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		<title>Zomia ou l'art de ne pas &#234;tre gouvern&#233;</title>
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		<dc:date>2015-07-15T08:29:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jacques Berguerand</dc:creator>


		<dc:subject>Bo&#238;te A Outils Editions (Forcalquier)</dc:subject>
		<dc:subject>Auto-organisation, exp&#233;rimentations collectives</dc:subject>
		<dc:subject>Luttes paysannes, ruralit&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Paru initialement dans &lt;i&gt;Archipel&lt;/i&gt; n&#176; 228, juillet-ao&#251;t 2014, il s'agit d'une recension par Jacques Berguerand du livre de James C. Scott dont la traduction en fran&#231;ais est parue en f&#233;vrier 2013 aux Editions du Seuil sous le titre &lt;i&gt;Zomia ou l'art de ne pas &#234;tre gouvern&#233;&lt;/i&gt;.&lt;br&gt; James C. Scott, n&#233; en 1936 et professeur &#224; Yale, se consacre depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1970 &#224; l'analyse des formes de r&#233;sistance auxquelles les domin&#233;-e-s, les peuples colonis&#233;s, les laiss&#233;s-pour-compte ont eu recours pour contrer la domination de l'&#201;tat, pr&#233;colonial, colonial ou postcolonial.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique31" rel="directory"&gt;Z&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot10" rel="tag"&gt;Auto-organisation, exp&#233;rimentations collectives&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot123" rel="tag"&gt;Luttes paysannes, ruralit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L100xH150/arton1239-657c7.jpg?1780483750' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1239.jpg?1434303009&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis 2000 ans, les communaut&#233;s d'une vaste r&#233;gion montagneuse d'Asie du Sud-Est refusent obstin&#233;ment leur int&#233;gration &#224; l'&#201;tat. Zomia : c'est le nom de cette zone d'insoumission qui n'appara&#238;t sur aucune carte, o&#249; les fugitifs, environ 100 millions de personnes, se sont r&#233;fugi&#233;s pour &#233;chapper au contr&#244;le des gouvernements.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Trait&#233;s comme des &#171; barbares &#187; par les &#201;tats qui cherchaient &#224; les soumettre, ces peuples nomades ont mis en place des strat&#233;gies de r&#233;sistance parfois surprenantes pour &#233;chapper &#224; l'&#201;tat, synonyme de travail forc&#233;, d'imp&#244;t, de conscription, de soumission. Privil&#233;giant des mod&#232;les politiques d'auto-organisation, certains sont all&#233;s jusqu'&#224; choisir d'abandonner l'&#233;criture pour &#233;viter l'appropriation de leur m&#233;moire et de leur identit&#233;.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit ici d'une contre-histoire de la modernit&#233;. Comme Pierre Clastres, James C. Scott nous raconte l'histoire &lt;i&gt;&#171; d'une soci&#233;t&#233; contre l'&#201;tat &#187;&lt;/i&gt;. Car Zomia met au d&#233;fit les d&#233;limitations g&#233;ographiques traditionnelles et les &#233;vidences politiques, et pose des questions essentielles : que signifie la &#171; civilisation &#187; ? Que peut-on apprendre des peuples qui ont voulu y &#233;chapper ? A-t-il exist&#233;, et existe-t-il encore des soci&#233;t&#233;s sans &#201;tat ? Une soci&#233;t&#233; peut-elle se constituer contre l'&#201;tat ? L'histoire de la rebelle Zomia nous rappelle que &#171; civilisation &#187; peut-&#234;tre synonyme d'oppression. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La Zomia&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Zomia signifie &#171; gens de la montagne &#187;, terme commun &#224; plusieurs langues tib&#233;to-birmanes parl&#233;es dans la zone frontali&#232;re entre l'Inde, le Bangladesh et la Birmanie. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d'une &#233;tendue de 2,5 millions de km2, &#233;quivalente &#224; l'Europe de l'Ouest, qui se trouve &#224; la p&#233;riph&#233;rie de neuf &#201;tats (Chine, Birmanie, Inde, Bangladesh, Bhoutan, Tha&#239;lande, Laos, Vietnam, Cambodge), et au centre d'aucun, peupl&#233;e de minorit&#233;s d'une vari&#233;t&#233; ethnique et linguistique sid&#233;rante. Cinq familles linguistiques sont partag&#233;es par des centaines d'identit&#233;s ethniques, dans un espace d'altitude de 300 &#224; 4.000 m&#232;tres. La Zomia est la derni&#232;re r&#233;gion du monde dont les peuples n'ont pas encore &#233;t&#233; compl&#232;tement int&#233;gr&#233;s &#224; des &#201;tats-nations. Ces peuples doivent &#234;tre plut&#244;t approch&#233;s comme des communaut&#233;s de fuyards, de fugitifs qui ont, au cours des deux derniers mill&#233;naires, tent&#233; de se soustraire aux diff&#233;rentes formes d'oppression que renfermaient les projets de construction &#233;tatique &#224; l'&#339;uvre dans les vall&#233;es. La plupart d'entre eux ont au d&#233;part tent&#233; de se soustraire &#224; un &#201;tat en particulier : l'&#201;tat chinois Han sous sa forme pr&#233;coce, &#224; partir du 1er mill&#233;naire avant JC. Il n'y a pas si longtemps, de tels peuples se gouvernant eux-m&#234;mes sans structures &#233;tatiques repr&#233;sentaient la majorit&#233; de l'humanit&#233;. Et l'on peut dire que chaque continent a eu, ou a encore, sa &#171; zomia &#187;. On peut la d&#233;finir encore comme une zone refuge depuis 1500 ans, en r&#233;ponse &#224; la construction d'&#201;tats dans les vall&#233;es fertiles. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait faux de voir ces populations comme des vestiges de populations &lt;i&gt;&#171; primitives, archa&#239;ques, voire n&#233;olithiques &#187;&lt;/i&gt;, des vestiges d'une formation sociale ant&#233;rieure. Il semblerait plut&#244;t qu'un certain nombre de peuples indig&#232;nes, en Am&#233;rique centrale et du Sud par exemple, comme dans certaines r&#233;gions du Sud-Est asiatique, aient &#233;t&#233; par le pass&#233; des cultivateurs s&#233;dentaires oblig&#233;s de r&#233;organiser leurs soci&#233;t&#233;s sous la pression d'&#201;tats en construction. Loin de toute interpr&#233;tation &#171; &#233;volutionniste &#187;, il faut plut&#244;t y voir une r&#233;ponse politique, une strat&#233;gie d'esquive de l'&#201;tat. Loin de ces &#171; barbares &#187; incapables de progr&#232;s culturel, il faut au contraire concevoir le peuplement des collines comme un long processus de migrations avec s&#233;dimentation d&#233;mographique et red&#233;finition des identit&#233;s dans cet espace &#224; distance de l'&#201;tat. La plupart, sinon la totalit&#233;, des caract&#233;ristiques qui participent &#224; stigmatiser les populations des collines, loin d'&#234;tre les marqueurs de &#171; primitifs &#187; que la &#171; civilisation &#187; aurait laiss&#233;s derri&#232;re elle, gagnent &#224; &#234;tre envisag&#233;es sur le long terme comme des adaptations destin&#233;es &#224; &#233;viter &#224; la fois leur capture par l'&#201;tat, et l'apparition de toute formation &#233;tatique en leur sein. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Empires agraires et maritimes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En Asie du Sud-Est, la s&#233;dentarisation majoritaire des populations ne semble pas ant&#233;rieure &#224; la cr&#233;ation d'&#201;tats agraires bas&#233;s sur la culture c&#233;r&#233;ali&#232;re, comme la premi&#232;re dynastie Han en Chine, m&#234;me si on peut dire que ces &#201;tats pouvaient se renforcer, ou se construire, &#224; partir d'un poumon rizicole irrigu&#233;, pr&#233;alablement d&#233;velopp&#233; tr&#232;s lentement par des g&#233;n&#233;rations de familles. En g&#233;n&#233;ral, les travaux d'irrigation survivaient la plupart du temps &#224; l'effondrement de ces &#201;tats, tr&#232;s instables politiquement, les arch&#233;ologues y trouvant des champs de ruines &#224; foison. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'au d&#233;but du 19&#232;me si&#232;cle, les difficult&#233;s de transport, les technologies militaires, les r&#233;alit&#233;s d&#233;mographiques limitaient l'extension g&#233;ographique des &#201;tats. Depuis une cinquantaine d'ann&#233;es, il n'en est plus de m&#234;me : &#201;tats-nations et fronti&#232;res dominent le monde. Vers 1600, il y avait en Asie du Sud-Est 5,5 habitants au km2, 35 en Inde et en Chine, 11 en Europe. Il faut noter aussi l'insignifiance d&#233;mographique et spatiale des premiers &#201;tats, Chine, &#201;gypte, Inde, Gr&#232;ce classique, Rome. Beaucoup d'espaces de repli, donc, pour des populations r&#233;calcitrantes. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un empire continental ne pouvait r&#233;gner que dans un rayon de 300 km. Plus loin, il ne contr&#244;lait plus rien. A pied, il fallait compter 25 km par jour, beaucoup moins en zone de montagne, et les transports se faisaient surtout avec des b&#339;ufs. Dans le monde pr&#233;-moderne, l'eau fait se rejoindre les populations, alors que les montagnes, surtout si elles sont hautes ou accident&#233;es, les s&#233;parent. Au milieu du 18&#232;me si&#232;cle, il fallait le m&#234;me temps &#224; un citoyen anglais pour aller &#224; pied de Londres &#224; &#201;dimbourg, qu'il lui en fallait pour aller en bateau de Southampton au Cap de Bonne Esp&#233;rance. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les empires maritimes, ou c&#244;tiers, tels que l'empire malais des 15&#232;me et 16&#232;me si&#232;cles, &#233;taient plus mobiles, et m&#234;me s'ils installaient des p&#233;ages sur les axes strat&#233;giques du commerce, ils ne contr&#244;laient g&#233;n&#233;ralement pas l'int&#233;rieur du pays. L&#224; r&#233;sidait leur faiblesse : difficile de mobiliser des arm&#233;es nombreuses et de faire suivre l'intendance. De m&#234;me qu'Ath&#232;nes, r&#233;solument tourn&#233;e vers la mer, qui fut d&#233;faite pendant les guerres du P&#233;loponn&#232;se par Sparte et Syracuse, rivales plus agraires et plus &#224; m&#234;me de tenir de longs si&#232;ges. L&#224; se situent pourtant les principaux &#201;tats pr&#233;-coloniaux de l'Asie du Sud-Est, grands carrefours culturels et commerciaux. L&#224; existaient aussi des Zomia maritimes, mobiles et pirates, qui &#233;cumaient les mers du Sud, qui les &#233;cument encore aujourd'hui dans la Corne de l'Afrique. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Zomia partout&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En Asie du Sud-Est, les populations r&#233;tives partiront dans les montagnes, fuyant les &#201;tats en formation dans les plaines plus riches. En Am&#233;rique latine, ces m&#234;mes populations coloniseront les for&#234;ts, fuyant les hauts plateaux plus riches et plus salubres o&#249; s'installent les Empires inca, azt&#232;ques et maya. Pierre Clastres avance que les soci&#233;t&#233;s am&#233;rindiennes dites primitives d'Am&#233;rique du Sud n'&#233;taient pas d'anciennes soci&#233;t&#233;s ayant &#233;chou&#233; &#224; inventer une agriculture s&#233;dentaire ou des formes &#233;tatiques, mais plut&#244;t des soci&#233;t&#233;s de cultivateurs anciennement s&#233;dentaires ayant abandonn&#233; l'agriculture et des villages fixes en r&#233;ponse aux effets de la construction de ces grands empires, ou de la conqu&#234;te espagnole. De m&#234;me un autre ethnologue, Ernest Gellner, analyse l'opposition entre Arabes et Berb&#232;res partageant des &#233;l&#233;ments d'une culture plus vaste et une foi en l'Islam, comme une opposition explicitement et d&#233;lib&#233;r&#233;ment politique. Il souligne que l'autonomie politique et le tribalisme de la population berb&#232;re du Haut-Atlas n'est pas un tribalisme pr&#233;-gouvernemental, mais un rejet strat&#233;gique et partiel d'un gouvernement particulier. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers 1600, le massif continental du Sud-Est asiatique &#233;tait 7 fois moins peupl&#233; que la Chine. Par cons&#233;quent, le pouvoir sur les hommes y conf&#233;rait le pouvoir sur les terres, tandis qu'en Chine c'&#233;tait plut&#244;t l'inverse. D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; pour les &#201;tats des plaines rizicoles de maintenir une population nombreuse, g&#233;n&#233;ralement r&#233;duite &#224; l'esclavage, souvent razzi&#233;e dans les collines ou obtenue en faisant la guerre &#224; d'autres &#201;tats, concentr&#233;e dans ces riches zones de rizi&#232;res irrigu&#233;es faciles &#224; contr&#244;ler et &#224; soumettre &#224; l'imp&#244;t. Dans ces zones de rizi&#232;res irrigu&#233;es, la densit&#233; d&#233;mographique &#233;tait dix fois plus &#233;lev&#233;e que dans les zones de riz de colline ou de cultures sur abattis-br&#251;lis. Le ph&#233;nom&#232;ne sera le m&#234;me dans les Philippines sous domination espagnole. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Europe par exemple, les Cosaques n'&#233;taient &#224; l'origine que des serfs fuyant l'ensemble de la Russie europ&#233;enne, et qui se regroup&#232;rent aux fronti&#232;res de l'Empire. De m&#234;me les Roms et les Sinti, soumis aux gal&#232;res dans le bassin m&#233;diterran&#233;en, ou enr&#244;l&#233;s de force dans les arm&#233;es prussiennes, s'install&#232;rent-ils dans les Balkans. Dans l'espace fran&#231;ais, on peut interpr&#233;ter le peuplement du Rouergue albigeois au 12&#232;me si&#232;cle comme une r&#233;action &#224; la r&#233;pression sanglante de l'h&#233;r&#233;sie cathare. Tout comme le peuplement de certaines montagnes du sud de la France, Luberon, Pr&#233;alpes franco-italiennes par les Vaudois pers&#233;cut&#233;s au 13&#232;me si&#232;cle par l'Inquisition, ou du sud-est du Massif central par les huguenots pourchass&#233;s au 17&#232;me si&#232;cle par Louis XIV. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment de l'exploitation de l'Am&#233;rique par les Europ&#233;ens, de nombreux esclaves africains s'enfuirent dans les for&#234;ts, comme au Br&#233;sil o&#249; ils furent 20.000 &#224; cr&#233;er la R&#233;publique de Palomar&#232;s. Des communaut&#233;s noires existent encore aujourd'hui en Colombie. On peut aussi analyser la r&#233;volte zapatiste des vingt derni&#232;res ann&#233;es au Mexique comme la r&#233;surgence d'une Zomia moderne dans ce pays. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'autres refuges existaient, plus modestes, marais, mar&#233;cages, comme les grands marais du cours inf&#233;rieur de l'Euphrate qui furent un refuge pendant 2000 ans (ils furent ass&#233;ch&#233;s par Saddam Hussein). Le Grand Marais Maudit &#224; la fronti&#232;re de la Caroline du Nord et de la Virginie, en Am&#233;rique, fut aussi un refuge pour tous les laiss&#233;s pour compte, Europ&#233;ens et Indiens, de l'installation des Fran&#231;ais puis des Anglais dans cette r&#233;gion au 17&#232;me si&#232;cle. En Pologne, &#224; la fronti&#232;re entre la Bi&#233;lorussie et l'Ukraine actuelles, ce fut le Marais du Pripet qui tint ce r&#244;le, tout comme les marais pontins, pr&#232;s de Rome, accueillirent les esclaves fuyant l'Empire (ils furent ass&#233;ch&#233;s par Mussolini). La liste serait encore tr&#232;s longue. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Centres et p&#233;riph&#233;ries&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En fait, il s'agit d'une histoire symbiotique des collines et des vall&#233;es, d'une construction commune dans le temps, d'une co&#233;volution de deux espaces antagonistes mais profond&#233;ment reli&#233;s. La Zomia se situe aux fronti&#232;res des centres &#233;tatiques. Elle se construit contre eux. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de la dynastie Ming, au milieu du 14&#232;me si&#232;cle, et jusqu'au 19&#232;me avec la dynastie Qing, le sud de la Chine sera l'objet de r&#233;bellions massives et d'exodes en r&#233;ponse &#224; l'expansion Han. En fait, les Hans &#233;taient eux-m&#234;mes pouss&#233;s par les Mongols venus du Nord et du Nord-Ouest. A l'Ouest, il y aura aussi en Inde une pouss&#233;e vers l'Est qui alimentera la Zomia. Ces populations se m&#233;langeront avec les populations des collines d&#233;j&#224; install&#233;es, peu nombreuses, et filles de pr&#233;c&#233;dentes migrations forc&#233;es. Les populations des vall&#233;es sont aussi, souvent, d'anciennes populations des collines, et vice-versa. Ainsi, on verra la naissance de soci&#233;t&#233;s en grande partie &#171; marron &#187;, nom donn&#233; aux esclaves fugitifs dans les Am&#233;riques. Les peuples des collines contemporains sont issus d'un long processus de &#171; marronnage &#187; qui les a soustraits aux projets d'&#233;tatisation dont les vall&#233;es furent le th&#233;&#226;tre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Identit&#233;s hybrides&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ces soci&#233;t&#233;s vont se constituer des identit&#233;s hybrides, sans unit&#233; politique, ou tr&#232;s &#233;ph&#233;m&#232;re. En g&#233;n&#233;ral, elles sont constitu&#233;es de petits groupes dont les unit&#233;s &#233;l&#233;mentaires sont la famille nucl&#233;aire, les lignages, les parent&#232;les, les hameaux, les villages, plus rarement les villes et les conf&#233;d&#233;rations. Cette forme d'organisation politique en petites unit&#233;s r&#233;pond &#224; un besoin de souplesse face aux razzias permanentes dont elles sont l'objet par les &#201;tats naissants. Tant&#244;t elles se r&#233;voltent, tant&#244;t elles retournent vers leur &#233;l&#233;ment le plus simple, familial ou villageois, le plus apte &#224; assurer la fuite et la survie. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut noter aussi la nature chim&#233;rique de leurs principales identit&#233;s ethniques. En effet, ces &lt;i&gt;&#171; zones de morc&#232;lement &#187;&lt;/i&gt; sont un patchwork d'identit&#233;s culturelles et linguistiques complexes. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin d'&#234;tre la mati&#232;re premi&#232;re originale qui aurait servi &#224; construire les &#201;tats et les &#171; civilisations &#187;, ces soci&#233;t&#233;s sont pour l'essentiel un produit d&#233;riv&#233; du processus de formation de l'&#201;tat, con&#231;u pour offrir aussi peu de prise que possible aux logiques d'appropriation. Ces peuples sont une sorte d'archives historiques des croyances et des rituels qui &#233;taient ceux de leurs anc&#234;tres, ou acquis pendant leurs migrations. Au d&#233;but du 18&#232;me si&#232;cle, on peut noter des coalitions interethniques ou intertribales, au Sud-Ouest de la Chine, contre l'emprise croissante des colons hans, et contre le monopole imp&#233;rial du th&#233;. Ces r&#233;voltes mill&#233;naristes sont men&#233;es par des &#171; proph&#232;tes &#187;, hommes-dieux chr&#233;tiens ou bouddhistes. Les populations collin&#233;ennes sont plut&#244;t animistes, et chr&#233;tiennes aujourd'hui, contrairement aux vall&#233;es bouddhistes ou islamistes. Mais l'animisme n'est jamais loin de toutes ces religions. Marx disait : &lt;i&gt;&#171; La d&#233;tresse religieuse est, pour une part, l'expression de la d&#233;tresse r&#233;elle, et, pour une autre, la protestation contre la d&#233;tresse r&#233;elle. La religion est le soupir de la cr&#233;ature opprim&#233;e, l'&#226;me d'un monde sans c&#339;ur, comme elle est l'esprit de conditions sociales d'o&#249; l'esprit est exclu. &#187;&lt;/i&gt; Pour Max Weber, &lt;i&gt;&#171; Le besoin de salut au sens le plus large trouve l'un de ses principaux foyers au sein des classes d&#233;sh&#233;rit&#233;es &#187;&lt;/i&gt;. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Agricultures nomades&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'unit&#233; de ces soci&#233;t&#233;s se trouve plut&#244;t dans leurs pratiques agricoles : agriculture nomade sur abattis-br&#251;lis, qu'il faut voir comme une &lt;i&gt;&#171; agriculture fugitive &#187;&lt;/i&gt; (qui se pratique aujourd'hui encore en de tr&#232;s nombreux endroits), culture de l'igname, du manioc, du millet, de la patate douce, plus tard de la pomme de terre et du ma&#239;s, dont les r&#233;coltes, peu visibles, peuvent rester dans le sol, et &#234;tre extraites en temps voulu. Utilisation, s'il le faut, de la cueillette, de la chasse, de la p&#234;che, et constitution de conf&#233;d&#233;rations tribales occasionnelles et &#233;ph&#233;m&#232;res. Ces soci&#233;t&#233;s peuvent aussi, pour certaines, pratiquer le nomadisme pastoral. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, on justifie l'interdiction de l'agriculture sur br&#251;lis en la faisant passer pour une pratique nocive pour l'environnement qui d&#233;truit la couche superficielle des sols, favorise l'&#233;rosion, et menace la for&#234;t. Ces politiques s'expliquent essentiellement par le fait que l'&#201;tat a besoin de r&#233;quisitionner ces terres pour les peupler de fa&#231;on permanente, tirer un revenu de l'extraction des ressources naturelles, et placer ainsi sous son joug des populations sans &#201;tat. Au Vietnam se sont d&#233;roul&#233;es de vastes campagnes de d&#233;placement de populations et de s&#233;dentarisation forc&#233;e. Le r&#233;gime colonial fran&#231;ais en Indochine, pour sa part, cherchait avant tout &#224; transformer les terres cultivables en plantations de caoutchouc.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Li&#233;es malgr&#233; tout&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; leur m&#233;pris pour les populations des collines, les &#201;tats des vall&#233;es leur &#233;taient li&#233;s par des liens profonds de d&#233;pendance &#233;conomique, et le caract&#232;re compl&#233;mentaire des niches agro-&#233;cologiques qu'ils occupaient respectivement. Les vall&#233;es s'&#233;taient vues transform&#233;es en monocultures rizicoles irrigu&#233;es, et de nombreux produits leur parvenaient des collines, pour leur propre consommation, et aussi pour le commerce &#224; plus longue distance, souvent c&#244;tier. Il s'agissait de produits de la for&#234;t, essences de bois rares, santal et camphrier, r&#233;sines et latex, plantes th&#233;rapeutiques, miel, cire d'abeille, th&#233;, tabac, opium, poivre surtout &#224; partir du 15&#232;me si&#232;cle, pierres et m&#233;taux pr&#233;cieux, b&#233;tail et peaux, coton, sarrasin, ma&#239;s, patate douce. La liste n'est pas exhaustive. Dans l'autre sens, les march&#233;s des vall&#233;es fournissaient aux populations des collines les produits indisponibles chez eux : sel, poisson s&#233;ch&#233;, m&#233;taux, c&#233;ramiques, tissus, outils et armes en m&#233;tal. Surtout, les gens des collines fournissaient aux &#201;tats des vall&#233;es, de la main-d'&#339;uvre sous forme d'esclaves captur&#233;s &#224; l'occasion de grandes razzias, et ces esclaves &#233;taient syst&#233;matiquement tatou&#233;s au fer rouge. Pour la soci&#233;t&#233; grecque, avant le vin, l'huile d'olive ou le bl&#233;, les esclaves repr&#233;sentaient la premi&#232;re marchandise. Certains &#201;tats, comme &#224; Java vers le 10&#232;me si&#232;cle, pour amadouer les gens des collines, accordaient des concessions fonci&#232;res &#224; des b&#233;n&#233;ficiaires qui s'engageaient &#224; d&#233;fricher la for&#234;t, et &#224; convertir en rizi&#232;re permanente et irrigu&#233;e les essarts livr&#233;s &#224; l'agriculture sur br&#251;lis. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, on sait que les guerres produisent des masses de migrants, d&#233;serteurs ou civils fuyant les zones de combats : Rwanda, Congo, Soudan, Syrie, etc. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Villages cach&#233;s &#187; kar&#232;nes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'auteur, qui s'est pench&#233; plus particuli&#232;rement sur la population &#171; kar&#232;ne &#187; en Birmanie, raconte l'histoire de ce peuple d&#233;racin&#233; vers la fin du 18&#232;me si&#232;cle pendant les guerres birmano-siamoises, pourchass&#233; aujourd'hui encore par les militaires birmans &#224; l'aide d'une strat&#233;gie contre-insurrectionnelle massive. L'arm&#233;e birmane appelle &lt;i&gt;&#171; villages de la paix &#187;&lt;/i&gt; les zones civiles qu'elle contr&#244;le dans les r&#233;gions kar&#232;nes, et &lt;i&gt;&#171; villages cach&#233;s &#187;&lt;/i&gt; celles qui abritent les &lt;i&gt;&#171; rebelles &#187;&lt;/i&gt;. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e doit subvenir &#224; ses besoins sur le dos des populations. Les personnes soumises se voient attribuer une carte d'identit&#233;, des lotissements sont construits pr&#232;s des garnisons militaires. Nombreux sont ceux qui fuient en Tha&#239;lande. Les autres fuient dans la for&#234;t et se constituent en tout petits groupes, familiaux pour la majorit&#233;, et reviennent &#224; des pratiques de cueillette, ou &#224; des plantations rustiques, bananier, igname, manioc, patate douce. Les individus, les cultures et les champs sont ainsi d&#233;ploy&#233;s de fa&#231;on &#224; &#233;viter la capture. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Britanniques, au d&#233;but du 20&#232;me si&#232;cle, avaient d&#233;j&#224; tent&#233; vainement de &#171; pacifier &#187; ces collines kar&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une histoire anarchiste de la Zomia&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour l'essentiel de son histoire r&#233;cente, jusqu'au 18&#232;me si&#232;cle, l'Asie du Sud-Est a &#233;t&#233; marqu&#233;e par une absence relative d'&#201;tats. Lorsqu'ils apparaissaient, ils avaient tendance &#224; &#234;tre remarquablement &#233;ph&#233;m&#232;res et relativement faibles au-del&#224; du rayon d'influence, modeste et variable, de leurs centres. Dans cette perspective, on peut dire que ce sont les &#201;tats qui ont cr&#233;&#233; les tribus. Les soci&#233;t&#233;s tribales enregistr&#233;es par l'ethnographie sont majoritairement des formations secondaires, qui se distinguent par les mesures sp&#233;cifiques qu'elles ont prises pour se tenir en dehors du processus d'incorporation au sein d'un appareil d'&#201;tat. Pour ce dernier, la personne &#171; civilis&#233;e &#187; est celle qui est &#171; sujette &#187; d'un &#201;tat, la &#171; non civilis&#233;e &#187; &#233;tant celle qui est &#171; non assujettie &#187;. On peut aujourd'hui analyser une partie des r&#233;sistances contemporaines &#224; nos soci&#233;t&#233;s avec l'aide de ces outils conceptuels, en les consid&#233;rant comme une tentative d'&#233;chapper &#224; l'assujettissement &#224; un &#201;tat, m&#234;me si l'&#201;tat-nation est en perte de vitesse, et laisse progressivement la place &#224; d'autres formes d'organisation politique de la soci&#233;t&#233;, et d'autres structures de contr&#244;le et de coercition des individus et des groupes. &lt;br&gt;
Mais ceci est une autre histoire. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Plantons le thym, la montagne fleurira et autres textes</title>
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		<dc:date>2015-06-29T13:12:11Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Maurel, Jean Rambaud, Philippe Bourguignon , Pierre Dupont</dc:creator>


		<dc:subject>Bo&#238;te A Outils Editions (Forcalquier)</dc:subject>
		<dc:subject>Insurrections, r&#233;voltes, &#233;meutes</dc:subject>
		<dc:subject>Luttes paysannes, ruralit&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le 2 d&#233;cembre 1851, Louis-Napol&#233;on Bonaparte, pr&#233;sident de la R&#233;publique fran&#231;aise depuis trois ans, refuse de quitter le pouvoir &#224; quelques mois de la fin de son mandat, alors que la Constitution de la Deuxi&#232;me R&#233;publique lui interdisait de se repr&#233;senter.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il dissout l'assembl&#233;e, r&#233;tablit le suffrage universel masculin et convoque le peuple fran&#231;ais &#224; des &#233;lections et &#224; la pr&#233;paration d'une nouvelle constitution pour succ&#233;der &#224; celle de la Deuxi&#232;me R&#233;publique. Si le peuple de Paris r&#233;agit relativement peu pour d&#233;fendre une assembl&#233;e conservatrice qui l'a d&#233;pouill&#233; d'une partie de ses droits politiques, ce n'est pas le cas dans les zones rurales de pr&#232;s d'une trentaine de d&#233;partements, en particulier dans les &#171; Basses-Alpes &#187;, aujourd'hui les Alpes-de-Haute-Provence.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique22" rel="directory"&gt;P&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot92" rel="tag"&gt;Insurrections, r&#233;voltes, &#233;meutes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot123" rel="tag"&gt;Luttes paysannes, ruralit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L106xH150/arton1231-c4c1e.jpg?1780504184' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1231.jpg?1433160369&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans le roman &lt;i&gt;La Provence insurg&#233;e&lt;/i&gt;, Fr&#233;d&#233;ric Arnaud - 1851, le narrateur part &#224; la recherche du personnage de son arri&#232;re-grand-p&#232;re dont il ignorait m&#234;me qu'il fut l'un des &#171; meneurs &#187; de l'insurrection bas-alpine. Comme tant de Fran&#231;ais, voire de Proven&#231;aux &#171; d&#233;sinform&#233;s &#187; par l'histoire officielle, il ignorait aussi les &#171; &#233;v&#233;nements &#187; de 1851 en Provence. Au fur et &#224; mesure de son enqu&#234;te, il tient un Journal de ses d&#233;couvertes, lesquelles alimentent et confortent le r&#233;cit de l'aventure h&#233;ro&#239;que de son a&#239;eul. Voici un extrait de la pr&#233;face de la nouvelle &#233;dition.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA PROVENCE INSURG&#201;E&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(...) Sur les vingt et un d&#233;partements fran&#231;ais o&#249; se manifesta l'opposition des r&#233;publicains, au coup d'Etat, treize se situaient en pays d'Oc, dont le Lot, le Lot et Garonne, le Gers, les Pyr&#233;n&#233;es orientales, l'H&#233;rault, le Gard, l'Ard&#232;che et la Dr&#244;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Provence la protestation prit souvent l'ampleur et la vigueur d'une v&#233;ritable insurrection. Dans les Basses-Alpes (actuelles Alpes de Haute Provence) on assista &#224; une quasi-mobilisation g&#233;n&#233;rale. Apr&#232;s l'&#233;crasement de cette &lt;i&gt;&#171; R&#233;volution nouvelle &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Philippe Vigier, La seconde R&#233;publique dans la r&#233;gion alpine,P.U.F., 1963&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le Procureur g&#233;n&#233;ral d'Aix en fit &#8211; sans plaisir ! &#8211; le constat dans son rapport de janvier 1852. On peut y lire : &lt;i&gt;&#171; Dans ce d&#233;partement pas une commune n'a manqu&#233;. Dans certaines tous les hommes et les jeunes valides ont pris les armes. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le Var, 87 communes furent engag&#233;es dans l'insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Echauffour&#233;es, combats dans le Vaucluse voisin, mouvements dans les Hautes-Alpes, manifestations durement r&#233;prim&#233;es &#224; Marseille et Toulon, etc. mais, plus encore, on vit se d&#233;rouler trois v&#233;ritables batailles rang&#233;es mobilisant plusieurs dizaines de milliers d'hommes en armes. A Crest (Dr&#244;me), les r&#233;publicains, &lt;i&gt;&#171; mitraill&#233;s &#224; canon &#187;&lt;/i&gt; lanc&#232;rent des assauts successifs, malgr&#233; de lourdes pertes, contre les troupes de &lt;i&gt;&#171; Badinguet &#187;&lt;/i&gt; tr&#232;s sup&#233;rieurement arm&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Aups (Var) une colonne d'insurg&#233;s &#8211; 6.000 hommes &#8211; venus de tout le d&#233;partement fut encercl&#233;e alors qu'elle tentait de rejoindre les Bas-Alpins. Emile Zola a fait dans La fortune des Rougon le r&#233;cit de ce v&#233;ritable massacre. (On peut voir &#224; Aups un monument &#224; la m&#233;moire des victimes de la r&#233;pression). Aux M&#233;es (Basses-Alpes), les troupes du colonel Parson durent reculer jusqu'&#224; Vinon (Var) sous la pression de quelque 4.000 &lt;i&gt;&#171; Gavots &#187;&lt;/i&gt; r&#233;solus, dirig&#233;s par le Garde g&#233;n&#233;ral des for&#234;ts Ailhaud, de Volx. (On peut voir, aux M&#233;es &#233;galement, un monument aux R&#233;publicains, tu&#233;s dans le combat). Parall&#232;lement un &lt;i&gt;&#171; gouvernement provisoire &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Georges Weil, Histoire du parti r&#233;publicain, Paris, 1868.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#233;tait instaur&#233; &#224; Digne. Il l&#233;gif&#233;ra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Victoire &#233;ph&#233;m&#232;re. Dans tout le reste de la France, &#224; commencer par Paris, Louis-Napol&#233;on l'emportait. La r&#233;pression qui suivit allait &#234;tre &#171; f&#233;roce &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eug&#232;ne T&#233;not, La Province en d&#233;cembre 1851, Paris, 1865.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Outre les ex&#233;cutions sur place et le suicide de plusieurs chefs insurg&#233;s, des milliers de condamnations furent prononc&#233;es : prison, confiscation des biens, bannissement, &lt;i&gt;&#171; transportation &#187;&lt;/i&gt; &#224; Cayenne et en Alg&#233;rie. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on ajoute &#224; cela tous ceux qui r&#233;ussirent &#224; se r&#233;fugier au Pi&#233;mont et dans le comt&#233; de Nice, alors sarde, la Provence dut subir un autre d&#233;sastre : &lt;i&gt;&#171; Dans le Var et les Basses-Alpes &#187;&lt;/i&gt;, nota No&#235;l Blache &lt;i&gt;&#171; il sera impossible de faire labours ou r&#233;coltes faute d'hommes. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;No&#235;l Blache,Le soul&#232;vement de 1851 dans le Var, 1869, r&#233;&#233;dit&#233; en 1983 par la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, au-del&#224; des &lt;i&gt;&#171; &#233;v&#233;nements &#187;&lt;/i&gt; d&#233;laiss&#233;s par l'Histoire, appara&#238;t le caract&#232;re singulier, exceptionnel, de cette &lt;i&gt;&#171; v&#233;ritable r&#233;volution &#187;&lt;/i&gt; avort&#233;e : un contenu politique r&#233;solument diff&#233;rent et plus encore &lt;i&gt;&#171; oubli&#233; &#187;&lt;/i&gt; que les faits eux-m&#234;mes. (...)&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;text-align:right&#034;&gt;Jean Rambaud&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;UN SILENCE ASSOURDISSANT&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans la suite du roman, le narrateur rencontre le journaliste Mazaud, passionn&#233; de cette p&#233;riode, qui lui livre ses r&#233;flexions sur les raisons de &#171; l'oubli &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) Interrogez au hasard dans la rue, monsieur Arnaud... Faites un sondage, comme on dit, et voyez combien de Fran&#231;ais savent autre chose que la mort de Baudin, les &lt;i&gt;&#171; 25 francs &#187;&lt;/i&gt;, la revanche de l'arm&#233;e, Paris mat&#233; en deux jours et l'exil de Victor Hugo... Insurrection en Provence ? Connais pas. C'est que, voyez-vous, dans la France centralis&#233;e par les rois, les jacobins, Napol&#233;on et la suite, trois barricades &#224; Paris font l'Histoire de France mais une population en armes, un gouvernement communal r&#233;volutionnaire qui l&#233;gif&#232;re vingt ans avant la Commune de Paris, trois batailles rang&#233;es, des centaines de morts au combat, des fusill&#233;s, des exil&#233;s, des emprisonn&#233;s, des d&#233;port&#233;s, des domaines confisqu&#233;s, des villages entiers r&#233;duits &#224; la mis&#232;re par la r&#233;pression, cela fait &#224; peine quelques lignes dans les manuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi ne vous excusez pas, monsieur Arnaud, de votre ignorance d'hier. Elle n'est pas due &#224; votre indiff&#233;rence ni au hasard, vous le voyez. Pour moi &#8211; sans parler davantage du &lt;i&gt;&#171; pl&#233;biscite de la terreur &#187;&lt;/i&gt; et du d&#233;lire r&#233;pressif qui m&#233;dusa pour longtemps nos populations &#8211; je vois au moins trois raisons &#224; ce silence... (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous ai donn&#233; la premi&#232;re : en France, &#224; l'inverse par exemple de l'Italie ou de l'Allemagne, tout &#233;v&#233;nement provincial est n&#233;gligeable ; Paris l'a d&#233;cid&#233;. &lt;br class='manualbr' /&gt;La seconde ? On voit dans les textes se rejoindre l'Histoire &#233;crite par le vainqueur et celle qu'&#233;labora la r&#233;publique bourgeoise ; sur les d&#233;mocrates citadins elles divergent mais haro, ensemble, sur ces paysans qui se m&#234;lent d'avoir des id&#233;es et, qui plus est, des id&#233;es socialistes. Des hordes rouges, on vous dit ! Des partageux, des Jacques, des brutes &#224; la t&#234;te tourn&#233;e !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me raison me para&#238;t encore plus f&#226;cheuse. Elle ressemble un peu trop, pour mon go&#251;t, &#224; la seconde. La gauche &#8211; vers qui je suis, n&#233;cessairement, plus port&#233; &#8211; fut trop longtemps sur la r&#233;serve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) Vous imaginez bien, monsieur Arnaud, que pour moi, Karl Marx demeure un formidable g&#233;ant, comme on n'en voit gu&#232;re qu'un par si&#232;cle. Mais je me range volontiers &#224; l'opinion de Bernard de Chartres : &lt;i&gt;&#171; Nous sommes des nains assis sur les &#233;paules des g&#233;ants &#187;&lt;/i&gt;. C'est sans doute pourquoi nous voyons parfois un peu plus loin...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) Et ce n'est tout de m&#234;me pas ma faute si le g&#233;ant s'est parfois tromp&#233; ! Et d'abord &#224; propos des paysans. Car enfin... N'est-ce pas dans les pays industriels avanc&#233;s &#8211; en Angleterre, en Allemagne &#8211; qu'il pr&#233;voyait la r&#233;volution communiste ? Or, qu'est-ce que je vois de mon coin, du pied de mes montagnes ? Ni Grande-Bretagne ni Allemagne. Je vois la Russie de 1917 : une poign&#233;e d'ouvriers, un peuple de moujiks... U.R.S.S., un sixi&#232;me des terres &#233;merg&#233;es. Je vois la Chine de Mao : des paysans, des paysans par centaines de millions. Chine, un cinqui&#232;me ou &#8211; davantage &#8211; de la population du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) Vous allez me dire que les ex&#233;g&#232;tes de Marx lui ont fait prof&#233;rer bien des choses contradictoires, en passant sous silence ce qui les g&#234;nait, les uns ou les autres. Permettez-moi une br&#232;ve lecture. Un auteur c&#233;l&#232;bre entre tous nous dit d'abord, &#224; propos du coup d'Etat : &lt;i&gt;&#171; Il appara&#238;t clairement que les Rouges ont abdiqu&#233;, totalement abdiqu&#233;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes le vrai peuple de Paris, flou&#233; par la II&#232;me R&#233;publique, ne s'est pas battu. Trois ans plus t&#244;t, le brave g&#233;n&#233;ral &lt;i&gt;&#171; r&#233;publicain &#187;&lt;/i&gt; Cavaignac avait massacr&#233; trois mille de ses meilleurs enfants. Vall&#232;s l'a &#233;crit, avec quelque amertume, en d&#233;cembre 1851 : &lt;i&gt;&#171; Les gens lisent les proclamations&lt;/i&gt; (de Louis-Napol&#233;on) &lt;i&gt;les mains dans leurs poches, sans fureur. Oh ! Si le pain avait augment&#233; d'un sou il y aurait plus de bruit. On ne se battra pas... &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 3 et le 4, quelques vell&#233;it&#233;s de r&#233;sistance sur la rive gauche et puis la Ligne et les dragons mitraillent les boulevards o&#249; frondait, sans armes, une bourgeoisie lib&#233;rale. &lt;i&gt;&#171; Le 5 on se leva tard, c'&#233;tait fini. Le faubourg ne s'est pas battu. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) Mais notre soul&#232;vement, ici ? Nos paysans en armes par dizaines de milliers ? Nos batailles rageuses, malgr&#233; la soumission du reste du pays ? Qu'en dit l'auteur c&#233;l&#232;bre &#8211; et visiblement r&#233;actionnaire &#8211; qui se gargarise &#224; pleines pages de ses &lt;i&gt;&#171; Rouges qui ont totalement abdiqu&#233; &#187; ?&lt;/i&gt; Oh ! C'est vite exp&#233;di&#233; ! Je reprends. Il s'agit, nous dit-il, &lt;i&gt;&#171; d'exc&#232;s commis par les paysans dans le Sud &#187;&lt;/i&gt;. Et c'est tout. Il croit bien vite aux &#171; informations &#187; du prince-aventurier, Fr&#233;d&#233;ric Engels, le 16 d&#233;cembre 1851 ! Car c'est Fr&#233;d&#233;ric Engels qui parle, et non pas Badinguet. Et il rench&#233;rit, avec d&#233;lectation :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; On ne pouvait d'ailleurs pas attendre autre chose de cette race de pillards barbares. Ces gaillards se moquent du gouvernement comme de l'an 40. Leur premier mouvement c'est de d&#233;molir la maison du percepteur, et du notaire, de violer leurs femmes et de les assommer eux-m&#234;mes s'ils les attrapent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me le procureur g&#233;n&#233;ral charg&#233; de la r&#233;pression a d&#233;menti ces pr&#233;tendues atrocit&#233;s &#8211; vous l'avez relev&#233; &#8211; et ni&#233; ces d&#233;sordres. Qu'importe &#224; M. Engels ! Que lui importent les mille t&#233;moignages, sur place, de gens pourtant hostiles aux Rouges ! Mal inform&#233; ? Peut-&#234;tre... Quant &#224; ces &lt;i&gt;&#171; gaillards qui se moquent du gouvernement comme de l'an 40 &#187;&lt;/i&gt;, c'est de l'ignorance crasse. Son m&#233;pris des paysans l'aveugle et, surtout, son sch&#233;ma l'exige, selon lequel seuls les citadins ont le droit de faire une r&#233;volution et d'&#234;tre socialistes. Marx le corrige, il est vrai. M&#234;me s'il n&#233;glige la Nouvelle Montagne &#224; qui les paysans ont apport&#233; un sang neuf, du moins parle-t-il politique et non pas jacquerie ou banditisme. Ecoutez Marx !&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;&#171; Dans les insurrections qui suivirent le coup d'Etat une partie des paysans protesta les armes &#224; la main contre son propre vote du 10 d&#233;cembre 48. &#187;&lt;/i&gt; (Les &#233;lections pr&#233;sidentielles.) &lt;i&gt;&#171; A ces gens les exp&#233;riences faites depuis 1848 avaient ouvert l'esprit &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fort bien ! Encore que cette &lt;i&gt;&#171; partie des paysans &#187;&lt;/i&gt; soit bien vague et que Marx raille au passage une apparente contradiction &#224; laquelle il a par ailleurs fait justice lui-m&#234;me. Parlant de ce m&#234;me 10 d&#233;cembre 48, n'a-t-il pas constat&#233; dans la Lutte des classes en France :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Ce fut le jour de l'insurrection des paysans. La R&#233;publique qu'ils abattaient de leur vote, c'&#233;tait la R&#233;publique des riches. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juste hommage ! Mais il y a mieux. Voyons dans Le 18 Brumaire de Louis-Bonaparte, toujours Marx :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Jamais la bourgeoisie n'avait r&#233;gn&#233; de mani&#232;re plus absolue. Cette R&#233;publique n'&#233;tait que l'infamie combin&#233;e de la Restauration et de la monarchie de Juillet. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Alors, quelle clairvoyance politique, ces Jacques ! L&#224;-dessus, &lt;i&gt;&#171; les exp&#233;riences faites depuis 1848 &#187;&lt;/i&gt;, leur ont encore &lt;i&gt;&#171; ouvert l'esprit &#187;&lt;/i&gt; ? Et ils se l&#232;vent en masse, en armes ? Et ils prennent le pouvoir ? Et ils l&#233;gif&#232;rent, comme nous allons le voir ? Karl Marx n'en parle pas et laisse subsister l'image du &lt;i&gt;&#171; paysan fonci&#232;rement r&#233;actionnaire &#187;&lt;/i&gt;. (...)&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;text-align:right&#034;&gt;Jean Rambaud&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; PLANTONS LE THYM ET LA MONTAGNE FLEURIRA &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mot de passe des soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes dans les Basses- Alpes (et refrain d'une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Olivier Favie replace les &#233;v&#233;nements de 1851 dans leur contexte historique et politique.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au matin du 3 d&#233;cembre 1851, Victor Schoelcher et d'autres d&#233;put&#233;s r&#233;publicains parcourent le faubourg Saint-Antoine. Devant le peu d'enclin des ouvriers &#224; d&#233;fendre leurs repr&#233;sentants, Alphonse Baudin s'&#233;crie : &lt;i&gt;&#171; Vous allez voir comment on meurt pour vingt-cinq francs ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Salaire quotidien d'un d&#233;put&#233; &#224; l'&#233;poque (voir aussi note 6).&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;Il tient promesse dans l'apr&#232;s-midi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En fait, la barricade &#233;difi&#233;e vers 9 heures, il fut tu&#233; moins d'une heure (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; en haut d'une barricade. Rapport&#233;e par Eug&#232;ne T&#233;not&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce journaliste r&#233;publicain du Si&#232;cle a donn&#233; deux ouvrages fort document&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, cette c&#233;l&#232;bre anecdote vaut pour ses paradoxes. Quand ceux qui ont fait la R&#233;publique presque malgr&#233; eux sont dans la rue pour la d&#233;fendre, le peuple tarde &#224; r&#233;pondre, &#224; Paris tout au moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elu d&#233;put&#233; en mai 1848, Louis-Napol&#233;on Bonaparte a d&#251; renoncer &#224; ses fonctions. Il est le grand absent des massacres de juin, rentrant d'exil en septembre apr&#232;s de nouvelles &#233;lections. Le 20 d&#233;cembre, le suffrage universel masculin en fait le premier pr&#233;sident de la R&#233;publique. Appuy&#233; par le parti de l'ordre, il r&#233;prime la r&#233;sistance de la gauche montagnarde en juin 1849, dont de nouvelles &#233;lections, un mois plus t&#244;t, ont r&#233;v&#233;l&#233; l'ancrage en milieu rural, dans le quart Sud-Est notamment. En mai 1850, une nouvelle loi exclu trente pour cent des votants : elle impose une r&#233;sidence de trois ans et la virginit&#233; p&#233;nale &#8211; ne f&#251;t-ce que pour vagabondage. Le Pr&#233;sident la d&#233;savoue plusieurs fois pendant l'&#233;t&#233;, au profit de sa seule l&#233;gitimit&#233; : &lt;i&gt;&#171; L'&#233;lu de 6 millions de suffrages ex&#233;cute les volont&#233;s du peuple et ne les trahit pas &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Discours du 15 ao&#251;t 1850.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me ann&#233;e pourtant, il fait doubler ou presque pour la seconde fois son traitement qui d&#233;passe alors les deux millions de francs annuels&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rappelons que le revenu d'un ouvrier des Ateliers nationaux en 1848 &#233;tait de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Son mandat unique de 4 ans s'ach&#232;ve en 1852. L'op&#233;ration Rubicon du 2 d&#233;cembre 1851, jour anniversaire du Sacre et d'Austerlitz, s'appuie sur une police et une arm&#233;e auxquelles le g&#233;n&#233;ral Saint-Arnaud a rappel&#233; d&#232;s novembre le devoir d'ob&#233;issance passive. Le 5 d&#233;cembre au matin, la r&#233;sistance parisienne est enti&#232;rement bris&#233;e. Le 6, le Panth&#233;on est rendu au culte catholique. C'est le premier d&#233;cret du Prince-Pr&#233;sident&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Maurice Aguhlon, 1848 ou l'apprentissage de la r&#233;publique, le Seuil, 1973.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En province, certaines pr&#233;fectures n'apprennent la nouvelle que le 3 au soir. Elle se r&#233;pand le 4, quand les grandes villes sont sous contr&#244;le. Le 5, seule Orl&#233;ans r&#233;siste dans le Nord. Les campagnes du midi passent &#224; l'offensive. Le 6, le d&#233;partement des Basses-Alpes, aujourd'hui Alpes de Haute-Provence, l'un des plus pauvres et des moins peupl&#233;s de France&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Luc Willette, Le coup d'Etat du 2 d&#233;cembre 1851, Aubier Montaigne, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, est enti&#232;rement r&#233;publicain. Les premiers doutes apparaissent le 7, lorsqu'un r&#233;giment de ligne venu de Marseille entre dans le d&#233;partement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En f&#233;vrier 1849, le r&#233;dacteur r&#233;publicain, Louis Langomazino&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Dominique Lecoeur, &#171; Du socialisme ouvrier &#224; la r&#233;publique des paysans, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est venu porter &lt;i&gt;La Voix du peuple&lt;/i&gt; &#224; Digne, six mille habitants, o&#249; il fonde &lt;i&gt;L'Ind&#233;pendant des Basses-Alpes&lt;/i&gt; l'ann&#233;e suivante. Ce journal diffuse en fran&#231;ais de f&#233;vrier &#224; juillet une pens&#233;e r&#233;publicaine avanc&#233;e. En octobre, Langomazino est arr&#234;t&#233; comme l'un des trois principaux meneurs du complot de Lyon. Ils sont une quarantaine &#224; &#234;tre accus&#233;s d'avoir tiss&#233; sur quinze d&#233;partements un r&#233;seau de soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes. Exil&#233; aux Marquises en ao&#251;t 1851, Langomazino devient une ic&#244;ne. &lt;i&gt;&#171; A votre tour maintenant &#224; aller &#224; Nouka-Hiva ! &#187;&lt;/i&gt; lancera un insurg&#233; au sous-pr&#233;fet de Forcalquier, au premier jour de la r&#233;bellion. Ailhaud de Volx, lui, a &#233;t&#233; acquitt&#233; aux Assises, et il est bien pr&#233;sent chez le docteur Rouit, au soir de la foire de Mane, le 4 d&#233;cembre, parmi les chefs r&#233;publicains. Cet ex-candidat &#224; la d&#233;putation a perdu son poste de garde g&#233;n&#233;ral des eaux et for&#234;ts en mars 1849 apr&#232;s avoir lanc&#233;, &#224; Manosque, un toast &lt;i&gt;&#171; &#224; l'abolition de l'exploitation de l'homme par l'homme &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Romain Gardi, Reconqu&#233;rir la R&#233;publique, Essai sur la gen&#232;se de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ses activit&#233;s de militant ach&#232;vent de lui donner une parfaite connaissance du terrain. Les grandes villes de la r&#233;gion sont loin et peu accessibles. Tout concourt en d&#233;cembre au soul&#232;vement g&#233;n&#233;ral. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La composante rurale et le r&#244;le jou&#233; par les soci&#233;t&#233;s montagnardes, reconnu, voire grandi par les autorit&#233;s, ont aliment&#233; deux versions officielles et difficilement conciliables de l'insurrection basse-alpine : la jacquerie et le complot. Par sa forte composante agricole, elle ne pouvait entrer du reste dans la l&#233;gende marxiste. Or, si le manque de communications a permis l'illusion d'une insurrection g&#233;n&#233;rale, il semble qu'un certain nombre de facteurs ont fait na&#238;tre &#8211; cas unique en France &#8211; un processus r&#233;volutionnaire imm&#233;diat et organis&#233;. Les soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes ont dispos&#233; d'hommes de terrain exceptionnels pour pr&#233;parer le soul&#232;vement tant d'un point de vue tactique que par leurs contacts &#233;troits avec les populations locales. Le nouveau pr&#233;fet affirme en f&#233;vrier 1852 que les &lt;i&gt;&#171; arrondissements de Digne et de Forcalquier ne faisaient qu'une seule et immense soci&#233;t&#233; secr&#232;te&lt;/i&gt; (qui ne devait plus l'&#234;tre beaucoup), &lt;i&gt;9 individus sur 10 lui &#233;taient affili&#233;s &#187;&lt;/i&gt;. Plus modestement, on estime &#224; 15.000 le nombre des hommes ayant pris les armes, sur un total de 45.000 &#233;lecteurs. Les effets de la crise &#8211; bien plus que le nouvel ordre politique &#8211; ont g&#233;n&#233;r&#233; la col&#232;re : ce sont les d&#233;cisions sociales de l'&#233;ph&#233;m&#232;re dictature montagnarde qui ont permis la victoire des M&#233;es, quand les propos du sous-pr&#233;fet sur les garanties institutionnelles n'ont trouv&#233; aucun &#233;cho. L'espoir de ces quelques jours est attest&#233; par l'ordre parfait qui a r&#233;gn&#233; dans les villes et les campagnes soulev&#233;es. A l'&#233;chelle d&#233;partementale, mais de mani&#232;re exemplaire, le peuple et ses meneurs ont retrouv&#233; sans farce l'&#233;lan de 1793.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Olivier Favier&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;CHRONOLOGIE DE L'INSURRECTION BAS-ALPINE DE D&#201;CEMBRE 1851&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;p&#234;che annon&#231;ant le coup d'Etat, ex&#233;cut&#233; &#224; Paris le 2 d&#233;cembre, arrive &#224; Digne dans la soir&#233;e du 3. Le pr&#233;fet Dunoyer s'empresse de publier les d&#233;crets pr&#233;sidentiels. Le 4 d&#233;cembre, il fait arr&#234;ter l'avocat Charles Cotte et quatre autres r&#233;publicains influents. Une vive &#233;motion se manifeste dans le chef-lieu du d&#233;partement, sans que le calme soit v&#233;ritablement troubl&#233;. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le signal de l'insurrection est donn&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tandis que la partie haute du d&#233;partement ne bouge pas, c'est de la zone m&#233;ridionale que va partir l'insurrection. Le 4 d&#233;cembre en fin d'apr&#232;s-midi ou en d&#233;but de soir&#233;e, sit&#244;t connues les nouvelles parisiennes, les principaux chefs de la Montagne de l'arrondissement de Forcalquier, &#224; l'appel du docteur Louis-Marius Rouit, ancien maire r&#233;voqu&#233; de la commune de Mane,&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; se r&#233;unissent dans une petite campagne pr&#232;s de Forcalquier, dite le bastidon de Manuel. La police en est instruite et la gendarmerie les force &#224; se disperser. Ils se r&#233;unissent alors dans la salle m&#234;me de la mairie de Mane. Le maire de cette commune, enti&#232;rement d&#233;vou&#233; au parti de Rouit, fait partie de la r&#233;union. C'est l&#224; que le mouvement est arr&#234;t&#233;. Audoyer de Forcalquier part, mont&#233; sur le cheval de Rouit, il va porter &#224; Buisson de Manosque l'ordre d'op&#233;rer le mouvement &#187; (rapport Marqu&#233;zy)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le bastidon de Manuel &#233;tait un pavillon, aujourd'hui d&#233;truit, appartenant &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le journaliste Eug&#232;ne T&#233;not note pareillement :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le jeudi soir, assez tard dans la nuit, un agent secret vint l'avertir (le sous-pr&#233;fet de Forcalquier) qu'Ailhaud, Escoffier et quelques autres chefs des plus influents du parti d&#233;mocratique &#233;taient r&#233;unis en conseil, aux portes de la ville, dans une maison de campagne, appartenant &#224; M. Manuel. Le sous-pr&#233;fet essaya de les faire arr&#234;ter (en vain)... Pendant la nuit, un certain nombre de r&#233;publicains, parmi lesquels les citoyens Escoffier, Pascal, Audoyer, etc. se r&#233;unirent au bourg de Mane, entre Manosque et Forcalquier, et envoy&#232;rent partout le signal du mouvement. Ailhaud &#233;tait parti pour l'arrondissement de Sisteron, attendant le mot d'ordre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Interrog&#233; par le juge d'instruction de Marseille, au moment de son arrestation le 27 d&#233;cembre 1851, Andr&#233; Ailhaud pr&#233;cisera :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le 4 d&#233;cembre courant, je me trouvais &#224; Forcalquier, lorsque j'appris par un journal la nouvelle du coup d'Etat. Nous nous r&#233;un&#238;mes imm&#233;diatement au nombre de 4 ou 5 dans un bastidon. Nous r&#233;dige&#226;mes une sorte de proclamation qui n'a pas &#233;t&#233; imprim&#233;e mais copi&#233;e &#224; la main en plusieurs exemplaires destin&#233;s &#224; &#234;tre distribu&#233;s dans les communes, ce qui fut fait. Dans cette proclamation nous donnions avis de ce qui se passait et nous engagions nos amis &#224; se tenir pr&#234;ts &#224; prendre les armes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est donc de Mane dans la nuit du 4 au 5 d&#233;cembre que fut lanc&#233; le signal de l'insurrection g&#233;n&#233;rale, pr&#233;par&#233;e &#224; Forcalquier en fin d'apr&#232;s-midi du 4 par le docteur Rouit, l'ex-garde g&#233;n&#233;ral des Eaux et For&#234;ts Ailhaud de Volx et l'horloger Pierre Emmanuel Escoffier, principal meneur montagnard de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La sous-pr&#233;fecture de Forcalquier est prise&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De Manosque, dont la municipalit&#233; est tout acquise aux id&#233;es r&#233;publicaines, une colonne de plusieurs centaines d'hommes part le 5 au matin sous la direction de l'ancien maire, &#233;galement r&#233;voqu&#233;, Joseph Buisson. Gonfl&#233;e par les apports des communes voisines, elle comprend un millier d'individus &#224; son arriv&#233;e &#224; Forcalquier en fin de matin&#233;e. Eug&#232;ne T&#233;not pr&#233;cise : &lt;i&gt;&#171; Elle se grossissait en chemin de nombreux contingents. A Mane, elle rejoignit un rassemblement nombreux &#224; la t&#234;te duquel se trouvaient les citoyens Pascal, ancien instituteur et Escoffier de Forcalquier, excellent r&#233;publicain, aussi g&#233;n&#233;reux que brave &#187;&lt;/i&gt;. Les r&#233;publicains n'ont aucun mal &#224; s'emparer de la mairie et de la sous-pr&#233;fecture ainsi que de la gendarmerie et de la recette particuli&#232;re ; le sous-pr&#233;fet Paillard et le substitut du procureur de la R&#233;publique Paulmier, sans troupes et abandonn&#233;s par presque tous les hommes du parti de l'Ordre, sont arr&#234;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&#233;not a publi&#233; le r&#233;cit de la prise de la sous-pr&#233;fecture.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Escoffier, &#224; cheval, et sabre &#224; la main, commandait :&lt;br class='manualbr' /&gt;- Montagnards, halte ! &lt;br /&gt;
cria-t-il en arrivant devant le balcon de la sous-pr&#233;fecture (o&#249; se tenait le sous-pr&#233;fet). Les insurg&#233;s s'arr&#234;t&#232;rent et firent face. Alors Escoffier s'adressant au sous-pr&#233;fet : &lt;br class='manualbr' /&gt;- Citoyen, dit-il, la Constitution est viol&#233;e ; l'insurrection est un devoir sacr&#233; pour tous, et vos pouvoirs sont finis.&lt;br /&gt;
Le sous-pr&#233;fet essaya de r&#233;pliquer : &lt;br class='manualbr' /&gt;- Citoyens, on vous trompe. Le Pr&#233;sident maintient la R&#233;publique ; il a r&#233;tabli le suffrage universel, il fait appel au peuple.&lt;br /&gt;
Cette interpr&#233;tation du coup d'Etat qui avait si bien r&#233;ussi sur la population ouvri&#232;re de Paris, n'eut aucun succ&#232;s &#224; Forcalquier. Il put &#224; peine achever ces paroles. Une temp&#234;te de cris couvrit sa voix : &lt;br class='manualbr' /&gt;- A bas ! Rendez-vous ! R&#233;signez vos pouvoirs.&lt;br /&gt;
Plusieurs hommes le couch&#232;rent en joue. M. Paillard d&#233;couvrit sa poitrine et leur dit : &lt;br class='manualbr' /&gt;- Si vous &#234;tes des assassins, tirez, si vous l'osez !&lt;br /&gt;
Mais Buisson s'&#233;tait d&#233;j&#224; jet&#233; au-devant d'eux et leur avait fait abaisser leurs fusils. Cependant, Escoffier, reprenant la parole, cria : &lt;br class='manualbr' /&gt;- Au nom du peuple, je vous somme de descendre.&lt;br /&gt;
D&#233;j&#224; quelques hommes &#233;branlaient la porte &#224; coups de hache. Le sous-pr&#233;fet avait montr&#233; une rare fermet&#233; ; il lui &#233;tait difficile de faire davantage. Il descendit &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;sir de venger les r&#233;publicains du Sud-Est arr&#234;t&#233;s &#224; l'automne 1850 et jug&#233;s en ao&#251;t 1851 dans le cadre du &#171; complot de Lyon &#187;, en particulier le journaliste Louis Langomazino, appara&#238;t tr&#232;s vif, comme en t&#233;moigne cet autre propos lanc&#233; par Escoffier au sous-pr&#233;fet : &lt;i&gt;&#171; Vous &#234;tes notre prisonnier. A votre tour maintenant &#224; aller &#224; Nouka-Hiva ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon une d&#233;position post&#233;rieure du sous-pr&#233;fet Paillard devant les Conseils (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le Courrier de l'Is&#232;re du 16 d&#233;cembre 1851 livre une version dramatique des m&#234;mes &#233;v&#233;nements :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Les bandits des Basses-Alpes ont bien tent&#233; d'&#233;gorger M. Paillard, sous-pr&#233;fet de Forcalquier, ainsi que M. Paulmier, substitut, mais ceux-ci sont parvenus &#224; leur &#233;chapper. Ces deux malheureux fonctionnaires ont subi les violences les plus cruelles. M. Paillard a re&#231;u un coup de pointe de sabre au-dessus de la cuisse, l'os arr&#234;ta la lame. Ce fut dans cet &#233;tat qu'on l'entra&#238;na vers Manosque mais, aux Rencontres, le sous-pr&#233;fet tomba &#233;puis&#233;, il &#233;tait dans un &#233;tat affreux, son sang ruisselait sur ses v&#234;tements et d&#233;bordait par dessus ses bottes, il s'&#233;vanouit. Un jeune ing&#233;nieur du d&#233;partement et un percepteur sont parvenus, &#224; force de courage, &#224; les sauver. MM. Paillard et Paulmier sont &#224; Avignon ; le premier dont on avait annonc&#233; la mort n'est que gravement malade des suites de sa blessure, de ses fatigues et de ses &#233;motions &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le sous-pr&#233;fet ne fut que l&#233;g&#232;rement bless&#233; et Escoffier en personne s'attacha &#224; garantir sa protection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de la journ&#233;e du 5, la colonne de Manosque est rejointe par des contingents venus du nord et de l'ouest de l'arrondissement (Reillanne, Banon, Saint-Etienne-les-Orgues...). Finalement quelque 3.000 hommes occupent Forcalquier. Un Comit&#233; insurrectionnel d'arrondissement est form&#233;, plac&#233; sous la pr&#233;sidence de l'instituteur r&#233;voqu&#233; No&#235;l Pascal. Selon les propres termes du substitut Paulmier, l'arrondissement de Forcalquier appara&#238;t bel et bien comme &lt;i&gt;&#171; le foyer de l'insurrection, qui a envahi ensuite presque tout le d&#233;partement. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le mouvement gagne les arrondissements de Sisteron et de Digne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans la journ&#233;e du 5, les zones m&#233;ridionales des arrondissements de Sisteron et de Digne commencent &#224; bouger &#224; leur tour. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les chefs de la Montagne &#224; Sisteron envoient des &#233;missaires dans tout l'arrondissement pour demander aux r&#233;publicains des villages alentour de venir leur pr&#234;ter main-forte. A l'instigation de l'avocat Aim&#233; Barneaud et du m&#233;canicien Auguste F&#233;r&#233;voux, l'&#233;meute gronde &#224; Sisteron toute la journ&#233;e du 5. Des groupes d'insurg&#233;s se forment activement dans le canton de Volonne sous l'impulsion d'Andr&#233; Ailhaud qui, depuis la commune de Ch&#226;teau-Arnoux o&#249; il est domicili&#233;, engage &lt;i&gt;&#171; les communes voisines &#224; se pr&#233;parer au mouvement &#187;&lt;/i&gt;. La gendarmerie de Volonne est d&#233;sarm&#233;e. Une &#233;chauffour&#233;e oppose Andr&#233; Ailhaud et sa troupe &#224; quelques gendarmes volonnais au lieu-dit de Font-Robert, &#224; la sortie de Ch&#226;teau-Arnoux en direction de Sisteron : elle vaudra &#224; Andr&#233; Ailhaud sa traduction devant le Conseil de guerre de Marseille en mars 1852.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le 5 d&#233;cembre dernier, Ailhaud, &#224; la t&#234;te d'une bande de cinquante &#224; soixante hommes, se dirigeait sur Sisteron, lorsqu'il vit venir &#224; lui deux gendarmes de la correspondance qui portaient des ordres. A leur vue, l'accus&#233; arr&#234;ta sa troupe et, se portant en avant du tambour qui la pr&#233;c&#233;dait, il arma son fusil &#224; deux coups, le tint en garde pr&#234;t &#224; tirer et cria aux gendarmes : &lt;i&gt;&#8216;Halte-l&#224;, canailles !'&lt;/i&gt; Ceux-ci, qui &#233;taient &#224; peu pr&#232;s &#224; trente m&#232;tres, s'arr&#234;t&#232;rent et quelques mots furent &#233;chang&#233;s, &#224; la suite desquels le brigadier, se voyant couch&#233; en joue, tourna bride ; au m&#234;me moment, un coup de feu partit tir&#233; par Ailhaud et deux grains de plomb travers&#232;rent le chapeau du brigadier. Le second gendarme faisait sauter un foss&#233; &#224; son cheval, pour s'enfuir &#224; son tour, lorsqu'un second coup partit imm&#233;diatement et l'atteignit de treize grains de plomb, soit &#224; la t&#234;te, soit &#224; l'&#233;paule. Quelques secondes apr&#232;s, une d&#233;charge sans r&#233;sultat fut faite par les hommes de la bande. Pour sa d&#233;fense, l'accus&#233; all&#232;gue que les grains de plomb n'ont pu sortir de son fusil, puisqu'il l'avait charg&#233; &#224; balle et qu'il n'avait tir&#233; que pour faire peur aux gendarmes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Durant la journ&#233;e du 5, sur la rive gauche de la Durance, les r&#233;publicains d'un grand nombre de communes des cantons de Riez, Moustiers, Valensole et Les M&#233;es courent aux armes &#224; la r&#233;ception de la proclamation du Comit&#233; insurrectionnel de Forcalquier. Sous la conduite de l'avocat Aristide Guibert et de l'ancien juge Gustave Jourdan, la colonne insurg&#233;e de Gr&#233;oux marche sur Valensole, chef-lieu du canton, puis remonte la grande route de Marseille &#224; Digne par Oraison et Les M&#233;es, forte au total d'environ 1 800 hommes. Les insurg&#233;s de Riez, sous la conduite du docteur Prosper Allemand, se mettent en marche, bient&#244;t rejoints par les contingents d'Allemagne-en-Provence et de Sainte-Croix (avec &#224; leur t&#234;te le cur&#233; Chassan) ainsi que par les insurg&#233;s du canton de Moustiers. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 5 d&#233;cembre a vu le glissement de la r&#233;volte sur place &#224; la guerre de mouvement. Et Philippe Vigier d'&#233;crire :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le mouvement de protestation contre le coup d'Etat prend ainsi dans les Basses-Alpes, d&#232;s le 5 au soir, une ampleur inconnue dans le reste de la r&#233;gion alpine, o&#249; il faudra attendre la journ&#233;e du 6 pour assister &#224; l'&#233;closion de mouvements insurrectionnels d'une r&#233;elle importance. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'arm&#233;e insurrectionnelle se concentre &#224; Malijai&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le samedi 6 au matin, les r&#233;publicains de Sisteron, renforc&#233;s par les contingents des communes rurales environnantes, dont un contingent venu des Hautes-Alpes, se rendent ma&#238;tres de la ville. A la suite d'une grande manifestation populaire, le maire et le conseil municipal sont contraints de d&#233;missionner : ils sont remplac&#233;s par une Commission municipale r&#233;volutionnaire, pr&#233;sid&#233;e par le chef montagnard F&#233;r&#233;voux. Le sous-pr&#233;fet et le faible d&#233;tachement dont il dispose (80 soldats environ) se retirent dans la citadelle. La colonne insurg&#233;e de Sisteron quittera la ville dans la journ&#233;e pour descendre la vall&#233;e de la Durance. &lt;br class='manualbr' /&gt;C'est que les colonnes insurrectionnelles des arrondissements de Forcalquier et de Sisteron ainsi que des cantons de Valensole et des M&#233;es devaient faire leur jonction &#224; Malijai le 6 au soir. Malijai formait un centre strat&#233;gique important au croisement des routes de Marseille, de Forcalquier et de Sisteron &#224; Digne. Le t&#233;moignage d'Andr&#233; Ailhaud est net :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans la nuit du 5 au 6, je revins &#224; Forcalquier. L&#224; les communes &#233;taient r&#233;unies, la plupart avaient des armes. Je me mis &#224; la t&#234;te de 4 ou 500 hommes et nous march&#226;mes sur Digne. A Ch&#226;teau-Arnoux, ma colonne se recruta de 300 hommes venus des communes d'alentour. De l&#224;, je me dirigeai vers Malijai, o&#249; &#233;tait le rendez-vous g&#233;n&#233;ral. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'objectif des r&#233;publicains est de marcher sur le chef-lieu du d&#233;partement, en remontant la vall&#233;e de la Bl&#233;one. &lt;br class='autobr' /&gt;
A Digne m&#234;me, dans la matin&#233;e du 6, la population s'est port&#233;e &#224; la mairie. A l'issue de violentes discussions, le maire, le docteur Fruchier, r&#233;ussit &#224; convaincre le pr&#233;fet Dunoyer et le procureur de la R&#233;publique Prestat de faire remettre en libert&#233; Charles Cotte et ses compagnons. A 2 heures, le pr&#233;fet passe en revue la troupe compos&#233;e d'environ 300 jeunes soldats ainsi que la garde nationale. Dans la soir&#233;e, l'arriv&#233;e des insurg&#233;s venus du bas pays para&#238;t imminente. L'anxi&#233;t&#233; des habitants est &#224; son comble. En grand nombre les gardes nationaux quittent les rangs, ne laissant plus &#224; la disposition des autorit&#233;s que les jeunes recrues de la garnison. Convaincu de l'impossibilit&#233; de toute r&#233;sistance, le pr&#233;fet quitte bient&#244;t Digne clandestinement au cours de la nuit en compagnie du procureur de la R&#233;publique, pour se r&#233;fugier au fort de Seyne et de l&#224; gagner les Hautes-Alpes &#224; la recherche de renforts. &lt;br class='manualbr' /&gt;Pendant ce temps, l'arm&#233;e insurrectionnelle, partie de Malijai, avance sur Digne. Et Ailhaud de t&#233;moigner : &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;&#171; Pendant la route, il n'a &#233;t&#233; commis aucun attentat ni contre les personnes ni contre les propri&#233;t&#233;s. Nous n'avions pas d&#233;sign&#233; de chef supr&#234;me. Chaque colonne marchait sous les ordres d'un chef particulier &#187;&lt;/i&gt;. Selon T&#233;not, les insurg&#233;s rassembl&#233;s &#224; Malijai &lt;i&gt;&#171; &#233;taient d&#233;j&#224; au nombre de 7 &#224; 8.000 &#187;&lt;/i&gt;. De son c&#244;t&#233;, la colonne venue des cantons de Riez et de Moustiers, grossie des insurg&#233;s de M&#233;zel et de son canton, compte plus d'un millier d'hommes lors de son arriv&#233;e le 6 vers minuit &#224; l'auberge de Gaubert, &#224; 8 kilom&#232;tres de Digne.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le chef-lieu du d&#233;partement est occup&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dimanche matin 7 d&#233;cembre : Digne est envahie. Eug&#232;ne T&#233;not note : &#171; A trois heures du matin, toute la population se r&#233;veilla au bruit des tambours et au chant de la Marseillaise. C'&#233;taient les douze &#224; quinze cents hommes de Riez, Moustiers, M&#233;zel qui entraient par la route du Var. &#187; Dans son t&#233;moignage r&#233;dig&#233; en 1881, un ouvrier forgeron de Riez, Ren&#233; Girard, se souviendra : &lt;i&gt;&#171; Nous passons sur le pont de Digne auquel il y avait de gros arbres en feu qui nous r&#233;chauffaient en passant parce qu'il faisait beaucoup froid et beaucoup de neige. &#187;&lt;/i&gt; Le peintre dignois Eug&#232;ne Jaubert, dans ses Souvenirs de 1851, confirme : &lt;i&gt;&#171; La neige, tomb&#233;e la veille, couvrait tout le Pr&#233;-de-Foire &#187;&lt;/i&gt; ; et de poursuivre :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; D&#232;s avant l'aube du jour suivant, un bruit lointain, se rapprochant de minute en minute, &#233;clatant bient&#244;t en roulements de tambours, en cris nourris &#224; travers lesquels per&#231;aient les notes enflamm&#233;es de la Marseillaise, mit sur pied tous les habitants. C'&#233;taient les premiers insurg&#233;s qui arrivaient par la route de Gaubert, ayant englob&#233; dans leur marche toute la population r&#233;publicaine de Riez, de Moustiers, de M&#233;zel, de tous les gros bourgs diss&#233;min&#233;s sur la rive gauche de la Durance &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est Charles Cotte, venu au devant d'elle &#224; l'auberge de Gaubert, qui conduira l'avant-garde insurrectionnelle jusqu'&#224; Digne, o&#249; elle p&#233;n&#232;tre entre 3 et 4 heures du matin. Tr&#232;s vite, les r&#233;publicains s'emparent de la Pr&#233;fecture, du Palais de Justice et de la Mairie. &lt;br class='autobr' /&gt;
