233;ration et la professionnalisation les combattent non pas comme des cultures oppos&#233;es ou simplement non-affili&#233;es, mais, on l'a vu, comme une d&#233;rive de la profession, un travail au noir d&#233;sarm&#233; de toute autre volont&#233; que de faire de l'argent facile au m&#233;pris des tatou&#233;-es qui ne sont plus d&#233;sormais que des client-es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue du tatouage de mode, des verdicts tombent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le tatouage individualisant n'est plus qu'une recherche d'originalit&#233; du motif, ou de particularisme de r&#233;f&#233;rence (initiales, pr&#233;noms, dates de naissance, signes astrologiques, allusions &#224; une passion ou &#224; un m&#233;tier etc...). Le corps n'a plus rien d'un enjeu, c'est un support d'esth&#233;tique socialisante. D'individualisant, le tatouage devient personnalis&#233;. De prise d'ind&#233;pendance, il devient alignement identitaire esth&#233;tique, une valeur sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le tatouage militant n'existe gu&#232;re plus que dans l'arm&#233;e, ou il n'est de toutes fa&#231;ons plus &#171; contre &#187; un autre collectif plus englobant et oppressant, mais encore une fois une forme, certes distinctive, mais absolument participative de la soci&#233;t&#233;. On le retrouve aussi dans d'autres milieux tous rattach&#233;s &#224; une institution : affiliation &#224; un club sportif, nationalisme des drapeaux et cartes de pays, ne restent que quelques cultures urbaines ou musicales enfouies dans la masse et la r&#233;cup&#233;ration par la mode du tatouage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le tatouage carc&#233;ral, qui ne se pr&#234;te que tr&#232;s peu &#224; l'esth&#233;tique, est g&#233;n&#233;ralement mis &#224; l'&#233;cart, en marginalit&#233; non seulement sociale, mais aussi historique, le rel&#233;guant &#224; quelque chose du pass&#233;, &#224; une forme d'&#226;ge d'or &#233;ventuellement nostalgique et niant le plus souvent son existence contemporaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tatouage de mode est bel et bien politique : non seulement il combat, d&#233;samorce et met &#224; terre par tous les moyens &#224; sa disposition les formes qu'on pourra d&#233;sormais qualifier d'alternatives du tatouage, leur niant tout aspect politique en les rel&#233;guant au pass&#233; ou en les requalifiant de d&#233;rives de ses propres valeurs commerciales (travail au noir, argent facile etc...), mais il v&#233;hicule ses propres id&#233;ologies. Id&#233;ologie du corps id&#233;al, id&#233;ologie lib&#233;rale et sexiste, uniformisation de la population dans une recherche commune d'int&#233;gration. C'est d&#233;finitivement un pouvoir qui s'exerce ici. Pouvoir social, pouvoir du savoir (exclusivit&#233; et statut des professionnel-es via les autorit&#233;s), un pouvoir politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si au vu des qualit&#233;s d'ex&#233;cution du tatouage professionnel actuel, nombres de populations tatou&#233;es &#171; hors-mode &#187; se sont tourn&#233;es vers les boutiques (nombre de gangs, de groupes de motards ou autres affiliations musicales ont eu quelqu'un-e de l'int&#233;rieur pass&#233;-e professionnel-le, et ont de fait leur boutique attitr&#233;e), il reste malgr&#233; tout, encore aujourd'hui, une forte pr&#233;sence du tatouage alternatif. Elle vient du milieu carc&#233;ral (et encore, d'ici &#224; ce qu'on ouvre des boutiques en prison pour &#171; r&#233;duire les risques sanitaires &#187; ou &#171; emp&#234;cher la trop forte stigmatisation lors de la sacro-sainte r&#233;insertion &#187;), qui, ne serait-ce que mat&#233;riellement, reste amateur de fait, et aussi de milieux clairement politiques, qui ne s'engagent pas sur la voie du tatouage de mode non pas par manque de moyen, mais par choix. Entre autres, les milieux autonomes, DIY et anarchopunks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces milieux, l'enjeu du tatouage n'a jamais jamais &#233;t&#233; celui d'un acte pour lui m&#234;me. Il est, comme on l'a vu, un moyen de r&#233;appropriation du corps, d'exposition d'id&#233;es, mais aussi une technique &#224; s'emparer en toute autonomie, comme peuvent l'&#234;tre la m&#233;canique, la s&#233;rigraphie, ou tout autre moyen d'augmenter sa capacit&#233; &#224; l'autogestion. Autre exploration, celle du rapport tatoueureuse / tatou&#233;-es, qui essaie de se d&#233;gager du rapport professionnel-le / client-e : ce rapport est porteur d'&#233;norm&#233;ment de pouvoir : pouvoir du savoir, pouvoir qui s'instaure entre professionnel-le agissant et client-e subissant, rapport d'une douleur contr&#244;l&#233;e par l'un-e et inflig&#233;e &#224; l'autre, rapport aussi du fort contact physique dans un contexte dominant-e / domin&#233;-e. Il y a un travail n&#233;cessaire de remise en question de ces rapports. Cela peut passer par un lien affinitaire, de confiance, par une plus grande part d'intervention du la tatou&#233;-e, dans l'&#233;change de savoir, de technique, dans une participation plus imbriqu&#233;e dans l'&#233;laboration du projet et dans sa mise en &#339;uvre, bref par un rejet de la consommation du tatouage. Des formes de conventions alternatives sont organis&#233;es ou l'&#233;change est le ma&#238;tre mot. Des pratiques non-mixtes apportent aussi d'autres r&#233;ponses, qui brisent en grande partie le rapport de domination qui peut se cr&#233;er autour d'un tatouage. Le mode de diffusion est aussi r&#233;invent&#233; : la communication du tatouage de mode passe encore une fois par les valeurs qu'il v&#233;hicule. La mise en avant du &#171; produit fini &#187; et de son &#233;ventuelle virtuosit&#233;, avec des tatouages frais ou n'ayant que tr&#232;s peu vieilli (Ce qui s'explique en grande partie par le fait que les profesionnel-les peuvent difficilement prendre les photos autrement qu'en fin de s&#233;ance ou juste apr&#232;s cicatrisation. Ceci dit, nombre de client-es repassent au long des ann&#233;es, et des clich&#233;s de tatouage ayant v&#233;cu avec le corps seraient possibles, mais bien moins valorisant que pris frais). Les professionnel-les sont eux aussi clairement mis en sc&#232;ne, avec noms, noms de boutique, pays, &#233;ventuellement contact ou adresse, avec des reportages sur tel-le ou tel-le artiste, soit un aspect clairement publicitaire. L'argument racoleur est d&#233;cupl&#233; par l'exposition de femmes tr&#232;s souvent bien plus objets sexuels que sujets tatou&#233;-es en couverture et tout au long des magazines. Vedettariat, m&#233;ritocratie et sexisme sont la vitrine du tatouage de mode. Bien &#233;videmment, l'aspect financier n'y est jamais &#233;voqu&#233; en chiffre. Peur d'une concurrence des prix, peur d'un recul de client-e potentiel-le, bien plus facilement flexible et influen&#231;able en boutique, devant le co&#251;t d'une pi&#232;ce. Par contre, on trouve souvent des arguments justifiant un tarif pass&#233; sous silence par la qualit&#233; et le temps de travail, la reconnaissance de l'artiste etc... Le mode de diffusion du tatouage DIY, outre qu'il passe par les m&#233;dias traditionnels du mouvement (brochures, livrets, etc), s'attache bien plus &#224; une d&#233;marche, &#224; une implication physique du la tatou&#233;-&#233; qu'&#224; une &#233;ventuelle esth&#233;tique. Les tatouages ne sont pas hi&#233;rarchis&#233;s, ni en taille, ni en qualit&#233; suppos&#233;e. Ils ne le sont pas non plus par style, et leurs auteur-trices ne sont pratiquement jamais cit&#233;s. Les tatouages sont le plus souvent en situation sur un corps sans artifice, sans mise en sc&#232;ne, ayant v&#233;cu avec lui plus ou moins longtemps, et g&#233;n&#233;ralement sans identification de cellui qui le porte. L'individualisation, la r&#233;appropriation du corps ne sont pas une mise en lumi&#232;re de personnalit&#233;, mais une d&#233;marche propre qui ne peut fonctionner dans une esth&#233;tisation ext&#233;rieure &#224; elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le DIY, le tatouage n'est pas un produit, mais un outil, n'ayant de valeur en propre que selon la fa&#231;on dont on le met en &#339;uvre. Le tatouage DIY, apr&#232;s son travail sur le corps et l'autogestion, doit &#224; pr&#233;sent ajouter un domaine &#224; sa lutte. On l'a vu, le tatouage non-pro &#233;tait marginal. Avec le l&#233;galisme du tatouage de mode, il devient ill&#233;gal. Une pratique ind&#233;pendante s'apparente d&#233;sormais &#224; un d&#233;lit aux yeux de la loi, et le tatouage DIY doit int&#233;grer des strat&#233;gies de r&#233;sistance nouvelles face &#224; une nouvelle domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais par le ph&#233;nom&#232;ne de mode du tatouage, cette contre-culture devient de moins en moins lisible. On a vu que le tatouage de mode a repris des imageries propres au graphisme, et s'est &#233;tendu &#224; un champ des possibles dans le visuel qui n'est plus limit&#233; que par la technique pure. En un m&#234;me temps, il y a, encore aujourd'hui, nombre de professionnel-les au travail m&#233;diocre et particuli&#232;rement maladroit. Le tatouage DIY, lui, est influenc&#233; par son milieu, par ses pratiques. Il est &#233;vident que le collage, la s&#233;rigraphie, la photocopie entrent dans le bagage graphique des tatoueureuses. L'imagination et la libert&#233; de dessin y ont aussi une place importante. De plus, par l'&#233;change et le partage des savoir, le niveau technique et figuratif s'est largement am&#233;lior&#233; par rapport &#224; ses d&#233;buts. Si on consid&#232;re en plus que nombre de professionnel-les sont issus de milieux marginaux, de sc&#232;nes proches du punk, voire qui font des aller-retours entre boutiques et squat (pour faire simple), On en arrive &#224; un jeu d'influences visuelles crois&#233;es, et il est devenu impossible de lire les conditions dans lesquelles un tatouage &#224; &#233;t&#233; fait. Un &#171; Mort aux vaches &#187; mal ex&#233;cut&#233; peut avoir &#233;t&#233; fait en boutique, et un tribal de qualit&#233; professionnelle avoir &#233;t&#233; piqu&#233; &#224; prix libre dans une cuisine autog&#233;r&#233;e. Pour ce qui est de ses origines, du contexte, de la charge de docilit&#233; ou de r&#233;sistance hors motif, le visuel ne distingue plus en rien un tatouage d'un autre. Un tatouage ne porte plus de trace lisible de l'acte politique d'o&#249; il provient. Il semble m&#234;me qu'aujourd'hui, dans un contexte de tatouage globalis&#233;, et pour ce qui est de la r&#233;appropriation de son propre corps, le choix de ne pas se faire tatouer ait une charge politique &#233;quivalente &#224; celle qui consistait &#224; se faire tatouer dans les ann&#233;es 60-70 : un refus d'homog&#233;n&#233;isation, une recherche d'ind&#233;pendance et une opposition radicale au ph&#233;nom&#232;ne de mode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le tatouage de mode, devenu global poursuit sa transformation, il entra&#238;ne avec lui (par effet plus ou moins direct, par influence ou par r&#233;action), toutes les cultures d'encre qui le pr&#233;c&#233;daient. Si on consid&#232;re l'homog&#233;n&#233;isation visuelle, et qu'historiquement, on regarde les diff&#233;rentes implications, les diff&#233;rentes pratiques lib&#233;ratrices, stigmatisantes, impos&#233;es, choisies, normalisantes ou d&#233;viantes, et qu'on reprend cette derni&#232;re remarque sur le choix du non-tatouage, on peut consid&#233;rer que si, de fa&#231;on consciente ou non, le tatouage est d&#233;finitivement politique, il ne l'est que tr&#232;s peu vis &#224; vis de l'imagerie, du motif lisible qu'il pr&#233;sente, mais que c'est son contexte, sa gen&#232;se et les choix qui l'ont amen&#233; qui l'affirment. Le politique qui &#233;tait propuls&#233; aux yeux du monde revient dans une sph&#232;re bien plus priv&#233;e. Celui qui &#233;tait vari&#233;, multiple, prot&#233;iforme se condense dans un rapport quasiment unique de domination / r&#233;sistance et de sa triple descendance l&#233;gale / ill&#233;gale, capitaliste / autog&#233;r&#233;e, et uniformisation / individualisation. La domination se recentre, la r&#233;sistance aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tatouage peut tout &#234;tre : un outil d'oppression, un outil d'&#233;mancipation, de pacification, de r&#233;sistance, de soumission, de lutte. C'est en tant qu'outil que le tatouage est politique, et c'est en tant qu'outil qu'il faut s'en r&#233;-emparer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tatouage libre !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Cette brochure n'a pas une pr&#233;tention de v&#233;rit&#233;. Elle propose des pistes de r&#233;flexions, des interrogations, des propositions de pistes politique et de moyens de luttes. Chacun-une est &#224; m&#234;me de la compl&#233;ter, de la corriger, de la retravailler, de s'en emparer. La reproduction compl&#232;te, partielle ou remani&#233;e en est bien sur libre et m&#234;me encourag&#233;e. Le &#171; logo &#187; de &#171; tatouage libre &#187; sur la couverture ne se veut pas individuel. Libre &#224; tous-tes de l'utiliser, du moment qu'il reste en dehors des circuits de l'argent et qu'il contribue &#224; la lutte de l'encre noire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merci &#224; M&#233;lo pour son boulot (&#171; les robots aussi &#187;, photo du mat&#233;riel DIY deux pages au dessus) qui a apport&#233; pas mal des r&#233;flexions de cette brochure : &lt;i&gt;girlzilla&lt;/i&gt;[at]&lt;i&gt;no-log.org&lt;/i&gt;. Si le CD est indisponible, l'&#233;mission de radio &#171; d&#233;genr&#233;e, &#233;mission sp&#233;ciale meufs et modifications corporelles &#187; est t&#233;l&#233;chargeable sur &lt;a href=&#034;http://radio.indymedia.org/fr/node/18179&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Radio-Indymedia&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contact : acratos [at] no-log.org&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>TOUS les programmes politiques</title>
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		<dc:date>2012-01-11T07:33:43Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nadarlana</dc:creator>


		<dc:subject>Nadarlana (Montpellier)</dc:subject>
		<dc:subject>Critiques du citoyennisme</dc:subject>
		<dc:subject>Apache &#233;ditions (Paris)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;A l'occasion des prochaines &#233;ch&#233;ances &#233;lectorales, voici pr&#233;sent&#233;es succinctement, les diff&#233;rentes positions de l'&#233;chiquier politique. Le PIF, le PAF, le POUF, le POF, le PROUT, le PEF rivalisent d'arguments. Quant au PUF (Parti unique fran&#231;ais), il d&#233;clare simplement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le commerce&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La police&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Votez !&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique11" rel="directory"&gt;T&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot68" rel="tag"&gt;Nadarlana (Montpellier)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Critiques du citoyennisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot115" rel="tag"&gt;Apache &#233;ditions (Paris)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L102xH150/arton896-cc338.jpg?1780455683' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='102' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff896.jpg?1323970085&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;En exclusivit&#233;&#8230; TOUS les programmes politiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De quelle soci&#233;t&#233; on parle ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A bas le d&#233;veloppement !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous arr&#234;terons cette machine mortif&#232;re par tous les moyens &#224; notre disposition !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A bas le commerce !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vive la gratuit&#233;, vive le vol, &#224; bas la propri&#233;t&#233; m&#234;me sexuelle !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A bas le gouvernement ! &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons pas d'ordres &#224; donner, nous ne voulons pas en recevoir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A bas la police !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marre de tous les flics ! Soldats, CRS, gendarmes, matons, vigiles, patrons et petits chefs, profs, &#233;ducateurs, cur&#233;s&#8230; sans oublier celui qui est en chacun de nous !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le POUF&lt;/strong&gt;, social-tra&#238;tre altermondialiste pr&#233;f&#232;re le confort de la n&#233;gociation au r&#233;el rapport de force dans tous les compartiments de la vie. C'est un fossile englu&#233; dans les mythes industriels et productivistes !&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;Le POF&lt;/strong&gt; dirige tout, d&#233;tient tout, profite de tous. Normal qu'il ne veuille rien changer ! Cr&#232;ve charogne ! Nous pillerons ses magasins ! Nous frauderons ses administrations ! Nous offenserons sa morale !&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;Le PROUT&lt;/strong&gt; est repr&#233;sentatif d'une morale naus&#233;abonde. Monarchie ou D&#233;mocratie, nous n'avons pas finit de guillotiner les rois et de br&#251;ler les &#233;glises ! Qu'ils se mettent leurs cierges dans le cul !&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;Le PEF&lt;/strong&gt;, moteur intellectuel de la vie politique, n'est qu'un pauvre rat nazillon que nous matons r&#233;guli&#232;rement dans la rue &#224; coups de battes de base-ball !&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;Le PAF&lt;/strong&gt; nous fait bien rigoler lorsqu'il croit que l'abstention peut &#234;tre suffisante pour renverser le vieux monde ! Sans parler que lui aussi emploie le vocabulaire de ses soi-disant ennemis, baragouine sur le d&#233;veloppement, le commerce, le gouvernement, la police&#8230;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;Le PUF&lt;/strong&gt; est l'organe de propagande qui orchestre cette soci&#233;t&#233; spectaculaire-marchande que nous allons faire voler en &#233;clats &#224; coups de pav&#233;s, d'&#233;meutes et de cocktails molotov !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette soci&#233;t&#233;, nous allons la d&#233;truire !&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;PIF, Parti insurrectionnel Fant&#244;me&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votez bien : ne votez rien ! &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le PAF r&#233;pond R&#201;SISTANCE suite &#224; l'affichage massif perp&#233;tr&#233; par le PUF. Cette officine financ&#233;e par l'ensemble des partis politiques encourage odieusement le vote car elle chie dans son froc de voir l'abstention grandir &#224; chaque scrutin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aujourd'hui, Le PAF ! est de loin le parti le plus important.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, le PAF se r&#233;jouit d'avance &#224; la lecture du programme du PUF. Ce dont nous avons besoin, c'est d'un d&#233;veloppement de proximit&#233; (AGIR LOCAL, PENSER GLOBAL) ! Un commerce l&#233;gitime (NI &#201;TAT NI PATRON AUTOGESTION) ! Les &#233;lections ne peuvent certainement pas &#233;lire un gouvernement durable (CONTRE LA REPR&#201;SENTATION POUR LA D&#201;MOCRATIE DIRECTE PARTICIPATIVE) ! Enfin, nous voulons une police &#233;quitable (POLICE PARTOUT JUSTICE NULLE PART) ! Le PUF joue sur les mots (UN PAS EN AVANT DEUX PAS EN ARRI&#200;RE), mais la population n'est pas dupe (TOUT EST A NOUS RIEN N'EST A EUX) !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le POUF, le POF et le PROUT sont d'accord sur l'essentiel, ils se partagent le pouvoir contre l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, en jouant sur la peur du PEF. Seule change la couleur de l'oppression, un coup rouge, un coup bleu, un coup blanc. Nous n'acceptons de voter que dans des conditions de d&#233;mocratie directe et d'autogestion. Nous voulons des d&#233;l&#233;gu&#233;s r&#233;vocables &#224; tout moment !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tremblez bourgeois, car l'abstention fera la r&#233;volution sociale-libertaire !&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;PAF, Parti Abstentionniste Fran&#231;ais&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne sommes rien soyons POUF !&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;(Communiqu&#233; du Parti Ouvrier Unifi&#233; de France)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; CAMARADES, EXPLOITES DE TOUT PAYS VOTEZ POUR NOUS ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;(Eddy Merckx, Manifeste du parti r&#233;formiste)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fonctionnaires et autres camarades, il &#233;tait grand temps que notre Parti Ouvrier Unifi&#233; Fran&#231;ais sorte de son activisme souterrain afin de r&#233;aliser le destin historique du prol&#233;tariat : LA R&#201;VOLUTION &#201;LECTORALE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;NE NOUS VOILONS PAS LA FACE&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Le capitalisme a enti&#232;rement gagn&#233; depuis Christophe Colomb et quasiment personne de la masse populaire n'est encore assez intelligent pour vouloir autre chose. Gauchistes, pas de pr&#233;cipitation dans la r&#233;volution !! Il faut donc nous adapter afin d'adoucir le syst&#232;me de l'int&#233;rieur et nous promettons de passer sous la table des n&#233;gociations voire par les urnes afin de mieux vous lubrifier ces exc&#232;s de lib&#233;ralisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PAS BESOIN DE CIRAGE POUR LECHER DES BOTTES !!&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;De mani&#232;re objective et repr&#233;sentative de l'opinion des travailleurs nous pouvons critiquer le patronat et les institutions &#233;tatiques et en soutenir l'existence. Soyons raisonnables, les r&#233;formes propos&#233;s par le POF et le PROUT sont parfois mauvaises et nous avons des doutes sur l'origine de leurs inspirations (certaines id&#233;es sont proches du PEF qui rappelons le est un parti raciste et &#231;a craint pour la d&#233;mocratie m&#234;me si celui-ci exprime certaines craintes des fran&#231;ais&#8230;) Nos r&#233;formes seraient certainement plus positives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;UN AUTRE COMMERCE EST POSSIBLE !! POUR UN COMMERCE DE PROXIMIT&#201; DU ROUGE !!&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans la rue comme au sein des syndicats et des associations, le POUF a toujours su s'imposer comme l'interlocuteur principal entre les travailleurs et le pouvoir. Ce qui a permis &#224; notre parti d'&#234;tre largement inform&#233; des v&#233;ritables envies de notre France d'en bas et par ses contacts r&#233;guliers avec le MEDEF, il est capable de g&#233;rer le pays en &#233;cartant certaines utopies archa&#239;ques. Afin d'aider la paysannerie et d'augmenter le pouvoir d'achat du prol&#233;tariat urbain le POUF soutiendra et facilitera l'implantation des d&#233;bitants de vin rouge au sein des &#171; quartiers sensibles &#187;. Ceci est un des exemples pratique et r&#233;aliste que notre parti se propose de n&#233;gocier s&#233;v&#232;rement avec l'&#233;tat. Notre priorit&#233; d'action se situera &#233;galement sur la cr&#233;ation d'un organe de contr&#244;le citoyen et d&#233;mocratique (ou technocratique suivant les postes) du catalogue des produits vendus dans chaque supermarch&#233;. Il y a par exemple beaucoup trop de marques de riz diff&#233;rentes par rapport &#224; celles de sauce tomate, ces exc&#232;s m&#233;ritent d'&#234;tre r&#233;gul&#233;s contre un ultra lib&#233;ralisme alimentaire effr&#233;n&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LES INSTITUTIONS DOIVENT CHANGER&#8230; DE COULEURS !!!!&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour un d&#233;veloppement l&#233;gitime et l&#233;gislatif du rouge. Nous ne pouvons garder les symboles de la R&#233;publique tels qu'ils existent car d&#233;sormais trop r&#233;trogrades. A l'heure actuelle ils n'attirent que le m&#233;pris du bas peuple. Nous proposons donc de garder l'air de la Marseillaise mais d'y coller les paroles de l'Internationale afin de ne pas non plus trop perturber la garde nationale lors des d&#233;fil&#233;s du 14 mai (dans un souci de consensus la f&#234;te nationale et celle du travail seront d&#233;plac&#233;s du 1er mai et du 14 juillet &#224; cette date). Le drapeau fran&#231;ais abandonnera le bleu blanc rouge pour un NOIR, BEUR, ROUGE dans un esprit de riposte et d'alternative au lib&#233;ralisme et qui collerait mieux &#224; l'image de notre &#233;quipe de foot. Il est enfin temps que, dans un souci de conscientisation des masses, le rouge se d&#233;mocratise dans le domaine de la mode vestimentaire et ce m&#234;me s'il faut passer par les voies du tribunal afin de faire changer la l&#233;gislation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;POUR UN COMMUNISME DE GOUVERNEMENT &#201;QUITABLE ET OLIGARCHIQUE !!&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans un souci de pluralisme du d&#233;bat citoyen, l'assembl&#233;e doit &#234;tre compos&#233;e d'un nombre &#233;quitable de d&#233;put&#233;s par parti politique et non plus subir le darwinisme social lib&#233;ral que sont les &#233;lections ouvertes &#224; tous les &#233;lecteurs. Bien s&#251;r le POUF, par sa position de m&#233;diateur social, devra &#234;tre en l&#233;g&#232;re sup&#233;riorit&#233; num&#233;rique au sein de l'assembl&#233;e. Dans un souci de d&#233;mocratie directe, les d&#233;put&#233;s seront &#233;lus au sein de chaque parti par les militants de ceux-ci. Nous proposons &#233;galement la nomination de Daniel Mermet en tant qu'animateur du d&#233;bat politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LA POLICE VOIT ROUGE ASSUMONS LE DANS LA DUR&#201;E !!&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;La police est une institution qui a ses d&#233;rives et qui est am&#233;liorable mais surtout une n&#233;cessit&#233; &#224; la s&#233;curit&#233; de nos concitoyens. Face aux attaques et insultes parfois virulentes de la part d'une partie de plus en plus nombreuse de la petite bourgeoisie forc&#233;ment r&#233;actionnaire (comme le PIF et le PAF) croyant que la r&#233;volution se joue dans la rue lorsque celle-ci se passe dans les urnes. Notre devoir pour la classe ouvri&#232;re et la v&#233;ritablement efficace R&#201;VOLUTION &#201;LECTORALE est d'en assurer la s&#233;curit&#233; lors des manifestations symboliques de rue. N'oublions pas que l'UNITE face au lib&#233;ralisme doit se construire seulement et toujours dans le cadre d'un rapport de force de n&#233;gociations et que nous ne construirons qu'&#233;tape par &#233;tape la R&#201;VOLUTION &#201;LECTORALE PROL&#201;TARIENNE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CONTRE LES EXTR&#201;MISTES DU PEF ET DU PIF, POUR BATTRE LE POF ET LE PROUT,&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Prol&#233;taires ce n'est qu'un d&#233;but continuons les n&#233;gociations !!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;VOTEZ P.O.U.F.&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;(Le bureau central et d&#233;mocratique du P.O.U.F.)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tout va bien, ne changeons rien !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a toujours eu des riches et des pauvres ce n'est pas cela qui changera un jour. Pour le reste nous avons mis en place une politique qui a fait ses preuves et que certains de nos adversaires voudraient changer par populisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous restons fid&#232;les au D&#233;veloppement Durable !&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous acceptons de bon gr&#233; les mesures &#233;cologiques, &#224; condition qu'elles n'entravent pas la croissance. L'innovation constante dans l'industrie nous permettra de trouver des voies de traitement des pollutions de fa&#231;on rentable !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous restons fid&#232;les au Commerce &#201;quitable !&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Les pays pauvres ne doivent pas &#234;tre trop pauvres, les pays riches doivent avoir bonne conscience. Et puis cela permet de retenir les d&#233;sirs d'exil de ces pays vers le notre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous restons fid&#232;les au Gouvernement L&#233;gitime !&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Un &#233;lu re&#231;oit la confiance de ses administr&#233;s, afin de s'occuper des choses auxquelles ils ne connaissent rien. Peut-on tout changer sur un coup de t&#234;te &#233;lectoral ? Si nous pouvions mieux faire, nous le ferions d&#233;j&#224; et nous sommes dans le moins pire des syst&#232;mes. Ce n'est pas la rue qui gouverne !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous restons fid&#232;les &#224; la Police de Proximit&#233; !&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Et nous irons toujours plus loin dans ce domaine : nous proposons en effet de doter les cartes d'identit&#233;s (en puces sous la peau) d'un enregistreur sonore permanent. La s&#233;curit&#233; est un mal n&#233;cessaire, l'Homme est un loup pour l'Homme. S'il n'y avait pas de lois ce serait l'anarchie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le PEF, le PROUT et le POUF, nos partenaires au sein du PUF, avancent des id&#233;es int&#233;ressantes mais c&#232;dent &#224; leurs exc&#232;s d'enthousiasme. Le PIF et le PAF refusent le jeu d&#233;mocratique, ce qui prouve leur m&#233;pris du peuple. Ils fuient le d&#233;bat d'id&#233;es et ne proposent rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Seul le POF est le vrai garant des valeurs qui font la France !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;POF (Parti Optimiste Fran&#231;ais)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PROUT ! DU VENT DANS LA SOIE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un d&#233;veloppement &#233;quitable&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Le d&#233;veloppement doit &#234;tre &#233;quitable, selon la valeur de chacun. L'&#233;lite vertueuse m&#233;rite de par son sang un meilleur d&#233;veloppement que la gueuserie. On ne m&#233;lange pas les torchons et les serviettes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un commerce durable&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;A cause de la mondialisation, les artisans et boutiquiers &#233;touffent sous les chargent et ferment, tandis que nos paysans sont contraints par Bruxelles &#224; la culture d'OGM et &#224; l'assistanat public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un gouvernement de proximit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour que la France soit plus proche de son bas-peuple, il est temps d'entreprendre de v&#233;ritables r&#233;formes institutionnelles. Il est de notori&#233;t&#233; publique que les collectivit&#233;s territoriales sont corrompues et ne servent &#224; rien. Il faut &#233;tablir une v&#233;ritable autorit&#233; morale dans notre pays de profonde tradition catholique, avec des seigneurs et des &#233;v&#234;ques aux cot&#233;s de leurs serfs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une police l&#233;gitime&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Trop de fonctionnaires de cette institution ont &#233;t&#233; recrut&#233;s en dehors de toute moralit&#233;, ce qui explique certains exc&#232;s. La pratique religieuse r&#233;guli&#232;re serait un garant de fid&#233;lit&#233; &#224; l'Ecriture, l'esprit de justice divine assur&#233;. Dans un souci de contre pouvoir, chaque seigneur pourra se doter d'une garde personnelle qu'il s&#233;lectionnera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous nous situons au-del&#224; des querelles de partis&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;La France m&#233;rite mieux que la R&#233;publique, mieux que la dictature des m&#233;diocres ! Le PEF a une haute vision de la France. Il ne suffit pas que les institutions soient fran&#231;aises : elles doivent &#234;tre de droit divin ! Si le PUF a le m&#233;rite de poser les bonnes questions, les opinions formul&#233;s par le POF sont hypocrites et celles du POUF populistes voire dangereuses. Le PAF cherche &#224; diviser la Nation, appuy&#233; clandestinement par une puissance &#233;trang&#232;re et le PIF. Nous demandons d'ailleurs comment la France peut encore tol&#233;rer les agissements terroristes de cette chienlit dont on sait dans quel trou noir elle a plong&#233; la France en 1793. Dieu sait que la suppression de la peine de mort fut une id&#233;e fun&#232;bre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A bas la technocratie, vive l'aristocratie !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PROUT&lt;br class='manualbr' /&gt;Parti des Riches Obs&#233;d&#233;s par l'Universel Th&#233;ocratique&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apr&#232;s la nuit vient le beau blanc !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me ploutocratie jud&#233;o-ma&#231;onnique nous gouverne depuis des dizaines d'ann&#233;es, laissant sombrer le pays dans le laxisme radical-socialiste. Elle nous pique nos id&#233;es mais ne les applique pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re les beaux discours on voit toujours d&#233;ferler sur nous un raz-de-mar&#233;e de bou&#8230;, d'&#233;trangers clandestins, islamistes d&#233;linquants, qui viennent violer nos emplois et prendre nos femmes. Tout cela en d&#233;pit des valeurs telles que le mariage chr&#233;tien, le travail de la terre, etc.&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous le disons tout net : pour un d&#233;veloppement fran&#231;ais, il faut un commerce fran&#231;ais dirig&#233; par un gouvernement fran&#231;ais soutenu par une police fran&#231;aise !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; L'original vaut mieux que la copie ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;PEF (Parti Extr&#233;miste Fran&#231;ais)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;POUR&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le commerce&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La police&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;VOTEZ ! &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parti Unique Fran&#231;ais&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://apache-editions.blogspot.com/2010/02/tous-les-programmes-politiques.html" class="spip_out"&gt;http://apache-editions.blogspot.com...&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pourquoi faudrait-il punir ?</title>
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		<dc:date>2011-03-15T13:51:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Catherine Baker</dc:creator>


		<dc:subject>Prison, justice, r&#233;pression</dc:subject>
		<dc:subject>Nadarlana (Montpellier)</dc:subject>
		<dc:subject>Schizo&#239;des Associ&#233;s (P&#233;rigueux)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#034;&lt;i&gt;La punition est-elle n&#233;cessaire &#224; la justice ?&lt;br&gt;
Le droit p&#233;nal, par d&#233;finition, est fond&#233; sur la peine. Une peine est une souffrance qu'on inflige. Est-ce bien de faire du mal &#224; quelqu'un ?&lt;br&gt;
Est-ce intelligent ? Utile ? &#192; qui ?&lt;br&gt;
Personne n'ose plus dire que la prison permet aux bandits de s'amender.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle ne sert qu'&#224; une seule chose qu'elle r&#233;ussit d'ailleurs fort bien : punir. M&#234;me les plus timides r&#233;formateurs se heurtent &#224; cette &#233;vidence, adoucir les cruaut&#233;s de l'incarc&#233;ration s'oppose forc&#233;ment &#224; son principe : elle est une peine, elle est faite et uniquement faite pour punir le coupable, pour lui &#234;tre p&#233;nible.&lt;br&gt;
Pourquoi punir ?&lt;/i&gt;&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte int&#233;gral est t&#233;l&#233;chargeable ici : &lt;a href=&#034;http://tahin-party.org/baker.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://tahin-party.org/baker.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique22" rel="directory"&gt;P&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot20" rel="tag"&gt;Prison, justice, r&#233;pression&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot68" rel="tag"&gt;Nadarlana (Montpellier)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot77" rel="tag"&gt;Schizo&#239;des Associ&#233;s (P&#233;rigueux)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH150/arton578-577de.jpg?1780463578' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff578.jpg?1273402871&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Questions d'avant-propos&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La punition est-elle n&#233;cessaire &#224; la justice ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le droit p&#233;nal, par d&#233;finition, est fond&#233; sur la peine. Une peine est une souffrance qu'on inflige. Est-ce bien de faire du mal &#224; quelqu'un ? Est-ce intelligent ? Utile ? &#192; qui ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne n'ose plus dire que la prison permet aux bandits de s'amender. Elle ne sert qu'&#224; une seule chose qu'elle r&#233;ussit d'ailleurs fort bien : punir. M&#234;me les plus timides r&#233;formateurs se heurtent &#224; cette &#233;vidence, adoucir les cruaut&#233;s de l'incarc&#233;ration s'oppose forc&#233;ment &#224; son principe : elle est une peine, elle est faite et uniquement faite pour punir le coupable, pour lui &#234;tre p&#233;nible.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi punir ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ch&#226;timent s'ancre dans l'histoire la plus archa&#239;que de l'humanit&#233;, celle des terreurs supr&#234;mes que les hommes ont traduites en dieux et d&#233;esses au coeur d&#233;moniaque. Pas une religion pour sauver l'autre lorsqu'il est question des supplices r&#233;serv&#233;s aux damn&#233;s. L'enfer chr&#233;tien n'a rien &#224; envier &#224; l'enfer hindou. En Occident, la condamnation terrible de la faute lors d'un jugement de l'&#226;me apr&#232;s la mort s'enracine dans le culte orphique introduit en Gr&#232;ce entre le VIIe et le VIe si&#232;cle avant notre &#232;re ; ses origines se perdent dans les traditions v&#233;diques du deuxi&#232;me mill&#233;naire. Il est vraisemblable que l'id&#233;e d'une faute punie dans l'au-del&#224; &#233;tait d&#233;j&#224; &#224; l'&#233;poque bien ancienne. L'orphisme a beaucoup influenc&#233; les Pythagoriciens puis Platon. Sous tous les cieux, les humains scandalis&#233;s de voir l'&#233;ternelle injustice du monde ont cherch&#233; &#224; r&#233;tablir au s&#233;jour des ombres l'impossible &#233;quit&#233;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On doit punir. C'est un imp&#233;ratif. De quel ordre ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est puni celui qui est jug&#233; coupable d'avoir enfreint la Loi, laquelle varie suivant les groupes.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Loi n'est pas l'expression d'une &#233;thique quelconque : au service du pouvoir disposant des plus grandes forces de coercition, elle n'existe &lt;i&gt;que &lt;/i&gt;par la sanction. La Loi du Milieu ou la Loi d'un groupe rebelle peut s'affirmer aussi brutale que celle de l'&#201;tat. Quelle que soit la situation, la Loi est toujours celle du plus fort : le petit ca&#239;d fait la loi jusqu'&#224; ce qu'il se retrouve face &#224; un plus gros ca&#239;d ou &#224; un ma&#238;tre lequel ne peut qu'ob&#233;ir &#224; toute une hi&#233;rarchie disposant de forces de plus en plus importantes jusqu'&#224; son sommet. En d&#233;mocratie populaire ou bourgeoise, c'est la police qui fait respecter la Loi, la Justice qui punit les contrevenants. Entre la justice (l'&#233;quit&#233;) &#224; laquelle chacun aspire et la Justice (l'institution) qui fait fonctionner la machine sociale au d&#233;triment des relations libres entre les &#234;tres, le pr&#233;cipice est infranchissable.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parlant &#224; peine, l'enfant est aussit&#244;t sensible au sentiment d'injustice : quand il a mal et qu'il pleure (trop) longtemps, on crie, on le boude, on le frappe parfois ; ou bien sa petite soeur a trouv&#233; un ballon et pas lui ou bien il s'est fait piquer par une gu&#234;pe et pas elle. Toute sa vie, qu'il se r&#233;signe ou se r&#233;volte, l'homme consid&#233;rera les injustices dont il sera victime comme &lt;i&gt;quelque chose qui ne devrait pas &#234;tre&lt;/i&gt;, autrement dit un mal. La gr&#234;le peut d&#233;truire toutes les r&#233;coltes du paysan, la mort prendre l'amante ador&#233;e, les voleurs vous d&#233;pouiller, la maladie frapper le tout-petit, le jaloux br&#251;ler la maison, l'&#201;tat vous jeter dans la guerre, une enfant peut &#234;tre viol&#233;e. Parce que le mal est &lt;i&gt;insens&#233;&lt;/i&gt;, l'homme est &#233;cras&#233; par un trop grand d&#233;sarroi, il lui faut trouver une justification &#224; l'injustice. D'o&#249; cette justice incompr&#233;hensible d'en-Haut, d'o&#249; ces dieux plus ou moins puissants, puis le plus puissant d'entre tous et enfin, en Occident, &#224; partir du moyen &#226;ge, un Dieu raisonnable (avant la tentative rat&#233;e d'en faire, trois si&#232;cles plus tard, la d&#233;esse de la Raison).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Au rythme de l'histoire, la valse des id&#233;es&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a d'abord puni pour bien montrer aux dieux qu'on prenait leur parti contre ceux qui, volontairement ou non, les offensaient.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers codes sum&#233;riens nomment, classent les infractions et &#233;chelonnent les peines en fonction de la faute (code d'Ouroukaniga r&#233;dig&#233; vers 2400), mais il faut attendre l'&#233;poque romaine pour que le droit soit rationnalis&#233; dans ses moindres d&#233;tails et devienne en grande partie une vue de l'esprit, car dans les faits, il demeure, et jusqu'&#224; nos jours, fonci&#232;rement sentimental d&#233;pendant toujours du degr&#233; d'&#233;motion provoqu&#233; par le scandale (en France longtemps on a br&#251;l&#233; la langue des sacril&#232;ges ; en 2002 dans un pays tr&#232;s civilis&#233; comme le Nigeria, on lapide les femmes adult&#232;res). Les sanctions n'apparaissent exag&#233;r&#233;es que lorsque l'infraction elle-m&#234;me est en voie d'&#234;tre d&#233;criminalis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;*&lt;br /&gt;
* *&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les philosophes se sont donn&#233; du mal pour justifier le ch&#226;timent (on peut remarquer que la cl&#233;mence n'a aucun besoin d'&#234;tre justifi&#233;e et qu'on s'est partout et toujours inclin&#233; devant les exemples qu'en a donn&#233; l'histoire).&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour tenter de faire admettre qu'il est n&#233;cessaire de faire du mal &#224; qui a fait du mal, trois types d'arguments sont mis en avant par ceux que nous appellerons les l&#233;galistes, les soci&#233;taires-r&#233;alistes et les humanitaires.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) La pens&#233;e l&#233;galiste&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Loi est la Loi, m&#234;me si elle para&#238;t injuste, elle a sa raison d'&#234;tre. Vu la petitesse des hommes, sa force vient de la seule sanction. La Loi dit o&#249; est le Bien, elle vient de Dieu, de la Nature ou de l'Humanit&#233; (en tout cas d'un mot avec majuscule qui dit sa transcendance). Ce Bien est donc universel. De m&#234;me qu'on doit ob&#233;ir &#224; la Loi, on doit punir qui la transgresse. Ainsi le veut l'Ordre des choses. Les l&#233;galistes sont hommes de foi. Ils croient vraiment &#224; ce Bien universel.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me n'est pas tant celui du Bien - nous pouvons admettre que chacun veuille bien faire pour vivre pleinement au mieux - que de l'universalit&#233; de ce Bien. Le Bien de tel meurtrier, c'est de se d&#233;barrasser de cette m&#232;re qui l'emp&#234;che d'exister, le Bien de tel terroriste de d&#233;stabiliser un gouvernement pour un autre &#034; plus respectueux des droits de l'individu &#034;, le Bien de tel souverain d'&#233;craser &#034; l'axe du Mal &#034;, le Bien d'un tueur en s&#233;rie de &#034; tuer ces salopes qui font souffrir les hommes &#034;...&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, pour les l&#233;galistes, le Bien &#233;tant ce qui est dans la Loi, la question de son universalit&#233; est r&#233;solue. Le Bien universel est totalitaire,mais ce n'est pas grave puisque c'est le Bien. Les l&#233;galistes ne peuvent litt&#233;ralement pas concevoir que certains s'insurgent contre une phrase elle que &#034; Tout homme a le droit de respirer &#034; ; il leur semble aller de soi que chacun pense en termes de droits, d'autorisations et de devoirs. (Mais par ailleurs, ils n'h&#233;sitent pas &#224; supprimer sans &#233;tat d'&#226;me ce &#034;droit de respirer &#034; lorsqu'il s'agit de punir quelqu'un ou un pays.)&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les l&#233;galistes et autres supporters des Droits de l'Homme se r&#233;clament volontiers de Kant : gr&#226;ce &#224; sa raison, l'homme qui se plie volontairement &#224; la loi morale y gagne en libert&#233; int&#233;rieure ; il n'a plus de souci &#224; se faire puisqu'on a pens&#233; pour lui (c'est la grande libert&#233; du soldat de deuxi&#232;me classe rampant sur un champ de mines par rapport &#224; celle du g&#233;n&#233;ral qui, lui, doit r&#233;fl&#233;chir). Condamner celui qui a transgress&#233; la loi morale, c'est le faire b&#233;n&#233;ficier du bon discernement de tous, c'est le consid&#233;rer comme digne de l'exigence humaine la plus haute.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hegel ira plus loin que Kant. Peu importe le contenu des lois, ce qui est absolu, c'est la Loi elle-m&#234;me car seul l'&#201;tat et donc ses institutions garantissent la libert&#233; des individus.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) La pens&#233;e soci&#233;taire-r&#233;aliste&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle se veut purement pragmatique. Il faut s'organiser pour vivre en soci&#233;t&#233;. Celle-ci repose sur l'adh&#233;sion de gr&#233; ou de force &#224; des valeurs communes. Si on ne joue pas le jeu, la Soci&#233;t&#233; vous rejette, ce qui signifie qu'elle vous tue ou vous bannit hors de la communaut&#233; (en exil ou en prison). La Justice doit conforter chacun dans l'id&#233;e que la Soci&#233;t&#233; le prot&#232;ge s'il respecte ses r&#232;gles, lesquelles varient suivant les pays, les &#233;poques, les modes.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On corrige un criminel comme on corrige, chez ces gens-l&#224;, un chien ou un enfant. &lt;i&gt;Pour lui apprendre&lt;/i&gt;. La peur de la correction ne fonctionne que sur les plus conformistes et les plus fragiles. Dans le domaine de la d&#233;linquance, elle agit en sens contraire : les &#034; durs &#034;, &#224; plus forte raison les plus rebelles, affirment tr&#232;s fort qu'ils n'ont pas peur de la punition. Il est vrai qu'elle les stimule souvent. &#192; pragmatique, pragmatique et demi : ce qui compte, c'est de ne pas se faire prendre, de jouer serr&#233;. Car il s'agit d'un jeu.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la vision soci&#233;taire-r&#233;aliste, pour vivre en harmonie, chacun doit respecter les r&#232;gles, &#233;videmment contingentes et conventionnelles, le fameux contrat social. C'est bien joli de nous parler de si&#232;cle en si&#232;cle de r&#232;gle du jeu, mais il y a toujours eu des individus que ce jeu n'int&#233;ressait pas. Ils peuvent assur&#233;ment s'abstenir de lire sur une chaise-longue au milieu du terrain de rugby comme &#233;viter de manger leur casse-cro&#251;te sur la table de bridge. Mais &lt;i&gt;o&#249; &lt;/i&gt;pourraient-ils donc aller d&#232;s lors que la plan&#232;te tout enti&#232;re n'est qu'un immense terrain de rugby ou une table de bridge o&#249; se d&#233;roule une partie sans fin ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est le type de remarque qui ne peut &#233;branler les soci&#233;taires-r&#233;alistes.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car tant pis pour les rares asociaux : la seule chose qui compte c'est la Soci&#233;t&#233; qui a une vie, une vie qu'il faut pr&#233;server, elle peut en effet mourir, &#234;tre remplac&#233;e par une autre. La Soci&#233;t&#233; est compos&#233;e d'individus-fourmis qui n'ont d'autre raison d'&#234;tre que celle de lui &lt;i&gt;appartenir&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;alistes, beaucoup de soci&#233;taires constatent que les conditions de vie modifient le comportement des d&#233;linquants. Ils peuvent aussi bien entourer de chevaux de frise un &#034; quartier difficile &#034; et renforcer la police par des troupes militaires qu'y mettre des &#233;ducateurs, y d&#233;velopper l'aide scolaire, y construire une salle de concert et faire effectivement baisser ainsi le taux de la d&#233;linquance.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les soci&#233;taires-r&#233;alistes veulent l'efficacit&#233;, c'est pourquoi le crime ni le criminel n'ont, en soi, aucune importance. &#192; tel point qu'ils ne voient aucun inconv&#233;nient &#224; faire entrer dans le Droit ce que, dans ce domaine pr&#233;cis, l'on peut consid&#233;rer comme une pure aberration : le concept de dangerosit&#233;. On en arrive &#224; punir des individus &lt;i&gt;susceptibles &lt;/i&gt;d'agir dans un sens que r&#233;prouve la Soci&#233;t&#233;. Les soci&#233;taires-r&#233;alistes placent de grands espoirs dans les progr&#232;s de la g&#233;n&#233;tique.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; premi&#232;re vue, ils semblent tr&#232;s oppos&#233;s aux l&#233;galistes. Pourtant existe un point de jonction : la Soci&#233;t&#233; est le Grand Tout dont les individus ne sont que les parties. Elle est aujourd'hui aussi sacr&#233;e que l'&#233;tait l'id&#233;e de Dieu, elle est l'Absolu et la Loi est son &#233;manation. C'est l'&#233;chec de l'ath&#233;isme.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les tr&#232;s rares ath&#233;es, comme Max Stirner (1806-1856), l'individu vivant dans la Soci&#233;t&#233; peut toujours, s'il en a la volont&#233;, refuser &lt;i&gt;d'appartenir librement &lt;/i&gt;&#224; ce conglom&#233;rat f&#233;roce. On ne peut &#233;chapper &#224; la Soci&#233;t&#233; ni vivre sans elle, mais on peut penser par soi-m&#234;me. Rien ne nous emp&#234;che, secr&#232;tement ou non, de la combattre comme on lutte contre la mort ou les injustices. Avec ou sans violence. Un sourire paisible ou ravageur sur les l&#232;vres et dans l'esprit. Chacun seul avec des alli&#233;s possibles.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) La pens&#233;e humanitaire&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'individu qui a faut&#233; est forc&#233;ment tr&#232;s malheureux. Le ch&#226;timent va lui permettre de se racheter ; en &#034; payant sa dette &#034; au prix de sa souffrance, il pourra &#034; refaire sa vie &#034;. La prison est une retraite o&#249; il comprendra ce que sont le bien et le mal, o&#249; des professionnels vont s'employer &#224; le culpabiliser le mieux possible pour l'&#233;duquer, entendons pour l'amener &#224; une bonne conduite. Pour ce faire, le conditionner, le dresser, l'instruire et transformer les prisons st&#233;riles en utiles camps de r&#233;&#233;ducation. Du si&#232;cle des Lumi&#232;res, les humanitaristes ont h&#233;rit&#233; une ind&#233;racinable foi en l'Homme ; les institutions sont le fruit de la pens&#233;e des hommes et nous devons &#224; travers elles admirer l'intelligence humaine. On peut, bien s&#251;r, on le doit m&#234;me, les am&#233;liorer. Car on va vers un mieux, c'est &#034; le sens de l'Histoire &#034; ; les progr&#232;s techniques vont de pair avec les progr&#232;s &#034; humains &#034;, c'est-&#224;-dire... de la morale. &#034;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, toute guerre sera interdite. &#034; (C'est bien possible en effet, mais elles n'en seront pas moins atroces. Probablement pires.) Les humanitaires affichent souvent ainsi un fond de candide optimisme.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce qu'affirment trop vite leurs d&#233;tracteurs, ils ne r&#233;pugnent nullement &#224; la violence quand c'est pour la bonne cause, &#034;contre les ennemis de la libert&#233; &#034;. La notion d'&lt;i&gt;ennemi de la libert&#233;&lt;/i&gt;, on s'en doute, demeure infiniment floue et chaque humanitariste se fait son id&#233;e de ceux qu'on devrait mettre hors d'&#233;tat de nuire. Ce sont ces animaux nuisibles, ces hommes sans humanit&#233;, ces sous-hommes qu'il faut incarc&#233;rer. C'est regrettable - et il ne faut pas les faire trop souffrir -, mais n&#233;anmoins n&#233;cessaire. H&#233;las. &lt;br /&gt;
Moralistes l&#233;galistes, soci&#233;taires-r&#233;alistes, et enfin adeptes d'une pens&#233;e humanitaire ont certes des arguments, mais aucun n'a su nous convaincre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le d&#233;sir de punir&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est a posteriori qu'on justifie le ch&#226;timent. Car avant la raison, le d&#233;sir.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sultant d'une &#233;motion violente, en g&#233;n&#233;ral la col&#232;re, le ch&#226;timent passe pour &#234;tre administr&#233; froidement. Mais au coeur de toute punition, le plaisir de tenir quelqu'un en son pouvoir, de montrer qui est le plus fort. &#192; tort ou &#224; raison, le punisseur, f&#251;t-il un tueur en s&#233;rie, a la ferme assurance d'&#234;tre &lt;i&gt;du bon c&#244;t&#233;&lt;/i&gt;, du c&#244;t&#233; de la loi, de l'ordre, du bon droit.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne veut jamais le coupable, mais un coupable. Il n'est pas n&#233;cessaire qu'il soit l'auteur d'un forfait, une ch&#232;vre fera aussi bien l'affaire. C'est magique. Les partisans du ch&#226;timent font tous comme si, par une sorte d'heureuse fatalit&#233;, les coupables &#233;taient punis et les justes r&#233;compens&#233;s.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, les erreurs judiciaires sont constantes, particuli&#232;rement en &#034; comparution imm&#233;diate &#034; o&#249; l'on juge en toute h&#226;te. Mais il faut que les d&#233;g&#226;ts soient spectaculaires (t&#234;tes tomb&#233;es &#224; tort, une vie pour rien derri&#232;re les barreaux, etc.) pour qu'elles &#233;meuvent qui que ce soit. Les criminologues et les policiers le savent pertinemment mais cela excite le monde qu'on ait arr&#234;t&#233; le coupable (lui ou un autre), on va pouvoir le punir, ce qui signifie se venger (&#034; vengeance : d&#233;dommagement moral de l'offens&#233; par la punition de l'offenseur &#034;. D&#233;finition du dictionnaire Robert).&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut noter cependant que le d&#233;sir de vengeance n'est pas naturel, il est le fruit d'une culture fond&#233;e par exemple sur un certain code de l'honneur. Il y entre une forme de devoir, de soumission &#224; la loi de son milieu. Toute vendetta est socialis&#233;e, codifi&#233;e, ritualis&#233;e. Depuis l'antiquit&#233;, la Justice d'&#201;tat est cens&#233;e remplacer les vengeances priv&#233;es.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;chec sur toute la ligne. Le ch&#226;timent p&#233;nal engendre un besoin de se&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;venger qui se retourne contre des tiers. L'homme humili&#233; bat sa femme qui frappe les gosses qui maltraitent le chien qui mord le premier venu. La peine inflig&#233;e par un tribunal va jusqu'au bout d'une violence institutionnelle qui appelle forc&#233;ment une r&#233;ponse. Il nous faut renoncer &#224; cette chim&#232;re d'une vengeance qui, assum&#233;e par l'&#201;tat &#224; la place des particuliers, en serait plus pure, plus d&#233;sint&#233;ress&#233;e. Elle n'est gu&#232;re plus reluisante ni plus intelligente que l'autre. Quand la Justice punit un voleur, elle entretient chez tous les voleurs le besoin de se venger.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand elle s'attaque &#224; un &#034; sauvageon &#034;, elle ensauvage la cit&#233;.&lt;br /&gt;
L'id&#233;e d'une Justice qui rend le mal pour le mal ne peut mener qu'au m&#233;pris de toute justice.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gardons cependant dans un coin de notre t&#234;te que certaines personnes ont toujours consid&#233;r&#233; l'esprit de vengeance comme leur &#233;tant &#233;tranger, elles pr&#233;f&#232;rent ignorer l'offenseur (voire l'oublier), lui pardonner ou exiger des explications. Et si par ailleurs la tentation de se venger reste commune, tout le monde n'y succombe pas forc&#233;ment.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne n'est &#224; l'abri de la haine ni de la b&#234;tise, mais on peut bien quand m&#234;me souhaiter n'&#234;tre ni haineux ni b&#234;te, ou le moins possible. Rien ne nous oblige &#224; adh&#233;rer &#224; cette curiosit&#233; visqueuse des gens de bien pour les faits divers les plus sanglants.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le public raffole des crimes, des viols et des supplices. La souffrance d'autrui flatte le sadisme qui rampe en nous. &#034; Et puis demander que celui qui a fait le mal encoure une peine qui fasse vraiment mal autorise le plaisir, intense pour certains, de faire mal &#224; leur tour en toute l&#233;gitimit&#233; et en toute impunit&#233;. &#034; (Anne-Marie Marchetti dans &lt;i&gt;Perp&#233;tuit&#233;s&lt;/i&gt;. Plon 2001). Il y a quelque chose de pathologique dans l'exaltation qu'&#233;prouvent certains &#224; ch&#226;tier celui qui a commis une faute.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La volont&#233; de punir est &#224; l'origine de presque tous les crimes de sang non accidentels. Sombres histoires de jalousies ou de r&#232;glements de comptes. Mais le pire des assassins dans toute l'histoire de l'humanit&#233;, ne saurait rivaliser avec les professionnels de la r&#233;pression. Les ch&#226;timents ordonn&#233;s par voie de justice ont d&#233;pass&#233; en cruaut&#233; tous les crimes les plus barbares. Les juges d'aujourd'hui ne sont ni plus ni moins cruels que ceux d'il y a trois si&#232;cles en France, un si&#232;cle en Chine, par exemple. Ils envoient quelqu'un en prison pour dix ans parce que tel est le bar&#232;me. Ils n'h&#233;siteraient pas davantage &#224; faire couper des mains, &#224; condamner des hors-la-loi &#224; mourir empal&#233;s, rou&#233;s, br&#251;l&#233;s vifs, &#233;cartel&#233;s, lynch&#233;s... Tout juge d'aujourd'hui applique la loi de son temps exactement comme il aurait appliqu&#233; ou appliquerait celle d'un autre code. Nous ne sommes ni meilleurs ni pires qu'&#224; l'&#233;poque de la pr&#233;histoire. Un peu plus d&#233;traqu&#233;s, peut-&#234;tre. Mais il y eut, il y aura toujours des individus pour dire non.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On entend souvent &#034; Les criminels n'ont pas eu piti&#233; de leur victime, pourquoi devrions-nous nous mettre &#224; leur place ? &#034; Parce que nous ne sommes quand m&#234;me pas tous des assassins, en d&#233;pit de cette id&#233;e extravagante si souvent exprim&#233;e : &#034; Si l'on ne punissait pas les violeurs et les tueurs, tout le monde serait violeur et tueur. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Cruaut&#233; toute particuli&#232;re de la prison&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant des si&#232;cles, les ge&#244;les n'&#233;taient con&#231;ues que dans le but de mettre quelques jours en s&#251;ret&#233; ceux qu'on allait juger, supplicier ou ex&#233;cuter, &#224; moins que le condamn&#233; n'attende un convoi vers les mines, les gal&#232;res ou le bagne. C'est la R&#233;volution fran&#231;aise qui a introduit l'incarc&#233;ration comme une peine en soi. Officiellement la prison d'aujourd'hui doit remplir trois r&#244;les : surveiller, punir, r&#233;ins&#233;rer.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La surveillance se veut une arme effrayante ; il est demand&#233; &#224; chacun de rendre compte de ses gestes tout au long de la journ&#233;e.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La punition est ce que la prison fait de mieux. Elle est la &#034; peine privative de libert&#233; &#034; par excellence. En &#244;tant radicalement &#224; quelqu'un les conditions a priori de toute existence, le temps et l'espace, on annihile le condamn&#233;. Une condamnation &#224; vingt ans, c'est 175 000 heures de mort &#224; vivre. Un no man's time. &#034; Cette punition doit tirer son efficacit&#233; de l'ennui ou plut&#244;t du &lt;i&gt;harassement moral &lt;/i&gt;caus&#233; par la monotonie des marches continuelles, interrompues seulement par de courts intervalles. &#034; (R&#232;glement des prisons de 1839 &#224; 1945). Certains s'en tirent ? Oui, comme d'un cancer du foie. On est tent&#233; alors de croire au miracle.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart d'entre nous ne supporteraient pas d'&#234;tre enferm&#233;s plus de quelques heures, m&#234;me chez eux.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imagine-t-on l'horreur qu'on &#233;prouverait pour un criminel qui aurait s&#233;questr&#233; et constamment humili&#233; sa victime pendant trois mois, vingt ou trente ans ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prison, c'est avant tout celle de la petite d&#233;linquance, des gens qui passent l&#224; quelques mois dans les pires des &#233;tablissements p&#233;nitentiaires, les &lt;i&gt;maisons d'arr&#234;t&lt;/i&gt;. L'angoisse de l'attente du proc&#232;s, la promiscuit&#233;, la duret&#233; du personnel qui &#034; en voit trop passer &#034; et ne sait jamais &#224; qui il a affaire, leur d&#233;go&#251;tante v&#233;tust&#233;, tout concourt &#224; les rendre proprement infernales. D'autant que la Justice se montrant de plus en plus s&#233;v&#232;re, on ne saurait s'&#233;tonner de ce qu'en retour la violence augmente dans les cit&#233;s et surtout dans les concentr&#233;s de cit&#233;s que sont les taules.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &lt;i&gt;centres de d&#233;tention &lt;/i&gt;sont plus modernes ; on y effectue les peines moyennes (entre 5 et 15 ans) ou les derni&#232;res ann&#233;es d'une longue peine. Le r&#233;gime y est plus souple, on peut y obtenir une permission.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les centrales (une douzaine en France), les gros monstres o&#249; l'on incarc&#232;re les longues peines, sont de v&#233;ritables citadelles. L&#224; sont les &#034; durs &#034;, souvent condamn&#233;s &#224; perp&#233;tuit&#233; qui n'ont plus rien &#224; perdre. Ils sont redout&#233;s des surveillants d'o&#249; un &#233;trange &#233;quilibre des forces qui rend souvent l'ambiance moins perverse et insupportable que dans les lieux pr&#233;c&#233;dents.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon qu'on est dans un &#233;tablissement pour de longues ou de courtes peines, qu'on a le sida ou non, des liens avec l'ext&#233;rieur ou qu'on est seul au monde, qu'on est un homme ou une femme, un individu sensible ou non, on n'accomplira pas son temps de d&#233;tention de la m&#234;me fa&#231;on. C'est d'ailleurs l'une des aberrations de la prison que celui-ci soit plus &#034; puni &#034; avec deux ans que cet autre avec dix. Mais toutes les condamnations &#224; la d&#233;tention ont un point commun : elles se veulent &#034; infamantes &#034;, c'est-&#224;-dire d&#233;shonorantes et avilissantes. La subordination permanente qu'on fait subir au prisonnier est un stigmate, cette marque qu'on appelait justement d'infamie jadis appliqu&#233;e au fer rouge.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lieu d'asservissement, la prison ne peut que pervertir ou d&#233;molir les hommes. On y a le droit d'exiger du condamn&#233; n'importe quoi. Et plus il acceptera n'importe quoi et plus il fera preuve d'&#034; aptitude &#224; la r&#233;insertion &#034;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, il est clair que l'enfermement carc&#233;ral n'a qu'un but : casser le bonhomme. Il est fr&#233;quent d'entendre des &#233;ducateurs affirmer qu'il faut &#034; briser leur orgueil en les mettant devant leur &#233;chec &#034;. Sans parler des discours de quelques psychoth&#233;rapeutes sur la n&#233;cessit&#233; de &#034; leur faire int&#233;grer la loi &#034; en les for&#231;ant &#224; respecter tout r&#232;glement, entendons n'importe quelle injonction d'un surveillant.&lt;br /&gt;
