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		<title>L'id&#233;ologie sociale de la bagnole</title>
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		<dc:date>2015-05-25T17:47:30Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Andr&#233; Gorz</dc:creator>


		<dc:subject>Ecologie radicale</dc:subject>
		<dc:subject>Urbanisme</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosk enbullant (Brest)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Texte publi&#233; dans la revue &lt;i&gt;Le Sauvage&lt;/i&gt; en septembre-octobre 1973, mais d'une actualit&#233; &#233;tonnante quant &#224; la place de la bagnole dans nos vies et dans nos villes.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique15" rel="directory"&gt;I&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;Ecologie radicale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot53" rel="tag"&gt;Urbanisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot76" rel="tag"&gt;Infokiosk enbullant (Brest)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L148xH150/arton346-2d257.jpg?1780506537' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='148' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff346.jpg?1150271895&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le vice profond des bagnoles, c'est qu'elles sont comme les ch&#226;teaux ou les villas sur la C&#244;te : des biens de luxe invent&#233;s pour le plaisir exclusif d'une minorit&#233; de tr&#232;s riches et que rien, dans leur conception et leur nature, ne destinait au peuple. &#192; la diff&#233;rence de l'aspirateur, de l'appareil de T.S.F. ou de la bicyclette, qui gardent toute leur valeur d'usage quand tout le monde en dispose, la bagnole, comme la villa sur la c&#244;te, n'a d'int&#233;r&#234;t et d'avantages que dans la mesure o&#249; la masse n'en dispose pas. C'est que, par sa conception comme par sa destination originelle, la bagnole est un bien de luxe. Et le luxe, par essence, cela ne se d&#233;mocratise pas : si tout le monde acc&#232;de au luxe, plus personne n'en tire d'avantages ; au contraire : tout le monde roule, frustre et d&#233;poss&#232;de les autres et est roul&#233;, frustr&#233; et d&#233;poss&#233;d&#233; par eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chose est assez commun&#233;ment admise, s'agissant des villas sur la c&#244;te. Aucun d&#233;magogue n'a encore os&#233; pr&#233;tendre que d&#233;mocratiser le droit aux vacances, c'&#233;tait appliquer le principe : une villa avec plage priv&#233;e pour chaque famille fran&#231;aise. Chacun comprend que si chacune des treize ou quatorze millions de familles devait disposer ne serait-ce que dix m&#232;tres de c&#244;te, il faudrait 140 000 kilom&#232;tres de plages pour que tout le monde soit servi ! En attribuer &#224; chacun sa portion, c'est d&#233;couper les plages en bandes si petites - ou serrer les villas si pr&#232;s les unes contre les autres - que leur valeur d'usage en devient nulle et que dispara&#238;t leur avantage par rapport &#224; un complexe h&#244;telier. Bref, la d&#233;mocratisation de l'acc&#232;s aux plages n'admet qu'une seule solution : la solution collectiviste. Et cette solution passe obligatoirement par la guerre au luxe que constituent les plages priv&#233;es, privil&#232;ges qu'une petite minorit&#233; s'arroge aux d&#233;pens de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, ce qui est parfaitement &#233;vident pour les plages, pourquoi n'est-ce pas commun&#233;ment admis pour les transports ? Une bagnole, de m&#234;me qu'une villa avec plage, n'occupe-t-elle pas un espace rare ? Ne spolie-t-elle pas les autres usagers de la chauss&#233;e (pi&#233;tons, cycliste, usagers des trams ou bus) ? Ne perd-elle pas toute valeur d'usage quand tout le monde utilise la sienne ? Et pourtant les d&#233;magogues abondent, qui affirment que chaque famille a droit &#224; au moins une bagnole et que c'est &#224; l'&#171; &#201;tat &#187; qu'il appartient de faire en sorte que chacun puisse stationner &#224; son aise, rouler &#224; 150 km/h, sur les routes du week-end ou des vacances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La monstruosit&#233; de cette d&#233;magogie saute aux yeux et pourtant la gauche ne d&#233;daigne pas d'y recourir. Pourquoi la bagnole est-elle trait&#233;e en vache sacr&#233;e ? Pourquoi, &#224; la diff&#233;rence des autres biens &#171; privatifs &#187;, n'est-elle pas reconnue comme un luxe antisocial ? La r&#233;ponse doit &#234;tre cherch&#233;e dans les deux aspects suivants de l'automobilisme.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.&lt;/strong&gt; L'automobilisme de masse mat&#233;rialise un triomphe absolu de l'id&#233;ologie bourgeoise au niveau de la pratique quotidienne : il fonde et entretient en chacun la croyance illusoire que chaque individu peut pr&#233;valoir et s'avantager aux d&#233;pens de tous. L'&#233;go&#239;sme agressif et cruel du conducteur qui, &#224; chaque minute, assassine symboliquement &#171; les autres &#187;, qu'il ne per&#231;oit plus que comme des g&#234;nes mat&#233;rielles et des obstacles &#224; sa propre vitesse. Cet &#233;go&#239;sme agressif et comp&#233;titif est l'av&#232;nement, gr&#226;ce &#224; l'automobilisme quotidien, d'un comportement universellement bourgeois (&#171; On ne fera jamais le socialisme avec ces gens-l&#224; &#187;, me disait un ami est-allemand, constern&#233; par le spectacle de la circulation parisienne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N.d.&#201; : On prendra soin de remettre cette r&#233;flexion dans le contexte de son (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.&lt;/strong&gt; L'automobile offre l'exemple contradictoire d'un objet de luxe qui a &#233;t&#233; d&#233;valoris&#233; par sa propre diffusion. Mais cette d&#233;valorisation pratique n'a pas encore entra&#238;n&#233; sa d&#233;valorisation id&#233;ologique : le mythe de l'agr&#233;ment et de l'avantage de la bagnole persiste alors que les transports collectifs, s'ils &#233;taient g&#233;n&#233;ralis&#233;s, d&#233;montreraient une sup&#233;riorit&#233; &#233;clatante. La persistance de ce mythe s'explique ais&#233;ment : la g&#233;n&#233;ralisation de l'automobilisme individuel a &#233;vinc&#233; les transports collectifs, modifi&#233; l'urbanisme et l'habitat et transf&#233;r&#233; sur la bagnole des fonctions que sa propre diffusion a rendues n&#233;cessaires. Il faudra une r&#233;volution id&#233;ologique (&#171; culturelle &#187;) pour briser ce cercle. Il ne faut &#233;videmment pas l'attendre de la classe dominante (de droite ou de gauche).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Voyons maintenant ces deux points de plus pr&#232;s. Quand la voiture a &#233;t&#233; invent&#233;e, elle devait procurer &#224; quelques bourgeois tr&#232;s riches un privil&#232;ge tout &#224; fait in&#233;dit : celui de rouler beaucoup plus vite que tous les autres. Personne, jusque-l&#224;, n'y avait encore song&#233; : la vitesse des diligences &#233;tait sensiblement la m&#234;me, que vous fussiez riches ou pauvres ; la cal&#232;che du seigneur n'allait pas plus vite que la charrette du paysan, et les trains emmenaient tout le monde &#224; la m&#234;me vitesse (ils n'adopt&#232;rent des vitesses diff&#233;renci&#233;es que sous la concurrence de l'automobile et de l'avion). Il n'y avait donc pas, jusqu'au tournant du dernier si&#232;cle, une vitesse de d&#233;placement pour l'&#233;lite, une autre pour le peuple. L'auto allait changer cela : elle &#233;tendait, pour la premi&#232;re fois, la diff&#233;rence de classe &#224; la vitesse et au moyen de transport.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce moyen de transport parut d'abord inaccessible &#224; la masse tant il &#233;tait diff&#233;rent des moyens ordinaires : il n'y avait aucune mesure entre l'automobile et tout la reste : la charrette, le chemin de fer, la bicyclette ou l'omnibus &#224; cheval. Des &#234;tres d'exception se promenaient &#224; bord d'un v&#233;hicule autotract&#233;, pesant une bonne tonne, et dont les organes m&#233;caniques, d'une complication extr&#234;me, &#233;taient d'autant plus myst&#233;rieux que d&#233;rob&#233;s aux regards. Car il y avait aussi cet aspect-l&#224;, qui pesa lourd dans le mythe automobile : pour la premi&#232;re fois, des hommes chevauchaient des v&#233;hicules individuels dont les m&#233;canismes de fonctionnement leur &#233;taient totalement inconnus, dont l'entretien et m&#234;me l'alimentation devaient &#234;tre confi&#233;s par eux &#224; des sp&#233;cialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxe de la voiture automobile : en apparence, elle conf&#233;rait &#224; ses propri&#233;taires une ind&#233;pendance illimit&#233;e, leur permettant de se d&#233;placer aux heures et sur les itin&#233;raires de leur choix &#224; une vitesse &#233;gale ou sup&#233;rieure &#224; celle du chemin de fer. Mais, en r&#233;alit&#233;, cette autonomie apparente avait pour envers une d&#233;pendance radicale : &#224; la diff&#233;rence du cavalier, du charretier ou du cycliste, l'automobiliste allait d&#233;pendre pour son alimentation en &#233;nergie, comme d'ailleurs pour la r&#233;paration de la moindre avarie, des marchands et sp&#233;cialistes de la carburation, de la lubrification, de l'allumage