De petites bandes arm&#233;es arrivent ensuite de divers points, ainsi du canton de Barr&#234;me. Mais surtout, vers 10 ou 11 heures, c'est la grande troupe de Malijai, qui fait son entr&#233;e. Ecoutons Eug&#232;ne Jaubert :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cependant le gros des insurg&#233;s allait &#234;tre l&#224;. Une foule &#233;norme s'&#233;tait port&#233;e vers le Grand-Pont, au-del&#224; duquel, sur la route des Si&#232;yes, grouillait une multitude bariol&#233;e, o&#249; les couleurs rouge et bleue &#233;taient dominantes. Les premiers rangs, plus resserr&#233;s &#224; cause de l'entr&#233;e plus &#233;troite du pont, pr&#233;c&#233;d&#233;s de quelques hommes qui battaient du tambour &#224; tour de bras, s'avan&#231;aient vers nous comme une grosse vague houleuse. Bient&#244;t le d&#233;fil&#233; commen&#231;a sur le boulevard Gassendi. Malgr&#233; la fatigue de leur longue marche, tous ces paysans avaient le visage &#233;panoui, comme accomplissant all&#232;grement leur devoir. Ils avaient pour la population des paroles rassurantes ; ils caressaient de la main les gamins de la rue qui leur demandaient &#224; porter leurs fusils, puis ils reprenaient en choeur le refrain de la Marseillaise. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Rien de plus pittoresque que l'aspect des insurg&#233;s en marche. Ils marchaient par groupes, form&#233;s des contingents de cantons et de communes. Chaque groupe &#233;tait command&#233; par un chef, que l'on distinguait &#224; son brassard rouge, pos&#233; sur la blouse bleue. La blouse &#233;tait le v&#234;tement du plus grand nombre ; mais la diversit&#233; des costumes n'en &#233;tait pas moins &#233;trange. Les uns, surpris au moment du labourage par le passage des insurg&#233;s, avaient laiss&#233; l&#224; leur charrue au milieu du champ, pris en h&#226;te, qui un vieux fusil, qui une fourche, et avaient suivi les autres avec la grosse bure fauve et us&#233;e qu'ils portaient en travaillant. Les autres avaient soit un pantalon rouge sous la blouse bleue, soit une veste de soldat s'arr&#234;tant &#224; la taille, lambeaux rapport&#233;s jadis du r&#233;giment, o&#249; ils avaient fait leur cong&#233;. D'autres, qui avaient aid&#233; &#224; s'emparer de quelques gendarmeries, portaient des vestons noirs, dont les aiguillettes et les parements blancs avaient &#233;t&#233; en partie arrach&#233;es. Les contingents des sous-pr&#233;fectures, Sisteron et Forcalquier se remarquaient &#224; leur costume moins disparate. Leurs chefs laissaient voir, parfois, leur redingote noire sous la blouse bleue et dominaient la foule avec leur chapeau haut-de-forme. Ceux-l&#224;, on les connaissait presque tous ; ils saluaient de la main ou d'un sourire grave ceux de leurs amis qui, au milieu de la population de Digne, faisaient la haie de chaque c&#244;t&#233; du boulevard. Le plus connu et le plus populaire d'entre eux &#233;tait l'avocat Charles Cotte, chef du parti r&#233;publicain (de Digne). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Parmi les coiffures chamarr&#233;es d'&#233;toffes voyantes ou de rubans tricolores, un grand oiseau tout rouge (empaill&#233;), perch&#233; sur le feutre gris d'un paysan, attirait tous les yeux (...) L'homme qui le portait avait une figure joviale. Il paraissait le chef d'un groupe assez important et ses camarades, se ralliant autour de ce singulier Henri IV au panache rouge, l'apostrophaient avec bonne humeur sous le nom de Tonin. Il souriait aux enfants, qui le regardaient avec une ardente curiosit&#233; et qui, pour ne pas le perdre de vue, se mirent &#224; le suivre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le d&#233;fil&#233; continuait, mais maintenant le spectacle &#233;tait plus triste. Au milieu des rangs des insurg&#233;s, on voyait de longues files de prisonniers, presque tous des gendarmes, au costume souill&#233; et lac&#233;r&#233;, quelques-uns ayant les bras serr&#233;s dans des menottes, et la vue de ces figures mornes, gardant une attitude ferme dans leur marche lass&#233;e de vaincus, &#233;treignait le coeur d'une &#233;motion poignante. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; D&#233;j&#224; le Pr&#233;-de-Foire, o&#249; s'&#233;taient arr&#234;t&#233;s les premiers arrivants, &#233;tait comble, malgr&#233; son &#233;tendue. La troupe se r&#233;pandit dans toutes les rues, dans les faubourgs, dans le cimeti&#232;re, partout o&#249; elle pouvait poser un moment &#224; terre son &#233;trange armement, et elle attendait l&#224; avec patience qu'on e&#251;t trouv&#233; des logements pour tout ce monde. Ce n'&#233;tait pas chose facile, pour une ville de 5.000 habitants que d'h&#233;berger 8.000 hommes ! Chaque famille un peu &#224; l'aise re&#231;ut en moyenne de six &#224; huit insurg&#233;s ; tous les &#233;difices publics regorgeaient, et l'on ne put arriver &#224; trouver un g&#238;te pour chacun. Au reste, on ne s&#233;journait dans les maisons que pour le repas du soir et pour la nuit. Dans la journ&#233;e, on pr&#233;f&#233;rait vivre en plein air sur le Pr&#233;-de-Foire, o&#249; de grands feux furent allum&#233;s... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;A sa mani&#232;re, le Glaneur des Alpes du 20 d&#233;cembre 1851 notera :&lt;i&gt;&#171; Ils parcourent la ville au chant de la Marseillaise et autres cris s&#233;ditieux. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'effectif de l'arm&#233;e insurrectionnelle, si Eug&#232;ne Jaubert parle de 8.000 hommes et si Eug&#232;ne T&#233;not donne le chiffre de huit &#224; neuf mille hommes, le Glaneur des Alpes du 20 d&#233;cembre qui, par ailleurs, signale la pr&#233;sence de &lt;i&gt;&#171; quelques femmes dans cet immense rassemblement &#187;&lt;/i&gt;, &#233;valuera &lt;i&gt;&#171; &#224; plus de dix mille hommes le chiffre des insurg&#233;s qui occupent la ville &#187;&lt;/i&gt;. Enfin, l'ouvrier-forgeron Girard &#233;crira en 1881 : &lt;i&gt;&#171; Nous &#233;tions plus de 15.000 combattants. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir d&#233;sarm&#233; la gendarmerie (compos&#233;e d'une quarantaine de gendarmes), les insurg&#233;s s'emploient &#224; faire de m&#234;me avec la garnison consign&#233;e &#224; la caserne. Le major Chevalier signera une v&#233;ritable capitulation, livrant aux r&#233;publicains la poudre, les munitions et la caisse du Receveur g&#233;n&#233;ral qui avait &#233;t&#233; confi&#233;e &#224; sa garde par le pr&#233;fet au moment de son d&#233;part. La municipalit&#233;, contrainte de r&#233;signer ses pouvoirs, est remplac&#233;e par une administration provisoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chefs des insurg&#233;s, install&#233;s &#224; la pr&#233;fecture, constituent aussit&#244;t un Comit&#233; d&#233;partemental de r&#233;sistance, charg&#233; de remplacer le pr&#233;fet en fuite. Deux proclamations sont successivement imprim&#233;es, la premi&#232;re sans date, la seconde dat&#233;e du 7 d&#233;cembre. La premi&#232;re proclamation est sign&#233;e d'Ailhaud de Volx, Aillaud Pierre, Barneaud, Charles Cotte et Buisson ; les signataires de la seconde sont Charles Cotte, Buisson, Escoffier, Ailhaud de Volx, P. Aillaud, Guibert et Jourdan. Le Comit&#233; de r&#233;sistance comprend les dirigeants de la Montagne des arrondissements de Forcalquier, de Sisteron et de Digne : le liquoriste Joseph Buisson de Manosque, l'ancien garde g&#233;n&#233;ral des Eaux et For&#234;ts r&#233;voqu&#233; Andr&#233; Ailhaud, l'horloger Pierre Emmanuel Escoffier de Forcalquier, l'avocat Aim&#233; Barneaud de Sisteron, l'avocat Charles Cotte de Digne, l'huissier r&#233;voqu&#233; de Valensole Pierre Eustache dit Pierrette Aillaud, l'ancien juge Gustave Jourdan et l'avocat Aristide Guibert de Gr&#233;oux. On remarquera qu'&#224; l'exception d'Escoffier, tous les membres du Comit&#233; &#233;taient issus de la petite bourgeoisie. Ces proclamations d&#233;cr&#232;tent la suspension des juges de paix, l'abolition des contributions indirectes, la cr&#233;ation de comit&#233;s de r&#233;sistance dans les communes, cantons et arrondissements. Outre les caisses de la Recette g&#233;n&#233;rale, dont les fonds s'&#233;levaient &#224; 15.000 francs, le comit&#233; de r&#233;sistance fait saisir les caisses du directeur de la poste, du conservateur des hypoth&#232;ques, de l'entreposeur des tabacs et du percepteur. Selon le Glaneur des Alpes, &lt;i&gt;&#171; une somme de 2 francs cinquante par homme est distribu&#233;e &#224; l'arm&#233;e insurrectionnelle &#187;&lt;/i&gt;, assertion confirm&#233;e par Andr&#233; Ailhaud lui-m&#234;me :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous nous empar&#226;mes aussi de la caisse du receveur g&#233;n&#233;ral qui contenait 15.000 francs, nous en donn&#226;mes un re&#231;u et la somme fut port&#233;e &#224; la Pr&#233;fecture. Nous pr&#238;mes sur les 15.000 francs une somme de 50 francs chacun. Quant &#224; moi, j'en ai d&#233;pens&#233; plus de cent pour ma troupe. Une distribution d'argent fut ensuite faite &#224; la troupe &#224; raison de 2f50 par t&#234;te. Apr&#232;s cette distribution, il resta 8.000 francs. Un grand nombre avait refus&#233; de recevoir cette solde. &#187; Eug&#232;ne Jaubert raconte que pour c&#233;l&#233;brer les d&#233;crets rendus par le Comit&#233; de r&#233;sistance, &#171; on dansait et farandolait autour des feux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier t&#233;moin apporte &#233;galement un &#233;clairage int&#233;ressant sur l'&#233;tat d'esprit de l'&#171; insurg&#233; de base &#187; ainsi que sur les relations entre les insurg&#233;s et la population dignoise. L'oncle de Jaubert &#233;tait adjudant de la compagnie confin&#233;e dans la caserne.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; A la nuit tomb&#233;e (du 7 d&#233;cembre), inquiet de savoir ce que nous &#233;tions devenus, il sortit je ne sais comment de la caserne et vint &#224; la maison par une porte de derri&#232;re. En entrant dans la salle &#224; manger, il s'arr&#234;ta surpris &#224; la vue d'une tabl&#233;e o&#249; huit insurg&#233;s avaient pris place avec nous : tous mangeaient tranquillement, se reposant dans le bien &#234;tre et la chaleur, des fatigues de la longue marche sur les routes gel&#233;es. La vue soudaine de l'uniforme d'officier les secoua d'un vague frisson : allaient-ils donc &#234;tre attaqu&#233;s et pris comme dans une sourici&#232;re ? Deux d'entre eux s'&#233;taient lev&#233;s et, dans un coin de la salle, on entendit le crissement m&#233;tallique de fusils remu&#233;s. Il y eut l&#224; une minute d'angoisse r&#233;elle. Mon p&#232;re sauva la situation par sa pr&#233;sence d'esprit : &lt;i&gt;&#8216;Viens, dit-il &#224; son fr&#232;re, t'asseoir l&#224; et manger un morceau avec ces braves gens.'&lt;/i&gt; D&#233;j&#224; mon oncle, qui avait eu &#224; peine un instant d'h&#233;sitation, prenait place &#224; la table au milieu d'eux et leur parlait en proven&#231;al. Ils furent bien vite rassur&#233;s et se mirent &#224; raconter ce qu'ils avaient laiss&#233; au village : leur femme, leurs enfants, le champ qu'ils n'avaient pas fini de labourer ; mais il fallait bien, disaient-ils, servir avant tout le pays et d&#233;fendre la Constitution &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le mouvement gagne Barcelonnette&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Presque partout dans le Sud-Est, la journ&#233;e du 8 d&#233;cembre voit s'&#233;vanouir les derniers espoirs des r&#233;publicains. Seules dans les Basses-Alpes, la r&#233;sistance r&#233;publicaine va durer plus longtemps qu'ailleurs. Dans la nuit du 7 au 8 d&#233;cembre, le mouvement insurrectionnel &#233;clate dans le nord du d&#233;partement, &#224; Barcelonnette, jusque-l&#224; rest&#233;e calme. Quatre cents hommes se r&#233;unissent sur la place, d&#233;sarment les gendarmes et arr&#234;tent le sous-pr&#233;fet et les autorit&#233;s locales. Un Comit&#233; de r&#233;sistance est constitu&#233;, form&#233; de trois r&#233;publicains influents, Jean-Pierre Gastinel, propri&#233;taire-cultivateur de Saint-Pons, l'horloger Pascal Buffe et le libraire Jean-Baptiste Andr&#233; de Barcelonnette : il administrera la ville et ses environs pendant plusieurs jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Digne dans la matin&#233;e du 8, les insurg&#233;s allument un grand feu de joie sur le Pr&#233;-de-Foire, dans lequel sont br&#251;l&#233;s des papiers et registres des contributions indirectes. Dans la m&#234;me journ&#233;e, la derni&#232;re sous-pr&#233;fecture rest&#233;e calme, Castellane, accueille avec enthousiasme une colonne d'insurg&#233;s venant de Digne. De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale toutefois, l'arrondissement de Castellane restera tranquille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippe Vigier conclut : &lt;i&gt;&#171; En deux jours, l'insurrection r&#233;publicaine triomphe dans presque toutes les Basses-Alpes qui, seules de tous les d&#233;partements fran&#231;ais, parviennent ainsi &#224; se d&#233;barrasser temporairement des fonctionnaires de Louis-Napol&#233;on. &#187;&lt;/i&gt; (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce m&#234;me lundi 8, vers 5 heures de l'apr&#232;s-midi, la nouvelle parvient qu'un bataillon du 14&#232;me l&#233;ger parti la veille de Marseille marche sur Digne. Selon le Glaneur des Alpes du 20 d&#233;cembre, le Comit&#233; de r&#233;sistance rassemble l'arm&#233;e insurrectionnelle qui &lt;i&gt;&#171; d&#233;file vers le grand pont au chant de la Marseillaise. Quelques membres du Comit&#233; sont &#224; sa t&#234;te. Deux mille hommes environ restent &#224; Digne &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re marche sur les Basses-Alpes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Selon Eug&#232;ne Jaubert : &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; La plupart des chefs insurg&#233;s restaient confiants dans la victoire prochaine. Ils parcouraient les rangs pour communiquer &#224; leurs hommes l'ardeur qui les animait et redonner du coeur &#224; ceux qui commen&#231;aient &#224; faiblir. Ils d&#233;cid&#232;rent que l'on marcherait &#224; la rencontre de la troupe envoy&#233;e de Marseille. Le soir venu, la ville reprit son aspect lugubre. Les tambours battaient le rappel dans les rues. Sur les visages des paysans, on ne voyait plus ni la r&#233;solution ni l'all&#233;gresse de la veille. Les bourgeois et les artisans (dignois), qui rest&#233;s simples spectateurs du drame, discernaient mieux le p&#233;ril de la situation, contrebalan&#231;aient maintenant l'influence des chefs, et, pris de commis&#233;ration pour ces braves gens qu'ils avaient h&#233;berg&#233;s, ils leur repr&#233;sentaient que la lutte ne pouvait plus d&#233;sormais se terminer que par leur d&#233;faite : &lt;i&gt;&#8216;Vous avez assez fait pour la d&#233;fense de vos droits. Ne vous exposez pas &#224; &#234;tre massacr&#233;s inutilement. Rejoignez vos enfants et vos femmes.'&lt;/i&gt; Ces conseils timor&#233;s mais humains ne furent pas partout repouss&#233;s. Beaucoup de ceux qui regrettaient d&#233;j&#224; le village natal se d&#233;tach&#232;rent furtivement de leurs groupes, gagn&#232;rent les faubourgs et les bords de la Bl&#233;one et, jetant leurs mauvais fusils, disparurent isol&#233;s dans la nuit. Cependant, vers 7 heures, le gros de l'arm&#233;e r&#233;publicaine se mit en marche, en chantant la Marseillaise. Ils &#233;taient environ 5.000 et, malgr&#233; le froid glacial qui pr&#233;sageait une nuit tr&#232;s dure, ils partageaient l'enthousiasme de ceux qui dirigeaient la colonne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il s'agissait de barrer la route de Digne &#224; la troupe : le 8 au soir, l'arm&#233;e insurrectionnelle bivouaque aux abords de Malijai.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le combat des M&#233;es &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, 9 d&#233;cembre au matin, ce sera le &lt;i&gt;&#171; combat des M&#233;es &#187;&lt;/i&gt;. Selon le commentaire de T&#233;not,&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; la grande route avant d'arriver aux M&#233;es est serr&#233;e entre la Durance et des hauteurs escarp&#233;es. Elle forme ainsi une sorte de d&#233;fil&#233; ferm&#233; par le bourg et difficile &#224; forcer s'il est d&#233;fendu avec quelque r&#233;solution. C'est l&#224; que se posta la petite arm&#233;e insurrectionnelle. Une partie occupa fortement le bourg ; le reste prit position sur les hauteurs dominant la route. Le garde g&#233;n&#233;ral des Eaux et For&#234;ts, Ailhaud de Volx, semble avoir dirig&#233; ces dispositions &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Fort de sa connaissance des lieux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au d&#233;but de sa carri&#232;re, il avait &#233;t&#233; en poste &#224; Digne et aux M&#233;es, dans les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et de ses comp&#233;tences de strat&#232;ge, Andr&#233; Ailhaud avait su positionner ses troupes avec habilet&#233;. Les r&#233;publicains se d&#233;fendirent avec &lt;i&gt;&#171; rage et fanatisme &#187;&lt;/i&gt;, si l'on en croit le procureur de la R&#233;publique de Sisteron, c'est-&#224;-dire, avec &#233;nergie, courage et d&#233;termination. Selon T&#233;not, &lt;i&gt;&#171; le colonel Parson, ne les supposant pas capables de tenir contre la ligne, ordonna l'attaque... La troupe, parvenue &#224; l'entr&#233;e du d&#233;fil&#233;, se trouva en pr&#233;sence d'obstacles insurmontables. Le colonel Parson consentit &#224; parlementer... &#187;.&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais bient&#244;t,&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; les parlementaires (r&#233;publicains) furent saisis et conduits &#224; la queue de la colonne. La troupe recommen&#231;a, sinon &#224; attaquer, du moins &#224; t&#226;ter la position des r&#233;publicains. Ceux-ci firent la meilleure contenance. Une compagnie d'infanterie s'engagea dans un sentier qui conduisait au-dessus des cr&#234;tes occup&#233;es par les insurg&#233;s. Le succ&#232;s de ce mouvement allait permettre une attaque vigoureuse sur le bourg. La compagnie, assaillie &#224; l'improviste dans un chemin creux, fut surprise, rompue et dispers&#233;e, laissant le capitaine, le sous-lieutenant et une vingtaine de soldats entre les mains des r&#233;publicains. Ces prisonniers, conduits au bourg des M&#233;es, furent un instant menac&#233;s. Quelques furieux se jet&#232;rent sur les deux officiers et menac&#232;rent de les fusiller. Ailhaud de Volx les arracha de leurs mains et les pr&#233;serva de toute violence. Cet &#233;chec compromettait la petite colonne de troupe. Le colonel Parson ne s'obstina pas &#224; enlever une position aussi forte et bien d&#233;fendue, il rel&#226;cha les parlementaires arr&#234;t&#233;s et battit en retraite. Il r&#233;trograda le soir m&#234;me jusqu'&#224; Vinon sur Verdon, petite ville du Var &#224; la limite des trois d&#233;partements des Basses-Alpes, Bouches-du-Rh&#244;ne et Var. Les pertes &#233;taient de part et d'autre de quelques hommes tu&#233;s et bless&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle d'un &lt;i&gt;&#171; engagement aux M&#233;es entre les troupes et les insurg&#233;s &#187;&lt;/i&gt; n'est connue &#224; Digne que le lendemain. L'&#233;v&#233;nement est relat&#233; par le Glaneur des Alpes dans son num&#233;ro du 20 d&#233;cembre. Quoiqu'il parle de d&#233;bandade chez les insurg&#233;s, celui-ci n'en reconna&#238;t pas moins la retraite du 14&#232;me l&#233;ger sur Vinon ainsi que la capture des deux officiers et de quelques soldats. Le Glaneur fait &#233;tat d'une quarantaine de tu&#233;s ou de bless&#233;s chez les insurg&#233;s et de 3 ou 4 bless&#233;s chez les militaires.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au-del&#224; des M&#233;es o&#249; les &#233;meutiers s'&#233;taient fortifi&#233;s, ils rencontr&#232;rent un d&#233;tachement du 14&#232;me l&#233;ger envoy&#233; en avant. Des coups de feu partent du rang des insurg&#233;s. La troupe riposte par quelques feux de peloton qui abattent ou blessent une quarantaine d'&#233;meutiers, le reste se d&#233;bande et prend la fuite ; quelques uns jettent leurs armes et se pr&#233;cipitent dans la Durance qu'ils tentent de traverser &#224; la nage. Tandis que le d&#233;tachement se replie sur le bataillon, une petite troupe d'insurg&#233;s parvient &#224; se rallier et, embusqu&#233;s sur les hauteurs qui bordent la route, harc&#232;le la retraite du bataillon, qui revient sur Oraison. Deux officiers et quelques soldats tombent entre les mains des &#233;meutiers qui les emm&#232;nent aux M&#233;es. L'intervention de chefs influents sauve ces militaires au moment o&#249; ils allaient &#234;tre fusill&#233;s. Le bataillon a eu 3 ou 4 bless&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La version pr&#233;sent&#233;e par le Courrier de l'Is&#232;re du 16 d&#233;cembre 1851 est plus partielle et encore plus partiale : &lt;i&gt;&#171; Les insurg&#233;s &#233;taient organis&#233;s et arm&#233;s. Il a fallu, pour les disperser et les r&#233;duire, en arriver &#224; des engagements s&#233;rieux dont le principal a eu lieu &#224; Malijai (sic au lieu des M&#233;es), sur les bords de la Durance. Soixante insurg&#233;s environ ont &#233;t&#233; tu&#233;s ; plusieurs soldats ont &#233;galement p&#233;ri. La plus grande partie des r&#233;volt&#233;s se sont sauv&#233;s en traversant la Durance &#224; la nage. &#187;&lt;/i&gt; Le chiffre de soixante morts du c&#244;t&#233; des insurg&#233;s sera propag&#233; au loin, ainsi par l'Ind&#233;pendance Belge. &lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;position d'Andr&#233; Ailhaud devant le juge d'instruction de Marseille le 27 d&#233;cembre 1851 apporte plusieurs pr&#233;cisions importantes :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Aux M&#233;es, nous rencontr&#226;mes le bataillon qui, &#224; la suite d'un engagement o&#249; il y eut des bless&#233;s de part et d'autre, se retira sur Vinon. Jourdan et moi, nous avions &#233;t&#233; envoy&#233;s en parlementaires &#224; l'effet d'engager le commandant &#224; pr&#233;venir des malheurs. A peine arriv&#233;s, nous f&#251;mes brutalement rejet&#233;s au milieu des soldats et accueillis par ces paroles : 'On ne parlemente pas avec des brigands.' Pendant deux heures, nous f&#251;mes ainsi retenus prisonniers ; mais le juge de paix des M&#233;es, craignant les effets de l'exasp&#233;ration de la phalange (r&#233;publicaine), vint nous r&#233;clamer et nous f&#251;mes rendus &#224; la libert&#233;. Apr&#232;s l'engagement, nous f&#238;mes &#224; notre tour prisonnier un capitaine, un sous-lieutenant et plusieurs soldats et quoique j'eusse &#233;t&#233; maltrait&#233;, alors que j'&#233;tais parlementaire, j'eus pour eux tous les plus grands &#233;gards &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Lors du proc&#232;s d'Ailhaud devant le conseil de guerre de Marseille en mars 1852, &lt;i&gt;&#171; un officier que les insurg&#233;s avaient tenu en leur pouvoir aux M&#233;es &#187;&lt;/i&gt; confirmera que &lt;i&gt;&#171; au moment o&#249; on voulait le fusiller, ainsi qu'un de ses camarades, qui avait partag&#233; son sort, Ailhaud a r&#233;ussi &#224; les soustraire &#224; cette l&#226;che et basse vengeance... &#187;&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
On l'aura not&#233;, les chiffres de quarante tu&#233;s ou bless&#233;s (&lt;i&gt;Glaneur des Alpes&lt;/i&gt;) ou de soixante tu&#233;s (&lt;i&gt;Courrier de l'Is&#232;re&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Ind&#233;pendance Belge&lt;/i&gt;) ne sont pas repris par Ailhaud, qui ne parle que de bless&#233;s des deux c&#244;t&#233;s. &lt;br class='manualbr' /&gt;Dans sa lettre &#224; la commission d'indemnisation en 1881, l'ouvrier forgeron Girard se souvient &#233;galement :&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous avons camp&#233; toute la nuit dans une grande plaine par un froid rigoureux. Au jour, nous prenons une position solide pr&#232;s du village des M&#233;es. C'est l&#224; que nous nous rencontrons. Il y a eu combat. Nous avons fait quelques prisonniers et parmi eux quelques officiers. De notre c&#244;t&#233;, ils avaient fait prisonnier notre brave commandant en chef Monsieur Buisson de Manosque (sic au lieu d'Ailhaud de Volx et de Gustave Jourdan ?). Nous appr&#238;mes la triste nouvelle que Paris h&#233;las &#233;tait vaincu. Nous nous sommes &#233;chang&#233;s les prisonniers et tout s'est dispers&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;De fait, les nouvelles recueillies aupr&#232;s des soldats faits prisonniers durant l'engagement ne permettent plus de douter de la r&#233;ussite du coup d'Etat. La plupart des meneurs r&#233;publicains, Buisson en t&#234;te, donne aux insurg&#233;s, pourtant invaincus, le signal de rompre les rangs et de regagner leurs foyers. En m&#234;me temps, dans la nuit du 9, les derniers insurg&#233;s rest&#233;s sur place &#224; Digne abandonnent la pr&#233;fecture. Seul Ailhaud de Volx poursuit la r&#233;sistance :&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Buisson, sans nous consulter, notifia &#224; nos phalanges qu'elles pouvaient se retirer et attendre un nouvel appel. Tous les membres du Comit&#233; de r&#233;sistance disparurent &#224; l'exception d'Escoffier et de moi. De leur c&#244;t&#233; les phalanges se d&#233;band&#232;rent et nous p&#251;mes Escoffier et moi rallier 200 hommes que nous conduis&#238;mes &#224; Forcalquier o&#249; nous arriv&#226;mes le 10. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'arm&#233;e r&#233;occupe le d&#233;partement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais les forces arm&#233;es arrivent maintenant en masse dans un mouvement concentrique. Elles viennent non seulement du Sud &#8211; un bataillon du 21&#232;me l&#233;ger command&#233; par le colonel de Sercey entre &#224; Manosque d&#232;s le 10 et r&#233;tablit l'ordre &#224; Ch&#226;teau-Arnoux et dans le canton de Volonne le 12 &#8211; mais aussi du Nord &#8211; les troupes des Hautes-Alpes sous le commandement du pr&#233;fet Dunoyer r&#233;occupent Sisteron le 10, Digne le 12 et Barcelonnette le 15 au matin &#8211; ainsi que de l'Ouest &#8211; Forcalquier est r&#233;occup&#233;e le 12 et Saint-Etienne les Orgues le 14 par un d&#233;tachement du 54&#232;me de ligne envoy&#233; du Vaucluse sous le commandement du colonel Vinoy. En quelques jours, elles tiennent tout le d&#233;partement, d&#233;clar&#233; en &#233;tat de si&#232;ge depuis le 9. &lt;br class='manualbr' /&gt;Le Glaneur des Alpes note ainsi qu'&#224; l'arriv&#233;e &#224; Sisteron du pr&#233;fet Dunoyer, &#224; la t&#234;te de 300 hommes d'infanterie et de 20 gendarmes,&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; le sous-pr&#233;fet et les autres autorit&#233;s de la ville &#233;taient encore enferm&#233;es dans la citadelle avec quatre-vingt-sept hommes du 25&#232;me l&#233;ger qui la veille avaient eu &#224; se d&#233;fendre contre une bande revenant de Malijai et de Digne. Les portes de la ville et la mairie &#233;taient occup&#233;es par des insurg&#233;s. La municipalit&#233; socialiste improvis&#233;e le 5 d&#233;lib&#233;rait &#224; l'H&#244;tel de ville ; elle fut imm&#233;diatement dissoute et Sisteron rendu &#224; la direction de ses autorit&#233;s l&#233;gitimes sans qu'il ait &#233;t&#233; besoin cette fois de verser une goutte de sang &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ailhaud prend le maquis (...)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Andr&#233; Ailhaud raconte : &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le 11 nous &#233;tions &#224; Sigonce, Escoffier &#233;tait rest&#233; &#224; Forcalquier. Le 12 nous &#233;tions &#224; Saint-Etienne. J'avais appris que cette commune &#233;tait dans la consternation, elle redoutait des exc&#232;s et des attentats. J'&#233;tais parti avec 150 hommes environ dans le but de rassurer ces habitants. A mon arriv&#233;e, j'adressai &#224; la population r&#233;unie une allocution qui dissipa toutes les craintes. Pendant mon s&#233;jour &#224; Digne, la maison du maire (et notaire Prosper Hyacinthe Tardieu) avait &#233;t&#233; saccag&#233;e. Faisant allusion &#224; cet acte coupable, je dis au peuple que je regrettais que quelques individus isol&#233;s se fussent livr&#233;s &#224; de pareils actes de vandalisme, que la d&#233;mocratie n'en acceptait pas la solidarit&#233; et que les auteurs en seraient s&#233;v&#232;rement punis. J'appris avec plaisir que Audoyer qui se trouvait &#224; Saint-Etienne avait fait arr&#234;ter le principal auteur et l'avait envoy&#233; garrott&#233; &#224; Forcalquier. Le 13, ayant appris que la troupe &#233;tait arriv&#233;e &#224; Forcalquier et qu'on avait proclam&#233; la mise en &#233;tat de si&#232;ge du d&#233;partement, je licenciai ma troupe et depuis lors je n'ai plus pris part &#224; aucun &#233;v&#233;nement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;Glaneur des Alpes&lt;/i&gt; du 25/12/1851 pr&#233;cise que : &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; le 14, l'avant-garde des troupes lib&#233;ratrices (un d&#233;tachement du 54&#232;me de ligne envoy&#233; de Forcalquier) arriva dans la matin&#233;e. Les insurg&#233;s se dispers&#232;rent &#224; son approche. Aillaud s'enfuit le premier vers la montagne et chacun de ses soldats en fit autant. Si le reste du bataillon fut arriv&#233; quelques heures plus t&#244;t, tout ce monde l&#224; &#233;tait pris sans peine. A une heure entr&#232;rent dans le village 2 escadrons de hussards et 800 hommes d'infanterie, spectacle magnifique inconnu &#224; Saint-Etienne. Les rues furent cern&#233;es et les arrestations commenc&#232;rent. On arr&#234;ta (suivent diff&#233;rents noms d'insurg&#233;s de Saint-Etienne) et quelques autres habitants ou &#233;trangers, en tout 16. Deux de ces derniers et le sieur Gaubert dit B&#233;guin de Saint-Etienne, pris les armes &#224; la main, ont &#233;t&#233; fusill&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Selon, le t&#233;moignage d'un habitant de Banon, du nom de Delhomme, qui accompagnait les troupes du colonel Vinoy : &lt;i&gt;&#171; Les insurg&#233;s &#224; l'approche des hussards envoy&#233;s en &#233;claireurs avaient pris la fuite. On en prit 6 ou 7 qui furent fusill&#233;s. &#187;&lt;/i&gt; L'&lt;i&gt;Ind&#233;pendance Belge&lt;/i&gt; parlera de neuf insurg&#233;s fusill&#233;s. &lt;br class='manualbr' /&gt;Avec les r&#233;occupations de Saint-Etienne-les-Orgues le 14 et de Barcelonnette le 15, tombent les derniers bastions insurg&#233;s de France. C'en est totalement fini de la grande insurrection bas-alpine.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les d&#233;buts de la r&#233;pression&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral de brigade Morris, nomm&#233; commandant sup&#233;rieur de l'&#233;tat de si&#232;ge dans les Basses-Alpes, arrive &#224; Digne le 15 d&#233;cembre. Par arr&#234;t&#233; du 17 d&#233;cembre, &#171; toutes les chambr&#233;es, cercles ou r&#233;unions de ce genre sont formellement et compl&#232;tement interdits &#224; partir de ce jour dans toute l'&#233;tendue du d&#233;partement &#187; (Le &lt;i&gt;Glaneur des Alpes&lt;/i&gt;, 20/12/1851). Un autre arr&#234;t&#233;, rendu quelques jours plus tard, stipule que &#171; &#224; partir du 22 d&#233;cembre courant, tous les caf&#233;s, cabarets et g&#233;n&#233;ralement tous les d&#233;bits de boissons seront ferm&#233;s &#224; 9 heures du soir dans les communes rurales et &#224; 10 heures dans les villes et bourgs o&#249; r&#233;side une brigade de gendarmerie. Ces &#233;tablissements ne pourront &#234;tre ouverts avant le jour &#187; (&lt;i&gt;Glaneur des Alpes&lt;/i&gt;, 25/12/1851). &lt;br class='manualbr' /&gt;Selon le m&#234;me journal, des colonnes mobiles parcourent le d&#233;partement, d&#233;sarment les gardes nationales des villages soulev&#233;s et organisent de v&#233;ritables chasses &#224; l'homme : &lt;i&gt;&#171; Les troupes op&#232;rent de grandes battues dans le bois de Lure o&#249; plusieurs centaines d'&#233;meutiers se sont r&#233;fugi&#233;s. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre les fusill&#233;s de Saint-Etienne, le Glaneur du 25 d&#233;cembre rapporte que : &#171; deux autres insurg&#233;s ont &#233;t&#233; tu&#233;s entre Saint-Etienne et Fontienne, pendant qu'ils fuyaient, et cette nuit on en a encore fusill&#233; trois autres dans la montagne. On assure qu'Aillaud, suivi de pr&#232;s par quelques soldats, n'a d&#251; son salut qu'en se pr&#233;cipitant d'un rocher &#233;lev&#233; de plus de 15 m&#232;tres, au bas duquel il a disparu sans qu'on sache ce qu'il est devenu &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il sera arr&#234;t&#233; &#224; Marseille le 27 d&#233;cembre, alors qu'il tentait sans doute de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le t&#233;moignage d'Eug&#232;ne Jaubert rend bien compte de l'atmosph&#232;re de r&#233;pression qui s'abat sur Digne et l'ensemble du d&#233;partement :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'insurrection &#233;tait termin&#233;e. Mais la r&#233;action allait se produire, terrible et parfois sanglante (...) Partout, dans le d&#233;partement, on arr&#234;ta ceux qui &#233;taient convaincus ou soup&#231;onn&#233;s d'avoir pris part au mouvement. Un bon nombre de chefs purent s'enfuir et gagner le Pi&#233;mont, entre autres l'avocat Charles Cotte. D'autres furent pris chez eux et emprisonn&#233;s (...) Les insurg&#233;s arr&#234;t&#233;s de tous c&#244;t&#233;s &#233;taient journellement ramen&#233;s en grand nombre &#224; Digne par les gendarmes et les soldats. Avant de les exp&#233;dier devant les Conseils de guerre, on les interrogeait sommairement, puis on les entassait o&#249; l'on pouvait. La prison d&#233;partementale une fois comble, on remplit une maison de trois &#233;tages, que l'on appelait la Caserne des passagers sur le boulevard Gassendi. A chaque fourn&#233;e d'hommes qu'on empilait l&#224;-dedans, des cris de protestation s'&#233;chappaient &#224; travers les murs et ne se calmaient qu'&#224; de rares intervalles pendant la nuit. Des odeurs naus&#233;abondes s'exhalaient de cette foule d'&#234;tres pressur&#233;s et foul&#233;s, qui ne trouvaient pas m&#234;me une place suffisante pour allonger leurs corps bris&#233;s de fatigue. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;A la faveur d'un mouvement d'exasp&#233;ration collective, l'insurg&#233; Tonin (l'homme au grand oiseau rouge) sera tu&#233; par la sentinelle de la Caserne des passagers.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le lendemain, on &#233;vacua la Caserne des passagers, et tous ces malheureux, pour qui les souffrances ne faisaient que commencer, suivirent la voie douloureuse de ce calvaire, dont les stations devaient &#234;tre les Conseils de guerre, la prison, la d&#233;portation, l'exil et, pour beaucoup la mort loin du pays natal. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En raison de l'ampleur et de la dur&#233;e du mouvement insurrectionnel bas-alpin, le pl&#233;biscite des 20-21 d&#233;cembre est d&#233;cal&#233; d'une semaine. Louis-Napol&#233;on Bonaparte avait appel&#233; aux urnes le peuple tout entier pour ent&#233;riner son coup d'Etat. Du fait sans doute de l'atmosph&#232;re de peur suscit&#233;e par la r&#233;pression, mais aussi peut-&#234;tre afin d'obtenir la lib&#233;ration de leurs parents et amis arr&#234;t&#233;s, les &#233;lecteurs du d&#233;partement votent massivement en faveur du Oui (98,2 % des votants, soit le deuxi&#232;me meilleur score national)...&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Et si Marseille...&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En 1865, Eug&#232;ne T&#233;not, s'appuyant sur une d&#233;position du colonel de Sercey devant les Conseils de guerre, &#233;crira : &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Marseille &#233;tait la vraie capitale de cette partie du Midi. Le Parti r&#233;volutionnaire, surtout, en recevait l'impulsion et la direction. Dans le plan des soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes pour la lutte &#233;ventuelle de 1852, Marseille devait &#234;tre la base et le point d'appui de la lev&#233;e en masse du Midi. Sa population, ses richesses, ses ressources de tout genre, sa belle position strat&#233;gique, en faisaient un centre admirablement choisi. Marseille insurg&#233;e, les autorit&#233;s des d&#233;partements voisins priv&#233;s de secours, eussent &#233;t&#233; impuissantes &#224; se d&#233;fendre contre un soul&#232;vement dont l'influence de Marseille e&#251;t d&#233;cupl&#233; l'&#233;nergie. L'insurrection r&#233;publicaine aurait vu accourir des masses de paysans du Var, des Basses-Alpes, de Vaucluse ; se joignant par les ponts du Rh&#244;ne aux insurg&#233;s du Gard et de l'Ard&#232;che, et ayant en t&#234;te les rudes montagnards de la Dr&#244;me, ils auraient constitu&#233; le plus formidable soul&#232;vement. Par contre, Marseille restant au pouvoir de l'autorit&#233;, les insurrections des d&#233;partements voisins, n'ayant ni base, ni direction, ni centre, ni lien, devaient promptement succomber. C'est ce qui arriva. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. T&#233;not, p. 127, renvoyant &#224; la d&#233;position faite par le colonel de Sercey (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;text-align:right&#034;&gt;Christian Maurel&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'INSURRECTION DES &#171; MARIANNES &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Sud-Est n'a pas &#233;t&#233; la seule r&#233;gion &#224; se soulever. La Ni&#232;vre qui avait une tradition &#171; rouge &#187; depuis fort longtemps, ne fut pas en reste.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vous passez par la petite ville de Clamecy dans le Nivernais-Morvan, vous pouvez visiter le Mus&#233;e des Flotteurs, ces hommes qui fournirent Paris en bois de chauffage pendant plus de deux si&#232;cles. Ils jou&#232;rent un r&#244;le non n&#233;gligeable dans les diff&#233;rentes r&#233;voltes et gr&#232;ves qui eurent lieu durant des ann&#233;es, et dont le point culminant fut le soul&#232;vement de 1851.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les flotteurs, de par leur m&#233;tier, se rendaient r&#233;guli&#232;rement dans la capitale, apportant en retour les id&#233;es socialistes dans le Centre de la France. Tr&#232;s vite, ils s'y structur&#232;rent en soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes. Vers 1848 s'implante &#224; Clamecy la soci&#233;t&#233; secr&#232;te des Marianne, filiale de celle de Lyon, la Marianne qui donna son nom &#224; la R&#233;publique. S'y r&#233;unissent les r&#233;publicains rouges, les d&#233;mocrates socialistes et autres &#171; bouffeurs de soutanes &#187; et &#171; terreurs des bourgeois &#187;. On retrouve ces soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes principalement &#224; Paris, Clamecy et sa r&#233;gion, le Morvan, le Centre, Lyon et le Midi. Par ailleurs, les flotteurs avaient depuis longtemps, en raison du caract&#232;re dangereux de leur m&#233;tier, constitu&#233; des mutuelles d'entraide en cas d'accident. Sur ce terrain fertile, les id&#233;es g&#233;n&#233;reuses du socialisme grandirent et se perp&#233;tu&#232;rent jusqu'&#224; nos jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 2 d&#233;cembre de cette ann&#233;e-l&#224;, le futur Napol&#233;on III prend le pouvoir par un coup d'Etat. Qui sont les putschistes de 1851 ? On les appelait alors le&lt;i&gt; &#171; parti de l'ordre &#187;&lt;/i&gt;. Leur but,&lt;i&gt; &#171; r&#233;tablir la soci&#233;t&#233; sur ses bases &#187;, c'est-&#224;-dire &#171; la famille, la religion, la propri&#233;t&#233; &#187;&lt;/i&gt;. Pour P&#233;guy, c'est &lt;i&gt;&#171; Une bande de forbans distingu&#233;s qui souhaitaient l'&#233;crasement des r&#233;publicains &#187;&lt;/i&gt;, pour l'historien Henri Guillemin &lt;i&gt;&#171; une meute d'app&#233;tits l&#226;ch&#233;s dans un flamboiement d'or et de sang &#187;&lt;/i&gt;. Ce grand parti de l'ordre, cette union sacr&#233;e na&#238;t au lendemain de f&#233;vrier 1848. On y trouve de tout : l&#233;gitimistes, orl&#233;anistes, bonapartistes, ultramontains. &lt;i&gt;&#171; Toutes ces opinions se coudoyaient et aboyaient &#224; la fois contre la R&#233;publique : on s'entendait dans la haine &#187;&lt;/i&gt; &#233;crit Emile Zola. Quant aux raisons du coup d'Etat, il s'agit d'&#233;viter une possible victoire des r&#233;publicains aux &#233;lections de 1852.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les flotteurs de Clamecy r&#233;agissent tr&#232;s vite. Ils sont persuad&#233;s que la capitale va se soulever. N'en est-il pas presque toujours ainsi ? Les nouvelles de Provence sont bonnes : toute la r&#233;gion de Forcalquier et de la Montagne de Lure est en armes. Le 3 d&#233;cembre au soir, une d&#233;p&#234;che arrive : &lt;i&gt;&#171; On se bat &#224; Paris &#187;&lt;/i&gt;. L'issue du combat reste incertaine. Le 4 et le 5 furent des journ&#233;es d'h&#233;sitation et de pr&#233;paration. Mais le 5, le temps pressant, la d&#233;cision est prise. L'insurrection aura lieu &#224; 8 heures du soir. On envoie des courriers aux communes voisines, avec comme consigne de d'abord renverser les autorit&#233;s locales, et de laisser la direction du pays aux hommes les plus &#226;g&#233;s parmi les r&#233;publicains. Le but &#233;tait ensuite de marcher sur la ville d'Auxerre, o&#249;, semble-t-il, la population &#233;tait favorable, puis sur Paris o&#249; la victoire semblait certaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;publicains de Clamecy, unis et forts, pensent que la France est &#224; leur image. Le 5 &#224; 9 heure du soir, ils passent &#224; l'action. Ils prennent la mairie, la prison, o&#249; ils lib&#232;rent les d&#233;tenus qui se rallient (certains r&#233;publicains avaient &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s quelques temps auparavant en pr&#233;vision du coup d'Etat). L&#224;, les choses se g&#226;tent : six gendarmes, d&#233;p&#234;ch&#233;s sur les lieux, font feu sans sommation. Six insurg&#233;s sont touch&#233;s. La riposte est imm&#233;diate : deux gendarmes tombent, dont un raide mort. Cette affaire, d'ailleurs, aura son importance au moment des proc&#232;s qui suivirent. Le Conseil de Guerre, appliquant une justice sommaire, accusera les insurg&#233;s d'avoir tir&#233; les premiers. Pourtant, &#224; partir de l&#224;, les r&#233;volt&#233;s sont ma&#238;tres de la ville. Except&#233;e toutefois la gendarmerie, o&#249; est r&#233;fugi&#233; tout ce que la ville compte de r&#233;actionnaires, mais qui ne constitue pas, selon eux, un danger r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils tiennent aussi toutes les communes dans un rayon de 20 km. Le 6, on apprend que le soul&#232;vement de Paris a &#233;t&#233; &#233;cras&#233;. La Provence est bien loin, et Clamecy se retrouve seule, mais d&#233;cid&#233;e &#224; r&#233;sister jusqu'au bout. On monte des barricades, on se fait livrer poudre et munitions, on r&#233;quisitionne la nourriture ; le receveur des finances lui-m&#234;me se voit all&#233;g&#233; de 5.000 francs. On se pr&#233;pare pour un si&#232;ge. Des troupes, men&#233;es par le Pr&#233;fet du d&#233;partement et fortement arm&#233;es, notamment de canons, font route vers la ville insurg&#233;e. Voulant &#233;viter une confrontation directe avec les forces r&#233;publicaines, grosses d'environ 700 hommes et bien arm&#233;es, elles encerclent Clamecy, se positionnant sur les hauteurs. Le 7 d&#233;cembre, pi&#233;g&#233;s, et apr&#232;s de vives discussions, les r&#233;publicains d&#233;cident d'abandonner la ville. Tout est fini, et pour longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'heure est &#224; la r&#233;pression. Les insurg&#233;s sont traqu&#233;s, les razzias se multiplient &#224; Clamecy et dans les villages alentour. Les arrestations aussi. On compte un moment 742 d&#233;tenus dans la prison de la ville, pour un nombre estim&#233; de 745 insurg&#233;s. Le 31 janvier 1852, le Conseil de Guerre, apr&#232;s une instruction b&#226;cl&#233;e, se met en place. Il prononce 6 condamnations &#224; mort, dont deux furent ex&#233;cut&#233;es. Eug&#232;ne Millelot, vieux chef de la r&#233;sistance, condamn&#233; &#224; mort, puis graci&#233;, fut envoy&#233; &#224; Cayenne o&#249; il mourut tr&#232;s rapidement. Sept insurg&#233;s furent condamn&#233;s aux travaux forc&#233;s &#224; perp&#233;tuit&#233;, 312 d&#233;port&#233;s &#224; Cayenne et 222 en Alg&#233;rie. La ville de Clamecy comptait &#224; cette &#233;poque environ 5.000 habitants. La saign&#233;e fut brutale, et la r&#233;gion mit longtemps &#224; s'en remettre.&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;text-align:right&#034;&gt;Philippe Bourguignon&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le flottage&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis le Moyen Age, le flottage consistait &#224; faire descendre du massif du Morvan du bois de chauffage coup&#233; en b&#251;ches, en utilisant les rivi&#232;res nombreuses dans la r&#233;gion, en direction de Clamecy. L&#224;, des ouvriers le triaient par propri&#233;taire et l'empilaient. D'autres confectionnaient avec ce bois des radeaux longs d'environ 70 m&#232;tres, les &#171; trains &#187;, que les flotteurs se chargeaient de diriger vers Paris sur l'Yonne, puis la Seine. Un voyage de plus de 200 kilom&#232;tres. Le flotteur, une fois le transport accompli, apr&#232;s quelques jours pass&#233;s &#224; Paris, rentrait &#224; pied, charg&#233; de nouvelles, d'id&#233;es (souvent r&#233;volutionnaires) et d'informations diverses.&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;text-align:right&#034;&gt;Philippe Bourguignon&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE CHANT DES PAYSANS&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paroles et musique de Pierre Dupont (1849), la musique a &#233;t&#233; reprise par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quand apparut la R&#233;publique&lt;br /&gt;
Dans les &#233;clairs de F&#233;vrier,&lt;br /&gt;
Tenant en main sa longue pique,&lt;br /&gt;
La France fut comme un brasier :&lt;br /&gt;
Dans nos vallons et sur nos cimes&lt;br /&gt;
Verdit l'arbre de libert&#233; ;&lt;br /&gt;
Mais les quarante-cinq centimes&lt;br /&gt;
Et juin plus tard ont tout g&#226;t&#233;.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Refrain :&lt;br class='manualbr' /&gt;Oh ! quand viendra la belle ?&lt;br /&gt;
Voil&#224; des mille et des cents ans&lt;br /&gt;
Que Jean-Gu&#234;tr&#233; t'appelle,&lt;br /&gt;
R&#233;publique des paysans ! (bis) &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mais ce beau feu s'&#233;croule en cendre ;&lt;br /&gt;
Le diable en passant l'a souffl&#233;,&lt;br /&gt;
Le cr&#233;dit n'a fait que descendre,&lt;br /&gt;
Et l'ouvrage est ensorcel&#233; ;&lt;br /&gt;
La souffrance a fait prendre en grippe&lt;br /&gt;
La jeune R&#233;volution&lt;br /&gt;
Comme le vieux Louis-Philippe,&lt;br /&gt;
Et nous nommons Napol&#233;on.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Napol&#233;on est sur son si&#232;ge,&lt;br /&gt;
Non point l'ancien, mais un nouveau&lt;br /&gt;
Qui laisse les bl&#233;s sous la neige&lt;br /&gt;
Et les loups manger son troupeau,&lt;br /&gt;
Quand l'aigle noir fond sur les plaines,&lt;br /&gt;
Terre d'Arcole et de Lodi,&lt;br /&gt;
Il se tient coi... dedans ses veines&lt;br /&gt;
Le sang du Corse est refroidi.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Que va donc devenir la France,&lt;br /&gt;
Si rien n'en sort &#224; ce moment&lt;br /&gt;
O&#249; le cri de l'ind&#233;pendance&lt;br /&gt;
Nous appelle au grand armement ?&lt;br /&gt;
Soldats, citadins, faites place&lt;br /&gt;
Aux paysans sous vos drapeaux ;&lt;br /&gt;
Nous allons nous lever en masse&lt;br /&gt;
Avec les fourches et les faux. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les noirs et les blancs sans vergogne&lt;br /&gt;
Voudraient nous mener sur Paris,&lt;br /&gt;
Pour en faire une autre Pologne,&lt;br /&gt;
Et nous atteler aux d&#233;bris :&lt;br /&gt;
A bas les menteurs et les tra&#238;tres,&lt;br /&gt;
Les tyrans et les usuriers !&lt;br /&gt;
Les paysans seront les ma&#238;tres,&lt;br /&gt;
Unis avec les ouvriers. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La terre va briser ses cha&#238;nes,&lt;br /&gt;
La mis&#232;re a fini son bail ;&lt;br /&gt;
Les monts, les vallons et les plaines&lt;br /&gt;
Vont engendrer par le travail.&lt;br /&gt;
Affam&#233;s, venez tous en foule&lt;br /&gt;
Comme les mouches sur le thym ;&lt;br /&gt;
Les bl&#233;s sont m&#251;rs, le pressoir coule :&lt;br /&gt;
Voil&#224; du pain, voil&#224; du vin !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;text-align:right&#034;&gt;Pierre Dupont&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Explications&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mais les quarante-cinq centimes...&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
L'imp&#244;t des 45 centimes est un imp&#244;t cr&#233;&#233; en 1848 par le Gouvernement provisoire apr&#232;s la R&#233;volution de 1848. Cet imp&#244;t repr&#233;sente une augmentation de l'imposition de 45 % sur les quatre contributions directes (fonci&#232;re, mobili&#232;re, portes et fen&#234;tres, patente). Fortement impopulaire, il d&#233;tache une bonne partie des paysans de la R&#233;publique naissante au moment des &#233;lections &#224; l'Assembl&#233;e nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et juin plus tard ont tout g&#226;t&#233;...&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Sans doute une r&#233;f&#233;rence aux &#171; Journ&#233;es de juin 1848 &#187; : apr&#232;s les &#233;lections d'avril, les notables avaient repris le pouvoir &#224; l'Assembl&#233;e nationale et vot&#233;, le 20 juin, la fermeture des Ateliers Nationaux, cr&#233;&#233;s pour fournir du travail aux ouvriers parisiens apr&#232;s la R&#233;volution de f&#233;vrier 1848. Les &#233;meutes et barricades qui s'en suivirent furent r&#233;prim&#233;es dans le sang : on estime de 3000 &#224; 5000 le nombre d'insurg&#233;s tu&#233;s pendant les combats, auxquels il faut ajouter le 1500 fusill&#233;s sans jugement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sur 25.000 arrestations, 11.000 entrain&#232;rent des peines de prison ou de d&#233;portation en Alg&#233;rie. Ces faits &#233;taient encore tous frais dans les m&#233;moires lorsque les &#233;lus de la m&#234;me chambre qui avait d&#233;cr&#233;t&#233; ces massacres voulurent soulever les Parisiens contre le coup d'Etat, d'o&#249; leur peu d'enthousiasme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Que Jean-Gu&#234;tr&#233; t'appelle...&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Je n'ai pas r&#233;ussi &#224; trouver qui est le Jean Gu&#234;tr&#233; cit&#233; dans la chanson mais il semble que ce nom symbolisait l'attachement &#224; la terre et &#224; la r&#233;publique. Il a &#233;t&#233; repris comme pseudo par au moins deux personnes : Jean Placide Turigny, de la Ni&#232;vre. N&#233; en 1822 et mort en 1905, c'&#233;tait un m&#233;decin opposant &#224; l'Empire, puis radical, enfin socialiste (non membre du Parti). &lt;br class='autobr' /&gt;
Jean Gu&#234;tr&#233; est &#233;galement le pseudonyme de Marguerite Victoire Tinayre, co-auteure avec &lt;i&gt;Louise Michel des M&#233;pris&#233;s&lt;/i&gt;, grand roman de m&#339;urs parisiennes, et de &lt;i&gt;La Mis&#232;re&lt;/i&gt; en 1882.&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;text-align:right&#034;&gt;BoiteAoutils&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Philippe Vigier, &lt;i&gt;La seconde R&#233;publique dans la r&#233;gion alpine&lt;/i&gt;,P.U.F., 1963&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Georges Weil, &lt;i&gt;Histoire du parti r&#233;publicain&lt;/i&gt;, Paris, 1868.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eug&#232;ne T&#233;not, &lt;i&gt;La Province en d&#233;cembre 1851&lt;/i&gt;, Paris, 1865.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;No&#235;l Blache,&lt;i&gt;Le soul&#232;vement de 1851 dans le Var&lt;/i&gt;, 1869, r&#233;&#233;dit&#233; en 1983 par la Table Rase.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mot de passe des soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes dans les Basses- Alpes (et refrain d'une chanson r&#233;volutionnaire chant&#233;e par les insurg&#233;s).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Salaire quotidien d'un d&#233;put&#233; &#224; l'&#233;poque (voir aussi note 6).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En fait, la barricade &#233;difi&#233;e vers 9 heures, il fut tu&#233; moins d'une heure apr&#232;s. Victor Hugo, suite &#224; un malentendu concernant l'heure du rendez-vous, fix&#233;e la veille au soir arriva sur les lieux trop tard. (Victor Hugo le confirme dans son &lt;i&gt;Histoire d'un crime&lt;/i&gt;.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce journaliste r&#233;publicain du &lt;i&gt;Si&#232;cle&lt;/i&gt; a donn&#233; deux ouvrages fort document&#233;s sur la question, &lt;i&gt;Paris en d&#233;cembre 1851, &#233;tude historique sur le coup d'Etat&lt;/i&gt;et &lt;i&gt;La Province en d&#233;cembre 1851, &#233;tude historique sur le coup d'Etat&lt;/i&gt;, parus tous deux en 1868 aux &#233;ditions Armand le Chevallier et r&#233;&#233;dit&#233; pour le 1er chez Kessinger publishing en 2010 et en &lt;i&gt;fac-simile&lt;/i&gt; chez Elebron Classics, pour le 2&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Discours du 15 ao&#251;t 1850.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rappelons que le revenu d'un ouvrier des Ateliers nationaux en 1848 &#233;tait de deux francs par jour travaill&#233;, un franc pour les femmes. Voir Louis Girard, &lt;i&gt;Napol&#233;on III&lt;/i&gt;, Paris, Fayard, 1986.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Maurice Aguhlon, &lt;i&gt;1848 ou l'apprentissage de la r&#233;publique&lt;/i&gt;, le Seuil, 1973.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Luc Willette, &lt;i&gt;Le coup d'Etat du 2 d&#233;cembre 1851&lt;/i&gt;, Aubier Montaigne, 1982, page 184 et suivantes. Luc Willette est aussi l'auteur de &lt;i&gt;Et la montagne fleurira&lt;/i&gt;, un roman inspir&#233; de l'insurrection des Basses-Alpes, paru chez Deno&#235;l en 1975 et r&#233;&#233;dit&#233; en 2001 chez Aub&#233;ron.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Dominique Lecoeur, &lt;i&gt;&#171; Du socialisme ouvrier &#224; la r&#233;publique des paysans, l'itin&#233;raire de Louis Langomazino &#187;&lt;/i&gt;, sur le site de l'association 1851-2001 ; Dominique Lecoeur est aussi l'auteur de &lt;i&gt;Louis Langomazino (1820-1885), un missionnaire r&#233;publicain de la Provence aux Iles Marquises&lt;/i&gt;, &#233;d. Alpes de Lumi&#232;re, 2002. Voir aussi &lt;i&gt;Provence 1851 : une insurrection pour la R&#233;publique&lt;/i&gt;, Actes des journ&#233;es de 1997 &#224; Ch&#226;teau-Arnoux et de 1998 &#224; Toulon, Association 1851-2001, Les M&#233;es, 2000, pages 82-90.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Romain Gardi, &lt;i&gt;Reconqu&#233;rir la R&#233;publique, Essai sur la gen&#232;se de l'insurrection de d&#233;cembre 1851 dans l'arrondissement d'Apt&lt;/i&gt;, M&#233;moire de Master 2, ann&#233;e universitaire 2008-2009, Universit&#233; d'Avignon et des Pays du Vaucluse, page 149.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le bastidon de Manuel &#233;tait un pavillon, aujourd'hui d&#233;truit, appartenant &#224; Jean Elz&#233;ar Manuel, situ&#233; au pied de l'ancien ch&#226;teau-citadelle de Forcalquier (recherches d'Elo&#239;se Magilaner).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon une d&#233;position post&#233;rieure du sous-pr&#233;fet Paillard devant les Conseils de guerre (Gazette des Tribunaux, 1er mai 1852).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Au d&#233;but de sa carri&#232;re, il avait &#233;t&#233; en poste &#224; Digne et aux M&#233;es, dans les ann&#233;es 1831-1835.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il sera arr&#234;t&#233; &#224; Marseille le 27 d&#233;cembre, alors qu'il tentait sans doute de passer &#224; l'&#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;E. T&#233;not, p. 127, renvoyant &#224; la d&#233;position faite par le colonel de Sercey dans le proc&#232;s d'Ailhaud, de Volx devant le Conseil de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paroles et musique de Pierre Dupont (1849), la musique a &#233;t&#233; reprise par Jean-Baptiste Cl&#233;ment pour sa Semaine sanglante&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les textes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La Provence insurg&#233;e, extraits de la pr&#233;face &#224; la nouvelle &#233;dition de &lt;i&gt;La Provence insurg&#233;e, Fr&#233;d&#233;ric Arnaud - 1851&lt;/i&gt;, &#233;d. Autre Temps, coll. Temps m&#233;moire, 1995, paru &#224; l'origine en 1974 aux &#233;ditions Stock. Prix Emile Zola. (p. 3)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un silence assourdissant, extraits du chapitre V, Journal 4 de &lt;i&gt;La Provence insurg&#233;e, Fr&#233;d&#233;ric Arnaud - 1851&lt;/i&gt;. (p. 5)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Plantons le thym, la montagne fleurira, Olivier Favier, extrait d'un article paru sous le titre &lt;i&gt;La r&#233;sistance au coup d'Etat dans les Basses-Alpes (4-15 d&#233;cembre 1851)&lt;/i&gt;, sur le site de l'association pour le 150&#232;me anniversaire de la r&#233;sistance au coup d'Etat du 2 d&#233;cembre 1851 (&lt;a href=&#034;http://www.1851.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.1851.fr&lt;/a&gt;). Olivier Favier se pr&#233;sente lui-m&#234;me comme auteur photographe et journaliste. (p. 8)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Chronologie de l'Insurrection bas-alpine de d&#233;cembre 1851, paru dans le N&#176; 11 du Bulletin de l'association ci-dessus et sur son site. Christian Maurel est chercheur en histoire et descendant d'insurg&#233;s. (p. 11)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'insurrection des &#171; Marianne &#187;, de Philipe Bourguignon, paru dans &lt;i&gt;Archipel&lt;/i&gt; N&#176; 41, juin 1997. (p. 31)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le chant des paysans, de Pierre Dupont, 1849. (p. 34)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Limans (04) : La Bo&#238;te &#224; Outils sera &#224; la f&#234;te de Radio Zinzine, le 4 juillet prochain</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article1240</link>
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		<dc:date>2015-06-18T10:14:37Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Joviale</dc:creator>


		<dc:subject>Bo&#238;te A Outils Editions (Forcalquier)</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Infokiosque et stand fabrication de badges &#224; l'occasion de la f&#234;te annuelle de Zinzine, le 4 juillet 2015. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si vous voulez venir avec votre infokiosque, annoncez-vous &#224; boiteaoutils chez no-log.org.&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique67" rel="directory"&gt;Bo&#238;te A Outils Editions&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot79" rel="tag"&gt;Bo&#238;te A Outils Editions (Forcalquier)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Infokiosque et stand fabrication de badges &#224; l'occasion de la &lt;a href=&#034;http://www.zinzine.domainepublic.net/index.php?theurl=evenement.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;f&#234;te annuelle de Zinzine&lt;/a&gt;, le 4 juillet 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vous voulez venir avec votre infokiosque, annoncez-vous &#224; &lt;i&gt;boiteaoutils chez no-log.org&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH703/2015-07-04_Liman-10b4362e-22238.jpg?1780504185' width='500' height='703' /&gt;
&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH703/2015-07-04_Liman-6cb05a6c-6c310.jpg?1780504185' width='500' height='703' /&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quatre &#233;missions de radio &#224; propos de la brochure &#034;Le temps des b&#251;chers&#034;</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article1238</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.infokiosques.net/spip.php?article1238</guid>
		<dc:date>2015-06-14T11:01:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Joviale</dc:creator>


		<dc:subject>Bo&#238;te A Outils Editions (Forcalquier)</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quatre &#233;missions ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;es d'apr&#232;s la brochure Le temps des b&#251;chers. Elles peuvent &#234;tre &#233;cout&#233;es sur Radio Zinzine ici. &lt;br class='autobr' /&gt;
Extraits de ''Femmes, magie et politique'' de Starhawk paru chez les Emp&#234;cheurs de penser en rond en 2003 (premi&#232;re &#233;dition en anglais en 1982). Le texte se centre sur la chasse aux sorci&#232;res en Angleterre. L'auteure est une &#233;crivaine et activiste &#233;colo-f&#233;ministe am&#233;ricaine. &lt;br class='autobr' /&gt;
Plus pr&#233;cis&#233;ment, voici les quatre &#233;missions en mp3 : - n&#176;1 - pr&#233;sentation - n&#176;2 - (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique67" rel="directory"&gt;Bo&#238;te A Outils Editions&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot79" rel="tag"&gt;Bo&#238;te A Outils Editions (Forcalquier)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quatre &#233;missions ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;es d'apr&#232;s la brochure &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://infokiosques.net/spip.php?article1189&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le temps des b&#251;chers&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;. Elles peuvent &#234;tre &#233;cout&#233;es sur Radio Zinzine &lt;a href=&#034;http://www.zinzine.domainepublic.net/index.php?theurl=rechercher.php&amp;col=Le+temps+des+b%FBchers&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extraits de ''Femmes, magie et politique'' de Starhawk paru chez les Emp&#234;cheurs de penser en rond en 2003 (premi&#232;re &#233;dition en anglais en 1982). Le texte se centre sur la chasse aux sorci&#232;res en Angleterre. L'auteure est une &#233;crivaine et activiste &#233;colo-f&#233;ministe am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment, voici les quatre &#233;missions en mp3 :&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;a href=&#034;http://www.zinzine.domainepublic.net/emissions/BAO/2014/BAO2014112-01-TempsBuchers.mp3&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;n&#176;1&lt;/a&gt; - pr&#233;sentation&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;a href=&#034;http://www.zinzine.domainepublic.net/emissions/BAO/2015/BAO20150120-02TempsBuchers.mp3&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;n&#176;2&lt;/a&gt; - l'expropriation de la terre&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;a href=&#034;http://www.zinzine.domainepublic.net/index.php?theurl=emmission2.php&amp;id=2809&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;n&#176;3&lt;/a&gt; - l'expropriation de la connaissance&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;a href=&#034;http://www.zinzine.domainepublic.net/emissions/BAO/2015/BAO20150605-04TempsBuchers.mp3&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;n&#176;4&lt;/a&gt; - la guerre &#224; l'immanence&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.zinzine.domainepublic.net/index.php?theurl=emmission.php&amp;type=series&amp;nom=2166&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L&#224;&lt;/a&gt;, il y a toutes les &#233;missions r&#233;alis&#233;es &#224; partir des brochures de &lt;a href=&#034;https://infokiosques.net/distro.php3?id_mot=79&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;BoiteAoutils&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bonne &#233;coute !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>El&#232;ves mod&#232;les et apprentis sorciers suivi de Islam homophobe, Occident tol&#233;rant ?</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article1227</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.infokiosques.net/spip.php?article1227</guid>
		<dc:date>2015-06-01T08:31:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Georg Klauda, Thomas Bauer</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme, (questions de) genre</dc:subject>
		<dc:subject>Religions et croyances</dc:subject>
		<dc:subject>Bo&#238;te A Outils Editions (Forcalquier)</dc:subject>
		<dc:subject>Antiracisme</dc:subject>
		<dc:subject>Queer, transp&#233;d&#233;bigouines</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#034;L'islam est homophobe, l'Occident tol&#233;rant&#034;, c'est cette formulation simpliste que l'auteur veut r&#233;futer dans le premier article. Quant au second, il montre que l'islam moderne, qu'il soit radical ou mod&#233;r&#233;, ne peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme en continuit&#233; avec l'islam traditionnel, et qu'il doit plus aux valeurs impos&#233;es par la colonisation qu'&#224; ses racines historiques.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique9" rel="directory"&gt;E&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;F&#233;minisme, (questions de) genre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot74" rel="tag"&gt;Religions et croyances&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot79" rel="tag"&gt;Bo&#238;te A Outils Editions (Forcalquier)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot96" rel="tag"&gt;Antiracisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot125" rel="tag"&gt;Queer, transp&#233;d&#233;bigouines&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L106xH150/arton1227-80409.jpg?1780504185' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1227.jpg?1431970137&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le sociologue berlinois Georg Klauda &#233;tudie ce qu'on appelle l'h&#233;t&#233;ronormativit&#233;, un concept qui d&#233;crit sociologiquement comment, depuis les ann&#233;es 1990, l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; est impos&#233;e comme norme et de quelle mani&#232;re l'amour au sein du m&#234;me sexe est consid&#233;r&#233; comme une d&#233;viance d&#233;finissable scientifiquement. Il pense que le concept de l'h&#233;t&#233;ronormativit&#233; est une nouvelle forme de r&#233;pression d'une sexualit&#233; libre. L'islam est homophobe, l'Occident tol&#233;rant, c'est cette formulation simpliste qu'il veut r&#233;futer dans cet article.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;ISLAM HOMOPHOBE, OCCIDENT TOL&#201;RANT ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En 2005, le gouvernement du Land de Bade-Wurtemberg &#233;laborait un questionnaire sous le nom de &lt;i&gt;&#171; test musulman &#187;&lt;/i&gt;, destin&#233; &#224; servir de fil conducteur dans les entretiens avec des immigr&#233;s venant de pays musulmans qui veulent obtenir la nationalit&#233; allemande. Une partie de ce questionnaire vise &#224; v&#233;rifier si le candidat fait preuve de la tol&#233;rance n&#233;cessaire face &#224; des modes de vie homosexuels. Ce proc&#233;d&#233; contient une double insinuation : d'abord que l'acceptation de l'amour entre personnes du m&#234;me sexe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'auteur critique l'utilisation du terme d'homosexualit&#233;, car c'est un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ferait partie de la culture dominante allemande et deuxi&#232;mement que les immigr&#233;s d'origine musulmane repr&#233;senteraient une menace pour cette culture dominante. &lt;br&gt;
Pour mettre en &#233;vidence &#224; quel point cette affirmation est grotesque, on ne rappellera jamais assez que ce sont justement les auteurs de ce questionnaire, c'est-&#224;-dire les membres de la CDU (Parti Chr&#233;tien D&#233;mocrate allemand), qui ont voulu qu'&#224; la fin de la Seconde guerre mondiale, le paragraphe anti-homosexuels (&#167; 175), rendu plus r&#233;pressif par les nazis, f&#251;t maintenu inchang&#233;. Jusqu'en 1969, ce paragraphe a servi dans pas moins de 100.000 proc&#233;dures judiciaires pour &lt;i&gt;&#171; attentat &#224; la pudeur &#187;&lt;/i&gt;, et ce n'est qu'en 1994 que le parlement allemand s'est d&#233;cid&#233; &#224; abolir compl&#232;tement cet instrument de r&#233;pression anti-homosexuels.&lt;br&gt;
On pourrait n&#233;anmoins &#234;tre tent&#233; de se demander si la situation n'a pas compl&#232;tement chang&#233; aujourd'hui. Un film sorti deux ans avant ce fameux &lt;i&gt;&#171; test musulman &#187;&lt;/i&gt; met s&#233;rieusement en question une telle vision. &lt;i&gt;Je n'en connais aucun, seul parmi des h&#233;t&#233;ros&lt;/i&gt; est un film documentaire de Jochen Hicks qui tente de montrer l'existence marginale d'homosexuels dans les r&#233;gions rurales du Bade-Wurtemberg. Il d&#233;montre bien que leur destin d&#233;plorable n'est &#233;videmment pas d&#251; aux musulmans, mais bien aux &#233;lecteurs et aux sympathisants de la CDU. Ce sont eux qui font subir un v&#233;ritable calvaire &#224; ceux qui ont des relations amoureuses homme-homme ou femme-femme. Et qui sont les boucs &#233;missaires punis pour cela par le gouvernement ? Les immigr&#233;s musulmans en Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'image europ&#233;enne de l'Orient&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans l'histoire europ&#233;enne, les musulmans ont toujours &#233;t&#233; les boucs &#233;missaires quand il s'agissait de sexualit&#233; entre hommes, sauf que la stigmatisation &#233;tait, jusqu'&#224; il y a peu, encore tout &#224; fait diff&#233;rente. Depuis l'&#233;poque des Croisades, les musulmans, qu'on appelait alors Sarrasins, &#233;taient d&#233;cri&#233;s comme ayant une sexualit&#233; d&#233;bordante et contre nature. Dans le livre de Wilhelm Adams, paru en 1317, &lt;i&gt;De modo Sarracenos extirpandi&lt;/i&gt; (Comment &#233;liminer les Sarrasins), l'auteur reproche aux chr&#233;tiens de s'enrichir en vendant &#224; des musulmans de jeunes coreligionnaires masculins qu'ils ont entrepris de rendre plus &lt;i&gt;&#171; roses et tendres &#187;&lt;/i&gt; avec de la bonne nourriture et des boissons d&#233;licates : &lt;i&gt;&#171; Quand ces hommes concupiscents, criminels et sans scrupules &#8211; les Sarrasins, qui pervertissent la nature humaine &#8211;, voient ces jeunes hommes, d&#233;j&#224; pris dans le pi&#232;ge du diable, ils s'enflamment de d&#233;sir sexuel et se h&#226;tent comme des chiens en rut pour les acheter afin de s'adonner &#224; la fornication. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est entre autres &#224; cause de cette hyst&#233;rie pendant la p&#233;riode des Croisades que la peine de mort fut mise en place en Europe entre 1250 et 1300 pour les actes de sodomie. &lt;br&gt;
En Angleterre, un peu plus tard, le &lt;i&gt;Good Parliament&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nom du Parlement anglais, sous Edward III, qui si&#233;gea du 28 avril au 10 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; soumit une p&#233;tition au roi en 1376, en lui demandant d'expulser hors du royaume les artisans et les commer&#231;ants &#233;trangers, surtout &lt;i&gt;&#171; les juifs et les Sarrasins &#187;&lt;/i&gt;. Ce sont eux qui auraient import&#233; sur l'&#238;le &lt;i&gt;&#171; ce terrible vice qu'il ne faut pas nommer par son nom &#187;&lt;/i&gt; et qui risque de d&#233;truire le royaume. En Angleterre, pendant toute la modernit&#233;, les rapports sexuels entre hommes sont ainsi appel&#233;s le &lt;i&gt;&#171; vice turc &#187;&lt;/i&gt;.&lt;br&gt;
Pendant l'&#233;poque du colonialisme, ces clich&#233;s ont &#233;t&#233; r&#233;actualis&#233;s au sein des puissances coloniales europ&#233;ennes qui &#233;taient de nouveau en contact avec des musulmans, cette fois-ci sous le pr&#233;texte de leur apporter notre civilisation et notre mode de vie. Charles Sonnini, ing&#233;nieur fran&#231;ais dans la marine de guerre, s'offusque, dans un rapport de voyage datant de 1798, des m&#339;urs en Egypte, conquise cette ann&#233;e-l&#224; par Napol&#233;on : &lt;i&gt;&#171; L'amour contre nature (&#8230;) est le plaisir, ou disons plut&#244;t l'infamie des Egyptiens. Leurs chansons d'amour ne sont pas compos&#233;es pour les femmes, leurs cajoleries ne s'adressent pas &#224; elles, ce sont d'autres objets qui allument la flamme en eux. (&#8230;) La d&#233;pravation des m&#339;urs qui leur est propre fait honte aux nations civilis&#233;es. Mais cette infamie est tr&#232;s r&#233;pandue en Egypte ; les riches y sont tout autant infect&#233;s que les pauvres. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
En 1886, dans le dernier article de sa traduction en dix tomes des &lt;i&gt;Mille et une nuits&lt;/i&gt;, accessible uniquement &#224; des souscripteurs priv&#233;s, Richard F. Burton, orientaliste et chercheur sur l'Afrique, s'&#233;tend sur plus de cinquante pages sur le sujet qui est &lt;i&gt;&#171; pour le lecteur anglais, m&#234;me le moins prude, tout &#224; fait d&#233;go&#251;tant &#187;&lt;/i&gt;. Mais la confrontation avec ce sujet serait indispensable &lt;i&gt;&#171; afin de combattre ce mal grandissant qui est mortel pour le taux de natalit&#233;, pilier essentiel de la prosp&#233;rit&#233; nationale &#187;&lt;/i&gt;. &lt;br&gt;
Pour tenter d'expliquer l'augmentation intol&#233;rable de relations amoureuses au sein du m&#234;me sexe dans le monde non occidental, Burton a d&#233;velopp&#233; une esp&#232;ce de th&#233;orie raciale coupl&#233;e &#224; l'&#233;tude climatologique et il d&#233;finit ainsi une &lt;i&gt;&#171; zone de sodomie &#187;&lt;/i&gt;. Il s'agit d'une ceinture g&#233;ographique qui s'&#233;tendrait de la M&#233;diterran&#233;e en passant par l'Asie mineure, la M&#233;sopotamie, la Perse, l'Afghanistan, la partie musulmane de l'Inde, la Chine, le Japon et enfin l'Am&#233;rique latine. Le climat dans ces zones serait responsable du fait que &lt;i&gt;&#171; les temp&#233;raments masculins et f&#233;minins se m&#233;langent &#187;&lt;/i&gt; de sorte que l'homme devient tout autant actif que passif et que la femme devient &lt;i&gt;&#171; tribade &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Issu du grec tribein, qui signifie frotter, s'entre frotter. A longtemps (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br&gt;
Dans cette zone, ce que nos voisins appellent le vice contre la nature est &lt;i&gt;&#171; populaire et end&#233;mique &#187;&lt;/i&gt;, et est trait&#233;, au pire, comme une &lt;i&gt;&#171; simple peccadille &#187;&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire un p&#233;ch&#233; v&#233;niel, &lt;i&gt;&#171; alors que les races au sud et au nord de cette zone d&#233;finie ne le pratiquent que tr&#232;s rarement et se font m&#233;priser par leurs concitoyens &#187;&lt;/i&gt;. En tant qu'orientaliste, pour Burton il n'y a pas de doute, le Coran interdit cet &lt;i&gt;&#171; amour pathologique &#187;&lt;/i&gt;. Malgr&#233; cela, &lt;i&gt;&#171; ni le christianisme, ni l'islam n'ont pu amener un changement significatif &#187;&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
N&#233;anmoins, dans les quarante ann&#233;es pendant lesquelles Burton a c&#244;toy&#233; le monde musulman, il a pu constater certains changements de comportement dans la population. Il pense que c'est d&#251; &#224; l'influence positive de la morale que des gens comme lui leur ont apport&#233;e. Il &#233;crit : &lt;i&gt;&#171; De nos jours, le contact r&#233;gulier avec des Europ&#233;ens n'a certes pas entra&#238;n&#233; une r&#233;formation mais quand m&#234;me une certaine discr&#233;tion parmi les repr&#233;sentants des classes sup&#233;rieures. Ils sont toujours aussi d&#233;prav&#233;s, mais ils veillent &#224; cacher leur vice du regard moqueur des &#233;trangers. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La vision ottomane de l'Occident&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'au 19&#232;me si&#232;cle, les &#233;lites perses et ottomanes ne se rendaient pas compte &#224; quel point l'Europe chr&#233;tienne avait horreur de l'amour entre hommes, tr&#232;s r&#233;pandu chez les musulmans. Cette ignorance saute aux yeux quand on &#233;tudie l'&#339;uvre d'Enderunlu Fazil, po&#232;te turc, mort en 1810. Dans son manuscrit brillamment illustr&#233;, &lt;i&gt;Hubannme&lt;/i&gt; (Le livre des beaut&#233;s), Fazil se demande &lt;i&gt;&#171; dans quelle nation se trouvent les plus beaux hommes &#187;&lt;/i&gt;. Avec son savoir, il pr&#233;tend satisfaire la curiosit&#233; de son amant. Voici ce qu'il dit par exemple sur les Grecs : &lt;i&gt;&#171; Autant les hommes que les femmes sont d'une beaut&#233; &#233;clatante. Leurs corps sont &#233;tonnamment bien faits. Oh Allah, quel d&#233;lice pour l'&#339;il, et quel regard profond. Ce cou en ivoire et ces cheveux noirs comme du jais rendent toute r&#233;sistance impossible. (&#8230;) Et il n'y a pas une trace de barbe, m&#234;me pas sur le visage du gar&#231;on le plus grand. Ils marchent comme des courtisanes et au travail dans les tavernes de Galata, ils peuvent s&#233;duire les meilleurs hommes. Quand une m&#232;che tombe sur ta joue, tu perds l'esprit, et quand il c&#232;de, tu meurs de lascivit&#233;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Par contre, son jugement sur les Hollandais est court et sobre ; apparemment, il a appris &#224; conna&#238;tre leur rigueur calviniste : &lt;i&gt;&#171; Avec leur peau froide, ils sont loin d'&#234;tre attractifs. Ils ressemblent &#224; des Russes, en couleur cr&#232;me. Ils passent le plus beau de leur temps &#224; l'&#233;glise au lieu d'&#234;tre avec un amant. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
En &#233;crivant ces lignes libres de tout souci, Fazil ne pouvait savoir que dans le nord-ouest de l'Europe s'&#233;tait d&#233;j&#224; form&#233;e une subculture &lt;i&gt;&#171; homosexuelle &#187;&lt;/i&gt; s&#233;par&#233;e de la soci&#233;t&#233; et pers&#233;cut&#233;e par l'&#201;tat. Par centaines, ils &#233;taient clou&#233;s au pilori, enferm&#233;s &#224; vie dans des cachots, pendus publiquement, ex&#233;cut&#233;s par le fer ou alors noy&#233;s dans des tonneaux. Inconscient de ces faits, Fazil proclame, fier comme un coq, conna&#238;tre les qualit&#233;s sexuelles des hommes anglais de par sa propre exp&#233;rience. &lt;i&gt;&#171; Les roses anglaises : ce sont des beaut&#233;s calmes mais tr&#232;s d&#233;sir&#233;es. Ils te font tourner la t&#234;te. Ils habitent sur une &#238;le calme. Ces jeunes hommes, imberbes de nature, sont de taille moyenne et ont le teint blanc comme le plus blanc des n&#233;nuphars dans une rivi&#232;re. La plupart de ces hommes, beaux comme des poissons, sont marins et ont un appareil sexuel bien d&#233;velopp&#233;. Malgr&#233; cela, je ne peux pas dire qu'ils offrent une grande satisfaction sexuelle. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
Ce n'est que dans les ann&#233;es qui ont suivi la mort de Fazil, au moment o&#249; les arm&#233;es napol&#233;oniennes envahissaient l'Egypte, que les Perses et les Ottomans ont commenc&#233; &#224; r&#233;aliser &#224; quel point les Occidentaux les m&#233;prisaient pour leur attitude, comme ils disaient, &lt;i&gt;&#171; contre nature &#187;&lt;/i&gt;. Le cheik Rifa al-ah awi en est un exemple frappant. Il est envoy&#233; &#224; Paris en 1826 par Ali Pacha, le vice-roi d'Egypte pour suivre des &#233;tudes pendant cinq ans. Dans son journal intime, il remarque, en 1834 : &lt;i&gt;&#171; En France, il est mal vu de dire :&lt;/i&gt; &#8216;J'aime ce gar&#231;on'. &lt;i&gt;Ce serait mal vu et consid&#233;r&#233; comme r&#233;pugnant. Si donc quelqu'un traduit un de nos livres, il &#233;crit, pour cette phrase :&lt;/i&gt; &#8216;J'aime cette fille' &lt;i&gt;ou alors, pour &#233;chapper &#224; ce probl&#232;me :&lt;/i&gt; &#8216;J'aime cette personne.'&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt; Chose &#233;tonnante, Rifa al-ah awi est favorable &#224; cette mani&#232;re de voir, qu'il consid&#232;re comme moralement sup&#233;rieure. Il essaye de convaincre ses concitoyens au moyen des lois scientifiques du magn&#233;tisme. Au sujet des Parisiens, il &#233;crit : &lt;i&gt;&#171; C'est une belle caract&#233;ristique de leur langue et de leur po&#233;sie que de refuser l'&#233;rotisme entre deux membres du m&#234;me sexe. Et ils ont bien raison, car il est vrai qu'un sexe poss&#232;de une certaine propri&#233;t&#233; pour l'autre, ce qui le rend attractif. On peut comparer cela &#224; la propri&#233;t&#233; qu'a l'aimant d'attirer le fer, ou &#224; celle de l'ambre qui (apr&#232;s avoir &#233;t&#233; frott&#233;) attire d'autres corps. Dans l'amour au sein du m&#234;me sexe, cette propri&#233;t&#233; se perd, et on constate un ph&#233;nom&#232;ne contre nature. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
Mais quand Rifa al-ah awi vient &#224; parler du racisme des Fran&#231;ais, on voit &#224; quel point ses positions sont encore contradictoires. Dans un domaine o&#249; il ne r&#233;fl&#233;chit pas explicitement &#224; la question de l'&lt;i&gt;&#171; homosexualit&#233; &#187;&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire quand il veut critiquer la suffisance raciste des Fran&#231;ais, il cite tout &#224; fait normalement une po&#233;sie d'amour avec un jeune gar&#231;on noir :&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;&#171; &lt;/i&gt;(Les Parisiens) &lt;i&gt;ne pensent pas que les Noirs puissent avoir quoi que ce soit de beau. Chez eux, la peau noire est synonyme de laideur. (&#8230;) d'apr&#232;s eux, ce qu'un po&#232;te a dit au sujet d'un gar&#231;on noir manque tout &#224; fait de tact :&lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;&#8216;Ton visage est comme si c'&#233;taient mes doigts qui l'avaient &#233;crit&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme un mot qui dicte mes espoirs.&lt;br class='manualbr' /&gt;La beaut&#233; de la pleine lune est son sens,&lt;br class='manualbr' /&gt;Et c'est la nuit qui l'a saupoudr&#233;e de ses pigments.'&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, on touche un probl&#232;me qui s'est pos&#233; aux &#233;lites arabes jusqu'&#224; nos jours. La po&#233;sie arabe est compl&#232;tement p&#233;n&#233;tr&#233;e par des histoires d'amour au sein du m&#234;me sexe, et ceux qui veulent faire appel &#224; une renaissance nationaliste sur la base de leur h&#233;ritage litt&#233;raire sont confront&#233;s &#224; un dilemme. D'un c&#244;t&#233;, ils doivent critiquer leur propre histoire et de l'autre, c'est pr&#233;cis&#233;ment cette critique qu'ils veulent adresser &#224; l'Occident, c'est-&#224;-dire d'&#234;tre d&#233;cadent, d&#233;prav&#233; et homosexuel. &lt;br&gt;
Les analyses relatives de Carl Brockelmanns&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Linguiste allemand (1868 - 1956), professeur d'universit&#233; &#224; Berlin et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ont &#233;t&#233; largement reprises par les philologues arabes et on peut lire d&#232;s 1925 dans les manuels d'&#233;ducation sup&#233;rieure &#233;gyptiens que la po&#233;sie concernant l'amour entre jeunes hommes est un &lt;i&gt;&#171; crime contre la litt&#233;rature et une honte pour l'histoire de la po&#233;sie arabe &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Po&#233;sie et religion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le rapport entre l'islam traditionnel et le contenu de cette po&#233;sie peut &#234;tre explicit&#233; de mani&#232;re symptomatique avec un exemple de la litt&#233;rature datant du 11&#232;me si&#232;cle.&lt;br&gt; C'est l'histoire d'amour entre Al-Mu'tamid, 17 ans, futur &#233;mir de S&#233;ville et le po&#232;te Ibn Amm&#226;r, son a&#238;n&#233; de neuf ans. L'histoire a commenc&#233; quand Al-Mu'tamid, apr&#232;s une journ&#233;e festive pass&#233;e &#224; boire du vin et r&#233;citer de la po&#233;sie, dit &#224; son ami : &lt;i&gt;&#171; Ce soir, tu dormiras sur le m&#234;me oreiller que moi. &#187; &lt;/i&gt; Plus tard, Ibn Amm&#226;r &#233;crira au p&#232;re d'Al-Mu'tamid : &lt;i&gt;&#171; Pendant la nuit de l'union, je sentais dans ses caresses le parfum du cr&#233;puscule. Mes larmes coulaient sur les jolis jardins de ses joues, pour arroser ses myrtes et ses lys. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
Ce po&#232;me est plein d'amertume et de lamentation, car Ibn Amm&#226;r vivait &#224; ce moment d&#233;j&#224; en exil &#224; Saragosse. Apr&#232;s le mariage de son fils, le p&#232;re d'Al-Mu'tamid avait jug&#233; n&#233;cessaire de mettre fin &#224; l'amiti&#233; des deux hommes en expulsant hors de S&#233;ville Ibn Amm&#226;r. Mais dix ans plus tard, quand Al-Mu'tamid devient lui-m&#234;me &#233;mir, il fait imm&#233;diatement revenir son ami &#224; la cour, et lui confie des postes importants. Douze ans apr&#232;s, l'amiti&#233; va se briser sur des questions de rivalit&#233; politique, et Ibn Amm&#226;r &#233;crira au sujet de son ancien amant (qui va plus tard le tuer dans une crise de col&#232;re) :&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;&#171; Te rappelles-tu notre jeunesse, Quand tu ressemblais au croissant de lune dans le ciel ? J'avais l'habitude d'embrasser ton corps frais, Et je t&#233;tais l'eau pure de tes l&#232;vres, Me satisfaisant de t'aimer juste avant&lt;/i&gt; haram&lt;i&gt;, Et tu jurais que ce que nous faisions &#233;tait&lt;/i&gt; halal&lt;i&gt; ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
&lt;i&gt;Haram&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;halal&lt;/i&gt; sont les mots pour d&#233;signer les actes interdits ou accept&#233;s par l'islam. A travers cette histoire, on voit tr&#232;s bien le r&#244;le de la religion. Dire que l'islam interdit l'&lt;i&gt;&#171; homosexualit&#233; &#187;&lt;/i&gt; est absurde car les interdits de la charia ne visent que des actes sp&#233;cifiques comme par exemple la sodomie entre hommes. On ne peut donc pas affirmer que l'islam classique condamnait l'amour entre personnes du m&#234;me sexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple tr&#232;s &#233;loquent est fourni par l'argumentation de l'un des intellectuels les plus reconnus du monde musulman d'Andalousie. Dans son livre consacr&#233; &#224; l'amour, &lt;i&gt;Le collier de la colombe&lt;/i&gt;, on trouve des narrations et des po&#232;mes consacr&#233;s &#224; la liaison entre hommes et femmes mais &#233;galement &#224; l'amour passionnel entre deux hommes. A un niveau abstrait, Ibn Hazm (mort en 1064), ainsi que tous les auteurs arabes d'avant la modernit&#233;, met toujours au masculin l'amant et l'amoureux. C'est comme si les relations homosexuelles repr&#233;sentaient le mod&#232;le de base usuel qu'on a en t&#234;te quand on ne pense pas &#224; un couple d'amoureux sp&#233;cifique. &lt;br&gt;
Dans la pr&#233;face de son &#339;uvre, il explique pourquoi la religion n'interdit aucune forme d'amour en tant que telle : &lt;i&gt;&#171; La pi&#233;t&#233; ne condamne pas l'amour, et la loi ne l'interdit pas, les c&#339;urs sont dans les mains de Dieu le Tout-puissant, au dessus de nous. &#187;&lt;/i&gt; &lt;br&gt;
Plus loin, il explicite : &lt;i&gt;&#171; Il suffit que le musulman s'abstienne de ce que Dieu le Tout-puissant a en principe interdit. Il peut n&#233;anmoins faire ce que sa volont&#233; lui dicte mais le jour du Jugement dernier, il en sera responsable. Mais le plaisir devant la beaut&#233; et la domination de l'amour est tout &#224; fait naturel, et n'a besoin d'&#234;tre ni command&#233; ni interdit. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est donc pas &#233;tonnant que des juristes religieux aient particip&#233; sans probl&#232;me au genre litt&#233;raire qu'on appelle la po&#233;sie d'amour entre hommes (&lt;i&gt;Ghazal al-Mudhakkar&lt;/i&gt;). Comme par exemple l'imam al-Schafii, fondateur du shafiitisme, la plus importante &#233;cole de droit musulmane. Il &#233;crit : &lt;i&gt;&#171; Tenez cet animal pour responsable de la perte de ma vie, il m'a tu&#233; avec les fl&#232;ches de son regard et de son d&#233;sir. Mais ne le tuez pas, car je suis son esclave. Et d'apr&#232;s mon &#233;cole, un homme libre ne meurt pas &#224; cause d'un esclave. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
On voit ici la diff&#233;rence entre l'islam dans sa version traditionaliste, qui a &#233;videmment une approche restrictive &#224; l'&#233;gard de toute forme de sexualit&#233;, au sein du m&#234;me sexe ou non, et le syst&#232;me d'homophobie moderne, n&#233; dans un contexte europ&#233;en. Le syst&#232;me occidental ne se voit pas oblig&#233; d'interdire certains actes, son pouvoir se d&#233;ploie en classifiant les gens en sujets normaux et anormaux selon la diff&#233;rence de leurs d&#233;sirs. M&#234;me dans les p&#233;riodes les plus r&#233;pressives, il ne serait jamais venu &#224; l'id&#233;e des juristes musulmans de d&#233;finir des gens comme malades ou anormaux uniquement parce qu'ils d&#233;siraient quelqu'un du m&#234;me sexe. Bien au contraire, le juriste ultraconservateur Ibn al-Dschauzi par exemple se f&#226;chait quand quelqu'un voulait nier qu'il &#233;tait attir&#233; par des jeunes hommes. &lt;i&gt;&#171; Celui qui pr&#233;tend ne pas ressentir le d&#233;sir monter en lui quand il voit un joli gar&#231;on est un menteur. S'il fallait le croire, c'est que ce serait un animal et non pas un &#234;tre humain. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La charia&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quelle est alors la peine que pr&#233;voit la charia pour la p&#233;n&#233;tration anale (en arabe &lt;i&gt;liwat&lt;/i&gt;) ? La question est tr&#232;s complexe et je ne peux ici que donner quelques indications. L'histoire musulmane conna&#238;t sept diff&#233;rentes &#233;coles de droit qui varient toutes &#224; ce sujet. La plus importante de ces &#233;coles est celle des Hanafites, d'un c&#244;t&#233; parce qu'elle est encore suivie aujourd'hui par presque la moiti&#233; des sunnites et de l'autre parce qu'elle &#233;tait l'&#233;cole de droit officielle de l'empire ottoman. Contrairement &#224; la plupart des autres &#233;coles, les Hanafites ne consid&#232;rent pas la &lt;i&gt;liwat&lt;/i&gt; entre hommes comme un acte d'adult&#232;re. La peine rel&#232;ve donc de l'appr&#233;ciation. Dans l'empire ottoman, cela pouvait aller d'une amende jusqu'&#224; 39 coups de fouet. Dans des cas exceptionnels, pour maintenir l'ordre public ou alors en cas de r&#233;cidive, l'&#201;tat pouvait prononcer des peines de &lt;i&gt;siaysa&lt;/i&gt;. C'est ce qui s'est pass&#233; en 1713 &#224; &#199;ankiri, une ville du nord de l'Anatolie, o&#249; un groupe de cinq hommes &#233;tait accus&#233; d'avoir battu et viol&#233; un autre gar&#231;on. Apr&#232;s leurs aveux, tous les cinq avaient &#233;t&#233; condamn&#233;s &#224; mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, il &#233;tait tr&#232;s rare que des relations sexuelles illicites fussent punies. Bien que l'adult&#232;re f&#251;t passible de lapidation, il n'y a qu'un seul cas connu, pendant l'empire ottoman, o&#249; des rapports sexuels extraconjugaux furent punis par lapidation. C'&#233;tait en 1680, quand la condamn&#233;e fut ex&#233;cut&#233;e dans l'hippodrome d'Istanbul en pr&#233;sence du sultan Mehmed IV. L'&#233;v&#233;nement &#233;tait tellement remarquable qu'il fut consign&#233; dans les chroniques officielles.&lt;br&gt;
