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		<title>F&#233;ministes contre la transphobie</title>
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		<dc:date>2015-07-27T13:09:34Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>FeministsFightingTransphobia</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme, (questions de) genre</dc:subject>
		<dc:subject>en stock</dc:subject>
		<dc:subject>Les Farfadettes (Nancy)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Voir les noms de f&#233;ministes de renom associ&#233;s &#224; de la transphobie nous brise le c&#339;ur.&lt;br&gt; Le f&#233;minisme transphobe ignore que de nombreuses personnes trans et genderqueer s'identifient comme f&#233;ministes et que beaucoup de f&#233;ministes cis s'identifient avec leur s&#339;urs, fr&#232;res, ami&#183;es et amant&#183;es trans ; c'est le f&#233;minisme qui les a trop souvent rejet&#233;&#183;es, et pas l'inverse.&lt;br&gt; Nous [...] voulons affirmer publiquement et ouvertement notre engagement dans un f&#233;minisme et un womanisme qui incluent les personnes trans.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique10" rel="directory"&gt;F&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;F&#233;minisme, (questions de) genre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot72" rel="tag"&gt;en stock&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot85" rel="tag"&gt;Les Farfadettes (Nancy)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L106xH150/arton1213-aa50b.jpg?1780519855' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1213.jpg?1429133466&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;D&#201;CLARATION POUR UN F&#201;MINISME ET UN WOMANISME TRANS-INCLUSIFS&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;INTRODUCTION&lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; Nous sommes fi&#232;res et fiers de pr&#233;senter une d&#233;claration collective qui est, &#224; notre connaissance (et nous adorerions nous tromper sur ce point), la premi&#232;re du genre. Dans cet article, vous trouverez une d&#233;claration de solidarit&#233; f&#233;ministe pour les droits des trans*, sign&#233;e par de nombreux-ses f&#233;ministes et womanistes &#224; travers le monde qui veulent affirmer que le f&#233;minisme et le womanisme peuvent et doivent accueillir aussi bien les personnes trans* que cis. Cette d&#233;claration a &#233;t&#233; sign&#233;e par des activistes, bloggeur-ses, universitaires, et artistes. Ce qui nous r&#233;unit est la conviction que le f&#233;minisme devrait accueillir les personnes trans* et que les personnes trans* sont essentielles &#224; la mission f&#233;ministe qu'est la d&#233;fense des femmes et des autres personnes opprim&#233;es, exploit&#233;es et marginalis&#233;es par les syst&#232;mes et les gens misogynes et patriarcaux.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si vous &#234;tes bloggeur-euse, &#233;crivain-e, universitaire, &#233;ducateur-rice, artiste, activiste ou simplement en position d'infl&#233;chir les actions et discours f&#233;ministes et womanistes et que vous souhaitez signer cette d&#233;claration, pr&#233;venez-nous ! Vous pouvez [vous rendre sur le site internet &#224; l'adresse : &lt;a href=&#034;https://feministsfightingtransphobia.wordpress.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://feministsfightingtransphobia.wordpress.com&lt;/a&gt; , et suivre l'une des diff&#233;rentes proc&#233;dures indiqu&#233;es]. [&#8230;]&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Lire les noms de f&#233;ministes de renom associ&#233;s &#224; de la transphobie nous brise le c&#339;ur, mais comme Joe Hill le disait : &#171; Ne portez pas le deuil ; organisez-vous ! &#187;&lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;UNE D&#201;CLARATION POUR UN F&#201;MINISME ET UN WOMANISME TRANS*-INCLUSIFS&lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous, universitaires, &#233;crivain-es, artistes et &#233;ducateur-rices trans* et cis qui signons ce texte, voulons affirmer publiquement et ouvertement notre engagement dans un f&#233;minisme et un womanism&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le womanism est un mouvement par et pour les femmes racis&#233;es qui refusent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui incluent les personnes trans*.&lt;br&gt; Il y a eu une augmentation notoire de la transphobie dans la production f&#233;ministe cet &#233;t&#233; [2013] : le livre &#224; para&#238;tre de Sheila Jeffreys publi&#233; par Routledge ; la lettre de menaces anonyme envoy&#233;e &#224; Dallas Denny apr&#232;s qu'elle et Jamison Green aient &#233;crit &#224; Routledge &#224; propos de leurs r&#233;serves quant &#224; ce livre ; et, enfin, la d&#233;claration &#171; Forbidden Discourse : The Silencing of Feminist Critique of &#8216;Gender' &#187; [Discours interdit : les critiques f&#233;ministes du &#8220;genre&#8221; pass&#233;es sous silence], qui a r&#233;cemment beaucoup circul&#233; et a &#233;t&#233; sign&#233;e par nombre de f&#233;ministes c&#233;l&#232;bres dont le fourvoiement, que nous regrettons, a &#233;t&#233; particuli&#232;rement not&#233;. Et tout cela se passe dans un climat de virulente transphobie mainstream faisant suite &#224; la fois &#224; la couverture du proc&#232;s de Chelsea Manning et de l'affirmation de son identit&#233; de genre qui a suivi, et aux meurtres r&#233;cents de jeunes femmes trans racis&#233;es telles qu'Islan Nettles et Domonique Newburn ; ces meutres s'incluent dans une longue histoire de violences envers les femmes trans de couleur. &#201;tant donn&#233;s ces &#233;v&#233;nements, il est important que nous nous exprimions en faveur des f&#233;minismes et womanismes qui soutiennent les personnes trans*.&lt;br&gt; Nous sommes engag&#233;-es &#224; la reconnaissance et au respect de la construction complexe des identit&#233;s de genre et de sexe ; &#224; la reconnaissance des femmes trans* comme femmes et &#224; leur inclusion dans tous les espaces pour femmes ; &#224; la reconnaissance des hommes trans* comme hommes et au rejet des r&#233;cits de masculinit&#233; qui les excluent ; &#224; la reconnaissance des personnes non-binaires et genderqueer et &#224; l'acceptation de leur humanit&#233; ; &#224; l'exigence de recherches et d'analyses sur le genre, le sexe, et la sexualit&#233; qui soient rigoureuses, bienveillantes et nuanc&#233;es, qui acceptent les personnes trans* comme expertes de leurs propres exp&#233;riences et qui comprennent que la l&#233;gitimit&#233; de leurs vies n'est pas ouverte au d&#233;bat ; et, enfin, au combat contre les id&#233;ologies s&#339;urs que sont la transphobie et le patriarcat et contre toutes les manifestations de ces id&#233;ologies.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le f&#233;minisme transphobe ignore que de nombreuses personnes trans* et genderqueer s'identifient comme f&#233;ministes et que beaucoup de f&#233;ministes cis s'identifient avec leur s&#339;urs, fr&#232;res, ami&#183;es et amant&#183;es trans* ; c'est le f&#233;minisme qui les a trop souvent rejet&#233;&#183;es, et pas l'inverse. Le f&#233;minisme transphobe ignore les pressions historiques exerc&#233;es par les professions m&#233;dicales sur les personnes trans* pour se conformer &#224; des st&#233;r&#233;otypes de genre rigides afin de se voir &#8220;offrir&#8221; l'aide m&#233;dicale &#224; laquelle ils et elles ont droit en tant qu'&#234;tres humains. En posant &#171; la femme &#187; comme une identit&#233; coh&#233;rente et stable dont ils et elles s'autorisent &#224; d&#233;finir les limites, les f&#233;ministes transphobes rejettent les apports des analyses intersectionnelles, subordonnant toutes les autres identit&#233;s &#224; celle de &#171; la femme &#187; et toutes les oppressions au patriarcat. Ils et elles refusent de reconna&#238;tre leur propre pouvoir et privil&#232;ges.&lt;br&gt; Nous reconnaissons que des f&#233;ministes transphobes ont menac&#233;, et us&#233; de violences contre, des personnes trans* et leurs partenaires et nous condamnons de tels comportements. Nous reconnaissons que la rh&#233;torique transphobe a des effets profond&#233;ment n&#233;fastes sur les vies r&#233;elles des personnes trans ; en t&#233;moigne l'emprisonnement de Cece McDonald dans un &#233;tablissement pour hommes. Nous reconnaissons de plus la violence particuli&#232;re que la transphobie cause aux personnes trans* racis&#233;es lorsqu'elle se combine avec le racisme, et la violence qu'il encourage.&lt;br&gt; Quand des f&#233;ministes excluent des femmes trans* de centres d'h&#233;bergement et d'accueil pour femmes, ces femmes trans* sont laiss&#233;es vuln&#233;rables aux formes les plus extr&#234;mes d'abus et de violences misogynes, que ce soit dans les refuges pour hommes, dans les rues, ou dans des foyers violents. Quand des f&#233;ministes demandent &#224; ce que les femmes trans* soient exclues de toilettes pour femmes et que les personnes genderqueer aient &#224; choisir des toilettes binaires, elles et ils rendent la participation dans la sph&#232;re publique pratiquement impossible, collaborant avec une rigidit&#233; des identit&#233;s de genre contre lequel le f&#233;minisme s'est historiquement battu, et &#233;rigent une autre barri&#232;re &#224; l'emploi. Quand des f&#233;ministes enseignent la transphobie, cela &#233;loigne les &#233;tudiant-e-s trans* de l'&#233;ducation et des opportunit&#233;s qu'elle fournit.&lt;br&gt; Nous rejetons &#233;galement l'id&#233;e selon laquelle les critiques de la transphobie par les activistes trans* &#171; fassent taire &#187; qui que ce soit. &#171; Critiquer &#187; n'est pas la m&#234;me chose que &#171; faire taire &#187;. Nous reconnaissons que l'accent mis r&#233;cemment sur des soi-disant rh&#233;toriques violentes et des menaces venant, selon les f&#233;ministes transphobes, de femmes trans* sur internet ignore plus de quarante ans d'histoire de rh&#233;toriques violentes et &#233;liminationnistes dirig&#233;es par des f&#233;ministes reconnues contre les femmes trans*, les hommes trans* et les personnes genderqueer. C'est faire l'impasse sur la strat&#233;gie assum&#233;e de certain-es f&#233;ministes anti-trans* bien connues qui s'engagent dans un harc&#232;lement et des provocations assum&#233;-es et persistant-es envers les personnes trans* et plus particuli&#232;rement les femmes trans* dans l'espoir de provoquer des r&#233;ponses pleines de col&#232;re qui sont ensuite utilis&#233;es pour pr&#233;senter les femmes trans* comme oppressives et les f&#233;ministes femmes cis comme des victimes. C'est faire l'impasse sur l'outing de femmes trans* dans lequel certain-es f&#233;ministes transphobes se sont engag&#233;es, sans consid&#233;ration pour les d&#233;g&#226;ts que cela provoque dans la vie de ces femmes ni les risques que cela leur fait courir. Et cela repose sur la rh&#233;torique pernicieuse de la culpabilit&#233; collective, utilisant n'importe quel exemple soit de rh&#233;torique violente, quelle qu'en soit la source, soit de col&#232;re l&#233;gitime de n'importe quelle femme trans*, afin de condamner l'ensemble des femmes trans* et de justifier le maintien de leurs exclusions et le refus de leurs droits.&lt;br&gt; Que l'on soit cis, trans*, binaires ou genderqueer, nous ne laisserons pas les discours f&#233;ministes et womanistes r&#233;gresser ou stagner ; nous allons approfondir notre compr&#233;hension du genre, du sexe, et de la sexualit&#233; &#224; travers les disciplines universitaires, les activit&#233;s militantes, les expressions artistiques, etc. Bien que nous respections les immenses accomplissements et les dures batailles men&#233;es par les activistes des ann&#233;es 60 et 70, nous savons qu'elles et ils ne sont pas infaillibles et que le progr&#232;s ne peut pas s'arr&#234;ter avec elles/eux si nous voulons garder notre honn&#234;tet&#233; intellectuelle, notre &#233;thique et notre efficacit&#233; politique. Plus important encore, nous reconnaissons que les th&#233;ories ne sont pas plus importantes que les vraies vies des gens ; nous rejetons toute th&#233;orie du genre, du sexe, ou de la sexualit&#233; qui r&#233;clamerait de sacrifier les int&#233;r&#234;ts de n'importe quel groupe marginalis&#233; ou opprim&#233;.&lt;br&gt; Les personnes comptent plus que la th&#233;orie.&lt;br&gt; Nous nous engageons &#224; inclure les vies des personnes trans* dans nos cours, nos &#233;crits, et nos recherches.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
***&lt;br class='autobr' /&gt;
La liste des 900 signataires (environ) de cette d&#233;claration est consultable &#224; l'adresse internet suivante : &lt;br&gt; &lt;a href=&#034;https://feministsfightingtransphobia.wordpress.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://feministsfightingtransphobia.wordpress.com&lt;/a&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;NOUS NE SOUHAITONS PAS D&#201;BATTRE, MAIS METTRE LA SOLIDARIT&#201; EN ACTION.&lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [...]&lt;br&gt; L'engouement suscit&#233; par cette d&#233;claration a &#233;t&#233; surprenant ! 890 f&#233;ministes et womanistes, individu-es et groupes, ont fait savoir qu'elles et ils ne tol&#233;reraient pas de transphobie dans leur f&#233;minisme et leur womanisme (m&#234;me si nous souhaitons pr&#233;ciser que le womanisme n'a pas un pass&#233; aussi lourdement charg&#233; sur ce point, pour autant qu'on sache), et ont prouv&#233; que contrairement &#224; ce qui a souvent &#233;t&#233; r&#233;p&#233;t&#233;, les f&#233;ministes transphobes ne parlent qu'au nom d'une petite minorit&#233; de f&#233;ministes. Les r&#233;actions ont &#233;t&#233; si massives que les f&#233;ministes transphobes ont d&#251; prendre acte et r&#233;agir &#224; leur fa&#231;on, via une diatribe sign&#233;e Elizabeth Hungerford r&#233;prouvant la d&#233;claration. Depuis, nous avons eu vent d'une certaine curiosit&#233; sur la fa&#231;on dont nous allions y r&#233;pondre.&lt;br&gt; Eh bien, &#224; dire vrai, nous n'allons tout simplement pas y r&#233;pondre.&lt;br&gt; Nous ne sommes pas interess&#233;-es par un d&#233;bat avec les f&#233;ministes transphobes. Nous ne sommes pas int&#233;ress&#233;-es &#224; ouvrir un dialogue avec elles et eux. En dehors du fait que &#231;a ne serait rien d'autre qu'une perte de temps, ce n'est ni le moment ni l'endroit pour &#231;a. Et voici pourquoi :&lt;br&gt; 1) Pour autant que nous [&#8230;] sachions, rien dans cette d&#233;claration n'est sujet &#224; d&#233;bat. Il n'y a pas de d&#233;bat &#224; avoir. Nous ne d&#233;battrons pas plus avec quelqu'un-e qui clamerait que les identit&#233;s des personnes trans ne sont pas l&#233;gitimes ou qu'elles n'ont pas droit au respect de leurs vies [...] qu'avec quelqu'un-e qui clamerait que les orientations sexuelles lesbiennes et gaies &#171; ne sont pas naturelles &#187;.&lt;br&gt; 2) Les f&#233;ministes transphobes n'ont pas pu d&#233;montr&#233; qu'elles et ils repr&#233;sentent (ou tout du moins qu'elles et ils repr&#233;sentent encore) un segment suffisamment significatif du f&#233;minisme pour qu'il y ait n&#233;cessit&#233; &#224; d&#233;bat. Leur diatribe a &#233;t&#233; sign&#233;e par 37 th&#233;oriciennes et &#233;crivaines f&#233;ministes, dont certaines ont &#233;t&#233; &#224; la t&#234;te du mouvement. Mais malgr&#233; leur tentative [&#8230;] de se forger une authenticit&#233; et une autorit&#233; politiques en invoquant leur statut de militantes des ann&#233;es 60 et 70, elles n'ont pas cette autorit&#233;. Nous ne consid&#233;rons pas que leur texte soit significatif. [...]&lt;br&gt; 3) Les f&#233;ministes transphobes ont parl&#233; de mani&#232;res si viles et ignobles des personnes trans*, et des femmes trans en particulier, et ont &#233;t&#233; si condescendantes &#224; l'&#233;gard des femmes cis qui les soutiennent, que nous n'avons aucune intention de nous engager dans une discussion avec qui que ce soit ayant parl&#233; ainsi, &#224; moins qu'elle ou il ne r&#233;fute et d&#233;savoue publiquement ce type de rh&#233;torique et les personnes qui l'emploie. Celle d'entre nous qui est une femme cis ne discutera pas avec qui que ce soit cherchant &#224; la discr&#233;diter en la qualifiant de &#171; servante du patriarcat &#187; ou en lui disant qu'elle &#171; souffre du syndrome de Stockholm &#187;. [...]&lt;br&gt; 4) Enfin, et c'est le plus important : CETTE D&#201;CLARATION NE LEUR EST PAS ADRESS&#201;E. Elle ne leur est pas destin&#233;e. Nous ne sommes pas interess&#233;-es par leurs r&#233;actions &#224; son propos. Cette d&#233;claration est r&#233;dig&#233;e pour nous. Elle est destin&#233;e aux personnes trans* afin d'affirmer leur droit &#224; &#234;tre f&#233;ministes et womanistes, si elles et ils leur veulent ; elle est destin&#233;e aux f&#233;ministes cis, afin de pr&#233;senter des excuses pour ce que des f&#233;ministes ont pu faire aux personnes trans au nom du mouvement ; elle est destin&#233;e aux f&#233;ministes trans* et cis, pour dire que nous sommes fermement et totalement en d&#233;saccord avec les f&#233;ministes transphobes , et pour dire que les personnes trans* peuvent trouver refuge et accueil au sein de ce mouvement, si elles le veulent ; elle est destin&#233;e aux f&#233;ministes qui ne veulent pas laisser parler les transphobes en leur nom. &#192; la vue de l'engouement suscit&#233; par cette d&#233;claration, il semblerait que nous ayons atteint le lectorat que nous visions.&lt;br&gt; Honn&#234;tement, on ne pourrait pas se pr&#233;occuper moins de ce que les f&#233;ministes transphobes ont &#224; dire sur cette d&#233;claration.&lt;br&gt; Si nous voulons que le f&#233;minisme soutienne les personnes/combats trans, chacun-e de nous peut agir individuellement &#224; sa fa&#231;on pour transformer ce souhait en r&#233;alit&#233; [&#8230;]. Mais au moins une d'entre nous a &#233;t&#233; &#233;lev&#233;e en croyant que les probl&#232;mes syst&#233;miques n&#233;cessitent des solutions collectives. Alors la question est : et maintenant ? Quel aspect de la transphobie syst&#233;mique &#8212;que ce soit au sein du f&#233;minisme ou dans le monde en g&#233;n&#233;ral&#8212; devrait &#234;tre notre priorit&#233; ? Et pour &#231;a, nous avons besoin d'entendre nos lectrices-eurs d&#233;sir&#233;-es. O&#249; est-ce que vous pensez que nous, cis et trans*, pourrions faire le plus de bien et &#234;tre les plus efficaces ? Comment pouvons-nous utiliser la solidarit&#233; fantastique que cette d&#233;claration a suscit&#233;, et la transformer en une campagne coordonn&#233;e ?&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="https://feministsfightingtransphobia.wordpress.com" class="spip_out"&gt;Feminists Fighting Transphobia&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le womanism est un mouvement par et pour les femmes racis&#233;es qui refusent d'&#234;tre associ&#233;es au mot &#8220;f&#233;minisme&#8221; en raison du racisme que l'on y retrouve bien trop souvent.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ces textes, publi&#233;s en 2013, sont disponibles en V.O. sur le site internet :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://feministsfightingtransphobia.wordpress.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://feministsfightingtransphobia.wordpress.com&lt;/a&gt;&lt;br&gt;
La d&#233;claration y figure en anglais, en fran&#231;ais, en hongrois, en norv&#233;gien, en portugais, en russe et en serbo-croate.&lt;br&gt;
Couverture : artwork DIY &#224; partir de dessins de Shia Chama &amp; Suzy X.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Manuel de la Justici&#232;re Lesbienne</title>
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		<dc:date>2015-06-09T18:41:01Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lesbian Avengers</dc:creator>


		<dc:subject>en stock</dc:subject>
		<dc:subject>Les Farfadettes (Nancy)</dc:subject>
		<dc:subject>Queer, transp&#233;d&#233;bigouines</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Apr&#232;s une premi&#232;re traduction parue dans les ann&#233;es 1990, voici enfin la seconde &#233;dition fran&#231;aise revue, augment&#233;e et num&#233;ris&#233;e du Manuel de la Justici&#232;re Lesbienne, initialement publi&#233; par les Lesbian Avengers en 1993 (et r&#233;vis&#233; en 2011)... Un t&#233;moignage historique d'une p&#233;riode cl&#233; pour l'activisme lesbien, et un guide qui ne demande qu'&#224; &#234;tre remis en pratique !&lt;br&gt;
EXPRIME TA COL&#200;RE ! PRENDS TA REVANCHE ! REJOINS LES JUSTICI&#200;RES LESBIENNES ET REJOINS LA R&#201;BELLION. ON RECRUTE.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique19" rel="directory"&gt;M&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot125" rel="tag"&gt;Queer, transp&#233;d&#233;bigouines&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L103xH150/arton1214-22ed8.jpg?1780519855' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='103' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1214.jpg?1429683710&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cette brochure est publi&#233;e ici avant tout pour l'int&#233;r&#234;t qu'elle pr&#233;sente d'un point de vue historique, dans la mesure o&#249; les Lesbian Avengers ont constitu&#233; un r&#233;seau de groupes militants lesbiens relativement cons&#233;quent et actif dans les ann&#233;es 1990.&lt;br&gt; &lt;br&gt;
Les conseils pratiques du manuel sont pour leur part &#224; trier et &#224; adapter aux diff&#233;rents contextes de lutte et aux diff&#233;rentes strat&#233;gies que l'on peut choisir d'adopter au sein de tel ou tel groupe militant, ou lors de telle ou telle action ponctuelle... On peut pr&#233;f&#233;rer les actions clandestines ou les manifestations au grand jour, on peut privil&#233;gier l'&#233;clat des supports vid&#233;os ou pr&#233;f&#233;rer pr&#233;server &#224; coup s&#251;r l'anonymat des participantes, on peut choisir d'organiser les r&#233;unions et de prendre les d&#233;cisions le plus horizontalement possible ou accepter certaines contraintes de majorit&#233;, etc. Chaque activiste et chaque groupe piochera dans ce manuel ce qui lui plaira, et adaptera les diff&#233;rents conseils &#224; ses propres priorit&#233;s et enjeux... L'essentiel restant, encore et toujours, de faire la r&#233;volution &#192; SA FA&#199;ON...&lt;br&gt; &lt;br&gt;
N'h&#233;sitez surtout pas &#224; t&#233;l&#233;charger la brochure ! Vous y trouverez plus de 50 pages d'annexes exclusives ! Avec mod&#232;les, flyers, affiches, communiqu&#233;s, etc.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s une premi&#232;re traduction parue dans les ann&#233;es 90, voici enfin la &lt;strong&gt;seconde &#233;dition fran&#231;aise&lt;/strong&gt; revue, augment&#233;e et num&#233;ris&#233;e du &lt;strong&gt;Manuel de la Justici&#232;re Lesbienne&lt;/strong&gt;, initialement publi&#233; par les &lt;strong&gt;Lesbian Avengers&lt;/strong&gt; en 1993 (et r&#233;vis&#233; en 2011)... Un t&#233;moignage historique d'une p&#233;riode cl&#233; pour l'activisme lesbien, et un guide qui ne demande qu'&#224; &#234;tre remis en pratique !&lt;br&gt;
Vous trouverez ci-dessous le texte des 30 premi&#232;res pages du Manuel de la Justici&#232;re Lesbienne, ainsi que quelques extraits des annexes. Dans la version PDF, vous trouverez en plus &lt;strong&gt;50 pages d'annexes exclusives&lt;/strong&gt;, avec mod&#232;les, flyers, affiches, communiqu&#233;s, etc.&lt;br&gt;
N'h&#233;sitez pas &lt;strong&gt;&#224; la t&#233;l&#233;charger &lt;/strong&gt; pour une lecture plus compl&#232;te !&lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;LE MANUEL DE LA JUSTICI&#200;RE LESBIENNE&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un guide pratique pour faire la r&#233;volution &#224; sa fa&#231;on !&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;* seconde &#233;dition fran&#231;aise *&lt;br&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;SOMMAIRE&lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;
Pr&#233;face&lt;br&gt;
Introduction&lt;br&gt;
R&#233;unions&lt;br&gt; Planifier une Action&lt;br&gt;
Liste Pr&#233;liminaire des T&#226;ches&lt;br&gt;
Graphisme / Visuels&lt;br&gt;
Identifier les Ressources&lt;br&gt;
Audio : Fanfares&lt;br&gt;
Arbre &#224; T&#233;l&#233;phones / Mailing Lists&lt;br&gt;
Tractage &amp; Collage&lt;br&gt;
R&#233;seaux / Contacts&lt;br&gt;
Collecte de fonds&lt;br&gt;
Argent / Factures&lt;br&gt;
M&#233;dias&lt;br&gt;
Vid&#233;o&lt;br&gt;
Service d'ordre&lt;br&gt;
Soutien Juridique&lt;br&gt;
Police &amp; Autorisations&lt;br&gt;
Avocates&lt;br&gt;
T&#233;moins Juridiques&lt;br&gt;
Annexe 1 : R&#233;solution de Conflit&lt;br&gt;
Annexe 2 : Logos, Mod&#232;les &amp; Formulaires &#224; reproduire&lt;br&gt;
Annexe 3 : Affiches, Flyers &amp; Communiqu&#233;s des New York Avengers&lt;br&gt;
Annexe 4 : Contacts M&#233;diatiques&lt;br&gt;
Cr&#233;dits&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;strong&gt;PR&#201;FACE&lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;i&gt;N&#233;es en 1992 dans la ville de New York, les Justici&#232;res Lesbiennes sont rapidement devenues un mouvement de grande ampleur, avec plus de cinquante sections &#224; travers le monde. Luttant sur tous les fronts pour la survie et la visibilit&#233; des lesbiennes, les Justici&#232;res Lesbiennes ont milit&#233; pour des programmes scolaires dans lesquels seraient int&#233;gr&#233;s des enseignements sur les vies des lesbiennes, ont envahi des stations de TV et de radio homophobes, ont arpent&#233; les &#201;tats-Unis lors des Marches des Fiert&#233;s, ont l&#226;ch&#233; des arm&#233;es de criquets vengeurs sur les minist&#232;res impies, ont int&#233;gr&#233; des d&#233;fil&#233;s populaires, et ont march&#233; en masse de Washington, DC &#224; La Nouvelle Orl&#233;ans, en passant par Vancouver et Londres. Nous avons &#233;galement amen&#233; le militantisme homo l&#224; o&#249; on l'avait rarement vu auparavant, au c&#339;ur des politiques int&#233;rieures des &#201;tats ruraux, combattant avec succ&#232;s les lois anti-homos en Idaho.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;Deux d&#233;cennies plus tard, il est temps de partager l'histoire et les techniques des Justici&#232;res Lesbiennes avec les nouvelles g&#233;n&#233;rations. Tout ce dont vous avez besoin pour renverser vos ennemis et initier vos amies, c'est d'audace, de cr&#233;ativit&#233; et d'organisation. L'action politique n'est pas r&#233;serv&#233;e aux &#233;lites riches et influentes. Votre ville et votre pays vous appartiennent. En utilisant le pouvoir de la rue et de l'action directe, vous pourrez faire entendre votre voix m&#234;me si aucun lobby ne d&#233;fend vos droits ou qu'aucun parti ne vous repr&#233;sente.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;Dans cet esprit, je suis heureuse de vous pr&#233;senter la troisi&#232;me &#233;dition du &lt;strong&gt;Manuel de la Justici&#232;re Lesbienne : un guide pratique pour faire la r&#233;volution &#224; sa fa&#231;on&lt;/strong&gt;. Les fautes de frappe ont &#233;t&#233; corrig&#233;es, et les nouvelles technologies ont &#233;t&#233; prises en compte et int&#233;gr&#233;es afin de nous faire entrer dans le 21&#232;me si&#232;cle.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;Alors mettons nous au boulot. Faisons des ravages. Prenons notre revanche.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211;Kelly Cogswell,&lt;br class='autobr' /&gt;
Lesbian Avenger Documentary Project,&lt;br class='autobr' /&gt;
le 24 juillet 2011.&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt; INTRODUCTION &lt;/strong&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les Justici&#232;res Lesbiennes forment un groupe d'action directe qui utilise l'activisme populaire pour lutter pour la survie et la visibilit&#233; lesbiennes. Notre objectif est d'identifier et de promouvoir les perspectives et probl&#233;matiques lesbiennes tout en donnant de la force aux lesbiennes et en leur permettant de devenir des militantes exp&#233;riment&#233;es pouvant prendre part &#224; la r&#233;bellion politique. Apprendre des techniques et inventer des strat&#233;gies ensemble sont au c&#339;ur de notre existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Au sein de la communaut&#233; lesbienne, il existe une large palette d'opinions sur le type de strat&#233;gies &#224; employer. Certaines personnes veulent participer &#224; des th&#233;rapies de groupe. Certaines personnes veulent travailler sur la r&#233;forme juridique et &#233;lectorale. En tant que groupe activiste d'action directe, les Justici&#232;res Lesbiennes ne conviennent pas &#224; tout le monde, et c'est bien ainsi. Il s'agit d'un groupe destin&#233; aux femmes qui veulent s'impliquer dans l'activisme, travailler en commun, &#234;tre cr&#233;atives, faire le sale boulot, prendre des responsabilit&#233;s r&#233;guli&#232;rement, ouvrir en grand leurs yeux, faire radicalement travailler leur esprit, faire &#233;voluer leurs opinions et partager leurs capacit&#233;s d'organisation. D'autres strat&#233;gies sont tout aussi valables, mais la raison de vivre des Justici&#232;res est l'action directe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les Justici&#232;res Lesbiennes ont &#233;t&#233; fond&#233;es en juin 1992 par six activistes politiques exp&#233;riment&#233;es. Elles avaient en vue de fonder un activisme lesbien populaire dans le but, au-del&#224; de la visibilit&#233;, de b&#226;tir un mouvement plus large. &#192; la Gay Pride cette ann&#233;e, ces six l&#224; ont distribu&#233; 8000 cartes vertes fluo de l'association qui disaient : &#171; Lesbiennes ! Gouines ! Femmes Homosexuelles ! Nous voulons la revanche et nous la voulons tout de suite. &#187; Cinquante lesbiennes sont venues &#224; la premi&#232;re r&#233;union. Depuis, un nombre croissant de lesbiennes a rejoint les Justici&#232;res dans un esprit de coop&#233;ration, de compromis et de souplesse dans le but de construire une communaut&#233; d'habiles organisatrices politiques engag&#233;es dans l'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Dans la suite de ce guide, vous trouvez des informations concr&#232;tes sur la fa&#231;on d'organiser un groupe d'action directe. Plus vos structures seront efficaces, plus vos membres seront motiv&#233;es &#224; faire un travail cr&#233;atif et imaginatif. Nous avons laiss&#233; de l'espace dans les marges tout au long de ce manuel pour que vous puissiez ajouter vos propres id&#233;es, inspirations et listes de vos contacts. En avant les meufs !&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;strong&gt;R&#201;UNIONS&lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; Si vous voulez la revanche, organisez une r&#233;union. Une r&#233;union est la premi&#232;re &#233;tape d'une vie faite de vengeance et un &#233;l&#233;ment essentiel dans l'organisation des Justici&#232;res Lesbiennes. Les r&#233;unions sont un bon moyen pour &#233;changer des informations et pour apprendre &#224; conna&#238;tre d'autres lesbiennes. C'est le bon moment pour rendre compte des actions pass&#233;es et &#224; venir, pour s'&#233;changer les nouvelles, et pour s'inscrire aux commissions. Les membres des commissions se voient en dehors de la r&#233;union g&#233;n&#233;rale pour planifier et organiser les actions et en font alors le compte-rendu &#224; tout le groupe pour un vote. Une animatrice, arm&#233;e de l'ordre du jour de la r&#233;union, fera en sorte que les choses avancent et que les participantes restent concentr&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Souvent, nous commen&#231;ons la r&#233;union en faisant un tour de table des participantes et en invitant chaque gouine &#224; se pr&#233;senter. Quelquefois nous finissons en reprenant le tour de table pour que chaque femme puisse annoncer de quelles t&#226;ches elle aura la responsabilit&#233; durant la semaine &#224; venir. Dans l'espoir que chacune dans la pi&#232;ce aura pris sa part de responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Dans l'id&#233;e, on essaye de travailler de mani&#232;re suffisamment efficace pour que les r&#233;unions durent le moins longtemps possible, tout en donnant du temps aux participantes pour discuter de mani&#232;re productive des strat&#233;gies politiques et de la cr&#233;ation de l'action. Dans la mesure o&#249; les d&#233;tails sont d&#233;ball&#233;s et d&#233;cortiqu&#233;s dans les r&#233;unions des commissions et que c'est l&#224; aussi que s'expriment les d&#233;lires cr&#233;atifs, le r&#244;le de l'animatrice est crucial pour &#233;viter la dispersion au moment de la r&#233;union g&#233;n&#233;rale.&lt;br&gt; Les animatrices sont des participantes volontaires et restent habituellement en exercice quatre semaines. Nous organisons un stage de formation &#224; la gestion des r&#233;unions tous les deux ou trois mois, et des femmes sans exp&#233;rience ne peuvent &#234;tre animatrices sans avoir suivi ce stage. Nous demandons aussi &#224; la personne qui anime des r&#233;unions pour la premi&#232;re fois d'inviter quelqu'une de plus exp&#233;riment&#233;e &#224; s'asseoir pr&#232;s d'elle pour l'aider pendant les premi&#232;res semaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L'animatrice est responsable de la tenue de l'ordre du jour &#224; chaque r&#233;union. Mais plus important encore, elle doit cr&#233;er une bonne ambiance de travail efficace et respectueuse. Si parfois certaines personnes sont impr&#233;cises ou inexp&#233;riment&#233;es, l'animatrice doit les &#233;couter attentivement et essayer de centrer la discussion autour de propositions sp&#233;cifiques adapt&#233;es &#224; l'action. Si certaines personnes arrivent &#224; la r&#233;union dans un &#233;tat d'esprit rigide ou n&#233;gatif, l'animatrice doit disperser la tension et s'assurer que la r&#233;union des Justici&#232;res reste un lieu de libre &#233;change d'id&#233;es &lt;i&gt;(des conseils pour la r&#233;solution des conflits sont disponibles dans l'annexe 1, p. 28)&lt;/i&gt;. Chacune doit avoir la possibilit&#233; d'exprimer son point de vue sans &#234;tre agress&#233;e et avoir suffisamment de place pour approfondir ses id&#233;es. Nos r&#233;unions doivent rester souples et g&#233;n&#233;rer de la pens&#233;e cr&#233;atrice. C'est le boulot de l'animatrice de garder une dynamique de groupe et d'encourager les participantes &#224; faire des suggestions concr&#232;tes, &#224; proposer des alternatives et &#224; prendre leurs responsabilit&#233;s quant &#224; leurs id&#233;es. Elle doit s'assurer que les propositions soient pr&#233;sent&#233;es de mani&#232;re &#224; permettre au plus grand nombre de Justici&#232;res de s'impliquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L'animatrice devrait tenir un ordre du jour centr&#233; sur les affaires les plus importantes, et garder pour la fin les annonces et les &#233;changes de savoirs. Elle doit veiller au bon d&#233;roulement de la r&#233;union et &#224; ce que les participantes restent concentr&#233;es sur les t&#226;ches &#224; accomplir. Habituellement, la discussion en tant que telle ne doit pas durer plus de dix &#224; quinze minutes, au bout desquelles l'animatrice peut proposer &#224; l'assembl&#233;e de voter ou de poursuivre la discussion plus en profondeur. Si elle voit que les participantes commencent &#224; se r&#233;p&#233;ter, elle peut demander si personne n'a rien de nouveau &#224; ajouter. &lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;PLANIFIER UNE ACTION &lt;/strong&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt; Une action a pour but de faire conna&#238;tre nos revendications, de provoquer des changements et d'impliquer autant de lesbiennes que possible dans tous les aspects organisationnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Quand des Justici&#232;res ont une id&#233;e d'action, elles peuvent en faire part au groupe de deux fa&#231;ons. Elles peuvent proposer aux autres une action pr&#233;cise d&#233;j&#224; d&#233;finie ou bien elles peuvent n'avoir qu'une vague id&#233;e et faire circuler une feuille &lt;i&gt;(voir annexe 2, p. 32)&lt;/i&gt; sur laquelle s'inscriront les personnes int&#233;ress&#233;es par le projet. Celles qui se sont inscrites se r&#233;unissent dans une commission &#224; part et reviennent vers le groupe entier avec une proposition &#233;labor&#233;e. Ainsi la discussion en grand groupe se basera sur une proposition concr&#232;te, cr&#233;ant ainsi un cadre pour un d&#233;bat plus constructif et satisfaisant, orient&#233; vers le c&#244;t&#233; pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Une fois le plan d'action approuv&#233; par les Justici&#232;res, la commission s'attelle &#224; la concr&#233;tisation du projet. C'est en commission que peuvent &#233;clore toutes les id&#233;es brillantes et d&#233;jant&#233;es. Chaque commission de planification d'action n&#233;cessite deux coordinatrices charg&#233;es de suivre toutes celles qui se sont engag&#233;es &#224; des t&#226;ches, et de r&#233;guli&#232;rement rendre compte des avanc&#233;es au grand groupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les coordinatrices doivent s'assurer que leur commission se pose les questions suivantes :&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;strong&gt;Id&#233;es g&#233;n&#233;rales :&lt;/strong&gt; Quel est le but de cette action ? Qui essayons-nous d'atteindre ? Quel est notre message ?&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;strong&gt;Logistique :&lt;/strong&gt; Quels sont le moment, la date, le lieu et la dur&#233;e de l'action ? Ces choix ont-ils un sens li&#233; aux buts et au message de l'action ? De quel espace disposons-nous ? L'action se d&#233;roulera-t-elle dedans ou dehors ? Risquons-nous d'&#234;tre bloqu&#233;es quelque part ? O&#249; sont les entr&#233;es et les sorties ? Risquons-nous d'&#234;tre confront&#233;es &#224; des agents de s&#233;curit&#233; ? L'action aura-t-elle lieu dans un endroit public ou priv&#233; ? La rue est-elle assez large pour d&#233;rouler des banderoles ? Il faut faire une reconnaissance des lieux aussi t&#244;t que possible. Combien y-aura-t-il de participantes ? Est-ce que ce seront uniquement des Justici&#232;res ? Uniquement des Lesbiennes ? Est-ce ouvert &#224; tou-tes ? De quels supports et mat&#233;riels avons-nous besoin ? Qui les transportera sur les lieux de l'action, et qui les ram&#232;nera ?&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;strong&gt;Tactiques : &lt;/strong&gt; Quel type d'action pr&#233;parons-nous : symbolique, zap/perturbation ou p&#233;dagogique ? &#201;viter &#224; tout prix les vieilles tactiques d&#233;pass&#233;es. Crier des slogans, faire uniquement des piquets de gr&#232;ve et tous les autres trucs du genre, &#231;a n'a plus d'impact. Rester debout, passivement, &#224; &#233;couter des discours est ennuyeux et ne donne de force &#224; personne. Trouvez des tactiques innovantes, audacieuses et participatives, qui soient coh&#233;rentes avec la sp&#233;cificit&#233; de votre action. Les Justici&#232;res de New York ont occup&#233; des lieux durant des nuits enti&#232;res, ont surpris des politiciens par des intrusions &#233;claires os&#233;es dans le hall de l'h&#244;tel Plaza, ont envahi les bureaux de SELF Magazine, ont descendu la 5&#232;me Avenue &#224; l'heure de pointe avec des torches enflamm&#233;es et ont distribu&#233; &#224; des &#233;colier.es des ballons sur lesquels &#233;tait &#233;crit : &#171; Posez des questions sur la vie des lesbiennes &#187;, ceci dans un quartier anti-gay. Par quel support visuel allez-vous illustrer votre action ? Il doit renseigner clairement et rapidement les gens sur qui nous sommes, et sur pourquoi nous sommes l&#224;. Plus ce sera surprenant, dr&#244;le et original, mieux ce sera. Les Justici&#232;res de New York ont utilis&#233; une large gamme d'images : avaler du feu, un autel grand de 3 m&#232;tres 50, une bombe g&#233;ante, ou encore une statue en pl&#226;tre de 3m. Plus c'est original, mieux c'est !&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;strong&gt;Contingences :&lt;/strong&gt; Les actions doivent &#234;tre pr&#233;par&#233;es aussi bien que possible pour que chacune sache pourquoi nous sommes l&#224; et se sente impliqu&#233;e. Mais il n'y a aucun moyen de tout pr&#233;voir &#224; l'avance, alors nous devons &#234;tre pr&#234;tes &#224; prendre des d&#233;cisions collectives et rapides une fois sur place. R&#233;fl&#233;chir &#224; l'avance aux questions suivantes peut vous aider &#224; r&#233;agir instantan&#233;ment en cas de besoin au cours de l'action :&lt;br&gt; &lt;br&gt; &#8226; Qu'est-ce qu'on fait si on ne peut pas atteindre l'endroit pr&#233;vu ?&lt;br&gt; &#8226; Qu'est-ce qu'on fait s'il y a moins/plus de monde que pr&#233;vu ?&lt;br&gt; &#8226; Avons-nous envisag&#233; quelque chose en cas de mauvais temps ?&lt;br&gt; &#8226; Qu'est-ce qu'on fait si la police intervient ?&lt;br&gt; &#8226; Sommes-nous pr&#234;tes &#224; prendre les d&#233;cisions n&#233;cessaires en cas d'arrestation au moment de l'action ?&lt;br&gt; &#8226; Comment est-ce qu'on sait quand l'action est termin&#233;e ?&lt;br&gt; &#8226; Comment fait-on pour clore une action ?&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt; LISTE PR&#201;LIMINAIRE DES T&#194;CHES &lt;/strong&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt; Une fois le cadre g&#233;n&#233;ral et la forme de l'action d&#233;fini-es, les membres de la commission peuvent commencer &#224; s'attaquer aux t&#226;ches suivantes. Les deux coordinatrices sont responsables du suivi de chaque membre de la commission et s'assurent que les t&#226;ches sont effectu&#233;es dans les temps&lt;i&gt; (voir la fiche &#171; V&#233;rifications finales avant action &#187; dans l'annexe 2, p. 34)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Graphisme / Visuels : tracts, flyers, affiches, banderoles, pancartes et supports&lt;br&gt;
&#8226; Audio / Bruits : fanfares, casseroles, sifflets&lt;br&gt;
&#8226; Photocopies&lt;br&gt;
&#8226; Mailings&lt;br&gt;
&#8226; SMS / Tweets&lt;br&gt;
&#8226; Collages&lt;br&gt;
&#8226; Relations ext&#233;rieures : contact avec d'autres groupes / lesbiennes&lt;br&gt;
&#8226; Collectes de fonds&lt;br&gt;
&#8226; M&#233;dias&lt;br&gt;
&#8226; &#201;quipe vid&#233;o&lt;br&gt;
&#8226; Tract / Fiche explicative (&#224; traduire si besoin) &#224; distribuer au cours de l'action&lt;br&gt;
&#8226; Service d'ordre&lt;br&gt;
&#8226; Assistance juridique&lt;br&gt;
&#8226; Avocates&lt;br&gt;
&#8226; T&#233;moins juridiques&lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Attention, ne perdez pas de vue que le but est d'impliquer autant de Justici&#232;res que possible dans l'organisation. C'est assez simple d'y parvenir si chaque membre de la commission responsable d'une t&#226;che particuli&#232;re arrive &#224; la r&#233;union g&#233;n&#233;rale avec une feuille d'inscription (par exemple : &#171; Inscriptions pour la distribution de flyers dans les bars lesbiens &#187;, &#171; Inscriptions pour apprendre le maniement du b&#226;ton de majorette pour telle action &#187;, etc.). Puis, la personne responsable de la t&#226;che contacte ensuite celles qui se sont inscrites pour leur rappeler les moments et endroits o&#249; le travail sera fait. Plus les coordinatrices sont organis&#233;es, plus c'est simple pour les autres personnes de s'impliquer. &lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;strong&gt; GRAPHISME / VISUELS &lt;/strong&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt; S'il vous est d&#233;j&#224; arriv&#233; de taguer des slogans contre la haine partout dans la ville, vous savez &#224; quel point c'est jouissif de vandaliser pour la bonne cause. Mais l'action directe, ce n'est pas juste de la catharsis. Dans notre &#232;re post-moderne, la couverture m&#233;diatique constitue en elle-m&#234;me le message. Le but de l'action directe est d'attirer l'attention, alors ne soyez pas timide. Les m&#233;dias adorent prendre des photos, alors donnez leur quelque chose &#224; voir : des gouines en robes de bal, des banderoles et des pancartes arborant des slogans outrageux, des s&#233;r&#233;nades saphiques, des autels embras&#233;s...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Une fois que vous avez choisi la cible &#8212; un homme de loi ouvertement homophobe, un cardinal, un politicien born&#233; &#8212; organisez une action spectaculaire. Il est primordial d'avoir un message clair, donc faites simple. Vos revendications d&#233;taill&#233;es peuvent &#234;tre expliqu&#233;es dans le tract que vous distribuez lors de l'action. Ce tract doit aussi expliquer clairement pourquoi vous faites cette action, et situer les faits qui sous-tendent votre revendication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le c&#244;t&#233; visuel de nos actions est un aspect crucial du travail des Justici&#232;res. En g&#233;n&#233;ral, nous essayons de nous renouveler &#224; chaque action et d'adopter un style et une esth&#233;tique qui n'ont jamais &#233;t&#233; utilis&#233;s auparavant. Le mat&#233;riel (chariots, autels, torches enflamm&#233;es, bombes en papier m&#226;ch&#233;, statues de pl&#226;tre,&#8230; ou quoi que ce soit d'autre !) y joue un grand r&#244;le. Les illustrations que vous utilisez doivent avoir un sens et &#234;tre visuellement captivantes. Plus nos actions seront visuellement cr&#233;atives, imaginatives et personnelles, plus elles seront attirantes, ludiques et stimulantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L'identit&#233; graphique d'une action est d&#233;finie en premier lieu par le flyer pr&#233;liminaire annon&#231;ant l'&#233;v&#233;nement &#224; la communaut&#233;. Un dessin original et innovant, un graphisme moderne et soign&#233;, et m&#234;me la couleur du papier sont des moyens essentiels pour faire savoir &#224; la personne qui lit &#224; quel point notre approche est courageuse, franche et novatrice. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, les tracts d'invitation aux actions des Justici&#232;res ont &#233;t&#233; nos meilleures cartes de visite &lt;i&gt;(Voir l'Annexe 3, p. 43, pour un aper&#231;u de visuels cr&#233;&#233;s par les Justici&#232;res de New York)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, le flyer d&#233;finit un slogan ou une phrase qui sera r&#233;utilis&#233;-e tout au long de l'action. Nous essayons de ne jamais utiliser de clich&#233;s ou de vieilles rh&#233;toriques us&#233;es. Au contraire, nous avons r&#233;ussi &#224; trouver de nombreux titres accrocheurs. Quand nous avons &#233;lev&#233; l'autel pour les deux homos br&#251;l&#233;-es vif-ves dans l'Oregon, nos affiches disaient : &#171; NE LES LAISSONS PAS REPOSER EN PAIX &#187;. Quand nous avons harcel&#233; le maire de Denver pendant 48 heures, nos pancartes disaient : &#171; BOYCOTTEZ L'&#201;TAT DE LA HAINE &#187; ; pour la soir&#233;e de r&#233;veillon du nouvel an, l'affiche montrait une photo de Pam Grier, une actrice phare du cin&#233;ma de Blaxploitation des ann&#233;es 70, en cale&#231;on hyper moulant et tenant un fusil : &#171; ACTIVISTE GO-GO &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Notre action de la St Valentin en l'honneur de Gertrude Stein et Alice Toklas c&#233;l&#233;brait : &#171; UN BONHEUR CONJUGAL POLITIQUEMENT INCORRECT &#187;. Nos banderoles en faveur du programme multiculturel du Service P&#233;dagogique de la ville New York disait : &#171; FAITES LA LUMI&#200;RE ! DONNEZ DES COURS SUR LA VIE DES LESBIENNES &#187;. Les banderoles du d&#233;fil&#233; aux flambeaux sur la 5&#232;me Avenue disaient : &#171; R&#201;VEILLEZ-VOUS ! C'EST ICI QUE &#199;A SE PASSE &#187;, et celles pour la marche sur Washington disaient : &#171; JUSTICI&#200;RES LESBIENNES : DANS LA RUE AU GRAND JOUR POUR R&#201;CLAMER NOS DROITS &#187;. Qu'on soit &#233;nerv&#233;es ou fantaisistes, nos mots d'ordre ont toujours &#233;t&#233; clairs, pertinents et percutants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	N'oubliez pas d'inscrire les coordonn&#233;es de votre groupe sur tous les tracts, affiches et autres documents, afin que d'&#233;ventuelles Justici&#232;res puissent vous contacter. N'oubliez pas d'inclure le logo de la bombe et la phrase : &#171; Les Justici&#232;res Lesbiennes sont un groupe d'action directe centr&#233; sur les questions vitales pour la survie et la visibilit&#233; lesbiennes &#187;. Faites passer le mot. Il est important de savoir que de bons visuels, coll&#233;s partout suffisamment &#224; l'avance, peuvent vraiment conditionner la r&#233;ussite ou l'&#233;chec de votre action. En gardant bien &#231;a en t&#234;te, tout le processus de cr&#233;ation graphique et de communication doit commencer AU MOINS trois &#224; quatre semaines avant le jour de l'action. &#192; ce stade, le groupe de travail doit se r&#233;unir avec la graphiste pour conceptualiser l'affiche. De plus, le groupe de travail doit fournir les choses suivantes &#224; la graphiste :&lt;br&gt; &lt;br&gt; &#8226; un titre choc ;&lt;br&gt; &#8226; un petit texte expliquant pourquoi les Justici&#232;res m&#232;nent cette action ;&lt;br&gt; &#8226; le dessin ou la photo que le groupe a choisi ;&lt;br&gt; &#8226; les d&#233;tails de l'action : jour, heure, lieu, instructions particuli&#232;res si n&#233;cessaire.&lt;br&gt; &lt;br&gt; Vous devez aussi d&#233;terminer o&#249; et comment vos flyers seront diffus&#233;s (collages, distribution dans les bars, publications sur internet, etc.), car il peut &#234;tre n&#233;cessaire de le r&#233;aliser en plusieurs formats. Pour un collage, les formats standards les plus appropri&#233;s sont le A4 ou le A3. Le format flyer A6 est le plus adapt&#233; pour glisser dans les mains des femmes dans les bars. COMPTEZ AU MOINS UNE SEMAINE POUR R&#201;ALISER LES VISUELS ET UNE DE PLUS POUR LA REPROGRAPHIE.&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt; IDENTIFIER LES RESSOURCES &lt;/strong&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt; Beaucoup de lesbiennes disposent de moyens qu'elles sont pr&#234;tes &#224; partager avec les Justici&#232;res, m&#234;me si elles ne souhaitent pas pour autant venir aux r&#233;unions ou organiser des actions. Quelqu'une pourrait vouloir &#234;tre assistante juridique, r&#233;diger un tract, g&#233;rer un site internet, r&#233;aliser une vid&#233;o, ou juste participer &#224; un collage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Trouvez qui, &#224; son bureau, peut utiliser gratuitement un photocopieur ou une imprimante. Contactez-les &#224; l'avance et aidez-les &#224; transporter les textes subversifs.&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt; AUDIO : FANFARES &lt;/strong&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt; Les slogans, parfois, &#231;a ne suffit pas. Une fanfare, des tambours, une section rythmique, etc. peuvent vraiment apporter quelque chose en plus &#224; toute action. Dans le groupe, les diff&#233;rentes musiciennes peuvent jouer toutes ensemble, ou chacune dans leur coin. Dans tous les cas, assurez-vous de les pr&#233;venir suffisamment &#224; l'avance.&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt; ARBRES &#192; T&#201;L&#201;PHONES / MAILING LISTS &lt;/strong&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt; En vue d'impliquer autant de gouines que possible, les Justici&#232;res doivent savoir s'organiser et travailler en commun, et plus important encore, doivent savoir utiliser les listes d'adresses comme outils d'organisation. &#192; chaque r&#233;union des Justici&#232;res, nous faisons circuler une liste d'adresses avec les noms et les num&#233;ros de t&#233;l&#233;phone. Les nouvelles participantes sont invit&#233;es &#224; ajouter leur nom et leur contact &#224; la liste. Une liste r&#233;actualis&#233;e de militantes est apport&#233;e chaque semaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Cette liste constitue notre r&#233;serve d'activistes. &#192; chaque action, nous contactons chaque personne qui s'y est inscrite. Que ce soit pour distribuer des tracts, coller des affiches, pr&#233;parer une danse ou fabriquer des accessoires, nous appelons la liste &#224; chaque fois que nous avons besoin de monde&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#192; chaque soir&#233;e ou &#233;v&#233;nement publique, nous nous assurons de placer &#224; l'entr&#233;e une liste d'adresses pour les sympathisantes. Cette liste forme notre base constitutive. Les personnes qui s'y inscrivent sont inform&#233;es de chaque &#233;v&#233;nement ou action. Dans la mesure o&#249; ces personnes ne sont encore jamais venues aux r&#233;unions, nous ne nous permettons pas de leur demander de l'aide pour pr&#233;parer les actions, mais quand il s'agit de remplir les rues ou notre compte bancaire, elles sont celles sur qui nous comptons le plus. Il en va de m&#234;me pour les contacts r&#233;colt&#233;s via des sites internet et des r&#233;seaux sociaux. Nommez une Diva de la Liste, charg&#233;e de la tenir &#224; jour et de passer le mot &#224; chaque fois que vous avez besoin d'aide ou que vous organisez une action.&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt; TRACTAGE &amp; COLLAGE &lt;/strong&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt; Les tracts et les flyers sont faciles &#224; faire circuler et ne co&#251;tent pas chers : laissez-en sur les bancs d'&#233;glise, dans les vestiaires des gymnases, dans les bars et les librairies, accrochez-les sur votre chienne avant de la laisser sortir, collez-en partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le collage est le terme utilis&#233; par les activistes pour d&#233;signer le fait de faire adh&#233;rer une &#339;uvre d'art &#224; plat sur les murs ext&#233;rieurs des b&#226;timents, de mani&#232;re &#224; transformer une communaut&#233; peu attentive en un public captiv&#233;. Aussi longtemps que nous avons des corps, la cl&#233; de la r&#233;ussite reste d'&#234;tre pr&#233;sentes dans le monde physique et r&#233;el. Voici la liste de ce dont vous aurez besoin :&lt;br&gt; &lt;br&gt; &#8226; Une feuille d'inscription remplie de noms de Justici&#232;res comp&#233;tentes et volontaires sachant o&#249; et quand se retrouver ;&lt;br&gt; &#8226; De la colle &#224; papier peint en poudre &#8212; en g&#233;n&#233;ral une bo&#238;te de 500g ;&lt;br&gt; &#8226; Une brosse &#224; papier peint &#8212; de pr&#233;f&#233;rence avec un manche en bois et des poils en paille ;&lt;br&gt; &#8226; Une bassine en plastique &#8212; de 5 litres ou plus ;&lt;br&gt; &#8226; Des gants en caoutchouc &#8212; en option ;&lt;br&gt; &#8226; Des lunettes jaunes sp&#233;ciales vision nocturne (pour prot&#233;ger les yeux et lancer la mode) &#8212; en option&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;i&gt;(Tous ces produits se trouvent tr&#232;s facilement dans les quincailleries &#8211; sauf les lunettes sp&#233;ciales vision nocturne.)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Pr&#233;parez la colle en suivant le mode d'emploi inscrit sur le paquet. Pour &#233;viter les grumeaux, m&#233;langez lentement avec de l'eau chaude. Mais si vous &#234;tes dans l'urgence, une bouteille d'eau trouv&#233;e dans une &#233;picerie de nuit fera l'affaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il faut &#234;tre au moins trois personnes pour constituer une &#233;quipe efficace et rapide. L'une colle, l'autre applique le tract sur le mur, et la troisi&#232;me fait le guet. La colleuse encolle le mur &#224; l'endroit o&#249; sera plac&#233; le tract. La poseuse applique le tract sur la surface encoll&#233;e. Puis la colleuse remet une couche finale de colle sur le tract. Celle qui fait le guet surveille les environs l'air de rien, en cas d'arriv&#233;e de la police ou d'un groupe important d'homophobes. Si elle remarque quelque chose, elle doit imm&#233;diatement avertir les autres pour qu'elles puissent quitter les lieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les meilleurs endroits pour les collages sont : les r&#233;verb&#232;res, les bo&#238;tes aux lettres, les devantures de magasins abandonn&#233;s, les chantiers et les bennes &#224; ordures. &#201;vitez si possible les murs en briques ou toute autre surface irr&#233;guli&#232;re. Essayez de coller un grand nombre d'affiches ou de tracts &#224; un m&#234;me endroit, afin de cr&#233;er un message visuel qui retienne plus l'attention. D'accord, c'est ill&#233;gal, mais la loi est rarement appliqu&#233;e &#224; New York. Cela dit, &#231;a reste quand m&#234;me mieux d'exercer cette activit&#233; &#224; l'heure traditionnelle des vampires.&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt; R&#201;SEAUX / CONTACTS &lt;/strong&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt; Avant chaque action, nous essayons de prendre personnellement contact avec un maximum de groupes lesbiens et de lesbiennes dans des groupes mixtes, afin de leur faire savoir ce que nous projetons. Les Justici&#232;res qui sont impliqu&#233;es dans d'autres groupes peuvent &#234;tre volontaires pour maintenir un contact r&#233;gulier avec ces groupes. C'est un boulot qui convient bien &#224; celles qui pr&#244;nent le plus les regroupements et la coop&#233;ration.&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt; COLLECTE DE FONDS &lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; D&#232;s le d&#233;but, nous avons d&#233;cider de ne solliciter aucune subvention de la part de fondations, et de nous procurer de l'argent directement au sein de notre communaut&#233;. Nous organisons r&#233;guli&#232;rement des f&#234;tes farfelues, originales et d&#233;jant&#233;es, illustr&#233;es et annonc&#233;es par des affiches vraiment travaill&#233;es, g&#233;n&#233;ralement &#224; la suite d'une action importante. Plus l'action est r&#233;ussie, plus les gens de la communaut&#233; se mobilisent et nous soutiennent. Comme la plupart d'entre nous sont pauvres, les &#233;v&#233;nements ne co&#251;tent jamais plus que ce que nous pouvons payer. Pour la soir&#233;e de nouvel an (1992), l'entr&#233;e &#233;tait &#224; 4&#8364;, le vestiaire &#224; 0,30&#8364;, la bi&#232;re &#224; 1,50&#8364;, et on a r&#233;colt&#233; 4000&#8364;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En g&#233;n&#233;ral, nous faisons des f&#234;tes avec un th&#232;me sympa que l'on pr&#233;pare minutieusement, avec de la bonne musique, et nous pr&#233;voyons aussi une salle sp&#233;ciale pour la communication, o&#249; l'on peut trouver des tracts et des vid&#233;os. Nous ne faisons pas ces f&#234;tes uniquement pour nous amuser. Nous les concevons aussi comme un outil d'organisation. L&#224;, nous pouvons mesurer combien la communaut&#233; nous appr&#233;cie, nous pouvons montrer aux sympathisantes ce que nous faisons, et d'autres lesbiennes s'inscrivent sur nos listes de contacts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il faut &#224; peu pr&#232;s un mois pour pr&#233;parer une f&#234;te, et cela requiert deux coordinatrices. La premi&#232;re chose qu'elles ont &#224; faire est de dresser une liste de t&#226;ches pr&#233;cises et d'apporter les feuilles d'inscription &#224; la r&#233;union g&#233;n&#233;rale pour impliquer le plus de Justici&#232;res possible dans la planification et la cr&#233;ation de l'&#233;v&#233;nement. Les coordinatrices doivent s'assurer qu'elles ont recrut&#233; suffisamment de gouines pour s'occuper des t&#226;ches suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;Lieu :&lt;/strong&gt; Trouvez un lieu inhabituel que votre public ne conna&#238;t pas, mais assez grand pour danser, tra&#238;ner, se d&#233;tendre, s'amuser, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;Publicit&#233; :&lt;/strong&gt; Sortez un flyer attractif suffisamment &#224; l'avance pour r&#233;server la date &#8212; faites en sorte que &#231;a ne tombe pas en m&#234;me temps que d'autres &#233;v&#233;nements dans la communaut&#233;. Envoyez (par courrier ou e-mail) le flyer &#224; toutes les personnes inscrites sur votre liste de contact. Distribuez-en de grandes quantit&#233;s tr&#232;s t&#244;t. Faites passer le mot &#224; temps via les m&#233;dias locaux et/ou communautaires : bulletins d'information, journaux, radios, blogs, followers sur twitter, etc. Faites des collages massifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;Musique :&lt;/strong&gt; La musique est la cl&#233; d'une soir&#233;e r&#233;ussie. Si aucune live-DJ n'est volontaire, trouvez quelqu'une qui conna&#238;t bien toutes sortes de musiques. Une bonnne sono est absolument n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;Entr&#233;e &amp; S&#233;curit&#233; :&lt;/strong&gt; Deux femmes se postent &#224; l'entr&#233;e pour g&#233;rer la caisse et s'assurer que chaque personne qui entre s'inscrit bien sur la liste de contacts. Une autre personne doit r&#233;guli&#232;rement relever le contenu de la caisse et l'entreposer dans un endroit sur. Quelques Justici&#232;res doivent par ailleurs &#234;tre constamment sur le qui-vive pour pouvoir r&#233;agir en cas de probl&#232;mes de s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;Nourriture &amp; Boisson :&lt;/strong&gt; Rep&#233;rez l'&#233;picerie de nuit la plus proche pour pouvoir refaire le plein de bi&#232;re et de glace en cas de besoin. Proposez aussi des boissons non-alcoolis&#233;es. De grandes poubelles et des sacs plastiques remplis de glace sont ce qu'il y a de mieux pour tenir au frais les boissons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;Installation &amp; Nettoyage :&lt;/strong&gt; Il faut constituer des &#233;quipes pour l'installation, la d&#233;coration et le nettoyage. Enr&#244;lez quelques personnes pour ramasser les bouteilles et autres d&#233;chets &#224; plusieurs reprises dans la soir&#233;e. Assurez-vous qu'il y ait assez de papier toilette et d'essuie-mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;Salle Multim&#233;dia :&lt;/strong&gt; Deux Justici&#232;res peuvent prendre en charge la projection de nos fabuleuses vid&#233;os et la diffusion de notre magnifique mat&#233;riel de propagande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;&#201;v&#233;nements particuliers :&lt;/strong&gt; Go-go girls, rencontres coquines en cabines, voyance et cartomancie, etc. &#8230;tout ce qui vous passe par la t&#234;te !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En plus de l'organisation de soir&#233;es et d'autres &#233;v&#233;nements pour collecter de l'argent, nous faisons aussi circuler une enveloppe estampill&#233;e &#171; ACTIONS &#187; &#224; chaque r&#233;union, en demandant &#224; chacune d'y mettre un ou deux euros. Nous vendons aussi des tee-shirts et des vid&#233;os, mais ce sont en m&#234;me temps des outils d'organisation. Nous ne voulons pas trop nous enliser dans le business du merchandising.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les Justici&#232;res et leurs amies peuvent aussi organiser des soir&#233;es d'anniversaire ou autres et demander &#224; leurs invit&#233;es de faire des dons au groupe de Justici&#232;res plut&#244;t que d'apporter des cadeaux.&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt; ARGENT / FACTURES &lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; Si vous pr&#233;voyez une action importante ou un gros &#233;v&#233;nement, il est recommand&#233; de nommer une personne responsable de la comptabilit&#233;. Les Justici&#232;res doivent absolument garder les re&#231;us et les factures de tous leurs frais, car nous ne pouvons rembourser quiconque sans un justificatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Nous devons tenir un livre de comptes &#224; jour afin d'&#233;viter que les imp&#244;ts aient la moindre raison de nous harceler. Sur chaque re&#231;u, notez simplement l'objet de la d&#233;pense et votre nom, par exemple &#171; fournitures pour l'action du 19 novembre &#187;. Vous n'avez pas besoin de d&#233;tailler les d&#233;penses car nous n'utilisons que des cat&#233;gories g&#233;n&#233;rales telles que &#171; Photocopies &#187;, &#171; Fournitures &#187;, &#171; Correspondance &#187;, &#171; Transport &#187;. Mettez tous vos re&#231;us dans une enveloppe ou agrafez-les ensemble, et apportez-les &#224; la prochaine r&#233;union. Mais s'il-vous-pla&#238;t, n'esp&#233;rez pas &#234;tre rembours&#233;es en esp&#232;ces.&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt; M&#201;DIAS &lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;strong&gt;M&#233;dias classiques :&lt;/strong&gt; Un travail m&#233;diatique efficace est essentiel &#224; toute organisation militante. La premi&#232;re chose &#224; faire est d'&#233;tablir une liste de contacts dans les m&#233;dias. Parcourez tous les quotidiens et hebdomadaires de votre r&#233;gion ainsi que les m&#233;dias en ligne et rep&#233;rez les journalistes qui &#233;crivent des articles sur des th&#232;mes lesbiens ou gays. Rep&#233;rez aussi d'autres employ&#233;-es qui pourraient &#234;tre ouvertement ou discr&#232;tement lesbiennes ou gays et qui travaillent dans les coulisses des r&#233;dactions ou dans d'autres services.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Appelez chaque radio ou t&#233;l&#233; locale et demandez-leur directement les noms des employ&#233;-es (pas uniquement des charg&#233;-es de communication) qui sont particuli&#232;rement int&#233;ress&#233;-es par les sujets LGBT. Prenez personnellement contact avec toute personne ouvertement lesbienne dans la sph&#232;re m&#233;diatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Quatre jours avant votre action, envoyez votre communiqu&#233; de presse &#224; tous les m&#233;dias de votre liste et passez les jours suivants &#224; faire des relances t&#233;l&#233;phoniques pour encourager la presse &#224; couvrir votre &#233;v&#233;nement. Utilisez toujours le m&#234;me mod&#232;le de communiqu&#233; de presse avec le logo de la bombe et l'en-t&#234;te des Justici&#232;res Lesbiennes, ainsi que le texte de descriptif : &#171; Les JUSTICI&#200;RES LESBIENNES sont un groupe d'action directe centr&#233; sur les questions vitales pour la survie et la visibilit&#233; lesbiennes &#187;). N'oubliez pas de mentionner le jour, l'heure et le lieu o&#249; se tiennent vos r&#233;unions g&#233;n&#233;rales. Notez aussi les diff&#233;rents moyens pour vous contacter (site internet, e-mail, t&#233;l&#233;phone, etc.) afin de permettre aux gouines int&#233;ress&#233;es de trouver toutes les informations dont elles ont besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Lors de l'action proprement dite, parlez &#224; chaque repr&#233;sentant-e de la presse et notez son nom et un moyen de la/le contacter. De cette mani&#232;re, vous saurez qui a r&#233;pondu pr&#233;sent-e, qui ajouter sur votre liste, et qui appeler les jours suivants pour assurer un suivi de votre action. Le contact personnel est le meilleur moyen pour s'assurer une couverture m&#233;diatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;Traduction :&lt;/strong&gt; les tracts et les communiqu&#233;s de presse destin&#233;s aux m&#233;dias hispaniques doivent &#234;tre traduits en espagnol. Idem pour les autres langues.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NDLT : &#192; New York, l'espagnol est la 2&#232;me langue. En France, on peut (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Les traductrices doivent avoir suffisamment de temps pour faire un bon travail et rendre leur traduction &#224; la graphiste sans que celle-ci soit retard&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;Presse LGBT :&lt;/strong&gt; La presse LGBT s'&#233;tend des magazines nationaux sur papier glac&#233; aux fanzines tap&#233;s &#224; la machine et d&#233;pos&#233;s dans les bars. Il existe dans le pays des centaines de feuilles d'infos, de journaux, de sites internet et de blogs LGBT. Leur envoyer des communiqu&#233;s de presse, des tracts, des articles et des liens est un autre bon moyen d'encourager l'esprit militant chez les lesbiennes et de leur donner envie de cr&#233;er de nouvelles sections des Justici&#232;res. Cela permet &#233;galement une excellente couverture m&#233;diatique de nos enjeux et probl&#233;matiques, chose que l'on ne peut pas forc&#233;ment attendre des m&#233;dias classiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;Sites Internet &amp; R&#233;seaux Sociaux :&lt;/strong&gt; Ce sont toujours les m&#233;dias traditionnels qui ont la plus large port&#233;e, mais nous n'en sommes plus d&#233;pendantes pour r&#233;pandre notre message. Soyez pr&#233;sentes sur la toile. Mettez en ligne tous vos communiqu&#233;s de presse (&#233;crits avec soin) sur votre propre site internet et/ou sur d'autres sites de r&#233;seaux sociaux, et documentez vos actions notamment avec des photos et des vid&#233;os. Tweetez et re-tweetez les actualit&#233;s. Postez des liens. N'h&#233;sitez pas &#224; promouvoir sans vergogne vos contenus.&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;strong&gt;VID&#201;O &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; Chaque action doit &#234;tre couverte par une &#233;quipe vid&#233;o des Justici&#232;res. Les prises de vue film&#233;es avec des t&#233;l&#233;phones portables et qui peuvent &#234;tre mises en ligne pendant l'action sont toujours bonnes &#224; prendre, mais elles ne doivent pas remplacer l'utilisation de cam&#233;ras digitales classiques capables de filmer des vid&#233;os de bonne qualit&#233; pouvant &#234;tre diffus&#233;es sur grand &#233;cran ou sur TV. De cette fa&#231;on, m&#234;me si vous ne parvenez pas &#224; obtenir de couverture t&#233;l&#233;vis&#233;e, vous pourrez toujours fournir aux t&#233;l&#233;s votre propre film apr&#232;s l'&#233;v&#233;nement. Postez aussi des clips vid&#233;os sur la toile, et inondez les cha&#238;nes publiques locales (ou r&#233;gionales) avec vos propres bandes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Assurez-vous que vos vid&#233;os soient facilement trouvables sur internet, en leur d&#233;diant une page ou une cha&#238;ne. Ces vid&#233;os ne sont pas juste des reportages &#224; destination de la presse, mais elles sont surtout votre meilleur outil d'organisation pour recruter de nouvelles activistes. &#192; l'&#233;poque o&#249; le ph&#233;nom&#232;ne des Justici&#232;res &#233;tait totalement nouveau, les vid&#233;os &#233;taient essentielles pour communiquer sur le type d'actions que nous entreprenions et pour illustrer l'esprit qui nous d&#233;finissait. Les vid&#233;os peuvent aussi &#234;tre utilis&#233;es pour documenter toute action inhabituelle de la police susceptible d'entra&#238;ner une confrontation.&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt; SERVICE D'ORDRE &lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; Toute action n&#233;cessite un service d'ordre &#8212; c'est-&#224;-dire un groupe de femmes qui prennent la responsabilit&#233; des grandes d&#233;cisions (quand marcher en plein milieu de la rue, quand s'asseoir au milieu de la circulation, etc.). Les membres du service d'ordre doivent suivre une formation avant toute action, conna&#238;tre les implications l&#233;gales de chaque action, et mettre au point une m&#233;thode de communication et de coop&#233;ration entre elles. Si possible, elles doivent aussi suivre une formation &#224; la d&#233;sob&#233;issance civile (invitez une formatrice de votre section locale d'Act Up, des Quakers, ou d'un groupe pacifiste). Les membres du service d'ordre sont habituellement identifiables par des brassards de couleur vive. Elles servent de rempart entre les manifestantes et la police et sont aussi celles qui bloquent la circulation pendant que le cort&#232;ge avance tranquillement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ci-dessous, vous trouverez quelques conseils pour le service d'ordre, mais &#231;a ne peut en rien remplacer une vraie formation.&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;	1. Le r&#244;le de la police lors d'une action&lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &#8226; Prot&#233;ger les b&#226;timents et les biens contre tout dommage&lt;br&gt; &#8226; Vous emp&#234;cher de semer le trouble&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;	2. Le r&#244;le du service d'ordre&lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &#8226; Fournir les informations&lt;br&gt; &#8226; Faciliter l'action&lt;br&gt; &#8226; G&#233;rer la police, les emmerdeurs, les passant-es&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;	3.	