Il existe un moyen simple d'obtenir du d&#233;tenu sa soumission. Le prisonnier n'a qu'une seule raison de vivre : sortir. Or il peut &#234;tre lib&#233;r&#233; &#224; mi-peine s'il n'a jamais &#233;t&#233; condamn&#233; auparavant, sinon aux deux tiers de la peine. Il &lt;i&gt;peut &lt;/i&gt;&#234;tre lib&#233;r&#233;. Mais... Mais les autorit&#233;s ne le laisseront sortir que lorsqu'elles le jugeront bon, quand il aura pay&#233; les frais de justice, quand il aura montr&#233; patte blanche, quand il se sera &#233;cras&#233;. &#192; moins qu'en fin de peine on ne l'envoie dans une &#034; unit&#233; pour malades difficiles &#034;, l'un des quatre terribles h&#244;pitaux psychiatriques-prisons d'o&#249; l'on ne sait si l'on sortira un jour.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surveiller, punir, mais aussi r&#233;ins&#233;rer... Le propre de la prison &#233;tant la d&#233;sinsertion absolue, toute &#034; insertion &#034; ne peut n&#233;cessairement se faire qu'en dehors de la prison et malgr&#233; elle.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, la &#034; r&#233;insertion &#034; n'est qu'un mot du vocabulaire moderne pour &#034; amendement &#034;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le personnel p&#233;nitentiaire doit se justifier &#224; ses propres yeux. C'est un peu g&#234;nant d'&#234;tre des gardiens. On fait donc comme s'il ne s'agissait pas de surveiller des hommes mais des sous-hommes, des brutes sans conscience. Il se trouve en effet que le d&#233;tenu semble peu enclin au remords, sans doute parce que la repr&#233;sentation des faits lors du proc&#232;s n'a pas le moindre rapport avec ce qu'&#233;ventuellement il se reproche. Il y a &#034; erreur sur la personne &#034;, ce qui le d&#233;douane de son acte. La r&#233;insertion suppos&#233;e commence donc pour le personnel &#224; &#034; conscientiser &#034; le d&#233;tenu, &#224; lui faire honte sinon de son acte (ce qui semble difficile) du moins de son existence. Pour qu'il perde toute fiert&#233;, il devra demander la permission pour tout. Pas un seul de ses gestes qui ne r&#233;sulte d'une autorisation. Jusqu'&#224; ce qu'il comprenne qu'il n'est plus rien.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quoi devenir d&#233;ment. On estime &#224; 30 % le nombre de d&#233;tenus malades mentaux. Bien s&#251;r, un bon nombre d'entre eux souffraient d&#233;j&#224; de troubles psychiatriques avant leur incarc&#233;ration. C'est d&#251; en grande partie &#224; la politique actuelle des h&#244;pitaux psychiatriques qui ne pouvant plus garder ind&#233;finiment enferm&#233;s les fous, ce qui est une bonne chose jette &#224; la rue les &#034; cas lourds &#034;. S'ils troublent l'ordre public, c'est du ressort de la police. Avec &#224; la clef un discours sur leur &#034; droit &#224; la citoyennet&#233; &#034;. Mais cela ne peut expliquer la mont&#233;e prodigieuse des cas de folie en prison. Certes la France d&#233;tient le record mondial des suicides, des d&#233;pressions, de la consommation de psychotropes. Mais cela non plus ne suffit pas &#224; comprendre pourquoi tous les trois jours quelqu'un se tue en prison, souvent au mitard.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les psychiatres de la p&#233;nitentiaire, apr&#232;s les criminologues, osent enfin dire que l'allongement spectaculaire de la dur&#233;e des peines est &#224; l'origine de ce d&#233;sespoir qui brise toute raison.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des principaux dangers est celui du d&#233;lire mystique. &#192; juste titre, les aum&#244;niers catholiques et protestants se m&#233;fient des conversions spectaculaires ; ils ont les si&#232;cles d'exp&#233;rience que de jeunes aum&#244;niers musulmans n'ont pas encore. La prison est le lieu id&#233;al de radicalisation de la haine. Quand un homme d&#233;sax&#233; est gav&#233; de son indignit&#233;, il ne demande pas mieux que d'accomplir son salut au nom d'une autre justice. Qu'aura g&#233;n&#233;r&#233; la prison sinon un certain go&#251;t de la mort r&#233;demptrice ? Et six mois auront ici suffi.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sains d'esprit ou non, les d&#233;tenus vivent quelque chose qui leur reste incompr&#233;hensible et lorsqu'ils r&#233;p&#232;teront : &#034; J'ai fait une connerie, je paye &#034; ce seront les mots souffl&#233;s par les &#233;ducateurs ou les psys pour &#034; faire bien &#034; et donc les rapprocher de la sortie. On attend d'eux qu'ils assument. Ils assumeront tout ce qu'on voudra pourvu que ce soit un bon point pour la lib&#233;ration.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sortie... Ils ne sont pas les seuls &#224; ne penser qu'&#224; elle. Quand les juges condamnent quelqu'un &#224; la d&#233;tention, ils ravagent en passant la vie de quelques autres : les familles des prisonniers sont les victimes oubli&#233;es de la Justice. Mais la moiti&#233; des d&#233;tenus ne re&#231;oivent aucune visite d'un proche durant leur incarc&#233;ration et plus les ann&#233;es passent et moins on vient les voir. Parfois pourtant, des gens qui s'aiment vivent le d&#233;chirement. Que de femmes de d&#233;tenus se font un cancer ayant us&#233; toutes leurs forces dans l'angoisse et le chagrin ! Ne parlons pas des m&#232;res incarc&#233;r&#233;es qu'on ne peut nourrir que d'anxiolytiques. L'amour, les enfants, la recherche &#233;perdue &#224; travers les petites annonces de la consolatrice possible tiennent dans les taules une place essentielle. Si quelques-uns vivent d'&#233;minentes (et &#233;ph&#233;m&#232;res) passions platoniques, les autres - et les m&#234;mes aussi d'ailleurs - sont condamn&#233;s &#224; une sexualit&#233; crasseuse.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les humiliations les plus r&#233;voltantes de la prison, le viol constant de toute pudeur. Vous devez vous exposer nu, &#234;tre &#034; fouill&#233; &#224; corps &#034;, aller aux toilettes devant ceux qui partagent votre cellule, vous rendre aux douches sans portes, vivre sous les contr&#244;les effectu&#233;s &#224; travers l'oeilleton. Votre courrier est lu, votre cellule r&#233;guli&#232;rement inspect&#233;e.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une id&#233;e tr&#232;s commun&#233;ment admise que la prison est inhumaine et parfaitement odieuse pour un innocent, mais qu'elle est justifi&#233;e pour les coupables. Qu'elle soit &#034; injuste &#034; ou &#034; juste &#034; peut encore se concevoir, mais odieuse pour les premiers et pas pour les seconds est insens&#233;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;fenseurs de l'incarc&#233;ration ont deux arguments. Le premier c'est qu'il faut punir. Les coupables ont fait souffrir, ils doivent souffrir &#224; leur tour. On &#233;limine ceux qui g&#234;nent comme le fait n'importe quel truand. On supprime les d&#233;linquants, c'est cela la prison id&#233;ale. Et pour &#234;tre s&#251;r que nul n'interviendra pour faire &#233;voluer ce temps immobile, on a invent&#233; une super-peine : la peine de s&#251;ret&#233;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me argument, celui de la s&#233;curit&#233;. On met les d&#233;linquants en prison uniquement pour s'en prot&#233;ger (on veut m&#234;me bien leur faire une prison toute dor&#233;e). Mais c'est rat&#233; puisqu'on en sort ; la mort que dispense la Justice n'arrache que quelques ann&#233;es ou quelques d&#233;cennies d'une vie. L'&#233;chelle des peines explique qu'une multitude de condamnations &#224; quelques mois encombrent les prisons avant de devenir de bien plus longues peines par le ph&#233;nom&#232;ne presque &#034; naturel &#034;, vu le contexte, des r&#233;cidives. La prison ne peut donc garder la soci&#233;t&#233; des malfaiteurs puisque chaque jour l'administration p&#233;nitentiaire d&#233;verse dans la rue autant de gens qu'elle en accueille. Chaque jour sortent des individus plus pauvres, plus furieux, plus d&#233;sesp&#233;r&#233;s et plus avilis qu'ils n'&#233;taient entr&#233;s. 25 % des sortants de prison se retrouvent sur le trottoir de leur libert&#233; avec moins de 15 euros sur eux. Et le r&#233;cidiviste appara&#238;t comme l'incarnation d'une pure perversit&#233; ?!&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que celui qui n'a pas d'argent s'en procure d'une mani&#232;re ou d'une autre, c'est bien compr&#233;hensible. Beaucoup plus perturbant celui dont la prison a fait un d&#233;s&#233;quilibr&#233;. En prison, on enferme des hommes excit&#233;s et tout, absolument tout, concourt &#224; les &#233;nerver davantage.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette mise &#224; l'&#233;cart pour quelque temps des d&#233;linquants est une pure superstition. La prison ne nous prot&#232;ge en rien du tout.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut se demander d'o&#249; vient cette croyance insolite selon laquelle on met les individus dangereux en cage pour qu'ils deviennent inoffensifs. Aussi saugrenu que cela paraisse, un bon nombre voient dans la prison une sorte de sombre retraite o&#249; le remords taraudant le d&#233;linquant fabriquerait un &#234;tre fichu, mais &#224; jamais incapable de reprendre une activit&#233; criminelle.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre billeves&#233;e du m&#234;me ordre que le remords r&#233;dempteur : on pourrait en prison apprendre un m&#233;tier (ou plus cot&#233; encore &#034; faire des &#233;tudes &#034;). Certains condamn&#233;s tirent parti de ce temps mort qu'est leur incarc&#233;ration comme dans les camps de concentration sovi&#233;tiques ou nazis on se r&#233;citait des po&#232;mes ou des tables de multiplication quand on s'apercevait qu'on glissait dans l'idiotie. R&#233;flexe de survie. Un sur mille. Mais le go&#251;t d'apprendre n'est pas inn&#233;. Que des &#234;tres d'exception profitent de la prison pour &#233;tudier le droit ou faire de la menuiserie, c'est du d&#233;tournement de haut vol, du grand art.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le besoin de s&#233;curit&#233; est r&#233;el et il est aussi inepte que risqu&#233; de se moquer de la peur des plus faibles et des plus pauvres. Se servir d'elle, les tromper sur ce danger d'un monde partout en voie d'endurcissement pour y substituer le &lt;i&gt;dangereux d&#233;linquant&lt;/i&gt;, c'est de l'impudence. La prison ne met en s&#233;curit&#233; personne, elle g&#233;n&#232;re agressivit&#233; et rancune. La vengeance ne peut appeler que la vengeance.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que le violeur soit s&#233;questr&#233;, humili&#233;, battu par ses cod&#233;tenus, condamn&#233; au suicide ne mettra personne &#224; l'abri du viol. La question n'est pas &#034; Comment punir ? &#034; mais &#034; Comment n'&#234;tre jamais ni violeur ni viol&#233; ? &#034;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel Foucault a &#233;t&#233; d'une superbe rigueur lorsqu'il a d&#233;montr&#233; que depuis sa cr&#233;ation des esprits modernes cherchaient &#224; penser une &lt;i&gt;meilleure prison &lt;/i&gt;et qu'elle ne se maintenait, toujours aussi intol&#233;rable, que gr&#226;ce &#224; eux. Tout ce qui peut rendre la d&#233;tention moins d&#233;gradante est bienvenu. Il est vrai pourtant que les bien-pensants qui d&#233;noncent dans les prisons &#034; une zone de non-droit &#034; et veulent y rem&#233;dier ne semblent pas avoir compris que le droit, dehors comme dedans, est celui du plus fort : les gardiens n'ont pas le droit de frapper les d&#233;tenus et cela se fait bien &#233;videmment. Quant aux droits suppos&#233;s &#233;l&#233;mentaires de tout &#234;tre humain comme celui de se d&#233;placer, de vivre avec ceux qu'on a choisis, d'avoir une vie affective et sexuelle, de jouir de la nature, ils sont par essence antagoniques &#224; la s&#233;questration des personnes.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prison &lt;i&gt;n'est pas comme &lt;/i&gt;une torture, elle &lt;i&gt;est &lt;/i&gt;une torture r&#233;elle : la goutte d'eau sur le cr&#226;ne. Pas de blessure et pourtant une &#233;nervation qui rend fou, qui vous fait pr&#233;f&#233;rer mourir. La d&#233;tention n'est pas devenue une torture par d&#233;voiement de son sens ; son but intrins&#232;que en tant que peine est de faire souffrir les condamn&#233;s. Comme la peine de mort, la peine de prison est irr&#233;versible, les ann&#233;es perdues le sont pour toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Aggravation de la r&#233;pression&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Arabie comme aux &#201;tats-Unis, en France comme en Chine, l'heure est &#224; une r&#233;pression de plus en plus brutale. Ce n'est pas d&#251; en France, tant s'en faut, &#224; l'arriv&#233;e au pouvoir en mai 2002 d'un gouvernement de droite particuli&#232;rement raide. Le nouveau Code p&#233;nal, &#233;labor&#233; entre 1981 et 1994 o&#249; il est entr&#233; en vigueur, est incontestablement plus s&#233;v&#232;re que celui qui le pr&#233;c&#233;dait. On a pay&#233; cher la suppression de la peine de mort (12 condamn&#233;s &#224; perp&#233;tuit&#233; en 1980, 53 vingt ans plus tard). Pour des faits identiques, la dur&#233;e moyenne de d&#233;tention a doubl&#233; depuis 1980. Premi&#232;re cons&#233;quence : le nombre de prisonniers de plus de 60 ans a &#233;t&#233; multipli&#233; par cinq.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perp&#233;tuit&#233; &#034; r&#233;elle &#034;, c'est-&#224;-dire incompressible, sans lib&#233;ration conditionnelle possible, a &#233;t&#233; introduite en France contre les meurtriers d'enfants par la loi du 1er f&#233;vrier 1994 (dite loi M&#233;haignerie).&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existait d&#233;j&#224; en France 185 prisons, ce qui est beaucoup par rapport &#224; la moyenne europ&#233;enne. Aux Pays-Bas, les d&#233;put&#233;s avaient tr&#232;s sagement vot&#233; un &lt;i&gt;numerus clausus &lt;/i&gt;carc&#233;ral, &#233;vitant ainsi la surpopulation des cellules et l'escalade de la violence individuelle contre la violence institutionnelle. En France, on construit trente nouvelles prisons dont huit pour les mineurs (il s'agit bien de prisons et non de &#034; centres ferm&#233;s &#034; sur lesquels nous reviendrons). Les 13 200 places cr&#233;&#233;es seront occup&#233;es, c'est la loi d'appel du vide, mais les prisons v&#233;tustes resteront aussi surcharg&#233;es que mis&#233;rables. Les cellules de ces b&#226;timents nouveaux confi&#233;s au secteur priv&#233; devront absolument &#234;tre toujours pleines, c'est le but de toute h&#244;tellerie. Voil&#224; pourquoi elles sont dangereuses : quand des op&#233;rateurs priv&#233;s construisent des &#233;tablissements p&#233;nitentiaires, ils misent sur le d&#233;veloppement de la d&#233;linquance.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les prisons sont si pleines, n'est-ce pas parce que la d&#233;linquance augmente ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est des &#034; grands crimes &#034;, ceux jug&#233;s aux assises, on constate une baisse des meurtres et assassinats ; en revanche, depuis le milieu des ann&#233;es 80, les condamnations pour viols (et non pas forc&#233;ment les viols, m&#234;me si c'est une hypoth&#232;se envisageable) sont en augmentation constante.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vol simple, le cambriolage, le recel sont en chute dans les statistiques du minist&#232;re de la Justice. En fait, c'est bien ce qu'on appelle la petite d&#233;linquance qui de nos jours d&#233;sempare le commun des mortels.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle augmente en effet et le gouvernement s'en &#233;meut : on a annonc&#233; &#224; grand renfort de presse que le fraudeur de m&#233;tro r&#233;cidiviste ferait de la prison ferme.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le gouvernement form&#233; en 2002 a imm&#233;diatement annonc&#233; pour les jeunes de 13 &#224; 18 ans la construction de prisons et de maisons de redressement (appel&#233;es centres ferm&#233;s), c'est que les dossiers avaient &#233;t&#233; minutieusement pr&#233;par&#233;s par la gauche.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on pense au jeune d&#233;linquant, on le voit volontiers arracher le sac &#224; main d'une vieille dame. Mais on constate en fait une augmentation certaine des coups et blessures (en particulier lors de &#034; bastons &#034; men&#233;es collectivement), des viols &#224; plusieurs et de la vente de drogue.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La principale innovation du minist&#232;re Perben, c'est l'abaissement de l'&#226;ge de la majorit&#233; p&#233;nale qui passe de 13 &#224; 10 ans (10 ans !).&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cons&#233;quence imm&#233;diate : l'abaissement de l'&#226;ge de la d&#233;linquance. On sait, dans les milieux de la justice et de la police, que des parents envoient des enfants qui justement ne peuvent &#234;tre gard&#233;s en prison faire les poches des imprudents. Ils enverront d&#233;sormais des enfants plus jeunes, voil&#224; tout.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chancellerie dit vouloir garder les &lt;i&gt;quartiers pour mineurs &lt;/i&gt;dans les prisons d'adultes pour ceux faisant preuve d'une &#034; tr&#232;s grande dangerosit&#233; &#034;, en clair pour les fugueurs des maisons de correction r&#233;nov&#233;es. La loi du 9 septembre 2002 pr&#233;voit l'incarc&#233;ration d&#232;s 13 ans de ceux qui ne se soumettront pas au r&#232;glement des centres ferm&#233;s. On s'en serait dout&#233;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment faire avec les jeunes d&#233;linquants ? Nous n'en savons rien (on pourrait commencer par les interroger). Mais on sait comment accro&#238;tre leur col&#232;re, rendre les adolescents bien plus violents, les pousser au pire : on rouvre les maisons de correction. Les &lt;i&gt;centres &#233;ducatifs ferm&#233;s &lt;/i&gt;pour les jeunes &#224; partir de 13 ans sont &#034; des &#233;tablissements publics ou priv&#233;s habilit&#233;s [...] dans lesquels les mineurs sont plac&#233;s en application d'un contr&#244;le judiciaire ou d'un sursis avec mise &#224; l'&#233;preuve [...]. La violation des obligations auxquelles le mineur est astreint [&#8230;] peut entra&#238;ner le placement en d&#233;tention provisoire ou l'emprisonnement du mineur. &#034;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi pr&#233;voit &#233;galement l'instauration d'une proc&#233;dure de jugement rapide &#034; &#224; d&#233;lai rapproch&#233; &#034; et les professionnels de s'inqui&#233;ter de ce que ces jugements aussi capitaux pour la vie des enfants ne s'appuient que sur des actes de police.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les historiens ont &#233;t&#233; renvers&#233;s de l'amn&#233;sie de nos gouvernants. Tous ceux qui ont &#233;tudi&#233; l'histoire des maisons de redressement savent combien elles ont g&#233;n&#233;r&#233; chez ceux qui y sont pass&#233;s de la pure barbarie.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfermement est en soi une violence. Il ne peut qu'engendrer un sentiment de r&#233;volte.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vouloir &#034; prot&#233;ger les jeunes d'eux-m&#234;mes &#034; est un aveu : en eux se tapit un ennemi &#224; abattre. Les experts en bonne &#233;ducation pensent comme des hu&#238;tres et en restent &#224; ce degr&#233; z&#233;ro de la pens&#233;e : respect de l'autorit&#233;, discipline, menaces et punition.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e que certains puissent &#233;lever un enfant jusqu'&#224; lui-m&#234;me sans jamais le punir ne les effleure pas ; qu'on puisse s'adresser &#224; lui, &#233;ventuellement lui faire des reproches sur le ton qu'on prendrait avec un ami tr&#232;s cher pour lui parler de quelque chose qui ne va pas appartient &#224; un autre monde ; qu'on ait &#224; coeur de lui pr&#233;senter ses excuses quand on s'est laiss&#233; aller aux invectives leur semble niais. Ils ne voient m&#234;me pas ce qui cr&#232;ve les yeux : l'ob&#233;issance &#224; la loi, c'est ce que les jeunes connaissent le mieux ; dans les centres ferm&#233;s comme dans les rues, ce sont les chefs de bande qui la leur font int&#233;grer. C'est d'&#234;tre uniques qu'ils ont besoin. Un enfant qui se structure dans l'enfermement n'aura d'autre rep&#232;re que l'enfermement et de cesse que de retourner entre les quatre hauts murs.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les adolescents jet&#233;s dans les prisons et les centres ferm&#233;s seront condamn&#233;s &#224; &#234;tre priv&#233;s d'amour, ils n'auront m&#234;me pas les bras d'une petite copine pour les consoler et, qui sait, leur apprendre &#224; se laisser aller &#224; un peu de douceur (quant aux jeunes homosexuels et homosexuelles, nous n'osons penser &#224; la r&#233;&#233;ducation et aux &#233;quipes soignantes qu'ils et elles devront affronter). De toute fa&#231;on, sous la f&#233;rule de gens pay&#233;s pour les surveiller, entour&#233;s de seuls camarades partageant la m&#234;me mis&#232;re sexuelle, tous vivront une pubert&#233; bien tordue, une &#034; sexualit&#233; de taulard &#034;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discours s&#233;curitaire s&#232;me le vent. Il r&#233;coltera des temp&#234;tes sur des incendies.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France actuelle r&#234;ve de la &#034; tol&#233;rance z&#233;ro &#034; &#224; l'am&#233;ricaine. La population incarc&#233;r&#233;e aux &#201;tats-Unis a augment&#233; de 80 % de 1990 &#224; 2000. Plus cette r&#233;pression se durcit et plus la criminalit&#233; augmente. Les &#201;tats-Unis restent attach&#233;s aux ex&#233;cutions capitales malgr&#233; la forte mobilisation d'une minorit&#233; am&#233;ricaine qui se bat pour que disparaisse ce symbole de la vengeance. 71 hommes et femmes, sains d'esprit ou reconnus malades mentaux, ont &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233;s en 2002. En r&#233;alit&#233; 3 581 individus avaient &#233;t&#233; condamn&#233;s &#224; mort cette m&#234;me ann&#233;e dont 74 &#226;g&#233;s de 17 ans ou moins (quinze ou seize ans !).&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#201;tats-Unis restent le mod&#232;le des cow-boys du monde entier.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bient&#244;t, pour les petits d&#233;lits, l'Europe conna&#238;tra le pilori remis au go&#251;t du jour Outre-Atlantique sous forme de d&#233;ambulations dans la ville avec une pancarte o&#249; est inscrit le motif de la condamnation. C'est aussi l&#224;-bas que tr&#232;s officiellement il y a beaucoup plus de malades mentaux dans les prisons que dans les h&#244;pitaux psychiatriques. Le sens de l'Histoire...&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais face &#224; cette d&#233;rive qui guette l'Europe, comment ont r&#233;agi les pouvoirs publics ? On condamne &#224; d'interminables peines de prison de grands d&#233;lirants, des malades qui comparaissent devant le tribunal bourr&#233;s de neuroleptiques. Comment est-ce possible ? Dans le Code p&#233;nal d'avant 1993, l'ancien article 64 permettait de consid&#233;rer un malade mental comme irresponsable sur le plan p&#233;nal. Dans le nouveau Code, le second alin&#233;a de l'article 122-1 stipule que l'auteur d'une infraction est d&#233;sormais punissable m&#234;me s'il est atteint de graves troubles psychiques, &#034; toutefois la juridiction tient compte de cette circonstance lorsqu'elle d&#233;termine la peine et en fixe le r&#233;gime &#034;. Dans l'esprit du l&#233;gislateur, cette phrase permettait donc d'accorder des circonstances att&#233;nuantes. Or c'est exactement l'inverse qui se produit ; aux yeux des jur&#233;s et des juges, la maladie devient &lt;i&gt;circonstance aggravante &lt;/i&gt;et les peines sont bien plus lourdes pour ceux qui en souffrent.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tout s'arrange. La loi Perben (art. 48) permet l'hospitalisation &lt;i&gt;avec ou sans consentement &lt;/i&gt;des d&#233;tenus atteints de troubles mentaux ou psychiques. Sont donc en voie d'&#234;tre cr&#233;&#233;es, au sein des h&#244;pitaux psychiatriques, des unit&#233;s sp&#233;cifiques pour des d&#233;tenus, lesquels seront hospitalis&#233;s d'office par la pr&#233;fecture, ce qui permet de contourner les dispositions europ&#233;ennes qui, tirant les le&#231;ons de ce qui s'&#233;tait pass&#233; contre les dissidents en URSS, interdisent le soin forc&#233; en prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Peines de substitution : &#034; Mieux c'est, pire c'est. &#034;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autres temps, autres moeurs. On fera peut-&#234;tre plus d&#233;sastreux qu'avant, mais pas &#224; l'identique. Ce que veut le peuple, ce n'est pas la prison, c'est la punition. Pratiquement personne ne s'oppose &#224; la suppression des peines d'enfermement pourvu seulement qu'elles soient remplac&#233;es par &#034; autre chose de mieux &#034;. Pour les jeunes et vieux branch&#233;s, l'abolition des prisons va dans le sens de la modernit&#233;, il ne faudrait pas rater &#231;a.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les peines pr&#233;vues aujourd'hui en alternative &#224; la prison ne sont propos&#233;es qu'en cas de petit d&#233;lit. Contentons-nous d'en dresser bri&#232;vement la courte liste.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &lt;i&gt;amendes &lt;/i&gt;ne sont pas une solution de rechange &#224; l'incarc&#233;ration puisqu'elles sont une peine de simple police exig&#233;e en cas de contravention ne relevant justement pas des tribunaux.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant m&#234;me la sentence, le juge a la possibilit&#233; de demander un &lt;i&gt;contr&#244;le judiciaire &#224; caract&#232;re socio-&#233;ducatif&lt;/i&gt;. Les pr&#233;venus qui s'y soumettent se pr&#233;sentent libres &#224; l'audience, ce qui est un ind&#233;niable avantage leur permettant neuf fois sur dix d'&#233;chapper &#224; la prison. La g&#233;n&#233;ralisation des proc&#233;dures rapides telles que les comparutions imm&#233;diates ont fait tomber en vingt ans de 140 000 &#224; 70 000 le nombre de personnes sous contr&#244;le judiciaire.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plus appr&#233;ci&#233;e des solutions permettant &#224; quelqu'un d'&#233;chapper &#224; la d&#233;tention est le &lt;i&gt;sursis&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'il y a &lt;i&gt;ajournement de peine &lt;/i&gt;avec mise &#224; l'&#233;preuve, le juge se prononce sur la culpabilit&#233; du pr&#233;venu, mais remet sa d&#233;cision &#224; plus tard quant &#224; la peine. Aura su y faire celui qui aura r&#233;par&#233; le dommage caus&#233; ou montr&#233; sa cure de d&#233;sintoxication.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e du &lt;i&gt;travail d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral &lt;/i&gt;s&#233;duit beaucoup de gens. En g&#233;n&#233;ral, il s'agit de simples corv&#233;es inflig&#233;es comme p&#233;nitences. Pas le bagne, pas les mines de sel, mais un travail forc&#233; et donc en soi quelque chose qui se veut p&#233;nible et, de toute fa&#231;on, une humiliation. &#201;videmment, lorsqu'on propose &#224; quelqu'un de servir gratuitement ou d'aller en taule, c'est mieux que de l'incarc&#233;rer sans discussion, mais parler de choix est un abus de langage.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dernier gadget sorti : le &lt;i&gt;bracelet &#233;lectronique&lt;/i&gt;. Le placement sous surveillance &#233;lectronique consiste, sur d&#233;cision de justice, &#224; contr&#244;ler &#224; distance les all&#233;es et venues d'un individu portant un bracelet reli&#233; par un modem &#224; un ordinateur central qui enregistre et signale toute infraction aux r&#232;gles des seuls parcours autoris&#233;s.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les juges restent r&#233;serv&#233;s quant &#224; cette surveillance qui pourrait &#234;tre sujette &#224; quelques pannes plus ou moins machin&#233;es, d'autres braves gens voient tr&#232;s bien quel int&#233;r&#234;t pr&#233;senterait le fameux gadget : ceux en charge de tout le contr&#244;le social. Oh ! bien s&#251;r, on &#034; respectera la libert&#233; individuelle &#034; et &#034; c'est pour son bien &#034; qu'on proposera &#224; un alcoolique d'accepter le port du bracelet lui interdisant l'entr&#233;e des caf&#233;s, &#224; un adolescent de se garder d'approcher des centres commerciaux.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien dans l'air du temps, la derni&#232;re solution de rechange quant &#224; l'emprisonnement se met en place sous la forme d'&lt;i&gt;&#233;tablissements pour peines am&#233;nag&#233;es &lt;/i&gt;(EPA). Ce sont des prisons sans barreaux, entre centres de d&#233;tention et foyers de semi-libert&#233;. Ils sont destin&#233;s aux condamn&#233;s &#224; une courte peine ou aux autres quand ils parviennent &#224; la toute fin de leur parcours carc&#233;ral.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu &#224; part, car ne faisant pas encore officiellement partie des peines pr&#233;vues par la loi fran&#231;aise, les &lt;i&gt;shame sanctions &lt;/i&gt;ou &#034; peines de la honte &#034; obligeant par exemple - nous y avons fait allusion plus haut - le d&#233;linquant &#224; porter dans les rues un &#233;criteau o&#249; est inscrit sa faute.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce type de ch&#226;timent risque de plaire beaucoup d'ici peu parce qu'il est blessant, c'est-&#224;-dire qu'il repose sur l'id&#233;e que c'est &#224; chacun d'avoir un regard qui blesse le puni ; le premier venu est appel&#233; personnellement &#224; se d&#233;solidariser en public du suppos&#233; coupable, ayant ainsi l'occasion de montrer &#224; tous sa vertu. Ces peines ne pourront qu'exacerber la haine de la part de ceux qui en seront victimes : ce ne sera plus seulement l'institution qui sera tax&#233;e de violence mais &#034; l'homme de la rue &#034;, et ce fort judicieusement.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de poursuivre, disons-le tout net, ces peines pr&#233;tendument &#034; de substitution &#034; ne sont pas, comme on a essay&#233; de nous le faire accroire, une alternative &#224; la prison. Elles se surajoutent &#224; l'arsenal r&#233;pressif actuel et ne remplacent rien. Elles sanctionnent des faits ou des attitudes qui, jusque-l&#224;, &lt;i&gt;ne valaient quand m&#234;me pas &lt;/i&gt;la prison.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs elles vont toujours dans le sens d'un contr&#244;le social accru en emprisonnant dehors ceux qu'on veut r&#233;primer. Car le contr&#244;le est bien le propre de l'emprisonnement (surveillance de l'espace, du temps, des occupations, des fr&#233;quentations). Les peines privatives de libert&#233; n'ont pas besoin de quatre murs pour enfermer quelqu'un.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant qu'elles s'accompagnent les unes et les autres de diverses mesures toutes charg&#233;es de menaces.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que font donc les modernes ? On peut fort bien sortir de prison 80 % des d&#233;tenus sans alarme ni scandale : le bracelet &#233;lectronique serait effectivement utilis&#233; comme initialement pr&#233;vu pour les pr&#233;venus en d&#233;tention provisoire avant leur jugement ; les toxicomanes qui causent tant de difficult&#233;s aux surveillants seraient envoy&#233;s dans des lieux de soins ; nous avons vu que les autorit&#233;s comp&#233;tentes estimaient &#224; un tiers de la population carc&#233;rale les malades mentaux, ce ne serait sans doute pas un luxe inutile d'en remettre au moins une bonne moiti&#233; entre les mains des psychiatres ; cela ne choquerait pas grand monde si les malades en fin de vie &#233;taient graci&#233;s ; les &#233;trangers n'ayant commis aucune autre infraction que d'&#234;tre en situation administrative irr&#233;guli&#232;re encombrent &#233;tonnamment les prisons et, sur ce terrain, m&#234;me au minist&#232;re de l'Int&#233;rieur, on s'accorde &#224; voir dans la d&#233;tention la r&#233;ponse la plus d&#233;phas&#233;e possible au probl&#232;me pos&#233; ; quant aux petits d&#233;lits, on sait que l'opinion publique est tr&#232;s favorable au travail d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi le contribuable, s'il savait qu'un condamn&#233; &#224; un an co&#251;te 22630 euros (et 60 513 d&#233;tenus ?) accepterait, d'un bon coeur avis&#233;, la lib&#233;ration de quatre cinqui&#232;mes des d&#233;tenus - &#224; condition qu'ils soient punis s&#233;v&#232;rement mais autrement que par l'incarc&#233;ration - pourvu que le dernier cinqui&#232;me, les &#034; vrais criminels &#034;, ne sorte jamais.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour eux on peut craindre le pire.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Boucs &#233;missaires, symboles, ces captifs-l&#224; canaliseraient la haine de tous, toutefois cette haine serait suppos&#233;e rationnelle puisque les 20 % qui resteraient seraient enferm&#233;s sous l'&#233;tiquette d'&lt;i&gt;individus dangereux&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la question est de savoir ce qu'est un individu dangereux. Et c'est toujours une question de contexte bien entendu. La petite d&#233;linquance est la cons&#233;quence imm&#233;diate de modes de vie impos&#233;s par une politique &#233;conomique donn&#233;e, mais en France chaque grand crime demeure la r&#233;sultante d'une combinaison de hasards. Les circonstances, l'&#226;ge, les conditions de vie, l'&#233;tat de d&#233;pression qu'on traverse, tout se conjugue &#224; un instant x pour que se produise un drame qui aurait pu ne jamais arriver, qui n'arrivera plus. Il est d&#233;raisonnable de consid&#233;rer comme dangereux quelqu'un qui jamais ne r&#233;cidivera.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si un homme ou une femme appara&#238;t comme &#034; &#224; bout &#034;, &#034; pr&#234;t &#224; faire une b&#234;tise &#034;, infiniment d&#233;sesp&#233;r&#233; ou montrant qu'il ne peut plus concevoir les choses qu'&#224; travers la col&#232;re, il y a tout lieu de croire qu'il peut &#234;tre dangereux, en particulier pour lui-m&#234;me. Mais la loi, croit-on, ne permet pas de sanctionner ce genre de virtualit&#233;. Or quand un homme emprisonn&#233; est dans ce m&#234;me &#233;tat, on trouve normal de le surcondamner au pire (dans des &#233;tablissements de haute s&#233;curit&#233;) et sans am&#233;nagement de peine possible sous pr&#233;texte qu'il est &#034; capable du fait &#034;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mieux encore : en prison, les absurdit&#233;s, la surveillance, les outrages et humiliations ne peuvent que rendre furieux les hommes en cage.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est parce qu'ils sont incarc&#233;r&#233;s qu'ils sont consid&#233;r&#233;s comme dangereux.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous pr&#233;texte de cette dangerosit&#233;, on ne veut plus les lib&#233;rer.&lt;br /&gt;
Un &#234;tre dangereux en soi n'existe pas. Un homme violent ou &#233;nerv&#233;, oui on en conna&#238;t tous. Mais un homme dangereux... ? Les plus grands assassins ne se font pas remarquer. Nous vivons pr&#232;s de criminels potentiels &#224; qui ne manque que l'occasion (qui vraisemblablement ne se pr&#233;sentera jamais).&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prison destin&#233;e aux &#034; individus dangereux &#034; sera donc d'une cruaut&#233; extr&#234;me et cependant on voit encore poindre une ultime alternative, la psychiatrisation. On prend pr&#233;texte des psychopathes les plus d&#233;ments pour d&#233;cr&#233;ter que tout meurtrier a besoin de se faire traiter. Car il n'est pas humain de tuer son prochain.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'injonction de soins, on a facilement r&#233;gl&#233; le probl&#232;me pour les d&#233;linquants sexuels. La castration et la lobotomie, quand elles peuvent se passer de chirurgie, ont tr&#232;s bonne presse dans le public. Tant qu'il s'agit de pilules ou de piq&#251;res, on est dans le lisse, le doux, le b&#233;nin. Ce n'est manifestement pas que le d&#233;sir sexuel qu'on lui coupe, mais tout d&#233;sir, et avant tout celui de vivre. Sa panique face &#224; l'existence de zoophyte qui lui est propos&#233;e comme &#034; la &#034; solution ne dure pas. Tr&#232;s vite, son indiff&#233;rence laqu&#233;e &#224; tout chagrin, le sien et celui de ses proches, va lui permettre de glisser convenablement dans l'ob&#233;sit&#233; et la d&#233;bilit&#233; mentale attendues. Et tout le monde trouve &#231;a bien.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant qu'on ne les &#034; soigne &#034;, les grands d&#233;linquants sexuels ou les meurtriers atypiques passent devant des experts en psychiatrie qui dictent aux juges et aux jur&#233;s la peine qu'il convient d'infliger. Souvent ils n'ont jamais vu le pr&#233;venu. C'est dans le cas patent d'erreur judiciaire reconnue que le c&#244;t&#233; grossier de ces bouffonneries pourrait &#233;clater au grand jour. Mais lorsque par miracle un innocent est innocent&#233;, personne n'a la curiosit&#233; de revoir ces fameuses expertises qui l'avaient fait &lt;i&gt;scientifiquement &lt;/i&gt;condamner.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les psychoth&#233;rapies en prison sont rares, tr&#232;s superficielles.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Infiniment peu de d&#233;tenus se sentent assez en s&#233;curit&#233; avec un psy pour lui d&#233;baller ce qui pourrait bien les faire passer pour &#034; encore pires &#034; ou &#034; plus faibles &#034; que l'administration ne l'imagine. Les propos sont mesur&#233;s &#224; l'aune de la bonne impression de sinc&#233;rit&#233; qu'on esp&#232;re donner.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui tenterait les penseurs de la criminalit&#233; influenc&#233;s par des films de pure propagande en provenance des pays anglo-saxons, plut&#244;t que la psychanalyse, c'est le behaviorisme. Fond&#233; sur la r&#233;compense et la sanction, il r&#233;concilie le public avec cette bonne vieille id&#233;e qu'on peut corriger quelqu'un, le redresser, le dresser. Ces camps de r&#233;&#233;ducation ont un pass&#233; et un bel avenir. On inculque aux d&#233;linquants les vraies valeurs, la soumission &#224; la hi&#233;rarchie, le go&#251;t de l'effort, le courage physique. Et les juges nioulouques de r&#234;ver d'envoyer tous les voyous s'y refaire une bonne mentalit&#233;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut &#233;voquer les voies de modernisation du ch&#226;timent p&#233;nal sans s'arr&#234;ter un instant sur les PEP, &lt;i&gt;projets d'ex&#233;cution des peines&lt;/i&gt;. Ils sont apparus en 1996, il s'agit d'un &#034; projet commun &#224; l'ensemble des intervenants en milieu p&#233;nitentiaire, permettant de signifier au condamn&#233; ce que l'institution attend de lui &#034;. Le d&#233;tenu est cens&#233; se fixer des objectifs et s'engager par contrat &#224; les respecter. Les &#233;tapes en sont fix&#233;es dans un livret qui le suit d'&#233;tablissement en &#233;tablissement. S'il obtient de bonnes notes, ce ne peut qu'&#234;tre un signe de sa volont&#233; de r&#233;insertion. S'il ne s'en sort pas, ce sera absolument de sa faute. Au moins l'administration p&#233;nitentiaire aura tout fait pour qu'il puisse rentabiliser son temps de prison ! En prison comme dehors, contre toute &#233;vidence, il faut s'affirmer pleinement libre. Les projets d'ex&#233;cution des peines instituent une solidarit&#233; entre le d&#233;tenu et l'administration p&#233;nitentiaire.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On attend du prisonnier une enti&#232;re collaboration. Il donne ainsi pleinement raison &#224; l'institution. Le condamn&#233; doit faire sien le jugement qu'a prononc&#233; contre lui la Soci&#233;t&#233;, s'y rallier de toute sa bonne volont&#233;. On imagine sans peine la trag&#233;die que vit la victime d'une erreur judiciaire. Bien peu de d&#233;tenus auront le courage de ne pas signer le PEP, en all&#233;guant fort justement qu'un contrat n'est valable que s'il est pass&#233; sans contrainte. De toute fa&#231;on, seront &#233;largis plus t&#244;t comme d&#233;j&#224; aujourd'hui ceux qui ont une bonne t&#234;te, qui savent argumenter, sourire, les moins mal &#233;lev&#233;s, ceux qui poss&#232;dent &#224; l'ext&#233;rieur un capital relationnel, bref, les nantis. Les PEP sont cens&#233;s &#034; resocialiser &#034; les d&#233;tenus. L'administration p&#233;nitentiaire attend d'eux qu'ils se convertissent aux normes socioculturelles des citoyens convenables.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il se trouve que le d&#233;linquant est celui qui a refus&#233; une organisation sociale qu'il juge lui &#234;tre d&#233;favorable. L'asocial vit avec d'autres asociaux, c'est son milieu (et parfois &#034; le milieu &#034;).&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet d'ex&#233;cution des peines pr&#233;vu pour la dur&#233;e de la d&#233;tention va trouver tout naturellement dehors son prolongement par le &lt;i&gt;suivi socio-judiciaire &lt;/i&gt;institu&#233; par la loi du 17 juin 1998 visant les d&#233;linquants sexuels (du moins dans un premier temps). Cette mesure est une peine qui peut &#234;tre prononc&#233;e par le tribunal en plus de la peine de prison. &#192; leur lib&#233;ration, les d&#233;linquants sexuels doivent accepter de se plier r&#233;guli&#232;rement &#224; divers contr&#244;les sociaux et policiers et r&#233;pondre surtout &#224; &#034; l'injonction de soins &#034; qui leur a &#233;t&#233; signifi&#233;e.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand il s'agit, &#224; la sortie de prison, d'une psychoth&#233;rapie, il est juste un peu saugrenu d'imaginer qu'un juge condamne quelqu'un &#224; &#233;tablir une relation de confiance avec un soignant ; mais lorsqu'il s'agit d'une chimioth&#233;rapie impos&#233;e par des psychiatres peu enclins &#224; se voir rendus responsables d'une &#233;ventuelle r&#233;cidive, on peut &#234;tre certain que le soign&#233; aura droit aux doses les plus monstrueuses possibles de neuroleptiques. Et &#224; vie.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les condamnations les plus inqui&#233;tantes vont se diluer dans la vie de chaque jour. Il est d'autant plus clair que s'attaquer &#224; la prison ne suffit pas. C'est le ch&#226;timent en tant que tel qui doit faire l'objet de toute notre m&#233;fiance et d'une surveillance organis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;La punition ne sert &#224; rien, elle est pernicieuse&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A) Elle est inutile&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les juristes reconnaissent &#224; la peine cinq fonctions : r&#233;tribution, intimidation, exemplarit&#233;, amendement et &#233;limination ou neutralisation temporaire.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;a) La r&#233;tribution&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Le sens premier (mais dernier sans doute aussi) est religieux : les bons sont r&#233;compens&#233;s, les m&#233;chants sont punis. Qu'est-ce qui est bien ? Soit ce que veut Dieu, soit Dieu n'existe pas et c'est l'homme qui d&#233;cide de ce qui est bien ou mal en fonction des civilisations o&#249; il &#233;volue. Au m&#233;pris de tout bon sens, la r&#233;tribution est l'affirmation que &lt;i&gt;dans cette vie &lt;/i&gt;le m&#233;chant est puni et l'homme bon au tableau d'honneur.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne punit qu'un inf&#233;rieur, celui que l'on veut placer en situation d'inf&#233;riorit&#233; : l'enfant, le subalterne, l'esclave ou l'animal. Un accus&#233; est toujours trait&#233; en inf&#233;rieur. D'autant que c'est un pauvre (quand l'inculp&#233; est riche, le pays est sens dessus dessous, &#034; c'est &#224; n'y rien comprendre &#034;), le pauvre n'a pas de mots pour expliquer, se d&#233;fendre. Le vol est incomparablement plus r&#233;pandu et plus co&#251;teux pour la soci&#233;t&#233; dans les hautes sph&#232;res des affaires et de la finance ; ces d&#233;tournements ing&#233;nieux ne scandalisent pas grand monde. Le vol comme le meurtre sont tr&#232;s admir&#233;s quand ils sont bien faits ; ce qui reste choquant pour la morale, c'est en fait le c&#244;t&#233; trivial de la d&#233;linquance.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est vrai que l'homme craint d'&#234;tre tu&#233;. Nous vivons &#224; la merci de tous ceux qui nous entourent, au XXIe si&#232;cle comme aux temps les plus recul&#233;s de la pr&#233;histoire. De toutes les esp&#232;ces, l'esp&#232;ce humaine est la seule &#224; s'entretuer de fa&#231;on de plus en plus al&#233;atoire au fur et &#224; mesure qu'elle &#233;volue. Mais il nous reste heureusement quelque chose des grands singes et c'est ce qui nous prot&#232;ge en temps de paix de trop d'homicides. Il y en a quelques-uns pourtant. La police, en particulier au service des disparitions, sait fort bien que de nombreux crimes de sang, souvent commis par des proches de la victime, restent impunis.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le crime parfait existe.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans parler du quidam outr&#233; de s'&#234;tre fait cambrioler qui n'h&#233;site pas un instant &#224; &#034; rouler &#034; aussit&#244;t sa compagnie d'assurances ; mais voleur, lui ? Comme le larron entr&#233; chez lui, il estime que &#034; voler les riches &#034;, c'est se rendre justice.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La criminalit&#233; r&#233;elle est tellement plus importante que la criminalit&#233; r&#233;prim&#233;e qu'on peut se demander &#224; quels na&#239;fs s'adressent les repr&#233;sentations que sont les proc&#232;s et les prisons.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Crime : en Droit, infraction que les lois punissent d'une peine afflictive ou infamante. &#034; &lt;i&gt;(Petit Robert)&lt;/i&gt;. En soi, le crime n'existe pas.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Infiniment plus d'agressions que celles qui sont passibles des tribunaux d&#233;truisent nos vies. Mais cela rassure de &#034; tenir le coupable &#034;. Ni plus ni moins que dans certaines tribus, dites primitives, o&#249; l'on va r&#233;clamer dans une peuplade voisine le prix du sang pour celui qui, mort de maladie, n'a pu qu'&#234;tre &#034; envo&#251;t&#233; &#034;. Question de croyance.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question pour un citoyen n'est pas de savoir o&#249; sont le bien et le mal, &#224; plus forte raison ce que ces mots signifient, mais de se plier aux lois. Pour le Droit, les consciences individuelles et leurs alarmes n'ont pas la plus petite importance. Le Droit est une convention fragile qui ne repose que sur la seule volont&#233; de tous d'ob&#233;ir (par commodit&#233;). Une soci&#233;t&#233; ne peut survivre sans cette soumission. Lois antis&#233;mites d'une &#233;poque, loi Gayssot d'une autre : libre &#224; certains de les trouver sc&#233;l&#233;rates, mais les transgresser entra&#238;ne un ch&#226;timent aux p&#233;nibles effets.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seulement voil&#224; : l'auteur d'un d&#233;lit ou d'un crime a souvent d&#251; choisir entre deux lois : un jeune ne peut se permettre de braver les lois sexistes de son clan sans en subir les cons&#233;quences, une punition s&#233;v&#232;re : il &lt;i&gt;doit &lt;/i&gt;participer &#224; la &#034; tournante &#034; ou &#224; une &#034; exp&#233;dition punitive contre des p&#233;d&#233;s &#034;. Refuser, c'est &#234;tre un insoumis, ce qui entra&#238;ne forc&#233;ment des suites f&#226;cheuses. Normal. La loi au-dessus des lois est celle de l'&#201;tat et personne n'essaie de nous faire avaler que c'est la meilleure, on tente simplement de nous montrer qu'elle dispose de moyens de coercition plus &#233;tendus et plus impitoyables que ceux des autres brutes. Mais cela devrait quand m&#234;me faire s'interroger ceux qui voient dans la sanction une exigence de la r&#233;tribution. &#034; On ne peut quand m&#234;me pas laisser libres d'agir les criminels &#034;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;p&#233;tons que la grande majorit&#233; d'entre eux ne sont jamais arr&#234;t&#233;s ni punis et que les criminels, un jour ou l'autre, retrouvent leur libert&#233;. La question pourrait prendre un autre sens si l'on se demandait comment emp&#234;cher de nuire un individu dangereux. A priori on ne voit pas pourquoi celui qui aurait commis telle action serait plus dangereux que celui qui ne l'aurait pas encore commise, c'est-&#224;-dire n'importe qui. Nous avons d&#233;j&#224; dit plus haut qu'un individu ne devenait dangereux que dans un certain contexte ; nous pouvons tous l'&#234;tre. C'est sur les situations que nous pouvons intervenir, pas sur &#034; celui qui a agi &#034;, et &#224; plus forte raison pas sur &#034; celui qui n'a pas encore agi &#034;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Et les tueurs en s&#233;rie ? &#034; L'expression m&#234;me laisse supposer qu'on range dans cette cat&#233;gorie des tueurs (non professionnels) agissant m&#233;caniquement, or non seulement les assassins qui r&#233;p&#232;tent leurs crimes sont rarissimes mais chacun de ces homicides est unique et affolant pour son auteur (c'est le public qui tient &#224; faire de lui un homme machine). Mais admettons qu'on puisse de loin en loin trouver des meurtriers &#034; pr&#234;ts &#224; recommencer &#034;. Les plombiers cannibales existent et aussi les siamois et autres monstres. La t&#233;ratologie nous enseigne ceci : que rien n'est plus rare qu'une raret&#233;. Face &#224; un couple siamois, &#224; un hermaphrodite, que faire sinon inventer des rapports diff&#233;rents ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Punir celui qui a tu&#233;, c'est seulement lui montrer notre col&#232;re (&#233;ventuellement le tuer), notre agressivit&#233; &#233;pouse la sienne. Et il ne sert &#224; rien de s'abaisser chaque fois jusqu'&#224; ce degr&#233; de notre mis&#232;re.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'indignation n'est pas la m&#234;me face &#224; la d&#233;linquance courante o&#249; c'est notre impuissance qui nous d&#233;sesp&#232;re. Pourtant, en ce domaine, on peut justement agir politiquement (agir dans la cit&#233;). Nous savons fort bien que le voleur pr&#233;f&#233;rerait &#234;tre marchand de biens ou pr&#233;sentateur de t&#233;l&#233;vision et que la d&#233;linquance augmente en fonction non de la pauvret&#233; mais de l'&#233;cart grandissant entre pauvres et riches. Dans ce cas, ce n'est plus tant l'envie qui anime le voleur que la r&#233;bellion.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des jeunes ignorent comment se sortir de cette vie couleur de b&#233;ton. &#192; quinze ans, la d&#233;tresse suinte d&#233;j&#224; de chaque souvenir.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se mettre en rupture de ban permet juste de conna&#238;tre quelques rares instants la fiert&#233; d'avoir su dire non &#224; une vie trop moche. Parfois il n'y a m&#234;me pas eu de rage, seulement un commencement de chagrin.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des juges souhaiteraient pouvoir condamner le crime sans condamner son malheureux auteur, mais ils ne sauraient se cacher que le bl&#226;me en lui-m&#234;me est d&#233;j&#224; violent d&#232;s lors que quelqu'un est &lt;i&gt;accus&#233; &lt;/i&gt;d'avoir commis un d&#233;lit ou une erreur. Dans l'&#233;tat actuel des choses, le proc&#232;s est toujours une c&#233;r&#233;monie de d&#233;gradation, il vous couvre d'opprobre quand bien m&#234;me vous seriez relax&#233; &#224; la fin des d&#233;bats.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun fait ce qu'il peut &#224; un moment donn&#233;. Ce qu'il peut d&#233;pend de l'estime qu'il a de lui-m&#234;me. Rien n'est plus urgent que de lui rendre cette estime, et au prix fort. Avant de condamner. Avant de juger. Avant d'accuser. Avant toute autre chose.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;b) L'intimidation&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut nier que la peur du gendarme influence certains comportements (sur la route par exemple), mais le ch&#226;timent ne fait peur qu'&#224; ceux qu'on intimide facilement, ceux qui sur des rails ne risquent pas de s'&#233;carter du bon chemin. Plus le ch&#226;timent est lourd plus on est cens&#233; s'effrayer, &#234;tre r&#233;vuls&#233;. Or au long des si&#232;cles, on chercha &#224; tremper un doigt ou des linges dans le sang des supplici&#233;s. En France on dut supprimer les ex&#233;cutions publiques en 1939 tant le sang des guillotin&#233;s d&#233;cha&#238;nait de sc&#232;nes d'hyst&#233;rie collective &#233;trangement plus proches de l'amour que du ressentiment esp&#233;r&#233;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;c) L'exemplarit&#233;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les voleurs, les escrocs, les faux-monnayeurs, la prison repr&#233;sente le risque professionnel. Les m&#233;tiers p&#233;rilleux comme ceux de p&#234;cheur ou de mineur n'ont jamais &#233;t&#233; en mal de main d'oeuvre ; tout au contraire ils exercent un fort pouvoir de s&#233;duction et un r&#233;el attachement de la part de ceux qui les ont embrass&#233;s.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui ne se laissent pas intimider, les &#034; d&#233;linquants &#034; revendiquent leur entr&#233;e en prison comme l'intronisation dans le monde des durs. Bien s&#251;r, c'est souvent de la frime. Mais, dans les milieux de la d&#233;linquance, c'est une question de dignit&#233; que de savoir se montrer beau perdant. Chez les petits loulous, il est bien vu de jurer &#034; La zonzon ne me fait pas peur, &#224; moi &#034;, m&#234;me si la premi&#232;re nuit en maison d'arr&#234;t on claque des dents et qu'on sent p&#226;lir ses reins. Devant ses admirateurs - l'exemplarit&#233; ne jouant que dans ce sens -, celui qu'on a lib&#233;r&#233; tire la le&#231;on de son incarc&#233;ration en affirmant : &#034; On va me le payer ! &#034;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;d) L'amendement&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Des na&#239;fs semblent attendre de la prison que le d&#233;tenu r&#233;fl&#233;chisse et regrette ce qu'il a fait. Sauf dans ces cas tout &#224; fait exceptionnels, quand il y a mort d'enfant ou de l'&#234;tre aim&#233; par exemple, le remords est rarissime et l'on peut supposer qu'il serait identique si l'auteur d'un tel acte n'avait pas &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le repentir est li&#233; &#224; une faute. Mais ce qui est faute &#224; ses propres yeux n'a que tr&#232;s exceptionnellement &#224; voir avec la Loi. Le regret qu'&#233;prouve un d&#233;tenu c'est le plus souvent celui de s'&#234;tre fait prendre ou d'avoir manqu&#233; une affaire en or. Quant &#224; celui qu'on exige de lui au moment du proc&#232;s, il ne s'agit que de d&#233;culpabiliser juges et jur&#233;s en validant l'acte d'accusation.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;e) L'&#233;limination&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toutes les fonctions de la peine de prison, c'est la seule qui remporte&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;encore les faveurs d'une bonne partie de la population.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien des gens seraient d'accord pour faire dispara&#238;tre les g&#234;neurs et autres fauteurs de troubles, mais &#034; sans leur faire de mal &#034;. Comment pourrait-on imaginer &#034; ne faire aucun mal &#034; &#224; des hommes qu'on prive de libert&#233;, qu'on s&#233;pare des &#234;tres par lesquels ils vivent, qu'on coupe de leur pass&#233; et de leur avenir ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Pendant qu'ils sont enferm&#233;s, au moins on a la paix ! &#034; Mais enfin environ 70 000 malfaiteurs sont lib&#233;r&#233;s chaque ann&#233;e. Finalement la question est bien celle-ci : faut-il les laisser sortir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B) Punir est dangereux&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'importe quel tueur voit bien en prison que la vie d'un homme ne vaut strictement rien. &#034; Mais cette punition, ils l'ont m&#233;rit&#233;e ! &#034; La mani&#232;re dont on punit autrui r&#233;v&#232;le toujours jusqu'&#224; quel degr&#233; de cruaut&#233; on peut descendre. Il serait vain de penser contre ce monde, nous n'y respirons mieux qu'en pensant autrement.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car on peut concevoir la vie autrement. Nous avons d&#233;j&#224; dit que dans certaines familles, il &#233;tait exclu d'abaisser son enfant par le ch&#226;timent, la sanction, la menace, la punition qui sont les armes de celui qui se veut le plus fort contre le faible et ne font passer de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration qu'une chose, le go&#251;t pervers des auto-flagellations ou le d&#233;sir de punir. Bien s&#251;r cela suppose qu'on sache dire non et reprendre l'enfant aim&#233; sans le blesser ; rares sont les parents qui en sont capables.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un enfant qui n'a jamais connu la cl&#233;mence lorsqu'il a fait une b&#234;tise n'&#233;prouvera aucune piti&#233; face &#224; ses victimes. De la m&#234;me fa&#231;on, celui qui aura &#233;t&#233; condamn&#233; froidement &#224; une peine s&#233;v&#232;re pour un hold-up n'h&#233;sitera pas &#224; tuer tout aussi froidement lors d'un prochain braquage.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prison appelle la r&#233;cidive parce qu'elle jette dehors des gens d&#233;sax&#233;s, mis&#233;reux, perdus pour tous, mais aussi parce que beaucoup de d&#233;linquants &#034; se sont install&#233;s &#034; en taule, que celle-ci est devenue le lieu o&#249; ils ont &#233;chafaud&#233; comme ils ont pu leur personnalit&#233; de &#034; mauvais gar&#231;on &#034;, qu'elle est l'unique refuge de leur chienne de vie.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on punit, on veut faire expier &#224; quelqu'un sa faute. La douleur inflig&#233;e au coupable est cens&#233;e r&#233;tablir un &#233;quilibre : il faut contrebalancer le crime par une souffrance &#233;quivalente. Quelle id&#233;e ! &#192; ce compte-l&#224;, il serait juste de vitrioler cette femme qui a vitriol&#233; sa rivale, juste de violer l'homme qui a viol&#233;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce serait juste mais cruel et imb&#233;cile. Pourquoi librement agirions-nous en sc&#233;l&#233;rats au nom de la Justice ? Il est aberrant de penser qu'un mal compense ou annule un autre mal. Il le multiplie. Il touche le coupable, mais aussi tous ses proches.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on fait du mal &#224; quelqu'un, il devient une victime. Les d&#233;tenus sont tous des victimes, pas &#034; victimes innocentes &#034;, mais qu'on le veuille ou non, victimes.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rares sont ceux, ath&#233;es ou croyants qui voient dans la justice autre chose que le salaire des bons et des m&#233;chants : la possibilit&#233; d'une r&#233;paration et d'une r&#233;conciliation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Pistes abolitionnistes&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les abolitionnistes ont lutt&#233; contre l'impossible, l'esclavage, la peine de mort. Combat utopique et perdu d'avance puisque l'esclavage comme la punition par la mort avaient exist&#233; de tout temps et devaient donc, comme la soumission des femmes et des enfants, comme la maladie et les infirmit&#233;s, de tout temps exister. D'autres abolitionnistes (ou les m&#234;mes) ont engag&#233; le combat contre la prison. On leur oppose ind&#233;finiment cette m&#234;me r&#233;signation : oui, incarc&#233;rer est un peu navrant, un peu barbare, mais il n'y a pas moyen de faire autrement.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On soup&#231;onne les abolitionnistes d'ang&#233;lisme. Mais n'est-ce pas plut&#244;t de l'autre c&#244;t&#233; qu'est l'ang&#233;lisme, quand on s'imagine que la prison peut permettre &#224; la Soci&#233;t&#233; de se prot&#233;ger de la d&#233;linquance en amendant les d&#233;tenus ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce beau printemps de mai 68 qui dura une dizaine d'ann&#233;es, on a r&#233;fl&#233;chi beaucoup et l'on s'est interrog&#233; sur le bien-fond&#233; de l'incarc&#233;ration.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On passa aux actes. Aux Pays-Bas, en 1970, seulement 35 condamnations de trois ans ou plus ont &#233;t&#233; prononc&#233;es ; 49 personnes accus&#233;es d'homicide ont &#233;t&#233; condamn&#233;es &#224; des peines &lt;i&gt;de moins de trois ans ! (Cf. Criminal Justice in the Netherlands, &lt;/i&gt;Louk Hulsman, Delta 1974).&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des ann&#233;es 90 o&#249; culmine la sauvagerie officielle, dans presque toutes les contr&#233;es du monde, la population carc&#233;rale a augment&#233; de 20 % et d'au moins 40 % dans la moiti&#233; des pays. &#192; deux exceptions pr&#232;s : la Su&#232;de qui maintient le cap vers la baisse depuis 1997 et surtout la Finlande, seul &#201;tat du monde &#224; avoir enregistr&#233; une baisse constante des incarc&#233;rations tout au long de ces quinze derni&#232;res ann&#233;es. Sur 100 000 habitants, 700 sont en prison aux &#201;tats-Unis, 54 en Finlande ; certes la d&#233;linquance est moindre en Finlande mais si l'on compare &#224; des pays comparables en ce domaine, on voit qu'il y a cinq fois plus de d&#233;tenus en Lettonie, Lituanie ou Estonie. Il y a en Finlande une volont&#233; politique forte, qui s'est enracin&#233;e du temps du communisme en URSS, d'&#233;chapper &#224; la violence d'un &#201;tat policier. De 1970 &#224; 2000, les p&#233;nalistes finlandais ont multipli&#233; les &#233;tudes et recherches sur le co&#251;t de la prison, ses r&#233;sultats et le poids n&#233;faste du ch&#226;timent sur la culture et le bien-&#234;tre d'un pays. Au vu des r&#233;sultats, ils ont choisi d'&#233;viter l'incarc&#233;ration dans toute la mesure du possible.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'au XVIe si&#232;cle, pour cicatriser les plaies, on y versait un pot d'huile bouillante. Ambroise Par&#233; osa faire autrement. Depuis lors, on ligature, on recoud, on r&#233;pare. En e&#251;t-on juste gagn&#233; de la souffrance en moins que cela en aurait valu la peine. Mais il se trouve aussi que c'&#233;tait plus efficace, qu'on y courait moins de risques d'ab&#238;mer &#224; jamais les chairs autour de la blessure.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la p&#233;riode sinistre que nous traversons et parfois &#224; cause d'elle, l'id&#233;e d'abolition pure et simple fait son chemin. Au moins deux angles d'attaque sont actuellement envisag&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A) Suppression de la prison&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les abolitionnistes mod&#233;r&#233;s - une petite minorit&#233; qu'on retrouve en particulier chez des juges - estiment qu'on peut encourager tout ce qui peut faire tomber en d&#233;su&#233;tude la prison ; par les peines de substitution, on pourrait restreindre au maximum les incarc&#233;rations. La fermeture des prisons serait, selon eux, in&#233;luctable vu leur forme mis&#233;rablement anachronique au XXIe si&#232;cle. Ils pensent que, pour commencer, r&#233;duire le temps des peines est le meilleur moyen d'&#233;vacuer le maximum des d&#233;tenus n'ayant pu b&#233;n&#233;ficier de peines de substitution.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une d&#233;marche logique : puisque la peine de mort a &#233;t&#233; supprim&#233;e, il faut aussi - et exactement pour les m&#234;mes raisons &#8211; supprimer l'autre &#233;limination physique qu'est la prison &#224; vie. Ainsi en Norv&#232;ge, en Espagne, au Portugal, &#224; Chypre, en Slov&#233;nie, en Croatie a-t-on aboli la peine de perp&#233;tuit&#233;. Mais le temps n'est pas qu'une dur&#233;e, il est la substance de la vie. On ne vit pas une peine de trois ans de prison de la m&#234;me mani&#232;re quand on est condamn&#233; par la m&#233;decine &#224; mourir &#224; court terme et quand on jouit d'une bonne sant&#233;. La suppression de la peine perp&#233;tuelle est une solution bancale. D'autant que si elle &#233;tait abolie, on courrait assur&#233;ment le risque de voir flamber les peines de 30 ou 20 ans incompressibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B) Suppression du syst&#232;me p&#233;nal&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un congr&#232;s abolitionniste, l'ICOPA, rassemblant criminologues et juristes du monde entier se r&#233;unit tous les deux ans depuis 1983 ; &#224; la suite des id&#233;es d&#233;velopp&#233;es au congr&#232;s d'Amsterdam en 1985, l'ICOPA, International Conference on &lt;i&gt;Prison Abolition&lt;/i&gt;, d&#233;cida de s'appeler d&#233;sormais International Conference on &lt;i&gt;Penal Abolition &lt;/i&gt;(Congr&#232;s international pour l'abolition du syst&#232;me p&#233;nal) : il &#233;tait clairement apparu qu'il ne servait &#224; rien de lutter contre la prison tant que dureraient le syst&#232;me p&#233;nal et la volont&#233; de punir.&lt;br /&gt;
Les abolitionnistes proposent de remplacer la justice r&#233;tributive actuelle (infliger du mal &#224; qui a inflig&#233; du mal) par une autre qui ferait de la victime et non du criminel le centre du processus. Trois grands axes orientent actuellement les id&#233;es abolitionnistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;a) La m&#233;diation&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Plut&#244;t que de livrer la guerre, on doit faire appel aux diplomates, leur donner le temps et les moyens d'obtenir un r&#232;glement du conflit qui satisfasse les deux parties.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, la m&#233;diation p&#233;nale existe mais n'est mise &#224; contribution que pour les petits d&#233;lits. Dans d'autres pays, notamment au Canada ou encore en Australie, on cherche &#224; faire fonctionner ces instances de m&#233;diation pour des affaires p&#233;nales plus graves en particulier celles mettant en cause de jeunes d&#233;linquants. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit dans tous les cas de rassembler les acteurs et victimes d'agressions.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est exclu de punir ou de sanctionner. Chacun est invit&#233; &#224; r&#233;fl&#233;chir aux moyens &#224; mettre en oeuvre pour r&#233;parer les d&#233;g&#226;ts et &#233;viter que cela ne recommence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un v&#233;ritable bouleversement dans le syst&#232;me judiciaire eut lieu dans les ann&#233;es 90. Jusque-l&#224;, les rencontres entre victimes et offenseurs excluant toute id&#233;e de punition semblaient ne pouvoir fonctionner que pour des affaires &#034; sans gravit&#233; &#034;. Soudain on vit &#224; l'oeuvre ce principe pour les assassinats les plus atroces. En Afrique du Sud, dans les derni&#232;res ann&#233;es de l&lt;i&gt;'apartheid&lt;/i&gt;, des tortures aussi in&#233;dites que monstrueuses ont &#233;t&#233; pratiqu&#233;es par ses partisans mais aussi par les autres.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La commission &lt;i&gt;V&#233;rit&#233; et R&#233;conciliation &lt;/i&gt;a op&#233;r&#233; une v&#233;ritable r&#233;volution dans la Justice. &#192; condition d'avouer publiquement son crime dans un face &#224; face avec la famille de la victime, le coupable &#233;tait assur&#233; de n'&#234;tre pas condamn&#233;, de repartir libre. Mais il devait tenter de comprendre et d'expliquer pourquoi il avait agi ainsi et r&#233;pondre &#224; toutes les questions des personnes qu'il avait tortur&#233;es ou des proches de celles-ci.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant l'id&#233;e de m&#233;diation nous am&#232;ne &#224; nous poser quelques questions.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terrain est min&#233; d&#232;s lors que les commissions s'engluent dans des structures institutionnalis&#233;es. Car qui s'arroge le droit d'arranger les choses ? Des travailleurs sociaux ? Des psychologues ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vraisemblablement des professionnels estimant de leur devoir de raccommoder les trous du tissu communautaire. Mais il se trouve que toute instance visant &#224; une nouvelle institutionnalisation des rapports est &#224; terme porteuse de violence car nous souffrons tous, par-dessus tout, de ne pouvoir cr&#233;er des relations qui ne soient pas imm&#233;diatement r&#233;duites &#224; des rouages sociaux.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me obstacle, celui de la participation de l'agresseur et de la victime, pr&#233;sente davantage encore de difficult&#233;s. A priori le d&#233;linquant, lui, refuse les r&#232;gles sociales ; comment accepterait-il de jouer le jeu de la conciliation, de reconna&#238;tre un tort par rapport &#224; une loi qu'il ne reconna&#238;t pas pour sienne ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me question : quand bien m&#234;me l'affaire serait r&#233;gl&#233;e entre les deux parties, qu'en serait-il des conditions sociales qui ont produit le d&#233;lit ou le crime ? (Reconnaissons en passant que cette question est d&#233;finitivement mise de c&#244;t&#233; dans le syst&#232;me judiciaire actuel.)&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des abolitionnistes avaient tr&#232;s t&#244;t mis en garde les adeptes de la m&#233;diation contre ces questions. Un juriste, Louk Hulsman, a &#233;t&#233; le premier &#224; insister sur la n&#233;cessit&#233; de cr&#233;er pour chaque conflit des commissions &lt;i&gt;ad hoc &lt;/i&gt;dont les membres seraient proches des personnes impliqu&#233;es dans le conflit. &#192; chaque affaire, une commission nouvelle.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun, victime et agresseur, s'entoure ainsi de gens qui le soutiennent mais ont d&#233;cid&#233; avec lui de r&#233;gler l'affaire aussi pacifiquement que po sible ; il doit pouvoir choisir ses alli&#233;s et sa m&#233;thode d'approche des &#233;v&#233;nements. Pour tous le crime est une trag&#233;die, mais qui touche aussi bien l'offenseur que l'offens&#233;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que devient l&#224;-dedans la d&#233;fense de la Soci&#233;t&#233; ? Une expression creuse, parfaitement vide. Car ce sont les hommes qui valent la peine d'&#234;tre d&#233;fendus. Le crime ou le d&#233;lit n'est plus une offense &#224; la Loi, mais une offense &#224; quelqu'un.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la troisi&#232;me question pos&#233;e, c'est celle de la pr&#233;vention, non pas bien s&#251;r dans le sens devenu habituel de contr&#244;les policiers, mais en celui de lutte implacable contre la pauvret&#233;, avec une vie culturelle intense, des voyages, des groupes populaires de r&#233;flexion, enfin tout ce qui peut &#233;largir le champ des consciences. Aucune pr&#233;vention ne peut supprimer la col&#232;re, l'indignation des &#034; asociaux &#034;, mais il existe une d&#233;linquance malheureuse parce qu'obligatoire, une &#034; d&#233;viation &#034; en cul-de-sac devenant cul-de-basse-fosse organis&#233;e pour &#233;liminer &#224; force d'&#233;checs les plus malhabiles, les moins &#034; performants &#034;. Contre ce cynisme-l&#224;, on peut agir. Ceux qui admettent la n&#233;cessit&#233; d'une pr&#233;vention admettent que la d&#233;linquance a des origines &#233;conomiques, sociales, urbanistiques, culturelles. Et &#224; cause d'erreurs &#233;conomiques, sociales, urbanistiques, culturelles, des individus singuliers sont jug&#233;s et condamn&#233;s &#224; la prison, avilis et stigmatis&#233;s pour toujours ; c'est eux qu'on punit des fautes commises par les gouvernants qui mettent en place les conditions de la d&#233;linquance. N'est-ce pas dans les fameux &#034; &#201;tats providence &#034; tant d&#233;cri&#233;s o&#249; l'aide sociale a &#233;t&#233; la plus &#233;lev&#233;e, en Scandinavie, que le taux de d&#233;linquance a &#233;t&#233; le plus bas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;b) Supprimer le droit p&#233;nal&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Peut-on remplacer le droit p&#233;nal par un droit non p&#233;nal ? Des juristes reconnaissent que le droit civil avec quelques modifications peut remplacer avantageusement le droit p&#233;nal fond&#233; sur le ch&#226;timent :&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le droit civil &#233;tablit les responsabilit&#233;s sans s'&#233;vertuer &#224; trouver s'il y a eu faute et cherche la r&#233;paration, non la punition. Ils rejoignent ici des philosophes qui consid&#232;rent la culpabilit&#233; comme &#034; un concept impond&#233;rable et scolastique &#034;, comme dit Louk Hulsman, tout &#224; fait hors de propos quand il s'agit de faire face &#224; un &#233;v&#233;nement douloureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;c) Cesser de criminaliser&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es, on criminalise en d&#233;pit du bon sens un peu n'importe quoi : il est chim&#233;rique de prouver la volont&#233; d'utiliser des informations confidentielles dans le &#034; d&#233;lit d'initi&#233; &#034; ; les lois sentimentales dict&#233;es par les lobbies du politiquement correct comme celles suppos&#233;es r&#233;agir contre le racisme font pire que mieux ; celles sur le harc&#232;lement sexuel donnent lieu &#224; des d&#233;rives scabreuses. Et que dire des... &#034; incivilit&#233;s &#034; !&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut cesser de criminaliser, on peut aussi d&#233;criminaliser. La d&#233;p&#233;nalisation de la drogue permettrait non seulement de vider les maisons d'arr&#234;t, mais de juguler &#224; la source la d&#233;linquance des cit&#233;s tout autant que les principaux r&#233;seaux maffieux du monde : ils n'existent que parce que la drogue est interdite.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;criminaliser ou arr&#234;ter de criminaliser permettrait aussi de r&#233;fl&#233;chir &#224; ce qu'est une loi. Peut-on concevoir qu'un assassinat puisse ne pas &#234;tre un crime ? Nous n'avons pas besoin de loi pour savoir qu'un meurtre est une inadmissible catastrophe.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que nous recherchons la vie, nous sommes pouss&#233;s &#224; vivre en bonne intelligence avec ceux qui nous entourent. Hors les guerres, le fait de tuer reste rare. &#034; Mais il y a des meurtres ! &#034; Oui, il y a des meurtres et depuis des milliers d'ann&#233;es les lois interdisent le meurtre.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut se prot&#233;ger des agressions comme des inondations, des incendies, des maladies et des infirmit&#233;s qui nous menacent. C'est &#224; chacun de se pr&#233;server. Il est toujours inconsid&#233;r&#233; de trop compter sur &#034; les pouvoirs publics &#034;. Choisir de laisser sa porte ouverte est aussi une mani&#232;re de se prot&#233;ger et pas la plus sotte...&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les meurtres, rixes, vols sont des accidents. Nous devons tout tenter pour les &#233;viter, mais nous pouvons vivre avec le risque. Nous le faisons chaque fois que nous traversons une rue ou montons dans une voiture. La prudence, la vigilance, l'intelligence sont nos seuls atouts.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans des centrales comme Saint-Maur ou Clairvaux, la majorit&#233; des d&#233;tenus sont suppos&#233;s dangereux, presque tous ceux qui prennent un caf&#233; avec leur famille, regardent des photos ou roucoulent sont consid&#233;r&#233;s comme de grands criminels. Or les femmes et les enfants qui sont l&#224; ne sont pas en danger. Dans les foyers o&#249; on les accueille, &#224; Emma&#252;s et dans quelques autres lieux, ces &#034; criminels &#034; ne font peur &#224; personne.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas parce qu'ils se seraient convertis &#224; des vues plus honn&#234;tes, mais parce que tout danger rel&#232;ve d'une situation pr&#233;cise. Ouvrir aujourd'hui les prisons ne pr&#233;sente aucun danger parce que cela ne modifierait en rien les situations individuelles o&#249; se retrouveraient t&#244;t ou tard les sortants de prison. En revanche on lutte efficacement contre le viol, le racket, les agressions physiques quand on s'attaque &#224; la mis&#232;re mat&#233;rielle ou sexuelle, &#224; l'alcoolisme, au manque de perspective. La fermeture des prisons s'accompagnerait forc&#233;ment d'une refonte totale de l'&#233;ducation. Il n'est pas dit que l'enfermement des enfants &#224; l'&#233;cole soit la meilleure &#233;ducation possible &#224; la libert&#233;. La d&#233;linquance est pratiquement toujours une r&#233;ponse &#224; l'&#233;chec scolaire. La r&#233;volte des gamins qu'on m&#232;ne &#224; l'abattoir est un signe de clairvoyance et de sant&#233;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons besoin de rebelles, de rebelles conscients. Leur col&#232;re contre le m&#233;pris est la n&#244;tre, mais nous ne pouvons supporter qu'elle soit dirig&#233;e ni par la police ni par les ca&#239;ds qui les enr&#244;lent dans la d&#233;linquance comme d'autres le font pour l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;L'ineptie consiste &#224; vouloir conclure (Flaubert)&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne servirait &#224; rien de soulever la question du ch&#226;timent si elle &#233;tait r&#233;solue ou en voie de l'&#234;tre. On va vers une r&#233;pression accrue et ce n'est pas le moment de parler de supprimer les prisons. Mais l'abolition de cette punition aussi cruelle qu'irrationnelle doit &#234;tre discut&#233;e &#224; contretemps, c'est le seul moyen pour qu'un jour il en soit temps.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand une solution est mauvaise, il est veule de ne pas oser reposer la question sous pr&#233;texte qu'elle va nous plonger dans le d&#233;sarroi. Si un r&#233;gime quelconque avait d&#233;cid&#233; de r&#233;soudre le probl&#232;me de la d&#233;linquance en peignant les arbres en rouge, quel risque courrions-nous quelque temps plus tard &#224; reconna&#238;tre que &#231;a ne sert &#224; rien ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emprisonner des gens ou peindre des arbres en rouge, c'est pareil.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; chacun de se demander s'il pense qu'il est bon de faire souffrir quelqu'un parce qu'on lui a donn&#233; tort d'avoir lui aussi caus&#233; de la souffrance.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains r&#233;torqueront : &#034; Personnellement je n'ai aucun int&#233;r&#234;t &#224; r&#233;clamer un ch&#226;timent pour quelqu'un qui ne m'a pas nui, mais il s'agit des int&#233;r&#234;ts de la Soci&#233;t&#233; et je tiens &#224; la d&#233;fendre &#034;. Quelle diff&#233;rence y a-t-il entre le mal commis dans l'int&#233;r&#234;t de ladite Soci&#233;t&#233; et celui commis dans le sien propre ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si l'on se r&#233;f&#232;re &#224; l'aspect social de la question, nous savons que la prison est inutile puisque les d&#233;linquants en sortent tout aussi d&#233;linquants. Elle est surtout doublement dangereuse : quand ils se retrouvent dehors, les anciens taulards, apr&#232;s avoir ingurgit&#233; les innommables humiliations dont nous avons &#224; peine parl&#233;, d&#233;bordent de haine et ont h&#226;te de se venger. Les coups, les blessures, les viols augmentent, avons-nous dit. Plus une soci&#233;t&#233; est r&#233;pressive, plus elle entra&#238;ne de brutalit&#233; entre ses membres (question de aussi, et c'est se mettre dans une sale position, tout le monde fait comme si la prison r&#233;glait la question, elle aveugle ainsi les consciences, cache l'inanit&#233; de la r&#233;ponse, emp&#234;che qu'on r&#233;fl&#233;chisse &#224; une solution.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des abolitionnistes le sont pour des raisons d'ordre &#233;thique parce qu'ils estiment mal de faire violence &#224; quelqu'un sous pr&#233;texte qu'il a commis une faute. D'autres pensent que la prison est parfaitement irrationnelle.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvent les deux attitudes sont m&#234;l&#233;es. C'est le cas de certains juristes qui trouvent aberrant de garder l'incarc&#233;ration comme instrument de d&#233;fense des valeurs d&#233;mocratiques : on ne peut garantir la vie en donnant la mort, on ne peut d&#233;fendre la libert&#233; en enfermant des milliers d'individus, on ne peut refuser la violence en utilisant la violence. Quand un &#201;tat dit d&#233;mocratique d&#233;tient un citoyen, il lui fait subir TOUT ce qu'il consid&#232;re comme oppos&#233; &#224; ses valeurs.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la plupart des pays, on a supprim&#233; la peine de mort : parce qu'il y a forc&#233;ment des erreurs judiciaires sans possibilit&#233; de rendre les ann&#233;es de vie arrach&#233;es, parce qu'elle flatte le sadisme d'un grand nombre, parce qu'elle est inutile. Ces trois raisons restent tout aussi valables en ce qui concerne l'incarc&#233;ration.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons le r&#233;p&#233;ter : l'enfermement &#224; la merci de gardiens, les pires humiliations qu'un homme puisse vivre, la s&#233;paration d'avec ceux qu'il aime, en un mot la prison, tout cela est une torture. Beaucoup souhaitent qu'il en demeure ainsi. D'autres n'en ont aucune envie. Ils trouvent m&#234;me que c'est destructeur pour eux et pas seulement pour ceux qu'on met sous les verrous.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prison n'est cependant qu'un &#233;piph&#233;nom&#232;ne, elle n'est &lt;i&gt;la grande punition &lt;/i&gt;que parce qu'il y a eu jugement. Et le jugement aussi nous &#233;crase. Aucun homme ne peut en juger un autre. Pas parce qu'il est &#233;videmment vrai que chacun de nous est capable du pire, mais parce que nous manquons d'intelligence et que la conscience d'autrui demeure inconnaissable. Qui juge condamne. Qui condamne d&#233;truit. Toute peine est par d&#233;finition douleur, impossible de sortir de l&#224;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syst&#232;mes s'effondrent, si solides qu'ils paraissent. L'Ancien R&#233;gime ou les r&#233;publiques sovi&#233;tiques ont bascul&#233; dans le vide tout d'un coup. Le syst&#232;me p&#233;nal durera encore longtemps. Ou bien non.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1610, on br&#251;la en Espagne onze sorci&#232;res devant 30 000 spectateurs enthousiastes et s&#251;rs de la bonne justice de ces autodaf&#233;s. Ce fut une belle f&#234;te. Quatre ans plus tard, l'Espagne renon&#231;ait &#224; cette barbarie et s'&#233;tonnait de l'avoir fait durer si longtemps. Sans que rien n'en transparaisse, pendant de longues ann&#233;es, des penseurs, des juristes, et pourquoi pas quelques servantes, avaient avanc&#233; des arguments jusqu'&#224; saper les fondements de l'&#233;difice qui resplendissait encore de tous ses atroces feux juste avant sa disparition.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prison peut et doit dispara&#238;tre, parce qu'elle est afflictive, un d&#233;sastre volontairement organis&#233; par des hommes contre des hommes, parce qu'elle est un supplice, qu'un ch&#226;timent est toujours une sordide affaire.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ch&#226;timent peut-il dispara&#238;tre ? Non, pas plus que la cruaut&#233; de l'homme. Il r&#233;appara&#238;tra s'il le faut, en dehors du droit p&#233;nal. Il est la condition de toute loi et la loi la condition de toute soci&#233;t&#233;. Mais rien ne nous emp&#234;che, vivant en soci&#233;t&#233; sans pouvoir y &#233;chapper, de nous &#233;lever contre ce qu'elle s&#233;cr&#232;te comme les punitions, la violence, le travail, l'argent. Nous pouvons, de civilisation en civilisation, refuser notre ali&#233;nation, nous rebeller avec constance, l&#233;galement ou ill&#233;galement qu'importe, bref r&#233;agir, r&#233;fl&#233;chir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ARTI&#200;RES PHILIPPE. &lt;i&gt;Le livre des vies coupables (Autobiographies de criminels [1896-1909])&lt;/i&gt;. Albin Michel. 2000.&lt;br /&gt;