C'est la particularit&#233; de la proc&#233;dure p&#233;nale de la charia qui explique pourquoi aussi peu de peines ont &#233;t&#233; prononc&#233;es. Pour les crimes de type &lt;i&gt;Hadd&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Hud&#251;d (singulier : Hadd) comprennent les incriminations et les peines (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la charia n'accepte pas les preuves par indices. Toutes les &#233;coles de droit pr&#233;voient normalement qu'une condamnation ne peut &#234;tre prononc&#233;e que s'il y a quatre t&#233;moins masculins, sans ant&#233;c&#233;dents judiciaires, qui ont vu l'acte litigieux de leurs propres yeux.&lt;br&gt; L'autre possibilit&#233; est que le coupable avoue ses actes : pour cela il faut qu'il avoue quatre fois chez un juge. Mais dans le cas de &lt;i&gt;liwat&lt;/i&gt; et de l'adult&#232;re, accusations et aveux sont socialement mal vus. Il faut ajouter &#224; cela que si jamais il n'y a pas quatre t&#233;moins ou qu'ils se contredisent sur des d&#233;tails importants, les t&#233;moins risquent jusqu'&#224; 80 coups de fouet pour diffamation. &lt;br class='manualbr' /&gt;Les juristes n'&#233;taient pas traumatis&#233;s par le fait que la proc&#233;dure p&#233;nale rendait presque impossible une condamnation pour &lt;i&gt;liwat&lt;/i&gt; ou pour adult&#232;re. Bien au contraire, ils ont souvent soulev&#233; ce fait avec approbation comme Ali al-Qari al-Harawi (mort en 1605), un savant de M&#233;dine : &lt;i&gt;&#171; C'est parce que Dieu le tout puissant aime que les p&#233;ch&#233;s de ses sujet restent voil&#233;s, que l'exigence de r&#233;unir quatre t&#233;moins pour pouvoir condamner quelqu'un pour adult&#232;re a &#233;t&#233; instaur&#233;e. Il est tr&#232;s rare que quatre t&#233;moins voient ce p&#233;ch&#233; et cela va donc dans ce sens. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les pers&#233;cutions en Iran&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Vers la fin du 19&#232;me si&#232;cle, presque tous les pays musulmans, &#224; l'exception de l'Arabie Saoudite, ont aboli la charia en la jugeant mal appropri&#233;e pour les poursuites p&#233;nales. Elle a &#233;t&#233; remplac&#233;e par le droit anglais ou fran&#231;ais. Mais ces deux syst&#232;mes de droit pr&#233;sentent une grande diff&#233;rence. Depuis Napol&#233;on, le droit fran&#231;ais (mis en place en Egypte et en Turquie) avait compl&#232;tement d&#233;p&#233;nalis&#233; les rapports sexuels consentants, alors que le droit anglais (repris par exemple au Pakistan) pr&#233;voyait des peines d'emprisonnement allant jusqu'&#224; dix ans pour des rapports sexuels entre hommes.&lt;br&gt;
L'&#233;chec du nationalisme panarabe et la mont&#233;e de l'islamisme ont entra&#238;n&#233;, dans les ann&#233;es 1970, la r&#233;introduction de la charia dans toute une s&#233;rie de pays : d'abord en Libye, ensuite au Pakistan, en Iran, au Soudan, en Afghanistan et finalement en 2000 au nord du Nigeria. C'est pr&#233;cis&#233;ment en Iran, pays s&#233;cularis&#233; de force par le Shah, que ce fondamentalisme a pris le plus d'ampleur. Tr&#232;s vite, Khomeiny a identifi&#233; &lt;i&gt;&#171; l'homosexualit&#233; &#187;&lt;/i&gt; avec l'Occident tant ha&#239;. &lt;br&gt;
La Fondation Boroumand&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(en anglais).&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui tient &#224; jour une base de donn&#233;es &#224; ce sujet, affirme que les tribunaux r&#233;volutionnaires ont fusill&#233; en cinq ans, entre mars 1979 et janvier 1984, pas moins de 98 hommes accus&#233;s &lt;i&gt;&#171; d'homosexualit&#233; &#187;&lt;/i&gt;. Par la suite, entre 1984 et 2004, en application de la charia r&#233;guli&#232;re, au minimum huit hommes ont &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233;s pour des actes de &lt;i&gt;liwat&lt;/i&gt; (en persan : &lt;i&gt;lawat&lt;/i&gt;). Depuis l'arriv&#233;e &#224; la pr&#233;sidence de Mahmud Ahmadinejad, islamiste radical, le nombre de rapports sur de telles ex&#233;cutions augmente de nouveau. Mais avec la politique de d&#233;sinformation du gouvernement iranien, il est souvent difficile de conna&#238;tre les causes exactes d'une ex&#233;cution. Souvent, des accusations telles que &lt;i&gt;liwat&lt;/i&gt;, adult&#232;re, trafic de stup&#233;fiants, banditisme ou espionnage sont ajout&#233;es, p&#234;le-m&#234;le. En tout cas, aujourd'hui, les juges iraniens peuvent contourner l'obstacle que repr&#233;sente la proc&#233;dure p&#233;nale de la charia en faisant faire des recherches criminalistiques sur les suspects. Ils peuvent prononcer des peines capitales s'ils trouvent des traces de sperme dans l'anus. La sp&#233;cificit&#233; de l'interpr&#233;tation shiite de la charia, qui accepte le savoir du juge comme preuve, permet m&#234;me de maintenir une esp&#232;ce de vitrine d'&#201;tat de droit. Amir, un r&#233;fugi&#233; iranien de 22 ans, cite un juge dans un tribunal de la charia : &lt;i&gt;&#171; Si le m&#233;decin peut garantir que ton anus a &#233;t&#233; p&#233;n&#233;tr&#233; d'une mani&#232;re ou d'une autre, tu seras condamn&#233; &#224; mort. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
Il est important de signaler ici que, dans son d&#233;lire de pers&#233;cution, le r&#233;gime des mollahs utilise d&#233;j&#224; le concept moderne d'&lt;i&gt;&#171; homosexualit&#233; &#187;&lt;/i&gt;. Le n&#233;ologisme persan &lt;i&gt;hamdschens bazi&lt;/i&gt;, qui veut dire &lt;i&gt;&#171; comportement avec quelqu'un du m&#234;me sexe &#187;&lt;/i&gt;, en est un bon exemple. La diff&#233;rence avec le concept de &lt;i&gt;liwat&lt;/i&gt; est tr&#232;s claire : il ne parle plus d'un acte sexuel sp&#233;cifique, mais peut englober tout ce qui touche &#224; l'intimit&#233; entre deux hommes ou deux femmes, embrasser, &#233;treindre, ou m&#234;me juste n'importe quelle attitude romantique. Une construction conceptuelle telle que &lt;i&gt;hamdschens bazi&lt;/i&gt; sert a politiser &lt;i&gt;&#171; l'homosexualit&#233; &#187;&lt;/i&gt; dans un sens large et &#224; l'exclure de la soci&#233;t&#233;.&lt;br&gt;
Car le probl&#232;me du r&#233;gime est bien l&#224;. Ali Mahdjoubi, un exil&#233; iranien de gauche, constate que les relations amoureuses au sein du m&#234;me sexe sont aujourd'hui encore tout &#224; fait courantes dans le quotidien iranien :&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;&#171; Dans le langage populaire iranien, il n'y a rien d'extraordinaire &#224; ce que deux hommes affirment qu'ils s'aiment ou qu'ils sont amoureux. Cela ne suscite ni soup&#231;on ni m&#233;fiance, c'est plut&#244;t accept&#233; avec compr&#233;hension. Il serait dr&#244;le d'essayer de r&#233;pertorier, autant dans le langage quotidien que dans le langage intellectuel, toutes les expressions qui parlent des relations entre hommes ainsi que des diff&#233;rents degr&#233;s de ces relations amoureuses. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br&gt; En 2005 deux jeunes, Ayaz Marhon et Mahmud Asgari, furent pendus &#224; Maschhad. C'est le premier cas qui a eu une r&#233;sonance m&#233;diatique internationale. Il est int&#233;ressant de voir quelle strat&#233;gie ils ont adopt&#233;e pour leur d&#233;fense. Premi&#232;rement, ils ont affirm&#233; qu'ils ne savaient pas que les faits qui leur &#233;taient reproch&#233;s &#233;taient passibles de la peine de mort. Vu qu'entre 1984 et 2004, il n'y a eu que tr&#232;s peu de condamnations &#224; mort mises &#224; ex&#233;cution, leur affirmation peut &#233;ventuellement &#234;tre cr&#233;dible. Mais leur d&#233;claration &#233;tait probablement d'ordre strat&#233;gique, car selon la charia, conna&#238;tre la punition est une condition pour que la peine puisse &#234;tre appliqu&#233;e. Deuxi&#232;mement, ils ont aussi affirm&#233; que tous les jeunes hommes dans leur quartier avaient des relations sexuelles entre eux. Selon Mahdjoubi, cela est tout &#224; fait possible : &lt;i&gt;&#171; A ce que je sache, il n'y avait personne qui n'ait eu des exp&#233;riences homosexuelles, autant dans mon quartier, o&#249; il y avait beaucoup d'enfants, qu'&#224; l'&#233;cole o&#249; j'ai pass&#233; douze ans dans des classes non mixtes. (&#8230;) Au fond, ce n'&#233;tait pas un secret, ni &#224; l'&#233;cole ni dans le quartier, de savoir qui avait des relations sexuelles avec qui et &#224; quel moment. On se racontait mutuellement ses exp&#233;riences. (&#8230;) Si on voulait avoir une relation sexuelle avec un gar&#231;on qu'on ne connaissait pas ou qu'on n'osait pas aborder, il y avait toujours quelqu'un pour arranger une rencontre. Il y en avait qui faisaient cela avec beaucoup de d&#233;licatesse et qui prot&#233;geaient m&#234;me les deux heureux &#233;lus de toute surprise inopin&#233;e pendant leur rendez-vous dans les ruines du ch&#226;teau de la ville. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Si les mollahs veulent vraiment nettoyer la soci&#233;t&#233; de tout &lt;i&gt;hamschens bazi&lt;/i&gt;, ils ont encore du pain sur la planche. Ce travail fera d'eux, contre leur gr&#233;, les acteurs d'une modernisation de rattrapage. Ce qui existe d&#233;j&#224; chez nous, et dont l'histoire de la mise en place a &#233;t&#233; tout aussi brutale, doit encore &#234;tre fabriqu&#233; en Iran : une soci&#233;t&#233; compl&#232;tement normalis&#233;e au niveau h&#233;t&#233;rosexuel, une soci&#233;t&#233; dans laquelle &lt;i&gt;&#171; l'homosexualit&#233; &#187;&lt;/i&gt; est construite comme un attribut particulier qui ne peut &#234;tre v&#233;cu que dans les enclos de la subculture des grandes villes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le mythe du progr&#232;s occidental&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Et c'est ainsi qu'on revient au d&#233;but de ce texte, avec la question de savoir si on peut opposer l'Occident &#233;clair&#233; &#224; l'islamisme moyen&#226;geux ? Certainement pas, car c'est au temps des Lumi&#232;res, au 17&#232;me et au 18&#232;me si&#232;cles, que se sont mises en place dans le nord-ouest de l'Europe les structures de base d'un monde h&#233;t&#233;ronorm&#233;, toujours caract&#233;ristique de l'Occident d'aujourd'hui. Ces changements se sont accompagn&#233;s de pers&#233;cutions massives comparables &#224; celles de l'Iran d'aujourd'hui. &lt;br&gt;
Voici quelques chiffres pour illustrer ces propos : &#224; Berlin, 6 personnes sur 10 ayant des relations amoureuses homme-homme ou femme-femme ont affirm&#233; avoir d&#233;j&#224; pens&#233; &#224; se suicider pour cause de solitude. 18% des personnes interrog&#233;es ont d&#233;j&#224; fait une ou plusieurs tentatives de suicide. Cela repr&#233;sente quatre &#224; cinq fois plus que la moyenne dans cette classe d'&#226;ge. Une &#233;tude am&#233;ricaine parmi des adolescentes homo- et bisexuelles atteste qu'elles sont victimes, &#224; cause de leurs orientations sexuelles, d'agressions verbales pour 64% et physiques pour 38%. Un recensement r&#233;alis&#233; par un institut de recherche sur la sexualit&#233; &#224; Hambourg d&#233;montre qu'entre 1970 et 1990, le pourcentage d'adolescents masculins affirmant avoir eu des exp&#233;riences sexuelles avec d'autres hommes est tomb&#233; de 18% &#224; 2%. Ce sont des changements massifs qui prouvent qu'il n'est pas devenu plus facile de nos jours pour un&#183;e adolescent&#183;e de tomber amoureux de quelqu'un du m&#234;me sexe.&lt;br&gt;
Tout cela devrait mener &#224; plus de remise en question. L'homophobie n'est pas un vestige pr&#233;moderne d'un monde d&#233;pass&#233; depuis longtemps que les m&#233;chants musulmans seraient en train d'introduire aujourd'hui en Allemagne. Non, nous vivons au milieu de cette soci&#233;t&#233; homophobe, qui n'a m&#234;me plus besoin d'inscrire sa violence h&#233;t&#233;ronormative dans le code p&#233;nal, et qui produit de mani&#232;re hautement efficace une classification dont les mollahs en Iran ne peuvent que r&#234;ver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Georg Klauda&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;L&#200;VES MOD&#200;LES ET APPRENTIS SORCIERS&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle est la part de l'Occident dans l'islam moderne ? Dans le d&#233;bat actuel sur l'islam, on &#233;voque souvent une identit&#233; qui serait incompatible avec les valeurs occidentales. Thomas Bauer, chercheur sur l'islam et le monde arabe &#224; l'universit&#233; d'Erlangen, montre ici que l'islam moderne, qu'il soit radical ou mod&#233;r&#233;, ne peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme en continuit&#233; avec l'islam traditionnel, et qu'il doit plus aux valeurs impos&#233;es par la colonisation qu'&#224; ses racines historiques.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, historiens des civilisations, et particuli&#232;rement ceux d'entre nous qui travaillent sur les civilisations non europ&#233;ennes, sommes des experts de l'&#201;tranger. Super h&#233;ros de la lutte contre toute perception eurocentriste des civilisations &#233;trang&#232;res, nous sommes des d&#233;tecteurs d'alt&#233;rit&#233;, d&#233;couvrant les mani&#232;res de vivre et de penser d'autres civilisations, et ne nous lassons pas de critiquer les parall&#232;les intempestifs &#233;tablis entre des ph&#233;nom&#232;nes, semblables en apparence, de ces civilisations et de la n&#244;tre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Culturalisme et essentialisme &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc bien longtemps que nous refusons de voir dans l'&#233;tranger un simple reflet, m&#234;me d&#233;form&#233;, de notre propre r&#233;alit&#233;. Mais il semble d&#233;sormais que la probl&#233;matique se soit invers&#233;e. Aujourd'hui, le regard sur d'autres civilisations est biais&#233; par ceux qui mettent la priorit&#233; sur leur alt&#233;rit&#233;. Ce &#171; culturalisme &#187; a peut-&#234;tre des racines plus anciennes, mais c'est au cours des derni&#232;res d&#233;cennies qu'il est devenu pr&#233;dominant dans l'appr&#233;hension des autres civilisations. &lt;br&gt;
Aux yeux des culturalistes, il existe des civilisations clairement d&#233;limit&#233;es entre elles. Chacune de ces civilisations aurait une essence d&#233;finie qui la structure profond&#233;ment et n'&#233;volue que tr&#232;s peu au cours de l'Histoire. Les gens seraient si profond&#233;ment format&#233;s par leur civilisation que m&#234;me une migration de plusieurs g&#233;n&#233;rations ne permettrait pas d'int&#233;gration. Cette mani&#232;re de voir consid&#232;re toujours la religion et ses normes comme facteur pr&#233;dominant dans la formation d'une civilisation. &lt;br&gt;
Et il n'y a pas que des gens b&#234;tes et m&#233;chants pour partager cette vision culturaliste du monde. Dans ce registre, l'ancien chancelier allemand Helmut Schmidt, respectable par ailleurs, a r&#233;dig&#233; un article intitul&#233; &lt;i&gt;&#171; Est-ce que les Turcs sont europ&#233;ens ? Non, ils ne correspondent pas &#187;&lt;/i&gt;. On voit quelles cons&#233;quences politiques une telle mani&#232;re de voir entra&#238;ne. Elle impr&#232;gne notre d&#233;bat sur l'immigration et l'int&#233;gration, et celui sur &#171; l'islam &#187; (le seul fait de pr&#233;supposer qu'il existe un islam prouve qu'on a bien affaire &#224; une vision culturaliste). &lt;br&gt;
De l'autre c&#244;t&#233; de l'&#233;chiquier, on trouve aussi des raisonnements culturalistes. Il existe une islamophilie non critique qui pousse certains &#224; d&#233;fendre les pires punitions de la charia sous pr&#233;texte qu'il s'agit d'une autre culture et qu'il ne faut donc pas la juger selon nos valeurs ; de m&#234;me quand un chef d'&#201;tat d'Extr&#234;me-Orient se r&#233;clame de valeurs soi-disant &#171; asiatiques &#187; pour justifier des violations des droits humains. Le relativisme culturel ne repr&#233;sente souvent qu'une variante du culturalisme. &lt;br&gt;
&#201;videmment, les chercheurs en sciences sociales et culturelles ont r&#233;agi et d&#233;velopp&#233; des approches en rupture avec une vision culturaliste unilat&#233;rale. (&#8230;) Ces recherches d&#233;montrent qu'un concept essentialiste passe &#224; c&#244;t&#233; de la r&#233;alit&#233; et que les civilisations ne poss&#232;dent pas de &#171; nature &#187; immuable. De la m&#234;me mani&#232;re que les langues, avant leur normalisation, n'&#233;taient qu'un &#171; continuum &#187; de dialectes, les cultures ne sont qu'un &#171; continuum &#187; d'id&#233;es et de syst&#232;mes de sens symboliques. Elles sont en mutation permanente et donc en principe perm&#233;ables, et &#233;chappent &#224; toute d&#233;marcation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Continuit&#233; ou rupture ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ceci est encore plus juste pour l'islam moderne, au sujet duquel l'&#233;cart est important entre la perception du public et le regard scientifique. Il existe un quasi consensus entre les sp&#233;cialistes de l'islam pour affirmer qu'il n'y a pas de continuit&#233; directe entre sa version actuelle et l'islam traditionnel, qu'il s'agit au contraire d'un produit du monde moderne globalis&#233;. Cela ne vaut pas uniquement pour l'islam soi-disant mod&#233;r&#233;, mais aussi pour l'islam fondamentaliste ainsi que pour les id&#233;ologies islamistes.&lt;br&gt;
Abdullahi Ahmed AnNa'im, intellectuel soudanais, constate au sujet de la revendication principale de l'islamisme, c'est-&#224;-dire l'instauration d'un &#201;tat islamique : &lt;i&gt;&#171; N'est-il pas paradoxal que la mise en place d'un &#201;tat soi-disant &lt;/i&gt; &#8216;islamique' &lt;i&gt;ainsi que la volont&#233; d'introduire, au nom de l'autod&#233;termination, la charia comme droit positif&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le droit positif est constitu&#233; de l'ensemble des r&#232;gles juridiques en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &lt;i&gt;ne repr&#233;sentent finalement que des traductions de l'&#201;tat nation europ&#233;en et du mod&#232;le europ&#233;en du droit positif. Il ne s'agit ni d'une renaissance&lt;/i&gt; &#8216;authentique' &lt;i&gt;ni d'une continuit&#233; coh&#233;rente de la tradition historique de l'islam &#187;&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le discours culturaliste ignore cette dimension historique de l'islam moderne et tente d'expliquer ses sp&#233;cificit&#233;s &#224; partir d'une nature anhistorique de l'islam, en particulier quand il s'agit des traits n&#233;gatifs de l'islam contemporain. &lt;br&gt;
Ulrich Greiner, journaliste de renom, a publi&#233; dans le journal &lt;i&gt;Die Zeit&lt;/i&gt; un cas d'&#233;cole d'une telle argumentation culturaliste : &lt;i&gt;&#171; Il se peut qu'autrefois l'islam ait repr&#233;sent&#233; une culture de tol&#233;rance, mais scruter le pass&#233; ne nous m&#232;ne pas &#224; grand-chose. Comment faut-il comprendre les remarques dans le Coran sur ceux qui ont une croyance diff&#233;rente et sur ceux qui veulent renier leur foi ? La charia est-elle compatible avec notre droit ? Insister pour avoir enfin des r&#233;ponses &#224; ces questions rel&#232;ve de notre droit, je dirais m&#234;me de notre devoir. &#187;&lt;/i&gt; Ici, la tol&#233;rance propre &#224; l'islam est vue comme un hasard temporaire, voire comme un facteur qui diff&#232;re momentan&#233;ment de la &#171; nature &#187; anhistorique de l'islam. On contemple ici l'id&#233;e culturaliste selon laquelle il existerait des normes religieuses immuables et sans ambigu&#239;t&#233;s.&lt;br&gt;
Dans cette mani&#232;re de voir, les d&#233;veloppements historiques et la pluralit&#233; des interpr&#233;tations des normes, si caract&#233;ristiques de l'islam, n'ont pas leur place. Cela donne lieu &#224; une bizarrerie : si des civilisations doivent &#234;tre diff&#233;rentes, la v&#233;ritable nature d'une d'entre elles ne peut pas se manifester l&#224; o&#249; elle coexiste avec d'autres. Appliquer cette pens&#233;e culturaliste &#224; l'islam nous conduit au paradoxe suivant : si la pens&#233;e ou l'action islamiques correspondent aux valeurs occidentales momentan&#233;ment en vigueur, il doit s'agir d'un hasard de l'Histoire ou alors &#233;ventuellement d'une adaptation dict&#233;e par la ruse. Par contre, chaque fois qu'une action ou une pens&#233;e islamiques s'opposent aux normes occidentales, c'est la v&#233;ritable nature anhistorique de l'islam qui se r&#233;v&#232;le.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Divorce &#224; l'&#233;gyptienne &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a de nombreux exemples qui montrent &#224; quel point cette vision nie l'interaction entre l'Occident et le monde islamique. Je la r&#233;sume sous ce que j'appelle &#171; la loi de l'asynchronicit&#233; &#187;. Je peux illustrer mon propos par une histoire tragicomique, qu'on pourrait intituler &#171; divorce &#224; l'&#233;gyptienne &#187;. C'est l'histoire du divorce d'un politicien &#233;gyptien appartenant &#224; l'opposition d&#233;mocratique, tr&#232;s longuement &#233;voqu&#233; dans les colonnes du journal allemand &lt;i&gt;S&#252;ddeutsche Zeitung&lt;/i&gt;. De toute &#233;vidence, il s'agissait de montrer &#224; quel point une politique d&#233;mocratique avait du mal &#224; exister dans une soci&#233;t&#233; domin&#233;e par des valeurs islamiques. Mais en v&#233;rit&#233; cette histoire nous montre bien autre chose : comment l'Occident se trouve confront&#233; &#224; son propre reflet sans le reconna&#238;tre. &lt;br&gt;
L'histoire est la suivante : le politicien en question, Ayman Nur, est le fondateur du Parti de l'Avenir et il est consid&#233;r&#233; comme &lt;i&gt;&#171; l'espoir d&#233;mocratique &#187;&lt;/i&gt;. Comme cela d&#233;plaisait au pouvoir, il a &#233;t&#233; condamn&#233; en 2005 &#224; cinq ans de prison pour falsification de documents. Pendant qu'il purgeait sa peine, sa femme Gamila s'est beaucoup engag&#233;e pour obtenir sa lib&#233;ration et est ainsi devenue une figure importante de la vie politique. Mais apr&#232;s sa lib&#233;ration, leur bonheur conjugal prit rapidement fin. Quand un quotidien &#233;gyptien voulut relater l'affaire, Ayman Nur, m&#233;content, essaya d'acheter tous les exemplaires de l'&#233;dition concern&#233;e. &#201;videmment, le journal &#233;gyptien se fit un plaisir de relater toute l'histoire. Le journal allemand pr&#233;senta l'affaire comme un &lt;i&gt;&#171; m&#233;lodrame oriental &#187;&lt;/i&gt;. &lt;br&gt;
Mais qu'y a-t-il d'oriental dans cette anecdote ? Bien &#233;videmment &#8211; comment pourrait-il en &#234;tre autrement &#8211; c'est la faute de l'islam. &lt;i&gt;&#171; Les valeurs morales, marqu&#233;es par l'islam, sont s&#233;v&#232;res. D'&#233;ventuels manquements sont gard&#233;s secrets. Pour un politicien &#233;gyptien, un divorce repr&#233;sente une tare. En &#201;gypte, quelqu'un comme Gerhard Schr&#246;der, avec ses trois mariages rat&#233;s, ne pourrait pas faire carri&#232;re. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
C'est ainsi qu'on nous apprend que ce sont les valeurs islamiques qui transforment une simple histoire de divorce en scandale. Chez nous, o&#249; ces valeurs ne comptent pas, personne ne se serait &#233;nerv&#233;. Mais l&#224;, on commence &#224; s'interroger. L'&#201;gypte, depuis les conqu&#234;tes islamiques du 7&#232;me si&#232;cle jusqu'au 20&#232;me, n'a probablement jamais &#233;t&#233; gouvern&#233;e par un souverain monogame. Le mariage n'est pas un sacrement dans l'islam et n'a jamais &#233;t&#233; per&#231;u comme quelque chose qui devait durer toute la vie. Parler de &lt;i&gt;&#171; mariage rat&#233; &#187;&lt;/i&gt; n'a donc pas de sens. &lt;br&gt;
Il y a de nombreux exemples de divorces chez des politiciens musulmans : Saddam Hussein s'est mari&#233; trois fois, le Roi Hussein de Jordanie quatre fois (dont deux divorces). Le chef d'&#201;tat tunisien, le Sultan d'Oman, Kadhafi et le Premier ministre de la Malaisie sont tous divorc&#233;s. Ce ne sont donc certainement pas &lt;i&gt;&#171; les valeurs morales s&#233;v&#232;res de l'islam &#187;&lt;/i&gt; qui ont transform&#233; les probl&#232;mes conjugaux d'Ayman Nur en scandale. A l'inverse, l&#224; o&#249; les valeurs occidentales sont en vigueur, les difficult&#233;s conjugales posent souvent probl&#232;me. En Allemagne, en 1967, le populaire animateur de t&#233;l&#233;vision Lou van Burg a d&#251; abandonner son &#233;mission parce que la cha&#238;ne ZDF estimait ne pas pouvoir le maintenir &#224; son poste &#224; cause d'une histoire priv&#233;e. Aujourd'hui, c'est le m&#234;me journal qui rend responsable les valeurs islamiques dans &lt;i&gt;&#171; l'affaire Nur &#187; &lt;/i&gt; et qui constate que la CSU (parti chr&#233;tien d&#233;mocrate de droite en Allemagne) n'a pas encore d&#233;pass&#233; &#171; l'affaire Seehofer &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pendant qu'il &#233;tait en fonction comme 1er ministre de Bavi&#232;re pour la CSU, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le journal titrait &lt;i&gt;&#171; Les rumeurs dans l'affaire Seehofer inqui&#232;tent la CSU, il s'agit d'un s&#233;isme pour le parti &#187;&lt;/i&gt;. &lt;br&gt;
Apparemment en Allemagne, avec une vie conjugale &lt;i&gt;&#171; pas tr&#232;s nette &#187;&lt;/i&gt;, on peut &#234;tre chancelier pour le SPD (parti social d&#233;mocrate) mais on ne peut pas &#234;tre pr&#233;sident d'un Land pour la CSU. C'est l&#224; que r&#233;side la clef de &#171; l'affaire &#187; Ayman Nur. La question n'est pas tant de savoir o&#249; (dans quel pays ou dans quelle &#171; culture &#187;) un mariage de politicien se d&#233;fait, mais de voir de quel politicien il s'agit et &#224; quelles valeurs ce politicien se r&#233;f&#232;re. Regardons encore une fois cette histoire. Une grande partie de la classe moyenne &#233;gyptienne soutient les Fr&#232;res musulmans qui promettent moins de corruption et plus d'&#233;galit&#233; sociale. Pour labourer sur leurs terres, l'&lt;i&gt;establishment&lt;/i&gt; soutient de plus en plus les cercles religieux, au point que le parti au pouvoir prend aujourd'hui des airs tr&#232;s islamistes. Pour s'opposer &#224; ces deux courants, Ayman Nur avait fond&#233; le Parti de l'avenir comme &lt;i&gt;&#171; troisi&#232;me voie &#187;&lt;/i&gt;. Ayman Nur repr&#233;sente alors la tendance la plus la&#239;que dans la vie politique &#233;gyptienne. Au premier abord, il semble absurde que ce soit justement lui qui tr&#233;buche sur une question de m&#339;urs conjugales et non pas un politicien religieux. Mais si Ayman Nur avait &#233;t&#233; un islamiste, le divorce ne lui aurait pos&#233; aucun probl&#232;me. R&#233;sumons : en Allemagne, les d&#233;boires conjugaux d'un politicien chr&#233;tien peuvent faire scandale, mais pas ceux d'un politicien la&#239;c. En &#201;gypte, les probl&#232;mes conjugaux peuvent devenir probl&#233;matiques pour un politicien la&#239;c mais pas pour un islamiste. Cela n'est pas vraiment une contradiction. &lt;br&gt;
Les valeurs qui font que la &#171; question Nur &#187; se transforme en scandale sont exactement les m&#234;mes que celles qui ont transform&#233; les escapades extra-conjugales de Seehofer en scandale. Ce sont les valeurs bourgeoises et conservatrices de la &#171; vieille &#187; Europe. Dans la deuxi&#232;me moiti&#233; du 19&#232;me si&#232;cle, ces valeurs ont &#233;t&#233; adopt&#233;es par l'&#233;lite pro-occidentale au Moyen-Orient. Au cours du 20&#232;me, ces valeurs se sont diffus&#233;es jusque dans les classes moyennes. En Europe, ces valeurs ont perdu de leur influence dans un processus qu'on aime rattacher &#224; l'ann&#233;e symbolique de 1968. Ce d&#233;veloppement n'a pas eu lieu au Moyen-Orient. Par contre, on a oubli&#233;, au Moyen-Orient, que nombre de ces valeurs v&#233;n&#233;r&#233;es ont &#233;t&#233; import&#233;es de l'Occident, de m&#234;me qu'en Occident on oublie que nombre de ces valeurs consid&#233;r&#233;es comme archa&#239;ques au Moyen-Orient ont &#233;t&#233; en vigueur en Europe jusqu'en 1968. Mais le monde arabe, aux yeux des Occidentaux d'aujourd'hui, ne peut &#234;tre autre chose qu'islamique. C'est pour cela qu'on consid&#232;re ces valeurs, qui en v&#233;rit&#233; ne sont rien d'autre qu'un reflet des valeurs occidentales, comme islamiques. Ayman Nur, le leader du Parti de l'avenir, d&#233;mocratique et pro-occidental, doit aussi sa popularit&#233; au fait que lui et sa femme formaient un couple bourgeois de r&#234;ve. Ils repr&#233;sentaient le d&#233;sir d'une citoyennet&#233; occidentale qui anime encore aujourd'hui une partie de la classe moyenne &#233;gyptienne. Dans cette optique, il n'est pas surprenant qu'Ayman Nur ait tent&#233;, par tous les moyens, de garder secrets ses d&#233;boires conjugaux. C'est le fait de vouloir imiter l'Occident qui rend scandaleux ce qui dans d'autres cercles n'aurait pas pos&#233; de probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Reflet des valeurs occidentales&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'asynchronicit&#233; qu'on voit ici &#224; l'&#339;uvre est symptomatique de l'ensemble du processus d'appropriation des valeurs occidentales. En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, au d&#233;but c'est la classe moyenne sup&#233;rieure autochtone qui s'empare des id&#233;aux occidentaux, car en devenant &#171; occidentale &#187;, elle esp&#232;re gagner en prestige et accro&#238;tre son pouvoir. &#202;tre bien vu en Occident veut dire profiter des strat&#233;gies occidentales de pouvoirs et d'influences. C'est ainsi qu'on prend de l'avance sur les &#233;lites traditionnelles. &lt;br&gt;
Une fois cette strat&#233;gie couronn&#233;e de succ&#232;s, et l'ascension sociale r&#233;ussie, la classe moyenne inf&#233;rieure commence &#233;galement &#224; int&#233;grer les valeurs occidentales, pas en tant que telles, mais comme celles de leurs propres &#233;lites. Il faut donc un certain temps pour que ces valeurs occidentales, au d&#233;but int&#233;gr&#233;es par une petite &#233;lite, soient accept&#233;es par une grande partie de la population et consid&#233;r&#233;es comme les siennes.&lt;br&gt;
Mais en Occident, durant le 19&#232;me et le 20&#232;me si&#232;cle, les valeurs avaient une dur&#233;e de vie tr&#232;s limit&#233;e, ce qui produit p&#233;riodiquement des situations paradoxales : des valeurs occidentales sont int&#233;gr&#233;es par une grande partie de la population d'un pays non occidental, mais ce processus d'int&#233;gration s'accomplit &#224; un moment o&#249; ces m&#234;mes valeurs n'ont plus cours dans leur zone d'origine et ont &#233;t&#233; remplac&#233;es par d'autres. C'est donc aussi bien au d&#233;but qu'&#224; la fin de ce processus qu'il y a un d&#233;calage. Mais dans les deux cas, le commentateur occidental va consid&#233;rer la constellation de valeurs en vigueur au Moyen-Orient comme typiquement islamique. &lt;br&gt;
L'enseignement qu'on peut tirer de l'affaire Ayman Nur est donc le suivant : tout n'est pas religieux dans le monde islamique et toutes les valeurs du monde islamique ne rel&#232;vent pas de l'islam. Nombre des valeurs et des principes moraux ayant cours au Moyen-Orient sont plut&#244;t le reflet des valeurs occidentales. Il se peut que ces valeurs aient perdu de leur validit&#233; en Occident, mais ce n'est pas pour autant, et c'est ce qu'on voit dans le cas d'Ayman Nur, qu'elles sont devenues des valeurs islamiques. (&#8230;) Parfois l'Occident est plus islamique que l'islam lui-m&#234;me.&lt;br&gt;
On peut &#233;num&#233;rer ind&#233;finiment des exemples de ce genre. J'en citerai juste quelques-uns : des intellectuels islamiques, et en particulier des th&#233;oriciens islamistes, reprennent des id&#233;es d'auteurs occidentaux. Par la suite, les observateurs occidentaux analysent ces id&#233;es comme &#233;tant typiquement islamiques. Sayyid Qutb, le &#171; p&#232;re &#187; de l'islamisme arabe en fournit un bon exemple. Il ne comprenait pas grand-chose &#224; la th&#233;orie de l'islam. Ce sont plut&#244;t deux auteurs europ&#233;ens qui ont forg&#233; sa mani&#232;re de voir le monde. Le premier &#233;tait Leopold Weiss, auteur du best-seller L'islam &#224; la crois&#233;e des chemins, l'autre &#233;tait un auteur catholique fondamentaliste, Alexis Carrel (1873-1944), prix Nobel de m&#233;decine en 1912 pour ses travaux de chirurgie vasculaire. Dans ses &#233;crits, il m&#234;le catholicisme fondamentaliste et biologisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans L'homme cet inconnu, il &#233;crit que &#171; la s&#233;lection naturelle n'a pas jou&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; en une id&#233;ologie qui veut recr&#233;er un monde selon &lt;i&gt;&#171; les lois de la vie &#187;&lt;/i&gt;. Aujourd'hui, en Occident, l'ouvrage principal de Carrel &lt;i&gt;L'homme, cet inconnu&lt;/i&gt; (1935) est heureusement largement oubli&#233;. Mais l&#224; o&#249; ses id&#233;es continuent d'inspirer l'islamisme, on les prend toujours pour authentiquement locales.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Islam et sexualit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La mani&#232;re dont le monde islamique traite de l'homosexualit&#233; fournit un autre exemple&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir texte pr&#233;c&#233;dent Islam homophobe, Occident tol&#233;rant ?&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, particuli&#232;rement dramatique. Comme on le sait, le droit islamique classique interdit les rapports sexuels entre hommes. Mais, de toute &#233;vidence, pendant plus de mille ans les peines pr&#233;vues n'ont pas &#233;t&#233; appliqu&#233;es une seule fois et du 9&#232;me au 19&#232;me si&#232;cles, les po&#232;tes arabes et m&#234;me les juristes religieux ont &#233;crit des centaines de milliers de po&#232;mes d'amour &#233;rotique d&#233;crivant des relations hommes-hommes. Cette po&#233;sie constitue une partie importante de la diversit&#233; de la litt&#233;rature arabe, perse et ottomane. Mais soudainement, dans les d&#233;cennies post-1830, la po&#233;sie homo-&#233;rotique dispara&#238;t compl&#232;tement. &lt;br&gt;
Ce n'est pas dans l'islam qu'il faut en chercher la raison mais dans l'adoption des valeurs morales de l'Occident victorien. Aujourd'hui, les valeurs sexuelles victoriennes sont encore profond&#233;ment enracin&#233;es dans une grande partie du monde islamique. C'est pour cette raison que nombre de musulmans ont un rapport ambivalent avec leur propre tradition litt&#233;raire qui est &#224; leurs yeux entach&#233;e par une d&#233;cadence morale et donc finalement responsable du d&#233;clin de l'islam. Ce qu'un Occidental consid&#232;re aujourd'hui comme un signe de progr&#232;s et de modernit&#233;, c'est-&#224;-dire une approche d&#233;crisp&#233;e de l'&#233;rotisme homme-homme, &#233;tait pendant plus de mille ans vu comme une caract&#233;ristique du monde islamique. &lt;br&gt;
Au cours du 19&#232;me si&#232;cle, les musulmans ont commenc&#233; &#224; int&#233;grer des valeurs occidentales entra&#238;nant une condamnation draconienne des pratiques et des sentiments homosexuels. Ils ont commenc&#233; &#224; croire que c'&#233;tait en raison des m&#339;urs apparemment trop &#171; l&#233;g&#232;res &#187; de leurs anc&#234;tres que le monde islamique ne parvenait pas &#224; suivre le d&#233;veloppement de la modernit&#233; occidentale. Aujourd'hui, le monde occidental r&#233;clame avec raison la reconnaissance des droits des homosexuels dans les pays islamiques, mais il se trompe quand il consid&#232;re l'homophobie dans ces pays comme quelque chose de typiquement local. (&#8230;) D'ailleurs, dans la majorit&#233; des pays arabes, les pratiques homosexuelles ne sont toujours pas poursuivies. L&#224; o&#249; des peines sont pr&#233;vues, elles ne d&#233;coulent en g&#233;n&#233;ral pas de la charia mais du droit britannique. &#201;videmment, elles ont aujourd'hui disparu de ce droit et, dans les pays islamiques, il y a bien longtemps qu'on a oubli&#233; leur origine.&lt;br&gt;
L&#224;-bas et en Occident, on consid&#232;re cette attitude comme typiquement islamique, c'est un cas frappant d'asynchronicit&#233;. Il en va de m&#234;me aujourd'hui pour la pruderie si frappante dans de nombreux pays islamiques. Cette pruderie ne concerne pas seulement les publications occidentales, elle s'&#233;tend tout autant aux textes classiques &#8211; de la po&#233;sie d'Ab&#251; Nuw&#226;s du 8&#232;me si&#232;cle au recueil des &lt;i&gt;Mille et une Nuits&lt;/i&gt;. L'&#339;uvre po&#233;tique de &#171; l'architecte &#187; al-Mi'mar est sur le point d'&#234;tre publi&#233;e en Allemagne. Les &#233;crits de ce po&#232;te populaire sont insolents, frivoles et explicites au niveau sexuel. La moquerie s'&#233;tend &#233;galement aux questions religieuses. Au 14&#232;me si&#232;cle, al-Mi'mar &#233;tait v&#233;n&#233;r&#233; non seulement par ses contemporains mais &#233;galement par les &#233;rudits religieux. Aujourd'hui son recueil de po&#232;mes aurait peu de chance d'&#234;tre publi&#233; dans un pays arabe. &lt;br&gt;
Si des textes &#233;rotiques de toutes tendances ont &#233;t&#233; appr&#233;ci&#233;s et respect&#233;s pendant plus de mille ans dans le monde islamique, la pruderie ne peut pas faire partie de l'essence de l'islam, m&#234;me si aujourd'hui, autant en Occident que dans le monde islamique, nombreux sont ceux qui tentent de nous le faire croire. C'est encore une fois le reflet de sa propre image que l'Occident entrevoit dans l'islam, sans vouloir ou sans pouvoir le reconna&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ambigu&#239;t&#233; et variantes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L&#224; o&#249; cela se complique encore plus, c'est quand il ne s'agit plus uniquement de quelques valeurs, ou de quelques id&#233;es, mais d'un ensemble de grilles de lecture et d'analyses qui sont emprunt&#233;es &#224; l'Occident. Cela change le rapport &#224; sa propre tradition. De tels changements de structures &#224; l'int&#233;rieur des sch&#233;mas cognitifs sont par nature difficiles &#224; reconna&#238;tre, et il faut donc avoir recours au principe philologique selon lequel les textes que les gens d'une culture ont laiss&#233;s doivent &#234;tre pris au s&#233;rieux et qu'il ne faut pas essayer de les analyser &#224; partir d'un a priori eurocentriste. On trouve alors un point commun structurel derri&#232;re les ph&#233;nom&#232;nes d&#233;crits. Ce qui caract&#233;rise le mieux la diff&#233;rence entre l'islam moderne et l'islam pr&#233;-moderne, c'est d'avoir abandonn&#233; progressivement l'ancienne &lt;i&gt;&#171; tol&#233;rance vis-&#224;-vis de l'ambigu&#239;t&#233; &#187;&lt;/i&gt; qui avait marqu&#233; l'islam d'une mani&#232;re tr&#232;s particuli&#232;re pendant longtemps. &lt;br&gt;
A l'&#233;poque, dans le monde musulman, on appr&#233;ciait l'ambigu&#239;t&#233;, en tentant de garder son application dans certaines limites sans pour autant vouloir l'&#233;liminer. Au contraire, la modernit&#233; occidentale tente de l'&#233;liminer le plus possible. La forme classique de &lt;i&gt;&#171; contr&#244;le de l'ambigu&#239;t&#233; &#187;&lt;/i&gt; dans le monde islamique a &#233;t&#233; remplac&#233;e, au cours de la modernit&#233;, par une tentative radicale &lt;i&gt;&#171; d'&#233;limination de l'ambigu&#239;t&#233; &#187;&lt;/i&gt;. Ce n'est que dans les domaines de l'art et la litt&#233;rature qu'elle peut continuer de s'amuser sans faire beaucoup de d&#233;g&#226;ts. &lt;br&gt;
Voici quelques exemples concernant le Coran : l'&#233;cole classique, o&#249; cohabitent diff&#233;rentes mani&#232;res de lire ce texte, part de l'id&#233;e qu'il a &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233; par Dieu en un grand nombre de lectures diff&#233;rentes. On peut donc dire que le Coran, avec tout son apparat de variantes, est un texte sacr&#233;. Afin que cette complexit&#233; ne d&#233;passe pas un certain seuil pratique, on s'est mis d'accord, pour le culte et pour des questions juridiques, pour ne faire appel qu'&#224; sept &#224; dix de ces lectures diff&#233;rentes. Elles sont toutes, les unes comme les autres, consid&#233;r&#233;es comme aussi bonnes et valables. &lt;br&gt;
Aujourd'hui, cette pluralit&#233; de lectures rencontre de l'opposition, autant chez les musulmans mod&#233;r&#233;s que chez les fondamentalistes. Ce sont autant les musulmans r&#233;formateurs, tels que le Pakistanais Shehzad Saleem, que des fondamentalistes, tels que al-Maududi, qui nient l'existence m&#234;me de diff&#233;rentes lectures du Coran. Sur Internet, des missionnaires protestants et des d&#233;fenseurs de l'islam se jettent &#224; la t&#234;te les diff&#233;rentes lectures et variantes du Coran et de la Bible pour d&#233;crier les textes sacr&#233;s de la religion des autres. De toute &#233;vidence, les variantes ne rentrent pas dans le sch&#233;ma de religions modernes devenues id&#233;ologiquement consistantes. Il en va de m&#234;me quand il s'agit de l'interpr&#233;tation du texte du Coran. Les savants classiques &#233;taient fiers de rassembler le plus grand nombre possible d'interpr&#233;tations d'un passage pr&#233;cis et chacune en soi pouvait &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme juste, ou m&#234;me plusieurs simultan&#233;ment.&lt;br&gt; Pour le savant classique Ibn al-Jazari (mort en 1429), la possibilit&#233; de diff&#233;rentes interpr&#233;tations du Coran &#233;tait une particularit&#233; essentielle voulue par Dieu : &lt;i&gt;&#171; Les savants ont toujours cherch&#233; et n'arr&#234;teront jamais de trouver des indications (juridiques) et des arguments dans le Coran que personne jusque-l&#224; n'avait encore trouv&#233;s sans pour autant l'&#233;puiser pour les g&#233;n&#233;rations &#224; venir. Le Coran est comme une immense mer, dont on ne touche jamais le fond et o&#249; on n'est jamais arr&#234;t&#233; par les rives. C'est pour cela qu'apr&#232;s la venue du proph&#232;te, cette communaut&#233; n'a plus besoin d'autres proph&#232;tes comme c'&#233;tait le cas pour les peuples pr&#233;c&#233;dents. &#187; &lt;/i&gt; &lt;br&gt;
Auparavant, les peuples avaient toujours besoin d'une mise &#224; jour du message divin parce que les conditions avaient chang&#233;. Selon Ibn al-Jazari, il n'y a plus besoin d'une telle mise &#224; jour parce que chaque g&#233;n&#233;ration peut trouver dans le Coran ce dont elle a besoin et ce que les g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes ne pouvaient pas encore y voir. Pour Ibn al-Jazari, c'est justement l'ambigu&#239;t&#233; du Coran qui permet d'y trouver des interpr&#233;tations contemporaines. Cela peut avoir l'air tr&#232;s moderne, mais c'est justement cette ouverture &#224; l'interpr&#233;tation qui f&#226;che beaucoup de musulmans, tant mod&#233;r&#233;s que fondamentalistes. Ils pensent toujours conna&#238;tre, pour chaque passage du Coran, la seule interpr&#233;tation valable pour l'&#233;ternit&#233;. Mais les commentateurs occidentaux de l'islam ne veulent pas non plus voir un texte ouvert &#224; de diff&#233;rentes interpr&#233;tations. La citation du journal &lt;i&gt;Die Zeit&lt;/i&gt; pr&#233;tend savoir exactement ce que veulent dire &#171; en r&#233;alit&#233; &#187; les passages du Coran. Les ambigu&#239;t&#233;s du Coran, vant&#233;es et appr&#233;ci&#233;es &#224; l'&#233;poque classique, sont aujourd'hui au mieux consid&#233;r&#233;es comme une tare, au pire compl&#232;tement occult&#233;es.&lt;br&gt;
L'existence de quatre &#233;coles de droit sunnites &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme un enrichissement, et le fait qu'&#224; l'int&#233;rieur de chaque &#233;cole de droit des opinions diff&#233;rentes puissent cohabiter n'&#233;tait pas vu comme un probl&#232;me, mais plut&#244;t comme une opportunit&#233; pour se d&#233;marquer.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Et le droit islamique ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le savant universel As-Suy&#251;t&#238; (d&#233;c&#233;d&#233; en 1505), connu pour sa pr&#233;tention &#224; avoir toujours raison, a publi&#233; un texte dans lequel il &#233;crivait que la divergence d'opinions parmi les savants &#233;tait un don de Dieu pour sa communaut&#233;. Aujourd'hui on ne ressent presque plus rien de cet enthousiasme traditionnel pour la pluralit&#233; d'opinions. Vers la fin du 19&#232;me si&#232;cle sont apparues des tentatives de codifier le droit islamique, ce qui &#233;tait contre sa nature. Des &#201;tats modernes ont besoin de r&#232;gles claires, et ce ne sont ni les musulmans &#171; mod&#233;r&#233;s &#187;, ni leurs concurrents fondamentalistes qui vont avouer qu'il est possible que deux affirmations, apparemment contradictoires puissent &#234;tre toutes deux &#224; la fois vraies et fausses. &lt;br&gt;
Mais tout indique que c'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment l'attitude courante pendant une longue p&#233;riode dans une grande partie du monde islamique pr&#233;-moderne. On n'attendait pas du tout de trouver &#224; l'int&#233;rieur d'un m&#234;me discours, sur le droit islamique par exemple, une seule et unique r&#233;ponse claire. Certains domaines de la vie n'&#233;taient pas du tout r&#233;gis par un seul discours. Il y en avait toujours plusieurs, religieux et la&#239;cs, qui donnaient des r&#233;ponses diff&#233;rentes. Ces r&#233;ponses ne sonnaient souvent pas &#224; l'unisson mais cela ne semblait pas d&#233;ranger grand monde. Ibn Nubata, par exemple, publiait en 1332, c'est-&#224;-dire deux cents ans avant la parution du &lt;i&gt;Prince&lt;/i&gt; de Machiavel, un texte de conseils aux souverains au moins aussi machiav&#233;lique. La religion n'y jouait aucun r&#244;le, le Coran et le proph&#232;te n'y apparaissaient pas. Le discours moderne sur l'islam ne tient jamais compte de ce texte. Pas plus qu'il ne tient compte des milliers de po&#232;mes consacr&#233;s &#224; des souverains, po&#232;mes qui repr&#233;sentaient le principal discours politique de l'islam pr&#233;-moderne.&lt;br&gt; Aujourd'hui, pour reconstruire la pens&#233;e politique de cette p&#233;riode, on n'y fait pratiquement jamais r&#233;f&#233;rence. Partout en revanche, on a privil&#233;gi&#233; le discours religieux au point de le consid&#233;rer comme seul repr&#233;sentatif. Cette vision parcellaire ne correspond pas &#224; la r&#233;alit&#233;, mais elle a influenc&#233; la pens&#233;e islamique moderne et c'est ainsi qu'on arrive &#224; un des cas les plus bizarre d'asynchronicit&#233; : la similitude entre l'image de l'islam de quelques orientalistes et de l'opinion publique occidentale avec celle que se donne l'islam radical contemporain. Les deux groupes font abstraction de la r&#233;alit&#233; historique pour s'imaginer une culture compl&#232;tement bas&#233;e sur des textes religieux et normatifs, et ils pensent qu'il n'y a qu'une seule et unique interpr&#233;tation, sans ambigu&#239;t&#233;, de ces textes. &lt;br&gt;
Un exemple particuli&#232;rement triste de ce d&#233;veloppement est celui des hommes et des femmes accus&#233;s d'adult&#232;re dans les pays islamiques et qui sont menac&#233;s ou r&#233;ellement lapid&#233;s. Le cas de l'Iranienne Sakine Ashtiani, et la mani&#232;re dont les m&#233;dias occidentaux en ont parl&#233;, en livre un exemple dramatique. Dans le &lt;i&gt;Frankfurter Allgemeinen Zeitung&lt;/i&gt;, le cas a &#233;t&#233; document&#233; et comment&#233; par Tilman Nagel. En le lisant, on a l'impression qu'il est d'accord avec les islamiques purs et durs sur le principe que dans l'islam l'adult&#232;re doit &#234;tre puni de lapidation. Il ne mentionne pas le fait, pas plus que les juges iraniens, que ce n'&#233;tait pas le cas avant le 20&#232;me si&#232;cle : dans les textes de lois normatifs de l'islam, si l'adult&#232;re doit effectivement &#234;tre puni de lapidation, on trouve tellement d'obstacles proc&#233;duraux que dans la plupart des &#233;coles de droit il est pratiquement impossible de prononcer une telle sentence. A cela il faut ajouter que dans l'histoire de l'islam, les r&#232;gles de la charia sont consid&#233;r&#233;es comme une ligne directrice qui, dans la pratique judiciaire, peut &#234;tre modifi&#233;e et adapt&#233;e &#224; d'autres traditions juridiques. Dans ce domaine aussi, il y a pluralit&#233; de discours. &lt;br&gt;
Dans les pays centraux de l'islam (pour les autres pays, je ne suis pas assez document&#233;), il n'existe aucune trace &#233;crite de lapidations, except&#233; les cas plus ou moins l&#233;gendaires des d&#233;buts de l'islam. Des rebelles et des brigands &#233;taient crucifi&#233;s et les po&#232;tes en ont fait des po&#232;mes spectaculaires &#8211; l'attrait des sensations fortes n'est pas un ph&#233;nom&#232;ne nouveau. Beaucoup de chroniqueurs ont d&#233;crit en d&#233;tail les tortures et autres assassinats commis par des seigneurs, mais on ne trouve aucun r&#233;cit de lapidation de l'an 800 au 20&#232;me si&#232;cle, &#224; une exception pr&#232;s, dans l'Empire ottoman aux alentours de 1670 et la motivation, comme dans les cas modernes, en &#233;tait politique. L'&#233;v&#233;nement avait fait scandale &#224; l'&#233;poque et le juge responsable avait &#233;t&#233; d&#233;mis de ses fonctions. Le chroniqueur &#233;tait &#233;galement choqu&#233;. Il ne consid&#233;rait pas la lapidation comme un acte islamique. Il constatait avec effroi qu'une telle chose ne s'&#233;tait plus produite depuis l'&#233;poque du d&#233;but de l'islam. Pour lui la lapidation &#233;tait atavique et inhumaine. Hormis cette exception qui avait fait scandale, il n'y a donc de toute &#233;vidence pas eu de lapidation. D'autres peines avaient &#233;t&#233; mises en place. &lt;br&gt;
Elyse Semerdjian a analys&#233; les archives du tribunal d'Aleppo sur une dur&#233;e de 360 ans. Elle a constat&#233; qu'entre 1507 et 1866, il y a eu 121 accusations d'actes sexuels ill&#233;gitimes, mais personne n'avait &#233;t&#233; lapid&#233;. Durant toute cette p&#233;riode, la punition des femmes accus&#233;es et condamn&#233;es pour prostitution &#233;tait de quitter un certain quartier de la ville. On peut alors affirmer que, dans l'islam classique, il y a des situations dans lesquelles une r&#232;gle juridique est en m&#234;me temps valable et non valable. Peu de gens critiquaient le principe de la lapidation, mais tous critiquaient son application. &lt;br&gt;
Cette tol&#233;rance face &#224; l'ambigu&#239;t&#233; juridique est devenue incompr&#233;hensible de nos jours. Et c'est pour cette raison qu'aujourd'hui, dans les pays islamiques, contrairement aux mille ans pr&#233;c&#233;dents, des hommes et des femmes se font lapider pour adult&#232;re m&#234;me si, pour appliquer ces condamnations &#224; mort, d'autres normes et prescriptions du droit islamique doivent &#234;tre viol&#233;es. Mais il semble que ces prescriptions ont moins d'importance que le fait de vouloir d&#233;montrer au monde que le droit islamique est clair et sans &#233;quivoque. Il appara&#238;t alors qu'un ph&#233;nom&#232;ne soi-disant aussi typiquement islamique que celui de la lapidation n'a pas pu &#234;tre repris directement et sans d&#233;tours des normes islamiques traditionnelles. Il a fallu d'abord le d&#233;clin de la tol&#233;rance traditionnelle de l'ambigu&#239;t&#233; pour que les normes traditionnelles soient r&#233;&#233;valu&#233;es et r&#233;organis&#233;es. &#201;videmment je ne veux pas dire ici que la lapidation dans l'islam est import&#233;e de l'Occident. Mais aussi abject que cela puisse sonner, il s'agit d'un ph&#233;nom&#232;ne li&#233; &#224; la modernisation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Tol&#233;rance de l'ambigu&#239;t&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour l'islam, la cons&#233;quence de cette perte de la tol&#233;rance traditionnelle vis-&#224;-vis de l'ambigu&#239;t&#233; est catastrophique. Une grande partie de l'h&#233;ritage de l'islam avait &#233;t&#233; produit au sein d'une soci&#233;t&#233; dot&#233;e d'une tr&#232;s grande tol&#233;rance de l'ambigu&#239;t&#233;, ce qui permettait par exemple &#224; Ibn Hadjar al-Asqal&#226;n&#238; d'&#234;tre &#224; la fois un savant &lt;i&gt;hadith&lt;/i&gt; s&#233;v&#232;re et d'&#234;tre v&#233;n&#233;r&#233; pour ses po&#232;mes homo-&#233;rotiques. Aujourd'hui, dans une soci&#233;t&#233; pratiquement sans tol&#233;rance &#224; l'&#233;gard de l'ambigu&#239;t&#233;, cet h&#233;ritage est en train d'&#234;tre red&#233;fini. Des interpr&#233;tations et des normes qui pouvaient, dans le pass&#233;, coexister de mani&#232;re &#233;galitaire avec d'autres deviennent aujourd'hui absolues et seules valables, au d&#233;triment des autres. Mais les structures dans lesquelles ces &#233;l&#233;ments traditionnels sont ins&#233;r&#233;s ne sont pas authentiquement islamiques, elles sont form&#233;es par une vision du monde et une id&#233;ologie occidentale. &lt;br&gt;
La perte de la tol&#233;rance de l'ambigu&#239;t&#233; dans l'islam ne s'explique pas uniquement par son histoire. Stephen Toumin a montr&#233; que ce sont les guerres de religions, entre l'assassinat d'Henri IV et la guerre de Trente Ans, qui ont mis fin en Europe &#224; l'humanisme et au climat de tol&#233;rance de la Renaissance. Ce d&#233;veloppement n'a touch&#233; le monde islamique qu'au cours du 19&#232;me si&#232;cle, par adaptation &#224; l'Occident, qui s'av&#233;rait plus performant au niveau technique et &#233;conomique, mais ne pratiquait pas, ou plus, une tol&#233;rance &#224; l'ambigu&#239;t&#233; comparable &#224; celle de l'islam traditionnel. C'est d'apr&#232;s ces nouveaux param&#232;tres que l'islam s'est compl&#232;tement restructur&#233;. Mais ce qui &#224; l'&#233;poque repr&#233;sentait un effort consid&#233;rable d'adaptation &#224; un nouvel environnement culturel et politique, et qui a permis au monde islamique d'opposer &#224; l'expansion occidentale sa propre identit&#233; culturelle, a abouti &#224; un &lt;i&gt;&#171; pi&#232;ge identitaire &#187;&lt;/i&gt; (selon le titre d'un livre d'Amartya Sen). Il faut dire que ce n'est pas uniquement dans le monde islamique qu'on est tomb&#233; dans ce pi&#232;ge. En Occident, plus que jamais, on est pr&#234;t &#224; consid&#233;rer l'islam de la fin du 19&#232;me et du 20&#232;me si&#232;cles, restructur&#233; d'apr&#232;s les sch&#233;mas occidentaux, comme le v&#233;ritable et authentique islam, et de proc&#233;der &#224; partir de l&#224; &#224; une projection r&#233;trospective sur toute son histoire. Il faut comprendre que l'islam moderne n'est pas juste une continuit&#233; de l'islam traditionnel, mais plut&#244;t un conglom&#233;rat de visions du monde et d'id&#233;ologies modernes et tr&#232;s diverses. Beaucoup d'aspects de l'islam moderne ont en commun d'ob&#233;ir &#224; l'exigence moderne de la non-ambigu&#239;t&#233; qui trouve ses origines en Occident. Des &#233;l&#233;ments traditionnels sont ins&#233;r&#233;s s&#233;lectivement dans ces syst&#232;mes d'apr&#232;s l'orientation voulue. Les nouvelles configurations qui naissent sont au moins aussi occidentales qu'islamiques. Et l&#224; o&#249; l'on pense tomber sur un &#233;l&#233;ment purement islamique, on ne contemple souvent que notre propre reflet, mais d&#233;cal&#233; dans le temps. Et c'est ainsi qu'en &#233;tudiant des caract&#233;ristiques d'autres cultures, nous nous &#233;tudions toujours aussi nous-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thomas Bauer&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'auteur critique l'utilisation du terme d'homosexualit&#233;, car c'est un concept &#233;labor&#233; &#224; la fin du 19&#232;me si&#232;cle pour d&#233;signer un comportement d&#233;viant ou une maladie. Il utilise donc des expressions comme &lt;i&gt;&#171; l'amour au sein du m&#234;me sexe &#187;&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;&#171; relation amoureuse entre gens du m&#234;me sexe &#187;&lt;/i&gt;. Cela alourdit certes la lecture, mais sert &#224; insister sur le fait que le concept d'homosexualit&#233; a &#233;t&#233; forg&#233; dans une culture sp&#233;cifique et &#224; une p&#233;riode d&#233;termin&#233;e (ndlt)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nom du Parlement anglais, sous Edward III, qui si&#233;gea du 28 avril au 10 juillet 1376. Il tient son nom de &#171; bon parlement &#187; du fait qu'&#224; cette &#233;poque, la cour anglaise &#233;tait consid&#233;r&#233;e par une large majorit&#233; de la population comme corrompue et que ses membres manifestaient des efforts sinc&#232;res pour r&#233;former le gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Issu du grec &lt;i&gt;tribein&lt;/i&gt;, qui signifie frotter, s'entre frotter. A longtemps d&#233;sign&#233; la lesbienne en caricaturant ses suppos&#233;es parodies &lt;i&gt;&#171; viriles &#187;&lt;/i&gt;. (ndlt)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Linguiste allemand (1868 - 1956), professeur d'universit&#233; &#224; Berlin et sp&#233;cialiste des langues du Moyen-Orient.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les &lt;i&gt;Hud&#251;d&lt;/i&gt; (singulier : &lt;i&gt;Hadd&lt;/i&gt;) comprennent les incriminations et les peines d&#233;finies par le Coran qui ne peuvent &#234;tre remises en cause par les juges. Le droit musulman consid&#232;re cette cat&#233;gorie de crime comme des crimes contre la &lt;i&gt;&#171; Loi de Dieu &#187;&lt;/i&gt;. Les peines pr&#233;vues pour les crimes de type &lt;i&gt;Hadd&lt;/i&gt; sont fixes car elles ont &#233;t&#233; fix&#233;es par Dieu et se trouvent explicitement dans le Coran.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.abfiran.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.abfiran.org&lt;/a&gt; (en anglais).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le droit positif est constitu&#233; de l'ensemble des r&#232;gles juridiques en vigueur dans un &#201;tat ou dans un ensemble d'&#201;tats, &#224; un moment donn&#233;, quelles que soient leurs sources. Pour les th&#233;oriciens du droit positif, les r&#232;gles de droit ne sont pas issues de la nature ou de Dieu, mais des hommes eux-m&#234;mes, ou de leurs activit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pendant qu'il &#233;tait en fonction comme 1er ministre de Bavi&#232;re pour la CSU, parti catholique traditionnel, il a eu un enfant ill&#233;gitime issu d'une relation qui durait depuis plusieurs ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans &lt;i&gt;L'homme cet inconnu&lt;/i&gt;, il &#233;crit que &lt;i&gt;&#171; la s&#233;lection naturelle n'a pas jou&#233; son r&#244;le depuis longtemps &#187;&lt;/i&gt; et que &lt;i&gt;&#171; beaucoup d'individus inf&#233;rieurs ont &#233;t&#233; conserv&#233;s gr&#226;ce aux efforts de l'hygi&#232;ne et de la m&#233;decine &#187;&lt;/i&gt;. Il plaide pour un eug&#233;nisme incluant l'euthanasie de toute une s&#233;rie d'ind&#233;sirables et le reconditionnement au fouet des d&#233;linquants.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir texte pr&#233;c&#233;dent &lt;i&gt;Islam homophobe, Occident tol&#233;rant ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les auteurs&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
N&#233; en 1974, dipl&#244;m&#233; de sociologie et d'histoire, responsable pour les questions d'homosexualit&#233; dans l'organisation estudiantine AStA &#224; l'universit&#233; libre de Berlin, Georg Klauda a particip&#233; aux d&#233;buts de la revue consacr&#233;e &#224; l'&#233;mancipation sexuelle Gigi. Ses livres ne sont pas encore traduits en fran&#231;ais.&lt;br&gt;
Thomas Bauer est chercheur sur l'islam et le monde arabe &#224; l'universit&#233; d'Erlangen en Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les textes&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Ces articles ont &#233;t&#233; traduits de l'allemand par Paul Braun et sont parus initialement dans &lt;i&gt;Archipel&lt;/i&gt; N&#176; 195, 196 et 197 (juillet-ao&#251;t &#224; octobre 2011) pour &#171; El&#232;ves mod&#232;les et apprentis sorciers &#187; et dans &lt;i&gt;Archipel&lt;/i&gt; N&#176; 190 et 191 (f&#233;vrier-mars 2011) pour &#171; Islam homophobe, Occident tol&#233;rant ? &#187;. &lt;span class='ressource'&gt;&lt;[forumcivique.org-&gt;&lt;/span&gt;
http://forumcivique.org/]&gt;.&lt;br&gt;
Ils ont &#233;t&#233; &#233;crits avant les r&#233;volutions dans le monde arabe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bo&#238;te &#224; Outils Editions - 2012&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le temps des b&#251;chers</title>
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		<dc:date>2015-03-26T17:32:15Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Starhawk</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme, (questions de) genre</dc:subject>
		<dc:subject>Religions et croyances</dc:subject>
		<dc:subject>Bo&#238;te A Outils Editions (Forcalquier)</dc:subject>
		<dc:subject>Corps, soin, sant&#233; mentale</dc:subject>
		<dc:subject>Italiano</dc:subject>
		<dc:subject>Oppressions de classe</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Extrait de &lt;i&gt;Femmes, Magie et Politique&lt;/i&gt;, il s'agit d'une analyse de la chasse aux sorci&#232;res au travers des th&#232;mes de l'expropriation de la terre, de l'expropriation de la connaissance et de la guerre &#224; l'immanence.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique11" rel="directory"&gt;T&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;F&#233;minisme, (questions de) genre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot74" rel="tag"&gt;Religions et croyances&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot79" rel="tag"&gt;Bo&#238;te A Outils Editions (Forcalquier)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot124" rel="tag"&gt;Corps, soin, sant&#233; mentale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot130" rel="tag"&gt;Italiano&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot157" rel="tag"&gt;Oppressions de classe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L106xH150/arton1189-77a45.png?1780464431' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1189.png?1426281227&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Mon intention, en publiant ce texte de Starhawk (personnage controvers&#233;), n'est pas de faire l'apologie du n&#233;o paganisme, qui n'est franchement pas ma tasse de th&#233;. Cela dit, les informations sur le contexte dans lequel s'est d&#233;velopp&#233;e la chasse aux sorci&#232;res sont, &#224; mon avis, tr&#232;s pertinentes pour comprendre aussi bien les d&#233;buts du capitalisme que l'histoire de la violence faite aux femmes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE TEMPS DES B&#219;CHERS&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Elle a peur. Sa peur a une odeur plus forte que les aiguilles de pin que foulent ses pieds sur le sentier de la for&#234;t. La terre fume apr&#232;s la pluie de printemps. Son propre coeur est plus sonore que le meuglement du b&#233;tail sur le pr&#233; communal. La vieille femme porte un panier d'herbes et de racines qu'elle a arrach&#233;es ; il semble, &#224; son bras, lourd comme le temps. Ses pieds sur le sentier sont les pieds de sa m&#232;re, de sa grand-m&#232;re, de son arri&#232;re-grand-m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela fait des si&#232;cles qu'elle marche sous ces ch&#234;nes et ces pins, qu'elle cueille des herbes et les rapporte pour les s&#233;cher sous les avanc&#233;es du toit de sa chaumi&#232;re sur le pr&#233; communal. Depuis toujours les gens du village viennent &#224; elle ; ses mains sont des mains qui gu&#233;rissent, elles peuvent retourner l'enfant dans le ventre de sa m&#232;re ; sa voix murmurante charme la souffrance et la chasse, ou berce l'insomniaque jusqu'au sommeil. Elle croit qu'elle a du sang de f&#233;e dans les veines, le sang de l'Ancienne Race qui &#233;levait des pierres vers le ciel et ne construisait pas d'&#233;glises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la pens&#233;e de l'&#233;glise, elle frissonne ; elle se souvient de son r&#234;ve de la nuit pr&#233;c&#233;dente &#8211; le papier clou&#233; sur la porte de l'&#233;glise. Elle ne pouvait pas le lire. Qu'est-ce que c'&#233;tait ? La proclamation d'une chasse aux sorci&#232;res ? Elle se passe les mains sur les yeux. Ces jours-ci, la Vision est un malheur ; ses r&#234;ves sont hant&#233;s par les visages de femmes tortur&#233;es ; leurs yeux sans sommeil, les paupi&#232;res lourdes tandis qu'elles doivent marcher, monter et redescendre, nuit apr&#232;s nuit, affaiblies par la faim, les corps ras&#233;s et offerts en spectacle &#224; la foule, transperc&#233;s pour trouver la preuve qu'ils appellent les marques du diable, puis pris pour l'amusement priv&#233; des ge&#244;liers. Et ils &#233;taient doux en Angleterre o&#249; les sorci&#232;res &#233;taient seulement pendues. Elle pense aux r&#233;cits, murmur&#233;s &#224; des r&#233;unions, venant d'Allemagne et de France, et parlant de m&#233;canismes pour leur &#233;craser les os et leur d&#233;sarticuler les membres, de veines d&#233;chir&#233;es et de sang r&#233;pandu dans la poussi&#232;re, de chair carbonis&#233;e tandis que les flammes s'&#233;l&#232;vent autour du b&#251;cher. Pourrait-elle garder le silence sous cette torture &#8211; ou se briserait-elle, avouerait-elle n'importe quoi, d&#233;noncerait-elle comme ses compagnes sorci&#232;res n'importe qui, toutes celles qu'ils veulent ? Elle ne sait pas, elle esp&#232;re qu'elle ne saura jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vieille femme fait le signe de bannissement de sa main gauche et continue son chemin. Peut-&#234;tre le papier clou&#233; du r&#234;ve &#233;tait-il quelque chose de compl&#232;tement diff&#233;rent. Mais il avait une mauvaise odeur. . . Enclosure ? Vont-ils diviser la terre commune, construire des barri&#232;res, d&#233;truire les petites chaumi&#232;res comme la sienne ? Elle sent un coup de poignard sous son corsage et s'assoit, &#224; peine capable de respirer. Oui c'&#233;tait &#231;a. Que va-t-elle faire ? Qui parlera pour elle ou l'acceptera chez lui ? Elle n'a pas de mari, pas d'enfants. Autrefois le village l'aurait prot&#233;g&#233;e, mais maintenant les pr&#234;tres ont bien fait leur travail. Les malades la craignent, m&#234;me quand ils viennent lui demander son aide. Les villageois ont peur les uns des autres. Les mauvaises r&#233;coltes, les loyers des terres, le prix de la nourriture qui augmente toujours &#8211; il y a trop de rats &#224; gratter le m&#234;me petit tas de grain, et les pr&#234;tres et les pr&#234;cheurs sont toujours dessus pour se l'accaparer. Mais il y a eu des soul&#232;vements &#224; l'Ouest et au Nord contre les &lt;i&gt;enclosures&lt;/i&gt;. Il pourrait y en avoir ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle se retourne et regarde les profondeurs de la for&#234;t. Un moment, elle est tent&#233;e de s'y enfoncer, de suivre le chemin plus loin qu'elle n'a jamais &#233;t&#233;. Certains ont dit que ceux de l'Ancienne Race vivaient encore au centre cach&#233; de la for&#234;t. L'abriteraient-ils ? Ou trouverait-elle les campements des gens sans ma&#238;tre, des boh&#233;miens, des hors-la loi, de ceux qui ont &#233;t&#233; expuls&#233;s comme elle de la terre ? La vie serait-elle plus libre sous les arbres ? Auraient-ils besoin d'une gu&#233;risseuse ? Et surgirait-il un jour des bois et des landes une arm&#233;e de d&#233;poss&#233;d&#233;s, pour d&#233;truire les barri&#232;res des seigneurs, les ch&#226;teaux et les &#233;glises, pour restaurer la libert&#233; de leur propre terre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle reste immobile. Mais finalement, elle remet son panier &#224; l'&#233;paule et repart vers le village. La jeune Jonet au moulin est pr&#232;s d'accoucher, et la vieille femme sait que ce sera une naissance difficile. Elle aura besoin des herbes qu'elle ram&#232;ne dans ce panier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle a peur mais elle continue &#224; marcher. &lt;i&gt;&#171; Nous avons toujours surv&#233;cu, se dit-elle. Nous survivrons toujours. &#187;&lt;/i&gt; Elle se le r&#233;p&#232;te encore et encore, comme une incantation.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Nous survivons encore, dans la culture de la distance ; pour combien de temps, nul ne le sait. Mais, pour transformer cette culture intelligemment, nous devons la comprendre, trouver ses racines, connaitre son histoire &#8211; non que la mise &#224; distance d&#233;coule lin&#233;airement d'un &#233;v&#233;nement ou d'une p&#233;riode historique particuli&#232;re, mais parce que le pass&#233; est toujours vivant dans le pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le drame de la mise &#224; distance est une histoire longue et complexe, et le raconter compl&#232;tement serait refaire toute l'histoire. Mais au moins nous pouvons lever le rideau sur la premi&#232;re sc&#232;ne de ce qui est peut-&#234;tre le dernier acte, et consid&#233;rer de pr&#232;s l'&#233;poque o&#249; vivait cette vieille femme, les 16&#232;me et 17&#232;me si&#232;cles, une &#233;poque o&#249; la Culture occidentale a subi des changements cruciaux qui ont produit le type particulier de mise &#224; distance qui caract&#233;rise le monde moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Deux descriptions valent mieux qu'une &#187;&lt;/i&gt;, dit Gregory Bateson dans &lt;i&gt;Mind and Nature&lt;/i&gt;, car &lt;i&gt;&#171; la combinaison de diff&#233;rents &#233;l&#233;ments d'information d&#233;finit une mani&#232;re tr&#232;s puissante d'approcher ce que j'appelle &#8230; le sch&#232;me qui connecte &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bateson, Gregory, Mind and Nature, a Necessary Unity, New Yori Bantam, 1979, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si nous regardons les 16&#232;me et 17&#232;me si&#232;cles en vision binoculaire, nous pouvons voir avec un relief aigu les nombreuses facettes du dilemme qui est le n&#244;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un oeil nous donne la vision qui nous est famili&#232;re. Nous voyons la p&#233;riode de la Renaissance et de la R&#233;forme comme une grande floraison d'art, de science et d'humanisme &#8211; un moment o&#249; les cha&#238;nes contraignantes du dogme ont &#233;t&#233; bris&#233;es, un moment de questionnement et d'exploration, de naissance de nouvelles religions et de r&#233;&#233;valuation de la corruption des vieilles institutions, un moment de d&#233;couverte et d'illumination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais fermons cet &#339;il, et regardons par l'autre &#8211; l'&#339;il gauche, l'&#339;il de sorci&#232;re, et les 16&#232;me et 17&#232;me si&#232;cles sont le temps des b&#251;chers, celui o&#249; la pers&#233;cution des sorci&#232;res ou de femmes suppos&#233;es l'&#234;tre a atteint son sommet ; des temps de terreur et de torture, des temps de supplices et de gibet, de confessions forc&#233;es, d'enfants utilis&#233;s comme t&#233;moins contre leurs m&#232;res, de mort publique sur le b&#251;cher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la vision binoculaire, la question qui se dessine n'est pas : pourquoi ont-ils pers&#233;cut&#233; les sorci&#232;res ? L'histoire de l'&#201;glise est une histoire de pers&#233;cution. Les b&#251;chers des sorci&#232;res n'ont pas &#233;t&#233; un ph&#233;nom&#232;ne isol&#233;, ils doivent &#234;tre appr&#233;hend&#233;s dans le contexte de si&#232;cles de sang et de terreur.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous ne pouvons pas comprendre les pers&#233;cutions de sorci&#232;res si nous les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les Juifs, le Moyen &#194;ge a &#233;t&#233; une p&#233;riode de restrictions sans cesse croissantes, d'humiliations, d'expulsions et de massacres de masse. En Espagne, les Marranes convertis de force qui continuaient &#224; pratiquer le juda&#239;sme secr&#232;tement, &#233;taient tortur&#233;s par les inquisiteurs et, s'ils ne se repentaient pas, &#233;taient br&#251;l&#233;s comme les sorci&#232;res sur le b&#251;cher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chr&#233;tiens h&#233;r&#233;tiques, pris individuellement ou en tant que communaut&#233;s comme les Vaudois et les Albigeois, furent aussi supplici&#233;s par l'&#233;p&#233;e et par le feu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rosemary Ruether souligne dans &lt;i&gt;New Woman, New Earth : Sexist Ideologies and Human Liberation&lt;/i&gt; que &lt;i&gt;&#171; beaucoup d'id&#233;es projet&#233;es ensuite sur les sorci&#232;res, comme les orgies nocturnes et les sacrifices d'enfants, avaient d'abord &#233;t&#233; dirig&#233;es par l'Inquisition contre les h&#233;r&#233;tiques... L'image du Juif comme &#233;tranger d&#233;moniaque &#233;tait semblable de bien des mani&#232;res &#224; celle de la sorci&#232;re... Le Juif &#233;tait consid&#233;r&#233; comme un adorateur du diable, &#233;quip&#233; de cornes, de griffes et d'une queue, et chevauchant une ch&#232;vre satanique. On croyait que le Juif, comme la sorci&#232;re, volait l'eucharistie et se livrait &#224; d'autres caricatures blasph&#233;matoires des rituels catholiques &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ruether, Rosemary, New Woman, New Earth : Sexist Ideologies and Human (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pers&#233;cutions des sorci&#232;res se sont cependant distingu&#233;es de celles de Juifs et d'h&#233;r&#233;tiques de plusieurs mani&#232;res. D'abord elles &#233;taient dirig&#233;es principalement, bien que non exclusivement, contre des femmes &#8211; sp&#233;cialement aux 16&#232;me et 17&#232;me si&#232;cles. Les sorci&#232;res ne formaient pas un groupe ethnique et religieux &#233;tranger comme les Juifs, exclus de la soci&#233;t&#233; chr&#233;tienne. Elles ne formaient pas non plus une secte &#233;trang&#232;re clairement identifi&#233;e, comme les Albigeois, avec une doctrine et une organisation bien d&#233;finies. Il est vrai que les sorci&#232;res furent accus&#233;es d'adorer le diable, mais pas dans le m&#234;me sens que les Marranes par exemple, &#224; qui l'on reprochait de continuer leur culte juif traditionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le diable, dans l'esprit des chasseurs de sorci&#232;res, &#233;tait un &#234;tre r&#233;el et les sorci&#232;res &#233;taient accus&#233;es d'avoir des relations sociales et sexuelles r&#233;elles avec lui. On leur attribuait nombre d'exploits fantastiques et bizarres, en contradiction avec notre sens ordinaire de la r&#233;alit&#233; : d&#233;placements a&#233;riens nocturnes, transformations d'humains en animaux, enl&#232;vements magiques de p&#233;nis et dissimulation de ceux-ci dans des nids d'oiseaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Kramer et Sprenger, &#171; Malleus Maleficarum &#187;, in Daly, Mary, op. cit., p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De tels exploits nous paraissent le fruit d'un esprit souffrant d'hallucinations parano&#239;des pleinement d&#233;velopp&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout au long du Moyen &#194;ge il y eut des chasses aux sorci&#232;res sporadiques, mais &#224; l'apog&#233;e de la Renaissance, &#224; la fin du 15&#232;me si&#232;cle, elles se r&#233;pandirent largement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce compte rendu des pers&#233;cutions de sorci&#232;res est bas&#233; sur Daly, Mary, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1484, une bulle du pape Innocent VIII d&#233;clarait la sorcellerie une h&#233;r&#233;sie et &#233;tendait le pouvoir des inquisiteurs &#224; la chasse aux sorci&#232;res en Allemagne du Sud. En 1486, les inquisiteurs dominicains Kramer et Sprenger publiaient le &lt;i&gt;Malleus Maleficarum &lt;/i&gt; (appel&#233; &lt;i&gt;Le Marteau des Sorci&#232;res&lt;/i&gt;) qui devint le manuel des chasseurs de sorci&#232;res pour les deux si&#232;cles et demi suivants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pers&#233;cutions augment&#232;rent pendant le 16&#232;me si&#232;cle pour atteindre une extension et une r&#233;pression maximales au d&#233;but du 17&#232;me si&#232;cle. (Le proc&#232;s des sorci&#232;res de Salem, &#224; la fin du 17&#232;me si&#232;cle fut une crise localis&#233;e, que je n'examinerai pas ici.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les estimations du nombre de sorci&#232;res effectivement condamn&#233;es vont de 100.000 &#224; 9 millions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ruether, Rosemary, op. cit., p. 11. NdT : Comme le dit l'auteure dans la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les plus &#233;lev&#233;es incluent tous les types de condamnations, les plus basses, uniquement les ex&#233;cutions officiellement enregistr&#233;es. Le v&#233;ritable nombre est difficile &#224; estimer, mais le plus important est de comprendre le climat de terreur qui a r&#233;gn&#233; partout. N'importe qui &#8211; sp&#233;cialement les femmes &#8211; pouvait &#234;tre accus&#233; de pratiques sorci&#232;res. La sorcellerie &#233;tait d&#233;finie comme un crime sp&#233;cial auquel les lois ordinaires d'enqu&#234;te ne s'appliquaient pas. Jean Bodin, penseur fran&#231;ais et chasseur de sorci&#232;res renomm&#233;, conseillait d'utiliser les enfants comme t&#233;moins, car on pouvait plus facilement les persuader de donner des preuves contre les accus&#233;es.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daly, Mary, op. cit., p. 197.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Une fois inculp&#233;es, les femmes suspect&#233;es d'&#234;tre sorci&#232;res &#233;taient soumises &#224; des tortures du genre de celles d&#233;crites dans le document d'&#233;poque qui suit :&lt;i&gt; &#171; Il y a des hommes qui dans cet art surpassent les esprits de l'enfer. J'ai vu les membres &#233;cartel&#233;s, les yeux sortis de la t&#234;te, les pieds arrach&#233;s des jambes, les articulations tordues, les omoplates d&#233;bo&#238;t&#233;es, les art&#232;res gonfl&#233;es, les veines superficielles enfonc&#233;es, la victime que l'on soulevait haut pour la laisser tomber, que l'on retournait la t&#234;te en bas les pieds en l'air. J'ai vu le bourreau donner la discipline et frapper avec des verges et &#233;craser en vissant, et charger lourdement de poids, et piquer avec des aiguilles et entourer de cordes, et br&#251;ler avec du soufre, et arroser d'huile, et roussir avec des torches. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Repris de Henry Charles Lea in Daly, Mary, op. cit., p. 200.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tortures duraient parfois des jours et des nuits, notamment en Allemagne, en Italie et en Espagne ;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daly, Mary, ibid.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; elles duraient une heure, puis elles s'interrompaient, pour reprendre plus tard. Le terme m&#234;me de torture &#233;tait totalement banni en Angleterre, puisque la privation de nourriture et de sommeil et le viol collectif n'&#233;taient pas consid&#233;r&#233;s comme tels. Que l'accus&#233;e succombe &#224; cette souffrance intol&#233;rable et donne des noms ou confesse les crimes que ses tortionnaires lui sugg&#233;raient, qu'elle ait la chance d'&#234;tre &#233;trangl&#233;e sur le b&#251;cher avant de br&#251;ler ou qu'elle soit br&#251;l&#233;e vivante, qu'elle soit pendue, bannie, ou qu'elle se suicide, l'accusation signifiait de toute fa&#231;on la ruine. En pratique, les accusations de sorcellerie &#233;taient surtout dirig&#233;es contre des femmes des couches inf&#233;rieures de la soci&#233;t&#233;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Daly, op. cit., p. 185 ; Ruether, op. cit., p. 104-105 ; Hill, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#201;taient particuli&#232;rement vis&#233;es les veuves, les c&#233;libataires, et celles qui n'&#233;taient pas prot&#233;g&#233;es par un homme. Quand des personnes riches ou connues &#233;taient accus&#233;es, &lt;i&gt;&#171; la cr&#233;dibilit&#233; des confessions arrach&#233;es sous la torture s'effondrait, et l'opinion publique influente commen&#231;ait &#224; soup&#231;onner que les confessions ant&#233;rieures ne correspondaient pas &#224; une exp&#233;rience r&#233;elle &#187;&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ruether, op. cit., p. 105.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; La chasse aux sorci&#232;res &#233;tait donc dirig&#233;e contre les femmes en tant que sexe et contre la classe paysanne laborieuse.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'utilise les termes de classe paysanne laborieuse et classe professionnelle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question qui me vient &#224; l'esprit &#224; propos de la pers&#233;cution des sorci&#232;res n'est pas pourquoi, mais pourquoi &#224; ce moment-l&#224; ? Pourquoi, &#224; ce moment particulier de l'histoire, les hi&#233;rarchies de l'&#201;glise catholique et de l'&#201;glise protestante r&#233;cemment form&#233;e ont-elles sanctionn&#233; et encourag&#233; la pers&#233;cution des sorci&#232;res ? Quels int&#233;r&#234;ts servait-elle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une soci&#233;t&#233; n'est pas une chose statique, un objet, une entit&#233; unique. C'est un syst&#232;me, un r&#233;seau de relations complexes en transformation permanente, dans lequel le tout est toujours plus que la somme de ses parties et en diff&#232;re parfois qualitativement. Les formes de production du n&#233;cessaire et du superflu, les parts de l'un et de l'autre auxquelles ont droit les diff&#233;rentes classes de la soci&#233;t&#233;, le niveau de la science et de la technologie, la distribution du pouvoir, les r&#244;les sexuels, l'&#233;ducation des enfants, la psychologie individuelle et les id&#233;ologies que dispensent la religion, la philosophie, l'&#233;ducation et les institutions &#8211; tous ces &#233;l&#233;ments sont intriqu&#233;s. Les interactions ne sont ni simples ni lin&#233;aires, ce sont des boucles circulaires de causes et d'effets qui se nourrissent les unes les autres, et agissent par pressions et entraves mutuelles. Si un &#233;l&#233;ment d'une soci&#233;t&#233; change, l'&#233;quilibre dynamique de la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re est menac&#233;. D'autres &#233;l&#233;ments vont alors se modifier pour tenter de pr&#233;server une constance dans la relation entre les &#234;tres humains et leur environnement, afin que cette relation permette la survie du groupe.