Qu'est ce qui est l&#233;gal ?&lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &#8226; Faire tourner un piquet de gr&#232;ve avec des pancartes en scandant des slogans sur un trottoir public&lt;br&gt; &#8226; Marcher sur un trottoir avec des pancartes en scandant des slogans&lt;br&gt; &#8226; Distribuer des tracts (sans bloquer les pi&#233;ton-nes ou le trafic)&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;strong&gt;4.	Ce qui n&#233;cessite une autorisation (les Justici&#232;res de New York ont fait ces choses sans autorisation)&lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &#8226; Utiliser une sono&lt;br&gt; &#8226; D&#233;filer dans la rue / bloquer ou g&#234;ner le trafic&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;	5.	Ce que fait le service d'ordre pendant un piquet de gr&#232;ve&lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &#8226; Faciliter la circulation des passant-es&lt;br&gt; &#8226; Motiver les troupes et lancer les chansons&lt;br&gt; &#8226; Surveiller les environs (en cas de danger ou d'emmerdeurs)&lt;br&gt; &#8226; S'il y a d&#233;sob&#233;issance civile, montrer les fronti&#232;res entre ce qui est l&#233;gal et ce qui est ill&#233;gal&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;	6.	Ce que fait le service d'ordre pendant une manifestation&lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &#8226; Guider le d&#233;fil&#233; d'un pas tranquille&lt;br&gt; &#8226; Bloquer la circulation aux carrefours (face aux voitures)&lt;br&gt; &#8226; Surveiller les environs, rester vigilant&lt;br&gt; &#8226; Fermer la marche&lt;br&gt; &#8226; S'assurer que personne n'est laiss&#233;e &#224; l'arri&#232;re ou abandonn&#233;e en marge du cort&#232;ge&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;	7.	Ce que le service d'ordre ne doit pas faire&lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &#8226; Ne pas faire le boulot de la police&lt;br&gt; &#8226; Ne pas paniquer, jamais&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;	8.	Faire face aux probl&#232;mes&lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &#8226; Police : Bluffer et Retarder, S'arr&#234;ter et S'asseoir&lt;br&gt; &#8226; Leur dire que c'est l&#233;gal&lt;br&gt; &#8226; Leur demander quelle est la loi et pourquoi ils pensent qu'on l'enfreint&lt;br&gt; &#8226; Demander &#224; voir leur officier sup&#233;rieur&lt;br&gt; &#8226; Conna&#238;tre ses droits et les faire continuellement valoir&lt;br&gt; &#8226; Ne JAMAIS toucher un officier de police&lt;br&gt; &#8226; Emmerdeurs : leur faire face, les isoler, leur parler si possible&lt;br&gt; &#8226; Violence : isoler, s&#233;parer, attirer l'attention&lt;br&gt; &#8226; Urgence m&#233;dicale : aller chercher la police, laisser une membre du service d'ordre avec la personne bless&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NDLT : On peut aussi pr&#233;voir une &#233;quipe m&#233;dicale compos&#233;e de Justici&#232;res et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt; ASSISTANCE JURIDIQUE &lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; Une assistance juridique organis&#233;e est n&#233;cessaire s'il y a possibilit&#233; ou probabilit&#233; d'arrestations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Celles qui assurent le soutien juridique doivent suivre celles qui ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;es tout au long de la proc&#233;dure, et attendre leur lib&#233;ration. Elles ont la responsabilit&#233; et l'obligation de rester devant le commissariat jusqu'&#224; ce que la derni&#232;re ait &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e. C'est tr&#232;s important pour celles qui sont &#224; l'int&#233;rieur de savoir qu'elles sont soutenues par celles qui sont &#224; l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Avant l'action, les gouines qui sont charg&#233;es de l'assistance juridique r&#233;cup&#232;rent les fiches d'infos l&#233;gales remplies en deux exemplaires&lt;i&gt; (voir Annexe 2, p. 40)&lt;/i&gt;. Un exemplaire est gard&#233; sur place par la coordinatrice de l'assistance juridique et l'autre exemplaire est gard&#233; ailleurs, au cas o&#249; la coordinatrice serait arr&#234;t&#233;e par erreur.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NDLT : Pour &#233;viter toute collecte d'infos intempestive de la part de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Pendant l'action, essayez de ne pas &#234;tre arr&#234;t&#233;e. Dressez en temps r&#233;el la liste de celles qui sont arr&#234;t&#233;es. Demandez-leur de crier leur nom si vous ne les reconnaissez pas. Si vous &#234;tes t&#233;moin de violences polici&#232;res, essayez de noter le matricule du policier. Demandez aussi &#224; quelqu'une de filmer discr&#232;tement, et arrangez-vous pour que sa bande ne soit pas saisie. Demandez poliment &#224; la police (&#224; l'officier sup&#233;rieur si possible) &#224; quel commissariat les personnes arr&#234;t&#233;es sont emmen&#233;es, et rejoignez-les sur place. Quand les paniers &#224; salade arrivent, essayez de leur faire savoir que vous &#234;tes l&#224; pour elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Apr&#232;s l'action, rassemblez tout le monde au commissariat et restez-y jusqu'&#224; ce que la derni&#232;re personne soit rel&#226;ch&#233;e. Au fur et &#224; mesure, pointez le nom des Justici&#232;res lib&#233;r&#233;es et r&#233;coltez autant d'informations que vous pouvez sur les conditions de d&#233;tention (ex : ont-elles &#233;t&#233; bien trait&#233;es ?). Contactez l'avocate et apportez-lui les proc&#232;s verbaux, tout en vous assurant que celles qui ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;es savent bien quand elles passeront en jugement.&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt; POLICE &amp; AUTORISATIONS &lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, les Justici&#232;res Lesbiennes ne demandent pas d'autorisation pr&#233;alable &#224; leurs actions et ne n&#233;gocient pas &#224; l'avance avec la police. Bien entendu, des circonstances particuli&#232;res peuvent nous amener &#224; changer ponctuellement cette fa&#231;on de faire. Tout est discut&#233; dans le groupe.&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt; AVOCATES &lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; Recrutez le plus t&#244;t possible des avocates sympathisantes pr&#234;tes &#224; &#234;tre pr&#233;sentes lors de l'action. L'association locale des avocat-es homos ou d'autres groupes d'action directe pourront vous mettre en contact avec des avocates susceptibles de vous aider. Si possible, pr&#233;voyez un moment o&#249; elles pourront s'adresser au groupe &#8212; de pr&#233;f&#233;rence lors de la r&#233;union g&#233;n&#233;rale qui pr&#233;c&#232;de l'action &#8212; afin que toutes les Justici&#232;res qui participent &#224; l'action puissent bien avoir connaissance de leurs droits avant de venir.&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt; T&#201;MOINS JURIDIQUES &lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; En g&#233;n&#233;ral, nous avons besoin d'au moins deux t&#233;moins juridiques pour chaque action. Avant le d&#233;but de l'action, les t&#233;moins juridiques doivent s'assurer de conna&#238;tre les noms et visages des avocates et des gouines charg&#233;es de l'assistance juridique. Elles doivent pr&#233;voir du papier et des crayons pour pouvoir prendre des notes sur le comportement de la police durant toute l'action. Si une avocate ou une personne charg&#233;e de faire la liaison avec la police s'engagent dans des n&#233;gociations avec la police, au moins une t&#233;moin juridique doit noter ce qui se dit. Notez le nom de toute lesbienne qui est arr&#234;t&#233;e. C'est essentiel, d'autant plus si vous ne voyez pas celles charg&#233;es du soutien juridique aux alentours. Demandez aux personnes arr&#234;t&#233;es de crier leur nom si vous ne les reconnaissez pas. Si vous &#234;tes t&#233;moin de violences polici&#232;res, essayez de noter le matricule des policiers, et de faire des photos ou des vid&#233;os. Sur le moment, mettez &#224; l'&#233;crit ce qui est en train de se passer, et notez les noms des personnes impliqu&#233;es.&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;EXTRAIT DE L'ANNEXE 1&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;R&#201;SOLUTION DE CONFLIT&lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; Depuis que les Justici&#232;res ont d&#233;but&#233; leur travail collectif, nous avons compris qu'&#234;tre organis&#233;es d'une certaine mani&#232;re nous permettait d'effectuer un travail dynamique, valorisant, efficace et fructueux. Une de nos plus grandes trouvailles a &#233;t&#233; d'&#233;viter les discussions th&#233;oriques abstraites. De fausses polarit&#233;s peuvent rapidement se cr&#233;er quand il n'y a rien de concret sur la table, mais quand notre r&#233;flexion politique tourne autour de la cr&#233;ation et du but d'une action, c'est beaucoup plus facile de tomber d'accord et de partager les points de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Une autre id&#233;e majeure qui a &#233;merg&#233; au cours de notre travail est d'encourager chaque Justici&#232;re &#224; prendre la responsabilit&#233; de ses propres suggestions &#8212; c'est-&#224;-dire d'avoir envie de les voir se r&#233;aliser. De cette mani&#232;re, &#171; Quelqu'une devrait faire ... &#187; devient &#171; Je ferai ... &#187; ou &#171; Qui veut faire &#8230; avec moi ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En tant que lesbiennes, nous avons tellement &#233;t&#233; exclues du pouvoir que la plupart d'entre nous ont d&#233;velopp&#233; une posture n&#233;gative qui consiste &#224; penser que notre seule influence possible est de dire &#171; non &#187;. Les Justici&#232;res forment un groupe o&#249; les lesbiennes peuvent voir leurs id&#233;es se concr&#233;tiser, ou chacune peut avoir un impact. Il y a dans ce processus une &#233;tape cruciale qui est d'apprendre &#224; proposer des solutions alternatives au lieu de se contenter de critiquer. Alors, si vous n'&#234;tes pas d'accord avec une proposition, au lieu de juste l'&#233;carter, proposez une autre mani&#232;re d'atteindre l'objectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Si une question discut&#233;e est litigieuse et ne recueille qu'une petite majorit&#233; d'accords, au lieu de proc&#233;der directement &#224; un vote nous essayons de n&#233;gocier un compromis. Dans ces moments-l&#224;, chaque partie doit adopter une attitude suffisamment souple et ouverte pour arriver &#224; une solution qui convienne &#224; toutes. Cette volont&#233; de n&#233;gociation passe avant les partis pris et les analyse &#233;troites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Afin de nous centrer sur des solutions tangibles plut&#244;t que sur les rapports de force et de nombre entre les partisanes des diff&#233;rents camps, nous pouvons donner alternativement la parole &#224; des oratrices d'avis diff&#233;rents. Ainsi, les diff&#233;rentes positions seront &#233;galement repr&#233;sent&#233;es, et des solutions auront une chance d'&#233;merger. Dans ces conditions, nous essayons toutes de ne pas prendre la parole &#224; moins d'avoir quelque chose de nouveau &#224; apporter au d&#233;bat. Nous nous effor&#231;ons aussi, en d&#233;pit de nos positions passionn&#233;es, de traiter les autres Justici&#232;res aussi respectueusement que possible et de concentrer notre fougue sur nos objectifs et non sur les personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Avant de prendre une d&#233;cision, nous avons &#233;galement trouv&#233; utile de r&#233;aliser un sondage pr&#233;liminaire ou un vote &#171; pour du beurre &#187;. Si ce vote est tr&#232;s divis&#233; (dans un sens ou dans l'autre), nous pouvons chercher &#224; b&#226;tir un compromis avant le vote d&#233;finitif, essayant ainsi de construire des alternatives apportant des r&#233;ponses aux questions qui divisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Si un d&#233;bat particuli&#232;rement divis&#233; a lieu &#224; la fin d'une r&#233;union, quand toutes sont &#233;puis&#233;es, nous pouvons d&#233;cider de reporter la discussion au d&#233;but de la r&#233;union suivante. De cette mani&#232;re, nous pourrons envisager s&#233;rieusement une solution plut&#244;t que d'agir &#224; la va-vite pour nous d&#233;barrasser du d&#233;bat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Chaque animatrice ou participante peut d&#233;cider/demander le recours &#224; ces m&#233;thodes de r&#233;solution de conflit. Si malgr&#233; tout aucune solution n'&#233;merge alors que les diff&#233;rentes parties n&#233;gocient en toute bonne fois, le vote majoritaire d&#233;terminera le r&#233;sultat final.&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;EXTRAITS DE L'ANNEXE 3&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;COMMUNIQU&#201; N&#176;1&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&#8212; DES NOUVELLES DU FRONT &#8212;&lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;strong&gt;D&#201;CEMBRE 1992&lt;/strong&gt; &#8211; Wellington Webb, le &lt;strong&gt;MAIRE DE DENVER&lt;/strong&gt;, &#233;tait sur le point de payer ses &#339;ufs tranquillement sous le regard amus&#233; d'un grand r&#233;dacteur du Journal de Wall Street, quand huit &lt;strong&gt;JUSTICI&#200;RES LESBIENNES&lt;/strong&gt; se sont introduites dans la luxueuse &lt;strong&gt;SALLE &#192; MANGER DU REGENCY HOTEL&lt;/strong&gt; en scandant &#224; gorge d&#233;ploy&#233;e &#171; Nous sommes l&#224;. Nous sommes queer. Et nous n'irons pas skier ! &#187; et &#171; Boycottons le Colorado ! &#187;. Le maire &#233;tait venu &#224; New York pour promouvoir le tourisme et l'investissement dans le Colorado &#8211; &lt;strong&gt;L'&#201;TAT DE LA HAINE&lt;/strong&gt;. Il &#233;tait environ 9h du matin, le lundi 7 d&#233;cembre &#8211; un jour que les puissantes convives du Regency n'oublieront pas &#8211; &lt;strong&gt;LE JOUR O&#217; ELLES ONT APPRIS QU'ON NE PEUT PAS SE METTRE &#192; L'ABRI DES JUSTIC&#200;RES LESBIENNES.&lt;/strong&gt;&lt;br&gt; Pendant que les agents de s&#233;curit&#233; de l'h&#244;tel caquaient fr&#233;n&#233;tiquement comme des poulets d&#233;capit&#233;s, les Justici&#232;res d&#233;termin&#233;es ont d&#233;ambul&#233; &#224; travers la pi&#232;ce durant trois triomphantes heures, agitant bruyamment leurs pancartes et distribuant des tracts &#224; tout le monde, y compris au maire. Le matin suivant, cette &#233;v&#233;nement faisait la une des journaux du Colorado. Le message : il y a un prix &#224; payer, en dollars et en cents, quand un &#233;tat prive ses citoyen-nes lesbiennes et gays d'une protection de leurs droits civiques, comme l'a fait le Colorado le 2 novembre en ajoutant le haineux Amendement 2 &#224; sa constitution.&lt;br&gt; Apr&#232;s l'altercation au Regency, c'est tout de suite devenu plus difficile pour le maire de limiter les d&#233;g&#226;ts de sa visite &#224; New York. Ce qui prouve une fois de plus qu'un petit groupe de &lt;strong&gt;JUSTICI&#200;RES&lt;/strong&gt; courageuses peut semer un chaos politique consid&#233;rable en quelques heures. &lt;strong&gt;NOUS L'AVONS HARCEL&#201; SANS INTERRUPTION&lt;/strong&gt; le lundi 7 et le mardi 8 d&#233;cembre, de ABC jusqu'au Time, du New York Times &#224; Newsweek, du Plaza Hotel &#224; l'Hotel de Ville. Pour couronner le tout, la nuit du lundi, environ 80 personnes ont manifest&#233; bruyamment &#224; nos c&#244;t&#233;s devant le centre de radiodiffusion de CBS pendant que le maire &#233;tait &#224; l'int&#233;rieur en train de donner un interview &#224; la radio.&lt;br&gt; &#192; la fin de son voyage, c'&#233;tait un maire Webb plaintif qui racontait &#224; la presse qu'il &#233;tait venu &#224; New York pour parler de tourisme et d'investissement et que la seule chose dont tout le monde avait voulu lui parl&#233; &#233;tait l'Amendement 2 et du mot d'ordre &#171; Boycottons le Colorado &#187;. Heureusement, en partie gr&#226;ce &#224; la pression exerc&#233;e dans la rue par les Justici&#232;res Lesbiennes, sa visite pour courtiser les &#233;lites m&#233;diatiques, &#233;conomiques et politiques de New York s'est retourn&#233;e contre lui et s'est transform&#233;e en campagne de boycott, avec beaucoup de mauvaise presse ici et l&#224;-bas, et allant jusqu'&#224; une d&#233;claration du &lt;strong&gt;MAIRE DINKINS&lt;/strong&gt; approuvant publiquement l'appel au boycott. Mission accomplie.&lt;br&gt; Durant les deux jours de cette action, nous nous sommes consciencieusement concentr&#233;es sur le mot d'ordre &#171; Boycottons le Colorado &#187;, &#233;vitant toute attaque personnelle contre le maire Webb. Le maire, un homme Africain-Am&#233;ricain, s'&#233;tait fortement oppos&#233; &#224; l'Amendement 2 avant qu'il soit adopt&#233; : nous l'appelons &#171; &#224; continuer ouvertement son combat &#187;.&lt;br&gt; &lt;strong&gt;C'EST DANS UNE TORNADE TUMULTUEUSE D'ACTIVIT&#201;S QUE L'ANN&#201;E DES JUSTICI&#200;RES LESBIENNES SE TERMINE.&lt;/strong&gt; Depuis la premi&#232;re fois o&#249; nous avons pris la rue en signe de vengeance, nous avons allum&#233; la m&#232;che de la vie politique new-yorkaise autour de trois questions vitales &#224; la survie lesbienne : nous avons men&#233; une campagne contre l'effacement des lesbiennes et des gays du programme scolaire multiculturel, une campagne pour le boycott du Colorado, et une campagne contre la violence que nous subissons, comme par exemple dans le cas des meurtres de Hattie Mae Cohens et de Brian Mock, une lesbienne Noire et un gay blanc handi, qui ont &#233;t&#233; br&#251;l&#233;-es vif-ves en Oregon le 26 septembre, alors que l'&#233;tat se pr&#233;parait &#224; voter sur la Mesure 9, une mesure homophobe, qui a ensuite &#233;t&#233; rejet&#233;e de justesse. Ces trois probl&#232;mes se terraient dans une relative obscurit&#233; jusqu'&#224; ce qu'&lt;strong&gt;ON ALLUME LA M&#200;CHE&lt;/strong&gt;.&lt;br&gt; Depuis septembre, nous avons distribu&#233; des ballons violets sur lesquels &#233;tait inscrit &#171; Posez des questions sur la Vie des Lesbiennes &#187; &#224; des &#233;colier-es du Queens, au son de la chanson &#171; When the Dykes Come Marching in &#187; jou&#233;e par la &lt;strong&gt;FANFARE DES JUSTICI&#200;RES&lt;/strong&gt;. Et nous avons mis un beau d&#233;sordre dans la shopping-mania du samedi quand nous avons pris la Cinqui&#232;me Avenue avec des torches enflamm&#233;es pour protester contre les meurtres qui ont eu lieu dans l'Oregon. Nous avons tenu pendant 5 jours, 24h/24, un campement dans West Village devant un autel d&#233;di&#233; aux personnes assassin&#233;es dans l'Oregon et ailleurs, et nous avons organis&#233; une prise de parole sur la violence &#224; l'encontre des lesbiennes, &#224; laquelle de nombreuses personnes sont venues assister. Nous avons manifest&#233; deux fois devant le Conseil Scolaire, nous avons particip&#233; &#224; des r&#233;unions de conseils d'&#233;cole locaux, nous avons cr&#233;&#233; un groupe vid&#233;o de Justici&#232;res, et nous avons organis&#233; trois f&#234;tes fabuleuses &#8211; la quatri&#232;me et la plus fabuleuse &#233;tant la soir&#233;e de Nouvel An que vous seriez vraiment b&#234;tes de rater.&lt;br&gt; Alors n'est pas se vanter que de dire que NOUS SOMMES L&#192;, BIEN OCCUP&#201;ES, ET CHAUDES COMMES LA BRAISE. &lt;strong&gt;Et oui, Marie : NOUS AVONS BESOIN DE TOI.&lt;/strong&gt; Nous avons besoin de toi si tu cherches la revanche. Si tu en as marre et que tu es fatigu&#233;e d'&#234;tre invisible. Si tu refuses d'&#234;tre bafou&#233;e et pi&#233;tin&#233;e une fois encore. Si tu as soif de REPR&#201;SAILLES. Si tu es pr&#234;te et impatiente &#224; l'id&#233;e de prendre la rue !&lt;br&gt; NOUS AVONS BESOIN DE TOI. Quand tu sera pr&#234;te, bien s&#251;r. Et nous te proposons plusieurs options. Tu peux : A) &lt;strong&gt;VENIR &#192; UNE R&#201;UNION DU MARDI &lt;/strong&gt; (20h au Centre Gay et Lesbien, 208 W 13th St) ; B) &lt;strong&gt;APPELER LA HOTLINE DES JUSTICI&#200;RES&lt;/strong&gt; (212-967-7711 x3204) et laisser un message pour recevoir des informations sur le prochain endroit o&#249; les Justici&#232;res mettront le d&#233;sordre, ou simplement se montreront ; ou C) continue &#224; venir &#224; nos f&#234;tes fabuleuses et ext&#233;nuantes jusqu'&#224; ce que tu sois pr&#234;te pour l'option A ou B.&lt;br&gt; Ah, et si tu es tr&#232;s riche, ou juste un petit peu, il y a aussi une autre option, l'Option D : fais nous un ch&#232;que. On accepte aussi les esp&#232;ces, les virements, les ch&#232;ques vacances et les bijoux de familles, surtout s'ils sont grav&#233;s avec des noms comme &#171; Xerox &#187; ou &#171; Sony &#187;.&lt;br&gt; &lt;strong&gt;R&#201;FL&#201;CHIS-Y.&lt;/strong&gt; &#202;tre gentille ne te m&#232;nera nulle part. Les filles sages et ob&#233;issantes finissent toujours couch&#233;es sous la table du ma&#238;tre, comme les chiens, &#224; manger ses miettes. &lt;strong&gt;ES-TU N&#201;E POUR TE CACHER ET BOUILLONNER ? NON.&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
De toute fa&#231;on, avec la droite religieuse l&#224; dehors qui nous cherche, il n'y a pas vraiment d'endroits o&#249; te cacher. Nous n'avons rien d'autre &#224; perdre que nos frustrations. Sois turbulente ! &lt;strong&gt;SOIS INDISCIPLIN&#201;E ! PRENDS TA REVANCHE ! REJOINS LES JUSTICI&#200;RES LESBIENNES ET REJOINS LA R&#201;BELLION. ON RECRUTE.&lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&#192; un des ces jours.&lt;br&gt;
Les Justici&#232;res Lesbiennes.&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;COMMUNIQU&#201; N&#176;2&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&#8212; DES NOUVELLES DU FRONT &#8212;&lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;strong&gt;F&#201;VRIER 1993&lt;/strong&gt; - L'ann&#233;e a commenc&#233; de mani&#232;re fracassante avec la f&#234;te du Nouvel An des Justici&#232;res Lesbiennes. Pendant que les go-go girls laissaient derri&#232;re elles la vieille ann&#233;e en ondulant, des centaines de gouines palpitantes et sexy dansaient vers la nouvelle et ont permis de r&#233;colter 5000 dollars pour la vengeance de cette ann&#233;e.&lt;br&gt; L'argent r&#233;colt&#233; n'a pas disparu dans nos poches. La m&#234;me semaine, les &lt;strong&gt;Justici&#232;res Lesbiennes&lt;/strong&gt; &#233;taient fi&#232;rement de sortie pour d&#233;fendre le &lt;strong&gt;Programme Scolaire Arc-en-Ciel&lt;/strong&gt;. Le 6 janvier, environ 50 Justici&#232;res ont brav&#233; le froid pour enseigner l'ABC du respect aux membres de la &lt;strong&gt;F&#233;d&#233;ration Unie des Enseignant-es&lt;/strong&gt; (FUE) qui se rassemblait &#224; l'occasion de la r&#233;union de ses d&#233;l&#233;gu&#233;-es g&#233;n&#233;rales-aux. Arborant des pancartes avec des slogans bas&#233;s sur les lettres de l'alphabet, les Justici&#232;res ont distribu&#233; des centaines de tracts &#224; celles et ceux qui arrivaient &#224; la r&#233;union ou qui la quittaient, les exhortant &#224; soutenir le programme arc-en-ciel, leurs coll&#232;gues queers, et les enfants queers. Cette action a permis de mettre la pression sur la FUE, et plus particuli&#232;rement sur sa pr&#233;sidente Sandra Feldman qui fait tra&#238;ner la mise en place du Programme, en rappelant que nous sommes nombreuses-eux &#224; soutenir le Programme Arc-en-Ciel, du CP &#224; la Terminale.&lt;br&gt; &lt;strong&gt;Dans un monde homophobe, le travail d'une Justici&#232;re Lesbienne n'est jamais termin&#233;&lt;/strong&gt;, et c'est ainsi que seulement 3 semaines plus tard, ces gouines &#233;clatantes en remettaient une couche. Cette fois-ci, notre but &#233;tait la destruction de &lt;strong&gt;Soi&lt;/strong&gt;. Ces grands gar&#231;ons de &lt;strong&gt;Self Magazine&lt;/strong&gt; [Self = Soi en fran&#231;ais, ndlt] pensaient &#233;videmment que personne ne regardait quand ils ont d&#233;cid&#233; de partir en vacances de neige faire du ski &#224; Aspen, dans le Colorado, tout en ayant pleine connaissance du fait qu'en novembre cet &#201;tat a fait passer le haineux Amendement 2, qui prive les citoyen-nes queers d'une protection de leurs droits civiques. Mais, prouvant encore une fois le vieil adage selon lequel nous sommes partout, les Justici&#232;res Lesbiennes &#233;taient l&#224; pour leur monter que l'intol&#233;rance et la haine ne sont pas bonnes pour les affaires. &#192; 11h30 du matin, une douzaine de&lt;strong&gt; Justici&#232;res Lesbiennes ont pris d'assaut les bureaux chics de Conde Nast sur Madison Avenue&lt;/strong&gt; pour protester contre le s&#233;jour propos&#233; dans l'&#201;tat de la Haine. En scandant les slogans &#171; Boycottons le Colorado &#187; et &#171; Nous somme l&#224;, nous sommes queers, et nous n'irons pas skier &#187; et en arborant des tracts explicatifs sur l'Amendement 2, les Justici&#232;res ont sem&#233; la peur et l'effroi dans le c&#339;ur des passant-es en laissant courir le bruit que Self faisait de la manutention d'armes &#224; feu. Pendant que les agents de s&#233;curit&#233; en costumes gris montaient discr&#232;tement la garde et que la r&#233;dactrice Alexandra Penney se retranchait dans son bureau, les Justici&#232;res tenaient bon. Quand Penney a fil&#233; vers sa limousine peu de temps apr&#232;s, elle a du passer &#224; travers une ligne de Justici&#232;res qui tenaient le piquet sur le trottoir dehors. Le voyage a &#233;t&#233; annul&#233; le jour suivant.&lt;br&gt; &lt;strong&gt;Des salles de r&#233;union aux salles d'audience, les Justici&#232;res Lesbiennes sont toujours sur leurs gardes.&lt;/strong&gt; Lors de l'annonce du verdict reconnaissant &lt;strong&gt;Freddy Garcia&lt;/strong&gt; coupable d'&#234;tre un &lt;strong&gt;casseur de gouine&lt;/strong&gt;, le/la Juge Madden s'est lanc&#233;-e dans un discours inspir&#233; sur l'h&#233;ro&#239;sme de la victime uniquement dans le but de laisser repartir Garcia avec rien de plus qu'une tape sur les doigts. C'est alors que des Justici&#232;res enrag&#233;es ont explos&#233; dans la salle d'audience. Garcia a &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; 200 heures de travaux d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral &#224; effectuer dans le bureau de Marjorie Hill, la d&#233;l&#233;gu&#233;e du Maire en lien avec la communaut&#233; lesbienne et gay, soi-disant sur sa recommandation &#224; elle. Les Justici&#232;res Lesbiennes se sont rendues au bureau de Hill pour lui demander des explications. Hill a ni&#233; avoir fait cette recommandation et &#233;tait d'accord sur le fait de ne pas laisser Garcia, ni d'autres casseurs de gouine/p&#233;d&#233; reconnus coupables, travailler dans son bureau.&lt;br&gt; Toutes les actions des Justici&#232;res ne finissent pas forc&#233;ment dans ta face. Certaines arrivent aussi directement dans ton pif. Le 12 f&#233;vrier, les gens qui se sont entass&#233;s &#224; l'heure du midi dans l'ascenseur pestilentiel du Bar Building n'ont pas eu &#224; attendre longtemps pour savoir d'o&#249; venait la puanteur. Quand les portes de l'ascenseur se sont referm&#233;es, elles firent appara&#238;tre des autocollants g&#233;ants sur lesquels on pouvait lire que &#171; &lt;strong&gt;l'Homophobie Pue&lt;/strong&gt; &#187;, sp&#233;ciale d&#233;dicace des Justici&#232;res &#224; &lt;strong&gt;Jack Hale&lt;/strong&gt;, l'avocat de l'Archidioc&#232;se. Des attentats &#224; la bombe puante ont aussi eu lieu au &lt;strong&gt;Centre de Recrutement de l'Arm&#233;e de la 42&#232;me Rue&lt;/strong&gt; et &#224; la &lt;strong&gt;Cath&#233;drale St. Patrick&lt;/strong&gt;. Il s'agissait l&#224; des premi&#232;res vagues de la &lt;strong&gt;gu&#233;rilla de la St Valentin&lt;/strong&gt; men&#233;e par les Justici&#232;res Lesbiennes en f&#233;vrier. La veille de la St Valentin, les Justici&#232;res ont organis&#233; un &lt;strong&gt;skate-in&lt;/strong&gt; &#224; la patinoire du Centre Commercial Rockefeller ; des gouines patinaient bras dessus bras dessous face &#224; la foule &#233;bahie du samedi apr&#232;s-midi. Cette nuit-l&#224;, les Justici&#232;res ont brav&#233; le froid pour chanter une s&#233;r&#233;nade &#224; &lt;strong&gt;Mary Cummins&lt;/strong&gt;, l'ennemie fanatique du Programme Scolaire Arc-en-Ciel, devant sa maison dans le Queens. Et le jour m&#234;me de la St Valentin, 250 gouines se sont rassembl&#233;es pour assister &#224; l'inauguration d'une statue de &lt;strong&gt;Alice B. Toklas&lt;/strong&gt; &#224; Bryant Park, l&#224; o&#249; elle a &#233;t&#233; r&#233;unie &#224; son amante &lt;strong&gt;Gertrude Stein&lt;/strong&gt;. S'en suivirent des lectures par d'&#233;minentes autrices lesbiennes, suivies de grandes et joyeuses &lt;strong&gt;valses lesbiennes&lt;/strong&gt; dans la neige scintillante. Cette action, qui a attir&#233; la foule et l'attention des m&#233;dias, a cl&#244;tur&#233; le parcours &#233;prouvant, efficace et payant que les Justici&#232;res Lesbiennes ont men&#233; durant les six premi&#232;res semaines de l'ann&#233;e. Et maintenant nous avons &lt;strong&gt;quatre nouveaux groupes locaux&lt;/strong&gt; de lesbiennes qui font Justice &#8211; &#224; &lt;strong&gt;Atlanta&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Durham&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Austin&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Tucson&lt;/strong&gt;.&lt;br&gt; &lt;strong&gt;&#192; maintes reprises, les Justici&#232;res Lesbiennes ont prouv&#233; qu'en faisant des actions politiques pertinentes, on pouvait aussi passer des moments agr&#233;ables.&lt;/strong&gt; Et maintenant, tu dois te demander : &#171; Comment puis-je faire partie de ce groupe de gouines fabuleuses, super classes, rayonnantes, f&#233;roces et explosives ? &#187;. Un peu d'argent c'est toujours bon &#224; prendre, alors viens &#224; notre soir&#233;e dansante qui met l'eau &#224; la bouche et qui aura lieu le 20 mars (samedi 20 mars, 21h, 119 Avenue D, 2&#232;me &#233;tage). &lt;strong&gt;LAISSE NOUS TE METTRE SUR LA VOIE DE LA REVANCHE.&lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &lt;strong&gt;NOUS AVONS BESOIN DE TOI.&lt;/strong&gt; Si tu en as marre d'&#234;tre ignor&#233;e, de te battre pour les droits de tout le monde sauf les tiens, alors viens et rejoins les Justici&#232;res. Il y a plein de choses que tu peux faire. Viens assister &#224; une r&#233;union du mardi (20h au Centre Gay et Lesbien, 208 W 13&#232;me rue). &lt;strong&gt;APPELLE LA HOTLINE DES JUSTICI&#200;RES LESBIENNES AU 212-967-7711 x3204&lt;/strong&gt; et laisse un message en demandant des infos sur la prochaine cible des Justici&#232;res. Encore mieux, rejoins nous pour coordonner la premi&#232;re action nationale sponsoris&#233;e par les Justici&#232;res Lesbiennes qui aura lieu lors du week-end de la Marche sur Washington, DC (le 24 avril). Puis rejoins-nous pour la marche elle-m&#234;me, o&#249; nous serons l&#224; au grand jour, pleines de force et &lt;strong&gt;PLEINES DE PUISSANCE&lt;/strong&gt;. Et si tu veux &#234;tre &#224; la mode, les T-Shirts des Justici&#232;res Lesbiennes sont seulement &#224; 10 dollars. (Notre vid&#233;o est juste &#224; 13.95 dollars.)&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;EXPRIME TA COL&#200;RE ! PRENDS TA REVANCHE ! REJOINS LES JUSTICI&#200;RES LESBIENNES ET REJOINS LA REBELLION. ON RECRUTE.&lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;COMMUNIQU&#201; N&#176;3&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&#8212; DES NOUVELLES DU FRONT &#8212;&lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;strong&gt;MAI 1993&lt;/strong&gt; &#8211; Presque un an depuis notre explosion collective dans le monde de l'action directe et les Justici&#232;res Lesbiennes mettent toujours un d&#233;sordre de tous les diables, allument toujours des m&#232;ches et brisent toujours des c&#339;urs. Notre f&#234;te de soutien du 20 mars a fait battre nos tendres c&#339;urs de gouines. Une fois de plus, des centaines de f&#234;tardes lesbiennes ont vibr&#233; &#224; la vue et au son de &lt;strong&gt;la fi&#232;vre dansante des go-go girls&lt;/strong&gt;, permettant de r&#233;colter des centaines de dollars pour nos exploits de Washington, DC. Alors que de nouveaux groupes locaux des Justici&#232;res naissent dans tout le pays, les plus r&#233;cents se trouvant &#224; &lt;strong&gt;Minneapolis&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Boston&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Houston&lt;/strong&gt;, les gouines de New York continuent &#224; taper sur les lesbophobes pour que vous en ayez pour votre argent.&lt;br&gt; Le &lt;strong&gt;jour de la St Patrick&lt;/strong&gt;, de nombreuses Justici&#232;res, tremp&#233;es mais d&#233;termin&#233;es, ont rejoint l'Organisation Lesbienne et Gay Irlandaise pour protester contre leur exclusion de la parade, que le &lt;strong&gt;Maire Dinkins&lt;/strong&gt; semble avoir institu&#233; comme une politique de la ville en ordonnant deux (donnez-moi en 2 !) injonctions contre l'OLGI. Alors que les Justici&#232;res &#233;taient menott&#233;es et entass&#233;es dans les paniers &#224; salade, des personnes nous soutenant r&#233;pliquaient avec des chansonnettes irlandaises entra&#238;nantes. Et quand nous sommes arriv&#233;es en prison, le son de &#171; &lt;strong&gt;As Irish Dykes are Smiling&lt;/strong&gt; &#187; r&#233;sonnait encore dans nos oreilles.&lt;br&gt; &lt;strong&gt;Mais les arrestations ne freinent pas les Justici&#232;res.&lt;/strong&gt; Nous avons redoubl&#233; de vigilance lors des r&#233;unions lesbophobes des conseils scolaires et avons pris la d&#233;fense &lt;strong&gt;des gamin-es queers et des m&#232;res lesbiennes&lt;/strong&gt;. Nous avons zapp&#233; un forum des &#233;coles publiques de New York et avons montr&#233; aux &#233;ducateur-ices sectaires les vraies raisons de la col&#232;re des Justici&#232;res. Ensemble, avec d'autres militant-es queers courageux-ses, nous avons envahi les locaux du &lt;strong&gt;Parti Conservateur de Brooklyn&lt;/strong&gt; pour montrer notre indignation face &#224; la r&#233;compense que ce parti a attribu&#233; &#224; Mary Cummins, grande incitatrice &#224; la haine et opposante notoire aux programmes scolaires multiculturels. &lt;strong&gt;Des &#233;coles aux prisons&lt;/strong&gt;, les Justici&#232;res se battent en tous lieux pour les gouines. Apr&#232;s avoir assist&#233; au trac&#233; de l'autoroute de la peine de mort pour &lt;strong&gt;Aileen Wuornos, la &#171; tueuse en s&#233;rie lesbienne &#187;&lt;/strong&gt;, un groupe de Justici&#232;res a contact&#233; Wuornos pour lui apporter son soutien par rapport &#224; son affaire. Les Justici&#232;res ont re&#231;u une r&#233;ponse de Wuornos, qui est actuellement dans le couloir de la mort en Floride, et sont en train en travailler &#224; rendre publique son affaire et &#224; d&#233;noncer l'homophobie et la misogynie du &lt;strong&gt;syst&#232;me judiciaire de Floride.&lt;/strong&gt;&lt;br&gt; Notre heure de gloire est venue lors de notre week-end d'actions &#224; &lt;strong&gt;Washington, D.C.&lt;/strong&gt;, du 23 au 26 avril. Lors de notre premier jour &#224; D.C., les Justici&#232;res ont rejoint la division lesbienne de ACT-UP NY devant le b&#226;timent des &lt;strong&gt;Services de Sant&#233; &lt;/strong&gt; pour demander que soient faites des recherches sur les lesbiennes vivant avec le SIDA. Pendant que 350 gouines bruyantes et agac&#233;es se rassemblaient &#224; l'ext&#233;rieur et que des lesbiennes vivant avec le SIDA prenaient la parole pour parler de leurs vies, 19 femmes d'ACT-UP et des Justici&#232;res, dont 16 &#233;taient des lesbiennes vivant avec le VIH, rencontraient &lt;strong&gt;Donna Shalala&lt;/strong&gt;, la responsable des Services de Sant&#233;. Shalala a &#233;t&#233; si impressionn&#233;e par ces femmes solides et convaincantes qu'elle a report&#233; d'une heure et demi la r&#233;union pr&#233;vue 5 minutes plus tard, &#233;coutant les lesbiennes pr&#233;sentes parler &lt;strong&gt;de recherche, de traitement, de logement et d'homophobie.&lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &#171; Mais, attendez ! &#187;, dites-vous. &lt;strong&gt;Est-ce que ces imp&#233;rieuses Justici&#232;res Lesbiennes ne se sont pas amus&#233;es un peu ?&lt;/strong&gt; Si vous avez particip&#233; &#224; notre Dyke March de D.C. le 24 avril, vous connaissez la r&#233;ponse. En collaboration avec des gouines de tout le pays, les Justici&#232;res Lesbiennes ont organis&#233; la plus grande marche lesbienne de l'histoire. Nous avions distribu&#233; 8 000 flyers avant la marche, mais m&#234;me en sachant &#231;a nous avons &#233;t&#233; submerg&#233;es par l'affluence. Presque 20 000 gouines rayonnantes, f&#233;roces et explosives ont pris le contr&#244;le de D.C. ce samedi soir, dans un cort&#232;ge s'&#233;talant de Dupont Circle &#224; la Maison Blanche. Pendant qu'une foule de lesbiennes remplissait les rues, &lt;strong&gt;des Justici&#232;res incandescentes ont d&#233;vor&#233; du feu devant la Maison Blanche&lt;/strong&gt;, ont pris la parole sur l'Ellipse et, le temps d'une nuit, ont transform&#233; la capitale du pays en une galaxie lesbienne scintillante. Nous avons distribu&#233; des centaines d'exemplaires de notre &#171; Dyke Manifesto &#187; &#8211;une brochure incendiaire appelant les lesbiennes &#224; se r&#233;veiller et &#224; agir. Le jour de la Marche sur Washington, les Justici&#232;re Lesbiennes s'&#233;taient v&#234;tues pour l'occasion de capes de super-gouines et de t-shirts aux couleurs des Justici&#232;res. &lt;strong&gt;Des gouines sont venues de pleins d'endroits, du Montana au Maine, nous rejoignant pour semer la r&#233;volte et poursuivre le recrutement. &lt;/strong&gt; Et aucun voyage &#224; D.C. digne de ce nom ne peut se faire sans une petite invasion des lieux de pouvoir. Le lendemain, 7 ou 8 Justici&#232;res se font introduites dans la &lt;strong&gt;Chambre des Repr&#233;sentants&lt;/strong&gt; et sont mont&#233;es &#224; la tribune. Elle ont l&#226;ch&#233; des bombes puantes et ont coll&#233; sur les murs des autocollants &#171; &lt;strong&gt; l'Homophobie Pue&lt;/strong&gt; &#187;, pendant que 2 cars entiers de Justici&#232;res, de membres d'ACT-UP et de diverses autres militantes &#233;taient arr&#234;t&#233;es par la police &#224; l'ext&#233;rieur, alors qu'elles manifestaient pour exiger une &#233;galit&#233; d'acc&#232;s aux soins m&#233;dicaux. Mais &#224; chaque perc&#233;e en avant, on risque un retour de manivelle. Rentr&#233;es &#224; New York, nous avons appris que Dee DeBerry, une gouine visible vivant avec le VIH qui avait &#233;t&#233; menac&#233;e de voir sa caravane &lt;strong&gt;incendi&#233;e&lt;/strong&gt; si elle se rendait &#224; Washington, &#233;tait rentr&#233;e chez elle &#224; &lt;strong&gt;Tampa, en Floride&lt;/strong&gt;, et y avait effectivement retrouv&#233; son foyer d&#233;truit. Son courage nous a inspir&#233;, et une fois de plus nous avons soif de vengeance, pour elle et pour toutes les gouines. Les Justici&#232;res se pr&#233;parent &#224; descendre sur Tampa pour soutenir Dee et&lt;strong&gt; toutes les lesbiennes qui vivent avec la menace de la violence&lt;/strong&gt;. Le dimanche 13 juin, nous allumerons des bougies pour une veill&#233;e qui aura lieu &#224; l'endroit o&#249; Dee vivait, et le lundi 14 juin, nous organiserons une action au centre-ville de Tampa pour faire savoir aux homophobes que nous ne laisserons pas leurs actions passer inaper&#231;ues. Les Justici&#232;res Lesbiennes poursuivront leurs efforts sans rel&#226;che jusqu'&#224; ce que toutes les gouines aient &#233;t&#233; veng&#233;es.&lt;br&gt; Et nous ne nous arr&#234;terons pas avant d'avoir montr&#233; au monde que &#171; &lt;strong&gt;les Lesbiennes ont Soif de Pouvoir !&lt;/strong&gt; &#187;. Nous d&#233;marrons le week-end de la Lesbian &amp; Gay Pride par une marche c&#233;l&#233;brant le d&#233;sir lesbien. Rejoins-nous le 26 juin pour &lt;strong&gt;pratiquer l'art de la s&#233;duction massive&lt;/strong&gt; en l&#233;chant, tortillant, caressant, g&#233;missant et embrassant tout au long du chemin qui m&#232;ne de Bryant Park &#224; Broadway, o&#249; nous rejoindrons la Marche des Fiert&#233;s au niveau de Union Square.&lt;br&gt; La nouvelle se r&#233;pand. De Newsweek au New York Magazine, de Deneuve Magazine &#224; Mademoiselle, de Radical Chick &#224; CNN, le pays se r&#233;veille afin d'&#234;tre pr&#234;t pour l'heure des Justici&#232;res. &lt;strong&gt;La vengeance a bon go&#251;t&lt;/strong&gt;, tout comme les imp&#233;tueuses militantes lesbiennes. Si tu en as marre de l'invisibilit&#233; et de la lesbophobie, rejoins-nous ! Viens &#224; une de nos r&#233;unions du mardi, &#224; 20h au Centre Gay et Lesbien, 208 W. 13&#232;me Rue). &lt;strong&gt;APPELLE LA HOTLINE DES JUSTICI&#200;RES LESBIENNES AU 212-967-7711 x3204&lt;/strong&gt; et laisse un message en demandant des infos sur la prochaine cible des Justici&#232;res, ou sur les groupes locaux de Justici&#232;res qui pourraient exister pr&#232;s de chez toi. Enfile un t-shirt des Justici&#232;res Lesbiennes (toujours seulement &#224; 10 dollars) avec fiert&#233; et col&#232;re.&lt;br&gt; Les Justici&#232;res Lesbiennes sont un groupe d'action directe centr&#233; sur les questions vitales pour la survie et la visibilit&#233; lesbiennes.&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;EXPRIME TA COL&#200;RE ! PRENDS TA REVANCHE ! REJOINS LES JUSTICI&#200;RES LESBIENNES ET REJOINS LA REBELLION. ON RECRUTE.&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://www.lesbianavengers.com/french/handbook_VF_fr.shtml" class="spip_out"&gt;Lesbian Avenger Documentary Project&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;NDLT : &#192; New York, l'espagnol est la 2&#232;me langue. En France, on peut traduire en diverses langues m&#233;diterran&#233;ennes et europ&#233;ennes. De plus, la pr&#233;sence &#224; diff&#233;rents endroits de communaut&#233;s partageant une ou plusieurs langue(s) pr&#233;cise(s) est aussi &#224; prendre en compte dans les traductions propos&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;NDLT : On peut aussi pr&#233;voir une &#233;quipe m&#233;dicale compos&#233;e de Justici&#232;res et de sympathisantes au sein de la manifestation, pour g&#233;rer ces situations et assister/&#233;vacuer les personnes bless&#233;es/malades sans faire appel &#224; la police.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;NDLT : Pour &#233;viter toute collecte d'infos intempestive de la part de la police, la coordinatrice de l'assistance juridique peut aussi simplement &#234;tre en contact avec une autre personne rest&#233;e sur le lieu o&#249; sont stock&#233;s en s&#251;ret&#233; tous les exemplaires des fiches d'infos l&#233;gales. Cette personne transmet les informations en temps r&#233;el &#224; la coordinatrice, &#233;vitant ainsi que la police ait directement acc&#232;s aux donn&#233;es personnelles de toutes les participantes en cas d'arrestation de la coordinatrice.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;CR&#201;DITS (version originale)&lt;br&gt; &lt;br&gt;
Texte du manuel par&lt;br&gt;
Sarah Schulman&lt;br&gt; &lt;br&gt;
Texte additionnel par&lt;br&gt;
Kelly Cogswell&lt;br&gt;
Marlene Colburn&lt;br&gt;
Ron Goldberg, Amy Bauer, Andrew Miller et Alan Klein&lt;br&gt;
ZAP / Action Teach-In Outline&lt;br&gt;
Ellen Levy&lt;br&gt;
Phyllis Lutsky&lt;br&gt;
Carrie Moyer&lt;br&gt;
Sue Shaffner&lt;br&gt;
Gene Sharp&lt;br&gt; The Politics of Non Violent Action&lt;br&gt;
Maxine Wolfe&lt;br&gt;
Checklist and outline for Actions&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&#201;dit&#233; par&lt;br&gt;
Kelly Cogswell&lt;br&gt;
Amy Parker&lt;br&gt;
Ana Simo&lt;br&gt; &lt;br&gt;
Photographie de couverture par&lt;br&gt;
Carolina Kroon&lt;br&gt; &lt;br&gt;
Graphisme des documents des New York Avengers par&lt;br&gt;
Carrie Moyer&lt;br&gt; &lt;br&gt;
Conception du manuel / Caract&#232;res par&lt;br&gt;
Amy Parker&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&#169; 1993, 2011 Lesbian Avenger Productions&lt;br&gt; &lt;br&gt;
The Lesbian Avenger Documentary Project&lt;br&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.lesbianavengers.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.lesbianavengers.com&lt;/a&gt;&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; -&lt;br&gt;
CR&#201;DITS (version fran&#231;aise)&lt;br&gt; &lt;br&gt;
Premi&#232;re &#233;dition fran&#231;aise par&lt;br&gt;
La Grimoire (publi&#233;e dans les ann&#233;es 90)&lt;br&gt; &lt;br&gt;
Traduite par&lt;br&gt;
Dani&#232;le Avril&lt;br&gt;
Elisabeth Knebelmann&lt;br&gt;
Josiane Alatinte&lt;br&gt;
Nadine Laroche&lt;br&gt;
(le texte de cette &#233;dition est en bonne partie bas&#233; sur leur traduction)&lt;br&gt; &lt;br&gt;
Deuxi&#232;me &#233;dition fran&#231;aise par&lt;br&gt;
Badasses Press (2015)&lt;br&gt; &lt;br&gt;
Mises &#224; jour / Retouches / Traductions additionnelles par&lt;br&gt;
Noomi B. Gr&#252;sig&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
*** Cette deuxi&#232;me &#233;dition fran&#231;aise est publi&#233;e avec l'aimable autorisation du Lesbian Avenger Documentary Project ***&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://www.infokiosques.net/IMG/pdf/manuel_justiciere_lesbienne-80p-A5-cahier.pdf" length="9683153" type="application/pdf" />
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ain't I a Woman ?</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article1203</link>
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		<dc:date>2015-05-03T17:37:59Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sojourner Truth</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme, (questions de) genre</dc:subject>
		<dc:subject>Les Farfadettes (Nancy)</dc:subject>
		<dc:subject>Antiracisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#034;Cet homme l&#224;-bas dit que les femmes ont besoin d'&#234;tre aid&#233;es pour monter en voiture, et qu'on doit les porter pour passer les foss&#233;s, et qu'elles doivent avoir les meilleures places partout. Personne ne m'aide jamais &#224; monter en voiture, ou &#224; passer les foss&#233;s, ou ne me donne une meilleure place ! Et ne suis-je pas une femme ? Regardez-moi ! Regardez mon bras ! J'ai labour&#233;, plant&#233;, et rempli des granges, et aucun homme ne pouvait me devancer ! Et ne suis-je pas une femme ? Je pouvais travailler autant qu'un homme, et manger autant qu'un homme &#8212;quand j'avais assez &#224; manger&#8212; ainsi que supporter tout autant le fouet ! Et ne suis-je pas une femme ?&#034;&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;br&gt;
Discours prononc&#233; en 1851, &#224; la Women's Convention de Akron, Ohio, USA.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique5" rel="directory"&gt;A&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;F&#233;minisme, (questions de) genre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot85" rel="tag"&gt;Les Farfadettes (Nancy)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot96" rel="tag"&gt;Antiracisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L105xH150/arton1203-a529c.jpg?1780501361' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='105' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1203.jpg?1427540199&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;	En mai 1851, Sojourner Truth a particip&#233; &#224; la Women's Rights Convention &#224; Akron, Ohio, USA. Elle y a fait un discours bref et plein de force, qui a &#233;t&#233; rapport&#233; le 21 juin 1851, dans le journal Anti-Slavery Bugle, par Marcus Robinson (avec qui Sojourner Truth travaillait). C'est ce discours qui a donn&#233; naissance &#224; la l&#233;gende du discours &#171; Ain't I a woman &#187;, perp&#233;tr&#233;e par Frances Dana Gage, l'organisatrice de la Convention, qui a publi&#233; sa version du discours de Truth le 23 avril 1863, dans le journal New York Independant. Elle l'a agr&#233;ment&#233; de divers commentaires relatant les r&#233;actions de l'audience, et l'a affubl&#233; d'un dialecte rustre du Sud. Il est tr&#232;s probable que ce dialecte soit uniquement n&#233; dans l'imaginaire exotisant de Gage, puisque Truth &#233;tait originaire du Nord, et que sa langue maternelle &#233;tait le n&#233;erlandais.&lt;/i&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt; &#171; Bon, les enfants, quand il y a autant de raffut quelque part, c'est qu'il y a quelque chose de chamboul&#233;. Je crois qu'entre les Noirs du Sud et les femmes du Nord, qui parlent tou.tes de leurs droits, l'homme blanc va bient&#244;t &#234;tre dans le p&#233;trin. Mais de quoi parle-t-on ici au juste ?&lt;br&gt; Cet homme l&#224;-bas dit que les femmes ont besoin d'&#234;tre aid&#233;es pour monter en voiture, et qu'on doit les porter pour passer les foss&#233;s, et qu'elles doivent avoir les meilleures places partout. Personne ne m'aide jamais &#224; monter en voiture, ou &#224; passer les foss&#233;s, ou ne me donne une meilleure place ! Et ne suis-je pas une femme ? Regardez-moi ! Regardez mon bras ! J'ai labour&#233;, plant&#233;, et rempli des granges, et aucun homme ne pouvait me devancer ! Et ne suis-je pas une femme ? Je pouvais travailler autant qu'un homme, et manger autant qu'un homme &#8212;quand j'avais assez &#224; manger&#8212; ainsi que supporter tout autant le fouet ! Et ne suis-je pas une femme ? J'ai mis au monde treize enfants, et vu la plupart d'entre eux &#234;tre vendus comme esclaves, et quand j'ai pleur&#233; avec ma douleur de m&#232;re, personne &#224; part J&#233;sus ne m'&#233;coutait ! Et ne suis-je pas une femme ?&lt;br&gt; Puis ils parlent de ce truc dans la t&#234;te ; comment est-ce qu'ils l'appellent d&#233;j&#224; ? [des membres de l'audience lui r&#233;pondent en chuchotant : &#171; l'intellect &#187;] C'est &#231;a, ch&#233;ri.e. Qu'est-ce que &#231;a a &#224; voir avec les droits des femmes ou les droits des Noirs ? Quand bien m&#234;me mon verre ne ferait qu'un demi, et le tien une pinte, ne serait-ce pas m&#233;chant de ne pas me laisser remplir le mien ?&lt;br&gt; Puis ce petit homme habill&#233; en noir juste l&#224;, il dit que les femmes ne peuvent pas avoir autant de droits que les hommes, parce que le Christ n'&#233;tait pas une femme ! Et ton Christ, d'o&#249; il vient ? Il est n&#233; de Dieu et d'une femme ! L'homme n'a rien &#224; voir avec Lui.&lt;br&gt; Si la premi&#232;re femme que Dieu a cr&#233;&#233;e &#233;tait assez forte pour mettre le monde &#224; l'envers &#224; elle toute seule, alors les femmes ensemble devraient &#234;tre capables de le remettre en place, et de le refaire tourner rond ! Et maintenant qu'elles demandent &#224; s'y mettre, les hommes feraient mieux de les laisser faire.&lt;br&gt; Merci de m'avoir &#233;cout&#233;e, et maintenant la vieille Sojourner n'a rien de plus &#224; dire. &#187;&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;i&gt;&#8213;version rapport&#233;e par Frances D. Gage, une femme blanche, en 1863.&lt;/i&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#171; Je veux dire quelques mots sur ce sujet. Je suis une militante des droits des femmes. Je suis aussi muscl&#233;e que n'importe quel homme, et je peux abattre tout autant de travail que n'importe quel homme. J'ai labour&#233;, moissonn&#233;, fauch&#233;, hach&#233; et battu le grain, et est-ce qu'un homme peut faire plus que &#231;a ? J'ai entendu beaucoup de choses sur l'&#233;galit&#233; des sexes. Je peux porter autant qu'un homme, et manger autant qu'un homme &#8212;quand j'ai assez &#224; manger. Je suis aussi forte qu'un homme peut l'&#234;tre.&lt;br&gt; Pour ce qui est de l'intellect, tout ce que je peux dire c'est que quand bien m&#234;me les femmes ne boivent qu'un demi, et que les hommes boivent une pinte, qu'est-ce qui les emp&#234;che de remplir leur verre ? Vous ne devez pas h&#233;siter &#224; nous donner nos droits de peur qu'on en prenne trop, de peur qu'on fasse d&#233;border notre verre.&lt;br&gt; Les pauvres hommes semblent tout confus, et ne savent pas quoi faire. Ben pourquoi les enfants ? Si vous d&#233;tenez les droits d'une femme, rendez-les lui et vous vous sentirez mieux. Vous garderez vos propres droits, et il n'y aura plus de probl&#232;me.&lt;br&gt; Je ne sais pas lire, mais je sais &#233;couter. J'ai &#233;cout&#233; la bible et y ai appris que c'est la faute d'&#200;ve si l'homme a p&#233;ch&#233;. Ben, si c'est la femme qui a d&#233;r&#233;gl&#233; le monde, alors donnez-lui une chance de le refaire tourner rond.&lt;br&gt; Cette Dame a parl&#233; de J&#233;sus, du fait qu'il n'a jamais rejet&#233; les femmes qui venaient &#224; lui, et elle avait raison. Quand Lazare est mort, Marie et Marthe sont venues le voir avec foi et amour et l'ont suppli&#233; de faire revenir leur fr&#232;re. Alors J&#233;sus pleura et Lazare ressuscita. Et d'apr&#232;s vous, comment J&#233;sus est-il venu au monde ? Il est venu au monde &#224; travers Dieu qui l'a cr&#233;&#233; et &#224; travers la femme qui lui a donn&#233; naissance. Et alors, les hommes, quel a &#233;t&#233; votre r&#244;le dans tout &#231;a ?&lt;br&gt; Mais les femmes se soul&#232;vent, b&#233;ni soit Dieu, et quelques hommes se joignent &#224; elles. Et l'homme est en mauvaise posture, les esclaves pauvres en ont apr&#232;s lui, les femmes s'y mettent aussi, on dirait bien qu'il est coinc&#233; entre un faucon et une buse. &#187;&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;i&gt;&#8213;version rapport&#233;e par Marcus Robinson, un homme Noir, en 1851.&lt;/i&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;i&gt;Sojourner Truth (1797-1883) &#233;tait une abolitionniste Africaine-Am&#233;ricaine et une militante pour les droits des femmes. Elle est n&#233;e en esclavage, et a r&#233;ussi &#224; s'&#233;chapper en 1826.&lt;/i&gt;&lt;br&gt; &lt;i&gt;Elle a men&#233; une proc&#233;dure en justice pour r&#233;cup&#233;rer un de ses fils vendu comme esclave, qu'elle a gagn&#233;. Elle a donc &#233;t&#233; la premi&#232;re femme Noire &#224; gagner ce type de proc&#232;s contre un homme blanc.&lt;/i&gt;&lt;br&gt; &lt;i&gt;Sojourner Truth a longtemps &#233;t&#233; active dans son militantisme au sein des mouvements pour les droits civiques des Noir-es et des femmes. Elle a par ailleurs aid&#233; de nombreux-ses r&#233;fugi&#233;-es Noir-es apr&#232;s la guerre civile &#233;tasunienne, notamment dans leurs recherches d'emplois. Elle a aussi donn&#233; de nombreux discours, touchant aux th&#233;matiques abolitionnistes, f&#233;ministes et religieuses.&lt;/i&gt;&lt;br&gt; &lt;i&gt;En 1850, elle a publi&#233; ses m&#233;moires sous le titre : &#034;Narrative of Sojourner Truth : A Northern Slave&#034;.&lt;/i&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;plusieurs textes et discours de Sojourner Truth sont en ligne sur :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.sojournertruth.org/Library/Speeches&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.sojournertruth.org/Library/Speeches&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ses m&#233;moires, publi&#233;s en 1850, peuvent &#234;tre lus sur le site :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://digital.library.upenn.edu/women/truth/1850/1850.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://digital.library.upenn.edu/women/truth/1850/1850.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;traduction DIY et en partie pomp&#233;e sur : &lt;a href=&#034;http://msdreydful.wordpress.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://msdreydful.wordpress.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>En finir avec le placard</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article1186</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.infokiosques.net/spip.php?article1186</guid>
		<dc:date>2015-04-02T05:06:34Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Collectif</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme, (questions de) genre</dc:subject>
		<dc:subject>Prison, justice, r&#233;pression</dc:subject>
		<dc:subject>Les Farfadettes (Nancy)</dc:subject>
		<dc:subject>Queer, transp&#233;d&#233;bigouines</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Tous les prisonniers ne sont pas des hommes.&lt;br&gt;
Tous les prisonniers ne sont pas h&#233;t&#233;rosexuels.&lt;br&gt;
Tous les prisonniers ne sont pas cisgenres.&lt;br&gt;
&#192; quoi sert de lutter pour la lib&#233;ration des prisonnier.e.s politiques et l'abolition de la prison si nous n'en finissons pas avec tous les placards ?&lt;br&gt; &lt;br&gt;
***&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Sommaire :&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- Introduction (Soledad et associ&#233;es)&lt;br class='manualbr' /&gt;- Les gouines et les p&#233;d&#233;s veulent savoir&#8230; : Une interview avec des prisonni&#232;res politiques lesbiennes (interview de Linda Evans, Laura Whitehorn et Susan Rosenberg par le QUISP / Queers United in Support of Political Prisoners)&lt;br class='manualbr' /&gt;- Trois d&#233;cennies de solidarit&#233; queer et de luttes radicales : une histoire riche (Bob Lederer)&lt;br class='manualbr' /&gt;- Des militant.e.s queers se joignent &#224; une large action de d&#233;sob&#233;issance civile&#8230; (Simon Nkoli Queer Crusaders en solidarit&#233; avec les prisonnier.e.s politiques)&lt;br class='manualbr' /&gt;- One herstory of Out of Control Lesbian committee to support women political prisoners and POWs, 1986-2008 (B 8 / Rita D. Brown et Jane Segal, 2008)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les textes sont extraits de : Matt Meyer, dir., &lt;i&gt;Let Freedom Ring. A Collection of Documents from the Movements to Free US Political Prisoners&lt;/i&gt;, Oakland (Californie), PM Press, 2008.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique9" rel="directory"&gt;E&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;F&#233;minisme, (questions de) genre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot20" rel="tag"&gt;Prison, justice, r&#233;pression&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot85" rel="tag"&gt;Les Farfadettes (Nancy)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot125" rel="tag"&gt;Queer, transp&#233;d&#233;bigouines&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L104xH150/arton1186-894b5.jpg?1780463860' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='104' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1186.jpg?1424086251&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;EN FINIR AVEC LE PLACARD&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Recueil de textes de prisonnier.e.s politiques LGBT&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Note&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Les textes sont extraits de : Matt Meyer, dir., &lt;i&gt;Let Freedom Ring. A Collection of Documents from the Movements to Free US Political Prisoners&lt;/i&gt;, Oakland (Californie), PM Press, 2008.&lt;br&gt;
Les traductions, les textes entre crochets et les notes de bas de page sign&#233;es [S.&amp;a] sont de Soledad et associ&#233;es.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur la traduction&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
L'usage du &#171; kkk &#187; &#8211; qui est l'abr&#233;viation du Ku Klux Klan (voir Lexique en bas de page) &#8211; dans certains mots (d&#233;mokkkratie, Kkkour, Amerikkke, etc.) explicite le supr&#233;matisme blanc qui s'exerce &#224; tous les niveaux de la soci&#233;t&#233; et de l'&#201;tat.&lt;br&gt;
Le terme &#171; queer &#187;, dans les textes &#233;tats-uniens et lorsqu'il est employ&#233; dans un contexte communautaire, d&#233;signe de mani&#232;re positive des personnes ayant des pratiques sexuelles ou des identit&#233;s de genre minoritaires.&lt;br&gt;
Un ast&#233;risque indique les mots expliqu&#233;s dans le lexique ou les personnes faisant l'objet d'une courte biographie (voir en fin de page).&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;(par Soledad et associ&#233;es)&lt;/i&gt;&lt;br&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pourquoi je n'ai jamais entendu parler de vous avant ? &#187; Cette interrogation, formul&#233;e par les &lt;i&gt;Queers United in Support of Political Prisoners&lt;/i&gt; dans leur entretien avec Linda Evans*, Laura Whitehorn* et Susan Rosenberg*, nous nous la sommes pos&#233;e.&lt;br&gt;
Avec les ann&#233;es et une certaine habitude du soutien, en France, aux prisonnier.e.s, qu'ils.elles soient politiques ou de droit commun, nous avons fait deux constats. D'abord, nous n'avons &#233;t&#233; que tr&#232;s rarement investies dans la solidarit&#233; avec des prisonnier.e.s LGBT. Ensuite, dans la lutte anticarc&#233;rale et dans le soutien aux prisonnier.e.s, qu'ils.elles soient politiques ou de droit commun, les organisations et les personnes LGBT sont peu pr&#233;sentes, ce &#224; quoi s'ajoute l'invisibilit&#233; de leurs luttes concernant les formes sp&#233;cifiques de r&#233;pression ou d'incarc&#233;ration auxquelles ils.elles sont confront&#233;.e.s.&lt;br&gt;
&#171; Pourquoi je n'ai jamais entendu parler de vous avant ? &#187; Cette interrogation n'est pas arriv&#233;e par hasard. Elle est le fruit de rencontres et de lectures, notamment la brochure &lt;a href=&#034;https://infokiosques.net/spip.php?article864&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Femmes trans en prison&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Puis, ces derni&#232;res ann&#233;es, les mobilisations internationales pour Cece McDonald et Chelsea Manning (voir &lt;strong&gt;Ressources&lt;/strong&gt;, en bas de page) nous ont fait prendre conscience de ce qui nous semble constituer des lacunes dans les luttes men&#233;es en France pour les prisonnier.e.s politiques et l'abolition de la prison.&lt;br&gt;
Le but de cette brochure est d'ouvrir une br&#232;che. Tous les prisonniers ne sont pas des hommes. Tous les prisonniers ne sont pas h&#233;t&#233;rosexuels. Tous les prisonniers ne sont pas cisgenres*. Les personnes LGBT, notamment les femmes trans, sont surrepr&#233;sent&#233;es en prison et les peines qu'elles effectuent, dans des conditions souvent particuli&#232;rement difficiles, ont des cons&#233;quences (sant&#233;, vie sociale, etc.) bien plus lourdes que pour le reste de la population (toutes choses &#233;gales par ailleurs).&lt;br&gt;
Les textes rassembl&#233;s dans cette brochure retracent le parcours et les analyses politiques de prisonnier.e.s LGBT aux &#201;tats-Unis issu.e.s de ce que l'on r&#233;unira rapidement sous l'&#233;tiquette de l'extr&#234;me-gauche r&#233;volutionnaire, anti-imp&#233;rialiste et antiraciste. A notre sens, ils font bien apparaitre &#224; quelles difficult&#233;s sp&#233;cifiques ont &#233;t&#233; confront&#233;es les auteur.e.s en prison, mais aussi la fa&#231;on dont se sont forg&#233;es des alliances dans la lutte pour la lib&#233;ration des prisonnier.e.s politiques.&lt;br&gt; &lt;br&gt;