BROSSAT ALAIN. &lt;i&gt;Pour en finir avec les prisons. &lt;/i&gt;La Fabrique. 2001.&lt;br /&gt;
BUFFARD SIMONE. &lt;i&gt;Le froid p&#233;nitentiaire&lt;/i&gt;. Seuil. 1973.&lt;br /&gt;
CAMUS ALBERT - KOESTLER ARTHUR. &lt;i&gt;R&#233;flexions sur la peine capitale&lt;/i&gt;. Calmann-L&#233;vy. 1972.&lt;br /&gt;
CHAUVAUD FREDERIC. &lt;i&gt;Les experts du crime (La m&#233;decine l&#233;gale en France au XIXe si&#232;cle)&lt;/i&gt;. Aubier Montaigne. 2000.&lt;br /&gt;
CHRISTIE NILLS. &lt;i&gt;L'industrie de la punition&lt;/i&gt;. Autrement. 2003.&lt;br /&gt;
FAGET JACQUES. &lt;i&gt;La m&#233;diation. Essai de politique p&#233;nale&lt;/i&gt;.&#201;r&#232;s. 1997.&lt;br /&gt;
GARAPON ANTOINE, GROS FREDERIC, PECH THIERRY. &lt;i&gt;Et ce sera Justice (Punir en d&#233;mocratie)&lt;/i&gt;. Odile Jacob. 2001.&lt;br /&gt;
GUYAU JEAN-MARIE. &lt;i&gt;Esquisse d'une morale sans obligation ni sanction (1885). &lt;/i&gt;Fayard. 1985.&lt;br /&gt;
HULSMAN LOUK et BERNAT DE CELIS JACQUELINE. &lt;i&gt;Peines perdues. &lt;/i&gt;Centurion. 1982.&lt;br /&gt;
IACUB MARCELA. &lt;i&gt;Le crime &#233;tait presque sexuel&lt;/i&gt;. Champs Flammarion. 2002.&lt;br /&gt;
L&#201;VY THIERRY. &lt;i&gt;L'animal judiciaire&lt;/i&gt;. Grasset. 1975.&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;Le crime en toute humanit&#233;&lt;/i&gt;. Grasset. 1984.&lt;br /&gt;
MARCHETTI ANNE-MARIE. &lt;i&gt;Perp&#233;tuit&#233;s&lt;/i&gt;. Plon. Terre humaine. 2001.&lt;br /&gt;
MAURICE PHILIPPE.&lt;i&gt;De la haine &#224; la vie&lt;/i&gt;. Le Cherche-Midi. 2001.&lt;br /&gt;
MILLER ALICE. &lt;i&gt;C'est pour ton bien&lt;/i&gt;. Aubier. 1984.&lt;br /&gt;
NADEAU Marie-Th&#233;r&#232;se. &lt;i&gt;Pardonner l'impardonnable&lt;/i&gt;. M&#233;diaspaul. 2000.&lt;br /&gt;
PAUCHET CATHERINE. &lt;i&gt;Les prisons de l'ins&#233;curit&#233;&lt;/i&gt;. &#201;ditions ouvri&#232;res. 1982.&lt;br /&gt;
PERROT MICHELLE. &lt;i&gt;Les ombres de l'histoire&lt;/i&gt;. Flammarion. 2001.&lt;br /&gt;
PRAIRAT EIRICK. &lt;i&gt;Penser la sanction&lt;/i&gt;. L'Harmattan. 1999.&lt;br /&gt;
RAWLS JOHN. &lt;i&gt;Le&#231;ons sur l'histoire de la philosophie morale&lt;/i&gt;. La D&#233;couverte. 2002.&lt;br /&gt;
SALA-MOLINS LOUIS. &lt;i&gt;La loi, de quel droit ? &lt;/i&gt;Flammarion. 1977.&lt;br /&gt;
TUTU DESMOND. &lt;i&gt;Il n'y a pas d'avenir sans pardon&lt;/i&gt;. Albin Michel. 2000.&lt;br /&gt;
WACQUANT LO&#207;C. &lt;i&gt;Les prisons de la mis&#232;re&lt;/i&gt;. Raisons d'agir. 1999.&lt;br /&gt;
S&#201;NAT. &lt;i&gt;Rapport de la commission d'enqu&#234;te sur les conditions de d&#233;tention dans les &#233;tablissements p&#233;nitentiaires&lt;/i&gt;. Session 1999/2000. Pr&#233;sident : Jean-Jacques HYEST. Rapporteur : Guy-Pierre CABANEL.&lt;br /&gt;
COLLECTIF OCTOBRE 2001. &lt;i&gt;Comment sanctionner le crime ? &lt;/i&gt;&#201;r&#232;s. Juin 2002.&lt;br /&gt;
OUVRAGE COLLECTIF. &lt;i&gt;Au pied du mur&lt;/i&gt;. L'Insomniaque. 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Principaux ouvrages de Catherine Baker :&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
1978 : &lt;i&gt;Les contemplatives, des femmes entre elles&lt;/i&gt;, &#233;d. Stock&lt;br /&gt;
1982 : &lt;i&gt;Balade dans les solitudes ordinaires&lt;/i&gt;, &#233;d. Stock&lt;br /&gt;
1985 : &lt;i&gt;Insoumission &#224; l'&#233;cole obligatoire&lt;/i&gt;, &#233;d. Bernard Barrault (r&#233;&#233;dit&#233; en 2006 par Tahin Party)&lt;br /&gt;
1988 : &lt;i&gt;Les cahiers au feu&lt;/i&gt;, &#233;d Bernard Barrault&lt;br /&gt;
1996 : &lt;i&gt;In&#232;s de Castro ou Votre Souveraine Pr&#233;sence&lt;/i&gt;, Th&#233;&#226;tre de l'Enjeu&lt;br /&gt;
2004 : &lt;i&gt;Pourquoi faudrait-il punir ? Sur l'abolition du syst&#232;me p&#233;nal&lt;/i&gt;, &#233;d. Tahin Party&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Textes de Catherine Baker trouvables sur internet :&lt;br /&gt;
&lt;a href=&#034;http://tahin-party.org/baker.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://tahin-party.org/baker.html&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
&lt;a href=&#034;http://tahin-party.org/cbaker.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://tahin-party.org/cbaker.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Carnaval, la f&#234;te qui retourne tout</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nadarlana</dc:creator>


		<dc:subject>Art, Culture</dc:subject>
		<dc:subject>Nadarlana (Montpellier)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Cette brochure contient plusieurs textes dans deux grandes parties, l'une raconte les origines pa&#239;ennes du Carnaval et son histoire du Moyen-&#226;ge &#224; nos jours, l'autre parle du Carnaval &#224; Montpellier.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique7" rel="directory"&gt;C&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot16" rel="tag"&gt;Art, Culture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot68" rel="tag"&gt;Nadarlana (Montpellier)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH126/arton776-8817f.jpg?1780457124' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='126' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff776.jpg?1265389318&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1e partie : Histoire du Carnaval&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Aussi loin que l'on se projette, il semble que les hommes aient eu besoin de se d&#233;fouler, de briser l'ordre quotidien r&#233;guli&#232;rement. Le Carnaval n'est qu'une expression r&#233;cente, li&#233;e au christianisme, de pratiques beaucoup plus anciennes. Les arch&#233;ologues ont ainsi retrouv&#233; des masques datant du pal&#233;olithique (- 15 000 / - 10 000 av. J.C.). Si on ne sait pas avec certitude quels usages les hommes en avaient &#224; cette &#233;poque-l&#224;, on sait par contre que toutes les civilisations antiques avaient des f&#234;tes orgiaques ritualisant le rythme des saisons et renversant les hi&#233;rarchies sociales. Les masques y &#233;taient pr&#233;sents, repr&#233;sentant des esprits pa&#239;ens que l'&#201;glise combattra avant de les convertir en saints ou en anges. Ainsi, l'&#201;glise a d&#233;tourn&#233; les anciennes f&#234;tes rituelles pour leur donner des significations chr&#233;tiennes. Elle n'a par contre jamais r&#233;ussi, malgr&#233; plusieurs tentatives, &#224; emp&#234;cher les d&#233;bordements blasph&#233;matoires du Carnaval. La Renaissance, l'av&#232;nement du capitalisme et de la soci&#233;t&#233; moderne li&#233;e &#224; la civilisation des m&#339;urs tentera elle aussi d'interdire et d'encadrer des pratiques carnavalesques o&#249; les personnes masqu&#233;es, en plus de blasph&#233;mer, font fi de la sacro-sainte propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Mais derri&#232;re les grandes parades publicitaires subventionn&#233;es, il reste partout dans le monde une r&#233;alit&#233; sociale et populaire d'un Carnaval contestataire toujours combattu et toujours renaissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I - Les origines pa&#239;ennes des f&#234;tes chr&#233;tiennes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#234;tres humains ont depuis toujours ritualis&#233; les changements de saison. Les solstices d'&#233;t&#233; (21 juin) et d'hiver (21 d&#233;cembre) marquent l'inversion du raccourcissement et de l'augmentation des jours. Les passages de l'&#233;t&#233; &#224; l'hiver et inversement sont &#233;galement pr&#233;textes &#224; grandes f&#234;tes rituelles. La dichotomie hiver/&#233;t&#233; est sublim&#233;e par celle entre la mort et la vie. De la th&#233;matique du passage de l'un &#224; l'autre on tire celle du renversement de toute chose. Ainsi, l'ordre quotidien est suspendu, tout ce qui n'est pas permis le reste du temps le devient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant le Carnaval tel qu'on le conna&#238;t, il y avait donc des f&#234;tes du m&#234;me type un peu partout. Les Sac&#233;es &#224; Babylone et les Saturnales &#224; Rome inversaient les r&#244;les entre les esclaves et leurs ma&#238;tres et un condamn&#233; &#224; mort devenait quelques jour roi (avec tous les avantages li&#233;s &#224; cette position), avant d'&#234;tre ex&#233;cut&#233; le dernier soir. A Rome, le culte de Janus avait fait du jour de l'an (qui se situait en mars) un jour de travestissement. Puis lors de la premi&#232;re pleine lune du printemps on vidait des coupes en proportion des ann&#233;es que l'on souhaitait encore vivre... La f&#234;te juive de Pourrim est c&#233;l&#233;br&#233;e pendant le mois d'Adar (qui tombe, selon la lune, en f&#233;vrier ou mars) permet elle aussi le d&#233;guisement, l'inversion des r&#244;les et la transgression des r&#232;gles. N'oublions pas le culte d'Isis en &#201;gypte, celui de Bacchus chez les Grecs, celui d'Odin en Scandinavie ou la tradition celte de la Samain, le 1er novembre, qui est &#224; l'origine de la Toussaint et d'Halloween.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le calendrier chr&#233;tien va s'inspirer de toutes ces f&#234;tes. La &#171; feste Toz Sainz &#187;, la f&#234;te de tous les Saints en ancien fran&#231;ais, correspond d'une part aux c&#233;r&#233;monies romaines instaur&#233;es par l'empereur Auguste en l'honneur de tous les dieux. D'autre part, le choix de la date vient donc de la Samain, f&#234;te celtique du nouvel an. Les coutumes pa&#239;ennes n'&#233;tant pas &#233;radiqu&#233;es, on institua au XIe si&#232;cle la f&#234;te des morts le 2 novembre. Le tout finit par fusionner dans la Toussaint qu'on conna&#238;t.&lt;br class='autobr' /&gt;
F&#234;ter les morts permettait d'entrer en contact avec eux. Ainsi, dans certaines r&#233;gions, on ouvrait le lit des d&#233;funts pour qu'ils s'y reposent quelques instants ou on leur pr&#233;parait un repas. La Samain (Samhuin) marquait le 1er jour de l'ann&#233;e celtique qui &#233;tait divis&#233;e en 2 cycles de 6 mois. La Samain se c&#233;l&#233;brait le 1er novembre mais les Celtes comptaient en nuits et non en jours, de sorte que la c&#233;l&#233;bration devait commencer le 31 octobre au soir. Elle marquait le d&#233;but du cycle hivernal, celui de la lutte entre les t&#233;n&#232;bres et la lumi&#232;re. En effet, l'hiver avait pour les soci&#233;t&#233;s paysannes traditionnelles un caract&#232;re ambigu et inqui&#233;tant (si le soleil ne revient pas), et &#233;tait une p&#233;riode d'inactivit&#233;. Bien s&#251;r des c&#233;l&#233;brations assez similaires existaient en &#201;gypte et au Mexique, au cours desquelles on c&#233;l&#233;brait la mort du soleil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de la nuit de la Samain, les Celtes suivaient un c&#233;r&#233;monial rigoureux afin de s'assurer de la bonne ann&#233;e &#224; venir. Les druides allumaient un feu sacr&#233; sur l'autel afin d'honorer Been, le dieu du soleil, pour l'inciter &#224; revenir. Ce feu servait aussi &#224; chasser les mauvais esprits. Ensuite, chaque famille recevait une braise de ce feu avec laquelle elle allumait un nouveau feu protecteur dans son &#226;tre, qui devrait br&#251;ler jusqu'&#224; l'automne suivant. La f&#234;te s'&#233;tendait sur plusieurs jours et des festins &#233;taient pr&#233;par&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette f&#234;te a une fonction d'interm&#233;diaire entre les mondes humains et divins, ainsi que entre les vivants et les morts. Pendant cette nuit, les esprits des tr&#233;pass&#233;s pouvaient revenir dans leur demeure terrestre et les vivants essayaient de les accueillir au mieux. Par exemple, on leur laissait une place autour de la table ou pr&#232;s du feu&#8230; Les masques et les d&#233;guisements avaient pour fonction de faire peur aux esprits ou de les apaiser en leur ressemblant, voire de s'identifier &#224; eux afin de s'en prot&#233;ger. On voit donc bien d'o&#249; vient Halloween. De m&#234;me, la coutume des navets, raves ou citrouilles &#233;vid&#233;es avait pour but d'effrayer les esprits. Mais elle est aussi li&#233;e &#224; la l&#233;gende de Jack O'Lantern, un ivrogne et joueur de cartes qui aurait bern&#233; le diable, mais comme le Paradis ne voulu pas de lui, il fut condamn&#233; &#224; errer sur terre apr&#232;s sa mort. Jack obtint cependant une braise du diable, qu'il introduisit dans une citrouille &#233;vid&#233;e, afin de guider sa marche dans les t&#233;n&#232;bres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;No&#235;l est une autre entreprise de r&#233;cup&#233;ration. F&#234;t&#233;e le 6 janvier, le 25 mars, le 10 avril ou le 29 mai, la naissance du Christ a &#233;t&#233; variable avant que ne s'impose le 25 d&#233;cembre. Cette date correspond &#224; peu de choses pr&#232;s au solstice d'hiver qui &#233;tait d&#233;j&#224; f&#234;t&#233; par des r&#233;jouissances accompagn&#233;es de sacrifices, au pied d'arbres consacr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La date de l'&#233;piphanie, le 6 janvier, fut pour sa part choisie car on f&#234;tait &#224; cette date l'apparition de Dionysos, dieu des esclaves, des pauvres et des riches (il s'int&#233;resse &#224; la destin&#233;e de chacun). Lui aussi li&#233; aux saisons, il meurt avec le d&#233;clin de la v&#233;g&#233;tation, pour ressusciter avec la lumi&#232;re croissante. Dieu de la v&#233;g&#233;tation il est par extension dieu du vin et de la f&#233;condit&#233;. La tradition de la galette des rois n'est pas, &#224; l'origine, li&#233;e aux fameux rois mages. Il y avait d&#233;j&#224; cette coutume &#224; Rome : le prisonnier roi quelques jours avant d'&#234;tre ex&#233;cut&#233; &#233;tait s&#233;lectionn&#233;e par les gardes &#224; l'aide d'une f&#232;ve cach&#233;e &#224; l'int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Saint-Valentin quant &#224; elle est une reprise des rituels li&#233;s &#224; la f&#233;condit&#233; avant le printemps, saison des amours. Les Romains c&#233;l&#233;braient Lupercus (nom romain du dieu Pan), le dieu des troupeaux et des bergers, destructeur des loups, pr&#233;sidant aux bois et aux p&#226;turages. Les jeunes filles &#233;crivaient alors des mots doux qu'elles d&#233;posaient dans une grande urne. Chaque jeune homme prenait au hasard une de ces d&#233;clarations et courtisait celle qui en &#233;tait l'auteur. Les Luperques, v&#234;tus seulement des peaux des boucs sacrifi&#233;s, couraient &#224; travers la ville en frappant avec des lani&#232;res de peaux de boucs tous ceux qu'ils rencontraient notamment les femmes. Celles-ci ne cherchaient pas &#224; se soustraire aux coups, parce qu'elles croyaient que cela favorisait la grossesse. Ces Lupercales, assurant le d&#233;part d'une nouvelle ann&#233;e, symbolisaient l'intrusion du monde sauvage dans le monde civilis&#233;, celle du d&#233;sordre dans la vie r&#233;gl&#233;e, celle du monde des morts dans celui des vivants, th&#233;matique qu'on retrouve dans le Carnaval.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre pratique pa&#239;enne li&#233;e &#224; la fertilit&#233;, reprise par les chr&#233;tiens, est celle de la d&#233;coration des &#339;ufs. Des &#339;ufs d&#233;cor&#233;s datant de la pr&#233;histoire ont &#233;t&#233; retrouv&#233; en Ukraine et cela se faisait en &#201;gypte. P&#226;ques, symbole de la r&#233;surrection du Christ, est donc dans la continuit&#233; du symbole de (re)naissance. De plus, pendant le Car&#234;me, l'&#201;glise interdit, entre autres, la consommation des &#339;ufs. D&#232;s lors, on conservait les &#339;ufs jusqu'&#224; P&#226;ques, o&#249; on les offrait aux enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si P&#226;ques est la fin du Car&#234;me, Mardi-gras en est le d&#233;but, 40 jours avant. &#171; Carne Levare &#187;, Carnaval, et son apoth&#233;ose le Mardi Gras, &#233;taient, en f&#233;vrier, la p&#233;riode o&#249; l'on mangeait pour la derni&#232;re fois de la cuisine grasse, avant d'entrer en quarantaine, la &#171; quadragesima &#187;, mot qui a donn&#233; &#171; quaresimo &#187; puis &#171; car&#234;me &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Carnaval ne se limite pas, au d&#233;part, &#224; Mardi-gras. Il commence avec l'&#233;piphanie, d&#232;s le 6 janvier. Toutes les traditions pa&#239;ennes s'y retrouvent, li&#233;es au renouveau printanier. Carnaval repr&#233;sente le chaos primordial avant toute nouvelle cr&#233;ation. Le prisonnier, &#171; roi &#187; pendant quelques jours avant d'&#234;tre ex&#233;cut&#233; (dans les Sac&#233;es et Saturnales), est devenu un &#171; Caramentrant &#187; de paille et de bois, responsable de tous les maux, qui finit br&#251;l&#233;. Parfois c'&#233;tait un &#226;ne et pour ridiculiser l'&#201;glise on le rev&#234;tait des v&#234;tements &#233;piscopaux et on le faisait officier &#224; l'autel. Or, l'&#226;ne symbolise notamment &#171; satan &#187;, c'est-&#224;-dire l'inverse de l'ordre assur&#233; par l'&#201;glise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Carnaval a une filiation directe avec les saturnales romaines o&#249; les travaux cessaient, les tribunaux et les &#233;coles se fermaient, o&#249; il n'&#233;tait permis d'entreprendre aucune guerre, d'ex&#233;cuter aucun criminel, ni d'exercer d'autre art que celui de la cuisine. Chacun s'envoyait des pr&#233;sents et s'invitait mutuellement &#224; de somptueux repas. On donnait des spectacles, des combats de gladiateurs et on accordait la libert&#233; &#224; quelques prisonniers. Les esclaves rev&#234;tus de toges blanches orn&#233;es de pourpre prenaient la place de leurs ma&#238;tres ; ils pouvaient les plaisanter, leur dire tout ce qu'ils voulaient et m&#234;me se faire servir &#224; table par eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que n&#233;gation du quotidien Carnaval permet d'outrepasser les r&#232;gles morales et sociales. Gr&#226;ce aux d&#233;guisements, aux masques, chacun peut oublier pour un temps la mis&#232;re, la maladie, la souffrance. Chacun peut changer de condition : les hommes se d&#233;guisent en femmes, les enfants s'octroient des droits d'adultes. La r&#233;serve qui r&#233;git habituellement les rapports sociaux dispara&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II - Carnaval au Moyen &#226;ge : Rapports conflictuels avec l'&#201;glise&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette &#233;poque, seuls les hommes pouvaient investir l'espace public ; ils &#233;taient les d&#233;positaires de la morale et des valeurs alors que les femmes &#233;taient seulement charg&#233;es de l'accueil dans les foyers. Cela change peu pendant le Carnaval. Certaines se risquent &#224; se masquer mais ne doivent pas &#234;tre rep&#233;r&#233;es. Mais cette discrimination n'est pas cat&#233;gorique puisque certains carnavals ont toujours poss&#233;d&#233; des soci&#233;t&#233;s mixtes, comme par exemple les Haguettes ou les Longs-nez de Malmedy, ou ont compens&#233; en offrant un jour de libert&#233; compl&#232;te r&#233;serv&#233;e aux femmes, comme le Jeudi des Femmes &#224; Eupen. On remarque aussi que certains carnavaliers miment la gestation, la mise au monde puis l'allaitement d'un b&#233;b&#233;. Il existe m&#234;me des r&#233;gions o&#249; le Carnaval est plac&#233; sous autorit&#233; f&#233;minine, celle des m&#232;res en l'occurrence. Dans ces r&#233;gions, elles s'habillent en homme et attaquent les m&#226;les en leur faisant sauter le chapeau, les arrosent, les maltraitent. A La Ch&#226;tre (Indre), les femmes du peuple s'assemblaient le Mardi Gras sur la grande place et y dansaient des rondes en chantant les couplets les plus obsc&#232;nes. Ailleurs, elles s'occupent d'un immense festin qui se termine par une bataille o&#249; l'on se jette les restes dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'origine du mot &#171; masque &#187; reste aussi myst&#233;rieuse que les visages qu'il cache. Il appara&#238;t en 643 et pourrait venir du latin (sorci&#232;re) ou de l'indoeurop&#233;en (filet dont on enveloppe les morts). Dans le sud de la Provence, les sorciers seront, jusqu'au XIX&#232;me si&#232;cle appel&#233;s des &#171; masques &#187;. Pour se d&#233;guiser, on se contente souvent au Moyen &#226;ge de se noircir le visage avec de la suie, de le dissimuler sous une &#233;toffe ou de porter ses v&#234;tements &#224; l'envers, coutures apparentes. Les premiers masques sont taill&#233;s dans la t&#234;te des porcs tu&#233;s &#224; No&#235;l (on se cache derri&#232;re la peau &#233;paisse et soyeuse ou le groin) ou dans une cagoule de peau de lapin. Les jeunes gens ainsi masqu&#233;s parcourent bruyamment les rues &#224; la nuit tomb&#233;e, chahutent les femmes, les filles et les avares. Ils &#233;voquent l&#224; encore d'une part les revenants et l'au-del&#224;, d'autre part la nature et le printemps qui va revenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nuits de pleine lune ces bandes r&#244;dent, s'approchent doucement des maisons pour soudainement crier, lancer des cailloux sur les volets, la porte et le toit, jouer parfois du tambour, entrer dans les maisons et poursuivre les filles en qu&#234;te de baisers, puis se calmer et se taire, manger des cr&#234;pes et des beignets et boire sans jamais r&#233;v&#233;ler leurs visages. Parfois, ces exp&#233;ditions se font plus furtives afin de d&#233;rober un coq ou un cochon qu'on se partage au clair de lune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette ambiance perdure alors jusqu'au soir de Mardi Gras, o&#249; l'autorit&#233; est ouvertement entre les mains des masques. Les avares et les moralistes sont les premi&#232;res cibles, oblig&#233;s d'offrir ripaille aux assaillants. Ceux qui travaillent ce jour-l&#224; sont attrap&#233;s, juch&#233;s sur un &#226;ne, promen&#233;s et oblig&#233;s de payer &#224; boire. On pouvait se masquer en plein jour, et le peuple usait largement d'un privil&#232;ge r&#233;serv&#233; longtemps aux seuls gentilshommes. Repas solide o&#249; figurent comme pi&#232;ce de r&#233;sistance une oie ou un dindon, comme accessoires oblig&#233;s les traditionnelles cr&#234;pes, larges beuveries, mascarades sillonnant les villes &#224; grands fracas, bals &#233;chevel&#233;s, cavalcades...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vieilles femmes osaient &#224; peine quitter leurs maisons de peur des attrapes du mardi gras. On plaquait sur leurs manteaux noirs des empreintes de craie figurant des rats et des souris, on attachait &#224; leurs robes des torchons sales. Les th&#233;&#226;tres ont conserv&#233; longtemps la tradition de jouer les pi&#232;ces les plus licencieuses dans les derniers jours du carnaval, et la Com&#233;die-Fran&#231;aise elle-m&#234;me repr&#233;sentait le Don Japhet d'Arm&#233;nie, de Scarron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Arr&#234;ts d'Amour (1540, plaidoyer XII) racontent que des troupes de personnes masqu&#233;es, &#171; &lt;i&gt;en robes retourn&#233;es, barbouillez de farine ou charbon, faux visages de papier, portant argent &#224; la mode ancienne &lt;/i&gt; &#187;, accompagn&#233;es de musiciens et de valets tenant des flambeaux, se pr&#233;sentaient dans toutes les maisons o&#249; l'on donnait soir&#233;e, y entraient sans autorisation, faisaient danser les demoiselles, offraient des drag&#233;es aux dames et proposaient des d&#233;fis aux d&#233;s. De telles libert&#233;s choquaient fort les particuliers qui, n'osant pas r&#233;sister ouvertement, &#171; &lt;i&gt;&#233;teignent leurs lumi&#232;res, r&#233;pondent qu'il n'y a personne, qu'on est couch&#233;, ou font sortir leurs femmes et leurs filles par l'huis de derri&#232;re&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces pr&#233;cautions n'&#233;vitaient pas toujours les injures, les querelles et les rixes. Les valets des masques profitaient du tumulte pour voler, d&#233;vorer toutes les provisions de l'office et d&#233;baucher les chambri&#232;res. Si bien que le parlement, assailli de plaintes, dut &#224; plusieurs reprises interdire la fabrication et la vente des masques. On se masquait encore pour jouer aux jeux de hasard. Le jeu &#233;tait d'ailleurs une des licences caract&#233;ristiques du Carnaval. Le jour de mardi gras, apr&#232;s l'audience du grand conseil, la cour elle-m&#234;me jouait aux d&#233;s sur le bureau du greffier en pr&#233;sence du public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain du Mardi Gras, le mercredi des cendres, donnait lui aussi lieu &#224; de jolies sc&#232;nes, comme la &#171; descente de la Courtille &#187;, des masques revenant de Belleville le matin avec leurs d&#233;guisements ignoblement salis et d&#233;chir&#233;s, hurlant des obsc&#233;nit&#233;s. Jules Janin raconte que cela dure toute la matin&#233;e, &#171; &lt;i&gt;ceux qui passent insultent ceux qui regardent passer, les uns et les autres se disent mille injures.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'&#201;glise int&#232;gre le Carnaval &#224; sa liturgie, c'est parce qu'elle n'a pas pu l'interdire. Elle essaya r&#233;guli&#232;rement de r&#233;duire sa port&#233;e contestataire et ouvertement blasph&#233;matoire. Jusqu'au XVII&#232;me si&#232;cle, la p&#233;riode de Carnaval couvrait les quatre mois d'hiver. De nombreuse r&#233;glementations, tant eccl&#233;siastiques que la&#239;ques, tent&#232;rent d'endiguer les exc&#232;s caus&#233;s par ces bacchanales et finalement Carnaval fut r&#233;duit &#224; trois jours : dimanche, lundi, pour atteindre son apoth&#233;ose le mardi gras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois ce sont les circonstances qui rapprochent de l'&#201;glise. Par exemple au Moyen &#226;ge &#224; Stavelot, les moines &#171; guindaillaient &#187; le jour de la Laetare en se m&#234;lant &#224; la population locale dans des r&#233;jouissances mi-sacr&#233;es mi-pa&#239;ennes. L'&#201;glise est ensuite intervenue pour interdire aux moines de quitter l'abbaye &#224; cette occasion. Il arrivait que l'on danse dans l'&#233;glise, que l'on chante la messe &#224; l'envers. Un pr&#234;tre d'Amiens d&#233;nonce, en 1182 : &#171; &lt;i&gt;Dans certaines &#233;glises la coutume veut que les &#233;v&#234;ques et archev&#234;ques se d&#233;mettent par jeu de leurs attributs. Cette libert&#233; de d&#233;cembre &#8211; libertas decembricas &#8211; est analogue &#224; celle qui avait cours autrefois chez les pa&#239;ens, lorsque les bergers, devenus libres, se pla&#231;aient sur le m&#234;me plan que leurs ma&#238;tres et faisaient, apr&#232;s les moissons, la f&#234;te avec eux.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut de tout temps une r&#233;pression envers Carnaval. Charlemagne tenta de bannir les mascarades de son empire. Il n'y r&#233;ussit pas et, pendant tout le Moyen &#226;ge, le Carnaval, adopt&#233; et prot&#233;g&#233; par l'&#201;glise, &#233;tala en plein jour ses fantaisies les plus grossi&#232;res et les plus monstrueuses. Le 9 mars 1399, Charles VI, rappelant d'autres ordonnances qui ont &#233;t&#233; perdues, d&#233;fendit &#171; &lt;i&gt;que nul ne portast faux visages, [...] aucun ne batist ou injuriant, ne feist batre ne injurier autres personnes&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir du XVe si&#232;cle, les parlements commenc&#232;rent &#224; s&#233;vir ; mais la fr&#233;quence m&#234;me de leurs arr&#234;ts peut inspirer quelques doutes sur leur efficacit&#233;. Nous citerons les principaux. Le 14 d&#233;cembre 1509, le parlement de Paris d&#233;fend de faire et de vendre des masques, de porter des masques, de jouer au jeu de momon en masques ou avec d'autres d&#233;guisements, sous peine de prison et d'amende. Le 26 avril 1514, arr&#234;t&#233; portant que les masques et faux visages seront br&#251;l&#233;s en public, avec d&#233;fense d'en porter sous peine de confiscation. Les 26-27 novembre 1535, 9 mars 1539, 2-14 janvier 1562, 8 janvier 1575, 4 f&#233;vrier 1592, d&#233;fense d'aller en masques dans les rues de Paris avec des joueurs d'instruments, sous peine d'&#234;tre punis comme perturbateurs du repos public. Une ordonnance royale du 9 novembre 1720, et une ordonnance de police du 5 f&#233;vrier 1746, interdirent aux masques de porter des b&#226;tons et des &#233;p&#233;es ou d'en faire porter par les laquais. Des ordonnances de police du 6 d&#233;cembre 1737 et du 11 d&#233;cembre 1742, d&#233;fendirent aux jeunes gens et tapageurs de nuit d'entrer de force dans tous les lieux o&#249; il y a des bals et de la musique, de violenter les traiteurs, leurs femmes et enfants et d'obliger les violons &#224; jouer toute la nuit. Malgr&#233; tout Carnaval perdure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Florence, le moine fondamentaliste Savonarole limite le Carnaval au seul jour du Mardi Gras, et instaure un grand b&#251;cher purifiant les &#171; vanit&#233;s &#187; : jeux de cartes, livres de musique profane ou de po&#233;sie, parfums, masques, costumes, peintures et sculptures qui ont &#233;t&#233; confisqu&#233;es chez les habitants... C'&#233;tait en 1497 et l'ann&#233;e suivante, c'est ce Savonarole qui finira sur le b&#251;cher...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A noter aussi que le Carnaval peut appuyer des r&#233;voltes politiques, par exemple &#224; l'&#233;poque de l'apparition du protestantisme. A B&#226;le, en 1529, Mardi Gras voit d&#233;ferler 300 personnes masqu&#233;es, conduites par le bourreau, qui envahissent la cath&#233;drale, brisent les statues et le grand crucifix en lan&#231;ant : &#171; &lt;i&gt;Si tu es un dieu, d&#233;fends-toi, mais si tu es un homme, saigne !&lt;/i&gt; &#187;. Ils attaquent &#233;galement l'H&#244;tel de ville o&#249; le Conseil d&#233;cide d'autoriser le culte protestant. Ces m&#234;mes protestants d&#233;cideront quelques ann&#233;es plus tard la suppression du Car&#234;me, en esp&#233;rant &#233;liminer avec lui les d&#233;bordements carnavalesques...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;III - Carnaval face &#224; la soci&#233;t&#233; marchande&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vient l'&#233;poque de la Renaissance, le th&#233;&#226;tre prend son essor moderne et s'approprie les masques. En Italie, Carnaval atteint une splendeur et un d&#233;veloppement exceptionnels. L'affluence d'&#233;trangers riches, &#224; Rome notamment, peut expliquer la tol&#233;rance s&#233;culaire de l'&#201;glise pour des divertissements profanes que d'aucuns, &#224; vrai dire, jugeaient assez d&#233;plac&#233;s dans une ville directement soumise &#224; l'autorit&#233; des papes. Ceux-ci d'ailleurs protest&#232;rent parfois contre des licences un peu trop vives, mais il ne para&#238;t pas qu'ils aient insist&#233; beaucoup en ce sens et plusieurs d'entre eux ont collabor&#233; aux magnificences de ces f&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Carnaval de Venise fut encore plus c&#233;l&#232;bre et plus fr&#233;quent&#233; que celui de Rome, car il le d&#233;passait en licence et durait une partie de l'hiver. Des illuminations f&#233;eriques, des feux d'artifice, des gondoles illumin&#233;es circulant sur les canaux avec leur &#233;quipage de masques et de musiciens, le luxe des d&#233;guisements, l'affluence des belles courtisanes et surtout l'autorisation des jeux de hasard, tels &#233;taient les attraits puissants de ces f&#234;tes qui ont beaucoup p&#226;li quand Venise perdit son ind&#233;pendance politique. Plus encore que le d&#233;guisement, le masque est l'attribut essentiel du carnaval v&#233;nitien. Le port du masque &#233;tait si g&#233;n&#233;ralis&#233; qu'il fut interdit - en vain - dans les &#233;glises. Gr&#226;ce &#224; lui, et au d&#233;guisement, les barri&#232;res sociales &#233;taient abolies. L'humble devenait seigneur, le puissant bouffon. Hommes et femmes, jeunes et vieux, chacun pouvait s'abandonner &#224; ses pulsions, vivre ses fantasmes en toute impunit&#233;. La ville fusionnait, et ses autorit&#233;s laissaient faire, sachant fort bien que ce d&#233;sordre contribuait au maintien d'un ordre plus subtil. Plus qu'une simple f&#234;te, il devient un pr&#233;texte aux abus et &#224; la rencontre des diff&#233;rentes classes sociales. Les masques prennent toute leur importance, car ils permettent aux f&#234;tards de conserver leur anonymat. Cela est essentiel, surtout pour les nobles, qui malgr&#233; leur d&#233;bauche sont sujets aux r&#232;gles d'honneur et d'&#233;tiquette. Ils peuvent ainsi s'adonner aux plaisirs du jeu, de la boisson, et de l'amour sans &#234;tre inqui&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution fran&#231;aise, interdira elle aussi le Carnaval &#224; partir de 1790. La Gazette Nationale &#233;crit, en 1792, que la municipalit&#233; a arr&#234;t&#233; : &#171; 1&#176; qu'il est d&#233;fendu de para&#238;tre travesti dans les rues ; 2&#176; que personne ne pourra donner de bal masqu&#233; public ; 3&#176; qu'on ne peut &#233;taler ou vendre des masques et habits de d&#233;guisement pass&#233; onze heures du soir ; 4&#176; que personne ne peut donner de bal public, sans en avoir obtenu l'autorisation de la police ; 5&#176; que ces bals ne peuvent se prolonger au-del&#224; de onze heures de nuit. &#187; (Gazette Nationale, ou Le Moniteur Universel, n&#176; 32, mercredi 1er f&#233;vrier 1792, Troisi&#232;me ann&#233;e de la Libert&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de cette &#233;poque, la police a publi&#233; tous les ans au moment du carnaval une ordonnance con&#231;ue toujours &#224; peu pr&#232;s dans les m&#234;mes termes. On interdit &#224; tous les masques de se montrer sur la voie publique avec des armes ou b&#226;tons, de se masquer avant 10 heures du matin et apr&#232;s 6 heures du soir, de prendre des d&#233;guisements de nature &#224; troubler l'ordre public ou &#224; blesser la d&#233;cence et les m&#339;urs, de porter aucun insigne, aucun costume eccl&#233;siastique ou religieux, d'apostropher qui que ce soit par des invectives, des mots grossiers ou provocations injurieuses, de s'arr&#234;ter pour tenir des discours ind&#233;cents et provoquer les passants par gestes ou paroles contraires &#224; la morale, de jeter dans les maisons, dans les voitures et sur les personnes des objets ou substances pouvant causer des blessures, endommager ou salir les v&#234;tements, de promener ou br&#251;ler des mannequins dans les rues et places publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelques variantes int&#233;ressantes. Entre 1801 et 1820, l'ordonnance de police d&#233;fend le port du masque dans les rues et lieux publics. De 1815 &#224; 1820, parmi les mascarades interdites figurent &#171; &lt;i&gt;celles qui rappelleraient les &#233;poques malheureuses de la R&#233;volution fran&#231;aise &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend alors qu'en 1948, &#224; Paris, Carnaval se m&#234;le aux journ&#233;es r&#233;volutionnaires. Lorsque le d&#233;fil&#233; se pr&#233;sente devant le Minist&#232;re, la troupe tire et tue 16 personnes. Celles-ci sont alors dispos&#233;es sur une charrette pour une &#171; promenade des cadavres &#187; dans le sillage de laquelle s'&#233;l&#232;vent les barricades qui m&#232;neront les r&#233;volutionnaires vers la IIe R&#233;publique. Le pr&#233;sident &#233;lu, devenu trois ans plus tard l'empereur Napol&#233;on III, ne tol&#232;rera ensuite que le d&#233;fil&#233; de la corporation des bouchers, accompagn&#233; de quelques chars publicitaires. M&#234;me lorsque la IIIe R&#233;publique arrive, le Carnaval renaissant est tr&#232;s vite encadr&#233; par les festivit&#233;s offertes par de grands patrons. Carnaval prend alors le masque de la bienfaisance afin de faire des collectes qui autorisent des d&#233;fil&#233;s de plus en plus fastueux, les b&#233;n&#233;fices restant &#233;tant solennellement revers&#233;s &#224; des &#339;uvres de charit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au 20e si&#232;cle, Carnaval est de plus en plus spectaculaire, avec un roi qui varie au gr&#233; des modes et de l'actualit&#233;. En 1967, &#224; Nice, un tyrolien &#171; Roi des loisirs &#187; sera br&#251;l&#233; avant son heure par des &#171; anarchistes &#187; m&#233;contents. Carnaval devient une entreprise &#224; part enti&#232;re, employant des gens toute l'ann&#233;e. Le maquillage narcissique, beau, visant &#224; attirer les regards, tend &#224; remplacer le masque repoussant. De m&#234;me, la parade o&#249; l'on se montre se substitue au drame jou&#233; ensemble. Mais si la programmation officielle voudrait l'oublier, la tradition des hommes sauvages, des revenants, des gar&#231;ons enceints, des libert&#233;s amoureuses, de la verve critique et d&#233;nonciatrice demeure en souterrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas question, ici, de se lamenter sur le degr&#233; de r&#233;cup&#233;ration que peuvent avoir les carnavals d'aujourd'hui. Je sais que la r&#233;pression n'emp&#234;chera jamais totalement les besoins de d&#233;foulement qu'ont les humains. Le Carnaval n'est qu'un rituel qui sert d'exutoire aux frustrations que l'on connait le reste de l'ann&#233;e. Plus le Carnaval est encadr&#233; et plus ce besoin d&#233;borde &#224; d'autres moments. Plus on canalisera &#233;troitement ce type de rituel, plus la chance est grande de voir ces pratiques se politiser. Car au-del&#224; du simple besoin de se d&#233;fouler une fois par an, la question est plus largement celle de la ma&#238;trise qu'on a de nos rituels. L'id&#233;e de f&#234;ter le renouveau du jour sur la nuit est plaisante. Ridiculiser publiquement le pouvoir le jour du Carnaval doit aussi nous amener &#224; le saper petit &#224; petit le reste du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon id&#233;e du Carnaval n'est pas focalis&#233;e sur les &#171; incidents &#187;, les &#171; affrontements &#187; ou la &#171; casse &#187;. Pour moi, ces d&#233;g&#226;ts mat&#233;riels et les provocations contre la morale font partie de fa&#231;on normale de cet &#233;v&#232;nement qui pr&#244;ne un &#171; renversement &#187;, fut-il limit&#233; &#224; quelques heures par an.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'oublions pas que Carnaval c'est avant tout :&lt;br class='manualbr' /&gt;- les d&#233;guisements, les masques, l'anonymat g&#233;n&#233;ralis&#233;&lt;br class='manualbr' /&gt;- les maquillages repr&#233;sentant des personnages et des symboles &#171; renvers&#233;s &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;- les chars, symboles contre le pouvoir br&#251;l&#233;s &#224; la fin&lt;br class='manualbr' /&gt;- le don d'alcool, de bouffe voire d'autres drogues, sans argent&lt;br class='manualbr' /&gt;- les p&#233;tards, fumig&#232;nes et fus&#233;es&lt;br class='manualbr' /&gt;- la farine, les &#339;ufs, et autres projectiles salissants dans des batailles endiabl&#233;es o&#249; n'importe quel passant encravat&#233; peut se retrouver ridiculis&#233;&lt;br class='manualbr' /&gt;- la musique, battucadas et autres&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Carnaval est un renversement, alors Carnaval doit &#234;tre un moment de libert&#233;, un moment o&#249; ceux qui n'ont pas de pouvoir prennent le pouvoir, l'espace, la rue. L'id&#233;al &#233;tant qu'il ne se limite pas &#224; ce qu'il a beaucoup &#233;t&#233; : une soupape, un moment de libert&#233; pour une ann&#233;e de surveillance, de r&#233;signation. Carnaval doit plut&#244;t faire prendre go&#251;t &#224; la libert&#233;. Il a ce potentiel et c'est pourquoi le pouvoir a toujours cherch&#233; &#224; le limiter, le canaliser voire l'interdire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour terminer, voici ce que disait Harvey Cox, en 1971 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Comme pr&#233;vu, &#233;v&#234;ques et patrons n'en sont gu&#232;re heureux, mais en tout cas cela a lieu. Cette renaissance de la fantaisie et de la f&#234;te, qui commence, est un bon signe. Elle montre que notre &#233;poque red&#233;couvre peut-&#234;tre la valeur de deux composantes de la culture qui, toutes deux, &#233;taient jadis visibles dans la F&#234;te des Fous. La premi&#232;re est la f&#234;te en elle-m&#234;me, importante parce qu'elle remet le travail &#224; sa place. Elle sugg&#232;re que le travail, bien que r&#233;mun&#233;rateur, n'est pas la plus haute fin de la vie, mais doit contribuer &#224; l'accomplissement de la personne humaine. Nous avons besoin d'interrompre le travail &#224; date fixe pour nous souvenir que ce ne sont m&#234;me pas un produit national brut d'un montant astronomique et le plein emploi de tous qui peuvent apporter le salut. Les jours de f&#234;te, nous cessons de travailler et nous go&#251;tons ces gestes traditionnels et ces heures de franche gaiet&#233; sans lesquels une vie ne serait plus humaine. La f&#234;te, comme le jeu, la contemplation et l'amour, est une fin en soi. Ce n'est pas un moyen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre importante composante culturelle de la F&#234;te des Fous est la fantaisie en tant que critique de la soci&#233;t&#233;. D&#233;masquer la vanit&#233; des puissants fait toujours para&#238;tre leur pouvoir moins irr&#233;sistible. C'est pourquoi les tyrans tremblent devant les bouffons, et les dictateurs interdisent les chansonniers. Bien qu'une occasion fix&#233;e pour le persiflage politique puisse &#234;tre exploit&#233;e par les puissants pour rendre la critique insignifiante, m&#234;me une telle occasion ne doit pas exister. Du point de vue de l'oppresseur, la satire risque toujours de lui &#233;chapper ou de donner des id&#233;es aux gens, aussi est-il pr&#233;f&#233;rable de ne pas du tout la tol&#233;rer.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sources :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Daniel Favre, &lt;i&gt;Carnaval ou la f&#234;te &#224; l'envers&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- Harvey Cox, &lt;i&gt;La F&#234;te des fous&lt;/i&gt;, Seuil, 1971&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;a href=&#034;http://www.carnaval-pantruche.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.carnaval-pantruche.org/&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- et autres sources internet.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour le plaisir :&lt;/strong&gt; Une protestation contre le Carnaval, en 1844 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;i&gt;Le Carnaval&lt;/i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le commencement de notre publication, nous n'avons pas manqu&#233; chaque ann&#233;e de protester, au nom de la morale, contre ce qui se passe &#224; Paris dans ces jours de d&#233;vergondage et de profonde immoralit&#233; que l'on appelle le Carnaval. [...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut des hommes &#224; la France pour qu'elle soit toujours digne de son nom, pour qu'elle pr&#233;side encore aux destin&#233;es du monde, et que tous la qualifient, avec l'un de ses puissants chefs, de belle, d'h&#233;ro&#239;que, de grande nation. Ses enfants laborieux le savent, et ils n'iront pas s'amollir et se corrompre dans des f&#234;tes scandaleuses pour devenir semblables &#224; ces Romains d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;s qui n'avaient plus la force de soulever une lance lorsque la barbarie est venue les envahir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au milieu du laisser-aller incroyable qui pr&#233;side &#224; ces jours &#224; la fois si abominables et si funestes ; encore jeunes et plein d'avenir, mais d&#233;j&#224;, pour la plupart, us&#233;s par la d&#233;bauche et glac&#233;s par l'&#233;go&#239;sme, il est, parmi les classes dites sup&#233;rieures, des hommes qui abjurent toute dignit&#233;, tout sentiment honn&#234;te, et font de l'orgie monstrueuse o&#249; ils se vautrent quelque chose de si ignoble et de si vil, de si bas et de si sale, qu'on ne trouve rien &#224; comparer, m&#234;me dans les derniers rangs des animaux. Oui, c'est &#224; cette jeunesse soi-disant d'&#233;lite, c'est &#224; ces fils de famille qu'il est donn&#233; de faire rena&#238;tre parmi nous tout un monde d'antiques turpitudes, et d'offrir en spectacle &#224; nos enfants l'effronterie des cyniques unie &#224; la lubricit&#233; des satyres. [...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un grand crime du Pouvoir que sa tol&#233;rance pour des exc&#232;s si pernicieux et si funestes ; si un mauvais g&#233;nie avait pour mission de d&#233;truire l'esp&#232;ce humaine, il nous semble qu'il ne choisirait pas d'autre voie. [...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ailleurs on est hautain, pr&#233;tentieux, poli avec ses &#233;gaux, d&#233;daigneux envers ses inf&#233;rieurs, l&#224; tout le monde se serre la main, s'embrasse, se tutoie : c'est l'&#233;galit&#233; dans toute sa latitude, mais c'est l'&#233;galit&#233; du vice. C'est l&#224; que l'homme abjure toute retenue, et la femme toute pudeur. Puis quand la bande est bien repue, quand les liqueurs spiritueuses fermentent dans ces cerveaux vides, alors le d&#233;sordre est &#224; son comble ; c'&#233;tait affreux, cela devient horrible : ce sont des hurlements prolong&#233;s, d&#233;lirants, fr&#233;n&#233;tiques, qui font que la piti&#233; vous serre le c&#339;ur quand on les entend de loin, et qui, de pr&#232;s, feraient croire &#224; une saturnale des d&#233;mons. [...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute femme qui quitte son m&#233;nage et qui insinue &#224; son &#233;poux de la conduire &#224; ces r&#233;unions avilissantes aura bient&#244;t besoin de lui fermer les yeux sur sa conduite. Quels attraits ces lieux peuvent-ils lui offrir ? Quelle &#226;me honn&#234;te et chaste n'&#233;prouve pas de r&#233;pulsion pour de telles horreurs ? Celle donc qui m&#233;conna&#238;t ainsi son devoir n'a plus droit &#224; aucune sorte de respect ni d'&#233;gard, car elle se fait, par induction, l'&#233;gale des prostitu&#233;es, dont elle envie les plaisirs obsc&#232;nes et la licence affreuse. [...].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Texte paru dans la revue &#034;L'Atelier, Organe des int&#233;r&#234;ts moraux et mat&#233;riels des ouvriers&#034;. &#171; Celui qui ne veut pas travailler ne doit pas manger. &#187; Libert&#233;, Egalit&#233;, Fraternit&#233;, Unit&#233;. Mars 1844.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2e partie : Quand Carnaval retourne Montpellier...&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Petite histoire du Carnaval &#224; Montpellier&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire qui va suivre est extr&#234;mement incompl&#232;te. Elle se concentre surtout sur les trois derni&#232;res d&#233;cennies. Comment cela se passait-il au Moyen Age ? On ne peut qu'imaginer que le Carnaval ressemblait aux autres. Pr&#232;s de Montpellier, &#224; Cournonterral, la f&#234;te des Pailhasses reste encore aujourd'hui une tradition o&#249; la lie de vin se r&#233;pand partout dans le village, jusque dans les maisons ou les v&#233;hicules qui ne sont pas suffisamment ferm&#233;s. A part &#231;a on trouve de vieilles cartes postales du d&#233;but du XXe si&#232;cle repr&#233;sentant des chars du Carnaval &#224; Montpellier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre 1978 et 1989, il y avait &#233;galement un Carnaval organis&#233; par le Comit&#233; des f&#234;tes de la ville, avec des chars repr&#233;sentant les diff&#233;rentes corporations. Il y avait notamment un Bacchus vigneron promenant une fontaine &#224; vin. Yves Naquet raconte (Midi-Libre, 11-04-1987) que le comit&#233; des f&#234;tes avait d&#233;j&#224; tent&#233; de relancer un Carnaval en 1949. &#171; &lt;i&gt;comme aucune subvention n'est allou&#233;e, nous organisons un loto monstre qui nous rapporte cinq millions de centimes de l'&#233;poque.&lt;/i&gt; &#187; Tous les bistrots de la ville avaient particip&#233; &#224; l'op&#233;ration et une cavalcade g&#233;ante comptant une vingtaine de chars avait eu lieu cette ann&#233;e-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'exp&#233;rience reste isol&#233;e et ce n'est qu'en 1978, gr&#226;ce &#224; une subvention de la municipalit&#233; que ce d&#233;fil&#233; reprendra. Les archives de l'&#233;poque nous apprennent en outre qu'un &#171; &lt;i&gt;char collectif&lt;/i&gt; &#187; et des &#171; &lt;i&gt;festivit&#233;s parall&#232;les&lt;/i&gt; &#187; ont eu lieu. Initiatives impr&#233;vues qui &#171; &lt;i&gt;n'ont gu&#232;re fait l'unanimit&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Le journaliste raconte : &#171; &lt;i&gt;Nous avons nous-m&#234;mes re&#231;u, en notre si&#232;ge, des coups de t&#233;l&#233;phone de Montpelli&#233;rains n'ayant gu&#232;re appr&#233;ci&#233; d'&#234;tre pris pour cible (sacs de farine, &#339;ufs pourris) alors qu'ils se rendaient fort gentiment au rendez-vous autoris&#233;.&lt;/i&gt; &#187; On trouve &#233;galement dans ce Midi-Libre du 25-02-1979, ce commentaire : &#171; &lt;i&gt;La r&#233;surrection d'un Carnaval &#224; Montpellier est, &#224; coup s&#251;r, un &#233;l&#233;ment appr&#233;ciable pour l'animation et la vie de notre ville. Toutefois &#034;Midi-Libre&#034; tient &#224; pr&#233;ciser qu'il n'est pour rien dans l'affichage sauvage qui &#034;fleurit&#034; dans tous les coins de Montpellier. Ces affiches reprennent le graphisme de notre titre et le transformant en Midi Ivre constituent malheureusement une contrefa&#231;on flagrante.&lt;/i&gt; &#187; Le Carnaval souterrain en avait des id&#233;es !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la Cavalcade organis&#233;e se d&#233;roulait le week-end, il y avait aussi Mardi-Gras, qui rendait &#171; &lt;i&gt;la place de l'&#339;uf toute blanche&lt;/i&gt; &#187;. Mais en cette ann&#233;e 1982, le journal relate que ce fut l'occasion d'&#233;chauffour&#233;es au Polygone. &#171; &lt;i&gt;J'estime que c'est grave, commente M. Michel Badie, le directeur du centre commercial. On a vraiment fr&#244;l&#233; l'&#233;meute type mai 68. Les quatre portes d'entr&#233;e ont &#233;t&#233; bris&#233;es, trois membres du personnel l&#233;g&#232;rement bless&#233;s par des jets de bouteilles et de silex, des lances &#224; incendies coup&#233;es... Ce qui me surprend, ce sont les motivations : pourquoi, chaque ann&#233;e, le Polygone est-il vis&#233; ?&lt;/i&gt; &#187; (24-02-82) On lui r&#233;pondra que si Carnaval est un renversement, il est normal que le temple de la consommation soit une cible...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On remarque d'ailleurs que Midi-Libre oscille selon les ann&#233;es entre l'indignation contre les d&#233;bordements et la d&#233;ception quand le Carnaval est trop sage. &#171; &lt;i&gt;Pauvre Carnaval ! Pour lui, ce Mardi que l'on dit Gras, aura &#233;t&#233; bien maigre.&lt;/i&gt; (...) &lt;i&gt;Apr&#232;s les d&#233;bordements de l'an dernier qui firent souffler la temp&#234;te du c&#244;t&#233; du Polygone, on l'a b&#226;illonn&#233;. Hier, il avait des allures de fant&#244;me d&#233;guis&#233; en otage.&lt;/i&gt; &#187; (16-02-83) En 1984 la cavalcade officielle se d&#233;roule sur deux dimanches, plus d'un mois apr&#232;s Mardi-Gras o&#249; &#171; &lt;i&gt;quelques hordes de jeunes macul&#233;s de farine ont envahi les art&#232;res principales de la cit&#233;.&lt;/i&gt; (...) &lt;i&gt;Dans la plus grande pagaille, faisant pour certains l'&#233;cole buissonni&#232;re, les jeunes Montpelli&#233;rains ont tout de m&#234;me tenu &#224; demeurer fid&#232;les aux traditions citadines de leurs anc&#234;tres.&lt;/i&gt; &#187; (7-03-84) L'ann&#233;e suivante, le journal trouve Mardi-Gras &#171; &lt;i&gt;de plus en plus pacifique. On se souvient en effet que ces derni&#232;res ann&#233;es les bagarres de farine avaient parfois d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; en v&#233;ritable pugilat et que quelques casseurs s'&#233;taient gliss&#233; dans la sarabande pour accomplir leurs basses &#339;uvres, casser des vitrines de magasins notamment.&lt;/i&gt; &#187; (20-02-85)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une pacification qui finit encore par d&#233;cevoir : &#171; &lt;i&gt;Quelques centaines d'irr&#233;ductibles, charg&#233;s de l'in&#233;vitable petit sachet de farine ont donc &#034;d&#233;boul&#233;s&#034; hier apr&#232;s-midi sur la vaste place de l'Oeuf pour faire une dr&#244;le de bombe... glac&#233;e ! &#199;a p&#233;taradait dans tous les sens et en quelques instants l'endroit a rev&#234;tu un blanc manteau qui n'avait rien de tr&#232;s hivernal...&lt;/i&gt; (...) &lt;i&gt;Montpellier &#034;la surcoinc&#233;e&#034;, faute de v&#233;ritables noceurs a tr&#232;s sagement pr&#233;f&#233;r&#233; reculer la c&#233;l&#233;bration officielle de Carnaval au 11 et 12 avril prochain... En attendant, peut-&#234;tre de f&#234;ter le r&#233;veillon du Nouvel An un 31 juillet... Il y a comme des traditions qui se perdent. Les jeunes excit&#233;s d'hier entendaient un peu le rappeler &#224; leur mani&#232;re. Allez les p'tits gars, encore un effort et on risque de red&#233;couvrir les vertus populaires de la f&#234;te. R&#233;volutionnaire, non ?&lt;/i&gt; &#187; (4-03-87) Or, le mois suivant, ces espoirs sont d&#233;&#231;us : &#171; &lt;i&gt;Il n'y a rien &#224; dire, le carnaval de Montpellier a tout pour plaire, mais il lui manque ce petit plus qui fait qu'une f&#234;te est r&#233;ellement une f&#234;te.&lt;/i&gt; (...) &lt;i&gt;Le soleil &#233;tait l&#224; et le public aussi. Que voulez-vous de plus ? Peut-&#234;tre tout simplement que ce ne soit pas un spectacle passif, dans lequel seuls les m&#244;mes ont encore un brin de spontan&#233;it&#233;.&lt;/i&gt; (...) &lt;i&gt;Cela &#233;tant, encore une fois, le carnaval de Montpellier est comme une poup&#233;e neuve qu'on sort de sa boite... Il est joli et bien propret. Mais allez y comprendre quelque chose les enfants lui pr&#233;f&#232;rent souvent le vieux nounours tout frip&#233;.&lt;/i&gt; (...) &lt;i&gt;Le Carnaval, a-t-on dit, chaque ann&#233;e renait de ses cendres. Peut-&#234;tre faudrait-il souffler un peu sur les braises pour qu'elles nous enflamment.&lt;/i&gt; &#187; (12-04-87)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudra deux ans, car en 1988, &#171; &lt;i&gt;Le carnaval se meurt, de sa belle mort, et le pav&#233; montpelli&#233;rain n'en a eu que des miettes hier. &#338;ufs et farine &#233;taient au menu du jour, d&#233;gust&#233;s presque exclusivement au pied des Trois Gr&#226;ces. Une petite poign&#233;e de lyc&#233;ens ont perp&#233;tu&#233; la tradition dans la franche rigolade.&lt;/i&gt; &#187; (17-02-88) Puis l'ann&#233;e suivante &#171; &lt;i&gt;certaines m&#232;res de famille ont d&#251; s'arracher les cheveux mardi soir au moment du retour &#224; la maison de leur prog&#233;niture. Imaginez des v&#234;tements, des cartables, et m&#234;me des chevelures, gluants d'une ind&#233;finissable mixture faite de farine, d'omelette et de cr&#232;me d'a&#233;rosol.&lt;/i&gt; (...) &lt;i&gt;Au moins ce Carnaval avait-il le m&#233;rite d'&#234;tre parfaitement spontan&#233; et inorganis&#233;, comme le veut son vrai pur esprit. Mais il eut l'inconv&#233;nient d'emporter dans la tourmente quelques simples passants, parfois &#226;g&#233;s, qui n'appr&#233;ciaient qu'&#224; moiti&#233;. Un instant, les arroseuses municipales pr&#233;tendirent remettre les lieux en &#233;tat. Elles contribu&#232;rent plut&#244;t &#224; transformer la dalle en patinoire, rajoutant ainsi &#224; la dr&#244;lerie.&lt;/i&gt; &#187; (9-02-89).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1990 marque un tournant. D'une part, les subventions allou&#233;es au Carnaval du Comit&#233; des F&#234;tes sont supprim&#233;es et lui avec. Deux jours apr&#232;s cette annonce, c'est Mardi-Gras et l&#224;, c'est &#171; &lt;i&gt;le d&#233;rapage&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Place de la Com&#233;die, les bus ont &#233;t&#233; pris d'assaut par des jeunes gens arm&#233;s de sacs de farine, d'oeufs et de bombes &#224; eau. Ca n'a pas fait plaisir &#224; tout le monde... Des voyageurs exc&#233;d&#233;s, des chauffeurs ulc&#233;r&#233;s, des vitres bris&#233;es, des bus souill&#233;s, le carnaval des lyc&#233;ens a d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;.&lt;/i&gt; (...) &#034;La municipalit&#233; n'a donn&#233; aucune autorisation pour que se d&#233;roule une telle manifestation&#034;, &lt;i&gt;a expliqu&#233;, Fran&#231;ois Delacroix, le directeur de cabinet de Georges Fr&#234;che. Si la mairie de Montpellier&lt;/i&gt; &#034;condamne ces violences&#034;, &lt;i&gt;elle tient d'ailleurs &#224; pr&#233;ciser qu'elle a aussit&#244;t fait&lt;/i&gt; &#034;intervenir la police municipale sur les lieux de l'incident&#034;. &#187; (28-02-90) Rien d'extraordinaire, au vu des ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes ne s'&#233;tait pass&#233; et pourtant, cette ann&#233;e-l&#224;, c'est l'emballement. &#171; &lt;i&gt;Bernard Toulemonde, recteur de l'acad&#233;mie de Montpellier, a tenu, hier, &#224; pr&#233;senter ses excuses aux Montpelli&#233;rains.&lt;/i&gt; &#034;Mardi-Gras a de nouveau, cette ann&#233;e, donn&#233; lieu aux manifestations habituelles. Celles-ci sont acceptables tant que les chansons, les chahuts et les jets de farine demeurent dans les limites raisonnables. En revanche, il ne peut &#234;tre tol&#233;r&#233; que des &#233;l&#232;ves, parfois d&#233;bord&#233;s par des personnes beaucoup plus &#226;g&#233;es, se livrent &#224; des d&#233;pr&#233;dations &#8211; vitres bris&#233;es, portes enfonc&#233;es &#8211; ou menacent physiquement de jeunes &#233;l&#232;ves, des professeurs ou des passants.&#034; &#187; (1-03-90)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'ann&#233;e suivante, les &#171; &lt;i&gt;limites raisonnables &lt;/i&gt; &#187; des &#171; &lt;i&gt;manifestations habituelles&lt;/i&gt; &#187; sont fix&#233;es. &#171; &lt;i&gt;Cette ann&#233;e, avant son d&#233;part pour Toulouse, le recteur avait mis les points sur les i. Les exc&#232;s de l'ann&#233;e pass&#233;e, il n'en veut plus, M. Toulemonde. Et pas davantage la mairie. Le premier a promis des sanctions aux &#233;l&#232;ves absents sans motif valable, ou porteurs de produits interdits ou dangereux.&lt;/i&gt; &#034;La f&#234;te ne peut porter atteinte aux biens ou aux personnes&#034;. &lt;i&gt;Georges Fr&#234;che a pris, lui, un arr&#234;t&#233; municipal, interdisant&lt;/i&gt; &#034;compte tenu des circonstances particuli&#232;res&#034; &lt;i&gt;les jets de p&#233;tard, d'&#339;ufs et de farine.&lt;/i&gt; (...) &lt;i&gt;Mettre la f&#234;te sous surveillance, voil&#224; qui pouvait choquer certains puristes de la liesse populaire.&lt;/i&gt; (...) &lt;i&gt;Alors, il faut bien le dire, &#224; part quelques drilles pas vraiment joyeux, quelques irr&#233;ductibles qui n'avaient pas peur du ridicule, le mardi gras montpelli&#233;rain n'a m&#234;me pas eu hier le go&#251;t du fruit d&#233;fendu. &lt;/i&gt; &#187; (13-02-91) L'ann&#233;e suivante, rebelote. &#171; &lt;i&gt;Carnaval ou pas, silence dans les rangs ! Les chefs d'&#233;tablissements scolaires de Montpellier, d'un m&#234;me trait de plume, serrent la vis du Mardi Gras. Histoire de mettre un terme aux exc&#232;s d'&#339;ufs, p&#233;tards, farine et autres confettis que ces derni&#232;res ann&#233;es, les lyc&#233;ens en goguette faisaient pleuvoir sur les Montpelli&#233;rains qui n'en pouvaient plus.&lt;/i&gt; (...) &#034;Les &#233;l&#232;ves qui seront absents sans motif valable, qui seront porteurs de produits dangereux ou interdits ou qui auront un comportement de nature &#224; troubler les cours seront passibles de sanctions&#034;. &#187; (2-03-92)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils croyaient l'avoir tu&#233;, Carnaval est r&#233;apparu quelques ann&#233;es plus tard. En 1995, m&#234;me Midi-Libre s'enthousiasme pour &#171; &lt;i&gt;le d&#233;lirant cirque ambulant du Carnaval des anarchistes. Une cohorte d'hurluberlus grim&#233;s et d&#233;guis&#233;s, qui parcourent les rues de la ville au son des tam-tam et de la fanfare, voil&#224; enfin un Mardi-Gras digne d'int&#233;r&#234;t &#224; Montpellier. Le rendez-vous de 16h au Peyrou, fix&#233; par les anarchistes, s'est donc poursuivi jusque tr&#232;s tard dans la nuit. En milieu de soir&#233;e, la place Candolle (devenue territoire anarchiste depuis quelques mois) s'est retrouv&#233;e noire de monde, entre cracheurs de feu et &#233;chassiers. Puis le d&#233;fil&#233; a fait &#233;tape devant la cath&#233;drale &#224; 23h avant de rejoindre le Peyrou, point de d&#233;part de ce Carnaval d&#233;brid&#233;. L&#224;, la grosse t&#234;te de Charles Pasqua a &#233;t&#233; enflamm&#233;e en un habile d&#233;tournement de la tradition. Une ronde autour des braises, quelques sauts au travers des flammes pour les plus t&#233;m&#233;raires... Jusque tard dans la nuit, le happening alternatif de 300 f&#234;tards s'est r&#233;v&#233;l&#233; totalement vivifiant. Vivement l'ann&#233;e prochaine.&lt;/i&gt; &#187; (2-03-1995)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est ce Carnaval qui perdure encore aujourd'hui le jour de Mardi Gras. On peut donc laisser tomber la presse bourgeoise pour laisser la parole &#224; des t&#233;moins directs :&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Petite anthologie partisane du Carnaval de Montpellier&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(texte trouv&#233; en 2004 dans une brochure distribu&#233;e par le Comit&#233; de soutien aux inculp&#233;s du carnaval)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait hasardeux et dangereux d'attribuer la paternit&#233; du Carnaval de Montpellier &#224; un groupe, une personne, une id&#233;e politicienne. Les pouvoirs publics et les m&#233;dias locaux s'en chargent r&#233;guli&#232;rement en se r&#233;pandant en inepties, pr&#233;jug&#233;s et m&#233;pris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce Karnaval fut, pour eux, tour &#224; tour celui des &#171; Zanarchistes &#187;, des &#171; Z&#233;tudiants &#187;, des &#171; Zartistes &#187;, des &#171; Zapatistes &#187; (et m&#234;me qu'une fois on y aurait vu Zorro !) mais aussi celui des squatters ou du populo. Et tout derni&#232;rement le &#171; Carnaval Alternatif &#187; s'affiche dans Midi Libre comme une sorte de reconnaissance d&#233;finitive d'un mouvement toujours indompt&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour finir cette liste extravagante, le tribunal usera d'un incongru &#171; Carnaval des Gueux &#187; (D&#233;geu !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux derni&#232;res appellations il est facile de r&#233;pondre que pour &#234;tre alternatif et des gueux il eu fallut qu'il exist&#226;t un autre carnaval et qu'il fut celui des Riches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce Karnaval est le Carnaval, point !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laissons les poseurs d'&#233;tiquettes s'interroger encore longtemps sur un mouvement incontr&#244;l&#233;, &#231;a leur fera du papier &#224; remplir et des mensonges &#224; diffuser. Ils auront beau chercher des organisateurs, ils n'en trouveront pas, le Carnaval est &#224; celles et ceux qui le font, il n'a rien &#224; dire au Pouvoir et &#224; ses chiens de garde, il n'a qu'&#224; montrer sa pr&#233;sence, sa foule, sa capacit&#233; &#224; retourner l'espace public et &#224; renverser les valeurs. Pour une nuit, seulement h&#233;las ! Mais quelle nuit !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nuit par an et ce depuis 1995, un rendez-vous est donn&#233; &#224; 19h au Peyrou le jour de Mardi Gras. Bien s&#251;r au d&#233;but existait un Kollectif Karnaval qui pendant 2 ou 3 ans se chargea de rassembler les bonnes et les mauvaises volont&#233;s pour r&#233;aliser et distribuer tracts et affiches, pour construire des chars, jouer de la samba, d&#233;clarer et d&#233;finir le parcours. Ce collectif avait comme objectif premier sa dissolution rapide et d&#233;finitive. En effet, quel sens aurait une f&#234;te qui se d&#233;clare libre, gratuite, inorganis&#233;e, incontr&#244;l&#233;e, subversive et populaire, si elle conservait &#224; sa t&#234;te quelques personnes, seraient-elles de la meilleure composition possible ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Carnaval peut-il avoir une t&#234;te ? NON, il faut la couper ! Mais comme l'Hydre, chaque ann&#233;e apparaissent de nouvelles t&#234;tes et tombent la suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Carnaval de Montpellier est une id&#233;e, et comme toute id&#233;e, voire toute chose, elle appartient &#224; celles et ceux qui s'en servent.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors voyant que d'ann&#233;es en ann&#233;es la foule se rassemblait sans cesse plus nombreuse, d&#233;guis&#233;e, festive, accompagn&#233;e de chars massifs et ing&#233;nieux, le Kollectif Karnaval s'est dissous pour ne plus jamais se reformer et laisser Carnaval vivre ou mourir. Comme bon lui semble !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semblerait justement que cette libert&#233; lui semble bonne et depuis 9 ans [aujourd'hui 15 ans], il n'a pas manqu&#233; un seul rendez-vous. Seules les traditions peuvent se targuer d'une telle long&#233;vit&#233;. Mais la tradition n'a rien de bon, c'est une image floue, consommatrice d'un pass&#233;, rien qu'un cadavre de souvenir. La tradition ne vit pas, elle ressuscite les morts. Karnaval c'est le contraire, c'est le jour o&#249; les valeurs sont invers&#233;es, o&#249; la f&#234;te est grat&#244;s, sans obligation d'achat, sans subvention et sans patron. C'est un mouvement joyeux fait de cris, de danses, de rires, de sons et de cr&#233;ativit&#233;. Rien &#224; voir avec la f&#234;te de la musique, les f&#233;rias et autres grandes messes populistes o&#249; l'argent, Ricard, Kronenbourg et Merguez Frites sont rois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au Carnaval, le roi c'est toi, le roi c'est moi ! C'est Nous !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chars ont &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;s en bande, les costumes subtilement &#233;tudi&#233;s, toujours avec les moyens du bord, et ils sont multiples &#224; qui se sert plus de son imagination que de son porte-monnaie. Seul le rendez-vous est toujours le m&#234;me et c'est parti !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FA&#207; TIRAR MARIUS !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tout doit circuler, sans papiers !&lt;/strong&gt; L'alcool, les chars, les gens, les enfants, les vieux. L'argent lui n'a rien &#224; faire l&#224;. Les seuls &#233;changes sont les paroles, les sourires, les bouteilles, les baisers, les bras pour porter les f&#234;tards ext&#233;nu&#233;s, pour pousser les chars des autres, les corps et les cris pour soutenir les Batucadas... &#199;a ce sont des &#233;changes. Le reste de l'ann&#233;e est l&#224; pour nous rappeler que tout se vend, que tout s'ach&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, ces derni&#232;res ann&#233;es, m&#234;me si la foule occupait toujours plus nombreuse la place publique, il y a de moins en moins de chars, de d&#233;guisements, de bars gratuits. Carnaval oublie peu &#224; peu de se lib&#233;rer et se prend pour une tradition. Comme s'il pouvait d&#233;sormais se pointer avec pour seul apanage son nom, port&#233; comme un titre de noblesse. Carnaval vient aujourd'hui, majoritairement, d&#233;guis&#233; en &#233;tudiant, en marchand, en d'jeun's, en flic, en flic d&#233;guis&#233; en &#233;tudiant (et vice-versa) pour voir ceux qui, en nombre restreint, comme des b&#234;tes curieuses, distribuent sambas, verres gratuits et &#233;nergies subversives. Karnaval se regarde passer comme &#224; Nice (&#224; quand les barri&#232;res de s&#233;curit&#233; ?), se consomme comme un litre de 51, et ne sait m&#234;me plus pourquoi il est bourr&#233;. La tradition gagne du terrain, Carnaval ferait-il la f&#234;te par habitude comme on joue au Loto et regarde la t&#233;l&#233; ? N'a-t-il plus rien &#224; d&#233;fendre qu'une exception culturelle, une particularit&#233; minoritaire ? C'est triste de voir Karnaval encadr&#233; par la police, surveill&#233; de si pr&#232;s. Pourtant si inoffensif !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Carnaval devient un jour comme les autres, un soir tranquille, p&#233;p&#232;re, o&#249; le badeau profite du spectacle en toute s&#233;curit&#233; au lieu de s'inscrire dans cette r&#233;appropriation de la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cette ann&#233;e 2004 fut l'apoth&#233;ose de cette apathie g&#233;n&#233;ralis&#233;e o&#249; la confusion des id&#233;es et l'absence de pens&#233;e et d'investissement de Karnaval se r&#233;v&#233;la symptomatique d'une soci&#233;t&#233; malade parce qu'incapable de se prendre en main hors du contr&#244;le policier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, cette ann&#233;e arriva ce que beaucoup attendaient. Depuis trop longtemps peut-&#234;tre ! Le &#171; d&#233;rapage &#187; de Carnaval, comme se plaisent &#224; dire les observateurs &#171; objectifs &#187; ! Une vitrine a c&#233;d&#233;e sous des coups de pieds enrag&#233;s et s'en est suivie une intervention muscl&#233;e de la police et un d&#233;but d'affrontement entre carnavaliers et forces de l'ordre. Affrontement fait de jets de canettes et d'insultes d'une part, de coups de tonfa, de lacrymos et de terreur automobile de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il n&#233;cessaire de savoir : C&#233;kikakomenc&#233; ? Et C&#233;kikakac&#233;lavitrine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui voyaient en Karnaval une force subversive et s&#233;ditieuse appr&#233;cieront le geste, m&#234;me symbolique, mais auront manqu&#233; de discernement quand &#224; la port&#233;e de celui-ci dans un tel contexte : une rue commer&#231;ante ultra-fliqu&#233;e, vid&#233;o-surveill&#233;e, envahie par une foule plus pr&#233;occup&#233;e d'entretenir son taux d'alcool&#233;mie que le feu de la r&#233;volte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ceux qui voyaient en Carnaval un &#233;l&#233;ment de trouble &#224; l'ordre public, une manifestation hors-la-loi, appr&#233;cieront aussi le geste, occasion r&#234;v&#233;e de porter atteinte au Carnaval. Et eux aussi manqueront de discernement. Il est vrai que dans les nuages de lacrymos il est difficile de discerner qui est un &#171; m&#233;chant &#187; ou un &#171; gentil &#187;. Alors pas de d&#233;tail, on arr&#234;te qui se trouve sur place et on triera plus tard !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les 6 arrestations et les jugements qui s'en suivront montreront combien tout &#231;a ne fut qu'une tentative de r&#233;pression avort&#233;e d'une occupation de rue libre et sans autorisation. En punir un pour en effrayer ou dissuader cent. Et au milieu de tout &#231;a, quelques &#171; bons citoyens &#187; qui tout en se faisant gazer et frapper par les flics leur d&#233;noncent quelques &#171; troubles-f&#234;te &#187; parce que &#171; quand m&#234;me on est venu pour faire la f&#234;te &#187; et que &#171; casser des vitrines, c'est pas festif &#187; et que, c'est bien connu, &#171; la police est l&#224; pour qu'on s'amuse dans le calme &#187;. On croit r&#234;ver !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui aurait cru que cette f&#234;te populaire mais surtout libre et gratuite permettrait aux flics de s'y promener tranquillement et d'y agir impun&#233;ment avec la complicit&#233; de d&#233;lateurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme partout, le &#171; bon sens &#187; reprend ses droits m&#234;me au sein du Carnaval qui ne sera bient&#244;t plus qu'un spectacle, un bal &#224; papa pour jeunes qui croient manifester pour la libert&#233;. Rien que le d&#233;sir de libert&#233; les effraye, alors ils suivent et plut&#244;t que d'assumer enti&#232;rement cette f&#234;te, ils laissent (aident m&#234;me) l'argent, l'ordre &#224; remettre les choses &#224; l'endroit, dans le &#171; bon sens &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si Karnaval n'est plus &#224; Montpellier ce qu'une trace de pneu est &#224; un slip blanc alors Karnaval doit mourir.&lt;/strong&gt; Il ne manquerait plus que Bov&#233; s'en m&#234;le pour que Karnaval devienne un SarKoval : on ach&#232;terait nos costumes chez Auchan avec maman, on boirait en accord avec les associations de commer&#231;ants (c'est pas tous des voleurs ! Y'en a des &#171; &#233;quitables &#187; !) et les chars seraient marqu&#233;s d'un M cher &#224; notre ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Syst&#233;matiquement Karnaval doit refuser ces intrusions du monde marchand et policier.&lt;/strong&gt; Ce n'est pas parce que ce mouvement vieillit qu'il doit oublier d'&#234;tre un enfant : libre, gratuit, inorganis&#233;, subversif et populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; tous les sales m&#244;mes de se le dire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que les autres aillent faire le Beaujolais Nouveau et continuent &#224; voter &#171; Rutile &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Guru khan (2004)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Carnaval 2004-2009...&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis cette ann&#233;e l&#224;, pas une fois le carnaval ne se d&#233;roula sans arrestation ni intervention polici&#232;re pour y mettre fin. Cependant, cela n'emp&#234;che pas les gens de revenir ann&#233;e apr&#232;s ann&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a eu des arrestations pour tags, pour outrages, rebellions, violences sur agent, d&#233;gradations de biens publics ou priv&#233;s, mises en d&#233;grisement... Mais cela, souvent, en faisant porter le chapeau &#224; d'autres...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la Mairie a d&#233;cid&#233; de mettre fin &#224; toute vie nocturne en dehors des lieux et des moments pr&#233;vus &#224; cet effet, cela s'est sold&#233; par des charges polici&#232;res &#224; 1h du matin p&#233;tante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors du Carnaval, les effectifs policiers se placent d&#233;sormais sur la place Candolle qui &#233;tait auparavant le lieu d'arriv&#233;e du Carnaval o&#249; les chars &#233;taient br&#251;l&#233;s et qui f&#251;t en 2006-2007 le lieu d'une opposition quasi-quotidienne entre policiers et f&#234;tards (opposition qui s'est sold&#233;e par l'installation de cam&#233;ras et par un r&#233;am&#233;nagement de la place au profit des bars, avec la suppression de la moiti&#233; des bancs ; ainsi que par des arr&#234;t&#233;s municipaux interdisant les rassemblement, la consommation et la vente d'alcool en dehors des bars d&#232;s 22h... d&#232;s 15h le jour du Carnaval !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La place Candolle n'&#233;tant pas fr&#233;quentable, le Carnaval tend &#224; se disperser dans tout le centre-ville, avec pour terminus de pr&#233;dilection pour br&#251;ler les chars les places St Anne et St Roch. La r&#233;pression est aveugle : en 2009, un flic en civil aurait &#233;t&#233; parmi les victimes de la charge polici&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le danger qui guette vraiment Carnaval est celui qui l'a menac&#233; tout au long de son existence multi-mill&#233;naire : celui de son encadrement, de sa normalisation. C'est ainsi que la Mairie ne se contente plus de la r&#233;pression pure. Elle accorde une autorisation &#224; une association culturelle, laquelle termine au plus t&#244;t le d&#233;fil&#233; sur la place de la Com&#233;die et invite ensuite les participants &#224; une &#171; after &#187; dans un bar musical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A chaque fois, ce moment sur la place de la Com&#233;die est inqui&#233;tant, car outre les arrestations qui y surviennent parfois, plane le danger que tout s'arr&#234;te l&#224;. Mais cela n'est encore jamais arriv&#233;. On peut seulement regretter que le cort&#232;ge, lorsqu'il repart, d&#233;daigne les petites ruelles pour remonter sous l'&#339;il des cam&#233;ras dans la grande avenue centrale, qui fut pr&#233;cis&#233;ment trac&#233;e au 19e si&#232;cle pour aider la police dans sa gestion des troubles...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Carnaval n'est pas mort, mais Carnaval semble toujours en danger. &lt;br class='autobr' /&gt;