et de l'&#233;change de pi&#232;ces standard. &#192; la diff&#233;rence de tous les propri&#233;taires pass&#233;s de moyens de locomotion l'automobiliste allait avoir un rapport d'usager et de consommateur - et non pas de possesseur et de ma&#238;tre - au v&#233;hicule dont, formellement, il &#233;tait le propri&#233;taire. Ce v&#233;hicule, autrement dit, allait l'obliger &#224; consommer et &#224; utiliser une foule de services marchands et de produits industriels que seuls des tiers pourraient lui fournir. L'autonomie apparente du propri&#233;taire d'une automobile recouvrait sa radicale d&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les magnats du p&#233;trole per&#231;urent les premiers le parti que l'on pourrait tirer d'une large diffusion de l'automobile : si le peuple pouvait &#234;tre amen&#233; &#224; rouler en voiture &#224; moteur, on pourrait lui vendre l'&#233;nergie n&#233;cessaire &#224; sa propulsion. Pour la premi&#232;re fois dans l'histoire, les hommes deviendraient tributaires pour leur locomotion d'une source d'&#233;nergie marchande. Il y aurait autant de clients de l'industrie p&#233;troli&#232;re que d'automobilistes - et comme il y aurait autant d'automobilistes que de familles, le peuple tout entier allait devenir client des p&#233;troliers. La situation dont r&#234;ve tout capitaliste allait se r&#233;aliser : tous les hommes allaient d&#233;pendre pour leurs besoins quotidiens d'une marchandise dont une seule industrie d&#233;tiendrait le monopole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne restait qu'&#224; amener le peuple &#224; rouler en voiture. Le plus souvent, on croit qu'il ne se fit pas prier : il suffisait, par la fabrication en s&#233;rie et le montage &#224; la cha&#238;ne, d'abaisser suffisamment le prix d'une bagnole ; les gens allaient se pr&#233;cipiter pour l'acheter. Il se pr&#233;cipit&#232;rent bel et bien, sans se rendre compte qu'on les menait par le bout du nez. Que leur promettait, en effet, l'industrie automobile ? Tout bonnement ceci : &#171; Vous aussi, d&#233;sormais, aurez le privil&#232;ge de rouler, comme les seigneurs et bourgeois, plus vite que tout le monde. Dans la soci&#233;t&#233; de l'automobile, le privil&#232;ge de l'&#233;lite est mis &#224; votre port&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gens se ru&#232;rent sur les bagnoles jusqu'au moment o&#249;, les ouvriers y acc&#233;dant &#224; leur tour, les automobilistes constat&#232;rent, frustr&#233;s, qu'on les avait bien eus. On leur avait promis un privil&#232;ge de bourgeois ; ils s'&#233;taient endett&#233;s pour y avoir acc&#232;s et voici qu'ils s'apercevaient que tout le monde y acc&#233;dait en m&#234;me temps. Mais qu'est-ce qu'un privil&#232;ge si tout le monde y acc&#232;de ? C'est un march&#233; de dupes. Pis, c'est chacun contre tous. C'est la paralysie g&#233;n&#233;rale par empoignade g&#233;n&#233;rale. Car lorsque tout le monde pr&#233;tend rouler &#224; la vitesse privil&#233;gi&#233;e des bourgeois, le r&#233;sultat, c'est que rien ne roule plus, que la vitesse de circulation urbaine tombe - Boston comme &#224; Paris, &#224; Rome ou &#224; Londres - au-dessous de celle de l'omnibus &#224; cheval et que la moyenne, sur les routes de d&#233;gagement, en fin de semaine, tombe au-dessous de la vitesse d'un cycliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien n'y fait : tous les rem&#232;des ont &#233;t&#233; essay&#233;s, ils aboutissent tous, en fin de compte, &#224; aggraver le mal. Que l'on multiplie les voies radiales et les voies circulaires, les transversales a&#233;riennes, les routes &#224; seize voies et &#224; p&#233;ages, le r&#233;sultat est toujours le m&#234;me : plus il y a de voies de desserte, plus il y a de voitures qui y affluent et plus est paralysante la congestion de la circulation urbaine. Tant qu'il y aura des villes, le probl&#232;me restera sans solution : si large et rapide que soit une voie de d&#233;gagement, la vitesse &#224; laquelle les v&#233;hicules la quittent, pour p&#233;n&#233;trer dans la ville, ne peut &#234;tre plus grande que la vitesse moyenne, dans Paris, sera de 10 &#224; 20 km/h, selon les heures, on ne pourra quitter &#224; plus de 10 ou 20 km/h les p&#233;riph&#233;riques et autoroutes desservant la capitale. On les quittera m&#234;me &#224; des vitesses beaucoup plus faibles d&#232;s que les acc&#232;s seront satur&#233;s et ce ralentissement se r&#233;percutera &#224; des dizaines de kilom&#232;tres en amont s'il y a saturation de la route d'acc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va de m&#234;me pour toute ville. Il est impossible de circuler &#224; plus de 20 km/h de moyenne dans le lacis de rues, avenues et boulevards entrecrois&#233;s qui, &#224; ce jour, &#233;taient le propre des villes. Toute injection de v&#233;hicules plus rapides perturbe la circulation urbaine en provoquant des goulots, et finalement le paralyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la voiture doit pr&#233;valoir, il reste une seule solution : supprimer les villes, c'est-&#224;-dire les &#233;taler sur des centaines de kilom&#232;tres, le long de voies monumentales, de banlieues autorouti&#232;res. C'est ce qu'on a fait aux &#201;tats-Unis. Ivan Illich (&#201;nergie et &#201;quit&#233;. Ed. Le Seuil ) en r&#233;sume le r&#233;sultat en ces chiffres saisissants : &#171; L'Am&#233;ricain type consacre plus de mille cinq cents heures par an (soit trente heures par semaine, ou encore quatre heures par jour, dimanche compris) &#224; sa voiture : cela comprend les heures qu'il passe derri&#232;re le volant, en marche ou &#224; l'arr&#234;t ; les heures de travail n&#233;cessaires pour la payer et pour payer l'essence, les pneus, les p&#233;ages, l'assurance, les contraventions et imp&#244;ts&#8230; &#192; cet Am&#233;ricain, il faut donc mille cinq cents heures pour faire (dans l'ann&#233;e) dix mille kilom&#232;tres. Six kilom&#232;tres lui prennent une heure. Dans les pays priv&#233;s d'industrie des transports, les gens se d&#233;placent &#224; exactement cette m&#234;me vitesse en allant &#224; pied, avec l'avantage suppl&#233;mentaire qu'ils peuvent aller n'importe o&#249; et pas seulement le long des routes asphalt&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai, pr&#233;cise Illich, que dans les pays non industrialis&#233;s les d&#233;placements n'absorbent que deux &#224; huit pour-cent du temps social (ce qui correspond vraisemblablement &#224; deux &#224; six heures par semaine). Conclusion sugg&#233;r&#233;e par Illich : l'homme &#224; pied couvre autant de kilom&#232;tres en une heure consacr&#233;e au transport que l'homme &#224; moteur, mais il consacre &#224; ses d&#233;placements cinq &#224; dix fois moins de temps que ce dernier. Moralit&#233; : plus une soci&#233;t&#233; diffuse ces v&#233;hicules rapides, plus - pass&#233; un certain seuil - les gens y passent et y perdent de temps &#224; se d&#233;placer. C'est math&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La raison ? Mais nous venons &#224; l'instant de la voir : on a &#233;clat&#233; les agglom&#233;rations en interminables banlieues autorouti&#232;res, car c'&#233;tait le seul moyen d'&#233;viter la congestion v&#233;hiculaire des centres d'habitation. Mais cette solution a un revers &#233;vident : les gens, finalement, ne peuvent circuler &#224; l'aise que parce qu'ils sont loin de tout. Pour faire place &#224; la bagnole, on a multipli&#233; les distances : on habite loin du lieu de travail, loin de l'&#233;cole, loin du supermarch&#233; - ce qui va exiger une deuxi&#232;me voiture pour que la &#171; femme au foyer &#187; puisse faire les courses et conduire les enfants &#224; l'&#233;cole. Des sorties ? Il n'en est pas question. Des amis ? Il y a des voisins&#8230; et encore. La voiture, en fin de compte, fait perdre plus de temps qu'elle n'en &#233;conomise et cr&#233;e plus de distances qu'elle n'en surmonte. Bien s&#251;r, vous pouvez vous rendre &#224; votre travail en faisant du 100 km/h ; mais c'est parce que vous habitez &#224; cinquante kilom&#232;tres de votre job et acceptez de perdre une demi-heure pour couvrir les dix derniers kilom&#232;tres. Bilan : &#171; Les gens travaillent une bonne partie de la journ&#233;e pour payer les d&#233;placements n&#233;cessaires pour se rendre au travail &#187; (Ivan Illich).