Encore un mot : cette brochure a &#233;t&#233; port&#233;e par une personne qui n'est pas LGBT et qui, lorsqu'elle ne dit pas de conneries, le doit pour beaucoup au temps et &#224; la patience de quelques unes de ses amies. Qu'elles soient ici chaleureusement remerci&#233;es et salu&#233;es !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les gouines et les p&#233;d&#233;s veulent savoir&#8230; :&lt;br&gt; Une interview avec des prisonni&#232;res politiques lesbiennes&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;Une interview de Linda Evans*, Laura Whitehorn* et Susan Rosenberg* par le QUISP (Queers United in Support of Political Prisoners). 1991&lt;/i&gt;.&lt;br&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;QUISP :&lt;/strong&gt; Je suis militant.e. Pourquoi je n'ai jamais entendu parler de vous avant ?&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Laura :&lt;/strong&gt; Je pense que c'est parce que pendant pas mal de temps, la &#171; gauche &#187; et les mouvements progressistes n'ont pas vraiment essay&#233; de savoir qui &#233;tait en prison &#8211; y compris les prisonnier.e.s politiques et les POWs* (prisonnier.e.s de guerre), mais pas seulement. Par exemple, combien de militant.e.s anti-sida savent combien il y a de prisonnier.e.s infect&#233;.e.s et les conditions horribles dans lesquelles ils.elles vivent ? [&#8230;] Combien d'&#233;crivain.e.s et de gens de m&#233;dia dans nos mouvements essaient de soutenir les prisonnier.e.s gays et lesbien.ne.s que les porcs [policier.e.s, maton.ne.s, etc.] mettent souvent &#224; la dure&#8230; En g&#233;n&#233;ral, ce pays essaie de faire taire les prisonnier.e.s et de nous faire oublier des gens dehors. Dans le cas des prisonnier.e.s politiques, faut multiplier &#231;a par X pour la simple raison que notre existence met en danger le fonctionnement tranquille et silencieux du syst&#232;me : notre existence montre que la grande d&#233;mokkkratie est un mensonge. Le gouvernement ne veut pas que vous sachiez qui nous sommes &#8211; c'est pour cela qu'ils essaient autant de nous qualifier de &#171; terroristes &#187; et de &#171; criminel.le.s &#187;.&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Linda : &lt;/strong&gt; Le gouvernement US a intentionnellement fait &#171; disparaitre &#187; les prisonnier.e.s politiques, car sa position officielle est qu'&#171; il n'existe pas de prisonnier.e.s politiques aux USA. &#187; C'est la fa&#231;on pour les USA de nier &#224; la fois la motivation politique de nos actions et que les mouvements dont nous sommes issu.e.s sont l&#233;gitimes, qu'ils sont des mouvements populaires en faveur du changement social. Le syst&#232;me carc&#233;ral isole les prisonnier.e.s de leurs communaut&#233;s, mais un isolement particuli&#232;rement dur est mis en place contre les prisonnier.e.s politiques : la liste des visiteur.se.s est limit&#233;e, il y a des transferts fr&#233;quents loin de nos communaut&#233;s, le courrier est censur&#233;, nous subissons le niveau de s&#233;curit&#233; maximale et des longues p&#233;riodes &#224; l'isolement. Mais notre mouvement politique a aussi ignor&#233; l'existence des prisonnier.e.s politiques. Je pense que c'est essentiellement d&#251; au racisme &#8211; la plupart des prisonnier.e.s politiques et des POWs* &#233;tats-unien.ne.s sont des camarades Noir.e.s ou Portoricain.ne.s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Porto Rico est une &#238;le des Antilles, colonis&#233;e par les USA depuis 1898 et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui sont enferm&#233;.e.s depuis plus de dix ans. Malheureusement, y a jamais eu de soutien large de la part des blanc.he.s progressistes pour la lutte de lib&#233;ration Noire, pour l'ind&#233;pendance Portoricaine ou pour la souverainet&#233; des Am&#233;rindien.ne.s &#8211; et c'est de ces mouvements que viennent les prisonnier.e.s politiques et les POWs Noir.e.s/Portoricain.ne.s/Am&#233;rindien.ne.s aux USA. Beaucoup de militant.e.s politiques ont aussi arr&#234;t&#233; de soutenir les prisonnier.e.s politiques / POWs en raison de d&#233;saccords sur les tactiques ou sur les actions pour lesquelles les prisonnier.e.s politiques ont &#233;t&#233; accus&#233;.e.s ou condamn&#233;.e.s. Ces d&#233;saccords sont tactiques et ils ne devraient pas masquer le fait que nous nous battons tou.te.s pour la justice et le changement social. Cet arr&#234;t du soutien m&#232;ne &#224; de fausses divisions entre nous et aide l'&#201;tat dans sa strat&#233;gie d'isolement des prisonnier.e.s politiques / POWs de nos communaut&#233;s et des mouvements politiques.&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Susan :&lt;/strong&gt; Les militant.e.s (radicaux) de la fin des 1980s et des 1990s doivent se r&#233;approprier l'histoire de la r&#233;sistance qui a &#233;clos, puis s'est poursuivie tout au long des 1970s et des 1980s. Tant que le gouvernement et les m&#233;dias continueront de d&#233;finir qui et quoi est important, les vraies le&#231;ons contenues dans nos exp&#233;riences et celles des autres seront perdues. Les gens n'ont pas entendu parler de nous (sauf un vague souvenir de gros titres &#8211; et encore) parce qu'il y a une vraie strat&#233;gie gouvernementale de contre-insurrection pour enterrer les r&#233;volutionnaires qui ont &#233;t&#233; captur&#233;.e.s. Je suis en prison depuis six ans, et j'ai pass&#233; plus de la moiti&#233; du temps &#224; l'isolement ou dans des quartiers d'isolement &#224; des milliers de kilom&#232;tres de ma communaut&#233; et de ma famille. Mon exp&#233;rience ressemble &#224; celle des 100-150 prisonnier.e.s politiques aux USA. Si les individus de diff&#233;rents mouvements (c'est-&#224;-dire, les Noir.e.s, les Portoricain.ne.s, les Am&#233;rindien.ne.s et les mouvements blancs qui ont vu la n&#233;cessit&#233; d'organiser la r&#233;sistance &#224; l'oppression) sont d&#233;truits, c'est une fa&#231;on de d&#233;l&#233;gitimer les revendications de ces mouvements.&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;QUISP :&lt;/strong&gt; Est-ce que vous l'avez fait ? Est-ce que le gouvernement a d&#233;natur&#233; ce que vous avez fait ? Si oui, de quelles mani&#232;res ?&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Laura :&lt;/strong&gt; Oui, je l'ai fait ! J'ai r&#233;sist&#233; au racisme, au sexisme, &#224; l'imp&#233;rialisme avec toute la force morale que j'ai en tant que queer, et je crois que nous avons besoin de nous battre pour la justice. La &#171; version &#187; du gouvernement sur ce que j'ai/nous avons fait est un mensonge complet, quand bien m&#234;me pour eux r&#233;sister est un crime. [&#8230;] De la m&#234;me fa&#231;on, le gouvernement US, un syst&#232;me g&#233;nocidaire, qualifie de &#171; violence terroriste &#187; la lutte r&#233;volutionnaire et de Justice leur syst&#232;me de lois.&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Linda :&lt;/strong&gt; Oui, je suis fi&#232;re d'avoir fait partie de la lutte pour cr&#233;er un mouvement de r&#233;sistance arm&#233;e clandestine qui peut se battre pour soutenir les luttes de lib&#233;ration nationale et qui va se battre pour la r&#233;volution aux USA. Bien s&#251;r le gouvernement a d&#233;natur&#233; ce qu'on a fait d'abord en nous qualifiant de &#171; terroristes &#187; pour faire croire aux gens que nous &#233;tions un danger pour la communaut&#233;, comme si notre objectif &#233;tait de terroriser ou de tuer des gens. C'est plut&#244;t le contraire : toutes les actions arm&#233;es des 20 derni&#232;res ann&#233;es ont &#233;t&#233; planifi&#233;es pour minimiser les risques de pertes humaines. &#199;a, bien s&#251;r, &#231;a tranche brutalement avec les actions de ce gouvernement terroriste qui soutient, dans le monde entier, des escadrons de la mort et des arm&#233;es de mercenaires, comme les &lt;i&gt;contras&lt;/i&gt;* et l'Unita de Savimbi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Union nationale pour l'ind&#233;pendance totale de l'Angola (UNITA), dirig&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; en Angola, qui soutient la guerre g&#233;nocidaire men&#233;e par Isra&#235;l contre le peuple palestinien et le syst&#232;me brutal de l'apartheid, et qui soutient les violences polici&#232;res quotidiennes dans les communaut&#233;s noires et du Tiers Monde ici, et m&#234;me des actes comme le bombardement a&#233;rien de MOVE en Philadelphie en 1985, qui a tu&#233; 11 personnes et qui a g&#233;n&#233;r&#233; un incendie laissant plus de 250 personnes sans toit.&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Susan :&lt;/strong&gt; J'ai &#233;t&#233; une r&#233;volutionnaire une grande partie de ma vie &#8211; r&#233;volutionnaire dans le sens o&#249; je crois en la n&#233;cessit&#233; d'un profond changement social qui aille aux racines du probl&#232;me, qui je crois est syst&#233;mique. En cons&#233;quence, j'ai essay&#233;, avec d'autres, diverses m&#233;thodes de lutte pour mettre en &#339;uvre une strat&#233;gie pour obtenir notre lib&#233;ration et attaquer l'&#201;tat (le gouvernement), qui repr&#233;sente le syst&#232;me, d'abord comme une militante pour la paix &#224; la fin des 1960s, apr&#232;s comme militante politique dans les 1970s, et enfin en rejoignant le mouvement de la r&#233;sistance arm&#233;e clandestine qui s'est d&#233;velopp&#233; dans les 1980s. Je suis coupable de r&#233;sistance r&#233;volutionnaire anti-imp&#233;rialiste. Bien s&#251;r, le gouvernement a donn&#233; une image fausse de moi et de nous tous. C'est surtout pass&#233; par le fait de nous qualifier de terroristes, ce qui ne peut pas &#234;tre plus &#233;loign&#233; de la v&#233;rit&#233;. De la m&#234;me mani&#232;re que toute opposition &#224; la guerre froide dans les ann&#233;es 1950 &#233;tait qualifi&#233;e de communiste, l'&#233;quivalent des ann&#233;es 1980 est &#171; terroriste &#187;. Apr&#232;s, y a plein de sortes de terroristes selon les USA &#8211; mais tout &#231;a, c'est n'importe quoi. Je ne suis pas en train d'&#233;luder la question. Mais je crois qu'aucun.e camarade r&#233;volutionnaire captur&#233;.e ne dit ce qu'il.elle a ou n'a pas fait comme travail r&#233;volutionnaire.&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;QUISP :&lt;/strong&gt; Audre Lorde dit que les outils du maitre (la violence) ne d&#233;truiront jamais la maison du maitre (l'&#201;tat). Qu'en pensez-vous ?&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Laura :&lt;/strong&gt; Je ne pense pas que la &#171; violence &#187; soit un bloc, donc je ne pense pas qu'elle soit forc&#233;ment &#171; l'outil du maitre &#187;. Si les r&#233;volutionnaires &#233;taient aussi vicieux.ses et sans consid&#233;ration pour l'humanit&#233; et les vies innocentes que le gouvernement US l'est, alors je pense qu'on ferait du mal. Mais quand les opprim&#233;.e.s se battent pour la libert&#233;, en utilisant des moyens violents parmi d'autres moyens, alors je pense qu'il faut les soutenir. Auriez-vous condamn&#233; des esclaves Africain.ne.s aux USA pour avoir tu&#233; leurs maitre.sse.s ou pour avoir us&#233; de violences dans leur combat pour la libert&#233; ? Pour moi, la question est comment nous combattons effectivement &#8211; et humainement &#8211; pour l'&#233;mancipation. En construisant la lutte, nous devons &#234;tre capable d'autocritique et autant conscient.e.s de comment nous luttons que de pour quoi nous luttons. Mais je pense aussi que nous devons nous battre pour gagner &#8211; et je pense que &#231;a veut dire s'engager dans un combat pour le pouvoir. Depuis plus de cinq ans, j'ai &#233;t&#233; une t&#233;moin de premier rang de la violence &#8211; lente, brutale, impitoyable &#8211; du g&#233;nocide contre les femmes Africaines am&#233;ricaines. Refuser de se battre contre &#231;a (et je ne crois pas qu'on puisse se battre pour le pouvoir compl&#232;tement &#171; sans violence &#187;), &#231;a voudrait dire, je pense, accepter la violence de l'&#201;tat au nom du rejet de la violence de la lutte r&#233;volutionnaire.&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Linda :&lt;/strong&gt; Je ne suis pas d'accord avec la mani&#232;re dont elle pose le probl&#232;me. Je ne pense pas que le probl&#232;me soit la violence, mais plut&#244;t la politique et le pouvoir. &#192; travers le monde, l'imp&#233;rialisme se maintient au pouvoir gr&#226;ce au pouvoir militaire et &#224; des menaces de violence partout o&#249; des gens luttent pour le changement. Les mouvements d'&#233;mancipation ont le droit d'utiliser de tous les moyens possibles pour abattre le syst&#232;me qui oppresse et tue les gens. Cela signifie l'auto-d&#233;fense et la lutte pour le pouvoir au peuple et pour l'auto-d&#233;termination. R&#233;duire &#231;a &#224; une question tactique sur les &#171; moyens violents &#187; &#233;lude de nombreuses facettes de la construction d'un mouvement r&#233;volutionnaire qui sont cruciales pour mobiliser les gens, d&#233;velopper les organisations populaires, donner du pouvoir aux groupes opprim&#233;s (comme les femmes et les peuples indig&#232;nes) au sein m&#234;me du mouvement populaire, d&#233;velopper un programme r&#233;volutionnaire qui r&#233;ponde vraiment aux besoins du peuple et pour lequel les gens vont se battre pour qu'il se concr&#233;tise. Un slogan de la r&#233;volution chinoise me vient &#224; l'esprit pour synth&#233;tiser &#231;a : &#171; Pas de r&#233;volution sans lutte de masse, pas de victoire sans lutte arm&#233;e. &#187;&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Susan :&lt;/strong&gt; J'ai toujours pris la citation d'Audre Lorde pour dire l'oppos&#233; de ce que vous dites. C'est dr&#244;le, n'est-ce pas ? J'ai toujours interpr&#233;t&#233; cette phrase comme quoi les outils du maitre sont les changements lents/&#233;lectoraux. Voil&#224;&#8230;&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;QUISP :&lt;/strong&gt; Pourquoi c'est important de soutenir les prisonnier.e.s politiques en tant que prisonnier.e.s politiques ? Ne devrions-nous pas nous int&#233;resser &#224; tou.te.s les prisonnier.e.s ?&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Laura :&lt;/strong&gt; Je pense que nous devrions nous int&#233;resser &#224; tou.te.s les prisonnier.e.s, et je ne pense pas que les prisonnier.e.s politiques aient d&#233;j&#224; soulev&#233; une contradiction ind&#233;passable entre nous et le reste des prisonnier.e.s aux USA. Ceci dit, je pense qu'il y a une n&#233;cessit&#233; pour les mouvements progressistes de d&#233;fendre les prisonnier.e.s politiques car c'est une part du combat des mouvements dont nous sommes issu.e.s. Si vous vous battez contre le racisme et l'homophobie et qu'il y a des gens qui font de longues peines pour avoir combattu contre &#231;a, je pense que c'est une avanc&#233;e de soutenir ces prisonnier.e.s. Je pense aussi que le soutien aux prisonnier.e.s politiques aide &#224; montrer comment le syst&#232;me est r&#233;pressif et injuste. Cela peut aussi &#234;tre un moyen d'arriver au soutien &#224; tou.te.s les prisonnier.e.s. Le soutien aux prisonnier.e.s politiques est un acte concret de r&#233;sistance au contr&#244;le des esprits qu'exerce le gouvernement : c'est lutter pour que les prisonnier.e.s politiques et les POWs* ne soient pas isol&#233;.e.s et pour qu'on ne les fasse pas taire. C'est revendiquer la l&#233;gitimit&#233; de la r&#233;sistance. Et, selon mon exp&#233;rience, c'est un moyen important pour que les gens dehors soient inform&#233;.e.s du r&#244;le et de la nature du syst&#232;me carc&#233;ral.&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Linda :&lt;/strong&gt; Oui &#8211; c'est important pour notre mouvement de se pr&#233;occuper de tou.te.s les prisonnier.e.s, et je pense que c'est tout particuli&#232;rement important pour le mouvement gay et lesbien que nous nous occupions de lutter contre les attaques &#224; l'encontre des prisonnier.e.s gays/lesbiennes et de soutenir tou.te.s les prisonnier.e.s infect&#233;.e.s par le VIH. Se pr&#233;occuper de tou.te.s les prisonnier.e.s et du r&#244;le r&#233;pressif et d'enfermement qu'a la prison dans notre soci&#233;t&#233; est une autre fa&#231;on de se battre contre le racisme, puisque la majorit&#233; des prisonnier.e.s viennent de communaut&#233;s du Tiers Monde. Les prisonnier.e.s sont enferm&#233;.e.s &#8211; loin des yeux, loin du c&#339;ur &#8211; et les rares droits qui ont &#233;t&#233; obtenus dans les luttes men&#233;es par les prisonnier.e.s sont r&#233;duits ou sap&#233;s. Les droits humains sont quasi-inexistants en prison, et s'il n'y a pas de soutien communautaire ni de conscientisation, le gouvernement peut continuer son escalade dans sa politique r&#233;pressive, et les conditions vont continuellement empirer. C'est tout particuli&#232;rement vrai pour les prisonnier.e.s infect&#233;.e.s par le VIH, puisque la stigmatisation du SIDA est encore pire en prison que dans le reste de la soci&#233;t&#233;. Les prisonnier.e.s infect&#233;.e.s par le VIH meurent plus rapidement que les malades dehors car les traitements sont intermittents et limit&#233;s, et les conditions de vie sont si mauvaises. Donc je ne dirais jamais aux gens de soutenir les prisonnier.e.s politiques comme si c'&#233;tait oppos&#233; au soutien des autres prisonnier.e.s. Il n'y a pas de contradictions entre nos int&#233;r&#234;ts en prison. Tou.te.s les prisonnier.e.s politiques / POWs* luttent activement pour les droits des prisonnier.e.s et pour des changements dans les conditions de vie qui puissent b&#233;n&#233;ficier &#224; tou.te.s les prisonnier.e.s. Mais c'est important de construire un soutien sp&#233;cifique aux prisonnier.e.s politiques parce que nous repr&#233;sentons nos mouvements, et c'est une fa&#231;on pour nous de prot&#233;ger et de d&#233;fendre les mouvements politiques dont nous sommes issu.e.s contre la r&#233;pression gouvernementale. Si le mouvement dehors inclut et soutient les prisonnier.e.s politiques / POWs*, cela nous permet de continuer &#224; y participer et de contribuer au mouvement dont nous sommes issu.e.s et cela emp&#234;che le gouvernement de nous isoler et d'essayer de d&#233;truire nos identit&#233;s politiques.&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Susan :&lt;/strong&gt; Tou.te.s les prisonnier.e.s ont d&#233;sesp&#233;r&#233;ment besoin de soutien, comme la population (carc&#233;rale) s'accroit et que la r&#233;pression s'alourdit, les prisons vont devenir un lieu majeur d'affrontement. Si les prisons deviennent un front social de la lutte, alors il faut d&#233;velopper la conscientisation pour lutter contre la d&#233;shumanisation et la criminalisation qui sont les buts de la prison. Le soutien aux prisonnier.e.s politiques est important car nous sommes en prison pour des causes explicitement sociales/politiques/progressives. Notre manque de libert&#233; affecte votre propre niveau de libert&#233;. Si on peut nous d&#233;truire, vous pouvez l'&#234;tre aussi. Il n'y a pas de contradictions entre prisonnier.e.s politiques et prisonnier.e.s sociaux.les*.&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;QUISP :&lt;/strong&gt; Comment le fait d'&#234;tre lesbienne s'int&#232;gre dans votre travail ?&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Laura :&lt;/strong&gt; De la m&#234;me mani&#232;re que &#231;a s'int&#232;gre dans ma vie &#8211; c'est une partie essentielle, cruciale de ma personne, de ma vision des choses, de ma personnalit&#233;. Parce que je suis lesbienne, la lutte contre l'homophobie et le sexisme prend une importance particuli&#232;re. Mais je pense vraiment que mon lesbianisme m'aide &#224; me pr&#233;occuper de l'oppression dans le syst&#232;me imp&#233;rialiste. Donc je pense que mon lesbianisme fait de moi une meilleure anti-imp&#233;rialiste &#8211; il me fait me battre encore plus fort. &#202;tre une lesbienne en prison est souvent tr&#232;s dur, mais &#234;tre out* me donne beaucoup de force. Je dois reconna&#238;tre que je suis tr&#232;s fi&#232;re quand j'entends ou lis des choses sur les luttes que m&#232;nent les queers.&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Linda :&lt;/strong&gt; &#202;tre une lesbienne a toujours &#233;t&#233; une part importante des raisons pour lesquelles je suis une r&#233;volutionnaire &#8211; m&#234;me avant que j'ai conscience de l'importance que &#231;a avait pour moi ! Je ne s&#233;pare pas le fait d'&#171; &#234;tre une lesbienne &#187; des autres aspects de ma vie ou de mes id&#233;es politiques. Parce que je subis une oppression r&#233;elle en tant que lesbienne et en tant que femme, mon engagement vient du plus profond&#233;ment de ce que je suis &#8211; pour obtenir l'&#233;mancipation des femmes, des lesbiennes, et de tous les gens opprim&#233;s. Cela me rend encore plus d&#233;sireuse de prendre des risques et de lutter, car j'ai une vision de la soci&#233;t&#233; dans laquelle je veux vivre et que je veux obtenir pour les g&#233;n&#233;rations futures, o&#249; ces formes d'oppression n'existeraient plus. Je pense qu'&#234;tre une lesbienne m'a aid&#233;e &#224; reconna&#238;tre l'importance de la solidarit&#233; et du soutien entre les luttes des gens opprim&#233;s, malgr&#233; le sexisme, l'h&#233;t&#233;rosexisme et le racisme qui interf&#232;rent souvent dans le processus de construction de ces alliances. Je pense vraiment que nous avons un ennemi commun &#8211; le syst&#232;me imp&#233;rialiste &#8211; et que nous devons nous soutenir mutuellement dans toutes les formes que peuvent prendre nos luttes contre cet ennemi. Ces alliances doivent &#234;tre construites de mani&#232;re &#224; respecter l'int&#233;grit&#233; de ces divers mouvements.&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Susan :&lt;/strong&gt; Bien ! &#202;tre une lesbienne, &#231;a fait vraiment partie de ce qui m'a fabriqu&#233;e &#8211; donc la question n'est pas vraiment comment &#231;a s'int&#232;gre dans mon travail, mais plut&#244;t quelle part je donne &#224; mon lesbianisme dans ma vie en prison ou dans la vie de r&#233;sistance que je m&#232;ne. Cela d&#233;pend des conditions. J'ai r&#233;cemment fait mon coming-out* car j'ai d&#233;cid&#233; d'&#234;tre plus clairement identifi&#233;e comme une lesbienne. J'ai fait &#231;a car je pense qu'en tant qu'homosexuel.le.s nous avons besoin de visions et de strat&#233;gies r&#233;volutionnaires pour que notre mouvement puisse de mani&#232;re significative faire le lien entre l'oppression sexuelle et d'autres formes d'oppression. L'autre raison pour laquelle je me suis sentie oblig&#233;e de m'outer est que les femmes les plus proches, les plus importantes de la communaut&#233; dans laquelle nous vivons sont des butches*. Ce sont les butches qui souffrent le plus de leurs choix/vie en prison. Cela me semblait bien de le faire en reconnaissance de Pete, Cowboy, JuJu, Slimie, et toutes les autres s&#339;urs. En fait &#8211; Laura et Linda &#233;taient out* depuis le d&#233;but du RCC6&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Abr&#233;vation de &#171; Resistance Conspiracy case &#187;, le nom donn&#233; aux poursuites (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et cela a &#233;t&#233; une exp&#233;rience politique et personnelle tr&#232;s importante pour elles et pour nous toutes. Elles ont cr&#233;&#233;, &#224; travers leurs luttes, un environnement d'amour et de solidarit&#233; qui m'a permis &#224; mon tour de faire mon coming out.&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;QUISP :&lt;/strong&gt; Comment avez-vous lutt&#233; contre le sexisme et l'h&#233;t&#233;rosexisme dans les groupes avec lesquels vous avez travaill&#233; ?&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Laura :&lt;/strong&gt; Surtout en affrontant les gens qui je pense sont sexistes ou h&#233;t&#233;rosexistes et en luttant pour que l'&#233;mancipation des femmes et celle des lesbiennes et des gays soient incluses pas comme des formules, mais comme de vrais objectifs. Les moments les plus tristes pour moi ont &#233;t&#233; ceux pendant lesquels j'&#233;tais dans des groupes o&#249; on ne faisait pas &#231;a. Je pense que c'est tr&#232;s important que les gens puissent lutter pour diverses causes sans &#233;tablir une hi&#233;rarchie ou une liste limitative. Je continuerai &#224; me joindre &#224; des groupes dont le principal programme est, par exemple, l'anti-racisme ou le soutien &#224; la Palestine ou &#224; Porto-Rico, parce que ces choses sont autant importantes pour ma propre &#233;mancipation que l'&#233;mancipation des femmes et des lesbiennes l'est. Et je ne vais pas demander &#224; ce que ma propre &#233;mancipation soit sur tous les agendas politiques. Mais je ne vais jamais renoncer &#224; mon identit&#233;, &#224; mon droit au respect, &#224; l'urgence et &#224; la l&#233;gitimit&#233; de l'&#233;mancipation des lesbiennes, des gays et des femmes.&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Susan :&lt;/strong&gt; Je suis devenue bien plus f&#233;ministe ces derni&#232;res ann&#233;es &#8211; je veux dire par l&#224; qu'id&#233;ologiquement et politiquement, je pense que nous devons analyser la position des femmes, les structures de la soci&#233;t&#233;, et comment la domination masculine structure la position des femmes. Je pense que par le pass&#233; je n'ai pas assez lutt&#233; contre l'assujettissement des femmes et des homosexuel.le.s. J'ai remplac&#233; mon ind&#233;pendance de femme par une lutte active contre des formes politiques et sociales d'oppression. Par exemple : maintenant, au Nicaragua, les femmes militantes du FSLN [Front Sandiniste de Lib&#233;ration Nationale] r&#233;examinent leur pratique de lutte contre le sexisme, et certaines font leur autocritique, et elles consid&#232;rent la lutte des femmes comme subordonn&#233;e &#224; celle pour les besoins de la soci&#233;t&#233; en g&#233;n&#233;ral. Cela signifie que maintenant l'avortement et la lutte pour les droits reproductifs, dans la nouvelle soci&#233;t&#233; non-r&#233;volutionnaire, font un saut en arri&#232;re et que le niveau de conscience parmi les femmes n'est pas (pour l'instant) assez fort pour que ce point soit discut&#233;. Je pense que de subordonner les revendications des femmes ou des homosexuel.le.s est une &#233;norme erreur.&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;QUISP :&lt;/strong&gt; Quels sont les liens entre le mouvement des droits homosexuels, initialement blanc et classe moyenne, avec les luttes des autres personnes opprim&#233;es ? Comment concevoir un mouvement d'&#233;mancipation des homosexuel.le.s qui inclut les autres luttes ?&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Laura :&lt;/strong&gt; Je crois que toute lutte venant d'abord de &#171; gens blancs de la classe moyenne &#187; risque de ne pas &#234;tre pertinent si elle ne s'allie pas avec les luttes des personnes opprim&#233;es. Dans ce pays, nous avons vu souvent des populations d&#233;j&#224; privil&#233;gi&#233;es &#234;tre soudoy&#233;es. Quand cela arrive, non seulement les choses restent pareilles, mais elles empirent. Mais au-del&#224; de &#231;a, je ne pense pas qu'on puisse &#234;tre vraiment des &#234;tres humains si on ne se bat pas pour tou.te.s les opprim&#233;.e.s. Sinon, notre lutte est aussi individualiste et raciste que le reste de la soci&#233;t&#233; dominante. Dans ce cas, nous ne gagnerons rien qui vaille de mener une lutte. Je pense que le mouvement queer doit discuter avec les autres mouvements et les autres communaut&#233;s afin de trouver des strat&#233;gies communes et de comprendre comment nous soutenir mutuellement. Je pense que nous avons besoin de parler aux groupes qui luttent pour la lib&#233;ration nationale afin de d&#233;finir notre agenda politique et notre strat&#233;gie &#8211; par exemple, quelles revendications devons nous porter dans la lutte contre le VIH qui puissent aider les autres communaut&#233;s luttant contre le VIH ? C'est une lutte, pas forc&#233;ment un processus facile, mais c'est crucial. C'est vrai &#233;galement que notre mouvement a d&#233;j&#224; appris des autres mouvements &#8211; souvent sans m&#234;me le r&#233;aliser ou le reconnaitre. Nous avons en particulier assimil&#233; des concepts strat&#233;giques d&#233;velopp&#233;s (au prix cher) par la lutte de lib&#233;ration noire, depuis le mouvement des droits civiques jusqu'au Black power et &#224; la lutte pour les droits humains. Ce n'est pas par hasard que les leaders de Stonewall* &#233;taient des gays et des lesbiennes du Tiers Monde. Je pense donc qu'il est important de reconnaitre, quand se pose la question des alliances et des coalitions, que nous n'avons pas besoin d'&#171; inclure &#187; les autres gens &#8211; nous avons besoin de nous allier avec eux.elles, d'apprendre d'eux.elles, et de nous battre &#224; leurs c&#244;t&#233;s. Nous devons les soutenir. Et nous devons nous battre pour eux.elles comme pour nous, car d&#232;s que nous acceptons les divisions ou ignorons l'urgence de lutter contre le racisme, nous perdons.&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Linda : &lt;/strong&gt; Je ne pense pas que les luttes contre le sexisme, l'homophobie ou le racisme puissent &#234;tre remises &#224; plus tard, car ce sont des formes de discrimination/oppression qui mettent en situation de faiblesse des individus et des groupes qui peuvent &#234;tre mobilis&#233;s pour participer activement &#224; la lutte. Le racisme, le sexisme ou l'h&#233;t&#233;rosexisme ne peuvent pas &#234;tre tol&#233;r&#233;s dans notre mouvement ou dans nos alliances car nous ne voulons pas reproduire les oppressions contre lesquelles nous luttons. Bien s&#251;r, le processus de construction de ces alliances est difficile et il se pose &#224; long terme, parce que gagner la confiance et le respect implique de construire des relations qui soient diff&#233;rentes de celles qui existent dans la soci&#233;t&#233; en g&#233;n&#233;ral. Je ne pense donc pas que le mouvement homosexuel blanc et de classe moyenne puisse, ou doive, &#171; inclure &#187; les autres luttes. Les homosexuel.le.s blanc.he.s de classe moyenne ne peuvent pas d&#233;finir l'agenda politique des autres mouvements ou des autres communaut&#233;s. Je pense plut&#244;t que ce mouvement devrait soutenir activement les luttes contre d'autres formes d'oppression afin que notre mouvement soit plus fort, plus r&#233;volutionnaire, moins autocentr&#233; et plus utile &#224; la cause de l'&#233;mancipation et de l'auto-d&#233;termination de toutes les personnes opprim&#233;es.&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Susan :&lt;/strong&gt; C'est une vaste question, avec de nombreuses facettes. Je ne peux donner qu'une r&#233;ponse partielle, car je crois que les prisonnier.e.s, qui ne participent pas au mouvement parce qu'ils.elles sont enferm&#233;.e.s, ont une compr&#233;hension distordue ou limit&#233;e des v&#233;ritables dynamiques dans les mouvements dehors. Le mouvement homosexuel tel qu'il est aujourd'hui constitu&#233; est r&#233;apparu depuis que je suis en prison, donc je n'ai pas particip&#233; &#224; son d&#233;veloppement. Je ne pense pas que le mouvement homosexuel soit pertinent pour les autres personnes oppress&#233;es et pour les luttes que celles-ci m&#232;nent sans une analyse anti-imp&#233;rialiste des racines de l'oppression des homosexuel.le.s et donc, une pratique qui mette en place un changement. En d'autres termes, un mouvement conduit par des hommes blancs de la classe moyenne &#8211; m&#234;me ceux opprim&#233;s en raison de leur orientation / identit&#233; sexuelle &#8211; qui n'accorderaient pas du pouvoir (au sein du mouvement) &#224; des hommes et des femmes du Tiers Monde, en s'occupant de leur agenda politique, ne sera jamais qu'un mouvement r&#233;formiste. Un mouvement pour les droits des homosexuel.le.s qui ne lutte pas pour les droits (humains et d&#233;mocratiques) de ceux.celles dans le besoin, en particulier ceux.celles qui sont oppress&#233;.e.s en tant que nationalit&#233;, installe une comp&#233;tition entre les luttes plut&#244;t qu'une opposition radicale et coh&#233;rente au gouvernement.&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;QUISP :&lt;/strong&gt; Qu'est-ce qui s'est pass&#233; dans votre vie qui vous a conduit &#224; participer ou &#224; soutenir la lutte arm&#233;e ?&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Laura :&lt;/strong&gt; J'ai commenc&#233; &#224; soutenir la lutte arm&#233;e &#224; la fin des ann&#233;es 1960s quand j'ai r&#233;alis&#233; que le gouvernement continuerait &#224; tuer les gens du Tiers Monde si le syst&#232;me ne changeait pas. Le meurtre de Fred Hapton (le pr&#233;sident du BPP* dans l'Illinois) par les porcs de Chicago et le FBI a &#233;t&#233; un tournant, pas seulement parce que c'&#233;tait un assassinat et que l'&#201;tat a essay&#233; de le couvrir, mais parce qu'il m'a fait comprendre que les USA n'accepteraient jamais de &#171; donner &#187; des droits humains aux nations opprim&#233;es. C'est pour &#231;a que l'&#201;tat a d&#251; tuer Fred, Malcom X, et tant d'autres leaders. Je d&#233;testais les injustices de cette soci&#233;t&#233; depuis des ann&#233;es, mais &#231;a a &#233;t&#233; dans les ann&#233;es 1960, quand je soutenais les luttes des Vietnamien.ne.s, des Am&#233;rindien.nes, des Noir.e.s, des Portoricain.ne.s et que j'ai vu ces nations mener des luttes pour la libert&#233; qui incluaient la lutte arm&#233;e &#8211; que j'ai commenc&#233; &#224; voir qu'une lutte pouvait &#234;tre victorieuse. &#192; partir du moment o&#249; j'ai commenc&#233; &#224; soutenir le droit des nations du Tiers Monde &#224; utiliser la lutte arm&#233;e pour gagner le droit &#224; l'auto-d&#233;termination, c'est devenu clair que je devais moi aussi utiliser diverses mani&#232;res de lutter. Surtout, je pense que c'est ma vision de la chose extraordinaire que ce serait de vivre dans un monde juste, humain, cr&#233;atif qui m'a motiv&#233;e &#224; rejoindre la lutte arm&#233;e comme faisant partie du combat pour une nouvelle soci&#233;t&#233;.&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Linda : &lt;/strong&gt; Au d&#233;but, quand je suis devenue militante politique, j'&#233;tais pacifiste. Je n'avais jamais vraiment eu d'exp&#233;rience de la violence dans ma propre vie et j'esp&#233;rais na&#239;vement que les changements que j'imaginais pourraient se r&#233;aliser de mani&#232;re non-violente. Apr&#232;s, j'ai &#233;t&#233; frapp&#233;e &#224; la t&#234;te et j'ai &#233;t&#233; gaz&#233;e par des policiers qui gardaient le Pentagone lors de ma premi&#232;re grande manifestation. J'ai vu par moi-m&#234;me que le syst&#232;me se maintient au pouvoir par la violence &#224; tous les niveaux &#8211; depuis les violences contre les manifestant.e.s jusqu'aux g&#233;nocides &#224; l'encontre des nations colonis&#233;es sur le sol national, en passant par les guerres men&#233;es contre les nations colonis&#233;es &#224; l'ext&#233;rieur ou contre le peuple Vietnamien. Je suis devenue militante &#224; une &#233;poque qui vivait au rythme des victoires et du d&#233;veloppement des luttes de lib&#233;ration nationale &#224; travers le monde et &#224; l'int&#233;rieur des USA. Le peuple Vietnamien et les Noir.e.s luttant pour les droits civiques, puis pour le pouvoir noir / la lib&#233;ration Noire, ont &#233;t&#233; une source d'inspiration pour moi. Les combattantes Vietnamiennes et les militantes Noires ont &#233;t&#233; des mod&#232;les pour moi &#8211; car elles &#233;taient d&#233;vou&#233;es &#224; la lutte jusqu'&#224; la victoire. Leur courage et leur d&#233;vouement, leur volont&#233; de tout risquer pour la libert&#233;, le fait que ces femmes s'autonomisaient avec la lutte &#8211; tout &#231;a &#233;tait exemplaire. Donc en soutenant ces luttes de lib&#233;ration nationale, j'en suis venue &#224; soutenir le droit des gens opprim&#233;.e.s &#224; lutter par tous les moyens possibles. Malcom X, Che Guevara et Ho Chi Minh ont influenc&#233; ma vie et mon parcours politique. Mais je suis vraiment devenue d&#233;termin&#233;e &#224; participer &#224; la lutte arm&#233;e en raison de la rage que j'ai ressentie apr&#232;s les raids de la police/FBI contre les bureaux du Black Power Party et les maisons de leurs membres &#224; travers tous les USA et en particulier le meurtre de Fred Hapton et de Mark Clark par la police de Chicago. L'intensit&#233; de ce terrorisme policier contre la communaut&#233; noire dans tant de villes m'a fait r&#233;aliser que d&#232;s qu'un mouvement politique commence &#224; menacer le &lt;i&gt;statu quo&lt;/i&gt;, l'&#201;tat fait tout son possible pour l'an&#233;antir. Donc, pour qu'un mouvement et une vision r&#233;volutionnaires puissent l'emporter, il est n&#233;cessaire que nous nous d&#233;fendions et que nous d&#233;fendions nos camarades et que nous nous pr&#233;parions pour qu'un jour nous puissions s&#233;rieusement d&#233;fier les forces r&#233;pressives de l'&#201;tat, afin que le pouvoir &#233;tatique puisse &#234;tre &#244;t&#233; &#224; ceux.celles qui l'ont utilis&#233; pour opprimer, et &#234;tre donn&#233; au peuple. Je sais que cela semble id&#233;aliste, c'est pourtant un combat qui a r&#233;ussi dans beaucoup de pays &#224; travers le monde. Je pensais alors &#8211; comme je le pense maintenant &#8211; que l'imp&#233;rialisme &#233;tait le principal ennemi des peuples du monde et je voulais combattre aux c&#244;t&#233;s des opprim&#233;.e.s pour construire un meilleur monde pour tou.te.s. C'&#233;tait l'&#233;poque o&#249; Che Guevara a appel&#233; &#224; &#171; deux, trois, de nombreux Vietnam &#187; et j'approuvais l'id&#233;e que le gouvernement US d&#233;pendait de la &#171; tranquillit&#233; domestique &#187; de sa population pour se permettre des interventions imp&#233;rialistes partout dans le monde. C'est pour cela que la lutte de lib&#233;ration Noire &#233;tait une telle menace et que les personnes blanches luttant en solidarit&#233; avec les luttes de lib&#233;ration nationale &#233;taient &#233;galement une menace. C'est en partie la raison pour laquelle la r&#233;pression des mouvements int&#233;rieurs d'&#233;mancipation a &#233;t&#233; aussi imm&#233;diate et d&#233;vastatrice et qu'il y a eu autant d'efforts mis &#224; s&#233;parer les luttes blanches des autres.&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Susan :&lt;/strong&gt; La guerre contre le mouvement de lib&#233;ration Noir men&#233;e par le FBI/gouvernement US a eu une grande influence sur moi en me faisant voir la n&#233;cessit&#233; de l'auto-d&#233;fense arm&#233;e. Le d&#233;fi, dans la position o&#249; nous &#233;tions de solidarit&#233; avec les organisations nationalistes r&#233;volutionnaires noires, &#233;tait de respecter l'auto-d&#233;termination et de nous battre pour cela. [&#8230;]&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;QUISP :&lt;/strong&gt; Que faites-vous de vos journ&#233;es ?&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Laura :&lt;/strong&gt; Mon temps se r&#233;partit entre : me battre pour des conditions de vie d&#233;centes et contre le refus de la prison de me les accorder (une obligation quotidienne !), travailler &#224; mes t&#226;ches politiques et juridiques, communiquer avec des gens &#224; travers des lettres et des appels t&#233;l&#233;phoniques, parler &#224; d'autres prisonnier.e.s (et travailler avec eux.elles pour essayer de r&#233;gler des probl&#232;mes judiciaires, de sant&#233;, etc.), rencontrer mes co-accus&#233;.e.s, essayer d'avoir des nouvelles de mon camarade Alan (il m&#232;ne une bataille difficile contre le cancer, enchain&#233; &#224; un lit de l'unit&#233; d'oncologie &#224; l'h&#244;pital g&#233;n&#233;ral de DC). Je passe beaucoup de temps &#224; parler &#224; des femmes du VIH &#8211; selon une estimation, 40 &#224; 50% des femmes ici sont s&#233;ropositives, mais il n'y a aucun programme, pas de formation, pas de conseils. Comme mes autres camarades, je passe beaucoup de temps &#224; donner des conseils et des informations de fa&#231;on informelle.&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Linda :&lt;/strong&gt; Travailler et faire de la muscu.&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Susan :&lt;/strong&gt; Parce que je suis une docteure et une personne conscientis&#233;e, je m'occupe, en plus d'&#234;tre une prisonni&#232;re politique, d'entraider mes cod&#233;tenues &#224; propos du VIH. Ce n'est pas encore reconnu par la prison, mais je passe les trois quarts de mon temps &#224; conseiller des gens &#8211; des femmes s&#233;ropositives. Je passe le reste de mon temps &#224; mes autres t&#226;ches et &#224; parler &#224; d'autres personnes. Nous passons beaucoup de temps par jour enferm&#233;es dans nos cellules. En raison de la surpopulation et du manque d'activit&#233;s, l'administration nous laisse enferm&#233;es une grande partie du temps.&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;QUISP :&lt;/strong&gt; Comment g&#233;rez-vous vos privil&#232;ges de blanches en prison ?&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Laura :&lt;/strong&gt; Je lutte afin d'en avoir conscience. Je combats activement le racisme et j'organise cette lutte ; j'essaye de mettre &#224; disposition des autres les ressources que j'ai. C'est aussi informer les gens &#224; propos de la lutte contre le VIH car les informations qu'a le mouvement gay et lesbien manquent aux femmes [ici] &#8211; et &#231;a veut dire que des femmes continuent chaque jour &#224; &#234;tre contamin&#233;es. Et &#231;a, c'est un crime.&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Linda :&lt;/strong&gt; J'essaye que les ressources et l'&#233;ducation auxquels j'ai eu acc&#232;s en raison de mon privil&#232;ge de blanche b&#233;n&#233;ficient &#224; toutes les prisonni&#232;res avec qui je vis et &#224; la lutte pour nos int&#233;r&#234;ts de prisonni&#232;res. Cela prend diverses formes, depuis la lutte comme prisonni&#232;re pour que soient &#233;tablis des programmes d'&#233;ducation et de conseil sur le VIH, ou aider des prisonni&#232;res sur leurs probl&#232;mes judiciaires ou la violation de leurs droits en prison. Quand j'&#233;tais en prison en Louisiane, on a r&#233;ussi &#224; gagner une proc&#233;dure judiciaire obligeant la prison &#224; donner aux femmes des lunettes et des proth&#232;ses dentaires. (Tous les soins dentaires en prison se limitent &#224; arracher les dents, et peu de prisons les remplacent). Une des contradictions &#224; laquelle je fais face est qu'il y a d'un c&#244;t&#233; les besoins imm&#233;diats et les situations de crises que je rencontre en tant que conseill&#232;re/agitatrice/avocate prisonni&#232;re et de l'autre pousser &#224; ce que l'institution fournisse les services et les programmes dont les prisonni&#232;res devraient b&#233;n&#233;ficier &#224; titre de droit humain basique &#8211; &#233;ducation, soins m&#233;dicaux, exercice physique, sant&#233; mentale et conseils sur le VIH.&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Susan :&lt;/strong&gt; Bien ! Je combats le racisme de toutes les mani&#232;res que je le peux. J'ai appris la patience, et comment &#234;tre calme, et &#224; r&#233;ellement &#233;couter les gens qui parlent et ce qu'ils disent.&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;QUISP :&lt;/strong&gt; Quelles observations ou conseils auriez-vous pour les militant.e.s lesbiennes/gays et anti-VIH lorsque nous commen&#231;ons &#224; &#234;tre confront&#233;.e.s &#224; la surveillance, aux violences et au harc&#232;lement policier ?&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Laura :&lt;/strong&gt; Combattez &#231;a. Ne reculez pas. D&#233;veloppez des mani&#232;res clandestines d'op&#233;rer afin que l'&#201;tat ne connaisse pas tout ce que vous faites. Soutenez-vous les un.e.s les autres afin que toute personne vis&#233;e par une attaque de l'&#201;tat puisse r&#233;sister &#8211; cette r&#233;sistance va tou.te.s nous renforcer. Ne jamais donner d'information &#8211; m&#234;me si vous pensez que c'est une information &#171; sans risque &#187; &#8211; &#224; l'&#201;tat. Ne laissez pas l'&#201;tat diviser le mouvement en qualifiant certains groupes de &#171; l&#233;gitimes &#187; et d'autres pas. L'unit&#233; est notre force. Soutenez les autres mouvements et les personnes qui sont &#233;galement la cible des attaques de l'&#201;tat. Quand l'&#201;tat qualifie quelqu'un de &#171; terroriste &#187;, de &#171; violent &#187; ou de &#171; fou &#187;, ou autre, r&#233;fl&#233;chissez bien avant de penser que c'est vrai. R&#233;sistez. R&#233;sistez. R&#233;sistez.&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Linda :&lt;/strong&gt; Soyez calmes. D&#233;veloppez une conscience clandestine. Accordez suffisamment d'importance &#224; votre travail pour ne pas en parler &#224; l'ennemi (comme sur des t&#233;l&#233;phones plac&#233;s sur &#233;coute). Ne sous-estimez pas le pouvoir et la m&#233;chancet&#233; de l'&#201;tat, et ne vous attendez pas &#224; ce que vos privil&#232;ges blancs vous prot&#232;gent de la r&#233;pression. Prenez au s&#233;rieux les le&#231;ons des r&#233;pressions pass&#233;es contre les mouvements politiques &#8211; pas pour vous d&#233;mobiliser ou pour vous effrayer, mais pour pr&#233;server et d&#233;fendre votre travail. Souvenez-vous que vous construisez pour le futur, pas seulement pour aujourd'hui, et travaillez &#224; &#233;largir votre vision. Souvenez-vous que les r&#233;formes sont des concessions temporaires, qu'elles ne sont ni permanentes et ni de vraies solutions aux probl&#232;mes fondamentaux.&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Susan :&lt;/strong&gt; &#201;tudiez les autres mouvements ici et &#224; travers le monde et analysez les m&#233;thodes de l'&#201;tat afin de d&#233;velopper des tactiques qui vous permettent de continuer &#224; fonctionner &#8211; c'est important, si vous construisez un mouvement dont vous savez qu'il sera la cible de l'&#201;tat lorsqu'il commencera &#224; &#234;tre mena&#231;ant ou &#224; &#234;tre per&#231;u comme tel.&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;QUISP :&lt;/strong&gt; Que pensez-vous des go-go girls dans les bars pour femmes ?&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Laura :&lt;/strong&gt; Emmenez-moi dans un bar et nous aurons une discussion passionnante sur le sujet, ok ?&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Linda :&lt;/strong&gt; Emmenez-moi dans un bar et je vous le dirai !&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Susan :&lt;/strong&gt; Je pense que tout ce qui objectifie les femmes comme des objets sexuels (&lt;i&gt;versus&lt;/i&gt; des &#234;tres sexuels) est anti-femmes. M&#234;me dans un contexte non-mixte femmes. &#202;tre lesbienne est subversif, &#234;tre une femme qui aime les femmes est un crime contre l'&#201;tat et la moralit&#233; bourgeoise patriarcale de cette soci&#233;t&#233; &#8211; mais la subversion ne signifie pas forc&#233;ment l'&#233;mancipation. &#192; part &#231;a, j'ai appris que l'&#233;mancipation et le besoin d'&#233;mancipation commence en soi &#8211; l'objectivisation / les st&#233;r&#233;otypes sexuels / la misogynie ne font pas que nous d&#233;truire partout dans le monde, ils corrompent aussi nos c&#339;urs. Une soci&#233;t&#233; qui promeut ces choses ne m'int&#233;resse pas &#8211; m&#234;me si je pense qu'ils ne s'arr&#234;teront pas tant que nous ne les aurons pas d&#233;truits &#8211; les lois de cet &#201;tat ne pourraient pas les abolir.&lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;Trois d&#233;cennies de solidarit&#233;s queer et de luttes radicales :&lt;br&gt; une histoire riche&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;(par Bob Lederer, 1999)&lt;/i&gt;&lt;br&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;
Le forum de ce soir est une &#233;tape importante dans la mobilisation des queers afin que nous prenions la place que nous m&#233;ritons dans la lutte pour la lib&#233;ration de Mumia, et c'est le r&#233;sultat d'une longue histoire. Les hors-la-loi sexuels de toutes sortes ont toujours lutt&#233; pour une transformation radicale de la soci&#233;t&#233;. Par exemple, des gays noirs ont &#233;t&#233; des leaders et des participants cl&#233;s de la lutte pour les droits civiques, depuis Bayard Rustin jusqu'&#224; James Baldwin. Et depuis les &#233;meutes de Stonewall* de 1969, des milliers de lesbiennes, de gays, de bisexuel.le.s, de personnes transgenres et &#224; deux spiritualit&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La bispiritualit&#233; est un terme utilis&#233; par certaines nations am&#233;ridiennes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ont particip&#233;, en &#233;tant out, &#224; toutes les grandes luttes pour la justice sociale. Depuis les mouvements contre la guerre du Vietnam et pour la lib&#233;ration des femmes des ann&#233;es 1960 et 1970 jusqu'aux mouvements contre l'apartheid et pour l'ind&#233;pendance de Porto-Rico dans les ann&#233;es 1980 et 1990, pour ne citer que quelques exemples, les queers ont &#233;t&#233; l&#224;, &#224; la fois en tant qu'individus et en tant que groupes, revendiquant fi&#232;rement nos sexualit&#233;s.&lt;br&gt;
Notre t&#233;nacit&#233; a permis des prises de conscience et d'abattre des barri&#232;res au sein m&#234;me de chaque mouvement progressiste. Sans cesse, nous avons constat&#233; que la v&#233;ritable voie de notre &#233;mancipation passe par la participation dans des mouvements radicaux qui sont capables de totalement transformer la soci&#233;t&#233;, tout en &#233;tant en m&#234;me temps compl&#232;tement out et en se battant avec l'homophobie au sein du mouvement. Notre efficacit&#233; d&#233;pend principalement de la reconnaissance de deux choses : que le racisme est le principal probl&#232;me &#224; affronter pour quiconque veut un changement radical aux USA et que tou.te.s ceux.celles d'entre nous qui veulent s&#233;rieusement changer les choses allons finir par &#234;tre confront&#233;.e.s aux questions des violences polici&#232;res et/ou de l'incarc&#233;ration pour raisons politiques, et que donc nous devons tou.te.s soutenir ceux.celles qui luttent contre ces formes d'oppression. La mobilisation du 24 avril est une occasion importante pour &#233;voquer toutes ces questions.&lt;br&gt;
Revenons aux &#233;meutes de Stonewall*. &#192; la base, c'&#233;tait une &#233;meute contre les violences polici&#232;res. Toutes sortes de queers, parmi lesquel.le.s des drag queens* de couleur ont jou&#233; un r&#244;le majeur, ont dit que cela suffisait et ils.elles ont r&#233;pliqu&#233; avec leurs cris, leurs corps, des pierres et des bouteilles. Certains leaders &#233;taient des gauchistes qui ensuite ont form&#233; le Gay Liberation Front, qui a organis&#233; les premiers cort&#232;ges d'homosexuel.le.s au sein des marches contre la guerre et des manifestations pour la lib&#233;ration des prisonnier.e.s politiques Black panthers. Ces manifestants ont pay&#233; cher en attaques verbales et m&#234;me physiques de la part de militant.e.s homophobes. Mais leurs efforts, ainsi que ceux de groupes nationaux d'homosexuel.le.s blancs et Noir.e.s, a conduit un leader des Black Panter, Huey Newton, &#224; critiquer l'homophobie parmi les Panthers et &#224; inviter le nouveau mouvement homosexuel &#224; assister &#224; l'immense People's Constitutional Convention en 1970, qui a adopt&#233; un article pour la lib&#233;ration homosexuelle r&#233;dig&#233; par un gay blanc gauchiste.&lt;br&gt;
Parmi les multiples formes de participation des queers aux luttes radicales, il y a eu les mouvements clandestins de r&#233;sistance contre les guerres g&#233;nocidaires men&#233;es ici et &#224; l'&#233;tranger. Et donc, certain.e.s sont devenu.e.s des prisonnier.e.s politiques. Dans les ann&#233;es 70, les communaut&#233;s gays et lesbiennes du Connecticut et du Kentucky ont r&#233;sist&#233; avec force aux coups de filets du FBI et des Grands jurys qui recherchaient la lesbienne Susan Saxe qui vivait en clandestinit&#233; et sa coll&#232;gue Kathy Power &#8211; et qui ont fait partie d'un groupe qui a attaqu&#233; une banque pour financer la r&#233;sistance clandestine contre la guerre. Plusieurs lesbiennes ont pr&#233;f&#233;r&#233; aller en prison plut&#244;t que de devenir des informatrices pour le Grand jury&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jury f&#233;d&#233;ral se pronon&#231;ant sur l'inculpation (et non la peine), se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais en 1976, le FBI a localis&#233; Saxe, qui a &#233;t&#233; condamn&#233;e &#224; plusieurs ann&#233;es de prison. Parmi les combattant.e.s clandestins queer arr&#234;t&#233;.e.s et condamn&#233;.e.s &#224; de longues peines pendant cette p&#233;riode, il y a l'anarchiste de la C&#244;te Ouest B &#9792; Brown*, une lesbienne, et Ed Mead, un gay, tous deux membre de la George Jacskon Brigade qui a r&#233;alis&#233; des attentats contre des b&#226;timents f&#233;d&#233;raux et des si&#232;ges sociaux afin de lutter contre les agressions US &#224; travers le monde. Une autre combattante de la C&#244;te Ouest, la communiste lesbienne Judy Siff, &#233;tait membre d'une scission de la Weather Underground Organization&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Organisation d'extr&#234;me gauche, anti-imp&#233;rialiste et antiraciste, active (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui s'est fait attraper pour la planification d'une attaque &#224; la bombe du bureau d'un s&#233;nateur de Californie qui faisait activement campagne pour une l&#233;gislation anti-homosexuelle.&lt;br&gt;
La p&#233;riode que je connais le mieux commence &#224; partir du moment o&#249; je suis arriv&#233; dans le milieu militant radical de New York &#224; la fin des ann&#233;es 70 en tant que participant &#224; la gauche qui cherchait &#224; construire parmi les blancs un soutien aux groupes r&#233;volutionnaires de couleur ici et &#224; l'&#233;tranger. J'ai en particulier travaill&#233; dans un groupe de solidarit&#233; avec la lutte pour l'ind&#233;pendance de Porto Rico et j'ai aussi, un court moment, particip&#233; &#224; un mouvement soutenant les groupes de lib&#233;ration en Afrique du Sud. Beaucoup de gens que j'ai connu.e.s sont devenu.e.s des prisonnier.e.s politiques ; parmi eux.elles, de nombreux.ses queers. Au d&#233;but des ann&#233;es 1980, Judy Clark, une lesbienne blanche communiste, et Kuwasi Balagoon*, un anarchiste bisexuel noir, ont fait partie des six militant.e.s travaillant avec la Black Liberation Army qui ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;.e.s et accus&#233;.e.s d'avoir particip&#233; &#224; l'attaque d'un fourgon de la Brink's &#8211; au cours de laquelle un flic et deux gardes de la Brink's ont &#233;t&#233; tu&#233;s &#8211; afin de financer l'auto-d&#233;fense arm&#233;e de la communaut&#233; Noire, des soins m&#233;dicaux alternatifs et l'infiltration contre le Klan*. Tou.te.s les militant.e.s ont &#233;t&#233; condamn&#233;.e.s &#224; la perp&#233;tuit&#233;. Judy et les autres sont encore incarc&#233;r&#233;.e.s, mais pour Kuwasi, sa peine s'est transform&#233;e en peine de mort quand il est mort quatre ans plus tard du VIH apr&#232;s que sa sant&#233; ait fait l'objet de vraies n&#233;gligences de la part des autorit&#233;s p&#233;nitentiaires de l'&#201;tat de New York. Une autre militante lesbienne blanche, Eve Rosahn, a &#233;t&#233; accus&#233;e &#224; tort de complicit&#233; dans l'attaque de la Brink's et son inculpation a finalement &#233;t&#233; lev&#233;e, mais elle a re&#231;u une citation &#224; comparaitre au Grand jury, ce qu'elle a refus&#233; et ce qui lui a valu quinze mois de prison. Aujourd'hui, Eve est une avocate qui assiste souvent des queers et des militant.e.s anti-VIH, et aussi des militant.e.s accus&#233;.e.s de d&#233;sob&#233;issance civile. Et pendant que j'en suis &#224; mentionner des avocat.e.s queers courageux.ses, il y a une autre personne qui a fait face &#224; des pressions &#233;normes et &#224; des pers&#233;cutions de la part de l'&#201;tat &#224; cette &#233;poque, c'est Susan Tipograph, une autre lesbienne blanche. Elle a subi de multiples tentatives d'incarc&#233;ration et de diffamation en raison de sa d&#233;fense vigoureuse de ses nombreux.ses client.e.s radicaux.les de couleur, mais elle s'est d&#233;fendue avec force et elle est toujours sur le front aujourd'hui. Enfin, je dois rendre hommage &#224; une autre intervenante de ce soir, Joan Gibbs, une avocate lesbienne, noire et r&#233;volutionnaire, qui a d&#233;fendu sans rel&#226;che de tr&#232;s nombreux.ses prisonnier.e.s politiques, ainsi que des militant.e.s arr&#234;t&#233;.e.s pour d&#233;sob&#233;issance civile, depuis de nombreuses ann&#233;es. Elle participe &#224; la campagne Free Mumia.&lt;br&gt;
Au d&#233;but des ann&#233;es 1980, un groupe clandestin de r&#233;volutionnaires blanc.he.s, la Red Guerrilla Resistance, a commenc&#233; une campagne pour intensifier la lutte contre la r&#233;pression men&#233;e par le gouvernement ici et les agressions militaires &#224; l'&#233;tranger. Ce groupe a men&#233; une campagne d'attentats contre l'Arm&#233;e US, les bureaux du gouvernement et de grandes entreprises sans faire de victimes humaines. Parmi leurs cibles, figurait le b&#226;timent du Capitol &#224; Washington, afin de protester contre l'invasion de Grenade, et des quartiers g&#233;n&#233;raux de la Marine pour protester contre les attaques au Nicaragua et le soutien aux contras. Le dernier attentat du groupe a &#233;t&#233; contre le bureau du Patrolmen's Benevolent Association ici &#224; New York, pour protester contre les efforts que l'association d&#233;ployait pour faire lever les charges d'assassinat contre un flic raciste (qui avait tu&#233; Eleanor Bumpers, une grand-m&#232;re noire qui n'&#233;tait pas arm&#233;e). (La communaut&#233; noire avait beaucoup mobilis&#233; apr&#232;s l'assassinat, obligeant le Procureur &#224; prononcer une inculpation tr&#232;s rare pour un meurtre commis par un policier ; c'est cette inculpation qui avait rendu le PBA tellement furieux qu'ils avaient mobilis&#233; des milliers de policiers &#171; hors-service &#187; pour manifester contre le procureur).&lt;br&gt;
Un mois apr&#232;s l'attentat contre le PBA, la romanci&#232;re/militante Terry Bisson et moi sommes devenu.e.s les cinqui&#232;me et sixi&#232;me personnes &#224; &#234;tre cit&#233;es devant le Grand jury f&#233;d&#233;ral qui cherchait &#224; localiser les membres de la Red Guerilla Resistance. Terry et moi, comme quatre coll&#232;gues avant nous, avons refus&#233; de donner des noms et de r&#233;pondre aux questions. Le Procureur a demand&#233; au juge de nous poursuivre pour outrage et de nous incarc&#233;rer. Nous avons tenu une conf&#233;rence de presse et avons br&#251;l&#233; nos citations &#224; comparaitre devant les b&#226;timents du FBI &#224; Washington. J'ai dit publiquement que je ne coop&#233;rerais jamais avec un gouvernement qui commet des crimes tels que le r&#233;cent attentat du FBI et de la Police de Philadelphie contre l'organisation MOVE, un groupe radical noir. Cet attentat policier, qui a tu&#233; onze personnes, dont cinq enfants, a &#233;t&#233; commis parce que MOVE d&#233;fendait le droit &#224; l'autod&#233;fense arm&#233;e. Sept ans plus tard, d'autres attaques polici&#232;res &#224; l'encontre de MOVE ont &#233;t&#233; expos&#233;es par le journaliste militant Mumia Abu-Jamal, ce qui en a fait sans aucun doute, une cible pour la police. Dans ma d&#233;claration publique (en face du &#171; b&#226;timent J. Edgar Hoover&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Edgar Hoover a dirig&#233; le FBI de 1924 jusqu'&#224; sa mort en 1972. Il a (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; &#8211; c'&#233;tait appropri&#233; !), j'ai aussi dit qu'en tant que gay, une partie de mon engagement &#224; combattre ce gouvernement venait de ma d&#233;termination &#224; contribuer &#224; cr&#233;er une soci&#233;t&#233; dans laquelle il n'y aurait pas d'oppression des homosexuel.le.s.&lt;br&gt;
En m&#234;me temps, je m'&#233;tais engag&#233; depuis un an dans le mouvement homosexuel, en rejoignant Men of All Colors Together, en aidant &#224; organiser une rencontre sur les violences polici&#232;res &#224; l'encontre de la communaut&#233; homosexuelle, en particulier les gays et lesbiennes de couleur. Donc, pendant les quelques semaines qui me restaient avant d'aller en prison, j'en ai profit&#233; pour aller dans plusieurs villes et pour parler dans des rencontres gay/lesbiennes et r&#233;pondre &#224; des interviews de journaux gays. Mon message &#233;tait que les queers devaient lutter contre la r&#233;pression gouvernementale car les m&#234;mes armes utilis&#233;es contre les autres mouvements seraient utilis&#233;es contre nos mouvements &#8211; et qu'on a tou.te.s un int&#233;r&#234;t &#224; ce que la soci&#233;t&#233; soit plus juste. Pour les blanc.he.s, &#231;a signifie que la solidarit&#233; avec les personnes de couleur est primordiale. Des lesbiennes et des gays ont manifest&#233; en ma faveur et contre la r&#233;pression. N&#233;anmoins, apr&#232;s plusieurs semaines de bataille judiciaire &#8211; notamment notre argument qui n'a pas fonctionn&#233; selon lequel les lois internationales interdisaient que nous soyons puni.e.s pour avoir r&#233;sist&#233; aux actes criminel de notre gouvernement &#8211; Terry et moi avons &#233;t&#233; incarc&#233;r&#233;.e.s sans proc&#232;s et poursuivi.e.s au civil pour outrage. Nous avons effectu&#233; trois mois dans une prison f&#233;d&#233;rale ; beaucoup d'autres &#224; cette p&#233;riode ont fait des peines bien plus longues.&lt;br&gt;
Juste avant notre incarc&#233;ration, le FBI a arr&#234;t&#233; plusieurs militant.e.s de longue date, d'ancien.ne.s coll&#232;gues &#224; nous qui &#233;taient rentr&#233;.e.s en clandestinit&#233; avec la Red Guerilla Resistance. Parmi eux.elles, il y avait deux lesbiennes out, Laura Whitehorn* et Linda Evans*. Les membres de leur groupe ont &#233;t&#233; condamn&#233;.e.s &#224; de lourdes peines &#8211; 20, 30, 40 ans &#8211; pour des inculpations qui ne sont habituellement pas punies aussi lourdement &#8211; achat ill&#233;gal d'armes, aide &#224; un.e fugitif.ve, ou possessions d'armes &#224; feu ou de bombes. Mais trois ans plus tard, la police f&#233;d&#233;rale a ajout&#233; une autre inculpation pour sept d'entre eux.elles : &#171; conspiration en vue d'alt&#233;rer la politique &#233;trang&#232;re US par la force et la violence &#187;. &#192; ce moment, vers 1989, j'&#233;tais devenu militant &#224; Act UP (Aids Coalition to Unleash Power), et plusieurs d'entre nous &#224; travers le pays avons publi&#233; une lettre ouverte &#224; la communaut&#233; queer pour soutenir la lutte pour que les charges soient abandonn&#233;es. On avait not&#233; que deux des accus&#233;.e.s &#233;taient des lesbiennes, que tou.te.s avaient soutenu les actions militantes d'Act UP et que des inculpations aussi lourdes &#233;taient une menace pour tous nos mouvements. Act UP faisait aussi face &#224; la r&#233;pression gouvernementale et beaucoup de queers &#233;taient mobilis&#233;.e.s l&#224;-dessus. Laura et Linda, avec leur coll&#232;gue Marilyn Buck, ont fini par plaider coupable de l'attentat du Capitol pour lequel elles ont re&#231;u de lourdes peines suppl&#233;mentaires. Toutes les trois sont encore en prison. Et Laura m'a appel&#233; aujourd'hui pour m'annoncer la mauvaise nouvelle que sa lib&#233;ration en semi-libert&#233; programm&#233;e ce mois-ci avait &#233;t&#233; rejet&#233;e par une instance sup&#233;rieure, donc elle ne sera pas &#224; la maison avant ao&#251;t. Mais revenons aux ann&#233;es 1990 : une autre co-accus&#233;e, purgeant une peine de 58 ans pour des inculpations ant&#233;rieures, Susan Rosenberg*, a &#233;t&#233; tellement touch&#233;e par l'ampleur du soutien queer qu'elle a fait son coming-out en tant que lesbienne pour la premi&#232;re fois depuis qu'elle &#233;tait incarc&#233;r&#233;e.&lt;br&gt;
En dehors de cette campagne de solidarit&#233;, des queers de mon groupe, le Free Puerto Rico Committee, se sont joints &#224; d'autres pour former le QUISP &#8211; Queers United in Support of Political Prisoners. Lanc&#233; en 1990 &#224; l'apog&#233;e de la Queer Nation et de l'esprit revivifi&#233; de la lib&#233;ration queer, QUISP est parti de l'id&#233;e simple que personne ne peut &#234;tre libre tant que tout le monde ne l'est pas. Pendant plusieurs ann&#233;es, nous avons parrain&#233; des rencontres et des &#233;v&#233;nements culturels pour &#233;duquer la communaut&#233; et financer le soutien &#224; diff&#233;rent.e.s prisonnier.e.s politiques. Nous nous joignions aussi aux queers de couleur quand il y avait des luttes cruciales dans la communaut&#233;, comme la manifestation de 1991 organis&#233;e par des groupes queers asiatiques am&#233;ricains contre les repr&#233;sentations de la pi&#232;ce raciste et sexiste Miss Saigon&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Com&#233;die musicale dont l'action se d&#233;roule pendant la guerre du Vietnam. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; au profit d'organisations homosexuelles.&lt;br&gt;
Il y aura huit ans le mois prochain, nous avons organis&#233; une rencontre en soutien &#224; Mumia &#8211; peut-&#234;tre le premier &#233;v&#233;nement &#224; New York pour un public majoritairement blanc. Mumia venait juste de perdre ses derniers appels et la situation &#233;tait lugubre. Nous lui avons &#233;crit pour lui demander comment il ressentait que nous organisions une rencontre. Il nous a abondamment remerci&#233;, nous a dit que tout soutien &#233;tait le bienvenu, mais nous a confi&#233; que sa philosophie, qui suivait celle de l'organisation MOVE, &#233;tait que &#171; les rapports sexuels h&#233;t&#233;ros sont les plus naturels &#187;. Il a ajout&#233; qu'il esp&#233;rait sinc&#232;rement ne pas nous avoir offens&#233;. Apr&#232;s en avoir d&#233;battu, nous nous sommes mis d'accord pour lire sa r&#233;ponse &#224; la rencontre, comme &#231;a la communaut&#233; pourrait comprendre l'importance de d&#233;fendre tou.te.s les prisonnier.e.s politiques qui se battent pour la justice, m&#234;me si nous avons des d&#233;saccords sur certaines de leurs vues. Comme l'a dit l'un.e des membres : &#171; Quand Mumia sera libre, nous aurons tout le temps de d&#233;battre avec lui sur cette question. Mais cela n'arrivera pas si nous laissons l'&#201;tat l'ex&#233;cuter &#187;. (Note : Depuis ce soir-l&#224;, Mumia a publi&#233; depuis le couloir de la mort une d&#233;claration condamnant les violences contre les homosexuel.le.s.)&lt;br&gt;
Lors de cette rencontre, notre conf&#233;rencier invit&#233; &#233;tait l'ancien Black Panther Dhoruba Bin-Wahad, qui avait &#233;t&#233; r&#233;cemment lib&#233;r&#233; apr&#232;s 19 ans de prison pass&#233;es &#224; se battre contre un coup-mont&#233; du FBI. Franchement, nous ne savions pas &#224; quoi nous attendre de ce nationaliste Noir h&#233;t&#233;ro, mais nous avons &#233;t&#233; superbement r&#233;compens&#233;.e.s. Dhoruba a fait un appel passionn&#233; non seulement &#224; ce que nous aidions &#224; la lib&#233;ration de Mumia et de tou.te.s les prisonnier.e.s politiques, mais aussi &#224; ce que tous les mouvements radicaux, y compris les nationalistes Noir.e.s, s'engagent dans les luttes contre le racisme et l'homophobie comme parties prenantes de la r&#233;volution. Il a aussi demand&#233; aux lesbiennes et aux gays blanc.he.s de respecter le leadership des lesbiennes et des gays de couleur. Dhoruba a attribu&#233; la majeure partie de sa conscience politique r&#233;cente &#224; sa camarade et femme, la militante de longue date Tanaquil Jones. Son discours a &#233;t&#233; crucial dans la construction d'une solidarit&#233; entre les mouvements.&lt;br&gt;
Et si je peux ajouter une note personnelle, c'est ce discours qui m'a fait rencontrer John Riley, qui a &#233;t&#233; mon amoureux pendant sept ans. Neuf mois apr&#232;s le discours de Dhoruba, notre procureur &#171; pr&#233;f&#233;r&#233; &#187;, Robert Morgenthau, a essay&#233; de r&#233;incarc&#233;rer Dhoruba &#224; partir d'anciennes inculpations bidon. Le mouvement Noir a organis&#233; une manifestation pour le jour de l'audience. J'avais &#233;t&#233; tellement touch&#233; par son formidable discours au QUISP que j'ai donn&#233; un tract aux 500 personnes qui participaient &#224; une r&#233;union d'Act UP cette semaine-l&#224; (oui, &#224; cette &#233;poque, y avait autant de monde que &#231;a toutes les semaines !). Soudain, ce gars, mignon, tr&#232;s grand, avec une queue de cheval, a pris un tract et a dit : &#171; G&#233;nial ! Je me demandais quand l'audience de Dhoruba aurait lieu ! Je viens d'arriver de l'Iowa et je veux tout connaitre de la gauche homosexuelle ! &#187; Bon, mes potes, on connait la suite et John et moi avons depuis fait vivre notre histoire d'amour et nos engagements r&#233;volutionnaires &#224; travers de nombreuses actions d'Act UP et de la Free Mumia Coalition. Donc je peux dire merci &#224; Dhoruba et, pour &#231;a, &#224; Mumia pour m'avoir apport&#233; l'amour de ma vie. La lib&#233;ration queer en pratique !&lt;br&gt;
C'est en fait John qui a sugg&#233;r&#233; la premi&#232;re action de rue du QUISP en 1992 contre le gouverneur d'alors de Pennsylvanie, Robert Casey, un pr&#233;tendu &#171; pro-vie &#187; qui a le culot d'&#234;tre oppos&#233; &#224; l'avortement et d'&#234;tre pour la peine de mort. Quand le [journal] Village Voice a invit&#233; Casey &#224; Cooper Union pour d&#233;battre de l'avortement, nous avons contribu&#233; &#224; la formation d'une large coalition, incluant des membres de WHAM (Women's Health Action Mobilization), pour protester contre les politiques de Casey sur les deux questions et pour demander qu'il donne un sursis &#224; Mumia. Cela a &#233;t&#233; la premi&#232;re grande manifestation pour Mumia &#224; New York et &#231;a a &#233;t&#233; tr&#232;s relay&#233;. Au fil des ann&#233;es, le QUISP a aussi organis&#233; des cort&#232;ges queers dans plusieurs manifestations &#224; Washington pour la lib&#233;ration des prisonnier.e.s politiques Portoricain.ne.s et &#224; la marche, maintenant annuelle, de Philadelphie pour la lib&#233;ration de Mumia et des autres prisonnier.e.s politiques aux USA.&lt;br&gt;
Aujourd'hui, le QUISP n'existe malheureusement plus. Mais l'esprit du QUISP demeure chez beaucoup de personnes, notamment chez les conf&#233;rencier.e.s de ce soir, et dans plusieurs organisations. Il a perdur&#233; en 1997 apr&#232;s que des flics, la &#171; cr&#232;me &#187; de New York, ait agress&#233; des membres d'Act UP qui menaient une action de d&#233;sob&#233;issance civile &#224; Wall Street, puis fouill&#233; &#224; corps de mani&#232;re ill&#233;gale plusieurs femmes et bless&#233; gravement un homme atteint du VIH en cognant sa t&#234;te six fois contre du b&#233;ton en hurlant : &#171; Meurs, p&#233;d&#233; malade ! &#187; Quelques jours plus tard, les membres d'Act UP se sont joint.e.s au Audre Lord Project, un centre de queers de couleur, et &#224; de nombreux groupes des communaut&#233;s Noire, Latino et Asiatique pour une immense manifestation contre les violences polici&#232;res. Cet esprit a aussi perdur&#233; l'automne dernier apr&#232;s que la police ait brutalement attaqu&#233; les fun&#233;railles politiques de Matthew Shepard&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Matthew Shepard &#233;tait un jeune homme qui a &#233;t&#233; assassin&#233; en raison de son (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; le 19 octobre. Quelques jours plus tard, des dizaines de queers se sont joint.e.s &#224; une marche unitaire immense contre les violences polici&#232;res. Cet esprit a perdur&#233; il y a trois semaines quand huit membres du groupe affinitaire Fed Up Queers se sont &#233;tendu.e.s au milieu d'une rue, en signe de solidarit&#233;, &#224; proximit&#233; de la manifestation qui demandait justice pour Amadou Diallo&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Amadou Diallo &#233;tait un jeune homme originaire du Lib&#233;ria qui a &#233;t&#233; abattu &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ils.elles sont devenu.e.s les symboles d'une vague montante de d&#233;sob&#233;issance civile. Et cet esprit perdurait encore aujourd'hui quand il y a quelques heures un groupe plus vaste de queers se faisait arr&#234;ter au 1, Police Plaza dans le cadre de la campagne qui continue contre les violences polici&#232;res.&lt;br&gt;
Faisons vivre cet esprit de r&#233;sistance et continuons cette histoire riche de la lutte queer contre les violences polici&#232;res et pour la lib&#233;ration des prisonnier.e.s politiques en surmontant toutes les difficult&#233;s pour avoir un cort&#232;ge du Rainbow Flags for Mumia le plus grand que nous pouvons &#224; la manifestation du 24 mars. Parce que, souvenons-nous en, quand nous luttons pour lib&#233;rer Mumia, nous luttons pour notre propre lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des militant.e.s queers se joignent &#224; une large action de d&#233;sob&#233;issance civile pour demander la lib&#233;ration et un nouveau proc&#232;s pour le journaliste du couloir de la mort Mumia Abu-Jamal&lt;br&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;{{}}&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;(par Simon Nkoli Queer Crusaders en solidarit&#233; avec les prisonnier.e.s politiques, 1999)&lt;/i&gt;&lt;br&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;
Des dizaines de militant.e.s queers de tout le pays ont particip&#233; &#224; la journ&#233;e d'actions et de manifestations de d&#233;sob&#233;issance civile organis&#233;e le 3 juillet sur les deux c&#244;tes du pays, demandant la lib&#233;ration, un nouveau proc&#232;s et des soins m&#233;dicaux imm&#233;diats pour le journaliste africain am&#233;ricain, prim&#233; &#224; de nombreuses reprises, et d&#233;tenu du couloir de la mort dans l'&#201;tat de Pennsylvanie Mumia Abu-Jamal. &#192; la Liberty Bell&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Liberty Bell (ou &#171; cloche de la libert&#233; &#187;), qui se trouve &#224; Philadelphie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de Philadelphie, par une temp&#233;rature de plus de 37&#176;, 95 contestataires ont interrompu le fonctionnement habituel et ont fait fermer le b&#226;timent toute l'apr&#232;s-midi lors d'un week-end qui compte le plus grand nombre de touristes de l'ann&#233;e. &#192; San Francisco, apr&#232;s une grande manifestation allant du b&#226;timent f&#233;d&#233;ral &#224; l'Union Square, 27 militant.e.s ont bloqu&#233; la rue et ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;.e.s.&lt;br&gt;
Prises dans leur ensemble, les manifestations ont constitu&#233; la plus grande action de d&#233;sob&#233;issance civile contre la peine de mort de toute l'histoire des USA. Ces actions sans pr&#233;c&#233;dent, qui se sont accompagn&#233;es de la pr&#233;sence vigilante de centaines de personnes aux alentours, ont &#233;t&#233; organis&#233;es par une large coalition de groupes progressistes (y compris Act UP / New York) et ont marqu&#233; le 17e anniversaire de la condamnation &#224; mort de Mumia Abu-Jamal au cours d'un proc&#232;s qu'Amnesty International et beaucoup d'autres observateurs internationaux ont jug&#233; nettement d&#233;loyal.&lt;br&gt;
L'une des parties les plus visibles de l'action men&#233;e &#224; Philadelphie s'est produite lorsque les &#171; Simon Nkoli Crusaders for Mumia &#187; ont pris position en premi&#232;re ligne pour bloquer l'une des entr&#233;es du pavillon de la Liberty Bell. Brandissant une banderole sur laquelle &#233;tait &#233;crit &#171; Les queers disent : Stoppez l'ex&#233;cution de Mumia Abu-Jamal &#187;, le groupe &#8211; dix lesbiennes, gays, bi et alli&#233;.e.s &#8211; ont rejoint les autres militant.e.s devant la porte o&#249; deux d'entre eux.elles s'&#233;taient enchain&#233;.e.s sans que la police des parcs US ne puisse rien faire. (Simon Nkoli &#233;tait un gay fier de l'&#234;tre, un militant noir sud-africain qui a &#233;chapp&#233; de peu &#224; une ex&#233;cution sous l'inculpation de trahison dans les ann&#233;es 1980, puis qui a constitu&#233; des groupes pour les droits homosexuels et contre le VIH. Il a particip&#233; activement &#224; faire de l'Afrique du Sud le premier pays &#224; inclure l'orientation sexuelle parmi les droits prot&#233;g&#233;s constitutionnellement contre toute discrimination. Nkoli est d&#233;c&#233;d&#233; au d&#233;but de cette ann&#233;e).&lt;br&gt;
Bob Lederer, membre d'Act UP / New York, organisateur du Simon Nkoli groupe et qui fait partie des personnes arr&#234;t&#233;es a d&#233;clar&#233; : &#171; Quiconque est soucieux.se de la lutte des queers et contre le VIH devrait aussi &#234;tre scandalis&#233;.e de l'imminente ex&#233;cution de Mumia. Beaucoup d'entre nous ont fait l'exp&#233;rience de violences polici&#232;res violemment homophobes et s&#233;rophobes* &#224; l'&#233;gard de nos mouvements. L'injustice &#224; l'&#233;gard de Mumia se nourrit de son histoire comme journaliste et comme militant engag&#233; contre les violences polici&#232;res, et son appartenance ant&#233;rieure au Black Panther Parthy a &#233;t&#233; utilis&#233;e pour inciter le jury &#224; le condamner &#224; mort. Cela en fait un cas embl&#233;matique. Si Mumia peut &#234;tre ex&#233;cut&#233; sans avoir eu un proc&#232;s &#233;quitable, c'est un pr&#233;c&#233;dent dangereux qui autoriserait une intensification de la r&#233;pression contre toutes les sortes de militant.e.s. C'est pourquoi des groupes qui travaillent rarement ensemble se sont unis aujourd'hui dans l'action. De plus, beaucoup d'entre nous s'opposent &#224; l'utilisation de la peine de mort en g&#233;n&#233;ral. &#187;&lt;br&gt;
La manifestation de Philadelphie a r&#233;uni seize groupes affinitaires de queers, de militant.e.s anti-VIH, pacifistes, anti-interventionnistes, Africain.e.s am&#233;ricain.e.s, Latino.a, &#233;tudiant.e.s et de gauche. Avant l'action de blocage des portes, quatre personnes sont entr&#233;es dans le b&#226;timent et ont d&#233;ploy&#233; une banderole qui disait &#171; Faisons sonner la cloche de la libert&#233; [liberty bell] pour Mumia &#187; &#224; c&#244;t&#233; de cette ic&#244;ne historique. Deux militant.e.s &#233;tudiant.e.s ont escalad&#233; une partie du b&#226;timent et ont accroch&#233; une banderole sur laquelle &#233;tait &#233;crit &#171; Libert&#233; pour Mumia &#187; et qui est rest&#233;e pendant trois heures jusqu'&#224; ce que les policiers la d&#233;crochent en se servant d'un charriot &#233;l&#233;vateur. Cela a pris plusieurs heures &#224; la police d'&#233;vacuer les 95 manifestant.e.s, y compris deux personnes aveugles et une personne en fauteuil. Toutes ont &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;es au bout de dix heures avec une inculpation pour r&#233;bellion. Ils.elles risquent une amende individuelle de 250$, ce qui sera contest&#233; devant les tribunaux. [&#8230;]&lt;br&gt;
La militante lesbienne Dawn Reel, membre de la Free Mumia Abu-Jamal Coalition de New York, &#233;galement arr&#234;t&#233;e avec le groupe Simon Nkoli, a d&#233;clar&#233; que les actions du 3 juillet sont juste le d&#233;but d'une campagne de d&#233;sob&#233;issance civile pour demander un nouveau proc&#232;s pour Abu-Jamal. &#171; Maintenant, a-t-elle dit, malgr&#233; tous les efforts de l'&#233;quipe de juristes, le syst&#232;me a refus&#233; &#224; Mumia la proc&#233;dure &#233;quitable qui lui est due. C'est pourquoi nous devons pr&#233;senter son cas dans la rue afin que le peuple puisse juger par lui-m&#234;me &#187;.&lt;br&gt;
Le cas d'Abu-Jamal suscite un int&#233;r&#234;t grandissant dans les communaut&#233;s LGBT &#224; travers le pays. En avril dernier, des centaines de personnes ont rejoint le cort&#232;ge &#171; Rainbow Flags for Mumia &#187; des deux grandes manifestations pro-Mumia &#224; Philadelphie et &#224; San Francisco. Le mois dernier, de grands cort&#232;ges en soutien &#224; Abu-Jamal se sont form&#233;s dans les marches des fiert&#233;s LGBT &#224; New York et &#224; San Francisco. Parmi les signataires c&#233;l&#232;bres de l'action de d&#233;sob&#233;issance civile du 3 juillet, figurait la musicienne bisexuelle Ani DiFranco et la militante lesbienne de New York Leslie Cagan, copr&#233;sidente de la March on Washington de 1987. Parmi les autres signataires, se trouvaient le po&#232;te sud-africain et ancien prisonnier politique anti-apartheid Dennis Brutus, le professeur et &#233;crivain Africain am&#233;ricain Manning Marable, le leader ind&#233;pendantiste Porto-ricain Rafael Cancel Miranda, le militant anti-guerre de longue date David Dellinger, et le r&#233;v&#233;rend Lucius Walker, directeur des Pastors for Peace (qui a fait partie des personnes arr&#234;t&#233;es).&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;One herstory of out of control&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;Lesbian committee to support women political prisoners and PoW, 1986-2008&lt;br&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;par B8 (rita d. brown) et Jane Segal, 2008.&lt;/i&gt;&lt;br&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;