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Bateson, Gregory, Steps to an Ecology of Mind, New York, Ballantine, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant le 16&#232;me et le 17&#232;me si&#232;cle, la soci&#233;t&#233; occidentale fut soumise &#224; des changements tr&#232;s importants. Les chasses aux sorci&#232;res &#233;taient l'expression conjugu&#233;e d'un affaiblissement des contraintes traditionnelles et d'un accroissement de nouvelles pressions. C'&#233;tait une p&#233;riode r&#233;volutionnaire, mais les pers&#233;cutions ont contribu&#233; &#224; saper la possibilit&#233; d'une r&#233;volution dont puissent b&#233;n&#233;ficier les femmes, les pauvres et les non propri&#233;taires. Au contraire, les transformations qui sont survenues ont avantageusement servi les classes montantes professionnelles argent&#233;es et ont rendu possible l'exploitation brutale, extensive et irresponsable des femmes, des travailleurs et de la nature. Partie prenante de ce changement, la pers&#233;cution des sorci&#232;res &#233;tait li&#233;e &#224; trois processus enchev&#234;tr&#233;s : l'expropriation de la terre et des ressources naturelles, l'expropriation du savoir, et la guerre contre la conscience de l'immanence, inh&#233;rente aux femmes, &#224; la sexualit&#233; et &#224; la magie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'expropriation de la terre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le f&#233;odalisme &#233;tait un syst&#232;me autoritaire et hi&#233;rarchique, mais il &#233;tait bas&#233; sur un mod&#232;le organique. Carolyn Merchant dans &lt;i&gt;The Death of Nature : Women, Ecology and the Scientific Revolution&lt;/i&gt; donne plusieurs exemples de penseurs m&#233;di&#233;vaux qui utilisent le corps humain comme mod&#232;le et m&#233;taphore du corps social.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Merchant, Carolyn, The Death of Nature : Women, Ecology and the Scientific (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Dans un travail publi&#233; par John of Salisbury en 1159, le prince, avec le clerg&#233;, fonctionnait comme l'&#226;me du Commonwealth. Ceux qui faisaient les lois &#233;taient le c&#339;ur, tandis que les juges et les gouverneurs &#233;taient les organes des sens. Les soldats &#233;taient les bras et les mains ; un bras prot&#233;geait les gens contre l'ext&#233;rieur, l'autre les disciplinait de l'int&#233;rieur. Les financiers &#233;taient les intestins des &#201;tats. Les paysans, les fermiers, les artisans, le menu peuple travailleur &#233;taient les pieds qui supportaient tout le reste.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 71-73.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; f&#233;odale &#233;tait en r&#233;alit&#233; un syst&#232;me de droits et de responsabilit&#233;s complexes et entrelac&#233;es qui fonctionnait &#224; l'image d'un organisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La discussion qui suit sur l'&#233;conomie f&#233;odale est bas&#233;e sur : Birnie Arthur, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Son unit&#233; de base &#233;tait la communaut&#233; locale, le manoir, le village, et, dans la p&#233;riode m&#233;di&#233;vale tardive, la ville. L'&#233;conomie &#233;tait agraire, bas&#233;e sur des cultures de subsistance. Les routes &#233;taient mauvaises et les transports lents. Les denr&#233;es agricoles &#233;taient p&#233;rissables, aussi chaque communaut&#233; d&#233;pendait d'abord de ce qu'elle pouvait faire pousser et produire elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agriculture &#233;tait bas&#233;e sur le village, per&#231;u comme une organisation, plut&#244;t que sur les labeurs et les profits d'unit&#233;s autonomes comme l'individu ou le noyau familial. Dans beaucoup de r&#233;gions, les champs &#233;taient poss&#233;d&#233;s et travaill&#233;s en commun. Avec l'introduction de la charrue lourde &#224; la p&#233;riode carolingienne, il &#233;tait devenu indispensable que les paysans se regroupent pour acqu&#233;rir et entretenir une charrue et la paire de b&#339;ufs ou de chevaux n&#233;cessaire pour la tirer. Au lieu d'avoir de petits champs individuels priv&#233;s, le village tout entier pouvait poss&#233;der d'&#233;normes champs ouverts. Les d&#233;cisions, telles que : quand et quoi planter, quelle terre laisser en jach&#232;re, comment faire tourner les cultures et comment partager la moisson &#233;quitablement, &#233;taient alors prises en commun. Au lieu de poss&#233;der un ensemble de terres d'un seul tenant, un paysan poss&#233;dait ou louait &lt;i&gt;&#171; le droit de partager les profits du sol &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Conner, op. cit., p. 7.&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans certains cas, les paysans recevaient en fonction du produit plusieurs bandes de terre de diff&#233;rents types : terres arables, prairies &#224; fourrage ou p&#226;tures. Le paysan devait une contribution correspondant en travail commun de labourage, semis, moisson et soin aux animaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me dans les r&#233;gions o&#249; la terre &#233;tait poss&#233;d&#233;e de mani&#232;re ind&#233;pendante, de vastes &#233;tendues de p&#226;tures, de for&#234;ts, de marais et de friches &#233;taient couvertes par un r&#233;seau complexe de droits communaux.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La discussion qui suit sur les droits communaux est bas&#233;e sur Conner, op. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Bien que le seigneur local soit le propri&#233;taire d'un bois ou d'une p&#226;ture, les paysans avaient le droit de faire pa&#238;tre leur b&#233;tail sur les champs en friche, d'emmener leurs cochons dans les for&#234;ts, et d'y ramasser du bois pour faire du feu ou pour r&#233;parer leurs b&#226;timents et leurs cl&#244;tures. Dans certaines r&#233;gions, de vastes &#233;tendues de terres foresti&#232;res &#233;taient r&#233;serv&#233;es aux jeux priv&#233;s du roi (c'est le sens l&#233;gal du mot for&#234;t &#224; l'&#233;poque m&#233;di&#233;vale). Les paysans n'avaient pas le droit de tuer les cerfs. (Vous vous souvenez de l'histoire de Robin des Bois ?) Ils n'avaient m&#234;me pas le droit de les chasser de leurs propres champs, mais ils pouvaient, en contrepartie, avoir droit au bois tomb&#233; et aux autres produits de la for&#234;t.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rogers, John, The English Woodland, New York, Scribner's, 1946, p. 17-29.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me dans les villages o&#249; la terre &#233;tait exploit&#233;e de mani&#232;re ind&#233;pendante, chacun &#233;tait limit&#233; par les droits des autres. Une famille pouvait, par exemple, avoir le droit de faire pa&#238;tre son b&#233;tail dans les champs d'une autre famille apr&#232;s la moisson.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les seigneurs poss&#233;daient la terre, mais elle ne leur appartenait pas dans le sens o&#249; une propri&#233;t&#233; priv&#233;e nous appartient. La tradition des droits communaux les emp&#234;chait de modifier l'usage d'une terre. Un seigneur ne pouvait pas, si c'&#233;tait son bon plaisir, faire abattre une for&#234;t dans laquelle les gens ordinaires avaient des droits. M&#234;me au milieu du 16&#232;me si&#232;cle la doctrine de la Cit&#233; selon laquelle &lt;i&gt;&#171; les hommes peuvent&lt;/i&gt; 'user de leurs possessions comme ils l'entendent'&lt;i&gt; semblait &#233;quivalant &#224; de l'ath&#233;isme &#187;&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hill, Christopher, Reformation to Industrial Revolution, p. 14.&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; La terre &#233;tait suppos&#233;e procurer des moyens d'existence, mais le profit n'&#233;tait pas son but premier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Au Moyen &#194;ge, la terre &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme une source de dignit&#233; ou comme l'endroit o&#249; grandissaient les futurs soldats, ou comme un moyen de maintenir une classe dominante dans une position sociale appropri&#233;e. Exploiter un domaine de mani&#232;re &#224; en obtenir le plus haut revenu mon&#233;taire &#233;tait consid&#233;r&#233; presque comme un abus du droit de propri&#233;t&#233;, en particulier si cette exploitation entra&#238;nait la mis&#232;re ou une d&#233;gradation de leur situation pour les cultivateurs du sol... La croissance d'une &#233;conomie mon&#233;taire a ouvert des voies de p&#233;n&#233;tration dans les coutumes domaniales derri&#232;re lesquelles s'&#233;taient abrit&#233;s les habitants, et a permis au seigneur de donner libre cours &#224; la passion du profit. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Birnie, op. cit., p. 72.&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; f&#233;odale &#233;tait encore guid&#233;e par le principe &#233;conomique de l'usage et non par celui du gain. La terre, par exemple, avait de la valeur parce qu'elle procurait une subsistance ; ce fait &#224; lui seul fondait son pouvoir de d&#233;terminer le statut social. Elle approvisionnait les arm&#233;es et &#233;tait donc la base du pouvoir politique. Mais elle n'&#233;tait pas encore appr&#233;hend&#233;e comme une ressource qui pouvait &#234;tre exploit&#233;e jusqu'au gain maximal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lois et les coutumes f&#233;odales garantissaient aux paysans &#8211; qu'ils soient libres ou serfs &#8211; l'acc&#232;s &#224; la terre et aux moyens de subsistance. Tout ce que les paysans r&#233;ussissaient &#224; tirer de la terre au-del&#224; de leurs besoins vitaux et de ceux de leurs familles &#233;tait redistribu&#233; vers le haut, en loyers, tribut f&#233;odal, taxes pour l'&#201;glise et contributions aux travaux obligatoires. Le surplus de grain, fruits, lait, viande, laine et autres produits allait droit aux classes qui combattaient, gouvernaient et d&#233;tenaient aussi le pouvoir eccl&#233;siastique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les classes sup&#233;rieures &#233;taient approvisionn&#233;es aux d&#233;pens d'une diminution graduelle, et &#224; long terme, de la fertilit&#233; de la terre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La pratique des seigneurs de tirer des paysans non libres (ceux qui ne payaient pas des loyers) tout revenu d&#233;passant leurs moyens de subsistance a rendu ces paysans incapables de rendre &#224; la terre ce qu'ils lui avaient pris. Ils n'avaient pas de ressources suffisantes pour r&#233;investir dans des charrues ou des engrais. Dans beaucoup de r&#233;gions, les sols furent rapidement &#233;puis&#233;s et fortement &#233;rod&#233;s. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Merchant, Carolyn, op. cit., p. 48.&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prosp&#233;rit&#233; des classes sup&#233;rieures &#233;tait une fausse prosp&#233;rit&#233;, bas&#233;e sur l'accumulation d'une dette &#233;cologique, de la m&#234;me mani&#232;re qu'aujourd'hui nous maintenons un niveau de vie artificiellement &#233;lev&#233; en &#233;puisant la terre et nos ressources non renouvelables.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comprendre l'importance de l'engrais peut jeter une nouvelle lumi&#232;re sur la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;clin de la fertilit&#233; de la terre fut une des causes du changement des formes traditionnelles d'agriculture. D'autres pressions vinrent de l'&#233;mergence d'une &#233;conomie de march&#233; qui se substitua progressivement &#224; l'&#233;conomie f&#233;odale. Bien s&#251;r, l'&#233;conomie f&#233;odale avait toujours inclus des march&#233;s. Mais &#224; la fin de la p&#233;riode f&#233;odale et &#224; la Renaissance, ces derniers commenc&#232;rent &#224; dominer les &#233;changes. Le d&#233;veloppement de l'&#233;conomie de march&#233; signifia le d&#233;placement de la valeur d'usage en faveur de la valeur d'&#233;change. Au lieu de produire sa propre nourriture et de vendre le surplus, les propri&#233;taires commenc&#232;rent &#224; produire pour le march&#233;, non pas ce qui &#233;tait n&#233;cessaire mais ce qui &#233;tait susceptible de rapporter un profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'or am&#233;ricain envahit l'Europe au 16&#232;me si&#232;cle, en causant une terrible inflation. Les propri&#233;taires trouv&#232;rent que les loyers traditionnels rapportaient de moins en moins. L'inflation fit pression pour maximiser les profits de la terre comme l'ouverture des march&#233;s en avait donn&#233; l'opportunit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Angleterre, nombre de propri&#233;taires arr&#234;t&#232;rent de cultiver les c&#233;r&#233;ales et les l&#233;gumes pour la consommation locale et se mirent &#224; &#233;lever des moutons pour le march&#233; de la laine en pleine expansion.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La discussion sur l'importance des march&#233;s et les enclosures est inspir&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; La laine &#233;tait le premier produit d'exportation de l'Angleterre, et l'industrie textile fut la premi&#232;re &#224; s'organiser de mani&#232;re capitaliste. L'exportation des c&#233;r&#233;ales &#233;tait limit&#233;e depuis 1491 et la loi maintenait leur prix et le profit &#224; en tirer &#224; un bas niveau. L'exportation de laine fut encourag&#233;e et, &#224; la diff&#233;rence des denr&#233;es agricoles p&#233;rissables, elle pouvait voyager par bateaux, m&#234;me &#224; une &#233;poque de mauvaises routes et de transports lents. Les lainages anglais trouv&#232;rent un march&#233; pr&#234;t &#224; les accueillir aux Pays-Bas et ailleurs sur le continent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;lever des moutons demandait moins de paysans que cultiver des c&#233;r&#233;ales. Il &#233;tait plus efficace de le faire dans des terres cl&#244;tur&#233;es, ceintes de barri&#232;res. Les profits aussi avaient tendance &#224; &#234;tre mieux assur&#233;s quand les d&#233;cisions &#233;taient prises par un seul propri&#233;taire ou par son agent (lesquels n'avaient qu'un seul ensemble d'int&#233;r&#234;ts &#224; prendre en consid&#233;ration), plut&#244;t que par une organisation communale qui devait soupeser les int&#233;r&#234;ts de nombreux villageois et faire des &#233;quilibres ou des compromis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les propri&#233;taires fonciers commenc&#232;rent &#224; faire pression pour enclore. Les cl&#244;tures, en effet, transformaient la terre en propri&#233;t&#233; priv&#233;e sous le contr&#244;le d'une seule personne, d&#233;truisant le r&#233;seau de droits et d'obligations mutuelles qui caract&#233;risait le village m&#233;di&#233;val.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au 17&#232;me si&#232;cle, les cl&#244;tures se multipli&#232;rent et s'&#233;tendirent des for&#234;ts et des friches aux champs et &#224; la terre labour&#233;e. Les villes fournissaient alors un march&#233; pour les r&#233;coltes et les productions laiti&#232;res. Les propri&#233;taires qui r&#233;ussissaient &#224; s'approprier de mani&#232;re exclusive de larges surfaces et mettaient en pratique l'agriculture dite scientifique pouvaient faire d'importants profits. La d&#233;fense des cl&#244;tures &#233;tait bas&#233;e sur le fait qu'une production accrue et des m&#233;thodes agricoles nouvelles pouvaient am&#233;liorer le rendement de la terre &#8211; en partie parce que les propri&#233;taires fonciers des classes sup&#233;rieures pouvaient garder le surplus de richesse que la terre avait produit et le rendre &#224; la terre en investissant dans des m&#233;thodes qui renouvelaient la fertilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait plusieurs mani&#232;res de transformer les lois et les coutumes qui garantissaient les droits communaux. Si la terre communale n'&#233;tait plus utilis&#233;e &#224; la suite d'un &#233;v&#233;nement affectant la contr&#233;e ou parce que la population avait &#233;t&#233; d&#233;truite, le seigneur pouvait acqu&#233;rir les droits unilat&#233;ralement. &#192; une &#233;poque troubl&#233;e, comme lors des guerres de Religion du 16&#232;me si&#232;cle ou quand de grandes quantit&#233;s de terres changeaient de main pour des raisons politiques &#8211; par exemple quand Henri VIII a dissous les propri&#233;t&#233;s des monast&#232;res &#8211;, les paysans ont souvent perdu leurs droits traditionnels.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;25. Conner, op. cit., p. 44.&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La terre qui n'&#233;tait pas d&#233;tenue sous le r&#233;gime des anciens droits communaux, comme les landes, les mar&#233;cages, les for&#234;ts et les zones marginales, pouvait &#234;tre acquise plus facilement que les champs et les prairies bard&#233;s de droits des villageois.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 137-138.&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Aussi les landes et les friches furent-elles closes avant les terres arables. Les for&#234;ts, qui avaient d&#233;j&#224; diminu&#233; en raison de la demande de combustible et de bois pour la construction, sp&#233;cialement la construction des bateaux, perdirent de vastes &#233;tendues. L'environnement naturel fut transform&#233; jusqu'&#224; en devenir m&#233;connaissable, et une grande partie de la vie sauvage fut d&#233;truite. La conception de la terre comme propri&#233;t&#233; priv&#233;e &#233;tait li&#233;e &#224; la nouvelle vision du monde dans laquelle la nature n'est pas vivante, et n'a de valeur que dans la mesure o&#249; elle peut &#234;tre exploit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La terre pouvait aussi &#234;tre enclose avec l'accord de ceux qui d&#233;tenaient sur elle des droits communaux, et qui &#233;taient d&#233;dommag&#233;s en proportion de leurs droits. Un simple paiement en argent, cependant, &#233;tait une compensation d&#233;risoire pour ceux qui n'avaient que la terre pour subsister de mani&#232;re ind&#233;pendante. Et comme le dit Paul Mantoux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les puissants avaient &#224; leur disposition les moyens de supprimer toute opposition : les villageois r&#233;calcitrants sont menac&#233;s par le risque de longues et co&#251;teuses poursuites judiciaires ; dans d'autres cas ils sont sujets &#224; des pers&#233;cutions par les grands propri&#233;taires qui creusent des foss&#233;s dans leur propri&#233;t&#233; et les forcent &#224; faire de longs d&#233;tours pour aller jusqu'&#224; leur terre, ou qui malicieusement nourrissent des lapins et &#233;l&#232;vent des chevaux sur le terrain juste &#224; c&#244;t&#233;, au d&#233;triment de leurs moissons. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mantoux, Paul, &#171; The Destruction of the Peasant Village &#187;, loc. cit., p. 65.&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La terre enclose, au lieu de servir de multiples besoins et objectifs, n'en servait qu'un. Quand une for&#234;t &#233;tait abattue et close pour la transformer en p&#226;turage, elle ne pouvait plus fournir de bois pour le chauffage ou la construction, de glands pour les porcs, d'habitat pour le gibier, de lieu pour la cueillette des herbes th&#233;rapeutiques, ni d'abri pour ceux qui &#233;taient amen&#233;s &#224; vivre en dehors des confins de la ville et du village. Quand un mar&#233;cage &#233;tait drain&#233; pour &#234;tre transform&#233; en terre exploitable, il ne pouvait plus offrir aux oiseaux migrateurs un endroit pour se reposer, ou des sites pour nidifier, ni &#234;tre un lieu de p&#234;che pour les pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les cl&#244;tures, comme l'a dit Bacon, ont engendr&#233; un d&#233;clin du peuple. Des villages entiers furent d&#233;peupl&#233;s, les maisons tomb&#232;rent en ruine, l'&#233;glise sans toit devint une &#233;table &#224; moutons, quelques bergers vivaient l&#224; o&#249; avait demeur&#233; une communaut&#233; agricole prosp&#232;re. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Birnie, op. cit., p. 77.&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en cl&#244;tures fut sp&#233;cialement d&#233;sastreuse pour ceux qui vivaient en marge de la soci&#233;t&#233; : ceux qui squattaient les pr&#233;s communaux et les paysans les plus pauvres, qui compl&#233;taient des r&#233;coltes trop maigres par le produit de la for&#234;t et des mar&#233;cages ; les ouvriers agricoles aussi, qui n'avaient pas de quoi vivre avec leur maigre salaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, ayant perdu la source d'une vie ind&#233;pendante, les plus d&#233;munis sont devenus compl&#232;tement tributaires des salaires. Au 17&#232;me si&#232;cle, les salaires maximaux &#233;taient fix&#233;s par les magistrats aux Sessions du Trimestre.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Clark, Alice, Working Life of Women in the Seventeenth Century, New York, E. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ils variaient suivant le prix du grain et non suivant le co&#251;t de la vie. Dans les industries comme l'industrie textile, ils &#233;taient aussi fix&#233;s, et ce par des lois qui prot&#233;geaient les industriels et non les travailleurs. Les hommes gagnaient juste assez pour subvenir &#224; leurs propres besoins, il n'y avait gu&#232;re de marge pour nourrir une femme et des enfants. D'autre part, les salaires des femmes &#233;taient beaucoup plus bas que ceux des hommes.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 60.&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une famille qui d&#233;tenait et travaillait une petite pi&#232;ce de terre pouvait produire presque toute sa nourriture, et l'argent gagn&#233; par les salaires procurait en plus le liquide n&#233;cessaire. G&#233;n&#233;ralement, les femmes s'occupaient du potager familial et &#233;levaient des vaches, des porcs et des poulets. Le travail des femmes &#233;tait de la plus grande importance pour la survie de la famille. Quand une famille perdait ses terres, elle devenait d&#233;pendante de maigres salaires, du bon vouloir des employeurs et des variations de l'&#233;conomie. Les pauvres sombraient dans une pauvret&#233; plus profonde et sans espoir. Les cons&#233;quences &#233;taient encore plus d&#233;vastatrices pour les femmes. Quand une famille avait trop peu de nourriture pour s'en sortir, l'homme partait travailler dans une ferme voisine o&#249; au moins il &#233;tait nourri. &lt;i&gt;&#171; La femme qui devait nourrir un b&#233;b&#233; et en prendre soin ne pouvait pas s'en aller chaque jour travailler et devait partager la nourriture des enfants. Par cons&#233;quent, elle commen&#231;a rapidement &#224; se priver de nourriture. &#187; &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 88.&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mortalit&#233; infantile s&#233;vissait chez les ouvriers agricoles. Ceux qui d&#233;pendaient de leur seul salaire pour vivre &#233;taient consid&#233;r&#233;s comme susceptibles de devenir &#171; des charges pour la paroisse &#187; &#8211; puisque cette institution &#233;tait charg&#233;e par la loi de secourir les pauvres. Les responsables de la paroisse, pour garder le nombre des pauvres au niveau minimal et pour maintenir des imp&#244;ts peu &#233;lev&#233;s, emp&#234;chaient les ouvriers agricoles au ch&#244;mage et les autres personnes dans le d&#233;nuement de s'&#233;tablir dans de nouvelles zones pour trouver du travail. Les femmes enceintes des classes les plus pauvres &#233;taient sp&#233;cialement ind&#233;sirables, car elles allaient bient&#244;t donner naissance &#224; de nouvelles bouches &#224; nourrir pour la paroisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le fait qu'une femme doive accoucher bient&#244;t, au lieu de susciter un esprit de chevalerie chez les paroissiens, leur semblait la meilleure raison de l'expulser de chez elle et de la conduire hors du village, m&#234;me quand une haie &#233;tait son seul refuge. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 88-89.&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cl&#244;ture des champs a d&#233;truit le village paysan comme unit&#233; &#233;conomique. Le pouvoir sur les d&#233;cisions importantes qui affectaient le bien-&#234;tre de la communaut&#233; tout enti&#232;re n'&#233;tait plus d&#233;volu au village ou &#224; ses repr&#233;sentants. Au contraire, il devint fragment&#233; et privatis&#233;, appropri&#233; par les propri&#233;taires fonciers en m&#234;me temps que la terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pauvres n'&#233;taient plus consid&#233;r&#233;s comme ayant droit &#224; des moyens de vivre d&#233;cents, m&#234;me r&#233;duits au minimum. En cons&#233;quence, ils &#233;taient dans l'obligation d'accomplir un travail salari&#233; pour des salaires qui ne leur procuraient m&#234;me pas un revenu de subsistance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 58-92 et Hill, Christopher, op. cit., p. 135-143.&#034; id=&#034;nh33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La communaut&#233; organique &#233;tait d&#233;truite et les individus devinrent comme des atomes &#8211; s&#233;par&#233;s et non plus reli&#233;s par des obligations mutuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans beaucoup d'endroits, les paysans r&#233;sist&#232;rent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La pr&#233;sentation de cette r&#233;sistance s'appuie sur Conner, op. cit., p. 134 ; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il y eut des &#233;meutes contre les cl&#244;tures dans maintes r&#233;gions d'Angleterre, comme le Somerset, le district lainier de Taunton, le Wiltshire, le Gloucester et le nord du Devon. En Allemagne, la Guerre des paysans de 1525 fut une r&#233;bellion ouverte contre l'usurpation par les seigneurs des droits communaux traditionnellement attribu&#233;s aux paysans. Dans les ann&#233;es 1630, en Angleterre, les habitants des mar&#233;cages d&#233;truisirent les &#233;quipements de drainage. Le probl&#232;me des cl&#244;tures fut un des nombreux enjeux sous-jacents de la guerre civile anglaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pers&#233;cution des sorci&#232;res sapa l'unit&#233; de la communaut&#233; paysanne et contribua &#224; sa fragmentation. Dans un tel climat, toute querelle locale pouvait conna&#238;tre une escalade jusqu'&#224; l'assaut mortel. D'autant que les paysans commen&#231;aient &#224; vivre dans la peur les uns des autres. Toute vieille femme qui devenait folle et qui grommelait sous cape pouvait &#234;tre une sorci&#232;re prof&#233;rant une mal&#233;diction. Et n'importe quelle voisine, d&#232;s qu'elle &#233;tait accus&#233;e et arr&#234;t&#233;e, pouvait donner sous la torture&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bien qu'en Angleterre la torture ne f&#251;t pas une technique autoris&#233;e, on sait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; les noms de ses meilleures amies et de ses parents. Les pers&#233;cutions encourageaient la parano&#239;a et la d&#233;multipliaient. Touchant ceux qui depuis des si&#232;cles demeuraient d&#233;munis, sans pouvoir, elles exacerbaient la m&#233;fiance et entravaient une coop&#233;ration qui aurait &#233;t&#233; utile pour se confronter au pouvoir oppressif des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sorci&#232;res &#233;taient &#233;galement des boucs &#233;missaires parfaits, canalisant la col&#232;re et la rage des classes les plus pauvres vers d'autres membres de la m&#234;me classe. Pour les hommes, elles furent une cible facile, favorisant leur hostilit&#233; &#224; l'&#233;gard des femmes. Elles encourageaient les femmes &#224; se bl&#226;mer l'une l'autre pour leurs infortunes au lieu de chercher ce qui avait v&#233;ritablement caus&#233; leur souffrance et leur mis&#232;re. Ainsi, si un enfant mourait ou se mourait, n'importe qui pouvait se sentir du pouvoir en accusant une sorci&#232;re et en la voyant pendue, au lieu d'admettre sa propre impuissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les festivit&#233;s et les coutumes populaires, qu'elles aient &#233;t&#233; ouvertement pa&#239;ennes ou pseudo chr&#233;tiennes, ont toujours &#233;t&#233; une source d'unit&#233; communale. L'Arbre de Mai, les feux de joie des anciennes f&#234;tes celtiques, les danses et les coutumes traditionnelles &#233;taient li&#233;s aux saisons et au cycle des changements de l'ann&#233;e agricole.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'ouvrage classique sur les coutumes populaires est celui de sir James (&#8230;)&#034; id=&#034;nh36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ces manifestations c&#233;l&#233;braient le lien de la communaut&#233; et de la terre et ponctuaient les transformations circulaires des saisons dans un renouvellement sans fin. M&#234;me si, un peu partout, leur signification originelle avait &#233;t&#233; s&#251;rement oubli&#233;e, les festivit&#233;s nourrissaient un sentiment d'appartenance locale et soudaient les villageois :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Beaucoup des coutumes populaires qui avaient &#233;t&#233; auparavant ignor&#233;es par la haute culture des hommes d'&#201;glise retenaient maintenant leur attention&#8230; La premi&#232;re &#233;tape de la pers&#233;cution des sorci&#232;res a fonctionn&#233; comme une purge par la culture catholique orthodoxe des habitudes populaires ethniquement distinctes des villageois et des montagnards. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ruether, op. cit., p. 100.&#034; id=&#034;nh37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les coutumes &#233;taient l'expression &#8211; par leurs actions, chants, costumes et c&#233;r&#233;monies &#8211; de l'unit&#233; organique de la communaut&#233; humaine et du fait que le paysan faisait un avec la terre et avec ses dons. Leur destruction mettait en pi&#232;ces la fabrique inconsciente de la vie paysanne. Les anciens qui se rappelaient le sens profond des festivit&#233;s et des coutumes n'os&#232;rent plus partager leur connaissance. Les rituels qui avaient uni les villageois &#233;taient d&#233;truits en m&#234;me temps que le lien communal. Ainsi, au m&#234;me moment o&#249; les paysans furent arrach&#233;s &#224; la terre, les c&#233;r&#233;monies c&#233;l&#233;brant ce lien ancestral furent proclam&#233;es d&#233;moniaques et sataniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cl&#244;tures furent &#233;galement d&#233;vastatrices pour l'art sorcier. Les lieux sacr&#233;s et les terres de la Vieille Religion &#233;taient les friches et les for&#234;ts, lesquelles furent entour&#233;es de barri&#232;res, abattues, ou d&#233;truites. La perte des droits communaux frappa durement nombre de sorci&#232;res, qui appartenaient pour la plupart &#224; la classe des pauvres marginaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon les traditions orales, beaucoup de sorci&#232;res, de m&#234;me que les survivants de peuples pr&#233;celtiques appel&#233;s F&#233;es, ont quitt&#233; la Grande-Bretagne &#224; cette &#233;poque. Les l&#233;gendes diff&#232;rent sur leur destination, pour certaines c'&#233;tait le Portugal, pour d'autres l'Europe de l'Est, pour d'autres encore le Nouveau Monde ou les terres mythiques de l'Autre monde (la terre de la jeunesse, l'&#238;le des Pommes, la Terre de l'&#201;t&#233;). Bien que l'art sorcier ait surv&#233;cu dans des poches isol&#233;es et se soit perp&#233;tu&#233; dans les traditions familiales, la force sociale des coutumes et rituels anciens de m&#234;me que le lien avec la terre consid&#233;r&#233;e comme un &#234;tre vivant ont &#233;t&#233; d&#233;truits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette p&#233;riode marque aussi le commencement de l'expansion coloniale. Ceux qui ont &#233;migr&#233; ont &#233;t&#233; coup&#233;s, parfois seulement pour une g&#233;n&#233;ration, de l'exp&#233;rience d'un lien avec la terre honorant les rythmes et manifestations inh&#233;rents &#224; la nature. Ces &#233;migrants ont apport&#233; au Nouveau Monde l'&#233;thique de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et le droit absolu du poss&#233;dant, ils les ont impos&#233;s en Afrique, en Inde et en Extr&#234;me-Orient, et la possession fut d&#232;s lors r&#233;gie selon leurs valeurs. Les esclaves &#233;taient consid&#233;r&#233;s comme des sous-hommes &#8211; des sauvages et des adorateurs du diable, sans valeur propre, sinon celle d'&#234;tre potentiellement exploitables. Cette &#233;thique de la propri&#233;t&#233; a l&#233;gitim&#233; un commerce d'esclaves sans pr&#233;c&#233;dent, de m&#234;me qu'elle a justifi&#233; l'expropriation des terres des Am&#233;rindiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les arri&#232;re-grands-parents des colons anglais avaient peut-&#234;tre honor&#233; la nature dans leurs champs, comme D&#233;esse de la moisson, ou esprit fertile de l'Arbre de Mai. Ils avaient certainement marqu&#233; les cycles solaires de feux de joie pour &#233;veiller en eux le feu vivifiant du Dieu, de m&#234;me qu'ils avaient peut-&#234;tre fait l'amour dans les sillons labour&#233;s au printemps, unissant la f&#233;condit&#233; de leur chair &#224; celle de la terre. Mais d&#232;s cette &#233;poque, coup&#233;s des religions immanentes de leur pass&#233;, leurs descendants faisaient preuve d'une totale incompr&#233;hension vis-&#224;-vis des Indiens, lesquels appr&#233;hendaient la terre comme grand-m&#232;re, et respectaient les animaux et les plantes comme des cr&#233;atures amies. Les colons consid&#233;raient les religions africaines &#8211; pour lesquelles toutes les choses vivantes sont des demeures de l'esprit &#8211; comme de la pure superstition et les interdisaient chez les esclaves, en mettant hors-la-loi la danse et le tambour. Les ma&#238;tres blancs appr&#233;hendaient que le lien de leur religion soit &#224; l'origine d'une r&#233;volte d'esclaves. Ils impos&#232;rent aux esclaves d'Afrique leur conversion au christianisme, laquelle les r&#233;conciliait avec leur condition en l&#233;gitimant l'esclavage, puisque gr&#226;ce &#224; lui ils avaient &#233;t&#233; christianis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;thique de la propri&#233;t&#233; a donn&#233; forme &#224; tous les traits du paysage de la r&#233;alit&#233; contemporaine, depuis la nourriture que je mange, qui est cultiv&#233;e par des entreprises mammouths utilisant ce qu'on appelle l'agriculture scientifique qui empoisonne le sol et lui &#244;te sa fertilit&#233;, en passant par les sp&#233;culations fonci&#232;res qui ont expuls&#233; les familles noires et ouvri&#232;res blanches du quartier ou je vis, jusqu'aux pluies acides qui n'&#233;pargnent pas la nature sauvage prot&#233;g&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;alit&#233; mod&#232;le notre conscience. Pour s'opposer efficacement &#224; sa capacit&#233; de destruction, il ne suffit pas de d&#233;noncer les abus les plus criants de la propri&#233;t&#233;. Il nous faut changer notre compr&#233;hension, reconna&#238;tre que la destruction est inh&#233;rente au concept de propri&#233;t&#233; lui-m&#234;me, qui d&#233;pouille la terre de sa vie et de sa valeur propre. Nous devons nous joindre aux Natifs-Am&#233;ricains pour redonner &#224; la terre son sens sacr&#233; initial, pour la saluer de nouveau comme grand-m&#232;re, s&#339;ur et m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'expropriation de la connaissance &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les pers&#233;cutions des sorci&#232;res sont li&#233;es &#224; un autre des importants changements de la conscience qui se sont produits aux 16&#232;me et 17&#232;me si&#232;cles. La mont&#233;e du professionnalisme dans de nombreuses sph&#232;res de la vie a signifi&#233; que les activit&#233;s et les services que les gens avaient pratiqu&#233;s pour eux-m&#234;mes ou pour leurs voisins ou leur famille &#233;taient d&#233;sormais pris en charge par des corps d'experts pay&#233;s, qui avaient une licence ou un autre moyen de reconnaissance de leur qualit&#233; de gardiens d'un corps de savoir r&#233;serv&#233; et garanti officiellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;glise catholique avait servi pendant des si&#232;cles de mod&#232;le de corps qui dispensait des gr&#226;ces garanties. Les sorci&#232;res et les h&#233;r&#233;tiques &#233;taient accus&#233;s de propager ou de recevoir des gr&#226;ces d'une origine non r&#233;pertori&#233;e, auxquelles manquait le sceau de garantie officiel, en bref de transmettre un savoir non reconnu. Les pouvoirs des sorci&#232;res, qu'ils soient utilis&#233;s pour faire du mal ou pour soigner, &#233;taient tax&#233;s de d&#233;moniaques parce qu'ils &#233;manaient d'une source non institu&#233;e. Dans une vision dualiste du monde o&#249; le Christ subsumait tout le bien, toute source de connaissance et de gr&#226;ce diff&#233;rente ne pouvait relever que de son oppos&#233; &#8211; du d&#233;mon Satan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux 16&#232;me et 17&#232;me si&#232;cles, nombre de savoirs prirent une nouvelle importance &#233;conomique. La R&#233;forme d&#233;truisit le monopole absolu de l'&#201;glise catholique sur le contr&#244;le de la connaissance. Au m&#234;me moment, l'&#233;conomie de march&#233; se r&#233;pandait dans des sph&#232;res de la vie de plus en plus larges. La connaissance elle-m&#234;me commen&#231;a &#224; devenir &#171; un bien immat&#233;riel &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Illich, Ivan, Toward a History of Needs, New York, Baniam, 1977, p. 89.&#034; id=&#034;nh38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; C'&#233;tait un objet qui ne pouvait &#234;tre vendu qu'&#224; ceux qui avaient les moyens de l'acheter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ivan Illich, dans un essai intitul&#233; &lt;i&gt;Les Valeurs vernaculaires&lt;/i&gt;, analyse la politique qui se tient derri&#232;re la normalisation du langage. La grammaire castillane de Nibrija, la premi&#232;re grammaire d'une langue vernaculaire, a &#233;t&#233; publi&#233;e en 1492 &#8211; l'ann&#233;e m&#234;me o&#249; les Juifs ont &#233;t&#233; expuls&#233;s d'Espagne, et o&#249; Colomb a fait son voyage de d&#233;couverte. La standardisation de la parole non li&#233;e et non domin&#233;e devint un instrument de discrimination et un outil de conqu&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La langue que le peuple avait toujours apprise par lui-m&#234;me et utilis&#233;e comme la sienne fut convoit&#233;e par une &#233;lite de lettr&#233;s professionnels qui transmettaient la version officielle aux fortun&#233;s en &#233;change d'un salaire. Ceux qui parlaient avec un accent non approuv&#233; ou qui &#233;crivaient sans respecter la grammaire institu&#233;e &#233;taient, et sont encore, d&#233;sign&#233;s comme inf&#233;rieurs, et donc exclus de l'acc&#232;s &#224; la richesse, au statut, au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Quand le langage est devenu une marchandise, il n'a plus &#233;t&#233; quelque chose de vernaculaire qui se r&#233;pandait par son usage pratique, c'est-&#224;-dire appris par des gens qui voulaient dire ce qu'ils disaient et qui disaient ce qu'ils voulaient dire &#224; la personne &#224; laquelle ils s'adressaient dans le contexte de la vie quotidienne... Avec le langage enseign&#233;, la personne de laquelle je l'apprends n'est pas une personne &#224; laquelle je fais attention ou qui me d&#233;pla&#238;t, mais un parleur professionnel... Le langage enseign&#233; est la rh&#233;torique morte et impersonnelle de gens pay&#233;s pour d&#233;clamer, avec une conviction factice, des textes compos&#233;s par d'autres, qui eux-m&#234;mes en g&#233;n&#233;ral ont &#233;t&#233; pay&#233;s seulement pour cr&#233;er le texte... C'est un langage qui ment implicitement quand je l'utilise pour vous dire quelque chose en face... &#187; &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Illich, Ivan, &#171; Vernacular Values &#187;, Co-evolution Quarterly, n&#176;26 (1980), p. 48.&#034; id=&#034;nh39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ailleurs, Illich souligne que le mot &#233;ducation n'a pas &#233;t&#233; employ&#233; avant la R&#233;forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Au d&#233;but du 17&#232;me si&#232;cle, un nouveau consensus a commenc&#233; de se former : l'id&#233;e que l'homme &#233;tait n&#233; incomp&#233;tent pour la vie en soci&#233;t&#233; et le restait tant qu'il n'&#233;tait pas pourvu d'une&lt;/i&gt; '&#233;ducation'.&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Illich, Ivan, op. cit., p. 88.&#034; id=&#034;nh40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;ducation institutionnalis&#233;e diff&#232;re de l'apprentissage de savoir-faire et de concepts. L'&#233;ducation doit s'acqu&#233;rir. Tout &#234;tre dot&#233; d'un cerveau peut apprendre, mais une personne &#233;duqu&#233;e a plus qu'un cerveau, comme l'&#201;pouvantail dans le Magicien d'Oz. La personne &#233;duqu&#233;e a une attestation &#8211; un dipl&#244;me, une licence, un tampon officiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes ont &#233;t&#233; exclues &#224; cette &#233;poque des institutions d'&#233;ducation formelle. Elles n'avaient aucune chance d'obtenir des dipl&#244;mes ou des licences. L'importance croissante de l'&#233;ducation institutionnalis&#233;e entra&#238;nait une plus grande exclusion des femmes des champs dans lesquels elles avaient travaill&#233; auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;decins &#233;taient au premier rang des professions montantes, soucieuses de consolider leur pouvoir. Le soin &#233;tait un domaine dans lequel les femmes avaient toujours jou&#233; un r&#244;le vital. En tant que m&#232;res, elles s'occupaient de leurs familles. Les femmes nobles prenaient soin de leurs d&#233;pendants et soignaient les bless&#233;s apr&#232;s les batailles. A l'&#233;poque m&#233;di&#233;vale, des femmes pratiquaient en tant que m&#233;decins et pharmaciens. Dans les classes plus pauvres, la femme avis&#233;e du village, la sorci&#232;re, qui conservait le savoir traditionnel des herbes et de la m&#233;decine naturelle, &#233;tait souvent la seule source disponible de soins m&#233;dicaux.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Clark, op. cit., p. 253-265.&#034; id=&#034;nh41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait de conf&#233;rer des licences part de la pr&#233;misse qu'elles prot&#232;gent les consommateurs des services de praticiens incomp&#233;tents, charlatans ou sans &#233;thique. En r&#233;alit&#233;, cela prot&#232;ge de la comp&#233;tition ceux qui sont accr&#233;dit&#233;s, en les autorisant &#224; limiter leur nombre et &#224; augmenter les tarifs. C'est une des voies privil&#233;gi&#233;es par lesquelles &lt;i&gt;&#171; les fonctions qu'un groupe dominant pr&#233;f&#232;re remplir (...) sont soigneusement gard&#233;es et ferm&#233;es aux subordonn&#233;s &#187;&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Miller, Jean Baker, Toward a New Psychology of Women, Beacon Press, 1976, p. 6.&#034; id=&#034;nh42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Londres, le Coll&#232;ge des m&#233;decins a monopolis&#233; la pratique m&#233;dicale. Ils ont restreint le nombre de leurs membres &#224; douze en 1524, dans une ville dont la population &#233;tait estim&#233;e &#224; 60.000. En 1640, quand la population &#233;tait de 360.000 ou de 420.000 selon les estimations, les m&#233;decins ont augment&#233; leur nombre jusqu'&#224; quarante-trois. Il est clair que la grande majorit&#233; du peuple n'avait aucune chance de recevoir des soins m&#233;dicaux approuv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des buts recherch&#233;s, en gardant un nombre de m&#233;decins aussi faible, &#233;tait de faire monter les honoraires ; de 6 shillings 8 pence &#224; 10 shillings&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un shilling par jour &#233;tait un salaire &#233;lev&#233; pour un ouvrier agricole au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pour une visite, seuls les gens ais&#233;s pouvaient appeler un docteur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb44&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hill, Christopher, Change and Continuity in Seventeenth Century England (&#8230;)&#034; id=&#034;nh44&#034;&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour autant que les moins ais&#233;s aient eu un quelconque traitement m&#233;dical, ils le recevaient de chirurgiens, d'apothicaires et d'une kyrielle de praticiens ind&#233;pendants sans d&#233;nomination pr&#233;cise, les uns chimistes, les autres herboristes, certains exp&#233;riment&#233;s ou sorci&#232;res blanches, et certains charlatans.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb45&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 158.&#034; id=&#034;nh45&#034;&gt;45&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Les attaques du Coll&#232;ge &#233;taient d'abord dirig&#233;es contre ces praticiennes non licenci&#233;es qui n'&#233;taient pas des charlatans mais avaient un certain savoir m&#233;dical, sp&#233;cialement si elles fournissaient leurs services aux pauvres gratuitement.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb46&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 158.&#034; id=&#034;nh46&#034;&gt;46&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui avaient recours &#224; la sorci&#232;re du village, non &#233;duqu&#233;e mais connaisseuse, recevaient probablement des conseils plus raisonnables que ceux qui pouvaient payer les honoraires d'un m&#233;decin licenci&#233;. La profession m&#233;dicale l&#233;gitime pr&#233;f&#233;rait alors, comme maintenant, le style h&#233;ro&#239;que de traitement : saign&#233;es, purges, vomitifs et br&#251;lures &#233;taient le fonds de commerce des m&#233;decins licenci&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sorci&#232;res et les critiques radicaux de la profession m&#233;dicale, lesquels tiraient souvent leur savoir de celui des sorci&#232;res, pr&#233;f&#233;raient la m&#233;decine pr&#233;ventive, la propret&#233;, l'usage des herbes, les traitements doux et naturels, et la reconstitution de la force du patient&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb47&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 166.&#034; id=&#034;nh47&#034;&gt;47&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Beaucoup de ce qu'on appelle les rem&#232;des de vieilles femmes sont encore utilis&#233;s aujourd'hui &#8211; aussi bien par ceux qui en reviennent &#224; une vision plus globale du soin et red&#233;couvrent la valeur des herbes et des m&#233;decines naturelles que par ceux qui utilisent ces rem&#232;des comme bases de m&#233;dicaments. La digitale, qui produit la digitaline, utile pour les malaises cardiaques, en est un exemple bien connu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; [Les sorci&#232;res] avaient des agents antalgiques, digestifs et anti-inflammatoires. Elles utilisaient l'ergot de seigle pour la douleur des accouchements &#224; une &#233;poque o&#249; l'&#201;glise tenait cette douleur pour la juste punition par Dieu du p&#233;ch&#233; originel d'&#200;ve. Les d&#233;riv&#233;s de l'ergot de seigle sont les principaux m&#233;dicaments utilis&#233;s aujourd'hui pour activer le travail et pour aider &#224; se remettre d'une naissance. La belladone &#8211; qui est encore utilis&#233;e aujourd'hui comme antispasmodique &#8211; &#233;tait utilis&#233;e par les gu&#233;risseuses sorci&#232;res pour inhiber les contractions ut&#233;rines quand un avortement mena&#231;ait &#187;&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb48&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ehrenrich et English, op. cit., p. 17.&#034; id=&#034;nh48&#034;&gt;48&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes sages ou sorci&#232;res &#233;taient aussi accoucheuses. Quand la profession m&#233;dicale commen&#231;a &#224; expulser les gu&#233;risseurs non licenci&#233;s, les docteurs m&#226;les commenc&#232;rent &#224; s'accaparer d'un domaine jusque-l&#224; r&#233;serv&#233; aux femmes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ce n'est qu'au 17&#232;me si&#232;cle qu'entre en sc&#232;ne l'accoucheur homme, et il appara&#238;t au moment o&#249; la profession m&#233;dicale m&#226;le commence &#224; contr&#244;ler la pratique du soin, et refuse le statut de &#8216;professionnel' aux femmes et &#224; ceux qui avaient travaill&#233; pendant des si&#232;cles parmi les pauvres. Cet accoucheur appara&#238;t d'abord &#224; la Cour et s'occupe des femmes de la classe sup&#233;rieure ; rapidement il se met &#224; affirmer l'inf&#233;riorit&#233; de la sage-femme et &#224; rendre son nom synonyme de salet&#233;, d'ignorance et de superstition. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb49&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rich, Adrienne, Of Woman Born : Motherhood as Experience and Institution, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh49&#034;&gt;49&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adrienne Rich, Mary Daly, Barbara Ehenreich et Deirdre English ont &#233;crit des comptes rendus d&#233;taill&#233;s et &#233;mouvants sur la prise de pouvoir de la profession m&#233;dicale m&#226;le sur l'accouchement, et sur la quantit&#233; des souffrances impos&#233;es aux femmes qui en a r&#233;sult&#233;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb50&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daly, op. cit., p. 223-292 ; Ehrenrich et English, op. cit. ; Rich, op. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh50&#034;&gt;50&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pers&#233;cutions de sorci&#232;res ont &#233;t&#233; utilis&#233;es pour d&#233;truire les gu&#233;risseurs et les sages-femmes non licenci&#233;s. Elles ont &#233;t&#233; une attaque directe contre ceux qui offraient des soins non autoris&#233;s. Les m&#233;decins y contribuaient souvent en mettant en accusation l'art sorcier ou en sugg&#233;rant que la sorcellerie &#233;tait op&#233;rationnelle dans un cas difficile.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb51&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notestein, op. cit., p. 23, 213.&#034; id=&#034;nh51&#034;&gt;51&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Les docteurs &#233;taient consult&#233;s comme experts par les chasseurs de sorci&#232;res, de la m&#234;me mani&#232;re que les psychiatres sont consult&#233;s comme experts p&#233;naux aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Dans les chasses aux sorci&#232;res, l'&#201;glise l&#233;gitimait explicitement le professionnalisme des m&#233;decins, et d&#233;non&#231;ait l'art de gu&#233;rir non professionnel comme l'&#233;quivalent d'une h&#233;r&#233;sie : Si une femme ose soigner sans avoir &#233;tudi&#233;, elle est une sorci&#232;re et elle doit mourir. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb52&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ehrenrich et English, op. cit., p. 17.&#034; id=&#034;nh52&#034;&gt;52&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;i&gt;&#171; Les chasses aux sorci&#232;res n'&#233;limin&#232;rent pas la femme gu&#233;risseuse du milieu populaire, mais elles la d&#233;sign&#232;rent pour toujours comme superstitieuse et potentiellement malveillante. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb53&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh53&#034;&gt;53&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce faisant, les pers&#233;cutions fragment&#232;rent encore plus les liens communaux des cultures paysannes et affaiblirent le pouvoir des femmes de r&#233;sister &#224; la domination masculine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soigner est une part vitalement importante de la culture. Dans les communaut&#233;s traditionnelles, les gu&#233;risseuses sont des figures centrales. Aujourd'hui, dans le tiers-monde, &lt;i&gt;&#171; la sage-femme est, comme elle l'a toujours &#233;t&#233;, une figure cl&#233; dans la vie des femmes rurales. Elle est pour partie m&#233;decin, pour partie conseiller &#8211; dans certains endroits pour partie encore sorci&#232;re &#8211; et, partout, une personne de confiance au moment de la naissance &#187;&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb54&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Huston, Perdita, Third World Women Speak Out, New York, Praeger, 1979, p. 69.&#034; id=&#034;nh54&#034;&gt;54&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;truire la foi d'une culture dans ses gu&#233;risseuses, c'est d&#233;truire la foi de cette culture en elle-m&#234;me, c'est briser ses forces de coh&#233;sion et l'exposer &#224; &#234;tre contr&#244;l&#233;e de l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gu&#233;risseuses fournissent des mod&#232;les de savoir, de comp&#233;tence, et de valeur. Certes soigner est aussi une relation de pouvoir. Si dans un moment de vuln&#233;rabilit&#233;, lors d'une maladie ou d'un accouchement, je confie mon corps et ma vie aux soins de quelqu'un de mon propre sexe, de ma classe et de ma culture &#8211; quelqu'un que je vois comme un &#234;tre de la m&#234;me esp&#232;ce, je donne du pouvoir sur moi &#224; cette personne. Mais je peux &#233;galement m'identifier &#224; elle, prendre en moi l'image de sa force et en nourrir ma propre confiance en moi, ma propre force. Si je suis contrainte de donner ce pouvoir sur moi-m&#234;me &#224; quelqu'un qui appartient &#224; une &#233;lite dont je suis exclue, ma confiance en moi-m&#234;me, dans ma propre capacit&#233; et dans mon droit de contr&#244;ler ma destin&#233;e est affaiblie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que femme, si ma soci&#233;t&#233; me refuse le savoir l&#233;gitime concernant mon corps, et m'oblige &#224; me tourner vers des hommes lorsque je cherche du soin et de l'aide dans les exp&#233;riences les plus f&#233;minines, j'entends tr&#232;s clairement que je suis incomp&#233;tente, incapable de prendre soin de moi. Quand les gu&#233;risseuses sont humili&#233;es et d&#233;peintes comme sales et malveillantes, les femmes en tant que groupe sont forc&#233;es d'int&#233;rioriser un sentiment de honte, de d&#233;go&#251;t d'elles-m&#234;mes, de crainte envers leur propre pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on affiche que les gu&#233;risseurs des classes populaires sont ignorants et superstitieux, et qu'on les exclut du savoir autoris&#233;, les autres membres de ces m&#234;mes classes commencent &#224; se consid&#233;rer eux-m&#234;mes comme ignorants et &#224; douter de leur capacit&#233; &#224; exercer un contr&#244;le sur leurs propres vies. Ils deviennent de fait plus faibles pour r&#233;sister aux forces ext&#233;rieures qui les exploitent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en toute connaissance de cause et d&#233;lib&#233;r&#233;ment que les pouvoirs coloniaux ont utilis&#233; la m&#233;decine occidentale pour saper la foi des peuples du tiers-monde dans leurs propres gu&#233;risseurs et dans les traditions culturelles qui faisaient obstacle au d&#233;veloppement industriel dont profitaient les entreprises et les &#233;conomies occidentales. En 1892, par exemple, les gu&#233;risseurs natifs-am&#233;ricains &#233;taient per&#231;us en Am&#233;rique comme &lt;i&gt;&#171; une influence antagoniste &#224; l'assimilation rapide de nouvelles coutumes... Ce n'est qu'apr&#232;s avoir fait compl&#232;tement d&#233;guerpir les gu&#233;risseurs de leurs retranchements, et en avoir fait l'objet de la ris&#233;e publique, que nous avons pu plier et entra&#238;ner les esprits de nos pupilles indiens dans la direction de la civilisation &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb55&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Citation tir&#233;e d'un discours de John Bourke &#224; la Smithsonian Institution (&#8230;)&#034; id=&#034;nh55&#034;&gt;55&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, un soin m&#233;dical suppos&#233; sup&#233;rieur justifie la destruction des cultures indig&#232;nes. Cela se produit au moment m&#234;me o&#249; les ressources des espaces lointains sont de plus en plus exploit&#233;es. La m&#233;decine occidentale autoris&#233;e est la seringue qui injecte les valeurs occidentales de la propri&#233;t&#233; et du profit dans des cultures qui sont encore bas&#233;es sur les relations d'intimit&#233; avec la nature et les liens organiques entre les &#234;tres humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gu&#233;risseurs traditionnels &#233;taient, et sont, des chefs religieux. En tant que tels, ils font observer les valeurs de l'immanence, de l'esprit pr&#233;sent dans le monde, de la richesse inh&#233;rente &#224; la nature et aux cr&#233;atures vivantes &#8211; valeurs qui s'opposent &#224; l'exploitation des ressources humaines et naturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces figures constituaient des foyers autour desquels les communaut&#233;s pouvaient s'organiser. En Am&#233;rique, avant la guerre civile, des gu&#233;risseuses noires telles que Harriet Tubman et Nat Turner ont jou&#233; &lt;i&gt;&#171; des r&#244;les importants en aidant les Noirs &#224; r&#233;sister au syst&#232;me de l'esclavage &#187;&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb56&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh56&#034;&gt;56&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Les m&#233;thodes de soin des Am&#233;rindiens, leurs religions, leur culture sont aujourd'hui au c&#339;ur de la lutte des Natifs-Am&#233;ricains pour le recouvrement et la protection de leurs droits et de leurs terres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pers&#233;cutions des sorci&#232;res et les attaques contre les gu&#233;risseurs non autoris&#233;s aux 16&#232;me et 17&#232;me si&#232;cles &#233;taient aussi une attaque contre un syst&#232;me de valeurs, une campagne au sein d'une guerre id&#233;ologique qui se poursuit encore aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La guerre &#224; l'immanence &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les pers&#233;cutions des sorci&#232;res, les cl&#244;tures et l'expropriation de la terre, les attaques contre les gu&#233;risseurs traditionnels et les sages-femmes, la saisie et l'exclusion du savoir furent des facteurs puissants dans le changement des attitudes, des croyances et des sentiments du peuple. L'effet de ces &#233;v&#233;nements ne se limita pas &#224; la souffrance des victimes directes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ces &#233;v&#233;nements furent la face visible de quelque chose de plus important : la r&#233;volution dans la pens&#233;e et le sentiment humains qu'impliquait l'imposition de l'&#233;thique protestante. Les pr&#233;dicateurs protestants de la fin du 16&#232;me et du d&#233;but du 17&#232;me si&#232;cle entreprirent une r&#233;volution culturelle, un exercice d'endoctrinement et un lavage de cerveau &#224; une &#233;chelle sans pr&#233;c&#233;dent jusque-l&#224;. Nous n'arrivons pas &#224; le reconna&#238;tre tout simplement parce que nous vivons dans une soci&#233;t&#233; qui a subi ce lavage de cerveau ; notre propre endoctrinement prend place si t&#244;t dans notre vie et vient de tellement de directions &#224; la fois que nous ne remarquons pas le processus. &#187; &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb57&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hill, The World Turned Upside Down, p. 14.&#034; id=&#034;nh57&#034;&gt;57&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet endoctrinement a eu d'importantes cons&#233;quences dans la formation de nos conceptions du travail, du temps, du plaisir, de la sexualit&#233; des femmes, comme de la nature et de la valeur intrins&#232;que du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;forme et en Angleterre la R&#233;volution et la Restauration au milieu du 17&#232;me si&#232;cle peuvent &#234;tre ais&#233;ment d&#233;peintes comme des conflits entre deux classes oppos&#233;es, aux id&#233;ologies religieuses et philosophiques diff&#233;rentes. La premi&#232;re pourrait &#234;tre appel&#233;e Ordre ancien : la hi&#233;rarchie statique, soutenue par l'&#201;glise catholique, ou anglicane, qui maintenait la coutume, la tradition et l'autorit&#233;. Le pouvoir sous-jacent et la fortune de l'Ordre ancien &#233;taient bas&#233;s sur la terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouvel Ordre, repr&#233;sent&#233; par les principales sectes protestantes &#8211; luth&#233;riens, zwingliens, calvinistes, puritains en Angleterre &#8211;, contestait la hi&#233;rarchie et l'autorit&#233;, et d&#233;fendait l'autorit&#233; de la conscience individuelle. Il s'appuyait principalement sur les couches montantes de professionnels et de commer&#231;ants ; et leur pouvoir et leur fortune, qui en vinrent &#224; triompher, &#233;taient fond&#233;s sur l'argent, c'est-&#224;-dire sur la propri&#233;t&#233; et l'usage du capital dans une &#233;conomie de march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Ordre ancien et le nouvel Ordre situaient tous deux Dieu, en tant que source de la vraie valeur, en dehors du monde vivant. Dans l'Ordre ancien, la valeur &#233;tait rapport&#233;e au monde par la hi&#233;rarchie eccl&#233;siastique et par l'aristocratie des propri&#233;taires terriens qu'il justifiait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le nouvel Ordre, la valeur &#233;tait rapport&#233;e au monde &#8211; c'est-&#224;-dire Dieu parlait &#8211; par la conscience individuelle, sans le besoin d'une intervention hi&#233;rarchique. Max Weber, dans son ouvrage classique &lt;i&gt;L'&#201;thique protestante et l'esprit du capitalisme&lt;/i&gt;, a montr&#233; comment l'id&#233;ologie protestante de l'individualisme est devenue progressivement une nouvelle id&#233;ologie du travail et du profit. La th&#233;orie de la pr&#233;destination affirmait que seuls quelques &#233;lus &#233;taient, depuis le commencement des temps, destin&#233;s au salut. Ce petit nombre, les &#233;lus, &#233;tait la voix du monde. Le reste, la grande majorit&#233;, &#233;tait du superflu, irr&#233;m&#233;diablement damn&#233; et sans importance propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette doctrine refl&#233;tait et soutenait la distribution in&#233;gale des gr&#226;ces et des r&#233;compenses dans ce monde, elle l&#233;gitimait l'in&#233;galit&#233;. Le travail et le gain mat&#233;riel &#233;taient signes qu'on appartenait au monde des &#233;lus. L'argent &#233;tait charg&#233; d'une nouvelle valeur symbolique. Il repr&#233;sentait le signe de la gr&#226;ce, le moyen par lequel la valeur de Dieu &#233;tait retourn&#233;e au monde &#8211; et par cons&#233;quent il devenait beaucoup plus important que n'importe quelle autre valeur.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb58&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Weber, Max, L'&#201;thique protestante et l'esprit du capitalisme, Paris, Pion, 1965.&#034; id=&#034;nh58&#034;&gt;58&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement des march&#233;s procura une ar&#232;ne dans laquelle le profit comme valeur pouvait fleurir. Le d&#233;veloppement de l'&#233;thique protestante renfor&#231;a la transformation de l'&#233;conomie europ&#233;enne en une &#233;conomie de plus en plus contr&#244;l&#233;e par les march&#233;s. Ceux-ci ne se fondaient pas sur la valeur des choses pour elles-m&#234;mes, ni sur l'aisance, l'agr&#233;ment ou l'utilit&#233; que les choses pouvaient procurer, mais sur le gain et le profit, sur les choses en tant qu'instruments de profit. Le nouvel Ordre approfondit encore la mise &#224; distance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait cependant une troisi&#232;me force, en conflit avec l'Ordre ancien comme avec le nouvel Ordre : les classes paysannes travailleuses, dont la richesse, lorsqu'elles en avaient, se limitait &#224; un bout de terre pour subsister, dont le nombre &#233;tait grand et les sources de pouvoir peu nombreuses. L'histoire relate parfois leurs soul&#232;vements et leurs r&#233;bellions, mais rarement leurs croyances, leurs philosophies et leurs id&#233;aux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Angleterre, pendant la R&#233;volution, de 1641 &#224; 1660, la censure fut abolie.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb59&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hill, op. cit., p. 14.&#034; id=&#034;nh59&#034;&gt;59&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Les &#233;crits populaires qui ont &#233;merg&#233; &#224; cette &#233;poque refl&#232;tent une grande vari&#233;t&#233; de philosophies religieuses et politiques. Mais ce qui est commun&#233;ment r&#233;pandu parmi eux, c'est la reconnaissance de la v&#233;ritable valeur de ce monde et cette vie &#8211; la vision du monde que j'ai appel&#233;e immanence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile d'&#233;tablir dans quelle mesure cette vision du monde s'enracinait directement dans les restes de la vieille religion. Les sectes religieuses les plus radicales se pr&#233;sentaient toujours dans un cadre chr&#233;tien, aussi pa&#239;ennes que soient leurs id&#233;es et leurs pratiques. Les pers&#233;cutions de sorci&#232;res engag&#233;es par les repr&#233;sentants de l'Ancien comme du nouvel Ordre, sous les auspices du Roi et du Parlement, cr&#233;&#232;rent un climat dans lequel un mouvement ouvertement pa&#239;en aurait &#233;t&#233; confront&#233; aux pr&#233;jug&#233;s populaires comme &#224; une r&#233;pression s&#233;v&#232;re et imm&#233;diate de la part des autorit&#233;s de l'&#201;glise et de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de paysans et d'ouvriers agricoles d&#233;poss&#233;d&#233;s et sans terre squattaient les for&#234;ts et les landes dans lesquelles il y avait de la &lt;i&gt;&#171; libert&#233; par rapport au cur&#233; et au seigneur &#187;&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb60&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 37.&#034; id=&#034;nh60&#034;&gt;60&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Dans les for&#234;ts &#233;tendues comme Sherwood, Arden, et dans la Nouvelle For&#234;t, vivait une soci&#233;t&#233; mobile et changeante de &lt;i&gt;&#171; squatters, artisans itin&#233;rants et ouvriers du b&#226;timent, ch&#244;meurs hommes et femmes cherchant du travail, troupes de th&#233;&#226;tre ambulantes et jongleurs, mendiants et charlatans, docteurs, vagabonds et clochards &#187;&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb61&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 61.&#034; id=&#034;nh61&#034;&gt;61&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt; &#171; Ils &#233;taient hors-la-loi, personne ne les gouvernait ; ils ne faisaient attention &#224; personne, ils ne d&#233;pendaient de personne. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb62&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 38, citant Aubrey.&#034; id=&#034;nh62&#034;&gt;62&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ces r&#233;gions qu'eurent lieu les plus importantes r&#233;voltes paysannes du d&#233;but du 17&#232;me si&#232;cle (selon Christopher Hill) et que, d'apr&#232;s notre tradition orale, la sorcellerie s'est maintenue le plus longtemps. (C'est dans la Nouvelle For&#234;t que Gerald Gardner a d&#233;couvert dans les ann&#233;es 1930 un convent de sorci&#232;res qui disait descendre en droite ligne de l'&#233;poque de Guillaume le Conqu&#233;rant.)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb63&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gardner Gerald B&#8222; Witchcraft Today, Secaucus N. J., Citadel, 1974.)&#034; id=&#034;nh63&#034;&gt;63&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les squatters dans les for&#234;ts ou les r&#233;gions pastorales, souvent tr&#232;s loin de toute &#233;glise, &#233;taient largement ouverts aux sectes religieuses radicales &#8211; ou &#224; la sorcellerie.&lt;/i&gt; [L'hostilit&#233; au clerg&#233; &#233;tait un &#233;l&#233;ment frappant des ballades de Robin des Bois... ]&lt;i&gt; Les for&#234;ts dens&#233;ment peupl&#233;es du Northamptonshire &#233;taient des lieux de puritanisme rural, de sectes &#233;tranges et de sorcellerie. Le district fromager du Wiltshire, qui avait &#233;t&#233; le th&#233;&#226;tre de violences r&#233;sultant de la d&#233;forestation au d&#233;but du 17&#232;me si&#232;cle, &#233;tait aussi une r&#233;gion de travailleurs du textile mal pay&#233;s et occasionnels et d'h&#233;r&#233;sie religieuse. Ely a longtemps &#233;t&#233; un centre d'irr&#233;v&#233;rence et de r&#233;sistance pl&#233;b&#233;ienne... On disait que les habitants de l'&#238;le d'Axholme avaient &#233;t&#233; virtuellement pa&#239;ens jusqu'au drainage des mar&#233;cages... &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb64&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hill, op. cit., p. 38.&#034; id=&#034;nh64&#034;&gt;64&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Matthew Hopkins, le d&#233;couvreur de sorci&#232;res, trouva deux villages dans le Northamptonshire qu'il d&#233;crit comme &lt;i&gt;&#171; infest&#233;s &#187; &lt;/i&gt; de sorci&#232;res en 1645 ou 1646.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb65&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notestein, op. cit., p. 184.&#034; id=&#034;nh65&#034;&gt;65&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une ann&#233;e plus tard, lui ou son coll&#232;gue sont peut-&#234;tre &#224; l'origine des proc&#232;s &#224; Ely qui se sont termin&#233;s par plusieurs ex&#233;cutions.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb66&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 185.&#034; id=&#034;nh66&#034;&gt;66&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Le Wiltshire, le comt&#233; o&#249; se trouvent Stonehenge et Avebury, &#233;tait l'ancien centre de la religion pr&#233;chr&#233;tienne. Robin des Bois est identifi&#233; au Dieu des sorci&#232;res, aussi bien par la tradition orale que par les minutes des proc&#232;s.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb67&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Murray, Margaret A., The Witch-Cult in Western Europe, Oxford, Clarendon (&#8230;)&#034; id=&#034;nh67&#034;&gt;67&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Sa bande de joyeux lurons et la Demoiselle Marion forment un convent de treize personnes. &lt;i&gt;&#171; Demoiselle &#187;&lt;/i&gt; &#233;tait (et est encore) le titre honorifique pour une des femmes qui dirigent un convent, et Marion est un des noms communs aux femmes jug&#233;es pour sorcellerie en Angleterre.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb68&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 267-268.&#034; id=&#034;nh68&#034;&gt;68&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le culte des sorci&#232;res, qui a surv&#233;cu de si nombreux si&#232;cles en tant que religion populaire souterraine, peut avoir contribu&#233; davantage au protestantisme radical qu'on ne l'a estim&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent. &lt;/i&gt; 'Les sorci&#232;res', &lt;i&gt;dit Cotton Mather dans une phrase significative, &lt;/i&gt; 'sont organis&#233;es comme les congr&#233;gations religieuses'. &lt;i&gt;Certains aspects du culte des sorci&#232;res ont beaucoup en commun avec les h&#233;r&#233;sies m&#233;di&#233;vales comme avec les sectes protestantes. Les connexions, s'il y en a, sont obscures et difficiles &#224; &#233;tablir ; beaucoup plus de recherches seraient n&#233;cessaires avant de pouvoir parler avec certitude. Ce qui est clair, c'est la base populaire de ce culte. C'&#233;tait une organisation secr&#232;te, anti&#233;tatique, oppos&#233;e &#224; l'&#201;glise d'&#201;tat&#8230; Beaucoup d'animateurs des r&#233;voltes paysannes de cette &#233;poque se disaient envoy&#233;s par Dieu. Certains d'entre eux peuvent avoir &#233;t&#233; envoy&#233;s par le Dieu des sorci&#232;res plut&#244;t que par Yahw&#233;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb69&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hill, Reformation to Industrial Revolution, op. cit., p. 90.&#034; id=&#034;nh69&#034;&gt;69&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses recherches seraient en effet n&#233;cessaires pour pouvoir &#233;tablir fermement des connexions directes. Mais la similarit&#233; sous-jacente des id&#233;es peut &#234;tre d&#233;montr&#233;e. Les sectes radicales, comme les sorci&#232;res, pr&#234;chaient l'immanence de Dieu (Dieu pr&#233;sent dans le monde). Les Famillistes, une des sectes les plus pr&#233;coces, &#233;taient les disciples de Henry Niclaes, n&#233; en 1502, qui enseignait que le Paradis et l'Enfer se trouvaient dans ce monde.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb70&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 22.&#034; id=&#034;nh70&#034;&gt;70&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;Une secte proche, la Famille de la Montagne, &lt;i&gt;&#171; se demandait si le paradis et l'enfer existaient ailleurs qu'en cette vie : le paradis c'&#233;tait quand les hommes riaient et &#233;taient joyeux, l'enfer &#233;tait le chagrin, la plainte et la souffrance &#187;&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb71&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 23&#034; id=&#034;nh71&#034;&gt;71&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Le Christ, soutenaient-ils, &#233;tait en chaque croyant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Ranters, qu'on pourrait imaginer facilement comme les hippies du 17&#232;me si&#232;cle, &lt;i&gt;&#171; exaltaient la lumi&#232;re dans la nature sous le nom de Christ en l'homme &#187;&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb72&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 165.&#034; id=&#034;nh72&#034;&gt;72&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ils appelaient Dieu Raison ce qui, au 17&#232;me si&#232;cle, avait une signification plus proche de conscience que de logique m&#233;caniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'un d'entre eux a dit que, s'il y avait un Dieu, lui-m&#234;me en &#233;tait un. &lt;/i&gt; 'Dieu est en chaque personne et chaque chose vivante', &lt;i&gt;dit Jacob Bauthamly (dans un pamphlet dat&#233; de 1659),&lt;/i&gt; 'dans l'homme et la b&#234;te, le poisson et l'oiseau, et toute chose verte, depuis le c&#232;dre le plus haut jusqu'au lierre sur le mur. Il est moi et moi je suis lui.'&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb73&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 165, citant Bauthamly.&#034; id=&#034;nh73&#034;&gt;73&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Ranters s'appelaient l'un l'autre &lt;i&gt;&#171; Cr&#233;ature amie &#187;&lt;/i&gt;, une r&#233;miniscence des salutations rituelles dans l'art sorcier. Ils se r&#233;f&#233;raient &#224; eux-m&#234;mes collectivement comme&lt;i&gt; &#171; ma chair une &#187;&lt;/i&gt; : Dieu &#233;tait un membre de la communaut&#233; de ma chair une, mati&#232;re une. &lt;i&gt;&#171; Les Ranters insistaient sur le fait que la mati&#232;re est bonne, car nous vivons ici et maintenant. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb74&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;74. Ibid.&#034; id=&#034;nh74&#034;&gt;74&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Diggers, une autre secte radicale, essay&#232;rent d'abolir la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, de d&#233;tenir la terre de mani&#232;re commune, et de restituer les terres communales et les friches aux plus d&#233;munis afin qu'ils puissent y vivre. Le premier avril 1649, un groupe d'ouvriers agricoles commen&#231;a de creuser les territoires communaux &#224; Saint George's Hill, sur le bord de la grande for&#234;t de Windsor, une r&#233;gion aux traditions &#224; la fois pa&#239;ennes et radicales.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb75&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour des preuves de la continuit&#233; de la tradition radicale, voir Hill, The (&#8230;)&#034; id=&#034;nh75&#034;&gt;75&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gerrard Winstanley, leur philosophe leader, &lt;i&gt;&#171; avait eu une vision au cours d'une transe qui lui disait de faire savoir partout que la terre devrait &#234;tre un tr&#233;sor commun pour la vie de toute l'humanit&#233; &#187;&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb76&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(76. Hill, The World Turned Upside Down, op. cit., p. 90)&#034; id=&#034;nh76&#034;&gt;76&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Une seconde formulation &#233;tait : &lt;i&gt;&#171; La religion vraie et sans tache est de laisser chacun avoir tranquillement de la terre &#224; engraisser. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb77&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 104.&#034; id=&#034;nh77&#034;&gt;77&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; &lt;i&gt;&#171; Le travail collectif des terres communales &#233;tait un acte religieux pour les Diggers. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb78&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 105.&#034; id=&#034;nh78&#034;&gt;78&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Les excr&#233;ments, qui rendaient la terre fertile, avaient la pr&#233;&#233;minence sur la culture. Les Diggers ont pu avoir des relations avec les sorci&#232;res, ou ne pas en avoir, en tout cas leur religion &#233;tait certainement celle de la terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Winstanley lui aussi faisait de Dieu la raison universelle qui &lt;i&gt;&#171; habite en chaque cr&#233;ature, et supr&#234;mement dans l'homme &#187;&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb79&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 111.&#034; id=&#034;nh79&#034;&gt;79&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;i&gt;&#171; Cette id&#233;e de Dieu comme immanent &#224; toute la cr&#233;ation mat&#233;rielle &lt;/i&gt; (...) &lt;i&gt;est li&#233;e au respect pour la science de la nature en tant que moyen de conna&#238;tre les &#339;uvres de Dieu. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb80&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 112.&#034; id=&#034;nh80&#034;&gt;80&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; &lt;i&gt;&#171; Conna&#238;tre les secrets de la nature est conna&#238;tre les &#339;uvres de Dieu. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb81&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 114.&#034; id=&#034;nh81&#034;&gt;81&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Il identifiait le Dieu chr&#233;tien traditionnel, qui l&#233;gitime la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, avec le D&#233;mon, et la Chute avec le d&#233;veloppement de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sectes &#233;taient connues pour pratiquer la libert&#233; sexuelle. Les Ranters et les Quakers allaient parfois nus, c'&#233;tait un signe de la gr&#226;ce. Le Ranter Lawrence Clarkson a anticip&#233; Freud et Norman O. Brown en faisant du p&#233;ch&#233; non pas un acte, mais sa r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Personne ne peut &#234;tre lib&#233;r&#233; du p&#233;ch&#233; jusqu'&#224; ce que, dans la puret&#233;, l'acte soit sans p&#233;ch&#233;, car je juge pur pour moi ce qui, pour une compr&#233;hension obscure, est impur : car pour le pur toutes les choses, tous les actes sont purs... Sans acte il n'y a pas de vie, sans vie pas de perfection.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb82&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 173.&#034; id=&#034;nh82&#034;&gt;82&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Quel que soit l'acte fait par toi dans la lumi&#232;re et l'amour, il est clair et aimable... Si quelque chose en toi ne te condamne pas, tu ne seras pas condamn&#233;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb83&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 172.