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous direz peut-&#234;tre : &#171; Au moins, de cette fa&#231;on, on &#233;chappe &#224; l'enfer de la ville une fois finie la journ&#233;e de travail. &#187; Nous y sommes : voil&#224; bien l'aveu. &#171; La ville &#187; est ressentie comme &#171; l'enfer &#187;, on ne pense qu'&#224; s'en &#233;vader ou &#224; aller vivre en province, alors que, pour des g&#233;n&#233;rations, la grande ville, objet d'&#233;merveillements, &#233;tait le seul endroit o&#249; il val&#251;t la peine de vivre. Pourquoi ce revirement ? Pour une seule raison : la bagnole a rendu la grande ville inhabitable. Elle l'a rendu puante, bruyante, asphyxiante, poussi&#233;reuse, engorg&#233;e au point que les gens n'ont plus envie de sortir le soir. Alors, puisque les bagnoles ont tu&#233; la ville, il faut davantage de bagnoles encore plus rapides pour fuir sur des autoroutes vers des banlieues encore plus lointaines. Impeccable circularit&#233; : donnez-nous plus de bagnoles pour fuir les ravages que causent les bagnoles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'objet de luxe et de source de privil&#232;ge, la bagnole est ainsi devenue l'objet d'un besoin vital : il en faut une pour s'&#233;vader de l'enfer citadin de la bagnole. Pour l'industrie capitaliste, la partie est donc gagn&#233;e : le superflu est devenu n&#233;cessaire. Inutile d&#233;sormais de persuader les gens qui d&#233;sirent une bagnole : sa n&#233;cessit&#233; est inscrite dans les choses. Il est vrai que d'autres doutes peuvent surgir lorsqu'on voit l'&#233;vasion motoris&#233;e le long des axes de fuite : entre huit heures et neuf heures trente le matin, entre cinq heures trente et sept heures le soir et, les fins de semaine, cinq &#224; six heures durant, les moyens d'&#233;vasion s'&#233;tirent en processions, pare-chocs contre pare-chocs, &#224; la vitesse (au mieux) d'un cycliste et dans un grand nuage d'essence au plomb. Que reste-t-il quand, comme c'&#233;tait in&#233;vitable, la vitesse plafond sur les routes est limit&#233;e &#224; celle, pr&#233;cis&#233;ment, que peut atteindre la voiture de tourisme la plus lente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juste retour des choses : apr&#232;s avoir tu&#233; la ville, la bagnole tue la bagnole. Apr&#232;s avoir promis &#224; tout le monde qu'on irait plus vite, l'industrie automobile aboutit au r&#233;sultat rigoureusement pr&#233;visible que tout le monde va plus lentement que le plus lent de tous, &#224; une vitesse d&#233;termin&#233;e par les lois simples de la dynamique des fluides. Pis : invent&#233;e pour permettre &#224; son propri&#233;taire d'aller o&#249; il veut, &#224; l'heure et &#224; la vitesse de son choix, la bagnole devient, de tous les v&#233;hicules, le plus serf, al&#233;atoire, impr&#233;visible et incommode : vous avez beau choisir une heure extravagante pour votre d&#233;part, vous ne savez jamais quand les bouchons vous permettront d'arriver. Vous &#234;tes riv&#233; &#224; la route (&#224; l'autoroute) aussi inexorablement que le train &#224; ses rails. Vous ne pouvez, pas plus que le voyageur ferroviaire, vous arr&#234;ter &#224; l'improviste et vous devez, tout comme dans un train, avancer &#224; une vitesse d&#233;termin&#233;e par d'autres. En somme, la bagnole a tous les d&#233;savantages du train - plus quelques-un qui lui sont sp&#233;cifiques : vibrations, courbatures, dangers de collision, n&#233;cessit&#233; de conduire le v&#233;hicule - sans aucun de ses avantages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, direz-vous, les gens ne prennent pas le train. Parbleu : comment le prendraient-ils ? Avez-vous d&#233;j&#224; essayer d'aller de Boston &#224; New York en train ? Ou d'Ivry au Tr&#233;port ? Ou de Garches &#224; Fontainebleu ? Ou de Colombes &#224; l'Isle Adam ? Avez-vous essay&#233;, en &#233;t&#233;, le samedi ou le dimanche ? Eh bien ! essayez donc, courage ! Vous constaterez que le capitalisme automobile a tout pr&#233;vu : au moment o&#249; la bagnole allait tuer la bagnole, il a fait dispara&#238;tre les solutions de rechange : fa&#231;on de rendre la bagnole obligatoire. Ainsi, l'&#201;tat capitaliste a d'abord laiss&#233; se d&#233;grader, puis a supprim&#233;, les liaisons ferroviaires entre les villes, leurs banlieues et leur couronne de verdure. Seules ont trouv&#233; gr&#226;ce &#224; ses yeux les liaisons interurbaines &#224; grande vitesse qui disputent aux transports a&#233;riens leur client&#232;le bourgeoise. L'a&#233;rotrain, qui aurait pu mettre les c&#244;tes normandes ou les lacs du Morvan &#224; la port&#233;e des picniqueurs parisiens du dimanche, servira &#224; faire gagner quinze minutes entre Paris et Pontoise et &#224; d&#233;verser &#224; ses terminus plus de voyageurs satur&#233;s de vitesse que les transports urbains n'en pourront recevoir. &#199;a, c'est du progr&#232;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La v&#233;rit&#233;, c'est que personne n'a vraiment le choix : on n'est pas libre d'avoir une bagnole ou non parce que l'univers suburbain est agenc&#233; en fonction d'elle - et m&#234;me, de plus en plus, l'univers urbain. C'est pourquoi la solution r&#233;volutionnaire id&#233;ale, qui consiste &#224; supprimer la bagnole au profit de la bicyclette, du tramway, du bus et du taxi sans chauffeur, n'est m&#234;me plus applicable dans les cit&#233;s autorouti&#232;res comme Los Angeles, Detroit, Houston, Trappes ou m&#234;me Bruxelles, model&#233;es pour et par l'automobile. Villes &#233;clat&#233;es, s'&#233;tirant le long de rues vides o&#249; s'alignent des pavillons tous semblables et o&#249; le paysage (le d&#233;sert) urbain signifie : &#171; Ces rues sont faites pour rouler aussi vite que possible du lieu de travail au domicile et vice versa. On y passe, on n'y demeure pas. Chacun, son travail termin&#233;, n'a qu'&#224; rester chez soi et toute personne trouv&#233;e dans la rue la nuit tomb&#233;e doit &#234;tre tenue pour suspecte de pr&#233;parer un mauvais coup. &#187; Dans un certain nombre de villes am&#233;ricaines, le fait de fl&#226;ner &#224; pied la nuit dans les rues est d'ailleurs consid&#233;r&#233; comme un d&#233;lit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, la partie est-elle perdue ? Non pas ; mais l'alternative &#224; la bagnole ne peut &#234;tre que globale. Car pour que les gens puissent renoncer &#224; leur bagnole, il ne suffit point de leur offrir des moyens de transports collectifs plus commodes : il faut qu'ils puissent ne pas se faire transporter du tout parce qu'ils se sentiront chez eux dans leur quartier, leur commune, leur ville &#224; l'&#233;chelle humaine, et qu'ils prendront plaisir &#224; aller &#224; pied de leur travail &#224; leur domicile - &#224; pied ou, &#224; la rigueur, &#224; bicyclette. Aucun moyen de transport rapide et d'&#233;vasion ne compensera jamais le malheur d'habiter une ville inhabitable, de n'y &#234;tre chez soi nulle part, d'y passer seulement pour travailler ou, au contraire, pour s'isoler et dormir. &#171; Les usagers, &#233;crit Illich, briseront les cha&#238;nes du transport surpuissant lorsqu'ils se remettront &#224; aimer comme un territoire leur &#238;lot de circulation, et &#224; redouter de s'en &#233;loigner trop souvent. &#187; Mais, pr&#233;cis&#233;ment, pour pouvoir aimer &#171; son territoire &#187;, il faudra d'abord qu'il soit rendu habitable et non pas circulable : que le quartier ou la commune redevienne le microcosme model&#233; par et pour toutes les activit&#233;s humaines, o&#249; les gens travaillent, habitent, se d&#233;tendent, s'instruisent, communiquent, s'&#233;brouent et g&#232;rent en commun le milieu de leur vie commune. Comme on lui demandait une fois ce que les gens allaient faire de leur temps, apr&#232;s la r&#233;volution, quand le gaspillage capitaliste sera aboli, Marcuse r&#233;pondit : &#171; Nous allons d&#233;truire les grandes villes et en construire de nouvelles. &#199;a nous occupera un moment. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut imaginer que ces villes nouvelles seront des f&#233;d&#233;rations de communes (ou quartiers), entour&#233;es de ceintures vertes o&#249; les citadins - et notamment les &#171; &#233;coliers &#187; - passeront plusieurs heures par semaine &#224; faire pousser les produits frais n&#233;cessaires &#224; leur subsistance. Pour leur d&#233;placements quotidiens, ils disposeront d'une gamme compl&#232;te de moyens de transport adapt&#233;s &#224; une ville moyenne : bicyclettes municipales, trams ou trolleybus, taxis &#233;lectriques sans chauffeur. Pour les d&#233;placements plus importants dans les campagnes, ainsi que pour le transport des h&#244;tes, un pool d'automobiles communales sera &#224; la disposition de tous dans les garages de quartier. La bagnole aura cess&#233; d'&#234;tre besoin. C'est que tout aura chang&#233; : le monde, la vie, les gens. Et &#231;a ne se sera pas pass&#233; tout seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre-temps, que faire pour en arriver l&#224; ? Avant tout, ne jamais poser le probl&#232;me du transport isol&#233;ment, toujours le lier au probl&#232;me de la ville, de la division sociale du travail et de la compartimentation que celle-ci a introduite entre les diverses dimensions de l'existence : un endroit pour travailler, un autre endroit pour &#171; habiter &#187;, un troisi&#232;me pour s'approvisionner, un quatri&#232;me pour s'instruire, un cinqui&#232;me pour se divertir. L'agencement de l'espace continue la d&#233;sint&#233;gration de l'homme commenc&#233;e par la division du travail &#224; l'usine. Il coupe l'individu en rondelles, il coupe son temps, sa vie, en tranches bien s&#233;par&#233;es afin qu'en chacune vous soyez un consommateur passif livr&#233; sans d&#233;fense aux marchands, afin que jamais il ne vous vienne &#224; l'id&#233;e que travail, culture, communication, plaisir, satisfaction des besoins et vie personnelle peuvent et doivent &#234;tre une seule et m&#234;me chose : l'unit&#233; d'une vie, soutenue par le tissu social de la commune.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;N.d.&#201; : On prendra soin de remettre cette r&#233;flexion dans le contexte de son &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#034;Trente dedans&#034; ou la (petite) Commune de Brest</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Infokiosk enbullant</dc:creator>