L'administration p&#233;nitentiaire US a toujours eu des sortes de cellules ultra-s&#233;curis&#233;es pour les femmes de mauvaise r&#233;putation, et donc qui avaient besoin d'une &#171; garde rapproch&#233;e &#187;. Pendant des ann&#233;es, le Davis hall &#224; Alderson (Virginie occidentale) a servi &#224; &#231;a. Dans les ann&#233;es 40, Billie Holiday y a &#233;t&#233; enferm&#233;e. La nationaliste Portoricaine Lolita Lebr&#243;n y &#233;tait &#224; la fin des ann&#233;es 50 et au d&#233;but des ann&#233;es 60. &#192; la fin des ann&#233;es 70, c'&#233;tait appel&#233; &#171; quartier de s&#233;curit&#233; maximum &#187; et y &#233;tait enferm&#233;e la prisonni&#232;re politique de la New York Black Liberation Army Assata Shakur ; et B8 (rita d. brown), une prisonni&#232;re politique blanche, anti-imp&#233;rialiste, gouine, membre de la George Jackson Brigade de Seattle (Washington). Dans les ann&#233;es 80, les femmes prisonni&#232;res immigrantes Cubaines et Ha&#239;tiennes &#233;taient enferm&#233;es dans ce m&#234;me b&#226;timent. Cette prison &#224; l'int&#233;rieur de la prison existe dans toutes les prisons de ce pays. Cela a toujours &#233;t&#233; un lieu tenu secret o&#249; toutes sortes de tortures inimaginables pouvaient avoir lieu sans &#234;tre d&#233;couvertes. Ces lieux existent maintenant partout et sont appel&#233;s &#171; control unit &#187; [unit&#233; de contr&#244;le].&lt;br&gt;
En 1986, l'administration p&#233;nitentiaire US a inaugur&#233; une nouvelle version de &#231;a, le LHSU. La premi&#232;re &#171; unit&#233; de s&#233;curit&#233; maximale &#187; pour des femmes prisonni&#232;res. Cela a &#233;t&#233; construit dans le sous-sol de Lexington (Kentucky), un &#233;tablissement p&#233;nitentiaire f&#233;d&#233;ral qui avait autrefois &#233;t&#233; utilis&#233; comme un h&#244;pital con&#231;u pour aider les prisonniers d&#233;pendant de drogues. Maintenant y sont enferm&#233;es dans des conditions &#233;videntes de privation sensorielle Alejandrina Torres, une nationaliste Portoricaine de Chicago, et Susan Rosenberg*, une prisonni&#232;re politique de New York. Ces deux s&#339;urs ont &#233;t&#233; emmen&#233;es directement de la Kkkour &#224; ce nouveau quartier d'isolement sous-terrain. C'&#233;tait une violation claire de la propre politique de l'administration p&#233;nitentiaire puisqu'elles n'ont jamais &#233;t&#233; mises dans la population g&#233;n&#233;rale et n'ont donc jamais viol&#233; de r&#232;gles p&#233;nitentiaires. L'italienne Silvia Baraldini, une autre prisonni&#232;re politique anti-imp&#233;rialiste de New York, a &#233;t&#233; transf&#233;r&#233;e ici depuis le FCI de Dublin (Californie) o&#249; elle avait &#233;t&#233; incarc&#233;r&#233;e plusieurs ann&#233;es sans aucun incident. En fait, les r&#232;gles de s&#233;curit&#233; &#224; son &#233;gard avaient &#233;t&#233; r&#233;cemment baiss&#233;es car elle n'avait commis aucun infraction et elle &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme ne pr&#233;sentant ni risque, ni menace. Ces trois femmes ont toutes &#233;t&#233; transf&#233;r&#233;es au LHSU en raison de leurs id&#233;es politiques ou de leurs liens politiques. Il y avait aussi deux prisonni&#232;res sociales qui purgeaient de longues peines. Il est apparu qu'elles servaient &#224; l'administration p&#233;nitentiaire &#224; nier que l'unit&#233; avait &#233;t&#233; sp&#233;cialement construite pour les femmes prisonni&#232;res politiques.&lt;br&gt;
La torture mentale quotidienne &#233;tait clairement le programme en vigueur ici : tous les murs &#233;taient peints en blancs. Les surveillants, tous des hommes, contr&#244;laient toutes les lumi&#232;res. Les visiteur.se.s, &#224; l'exception des avocat.e.s enregistr&#233;.e.s, &#233;taient interdit.e.s. Ce que nous pouvions avoir avec nous &#233;tait extr&#234;mement limit&#233;, y compris pour les livres, les lettres et les produits d'hygi&#232;ne (il fallait demander pour avoir des serviettes hygi&#233;niques). Enferm&#233;es 23 heures par jour. Tous les plats &#233;taient apport&#233;s de l'ext&#233;rieur et on mangeait seules en cellule. Aucun programme &#233;ducatif, et c'&#233;tait clair qu'il n'y avait aucun programme pour qu'on soit un jour sorties de ce quartier. C'&#233;tait fondamentalement un mauvais traitement &#8211; pas de voie de sortie. Leur projet diabolique &#233;tait de cr&#233;er du d&#233;sespoir et de la d&#233;prime et de casser ainsi la d&#233;termination des prisonni&#232;res. Les prisonni&#232;res sociales auraient &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;es comme de simples dommages collat&#233;raux d'une guerre en cours contre les femmes prisonni&#232;res politiques.&lt;br&gt;
Peu apr&#232;s l'arriv&#233;e de la troisi&#232;me prisonni&#232;re politique, Silvia Baraldini, &#224; LHSU, quatre femmes qui la connaissaient et l'aimaient se sont rencontr&#233;es dans une cuisine d'un Mission District de San Francisco pour &#233;changer sur les moyens de protester contre son transfert brutal et pour fermer ce scandaleux quartier d'isolement. Nous avons form&#233; un comit&#233; de femmes pour la fermeture du LSHU et nous avons lanc&#233; un appel aux autres s&#339;urs de la r&#233;gion de la Baie [de San Francisco]. Le groupe s'est instantan&#233;ment agrandi et nous sommes rapidement devenues le Out of Control Committee to Support Women Political Prisoners and Prisoners of War. Nous avons rejoint une campagne de militant.e.s de base pour d&#233;noncer les brutalit&#233;s &#224; Lexington et pour demander qu'il soit imm&#233;diatement ferm&#233;. Cette lutte nationale a inclus des soutiens sur une base tr&#232;s large, avec le mouvement pour l'ind&#233;pendance nationale du Porto-Rico, les abolitionnistes [de la prison], des communaut&#233;s pour les droits civiques et de femmes, le mouvement des Indien.ne.s am&#233;ricain.ne.s, beaucoup de gens non-affili&#233;.e.s, des &#233;glises progressistes et pacifistes, ainsi que la m&#232;re et le p&#232;re de Susan.&lt;br&gt;
Des expert.e.s de la torture psychologique nous ont rejointes afin de d&#233;finir, de documenter et d'&#233;valuer les conditions de vie [dans le quartier]. Le ACLU National Prison Project, le Center for Constitutional Rights, the People's Law Office et d'autres avocat.e.s exp&#233;riment&#233;.e.s issu.e.s de divers mouvements ont apport&#233; leurs expertises. Une plainte a &#233;t&#233; d&#233;pos&#233;e contre l'administration p&#233;nitentiaire pour faire fermer le LHSU. Ils.elles ont fait un super travail et nous les avons remerci&#233;.e.s pour ce bon boulot. Les preuves &#233;taient si accablantes depuis le d&#233;but que la seule raison pour laquelle Alejandrina, Silivia et Susan vivaient dans ces conditions &#233;tait leurs id&#233;es politiques. La Kour &#233;tait oblig&#233;e de se prononcer en faveur des femmes prisonni&#232;res politiques et d'interdire l'administration p&#233;nitentiaire de &#171; prendre en consid&#233;ration les liens politiques pass&#233;s ou les id&#233;es politiques personnelles d'un.e prisonnier.e &#187; quand elle d&#233;cidait de transf&#233;rer un.e prisonnier.e dans une prison f&#233;d&#233;rale. Le LHSU a &#233;t&#233; ferm&#233; en 18 mois, ce qui est relativement court. Nous avons eu une petite victoire bien m&#233;rit&#233;e ! Toutefois, cela n'a pas dur&#233; longtemps, puisque la d&#233;cision a &#233;t&#233; cass&#233;e en appel et que la torture a continu&#233; de diff&#233;rentes mani&#232;res.&lt;br&gt;
En octobre 1988, les trois femmes prisonni&#232;res politiques sont retourn&#233;es dans des maisons d'arr&#234;t : deux dans des Metropolitan Correctional Centers [des prisons qui ressemblent &#224; des tours d'immeuble] : Silvia &#224; New York et Alejandrina &#224; San Diego. Susan est retourn&#233;e &#224; la maison d'arr&#234;t de Washington, DC. Cette folle histoire a encore continu&#233; deux ans jusqu'&#224; ce qu'ouvre une nouvelle petite prison pour femmes &#224; Marianna (Floride). Dans le quartier Shawnee, tous les mouvements &#233;taient contr&#244;l&#233;s, et c'&#233;tait juste un quartier d'isolement plus grand. C'&#233;tait une prison pour femmes au milieu de la grande prison ouverte en 1988, et son r&#244;le &#233;tait &#224; peu pr&#232;s le m&#234;me. Contr&#244;ler, isoler, et neutraliser les femmes envoy&#233;es l&#224;-bas et qui, pour diverses raisons, constituaient une menace politique, d'&#233;vasion ou perturbatrices selon les maitres de la d&#233;raison au sein de l'administration p&#233;nitentiaires. Le but &#233;tait de d&#233;truire la capacit&#233; des femmes prisonni&#232;res &#224; fonctionner ailleurs que dans un cadre institutionnel. Ce n'est qu'en 1994 qu'elles ont pu rejoindre la population g&#233;n&#233;rale &#224; Danbury (Connecticut).&lt;br&gt;
En 1989, il n'y avait pas beaucoup d'information ou de soutien pour les prisonnier.e.s politiques, en particulier les femmes. Donc apr&#232;s la fermeture du LHSU, certaines d'entre nous ont d&#233;cid&#233; de continuer notre travail en faveur des 25 femmes prisonni&#232;res politiques et prisonni&#232;res de guerre incarc&#233;r&#233;es dans les prisons amerikkkaines. Nous savions que nous devions nous focaliser sur ces femmes car si nous ne le faisions pas, personne ne le ferait. C'&#233;tait aussi simple que &#231;a. Nos s&#339;urs prisonni&#232;res politiques seraient probablement exp&#233;di&#233;es &#224; travers tout le syst&#232;me p&#233;nitentiaire f&#233;d&#233;ral. Nous savions que cela allait faire sortir des informations sur les conditions de vie &#224; travers tout le pays car les prisonni&#232;res politiques allait en avoir l'exp&#233;rience et allait s'exprimer l&#224;-dessus. Ayant surv&#233;cu de nombreuses ann&#233;es aux coalitions typiques de gauchistes, nous avions compris l'importance de choisir correctement le nom de notre groupe. Donc nous l'avons chang&#233; un peu (avant que ce soit la mode de changer) et nous sommes devenues Out of Control : Lesbian Committee to Support Women Political Prisoners and Prisoners of War. Ainsi, nous &#233;tions s&#251;res que notre communaut&#233;, les prisonni&#232;res et le reste du monde sauraient que des lesbiennes faisaient &#231;a pour soutenir nos s&#339;urs et pour d&#233;monter le mythe selon lequel les prisonnier.e.s politiques n'existent pas aux USA.&lt;br&gt;
Notre travail le plus important &#233;tait de faire savoir qu'il y avait des prisonnier.e.s politiques en Amerikkke, et que beaucoup &#233;taient des femmes et que certaines &#233;taient des lesbiennes. Au cours de ces ann&#233;es, nous avons r&#233;alis&#233;es plusieurs banderoles qui nous donnaient beaucoup de force et que nous avons amen&#233;es &#224; un grand nombre de manifestations et d'&#233;v&#233;nements progressistes. Une ann&#233;e, on a fait des super tee-shirts noir et argent&#233;s avec marqu&#233; Dykes Out of Control qui ont tous &#233;t&#233; vendus avant m&#234;me qu'on arrive &#224; la Marche des fiert&#233;s. On a alors eu assez d'argent pour en refaire une s&#233;rie qui a toute &#233;t&#233; vendue aussi. Mais ensuite y eu un magasin de cuir local qui a cr&#233;&#233; une imitation qui &#233;tait blanche avec des petites lettres noires et qui coutait deux fois moins cher, et ils l'ont vendu pendant de nombreuses ann&#233;es. C'est ok car il n'y a rien de mal &#224; ce qu'il y ait des gouines incontr&#244;lables. Une ann&#233;e, on a fait un petit cort&#232;ge pour le Dykes on Bikes, o&#249; j'avais les noms des prisonni&#232;res politiques lesbiennes &#224; l'arri&#232;re de ma moto. Beaucoup de gens nous ont montr&#233; leur soutien quand nous avons descendu Market Street cette ann&#233;e-l&#224;. Peut-&#234;tre que c'est &#224; cause d'une jeune s&#339;urs seins nus &#224; l'arri&#232;re d'une autre moto qui avait un &#171; Libert&#233; pour tou.te.s les prisonnier.e.s politiques &#187; &#233;crit d'un rouge-&#224;-l&#232;vres rouge vif. Ou peut-&#234;tre parce que nous faisons du bon boulot &#224; sensibiliser les gens qui participaient aux &#233;v&#233;nements de la Marche des fiert&#233;s. Tous les ans, on partageait une table de presse avec LAGAI &#8211; Queer insurrection &#224; la Marche des fiert&#233;s o&#249; on avait un tableau d'affichage avec les informations r&#233;centes de nos s&#339;urs prisonni&#232;res politiques. Des gens sont venus nous trouver et nous poser des questions sur les prisonni&#232;res. Une ann&#233;e on a march&#233; avec le Fat Dyke Float et on a distribu&#233; des milliers de tracts mauves avec une bande dessin&#233;e d'Alison Bechdel &#8211; &#171; Dykes to Watch Out For &#187; - qui parlait des lesbiennes prisonni&#232;res politiques. On les a presque tous distribu&#233; avant de retourner &#224; notre table de presse. On a fait des r&#233;unions priv&#233;es, on a parl&#233; sur des campus du coin ; on est all&#233; &#224; KPFA et &#224; plusieurs radios &#233;tudiantes. Parfois on s'est d&#233;plac&#233; pour aller sur des campus. Avec d'autres militant.e.s queer de longue date, B8 a &#233;t&#233; invit&#233;e &#224; parler dans le sous-sol d'une &#233;glise &#224; New York lors du 25e anniversaire des &#233;meutes de Stonewall*.&lt;br&gt;
En 1990, nous avons cr&#233;&#233; un fond coop&#233;ration avec LAGAI pour les prisonni&#232;res politiques, financ&#233; par un vide-grenier annuel &#224; Castro o&#249; beaucoup de professionnel.le.s du design d'int&#233;rieur / recyclage ach&#232;tent et se baladent tr&#232;s t&#244;t le samedi matin. En coop&#233;ration avec de nombreuses autres s&#339;urs du coin, on a commenc&#233; &#224; produire Sparks Fly, un &#233;v&#233;nement g&#233;nial qui se tenait surtout au Women's Building. C'&#233;tait un &#233;v&#233;nement culturel/&#233;ducatif annuel &#224; ne pas manquer o&#249; on donnait des informations r&#233;centes des prisonni&#232;res et o&#249; on construisait du soutien communautaire. Beaucoup d'artistes du coin ont donn&#233; de leur temps et de leurs r&#233;alisations pour aider &#224; lever des fonds pour la coop&#233;rative. Ce serait impossible de nommer tout le monde, donc je vais nommer quelques un.e.s parmi les chouchous : Jewelle Gomez, Cherr&#237;e Moraga, Chrystos, Dorothy Allison, Melanie DeMore, Elizabeth Summers, Carolyn Brandy, Tom Ammiano, Gwen Avery et Mary Watkins avec l'aide de Judy G &amp; Diva, et nous avions nos drag kings* avec Fresh White en Barry White, et de tr&#232;s convaincants Frida Kahlo et le Che ont m&#234;me fait les maitres de c&#233;r&#233;monie une ann&#233;e. Out of Control &#233;tait capable de fournir une petite allocation &#224; onze prisonni&#232;res politiques, dont les s&#339;urs de MOVE en Pennsylvanie (qui restent toujours en prison apr&#232;s plus de 30 ans). C'&#233;tait une fa&#231;on r&#233;ussie et marrante de faire des choses concr&#232;tes et engag&#233;es avec la base de notre communaut&#233;. On a rempli la salle ann&#233;e apr&#232;s ann&#233;e. Combien d'ann&#233;es ? On pense que c'est entre 10 et 12 ann&#233;es. On faisait partie d'une communaut&#233; queer politiquement tr&#232;s forte dans la r&#233;gion de la Baie de San Francisco et les gens soutenaient notre boulot de la m&#234;me mani&#232;re que nous soutenions le leur.&lt;br&gt;
En 1992, OOC a particip&#233; &#224; l'International Tribunal of Indigenous Peoples and Oppressed Nations aux USA. On a fourni des t&#233;moignages au nom des prisonnier.e.s politiques blanc.he.s nord-am&#233;rikkkain.ne.s et nous avons offert des conseils juridiques. Tous les t&#233;moignages &#233;taient pr&#233;sent&#233;s &#224; un panel de juges internationaux.ales et aux Nations Unies. A cette &#233;poque, nous avons aussi pris connaissance du cas de Norma Jean Croy, une femme Shasta pour lequel nous avons fait un travail de solidarit&#233; au quotidien.&lt;br&gt;
En octobre 1995, on a fourni des t&#233;moignages suppl&#233;mentaires ; cette fois &#224; la Conf&#233;rence nationale &#339;cum&#233;nique pour les Nations Unies sur le racisme. On a pr&#233;sent&#233; le cas de Norma Jean Croy et le cas des prisonnier.e.s politiques nord-am&#233;ricain.ne.s engag&#233;.e.s dans les luttes antiracistes et anti-apartheid.&lt;br&gt;
Durant l'hiver 1996-1997, OOC a travaill&#233; avec le Mumia Art Show Women's Group pour que l'exposition artistique soit mont&#233;e dans la r&#233;gion de la baie de San Francisco. L'exposition &#233;tait constitu&#233;e de cr&#233;ations plastiques et d'&#233;crits produits par plus de 90 prisonnier.e.s politiques &#224; travers le monde. L'argent r&#233;colt&#233; est all&#233; directement &#224; la caisse de solidarit&#233; pour Mumia.&lt;br&gt;
&#192; l'hiver et au printemps 1997-1998, OOC a travaill&#233; en collaboration avec Jericho' 98. Cet effort national &#233;tait conduit par des militant.e.s Africain.ne.s am&#233;ricain.ne.s et a attir&#233; l'attention sur la question sp&#233;cifique des prisonnier.e.s politiques. Appelant &#224; l'amnistie pour tou.te.s les prisonnier.e.s politiques, cette campagne a eu pour point d'orgue une manifestation de masse &#224; Washington, DC, des lyc&#233;en.ne.s qui quittent leurs cours &#224; la Berkeley High School et une manifestation &#224; Oakland (Californie).&lt;br&gt;
Out of Control a fait partie du comit&#233; organisateur de Critical Resistance &#8211; Beyond the Prison Industrial Complex, une &#233;norme conference sur les prisons / prisonnier.e.s qui s'est tenue &#224; UC Berkeley en septembre 1998. OOC a pr&#233;sent&#233; un atelier de deux heures au sujet des prisonni&#232;res politiques dans lequel des s&#339;urs incarc&#233;r&#233;es &#224; proximit&#233; ont pu intervenir par l'interm&#233;diaire de la radio KPFA. [&#8230;]&lt;br&gt;
Il y a quelques autres choses que nous avons r&#233;ussi &#224; faire dans les ann&#233;es 1990. Cela inclut Sparks Fly : Women Political Prisoners in the USA ; une brochure qui servait &#224; introduire la question de nos s&#339;urs et leurs histoires ; &#171; Celebrate resistance &#187;, un recueil de biographies, photos, po&#233;sies, &#233;crits et &#339;uvres d'art de prisonni&#232;res politiques qui donnaient des voix aux sans-voix ; et Sparks Fly, une vid&#233;o de 20 minutes qui pr&#233;sentait dix prisonni&#232;res politiques (5 portoricaines et 5 blanches nord-am&#233;ricaines). Nous avons cr&#233;&#233; une s&#233;rie de photos des prisonni&#232;res politiques et nous avons ajout&#233; leurs voix enregistr&#233;es lors de discussions t&#233;l&#233;phoniques depuis la prison. Un vrai merdier technique &#224; cette &#233;poque.&lt;br&gt;
Depuis 1989, on a publi&#233; une lettre d'information, Out of Time. Nous sommes la seule lettre d'information de ce genre aux usa, qui s'int&#233;resse d'abord aux prisonni&#232;res politiques. Cela a commenc&#233; par une feuille recto-verso photocopi&#233;e. En quelques ann&#233;es, c'est devenu un 4 pages imprim&#233; sur papier journal. Sur les 1000 exemplaires que nous imprimons, 600 sont envoy&#233;s &#224; l'int&#233;rieur, surtout dans les prisons de femmes, &#224; travers tout le pays. De nombreux groupes militants ici et en Europe re&#231;oivent de nombreux exemplaires. Out of Time est aussi inclus dans Ultra Violet, la lettre d'information de LAGAI &#8211; Queer insurrection, qui tire &#224; 1 500 exemplaires et est distribu&#233; dans un grand nombre de librairies et de caf&#233;s de San Francisco. Les exemplaires r&#233;cents peuvent &#234;tre consult&#233;s sur le site de LAGAI. Cela reste notre principale t&#226;che et esp&#233;rons qu'il nous survivra toutes. Nous continuons &#224; soutenir Marilyn Buck et les femmes du MOVE et &#224; nous focaliser sur les prisonnier.e.s politiques de l'Am&#233;rikkke. Nous nous sommes &#233;tendues afin de couvrir &#233;galement les violations des droits humains des prisonier.e.s et la guerre toujours plus violente men&#233;e contre les femmes dans les pays d&#233;chir&#233;s par la guerre &#224; travers le monde. Il y a clairement une augmentation de la torture &#224; l'encontre des femmes et du nombre de prisonni&#232;res politiques. Les viols et les mutilations des femmes et des enfants ne sont pas nouveaux, mais ils sont bien plus affreux au 21e si&#232;cle o&#249; les riches partis dirigeants des puissances &#171; mondiales &#187; connaissent ces crimes et les ignorent consciemment.&lt;br&gt;
Plusieurs d'entre nous travaillent r&#233;guli&#232;rement sur d'autres projets abolitonnistes de la prison. Cela inclut : All of Us or None, California Coalition for Women Prisoner s, Prison Activist Resource Center et Center for Young Women's Development et nous travaillons de diverses mani&#232;res &#224; la dixi&#232;me conf&#233;rence de Critical Resistance pr&#233;vue pour septembre 2008. [&#8230;]&lt;br&gt;
Les ann&#233;es 1990 ont &#233;t&#233; extraordinaires ! Il y avait les actions d'Act UP, beaucoup de manifs contre la guerre (&#233;poque de &#171; Temp&#234;te du d&#233;sert &#187;), des appels &#224; la Bank of America et &#224; Shell &#224; boycotter l'Afrique du Sud ; le militantisme politique &#233;tait fort et visible partout. &#192; travers lui, nous avons toutes continu&#233; notre travail de construction d'un soutien aux demandes concr&#232;tes du mouvement en pleine croissance pour l'abolition de la prison. Cela incluait la gr&#226;ce des prisonnier.e.s atteint.e.s du HIV/Sida et la fin de la peine de mort, ainsi que la fermeture de tous les quartiers d'isolement. Et m&#234;me les lesbiennes politiques ont commenc&#233; &#224; dire &#224; haute voix &#171; fem &#187; et &#171; butch &#187;, et &#171; top &#187; et &#171; bottom &#187; sans peur d'&#234;tre ostracis&#233;es. On pouvait m&#234;me trouver un endroit o&#249; vivre &#224; San Francisco pour moins de 500$, et on pouvait encore manger et aller voir tous les trucs politiques qui se passaient dans toute la ville. C'&#233;tait la belle &#233;poque avec de bons trucs politiques, du bon boulot et quelques bonnes victoires.&lt;br&gt;
Notre fa&#231;on de faire n'a pas beaucoup chang&#233;. On vit en accord avec nos id&#233;es et on fonctionne comme on peut avec des pratiques personnelles et des r&#233;flexions th&#233;oriques aussi honn&#234;tes que possible. On reste un petit groupe de base sans direction formelle et sans employ&#233;s r&#233;mun&#233;r&#233;s. [&#8230;] Pendant des ann&#233;es, nous nous sommes rencontr&#233;es au moins une fois par mois ou plus selon le travail en cours. [&#8230;] Toutes les d&#233;cisions importantes se prennent le plus possible par consensus. Comme nous vieillissons (je pense que la plupart d'entre nous ont plus de 60 ans maintenant), nous nous rencontrons moins et on travaille sur moins de choses, mais nous sommes loin d'en avoir termin&#233;.&lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;RESSOURCES&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&#224; lire en fran&#231;ais&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://infokiosques.net/spip.php?article864&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Femmes trans en prison&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; : recueil de textes, avec notamment des extraits retranscrits du documentaire &lt;i&gt;Cruel and unusual. Transgender women in prison&lt;/i&gt; (Janet W. Baus, Dan Hunt &amp; Reid Williams, 2005).&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&#224; lire et &#233;couter en Anglais&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://zinelibrary.info/files/queer%20fire.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Queer Fire. The George Jackson Brigade, Men against Sexism and Gay Struggle against Prison&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; : sur la George Jackson Brigade (GJB), un groupe de lutte arm&#233;e de la r&#233;gion de Seattle (USA), compos&#233; &#224; moiti&#233; de femmes dont plus de la moiti&#233; &#233;tait des lesbiennes ; sur le groupe Men against sexism, constitu&#233; en prison dans les ann&#233;es 1970 par un gay de la GJK pour lutter contre les viols et l'homophobie&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://earfulofqueer.wordpress.com/2011/04/11/ed-mead-and-men-against-sexism/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Interview d'Ed Mead&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; par Earful of Queer sur Men against sexism&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://zinelibrary.info/files/genderanarkyzineupdate_imposed.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Gender Anarky&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; : recueil de textes de prisonnier.e.s queer incarc&#233;r&#233;.e.s aux USA&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;strong&gt;Organisations&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://search.freedomarchives.org/search.php?view_collection=3&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Out of Control&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; : des archives de la lutte &lt;br&gt; &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lagai.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lagai&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; : organisation queer de San Francisco engag&#233;e pour la justice sociale, contre les crimes policiers et les prisons, etc.&lt;br&gt; &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://srlp.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sylvia Rivera Law Project&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; : organisation bas&#233;e &#224; New York qui assiste judiciairement les personnes LGBTQI. Elle m&#232;ne &#233;galement des campagnes contre l'isolement, assure des correspondances avec des prisonnier.e.s LGBTQI et publie un journal, &lt;i&gt;In solidarity&lt;/i&gt;.&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;strong&gt;Correspondance&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le courrier est un aspect important du soutien qui peut &#234;tre apport&#233; aux prisonnier.e.s. &#192; l'&#233;tranger, des groupes ont d&#233;velopp&#233; des correspondances (avec possibilit&#233; de choisir des formes diverses de mixit&#233;) pour les prisonnier.e.s LGBTQI.&lt;br&gt;
Royaume-Uni : &lt;a href=&#034;http://bentbarsproject.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://bentbarsproject.org&lt;/a&gt;&lt;br&gt;
USA : &lt;a href=&#034;http://www.blackandpink.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.blackandpink.org&lt;/a&gt;&lt;br&gt;
Canada : &lt;a href=&#034;http://www.prisonercorrespondenceproject.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.prisonercorrespondenceproject.com&lt;/a&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Solidarit&#233; avec les prisonnier.e.s LGBTQI&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Quelques prisonnier.e.s LGBTQI pour lesquel.le.s des campagnes de solidarit&#233; existent :&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://freeniara.wordpress.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Free Niara !&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; Niara Burton est une prisonni&#232;re trans condamn&#233;e &#224; une longue peine. Toutes les informations sur sa situation et la campagne de solidarit&#233;&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://pragv.noblogs.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Prison rebels against Gender Violence&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; : Un groupe qui soutient les membres de Gender Anarky, mais aussi Michael Kimble, un gay anarchiste purgeant une peine de perp&#233;tuit&#233;.&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Cece McDonald&lt;/strong&gt; : Cece a &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e en janvier 2014. Sur &lt;a href=&#034;http://supportcece.wordpress.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le blog&lt;/a&gt; de la campagne pour sa lib&#233;ration, des informations, des liens&#8230;&lt;br&gt; &lt;strong&gt;Chelsea Manning&lt;/strong&gt; : La campagne de soutien est relay&#233;e &lt;a href=&#034;http://www.chelseamanning.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;BIOGRAPHIES&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Kuwasi Balagoon&lt;/strong&gt; (n&#233; Donald Weems)&lt;br&gt;
&lt;i&gt;22 d&#233;cembre 1946 &#8211; 13 d&#233;cembre 1986&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
Kuwasi Balagoon a d'abord &#233;t&#233; membre du Black Panther Party. Arr&#234;t&#233; dans ce qui a &#233;t&#233; appel&#233; l'affaire des &#171; Panthers 21 &#187;, il s'&#233;vade de prison. Il reprend ses activit&#233;s politiques au sein de la Black Liberation Army et il est de nouveau arr&#234;t&#233; suite &#224; l'attaque &#224; main arm&#233;e d'un fourgon de la Brink's au cours laquelle deux policiers et un convoyeur de fonds sont tu&#233;s. Condamn&#233; &#224; trois peines de perp&#233;tuit&#233;, il meurt en 1986 d'une infection li&#233;e &#224; son infection par le VIH. Kuwasi revendiquait sa bisexualit&#233; et se d&#233;finissait comme New Afrikan et anarchiste. Ses &#233;crits sont r&#233;unis (en Anglais) dans : &lt;i&gt;Kuwasi Balagoon, A Soldier's Story : Writings by a New Afrikan Anarchist&lt;/i&gt;, 125 pages, Kersplebedeb.&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Linda Evans&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
&lt;i&gt;N&#233;e en 1947&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
Linda Evans a 20 ans lorsqu'elle s'engage contre la guerre au Vietnam et dans le soutien au mouvement de lib&#233;ration noir. Elle est &#233;galement engag&#233;e comme f&#233;ministe et lesbienne . En tant que membre du John Brown Anti-Klan Committee, elle s'engage contre le racisme, le supr&#233;matisme blanc et le sionisme. Elle a &#233;t&#233; arret&#233;e en mai 1985 et condamn&#233;e &#224; 45 ans de prison pour l'h&#233;bergement d'un.e fugitive et l'achat d'armes. Elle a &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e en 2001 et elle continue &#224; militer pour les femmes, les lesbiennes et la lib&#233;ration des prisonnier.e.s politiques.&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;strong&gt;Susan Rosenberg&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
&lt;i&gt;N&#233;e en 1955&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
Militante anti-imp&#233;rialiste, docteure en m&#233;decine chinoise et en acupuncture, elle s'est d'abord engag&#233;e dans le mouvement anti-guerre et le mouvement de lib&#233;ration des femmes. Au cours des ann&#233;es 1970, elle est active dans le soutien aux luttes de lib&#233;ration nationale et les mouvements de lib&#233;ration noire et portoricaine. Menac&#233;e d'arrestation, elle rentre en clandestinit&#233; en 1982.&lt;br&gt;
Elle est arr&#234;t&#233;e en novembre 1984 avec Timothy Blunk pour possession d'armes et d'explosifs notamment. Ils ont &#233;t&#233; condamn&#233;s &#224; 58 ans de prison, la plus longue peine jamais prononc&#233;e aux USA pour ce type d'infraction. Susan a &#233;t&#233; plac&#233;e avec quelques femmes &#224; la prison de Lexington dans un quartier d'isolement, la premi&#232;re prison d&#233;di&#233;e aux prisonnier.e.s politiques aux USA. Alors qu'elle &#233;tait dans cette unit&#233;, elle a &#233;t&#233; poursuivie pour l'attentat &#224; la bombe de 1983 contre le Capitol (perp&#233;tr&#233; apr&#232;s l'invasion &#233;tats-unienne de Grenade) dans lequel il n'y a pas eu de victimes. Elle a &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e en 2001. En 2011, elle a publi&#233; des m&#233;moires : &lt;i&gt;An American Radical : A Political Prisoner In My Own Country&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;http://www.anamericanradical.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.anamericanradical.com&lt;/a&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Laura Whitehorn&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
&lt;i&gt;N&#233;e en 1945&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
Laura Whitehorn a &#233;t&#233; engag&#233;e dans la lutte des droits civiques, contre le supr&#233;matisme blanc et le KKK, la lutte pour l'ind&#233;pendance de Porto Rico, la lib&#233;ration des femmes et le mouvement de lib&#233;ration des homosexuel.le.s. Elle a &#233;t&#233; membre de la John Brown Anti-Klan Committee. Arr&#234;t&#233;e en 1985, elle a pass&#233; de nombreuses ann&#233;es &#224; l'isolement. Apr&#232;s 14 ann&#233;es de prison, elle a &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e en 1999 et, depuis, elle continue &#224; lutter pour la lib&#233;ration des prisonnier.e.s politiques et elle milite contre le VIH.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;Out !&lt;/i&gt;, un film (produit par Sonja de Vries &amp; Rhonda Collins en 2000) qui retrace (en Anglais) la vie et le parcours militant de Laura.&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Rita &#171; Bo &#187; Brown&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;B8&lt;/strong&gt; ou &lt;strong&gt;B &#9792; Brown&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
&lt;i&gt;N&#233;e en 1947&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
Rita &#171; Bo &#187; Brown est originaire de Klamath (Oregon), puis elle a d&#233;m&#233;nag&#233; &#224; Seattle dans les ann&#233;es 1960 o&#249; elle d&#233;couvre la communaut&#233; lesbienne et rencontre divers militant.e.s politiques. Elle se radicalise lors d'une incarc&#233;ration pour d&#233;lit de droit commun. Rita &#171; Bo &#187; Brown a &#233;t&#233; membre de la George Jackson Brigade, un groupe r&#233;volutionnaire de Seattle qui effectuait des attaques de banque pour financer ses activit&#233;s et celles d'autres groupes comme les Black Panthers. Surnomm&#233;e la &#171; gentleman Bank robber &#187; en raison de son apparence de butch et ses mani&#232;res sympathiques lors des attaques, elle arrive &#224; &#233;chapper aux arrestations de la Police qui cherchait un homme. Elle est finalement attrap&#233;e et condamn&#233;e pour l'attaque d'une banque de Portland. Apr&#232;s huit ann&#233;es effectu&#233;es dans une prison f&#233;d&#233;rale, elle est lib&#233;r&#233;e en 1987. Elle a contribu&#233; &#224; la formation de Out of Control : Lesbian Committee to Support Women Political Prisoners et elle est toujours une militante politique, notamment en faveur des prisonnier.e.s.&lt;br&gt;
Un film est en pr&#233;paration sur son parcours. Plus d'infos sur &lt;a href=&#034;http://gentlemanbankrobber.tumblr.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://gentlemanbankrobber.tumblr.com&lt;/a&gt; et sur &lt;a href=&#034;http://julieperini.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le site&lt;/a&gt; de la r&#233;alisatrice Julie Perini.&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;LEXIQUE&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;BPP, Black Planther Party&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Mouvement r&#233;volutionnaire Africain-am&#233;ricain form&#233; en 1966, &#224; l'origine en Californie, puis sur l'ensemble du territoire &#233;tats-unien. Il a cess&#233; d'exister en 1982.&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Butch&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Terme employ&#233; par des lesbiennes qui utilisent et subvertissent certains codes de la masculinit&#233; pour s'auto-d&#233;signer.&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;cisgenre&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Se dit d'une personne dont le genre correspond &#224; celui qui lui a &#233;t&#233; attribu&#233; &#224; la naissance.&lt;br&gt;
&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Contras&lt;/i&gt;&lt;br&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les &lt;i&gt;contras&lt;/i&gt; (&#171; contre-r&#233;volutionnaires &#187; en espagnol) &#233;taient des miliciens, oppos&#233;s au gouvernement sandiniste (progressiste) du Nicaragua, actifs entre 1979 et 1990 et soutenus par les USA.&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;drag king, drag queen&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Personnes construisant, de fa&#231;on temporaire, une identit&#233; f&#233;minine (drag queen) ou masculine (drag king) volontairement bas&#233;e sur des arch&#233;types et des caricatures. Ces personnes peuvent revendiquer toutes sortes d'identit&#233; de genre le reste du temps.&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;fem&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Terme employ&#233; par des lesbiennes qui utilisent et subvertissent certains codes de la f&#233;minit&#233; pour s'auto-d&#233;signer.&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;h&#233;t&#233;rosexisme&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Ensemble de comportements et de valeurs faisant de l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; la norme ou la consid&#233;rant comme une forme de sexualit&#233; sup&#233;rieure aux autres.&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;intersexe, personne intersexu&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Une personne intersexu&#233;e poss&#232;de des caract&#233;ristiques anatomiques et physiologiques masculins et f&#233;minins. Une personne intersexe refuse la binarit&#233; de sexe et/ou se vit dans un sexe minoritaire (ni m&#226;le ni femelle, hermaphrodite, 60/40, 40/60, &#8230;). d'apr&#232;s : &lt;a href=&#034;http://www.genrespluriels.be&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.genrespluriels.be&lt;/a&gt;&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;KKK, Klan, Klu Klux Klan&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Organisation pr&#244;nant le supr&#233;matisme blanc aux USA. Cr&#233;&#233;e au milieu du 19e si&#232;cle, elle s'est formellement arr&#234;t&#233;e en 1944. Les groupuscules qui continuent de s'en r&#233;clamer regroupent des milliers de militant.e.s connus pour les violences et les meurtres racistes qu'ils commettent.&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;LGBTIQ&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Abbr&#233;viation pour Lesbian, Gay, Bi, Trans, Intersexe*, Queer.&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;MOVE&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Organisation noire &#233;cologiste, fond&#233;e en 1972. Une de leur maison a &#233;t&#233; bombard&#233;e en 1985 par l'Arm&#233;e &#233;tats-unienne et onze personnes ont &#233;t&#233; tu&#233;es.&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Out, coming-out&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
&#202;tre &#171; out &#187;, pour une personne LGBTQI*, d&#233;signe qu'elle ne dissimule pas son orientation sexuelle ou son identit&#233; de genre (mais elle peut &#234;tre out aupr&#232;s de certain.e.s personnes sans l'&#234;tre aupr&#232;s de tou.te.s). Faire son &#171; coming-out &#187; d&#233;signe l'annonce de son orientation sexuelle ou de son identit&#233; de genre. Les h&#233;t&#233;rosexuel.le.s et les personnes cisgenres* n'ont pas besoin de le faire.&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;POW&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Abr&#233;viation de &#171; prisonnier.e de guerre &#187; [Prisoner Of War]. Le terme est utilis&#233; par les prisonnier.e.s politiques aux USA qui appartiennent &#224; une minorit&#233; nationale (africain.ne.s am&#233;ricain.ne.s, am&#233;rindien.ne.s et portoricain.ne.s notamment).&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;prisonnier.e social.e&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Terme employ&#233; pour d&#233;signer les personnes incarc&#233;r&#233;es pour des motifs non politiques (synonyme : prisonnier.e de droit commun).&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;s&#233;rophobie&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
D&#233;signe toutes les formes de discriminations et d'hostilit&#233; &#224; l'&#233;gard des personnes atteintes par le VIH/Sida.&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Stonewall (&#233;meutes de)&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Ces &#233;meutes, conduites par des personnes trans, gays, lesbiennes et queers, faisaient suite &#224; une descente de Police dans le bar &#171; Stonewall Inn &#187;, en juin 1969. Elles sont comm&#233;mor&#233;es chaque ann&#233;e par les Marches des fiert&#233;s qui ont lieu en juin &#224; travers le monde.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Porto Rico est une &#238;le des Antilles, colonis&#233;e par les USA depuis 1898 et dont le statut juridique est celui d'&#171; &#201;tat non incorpor&#233; &#187;. [S.&amp;a].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'Union nationale pour l'ind&#233;pendance totale de l'Angola (UNITA), dirig&#233; jusqu'&#224; sa mort en 2002 par Jonas Savimbi, est une organisation qui a combattu, avec le soutien des USA et d'autres pays occidentaux, pendant la guerre civile angolaise (1975-2002) le r&#233;gime de la R&#233;publique populaire d'Angola. [S.&amp;a].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Abr&#233;vation de &#171; Resistance Conspiracy case &#187;, le nom donn&#233; aux poursuites entam&#233;es en 1988 &#224; l'encontre de six personnes (Marilyn Jean Buck, Linda Sue Evans, Susan Rosenberg, Timothy Blunk, Alan Berkman et Elizabeth Ann Duke) pour une s&#233;rie d'attentats &#224; la bombe au d&#233;but des ann&#233;es 1980. [S.&amp;a].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La bispiritualit&#233; est un terme utilis&#233; par certaines nations am&#233;ridiennes pour d&#233;signer les personnes ne se reconnaissant pas dans le genre masculin ou f&#233;minin. Certaines nations am&#233;rindiennes consid&#232;rent qu'il existe au moins quatre genres. [S.&amp; a].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jury f&#233;d&#233;ral se pronon&#231;ant sur l'inculpation (et non la peine), se r&#233;unissant &#224; huis clos, devant lequel le procureur pr&#233;sente ses preuves, sans que les avocats de la d&#233;fense ne soient pr&#233;sents. Les grands jur&#233;s peuvent questionner les t&#233;moins. [S.&amp;a].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Organisation d'extr&#234;me gauche, anti-imp&#233;rialiste et antiraciste, active entre 1964 et 1977. [S.&amp;a].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Edgar Hoover a dirig&#233; le FBI de 1924 jusqu'&#224; sa mort en 1972. Il a toujours dissimul&#233; son homosexualit&#233; et son go&#251;t pour le travestissement. [S.&amp;a].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Com&#233;die musicale dont l'action se d&#233;roule pendant la guerre du Vietnam. [S&amp;a].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Matthew Shepard &#233;tait un jeune homme qui a &#233;t&#233; assassin&#233; en raison de son homosexualit&#233; en 1998 dans le Colorado. [S.&amp;a].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Amadou Diallo &#233;tait un jeune homme originaire du Lib&#233;ria qui a &#233;t&#233; abattu &#224; New York en 1999 de 41 balles tir&#233;es par des policiers, alors qu'il n'&#233;tait pas arm&#233;. [S.&amp;a].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La Liberty Bell (ou &#171; cloche de la libert&#233; &#187;), qui se trouve &#224; Philadelphie (Pennsylvanie) est un symbole de l'ind&#233;pendance &#233;tats-unienne. Elle aurait retenti juste apr&#232;s la signature de la D&#233;claration d'ind&#233;pendance le 4 juillet 1776. [S.&amp;a].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Contact : &lt;i&gt;soledadetassociees@@@ymail.com&lt;/i&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La conscience de la mestiza</title>
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		<dc:date>2015-02-20T22:20:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gloria Anzald&#250;a</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme, (questions de) genre</dc:subject>
		<dc:subject>Migrations, luttes contre les fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>en stock</dc:subject>
		<dc:subject>Les Farfadettes (Nancy)</dc:subject>
		<dc:subject>Antiracisme</dc:subject>
		<dc:subject>Queer, transp&#233;d&#233;bigouines</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Berc&#233;e dans une culture, prise en sandwich entre deux cultures, enjambant les trois cultures et leurs syst&#232;mes de valeurs, la mestiza subit une lutte de la chair, une lutte des fronti&#232;res, une guerre int&#233;rieure. [...]&lt;br&gt; &lt;br&gt;
La nouvelle mestiza s'en sort en d&#233;veloppant une tol&#233;rance pour les contradictions, une tol&#233;rance pour l'ambigu&#239;t&#233;. [...] Elle a une personnalit&#233; plurielle, elle op&#232;re selon un mode pluraliste &#8212;rien n'est expuls&#233;, le bon le mauvais et le laid, rien n'est rejet&#233;, rien n'est abandonn&#233;. Non seulement elle nourrit des contradictions, mais elle transforme l'ambivalence en quelque chose d'autre.&lt;br&gt; &lt;br&gt;
Le travail de la conscience mestiza est de d&#233;faire la dualit&#233; sujet-objet qui la tient prisonni&#232;re [...]. La r&#233;ponse au probl&#232;me entre le peuple blanc et les peuples de couleur, entre le genre masculin et le genre f&#233;minin, passe par gu&#233;rir la d&#233;chirure qui est au fondement m&#234;me de nos vies, de notre culture, de nos langues, de nos pens&#233;es. D&#233;raciner massivement la pens&#233;e dualiste de la conscience individuelle et collective constitue le d&#233;but d'une longue lutte, mais une lutte qui pourrait, c'est notre plus grand espoir, nous porter vers la fin du viol, de la violence, de la guerre.&lt;br&gt; &lt;br&gt;
[La version originale de ce texte a &#233;t&#233; publi&#233;e en 1987 sous le titre &#171; La conciencia de la mestiza. Towards a New Consciousness &#187; dans le livre de Gloria Anzald&#250;a : &#171; Borderlands/La Frontera : The New Mestiza &#187; (1987, San Francisco, Aunt Lute Books).]&lt;br&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique7" rel="directory"&gt;C&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;F&#233;minisme, (questions de) genre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot35" rel="tag"&gt;Migrations, luttes contre les fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot72" rel="tag"&gt;en stock&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot85" rel="tag"&gt;Les Farfadettes (Nancy)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot96" rel="tag"&gt;Antiracisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot125" rel="tag"&gt;Queer, transp&#233;d&#233;bigouines&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L106xH150/arton1177-43ad0.jpg?1780463860' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1177.jpg?1422451022&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes de la r&#233;daction &lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; Gloria Anzald&#250;a a d&#233;lib&#233;r&#233;ment &#233;crit certains mots et certaines phrases en espagnol-chicano tout au long de cet article, choisissant pour des raisons politiques et esth&#233;tiques de produire un texte qui s'adresse &#224; tout le monde mais peut &#234;tre compris &#224; des niveaux diff&#233;rents. Elle travaille ainsi aussi bien avec l'intelligibilit&#233; qu'avec la non-intelligibilit&#233;, li&#233;es au v&#233;cu et au positionnement social de chacun-e, au-del&#224; de la langue elle-m&#234;me.&lt;br&gt; Pour tenter de respecter ce travail sur l'intelligibilit&#233;, nous avons proc&#233;d&#233; de la mani&#232;re suivante. Dans certains cas, Anzald&#250;a a &#233;crit une expression en espagnol-chicano puis l'a traduite en anglais, nous avons alors proc&#233;d&#233; de la m&#234;me mani&#232;re. Dans les autres cas, nous avons laiss&#233; tel quel dans le corps du texte, ce qu'Anzald&#250;a a &#233;crit en espagnol-chicano. [&#8230;]&lt;br&gt; [Dans la version brochure .pdf de ce texte figurent &#233;galement les traductions des passages en espagnol-chicano.]&lt;br&gt; Par ailleurs, deux termes sont particuli&#232;rement d&#233;licats &#224; traduire : &#171; raza &#187; et &#171; mestiza &#187;.&lt;br&gt; Au Mexique, le mot &#171; raza &#187; est polys&#233;mique. Au sens strict, il signifie &#171; race &#187;, cependant son emploi actuel et courant n'implique aucune connotation raciale, mais plut&#244;t populaire et affective (ma bande, mon quartier, ma famille &#233;largie, les gens avec qui je m'identifie...), ce qui conduirait &#224; le traduire plut&#244;t par &#171; peuple &#187;. Nous avons donc choisi des traductions contextualis&#233;es, utilisant &#171; race &#187; pour la pens&#233;e de Vasconcelos (prise dans les courants racialistes internationaux des ann&#233;es vingt), et &#171; peuple &#187; pour la pens&#233;e d'Anzald&#250;a elle-m&#234;me (qui l'utilise dans un sens actuel et populaire). L'ensemble de son &#339;uvre montre amplement le caract&#232;re non-essentialiste de sa pens&#233;e, ce qui nous conforte dans ce choix.&lt;br&gt; Enfin, le concept de &#171; mestiza &#187; (ou &#171; mestizo &#187;) poss&#232;de au Mexique des connotations complexes et contradictoires. Il d&#233;signe une personne dominant-e par rapport &#224; l'Indien-ne, mais aussi une personne domin&#233;-e par rapport aux gens d'origine espagnole-europ&#233;enne. Simultan&#233;ment, il constitue l'arch&#233;type (positif) de la nouvelle &#171; race &#187; forg&#233;e dans l'ancienne colonie europ&#233;enne transfigur&#233;e par l'ind&#233;pendance puis la r&#233;volution. Pour Anzald&#250;a, le mot poss&#232;de toutes ces connotations, mais signifie &#233;galement la pluralit&#233; &#224; l'int&#233;rieur de chaque &#234;tre humain. Nous avons donc choisi de ne pas traduire le concept de &#171; mestiza &#187;, qu'elle-m&#234;me a d&#233;cid&#233; d'utiliser en espagnol, son article visant pr&#233;cis&#233;ment &#224; expliquer le sens nouveau qu'elle donne &#224; la &#171; nouvelle m&#233;tisse &#187;.&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;La conscience de la Mestiza&lt;br&gt;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Vers une nouvelle conscience&lt;br&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;par Gloria Anzald&#250;a&lt;br&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;
&lt;i&gt;Por la mujer de mi raza&lt;br&gt;
hablar&#225; el esp&#237;ritu.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'id&#233;e de Jos&#233; Vasconcelos est un point de d&#233;part pour ma propre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Jos&#233; Vasconcelos, philosophe mexicain, a envisag&#233; &lt;i&gt;una raza mestiza, una mezcla de razas afines, una raza de color&lt;/i&gt; &#8212;&lt;i&gt;la primera raza s&#237;ntesis del globo&lt;/i&gt;. Il l'a appel&#233;e race cosmique,&lt;i&gt; la raza c&#243;smica&lt;/i&gt; , une cinqui&#232;me race englobant les quatre principales races du monde.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vasconcelos.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Contrairement &#224; la th&#233;orie de l'Aryen pur, et &#224; la politique de puret&#233; raciale que pratique l'Am&#233;rique blanche, sa th&#233;orie est inclusive. &#192; la confluence d'au moins deux courants g&#233;n&#233;tiques, l&#224; o&#249; les chromosomes se recombinent constamment, ce m&#233;lange de races, au lieu de produire un &#234;tre inf&#233;rieur, cr&#233;e une descendance hybride, une esp&#232;ce mutable et plus mall&#233;able, dot&#233;e d'un riche bassin g&#233;n&#233;tique. De cette pollinisation crois&#233;e, raciale, id&#233;ologique, culturelle et biologique, une conscience venue d'ailleurs [alien] est en train de se former &#8212;une nouvelle conscience &lt;i&gt;mestiza, una conciencia de mujer&lt;/i&gt;. C'est une conscience des Fronti&#232;res.&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Una lucha de fronteras&lt;/i&gt; / Une lutte de Fronti&#232;res &lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;
Parce que moi, une &lt;i&gt;mestiza&lt;/i&gt;,&lt;br&gt; je sors continuellement d'une culture,&lt;br&gt; et j'entre dans une autre,&lt;br&gt; parce que je suis dans toutes les cultures simultan&#233;ment,&lt;br&gt; &lt;i&gt;alma entre dos mundos, tres, cuarto,&lt;/i&gt;&lt;br&gt; &lt;i&gt;me zumba la cabeza con lo contradictorio.&lt;/i&gt;&lt;br&gt; &lt;i&gt;Estoy norteada por todas las voces que me hablan simult&#225;neamente.&lt;/i&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; L'ambivalence caus&#233;e par les voix qui se heurtent conduit &#224; des &#233;tats mentaux et &#233;motionnels de perplexit&#233;. Le conflit interne d&#233;bouche sur l'ins&#233;curit&#233; et l'ind&#233;cision. La personnalit&#233; duelle ou multiple de la mestiza est tourment&#233;e par l'agitation psychique.&lt;br&gt; Dans un &#233;tat constant de &lt;i&gt;nepantilismo&lt;/i&gt; mental &#8212;mot azt&#232;que signifiant &#171; d&#233;chir&#233;e entre plusieurs voies &#187;&#8212; la &lt;i&gt;mestiza&lt;/i&gt; est un produit du transfert des valeurs culturelles et spirituelles d'un groupe &#224; un autre. Triculturelle, monolingue, bilingue ou multilingue, parlant un patois, et dans un &#233;tat de perp&#233;tuelle transition, la &lt;i&gt;mestiza&lt;/i&gt; fait face au dilemme des origines m&#233;lang&#233;es [mix-breed] : fille d'une m&#232;re &#224; la peau fonc&#233;e, quelle collectivit&#233; doit-elle &#233;couter ?&lt;br&gt; &lt;i&gt;El choque de un alma atrapado entre el mundo del esp&#237;ritu y el mundo de la t&#233;cnica a veces la deja entullada.&lt;/i&gt; Berc&#233;e dans une culture, prise en sandwich entre deux cultures, enjambant les trois cultures et leurs syst&#232;mes de valeurs, la mestiza subit une lutte de la chair, une lutte des fronti&#232;res, une guerre int&#233;rieure. Comme tout le monde, nous percevons la version de la r&#233;alit&#233; que notre culture nous communique. Comme celles et ceux qui ont, ou qui vivent dans plus d'une culture, nous recevons des messages multiples et souvent contradictoires. Le rapprochement de deux cadres de r&#233;f&#233;rence qui ont leur propre coh&#233;rence mais qui sont habituellement incompatibles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Arthur Koestler d&#233;signe ceci comme &#171; bisociation &#187;. Albert Rothenberg, The (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, provoque &lt;i&gt;un choque&lt;/i&gt;, une collision culturelle. &#192; l'int&#233;rieur de nous-m&#234;mes comme au sein de &lt;i&gt;lacultura chicana&lt;/i&gt;, les croyances commun&#233;ment partag&#233;es de la culture blanche attaquent les croyances ordinaires de la culture mexicaine, et les deux attaquent celles de la culture Indienne de l'Am&#233;rique latine. De mani&#232;re subconsciente, nous percevons une attaque contre nous-m&#234;mes et nos croyances, une menace que nous essayons de contrer par une position oppositionnelle.&lt;br&gt; Mais il ne suffit pas de se tenir debout sur l'autre rive du fleuve, en criant des questions et en d&#233;fiant les conventions patriarcales et blanches. Une position oppositionnelle nous enferme dans un duel entre oppresseur et opprim&#233; ; dans un combat &#224; mort, comme le flic et le criminel, tous deux r&#233;duits au d&#233;nominateur commun de la violence. La position oppositionnelle r&#233;fute les points de vue et les croyances de la culture dominante, et en cela, elle est fi&#232;rement rebelle. Toute r&#233;action est limit&#233;e par, et d&#233;pendante de, ce contre quoi elle r&#233;agit. La position oppositionnelle, partant d'un probl&#232;me envers l'autorit&#233; &#8212;ext&#233;rieure aussi bien qu'int&#233;rieure&#8212; constitue un pas vers la lib&#233;ration de la domination culturelle. Mais ce n'est pas un mode de vie. &#192; un certain point de notre cheminement vers une nouvelle conscience, nous devrons quitter l'autre rive du fleuve, la d&#233;chirure entre les deux adversaires mortels &#233;tant en quelque sorte gu&#233;rie, de mani&#232;re &#224; ce que nous puissions &#234;tre des deux c&#244;t&#233;s &#224; la fois, et voir &#224; la fois avec les yeux du serpent et ceux de l'aigle. Ou peut-&#234;tre d&#233;ciderons-nous de nous d&#233;sengager de la culture dominante, de la rayer carr&#233;ment de la carte comme une cause perdue, et de traverser la fronti&#232;re vers un territoire compl&#232;tement nouveau et s&#233;par&#233;. Nous pourrions aussi prendre un autre chemin. Les possibilit&#233;s sont nombreuses, &#224; partir du moment o&#249; nous d&#233;cidons d'agir et non de r&#233;agir.&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Une tol&#233;rance pour l'ambigu&#239;t&#233;&lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; Ces nombreuses possibilit&#233;s plongent la &lt;i&gt;mestiza&lt;/i&gt; dans des mers non-r&#233;pertori&#233;es o&#249; elle se d&#233;bat. Percevant des informations et des points de vue en conflit, elle voit ses fronti&#232;res psychologiques submerg&#233;es. Elle a d&#233;couvert qu'elle ne peut retenir les concepts ou les id&#233;es dans des limites rigides. Les fronti&#232;res et les murs qui sont cens&#233;es maintenir les id&#233;es ind&#233;sirables &#224; l'ext&#233;rieur, sont des habitudes et des sch&#233;mas de comportements bien ancr&#233;s ; ces habitudes et ces sch&#233;mas sont l'ennemi int&#233;rieur. La rigidit&#233; signifie la mort. Ce n'est qu'en restant flexible qu'elle peut d&#233;ployer la psych&#233; horizontalement et verticalement. La &lt;i&gt;mestiza&lt;/i&gt; doit constamment sortir des formations habituelles ; passer de la pens&#233;e convergente et du raisonnement analytique qui tendent &#224; utiliser la rationalit&#233; pour atteindre un but unique (un mode occidental), &#224; une pens&#233;e divergente&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je tire en partie mes d&#233;finitions de la pens&#233;e &#171; convergente &#187; et &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, caract&#233;ris&#233;e par un mouvement qui s'&#233;loigne des sch&#233;mas et des buts pr&#233;&#233;tablis pour aller vers une perspective plus enti&#232;re, qui inclue au lieu d'exclure.&lt;br&gt; La nouvelle &lt;i&gt;mestiza&lt;/i&gt; s'en sort en d&#233;veloppant une tol&#233;rance pour les contradictions, une tol&#233;rance pour l'ambigu&#239;t&#233;. Elle apprend &#224; &#234;tre une Indienne dans la culture mexicaine, &#224; &#234;tre Mexicaine d'un point de vue Anglo.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NDT : Dans les th&#233;ories f&#233;ministes, lesbiennes et queers chicanas et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle apprend &#224; jongler avec les cultures. Elle a une personnalit&#233; plurielle, elle op&#232;re selon un mode pluraliste &#8212;rien n'est expuls&#233;, le bon le mauvais et le laid, rien n'est rejet&#233;, rien n'est abandonn&#233;. Non seulement elle nourrit des contradictions, mais elle transforme l'ambivalence en quelque chose d'autre.&lt;br&gt; Elle peut &#234;tre expuls&#233;e de l'ambivalence par un &#233;v&#233;nement &#233;motionnel intense et souvent douloureux qui inverse ou r&#233;sout celle-ci. Je ne sais pas exactement comment. Le travail a lieu souterrainement &#8212;de mani&#232;re subconsciente. C'est un travail que r&#233;alise l'&#226;me [it is a work that the soul performs]. Ce point focal ou ce pivot, ce point de jonction o&#249; se tient la &lt;i&gt;mestiza&lt;/i&gt;, est l'endroit o&#249; les ph&#233;nom&#232;nes tendent &#224; entrer en collision. C'est l'endroit o&#249; se concr&#233;tise la possibilit&#233; d'unir tout ce qui est s&#233;par&#233;. Cet assemblage n'est pas la simple r&#233;union de morceaux coup&#233;s et sectionn&#233;s. Ce n'est pas non plus l'action d'&#233;quilibrer des pouvoirs oppos&#233;s. Le soi, en essayant de construire une synth&#232;se, a ajout&#233; un troisi&#232;me &#233;l&#233;ment qui est sup&#233;rieur &#224; la somme des ses parties disjointes. Ce troisi&#232;me &#233;l&#233;ment est une nouvelle conscience &#8212;une conscience &lt;i&gt;mestiza&lt;/i&gt;&#8212; et bien que source d'une intense douleur, son &#233;nergie &#233;mane d'un mouvement cr&#233;atif continuel qui dissout sans cesse l'aspect unitaire de chaque nouveau paradigme.&lt;br&gt; &lt;i&gt;En unas pocas centurias&lt;/i&gt;, l'avenir appartiendra &#224; la &lt;i&gt;mestiza&lt;/i&gt;. L'avenir, li&#233; &#224; la capacit&#233; &#224; analyser et d&#233;composer les paradigmes, d&#233;pend de la possibilit&#233; d'&#234;tre &#224; cheval sur deux ou plusieurs cultures. En cr&#233;ant une nouvelle mythos &#8212;c'est-&#224;-dire un changement dans la mani&#232;re dont nous percevons la r&#233;alit&#233;, dans la mani&#232;re dont nous nous voyons et dont nous nous comportons&#8212; la &lt;i&gt;mestiza&lt;/i&gt; cr&#233;e une nouvelle conscience.&lt;br&gt; Le travail de la conscience &lt;i&gt;mestiza&lt;/i&gt; est de d&#233;faire la dualit&#233; sujet-objet qui la tient prisonni&#232;re et de montrer charnellement et &#224; travers les images, dans son travail, comment la dualit&#233; est transcend&#233;e. La r&#233;ponse au probl&#232;me entre le peuple blanc et les peuples de couleur, entre le genre masculin et le genre f&#233;minin, passe par gu&#233;rir la d&#233;chirure qui est au fondement m&#234;me de nos vies, de notre culture, de nos langues, de nos pens&#233;es. D&#233;raciner massivement la pens&#233;e dualiste de la conscience individuelle et collective constitue le d&#233;but d'une longue lutte, mais une lutte qui pourrait, c'est notre plus grand espoir, nous porter vers la fin du viol, de la violence, de la guerre.&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt; &lt;i&gt;La encrucijada&lt;/i&gt; / La crois&#233;e des chemins &lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;
Un poulet est sacrifi&#233;&lt;br&gt; &#224; une crois&#233;e de chemins, un simple monticule de terre&lt;br&gt; un autel en terre pour &lt;i&gt;Eshu&lt;/i&gt;,&lt;br&gt; dieu &lt;i&gt;Yoruba&lt;/i&gt; de l'ind&#233;termination,&lt;br&gt; qui b&#233;nit le choix de chemin qu'elle a fait.&lt;br&gt; Elle commence son voyage.&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;i&gt;Su cuerpo es una bocacalle&lt;/i&gt;. La &lt;i&gt;mestiza&lt;/i&gt; qui &#233;tait la ch&#232;vre sacrificielle, est devenue la pr&#234;tresse qui officie &#224; la crois&#233;e des chemins.&lt;br&gt; &lt;br&gt; En tant que &lt;i&gt;mestiza&lt;/i&gt;, je n'ai pas de pays, mon pays m'a expuls&#233;e ; pourtant tous les pays sont miens parce que je suis la s&#339;ur ou l'amante potentielle de chaque femme. (En tant que lesbienne, je n'ai pas de peuple, mon propre peuple m'a reni&#233; ; mais j'appartiens &#224; tous les peuples car ce qu'il y a de &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; en moi existe dans tous les peuples).&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NDT : Gloria Anzaldua a utilis&#233; le terme queer dans ce texte de 1987 pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Je suis sans culture parce que, en tant que f&#233;ministe, je d&#233;fie les croyances collectives culturelles/religieuses d'inspiration masculine indig&#233;no-hispaniques et anglos ; pourtant je suis inscrite dans une culture parce que je participe &#224; la cr&#233;ation d'une nouvelle culture, d'un nouveau r&#233;cit pour expliquer le monde et notre participation &#224; ce monde, un nouveau syst&#232;me de valeurs dont les images et les symboles nous lient les un&#183;e&#183;s aux autres et &#224; la plan&#232;te. &lt;i&gt;Soy un amasamiento&lt;/i&gt;, je suis l'acte de p&#233;trir, d'unir et de joindre, qui a produit tout ensemble une cr&#233;ature d'obscurit&#233; et une autre de lumi&#232;re, mais aussi une cr&#233;ature qui interroge les d&#233;finitions m&#234;mes de la lumi&#232;re et de l'obscurit&#233; et leur donne de nouvelles significations.&lt;br&gt; Nous sommes le peuple qui s'&#233;lance dans l'obscurit&#233;, nous sommes le peuple assis sur les genoux des divinit&#233;s. Dans notre chair m&#234;me, la (r)&#233;volution r&#233;sout le choc des cultures. Elle nous rend fous en permanence, mais si le centre tient bon, nous avons fait une sorte de pas en avant dans l'&#233;volution. &lt;i&gt;Nuestra alma el trabajo&lt;/i&gt;, l'&#339;uvre, le grand travail alchimique, mestizaje spirituel, une &#171; morphog&#233;n&#232;se &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour emprunter &#224; la th&#233;orie des &#171; structures dissipatives &#187; du chimiste Ilya (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, un in&#233;vitable d&#233;ploiement. Nous sommes devenus le mouvement aiguillonnant du serpent.&lt;br&gt; &lt;br&gt; Indig&#232;ne comme le ma&#239;s, comme le ma&#239;s la &lt;i&gt;mestiza&lt;/i&gt; est le produit de l'hybridit&#233;, con&#231;ue pour sa pr&#233;servation sous une vari&#233;t&#233; de conditions. Comme un &#233;pi de ma&#239;s &#8212;un organe f&#233;minin qui porte des graines&#8212; la mestiza est tenace, bien prot&#233;g&#233;e dans les enveloppes de sa culture. Comme les grains du ma&#239;s, elle s'accroche solidement &#224; l'&#233;pi, avec ses tiges &#233;paisses et ses racines fortes elle se tient bien &#224; la terre &#8212;elle survivra &#224; la crois&#233;e des chemins.&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;i&gt;Lavando y remojando el ma&#237;z en agua de cal, despojando elpellejo. Moliendo, mixteando, amasando, haciendo tortillas de masa&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tortillas de masa harina [NDT : galettes de p&#226;te de farine] : les tortillas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle sature le ma&#239;s de citron vert, il gonfle, se ramollit. Avec le rouleau sur le &lt;i&gt;metate&lt;/i&gt;, elle moud le ma&#239;s et le remoud &#224; nouveau. Elle p&#233;trit et elle donne forme &#224; la p&#226;te de ma&#239;s, tapote les boules rondes pour les transformer en &lt;i&gt;tortillas&lt;/i&gt;.&lt;br&gt; &lt;br&gt;
Nous sommes la pierre poreuse sur le &lt;i&gt;metate&lt;/i&gt; de pierre&lt;br&gt; pos&#233; &#224; m&#234;me la terre.&lt;br&gt; Nous sommes le rouleau, &lt;i&gt;el ma&#237;z y agua&lt;/i&gt;,&lt;br&gt; &lt;i&gt;la masa, harina. Somos el amasijo.&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
&lt;i&gt;Somos lo molido en el metate.&lt;/i&gt;&lt;br&gt; Nous sommes le &lt;i&gt;comal&lt;/i&gt; chaud qui gr&#233;sille,&lt;br&gt;
la &lt;i&gt;tortilla&lt;/i&gt; chaude, la bouche qui a faim.&lt;br&gt; Nous sommes la pierre dense.&lt;br&gt; Nous sommes le mouvement de moudre,&lt;br&gt; la potion m&#233;lang&#233;e, &lt;i&gt;somos el molcajete&lt;/i&gt;.&lt;br&gt; Nous sommes le pilon, &lt;i&gt;le comino, ajo, pimienta&lt;/i&gt;,&lt;br&gt; nous sommes le &lt;i&gt;chile colorado&lt;/i&gt;,&lt;br&gt; la pousse verte du ma&#239;s qui fissure la roche.&lt;br&gt; Nous ne bougerons pas.&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt; &lt;i&gt;El camino de la mestiza&lt;/i&gt; / Le chemin de la mestiza &lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; Prise entre une contraction soudaine, la respiration aspir&#233;e vers l'int&#233;rieur et l'espace illimit&#233;, la femme &#224; la peau fonc&#233;e se tient debout et regarde le ciel. Elle d&#233;cide de descendre, creusant son chemin entre les racines des arbres. Elle tamise les os, les secoue pour trouver de la moelle, ensuite en s'oignant de poussi&#232;re le front et la langue, elle prend quelques os, laissant les autres l&#224; o&#249; ils &#233;taient enterr&#233;s.&lt;br&gt; Elle fouille dans son sac &#224; dos, garde son cahier et son carnet d'adresses, jette le plan de m&#233;tro. Les pi&#232;ces sont lourdes et elles prennent le m&#234;me chemin, ensuite les billets verts s'envolent &#224; leur tour. Elle garde son couteau, son ouvre-bo&#238;te, un crayon &#224; sourcils. Elle met les os, des morceaux d'&#233;corce, &lt;i&gt;hierbas&lt;/i&gt;, une plume d'aigle, une peau de serpent, un magn&#233;tophone enregistreur, une cr&#233;celle et un tambour dans son sac &#224; dos et elle se dispose &#224; devenir une &lt;i&gt;tolteca&lt;/i&gt; accomplie.&lt;br&gt; &lt;br&gt; Son premier pas consiste &#224; faire un inventaire. &lt;i&gt;Despojando, desgranando, quitando paja&lt;/i&gt;. Qu'a-t-elle h&#233;rit&#233; au juste de ses anc&#234;tres ? Ce poids sur son dos &#8212;quel est le bagage de la m&#232;re indienne, quel est le bagage du p&#232;re espagnol, quel est le bagage de l'Anglo ?&lt;br&gt; &lt;i&gt;Pero es dif&#237;cil&lt;/i&gt;, de diff&#233;rencier entre &lt;i&gt;lo heredado, lo adquirido, lo impuesto&lt;/i&gt;. Elle met l'histoire dans le tamis, elle trie et elle jette les mensonges, elle regarde les forces dont nous avons fait partie, en tant que peuple, en tant que femmes. &lt;i&gt;Luego bota lo que no vale, los desmientos. Los desencuentos, el embrutecimiento. Aguarda el juicio, hondo y enra&#237;zado, de la gente antigua&lt;/i&gt;. Cette mesure est une rupture consciente avec toutes les traditions oppressives de toutes les cultures et religions. Elle fait conna&#238;tre cette rupture, elle produit des traces de la lutte. Elle r&#233;interpr&#232;te l'histoire et, avec de nouveaux symboles, elle forme de nouveaux mythes. Elle adopte des perspectives nouvelles envers celles et ceux qui ont la peau fonc&#233;e, envers toutes les femmes et les&lt;i&gt; queers&lt;/i&gt;. Elle renforce sa tol&#233;rance (et son intol&#233;rance) envers l'ambigu&#239;t&#233;. Elle est dispos&#233;e &#224; partager, &#224; se rendre vuln&#233;rable &#224; des mani&#232;res &#233;trang&#232;res de voir et de penser. Elle renonce &#224; toute notion de s&#233;curit&#233;, &#224; ce qui est familier. D&#233;construire, construire. Elle devient une &lt;i&gt;nahual&lt;/i&gt;, capable de se transformer en arbre, en coyote, en une autre personne. Elle apprend &#224; transformer le petit &#171; moi &#187; en Soi total. &lt;i&gt;Se hace moldeadora de su alma. Seg&#250;n la concepci&#243;n que tiene de si misma, as&#237; ser&#225;.&lt;/i&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Que no se nos olviden los hombres&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&#171; &lt;i&gt;T&#250; no sirves pa' nada&lt;/i&gt; &#8212;&lt;br&gt; tu n'es bonne &#224; rien.&lt;br&gt; &lt;i&gt;Eres pura vieja.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br&gt; &lt;br&gt; &#171; Tu n'es qu'une femme &#187; signifie que tu es d&#233;fectueuse. C'est le contraire d'&#234;tre &lt;i&gt;un macho&lt;/i&gt;. Le sens moderne du mot &lt;i&gt;machismo&lt;/i&gt;, ainsi que le concept, sont en fait une invention Anglo. Pour des hommes comme mon p&#232;re, &#234;tre un &#171; macho &#187; voulait dire &#234;tre assez fort pour nous prot&#233;ger et nous soutenir financi&#232;rement ma m&#232;re et nous, tout en &#233;tant capable de montrer de l'amour. Le macho d'aujourd'hui a des doutes sur sa capacit&#233; &#224; nourrir et &#224; prot&#233;ger sa famille. Son &#171; machisme &#187; est une adaptation &#224; l'oppression, &#224; la pauvret&#233; et la faible estime de soi. Il est l'effet des logiques masculines de dominance hi&#233;rarchique. L'Anglo, se sentant inad&#233;quat, inf&#233;rieur et sans pouvoir, d&#233;place ou transf&#232;re ces sentiments sur le Chicano en d&#233;pla&#231;ant la honte sur lui. Dans le monde Gringo, le Chicano souffre d'une humilit&#233; et d'un effacement de soi excessifs, de honte de soi et d'auto-d&#233;pr&#233;ciation. Dans le milieu Latino, il souffre de sentir une insuffisance linguistique et du malaise qui l'accompagne ; envers les &lt;i&gt;Native americans&lt;/i&gt;, il souffre d'une amn&#233;sie raciale qui ignore notre sang commun, et de culpabilit&#233;, parce que la partie espagnole en lui a pris leur terre et les a opprim&#233;-e-s. Il a une &lt;i&gt;hubris&lt;/i&gt; compensatoire et excessive lorsqu'il se trouve avec des Mexicain-e-s venu-e-s de l'autre c&#244;t&#233;. Tout cela recouvre un profond sens de honte raciale.&lt;br&gt; La perte d'un sens de dignit&#233; et de respect chez le macho donne naissance &#224; un faux machisme qui le conduit &#224; rabaisser les femmes et m&#234;me &#224; les brutaliser. Coexistant avec son comportement sexiste, on trouve un amour pour la m&#232;re qui prend le pas sur tous les autres. Fils d&#233;vou&#233;, porc macho. Pour laver la honte de ses actes, de son &#234;tre m&#234;me, et pour ma&#238;triser la brute dans le miroir, il en appelle &#224; la bouteille, &#224; la paille, &#224; la seringue, au poing.&lt;br&gt; &lt;br&gt; Bien que nous &#171; comprenions &#187; les causes profondes de la haine et de la peur masculines, et les blessures inflig&#233;es de ce fait aux femmes, nous ne les excusons pas, nous ne fermons pas les yeux et nous ne les supporterons plus. Nous exigeons de la part des hommes de notre peuple qu'ils admettent/reconnaissent/divulguent/t&#233;moignent qu'ils nous blessent, qu'ils nous font violence, qu'ils ont peur de nous et de notre pouvoir. Nous avons besoin qu'ils disent qu'ils vont commencer &#224; renoncer &#224; leurs mani&#232;res blessantes et d&#233;gradantes. Mais plus que des mots, nous exigeons des actes. Nous leur disons : nous d&#233;velopperons un pouvoir &#233;gal au v&#244;tre et au pouvoir de ceux qui nous ont fait ressentir de la honte.&lt;br&gt; Il est imp&#233;ratif que les &lt;i&gt;mestizas&lt;/i&gt; se soutiennent les unes les autres pour changer les &#233;l&#233;ments sexistes de la culture mexicaine-indienne. Tant que la femme est d&#233;grad&#233;e, l'Indienne et la Noire en nous toutes et en nous tous sont d&#233;grad&#233;es. La lutte de la &lt;i&gt;mestiza&lt;/i&gt; est d'abord et avant tout une lutte f&#233;ministe. Tant que&lt;i&gt; los hombres&lt;/i&gt; pensent qu'ils ont besoin de &lt;i&gt;chingar mujeres&lt;/i&gt; et les autres hommes pour &#234;tre des hommes, tant qu'on apprend aux hommes qu'ils sont sup&#233;rieurs et donc favoris&#233;s culturellement par rapport &#224; la &lt;i&gt;mujer&lt;/i&gt;, tant qu'&#234;tre une &lt;i&gt;vieja&lt;/i&gt; est un motif de d&#233;rision, il ne peut y avoir de r&#233;elle gu&#233;rison de nos psych&#233;es. Nous avons fait la moiti&#233; du chemin &#8212;nous avons un tel amour pour la M&#232;re, la bonne m&#232;re. Le premier pas consiste &#224; d&#233;sapprendre la dichotomie &lt;i&gt;puta/virgen&lt;/i&gt; et &#224; voir &lt;i&gt;Coatlalopeuh-Coatlicue&lt;/i&gt; dans la M&#232;re, &lt;i&gt;Guadalupe&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NDT : Coatlicue (dont le nom signifie : &#171; celle &#224; la jupe de serpents &#187;) est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br&gt; La tendresse, signe de vuln&#233;rabilit&#233;, fait si peur aux hommes qu'ils l'expriment aux femmes par de la violence verbale et des coups. Les hommes, encore plus que les femmes, sont encha&#238;n&#233;s aux r&#244;les de genre. Les femmes, au moins, ont eu les tripes de s'enfuir de leur servage. Seuls les hommes gays ont eu le courage de s'exposer &#224; la femme qui est en eux et de d&#233;fier la masculinit&#233; commun&#233;ment admise. J'ai rencontr&#233;, dispers&#233;s et isol&#233;s, quelques hommes h&#233;t&#233;rosexuels doux, le commencement d'une nouvelle lign&#233;e, mais ils sont &#233;gar&#233;s par des comportements sexistes qu'ils n'ont pas pu &#233;liminer et qui les entravent. Il nous faut une nouvelle masculinit&#233;, et le nouvel homme a besoin d'un mouvement.&lt;br&gt; &lt;br&gt; Mettre dans la m&#234;me cat&#233;gorie les personnes de genre masculin qui d&#233;vient de la norme g&#233;n&#233;rale et l'homme, l'oppresseur, est une injustice &#233;norme. &lt;i&gt;Asombra pensar que nos hemos quedado en ese pozo oscuro donde el mundo encierra a las lesbianas. Asombra pensar que hemos, como feministas y lesbianas, cerrado nuestros coraz&#243;nes a los hombres, a nuestros hermanos los jotos, desheredados y marginales como nosotros.&lt;/i&gt; Supr&#234;mes franchisseur-e-s de cultures, les homosexuel-le-s ont des liens forts avec les &lt;i&gt;queers&lt;/i&gt; blanc-he-s, Noir-e-s, Asiatiques, &lt;i&gt;Native American&lt;/i&gt;, Latinas et Latinos, ainsi qu'avec les &lt;i&gt;queers&lt;/i&gt; en Italie, en Australie et sur le reste de la plan&#232;te. Nous sommes de toutes les couleurs, de toutes les classes, de tous les peuples et de toutes les &#233;poques. Notre r&#244;le est de relier les personnes les unes avec les autres &#8212;les Noir-e-s avec les Juives et les Juifs avec les Indien-ne-s avec les Asiatiques avec les blanc-he-s avec les extraterrestres. Il s'agit de transf&#233;rer des id&#233;es et des informations d'une culture &#224; l'autre. Les homosexuel-le-s de couleur ont plus de connaissance des autres cultures ; ont toujours &#233;t&#233; en premi&#232;re ligne (bien que quelques fois dans le placard) de toutes les luttes de lib&#233;ration dans ce pays ; ont souffert plus d'injustices et leur ont surv&#233;cu contre toute attente. Les Chicanas et Chicanos doivent reconna&#238;tre les contributions politiques et artistiques de leurs &lt;i&gt;queers&lt;/i&gt;. &#201;coute, peuple, ce que dit ta &lt;i&gt;joter&#237;a&lt;/i&gt; !&lt;br&gt; Il y a une raison pour laquelle le &lt;i&gt;mestizo&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; existent &#224; ce moment de l'histoire et &#224; cet endroit du continuum de l'&#233;volution. Nous sommes un m&#233;lange qui prouve que le sang ne constitue qu'une seule et m&#234;me trame, et que nous sommes la manifestation d'&#226;mes similaires.&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Somos una gente&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;i&gt;Hay tant&#237;simas fronteras&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