&#034; id=&#034;nh83&#034;&gt;83&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ces mots sont comparables au Dire de la D&#233;esse (&lt;i&gt;Charge of the Goddess&lt;/i&gt;) moderne (d'origine inconnue) qui appartient &#224; la liturgie des sorci&#232;res d'aujourd'hui :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Tous les actes d'amour et de plaisir sont mes rituels... et si ce que vous cherchez vous ne le trouvez pas en vous-m&#234;me, jamais vous ne le trouverez au-dehors. Car j'ai &#233;t&#233; avec vous depuis le commencement, et je suis ce qu'on atteint &#224; la fin du d&#233;sir... &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les sectes, certaines femmes occupaient aussi des positions &#233;lev&#233;es. Elles &#233;taient autoris&#233;es &#224; participer au gouvernement de l'&#201;glise. Elles pr&#234;chaient, voyageaient &#224; travers le pays en compagnie des hommes, s'&#233;levaient contre les mariages in&#233;gaux, et demandaient le divorce par simple d&#233;claration. May Cary, une pr&#234;tresse, &#233;crivit un pamphlet utopique en 1651 qui d&#233;clarait que &lt;i&gt;&#171; le temps vient o&#249; non seulement les hommes mais les femmes proph&#233;tiseront ; non seulement les hommes &#226;g&#233;s mais les hommes jeunes, non seulement ceux qui sont all&#233;s apprendre &#224; l'universit&#233; mais ceux qui ne l'ont pas fait, m&#234;me les servantes et les bonnes &#187;&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb84&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 259.&#034; id=&#034;nh84&#034;&gt;84&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ascension du nouvel Ordre et de son &#233;thique protestante et la d&#233;faite des sectes radicales furent un triomphe politique, &#233;conomique et religieux des classes commer&#231;antes et professionnelles sur les classes paysannes et laborieuses, et de la domination masculine sur les femmes. L'&#233;thique protestante, en s'imposant, fit campagne contre les id&#233;es de l'immanence dans trois domaines : le travail, la sexualit&#233; et la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Max Weber a montr&#233; en quoi la propagation de l'&#233;thique protestante a dispens&#233; une nouvelle id&#233;ologie du travail, d&#233;pla&#231;ant la valeur de l'usage au profit, ce qui servait le d&#233;veloppement du capitalisme. Le concept de vocation attribue une nouvelle valeur au travail et au profit, lesquels devinrent des signes de l'appartenance &#224; l'&#233;lite, et ne furent plus &#233;valu&#233;s selon leurs b&#233;n&#233;fices r&#233;els, les b&#233;n&#233;fices mat&#233;riels qu'ils apportaient, mais en tant que vecteurs pour approcher Dieu. Le travail et le profit, paradoxalement, &#233;taient per&#231;us comme s'ils n'&#233;taient pas de ce monde, ils devenaient des objectifs en soi, des objectifs bons en eux-m&#234;mes et d'eux-m&#234;mes. Le travail devint une discipline asc&#233;tique et &lt;i&gt;&#171; cet asc&#233;tisme se tourna de toute sa force contre une chose : le plaisir spontan&#233; de la vie et de tout ce qu'elle offre &#187;&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb85&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Weber, Max, op. cit.&#034; id=&#034;nh85&#034;&gt;85&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les classes montantes argent&#233;es, le travail dur et l'autodiscipline asc&#233;tique, m&#234;me motiv&#233;s par la pi&#233;t&#233;, se payaient de succ&#232;s mat&#233;riel. Elles prosp&#233;raient ; et l'on pouvait jouir de cette prosp&#233;rit&#233; en tant que signe visible de la gr&#226;ce de Dieu, m&#234;me si les autres r&#233;jouissances spontan&#233;es &#8211; le sexe, la danse, le sport, les jeux, les festivit&#233;s, et la nature &#8211; &#233;taient toujours consid&#233;r&#233;es comme des &#339;uvres du D&#233;mon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les classes paysannes et laborieuses, cependant, la discipline et la duret&#233; du travail conduisaient au mieux &#224; la simple survie. L'&#233;thique du travail &#233;tait utilis&#233;e par les classes argent&#233;es pour imposer leur discipline aux travailleurs et aux pauvres. La fain&#233;antise &#233;tait un p&#233;ch&#233;, et accuser les villageois de fain&#233;antise servit &#224; justifier les cl&#244;tures des terres.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb86&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;86. Hill, Reformation to Industrial R&#233;evolution, op. cit., p. 119-120 ; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh86&#034;&gt;86&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Un tel p&#233;ch&#233; justifiait aussi les bas salaires, qui id&#233;alement &lt;i&gt;&#171; devaient permettre au travailleur tout juste de vivre ; car si vous lui en donnez le double, alors il travaille mais deux fois moins &#187;&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb87&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hill, Reformation to Industrial Revolution, op. cit., p. 140, citant Petty.&#034; id=&#034;nh87&#034;&gt;87&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Un homme ne souhaite pas par nature gagner de plus en plus d'argent, mais simplement vivre comme il en a l'habitude, et gagner autant qu'il est n&#233;cessaire dans ce but. Partout o&#249; le capitalisme moderne a commenc&#233; son travail d'accroissement de la productivit&#233; du travail humain en accroissant son intensit&#233;, il a rencontr&#233; la r&#233;sistance immens&#233;ment obstin&#233;e de ce trait saillant du pr&#233;capitalisme. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb88&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Weber, Max, op. cit.&#034; id=&#034;nh88&#034;&gt;88&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les festivit&#233;s traditionnelles, les jours des saints (qui &#233;taient souvent des versions christianis&#233;es des anciennes f&#234;tes pa&#239;ennes), les danses et les jeux furent s&#233;v&#232;rement critiqu&#233;s par les protestants orthodoxes. Les pers&#233;cutions de sorci&#232;res furent une attaque contre les c&#233;r&#233;monies, les croyances et les coutumes qui avaient soutenu les classes paysanne et laborieuse dans leur d&#233;sir de confort et de r&#233;jouissance &#8211; pour le plaisir dans la vie comme dans le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail &#233;tant devenu une discipline asc&#233;tique, les femmes furent donc expuls&#233;es de nombreux secteurs du travail productif. Nous avons vu comment les cl&#244;tures des terres ont d&#233;pouill&#233; les femmes de la terre qu'elles utilisaient pour nourrir leurs familles, et comment l'&#233;mergence d'une profession m&#233;dicale masculine, en plus des pers&#233;cutions de sorci&#232;res, avait contraint les femmes &#224; sortir des domaines du soin et de l'accouchement. Au Moyen &#194;ge tardif, les femmes tenaient des r&#244;les importants dans l'artisanat et l'industrie. Le mariage &#233;tait par maints aspects un partenariat d'affaires, et les femmes des marchands et des artisans travaillaient souvent aux c&#244;t&#233;s de leurs maris. Ainsi les veuves en g&#233;n&#233;ral reprenaient l'affaire de leur &#233;poux. Les femmes ont &#233;t&#233; brassi&#232;res, boulang&#232;res, armateures, &#233;ditrices, imprimeures, ganti&#232;res, colporteuses, marchandes, comptables, &#233;pingli&#232;res et commer&#231;antes. Elles ont aussi travaill&#233; dans l'agriculture et dans l'industrie textile.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb89&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour un aper&#231;u des activit&#233;s dans lesquelles les femmes ont jou&#233; des r&#244;les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh89&#034;&gt;89&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi longtemps que la famille est rest&#233;e l'unit&#233; de base de la production &#233;conomique, les femmes avaient leur place dans maintes activit&#233;s. Mais au fur et &#224; mesure que l'industrie s'est d&#233;plac&#233;e de la maison ou de l'atelier vers les usines et les entreprises de grande taille, les femmes ont &#233;t&#233; exclues. L'unit&#233; productive s'est r&#233;duite au travailleur individuel, qui &#233;tait plus facilement manipul&#233;, plus ais&#233;ment mobilis&#233; et plus compl&#232;tement exploitable, quand le travail (et non la famille, le plaisir personnel ou les obligations communes) a &#233;t&#233; d&#233;fini comme le seul v&#233;ritable objectif de cette vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pers&#233;cutions de sorci&#232;res furent, surtout, des attaques contre les femmes. La propagande qui justifiait les chasseurs de sorci&#232;res insistait sur l'inf&#233;riorit&#233; des femmes et d&#233;finissait leur nature comme intrins&#232;quement diabolique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Quand une femme pense seule, elle pense au diable... Elles sont plus impressionnables que les hommes et davantage pr&#234;tes &#224; recevoir l'influence de l'esprit d&#233;sincarn&#233;... Du fait qu'elles sont faibles, elles trouvent une mani&#232;re facile et secr&#232;te de se d&#233;fendre dans la sorcellerie. Elles sont plus faibles &#224; la fois en esprit et physiquement... En ce qui concerne l'intellect et la compr&#233;hension des choses spirituelles, elles semblent &#234;tre d'une nature diff&#233;rente de celle des hommes... Les femmes sont intellectuellement comme des enfants... Les femmes ont une m&#233;moire plus faible, et c'est un d&#233;faut naturel chez elles de ne pas &#234;tre disciplin&#233;es, et de suivre leurs propres impulsions sans le sens de ce qui est d&#251;... C'est une menteuse par nature... La femme est un ennemi enj&#244;leur et secret. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb90&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ruether, p. 97-98, citant le Malleus Maleficarum, premier recueil officiel (&#8230;)&#034; id=&#034;nh90&#034;&gt;90&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La haine des femmes n'&#233;tait pas limit&#233;e &#224; une seule r&#233;gion ou &#224; une religion particuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le sch&#232;me misogyne n'&#233;tait pas particulier au travail des Dominicains. Il &#233;tait courant de se r&#233;f&#233;rer aux sorci&#232;res comme &#224; des femmes dans les trait&#233;s de chasse aux sorci&#232;res et d'inclure une section montrant pourquoi du fait de la &#8216;nature' des femmes, les sorci&#232;res &#233;taient de sexe f&#233;minin. Ce sch&#232;me se retrouve &#233;galement dans les trait&#233;s du 16&#232;me et du 17&#232;me si&#232;cle &#233;crits par des protestants. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb91&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ruether, op. cit., p. 98.&#034; id=&#034;nh91&#034;&gt;91&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes apportent la vie dans le monde. Dans une culture dans laquelle elles sont m&#232;res, les corps de femmes nous procurent nos premi&#232;res sensations de chaleur et d'aise ainsi qu'un profond plaisir sensuel non entrav&#233; par les restrictions.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb92&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(92. Pour une interpr&#233;tation analytique compl&#232;te des implications du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh92&#034;&gt;92&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Se retourner contre les femmes signifie donc en vouloir &#224; la vie elle-m&#234;me, nier la chair, le plaisir et le bien-&#234;tre. Et un asc&#233;tisme qui nie la chair doit, n&#233;cessairement, d&#233;nigrer les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes sont aussi cependant nos premi&#232;res frustratrices, la source de la premi&#232;re volont&#233; qui s'oppose &#224; la n&#244;tre, qui refuse autant qu'elle donne, elles sont aussi la source de notre mortalit&#233;, de la vuln&#233;rabilit&#233; de cr&#233;atures li&#233;es par le corps &#224; la maladie, &#224; la souffrance et &#224; la mort. Norman O. Brown dans &lt;i&gt;Life Against Death&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb93&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(Brown, op. cit.&#034; id=&#034;nh93&#034;&gt;93&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; explique que nous sommes pr&#234;ts &#224; abandonner le profond plaisir de la vie sensuelle dans le corps pour nier la mort. Ce faisant, nous nous tournons vers le plaisir de substitution de l'entreprise &#8211; du travail de construction de la culture dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour lib&#233;rer le domaine du travail et de l'entreprise de la souillure de la mortalit&#233;, les femmes et tout ce que nous repr&#233;sentons doivent &#234;tre exclues. Aussi, tandis que l'&#233;thique protestante &#233;rige le travail en id&#233;al de l'effort transcendant, les femmes, qui incarnent l'immanence, sont sorties de l'&#233;pure. L'immanence est attaqu&#233;e &#224; travers les corps des femmes : l'immortalit&#233; de l'esprit-&#233;tranger-&#224;-la-chair est exalt&#233;e par la torture et la destruction de la chair des femmes. Les hommes se vengent de la m&#232;re qui a &#233;chou&#233; &#224; les satisfaire compl&#232;tement en d&#233;truisant l'esp&#232;ce maternelle. Ils r&#233;parent l'humiliation d'avoir d&#251; dans l'enfance se plier &#224; la volont&#233; maternelle en d&#233;truisant les volont&#233;s des femmes. Le bl&#226;me pour la destruction des femmes ne doit pas s'adresser aux conflits inh&#233;rents &#224; la maternit&#233;, mais aux syst&#232;mes &#233;conomiques et religieux qui aiguisent ces conflits et encouragent les hommes &#224; les ext&#233;rioriser en prenant les femmes pour victimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand une femme est exclue du travail productif, elle est condamn&#233;e &#224; jouer le r&#244;le d'objet. Les femmes des classes populaires comme celles des classes sup&#233;rieures sont rel&#233;gu&#233;es dans le royaume de la reproduction, ce qui intensifie les tendances des femmes comme des hommes &#224; identifier toutes les femmes &#224; la m&#232;re &#8211; une m&#232;re plus qu'humaine et moins qu'humaine, mais jamais simplement humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une femme de milieu populaire reproduit &#233;galement la force de travail de son homme.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb94&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rubin, Gayle, &#171; The Traffic in Women : Notes on the Political Economy of Sex (&#8230;)&#034; id=&#034;nh94&#034;&gt;94&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Son travail n'est pas pay&#233; mais n&#233;cessaire. C'est elle qui prend les biens gagn&#233;s par le travailleur et les rend utilisables ; elle cuisine, lave les v&#234;tements et nettoie la maison. La froide monnaie abstraite est retransform&#233;e dans ses mains, remise dans le domaine de ce qui a de la valeur de et par soi-m&#234;me, de ce qui peut &#234;tre utilis&#233; et faire plaisir. Mais parce que son travail n'est pas pay&#233;, il ne participe pas &#224; la nouvelle valeur accord&#233;e d&#233;sormais au gain et au profit. Elle ne peut pas en profiter, elle ne peut pas revendiquer un meilleur salaire ou en atteindre un gain sup&#233;rieur &#224; ce qu'elle y a mis. Son travail en vient &#224; &#234;tre consid&#233;r&#233; peu &#224; peu comme moins r&#233;el que celui de l'homme, et la femme elle-m&#234;me devient irr&#233;elle, un &#233;cran bidimensionnel sur lequel l'homme projette ses fantasmes.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb95&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De Beauvoir, Simone, Le Deuxi&#232;me Sexe, Paris, Gallimard, 1962.&#034; id=&#034;nh95&#034;&gt;95&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes qui travaillent sont rel&#233;gu&#233;es dans les t&#226;ches les moins attractives et sont exclues des activit&#233;s qui offrent des acc&#232;s &#224; la transcendance ou rel&#232;vent de la noblesse d'une vocation. Les femmes des classes populaires sont une main-d'&#339;uvre sacrifiable, meilleur march&#233; que les hommes, et plus facile &#224; licencier &#224; la morte-saison puisqu'elles ne sont pas consid&#233;r&#233;es comme de vrais travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes des classes sup&#233;rieures deviennent des biens, &#233;changeables par le mariage en tant que signes du pouvoir, du statut et du succ&#232;s des hommes. Aussi apprennent-elles &#224; se vendre elles-m&#234;mes. Elles sont objet et non sujet, l'autre et non le soi de la culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tous les autres objets, les femmes ont &#233;t&#233; transform&#233;es en &#233;crans sur lesquels la peur et la haine latentes des hommes se projettent. Les chasses aux sorci&#232;res ont enflamm&#233; et l&#233;gitim&#233; cette haine, en favorisant les forces &#233;conomiques qui condamnaient leur &#234;tre physique et existentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez les femmes, les pers&#233;cutions ont renforc&#233; la haine de soi et la suspicion envers les membres de leur sexe. Pour les deux sexes, le r&#244;le de victime est apparu comme le r&#244;le naturel et m&#233;rit&#233; de la femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La haine des femmes s'&#233;tend &#224; la haine de toute chair, de toute vie sensuelle. Les chasses aux sorci&#232;res, en tant que campagnes de la guerre &#224; l'immanence, ont &#233;t&#233; aussi dirig&#233;es contre la sexualit&#233;, sp&#233;cialement la sexualit&#233; des femmes et l'homosexualit&#233;. &lt;i&gt;&#171; Toute la sorcellerie vient du d&#233;sir charnel &#187;&lt;/i&gt;, dit le &lt;i&gt;Malleus Maleficarum&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#171; qui est, chez les femmes, insatiable &#187;&lt;/i&gt;. Les sorci&#232;res &#233;taient accus&#233;es, &#224; la base, de frayer avec les d&#233;mons, d'actes impudiques et lascifs. Leurs sabbats &#233;taient d&#233;peints comme des orgies o&#249; l'on se complaisait dans les jouissances contre nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lesbianisme et l'homosexualit&#233; masculine &#233;taient souvent associ&#233;s &#224; la sorcellerie. Arthur Evans, dans Witchcraft and the Gay Counter-Culture, en cite de nombreux exemples.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb96&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Evans, Arthur, Witchcrafi and the Gay Counter-Culture, Boston, Fag Rag (&#8230;)&#034; id=&#034;nh96&#034;&gt;96&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Les homosexuels et les lesbiennes &#233;taient soumis &#224; la torture et ex&#233;cut&#233;s en tant que criminels civils, mais le sexe dit non naturel &#233;tait aussi une preuve de sorcellerie. Les pers&#233;cutions de sorci&#232;res d&#233;nigraient la sexualit&#233; et imposaient l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;. Elles punissaient les femmes pour leur agressivit&#233; sexuelle et imposaient la passivit&#233;, elles les punissaient pour leur jouissance sexuelle et imposaient la frigidit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sexualit&#233; &#233;tait un sacrement dans l'Ancienne Religion ; elle &#233;tait (et est) consid&#233;r&#233;e comme une force puissante par laquelle l'amour r&#233;parateur et f&#233;cond de la D&#233;esse immanente &#233;tait connu directement, et pouvait &#234;tre utilis&#233; pour nourrir le monde, pour catalyser la fertilit&#233; dans les &#234;tres humains et dans la nature. La D&#233;esse &#233;tait connue non par la hi&#233;rarchie ou par une discipline asc&#233;tique, mais par l'extase, &#224; travers la profonde connexion avec un autre &#234;tre humain. Le cycle rituel de la sorcellerie est centr&#233; sur les th&#232;mes de l'entretissage de la vie et de la mort ; en nous confrontant &#224; la mort, en reconnaissant et en acceptant notre mortalit&#233;, nous sommes libres de faire profond&#233;ment l'exp&#233;rience de la vie dans toute sa sensualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Chante, f&#234;te, danse, fais de la musique et fais l'amour, tout en ma pr&#233;sence, car l'extase de l'esprit est mienne, et mienne est aussi la joie sur la terre. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb97&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces paroles viennent de la tradition orale.&#034; id=&#034;nh97&#034;&gt;97&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la femme, symboliquement, est le corps de l'immanence, alors la sexualit&#233;, valoris&#233;e en elle-m&#234;me et d'elle-m&#234;me, est son &#226;me. La sexualit&#233; gay, en affirmant dans sa nature propre la primaut&#233; du plaisir sur la reproduction, et la sexualit&#233; religieuse, en exhaussant la profonde valeur du corps et de son exp&#233;rience, menacent toutes deux la discipline asc&#233;tique du travail, qui requiert la n&#233;gation du corps. La sexualit&#233; f&#233;minine agressive est incompatible avec le r&#244;le de victimes des femmes, avec leur r&#244;le d'objets. Les pers&#233;cutions des sorci&#232;res ont utilis&#233; la torture et la terreur pour marquer la psych&#233; occidentale au fer rouge de l'identit&#233; entre le sexe et le diable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, les pers&#233;cutions des sorci&#232;res ont favoris&#233; la guerre contre l'immanence au moment o&#249; elle apparaissait dans les sciences et dans la vie intellectuelle de l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au 17&#232;me si&#232;cle, la vision m&#233;caniste d'un monde constitu&#233; de particules mortes, inertes, isol&#233;es &#233;tait encore contest&#233;e par des repr&#233;sentations relevant des syst&#232;mes magiques comme l'alchimie, l'astrologie, l'herm&#233;tisme, le cabalisme et le rituel magique. Beaucoup de ces syst&#232;mes &#233;taient &#224; l'&#233;poque devenus tr&#232;s diff&#233;rents, dans leur pratique, de la sorcellerie. Ces syst&#232;mes magiques formels avaient tendance &#224; &#234;tre structur&#233;s hi&#233;rarchiquement et soumis &#224; une r&#232;gle, et avaient adopt&#233; une terminologie et un symbolisme chr&#233;tiens et juifs, aussi bien que grecs et romains. Cependant, ils partageaient avec l'Ancienne Religion, et avec beaucoup de sectes protestantes radicales, la vision d'un monde intrins&#232;quement vivant, dynamique et en relation &#8211; appr&#233;ci&#233; en soi et de soi, Leur logique &#233;tait dialectique, ce n'&#233;tait pas un dualisme sans synth&#232;se ; les oppos&#233;s &#233;taient interd&#233;pendants ; de chaque entit&#233; surgissait son oppos&#233;, et la tension qui en r&#233;sultait causait le changement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;David Kubrin d&#233;crit ainsi la philosophie m&#233;caniste : &lt;i&gt;&#171; La mati&#232;re elle-m&#234;me... existant dans l'espace vide... est tout ce qui existe, tout ce qui est sous-jacent au monde sensible des ph&#233;nom&#232;nes. Les changements dans le monde ph&#233;nom&#233;nal surviennent tous &#8216;de la mati&#232;re et du mouvement' du monde atomique ou mol&#233;culaire sous-jacent, chacune des particules atomiques ou mol&#233;culaires n'ayant en elle-m&#234;me pour attributs que des propri&#233;t&#233;s quantitatives, une grandeur, une forme, et son &#233;tat de mouvement. Le monde, par essence, est sans couleur, sans go&#251;t, sans sons, d&#233;nu&#233; de pens&#233;e et de vie. Il est essentiellement mort, une machine... &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb98&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kubrin, David, &#171; Newtons Inside Out : Magic, Class Struggle and the Rise of (&#8230;)&#034; id=&#034;nh98&#034;&gt;98&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophie m&#233;caniste s'est identifi&#233;e &#224; la r&#233;alit&#233; et &#224; la v&#233;rit&#233; dans nos esprits pendant que les philosophies magiques se confondaient avec l'erreur et la superstition. Pourtant, le m&#233;canisme a fini par perdre toute validit&#233;. Les physiciens nous racontent maintenant qu'il n'y a pas d'atomes solides &#8211; seulement des interactions entre particules, qui elles-m&#234;mes peuvent &#234;tre des sch&#232;mes de probabilit&#233;s, dont aucune ne peut &#234;tre objectivement observ&#233;e, car l'observation entra&#238;ne une interaction avec l'observ&#233;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb99&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour des &#233;l&#233;ments sur la nouvelle physique, voir Capra, Fritjof, The Tao of (&#8230;)&#034; id=&#034;nh99&#034;&gt;99&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; La th&#233;orie des syst&#232;mes nous apprend &#224; d&#233;passer la simple logique de l'effet et de la cause, et &#224; regarder plut&#244;t les sch&#232;mes d'interactions. La magie peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme le pr&#233;curseur philosophique de la relativit&#233; et de la th&#233;orie de la probabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;canisme a triomph&#233;, pas n&#233;cessairement parce que c'&#233;tait la meilleure description de la r&#233;alit&#233;, mais &#224; cause de ses implications politiques, &#233;conomiques et sociales. La magie, la science et la philosophie fond&#233;es sur le principe d'immanence ont &#233;t&#233; assimil&#233;es &#224; la radicalit&#233; et aux int&#233;r&#234;ts des classes populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La conception animiste de la nature comme divine, un organisme actif par lui-m&#234;me, a &#233;t&#233; associ&#233;e aux id&#233;es d'ath&#233;isme et de radicalisme libertaire. Le chaos social, les soul&#232;vements de paysans et les r&#233;bellions pouvaient se nourrir de l'affirmation que les individus &#233;taient capables de comprendre la nature du monde pour eux-m&#234;mes et pouvaient manipuler les esprits naturels par la magie. La magie populaire &#233;tait largement utilis&#233;e &#224; tous les niveaux de la soci&#233;t&#233; pour contr&#244;ler ces esprits, mais surtout dans les classes inf&#233;rieures. &#187; &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb100&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Merchant, Carolyn, op. cit., p. 12.&#034; id=&#034;nh100&#034;&gt;100&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Apr&#232;s la restauration de Charles II en Angleterre, de telles id&#233;es furent d&#233;nomm&#233;es enthousiasme, et une campagne vigoureuse fut men&#233;e contre elles par l'&#201;tat, l'&#201;glise &#233;tablie et les nouvelles institutions scientifiques. L'enthousiasme &#233;tait associ&#233; &#224; l'activisme radical et &#224; la r&#233;bellion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Une conception du monde en tant qu'enti&#232;rement actif, plein de Dieux, et constamment en changement, aidait &#224; d&#233;velopper la confiance du peuple en soi, et, peut-&#234;tre mieux, les encourageait &#224; passer &#224; l'acte, &#224; transformer le monde, au lieu de rester passifs face aux grandes transformations sociales qui balayaient alors l'Angleterre. &#187; &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb101&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kubrin, &#171; Newtons lnside Out &#187;, loc. cit., p. 107.&#034; id=&#034;nh101&#034;&gt;101&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'expropriation du savoir, que nous avons vu s'op&#233;rer dans le domaine du soin, fut &#233;tendue &#224; la science per&#231;ue comme un tout. Le m&#233;canisme, qui justifiait l'exploitation de la nature puisqu'elle &#233;tait intrins&#232;quement morte et sans valeur, et qui exacerba le retrait de la valeur des choses en elles-m&#234;mes, de tout ce qui ne pouvait pas &#234;tre quantifi&#233; ou compt&#233;, devint le savoir l&#233;gitime. Les autres visions furent d&#233;nonc&#233;es comme dangereuses, d&#233;voy&#233;es et folles. Kubrin rappelle que m&#234;me Newton, que nous pensons commun&#233;ment &#234;tre le p&#232;re du m&#233;canisme, &#233;tait profond&#233;ment impliqu&#233; dans l'&#233;tude de l'alchimie et de l'herm&#233;tisme. Ses &#233;crits magiques n'ont cependant jamais &#233;t&#233; publi&#233;s car il avait peur qu'on le confonde avec les penseurs libres et le radicalisme.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb102&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 110-121.&#034; id=&#034;nh102&#034;&gt;102&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pers&#233;cutions des sorci&#232;res ont contribu&#233; &#224; assurer le triomphe du m&#233;canisme. Ironiquement, le m&#233;canisme, en sapant la croyance dans les d&#233;mons, diables et autres cr&#233;atures incorporelles, ainsi que la croyance dans tous les syst&#232;mes magiques, a fini par d&#233;truire la rationalit&#233; des chasses aux sorci&#232;res. Cependant, lorsque cela arriva (au 18&#232;me si&#232;cle), le m&#233;canisme &#233;tait devenu une id&#233;ologie bien &#233;tablie qui l&#233;gitimait le d&#233;veloppement de l'&#233;conomie capitaliste, l'exploitation des femmes et des travailleurs, le pillage de la nature &#8211; et qui exaltait les &#233;l&#233;ments quantitatifs de la vie par rapport aux &#233;l&#233;ments qualitatifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le m&#233;canisme, comme m&#233;taphysique et comme &#233;pist&#233;mologie, ne s'&#233;tendit pas seulement de la physique &#224; la chimie et &#224; la biologie, mais aussi &#224; la physiologie, la psychologie, la religion, la po&#233;sie, l'&#233;thique, la th&#233;orie politique et l'art. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb103&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 120.&#034; id=&#034;nh103&#034;&gt;103&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le pass&#233; vit dans le pr&#233;sent &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La vieille femme nous a quitt&#233;s. Qu'elle ait &#233;t&#233; pendue comme sorci&#232;re ou qu'elle se soit sauv&#233;e et ait v&#233;cu dans les friches avec d'autres r&#233;fugi&#233;s et vagabonds, qu'elle ait termin&#233; sa vie dans le confort de sa propre petite maison ou qu'elle ait &#233;t&#233; expuls&#233;e et se soit &#233;tendue dans le froid et la faim sous les haies, de toute fa&#231;on elle est morte. Mais quelque chose d'elle vit en nous, dans les enfants des enfants des enfants qu'elle a mis au monde. Ses peurs, et les forces contre lesquelles elle a lutt&#233; de son vivant, vivent toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons lire dans nos journaux les m&#234;mes accusations contre la fain&#233;antise des pauvres. Les expropriateurs se d&#233;placent dans le tiers-monde, d&#233;truisant les cultures, pourvoyant la connaissance occidentale estampill&#233;e, pillant les ressources de la terre et des gens. L'&#233;thique de la propri&#233;t&#233; les anime. L'agriculture scientifique empoisonne la terre de pesticides ; la technologie m&#233;caniste construit des centrales nucl&#233;aires et des bombes qui peuvent faire de la terre une chose morte. Si nous &#233;coutons la radio, nous pouvons entendre le cr&#233;pitement des flammes &#224; chaque bulletin d'informations. Si nous regardons le journal t&#233;l&#233;vis&#233; ou sortons marcher dans les rues, o&#249; la valeur transcendante du profit augmente les loyers, le prix de l'immobilier, et contraint les gens &#224; quitter leurs quartiers et leurs maisons, nous pouvons entendre le bruit sourd de l'avis de mise en cl&#244;tures en train d'&#234;tre clou&#233; &#224; la porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces probl&#232;mes semblent sans fin. O&#249; que nous nous tournions &#224; la recherche de bien-&#234;tre et de gu&#233;rison, nous nous retrouvons face aux gardiens approuv&#233;s d'un savoir qui ali&#232;ne nos corps et nos &#226;mes. La fum&#233;e des sorci&#232;res br&#251;l&#233;es est encore dans nos narines ; elle nous intime avant tout de nous consid&#233;rer comme des entit&#233;s s&#233;par&#233;es, isol&#233;es, en comp&#233;tition, ali&#233;n&#233;es, impuissantes et seules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la lutte &#233;galement vit toujours. Comprendre l'histoire de cette lutte nous permet de nous y engager avec une vision claire, une vision qui reconna&#238;t la nature intriqu&#233;e des probl&#232;mes en jeu, qui sait que nos int&#233;r&#234;ts ne sont pas divis&#233;s, que nous soyons des femmes qui veulent retrouver une place dans le march&#233; du travail, des travailleuses migrantes qui demandent un salaire d&#233;cent, des Natives-Am&#233;ricaines dont les terres ont &#233;t&#233; empoisonn&#233;es par des carri&#232;res d'uranium, ou des &#233;cologistes essayant de pr&#233;server un espace sauvage. Que nos besoins imm&#233;diats soient de nourriture, de soins, d'emploi, de garde d'enfants, de logement ou d'espaces ouverts, notre int&#233;r&#234;t ultime est le m&#234;me &#8211; restaurer un sens du sacr&#233; du monde et restaurer la valeur de nos vies et de la communaut&#233; des &#234;tres &#8211; humains, plantes et animaux qui partagent la vie avec nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vision, cette valeur commune, peut &#234;tre la base d'un pouvoir que personne ne peut exercer seul &#8211; le pouvoir de redonner forme &#224; nos vies communes, le pouvoir de changer la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Starhawk&lt;/i&gt; 1982&lt;br class='manualbr' /&gt;(2003 pour la traduction fran&#231;aise)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://www.zinzine.domainepublic.net/index.php?theurl=rechercher.php&amp;col=temps%2Bdes%2Bb%FBchers" class="spip_out"&gt;Emissions &#034;Le temps des b&#251;chers&#034; sur Zinzine&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bateson, Gregory, Mind and Nature, a Necessary Unity, New Yori Bantam, 1979, p. 77.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous ne pouvons pas comprendre les pers&#233;cutions de sorci&#232;res si nous les voyons simplement comme une conspiration masculine contre les femmes ou si nous les consid&#233;rons ind&#233;pendamment des modes de pers&#233;cution r&#233;currents au Moyen Age. Le r&#233;cit de la chasse aux sorci&#232;res par Mary Daly, par ailleurs excellent, arrive &#224; faire dispara&#238;tre les Juifs de l'histoire, de la m&#234;me mani&#232;re que les historiens patriarcaux en font dispara&#238;tre les femmes. Cf. Daly, Mary, Gyn/Ecology, The Metaethics of Radical Feminism, Boston, Beacon Press, 1978.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ruether, Rosemary, New Woman, New Earth : Sexist Ideologies and Human Liberation, New York, The Seabury Press, 1975, p. 100-106.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Kramer et Sprenger, &#171; Malleus Maleficarum &#187;, in Daly, Mary, op. cit., p. 199.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce compte rendu des pers&#233;cutions de sorci&#232;res est bas&#233; sur Daly, Mary, Gyn/Ecology, Ehrenreich, Barbara and English, Deirdre, &lt;i&gt;Witches, Midwives, and Nurses : A History of Women Healers&lt;/i&gt;, Old Westbury, New York, The Feminist Press, 1973 ; Murray, Margaret, &lt;i&gt;The God of the Witches&lt;/i&gt;, Londres, Oxford University Press, 1970 ; Notestein, Wallace, &lt;i&gt;A History of Witchcraft in England&lt;/i&gt;, New York, Crowell, 1968 ; Ruether, Rosemary, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ruether, Rosemary, op. cit., p. 11. NdT : Comme le dit l'auteure dans la pr&#233;face &#224; la quinzi&#232;me &#233;dition, l'estimation de 9 millions est nettement trop &#233;lev&#233;e. Cependant, les proc&#232;s ont concern&#233;, en Allemagne notamment, environ une femme sur mille, moins dans les autres pays europ&#233;ens ; la sentence n'&#233;tait pas toujours le b&#251;cher mais souvent le bannissement du village, ce qui conduisait &#224; l'errance et pr&#233;disposait &#224; de nouvelles poursuites (cf. en fran&#231;ais les travaux de Robert Muchembled).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daly, Mary, op. cit., p. 197.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Repris de Henry Charles Lea in Daly, Mary, op. cit., p. 200.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daly, Mary, ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Daly, op. cit., p. 185 ; Ruether, op. cit., p. 104-105 ; Hill, Christopher, &lt;i&gt;Reformation to Industriel Revolution : the Making of Modern English Society&lt;/i&gt;, vol. 1 : 1530-1780, New York, Panth&#233;on, 1967, p. 89-90.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ruether, op. cit., p. 105.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J'utilise les termes de classe paysanne laborieuse et classe professionnelle argent&#233;e plut&#244;t que les termes plus classiques de classe ouvri&#232;re et bourgeoisie, car durant cette p&#233;riode, avant l'industrialisation, les divisions de classes n'avaient pas encore les caract&#233;ristiques associ&#233;es &#224; la terminologie marxiste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Bateson, Gregory, Steps to an Ecology of Mind, New York, Ballantine, 1972, p. 338.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Merchant, Carolyn, The Death of Nature : Women, Ecology and the Scientific R&#233;volution, San Francisco, Harper and Row, 1980, p. 70-75.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid, p. 71-73.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La discussion qui suit sur l'&#233;conomie f&#233;odale est bas&#233;e sur : Birnie Arthur, &lt;i&gt;An Economie History of the British Isles&lt;/i&gt;, Londres, Methuen, 1953, p. 39-59 ; Clark, sir George, &lt;i&gt;Early Modern Europe from about 1450 to about 1720&lt;/i&gt;, Londres, Oxford University Press, 1968 ; Conner, E. C. K-, &lt;i&gt;Common Land and Enclosures&lt;/i&gt;, New York, A. M. Kelley, 1966 ; Finberg, H. R R. (&#233;d. ), &lt;i&gt;The Agrarian History of England and Wales&lt;/i&gt;, vol. I, Deuxi&#232;me partie, A. D. 43-1042, Cambridge, Cambridge University Press, 1072 ; Heath, Richard, &lt;i&gt;The English Peasant&lt;/i&gt;, Londres, Unwin, 1983, p. 1-57 ; Merchant, Carolyn, op. cit., p. 43-50 ; White, Lynn Jr, &lt;i&gt;Medieval Technology and Social Change&lt;/i&gt;, New York, Oxford University Press, 1966, p. 39- 76 ; Zacour, Norman, &lt;i&gt;An Introduction to Medieval Institutions&lt;/i&gt;, New York, St. Martin's Press, 1969, p. 35-51.).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Conner, op. cit., p. 7.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La discussion qui suit sur les droits communaux est bas&#233;e sur Conner, op. cit., p. 5-7, et Birnie, op. cit., p. 47-70.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rogers, John, The English Woodland, New York, Scribner's, 1946, p. 17-29.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hill, Christopher, Reformation to Industrial Revolution, p. 14.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Birnie, op. cit., p. 72.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Merchant, Carolyn, op. cit., p. 48.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comprendre l'importance de l'engrais peut jeter une nouvelle lumi&#232;re sur la critique par Norman O'Brown de l'assimilation par Martin Luther de l'argent avec l'analit&#233;, le monde et le diable. De mani&#232;re litt&#233;rale, si l'argent est bas&#233; sur la fertilit&#233; de la terre, l'argent est de la merde et la vie aussi. Tandis que la position protestante pourrait, de mani&#232;re provocatrice, &#234;tre r&#233;sum&#233;e ainsi : &lt;i&gt;&#171; La vie est de la merde - d&#233;clin et mort, donc par essence d&#233;moniaque. &#187;&lt;/i&gt;, le paganisme dit : &lt;i&gt;&#171; Merde, mort et d&#233;clin font partie de la vie et par cons&#233;quent sont impr&#233;gn&#233;s de sacr&#233;. &#187;&lt;/i&gt;. Les ramifications que cette vision peut avoir sur l'&#233;ducation des enfants &#224; la propret&#233; et sur la formation du caract&#232;re qui en d&#233;coule sont int&#233;ressantes &#224; examiner. Cf. Brown, Norman O., &lt;i&gt;Life against Death : the Psychoanalytic Meaning of History&lt;/i&gt;, Middletown, Connecticut, Wesleyan University Press, p. 200-304.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La discussion sur l'importance des march&#233;s et les enclosures est inspir&#233;e par Birnie, op. cit., p. 71-97 ; Conner, op. cit. ; Hill, op. cit., p. 45-62, 115-122 ; Mantoux, Paul, &#171; The Destruction of the Peasant Village &#187; in Taylor, Philip A. (&#233;d.), &lt;i&gt;The Industrial Revolution in Britain : Triumph or Disaster ?&lt;/i&gt;, Boston, D. C., Heath, 1958, p. 64-73 ; Merchant, Carolyn, op. cit., p. 42-68.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;25. Conner, op. cit., p. 44.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 137-138.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mantoux, Paul, &#171; The Destruction of the Peasant Village &#187;, loc. cit., p. 65.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Birnie, op. cit., p. 77.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Clark, Alice, &lt;i&gt;Working Life of Women in the Seventeenth Century&lt;/i&gt;, New York, E. P. Dutton 1919, p. 49-92.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid, p. 60.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 88.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid, p. 88-89.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid, p. 58-92 et Hill, Christopher, op. cit., p. 135-143.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La pr&#233;sentation de cette r&#233;sistance s'appuie sur Conner, op. cit., p. 134 ; Birnie, op. cit., p. 79 et Merchant, op. cit., p. 42-68.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bien qu'en Angleterre la torture ne f&#251;t pas une technique autoris&#233;e, on sait de source s&#251;re qu'elle &#233;tait pratiqu&#233;e, et que d'autres m&#233;thodes, comme la privation de sommeil, procuraient les m&#234;mes r&#233;sultats. Cf. Notestein, op. cit., p. 202-205.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'ouvrage classique sur les coutumes populaires est celui de sir James Frazer, The Golden Bough, New York, New American Library, 1964.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ruether, op. cit., p. 100.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Illich, Ivan, &lt;i&gt;Toward a History of Needs&lt;/i&gt;, New York, Baniam, 1977, p. 89.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Illich, Ivan, &#171; Vernacular Values &#187;, Co-evolution Quarterly, n&#176;26 (1980), p. 48.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Illich, Ivan, op. cit., p. 88.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Clark, op. cit., p. 253-265.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Miller, Jean Baker, Toward a New Psychology of Women, Beacon Press, 1976, p. 6.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un shilling par jour &#233;tait un salaire &#233;lev&#233; pour un ouvrier agricole au moment de la moisson ; les femmes gagnaient souvent trois fois moins. Cf. Clark, op. cit., p. 60.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb44&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh44&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 44&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hill, Christopher, Change and Continuity in Seventeenth Century England Cambridge, Massachusetts, Harvard University Press, 1975, p. 157.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb45&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh45&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 45&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;45&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 158.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb46&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh46&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 46&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;46&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid, p. 158.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb47&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh47&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 47&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;47&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid, p. 166.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb48&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh48&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 48&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;48&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ehrenrich et English, op. cit., p. 17.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb49&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh49&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 49&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;49&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rich, Adrienne, Of Woman Born : Motherhood as Experience and Institution, New York, Bantam, 1976, p. 127.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb50&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh50&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 50&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;50&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daly, op. cit., p. 223-292 ; Ehrenrich et English, op. cit. ; Rich, op. cit., p. 117-182.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb51&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh51&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 51&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;51&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Notestein, op. cit., p. 23, 213.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb52&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh52&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 52&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;52&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ehrenrich et English, op. cit., p. 17.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb53&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh53&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 53&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;53&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb54&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh54&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 54&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;54&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Huston, Perdita, Third World Women Speak Out, New York, Praeger, 1979, p. 69.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb55&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh55&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 55&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;55&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Citation tir&#233;e d'un discours de John Bourke &#224; la Smithsonian Institution (Washington) en 1892, donn&#233;e dans Altman, Marcia, Kubrin David, Kwasnick, John et Logan, Tina, &#171; The People's Healers : Health&#173;care and Class Struggle in the United States in the 19th Century &#187; (in&#233;dit).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb56&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh56&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 56&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;56&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb57&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh57&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 57&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;57&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hill, &lt;i&gt;The World Turned Upside Down&lt;/i&gt;, p. 14.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb58&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh58&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 58&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;58&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Weber, Max, L'&#201;thique protestante et l'esprit du capitalisme, Paris, Pion, 1965.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb59&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh59&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 59&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;59&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hill, op. cit., p. 14.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb60&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh60&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 60&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;60&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 37.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb61&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh61&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 61&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;61&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 61.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb62&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh62&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 62&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;62&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 38, citant Aubrey.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb63&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh63&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 63&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;63&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gardner Gerald B&#8222; Witchcraft Today, Secaucus N. J., Citadel, 1974.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb64&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh64&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 64&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;64&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hill, op. cit., p. 38.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb65&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh65&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 65&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;65&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Notestein, op. cit., p. 184.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb66&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh66&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 66&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;66&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 185.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb67&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh67&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 67&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;67&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Murray, Margaret A.,&lt;i&gt; The Witch-Cult in Western Europe&lt;/i&gt;, Oxford, Clarendon Press, 1921, p. 238.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb68&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh68&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 68&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;68&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 267-268.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb69&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh69&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 69&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;69&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hill, Reformation to Industrial Revolution, op. cit., p. 90.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb70&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh70&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 70&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;70&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 22.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb71&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh71&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 71&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;71&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 23&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb72&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh72&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 72&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;72&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 165.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb73&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh73&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 73&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;73&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 165, citant Bauthamly.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb74&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh74&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 74&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;74&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;74. Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb75&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh75&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 75&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;75&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour des preuves de la continuit&#233; de la tradition radicale, voir Hill, &lt;i&gt;The World Turned Upside Down&lt;/i&gt;, op. cit., p. 89. La tradition sorci&#232;re a de vieilles associations avec la r&#233;gion : &lt;i&gt;&#171; Dans le grand parc de Windsor il y avait un ch&#234;ne dess&#233;ch&#233; sous lequel Herne le Chasseur, un garde forestier &#224; l'&#233;poque d'Henri VIII, est suppos&#233; avoir pratiqu&#233; la magie noire, et auquel il a finalement &#233;t&#233; retrouv&#233; pendu. Tant que l'arbre fut debout, l'herbe ne poussait pas autour. Le fant&#244;me de Herne le Chasseur, avec des cornes sur la t&#234;te, appara&#238;t chaque fois qu'une calamit&#233; menace la famille royale ou le pays &#187;&lt;/i&gt; (cf. Rogers, England Woodlands, p. 31). Herne le Chasseur est le nom d'un ancien dieu dans la sorcellerie, qui a &#233;t&#233; pendu &#224; un ch&#234;ne en accomplissement du sacrifice de soi qui permet que la vie continue. Le dieu est appel&#233; le Dieu cornu dans certains de ses aspects et a &#233;t&#233; aussi associ&#233; &#224; la royaut&#233; sacr&#233;e. Cf. Murray, Margaret, &lt;i&gt;The God of the Witches&lt;/i&gt;, Londres, Oxford University Press, 1970.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb76&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh76&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 76&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;76&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;(76. Hill, &lt;i&gt;The World Turned Upside Down&lt;/i&gt;, op. cit., p. 90)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb77&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh77&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 77&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;77&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 104.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb78&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh78&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 78&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;78&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 105.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb79&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh79&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 79&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;79&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 111.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb80&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh80&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 80&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;80&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 112.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb81&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh81&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 81&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;81&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 114.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb82&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh82&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 82&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;82&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 173.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb83&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh83&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 83&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;83&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid, p. 172.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb84&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh84&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 84&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;84&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 259.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb85&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh85&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 85&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;85&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Weber, Max, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb86&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh86&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 86&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;86&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;86. Hill, &lt;i&gt;Reformation to Industrial R&#233;evolution&lt;/i&gt;, op. cit., p. 119-120 ; Hill, The World Turned Upside Down, op. cit., p. 262-263.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb87&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh87&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 87&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;87&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hill, &lt;i&gt;Reformation to Industrial Revolution&lt;/i&gt;, op. cit., p. 140, citant Petty.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb88&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh88&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 88&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;88&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Weber, Max, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb89&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh89&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 89&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;89&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour un aper&#231;u des activit&#233;s dans lesquelles les femmes ont jou&#233; des r&#244;les importants &#224; la fin du Moyen &#194;ge et au d&#233;but des Temps modernes, voir Clark, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb90&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh90&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 90&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;90&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ruether, p. 97-98, citant le &lt;i&gt;Malleus Maleficarum,&lt;/i&gt; premier recueil officiel des crimes des sorci&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb91&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh91&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 91&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;91&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ruether, op. cit., p. 98.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb92&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh92&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 92&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;92&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;(92. Pour une interpr&#233;tation analytique compl&#232;te des implications du maternage, voir Chodorow, Nancy,&lt;i&gt; The Reproduction of Mothering&lt;/i&gt;, Berkeley, Californie, University of California press, 1978 ; Dinnerstein, Dorothy, &lt;i&gt;The Mermaid and the Minotaur&lt;/i&gt;, New York, Harperand Row, 1976.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb93&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh93&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 93&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;93&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;(Brown, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb94&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh94&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 94&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;94&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rubin, Gayle, &#171; The Traffic in Women : Notes on the Political Economy of Sex &#187; in Reiter, Rena, &#233;d., &lt;i&gt;Toward an Anthropology of Women&lt;/i&gt;, New York, Monthly Review Press, 1975, p. 162.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb95&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh95&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 95&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;95&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De Beauvoir, Simone, Le Deuxi&#232;me Sexe, Paris, Gallimard, 1962.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb96&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh96&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 96&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;96&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Evans, Arthur, &lt;i&gt;Witchcrafi and the Gay Counter-Culture&lt;/i&gt;, Boston, Fag Rag Books, p. 76-77.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb97&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh97&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 97&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;97&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ces paroles viennent de la tradition orale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb98&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh98&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 98&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;98&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kubrin, David, &#171; Newtons Inside Out : Magic, Class Struggle and the Rise of Mechanism in the West &#187; in Woolf, Harry (&#233;d.), &lt;i&gt;The Analytic Spirit&lt;/i&gt;, Ithaca, N. Y., Corneli University Press, 1981, p. 108.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb99&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh99&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 99&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;99&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour des &#233;l&#233;ments sur la nouvelle physique, voir Capra, Fritjof, &lt;i&gt;The Tao of Physics&lt;/i&gt;, New York, Bantam, 1977 ; Zukav, Gary, &lt;i&gt;The Dancing Wu Li Masters : an Overview of the New Physics&lt;/i&gt;, New York, William Morrow, 1979. )&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb100&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh100&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 100&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;100&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Merchant, Carolyn, op. cit., p. 12.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb101&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh101&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 101&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;101&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kubrin, &#171; Newtons lnside Out &#187;, loc. cit., p. 107.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb102&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh102&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 102&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;102&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 110-121.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb103&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh103&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 103&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;103&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 120.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Extrait de &lt;i&gt;Femmes, Magie et Politique&lt;/i&gt;, paru chez les Emp&#234;cheurs de penser en rond, 2003 (premi&#232;re &#233;dition en anglais, 1982). Le livre a &#233;t&#233; r&#233;&#233;dit&#233; en f&#233;vrier 2015 par Camboulakis &#233;ditions, sous le titre &lt;i&gt;R&#234;ver l'obscur - Femmes, magie et politique&lt;/i&gt;. Cette maison d'&#233;dition a aussi publi&#233; un texte cit&#233; dans &lt;i&gt;Le temps des b&#251;chers&lt;/i&gt; et qui existait jusqu'alors en fran&#231;ais sous forme de brochure : &lt;i&gt;Sorci&#232;res, sages-femmes et infirmi&#232;res, une histoire des femmes soignantes&lt;/i&gt;, de Ehrenreich et English.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Starhawk est une &#233;crivaine et activiste &#233;colo-f&#233;ministe am&#233;ricaine, tr&#232;s impliqu&#233;e dans la lutte antinucl&#233;aire et th&#233;oricienne du n&#233;o paganisme ; elle s'est fait conna&#238;tre dans le milieu activiste pour ses formations &#224; l'action directe non-violente, en particulier depuis Seattle (1999).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les radicaux urbains et paysans dans la r&#233;volution anglaise (1641-1649)</title>
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		<dc:date>2015-03-19T18:09:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Collectif</dc:creator>


		<dc:subject>Bo&#238;te A Outils Editions (Forcalquier)</dc:subject>
		<dc:subject>Auto-organisation, exp&#233;rimentations collectives</dc:subject>
		<dc:subject>Insurrections, r&#233;voltes, &#233;meutes</dc:subject>
		<dc:subject>Luttes paysannes, ruralit&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Que les &lt;i&gt;Diggers&lt;/i&gt; et leur vision d'une soci&#233;t&#233; bas&#233;e sur la propri&#233;t&#233; collective de la terre et de ses produits, malgr&#233; leur faible nombre (la vingtaine de personnes qui accompagnait Winstanley pour squatter St Georges Hill inspira d'autres groupes, mais &#224; peine plus nombreux) et la courte dur&#233;e de leur exp&#233;rience (&#224; peine un an) continuent, 360 ans apr&#232;s leur d&#233;faite, non seulement &#224; &#234;tre &#233;voqu&#233;s, mais aussi &#224; &#234;tre une inspiration pour nombre de gens et de collectifs semble incroyable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des explications pourrait &#234;tre que Winstanley, ainsi que d'autres &lt;i&gt;Diggers&lt;/i&gt; rest&#233;s anonymes, a beaucoup &#233;crit, et que la clart&#233;, l'enthousiasme et la passion de ces textes font toujours sens de nos jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aussi que l'un des grands slogans des &lt;i&gt;Diggers&lt;/i&gt; appelait avant tout &#224; l'action qu'ils consid&#233;raient comme indispensable au point qu'ils affirmaient que la th&#233;orie n'&#233;tait rien si elle n'&#233;tait pas suivie d'action. Non seulement disaient-ils (et &#233;crivaient-ils) ce qu'ils faisaient, mais ils faisaient aussi ce qu'ils disaient. On peut les consid&#233;rer comme les pr&#233;curseurs, aussi bien du squat politique, que de l'action directe non violente, et c'est sans doute ce qui continue de les rendre populaires aupr&#232;s de g&#233;n&#233;rations successives d'activistes.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique24" rel="directory"&gt;R&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot79" rel="tag"&gt;Bo&#238;te A Outils Editions (Forcalquier)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot10" rel="tag"&gt;Auto-organisation, exp&#233;rimentations collectives&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot92" rel="tag"&gt;Insurrections, r&#233;voltes, &#233;meutes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot123" rel="tag"&gt;Luttes paysannes, ruralit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L104xH150/arton1195-ef8ab.png?1780464431' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='104' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1195.png?1426276990&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; la fin du 16&#232;me si&#232;cle, la progression et l'affirmation d'elle-m&#234;me de la bourgeoisie anglaise avaient d&#233;j&#224; transform&#233; visiblement les rapports sociaux existants. Le d&#233;veloppement du commerce avait arrach&#233; de plus en plus de pauvres aux anciens rapports de suj&#233;tion et &#224; l'immobilit&#233;. Les pauvres assujettis &#224; la terre &#233;taient toujours aussi mis&#233;rables, alors que se d&#233;veloppait une nouvelle forme de mobilit&#233; sociale, elle-m&#234;me extr&#234;mement pr&#233;caire, li&#233;e au d&#233;veloppement du salariat.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'acc&#233;l&#233;ration du mouvement de l'argent contribuait &#224; appauvrir la noblesse terrienne traditionnelle qui, depuis plus de deux si&#232;cles, s'accrochait au moindre privil&#232;ge et supprimait les droits coutumiers des paysans. Les &lt;i&gt;enclosures&lt;/i&gt; (cl&#244;tures) des terrains communaux avaient commenc&#233; depuis longtemps en Angleterre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#232;s le 12&#232;me si&#232;cle, l'agriculture traditionnelle bas&#233;e sur un syst&#232;me de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et engendr&#233; en retour la d&#233;fense acharn&#233;e des paysans pour qui l'usage de ces terrains &#233;tait absolument vital. L'hostilit&#233; des classes inf&#233;rieures de la soci&#233;t&#233; vis-&#224;-vis de tout ce qui repr&#233;sentait l'autorit&#233; allait grandissant. L'amertume et la m&#233;fiance &#233;taient de mise &#224; l'&#233;gard de la petite noblesse terrienne, de la bourgeoisie commer&#231;ante et de l'aristocratie ; le clerg&#233; &#233;tait ha&#239;. Les classes dominantes craignaient ce vil peuple. Si la dynamique propre au commerce avait entra&#238;n&#233; un all&#232;gement des lois contre le vagabondage, le service arm&#233; dans la milice restait ferm&#233; aux classes inf&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; la veille de la guerre civile &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du fait m&#234;me que les &#171; hommes sans ma&#238;tre &#187;, ceux qui n'&#233;taient plus assujettis &#224; un seigneur ou &#224; un emploi fixe dans une corporation, n'&#233;taient plus hors-la-loi, leur nombre &#233;tait devenu inqui&#233;tant : treize mille, pour la plupart dans le Nord (selon une &#233;tude gouvernementale de 1569), trente mille dans la seule ville de Londres (selon d'autres sources datant de 1602). Londres, dont la population s'&#233;tait multipli&#233;e par huit entre 1500 et 1650, &#233;tait le refuge anonyme id&#233;al pour un vagabond. Il existait davantage d'emplois temporaires &#224; Londres que partout ailleurs, l'aide aux indigents y &#233;tait plus importante et la ville offrait plus d'avenir aux voleurs. Il existait l&#224; un vaste secteur de la population aux conditions d'existence des plus pr&#233;caires, peu sensible &#224; l'influence des id&#233;ologies religieuses ou politiques mais qui constituait un foyer potentiel de troubles et de soul&#232;vements. Un contemporain situait l'ambiance :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; De nos jours, les habitants de la Cit&#233; ha&#239;ssent si fort les gentilshommes, et singuli&#232;rement les courtisans, qu'il n'en est gu&#232;re parmi ceux-ci qui osent p&#233;n&#233;trer les murs, et, qui s'y aventure, s'expose in&#233;vitablement aux avanies et aux injures. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans les campagnes, les paysans pauvres (&lt;i&gt;cottagers&lt;/i&gt;) et les occupants ill&#233;gaux des communaux (les friches et les for&#234;ts), les squatters, se cramponnaient d&#233;sesp&#233;r&#233;ment &#224; une existence semi-l&#233;gale et incertaine. Souvent, ils ne d&#233;pendaient d'aucun seigneur. Il leur arrivait de subsister un temps suffisamment long pour faire valoir le droit pr&#233;caire de maintien dans les lieux que leur reconnaissait la coutume. Les pauvres maisons (cottages) des travailleurs ruraux situ&#233;es dans un rayon d'un mile autour d'une industrie d'extraction, mines de charbon, carri&#232;res, etc., n'&#233;taient pas consid&#233;r&#233;es comme tombant sous le coup du statut de 1589 qui interdisait la construction de tout logis ne poss&#233;dant pas quatre arpents de terrain &#8211; ces hommes pouvant constituer une r&#233;serve utile de main-d'&#339;uvre. Ils &#233;taient toutefois expos&#233;s &#224; subir les cons&#233;quences de la r&#233;alisation sur une grande &#233;chelle de projets d'am&#233;nagement rural : d&#233;frichement des for&#234;ts, ass&#232;chement des marais et autres mesures du m&#234;me genre. Les migrations venaient sans cesse augmenter leur nombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les for&#234;ts abritaient &#224; cette &#233;poque des soci&#233;t&#233;s ind&#233;pendantes &#233;chappant quasiment &#224; tout contr&#244;le ext&#233;rieur. Elles servaient d'asile &#224; des bandits fort populaires (comme en atteste la l&#233;gende de Robin des Bois) aussi bien qu'&#224; un grand nombre d'artisans. Leur &#233;tendue dans le Nord de l'Angleterre rendait extr&#234;mement difficile des op&#233;rations de repr&#233;sailles militaires contre les hors-la-loi. Les squatters des r&#233;gions de for&#234;ts et de p&#226;tures, souvent fort &#233;loign&#233;es de toute &#233;glise, pr&#234;taient une oreille complaisante aux sectes religieuses radicales ou &#224; la sorcellerie. C'est &#233;galement dans ces r&#233;gions que les r&#233;voltes paysannes furent les plus nombreuses au d&#233;but 17&#232;me si&#232;cle &#8211; par exemple dans le Wiltshire et la for&#234;t de Dean. Les for&#234;ts &#233;taient r&#233;put&#233;es aupr&#232;s de l'administration de la reine Elisabeth comme &#233;l&#233;ments encourageant la libert&#233; d'esprit et l'insoumission : &lt;i&gt;&#171; Tant qu'on les autorisera &#224; vivre dans une telle oisivet&#233;, sur leurs r&#233;serves de b&#233;tail, ils ne s'assujettiront jamais &#224; aucune sorte de labeur &#187;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#171; L'usage collectif des p&#226;tures ne fait que perp&#233;tuer l'oisivet&#233; et la mendicit&#233; des &lt;i&gt;cottagers&lt;/i&gt; &#187;&lt;/i&gt;. Le d&#233;boisement et les &lt;i&gt;enclosures&lt;/i&gt; apparaissaient comme une n&#233;cessit&#233; pour forcer cette multitude au travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concurremment, les lois contre le vol de bois et le braconnage furent appliqu&#233;es avec plus de s&#233;v&#233;rit&#233; &#224; partir des ann&#233;es 1630. Toute une population exer&#231;ant des m&#233;tiers itin&#233;rants, depuis les colporteurs et les charretiers jusqu'aux courtiers en grain, c'est-&#224;-dire les interm&#233;diaires dans les &#233;changes commerciaux, &#233;taient aussi des &#171; hommes sans ma&#238;tre &#187;. Ces voyageurs qui assuraient la liaison entre les r&#233;gions de landes et de for&#234;ts ont contribu&#233; &#224; r&#233;pandre des opinions radicales en mati&#232;re de religion (les premiers Familistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fond&#233;e en 1540 par Hendrik Niclaes, la &#171; Famille d'amour &#187; entend r&#233;tablir (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#233;taient des artisans).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De notori&#233;t&#233; publique, les auberges et les tavernes de campagne o&#249; s'arr&#234;taient les itin&#233;rants &#233;taient des centres d'information et de discussion. Les efforts aussi vains qu'acharn&#233;s des juges de paix pour supprimer les cabarets non patent&#233;s avaient en partie pour but de surveiller ces masses mobiles qui risquaient de receler des &#233;l&#233;ments subversifs, des S&#233;paratistes (ceux qui se s&#233;paraient de l'&#201;glise) et des pr&#233;dicateurs itin&#233;rants. Dans un contexte favorable, un artisan ambulant pouvait facilement devenir pr&#233;dicateur itin&#233;rant, dans la clandestinit&#233; avant la guerre civile, au grand jour dans la p&#233;riode de libert&#233; des ann&#233;es 1640. La loi contre le vagabondage date de 1656 et s'appliquera &#224; &lt;i&gt;&#171; tout individu errant &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pauvres &#233;taient traditionnellement hostiles au clerg&#233; et &#224; la religion officielle, cela depuis plusieurs si&#232;cles. La grande r&#233;volte de 1381 avait ouvert une br&#232;che dans l'autorit&#233; des seigneurs aussi bien que du clerg&#233;. Les sectes des &lt;i&gt;Lollards&lt;/i&gt; invitaient &#224; rejeter les sacrements et communiquaient leur scepticisme quant &#224; l'existence m&#234;me de ce qui fondait l'autorit&#233; du clerg&#233;. Si la nature &#233;tait &#224; l'origine de toute chose, alors Dieu et le Diable et tous les sacrements &#233;taient uniquement des simulacres destin&#233;s &#224; asservir le peuple (les sectes et les S&#233;paratistes n'employaient pas le terme de nature dans le sens mat&#233;rialiste, ath&#233;e, qui lui fut attribu&#233; au 18&#232;me si&#232;cle par les philosophes des Lumi&#232;res. La nature dont ils parlaient signifiait l'essence de l'homme d'avant la Chute, faite de puret&#233; originelle et d'innocence).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce scepticisme, loin d'&#234;tre partag&#233; par le plus grand nombre dans ses conclusions extr&#234;mes, entra&#238;nait par contre une adh&#233;sion renfor&#231;ant l'attitude courante de d&#233;fiance et d'hostilit&#233; diffuse face &#224; la tyrannie d'un clerg&#233; avide, uniquement occup&#233; de faire valoir ses privil&#232;ges. Le Familisme fut introduit en Angleterre par Christopher Vittels au 16&#232;me si&#232;cle. Par principe, les Familistes pensaient que les ministres du culte devaient &#234;tre itin&#233;rants comme les ap&#244;tres. Ils faisaient donc souvent partie de ces &#171; hommes sans ma&#238;tre &#187; pratiquant, plus ou moins r&#233;guli&#232;rement, des m&#233;tiers d'itin&#233;rants. Ils croyaient que les hommes et les femmes pouvaient retrouver sur terre l'&#233;tat d'innocence ant&#233;rieur &#224; la Chute de l'homme. Ils mettaient leurs biens en commun, croyaient que l'origine de toute chose est dans la nature et que seul l'esprit de Dieu en chaque croyant &#233;tait capable d'interpr&#233;ter les &#201;critures. Aussi se livraient-ils &#224; toutes sortes d'all&#233;gories interpr&#233;tant &#224; leur fa&#231;on des passages de la Bible. En outre, ils encourageaient l'oisivet&#233; au travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers 1580, leur nombre augmentait continuellement et les autorit&#233;s eccl&#233;siastiques avaient le plus grand mal &#224; en venir &#224; bout car, comme les &lt;i&gt;Lollards&lt;/i&gt;, ils se r&#233;tractaient d&#232;s qu'on les arr&#234;tait, sans pour autant renier leurs convictions. Il faut noter que la rupture avec Rome et les mesures adopt&#233;es sous le r&#232;gne d'&#201;douard VI &#224; l'encontre du clerg&#233;, avaient suscit&#233; l'espoir d'une r&#233;forme permanente qui d&#233;truirait totalement l'appareil coercitif de l'&#201;glise officielle. Le compromis anglican, adopt&#233; sous le r&#232;gne d'&#201;lisabeth &#224; la fin du 16&#232;me si&#232;cle, ne faisait en fait qu'officialiser la R&#233;forme et instituait une nouvelle &#201;glise officielle. L'espoir que l'&#201;glise protestante saurait refuser aux &#233;v&#234;ques et au clerg&#233; le pouvoir que leur conf&#233;rait auparavant la papaut&#233; se trouva an&#233;anti. Ce compromis n'avait pas satisfait les puritains de l'&#201;glise presbyt&#233;rienne, inspir&#233;s de la doctrine de Calvin, favorables &#224; une pratique religieuse beaucoup plus individuelle, o&#249; la conscience et la participation personnelle ont plus d'importance que le rituel. Ils entreprirent &#224; cette &#233;poque une op&#233;ration d'endoctrinement et de lavage de cerveau sur une &#233;chelle sans pr&#233;c&#233;dent. Leur objectif &#233;tait la moralisation de la soci&#233;t&#233; anglaise comme ne s'&#233;tait jamais souci&#233; de le faire le clerg&#233; catholique puis anglican, plus soucieux de maintenir simplement leur pouvoir temporel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;thique protestante fait l'apologie du travail : obligation de travailler avec ardeur dans son m&#233;tier, d'&#233;viter l'oisivet&#233; et le gaspillage de temps, interdiction de s'adonner aux plaisirs de la chair ailleurs que dans le cadre du couple monogame honn&#234;te. Si, a contrario des relations pr&#233;c&#233;dentes de la soci&#233;t&#233; anglaise, elle fait valoir une &#233;galit&#233; relative entre homme et femme dans le mariage, c'&#233;tait dans la perspective de la moralisation des rapports. Elle condamnait absolument l'adult&#232;re comme contraire &#224; l'&#233;thique d'une vie laborieuse. La morale puritaine concentrait les aspirations de la bourgeoisie industrieuse anglaise alors en plein essor. Elle &#233;tait l'id&#233;ologie qui lui convenait pour poursuivre son d&#233;veloppement et son emprise sur la soci&#233;t&#233;. Son pragmatisme &#233;tait beaucoup plus ad&#233;quat &#224; ce projet que l'immobilisme de la religion officielle, m&#234;me plus en mesure alors de conserver un contr&#244;le sur les esprits en &#233;bullition des pauvres. Elle fut int&#233;rioris&#233;e dans les villes par les classes moyennes et industrieuses, dans les campagnes par les francs-tenanciers&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paysans ind&#233;pendants affranchis des droits de fermage constitu&#233;s par la tenure.