		<dc:subject>Infokiosk enbullant (Brest)</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Nous travaillons depuis quelques mois &#224; l'organisation d'un petit festival autog&#233;r&#233; pour f&#234;ter les 30 ans du CLAJ, une super asso de jeunesse et d'&#233;ducation populaire brestoise (qui h&#233;berge l'Infokiosk enbullant). Ce sera aussi l'occasion pour l'asso de f&#234;ter sa survie apr&#232;s 3 ans d'une lutte acharn&#233;e avec la mairie... &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Trente dedans&#034; ou la (petite) Commune de Brest, &lt;br class='autobr' /&gt;
c'est une zone de r&#233;sistance active et festive, avec 2 chapiteaux, des concerts, du th&#233;atre, des projections, des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique64" rel="directory"&gt;Infokiosk enbullant&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot76" rel="tag"&gt;Infokiosk enbullant (Brest)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous travaillons depuis quelques mois &#224; l'organisation d'un petit festival&lt;br class='autobr' /&gt;
autog&#233;r&#233; pour f&#234;ter les 30 ans du &lt;a href=&#034;http://www.claj.infini.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;CLAJ&lt;/a&gt;, une super asso de jeunesse et d'&#233;ducation populaire brestoise (qui h&#233;berge l'Infokiosk enbullant). Ce sera aussi l'occasion pour l'asso de f&#234;ter sa survie apr&#232;s 3 ans d'une lutte acharn&#233;e avec la mairie...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#034;Trente dedans&#034; ou la (petite) Commune de Brest&lt;/strong&gt;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c'est une &lt;strong&gt;zone de r&#233;sistance active et festive&lt;/strong&gt;,&lt;br class='autobr' /&gt;
avec &lt;strong&gt;2 chapiteaux&lt;/strong&gt;, des concerts, du th&#233;atre, des projections, des&lt;br class='autobr' /&gt;
caf&#233;s-discuts, et &lt;strong&gt;un village &#034;TouchAtou-BonArien&#034;&lt;/strong&gt; qui proposera, outre des stands associatifs et un cin&#233;ma permanent, des ateliers pour d&#233;couvrir par la pratique des techniques autonomisantes et des utopies concr&#232;tes : construction de fours solaires, de toilettes s&#232;ches, de station de filtrage d'huile de friture, de v&#233;lo&#233;ctrog&#232;nes, gu&#233;rilla jardini&#232;re, tricot non-mixte hommes, m&#233;canique non-mixte femmes, fabrication de m&#233;dias libres, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ca se passe sur l'ancienne place du march&#233; &#224; Bellevue - Brest - Plan&#232;te Terre,&lt;br class='autobr' /&gt;
du 26 juin au 1er juillet 2007.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un th&#232;me diff&#233;rent sera abord&#233; chaque jour :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Mercredi 27 juin : &#034;Ouvrons-la et fermons la t&#233;l&#233; !&#034;, journ&#233;e sur les m&#233;dias
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Jeudi 28 juin : &#034;C'est pas mon genre !&#034;, sur les rapports femmes/hommes et la d&#233;construction des genres
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Vendredi 29 juin : &#034;Pas d'ici ni d'ailleurs&#034;, sur les migrations et la rencontre de l'Autre
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Samedi 30 juin : &#034;Le travail rend libre ?&#034;, sur le travail, ses luttes, et quelques moyens de s'en d&#233;barrasser
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Dimanche 1er juillet : &#034;Sauvons la plan&#232;te !&#034;, sur la consommation et les moyens de se pr&#233;occuper de l'environnement en d&#233;veloppant son autonomie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous &#234;tes touTEs invit&#233;Es &#224; venir partager avec nous ces moments de&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;flexion, de f&#234;te et d'action...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour plus d'infos, on peut &lt;a href=&#034;http://www.claj.infini.fr/festivals/Festival_Trente_Dedans.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;aller faire un tour sur le site du Claj&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ou &lt;a href=&#034;http://www.claj.infini.fr/festivals/doc_trente_dedans/fly-trente-dedans.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;voir le programme complet t&#233;l&#233;chargeable&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://www.claj.infini.fr/festivals/Festival_Trente_Dedans.php" class="spip_out"&gt;&#034;Trente dedans&#034;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La gr&#232;ve des &#233;lecteurs</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article440</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.infokiosques.net/spip.php?article440</guid>
		<dc:date>2007-04-15T06:38:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Octave Mirbeau</dc:creator>


		<dc:subject>Anarchismes, anarchie</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosk enbullant (Brest)</dc:subject>
		<dc:subject>Critiques du citoyennisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un texte anti-&#233;lectoral publi&#233; dans &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; (si si !) le 28 novembre 1888.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique13" rel="directory"&gt;G&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Anarchismes, anarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot76" rel="tag"&gt;Infokiosk enbullant (Brest)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Critiques du citoyennisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L103xH150/arton440-0096c.jpg?1780478917' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='103' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff440.jpg?1492478472&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Une chose m'&#233;tonne prodigieusement - j'oserai dire qu'elle me stup&#233;fie - c'est qu'&#224; l'heure scientifique o&#249; j'&#233;cris, apr&#232;s les innombrables exp&#233;riences, apr&#232;s les scandales journaliers, il puisse exister encore dans notre ch&#232;re France (comme ils disent &#224; la Commission du budget) un &#233;lecteur, un seul &#233;lecteur, cet animal irrationnel, inorganique, hallucinant, qui consente &#224; se d&#233;ranger de ses affaires, de ses r&#234;ves ou de ses plaisirs, pour voter en faveur de quelqu'un ou de quelque chose. Quand on r&#233;fl&#233;chit un seul instant, ce surprenant ph&#233;nom&#232;ne n'est-il pas fait pour d&#233;router les philosophies les plus subtiles et confondre la raison ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;O&#249; est-il le Balzac qui nous donnera la physiologie de l'&#233;lecteur moderne ? et le Charcot qui nous expliquera l'anatomie et les mentalit&#233;s de cet incurable d&#233;ment ? Nous l'attendons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je comprends qu'un escroc trouve toujours des actionnaires, la Censure des d&#233;fenseurs, l'Op&#233;ra-Comique des dilettanti, le &lt;i&gt;Constitutionnel&lt;/i&gt; des abonn&#233;s, M. Carnot des peintres qui c&#233;l&#232;brent sa triomphale et rigide entr&#233;e dans une cit&#233; languedocienne ; je comprends M. Chantavoine s 'obstinant &#224; chercher des rimes ; je comprends tout. Mais qu'un d&#233;put&#233;, ou un s&#233;nateur, ou un pr&#233;sident de R&#233;publique, ou n'importe lequel parmi tous les &#233;tranges farceurs qui r&#233;clament une fonction &#233;lective, quelle qu'elle soit, trouve un &#233;lecteur, c'est-&#224;-dire l'&#234;tre irr&#234;v&#233;, le martyr improbable, qui vous nourrit de son pain, vous v&#234;t de sa laine, vous engraisse de sa chair, vous enrichit de son argent, avec la seule perspective de recevoir, en &#233;change de ces prodigalit&#233;s, des coups de trique sur la nuque, des coups de pied au derri&#232;re, quand ce n'est pas des coups de fusil dans la poitrine, en v&#233;rit&#233;, cela d&#233;passe les notions d&#233;j&#224; pas mal pessimistes que je m'&#233;tais faites jusqu'ici de la sottise humaine, en g&#233;n&#233;ral, et de la sottise fran&#231;aise en particulier, notre ch&#232;re et immortelle sottise, &#244; chauvin !