&lt;i&gt;que dividen a la gente,&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
&lt;i&gt;pero por cada frontera&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
&lt;i&gt;existe tambi&#233;n un puente&lt;/i&gt;&lt;br&gt; &#8213;Gina Vald&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gina Vald&#233;s, Puentes y Fronteras : Coplas Chicanas (Los Angeles, CA : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; Des loyaut&#233;s divis&#233;es. Beaucoup de femmes et d'hommes de couleur ne veulent absolument rien avoir &#224; faire avec des personnes blanches. Cela prend trop de temps et d'&#233;nergie d'expliquer aux femmes blanches de classe moyenne en cours de d&#233;classement social, qu'il est juste pour nous de vouloir &#171; poss&#233;der &#187; des choses en propre, n'ayant jamais poss&#233;d&#233; de beaux meubles sur le sol en terre battue de nos maisons, ni de &#171; luxes &#187; comme des machines &#224; laver. Beaucoup d'entre nous pensent que d'abord et avant tout, les blanc-he-s devraient aider d'autres blanc-he-s &#224; se d&#233;barrasser de leur peur et de leur haine raciste. En ce qui me concerne, tr&#232;s personnellement, je choisis d'utiliser une partie de mon &#233;nergie pour servir de m&#233;diatrice. Je pense qu'il est n&#233;cessaire de permettre &#224; des blanc-he-s d'&#234;tre nos alli&#233;-e-s. &#192; travers notre litt&#233;rature, notre art, nos &lt;i&gt;corridos&lt;/i&gt; et nos contes, nous devons partager notre histoire avec elles et avec eux, de mani&#232;re &#224; ce que quand elles et ils &#233;tablissent des comit&#233;s pour aider des Navajos des &lt;i&gt;Big Mountains&lt;/i&gt; ou bien les travailleur-e-s agricoles chicanos, ou &lt;i&gt;los Nicarag&#252;enses&lt;/i&gt;, leurs peurs et leur ignorance raciale n'&#233;loignent pas les gens. Elles et ils finiront par comprendre qu'elles et ils ne sont pas en train de nous aider, mais de nous suivre.&lt;br&gt; Individuellement, mais aussi en tant qu'ensemble racial, nous devons formuler nos besoins &#224; voix haute. Nous devons dire &#224; la soci&#233;t&#233; blanche : nous avons besoin que vous acceptiez le fait que les Chican@s sont diff&#233;rents, reconnaissez que vous nous rejetez et que vous nous niez. Nous avons besoin que vous reconnaissiez nous avoir consid&#233;r&#233;s comme moins qu'humain-e-s, nous avoir vol&#233; nos terres, notre personne, notre respect pour nous-m&#234;mes. Nous avons besoin d'une restitution publique : que vous disiez que pour compenser le sentiment de votre propre d&#233;fectuosit&#233;, vous essayez d'avoir du pouvoir sur nous, effa&#231;ant notre histoire et notre exp&#233;rience qui vous font sentir coupables &#8212;vous pr&#233;f&#233;reriez oublier vos actes brutaux. Dites que vous vous &#234;tes s&#233;par&#233;-e-s des groupes minoritaires, que vous nous reniez, que votre conscience duelle retranche des parties de vous-m&#234;mes, transf&#233;rant sur nous les parties &#171; n&#233;gatives &#187;. (L&#224; o&#249; existe la pers&#233;cution des minorit&#233;s, cette part d'ombre est projet&#233;e. L&#224; o&#249; existent la violence et la guerre, elle est r&#233;prim&#233;e.) Dites que vous avez peur de nous, que pour mettre de la distance avec nous, vous portez le masque du m&#233;pris. Admettez que le Mexique est votre double, qu'il existe dans l'ombre des &#201;tats-Unis, que nous sommes irr&#233;vocablement li&#233;-e-s &#224; lui. Gringo, accepte le double dans ta psych&#233;. En assumant ton ombre collective, la division intraculturelle pourra gu&#233;rir. Et finalement, dis-nous ce dont tu as besoin de notre part.&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Nous te conna&#238;trons par tes v&#233;ritables visages&lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; Je suis visible &#8212;regardez ce visage indien&#8212; pourtant je suis invisible. Je les aveugle avec mon nez aquilin en m&#234;me temps que je suis dans leur angle mort. Mais j'existe, nous existons. Ils aimeraient penser que je me suis fondue dans leur melting-pot. Mais je ne l'ai pas fait, nous ne l'avons pas fait.&lt;br&gt; &lt;br&gt; La culture dominante blanche nous tue lentement avec son ignorance. En nous &#244;tant notre auto-d&#233;termination, elle nous a affaibli-e-s et vid&#233;-e-s. En tant que peuple, nous avons r&#233;sist&#233; et nous nous sommes camp&#233; sur des positions de survie, mais nous n'avons jamais &#233;t&#233; autoris&#233;-e-s &#224; nous d&#233;velopper sans obstacle &#8212;nous n'avons jamais &#233;t&#233; autoris&#233;-e-s &#224; &#234;tre pleinement nous-m&#234;mes. Les blanc-he-s au pouvoir veulent que nous, gens de couleur, nous nous barricadions s&#233;par&#233;ment derri&#232;re nos diff&#233;rents murs tribaux, de mani&#232;re &#224; pouvoir nous tuer un-e par un-e avec leurs armes cach&#233;es ; pour pouvoir blanchir et distordre l'histoire. L'ignorance divise les gens, cr&#233;e des pr&#233;jug&#233;s. Un peuple mal-inform&#233; est un peuple subjugu&#233;.&lt;br&gt; Avant que le Chicano et le travailleur sans-papiers et le Mexicain de l'autre c&#244;t&#233; puissent se rassembler, avant que le Chicano puisse s'unir avec les &lt;i&gt;Native Americans&lt;/i&gt; et d'autre groupes, il nous faut conna&#238;tre l'histoire de leur lutte et qu'ils et elles connaissent la n&#244;tre. Nos m&#232;res, nos s&#339;urs et nos fr&#232;res, les types qui tra&#238;nent aux coins des rues, les enfants dans les parcs &#224; jeux : toutes et tous, nous devrions conna&#238;tre notre lignage indien, notre afro-&lt;i&gt;mestizaje&lt;/i&gt;, notre histoire de r&#233;sistance.&lt;br&gt; Nous devons enseigner notre histoire &#224; l'immigr&#233; &lt;i&gt;mexicano&lt;/i&gt; et &#224; celles et ceux qui viennent d'arriver. Les quatre-vingt millions de &lt;i&gt;Mexicanos&lt;/i&gt; et les Latinos d'Am&#233;rique Centrale et d'Am&#233;rique du Sud doivent conna&#238;tre nos luttes. Chacun-e d'entre nous doit conna&#238;tre les faits fondamentaux concernant le Nicaragua, le Chili et le reste de l'Am&#233;rique latine. Le mouvement Latino (Chican@s, Portoricain-e-s, Cubain-e-s et autres peuples hispanophones qui travaillons ensemble pour combattre la discrimination raciale sur le march&#233;), c'est bien, mais c'est insuffisant. Sauf une culture commune, rien ne nous tient ensemble. Nous devons nous rencontrer sur une base commune plus large.&lt;br&gt; &lt;br&gt; La lutte est int&#233;rieure : Chicano, &lt;i&gt;Indio&lt;/i&gt;, Indien de l'Am&#233;rique, &lt;i&gt;mojado&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Mexicano&lt;/i&gt;, Latino immigr&#233;, Anglo au pouvoir, Anglo prol&#233;taire, Noir, Asiatique &#8212;nos psych&#233;s ressemblent aux villes de la fronti&#232;re et sont peupl&#233;es des m&#234;mes personnes. La lutte a toujours &#233;t&#233; &#224; l'int&#233;rieur et elle est jou&#233;e sur des terrains ext&#233;rieurs. La prise de conscience de notre situation doit avoir lieu avant les changements int&#233;rieurs, qui &#224; leur tour pr&#233;c&#232;dent les changements dans la soci&#233;t&#233;. Rien n'advient dans le monde &#171; r&#233;el &#187;, qui ne s'est produit avant sous forme d'images mentales.&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt; &lt;i&gt;El d&#237;a de la Chicana&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;
On ne me fera plus honte&lt;br&gt;
Je ne me ferai pas honte non plus&lt;br&gt; &lt;br&gt; Je suis poss&#233;d&#233;e par une vision : nous, Chicanas et Chicanos, avons repris ou d&#233;voil&#233; nos vrais visages, notre dignit&#233; et notre respect de nous-m&#234;mes. C'est une vision d'affirmation.&lt;br&gt; Voir la Chicana de mani&#232;re nouvelle &#224; la lumi&#232;re de son histoire. Je cherche &#224; m'all&#233;ger d'un poids, &#224; d&#233;construire les fictions de la supr&#233;matie blanche, je cherche une vision de nous-m&#234;mes sous notre v&#233;ritable apparence et non pas sous la personnalit&#233; raciale fausse qui nous a &#233;t&#233; impos&#233;e et que nous nous sommes donn&#233;e. Je cherche notre visage de femme, nos v&#233;ritables traits, le positif et le n&#233;gatif vus clairement, sans les pr&#233;jug&#233;s d&#233;formants de la domination masculine. Je cherche de nouvelles images de l'identit&#233;, de nouvelles croyances sur nous-m&#234;mes, o&#249; notre humanit&#233; et notre valeur ne seraient plus mises en question.&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;i&gt;Estamos viviendo en la noche de la Raza, un tiempo cuando el trabajo se hace a lo quieto, en lo oscuro. El d&#237;a cuando aceptamos tal y como somos y para donde vamos y porque &#8212;ese d&#237;a ser&#225; el d&#237;a de la Raza. Yo tengo el compromiso de expresar mi visi&#243;n, mi sensibilidad, mipercepci&#243;n de la revalidaci&#243;n de la gente mexicana, su m&#233;rito, estimaci&#243;n, honra, aprecio, y validez.&lt;/i&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; Le 2 d&#233;cembre, lorsque le soleil entre dans ma premi&#232;re maison, je f&#234;te &lt;i&gt;el d&#237;a de la Chicana y el Chicano&lt;/i&gt;. Ce jour-l&#224;, je nettoie mes autels, j'allume ma bougie &lt;i&gt;Coatlaopeuh&lt;/i&gt;, je br&#251;le de la sauge et du copal, je prends &lt;i&gt;el ba&#241;o para espantar basura&lt;/i&gt;, je balaie ma maison&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La sauge est une puissante plante spirituelle, le copal, l'encens (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce jour-l&#224;, je mets mon &#226;me &#224; nu, je me rends vuln&#233;rable &#224; mes ami-e-s et ma famille en exprimant mes sentiments. Ce jour-l&#224;, j'affirme qui nous sommes.&lt;br&gt; Ce jour-l&#224;, je regarde &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de nos conflits et de notre temp&#233;rament collectif de base, introverti. J'identifie nos besoins, je les exprime &#224; voix haute. Je constate que le soi individuel et collectif a &#233;t&#233; bless&#233;. Je reconnais le besoin de prendre soin de notre &#234;tre personnel et comme peuple. Ce jour-l&#224;, je rassemble les parties fractionn&#233;es et rejet&#233;es de la &lt;i&gt;gente mexicana&lt;/i&gt; et je les prends dans mes bras. &lt;i&gt;Todas las partes de nosotros valen.&lt;/i&gt;&lt;br&gt; Ce jour-l&#224; je dis : &#171; Oui, vous tous, vous nous blessez en nous rejetant ainsi. Le rejet nous d&#233;pouille de notre valeur ; notre vuln&#233;rabilit&#233; nous expose &#224; la honte. C'est notre identit&#233; inn&#233;e que vous trouvez inad&#233;quate. Nous avons honte d'avoir besoin de votre avis favorable, d'avoir besoin de votre acceptation. Nous ne pouvons pas camoufler nos besoins plus longtemps, nous ne pouvons plus laisser les d&#233;fenses et les barri&#232;res se h&#233;risser autour de nous. Nous ne pouvons plus rester en retrait. Enrager et vous regarder avec m&#233;pris, c'est enrager et &#234;tre m&#233;prisant-e-s envers nous-m&#234;mes. Nous ne pouvons plus continuer &#224; vous faire des reproches ni d&#233;savouer les parties blanches, les parties masculines, les parties pathologiques, les parties &lt;i&gt;queers&lt;/i&gt;, les parties vuln&#233;rables. Nous sommes l&#224;, sans armes, avec les bras ouverts, avec seulement notre magie. Essayons de faire les choses &#224; notre mani&#232;re, la mani&#232;re &lt;i&gt;mestiza&lt;/i&gt;, la mani&#232;re Chicana, la mani&#232;re de femme. &#187;&lt;br&gt; Ce jour-l&#224;, je cherche notre dignit&#233; essentielle en tant que peuple, un peuple qui a le sentiment d'un but &#8212;appartenir et contribuer &#224; quelque chose de plus vaste que notre &lt;i&gt;pueblo&lt;/i&gt;. Ce jour-l&#224;, je cherche &#224; retrouver et &#224; refa&#231;onner mon identit&#233; spirituelle. &lt;i&gt;&#161; An&#237;mate ! Raza, a celebrar el d&#237;a de la Chicana.&lt;/i&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt; &lt;i&gt;El retorno&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;
Tous les mouvements sont accomplis en six &#233;tapes,&lt;br&gt;
et le septi&#232;me am&#232;ne le retour.&lt;br&gt; &#8213;I Ching&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Richard Wilhelm, The I Ching or Book of Changes, Trad. Cary F. Baynes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br&gt;
&lt;i&gt;Tanto tiempo sin verte casa m&#237;a,&lt;/i&gt;&lt;br&gt; &lt;i&gt;Mi cuna, mi hondo nido de la huerta.&lt;/i&gt;&lt;br&gt; &#8213;&#171; Soledad &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Soledad &#187; est chant&#233;e par le groupe Haciendo Punto en Otro Son.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; Je suis debout devant la rivi&#232;re, regardant le serpent qui ondule et qui se tord, un serpent clou&#233; &#224; la barri&#232;re l&#224; o&#249; le Rio Grande d&#233;bouche dans le Golfe.&lt;br&gt; Je suis revenue. &lt;i&gt;Tanto dolor me cost&#243; el alejamiento&lt;/i&gt;. Je prot&#232;ge mes yeux du soleil avec ma main et je regarde vers le haut. Le bec osseux du faucon qui tourne lentement au-dessus de moi, m'examinant comme une possible charogne. Dans son sillage, un petit oiseau fait palpiter ses ailes, nageant par moment comme un poisson. Au loin, l'autoroute et l'&#233;cho de la circulation font un bruit de truie irrit&#233;e. L'&#233;lancement soudain dans mes tripes,&lt;i&gt; la tierra, los aguaceros&lt;/i&gt;. Ma terre, &lt;i&gt;el viento soplando la arena, el lagartijo debajo de un nopalito. Me acuerdo como era antes. Una regi&#243;n des&#233;rtica de vasta llanuras, costeras de baja altura, de escasa lluvia, de chaparrales formados por mesquites y huizaches.&lt;/i&gt; Si je regarde en me concentrant vraiment, je peux presque voir les p&#232;res espagnols qui &#233;taient appel&#233;s &#171; la cavalerie du Christ &#187; entrant dans cette vall&#233;e sur le dos de leurs &lt;i&gt;burros&lt;/i&gt;, je peux presque voir le choc des cultures commencer.&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;i&gt;Tierra natal&lt;/i&gt;. Ceci est chez moi, les petites villes dans la &lt;i&gt;Valley&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;los pueblitos &lt;/i&gt; avec les poulaillers et les ch&#232;vres attach&#233;es aux arbustes de mesquites . &lt;i&gt;En las colonias&lt;/i&gt;, de l'autre c&#244;t&#233; de la voie ferr&#233;e, des &#233;paves de voiture s'alignent devant les maisons orn&#233;es de rose vif et de violet &#8212;l'architecture chicana, comme nous l'appelons avec une tendre ironie. J'ai la nostalgie des programmes &#224; la t&#233;l&#233; o&#249; les animateurs parlent moiti&#233;-moiti&#233; et o&#249; on donne des prix dans la cat&#233;gorie musicale Tex-Mex. J'ai la nostalgie des cimeti&#232;res mexicains fleuris de fleurs en plastique, des champs d'aloe vera et de piment rouge, des rang&#233;es de canne &#224; sucre, du ma&#239;s qui fait ployer les tiges, des nuages de &lt;i&gt;polvareda&lt;/i&gt; au-dessus des chemins de terre, derri&#232;re un camion qui se h&#226;te, &lt;i&gt;el sabor de tamales de res y venado&lt;/i&gt;. J'ai la nostalgie de la yegua colorada qui mordille la barri&#232;re en bois de son &#233;table, l'odeur physique du cheval du corral de Carito. &lt;i&gt;Hecho menos las noches calientes sin aire, noches de linternas y lechuzas&lt;/i&gt; qui trouent la nuit.&lt;br&gt; &lt;br&gt; Je ressens toujours ce d&#233;sespoir ancien quand je regarde les maisons en planches r&#233;cup&#233;r&#233;es, sans peinture, d&#233;labr&#233;es, en t&#244;le ondul&#233;e surtout. Une partie des gens les plus pauvres aux &#201;tats-Unis vivent dans la Lower Rio Grande Valley, une terre aride et semi-aride o&#249; l'on pratique l'agriculture irrigu&#233;e, d'une lumi&#232;re et d'une chaleur intenses, avec ses vergers d'agrumes &#224; c&#244;t&#233; des buissons secs et des cactus. Je traverse l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire o&#249; j'ai &#233;tudi&#233; il y a si longtemps, qui est rest&#233;e s&#233;gr&#233;gu&#233;e jusqu'&#224; r&#233;cemment. Je me souviens comment les professeur-e-s blanc-he-s nous punissaient d'&#234;tre Mexicain-e-s.&lt;br&gt; Comme j'aime cette vall&#233;e tragique du Sud du Texas, comme Ricardo S&#225;nchez l'appelle ; cette terre frontali&#232;re entre Nueces et le Rio Grande. Cette terre a surv&#233;cu &#224; l'appropriation et au m&#233;susage de cinq pays : l'Espagne, le Mexique, la R&#233;publique du Texas, les &#201;tats-Unis, la Conf&#233;d&#233;ration et les &#201;tats-Unis de nouveau. Elle a surv&#233;cu aux vendettas, aux lynchages, aux incendies, aux viols, au pillage Anglo-Mexicain.&lt;br&gt; Aujourd'hui, je vois que la &lt;i&gt;Valley&lt;/i&gt; lutte toujours pour survivre. Qu'elle survive ou non, elle ne sera jamais telle que je m'en souviens. La d&#233;pression dans les terres frontali&#232;res, provoqu&#233;e par la d&#233;valuation du &lt;i&gt;peso&lt;/i&gt; en 1982 au Mexique, a caus&#233; la fermeture de centaines de commerces dans la &lt;i&gt;Valley&lt;/i&gt;. Beaucoup de gens ont perdu leur maison, leur voiture, leur terre. Avant 1982, les propri&#233;taires des magasins prosp&#233;raient gr&#226;ce &#224; la vente au d&#233;tail &#224; des Mexicain-e-s qui traversaient la fronti&#232;re pour acheter des produits alimentaires, des v&#234;tements et des appareils &#233;lectrom&#233;nagers. Lorsque les produits du c&#244;t&#233; des &#201;tats-Unis sont devenus dix fois, cent fois, mille fois plus chers pour les acheteur-e-s mexicain-e-s, du c&#244;t&#233; mexicain les produits sont devenus dix fois, cent fois, mille fois moins chers pour les Am&#233;ricain-e-s. Comme la &lt;i&gt;Valley&lt;/i&gt; d&#233;pend &#233;troitement de l'agriculture et du commerce de d&#233;tail mexicain, elle conna&#238;t le plus fort taux de ch&#244;mage de toute la r&#233;gion frontali&#232;re ; c'est la &lt;i&gt;Valley&lt;/i&gt; qui a &#233;t&#233; touch&#233;e le plus durement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Parmi le vingt-deux comt&#233;s frontaliers des quatre &#201;tats de la fronti&#232;re, le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br&gt; &lt;br&gt; &#171; &#199;a a &#233;t&#233; une mauvaise ann&#233;e pour le ma&#239;s &#187;, dit mon fr&#232;re Nune. Pendant qu'il parle, je me souviens de mon p&#232;re scrutant le ciel &#224; la recherche de la pluie qui mettrait fin &#224; la s&#233;cheresse, levant le regard vers le ciel, jour apr&#232;s jour, pendant que le ma&#239;s se dess&#232;che sur sa tige. Mon p&#232;re est mort depuis vingt-neuf ans, mort d'avoir tant travaill&#233;. L'esp&#233;rance de vie d'un travailleur mexicain est de cinquante-six ans &#8212;il a v&#233;cu jusqu'&#224; l'&#226;ge de trente-huit. &#199;a me choque d'&#234;tre plus vieille que lui. Moi aussi, je cherche la pluie dans le ciel. Comme les ancien-ne-s, je r&#233;v&#232;re le dieu de la pluie et la d&#233;esse du ma&#239;s, mais &#224; la diff&#233;rence de mon p&#232;re, j'ai retrouv&#233; leur nom. Aujourd'hui pour la pluie (l'irrigation), on offre non pas le sacrifice du sang, mais de l'argent.&lt;br&gt; &#171; Le travail agricole va mal &#187; dit mon fr&#232;re. &#171; L'ann&#233;e derni&#232;re, entre deux et trois mille fermes, petites et grandes, ont fait faillite dans ce pays. Il y a six ans, le prix du ma&#239;s &#233;tait de huit dollars pour cent livres &#187;, continue-t-il. &#171; Cette ann&#233;e, c'est trois dollars quatre-vingt dix cents pour cent livres &#187;. Et je pense en moi-m&#234;me, apr&#232;s avoir calcul&#233; l'inflation, qu'il vaut mieux ne rien planter.&lt;br&gt; &lt;br&gt; Je sors dans la cour derri&#232;re la maison, je regarde fixement &lt;i&gt;los rosales de mam&#225;&lt;/i&gt;. Elle veut que je l'aide &#224; tailler les rosiers, &#224; enlever l'herbe qui les &#233;touffe. &lt;i&gt;Mam&#225; grande Ramona tambi&#233;n ten&#237;a rosales&lt;/i&gt;. Ici, tou-te-s les Mexicain-e-s plantent des fleurs. S'ils n'ont pas un bout de terrain, ils prennent des pneus, des pots, des bo&#238;tes de conserve, des bo&#238;tes &#224; chaussure. Les roses sont leurs fleurs pr&#233;f&#233;r&#233;es. Je pense : quel symbole &#8212;les &#233;pines et tout.&lt;br&gt; Oui, le Chicano et la Chicana ont toujours pris soin de ce qui pousse et de la terre. &#192; nouveau, je nous vois, nous les quatre enfants descendant du bus de l'&#233;cole, mettant nos v&#234;tements de travail, rejoignant le champ avec Pap&#237; et Mam&#237;, nous six, courb&#233;-e-s vers la terre. Sous nos pieds, dans la terre, les graines de past&#232;que attendent. Nous les couvrons avec des assiettes en papier, en pla&#231;ant des &lt;i&gt;terremotes&lt;/i&gt; dessus pour que le vent ne les emporte pas. Les assiettes en papier les prot&#232;gent du gel. Demain ou apr&#232;s-demain, nous enl&#232;verons les assiettes, nous exposerons les petites pousses vertes aux &#233;l&#233;ments. Elles survivent et poussent, donnent des fruits mille fois plus gros que les graines. Nous les arrosons et nous les sarclons. Nous les r&#233;coltons. Les vrilles s&#232;ches pourrissent, on les enfouit. Croissance, mort, d&#233;composition, naissance. Le sol pr&#233;par&#233; encore et encore, impr&#233;gn&#233;, travaill&#233;. Un constant changement de forme, &lt;i&gt;renacimientos de la tierra madre. &lt;/i&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;
Cette terre a &#233;t&#233; Mexicaine un jour&lt;br&gt; a &#233;t&#233; Indienne toujours&lt;br&gt; elle est Indienne.&lt;br&gt; Et elle le sera de nouveau.&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'id&#233;e de Jos&#233; Vasconcelos est un point de d&#233;part pour ma propre interpr&#233;tation. Jos&#233; Vasconcelos, &lt;i&gt;La Raza C&#243;smica : Misi&#243;n de la Raza Ibero-Americana&lt;/i&gt; (M&#233;xico : Aguilar S. A. de Ediciones, 1961).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vasconcelos.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Arthur Koestler d&#233;signe ceci comme &#171; bisociation &#187;. Albert Rothenberg, &lt;i&gt;The Creative Process in Art, Science and Other Fields&lt;/i&gt; (Chicago, IL : University of Chicago Press, 1979), 12.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je tire en partie mes d&#233;finitions de la pens&#233;e &#171; convergente &#187; et &#171; divergente &#187; de Rothenberg, 12-13.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;NDT : Dans les th&#233;ories f&#233;ministes, lesbiennes et queers chicanas et latinas, on utilise le terme &#171; anglo &#187; pour faire r&#233;f&#233;rence au groupe dominant aux &#201;tats-Unis (WASP Blanc, anglo-saxon et protestant), d'un point de vue plus culturel que &#171; chromatique &#187;, alors que dans les th&#233;ories f&#233;ministes, lesbiennes et queers Noires et Africaine-Am&#233;ricaines, le terme &#171; White &#187; (qui est plus large) est davantage utilis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;NDT : Gloria Anzaldua a utilis&#233; le terme &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; dans ce texte de 1987 pour signifier un sujet en dehors de la normativit&#233; de genre et de la sexualit&#233;. Sa th&#233;orie pr&#233;c&#232;de l'utilisation du terme &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; dans la &lt;i&gt;Queer Theory&lt;/i&gt; dont on situe habituellement le commencement en 1991 avec Teresa de Lauretis (&#171; &lt;i&gt;Queer Theory : Lesbian and Gay Sexualities : An Introduction&lt;/i&gt; &#187;, Differences : A Journal of Feminist Cultural Studies, 3, 2, III-XVII). On reconna&#238;t aujourd'hui que les th&#233;ories d'Anzald&#250;a constituent un &#233;l&#233;ment g&#233;n&#233;alogique important de la th&#233;orie &lt;i&gt;Queer of Color Critique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour emprunter &#224; la th&#233;orie des &#171; structures dissipatives &#187; du chimiste Ilya Prigogine. Ensuite, Prigogine a d&#233;couvert que les substances n'interagissent pas de mani&#232;re pr&#233;visible comme on l'enseignait en sciences, mais de mani&#232;res diff&#233;rentes et fluctuantes, pour produire des structures nouvelles et plus complexes, une sorte de naissance qu'il a appel&#233;e &#171; morphog&#233;n&#232;se &#187;, qui cr&#233;e des innovations impr&#233;visibles. Harold Gilliam, &#171; Searching for a New World View &#187;, &lt;i&gt;This World&lt;/i&gt; (Janvier, 1981), 23.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tortillas de masa harina [NDT : galettes de p&#226;te de farine] : les tortillas de ma&#239;s sont de deux types, celles qui sont lisses, uniformes, faites dans un appareil et g&#233;n&#233;ralement achet&#233;es dans une tortiller&#237;a [NDT : magasin o&#249; l'on fabrique et vend les tortillas] ou au supermarch&#233;, et les gorditas [NDT : nom d'une autre vari&#233;t&#233; de tortillas qui fait allusion au fait qu'elles sont plus &#233;paisses], faites en m&#233;langeant la masa [NDT : la p&#226;te] avec du saindoux ou de la margarine ou du beurre (ma m&#232;re y met parfois des morceaux de bacon ou chicharrones [NDT : sorte d'&#233;quivalent du bacon fait avec la peau du porc, tr&#232;s appr&#233;ci&#233;]).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;NDT : Coatlicue (dont le nom signifie : &#171; celle &#224; la jupe de serpents &#187;) est la d&#233;esse m&#232;re chez les Azt&#232;ques, sa principale repr&#233;sentation connue consistant en deux serpents affront&#233;s, une jupe en serpents et en &#233;pis de ma&#239;s et un collier de mains coup&#233;es et de c&#339;urs arrach&#233;s, en train de donner le jour &#224; son dernier enfant, Huichilopoztli, le dieu de la guerre, repr&#233;sent&#233; par une t&#234;te de mort (et qui est le fr&#232;re cadet de Coyolch&#225;utli, la d&#233;esse de la lune et de ses quatre cents s&#339;urs, les &#233;toiles). Coatlalopeuh est la prononciation &#171; azt&#233;quis&#233;e &#187; de Guadalupe (qui &#233;voque fortement le nom de Coatlicue), la vierge apparue en 1531 &#224; un jeune indien sur la montagne de Tepeyac, &#224; l'endroit o&#249; s'&#233;levait un temple d&#233;di&#233; &#224; Tonantzin (d&#233;esse dont le nom signifie &#171; notre m&#232;re tr&#232;s r&#233;v&#233;r&#233;e &#187;). La Vierge de Guadalupe est l'expression maximale du syncr&#233;tisme entre les religions indiennes et chr&#233;tienne, elle est devenue la principale patronne des Mexicain&#183;e&#183;s, tr&#232;s unanimement r&#233;v&#233;r&#233;e et partout repr&#233;sent&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gina Vald&#233;s, &lt;i&gt;Puentes y Fronteras : Coplas Chicanas &lt;/i&gt; (Los Angeles, CA : Castle Lithograph, 1982), 2.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La sauge est une puissante plante spirituelle, le copal, l'encens pr&#233;hispanique par excellence, tr&#232;s utilis&#233; au Mexique. Le bain de vapeur est un rite indien central de purification physique et spirituelle, de m&#234;me que balayer les temples est une t&#226;che importante, r&#233;alis&#233;e par exemple quotidiennement par Coatlicue.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Richard Wilhelm, &lt;i&gt;The I Ching or Book of Changes&lt;/i&gt;, Trad. Cary F. Baynes (Princeton, NJ : Princeton University Press, 1950), 98.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Soledad &#187; est chant&#233;e par le groupe Haciendo Punto en Otro Son.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Parmi le vingt-deux comt&#233;s frontaliers des quatre &#201;tats de la fronti&#232;re, le comt&#233; d'Hidalgo (baptis&#233; d'apr&#232;s le P&#232;re Hidalgo, abattu en 1810 apr&#232;s avoir &#233;t&#233; l'instigateur de la r&#233;volte du Mexique contre le r&#233;gime espagnol sous la banni&#232;re de la Virgen de Guadalupe) est le comt&#233; avec le taux de pauvret&#233; le plus &#233;lev&#233; de la nation aussi bien que la principale base de r&#233;sidence (comme Imperial en Californie) pour les travailleur-e-s agricoles migrant-e-s. C'est l&#224; que je suis n&#233;e et que j'ai &#233;t&#233; &#233;lev&#233;e. Je suis tr&#232;s surprise que nous ayons surv&#233;cu, aussi bien lui que moi.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;La version originale de ce texte a &#233;t&#233; publi&#233;e en 1987 sous le titre &#171; La conciencia de la mestiza. Towards a New Consciousness &#187; dans le livre de Gloria Anzald&#250;a : &#171; Borderlands/La Frontera : The New Mestiza &#187; (1987, San Francisco, Aunt Lute Books).&lt;br&gt; &lt;br&gt;
Le texte pr&#233;sent&#233; ici est une version tr&#232;s l&#233;g&#232;rement retouch&#233;e de la traduction de Paola Bacchetta et Jules Falquet qui a &#233;t&#233; publi&#233;e en 2011 dans le Cahiers du CEDREF n&#176;18.&lt;br&gt; &lt;br&gt;
Gloria Anzald&#250;a, est autrice du livre &#171; Borderlands/La Frontera : The New Mestiza &#187; (1987). Elle a aussi co-dirig&#233; les ouvrages suivants : &#171; This Bridge Called My Back : Writings by Radical Women of Color &#187; (1981), &#171; Making Face, Making Soul / Haciendo Caras : Creative and Critical Perspectives by Feminists of Color &#187; (1990) et &#171; This Bridge We Call Home : Radical Visions for Transformation &#187; (2002). Un recueil d'entretiens avec Gloria Anzald&#250;a, collect&#233;s par Analouise Keating, a aussi &#233;t&#233; publi&#233; en 2000, sous le titre &#171; Interviews/Entrevistas &#187;.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>Sororit&#233; : la solidarit&#233; politique entre les femmes</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article1161</link>
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		<dc:date>2015-01-27T17:03:37Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>bell hooks</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme, (questions de) genre</dc:subject>
		<dc:subject>Les Farfadettes (Nancy)</dc:subject>
		<dc:subject>Antiracisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'id&#233;ologie de la supr&#233;matie masculine incite les femmes &#224; penser qu'elles ne valent rien tant qu'elles ne sont pas li&#233;es ou unies &#224; des hommes. On nous enseigne que les relations que nous entretenons les unes avec les autres amoindrissent notre exp&#233;rience au lieu de l'enrichir. On nous enseigne que les femmes sont &#171; naturellement &#187; ennemies des femmes, que la solidarit&#233; n'existera jamais entre nous parce que nous ne pouvons et ne devons pas nous unir les unes aux autres. Nous avons bien appris ces le&#231;ons. Nous devons les d&#233;sapprendre pour construire un mouvement f&#233;ministe durable. Nous devons apprendre &#224; vivre et &#224; travailler dans la solidarit&#233;. Nous devons apprendre le v&#233;ritable sens et la vraie valeur de la sororit&#233;.&lt;br&gt; &lt;br&gt; Ce texte est paru en 1986 dans le n&#176;23 de &#171; Feminist Review &#187;, sous le titre original : &#034;Sisterhood : Political Solidarity between Women&#034;. Il s'agit d'une version remani&#233;e du chapitre 4 de &#171; Feminist Theory : from Margin to Center &#187;, South End Press, Boston, 1984.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique12" rel="directory"&gt;S&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;F&#233;minisme, (questions de) genre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot85" rel="tag"&gt;Les Farfadettes (Nancy)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot96" rel="tag"&gt;Antiracisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L107xH150/arton1161-a78c4.jpg?1780463860' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='107' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1161.jpg?1417471828&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;SORORIT&#201; :&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;LA SOLIDARIT&#201; POLITIQUE ENTRE LES FEMMES&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;i&gt;Introduction : dimanche apr&#232;s-midi, 12 janvier 1986.&lt;/i&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le bruit des sanglots se m&#233;lange &#224; la musique de Lole y Manuel, Paco de Lucia et Camaron, trois chanteurs de flamenco &#8722; j'affronte l'insatisfaction qui me saisit quand j'essaie de commencer &#224; &#233;crire : je suis inqui&#232;te &#224; l'id&#233;e de ne pas trouver les mots pour dire ce qui doit &#234;tre dit, j'ai peur que ma capacit&#233; &#224; parler par l'&#233;criture ne diminue un peu plus chaque jour. Je sais que je ne peux pas &#233;couter cette musique et &#233;crire en m&#234;me temps. Le son me submerge in&#233;vitablement, m'emportant dans un monde dont le langage passionn&#233; se situe au-del&#224; des mots. C'est un chant de tension, d'intensit&#233; &#8722; une musique de lutte, &#224; sa fa&#231;on. En cette nouvelle ann&#233;e je sens qu'il est imp&#233;ratif que les militantes f&#233;ministes reconnaissent la primaut&#233; de la lutte &#8722; l'importance de la lutte dans le travail politique aux niveaux individuel et collectif. S'engager radicalement dans la lutte politique, c'est accepter de plein gr&#233; la responsabilit&#233; d'utiliser le conflit de mani&#232;re constructive, c'est &#224; dire nous pr&#233;parer &#224; nous servir du conflit pour mieux nous comprendre mutuellement et pour d&#233;finir les param&#232;tres de notre solidarit&#233; politique.&lt;br&gt; &lt;br&gt; Au sein du mouvement f&#233;ministe, le conflit racial opposant les femmes blanches et les femmes de couleur demeure un enjeu important. Les tensions sont parfois tellement vives que nous d&#233;sesp&#233;rons de pouvoir jamais vivre ensemble dans des espaces sociaux qui ne seraient pas irr&#233;vocablement contamin&#233;s par la politique de la domination. Alors que l'&#233;nergie et l'espoir d&#233;clinent, il est fondamental que les militantes f&#233;ministes r&#233;affirment leur attachement &#224; la lutte politique et renforcent leur solidarit&#233;. Cela signifie que nous devons nous atteler rapidement &#224; la t&#226;che consistant &#224; combattre le racisme et les conflits qu'il engendre, en continuant &#224; croire qu'une lutte men&#233;e avec conviction et pers&#233;v&#233;rance d&#233;bouchera sur un programme f&#233;ministe lib&#233;rateur.&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;i&gt;Feminist Theory : from Margin to Center&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;bell hooks, Feminist Theory : from Margin to Center, South End Press, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; t&#233;moigne des efforts que poursuivent actuellement certaines militantes f&#233;ministes engag&#233;es pour formuler une th&#233;orie lib&#233;ratrice aux vues plus larges, une th&#233;orie qui conteste la domination au lieu de la perp&#233;tuer. Dans une certaine mesure, les r&#233;actions suscit&#233;es par cet ouvrage sont d&#233;termin&#233;es par le racisme. Contrairement &#224; mon premier livre, &lt;i&gt;Ain't I a woman : Black Woman and Feminism&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;bell hooks, Ain't I a woman : Black Woman and Feminism, South End Press, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, publi&#233; &#224; un moment o&#249; les femmes blanches avaient d&#233;cr&#233;t&#233; que la &#171; race &#187; &#233;tait un sujet acceptable pour la r&#233;flexion f&#233;ministe, &lt;i&gt;From Margin to Center &lt;/i&gt; para&#238;t alors que beaucoup de femmes blanches se comportent comme si les femmes de couleur n'avaient pas de r&#244;le d&#233;cisif &#224; jouer dans la construction de la th&#233;orie politique f&#233;ministe. Tout en se r&#233;f&#233;rant &#224; quelques voix privil&#233;gi&#233;es (c'est-&#224;-dire, aux voix qu'elles choisissent d'&#233;couter, comme celles d'Audre Lorde ou de Barbara Smith), elles ignorent l'essentiel du travail th&#233;orique effectu&#233; par des femmes de couleur moins renomm&#233;es ou tout simplement inconnues, surtout s'il n'y est pas question de l'id&#233;ologie dominante. Dans les cursus des &lt;i&gt;women's studies&lt;/i&gt; des universit&#233;s am&#233;ricaines, on mentionne rarement les &#233;crits th&#233;oriques des f&#233;ministes de couleur, leur pr&#233;f&#233;rant le genre de la fiction ou celui des confessions autobiographiques. Depuis sa publication, &lt;i&gt;Feminist Theory : from Margin to Center&lt;/i&gt; a re&#231;u peu de compte-rendus (j'en ai compt&#233; deux). Malgr&#233; l'absence de reconnaissance, de discussion ou de critique de la part de l' &#171; establishment &#187; f&#233;ministe, les lectrices me renvoient des jugements positifs. Aussi n'ai-je pas l'intention de me plaindre : sur le plan personnel, j'ai trouv&#233; beaucoup de plaisir &#224; &#233;crire ce livre et je suis heureuse de voir qu'il se vend bien. Cela ne m'emp&#234;che pas de percevoir que la r&#233;ception de cet ouvrage est influenc&#233;e par un certain racisme et par les effets du &lt;i&gt;star system&lt;/i&gt; en vigueur dans la communaut&#233; f&#233;ministe &#8722; les ouvrages de certaines personnalit&#233;s re&#231;oivent une grande publicit&#233; quand d'autres livres sont compl&#232;tement ignor&#233;s.&lt;br&gt; &lt;br&gt; Originaire d'un milieu noir ouvrier, sudiste et conservateur, je suis moi-m&#234;me impressionn&#233;e par les circonstances qui me permettent de revendiquer un engagement politique radical. J'ai du mal &#224; croire que j'ai &#233;crit deux livres f&#233;ministes. R&#233;cemment, le hasard a voulu que je m'installe dans le Nord, &#224; New Heaven, Connecticut, o&#249; j'enseigne les &#233;tudes afro-am&#233;ricaines et l'anglais &#224; l'universit&#233; de Yale &#8722; c'est mon premier poste d'enseignante &#224; plein temps. Je con&#231;ois l'enseignement comme un travail politique et la salle de classe comme un espace pour l'action politique radicale. Faire de l'universit&#233; un lieu d'&#233;ducation &#224; la conscience critique et un espace de politisation est une action subversive et difficile. Ce n'est pas la meilleure mani&#232;re de se faire bien voir et d'assurer le renouvellement de son poste.&lt;br&gt; &lt;br&gt; Mon radicalisme politique s'enracine dans une conviction : pour qu'un nouvel ordre social &#233;merge, il faut contester et changer la politique de domination telle qu'elle se manifeste dans l'oppression imp&#233;rialiste, capitaliste, raciste et sexiste. Il m'arrive de me d&#233;finir comme une socialiste. Il m'arrive aussi d'&#234;tre d&#233;senchant&#233;e et de consid&#233;rer avec scepticisme le socialisme am&#233;ricain, en particulier sa version socialiste-f&#233;ministe : enracin&#233;e dans une certaine orthodoxie universitaire, elle n'aspire nullement &#224; susciter un mouvement politique de masse ou &#224; provoquer un changement social. En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, la litt&#233;rature socialiste-f&#233;ministe se contente de d&#233;velopper une critique f&#233;ministe du socialisme au lieu d'imaginer une th&#233;orie radicale de lib&#233;ration socialiste qui permettrait de penser l'imbrication des syst&#232;mes de domination sexiste, raciste, sociale, imp&#233;rialiste, etc. Tel est le programme autour duquel doivent n&#233;cessairement se mobiliser les socialistes-f&#233;ministes et toutes les f&#233;ministes qui s'engagent pour un changement r&#233;volutionnaire.&lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt; Les femmes constituent le principal groupe victime de l'oppression sexiste. &#192; l'instar d'autres formes d'oppression collective, le sexisme est perp&#233;tu&#233; par des structures institutionnelles et sociales ; par les individus qui dominent, exploitent ou oppriment ; et par les victimes elles-m&#234;mes, amen&#233;es par la socialisation &#224; adopter des comportements qui les rendent complices du &lt;i&gt;statu quo&lt;/i&gt;. L'id&#233;ologie de la supr&#233;matie masculine incite les femmes &#224; penser qu'elles ne valent rien tant qu'elles ne sont pas li&#233;es ou unies &#224; des hommes. On nous enseigne que les relations que nous entretenons les unes avec les autres amoindrissent notre exp&#233;rience au lieu de l'enrichir. On nous enseigne que les femmes sont &#171; naturellement &#187; ennemies des femmes, que la solidarit&#233; n'existera jamais entre nous parce que nous ne pouvons et ne devons pas nous unir les unes aux autres. Nous avons bien appris ces le&#231;ons. Nous devons les d&#233;sapprendre pour construire un mouvement f&#233;ministe durable. Nous devons apprendre &#224; vivre et &#224; travailler dans la solidarit&#233;. Nous devons apprendre le v&#233;ritable sens et la vraie valeur de la sororit&#233;.&lt;br&gt; &lt;br&gt; Alors que le mouvement f&#233;ministe contemporain aurait d&#251; former les femmes &#224; la solidarit&#233; politique, la sororit&#233; n'a pas &#233;t&#233; envisag&#233;e comme un accomplissement r&#233;volutionnaire que les femmes s'efforceraient d'atteindre par la lutte. Telle que la concevaient les mouvements de lib&#233;ration des femmes, la sororit&#233; se fondait sur l'id&#233;e d'une oppression commune. Il va sans dire que ce furent surtout les femmes de la bourgeoisie blanche, de tendance lib&#233;rale ou radicale, qui cultiv&#232;rent la notion d'oppression commune. L'&#171; oppression commune &#187; &#233;tait un mot d'ordre mensonger et malhonn&#234;te qui masquait la v&#233;ritable nature de la r&#233;alit&#233; sociale v&#233;cue par les femmes, sa complexit&#233; et sa vari&#233;t&#233;. Les attitudes sexistes, le racisme, les privil&#232;ges de classe et toute une kyrielle d'autres pr&#233;jug&#233;s divisent les femmes. Elles ne peuvent s'unir durablement qu'&#224; la condition de reconna&#238;tre ces divisions et de prendre les mesures n&#233;cessaires &#224; leur &#233;limination. Certes, il est important de mettre en lumi&#232;re les exp&#233;riences v&#233;cues par l'ensemble des femmes, mais il existe aussi des clivages, et ce n'est pas avec des v&#339;ux pieux et de belles id&#233;es romantiques qu'on les fera dispara&#238;tre.&lt;br&gt; &lt;br&gt; Depuis quelques ann&#233;es, la &#171; sororit&#233; &#187; telle qu'elle s'exprime dans les slogans, les devises ou les cris de ralliement f&#233;ministes ne sugg&#232;re plus que l'union fait la force. Certaines militantes semblent d&#233;sormais penser que nous ne pouvons nous unir, &#233;tant donn&#233; nos diff&#233;rences. Mais en abandonnant la notion de sororit&#233; pour exprimer la solidarit&#233; politique, on affaiblit le mouvement f&#233;ministe. La solidarit&#233; renforce la lutte de r&#233;sistance. Il ne peut y avoir de mouvement f&#233;ministe de masse contre l'oppression sexiste sans un front uni : les femmes doivent prendre l'initiative et d&#233;montrer la force de la solidarit&#233;. Si nous ne parvenons pas &#224; montrer que les barri&#232;res s&#233;parant les femmes peuvent &#234;tre &#233;limin&#233;es, que la solidarit&#233; peut exister, nous ne pouvons esp&#233;rer transformer la soci&#233;t&#233; dans son ensemble. La sororit&#233; est pass&#233;e &#224; l'arri&#232;re-plan parce que beaucoup de femmes, irrit&#233;es par les grands discours sur &#171; l'oppression commune &#187;, l'identit&#233; partag&#233;e et la ressemblance, ont critiqu&#233;, voire rejet&#233;, le mouvement f&#233;ministe dans son ensemble. L'appel &#224; la sororit&#233; a en effet souvent &#233;t&#233; per&#231;u comme une man&#339;uvre manipulatrice et opportuniste des bourgeoises blanches, un vernis rh&#233;torique servant &#224; masquer l'exploitation et l'oppression perp&#233;tu&#233;es par des femmes sur d'autres femmes. [&#8230;]&lt;br&gt; &lt;br&gt; S'il est vrai que nous avons beaucoup &#224; gagner &#224; nous unir, nous ne pouvons pourtant pas d&#233;velopper de liens durables ni de v&#233;ritable solidarit&#233; politique &#224; partir du mod&#232;le de sororit&#233; cr&#233;&#233; par la tendance bourgeoise du f&#233;minisme. Pour ce courant, l'union des femmes se fonde sur une exp&#233;rience collective de la victimisation, d'o&#249; l'importance de la notion d'oppression commune. Cette conception du lien entre les femmes refl&#232;te directement la pens&#233;e de la supr&#233;matie masculine blanche. L'id&#233;ologie sexiste enseigne aux femmes que la f&#233;minit&#233; implique d'&#234;tre une victime. Au lieu de rejeter cette &#233;quation (qui ne rend pas compte de l'exp&#233;rience f&#233;minine, car dans leur vie quotidienne la plupart des femmes ne sont pas constamment des &#171; victimes &#187; passives et vuln&#233;rables), les f&#233;ministes y ont souscrit, faisant de la condition de victime le d&#233;nominateur commun qui permet aux femmes de s'unir : les femmes devaient se concevoir comme des &#171; victimes &#187; pour se sentir concern&#233;es par le mouvement f&#233;ministe. L'union des femmes-victimes semblait impliquer que les femmes s&#251;res d'elles-m&#234;mes et ind&#233;pendantes n'avaient pas leur place dans le mouvement f&#233;ministe. C'est cette logique qui a amen&#233; plus d'une militante blanche (aux c&#244;t&#233;s des hommes noirs) &#224; sugg&#233;rer que les femmes noires &#233;taient si &#171; fortes &#187; qu'elles n'avaient pas besoin de s'impliquer dans le mouvement f&#233;ministe. Et c'est pour cela que beaucoup de femmes blanches ont quitt&#233; le mouvement quand elles ont cess&#233; de se repr&#233;senter comme des victimes. L'ironie est que les femmes qui ont le plus revendiqu&#233; le statut de &#171; victimes &#187; &#233;taient souvent plus privil&#233;gi&#233;es et avaient plus de pouvoir que la grande majorit&#233; des femmes de notre soci&#233;t&#233;. Les travaux sur les violences faites aux femmes permettent d'&#233;clairer ce paradoxe. Les femmes qui subissent quotidiennement l'exploitation et l'oppression ne peuvent se permettre de renoncer au sentiment qu'elles exercent un tant soit peu de contr&#244;le sur leur vie. Elles ne peuvent se permettre de se penser simplement comme des &#171; victimes &#187; car leur survie d&#233;pend de leur capacit&#233; &#224; exercer sans rel&#226;che le peu de pouvoir personnel dont elles disposent. Ces femmes compromettraient leur &#233;quilibre psychologique si elles s'associaient &#224; d'autres femmes sur la base d'une condition victimaire commune. C'est sur la base de forces et de ressources communes qu'elles s'associent &#224; d'autres femmes : tel est le type de lien qui constitue l'essence de la sororit&#233;.&lt;br&gt; &lt;br&gt; &#192; partir du moment o&#249; les f&#233;ministes se d&#233;finissaient comme une association de &#171; victimes &#187;, elles n'&#233;taient pas tenues de se confronter &#224; la complexit&#233; de leur propre exp&#233;rience. Elles ne se sentaient pas oblig&#233;es de se remettre en question, de s'interroger sur l'influence du sexisme, du racisme et des privil&#232;ges de classe dans leur perception des femmes qui ne faisaient pas partie de leur groupe racial et social. Le fait de s'identifier comme &#171; victimes &#187; leur permettait d'abdiquer toute responsabilit&#233; dans la construction et la perp&#233;tuation du sexisme, du racisme et de l'exclusion sociale, ce qu'elles firent en insistant pour que seuls les hommes soient consid&#233;r&#233;s comme des ennemis. Elles &#233;vitaient ainsi de reconna&#238;tre l'ennemi int&#233;rieur et de s'y confronter. Elles n'&#233;taient pas pr&#234;tes &#224; renoncer &#224; leurs privil&#232;ges et &#224; effectuer le &#171; sale boulot &#187; indispensable au d&#233;veloppement d'une conscience politique radicale (c'est-&#224;-dire la lutte et la confrontation que r&#233;clame la politisation, et toutes les t&#226;ches fastidieuses qui font partie du quotidien militant) : ce travail doit commencer par une critique et une &#233;valuation personnelle honn&#234;tes de son statut social, de ses valeurs, de ses croyances politiques, etc. La sororit&#233; a donc fini par devenir un nouveau moyen de fuir la r&#233;alit&#233;. Cette conception de la solidarit&#233; entre femmes &#233;tait d&#233;termin&#233;e par une certaine repr&#233;sentation de la f&#233;minit&#233; blanche, fond&#233;e sur des pr&#233;jug&#233;s de classe et de race : il fallait prot&#233;ger la &lt;i&gt;lady&lt;/i&gt; blanche, la bourgeoise, de tout ce qui aurait pu la d&#233;ranger ou la d&#233;stabiliser en la mettant &#224; l'abri des r&#233;alit&#233;s n&#233;gatives susceptibles de conduire &#224; la confrontation. En ce sens, la sororit&#233; prescrivait aux s&#339;urs un amour mutuel &#171; inconditionnel &#187; ; elles devaient &#233;viter le conflit et minimiser les dissensions ; elles ne devaient pas se critiquer les unes les autres, surtout en public. Pendant un temps ces r&#232;gles cr&#233;&#232;rent une illusion d'unit&#233; qui neutralisa les rivalit&#233;s, l'hostilit&#233;, les d&#233;saccords perp&#233;tuels et la critique outranci&#232;re (l'invective), qui &#233;taient souvent la norme dans les groupes f&#233;ministes. Aujourd'hui, cette interpr&#233;tation de la sororit&#233; se retrouve dans de nombreux sous-groupes constitu&#233;s sur des identit&#233;s communes (travailleuses &lt;i&gt;wasp&lt;/i&gt;, universitaires blanches, anarcha-f&#233;ministes, etc.) ; si leurs membres se soutiennent et se prot&#232;gent mutuellement, elles consid&#232;rent en revanche avec une hostilit&#233; souvent incroyable les femmes qui ne font pas partie de leur groupe. La mani&#232;re dont ces femmes unies dans un cercle choisi renforcent leur solidarit&#233; en excluant et en d&#233;valorisant les &#233;trang&#232;res rel&#232;ve d'un type de relations f&#233;minines propre au syst&#232;me patriarcal : la seule diff&#233;rence est que cette exclusion se pratique au nom du f&#233;minisme.&lt;br&gt; &lt;br&gt; Les militantes f&#233;ministes ne d&#233;velopperont pas la solidarit&#233; politique entre femmes en reprenant &#224; leur compte les conceptions valid&#233;es par l'id&#233;ologie culturelle dominante. Nous devons poser nos conditions. Au lieu de nous unir sur la base d'une condition victimaire universelle ou par rapport &#224; un ennemi commun fictif, nous pouvons nous rassembler autour de l'engagement politique dans un mouvement f&#233;ministe express&#233;ment destin&#233; &#224; &#233;radiquer l'oppression sexiste. Alors, nos &#233;nergies ne seraient pas monopolis&#233;es par la lutte pour l'&#233;galit&#233; avec les hommes ou par la seule r&#233;sistance &#224; la domination masculine. Nous ne nous contenterions plus des explications simplistes de la structure de l'oppression sexiste &#8722; les braves filles contre les vilains gar&#231;ons. Pour pouvoir r&#233;sister &#224; la domination masculine, nous devons rompre avec le sexisme, travailler pour transformer la conscience des femmes. En r&#233;fl&#233;chissant ensemble sur la socialisation sexiste pour nous en lib&#233;rer, nous nous renforcerions mutuellement et nous construirions une base solide &#224; partir de laquelle d&#233;velopper la solidarit&#233; politique.&lt;br&gt; &lt;br&gt; Entre hommes et femmes, le sexisme prend en g&#233;n&#233;ral la forme de la domination masculine et de ses corollaires &#8722; discrimination, exploitation, oppression. Mais les valeurs supr&#233;macistes masculines se traduisent &#233;galement dans la m&#233;fiance, le peur et la concurrence qui opposent les femmes les unes aux autres. C'est le sexisme qui conduit les femmes &#224; se percevoir comme des menaces les unes pour les autres sans raison apparente. Le sexisme leur enseigne &#224; &#234;tre des objets sexuels pour les hommes ; mais quand des femmes qui ont rejet&#233; ce r&#244;le consid&#232;rent avec hauteur et m&#233;pris celles qui &#171; n'en sont pas l&#224; &#187;, elles restent sous l'emprise du sexisme. Le sexisme conduit les femmes &#224; d&#233;nigrer les t&#226;ches parentales en survalorisant leur emploi et leur carri&#232;re. De m&#234;me, c'est parce qu'elles adh&#232;rent &#224; l'id&#233;ologie sexiste que certaines femmes enseignent &#224; leurs enfants qu'il n'existe que deux types de sch&#233;mas comportementaux : la domination ou la soumission. Le sexisme apprend aux femmes &#224; d&#233;tester les femmes, et, consciemment ou non, nous ne cessons de mettre cette le&#231;on de haine en pratique dans nos &#233;changes quotidiens. [&#8230;]&lt;br&gt; &lt;br&gt; Partout aux &#201;tats-Unis, des femmes consacrent chaque jour une bonne partie de leur temps &#224; s'en prendre verbalement &#224; d'autres femmes en se livrant &#224; des comm&#233;rages malveillants (&#224; ne pas confondre avec les aspects positifs du bavardage). &#192; la t&#233;l&#233;vision, les s&#233;ries et com&#233;dies dramatiques ne cessent de nous montrer des relations f&#233;minines domin&#233;es par l'agressivit&#233;, le m&#233;pris et la rivalit&#233;. Dans les cercles f&#233;ministes, le sexisme se manifeste &#224; travers le d&#233;dain, l'indiff&#233;rence et les commentaires malveillants dirig&#233;s contre les femmes qui n'ont pas int&#233;gr&#233; le mouvement. Cette tendance appara&#238;t tout particuli&#232;rement &#224; l'universit&#233;, o&#249; l'on consid&#232;re souvent les &#233;tudes f&#233;ministes comme une discipline ou un programme sans lien avec le mouvement f&#233;ministe. Dans son allocution inaugurale &#224; Barnard College en mai 1979, l'&#233;crivaine noire Toni Morrisson d&#233;clarait :&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; J'ai envie de vous dire (pas de vous demander, mais de vous dire) de ne pas participer &#224; l'oppression de vos s&#339;urs. Les m&#232;res qui maltraitent leurs enfants sont des femmes, et ce n'est pas une institution, mais une autre femme, qui doit se d&#233;vouer pour les en emp&#234;cher. Les m&#232;res qui mettent le feu &#224; des bus scolaires sont des femmes, et ce n'est pas une institution, mais une autre femme, qui doit leur dire de ne pas aller au bout de leur geste. Les femmes qui bloquent la promotion des carri&#232;res d'autres femmes sont des femmes, et c'est une autre femme qui doit venir au secours de la victime. Les employ&#233;s des services sociaux qui humilient leurs clientes sont parfois des femmes, et il appartient &#224; leurs coll&#232;gues f&#233;minines de d&#233;samorcer leur col&#232;re. Je trouve inqui&#233;tante la violence avec laquelle les femmes se comportent entre elles : violence au travail, violence de la comp&#233;tition, violence affective. Je trouve inqui&#233;tant de voir des femmes dispos&#233;es &#224; r&#233;duire d'autres femmes en esclavage. Je trouve inqui&#233;tante l'ind&#233;cence croissante avec laquelle les femmes de pouvoir n'h&#233;sitent pas &#224; se comporter en tueuses. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt; Pour construire un mouvement f&#233;ministe politis&#233; et repr&#233;sentatif, les femmes doivent redoubler d'efforts afin de surmonter leur ali&#233;nation mutuelle, qui persistera tant que la sociabilisation sexiste n'aura pas &#233;t&#233; d&#233;sapprise et qui se traduit par l'homophobie, la tendance &#224; juger d'apr&#232;s les apparences, les conflits entre femmes ayant des pratiques sexuelles diff&#233;rentes. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, le mouvement f&#233;ministe n'a pas r&#233;ussi &#224; transformer les relations de femme &#224; femme, surtout lorsqu'elles sont &#233;trang&#232;res l'une &#224; l'autre ou viennent de milieux sociaux diff&#233;rents &#8722; alors qu'il a permis de tisser des liens individuels et collectifs. Il faut aider les femmes &#224; d&#233;sapprendre le sexisme : c'est la condition pour construire des relations personnelles fortes et, au-del&#224;, l'unit&#233; politique.&lt;br&gt; &lt;br&gt; Le racisme est une autre limite &#224; la solidarit&#233; entre femmes. L'id&#233;ologie de la sororit&#233; telle que l'ont formul&#233;e les militantes f&#233;ministes contemporaines n'a jamais admis que la discrimination raciste, l'exploitation et l'oppression des femmes issues des minorit&#233;s ethniques par les femmes blanches emp&#234;chent ces deux groupes de se rassembler autour d'int&#233;r&#234;ts politiques communs.&lt;br&gt; &lt;br&gt; En outre, les diff&#233;rences culturelles peuvent rendre la communication probl&#233;matique, et c'est particuli&#232;rement vrai des relations entre femmes noires et femmes blanches. Au cours de l'histoire, les premi&#232;res furent nombreuses &#224; faire l'exp&#233;rience des in&#233;galit&#233;s raciales &#224; travers l'autorit&#233; directe que les secondes exer&#231;aient sur elles, de mani&#232;re souvent plus brutale et plus d&#233;shumanisante que les hommes blancs racistes. Aujourd'hui, bien que la domination soit essentiellement exerc&#233;e par des hommes adh&#233;rant aux id&#233;es patriarcales et supr&#233;macistes, ce sont souvent des femmes blanches qui repr&#233;sentent le sup&#233;rieur imm&#233;diat ou la figure d'autorit&#233; &#224; laquelle sont confront&#233;es les femmes noires sur le plan professionnel. Conscientes des privil&#232;ges que la domination raciale offre aux blancs des deux sexes, les femmes noires n'ont pas tard&#233; &#224; r&#233;agir aux appel &#224; la sororit&#233; en soulignant qu'il &#233;tait contradictoire de leur demander de participer &#224; la lib&#233;ration de celles qui les exploitaient. Nous sommes nombreuses &#224; avoir interpr&#233;t&#233; l'appel &#224; la sororit&#233; comme une invitation &#224; soutenir un mouvement qui ne s'adressait pas &#224; nous. [&#8230;] Nombreuses &#224; avoir eu l'impression que le mouvement de lib&#233;ration des femmes servait les int&#233;r&#234;ts des bourgeoises blanches aux d&#233;pens des femmes pauvres issues des classes populaires, souvent noires. La sororit&#233; reposait donc sur des bases bien fragiles et pour les femmes noires, &#231;'aurait &#233;t&#233; faire preuve de na&#239;vet&#233; politique que de rejoindre ce mouvement. Cependant, hier comme aujourd'hui, les luttes &#224; travers lesquelles s'est construite la participation politique des femmes noires sugg&#232;rent qu'il aurait mieux valu insister sur le d&#233;veloppement de la solidarit&#233; politique et clarifier le sens de cette notion.&lt;br&gt; &lt;br&gt; Tout en pratiquant la discrimination et l'exploitation des femmes noires, les blanches les consid&#232;rent avec envie et se posent comme leurs rivales. Aucun de ces processus d'interaction ne cr&#233;e les conditions propices au d&#233;veloppement de relations de confiance et de r&#233;ciprocit&#233;. Apr&#232;s avoir oubli&#233; le racisme dans la th&#233;orie et la praxis f&#233;ministes, les blanches ont laiss&#233; &#224; d'autres la responsabilit&#233; d'attirer l'attention sur la race. Ne prenant aucune initiative dans les d&#233;bats sur le racisme ou les privil&#232;ges raciaux, elles pouvaient r&#233;agir &#224; ce que disaient les femmes non blanches intervenant sur ces sujets, sans pour autant changer quoi que ce soit &#224; la structure du mouvement f&#233;ministe et sans perdre leur h&#233;g&#233;monie. Elles pouvaient insister sur la n&#233;cessit&#233; d'augmenter le nombre de femmes de couleur dans les organisations f&#233;ministes, les encourager &#224; participer davantage, mais elles ne s'attaquaient jamais de front au racisme. [&#8230;]&lt;br&gt; &lt;br&gt; Si le racisme est un enjeu primordial pour les f&#233;ministes, ce n'est pas seulement parce qu'il existe parmi les militantes blanches. Ces derni&#232;res ne repr&#233;sentent qu'une fraction des femmes de la soci&#233;t&#233;. Quand bien m&#234;me elles auraient toutes &#233;t&#233; antiracistes d&#232;s le d&#233;part, l'&#233;limination du racisme n'en resterait pas moins un enjeu essentiel du f&#233;minisme. Le racisme est un probl&#232;me fondamental pour les f&#233;ministes car il est indissociable de l'oppression sexiste. En Occident, les fondements philosophiques du racisme et du sexisme sont identiques. Influenc&#233;es par des valeurs ethnocentriques, les th&#233;oriciennes f&#233;ministes ont &#233;t&#233; amen&#233;es &#224; faire passer le sexisme avant le racisme, &#233;laborant ainsi une conception de l'&#233;volution culturelle qui ne correspond en rien &#224; notre exp&#233;rience de vie. Aux &#201;tats-Unis, le maintien de la supr&#233;matie blanche a toujours &#233;t&#233; une priorit&#233; au moins aussi importante que le maintien d'une stricte division des r&#244;les sexuels. Il n'y a rien d'&#233;tonnant &#224; ce que l'int&#233;r&#234;t pour les droits des femmes s'exacerbe chaque fois que surgit un mouvement de masse antiraciste. Nul n'est na&#239;f au point d'ignorer que si un &#201;tat domin&#233; par la supr&#233;matie blanche est somm&#233; de satisfaire les besoins des noirEs opprim&#233;Es et/ou les besoins des femmes blanches (et notamment celles de la bourgeoisie), il sera dans son int&#233;r&#234;t de satisfaire les blancs. Un mouvement radical visant &#224; mettre fin au racisme (une cause pour laquelle tant de gens sont morts) est bien plus mena&#231;ant qu'un mouvement con&#231;u pour permettre aux femmes blanches de s'&#233;lever dans la soci&#233;t&#233;.&lt;br&gt; &lt;br&gt; Reconna&#238;tre l'importance de la lutte antiraciste ne diminue nullement la valeur ou la n&#233;cessit&#233; du mouvement f&#233;ministe. La th&#233;orie f&#233;ministe serait d'une grande utilit&#233; si elle montrait aux femmes comment le racisme et le sexisme s'articulent au lieu d'opposer le combat contre ces deux formes d'oppression ou d'&#233;vacuer purement et simplement la question du racisme. L'un des principaux enjeux du combat f&#233;ministe portait sur le droit des femmes &#224; contr&#244;ler leur corps. Or le concept de la supr&#233;matie blanche repose sur l'id&#233;ologie de la perp&#233;tuation de la race blanche. Le maintien de la domination du monde par la race blanche passe par le contr&#244;le patriarcal du corps de toutes les femmes. Une militante qui s'efforce quotidiennement d'aider les femmes &#224; obtenir le contr&#244;le de leurs corps ne peut &#234;tre raciste sans nier et saper son propre combat. Quand les femmes blanches s'attaquent &#224; la supr&#233;matie blanche, elles participent simultan&#233;ment &#224; la lutte contre l'oppression sexiste. Ce n'est qu'un exemple de la mani&#232;re dont l'oppression raciste et l'oppression sexiste se recoupent et se compl&#232;tent. Il y en a bien d'autres, et les th&#233;oriciennes f&#233;ministes devraient les examiner.&lt;br&gt; &lt;br&gt; Le racisme conduit les femmes blanches &#224; construire une th&#233;orie et une praxis f&#233;ministes &#233;loign&#233;es de toute radicalit&#233;. La socialisation raciste enseigne aux femmes de la bourgeoisie blanche qu'elles sont n&#233;cessairement plus capables de conduire les masses que des femmes issues d'autres groupes. Elles n'ont en effet cess&#233; de faire comprendre qu'elles ne souhaitaient pas tant participer au mouvement f&#233;ministe que le diriger. Alors m&#234;me qu'elles &#233;taient probablement moins &#233;quip&#233;es pour organiser les bases militantes que les femmes issues des classes populaires, elles &#233;taient s&#251;res de leurs capacit&#233;s de leadership et ne doutaient pas de devoir assumer un r&#244;le dominant dans la d&#233;finition de la th&#233;orie et de la praxis f&#233;ministes. Le racisme inculque un sentiment d'estime de soi d&#233;mesur&#233;, notamment lorsqu'il est associ&#233; au privil&#232;ge social. Pour la plupart des femmes issues des classes populaires, comme pour certaines bourgeoises non blanches, il aurait &#233;t&#233; inimaginable de lancer un mouvement f&#233;ministe sans avoir d'abord obtenu le soutien et la participation de diff&#233;rents groupes de femmes. Elizabeth Spelmann a soulign&#233; cette cons&#233;quence du racisme dans son essai, &#171; Theories of Race and Gender : The Erasure of Black Women &#187; :&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; [&#8230;] dans une soci&#233;t&#233; raciste, les blancs ont en g&#233;n&#233;ral une estime d'eux-m&#234;mes profond&#233;ment conditionn&#233;e par la mani&#232;re dont ils se diff&#233;rencient des noirs et s'imaginent sup&#233;rieurs &#224; eux. Quand bien m&#234;me les blancs ne se con&#231;oivent pas comme racistes parce qu'ils ne poss&#232;dent pas d'esclaves ou qu'ils ne d&#233;testent pas les noirs, il reste que leur amour-propre est largement aliment&#233; par le racisme, qui d&#233;termine une distribution in&#233;gale des chances et des fardeaux entre les noirs et les blancs. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt; Si les militantes f&#233;ministes blanches furent si peu dispos&#233;es &#224; affronter le racisme, c'est entre autres parce qu'elles se persuadaient avec arrogance que leur appel &#224; la sororit&#233; &#233;tait un geste non raciste. J'ai entendu beaucoup de blanches me dire &#171; nous voulions que les femmes noires et d'autres femmes non-blanches rejoignent le mouvement &#187;, sans s'apercevoir le moins du monde qu'elles se comportaient en &#171; propri&#233;taires &#187; du mouvement, comme si elles &#233;taient les &#171; ma&#238;tresses de maison &#187; et nous les &#171; invit&#233;es &#187;.&lt;br&gt; &lt;br&gt; Bien qu'on insiste actuellement sur la n&#233;cessit&#233; d'&#233;liminer le racisme du mouvement f&#233;ministe, peu de changements ont eu lieu dans la th&#233;orie et la praxis. Les f&#233;ministes blanches ont int&#233;gr&#233; des &#233;crits de femmes de couleur dans les programmes universitaires et il leur arrive de recruter une femme de couleur pour faire un cours sur son groupe ethnique, ou encore de s'assurer que les femmes de couleur sont repr&#233;sent&#233;es dans les organisations. Si ces contributions sont n&#233;cessaires et estimables, elles ne servent la plupart du temps qu'&#224; masquer la r&#233;ticence des f&#233;ministes blanches &#224; renoncer &#224; leur domination h&#233;g&#233;monique sur la th&#233;orie et la praxis, domination qu'elles n'auraient jamais pu exercer si cet &#201;tat n'&#233;tait pas raciste et capitaliste. [&#8230;]&lt;br&gt; &lt;br&gt; On a &#233;galement cherch&#233; &#224; combattre le racisme en mettant en place des ateliers de d&#233;sapprentissage du racisme, souvent dirig&#233;s par des femmes blanches. Ces ateliers sont importants, mais ils ont tendance &#224; mettre l'accent sur une d&#233;marche cathartique par laquelle l'individue reconna&#238;t ses pr&#233;jug&#233;s personnels, d&#233;marche qui ne sert pas &#224; grand-chose si elle n'est pas associ&#233;e &#224; un engagement politique tourn&#233; vers le changement. Une femme qui participe &#224; ce genre d'atelier et apprend &#224; reconna&#238;tre qu'elle est raciste n'en reste pas moins une menace. La reconnaissance du racisme n'a d'importance que si elle conduit &#224; une transformation. Il faut d&#233;velopper la recherche et les publications, puis s'en servir pour lutter concr&#232;tement contre les effets de la socialisation raciste. Beaucoup de femmes blanches qui exercent chaque jour des privil&#232;ges raciaux ne s'en rendent m&#234;me pas compte (d'o&#249; l'importance de la confession dans les ateliers de d&#233;sapprentissage du racisme). Elles peuvent tr&#232;s bien &#234;tre inconscientes du r&#244;le que joue l'id&#233;ologie de la supr&#233;matie blanche dans leurs comportements et leurs attitudes &#224; l'&#233;gard des femmes qui ne leur ressemblent pas. Il est fr&#233;quent que les femmes blanches s'associent sans le savoir sur la base d'une identit&#233; raciale commune sans s'en apercevoir. Cette perp&#233;tuation inconsciente de la supr&#233;matie blanche est dangereuse, car pour lutter contre les attitudes racistes il faut d'abord reconna&#238;tre leur existence. [&#8230;]&lt;br&gt; &lt;br&gt; Nous saurons que les f&#233;ministes blanches ont s&#233;rieusement entam&#233; la lutte r&#233;volutionnaire contre le racisme quand elles ne se contenteront pas de reconna&#238;tre son influence dans le mouvement f&#233;ministe ou d'attirer l'attention sur les pr&#233;jug&#233;s individuels, mais qu'elles s'engageront activement pour r&#233;sister &#224; l'oppression raciste qui s&#233;vit dans notre soci&#233;t&#233;. Nous saurons qu'elles ont engag&#233; une politique d'&#233;limination du racisme quand elles s'emploieront &#224; changer la direction du mouvement f&#233;ministe, travailleront &#224; d&#233;construire la socialisation raciste avant d'endosser des positions dirigeantes, d'&#233;difier des th&#233;ories ou d'entrer en contact avec des femmes de couleur &#8722; quand elles feront en sorte de ne pas perp&#233;tuer l'oppression raciale ou de ne pas maltraiter les femmes de couleur, consciemment ou non. Tels sont les gestes v&#233;ritablement radicaux au fondement d'une exp&#233;rience de la solidarit&#233; politique entre femmes blanches et femmes de couleur.