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les artisans, les commer&#231;ants, quelques petits propri&#233;taires terriens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bastions du puritanisme, dans la p&#233;riode qui pr&#233;c&#233;da la guerre civile, &#233;taient le Sud et l'Est, r&#233;gions favorables au Parlement, le Nord et l'Ouest &#233;tant consid&#233;r&#233;s comme favorables au roi ; en r&#233;alit&#233;, c'est au Nord et &#224; l'Ouest que beaucoup de gens &#233;chappaient d&#233;j&#224; &#224; toute autorit&#233;, le nouveau clerg&#233; puritain n'y ayant que peu d'influence et l'ancien &#233;tant dans nombre de r&#233;gions de landes et de for&#234;ts tout &#224; fait inexistant. &#192; la faveur de ce bouleversement religieux, l'hostilit&#233; sourde des pauvres face &#224; la religion officielle prit une forme plus pr&#233;cise. Suivant les exemples des &lt;i&gt;Lollards&lt;/i&gt; et des Familistes, les gens ordinaires cr&#233;aient leurs propres congr&#233;gations ind&#233;pendantes et refusaient le paiement des d&#238;mes au clerg&#233;. Les &#171; pr&#233;dicateurs m&#233;chaniques &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pr&#233;dicateurs la&#239;cs, souvent itin&#233;rants, qui excitaient l'hostilit&#233; courante (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; se multipliaient, disputant de tous les aspects de la th&#233;ologie et de la politique &#224; la lumi&#232;re de leur libre interpr&#233;tation de la Bible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Bible n'&#233;tait plus consid&#233;r&#233;e comme un livre rapportant l'histoire de ce qui &#233;tait arriv&#233; en d'autres lieux, &#224; d'autres personnes, mais comme un myst&#232;re que l'on pouvait d&#233;chiffrer et qui s'appliquait &#224; des &#233;v&#233;nements pr&#233;sents. Le clerg&#233; anglais &#233;tait si &#233;videmment ha&#239; qu'un &#233;v&#234;que s'en indignait en ces termes : &lt;i&gt;&#171; Le m&#233;pris, la haine et le d&#233;dain r&#233;pugnants que les hommes de ce temps manifestent &#224; l'&#233;gard des ministres de Dieu... &#187; &lt;/i&gt; L'impopularit&#233; de l'&#201;glise officielle est &#233;galement attest&#233;e par la passion iconoclaste populaire qui se manifestait en maintes occasions : &#224; la fin des ann&#233;es 1630 puis au cours de la crise r&#233;volutionnaire qui embrasa l'Angleterre pendant les ann&#233;es 1640, on arracha des balustrades d'autels, on profana des autels, on d&#233;truisit des gisants, on br&#251;la des archives eccl&#233;siastiques, on baptisa des porcs et des chevaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le protestantisme avait, bien malgr&#233; lui, contribu&#233; &#224; renforcer chez les pauvres le souci d'ind&#233;pendance et de r&#233;flexion personnelle. La doctrine luth&#233;rienne du sacerdoce de tous les croyants pla&#231;ait l'homme, sans interm&#233;diaire, en pr&#233;sence de Dieu. Les limites pratiques impos&#233;es par le calvinisme &#224; cette libert&#233; de l'homme devant sa conscience consistaient &#224; ne d&#233;signer qu'une minorit&#233; d'&#233;lus, le reste de l'humanit&#233; vivant ab&#238;m&#233; dans le p&#233;ch&#233; et destin&#233; &#224; la damnation, tout en sous-entendant que la r&#233;demption ne pouvait de toute fa&#231;on avoir lieu qu'apr&#232;s une existence laborieuse et disciplin&#233;e sur cette terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette limite qui renvoyait la plupart des hommes au d&#233;sespoir de la damnation allait &#234;tre all&#232;grement transgress&#233;e pendant les chaudes ann&#233;es 1640. L'agitation entretenue depuis longtemps par les pr&#233;dicateurs la&#239;cs d&#233;tournait l'&#233;litisme calviniste. On commen&#231;ait &#224; croire s&#233;rieusement que les gens de vile esp&#232;ce, ceux qui n'avaient rien, &#233;taient les &#233;lus et qu'ils devaient obtenir justice. On niait l'existence de l'Enfer et du P&#233;ch&#233;. On affirmait &lt;i&gt;&#171; qu'il ne convenait pas &#224; la mansu&#233;tude de Dieu de damner ses propres cr&#233;atures pour l'&#233;ternit&#233; &#187;&lt;/i&gt;, ou encore &lt;i&gt;&#171; qu'il n'y avait de Paradis que sur terre et qu'il &#233;tait antichr&#233;tien de nier la R&#233;demption de la Cr&#233;ation toute enti&#232;re : le P&#233;ch&#233; Originel n'existait pas &#187;&lt;/i&gt;. Le protestantisme voyait dans la Chute de l'homme la cause du malheur de la majorit&#233; d&#233;chue, sa justification. Si la Chute d'Adam n'avait pas introduit le P&#233;ch&#233; dans le monde, les hommes auraient &#233;t&#233; &#233;gaux et la propri&#233;t&#233; collective. Mais, depuis la Chute, l'avarice, l'orgueil et tous les autres p&#233;ch&#233;s se sont transmis &#224; la post&#233;rit&#233;. La masse de l'humanit&#233; est irr&#233;vocablement promise &#224; la damnation. Les pauvres voyaient alors la chose autrement, c'est-&#224;-dire &#224; l'endroit : la Chute de l'homme, concr&#232;tement la condition mis&#233;rable qu'ils &#233;taient contraints de subir, &#233;tait le r&#233;sultat d'une usurpation, d'un vol commis par ceux qui sont au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Winstanley, c&#233;l&#232;bre &lt;i&gt;Leveller&lt;/i&gt;, r&#233;suma fort bien le sentiment g&#233;n&#233;ral :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'apparition de l'amour propre sur la terre inaugura la Chute de l'homme. Lorsque l'humanit&#233; entreprit de se disputer la terre, que certains s'en adjug&#232;rent l'enti&#232;re possession et l'interdirent aux autres, les for&#231;ant ainsi &#224; devenir leurs serviteurs, ce fut la Chute de l'homme. Le pouvoir d'&#201;tat, les arm&#233;es, les lois et l'appareil de la &#8216;justice', la potence, tout cela n'existe que pour prot&#233;ger ces biens que les riches ont vol&#233; aux pauvres... Il faut faire dispara&#238;tre le travail salari&#233; si nous voulons r&#233;tablir la libert&#233; d'avant la Chute. L'acte de vendre et d'acheter et les lois qui r&#233;gissent le march&#233; sont partie prenante de la Chute. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Tel &#233;tait l'&#233;tat d'esprit des pauvres d'Angleterre &#224; la veille de la guerre civile. &#192; partir de 1640, la guerre civile amena avec elle une p&#233;riode d'incertitude et de bouleversement. L'irr&#233;ligion et l'insoumission qui s'&#233;taient d&#233;velopp&#233;es clandestinement durant les d&#233;cennies pr&#233;c&#233;dentes allaient &#233;clater au grand jour. Le peuple fit usage d'une libert&#233; sans pr&#233;c&#233;dent en Grande-Bretagne. Jusqu'en 1649, date &#224; laquelle Cromwell parvint &#224; assoir son pouvoir dans une r&#233;publique constitu&#233;e, le pouvoir d'&#201;tat est rest&#233; gravement affaibli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La premi&#232;re r&#233;volution en Europe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conflit fut au d&#233;part dirig&#233; par la bourgeoisie anglaise puritaine contre le roi. Celle-ci cherchait &#224; affirmer son pouvoir politique. Elle ne visait pas pr&#233;cis&#233;ment &#224; instaurer une r&#233;publique mais &#224; transformer et &#224; r&#233;former le pouvoir royal en sa faveur. Ce fut la rigidit&#233; du roi et d'une partie de la noblesse encore attach&#233;e au maintien exclusif de son pouvoir qui obligea la bourgeoisie &#224; entrer en guerre. Celle-ci sentait parfaitement le danger qu'il y avait &#224; armer un peuple d&#233;j&#224; si turbulent et indisciplin&#233;. Elle pr&#233;f&#233;ra, dans un premier temps, faire appel &#224; l'alliance avec l'&#201;cosse, alors ind&#233;pendante et bastion de l'&#201;glise presbyt&#233;rienne, pour affronter les arm&#233;es royales. La guerre, d&#233;clar&#233;e en 1642, demeura ind&#233;cise jusqu'en 1645.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette date, l'arriviste Cromwell, chef de file du parti des Ind&#233;pendants (r&#233;publicains lib&#233;raux de l'&#233;poque), sut s'imposer par sa comp&#233;tence militaire. Oppos&#233; politiquement aux presbyt&#233;riens, il profita de l'ind&#233;cision des combats pour prendre les choses en main. Contrairement &#224; la majorit&#233; des parlementaires, il n'eut pas peur de faire appel au peuple pour constituer une arm&#233;e capable de vaincre. Son opportunisme entreprenant le poussait &#224; prendre ce risque. Il r&#233;organisa donc l'arm&#233;e sur la base d'un recrutement populaire : l'Arm&#233;e Nouvelle (&lt;i&gt;New Model Army&lt;/i&gt;), et il pla&#231;a &#224; sa t&#234;te comme officiers des hommes de son parti. Ce faisant, il avait constitu&#233; non pas une arm&#233;e ordinaire de mercenaires engag&#233;s pour un travail bien pr&#233;cis, mais une arm&#233;e d'exalt&#233;s pour qui la victoire sur les arm&#233;es royales devait &#234;tre le pr&#233;lude &#224; une &#232;re nouvelle faite d'&#233;quit&#233; et de libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ind&#233;pendance et l'avidit&#233; de justice qui s'&#233;taient faites jour auparavant aboutissaient &#224; la conviction que le peuple &#233;tait appel&#233; &#224; un r&#244;le de premier plan pour lequel il avait &#233;t&#233; en quelque sorte &#233;lu de pr&#233;f&#233;rence aux riches et aux puissants de ce monde. Les espoirs mill&#233;naristes d'atteindre tout de suite l'&#194;ge d'Or qui ferait table rase des privil&#232;ges, de la propri&#233;t&#233; et des oppresseurs furent d'autant plus intenses que jamais en Angleterre une telle occasion n'avait exist&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nulle part ailleurs en Europe une telle occasion ne s'&#233;tait alors produite.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les pauvres voyaient dans l'Arm&#233;e Nouvelle le bras arm&#233; de Dieu, mis en mouvement pour faire justice et rendre gorge aux riches. Comme le craignaient ceux qui d&#233;tenaient le pouvoir : &lt;i&gt;&#171; toute esp&#232;ce de gens se prirent &#224; r&#234;ver d'utopie et de libert&#233; illimit&#233;e, particuli&#232;rement en mati&#232;re de religion &#187;&lt;/i&gt;. Nombreux &#233;taient ceux qui voyaient l'Apocalypse biblique comme imminente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autorit&#233; de l'&#201;glise s'&#233;tait effondr&#233;e et les tribunaux eccl&#233;siastiques avaient cess&#233; de fonctionner. La tentative de les remplacer par un syst&#232;me presbyt&#233;rien fond&#233; sur la discipline librement consentie n'avait rencontr&#233; pratiquement aucun succ&#232;s. Les ordres inf&#233;rieurs jouissaient d'une libert&#233; telle qu'ils n'en avaient jamais connue : ils se trouvaient lib&#233;r&#233;s des poursuites judiciaires pour cause de &#171; p&#233;ch&#233; &#187;, libres de s'assembler et de discuter au sein de leurs propres congr&#233;gations, lib&#233;r&#233;s de la surveillance et du contr&#244;le exerc&#233; par le clerg&#233;, libres de choisir leurs propres pr&#233;dicateurs la&#239;cs, qui &#233;taient gens du peuple et professaient contre toutes les croyances traditionnelles de l'&#201;glise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de ces ann&#233;es tumultueuses, les hommes et les femmes prenaient la parole ouvertement sans plus avoir &#224; redouter la s&#233;v&#232;re censure eccl&#233;siastique. Des centaines de pamphlets populaires furent publi&#233;s. Que ce soient les &lt;i&gt;Quakers&lt;/i&gt;, les Baptistes, ou les &lt;i&gt;Ranters&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quakers : trembleurs, ceux qui tremblent &#224; la parole de Dieu. Tous les noms (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, toutes ces sectes &#224; tendance radicale &#233;taient unies dans l'aspiration g&#233;n&#233;rale &#224; renverser de fond en comble la soci&#233;t&#233; existante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diversit&#233; des groupes ne signifiait pas &#224; ce moment leur opposition mais rendait compte simplement du fait qu'ils s'&#233;taient souvent d&#233;velopp&#233;s isol&#233;ment, avant que l'Arm&#233;e Nouvelle ne soit le creuset de cette unification en m&#234;me temps que son espoir d'aboutir. Beaucoup de gens passaient d'une secte &#224; l'autre, en cette p&#233;riode de mobilit&#233; extraordinaire. Les groupes religieux offraient alors des possibilit&#233;s de se rassembler et permettaient toutes sortes de d&#233;bauches et d'exc&#232;s commis ouvertement, au nom m&#234;me de la doctrine religieuse. Les biens &#233;taient mis en commun, il &#233;tait au moins possible de voyager et d'&#234;tre assur&#233; du g&#238;te et du couvert. On affirmait jusque dans ses ultimes cons&#233;quences l'id&#233;e de la libert&#233; et on s'employait &#224; rompre tous les freins sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un membre perspicace du Parlement d&#233;clarait qu'une fois la libert&#233; accord&#233;e aux sectes&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; viendra le temps o&#249; elles risquent &#233;galement d'apprendre que leur appartient de naissance le droit de se lib&#233;rer du pouvoir des parlements et des rois, de prendre les armes contre les uns et les autres lorsque ces derniers refuseront de voter et d'agir selon leur bon plaisir. Si l'on n'y prend garde, ce qu'on appelle &#224; tort libert&#233; de conscience risque de devenir avec le temps libert&#233; des id&#233;es, libert&#233; des immeubles et libert&#233; de mettre les femmes en commun &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;L'Arm&#233;e Nouvelle fut le lieu de rencontre de groupes radicaux &#233;parpill&#233;s aux quatre coins du royaume, rest&#233;s jusqu'alors clandestins, et leur donna la confiance qui leur manquait, particuli&#232;rement dans les zones du Nord et de l'Ouest. Elle fut l'&#233;tincelle qui mit le feu aux poudres, mais une fois l'incendie d&#233;clar&#233;, il ne manqua pas de combustible pour l'alimenter. Si les soldats respectaient la discipline militaire n&#233;cessaire pour remporter les combats et ob&#233;issaient sur ce plan &#224; leurs chefs, les officiers install&#233;s par Cromwell, ils consid&#233;raient les principes d'organisation et de discussion comme primordiaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la p&#233;riode de repos forc&#233; qui succ&#233;da &#224; la victoire, cette arm&#233;e populaire non d&#233;mobilis&#233;e devint le lieu d'un bavardage permanent. La r&#233;flexion s'y d&#233;veloppait tr&#232;s rapidement, favoris&#233;e par la libert&#233; de discussion. En outre, elle avait combattu les arm&#233;es royales dans le Nord et l'Ouest du pays, r&#233;gions o&#249; l'autorit&#233; royale et celle du clerg&#233; &#233;taient affaiblies depuis de nombreuses ann&#233;es. Ces r&#233;gions avaient aussi fourni leur part de troupes &#224; l'Arm&#233;e Nouvelle. Les aspirations sociales des soldats de l'Arm&#233;e trouvaient leur &#233;cho parmi les populations des zones conquises sur les arm&#233;es royales. Le Parlement &#233;tait loin et impuissant &#224; contr&#244;ler ce qui se passait parmi les troupes victorieuses. Un parlementaire commentait ainsi la situation :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est en v&#233;rit&#233; un triste spectacle de voir que dans toutes les villes et cit&#233;s conquises par les arm&#233;es du Parlement, le fruit de tant d'efforts soit le plus souvent la prolif&#233;ration d'erreurs et d'h&#233;r&#233;sies, et l'accaparement des places rapportant b&#233;n&#233;fice et pouvoir par les sectateurs de toute sorte &#187;, &#171; Dans le Nord, les pr&#233;dicateurs puritains rendraient autant de services &#224; l'&#201;tat qu'un r&#233;giment de soldats dans un comt&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Des commissions pour la propagation de l'&#201;vangile dans le Nord et au Pays de Galles furent effectivement d&#233;p&#234;ch&#233;es par le Parlement. Mais les &#233;vang&#233;lisateurs itin&#233;rants qui acceptaient de se rendre dans ces contr&#233;es troubl&#233;es &#233;taient souvent des gens du peuple, non consacr&#233;s, et l'op&#233;ration prit un tour trop radical pour &#234;tre poursuivie. L'Arm&#233;e repr&#233;sentait alors la seule force coh&#233;rente dans le pays et les soldats avaient conscience du r&#244;le &#233;vident de meneur qui revenait &#224; l'Arm&#233;e pour r&#233;aliser les aspirations g&#233;n&#233;rales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e 1647 fut cruciale et d&#233;cisive pour ce projet. L'agitation entretenue par le parti civil des Niveleurs (&lt;i&gt;Levellers&lt;/i&gt;) londoniens &#233;tait particuli&#232;rement bien re&#231;ue dans l'Arm&#233;e, avide de toutes les id&#233;es qui critiquaient l'ordre des choses. &lt;i&gt;&#171; C'est aux humbles et viles cr&#233;atures qu'il appartiendra de confondre les forts et les puissants de ce monde &#187;&lt;/i&gt;, tel &#233;tait le sens de l'agitation niveleuse. Sur le fond, le projet social exprim&#233; par les Levellers recoupait les aspirations mill&#233;naristes des pauvres. Il s'agissait d'abord de profiter de la victoire sur les arm&#233;es royales pour mettre &#224; bas l'ancien ordre social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parlement focalisait contre lui l'insatisfaction g&#233;n&#233;rale. Ses tergiversations et ses compromis avec le roi l'avaient d&#233;finitivement d&#233;consid&#233;r&#233;. Il apparaissait visiblement comme la nouvelle forme, pas encore tr&#232;s solide, de l'oppression. L'exigence premi&#232;re des soldats fut de donner une forme d&#233;finie et construite &#224; leur libre parole. Les r&#233;giments se constitu&#232;rent en assembl&#233;es souveraines et &#233;lirent des Agitateurs, soldats d&#233;l&#233;gu&#233;s pour d&#233;fendre leurs positions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mai, le comit&#233; des Agitateurs r&#233;digea un premier programme. Il avan&#231;ait comme exigence fondamentale d'agir uniquement sur une base publique et de s'en garantir les moyens. Corolairement, on d&#233;cida d'emp&#234;cher et de faire conna&#238;tre tout agissement allant &#224; l'encontre de cette exigence, dans l'Arm&#233;e et dans tout le pays. On pr&#233;voyait aussi une r&#233;forme urgente de la justice civile contre le nouveau joug du Parlement. La comp&#233;tence en mati&#232;re militaire des officiers n'avait pas &#233;t&#233; contest&#233;e tant qu'avaient dur&#233; les combats, mais apr&#232;s la victoire, on ne leur reconnaissait plus aucune autorit&#233; comme allant de soi. S'ils prenaient le parti des soldats, ils &#233;taient reconnus mais &lt;i&gt;&#171; la plupart se tinrent cois, tels des parasites et des serpents &#187;&lt;/i&gt; &#233;crivit le &lt;i&gt;Leveller&lt;/i&gt; Lilburne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les officiers &#233;taient suspects. Sir Thomas Fairfax, g&#233;n&#233;ral en chef de l'Arm&#233;e Nouvelle, avait d&#233;clar&#233; : &lt;i&gt;&#171; J'en appelle au peuple &#224; seule fin de susciter un mouvement rapide et r&#233;gulier, circonscrit &#224; l'int&#233;rieur de sa propre sph&#232;re &#187;&lt;/i&gt;. C'&#233;tait loup&#233;. Comme l'avouait Cromwell, il fallait compter avec le troisi&#232;me parti, celui des &lt;i&gt;Levellers&lt;/i&gt; et des Agitateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au printemps 1647, le Parlement eut le tort de chercher &#224; r&#233;gler la question de l'Arm&#233;e en licenciant une partie des troupes sans m&#234;me vouloir payer les arri&#233;r&#233;s de solde et en exp&#233;diant le reste conqu&#233;rir l'Irlande. Devant cette provocation, les Agitateurs exig&#232;rent de Fairfax qu'il donne l'ordre d'un rassemblement g&#233;n&#233;ral de l'Arm&#233;e. Au m&#234;me moment, un d&#233;tachement de soldats s'emparait du roi et se dirigeait vers le lieu du rassemblement. Lorsque celui-ci se tint en juin, &#224; Newmarket, il y fut d&#233;cid&#233; la formation d'un Conseil g&#233;n&#233;ral de l'Arm&#233;e &lt;i&gt;&#171; compos&#233; de ceux parmi les officiers qui se sont ralli&#233;s &#224; la cause de l'Arm&#233;e, de deux officiers brevet&#233;s et de deux soldats choisis par chaque r&#233;giment &#187;&lt;/i&gt;. Officiers et soldats s'engageaient &#224; ne pas consentir &#224; se disperser ou &#224; faire scission avant d'avoir obtenu gain de cause. Certains officiers r&#233;calcitrants furent hu&#233;s et ross&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de l'&#233;t&#233;, l'agitation s'intensifia, les Agitateurs poss&#233;daient alors leur propre imprimerie et se tenaient en liaison &#233;troite avec les &lt;i&gt;Levellers&lt;/i&gt; londoniens. Les camelots et les colporteurs de Londres et des comt&#233;s envoyaient des p&#233;titions &#224; l'Arm&#233;e pour lui demander de prendre la direction d'un regroupement politique des radicaux. Forte de ce soutien, l'Arm&#233;e entreprit sa marche sur Londres. Elle s'&#233;tait engag&#233;e sur la voie d'une action qui aurait pu &#234;tre d&#233;cisive et, bien qu'elle f&#251;t unifi&#233;e sous le commandement de Fairfax et Cromwell, l'initiative de cette action contre le Parlement revenait aux simples soldats en liaison &#233;troite avec les &lt;i&gt;Levellers&lt;/i&gt; ; sous l'influence de Lilburne, les apprentis de Londres avaient &#233;galement d&#233;sign&#233; des Agitateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Arm&#233;e ne sut pas se d&#233;cider &#224; des actes irr&#233;parables comme de dissoudre le Parlement. Elle en avait les moyens, personne n'aurait pu s'y opposer par la force, ni le Parlement, ni les g&#233;n&#233;raux. L'Arm&#233;e r&#233;agit par un d&#233;ploiement de force &#224; la provocation du Parlement qui avait tent&#233; de la d&#233;mobiliser, mais cette force ne fut pas employ&#233;e. Cette ind&#233;cision &#224; un moment crucial o&#249; tout &#233;tait r&#233;ellement possible allait co&#251;ter cher au mouvement des radicaux. La discussion se poursuivit mais une &#233;ch&#233;ance avait &#233;t&#233; rat&#233;e. Les &lt;i&gt;Levellers&lt;/i&gt; r&#233;dig&#232;rent une sorte de contrat social : l'Accord du Peuple, destin&#233; &#224; jeter les bases de la nouvelle soci&#233;t&#233;. Ce programme fut soumis au Conseil de l'Arm&#233;e &#224; l'automne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Accord d&#233;finissait le projet d'une r&#233;publique constitu&#233;e sur la base d'une assembl&#233;e de repr&#233;sentants du peuple, garantissant politiquement la libert&#233; et l'&#233;galit&#233; des individus. Il r&#233;sumait le souci politique d'&#233;tablir un gouvernement qui soit l'&#233;manation r&#233;elle du peuple. En cherchant &#224; d&#233;finir un gouvernement id&#233;al, les &lt;i&gt;Levellers&lt;/i&gt; et les Agitateurs de l'Arm&#233;e perdirent leur temps et ne surent pas prendre des d&#233;cisions irr&#233;versibles qui auraient engag&#233; l'agitation sur un terrain concret, alors que la soci&#233;t&#233; attendait cela de l'Arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Accord du Peuple fut mis en discussion devant les soldats r&#233;unis &#224; Putney les 28 octobre, 1er et 2 novembre. Les positions avanc&#233;es se heurt&#232;rent &#224; la r&#233;sistance des officiers qui tent&#232;rent d'endormir les d&#233;bats en s'en tenant &#224; des positions formalistes sur le respect des lois vot&#233;es, la n&#233;cessit&#233; de r&#233;tablir la l&#233;galit&#233; dans le pays, etc. Rien de d&#233;cisif ne sortit de l&#224;. Au cours de ces d&#233;bats, les Agitateurs avaient d&#233;j&#224; perdu l'initiative. Il se produisit un retournement spectaculaire de la situation de juin. &#192; cette &#233;poque, les simples soldats agissaient dans l'unit&#233; et d&#233;tenaient l'initiative : les Agitateurs s'&#233;taient empar&#233;s du roi et les officiers avaient &#233;t&#233; contraints de s'incliner devant le fait accompli au rassemblement g&#233;n&#233;ral de Newmarket.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En novembre, au contraire, les soldats &#233;taient d&#233;j&#224; divis&#233;s et avaient perdu l'initiative. Rien de concret ne se profilait &#224; l'horizon. Cromwell et les officiers gagn&#232;rent du temps. Un rassemblement g&#233;n&#233;ral des troupes &#233;tait pr&#233;vu par le Conseil de l'Arm&#233;e au cours duquel l'Accord du Peuple devait une nouvelle fois &#234;tre pr&#233;sent&#233;. Les Agitateurs comptaient bien le faire ratifier. Le Conseil fut ajourn&#233; et les officiers magouill&#232;rent si bien que le rassemblement g&#233;n&#233;ral fut remplac&#233; par trois assembl&#233;es s&#233;par&#233;es. On apprit en outre la fuite du roi, vraisemblablement favoris&#233;e par des officiers. Les trois assembl&#233;es se tinrent s&#233;par&#233;ment. Les g&#233;n&#233;raux firent la promesse de payer les arri&#233;r&#233;s de solde et de vagues d&#233;clarations concernant les r&#233;formes politiques. L'Arm&#233;e se soumit et s'appr&#234;ta pour la deuxi&#232;me guerre civile contre le roi, qui s'annon&#231;ait apr&#232;s sa fuite. &lt;br class='autobr' /&gt;
Seuls deux r&#233;giments d&#233;sob&#233;irent aux ordres, tentant d'assister &#224; la premi&#232;re assembl&#233;e partielle. La discipline fut vite r&#233;tablie, un soldat fusill&#233; pour l'exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de la deuxi&#232;me guerre civile de 1648 contre les soul&#232;vements royaux, l'Arm&#233;e fut rapidement victorieuse. Cromwell entra &#224; Londres &#224; sa t&#234;te et installa son pouvoir en purgeant le Parlement des presbyt&#233;riens. Le roi fut jug&#233; et ex&#233;cut&#233; en 1649 &#8211; c'&#233;tait la premi&#232;re fois en Europe qu'on osait cela. Cromwell n'avait gu&#232;re eu le choix, il n'aurait sans doute jamais pu conserver le pouvoir &#224; moins. Par ailleurs, il ne fit que des concessions formelles. Les officiers sup&#233;rieurs utilis&#232;rent les &lt;i&gt;Levellers&lt;/i&gt;. Certains points de leur programme furent repris dans la forme &#8211; la r&#233;publique, l'abolition de la Chambre des Lords &#8211; mais vid&#233;s de tout contenu. Les dirigeants &lt;i&gt;Levellers&lt;/i&gt; furent arr&#234;t&#233;s et les r&#233;giments radicaux, victimes d'une provocation, firent une tentative de mutinerie qui fut &#233;cras&#233;e &#224; Burford en mai 1649.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, l'Arm&#233;e ne fut pas vaincue militairement. L'&#233;crasement de la mutinerie ne faisait que conclure une d&#233;faite pr&#233;alable. C'est l'id&#233;alisme politique des &lt;i&gt;Levellers&lt;/i&gt; et des Agitateurs qui fut vaincu. Leur mod&#232;le de r&#233;publique n'avait pu aboutir parce qu'ils n'avaient pas pris &#224; temps des mesures concr&#232;tes praticables. Cromwell et les g&#233;n&#233;raux furent &#224; l'aise sur le terrain de la discussion politique et sauv&#232;rent ainsi le Parlement et l'ordre. Malgr&#233; la d&#233;faite au sein de l'Arm&#233;e, les radicaux r&#233;ussirent quand m&#234;me sur un point essentiel. Un de leurs ennemis disait alors :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ils ont jet&#233; tous les secrets de l'art de gouverner en p&#226;ture au vulgaire et ils ont enseign&#233; &#224; la soldatesque comme au peuple &#224; p&#233;n&#233;trer si loin les profondeurs que tout gouvernement s'en trouve ramen&#233; &#224; la confusion des principes primitifs de la nature... Ils ont rendu le peuple si curieux et si arrogant qu'il ne retrouvera jamais assez d'humilit&#233; pour se soumettre &#224; une autorit&#233; civile. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait la fin de l'espoir qu'avait suscit&#233; l'Arm&#233;e Nouvelle. La possibilit&#233; de voir aboutir les aspirations g&#233;n&#233;rales d'abolition de la propri&#233;t&#233; et des privil&#232;ges s'amenuisait terriblement, pourtant ces aspirations restaient bien vivantes. L'insoumission et la r&#233;bellion se poursuivirent jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 1650, mais d&#233;barrass&#233;es de toute illusion concernant une issue politique. Une offensive frontale de grande envergure, comme celle qui avait &#233;t&#233; tant souhait&#233;e avec l'Arm&#233;e Nouvelle, s'av&#233;rait alors impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apr&#232;s la &#171; r&#233;volution &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les volont&#233;s de bouleverser l'existence se port&#232;rent sur le terrain des m&#339;urs et du langage. Des propos v&#233;h&#233;ments contre les riches et les puissants, contre les pr&#234;tres et la religion se tenaient couramment. Il &#233;tait exemplaire de mener la vie la plus dissolue. La morale et le mariage &#233;taient d&#233;consid&#233;r&#233;s. Nombreux &#233;taient ceux qui ne travaillaient pas. Le d&#233;sir de changer imm&#233;diatement son sort s'exprima aussi, au m&#234;me moment, au travers des communes de B&#234;cheux (&lt;i&gt;Diggers&lt;/i&gt;) qui s'attaqu&#232;rent &#224; l'accaparement des terres et commenc&#232;rent &#224; appliquer une r&#233;forme agraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois l'Arm&#233;e licenci&#233;e, les soldats vinrent grossir les rangs des groupes et des sectes. Les &lt;i&gt;Quakers&lt;/i&gt;, tout comme les &lt;i&gt;Ranters&lt;/i&gt;, prirent une importance consid&#233;rable &#224; la fin des ann&#233;es 1640, en particulier dans les r&#233;gions Nord et Ouest, o&#249; la tradition d'ind&#233;pendance &#233;tait la plus forte et le puritanisme quasiment sans influence. La doctrine des &lt;i&gt;Quakers&lt;/i&gt; fut fond&#233;e par des petits propri&#233;taires paysans et des artisans du Nord pendant la p&#233;riode de la guerre civile, tandis que les Baptistes s'&#233;taient d&#233;velopp&#233;s au Pays de Galles. Les &lt;i&gt;Quakers&lt;/i&gt; du Lancashire comptaient dans leurs rangs des paysans qui avaient &#233;t&#233; victimes de l'oppression des propri&#233;taires royalistes et qui avaient acquis l'exp&#233;rience de l'action collective dans leur r&#233;sistance &#224; l'augmentation de la rente, aux corv&#233;es et au paiement de la d&#238;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La doctrine du Christ pr&#233;sent en chaque croyant &#233;tait commune alors aux &lt;i&gt;Quakers&lt;/i&gt;, Baptistes, &lt;i&gt;Ranters&lt;/i&gt; et autres S&#233;paratistes. Elle justifiait abondamment l'usage de la libert&#233; dans les m&#339;urs. Thomas Collier affirmait en 1657 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Celui qui conna&#238;t les principes des &lt;i&gt;Ranters&lt;/i&gt; admettra ais&#233;ment leur similitude avec ceux de la doctrine des &lt;i&gt;Quakers&lt;/i&gt;. Les uns et les autres admettaient qu'ils ne connaissaient pas d'autre Christ qu'en eux-m&#234;mes, pas d'&#201;critures qui soient une r&#232;gle, ni commandements ni lois autres que leurs passions, ni Paradis ni gloire ailleurs qu'ici, pas d'autre p&#233;ch&#233; que celui que les hommes imaginaient, pas de condamnation du p&#233;ch&#233; ailleurs que dans la conscience des ignorants. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Seulement les &lt;i&gt;Quakers&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#171; att&#233;nuent ces proclamations par un comportement d'apparence aust&#232;re aux yeux des autres mais leur &#226;me n'est que corruption &#187;&lt;/i&gt;. Certains &lt;i&gt;Quakers&lt;/i&gt; mais surtout les &lt;i&gt;Ranters&lt;/i&gt; furent alors les plus scandaleux, les plus licencieux. Joignant le geste &#224; la parole, ils proclamaient la plus grande libert&#233; des m&#339;urs et en usaient et abusaient tous les jours. Les &lt;i&gt;Ranters&lt;/i&gt; &#233;taient anim&#233;s du m&#234;me &#233;tat d'esprit mill&#233;nariste qui agitait alors l'ensemble des pauvres mais eux se montr&#232;rent particuli&#232;rement exub&#233;rants et provocants. Ils ne constituaient pas une secte mais se reconnaissaient par le style de vie scandaleux. Leur apparente folie dans l'exc&#232;s leur rapporta ce nom de Divagateur. Entre eux, ils s'appelaient &lt;i&gt;&#171; fr&#232;re &#187;&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;&#171; mon semblable &#187;&lt;/i&gt;, tout comme les Fr&#232;res du Libre Esprit dont ils &#233;taient inspir&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte th&#233;orique du Libre Esprit, &lt;i&gt;Le Miroir des &#226;mes simples&lt;/i&gt;, avait connu un vif succ&#232;s en Angleterre lors de sa traduction au d&#233;but du 17&#232;me si&#232;cle. Tout comme les Fr&#232;res du Libre Esprit, les &lt;i&gt;Ranters&lt;/i&gt; ne tol&#233;raient aucune limite &#224; leur libert&#233;. En tant que Cr&#233;atures de Dieu, ils ne se consid&#233;raient d&#233;pendants d'aucune autorit&#233; ext&#233;rieure :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si vous &#234;tes les hommes libres du Christ, vous &#234;tes en droit d'estimer que toutes les abominations de la loi ne vous concernent pas davantage que les lois anglaises ne concernent l'Espagne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;ologie &#233;tait nulle &#224; leurs yeux et leur religion consistait essentiellement dans la pratique du blasph&#232;me, de la critique et de l'insulte &#224; l'&#233;gard de la religion officielle et de ses serviteurs.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Des milliers d'hommes meilleurs que les pr&#234;tres de vos paroisses ont fait la r&#233;v&#233;rence au gibet, il est plus respectable d'&#234;tre voleur de grands chemins que d'obliger un paroissien &#224; entretenir tels qui cherchent sa ruine, et dont la doctrine est un poison pour sa conscience. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Leur enthousiasme religieux voulait instituer ici sur terre et tout de suite un r&#232;gne de libert&#233; et de jouissance, de f&#234;te et de plaisir. Ce qu'ils appliquaient m&#233;thodiquement les nuits au cabaret, se r&#233;pandant en festins et orgies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &lt;i&gt;Ranters&lt;/i&gt; exprim&#232;rent au plus pr&#232;s la haine r&#233;pandue parmi le peuple contre la morale puritaine. Leur attitude libertine, en rupture avec la morale sexuelle dominante, existait d&#233;j&#224; mais eux la proclam&#232;rent hautement. &lt;i&gt;&#171; Il n'y a pas d'autre paradis que les femmes, pas d'autre enfer que le mariage &#187;&lt;/i&gt; disaient-ils. Ils soutinrent avec force et conviction l'espoir d'un renversement de la soci&#233;t&#233; qui d&#233;truirait fortunes et privil&#232;ges.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dieu, ce puissant niveleur, d&#233;racinera tous les pouvoirs, qu'ils soient rois ou parlements, et fera de tous des hommes du peuple. La terre enti&#232;re sera le tr&#233;sor de tous et non de quelques-uns. Et, si d'aucuns disent : pourquoi nous prennent-ils nos biens : La r&#233;ponse sera : nous en avons besoin et nous, au nom de notre Cr&#233;ateur, nous les prenons pour en faire usage. Je prononce cette sentence contre vous, &#244; hommes riches, je vous an&#233;antirai, et les hommes vils seront d&#233;livr&#233;s de l'esclavage et du joug o&#249; les riches les tiennent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ces quelques lignes &#233;crites par Abiezer Coppe, r&#233;sument magnifiquement l'exaltation et la haine des riches qui inspir&#232;rent les &lt;i&gt;Ranters&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tu as beaucoup de sacs d'argent, et vois, Moi (le Seigneur) je viens comme un voleur, la nuit, mon &#233;p&#233;e tir&#233;e &#224; la main, et comme le voleur que je suis, je dis : donne ta bourse, donne ! Donne-la, coquin, ou je te coupe la gorge. Je dis (une fois de plus) donne, donne mon argent... Aux gueux, aux voleurs, aux putains, aux coupe-bourses, qui sont la chair de ta chair, et te valent bien &#224; mes yeux, eux qui sont pr&#234;ts &#224; mourir de faim dans des prisons l&#233;preuses et de naus&#233;abonds cachots... Le fl&#233;au de Dieu s'est abattu sur vos bourses, vos granges, vos maisons, vos chevaux, la peste emportera vos porcs, &#244; vous pourceaux engraiss&#233;s de la terre qui bient&#244;t serez &#233;gorg&#233;s et pendus au toit, sauf si... Ne v&#238;tes-vous point au cours de cette derni&#232;re ann&#233;e ma main tendue : Vous ne la v&#238;tes point. Ma main reste tendue... Votre or et votre argent, bien que vous ne le voyiez pas, sont rong&#233;s par le chancre... La rouille de votre argent, dis-je, rongera votre chair comme le feu... Ayez toute chose en commun, sinon le fl&#233;au de Dieu s'abattra sur tout ce que vous avez pour le pourrir et le consumer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;The Blasphemy Act du 9 ao&#251;t 1650 qui vint renforcer la loi d&#233;j&#224; promulgu&#233;e en 1648, visait tout particuli&#232;rement les &lt;i&gt;Ranters&lt;/i&gt;. Cette loi r&#233;primait toute personne qui se consid&#233;rait comme Dieu ou l'&#233;gal de Dieu, ou qui proclamait que des actes comme l'adult&#232;re, l'ivrognerie, le blasph&#232;me, le vol, etc., n'&#233;taient pas inf&#226;mes, vils et coupables en eux-m&#234;mes, ou que le p&#233;ch&#233; n'existait pas &lt;i&gt;&#171; sauf si l'homme et la femme le jugent tel &#187;&lt;/i&gt;. Six mois de prison pour le premier d&#233;lit, l'exil pour le second, une mort ignominieuse si le coupable refusait de s'exiler ou revenait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les plus connus des &lt;i&gt;Ranters&lt;/i&gt; furent arr&#234;t&#233;s l&#224;-dessus en 1651-1661. Mais la plupart, plus anonymes, ne furent pas inqui&#233;t&#233;s. Confront&#233;s aux tracasseries judiciaires, ils se r&#233;tractaient comme les &lt;i&gt;Lollards&lt;/i&gt; ou les Familistes. Ils prolong&#232;rent leur influence, en particulier dans les zones isol&#233;es du Nord jusque vers la fin des ann&#233;es 1650. Certains reni&#232;rent ensuite leurs convictions rejoignant des positions religieuses et morales plus conformistes, rejetant leur ancien style de vie et de m&#339;urs. Beaucoup retourn&#232;rent simplement &#224; la vie clandestine des pauvres ordinaires apr&#232;s la restauration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, les &lt;i&gt;Quakers&lt;/i&gt; prolong&#232;rent leur influence bien au-del&#224; de 1650, mais au prix de compromis avec l'autorit&#233; enlevant tout caract&#232;re de r&#233;volte et de scandale &#224; leur doctrine. Dans les ann&#233;es 1650, une partie du mouvement &lt;i&gt;Quaker&lt;/i&gt; rejeta l'id&#233;e que le p&#233;ch&#233; n'existait pas. Des scissions s'ensuivirent telles que les &lt;i&gt;Quakers&lt;/i&gt; Intransigeants qui eux s'en tenaient &#224; rejeter toute notion de p&#233;ch&#233; et &#233;taient proches des &lt;i&gt;Ranters&lt;/i&gt;. Jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 1650, les &lt;i&gt;Quakers&lt;/i&gt; rest&#232;rent n&#233;anmoins pour l'&#201;tat une source d'inqui&#233;tude, leur attitude face au gouvernement et &#224; la propri&#233;t&#233; n'&#233;tant pas unifi&#233;e et parfois encore radicale. Ensuite, ils profess&#232;rent le pacifisme absolu et finirent par se conformer &#224; la pratique religieuse la plus classique, rejoignant le moralisme puritain. Au 19&#232;me si&#232;cle, ils furent particuli&#232;rement actifs pour r&#233;duire la r&#233;sistance des pauvres au travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les sectes qui avaient &#233;t&#233; durant ces ann&#233;es d'espoir et de libert&#233; des centres ouverts de rencontres o&#249; se d&#233;veloppaient et circulaient les id&#233;es radicales, s'ab&#238;m&#232;rent apr&#232;s la reprise en main &#233;tatique dans une existence v&#233;ritablement sectaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Seuls Les Hommes de la Cinqui&#232;me Monarchie se soulev&#232;rent encore en 1661 (la Cinqui&#232;me Monarchie est un th&#232;me de l'Apocalypse). &#192; quelques centaines, ils inqui&#233;t&#232;rent la ville de Londres, forc&#232;rent par deux fois ses portes. Pendant trois jours, ils mobilis&#232;rent contre eux quarante mille hommes en armes qui patrouillaient par crainte d'un soul&#232;vement g&#233;n&#233;ral. Selon leurs propres termes, &lt;i&gt;&#171; ils attendaient l'intervention directe du roi J&#233;sus dans la politique anglaise &#187;&lt;/i&gt; afin d'accomplir ce que les moyens politiques et d&#233;mocratiques n'avaient pas su r&#233;aliser. Ils portaient encore les m&#234;mes espoirs que le peuple dans les ann&#233;es 1640 mais isol&#233;s, ils furent finalement arr&#234;t&#233;s ou tu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La mise en pratique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement des communes de &lt;i&gt;Diggers&lt;/i&gt; r&#233;pondit &#224; un besoin vital des paysans pauvres de se sortir de leur mis&#232;re ancestrale. &#192; cette &#233;poque, selon Winstanley, entre la moiti&#233; et les deux tiers de l'Angleterre n'&#233;taient pas cultiv&#233;s efficacement et un tiers des terres restait totalement en friches sans que les propri&#233;taires autorisent les paysans &#224; les cultiver. Les paysans vivaient dans une mis&#232;re noire. Ils luttaient de longue date contre les &lt;i&gt;enclosures&lt;/i&gt; qui rendaient quasi-impossible leur simple survie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin des ann&#233;es 1640, ils saisirent l'occasion de d&#233;passer leur r&#233;sistance ant&#233;rieure. Ils commenc&#232;rent &#224; s'approprier collectivement les communaux. La plupart du temps, ils s'en tinrent &#224; une occupation pacifique des sols, mais dans les zones du Nord la tradition plus violente de lutte contre les &lt;i&gt;enclosures&lt;/i&gt; se poursuivit lors de cette exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en avril 1649 que se cr&#233;a la premi&#232;re commune de &lt;i&gt;Diggers&lt;/i&gt;. Celle-ci se d&#233;veloppa sur la colline St-Georges, aux alentours imm&#233;diats de Londres. Un groupe de paysans pauvres avait entrepris de b&#234;cher les friches, ce qui signifiait qu'ils prenaient possession des terres communales. Les propri&#233;taires terriens de la r&#233;gion organis&#232;rent des exp&#233;ditions punitives qui aboutirent en 1650 &#224; la dispersion de la commune. Mais le mouvement &#233;tait lanc&#233; et les communes de &lt;i&gt;Diggers&lt;/i&gt; s'&#233;tendirent dans tout le centre et le Nord de l'Angleterre pendant les ann&#233;es 1650.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Diggers furent aussi d&#233;sign&#233;s comme Levellers&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bon, en fait Winstanley lui-m&#234;me qualifiait son groupe de True Levelers (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; par leurs ennemis qui les accusaient, &#224; juste titre, de vouloir niveler les propri&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le souci le plus imm&#233;diat &#233;tait d'occuper les communaux, l'exigence plus g&#233;n&#233;rale d'&#233;galit&#233; des biens fut aussi avanc&#233;e. Des pamphlets tels que &lt;i&gt;Light shining in Buckinghamshire&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;A declaration of the Wel-Affected in the county of Buckinghamshire&lt;/i&gt; allaient dans ce sens. Des th&#233;oriciens tels que Winstanley et d'autres, anonymes, &#233;taient li&#233;s au mouvement des &lt;i&gt;Diggers&lt;/i&gt; et contribu&#232;rent &#224; l'orienter dans un sens universel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1650, les &lt;i&gt;Diggers&lt;/i&gt; revendiqu&#232;rent la remise aux pauvres des terres confisqu&#233;es appartenant au clerg&#233;, &#224; la couronne et aux royalistes. Dans &lt;i&gt;The law of freedom&lt;/i&gt;, Winstanley alla plus loin en r&#233;clamant la suppression de la vente des terres, autoris&#233;e par le Parlement, et l'appropriation par la R&#233;publique de toutes les terres confisqu&#233;es lors de la dissolution des monast&#232;res un si&#232;cle plus t&#244;t, qui viendraient ainsi s'ajouter aux communaux. Ces deux derni&#232;res propositions auraient transform&#233; en profondeur les rapports de propri&#233;t&#233; existants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Winstanley d&#233;veloppait un projet plus g&#233;n&#233;ral &#224; partir des exp&#233;riences des &lt;i&gt;Diggers&lt;/i&gt;. Sur la base de ces communes, il envisageait la possibilit&#233; de cultiver syst&#233;matiquement les friches collectivement, ce qui aurait largement augment&#233; le patrimoine cultivable du pays. Les &lt;i&gt;Diggers&lt;/i&gt; cultiv&#232;rent de nouveaux plants qui devaient transformer l'agriculture anglaise au 17&#232;me si&#232;cle, rendant possible la survie du b&#233;tail au cours de l'hiver et par cons&#233;quent la fertilisation des sols. La &#171; fertilisation &#187; fut l'expression clef du programme agraire de Winstanley. Il voyait dans la r&#233;forme agraire une solution rapidement praticable pour tous les paysans pauvres et, &#224; partir de l&#224;, la possibilit&#233; d'&#233;manciper la soci&#233;t&#233; anglaise toute enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le manque de terres &#233;tait une obsession des paysans pauvres. Ils ne pouvaient pas concevoir une forme d'&#233;mancipation qui ne passe pas par la distribution de terres. L'importance des communaux &#224; l'&#233;poque, c'est-&#224;-dire de la part collective de la terre, poussait les paysans &#224; une exploitation commune des sols. Ce fut la raison d'&#234;tre des communes de &lt;i&gt;Diggers&lt;/i&gt; et aussi une limite de la communaut&#233; ainsi r&#233;alis&#233;e. La communaut&#233; trouvait son sens dans l'organisation en commun de l'occupation des sols et ensuite de leur exploitation. M&#234;me si ce mouvement aspira aussi &#224; l'&#233;galit&#233; des biens, il n'atteint pas le sens de l'universel des &lt;i&gt;Ranters&lt;/i&gt;. La terre occupait trop les esprits pour que ce soit possible. Les &lt;i&gt;Ranters&lt;/i&gt; n'&#233;taient retenus par rien dans leur soif d'absolu. Ils &#233;taient de ces artisans et itin&#233;rants ne d&#233;pendant d'aucun seigneur, ni d'une corporation, ni de la terre. Ils cherchaient &#224; r&#233;aliser une communaut&#233; humaine universelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un dernier sursaut&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin des ann&#233;es 1650, alors que les poss&#233;dants commen&#231;aient &#224; se rassurer du retour &#224; l'ordre, il y eut encore un sursaut inqui&#233;tant de l'agitation sociale. Apr&#232;s la mort d'Oliver Cromwell, en 1658, son fils prit sa succession et un d&#233;saccord avec les g&#233;n&#233;raux favorisa un resurgissement des doctrines et des groupements qui avaient &#233;t&#233; contraints au silence. Des pamphlets subversifs recommenc&#232;rent &#224; circuler, exigeant le niv&#232;lement des propri&#233;t&#233;s et &#224; tout le moins que les communaux soient d&#233;finitivement acquis aux pauvres. Corolairement, des Agitateurs r&#233;apparurent dans l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le danger fut ressenti avec suffisamment de force par la bourgeoisie pour qu'elle se d&#233;cide &#224; faire un front commun avec toutes les forces d&#233;cid&#233;es &#224; ramener l'ordre dans le pays&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il y avait longtemps que la bourgeoisie anglaise comprenait en son sein la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parlement de 1660 ne fut pas convoqu&#233; par le roi, il convoqua le roi ainsi que les &#233;v&#234;ques et les &lt;i&gt;Lords&lt;/i&gt;. Des lois permettant de r&#233;tablir un solide contr&#244;le de l'&#201;tat furent rapidement &#233;dict&#233;es. Les p&#233;titions &#224; caract&#232;re subversif furent interdites, sapant toute possibilit&#233; d'expression g&#233;n&#233;rale des pauvres. Les p&#233;titions et pamphlets avaient &#233;t&#233; publi&#233;s par centaines depuis vingt ans. La Loi sur la Domiciliation et l'Expulsion fut vot&#233;e en 1662, contre la mobilit&#233; sociale incontr&#244;l&#233;e. Les juges de paix eurent pouvoir de d&#233;cision sur les migrations de population, autorisant les mouvements vers les r&#233;gions o&#249; l'industrie avait besoin de main-d'&#339;uvre, les enrayant l&#224; o&#249; ils semblaient n'avoir aucun but utilitaire. Ils purent &#233;galement chasser des communaux les squatters. Les lois sur la chasse furent appliqu&#233;es encore plus f&#233;rocement : les gardes-chasse eurent droit de fouiller les maisons et de confisquer les armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action se concentrait sur les mesures qui permettaient de ramener au premier plan la pr&#233;carit&#233; parmi les pauvres, en particulier chez les paysans. En outre, &#224; la suite de la derni&#232;re alerte au sein de l'arm&#233;e en 1659, le Parlement s'empressa de la licencier, ne conservant que quelques r&#233;giments tout &#224; fait surs. La &lt;i&gt;&#171; lie du peuple &#187;&lt;/i&gt; s'&#233;tait toujours oppos&#233;e au Parlement et aux puritains, par haine de la discipline presbyt&#233;rienne, de l'endoctrinement forc&#233; de l'&#233;thique protestante, de l'hostilit&#233; puritaine aux traditionnelles f&#234;tes et jeux populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les restaurateurs bourgeois s'&#233;taient r&#233;sign&#233;s &#224; ce que l'&#201;glise f&#251;t &#224; nouveau gouvern&#233;e par les &#233;v&#234;ques comme seul moyen d'obtenir tant soit peu de discipline. Les tribunaux eccl&#233;siastiques et les excommunications furent r&#233;tablis mais ils n'eurent plus jamais la m&#234;me emprise qu'avant 1640 et ces juridictions finirent par laisser compl&#232;tement la place au pouvoir des juges de paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La libert&#233; des comportements acquise pendant ces vingt ann&#233;es d'affaiblissement du pouvoir d'&#201;tat ont laiss&#233; des traces durables dans la soci&#233;t&#233; anglaise. Des dizaines de milliers de gens n'ont pas travaill&#233; et ont combattu ouvertement la morale dominante puritaine. Ils ont avanc&#233; l'exigence d'un renversement de fond en comble des rapports sociaux existants : volont&#233; d'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, des privil&#232;ges li&#233;s &#224; la naissance, et de toute forme d'autorit&#233; hi&#233;rarchique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, la force de ce mouvement r&#233;side dans son aspect religieux, au sens mill&#233;nariste. L'espoir du Paradis sur la terre a unifi&#233; les exigences pratiques et a concentr&#233; les aspirations &#224; l'&#233;tablissement d'un nouvel ordre du monde. Sa faiblesse a &#233;t&#233; au contraire li&#233;e &#224; la formulation politique de ces exigences. L'Arm&#233;e Nouvelle et les &lt;i&gt;Levellers&lt;/i&gt; ont &#233;t&#233; vaincus &#224; cause de cela. Cromwell et les g&#233;n&#233;raux ont r&#233;ussi &#224; r&#233;pondre sur le terrain de l'id&#233;ologie par des abstractions &#224; des exigences r&#233;elles. Ce fut possible parce qu'au sein du parti de la subversion subsistait une confusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les porte-parole &lt;i&gt;Levellers&lt;/i&gt; et plus g&#233;n&#233;ralement l'Arm&#233;e Nouvelle n'ont jamais r&#233;ussi &#224; se d&#233;barrasser compl&#232;tement de toute illusion concernant la possibilit&#233; d'&#233;lire une chambre des repr&#233;sentants r&#233;ellement au service des int&#233;r&#234;ts du peuple. L'aspiration mill&#233;nariste n'a pas fait cette confusion, son exigence &#233;tait pratique, elle ne c&#233;dait en rien &#224; l'abstraction, mais elle n'a pas pu faire triompher son point de vue dans l'Arm&#233;e Nouvelle. Apr&#232;s que l'Arm&#233;e ait &#233;t&#233; reprise en main, elle avait perdu le seul moyen praticable d'aboutir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'occasion saisie par les pauvres durant les ann&#233;es 1640 est unique en Grande-Bretagne. M&#234;me si l'ordre a &#233;t&#233; r&#233;tabli, l'influence des aspirations avanc&#233;es &#224; ce moment s'est poursuivie jusqu'au 19&#232;me si&#232;cle. Au cours du 18&#232;me si&#232;cle, les pauvres se heurt&#232;rent violemment &#224; l'introduction des machines et &#224; la transformation des entreprises artisanales en usines modernes b&#226;ties sur le mod&#232;le de la prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1780, les &lt;i&gt;Gordon riots&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Beau comme une prison qui br&#251;le, Julius Van Daal, L'insomniaque, 2010.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ramen&#232;rent encore au grand jour l'insubordination du vil peuple. Parties une fois de plus d'un pr&#233;texte politique, elles embras&#232;rent la ville de Londres, des quartiers furent incendi&#233;s, des prisons ouvertes. Malgr&#233; la r&#233;pression tr&#232;s dure qui s'ensuivit, la r&#233;volte se d&#233;veloppa encore au 19&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sabotages de machine se poursuivaient. Ce mouvement fut d&#233;sign&#233; sous le nom de Luddisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir La R&#233;volte Luddite : Briseurs de machines &#224; l'&#232;re de l'industrialisation,&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce fut finalement l'organisation du mouvement syndical ouvrier au cours de ce m&#234;me si&#232;cle qui entra&#238;na la pacification de la r&#233;volte des pauvres, instaurant le &#171; dialogue &#187; entre des parties par nature violemment oppos&#233;es (C&#233;lia Izoard, L'&#233;chapp&#233;e, 2006.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la naissance du syndicalisme et son utilit&#233; pour le pouvoir, voir Qui a (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;Fortuno Navara&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les faits et les citations d'&#233;poque sont tir&#233;s du livre de Christopher Hill, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le mill&#233;narisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Extraits de l'introduction &#224; la nouvelle &#233;dition de l'Incendie Mill&#233;nariste.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(...) Contrairement aux divers mouvements et r&#233;voltes populaires &#8211; paysans et/ou urbains &#8211; qui r&#233;clament des am&#233;liorations de leurs conditions sociales, parfois au nom de la religion, ou aux h&#233;r&#233;sies qui demandent des r&#233;formes religieuses et sociales, les mouvements mill&#233;naristes abolissent leur exploitation, leurs conditions sociales, en s'emparant imm&#233;diatement de ce qui fait d'eux des &#171; n&#233;cessiteux &#187;, en d&#233;truisant ce qui les oppresse. R&#233;voltes populaires, h&#233;r&#233;sies et mill&#233;narismes sont perm&#233;ables les uns aux autres. Les mill&#233;naristes aussi s'appuient sur la religion, non pour la r&#233;former mais pour la r&#233;aliser, la rendre caduque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contestations sociales radicales et discours religieux s'interp&#233;n&#232;trent, s'auto-alimentent, en vue de la disparition de toutes les m&#233;diations profanes ou religieuses, de la soci&#233;t&#233; et de la religion. (...) Ph&#233;nom&#232;nes collectifs aux formes floues et aux fronti&#232;res poreuses, les r&#233;voltes mill&#233;naristes ne proposent pas plus de mod&#232;les de soci&#233;t&#233; qu'elles n'&#233;tablissent de communaut&#233;s d&#233;finitives. En confrontation permanente avec les forces arm&#233;es des autorit&#233;s honnies, la plupart vivent des exp&#233;riences de vie collective. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ensemble des mouvements mill&#233;naristes pense le pr&#233;sent comme un moment joyeux o&#249; les normes se dissolvent mais qui ne peut exister que parce que l'effondrement, l'apocalypse, &#233;v&#232;nement tant attendu et annonc&#233; est imminent. Pour eux, il n'y a pas &#171; d'apr&#232;s &#187; concevable. Le pr&#233;sent est cet instant pendant lequel ils tentent de vivre selon ce qui s'impose &#224; eux &#8211; l'&#233;galit&#233; entre tous ceux qui s'y identifient &#8211; ou selon un style de vie mythifi&#233; inspir&#233; d'une certaine vision d'un &#171; paradis &#187; pass&#233; ou &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;The Diggers Song&lt;/i&gt;
Gerrard Winstanley (1649)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
You noble Diggers all, stand up now, stand up now,&lt;br class='autobr' /&gt;
You noble Diggers all, stand up now,&lt;br class='autobr' /&gt;
The waste land to maintain, seeing Cavaliers by name&lt;br class='autobr' /&gt;
Your digging does maintain, and persons all defame&lt;br class='autobr' /&gt;
Stand up now, stand up now. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Your houses they pull down, stand up now, stand up now,&lt;br class='autobr' /&gt;
Your houses they pull down, stand up now. &lt;br class='autobr' /&gt;
Your houses they pull down to fright your men in town&lt;br class='autobr' /&gt;
But the gentry must come down, and the poor shall wear the crown. &lt;br class='autobr' /&gt;
Stand up now, Diggers all.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;With spades and hoes and plowes, stand up now, stand up now&lt;br class='autobr' /&gt;
With spades and hoes and plowes stand up now,&lt;br class='autobr' /&gt;
Your freedom to uphold, seeing Cavaliers are bold&lt;br class='autobr' /&gt;
To kill you if they could, and rights from you to hold. &lt;br class='autobr' /&gt;
Stand up now, Diggers all. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Theire self-will is theire law, stand up now, stand up now,&lt;br class='autobr' /&gt;
Theire self-will is theire law, stand up now. &lt;br class='autobr' /&gt;
Since tyranny came in they count it now no sin&lt;br class='autobr' /&gt;
To make a gaol a gin, to starve poor men therein. &lt;br class='autobr' /&gt;
Stand up now, Diggers all.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;The gentrye are all round, stand up now, stand up now,&lt;br class='autobr' /&gt;
The gentrye are all round, stand up now. &lt;br class='autobr' /&gt;
The gentrye are all round, on each side they are found,&lt;br class='autobr' /&gt;
Theire wisdom's so profound, to cheat us of our ground&lt;br class='autobr' /&gt;
Stand up now, stand up now&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;The lawyers they conjoyne, stand up now, stand up now,&lt;br class='autobr' /&gt;
The lawyers they conjoyne, stand up now,&lt;br class='autobr' /&gt;
To arrest you they advise, such fury they devise,&lt;br class='autobr' /&gt;
The devill in them lies, and hath blinded both their eyes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Stand up now, stand up now. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;The clergy they come in, stand up now, stand up now,&lt;br class='autobr' /&gt;
The clergy they come in, stand up now. &lt;br class='autobr' /&gt;
The clergy they come in, and say it is a sin&lt;br class='autobr' /&gt;
That we should now begin, our freedom for to win. &lt;br class='autobr' /&gt;
Stand up now, Diggers all.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;The tithes they yet will have, stand up now, stand up now,&lt;br class='autobr' /&gt;
The tithes they yet will have, stand up now. &lt;br class='autobr' /&gt;
The tithes they yet will have, and lawyers their fees crave,&lt;br class='autobr' /&gt;
And this they say is brave, to make the poor their slave. &lt;br class='autobr' /&gt;
Stand up now, Diggers all. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8216;Gainst lawyers and &#8216;gainst Priests, stand up now, stand up now,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8216;Gainst lawyers and &#8216;gainst Priests stand up now. &lt;br class='autobr' /&gt;
For tyrants they are both even flatt againnst their oath,&lt;br class='autobr' /&gt;
To grant us they are loath free meat and drink and cloth. &lt;br class='autobr' /&gt;
Stand up now, Diggers all. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;The club is all their law, stand up now, stand up now,&lt;br class='autobr' /&gt;
The club is all their law, stand up now. &lt;br class='autobr' /&gt;
The club is all their law to keep men in awe,&lt;br class='autobr' /&gt;
But they no vision saw to maintain such a law. &lt;br class='autobr' /&gt;
Stand up now, Diggers all. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;The Cavaleers are foes, stand up now, stand up now,&lt;br class='autobr' /&gt;
The Cavaleers are foes, stand up now ;&lt;br class='autobr' /&gt;
The Cavaleers are foes, themselves they do disclose&lt;br class='autobr' /&gt;
By verses not in prose to please the singing boyes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Stand up now, Diggers all.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;To conquer them by love, come in now, come in now&lt;br class='autobr' /&gt;
To conquer them by love, come in now ;&lt;br class='autobr' /&gt;
To conquer them by love, as itt does you behove,&lt;br class='autobr' /&gt;
For hee is King above, noe power is like to love,&lt;br class='autobr' /&gt;
Glory heere, Diggers all.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les &#201;nergum&#232;nes vocif&#233;rants, les &lt;i&gt;Ranters&lt;/i&gt; anglais&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(...) La soudaine apparition des &lt;i&gt;Ranters&lt;/i&gt; en 1649 et leur non moins brutale disparition en 1652, repr&#233;sente un &#233;pisode tr&#232;s bref, quatre ans au plus, des profonds bouleversements qui agitent l'Angleterre de la r&#233;volution puritaine. Succ&#233;dant au mouvement des Niveleurs, important chez les militaires, et qui sont an&#233;antis sur les ordres d'Olivier Cromwell &#224; la suite des Putney Debates (1647-48), les &#201;nergum&#232;nes &lt;i&gt;ranters&lt;/i&gt; incarnent la d&#233;rive extr&#234;me du radicalisme protestant, celle qui brandit concr&#232;tement la menace de vouloir &lt;i&gt;&#171; mettre le monde &#224; l'envers &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#201;nergum&#232;nes sont tr&#232;s repr&#233;sentatifs d'une tendance r&#233;volutionnaire, dont le point de d&#233;part, certes, religieux, poss&#232;de un programme sociopolitique radical, qui outrepasse en mati&#232;re de libert&#233;s individuelles, de suffrage universel, d'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, voire de l'argent, les th&#232;ses d&#233;j&#224; d&#233;velopp&#233;es par les Niveleurs. Ce glissement du d&#233;bat et des id&#233;ologies religieuses vers une &#171; s&#233;cularisation &#187; des conflits id&#233;ologiques, le politique se substituant au religieux, est ce qui caract&#233;rise la r&#233;volution Anglaise du 17&#232;me si&#232;cle comme de nombreux historiens britanniques l'ont relev&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entre autres, A. L. Morton, Barry Reay, Norman Cohn.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette id&#233;e que l'&#201;glise doit &#234;tre gouvern&#233;e d&#233;mocratiquement, la R&#233;volution Anglaise la transpose en faveur d'une d&#233;mocratie politique. Si les Niveleurs et les Ranters per&#231;oivent la Gr&#226;ce et le Salut comme universels, (&#171; Sacerdoce Universel &#187;) d&#232;s lors tous les hommes doivent obtenir le droit de vote et participer aux d&#233;bats politiques. Preuve en est le foisonnement des sectes, la prolif&#233;ration de la litt&#233;rature pamphl&#233;taire issue des imprimeries de l'&#233;poque, les incessants d&#233;bats en faveur des libert&#233;s individuelles au sein de la Chambre des Communes Cromwellienne. Tout ceci, est caract&#233;ristique d'une &#233;poque o&#249; la religion et la politique font l'objet d'un d&#233;bat public et populaire et signale en Grande-Bretagne la naissance de la presse d'opinion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec les &lt;i&gt;Ranters&lt;/i&gt;, on s'&#233;loigne de la revendication du radicalisme protestant souhaitant parachever l'&#339;uvre &#8211; trahie &#8211; de la R&#233;forme. Les &#201;nergum&#232;nes souhaitent aller beaucoup plus loin, leur royaume des saints, une sainte anarchie en quelque sorte, se veut mill&#233;nariste, antinominien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qui rejette l'obsession du p&#233;ch&#233; et du respect strict de r&#232;gles de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et communisant. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que veulent donc les Ranters qui les rendent si mena&#231;ants aux yeux de leurs contemporains ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;crits des principaux th&#233;oriciens ranters (Coppe, Saltmarsh, Salmon, Bauthumley), d&#233;veloppent trois th&#232;ses principales qui dressent contre eux la majorit&#233; de leurs coreligionnaires puritains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Panth&#233;isme et immanence de Dieu en l'homme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, l'id&#233;e principale des Ranters d'o&#249; d&#233;coule le reste de leur doctrine est la relation essentielle de l'homme &#224; Dieu. Il se r&#233;sume en un panth&#233;isme. Il affirme que Dieu, pr&#233;sent en chaque homme, est un et indivisible, que Dieu est essentiellement immanent &#224; l'homme : Jacob Bauthumley, savetier autodidacte avait pour sa part formul&#233; le panth&#233;isme ranter en adoptant des accents &#233;cologistes, de la fa&#231;on suivante :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'aper&#231;ois Dieu dans toutes les cr&#233;atures, b&#234;tes et hommes, poissons et oiseaux et dans toutes les &#233;l&#233;ments de la verte nature, du plus haut c&#232;dre au lierre sur le mur ; Dieu est la vie et l'essence de toutes choses, Lequel r&#233;side effectivement en nous, individus ; dans la mesure o&#249; il puisse &#234;tre repr&#233;senter de mani&#232;re si modeste en tous, Dieu n'existe point ailleurs qu'&#224; l'int&#233;rieur de ses cr&#233;atures. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Bauthumley, Light &amp; Dark Sides of God Londres, 1650, cit&#233; par N. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'identification totale de l'homme &#224; Dieu et de l'homme &#224; l'univers naturel aboutissait cependant chez les &#201;nergum&#232;nes &#224; des positions contradictoires bien qu'assum&#233;es par le mouvement dans son ensemble. Ses dirigeants &#233;taient eux, capables d'op&#233;rer des distinctions th&#233;ologiques qui &#233;chappaient &#224; leur troupe de sectateurs dont les interpr&#233;tations demeuraient plus frustes : d'un c&#244;t&#233; cet immanentisme menait &#224; une sorte de mysticisme qui transformait &#234;tre et choses en manifestations de la divinit&#233;, &#224; l'inverse cette croyance conduisait &#224; un mat&#233;rialisme virtuel qui permettait de se dispenser du concept divin dans la relation de l'homme avec la cr&#233;ation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ce point, voir : A. L. Morton, op. cit., p.74.&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poursuivant cette m&#234;me vision, les distinctions entre Dieu et le diable, entre le Bien et le Mal s'estompent n&#233;cessairement. Puisque tout est Dieu, le diable se transforme en une simple manifestation de la toute-puissance divine :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le diable ne saurait commettre le mal sans que Dieu ne lui en accorde le pouvoir, d'o&#249; il ressort que le diable n'est point aussi responsable que les hommes le pensent (...). &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rapport&#233; par un contemporain, John Holland, The Smoke of the Bottomlesse (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ils &#233;vacuent ainsi ais&#233;ment le diable de leurs pr&#233;occupations, et, par l&#224;, le p&#233;ch&#233; &#233;galement se transforme en volont&#233; divine. Dieu &#233;tant bon, Dieu-en-l'homme ne peut commettre que le Bien (...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacob Bauthumley interpr&#232;te pourtant la signification du p&#233;ch&#233; de mani&#232;re plus mod&#233;r&#233;e que d'autres &#201;nergum&#232;nes :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les hommes ne devraient point commettre de p&#233;ch&#233;s m&#234;me s'ils ont tous acc&#232;s &#224; la gr&#226;ce Divine. Cependant, s'ils commettent des p&#233;ch&#233;s, ceux-ci se transmueront en louanges offertes &#224; Dieu, autant que s'ils avaient fait le Bien... Il me semble &#233;vident que rien n'existe sans Dieu, aussi puisque le p&#233;ch&#233; est un n&#233;ant, Dieu ne saurait &#234;tre son auteur, les p&#233;cheurs &#233;chappent donc &#224; la justice divine. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacob Bauthumley, cit&#233; par N. Cohn, Pursuit of the Millenium, Oxford, Oxford (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Un pamphlet hostile aux Ranters mais inspir&#233; des aveux de Clarkson dans The Lost Sheep Found, donne un r&#233;cit frappant de la d&#233;rive observ&#233;e lors d'une r&#233;union de la secte, c&#233;r&#233;monie licencieuse ou rituel inverti&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;The Ranters Last Sermon, Londres, 1654, p. 3.&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ils se mirent &#224; pr&#234;cher qu'ils ne pouvaient voir le mal, conna&#238;tre ou commettre le mal et que tout ce qu'ils faisaient &#233;tait Bien et non Mal. Sur ces paroles une femme E. B. allumant une chandelle se mit &#224; regarder sous le lit, les tables et les tabourets, enfin parvenue devant un des hommes pr&#233;sents elle propose de lui ouvrir sa braguette, lequel lui demande alors pourquoi faire ? et elle de r&#233;pondre : &#8216;afin de commettre le p&#233;ch&#233; de chair'. Alors, il souffle la chandelle qu'elle tient &#224; la main et l'emm&#232;ne vers le lit o&#249;, devant toute l'assistance, ils entreprennent de forniquer. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Affranchissement des lois humaines et divines&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci nous conduit &#224; examiner le deuxi&#232;me postulat &lt;i&gt;ranter&lt;/i&gt; par lequel ils se retrouvent affranchis des lois divines et humaines, de la morale humaine surtout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'antinominianisme &lt;i&gt;ranter&lt;/i&gt; d&#233;coule tout naturellement de la position panth&#233;iste. D&#232;s la parution de leurs premiers pamphlets en 1649-1650, les &#201;nergum&#232;nes, se pr&#233;sentent comme lib&#233;r&#233;s de toute soumission au d&#233;calogue biblique et aux &#201;critures Saintes. Les lois divines et, partant, humaines, ont &#233;t&#233; invalid&#233;es par l'ordre nouveau dont Dieu &#8211; ce Dieu qui r&#233;side en eux &#8211; leur en avait conf&#233;r&#233; la charge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rejet par les &#201;nergum&#232;nes de l'autorit&#233; scripturaire fut la principale cause de l'horreur que leurs th&#232;ses soulev&#232;rent dans l'opinion puritaine de l'&#233;poque, elle explique aussi les pers&#233;cutions dont ils furent imm&#233;diatement l'objet. Cette d&#233;pr&#233;ciation de la r&#233;v&#233;lation biblique si elle semble totalement &#233;trang&#232;re au protestantisme radical du 17&#232;me si&#232;cle, est cependant adopt&#233;e par d'autres sectes de l'&#233;poque, les &lt;i&gt;Quakers&lt;/i&gt; par exemple qui placent comme les Ranters, l'inspiration personnelle au-dessus de la parole biblique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joseph Salmon dans son tract intitul&#233; Anti-Christ in Man (1647), d&#233;nonce les chr&#233;tiens qui croient en l'historicit&#233; des &#201;vangiles :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce ne sont pas de vrais chr&#233;tiens ceux qui par leurs dons naturels croient en la v&#233;racit&#233; de ce qui est racont&#233; du Christ dans les &#201;critures ; seuls sont chr&#233;tiens ceux qui par le pouvoir de l'Esprit Saint voient que cette histoire s'est v&#233;rifi&#233;e en eux par le myst&#232;re... l'histoire, c'est le Christ pour nous, le Myst&#232;re, c'est le Christ en nous. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Joseph Salmon, Antichrist in Man, or A Discovery of the Great Whore that (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mat&#233;rialisme communisant&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin un mat&#233;rialisme inspir&#233; d'un communisme biblique r&#233;sum&#233; dans leur expression : &lt;i&gt;&#171; Tout est &#224; nous &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;All is ours&lt;/i&gt;) f&#251;t sans doute la proclamation mena&#231;ant le plus s&#233;rieusement l'ordre &#233;tabli de l'&#233;poque, la morale puritaine, et la caste poss&#233;dante au pouvoir : celle de la petite noblesse terrienne, la &lt;i&gt;gentry&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e que les &lt;i&gt;Ranters&lt;/i&gt; avaient entrepris une oeuvre de subversion de la morale &#233;tablie provenait des nombreux rapports concernant leurs modes d'assembl&#233;es et de r&#233;unions. Celles-ci avaient lieu dans des tavernes ou des maisons particuli&#232;res o&#249; les bonnes m&#339;urs et la morale &#233;taient syst&#233;matiquement bafou&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore, il faut supposer que ce mode d'assembl&#233;es licencieuses de la secte acqu&#233;rait valeur de rituel d&#233;viant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hypoth&#232;se d&#233;velopp&#233;e par A. L. Morton, World of the Ranters, p. 91.&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. (...) Ainsi nous d&#233;crit-on les repas pris en commun par les &#201;nergum&#232;nes se d&#233;roulant au milieu de jurons, de cris, de blasph&#232;mes, de chansons, de danses, le tout, dans un nuage de tabac, les &#201;nergum&#232;nes &#233;tant particuli&#232;rement attach&#233;s &#224; fumer la pipe en toutes circonstances, pratique consid&#233;r&#233;e &#224; l'&#233;poque comme inconvenante. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Condamnations et r&#233;pression&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le souligne l'historien A. L. Morton, ce n'est pas parce que les rapports sur les &lt;i&gt;Ranters&lt;/i&gt; proviennent de leurs adversaires qu'il faille &#233;carter comme invraisemblables ces anecdotes, au contraire, il s'agit de reportages pr&#233;cis qui visent &#224; rep&#233;rer exactement les d&#233;rives des &#201;nergum&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affranchissement des &lt;i&gt;Ranters&lt;/i&gt; par rapport aux normes sociales, leurs attitudes subversives envers le sexe et l'argent faisaient partie des d&#233;rives &#171; abominables &#187; condamn&#233;es par les puritains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La libert&#233; sexuelle en particulier, constitue une forme de l'anarchie sociale qui visait &#224; mettre &lt;i&gt;&#171; le monde &#224; l'envers &#187;&lt;/i&gt; et qui rappelle f&#226;cheusement aux Protestants anglais du 17&#232;me, les horrifiques d&#233;viances des Anabaptistes de M&#252;nster au si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) On a &#233;galement vu plus haut que les r&#233;unions des &#201;nergum&#232;nes ne sont point absentes de d&#233;bauches qu'ils transforment en vertueuses c&#233;r&#233;monies. John Holland, leur d&#233;nonciateur, dans son tract, Smoke of the Bottomless Pit, relate leurs dires :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ils disent que le fait qu'un homme soit li&#233; &#224; une femme, ou une femme &#224; un homme, est la cons&#233;quence de la mal&#233;diction de la Chute, or, pr&#233;tendent-ils, nous sommes lib&#233;r&#233;s de cette mal&#233;diction et donc nous pouvons user de qui bon nous semble. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(J. Holland, Smoke of the Bottomless Pit, Londres, 1651, p. 4.&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;George Fox, fondateur du &lt;i&gt;Quakerisme&lt;/i&gt;, avait d&#251; &#224; plusieurs reprises affronter les attaques et les insultes des &#201;nergum&#232;nes, dont de nombreux &#233;l&#233;ments devaient en 1660 rejoindre les rangs de son mouvement ; aussi professe-t-il une d&#233;testation de leurs exc&#232;s qui menacent de contaminer le mouvement &lt;i&gt;quaker&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un pamphlet Quaker de Robert Barclay se consacre &#224; d&#233;noncer les &#201;nergum&#232;nes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En 1668, il d&#251; mettre bon ordre &#224; la d&#233;bauche qu'une femme, Rose Atkins, avait introduit dans une communaut&#233; du Hampshire et qu'il qualifie de &lt;i&gt;ranterish&lt;/i&gt;. De m&#234;me, en 1672, dans la colonie de Rhode Island, Fox doit encore affronter des groupes de &lt;i&gt;Ranters&lt;/i&gt;, preuve que les &#201;nergum&#232;nes et leurs d&#233;rives avaient surv&#233;cu &#224; titre individuel longtemps apr&#232;s la disparition du mouvement dans les ann&#233;es 1651&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G. Fox, Jnal. of G. F., 525-526. &amp; 622.&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abezier Coppe, sans doute le plus agit&#233; et fantasque des meneurs &lt;i&gt;ranters&lt;/i&gt;, traduisait en actes et en paroles sa conception d'un Dieu, &#171; Grand Niveleur &#187; des diff&#233;rences sociales. (...) Coppe, converti au &lt;i&gt;Ranterisme&lt;/i&gt; en 1649, avait entendu une voix lui enjoignant de se rendre &#224; Londres pour y manifester publiquement l'intention divine de niveler la soci&#233;t&#233;. S'adressant aux pauvres et aux exclus de la population londonienne, il se mit &#224; pr&#234;cher en pleine rue et &#224; d&#233;noncer les riches. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les excentricit&#233;s de Coppe et de Laurence Clarkson, attir&#232;rent imm&#233;diatement l'attention des autorit&#233;s parlementaires. D&#232;s le vote de la loi de 1650, &lt;i&gt;Act for the Punishment of Atheistical, Blasphemous and Execrable Opinions&lt;/i&gt;, ils furent arr&#234;t&#233;s et traduits devant un comit&#233; d'enqu&#234;te parlementaire. Mais Coppe comme Clarkson, tout comme les Niveleurs John Lilburne et Richard Overton, se r&#233;v&#233;l&#232;rent difficiles &#224; confondre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hebdomadaire de l'&#233;poque, &lt;i&gt;The Weekly Intelligencer&lt;/i&gt;, relate la fa&#231;on dont Coppe, pr&#233;sent&#233; au comit&#233;, refusa de se d&#233;couvrir et se mit &#224; feindre la folie, jetant des pommes et des poires en direction de ses juges, refusant de r&#233;pondre &#224; des questions qui pouvaient l'incriminer, tout en invoquant ses droits de citoyen libre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par A. L. Morton, World of the Ranters, p. 103.&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure, la condamnation par voie de tracts des th&#232;ses &lt;i&gt;ranters&lt;/i&gt; en 1650-51, l'arsenal des lois vot&#233;es en 1650 &#224; leur encontre, les perquisitions polici&#232;res, l'emprisonnement syst&#233;matique, voire la torture, (un ancien militaire, devenu &lt;i&gt;Ranter&lt;/i&gt;, fut pendu par les pouces), r&#233;duisirent au silence leurs principaux meneurs, sans toutefois entamer l'enthousiasme de leurs partisans anonymes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les journaux et pamphlets de l'&#233;poque mentionnent l'arrestation de groupes d'&#201;nergum&#232;nes &#224; York, Uxbridge, King's Lynn, Winchester, Nottingham, Bristol, Weymouth, Norwich, Cornwall, Southampton et donc la diffusion de leurs id&#233;es dans le reste du pays, y compris dans les colonies puritaines du Nouveau Monde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Journal de George Fox fournit une liste exhaustive des lieux o&#249; il se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ceux qui &#233;chappent &#224; cette r&#233;pression entrent dans la clandestinit&#233; ou se rach&#232;tent une conduite&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Coppin, Coppe, Clarkson, publi&#232;rent des pamphlets o&#249; ils reconnaissaient (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le &lt;i&gt;Ranterisme&lt;/i&gt; n'a donc point &#233;t&#233; &#233;radiqu&#233; subitement, mais il est d&#232;s lors condamn&#233; &#224; dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Impact et effectifs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile d'analyser l'impact exact et les effectifs des &lt;i&gt;Ranters&lt;/i&gt; dans les ann&#233;es 1649 et 1650, les estimations de l'&#233;poque oscillent entre 3.000 et 700 membres. Ils constituaient des groupuscules d&#233;passant rarement une douzaine de personnes, leurs mouvements et leurs r&#233;unions &#233;tant par l&#224; plus difficiles &#224; rep&#233;rer que les larges assembl&#233;es mobilis&#233;es &#224; la m&#234;me &#233;poque par les &lt;i&gt;Quakers&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour les premi&#232;res Assembl&#233;es Quaker voir Jnal of G. F. Sur les effectifs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est certain qu'ils ont recrut&#233; des adeptes parmi les couches populaires urbaines les plus d&#233;favoris&#233;es de l'&#233;poque, contrairement aux Quakers, leurs contemporains, qui ont d'abord recrut&#233; des adeptes parmi la paysannerie du nord de l'Angleterre. Le gros des troupes &#201;nergum&#232;nes &#233;tait sans doute issu de la cat&#233;gorie des artisans et des travailleurs salari&#233;s, appauvris par les cons&#233;quences de la Guerre Civile, sans oublier les militaires niveleurs, d&#233;cim&#233;s par la r&#233;pression dont ils venaient d'&#234;tre eux-m&#234;mes l'objet. On d&#233;nombre cependant parmi eux un nombre important d'une population issue des bas-fonds. Des vagabonds, des mendiants, des prostitu&#233;es, et probablement des criminels, des d&#233;sax&#233;s enfin, rejoignent les Ranters si l'on en croit les t&#233;moignages de l'&#233;poque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ce point voir Rufus M. Jones, Studies in Mystical Religion, Londres, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour scandaleux qu'aient &#233;t&#233; leurs comportements, et vocif&#233;rants leurs propos, les &#201;nergum&#232;nes demeurent avant tout des pacifistes. Ils ne croient pas &#224; l'action violente comme ces autres d&#233;sesp&#233;r&#233;s de la R&#233;volution, les Hommes de la Cinqui&#232;me Monarchie qui prennent les armes contre la r&#233;publique d&#233;liquescente en 1660, ces derniers souhaitant en d&#233;sespoir de cause, h&#226;ter par l'assassinat des puissants la &#171; Seconde Venue Christique &#187; (Christ's Second Coming). (...)&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;Jacques Tual - Universit&#233; de La R&#233;union&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Et apr&#232;s ?