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il est bien entendu que je parle ici de l'&#233;lecteur averti, convaincu, de l'&#233;lecteur th&#233;oricien, de celui qui s'imagine, le pauvre diable, faire acte de citoyen libre, &#233;taler sa souverainet&#233;, exprimer ses opinions, imposer - &#244; folie admirable et d&#233;concertante - des programmes politiques et des revendications sociales ; et non point de l'&#233;lecteur &#171; qui la conna&#238;t &#187; et qui s'en moque, de celui qui ne voit dans &#171; les r&#233;sultats de sa toute-puissance &#187; qu'une rigolade &#224; la charcuterie monarchiste, ou une ribote au vin r&#233;publicain. Sa souverainet&#233; &#224; celui-l&#224;, c'est de se pocharder aux frais du suffrage universel. Il est dans le vrai, car cela seul lui importe, et il n'a cure du reste. Il sait ce qu'il fait. Mais les autres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ah ! oui, les autres ! Les s&#233;rieux, les aust&#232;res, les &lt;i&gt;peuple souverain&lt;/i&gt;, ceux-l&#224; qui sentent une ivresse les gagner lorsqu'ils se regardent et se disent : &#171; Je suis &#233;lecteur ! Rien ne se fait que par moi. Je suis la base de la soci&#233;t&#233; moderne. Par ma volont&#233;, Floque fait des lois auxquelles sont astreints trente-six millions d'hommes, et Baudry d'Asson aussi, et Pierre Alype &#233;galement. &#187; Comment y en a-t-il encore de cet acabit ? Comment, si ent&#234;t&#233;s, si orgueilleux, si paradoxaux qu'ils soient, n'ont-ils pas &#233;t&#233;, depuis longtemps, d&#233;courag&#233;s et honteux de leur &#339;uvre ? Comment peut-il arriver qu'il se rencontre quelque part, m&#234;me dans le fond des landes perdues de la Bretagne, m&#234;me dans les inaccessibles cavernes des C&#233;vennes et des Pyr&#233;n&#233;es, un bonhomme assez stupide, assez d&#233;raisonnable, assez aveugle &#224; ce qui se voit, assez sourd &#224; ce qui se dit, pour voter bleu, blanc ou rouge, sans que rien l'y oblige, sans qu'on le paye ou sans qu'on le so&#251;le ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#192; quel sentiment baroque, &#224; quelle myst&#233;rieuse suggestion peut bien ob&#233;ir ce bip&#232;de pensant, dou&#233; d'une volont&#233;, &#224; ce qu'on pr&#233;tend, et qui s'en va, fier de son droit, assur&#233; qu'il accomplit un devoir, d&#233;poser dans une bo&#238;te &#233;lectorale quelconque un quelconque bulletin, peu importe le nom qu'il ait &#233;crit dessus ?... Qu'est-ce qu'il doit bien se dire, en dedans de soi, qui justifie ou seulement qui explique cet acte extravagant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Qu'est-ce qu'il esp&#232;re ? Car enfin, pour consentir &#224; se donner des ma&#238;tres avides qui le grugent et qui l'assomment, il faut qu'il se dise et qu'il esp&#232;re quelque chose d'extraordinaire que nous ne soup&#231;onnons pas. Il faut que, par de puissantes d&#233;viations c&#233;r&#233;brales, les id&#233;es de d&#233;put&#233; correspondent en lui &#224; des id&#233;es de science, de justice, de d&#233;vouement, de travail et de probit&#233; ; il faut que dans les noms seuls de Barbe et de Baihaut, non moins que dans ceux de Rouvier et de Wilson, il d&#233;couvre une magie sp&#233;ciale et qu'il voie, au travers d'un mirage, fleurir et s'&#233;panouir dans Vergoin et dans Hubbard, des promesses de bonheur futur et de soulagement imm&#233;diat. Et c'est cela qui est v&#233;ritablement effrayant. Rien ne lui sert de le&#231;on, ni les com&#233;dies les plus burlesques, ni les plus sinistres trag&#233;dies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Voil&#224; pourtant de longs si&#232;cles que le monde dure, que les soci&#233;t&#233;s se d&#233;roulent et se succ&#232;dent, pareilles les unes aux autres, qu'un fait unique domine toutes les histoires : la protection aux grands, l'&#233;crasement aux petits. Il ne peut arriver &#224; comprendre qu'il n'a qu'une raison d'&#234;tre historique, c'est de payer pour un tas de choses dont il ne jouira jamais, et de mourir pour des combinaisons politiques qui ne le regardent point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Que lui importe que ce soit Pierre ou Jean qui lui demande son argent et qui lui prenne la vie, puisqu'il est oblig&#233; de se d&#233;pouiller de l'un, et de donner l'autre ? Eh bien ! non. Entre ses voleurs et ses bourreaux, il a des pr&#233;f&#233;rences, et il vote pour les plus rapaces et les plus f&#233;roces. Il a vot&#233; hier, il votera demain, il votera toujours. Les moutons vont &#224; l'abattoir. Ils ne se disent rien, eux, et ils n'esp&#232;rent rien. Mais du moins ils ne votent pas pour le boucher qui les tuera, et pour le bourgeois qui les mangera. Plus b&#234;te que les b&#234;tes, plus moutonnier que les moutons, l'&#233;lecteur nomme son boucher et choisit son bourgeois. Il a fait des R&#233;volutions pour conqu&#233;rir ce droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#212; bon &#233;lecteur, inexprimable imb&#233;cile, pauvre h&#232;re, si, au lieu de te laisser prendre aux rengaines absurdes que te d&#233;bitent chaque matin, pour un sou, les journaux grands ou petits, bleus ou noirs, blancs ou rouges, et qui sont pay&#233;s pour avoir ta peau ; si, au lieu de croire aux chim&#233;riques flatteries dont on caresse ta vanit&#233;, dont on entoure ta lamentable souverainet&#233; en guenilles, si, au lieu de t'arr&#234;ter, &#233;ternel badaud, devant les lourdes duperies des programmes ; si tu lisais parfois, au coin du feu, Schopenhauer et Max Nordau, deux philosophes qui en savent long sur tes ma&#238;tres et sur toi, peut-&#234;tre apprendrais-tu des choses &#233;tonnantes et utiles. Peut-&#234;tre aussi, apr&#232;s les avoir lus, serais-tu moins empress&#233; &#224; rev&#234;tir ton air grave et ta belle redingote, &#224; courir ensuite vers les urnes homicides o&#249;, quelque nom que tu mettes, tu mets d'avance le nom de ton plus mortel ennemi. Ils te diraient, en connaisseurs d'humanit&#233;, que la politique est un abominable mensonge, que tout y est &#224; l'envers du bon sens, de la justice et du droit, et que tu n'as rien &#224; y voir, toi dont le compte est r&#233;gl&#233; au grand livre des destin&#233;es humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; R&#234;ve apr&#232;s cela, si tu veux, des paradis de lumi&#232;res et de parfums, des fraternit&#233;s impossibles, des bonheurs irr&#233;els. C'est bon de r&#234;ver, et cela calme la souffrance. Mais ne m&#234;le jamais l'homme &#224; ton r&#234;ve, car l&#224; o&#249; est l'homme, l&#224; est la douleur, la haine et le meurtre. Surtout, souviens-toi que l'homme qui sollicite tes suffrages est, de ce fait, un malhonn&#234;te homme, parce qu'en &#233;change de la situation et de la fortune o&#249; tu le pousses, il te promet un tas de choses merveilleuses qu'il ne te donnera pas et qu'il n'est pas d'ailleurs, en son pouvoir de te donner. L'homme que tu &#233;l&#232;ves ne repr&#233;sente ni ta mis&#232;re, ni tes aspirations, ni rien de toi ; il ne repr&#233;sente que ses propres passions et ses propres int&#233;r&#234;ts, lesquels sont contraires aux tiens. Pour te r&#233;conforter et ranimer des esp&#233;rances qui seraient vite d&#233;&#231;ues, ne va pas t'imaginer que le spectacle navrant auquel tu assistes aujourd'hui est particulier &#224; une &#233;poque ou &#224; un r&#233;gime, et que cela passera. Toutes les &#233;poques se valent, et aussi tous les r&#233;gimes, c'est-&#224;-dire qu'ils ne valent rien. Donc, rentre chez toi, bonhomme, et fais la gr&#232;ve du suffrage universel. Tu n'as rien &#224; y perdre, je t'en r&#233;ponds ; et cela pourra t'amuser quelque temps. Sur le seuil de ta porte, ferm&#233;e aux qu&#233;mandeurs d'aum&#244;nes politiques, tu regarderas d&#233;filer la bagarre, en fumant silencieusement ta pipe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et s'il existe, en un endroit ignor&#233;, un honn&#234;te homme capable de te gouverner et de t'aimer, ne le regrette pas. Il serait trop jaloux de sa dignit&#233; pour se m&#234;ler &#224; la lutte fangeuse des partis, trop fier pour tenir de toi un mandat que tu n'accordes jamais qu'&#224; l'audace cynique, &#224; l'insulte et au mensonge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Je te l'ai dit, bonhomme, rentre chez toi et fais la gr&#232;ve.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Publi&#233; dans &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; (si si !) le 28 novembre 1888.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Compilation des Mur murs de la ville #1-#6</title>
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		<dc:date>2006-09-26T13:19:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Infokiosk enbullant</dc:creator>


		<dc:subject>Infokiosk enbullant (Brest)</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les flics vont devoir cogner plus fort ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Une compilation des 6 premiers num&#233;ros des Mur murs de la ville, le dazibao (journal mural) de l'Infokiosk enbullant, coll&#233; sur les murs de Brest, est disponible au format PDF ou au format papier. N'h&#233;sitez pas &#224; nous la demander ! &lt;br class='autobr' /&gt;
L'Infokiosk enbullant &lt;br class='autobr' /&gt;
Les Mur murs de la ville, #1-#6, PDF, 3.1 Mo&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique64" rel="directory"&gt;Infokiosk enbullant&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot76" rel="tag"&gt;Infokiosk enbullant (Brest)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les flics vont devoir cogner plus fort !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une compilation des 6 premiers num&#233;ros des Mur murs de la ville, le dazibao (journal mural) de l'Infokiosk enbullant, coll&#233; sur les murs de Brest, est disponible au format PDF ou au format papier. N'h&#233;sitez pas &#224; nous la demander !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://infokioskenbullant.c.la&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'Infokiosk enbullant&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://infokiosques.net/IMG/pdf/Murmurs1-6.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les Mur murs de la ville, #1-#6, PDF, 3.1 Mo&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://infokioskenbullant.c.la/" class="spip_out"&gt;http://infokioskenbullant.c.la/&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les luttes anticapitalistes face aux m&#233;dias</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article348</link>