&lt;br&gt; &lt;br&gt; Les femmes blanches ne sont pas les seules &#224; devoir se confronter au racisme pour que la sororit&#233; prenne corps. Nous, les femmes de couleur, devons r&#233;fl&#233;chir &#224; la mani&#232;re dont nous avons assimil&#233; les croyances de la supr&#233;matie blanche, prendre la mesure du &#171; racisme int&#233;rioris&#233; &#187; qui nous pousse parfois &#224; nous ha&#239;r, &#224; nous d&#233;chirer les unes les autres au lieu de nous en prendre aux forces d'oppression, &#224; nous enfermer dans un groupe ethnique sans chercher &#224; communiquer avec les autres. Les femmes de couleur issues de diff&#233;rentes communaut&#233;s ont trop souvent appris &#224; se d&#233;tester ou &#224; se conduire en rivales. Les femmes asiatiques, latines ou indiennes d&#233;couvrent trop souvent qu'elles peuvent s'associer avec blancs dans la haine des noirs. En r&#233;action, les noirs perp&#233;tuent des st&#233;r&#233;otypes et des images racistes de ces groupes ethniques, et le cercle vicieux se referme.&lt;br&gt; &lt;br&gt; Les divisions entre les femmes de couleur ne seront &#233;limin&#233;es qu'&#224; condition que nous prenions la responsabilit&#233; de nous unir, non seulement pour r&#233;sister au racisme mais aussi pour faire connaissance avec nos cultures respectives, pour partager nos savoirs et nos comp&#233;tences, pour faire de notre diversit&#233; une force. Nous devons d&#233;velopper les recherches et les publications portant sur les barri&#232;res qui nous s&#233;parent et les moyens de les franchir. Les hommes en g&#233;n&#233;ral nouent plus facilement des contacts interethniques que les femmes. Les nombreuses responsabilit&#233;s professionnelles et domestiques que nous devons assumer font que nous manquons de temps (ou que nous ne le prenons pas) pour lier connaissance avec des femmes &#233;trang&#232;res &#224; notre groupe ou communaut&#233;. La barri&#232;re des langues nous emp&#234;che souvent de communiquer, ce qui changerait si nous nous encouragions mutuellement &#224; apprendre l'espagnol, l'anglais, le japonais, le chinois, etc.&lt;br&gt; &lt;br&gt; Si les interactions entre les femmes issues de diff&#233;rents groupes ethniques sont difficiles, et m&#234;me parfois impossibles, c'est notamment parce que nous avons du mal &#224; r&#233;aliser que les comportements n'ont pas forc&#233;ment le m&#234;me sens selon le contexte culturel dans lequel ils s'inscrivent : ce qui acceptable pour telle culture ne le sera pas ailleurs. Le cours que j'ai donn&#233; sur les &#171; Femmes du Tiers Monde aux &#201;tats-Unis &#187; m'a appris qu'il &#233;tait important d'apprendre &#224; d&#233;crypter nos codes culturels respectifs. Une &#233;tudiante asiatique-am&#233;ricaine d'origine japonaise a &#233;voqu&#233; un jour sa r&#233;ticence &#224; participer &#224; des organisations f&#233;ministes en expliquant que les militantes parlaient tr&#232;s vite, sans faire de pause, et avaient toujours une r&#233;ponse pr&#234;te pour r&#233;agir au quart de tour. Elle avait grandi en apprenant &#224; marquer des pauses, &#224; r&#233;fl&#233;chir avant de prendre la parole et &#224; anticiper l'impact de ses paroles (attitude typique, selon elle, des am&#233;ricainEs d'origine asiatique), si bien qu'elle ne se sentait pas &#224; sa place dans les assembl&#233;es f&#233;ministes. Dans notre classe, &#224; notre tour nous avons appris &#224; faire des pauses et &#224; les appr&#233;cier. En partageant ce code culturel, nous avons cr&#233;&#233; une atmosph&#232;re qui permettait de communiquer selon diff&#233;rents modes.&lt;br&gt; &lt;br&gt; La classe en question &#233;tait majoritairement constitu&#233;e d'&#233;tudiantes noires. Plusieurs &#233;tudiantes blanches se plaignaient parce qu'elles trouvaient l'ambiance &#171; trop hostile &#187;. En exemple, elles &#233;voquaient le niveau sonore et les confrontations directes qui avaient lieu dans la classe avant le d&#233;but du cours. Nous leur avons expliqu&#233; que ce qu'elles percevaient comme de l'hostilit&#233; et de l'agressivit&#233; repr&#233;sentait pour nous des provocations ludiques et des expressions affectueuses de notre plaisir d'&#234;tre ensemble. Notre tendance &#224; parler fort nous apparaissait &#224; la fois comme le r&#233;sultat d'une situation (une salle o&#249; plusieurs personnes parlaient en m&#234;me temps) et comme un trait culturel : beaucoup d'entre nous ont grandi dans des familles dans lesquelles on parle fort. Les &#233;tudiantes que notre comportement mettait mal &#224; l'aise avaient re&#231;u l'&#233;ducation des jeunes filles blanches de la classe moyenne et appris &#224; voir dans les paroles directes et fortes des signes de col&#232;re. Nous leur avons expliqu&#233; notre point de vue, les avons invit&#233;es &#224; changer de code et &#224; envisager notre mode de communication comme un geste d'affirmation. Ce faisant, elles ont commenc&#233; non seulement &#224; vivre ces cours de mani&#232;re plus cr&#233;ative et joyeuse, mais elles se sont aussi aper&#231;ues que, dans certaines cultures, le silence et la r&#233;serve peuvent &#234;tre interpr&#233;t&#233;s comme des marques d'hostilit&#233; et d'agressivit&#233;. En nous familiarisant avec nos codes culturels respectifs et en respectant nos diff&#233;rences, nous avons eu le sentiment de mieux comprendre ce qu'est la communaut&#233;, la sororit&#233;. Il ne s'agit pas de rechercher l'uniformit&#233; ou l'identit&#233;.&lt;br&gt; &lt;br&gt; L'un des enjeux essentiels de ces classes multiraciales &#233;tait de reconna&#238;tre nos diff&#233;rences et l'influence qu'elles exercent sur la mani&#232;re dont les autres nous per&#231;oivent. Il fallait constamment nous inciter mutuellement &#224; appr&#233;cier la diff&#233;rence, car beaucoup d'entre nous avaient grandi en apprenant &#224; la craindre. [&#8230;]&lt;br&gt; &lt;br&gt; Au-del&#224; des diff&#233;rences raciales, l'appartenance sociale constitue une des grandes sources de division politique entre les femmes. Les premiers &#233;crits f&#233;ministes laissent entendre que la question de l'identit&#233; de classe ne serait pas importante si les femmes issues de milieux populaires &#233;taient plus nombreuses &#224; participer au mouvement. Ce raisonnement revient &#224; nier l'existence de privil&#232;ges de classe acquis gr&#226;ce &#224; l'exploitation, ainsi que la lutte des classes. Pour construire la sororit&#233;, les femmes doivent critiquer et rejeter l'exploitation sociale. Une bourgeoise qui emm&#232;ne une de ses &#171; s&#339;urs &#187; moins privil&#233;gi&#233;e d&#233;jeuner ou d&#238;ner dans un restaurant chic reconna&#238;t peut-&#234;tre l'existence des classes sociales, mais elle ne rejette pas les privil&#232;ges li&#233;s &#224; sa classe : elle les exerce. Ce n'est pas en choisissant de porter des v&#234;tements r&#233;cup&#233;r&#233;s et de payer un loyer mod&#233;r&#233; dans un quartier pauvre qu'on exprime sa solidarit&#233; avec les d&#233;favoris&#233;Es et les laiss&#233;Es pour compte. Dans le mouvement f&#233;ministe, la question des classes a &#233;t&#233; trait&#233;e de mani&#232;re analogue &#224; celle du racisme : on s'est concentr&#233; sur le statut et le changement individuels. Mais tant que les femmes n'auront pas compris qu'il faut redistribuer les richesses et les ressources des &#201;tats-Unis et qu'elles ne travaillerons pas dans ce sens, elles ne pourront s'associer par-del&#224; les barri&#232;res sociales. [&#8230;]&lt;br&gt; &lt;br&gt; Les femmes issues des classes inf&#233;rieures ont vite r&#233;alis&#233; que l'&#233;galit&#233; sociale dont parlaient les militantes de la lib&#233;ration des femmes renvoyait &#224; des aspirations de carri&#232;re et de mobilit&#233; sociale. Elles savaient aussi pertinemment qui serait exploit&#233; au service de cette lib&#233;ration. Faisant une exp&#233;rience quotidienne de l'exploitation, elles ne peuvent ignorer la lutte des classes. Dans l'anthologie &lt;i&gt;Women of Crisis&lt;/i&gt;, Helen, une femme blanche employ&#233;e comme bonne au service d'une bourgeoise, blanche et &#171; f&#233;ministe &#187;, exprime &#224; sa mani&#232;re la contradiction entre la rh&#233;torique et la pratique f&#233;ministes :&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Je crois que Madame a raison : tout le monde devrait &#234;tre &#233;gal. Elle n'arr&#234;te pas de dire &#231;a. Sauf qu'elle me fait travailler dans sa maison, et que je ne suis pas son &#233;gale &#8722; et qu'elle ne veut pas &#234;tre mon &#233;gale ; je la comprends, parce que si j'&#233;tais &#224; sa place, moi aussi, je m'accrocherais &#224; mon argent. C'est peut-&#234;tre &#231;a, ce que font les hommes &#8722; ils s'accrochent &#224; leur argent. Et c'est une vraie bagarre, comme toujours quand on parle d'argent. Elle en sait quelque chose. Elle ne va pas s'amuser &#224; signer des gros ch&#232;ques &#224; son &#171; assistante &#187;. Elle est juste &#8722; elle n'arr&#234;te pas de nous le rappeler &#8722; mais elle ne va pas nous &#171; lib&#233;rer &#187;, pas plus que les hommes ne vont &#171; lib&#233;rer &#187; leurs femmes, leurs secr&#233;taires, ou toutes celles qui travaillent dans leurs entreprises. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt; Les militantes pour la lib&#233;ration ne se sont pas content&#233;es de relativiser les privil&#232;ges sociaux en mettant la souffrance psychologique sur le m&#234;me plan que le manque de moyens ; elles sont souvent all&#233;es jusqu'&#224; sugg&#233;rer que le premier probl&#232;me &#233;tait plus grave que le second. Elles ont r&#233;ussi &#224; ignorer que beaucoup de femmes souffrent &#224; la fois sur le plan psychologique et mat&#233;riel, ce qui suffit &#224; justifier qu'on s'attache d'abord &#224; transformer leur statut social avant de s'int&#233;resser aux perspectives de carri&#232;re des plus privil&#233;gi&#233;es. Il est clair qu'une bourgeoise qui souffre psychologiquement a plus de chances de trouver de l'aide qu'une femme qui conna&#238;t des difficult&#233;s mat&#233;rielles en plus de ses probl&#232;mes psychologiques, sentimentaux ou relationnels. Il existe une diff&#233;rence fondamentale entre les perspectives dans lesquelles se situent une femme issue de la bourgeoisie et une femme issue des classes populaires : cette derni&#232;re sait qu'aussi cruelles et d&#233;shumanisantes que soient les discriminations et l'exploitation que l'on subit en raison de son sexe, la douleur, la d&#233;shumanisation et la peur peuvent &#234;tre encore plus grandes lorsqu'on ne peut plus se nourrir ou se loger, lorsqu'on est gravement malade et qu'on n'a pas les moyens de se faire soigner. Si les femmes pauvres avaient d&#233;fini l'ordre du jour du mouvement f&#233;ministe, elles auraient peut-&#234;tre d&#233;cid&#233; de mettre la lutte des classes au centre de leur combat ; elles auraient peut-&#234;tre fait en sorte que les femmes pauvres et les privil&#233;gi&#233;es s'efforcent de comprendre la structure sociale et la mani&#232;re dont elle dresse les femmes les unes contre les autres.&lt;br&gt; &lt;br&gt; Les socialistes-f&#233;ministes, qui sont en g&#233;n&#233;ral des femmes blanches, ont mis l'accent sur la notion de classe mais elles n'ont pas r&#233;ussi &#224; changer les attitudes sociales au sein du mouvement f&#233;ministe. Bien qu'elles soutiennent le socialisme, leurs valeurs, leurs comportements et leurs mode de vie continuent &#224; &#234;tre fa&#231;onn&#233;s par les privil&#232;ges. Elles n'ont pas mis en &#339;uvre de strat&#233;gie collective visant &#224; convaincre les bourgeoises &#233;loign&#233;es de la politique radicale que l'&#233;limination de l'oppression de classe faisait partie des efforts les plus importants &#224; fournir pour &#233;liminer l'oppression sexiste. Elles n'ont pas fait suffisamment d'efforts pour s'organiser aux c&#244;t&#233;s des femmes pauvres et des ouvri&#232;res qui, sans s'identifier &#224; la cause socialiste, croient n&#233;anmoins &#224; la n&#233;cessit&#233; de redistribuer la richesse des &#201;tats-Unis. Elles n'ont pas cherch&#233; &#224; forger une prise de conscience collective des femmes. Elles ont consacr&#233; l'essentiel de leur &#233;nergie &#224; s'adresser aux hommes de gauche, &#224; discuter des liens entre marxisme et f&#233;minisme, ou &#224; expliquer aux autres f&#233;ministes que le socialisme-f&#233;minisme &#233;tait la meilleure strat&#233;gie pour la r&#233;volution. On a tort de penser que la notion de lutte des classes fait partie du domaine r&#233;serv&#233; des socialistes-f&#233;ministes. Bien que j'attire ici l'attention sur les pistes et les strat&#233;gies qu'elles ont n&#233;glig&#233;es, j'aimerais souligner que ces enjeux doivent &#234;tre pris en compte par toutes les militantes du mouvement f&#233;ministe. Quand les femmes regarderont en face la r&#233;alit&#233; des divisions sociales et prendront des engagements politiques destin&#233;s &#224; les &#233;liminer, nous ne nous heurterons plus aux conflits de classe tellement &#233;vidents dans le mouvement f&#233;ministe. Tant que nous ne nous concentrerons pas sur les divisions de classe entre femmes, nous serons incapables de construire une v&#233;ritable solidarit&#233; politique.&lt;br&gt; &lt;br&gt; Le sexisme, le racisme et les pr&#233;jug&#233;s de classe s&#233;parent les femmes. Au sein du mouvement f&#233;ministe, les divisions et les d&#233;saccords sur la strat&#233;gie et les priorit&#233;s de la lutte ont conduit &#224; la formation de groupes qui soutiennent des positions politiques diverses. L'&#233;parpillement des factions politiques et des groupes poursuivant des int&#233;r&#234;ts sp&#233;cifiques freine la solidarit&#233; : ces divisions sont inutiles et pourraient &#234;tre facilement &#233;limin&#233;es. La sp&#233;cialisation des groupes am&#232;ne les femmes &#224; croire qu'il appartient exclusivement aux socialistes-f&#233;ministes de se pencher sur la question des classes ; que seules les lesbiennes f&#233;ministes sont habilit&#233;es &#224; lutter contre l'oppression de l'homosexualit&#233; f&#233;minine et masculine ; que le racisme n'est que l'affaire des femmes noires ou de couleur. Toute femme peut s'&#233;lever pour s'opposer politiquement &#224; l'oppression sexiste, raciste, h&#233;t&#233;rosexiste ou sociale. M&#234;me si elle d&#233;cide de concentrer ses efforts sur une question politique donn&#233;e ou une cause sp&#233;cifique, &#224; partir du moment o&#249; elle s'oppose fermement &#224; toutes les formes d'oppression collective, cette perspective g&#233;n&#233;rale se manifestera dans son travail, aussi particulier soit-il. Quand les militantes f&#233;ministes s'&#233;l&#232;veront contre le racisme et l'exploitation sociale, la question de la pr&#233;sence des femmes de couleur ou des femmes pauvres ne constituera plus un enjeu. Reconnues comme essentielles, ces questions seront trait&#233;es par tout le monde, m&#234;me si les femmes les plus concern&#233;es par ces formes particuli&#232;res d'exploitation resteront n&#233;cessairement &#224; l'avant-garde des combats destin&#233;s &#224; les faire dispara&#238;tre. Nous devons accepter de prendre la responsabilit&#233; de lutter contre des oppressions qui ne nous affectent pas n&#233;cessairement en tant qu'individues. Comme d'autres mouvements radicaux, le mouvement f&#233;ministe s'affaiblit quand la participation est exclusivement motiv&#233;e par des pr&#233;occupations et des priorit&#233;s individuelles. En manifestant notre engagement pour l'int&#233;r&#234;t collectif, nous renfor&#231;ons notre solidarit&#233;. [&#8230;]&lt;br&gt; &lt;br&gt; Il faut que les femmes agissent ensemble sur des sujets qui suscitent des d&#233;saccords id&#233;ologiques, en cherchant &#224; transformer l'interaction conflictuelle afin de rendre la communication possible. Par exemple, quand nous nous rassemblons, il ne s'agit pas de faire semblant d'&#234;tre unies : il faut au contraire reconna&#238;tre que nous sommes divis&#233;es et trouver les moyens de vaincre les peurs, les pr&#233;jug&#233;s, les ressentiments, les rivalit&#233;s, etc. Les d&#233;saccords violents et n&#233;gatifs qui ont &#233;clat&#233; dans les cercles f&#233;ministes ont conduit de nombreuses militantes &#224; fuir les situations d'interaction collective et individuelle qui d&#233;g&#233;n&#232;rent parfois en disputes et en confrontations. On en est arriv&#233; &#224; penser que le confort et la solidarit&#233; n&#233;cessitaient de se retrouver dans des groupes dont toutes les participantes &#233;taient semblables et partageaient les m&#234;mes valeurs. Si aucune femme ne souhaite se retrouver dans une situation qui la r&#233;duirait psychiquement &#224; n&#233;ant, les femmes sont n&#233;anmoins capables de s'affronter, puis de d&#233;passer leur opposition pour arriver &#224; se comprendre. L'expression de l'hostilit&#233; ne saurait &#234;tre une fin en soi, mais elle a du sens lorsqu'elle est con&#231;ue comme un catalyseur qui nous permet de clarifier notre compr&#233;hension de la r&#233;alit&#233;. Le d&#233;veloppement de la solidarit&#233; f&#233;minine passe par l'exp&#233;rience de ce travail dans l'affrontement, ne serait-ce que parce que nous devons nous lib&#233;rer de la socialisation sexiste qui nous a appris &#224; &#233;viter la confrontation sous peine de souffrir ou d'&#234;tre d&#233;truites. [&#8230;]&lt;br&gt; &lt;br&gt; Quand nous nous engageons activement en nous aidant mutuellement &#224; comprendre nos diff&#233;rences, &#224; corriger les id&#233;es fausses ou d&#233;form&#233;es, nous posons les fondements de l'exp&#233;rience de la solidarit&#233; politique. La solidarit&#233;, ce n'est pas simplement le soutien. Pour en faire l'exp&#233;rience, nous devons avoir une communaut&#233; d'int&#233;r&#234;ts, de croyances et d'objectifs autour desquels nous unir et construire la sororit&#233;. Le soutien peut s'exprimer par intermittences : on peut le reprendre tout aussi facilement qu'on l'a donn&#233;. La solidarit&#233; n&#233;cessite en revanche un engagement durable et permanent. Le mouvement f&#233;ministe a besoin de la diversit&#233;, du d&#233;saccord et de la diff&#233;rence pour grandir. Comme l'ont soulign&#233; Grace Lee Boggs et James Boggs dans &lt;i&gt;Revolution and Evolution in the Twentieth Century&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Grace Lee Boggs, James Boggs, Revolution and Evolution in the Twentieth (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les concepts de critique et d'autocritique reposent sur une m&#234;me appr&#233;ciation de la r&#233;alit&#233; de la contradiction. La critique et l'autocritique renvoient &#224; la mani&#232;re dont des individus unis autour d'objectifs communs peuvent consciemment utiliser leurs diff&#233;rences et leurs limites, c'est-&#224;-dire des traits n&#233;gatifs, afin d'acc&#233;l&#233;rer leur avanc&#233;e positive. Il faut savoir tirer le meilleur parti des choses, comme on dit. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt; Les femmes n'ont pas besoin d'&#233;radiquer leurs diff&#233;rences pour se sentir solidaires les unes des autres. Nous n'avons pas besoin d'&#234;tre toutes victimes d'une m&#234;me oppression pour toutes nous battre contre l'oppression. Nous n'avons pas besoin de ha&#239;r le masculin pour nous unir, tant est riche le tr&#233;sor d'exp&#233;riences, de cultures et d'id&#233;es que nous pouvons partager entre nous. Nous pouvons &#234;tre des s&#339;urs unies par des int&#233;r&#234;ts et des croyances partag&#233;es, unies dans notre appr&#233;ciation de la diversit&#233;, unies dans la lutte que nous menons pour mettre fin &#224; l'oppression sexiste, unies dans la solidarit&#233; politique.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;bell hooks, &lt;i&gt;Feminist Theory : from Margin to Center&lt;/i&gt;, South End Press, Boston, 1984.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;bell hooks, &lt;i&gt;Ain't I a woman : Black Woman and Feminism&lt;/i&gt;, South End Press, Boston, 1982.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Grace Lee Boggs, James Boggs, &lt;i&gt;Revolution and Evolution in the Twentieth Century&lt;/i&gt;, Monthly Review Press, New York, 1974.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte est paru en 1986 dans le n&#176;23 de &#171; Feminist Review &#187;, sous le titre original : &#034;Sisterhood : Political Solidarity between Women&#034;.&lt;br&gt; &lt;br&gt; Il s'agit d'une version remani&#233;e du chapitre 4 de &#171; Feminist Theory : from Margin to Center &#187;, South End Press, Boston, 1984.&lt;br&gt; &lt;br&gt; Cette traduction en fran&#231;ais, par Anne Robatel, a &#233;t&#233; publi&#233;e dans &#171; Black feminism, Anthologie du f&#233;minisme africain-am&#233;ricain, 1975-2000 &#187;, L'Harmattan, Biblioth&#232;que du f&#233;minisme, Paris, 2008.&lt;br&gt; &lt;br&gt; bell hooks est auteure de nombreux livres, dont voici quelques titres : &#171; Ain't I a Woman ? : Black women and feminism &#187; (1981), &#171; Feminist Theory : From Margin to Center &#187; (1984), &#171; Talking Back : Thinking Feminist, Thinking Black &#187; (1989), &#171; Sisters of the Yam : Black Women and Self-recovery &#187; (1993), &#171; Reel to Real : Race, Sex, and Class at the Movies &#187; (1996), &#171; Where We Stand : Class Matters &#187; (2000), &#171; Rock My Soul : Black People and Self-esteem &#187; (2003), &#171; Soul Sister : Women, Friendship, and Fulfillment &#187; (2005), &#171; Belonging : A Culture of Place &#187; (2009), ou encore &#171; Writing Beyond Race : Living Theory and Practice &#187; (2013).&lt;br&gt; &lt;br&gt; &#192; ce jour, aucun des livres de bell hooks ne semble avoir &#233;t&#233; traduit en fran&#231;ais.&lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Une Question de Classe</title>
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		<dc:date>2014-12-27T10:04:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dorothy Allison</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme, (questions de) genre</dc:subject>
		<dc:subject>en stock</dc:subject>
		<dc:subject>Les Farfadettes (Nancy)</dc:subject>
		<dc:subject>Queer, transp&#233;d&#233;bigouines</dc:subject>
		<dc:subject>Oppressions de classe</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La premi&#232;re fois que j'ai entendu &#171; ils sont diff&#233;rents de nous, ils n'accordent pas la m&#234;me valeur que nous &#224; la vie humaine &#187;, j'&#233;tais au lyc&#233;e en Floride. L'homme qui parlait &#233;tait un recruteur de l'arm&#233;e s'adressant &#224; une bande de gar&#231;ons, leur expliquant ce qu'&#233;tait vraiment l'arm&#233;e et ce &#224; quoi ils devaient s'attendre outre-mer. Un sentiment de col&#232;re froide m'avait envahie. J'avais entendu le mot &#034;ils&#034; prononc&#233; sur le m&#234;me ton dur, avant. &#034;Ils&#034;, ces gens l&#224;-bas, ces gens ne sont pas nous, ils meurent si facilement, s'entre-tuent si ais&#233;ment. Ils sont diff&#233;rents. &#034;Nous&#034;, j'ai pens&#233;. &#034;Moi.&#034;&lt;br&gt; &lt;br&gt; Ma famille et moi, nous avons toujours &#233;t&#233; &#034;eux&#034;. Qui suis-je ? me demandai-je en &#233;coutant ce recruteur. Qui sont mes semblables ? Nous mourons si facilement, disparaissons si s&#251;rement &#8211; nous/elles/eux, les pauvres et les queers. J'ai press&#233; mes pauvres poings blancs osseux contre ma bouche de lesbienne t&#234;tue. La fureur &#233;tait une bonne sensation, plus forte et plus pure que la honte qui lui succ&#233;dait, que la peur et l'envie soudaine de courir et de se cacher, de nier, de faire semblant de ne savoir ni qui j'&#233;tais ni ce que le monde me faisait.&lt;br&gt; &lt;br&gt; J'ai grandi dans la pauvret&#233;, la haine, victime de violence physiques, psychologiques et sexuelles, et je sais que souffrir ne rend pas noble. &#199;a d&#233;truit. Pour r&#233;sister &#224; la destruction, &#224; la haine de soi ou au d&#233;sespoir &#224; vie, nous devons nous d&#233;barrasser de la condition de m&#233;pris&#233;E, de la peur de devenir le &#034;eux&#034; dont ils parlent avec tant de m&#233;pris. Nous devons refuser les mythes mensongers et les morales faciles. Nous devons nous voir nous-m&#234;mes comme des &#234;tres humains, avec des d&#233;fauts, et extraordinaires. Nous touTEs &#8211; extraordinaires.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique26" rel="directory"&gt;U&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;F&#233;minisme, (questions de) genre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot72" rel="tag"&gt;en stock&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot85" rel="tag"&gt;Les Farfadettes (Nancy)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot125" rel="tag"&gt;Queer, transp&#233;d&#233;bigouines&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot157" rel="tag"&gt;Oppressions de classe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L107xH150/arton1160-cf2f2.jpg?1780483449' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='107' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1160.jpg?1416964992&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;CONTEXTE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;{{}}&lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Un &#233;t&#233;, il y a presque dix ans, j'ai emmen&#233; ma copine rendre visite &#224; ma tante Dot ainsi qu'au reste de la famille de ma m&#232;re &#224; Greenville. Nous avons pris notre temps pour y aller, passant une journ&#233;e &#224; Washington et une autre &#224; Durham. J'ai m&#234;me pens&#233; lui sugg&#233;rer un d&#233;tour par les Smoky Mountains, jusqu'&#224; ce que je r&#233;alise que la raison pour laquelle j'y pensais &#233;tait la peur. Ce n'&#233;tait pas ma famille que je craignais. C'&#233;tait ma copine. J'avais peur d'amener ma copine &#224; la maison &#224; cause de l'expression que je pourrais lire sur son visage une fois qu'elle aurait pass&#233; un peu de temps avec ma tante, rencontr&#233; quelques-uns de mes oncles et essay&#233; de parler &#224; n'importe lequel de mes cousins. Je craignais la distance, la peur ou le m&#233;pris qui, je l'imaginais, pourraient appara&#238;tre entre nous. J'avais peur qu'elle me voie avec des yeux nouveaux, des yeux odieux, les yeux de quelqu'une qui aurait soudain compl&#232;tement compris combien nous &#233;tions diff&#233;rentes. La froideur de ma tante, sa m&#233;fiance envers mes cousins ou le d&#233;dain de mon oncle me semblaient moins mena&#231;ants.&lt;br&gt; J'ai eu raison de m'inqui&#233;ter. Ma copine m'a en effet vue avec des yeux nouveaux, pourtant il s'av&#233;ra qu'elle craignait moins sa propre peur ou le malaise qui pouvait s'installer entre nous que le fait que je pusse m'&#233;loigner d'elle.&lt;br&gt; Ce que j'ai lu sur son visage apr&#232;s le premier jour en Caroline du Sud ne correspondait &#224; rien de ce que je pr&#233;voyais. Ses traits &#233;taient marqu&#233;s par une sorte de crainte t&#233;nue, de confusion, de doute et de honte. Tout ce qu'elle a pu me dire est qu'elle n'avait pas &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;e. Ma tante Dot lui a souhait&#233; la bienvenue, lui a servi du th&#233; glac&#233; dans un grand verre, et l'a install&#233;e &#224; la meilleure place autour de la table de la cuisine, celle pr&#232;s de la fen&#234;tre, l&#224; o&#249; la fum&#233;e de cigarette de mon oncle ne la g&#234;nerait pas. Mais ma copine a &#224; peine parl&#233;.&lt;br&gt; &#171; C'est une sorte de dialecte, n'est-ce pas, m'a-t-elle dit cette nuit l&#224; dans la chambre du motel. Je n'ai pas compris un mot sur quatre de tout ce qu'a dit ta tante. &#187; Je l'ai regard&#233;e. L'accent de tante Dot &#233;tait prononc&#233; mais je ne l'avais jamais pris pour un dialecte. C'&#233;tait juste qu'elle n'avait jamais quitt&#233; le comt&#233; de Greenville. Elle avait une t&#233;l&#233;vision, mais elle &#233;tait pour les enfants, dans le living-room. Ma tante passait sa vie &#224; cette table de cuisine.&lt;br&gt; Ma copine s'appuya sur mon &#233;paule, la joue pos&#233;e contre ma clavicule. &#171; Je pensais que je savais &#224; quoi cela ressemblerait &#8211; ta famille, Greenville. Tu m'avais racont&#233; tellement d'anecdotes. Mais les mots... &#187; Elle leva la paume de sa main en l'air et tendit les doigts comme si elle cherchait &#224; exprimer une id&#233;e.&lt;br&gt; &#171; Je ne sais pas, dit-elle. Je pensais comprendre ce que tu voulais dire quand tu disais &#034;classe ouvri&#232;re&#034;, mais il me manquait un contexte. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; J'&#233;tais &#233;tendue, immobile. Bien que l'air conditionn&#233; du motel march&#226;t &#224; fond, je pouvais sentir la chaleur moite du dehors. Elle passait quand m&#234;me &#224; travers les portes et les fen&#234;tres, une odeur de terre mar&#233;cageuse qui me ramenait &#224; l'&#226;ge de dix ans, quand je descendais pour dormir &#224; m&#234;me le sol avec mes s&#339;urs, esp&#233;rant qu'il y ferait un peu plus frais. Nous n'avions jamais eu l'air conditionn&#233;, nous n'avions jamais s&#233;journ&#233; dans un motel, nous n'avions jamais mang&#233; dans un restaurant o&#249; ma m&#232;re ne travaillait pas. Le contexte. J'ai respir&#233; l'odeur de m&#233;tal humide du climatiseur et me suis souvenue de Folly Beach.&lt;br&gt; Lorsque j'avais environ huit ans, mon beau-p&#232;re nous y avait conduites par la route qui venait de Charleston, et nous nous &#233;tions install&#233;Es touTEs les cinq dans une seule pi&#232;ce qu'un de ses amis de travail avait mis &#224; notre disposition. Ce n'&#233;tait pas un motel. C'&#233;tait une pension, et la femme qui la dirigeait ne semblait pas tr&#232;s ravie que nous nous pr&#233;sentions pour une chambre que quelqu'un avait d&#233;j&#224; pay&#233;e pour nous. Je dormais dans un lit d'enfant pliant qui mena&#231;ait de s'effondrer. Mes s&#339;urs dormaient ensemble dans le lit en face de celui de mes parents. Ma m&#232;re cuisinait sur un r&#233;chaud &#224; deux feux pour nous &#233;conomiser le co&#251;t de repas pris dehors, et notre petite f&#234;te c'&#233;tait de la nourriture &#224; emporter &#8211; du poisson frit dont mon beau-p&#232;re jurait qu'il &#233;tait mauvais, et des hamburgers qui venaient du m&#234;me endroit. Nous &#233;tions impressionn&#233;es par la douche ext&#233;rieure sous les escaliers o&#249; nous devions rincer le sable que nous ramenions de la plage. Nous avions tr&#232;s envie de louer un de ces cano&#235;s, parasols, et bicyclettes que l'on pouvait se procurer sur la plage. Mais mon beau-p&#232;re soutenait que toutes ces choses &#233;taient propos&#233;es &#224; des tarifs de voleur, et il maudissait l'homme qui essayait de nous tenter avec. Cela nous importait peu. Nous &#233;tions combl&#233;es par la simple libert&#233; de passer de vraies vacances dans des lieux publics qui obligeaient mon beau-p&#232;re &#224; surveiller son caract&#232;re, et par celle de courir partout en maillot de bain et en tongs.&lt;br&gt; Nous sommes rest&#233;Es une semaine. Par deux fois mon beau-p&#232;re nous a envoy&#233;es &#224; la plage pendant que lui et ma m&#232;re sont rest&#233;s dans la chambre. Nous en avons profit&#233; pour suivre les faits et gestes d'autres familles, pour &#233;couter les p&#232;res faire des &#233;loges de leurs fils et regarder les m&#232;res rougir de fiert&#233; en voyant comment les gens regardaient leurs filles. Nous avons &#233;cout&#233; les accents et &#233;tudi&#233; les menus de pique-nique. Chacun &#233;tait &#233;trange et merveilleux. En vacances.&lt;br&gt; Mon beau-p&#232;re ne s'emporta qu'une seule fois durant ce voyage. Il &#233;tait horrifi&#233; par les prix pratiqu&#233;s dans les magasins de souvenirs et nous faisait garder nos mains dans nos poches.&lt;br&gt; &#171; Ces salauds de juifs me feront payer si vous cassez quelque chose &#187;, jura-t-il.&lt;br&gt; Ses paroles m'ont fait tressaillir et aussi r&#233;aliser que l'homme derri&#232;re le comptoir l'avait entendu. Je l'ai vu rougir violemment alors qu'il suivait du regard mon beau-p&#232;re qui se dirigeait vers la porte. Puis j'ai vu son coup d'&#339;il sur moi et mes s&#339;urs, refl&#233;tant le m&#234;me m&#233;pris que celui destin&#233; &#224; mon beau-p&#232;re. Une chaleur est mont&#233;e dans ma nuque et j'ai voulu m'excuser &#8211; lui dire que nous n'&#233;tions pas comme notre beau-p&#232;re &#8211; mais je ne pouvais rien faire. Je ne pouvais rien lui dire devant mon beau-p&#232;re, et si je l'avais fait, pourquoi m'aurait-il crue ? Souviens-t'en, ai-je pens&#233;. N'oublie jamais ce que tu as vu, entendu et ressenti. J'ai serr&#233; les dents et gard&#233; la t&#234;te bien droite, j'ai regard&#233; cet homme dans les yeux et prononc&#233; sans un bruit, &#171; je suis d&#233;sol&#233;e &#187;, mais je ne sais pas s'il a saisi.&lt;br&gt; Quel contexte avait-il pour des gens comme nous ?&lt;br&gt; Apr&#232;s que ma copine se fut endormie cette premi&#232;re nuit &#224; Greenville, je suis rest&#233;e allong&#233;e, longtemps &#233;veill&#233;e. Ma copine &#233;tait une Yankee de bonne famille, qui avait pass&#233; les &#233;t&#233;s de son enfance sur les rivages du New Jersey. J'&#233;tais all&#233;e l&#224;-bas avec elle, j'avais march&#233; avec elle sur les plages de son enfance, larges et plates, d'un gris tr&#232;s clair, si propres qu'elles m'intimidaient. Apr&#232;s avoir vu o&#249; elle avait grandi et rencontr&#233; quelques membres de sa famille je la comprenais mieux, je voyais d'o&#249; venaient certaines de ses peurs et d'o&#249; venait sa fiert&#233;. Qu'avait-elle compris &#224; mon sujet aujourd'hui ? Je m'interrogeais.&lt;br&gt; J'ai tourn&#233; la t&#234;te sur le c&#244;t&#233; pour la regarder dormir, ses l&#232;vres l&#233;g&#232;rement appuy&#233;es contre ma peau. Ses cheveux &#233;taient fonc&#233;s et brillants, ses dents droites et blanches. Je me demandais ce qu'elle aurait pens&#233; de Folly Beach, c&#244;te du New Jersey des pauvres gens, ou de nous, si elle avait pu nous y voir. Une vieille honte me submergea, puis je me r&#233;solus &#224; la chasser.&lt;br&gt; Le contexte, c'est si peu &#224; partager, et c'est si vital.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;UNE QUESTION DE CLASSE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;{{}}&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La premi&#232;re fois que j'ai entendu &#171; ils sont diff&#233;rents de nous, ils n'accordent pas la m&#234;me valeur que nous &#224; la vie humaine &#187;, j'&#233;tais au lyc&#233;e en Floride. L'homme qui parlait &#233;tait un recruteur de l'arm&#233;e s'adressant &#224; une bande de gar&#231;ons, leur expliquant ce qu'&#233;tait vraiment l'arm&#233;e et ce &#224; quoi ils devaient s'attendre outre-mer. Un sentiment de col&#232;re froide m'avait envahie. J'avais entendu le mot &lt;i&gt;ils&lt;/i&gt; prononc&#233; sur le m&#234;me ton dur, avant. &lt;i&gt;Ils&lt;/i&gt;, ces gens l&#224;-bas, ces gens ne sont pas nous, ils meurent si facilement, s'entre-tuent si ais&#233;ment. Ils sont diff&#233;rents. &lt;i&gt;Nous&lt;/i&gt;, j'ai pens&#233;. &lt;i&gt;Moi&lt;/i&gt;.&lt;br&gt; Lorsque j'avais six ou huit ans &#224; Greenville, en Caroline du Sud, j'avais entendu ce m&#234;me ton de rejet, en l'occurrence employ&#233; &#224; mon &#233;gard. &#171; Ne joue pas avec elle. Je ne veux pas que tu leur parles. &#187; Ma famille et moi, nous avons toujours &#233;t&#233; &lt;i&gt;eux&lt;/i&gt;. Qui suis-je ? me demandai-je en &#233;coutant ce recruteur. Qui sont mes semblables ? Nous mourons si facilement, disparaissons si s&#251;rement &#8211; nous/elles/eux, les pauvres et les queers. J'ai press&#233; mes pauvres poings blancs osseux contre ma bouche de lesbienne t&#234;tue. La fureur &#233;tait une bonne sensation, plus forte et plus pure que la honte qui lui succ&#233;dait, que la peur et l'envie soudaine de courir et de se cacher, de nier, de faire semblant de ne savoir ni qui j'&#233;tais ni ce que le monde me faisait.&lt;br&gt; Les gens comme moi n'&#233;taient pas remarquables. Nous &#233;tions ordinaires mais, m&#234;me ainsi, nous &#233;tions des mythes. Nous &#233;tions ce eux dont tout le monde parle &#8211; les pauvre bougres. J'ai grandi en essayant d'&#233;chapper au sort qui a d&#233;truit tant de gens que j'aimais, et, ayant pris l'habitude de me cacher, j'ai d&#233;couvert que j'avais aussi pris celle de me cacher de moi-m&#234;me. Je ne savais pas qui j'&#233;tais, je savais seulement que je ne voulais pas &#234;tre eux, ceux et celles qui sont d&#233;truitEs ou &#233;cart&#233;Es pour que les &#171; vraies personnes &#187;, les gens importants, se sentent plus en s&#233;curit&#233;. Une fois que j'ai compris que j'&#233;tais queer, cette habitude de me cacher &#233;tait ancr&#233;e en moi, si profond&#233;ment que ce n'&#233;tait plus un choix mais de l'instinct. Se cacher, se cacher pour survivre je pensais, &#233;tant entendu pour moi que si je disais la v&#233;rit&#233; sur ma vie, ma famille, mon inclination sexuelle, mon histoire je me retrouverais dans ce territoire inconnu, le pays des ils, sans jamais aucune chance de mettre un nom sur ma propre vie, de la comprendre ou de la revendiquer.&lt;br&gt; Pourquoi as-tu si peur ? me demandaient mes amies et amantes toutes les fois o&#249; je semblais soudainement &#234;tre &#233;trang&#232;re, quelqu'une qui ne leur parlait plus, qui ne faisait plus les choses que d'apr&#232;s elles je devais faire, des choses simples comme faire une demande d'emploi, de bourse, ou de prix dont elles &#233;taient s&#251;res que je les obtiendrais facilement. Le bon droit, je leur ai dit, c'est de se sentir &lt;i&gt;nous&lt;/i&gt; plut&#244;t que &lt;i&gt;eux&lt;/i&gt;. Vous pensez que vous avez droit &#224; des choses, que vous avez une place sur cette terre, et &#231;a fait tellement partie int&#233;grante de vous que vous ne pouvez pas imaginer des gens comme moi, des gens qui semblent vivre dans votre monde mais qui n'en font pas partie. J'ai expliqu&#233; ce que je sais encore et encore, de toutes les fa&#231;ons possibles, mais je n'ai jamais &#233;t&#233; capable de faire comprendre le degr&#233; de ma peur, jusqu'&#224; quel point je me sentais ni&#233;e : non seulement j'&#233;tais homosexuelle dans un monde qui hait les homosexuelLEs, mais j'&#233;tais n&#233;e pauvre dans un monde qui m&#233;prise les pauvres. Le besoin de rendre mon monde cr&#233;dible pour des gens qui ne le connaissent pas constitue en partie la raison pour laquelle j'&#233;cris. Je sais que certaines choses doivent &#234;tre ressenties pour &#234;tre comprises, que le d&#233;sespoir, par exemple, ne peut jamais &#234;tre analys&#233; de fa&#231;on suffisante ; il doit &#234;tre v&#233;cu. Mais si je peux &#233;crire une histoire qui entra&#238;ne ma lectrice au point qu'elle s'imagine &#234;tre mes personnages, qu'elle ressent leur degr&#233; de peur et de doute, leurs espoirs et leurs angoisses, alors je serai parvenue &#224; me sentir plus r&#233;elle, aussi importante que ces m&#234;mes gens que j'ai toujours regard&#233;s avec crainte et respect.&lt;br&gt; &lt;br&gt; Je sais que je suis lesbienne depuis mon adolescence, et j'ai pass&#233; une bonne vingtaine d'ann&#233;es &#224; panser les plaies de l'inceste et des mauvais traitements. Mais ce qui est sans doute le fait marquant de ma vie, c'est d'&#234;tre n&#233;e en 1949 &#224; Greenville, en Caroline du Sud, et d'&#234;tre la fille naturelle d'une femme blanche issue d'une famille d&#233;sesp&#233;r&#233;ment pauvre, une femme qui avait quitt&#233; la quatri&#232;me l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, travaill&#233; comme serveuse, et avait juste quinze ans et un mois lorsqu'elle m'avait eue. Ce fait, l'impact auquel je n'ai pu &#233;chapper d'&#234;tre n&#233;e dans des conditions de pauvret&#233; que cette soci&#233;t&#233; trouve honteuses, m&#233;prisables et quelque part m&#233;rit&#233;es, a eu le dessus sur moi &#224; un point tel que j'ai pass&#233; ma vie &#224; essayer de le surmonter ou de le nier. J'ai appris avec beaucoup de douleur que la grande majorit&#233; des gens pensent que la pauvret&#233; est une condition de vie volontaire.&lt;br&gt; J'ai aim&#233; ma famille si obstin&#233;ment que chaque geste pour la maintenir dans le m&#233;pris a allum&#233; chez moi un contre-feu de fiert&#233; &#8211; compliqu&#233; par l'envie sous-jacente de nous couler dans les mythes et les th&#233;ories acceptables de la soci&#233;t&#233; en g&#233;n&#233;ral et de sa r&#233;interpr&#233;tation lesbienne-f&#233;ministe. Le choix devient : soit les films de Steven Spielberg et les romans de Erskine Caldwell, l'un mettant en valeur et l'autre caricaturant, soit le patriarcat comme sc&#233;l&#233;rat, banalisant les choix que les hommes et les femmes de ma famille ont faits. J'ai eu &#224; combattre de vastes g&#233;n&#233;ralisations issues de tous les points de vue th&#233;oriques.&lt;br&gt; La th&#233;orie f&#233;ministe traditionnelle a eu une compr&#233;hension limit&#233;e des diff&#233;rences de classes ainsi que de la fa&#231;on dont la sexualit&#233; et le moi sont fa&#231;onn&#233;s &#224; la fois par le d&#233;sir et par le d&#233;ni. Cette th&#233;orie sugg&#232;re que nous sommes toutes des s&#339;urs qui devrions seulement diriger notre col&#232;re et notre m&#233;fiance vers le monde ext&#233;rieur &#224; la communaut&#233; lesbienne. Il est facile de dire que le patriarcat est la cause de tout, que la pauvret&#233; et le m&#233;pris sont des produits de la soci&#233;t&#233; patriarcale, et j'ai souvent ressenti le besoin de confondre mon v&#233;cu sexuel avec ce que j'&#233;tais d'accord de partager de mes origines de classe, de pr&#233;tendre que ma vie en tant que lesbienne et ma vie de femme issue de la classe ouvri&#232;re &#233;taient toutes deux construites par le patriarcat. Ou, inversement, d'ignorer combien ma vie fut fa&#231;onn&#233;e par le fait de grandir pauvre et de ne parler que de l'influence de l'inceste sur mon identit&#233; de femme et de lesbienne. La difficult&#233; r&#233;side dans ce que je ne peux pas imputer purement et simplement la source de mes probl&#232;mes dans la vie ni au patriarcat, ni &#224; l'inceste, ni m&#234;me &#224; la structure de classes de notre soci&#233;t&#233;, invisible et objet de d&#233;ni.&lt;br&gt; &lt;br&gt; Au sein de mon collectif lesbien-f&#233;ministe nous avons eu de longues conversations au sujet de la s&#233;paration corps/esprit, et de la mani&#232;re dont nous compartimentons nos vies pour survivre. Durant des ann&#233;es j'ai pens&#233; que ce concept renvoyait &#224; ma fa&#231;on de s&#233;parer ma vie engag&#233;e, activiste, de ma vie secr&#232;te, passionn&#233;e, &#224; travers laquelle j'assouvissais mes d&#233;sirs sexuels. J'&#233;tais convaincue que la fracture &#233;tait assez simple, qu'elle serait r&#233;solue avec le temps lorsque j'y verrais plus clair &#8211; &#224; peu pr&#232;s au moment o&#249; je commencerais &#224; comprendre le sexe. Jamais je n'imaginais que ce n'&#233;tait pas une scission mais une fragmentation, et j'ai travers&#233; des parties enti&#232;res de ma vie &#8211; des jours, des mois, des ann&#233;es &#8211; &#224; progresser de fa&#231;on purement dirig&#233;e, me levant tous les matins et me mettant au travail, travaillant tellement et si continuellement que j'&#233;vitais par n'importe quel moyen d'analyser ce que je savais de ma vie. Travailler devenait une transe. J'ignorais qui j'&#233;tais vraiment et comment j'&#233;tais devenue cette personne, je continuais dans cette avanc&#233;e journali&#232;re, j'&#233;tais devenue une automate qui n'existe que par son travail.&lt;br&gt; J'ai essay&#233; de faire partie de la communaut&#233; lesbienne f&#233;ministe afin de me sentir r&#233;elle et valoris&#233;e. Je ne me rendais pas compte que je me cachais, me fondant au milieu des autres par s&#233;curit&#233; comme je l'avais fait au lyc&#233;e, &#224; l'universit&#233;. J'ai trop connu cette attitude pour l'oublier. Je croyais que toutes ces choses dont je ne parlais pas, ou auxquelles je ne voulais m&#234;me pas trop penser, n'&#233;taient pas importantes, qu'aucune ne me d&#233;finissait. J'avais b&#226;ti une vie, une identit&#233; dont j'&#233;tais fi&#232;re, j'avais une autre famille, la famille lesbienne, dans laquelle je me sentais en s&#233;curit&#233;, et je n'avais pas r&#233;alis&#233; que mon moi fondamental avait presque disparu.&lt;br&gt; Il &#233;tait facile de vivre cette vie &#224; un point surprenant. Tout un chacun concourait &#224; ce processus. Tout dans notre culture &#8211; livres, t&#233;l&#233;vision, films, &#233;cole, mode &#8211; est pr&#233;sent&#233; comme &#233;tant vu, entendu, ou fa&#231;onn&#233; par une seule et unique personne. M&#234;me si vous savez que vous ne partagez en rien cet imaginaire standard &#8211; si vous aimez la country music et pas le classique, si vous lisez les livres avec un certain cynisme, si vous restez incr&#233;dule face aux informations que vous &#233;coutez, si vous &#234;tre lesbienne et pas h&#233;t&#233;rosexuelle, et vivez entour&#233;e de votre petite communaut&#233; d&#233;viante &#8211; vous &#234;tes tout de m&#234;me conditionn&#233;e par cet h&#233;g&#233;monisme, ou par votre r&#233;sistance &#224; celui-ci. Le seul moyen que j'ai trouv&#233; pour r&#233;sister &#224; cette vision h&#233;g&#233;monique du monde fut de m'inclure moi-m&#234;me dans quelque chose de plus grand que moi. Comme f&#233;ministe et militante lesbienne radicale, et plus tard comme militante sexe-radicale (ce qui plus tard devint le terme, avec f&#233;ministes pro-sexe, pour d&#233;signer celles qui n'&#233;taient pas anti-pornographie mais anti-censure, celles d'entre nous qui d&#233;fendaient la diversit&#233; sexuelle), le besoin d'appartenance, afin de me sentir en s&#233;curit&#233;, &#233;tait tout aussi important pour moi que pour n'importe quelLE h&#233;t&#233;rosexuelLE, citoyenNE apolitique, et parfois m&#234;me plus important puisque le reste de ma vie &#233;tait fortement engag&#233; dans le combat.&lt;br&gt; La premi&#232;re fois que j'ai lu les po&#232;mes d'Irena Klepfisz&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Irena Klepfisz, A Few Words in the Mother Tongue : Poems, Selected and Ne, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, lesbienne et juive, j'ai &#233;prouv&#233; comme un frisson de reconnaissance. Non pas que mes semblables aient &#233;t&#233; &#171; ray&#233;Es de la carte &#187; ou assassin&#233;Es comme l'ont &#233;t&#233; les sienNEs. Non, nous avions &#233;t&#233; encourag&#233;Es &#224; nous d&#233;truire nous-m&#234;mes, on nous avait renduEs invisibles parce que nous ne collions pas au mythe, engendr&#233; par la classe moyenne, des bons pauvres. M&#234;me maintenant, &#224; quarante ans pass&#233;s et obstin&#233;ment fi&#232;re de ma famille, je ressens le poids de cette mythologie, de cette vision romanc&#233;e et tronqu&#233;e des pauvres. Je me retrouve &#224; regarder vers mon pass&#233; en me demandant ce qui a &#233;t&#233; r&#233;el, ce qui a &#233;t&#233; vrai. &#192; l'int&#233;rieur de ma famille, tant de choses &#233;taient sujettes &#224; mensonges, plaisanteries, d&#233;nis, ou dites de fa&#231;on d&#233;lib&#233;r&#233;ment indirecte, d'une sourde humiliation, ou accompagn&#233;es d'une br&#232;ve grimace pinc&#233;e qui d&#233;mentait tout ce qui venait d'&#234;tre dit. Qu'est-ce qui &#233;tait vrai ? La pauvret&#233; d&#233;crite dans les livres et les films &#233;tait romantique, servant de toile de fond &#224; l'histoire de personnages qui arrivaient &#224; s'en &#233;chapper.&lt;br&gt; La pauvret&#233; dont les intellectuels de gauche faisaient le portrait &#233;tait tout aussi romantique, une tribune pour taper sur les hautes et moyennes classes, et, dans leur perspective, le h&#233;ros de la classe ouvri&#232;re &#233;tait invariablement masculin, vertueusement indign&#233;, et inhumainement noble. La r&#233;alit&#233; faite de haine de soi et de violence &#233;tait ou absente ou caricatur&#233;e. La pauvret&#233; que je connaissais &#233;tait monotone, anesth&#233;siante, honteuse ; les femmes y avaient du pouvoir mais sur des crit&#232;res qui n'apparaissaient pas comme h&#233;ro&#239;ques au reste de la soci&#233;t&#233;.&lt;br&gt; On ne voyait les vies de ma famille ni &#224; la t&#233;l&#233;vision, ni dans les livres, ni m&#234;me dans les bandes dessin&#233;es. Il existait un mythe des pauvres dans ce pays mais il ne nous incluait pas, malgr&#233; tous les efforts que je faisais pour nous y faire rentrer de toutes mes forces. Il y avait une notion de bonNEs pauvres &#8211; travaillant dur, d&#233;guenill&#233;Es mais propres, et intimement honorables. J'ai compris que nous &#233;tions les mauvaisES pauvres : les hommes buvaient et &#233;taient incapables de garder un travail ; les femmes, invariablement enceintes avant le mariage, devenaient rapidement us&#233;es, grosses et vieilles d'avoir trop travaill&#233; et port&#233; trop d'enfants ; les enfants avaient le nez qui coule, les yeux humides et des mauvaises mani&#232;res. Mes cousins ont quitt&#233; l'&#233;cole, vol&#233; des voitures, pris de la drogue et fait des m&#233;tiers qui ne m&#232;nent &#224; rien comme pompistes ou serveurs. Nous n'&#233;tions ni nobles, ni reconnaissantEs, ni m&#234;me pleinEs d'espoir. Nous nous savions m&#233;pris&#233;Es. Les membres de ma famille avaient honte d'&#234;tre pauvres et de n'avoir aucun espoir. Travailler, &#233;conomiser, lutter ou se battre pour quoi ? Nous avions eu les g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes pour nous apprendre que rien n'avait jamais chang&#233; et que celles et ceux qui avaient tent&#233; d'y &#233;chapper avaient &#233;chou&#233;.&lt;br&gt; Ma maman avait onze fr&#232;res et s&#339;urs et je ne connais le nom que de six d'entre elles/eux. AucunE n'est encore vivantE pour me dire le nom des autres. C'est ma grand-m&#232;re qui m'a parl&#233; de mon vrai papa, un bel homme sans ambition qui s'&#233;tait mari&#233;, avait eu six enfants, et qui vendait des assurances-vie au rabais &#224; des NoirEs sans le sou. Ma maman s'est mari&#233;e quand j'avais un an, mais son mari est d&#233;c&#233;d&#233; un an plus tard, juste apr&#232;s la naissance de ma petite s&#339;ur.&lt;br&gt; Lorsque j'avais cinq ans, maman s'est mari&#233;e avec l'homme qui allait partager sa vie jusqu'&#224; sa mort. Durant leur premi&#232;re ann&#233;e de mariage, maman a fait une fausse couche et, pendant que nous attendions &#224; l'ext&#233;rieur sur le parking, mon beau-p&#232;re m'a frapp&#233;e pour la premi&#232;re fois, un geste qu'il a continu&#233; de faire jusqu'&#224; mes treize ans pass&#233;s. Lorsque j'avais peut-&#234;tre huit ans, maman nous a emmen&#233;es dans un motel apr&#232;s que mon beau-p&#232;re m'eut tellement battue que cela avait caus&#233; un scandale dans la famille, mais nous sommes rentr&#233;es deux semaines apr&#232;s. Maman m'a dit qu'elle n'avait vraiment pas le choix : elle ne pouvait pas nous nourrir seule. Lorsque j'avais onze ans, j'ai dit &#224; un de mes cousins que mon beau-p&#232;re me battait. Maman a fait mes bagages et ceux de mes s&#339;urs et nous a emmen&#233;es quelques jours ailleurs, mais une nouvelle fois mon beau-p&#232;re a jur&#233; qu'il ne recommencerait plus, et une nouvelle fois nous sommes revenues apr&#232;s quelques semaines. J'ai cess&#233; de parler pendant un moment, et n'ai qu'un vague souvenir des deux ann&#233;es qui ont suivi.&lt;br&gt; Mon beau-p&#232;re travaillait comme vendeur itin&#233;rant, ma m&#232;re comme serveuse, blanchisseuse, cuisini&#232;re, ou ouvri&#232;re pour emballer les fruits. Je n'ai jamais pu comprendre, vu qu'ils travaillaient si dur et tant d'heures par jour, que nous n'ayons jamais assez d'argent, mais c'&#233;tait &#233;galement le cas des fr&#232;res et s&#339;urs de maman qui trimaient dur dans les minoteries et les aci&#233;ries. En fait mes parents y arrivaient mieux que n'importe qui dans la famille. Mais par la suite mon beau-p&#232;re a &#233;t&#233; licenci&#233; et nous avons touch&#233; le fond &#8211; des mois de cauchemar avec les huissiers &#224; la porte, les meubles repris, et les ch&#232;que en bois. Mes parents ont mont&#233; une combine pour qu'on croie que mon beau-p&#232;re nous avait abandonn&#233;es, mais en r&#233;alit&#233; il est descendu en Floride, a eu un nouveau travail, et nous a lou&#233; une maison. Il est revenu avec un camion U-Haul en pleine nuit, a emball&#233; nos affaires, et nous a emmen&#233;es vers le Sud.&lt;br&gt; La nuit o&#249; nous avons quitt&#233; la Caroline du Sud, ma maman s'est pench&#233;e vers la banquette arri&#232;re de sa vieille Pontiac et nous a promis &#224; nous les filles : &#171; Ce sera mieux l&#224;-bas. &#187; Je ne sais pas si nous l'avons crue, mais je me revois traversant la G&#233;orgie au petit matin, regardant les collines d'argile rouge et la v&#233;g&#233;tation de mousse tirant vers le gris s'&#233;loigner dans la lunette arri&#232;re. Je n'arr&#234;tais pas de regarder le camion derri&#232;re nous, ridiculement petit pour contenir tout ce que l'on poss&#233;dait. Maman n'avait rien emball&#233; qui ne f&#251;t d&#233;j&#224; rembours&#233; en totalit&#233;, ce qui voulait dire qu'elle n'avait que deux choses de valeur : sa machine &#224; laver et sa machine &#224; coudre, toutes deux solidement attach&#233;es aux parois du camion. Pendant le trajet j'imaginais un accident qui aurait &#233;ventr&#233; le camion, &#233;parpillant les vieux habits et brisant la vaisselle sur le macadam.&lt;br&gt; Je n'avais que treize ans. Je voulais qu'on reparte de z&#233;ro, recommencer comme des gens nouveaux sans traces du pass&#233;. Je voulais fuir ce que l'on avait vu de nous, ce que nous avions &#233;t&#233;. Ce d&#233;sir, je l'ai senti chez d'autres membres de ma famille. C'est la premi&#232;re chose &#224; laquelle je pense quand des probl&#232;mes surgissent &#8211; la solution g&#233;ographique. Changer ton nom, quitter la ville, dispara&#238;tre, te refaire. Ce qui se cache derri&#232;re cette pulsion, c'est la conviction que la vie que vous avez v&#233;cue, la personne que vous &#234;tes n'ont pas de valeur, qu'il vaut mieux les abandonner, que fuir est plus facile que d'essayer de changer les choses, que changer soi-m&#234;me n'est pas possible. Parfois je me dis que c'est cette conviction &#8211; plus s&#233;duisante que l'alcool ou la violence, plus subtile que la haine du sexe ou l'injustice entre les genres &#8211; qui a domin&#233; ma vie et rendu tout vrai changement si difficile et douloureux.&lt;br&gt; D&#233;m&#233;nager en Floride n'a pas am&#233;lior&#233; nos vies. Cela n'a pas fait cesser la violence de mon beau-p&#232;re, ni soulag&#233; ma honte, ni rendu ma m&#232;re heureuse. Une fois l&#224;-bas, nos vies ont &#233;t&#233; r&#233;gies par la maladie de ma m&#232;re et les factures des soins m&#233;dicaux. Elle avait subi une hyst&#233;rectomie lorsque j'avais environ huit ans, ainsi qu'une s&#233;rie d'hospitalisations pour des ulc&#232;res et un probl&#232;me de dos chronique. Tout au long de mon adolescence elle a par superstition refus&#233; que quiconque prononce le mot &lt;i&gt;cancer&lt;/i&gt;. Lorsqu'elle n'&#233;tait pas malade, maman et mon beau-p&#232;re allaient au travail, luttant pour rembourser ce qui semblait &#234;tre une insurmontable montagne de dettes.&lt;br&gt; Avant que j'ai quatorze ans, mes s&#339;urs et moi avions trouv&#233; des moyens pour d&#233;courager la plupart des avances sexuelles de mon beau-p&#232;re. Nos efforts se sont trouv&#233;s second&#233;s lorsqu'il a &#233;t&#233; examin&#233; par un psychoth&#233;rapeute apr&#232;s qu'il eut un acc&#232;s de col&#232;re au travail et qu'on lui eut prescrit des m&#233;dicaments qui le rendaient renfrogn&#233; mais moins violent. Nous avons grandi rapidement, mes s&#339;urs prenant le chemin d'abandonner l'&#233;cole tandis que j'avais de bonnes notes et passais le plus d'examens possible en vue d'obtenir une bourse. Je fus la premi&#232;re personne de la famille &#224; avoir le bac, et le fait que je poursuive mes &#233;tudes a &#233;t&#233; une v&#233;ritable surprise.&lt;br&gt; Nous imaginons touTEs que nos vies sont normales, et je ne savais pas que la mienne n'&#233;tait pas celle de tout le monde. C'est en Floride que j'ai commenc&#233; &#224; comprendre combien nous &#233;tions diff&#233;rentEs. Les gens que nous rencontrions l&#224;-bas n'avaient pas &#233;t&#233; fa&#231;onn&#233;s par la structure de classe rigide qui dominait le Pi&#233;mont de Caroline du Sud. La premi&#232;re fois que j'ai regard&#233; mes camarades de coll&#232;ge et que j'ai pris conscience que je ne savais pas qui ils &#233;taient &#8211; non seulement en tant qu'individus mais en tant que cat&#233;gorie, qui &#233;taient leurs semblables et comment ils se voyaient eux-m&#234;me &#8211; j'ai aussi pris conscience qu'ils ne me connaissait pas. &#192; Greenville, tout le monde connaissait ma famille, tout le monde savait qu'on &#233;tait de la racaille, et cela voulait dire qu'on serait s&#251;rement pauvres, qu'on aurait s&#251;rement des boulots lugubres et mal pay&#233;s, qu'on tomberait enceintes pendant notre adolescence, et qu'on ne finirait jamais l'&#233;cole. Mais la Floride dans les ann&#233;es soixante &#233;tait pleine de fuyards et d'immigrantEs, et notre &#233;cole de la banlieue ouvri&#232;re majoritairement blanche nous classait non pas d'apr&#232;s le revenu et les origine familiales, mais d'apr&#232;s des testes d'intelligence et d'aptitude. Soudain j'ai &#233;t&#233; propuls&#233;e sur la voie menant aux &#233;tudes sup&#233;rieures, et si l'on me m&#233;prisait pour mon talent inexistant en soci&#233;t&#233;, ma garde-robe lamentable et mon long accent tra&#238;nant, il y avait &#233;galement quelque chose que je n'avais jamais connu avant : un anonymat protecteur, ainsi qu'une sorte de respect et de curiosit&#233; r&#233;ticents concernant mon avenir. Parce qu'ils ne voyaient pas la pauvret&#233; et le d&#233;sespoir comme une issue courue d'avance pour moi, j'ai pu commencer &#224; imaginer d'autres avenirs pour ma vie.&lt;br&gt; Dans ce pays, nous &#233;tions inconnuEs. Le mythe du pauvre s'&#233;tait pos&#233; sur nous et nous donnait du prestige. Je le voyais dans les yeux de mes professeurEs, dans ceux du repr&#233;sentant du Lion's Club qui avait pay&#233; mes nouvelles lunettes, et dans ceux de la femme de la Junior League qui me parlait de la bourse que j'avais obtenue. C'&#233;tait mieux, beaucoup mieux, d'&#234;tre une pauvre mythique que de faire partie des ils que j'avais connus avant. J'ai aussi fait l'exp&#233;rience d'un nouveau niveau de peur, la peur de perdre ce qui auparavant n'aurait jamais &#233;t&#233; imaginable. Ne me laissez pas perdre cette chance, priais-je, vivant dans la terreur que l'on ne me voie &#224; nouveau comme je me connaissais moi-m&#234;me.&lt;br&gt; Adolescente, je trouvais que la fuite de ma famille de Caroline du Sud ressemblait &#224; un mauvais film. Nous avons fui comme des esclaves auraient pu le faire, avec le sh&#233;rif arr&#234;tant mon beau-p&#232;re dans le r&#244;le du garde-fronti&#232;re imaginaire. Je suis s&#251;re que si nous &#233;tions rest&#233;Es en Caroline du Sud, j'aurais &#233;t&#233; prise au pi&#232;ge de la mis&#232;re h&#233;rit&#233;e de ma famille, avec la prison, des enfants sans p&#232;re &#8211; et que m&#234;me &#234;tre intelligente, obstin&#233;e, et lesbienne n'y aurait rien chang&#233;.&lt;br&gt; Ma grand-m&#232;re est morte lorsque j'avais vingt ans, et apr&#232;s que maman fut all&#233;e &#224; la maison pour l'enterrement j'ai fait une s&#233;rie de r&#234;ves dans lesquels nous vivions toujours &#224; Greenville, en bas de la rue o&#249; &#233;tait morte mamie. Dans mes r&#234;ves, j'avais deux enfants et un seul &#339;il, je vivais dans une caravane, et je travaillais dans une filature. La plus grande part de mon temps consistait &#224; me demander quand je me d&#233;ciderais &#224; nous tuer, moi et mes enfants. Les r&#234;ves &#233;taient si vivants que je me suis persuad&#233;e qu'ils &#233;taient litt&#233;ralement la vie que j'aurais eue, et j'ai commenc&#233; &#224; travailler plus pour mettre autant de distance que possible entre ma famille et moi. J'ai copi&#233; les tenues, les mani&#232;res, les attitudes et les ambitions des filles que je rencontrais &#224; la fac, changeant ou cachant mes propres go&#251;ts, centres d'int&#233;r&#234;t et d&#233;sirs. J'ai gard&#233; mon lesbianisme secret, m'abritant derri&#232;re l'amiti&#233; d'un gar&#231;on eff&#233;min&#233;, ce qui nous arrangeait touTEs les deux. J'expliquais &#224; mes amies que je rentrais rarement &#224; la maison parce que mon p&#232;re et moi nous disputions trop pour que je me sente bien chez lui. Mais ce n'&#233;tait qu'une partie de la raison pour laquelle j'&#233;vitais de rentrer &#224; la maison, la raison la plus commode. La v&#233;rit&#233; c'est que j'avais peur de ce que je pourrais devenir en rentrant chez ma maman, la femme des fameux r&#234;ves &#8211; odieuse, violente et d&#233;sesp&#233;r&#233;e.&lt;br&gt; Il est dur d'expliquer que j'ai fui ma propre vie de fa&#231;on si d&#233;lib&#233;r&#233;e et minutieuse. Je n'avais pas oubli&#233; d'o&#249; je venais, mais je serrais les dents et je le cachais. Lorsque ma bourse n'a plus &#233;t&#233; suffisante pour payer mes &#233;tudes sup&#233;rieures, j'ai pass&#233; un an de travail acharn&#233; &#224; faire des salades, &#224; &#234;tre professeure rempla&#231;ante ou femme de chambre. J'ai finalement trouv&#233; un job apr&#232;s avoir accept&#233; d'&#234;tre parachut&#233;e n'importe o&#249;, l&#224; o&#249; les services de la S&#233;curit&#233; Sociale avaient besoin d'une employ&#233;e. Une fois que j'ai eu un travail et une place fixe, je suis devenue active sur le plan politique et aussi dans ma vie sexuelle, rejoignant l'&#233;quipe de volontaires de la Maison des femmes, et tombant amoureuse d'une s&#233;rie de femmes de la classe moyenne qui pensaient que mon accent et mes histoires &#233;taient profond&#233;ment charmants. Ce que je leur racontais au sujet de ma famille, de la Caroline du Sud, sur le seul fait d'&#234;tre pauvre, tout cela n'&#233;tait que des mensonges, savamment mis bout &#224; bout pour para&#238;tre dr&#244;les ou amusants. Je savais trop bien que personne ne voulait entendre la v&#233;rit&#233; sur la pauvret&#233;, le d&#233;sespoir et la crainte, le sentiment que rien de ce que je faisais ne changerait rien, ou le ressentiment furieux qui couvait sous mes plaisanteries. M&#234;me lorsque avec ma petite amie nous avons form&#233; une famille lesbienne alternative, partageant ce que nous pouvions de nos ressources, j'ai maintenu la v&#233;rit&#233; sur mes origines et celle que je me savais &#234;tre dans un flou pr&#233;cautionneusement myst&#233;rieux. J'ai travaill&#233; tr&#232;s dur pour devenir une nouvelle personne, une lesbienne activiste radicale bien dans sa t&#234;te, et j'ai totalement cru qu'en me recr&#233;ant moi-m&#234;me j'aidais &#224; refaire le monde.&lt;br&gt; Durant une dizaine d'ann&#233;es, je ne suis jamais retourn&#233;e &#224; la maison pour plus de quelques jours &#224; chaque fois.&lt;br&gt; &lt;br&gt; Lorsque dans les ann&#233;es quatre-vingt j'ai rencontr&#233; par hasard le concept de sexualit&#233; f&#233;ministe, je ne savais pas v&#233;ritablement ce qu'il v&#233;hiculait. Bien que j'aie &#233;t&#233;, et sois encore, f&#233;ministe, que je me sois engag&#233;e &#224; r&#233;clamer le droit de g&#233;rer mes d&#233;sirs sexuels sans placer ces d&#233;sirs sous la coupe d'une soci&#233;t&#233; qui a peur du sexe, les demandes d'explication ou de justification de mes fantasmes sexuels m'ont embarrass&#233;e. Comment chacune explique-t-elle ses pulsions sexuelles ?&lt;br&gt; La guerre des sexes est termin&#233;e, m'a-t-on dit, et &#231;a me donne toujours envie de demander qui l'a gagn&#233;e. Mais mon sens de l'humour para&#238;trait sans doute un peu obscur &#224; des femmes qui ne se sont jamais senties menac&#233;es par la mani&#232;re dont la plupart des lesbiennes pensent et utilisent les termes &lt;i&gt;pervers&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;. J'utilise le terme queer pour signifier plus de choses qu'avec celui de lesbienne. Depuis que je l'ai utilis&#233; pour la premi&#232;re fois en 1980 j'ai toujours pens&#233; qu'il impliquait que j'&#233;tais non seulement une lesbienne mais aussi une lesbienne fem transgressive &#8211; passive, masochiste, aussi sexuellement agressive que les femmes que je recherche, et aussi pornographique dans mon imaginaire et mes activit&#233;s sexuelles que la pens&#233;e h&#233;t&#233;rosexuelle dominante l'a toujours cru.&lt;br&gt; Ma tante Dot plaisantait : &#171; Il y a deux ou trois choses que je sais parfaitement, mais jamais les m&#234;mes et pas aussi parfaitement que je le voudrais. &#187; Ce que je sais assur&#233;ment c'est que la classe sociale, le genre, l'orientation sexuelle, et les pr&#233;jug&#233;s &#8211; raciaux, ethniques, et religieux &#8211; forment un maillage complexe qui fa&#231;onne et place des barri&#232;res dans notre vie et que la r&#233;sistance &#224; la haine n'est pas un acte simple. Clamer son identit&#233; dans le creuset de la haine et r&#233;sister &#224; cette haine est infiniment compliqu&#233; et, pire, presque impossible &#224; expliquer.&lt;br&gt; Je sais que j'ai &#233;t&#233; ha&#239;e parce que j'&#233;tais lesbienne, &#224; la fois par la &#171; soci&#233;t&#233; &#187; et le milieu plus intime de ma famille au sens large, mais j'ai &#233;t&#233; &#233;galement ha&#239;e ou m&#233;pris&#233;e (ce qui est d'un certain c&#244;t&#233; plus fragilisant et insaisissable que la haine) par des lesbiennes dont le comportement et les pratiques sexuelles avaient &#233;t&#233; forg&#233;es par leur classe sociale. Mon identit&#233; sexuelle est intimement fa&#231;onn&#233;e par ma classe sociale et ma r&#233;gion d'origine, et la haine dirig&#233;e contre mes pr&#233;f&#233;rences sexuelle est pour une grande part dirig&#233;e contre mon milieu social &#8211; bien que beaucoup de gens, les f&#233;ministes en particulier, aiment pr&#233;tendre que ce n'est pas un facteur. Le genre de femmes qui m'attire est invariablement le genre de femmes qui embarrasse les lesbiennes f&#233;ministes politis&#233;es et respectables des classes moyennes. Mon id&#233;al sexuel est butch, exhibitionniste, dot&#233; d'un physique agressif, c'est une femme plus intelligente qu'elle ne veut le faire croire, et fi&#232;re d'&#234;tre trait&#233;e de perverse. Le plus souvent elle fait partie de la classe ouvri&#232;re, elle a une aura de danger et un humour plein d'ironie. Beaucoup de nos contemporainEs pr&#233;tendent faire preuve d'une grande tol&#233;rance sexuelle, mais le fait que ma sexualit&#233; soit construite au c&#339;ur du f&#233;tichisme cuir, et autour de dynamiques butch/fem, est largement consid&#233;r&#233; avec du d&#233;go&#251;t ou une haine cat&#233;gorique.&lt;br&gt; Tout une partie de ma vie on m'a suppos&#233;e malavis&#233;e, ab&#238;m&#233;e par l'inceste et les abus sexuels de mon enfance, me livrant d&#233;lib&#233;r&#233;ment &#224; des pratiques sexuelles ha&#239;ssables et d&#233;gradantes dans le souci &#233;go&#239;ste de me concentrer sur ma seule satisfaction sexuelle. On s'attendait &#224; ce que j'abandonne mes d&#233;sirs pour devenir la femme normalis&#233;e qui flirte avec le f&#233;tichisme, qui s'amuse &#224; renverser les r&#244;les et devise avec humour ou un l&#233;ger m&#233;pris sur les cat&#233;gories historiques de d&#233;sirs d&#233;viants mais n'en prend aucune suffisamment au s&#233;rieux pour revendiquer une identit&#233; sexuelle bas&#233;e sur ces cat&#233;gories. Il &#233;tait d&#233;j&#224; assez dur de me d&#233;barrasser de ces exigences quand elles &#233;taient formul&#233;es par la soci&#233;t&#233; straight. Cela devenait consternant lorsque ces m&#234;me exigences &#233;taient formul&#233;es par d'autres lesbiennes.&lt;br&gt; Une des forces que je tire de mon milieu social est l'habitude du m&#233;pris. Je sais que je n'ai aucune chance de devenir ce que mes d&#233;tracteurs esp&#232;rent de moi, et je crois que m&#234;me la tentative de leur plaire ne r&#233;colterait que leur m&#233;pris, et le mien par la m&#234;me occasion. N&#233;anmoins, la relation entre la vie que j'ai v&#233;cue et la fa&#231;on dont cette vie est per&#231;ue par les autres a toujours invit&#233; &#224; une sorte de fantasme m'automythifiant. Il a toujours &#233;t&#233; tentant pour moi de faire jouer les st&#233;r&#233;otypes et les id&#233;es fausses de la culture dominante, plut&#244;t que de d&#233;crire une difficile et parfois douloureuse r&#233;alit&#233;.&lt;br&gt; &lt;br&gt; J'essaie de comprendre comment nous int&#233;riorisons les mythes de notre soci&#233;t&#233; m&#234;me lorsque nous leur r&#233;sistons. J'ai eu la tentation tr&#232;s forte d'&#233;crire au sujet de ma famille une sorte de conte moral, nous dans le r&#244;le des h&#233;ros et les classe moyennes et sup&#233;rieures dans celui des vilains. Cela aurait fait partie du mythe romantique, par exemple, de pr&#233;tendre que nous &#233;tions ces nobles blancs du Sud d&#233;peints dans les films, travaillant au moulin depuis des g&#233;n&#233;rations et sortant du droit chemin &#224; cause de l'alcoolisme, d'une tendance familiale &#224; la r&#233;bellion et aux discussions syndicales. Mais cela aurait &#233;t&#233; un mensonge. La v&#233;rit&#233; c'est que personne dans ma famille n'a jamais &#233;t&#233; syndiqu&#233;.&lt;br&gt; Pouss&#233; &#224; la limite, le mythe du pauvre placerait ma famille au-dessus des organisations syndicales et des personnes bris&#233;es par l'&#233;chec des syndicats. Pour ma famille, les leaders syndicaux, comme les pr&#233;dicateurs, &#233;taient d'une autre classe, suspecte et ha&#239;e autant qu'admir&#233;e pour ce qu'elle essayait d'accomplir. Nominalement baptiste du Sud, aucun membre de ma famille ne pr&#234;tait attention dans les faits aux pr&#233;dicateurs, et seulEs les enfants allaient au cat&#233;chisme. Une croyance s&#233;rieuse en quoi que ce soit &#8211; toute id&#233;ologie politique, syst&#232;me religieux, ou th&#233;orie sur le sens ou le but de la vie &#8211; &#233;tait jug&#233;e irr&#233;aliste. C'&#233;tait une attitude qui m'a beaucoup g&#234;n&#233;e lorsque j'ai commenc&#233; &#224; lire les romans socialement engag&#233;s que je trouvais au rayon livres de poche aux alentours de onze ans. J'aimais particuli&#232;rement les romans de Sinclair Lewis et je voulais imaginer ma famille faisant partie de la lutte ouvri&#232;re.