&#171; Un tas de fumier &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(...) Les mouvements r&#233;volutionnaires proto-anarchistes de la Guerre Civile de 1640 avaient &#233;t&#233; &#233;radiqu&#233;s et vaincus avant l'aube de la grande &#233;poque de la piraterie vers la fin du 17&#232;me si&#232;cle, mais il est prouv&#233; que des &lt;i&gt;Diggers&lt;/i&gt;, des &lt;i&gt;Ranters&lt;/i&gt;, des Muggletoniens, des Hommes de la Cinqui&#232;me Monarchie, etc. avaient fuit vers les Am&#233;riques et les Cara&#239;bes o&#249; ils inspir&#232;rent ou rejoignirent ces &#233;quipages pirates insurg&#233;s. En fait, un groupe de pirates s'&#233;tablit &#224; Madagascar &#224; un endroit qu'ils nomm&#232;rent &lt;i&gt;Ranter Bay&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rediker, Libertalia : The Pirate's Utopia, David Cordingly ed.&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Apr&#232;s la d&#233;faite des Levellers en 1649, John Lilburne proposa de mener ses fid&#232;les vers les Antilles, si le gouvernement acceptait de payer la note. Il semble &#233;galement que les &lt;i&gt;Ranters&lt;/i&gt; et les &lt;i&gt;Diggers&lt;/i&gt; dur&#232;rent plus longtemps aux Am&#233;riques qu'en Grande-Bretagne &#8211; on note la pr&#233;sence de &lt;i&gt;Ranters&lt;/i&gt; &#224; Long Island jusqu'en 1690.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci n'est gu&#232;re &#233;tonnant dans la mesure o&#249; les territoires du Nouveau Monde &#233;taient utilis&#233;s par la Grande-Bretagne comme colonies p&#233;nitentiaires pour ses pauvres m&#233;contents et rebelles. En 1655, la Barbade &#233;tait d&#233;crite comme &lt;i&gt;&#171; un tas de fumier sur lequel l'Angleterre jette ses ordures &#187;&lt;/i&gt;. Parmi ces ind&#233;sirables on trouvait forc&#233;ment de nombreux radicaux &#8211; ceux qui avaient allum&#233; la m&#232;che de la r&#233;volution de 1640.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Perrot, le Ranter barbu qui refusait d'&#244;ter son chapeau devant le Tout-Puissant, se retrouva &#224; la Barbade &#187;&lt;/i&gt;, comme beaucoup d'autres, tel l'intellectuel &lt;i&gt;ranter&lt;/i&gt;, Joseph Salmon. Que les Cara&#239;bes soient devenues un havre pour les radicaux ne passa pas inaper&#231;u : en 1665, Samuel Highland sugg&#233;ra au Parlement de ne pas condamner l'h&#233;r&#233;tique &lt;i&gt;Quaker&lt;/i&gt; James Nayler &#224; la d&#233;portation de peur qu'il n'infecte les autres immigrants. Il est clair qu'&#224; cette &#233;poque, les nouvelles colonies Britanniques &#224; l'Ouest &#233;taient consid&#233;r&#233;es comme un havre de relative libert&#233; religieuse et politique, d'autant plus &#233;loign&#233;es qu'elles &#233;taient de la mainmise de la loi et de l'autorit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christopher Hill, &#171; Radical Pirates ? &#187;, Collected Essays, Vol. 3 ; Peter (&#8230;)&#034; id=&#034;nh33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant que les marchands Europ&#233;ens ne d&#233;couvrent le commerce d'esclaves africains et les possibilit&#233;s commerciales du transport d'Africains vers les Cara&#239;bes, des milliers d'Europ&#233;ens pauvres et issus de la classe ouvri&#232;re furent exp&#233;di&#233;s vers les nouvelles colonies comme apprentis domestiques &#8211; en fait une autre forme de commerce d'esclaves. La seule diff&#233;rence entre le commerce d'apprentis domestiques et celui d'esclaves africains &#233;tait qu'en th&#233;orie, l'esclavage de ces immigrants n'&#233;tait pas consid&#233;r&#233; comme &#233;ternel et h&#233;r&#233;ditaire. Cependant, beaucoup d'entre eux furent escroqu&#233;s, et leurs contrats prolong&#233;s ind&#233;finiment de sorte qu'ils n'obtinrent jamais leur libert&#233;. Les esclaves, qui &#233;taient des investissements &#224; vie, &#233;taient souvent mieux trait&#233;s que les apprentis domestiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jenifer G. Marx - Brethren of the Coast, Cordingly (ed.) ; Ritchie, Op. Cit.&#034; id=&#034;nh34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, les ma&#238;tres avaient beaucoup de difficult&#233;s &#224; tenir leurs domestiques qui avaient tendance &#224; adopter le mode de vie indig&#232;ne et &#224; fuir vers la libert&#233; des myriades d'&#238;les des Antilles, ou vers des parcelles isol&#233;es de c&#244;tes ou de jungle. L&#224;, ils formaient souvent des petites bandes ou tribus autog&#233;r&#233;es de marginaux et de fuyards, imitant souvent les indig&#232;nes qui les avaient pr&#233;c&#233;d&#233;s. Ces hommes &#8211; marins et soldats, esclaves et apprentis domestiques &#8211; form&#232;rent le terreau de la piraterie des Cara&#239;bes qui &#233;mergea au 17&#232;me si&#232;cle, conservant m&#234;me en mer leur structure tribale &#233;galitaire. Leur nombre grandissant et de plus en plus d'hommes se ralliant au drapeau rouge, leurs attaques contre les Espagnols devinrent plus audacieuses. Apr&#232;s un raid, ils rejoignaient des villes telle que Port Royal en Jama&#239;que, pour y d&#233;penser tout leur argent dans une &#233;norme f&#234;te o&#249; ils &#171; couraient la gueuse &#187;, jouaient et buvaient avant de retourner &#224; leur vie de chasseurs-cueilleurs dans des &#238;les isol&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Richard Platt et Tina Chambers (photographe), Pirate (London, Dorling (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait aussi bien s&#251;r jusqu'&#224; 80.000 esclaves noirs qui travaillaient dans les plantations, enclins &#224; de fr&#233;quentes et sanglantes r&#233;voltes, tout comme les quelques Indiens indig&#232;nes qui vivaient encore sur les &#238;les. En 1649, une r&#233;volte d'esclaves &#224; la Barbade co&#239;ncida avec le soul&#232;vement de domestiques blancs. (...) Il y eut des r&#233;bellions similaires aux Bermudes, &#224; St Christophe et Montserrat, alors qu'en Jama&#239;que les rebelles &lt;i&gt;Monmouthites&lt;/i&gt; d&#233;port&#233;s s'unirent aux Indiens en r&#233;volte. Ce salmigondis de d&#233;poss&#233;d&#233;s fut d&#233;crit en 1665 comme &lt;i&gt;&#171; du gibier de potence ou des individus s&#233;ditieux, pourris avant l'heure, et au mieux paresseux et seulement bons pour les mines &#187;&lt;/i&gt;. Ce &#224; quoi une dame colon d'Antigua ajouta &lt;i&gt;&#171; ce sont tous des sodomites &#187;&lt;/i&gt;. Voil&#224; dans quel bouillonnement de troubles sociaux multiraciaux et de tensions nos &lt;i&gt;Ranters&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Diggers&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Levellers&lt;/i&gt; d&#233;port&#233;s ou exil&#233;s volontaires sont probablement arriv&#233;s et &#224; partir duquel la grande &#233;poque de la piraterie euro-am&#233;ricaine prit forme avec l'&#233;mergence des boucaniers dans les Cara&#239;bes vers le milieu du 17&#232;me si&#232;cle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hill, Op. Cit.&#034; id=&#034;nh36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;i&gt;Do or Die&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les textes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Les radicaux, urbains et paysans, dans la r&#233;volution anglaise&lt;/strong&gt; est extrait de la nouvelle &#233;dition de &lt;i&gt;L'Incendie Mill&#233;nariste&lt;/i&gt;. En &lt;strong&gt;avril 1987&lt;/strong&gt;, le groupe &lt;i&gt;Os Cangaceiros&lt;/i&gt; publie &lt;i&gt;L'Incendie Mill&#233;nariste&lt;/i&gt;, sign&#233; des pseudonymes Georges Lapierre et Yves Delhoysie. Pendant ses quelques ann&#233;es d'existence, ce petit groupe clandestin m&#232;ne diverses actions contre l'institution p&#233;nitentiaire (vol de plans et sabotages) ou en solidarit&#233; avec des prisonniers, participe &#224; sa mani&#232;re &#224; plusieurs mouvements sociaux et publie trois num&#233;ros d'une revue du m&#234;me nom dans laquelle il livre ses analyses sur les &#233;v&#232;nements qui secouent les ann&#233;es 1980 en France et en Europe. Ses quelques actions le sortent bri&#232;vement de l'anonymat et mettent les flics &#224; ses trousses. Les distributeurs refusent alors de prendre &lt;i&gt;L'Incendie Mill&#233;nariste &lt;/i&gt; dans leurs boutiques et les &lt;i&gt;Cangaceiros&lt;/i&gt; se retrouvent avec des stocks sur les bras. La pression polici&#232;re s'accentuant, ils d&#233;cident d'abandonner la plupart des bouquins dans quelques lieux publics, laissant &#224; des mains inconnues le soin de leur dispersion, hors de toute logique commerciale. Le groupe &lt;i&gt;Os Cangaceiros&lt;/i&gt; dispara&#238;t au d&#233;but des ann&#233;es 1990, en ayant pu &#233;chapper &#224; la r&#233;pression. &lt;i&gt;L'Incendie Mill&#233;nariste&lt;/i&gt; livre l'histoire de diff&#233;rents mouvements mill&#233;naristes, traversant diverses &#233;poques, navigant sur plusieurs continents. Il est aussi une lecture politique de ces &#233;v&#232;nements, lecture dans laquelle Friedrich Hegel, Karl Marx, Friedrich Engels et Max Weber c&#244;toient Guy Debord. (Pr&#233;sentation extraite de l'intro de la nouvelle &#233;dition qui est la reproduction int&#233;grale du texte de l'&#233;dition originale. L'original et cette r&#233;&#233;dition peuvent &#234;tre charg&#233;s sur &lt;a href=&#034;http://basseintensite.internetdown.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;basseintensite.internetdown.org&lt;/a&gt;.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Le mill&#233;narisme&lt;/strong&gt;, extraits de l'introduction &#224; la nouvelle &#233;dition de &lt;i&gt;L'Incendie Mill&#233;nariste&lt;/i&gt; (d&#233;cembre 2011).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;The Diggers Song&lt;/strong&gt;, chanson &#233;crite par Gerrard Winstanley en 1649.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Les &#201;nergum&#232;nes vocif&#233;rants, les Ranters anglais&lt;/strong&gt; (extraits), Jacques Tual (Univ. de La R&#233;union), texte trouv&#233; &lt;a href=&#034;http://tice3.univ-reunion.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur Internet&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Et apr&#232;s ?&lt;/strong&gt;, extrait de &lt;i&gt;Utopies pirates&lt;/i&gt;, BoiteAoutils &#233;dition, traduction d'une brochure de &lt;i&gt;Do or Die&lt;/i&gt; (1999), un collectif libertaire britannique qui publiait la revue d'&#233;cologie radicale du m&#234;me nom. La premi&#232;re traduction est du collectif FTP, parue sous le nom de &lt;i&gt;Bastions pirates&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D&#232;s le 12&#232;me si&#232;cle, l'agriculture traditionnelle bas&#233;e sur un syst&#232;me de coop&#233;ration et de communaut&#233; d'administration des terres est progressivement remplac&#233;e par un syst&#232;me de propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Les enclosures marquent la fin des droits d'usage, en particulier des communaux, dont bon nombre de paysans d&#233;pendaient pour leur subsistance.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fond&#233;e en 1540 par Hendrik Niclaes, la &#171; Famille d'amour &#187; entend r&#233;tablir dans son innocence la communaut&#233; humaine originelle. Elle comptait un assez grand nombre de fid&#232;les, principalement dans les Pays-Bas et en Angleterre, o&#249; son existence est encore attest&#233;e au 17&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paysans ind&#233;pendants affranchis des droits de fermage constitu&#233;s par la tenure.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pr&#233;dicateurs la&#239;cs, souvent itin&#233;rants, qui excitaient l'hostilit&#233; courante contre l'&#201;glise et attisaient les espoirs mill&#233;naristes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nulle part ailleurs en Europe une telle occasion ne s'&#233;tait alors produite.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Quakers&lt;/i&gt; : trembleurs, ceux qui tremblent &#224; la parole de Dieu. Tous les noms qui furent donn&#233;s aux sectes et groupes radicaux le furent en g&#233;n&#233;ral par leurs ennemis. Ceux qui se rassemblaient autour des nombreux pr&#233;dicateurs la&#239;cs pr&#233;f&#233;raient s'appeler plus simplement &lt;i&gt;&#171; fr&#232;re &#187;&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;&#171; mon semblable &#187;&lt;/i&gt; ou encore &lt;i&gt;&#171; ma chair unique et indivisible &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bon, en fait Winstanley lui-m&#234;me qualifiait son groupe de &lt;i&gt;True Levelers&lt;/i&gt; (v&#233;ritables niveleurs) en opposition aux &lt;i&gt;Levellers&lt;/i&gt; de la New Model Army, pas assez radicaux &#224; ses yeux. Le terme de &lt;i&gt;Diggers&lt;/i&gt; leur est appliqu&#233; quand ils se mettent &#224; retourner les communaux. Ils vont se l'approprier (voir plus loin &lt;i&gt;The Diggers song&lt;/i&gt; en annexe), comme plus tard d'autres groupes ou mouvements s'approprieront les noms injurieux qui leurs sont donn&#233;s (freaks, punks, ...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il y avait longtemps que la bourgeoisie anglaise comprenait en son sein la partie de la noblesse qui s'&#233;tait elle-m&#234;me lanc&#233;e dans les affaires. La guerre civile avait oppos&#233; une des bourgeoisies les plus entreprenantes d'Europe au parti du roi et de la noblesse terrienne attach&#233;e &#224; ses pr&#233;rogatives dues &#224; la naissance. La restauration ne signifiait pas le retour &#224; l'ordre ancien caract&#233;ris&#233; par un &#233;quilibre instable entre le roi et le parlement, chaque parti s'effor&#231;ant de grignoter les pouvoirs de l'autre. Au contraire, l'issue de la guerre civile marqua un progr&#232;s de la bourgeoisie et le passage &#224; la pr&#233;pond&#233;rance de son pouvoir. Cela se fit &#233;videmment sur la d&#233;faite des aspirations des pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;Beau comme une prison qui br&#251;le&lt;/i&gt;, Julius Van Daal, L'insomniaque, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;La R&#233;volte Luddite : Briseurs de machines &#224; l'&#232;re de l'industrialisation&lt;/i&gt;, Kirkpatrick Sale, traduction C&#233;lia Izoard, L'&#233;chapp&#233;e, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la naissance du syndicalisme et son utilit&#233; pour le pouvoir, voir &lt;i&gt;Qui a tu&#233; Ned Ludd&lt;/i&gt;, un texte de John et Paula Zerzan publi&#233; en brochure et sur le site &lt;span class='ressource'&gt;&lt;non-fides.&gt;&lt;/span&gt;
.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les faits et les citations d'&#233;poque sont tir&#233;s du livre de Christopher Hill, &lt;i&gt;Le monde &#224; l'envers, les id&#233;es radicales au cours de la R&#233;volution anglaise&lt;/i&gt;, Payot, 1977.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Extraits de l'introduction &#224; la nouvelle &#233;dition de l'Incendie Mill&#233;nariste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entre autres, A. L. Morton, Barry Reay, Norman Cohn.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Qui rejette l'obsession du p&#233;ch&#233; et du respect strict de r&#232;gles de comportement au profit de la libert&#233; de celui qui a la foi.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Bauthumley, Light &amp; Dark Sides of God Londres, 1650, cit&#233; par N. Cohn, Pursuit of the Millenium, 1970, rev. , Londres : Oxford Univ. Press, 1990) p. 336.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ce point, voir : A. L. Morton, op. cit., p.74.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rapport&#233; par un contemporain, John Holland, The Smoke of the Bottomlesse Pit, Londres, 1651, p. 6.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacob Bauthumley, cit&#233; par N. Cohn, Pursuit of the Millenium, Oxford, Oxford University Press, 1970, p. 338-39.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;The Ranters Last Sermon, Londres, 1654, p. 3.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Joseph Salmon, Antichrist in Man, or A Discovery of the Great Whore that sits upon many Waters, Londres, 1647.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hypoth&#232;se d&#233;velopp&#233;e par A. L. Morton, World of the Ranters, p. 91.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;(J. Holland, Smoke of the Bottomless Pit, Londres, 1651, p. 4.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un pamphlet Quaker de Robert Barclay se consacre &#224; d&#233;noncer les &#201;nergum&#232;nes, The Anarchy of the Ranters and other Libertines, Londres, 1674.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G. Fox, Jnal. of G. F., 525-526. &amp; 622.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; par A. L. Morton, World of the Ranters, p. 103.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le Journal de George Fox fournit une liste exhaustive des lieux o&#249; il se confronta aux Ranters dans les ann&#233;es 1650 &#224; 1672.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Coppin, Coppe, Clarkson, publi&#232;rent des pamphlets o&#249; ils reconnaissaient leurs erreurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour les premi&#232;res Assembl&#233;es Quaker voir Jnal of G. F. Sur les effectifs ranters, voir A. L. Morton, op. cit. , pp. 110-111.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ce point voir Rufus M. Jones, Studies in Mystical Religion, Londres, McMillan, 1923, p. 469, n. 1.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rediker, &lt;i&gt;Libertalia : The Pirate's Utopia&lt;/i&gt;, David Cordingly ed.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Christopher Hill, &#171; Radical Pirates ? &#187;, &lt;i&gt;Collected Essays, Vol. 3&lt;/i&gt; ; Peter Lamborn Wilson, &lt;i&gt;Le Masque de Caliban : L'Anarchie Spirituelle et le Sauvage dans l'Am&#233;rique Coloniale&lt;/i&gt;, Sakolsky and Koehnline eds., &lt;i&gt;Gone to Croatan : The Origins of North American Dropout Culture&lt;/i&gt; New York/Edinburgh, Autonomedia/AK Press, 1993 ; Robert C. Ritchie, &lt;i&gt;Captain Kidd and the War against the Pirates&lt;/i&gt;.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jenifer G. Marx - &lt;i&gt;Brethren of the Coast&lt;/i&gt;, Cordingly (ed.) ; Ritchie, Op. Cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Richard Platt et Tina Chambers (photographe), &lt;i&gt;Pirate&lt;/i&gt; (London, Dorling Kindersley, 1995) ; Ritchie, Op. Cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hill, Op. Cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Essai de bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Gerrard Winstanley, &lt;i&gt;L'&#201;tendard d&#233;ploy&#233; des vrais niveleurs&lt;/i&gt; (1649), Allia, Paris, 2007.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Gerrard Winstanley, &lt;i&gt;La Loi de libert&#233;&lt;/i&gt; (1652). Les Nuits rouges, Paris, 2012.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Fran&#231;ois Matheron, &lt;i&gt;Winstanley et les Diggers, Des Multitudes constituantes au 17&#232;me si&#232;cle&lt;/i&gt;, Multitudes N&#176; 9, mai-juin 2002 (&#171; l&#233;g&#232;rement &#187; n&#233;griste).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La totalit&#233; de l'&#339;uvre de l'historien marxiste Christopher Hill (1912-2003), dont malheureusement tr&#232;s peu traduit en fran&#231;ais :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;La r&#233;volution anglaise, 1640&lt;/i&gt;, La Passion, Paris, 1993, 96p. (Ce premier texte de Hill, plut&#244;t un pamphlet qu'un livre, date de 1940, et selon Hill lui-m&#234;me, il s'agit d'une &lt;i&gt;&#171; premi&#232;re approximation, avec toutes ses grossi&#232;ret&#233;s et ses sur-simplifications &#187;&lt;/i&gt;. Il ajoute &lt;i&gt;&#171; Quand j'ai &#233;crit ce texte, j'&#233;tais un jeune homme tr&#232;s en col&#232;re et je pensais que j'allais mourir au cours d'une guerre mondiale &#187;&lt;/i&gt;. Il y propose une interpr&#233;tation des &#233;v&#233;nements survenus au 17&#232;me si&#232;cle en Angleterre qui rompt avec l'interpr&#233;tation scolaire traditionnelle. En quelques mots, pour lui, la r&#233;volution anglaise de 1640-1660 fut un grand mouvement social comparable &#224; la R&#233;volution fran&#231;aise de 1789. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Le Monde &#224; l'envers, les id&#233;es radicales au cours de la R&#233;volution anglaise&lt;/i&gt;, Payot, Coll. Critique de la politique, 1977.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Histoire &#233;conomique et sociale de la Grande-Bretagne&lt;/i&gt;, (Volume 1, Des origines au 18&#232;me si&#232;cle), avec Michael Moissey Postan, Seuil, Coll. L'Univers historique, 1977.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; G&#233;rard Walter, &lt;i&gt;La R&#233;volution anglaise, 1641-1660&lt;/i&gt;, Paris, Albin Michel, 1963 (Vue d'ensemble, textes de Charles Ier, roi d'Angleterre, Olivier Cromwell, John Lilburne, Gerrard Winstanley, proc&#232;s-verbaux, comptes rendus parlementaires, documents officiels et pamphlets).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et aussi :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Alice Gaillard, &lt;i&gt;Les Diggers, r&#233;volution et contre-culture &#224; San Francisco (1966-1968)&lt;/i&gt;, L'Echapp&#233;e, 2009 (livre/film) : en 1966, une partie de La &#171; San Francisco Mime Troupe &#187; forme un groupe baptis&#233; &lt;i&gt;Diggers&lt;/i&gt; dans le quartier de Haight-Ashbury o&#249; ils installent des magasins et distribuent gratuitement de la nourriture aux enfants-fleurs qui affluent.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La chanson de Leon Rosselson, &lt;i&gt;The World Turned Upside Down&lt;/i&gt; (1975), qui raconte l'histoire des &lt;i&gt;Diggers&lt;/i&gt; &#224; St George's Hill, et a &#233;t&#233; rendue c&#233;l&#232;bre par sa reprise par Billy Bragg, pour &#234;tre ensuite &#233;galement reprise par de nombreux groupes.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le film &lt;i&gt;Winstanley&lt;/i&gt;, de Kevin Brownlow, (1975) bas&#233; sur la nouvelle &lt;i&gt;Comrade Jacob&lt;/i&gt; de David Caute. Il a &#233;t&#233; r&#233;&#233;dit&#233; en DVD en 2009 par le British Film Institute.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le r&#244;le des &lt;i&gt;Ranters&lt;/i&gt; dans ce film est tenu par des squatters londoniens de l'&#233;poque !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La R&#233;publique des Escartons</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article1078</link>
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		<dc:date>2014-11-10T12:15:31Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Collectif</dc:creator>


		<dc:subject>Bo&#238;te A Outils Editions (Forcalquier)</dc:subject>
		<dc:subject>Auto-organisation, exp&#233;rimentations collectives</dc:subject>
		<dc:subject>Luttes paysannes, ruralit&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;A l'&#233;poque de l'apog&#233;e du f&#233;odalisme dans toute l'Europe,&lt;br class='autobr' /&gt;
quelques communaut&#233;s se soulev&#232;rent contre leurs seigneurs&lt;br class='autobr' /&gt;
et rois et obtinrent des libert&#233;s qui leurs garantissaient une&lt;br class='autobr' /&gt;
autonomie plus ou moins &#233;tendue (cr&#233;ation de la f&#233;d&#233;ration&lt;br class='autobr' /&gt;
suisse en 1291, les cit&#233;s-Etats italiennes, les villes libres en Allemagne, etc.). La r&#233;gion des Alpes du Brian&#231;onnais fut de celles-l&#224; d&#232;s le 14e si&#232;cle.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sommaire :&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;La R&#233;publique des Escartons au 14e si&#232;cle&lt;/i&gt; : tir&#233; de l'&lt;i&gt;Almanach buissonnier&lt;/i&gt; n&#176; 5, mars-avril-mai 1982.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;La charte des Escartons&lt;/i&gt; : traduite sous la direction de Fernand Carlhian-Ribois.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique24" rel="directory"&gt;R&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot79" rel="tag"&gt;Bo&#238;te A Outils Editions (Forcalquier)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot10" rel="tag"&gt;Auto-organisation, exp&#233;rimentations collectives&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot123" rel="tag"&gt;Luttes paysannes, ruralit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L105xH150/arton1078-75ad8.png?1780464431' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='105' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1078.png?1386709005&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La
R&#233;publique
des Escartons
au 14e si&#232;cle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A l'&#233;poque de l'apog&#233;e du f&#233;odalisme dans toute l'Europe,&lt;br class='autobr' /&gt;
quelques communaut&#233;s se soulev&#232;rent contre leurs seigneurs&lt;br class='autobr' /&gt;
et rois et obtinrent des libert&#233;s qui leurs garantissaient une&lt;br class='autobr' /&gt;
autonomie plus ou moins &#233;tendue (cr&#233;ation de la f&#233;d&#233;ration&lt;br class='autobr' /&gt;
suisse en 1291, les cit&#233;s-Etats italiennes, les villes libres en Allemagne, etc.).&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La r&#233;gion des Alpes du Brian&#231;onnais fut de celles-l&#224; d&#232;s le 14&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;gion ne fut pas conquise par C&#233;sar sous l'Empire romain mais seulement associ&#233;e. De cette p&#233;riode, les Brian&#231;onnais gard&#232;rent les institutions municipales romaines (&#233;lection par tous les citoyens libres des consuls, questeurs, officiers de police, de justice, etc.) mais aussi les plus anciennes traditions f&#233;d&#233;rales gauloises (travail communautaire, regroupement des villages unis au sein des f&#233;d&#233;rations gauloises pour la d&#233;fense de leurs int&#233;r&#234;ts).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la suite, lors de l'&#233;croulement de l'Empire, les Alpes brian&#231;onnaises, n'offrant pas de richesses aux envahisseurs &#171; barbares &#187;, ne furent qu'un lieu de passage pour les Goths, Burgondes, Francs et Lombards. Les habitants se r&#233;fugiaient sur les sommets et attendaient que l'ardeur des pilleurs se calme... C'&#233;tait un peuple compos&#233; surtout de bergers nomades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les temps troubl&#233;s du Moyen Age, les Brian&#231;onnais perdirent et retrouv&#232;rent plusieurs fois leur droit municipal autonome mais conserv&#232;rent, ancr&#233; profond&#233;ment dans les traditions populaires qui les avaient r&#233;gis pendant de longs si&#232;cles, le d&#233;sir de libert&#233; et d'autonomie. Petit &#224; petit, &#224; partir du 10e si&#232;cle, ils vont acheter la plupart des droits et privil&#232;ges attribu&#233;s aux seigneurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, les seigneurs et dauphins successifs n'avaient jamais assez d'argent pour leur vie luxueuse et leurs guerres internes. &#192; une &#233;poque o&#249; les neuf dixi&#232;mes de la population &#233;taient dans la mis&#232;re, &#233;cras&#233;s par les charges, les imp&#244;ts, assujettis aux seigneurs, les Brian&#231;onnais, moyennant finances, obtinrent des libert&#233;s que les autres provinces fran&#231;aises n'avaient pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au 14e si&#232;cle, pour confirmer ces libert&#233;s, les Brian&#231;onnais firent ratifier par le roi du Dauphin&#233;, Humbert II, une charte ent&#233;rinant toutes leurs conqu&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Charte du 29 mai 1343&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le Dauphin ratifie toutes les libert&#233;s, franchises, privil&#232;ges, bons usages et coutumes du Brian&#231;onnais, soit qu'ils aient &#233;t&#233; conc&#233;d&#233;s par lui ou ses pr&#233;d&#233;cesseurs, soit qu'ils aient &#233;t&#233; admis ou usit&#233;s ; qu'il abandonne toutes les redevances fonci&#232;res que les Brian&#231;onnais lui doivent, qu'il les exon&#232;re de tous services f&#233;odaux, de toutes sortes d'imp&#244;ts..., qu'il leur reconna&#238;t ou conc&#232;de des franchises personnelles et municipales assez importantes... et qu'il ne r&#233;serve, en quelque sorte, que les droits attach&#233;s &#224; sa personne ou &#224; sa dignit&#233; de Dauphin, moyennant une somme capitale de 12.000 florins d'or plus une rente annuelle et perp&#233;tuelle de 4.000 ducats&lt;/i&gt; &#187; (voir plus loin l'int&#233;gralit&#233; de la Charte). Pour l'&#233;poque, c'&#233;tait une petite r&#233;volution !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les faits, cette charte leur permettait de nommer leurs officiers municipaux, leurs secr&#233;taires ; ils pouvaient cr&#233;er et percevoir leurs imp&#244;ts et en disposer &#224; leur guise ; ils avaient le droit de port d'armes, pouvaient chasser, &#233;taient exempts de tous les imp&#244;ts tels que la gabelle et les taxes sur les &#233;changes. Ils ne payaient plus les droits de four, de bois, de moulin ; ils &#233;taient d&#233;charg&#233;s de tous les droits extraordinaires. Seul, l'imp&#244;t sur les b&#234;tes &#224; laine &#233;tait conserv&#233;. Les Brian&#231;onnais avaient la charge de la garde des fronti&#232;res, de la lev&#233;e des soldats qu'ils devaient armer, nourrir, &#233;quiper. Le Dauphin se r&#233;servait le droit de justice et, chaque ann&#233;e, les Brian&#231;onnais devaient fournir 500 soldats pendant un mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le Dauphin&#233; fut rattach&#233; &#224; la France, les d&#233;put&#233;s brian&#231;onnais all&#232;rent faire reconna&#238;tre leur charte par le nouveau roi et firent opini&#226;trement de m&#234;me &#224; chaque changement de tr&#244;ne jusqu'&#224; la veille de la r&#233;volution en 1789.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Organisation municipale et r&#233;gionale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur pouvoir tr&#232;s large reposait sur la volont&#233; populaire, par le suffrage universel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Charte &#233;tablissait le droit d'&#233;ligibilit&#233; universelle, c'est &#224; dire que chaque citoyen pouvait voter et &#234;tre &#233;lu quand il avait au moins 20 ans et payait une cotisation &#224; la commune. Et m&#234;me cette derni&#232;re condition disparaissait dans les communes pauvres. Il &#233;tait proc&#233;d&#233; chaque ann&#233;e &#224; l'&#233;lection des percepteurs, juges et officiers de police, secr&#233;taires, greffiers, etc. et enfin, les consuls (officiers municipaux sup&#233;rieurs au nombre de 1 &#224; 6) qui n'&#233;taient r&#233;&#233;ligibles qu'apr&#232;s cinq ans r&#233;volus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cit&#233;s brian&#231;onnaises avaient des assembl&#233;es sup&#233;rieures o&#249; se discutaient et se r&#233;glaient tous les int&#233;r&#234;ts r&#233;gionaux de leur principaut&#233;. 51 communaut&#233;s se regroupaient en 5 Escartons&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le nom d'Escarton donn&#233; &#224; ces unions brian&#231;onnaises provient du plus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui eux-m&#234;mes se r&#233;unissaient en un Escarton g&#233;n&#233;ral (voir carte ci-dessous). Ces Escartons nommaient chaque ann&#233;e un ou plusieurs d&#233;put&#233;s qui se r&#233;unissaient au chef-lieu, une ou plusieurs fois par an. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, le nombre des d&#233;put&#233;s &#233;tait proportionnel, d'une part &#224; l'importance de la communaut&#233;, d'autre part &#224; celle des sujets trait&#233;s aux assembl&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2398 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L354xH253/Escartons-carte-8548e.jpg?1780464431' width='354' height='253' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Moins de nobles, plus d'instits&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acquisition de tous ces privil&#232;ges eut pour cons&#233;quence heureuse d'&#233;liminer presque tous les nobles de la principaut&#233;. En effet, les consuls pouvaient emprisonner, dans l'Escarton, les propri&#233;taires terriens qui ne payaient pas leurs imp&#244;ts. On comptait, avant la Charte, 85 familles d'aristocrates ; avant la r&#233;volution de 1789, deux familles seulement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lib&#233;r&#233;e du joug seigneurial, la vie locale &#233;tait plus active. Organis&#233;s pour les institutions, les Brian&#231;onnais l'&#233;taient aussi, avant l'heure, pour l'enseignement. Les Alpes brian&#231;onnaises &#233;taient l'une des r&#233;gions les plus alphab&#233;tis&#233;es de France, bien avant la R&#233;volution de 1789 (9 hommes sur 10 savaient lire). Consid&#233;rant l'instruction publique comme un devoir, ils d&#233;signaient un villageois pendant la p&#233;riode hivernale pour faire la classe aux enfants de la communaut&#233;. L'instituteur saisonnier soit enseignait sur place, soit louait ses services dans des r&#233;gions &#233;loign&#233;es telles que Marseille, Lyon, Besan&#231;on, B&#233;ziers et il retrouvait son activit&#233; rurale l'&#233;t&#233; venu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les avantages acquis permirent la r&#233;alisation de grands travaux d'utilit&#233; et d'int&#233;r&#234;t publics, tels que la construction de canaux d'irrigation, de sentiers, de routes de montagne, etc. et favoris&#232;rent d'autre part les &#233;changes commerciaux. A ce moment-l&#224;, presque tout le commerce avec l'Italie passait par le Col du Montgen&#232;vre ; tr&#232;s peu d'autres cols dans les Alpes permettaient un trafic de cette importance. Les tissus, tapis, &#233;pices, richesses, en g&#233;n&#233;ral import&#233;s d'Orient par les ports riches de Venise, Pise, G&#234;nes, Amalfi... &#233;taient transport&#233;s &#224; travers toute l'Italie, puis la France, pour les seigneurs de l'&#233;poque friands de marchandises raffin&#233;es, et pour la papaut&#233; install&#233;e &#224; cette &#233;poque en Avignon. Ce qui donna un essor formidable au commerce de la r&#233;gion, d'autant plus que les taxes, imp&#244;ts et droits douaniers sur l'&#233;change et la vente n'existaient plus dans les Escartons. Tant que le Montgen&#232;vre resta le seul passage possible, la Province prosp&#233;ra ; mais quand d'autres cols s'ouvrirent, notamment dans le Royaume de Savoie, d&#233;tournant les communications &#224; leur profit, Brian&#231;on p&#233;riclita et, se repliant sur les Escartons, se limita aux seuls &#233;changes n&#233;cessaires &#224; la survie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le d&#233;but de la fin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le trait&#233; d'Utrecht de 1713, annexant &#224; la Principaut&#233; de Pi&#233;mont les cantons d'Oulx, de Fenestrelle et Casteldelfino, an&#233;antit d&#233;finitivement tout espoir de communication commerciale avec l'Italie. Mais la r&#233;gion garda son statut d'autonomie inhabituel pour l'&#233;poque. Il n'&#233;tait pas d&#251; au hasard. Les rois de l'&#233;poque avaient tout int&#233;r&#234;t &#224; &#171; favoriser &#187; une r&#233;gion frontali&#232;re strat&#233;gique telle que celle du Brian&#231;onnais. Les bourgeois et les artisans s'enrichirent facilement, il n'y eut pas de r&#233;volte paysanne, le calme r&#233;gnait... La garde des fronti&#232;res vers l'Italie &#233;tait bien assur&#233;e, les citoyens payaient r&#233;guli&#232;rement et sans retard leur redevance d&#233;cid&#233;e par la Charte. D'o&#249; la r&#233;putation qu'avaient les Brian&#231;onnais aupr&#232;s des rois de France et d'Italie de bons sujets loyaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut se rappeler qu'entre la signature de la Charte de 1343 et la R&#233;volution de 1789, il y a quatre si&#232;cles. Face &#224; toutes les ruses employ&#233;es par les rois et les seigneurs successifs pour retrouver leurs privil&#232;ges, les Brian&#231;onnais gard&#232;rent une fa&#231;ade d'unit&#233; et d'accord interne entre les diverses couches de la population. Mais &#224; l'int&#233;rieur des Escartons, depuis longtemps, les bourgeois-commer&#231;ants avaient pris le pouvoir dans les institutions gr&#226;ce &#224; la &#171; sup&#233;riorit&#233; &#187; que leur conf&#233;rait l'argent. Tous les leviers de commande &#233;taient aux mains des notables des bourgades les plus importantes. Il ne restait plus aux populations paysannes qu'&#224; courber l'&#233;chine sous le joug des commer&#231;ants cette fois-ci. Mais ce sont les paysans qui conserv&#232;rent les traditions communautaires qui permirent notamment la r&#233;alisation de grands chantiers pour la perc&#233;e de nouveaux cols, le d&#233;frichage des alpages, etc. Quand la R&#233;volution de 1789 &#233;clata dans toute la France, les Brian&#231;onnais, qui n'avaient rien &#224; gagner des r&#233;formes centralistes des Jacobins, ne se joignirent que tard &#224; cette grande r&#233;volte du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, les institutions populaires et autonomes du Brian&#231;onnais, bien qu'elles aient dur&#233; quatre si&#232;cles dans l'histoire, semblent largement oubli&#233;es hors des remparts de Brian&#231;on. On n'en entend plus gu&#232;re parler.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Les Escartons faisaient partie du Dauphin&#233;. Ce territoire &#233;tait celui du Brian&#231;onnais ou baillage de Brian&#231;on. Il &#233;tait situ&#233; dans les Alpes Cottiennes, entre le col du Mont-Cenis et le col du Montgen&#232;vre, dans un triangle de 90 km de c&#244;t&#233; form&#233; approximativement par les villes de Grenoble et Gap en France et par la ville de Turin en Italie. L'altitude de ce territoire va de 900 &#224; 4.100 m&#232;tres (Barre des Ecrins). Il contient la ville la plus haute d'Europe, Brian&#231;on, &#224; 1400 m&#232;tres, et le village le plus &#233;lev&#233;, Saint-V&#233;ran, &#224; 2050 m&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; l'histoire des Escartons commence, en 1343, cette contr&#233;e contient 7.200 foyers, soit 30 &#224; 40.000 habitants, r&#233;partis sur une cinquantaine de communaut&#233;s villageoises autour de Brian&#231;on.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans ces lieux inhospitaliers, difficilement gouvernables par un pouvoir central, les municipalit&#233;s avaient peu &#224; peu pris le pas sur les f&#233;odaux. Les Brian&#231;onnais b&#233;n&#233;ficiaient donc depuis environ 1240, de tr&#232;s nombreux privil&#232;ges et franchises, issus d'un accord pass&#233; alors avec le Dauphin. D&#232;s cette &#233;poque les communaut&#233;s obtinrent de nombreux droits : gestion de l'eau, gestion des p&#226;turages, etc.&lt;br class='manualbr' /&gt;Tous les ans, &#224; la Chandeleur (le 2 f&#233;vrier), les chefs de famille du village se r&#233;unissaient pour d&#233;signer leur &#171; consul &#187;. Celui qui avait le plus de voix &#233;tait d&#233;sign&#233;, quelquefois &#224; son corps d&#233;fendant. Mais il ne pouvait refuser. Il devait m&#234;me d&#233;poser une caution de 200 &#233;cus, restitu&#233;s avec int&#233;r&#234;t &#224; son d&#233;part, car il &#233;tait responsable sur ses deniers du recouvrement de l'imp&#244;t et de l'exc&#233;dent des d&#233;penses sur le budget pr&#233;visionnel. Il disposait de pouvoirs &#233;tendus et ses d&#233;cisions &#233;taient rarement critiqu&#233;es. Le consul &#233;tait d&#233;sign&#233; pour un an seulement.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La Charte des Escartons (29 mai 1343)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le texte ci-dessous est le texte original, traduit sous la direction de Fernand Carlhian-Ribois.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'incroyable complexit&#233; de ce contrat a entra&#238;n&#233; le fait que tout habitant des Escartons avait int&#233;r&#234;t &#224; savoir lire et &#233;crire pour garder une trace de ses transactions, sans doute une des raisons du taux d'alphab&#233;tisation consid&#233;rable pour cette p&#233;riode.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Nom de Notre Seigneur J&#233;sus Christ. Amen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sachent tous pr&#233;sents et &#224; venir qu'en l'An de Notre Seigneur, 1343, le 29 Mai, sous le Pontificat de Notre Saint P&#232;re Cl&#233;ment VI, le Seigneur Humbert II, Dauphin de Viennois, Prince de Brian&#231;onnais, Marquis de C&#233;sane, apr&#232;s m&#251;res r&#233;flexions et nombreuses d&#233;lib&#233;rations, apr&#232;s avoir fait v&#233;rifier tous les droits seigneuriaux qu'il poss&#232;de en Dauphin&#233;, apr&#232;s avoir rappel&#233; la bonne m&#233;moire de ses Anc&#234;tres qui lui ont l&#233;gu&#233; le pays et tous leurs droits, Remet, C&#232;de et Transporte a perp&#233;tuit&#233; aux Universit&#233;s et Communaut&#233;s Brian&#231;onnaises, la Jouissance pleine et enti&#232;re de ses Droits et Devoirs F&#233;odaux et Seigneuriaux, savoir, Les censes en bl&#233;, lods, tiers, treizains, vingtains&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Diverses redevances ou imp&#244;ts dus au seigneur.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, bans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;signe le pouvoir de commandement du seigneur guerrier et protecteur sur la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, bois, usages, aisances, p&#226;turages, eaux, fours et moulins, le tout contenu dans la pr&#233;sente Transaction, sign&#233;e par Lui, Dauphin Humbert II d'une part, et par les Consuls, Syndics, et les Procureurs des Communaut&#233;s et des Universit&#233;s de la Principaut&#233; du Brian&#231;onnais, d'autre part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Art. I&lt;/strong&gt; : Bien inform&#233; et s&#251;r de ses droits, traitant de son plein gr&#233;, en Son Nom personnel, et en celui de ses h&#233;ritiers et successeurs, Le Seigneur Humbert II fait savoir que les officiers, greffiers, secr&#233;taires, et tous les habitants des Communaut&#233;s Brian&#231;onnaises sont habilit&#233;s &#224; poss&#233;der tous fiefs et arri&#232;res fiefs, biens et h&#233;ritages, tant en groupes qu'en particuliers des deux sexes et qu'ils ont d&#233;sormais, le droit, d'acheter ou de se succ&#233;der avec ou sans testament.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Art. II&lt;/strong&gt; : Ils ont d&#233;sormais le droit de se r&#233;unir o&#249; et quand ils le d&#233;sirent, sans autorisation, et sans la pr&#233;sence d'un officier, pour leurs affaires communes. Ils sont libres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Art. III&lt;/strong&gt; : Ils ne pourront &#234;tre jug&#233;s hors de leur Communaut&#233; sans appel r&#233;gulier et sans autorisation du Juge de Brian&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Art. IV&lt;/strong&gt; : Ils sont d&#233;charg&#233;s de tout imp&#244;t et de toute taille. Ils en sont de m&#234;me exempt&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Art. V&lt;/strong&gt; : Les Juges de Brian&#231;on ne pourront plus prendre plus de dix sols, pour les Jugements qu'ils rendront d&#233;sormais ou pour les actes d'&#233;mancipation qui seront dress&#233;s devant eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Art. VI&lt;/strong&gt; : Le Dauphin remet toutes ses commissions personnelles et particuli&#232;res. Tous les droits ou taxes qui lui sont dus sont convertis en une rente annuelle, pay&#233;e en argent, chaque ann&#233;e, le Jour de la Chandeleur (2 f&#233;vrier). Le montant de cette rente est fix&#233; &#224; : 4 000 Ducats d'or pour l'ensemble de la Principaut&#233;. Le montant par Communaut&#233; sera fix&#233; par conventions particuli&#232;res qui devront &#234;tre &#233;tablies et sign&#233;es dans l'ann&#233;e qui commence aujourd'hui, 29 mai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Art. VII&lt;/strong&gt; : Moyennant le paiement de cette rente, le Dauphin se d&#233;met de tous ses droits seigneuriaux sur les fiefs qui lui appartiennent ou pourront appartenir &#224; ses successeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Art. VIII&lt;/strong&gt; : Les Brian&#231;onnais pourront se r&#233;unir pour s'imposer et s'imposer sans avoir &#224; rendre de compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Art. IX&lt;/strong&gt; : Les habitants qui poss&#232;dent des biens devront contribuer, pour ce qu'ils poss&#232;dent, &#224; la rente due au Seigneur Dauphin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Art. X&lt;/strong&gt; : S'ils reconnaissent la transaction, les Brian&#231;onnais pourront &#224; l'avenir dire qu'ils tiennent leurs biens, et leurs droits par acquisition au moyen de la rente annuelle pay&#233;e au Dauphin. Les collecteurs de ladite rente seront pay&#233;s, pour ce travail, selon leurs qualit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Art. XI&lt;/strong&gt; : Les habitants sont d&#233;charg&#233;s de lettres de clame ou cri&#233;es pour leurs dettes. Ils seront en plus absous par les juges, s'ils reconnaissent leurs dettes de bonne foi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Art. XII&lt;/strong&gt; : Chaque ann&#233;e, pour Chandeleur, les Brian&#231;onnais pourront &#233;lire leurs officiers et Consuls. Ces derniers devront jurer de bien servir et de rendre des comptes en fin d'ann&#233;e. Si un Consul ou autre officier ne remplit pas bien ses fonctions, il ne sera jamais r&#233;&#233;lu. Les habitants qui refuseront de payer leur part de rente, seront punis d'une amende de cinq &#224; dix sols. Les cri&#233;es pour affaires communes sont permises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Art. XIII&lt;/strong&gt; : Le Dauphin s'engage &#224; obliger, Ses h&#233;ritiers et successeurs, qui pourraient &#234;tre Seigneur en pays Brian&#231;onnais, &#224; respecter la pr&#233;sente et &#224; s'engager &#224; en respecter toutes les dispositions. S'ils ne pr&#234;taient pas ce serment, ils ne pourraient rien poss&#233;der en Brian&#231;onnais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Art. XIV&lt;/strong&gt; : Hors les cas de l&#232;se-majest&#233;, de faux, blessures, rapts, adult&#232;res et violences, les officiers du baillage ne pourront ouvrir aucune information.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Art. XV&lt;/strong&gt; : Les ch&#226;telains ne pourront plus se faire payer lorsqu'ils apposeront leur sceau sur les lettres des habitants de leur ch&#226;tellenie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Art. XVI&lt;/strong&gt; : Les habitants des Communaut&#233;s du Brian&#231;onnais pourront remettre ou donner ce qui leur appartient sans l'autorisation ou le consentement de quiconque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Art. XVII&lt;/strong&gt; : Les Brian&#231;onnais ont d&#232;s aujourd'hui le droit de construire des canaux pour arroser leurs terres, prendre l'eau aux torrents et rivi&#232;res sans avoir &#224; payer le droit d'usage ni au Dauphin Humbert, ni &#224; ses h&#233;ritiers et successeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Art. XVIII&lt;/strong&gt; : D&#233;fense est faite aux officiers delphinaux et aux Nobles de couper du bois de charpente ou de chauffage dans les for&#234;ts des Communaut&#233;s et Universit&#233;s du Brian&#231;onnais, du Queyras, Vallouise, C&#233;sane, Oulx, Pinet, Chevalette, Fontenils, ni autres lieux du Baillage, car les coupes sont causes d'inondations, &#233;boulements et avalanches. Cette interdiction est perp&#233;tuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Art. XIX&lt;/strong&gt; : Les collecteurs d'imp&#244;ts peuvent saisir les biens nobles et roturiers de ceux qui refusent de payer leur part de rente, ou toute autre taxe qu'ils doivent &#224; la communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Art. XX&lt;/strong&gt; : Les Communaut&#233;s pourront nommer leurs &#233;crivains ou greffiers et les choisir comme elles l'entendront, pourvu que la personne (ou les personnes) de leur choix soit un vassal, ou homme lige du Seigneur Dauphin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Art. XXI&lt;/strong&gt; : Les &#201;crivains Greffiers, Notaires, receveurs, collecteurs devront pr&#234;ter serment au Seigneur Dauphin et &#224; leur Communaut&#233;. Ils devront jurer d'&#234;tre fid&#232;les. Toutes les reconnaissances &#233;crites ou orales faites depuis peu par les Communaut&#233;s, ou particuliers devant des Commissaires nomm&#233;s par le Dauphin sont annul&#233;s par la pr&#233;sente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Art. XXII&lt;/strong&gt; : Les Syndics ou consuls pourront librement, lorsqu'ils le jugeront utile, agrandir ou r&#233;tr&#233;cir les chemins, passages, sentes foresti&#232;res, sans l'autorisation de la Cour delphinale. Aucun travail autre que ceux d'am&#233;lioration ne pourra &#234;tre fait sur les chemins royaux. Sous r&#233;serve de prestation de serment les Communaut&#233;s pourront nommer librement leur garde route, garde for&#234;ts, garde-champ&#234;tre, garde troupeau, garde-canaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Art. XXIII&lt;/strong&gt; : Les officiers delphinaux du Baillage ne pourront plus, d&#233;sormais, proc&#233;der &#224; l'arrestation de quiconque, en Brian&#231;onnais pour des d&#233;lits commis, si les d&#233;linquants donnent caution franche et s&#251;re. Les crimes capitaux sont exempt&#233;s de cette mesure. Un criminel m&#234;me s'il a donn&#233; caution ne sera jamais lib&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Art. XXIV&lt;/strong&gt; : Aucun officier delphinal (ou autre Noble) n'a, d&#233;sormais, le droit d'arr&#234;ter ou saisir le b&#233;tail des marchands voituriers, voyageurs ou autre brian&#231;onnais, pas plus qu'il n'a le droit de vexer ou importuner les personnes qui voyagent en Brian&#231;onnais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Art. XXV&lt;/strong&gt; : Le Seigneur Dauphin promet solennellement que, ni lui, ni ses h&#233;ritiers ou successeurs, ne pourront porter atteinte en quoi que ce soit aux articles contenus dans le contrat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Art. XXVI&lt;/strong&gt; : La contribution au droit de surveillance exig&#233;e pour la garde du Ch&#226;teau delphinal &#224; Brian&#231;on est abolie. Le Dauphin paye lui-m&#234;me cette dette. La contribution de Garde du Ch&#226;teau-Dauphin reste due, &#224; moins que les habitants ne s'engagent &#224; payer leur part de rente annuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Art. XXVII&lt;/strong&gt; : Comme les habitants de ce pays, tous ceux qui ne sont pas lib&#233;r&#233;s des soixante- trois sols de taille delphinale, seront poursuivis et contraints &#224; payer par les officiers du Dauphin. Cette taille et ses accessoires devront &#234;tre reconnus par tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Art. XXVIII&lt;/strong&gt; : Les habitants du Baillage ne pourront plus &#234;tre oblig&#233;s &#224; garder les Ch&#226;teaux et les prisonniers, sauf dans les cas urgents. Les chevaliers ou officiers qui feront arr&#234;ter quelqu'un devront en donner avis au Bailli et juge du Brian&#231;onnais. Dans ce cas, la garde sera confi&#233;e au Juge le moins occup&#233; et &#224; l'officier le plus habile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Art. XXIX&lt;/strong&gt; : Les Nobles ou gens de qualit&#233; ne pourront plus d&#233;sormais acheter ou affermer les revenus des &#233;glises du Baillage sous peine d'une amende de cinquante marcs d'argent fin. Les achats ant&#233;rieurs au pr&#233;sent contrat sont valables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Art. XXX&lt;/strong&gt; : Les habitants de Mon&#234;tier, auront &#224; perp&#233;tuit&#233; le droit &#224; un march&#233; ou &#224; une foire, le mardi de chaque semaine, comme le veut le r&#232;glement &#233;tabli par Dauphin Jean, d'heureuse m&#233;moire, qui accorda ce privil&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Art. XXXI&lt;/strong&gt; : Les officiers delphinaux ou Ch&#226;telains qui imposeront, ou feront imposer une amende par jugement, ne pourront rien exiger des habitants sans l'accord du Juge delphinal du baillage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Art. XXXII&lt;/strong&gt; : Les officiers delphinaux ou Ch&#226;telains pourront, avec b&#234;tes et marchandises, aller et venir jusqu'en Avignon par la route de leur choix, sans aucune interdiction, except&#233; le vicomt&#233; de Tallard, et cela malgr&#233; les d&#233;fenses qui pourraient &#234;tre faites par les Communaut&#233;s d'Embrun, de Gap, du Champsaur, ou autres lieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Art. XXXIII&lt;/strong&gt; : Le Dauphin Humbert II, c&#232;de et remet pour lui, ses h&#233;ritiers et successeurs et pour l'ensemble des habitants du Brian&#231;onnais pr&#233;sents ou &#224; venir (sauf les &#233;trangers), toutes les gabelles du Brian&#231;onnais, pour toutes choses, except&#233;e la Gabelle du b&#233;tail. Rien n'est d&#251; sur la nourriture de ce dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Art. XXXIV&lt;/strong&gt; : Les Juges delphinaux devront d&#233;sormais indiquer express&#233;ment, dans les sentences qu'ils rendront que les amendes ou sommes dues seront pay&#233;es en monnaie courante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Art. XXXV&lt;/strong&gt; : Lesdits Juges ne pourront recevoir que douze deniers de monnaie courante par livre de condamnation prononc&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Seigneur Humbert II d&#233;sirant favoriser au maximum ses fid&#232;les sujets du Brian&#231;onnais,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;cide et ordonne&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;que tous, sans exception, seront d&#233;sormais tenus et consid&#233;r&#233;s comme des hommes libres, francs, et bourgeois. Ils rendront hommage au Dauphin en baisant son anneau ou la paume sup&#233;rieure de sa main comme le font des hommes francs et libres, et non plus les deux pouces comme le font les roturiers et manants de ce temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Art. XXXVI&lt;/strong&gt; : Les syndics et Procureurs pr&#233;sents remettent, au nom des habitants, au Seigneur Dauphin, toutes les injures, tous les torts ou griefs qui leur ont &#233;t&#233; faits par le Dauphin ou par ses pr&#233;d&#233;cesseurs en vertu de leur droit. Ils promettent de faire accepter cette transaction dans leur communaut&#233;. Ils abandonnent toutes restitutions auxquelles ils sont en droit de pr&#233;tendre. Ils acceptent de payer la Gabelle &#224; laine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Art. XXXVII&lt;/strong&gt; : En reconnaissance de toutes ces largesses, gr&#226;ces, faveurs, libert&#233;s, franchises comme de tous les avantages, privil&#232;ges et bienfaits, les Syndics et Procureurs s'engagent &#224; payer, en jurant sur l'&#201;vangile qu'ils touchent successivement de leurs mains, pos&#233;es &#224; plat, les douze mille florins d'or &#224; raison de deux mille florins pendant six ans, le jour de la f&#234;te de la Purification de notre Dame et en outre, chaque ann&#233;e, le m&#234;me jour, la rente de quatre mille ducats d'or. Il est entendu que :&lt;br class='manualbr' /&gt;- Huit mille florins seront pay&#233;s par les Ch&#226;tellenies de Brian&#231;on, Queyras, Vallouise, Saint-Martin et les habitants de Montgen&#232;vre.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Quatre mille florins seront pay&#233;s par les Communaut&#233;s et Ch&#226;tellenies de C&#233;sane, Oulx, Salbertrand et Exilles, Bardonn&#232;che et Val Cluson. Si ces derniers refusent de payer leur part, la somme de douze mille florins serait r&#233;duite &#224; deux mille florins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Art. XXXVIII&lt;/strong&gt; : Consid&#233;rant que les gens du Baillage du Brian&#231;onnais sont tenus de fournir cinq cents gens d'armes, le Dauphin donne mille florins d'or, &#224; d&#233;duire des douze mille, pour donner aux habitants la possibilit&#233; d'acheter armes et poudre, et d'avoir des soldats pr&#234;ts &#224; accompagner le Bailli dans ses tourn&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s avoir touch&#233; le Saint &#201;vangile, le Seigneur Dauphin Humbert II, Jure de maintenir l'ex&#233;cution int&#233;grale des choses promises et accord&#233;es. Il ordonne solennellement &#224; tous ses officiers de faire ex&#233;cuter loyalement, tous les articles, et d'emp&#234;cher toute violation des clauses par lui accord&#233;es &#224; perp&#233;tuit&#233;, et ce, en Son Nom, et au nom de ses h&#233;ritiers et successeurs. Il pr&#233;cise que tous les extraits, toutes les copies du contrat seront toujours aussi valables que l'original.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour donner plus de valeur et toute authenticit&#233; &#224; la Grande Transaction, faite de deux sceaux coll&#233;s, le Seigneur Dauphin Humbert II appose sur l'original dress&#233;, le sceau de son anneau secret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fait &#224; Beauvoir en Royans, dioc&#232;se de Grenoble, &lt;br class='manualbr' /&gt;Ch&#226;teau delphinal&lt;br class='manualbr' /&gt;le 29 mai 1343 &lt;br class='manualbr' /&gt;Sign&#233; : Humbert, second&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://www.zinzine.domainepublic.net/index.php?theurl=emmission2.php&amp;id=2287" class="spip_out"&gt;Une &#233;mission de radio &#224; partir de cette brochure&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le nom d'Escarton donn&#233; &#224; ces unions brian&#231;onnaises provient du plus important de leurs droits qui &#233;tait la r&#233;partition ou &#171; escartonnement &#187; des contributions et charges entre les communaut&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Diverses redevances ou imp&#244;ts dus au seigneur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D&#233;signe le pouvoir de commandement du seigneur guerrier et protecteur sur la terre et ses sujets manants, consid&#233;r&#233;s en b&#233;tail inali&#233;nable, taxable et corv&#233;able.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les textes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La R&#233;publique des Escartons au 14e si&#232;cle&lt;/i&gt; : tir&#233; de l'&lt;i&gt;Almanach buissonnier&lt;/i&gt; n&#176; 5, mars-avril-mai 1982.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;La charte des Escartons&lt;/i&gt; : traduite sous la direction de Fernand Carlhian-Ribois, trouv&#233;e sur le site de la Ville de Brian&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les notes sont de la &lt;a href=&#034;http://infokiosques.net/boite_a_outils_editions&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Bo&#238;te &#224; outils&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le r&#244;le jou&#233; par l'agriculture dans la reproduction de la formation sociale du Brian&#231;onnais&lt;/i&gt;, &#201;tude sociologique de Madeleine Mallet.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Essai sur les anciennes institutions autonomes et populaires des Alpes cottiennes&lt;/i&gt;, Alexandre Fauch&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Les belles pages de l'histoire brian&#231;onnaise&lt;/i&gt;, Marc de Ribois, Editions &#034;Alpes et Midi&#034;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La Princesse de Cl&#232;ves, aujourd'hui</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article1083</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.infokiosques.net/spip.php?article1083</guid>
		<dc:date>2014-04-11T14:15:27Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anselm Jappe</dc:creator>


		<dc:subject>Bo&#238;te A Outils Editions (Forcalquier)</dc:subject>
		<dc:subject>Anticapitalisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ce texte d'Anselm Jappe, publi&#233; en novembre 2007, expose entre autres l'id&#233;e que &#034;&lt;i&gt;le d&#233;passement du capitalisme ne peut pas consister dans le triomphe d'un sujet cr&#233;&#233; par le d&#233;veloppement capitaliste lui-m&#234;me&lt;/i&gt;&#034;. Selon l'auteur, &#034;&lt;i&gt;la seule chance est celle de sortir du capitalisme industriel et de ses fondements, c'est-&#224;-dire de la marchandise et de son f&#233;tichisme, de la valeur, de l'argent, du march&#233;, de l'&#201;tat, de la concurrence, de la Nation, du patriarcat, du travail et du narcissisme, au lieu de les am&#233;nager, de s'en emparer, de les am&#233;liorer ou de s'en servir&lt;/i&gt;&#034;.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique22" rel="directory"&gt;P&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot79" rel="tag"&gt;Bo&#238;te A Outils Editions (Forcalquier)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot97" rel="tag"&gt;Anticapitalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L103xH150/arton1083-d6c52.png?1780483750' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='103' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1083.png?1388503361&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les soci&#233;t&#233;s pr&#233;capitalistes, ainsi que la soci&#233;t&#233; capitaliste et industrielle dans sa premi&#232;re phase, se basaient sur une organisation dichotomique et hi&#233;rarchique : ma&#238;tres et esclaves, aristocrates et paysans, exploiteurs et exploit&#233;s, capitalistes et prol&#233;taires &#8211; comme le dit le d&#233;but du &lt;i&gt;Manifeste communiste&lt;/i&gt;. Ces groupes sociaux &#233;taient oppos&#233;s entre eux &#224; presque tous les &#233;gards, m&#234;me s'ils participaient de la m&#234;me forme de conscience religieuse et de la m&#234;me explication du monde.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#192; la base de la reproduction sociale il y avait le vol du surproduit cr&#233;&#233; par les producteurs directs ; ce vol &#233;tait initialement le fait d'une violence, qui restait &#233;galement la derni&#232;re ressource pour assurer la distribution des &#171; r&#244;les &#187; sociaux. Mais normalement, ce vol &#233;tait justifi&#233; et masqu&#233; par un gros appareil de &#171; superstructures &#187; &#8211; de l'&#233;ducation &#224; la religion &#8211; qui garantissait la soumission tranquille de ceux qui en v&#233;rit&#233; avaient peu d'int&#233;r&#234;t &#224; accepter une distribution pour eux si d&#233;favorable des droits et des devoirs dans la soci&#233;t&#233; et qui, en m&#234;me temps, avaient, virtuellement, la capacit&#233; de renverser cet &#233;tat des choses s'ils &#233;taient assez unis et bien d&#233;termin&#233;s &#224; le faire. Une fois que cet ordre a &#233;t&#233; mis en discussion &#8211; essentiellement, &#224; partir de la r&#233;volution industrielle et des Lumi&#232;res &#8211; ce qui s'imposait comme aboutissement n&#233;cessaire &#233;tait la r&#233;volution (ou des r&#233;formes profondes, de toute mani&#232;re, un changement de cap drastique). La contestation du mode de production mat&#233;rielle s'accompagnait de la mise en question de toutes ses justifications, de la monarchie &#224; la religion, et, dans les phases plus avanc&#233;es de cette contestation, aussi des structures familiales, des syst&#232;mes &#233;ducatifs, etc. La dichotomie se pr&#233;sente alors nettement : une petite couche d'exploiteurs domine tout le reste de la population avec la violence et surtout avec la ruse, appel&#233;e plus tard &#171; id&#233;ologie &#187; ou &#171; manipulation &#187;. Il n'y a rien en commun entre ces classes ; les exploit&#233;s sont porteurs de toutes les valeurs humaines ni&#233;es par les classes dominantes. Il est tr&#232;s difficile de briser le pouvoir des dominants qui ont accumul&#233; une quantit&#233; &#233;norme de moyens de coercition et de s&#233;duction et qui r&#233;ussissent souvent &#224; diviser les classes exploit&#233;es, &#224; en intimider une partie ou &#224; la corrompre. Mais il n'y a pas de doute que, quand malgr&#233; tout les classes &#171; subalternes &#187; parviendront &#224; renverser l'ordre social, elles installeront une soci&#233;t&#233; juste et bonne comme on ne l'a jamais vu sur la terre. Si des membres des classes domin&#233;es d&#233;montrent dans leur vie actuelle beaucoup de tares et d'&#233;go&#239;sme &#224; l'&#233;gard de leurs semblables, c'est que les classes sup&#233;rieures leur ont inocul&#233; de leurs vices ; la lutte r&#233;volutionnaire fera d'ailleurs dispara&#238;tre ces tares qui n'appartiennent pas &#224; l'essence de ces classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce tableau, qui n'est ici que l&#233;g&#232;rement caricatur&#233;, a anim&#233; pendant deux cents ans tous les partisans d'une &#233;mancipation sociale. Il n'&#233;tait pas faux. Il correspondait partiellement &#224; des r&#233;alit&#233;s, m&#234;me s'il a toujours &#233;t&#233; unilat&#233;ral. Le mouvement anarchiste en Espagne dans les premi&#232;res d&#233;cennies du XXe si&#232;cle, qui en 1936 a conduit &lt;i&gt;&#171; une r&#233;volution sociale et l'&#233;bauche, la plus avanc&#233;e qui fut jamais, d'un pouvoir prol&#233;tarien &#187; &lt;/i&gt; (Guy Debord), a probablement &#233;t&#233; ce qui s'approchait le plus de cette formation d'une contre-soci&#233;t&#233; au sein de la soci&#233;t&#233; capitaliste, largement oppos&#233;e &#224; ses valeurs (mais pas aussi totalement que ce mouvement le croyait lui-m&#234;me &#8211; il suffit de penser &#224; son exaltation du travail et de l'industrie). D'ailleurs, son fort enracinement dans des traditions locales nettement pr&#233;-capitalistes n'&#233;tait pas pour rien dans cette &#171; alt&#233;rit&#233; &#187; par rapport &#224; la soci&#233;t&#233; bourgeoise qui a toujours si cruellement fait d&#233;faut au mouvement ouvrier allemand par exemple, dont les r&#233;volutionnaires, selon le mot bien connu de L&#233;nine, ach&#232;teraient des billets d'acc&#232;s au quai avant de donner l'assaut &#224; la gare.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les vingt derni&#232;res ann&#233;es, s'est &#233;puis&#233;e l'id&#233;e selon laquelle l'&#233;mancipation sociale consisterait dans la victoire d'une partie de la soci&#233;t&#233; capitaliste sur une autre partie de la m&#234;me soci&#233;t&#233;, ce qui serait justement possible parce que la partie domin&#233;e en v&#233;rit&#233; ne fait pas partie de cette soci&#233;t&#233;, mais en subit seulement le joug comme une domination &#233;trang&#232;re. Or, si aujourd'hui cela peut encore s'appliquer &#8211; peut-&#234;tre &#8211; partiellement &#224; certains cas particuliers comme le Chiapas, cela ne s'applique nullement &#224; la soci&#233;t&#233; capitaliste dans la forme pleinement d&#233;velopp&#233;e qu'elle a prise apr&#232;s 1945. Le trait distinctif de cette soci&#233;t&#233; n'est pas d'&#234;tre fond&#233;e sur l'exploitation d'une partie de la population par une autre. Cette exploitation a lieu, bien s&#251;r, mais elle n'est pas une sp&#233;cificit&#233; du capitalisme, parce qu'elle existait aussi auparavant. La sp&#233;cificit&#233; du capitalisme &#8211; ce qui le rend unique dans l'histoire &#8211; est plut&#244;t d'&#234;tre une soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur la concurrence g&#233;n&#233;ralis&#233;e, sur les rapports de march&#233; &#233;tendus &#224; tous les aspects de la vie et sur l'argent comme m&#233;diation universelle. L'&#233;galisation devant le march&#233; et l'argent, qui connaissent &#171; seulement &#187; des diff&#233;rences quantitatives, a effac&#233; peu &#224; peu les anciennes classes, mais sans que pour cela cette soci&#233;t&#233; soit moins conflictuelle ou moins injuste qu'auparavant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette &#233;galisation existe en germe depuis les d&#233;buts de la R&#233;volution industrielle, parce qu'elle est consubstantielle au capitalisme en tant que valorisation de la valeur-travail et augmentation auto-r&#233;f&#233;rentielle de l'argent. Elle est devenue pr&#233;dominante apr&#232;s la Deuxi&#232;me Guerre mondiale, au moins dans les pays occidentaux ; mais c'est dans les derni&#232;res d&#233;cennies, avec la soci&#233;t&#233; dite &#171; postmoderne &#187;, qu'elle est arriv&#233;e &#224; repr&#233;senter une &#233;vidence. Et c'est dans les vingt derni&#232;res ann&#233;es que la r&#233;flexion th&#233;orique a commenc&#233; &#224; prendre acte de ce changement fondamental. Bien s&#251;r, la vision &#171; dichotomique &#187; n'est pas morte : sa version principale est le concept de &#171; lutte des classes &#187;, pivot de toutes les variantes du marxisme traditionnel et m&#234;me de maintes formes de pens&#233;e qui ne se con&#231;oivent pas elles-m&#234;mes comme marxistes, de Pierre Bourdieu jusqu'aux courants principaux du f&#233;minisme. Les affres caus&#233;es par la r&#233;cente mondialisation du capital ont m&#234;me donn&#233; un certain regain aux conceptions &#8211; des sociaux-d&#233;mocrates d'ATTAC jusqu'aux tenants n&#233;o-op&#233;raistes du &#171; capital cognitif &#187; &#8211; qui mettent en question seulement la distribution des &#171; biens &#187; capitalistes, tels que l'argent et la marchandise, mais jamais leur existence en tant que tels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, une analyse diff&#233;rente des contradictions du syst&#232;me capitaliste commence &#224; percer. Elle abandonne la centralit&#233; du concept de &#171; lutte des classes &#187; (sans d'ailleurs nier que des luttes des classes existent et souvent pour de bonnes raisons), mais pas de la m&#234;me mani&#232;re que Tony Blair lorsqu'il d&#233;clara en 1999 : &lt;i&gt;&#171; Mes amis, la guerre des classes est termin&#233;e &#187;&lt;/i&gt;. En effet, elle n'abandonne nullement la critique sociale ; au contraire, elle cherche &#224; trouver les v&#233;ritables enjeux d'aujourd'hui. En ce faisant, elle donne une place centrale &#224; la critique de la marchandise et de son f&#233;tichisme, de la valeur, de l'argent, du march&#233;, de l'&#201;tat, de la concurrence, de la nation, du patriarcat et du travail. Elle a trouv&#233; son inspiration initiale dans une partie jusque-l&#224; n&#233;glig&#233;e de l'&#339;uvre de Marx. Une &#233;tape essentielle de son &#233;laboration a &#233;t&#233; la fondation de la revue &lt;i&gt;Krisis. Contributions &#224; la critique de la soci&#233;t&#233; marchande en Allemagne&lt;/i&gt; en 1986&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Initialement, cette revue s'appelait Marxistische Kritik ; en 2004 une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; d'autres jalons (surgis ind&#233;pendamment l'un de l'autre) ont &#233;t&#233; la publication de &lt;i&gt;Time, Labour and Social domination. A Reinterpretation of Marx' Critical Theory&lt;/i&gt; de Moishe Postone en 1993&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cambridge University Press, 1993. La traduction fran&#231;aise est achev&#233;e, mais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et &#8211; dans une perspective partiellement diff&#233;rente &#8211; de &lt;i&gt;Critique du travail. Le faire et l'agir&lt;/i&gt; de Jean-Marie Vincent en 1987&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Presses universitaires de France, Paris 1987. D'ailleurs, Postone avait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, la publication de quelques ouvrages th&#233;oriques &#8211; qui d'ailleurs sont loin, heureusement, de faire l'unanimit&#233; dans les milieux qui se veulent critiques &#8211; n'est pas n&#233;cessairement en tant que tel un &#233;v&#233;nement majeur ou l'indice d'un changement d'&#233;poque. Mais elle pourrait indiquer la prise de conscience, encore limit&#233;e, d'une &#233;volution d&#233;j&#224; amorc&#233;e depuis quelque temps : nous sommes arriv&#233;s &#224; un point de l'histoire o&#249;, d&#233;finitivement, il ne peut plus s'agir de changer les modes de distribution et les gestionnaires &#224; l'int&#233;rieur d'un mode de vie accept&#233; par tous ses participants. Nous sommes plut&#244;t confront&#233;s &#224; une crise de civilisation, au d&#233;clin d'un mod&#232;le culturel qui comprend tous ses membres. Cette constatation n'est pas nouvelle, en tant que telle ; elle a &#233;t&#233; faite notamment entre les deux guerres par des observateurs r&#233;put&#233;s &#171; bourgeois &#187; ou &#171; conservateurs &#187;. A cette &#233;poque-l&#224;, la pens&#233;e d'&#233;mancipation sociale, &#224; quelques exceptions pr&#232;s, partageait la confiance dans le &#171; progr&#232;s &#187; et se pr&#233;occupait seulement de la distribution in&#233;gale de ses fruits. D'ailleurs, la notion de progr&#232;s technique, industriel et &#233;conomique et celle de progr&#232;s social et moral se confondaient et semblaient marcher ensemble ; les classes dominantes de l'&#233;poque &#233;taient vues comme &#171; conservatrices &#187; par nature et oppos&#233;es par principe au &#171; progr&#232;s &#187;, au &#171; changement &#187; et aux &#171; r&#233;formes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec des auteurs comme Walter Benjamin, Theodor W. Adorno et Max Horkheimer s'est r&#233;alis&#233;e une premi&#232;re convergence entre la critique de la &#171; culture &#187; et celle du &#171; capitalisme &#187;. Mais il fallait attendre les ann&#233;es soixante-dix pour que des critiques de la forme de vie englobant tous les sujets trouvent une diffusion plus large. D'un c&#244;t&#233;, on voyait la critique de la &#171; technologie &#187; articul&#233;e par des auteurs comme Ivan Illich, G&#252;nther Anders, Jacques Ellul, Bernard Charbonneau, Paul Henry, Lewis Mumford, Christopher Lasch ou Neil Postman, mais aussi les th&#233;ories &#233;cologiques et la critique du &#171; d&#233;veloppement &#187; con&#231;ue par le MAUSS, Serge Latouche ou Fran&#231;ois Partant. Toutefois, lorsqu'il s'agit de discerner les causes des probl&#232;mes si bien d&#233;crits, ce genre d'analyses se limite souvent &#224; indiquer une esp&#232;ce d'&#233;garement d&#233;plorable de l'humanit&#233;. En m&#234;me temps, les situationnistes, et plus en g&#233;n&#233;ral la contestation issue de la &#171; critique artiste &#187; (Boltanski-Chiappello) commenc&#233;e par les dada&#239;stes et les surr&#233;alistes, de m&#234;me qu'une certaine sociologie critique inaugur&#233;e par Henri Lefebvre, ont mis au premier plan de la contestation des aspects plus &#171; subjectifs &#187;, c'est-&#224;-dire l'insatisfaction &#224; l'&#233;gard de la vie qu'on m&#232;ne dans la &#171; soci&#233;t&#233; d'abondance &#187;, m&#234;me lorsque les besoins premiers sont satisfaits.