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		<dc:date>2006-07-01T16:54:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Serge Halimi</dc:creator>


		<dc:subject>M&#233;dias de masse, autom&#233;dia</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosk enbullant (Brest)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un texte bref qui analyse les rapports des mouvements sociaux aux m&#233;dias, et r&#233;v&#232;le l'influence mortelle des m&#233;dias sur les luttes.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique18" rel="directory"&gt;L&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot34" rel="tag"&gt;M&#233;dias de masse, autom&#233;dia&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot76" rel="tag"&gt;Infokiosk enbullant (Brest)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH133/arton348-0d25d.jpg?1780492596' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='133' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff348.jpg?1150285863&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Une transformation des rapports entre les m&#233;dias et l'&#233;conomie est intervenue au cours des vingt derni&#232;res ann&#233;es. Auparavant, la radio-t&#233;l&#233;vision, souvent publique et les journaux commentaient l'&#233;conomie de march&#233;, en g&#233;n&#233;ral avec complaisance, mais comme un sujet qui leur &#233;tait ext&#233;rieur. D&#233;sormais, les m&#233;dias dominants ne sont plus seulement des relais id&#233;ologiques de la mondialisation capitaliste : ils en sont eux-m&#234;mes des acteurs de premier plan. Autrefois associ&#233;s, le parti de la presse et celui de l'argent ont dor&#233;navant op&#233;r&#233; leur fusion. Qu'elles soient cot&#233;es en Bourse ou qu'elles s'appr&#234;tent &#224; l'&#234;tre, qu'elles soient tenues ou d&#233;tenues par des groupes industriels, qu'elles b&#233;n&#233;ficient de la manne publicitaire ou qu'elles aient profit&#233; de la bulle Internet, les soci&#233;t&#233;s de presse ont un int&#233;r&#234;t direct &#224; la perp&#233;tuation et m&#234;me &#224; l'&#233;panouissement du capitalisme de march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se pose d&#232;s lors la question du rapport que les mouvements qui s'opposent au capitalisme entretiennent avec les m&#233;dias qui incarnent et promeuvent le capitalisme. Et le paradoxe surgit aussit&#244;t : jamais les liens entre la presse et de l'argent n'ont &#233;t&#233; aussi prononc&#233;s ; jamais cependant la critique des m&#233;dias par celles/ceux qui revendiquent ''un autre monde'' n'a paru aussi apeur&#233;e, honteuse, inexistante. Le paradoxe est terrible : la critique des m&#233;dias est un &#233;l&#233;ment fondateur de la critique du capitalisme et de la soci&#233;t&#233; de consommation. Or cette critique est ignor&#233;e ou torpill&#233;e depuis des ann&#233;es par les chefFEs m&#233;diatis&#233;Es de cette contestation, dont certainEs ont accept&#233; de se pr&#234;ter &#224; toutes les mises en sc&#232;ne m&#233;diatiques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Certains groupes contestataires pensent se servir des grands moyens de communication sans s'y asservir. Pour ne pas avoir &#224; aborder cette question de la r&#233;cup&#233;ration par les m&#233;dias, ils d&#233;clarent qu'elle est secondaire, voire d&#233;pass&#233;e. Ils expliquent que la m&#233;diatisation va leur permettre, sinon de briser le consensus lib&#233;ral, du moins de faire entendre leur petite musique alternative, que leur m&#233;diatisation va compenser leur absence de relais institutionnels, en particulier dans les partis politiques.&lt;br class='manualbr' /&gt;Accepter sans les discuter le postulat qu'on va compenser par la m&#233;diatisation l'absence de relais politiques, le postulat que, gr&#226;ce &#224; la t&#233;l&#233;vision, on va s'adresser aux groupes sociaux qu'on ne peut plus mobiliser autrement, constituerait une d&#233;sertion intellectuelle. Elle est d'autant plus inexcusable que la situation actuelle n'est pas in&#233;dite. En 1981, l'historien am&#233;ricain Christopher Lasch expliquait d&#233;j&#224; : ''&lt;i&gt;Une observation superficielle pourrait faire croire que de nouveaux moyens de communication donnent aux artistes et aux intellectuelLEs la possibilit&#233; de toucher un public plus large que celui dont ils ont jamais pu r&#234;ver. Or, au contraire, les nouveaux m&#233;dias se bornent &#224; universaliser les effets du march&#233;, en r&#233;duisant les id&#233;es au statut de marchandises.&lt;/i&gt;''&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christopher Lasch, Culture de masse ou culture populaire ?, Climats, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sormais, cette question de la m&#233;diatisation se pose aussi aux militantEs anticapitalistes. L'ogre m&#233;diatique, tr&#232;s friand de nouveaux produits, ne peut en effet se satisfaire d'un nombre trop limit&#233; de clientEs.&lt;br class='manualbr' /&gt;Un &lt;i&gt;Guerilla kit, Nouveau guide militant&lt;/i&gt; qui vient d'&#234;tre publi&#233; par La D&#233;couverte fait l'inventaire de ce qu'il appelle les &lt;i&gt;techniques des nouvelles luttes anticapitalistes&lt;/i&gt;. Mais, dans son chapitre ''Face aux m&#233;dias'', il n'est plus du tout question de gu&#233;rilla. La/le lectrice/eur apprend au contraire, je cite, ''&lt;i&gt;comment faire un communiqu&#233; de presse&lt;/i&gt;'' avec ''&lt;i&gt;un titre accrocheur, un texte concis&lt;/i&gt;''. Ce souci est justifi&#233; comme suit : ''&lt;i&gt;Les journalistes qui font de l'info en temps r&#233;el sont des gens press&#233;s. Il faut leur m&#226;cher le travail. Le communiqu&#233;, structur&#233; comme une d&#233;p&#234;che d'agence, doit comporter des formules directement r&#233;utilisables par les journalistes.&lt;/i&gt;''&lt;br class='manualbr' /&gt;Plus loin, le guide explique ''&lt;i&gt;comment faire passer sa parole &#224; la t&#233;l&#233;&lt;/i&gt;'', puis ''&lt;i&gt;comment savoir si votre action sera m&#233;diatique&lt;/i&gt;'' : ''&lt;i&gt;plus vous pouvez cocher de cases dans la liste suivante, plus votre action aura de chances de passer dans les m&#233;dias&lt;/i&gt;''. Les cases choisies sont : actualit&#233;, nouveaut&#233;, dramatisation, conflictualit&#233;, perturbation, VIP, symbolique, insolite, scandale et pol&#233;mique, etc. (pp. 190-192)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, au lieu de combattre les ressorts d'une information pervertie par les techniques du marketing, certainEs contestataires ont d&#233;cid&#233; d'y collaborer activement. Illes pensent sans doute, sinc&#232;rement, que la critique du capitalisme a tout &#224; gagner d'une m&#233;diatisation accrue. Mais qu'a-t-elle &#224; perdre ? Quels sont les revers de ces m&#233;dailles m&#233;diatiques ? &#192; quels compromis doit-on se r&#233;signer lorsqu'on choisit de parler &lt;i&gt;pour les m&#233;dias&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parler pour les m&#233;dias, c'est ent&#233;riner l'id&#233;e que les m&#233;dias ont le droit de distribuer la parole dans la soci&#233;t&#233;. C'est accepter que les journalistes s&#233;lectionnent les mouvements et leurs porte-parole. Or la presse accorde prioritairement son attention &#224; celles/ceux qui se plient aux attentes et aux clich&#233;s de la profession. La contestation risque alors de se porter sur le terrain des journalistes et s'exprimer &#224; leurs conditions. Elle va devenir spectacle. Sa mise en sc&#232;ne mobilisera des slogans qui sonnent comme de la publicit&#233; ou des titres de presse, plut&#244;t que des mots d'ordre ''revendicatifs'', jug&#233;s ennuyeux, ''corporatistes'', sans humour. Passer du ''nouveau'' &#224; l' ''archa&#239;que'', c'est risquer le trou noir m&#233;diatique et l'oubli. ''Nouvelles'' en 1998, les luttes des ch&#244;meuses/eurs n'inspirent plus aux m&#233;dias que la commis&#233;ration r&#233;serv&#233;e aux combats ''traditionnels'', ''corporatistes'' - et donc ex&#233;cut&#233;s dans les journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s en deux mots d&#233;daigneux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette attention s&#233;lective des m&#233;dias agit sur la conduite des mouvements contestataires : on va choisir une forme d'action non pas en fonction de ses effets attendus sur l'issue du conflit mais en imaginant qu'elle int&#233;ressera davantage les journalistes. Les actions m&#233;diatiques deviennent ainsi des actions pour les m&#233;dias. Sans que leurs initiateurs se demandent toujours si la pr&#233;sence de cam&#233;ras permet de remporter la victoire dans les faits, pas seulement dans les sommaires des journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s. C'est aussi la question qu'il conviendra de se poser &#224; propos de ce forum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bienveillance de la presse dominante ne se conserve qu'au prix de concessions permanentes. Il faut ne pas franchir les ''lignes jaunes'' pr&#233;alablement trac&#233;es par les