&lt;br&gt; &#171; Nous n'&#233;tions pas des suiveurs &#187;, m'a dit ma tante Dot avec un sourire lorsque je lui ai parl&#233; des syndicats. Mon cousin Butch a rigol&#233;, m'a dit que les syndicats faisaient payer de cotisations, et a dit : &#171; Diable, on arrive m&#234;me pas &#224; nous faire mettre un sou &#224; la qu&#234;te. J'vais pas en donner aux syndicats. &#187; J'ai trouv&#233; dommage que la seule chose en laquelle ma famille croyait de tout c&#339;ur f&#251;t la chance et les caprices du destin. Ils avaient l'intime conviction que le plus prudent et le plus admirable &#233;tait de garder son sens de l'humour, de ne jamais pleurnicher ni trembler, et de faire confiance &#224; la chance, qui pourrait un jour tourner. Le fait que je devienne une activiste politique dot&#233;e d'une ferveur presque religieuse fut ce qui a le plus scandalis&#233; ma famille et la communaut&#233; ouvri&#232;re du Sud dont elle faisait partie.&lt;br&gt; De fa&#231;on similaire, ce n'est pas ma sexualit&#233;, mon lesbianisme, que ma famille a trouv&#233; le plus rebelle ; durant la plus grande partie de ma vie, personne except&#233; ma maman n'a pris mon orientation sexuelle tr&#232;s au s&#233;rieux. Non, c'&#233;tait ce que je pensais au sujet du travail, de l'ambition, et du respect de soi-m&#234;me. Les femmes de ma famille &#233;taient serveuses, filles de comptoir ou ouvri&#232;res dans des blanchisseries. J'&#233;tais la seule qui aie travaill&#233; comme bonne, une chose que je n'ai dite &#224; aucun d'eux. Ils auraient &#233;t&#233; en col&#232;re s'ils l'avaient appris. Pour eux le travail c'&#233;tait le travail, quelque chose de n&#233;cessaire. Tu faisais ce que tu avais &#224; faire pour survivre. Ils ne tiraient pas autant de fiert&#233; de leur travail que de leur capacit&#233; &#224; endurer le dur travail et les mauvaises passes. En m&#234;me temps, ils maintenaient qu'il y avait certaines formes de travail, dont celui de femme de chambre, qui &#233;taient seulement pour les Noirs, pas pour les blancs, et alors que je ne partageais pas cette opinion je savais qu'elle faisait intrins&#232;quement partie de la fa&#231;on dont ma famille voyait le monde. Quelquefois j'avais l'impression d'&#234;tre &#224; cheval sur les deux cultures sans appartenir &#224; l'une ou &#224; l'autre. Je serrais les dents face au racisme indiscutable de ma famille et continuais &#224; respecter leur patience pleine de pragmatisme. Mais de plus en plus, en vieillissant, ce que j'ai ressenti c'est une profonde brouille de mes sentiments affectifs due &#224; leur vue sur le monde, et graduellement une honte qui leur a &#233;t&#233; totalement incompr&#233;hensible.&lt;br&gt; &#171; Tant qu'il y a des restaurants pour manger, tu peux toujours trouver du travail &#187;, me disaient ma m&#232;re et mes tantes. Puis elles ajoutaient : &#171; On peut se faire un peu plus avec un sourire. &#187; Il est &#233;vident qu'il n'y avait rien de honteux derri&#232;re cela, ce sourire attendu derri&#232;re le comptoir, ce sourire triste lorsque vous n'aviez pas le loyer, ou la fa&#231;on mi-provocante, mi-implorante de ma maman de couvrir de gentillesses le patron du magasin pour obtenir un petit cr&#233;dit. Mais je d&#233;testais &#231;a, je d&#233;testais le besoin que l'on avait qu'elle le fasse, et la honte qui suivait chaque fois que je le faisais moi-m&#234;me. Pour moi c'&#233;tait de la mendicit&#233;, une quasi-prostitution que je m&#233;prisais, alors m&#234;me que je continuais &#224; compter dessus. Apr&#232;s tout, j'avais besoin d'argent.&lt;br&gt; &#171; Fais juste un sourire &#187;, plaisantaient mes cousines, et je n'aimais pas ce qu'elles voulaient dire. Apr&#232;s mes &#233;tudes sup&#233;rieures, lorsque j'ai commenc&#233; &#224; subvenir &#224; mes besoins et &#224; &#233;tudier les th&#233;ories f&#233;ministes, je suis devenue plus m&#233;prisante que compr&#233;hensive &#224; l'&#233;gard des femmes de ma famille. Je me disais que la prostitution &#233;tait une profession qualifi&#233;e et que mes cousines n'&#233;taient jamais que des amatrices. Cela contenait une certaine part de v&#233;rit&#233;, bien que, comme tout jugement s&#233;v&#232;re rendu de l'ext&#233;rieur, il f&#238;t l'impasse sur les conditions dans lesquelles on en &#233;tait arriv&#233;es l&#224;. Les femmes de ma famille, y compris ma m&#232;re, avaient des papas-g&#226;teaux, pas des jules, des hommes qui leur glissaient de l'argent parce qu'elles en avaient terriblement besoin. De leur point de vue elles &#233;taient gentilles avec ces hommes parce qu'ils &#233;taient gentils avec elles, et ce n'&#233;tait jamais un arrangement direct et grossier au point de mettre un prix sur leurs faveurs. Elles n'auraient d'ailleurs jamais d&#233;crit ce qu'elles faisaient comme &#233;tant de la prostitution. Rien ne les mettait plus en col&#232;re que de sugg&#233;rer que les hommes qui les aidaient le faisaient uniquement pour leurs faveurs. Elles travaillaient pour vivre, juraient-elles, mais &#231;a c'&#233;tait diff&#233;rent.&lt;br&gt; Je me suis toujours demand&#233; si ma m&#232;re d&#233;testait son papa-g&#226;teau, ou sinon lui, son besoin &#224; elle de ce qu'il lui offrait, mais dans mon souvenir cela n'appara&#238;t pas. C'&#233;tait un vieil homme, &#224; moiti&#233; infirme, h&#233;sitant et d&#233;pendant, et il traitait ma maman avec &#233;norm&#233;ment de consid&#233;ration et, oui, de respect. Leur relation &#233;tait douloureuse, et comme ni mon beau-p&#232;re ni elle ne gagnaient assez d'argent pour faire vivre la famille, maman ne pouvait pas refuser l'argent de son papa-g&#226;teau. En m&#234;me temps cet homme ne donnait aucune indication comme quoi cet argent servait &#224; acheter &#224; maman ce qu'elle n'aurait pas normalement offert. La v&#233;rit&#233;, je crois, est qu'elle l'aimait sinc&#232;rement, et que cela &#233;tait partiellement d&#251; au fait qu'il la traitait si bien.&lt;br&gt; M&#234;me maintenant, je ne suis pas s&#251;re qu'ils avaient des relations sexuelles. Maman &#233;tait une jolie femme, et elle &#233;tait gentille avec lui, une gentillesse dont &#233;videmment personne n'avait fait preuve envers lui durant sa vie. De plus, il prenait grand soin de ne lui causer aucun probl&#232;me avec mon beau-p&#232;re. En tant qu'adolescente, avec le m&#233;pris des adolescentEs pour les entorses &#224; la morale et les complexit&#233;s sexuelles quelles qu'elles soient, j'&#233;tais persuad&#233;e que les relations entre ma maman et ce vieil homme &#233;taient m&#233;prisables. Et aussi, que jamais je ne ferais une chose pareille. Mais la premi&#232;re fois qu'une petite amie m'a donn&#233; de l'argent et que je l'ai pris, tout a boug&#233; dans ma t&#234;te. Le montant n'&#233;tait pas &#233;lev&#233; pour elle, mais pour moi il l'&#233;tait et j'en avais besoin. Alors que je ne pouvais le refuser, je me suis ha&#239;e de le prendre et je l'ai ha&#239;e de me le donner. Pire, elle montrait moins de bonne gr&#226;ce &#224; l'&#233;gard de mes besoins que papa-g&#226;teau n'en avait montr&#233; envers maman. Tout le m&#233;pris amer que j'&#233;prouvais envers mes tantes et mes cousines dans le besoin s'est d&#233;cha&#238;n&#233; et a consum&#233; l'amour que j'&#233;prouvais pour elle. J'ai rapidement mis un terme &#224; notre relation, incapable de me pardonner d'avoir vendu ce qui, estimais-je, ne devait &#234;tre qu'offert librement &#8211; pas le sexe mais l'amour lui-m&#234;me.&lt;br&gt; &lt;br&gt; Lorsque les femmes de ma famille disaient combien elles travaillaient durement, les hommes crachaient sur le c&#244;t&#233; et secouaient la t&#234;te. Les hommes avaient de vrais m&#233;tiers &#8211; des travaux durs, dangereux, qui r&#233;clamaient de la force physique. Ils allaient en prison, et pas seulement ceux qui n'avaient pas froid aux yeux, les gar&#231;ons insouciants qui me faisaient peur avec leurs mani&#232;res brutales, mais leurs fr&#232;res plus doux et gentils. C'&#233;tait de famille &#231;a aussi, c'est ce que pr&#233;disaient les gens au sujet des proches de ma m&#232;re, ou de mes proches. &#171; Son papa est celui qui a fait de la prison en G&#233;orgie, et son oncle aussi. Probablement, il est bien pareil &#187;, entendait-on dire au sujet de gar&#231;ons si jeunes qu'ils avaient encore leurs dents de lait. Nous allions toujours dans des fermes d'&#201;tat voir quelqu'un, un oncle, un cousin, ou une relation sans nom. La t&#234;te ras&#233;e, mornes et sonn&#233;s, ils pleuraient sur l'&#233;paule de maman ou suppliaient mes tantes de les aider. &#171; J'ai rien fait, maman &#187;, disaient-ils, et cela &#233;tait peut-&#234;tre vrai, mais si m&#234;me nous nous ne les croyions pas, qui les aurait crus ? Personne ne disait la v&#233;rit&#233;, pas m&#234;me combien leurs vies &#233;taient d&#233;truites.&lt;br&gt; Un de mes cousins pr&#233;f&#233;r&#233;s a fait de la prison quand j'avais huit ans, pour avoir fractur&#233; une cabine de t&#233;l&#233;phone publique &#224; pi&#232;ces avec un autre gar&#231;on. L'autre gar&#231;on fut renvoy&#233; &#224; la garde de ses parents. Mon cousin fut envoy&#233; au d&#233;partement gar&#231;ons de la ferme d'&#201;tat. Apr&#232;s trois mois, ma maman nous a emmen&#233;es lui rendre visite, avec un gros paquet de poulet frit, du ma&#239;s froid, et de la salade de pommes de terre. Avec une centaine d'autres nous nous sommes assises sur la pelouse avec mon cousin et l'avons regard&#233; manger comme s'il n'avait pas eu de repas complet depuis trois mois. Je vis sa t&#234;te presque ras&#233;e et ses oreilles marqu&#233;es par une fine cicatrice bleue t&#233;moignant d'une coupe sans m&#233;nagement. Les gens riaient, il y avait de la musique, et un homme grand, paresseux, en uniforme, est pass&#233; &#224; c&#244;t&#233; de nous en m&#226;chonnant un cure-dents et en nous examinant de pr&#232;s. Mon cousin a gard&#233; la t&#234;te baiss&#233;e, le visage rempli de haine, et n'a regard&#233; le surveillant que lorsqu'il s'&#233;tait retourn&#233;.&lt;br&gt; &#171; Les fils de putes &#187;, a-t-il murmur&#233;, ma maman lui a fait &#171; Chut ! &#187;. Nous &#233;tions touTEs assisEs sans bouger lorsque le garde a fait volte-face. Il y a eu un long moment de calme, puis l'homme a d&#233;rid&#233; son visage pour faire un grand sourire.&lt;br&gt; &#171; Oui, oui &#187;, a-t-il dit. C'est tout ce qu'il a dit. Puis il s'est &#233;loign&#233;. AucunE de nous n'a parl&#233;. AucunE de nous n'a mang&#233;. Il est retourn&#233; &#224; l'int&#233;rieur peu de temps apr&#232;s, et nous sommes parties. De retour dans la voiture, ma m&#232;re s'est assise pour pleurer en silence. La semaine d'apr&#232;s, mon cousin a eu un rapport pour bagarre et sa d&#233;tention a &#233;t&#233; prolong&#233;e de six mois.&lt;br&gt; Mon cousin avait quinze ans. Il n'est jamais retourn&#233; &#224; l'&#233;cole, et apr&#232;s la prison il n'a pas pu int&#233;grer l'arm&#233;e. Quand par la suite il est rentr&#233; &#224; la maison, nous n'en n'avons jamais parl&#233;, nous n'en n'avons jamais eu besoin. Je savais sans le demander que le garde avait eu sa petite revanche, et je savais aussi que mon cousin fracturerait &#224; nouveau une cabine t&#233;l&#233;phonique d&#232;s qu'il le pourrait mais le ferait discr&#232;tement et sans se faire prendre. Je connaissais, sans demander la cause de sa fureur, ce qu'il ressentait &#224; l'&#233;gard des gens propres, bien habill&#233;s, m&#233;prisants, qui le regardaient comme si sa vie ne comptait pas plus que celle d'un chien. Je le savais parce que je le ressentais moi aussi. Le garde nous avait regard&#233;es, maman et moi, avec la m&#234;me expression que pour notre cousin. Nous &#233;tions des ordures. Nous &#233;tions ceux pour lesquels ils construisaient les fermes d'&#201;tat. Le gar&#231;on qu'ils ont renvoy&#233; chez ses parents &#233;tait le fils d'un diacre, le directeur du magasin d'&#233;lectrom&#233;nager.&lt;br&gt; Autant j'ai ha&#239; cet homme, et son fils, autant d'une certaine fa&#231;on j'ai ha&#239; mon cousin aussi. Il aurait d&#251; savoir, je me disais, les risques qu'il encourait. Il aurait d&#251; faire plus attention. Lorsque j'ai grandi et commenc&#233; &#224; vivre ma propre vie, c'&#233;tait une rengaine que je me r&#233;p&#233;tais plus furieusement qu'&#224; mon cousin. Je savais qui j'&#233;tais, je savais que la chose la plus importante &#224; faire &#233;tait de me prot&#233;ger et de cacher mon identit&#233; m&#233;prisable, fondue dans le mythe du bon pauvre et de la lesbienne raisonnable. Quand je suis devenue militante f&#233;ministe, cette litanie r&#233;sonnait dans ma t&#234;te, avec, en note de fond, quelque chose de tellement ancr&#233; et omnipr&#233;sent que je ne l'entendais plus, m&#234;me lorsque tout ce que je faisais &#233;tait &#224; son diapason.&lt;br&gt; &lt;br&gt; En 1975, je gagnais p&#233;niblement ma vie en &#233;tant l'assistante d'un photographe de Tallahassee, en Floride. Mais le vrai travail de ma vie &#233;tait mon activisme lesbien f&#233;ministe, le travail que j'ai r&#233;alis&#233; avec la maison des femmes locale et le comit&#233; pour cr&#233;er un programme d'&#233;tudes f&#233;ministes &#224; l'universit&#233; d'&#233;tat de Floride. Mon r&#244;le consistait en partie, c'est comme &#231;a que je le voyais, &#224; &#234;tre une lesbienne f&#233;ministe &#233;vang&#233;lique, et &#224; aider &#224; d&#233;velopper une analyse politique de cette soci&#233;t&#233; qui ha&#239;ssait les femmes. Je ne parlais pas de classe, ou seulement pour reconna&#238;tre pour la forme que nous devions y penser, de la m&#234;me fa&#231;on, pensais-je, que nous devions toutes r&#233;fl&#233;chir au racisme. J'&#233;tais une personne d&#233;cid&#233;e, vivant au sein d'un collectif de lesbiennes &#8211; toutes jeunes, blanches et s&#233;rieuses &#8211; &#233;tudiant chaque nouveau livre qui avait pour but de s'adresser aux f&#233;ministes, conduite par ce que je voyais comme un besoin de r&#233;volutionner le monde.&lt;br&gt; Des ann&#233;es plus tard, il est difficile de faire comprendre &#224; quel point ma vie me semblait raisonnable &#224; cette &#233;poque. Je n'&#233;tais pas d&#233;sinvolte, ni sciemment condescendante, ni inconsciente de la duret&#233; d'une lutte remodelant les relations sociales, mais comme tant de femmes de ma g&#233;n&#233;ration je croyais dur comme fer que je pourrais changer quelque chose avec ma vie, et j'&#233;tais d&#233;cid&#233;e &#224; donner ma vie pour tenter de changer quelque chose. Je m'attendais &#224; des moments difficiles, &#224; de longues et lentes p&#233;riodes de sacrifices et de corv&#233;es, je m'attendais &#224; &#234;tre ha&#239;e et attaqu&#233;e en public, &#224; avoir &#224; laisser mes d&#233;sirs personnels, mes amours, ma famille de c&#244;t&#233; afin de faire partie de quelque chose de mieux et de plus important que mes pr&#233;occupations individuelles. En m&#234;me temps, je travaillais furieusement &#224; prendre plus au s&#233;rieux mes d&#233;sirs, ma sexualit&#233;, mes besoins de femme et de lesbienne. Je pensais que je menais une r&#233;volution politique personnelle &#224; tout moment, que je nettoie &#224; la brosse le sol de la cr&#232;che, que je trouve un budget pour que l'universit&#233; ach&#232;te une collection de livres sur les femmes, que je participe &#224; l'&#233;dition du magazine f&#233;ministe local ou &#224; la cr&#233;ation d'une librairie des femmes. Que je sois constamment &#233;puis&#233;e et n'aie pas d'assurance sant&#233;, que je fasse pendant des heures un travail monotone et non r&#233;mun&#233;r&#233;, ou encore que je m'&#233;loigne furtivement du collectif pour des rendez-vous avec des femmes butchs que mes colocataires jugeaient r&#233;trogrades et sexistes, tout cela n'a jamais perturb&#233; mon engagement total dans la r&#233;volution f&#233;ministe. Je ne vivais pas dans une bulle : j'avais compartiment&#233; ma pens&#233;e &#224; un tel point que je ne me demandais jamais ce que je faisais ni pourquoi. Et je n'ai jamais admis ce qui sous-tendait mes convictions f&#233;ministes &#8211; une incr&#233;dulit&#233; face au changement, impr&#233;gn&#233;e par ma classe, une peur secr&#232;te qu'un jour on ne me d&#233;couvre comme j'&#233;tais r&#233;ellement, que l'on me d&#233;couvre et me rejette. Si je n'avais pas &#233;t&#233; &#233;lev&#233;e dans l'id&#233;e de donner ma vie, aurais-je fait une aussi bonne r&#233;volutionnaire, efficace et sacrifi&#233;e ?&lt;br&gt; Ma concentration &#233;troitement limit&#233;e de r&#233;volutionnaire n'a boug&#233; que lorsque je me suis remise &#224; &#233;crire. L'id&#233;e d'&#233;crire des histoires paraissait frivole tant il restait &#224; faire, mais tout &#224; chang&#233; lorsque je me suis retrouv&#233;e confront&#233;e &#224; des &#233;motions et &#224; des id&#233;es qui ne pouvaient &#234;tre expliqu&#233;es plus tard ou attendre l'apr&#232;s-r&#233;volution. Cela s'est pass&#233; de fa&#231;on simple et inattendue. Une semaine, on m'a demand&#233; de parler devant deux groupes compl&#232;tement diff&#233;rents : un cours de cat&#233;chisme &#233;piscopalien et un centre de d&#233;tention pour mineures. Les &#233;piscopalienNEs &#233;taient touTEs blancHEs, bien habill&#233;Es, s'exprimaient extr&#234;mement clairement et facilement, &#233;taient bien &#233;lev&#233;Es, et voulaient &#224; tout prix savoir (sans me le demander directement) comment &#231;a se passe deux-femmes-qui-couchent-ensemble. Les d&#233;linquantes &#233;taient toutes des femmes, &#224; quatre-vingts pour cent Noires et Hispaniques, elles portaient des robes-uniformes vertes ou des jeans et des blouses, &#233;taient grossi&#232;res, ignorantes, n'avaient peur de rien, et &#233;taient tout aussi d&#233;termin&#233;es &#224; savoir ce qui se passe entre deux femmes dans un lit.&lt;br&gt; J'ai essay&#233; de m'amuser avec les &#233;piscopalienNEs, les titillant sur leurs peurs et leur anxi&#233;t&#233;, et en &#233;tant d'une grande honn&#234;tet&#233; en ce qui concernait mes pratiques sexuelles. Le professeur de cat&#233;chisme, un homme qui m'avait assur&#233;e de ses id&#233;es lib&#233;rales, rougissait et b&#233;gayait au fur et &#224; mesure que les questions sur la d&#233;couverte, puis l'expression de ma sexualit&#233; devenaient plus pr&#233;cises. Lorsque la rencontre a &#233;t&#233; termin&#233;e j'ai march&#233; dehors dans le soleil, irrit&#233;e par le m&#233;pris d&#233;guis&#233; de leurs questions et, bien que je ne sache pourquoi, si d&#233;prim&#233;e que je n'ai pas pu pleurer.&lt;br&gt; Les d&#233;linquantes furent une autre histoire. Effront&#233;es, elles m'ont fait rougir au bout des premi&#232;res minutes, hurlant des questions qui &#233;taient d'une part de la curiosit&#233; et d'autre part une fa&#231;on pour elles de mettre en avant ce qu'elles savaient d&#233;j&#224;. &#171; T'es butch ou fem ? &#187;, &#171; T'as jamais bais&#233; avec des mecs ? &#187;, &#171; T'as jamais eu envie ? &#187;, &#171; Tu veux des enfants ? &#187;, &#171; Elle est comment ta copine ? &#187;. J'ai fini par craquer quand une fille, tr&#232;s grande et s&#251;re d'elle, s'est lev&#233;e et m'a interpell&#233;e : &#171; H&#233;, ch&#233;rie ! Je vais sortir d'ici le week-end prochain. Tu fais quoi ce soir-l&#224; ? &#187; J'ai rigol&#233; si fort que j'ai presque touss&#233;. J'ai rigol&#233; jusqu'&#224; ce que nous soyons toutes &#224; ricaner ou hurler de rire. M&#234;me &#234;tre fouill&#233;e en partant n'a pas entam&#233; ma bonne humeur. Je souriais toujours lorsque j'ai rejoint ma copine dans le waterbed ce soir-l&#224;, souriant jusqu'&#224; ce qu'elle m'entoure de ses bras et que j'&#233;clate en sanglots.&lt;br&gt; &lt;br&gt; J'ai compris alors, soudainement, tout ce qui &#233;tait arriv&#233; &#224; mes cousinEs et &#224; moi-m&#234;me, je l'ai compris avec une toute nouvelle et d&#233;chirante perspective, o&#249; il &#233;tait clair que j'avais &#233;t&#233;, et &#224; quel point, brutale avec ma famille et moi-m&#234;me. J'ai saisi &#224; nouveau combien nous avions &#233;t&#233; rejet&#233;Es et priv&#233;Es de tout, et que j'avais tout fait pour ne pas avoir &#224; y penser. J'avais appris comme une enfant que ce qui ne pouvait pas &#234;tre chang&#233; devait rester non dit, et pire, que celles et ceux qui ne peuvent pas changer leur propre vie ont toutes les raisons d'en avoir honte et de la cacher. J'avais accept&#233; cette honte et y avais cru, mais pourquoi ? Qu'est-ce que mes cousinEs ou moi-m&#234;me avions fait pour m&#233;riter le m&#233;pris qui nous &#233;tait adress&#233; ? Pourquoi nous avais-je toujours cruEs m&#233;prisables par nature ? J'ai voulu parler &#224; quelqu'unE de toutes les choses auxquelles je pensais cette nuit-l&#224;, mais je n'ai pas pu. Parmi les femmes que je connaissais il n'y en avait pas une qui aurait compris ce que j'avais dans la t&#234;te, il n'y avait pas de femme de la classe ouvri&#232;re au sein du collectif o&#249; j'habitais. J'ai commenc&#233; &#224; me dire que nous ne partagions aucun langage pour parler de ces v&#233;rit&#233;s am&#232;res.&lt;br&gt; Les jours qui ont suivi, je me suis souvent rappel&#233; cet apr&#232;s-midi &#224; la ferme d'&#201;tat, ce sentiment d'&#234;tre un animal dans un zoo, une chose que l'on regarde et dont on rit, utilis&#233;e par les vraies personnes, celles qui nous observent. Malgr&#233; ses convictions lib&#233;rales, ce professeur de cat&#233;chisme m'avait regard&#233;e avec les yeux du surveillant de la prison de mon cousin. J'&#233;tais renvoy&#233;e &#224; mon enfance, &#224; toutes les peurs auxquelles j'avais essay&#233; d'&#233;chapper. Une nouvelle fois je me suis sentie &#224; la merci de ces gens importants qui savent s'habiller et parler, &#224; qui l'on accordera toujours le b&#233;n&#233;fice du doute, pas comme pour moi et ma famille.&lt;br&gt; J'ai ressenti une rage si ancienne que je n'ai pas pu analyser &#224; quel point elle avait d&#233;termin&#233; ma vie. J'ai pris &#224; nouveau conscience qu'&#224; certainEs on ne fait pas de quartier, on ne laisse pas de chance. Que le courage, l'humour et l'amour de son prochain ne sont qu'une plaisanterie pour ceux qui &#233;dictent les r&#232;gles du jeu, et j'ai ha&#239; ceux qui font ces r&#232;gles. Enfin, j'ai reconnu que la plupart de mes maux venaient du fait que je ne savais plus qui j'&#233;tais ni &#224; quelle cat&#233;gorie j'appartenais. J'avais fui ma famille, refus&#233; d'aller lui rendre visite, et essay&#233; par tous les moyens de me fabriquer un autre personnage. Comment pouvais-je &#234;tre issue de la classe ouvri&#232;re et avoir un dipl&#244;me universitaire ? En &#233;tant militante lesbienne ? J'ai repens&#233; aux gardiens du centre de d&#233;tention. Ils ne m'avaient pas regard&#233;e avec le m&#234;me regard vide que celui qu'ils adressaient aux filles venues m'&#233;couter, des filles trop proches de la vie que j'aurais d&#251; vivre pour que je puisse supporter de les affronter. Le m&#233;pris dans leur regard &#233;tait li&#233; au fait que je sois lesbienne, un m&#233;pris diff&#233;rent mais pareil, car toujours du m&#233;pris.&lt;br&gt; Tandis que je laissais &#233;clater ma col&#232;re, ma copine me tenait, me r&#233;confortait, et essayait de me faire expliquer ce qui me faisait tant souffrir, mais j'en &#233;tais incapable. Elle m'avait tant parl&#233; des relations difficiles qu'elle entretenait avec sa famille, avec son p&#232;re qui dirigeait sa propre affaire et qui continuait de lui envoyer un ch&#232;que tous les mois. Elle ne savait presque rien sur ma famille, hormis les blagues et quelques histoires soigneusement tri&#233;es. Je me suis sentie si seule et en danger dans ses bras que je n'aurais rien pu expliquer du tout. Je pensais &#224; ces filles du centre de d&#233;tention et aux histoires rapides et brutales qu'elles racontaient sur leur s&#339;urs, leurs fr&#232;res, leurs cousinEs et leurs amoureuxSES. Je pensais aux br&#232;ves allusions qu'elles faisaient &#224; ce qu'elles avaient perdu, n'&#233;voquant jamais la perte de leur espoir, de leur propre futur, ou la tournure douloureuse que prendrait leur vie quand elles seraient lib&#233;r&#233;es. Ayant s&#233;ch&#233; mes larmes, j'&#233;tais allong&#233;e et je regardais ma copine endormie tout en r&#233;fl&#233;chissant &#224; ce que je n'avais pas &#233;t&#233; capable de lui dire. Au bout de quelques heures, je me suis lev&#233;e et j'ai r&#233;dig&#233; quelques notes en vue d'&#233;crire un po&#232;me, une litanie d&#233;pouill&#233;e et douloureuse sur la perte, formul&#233;e comme une conversation entre deux femmes, l'une ne pouvant pas comprendre, et l'autre ne pouvant pas tout dire.&lt;br&gt; Il m'a fallu du temps pour transformer ce po&#232;me, violent cri de douleur et de rage, en une histoire qui m'expliquait quelque chose que je n'avais jamais voulu voir de pr&#232;s &#8211; le processus de la fuite, de l'enfermement sur soi-m&#234;me, de la dissimulation. Il m'a fallu presque toute la vie pour comprendre cela, pour voir comment et pourquoi celles et ceux d'entre nous qui sont n&#233;Es pauvres et diff&#233;rentEs sont conduitEs &#224; se perdre ou &#224; se trahir, mais surtout, &#224; simplement dispara&#238;tre en tant que telLEs. Le temps que ce po&#232;me devienne l'histoire &lt;i&gt;River of Names&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;In Dorothy Allison, Trash, Firebrand Books, Ithaca, New York, 1988.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, j'avais pris la d&#233;cision d'inverser ce processus : de parler de ma famille, de ma vraie histoire, et de dire la v&#233;rit&#233; non seulement sur qui j'&#233;tais, mais &#233;galement sur la tentation du mensonge.&lt;br&gt; Le temps d'apprendre par moi-m&#234;me les bases du storytelling &#224; l'&#233;crit, j'ai su qu'il n'y aurait qu'une seule histoire qui me hanterait tant que je n'aurais pas su comment la raconter &#8211; l'histoire compliqu&#233;e, douloureuse, de la fa&#231;on dont ma maman m'avait, et ne m'avait pas, sauv&#233;e quand j'&#233;tais petite fille. &#201;crire &lt;i&gt;L'histoire de Bone&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dorothy Allison, L'histoire de Bone, &#201;ditions 10/18, Paris, 1999. Paru aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; devint, par la suite, un moyen de retrouver la fiert&#233; et la trag&#233;die de ma famille, ainsi que la sexualit&#233; assi&#233;g&#233;e et meurtrie que j'avais b&#226;tie sur des bases de violences et de viol.&lt;br&gt; La vie compartiment&#233;e que je m'&#233;tais cr&#233;&#233;e vola en &#233;clats &#224; la fin des ann&#233;es soixante-dix, apr&#232;s que j'ai eu commenc&#233; &#224; &#233;crire ce que je pensais r&#233;ellement de ma famille. J'en ai eu assez d'avoir peur de ce que pensaient les femmes avec qui je travaillais, principalement des lesbiennes, sur les femmes avec qui je couchais et sur ce qu'on faisait au lit. Lorsqu'un schisme s'est cr&#233;&#233; dans mon r&#233;seau ; lorsque je n'ai plus &#233;t&#233; capable de me dissimuler au sein de la communaut&#233; gouine traditionnelle ; lorsque je n'ai plus pu continuer &#224; justifier ma raison d'&#234;tre par un activisme politique permanent ou &#224; me distraire en couchant &#224; droite et &#224; gauche ; lorsque mes m&#339;urs sexuelles l&#233;g&#232;res, mon orientation vers des dynamiques butch/fem, et mon exploration du sexe sadomasochiste sont devenues en partie ce qui me poussait hors de la communaut&#233; que je m'&#233;tais choisie, je suis revenue &#224; la maison. Je suis revenue pour ma m&#232;re et mes s&#339;urs, pour les voir, pour parler, discuter, et commencer &#224; comprendre.&lt;br&gt; Une fois &#224; la maison j'ai vu que, pour ma famille, les lesbiennes &#233;taient des lesbiennes, qu'elles portent des manteaux ou des blousons de cuir. De plus, durant tout le temps o&#249; je n'avais pas fait la paix avec moi-m&#234;me, ma famille s'&#233;tait arrang&#233;e pour faire la paix avec moi. Mes copines &#233;taient trait&#233;es comme des versions un peu plus bizarres que les maris de mes s&#339;urs, tandis que je restais tout simplement la s&#339;ur qui a toujours &#233;t&#233; difficile mais qui faisait toujours partie de leur vie. Cela a eu pour r&#233;sultat de m'amener &#224; m'interroger sur ce qui m'avait rendue incapable de parler &#224; mes s&#339;urs pendant toutes ces ann&#233;es. J'ai d&#233;couvert qu'elles ne savaient pas non plus qui j'&#233;tais, et il fallu beaucoup de temps et d'&#233;coute entre nous pour red&#233;couvrir mon sens de la famille et mon amour pour elles.&lt;br&gt; C'est uniquement en tant qu'enfant issue de ma classe sociale et de mon milieu familial que j'ai pu d&#233;terminer ce qui est pour moi une vision politique qui signifie quelque chose, que j'ai pu retrouver un sens &#224; mon action militante, et que j'ai pu me rappeler l'importance de la d&#233;couverte de soi-m&#234;me chez les lesbiennes. Il n'y a aucune analyse f&#233;ministe compl&#232;te qui rende compte de la complexit&#233; avec laquelle notre sexualit&#233; et le c&#339;ur de notre identit&#233; sont fa&#231;onn&#233;s, ou encore de notre fa&#231;on de nous voir nous-m&#234;mes comme faisant partie &#224; la fois de la famille qui nous a vues na&#238;tre et de la famille &#233;largie d'amies et d'amantes que nous construisons invariablement au sein de la communaut&#233; lesbienne. Pour moi, l'essentiel &#233;tait devenu de r&#233;sister &#224; cette peur omnipr&#233;sente, &#224; ce besoin de me cacher et de dispara&#238;tre, de maquiller ma vie, mes d&#233;sirs, et la v&#233;rit&#233; sur le fait que nous comprenons finalement si peu de choses &#8211; m&#234;me lorsque nous essayons de transformer le monde en un lieu plus juste et plus humain. Par-dessus tout, j'ai essay&#233; de comprendre la politique du eux, pourquoi l'&#234;tre humain craint et stigmatise celui qui est autre tout en redoutant secr&#232;tement d'&#234;tre lui-m&#234;me un de ces autres. Classe, race, sexualit&#233;, genre &#8211; et toutes les autres cat&#233;gories dans lesquelles nous nous classons et nous rejetons les unEs et les autres &#8211; ont besoin d'&#234;tre racl&#233;es de l'int&#233;rieur.&lt;br&gt; &lt;br&gt; L'horreur de la soci&#233;t&#233; de classes, du racisme, et des pr&#233;jug&#233;s, c'est que des personnes commencent &#224; croire que la s&#233;curit&#233; de leur famille et de leur communaut&#233; d&#233;pend de l'oppression des autres, que, pour que quelque-unEs puissent vivre bien, il doit y en avoir d'autres dont les vies sont tronqu&#233;es et violent&#233;es. C'est une croyance qui pr&#233;domine dans cette culture. C'est ce qui rend les blancs pauvres du Sud si d&#233;sesp&#233;r&#233;ment racistes, et les classes moyennes si m&#233;prisantes &#224; l'&#233;gard des pauvres. C'est un mythe qui permet &#224; certainEs de croire qu'ils et elles construisent leur vie sur les ruines de celle des autres : le noyau secret de la honte des classes moyennes, un moteur et un &#233;peron pour la classe ouvri&#232;re marginale, et quelque chose qui touche suffisamment les sans-abris et les pauvres pour qu'elles et ils ne soient pas g&#234;n&#233;Es par la haine et la violence. La puissance de ce mythe appara&#238;t d'autant plus lorsqu'on examine, au sein m&#234;me des communaut&#233;s lesbiennes et f&#233;ministes o&#249; nous avons pourtant port&#233; une attention particuli&#232;re au probl&#232;me de la marginalisation, combien il y a encore de peur, d'exclusion, et de personnes qui ne se sentent pas en s&#233;curit&#233;.&lt;br&gt; J'ai grandi dans la pauvret&#233;, la haine, victime de violence physiques, psychologiques et sexuelles, et je sais que souffrir ne rend pas noble. &#199;a d&#233;truit. Pour r&#233;sister &#224; la destruction, &#224; la haine de soi ou au d&#233;sespoir &#224; vie, nous devons nous d&#233;barrasser de la condition de m&#233;pris&#233;E, de la peur de devenir le &lt;i&gt;eux&lt;/i&gt; dont ils parlent avec tant de m&#233;pris. Nous devons refuser les mythes mensongers et les morales faciles. Nous devons nous voir nous-m&#234;mes comme des &#234;tres humains, avec des d&#233;fauts, et extraordinaires. Nous touTEs &#8211; extraordinaires.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Irena Klepfisz, &lt;i&gt;A Few Words in the Mother Tongue : Poems, Selected and Ne&lt;/i&gt;, Eigth Mountain Press, Portland, Oregon, 1990.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;In Dorothy Allison, &lt;i&gt;Trash&lt;/i&gt;, Firebrand Books, Ithaca, New York, 1988.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dorothy Allison, &lt;i&gt;L'histoire de Bone&lt;/i&gt;, &#201;ditions 10/18, Paris, 1999. Paru aux USA en 1992, sous le titre &lt;i&gt;Bastard out of Carolina&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Les articles pr&#233;sent&#233;s ici sont extraits de &#034;Skin, talking about sex, class and literature&#034; (Firebrand Books, Ithaca, New York, 1994), un recueil de plusieurs essais de Dorothy Allison parus dans des revues am&#233;ricaines.&lt;br&gt; Les deux textes qui suivent sont des versions l&#233;g&#232;rement remani&#233;es (&#224; partir des versions originales) des traductions fran&#231;aises parues dans &#034;Peau&#034; (&#201;ditions Balland, Paris, 1999), actuellement indisponible ou alors seulement d'occasion &#224; des prix prohibitifs.&lt;br&gt; L'auteure, Dorothy Allison a &#233;crit plusieurs romans dont deux sont traduits en fran&#231;ais &#224; ce jour : &#034;L'histoire de Bone&#034; (&#201;ditions 10/18, Paris, 1999) et &#034;Retour &#224; Cayro&#034; (&#201;ditions Belfond, Paris, 1999)&lt;br&gt; &#034;Passive&#034;, un autre texte de Dorothy Allison &#233;dit&#233; en brochure, est disponible &#224; l'adresse suivante : &lt;a href=&#034;https://infokiosques.net/spip.php?article566&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://infokiosques.net/spip.php?article566&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>Quelques archives de la lutte pour la d&#233;fense libre</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article972</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Collectif</dc:creator>


		<dc:subject>Prison, justice, r&#233;pression</dc:subject>
		<dc:subject>Les Farfadettes (Nancy)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;b&gt;D&#233;fense libre ?&lt;/b&gt;&lt;br&gt;
L'une des revendications du mouvement pour la d&#233;fense libre a &#233;t&#233; l'acc&#232;s des justiciables &#224; leur dossier dans les proc&#233;dures correctionnelles et la possibilit&#233; de mener sa d&#233;fense sans l'aide d'un avocat. Formellement, ce combat a &#233;t&#233; gagn&#233; en novembre 1982. Cette brochure, en livrant des documents de l'&#233;poque permet de mieux comprendre les enjeux de cette lutte et de s'interroger, aujourd'hui, sur les strat&#233;gies de d&#233;fense. Car le mot d'ordre &#171; D&#233;fense libre ! &#187; reste d'actualit&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique23" rel="directory"&gt;Q&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot20" rel="tag"&gt;Prison, justice, r&#233;pression&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot85" rel="tag"&gt;Les Farfadettes (Nancy)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH127/arton972-4a106.jpg?1780463860' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='127' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff972.jpg?1347988197&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;QUELQUES ARCHIVES&lt;br&gt; DE LA LUTTE&lt;br&gt; POUR LA D&#201;FENSE LIBRE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#201;FENSE LIBRE ?&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
L'une des revendications du mouvement pour la d&#233;fense libre a &#233;t&#233; l'acc&#232;s des justiciables &#224; leur dossier dans les proc&#233;dures correctionnelles et la possibilit&#233; de mener sa d&#233;fense sans l'aide d'un avocat. Formellement, ce combat a &#233;t&#233; gagn&#233; en novembre 1982. Cette brochure, en livrant des documents de l'&#233;poque permet de mieux comprendre les enjeux de cette lutte et de s'interroger, aujourd'hui, sur les strat&#233;gies de d&#233;fense. Car le mot d'ordre &#171; D&#233;fense libre ! &#187; reste d'actualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;SOMMAIRE&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Introduction&lt;br&gt;
Se d&#233;fendre&lt;br&gt;
Vous avez la parole&lt;br&gt;
Projet de plateforme pour une d&#233;fense libre&lt;br&gt;
D&#233;fense insoumise&lt;br&gt;
Un pr&#233;venu pourra se d&#233;fendre sans avocat, dossier en main&lt;br&gt;
La roue de justice (ou les luttes des justiciables pour acc&#233;der au dossier)&lt;br&gt;
De la strat&#233;gie judiciaire&lt;br&gt;
&#192; lire, &#224; voir&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;***&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Se d&#233;fendre &#187;, &#171; Vous avez la parole &#187; et &#171; Projet de plateforme pour une d&#233;fense libre &#187; ont &#233;t&#233; publi&#233;s dans la brochure &lt;i&gt;Pour la d&#233;fense libre&lt;/i&gt;, document pr&#233;paratoire aux premi&#232;res assises de la D&#233;fense libre qui se sont tenues &#224; la Sainte Baume (pr&#232;s d'Aix-en-Provence), du 23 au 26 mai 1980.&lt;br&gt;
&#171; D&#233;fense insoumise &#187; est extrait du num&#233;ro 2 (octobre 1980, p. 6) du &lt;i&gt;CAP/Revue de la strat&#233;gie judiciaire&lt;/i&gt;, publi&#233; par le CAP-J (Comit&#233; d'Action Prison-Justice).&lt;br&gt;
&#171; Un pr&#233;venu pourra se d&#233;fendre sans avocat, dossier en main &#187; a &#233;t&#233; publi&#233; par B&#233;atrice Vallaeys dans &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, le 24 mai 1982.&lt;br&gt;
&#171; La roue de justice (ou les luttes des justiciables pour acc&#233;der au dossier) &#187;, sign&#233; par Dominique Nocaudie, est extrait de &lt;i&gt;La d&#233;fense libre au tribunal&lt;/i&gt; (Paris, &#233;d. vrac, 1983) de Fr&#233;d&#233;ric Joyeux.&lt;br&gt;
Sous le titre &#171; De la strat&#233;gie judiciaire &#187;, est reproduit ici la Pr&#233;face de Michel Foucault &#224; la deuxi&#232;me &#233;dition de l'ouvrage de Jacques Verg&#232;s, &lt;i&gt;De la strat&#233;gie judiciaire&lt;/i&gt; (Paris, &#201;d. de Minuit, 1981). La version que nous proposons est celle qui a &#233;t&#233; republi&#233;e dans le quatri&#232;me tome des &lt;i&gt;Dits et &#201;crits &lt;/i&gt; de Michel Foucault (Paris, Gallimard, 1994).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les textes sont reproduits int&#233;gralement.&lt;br&gt;
Les notes de bas de page sont celles des textes originaux, &#224; l'exception de celles sign&#233;es S&amp;A.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;***&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;INTRODUCTION&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;par Soledad &amp; associ&#233;es &lt;br&gt;(2012) &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#202;tre confront&#233; &#224; la justice, &#231;a implique g&#233;n&#233;ralement de trouver un avocat, de le payer et surtout de lui faire confiance. Il faut s'en remettre au &#171; professionnel &#187;, &#224; celui qui a fait de la justice son m&#233;tier. Parce que les proc&#233;dures seraient compliqu&#233;es, que la justice a son vocabulaire, et que, finalement, l'aspect technique du droit trace la fronti&#232;re entre &#171; eux &#187; et &#171; nous &#187;, les justiciables&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le propos ici n'est pas limit&#233; au cas d'un proc&#232;s p&#233;nal (tribunal (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les avocats et &#171; nous &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant l'avouer, l'id&#233;e de cette brochure est n&#233;e d'agacements. Par exemple, d'entendre les avocats&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il se trouve peut-&#234;tre des avocats &#224; qui on ne pourrait adresser aucune des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dire &#171; nous &#187; (pour parler de leurs clients). &#171; Oui, Monsieur le Juge, nous ferons appel de votre d&#233;cision ! &#187; Y a pas de &#171; nous &#187; qui tienne, seul le condamn&#233; fait appel. Moi, si j'ai rendez-vous avec un avocat, je ne lui dis pas qu'on se retrouvera &#224; &#171; notre cabinet &#187;. C'est certes un (banal) sale tic langagier et il y a plus grave, &#224; vrai dire. Mais c'est franchement abus&#233; et r&#233;v&#233;lateur : le &#171; bon &#187; avocat r&#233;ussit &#224; faire croire &#224; son client que, de ses probl&#232;mes, il en fait &#171; son &#187; affaire.&lt;br&gt;
Combien d'avocats acceptent de donner &#224; leurs clients une copie de leur dossier ? Quand ils ne se r&#233;fugient pas derri&#232;re de fallacieuses consid&#233;rations juridiques ou, notamment avec leurs clients qui b&#233;n&#233;ficient de l'Aide Juridictionnelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Aide Juridictionnelle (AJ) est un syst&#232;me de prise en charge, par l'&#201;tat (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, derri&#232;re des arguments &#233;conomiques (le prix des copies), ils disent g&#233;n&#233;ralement ne pas comprendre l'int&#233;r&#234;t d'une telle d&#233;marche &#8211; certains &#233;voquent m&#234;me les risques de mauvaises interpr&#233;tations de leurs clients et donc leur refuser l'acc&#232;s au dossier, c'est un peu les prot&#233;ger contre eux-m&#234;mes&#8230;&lt;br&gt;
De plus, beaucoup d'avocats refusent de r&#233;ellement se mettre au service de leurs clients : ils imposent une strat&#233;gie ou, au mieux, acceptent de la d&#233;voiler avant l'audience. Souvent, ils sugg&#232;rent (liste non exhaustive) &#224; leurs clients d'adopter telle ou telle attitude (y compris vestimentaire) &#224; l'audience et de s'adresser au juge ou aux parties civiles de telle ou telle mani&#232;re. En un mot comme en cent, dans la pi&#232;ce qui doit se d&#233;rouler au tribunal, ils veulent garder la main sur la partition et qu'on leur serve la soupe. Que leurs clients soient de &#171; bons &#187; justiciables, qui se conforment au r&#244;le qui a &#233;t&#233; &#233;crit pour eux.&lt;br&gt;
Durant les proc&#232;s, nombre d'avocats collaborent &#224; la police de l'audience : ils implorent leurs clients de rester dans une attitude soumise face aux juges et au procureur. L'accus&#233; &#233;l&#232;ve la voix ou coupe la parole &#224; un juge, un t&#233;moin, un expert ou un procureur ? Son avocat lui conseillera fermement d'arr&#234;ter, sans que cela ne l'emp&#234;che, &#233;ventuellement, plus tard (c'est-&#224;-dire &lt;i&gt;trop&lt;/i&gt; tard), sur les marches du Palais, de se plaindre que &#171; la parole de la d&#233;fense n'a pas &#233;t&#233; entendue &#187;. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, les avocats s'enflammeront toujours davantage pour un vice de proc&#233;dure que pour la parole de leurs clients. Car si ceux-ci devaient se taire tout au long de la proc&#233;dure, il se trouverait peu d'avocats que &#231;a d&#233;rangerait. Pour beaucoup d'entre eux, leurs clients, avec leur d&#233;sesp&#233;rante incapacit&#233; &#224; se conformer aux mani&#232;res et usages de la justice, seraient leurs premiers ennemis.&lt;br&gt;
Autre point qui m&#233;riterait de plus amples d&#233;veloppements : les formes de connivence entre avocats et juges. Au-del&#224; des effets de manche et des d&#233;clarations outrag&#233;es (&#171; Le juge a &#233;t&#233; d&#233;loyal&#8230; &#187;, &#171; Le parquet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Parquet ou Minist&#232;re public d&#233;fend les int&#233;r&#234;ts de la collectivit&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est soumis au pouvoir ex&#233;cutif&#8230; &#187;), les rapports entre gens de robe sont surtout faits de connivences, largement dissimul&#233;es aux yeux des profanes. On ne parle pas uniquement des amiti&#233;s forg&#233;es par les fonds de culottes us&#233;s sur les m&#234;mes bancs d'&#233;coles, puis des cuites partag&#233;es lors des soir&#233;es &#233;tudiantes et de la similitude des milieux d'origine qui favorise la consanguinit&#233; et un entre-soi rass&#233;r&#233;nant. Non, la connivence n'est pas qu'affaire de famille et de soir&#233;es cocktail. Si les avocats sont appel&#233;s des &#171; auxiliaires de justice &#187;, c'est bien parce qu'ils ont en commun, avec leurs comp&#232;res, qu'ils si&#232;gent assis ou debout&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'expression &#171; magistrature assise &#187; d&#233;signe les juges et &#171; magistrature (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, des codes et des usages, mais surtout le respect de l'institution judiciaire.&lt;br&gt;
Fondamentalement, les avocats croient &#224; la justice, &#224; la proc&#233;dure (qui garantit blablabla&#8230;) et aux peines (qui permettent aux victimes de blablabla&#8230;). C'est cet ensemble de croyances partag&#233;es qui explique leur aversion pour le mensonge : mentir, &#231;a serait ne pas &#171; jouer le jeu &#187;. C'est pour cela que se pose entre les justiciables et les avocats, un gros probl&#232;me : les avocats plaident sur la base de ce qu'ils croient, eux, et de ce qu'ils pensent &#234;tre cr&#233;dible (et le cr&#233;dible n'est pas le m&#234;me d'un juge &#224; l'autre, devant des juges professionnels et un jury de cour d'assises, etc.) : ils plaident ce qu'ils croient ou veulent bien (nous faire l'honneur de) croire et non pas ce qu'on lui demande de dire. Le justiciable doit donc r&#233;ussir &#224; convaincre son avocat, avant m&#234;me d'esp&#233;rer pouvoir convaincre un juge. Et les avocats le reconnaissent sans trop de mal : ils n'aiment rien tant qu'un client qui reconnait les faits&#8230; Ils vont alors plaider le c&#339;ur l&#233;ger, d&#233;barrass&#233;s de la crainte d'&#234;tre &#171; l&#226;ch&#233;s &#187; par un client qui &#171; craquerait &#187; au cours d'une audience (en reconnaissant finalement les faits ou en montrant son &#171; vrai &#187; visage). Dr&#244;le de situation, tout de m&#234;me, que de devoir aller chez un avocat comme si on allait &#224; confesse, s'entretenir avec une personne crassement honn&#234;te, alors que les accus&#233;s ne se sont pas encore vus contest&#233; le droit de mentir.&lt;br&gt;
Sans doute que l'essentiel, lorsqu'on est poursuivi en justice, c'est de &lt;strong&gt;conna&#238;tre le contenu de son dossier et de pouvoir se d&#233;fendre comme on l'entend&lt;/strong&gt;. Mais il faudrait aussi &#233;voquer la dimension &#233;conomique des rapports entre justiciables et avocats. Il y a les vrais bandits (qui demandent, par exemple, la veille d'une audience une nouvelle somme d'argent et feignent de l'avoir annonc&#233; au premier rendez-vous), mais ceux-l&#224; sont finalement moins dangereux (car leur mauvaise r&#233;putation finit par avoir raison d'eux) que la masse des demi-canailles. Si on ne leur demande pas express&#233;ment, il est rare que les avocats &#233;tablissent un devis (une convention) d&#232;s le premier contact et qu'ils &#233;noncent clairement leur tarif-horaire (y compris du premier rendez-vous) et des actes qu'ils se proposent de faire. Ce flou leur permet de jauger leur client et de tirer sur la corde&#8230; C'est le temps des promesses.&lt;br&gt;
Si c'est tout &#224; fait ordinaire, dans les luttes anti-r&#233;pression, de recueillir de l'argent &#171; pour payer les avocats &#187;, il est, par contre, tr&#232;s rare que le montrant de leurs honoraires soient divulgu&#233;s. Entendons-nous. Je ne suis pas en train de d&#233;noncer un d&#233;tournement d'argent par tel ou tel collectif. Non. Par contre, force est de constater que si on conna&#238;t g&#233;n&#233;ralement le montant pr&#233;cis des amendes et parties civiles &#224; payer par des condamn&#233;s, les frais entra&#238;n&#233;s par un proc&#232;s sont toujours moins clairs lorsqu'il s'agit des honoraires des avocats. Il faut reconna&#238;tre que nombre d'entre eux n'ont pas encore pris l'habitude qu'on leur demande une facture.&lt;br&gt;
Ce rapide constat ne date pas d'aujourd'hui. Et se serait se m&#233;prendre que de tenir pour uniques responsables les avocats. C'est bien &#224; nous de remettre les choses dans le bon ordre en imposant notre strat&#233;gie de d&#233;fense aux avocats (lorsqu'on leur fait l'honneur de les d&#233;signer pour nous assister).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et si on (re)prenait en main notre d&#233;fense ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du milieu des ann&#233;es 70 au milieu des ann&#233;es 80, un mot d'ordre s'est r&#233;pandu : &#171; D&#233;fense libre ! &#187; En fait, cette expression a &#233;t&#233; popularis&#233;e par des militant-e-s du CAP (Comit&#233; d'Action des Prisonniers) qui se sont plus sp&#233;cifiquement int&#233;ress&#233;s au probl&#232;me de la d&#233;fense juridique. Le mouvement de la d&#233;fense libre, constitu&#233; autour du CAP-J (Comit&#233; d'Action Prison-Justice), a men&#233; des luttes sur deux plans principalement : 1. La possibilit&#233; pour les justiciables de se d&#233;fendre eux-m&#234;mes (c'est-&#224;-dire sans l'intervention d'un avocat), ce qui implique l'acc&#232;s direct au dossier 2. La diffusion de r&#233;flexions sur les strat&#233;gies de d&#233;fense et un appel r&#233;solu &#224; une &#171; d&#233;fense insoumise &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'expression fait r&#233;f&#233;rence, &#233;galement, aux luttes des r&#233;fractaires au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br&gt;
Pour comprendre ce que, sur le champ de bataille judiciaire, prendre le parti de la d&#233;fense libre apporte, faisons une comparaison&#8230; Les savoirs m&#233;dicaux sont extr&#234;mement pointus et demain, pas plus que (si on m'y autorisait) je ne rev&#234;tirais une robe d'avocat pour aller d&#233;fendre une personne devant une cour d'assises, je ne pratiquerais une op&#233;ration &#224; c&#339;ur ouvert. C'est du bon sens. Par contre, ce n'est pas parce que, en tant que patient, je n'ai pas les m&#234;mes connaissances que le m&#233;decin que j'ai choisi que je ne peux pas exiger de lui d'obtenir les r&#233;sultats de mes analyses, de comprendre les options possibles, les risques encourus, etc. En m&#233;decine, on parle de &#171; consentement &#233;clair&#233; &#187;. Vous me direz qu'il s'agit bien souvent de mots et qu'on est tout autant susceptible d'&#234;tre de la chair &#224; bistouri que de la chair &#224; justice&#8230; Mais les luttes men&#233;es par les associations de malades et la promotion des approches communautaires de la sant&#233; ont montr&#233; qu'un rapport de forces favorable aux malades permet de changer les pratiques&#8230;&lt;br&gt;
Cette brochure essaie de rendre compte, &#224; travers un choix de textes, de certaines id&#233;es et combats qui ont anim&#233; le mouvement pour la d&#233;fense libre. Il ne s'agit pas ici de faire un bilan, encore moins d'adh&#233;rer &#224; tout ce qui a &#233;t&#233; fait, dit ou &#233;crit. Et les textes rassembl&#233;s dans cette brochure n'&#233;puisent pas la question de la d&#233;fense libre. En proposant ces textes, il s'agit surtout de contribuer &#224; la m&#233;moire des luttes qui ont &#233;t&#233; men&#233;es et de les continuer, aujourd'hui, en se posant, notamment, deux questions :&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Comment faire pour que, lorsque nous sommes poursuivis en justice, nous puissions nous d&#233;fendre comme nous l'entendons (vraiment) ?&lt;br&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Comment faire pour que les luttes contre la r&#233;pression permettent, entre ceux qui les m&#232;nent, une circulation des savoirs et des exp&#233;riences ?&lt;br&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Un proc&#232;s n'est pas qu'affaire de droit, de textes et de proc&#233;dures. L'aspect juridique, qui s'incarne dans une tonne de codes, de lois et autres textes comme dans l'&#233;paisseur des dossiers d'instruction, peut faire croire que des connaissances sp&#233;ciales sont requises pour &#171; bien &#187; se d&#233;fendre. C'est comme tout, &#231;a s'apprend. Mais surtout, le manque de connaissances juridiques n'est qu'une partie du probl&#232;me. Il est en effet rare que la nature du d&#233;bat ne soit finalement que juridique. La vraie question qui se pose est celle du rapport de forces que nous d&#233;cidons d'instaurer.&lt;br&gt;
La justice n'est pas un champ de luttes s&#233;par&#233; des autres. Sur celui-ci comme sur tous les autres, nous devons refuser que d'autres d&#233;cident &#224; notre place comment mener nos luttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autonomie &amp; d&#233;fense libre !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;SE D&#201;FENDRE&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;par Michel Foucault, Jean Lapeyrie, Dominique Nocaudie, Henry Juramy, Christian Revon et Jacques Verg&#232;s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1-&lt;/strong&gt; &#201;vitons d'abord le probl&#232;me ressass&#233; du r&#233;formisme et de l'anti-r&#233;formisme. Nous n'avons pas &#224; prendre en charge les institutions qui ont besoin d'&#234;tre transform&#233;es. Nous avons &#224; nous d&#233;fendre tant et si bien que les institutions soient contraintes de se r&#233;former. L'initiative doit donc venir de nous, non pas sous forme de programme mais sous forme de mise en question et sous forme d'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2-&lt;/strong&gt; Ce n'est pas parce qu'il y a des lois, ce n'est pas parce que j'ai des droits que je suis habilit&#233; &#224; me d&#233;fendre ; c'est dans la mesure o&#249; je me d&#233;fends que mes droits existent et que la loi me respecte. C'est donc avant tout la dynamique de la d&#233;fense qui peut donner aux lois et aux droits une valeur pour nous indispensable. Le droit n'est rien s'il ne prend vie dans la d&#233;fense qui le provoque ; et seule la d&#233;fense donne, valablement, force &#224; la loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3-&lt;/strong&gt; Dans l'expression &#171; Se d&#233;fendre &#187;, le pronom r&#233;fl&#233;chi est capital. Il s'agit en effet d'inscrire la vie, l'existence, la subjectivit&#233; et la r&#233;alit&#233; m&#234;me de l'individu dans la pratique du droit. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; A) Se d&#233;fendre ne veut pas dire s'auto-d&#233;fendre. L'auto-d&#233;fense, c'est vouloir se faire justice soi-m&#234;me, c'est-&#224;-dire s'identifier &#224; une instance de pouvoir et prolonger de son propre chef leurs actions. Se d&#233;fendre, au contraire, c'est refuser de jouer le jeu des instances de pouvoir et se servir du droit pour limiter leurs actions.&lt;br&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; B) Ainsi entendue, la d&#233;fense a valeur absolue. Elle ne saurait &#234;tre limit&#233;e ou d&#233;sarm&#233;e par le fait que la situation &#233;tait pire autrefois ou pourrait &#234;tre meilleure plus tard. On ne se d&#233;fend qu'au pr&#233;sent : l'inacceptable n'est pas relatif.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4- &lt;/strong&gt; Se d&#233;fendre demande donc &#224; la fois une activit&#233;, des instruments et une r&#233;flexion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une activit&#233; :&lt;/strong&gt; il ne s'agit pas de prendre en charge la veuve et l'orphelin mais de faire en sorte que les volont&#233;s existantes de se d&#233;fendre puissent venir au jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De la r&#233;flexion :&lt;/strong&gt; se d&#233;fendre est un travail qui demande analyse pratique et th&#233;orique. Il lui faut en effet la connaissance d'une r&#233;alit&#233; souvent complexe qu'aucun volontarisme ne peut dissoudre. Il lui faut ensuite un retour sur les actions entreprises, une m&#233;moire qui les conserve, une information qui les communique et un point de vue qui les mettent en relation avec d'autres. Nous laisserons bien s&#251;r &#224; d'autres le soin de d&#233;noncer les &#171; intellectuels &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des instruments :&lt;/strong&gt; on ne va pas les trouver tout faits dans les lois, les droits et les institutions existantes mais dans une utilisation de ces donn&#233;es que la dynamique de la d&#233;fense rendra novatrice.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VOUS AVEZ LA PAROLE&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;par Christian Revon&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Non, je n'ai pas la parole. Ni personne, vraiment.&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
&lt;i&gt;Ni le pr&#233;venu, ni les t&#233;moins, ni le Procureur, ni le Pr&#233;sident.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la parole suppose deux personnes, l'une qui parle et l'autre qui &#233;coute, on peut compter dans une audience correctionnelle les paroles qui sont dites.&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Sans parole, pas de d&#233;fense.&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Lib&#233;rer la parole, pour lib&#233;rer la d&#233;fense.&lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;
Il n'y a manifestement plus de place pour la d&#233;fense dans une audience correctionnelle. Dans les audiences correctionnelles, celles o&#249; 15 ou 30 affaires ont &#233;t&#233; inscrites au r&#244;le pour cet apr&#232;s-midi l&#224; ; qui commencent &#224; 13h30 et dont chacun se demande quand elle va finir. Pour une affaire qui n'a pas fait l'objet d'un sort particulier, pour laquelle on n'a pas sp&#233;cialement r&#233;serv&#233; de temps, pour un d&#233;lit banal, mais qui reste une affaire grave car elle va se traduire par 1 an, 2 ou 3, il n'y a plus de place pour qu'on s'entende, pour dire, pour sentir, expliquer, faire comprendre, se faire entendre ; il n'y a pas de place, pas de temps, pas de lieu, pas d'&#233;chos, pas de r&#233;sonance, pas d'&#233;coute, pas de dialogue.&lt;br&gt;
Quinze avocats se pressent au d&#233;but : trois heures plus tard, on leur dira &#171; vous avez la parole &#187;. Mais leurs phrases seront compt&#233;es, et puis dans une telle ambiance, on n'a plus envie de parler, mais de s'en aller. L'audience est souvent attendue comme l'oasis dans le d&#233;sert, par l'inculp&#233; qui va pouvoir enfin dire aux juges quelque chose, qu'il a longtemps rumin&#233; en prison ; l'avocat qui s'est trouv&#233; le plus souvent devant un mur pendant l'instruction, et sans pouvoir ouvrir la bouche, va pouvoir dire enfin quelque chose, on va pouvoir s'expliquer enfin.&lt;br&gt;
Au lieu de cela, &#224; moins d'&#234;tre particuli&#232;rement agressif, d'avoir la notori&#233;t&#233; ou grand talent, c'est du fond d'un puits qu'il vous faut clamer la d&#233;fense pendant qu'en haut, ceux &#224; qui on s'adresse, pensent ou vaquent &#224; autre chose. C'est toujours par chance qu'une minute d'attention est capt&#233;e, que des regards se croisent, que des hommes se parlent : des mots, des phrases sont dites &#224; personne : un bruit de fond qui n'&#233;veille rien. Rien n'est dit, tout est r&#233;p&#233;t&#233; et ces audiences se passent, alors que le temps presse, &#224; r&#233;p&#233;ter des choses qui n'int&#233;ressent personne.&lt;br&gt;
Le pr&#233;sident qui dirige les &#171; d&#233;bats &#187;, r&#233;p&#232;te l'acte d'accusation ; il a &#233;tudi&#233; le dossier, comme on apprend une histoire pour la dire aux enfants ; il en a retenu les d&#233;tails qui font sourire ou condamner, mais son id&#233;e est faite.&lt;br&gt;
Nous sommes en bout de cha&#238;ne : le tribunal qui re&#231;oit le dossier 8 ou 15 jours avant l'audience suppose &#8211; et comment faire autrement ? &#8211; que ceux qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233; &#8211; la police judiciaire, le Parquet, le juge d'Instruction, voire la Chambre d'Accusation, ont bien fait leur travail, et qu'on ne renvoie pas devant lui pour jugement un dossier qui comporterait un vice fondamental.&lt;br&gt;
L'ennui, c'est qu'au niveau inf&#233;rieur, on s'est dit la m&#234;me chose, mais &#224; l'inverse. La police se dit que s'il y a une erreur, le Parquet la verra. Le Parquet pense de m&#234;me du juge d'Instruction &#8211; et le juge d'Instruction pense que le tribunal fera enfin la lumi&#232;re. La justice n'est souvent qu'une suite d'incertitudes et d'erreurs, transform&#233;es miraculeusement en v&#233;rit&#233; in&#233;branlable par la confiance r&#233;ciproque des diff&#233;rents &#233;chelons.&lt;br&gt;
De plus, le jour de l'audience, un pr&#233;sident ne se lance pas dans la suite de trente dossiers, comme dans une promenade du dimanche : il y a la &#171; Jurisprudence &#187; du tribunal !&lt;br&gt;
Cette affaire qui est singuli&#232;re pour le pr&#233;venu, et souvent aussi pour l'avocat, c'est la Ni&#232;me du m&#234;me type qui r&#233;appara&#238;t. La proc&#233;dure, le dossier, sont suffisamment renseign&#233;s, &#233;clair&#233;s ; c'est bien dommage qu'il faille encore juger, car les faits &#233;tant d&#233;j&#224; &#233;tablis &#224; l'&#233;vidence, la peine, la sanction sont d&#233;j&#224; pr&#234;tes dans son esprit : que peut-on dire de nouveau, d'int&#233;ressant, qu'on ne sache pas d&#233;j&#224;, qu'on n'ait pas entendu mille fois ?&lt;br&gt;
L'accusation, pour faire semblant, ou lorsque le tribunal semble enclin &#224; trop d'indulgence, ou pour ne pas s'ennuyer de trop, r&#233;p&#232;te encore une fois le r&#233;quisitoire d&#233;finitif, en essayant de &#171; personnaliser &#187; un peu les poursuites, ou ne dit rien du tout, ce qui est une grande sagesse.&lt;br&gt;
Les avocats, quand on les entend plaider &#224; la suite, et encore une fois, sauf exception (ou soi-m&#234;me qu'on &#233;coute toujours avec int&#233;r&#234;t) ne disent rien. Rien qui apporte quelque chose de nouveau. R&#233;p&#233;ter pour accuser ou r&#233;p&#233;ter pour d&#233;fendre, c'est pareil, &#231;a ne dit toujours rien &#224; personne. On connait d&#233;j&#224; tous les syst&#232;mes de d&#233;fenses, tous les st&#233;r&#233;otypes, tant sur les faits que sur la personnalit&#233;. On a beau s'agiter, s'&#233;mouvoir, parler fort, ou parler bas, ce ne sont finalement que des paroles en l'air : elles peuvent un peu contrarier une d&#233;cision d&#233;j&#224; prise, un peu la confirmer au contraire, elles ne cr&#233;ent rien.&lt;br&gt;
Tout cet apr&#232;s-midi, plein de paroles, de phrases, mais pas d'&#233;changes, pas de d&#233;couvertes, pas d'in&#233;dit, pas de d&#233;bat.&lt;br&gt;
Quand on est &#224; l'instruction, le magistrat dit volontiers &#171; vous direz cela au jugement, votre avocat le plaidera &#187;. Et le jour du jugement, on dit &#171; mais vous n'avez jamais dit cela &#224; l'instruction, vous le dites pour la premi&#232;re fois &#187;.&lt;br&gt;
On peut se demander si cela vaut encore la peine de tenir des audiences correctionnelles, si ce n'est pas du temps perdu, et si l'on ne ferait pas mieux, les uns et les autres, d'utiliser ce temps &#224; autre chose, &#224; se promener par exemple, &#224; aller &#224; la piscine ou au cin&#233;ma, ou &#224; travailler chez soi. Sans doute, ce constat peut choquer ceux qui sont les acteurs de bonne foi de ces s&#233;ances ; chacun y joue son r&#244;le en y mettant tout son c&#339;ur ; on essaie chacun de trouver la &#171; v&#233;rit&#233; &#187; et on est pris subjectivement par ce r&#244;le et aucun n'est plus malhonn&#234;te que l'autre. Le tribunal a le sentiment de juger impartialement, le procureur de d&#233;fendre les braves gens, l'avocat de d&#233;fendre son client. Il n'y a gu&#232;re que le pr&#233;venu qui fasse grise mine, quand on le ram&#232;ne.&lt;br&gt;
Et puis, on y tient &#224; cette audience publique, &#224; ces s&#233;ances, &#224; ces &#171; repr&#233;sentations &#187;. On ne peut pas, pense-t-on, dire n'importe quoi, juger n'importe comment, il y a des t&#233;moins ; la d&#233;mocratie r&#233;clame que chacun puisse s'exprimer librement : la presse peut y venir, et le caricaturiste, m&#234;me si le son et l'image sont interdits.&lt;br&gt;
Et puis, pourrait-on dire comme pour les messes du dimanche, &#231;a marche encore. Il y a encore l'&#233;motion, tout le monde semble y croire vraiment. Il y a communion, et respect des fonctions. Un bon ordonnancement, l'assistance fid&#232;le garde le silence, les choses se d&#233;roulent sans heurt, et m&#234;me s'il y a grand ennui, on pense qu'il s'y passe quelque chose, que c'est utile, on ne la remet pas en question. &#199;a fait partie des rites, des choses sacr&#233;es, qu'il ne faut pas perdre.&lt;br&gt;
L'audience correctionnelle, c'est donc un lieu o&#249; tout est agenc&#233; apparemment pour parler, mais o&#249; on ne fait que r&#233;p&#233;ter et r&#233;citer. Sans faire de grands projets de r&#233;forme, la seule chose qu'il faudrait r&#233;introduire dans les audiences, c'est LA PAROLE LIBRE. On n'aurait pas le temps ? On n'aurait pas les moyens ? Ou l'envie ? Alors, qu'on juge moins ; qu'on ait au moins l'honn&#234;tet&#233; de juger sans d&#233;bat, sans audience ; qu'on applique un tarif sans jugement, ce serait plus clair. Mais qu'on ne fasse pas semblant. Qu'on applique un tarif, administrativement. Pourquoi vouloir juger tout et tout le monde. Pourquoi se r&#233;unir en audiences publiques si c'est une formalit&#233; ? On pourrait aussi bien sanctionner sans juger, ce que l'on fait couramment d'ailleurs, au niveau du voisinage, de l'entreprise, au niveau social. Mais si la justice veut rester un lieu de d&#233;bat, qu'elle redonne et se redonne la parole libre. Tout le monde a droit &#224; cette libert&#233; de parole, les magistrats comme les pr&#233;venus, les t&#233;moins comme les avocats et l'accusation. La justice est un lieu de parole, ou elle n'est rien.&lt;br&gt;
La DEFENSE LIBRE est d'abord une libre parole, non seulement &#224; l'audience, mais partout. Mais on a honte, on est seul ; la machine semble &#233;norme ; elle ne va pas dans le sens de ce que l'on pense, de ce que l'on sait et voit. On se croit incomp&#233;tent, ignorant, on a peur.&lt;br&gt;
Lib&#233;rer la d&#233;fense, c'est d'abord redonner la parole, et laisser dire des choses simples, que tout le monde sait, mais qu'on ne dit pas. On ressent, on peut &#234;tre l'objet d'intenses &#233;motions, de ce qu'on a vu, su ou v&#233;cu, mais tout cela est &#233;touff&#233;, recouvert, oubli&#233;.&lt;br&gt;
Mais si on disait, on verrait que tout ce qu'on pense n'est pas faux ; qu'on a raison peut-&#234;tre, qu'on n'est pas seul, que d'autres ressentent les choses de la m&#234;me fa&#231;on, qu'il n'y a pas &#224; d&#233;sesp&#233;rer. Lib&#233;rer la d&#233;fense, c'est parler. Si quelqu'un se pr&#233;occupe de d&#233;fense, qu'il soit policier, juge, avocat, justiciable, la premi&#232;re des choses c'est de ne pas garder pour soi ce que l'on sait : c'est de le mettre sur le tapis ; on peut se tromper, mais pas tant qu'en se taisant. Le secret de la police, le secret de l'instruction, le secret du d&#233;lib&#233;r&#233;, ne sont peut-&#234;tre rien &#224; c&#244;t&#233; du secret que l'on garde par rapport &#224; soi-m&#234;me, ces choses que l'on garde secr&#232;tes &#224; soi-m&#234;me, que l'on ne veut pas se dire, que l'on ne veut pas dire. La soci&#233;t&#233; garde le secret, se tait, mais l'homme parle. Sa Parole est libert&#233;. Ses Cha&#238;nes sont dans le silence.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;PROJET DE PLATEFORME POUR UNE D&#201;FENSE LIBRE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A LA POLICE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Abolition du secret policier&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Dans le syst&#232;me judiciaire actuel, ce sont les rapports et interrogatoires &#233;tablis dans les locaux policiers qui d&#233;terminent toute la suite de la proc&#233;dure, or la d&#233;fense y est interdite. C'est &#224; partir de l'intervention polici&#232;re que commence le d&#233;s&#233;quilibre entre accusation et d&#233;fense.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vouloir que l'individu poursuivi soit en mesure d'organiser sa d&#233;fense d&#232;s le d&#233;part de l'accusation est logiquement la premi&#232;re revendication d'une association pour la D&#201;FENSE LIBRE.&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;A L'INSTRUCTION&lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Communication libre et sans limite avec le juge d'instruction. Libre acc&#232;s au dossier pour l'accus&#233; et ses d&#233;fenseurs.&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Il faut mettre fin &#224; l'adage qui veut que le &#171; juge d'instruction est ma&#238;tre de son dossier &#187; ce qui lui permet de museler autant que de favoriser la d&#233;fense suivant ses go&#251;ts, ses opinions ou ses convictions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce dossier d'instruction sera transmis au juge et sera leur instrument de condamnation. La d&#233;fense doit donc pouvoir s'exercer pleinement pendant tout le temps de l'&#233;laboration du dossier d'instruction, comme c'est le cas pour l'accusation.&lt;br&gt;
Le juge d'instruction doit &#234;tre tenu de r&#233;pondre aux notes de l'inculp&#233; ou de ses d&#233;fenseurs, comme il le fait pour celles du parquet.&lt;br&gt;
Toutes les pi&#232;ces du dossier doivent &#234;tre en permanence &#224; la disposition de la d&#233;fense et non seulement 48 heures avant les audiences d'instruction comme c'est le cas actuellement.&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;A L'AUDIENCE&lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Fin de l'interrogatoire inquisitorial du pr&#233;sident.&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
En interrogeant l'accus&#233;, le pr&#233;sident du tribunal ou d'une cour oriente forc&#233;ment les d&#233;bats suivant un dossier qui a &#233;t&#233; pr&#233;par&#233; en l'absence de la d&#233;fense, le d&#233;bat n'est plus contradictoire d&#232;s le d&#233;but de l'audience. L'interrogatoire pour &#234;tre objectif ne peut &#234;tre que men&#233; &#233;galitairement par l'accusation et la d&#233;fense. Le pr&#233;sident ne faisant qu'arbitrer et pour cela ne devrait pas avoir connaissance avant les d&#233;bats d'un dossier qui n'est que celui de l'accusation.&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Fin de la notion d'outrage &#224; magistrat et des devoirs de respect des d&#233;fenseurs vis-&#224;-vis des juges.&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Le magistrat qui dort, discute ou r&#234;ve pendant une plaidoirie, qui coupe brutalement la parole &#224; l'inculp&#233; ou &#224; sa d&#233;fense, ne sera pas consid&#233;r&#233; comme ayant outrag&#233; la d&#233;fense, alors que le d&#233;fenseur qui aura relev&#233; une impartialit&#233; du pr&#233;sident ou qui voudrait simplement exprimer un avis contraire, risque, suivant les juges, l'inculpation d'outrage &#224; magistrat.&lt;br&gt;
Les notions d'outrage et de respect sont d'autre part arbitraires, les juges n'ont pas les m&#234;mes conceptions : tel juge s'estimera outrag&#233; l&#224; o&#249; tel autre pensera que le d&#233;fenseur ne fait que son m&#233;tier.&lt;br&gt;