Est-ce que le besoin ancestral de renverser les valeurs ne se fait plus sentir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alors... que sera Carnaval 2010 ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce qu'on va y aller pour regarder ou pour participer ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Est-ce qu'on va se pr&#233;parer un peu plus que seulement acheter d'avance de l'alcool &#224; cause des interdictions faites aux &#233;piceries ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Est-ce qu'on va r&#233;fl&#233;chir au d&#233;guisement qui surprendra tout le monde ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Sommes-nous toujours capables de faire un char et/ou une batucada avec sa bande de potes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rendez-vous le 16 f&#233;vrier !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>D&#233;sob&#233;ir</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article594</link>
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		<dc:date>2009-06-08T23:05:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Maurice Vlaminck</dc:creator>


		<dc:subject>Anarchismes, anarchie</dc:subject>
		<dc:subject>Technocritique</dc:subject>
		<dc:subject>Nadarlana (Montpellier)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Des maximes et anecdotes d'une tonalit&#233; anti-industrielle, critique envers les Fronts populaires, par ce peintre fauviste et anarchiste. L'image de couverture est la reproduction de l'une de ses toiles, &#171; Autoportrait &#187; (1911).&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;D&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Anarchismes, anarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;Technocritique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot68" rel="tag"&gt;Nadarlana (Montpellier)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L122xH150/arton594-25972.jpg?1780455713' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='122' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff594.jpg?1211206066&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le Progr&#232;s, c'est la vieillesse et la mort d&#233;guis&#233;es en avenir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* D&#233;truire les machines, et travailler &lt;i&gt;pour la paix&lt;/i&gt;. Ou continuer &#224; faire tourner les machines &lt;i&gt;pour la guerre&lt;/i&gt;. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Les h&#244;pitaux ? Quelle hypocrisie ! Quel mensonge ! (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* (...) Avez-vous l'intention de secourir efficacement ceux qui en ont besoin : les vrais pauvres, ceux qui se couchent sans manger et dont les enfants n'ont pas de souliers aux pieds, ni de chemise sur le dos ? La pauvre m&#244;me qui, s'&#233;tant fait mettre enceinte, ne sait pas comment elle va faire pour garder son petit ? Est-ce cela que vous voulez faire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un h&#244;pital ? C'est trop facile et &#231;a ne sert pas aux pauvres. B&#226;tir un h&#244;pital ? Il y aura l'achat du terrain, la commission &#224; l'interm&#233;diaire, le pourcentage de l'architecte, les b&#233;n&#233;fices des entrepreneurs ; ensuite, le fixe du directeur et du sous-directeur, celui de l'&#233;conome, du m&#233;decin, du chirurgien ; les salaires des cuisiniers, des infirmi&#232;res, des surveillants, du concierge ; les cong&#233;s pay&#233;s : enfin toutes les charges que comporte l'entretien d'un h&#244;pital. Est-ce pour faire vivre tout ce monde-l&#224; ou pour aider v&#233;ritablement les pauvres que vous voulez distribuer votre argent ? (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Des maisons confortables. Des escaliers qui montent tout seuls... Eau, gaz, &#233;lectricit&#233; &#224; tous les &#233;tages... Water... tout &#224; l'&#233;gout... M&#233;tro... Autos... On n'a plus rien &#224; faire. Tout marche tout seul. M&#234;me la pens&#233;e ! On a la T.S.F. et le journal : cela &#233;vite de r&#233;fl&#233;chir et on sait d'avance ce que l'on a &#224; dire. On a une opinion toute faite, toute calibr&#233;e, comme l'&#233;toffe qu'on vend au m&#232;tre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est nourri avant d'avoir mang&#233;. On arrive sans avoir march&#233;. On a de l'amour sans la peine &#8211; ni le plaisir &#8211; d'aimer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'a qu'&#224; payer pour rire. On ne sait m&#234;me plus pleurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et malgr&#233; cette vie m&#233;canique, &#233;lectrique, on a peur de mourir et on parle de bonheur ! (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Je vis dans la solitude totale, loin de la ville. Loin d'une vie truqu&#233;e, peupl&#233;e de combines, rong&#233;e par la passion de l'argent et ses hypocrites laideurs. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la campagne, il n'y a pas d'indigents. Il n'y a que de simples gens. Il y a des masures, mais pas de taudis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense aux ann&#233;es de ma jeunesse, pass&#233;es dans la sombre et triste banlieue de Paris : paysages de chemin&#233;es d'usines, de petits champs garnis de petits treillages o&#249; brillent les culs de bouteilles, les d&#233;bris de porcelaine. Je revois les villas des retrait&#233;s et des petits commer&#231;ants, b&#226;ties au prix de vingt ou trente ans d'une application s&#233;dentaire, vingt ou trente ans d'emprisonnement, sans espace, sans lumi&#232;re. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* A quoi bon parler d'hygi&#232;ne, d'augmentation de la dur&#233;e de la vie humaine, quand une guerre moderne, tenant la place des chol&#233;ras et des pestes d'antan, fait dispara&#238;tre des millions d'&#234;tres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Je monte dans le rapide de Bruxelles. Je m'installe et coupe les premi&#232;res pages du &#8220;Petit Mexicain&#8221; d'Aldous Huxley.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le train d&#233;marre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fronti&#232;re. Arr&#234;t. Un douanier belge, &#224; la casquette charg&#233;e de galons, me demande mes papiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai sur moi aucun &#8220;papier&#8221;... Pour moi, la Belgique, c'est mon pays... (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un douanier, encore plus galonn&#233;, intrigu&#233; par ce colloque, s'arr&#234;te devant moi. On le met au courant, il lit les lettres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux hommes parlementent un instant. Ils sont &#233;videmment persuad&#233;s de ma bonne foi... Ils redoutent une tuile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On va vous laisser passer, dit celui qui paraissait le chef... Mais, une autre fois, sais-tu, il faudra avoir des papiers. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Il est curieux de remarquer que la plupart des Fran&#231;ais qui ont vot&#233; pour le Front Populaire &#8211; S.F.I.O., parti communiste &#8211; ont tous, dans la poche, un billet de Loterie Nationale, ne serait-ce qu'un dixi&#232;me ou un vingti&#232;me de billet, dans l'espoir de devenir millionnaire ? (...)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Qu'y a-t-il de plus monotone, de plus triste &#224; voir, qu'une p&#233;pini&#232;re o&#249; se trouvent align&#233;s des arbres de m&#234;me essence, plant&#233;s en files parall&#232;les ? Mais quelle beaut&#233;, quelle grandeur &#233;manent de la for&#234;t ! L'implacable injustice qui s'en d&#233;gage exprime une v&#233;rit&#233; souveraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Vers 1896, je collaborais au journal &lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt; avait ses &#8220;bureaux&#8221; rue d'Orsel. Ils consistaient en une simple baraque de bois &#233;lev&#233;e dans le fond d'une cour, derri&#232;re un immeuble noir et pauvre. On y rencontrait de ces vieux militants dont les bourgeois parlaient comme de monstres assoiff&#233;s de sang et qu'ils d&#233;crivaient comme des bandits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trente ans plus tard, ces anarchistes devinrent, pour les m&#234;mes bourgeois, les bolchevicks au couteau entre les dents. Aujourd'hui, le camarade des temps h&#233;ro&#239;ques, communiste parisien en veston, a pris ses Invalides sur les banquettes du Parlement bourgeois...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;poque de Ravachol, d'Emile Henry, de Vaillant, le journal &lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt; &#233;tait le seul organe qui os&#226;t batailler contre le capitalisme. En guise de r&#233;compense et de salaire, ses r&#233;dacteurs &#233;taient toujours s&#251;rs d'&#233;coper de quelques mois de prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains soirs, nous nous r&#233;unissions autour d'une tasse de th&#233; qu'offrait Matta, principal r&#233;dacteur et g&#233;rant du journal. On palabrait tard dans la nuit, et quand nous sortions dans la rue, les flics r&#244;daient. Le fr&#232;re d'Henry : Fortun&#233; Henry, Vigo Almeyreda, Charles Malato, Georges Pioch &#233;taient des habitu&#233;s du repaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Manquant continuellement de fonds, le journal paraissait irr&#233;guli&#232;rement, et souvent Matta exprimait les craintes les plus sombres : disparition d&#233;finitive ! Il r&#233;pondait aux dol&#233;ances ou aux menaces en nous mettant le bilan sous le nez et en nous proposant pour exemple ceux qui avaient &#233;t&#233; jusqu'&#224; donner leur vie pour l'Id&#233;e, pour la &#8220;Cause&#8221; ! Malgr&#233; tout, l'espoir de r&#233;former le Monde ne nous abandonnait pas. Nous nous sentions anim&#233;s d'une Foi capable de nous imposer les plus grands sacrifices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse bourgeoise ! nous disait un soir Matta, elle a d&#233;peint Ravachol comme un monstre ! comme un vil n&#233;crophore ! Alors que Ravachol &#233;tait un brave coeur, un brave type qui nourrissait par son travail sa m&#232;re et son jeune fr&#232;re. C'&#233;tait un &#234;tre courageux, simple, d&#233;sint&#233;ress&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un matin, continua Matta, les journaux relat&#232;rent le d&#233;c&#232;s d'une bourgeoise de la haute. On racontait qu'&#224; la pri&#232;re de la d&#233;funte, le mari l'avait fait enterrer avec tous ses bijoux. Il y en avait pour soixante mille francs !... Soixante mille francs de perdus pour tout le monde !... Soixante mille francs enterr&#233;s inutilement avec cette morte !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela r&#233;voltait l'esprit logique de Ravachol. Il dit simplement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais aller les chercher ! Sans tarder il se renseigna et, le lendemain, &#224; deux heures du matin, muni des outils indispensables &#224; son entreprise, il escaladait les murs du cimeti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il p&#233;n&#233;tra dans la petite chapelle mortuaire. La pierre du s&#233;pulcre n'&#233;tait pas encore pos&#233;e. Il descendit dans le tombeau, ouvrit le cercueil. Suffoqu&#233; par l'odeur du cadavre, il mit le feu aux couronnes et aux bouquets... Il &#233;carta le linceul... Il souleva la morte... Les bijoux n'y &#233;taient pas. Les journaux bourgeois avaient menti... Et le mari aussi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* (...) Le Fauvisme, art anarchiste, individualiste, est n&#233; &#224; Chatou &#8211; Ecole de Chatou &#8211; de ma rencontre avec Derain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1900, &#224; ma lib&#233;ration du service militaire, des r&#233;voltes bouillonnaient en moi. R&#233;voltes contre une soci&#233;t&#233; enferm&#233;e dans des conventions &#233;triqu&#233;es, born&#233;e par des cadres &#233;troits, soumise &#224; des lois &#233;go&#239;stes et mesquines. Et le moindre choc, le moindre heurt auraient suffi pour que ces r&#233;voltes fissent explosion...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La peinture fut un exutoire, un abc&#232;s de fixation. Sans elle, sans ce don, j'aurais mal tourn&#233;. Ce que je n'aurais pu faire dans la soci&#233;t&#233; qu'en jetant une bombe &#8211; ce qui m'aurait conduit &#224; l'&#233;chafaud &#8211; j'ai tent&#233; de le r&#233;aliser dans l'art, dans la peinture, en employant du pures couleurs sortant de leur tube. J'ai satisfait ainsi &#224; ma volont&#233; de d&#233;truire, de d&#233;sob&#233;ir, afin de recr&#233;er un monde sensible, vivant, et lib&#233;r&#233;. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Quand on tue un poulet pour le manger, on ne l'insulte pas : il est de mauvais go&#251;t de faire croire &#224; la Soci&#233;t&#233; des Nations que c'est le poulet qui a commenc&#233; ! (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Le progr&#232;s a amen&#233; l'homme de 1936 &#224; un tel degr&#233; d'abrutissement que l'&#233;quipe gouvernementale comporte un minist&#232;re dit &#8220;des Loisirs, du Tourisme et des Sports&#8221; ! (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* La Soci&#233;t&#233; des Nations... La Conf&#233;rence du D&#233;sarmement : une &#233;quipe d'ing&#233;nieurs, de techniciens qui imaginent qu'en boulonnant le couvercle de cette immense marmite qu'on appelle le Monde, elle n'&#233;clatera pas, m&#234;me si on la laisse sur le brasier des usines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Tout travail fait en s&#233;rie est belliqueux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Une Nation qui se flatte d'avoir &#8220;LA PAIX&#8221; pour id&#233;al ne peut pas &#234;tre une nation industrielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Une nation pacifiste ne peut &#234;tre qu'une nation de po&#232;tes, d'artistes, d'artisans ou de sauvages. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Une guerre europ&#233;enne serait &#233;videmment la fin de la civilisation occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une guerre n'est pas souhaitable, certes ! Mais la fin de cette civilisation m&#233;canique, avec tout ce qu'elle comporte d'avilissement, ne serait-elle pas un bienfait pour l'Homme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Au temps de l'esclavage, les captifs aspiraient &#224; la libert&#233;. En 1936, &#233;poque de &#8220;progr&#232;s&#8221; et de &#8220;science&#8221;, tout ce que les hommes revendiquent, c'est le droit d'&#234;tre enferm&#233;s pendant quarante heures par semaine pour faire un travail idiot !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* D&#233;finition du Bourgeois :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bourgeois est celui qui pense que l'&#233;paisseur de son portefeuille mesure sa sup&#233;riorit&#233; et son intelligence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Chaque ouvrier est un bourgeois en puissance, en formation : assurances sociales, assurances maladies, retraites ! Comme id&#233;al supr&#234;me, une chambre &#224; coucher en faux bois, des tapis en fausse laine, des robes et des bas en soie artificielle, des bijoux en simili et des bibelots &#224; &#8220;prix unique&#8221;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Qu'est-ce que le communisme ? ai-je demand&#233; d'un air innocent &#224; un ouvrier syndiqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parbleu ! la r&#233;volution sociale...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne lui ai pas demand&#233; si elle serait a&#233;ro-dynamique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Pendant mon s&#233;jour aux usines, j'ai pu constater combien la classe ouvri&#232;re, fabriqu&#233;e, malax&#233;e par le milieu et l'ambiance &#233;tait &#8220;standard&#8221;. Comme un pain de quatre livres ressemble &#224; un autre pain de quatre livres, un ouvrier ressemble &#224; un autre ouvrier... (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* La classe bourgeoise est d&#233;sempar&#233;e &#224; la perspective d'une r&#233;volution qui la d&#233;pouillerait de son argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Il n'aimait que l'argent ! Il ne voyait que l'argent, ne comptait que sur la puissance de l'argent. L'argent s'&#233;croulant, s'&#233;vanouissant, que va-t-il lui rester pour vivre ? Il avait b&#226;ti son existence sur l'argent. L'argent &#233;tait le but de sa vie, son Id&#233;al ! Le bourgeois ne croit plus en Dieu. Il va encore &#224; l'Eglise, &#224; la messe, pour remplir un rite obligatoire de sa condition... Mais, si l'argent n'existe plus, s'il n'a plus le moyen de s'enrichir, que fera-t-il de sa vie ? (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Il est plus facile de devenir un technicien, un &#233;rudit, que de conna&#238;tre la vie avec tout ce qu'elle comporte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Il faut beaucoup plus de volont&#233;, d'intelligence, de compr&#233;hension pour labourer la terre, quand on a les moyens de ne pas la labourer, qu'il ne faut justifier d'authentiques qualit&#233;s pour devenir avocat, m&#233;decin ou ministre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Quand ils pr&#234;chent le D&#233;sarmement, les Pacifistes en parlent comme les cur&#233;s parlent du p&#233;ch&#233;, de l'Enfer et du Paradis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est question dans leurs discours que de canons, de tanks, de mitrailleuses et d'avions de bombardement. Pourquoi oublient-ils le principal ? L'accroissement de la natalit&#233; de certaines puissances... les usines d'autos, de produits chimiques, d'avions de tourisme et m&#234;me les fabriques de couteaux &#224; dessert et de cuillers &#224; caf&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sarmer ? Oui ! mais d&#233;sarmer la vie moderne ! (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* J'ai toujours &#233;t&#233;, depuis mon jeune &#226;ge, fix&#233; quant &#224; mes go&#251;ts, mes inclinations, mes sympathies. J'ai laiss&#233; aux autres, et sans regret, l'envie de ce que je n'aimais pas et de ce qu'ils adorent...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai jamais voulu qu'une chaumi&#232;re, une vraie femme, des arbres fruitiers, un petit bois, une rivi&#232;re, pas de livret militaire ; des fleurs et des b&#234;tes. Comme c'est l'id&#233;al le plus vrai, le plus r&#233;el, le plus simple depuis le commencement du monde, ce n'est pas tr&#232;s commode &#224; r&#233;aliser. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Ce petit homme passe devant le tribunal correctionnel pour crime de d&#233;faitisme et attentat au cr&#233;dit de l'Etat :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;100 francs d'amende et huit jours de prison ! prononce le Pr&#233;sident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon pr&#233;sident, dit l'accus&#233; d'une voix douce, vous pouvez me condamner &#224; 100 francs d'amende et huit jours de prison ; mais il n'est pas en votre pouvoir de me condamner &#224; &#234;tre un imb&#233;cile. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* (...) Parfois, &#224; travers des verdures &#8211; d'un vert p&#226;le et ind&#233;fini &#8211; on aper&#231;oit un ch&#226;teau. Ce sont les fameux ch&#226;teaux de la Loire que les panneaux-r&#233;clames, le Minist&#232;re des Loisirs et du Tourisme et les Guides vous invitent &#224; visiter... Quelles grandeurs vides ! Quel froid ennui se d&#233;gage de tout cela ! Quel concours de richesses inutiles !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#8220;ch&#226;teaux&#8221; ont un destin amer. Ils deviennent des sanatoriales, des maisons de retraite pour vieux domestiques, vieux cabotins, vieilles concierges, vieux intellectuels...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand l'homme aura retrouv&#233; sa vie d'homme, qu'il aura refus&#233; de &#8220;produire&#8221; quarante heures par semaine, les usines deviendront des refuges pour vieux exploiteurs, patrons s&#233;niles, techniciens g&#226;teux, ouvriers p&#226;les et syndiqu&#233;s. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Si une nouvelle guerre &#233;clate, pourra-t-on parler encore sans rire - ou sans pleurer - des bienfaits de l'instruction, du progr&#232;s et de la civilisation ? (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Le marasme dans lequel se d&#233;battent toutes les branches de l'activit&#233; humaine n'est pas une crise : c'est un &lt;i&gt;aboutissement&lt;/i&gt;, un &lt;i&gt;r&#233;sultat&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* (...) O&#249; va la peinture ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Art n'ayant, par principe, aucun but, la peinture n'a jamais &#224; &#8220;aller&#8221; nulle part. Elle n'a pas &#224; devenir autre chose que ce qu'elle est :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;UNE MANIFESTATION INDIVIDUELLE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, aujourd'hui, se pose la question de l'avenir de la peinture, les peintres en sont responsables, qui ont fait de la peinture un m&#233;tier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qu'il faut plut&#244;t se demander, et franchement, c'est ce que vont faire les peintres ! Etre &#8220;artiste peintre&#8221; ne constitue pas un m&#233;tier et n'aurait jamais d&#251; &#234;tre consid&#233;r&#233; comme tel. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engager les artistes &#224; peindre des travailleurs pendant la p&#233;riode r&#233;volutionnaire, et &#224; portraiturer des dictateurs pendant l'&#232;re fasciste et des g&#233;n&#233;raux pendant l'&#232;re guerri&#232;re, c'est un point de vue !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur faire d&#233;corer les mairies, les &#233;coles, les maisons du peuple &#224; l'av&#232;nement du communisme ; des palais et des ch&#226;teaux sous le r&#232;gne des aristocrates et des rois, c'est une mani&#232;re d'en sortir. Et, si c'est possible, d'en vivre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais alors, avec de telles conceptions, qu'on ne vienne plus nous parler d'Art ! (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attribuer &#224; la peinture un &#8220;but&#8221;, c'est aussi pu&#233;ril que d'en attribuer un au chant du rossignol. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je d&#233;sire que tout le monde vive, que chacun mange et boive &#224; son saoul. Mais quand on s'engage dans une voie aussi fragile, aussi peu s&#251;re, dans un chemin aussi &#8220;en dehors&#8221; que la peinture, ne doit-on pas en accepter tous les risques avec dignit&#233; et abn&#233;gation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant l'industrialisation, avant le r&#232;gne de la machine, tous ceux qui envisagent ou embrassent aujourd'hui la carri&#232;re de peintre avaient leur place dans l'Artisanat. Avant que la machine ne les ait remplac&#233;s, ils ex&#233;cutaient des tapisseries, des meubles, travaillaient la pierre, le bois, forgeaient le fer. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant toujours plac&#233; la peinture au-dessus des contingences mat&#233;rielles, j'ai fait tous les m&#233;tiers pour gagner ma vie. Mais je n'ai jamais fait de la peinture un m&#233;tier. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Un ami qui arrive de Russie me fait un r&#233;cit enthousiaste de la vie en U.R.S.S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je le questionne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au point de vue de la vie, telle que nous la comprenons en France, y a-t-il quelques chose de chang&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dis &#8220;TOUT&#8221;. C'est bien simple, si tu ne me crois pas, vas y voir toi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons, lui dis-je, proc&#233;dons par ordre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Y a-t-il des ma&#231;ons qui montent des murs, des cantonniers qui mettent des pierres sur les routes, des vidangeurs qui vident les fosses, des mineurs qui descendent dans la mine, des paysans qui labourent la terre, pendant que d'autres citoyens sont bien au chaud quand il fait froid et bien au frais quand il fait chaud ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que tu me racontes-l&#224; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je te demande s'il y a des types qui sont dans un bureau, en train de noircir du papier et des intellectuels qui glorifient le travail pendant que les copains le font ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon ami avait tout de m&#234;me l'air un peu d&#233;contenanc&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est forc&#233;, tout cela, me dit-il avec brusquerie. Comment veux-tu que &#231;a marche autrement ? Je me demande un peu ce que tu voudrais ! (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Le Progr&#232;s, c'est la vieillesse et la Mort d&#233;guis&#233;es en Avenir... (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* La moiti&#233; du monde passe sa vie &#224; s'approprier l'argent que poss&#232;de l'autre moiti&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* La machine est le moyen de faire travailler quelques-uns au profit de tous... (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Les th&#233;ories cubistes sont &#224; la peinture ce que les th&#233;ories marxistes sont &#224; la Sociologie. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Le communisme, c'est le r&#233;gime bourgeois de demain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Anim&#233;s par un nouvel id&#233;al social, de nouveaux r&#233;volutionnaires surgiront. Mais il y aura toujours des marches militaires et des policiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* La guerre de 1914 fut une guerre &#8220;cubiste&#8221;, mais celle qui vient sera &#8220;surr&#233;aliste&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* L'esprit bourgeois n'est pas pr&#234;t de mourir ; il rena&#238;t tous les jours, sous d'autres formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* En politique sociale, &#224; part quelques grands artistes, Ravachol, Emile Henry et Vaillant, quels chefs-d'oeuvre les autres ont-ils fait ? Il y a bien eu J&#233;sus-Christ. Mais cela ne lui a pas r&#233;ussi... (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*Le vrai, le seul pacifiste, c'est celui qui l'est PAR NATURE, c'est le paysan. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Pacifisme n'est pas une th&#233;orie. C'est une fonction essentielle de l'ETRE, c'est une fa&#231;on de vivre. Il suppose le renoncement de l'&#226;me, le reniement des oeuvres factices, l'abjuration de la vie artificielle que l'homme s'est fabriqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pourquoi le v&#233;ritable pacifisme est incompatible avec les aspirations de la foule, de la masse du peuple des Villes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pacifiste, ce n'est pas le troupeau, c'est l'INDIVIDU. Ce n'est pas l'&#233;lecteur et ce n'est pas l'&#233;lu, c'est l'HOMME. (...)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Mourir pour la collectivit&#233;, en h&#233;ros, est une duperie : il n'y a pas r&#233;ciprocit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Le Poilu Inconnu doit &#234;tre fix&#233; sur l'incommensurable b&#234;tise et sur la monstrueuse hypocrisie humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Mourir empoisonn&#233; par des champignons ou mourir au champ d'honneur ? Dans les deux cas, c'est faire montre d'ignorance et de candeur. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Tous les groupements : Communistes, Croix de feu, toutes les Ligues, tous les Rassemblements populaires ne correspondent qu'&#224; la m&#234;me illusion, revivifier, &#233;lectriser par la confiance un syst&#232;me faux, renouveler par la surench&#232;re des combinaisons mortes, miser sur ce qu'on croit une martingale et qui n'est qu'une illusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Si, dans chaque Nation, les dirigeants n'entrevoyaient pas la Guerre comme une fin providentielle, ils deviendraient fous devant l'insoluble probl&#232;me &#233;conomique et financier qui se pose au Monde. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* On a s&#233;par&#233; l'Eglise de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A quand la suppression de l'instruction obligatoire et du service militaire obligatoire ? (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Ce qui est dangereux, c'est que l'homme est arriv&#233; &#224; voler &#224; cinq cent kilom&#232;tres &#224; l'heure, cependant que son coefficient de b&#234;tise, d'&#233;go&#239;sme et de cruaut&#233; est rest&#233; le m&#234;me qu'au bon temps o&#249; il n'avait que ses pieds pour aller chez le voisin. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Pour le particulier, le seul moyen de sortir &#233;l&#233;gamment d'une situation inextricable, c'est le suicide. Pour une nation, c'est la guerre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Espagne est en train de r&#233;soudre pour une quarantaine d'ann&#233;es les probl&#232;mes jumeaux de ch&#244;mage et de la surabondance. &#8220;Paix, pain et libert&#233; !&#8221;... &#8220;Foi, esp&#233;rance et charit&#233;&#8221;. Ces deux id&#233;ologies se seront affront&#233;es avec une rage &#233;gale et les espoirs qu'elles repr&#233;sentent auront disparu, l'un comme l'autre, &#224; tout jamais. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Les membres des Parlements de toutes nuances et de toutes couleurs votent des lois, toutes les lois qui leur passent par la t&#234;te. Cela n'a, &#224; mon sens, aucune esp&#232;ce d'importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* (...) Le travail de la machine rabaisse l'homme au niveau de la brute : ce ne sont pas les r&#233;ductions d'heures de travail qui modifieront cet &#233;tat... (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet ennui qui ronge le Monde, cette insatisfaction, cette angoisse mortelle ont pour cause l'abandon de la cr&#233;ation individuelle, du travail manuel intelligent qui, seul, peut apaiser le besoin d'ext&#233;riorisation que nous ressentons tous, du plus petit au plus grand. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; est le temps, pas encore si lointain, o&#249; les tailleurs de pierre se plaisaient &#224; tailler la pierre, o&#249; les forgerons aimaient &#224; forger le fer, o&#249; l'&#233;b&#233;niste, l'artisan, le sculpteur fabriquaient et sculptaient leurs meubles avec amour ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ch&#233;rissaient leur travail : l'artiste son art et le laboureur sa terre. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Les vrais artistes, les cr&#233;ateurs, sont des fleurs qu'enfante le hasard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* On na&#238;t peintre comme on na&#238;t bossu. C'est un don ou une infirmit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Pour &#234;tre champion de boxe, il ne suffit pas d'avoir un p&#232;re millionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Encourager les arts, c'est nourrir des nullit&#233;s et donner un vain espoir aux m&#233;diocres !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Celui qui a une belle voix chantera malgr&#233; sa mis&#232;re. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* La lutte, la nage, la marche, la course ne sont plus des choses naturelles auxquelles on se livre sans r&#233;glementation et sans code...&lt;br class='autobr' /&gt;
Au moins, parlez-nous du &#8220;sport&#8221; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#8220;sport&#8221; est une institution de progr&#232;s. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* L'activit&#233; du &#8220;Minist&#232;re des Sports&#8221; et de celui du &#8220;Sauvetage de l'Enfance&#8221; me font penser &#224; celle des fabricants de masques destin&#233;s &#224; combattre l'empoisonnement des villes par gaz toxiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait plus simple de supprimer l'emploi des gaz. De cette fa&#231;on, les manufactures de masques perdraient leur raison d'&#234;tre... Mais il est aussi impossible d'enrayer la vacherie humaine que la tuberculose et le cancer ! (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*Ainsi, gr&#226;ce aux ing&#233;nieurs et aux techniciens, le monde actuel nage-t-il dans le bonheur et la b&#233;atitude...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Un homme bien portant n'entrevoit m&#234;me pas l'&#233;ventualit&#233; de son passage entre les mains d'un chirurgien. (...)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;V&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les techniciens agronomes sont de pauvres types et leurs statistiques une fumisterie. Tout cela ne changera rien aux faits et aux r&#233;sultats. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leurs pr&#233;visions et leurs calculs vont se trouver en d&#233;faut. Tous les engrais chimiques du monde ne peuvent contrarier les lois de la nature.&lt;br class='autobr' /&gt;
Personne n'oublierait ces v&#233;rit&#233;s essentielles, si le d&#233;sordre ne s'&#233;tait install&#233; dans tous les cerveaux, &#224; commencer par ceux des sp&#233;cialistes et des dirigeants de l'&#233;conomie distributive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi consiste cette &#8220;surabondance&#8221; dont les techniciens parlent avec tant de v&#233;h&#233;mence ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abondance de saucisses, de fraises, de cerises, de pommes de terre, de t&#234;te de veau, de bifsteacks, d'abricots et de haricots verts ? Cette ann&#233;e, de bl&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas assez de beurre en France puisque le Tip le remplace. Pas assez de fruits puisqu'on les fait venir d'Espagne ou d'Am&#233;rique. Pas assez de pommes et de poires, puisqu'on en importe du Canada.&lt;br class='autobr' /&gt;
S'il y a surabondance, c'est une surabondance de cons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Accessoirement, c'est une surabondance d'objets manufactur&#233;s, d'autos, de bicyclettes, de machines &#224; &#233;crire, de seaux de toilette, de casseroles, de T.S.F., de phonos, de toute une quincaillerie, de bricoles en zinc chrom&#233;e, en clinquant, qui, pour avoir subi les lois de la production intensifi&#233;e, ne trouvent plus ni d&#233;bouch&#233;s, ni acheteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non contents de ne plus savoir que faire de toutes ces inutilit&#233;s qui encombrent la vie actuelle, de ne plus savoir &#224; qui les refiler, on a imagin&#233; d'augmenter les salaires de ceux qui les fabriquent, afin qu'ils continuent &#224; les fabriquer. Loin de restreindre la production, on crie stupidement &#224; la sous-consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les techniciens de l'&#233;conomie dirig&#233;e en sont toujours l&#224; : intensifier ! et l'augmentation des salaires n'a pas d'autre objet que de donner obligatoirement aux Fran&#231;ais les moyens d'acheter deux autos, dix phonos, trois v&#233;los, sept stylos, vingt pots de chambre, douze douzaines de briquets, trois moulins &#224; caf&#233;, neuf postes de T.S.F., deux mitrailleuses, un avion et trois tanks. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouvrier syndiqu&#233;, le fonctionnaire, n'est-ce pas le nouveau bourgeois d'aujourd'hui, le bourgeois &#224; prix unique ? Est-il plus sympathique et le crois-tu meilleur et plus humain que le bourgeois classique, celui de la cha&#238;ne de montre en or et du chapeau haut de forme d'avant-guerre ?&lt;br class='autobr' /&gt;
As-tu r&#233;fl&#233;chi que toutes les revendications humanitaires et &#233;galitaires ne devaient aboutir qu'&#224; ressembler au bourgeois, &#224; jouer au bourgeois ? A enfiler un pyjama de plage, &#224; s'&#233;piler les sourcils, &#224; se faire faire une permanente ? En un mot &#224; s'affubler des signes ext&#233;rieurs du capitalisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne sais-tu pas que les m&#234;mes saloperies se r&#233;p&#232;tent &#233;ternellement ? Qu'aujourd'hui ceux qui ont la chance de travailler trouvent tout naturel d'&#234;tre augment&#233;s et d'avoir des cong&#233;s pay&#233;s, cependant que des centaines de milliers de leurs camarades, m&#226;les et femelles, cr&#232;vent la faim et ch&#244;ment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se cramponnant &#224; leurs places, ils ont obtenu ce qu'ils voulaient, ils se sont habill&#233;s &#8220;en dimanche&#8221; et se sont dirig&#233;s vers les gares... Ah ! s'ils avaient eu le beau geste ! S'ils avaient abandonn&#233; le prix de leur billet &#224; ceux dont la machine a fait des morts vivants, aux camarades ch&#244;meurs ! On aurait pu dire qu'il y avait dans l'humanit&#233; quelque chose de chang&#233;, un espoir, l'aube de temps meilleurs. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouveau paysage que j'ai devant les yeux provoque en ma m&#233;moire l'&#233;veil de toute une autre cat&#233;gorie de souvenirs : les r&#233;voltes anarchistes de mes vingt ans, les rancoeurs contre une aristocratie incapable et d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;e, contre une bourgeoisie mesquine et d&#233;pourvue de v&#233;ritables sentiments humains. A cette &#233;poque je croyais au peuple. Je l'imaginais perfectible. Mais qu'est-elle devenue cette masse ? En quelles pitreries se sont chang&#233;s ces grands gestes qu'elle faisait quand elle tenait un pan du veston bourgeois ? Elle n'a su qu'imiter les vices contre lesquels elle se r&#233;voltait. Elle a prit &#224; son compte les id&#233;aux que nourrit l'argent. Elle a endoss&#233;, sans m&#234;me les d&#233;sinfecter, les d&#233;froques de ceux qu'elle avait combattus et r&#233;prouv&#233;s... (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la mer, il y a les gens v&#234;tus de pantalons de flanelle blanche qui se donnent des allures de yachtmen, les femmes aux cheveux platin&#233;s, v&#234;tues d'une &#233;puisette et du pyjama de plage &#224; pattes d'&#233;l&#233;phant...&lt;br class='autobr' /&gt;
Tous ces &#233;chapp&#233;s de prisons ont l'air heureux. La vie leur semble belle et ils ne songent qu'&#224; remettre cela l'ann&#233;e prochaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette ville de p&#234;cheurs, de gens qui avaient un m&#233;tier, en est r&#233;duite &#224; attendre avec anxi&#233;t&#233;, comme un banc de sardines aberrant, les francs-papiers de l'estivale nu&#233;e de sauterelles parisiennes. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu de temps apr&#232;s, quelqu'un m'avait racont&#233; l'histoire d'un chantage monstre qu'Arnold et trois ou quatre de ses amis, m&#233;decins et chimistes, avaient mont&#233; au d&#233;triment de grandes firmes am&#233;ricaines de conserves alimentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la menace de publier des comptes rendus de travaux de laboratoire concernant les origines et la propagation du cancer et de d&#233;voiler ces derni&#232;res au grand public en les attribuant &#224; la consommation d'aliments en conserves, ils avaient r&#233;ussi &#224; extorquer &#224; ces firmes je ne sais combien de milliers de dollars... (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce m&#234;me moment, la r&#233;volution espagnole fait rage... des milliers d'hommes s'entretuent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un id&#233;al social, une mystique les s&#233;parent : deux clans, comme dans les guerres de religion. Et ces hommes se battent, s'entretuent et meurent pour un id&#233;al de servitude !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Id&#233;al de servitude, toujours...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est difficile de ne pas ob&#233;ir, il est aussi tr&#232;s difficile de ne pas avoir le d&#233;sir de commander.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DESOBEIR au Progr&#232;s, &#224; la civilisation... D&#233;sob&#233;ir &#224; la mode, au snobisme, aux th&#233;ories changeantes, contradictoires et d&#233;raisonnables. D&#233;sob&#233;ir &#224; la machine ! D&#233;sob&#233;ir &#224; la b&#234;tise ! Prendre &#224; rebours le chemin que suit la foule, la masse. Fuir la fausse mystique moderne. Renier l'id&#233;al de la fille de la concierge, du fils du banquier, du retrait&#233; des assurances sociales...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'en aller seul, tout seul... Ne compter que sur soi et n'ob&#233;ir qu'&#224; ses instincts, aux lois certaines de la nature... On fr&#244;le peut-&#234;tre le pr&#233;cipice. Mais, &#224; tout prendre, on ne risque pas beaucoup plus que le petit gar&#231;on bien gentil enterr&#233; &#224; Verdun ou ailleurs...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que ce soit au service d'Attila, de Charlemagne, de Robespierre, de Napol&#233;on, de Guillaume II, de L&#233;nine, d'Hitler, de Mussolini, de Franco...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les masses s'&#233;vanouissent, disparaissent, conservant dans la Mort leur anonymat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les noms seuls de quelques-uns dont les mains furent rouges de sang sont grav&#233;s pour l'&#233;ternit&#233; dans la pierre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On les imprime dans les livres pour les petits enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA TOURILLIERE,&lt;br&gt;
&lt;i&gt;Novembre 1936.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Friteuse Magazine - Sp&#233;cial Filtration, trois recettes faciles</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Les ateliers permanents</dc:creator>


		<dc:subject>Guides pratiques</dc:subject>
		<dc:subject>Ecologie radicale</dc:subject>
		<dc:subject>Nadarlana (Montpellier)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Cette petite brochure sur des restitutions d'exp&#233;riences sur la filtration des huiles v&#233;g&#233;tales&lt;br class='autobr' /&gt;
recycl&#233;es n'est pas exhaustive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle repr&#233;sente quelques techniques simples et efficaces qui ont fait leurs preuves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle se veut aussi entrer en compl&#233;ment des brochures d&#233;j&#224; existantes, en particulier de&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; M&#233;canique des fleurs &#187; dans sa derni&#232;re &#233;dition diffus&#233;e par le r&#233;seau P&#233;tales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est g&#233;nial dans l'aventure huileuse, c'est qu'il y a autant de m&#233;thodes de filtration que&lt;br class='autobr' /&gt;
d'utilisa-teurs-trices. C'est pourquoi ce petit bout de papier doit &#234;tre pris plus comme un&lt;br class='autobr' /&gt;
guide de recettes de cuisine accessible &#224; tou-te-s que comme une bible pompeuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;Si tu trouves &#231;a trop nase, tu peux toujours t'en servir pour allumer un feu, en&lt;br class='autobr' /&gt; l'imbibant d'huile au pr&#233;alable, ou participer &#224; son am&#233;lioration.&lt;br&gt; Si tu kiffes, alors photocopie, diffuse, mais surtout mets les mains dedans, essaie, am&#233;liore les recettes.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique10" rel="directory"&gt;F&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;Guides pratiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;Ecologie radicale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot68" rel="tag"&gt;Nadarlana (Montpellier)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH107/arton607-56ee2.png?1780522761' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='107' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff607.png?1217320532&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce sont bien s&#251;r des huiles v&#233;g&#233;tales dont il est ici question, celles que l'on trouve au fond des friteuses, au fond des cours de restaurants, et dans les d&#233;chetteries.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le but &#233;tant de transformer un d&#233;chet en carburant.&lt;br class='manualbr' /&gt;Si t'es pr&#234;t-e &#224; te lancer dans l'aventure, ou si tu y es d&#233;j&#224;, cette odeur de baraque &#224; frites va te suivre longtemps. Et puis parfois des syst&#232;mes foireux transformeront un garage en patinoire improvis&#233;e.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour les questions juridiques sur la collecte et pour rouler &#224; l'huile, tu peux aller faire un tour sur le site &lt;a href=&#034;http://leplacard.mecanique.free.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;leplacard.mecanique.free.fr&lt;/a&gt;, o&#249; tu peux t&#233;l&#233;charger deux documents :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le kit bo&#238;te &#224; gants
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; un contrat-type de collecte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles huiles r&#233;cup&#233;rer ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les meilleures huiles &#224; r&#233;cup&#233;rer sont :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Tournesol (et tournesol ol&#233;&#239;que : tournesol pour friture &#224; haute temp&#233;rature)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Colza
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; P&#233;pins de raisin (quelques fois en m&#233;lange)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Soja&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par contre &#224; &#233;viter :&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Palme ou palmiste
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Arachide
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Olive
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Huile appel&#233;e Riso&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les huiles sont bonnes pour la combustion, c'est pour des raisons techniques que nous &#233;vitons les huiles qui figent &#224; des temp&#233;ratures positives. Avec les huiles comme le tournesol qui figent &#224; des temp&#233;ratures plus basses, on &#233;vite pas mal de probl&#232;mes techniques et c'est beaucoup plus simple de pouvoir faire tourner un moteur &#224; 100%.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour savoir la composition de l'huile, dans les restos c'est souvent encore marqu&#233; sur les bidons, des fois &#231;a ne correspond pas, demande au restaurateur, c'est le plus simple. Dans les d&#233;chetteries c'est beaucoup plus difficile de conna&#238;tre l'origine des huiles. Ne r&#233;cup&#232;re jamais jusqu'au fond du bidon, &#233;vite ce qui ressemble &#224; de la mayonnaise bien dure, voire de la v&#233;g&#233;taline. Si par contre elle ressemble plus &#224; une mayo tomb&#233;e ou une vinaigrette bien liquide, &#224; une temp&#233;rature pas trop &#233;lev&#233;e, &#231;a marchera.&lt;br class='manualbr' /&gt;Plus une huile te para&#238;tra propre &#224; une temp&#233;rature basse, plus elle sera facile &#224; filtrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La temp&#233;rature.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est de grande importance dans le processus de filtration et d'utilisation.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ne jamais r&#233;chauffer l'huile ou filtrer en plein soleil.&lt;br class='manualbr' /&gt;Certains &#233;l&#233;ments dans l'huile se refigent &#224; temp&#233;rature basse, c'est pourquoi une huile filtr&#233;e &#224; une temp&#233;rature inf&#233;rieure ou &#233;gale &#224; la temp&#233;rature d'utilisation posera beaucoup moins de probl&#232;mes. Les meilleures temp&#233;ratures pour filtrer sont entre 0&#176;C et 14&#176;C. Plus proche de 0&#176;C en hiver, plus proche de 14&#176;C en &#233;t&#233;. Il y a des huiles d'&#233;t&#233; et d'autres d'hiver. On a observ&#233; beaucoup de diff&#233;rences aux alentours de 10&#176;C.&lt;br class='manualbr' /&gt;On peut se mettre dans une cave ou filtrer la nuit si l'on est en mouvance, le tout est de s'organiser pour produire son carburant.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Temp&#233;rature id&#233;ale entre 0&#176;C et 14&#176;C selon la saison.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La filtration.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son but est de nettoyer l'huile et de la rendre propre &#224; l'utilisation comme carburant, il y a diff&#233;rentes techniques de filtration finale, la pr&#233;filtration sur drap est quasiment toujours indispensable. Diff&#233;rents filtres existent, des filtres papier, filtres piscines, poches filtrantes, tissus, &#8230;. La filtration finale doit &#234;tre au maximum de 5&#956;m pour les v&#233;hicules. 1&#956;m, un micron correspond &#224; un milli&#232;me de millim&#232;tre.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entre 1&#956;m et 5&#956;m.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans le bidon.&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans un bidon immobile pendant 72 heures minimum et &#224; temp&#233;rature id&#233;ale.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1104 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH209/bidon-e58b2.png?1780522761' width='500' height='209' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le sel (et le sucre)&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Il est soluble avec l'eau beaucoup plus qu'avec l'huile. En cas de doute il y a des utilisa-teurs-trices, qui apr&#232;s pr&#233;filtration, passent l'huile au jet d'eau et laissent reposer, puis filtrent. Pour l'instant on n'a jamais eu de probl&#232;me r&#233;el. Le sel dans l'huile de friture d&#233;grade plus vite celle-ci, les restaurateurs-trices friturier-e-s salent directement les frites cuites et croustillantes &#224; souhait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'eau.&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Elle favorise le d&#233;veloppement de bact&#233;ries. Parfois les fonds des bidons sont plein d'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#171; m&#233;duses &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Des amas faisant penser &#224; des m&#233;duses se forment parfois dans les r&#233;servoirs, ce sont souvent des amas de bact&#233;ries, des huiles qui se saturent (en gros, qui s'agglutinent et deviennent gluantes). Il faut donc &#233;viter de stocker trop longtemps l'huile. C'est un carburant vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Stockage.&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Apr&#232;s filtration, l'huile doit &#234;tre utilis&#233;e le plus rapidement possible, dans le mois qui suit. Une huile filtr&#233;e et conditionn&#233;e en &#233;t&#233; sera difficilement utilisable &#224; des temp&#233;ratures plus douces (en gros, c'est comme les l&#233;gumes, il est pr&#233;f&#233;rable d'utiliser l'huile de saison).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;cantation.&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Plus une huile repose, plus les d&#233;p&#244;ts, les huiles lourdes, et l'eau descendent au fond. On peut stocker l'huile r&#233;cup&#233;r&#233;e dans des grands bidons de 200 litres et &#233;coper par le dessus. La d&#233;cantation avant la pr&#233;filtration doit &#234;tre de minimum 72 heures &#224; temp&#233;rature fra&#238;che afin que les huiles figeantes se stabilisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les bidons.&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Les bidons recevant l'huile filtr&#233;e devront &#234;tre propres, les bidons de p&#233;trole d&#233;saromatis&#233; vides font tr&#232;s bien l'affaire, les d&#233;chetteries en regorgent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Filtration par filtre &#224; papier.(Le syst&#232;me de &#171; voyage &#187;).&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour cela il te faut :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; deux bidons &#224; ouverture totale
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; un drap
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; un filtre papier &#224; 5 &#956;m (il y a les adresses dans la brochure &#171; M&#233;canique des fleurs &#187;)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; du grillage &#224; poule
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; deux sangles ou tendeurs
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; un entonnoir vert
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; un transvaseur (pichet, casserole, cruche&#8230;)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; un bidon lambda propre
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Temps de pr&#233;paration : 20 minutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Temps de pr&#233;filtration : 2 jours pour un plein.&lt;br class='manualbr' /&gt;Temps de filtration : quelques jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1&#232;re &#233;tape de pr&#233;filtration.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1105 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH360/filtrage-37648.png?1780522761' width='500' height='360' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tape de pr&#233;filtration permet de rallonger consid&#233;rablement la dur&#233;e de vie des filtres. Elle consiste &#224; faire passer l'huile repos&#233;e &#224; travers un drap. Le drap peut &#234;tre doubl&#233;, ce qui permet de racler la &#171; mayonnaise &#187; qui va boucher in&#233;vitablement les pores du tissus. Le doublage &#233;vite &#224; la mayo de passer&#8230; L'id&#233;al &#233;tant de pouvoir laisser reposer l'huile pendant 72 heures avant la pr&#233;filtration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2&#232;me &#233;tape la filtration a 5&#956;m&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1106 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH270/filtrage2-f5ff5.png?1780522761' width='500' height='270' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le filtre &#224; 5&#956;m doit &#234;tre pos&#233; sur un support, le grillage &#224; poule convient &#224; cet usage. Attention &#224; ne pas casser la pointe du filtre. Il existe une variante avec des tissus ou poches filtrantes de 1 &#224; 5&#956;m, plus chers &#224; l'achat. Un filtre papier &#224; 5&#956;m revient &#224; environ 2&#8364;. Les filtres &#224; caf&#233; sont trop petits pour pouvoir &#234;tre int&#233;ressants, de plus leur qualit&#233; et leur finesse de filtration ne sont pas forc&#233;ment connus. Cette technique simple nous a servi pour rouler longtemps en nomadisme et &#224; 100%. Elle est simple mais un peu lourde &#224; mettre en place de par la dur&#233;e de son utilisation. Il suffit toujours d'avoir un ou deux filtres &#224; papier dans la bo&#238;te &#224; gants et le tour est jou&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Une fois le filtre &#224; papier utilis&#233;, on peut le br&#251;ler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;bit.&lt;br class='manualbr' /&gt;10 L/h au d&#233;but, 10 L/jour &#224; la fin.&lt;br class='manualbr' /&gt;Capacit&#233; du filtre :&lt;br class='manualbr' /&gt;10 L&lt;br class='manualbr' /&gt;Capacit&#233; de filtration.&lt;br class='manualbr' /&gt;De 50 &#224; 100 litres par filtre suivant la qualit&#233; de l'huile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Syst&#232;me embarqu&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cela il te faut :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; un bidon &#224; ouverture totale avec bouchon et cerclage
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; un drap
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une sangle ou un tendeur
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; un filtre piscine
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; deux robinets
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de la quincaillerie de plomberie pour fixer un robinet sur le bidon
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; du tuyau r&#233;sistant &#224; l'huile
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une pompe manuelle
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; des colliers de serrage
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; un bidon lambda propre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Temps de pr&#233;paration : une apr&#232;s midi&lt;br class='manualbr' /&gt;Temps de pr&#233;filtration : 2 jours pour un plein.&lt;br class='manualbr' /&gt;Temps de filtration : quelques minutes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1108 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L302xH610/filtrage3-7107d.png?1780522761' width='302' height='610' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re &#233;tape reste similaire &#224; la pr&#233;c&#233;dente recette, on pr&#233;f&#232;re un bidon &#224; ouverture totale refermable par un cerclage pour pouvoir le transporter dans un v&#233;hicule. Cette fois on a rajout&#233; &#224; environ un tiers du fond, un robinet bricol&#233; avec des raccord de plomberie, et coll&#233; avec de la p&#226;te &#171; autojoint &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;A la sortie de ce robinet, avec un tuyau pas trop mou et r&#233;sistant aux huiles, reli&#233; &#224; la pompe manuelle qui va pomper et pousser le corps gras &#224; travers le filtre piscine. On peut utiliser ce syst&#232;me sans pompe, par gravit&#233;, pour cela il suffit que le filtre soit &#224; un m&#232;tre au dessous du bidon. On peut utiliser aussi une pompe &#233;lectrique de transfert de carburant (il en existe aussi en 12-24V et 220V), rares sont les pompes 12V de caravaning qui r&#233;sistent longtemps.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le filtre &#171; piscine &#187; entre 1 et 5&#956;m se trouve en magasin sp&#233;cialis&#233; ou parfois, en grande surface de bricolage. Ils sont en fibre polyamide, ils peuvent durer assez longtemps si on fait attention &#224; la temp&#233;rature et qu'ils restent constamment impr&#233;gn&#233;s et baignant dans le liquide. &lt;br class='manualbr' /&gt;L'huile a tendance &#224; former une pellicule dure au contact de l'oxyg&#232;ne et avec le temps &#224; colmater les filtres.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce syst&#232;me est plus rapide que le pr&#233;c&#233;dent et moins lourd d'utilisation. Le filtre et la pompe peuvent &#234;tre fix&#233;s sur une palette, dans une valise. Une variante existe aussi en utilisant la pression produite par une pompe &#224; v&#233;lo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Syst&#232;me fixe.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1110 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH358/filtrage4-41f5d.png?1780522761' width='500' height='358' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Huilerie fixe&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce sch&#233;ma repr&#233;sente une huilerie fixe dans une cave &#224; temp&#233;rature stable, nous surveillons la temp&#233;rature, qui oscille entre 0&#176;C l'hiver et 14&#176;C l'&#233;t&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce syst&#232;me fonctionne de mani&#232;re collective depuis plus d'un an, la dur&#233;e de vie des filtres est de plusieurs mois. Elle fonctionne en flux tendu on verse de l'huile d'un c&#244;t&#233; et l'on tire le carburant de l'autre. _ Chaque jour il suffit de racler le drap &#224; la louche et de retirer la mayo. &lt;br class='manualbr' /&gt;On tire l'huile et on la remonte au besoin. En moyenne ce syst&#232;me permet de filtrer selon la qualit&#233; de l'huile de d&#233;part presque 20L d'huile tout les jours (plus on racle le drap, plus on maintient les niveaux, plus la filtration est rapide). Ce syst&#232;me est simple &#224; utiliser quotidiennement et on obtient une huile de saison de qualit&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Un nettoyage complet de l'installation est n&#233;cessaire &#224; l'arriv&#233;e des temp&#233;ratures froides. A ce moment l&#224; on vide et on nettoie enti&#232;rement les diff&#233;rentes cuves, on change les filtres piscines, et on repasse tout a travers le premier filtre. Attention l'huile peut figer dans les tuyaux.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; A- 1&#232;re Pr&#233;filtration et d&#233;cantation. &lt;br class='manualbr' /&gt;C'est la premi&#232;re &#233;tape du processus de filtration, l'huile doit avoir repos&#233; un minimum de 72h avant de pouvoir &#234;tre mise dans le pr&#233;filtre.&lt;br class='manualbr' /&gt;1- Cuve, ici nous avons utilis&#233; une cuve de 500l destin&#233;e &#224; la base au fioul domestique, nous l'avons ouverte sur le dessus.&lt;br class='manualbr' /&gt;2- Le bac de pr&#233;filtration. Nous avons utilis&#233; du fer a b&#233;ton pour faire un &#171; bac a frite &#187; g&#233;ant. Le drap de pr&#233;filtration du type lit deux places est doubl&#233; et doit &#234;tre chang&#233; au bout de 3 mois &#224; cause du d&#233;veloppement de bact&#233;ries. La capacit&#233; est d'environ 100L, la surface est d'environ 50cm sur 1m..&lt;br class='manualbr' /&gt;3- Volume &#171; mort &#187;. Ce volume repr&#233;sentant environ 1/3 du volume de la cuve est essentiel, et va permettre la d&#233;cantation de l'eau et des &#233;l&#233;ments lourds pass&#233;s par le drap. C'est de l'huile qui sert &#224; &#171; filtrer &#187; l'huile.&lt;br class='manualbr' /&gt;4- Vanne de purge. Pour l'entretien de la cuve et pour pouvoir la vider une fois par an. Tous les trimestres on peut soutirer environ 20L pour &#233;vacuer l'eau et ainsi limiter la formation des bact&#233;ries.&lt;br class='manualbr' /&gt;5- Vanne pour tirer l'huile.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; B- 2&#232;me pr&#233;filtration et contr&#244;le visuel. &lt;br class='manualbr' /&gt;Cette seconde filtration &#224; travers un tissu g&#233;otextile permet &#224; la fois de contr&#244;ler visuellement s'il n'y a pas de filet blanch&#226;tre d&#251; &#224; un probl&#232;me dans la 1&#232;re cuve (coup de froid, drap perc&#233;, &#8230;)&lt;br class='manualbr' /&gt;6- Tissu g&#233;otextile, plus fin que le drap, il affine la pr&#233;filtration.&lt;br class='manualbr' /&gt;7- Volume mort II, idem que le pr&#233;c&#233;dent.&lt;br class='manualbr' /&gt;8- Pompe manuelle. Cette huilerie &#233;tant dans une seule pi&#232;ce pour amener l'huile &#224; la &#171; colonne de filtration &#187; (C). Si on peut travailler sur deux &#233;tages elle n'est pas n&#233;cessaire.&lt;br class='manualbr' /&gt;9- Tuyau PET r&#233;sistant &#224; l'huile.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; C- Colonne de filtration par gravit&#233;, ce sont le poids de l'huile et la hauteur qui vont nous permettre de filtrer &#224; travers les filtres piscines. L'huile au pr&#233;alablement bien nettoy&#233;e passe facilement par les filtres piscines.&lt;br class='manualbr' /&gt;10- Event pour la mise a l'air,&lt;br class='manualbr' /&gt;11- Bidon de 100l.&lt;br class='manualbr' /&gt;12- Volume mort.&lt;br class='manualbr' /&gt;13- 15- Vannes permettant le d&#233;montage des filtres.&lt;br class='manualbr' /&gt;14- 16- Porte filtre et filtre piscine respectivement &#224; 25&#956;m et 1&#956;m, les filtres sont mis &#224; environ 1 m sous le bidon. On utilise deux filtres en s&#233;rie pour affiner la filtration, et aussi pour &#233;conomiser les filtres.&lt;br class='manualbr' /&gt;17- Event pour la mise &#224; l'air&lt;br class='manualbr' /&gt;18- Bidon &#171; tampon &#187; de r&#233;serve d'huile propre&lt;br class='manualbr' /&gt;19-Vanne&lt;br class='manualbr' /&gt;20- Entonnoir pour remplir les bidons, ceux de vigneron font tr&#232;s bien l'affaire, ils sont tr&#232;s larges.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des huileries collectives un peu partout.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e est de mettre en place un r&#233;seau d'huileries collectives, &#224; but non marchand et autonomisant. Entre les r&#233;cupes, la filtration, trouver les bidons, se d&#233;placer d'endroits en endroits, le plus simple est souvent de trouver des huileries sur nos routes, que de d&#233;placer des litres. D'arriver sur un lieu avec deux trois bidons glan&#233;s le long des baraques &#224; frites, pour les filtrer ailleurs, d'&#233;changer les techniques et les recettes. Surtout ne plus passer par la case station-service et avancer vers l'autonomie. La r&#233;cup&#233;ration dans notre environnement d'opulence et de consommation excessive nous offre ce moyen de &#171; survie &#187;. dans les zones rurales, pour des tourn&#233;es musicales, des rencontres, des missions diverses, et surtout pour essayer de construire autre chose avec les moyens du bord actuels. Avant que &#171; nos &#187; r&#233;cupes ne soient r&#233;cup&#233;r&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conseils techniques.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la tuyauterie, on a pr&#233;f&#233;r&#233; le choix des tuyaux en P.E.T (ils sont noirs avec une ou deux bandes bleues), ils r&#233;sistent assez bien &#224; l'huile, et permettent avec les raccords rapides de se monter facilement avec les vannes. Tout ces &#233;l&#233;ments se trouvent en quincaillerie.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour les raccords de plomberie, entre coude m&#233;tal et robinet, la fillasse avec son gel, et la patte &#171; autojoint &#187; noir ou bleu marche bien. Cette derni&#232;re est utile pour &#233;tanch&#233;ifier les adaptations de vannes sur les bidons plastiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Huile d'&#233;t&#233; Vs huile d'hiver&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En hiver et &#224; la descente des temp&#233;ratures il y a beaucoup moins d'huile filtrable, mais celle qui passe est adapt&#233;e &#224; la saison. On stocke beaucoup plus l'hiver, les friteries tournent au ralenti on roule plus au resto chinois&#8230; L'&#233;t&#233; pleine saison de la frite dor&#233;e, l'approvisionnement est l&#224;, on stocke, on filtre, le moment d&#233;licat est vraiment la descente des temp&#233;ratures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;chets&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;sidus de filtration qui s'entassent dans les bidons progressivement, on s'en sert comme combustible dans les po&#232;les &#224; bois, bient&#244;t un num&#233;ro sur le po&#232;le &#224; huile/bois. On peut le ramener &#224; la d&#233;chetterie en &#233;change de bonne huile.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il y avait aussi dans l'air d'essayer de transformer les graisses en ester-&#233;thylique artisanal, c'est plus long et plus chimique &#224; faire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Compile classe... contre classe</title>