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur un plan moins th&#233;orique, la &#171; contre-culture &#187; des ann&#233;es soixante et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Mais ils continuaient, plus que le premier genre, &#224; se baser sur une vision dichotomique : &#171; eux &#187; contre &#171; nous &#187;, les &#171; patrons du monde &#187; n&#233;crophiles contre &#171; notre &#187; volont&#233; de vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle th&#233;orie du f&#233;tichisme de la marchandise voudrait d&#233;passer les limites de ces critiques. Pour elle, il ne s'agit pas du destin de l'&lt;i&gt;&#171; humanit&#233; devant la technique &#187;&lt;/i&gt;, ni d'une conspiration des puissants m&#233;chants contre le bon peuple. Le c&#339;ur du probl&#232;me r&#233;side plut&#244;t dans la &lt;i&gt;&#171; forme-sujet &#187;&lt;/i&gt; commune &#224; tous ceux qui vivent dans la soci&#233;t&#233; marchande, m&#234;me si cela ne veut pas dire que cette forme soit exactement la m&#234;me pour tous les sujets. Le sujet est le substrat, l'acteur, le porteur dont le syst&#232;me f&#233;tichiste de valorisation de la valeur a besoin pour assurer la production et la consommation. Il n'est pas compl&#232;tement identique &#224; l'individu ou &#224; l'&#234;tre humain, lequel peut parfois sentir la forme-sujet comme une camisole de force (par exemple, le r&#244;le du m&#226;le, ou du &#171; gagnant &#187;). C'est pourquoi Marx a appel&#233; le sujet de la valorisation de la valeur le &lt;i&gt;&#171; sujet automate &#187;&lt;/i&gt; &#8211; ce sujet est le contraire de l'autonomie et de la libert&#233; &#224; laquelle on associe habituellement le concept de &lt;i&gt;&#171; sujet &#187;&lt;/i&gt;. Le sujet est alors ce &#224; l'&#233;gard duquel il faut s'&#233;manciper, et non ce &#224; travers lequel et en vue duquel il faut s'&#233;manciper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est ainsi, le d&#233;passement du capitalisme ne peut pas consister dans le triomphe d'un sujet cr&#233;&#233; par le d&#233;veloppement capitaliste lui-m&#234;me. Cependant, les th&#233;ories d'&#233;mancipation ont longtemps con&#231;u ce d&#233;passement exactement de cette mani&#232;re. Le capitalisme &#233;tait consid&#233;r&#233; comme la mauvaise gestion, injuste et parasitaire, de quelque chose qui en tant que tel est hautement positif : le progr&#232;s et la soci&#233;t&#233; industrielle cr&#233;&#233;e par le travail prol&#233;taire, les sciences et les technologies. Souvent, le communisme &#233;tait alors imagin&#233; comme la simple continuation des &#171; acquis &#187; du capitalisme par d'autres sujets et avec un autre r&#233;gime de propri&#233;t&#233;, et non comme une profonde rupture. La valorisation positive du &#171; sujet &#187; dans les th&#233;ories d'&#233;mancipation traditionnelles pr&#233;suppose que le sujet est la base du d&#233;passement (et non la base du d&#233;veloppement) du capitalisme et qu'il faut aider le sujet &#224; d&#233;ployer son essence, &#224; d&#233;velopper son potentiel, qui en tant que tel n'a rien &#224; voir avec le syst&#232;me de domination. La r&#233;volution permettrait alors, par exemple, au travail de s'&#233;tendre &#224; toute la soci&#233;t&#233;, en faisant de chacun un travailleur. Tout au plus, les sujets devraient se d&#233;barrasser de quelques influences corruptrices ; mais ils n'ont pas besoin de mettre en question leur propre existence en tant qu'ouvriers, travailleurs informatiques, etc. L'espoir r&#233;volutionnaire dans le sujet ne se demande pas ce qui a constitu&#233; ce sujet et s'il ne contient pas dans sa structure profonde des &#233;l&#233;ments du syst&#232;me marchand, ce qui expliquerait d'ailleurs l'incroyable capacit&#233; de ce syst&#232;me de se perp&#233;tuer, de se r&#233;g&#233;n&#233;rer et de &#171; r&#233;cup&#233;rer &#187; ses critiques.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous ne parlons pas ici des th&#233;ories post-structuralistes et postmodernes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; La substance de ce sujet peut &#234;tre indiqu&#233;e diff&#233;remment et m&#234;me de mani&#232;re oppos&#233;e. Pour le mouvement ouvrier traditionnel, il s'agissait du travail productif qui est le titre de gloire du prol&#233;tariat ; pour les gauchistes des ann&#233;es soixante-dix, il pouvait s'agir de la r&#233;sistance au travail, de la cr&#233;ativit&#233; personnelle, du &#171; d&#233;sir &#187;. Mais la structure conceptuelle reste identique : l'effort r&#233;volutionnaire a le but de permettre au noyau profond des sujets d'&#233;merger et de triompher contre les restrictions que lui impose une soci&#233;t&#233; artificielle qui ne sert que les int&#233;r&#234;ts d'une minorit&#233;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cela explique le poids bien excessif que les courants &#171; radicaux &#187;, des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;coulait la fameuse recherche du &lt;i&gt;&#171; sujet r&#233;volutionnaire &#187;&lt;/i&gt; : ont &#233;t&#233; indiqu&#233;s, &#224; tour de r&#244;le, les ouvriers, les paysans, les &#233;tudiants, les marginaux, les femmes, les immigr&#233;s, les peuples du sud du monde, les travailleurs de l'&lt;i&gt;&#171; immat&#233;riel &#187;&lt;/i&gt;, les travailleurs pr&#233;caris&#233;s. Cette recherche &#233;tait finalement vou&#233;e &#224; l'&#233;chec ; mais non parce que le sujet n'existe pas, comme le pr&#234;chent le structuralisme et le post-structuralisme. Les sujets existent bel et bien, mais ils ne sont pas l'expression d'une &#171; nature humaine &#187;, ant&#233;rieure et externe aux rapports capitalistes ; ils sont le produit des rapports capitalistes qu'ils produisent en retour. Les ouvriers, les paysans, les &#233;tudiants, les femmes, les marginaux, les immigr&#233;s, les peuples du sud du monde, les travailleurs immat&#233;riels, les pr&#233;caris&#233;s, dont la forme-sujet, avec toute sa fa&#231;on de vivre, ses mentalit&#233;s, ses id&#233;ologies, etc., est cr&#233;&#233;e ou transform&#233;e par la socialisation marchande, ne peuvent pas &#234;tre mobilis&#233;s, en tant que tels, contre le capitalisme. De cons&#233;quence, il ne peut pas y avoir de r&#233;volutions ouvri&#232;res, paysannes ou des pr&#233;caris&#233;s, mais seulement des r&#233;volutions de ceux qui veulent rompre avec le capitalisme et avec la forme-sujet m&#234;me qu'il impose et que chacun retrouve en soi-m&#234;me. Voil&#224; pourquoi aucune r&#233;volution, au sens large, ne peut aujourd'hui consister dans une valorisation positive de ce qu'on est d&#233;j&#224; et qui aurait seulement besoin d'&#234;tre lib&#233;r&#233; des cha&#238;nes qu'on lui a mises. Pourtant, des concepts actuellement tr&#232;s en vogue comme celui &#8211; bien d&#233;mocratique &#8211; de &lt;i&gt;&#171; multitude &#187;&lt;/i&gt; consistent pr&#233;cis&#233;ment en cet encensement des sujets dans leur existence empirique et imm&#233;diate. On s'&#233;pargne alors l'effort de rompre soi-m&#234;me avec sa propre forme-sujet qui n'est pas simplement impos&#233;e par l'ext&#233;rieur, mais qui structure sa propre personnalit&#233; dans les profondeurs, par exemple dans la pr&#233;sence presque universelle de l'esprit de concurrence. Malheureusement, l'aggravation g&#233;n&#233;rale des conditions de vie dans le capitalisme ne rend pas les sujets plus aptes &#224; les renverser, mais toujours moins, parce que la totalisation de la forme-marchandise engendre de plus en plus des sujets totalement identiques au syst&#232;me qui les contient. Et m&#234;me lorsque ceux-ci d&#233;veloppent une insatisfaction qui va au-del&#224; du fait de se d&#233;clarer mal servis, ils sont incapables de trouver en eux-m&#234;mes des ressources pour une vie diff&#233;rente, ou seulement des id&#233;es diff&#233;rentes, parce qu'ils n'ont jamais connu rien d'autre. &lt;i&gt;&#171; Au lieu de nous demander, comme font les &#233;cologistes : quel monde laisserons-nous &#224; nos enfants ? nous devrions nous demander : &#224; quels enfants laisserons-nous ce monde ? &#187;&lt;/i&gt; (Jaime Semprun).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend alors l'importance de la critique du &#171; progr&#232;s &#187;, de la &#171; technique &#187; et de la &#171; modernit&#233; &#187; : malgr&#233; le caract&#232;re h&#233;t&#233;rog&#232;ne et les nombreuses faiblesses de ses analyses, elle a commenc&#233; &#224; &#233;mettre des doutes sur la direction g&#233;n&#233;rale du voyage que la soci&#233;t&#233; industrielle avait entrepris, en proposant de changer la direction du voyage plut&#244;t que sa seule gestion. Cela implique aussi un regard critique sur l'attitude des groupes domin&#233;s ; ainsi, capitalistes et ouvriers, employ&#233;s et managers, riches et pauvres n'apparaissent plus comme absolument diff&#233;rents, mais comme unis par le m&#234;me effort de refa&#231;onner le monde entier &#224; l'aide des technologies sans se soucier des cons&#233;quences. C'est donc la totalit&#233; d'une civilisation qui se trouve mise en question, et avec elle &#233;galement le genre de personnalit&#233;s, de mentalit&#233;s, de structures psychiques cr&#233;&#233;es par cette civilisation. La soci&#233;t&#233; moderne n'est plus comprise, ou pas seulement, comme un &lt;i&gt;&#171; viol des foules par la propagande &#187;&lt;/i&gt; (Serge Tchakhotine) et par la force, mais aussi comme une production circulaire de la r&#233;alit&#233; sociale entre individus et structures qui passe largement par des voies inconscientes &#8211; et ici cette critique peut rejoindre les cat&#233;gories de la critique du f&#233;tichisme. En revanche, la vision dichotomique attach&#233;e &#224; la pens&#233;e du sujet flatte le narcissisme du sujet marchand, en lui permettant d'externaliser les c&#244;t&#233;s n&#233;gatifs de la socialisation marchande qu'il ressent en lui-m&#234;me et de les projeter sur des sujets &#171; autres &#187;, que ce soit le capital financier ou les immigr&#233;s. On comprend qu'il est beaucoup plus difficile pour les sujets contemporains, m&#234;me lorsqu'ils se sentent &#171; critiques &#187;, d'admettre quelque chose comme la description du narcissisme donn&#233;e par Christopher Lasch&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christopher Lasch, La culture du narcissisme (1979), tr. fran&#231;aise &#233;d. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, lorsque celui-ci retrouve la m&#234;me structure narcissique dans la culture dominante et dans presque toutes les formes de contestation ; ou la critique qu'Ivan Illich oppose &#224; la m&#233;decine moderne et &#224; son reniement de la souffrance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ivan Illich, N&#233;m&#233;sis m&#233;dicale. L'Expropriation de la sant&#233;, Editions du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui est consid&#233;r&#233;e universellement comme un progr&#232;s ; ou le refus des techniques de procr&#233;ation assist&#233;e et des th&#233;rapies g&#233;n&#233;tiques, si fortement pris&#233;es par le public ; ou plus g&#233;n&#233;ralement le rejet de l'individualisme consum&#233;riste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;composition actuelle du syst&#232;me n'est nullement due &#224; des efforts de ses ennemis r&#233;volutionnaires, ni m&#234;me &#224; une esp&#232;ce de r&#233;sistance passive, par exemple contre le travail. Il s'agit plut&#244;t du fait que la base de la vie de tout un chacun dans la soci&#233;t&#233; marchande, c'est-&#224;-dire la transformation perp&#233;tuelle de travail en capital et de capital en travail, &#8211; donc la consommation productrice de la force de travail et la valorisation du capital &#8211; est visiblement en train de s'&#233;puiser, essentiellement &#224; cause du remplacement de la force de travail vivant par des technologies. Cela jette, d'une mani&#232;re toujours plus visible, dans la panique tous les sujets dont la vie d&#233;pend, directement ou indirectement, de cette valorisation du travail, qu'il s'agisse du PDG d'une &#171; entreprise moyenne &#187; europ&#233;enne ou d'un milicien africain pilleur, d'un allocataire d'aide sociale am&#233;ricain ou d'un mineur russe. D'une mani&#232;re ou d'une autre, chacun a l'impression que le terrain est en train de se d&#233;rober sous ses pieds, et c'est cette lutte autour d'un g&#226;teau toujours plus petit qui pousse &#224; la barbarie &#8211; &#224; tous les niveaux. Le &#171; Seigneur de la guerre &#187; ou le gros manager en font partie autant que le ch&#244;meur raciste ou le voleur du bidonville : ils sont tous en comp&#233;tition pour les bribes qui restent de la soci&#233;t&#233; marchande. Dans ce contexte, des id&#233;ologies nationalistes, racistes, antis&#233;mites ou autrement &#171; de l'exclusion &#187; se diffusent facilement, et surtout dans les couches &#171; basses &#187; de la soci&#233;t&#233;. La soci&#233;t&#233; mondiale du travail s'autod&#233;truit apr&#232;s avoir d&#233;truit toutes les anciennes formes de solidarit&#233;, ou presque &#8211; il ne reste, virtuellement, que des sujets compl&#232;tement acquis au principe de la concurrence &#224; tout prix, que ce soit en tant qu'individus ou dans des corporations telles que la nation, l'ethnie, la famille, la mafia, la gang. L'humanit&#233; est d&#233;cid&#233;ment mal pr&#233;par&#233;e pour affronter la dissolution g&#233;n&#233;ralis&#233;e des liens sociaux et de leurs bases productives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe &#233;norm&#233;ment de m&#233;contents dans cette situation, mais leur m&#233;contentement n'assume plus la forme de la revendication d'un &#233;tat meilleur des choses pour tous, comme cela pouvait se produire avec le prol&#233;tariat classique, ou m&#234;me avec le mouvement &#233;tudiant des ann&#233;es soixante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bien s&#251;r, les manifestations mondiales contre la guerre en Iraq, et surtout (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et surtout, les diff&#233;rentes expressions de m&#233;contentement ne se somment pas dans un ensemble coh&#233;rent, dans un grand mouvement qui r&#233;unit toutes les victimes de la terre contre la petite couche de dominateurs, exploiteurs et manipulateurs qui leur impose son r&#232;gne &#8211; m&#234;me si divers grands strat&#232;ges de l'altermondialisation continuent &#224; &#233;voquer un tel &#171; Front populaire &#187; qui en v&#233;rit&#233; d&#233;bouche facilement sur des th&#233;ories de la conspiration (tout est la faute de la haute finance, ou du gouvernement am&#233;ricain, ou des n&#233;o-lib&#233;raux, ou des n&#233;o-conservateurs, ou des &#171; lobbies &#187; juifs et autres). C'est donc surtout cette conclusion qui est devenue &#233;vidente au cours des vingt derni&#232;res ann&#233;es : chaque habitant de la terre, ou presque, est devenu en premier lieu un sujet de la concurrence, en guerre contre tous les autres sujets. La sombre description des d&#233;buts de la socialisation humaine qu'a donn&#233;e Hobbes, v&#233;ritable acte de naissance de la conception bourgeoise de la vie en soci&#233;t&#233;, a plut&#244;t &#233;t&#233; une proph&#233;tie s'auto-r&#233;alisant plusieurs si&#232;cles apr&#232;s. Il s'y ajoute cette autre &#233;vidence : &#224; la longue, la concurrence perp&#233;tuelle et effr&#233;n&#233;e n'est pas du tout vivable. Elle pousse &#224; la folie. Les meurtres gratuits, qu'il s'agisse des massacres dans les &#233;coles am&#233;ricaines (et ailleurs) ou des attentats-suicides, en sont la manifestation la plus &#233;loquente. Dans une soci&#233;t&#233; o&#249; les individus vivent exclusivement pour r&#233;ussir &#224; se vendre et &#234;tre accept&#233;s par le dieu march&#233;, et o&#249; tout contenu possible de la vie est sacrifi&#233; aux seules lois de l'&#233;conomie, une v&#233;ritable &#171; pulsion de mort &#187; se d&#233;cha&#238;ne, mettant &#224; nu le n&#233;ant qui se tient au fond de cette soci&#233;t&#233; dont l'accumulation du capital est le seul but proclam&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut donc plus s'agir de faire triompher certains participants &#224; cette concurrence sur d'autres, par exemple les propri&#233;taires du travail &#224; son stade vivant (force de travail) sur les propri&#233;taires du travail &#224; son stade mort (capital). Il faut plut&#244;t mettre en question la civilisation m&#234;me dont les diff&#233;rents acteurs sont des expressions. Une telle id&#233;e peut, malgr&#233; tout, se frayer son chemin plus facilement aujourd'hui qu'il y a vingt ans. De beaucoup de choses il n'est plus besoin de discuter : du &#171; socialisme r&#233;el &#187; et des chances pour le r&#233;former, des &#171; mouvements nationaux de lib&#233;ration &#187;, du progr&#232;s social organis&#233; par l'&#201;tat (la France de Mitterrand ou le Cuba de Castro), de la possibilit&#233; de travailler &#224; l'int&#233;rieur des syndicats et partis &#171; de gauche &#187; pour les radicaliser&#8230; Autant d'illusions qui se sont dissip&#233;es toutes seules, ce qui a au moins le m&#233;rite de d&#233;blayer le terrain. Dans ces vingt derni&#232;res ann&#233;es, on a d&#251; se convaincre d&#233;finitivement que ni l'&#201;tat ni le march&#233; ne sont capables d'&#233;voluer vers une soci&#233;t&#233; plus humaine, et qu'au contraire, dans le cadre de l'aggravation de la concurrence mondiale, ils m&#232;nent tous les deux &#224; la r&#233;gression sociale et m&#234;me anthropologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'espace de quelques d&#233;cennies, la perspective s'est exactement renvers&#233;e : aujourd'hui, il ne s'agit plus de r&#233;ussir &#224; &#233;branler un syst&#232;me qui est bien fort et difficile &#224; combattre, mais dont la chute, si elle se produisait, donnerait automatiquement lieu &#224; quelque chose de meilleur. Il s'agit plut&#244;t de pr&#233;voir des issues &#224; la dissolution du syst&#232;me qui est d&#233;j&#224; en acte. Pour des g&#233;n&#233;rations de r&#233;volutionnaires, le probl&#232;me &#233;tait celui de battre en br&#232;che l'ordre dominant qui disposait d'une infinit&#233; d'armes pour se d&#233;fendre. Mais si le champ &#171; progressiste &#187; sortait victorieux de cette &#233;preuve de forces, alors l'av&#232;nement du socialisme, du communisme, ou quel que f&#251;t le nom du futur radieux pr&#233;vu, &#233;tait automatique. Et pour cause : la seule chose qui pouvait d&#233;router le capitalisme &#233;tait, dans cette vision, l'existence d'une classe d&#233;cid&#233;e d'en finir avec le capitalisme et suffisamment forte pour ex&#233;cuter ce programme. Le capitalisme ne pouvait donc dispara&#238;tre que par l'action d'un ennemi qui agit pr&#233;cis&#233;ment dans le but de le remplacer par un autre ordre social. Ce qui devait causer la chute du capitalisme &#233;tait le &#171; d&#233;sir de communisme &#187; dans les masses, de mani&#232;re que la fin du capitalisme et le d&#233;but de la soci&#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e co&#239;ncideraient imm&#233;diatement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tandis que les communistes dits &#171; orthodoxes &#187; (l&#233;ninistes) liaient le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais cette occasion historique, si jamais elle a exist&#233;, a &#233;t&#233; perdue, et maintenant la pens&#233;e d'&#233;mancipation sociale se trouve face &#224; une situation in&#233;dite. Le capitalisme est devenu visiblement ce qu'il a &#233;t&#233; essentiellement d&#232;s le d&#233;but&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme l'a bien d&#233;crit un historien non marxiste, Karl Polanyi, en analysant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : une b&#234;te s'autod&#233;vorant, une machine s'autod&#233;truisant, une soci&#233;t&#233; qui n'est vivable pour personne, &#224; la longue, parce qu'elle consume tous les liens sociaux et toutes les ressources naturelles pour sauvegarder le m&#233;canisme d'accumulation de la valeur, toujours plus difficile&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une description plus d&#233;taill&#233;e de ce processus je dois renvoyer &#224; mon (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il sape chaque jour ses propres bases. Dire cela ne constitue pas une &#171; proph&#233;tie &#187; relative &#224; un futur &#233;croulement du capitalisme, mais r&#233;sume ce qui se passe d&#233;j&#224; tous les jours. Le fait que certains acteurs &#233;conomiques font encore des gros profits ne doit pas &#234;tre confondu &#8211; comme il arrive tr&#232;s souvent &#8211; avec l'&#233;tat de sant&#233; de la soci&#233;t&#233; capitaliste en tant que syst&#232;me global de reproduction sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effondrement graduel de la civilisation capitaliste (si l'on veut utiliser cet oxymore) est patent. Mais il n'est nullement le r&#233;sultat de l'intervention consciente d'hommes d&#233;sireux de la remplacer avec quelque chose de meilleur. Sa fin arrive toute seule, cons&#233;quence de sa logique de base &#8211; celle-ci est dynamique et auto-destructrice, ce qui la distingue des soci&#233;t&#233;s pr&#233;c&#233;dentes. Le capitalisme fait beaucoup plus contre lui-m&#234;me que ce que tous ses adversaires r&#233;unis ont pu faire. Mais cette bonne nouvelle ne l'est qu'&#224; moiti&#233;. Cet effondrement n'a aucun rapport de n&#233;cessit&#233; avec l'&#233;mergence d'une soci&#233;t&#233; mieux organis&#233;e : d'abord, parce qu'il est la cons&#233;quence de l'action de forces aveugles qui en tant que telles sont d&#233;j&#224; destructrices. Ensuite, parce que le capitalisme a eu assez de temps pour &#233;craser les autres formes de vie sociale, de production et de reproduction qui auraient pu constituer un point de d&#233;part pour la construction d'une soci&#233;t&#233; post-capitaliste. Apr&#232;s sa fin, il ne reste qu'une terre br&#251;l&#233;e o&#249; les survivants se disputent les d&#233;bris de la &#171; civilisation &#187; capitaliste. C'est d&#233;j&#224; la r&#233;alit&#233; quotidienne dans une grande partie du &#171; Sud du monde &#187;, et m&#234;me dans une partie grandissante des pays &#171; d&#233;velopp&#233;s &#187;, jusqu'aux banlieues des capitales du monde. Laiss&#233; &#224; son propre dynamisme, le capitalisme ne d&#233;bouche pas sur le socialisme, mais sur des ruines. S'il &#233;tait capable d'avoir des intentions, on pourrait lui pr&#234;ter celle d'&#234;tre le dernier mot de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, les films d'&#233;pouvante terminent parfois bien. Tout n'est pas perdu. La course &#224; l'ab&#238;me au nom de la rentabilit&#233; ne rencontre pas seulement des r&#233;sign&#233;s. Les m&#234;mes &#233;nergies qui auparavant s'&#233;taient dirig&#233;es vers le but d'une r&#233;volution commencent &#224; s'orienter d&#233;sormais &#8211; et &#224; nouveau, on peut y indiquer un changement majeur arriv&#233; dans les vingt derni&#232;res ann&#233;es &#8211; vers les efforts pour &#233;viter la chute dans la barbarie. Une soci&#233;t&#233; &#233;mancip&#233;e, ou au moins meilleure que ce que nous avons connu dans les derniers si&#232;cles, reste toujours possible. Mais il faut la construire sur les d&#233;combres de la soci&#233;t&#233; capitaliste. Pour y arriver, il y a surtout besoin d'un grand effort de clarification th&#233;orique qui rende compte jusqu'&#224; quel point les conditions du projet d'&#233;mancipation ont chang&#233;. Les lignes du front se sont compl&#232;tement embrouill&#233;es ; ne pas reconna&#238;tre ce changement, s'obstiner &#224; suivre les m&#234;mes pistes qu'il y a cinquante ou cent ans est ce qui emp&#234;che tant des gens de bonne volont&#233; de comprendre le monde actuel &#8211; dont ils sentent pourtant vivement les tares &#8211; et d'agir en cons&#233;quence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette situation, il n'y a plus de dichotomie entre le parti de l'ordre, d'un c&#244;t&#233;, et le parti du d&#233;sordre et de la subversion des valeurs traditionnelles, de l'autre. Des mots comme &#171; r&#233;formes &#187;, &#171; conservateur &#187;, &#171; libert&#233; &#187;, &#171; transgression &#187; ou &#171; provocation &#187; ont presque inverti leurs significations anciennes, et observer l'&#233;volution de ces mots est assez instructif. Pendant un si&#232;cle et demi, deux champs &#8211; identifi&#233;s g&#233;n&#233;ralement comme &#171; la bourgeoisie &#187; et &#171; le prol&#233;tariat &#187; ou &#171; le peuple &#187; &#8211; se sont confront&#233;s, et chaque champ comprenait, en bloc, une s&#233;rie d'options sur presque tous les aspects de la vie. La soci&#233;t&#233; bourgeoise, dont la face &#233;conomique &#233;tait le capitalisme, comportait &#233;galement, au moins dans sa forme id&#233;ale-typique, des hi&#233;rarchies omnipr&#233;sentes dans les relations sociales ; l'importance de la religion dans la vie priv&#233;e et publique ; l'autoritarisme &#224; l'int&#233;rieur de la famille et dans le syst&#232;me &#233;ducatif ; le nationalisme et le militarisme ; une morale sexuelle oppressive et hypocrite ; un art classiciste et &#233;litiste ; la pr&#233;dominance de la rationalit&#233; sur l'imagination, de l'&#233;pargne sur la d&#233;pense, de la production sur la consommation, du calcul sur la jouissance imm&#233;diate, du collectif sur l'individu, surtout sur l'individu &#171; diff&#233;rent &#187; ; la domination des hommes sur les femmes, des personnes &#226;g&#233;es sur les jeunes, des blancs sur les gens de couleur, etc. Qui se sentait en opposition &#224; la soci&#233;t&#233; bourgeoise, n'avait qu'&#224; choisir &#224; chaque fois le p&#244;le pos&#233; par elle comme inf&#233;rieur ; tout le culte de la &#171; transgression &#187; consistait en cette attitude. Celle-ci n'&#233;tait pas tellement l'affaire de ce que Boltanski et Chiappello ont appel&#233; la &#171; critique sociale &#187; (le mouvement ouvrier traditionnel), mais de la &#171; critique artiste &#187;, dont l'importance &#224; partir des surr&#233;alistes n'a fait que s'accro&#238;tre, pour prendre d&#233;finitivement le dessus apr&#232;s 1968. Pendant quelques d&#233;cennies, l'attitude transgressive dans les champs de l'art, des m&#339;urs et de la vie quotidienne pouvait se concevoir elle-m&#234;me comme une &#171; subversion symbolique &#187; qui attaquait les bases de la soci&#233;t&#233; bourgeoise avec, au moins, autant d'efficacit&#233; que les luttes sociales : elle pouvait m&#234;me penser que, par exemple, la contestation de la morale sexuelle pouvait &#234;tre le levier d'une transformation totale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il appara&#238;t r&#233;trospectivement que dans la plupart des cas, la contestation culturelle prenait pour des traits essentiels de la soci&#233;t&#233; capitaliste ce qui &#233;tait plut&#244;t des &#233;l&#233;ments archa&#239;ques et anachroniques h&#233;rit&#233;s de ses phases ant&#233;rieures. Apr&#232;s 1968, le capitalisme, dans son &#171; nouvel esprit &#187;, n'a pas seulement fait des &#171; concessions &#187; dans ce domaine pour calmer les esprits, mais il a saisi l'occasion de l&#226;cher du lest et de se lib&#233;rer de nombreuses superstructures devenues des obstacles pour son propre d&#233;veloppement. Il n'est pas n&#233;cessaire de rappeler que le capitalisme postmoderne ne pourrait jamais exister avec, disons, des jeunes qui vivent dans l'aust&#233;rit&#233;, la chastet&#233; et l'&#233;pargne. Mais la majorit&#233; des milieux &#171; progressistes &#187; n'a pas voulu prendre acte de ce changement de paradigme et continue infatigablement dans la &#171; transgression &#187;, en tuant chaque jour &#224; nouveau des chiens &#233;cras&#233;s, en enfon&#231;ant des portes ouvertes et en s'empressant avec jubilation d'aider la soci&#233;t&#233; &#224; se d&#233;barrasser de sa ferraille humaniste et classique, si nocive au progr&#232;s et &#224; l'&#233;galit&#233; r&#233;publicaine devant le march&#233; du travail. Qui oserait dire, en d&#233;mocratie, qu'il vaudrait mieux &#233;tudier le grec et le latin &#224; l'&#233;cole plut&#244;t que l'informatique et le management, ou qu'un op&#233;ra lyrique vaut plus qu'un rap, un Michel-Ange plus qu'une bande dessin&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis longtemps, le syst&#232;me capitaliste n'est plus le &#171; parti de l'ordre &#187;. Il a grandement tir&#233; profit des contestations &#171; artistes &#187; pour reb&#226;tir une soci&#233;t&#233; chaotique qui sert ses desseins. La dissolution de la famille, l'&#233;ducation &#171; libre &#187; &#224; l'&#233;cole, l'apparente &#233;galit&#233; entre hommes et femmes, la disparition des notions telles que la &#171; morale &#187; &#8211; tout tourne &#224; son avantage, une fois que ces &#233;volutions sont d&#233;connect&#233;es d'un projet d'&#233;mancipation globale et traduites dans une forme marchande. Bien s&#251;r, cela ne serait pas une bonne raison pour avoir la nostalgie des instituteurs qui frappaient sur les mains, du service militaire, du cat&#233;chisme et des &lt;i&gt;padri-padroni&lt;/i&gt; en famille. En effet, si une partie de la politique des vingt derni&#232;res ann&#233;es a &#233;t&#233; inspir&#233;e par une version pervertie &#8211; ou fid&#232;le ? &#8211; des &#171; id&#233;es de 68 &#187; (par exemple dans l'&#233;ducation scolaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir, &#224; ce sujet, Dany-Robert Dufour, L'art de r&#233;duire les t&#234;tes. Sur la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), d'autres gestionnaires du m&#234;me syst&#232;me politique ont r&#233;cemment mis bruyamment sous accusation la &#171; pens&#233;e 68 &#187; comme responsable de tous les maux. Mais cela ne veut rien dire &#8211; c'est comme le recours indiff&#233;renci&#233; aux politiques &#233;conomiques tant&#244;t keyn&#233;siennes, tant&#244;t mon&#233;taristes que pratiquent aussi bien la gauche que la droite, selon les convenances du moment et au-del&#224; de toute id&#233;ologie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut se rendre &#224; cette &#233;vidence peu confortable : les situations et les conflits du pass&#233; nous sont d'un mince secours pour d&#233;cider de notre agir aujourd'hui. Ni les mouvements sociaux du pass&#233;, ni les contestations culturelles pass&#233;es ne nous enseignent beaucoup sur ce que nous pouvons faire aujourd'hui. Un seul exemple : en 1963, le surr&#233;aliste belge Louis Scutenaire a fait scandale (qui alla jusqu'&#224; provoquer le refus de Gallimard de publier le livre contenant cet aphorisme) en &#233;crivant : &lt;i&gt;&#171; Relu hier soir La princesse de Cl&#232;ves. Avec mon cul &#187;&lt;/i&gt;. Quelques d&#233;cennies plus tard, le Pr&#233;sident de la R&#233;publique dit la m&#234;me chose, dans un langage plus m&#233;diatiquement correct, mais avec en plus le pouvoir de donner suite &#224; son aversion pour les choses inutiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces consid&#233;rations peuvent sembler peu encourageantes. C'est s&#251;r qu'elles n'apportent pas d'eau au moulin du militantisme actuel et qu'elles se pr&#234;tent mal &#224; &#234;tre traduites dans une strat&#233;gie &#171; politique &#187; imm&#233;diate. Mais depuis un si&#232;cle et demi, maintes propositions &#171; concr&#232;tes &#187; et tentatives &#171; pratiques &#187; ont abouti &#224; des cons&#233;quences oppos&#233;es aux intentions originales. Mieux vaut alors, peut-&#234;tre, un simple progr&#232;s th&#233;orique, une simple prise de conscience qui va dans la bonne direction : la seule chance est celle de sortir du capitalisme industriel et de ses fondements, c'est-&#224;-dire de la marchandise et de son f&#233;tichisme, de la valeur, de l'argent, du march&#233;, de l'&#201;tat, de la concurrence, de la Nation, du patriarcat, du travail et du narcissisme, au lieu de les am&#233;nager, de s'en emparer, de les am&#233;liorer ou de s'en servir. Si ces vingt derni&#232;res ann&#233;es, pour le reste si peu reluisantes, ont servi &#224; faire comprendre &#224; quelques-uns cette n&#233;cessit&#233; historique, elles n'ont pas &#233;t&#233; compl&#232;tement inutiles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Initialement, cette revue s'appelait &lt;i&gt;Marxistische Kritik&lt;/i&gt; ; en 2004 une scission a produit la revue &lt;i&gt;Exit !&lt;/i&gt;. Certains &#233;crits des collaborateurs de Krisis ont &#233;t&#233; traduits en fran&#231;ais (Groupe Krisis : &lt;i&gt;Manifeste contre le travail&lt;/i&gt;, &#233;ditions Lignes 2002, nouvelle &#233;dition U. G. E., collection 10/18, 2004 ; Robert Kurz : &lt;i&gt;Lire Marx&lt;/i&gt;, &#233;ditions La Balustrade, Paris 2002 ; Robert Kurz : &lt;i&gt;Avis aux naufrag&#233;s : Chroniques du capitalisme mondialis&#233; en crise&lt;/i&gt;, &#233;ditions Lignes 2005 ; Robert Kurz : &lt;i&gt;Critique de la d&#233;mocratie balistique&lt;/i&gt;, &#233;ditions Mille et une nuits, 2006 ; Anselm Jappe : &lt;i&gt;L'avant-garde inacceptable. R&#233;flexions sur Guy Debord&lt;/i&gt;, &#233;ditions Lignes, 2004 ; Norbert Trenkle : &lt;i&gt;N&#233;gativit&#233; bris&#233;e. Remarques sur la critique de l'Aufkl&#228;rung chez Adorno et Horkheimer&lt;/i&gt;, en Lignes, nouvelle s&#233;rie, No 11, mai 2003) ; pour une pr&#233;sentation de toute la &#171; critique de la valeur &#187; je me permets de renvoyer &#224; mon livre &lt;i&gt;Les aventures de la marchandise. Pour une nouvelle critique de la valeur&lt;/i&gt;, Deno&#235;l, Paris 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cambridge University Press, 1993. La traduction fran&#231;aise est achev&#233;e, mais pas encore publi&#233;e ; voir de cet auteur en fran&#231;ais : &lt;i&gt;Marx est-il devenu muet ?&lt;/i&gt;, &#201;ditions de l'Aube, Paris 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Presses universitaires de France, Paris 1987. D'ailleurs, Postone avait d'abord pr&#233;sent&#233; ses th&#232;ses dans un article sur l'antis&#233;mitisme (Antisemitism and National Socialism, en fran&#231;ais dans &lt;i&gt;Marx est-il devenu muet ?&lt;/i&gt; op. cit.) publi&#233; en 1986. On peut donc dire que la &#171; critique de la valeur &#187; est n&#233;e en 1986/87 et qu'elle a maintenant vingt ans.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur un plan moins th&#233;orique, la &#171; contre-culture &#187; des ann&#233;es soixante et soixante-dix signifiait la m&#234;me chose : refuser le mode de vie propos&#233; par la soci&#233;t&#233; capitaliste, plut&#244;t que de se plaindre des difficult&#233;s pour s'y int&#233;grer.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous ne parlons pas ici des th&#233;ories post-structuralistes et postmodernes qui ont simplement &#233;vacu&#233; la question de la dialectique entre sujet et objet et ni&#233; la possibilit&#233; m&#234;me de reconduire la multiplicit&#233; des ph&#233;nom&#232;nes sociaux &#224; l'action de quelques principes qui se tiennent derri&#232;re, tels que la valeur marchande et son f&#233;tichisme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cela explique le poids bien excessif que les courants &#171; radicaux &#187;, des trotskistes jusqu'aux situationnistes, ont toujours attribu&#233; &#224; la &lt;i&gt;&#171; trahison des dirigeants &#187;&lt;/i&gt; : ils supposent invariablement que &lt;i&gt;&#171; les prol&#233;taires &#187;&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;&#171; le peuple &#187;&lt;/i&gt; sont r&#233;volutionnaires dans leur essence, &lt;i&gt;&#171; en soi &#187;&lt;/i&gt;, et qu'ils suivraient toujours les options radicales, si les man&#339;uvres des dirigeants et des bureaucrates ne r&#233;ussissaient pas toujours &#8211; malheureusement et inexplicablement &#8211; &#224; les en d&#233;tourner.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Christopher Lasch, &lt;i&gt;La culture du narcissisme&lt;/i&gt; (1979), tr. fran&#231;aise &#233;d. Robert Laffont, 1981 et &#233;d. Climats, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ivan Illich, &lt;i&gt;N&#233;m&#233;sis m&#233;dicale. L'Expropriation de la sant&#233;&lt;/i&gt;, Editions du Seuil 1975&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bien s&#251;r, les manifestations mondiales contre la guerre en Iraq, et surtout les inqui&#233;tudes de nature &#233;cologique ont une port&#233;e qui se veut universelle. Mais le pacifisme ne se manifeste que sporadiquement et sur une base tr&#232;s &#233;motive, tandis que la r&#233;sistance contre les &#171; nuisances &#187; n'est plus que rarement un &#171; mouvement &#187;, mais plut&#244;t une affaire d'experts et de conf&#233;rences gouvernementales, &#224; moins qu'il ne s'agisse de luttes, v&#233;ritables mais particularistes, contre une nuisance dans &#171; son propre jardin &#187; qui &#233;vitent g&#233;n&#233;ralement de mettre en question le genre de vie qui a produit la nuisance en question (incin&#233;rateur, centrale nucl&#233;aire, TGV, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tandis que les communistes dits &#171; orthodoxes &#187; (l&#233;ninistes) liaient le renforcement de cette pouss&#233;e &#233;mancipatrice dans les masses &#224; une aggravation dramatique &#8211; jug&#233;e in&#233;vitable &#8211; des conditions de vie caus&#233;e par l'&#233;conomie capitaliste, les courants dits &#171; radicaux &#187; (gauchistes) &#233;taient plus &#171; volontaristes &#187; et &#171; subjectivistes &#187;, misant surtout sur un rejet de la vie capitaliste, mobilisable en tout moment ind&#233;pendamment de la conjoncture &#233;conomique et plut&#244;t d&#251; &#224; la radicalit&#233; existentielle des militants.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme l'a bien d&#233;crit un historien non marxiste, Karl Polanyi, en analysant les d&#233;buts de la r&#233;volution industrielle en Angleterre dans son livre classique &lt;i&gt;La Grande transformation&lt;/i&gt; (1944), tr. fran&#231;aise Gallimard, 1983.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une description plus d&#233;taill&#233;e de ce processus je dois renvoyer &#224; mon livre &lt;i&gt;Les aventures de la marchandise&lt;/i&gt;, d&#233;j&#224; cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir, &#224; ce sujet, Dany-Robert Dufour, &lt;i&gt;L'art de r&#233;duire les t&#234;tes. Sur la nouvelle servitude de l'homme lib&#233;r&#233; &#224; l'&#232;re du capitalisme global&lt;/i&gt;, Deno&#235;l 2003, Jean-Claude Mich&#233;a, &lt;i&gt;L'enseignement de l'ignorance&lt;/i&gt;, &#233;d. Climats 2001, et Nicolas Oblin et Patrick Vassort, &lt;i&gt;La crise de l'Universit&#233; fran&#231;aise. Trait&#233; contre une politique de l'an&#233;antissement&lt;/i&gt;, L'Harmattan 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte de novembre 2007 d'Anselm Jappe, auteur de &lt;i&gt;Les Aventures de la marchandise, pour une nouvelle critique de la valeur&lt;/i&gt; (Deno&#235;l, 2003), et d'un &lt;i&gt;Guy Debord, Essai&lt;/i&gt; (Deno&#235;l, 2001), est paru dans la revue &lt;i&gt;Lignes&lt;/i&gt;, n&#176;24 et sur le site de &lt;a href=&#034;http://endehors.net/news/la-princesse-de-cleves-aujourd-hui-par-anselm-jappe&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'En Dehors&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>1968 et les portes ouvertes sur de nouveaux mondes</title>
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		<dc:date>2009-02-08T20:33:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>John Holloway</dc:creator>


		<dc:subject>Critiques du travail</dc:subject>
		<dc:subject>Bo&#238;te A Outils Editions (Forcalquier)</dc:subject>
		<dc:subject>Anticapitalisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;1968, pourquoi parler de 1968 ? John Holloway &#233;voque l'explosion de cette r&#233;volte contre le travail abstrait dont l'&#233;cho r&#233;sonne encore aujourd'hui.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique4" rel="directory"&gt;0,1,2,3 ...&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot6" rel="tag"&gt;Critiques du travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot79" rel="tag"&gt;Bo&#238;te A Outils Editions (Forcalquier)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot97" rel="tag"&gt;Anticapitalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L72xH150/arton646-8d01b.jpg?1780464431' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='72' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff646.jpg?1231783553&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;1968, pourquoi parler de 1968 ? Il y a tant d'urgences. Parlons plut&#244;t de Oaxaca et du Chiapas, et de la menace d'une guerre civile au Mexique. Ou bien de la guerre en Irak ou encore de l'acc&#233;l&#233;ration de la destruction des conditions n&#233;cessaires &#224; la vie humaine sur terre. Est-ce vraiment le moment, pour les vieillards, de se laisser aller aux r&#233;miniscences, confortablement install&#233;s dans leur fauteuil ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;[Mais peut-&#234;tre avons-nous besoin de parler de 1968 parce que, quoique confront&#233;s &#224; cette urgence r&#233;elle, nous nous sentons perdus, &#224; la recherche d'une direction &#224; prendre. Et il ne s'agit pas de trouver la bonne route (car une telle route n'existe pas) mais de cr&#233;er de nombreux sentiers. 1968 a peut-&#234;tre quelque chose &#224; voir avec le fait que nous nous sentions perdus, et peut-&#234;tre est-il en mesure de nous aider &#224; tracer de nouveaux sentiers. Parlons donc de 1968.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Explosion de la constellation sociale du travail abstrait&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;1968 a ouvert la porte d'un changement dans le monde, d'un changement dans les r&#232;gles du conflit anticapitaliste, d'un changement dans la signification d'une r&#233;volution anticapitaliste, d'un changement donc dans la signification de l'espoir. C'est ce que nous essayons encore aujourd'hui de comprendre. Voil&#224; pourquoi j'affirme que 1968 fait partie de ces choses qui contribuent &#224; faire que nous nous sentions perdus et qu'il s'agit aussi d'un &#233;v&#232;nement qui peut nous aider &#224; nous orienter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1968 fut une explosion, et son &#233;cho r&#233;sonne toujours, m&#234;l&#233; au bruit des explosions qui, par la suite, ont repris les th&#232;mes de 1968, la plus importante datant peut-&#234;tre de 1994, avec l'explosion en cha&#238;ne que constitue le mouvement zapatiste. Ainsi, il ne s'agit pas pour moi de refaire avec pr&#233;cision l'histoire de 1968 : ce qui m'int&#233;resse c'est l'explosion que cela a constitu&#233; et comment nous pouvons penser, dans le sillage de celle-ci, des moyens qui nous permettraient de venir &#224; bout de cette catastrophe qu'est le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1968 fut une explosion, l'explosion d'une certaine constellation de forces sociales, d'un certain mode du conflit social. Parfois, cette constellation est appel&#233;e fordisme. Ce vocable a le grand m&#233;rite d'attirer imm&#233;diatement notre attention sur cette question centrale de la mani&#232;re dont est organis&#233;e notre activit&#233; quotidienne. Il fait r&#233;f&#233;rence &#224; un monde o&#249; la production de masse dans les usines se combinait avec la promotion d'une consommation de masse par le biais de salaires relativement &#233;lev&#233;s et de l'action du soi-disant Etat-providence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les acteurs centraux de ce processus &#233;taient d'une part les syndicats, dont la participation aux n&#233;gociations salariales contractuelles faisait d'eux une force motrice, et d'autre part l'Etat, qui donnait l'impression d'&#234;tre en mesure de r&#233;guler l'&#233;conomie et d'assurer un niveau de vie convenable. Il n'est gu&#232;re surprenant, dans une telle soci&#233;t&#233;, que les aspirations &#224; un changement social aient &#233;t&#233; focalis&#233;es sur l'Etat et sur l'objectif d'en prendre la direction, par la voie des urnes ou non. Ainsi il serait probablement plus exact de qualifier cette forme de rapports sociaux non seulement de fordiste, mais aussi de keyn&#233;sien et de l&#233;niniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je veux sugg&#233;rer qu'il y avait quelque chose d'encore plus profond &#224; la cl&#233;. Le danger, dans le fait de nous restreindre, dans notre compr&#233;hension, &#224; une crise du fordisme (ou plut&#244;t du fordisme-keynesianisme-l&#233;ninisme) tient dans le fait que ce terme nous invite &#224; penser qu'il s'agit d'un mode de r&#233;gulation parmi d'autres, et vou&#233;, comme les autres, &#224; &#234;tre remplac&#233; par un nouveau (le post-fordisme, l'Empire ou quoi que ce soit d'autre). Le capitalisme est alors envisag&#233; comme une succession de restructurations, de synth&#232;ses ou de fermetures, alors que notre probl&#232;me n'est pas d'&#233;crire une histoire du capitalisme mais plut&#244;t de trouver un chemin qui pourrait nous mener hors de cette catastrophe. Il est n&#233;cessaire de d&#233;passer le concept de fordisme. Le fordisme a &#233;t&#233; une forme extr&#234;mement d&#233;velopp&#233;e de travail ali&#233;n&#233;, de travail abstrait, et ce qui a &#233;t&#233; remis en question durant ces ann&#233;es c'&#233;tait le travail ali&#233;n&#233;, c'est-&#224;-dire le c&#339;ur m&#234;me du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail abstrait (j'utilise l&#224; l'expression que Marx utilisait dans Le Capital car il me semble que c'est un concept plus riche) est le travail qui produit de la valeur et de la plus-value, et donc du capital. Marx l'a oppos&#233; au travail utile ou concret, &#224; l'activit&#233; qui est n&#233;cessaire &#224; la reproduction de n'importe quelle soci&#233;t&#233;. Le travail abstrait est le travail d&#233;pouill&#233; de ses caract&#233;ristiques particuli&#232;res, c'est le travail &#233;quivalent &#224; n'importe quel autre travail, et cette &#233;quivalence est &#233;tablie soit par l'&#233;change soit par des analogies administratives. L'abstraction n'est pas seulement &#171; mentale &#187; : c'est une abstraction r&#233;elle. Le fait que les produits soient fabriqu&#233;s en vue de l'&#233;change rejaillit sur le processus de production lui-m&#234;me et convertit ce dernier en un processus dans lequel la seule chose qui compte est la performance du travail social n&#233;cessaire, l'efficacit&#233; de la production de biens qui se vendront. Le travail abstrait, c'est le travail d&#233;pourvu de toute particularit&#233;, d&#233;nu&#233; de tout sens. Le travail abstrait produit la soci&#233;t&#233; du capital, une soci&#233;t&#233; dont le seul sens, dont le seul but est l'accumulation de travail abstrait, la poursuite constante du profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail abstrait trame la soci&#233;t&#233; dans laquelle nous vivons. Il tisse ensemble la multiplicit&#233; des activit&#233;s humaines par la r&#233;p&#233;tition du processus d'&#233;change, par ce processus qui ne cesse de nous dire, toujours davantage, que ce que nous aimons faire importe peu, que peu importe l'amour et l'attention que nous y portions, que ce qui compte, c'est dans quelle mesure cela va se vendre et combien d'argent cela peut rapporter. C'est ainsi que nos activit&#233;s sont tiss&#233;es les unes aux autres, c'est l&#224;-dessus que la soci&#233;t&#233; capitaliste est b&#226;tie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce tissage va encore bien plus loin que cela. Car cette mani&#232;re de se rapporter &#224; l'autre, &#224; travers l'&#233;change d'objets, cr&#233;e une chosification, une r&#233;ification, une f&#233;tichisation g&#233;n&#233;rale des rapports sociaux. De la m&#234;me fa&#231;on que ce que nous cr&#233;ons se s&#233;pare de nous et se retourne contre nous en niant ses origines, tous les aspects de nos relations avec les autres acqui&#232;rent le caract&#232;re de choses. L'argent devient une chose, au lieu d'&#234;tre une simple relation entre diff&#233;rents cr&#233;ateurs. L'Etat devient une chose, au lieu d'&#234;tre la mani&#232;re dont nous organisons nos affaires communes. Le sexe devient une chose, au lieu d'&#234;tre la multiplicit&#233; des fa&#231;ons &#224; travers lesquelles nos corps se touchent et se rapportent physiquement. La nature devient une chose &#224; utiliser pour notre profit, au lieu d'&#234;tre cette interrelation complexe des diff&#233;rentes formes de vie qui se partagent cette plan&#232;te. Le temps devient une chose, le temps de l'horloge, un temps en dehors de nous qui nous dit que demain sera pareil &#224; aujourd'hui, au lieu d'&#234;tre juste le rythme de nos existences, les intensit&#233;s et les rel&#226;chements de notre &lt;i&gt;faire&lt;/i&gt;. Et ainsi de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En participant au travail abstrait, nous ne cessons de tisser, encore et encore, ce monde qui nous d&#233;truit si rapidement. Et chaque partie de ce tissu donne de la force et de la solidit&#233; aux autres parties. Au centre se trouve notre activit&#233;, notre travail abstrait, mais le vide et l'absurdit&#233; de l'abstraction de notre travail est maintenu &#224; sa place par l'ensemble de la structure d'abstraction ou d'ali&#233;nation que nous cr&#233;ons : l'Etat, l'id&#233;e et la pratique d'une sexualit&#233; uniquement dimorphe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qui ne peut prendre que deux formes (en l'occurrence : m&#226;le/femelle).&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'objectification de la nature, le v&#233;cu du temps comme temps de l'horloge, la vision de l'espace comme un espace contenu &#224; l'int&#233;rieur de limites, et ainsi de suite. Chacune de ces facettes de l'absurdit&#233; abstraite est cr&#233;&#233;e par nous et renforce, par effet de retour, l'absurdit&#233; abstraite de la vie quotidienne qui en est le noyau. C'est ce tissage complexe qui va exploser en 1968.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le &#171; dessous &#187; du travail abstrait, le &lt;i&gt;faire&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comment ? Quelle force &#233;tait &#224; l'origine de l'explosion ? Ce n'&#233;tait pas la classe ouvri&#232;re, tout du moins pas dans son acception traditionnelle. Les ouvriers d'usine eurent certes un r&#244;le important, particuli&#232;rement en France, mais ils ne jou&#232;rent pas de r&#244;le central dans l'explosion de 1968. On ne peut pas non plus attribuer cela &#224; l'action d'un groupe particulier. C'est plus une relation sociale, la relation qui se noue autour du travail abstrait, qui explose. La force qui se trouve derri&#232;re l'explosion n'est pas un groupe mais le &#171; dessous &#187; du travail abstrait, la contradiction du travail abstrait, ce que le travail abstrait contient mais ne parvient pas &#224; contenir, ce que le travail abstrait r&#233;prime mais n'arrive pas &#224; r&#233;primer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel est le &#171; dessous &#187; du travail abstrait ? On a affaire l&#224; &#224; un probl&#232;me de vocabulaire, et ce n'est pas par hasard, parce que ce qui est r&#233;prim&#233; tend &#224; devenir invisible, sans voix, sans nom. On peut parler d'anti-ali&#233;nation, ou d'anti-abstraction. Dans ses manuscrits de 1844, Marx d&#233;finit l'anti-ali&#233;nation comme une &lt;i&gt;&#171; activit&#233; vitale consciente &#187;&lt;/i&gt; et, dans Le Capital, l'opposition se pose entre travail abstrait et &lt;i&gt;&#171; travail utile ou concret &#187;&lt;/i&gt;. Ce terme n'est pas totalement satisfaisant, en partie parce que la distinction entre travail et d'autres formes d'activit&#233;s n'est pas partag&#233;e par toutes les soci&#233;t&#233;s. Pour cette raison, j'utiliserai le terme le &lt;i&gt;faire&lt;/i&gt; pour nommer le &#171; dessous &#187; du travail abstrait : le &lt;i&gt;faire&lt;/i&gt;, plut&#244;t que juste l'anti-ali&#233;nation, parce que ce dont il s'agit est avant tout la mani&#232;re dont l'activit&#233; humaine est organis&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le capitalisme est bas&#233; sur le travail abstrait, mais il y a toujours un dessous, un autre aspect de l'activit&#233; qui semble &#234;tre totalement subordonn&#233; au travail abstrait mais ne l'est pas et ne peut pas l'&#234;tre. Le travail abstrait est l'activit&#233; qui cr&#233;e du capital et tisse la domination capitaliste, mais il y a toujours un autre aspect, un &lt;i&gt;faire&lt;/i&gt; qui garde ou qui cherche &#224; garder sa particularit&#233;, qui pousse vers une forme de sens, vers une forme d'autod&#233;termination. D&#232;s le d&#233;but du Capital, Marx pointe la relation entre travail abstrait et travail utile comme &#233;tant le point autour duquel la compr&#233;hension de l'&#233;conomie politique (et donc du capitalisme) pivote &#8211; une phrase presque totalement ignor&#233;e par l'ensemble de la tradition marxiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein du capitalisme, le travail utile (le &lt;i&gt;faire&lt;/i&gt;) existe sous la forme de travail abstrait, mais la relation entre forme et contenu ne peut pas &#234;tre simplement comprise comme une relation contenu/contenant : in&#233;vitablement, il s'agit d'une relation de &#171; &#224;-l'int&#233;rieur-en-opposition-et-au-del&#224; &#187;, le &lt;i&gt;faire&lt;/i&gt; existe &#224; l'int&#233;rieur, en opposition et au-del&#224; du travail abstrait. C'est une question d'exp&#233;rience quotidienne, puisque nous essayons tous de trouver un moyen de diriger notre activit&#233; vers ce que nous consid&#233;rons comme d&#233;sirable ou n&#233;cessaire. Et m&#234;me &#224; l'int&#233;rieur de notre travail abstrait, nous essayons de trouver le moyen de ne pas nous soumettre totalement au r&#232;gne de l'argent. Professeurs, nous tentons de faire plus que de produire les fonctionnaires du Capital ; ouvriers sur une cha&#238;ne de production, d&#232;s que nous avons un instant de libre, nous caressons les cordes d'une guitare imaginaire ; infirmi&#232;res, le soin que nous portons &#224; nos patients n'est pas seulement motiv&#233; par le gain ; &#233;tudiants, nous r&#234;vons d'une vie qui ne serait pas totalement d&#233;termin&#233;e par l'argent. Il y a une relation antagoniste entre ce que nous faisons et l'abstraction (ou l'ali&#233;nation) impos&#233;e par le Capital, une relation qui n'est pas seulement faite de subordination mais aussi de r&#233;sistance, de r&#233;volte et de d&#233;passement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci est toujours pr&#233;sent, mais en 1968, c'est l'explosion, au moment o&#249; toute une g&#233;n&#233;ration qui n'est plus dompt&#233;e par l'exp&#233;rience du fascisme et de la guerre se l&#232;ve pour affirmer : &lt;i&gt;&#171; Non, nous ne vouerons pas nos vies au r&#232;gne de l'argent, nous ne sacrifierons pas tous les jours de notre vie au travail abstrait, nous allons faire autre chose &#187;&lt;/i&gt;. La r&#233;volte contre le Capital s'exprime clairement comme celle qu'elle est et doit toujours &#234;tre : une r&#233;volte contre le Travail. Il devient clair qu'on ne peut plus penser la lutte des classes comme celle du Travail contre le Capital parce que le Travail est du m&#234;me c&#244;t&#233; que le Capital, le Travail produit le Capital. La lutte n'est pas celle du Travail contre le Capital mais celle du &lt;i&gt;faire&lt;/i&gt; (ou du vivre) contre le Travail et ainsi, contre le Capital. C'est ce qui s'exprime dans les universit&#233;s, c'est ce qui s'exprime dans les usines, c'est ce qui s'exprime dans les rues en 1968. C'est ce qui emp&#234;che le Capital d'accro&#238;tre encore le taux d'exploitation pour garder son taux de profit et maintenir le Fordisme en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; la force du &lt;i&gt;faire&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire la force de dire &lt;i&gt;&#171; non, ce n'est pas ainsi que nous vivrons nos vies, nous ferons autrement &#187;&lt;/i&gt;, qui fait exploser la constellation de lutte bas&#233;e sur l'extr&#234;me abstraction du Travail telle qu'exprim&#233;e dans le Fordisme. C'est une r&#233;volte qui est dirig&#233;e contre tous les aspects de l'abstraction du Travail, pas seulement contre l'ali&#233;nation au sens &#233;troit du terme, mais aussi contre la f&#233;tichisation du sexe, de la nature, du temps, de l'espace, et encore contre les formes d'organisation ob&#233;issant &#224; un cadre &#233;tatique, qui sont partie prenante de la f&#233;tichisation. On assiste &#224; une lib&#233;ration, &#224; une &#233;mancipation : il devient possible de penser et de faire des choses impossibles auparavant. La force de cette explosion, la force de cette lutte, &#233;ventre la cat&#233;gorie du Travail (ouverte par Marx mais referm&#233;e par la pratique de la tradition marxiste) et avec elle, toutes les autres cat&#233;gories de pens&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'explosion nous projette dans un monde nouveau. Elle nous projette dans un nouveau champ de bataille, caract&#233;ris&#233; par une nouvelle constellation de luttes par distinction plus ouverte. Ceci est crucial : si nous nous empressons de parler d'un nouveau mode de domination (Empire ou post-Fordisme), nous refermons des dimensions que nous nous battons par ailleurs pour maintenir ouvertes. En d'autres termes, il y a un danger r&#233;el qu'en analysant le soi-disant nouveau paradigme de domination, nous lui accordions une solidit&#233; qu'il ne m&#233;rite pas, et dont nous ne voulons certainement pas. Le tissu relativement coh&#233;rent qui existait avant l'explosion a &#233;t&#233; mis en pi&#232;ce. Il est dans l'int&#233;r&#234;t du Capital de le remettre en &#233;tat, d'&#233;tablir un nouveau mod&#232;le. L'anticapitalisme se dirige dans la direction oppos&#233;e, d&#233;chirant, &#233;largissant les failles aussi loin que possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ancienne constellation &#233;tait bas&#233;e sur l'antagonisme entre Travail et Capital, avec son cort&#232;ge de syndicats, de corporatismes, de partis, d'Etats providences, etc. Si nous avons raison de dire que la nouvelle constellation doit &#234;tre comprise comme ayant en son centre l'antagonisme entre le &lt;i&gt;faire&lt;/i&gt; et le travail abstrait, cela signifie donc qu'il faut repenser radicalement ce que veut dire anticapitalisme, ce que veut dire r&#233;volution. Toutes les pratiques et les id&#233;es &#233;tablies li&#233;es au travail abstrait deviennent questionnables : le travail, la sexualit&#233;, la nature, l'Etat, le temps, l'espace, toutes deviennent des champs potentiels de lutte.&lt;br class='autobr' /&gt;
La nouvelle constellation (en d'autres termes, la constellation qui est apparue clairement en 1968 et qui est encore aujourd'hui dans les affres de la naissance) est la constellation du &lt;i&gt;faire&lt;/i&gt; contre le travail abstrait. Ce qui signifie qu'elle est fondamentalement n&#233;gative. Le &lt;i&gt;faire&lt;/i&gt; existe dans et contre le travail abstrait : dans la mesure o&#249; il fait irruption au sein du travail abstrait mais qu'il existe aussi au-del&#224; &#8211; en tant que coop&#233;rative, que centre social, que Junta de Buen Gobierno&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Juntes de Bon Gouvernement sont les conseils &#233;tablis par les zapatistes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211;, il est toujours en danger, toujours fa&#231;onn&#233; par son antagonisme avec le travail abstrait et menac&#233; par celui-ci. D&#232;s que nous le positivons, en le consid&#233;rant comme un espace autonome, ou comme du socialisme dans un seul pays ou dans un seul centre social, ou comme une coop&#233;rative qui n'est pas en mouvement contre le capitalisme, il se convertit rapidement en son contraire. Les luttes contre le Capital se d&#233;placent rapidement et sont instables : leurs existences sont &#224; la limite de l'&#233;vanescence et ne peuvent pas &#234;tre jug&#233;es du point de vue de la positivit&#233; d'institutions.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des luttes anti-identitaires et polyphoniques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement du &lt;i&gt;faire&lt;/i&gt; contre le Travail est anti-identitaire : par cons&#233;quent, c'est le mouvement de la non-identit&#233; contre l'identit&#233;. Ceci est important pour des raisons pratiques, simplement parce que la restructuration actuelle du capital correspond &#224; une tentative d'enfermer, de canaliser les nouvelles luttes dans des identit&#233;s. Les luttes des femmes, des noirs, des indig&#232;nes, pour autant qu'elles sont maintenues dans leurs identit&#233;s respectives, ne posent aucun probl&#232;me &#224; la reproduction du syst&#232;me du travail abstrait. Au contraire, la reconsolidation du travail abstrait d&#233;pend probablement de la redistribution de ces identit&#233;s en tant qu'identit&#233;s, le recentrage des luttes autour de luttes limit&#233;es et identitaires. Le mouvement zapatiste ne lance aucun d&#233;fi au capitalisme tant qu'il reste une lutte pour les droits des indig&#232;nes : c'est quand la lutte d&#233;borde les fronti&#232;res de cette identit&#233;, quand les zapatistes affirment &lt;i&gt;&#171; nous sommes des indig&#232;nes mais nous sommes plus que &#231;a &#187;&lt;/i&gt;, quand ils disent qu'ils luttent pour refaire le monde, pour cr&#233;er un monde fond&#233; sur la reconnaissance mutuelle de la dignit&#233;, c'est alors qu'ils constituent une menace pour le capitalisme. La lutte du &lt;i&gt;faire&lt;/i&gt; est la lutte qui vise &#224; d&#233;border les cat&#233;gories f&#233;tichis&#233;es de l'identit&#233;. Nous ne nous battons pas tant pour les droits des femmes que pour un monde dans lequel la division des gens entre deux sexes (et la g&#233;nitalisation de la sexualit&#233; sur laquelle cette division est fond&#233;e) serait d&#233;pass&#233;e, pas tant pour la protection de la nature que pour une nouvelle r&#233;flexion radicale portant sur les relations entre les diff&#233;rentes formes de vie, pas tant pour les droits des migrants que pour l'abolition des fronti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour toutes ces transformations, le temps est crucial. Le temps homog&#232;ne a peut-&#234;tre &#233;t&#233; le plus important ciment de la vieille constellation, la constellation du travail abstrait, profond&#233;ment ancr&#233;e tant &#224; gauche qu'&#224; droite. Dans ce cadre, la r&#233;volution, &#224; moins de ne pouvoir &#234;tre pens&#233;e du tout, ne peut avoir lieu que dans le futur. Ceci est &#224; pr&#233;sent termin&#233;. Ce qui &#233;tait autrefois consid&#233;r&#233; comme un bin&#244;me ins&#233;parable, la &#171; r&#233;volution future &#187;, est maintenant vu comme un pur non-sens. Il est trop tard pour la r&#233;volution future. Et de toute fa&#231;on, nous reproduisons le capitalisme que nous d&#233;testons chaque jour que nous passons &#224; faire des plans sur la r&#233;volution future, de sorte que la notion de r&#233;volution future est contre-productive. La r&#233;volution est ici et maintenant ou elle n'est pas. C'&#233;tait implicite en 1968 lorsque le mouvement refusait d'attendre que le Parti d&#233;cide qu'il s'agissait du bon moment. C'est explicite dans le &lt;i&gt;&#171; Ya basta ! &#187;&lt;/i&gt; zapatiste du premier janvier 1994. Assez ! Maintenant ! Nous refusons d'&lt;i&gt;&#171; attendre que le cycle de Kondratiev&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un cycle de Kondratiev est un cycle &#233;conomique (p&#233;riode d'une dur&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;i&gt;arrive &#224; son terme &#187;&lt;/i&gt;. Nous refusons d'&lt;i&gt;&#171; attendre que le Parti ait pris le pouvoir &#187;&lt;/i&gt;. Nous voulons &#224; pr&#233;sent la r&#233;volution ici et maintenant !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que cela signifie ? Tout simplement qu'il faut une multiplicit&#233; de luttes &#224; partir du particulier, qu'il faut la cr&#233;ation d'espaces ou de moments au travers desquels nous cherchons &#224; vivre maintenant la soci&#233;t&#233; dans laquelle nous voulons vivre. Cela signifie qu'il faut cr&#233;er des fissures dans les injonctions du syst&#232;me capitaliste, des moments et des espaces dans lesquels nous affirmons que &lt;i&gt;&#171; non, nous ferons pas ce que le Capital exige de nous, nous ne ferons que ce nous consid&#233;rons comme n&#233;cessaire ou d&#233;sirable. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In&#233;vitablement, cela exige de comprendre la lutte anticapitaliste comme une multiplicit&#233; de luttes diff&#233;rentes. Et il ne s'agit pas d'une multiplication des identit&#233;s, mais du mouvement rapide de luttes anti-identitaires qui se fr&#244;lent et divergent, qui s'infectent les unes les autres et se repoussent, tel un chaos cr&#233;atif de fissures qui se multiplient, s'&#233;tendent, parfois se rebouchent avant de r&#233;appara&#238;tre et de s'&#233;tendre de nouveau. Il s'agit de la r&#233;volte polyphonique du &lt;i&gt;faire&lt;/i&gt; contre le travail abstrait. Il faut bien saisir que cette r&#233;volte ne peut &#234;tre que polyphonique : nier cette polyphonie serait la subordonner &#224; une nouvelle forme d'abstraction. Le monde que nous essayons de cr&#233;er, ce monde du &lt;i&gt;faire&lt;/i&gt; utile ou de l'activit&#233; vitale consciente doit &#234;tre un monde fait de multiples mondes. Ce qui implique, bien s&#251;r, des formes d'organisation qui cherchent &#224; articuler et respecter cette polyphonie : c'est-&#224;-dire des formes anti&#233;tatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vue de l'ext&#233;rieur et parfois m&#234;me de l'int&#233;rieur, cette polyphonie ressemble &#224; un bruit chaotique et dissonant n'ayant ni sens ni unit&#233;, tram&#233; par nul grand r&#233;cit. Mais il ne faut pas se m&#233;prendre : le grand r&#233;cit n'est plus celui d'avant 1968, mais il y en a un, comportant deux faces. Sur la premi&#232;re face de ce grand r&#233;cit, l'affirmation simple d'un refus, d'un Non, d'un &lt;i&gt;&#171; Ya basta ! &#187;&lt;/i&gt;. Sur sa seconde face se trouve la Dignit&#233; : nous vivons d'ores et d&#233;j&#224; dans le monde que nous voulons cr&#233;er, en d'autres termes : nous faisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pourrions conclure en disant que 1968 fut la crise de la classe ouvri&#232;re en tant que prose, mais aussi sa naissance en tant que po&#233;sie : la crise de la classe ouvri&#232;re en tant que travail abstrait mais aussi sa naissance en tant que &lt;i&gt;faire&lt;/i&gt; utile et cr&#233;atif. Les ann&#233;es qui viennent de s'&#233;couler nous ont montr&#233; combien il est difficile d'&#233;crire de la po&#233;sie, combien cela est difficile mais aussi &#224; quel point c'est n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;John Holloway&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1968 dans le monde&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; 1968 &#187;, ce n'est pas que Paris et le &#171; Mai fran&#231;ais &#187;. &#171; 1968 &#187; est un raccourci englobant des s&#233;ries enti&#232;res de soul&#232;vements, d'insurrections et de r&#233;volutions qui eurent lieu sur toute la plan&#232;te pendant une p&#233;riode explosive qui dura trois ann&#233;es, sans que l'on puisse en d&#233;terminer clairement ni le d&#233;but ni la fin. Aux Etats-Unis, le &#171; Summer of Love &#187; de 1967 a ouvert la voie &#224; des protestations militantes contre la guerre du Vietnam, &#224; des soul&#232;vements dans plus d'une centaine de villes et &#224; une &#233;meute ultra m&#233;diatis&#233;e lors de la convention du Parti D&#233;mocrate qui se d&#233;roulait &#224; Chicago. A Mexico, des mois d'agitation politique ne purent &#234;tre stopp&#233;s que par le massacre de Tlatelolcho, durant lequel l'arm&#233;e et la police tu&#232;rent entre 200 et 300 personnes quelques jours avant l'ouverture des Jeux Olympiques. Durant ces Jeux, deux athl&#232;tes, Tommie Smith et John Carlos firent le signe des Black Panthers sur le podium des vainqueurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Tch&#233;coslovaquie, le printemps de Prague ne prit fin que lorsque les chars russes eurent envahi le pays. Les habitants de la deuxi&#232;me plus grande ville de l'Irlande du Nord repouss&#232;rent les loyalistes et la police et d&#233;clar&#232;rent l'autonomie du Derry Libre. Il y eut des r&#233;voltes, des gr&#232;ves, des occupations et toutes sortes d'actions politiques dans d'innombrables autres pays, et notamment en Allemagne, au Pakistan, en Bolivie, en Espagne, au Japon, en Pologne, en Belgique, en Su&#232;de, au Royaume-Uni, au Br&#233;sil, au Nigeria, au S&#233;n&#233;gal, en Serbie, en Autriche, en Turquie, &#224; Hong-Kong, en Egypte, au Liban. &#171; L'automne chaud &#187; italien de 1969 marqua le d&#233;but du mouvement autonome qui dura plus d'une d&#233;cennie.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://turbulence.org.uk/turbulence-4/1968-and-doors-to-new-worlds/" class="spip_out"&gt;Original en anglais&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Qui ne peut prendre que deux formes (en l'occurrence : m&#226;le/femelle).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les Juntes de Bon Gouvernement sont les conseils &#233;tablis par les zapatistes dans leurs municipalit&#233;s autonomes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un cycle de Kondratiev est un cycle &#233;conomique (p&#233;riode d'une dur&#233;e d&#233;termin&#233;e qui correspond plus ou moins exactement au retour d'un m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne) de l'ordre de 40 &#224; 60 ans aussi appel&#233; cycle de longue dur&#233;e. Mis en &#233;vidence d&#232;s 1926 par l'&#233;conomiste Nikolai Kondratiev dans son ouvrage Les vagues longues de la conjoncture, d'o&#249; son nom.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sources&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce texte est paru en anglais dans la revue &lt;a href=&#034;http://www.turbulence.org.uk/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Turbulence&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; N&#176;4 et en fran&#231;ais dans &lt;i&gt;Archipel&lt;/i&gt; N&#176;167, janvier 2009 et N&#176;168, f&#233;vrier 2009.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une &#233;mission a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;e sur Radio Zinzine &#224; partir de cette brochure
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &gt;&lt;a href=&#034;http://www.zinzine.domainepublic.net/index.php?theurl=emmission2.php&amp;id=2446&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.zinzine.domainepublic.net/index.php?theurl=emmission2.php&amp;id=2446&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;John Holloway (1947) est un &#233;conomiste et philosophe marxiste d'origine irlandaise dont le travail est associ&#233; au mouvement zapatiste. Il r&#233;side et enseigne &#224; Puebla au Mexique depuis 1991. Des articles d'Holloway sont disponibles en fran&#231;ais sur &lt;a href=&#034;http://endehors.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://endehors.org/&lt;/a&gt; et en anglais sur &lt;a href=&#034;http://libcom.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://libcom.org/&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son livre &lt;i&gt;Changer le monde sans prendre le pouvoir : le sens de la r&#233;volution aujourd'hui&lt;/i&gt;, est paru en janvier 2008 aux Editions Syllepse, collection Utopies critiques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Petite bibliographie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Negativity and revolution : Adorno and political activism&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
John Holloway - Fernando Matamoros - Sergio Tischler, paru le 20 octobre 2008 chez Pluto Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Zapatista : reinventing revolution in Mexico&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
John Holloway - Eloina Pelaez, paru le 1er janvier 1998 chez Pluto Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cambiar el mundi sin tomar el poder&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
John Holloway, paru le 1er janvier 2003 chez Montesinos.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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