journalistes, au-del&#224; desquelles, affirment-illes, l' ''opinion'' va l&#226;cher le mouvement : le piquet de gr&#232;ve, parce que la gr&#232;ve entrave le droit au travail ; l'interruption des examens, parce qu'elle contredit le droit aux &#233;tudes ; l'annulation des festivals, parce qu'elle met en cause le droit au loisir, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ChacunE sait pourtant qu'aucun mouvement social ou presque n'aurait abouti, y compris dans un cadre d&#233;mocratique, s'il n'avait pas, &#224; un moment donn&#233;, contest&#233; la l&#233;gitimit&#233; de la l&#233;galit&#233;. Ni le combat syndical, ni le mouvement des NoirEs am&#233;ricainEs, ni la lutte des femmes pour la l&#233;galisation de l'avortement. Mais, cela, les m&#233;dias dominants n'en ont cure. L'ordre social leur para&#238;t naturel. Ils ''&#233;lisent'' donc plus naturellement les mouvements qui se montrent dispos&#233;s &#224; accepter des ''r&#233;formes'', surtout si leurs repr&#233;sentantEs sont pr&#234;ts &#224; en ''d&#233;battre'' dans une &#233;mission. Celles/ceux qui d&#233;passent les bornes sont en revanche qualifi&#233;s d'extr&#233;mistes, d'irresponsables, de preneurs/euses d'otages, d'anarchistes, de populistes ou de fossoyeur/euses de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me qu'ils s&#233;lectionnent les mouvements contestataires, les m&#233;dias choisissent les porte-parole les plus conformes aux exigences professionnelles des journalistes et les plus promptEs &#224; s'y soumettre. Ces intervenantEs ont appris qu'il fallait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; se montrer disponible : aller dans les m&#233;dias avant de s'interroger sur la n&#233;cessit&#233; d'y aller, &#234;tre toujours joignable, y compris pendant une r&#233;union, pour pouvoir r&#233;pondre &#224; l'urgence m&#233;diatique et, le cas &#233;ch&#233;ant, ne pas rater une &#233;ventuelle proposition d'&#233;mission ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; accepter de se plier aux d&#233;lais de bouclage et aux dur&#233;es d'entretien impos&#233;s par les journalistes : rendre son article &#224; l'heure convenue, marchander son temps d'antenne (aussi long que possible) et, pour les plus aguerriEs, son heure de passage (&lt;i&gt;prime time&lt;/i&gt;) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; se r&#233;signer au choix par le journaliste de l'extrait, en g&#233;n&#233;ral microscopique, jug&#233; ''significatif'' ; retenir cet extrait s&#233;lectionn&#233; par les m&#233;dias pour le marteler lors des prochains entretiens (ce qui facilitera le travail des autres journalistes) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;enfin, accepter la personnalisation des luttes collectives&lt;/strong&gt;. Les repr&#233;sentantEs de la contestation sont somm&#233;s de d&#233;voiler une partie de leur vie de famille, de leurs go&#251;ts, de leurs aventures personnelles, plus souvent qu'on ne leur propose de d&#233;tailler les objectifs, les combats et la pens&#233;e des mouvements collectifs qu'ils sont cens&#233;s repr&#233;senter. Or ce principe de personnification, qui est aussi un principe de d&#233;politisation, constitue un des rouages du jeu politicien. Comment contester cette d&#233;rive &#224; l'am&#233;ricaine quand on en a soi-m&#234;me &#233;t&#233; l'actrice/eur consentantE ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CertainEs contestataires c&#232;dent &#224; toutes ces exigences d'autant plus facilement qu'illes ont nou&#233; des relations de confiance, de complicit&#233;, voire d'amiti&#233; avec les journalistes charg&#233;Es de couvrir leur action. Pourtant, m&#234;me sympathique, unE ''rubricardE'' politique privil&#233;giera toujours l'expos&#233; des divergences internes de l'organisation qu'ille ''couvre''. Sym&#233;triquement ille va minorer les travaux et les r&#233;flexions de l'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ces contraintes professionnelles s'ajoutent des pesanteurs d'ordre social. Les journalistes dominantEs recherchent des interlocutrices/eurs qui leur ressemblent. Spontan&#233;ment, illes jugeront ''meilleurE'', plus int&#233;ressantE, plus percutantE, celui ou celle qui s'exprimera avec leurs mots et leur syst&#232;me de r&#233;f&#233;rence. Ainsi, peu &#224; peu, les m&#233;dias, plus que les militantEs, vont ''&#233;lire'' et rendre c&#233;l&#232;bres les repr&#233;sentantEs du mouvement, elles/eux-m&#234;mes pr&#233;-s&#233;lectionn&#233;Es dans le pool de celles/ceux qui consentent &#224; la m&#233;diatisation et &#224; ses figures impos&#233;es. Or, les crit&#232;res d'excellence m&#233;diatique sont tr&#232;s diff&#233;rents des crit&#232;res d'engagement militant. L'activit&#233; militante s'appuie sur l'exp&#233;rience, le savoir-faire, la camaraderie, l'aptitude &#224; payer de sa personne, etc. En revanche, l'autorit&#233; m&#233;diatique se jauge &#224; la fr&#233;quence des passages &#224; l'antenne, &#224; l'aisance dans les ''d&#233;bats'', &#224; l'&#233;paisseur du carnet d'adresses, au nombre de langues que l'on parle, au nombre de petites phrases reprises par un quotidien de r&#233;f&#233;rence. Le choix d'une forme d'investissement plut&#244;t que de l'autre ne peut rester sans cons&#233;quences : pendant que les m&#233;dias offrent &#224; certainEs d'&#234;tre vuEs, de discourir, de voyager, de participer &#224; des colloques, d' ''avoir son visage sur la photo'', illes taisent l'existence d'autres qui, dans l'anonymat des luttes ''ordinaires'', des enveloppes qu'on affranchit, des r&#233;unions locales qu'on organise, constituent le mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Analysant la d&#233;rive narcissique de l'organisation &#233;tudiante radicale am&#233;ricaine des ann&#233;es 60, le SDS, Christopher Lasch a soulign&#233; en 1981 : ''&lt;i&gt;L'attention que leur portaient les m&#233;dias transformait la nature m&#234;me de leur mouvement. En esp&#233;rant manipuler les m&#233;dias &#224; ses propres fins, le SDS finit par se retrouver dans l'obligation de servir les int&#233;r&#234;ts de ces m&#233;dias. Et les m&#233;dias choisissaient, en vue de les rendre c&#233;l&#232;bres, les responsables du mouvement qui correspondaient le plus fid&#232;lement &#224; ce que doit &#234;tre unE dirigeantE d'opposition pour se conformer &#224; ce que les clich&#233;s pr&#233;fabriqu&#233;s attendent de lui/elle.&lt;/i&gt;''&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parler pour les m&#233;dias pose deux probl&#232;mes principaux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parler &lt;i&gt;pour&lt;/i&gt; les m&#233;dias, c'est parfois devancer leurs exigences&lt;/strong&gt;. R&#233;pondre s&#233;ance tenante aux injonctions des journalistes interdit toute consultation pr&#233;alable de la base. Ces r&#233;actions &#224; chaud posent le probl&#232;me de leur l&#233;gitimit&#233;. Le rythme tr&#233;pidant des m&#233;dias diff&#232;re de celui, plus lent, de la &lt;i&gt;d&#233;lib&#233;ration collective&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;l'organisation d&#233;mocratique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parler &lt;i&gt;pour&lt;/i&gt; les m&#233;dias, c'est se taire &lt;i&gt;sur&lt;/i&gt; les m&#233;dias&lt;/strong&gt;. Se croyant tributaires des m&#233;dias pour exister, les mouvements qui pr&#233;tendent vouloir changer le monde ont renonc&#233; &#224; faire leur travail d' ''&#233;ducation populaire'' sur la question du r&#233;gime de propri&#233;t&#233; des m&#233;dias, du statut social des journalistes et des animatrices/eurs qui les invitent, du r&#244;le jou&#233; par les moyens d'information et de communication dans la mise en place et dans l'imposition de la pens&#233;e de march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'anticapitaliste perd souvent sa voix et ses moyens au moment de p&#233;n&#233;trer dans les studios d&#233;tenus par le capitalisme m&#233;diatique. Celles/ceux qui contestent le pouvoir des multinationales se trouvent comme frapp&#233;Es d'amn&#233;sie lorsqu'une filiale de ces entreprises les convie &#224; palabrer dans un studio.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le 22 octobre 2001, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; a officialis&#233; le principe de son introduction en Bourse. Celles/ceux qui combattent la dictature des march&#233;s financiers n'ont pas critiqu&#233; cette d&#233;cision. Peut-&#234;tre pr&#233;f&#232;rent-ils conserver le droit de publier, de temps &#224; autre, une tribune dans les pages ''d&#233;bats'' de ce quotidien.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le mois dernier, l'imposition, d'un responsable du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; &#224; la pr&#233;sidence du directoire de &lt;i&gt;T&#233;l&#233;rama&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233;e contre l'avis de 73% des salari&#233;s de T&#233;l&#233;rama. Cette nouvelle manifestation de la dictature du capital dans une entreprise de presse n'a pas suscit&#233; la moindre r&#233;action officielle du Parti communiste, des Verts, d'Attac, de la CGT, de Sud, de la LCR, etc.