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		<dc:date>2008-06-23T13:34:45Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Collectif</dc:creator>


		<dc:subject>Prison, justice, r&#233;pression</dc:subject>
		<dc:subject>Nadarlana (Montpellier)</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>
		<dc:subject>Insurrections, r&#233;voltes, &#233;meutes</dc:subject>
		<dc:subject>Critiques du citoyennisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;strong&gt;SOMMAIRE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Textes sur les &#233;v&#233;nements&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Rappel des faits &lt;br /&gt;
Que cr&#232;ve la d&#233;mocratie ! &lt;br /&gt;
La rupture tranquillou &lt;br /&gt;
La d&#233;mocratie quelle connerie &lt;br /&gt;
A fond la caisse &lt;br /&gt;
Le probl&#232;me ce n'est pas la luciole mais bien la nuit &lt;br /&gt;
Le geste &#233;tait simple, plein en lui-m&#234;me &lt;br /&gt;
Il fallait se d&#233;cider &#224; lutter contre le syst&#232;me&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Textes contre la d&#233;mocratie&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
D&#233;mocratie (d&#233;finition anarchiste) &lt;br /&gt;
D&#233;mocratie (d&#233;finition mordicante) &lt;br /&gt;
Des chiens de garde &#224; plus savoir quoi en flammer&lt;br /&gt;
Mort &#224; la d&#233;mocratie&lt;br /&gt;
Discours de Durruti&lt;br /&gt;
La d&#233;mocratie n'est pas la dictature, mais la pr&#233;pare et s'y pr&#233;pare&lt;br /&gt;
Le capitalisme moderne est sage&lt;br /&gt;
R&#233;flexions sur quelques mythes &#233;lectoraux&lt;br /&gt;
L'&#233;lection est un exercice vain &lt;br /&gt;
La prison&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Play list de la compile&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;les morceaux sont en t&#233;l&#233;chargement libre au format mp3 et ogg, ainsi que le livret avec les paroles des chansons sur le &lt;a href=&#034;http://reposito.internetdown.org/videosetsons/ClassecontreClasse/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#034;reposito&#034; d'internetdown.org&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique7" rel="directory"&gt;C&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot20" rel="tag"&gt;Prison, justice, r&#233;pression&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot68" rel="tag"&gt;Nadarlana (Montpellier)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot92" rel="tag"&gt;Insurrections, r&#233;voltes, &#233;meutes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Critiques du citoyennisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH90/arton582-6bb46.png?1780455683' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='90' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff582.png?1213032576&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sommaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Textes sur les &#233;v&#233;nements&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Rappel des faits &lt;br /&gt;
Que cr&#232;ve la d&#233;mocratie ! &lt;br /&gt;
La rupture tranquillou &lt;br /&gt;
La d&#233;mocratie quelle connerie &lt;br /&gt;
A fond la caisse &lt;br /&gt;
Le probl&#232;me ce n'est pas la luciole mais bien la nuit &lt;br /&gt;
Le geste &#233;tait simple, plein en lui-m&#234;me &lt;br /&gt;
Il fallait se d&#233;cider &#224; lutter contre le syst&#232;me&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Textes contre la d&#233;mocratie&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
D&#233;mocratie (d&#233;finition anarchiste) &lt;br /&gt;
D&#233;mocratie (d&#233;finition mordicante) &lt;br /&gt;
Des chiens de garde &#224; plus savoir quoi en flammer&lt;br /&gt;
Mort &#224; la d&#233;mocratie&lt;br /&gt;
Discours de Durruti&lt;br /&gt;
La d&#233;mocratie n'est pas la dictature, mais la pr&#233;pare et s'y pr&#233;pare&lt;br /&gt;
Le capitalisme moderne est sage&lt;br /&gt;
R&#233;flexions sur quelques mythes &#233;lectoraux&lt;br /&gt;
L'&#233;lection est un exercice vain &lt;br /&gt;
La prison&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Play list de la &lt;a href=&#034;http://reposito.internetdown.org/videosetsons/ClassecontreClasse/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;compile&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Textes sur les &#233;v&#233;nements&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rappel des faits&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;31 mars [2007], Avignon&lt;/strong&gt; : Gr&#233;gory et Damien sont arr&#234;t&#233;s, accus&#233;s de l'incendie d'une permanence &#233;lectorale du PS. Ils sont mis en examen pour &#171; d&#233;gradation par incendie ou moyen dangereux pour les personnes &#187; et incarc&#233;r&#233;s au centre p&#233;nitentiaire du Pontet. Lib&#233;r&#233;s sous contr&#244;le judiciaire les 20 et 21 juin, ils sont en attente du proc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;22 avril, Montpellier :&lt;/strong&gt; Quatre camarades sont accus&#233;s de l'incendie de &#171; voitures de bourges &#187; le soir du 1er tour des pr&#233;sidentielles. Quentin est incarc&#233;r&#233; &#224; Villeneuve-les-Maguelone jusqu'au 6 juillet. Mis en examen pour &#171; tentatives de d&#233;gradation par incendie &#187; et &#171; d&#233;tention ou transport de substances ou produits incendiaires ou explosifs &#187;, ils sont sous contr&#244;le judiciaire et en attente du proc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;22 avril, pr&#232;s de Millau :&lt;/strong&gt; Trois relais sont sabot&#233;s, privant de 4000 &#224; 10 000 habitants de t&#233;l&#233;vision, radio et t&#233;l&#233;phonie portable, et par l&#224; m&#234;me de soir&#233;e &#233;lectorale. Les lignes sont r&#233;tablies au bout de quelques heures, sans que personne n'ait &#233;t&#233; mis en cause. &lt;br /&gt;
A l'issue d'une enqu&#234;te, deux personnes sont arr&#234;t&#233;es le 13 septembre. Si le premier est rel&#226;ch&#233; sous contr&#244;le judiciaire, le second, Guilhem, est incarc&#233;r&#233; puis rel&#226;ch&#233; et assign&#233; &#224; r&#233;sidence surveill&#233;e le 2 octobre 2007.&lt;br /&gt;
Mis en examen pour &#171; d&#233;gradation de bien d'autrui, d'objets d'utilit&#233; publique et d'association de malfaiteurs &#187;, ils sont en attente du proc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;22 avril, Paris : &lt;/strong&gt;Gr&#233;gory et Charles sont arr&#234;t&#233;s dans la rue et accus&#233;s d'incendies de v&#233;hicules. En comparution imm&#233;diate le 25 avril, Charles est condamn&#233; &#224; 13 mois ferme pour &#171; fabrication, transport et d&#233;tention de substances incendiaires &#187; et incarc&#233;r&#233; &#224; La Sant&#233;. Gr&#233;gory prend du sursis pour &#171; complicit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;11 mai, Villeurbanne :&lt;/strong&gt; C&#233;zary et Audrey sont arr&#234;t&#233;s, accus&#233;s de l'incendie de la permanence UMP survenue le 8 mai. Le 14 juin, ils sont condamn&#233;s &#224; 1 an de prison dont 8 mois avec sursis, interdiction de droits civiques pendant un an et 17 460 euros de dommages et int&#233;r&#234;ts. Suite &#224; l'appel du parquet, ils sont rejug&#233;s le 6 septembre et condamn&#233;s &#224; 18 mois dont 9 avec sursis, 5 ans d'interdiction des droits civils, civiques et familiaux et doivent continuer &#224; payer le pr&#233;judice. B&#233;n&#233;ficiant jusque l&#224; d'une semi-libert&#233;, Audrey est incarc&#233;r&#233;e puis d&#233;finitivement lib&#233;r&#233;e le 21 novembre. Le 26 novembre, C&#233;zary est transf&#233;r&#233; en centre de r&#233;tention, avant d'&#234;tre expuls&#233; vers la Pologne o&#249; il est imm&#233;diatement emprisonn&#233; pour d'autres raisons. Il est a pr&#233;sent libre et sans interdiction de territoire fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;11 mai, Paris : &lt;/strong&gt; Damien est arr&#234;t&#233;, accus&#233; de tentative d'incendie d'une voiture pr&#232;s du Fouquet's (o&#249; avait d&#238;n&#233; Sarkozy le soir de son &#233;lection), et mis en examen pour &#171; tentative de d&#233;gradation par incendie, fabrication d'engin incendiaire, d&#233;tention et transport de mati&#232;res inflammables &#187;. Suite &#224; des perquisitions, Michel (dit Paco) est arr&#234;t&#233; &#224; son tour et accus&#233; de &#171; complicit&#233; de d&#233;gradation par incendie &#187; et &#171; recel &#187;, et une troisi&#232;me personne est mise en examen pour &#171; complicit&#233; &#187;. Damien sort le 28 juin de Fleury et Paco de Fresnes le 6 juillet. Dans l'attente de leur proc&#232;s, tous trois sont plac&#233;s sous contr&#244;le judiciaire.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Que cr&#232;ve la d&#233;mocratie !&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; La d&#233;mocratie, comme le capitalisme d'ailleurs est devenue l'horizon ind&#233;passable de notre &#233;poque ; tout discours qui tendrait &#224; la remettre en cause est disqualifi&#233; d'avance : on ne veut tout simplement pas l'entendre. La d&#233;mocratie, pourtant, a surtout fait jusqu'&#224; pr&#233;sent la preuve de son &#233;chec. Le monde qu'elle domine est toujours un monde de soumission, de privation et de pauvret&#233;. Le droit de vote est cens&#233; assumer &#224; lui seul l'expression de la volont&#233; populaire : mais croit-on encore que quoi que ce soit puisse changer gr&#226;ce &#224; des &#233;lections ? &lt;/i&gt; &#187;&lt;br /&gt;
L&#233;on de Mattis&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Toujours fermer sa gueule, la peur au bide, &#234;tre &#233;duqu&#233;, oppress&#233;, exploit&#233;, parqu&#233;. N'avoir comme seule possibilit&#233; que de vendre sa force de travail et pour seul mot &#224; dire qu'un bulletin de vote. Mais donner sa voix, c'est se taire, se soumettre : c'est abandonner son pouvoir &#224; un &#171; repr&#233;sentant &#187;. Qui peut pr&#233;tendre d&#233;cider &#224; la place des autres ? Une fois tous les cinq ans, croire qu'on peut &#171; choisir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais choisir quoi ? Qui ? Nos bourreaux ? Ceux qui nous exploitent ? Ceux qui nous enferment ? Ceux qui nous fichent, nous contr&#244;lent ? Choisir entre cinq ou vingt candidats de merde qui, de toute mani&#232;re, ne peuvent que mettre en place la m&#234;me politique ? Choisir la sauce &#224; laquelle on va &#234;tre mang&#233; ? Alors qu'on pourrait pendre le cuistot et foutre le feu &#224; la cantine !&lt;br /&gt;
Aussi, quand certains d&#233;cident d'ouvrir leur gueule &#224; grands coups de pav&#233;s pour cracher r&#233;volte et rage contre ce monde de merde, surgit une bouff&#233;e d'air qui rappelle que seule la lutte compte. La lutte contre ce syst&#232;me d'exploitation capitaliste et contre tous les outils et artifices qui lui permettent de perdurer. La d&#233;mocratie n'est que l'un d'eux, un des modes possibles de gestion politique au service du capital et de la classe dominante.&lt;br /&gt;
Pendant la campagne &#233;lectorale des pr&#233;sidentielles de 2007, un peu partout en France, des dizaines de permanences politiques de tous bords sont attaqu&#233;es (au moins cinq ont br&#251;l&#233;), des bureaux de vote et des relais de t&#233;l&#233; sont sabot&#233;s. Et puis des voitures et des drapeaux fran&#231;ais qui s'enflamment, des vitrines qui tombent... d'la barricade et du pav&#233; ! A Avignon, Montpellier, Villeurbanne, Paris et Millau, plusieurs personnes sont incarc&#233;r&#233;es pour s'en &#234;tre prises &#224; la d&#233;mocratie par diverses actions. Ces actes parlent d'eux-m&#234;mes et leurs auteurs sont pour nous des camarades, des pyrotechniciens de la lutte des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Avignon, si le PS a &#233;t&#233; pris pour cible ce n'est pas pour faire le jeu d'un autre parti ; cette action n'est pas non plus l'&#339;uvre de &#171; quelques d&#233;&#231;us de la politique des socialos qui auraient trahi la classe ouvri&#232;re &#187; comme l'ont affirm&#233; les journaux. Il a &#233;t&#233; vis&#233; pour ce qu'il est, l'un des repr&#233;sentants et gestionnaires d'un syst&#232;me &#224; &#233;radiquer. Il est donc une cible parmi d'autres. C'est la repr&#233;sentation politique elle-m&#234;me qui &#233;tait vis&#233;e et non une &#171; mauvaise gestion &#187;. D'ailleurs, tous les partis, de l'UMP &#224; la LCR, ont condamn&#233; le geste : coh&#233;sion de ceux qui font partie du m&#234;me camp !&lt;br /&gt;
Nous sommes toujours dans une soci&#233;t&#233; de classes, peu importe qui est &#233;lu, il n'y changera rien. Bien au contraire, car c'est le r&#244;le de ses dirigeants que de maintenir et de d&#233;fendre la domination et les int&#233;r&#234;ts de la classe capitaliste. Les l&#233;g&#232;res diff&#233;rences, sur la forme, ne font que camoufler le fait que sur le fond ils ne peuvent appliquer qu'une seule et m&#234;me politique : celle dont la patronat a besoin pour assurer la p&#233;rennit&#233; du syst&#232;me et engranger toujours plus de profit. Si, pour l'Etat, l'heure est &#224; l'offensive avec le tout s&#233;curitaire, la pr&#233;carisation, la flexibilit&#233;, les d&#233;r&#233;gulations, les privatisations, ce n'est pas en raison de choix politique ou d'une quelconque d&#233;rive. C'est pour r&#233;pondre aux contraintes et aux imp&#233;ratifs &#233;conomiques mondiaux du capital. Ce syst&#232;me ne peut &#234;tre r&#233;form&#233;, il doit &#234;tre d&#233;truit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CONTRE LE CAPITALISME ! CONTRE LA DEMOCRATIE !&lt;br /&gt;
SOLIDARITE AVEC LES INCENDIAIRES ET LES INCARCERES !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2008, Collectif de soutien aux incendiaires engeol&#233;-e-s &lt;br /&gt;
&lt;a href='https://www.infokiosques.net/csie(at)boum.org'&gt;csie(at)boum.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La rupture tranquillou&lt;br /&gt;
un pav&#233; dans l'urne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Notes sur les &#233;v&#233;nements cons&#233;cutifs aux &#233;lections et leur repr&#233;sentation polici&#232;re&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rarement des &#233;lections auront tant mobilis&#233;. Un grand bain d&#233;mocratique &#224; l'am&#233;ricaine pour couronner une campagne d'incitation au vote pr&#233;sent&#233; comme seule possibilit&#233; de changement. Ce vote &#233;tait vendu par le PS, l'UMP et les autres comme la &#171; r&#233;ponse &#187; aux &#171; questions &#187; pos&#233;es par les mouvements des derni&#232;res ann&#233;es, du mouvement des lyc&#233;ens en 2005 au mouvement dit anti-CPE de 2006 en passant par les &#233;meutes dans les quartiers populaires de novembre 2005. Sur l'air du &#171; si tu votes pas, &#231;a se passe sans toi &#187;, on les a tous entendus, de Thurman &#224; Trust en passant par AC le feu et d'Enrico Macias &#224; Faudel en passant par Doc Gyn&#233;co&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Au total, 44,5 millions de fran&#231;ais ont leur carte d'&#233;lecteur en poche. En (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;
La peur d'un Sarko (l'homme du K&#228;rcher, de la pr&#233;destination g&#233;n&#233;tique au suicide et des prisons pour mineurs) a aussi conduit un pourcentage impressionnant d'&#233;lecteurs dans les urnes. Cet &#233;pouvantail n'&#233;tait pourtant pas le seul &#224; invoquer la sainte trinit&#233; &#171; travail &#8211; morale &#8211; s&#233;curit&#233; &#187;, et face &#224; lui, la Royale alternative pr&#233;conisait l'encadrement militaire des jeunes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au milieu de cette campagne tricolore, de ce lavage de cerveau collectif, on a vu des permanences de partis politiques de tous bords attaqu&#233;es, voire d&#233;truites par le feu ; des bureaux de vote rendus inaccessibles la veille du premier tour ; des bulletins d&#233;rob&#233;s ici et l&#224;, et un r&#233;seau hertzien sabot&#233; pr&#232;s de Millau le soir du premier tour &#8211; sans compter les slogans, affiches et tracts qui ont fleuri pour d&#233;noncer cette mascarade [&#8230;]. Et puis, sans qu'on distingue la part d'anti-Sarkozy, d'envie d'en d&#233;coudre avec la flicaille et de d&#233;go&#251;t de cette farce, quelques milliers de m&#233;contents sont descendus dans la rue &#224; l'annonce du r&#233;sultat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#233;actions spontan&#233;es qui s'agr&#233;geaient ici et l&#224;, &#231;a faisait plaisir. Pour la premi&#232;re fois sous la V&#176; r&#233;publique, le r&#233;sultat d'une &#233;lection a provoqu&#233; le soir m&#234;me des refus en actes divers&#8230; Pour autant, pas de quoi s'y croire tout &#224; fait. L'ali&#233;nation plus ou moins accept&#233;e ne s'estompe qu'un instant dans le jet d'un pav&#233; sur le casque d'un robot en Kevlar. Les s&#233;parations ne disparaissent pas d&#233;finitivement parce qu'on se retrouve pour crier sa rage dans la rue. Des pratiques partag&#233;es et une haine commune du keuf (&lt;i&gt;Today pigs, tomorrow bacon&lt;/i&gt;) ne conduisent pas automatiquement &#224; un d&#233;passement collectif. [&#8230;]&lt;br /&gt;
De leur c&#244;t&#233;, les pr&#233;fectures de police continuent de verrouiller les dispositifs contre ceux que m&#233;dias et politiques ont imm&#233;diatement d&#233;sign&#233;s comme &#171; ennemis de la d&#233;mocratie &#187;, ceux qui refusent le pouvoir d&#233;cisionnel des urnes ; histoire aussi de confirmer que le petit empereur de Neuilly fera bien ce pourquoi les maisons de retraite l'ont &#233;lu : fusionner, par exemple, les diff&#233;rents services de renseignement, leur donner des bureaux flambant neufs, ou renforcer les pouvoirs directs du pr&#233;sident sur la police&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir la communication d'Etat &#224; ce sujet dans Le Figaro des 14 et 28 mai 2007 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux interpell&#233;s des manifs sauvages sont pass&#233;s en comparution imm&#233;diate, &#233;copant de prison ferme. On a pu constater aussi que l'&#233;chelle des peines s'&#233;tait aussi parfois quelque peu d&#233;plac&#233;e : des &#233;tudiants sans casiers &#233;copaient de prison ferme pour des jets de canette [&#8230;]. Craignant une contagion, les m&#233;dias ont fait le &lt;i&gt;black-out&lt;/i&gt; sur ce qui a pu se passer dans les banlieues et autres quartiers populaires ; il a fallu qu'un flic tire &#224; balle r&#233;elle sur un jeune &#224; Grigny&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Un jeune homme de 17 ans a &#233;t&#233; bless&#233;, mardi soir, &#224; Grigny (Essonne), par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pour qu'on reconnaisse que tout n'&#233;tait pas si calme et que les flashballs avaient aussi beaucoup fonctionn&#233;.&lt;br /&gt;
Et puis est revenue une vieille image, &#224; peine modernis&#233;e : celle d'une entit&#233; fantomatique, &#171; anarcho-autonome &#187;. Ce qui n'&#233;tait encore qu'une &#171; mouvance d'extr&#234;me gauche &#187; au moment du CPE est en train de devenir sous la plume des journalistes un &#171; groupuscule organis&#233; &#187;. Pour alimenter cette politique-fiction, le minist&#232;re de l'int&#233;rieur a multipli&#233; les perquisitions dans des squats et des domiciles priv&#233;s, les contr&#244;les d'identit&#233; syst&#233;matiques aux abords de certains lieux, les arrestations&#8230; tandis que les parquets ouvraient des enqu&#234;tes pour incendies en bande organis&#233;e. Il s'agit &#224; la fois de &#171; taper dans la fourmili&#232;re &#187;, d'actualiser les fichiers, de couler dans un m&#234;me moule des situations et des actes de r&#233;volte divers ; et de fabriquer des d&#233;lits. Fumig&#232;nes et p&#233;tards deviennent des explosifs ; quatre personnes qui courent dans la rue une bande organis&#233;e ; une chaussure balanc&#233;e devient une arme par destination&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Figer la vari&#233;t&#233; d'une multitude sur la m&#234;me photographie de groupe, l'amalgamer, rien de tel pour l'isoler du reste de la population, dite citoyenne. Le but est bien de d&#233;limiter une opposition responsable et r&#233;publicaine ; de pr&#233;venir ceux qui voudraient s'en &#233;carter qu'ils courent les m&#234;mes risques que ces &#171; ennemis int&#233;rieurs &#187; ; comme eux ils seront pris en charge par les services anti-terroristes. Ce sc&#233;nario &#224; l'italienne &#8211; en fait europ&#233;en, avec l'Italie &#224; la t&#234;te des instances d'harmonisation des politiques s&#233;curitaires [&#8230;] est en train de se mettre en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas question de se couler dans le moule, de se conformer &#224; cette vision polici&#232;re des luttes politiques, des conflits et du monde. Il s'agit de faire entendre publiquement des positions claires ; et d'essayer de r&#233;unir les moyens concrets d'une solidarit&#233; en &#233;vitant les pi&#232;ges de certains &#171; comit&#233;s anti-r&#233;pression &#187; bloqu&#233;s pas les logiques syndicales et les manich&#233;ismes (s&#233;parer le bon grain de l'ivraie), qui, souvent, n'accouchent que de d&#233;clarations d'intentions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Texte publi&#233; dans &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt;, n&#176; 20, juin 2007.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La d&#233;mocratie, quelle connerie !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aller voter ou pas, qu'est-ce qu'on en a &#224; foutre ?! &lt;br /&gt;
L'important n'est pas ce que l'on va faire un dimanche par-ci, par-l&#224; (voter, s'abstenir politiquement, oublier, aller &#224; la p&#234;che&#8230;), mais ce qu'on fait tout le reste de l'ann&#233;e, tout le reste de notre temps, de notre sur-vie.&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Choisir ?&lt;/strong&gt; Entre 2, 3, 12 candidats de merde ? Alors qu'on sait fort bien qu'au fond (malgr&#233; des nuances, des m&#233;thodes, des temporalit&#233;s &#233;videmment diff&#233;rentes) c'est la m&#234;me politique qui doit et va s'appliquer ? M&#234;me Lula au Br&#233;sil (une sorte de Bov&#233; ouvrier, rouge, mais avec plus de bedaine), une fois &#233;lu pr&#233;sident, a men&#233; une politique lib&#233;rale qui fait saliver les Jupp&#233;, Jospin, Raffarin, Villepin, FMI et compagnie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est terriblement r&#233;v&#233;lateur avec ces &#233;lections, ce n'est pas qu'un (ou deux) candidat(s) fascisto&#239;de(s) risque(nt) d'&#234;tre &#233;lu(s), mais bien que la moiti&#233; des &#233;lecteurs (45 &#224; 55 % on va pas chipoter) vont voter pour lui&#8230; et parmi eux nombre d'ouvriers, de prolos, d'immigr&#233;s d'autres g&#233;n&#233;rations (comme on dit)&#8230; qui seront parmi ses premi&#232;res victimes&#8230; Vous me direz ils n'ont pas le choix puisqu'ils seront aussi les premi&#232;res victimes de l'autre candidat&#8230; &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;On peut au moins choisir son bourreau, ce n'est pas n&#233;gligeable. Non ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S'abstenir ?&lt;/strong&gt; Consid&#233;rer comme totalement ext&#233;rieure et inint&#233;ressante cette mascarade est bien compr&#233;hensible, mais de l&#224; &#224; faire de l'abstention un projet politique, c'est accorder bien trop d'importance &#224; cette chose. Faire campagne pour l'abstention, c'est opposer une campagne anti-&#233;lectorale &#224; une campagne &#233;lectorale. C'est rester dans le champ de compr&#233;hension de l'adversaire. C'est se positionner &#224; la gauche de l'extr&#234;me-gauche alternativiste et citoyennarde, c'est jouer le jeu avec ses r&#232;gles&#8230; esp&#233;rer que l'abstention atteigne 51 ou 100 %&#8230; comme si le capitalisme allait du coup s'effondrer ! N'importe quoi lui !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lections sont les temps forts incontournables de la d&#233;mocratie qui s'est r&#233;v&#233;l&#233;e le meilleur mode de gestion politique du capital. &lt;strong&gt;Il faut bien forcer les gens&#8230; &#224; y croire.&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Il est normal que ce syst&#232;me s'&#233;tende progressivement &#224; l'ensemble de la plan&#232;te, normal que les Etats-Unis le propagent via sa CIA &#224; grands renforts de coups-d'&#233;tats (dits &#171; &lt;i&gt;r&#233;volutions oranges &lt;/i&gt; &#187;) m&#234;lant au passages associations citoyennistes, mafias et organisations d'extr&#234;me-droite. &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Car la d&#233;mocratie est la marchandise id&#233;ale&lt;/strong&gt;, le moyen de tout nous faire avaler puisque c'est elle qui est sens&#233;e nous prot&#233;ger du fascisme (tout bon lecteur de tract &#224; appris cela &#224; l'&#233;cole de la R&#233;publique). Avec elle, tout devient possible, m&#234;me le pire&#8230; et l'histoire nous montre plut&#244;t que c'est la d&#233;mocratie qui en g&#233;n&#233;ral pr&#233;pare le terrain et ouvre la porte au fascisme ! Rien donc de tr&#232;s &#233;tonnant &#224; la d&#233;rive s&#233;curitaire fascisante &#224; laquelle nous assistons depuis pas mal d'ann&#233;es d&#233;j&#224;, un virage n&#233;cessaire pour l'&#233;conomie, les finances, le capital&#8230; pour &#233;viter que les prolos ne cherchent &#224; en d&#233;coudre. Un virage bien n&#233;goci&#233; par la droite et la gauche&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;mocratie n'est que l'un des outils du capital&lt;/strong&gt;, c'est bien en cela qu'elle peut m&#233;riter un peu d'int&#233;r&#234;t. Il faut conna&#238;tre ses ennemis, son ennemi. La d&#233;mocratie est un tr&#232;s bon moyen d'entretenir et de camoufler la division de la soci&#233;t&#233; en classes dont la contradiction serait gomm&#233;e, absorb&#233;e, par la concertation. Elle n'est pas une simple id&#233;e dont il s'agirait de d&#233;noncer la fausset&#233; mais une r&#233;alit&#233; au c&#339;ur des rapports sociaux capitalistes. Donc, sauce d&#233;mocratique ou fasciste, lib&#233;rale ou welfariste, l'exploitation ne change pas et la lutte des classes continue.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;La d&#233;mocratie doit donc &#234;tre combattue et elle l'est.&lt;/strong&gt; &lt;br /&gt;
Lorsqu'une gr&#232;ve &#233;clate, elle l'est. Lorsqu'elle se propage, elle l'est. Lorsqu'un quartier s'enflamme, aussi. Elle l'est parfois de mani&#232;re plus directe et consciente. &lt;br /&gt;
Ainsi, depuis f&#233;vrier, se sont plus d'une vingtaine de permanences &#233;lectorales qui ont &#233;t&#233; attaqu&#233;es (UMP, PS, PC, Verts dans l'ordre d'arriv&#233;e, au moins trois ont cram&#233;) ainsi que des bureaux de vote sabot&#233;s. Les m&#233;dias nationaux, s&#233;v&#232;rement consign&#233;s, font de leur mieux pour &#233;touffer ces &#233;v&#233;nements pour &#233;viter d'attiser le feu (comme en novembre 2005). En d'autres temps et d'autres lieux, d'autres symboles/outils de l'oppression ont &#233;t&#233; les cibles de la rage des prol&#233;taires (mairies, commissariats, &#233;coles, usines, supermarch&#233;s, lieux de culte, etc.)&#8230; des actes qui naissent de la rencontre d'un peu de conscience de classe et d'une bonne dose de courage physique&#8230; des actes qui parlent d'eux-m&#234;mes. &lt;br /&gt;
On n'oubliera donc pas qu'aujourd'hui, 1er mai, journ&#233;e de lutte internationale des travailleurs, deux gars sont en train de pourrir dans la prison d'Avignon/Pontet pour avoir incendi&#233; le local du PS d'Avignon le 31 mars dernier. &lt;strong&gt;On n'oubliera pas que lundi prochain, les &#233;lections pass&#233;es, ils se retrouveront, avec tant d'autres, enferm&#233;s dans les ge&#244;les d'un &#233;tat d&#233;mocratique fascisant, ni brun, ni rouge&#8230; mais rose ou bleu.&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;A BAS LA DEMOCRATIE ! A BAS LE CAPITAL !&lt;br /&gt;
GROS BISOUS, VIVE L'ANARCHIE&lt;br /&gt;
ET VIVE LE COMMUNISME !
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des p&#234;cheurs et p&#233;cheresses &#224; la ligne de classe.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tract distribu&#233; &#224; Avignon lors de la manifestation du 1er mai 2007.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;A fond la caisse&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#034;&lt;i&gt;Les moutons vont &#224; l'abattoir. Ils ne disent rien, eux, et ils n'esp&#232;rent rien. Mais au moins ils ne votent pas pour le boucher qui les tuera, et pour le bourgeois qui les mangera. Plus b&#234;te que les b&#234;tes, plus moutonnier que les moutons, l'&#233;lecteur nomme son boucher et choisit son bourgeois&lt;/i&gt;&#034;. &lt;br /&gt;
Octave Mirbeau&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Un soir de farce &#233;lectorale. Les citoyens sont all&#233;s en masse &#233;lire leur nouveau ma&#238;tre. Et comme derri&#232;re chaque citoyen se cache un flic, ils ont plac&#233; en t&#234;te celui qui leur promettait le plus d'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nuit de premier tour. Un 22 avril &#224; Montpellier. Si le bourgeois &#8212;de g&#244;che comme de droite &#8212; ne se souvient des anarchistes que lorsqu'il a besoin d'une explication &#224; la r&#233;volte qui gronde ou quand les armes de la critique commencent &#224; l'effrayer, certains savent bien &#8212;eux &#8212; que les mots ont encore du sens. Et que l'abstention n'est pas forc&#233;ment qu'un slogan creux de r&#233;sign&#233;s &#224; laisser d'autres tenter de gouverner leur vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratie n'est en effet pas seulement ce r&#233;gime interchangeable avec la dictature selon les besoin du capitalisme, c'est &#233;galement des hommes, des structures et des rapports sociaux. C'est aussi un syst&#232;me de communication de masse comme la t&#233;l&#233;vision dont les relais ont &#233;t&#233; sabot&#233;s dans la r&#233;gion de Millau au soir du premier tour. C'est aussi des bureaux de vote, comme ceux dont l'ouverture a &#233;t&#233; retard&#233;e &#224; Marseille, Lille ou Paris. C'est aussi un syst&#232;me fonctionnel aux besoins actuels du Capital, dont plusieurs repr&#233;sentations ont connu des d&#233;parts de feu &#224; Toulouse. C'est aussi des permanences &#233;lectorales de partis politiques de tous bords comme celles qui ont &#233;t&#233; bris&#233;es, saccag&#233;es ou incendi&#233;es un peu partout. Et ce sont surtout des bourgeois qui exploitent, contr&#244;lent, bombardent, affament, incarc&#232;rent, massacrent, l&#233;gif&#232;rent et sacrifient tout individu et son environnement au nom de leurs profits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, lorsqu'un lendemain de premier tour &#224; Montpellier, quatre de ces individus &#8212; &#171; anarchistes &#187; selon le torchon local &#8212; sont arr&#234;t&#233;s pour avoir br&#251;l&#233; des tas de ferraille &#171; de bourgeois &#187;, il nous importe peu de savoir s'ils en sont ou pas les auteurs. Dans cette guerre sociale, il n'y a en effet &#8212; comme sur une barricade &#8212; que deux c&#244;t&#233;s. Et ces quatre-l&#224; sont assur&#233;ment du n&#244;tre, de celui de ceux qui refusent la bouffonnerie &#233;lectorale, accus&#233;s d'&#234;tre coh&#233;rents avec leur r&#234;ve de libert&#233;, accus&#233;s de mettre en pratique leur r&#233;volte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si cette t&#244;le fum&#233;e ne change pas la face du monde, tant que des moutons choisiront en masse le bourgeois qui les bouffera le Capital pourra dormir tranquille, il reste que ce n'est ni en condamnant ces incendies ni en les ignorant que l'on avancera vers cette insurrection qui brisera n&#233;cessairement les carcans de la l&#233;galit&#233; &#233;tatique. Au contraire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quentin est d&#233;sormais incarc&#233;r&#233; &#224; Villeuneuve-les-Maguelone, les trois autres sous strict contr&#244;le judiciaire. Tous quatre sont sous enqu&#234;te, et le juge d'instruction leur a coll&#233; pas moins qu'une &#171; bande organis&#233;e &#187; pour tentatives de d&#233;gradations par incendie, d&#233;gradations par incendie et d&#233;tention ou transport de substances ou produits incendiaires ou explosifs. Moyen commode pour tenter d'&#233;liminer pour de longues ann&#233;es des individus r&#233;tifs au cauchemar polic&#233; des notables du coin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il revient donc &#224; chacun de leur exprimer sa solidarit&#233; de la mani&#232;re qu'il jugera la meilleure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Libert&#233; pour toutes et tous !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Texte publi&#233; dans &lt;i&gt;Cette Semaine&lt;/i&gt;, n&#176; 92, mai 2007, p. 2.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le probl&#232;me ce n'est pas le luciole mais bien la nuit&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis au moins deux ans, des &#233;meutes de novembre 2005 &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de mai 2007 pour sch&#233;matiser, l'antagonisme quotidien se fait plus intense et ouvert, prenant &#224; la fois pr&#233;texte de &#171; mouvements sociaux &#187; comme le CPE ou l'actualit&#233; particuli&#232;re de certaines villes (un tabassage &#224; Rouen, la r&#233;bellion face &#224; un contr&#244;le gare du Nord ou plus r&#233;cemment l'assassinat de Lamine &#224; Paris), tout en saisissant aussi des occasions comme l'&#233;lection pr&#233;sidentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cadre, les attaques anonymes deviennent paradoxalement plus visibles et le pouvoir a t&#244;t fait de les r&#233;duire &#224; un milieu politique qualifi&#233; d'anarchiste, autonome ou d'ultra-gauche, en fonction du degr&#233; de confusion qui r&#232;gne dans le cr&#226;ne des keufs qui dictent l'article aux journaleux de service. Un texte italien disait il y a quelques ann&#233;es que &#171; les lucioles, on les voit parce qu'elles volent la nuit. Les anarchistes font de la lumi&#232;re aux yeux de la r&#233;pression parce que la soci&#233;t&#233; est grise comme la pacification. Le probl&#232;me, ce n'est pas la luciole, mais bien la nuit &#187;. La diff&#233;rence actuelle n'est pas que le brouillard de la pacification se soit lev&#233;, mais que les lucioles se sont multipli&#233;es.&lt;br /&gt;
Ce serait cependant une erreur de penser qu'il faille cesser d'affirmer publiquement ce que nous avons toujours dit parce que la r&#233;pression commence &#224; pointer m&#233;diatiquement sa sale gueule, de faire profil bas comme l'exige l'Etat en agitant son &#233;p&#233;e de Damocl&#232;s, ou de voir dans cette mise en lumi&#232;re involontaire une quelconque reconnaissance implicite de notre force par l'ennemi, comme on a pu parfois l'entendre. Le pouvoir a ses logiques qu'on peut tenter d'analyser, mais qui restent les siennes, selon des &#233;l&#233;ments qu'on ne conna&#238;t pas ni ne ma&#238;trise, et qu'on ne peut de toute fa&#231;on totalement comprendre, &#224; moins d'&#234;tre capable de raisonner comme lui, ce que seuls des esprits contamin&#233;s par le virus autoritaire pourront faire. Les autres sont soit des pr&#233;tentieux soit des menteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, plusieurs compagnons et camarades sont tomb&#233;s dans diff&#233;rentes villes pour des faits sp&#233;cifiques. Malgr&#233; quelques initiatives de solidarit&#233; bienvenues (tracts/articles, bouffes, cotises/caisses, compils ou concerts par exemple), il nous a sembl&#233; que personne, nous compris bien s&#251;r, n'a r&#233;ussi &#224; d&#233;velopper de r&#233;ponse qui soit &#224; la hauteur de l'enjeu. La question n'est en effet plus de jouer au chat et &#224; la souris, selon une habitude li&#233;e &#224; l'absence de r&#233;pression collective sp&#233;cifique &#224; laquelle nous avions fini par nous habituer, ni de prendre pr&#233;texte de l'isolement ou du caract&#232;re &#171; priv&#233; &#187; des situations particuli&#232;res, mais de se rendre compte que quelque chose est en train de changer : l'Etat est en train d'ajouter, comme il l'a toujours fait par le pass&#233; lorsqu'il l'a cru bon, la dimension d'une r&#233;pression politis&#233;e (et non pas politique, car toute r&#233;pression est sociale, donc politique, comme l'est aussi tout prisonnier). Il ne s'agit pas ici de pleurnicher sur nos insuffisances, mais d'affirmer &#8212; parce qu'il est toujours temps (de nombreux proc&#232;s doivent par exemple encore se tenir, des instructions judiciaires sont encore ouvertes dans plusieurs villes) &#8212; qu'il devient urgent de d&#233;passer les vieilles logiques. &lt;br /&gt;
S'il y a d'un c&#244;t&#233; ceux qui pensent &#233;chapper aux coups de l'ennemi en fermant leur porte apr&#232;s avoir pourtant d&#233;j&#224; t&#233;moign&#233; publiquement de leur antagonisme, se croyant peut-&#234;tre plus rus&#233;s que l'Etat malgr&#233; les moyens de contr&#244;le dont il dispose, il y a surtout d'un autre c&#244;t&#233; ceux qui pensent qu'il &#171; ne faut pas tendre le b&#226;ton pour se faire battre &#187;, croyant peut-&#234;tre que ce ne sont pas les rapports de force qui nous prot&#232;gent le mieux et brisent l'isolement des compagnons arr&#234;t&#233;s. Le d&#233;bat n'est alors pas comment sortir du collimateur (qui a pu se traduire par des perquisitions, des convocations devant le juge ou des filatures), mais comment relier dans la praxis la pression et la r&#233;pression qui s'exerce contre nous &#224; celle qui touche l'ensemble des rebelles, tout en continuant &#224; s'inscrire dans l'antagonisme diffus. Non pas en se pr&#233;sentant comme des innocents ou des victimes &#8211; &#224; quoi d'autre que la r&#233;pression peut s'attendre un rebelle ou un r&#233;volutionnaire, une m&#233;daille ? &#8211;, mais en continuant d'affirmer nos id&#233;es et pratiques au sein de la guerre sociale et des luttes, tout en revendiquant nos compagnons incarc&#233;r&#233;s parmi tous les autres exploit&#233;s r&#233;volt&#233;s qui tombent au quotidien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat reste ouvert, au-del&#224; des limites que comporte n&#233;cessairement un tel texte, pour autant qu'il y ait d&#233;bat et que l'on puisse enfin sortir des r&#233;flexes conditionn&#233;s ou de l'id&#233;ologie de la gestion interne d'&#171; affaires courantes &#187; qui n'en sont plus quand par exemple tous les journaux en parlent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A suivre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Texte publi&#233; dans &lt;i&gt;Cette Semaine&lt;/i&gt;, n&#176; 93, &#233;t&#233; 2007.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le geste &#233;tait simple plein en lui m&#234;me&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les strat&#232;ges ou m&#234;me les tacticiens de la lutte de classe diront que c'est une connerie, une grosse connerie. Mais il n'y a pas de lutte de classe sans haine et sans rage. Il n'y a l&#224; aucun message, aucun appel, aucune justification, aucun exemple, aucune volont&#233; d&#233;monstrative, explicative, aucune d&#233;mystification. A force d'expliquer les gestes simples qui se suffisent &#224; eux-m&#234;mes, on efface leur sens. Toute contestation qui ne se moule pas dans les habits d&#233;mocratiques que l'Etat a tricot&#233;s pour elle acquiert l'&#233;tranget&#233; de l'&#233;vidence.&lt;br /&gt;
Il n'y a aucune explication, aucun sens &#224; donner &#224; ce geste, il n'est pas &#224; analyser, c'est lui qui analyse explique ce qu'est la politique.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La politique a pour but d'unir les fran&#231;ais et non de les diviser. &lt;/i&gt; &#187;&lt;br&gt;
&#171; &lt;i&gt;La d&#233;mocratie d&#233;p&#233;rit quand il n'y a plus de diff&#233;rence entre la droite et la gauche. &lt;/i&gt; &#187;&lt;br&gt;
Nicolas Sarkozy.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Deux phrases contradictoires, une seule et m&#234;me v&#233;rit&#233;. Etat, salaire, police, travail, entreprises, vote : de Laguiller &#224; Le Pen, la d&#233;mocratie est un r&#233;gime de &lt;i&gt;parti unique&lt;/i&gt; qui comme tous les partis uniques contient des luttes de fractions f&#233;roces. Les Socialistes ne se sont pas plus &#233;loign&#233;s de leurs &#171; id&#233;aux &#187; en licenciant, restructurant, bloquant les salaires, pr&#233;carisant l'emploi, racialisant les luttes ouvri&#232;res (ah ! Mauroy et les gr&#232;ves de l'automobile en 1983), encourageant la mont&#233;e du Front National, qu'ils n'en &#233;taient proches en 1881 quand le &lt;i&gt;possibilisme&lt;/i&gt; devenait leur doctrine officielle. Attaquer les Socialistes ce n'est pas attaquer un parti face &#224; d'autres partis, mais attaquer le &lt;i&gt;Parti unique. &lt;/i&gt;Un simple tour d'horizon des gouvernements en fonction en Europe montre que le parti unique est actuellement au pouvoir dans la plupart des pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout gauchiste, qu'il se pr&#233;sente ou non aux &#233;lections, consid&#232;re les &#233;lections comme un d&#233;voiement de la lutte de classe. Mais, la d&#233;mystification est un moment de la mystification car elle ne la comprend pas comme n&#233;cessaire et mat&#233;rielle .&lt;br /&gt;
La classe dont ils parlent et au nom de laquelle ils se pr&#233;sentent est par d&#233;finition, elle-m&#234;me, une d&#233;termination du mode de production capitaliste et ils se gardent bien de vouloir que cela cesse. D&#233;mystifier, c'est chercher &#224; savoir comment la religion, la politique, la d&#233;mocratie, l'&#233;conomie, relient les individus, or, ce dont il s'agit, c'est de comprendre pourquoi le lien des individus particuliers, d&#233;finis dans un mode de production d&#233;termin&#233;, comme constituant des classes antagoniques, prend la forme n&#233;cessaire de la religion, de la politique, de la d&#233;mocratie ou de l'&#233;conomie. Le f&#233;tichisme de la politique se construit dans le rapport entre l'Etat et les rapports de production devenant soci&#233;t&#233; civile. Le f&#233;tichisme sp&#233;cifique du capital est celui des &#233;l&#233;ments d'un proc&#232;s de reproduction qui forment un tout mais dont l'ind&#233;pendance est pouss&#233;e jusqu'&#224; la personnification : le travail produit le salaire, le capital l'int&#233;r&#234;t, de fa&#231;on aussi naturelle que la terre produit la rente. C'est le mode renvers&#233; dans lequel nous nous mouvons &#224; l'aise et sans lequel la &#171; r&#233;alit&#233; &#187; (la &#171; vraie r&#233;alit&#233; &#187;, comme on dit) n'existerait m&#234;me pas.&lt;br /&gt;
Le fait que le capital soit le p&#244;le qui englobe son rapport &#224; l'autre, le prol&#233;tariat, ne signifie pas qu'il parvienne &#224; une organisation totalitaire de la soci&#233;t&#233;, telle qu'on se compla&#238;t &#224; l'imaginer ( il y a peu d'exemples dans l'histoire de r&#233;gime politique aussi bord&#233;lique, fait de centres de pouvoir rivaux, que l'Allemagne nazie, ce n'&#233;tait pas le &lt;i&gt;L&#233;viathan&lt;/i&gt; mais &lt;i&gt;B&#233;h&#233;moth&lt;/i&gt;, si ce n'est l'URSS de Staline), occupant ou annihilant les contradictions qui la fondent. Dans la mesure o&#249; le capital englobe le rapport et l'ensemble de la soci&#233;t&#233;, la constituant, de ce fait, comme telle, la politique exprime, &#224; ce niveau, intrins&#232;que &#224; la reproduction du capital, le r&#232;glement des contradictions internes &#224; la classe capitaliste et le rapport d'exploitation avec le prol&#233;tariat ( les contradictions internes &#224; la classes capitaliste peuvent &#234;tre ramen&#233;es &#224; un effet de sa contradiction avec le prol&#233;tariat). La politique n'&#233;crase pas plus la lutte des classes que les syndicats ne d&#233;tournent les luttes. Il faudrait supposer que le prol&#233;tariat en tant que classe du mode de production capitaliste n'en soit pas une. Tant qu'il demeure une classe de cette soci&#233;t&#233;, le prol&#233;tariat ne fera jamais s&#233;cession, ce n'est pas la pl&#232;be de la r&#233;publique romaine. Le probl&#232;me actuel est tout autre, il est celui de &lt;i&gt;l'impossibilit&#233; tendancielle &#224; repr&#233;senter le prol&#233;tariat dans la politique&lt;/i&gt;, cela renvoie &#224; sa d&#233;g&#233;n&#233;ration par le capital comme acteur l&#233;gitime de sa reproduction. Disons qu'actuellement, la critique de la d&#233;mocratie et des &#233;lections est le fait m&#234;me de la reproduction capitaliste &#224; l'int&#233;rieur de celle-ci. Le Parti unique ne peut exister que dans la totalit&#233; de ses fractions.&lt;br /&gt;
L'entreprise de d&#233;mystification est obsol&#232;te, elle est en retard d'une guerre. Le f&#233;tichisme structurel de la reproduction capitaliste est toujours vrai et agissant, des probl&#232;mes r&#233;els se r&#232;glent politiquement, c'est &#224; dire au niveau o&#249; la classe capitaliste existe comme repr&#233;sentant les &lt;i&gt;int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, parce que cette repr&#233;sentation est vraie. Le probl&#232;me actuel de la politique n'est pas qu'elle mystifie mais qu'elle ne contient plus la contradiction entre les classes, dans le cadre de cette mystification , que comme m&#233;pris des politiciens, abstention, &#233;clatement de la repr&#233;sentation, comme rejet de la politique &#224; &lt;i&gt;l'int&#233;rieur de la politique&lt;/i&gt;. Se r&#233;jouir de l'abstention est une illusion : on ne peut pas, &#224; la mani&#232;re anarchiste ou radicale, dire d'un c&#244;t&#233;, que les &#233;lections ont peu d'importance et de l'autre se r&#233;jouir du nombre d'abstentionnistes comme r&#233;v&#233;lateur d'un niveau de la &#171; conscience de classe &#187;. Rejet de la politique &#224; l'int&#233;rieur de la politique que tous les candidats int&#232;grent &#224; leur propre d&#233;finition de candidat &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt; (la fortune m&#233;diatique et sondagi&#232;re de S&#233;gol&#232;nne Royal est un exemple &#224; m&#233;diter, tout comme le &#171; succ&#232;s &#187; de Bayrou, ou le paroxisme politique paradoxal de Sarkozy). Forme peut-&#234;tre transitioire mais le succ&#232;s, partout dans le monde, des amuseurs t&#233;l&#233;visuels et des d&#233;mystificateurs gauchistes est maintenant la forme la plus avanc&#233;e sous laquelle se pr&#233;sente la politique dans le cadre de la politique telle qu'elle existe dans la soci&#233;t&#233; capitaliste pr&#233;sente.&lt;br /&gt;
Nous n'avons rien &#224; faire des entreprises de d&#233;mystification qui supposent toujours l'existence d'une r&#233;alit&#233; saine sous la mystification. Un voile &#224; d&#233;chirer pour faire appara&#238;tre &lt;i&gt;la vraie r&#233;alit&#233; r&#233;elle&lt;/i&gt;, comme les candidats parlent de &#171; la vraie vie &#187; ou des &#171; vrais gens &#187;. Nous serions dans le m&#234;me registre et ne ferions que redoubler ce que la politique dit elle-m&#234;me maintenant sur elle-m&#234;me. Enfin, la critique qui veut d&#233;mystifier la politique en disant qu'elle ne fait qu'ent&#233;riner les n&#233;cessit&#233;s du capital oublie une chose : ces n&#233;cessit&#233;s, parce qu'elles sont les n&#233;cessit&#233;s du capital devant les int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux de la soci&#233;t&#233;, &lt;i&gt;passent par la politique&lt;/i&gt; (depuis Machiavel qui fit la th&#233;orie de cette chose extraordinaire qu'est le &#171; pouvoir ex&#233;cutif &#187; qui a tout mais th&#233;oriquement n'est rien, c'est une chose entendue).&lt;br /&gt;
Le geste &#233;tait simple, plein en lui-m&#234;me, sans r&#233;f&#233;rences, au-del&#224; de la d&#233;mystification militante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anonyme, avril 2007.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Il fallait ce d&#233;cider &#224; lutter contre ce syst&#232;me&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A l'heure actuelle et a l'approche des &#233;lections, les travailleurs ne sont pas pr&#234;ts &#224; lutter eux-m&#234;mes contre le syst&#232;me et &#224; choisir entre la libert&#233; et l'oppression. Selon moi, il fallait se d&#233;cider &#224; lutter contre le syst&#232;me. Comme les travailleurs ne voulaient rien entreprendre, j'ai voulu faire quelque chose moi-m&#234;me. Provoquer un incendie me paraissait &#234;tre un bon moyen. Je ne voulais pas m'en prendre &#224; des individus mais &#224; quelque chose qui appartienne au syst&#232;me. Les b&#226;timents publics convenaient donc pour cela, comme par exemple le bureau d'aide des ch&#244;meurs parce que c'est un b&#226;timent o&#249; se retrouvent les travailleurs. Ensuite l'h&#244;tel de ville parce que c'est un b&#226;timent qui fait partie du syst&#232;me, et puis le Slot. Ce dernier parce qu'il est situ&#233; dans le centre et qu'en cas d'incendie les flammes auraient &#233;t&#233; visibles de loin. Comme aucun de ces trois incendies n'a pris et que mon geste de contestation n'a rien donn&#233;, j'ai choisi le Reichstag, car c'est le point central du syst&#232;me.&lt;i&gt; &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Extrait du proc&#232;s verbal d'interrogatoire de police de Marinus Van der Lubbe, 2 mars 1933.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Textes contre la d&#233;mocratie&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#201;MOCRATIE&lt;br /&gt;
Une d&#233;finition anarchiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratie est une des formes de la soci&#233;t&#233; capitaliste et bourgeoise. La base de la d&#233;mocratie est le maintien des deux classes oppos&#233;es de la soci&#233;t&#233; moderne : celle du travail et celle du capital, &lt;i&gt;et leur collaboration sur le fondement de la propri&#233;t&#233; capitaliste priv&#233;e&lt;/i&gt;. L'expression de cette collaboration est le Parlement et le Gouvernement national repr&#233;sentatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Formellement, la D&#233;mocratie proclame la libert&#233; de la parole, de la presse, des associations, ainsi que l'&#233;galit&#233; de tous devant la Loi. En r&#233;alit&#233;, toutes ces libert&#233;s ont un caract&#232;re tr&#232;s relatif : elles sont tol&#233;r&#233;es tant qu'elles ne contredisent pas les int&#233;r&#234;ts de la classe dominante : la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La D&#233;mocratie maintient intact le principe de la propri&#233;t&#233; capitaliste &lt;i&gt;priv&#233;e&lt;/i&gt;. Par l&#224; m&#234;me, elle laisse &#224; la bourgeoisie le droit de tenir entre ses mains toute la presse, l'enseignement, la science, l'art, ce qui, en fait, rend la bourgeoisie &lt;i&gt;ma&#238;tresse absolue du pays&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant le monopole dans la vie &#233;conomique, la bourgeoisie peut &#233;tablir son pouvoir illimit&#233; aussi dans le domaine politique. En effet, le Parlement et le Gouvernement repr&#233;sentatif ne sont, dans les d&#233;mocraties, que les organes ex&#233;cutifs de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, la d&#233;mocratie n'est que l'un des aspects de la dictature bourgeoise, m&#234;l&#233;e sous des formules trompeuses de libert&#233;s politiques et de garanties d&#233;mocratiques fictives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Archinoff, &lt;br&gt;
D&#233;finition extraite de &lt;i&gt;l'Encyclop&#233;die anarchiste&lt;/i&gt;, 1934.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;DEMOCRATIE&lt;br /&gt;
Une d&#233;finition mordicante&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ETYMOL&lt;/strong&gt;. La &lt;i&gt;d&#234;mokratia&lt;/i&gt; &#224; Ath&#232;nes r&#233;gissait une communaut&#233; de 70 000 citoyens libres [et m&#226;les], petits et grands propri&#233;taires que d&#233;chiraient des luttes f&#233;roces mais qui exer&#231;aient une domination implacable sur 500 000 esclaves, une proportion qui n'a gu&#232;re vari&#233; au fil des mill&#233;naires. Le terme revient en usage aux XVIIe et XVIIIe si&#232;cles dans le vocabulaire des th&#233;oriciens des Lumi&#232;res qui l'opposaient &#224; &#171; autocratie &#187; et &#224; &#171; aristocratie &#187;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;HIST&lt;/strong&gt;. A l'&#233;poque de la R&#233;volution bourgeoise, le mot repr&#233;sentait l'aspiration des nouvelles classes poss&#233;dantes &#224; acc&#233;der au pouvoir politique avec l'appui du &#171; peuple &#187;. Quitte, une fois la victoire acquise, &#224; r&#233;primer dans le sang, et au nom du consentement g&#233;n&#233;ral, les pauvres qui ne se satisfaisaient pas de la simple liquidation des archa&#239;smes f&#233;odaux et dont les turbulences mena&#231;aient les nouvelles normes juridiques et sociales. Au fur et &#224; mesure que le salariat s'est &#233;tendu &#224; toute la soci&#233;t&#233;, le mouvement ouvrier a repris &#224; son compte l'exigence d&#233;mocratique. La r&#233;gulation d&#233;mocratique, appliqu&#233;e aux conflits d'int&#233;r&#234;ts comme aux antagonismes de classes, a facilit&#233; le d&#233;veloppement des forces productives et permis d'achever la soumission de zones enti&#232;res de la plan&#232;te &#224; la logique &#233;conomique. Les habitudes d&#233;mocratiques et &#233;galitaires du mouvement ouvrier ne lui ont plus suffi pour surmonter la complexit&#233; des rapports de force ; &#233;rig&#233;es en dogme dans les pays industrialis&#233;s, elles ont bien souvent isol&#233; les minorit&#233;s agissantes et paralys&#233; les projets de d&#233;passement dans les moments insurrectionnels ou dans les phases de d&#233;liquescence de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GEOGR&lt;/strong&gt;. Le syst&#232;me d&#233;mocratique se r&#233;pand au fur et &#224; mesure que les formes moins subtiles de domination montrent leur inf&#233;riorit&#233; dans la production de marchandises. De Bogota &#224; S&#233;oul, des masses d'hommes se sont faits tuer pour que triomphe l'esprit d&#233;mocratique sous la forme exprim&#233;e par un candidat heureux aux &#233;lections polonaises : &#171; La seule d&#233;mocratie, c'est celle de l'argent &#187;. Dans le pays phare de la d&#233;mocratie, les USA, il faut rouler sur l'or pour repr&#233;senter les pauvres. Cinquante pour cent de la population ne vote d'ailleurs pas. Le mod&#232;le am&#233;ricain triomphe dans les pays de l'Est o&#249;, d'ores et d&#233;j&#224;, le pourcentage d'abstention est tr&#232;s &#233;lev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;SENS ACTUEL. &lt;/strong&gt;Sous la dictature de l'&#233;conomie, le terme d&#233;signe un syst&#232;me o&#249; les consommateurs &lt;i&gt;pl&#233;biscitent&lt;/i&gt; des marchandises tandis que les &#233;lecteurs se font &lt;i&gt;vendre&lt;/i&gt; les candidats &#224; la repr&#233;sentation politique. &#171; &lt;i&gt;La d&#233;mocratie est le voile qui rend invisible le rapport capitaliste dans ce qu'il a de plus abject &lt;/i&gt; &#187; (A. Bonvi).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;SYN&lt;/strong&gt;. Raie publique, d&#233;mocrature, Disneyland, meilleur des mondes, royaume des aveugles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ANT&lt;/strong&gt;. Communaut&#233; humaine, horde, phalanst&#232;re.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ANALOG. ETAT DEMOCRATIQUE &lt;/strong&gt; : Plut&#244;t que de l'insignifiant verdict des urnes, la d&#233;mocratie repr&#233;sentative tire sa l&#233;gitimit&#233; de l'incapacit&#233; de l'&lt;i&gt;homo economicus&lt;/i&gt; &#224; influer sur sa propre existence et ses rapports sociaux. L'Etat d&#233;mocratique a pour r&#244;le de r&#233;duire &#224; l'impuissance tous ceux qui sont tent&#233;s par les transgressions des ordres de l'&#233;conomie, en diluant leurs exigences dans le triomphe g&#233;n&#233;ral de la servitude volontaire &#8211; en les ch&#226;tiant durement si besoin. A noter que le poids des lobbies, les lourdeurs bureaucratiques et le pouvoir des sp&#233;cialistes sont autant de facteurs structurels qui rendent d'autant plus inop&#233;rants les principes ang&#233;liques du dogme d&#233;mocratique.&lt;br&gt; &lt;strong&gt;TOTALITARISME DEMOCRATIQUE &lt;/strong&gt; : Tout le bluff du pouvoir d&#233;mocratique consiste &#224; justifier son universalisme conqu&#233;rant par l'&#233;ventail de libert&#233;s formelles qu'il garantit juridiquement. Il est vrai qu'il peut se targuer d'avoir &#233;branl&#233; les despotismes orientaux et d'avoir &#233;cras&#233; ou amen&#233; &#224; r&#233;sipiscence les d&#233;viations dictatoriales du capitalisme &#8211; tous exploits inlassablement ressass&#233;s par ses thurif&#233;raires. Le dogme d&#233;mocratique fonctionne, dans leur bouche, sur le mode binaire qui caract&#233;rise l'univers mental totalitaire : ceux qui ne sont pas &#171; pour la d&#233;mocratie &#187; sont forc&#233;ment &#171; pour le totalitarisme &#187; et leurs activit&#233;s sont &#171; terroristes &#187;. Dans la soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique, l'uniformit&#233; culturelle que v&#233;hiculent les m&#233;dias engendre une h&#233;b&#233;tude n&#233;vrotique de la masse des spectateurs. On peut acheter des centaines de journaux qui tous disent la m&#234;me chose ; on peut y assister &#224; des joutes acharn&#233;es entre politiciens et entre entrepreneurs qui tous d&#233;fendent des programmes ou vendent des marchandises interchangeables. En r&#233;alit&#233;, tout y est permis mais rien n'y est possible, hors des r&#232;gles truqu&#233;es du march&#233;. &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;UTOPIE DEMOCRATIQUE &lt;/strong&gt; : Le fin mot de l'histoire et son mot de la fin. Pour les utopistes d&#233;mocrates, la d&#233;mocratie est aussi &#171; naturelle &#187; que l'&#233;conomie qui en impose la n&#233;cessit&#233; et se confond avec elle, les hommes cessant d'&#234;tre des sujets de leur histoire et constituant une communaut&#233; plan&#233;taire d'&#234;tres-marchandises ; l'un d'entre eux, F. Furet, a pu ainsi &#233;crire que &#171; la loi d&#233;mocratique n'ayant rien au-dessus d'elle, ne comporte aucun tribunal d'Appel (&#8230;) Le pouvoir d&#233;mocratique &#233;limine la notion m&#234;me de droit de r&#233;sistance &#187;. Le droit d'asile servait aux d&#233;mocraties &#224; faire la le&#231;on aux autres r&#233;gimes. Mais celui qui a contrevenu aux lois d'une d&#233;mocratie ne trouvera bient&#244;t plus asile nulle part. d&#233;cr&#233;t&#233; &#171; d&#233;linquant &#187; ou &#171; terroriste &#187;, on lui fera v&#233;rifier qu'au-del&#224; de la d&#233;mocratie, il n'y a plus rien, que la prison ou la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques &lt;strong&gt;PROVERBES &lt;/strong&gt;d&#233;mocratiques : &#171; &lt;i&gt;Libert&#233;&lt;/i&gt; [pouvoir d'achat] &lt;i&gt;Egalit&#233;&lt;/i&gt; [entre marchandises] &lt;i&gt;Fraternit&#233;&lt;/i&gt; [au sein de ces &#233;tranges et fastidieuses communaut&#233;s que composent les &lt;i&gt;employ&#233;s&lt;/i&gt;, les &lt;i&gt;usag&#233;s&lt;/i&gt;, les &lt;i&gt;embouteill&#233;s&lt;/i&gt;, les &lt;i&gt;vacants sci&#233;s&lt;/i&gt;, etc.] &#187; ou encore &#171; &lt;i&gt;IBM&#174; c'est tout&lt;/i&gt; &#187; et autres &#171; &lt;i&gt;Coca-Cola&#174; c'est &#231;a&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Usage &lt;strong&gt;PEJORATIF &lt;/strong&gt;&#171; &lt;i&gt;Va donc, eh d&#233;mocrate !&lt;/i&gt; &#187; (retourne brouter en attendant les consignes du ma&#238;tre) &#171; &lt;i&gt;Pauvre d&#233;mocrate&lt;/i&gt; &#187; (gogo d'entre les gogos).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Texte publi&#233; dans &lt;i&gt;Mordicus&lt;/i&gt;, n&#176; 1, d&#233;cembre 1990.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des chiens de garde &#224; plus savoir quoi enflammer !&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#034;&lt;i&gt;Dans la rue des Bons-Enfants&lt;br /&gt;
Viande &#224; vendre au plus offrant&lt;br /&gt;
Y'avait un commissariat&lt;br /&gt;
Et maintenant il n'est plus l&#224;&lt;br /&gt;
Une explosion fantastique&lt;br /&gt;
N'en a pas laiss&#233; une brique&lt;br /&gt;
On crut qu'c'&#233;tait Fantomas&lt;br /&gt;
Mais c'&#233;tait la lutte des classes.&lt;/i&gt;&#034;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;	Des QG de partis, des permanences &#233;lectorales, des commerces, des bureaux de vote, des amphis, des &#233;coles, des commissariats, (pas que dans la rue des Bons-Enfants !), des prisons et autres centres de r&#233;tention, des HP, des bo&#238;tes d'interim, des ANPE et autres attrapes-moutons&#8230; Des chiens de garde &#224; plus savoir quoi en foutre, mais pas que des moutons par troupeaux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le capitalisme repose actuellement, dans une large part des &#233;tats, sur une gestion politique de la soci&#233;t&#233; nomm&#233;e &#171; &lt;i&gt;d&#233;mocratie repr&#233;sentative &lt;/i&gt; &#187;. Cette d&#233;mocratie s'est impos&#233;e comme mod&#232;le incontestable, incontournable en se fondant sur un ensemble de valeurs bourgeoises dont il est dit qu'elles sont universelles.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ne parlent-ils pas de libert&#233;, de justice, de raison, de communion ? Ne se mettent-ils point sans cesse dans la bouche les mots d'&#171; &lt;/i&gt;humanisme &lt;i&gt; &#187; et d'&#171; &lt;/i&gt;humanit&#233; &lt;i&gt; &#187; ? &lt;/i&gt;[&#8230;]&lt;i&gt; C'est ainsi qu'ils font la th&#233;orie de la pratique bourgeoise, qu'ils font la m&#233;taphysique de l'univers auquel le bourgeois tient. &lt;/i&gt;[&#8230;]&lt;i&gt; Ses fonctions &#233;conomiquement, politiquement dirigeantes exigent d'&#234;tre compl&#233;t&#233;es et garanties par des fonctions spirituellement dirigeantes. Directeurs d'entreprises. Directeurs de conscience. &lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul Nizan, Les Chiens de garde, Marseille, Agone, 2001 [1960], 189 p.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;	Le d&#233;veloppement et le maintien du mythe de l'ind&#233;passabilit&#233; de la d&#233;mocratie comme mode de fonctionnement de la soci&#233;t&#233; humaine, s'organisent &#224; travers un ensemble d'institutions, de rouages &#233;conomiques, intellectuels, culturels etc., tous actifs politiquement, &#224; travers une multitude de &#171; &lt;i&gt;chiens de garde &lt;/i&gt; &#187;. Gr&#226;ce &#224; eux, l'Etat se pose et s'impose comme l'objet absolu pour tous ses sujets. Aussi, servir la prosp&#233;rit&#233;, la grandeur, la puissance de l'Etat reviendrait-il &#224; d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts de tous, et par voie de cons&#233;quence, tout ce qui pourrait &#234;tre fait &#224; son encontre serait criminel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or les mutineries, les d&#233;sertions, les gr&#232;ves, blocages, sabotages et autres r&#233;sistances, sont autant de d&#233;sob&#233;issances qui montrent que les exploit&#233;s ne sont pas toujours dupes de leur instrumentalisation. L'Etat fran&#231;ais (son sens, sa structure et sa fonction) est vou&#233; &#224; la concentration et la protection des int&#233;r&#234;ts, des plans, des biens de la classe dominante.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Pour cela il &lt;/i&gt;[&#8230;] &lt;i&gt;ne requiert point uniquement l'exercice des forces brutales de ses juges, de ses militaires, de ses fonctionnaires et de ses policiers. Il requiert encore des moyens plus subtils de domination. Il n'est pas toujours n&#233;cessaire de combattre et d'abattre par la force des adversaires d&#233;clar&#233;s : on peut les persuader d'abord. C'est pourquoi le pouvoir r&#233;pressif est doubl&#233; par le pouvoir pr&#233;ventif. C'est pourquoi un Etat bien fait s'adjoint des organes du pouvoir spirituel&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ibid.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Philosophes avan&#231;ant des raisons de valeurs universelles &#224; nos actes, notre labeur, notre consommation, notre mariage, notre procr&#233;ation, &#224; notre vote, etc. Professeurs enseignant l'ordre et la discipline, appliquant les programmes confectionn&#233;s par les historiens-chercheurs de mythes. Chaque parti candidat au pilotage de la machine &#233;tatique sait s'adjoindre une vedette intellectuelle, un penseur s&#233;duisant&#8230; Cette alliance des penseurs en mal de pouvoir et des puissances en mal de pens&#233;e vise &#224; &#233;laborer une canalisation des esprits. Gr&#226;ce &#224; cette complicit&#233; des &#171; penseurs &#187;, l'Etat peut esp&#233;rer parvenir &#224; contr&#244;ler la soci&#233;t&#233; dans sa &lt;i&gt;totalit&#233;&lt;/i&gt;. Tous les espaces-temps qui d&#233;coupent notre (sur)vie doivent &#234;tre les relais de l'id&#233;ologie de l'Etat donc du capitalisme. Les agissements doivent &#234;tre l'ex&#233;cution de ses ordres ; les pens&#233;es une adh&#233;sion &#224; ses dogmes. Toute vie humaine doit int&#233;grer un sch&#233;ma r&#233;pondant aux n&#233;cessit&#233;s du capitalisme, sch&#233;ma qui se r&#233;p&#232;te et se reproduit ; il est seulement n&#233;cessaire &#224; l'Etat d'en perfectionner la r&#233;gulation afin de pallier &#224; ses failles, ses contradictions.&lt;br /&gt;
S'appropriant le temps et l'histoire, les dominants et leurs chiens de garde garantissent mythiquement la permanence et l'universalit&#233; de nos vies d'opprim&#233;s. Les couples ne reproduisent pas la force de travail, ils fondent des familles ! La France n'importe pas de la main-d'&#339;uvre, elle est une &#171; terre d'asile &#187; ! Elle n'est pas communautariste mais multiculturelle ! Les programmes scolaires ne sont pas &#233;labor&#233;s pour inculquer la servilit&#233; mais pour transmettre la citoyennet&#233; ! La vid&#233;osurveillance ne vise pas le contr&#244;le de la soci&#233;t&#233;, elle garantit sa s&#233;curit&#233; ! Les grandes messes patriotes ne gratifient pas les despotes, elles c&#233;l&#232;brent la R&#233;publique ! La t&#233;l&#233;vision n'est pas ali&#233;nation mais divertissement ! Derri&#232;re tous ses mensonges, la r&#233;alit&#233; du capitalisme est que toute activit&#233; et pens&#233;e humaines tendent &#224; avoir un unique &lt;i&gt;sens&lt;/i&gt; : l'exploitation de la force de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Si, dans la plupart des &#233;tats capitalistes, il n'est pas n&#233;cessaire actuellement &#224; la classe dominante d'&#233;tablir son pouvoir par la dictature, c'est parce que la d&#233;mocratie offre ce visage de consensualisme, cette &lt;i&gt;illusion&lt;/i&gt; du choix. Et cela gr&#226;ce aux mythes et id&#233;alismes, aux &#171; raisons d'&#234;tre &#187; que fabrique, jette et renouvelle la philosophie, machine &#224; produire des mensonges, &#171; &lt;i&gt;syst&#232;me d'illusions que l'histoire du si&#232;cle a form&#233; et qui nie que ce monde puisse mourir&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ibid.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Gr&#226;ce aussi aux partis et syndicats qui captent, cristallisent et canalisent l'opposition. &lt;br /&gt; Pour autant, la permanence de ce syst&#232;me n'est pas garantie car &#171; &lt;i&gt;les col&#232;res que nous avons, les haines qui nous tiennent n'ont pas besoin, &lt;/i&gt;[elles]&lt;i&gt;, de justifications &#233;ternelles&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ibid.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D'une mani&#232;re ou d'une autre, les opprim&#233;s ont toujours essay&#233; et essaierons jusqu'&#224; la destruction de ce qui les tient en esclavage, de reprendre le contr&#244;le de leur vie.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Une civilisation &#233;touff&#233;e par les contradictions qu'elle-m&#234;me engendre, victime de ses propres poisons, a commenc&#233; &#224; mourir et s'est suscit&#233;e comme ennemis tous ceux qui ne consentaient pas &#224; la suivre dans sa fin. C'&#233;taient ceux-l&#224; m&#234;me qui souffraient de sa puissance et qui n'avaient jamais partag&#233; sa bonne sant&#233;. Tout le drame se joue entre la bourgeoisie et le prol&#233;tariat&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ibid.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Quand des voitures crament, que des permanences &#233;lectorales sont br&#251;l&#233;es, des bureaux de vote attaqu&#233;s, ce sont autant de coups de trique que re&#231;oivent les bien-pensants, les faiseurs d'illusions, les fabricants d'armes pour exploiter, les garants et les chiens de garde du capitalisme&#8230; si nombreux que le feu ne peut que continuer de se propager&#8230; et c'est tant mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tata Zaza&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Mort &#224; la d&#233;mocratie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'Etat [&#8230;] est une mise en forme de la domination. Il est la sanction et la perp&#233;tuation d'un rapport de force [&#8230;]. Ce rapport de force est fond&#233; sur des &#233;l&#233;ments tr&#232;s concrets et tr&#232;s mat&#233;riels. Il est celui qui donne &#224; certains groupes humains la ma&#238;trise de la puissance sociale, la position de force, si l'on veut, dans les rapports sociaux collectifs qui se sont institu&#233;s dans une soci&#233;t&#233; donn&#233;e. Ce ne sera une r&#233;v&#233;lation pour personne que de dire que le rapport social qui institue la soci&#233;t&#233; mondiale actuelle est le rapport social capitaliste. Dans ce rapport, il y a un p&#244;le dominant, qui est la classe capitaliste, et un p&#244;le domin&#233;, les classes exploit&#233;es. La d&#233;mocratie, en tant que r&#233;gime particulier de l'Etat, n'est rien d'autre qu'une des modalit&#233;s possibles de la mise en forme de la domination capitaliste. [Quant au] d&#233;bat qui oppose les tenants de l'interventionnisme d'Etat et ceux de l'ultralib&#233;ralisme [il] est un d&#233;bat interne au capital. Il ne s'agit que de savoir comment le capitalisme fonctionnera le mieux.&lt;br /&gt;
La d&#233;nonciation convenue de &#171; l'ultralib&#233;ralisme &#187;, qui &#224; pr&#233;sent constitue le discours standard de la gauche dite &#171; radicale &#187;, se r&#233;sume le plus souvent &#224; un appel &#224; la tutelle protectrice de l'Etat contre les puissances de l'argent. Une telle position [&#8230;] propose [ce qui] est la source m&#234;me du mal. L'Etat, d&#233;mocratique ou non, comme puissance de domination, est, a toujours &#233;t&#233; et sera toujours l'alli&#233; du capitalisme et de l'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extrait de L&#233;on de Mattis, &lt;i&gt;Mort &#224; la d&#233;mocratie&lt;/i&gt;, Paris, L'Altiplano, 2007, 130 p.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Discours de Durruti&lt;BR /&gt;
Barcelone 1932&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes et les communistes disent que nous abstenir aux &#233;lections, c'est favoriser le fascisme, mais comme nous avons toujours dit que l'Etat est un instrument d'oppression au service d'une caste, nous restons fid&#232;les a nous m&#234;mes. Et comme nous pensons que le mouvement de lib&#233;ration doit toujours faire face &#224; I'Etat voil&#224; pourquoi nous pr&#244;nons l'abstention &#233;lectorale active. Active, c'est &#224; dire que, tout en nous abstenant de la stupidit&#233; &#233;lectorale, nous devons rester vigilants dans les lieux de production et dans la rue. Les vrais bandits, les vrais malfaiteurs, ce sont les politiciens qui ont besoin de tromper et d'endormir les ouvriers en leur promettant la semaine des quatre jeudis en leur arrachant un vote qui les porte au parlement et leur permette de vivre en parasites de la sueur des ouvriers. Lorsque nos camarades d&#233;put&#233;s socialistes ont eux aussi uni leurs voix &#224; cette cohorte d'eunuques, ils ont montr&#233; leur vrai visage. Car il y a de nombreuses ann&#233;es qu'ils ont cess&#233; d'&#234;tre des ouvriers, et par cons&#233;quent des socialistes. Ils vivent de leur activit&#233; de d&#233;put&#233;. Que les r&#233;publicains socialistes le sachent : ou bien ils r&#233;solvent le probl&#232;me social, ou bien c'est le peuple qui le r&#233;soudra. Nous pensons que la R&#233;publique ne peut pas le r&#233;soudre. Aussi, disons nous clairement &#224; la classe ouvri&#232;re qu'il n'y plus qu'un dilemme : ou mourir comme des esclaves modernes, ou vivre comme des hommes dignes par la voie directe de la r&#233;volution sociale. Vous donc, ouvriers qui m'&#233;coutez, sachez &#224; quoi vous en tenir. C'est de vous que d&#233;pend le changement du cours de votre vie.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La d&#233;mocratie n'est pas la dictature,&lt;BR /&gt;
mais la pr&#233;pare et s'y pr&#233;pare&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'Etat d&#233;mocratique tentaculaire mis en place apr&#232;s 45 [&#8230;] se donne potentiellement tous les moyens du fascisme, sinon davantage, car il neutralise les organisations salariales sans les an&#233;antir. Le parlement a perdu son contr&#244;le sur l'ex&#233;cutif. Par le Welfare ou le Workfare, par les techniques modernes de surveillance comme par l'assistanat &#233;tendu &#224; des millions d'individus, bref par un syst&#232;me qui rend chacun de plus en plus d&#233;pendant, l'unification sociale va au-del&#224; de celle effectu&#233;e sous la terreur fasciste, mais le fascisme en tant que mouvement sp&#233;cifique a disparu. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dictature n'est pas une arme du capital, comme s'il pouvait y substituer d'autres moins meurtri&#232;res : mais une de ses tendances, qui se r&#233;alise d&#233;s que n&#233;cessaire. &#034;Revenir&#034; &#224; la d&#233;mocratie parlementaire, comme en Allemagne apr&#232;s 45, signifie que la dictature est inutile (jusqu'&#224; la prochaine fois) en tant qu'int&#233;gration des masses &#224; l'Etat. Le probl&#232;me n'est donc pas que la d&#233;mocratie assure une domination plus douce que la dictature : chacun pr&#233;f&#233;rera &#234;tre exploit&#233; &#224; la su&#233;doise qu'enlev&#233; par les sbires d'un Pinochet. Mais a-t-on le choix ? M&#234;me la rassurante d&#233;mocratie scandinave se transformerait en dictature s'il le fallait. L'Etat ne peut avoir qu'une fonction, qu'il remplit d&#233;mocratiquement ou dictatorialement. Que la premi&#232;re mani&#232;re soit moins rude, ne signifie pas que l'on pourrait infl&#233;chir l'Etat pour le contraindre &#224; se priver de la seconde. Les formes que se donne le capitalisme ne d&#233;pendent pas plus des pr&#233;f&#233;rences des salari&#233;s que des intentions de la bourgeoisie. Weimar a capitul&#233; devant Hitler, elle lui a ouvert les bras. Et le Front Populaire de Blum n'a pas &#034;&#233;vit&#233; le fascisme&#034;, car la France de 1936 n'avait nul besoin d'unifier autoritairement son capital ni de r&#233;duire ses classes moyennes. Il n'existe pas de &#034;choix&#034; politique auquel les prol&#233;taires pourraient &#234;tre convi&#233;s ou s'inviter de force. La d&#233;mocratie n'est pas la dictature, mais la pr&#233;pare et s'y pr&#233;pare. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratie bourgeoise est une &#233;tape de la prise du pouvoir du capital, et son extension au XX&#232;me si&#232;cle en parach&#232;ve la domination en accentuant l'isolement des individus. Rem&#232;de &#224; la s&#233;paration entre homme et communaut&#233;, entre activit&#233; humaine et soci&#233;t&#233;, entre classes, la d&#233;mocratie ne pourra jamais r&#233;soudre le probl&#232;me de la soci&#233;t&#233; la plus s&#233;par&#233;e de l'histoire. Forme impuissante &#224; modifier son contenu, elle n'est qu'une partie du probl&#232;me dont elle se dit la solution. Chaque fois qu'elle pr&#233;tend mettre du &#034;lien social&#034;, elle accompagne sa dissolution. Chaque fois qu'elle pallie les d&#233;faillances marchandes, c'est en resserrant les mailles du filet &#233;tatique tendu sur les rapports sociaux. M&#234;me au niveau d&#233;sesp&#233;r&#233;ment r&#233;sign&#233; o&#249; ils se placent, les antifascistes pour &#234;tre cr&#233;dibles devraient nous expliquer en quoi une vie d&#233;mocratique locale est compatible avec la colonisation mercantile qui vide les lieux de rencontre et remplit la galerie marchande, ou comment un Etat omnipr&#233;sent dont on attend tout, protection et assistance, v&#233;ritable machine &#224; produire du &#034;bien&#034; social, ne fera pas &#034;le mal&#034; le jour o&#249; des contradictions explosives exigeront de remettre de l'ordre. Le fascisme est adulation du monstre &#233;tatique, l'antifascisme sa plus subtile apologie. Combattre pour un Etat d&#233;mocratique, c'est in&#233;vitablement consolider l'Etat, et au lieu d'extirper les racines du totalitarisme, aiguiser les griffes qu'il projette sur la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extrait de Gilles Dauv&#233;, &lt;i&gt;Quand meurent les insurrections&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, La Sociale, 2000, 94 p.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le capitalisme moderne est sage&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;	Il se sait plus prosp&#232;re quand il fonctionne avec des institutions &#171; d&#233;mocratiques &#187;, qu'il envoie le peuple &#233;lire ses propres repr&#233;sentants sur les bancs des assembl&#233;es l&#233;gislatives et qu'il le fait m&#234;me voter [...] pour l'&#233;lection pr&#233;sidentielle. Les dirigeants capitalistes ne se soucient ni du fonctionnement, ni du r&#233;sultats des &#233;lections, peu leur importe que ce soit le programme r&#233;publicain ou d&#233;mocrate qui l'emporte. Quelle diff&#233;rence &#224; leurs yeux ? Quel que soit celui que tu &#233;liras, il agira de toute fa&#231;on en faveur de &#171; l'ordre public &#187;, pour maintenir le syst&#232;me en l'&#233;tat. Le principal souci des autorit&#233;s en place est que le peuple continue de faire confiance au syst&#232;me existant et de le soutenir. C'est pour cela qu'ils d&#233;pensent des millions dans des &#233;coles, des lyc&#233;es et des universit&#233; qui &#171; t'apprendront &#187; &#224; croire au capitalisme et au gouvernement. Les politiques et les politiciens, les gouverneurs et les l&#233;gislateurs ne sont que des marionnettes entre leurs mains. Ils veilleront &#224; ce qu'aucune l&#233;gislation &#224; l'encontre de leurs int&#233;r&#234;ts ne soit adopt&#233;e. De temps en temps, ils feront semblant de s'opposer &#224; certaines lois et d'en d&#233;fendre d'autres, pour que leur jeu continue de t'int&#233;resser. Mais quelles que soient les lois vot&#233;es, tes ma&#238;tres prendront soin de ne pas nuire &#224; leurs affaires, et leurs avocats grassement pay&#233;s sauront comment tourner les lois en faveur du grand capital, comme le prouve l'exp&#233;rience quotidienne. [...] Mon ami, est-il besoin de te parler de la corruption et de la d&#233;bauche des politiques, des tribunaux et de l'exercice inf&#226;me de la &#171; justice &#187; auquel ils se livrent ? [...] Ce serait faire insulte &#224; ton intelligence que de s'attarder sur ces &#233;v&#233;nements connus dans le monde entier, parce qu'ils sont une partie int&#233;grante de la vie politique et dans tous les pays. Le plus grave, ce n'est pas que les politiciens soient corrompus et que l'exercice de la justice soit in&#233;quitable. Si c'&#233;tait l&#224; notre seul souci, alors nous pourrions peut-&#234;tre essayer, tout comme le r&#233;formiste, de &#171; purifier &#187; la politique et de travailler &#224; rendre l'administration judiciaire &#171; plus &#233;quitable &#187;. Mais ce n'est pas l&#224; que r&#233;side le probl&#232;me. Le vrai probl&#232;me ce n'est pas la corruption des politiques, mais le fait que le syst&#232;me politique lui-m&#234;me soit pourri. Ce ne sont pas les erreurs dans l'application de la loi, mais le fait que la loi elle-m&#234;me soit un instrument utilis&#233; pour asservir et opprimer le peuple. Le syst&#232;me judiciaire et gouvernemental tout entier n'est qu'une machine programm&#233;e pour maintenir en esclavage les travailleurs et s'approprier le fruit de leur labeur. Toute r&#233;forme &#171; sociale &#187; dont l'application d&#233;pend de la loi et du gouvernement est donc forc&#233;ment vou&#233;e &#224; l'&#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extrait de Alexandre Berkman, &lt;i&gt;Qu'est-ce que l'anarchisme ?,&lt;/i&gt; Paris, L'Echapp&#233;e, 2005 [1929], 258 p.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;flexion sur quelques mythes &#233;lectoraux&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;	Qui est &#171; propri&#233;taire &#187; des figures mythiques de la gauche ? Quelle est la r&#233;alit&#233; et quel est le sens de leur utilisation par le candidat de droite lors du grand d&#233;ballage &#233;lectoral ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avantage pour le capital, dans une p&#233;riode historique, de diff&#233;rents r&#233;gimes politiques, est qu'il peut, selon ses imp&#233;ratifs, moduler la mani&#232;re dont il impose les conditions d'exploitation du travail. Il est &#233;videmment moins risqu&#233; d'obtenir, lorsque cela est possible, un certain consensus. Les diff&#233;rentes variantes parlementaires ( r&#233;publiques ou monarchies) permettent avant tout de faire &#233;cran &#224; la domination du syst&#232;me d'exploitation en faisant croire, &#224; travers un syst&#232;me &#233;lectif, que les diff&#233;rentes classes sociales peuvent , par le canal de repr&#233;sentants &#233;lus, assurer la d&#233;fense de leurs int&#233;r&#234;ts&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La r&#233;publique, telle qu'on l'entend aujourd'hui a toujours &#233;t&#233; une des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des deux si&#232;cles &#233;coul&#233;s, on a pu voir ainsi en France (et aussi ailleurs), le syst&#232;me &#233;lectif s'&#233;largir depuis le suffrage censitaire, le vote des femmes jusqu'aux &#233;lections d'entreprise dans un suffrage universel qui descend dans toutes les structures de la soci&#233;t&#233; capitaliste (m&#234;me jusqu'aux parodies multipli&#233;es sans pouvoir des &#171; conseils &#187; de parents d'&#233;l&#232;ves, de jeunes, etc..). Ce n'est pas un hasard ou une vision soudain humanitaire des cercles capitalistes. Les derni&#232;res avanc&#233;es de ce mouvement s&#233;culaire, c'est la &#171; d&#233;mocratie participative &#187; et les marginalit&#233;s ill&#233;gales tol&#233;r&#233;es (pourvu qu'elles ne d&#233;passent pas la bande continue de &#171; l'ordre juste &#187;) dans la gr&#232;ve ou le r&#233;seau de soutien &#224; l'immigration par exemple. &lt;br /&gt; Tout ce courant bien r&#233;el correspond &#224; la n&#233;cessit&#233; imp&#233;rieuse pour le capital : faire face &#224; une compr&#233;hension de plus en plus r&#233;pandue de la nature profonde du syst&#232;me d'exploitation. Il appara&#238;t de plus en plus &#233;vident que les politiques n'ont pas de prise sur les forces &#233;conomiques.&lt;br /&gt;
L'alternative &#224; cette &#171; d&#233;mocratie approfondie &#187; est une &#171; d&#233;mocratie autoritaire &#187; (voire la dictature si la situation du capital le justifie, par exemple dans l'entreprise avec l'autorit&#233; patronale ou en temps de guerre dans un Etat, r&#233;cemment les mesures mondiales hors normes au nom de la &#171; lutte contre le terrorisme &#187;) dont les termes se d&#233;veloppent parall&#232;lement &#224; cette &#171; d&#233;mocratie participative &#187;. On a ainsi pu voir dans cette campagne &#233;lectorale s'affirmer ces deux tendances oppos&#233;es : la participation et la r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un sens ou dans l'autre de ces courants compl&#233;mentaires quoique apparemment oppos&#233;s, le consensus a besoin d'affirmer des &#171; valeurs &#187; ; nous avons &#233;t&#233; particuli&#232;rement g&#226;t&#233;s de ce point de vue, chacun des candidats affirmant les m&#234;mes &#171; valeurs &#187;, ce qui correspond effectivement &#224; la perception diffuse de la v&#233;ritable nature du syst&#232;me capitaliste.&lt;br /&gt;
Cette perception entra&#238;ne une dissolution de l'ensemble des r&#232;gles concernant les relations sociales jusqu'&#224; pr&#233;sent admises sans contestation. Pour &#233;tayer l'alternative &#171; participation &#8211; r&#233;pression &#187; destin&#233;e &#224; r&#233;tablir le consensus d&#233;mocratique n&#233;cessaire &#224; la paix sociale, il faut faire appel &#224; ceux qui venant du pass&#233; apparaissent aujourd'hui comme porteurs de ces &#171; valeurs &#187;. Ces &#171; autorit&#233;s &#187; en sont les garantes et la concr&#233;tisation : il n'y a qu'&#224; puiser dans la l&#233;gende historique populaire. Chacun, dans l'&#233;ventail politique le plus large, de l'extr&#234;me droite &#224; l'extr&#234;me gauche a ainsi ses mythes historiques ; il suffit d'y penser pour les trouver et en creusant un peu, on peut voir que ces mythes recouvrent parfois une r&#233;alit&#233; bien diff&#233;rente de ce qu'ils glorifient et tentent de justifier. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s tout, au-del&#224; des mythes, chaque candidat porteur des &#171; valeurs patriotiques &#187; ou de l'apologie du &#171; travail sous le capital &#187; pouvait aussi bien se r&#233;clamer de ces deux &#187; h&#233;ros de la gauche &#187;. Mais il est bien certain que le braconnage permet tout autant que l'apologie b&#233;ate des &#171; propri&#233;taires &#187; du mythe, de tenter d'asseoir le consensus n&#233;cessaire &#224; la domination du capital, un consensus qui pr&#233;sente actuellement pas mal de l&#233;zardes, ce qui explique apologies et braconnage des deux volets de la repr&#233;sentation politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment cette &#171; union nationale &#187; qui n'avoue pas son nom mais qui se profile non seulement dans ce langage commun, mais aussi dans &#171; l'ouverture &#187; aux transfuges de la gauche sous la houlette Sarkozy et dans les entretiens politiques pr&#233;liminaires (y compris avec Le Pen) aux discussions de Bruxelles sur le contenu de la constitution europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; union nationale &#187; va en fait au-del&#224; de ces d&#233;bats formels mais r&#233;pond aux besoins pr&#233;sents du capital &#224; l'&#233;chelon europ&#233;en. Pour la France, toute une propagande martel&#233;e depuis des mois sur le &#171; d&#233;clin &#233;conomique &#187; n'avait d'autre but que de pr&#233;parer l'opinion &#224; accepter l'ensemble des mesures de &#171; redressement &#187;, comme si la France &#233;tait isol&#233;e dans la comp&#233;tition capitaliste et pas strictement li&#233;e et encadr&#233;e au sein de l'entit&#233; &#233;conomique europ&#233;enne.&lt;br /&gt;
Par avance, vu le manque d'enthousiasme des travailleurs &#224; accepter une nouvelle baisse de leur niveau de vie, il fallait les persuader que la &#171; patrie &#233;tait en danger &#187;. Ce &#224; quoi se sont &#233;vertu&#233;s tous les candidats. Certains chiffres parlent d'eux-m&#234;mes pour illustrer le fait que les travailleurs subissent d&#233;j&#224; cette offensive du capital : de 1985 &#224; 2005 la part des salaires dans le revenu national dans l'Union Europ&#233;enne est pass&#233;e de 62 % &#224; 52 %&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Financial Times, 20 juin 2007&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'articulation entre cette &#171; d&#233;clinologie &#187; proclam&#233;e, les mesures d'aust&#233;rit&#233; annonc&#233;es, le renforcement d'un appareil s&#233;curitaire montrent que ce n'est pas suffisant et qu'il faut &#171; aller plus loin &#187; dans les conditions d'exploitation du travail en faveur du capital. &#171; L'union nationale &#187; et l'utilisation commune des mythes visent &#224; r&#233;tablir &#8211; &#224; imposer si n&#233;cessaire &#8211; le consensus n&#233;cessaire au capital pour, au niveau europ&#233;en, faire face aux durs affrontements qui sont au c&#339;ur m&#234;me de son existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste &#224; savoir pour combien de temps les travailleurs accepteront de continuer &#224; subir ce renforcement des conditions de l'exploitation de leur force de travail. Les &#171; valeurs &#187; voleront en &#233;clat, mais l'appareil r&#233;pressif, syndical et/ou policier, sera l&#224; pour tenter de les leur imposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;HS &lt;br&gt;
Texte publi&#233; dans, &lt;i&gt;Echanges&lt;/i&gt;, n&#176; 121, &#233;t&#233; 2007&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;lection est un exercice vain&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;lection est un exercice vain et tout le monde le sait : mais c'est de cette vanit&#233; m&#234;me que la d&#233;mocratie sait tirer sa force, et c'est en cela qu'elle est le pire des syst&#232;mes, celui qui &#233;rige le n&#233;ant et l'impuissance comme sa propre raison d'&#234;tre. Vous savez que voter ne servira pas &#224; grand chose, mais si vous ne votez pas, &#231;a ira encore plus mal. Gardez ce que vous avez, m&#234;me si vous n'en &#234;tes pas tr&#232;s satisfaits, car ce que vous risquez d'avoir vous d&#233;plaira peut-&#234;tre davantage. La d&#233;mocratie n'est rien d'autre que ce chantage permanent &#224; la terreur : aussi imparfaite soit-elle, elle se pr&#233;sente toujours comme pr&#233;f&#233;rable &#224; la tyrannie. Elle tire de son imperfection un argument pour sa poursuite. La d&#233;mocratie, vous le remarquerez, n'est jamais achev&#233;e, jamais compl&#232;te, toujours &#171; &#224; conqu&#233;rir &#187;. Qu'importe que cette conqu&#234;te soit un but incertain et inaccessible : les tares de la d&#233;mocratie ne tiendraient pas &#224; elle-m&#234;me mais &#224; son inach&#232;vement perp&#233;tuel, et donc loin de conduire &#224; la rejeter, elles devraient nous amener &#224; la soutenir davantage encore. La dictature, elle, pr&#233;tend &#234;tre parfaite. Cette pr&#233;tention est bouffonne par elle-m&#234;me, mais n'est-il pas plus absurde encore de ne vouloir &#234;tre aim&#233;e que pour son imperfection ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, ce n'est pas la d&#233;mocratie qui exerce ce chantage : la d&#233;mocratie en elle-m&#234;me &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; le chantage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui exerce le chantage, c'est ce dont la d&#233;mocratie n'est qu'une forme, et qui pourrait lui survivre m&#234;me si toute m&#233;moire des &#171; valeurs d&#233;mocratiques &#187; venait un jour &#224; &#234;tre oubli&#233;e. C'est ce qui a &#233;t&#233; appel&#233; &#171; le plus froid des monstres froids &#187; et ne se contente pas de discours. Son &lt;i&gt;argument ultime&lt;/i&gt; est et a toujours &#233;t&#233; quelque chose de plus frappant et de plus d&#233;finitif que des mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui est beaucoup plus que la d&#233;mocratie parce qu'il la mod&#232;le et la d&#233;termine enti&#232;rement. C'est ce qui s'impose par la force comme l'horizon ind&#233;passable de toute vie en soci&#233;t&#233;. C'est ce qui est le v&#233;ritable auteur de ce chantage permanent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extrait de L&#233;on de Mattis, &lt;i&gt;Mort &#224; la d&#233;mocratie&lt;/i&gt;, Paris, L'Altiplano, 2007, 130 p.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La prison&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les conditions d'enfermement [&#8230;] se sont partout durcies. Malgr&#233; les soupes psychologiques servies par les th&#233;oriciens de la &#034; r&#233;insertion &#034; et des &#034; peines alternatives &#034;, on assiste au contraire &#224; un d&#233;veloppement strictement r&#233;pressif de l'institution carc&#233;rale. Son objectif premier &#224; court terme reste l'isolement absolu pour les d&#233;lits des individus consid&#233;r&#233;s comme les plus dangereux par la remise en cause qu'ils font peser sur l'existence m&#234;me de la classe dominante. La construction r&#233;guli&#232;re de nouvelles prisons prouve non seulement que l'Etat a sans cesse besoin d'augmenter le nombre d'enferm&#233;s, mais aussi de moderniser ses culs de basse fosse dans le sens de l'isolement croissant d'une partie des d&#233;tenus. En France, le plan de construction actuel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au plan de construction de 13000 places suppl&#233;mentaires en prison (1987) (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est ainsi ax&#233; sur de petites unit&#233;s de moins de 500 prisonniers, qui se trouveront scientifiquement diff&#233;renci&#233;s dans l'expiation de &#034; leur &#034; peine. L'importance du petit nombre de d&#233;tenus par prisons est dict&#233; par le fait que ceux/celles qui con&#231;oivent les prisons pensent mieux contr&#244;ler et r&#233;primer toute r&#233;sistance collective, les grosses usines &#224; punir comme Fleury M&#233;rogis ne correspondant plus au besoin actuel bas&#233; sur le tout r&#233;pressif avec une diff&#233;renciation fondamentale entre d&#233;tenus. Il ne s'agit en effet pas de m&#233;langer tout le monde, c'est-&#224;-dire de multiplier les possibilit&#233;s d'unit&#233; et de luttes collectives, mais de s&#233;lectionner ceux/celles qui seront enferm&#233;s dehors (type bracelet &#233;lectronique ou assignation &#224; r&#233;sidence), ceux/celles qui &#034; profiteront &#034; de deux types d'enfermement (h&#244;pital psychiatrique/prison ou travail ext&#233;rieur/prison) et enfin ceux/celles qui croupiront jusqu'&#224; la fin sous l'&#339;il des cam&#233;ras, des matraques, des lumi&#232;res artificielles avec l'absence de contact humain, c'est-&#224;-dire une mort lente assist&#233;e par des collabos nomm&#233;s m&#233;decins ou &#233;ducateurs.&lt;br /&gt;
La prison n'est ainsi que l'iceberg d'une condition d'enfermement bien plus large et massive de la soci&#233;t&#233; toute enti&#232;re. Loin d'&#234;tre un univers si &#233;trange et &#224; part, elle est au contraire une partie int&#233;grante de la soci&#233;t&#233; et toutes deux interagissent ensemble sous une dynamique commune appliqu&#233;e &#224; tous les individus : diff&#233;renciation-isolement-an&#233;antisement ! La lutte contre tous types d'enfermement (prisons, h&#244;pitaux psychiatriques, centres de r&#233;tention, &#233;coles,&#8230;) passe ainsi au-del&#224; de la n&#233;cessaire solidarit&#233; par celle pour la r&#233;appropriation totale de la vie par chacunE, o&#249; que l'on soit, telle qu'on entend la mener.&lt;br /&gt;
La prison est plus que jamais &#224; l'ordre du jour. Par la lutte quotidienne et parfois collective de la part des d&#233;tenus pour l'am&#233;lioration de leurs conditions comme du c&#244;t&#233; des pouvoirs, la prison est devenu objet de d&#233;bats. Pour ces derniers, ce n'est pas bien s&#251;r son existence qui est en cause mais plut&#244;t la question de mieux la g&#233;rer. Une loi de r&#233;forme est ainsi en cours de vote en France sous pr&#233;texte d'am&#233;liorer les conditions de d&#233;tention et les droits des prisonnierEs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Projet de loi p&#233;nitentiaire engag&#233; par &#201;lisabeth Guigou en 2000 et abandonn&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On a d&#233;j&#224; vu que ces &#034; am&#233;liorations &#034; s'accompagnent de la construction de nouvelles ge&#244;les mais, plus encore, il s'agit de voir que ces mesures sont d&#233;sormais possibles parce que la prison n'est pas un lieu privil&#233;gi&#233; de contr&#244;le et de redressement des individus (le salariat et le traitement de la mis&#232;re coupl&#233;s avec les dispositifs policiers y suppl&#233;ent bien &#224; l'ext&#233;rieur) mais aussi n&#233;cessaire pour s'attaquer aux r&#233;fractaires qui refusent dedans comme dehors de se soumettre &#224; l'ordre autoritaire et capitaliste. Non pas que la classe dangereuse ait disparue, mais la menace et les dispositifs sont suffisamment vastes pour que la r&#233;forme des prisons vise en priorit&#233; &#224; isoler puis enfermer (au sens totalisant) ces derniers. L'introduction du bracelet &#233;lectronique, la limitation des d&#233;tentions pr&#233;ventives par l'assignation &#224; r&#233;sidence et le pointage, les possibilit&#233;s de travail &#224; l'ext&#233;rieur puis le sommeil &#224; l'int&#233;rieur, toutes ces mesures et r&#233;formes qui abolissent en les banalisant les murs physiques des prisons ne font ainsi qu'accentuer la pression pour trier les irr&#233;cup&#233;rables des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extrait de la brochure n&#176; 2 (avril 2001), &lt;i&gt;Tout le Monde Dehors !&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;a href=&#034;http://toutlemondehors.free.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://toutlemondehors.free.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Bibliographie&lt;br /&gt;
Pistes de lecture...&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Anonyme, &lt;i&gt;L'Impasse citoyenniste, contribution &#224; une critique du citoyennisme&lt;/i&gt;, Nancy, En attendant, 22 p.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Collectif, &lt;i&gt;A couteaux tir&#233;s&lt;/i&gt;, Nancy, Mutines S&#233;ditions, 2007, 114 p.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Malatesta Errico, &lt;i&gt;En p&#233;riode &#233;lectorale&lt;/i&gt;, Collectif libertaire d'Avignon, 1981 [1898], 18 p.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#61472;Mirbeau Octave, &lt;i&gt;La gr&#232;ve des &#233;lecteurs&lt;/i&gt;, L'insomniaque, 2001 [1888], 50 p.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#61472;Simon Roland, &lt;i&gt;Le D&#233;mocratisme radical&lt;/i&gt;, Paris, Senonevero, 2001, 274 p.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#61472;&#171; Le point d'implosion de l'id&#233;ologie d&#233;mocratiste &#187;, &lt;i&gt;Le Brise-Glace&lt;/i&gt;, n&#176; 2-3, printemps 1989.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#61472;Pour une vision plus globale nous ne pouvons que conseiller la lecture des textes de Michel Bakounine, Karl Marx, Errico Malatesta, Guy Debord, Anton Pannekoek, Otto R&#252;hle, Nestor Makhno, Emile Henry, Emma Goldman...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contre la taule&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#61472;Baker Catherine, &lt;i&gt;Pourquoi faudrait-il punir ? Sur l'abolition du syst&#232;me p&#233;nal&lt;/i&gt;, Paris, Tahin party, 2004, 194 p.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#61472;Collectif, &lt;i&gt;Au pied du mur, 765 raisons d'en finir avec les prisons&lt;/i&gt;, Paris, L'Insomniaque, 2000, 360p.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Revues :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#61472;&lt;i&gt;Cette Semaine &lt;/i&gt; : &lt;br /&gt;
BP 275, 54000 Nancy cedex&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#61472;&lt;i&gt;L'Envol&#233;e &lt;/i&gt; : &lt;br /&gt;
43, rue de Stalingrad, 93100 Montreuil&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#61472;&lt;i&gt;Echanges&lt;/i&gt; : &lt;br /&gt;
BP 241, 75866 Paris Cedex 18&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#61472;&lt;i&gt;Courant Alternatif, Le Mythe de la gauche : un si&#232;cle d'illusions social-d&#233;mocrates&lt;/i&gt;, hors-s&#233;rie n&#176; 2, 1999, 36 p.&lt;br /&gt;
&#61472;- &lt;i&gt;Courant Alternatif, L'Arnaque citoyenne&lt;/i&gt;, hors-s&#233;rie n&#176; 8, 2003, 40 p.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;PLAY-LIST&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;morceaux en t&#233;l&#233;chargement libre au format mp3 :&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;a href=&#034;http://reposito.internetdown.org/videosetsons/ClassecontreClasse/Compile-classecontreclasse-mp3.zip&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://reposito.internetdown.org/vi...&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;ou au format ogg :&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;a href=&#034;http://reposito.internetdown.org/videosetsons/ClassecontreClasse/Compile-classecontreclasse-ogg.zip&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://reposito.internetdown.org/vi...&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;01 - &lt;strong&gt;ZORA &lt;/strong&gt; : Nique la d&#233;mocratie&lt;br /&gt;
02 - &lt;strong&gt;RAGE MECANIQUE &lt;/strong&gt; : Incendiaires&lt;br /&gt;
03 - &lt;strong&gt;LA FRACTION &lt;/strong&gt; : Marchands de peur&lt;br /&gt;
04 - &lt;strong&gt;HAINEMIS D'ETAT &lt;/strong&gt; : D&#233;tention&lt;br /&gt;
05 - &lt;strong&gt;LES RAPACES &lt;/strong&gt; : 3&#176; tour&lt;br /&gt;
06 - &lt;strong&gt;FUCK DA TOURIST &lt;/strong&gt; : Du pareil au pire&lt;br /&gt;
07 - &lt;strong&gt;KOCHISE&lt;/strong&gt; : D&#233;mocratie&lt;br /&gt;
08 - &lt;strong&gt;SKALPEL DE LA K-BINE&lt;/strong&gt; : Gauche/droite&lt;br /&gt;
09 - &lt;strong&gt;FRED ALPI &lt;/strong&gt; : Se reposer ou &#234;tre libre&lt;br /&gt;
10 - &lt;strong&gt;KOMAK &lt;/strong&gt; : D&#233;lits communs&lt;br /&gt;
11 - &lt;strong&gt;BIMBO KILLERS &lt;/strong&gt; : Le z&#232;bre &lt;br /&gt;
12 - &lt;strong&gt;CHICKEN'S CALL &lt;/strong&gt; : Pi&#233;g&#233;&lt;br /&gt;
13 - &lt;strong&gt;LES MOLARDS &lt;/strong&gt; : Processus infernal&lt;br /&gt;
14 - &lt;strong&gt;CIZIF &amp; PUZZMAMA &lt;/strong&gt; : Radikal&lt;br /&gt;
15 - &lt;strong&gt;SCHERZO + feat.&lt;/strong&gt; : Le bitume saigne&lt;br /&gt;
16 - &lt;strong&gt;URBAN BLIGHT &lt;/strong&gt; : Quelle soci&#233;t&#233;&lt;br /&gt;
17 - &lt;strong&gt;MON DRAGON &lt;/strong&gt; : Les cafards&lt;br /&gt;
18 - &lt;strong&gt;BIERE SOCIALE &lt;/strong&gt; : Pi&#232;ge &#224; con&lt;br /&gt;
19 - &lt;strong&gt;SCHEISSE FOR EVER&lt;/strong&gt; : Global Aushwitz&lt;br /&gt;
20 - &lt;strong&gt;SAMIZDAT &lt;/strong&gt; : Le politique&lt;br /&gt;
21 - &lt;strong&gt;PLAINE CRASSE &lt;/strong&gt; : Le bagne&lt;br /&gt;
22 - &lt;strong&gt;H WAR &lt;/strong&gt; : Kasse la&lt;br /&gt;
23 - &lt;strong&gt;RENE BINAME &lt;/strong&gt; : Quelques mots sur le cirque &#233;lectoral&lt;br /&gt;
24 - &lt;strong&gt;NO SHANGSA &lt;/strong&gt; : The last&lt;br /&gt;
25 - Discours de Durruti&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Compilation r&#233;alis&#233;e par le Collectif de soutien aux incendiaires engeol&#233;-e-s.&lt;br /&gt;
2008&lt;br /&gt;
Contact : &lt;a href='https://www.infokiosques.net/csie(at)boum.org'&gt;csie(at)boum.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merci aux groupes qui nous ont fil&#233; ces morceaux, et a tous ceux qu'on n'a pas pu caser, merci aux dessinateurs, &#224; Merlin pour nous avoir pr&#234;t&#233; son album des schtroumpfs, merci aux copains qui nous ont donn&#233; un coup de main pour la s&#233;rigraphie et le mastering.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;Au total, 44,5 millions de fran&#231;ais ont leur carte d'&#233;lecteur en poche. En 2002, 3,4 millions de moins &#233;taient inscrits. Avec une hausse de 4,23 % par rapport &#224; 2006, les inscriptions sur les listes ont enregistr&#233; leur plus forte croissance annuelle depuis 1981&lt;/i&gt; &#187; lu dans la presse des 28 et 29 mars. &#171; &lt;i&gt;Abstention, pi&#232;ges &#224; con. Soutenu par le rappeur Joeystarr et l'humoriste Jamel Debouze, le collectif Devoir de m&#233;moire, des militants de mouvement pour une citoyennet&#233; active, des &#233;tudiants de Science Po ont sillonn&#233; les banlieues portant une carte d'&#233;lecteur en collier et des panneaux &#171; je vote donc j'existe &#187;. Voil&#224; ce bout de carton color&#233; transform&#233; en &#034;arme r&#233;publicaine&#034;.&lt;/i&gt; &#187; &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; du 31 d&#233;cembre 2006. &#171; &lt;i&gt;Rost, Axiom, Seyfiu, Alibi Montana, &lt;/i&gt;[Fiction Romance, Tagada Jones...] &lt;i&gt;ces rappeurs &lt;/i&gt;[et groupes de punk] &lt;i&gt;l&#224; ne lancent pas des appels &#224; la haine, &#224; &#171; niquer la police et le syst&#232;me &#187;. D&#232;s qu'ils montent sur sc&#232;ne, ils exhortent leurs fans &#224; se rendre aux urnes le 22 avril apr&#232;s les avoir vivement incit&#233;s, &#224; la fin de l'ann&#233;e derni&#232;re, &#224; s'inscrire sur les listes &#233;lectorales. Ils n'h&#233;sitent pas non plus &#224; venir &#171; chater &#187; politique au pied des tours. A l'origine de cette mobilisation citoyenne de la plan&#232;te, le choc du 21 avril 2002 mais aussi les &#233;meutes de novembre 2005 et les propos jug&#233;s &#171; humiliants &#187; de Sarkozy &lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Parisien &lt;/i&gt;du 26 mars 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir la communication d'Etat &#224; ce sujet dans &lt;i&gt;Le Figaro &lt;/i&gt;des 14 et 28 mai 2007 : &#171; &lt;i&gt;Deux mille fonctionnaires des services de pointe de renseignement du Minist&#232;re de l'Int&#233;rieur font leurs cartons et rejoignent leur nouveau si&#232;ge Levallois-Perret. La DCRG s'installe aux &#233;tages sup&#233;rieurs. Suivra la semaine suivante la DST, puis le 20 juin la sous sirection anti-terroriste de la PJ. Ce n'est pas la fusion pour la fusion, mais il est clair que la logique est d'&#233;viter les doublons, de favoriser une vraie coop&#233;ration et de mettre en commun les moyens. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;Un jeune homme de 17 ans a &#233;t&#233; bless&#233;, mardi soir, &#224; Grigny (Essonne), par un policier qui a fait usage de son arme de service au cours des &#233;chauffour&#233;es survenues &#224; la cit&#233; de la Grande Borne (11000 habitants, 3600 logements). &lt;/i&gt;[&#8230;]&lt;i&gt; Cette blessure par balle est le plus grave des incidents survenus dans la journ&#233;e de mardi ; en milieu d'apres midi, un CRS avait &#233;t&#233; l&#233;g&#232;rement bless&#233; et des jeunes de 19 et 20 ans interpell&#233;s lors d'&#233;chauffour&#233;es entre des groupes de cinq ou six personnes tr&#232;s mobiles et la police. Vers 23 heures deux incendies se sont d&#233;clar&#233;s, endommageant en partie l'&#233;cole maternelle de Montgeron et br&#251;lant quatre v&#233;hicules situ&#233;s sur le parking du garage situ&#233; &#224; Grigny, en face de la cit&#233; &lt;/i&gt; &#187;. &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; du 10 mai 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paul Nizan, &lt;i&gt;Les Chiens de garde&lt;/i&gt;, Marseille, Agone, 2001 [1960], 189 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La r&#233;publique, telle qu'on l'entend aujourd'hui a toujours &#233;t&#233; une des formes de gestion du syst&#232;me capitaliste dans un cadre national dont la fonction essentielle &#233;tait de garantir la paix sociale n&#233;cessaire &#224; une exploitation optimum de la force de travail dans les conditions requises par un certain niveau des techniques et les exigences de la production de la plus value. Il y a eu et il y a encore bien des variantes de la r&#233;publique comme les monarchies parlementaires et soit r&#233;publiques ou monarchies des syst&#232;mes politiques plus ou moins autoritaires et/ou dictatoriaux qui correspondent, parfois sous la couverture de circonstances historiques, aux m&#234;mes n&#233;cessit&#233;s du capital dans un cadre national d&#233;fini.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Financial Times&lt;/i&gt;, 20 juin 2007&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Au plan de construction de 13000 places suppl&#233;mentaires en prison (1987) succ&#232;de le plan 4000 (1995) puis un plan de 13200 places (2002).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Projet de loi p&#233;nitentiaire engag&#233; par &#201;lisabeth Guigou en 2000 et abandonn&#233; en 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>M&#233;moires d'un ouvrier en Espagne durant la p&#233;riode 1920-1940</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article573</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.infokiosques.net/spip.php?article573</guid>
		<dc:date>2008-04-24T06:56:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Balthasar Martinez</dc:creator>


		<dc:subject>Anarchismes, anarchie</dc:subject>
		<dc:subject>Nadarlana (Montpellier)</dc:subject>
		<dc:subject>Agitations arm&#233;es</dc:subject>
		<dc:subject>Insurrections, r&#233;voltes, &#233;meutes</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ves et luttes des classes</dc:subject>
		<dc:subject>Antimilitarisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Balthasar Martinez raconte sa vie d'ouvrier syndiqu&#233; &#224; la CNT avant l'&#233;clatement de la guerre, puis son internement par le r&#233;gime franquiste dans le camp de concentration de Pampelune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &lt;i&gt;M&#233;moires&lt;/i&gt; ressemblent &#224; un sc&#233;nario de film. Mais c'est bien la r&#233;alit&#233; qui est d&#233;crite. Celle de la vie d'ouvriers espagnols avant le d&#233;but de la guerre civile. Un t&#233;moignage &#233;difiant sur la faiblesse de l'&#201;tat R&#233;publicain qui a laiss&#233; la r&#233;action organiser son coup d'&#233;tat tout en maintenant l'exploitation des ouvriers. Un t&#233;moignage sur une conscience r&#233;volutionnaire loin des th&#233;oriciens de salon.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique19" rel="directory"&gt;M&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Anarchismes, anarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot68" rel="tag"&gt;Nadarlana (Montpellier)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot91" rel="tag"&gt;Agitations arm&#233;es&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot92" rel="tag"&gt;Insurrections, r&#233;voltes, &#233;meutes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot95" rel="tag"&gt;Gr&#232;ves et luttes des classes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot161" rel="tag"&gt;Antimilitarisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L125xH150/arton573-efed6.jpg?1780455683' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='125' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff573.jpg?1208534837&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les &lt;i&gt;M&#233;moires&lt;/i&gt; de Balthasar Martinez ressemblent &#224; un sc&#233;nario de film.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est bien la r&#233;alit&#233; qui est d&#233;crite. Celle de la vie d'ouvriers espagnols avant le d&#233;but de la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un t&#233;moignage &#233;difiant sur la faiblesse de l'&#201;tat R&#233;publicain qui a laiss&#233; la r&#233;action organiser son coup d'&#233;tat tout en maintenant l'exploitation des ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un t&#233;moignage sur une conscience r&#233;volutionnaire loin des th&#233;oriciens de salon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous lirez dans ce livret plusieurs textes de m&#233;moires, &#233;crits s&#233;par&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chronologie et l'introduction &#233;crite par le fils de Balthasar Martinez permettent de situer l'action et de se mettre dans l'ambiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte qui suit raconte la premi&#232;re partie de la vie de Balthasar Martinez entre 1917 et la proclamation de la R&#233;publique Espagnole en 1931, moment o&#249;, apr&#232;s diverses p&#233;r&#233;grinations et sa formation aux id&#233;es du syndicalisme r&#233;volutionnaire, il d&#233;cide de rentrer de son exil en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte d'apr&#232;s conte la p&#233;riode 1932-1936. C'est l'histoire d'un soul&#232;vement insurrectionnel d&#232;s 1932, puis d'une lutte pour obtenir le paiement des salaires qui conduira les ouvriers de la d&#233;ception envers les autorit&#233;s r&#233;publicaines vers la victoire gr&#226;ce &#224; une action extr&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a malheureusement pas de m&#233;moires sur la guerre elle-m&#234;me. On sait seulement qu'il a combattu sur le front des Asturies puis qu'il a tent&#233; en vain de s'&#233;chapper en France o&#249; les autorit&#233;s le remettent aux Franquistes. En transition, quelques documents sur la guerre sont ajout&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vient ensuite le second t&#233;moignage de Balthasar Martinez, celui sur son internement dans le camp de concentration de Pampelune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion se trouve un texte o&#249; il rend hommage &#224; sa femme Antonia, ajoutant un &#233;clairage suppl&#233;mentaire sur ce que fut la vie en cette p&#233;riode troubl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces m&#233;moires avaient &#233;t&#233; &#233;crites &#224; destination des petits enfants et arri&#232;re-petits enfants. L'un d'eux m'a autoris&#233; &#224; retaper l'exemplaire qu'il d&#233;tient. Je n'ai apport&#233; que quelques retouches, pour par exemple am&#233;liorer la concordance des temps. Je tiens ici &#224; remercier cet ami pour sa confiance.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;CHRONOLOGIE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1902 :&lt;/strong&gt; naissance de Balthasar Martinez &#224; Campico Lopez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1917 :&lt;/strong&gt; d&#233;part pour Barcelone, d&#233;couvre le syndicalisme non-loin &#224; Figols las Minas. Effectue plusieurs voyages en France pour travailler, y rencontre sa future femme qu'il &#233;pouse en 1930.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1931 :&lt;/strong&gt; proclamation de la R&#233;publique espagnole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;18 - 25 janvier 1932 :&lt;/strong&gt; premier soul&#232;vement &#224; Figols las Minas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avril 1936 :&lt;/strong&gt; gr&#232;ve importante suite &#224; des exactions et au non-paiement des salaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;17 juillet 1936 :&lt;/strong&gt; soul&#232;vement franquiste, d&#233;but de la guerre d'Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Juillet 1936 - f&#233;vrier 1939 :&lt;/strong&gt; constitution d'une centurie de mineurs qui rejoint le front des Asturies. Mobilis&#233; sur la mine, il pr&#233;f&#232;re rester sur le front.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;26 janvier 1939 :&lt;/strong&gt; chute de Barcelone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;F&#233;vrier - mars :&lt;/strong&gt; exode vers la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fin f&#233;vrier 1939 :&lt;/strong&gt; s'&#233;vade du camp d'Argel&#232;s, puis est repris par les gendarmes qui le reconduisent &#224; la fronti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;but avril 1939 :&lt;/strong&gt; se retrouve dans le camp de concentration de Pampelune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;10 juillet 1939 :&lt;/strong&gt; &#233;vasion de Pampelune, repasse en France, est repris par les gendarmes et est enferm&#233; au camp de Gurs o&#249; il change d'identit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Son fils raconte :&lt;/strong&gt; &#171; Une p&#233;riode cocasse o&#249; sous le nom d'emprunt qu'il a donn&#233;, il est r&#233;clam&#233; par un patron dans la r&#233;gion de Bordeaux. Il est donc lib&#233;r&#233; officiellement sous ce nom pour se pr&#233;senter chez ce patron. L&#224;, il se trouve en pr&#233;sence d'un vrai Balthasar Fernandez Sanchez qui est d&#233;j&#224; install&#233;. Il est de nouveau enferm&#233; dans un camp, &#224; Langon, o&#249; nous allons le rejoindre (la date doit se situer vers le mois d'ao&#251;t). Nous logeons dans ce qui devait certainement &#234;tre les &#233;curies d'un domaine appel&#233; &#171; Ch&#226;teau Garros &#187;. A cette &#233;poque on appelait &#231;a un camp de concentration mais depuis le mot a pris une telle dimension qu'on a du mal &#224; l'utiliser. Il y avait toutefois les d&#233;sagr&#233;ments de cette sorte de lieux (promiscuit&#233;, s&#233;paration des femmes et des enfants d'avec les hommes dans un premier temps, manque de moyens d'hygi&#232;ne...) C'&#233;tait quand m&#234;me assez affreux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment de la d&#233;claration de guerre avec l'Allemagne, travaille aux mines de la B&#233;raudi&#232;re pr&#232;s de St-&#201;tienne, sa famille restant dans le camp de Langon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la victoire allemande, il est arr&#234;t&#233; en septembre et enferm&#233; dans une caserne &#224; St Etienne, laquelle se retrouve finalement en zone &#171; libre &#187;. Il est alors envoy&#233; en camp de travail pour construire des routes (les fameuses &#171; routes des Espagnols &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de janvier 1941, jusqu'en octobre 1946, travaille aux mines de la B&#233;raudi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis occupe divers emplois d'ouvrier jusqu'&#224; sa retraite. D&#233;c&#232;de en 1988.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;QUELQUES NOTES POUR COMPRENDRE :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(Par Lazare Martinez, fils de Balthasar)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;poque des &#233;v&#232;nements racont&#233;s nous habitions un village qui avait pour nom San Corn&#233;lio qui faisait partie de Figols las Minas et qui appartenait lui-m&#234;me &#224; la commune de Serchs (aujourd'hui Cercs en catalan) qui centralise toute l'administration. Ce qui fait que moi et Augustine sommes d&#233;clar&#233;s n&#233;s &#224; Serchs alors que nous sommes n&#233;s &#224; San Corn&#233;lio.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le village de San Corn&#233;lio que je connaissais &#233;tait constitu&#233; de deux parties :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;San Corn&#233;lio le haut o&#249; nous habitions et San Corn&#233;lio le bas situ&#233; un kilom&#232;tre plus bas pour autant que je puisse &#233;valuer ces distances (je n'avais que 7 ans quand j'ai quitt&#233; ce lieu). Tout cela constituait ce qu'il appelle la Colonia qui regroupait la presque totalit&#233; de la population de Figols.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux parties &#233;taient reli&#233;es &#224; la fois par un chemin empierr&#233; &#224; peine carrossable, par un plan inclin&#233; &#224; deux voies qui permettait de faire descendre les bennes pleines de charbon et de faire monter les bennes vides, et par un sentier escarp&#233; qui c&#244;toyait plus ou moins le plan inclin&#233;. Ce chemin m'effrayait &#233;norm&#233;ment, vers les 4 ou 5 ans, en particulier &#224; la descente, lorsque nous allions voir la grand-m&#232;re qui se trouvait &#224; Balsaren (Balsareny, aujourd'hui, en catalan). Plus tard il devint plut&#244;t un terrain de jeux. La grand-m&#232;re vint, plus tard, habiter avec nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A San Corn&#233;lio le haut nous habitions dans un petit immeuble qui &#233;tait au-dessus du caf&#233; et notre appartement surplombait la place du caf&#233; du haut de trois &#233;tages. Par contre de l'autre c&#244;t&#233;, du fait de la pente du terrain, il n'y avait que deux &#233;tages et un escalier nous menait directement &#224; la route qui montait &#224; l'&#233;glise. Sur la place il y avait aussi un cin&#233;ma que je n'ai jamais connu ouvert mais autour duquel on trouvait des morceaux de pellicule que nous nous disputions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; du cin&#233;ma, &#224; environ 500 m&#232;tres, il y avait l'entr&#233;e de la mine (certainement l'entr&#233;e neuve dont il parle) qui comme toutes les mines portait le nom d'un saint, d'o&#249; San Jos&#233;. Elle d&#233;bouchait sur un terre-plein constitu&#233; par les d&#233;blais de la mine. L'&#233;cole &#233;tait situ&#233;e sur ce terre-plein qui conduisait aussi les bennes de charbon depuis la sortie de la mine vers le plan inclin&#233; cit&#233; plus haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce plan inclin&#233; a une autre histoire, c'est que les hommes l'empruntaient pour descendre assis sur un morceau de bois pos&#233; sur un rail, les deux pieds sur le rail faisant office de frein. Ils descendaient ainsi &#224; une vitesse qui nous semblait ph&#233;nom&#233;nale et le morceau de bois fumait et parfois prenait feu. Nous avons essay&#233; &#224; plusieurs reprises de les imiter, mais toujours sans succ&#232;s. Au bout d'un ou deux m&#232;tres nous tombions lamentablement. D'un autre c&#244;t&#233; pour gagner du temps, il leur arrivait de monter dans les bennes vides qui remontaient, tout en se cachant car tout cela &#233;tait &#233;videmment strictement interdit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bas du plan inclin&#233; se trouvait une &#233;curie o&#249; &#233;taient les mulets et les &#226;nes utilis&#233;s pour la traction des wagonnets. Nous allions quelquefois, mais cela aussi &#233;tait d&#233;fendu, leur d&#233;rober des caroubes, parfois d&#233;j&#224; un peu m&#226;chouill&#233;es, dont nous nous r&#233;galions tant nous avions faim. Il y avait aussi en bas une sorte de tr&#233;mie qui permettait probablement de charger les camions qui venaient emporter le charbon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les pays cit&#233;s, Sallent, Berga, Manresa, Suria, Gironnella se trouvent dans la vall&#233;e du Llobregat qui est la rivi&#232;re qui coulait &#224; un ou deux kilom&#232;tres en contrebas de San Corn&#233;lio.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Lazare Martinez, 26 avril 2004&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;M&#201;MOIRES D'UN CONF&#201;D&#201;R&#201; EN ESPAGNE ET EN EXIL&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Notes sur mon pass&#233; social au cours des ans&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par Balthasar Martinez&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduit de l'Espagnol par S&#233;bastien Martinez&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au mois d'ao&#251;t 1917 je laissai ma terre natale et partai en Catalogne en compagnie de quelques amis. Deux de ces amis all&#232;rent &#224; Figols las Minas et avec un autre je restai &#224; Tarrasa, province de Barcelone. Je commen&#231;ai &#224; travailler dans un village nomm&#233; Rubi, pour la Canadiense qui faisait la ligne de Barcelone &#224; Tarrasa et Sabadell. Je travaillai environ 4 mois avant de rejoindre mes deux compatriotes &#224; Figols las Minas. Mon premier travail dans ce bassin minier fut celui de man&#339;uvre, qui malgr&#233; sa duret&#233; ne me d&#233;rangea pas. Il s'agissait de transporter le mat&#233;riau de l'exploitation sur son dos, mais j'&#233;tais habitu&#233; ayant commenc&#233; &#224; travailler dans les mines de fer &#224; l'&#226;ge de 11 ans comme charroyeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce milieu minier que les id&#233;es du syndicalisme r&#233;volutionnaire vinrent &#224; ma connaissance. Ces id&#233;es me touch&#232;rent malgr&#233; l'environnement de l'&#233;poque : les semaines tragiques de Barcelone et autres moments tr&#232;s durs de la vie sociale espagnole. Les travailleurs faisaient entendre leur voix et leur protestation &#224; travers le Syndicat Unique qui plus tard devint la &#171; Confederation National del Trabajo &#187; (CNT). Dans le bassin, ce syndicat, auquel &#233;taient affili&#233;e la plupart des travailleurs, avait une bonne organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un dimanche le Bureau Syndical convoqua une assembl&#233;e &#224; laquelle j'assistai sans conna&#238;tre les raisons qui faisaient r&#233;unir ces hommes. Il y eut logiquement des probl&#232;mes expos&#233;s qui correspondaient exactement &#224; ce que je subissai dans mon travail, si bien que je m'enhardis &#224; demander la parole pour exposer les diff&#233;rents entre nous, les man&#339;uvres, et les &#171; caporaux d'&#233;chelle &#187;. Mon intervention ne m'apporta qu'une question de la part d'un membres de cette assembl&#233;e : &#171; &lt;i&gt;As-tu ton carnet syndical ?&lt;/i&gt; &#187; Je n'attachai que peu d'importance &#224; cette question et tentai de continuer maladroitement &#224; me plaindre, mais le pr&#233;sident du bureau me fit taire et r&#233;it&#233;ra la question. Je lui r&#233;pondis ignorer ce qu'il me demandait et personne n'accordit cr&#233;dit &#224; mes dol&#233;ances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 5 mois je vivai en Catalogne parmi des hommes participant &#224; la vie sociale, mais aucun, m&#234;me mes amis, ne m'avait inform&#233; de ces choses-l&#224;. O&#249; je naquis on ignorai m&#234;me le mot syndicat. Mes difficult&#233;s commenc&#232;rent tout de suite apr&#232;s, car le &#171; caporal d'&#233;chelle &#187; avait parfaitement compris et &#224; partir de l&#224; me rendit la vie impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas moi qui m'informai sur le &#171; carnet &#187;, ce furent d'autres camarades qui m'appel&#232;rent au local du syndicat, et sans acrimonie me firent comprendre ce que repr&#233;sentait le carnet syndical dans la poche d'un syndicaliste. Il ne se passa pas un mois avant que le bureau ne convoque une nouvelle assembl&#233;e, et quand ce fut mon tour, je dis ce que j'aurai d&#251; dire la fois pr&#233;c&#233;dente et ce que je subissai pour ne pas l'avoir fait. Ils condamn&#232;rent moralement le &#171; caporal d'&#233;chelle &#187; en question et malgr&#233; l'insistance de mon refus me nomm&#232;rent d&#233;l&#233;gu&#233;. Un mois apr&#232;s, non seulement j'avais mon carnet, mais je les distribuais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette &#233;poque, les pr&#233;mices de paix de la premi&#232;re guerre mondiale se faisaient plus clairs et les exploitations mini&#232;res espagnoles exportaient avec de plus en plus de difficult&#233;. Le bassin minier de Figols n'&#233;chappa &#224; cette dure r&#233;alit&#233; et la direction de l'entreprise licencia du personnel. Nous f&#251;mes mes trois compagnons et moi-m&#234;me dans la premi&#232;re charrette. Nous part&#238;mes cap sur la France et apr&#232;s de nombreuses difficult&#233;s nous p&#251;mes travailler dans des mines de charbon enclav&#233;es &#224; Estabal, &#224; environ deux kilom&#232;tres de Llivia, village frontalier espagnol. Nous y travaill&#226;mes jusqu'en avril 1918, puis nous part&#238;mes tous trois pour notre village natal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin de l'&#233;t&#233; 1920 je revins en Catalogne, et cette fois seul. Je travaillai de nouveau pour la Canadiense &#224; ce qui devait &#234;tre la gare de Sabadell. J'eus fort peu de temps pour fr&#233;quenter les camarades de Sabadell, alors qu'&#224; l'&#233;poque, et surtout clandestins, il y en avait d'excellents. Bien que mes contacts avec des camarades qui auraient pu m'instruire et me guider dans l'id&#233;al r&#233;volutionnaire furent rares, en moi s'&#233;tait install&#233; un sentiment de r&#233;volte aux contours tr&#232;s mal d&#233;finis. &lt;br class='autobr' /&gt;
La Canadiense arr&#234;ta les travaux de la station et tout le personnel fut licenci&#233;. Quelques camarades, au moment de partir, me conseill&#232;rent de leur &#233;crire et de mani&#232;re prudente je le leur promis. Mais c'&#233;tait pour ne pas avouer que je ne savais pas &#233;crire. A 19 ans je ne pouvais pas leur &#233;crire des choses secr&#232;tes ou pas, car j'&#233;tais incapable d'&#233;crire mon nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je revins travailler &#224; Rubi pour l'entrepreneur Massana dont je garde un tr&#232;s mauvais souvenir, ses fr&#233;quentations &#233;tant Miro et Trapat. A Rubi il n'y avait pas de syndicat, encore moins d&#233;clar&#233;, par contre un certain nombre de camarades ayant des affinit&#233;s communes s'&#233;taient regroup&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publiquement peu de choses &#233;taient permises, mais c'&#233;tait d&#233;j&#224; beaucoup pour moi. C'&#233;tait une v&#233;ritable &#233;cole, celle de la vie ouvri&#232;re. Mes camarades se rendirent compte que j'&#233;tais un champ vierge dans tous les sens du terme et ils se d&#233;di&#232;rent &#224; me donner des notions sur le syndicalisme et l'anarchie tout en me servant de professeurs. Ils m'apprirent beaucoup malgr&#233; le peu de temps que je passai avec eux. A ces camarades-l&#224;, ce fus moi qui promis d'&#233;crire. Je n'&#233;tais pas s&#251;r de la qualit&#233; de ma prose, mais certain d'&#234;tre compris par mes enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je partis travailler &#224; Barcelone pour le m&#234;me entrepreneur, entre le Conseil des Cent et l'H&#244;tel de ville, dans ce qui fut le Cirque Equestre de Barcelone qu'inaugura Primo de Rivera. A cette &#233;poque, les &#171; Pistol&#233;ros des bandes blanches &#187; &#233;taient les ma&#238;tres de la situation sous la domination terroriste de Lorenzo Martinez, Salas, et autres individus de cette esp&#232;ce. Je pris contact avec quelques compagnons dont je pr&#233;f&#232;re taire le nom. C'&#233;tait la loi du talion, mais nous &#233;tions les seuls &#224; recevoir les coups car la police et les Pistol&#233;ros perp&#233;traient leurs crimes ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'assassinat du camarade Felipe Gonzales dans le puits n&#176;6 du m&#233;tro de Barcelone, l'enterrement fut la plus grande manifestation que je n'ai jamais vue. Le cercueil arrivait aux murs de Miramar et la queue du cort&#232;ge se trouvait encore place d'Espagne. Cette manifestation se termina tr&#232;s mal au moment o&#249; le convoi fun&#232;bre arriva &#224; Miramar. Des coups de feu partirent de camions qui transportaient les d&#233;blais du m&#233;tro et comme par hasard la police mont&#233;e qui se trouvait de l'autre c&#244;t&#233; du mur sorti chargeant avec ses chevaux, donnant des coups de sabre &#224; tout manifestant &#224; sa port&#233;e. La manifestation fut dissoute non sans avoir donn&#233; une le&#231;on de bonnes mani&#232;res aux Pistol&#233;ros ainsi qu'aux constructeurs de maisons de Montjuich. Un tiers des manifestants dont je faisais partie se r&#233;unit de nouveau au cimeti&#232;re de Casa-Antunez o&#249; cette fois des piquets de gr&#232;ve civils nous attendaient. Rien ne se passa et les gens se dispers&#232;rent apr&#232;s avoir rendu un dernier hommage au mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette manifestation je fus bless&#233; pour la seconde fois, la premi&#232;re s'&#233;tant produite au cours d'une altercation qui avait eu lieu au caf&#233; du Cin&#233; Diana. La blessure de la manifestation fut une balle de 7.65 qui me traversa la jambe mais personne ne pu rien suspecter car je continuais &#224; travailler normalement. J'endurais quelques jours de fi&#232;vre, mais comme la fois pr&#233;c&#233;dente je la soignai en travaillant. Personne ne pu soup&#231;onner en quoi que ce soit mes activit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le calme revint, les pistol&#233;ros perdaient de leur puissance et de ce fait leur orgueil. Mais avant d'en arriver l&#224; beaucoup de camarades &#233;taient tomb&#233;s sur la br&#232;che, dont le camarade S. Segui, &#171; Noix de sucre &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un mois plus tard un conflit &#233;clate au chantier du Cirque Equestre o&#249; je travaillais, &#224; cause du licenciement de quelques camarades. A ce moment-l&#224; plusieurs g&#233;n&#233;raux se succ&#233;daient comme gouverneurs civils de Barcelone, comme Ardanas et Rebentos, qui r&#233;-autoris&#232;rent les syndicats uniques, permettant d'amener publiquement le conflit devant Massena. Je dus accepter la responsabilit&#233; des d&#233;marches pour la solution du conflit. Massena faisant honneur au cercle patronal sauvage de Barcelone se montra intransigeant. Le conflit se termina par le paiement des journ&#233;es de gr&#232;ve perdues, le versement d'une indemnit&#233; de trois semaines &#224; l'un des ouvriers, l'autre &#233;tant r&#233;int&#233;gr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au m&#234;me moment &#233;clata le conflit du secteur des transports, qui co&#251;ta la vie &#224; notre camarade pr&#233;sident de la branche des transports. Malgr&#233; toutes mes pr&#233;cautions j'&#233;tais rep&#233;r&#233; par divers &#233;l&#233;ments de la police, pour mon intervention dans notre propre conflit et pour m'&#234;tre manifest&#233; au meeting qui se tint au cin&#233;ma Bochs de Barcelone o&#249; Salvador S&#233;gui fit un large expos&#233; des... id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant que ne se termine la gr&#232;ve des transporteurs, je fus contraint de revenir &#224; Figols las Minas o&#249; je fus accept&#233; comme mineur. A Figols il soufflait un vent totalement jaune. Le syndicat existant &#233;tait le syndicat libre, celui des &#171; Jurados Mixtos &#187;. Il n'y avait pas que des mauvais gens, mais bien s&#251;r le comit&#233; de cette organisation &#233;tait au service inconditionnel de la direction de l'entreprise et de fa&#231;on particuli&#232;re du comte de Olano. Plus tard dans les archives de ce syndicat nous trouv&#226;mes des lettres qui confirm&#232;rent les &#233;troites relations existant entre le comte de Olano et le bureau de ce Syndicat Libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui nous concernait nous ne pouvions pas faire grand chose publiquement, mais nous avions constitu&#233; un groupe et ils nous esquivaient lorsqu'ils nous voyaient venir. Nous f&#251;mes longtemps silencieux, notre action pouvant &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme nulle, limit&#233;e &#224; de la propagande &#224; travers la Revue Blanche et quelques autres journaux qui nous parvenaient avec retard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Figols j'allai travailler &#224; Suria, o&#249; je restai peu de temps mais que je mis &#224; profit. A Suria un petit groupe s'&#233;tait constitu&#233; mais le Syndicat Libre &#233;tait pr&#233;sent. Avec tous les camarades nous nous employ&#226;mes &#224; d&#233;truire l'organisation des &#171; Libres &#187; et &#224; l'occasion de la visite de Sala, grand repr&#233;sentant de ce syndicat, une assembl&#233;e fut convoqu&#233;e. Le groupe de clandestins que nous formions fut somm&#233; de compara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La parodie de Sala fut une terrible menace pour ceux qui s'opposaient au soutien du Syndicat Libre. Aucun d'entre nous n'intervint, mais nos &#233;clats de rire, soulignant les moments d&#233;licats de leurs discours, provoqu&#232;rent la col&#232;re des nouveaux arriv&#233;s et la perte de confiance des non-syndiqu&#233;s, leur faisant quitter l'assembl&#233;e. Quand le pr&#233;sident, un certain Oliva, se rendit compte que ceux qui restaient n'&#233;taient pas les siens, il se mit d'accord avec les orateurs et suspendit l'assembl&#233;e. La situation devint encore plus difficile, quand sous pr&#233;texte d'apporter une solution deux camarades vinrent de Manresa. Je ne voudrais pas me souvenir de leurs noms, Torrens peu connu et par contre Corbellas dont nous savons que trop.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'acharnement envers moi que d&#233;velopp&#232;rent les petits chefs de l'&#233;quipe de travail, j'abandonnai Suria pour Barcelone. J'y restai &#224; peine un mois difficile car la vie y &#233;tait rien moins qu'impossible, et en juin 1929 je passai la fronti&#232;re fran&#231;aise. En France je travaillai aux mines de St Etienne, o&#249; je connus divers camarades dont Gibanel qui malheureusement mourrut en 1933 dans un h&#244;pital espagnol. En France nous nous informions de la situation internationale, lorsque les &#233;v&#232;nements espagnols nous surprirent compl&#232;tement. En juin 1931 je retournai en Espagne sans beaucoup d'illusions, malgr&#233; les rodomontades de la presse sur cette R&#233;publique d'avril.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De retour en Espagne j'allai directement &#224; Figols las Minas parce qu'il me semblait que quelque chose dans ce bassin minier attirait mon attention. Je commen&#231;ai &#224; travailler dans les mines o&#249; se faisait la r&#233;organisation du syndicat, la Confederation Nacional del Trabajo.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;cit d'une r&#233;volution ouvri&#232;re et d'une gr&#232;ve dramatique &#224; Figols las Minas alto Llabregat, province de Barcelone&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Traduit de l'espagnol par Lazare Martinez&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &lt;i&gt;M&#233;moires&lt;/i&gt; d&#233;butent le 18 janvier 1932 et se terminent en Mai 1936.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 17 janvier 1932 &#233;tait un dimanche. Cette nuit-l&#224; les ouvriers des branches Textile et Manufacture du haut Llobregat tenaient une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale pour &#233;tudier les bases des revendications &#224; pr&#233;senter au patronat de la Manufacture et Textile du haut Llobregat. Il semblerait qu'il fut d&#233;cid&#233; dans cette assembl&#233;e que si le patronat des-dites industries refusait d'accepter les bases pr&#233;sent&#233;es les ouvriers des ateliers mentionn&#233;s iraient &#224; la gr&#232;ve. Incidemment et en simples observateurs &#233;taient pr&#233;sents les camarades Juan Yepes et Manuel Perez. Les participants &#224; cette assembl&#233;e profit&#232;rent de la pr&#233;sence de ces camarades qui appartenaient au Syndicat Minier de Figols pour leur demander que s'ils se voyaient amen&#233;s &#224; se d&#233;clarer en gr&#232;ve, les mineurs de Figols se d&#233;clarent aussi en gr&#232;ve par solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux camarades quoique pr&#233;sents dans cette assembl&#233;e n'&#233;taient en aucun cas mandat&#233;s par le Syndicat des Mineurs de Figols et encore moins pour accepter une responsabilit&#233; de cette ampleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui me concerne, je n'ai jamais su l'origine et les raisons qui ont amen&#233; nos deux camarades &#224; se pr&#233;senter dans la nuit du 17 au 18 janvier 1932 chez quelques autres camarades. C'est ainsi qu'ils se sont pr&#233;sent&#233;s chez moi de la mani&#232;re suivante : Perez frappe &#224; ma porte et lorsque je lui ouvre, une fois entr&#233;, alors assez excit&#233; il d&#233;clare : &#171; &lt;i&gt;Je viens te communiquer que le soul&#232;vement r&#233;volutionnaire est en cours de r&#233;alisation dans toute l'Espagne. A Barcelone, Valence, Alicante, Madrid et toutes les capitales des autres provinces, la population est dans la rue dans de grandes manifestations avec des pancartes portant &#171; Vive la R&#233;volution Sociale &#187; ! Nous ne pouvons donc rester comme de simples spectateurs.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#233;levant la voix, s'excitant un peu plus, il ajoute : &#171; &lt;i&gt;Il est hors de question de perdre du temps !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant son attitude exalt&#233;e je ne peux que lui r&#233;pondre : &#171; &lt;i&gt;il faut &#234;tre parfaitement s&#251;r avant de prendre une d&#233;cision aussi importante que celle que nous devons prendre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me r&#233;pondit &#233;nergiquement : &#171; &lt;i&gt;Il n'est pas question d'h&#233;siter. Yepes est en ce moment chez d'autres camarades, de la m&#234;me fa&#231;on que je me trouve chez toi.&lt;/i&gt; &#187; De mon c&#244;t&#233; je savais qu'il y avait de grands mouvements mais certainement pas au point d'avoir le caract&#232;re d'un soul&#232;vement r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant ses affirmations l'&#233;motion me gagna et oubliant mes r&#233;flexions &#224; ce sujet je lui dis : &#171; &lt;i&gt;Puisqu'il en est ainsi allons-y.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'habille et lorsque nous somme dehors il me dit : &#171; &lt;i&gt;Je dois aller rejoindre Yepes, de ton c&#244;t&#233; continue de rassembler ceux que tu consid&#232;res comme les plus s&#251;rs de nos camarades pour aller rapidement ramasser les armes de la milice et des autres autorit&#233;s de la commune.