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les contestataires ont peur des m&#233;dias et de leur pouvoir. Ils ont peur du pouvoir qu'illes ont conc&#233;d&#233; aux m&#233;dias. Et illes ne font rien pour engager la bataille politique qui remettrait en cause le mode d'appropriation des grands moyens d'information. Si &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, Acrimed, &lt;i&gt;PLPL&lt;/i&gt;, demain l'Observatoire fran&#231;ais des m&#233;dias n'avaient pas &#233;voqu&#233; ces batailles-l&#224;, nulLE n'en parlerait aujourd'hui. Et surtout pas les grands m&#233;dias.&lt;br class='manualbr' /&gt;En 1972, pourtant, le programme commun de gouvernement sign&#233; par le Parti socialiste et par le Parti communiste fran&#231;ais soulignait : ''&lt;i&gt;Il existe une contradiction entre le caract&#232;re public de l'information et le caract&#232;re de plus en plus priv&#233; des moyens d'information [...] Tant qu'un petit nombre de groupes financiers pourra contr&#244;ler les moyens d'expression comme les moyens de production, on ne saurait parler valablement de la libert&#233; de la presse.&lt;/i&gt;''&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Programme commun de gouvernement du parti communiste et du parti socialiste, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Aujourd'hui, la contradiction est plus forte encore qu'en 1972, le caract&#232;re de l'information plus priv&#233; qu'avant, le nombre des groupes financiers qui contr&#244;lent les moyens d'expression plus r&#233;duit que jamais. Pourtant, les contestataires se taisent avec application. Les propositions gouvernementales avanc&#233;es par le Parti socialiste il y a trente ans nous para&#238;traient-elles aujourd'hui trop gauchistes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appropriation des moyens de communication par des multinationales, statut social des journalistes dominantEs, r&#244;le des m&#233;dias dans l'imposition de la pens&#233;e de march&#233; : dans tous ces domaines, ne pas avancer de critique, et ne pas avancer dans la critique, c'est reculer.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'exemple britannique le montre assez. En 1992, les conservateurs d&#233;jouent les pronostics en remportant les &#233;lections g&#233;n&#233;rales. Imputant leur d&#233;faite au militantisme droitier des m&#233;dias d&#233;tenus par le groupe Murdoch, les travaillistes d&#233;cident de pactiser avec Murdoch. Et pour y parvenir, Blair n'h&#233;site pas &#224; ajuster ses propositions politiques aux pr&#233;f&#233;rences du milliardaire australo-am&#233;ricain. Il va le voir en Australie (22 heures de vol dans chaque sens) et d&#233;clare devant ses cadres sup&#233;rieurEs r&#233;uniEs dans une &#238;le priv&#233;e : ''&lt;i&gt;Sur certains points, Thatcher et Reagan ont eu raison. Mettre davantage l'accent sur l'entreprise. R&#233;compenser le succ&#232;s au lieu de le p&#233;naliser. Casser les corporations associ&#233;es &#224; la bureaucratie d'&#201;tat.&lt;/i&gt;'' C'est aussi pour ne pas contredire Murdoch qui ex&#232;cre les syndicats que Blair promet, avant m&#234;me d'arriver au pouvoir, qu'il, je cite, ''&lt;i&gt;laissera la loi britannique demeurer la plus restrictive du monde occidental en mati&#232;re de droit syndical.&lt;/i&gt;''&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;The Times, 31 mars 1997. Cit&#233; par John Rentoul, Tony Blair, Prime Minister, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Tant d'&#233;gards m&#233;ritaient r&#233;compense : en 1997 et en 2002, la presse Murdoch d&#233;cida d'appuyer une gauche aussi intelligente...&lt;br class='manualbr' /&gt;Aspirons-nous &#224; finir comme Tony Blair ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La strat&#233;gie de m&#233;diatisation conduit &#224; sacrifier un travail de fond, de critique et d'&#233;ducation populaire. Elle risque de d&#233;naturer le mouvement anticapitaliste, de d&#233;tourner les militantEs de l'action collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;''&lt;i&gt;L'exp&#233;rience historique concr&#232;te de tous celles/ceux qui ont essay&#233; d'instrumentaliser les m&#233;dias de masse &#224; des fins critiques, subversives et r&#233;volutionnaires&lt;/i&gt;, rappelait Christopher Lasch, &lt;i&gt;est que de telles tentatives sont vou&#233;es &#224; l'&#233;chec. Les militants politiques qui cherchent &#224; changer la soci&#233;t&#233; feraient mieux de se consacrer au travail de longue haleine que suppose l'organisation politique plut&#244;t que d'organiser un mouvement en se fiant &#224; des miroirs.&lt;/i&gt;''&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christopher Lasch, op. cit., pp. 59-60.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Intervention de Serge Halimi au s&#233;minaire :&lt;br class='autobr' /&gt;
''Observation et critique des m&#233;dias : les m&#233;dias et les luttes sociales'',&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; Ivry, Forum social europ&#233;en, 14 novembre 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette intervention reprend les grandes lignes d'un article, co-r&#233;dig&#233; par Pierre Rimbert et Serge Halimi, ''La r&#233;cup&#233;ration de la contestation par les m&#233;dias'', publi&#233; par &lt;a href=&#034;http://atheles.org/agone/revueagone/agone26et27/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Agone&lt;/i&gt; n&#176;26-27&lt;/a&gt;, et qu'on peut lire, sous une forme l&#233;g&#232;rement diff&#233;rente, sur le site du &lt;a href=&#034;http://homme-moderne.org/societe/media/halimi/attac.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Magazine de l'Homme Moderne&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; ainsi que sur le site d'&lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article259.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Acrimed&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; sous le titre ''Identit&#233; d'Attac et rapport aux m&#233;dias''.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une version plus d&#233;taill&#233;e de ce propos est pr&#233;sente dans &lt;i&gt;M&#233;dias et censure. Les figures de l'orthodoxie&lt;/i&gt;, ouvrage publi&#233; en 2004 sous la direction de Pascal Durand aux &#201;ditions de l'Universit&#233; de Li&#232;ge.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Christopher Lasch, &lt;i&gt;Culture de masse ou culture populaire ?&lt;/i&gt;, Climats, Castelnau-le-Lez, 2001, p. 59.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Programme commun de gouvernement du parti communiste et du parti socialiste&lt;/i&gt;, &#201;ditions sociales, 1972, p. 163.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;The Times&lt;/i&gt;, 31 mars 1997. Cit&#233; par John Rentoul, &lt;i&gt;Tony Blair, Prime Minister&lt;/i&gt;, Warner Books, Londres, 2001, p. 311.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Christopher Lasch, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, pp. 59-60.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>qcq Infokiosk enbullant</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Infokiosk enbullant</dc:creator>


		<dc:subject>Infokiosk enbullant (Brest)</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'Infokiosk enbullant s'int&#233;resse &#224; tout ce qui permet &#224; l'individu-e de
&lt;br class='autobr' /&gt;
s'&#233;manciper de toute domination, et de s'approprier l'outil et la pens&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il utilise tous les moyens d'information : brochure, tract, affiche,
&lt;br class='autobr' /&gt;
fanzine, dazibao (journal mural), cin&#233;ma, discussion.
&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme son nom ne l'indique pas, l'Infokiosk enbullant est pr&#233;sent dans des
&lt;br class='autobr' /&gt;
lieux fixes finist&#233;riens, mais aussi momentan&#233;ment partout o&#249; nous posons
&lt;br class='autobr' /&gt;
nos valises. &lt;br class='autobr' /&gt;
Contactez-nous pour recevoir notre catalogue de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique64" rel="directory"&gt;Infokiosk enbullant&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot76" rel="tag"&gt;Infokiosk enbullant (Brest)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'Infokiosk enbullant s'int&#233;resse &#224; tout ce qui permet &#224; l'individu-e de&lt;br class='autobr' /&gt;
s'&#233;manciper de toute domination, et de s'approprier l'outil et la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il utilise tous les moyens d'information : brochure, tract, affiche,&lt;br class='autobr' /&gt;
fanzine, dazibao (journal mural), cin&#233;ma, discussion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme son nom ne l'indique pas, l'Infokiosk enbullant est pr&#233;sent dans des&lt;br class='autobr' /&gt;
lieux fixes finist&#233;riens, mais aussi momentan&#233;ment partout o&#249; nous posons&lt;br class='autobr' /&gt;
nos valises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contactez-nous pour recevoir notre catalogue de brochures ou pour nous trouver : infokioskenbullant (a) infokiosques.net&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons plus de site Internet pour le moment (pour toujours ?). Nous avons pour projet de r&#233;&#233;diter nos anciennes brochures, et d'en &#233;diter de nouvelles d'ici la fin de l'ann&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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