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne fallut que peu de temps pour r&#233;unir les habitants de San Corn&#233;lio. On proc&#233;da au ramassage de toutes les armes, y compris celles qui se trouvaient chez les habitants. Cette manoeuvre qui avant sa r&#233;alisation me paraissait personnellement tr&#232;s difficile s'effectua en moins de deux heures et sans le moindre incident. Cette op&#233;ration termin&#233;e, un Comit&#233; r&#233;volutionnaire fut nomm&#233;. Ensuite des piquets de garde furent nomm&#233;s et mis en place imm&#233;diatement aux points suivants : place du caf&#233;, Pas&#233;o los Tilos, rue de la Fontaine, devant le cimeti&#232;re, d&#233;p&#244;t d'explosifs &#224; l'entr&#233;e de la mine de San Jos&#233; et autres lieux moins strat&#233;giques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi arrive le lendemain lundi 18 janvier au point du jour. Les ouvriers de la partie basse de la Colonie, ignorant la situation &#224; San Corn&#233;lio, montaient pour embaucher &#224; leurs travaux respectifs. L&#224; commence le premier r&#244;le de nos guetteurs. Les ouvriers inform&#233;s de la situation font demi-tour et se retirent &#224; leurs domiciles respectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A San Corn&#233;lio, le calme le plus absolu r&#233;gnait entre les familles, les commer&#231;ants et les autres personnalit&#233;s de la commune. Pri&#233;to, quoiqu'il affich&#226;t des id&#233;es de communiste &#233;tatique, forma un groupe de mineurs et avec celui-ci se dirigea vers les hameaux limitrophes et recueillit des armes et tous autres objets qui lui semblaient n&#233;cessaires pour notre d&#233;fense. Pendant toute la matin&#233;e, dans la partie haute de San Corn&#233;lio, personne ne pouvait se rendre compte de ce qui se passait &#224; l'ext&#233;rieur. L'activit&#233; effervescente du moment consistait en la pr&#233;paration des armes, des bombes et autres art&#233;facts de fabrication maison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'apr&#232;s-midi quelques-uns observ&#232;rent que le train de Manresa &#224; Guardiola circulait normalement. Il y avait plusieurs versions sur cet aspect normal des choses. La rumeur court et les choses furent ainsi accept&#233;es au d&#233;but que les trains qui circulaient &#233;taient conduits par le personnel ferroviaire r&#233;volutionnaire. La journ&#233;e du 18 se passa ainsi sans le moindre incident. Les ouvriers restant plus ou moins suspicieux. Les lignes de chemin de fer continuaient &#224; fonctionner normalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La caserne de la Guardia Civil se trouvait pr&#232;s des bureaux des Charbons de Berga et l'on voyait les gardes civils se promener devant la porte de la caserne et finalement jusqu'aux bureaux. Plusieurs personnes qui montaient de Berga, Gironnella et de plusieurs communes plus bas, sans la moindre r&#233;serve, disaient que Figols &#233;tait le seul pays qui se trouvait dans cette situation. Quoiqu'il en soit et malgr&#233; une situation extr&#234;mement confuse, on nous assurait que Sallent et Suria se trouvaient plus ou moins dans la m&#234;me situation. Malgr&#233; toutes les hypoth&#232;ses aussi disparates les unes que les autres, les trois quarts du personnel minier de la partie haute de San Corn&#233;lio &#233;taient plus ou moins engag&#233;s dans ce mouvement spontan&#233;. Par cons&#233;quent il n'&#233;tait pas question de faire marche arri&#232;re sans avoir v&#233;rifi&#233; de mani&#232;re s&#251;re et responsable quelle pouvait &#234;tre la situation &#224; l'ext&#233;rieur. A cet effet il semblerait que Yepes effectua un d&#233;placement jusqu'&#224; Barcelone. En attendant, tout rest&#226;t dans la m&#234;me situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un PC r&#233;volutionnaire fut d&#233;sign&#233; o&#249; r&#233;gnait camaraderie et convivialit&#233;. On y tint des r&#233;unions, une cuisine communautaire &#233;tait pratiqu&#233;e et quelques-uns allaient jusqu'&#224; y dormir. Il y avait d&#233;j&#224; trois jours que nous soutenions cette position et la d&#233;l&#233;gation attendue avec beaucoup d'anxi&#233;t&#233;, afin de savoir &#224; quoi nous attendre, n'arrivait toujours pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 20 janvier, vers le soir, &#224; l'initiative de Pri&#233;to et de Manuel P&#233;rez, il se tint une r&#233;union dans la maison de Manuel P&#233;ralta. Apr&#232;s une discussion tr&#232;s anim&#233;e, nous d&#233;cid&#226;mes la r&#233;daction d'une proposition au Directeur des Mines. Dans cette proposition nous mettions en avant l'erreur de notre action et consid&#233;rions, pour notre part, qu'il fallait recommander &#224; tout le personnel de reprendre le travail. Sit&#244;t termin&#233;e la r&#233;daction de cette proposition, la tant attendue d&#233;l&#233;gation arriva enfin. Cette d&#233;l&#233;gation nous informa qu'elle s'&#233;tait pr&#233;sent&#233;e devant le Comit&#233; National, qui lui avait conseill&#233; de maintenir notre position puisque aussi bien il ne s'agissait que de quelques heures avant que toute l'Espagne se retrouve dans la m&#234;me position r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proposition &#233;crite fut alors d&#233;chir&#233;e et tout le monde s'exclama &#171; &lt;i&gt;Vive la r&#233;volution sociale !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous passons donc le 21 et le 22 janvier dans l'attente que le mouvement se g&#233;n&#233;ralise &#224; travers toute l'Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La forte surprise f&#251;t lorsque le 23 janvier &#224; environ deux heures de l'apr&#232;s-midi, Emilio Mira, le Secr&#233;taire G&#233;n&#233;ral du Comit&#233; R&#233;gional de Catalogne, se pr&#233;senta &#224; notre Bureau G&#233;n&#233;ral R&#233;volutionnaire. Une r&#233;union secr&#232;te, qui se termina par des vocif&#233;rations fut imm&#233;diatement improvis&#233;e en pr&#233;sence du Secr&#233;taire G&#233;n&#233;ral. Assistaient &#224; cette r&#233;union comme &#171; t&#234;tes d'affiche &#187; les camarades P&#233;rez et Yepes, ainsi que Robles, Pri&#233;to et entre autres celui qui &#233;crit ces lignes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Secr&#233;taire G&#233;n&#233;ral commence en disant : &#171; &lt;i&gt;Croyez-moi que pour parvenir jusqu'ici, il m'a co&#251;t&#233; beaucoup de sueur. Premi&#232;rement pour franchir quelques difficult&#233;s momentan&#233;es et quelques contr&#244;les &#224; Manresa, ensuite pour escalader cette montagne. Mais je suis satisfait d'&#234;tre parmi vous. Mon objectif est de m'informer personnellement de votre situation.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est certain que les d&#233;clarations du Secr&#233;taire R&#233;gional sid&#233;r&#232;rent tous les pr&#233;sents &#224; cette r&#233;union et Y&#233;pes lui r&#233;pondit sans autre forme de politesse : &#171; &lt;i&gt;Notre situation tu la vois tr&#232;s bien : nous nous trouvons dans une formation r&#233;volutionnaire dans l'attente que les autres prennent la m&#234;me position.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emilio Mira lui r&#233;pliqua : &#171; &lt;i&gt;Je ne comprends pas comment vous concevez la r&#233;volution ni pour quelle raison vous &#234;tes arriv&#233;s &#224; une position aussi extr&#234;me avant d'en r&#233;f&#233;rer au minimum au Comit&#233; R&#233;gional.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Y&#233;pes r&#233;pondit : &#171; &lt;i&gt;S'il est certain que nous n'avons rien communiqu&#233; au Comit&#233; R&#233;gional, il n'en est pas moins vrai que j'ai personnellement eu une entrevue avec les membres du Comit&#233; National et en particulier avec son secr&#233;taire, Angel Pesta&#328;a.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mira lui r&#233;pondit : &#171; &lt;i&gt;Il est tout &#224; fait impossible que tu aies rencontr&#233; Pesta&#328;a alors que celui-ci est parti pour Madrid il y a quelques jours d&#233;j&#224;. Je suis &#233;tonn&#233; en outre, alors que je suis en contact permanent avec lui, qu'il ne m'ait pas inform&#233; de votre situation. Situation que je trouve quelque peu extr&#234;me. Clara se trouve &#224; Valence et si moi et ceux qui composent le Comit&#233; R&#233;gional avons &#233;t&#233; inform&#233;s de votre situation, c'est par les articles qui ont &#233;t&#233; publi&#233;s par la presse bourgeoise.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est impossible de d&#233;crire l'&#233;tat de nervosit&#233; et de col&#232;re qui s'empara des assistants. Emilio Mira s'aper&#231;ut alors qu'il avait affront&#233; la situation de mani&#232;re trop brutale et essaya alors d'apaiser les esprits extr&#234;mement excit&#233;s, mais il &#233;tait d&#233;j&#224; trop tard. La r&#233;union se termina dans un marasme de confusion et de d&#233;sespoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de ce moment nous nous dispers&#226;mes tous dans diverses directions, certains retournant dans leurs familles dans l'attente du moment fatal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, le 24 janvier 1932 une compagnie militaire command&#233;e par un Capitaine se pr&#233;senta et occupa tous les postes que nous avions auparavant tenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors d&#233;bute la r&#233;pression dans les milieux ouvriers, une trentaine d'hommes sont d&#233;tenus de ceux dont on peut dire qu'ils ont &#233;t&#233; absents de toute responsabilit&#233; dans l'action r&#233;volutionnaire. Pour d'autres, nous nous soustrayons &#224; la r&#233;pression en faisant appel habilement &#224; d'autres moyens de sauvetage. Plus tard, au milieu de cette r&#233;pression d&#233;cha&#238;n&#233;e par les sbires et les autorit&#233;s du pays, il fut d&#233;montr&#233; avec des faits palpables ce que nous avions fait et continuions de faire pour et &#224; l'int&#233;rieur de la Conf&#233;d&#233;ration Nationale du Travail. La direction de l'entreprise continuait d'exciter ses chiens de la Guardia Civil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s peu de temps apr&#232;s notre d&#233;sastre, au cours d'une des nombreuses perquisitions faites &#224; mon domicile ils trouv&#232;rent le tampon sp&#233;cial de la F.A.I. &#171; El Fulminante &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de continuer sur ce pass&#233; de r&#233;pression, il est logique et honn&#234;te de rapporter dans ces m&#233;moires que malgr&#233; les vexations et les outrages qu'avaient fait subir, tant la direction de l'entreprise que les autorit&#233;s, &#224; tous les travailleurs de la Colonie, les mineurs de Figols las Minas, au cours de ce mouvement sublime o&#249; pendant presque une semaine tout fut entre leurs mains et soumis &#224; leur volont&#233;, surent montrer honn&#234;tet&#233; dans la gestion, dignit&#233; et respect envers ceux qui furent toujours leur ennemis : la r&#233;action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant toute l'ann&#233;e, les mesures de r&#233;torsion se poursuivirent, les locaux syndicaux ferm&#233;s et les ouvriers soumis &#224; des traitements stupides et sauvages de la r&#233;action. Une forme de r&#233;torsion de la part de l'entreprise consistait &#224; ne plus honorer les bons de paiement des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les plus n&#233;cessiteux, quand ils touchaient leurs bons, commen&#231;aient &#224; faire la queue devant le guichet du caissier. Ce syst&#232;me se p&#233;rennisa dans le temps et depuis plus de six mois, l'entreprise riait de voir les queues interminables que nous formions. Surtout qu'apr&#232;s quatre ou cinq heures d'attente, lorsqu'il avait pay&#233; une trentaine d'ouvriers, le tr&#233;sorier&#8211;payeur annon&#231;ait : &#171; &lt;i&gt;Le fric, c'est fini !&lt;/i&gt; &#187; Il donnait alors un grand coup avec le portillon du guichet, et nous autres &#224; l'ext&#233;rieur, nous les entendions ricaner &#224; l'int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses &#233;pouses de mineurs en arrivaient &#224; dormir devant la porte du guichet pour ne pas perdre leur tour le lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour suivant, quand ils avaient pay&#233; quatorze ou quinze bons avec l'argent r&#233;colt&#233; par l'Economat de l'entreprise, le maudit choc du guichet retentissait et les pauvres femmes et souvent quelques adolescents continuaient l'attente interminable dans l'espoir d'avoir plus de chance le lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tout cela, les autorit&#233;s catalanes &#233;taient parfaitement inform&#233;es, mais ils nous avaient abandonn&#233;s comme des chiens sans ma&#238;tres. Et tout cela nous amena jusqu'en 1933. Les ouvriers r&#233;agirent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la r&#233;pression tr&#232;s dure, malgr&#233; la fermeture de notre syndicat, malgr&#233; une certaine m&#233;fiance qui r&#233;gnait parmi les ouvriers, une r&#233;action devait s'imposer devant tant d'injustices qui frappaient des ouvriers qui avaient su &#234;tre courageux, honn&#234;tes et indulgents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut ici pr&#233;ciser que l'entreprise avait install&#233; un Economat qui servait &#233;videmment pour un double vol des travailleurs de ce bassin minier. Dans ce lieu &#233;tait encaiss&#233; l'argent qui devait le lendemain servir &#224; la com&#233;die du paiement des bons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre r&#233;action commen&#231;a par une r&#233;union &#224; l'int&#233;rieur de la mine. A la sortie de la rel&#232;ve des travailleurs, quelques-uns parmi nous sort&#238;mes quelques minutes avant et nous installant aux croisements des galeries, nous arr&#234;t&#226;mes nos camarades pour lancer une discussion sur notre triste situation. Dans une de ces r&#233;unions nous pr&#238;mes la d&#233;cision de diminuer la production de dix pour cent dans tous les lieux d'exploitation de la mine. La direction de la mine ne r&#233;agit en aucune fa&#231;on devant cet &#233;tat de fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vu le peu de r&#233;sultat de notre action, au bout d'un mois, nous d&#233;cid&#226;mes d'une nouvelle r&#233;union. Dans cette r&#233;union nous pr&#238;mes la d&#233;cision de baisser la production de vingt pour cent de la production normale. Comme l'entreprise fut la premi&#232;re &#224; reconna&#238;tre que ses agissements &#233;taient ill&#233;gaux, elle ne pr&#238;t pas au s&#233;rieux cette nouvelle baisse de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ce silence de la part de l'entreprise nous demandions-nous ? Quel est son but ? Esp&#232;re-t-elle la compl&#232;te d&#233;sunion des travailleurs ? Pour faire un deuxi&#232;me tri parmi l'effectif des mineurs ? Telles &#233;taient les hypoth&#232;ses qui nous faisaient question. Une autre hypoth&#232;se nous taraudait l'esprit : c'est que par notre action l'entreprise esp&#233;rait saboter la production et affaiblir en cela le r&#233;gime R&#233;publicain. Nous ne pouvions pas imaginer que celle-ci manqu&#226;t de d&#233;bouch&#233;s puisque sit&#244;t lav&#233; le charbon disparaissait comme par enchantement. Cette baisse de production n'&#233;tait pas exactement respect&#233;e dans tous les sites d'exploitation. C'est pourquoi, apr&#232;s quelques mois, au cours d'une de ces r&#233;unions que nous tenions &#224; l'int&#233;rieur de la mine nous pr&#238;mes une d&#233;cision plus tranch&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de ce moment, la chute de production ne serait plus calcul&#233;e en pourcentage mais plut&#244;t en nombre de wagonnets de charbon par site d'exploitation. Par exemple, si la production du site &#233;tait de 20 wagonnets, elle serait dor&#233;navant de 15, ce qui correspondait au quart de manque &#224; produire. Ce syst&#232;me permettait d'ajuster mieux le calcul que le syst&#232;me de pourcentage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce syst&#232;me finit par inqui&#233;ter non seulement l'entreprise mais aussi les autorit&#233;s locales qui tent&#232;rent de faire pression sur le personnel. La Guardia Civil &#233;tablit un &#171; service permanent &#187; devant chaque entr&#233;e de mine. Mais l'entreprise ne voul&#251;t pas c&#233;der aux justes revendications du personnel. Ces revendications consistant simplement au paiement de nos salaires en retard (plusieurs mois).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant l'attitude de la direction des Charbons de Berga nous organis&#226;mes une nouvelle r&#233;union. Cette fois pour prendre la derni&#232;re d&#233;cision concernant la baisse de production. Au cours de cette r&#233;union nous d&#233;cid&#226;mes de mani&#232;re unanime et d&#233;finitive que si la production de l'&#233;quipe &#233;tait auparavant, par exemple de 20 wagonnets, elle ne serait dor&#233;navant plus que de 5. Toutes les exploitations devaient respecter cette base. Avec ce calcul il y avait des productions de 2 ou 3 wagonnets par &#233;quipe, voire m&#234;me par journ&#233;e, dans certaines exploitations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Guardia Civil intensifia ses menaces et ses pressions sur le personnel mais se garda bien d'essayer d'entrer dans la mine. Si elle s'y &#233;tait hasard&#233;e, cette provocation aurait pu alors tourner tragiquement pour tout le monde. Au final, nous nous trouvons au mois d'Avril 1936 o&#249; apr&#232;s ce temps ou plut&#244;t ces ann&#233;es, nous pouvons proc&#233;der &#224; la r&#233;ouverture de notre syndicat ce qui nous permet la r&#233;organisation du personnel. Il paraissait en effet difficile d'imposer un conflit plus dur &#224; l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ensemble du personnel, tant int&#233;rieur qu'ext&#233;rieur, repr&#233;sentait pr&#232;s de quelques mille cent ouvriers et dans notre organisation nous arrivions &#224; neuf cent dix ou neuf cent quinze adh&#233;rents. Mais quelques temps apr&#232;s son ouverture le Syndicat fut &#224; nouveau ferm&#233; et son Pr&#233;sident Fransisco Hernandez et son Secr&#233;taire Antonio Cano furent emprisonn&#233;s. Ces d&#233;tentions se produisirent &#224; cause des mouvements de la Esquerra catalane (gauche r&#233;publicaine, autonomiste) men&#233;e par Denc&#224; et Badia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce parti arrivait &#224; cr&#233;er des &#233;meutes sous le nom de &#171; Els Scamots &#187;. Ni la CNT ni les mineurs de Figols ne particip&#232;rent jamais &#224; ces mouvements.&lt;br class='autobr' /&gt;
La preuve en est que les dirigeants de Esquerra excitaient depuis longtemps ces &#171; Scamots &#187;, qui agissaient comme une esp&#232;ce de police ind&#233;pendante du Gouvernement central, en leur criant : &#171; &lt;i&gt;Feu sur ceux de la CNT et ceux de la FAI !&lt;/i&gt; &#187;, faisant fermer aussi les syndicats de la CNT &#224; Barcelone et dans la Province. Sans compter qu'en raison d'une gr&#232;ve soutenue par les ouvriers de Potasses de Sallent contre leurs patrons, les hommes d'Esquerra nous affubl&#232;rent du nom infamant de &#171; Bandits avec un carnet &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je fais ici cette petite parenth&#232;se, c'est pour bien montrer que les autorit&#233;s profit&#232;rent de ce mouvement pour fermer nos syndicats et emprisonner leurs dirigeants. Les c&#233;n&#233;tistes n'avions rien &#224; voir avec Esquerra ni ses mouvements subversifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mineurs avaient tellement pris au s&#233;rieux notre syst&#232;me de gr&#232;ve de production qu'ils en arrivaient &#224; l'extr&#234;me de voir une exploitation contr&#244;ler les autres et r&#233;ciproquement. Le d&#233;sir d'honorer nos engagements se faisait sans m&#233;nagement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut de nombreuses fouilles dans nos domiciles, de fortes pressions de l'entreprise et des autorit&#233;s mais nous, les mineurs, nous &#233;tions lanc&#233;s. Nous pr&#233;f&#233;rions nos souffrances plut&#244;t que de c&#233;der. R&#233;ellement la situation se faisait de jour en jour plus terrible et plus incompr&#233;hensible. Nous ne savions plus que faire. Nous en arriv&#226;mes &#224; nous poser la question de l'utilit&#233; de mettre le feu &#224; la mine, id&#233;e que nous abandonn&#226;mes imm&#233;diatement consid&#233;rant son inefficacit&#233; quant au r&#233;sultat, devant l'effort consid&#233;rable que cela n&#233;cessitait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours d'une de ces r&#233;unions nocturnes qui se tenaient &#224; l'int&#233;rieur de la mine, surgit la proposition de demander l'intervention dans notre conflit du d&#233;put&#233; Jos&#233; Antonio Trabal. Cette proposition fut accept&#233;e unanimement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cet effet une commission fut nomm&#233;e afin qu'elle demande une entrevue avec Trabal. Celui-ci monta &#224; Figols avec la-dite commission. En sa pr&#233;sence se tint une assembl&#233;e au cours de laquelle furent expos&#233;s tr&#232;s clairement les raisons qui nous motivaient &#224; maintenir notre position de gr&#232;ve. Si celle-ci &#233;tait ill&#233;gale, il &#233;tait non-moins ill&#233;gal que l'entreprise doive &#224; ses ouvriers entre trois et quatre mois de salaire. Pour confirmer la r&#233;alit&#233; de ce qui &#233;tait expos&#233; dans cette assembl&#233;e, un grand nombre de mineurs montr&#232;rent publiquement trois ou quatre bons qui n'avaient pas &#233;t&#233; honor&#233;s. D'autres d&#233;clar&#232;rent, preuves &#224; l'appui, qu'ils avaient donn&#233; &#224; divers commer&#231;ants les bons qu'ils n'avaient pas pu encaisser, afin que ceux-ci puissent en &#233;change leur fournir les denr&#233;es dont ils avaient besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trabal prend alors la parole et dit substance : &#171; &lt;i&gt;Je prends conscience que votre patience a &#233;t&#233; beaucoup plus grande que ce que certaines personnes ont pu imaginer. Si le mouvement de gr&#232;ve que vous &#234;tes en train de mener s'&#233;carte de la l&#233;galit&#233;, il est certain que c'est la direction des Charbons de Berga qui a &#233;t&#233; la premi&#232;re &#224; bafouer ladite loi.&lt;/i&gt; Mais il ajoute alors : &lt;i&gt;Vous qui avez vos familles en Aragon, Andalousie ou Levante, vous pouvez leur &#233;crire pour leur dire que le conflit de Figols las Minas est en voie de solution et que bient&#244;t ils pourront recevoir votre aide &#233;conomique&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai jamais pu v&#233;rifier si les paroles de cet homme avaient le moindre fond de sinc&#233;rit&#233; ou s'il s'agissait simplement d'une d&#233;claration &#224; des fins politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de cette assembl&#233;e il fut d&#233;cid&#233; de maintenir la commission qui devait accompagner &#224; nouveau Trabal. Cette commission &#233;tait compos&#233;e d'un &#233;l&#233;ment du POUM Jos&#233; Perarnau et de moi-m&#234;me, membre de la CNT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette commission, arriv&#233;e &#224; Barcelone, eut une entrevue avec Barrera du Conseil du Travail de la G&#233;n&#233;ralit&#233; de Barcelone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Barrera, au nom du Conseil du Travail, convoqua la direction des Charbons de Berga. Monsieur C&#233;rezo, g&#233;rant de l'entreprise compar&#251;t alors. Nous, en tant que commission, nous consid&#233;rions que la convocation devait devenir une confrontation entre les repr&#233;sentants des Charbons de Berga et les repr&#233;sentants des ouvriers en pr&#233;sence du Conseiller du Travail de la G&#233;n&#233;ralit&#233;. Notre surprise et m&#233;fiance commen&#231;a lorsque Barrera re&#231;ut d'abord les repr&#233;sentants des Charbons de Berga. Lorsque Barrera en eut termin&#233; avec le g&#233;rant C&#233;rezo, il nous fit entrer dans son bureau pour nous faire savoir que le repr&#233;sentant des Mines soutenait que notre position dans ce conflit &#233;tait ill&#233;gale et que par cons&#233;quent, si les ouvriers n'arr&#234;taient pas ce mouvement, la direction des Mines n'entrerait pas dans une phase de n&#233;gociation dans ce conflit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette premi&#232;re entrevue nous d&#233;montra la faiblesse des Gouverneurs Catalans face &#224; la r&#233;action du patronat catalan. L'objectif du patronat &#233;tant, par tous les moyens &#224; sa disposition, de cr&#233;er des difficult&#233;s dans l'ordre social, dans le but d'arriver &#224; une perturbation permanente qui d&#233;soriente ouvriers et gouvernants pour pr&#233;parer un climat propice &#224; son soul&#232;vement fasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la d&#233;claration de Barrera, la Commission r&#233;pondit au Conseiller du Travail : &#171; &lt;i&gt;Si les mineurs des mines de Berga se trouvent en marge de la loi, il y a tr&#232;s longtemps que vous autres en tant qu'Autorit&#233; auriez d&#251; faire pression, dans le cadre de la loi, sur la soci&#233;t&#233; des Charbons de Berga. Si vous voulez que notre position soit modifi&#233;e afin d'aboutir &#224; une solution du conflit, il faut aussi que vous obteniez du patronat de d&#233;montrer son d&#233;sir d'aboutir &#224; un accord en s'engageant en particulier &#224; r&#233;gler les deux premiers mois qu'il nous doit sur les trois ou quatre de retard suivant les cas.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour notre part, nous avancions cette proposition spontan&#233;e afin d'obtenir une confrontation avec la direction de l'entreprise en pr&#233;sence du Conseiller du Travail de Catalogne. Notre proposition n'eut aucun r&#233;sultat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Barrera convoqua &#224; nouveau la direction mais celle-ci refusa de compara&#238;tre. Devant cet &#233;chec, nous rencontrons &#224; nouveau Trabal pour lui faire part de ce que lui connaissait certainement mieux et avec plus de d&#233;tails que nous nous-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trabal nous accompagna devant le pr&#233;sident de la G&#233;n&#233;ralit&#233; de Catalogne. En notre pr&#233;sence, Trabal exposa au Pr&#233;sident la tragique situation des mineurs de Figols. De notre c&#244;t&#233; nous confirm&#226;mes avec nos arguments ce qui venait d'&#234;tre expos&#233; par Trabal. De son c&#244;t&#233; Companys s'insurgea contre l'attitude r&#233;actionnaire du patronat catalan et termina en ajoutant que s'il continuait dans cette attitude il faudrait le mettre en prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette entrevue se termina sans qu'il n'apparaisse aucune solution pour notre situation et l'objectif que nous poursuivions. Au sortir et lorsque nous sommes dans la rue Trabal nous sugg&#232;re de partir &#224; Madrid avec l'objectif de rencontrer le d&#233;put&#233; des Asturies, Amador Fernandez. Nous acceptons cette proposition et le jour suivant la commission part en direction de Madrid non sans avoir inform&#233; par t&#233;l&#233;phone les travailleurs de Figols las Minas de la suggestion de Trabal. Nous f&#251;mes alors autoris&#233;s &#224; entreprendre cette d&#233;marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quarante heures plus tard, en compagnie de Trabal et de son secr&#233;taire particulier nous nous dirige&#226;mes vers un caf&#233; fr&#233;quent&#233; par les socialistes madril&#232;nes dans lequel se trouvait ledit d&#233;put&#233;. Tr&#232;s vite nous pr&#238;mes conscience que tous ceux qui se trouvaient dans le caf&#233; nous regardaient avec beaucoup de curiosit&#233;. Avant d'entamer nos pourparlers, Trabal envoya son secr&#233;taire aupr&#232;s du d&#233;put&#233; pour l'informer de qui nous &#233;tions et du but de notre pr&#233;sence. Notre objectif, d'ailleurs pr&#233;par&#233; par Trabal, &#233;tait de proposer au d&#233;put&#233; asturien d'intervenir aupr&#232;s des Compagnies des Charbons Asturiens afin de cr&#233;er une association entre les Charbons d'Asturie et ceux de Figols puisque les syndicats Charbonniers d&#233;nigraient notre charbon comme &#233;tant peu calorique et contenant trop de souffre, alors que le charbon provenant d'Angleterre et disponible dans les ports s'av&#233;rait moins cher que celui de Figols.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;put&#233; asturien fut inform&#233; de notre pr&#233;sence, il refusa cat&#233;goriquement toute entrevue avec nous. Pour ma part j'ai consid&#233;r&#233; alors, et encore plus tard, que le refus de cet &#171; Amadorin &#187; nous fut plut&#244;t favorable puisqu'il semblait que nous &#233;tions en train de vivre une situation qui ne nous concernait en aucune fa&#231;on et qui a sembl&#233; avoir &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;e par les int&#233;ress&#233;s. On nous faisait jouer en quelque sorte les dindons de la farce et n'&#233;tions que les jouets de leurs d&#233;sirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant cet insucc&#232;s Trabal nous conseilla de demander une audience au Minist&#232;re du Combustible pour exposer notre situation. Nous r&#233;pond&#238;mes alors &#224; Trabal que s'il avait le d&#233;sir d'avoir une entrevue il pouvait lui-m&#234;me en faire la demande &#224; Monsieur le Ministre. Trabal avait envie de faire du foin dans les Minist&#232;res de Madrid. A cet effet il nous pr&#233;senta le jour suivant l'&#233;minence grise du Minist&#232;re des Combustibles et f&#238;t &#224; ce Monsieur une relation tr&#232;s approximative de notre entrevue avec le Pr&#233;sident de la G&#233;n&#233;ralit&#233; de Catalogne. De notre c&#244;t&#233; nous m&#238;mes les choses au point de mani&#232;re tr&#232;s enflamm&#233;e, mais ce madril&#232;ne ne confirma pas qu'il fallait emprisonner le patronat catalan. S'adressant &#224; Trabal il dit que le probl&#232;me &#233;tant d'origine uniquement catalane, c'&#233;tait &#224; la Catalogne de trouver une solution &#224; ce conflit. Trabal n'insista pas davantage et faisant demi-tour, nous part&#238;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bas des escaliers, nous d&#238;mes &#224; Trabal que nous consid&#233;rions que nous n'avions plus rien &#224; faire &#224; Madrid et qu'en d&#233;pit de n'avoir rien obtenu, nous repartions pour Barcelone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trabal s'excusa de cet insucc&#232;s en m&#234;me temps qu'il nous manifesta le grand d&#233;sir qui l'animait de trouver une solution &#224; la situation des mineurs de Figols. Il est indubitable que ce politicien avait int&#233;r&#234;t &#224; trouver une solution &#224; un conflit o&#249; &#233;taient engag&#233;s des hommes qui, politiquement parlant, n'avaient aucune affinit&#233; avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au retour de notre voyage &#224; Madrid, au cours d'une Assembl&#233;e, nous inform&#226;mes nos camarades, avec toutes sortes de d&#233;tails, des entrevues, conversations, &#233;checs que nous avions eus durant nos d&#233;marches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est certain que le personnel sort&#238;t de cette Assembl&#233;e &#224; cent pour cent d&#233;sempar&#233;e, puisque nous &#233;tions arriv&#233;s &#224; tous les extr&#234;mes sans pouvoir obtenir le moindre r&#233;sultat favorable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; l'impossibilit&#233; d'arriver &#224; une solution du conflit, face &#224; la chute du moral qui s'emparait du personnel, moral qui les avait soutenus pendant plus de huit mois, je ne sais plus chez qui germa l'id&#233;e de nous r&#233;unir &#224; quelques-uns et de nous enfermer dans la mine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e &#233;tait de paralyser tous les travaux et de r&#233;sister jusqu'&#224; ce que les autorit&#233;s locales et r&#233;gionales prennent conscience de la gravit&#233; de notre situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Spontan&#233;ment, l'&#233;quipe qui devait sortir &#224; neuf heure du soir par la sortir neuve se r&#233;unit dans le carr&#233; des &#233;lectriciens. Nous pr&#238;mes alors la d&#233;cision de rester, ceux qui volontairement acceptions ce sacrifice. Nous rest&#226;mes alors 28 ou 30 (je ne me souviens pas tr&#232;s exactement le nombre de ceux qui d&#233;cid&#232;rent de rester).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre enfermement dura neuf jours et durant cette p&#233;riode tr&#232;s dure, il ne se pr&#233;senta qu'un seul cas de d&#233;sir d'abandonner. Cette intention ne se concr&#233;tisa pas puisqu'&#224; la premi&#232;re r&#233;union, lors de notre enfermement, nous avions pris les dispositions suivantes : celui qui ne se sentait pas la force de maintenir sa d&#233;cision pouvait sortir librement &#224; ce jour, puisque aussi bien, plus tard, on mettrait en place un piquet de garde dans la galerie &#224; cent m&#232;tre de l'entr&#233;e. Ceci afin d'interdire l'acc&#232;s &#224; toute personne inconnue et la sortie &#224; tous ceux qui avions choisi librement une aussi dure d&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions depuis cinq jours dans la mine lorsqu'une d&#233;l&#233;gation se pr&#233;senta &#224; l'entr&#233;e. Celle-ci disait appartenir au Parti Unifi&#233; de Catalogne. Quelques sympathisants de ce parti cherch&#232;rent &#224; faire pression pour que cette d&#233;l&#233;gation p&#251;t avoir un entretien avec notre groupe. Cette proposition fut rejet&#233;e &#224; l'unanimit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, le jour suivant quelques camarades de la CNT se pr&#233;sent&#232;rent &#233;galement &#224; l'entr&#233;e. Ils furent rejet&#233;s de la m&#234;me fa&#231;on car il y avait parmi nous quelques camarades qui se sentaient Ug&#233;tistes. Depuis ce jour-l&#224;, j'ai la conviction que si la d&#233;l&#233;gation de la CNT s'&#233;tait pr&#233;sent&#233;e la premi&#232;re, l'entr&#233;e lui aurait &#233;t&#233; accord&#233;e. Il va de soi qu'alors nous aurions d&#251; accorder l'entr&#233;e &#224; toutes les d&#233;l&#233;gations qui auraient demand&#233; &#224; s'entretenir avec nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout de sept jours le Maire manifesta, devant la commission ext&#233;rieure, le d&#233;sir de s'entretenir avec nous. L'entr&#233;e lui fut alors accord&#233;e et lorsqu'il f&#251;t devant nous il dit : &#171; &lt;i&gt;Je ne suis mandat&#233; par personne, sinon par mes sentiments. Par cons&#233;quent, ne voyez en moi aucune sorte d'autorit&#233; et encore moins une tentative pour infl&#233;chir votre position. Mais,&lt;/i&gt; continue Rovira,&lt;i&gt; je reste &#224; votre disposition quelle que soit la demande que vous formuliez.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors de notre c&#244;t&#233; nous demandons &#224; Rovira qu'au nom de la Mairie il s'adresse &#224; la presse pour lui faire savoir notre sentiment. A savoir que tout ce qui peut advenir de dramatique &#224; l'int&#233;rieur de la mine, que ce soit physique, moral ou de toute autre nature, ne peut &#234;tre que de la seule responsabilit&#233; de l'entreprise. Elle devra par cons&#233;quent en r&#233;pondre devant les autorit&#233;s locales voire sup&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous s&#251;mes plus tard que Rovira avait tenu cette promesse et accomplit notre mandat. Afin d'&#233;viter un sabotage &#233;ventuel commandit&#233; par l'entreprise, toutes les entr&#233;es de la mine ainsi que les ventilations &#233;taient gard&#233;es en permanence par le personnel mineur. Pour les m&#234;mes raisons des patrouilles de mineurs circulaient de jour comme de nuit dans toute la Colonie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au cours du huiti&#232;me jour que l'&#233;puisement de nos forces autant physiques que morales se faisaient le plus sentir. Mais sauf un cas, plus haut cit&#233;, personne n'avait la moindre intention de songer &#224; la sortie avant que l'entreprise ne c&#232;de ou que notre &#233;tat physique, &#224; toute extr&#233;mit&#233;, n'am&#232;ne &#224; nous sortir sur une civi&#232;re. Fatalement, ces derniers jours, le d&#233;sespoir s'installait malgr&#233; tout dans notre groupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce jour m&#234;me que Rovira fit savoir &#224; ceux de l'ext&#233;rieur qu'il avait quelque chose &#224; nous communiquer. Lorsqu'il fut parmi nous il nous annon&#231;a que l'entreprise l'avait inform&#233; personnellement de son d&#233;sir de donner une solution au conflit. Toutefois s'y ajoutait la condition que nous devions sortir de la mine. Rovira ajouta que si nous pers&#233;v&#233;rions dans notre d&#233;cision de rester, il ne saurait pas comment continuer &#224; n&#233;gocier en notre faveur. Nous lui demandons alors s'il est pr&#234;t &#224; s'engager personnellement sur les dires de l'entreprise. Il nous r&#233;pond qu'avant d'accepter devant nous une telle responsabilit&#233; en tant qu'autorit&#233; locale, il devait contacter &#224; nouveau la direction de l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le neuvi&#232;me jour de notre triste situation, Rovira se pr&#233;senta &#224; nouveau en compagnie d'un conseiller de la Mairie. Avant tout il engagea sa responsabilit&#233; non seulement sur les propositions de la direction de la mine, mais encore et doublement responsable en tant qu'autorit&#233; et en tant qu'interm&#233;diaire. Apr&#232;s les d&#233;clarations faites par ces deux envoy&#233;s, nous leur demandons qu'ils se retirent et qu'ils attendent &#224; l'ext&#233;rieur notre d&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous d&#233;cidons alors d'une r&#233;union et malgr&#233; nos soup&#231;ons concernant le manque de s&#233;rieux des propos de l'entreprise nous optons pour l'arr&#234;t de notre action d&#233;sesp&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s notre sortie de la mine, l'entreprise refusa de rechercher une solution au conflit directement entre ouvriers et patronat. Nous f&#251;mes alors oblig&#233;s de r&#233;diger une base de revendications qui fut pr&#233;sent&#233;e &#224; la fois &#224; la direction de l'entreprise et au Conseil du Travail de Catalogne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ca&#328;ada, alors secr&#233;taire du Conseil, convoqua l'entreprise, repr&#233;sent&#233;e par le g&#233;rant et le directeur de la mine. Devant la discussion violente qui s'&#233;tablit entre la Commission et la Direction, Ca&#328;ada intervint. S'adressant aux repr&#233;sentants de l'entreprise il dit : &#171; Il me semble que le minimum que peuvent r&#233;clamer les ouvriers &#224; leur patron c'est le r&#232;glement de leur salaires. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un accord fut alors sign&#233; qui devait entrer en vigueur d&#232;s le lendemain. Nous t&#233;l&#233;phonons donc aux camarades pour qu'ils reprennent le travail. Le jour suivant, les ouvriers commenc&#232;rent &#224; encaisser les bons les plus anciens. Nous avions tenu nos engagements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A moment de l'explosion du mouvement, l'entreprise devait aux travailleurs la somme de 50 millions de Pesetas.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;capitulatif de ce qui pr&#233;c&#232;de&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde, y compris moi-m&#234;me, s'est interrog&#233; et s'interroge toujours sur les &#233;v&#232;nements. Pour quelle raison P&#233;rez, porteur et incitateur du soul&#232;vement, alors qu'il n'y avait pas de nouvelles de la d&#233;l&#233;gation, et dans la grande confusion du moment, s'est d&#233;cid&#233; &#224; signer l'acte de capitulation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout que nous attendions des nouvelles, bonnes ou mauvaises, de Y&#233;pes. La r&#233;ponse &#224; cette interrogation se trouve peut-&#234;tre en r&#233;fl&#233;chissant &#224; l'&#233;change de propos qui a eu lieu en notre pr&#233;sence entre le Secr&#233;taire de la R&#233;gion Catalane, Emilio Mira, et Y&#233;pes. Propos assez vifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, le fait que Y&#233;pes n'e&#251;t aucune entrevue avec le Secr&#233;taire de la R&#233;gion Catalane ni avec aucun des membres du Comit&#233; National. Ce qui semble exact malgr&#233; l'insistance que mettait Y&#233;pes &#224; vouloir l'affirmer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut en conclure que ce mouvement r&#233;volutionnaire naquit dans la nuit du 17 au 18 janvier 1932 sans autre consid&#233;ration que l'id&#233;e folle et enthousiaste de quatre ou cinq camarades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part le geste m&#233;rite honneur et respect pour sa valeur r&#233;volutionnaire. D'autre part, sans la moindre condamnation sociale, il peut m&#233;riter la critique voire les reproches, pour avoir conduit des familles aux limites de la faim sans r&#233;sultat ni objectif particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il m&#233;rite un autre reproche beaucoup plus s&#233;v&#232;re : c'est ce que ce Miguel P&#233;rez meurt &#224; Sallent, province de Barcelone, quelques mois avant le mouvement g&#233;n&#233;ral alors qu'il avait des accointances avec la police.&lt;br class='autobr' /&gt;
Honneur &#224; Juan Y&#233;pes qui continua &#224; &#234;tre l'homme int&#232;gre tant social que r&#233;volutionnaire. Int&#233;grit&#233; qui lui fit abandonner l'Argentine du dictateur Uroburo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous autres ouvriers avons v&#233;cu des jours d'une fi&#232;vre r&#233;volutionnaire tout en nous conduisant avec beaucoup de s&#233;r&#233;nit&#233;, respect et cordialit&#233; jusqu'avec nos propres ennemis. Ce qui ne fut pas le comportement de l'entreprise et des autorit&#233;s locales. Quand les armes furent d&#233;pos&#233;es par les mineurs, ils commirent injustices sur injustices. Surtout contre des personnes innocentes et en r&#233;alit&#233; sans d&#233;fense. Brutalit&#233;s, renvois, d&#233;tentions, bastonnades et coups de crosse de fusils de la Guardia Civil, tel &#233;tait le quotidien des travailleurs qui rest&#232;rent dans les mines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre le&#231;on est que c'est une erreur impardonnable d'abandonner une population apr&#232;s l'avoir conduite &#224; un soul&#232;vement r&#233;volutionnaire. L'abandon des lieux de certains camarades responsables directs de ce mouvement donna lieu &#224; certaines interpr&#233;tations malintentionn&#233;es. Certains en sont arriv&#233;s &#224; dire que ce mouvement avait &#233;t&#233; forg&#233; &#224; l'&#233;tranger par les communistes russes. D'autres disaient qu'il s'agissait d'un jeu entre l'entreprise et la police pour expulser les ind&#233;sirables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard l'id&#233;e se propagea que Durruti avait pu &#234;tre l'instigateur de ce mouvement. Il est vrai que Durruti devait venir parler &#224; un meeting organis&#233; fin septembre ou d&#233;but octobre 1931. Mais les autorit&#233;s et la Guardia Civil s'y &#233;tant oppos&#233;s, le meeting ne put avoir lieu. Par contre le dimanche suivant un certain nombre de militants se r&#233;unirent autour de Durruti et Combina dans les bois autour de San Corn&#233;lio. Contrairement &#224; ce qui a &#233;t&#233; &#233;crit celui-ci nous dit : &#171; &lt;i&gt;Pour faire la r&#233;volution, il est n&#233;cessaire d'avoir une bonne pr&#233;paration au combat et ne pas croire qu'avec des fusils de chasse on peut affronter la Guardia Civil et les militaires.&lt;/i&gt; &#187; Ceci afin de d&#233;montrer que loin d'inciter les mineurs de Figols &#224; un soul&#232;vement Durruti nous faisait comprendre au contraire la r&#233;alit&#233; des choses.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce paragraphe est extrait d'une lettre de mise au point adress&#233;e &#224; F&#233;d&#233;rica (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces mensonges &#233;taient propag&#233;s par les r&#233;actionnaires et certains communistes, ces derniers ayant comme objectif de saper le prestige de la Conf&#233;d&#233;ration Nationale du Travail et l'anarchisme. Les uns comme les autres, quoique &#224; des fins id&#233;ologiques diff&#233;rentes, n'ont jamais pu obtenir ce r&#233;sultat. Quoi qu'il en soit, les camarades qui restaient durent lutter farouchement et sans repos pour r&#233;organiser notre syndicat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; Trabal, comme il est d&#233;montr&#233; pr&#233;c&#233;demment, il nous contacta sur notre initiative. Nous pensions qu'il ne nous restait en effet, comme ultime moyen, que celui de faire intervenir un d&#233;put&#233;, ce qui finalement s'av&#233;ra &#234;tre une forme de suicide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trabal utilisait pour sa politique les graves circonstances que nous traversions, nous les mineurs de Figols. Mais d'autre part, nous aussi, nous avons tent&#233; d'utiliser la chance qui se pr&#233;sentait pour sortir de notre douloureuse situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trabal nous accompagna &#224; Barcelone et &#224; Madrid dans toutes les instances officielles auxquelles nous devions nous adresser. Trabal &#233;tait celui qui d&#233;clenchait les discussions officielles que ce soit par int&#233;r&#234;t politique ou par soucis de nous venir en aide. Nous avons vu Trabal se f&#233;liciter au cours de notre assembl&#233;e en disant : &#171; &lt;i&gt;Vous pouvez dire &#224; vos familles d'Aragon, Andalousie ou Levante que le conflit de Figols las Minas entre dans sa voie de solution.&lt;/i&gt; &#187; Mais malheureusement Trabal, que ce soit par choix politique ou par bonne volont&#233;, ne p&#251;t rien obtenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La preuve en est qu'apr&#232;s toutes ces entrevues st&#233;riles, nous avons d&#251; recourir &#224; une solution suicide en nous enfermant, une trentaine de mineurs, au fond de la mine. Nous y rest&#226;mes neuf jours sans interruption jusqu'&#224; ce que l'entreprise et les autorit&#233;s c&#232;dent &#224; nos justes revendications. Ils ne c&#233;d&#232;rent pas pour sauver nos vies mais surtout par peur d'un scandale international plus grand et plus humiliant que celui qu'ils avaient subi lors du soul&#232;vement r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Balthasar Martinez, Chateauneuf du Rh&#244;ne, 1965&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LES FORCES EN PR&#201;SENCE&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fractions r&#233;publicaines&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les partis bourgeois&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Gauche r&#233;publicaine (Izquierda republicana) : Manuel Aza&#328;a&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Union r&#233;publicaine : Martinez Barrio&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Parti autonomiste catalan (Esquerra) : Luis Companys&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Nationalistes basques (Euzkadi) : Aguirre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les partis ouvriers&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Parti socialiste :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A gauche : Largo Caballero (Alliance ouvri&#232;re)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A droite : Indalecio Prieto, J. Desteiro (R&#233;formisme lib&#233;ral)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Parti communiste (PCE) : Jos&#233; Diaz&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Parti Socialiste Unifi&#233; de Catalogne (Partido Socialista Unificat de Catalunya) : PSCU&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Communistes Trotskistes, POUM, Parti Ouvrier d'Unification Marxiste (Partido Obrero de Unificaci&#243;n Marxista : Joaquim Maurin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Anarchistes FAI, F&#233;d&#233;ration Anarchiste Ib&#233;rique (F&#233;d&#233;raci&#243;n Anarquista Iberica : Buenaventura Durruti, Angel Pasta&#328;a&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les grandes associations syndicales&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. UGT, Union G&#233;n&#233;rale des Travailleurs (Uni&#243;n General de Trabajadores) : Socialistes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. CNT, Conf&#233;d&#233;ration Nationale du Travail (Confederaci&#243;n National de Trabajo) : Anarchistes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Jeunesses&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeunesses communistes (JC)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeunesses libertaires (trotskistes) (JL)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeunesses communistes ib&#233;riques (POUM)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeunesses socialistes (JS)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeunesses socialistes unifi&#233;es (JSU)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fractions nationalistes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;CEDA : Conf&#233;d&#233;ration Espagnole des Droites Autonomes (Confederaci&#243;n Espa&#328;ola de Derechas Auton&#243;mas) : coalition de droite dirig&#233;e par Gil Robles&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Action Populaire : Parti populaire essentiellement catholique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Agrariens : Jos&#233; Martinez de Velasco&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;novation espagnole : Calco Sotelo&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Phalange : Jos&#233; Antonio Primo de Rivera&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Carlistes et Traditionalistes : Fal Cond&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parti Radical : Alejandro Lerroux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parti conservateur : Miguel Maura&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parti Lib&#233;ral-D&#233;mocrate : Malquiades Alvarez&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trois derniers n'ayant pas pris part ouvertement &#224; la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;CHRONOLOGIE DES PRINCIPAUX &#201;V&#200;NEMENTS&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1930&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Janvier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 30 Fin de la dictature de Primo de Rivera. Berenguer lui succ&#232;de&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1931&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avril&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 12 Elections municipales. D&#233;part d'Alphonse XIII. La R&#233;publique est proclam&#233;e (pr&#233;sident : Alcal&#225; Zamora)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mai&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 10 Emeutes &#224; Madrid, puis un peu partout incendies d'Eglises et de couvents les jours suivants&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 28 Elections d'une assembl&#233;e constituante&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cembre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 3 Loi agraire. Violents affrontements entre la garde civile et les anarchistes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 9 Promulgation de la Constitution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1932&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Janvier	Dissolution de la Compagnie de J&#233;sus&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mars&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 2 Institution du divorce et, trois mois plus tard, du mariage civil&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ao&#251;t&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 10-13 Soul&#232;vement du g&#233;n&#233;ral Sanjurgo &#224; S&#233;ville&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cembre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 6 Le g&#233;n&#233;ral Macia pr&#233;sident de la G&#233;n&#233;ralit&#233; de Catalogne. Il meurt peu de mois apr&#232;s. Remplac&#233; par Jos&#233; Luis Companys.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1933&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Janvier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 23 Expulsion des J&#233;suites&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mars	Franco commandant g&#233;n&#233;ral des Bal&#233;ares&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Octobre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 29 Jos&#233; Antonio Primo de Rivera fonde la Phalange&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Novembre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 19 Elections l&#233;gislatives. Succ&#232;s de la droite (CEDA).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1934&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Janvier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 10 Les J&#233;suites r&#233;autoris&#233;s &#224; enseigner&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Octobre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 3 Gr&#232;ves r&#233;volutionnaires &#224; Madrid et &#224; Barcelone&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 7 Insurrection des mineurs des Asturies. Pr&#232;s des 30 000 mineurs arm&#233;s. Franco dirige la r&#233;pression. Plus de 1000 tu&#233;s. On capturera 90 000 fusils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1935&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#233;vrier. Franco commandant en chef de l'arm&#233;e du Maroc. Le 13 mai il est nomm&#233; chef d'&#233;tat-major g&#233;n&#233;ral par le ministre de la Guerre Gil Robles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1936&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#233;vrier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 16 Elections aux Cortes. Succ&#232;s du Frente Popular.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mars Franco nomm&#233; commandant g&#233;n&#233;ral des Canaries.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avril Le g&#233;n&#233;ral Mola expose dans une	circulaire son plan de soul&#232;vement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mai&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 11 Aza&#328;a pr&#233;sident de la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 12 Gouvernement Casares Quiroga.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juillet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 9	Assassinat du phalangiste Sanz de Heredia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 12	Assassinat du lieutenant Castillo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 13 Assassinat du leader monarchiste Calvo Sotelo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Guerre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(en gras : victoires et initiatives nationalistes, en romain : r&#233;publicaines, italique : interventions &#233;trang&#232;res)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Juillet&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 17 Au Maroc &#171; soul&#232;vement national &#187; contre le &lt;i&gt;Frente Popular&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 18 Le soul&#232;vement s'&#233;tend en Espagne. D&#233;but de la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 19 &lt;strong&gt;Franco arrive &#224; T&#233;touan.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Gouvernement Giral donne des armes au peuple et sollicite l'aide fran&#231;aise : armes et avions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 20	&lt;strong&gt;Mort du g&#233;n&#233;ral Sanjurjo, chef th&#233;orique de la conspiration.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 22-25	Bataille des Sierras au nord-ouest de Madrid. Premi&#232;res vraies batailles de la Guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Franco sollicite les aides italienne et allemande pour lui permettre de faire passer ses troupes sur le continent.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 25	&lt;i&gt;Arriv&#233;e en Espagne des premiers avions et des premi&#232;res armes livr&#233;s par la France.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 30 &lt;i&gt;Arriv&#233;e au Maroc des premiers avions italiens et allemands.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ao&#251;t&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 6 &lt;strong&gt;Franco arrive &#224; S&#233;ville.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 14 &lt;strong&gt;Prise nationaliste de Badajoz.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 15 &lt;i&gt;D&#233;claration franco-britannique sur la non-intervention. L'Italie y adh&#232;re le 21 ao&#251;t. L'Allemagne, le 24, l'URSS, le 28.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Septembre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 3	&lt;strong&gt;Les nationalistes contre-attaquent victorieusement &#224; Majorque.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 4 Gouvernement Largo Caballero.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 5 &lt;strong&gt;Chute d'Irun.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 9	&lt;i&gt;1&#232;re r&#233;union du Comit&#233; de non- intervention&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 13	&lt;strong&gt;Chute de Saint-S&#233;bastien.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 29 &lt;strong&gt;Fin du si&#232;ge de l'Alcazar de Tol&#232;de.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 27 &lt;strong&gt;Franco est nomm&#233; g&#233;n&#233;ralissime.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Octobre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	1er	&lt;strong&gt;Franco, chef de l'Etat.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	7	&lt;strong&gt;D&#233;but de la marche sur Madrid.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Octobre-d&#233;cembre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Bataille de Madrid.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LUIS COMPANYS&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(1883-1940) Ancien pr&#233;sident de la G&#233;n&#233;ralit&#233; de Catalogne. Il se proclama Pr&#233;sident de la R&#233;publique de Catalogne (31 Juin 1936). R&#233;fugi&#233; en France en F&#233;vrier 1939. Arr&#234;t&#233; par le gouvernement de Vichy, il fut remis par la Gestapo &#224; Franco qui le fit fusiller &#224; Barcelone.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment des &#233;v&#232;nements de Figols, la Catalogne s'&#233;tait d&#233;clar&#233;e R&#233;publique de Catalogne le 14 avril 1931 par le colonel Macias quelques heures seulement avant la R&#233;publique Espagnole et avait cr&#233;&#233; un gouvernement : la G&#233;n&#233;ralit&#233; de Catalogne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Esquerra R&#233;publicana dirig&#233;e par Companys avait remport&#233; les &#233;lections en avril 1931.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les Cort&#233;s abord&#232;rent en Septembre 1931 le d&#233;bat constitutionnel elles se trouv&#232;rent en pr&#233;sence d'institutions autonomes en plein fonctionnement. La R&#233;publique Espagnole fut d&#233;finie comme &#171; Etat int&#233;gral compatible avec l'autonomie des R&#233;gions &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais chaque fois qu'une R&#233;gion demanda son autonomie elle se heurta au pouvoir central qui interpr&#233;tait cette d&#233;marche comme une rupture propre &#224; alarmer le patriotisme espagnol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mouvements de cette &#233;poque s'inscrivent donc &#224; la fois dans le cadre d'une recherche d'autonomie et d'un soul&#232;vement populaire. Ce qui explique en bonne partie les fins de non-recevoir essuy&#233;es par la d&#233;l&#233;gation de Figols aupr&#232;s de Madrid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autonomie de la Catalogne ne fut effective qu'&#224; l'&#233;t&#233; 1932 avec toutefois des pouvoirs amoindris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1934 les mineurs des Asturies se soul&#232;vent, soul&#232;vement f&#233;rocement r&#233;prim&#233; par l'arm&#233;e command&#233;e par Franco. Le g&#233;n&#233;ral Yag&#252;e se distingue par ses exactions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Companys proclame alors l'Etat Catalan dans la R&#233;publique Espagnole. Mais le g&#233;n&#233;ral Batat sur lequel il comptait se rangea du c&#244;t&#233; du pouvoir central et Companys fut emprisonn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Cort&#233;s &#233;lues en 1936 remettent en vigueur le statut catalan et gracient les condamn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 31 juin 1936 Companys se proclame Pr&#233;sident de la R&#233;publique de Catalogne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce petit r&#233;sum&#233; afin de montrer combien les dissensions entre les pouvoirs influaient sur les mouvements en Catalogne, sans compter le patronat qui en profitait pour pressurer outrageusement les ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;EXTRAITS DE HISTORIA 1971 :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;...&#171; Les anarcho-syndicalistes, exasp&#233;r&#233;s par la mont&#233;e du ch&#244;mage et le renforcement de l'appareil policier, recouraient &#224; nouveau aux m&#233;thodes terroristes en honneur sous le r&#232;gne d'Alphonse XIII.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une petite guerre chronique s'engage entre la CNT et les milices pr&#233;toriennes. En juillet 1931, &#224; S&#233;ville, la CNT lance un ordre de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale pour protester contre la mort d'un gr&#233;viste, tu&#233; par la police au cours d'une bagarre. Des combats de rue se d&#233;roulent pendant trois jours dans la capitale andalouse. Le 6 janvier 1932, &#224; Arnedo (province de Logro&#328;o) la Benemerila (garde civile) tire sur une manifestation ouvri&#232;re. Bilan : 6 morts (dont 4 femmes) et 30 bless&#233;s. Quelques semaines plus tard, &#224; la fin de janvier, une tentative de soul&#232;vement ouvrier est &#233;touff&#233;e &#224; Figols, dans le bassin minier du Haut Llobregat (province de Barcelone). Cent quatre anarchistes, dont le fameux Durruti, sont alors d&#233;port&#233;s en Guin&#233;e espagnole. A cette &#233;poque, on estime &#224; 400 morts (dont 20 gardes) et &#224; 3000 bless&#233;s le chiffre des victimes de cette petite guerre sociale, au cours des dix-huit mois &#233;coul&#233;s depuis la proclamation de la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;pisode le plus dramatique se situe un peu plus tard en janvier 1933. Pour c&#233;l&#233;brer l'anniversaire du mouvement de Figols, les anarchistes organis&#232;rent dans tout le pays une s&#233;rie de gr&#232;ves, d'attentats et de manifestations. Ces tentatives furent ais&#233;ment r&#233;prim&#233;es. Mais dans quelques communes de la province de Cadix, la gr&#232;ve des journaliers agricoles prit une allure de jacquerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un d&#233;tachement de la garde d'assaut aux ordres du capitaine Rojas, entreprit de fouiller maison par maison le hameau de Casas Viejas, dont les habitants avaient proclam&#233; l'av&#232;nement du &#171; Communisme libertaire &#187;. Un vieux militant anarchiste connu sous le sobriquet de &#171; Seisdebos &#187; se barricada dans sa maison avec ses enfants, ses petits-enfants et deux voisins. On &#233;tait au cr&#233;puscule. La nuit s'&#233;coula sans amener de changement. A l'aube, les gardes exasp&#233;r&#233;s mirent le feu &#224; la masure. &#171; Seisdedos &#187; et sa famille p&#233;rirent dans les flammes. Au cours des heures suivantes, le capitaine Rojas donna l'ordre de fusiller onze personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#232;nements de Casas Viejas provoqu&#232;rent des provocations unanimes. Le pr&#233;sident Aza&#328;a fut interpell&#233; aux Cort&#232;s par les porte-parole de la gauche et de la droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ch&#226;timent exemplaire inflig&#233; au capitaire Rojas (vingt ans de prison) ne suffit pas &#224; calmer l'opinion. Les ouvriers qui, depuis longtemps, avaient surnomm&#233; l'aust&#232;re pr&#233;sident Alcala Zamora &#171; Alfonso en rustica &#187; (Alphonse en &#233;dition broch&#233;e, sans uniforme chamarr&#233;) pensaient que, d&#233;cid&#233;ment, rien n'avait chang&#233; en Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;M&#233;moires d'un &#233;vad&#233; d'un des camps de concentration de Franco&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Camp &#171; La Merced &#187; (Pampelune, Navarre)&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;cit de Balthasar Martinez&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Traduit de l'espagnol par Lazare Martinez&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces m&#233;moires ne se targuent d'aucune litt&#233;rature, j'ai beaucoup de carences &#224; ce sujet, mais elles se veulent surtout la narration des injustices et souffrances que nous avons d&#251; supporter moi et mes camarades dans ce camp de concentration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Arriv&#233;e dans le camp de concentration&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La majeure partie des prisonniers de guerre de ce camp provenait de France en passant par Hendaye. Une grande partie de ces hommes, devant les traitements que leur r&#233;servaient les autorit&#233;s fran&#231;aises, se port&#232;rent volontaires pour le camp de Franco, pensant que celui-ci serait plus indulgent envers eux. D'autres qui, comme moi, avaient de la famille en France et qui pensaient obtenir l'autorisation de les rejoindre sortaient des camps fran&#231;ais et partaient &#224; la d&#233;rive. Mais les &#233;vad&#233;s de ces camps, moi y compris, atteignaient rarement leur objectif. Les militaires, les gendarmes, les autorit&#233;s fran&#231;aises et les gardes civils poursuivaient sans rel&#226;che ceux qui arrivaient &#224; s'&#233;chapper des camps de concentration fran&#231;ais. Ceux qui &#233;taient arr&#234;t&#233;s par l'une ou l'autre des autorit&#233;s &#233;taient conduits &#224; la fronti&#232;re &#224; Hendaye, sans autre forme de proc&#232;s, comme personnes ind&#233;sirables. C'est ainsi, qu'apr&#232;s de nombreuses souffrances et avatars, je fus conduit &#224; la fronti&#232;re espagnole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que les phalangistes, aid&#233;s par la Guardia Civil, sans fouille ni interrogations, nous enferm&#232;rent dans des wagons &#224; bestiaux et sous bonne garde nous conduisirent au camp de Pampelune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous fit descendre un par un des wagons, entre deux files des serviteurs de l'ordre de Franco. Inutile d'esp&#233;rer s'&#233;chapper, ni avec les autorit&#233;s fran&#231;aises ni avec celles d'Espagne. Quelques-uns tent&#232;rent de le faire &#224; la sortie des wagons et subirent un traitement terrible.&lt;br class='autobr' /&gt;
Conduits en file indienne, sous la menace des fusils de la Guardia Civil, nous f&#251;mes conduits &#224; la &#171; Merced &#187;. L'entr&#233;e dans le camp se fit sans la moindre inspection. En entrant dans ce camp on se sentait tout de suite aussi mal en point que tous ceux qui s'y trouvaient d&#233;j&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain une voix annon&#231;a dans la minuscule cour : &#171; &lt;i&gt;Que ceux qui sont arriv&#233;s hier se pr&#233;sentent au bureau d'enregistrement !&lt;/i&gt; &#187; Ceux qui nous recevaient dans ce bureau avaient l'air de se m&#233;fier les uns des autres, certainement pour des questions de pr&#233;s&#233;ance, alors qu'ils disposaient de plus ou moins de responsabilit&#233;s. Surtout lorsque la police fran&#231;aise avait adjoint au prisonnier une note explicative, puisqu'ils ignoraient totalement le fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun des prisonniers subissait alors dans ce bureau un interrogatoire interminable, mais c'&#233;tait in&#233;vitable, il fallait en passer par l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans le bureau d'enregistrement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un caporal de la Guardia Civil tr&#244;nait fi&#232;rement, entour&#233; de trois ou quatre secr&#233;taires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caporal : &#171; &lt;i&gt;Comment vous appelez-vous ? quel &#226;ge avez-vous ? o&#249; &#234;tes-vous n&#233;s ? o&#249; vous trouviez-vous lors de l'explosion de notre glorieux mouvement ?&lt;/i&gt; &#187; Le prisonnier r&#233;pondait chaque fois aux questions qui lui &#233;taient pos&#233;es. Les secr&#233;taires, sans lever la t&#234;te notaient tout ce que le prisonnier disait. Alors le cabot le regardait de haut en bas et lui disait : &#171; &lt;i&gt;Vous pouvez partir, mais n'oubliez pas de passer chez le coiffeur.&lt;/i&gt; &#187; Celui-ci se trouvait justement en face et nous coiffait promptement, la boule &#224; z&#233;ro. L&#224; s'arr&#234;taient momentan&#233;ment les ennuis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce moment le prisonnier s'interrogeait : &#171; &lt;i&gt;Mais ces gens vont se renseigner certainement au village que j'ai d&#233;clar&#233; ?&lt;/i&gt; &#187; Int&#233;rieurement nous nous r&#233;sumions : &#171; &lt;i&gt;Mais personne ne peut donner des renseignements, car personne ne me conna&#238;t davantage que moi-m&#234;me, et moi-m&#234;me je ne connais pas le pays que je viens de d&#233;clarer.&lt;/i&gt; &#187; Le prisonnier demeurait alors abandonn&#233; dans ces locaux immondes, suspicieux de soi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ordre moral des prisonniers&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que la peur et la m&#233;fiance soient le quotidien des prisonniers, il y avait toujours quelqu'un qui plaisantait, certains racontaient des histoires dr&#244;les, d'autres se promenaient en long et en large, r&#233;fl&#233;chissaient ou pleuraient en sourdine accroupis dans un coin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela montrait que ceux qui plaisantaient et leur entourage pensaient obtenir une solution favorable, alors que les autres qui r&#233;fl&#233;chissaient ou pleuraient dans leur coin ne voyaient aucune issue satisfaisante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours du temps, nous faisions connaissance les uns avec les autres, le temps de localiser les moutons introduits parmi nous. Quoique la r&#232;gle p&#233;nitentiaire soit s&#233;v&#232;re et m&#234;me criminelle, nous avions reconquis notre moral d'espagnols et les souffrances et vexations se faisaient moins insupportables qu'au d&#233;but. Finalement les plaisantins arrivaient &#224; cr&#233;er une sorte d'&#233;vasion pour ceux qui aimaient discuter plus s&#233;rieusement et ouvertement. Malgr&#233; tout il fallait rester r&#233;serv&#233; et toute chose n'&#233;tait pas bonne &#224; dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'ordre dans le camp&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ordre dans le camp &#233;tait assur&#233; par un commandant de l'arm&#233;e, un lieutenant et un caporal de la Guardia Civil, et deux sergents. Il y avait aussi un sergent bless&#233; par les forces r&#233;publicaines et trois ou quatre officiers de la Phalange qui se relayaient chaque semaine. De plus, six ou sept caporaux de l'arm&#233;e qui &#233;taient particuli&#232;rement efficaces dans les ch&#226;timents. Selon quelques informations de toute confiance, l'un d'entre eux faisait partie des pelotons d'ex&#233;cution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acharnement sur les prisonniers &#233;tait, de la part des autorit&#233;s du camp, particuli&#232;rement inhumain. Rassemblements, rondes de prisonniers, coups pour obtenir des d&#233;clarations sous contrainte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela consistait &#224; pr&#233;senter des photographies de personnes qui avaient &#233;t&#233; tu&#233;es dans la zone r&#233;publicaine et &#224; les accuser de leur assassinat. La terreur &#233;tait telle que le 15 avril 1939, suite &#224; ces traitements injustes et pris par une crise de folie d&#233;sesp&#233;r&#233;e, le prisonnier Hullet Ferrer se jeta du troisi&#232;me &#233;tage. Le 18 du m&#234;me mois un autre prisonnier d&#233;nomm&#233; Ma&#328;o originaire de Balabastro mit ainsi, comme l'autre, fin &#224; sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contagion du suicide chez les prisonniers &#233;tait telle que les sentinelles qui se tenaient &#224; l'int&#233;rieur du camp r&#233;ussirent &#224; arr&#234;ter deux autres tentatives de suicide d'hommes qui ne pouvaient plus supporter une vie inf&#226;me digne plut&#244;t des b&#234;tes que des hommes. Devant une discipline aussi rigoureuse la contagion du suicide ne cessait d'augmenter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les responsables du maintien de l'ordre &#224; l'int&#233;rieur avaient d&#233;cid&#233; de mettre des gardes militaires qui circulaient parmi nous avec la ba&#239;onnette au canon. A deux reprises les gardes arr&#234;t&#232;rent deux autres candidats au suicide qui tentaient de se suicider par d&#233;fenestration comme les deux premiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me fa&#231;on, ils ordonn&#232;rent de mettre des forces de carabiniers et militaires &#224; l'ext&#233;rieur du camp de la &#171; Merced &#187; comme au pied du fronton de pelote basque puisqu'il y avait l&#224;-bas aussi une centaine de prisonniers. Un prisonnier qui tentait d'ouvrir une fen&#234;tre fut bless&#233; &#224; la main par un tir de fusil d'un carabinier de faction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait aussi l'ordre express d'assister &#224; la messe que c&#233;l&#233;brait tous les dimanches, dans la cour, le cur&#233; du camp. Ceux qui essayaient de s'y soustraire, en se cachant dans les wc ou autres endroits, &#233;taient pourchass&#233;s par les capos. Ils &#233;taient alors ramen&#233;s au premier rang &#224; grand coups de fouets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre dimanche, &#224; la place du cur&#233;, un autre pr&#234;tre c&#233;l&#233;bra la messe. Il &#233;tait, para&#238;t-il, lieutenant-colonel des Bo&#239;nas rojas (B&#233;rets rouges). Ce Monsieur le cur&#233;, la messe dite, au lieu de s'occuper des myst&#232;res de l'Eglise, s'avan&#231;a vers les prisonniers pour leur parler de la guerre. Apr&#232;s avoir encens&#233; Franco, son Arm&#233;e et le glorieux mouvement national, il attaqua sur les &#171; rouges &#187;, nous traitant de crabes, l&#233;vriers (!), l&#226;ches, sacril&#232;ges, violeurs, assassins, pr&#233;dateurs de biens priv&#233;s, destructeurs de la civilisation et autres propos de bravache. Cet homme d&#233;versait sa bile, lui qui savait comment un peuple laborieux pouvait se montrer courageux au combat, alors qu'il nous tenait &#224; sa merci sans d&#233;fense et soumis &#224; un sort cruel sans pr&#233;c&#233;dent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour &#231;a que sur les murs, portes et autres lieux visibles se trouvaient de grands panneaux sur lesquels, entre autres inscriptions louant le r&#233;gime de Franco et ses martyrs, il y avait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Dans les camps de Franco, il n'y a pas de terreur, il y a de l'amour &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;claration devant l'assembl&#233;e de classement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un quartier militaire de Pampelune, il y avait une Assembl&#233;e de classement des prisonniers. Lorsqu'il avait pass&#233; une paire de mois dans le camp, le prisonnier &#233;tait appel&#233; devant cette assembl&#233;e pour faire sa d&#233;claration sous serment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette assembl&#233;e &#233;tait compos&#233;e d'un lieutenant-colonel de l'arm&#233;e, d'un commandant et d'un capitaine de la Guardia Civil, d'un lieutenant et quelques caporaux de l'arm&#233;e. Il y avait aussi quelques messieurs r&#233;qu&#233;t&#233;s (troupes carlistes coiff&#233;es du b&#233;ret rouge et portant un brassard vert avec une croix) et phalangistes dont j'ignore le grade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;claration reposait toujours les m&#234;mes questions : &#171; &lt;i&gt;Comment vous appelez-vous ? quel &#226;ge avez-vous ? o&#249; &#234;tes-vous n&#233;s ? comment s'appellent vos parents ? o&#249; vous trouviez-vous quand le mouvement a &#233;clat&#233; ?avez-vous appartenu au SIM&lt;/i&gt; (Service d'Investigations Militaires dans la zone r&#233;publicaine)&lt;i&gt; ? avez-vous appartenu aux patrouilles de contr&#244;le&lt;/i&gt; (!)&lt;i&gt; ? combien de temps avez-vous &#233;t&#233; en guerre ? &#224; quelle organisation ou parti politique apparteniez-vous ? &#234;tes-vous catholique ? avez-vous vol&#233; ? avez-vous commis des sacril&#232;ges ? avez-vous commis un crime quelconque pendant le mouvement ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prisonnier r&#233;pondait au fur et &#224; mesure aux questions. A certains on montrait des photographies de gens qui selon eux avaient &#233;t&#233; tu&#233;s par des rouges. Rare &#233;tait le prisonnier que l'assembl&#233;e emmenait sur le champ. Il fallait une grande imprudence du d&#233;clarant pour qu'il soit arr&#234;t&#233; imm&#233;diatement et soumis aux d&#233;cisions de cette assembl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement le prisonnier &#233;tait reconduit au camp, sans autre explication, pour y attendre son sort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques-uns &#233;taient appel&#233;s &#224; d&#233;clarer une deuxi&#232;me fois. Ceux-ci &#233;taient alors class&#233;s d&#233;finitivement. Certains revenaient avec leurs documents en r&#232;gle pour retourner au pays. D'autres &#233;taient exp&#233;di&#233;s &#224; la prison de Pampelune. D'autres encore au p&#233;nitencier de San Cristobal. Il y en avait qui &#233;taient envoy&#233;s dans des camps de travail dont le recrutement se faisait &#224; Miranda de Ebre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les prisonniers qui restaient dans le camp apr&#232;s leur premi&#232;re d&#233;claration &#233;taient journellement maltrait&#233;s par les caporaux de la Guardia Civil. L'ordre int&#233;rieur du camp &#233;tait renforc&#233; afin d'&#233;claircir la situation de tous ces prisonniers qui n'avaient donn&#233; ni leur v&#233;ritable nom, ni leur adresse exacte. Dans ce but, ils organisaient les prisonniers en formation militaire &#224; de nombreuses occasions, terminant m&#234;me par une formation en compagnies. Ils donn&#232;rent alors l'autorit&#233; &#224; ceux qu'ils avaient form&#233; en exigeant m&#234;me de ceux-ci une responsabilit&#233; accrue vis-&#224;-vis des autres prisonniers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caporal de la Guardia Civil continuait ses interrogatoires montrant des photographies et de fausses d&#233;clarations de personnes inconnues de l'interrog&#233;. Lorsque le caporal n'obtenait pas les aveux qu'il souhaitait il lui administrait g&#233;n&#233;ralement une forte racl&#233;e. La racl&#233;e la plus atroce que subit un prisonnier fut administr&#233;e &#224; un certain Arias qui &#233;tait un ancien champion de boxe. Il avait, d'apr&#232;s certains, appartenu au SIM. Apr&#232;s cette m&#233;morable bastonnade nous le v&#238;mes, un beau matin, compl&#232;tement nu dans la cour. Quelques temps plus tard, sous la menace des fusils, deux gardes civils l'emmen&#232;rent et l'on n'entendit plus parler de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il y avait aussi de terrible, c'est qu'apr&#232;s nous avoir impos&#233; le silence, deux ou trois individus se pr&#233;sentaient et annon&#231;aient les noms de quelques prisonniers. Lorsqu'ils r&#233;pondaient, on leur demandait de prendre leur sac et leur couverture&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Macouto y la manta &#187;, paquetage et couverture, correspond &#224; l'expression &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et on les embarquait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La terreur devenait alors palpable au milieu des prisonniers, comme si la mort venait d'appara&#238;tre. On savait en effet, par des indiscr&#233;tions, que tous ceux qui &#233;taient appel&#233;s ainsi, au petit matin, allaient directement au peloton d'ex&#233;cution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet appel du matin fut abandonn&#233; lorsqu'&#224; la fin plus personne ne r&#233;pondait &#224; l'appel des noms. Leur recherche au milieu des prisonniers aurait par ailleurs cr&#233;&#233; un v&#233;ritable tumulte et nui gravement &#224; l'ordre qu'ils voulaient faire r&#233;gner dans le camp. Cela confirmait donc que ces appels ne se faisaient pas sur ordre des autorit&#233;s, mais &#233;taient plut&#244;t la suite de d&#233;nonciations ou vengeances de pays d'origine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que les d&#233;tenus soient organis&#233;s en compagnies, le d&#233;sordre administratif r&#233;gnait parmi eux. Ceux qui avaient &#233;t&#233; d&#233;sign&#233;s pour nous contr&#244;ler &#233;taient incapables de d&#233;terminer l'identit&#233; de chacun. En effet, nous permutions en permanence de nom les uns avec les autres et personne ne s'y retrouvait. La situation de confusion &#233;tait arriv&#233;e &#224; de telles extr&#233;mit&#233;s que, d'accord ou non avec la direction du camp, une m&#233;thode fut mise au point pour d&#233;busquer certains prisonniers : on annon&#231;ait &#224; la porte du bureau que untel avait re&#231;u un mandat de tant de pesetas &#224; retirer au bureau. L'imprudent qui tombait dans le pi&#232;ge &#233;tait imm&#233;diatement arr&#234;t&#233; et partait pour une direction inconnue de nous autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette man&#339;uvre ne p&#251;t pas se renouveler tr&#232;s souvent car le bruit s'en r&#233;pandit tr&#232;s vite bien que nous soyons 3000 d&#233;tenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les prisonniers recevaient du courrier, quelques-uns sous un faux nom. Le courrier &#233;tait distribu&#233; par appel au milieu de la cour puis jet&#233; par dessus les t&#234;tes dans la direction suppos&#233;e de son destinataire puisqu'aussi bien personne ne r&#233;pondait pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les 3 et 4 juillet, pendant tout un apr&#232;s-midi, ils organis&#232;rent une ronde de prisonniers. Apr&#232;s nous avoir fait descendre dans la cour, la ronde faite, ils install&#232;rent un garde civil tous les 8 ou 10 m&#232;tres. Ceux-ci, une photographie &#224; la main parcouraient la ronde &#224; la recherche du prisonnier dont ils avaient la photo. Ils n'obtinrent aucun r&#233;sultat et ce n'est qu'&#224; la tomb&#233;e du jour qu'ils nous firent rompre la formation. Au cours de ces rondes quelques-uns tr&#232;s fatigu&#233;s tombaient lourdement. Ils n'en tenaient aucun compte sauf que quelques fois certains &#233;taient enlev&#233;s de la cour compl&#232;tement &#233;vanouis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la chiourme trouvait que les d&#233;tenus se montraient moins abattus, elle cherchait une nuisance quelconque pour continuer &#224; les tourmenter. Cela consistait parfois &#224; prendre un prisonnier au hasard, le conduire au garde civil qui l'interrogeait sadiquement : &#171; &lt;i&gt;pourquoi vous trouvez-vous dans ce camp ? qu'avez-vous fait dans la zone rouge ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prisonnier r&#233;pondait comme il pouvait mais le caporal jamais content lui montrait alors 14 ou 15 photographies et demandait : &#171; &lt;i&gt;connaissez-vous ces personnes ?&lt;/i&gt; &#187; Naturellement le prisonnier ne connaissait personne et ne savait pas de quoi il s'agissait. Alors le caporal lui disait : &#171; &lt;i&gt;c'est vous qui avez tu&#233; tous ces gens&lt;/i&gt; &#187; et sans attendre de r&#233;ponse il s'acharnait sur lui &#224; coups de cravache. Et ce maudit caporal frappait jusqu'&#224; ce qu'il s'arr&#234;te d'&#233;puisement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela se r&#233;pandait dans tout le camp comme une tra&#238;n&#233;e de poudre et la terreur s'introduisait partout faisant dispara&#238;tre le l&#233;ger mieux que ces messieurs de l'ordre du camp avait constat&#233; auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cas tr&#232;s sp&#233;cial : un jour un jeune homme, pouss&#233; par la faim, osa prendre un morceau de pain dans le local de la cuisine. Mais comme parmi nous, il y avait toujours quelques mouchards, un de ces maudits d&#233;lateurs le d&#233;non&#231;a &#224; la Guardia Civil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caporal de la chiourme le prit, lui lia les mains derri&#232;re le dos, et le montrant &#224; la premi&#232;re compagnie comme un voleur, il commen&#231;a alors &#224; coups de ceinturon &#224; lui infliger une premi&#232;re correction. Il l'emmena ensuite devant la deuxi&#232;me compagnie, r&#233;p&#233;tant &#171; &lt;i&gt;vous avez devant vous un petit voleur qui vaut ni plus ni moins que vous-m&#234;mes&lt;/i&gt; &#187;. Il lui infligea un second ch&#226;timent. Et, semblable au chemin de croix du Christ, il fut conduit devant la troisi&#232;me compagnie o&#249; il tomba mortellement atteint, bless&#233; par les coups et saignant par tous les pores. Deux caporaux l'enlev&#232;rent alors et l'on n'entendit plus parler de lui. Le bruit courait parmi les d&#233;tenus qu'il &#233;tait mort dans la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les d&#233;tenus avaient un moment de r&#233;pit, r&#233;sonnait alors le rassemblement d'urgence. Les caporaux militaires accomplissaient alors leur mission en frappant &#224; droite et &#224; gauche sans discernement. Pour acc&#233;l&#233;rer le rassemblement, en bas de l'escalier se trouvait un capo qui donnait les premiers coups de cravache sur les &#233;paules. Le dernier caporal, en bas de l'escalier &#233;tait celui que nous surnommions &#171; le bossu &#187; ou &#171; le borgne &#187;, car il l'&#233;tait vraiment. Il &#233;tait natif de Tren (L&#233;rida) et c'&#233;tait celui-l&#224; m&#234;me qui appartenait au peloton d'ex&#233;cution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nuit, de fa&#231;on inopin&#233;e, un lieutenant-colonel se pr&#233;senta au camp. Celui-ci avait &#233;t&#233; d&#233;tenu dans nos camps. Avec des mani&#232;res parfaitement correctes il nous annon&#231;a la chute de Madrid. Le directeur du camp nous dit ensuite : &#171; &lt;i&gt;Comme tout le monde se trouve lib&#233;r&#233; par notre glorieuse Arm&#233;e, la communication est r&#233;tablie dans toute l'Espagne. Je vous conseille donc d'&#233;crire chez vous afin d'obtenir des garanties pour sortir librement du camp&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce lieutenant-colonel ne devait pas &#234;tre tr&#232;s bien inform&#233; sur la reddition des forces r&#233;publicaines &#224; Madrid (celle-ci eut lieu le 28 avril 1939). Le lendemain matin nous f&#251;mes inform&#233;s avec toute certitude que les informations du lieutenant-colonel &#233;taient fausses. Nous retrouv&#226;mes alors un peu de bonne humeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Guardia Civil se rendit compte de l'ambiance joyeuse des prisonniers et en profita pour montrer de quel bois elle se chauffait. Ce jour-l&#224; au moment de descendre dans la cour pour prendre le repas il y e&#251;t des coups, des corridas, rassemblements, formations de rondes et mises en rangs. Un officier, parce qu'un d&#233;tenu n'&#233;tait pas bien align&#233;, se mit &#224; le rouer de coups puis se retourna vers le sergent et le gifla jusqu'&#224; plus soif. Notre seule d&#233;fense restait le silence et supporter l'humiliation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un beau jour un officier de la Phalange se pr&#233;sente, de garde, au camp. Il commence &#224; protester contre les injustices dont nous &#233;tions victimes. Il accusait les militaires des tr&#232;s mauvaises conditions dans lesquelles on nous maintenait et de la mauvaise qualit&#233; du &#171; rancho &#187; (nourriture, synonyme du rata en fran&#231;ais) et la guardia civil de mauvais traitements. Les protestations de cet officier, m&#234;me s'il subsistait quelques doutes quant &#224; leur sinc&#233;rit&#233;, donnaient &#224; penser &#224; nombre de d&#233;tenus qu'ils avaient quelques droits &#224; r&#233;clamation. Entre doutes et semi-optimisme il s'&#233;coula environ deux semaines. Apr&#232;s ces quelques jours tout se termina. Lorsque cet officier phalangiste prit sa garde pour la troisi&#232;me fois, il &#233;tait pire que ses pr&#233;d&#233;cesseurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple de ces proc&#233;d&#233;s sauvages : apr&#232;s avoir beaucoup critiqu&#233; l'attitude des autres chefs et officiers il fait une descente &#224; la troisi&#232;me compagnie o&#249; il trouve un jeune homme alit&#233; avec trente neuf degr&#233;s de fi&#232;vre. Il s'approche, et sans rien dire, il lui lance un grand coup de pied dans le ventre et lui ordonne de se mettre debout. Le jeune homme essaie de se relever comme il peut quand l'officier, sans faire de d&#233;tail, lui ass&#232;ne deux gifles. Il l'attrape par le bras et l'oblige alors &#224; se tenir au garde-&#224;-vous exigeant qu'il garde cette position pendant une heure le bras lev&#233; en signe de salut fasciste. Pour s'assurer que ce ch&#226;timent sera ex&#233;cut&#233; il met de garde deux autres prisonniers sous la menace de leur faire subir le m&#234;me sort si la sanction ne va pas &#224; son terme. Cet officier esp&#233;rait que le premier condamn&#233; tomberait avant, ce qui ne tarda pas d'arriver. Il entra alors, le roua de coups de pied et ordonna aux deux autres de jeter une couverture sur le corps. Celui-ci fut alors transport&#233; &#224; l'infirmerie puis &#224; l'h&#244;pital et nous ne s&#251;mes plus rien de lui.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un autre jour, entrant dans une autre compagnie, il d&#233;cida que le balayage &#233;tait mal fait. Il avisa deux jeunes gens qui se trouvaient proches, les gifla, puis mettant la compagnie au garde-&#224;-vous il les insulta de toutes les fa&#231;ons possibles. Le silence restait la seule force et la seule consolation des prisonniers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'introduisait dans le camp des orateurs de la Phalange et des missionnaires religieux. Les premiers s'adressaient aux d&#233;tenus sous forme de conf&#233;rences, les seconds s'introduisaient ouvertement au milieu des prisonniers parlant de leurs convictions spirituelles. La nuit tomb&#233;e, ils r&#233;unissaient leurs adeptes, les tartuffes ne manquant pas, et les faisaient chanter. Les plus d&#233;lur&#233;s racontaient des histoires dr&#244;les ou des contes et tout se terminait par une pri&#232;re aux disparus pour la Patrie et pour le Roi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident que les phalangistes et les r&#233;qu&#233;t&#233;s n'avaient pu d&#233;marrer leurs activit&#233;s que lorsque la commission de classification avait expurg&#233; tous ceux, qui &#224; leur id&#233;e, repr&#233;sentaient la lie o&#249; &#233;taient les ind&#233;sirables. La discipline devint alors un peu moins rigoureuse puisque l'effectif avait diminu&#233; ; et m&#234;me lorsque les d&#233;tenus du fronton de la pelote basque eurent rejoint le camp de la &#171; Merced &#187;, nous n'&#233;tions plus que mille deux cent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour un phalangiste donna une conf&#233;rence &#224; une tribune improvis&#233;e dans la cour o&#249; il nous dit : &#171; &lt;i&gt;Nous savons que vous &#234;tes maintenant convaincus que vous avez perdu la guerre et qu'avec elle vous en avez fini avec la c&#233;cit&#233; du communisme. Si vous savez reconna&#238;tre les faits, vous pouvez vous attendre &#224; une vie meilleure que celle que vous avez eue jusqu'&#224; pr&#233;sent. Si vous ne l'acceptez pas, vous passerez les 10 &#224; 12 ans qui vous restent &#224; vivre dans les conditions actuelles ou peut-&#234;tre pires. Seuls ceux qui le m&#233;ritent recouvreront la libert&#233; et le bien-&#234;tre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'&#233;tendit ensuite sur diverses consid&#233;rations louant le mouvement phalangiste. Cet homme fut correct et par son discours il tentait de stimuler les d&#233;tenus. Quelques prisonniers applaudirent l'orateur et je les vis entreprendre une conversation avec lui, le fond de l'entretien portant surtout que quel &#233;tait leur avenir s'ils n'obtenaient pas la fameuse caution. Il semblerait que cet homme apr&#232;s leur avoir parl&#233; de la situation du camp leur fit des promesses mais sans aucun engagement. Mais au cours de cette nuit, apr&#232;s l'extinction des feux, trente prisonniers furent enlev&#233;s et disparurent &#224; jamais. Devant ce cas qui ne s'&#233;tait pas pr&#233;sent&#233; depuis longtemps plusieurs hypoth&#232;ses se pr&#233;sent&#232;rent &#224; notre esprit. On pouvait supposer que ces trente-l&#224; &#233;taient ceux qui avaient donn&#233; leur nom et que la Phalange tenant ses promesses avait lib&#233;r&#233;s. D'autres disaient qu'ils pouvaient avoir &#233;t&#233; fusill&#233;s. On les soup&#231;onnait aussi d'&#234;tre des espions qui avaient termin&#233; leur mission parmi nous et fait co&#239;ncider la venue de l'orateur avec leur sortie spectaculaire ressemblant &#224; celle des fusill&#233;s. La r&#233;alit&#233; c'est que plus jamais nous n'en entend&#238;mes parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Semaine sainte &#224; Pampelune&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les jours de la semaine sainte il arriva des choses extraordinaires dans le camp, l'une d'elles en particulier &#233;tant la pr&#233;paration &#224; la confession g&#233;n&#233;rale de tous les prisonniers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cet effet, une salle occup&#233;e par une compagnie de 120 d&#233;tenus dut d&#233;m&#233;nag&#233;e et ses occupants r&#233;partis dans d'autres salles qui &#233;taient elles-m&#234;mes surcharg&#233;es. La salle vide restait &#224; la disposition des pr&#234;tres et de ceux qui d&#233;siraient se confesser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une douzaine de chaises furent install&#233;es et lorsque tout fut pr&#234;t, trois cur&#233;s invit&#232;rent les volontaires pour la confession. Le Jeudi Saint dans la matin&#233;e, la salle &#233;tait d&#233;serte. Seuls les pr&#234;tres et quelques curieux, de ceux qui avaient pu d&#233;crocher une mission pour venir au camp, occupaient la salle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le &#171; rata &#187; de midi on nous mit au garde-&#224;-vous dans la cour et les cur&#233;s, les uns apr&#232;s les autres, firent un pr&#234;che pour inciter les gens &#224; aller se confesser. La pr&#233;dication termin&#233;e nous nous dispers&#226;mes. Il y eut entre les prisonniers diverses opinions et quelques l&#233;g&#232;res discussions, mais, dans l'apr&#232;s-midi, la salle se trouva remplie par ceux qui allaient se confesser. Les cur&#233;s eurent alors un incessant travail &#224; poser des questions, pour beaucoup d'entre elles d'ailleurs assez extravagantes aux dires des hypocrites qui se soumettaient &#224; la confession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semblait que toutes les questions fussent orient&#233;es &#224; des fins politiques. Les pr&#234;tres r&#233;p&#233;taient les m&#234;mes questions que la commission de classement, demandant s'ils connaissaient &#224; l'int&#233;rieur comme &#224; l'ext&#233;rieur du camp des gens qui auraient commis des viols, sacril&#232;ges ou assassinats. Quoique cette confession fut une v&#233;ritable plaisanterie pour les d&#233;tenus, les religieux &#233;taient profond&#233;ment satisfaits puisque les trois quarts des prisonniers du camp avaient fait du bon travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriva le jour, si je me rappelle bien, du Vendredi Saint o&#249; une grande messe fut c&#233;l&#233;br&#233;e pour la communion. Celle-ci fut dite par un &#233;v&#234;que qui &#233;tait l&#224; express&#233;ment pour donner la communion aux prisonniers qui s'&#233;taient confess&#233;s. Ceux-ci se pr&#233;sent&#232;rent accompagn&#233;s par leurs confesseurs et par le cur&#233; basque, un d&#233;nomm&#233; Thomas. Si, parmi l'assembl&#233;e, il y avait quelqu'un d'honorable et de grand c&#339;ur, c'&#233;tait bien lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec une grande solennit&#233; un autel fut &#233;lev&#233; dans la cour. Les d&#233;tenus &#233;taient oblig&#233;s de se tenir au garde-&#224;-vous devant l'autel sauf &#233;videmment ceux qui parvenaient &#224; s'enfermer dans les toilettes et que personne, m&#234;me &#224; grands coups, n'aurait pu faire sortir de l&#224;. Avec la patience dont font preuve ces gens, l'&#233;v&#234;que passait de l'un &#224; l'autre, lui faisant avaler la mitre ! Cette op&#233;ration dura une heure et demi. De nouveau certains s'&#233;vanouirent car la c&#233;r&#233;monie dura trois heures au total.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hygi&#232;ne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'hygi&#232;ne &#233;tait tr&#232;s &#233;prouvante. La &#171; Merced &#187; &#233;tait autrefois un s&#233;minaire et ses b&#226;timents compos&#233;s de larges nefs r&#233;unissaient les pires conditions pour un camp de concentration. Les habitations manquaient de ventilation et leur capacit&#233; pour 3000 prisonniers &#233;tait nettement insuffisante. Les planchers et plafonds &#233;taient rong&#233;s et bris&#233;s. Les rats montaient des &#233;gouts et dans la nuit couraient sur nos corps en v&#233;ritables processions et parfois mordaient quelques mains qui d&#233;passaient. Les gens &#233;taient v&#233;ritablement entass&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant le couvre-feu chacun s'asseyait en allongeant les jambes de fa&#231;on &#224; marquer son territoire pour la nuit. Ceux qui oubliaient de faire cette op&#233;ration &#233;taient oblig&#233;s de passer la nuit dans les passages ext&#233;rieurs ou, souffrant du froid, de s'enfermer dans les toilettes o&#249; ils passaient la nuit debout ou accroupis. Il est impossible d'imaginer l'&#233;tat dans lequel ils se trouvaient au lever avec la couverture et v&#234;tements souill&#233;s d'immondices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait impossible de changer de sous-v&#234;tements pour autant qu'on en ait. A l'arriv&#233;e du camp chacun avait plus ou moins, dans son paquetage, quelques sous-v&#234;tements, mais ceux-ci comme tous les objets qui int&#233;ressaient la Guardia Civil leur &#233;taient d&#233;rob&#233;s. Pour cela, ils proc&#233;daient ainsi : deux ou trois gardes civils se pr&#233;sentaient &#224; l'entr&#233;e des b&#226;timents, ordonnant de rester debout paquetage au pied. Deux prisonniers devaient alors prendre une couverture tendue aux quatre coins, un garde restant &#224; la porte, les autres commen&#231;ant le ramassage des sous-v&#234;tements. Ceux-ci &#233;taient ce qui les int&#233;ressait davantage. Devant chacun ils demandaient : &#171; &lt;i&gt;Ouvre ton paquetage&lt;/i&gt; &#187;. Le prisonnier sortait quelques effets les &#233;talant comme s'ils &#233;taient mis &#224; la vente. Les gardes se regardaient mutuellement de c&#244;t&#233; puis se jetaient &#224; l'assaut de quelques mis&#233;rables objets et d&#233;pouillaient celui-ci de tout ce qui les int&#233;ressait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand ils estimaient en avoir assez, ils disaient : &#171; &lt;i&gt;Quelqu'un se trouve-t-il en possession d'un rasoir, couteau ou quelque objet coupant ? Si quelqu'un en poss&#232;de, il vaut mieux les donner avant que nous les d&#233;couvrions.&lt;/i&gt; &#187; Ils se retiraient avec leur butin. Quelques jours apr&#232;s, la m&#234;me op&#233;ration se r&#233;p&#233;tait jusqu'au d&#233;pouillement complet des d&#233;tenus y compris ardoises, crayons et papier. Les prisonniers comprirent alors que l'unique fa&#231;on de sauver quelques v&#234;tements &#233;tait de les porter sur soi. Les gardes en arriv&#232;rent un jour &#224; faire se d&#233;shabiller un gar&#231;on qui avait mis trois chemises les unes sur les autres et ne lui laiss&#232;rent que la plus minable. Ils arriv&#232;rent m&#234;me &#224; piquer des couvertures qui ne leur paraissait pas trop mauvaises en disant au prisonnier : &#171; &lt;i&gt;Nous t'en donnerons une autre&lt;/i&gt; &#187;. Mais le prisonnier restait alors sans couverture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour toutes ces raisons les d&#233;tenus ne pouvaient pas pratiquer une hygi&#232;ne corporelle. Les poux nous envahissaient &#224; tel point qu'au lieu de les tuer un par un, nous les repoussions de nos corps d'un revers de main comme s'il s'agissait de paille ou de poussi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'infirmerie officiaient un infirmier et un m&#233;decin, enfin soi-disant car on ne le voyait jamais dans le camp. L'infirmerie &#233;tait un petit local rempli par trois lits malpropres toujours occup&#233;s par un malade ou un autre. Quand le malade &#233;tait &#224; l'agonie on le transportait &#224; l'h&#244;pital, enfin plut&#244;t &#224; la morgue de l'h&#244;pital. De nombreux d&#233;tenus sortirent ainsi du camp de concentration. Parmi ceux-ci on en vit quelques-uns revenir dont un de mes amis. Il nous expliqua que les religieuses s'&#233;taient tr&#232;s bien comport&#233; avec lui car il avait su se soumettre &#224; toutes les coutumes qui existaient dans cet h&#244;pital. Mais il reconnut qu'il y avait des mauvais traitements sur d'autres prisonniers malades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond de la cour, il y avait des robinets qui devaient servir &#224; la toilette et &#224; la douche. Mais c'&#233;tait inaccessible car pour arriver aux robinets, il fallait se d&#233;chausser et remonter le pantalon jusqu'aux genoux.&lt;br class='autobr' /&gt;
La gale, le typhus, les bronchites aig&#252;es, les pneumonies et les d&#233;buts de tuberculose &#233;taient le r&#233;sultat de la mauvaise hygi&#232;ne du camp. Finalement ils accept&#232;rent les demandes r&#233;p&#233;t&#233;es d'un m&#233;decin qui se trouvait prisonnier dans le camp, mais cet homme se trouvait dans l'impossibilit&#233; d'accomplir sa t&#226;che comme il le d&#233;sirait. Il manquait de lits pour accueillir les nombreux malades qui se tra&#238;naient dans toutes les pi&#232;ces, de m&#233;dicaments, de mat&#233;riel sanitaire et quelques fois l'aspirine m&#234;me venait &#224; manquer. Devant ce d&#233;sastre, les autorit&#233;s se virent oblig&#233;es de vacciner tous les prisonniers contre la tuberculose, mais ces mesures arriv&#232;rent trop tard pour quelques d&#233;tenus. Je me rappelle de la mort affreuse d'un ami originaire de Berga (Barcelone), mort abominable qui frappa aussi un grand nombre de d&#233;tenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'alimentation et les repas dans le camp&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le petit d&#233;jeuner &#233;tait compos&#233; d'orge et de seigle cuits et c'&#233;tait tout jusqu'&#224; midi o&#249; l'on servait le &#171; rancho &#187; (rata) qui ne variait jamais : un plat de f&#232;ves cuites, souvent &#224; moiti&#233; crues, et un morceau de pain. Le pain &#233;tait du pain d'orge et autres m&#233;langes d'une ration d'environ 150 grammes. Avant de servir le rancho, on nous faisait chanter pendant trois quarts d'heure pour Dieu, pour la Patrie, pour le Roi et le Cara al Sol (hymne franquiste &#224; la gloire de Franco). Un officier des r&#233;qu&#233;t&#233;s &#233;tait tenu de nous faire respecter rigoureusement ces formalit&#233;s. Le malheureux qui n&#233;gligeait de chanter &#233;tait gifl&#233;, tra&#238;n&#233; au sol et priv&#233; de nourriture jusqu'au soir. Le soir o&#249;, pour changer, m&#234;me chansons (quel petit roquet malicieux ce Monsieur) et m&#234;me rata : f&#232;ves mal cuites et morceau de pain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un certain jour, quelques prisonniers qui ne descendirent pas pour avaler leurs f&#232;ves furent interrog&#233;s par un officier. Il les fit mettre au cachot pendant deux jours. A leur sortie certains d'entre eux furent admis &#224; l'infirmerie et plus tard &#224; l'h&#244;pital cependant que les autres continuaient &#224; manger des f&#232;ves &#224; moiti&#233; cuites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rares &#233;taient ceux qui avaient de l'argent et lorsque quelqu'un recevait un mandat il &#233;tait rapidement liquid&#233;. Le cantinier, fr&#232;re d'un sergent de la Guardi Civil, volait honteusement et ouvertement le prisonnier sachant que celui-ci ne pouvait protester. Dans toutes les circonstances notre devise devait rester silence et soumission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une nouvelle importante nous parvient de l'ext&#233;rieur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une salle de cin&#233;ma de Pampelune on projetait un reportage sur la Guerre d'Espagne o&#249; l'on voyait l'aviation de l'arm&#233;e r&#233;publicaine mitraillant les troupes franquistes. Les habitants de Pampelune se mirent en col&#232;re et demand&#232;rent la t&#234;te de tous les prisonniers qui se trouvaient dans le camp de la &#171; Merced &#187;. Un certain nombre de ces &#233;nergum&#232;nes se pr&#233;sent&#232;rent &#224; la direction du camp en r&#233;clamant nos t&#234;tes. Les autorit&#233;s refus&#232;rent &#233;videmment d'acc&#233;der &#224; cette demande et firent appel &#224; une compagnie militaire pour r&#233;tablir l'ordre. Cet instant fut pour nous un moment curieux, &#224; la fois d'abattement et de stimulation, car dans chaque visage on lisait le d&#233;sir d'en d&#233;coudre si le cas s'en pr&#233;sentait. Nous &#233;tions d&#233;cid&#233;s &#224; vendre ch&#232;rement notre vie. L'ordre fut r&#233;tabli dans le camp ainsi qu'&#224; l'ext&#233;rieur et nous retrouv&#226;mes notre calme tout en gardant une forte m&#233;fiance envers les habitants de Pampelune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ma sortie du camp&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les habitants de Pampelune f&#234;tent de mani&#232;re d&#233;mesur&#233;e la Saint Firmin. Je me rappellerai toute ma vie le 8 juillet 1939. Il y avait &#224; l'ext&#233;rieur un grand Carnaval. Cette mascarade p&#233;n&#233;tra dans le camp et parvint jusqu'aux bureaux de la direction. F&#234;tards, so&#251;leries dans la nuit, tous se voulaient les fr&#232;res des prisonniers. Sur le moment j'eus la crainte, et je n'&#233;tais pas le seul, que notre derni&#232;re heure &#233;tait venue. Le soir, il n'y eut pas de couvre-feu. Profitant d'un passe que l'un des prisonniers m'avait pr&#234;t&#233; je sortis du camp de concentration de la &#171; Merced &#187; par la porte. &#171; &lt;i&gt;Comme un oiseau qui fuit les &#233;perviers qui le poursuiven&lt;/i&gt;t &#187;. Le 10 juillet 1939, je me retrouvai &#224; nouveau en France &#224; la recherche de ma famille.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;EXTRAITS DE MEMOIRES SUR LA VIE D'ANTONIA FERNANDEZ SANCHEZ, COMPAGNE DE BALTHASAR MARTINEZ&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(...) En 1928, j'arrive &#224; la Ricamarie en provenance d'Espagne. Je vais alors me loger &#224; Bayon, quartier o&#249; elle habitait. Quelques mois apr&#232;s mon arriv&#233;e nous faisons connaissance et tombons amoureux. Apr&#232;s quelques mois, notre amour grandissant, nous d&#233;cidons de nous marier. La c&#233;r&#233;monie a lieu le 26 juillet 1939 alors qu'elle avait 19 ans et moi 27. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout va bien pour nous, mais depuis le 14 avril un &#233;v&#232;nement politique survient en Espagne, la proclamation de la mal-nomm&#233;e R&#233;publique des travailleurs. Comme tous les exil&#233;s je retourne aussi en Espagne et toujours aux mines de charbon de Figols las Minas. Au d&#233;but tout va bien. Mais comme il arrive souvent en Espagne et avec les espagnols, tout part bient&#244;t &#224; vau-l'eau : travail, organisation et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tout va mal, les charbons de Berga commencent &#224; mener la vie dure aux ouvrier. Le 18 janvier 1932 se produit un soul&#232;vement populaire subversif. Pendant 9 jours les mineurs sont ma&#238;tres de la situation et de tout le bassin minier. Comme le mouvement &#233;choue, l'entreprise a les mains libres pour traiter les ouvriers &#224; sa guise, en jetant 30 &#224; la rue et en mutant 30 autres. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 1932 &#224; 1936 il n'y avait &#224; Figols aucun moment de repos social. L'entreprise arrive &#224; l'extr&#234;me de ne plus payer les salaires qui sont dus. Les travailleurs se mettent alors en gr&#232;ve sur le tas &#224; l'int&#233;rieur de la mine. La police, au service du patronat, malm&#232;ne et pourchasse les ouvriers mettant en d&#233;tention qui lui semble bon. Dans les maisons, la Guardia Civil multiplie les perquisitions sauvages. Pendant ces perquisitions, Antonia conserve sur elle tout ce qui peut &#234;tre compromettant. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle d&#233;montre sa force de r&#233;bellion lorsque nous, mineurs, nous enfermons dans la mine pour obliger l'entreprise &#224; revenir sur sa position. A cette occasion, elle anime les groupes de femmes qui manifestent &#224; l'ext&#233;rieur jusqu'&#224; ce que l'entreprise capitule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi nous arrivons au 17 juillet 1936, jour o&#249; le fascisme espagnol se soul&#232;ve contre la R&#233;publique. Une centurie se constitue alors &#224; Figols pour aller se battre contre les fascistes sur le front des Asturies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle reste seule, comme d'ailleurs toutes les compagnes de ceux qui s'&#233;taient engag&#233;s, avec seulement une paye de 10 pesetas, somme allou&#233;e par le Gouvernement &#224; tout volontaire qui prenait les armes pour aller combattre le fascisme. Au cours de nos divers accrochages avec les fascistes, nous perdons six mineurs. Le personnel de la mine est alors mobilis&#233; &#224; l'int&#233;rieur de la mine mais pour ma part je repars pour le front.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie devenant alors tr&#232;s difficile, les 10 pesetas &#233;tant largement insuffisants, Antonia comme d'autres femmes s'embauche au lavage du charbon. Courageuse, elle fait front sans faiblir aux difficult&#233;s extr&#234;mes du moment : la charge de trois enfants dont l'a&#238;n&#233; a six ans et ma vieille m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin 1938, le fascisme enfonce les lignes du front r&#233;publicain et se r&#233;pand dans toute la Catalogne comme les chevaux d'Attila. D&#233;but 1939 je me retrouve dans un camp de concentration &#224; Pampelune (Navarre). De mon fr&#232;re je n'ai aucune nouvelle. Je pense qu'il est mort. C'est au camp de Pampelune que j'apprends la mort de ma m&#232;re survenue le 13 avril 1939.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques jours plus tard, accompagn&#233;e d'Augustine, elle se pr&#233;sente au camp de concentration de Pampelune pour me faire savoir qu'il ne fallait surtout pas demander la sortie pour Figols car c'&#233;tait dangereux. D'autres d&#233;j&#224; qui y &#233;taient retourn&#233;es y avaient laiss&#233; la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous convenons alors :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Qu'&#224; son retour &#224; Figols, elle prenne les trois enfants et par tous les moyens possibles tente de rejoindre la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Que de mon c&#244;t&#233;, m&#234;me au risque de ma vie, je tenterai par tous les moyens de m'&#233;vader du camp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A son retour &#224; Figols, en compagnie des trois enfants et d'une amie qui avait aussi deux filles, elle part et traversant les Pyr&#233;n&#233;es, elle se retrouve en Franc quelques jours plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mon c&#244;t&#233; je ne peux m'&#233;vader que le 8 juillet 1939, jour de la Saint Firmin, qui est jour de f&#234;te, de beuveries et d'oubli pour tous les habitants de Pampelune. Apr&#232;s avoir err&#233; pendant deux jours dans les montagnes de Roncevaux, je passe la fronti&#232;re au dessus du poste de St Carlos. Sit&#244;t en France, je suis pris par les gendarmes qui me conduisent au camp de Gurs o&#249; je suis inscrit au nom de Balthasar Fernandez Sanchez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis sa visite au camp de Pampelune, nous n'avions aucune nouvelle l'un de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; se pr&#233;sente une situation assez cocasse. Un jour le responsable du camp me demande mes papiers d'identit&#233;. Je lui dis que je n'en ai pas vu les circonstances de mon passage en France. &#171; &lt;i&gt;Peu importe,&lt;/i&gt; me dit-il, &lt;i&gt;vous vous appelez Balthasar Fernandez Sanchez et un propri&#233;taire vous r&#233;clame pour travailler en petite Gironde.&lt;/i&gt; &#187; On me fait des documents officiels et direction Bordeaux o&#249; l'on s'aper&#231;oit que le v&#233;ritable Balthasar Fernandez Sanchez est d&#233;j&#224; l&#224;, install&#233; chez ce patron. Celui-ci m'emm&#232;ne alors &#224; la sous-pr&#233;fecture de Langon, rencontre je-ne-sais-qui et me dit en sortant : &#171; &lt;i&gt;vous verrez, vous serez bien&lt;/i&gt; &#187;. Le sous-pr&#233;fet en personne m'emm&#232;ne alors, en voiture, jusqu'&#224; un camp de r&#233;fugi&#233;s qui se trouve &#224; Langon m&#234;me et s'appelle &#171; Ch&#226;teau Garros &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l&#224; j'&#233;cris, toujours sous un faux nom, &#224; mon beau-p&#232;re qui habitait &#224; Entraigues sur Sorgue. Par retour de courrier il m'apprend que ma femme et mes enfants sont chez lui mais que les gendarmes ne cessent de la menacer &#224; plusieurs reprises de la renvoyer en Espagne. Sans attendre ma r&#233;ponse , elle prend alors les trois enfants et se pr&#233;sente &#224; la porte du camp. Les gens, dans le camp, sont &#224; la fois effar&#233;s et stup&#233;faits de voir le courage, l'imagination et la d&#233;termination dont elle avait fait preuve dans toutes ces circonstances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le responsable du camp de r&#233;fugi&#233;s, Mr Manuel Llinas, un homme estimable et bon, avait &#233;t&#233; chef des communications et t&#233;l&#233;phones de l'&#233;tat r&#233;publicain. Il me promet de faire le n&#233;cessaire aupr&#232;s de la sous-pr&#233;fecture, ce qu'il fait &#224; temps pour me permettre d'aller vendanger chez Mr. Dubedac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques mois plus tard, je fais une demande d'embauche aux mines de la B&#233;raudi&#232;re et en F&#233;vrier 1940 je peux commencer &#224; travailler. Elle reste &#224; nouveau seule &#224; Langon avec les trois enfants et enceinte du quatri&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La compagnie mini&#232;re m'attribue deux petites pi&#232;ces et elle peut alors me rejoindre. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;FIN.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce paragraphe est extrait d'une lettre de mise au point adress&#233;e &#224; F&#233;d&#233;rica Monts&#233;ny suite &#224; un article de S&#233;verino Campos paru dans le journal &#171; Espoir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Macouto y la manta &#187;, paquetage et couverture, correspond &#224; l'expression &#171; avec arme et bagage &#187;, qui n'est pas tr&#232;s indiqu&#233; ici.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;La suite conte alors la guerre au cours de laquelle ils ont la chance de se retrouver en zone &#171; libre &#187;, o&#249; il travaille dans un camp r&#233;serv&#233; aux Espagnols.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La famille restera ensuite en France jusqu'&#224; nos jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Antonia Martinez est d&#233;c&#233;d&#233;e en 1982.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Balthazar en 1988.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour compl&#233;ter avantageusement cette lecture je ne saurais que trop vous conseiller la lecture d'&#171; Hommage &#224; la Catalogne &#187; de George Orwell, celle de &#171; &lt;a href=&#034;http://infokiosques.net/spip.php?article420&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Adresse aux libertaires du pr&#233;sent et du futur sur les capitulations de 1937&lt;/a&gt; &#187;, par un &#171; Incontr&#244;l&#233; de la Colonne de fer &#187;, et enfin &#171; Les fils de la nuit. Souvenirs de la guerre d'Espagne &#187;, d'Antoine Gimenez et les gim&#233;nologues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nadarlana&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Anarchie et Communisme</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article555</link>
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		<dc:date>2008-03-27T21:11:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Carlo Cafiero</dc:creator>


		<dc:subject>Anarchismes, anarchie</dc:subject>
		<dc:subject>Zanzara ath&#233;e (Paris-banlieue)</dc:subject>
		<dc:subject>Communismes</dc:subject>
		<dc:subject>Nadarlana (Montpellier)</dc:subject>
		<dc:subject>Espa&#241;ol</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#034;Anarchie et communisme&#034; est la reproduction du rapport lu par Carlo Cafiero en 1880 &#224; l'occasion du congr&#232;s de la F&#233;d&#233;ration jurassienne de l'A.I.T. (Association Internationale des Travailleurs) &#224; Chaux-de-Fonds. Ce texte de Cafiero fut publi&#233; pour la premi&#232;re fois la m&#234;me ann&#233;e &#224; Gen&#232;ve, dans le journal anarchiste &lt;i&gt;Le R&#233;volt&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cafiero explique ici que &#034;&lt;i&gt;nous devons &#234;tre communistes, parce que nous sommes des anarchistes, parce que l'anarchie et le communisme sont les deux termes n&#233;cessaires de la r&#233;volution&lt;/i&gt;&#034;...&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique5" rel="directory"&gt;A&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Anarchismes, anarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot7" rel="tag"&gt;Zanzara ath&#233;e (Paris-banlieue)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot14" rel="tag"&gt;Communismes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot68" rel="tag"&gt;Nadarlana (Montpellier)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot129" rel="tag"&gt;Espa&#241;ol&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH101/arton555-5e201.jpg?1780455683' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='101' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff555.jpg?1205690970&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Au congr&#232;s tenu &#224; Paris par la r&#233;gion du Centre, un orateur, qui s'est distingu&#233; par son acharnement contre les anarchistes, disait :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;Communisme et anarchie hurlent de se trouver ensemble.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre orateur qui parlait aussi contre les anarchistes, mais avec moins de violence, s'est &#233;cri&#233;, en parlant d'&#233;galit&#233; &#233;conomique :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;Comment la libert&#233; peut-elle &#234;tre viol&#233;e, lorsque l'&#233;galit&#233; existe ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eh bien ! je pense que les deux orateurs avaient tort.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut parfaitement avoir l'&#233;galit&#233; &#233;conomique, sans avoir la moindre libert&#233;. Certaines communaut&#233;s religieuses en sont une preuve vivante, puisque la plus compl&#232;te &#233;galit&#233; y existe en m&#234;me temps que le despotisme. La compl&#232;te &#233;galit&#233;, car le chef s'habille du m&#234;me drap et mange &#224; la m&#234;me table que les autres ; il ne se distingue d'eux que par le droit de commander qu'il poss&#232;de. Et les partisans de &#034;l'Etat populaire&#034; ? S'ils ne rencontraient pas d'obstacles de toute sorte, je suis s&#251;r qu'ils finiraient par r&#233;aliser la parfaite &#233;galit&#233;, mais, en m&#234;me temps aussi le plus parfait despotisme, car, ne l'oublions pas, le despotisme de l'Etat actuel augmenterait du despotisme &#233;conomique de tous les capitaux qui passeraient aux mains de l'Etat, et le tout serait multipli&#233; par toute la centralisation n&#233;cessaire &#224; ce nouvel Etat. Et c'est pour cela que nous, les anarchistes, amis de la libert&#233;, nous nous proposons de les combattre &#224; outrance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, contrairement &#224; ce qui a &#233;t&#233; dit, on a parfaitement raison de craindre pour la libert&#233;, lors m&#234;me que l'&#233;galit&#233; existe ; tandis qu'il ne peut y avoir aucune crainte pour l'&#233;galit&#233; l&#224; o&#249; existe la vraie libert&#233;, c'est-&#224;-dire l'anarchie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, anarchie et communisme, loin de hurler de se trouver ensemble, hurleraient de ne pas se trouver ensemble, car ces deux termes, synonymes de libert&#233; et d'&#233;galit&#233;, sont les deux termes n&#233;cessaires et indivisibles de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre id&#233;al r&#233;volutionnaire est tr&#232;s simple, on le voit : il se compose, comme celui de tous nos devanciers, de ces deux termes : libert&#233; et &#233;galit&#233;. Seulement il y a une petite diff&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Instruits par les escamotages que les r&#233;actionnaires de toute sorte et de tout temps ont faits de la libert&#233; et de l'&#233;galit&#233;, nous nous sommes avis&#233;s de mettre, &#224; c&#244;t&#233; de ces deux termes, l'expression de leur valeur exacte. Ces deux monnaies pr&#233;cieuses ont &#233;t&#233; si souvent falsifi&#233;es, que nous tenons enfin &#224; en conna&#238;tre et &#224; en mesurer la valeur exacte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pla&#231;ons donc, &#224; c&#244;t&#233; de ces deux termes : libert&#233; et &#233;galit&#233;, deux &#233;quivalents dont la signification nette ne peut pas pr&#234;ter &#224; l'&#233;quivoque, et nous disons : &#034;Nous voulons la libert&#233;, c'est-&#224;-dire l'anarchie, et l'&#233;galit&#233;, c'est-&#224;-dire le communisme.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anarchie, aujourd'hui, c'est l'attaque, c'est la guerre &#224; toute autorit&#233;, &#224; tout pouvoir, &#224; tout Etat. Dans la soci&#233;t&#233; future, l'anarchie sera la d&#233;fense, l'emp&#234;chement apport&#233; au r&#233;tablissement de toute autorit&#233;, de tout pouvoir, de tout Etat : pleine et enti&#232;re libert&#233; de l'individu qui, librement et pouss&#233; seulement par ses besoins, par ses go&#251;ts et ses sympathies, se r&#233;unit &#224; d'autres individus dans le groupe ou dans l'association ; libre d&#233;veloppement de l'association qui se f&#233;d&#232;re avec d'autres dans la commune ou dans le quartier ; libre d&#233;veloppement des communes qui se f&#233;d&#232;rent dans la r&#233;gion &#8211; et ainsi de suite : les r&#233;gions dans la nation ; les nations dans l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le communisme, la question qui nous occupe plus sp&#233;cialement aujourd'hui, est le second point de notre id&#233;al r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le communisme actuellement, c'est encore l'attaque ; ce n'est pas la destruction de l'autorit&#233;, mais c'est la prise de possession, au nom de toute l'humanit&#233;, de toute la richesse existant sur le globe. Dans la soci&#233;t&#233; future, le communisme sera la jouissance de toute la richesse existante, par tous les hommes et selon le principe : De chacun selon ses facult&#233;s, &#224; chacun selon ses besoins, c'est-&#224;-dire : De chacun et &#224; chacun suivant sa volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut remarquer, &#8211; et ceci r&#233;pond surtout &#224; nos adversaires, les communistes autoritaires ou &#233;tatistes &#8211; que la prise de possession et la jouissance de toute la richesse existante doivent &#234;tre, selon nous, le fait du peuple lui-m&#234;me. Le peuple, l'humanit&#233;, n'&#233;tant pas des individus capables de saisir la richesse et la tenir dans leurs deux mains, on a voulu en conclure, il est vrai, qu'il faut, pour cette raison, instituer toute une classe de dirigeants, de repr&#233;sentants et de d&#233;positaires de la richesse commune. Mais nous ne partageons pas cet avis. Pas d'interm&#233;diaires, pas de repr&#233;sentants qui finissent toujours par ne repr&#233;senter qu'eux-m&#234;mes ! Pas de mod&#233;rateurs de l'&#233;galit&#233;, pas davantage de mod&#233;rateurs de la libert&#233; ! Pas de nouveau gouvernement, pas de nouvel Etat, dut-il se dire populaire ou d&#233;mocrate, r&#233;volutionnaire ou provisoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La richesse commune &#233;tant diss&#233;min&#233;e sur toute la terre, tout en appartenant de droit &#224; l'humanit&#233; enti&#232;re, ceux donc qui se trouvent &#224; la port&#233;e de cette richesse et en mesure de l'utiliser l'utiliseront en commun. Les gens de tel pays utiliseront la terre, les machines, les ateliers, les maisons, etc., du pays et ils s'en serviront tous en commun. Partie de l'humanit&#233;, ils exerceront ici, de fait et directement, leur droit sur une part de la richesse humaine. Mais si un habitant de P&#233;kin venait dans ce pays, il se trouverait avoir les m&#234;mes droits que les autres ; il jouirait en commun avec les autres de toute la richesse du pays, de la m&#234;me fa&#231;on qu'il l'e&#251;t fait &#224; P&#233;kin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'est donc bien tromp&#233;, cet orateur qui a d&#233;nonc&#233; les anarchistes comme voulant constituer la propri&#233;t&#233; des corporations. La belle affaire que l'on ferait, si l'on d&#233;truisait l'Etat pour le remplacer par une multitude de petits Etats ! Tuer le monstre &#224; une t&#234;te pour entretenir le monstre &#224; mille t&#234;tes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non ; nous l'avons dit, et nous ne cesserons de le r&#233;p&#233;ter : point d'entremetteurs, point de courtiers et d'obligeants serviteurs qui finissent toujours par devenir les vrais ma&#238;tres : nous voulons que toute la richesse existante soit prise directement par le peuple lui-m&#234;me, qu'elle soit gard&#233;e par ses mains puissantes, et qu'il d&#233;cide lui-m&#234;me de la meilleure mani&#232;re d'en jouir, soit pour la production, soit pour la consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on nous demande : le communisme est-il applicable ? Aurions-nous assez de produits pour laisser &#224; chacun le droit d'en prendre &#224; sa volont&#233;, sans r&#233;clamer des individus plus de travail qu'ils ne voudront en donner ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous r&#233;pondons : Oui. Certainement, on pourra appliquer ce principe : De chacun et &#224; chacun suivant sa volont&#233;, parce que, dans la soci&#233;t&#233; future, la production sera si abondante qu'il n'y aura nul besoin de limiter la consommation, ni de r&#233;clamer des hommes plus d'ouvrage qu'ils ne pourront ou ne voudront en donner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette immense augmentation de production, dont on ne saurait m&#234;me aujourd'hui se faire une juste id&#233;e, peut se deviner par l'examen des causes qui la provoqueront. Ces causes peuvent se r&#233;duire &#224; trois principales :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;1.	L'harmonie de la coop&#233;ration dans les diverses branches de l'activit&#233; humaine, substitu&#233;e &#224; la lutte actuelle qui se traduit dans la concurrence ;&lt;br&gt;
2.	L'introduction sur une immense &#233;chelle des machines de toutes sortes ;&lt;br&gt;
3.	L'&#233;conomie consid&#233;rable des forces du travail, des instruments de travail et des mati&#232;res premi&#232;res, r&#233;alis&#233;e par la suppression de la production nuisible ou inutile.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La concurrence, la lutte est un des principes fondamentaux de la production capitaliste, qui a pour devise : &lt;i&gt;Mors tua vita mea&lt;/i&gt;, ta mort est ma vie. La ruine de l'un fait la fortune de l'autre. Et cette lutte acharn&#233;e se fait de nation &#224; nation, de r&#233;gion &#224; r&#233;gion, d'individu &#224; individu, entre travailleurs aussi bien qu'entre capitalistes. C'est une guerre au couteau, un combat sous toutes les formes : corps &#224; corps, par bandes, par escouades, par r&#233;giments, par corps d'arm&#233;e. Un ouvrier trouve de l'ouvrage o&#249; un autre en perd ; une industrie ou plusieurs industries prosp&#232;rent, lorsque telles ou telles industries p&#233;riclitent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien ! imaginez-vous lorsque, dans la soci&#233;t&#233; future, ce principe individualiste de la production capitaliste, chacun pour soi et contre tous, et tous contre chacun, sera remplac&#233; par le vrai principe de la sociabilit&#233; humaine : chacun pour tous et tous pour chacun &#8211; quel immense changement n'obtiendra-t-on pas dans les r&#233;sultats de la production ? Imaginez-vous quelle sera l'augmentation de la production, lorsque chaque homme, loin d'avoir &#224; lutter contre tous les autres, sera aid&#233; par eux, quand il les aura, non plus comme ennemis, mais comme coop&#233;rateurs. Si le travail collectif de dix hommes atteint des r&#233;sultats absolument impossibles pour un homme isol&#233;, combien grands seront les r&#233;sultats obtenus par la grande coop&#233;ration de tous les hommes qui, aujourd'hui, travaillent hostilement les uns contre les autres ?&lt;br&gt;
Et les machines ? L'apparition de ces puissants auxiliaires du travail, si grande qu'elle nous paraisse aujourd'hui, n'est que tr&#232;s minime en comparaison de ce qu'elle sera dans la soci&#233;t&#233; &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La machine a contre elle, aujourd'hui, souvent l'ignorance du capitaliste, mais plus souvent encore son int&#233;r&#234;t. Combien de machines restent inappliqu&#233;es uniquement parce quelles ne rapportent pas un b&#233;n&#233;fice imm&#233;diat au capitaliste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce qu'une compagnie houill&#232;re, par exemple, ira se mettre en frais pour sauvegarder les int&#233;r&#234;ts des ouvriers et construira de co&#251;teux appareils pour descendre les mineurs dans les puits ? Est-ce que la municipalit&#233; introduira une machine pour casser les pierres, lorsque ce travail lui fournit le moyen de faire &#224; bon march&#233; de l'aum&#244;ne aux affam&#233;s ? Que de d&#233;couvertes, que d'applications de la science restent lettre morte, uniquement parce qu'elles ne rapporteraient pas assez au capitaliste !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travailleur lui-m&#234;me est aujourd'hui l'ennemi des machines, et ceci avec raison, puisqu'elles sont vis-&#224;-vis de lui le monstre qui vient le chasser de l'usine, l'affamer, le d&#233;grader, le torturer, l'&#233;craser. Et quel immense int&#233;r&#234;t il aura, au contraire, &#224; en augmenter le nombre lorsqu'il ne sera plus au service des machines ; au contraire, elles-m&#234;mes seront &#224; son service, l'aidant et travaillant pour son bien-&#234;tre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il faut tenir compte de l'immense &#233;conomie qui sera faite sur les trois &#233;l&#233;ments du travail : la force, les instruments et la mati&#232;re, qui sont horriblement gaspill&#233;s aujourd'hui, puisqu'on les emploie &#224; la production de choses absolument inutiles, quand elles ne sont pas nuisibles &#224; l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combien de travailleurs, combien de mati&#232;res et combien d'instruments de travail ne sont-ils pas employ&#233;s aujourd'hui par l'arm&#233;e de terre et de mer, pour construire les navires, les forteresses, les canons et tous ces arsenaux d'armes offensives et d&#233;fensives ! Combien de ces forces sont us&#233;es &#224; produire des objets de luxe qui ne servent qu'&#224; satisfaire des besoins de vanit&#233; et de corruption !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et lorsque toute cette force, toutes ces mati&#232;res, tous ces instruments de travail seront employ&#233;s &#224; l'industrie, &#224; la production d'objets qui eux-m&#234;mes serviront &#224; produire, quelle prodigieuse augmentation de la production ne verrons-nous pas surgir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, le communisme est applicable ! On pourra bien laisser &#224; chacun prendre &#224; volont&#233; ce dont il aura besoin, puisqu'il y en aura assez pour tous. On n'aura plus besoin de demander plus de travail que chacun n'en voudra donner, parce qu'il y aura toujours assez de produits pour le lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est gr&#226;ce &#224; cette abondance que le travail perdra le caract&#232;re ignoble de l'asservissement, en lui laissant seulement le charme d'un besoin moral et physique, comme celui d'&#233;tudier, de vivre avec la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas tout d'affirmer que le communisme est chose possible nous pouvons affirmer qu'il est n&#233;cessaire. Non seulement on peut &#234;tre communiste ; il faut l'&#234;tre sous peine de manquer le but de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, apr&#232;s la mise en commun des instruments de travail et des mati&#232;res premi&#232;res, si nous conservions l'appropriation individuelle des produits du travail, nous nous trouverions forc&#233;s de conserver la monnaie, partant une accumulation de richesses plus ou moins grande, selon plus ou moins de m&#233;rite, ou plut&#244;t d'adresse des individus. L'&#233;galit&#233; aurait ainsi disparu, puisque celui qui parviendrait &#224; poss&#233;der plus de richesses se serait d&#233;j&#224; &#233;lev&#233; par cela m&#234;me au-dessus du niveau des autres Il ne resterait plus qu'un pas &#224; faire pour que les contre-r&#233;volutionnaires &#233;tablissent le droit d'h&#233;ritage. Et, en effet, j'ai entendu un socialiste de renom, soi-disant r&#233;volutionnaire, qui soutenait l'attribution individuelle des produits, finir par d&#233;clarer qu'il ne verrait pas d'inconv&#233;nients &#224; ce que la soci&#233;t&#233; adm&#238;t la transmission de ces produits en h&#233;ritage : la chose selon lui, ne porterait pas &#224; cons&#233;quence. Pour nous qui connaissons de pr&#232;s les r&#233;sultats auxquels la soci&#233;t&#233; en est arriv&#233;e avec cette accumulation des richesses et leur transmission par h&#233;ritage, il ne peut pas y avoir de doute &#224; ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'attribution individuelle des produits r&#233;tablirait non seulement l'in&#233;galit&#233; parmi les hommes, elle r&#233;tablirait encore l'in&#233;galit&#233; entre les diff&#233;rents genres de travail. Nous verrions repara&#238;tre imm&#233;diatement le travail &#034;propre&#034; et le travail &#034;malpropre&#034;, le travail &#034;noble&#034; et le travail &#034;ignoble&#034; : le premier serait fait par les plus riches, le second serait l'attribution des plus pauvres. Alors ce ne serait plus la vocation et le go&#251;t personnel qui d&#233;termineraient l'homme &#224; s'adonner &#224; tel genre d'activit&#233; plut&#244;t qu'&#224; un autre : ce serait l'int&#233;r&#234;t, l'espoir de gagner davantage dans telle profession. Ainsi rena&#238;traient la paresse et la diligence, le m&#233;rite et le d&#233;m&#233;rite, le bien et le mal, le vice et la vertu, et, par cons&#233;quent, la &#034;r&#233;compense&#034;, d'un c&#244;t&#233;, et la &#034;punition&#034;, de l'autre, la loi, le juge, le sbire et la prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des socialistes qui persistent &#224; soutenir cette id&#233;e de l'attribution individuelle des produits du travail en faisant valoir le sentiment de la justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etrange illusion ! Avec le travail collectif, que nous impose la n&#233;cessit&#233; de produire en grand et d'appliquer sur une large &#233;chelle les machines, avec cette tendance, toujours plus grande, du travail moderne &#224; se servir du travail des g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes, - comment pourra d&#233;terminer ce qui est la part du produit de l'un et la part du produit d'un autre ? C'est absolument impossible, et nos adversaires le reconnaissent si bien eux-m&#234;mes, qu'ils finissent par dire : &#034;Eh bien ! nous prendrons pour base de la r&#233;partition l'heure de travail&#034; ; mais, en m&#234;me temps, ils admettent eux-m&#234;mes que ce serait injuste, puisque trois heures du travail de Pierre peuvent souvent valoir cinq heures du travail de Paul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrefois nous nous disions &#034;collectivistes&#034;, puisque c'&#233;tait le mot qui nous distinguait des individualistes et des communistes autoritaires ; mais, au fond, nous &#233;tions tout bonnement communistes antiautoritaires, et en nous disant &#034;collectivistes&#034;, nous pensions exprimer par ce nom notre id&#233;e que tout doit &#234;tre mis en commun, sans faire de diff&#233;rence entre les instruments et mati&#232;res de travail et les produits du travail collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, un beau jour, nous avons vu surgir encore une nouvelle nuance de socialistes qui, ressuscitant les errements du pass&#233;, se mirent &#224; philosopher, &#224; distinguer, &#224; diff&#233;rencier sur cette question, et qui finirent par se faire les ap&#244;tres de la th&#232;se suivante :&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&#034;&lt;i&gt;Il existe &#8211; disent-ils &#8211; des valeurs d'usage et des valeurs de production. Les valeurs d'usage sont celles que nous employons &#224; satisfaire nos besoins personnels : c'est la maison que nous habitons, les vivres que nous consommons, les v&#234;tements, les livres, etc., tandis que les valeurs de production sont celles dont nous nous servons pour produire : c'est l'atelier, les hangars, l'&#233;table, les magasins, les machines et les instruments de travail de toute sorte, le sol, mati&#232;res de travail, etc. Les premi&#232;res valeurs qui servent &#224; satisfaire les besoins de l'individu &#8211; disent-ils &#8211; doivent &#234;tre d'attribution individuelle, tandis que les secondes, celles qui servent &#224; tous pour produire, doivent &#234;tre d'attribution collective.&lt;/i&gt;&#034;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Telle fut la nouvelle th&#233;orie &#233;conomique trouv&#233;e, ou plut&#244;t renouvel&#233;e pour le besoin.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je vous demande, &#224; vous qui donnez l'aimable titre de valeur de production au charbon qui sert &#224; alimenter la machine, &#224; l'huile servant pour la graisser, &#224; l'huile qui &#233;claire sa marche &#8211; pourquoi le refuserez-vous au pain et, &#224; la viande dont je me nourris, &#224; l'huile dont j'assaisonne ma salade, au gaz qui &#233;claire mon travail, &#224; tout ce qui sert &#224; faire vivre et marcher la plus parfaite de toutes les machines, le p&#232;re de toutes les machines : l'homme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous classez dans les valeurs de production la prairie et l'&#233;table qui sert &#224; abriter les b&#339;ufs et les chevaux et vous voulez en exclure les maisons et les jardins qui servent au plus noble de tous les animaux : l'homme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;O&#249; est donc votre logique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, vous-m&#234;mes qui vous faites les ap&#244;tres de cette th&#233;orie, vous savez parfaitement que cette d&#233;marcation n'existe pas en r&#233;alit&#233;, et que, s'il est difficile de la tracer aujourd'hui, elle dispara&#238;tra compl&#232;tement le jour o&#249; tous seront producteurs en m&#234;me temps que consommateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est donc pas cette th&#233;orie, on le voit, qui aurait pu donner une force nouvelle aux partisans de l'attribution individuelle des produits du travail. Cette th&#233;orie n'a obtenu qu'un seul r&#233;sultat : celui de d&#233;masquer le jeu de ces quelques socialistes qui voulaient att&#233;nuer la port&#233;e de l'id&#233;e r&#233;volutionnaire ; elle nous a ouvert les yeux et nous a montr&#233; la n&#233;cessit&#233; de nous d&#233;clarer tout carr&#233;ment communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais enfin abordons la seule et unique objection s&#233;rieuse que nos adversaires aient avanc&#233;e contre le communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous sont d'accord que nous allons n&#233;cessairement vers le communisme, mais on nous observe qu'au commencement, les produits n'&#233;tant pas assez abondants, il faudra &#233;tablir le rationnement, le partage, et que le meilleur partage des produits du travail serait celui bas&#233; sur la quantit&#233; du travail que chacun aura faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ceci nous r&#233;pondons que, dans la soci&#233;t&#233; future, lors m&#234;me que l'on serait oblig&#233; de faire le rationnement, on devrait rester communistes : c'est-&#224;-dire le rationnement devrait se faire, non pas selon les m&#233;rites, mais selon les besoins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons la famille, ce mod&#232;le du petit communisme (d'un communisme autoritaire plut&#244;t qu'anarchiste, il est vrai, ce qui, d'ailleurs, dans notre exemple, ne change rien).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la famille, le p&#232;re apporte, supposons cent sous par jour, l'a&#238;n&#233; trois francs, un gar&#231;on plus jeune, quarante sous, et le gamin seulement vingt sous par jour. Tous apportent l'argent &#224; la m&#232;re qui tient la caisse et qui leur donne &#224; manger. Tous apportent in&#233;galement, mais au d&#238;ner chacun se sert &#224; sa guise et selon son app&#233;tit ; il n'y a pas de rationnement. Mais viennent les mauvais jours, et la d&#232;che force la m&#232;re &#224; ne plus s'en remettre &#224; l'app&#233;tit et au go&#251;t de chacun pour la distribution du d&#238;ner. Il faut faire un rationnement et, soit par l'initiative de la m&#232;re, soit par convention tacite de tous, les portions sont r&#233;duites. Mais voyez, cette r&#233;partition ne se fait pas suivant les m&#233;rites, car c'est le plus jeune gar&#231;on et le gamin surtout qui re&#231;oivent la plus grosse part, et quant au morceau choisi, il est r&#233;serv&#233; pour la vieille qui ne rapporte rien du tout. M&#234;me pendant la disette, on applique dans la famille ce principe de rationnement selon les besoins. En serait-il autrement dans la grande famille humaine de l'avenir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident qu'il y aurait &#224; dire davantage sur ce sujet, si je ne le traitais pas devant des anarchistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut pas &#234;tre anarchiste sans &#234;tre communiste. En effet, la moindre id&#233;e de limitation contient d&#233;j&#224; en elle-m&#234;me les germes d'autoritarisme. Elle ne pourrait pas se manifester sans engendrer imm&#233;diatement la loi, le juge, le gendarme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons &#234;tre communistes, car c'est dans le communisme que nous r&#233;aliserons la vraie &#233;galit&#233;. Nous devons &#234;tre communistes, parce que le peuple, qui ne comprend pas les sophismes collectivistes, comprend parfaitement le communisme comme les amis Reclus et Kropotkine l'ont d&#233;j&#224; fait remarquer. Nous devons &#234;tre communistes, parce que nous sommes des anarchistes, parce que l'anarchie et le communisme sont les deux termes n&#233;cessaires de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&#034;Anarchie et communisme&#034; est la reproduction du rapport lu par Carlo Cafiero en 1880 &#224; l'occasion du congr&#232;s de la F&#233;d&#233;ration jurassienne de l'A.I.T. (Association Internationale des Travailleurs) &#224; Chaux-de-Fonds. Ce texte de Cafiero fut publi&#233; pour la premi&#232;re fois la m&#234;me ann&#233;e &#224; Gen&#232;ve, dans le journal anarchiste &lt;i&gt;Le R&#233;volt&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;El&#233;ments biographiques&lt;/strong&gt; (repris et adapt&#233;s du site &#171; &lt;a href=&#034;http://www.drapeaunoir.org/italie/cafiero.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Drapeau Noir&lt;/a&gt; &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233; le 1er septembre 1846 &#224; Barletta, province des Pouilles, en Italie, Carlo Cafiero est issu d'une famille bourgeoise. Il effectue des &#233;tudes de droit puis voyage en France, en Russie et en Angleterre o&#249; il se lie d'amiti&#233; avec Friedrich Engels. Celui-ci lui fait d&#233;couvrir le socialisme et le charge, en juin 1871, de consolider les sections de l'Internationale en Italie. A Florence et &#224; Naples, il prend contact avec des groupes de militants, dont Errico Malatesta, et collabore au journal &#171; La Campana &#187; (&#171; La Cloche &#187;). Du 4 au 6 ao&#251;t 1872, &#224; Rimini, il pr&#233;side la conf&#233;rence des sections italiennes de l'Internationale qui prend la d&#233;cision de rompre avec le communisme autoritaire et le conseil g&#233;n&#233;ral de Londres (qui voulait supprimer l'autonomie des sections). Le 2 septembre 1872, le congr&#232;s de La Haye (les sections italiennes n'y assistent pas) marque la rupture d&#233;finitive entre autoritaires (proches de Karl Marx) et anti-autoritaires (proches de Mikha&#239;l Bakounine). Carlo Cafiero, pr&#233;sent en tant qu'observateur, d&#233;noncera l'exclusion de Bakounine et de James Guillaume. Il participe ensuite, les 15 et 16 septembre 1872, au congr&#232;s international antiautoritaire de Saint-Imier, qui signe en quelque sorte l'acte de naissance du mouvement anarchiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1877, il participe au mouvement insurrectionnel de la &#171; bande du Matese &#187; qui tente de proclamer le communisme libertaire dans divers villages de la province de B&#233;n&#233;vent. Il est arr&#234;t&#233; avec ses compagnons, quelques jours plus tard, et passe quinze mois en prison pendant lesquels il traduit &#171; Le Capital &#187; de Marx. Le proc&#232;s se d&#233;roule en ao&#251;t 1878 et se solde par un acquittement g&#233;n&#233;ral.&lt;br&gt;
A partir de 1883, sa sant&#233; mentale se d&#233;t&#233;riore et il sombre peu &#224; peu dans la folie. Apr&#232;s plusieurs internements, il meurt le 17 juillet 1892 &#224; l'asile de Nocera Inferiore (Campanie).&lt;br&gt;
Cafiero &#233;tait mari&#233; &#224; une militante r&#233;volutionnaire russe, Olimpiada Evgrafovna Kutuzova.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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