Les notions d'outrage et de respect sont des entraves &#224; la libre d&#233;fense en mettant &#224; la disposition des magistrats une arme pour limiter la libre expression et le libre choix de son syst&#232;me de d&#233;fense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Suppression des r&#232;gles d&#233;ontologiques qui limitent la d&#233;fense.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actuellement la d&#233;ontologie interdit aux avocats de rencontrer des clients en dehors de leur cabinet. Ils sont tenus de respecter sans r&#233;serve les juges. Il leur est interdit de commenter publiquement un dossier ou de critiquer des d&#233;cisions judiciaires, ils ne peuvent participer &#224; des conf&#233;rences de presse sans autorisation, ils n'ont pas le droit de faire de d&#233;claration sur l'organisation de leur profession, ils ne doivent pas transmettre &#224; leur client emprisonn&#233; des pi&#232;ces de leur dossier. Autant de r&#232;gles qui font que l'avocat doit &#234;tre un auxiliaire de l'appareil judiciaire et de moins en moins un d&#233;fenseur. La d&#233;fense libre ne peut pas avoir de limites. Ce qui sert ou peut servir la d&#233;fense, comment et avec quels contenus elle est men&#233;e n'est ni l'affaire du parquet, ni du tribunal, mais exclusivement celle de l'accus&#233; et de ses d&#233;fenseurs. Toutes les r&#232;gles de d&#233;ontologie qui contrarient ce principe doivent &#234;tre abolies.&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;L'INCULP&#201;-L'ACCUS&#201;&lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;
La d&#233;fense doit se lib&#233;rer dans le seul int&#233;r&#234;t de l'individu qui est poursuivi.&lt;br&gt;
Tout ce qui emp&#234;che cette libert&#233; doit &#234;tre prohib&#233;, s'il veut se d&#233;fendre seul, il doit en avoir la possibilit&#233; :&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; La pr&#233;sence d'un avocat ne doit jamais &#234;tre obligatoire ;&lt;br&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; L'inculp&#233; doit avoir libre acc&#232;s &#224; son dossier ;&lt;br&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; S'il a un d&#233;fenseur, celui-ci doit pouvoir lui remettre les pi&#232;ces du dossier le concernant (ce qui est actuellement interdit).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Les inculp&#233;s et accus&#233;s doivent disposer des informations et de la connaissance dont ils ont besoin pour mener la meilleure d&#233;fense possible, quand ils sont emprisonn&#233;s. Ils doivent pouvoir diffuser comme ils l'entendent leurs &#233;crits et mandater leurs d&#233;fenseurs pour prendre la parole o&#249; bon leur semble.&lt;br&gt;
C'est &#224; l'accus&#233; seul de juger en dernier ressort de l'int&#233;r&#234;t de sa d&#233;fense.&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;DROITS DE L'HOMME - D&#201;FENSE LIBRE&lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt;
La libert&#233; de la d&#233;fense ne peut &#234;tre dissoci&#233;e des droits fondamentaux des individus. Le syst&#232;me accusatoire, tel qu'il fonctionne actuellement, viole constamment l'article 9 de la D&#233;claration des droits de l'homme et du citoyen :&lt;br&gt;
&#171; Tout homme est pr&#233;sum&#233; innocent tant qu'il n'est pas reconnu coupable &#187;.&lt;br&gt;
Ce principe, qui supposait une d&#233;fense totalement libre, ne rentrera dans les faits qu'apr&#232;s la suppression des contraintes et des soumissions que subit actuellement la d&#233;fense. L'adoption de ce manifeste devrait permettre la r&#233;alisation de cette pr&#233;somption d'innocence qui, depuis 1789 et pour de multiples raisons d'Etat, va de d&#233;gradations en inversion : policiers, procureurs, juges s'orientant vers la pr&#233;somption de culpabilit&#233; et pour les besoins de leurs causes b&#226;illonnent la d&#233;fense.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#201;FENSE INSOUMISE&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;par le CAPJ (Comit&#233; d'Action Prison-Justice)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En 1968, J. Verges publiait &lt;i&gt;De la strat&#233;gie judiciaire&lt;/i&gt;, d&#233;finissait les th&#233;ories de d&#233;fense de rupture et connivence, s'appuyant sur l'histoire et son v&#233;cu de d&#233;fenseur, ce fut la ru&#233;e des r&#233;cup&#233;rateurs. C'&#233;tait &#224; qui faisait la meilleure rupture, &#224; qui avait travaill&#233; avec verges, &#224; qui l'avait le mieux compris.&lt;br&gt;
Nous, justiciables, qui avions adopt&#233; De la strat&#233;gie judiciaire d'abord parce que toute la strat&#233;gie de d&#233;fense que nous exposait Verges &#233;tait bas&#233;e sur notre capacit&#233; &#224; nous d&#233;fendre, &#224; participer enti&#232;rement &#224; notre d&#233;fense et &#224; ne pas accepter le jeu des r&#232;gles judiciaires impos&#233;es pour nous d&#233;truire, nous, ces justiciables en lutte dans les tribunaux p&#233;naux comme devant les TPFA&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Tribunaux Permanents des Forces Arm&#233;es (TPFA), cr&#233;&#233;s en 1965, jugeaient (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, avons trop souffert du galvaudage de l'expression &#171; d&#233;fense de rupture &#187;.&lt;br&gt;
C'&#233;tait &#224; qui faisait de la rupture, la rupture devenait le dernier chic de &#171; g&#244;che &#187;. &#171; Mes chers, venez aujourd'hui &#224; la 16&#232;me, je fais de la rupture &#187;, Daumier pr&#233;sent aurait pu l&#233;gender l'un de ses dessins ainsi : &#171; Votre mari a pris perp&#233;tuit&#233;, mais quelle belle rupture j'ai fait &#187;. Plus fort que cela ! Quand le client dominait l'avocat, lui imposait sa strat&#233;gie et sa parole, puis GAGNAIT, l'avocat s'empressait de d&#233;clarer : &#171; Ce n'est pas une victoire judiciaire, c'est une victoire politique &#187;, si son client s'&#233;tait tu et avait suivi son avocat, cela aurait sans doute &#233;t&#233; une d&#233;faite judiciaire ! Car ces d&#233;fenseurs se disant de rupture osaient accepter la d&#233;faite au nom de la rupture ! Pour cela le CAPJ, qui aime gagner, vous informe que pour lui, la rupture, c'est termin&#233; !!! Le CAPJ cr&#233;e la DEFENSE INSOUMISE, le CAP organe du CAPJ, journal de la strat&#233;gie judiciaire, devient donc aussi la revue des DEFENSES INSOUMISES. Oui !&lt;br&gt;
Cela veut dire qu'il y a des d&#233;fenses soumises, dont beaucoup se cachaient derri&#232;re l'expression de rupture, et le souvenir fantomatique de Verges. OUI ! La DEFENSE INSOUMISE est la copie conforme de ce que Verges a appel&#233; la d&#233;fense de rupture, nous la r&#233;cup&#233;rons ? ET ALORS ? Ce qui compte au CAPJ, c'est de se battre pour gagner, c'&#233;tait cela le FLN&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Verges a d&#233;velopp&#233; sa strat&#233;gie de la d&#233;fense de rupture lorsqu'il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et ils ont r&#233;ussi avec la d&#233;fense de rupture, c'est cela que nous explique et d&#233;montre Verges , et que les &#171; bon chic, bon genre &#187; du barreau ont r&#233;cup&#233;r&#233; pour &#171; perdre avec &#233;l&#233;gance &#187;, alors que Verges parlait de gagner tout simplement. La bataille sur des mots ne nous int&#233;ressant pas, nous leur laissons faire et proclamer et s'enchiquer et encore glousser et toujours perdre avec ce qu'ils appellent traitreusement DEFENSE DE RUPTURE. Le CAPJ vous invite &#224; la DEFENSE INSOUMISE, pour vaincre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;UN PR&#201;VENU POURRA SE D&#201;FENDRE SANS AVOCAT,&lt;br&gt; DOSSIER EN MAIN&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;par B&#233;atrice Vallaeys&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Insoumis amnisti&#233;, Fr&#233;d&#233;ric Joyeux doit bient&#244;t comparaitre en correctionnelle pour &#171; violences &#224; agents &#187;. Il a obtenu d'avoir communication de son dossier alors qu'il refuse l'assistance d'un avocat. Une premi&#232;re&#8230;&lt;br&gt;
Le 30 juin prochain, la 17&#232;me chambre du tribunal correctionnel de Paris va connaitre une situation assez exceptionnelle : un pr&#233;venu viendra s'y d&#233;fendre seul mais, pour une fois, en pleine connaissance de son dossier. Le 14 mai dernier, Fr&#233;d&#233;ric Joyeux, inculp&#233; depuis la fin du mois de novembre 1981 de &#171; violences, r&#233;bellion, outrage &#224; agents et d&#233;t&#233;rioration de mat&#233;riel de la RATP &#187;, a en effet re&#231;u la communication int&#233;grale des proc&#233;dures engag&#233;es dans son affaire. Et ce fait &#8211; apparemment sans pr&#233;c&#233;dent &#8211; sans l'interm&#233;diaire d'un avocat.&lt;br&gt;
La chose en v&#233;rit&#233; n'a pas &#233;t&#233; simple. Elle constitue sans aucun doute une br&#232;che dans la jurisprudence en la mati&#232;re. Une jurisprudence qui repose sur certaines lacunes du code de proc&#233;dure p&#233;nale et sur leur interpr&#233;tation pour le moins restrictive. Car si le Code est extr&#234;mement clair et pr&#233;cis en la mati&#232;re criminelle, il reste tr&#232;s flou d&#232;s qu'il s'agit d'un d&#233;lit.&lt;br&gt;
En mati&#232;re criminelle en effet, la loi impose &#224; l'accus&#233; de se faire assister d'un avocat (art. 274), mais elle pr&#233;voit par ailleurs (art. 379) &#171; la communication gratuite &#224; l'accus&#233; des copies des proc&#232;s verbaux constatant l'infraction, des d&#233;clarations &#233;crites des t&#233;moins et des rapports d'expertises &#187;.&lt;br&gt;
En mati&#232;re correctionnelle en revanche, la loi n'oblige pas le pr&#233;venu &#224; d&#233;signer un d&#233;fenseur mais lui en laisse la &#171; facult&#233; &#187; (art. 417). Autrement dit, il peut se passer d'un avocat pour assurer sa d&#233;fense.&lt;br&gt;
Les choses se compliquent cependant tr&#232;s vite quand on aborde le probl&#232;me des communications de proc&#233;dures pourtant essentielles si l'on veut mener &#224; bien sa d&#233;fense. Pour le code de proc&#233;dure en effet, si l'affaire n&#233;cessite une information (une instruction), les proc&#233;dures seront mises &#171; &#224; la disposition du conseil &#187;, et non &#224; l'accus&#233; directement (art. 118). Pas un mot en revanche sur le destinataire des pi&#232;ces d&#232;s qu'il s'agit d'une &#171; citation directe &#187;. D'o&#249; l'interpr&#233;tation h&#226;tive de la cour de cassation : le l&#233;gislateur n'ayant pas pu &#171; oublier &#187; de le pr&#233;ciser, et puisque le code ne d&#233;signe pas express&#233;ment l'inculp&#233;, c'est que celui-ci n'y a pas droit.&lt;br&gt;
En clair, pour avoir non seulement acc&#232;s aux proc&#233;dures mais surtout &#224; leurs copies, l'accus&#233; qui veut se d&#233;fendre seul devant le tribunal doit en tout &#233;tat de cause prendre un avocat pour au moins connaitre son dossier. Bien fou celui qui persisterait &#224; s'en passer, et surtout en &#171; citation directe &#187; : l'instruction se faisant &#224; l'audience, l'accus&#233; doit n&#233;cessairement &#234;tre en mesure de discuter &#171; contrairement &#187; les preuves apport&#233;es par le Parquet. Avouez qu'on nage en pleine hypocrisie.&lt;br&gt;
Une hypocrisie que Fr&#233;d&#233;ric Joyeux n'a justement pas voulu subir, lui qui jusque l&#224; s'&#233;tait surtout familiaris&#233; avec la justice militaire : militant insoumis plus connu sous le nom de &#171; Va&#239;ma &#187;, c'est encore pour une &#171; histoire d'insoumission &#187; qu'il est inculp&#233; cette fois en correctionnelle. Le 8 novembre dernier, &#224; l'occasion d'un collage d'affiches dans les couloirs de la RATP invitant &#224; un meeting en faveur des &#171; insoumis amnisti&#233;s &#187;, il s'&#233;tait trouv&#233; en butte &#224; de tr&#232;s nombreux policiers. Lesquels ne se priveront pas d'un tabassage en r&#232;gle, avant de porter plainte pour &#171; violences &#187; (cf. Lib&#233;ration du 11 novembre 1981).&lt;br&gt;
Quand il apprend fin novembre, qu'il est inculp&#233;, Fr&#233;d&#233;ric Joyeux aussit&#244;t d&#233;cide qu'il se d&#233;fendra seul. &#171; Parce que l'affaire n'est pas trop grave, reconnait-il, mais surtout pour que ce droit existe dans les faits et que ceux qui le souhaitent puissent enfin s'en servir &#187;.&lt;br&gt;
Pour reconnaitre les chefs d'inculpation retenus contre lui, il va consulter le fichier le concernant au service informatique du Parquet. Qui lui indique &#233;galement la section charg&#233;e de son dossier. Mais l&#224;, impossible de consulter m&#234;me les pi&#232;ces : le secr&#233;tariat ne veut pas en entendre parler et refuse m&#234;me d'en r&#233;f&#233;rer aux responsables du Parquet.&lt;br&gt;
Entre temps, Fr&#233;d&#233;ric Joyeux apprend que pour voir communication des proc&#233;dures, il faut remplir un &#171; bon de commande &#187; au &#171; bureau d'ordre &#187; du Palais de Justice. M&#234;me accueil : il a beau invoquer le droit fran&#231;ais, la Convention Europ&#233;enne, rien n'y fait. Les secr&#233;taires lui renvoient le risque possible de pi&#232;ces d&#233;truites ou d&#233;rob&#233;es si l'on autorise les accus&#233;s &#224; avoir acc&#232;s &#224; leur dossier. Elles seront finalement d&#233;menties par un substitut, M. Lazari, qui invite Fr&#233;d&#233;ric Joyeux &#224; faire une demande de bon de commande, dont il avertira ses sup&#233;rieurs du Parquet. Huit jours plus tard, la demande est accept&#233;e. Le 11 mai, Fr&#233;d&#233;ric Joyeux consulte les proc&#233;dures et remplit son bon de commande. Le 14, il re&#231;oit toutes les copies qu'il a demand&#233;es. Depuis il pr&#233;pare s&#233;rieusement et tranquillement sa d&#233;fense&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Publi&#233; en 1983 par Fr&#233;d&#233;ric Joyeux,&lt;/i&gt; La d&#233;fense libre au tribunal &lt;i&gt;(Paris, &#233;d. vrac) fait un r&#233;cit d&#233;taill&#233; de la lutte (victorieuse) de l'auteur pour assurer seul sa d&#233;fense.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA ROUE DE JUSTICE&lt;br&gt;
(OU LES LUTTES DES JUSTICIABLES POUR ACC&#201;DER AU DOSSIER)&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;par Dominique Nocaudie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Juin 1982 : un justiciable de correctionnelle obtient pour la premi&#232;re fois dans l'histoire de la justice fran&#231;aise, du moins par la voie officielle, communication de son dossier o&#249; sont consign&#233;es toutes les pi&#232;ces de l'accusation.&lt;br&gt;
Fr&#233;d&#233;ric Joyeux a su ainsi trouver les &#233;critures d&#233;pos&#233;es dans la salle des coffres du palais de justice.&lt;br&gt;
Il a su rentrer dans le labyrinthe du palais, aux portes-miroirs et en ressortir. Car la grande caract&#233;ristique de ce palais labyrinthe est d'&#234;tre compos&#233; d'enceintes successives (instance, appel, cassation). Chaque enceinte a des portes couvertes de miroirs que l'on peut facilement pousser de l'ext&#233;rieur, mais desquelles il est quasiment impossible de sortir, car ces portes n'ont pas de poign&#233;es de l'int&#233;rieur.&lt;br&gt;
Il a pris avec lui le passe-int&#233;rieur : un caillou transparent cach&#233; dans la poche de son pantalon violet, car il conna&#238;t la justice du dedans. Habitu&#233; &#224; &#234;tre passe-muraille face &#224; l'appareil et &#224; la justice militaire, il connait bien le fonctionnement du moulin &#224; illusion : il sait que la roue de justice si elle donne l'illusion de tourner dans un sens, en r&#233;alit&#233; tourne dans l'autre. Et c'est &#224; cette fin qu'il ouvre sa main dans laquelle est le caillou transparent qui lui sert alors de miroir.&lt;br&gt;
Il a eu maintes et maintes fois l'occasion de dire ou d'&#233;crire aux g&#233;n&#233;raux qui nous gouvernent que l'arm&#233;e n'a pas pour but primordial de prot&#233;ger la soci&#233;t&#233; des dangers de l'ext&#233;rieur, mais de ceux de l'int&#233;rieur. Et si m&#234;me l'opinion publique sent bien cette v&#233;rit&#233; lorsqu'il s'agit de l'arm&#233;e russe au-del&#224; du rideau de fer, la machine &#224; &#339;ill&#232;res l'emp&#234;che de voir cette v&#233;rit&#233; en France.&lt;br&gt;
Car ainsi fonctionnent l'homme et la justice : ils n'accusent hyst&#233;riquement les autres que de leurs propres turpitudes.&lt;br&gt;
Charg&#233;e de rendre plus &#233;quilibr&#233;e la balance pour les exclus du g&#226;teau social, la justice pr&#233;f&#232;re frapper &#224; coups de talon ceux, qui d&#233;j&#224; &#224; terre, ont montr&#233; une derni&#232;re r&#233;action de gourmandise.&lt;br&gt;
Fr&#233;d&#233;ric Joyeux l'a compris. Non-violent rou&#233; de coups par le bras de fer des institutions, antimilitariste, il a quasiment de naissance per&#231;u que la justice avait pour but de cacher &#224; tous et &#224; elle-m&#234;me la violence institutionnelle par l'accusation de ceux qui ne sont pas robotis&#233;s.&lt;br&gt;
D&#232;s lors, plut&#244;t que de laisser s'accomplir l'&#339;uvre de la roue de justice, en essayant de combattre l'illusion par l'illusion, il en a simplement rep&#233;r&#233; le m&#233;canisme et a mis son petit caillou dans l'engrenage.&lt;br&gt;
Ce m&#233;canisme, il le connait bien, et il a pu en apprendre parfaitement le fonctionnement tant par intuition personnelle qu'avec ses amis du CAP, des insoumis et des boutiques de droit.&lt;br&gt;
Et c'est ainsi qu'il a naturellement demand&#233; acc&#232;s &#224; son dossier lorsqu'il a &#233;t&#233; cit&#233; en correctionnelle. En effet, aussi &#233;vident soit le fait que le justiciable puisse avoir acc&#232;s &#224; son dossier, autant chacun a tol&#233;r&#233; jusqu'alors qu'il ne l'ait pas.&lt;br&gt;
Toute personne en France peut &#234;tre l'objet d'une poursuite en correctionnelle, ne serait-ce que pour une simple affaire de voiture. Mais peu ont vu qu'il &#233;tait important de connaitre les pi&#232;ces de l'accusation. Sans doute parce qu'ils pensent que la correctionnelle, c'est pour l'autre. Et s'il a la malchance de devenir gibier de correctionnelle, le justiciable croit facilement qu'il a &#233;t&#233; victime d'une erreur judiciaire. Il apprendra alors plus tard qu'il n'y a pas d'erreur judiciaire puisque le juge est libre, en mati&#232;re p&#233;nale d'estimer coupable quelqu'un parce qu'il le pense coupable : c'est tr&#232;s simple.&lt;br&gt;
Pour le juge, si les faits sont d&#233;ni&#233;s par l'accus&#233;, &#231;a ne peut &#234;tre que parce que l'accus&#233; ment : de toute mani&#232;re, il est difficile d'aller &#224; l'encontre de la logique des faits en quelques minutes &#224; l'audience car il se passe la m&#234;me chose que dans la vie courante : pour les tiers, plus c'est gros plus &#231;a passe. Inversement pour l'inculp&#233;, plus il est &#233;tranger aux faits, plus il bafouille.&lt;br&gt;
Sans acc&#232;s &#224; son dossier, le justiciable est incapable de d&#233;monter la logique des faits. Il ne s'agit d'ailleurs pas l&#224; du m&#234;me probl&#232;me que l'avocat, car celui-ci n'ayant pas v&#233;cu les faits ne peut, sauf exception, ou s'il est devin, voir s'il y a contradiction dans les faits.&lt;br&gt;
A cet &#233;gard on rappellera qu'en Cour d'assises l'inculp&#233; a depuis longtemps la possibilit&#233; d'avoir des copies de son dossier et qu'au d&#233;but de notre si&#232;cle, les justiciables de la correctionnelle de la belle &#233;poque avaient demand&#233; acc&#232;s &#224; leur dossier. Mais la cour de Cassation oubliant la r&#232;gle d'or d'interpr&#233;tation du droit en mati&#232;re de libert&#233;s publiques (&#171; tout ce qui n'est pas interdit est autoris&#233; &#187;) retourne le postulat du th&#233;or&#232;me de justice en indiquant que tout ce qui n'&#233;tait pas autoris&#233; par le code de proc&#233;dure p&#233;nale &#233;tait interdit. Ainsi donc, au nom de cette logique de p&#232;re fouettard, puisque l'acc&#232;s au dossier &#233;tait autoris&#233; &#224; l'inculp&#233; pour les assises, c'&#233;tait interdit pour la correctionnelle et le tribunal de simple police, puisque l'acc&#232;s au dossier &#233;tait autoris&#233; &#224; l'avocat dans ces derniers cas, cela &#233;tait interdit pour l'inculp&#233; (criminelle, 2 mai 1903).&lt;br&gt; Cette jurisprudence fut confirm&#233;e apr&#232;s la seconde guerre mondiale, les juges n'en ayant pas tir&#233; les cons&#233;quences (6 novembre 1952, JCP 1953, II 7357).&lt;br&gt;
Apr&#232;s tout puisque l'opinion publique veut que les petits d&#233;linquants soient enferm&#233;s en prison imm&#233;diatement, pourquoi donner dans la nuance. Ce qui compte, c'est que les &#171; sales gueules &#187; soient derri&#232;re les barreaux car m&#234;me s'ils n'ont pas commis d'infraction, ils ne peuvent qu'avoir l'intention d'en commettre, surtout s'ils sont jeunes, ch&#244;meurs et basan&#233;s. A quoi bon leur donner un dossier alors qu'ils sont condamn&#233;s de naissance ! Comme l'avaient &#233;t&#233; les juifs, comme le seront les arabes.&lt;br&gt;
Et il a fallu attendre la foul&#233;e de l'apr&#232;s 1968, pour qu'un mouvement de justiciables demande l'acc&#232;s au dossier. Cela n'a d'ailleurs pas &#233;t&#233; facile, puisque les militants du Comit&#233; d'Action des Prisonniers (le CAP), qui ont commenc&#233; ce mouvement lass&#233;s de se battre contre leurs propres avocats qui recelaient aussi l'information, se sont aussi heurt&#233;s &#224; d'autres militants du CAP ne voyant comme solution unique aux probl&#232;mes des prisonniers qu'un changement radical au syst&#232;me.&lt;br&gt;
Les militants du CAP voulant porter la lutte dans le sein m&#234;me de l'institution judiciaire et d&#233;sirant assumer leur d&#233;fense eux-m&#234;mes sont devenus militants actifs de la boutique de droit qui venait de se cr&#233;er &#224; Paris, dans le 19&#232;me, et le travail de fourmis a d&#233;marr&#233;.&lt;br&gt;
La lutte commenc&#233;e en 1975 a &#233;t&#233; longue et n'a nullement &#233;t&#233; le fruit du hasard.&lt;br&gt;
Et si ces luttes de l'acc&#232;s au dossier proc&#232;dent d'un mouvement tendant &#224; la lutte concr&#232;te du justiciable sur le terrain, &#224; la prise en charge par les personnes de leurs propres probl&#232;mes, au lieu du discours d'appareil, les quatre luttes symboliques qui ont eu lieu sur ce point &#8211; deux femmes, deux hommes &#8211; ne peuvent se r&#233;duire &#224; cette tendance sociale.&lt;br&gt;
Deux faits s'imposent :&lt;br&gt;
Dans les quatre affaires, les inculp&#233;s &#233;taient des justiciables qui n'avaient aucune illusion sur la justice pour en avoir eu une connaissance personnelle intuitive d&#232;s leur prime jeunesse.&lt;br&gt;
Dans les quatre affaires aussi, il y a eu un ph&#233;nom&#232;ne d'inversion et de miroir, la police qui s'&#233;tait mise en dehors de la l&#233;galit&#233;, et avait malmen&#233; les inculp&#233;s, a, pour se couvrir, accus&#233; les justiciables en cause de r&#233;bellion et outrages &#224; agent.&lt;br&gt;
Le premier &#224; avoir demand&#233; son dossier, Jean Lapeyrie, a &#233;t&#233; &#233;lev&#233; dans une cour de pr&#233;fecture, comme d'autres dans dans une cour de ferme : d&#232;s son plus jeune &#226;ge, il apprit comment le pr&#233;fet et le procureur de la r&#233;publique fabriquaient les dossiers, et comment les gendarmes venaient aux ordres. Sans doute Napol&#233;on en &#233;crivant ses codes et en nommant les pr&#233;fets n'avait-il pas pr&#233;vu qu'un petit gar&#231;on en culottes courtes divulguerait &#224; tous les secrets des rapports du triangle : pr&#233;fet-police-justice.&lt;br&gt;
Agn&#232;s Ouin qui s'est battue sur ce point n'avait pas non plus confiance : elle n'a jamais cru aux mirages d'une soci&#233;t&#233; de consommation o&#249; son p&#232;re, ponte dans la construction automobile, &#233;tait trop bien plac&#233; pour qu'elle eut quelques illusions.&lt;br&gt;
Babette Auerbacher, dont les parents juifs ont d&#251; se cacher toute la guerre, dans le fin fond de la campagne fran&#231;aise, n'a jamais eu confiance dans la police et la justice de son pays : elle sait de naissance ce que discrimination sociale veut dire et comment elle oriente un dossier.&lt;br&gt;
F. Joyeux, le dernier, est plus &#233;nigmatique : son refus visc&#233;ral de l'arm&#233;e, sa non-violence active ne s'explique pas clairement par son milieu familial, m&#234;me si son p&#232;re industriel devenu artisan &#233;b&#233;niste, lui a quelque part enseign&#233; la sagesse et le refus du masque. C'est un peu le tintin non-violent de la justice : le tintinmarre policier et l'appareil militaire ont peu de prise sur lui, il leur glisse entre les doigts comme une anguille.&lt;br&gt;
Intransigeants sur les principes, ces militants n'ont par contre aucun respect pour les policiers ou les juges qui foulent les principes au pied. Et c'est bien volontiers qu'&#224; l'audience ils confirment les outrages &#224; agents, lorsqu'ils entendent &#8211; avec ravissement &#8211; les juges prononcer avec le s&#233;rieux de circonstance les mots incrimin&#233;s.&lt;br&gt;
Cela va de &#171; salopards &#187;, &#224; &#171; pions manipul&#233;s &#187;, en passant par &#171; vieux cons &#187; et &#171; connards &#187;.&lt;br&gt;
Dans la premi&#232;re affaire, Jean Lapeyrie, passant dans le quartier Barb&#232;s, voyant des &#171; flics &#187; tabasser un colporteur africain, en bon citoyen, a trait&#233; de salopard le flic cognant le plus : l'africain fut laiss&#233; tranquille, mais les flics l'embarqu&#232;rent.&lt;br&gt;
Dans la seconde, Agn&#232;s qui vendait le CAP (Journal du Comit&#233; d'Action des Prisonniers) devant une prison, et qui a &#233;t&#233; interpel&#233;e ill&#233;galement pour une Xi&#232;me fois (les militants du CPA &#233;tant retenus par la police, ce jusqu'&#224; la fin des visites des familles de prisonniers) a &#233;t&#233; inculp&#233;e d'outrages &#224; agents.&lt;br&gt;
Dans la troisi&#232;me, Babette, handicap&#233;e, qui avait &#233;t&#233; &#224; deux manifestations, a &#233;t&#233; accus&#233;e d'avoir commis des violences &#224; l'&#233;gard de trois flics.&lt;br&gt;
Dans la quatri&#232;me, F. Joyeux, nouveau Tarzan, tout seul contre neuf gendarmes, en aurait bless&#233; trois alors qu'il collait des affiches pour une f&#234;te d'insoumis.&lt;br&gt;
On comprend d&#232;s lors que ces personnes eurent envie d'avoir acc&#232;s &#224; leur dossier pour connaitre le secret de l'alchimie polici&#232;re, toujours conduite par la logique de la chaussure du flic abim&#233;e par le cr&#226;ne du manifestant !&lt;br&gt;
Jean jug&#233; &#224; la dix-septi&#232;me chambre correctionnelle eut acc&#232;s &#224; son dossier mais seulement &#224; l'audience. Le parquet le lui ayant refus&#233;, il ne put se battre sur ce point car le pr&#233;sident Hennion lui accorda au d&#233;but de l'audience. Cela ne peut donc r&#233;ellement constituer un pr&#233;c&#233;dent.&lt;br&gt;
Quand Agn&#232;s demanda acc&#232;s &#224; son dossier sur la base de l'article 6 de la Convention Europ&#233;enne des Droits de l'Homme, le juge Schlexer craqua faisant une col&#232;re, et fit semblant de ne pas voir les conclusions d&#233;pos&#233;es par celle-ci.&lt;br&gt;
La cour d'appel ayant confirm&#233; ce jugement, mais sans explosion, car son pr&#233;sident lors de l'audience avait agi comme un grand papa g&#226;teau, la cour de cassation rendit un arr&#234;t inapplicable puisqu'elle &#233;crivait que le pr&#233;venu voulait se d&#233;fendre seul et voulait avoir acc&#232;s &#224; son dossier n'avait qu'&#224; demander &#224; un avocat d'aller le lire et de le lui dire ce qu'il y avait dedans, quitte &#224; se s&#233;parer de l'avocat, la course faite.&lt;br&gt;
Le m&#233;pris tant du justiciable que de l'avocat, consid&#233;r&#233; comme coursier, &#233;tait total et la situation devenait vaudevillesque.&lt;br&gt;
C'est alors que Babette, suivant scrupuleusement l'arr&#234;t de la cour de cassation, demanda &#224; un avocat de lui indiquer le contenu pr&#233;cis de son dossier : comme on pouvait le pr&#233;voir, cela se passa mal et elle n'eut pas connaissance de son dossier. Le jour de l'audience, le pr&#233;sident ne put, pour limiter la casse, que lire lui-m&#234;me une partie du dossier.&lt;br&gt;
C'&#233;tait le blocage jusqu'&#224; l'affaire de F. Joyeux.&lt;br&gt;
Sous la pression de F. Joyeux, le parquet se laissa finalement convaincre, se rendant aussi peut-&#234;tre compte qu'il n'y avait aucune raison de ne pas permettre au justiciable l'acc&#232;s &#224; son dossier p&#233;nal, alors que par ailleurs de r&#233;centes lois permettaient &#224; tout citoyen, d'avoir acc&#232;s aux d&#233;cisions administratives le concernant et aux renseignements contenus dans les fichiers informatiques.&lt;br&gt;
C'est un progr&#232;s. Le justiciable est enfin consid&#233;r&#233; comme un adulte.&lt;br&gt;
A terme, cela peut permettre aux justiciables et aux inculp&#233;s d'intervenir dans le d&#233;bat judiciaire. Le premier concern&#233;, le justiciable, s'il prend la parole pourra sortir des deux analyses pr&#233;fabriqu&#233;es qui sont toujours le fondement de l'id&#233;ologie politico-judiciaire : si on supprime les d&#233;linquants, la soci&#233;t&#233; n'aura plus de probl&#232;mes, si on change la soci&#233;t&#233;, il n'y aura plus de d&#233;linquance. Ces deux propositions n'&#233;tant d'ailleurs que les deux faces d'une m&#234;me v&#233;rit&#233; : la mise &#224; l'&#233;cart du bouc &#233;missaire source suppos&#233;e de tous les maux sociaux. Dans la premi&#232;re proposition, la vermine est le pauvre, jeune, ch&#244;meur, drogu&#233; et voleur, et dans la seconde, le patron bourgeois capitaliste et le contre-r&#233;volutionnaire.&lt;br&gt;
Il est dur d'aller &#224; l'encontre d'une mentalit&#233; polici&#232;re toute faite fa&#231;onn&#233;e par l'opinion publique : mais il est dramatique pour l'inculp&#233; de ne pouvoir acc&#233;der &#224; son dossier, surtout quand il est isol&#233; de tout contact ext&#233;rieur par la prison. C'est sans doute une des raisons du chiffre-record des suicides intervenant en d&#233;tention provisoire.&lt;br&gt;
L'acc&#232;s au dossier, s'il est g&#233;n&#233;ralis&#233; &#224; tous les inculp&#233;s, y compris ceux qui sont en d&#233;tention provisoire pourra peu &#224; peu changer la mentalit&#233; judiciaire.&lt;br&gt;
D'abord en am&#233;liorant le rapport avocat/justiciable en sortant ce dernier de l'infantilisation dans laquelle il se trouve et des conflits qui en d&#233;coulent, amenant l'avocat &#224; &#234;tre la profession la plus mal vue en France par ses utilisateurs, faute de transparence.&lt;br&gt;
Ensuite en permettant &#224; l'inculp&#233; en d&#233;tention provisoire, de discuter pied &#224; pied avec le juge d'instruction pour demander sa libert&#233; provisoire : si l'inculp&#233; a un avocat, une nouvelle r&#233;partition du travail s'en suivra qui permettra &#224; l'avocat de se battre plus efficacement pour le respect du droit.&lt;br&gt;
Pourquoi la justice a-t-elle c&#233;d&#233; &#224; F. Joyeux officiellement, apr&#232;s qu'un juge, le pr&#233;sident Hennion, eut c&#233;d&#233; en 1976 &#224; Jean Lapeyrie, alors que ce sont deux implacables accusateurs de la justice.&lt;br&gt;
F. Joyeux, en mars 1981, a brav&#233; les juges militaires sans cacher un mot de ce qu'il pensait. Jean, lui s'est trouv&#233; engag&#233;, avec le CAP, dans la plupart des luttes judiciaires qui ont d&#233;fray&#233; la chronique.&lt;br&gt;
Pourquoi le parquet n'a-t-il pas attendu qu'un gentil justiciable, un notable le demande ?&lt;br&gt;
La r&#233;ponse est sans doute plus simple qu'il ne parait : Dame Justice est n&#233;vros&#233;e.&lt;br&gt;
Et comme toute personne humaine dont les &#339;ill&#232;res grandissantes obscurcissent la vision des faits, elle d&#233;veloppera une conduite n&#233;vrotique &#171; dont l'objet est d'obtenir la reconnaissance par les autres d'une part de son &#234;tre qu'elle ne tol&#232;re plus elle-m&#234;me &#187;, de son refoul&#233;.&lt;br&gt;
Son refoul&#233;, c'est le non-respect de la vraie loi, c'est d'&#234;tre oblig&#233;e de condamner des personnes comme Jean, Agn&#232;s, Babette et Fr&#233;d&#233;ric qui ont tous agi au nom de lois.&lt;br&gt;
Jean au nom de l'antiracisme, Agn&#232;s au nom de la libert&#233; d'information des taulards et de leurs familles, Babette pour le refus de l'exclusion sociale, de la mise en QHS, Fr&#233;d&#233;ric au nom de la non-violence.&lt;br&gt;
Dans chaque cas le dossier de police est auto-accablant : l'irr&#233;alit&#233; du dossier atteint l'invraissemblance, sauf si l'on remplace le mot police par inculp&#233; et vice-versa.&lt;br&gt;
Il n'est pas vrai que Guignol puisse rosser autant de gendarmes, m&#234;me si Guignol a des r&#233;flexes d'auto-d&#233;fense efficaces et si son genou r&#233;agit normalement au marteau-matraque du m&#233;decin-policier agissant dans le cadre d'un contr&#244;le m&#233;dico-social.&lt;br&gt;
Babette de son fauteuil roulant, aurait agress&#233; trois policiers. F. Joyeux, le chantre de la non-violence, contre neuf gendarmes en aurait bless&#233; trois, Jean aurait sans doute d&#251; dire aux policiers de taper plus fort sur l'africain, Agn&#232;s aurait d&#251; s'excuser et vendre des m&#233;dailles miraculeuses aux familles des taulards.&lt;br&gt;
Les dossiers, la justice ne veut plus les lire. Elle les refoule car ils mettent trop &#224; jour ses propres carences, le renoncement de ses principes de base et sa complaisance envers les institutions dominantes. Refoulant ce d&#233;faut, elle se dit comme en amour, pr&#234;te &#224; jouer le jeu de la v&#233;rit&#233; en laissant son dossier &#224; son amant justiciable.&lt;br&gt;
Comme toute personne, elle pr&#233;f&#232;re se voir accuser par l'autre de menteuse, car elle peut lui mettre le miroir devant les yeux, plut&#244;t que de s'avouer &#224; elle-m&#234;me qu'elle se ment en se regardant de l'int&#233;rieur, &#224; travers la glace sans tain.&lt;br&gt;
Mais la v&#233;rit&#233; &#233;clate un jour : le r&#233;el am&#232;ne &#224; l'&#233;volution.&lt;br&gt;
Le refoul&#233; devient r&#233;alit&#233; dans la vie : le pr&#233;sident Hennion, qui n'avait que faut&#233; un peu, en condamnant Jean Lapeyrie &#224; une amende pour avoir r&#233;agi &#224; un tabassage raciste mais apr&#232;s lui avoir donn&#233; acc&#232;s au dossier, a vu son laxisme puni. Il a vu la m&#226;choire de son neveu bien endommag&#233;e par la police alors qu'il rentrait un soir chez lui. Contr&#244;le de routine. &#199;a n'arrive pas qu'aux autres.&lt;br&gt;
Sophocle, il y a d&#233;j&#224; tr&#232;s longtemps, l'avait bien rep&#233;r&#233; : lorsqu'on accuse les autres de ses propres maux, la terrible &#171; dik&#233; &#187; veille et frappe cruellement le coupable.&lt;br&gt;
Et si la famille de Madame Clavery, Pr&#233;sidente du Tribunal qui a condamn&#233; F. Joyeux, ou de Monsieur Domino, procureur de ce m&#234;me tribunal, peuvent un jour respirer, c'est parce que les F. Joyeux devenus plus nombreux, auront permis &#224; la soci&#233;t&#233; de d&#233;nouer les vieilles contradictions encombrant les cerveaux et d'acc&#233;der &#224; une nouvelle naissance.&lt;br&gt;
Car F. Joyeux est coh&#233;rent, il n'aime pas les arm&#233;es qu'elles soient de gauche ou de droite. Il se moque de l'opposition patron et salari&#233;. Il travaille avec des amis dans une entreprise auto-gestionnaire qui marche m&#234;me si elle lui rapporte un salaire modeste. Il se moque de l'opposition locataire-propri&#233;taire. Il se bat pour et avec les occupants-r&#233;novateurs du 19&#232;me &#8211; &#171; Squatters &#187; implantant des activit&#233;s sociales, culturelles et &#233;conomiques dans des immeubles laiss&#233;s &#224; l'abandon dans l'attente d'une sp&#233;culation (r&#233;serve fonci&#232;re passive dans les rapports des urbanistes). Gr&#226;ce et avec ce mouvement, il a trouv&#233; un local pour une partie des Polonais de SOLIDARNOSC France que la CFDT ne voulait plus accueillir, cherchant toujours sans concession la troisi&#232;me voie.&lt;br&gt;
Par cette coh&#233;rence, Fr&#233;d&#233;ric Joyeux montre que l'on ne peut agir efficacement sur une question de principe que dans le cadre d'un changement profond de sa personnalit&#233;. Il laisse entendre que le combat contre soi-m&#234;me est dur mais il confirme le mythe.&lt;br&gt;
Car c'est lorsque les luttes des marginaux deviennent conscientes &#224; l'inconscient social endormi que la soci&#233;t&#233; &#233;volue. C'est lorsque la b&#234;te dans les contes devient prince charmant qu'un nouveau cycle social commence ; mais celui-l&#224; n'est pas racont&#233; car il a nom la &#171; routine &#187; qu'un autre h&#233;ros devra remettre en cause.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;DE LA STRAT&#201;GIE JUDICIAIRE&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pr&#233;face de Michel Foucault &#224; la deuxi&#232;me &#233;dition (1981) de l'ouvrage de Jacques Verg&#232;s, suivie d'un entretien.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans cet ouvrage, Jacques Verg&#232;s dresse une typologie des proc&#232;s p&#233;naux &#224; partir de deux figures :&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; le proc&#232;s de connivence, o&#249; l'accus&#233; et son d&#233;fenseur acceptent le cadre de la loi qui l'accuse ;&lt;br&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; le proc&#232;s de rupture, o&#249; l'accus&#233; et son d&#233;fenseur disqualifient la l&#233;gitimit&#233; de la loi et la justice au nom d'une autre l&#233;gitimit&#233;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Avocat des nationalistes alg&#233;riens emprisonn&#233;s, J. Verg&#232;s th&#233;orisait leur volont&#233; politique d'&#234;tre trait&#233;s comme des bellig&#233;rants.&lt;br&gt; Comprendre la justice comme &#171; un monde ni plus ni moins cruel que la guerre ou le commerce &#187;, comme &#171; un champ de bataille &#187;, en prendre la mesure et l'analyser tel qu'il est, quoi de plus utile en ce temps de r&#233;armement de l'accusation p&#233;nale ? La seule r&#233;ponse &#224; cette politique dont le dernier avatar est la loi s&#233;curit&#233; et libert&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pr&#233;par&#233;e par le garde des Sceaux Alain Peyrefitte, vot&#233;e en 1980, elle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ne se trouve pas dans des consid&#233;rations plaintives, mais dans le r&#233;armement de la d&#233;fense. La loi n'est jamais bonne : il n'y a pas de pass&#233; heureux ni d'avenir meilleur ou inqui&#233;tant : il y a une d&#233;fense morte ou vive.&lt;br&gt;
La strat&#233;gie judiciaire d&#233;bouchait, en novembre 1968, sur une vague de r&#233;pression &#224; l'encontre des militants gauchistes. Quatre ou cinq ann&#233;es s'ouvraient qui pouvaient permettre une mise en application de quelques principes simples, d&#233;barrass&#233;s de nos a priori moraux ou politiques : elle fut rat&#233;e. &#171; Connivence ou rupture &#187; n'a &#233;t&#233; qu'un slogan. Le pass&#233; et le prestige de Verg&#232;s faisaient autorit&#233;, mais, comme pour mieux &#233;carter ce qu'il disait vraiment, on a tout r&#233;duit &#224; des crit&#232;res de comportements &#224; l'audience. Tonus, agressivit&#233;, d&#233;clamation, force en gueule repr&#233;sentaient la &#171; rupture &#187; avec un ersatz de D&#233;fense collective&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nom du collectif d'avocats qui d&#233;fendit les militants gauchistes apr&#232;s Mai 68.&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; par l'assemblage de quelques avocats autour des m&#234;mes causes. Mais peut-&#234;tre les militants, les enjeux, les combats de l'&#233;poque n'&#233;taient-ils pas, eux non plus, &#224; la hauteur.&lt;br&gt;
Puis la vente du livre se ralentit, comme s'il &#233;tait &#224; &#233;carter avec la guerre d'Alg&#233;rie, au motif d'une exp&#233;rience trop exceptionnelle, trop radicale. Sa remise en circulation date des ann&#233;es 1976-1977, gr&#226;ce aux militants du Comit&#233; d'action des prisonniers qui, sortant des murs de la prison, s'attaquaient aux proc&#232;s, aux condamnations et aux peines, et &#224; ceux des Boutiques de droit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Permanences juridiques, souvent situ&#233;es dans des arri&#232;re-boutiques de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui, affront&#233;s &#224; l'injustice quotidienne, savaient que les &#171; pauvres gens &#187; sont perdus s'ils jouent le jeu de la connivence. Dans le marasme de l'apr&#232;s-gauchisme, un front judiciaire s'affirmait de nouveau contre l'accusation quotidienne, centr&#233;e sur les &#171; droit commun &#187;. Bon nombre de proc&#232;s plus ou moins importants ont &#233;t&#233; men&#233;s dans cette optique, que ce soit pour lutter contre une expulsion, contre une inculpation de vols dans un grand magasin ou contre les QHS&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans les prisons, Quartiers &#224; s&#233;curit&#233; renforc&#233;e, dits &#171; quartiers de haute (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br&gt;
Quels sont les traits fondamentaux de cette d&#233;fense ? D'abord, que tout se d&#233;cide &#224; partir de l'attitude de l'accus&#233;. Ce n'est pas d'un avocat ou d'un magistrat, fussent-ils de gauche, qu'il faudra attendre une d&#233;fense de rupture : les avocats et les magistrats militants n'existent pas sur qui on pourrait se reposer. Ensuite, que tout proc&#232;s rec&#232;le un affrontement politique et que la justice est toujours arm&#233;e pour d&#233;fendre l'ordre &#233;tabli. Enfin, que la morale individuelle, la vertu de justice, l'innocence ou la culpabilit&#233; d'un homme, son bon droit n'ont qu'un rapport lointain avec un affrontement judiciaire o&#249; il est seulement question de soci&#233;t&#233;.&lt;br&gt; Se d&#233;fendre sur un terrain min&#233;, se r&#233;f&#233;rer &#224; une autre morale, &#224; une autre loi, ne pas s'en remettre, ne pas se d&#233;mettre : voil&#224; ce que Verg&#232;s ne cessait de nous dire. Michel Foucault, Jean Lapeyrie, des comit&#233;s d'action Prison-Justice, responsable du journal Le Cap&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Journal du Comit&#233; d'action des prisonniers, mouvement qui succ&#233;da au G.I.P.&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Dominique Nocaudie, des Boutiques de droit, Christian Revon, du r&#233;seau D&#233;fense libre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nom d'un mouvement cr&#233;&#233; en 1980, notamment &#224; l'initiative de Christian (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, parmi d'autres, reprennent contact avec Verg&#232;s et lui posent des questions :&lt;br&gt;
D. Nocaudie : Pour quelles raisons, &#224; votre avis les avocats, et les juristes en g&#233;n&#233;ral, r&#233;pugnent-ils &#224; la strat&#233;gie judiciaire et &#224; la d&#233;fense de rupture ?&lt;br&gt;
J. Verg&#232;s : Ils sont l&#224; pour aider &#224; r&#233;soudre les conflits sociaux, non pour les exacerber. C'est seulement quand la machine a un rat&#233; qu'ils sont amen&#233;s &#224; s'interroger un instant sur le sens et la finalit&#233; de la loi. Mais, comme ces idol&#226;tres croient ou font semblant de croire au caract&#232;re sacr&#233; de la justice, l'interrogation ne tarde pas &#224; tourner court.&lt;br&gt;
C. Revon : Pour reprendre le titre de votre introduction, je vous demanderai : &#171; Qui &#234;tes-vous ? Un iconoclaste ? &#187; &lt;br&gt;
J. Verges : En effet, je hais les images toutes faites. Il faut avoir assist&#233; &#224; un interrogatoire r&#233;capitulatif &#224; la fin d'une instruction, quand le juge met de l'ordre dans son puzzle, comme un monteur de cin&#233;ma devant ses rushes, pour la rendre compr&#233;hensible (c'est-&#224;-dire meurtri&#232;re) au tribunal (c'est-&#224;-dire &#224; la majorit&#233; silencieuse), et b&#226;tit son accusation sur des poncifs, pour sentir &#224; quel point le lieu commun est anthropophage. &lt;br&gt;
J. Lapeyrie : Vous ne croyez pas au bon juge ? &lt;br&gt;
J. Verges : Les bons juges, comme les h&#233;ros de la presse du c&#339;ur, n'existent pas. &#192; moins de dire bon juge comme on dit de Napol&#233;on qu'il &#233;tait un bon g&#233;n&#233;ral. De ce point de vue il y a effectivement des juges efficaces, et d'autant plus qu'ils font oublier leur qualit&#233; de juges, c'est-&#224;-dire de gardiens de la paix. &lt;br&gt;
M. Foucault : Devant les formes nouvelles de pratiques judiciaires que la loi s&#233;curit&#233; et libert&#233; veut imposer, comment, selon vous, peut-on adapter les strat&#233;gies de rupture que vous aviez sugg&#233;r&#233;es dans votre livre ?&lt;br&gt;
J. Verges : Au temps de la guerre d'Alg&#233;rie, beaucoup de magistrats qui protestent aujourd'hui contre le projet s&#233;curit&#233;-libert&#233; couvraient la torture. Connaissez-vous un seul proc&#232;s de torture qui ait abouti ? Et beaucoup de mes confr&#232;res portaient en cort&#232;ge au garde des Sceaux de l'&#233;poque une p&#233;tition pour r&#233;clamer des sanctions contre les avocats du F.L.N. Le texte importe moins que le regard qu'on porte sur lui, ou que la communication avec l'opinion, non pas p&#233;trifi&#233;e par un sondage mais &#233;valu&#233;e dans son mouvement. Si Isorni&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Avocat du mar&#233;chal P&#233;tain apr&#232;s la guerre, puis des militants en faveur de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a &#233;t&#233; frapp&#233; plus lourdement que moi, ce n'est pas que, des proc&#232;s du F.L.N. &#224; ceux de l'O.A.S., les textes aient chang&#233; ni que son &#233;clat f&#251;t plus grave que les miens, c'est que je d&#233;fendais des vainqueurs et lui des vaincus.&lt;br&gt;
J. Lapeyrie : Ce qui a fait pour nous, prisonniers de droit commun, l'importance de votre livre, c'est la mani&#232;re dont vous avez rejet&#233; la distinction entre proc&#232;s politiques et proc&#232;s de droit commun pour lui substituer celle de connivence et de rupture. Est-ce toujours l&#224; votre position ?&lt;br&gt; J. Verg&#232;s : La distinction entre crimes de droit commun et crimes politiques est une distinction dont je me suis toujours m&#233;fi&#233;, m&#234;me quand les circonstances faisaient de moi un avocat se consacrant presque exclusivement aux affaires politiques, car elle n'&#233;claire en rien le d&#233;roulement du proc&#232;s. Elle minore l'importance politique, sociale, morale que peut avoir un crime de droit commun, elle occulte le c&#244;t&#233; sacril&#232;ge du crime politique de quelque importance. D&#232;s qu'il y a sang vers&#233;, le crime politique perd son caract&#232;re politique et rel&#232;ve de la r&#233;pression de droit commun.&lt;br&gt; M. Foucault : Votre livre a &#233;t&#233; &#233;labor&#233; et &#233;crit dans une conjoncture historique d&#233;termin&#233;e et, m&#234;me si dans son projet il d&#233;bordait largement le cadre de la guerre d'Alg&#233;rie, cet &#233;v&#233;nement y est encore tr&#232;s pr&#233;sent et commande sans doute une part de vos analyses. Ne pensez-vous pas que le d&#233;veloppement pratique d'une nouvelle strat&#233;gie judiciaire impliquerait un travail d'analyse et de critique globales du fonctionnement judiciaire actuel et comment pensez-vous que l'on pourrait mener collectivement ce travail ?&lt;br&gt; J. Verg&#232;s : Ce qui distingue la rupture, aujourd'hui, c'est qu'elle n'est plus le fait d'un petit nombre dans des circonstances exceptionnelles, mais d'un grand nombre &#224; travers les mille et un probl&#232;mes de la vie quotidienne. Cela implique une critique globale du fonctionnement de la justice et non plus seulement de son aspect p&#233;nal comme il y a vingt ans. Cela implique aussi qu'&#224; un collectif fond&#233; sur les r&#232;gles du centralisme d&#233;mocratique on substitue un r&#233;seau assurant la circulation des exp&#233;riences et la rencontre des groupes existants, en leur laissant leur autonomie et leur initiative. C'est la t&#226;che que s'est fix&#233;e le r&#233;seau D&#233;fense libre fond&#233; &#224; la Sainte-Baume, le 26 mai 1980.&lt;br&gt; D. Nocaudie : Aviez-vous imagin&#233; que la technique, la d&#233;fense de rupture soit appliqu&#233;e &#224; la d&#233;fense des droits de la vie quotidienne ?&lt;br&gt; J. Verg&#232;s : Non, mais je m'en r&#233;jouis. Cela prouve que la strat&#233;gie judiciaire ne m'appartient plus, qu'elle n'est plus seulement l'affaire des gens en robe, mais des gens en jeans.&lt;br&gt; C. Revon : Le titre de votre conclusion m'am&#232;ne &#224; vous demander : &#171; Quelle est votre loi ? &#187;&lt;br&gt; J. Verg&#232;s : Ma loi est d'&#234;tre contre les lois parce qu'elles pr&#233;tendent arr&#234;ter l'histoire, ma morale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; LIRE, &#192; VOIR&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des d&#233;fenses libres et des accus&#233;s en lutte contre le syst&#232;me judiciaire :&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- Pierre Goldman, &lt;i&gt;Souvenirs obscurs d'un juif polonais n&#233; en France&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1975.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Fr&#233;d&#233;ric Joyeux, &lt;i&gt;La d&#233;fense libre au tribunal&lt;/i&gt;, Paris, &#233;d. vrac, 1983. [l'histoire et les documents de lutte du premier justiciable &#224; s'&#234;tre d&#233;fendu sans avocat en correctionnel]&lt;br class='manualbr' /&gt;- Roland Agret, &lt;i&gt;La Justice &#224; deux doigts pr&#232;s&lt;/i&gt;, Paris, Carri&#232;re, 1986.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Serge Livrozet, &lt;i&gt;L'empreinte&lt;/i&gt;, &#233;ditions La Br&#232;che, 1989.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du c&#244;t&#233; des avocats, des juges et des contre-enqu&#234;tes :&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;[parce que c'est toujours int&#233;ressant d'aller voir de l'autre-c&#244;t&#233;&#8230;]&lt;br class='manualbr' /&gt;- Olivier de Tissot, &lt;i&gt;Sans &#226;me ni conscience&lt;/i&gt;, Paris, Balland, 1975.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Gilles Perrault, &lt;i&gt;Le Pull-over rouge&lt;/i&gt;, Paris, Ramsay, 1978. [une contre-enqu&#234;te exemplaire, qui innocente Christian Ranucci, le dernier guillotin&#233; en France] &lt;br class='manualbr' /&gt;- Jacques Verg&#232;s, &lt;i&gt;De la strat&#233;gie judiciaire&lt;/i&gt;, Paris, &#233;d. de Minuit, 1981. [incontournable !] &lt;br class='manualbr' /&gt;- Andr&#233; Giresse, &lt;i&gt;Seule la V&#233;rit&#233; blesse. L'honneur de d&#233;plaire&lt;/i&gt;, Paris, Plon, 1987. [pr&#233;sident de la cour d'assises de Paris de 1975 &#224; 1985, politiquement infr&#233;quentable, il d&#233;crit bien le syst&#232;me judiciaire de l'int&#233;rieur]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Internet :&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- &#171; &lt;a href=&#034;http://oclibertaire.free.fr/spip.php?article1175&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Strat&#233;gie judiciaire&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Courant Alternatif&lt;/i&gt;, n&#176; 220, mai 2012. [une histoire du mouvement pour la d&#233;fense libre]&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;a href=&#034;http://action-justice.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Action Justice&lt;/a&gt; (association de Roland Agret)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Films (fictions et documentaires) :&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;i&gt;Douze hommes en col&#232;re&lt;/i&gt;, Sidney Lumet, 1957.&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;i&gt;La V&#233;rit&#233;&lt;/i&gt;, Henri-Georges Clouzot, 1960.&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;i&gt;Du silence et des ombres&lt;/i&gt;, Robert Mulligan, 1962.&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;i&gt;Verdict&lt;/i&gt;, Andr&#233; Cayatte, 1974.&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;i&gt;Le Verdict&lt;/i&gt;, Sidney Lumet, 1982.&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;i&gt;Music Box&lt;/i&gt;, Costa-Gavras, 1989.&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;i&gt;La Dixi&#232;me Chambre, Instants d'audience&lt;/i&gt;, Raymond Depardon, 2004.&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;i&gt;Jugez-moi coupable&lt;/i&gt;, Sidney Lumet, 2006.&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;i&gt;La D&#233;fense Lincoln&lt;/i&gt;, Brad Furman, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contact :&lt;/strong&gt; soledadetassociees [at] ymail [point] com&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le propos ici n'est pas limit&#233; au cas d'un proc&#232;s p&#233;nal (tribunal correction, assises). Par exemple : proc&#233;dures de divorce, de changement d'&#233;tat civil, litige autour de la garde d'un enfant, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il se trouve peut-&#234;tre des avocats &#224; qui on ne pourrait adresser aucune des charges contenues dans ce texte. Cela importe peu, car ce ne sont pas les individualit&#233;s qui nous int&#233;ressent, mais les avocats en tant que groupe social et leur r&#244;le dans le syst&#232;me judiciaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'Aide Juridictionnelle (AJ) est un syst&#232;me de prise en charge, par l'&#201;tat des honoraires et des frais de justice (avocat, huissier, etc.) pour les personnes les plus d&#233;munies. L'AJ peut &#234;tre totale ou partielle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le Parquet ou Minist&#232;re public d&#233;fend les int&#233;r&#234;ts de la collectivit&#233; nationale : c'est le procureur au Tribunal correctionnel et l'avocat g&#233;n&#233;ral en Cour d'assises.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'expression &#171; magistrature assise &#187; d&#233;signe les juges et &#171; magistrature debout &#187; le Minist&#232;re public (car les procureurs se l&#232;vent quand ils prennent la parole lors des proc&#232;s, contrairement aux juges).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'expression fait r&#233;f&#233;rence, &#233;galement, aux luttes des r&#233;fractaires au service militaire qui ont eu une place importante dans le mouvement de la d&#233;fense libre (comme en t&#233;moignent plusieurs textes de cette brochure).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les Tribunaux Permanents des Forces Arm&#233;es (TPFA), cr&#233;&#233;s en 1965, jugeaient les infractions d'ordre militaire et celles de droit commun commises par des militaires, soit dans le service, soit &#224; l'int&#233;rieur d'un &#233;tablissement militaire. Ils ont &#233;t&#233; supprim&#233;s en 1982 et remplac&#233;s par des chambres sp&#233;cialis&#233;es au sein des Tribunaux de Grande Instance (TGI). Les TPFA jugeaient notamment les r&#233;fractaires (ou &#171; insoumis &#187;) au service militaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Verges a d&#233;velopp&#233; sa strat&#233;gie de la d&#233;fense de rupture lorsqu'il d&#233;fendait des membres du Front de Lib&#233;ration Nationale pendant la guerre d'Alg&#233;rie [S&amp;A].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pr&#233;par&#233;e par le garde des Sceaux Alain Peyrefitte, vot&#233;e en 1980, elle r&#233;forme le Code p&#233;nal et le Code de proc&#233;dure p&#233;nale, tr&#232;s critiqu&#233;e par l'opposition de gauche, qui d&#233;non&#231;ait un transfert d'attribution de la justice p&#233;nale &#224; la police. Elle fut abrog&#233;e en mai 1983 par la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nom du collectif d'avocats qui d&#233;fendit les militants gauchistes apr&#232;s Mai 68.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Permanences juridiques, souvent situ&#233;es dans des arri&#232;re-boutiques de librairies, gratuites ou &#224; un prix modique offrant une d&#233;fense juridique pour les conflits de la vie quotidienne. L'avocat Christian Revon contribua &#224; leur mise en place.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans les prisons, Quartiers &#224; s&#233;curit&#233; renforc&#233;e, dits &#171; quartiers de haute s&#233;curit&#233; &#187;, cr&#233;&#233;s en mai 1975.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Journal du Comit&#233; d'action des prisonniers, mouvement qui succ&#233;da au G.I.P.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nom d'un mouvement cr&#233;&#233; en 1980, notamment &#224; l'initiative de Christian Revon, en faveur des gens exclus &#233;conomiquement ou culturellement d'un acc&#232;s &#224; la justice. Plusieurs r&#233;unions pr&#233;paratoires, avec les participants &#224; cet entretien, eurent lieu au domicile de M. Foucault, qui r&#233;digea largement la plate-forme des assises du mouvement, les 23-26 mai 1980, &#224; la Sainte-Baume.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Avocat du mar&#233;chal P&#233;tain apr&#232;s la guerre, puis des militants en faveur de l'Alg&#233;rie fran&#231;aise et du mouvement terroriste Organisation arm&#233;e secr&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Photo de couverture de la brochure :&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Jonathan Jackson, Ruchell McGee, William Christmas et James McClain sortant, le 7 ao&#251;t 1970, du tribunal du Comt&#233; de Marin avec le juge Harold Haley tenu en otage.&lt;br&gt; Jonathan Jackson, un Black Panther de 17 ans, est d'abord entr&#233; dans le tribunal o&#249; il a lib&#233;r&#233; trois d&#233;tenus qui y comparaissaient. La prise d'otage, r&#233;alis&#233;e pour obtenir la lib&#233;ration des trois &#171; fr&#232;res de Soledad &#187; (poursuivis pour le meurtre d'un gardien de prison en repr&#233;sailles de violences et de crimes racistes perp&#233;tu&#233;s &#224; la prison de Soledad), s'est sold&#233;e par la mort de Jackson, Christmas et McClain, ainsi que celle du juge.&lt;br&gt;
Angela Davis fut soup&#231;onn&#233;e d'avoir aid&#233; &#224; l'op&#233;ration. Elle fut poursuivie, arr&#234;t&#233;e, puis finalement relax&#233;e.&lt;br&gt;
Georges Jackson, fr&#232;re de Jonathan et l'un des &#171; fr&#232;res de Soledad &#187;, fut assassin&#233; en 1971 &#224; la prison de San Quentin.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://www.infokiosques.net/IMG/pdf/archives_defense_libre_pageparpage.pdf" length="1147432" type="application/pdf" />
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le privil&#232;ge cissexuel</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article884</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.infokiosques.net/spip.php?article884</guid>
		<dc:date>2011-11-23T09:48:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Julia Serano</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme, (questions de) genre</dc:subject>
		<dc:subject>Les Farfadettes (Nancy)</dc:subject>
		<dc:subject>Queer, transp&#233;d&#233;bigouines</dc:subject>
		<dc:subject>Espa&#241;ol</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ce texte de Julia Serano constitue le chapitre 8 de son livre &#034;Whipping girl, a transsexual woman on sexism and the scapegoating of femininity&#034;, paru en 2007. Il s'agit l&#224; de sa premi&#232;re &#233;dition publi&#233;e en fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Dans son livre, Julia Serano part en partie de sa vie pour tirer une analyse politique f&#233;ministe de la situation des femmes trans dans la soci&#233;t&#233; occidentale et les milieux f&#233;ministes et LGBT. Elle d&#233;fend la th&#232;se que les femmes trans, avant de subir des formes &#233;volu&#233;es de transphobie, sont le plus souvent les cibles du sexisme traditionnel et de la misogynie banale et parfois insidieuse qui s&#233;vit historiquement dans nos soci&#233;t&#233;s et milieux. Elle propose donc, avant de partir en guerre contre de nouveaux syst&#232;mes d'oppression, de revoir en profondeur nos rapports &#224; la f&#233;minit&#233; et &#224; sa (d&#233;)valorisation. Elle propose de nouveaux cadres de r&#233;flexion, via une remise en cause radicale des comportements misogynes et des perceptions des f&#233;minit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Dans ce chapitre, elle s'attarde sur les privil&#232;ges cissexuels ainsi que sur les m&#233;canismes que les personnes cissexuelles mettent en place pour justifier et maintenir leurs privil&#232;ges. L'id&#233;e est de mettre en lumi&#232;re un statut opprimant (en l'occurrence, le statut cis), pour l'&#233;tudier et en comprendre les fonctionnements. Ce qui permet, pour une fois, de ne pas placer les personnes transsexuelles comme objets d'&#233;tude, mais &#224; l'inverse de mettre les personnes cissexuelles et leurs comportements sous la loupe d'une analyse mat&#233;rialiste visant &#224; questionner la norme.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique22" rel="directory"&gt;P&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;F&#233;minisme, (questions de) genre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot85" rel="tag"&gt;Les Farfadettes (Nancy)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot125" rel="tag"&gt;Queer, transp&#233;d&#233;bigouines&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot129" rel="tag"&gt;Espa&#241;ol&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH139/arton884-751b4.jpg?1780463860' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='139' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff884.jpg?1320206179&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;PREFACE DES EDITRICES&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;(octobre 2011)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce texte de Julia Serano constitue le chapitre 8 de son livre &lt;i&gt;Whipping girl, a transsexual woman on sexism and the scapegoating of femininity&lt;/i&gt;, paru en 2007 chez Seal Press. Il s'agit l&#224; de sa premi&#232;re &#233;dition publi&#233;e en fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, la litt&#233;rature trans francophone est principalement constitu&#233;e de t&#233;moignages et biographies r&#233;dig&#233;Es pour satisfaire la curiosit&#233; et le voyeurisme du lectorat cisgenre, ou &#224; des th&#232;ses de psychiatres et autres m&#233;decins transphobes. En raison de cette soci&#233;t&#233; transphobe et des privil&#232;ges cissexuels, bien rares sont les livres o&#249; des personnes trans se situent politiquement et analysent leur propre situation, sans demander pardon ni dire merci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son livre, Julia Serano part en partie de sa vie pour tirer une analyse politique f&#233;ministe de la situation des femmes trans dans la soci&#233;t&#233; occidentale et les milieux f&#233;ministes et LGBT. Elle d&#233;fend la th&#232;se que les femmes trans, avant de subir des formes &#233;volu&#233;es de transphobie, sont le plus souvent les cibles du sexisme traditionnel et de la misogynie banale et parfois insidieuse qui s&#233;vit historiquement dans nos soci&#233;t&#233;s et milieux. Elle propose donc, avant de partir en guerre contre de nouveaux syst&#232;mes d'oppression, de revoir en profondeur nos rapports &#224; la f&#233;minit&#233; et &#224; sa (d&#233;)valorisation. Elle propose de nouveaux cadres de r&#233;flexion, via une remise en cause radicale des comportements misogynes et des perceptions des f&#233;minit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce chapitre, elle s'attarde sur les privil&#232;ges cissexuels ainsi que sur les m&#233;canismes que les personnes cissexuelles mettent en place pour justifier et maintenir leurs privil&#232;ges. L'id&#233;e est de mettre en lumi&#232;re un statut opprimant (en l'occurence, le statut cis), pour l'&#233;tudier et en comprendre les fonctionnements. Ce qui permet, pour une fois, de ne pas placer les personnes transsexuelles comme objets d'&#233;tude, mais &#224; l'inverse de mettre les personnes cissexuelles et leurs comportements sous la loupe d'une analyse mat&#233;rialiste visant &#224; questionner la norme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la pr&#233;sente &#233;dition,&lt;br&gt;
le Collectif &lt;strong&gt;MTF&lt;/strong&gt; (&lt;strong&gt;M&lt;/strong&gt;isandres &lt;strong&gt;T&lt;/strong&gt;erroristes &lt;strong&gt;F&lt;/strong&gt;&#233;ministes).&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;NOTE DES TRADUCTRICES&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Julia Serano utilise des notions complexes et novatrices. Elle propose parfois des termes nouveaux qui n'existent probablement pas officiellement dans la langue anglaise, et qui n'ont pas de traduction fid&#232;le en fran&#231;ais. Pour essayer au mieux de rester fid&#232;le aux propos de l'auteure tout en pr&#233;servant une certaine fluidit&#233; dans la lecture, nous avons parfois choisi d'inventer un n&#233;ologisme &#233;quivalent (&#034;gendering&#034; &gt; &#034;genrement&#034;) et parfois choisi d'utiliser des mots admis dans la langue fran&#231;aise (&#034;third-gendering&#034; &gt; &#034;l'assignation &#224; un troisi&#232;me genre&#034;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, certains termes ont &#233;t&#233; traduits via des choix subjectifs jug&#233;s judicieux, et pas du tout en fonction d'une &#233;ventuelle v&#233;rit&#233; linguistique test&#233;e et attest&#233;e. Par exemple, &#034;cissexual assumption&#034; devient &#034;&#233;vidence cissexuelle&#034;, &#034;gender entitlement&#034; devient &#034;sentiment de l&#233;gitimit&#233; de genre&#034;, &#034;femaleness&#034; devient &#034;appartenance au genre f&#233;minin&#034;, &#034;people of color&#034; devient &#034;personne racis&#233;e&#034;, &#034;queer&#034; devient &#034;lgbt&#034;, &#034;homo/trans&#034; ou &#034;queer&#034; (selon le contexte), etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, &#224; plusieurs reprises, on rencontre les termes de &#034;sexisme oppositionnel&#034; et de &#034;sexisme traditionnel&#034;. Dans une autre partie de son livre, Julia Serano d&#233;finit ainsi ces notions : &#034;le sexisme oppositionnel [...] est la croyance que femme et homme sont des cat&#233;gories rigides, mutuellement exclusives, chacune poss&#233;dant un panel d'attributs, d'aptitudes, de capacit&#233;s et de d&#233;sirs uniques qui ne se croisent pas.&#034;, &#034;le sexisme traditionnel [est] la croyance qu'&#234;tre homme et que la masculinit&#233; sont sup&#233;rieurs au fait d'&#234;tre femme et &#224; la f&#233;minit&#233;.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;LE PRIVILEGE CISSEXUEL&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;par Julia Serano&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;D&#201;MANTELER LE PRIVIL&#200;GE CISSEXUEL&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent, les discours sur la transsexualit&#233; ont syst&#233;matiquement &#233;t&#233; li&#233;s &#224; un langage et &#224; des concepts invent&#233;s par les clinicienNEs, les chercheureuses et les acad&#233;micienNEs qui ont fait des transsexuelLEs les objets de leurs enqu&#234;tes. Dans un tel cadre, les corps, identit&#233;s, perspectives et exp&#233;riences transsexuelLEs doivent continuellement &#234;tre expliqu&#233;Es et restent in&#233;vitablement sujets &#224; interpr&#233;tations. Les attributs cissexuels &#233;quivalents sont simplement pris pour acquis &#8722; ils sont consid&#233;r&#233;s comme &#034;naturels&#034; et &#034;normaux&#034; et &#233;chappent donc &#224; une critique r&#233;ciproque. Ceci place les transsexuelLEs &#224; un d&#233;savantage constant, qui commence avec le fait que nous sommes g&#233;n&#233;ralement forc&#233;Es de nous rattacher &#224; une terminologie limit&#233;e cis-centr&#233;e pour donner du sens &#224; nos propres vies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es, un nouveau paradigme s'est dessin&#233; avec l'essor de l'activisme transgenre, permettant la compr&#233;hension des exp&#233;riences de la population variante de genre (de laquelle les transsexuelLEs sont un sous-ensemble). D'apr&#232;s ce mod&#232;le, les personnes variantes de genre sont oppress&#233;es par un syst&#232;me qui force chacunE &#224; s'identifier et &#224; &#234;tre facilement reconnaissable comme femme ou comme homme. Cette perspective a amen&#233; les activistes transgenres &#224; se focaliser prioritairement sur la contestation des normes de genres binaires &#8722; particuli&#232;rement celles qui limitent l'expression du genre et l'apparence &#8722; et &#224; c&#233;l&#233;brer et cr&#233;er des espaces particuliers pour celleux qui d&#233;fient, transcendent, ou n'arrivent pas &#224; s'identifier au sein de la binarit&#233; homme/femme. Si l'activisme transgenre a indubitablement b&#233;n&#233;fici&#233; &#224; la communaut&#233; transsexuelle sur plein de niveaux, il a aussi rendu invisible beaucoup de nos propres probl&#233;matiques et exp&#233;riences particuli&#232;res. Dans une large mesure, c'est parce que la rh&#233;torique transgenre privil&#233;gie les perspectives de celleux qui s'identifient en dehors de la binarit&#233; homme/femme (alors que la plupart des transsexuelLEs s'y retrouvent) et de celleux dont l'expression de genre et l'apparence ne se conforme pas &#224; la binarit&#233; (alors que les transsexuelLEs avancent justement la divergence entre leur sexe subconscient et leur sexe physique comme &#233;tant un obstacle majeur de leur vie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je crois que la cr&#233;ation d'espaces pour les personnes qui existent en dehors de la binarit&#233; homme/femme reste une cause qui m&#233;rite qu'on se batte pour elle, celleux d'entre nous qui sommes transsexuelLEs doivent commencer simultan&#233;ment &#224; d&#233;velopper nos propres langages et concepts qui s'articulent correctement avec nos exp&#233;riences et perspectives uniques et &#224; combler les nombreux vides qui existent &#224; la fois dans le langage des gardiens de l'ordre, et &#224; la fois dans celui des activistes transgenres. Je soutiens que ce travail devrait commencer par une critique minutieuse du &lt;i&gt;privil&#232;ge cissexuel&lt;/i&gt; &#8722; c'est &#224; dire de l'analyse &#224; deux vitesses qui promeut l'id&#233;e que les genres transsexuels sont distincts et moins l&#233;gitimes que les genres cissexuels. Avant de d&#233;crire comment le privil&#232;ge cissexuel est pratiqu&#233; et justifi&#233;, nous devons r&#233;cuser deux aspects cruciaux du genre social qui permettent la prolif&#233;ration des privil&#232;ges cissexuels et qui demeurent pourtant invisibles : &lt;i&gt;le genrement&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;l'&#233;vidence cissexuelle&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;LE GENREMENT&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart d'entre nous voudrait croire que le fait de faire la distinction entre femmes et hommes est un acte passif, que toutes les personnes tombent naturellement dans une des deux cat&#233;gories mutuellement exclusives &#8722; masculin et f&#233;minin &#8722; et que constater l'&#233;tat naturel des choses est une attitude objective qui va de soi. Pourtant, ce n'est pas le cas. Faire la distinction entre femmes et hommes est un proc&#233;d&#233; actif, et nous le r&#233;alisons de mani&#232;re compulsive. Si vous avez le moindre doute l&#224; dessus, observez simplement &#224; quelle vitesse vous d&#233;terminez le genre des genTEs : &#231;a se passe instantan&#233;ment. Nous avons tendance &#224; faire appel &#224; ce processus d'une mani&#232;re ou d'une autre, peu importe si la personne est tr&#232;s loin ou si nous n'avons que tr&#232;s peu d'indices. Alors que nous nous plaisons &#224; nous percevoir comme des observateurices passiFves, en r&#233;alit&#233; nous projetons constamment et activement nos id&#233;es et suppositions quant &#224; la masculinit&#233; et la f&#233;minit&#233; sur chaque personne que nous rencontrons. Et nous faisons touTEs &#231;a, que nous soyons cissexuelLEs ou transsexuelLEs, straight comme une fl&#232;che ou queer comme un billet de trois dollars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'appelle&lt;i&gt; genrement&lt;/i&gt; ce processus qui consiste &#224; faire la distinction entre femmes et hommes, pour mettre en &#233;vidence le fait que assignons activement et compulsivement des genres aux genTEs, en nous basant en g&#233;n&#233;ral juste sur quelques signaux visuels et auditifs. Reconna&#238;tre la nature omnipr&#233;sente de ce ph&#233;nom&#232;ne remet en question la plupart des d&#233;finitions du &#034;genre&#034; en lui m&#234;me. On peut dire ce que l'on veut sur ce qui d&#233;finit une femme ou un homme &#8722; que ce soient les g&#234;nes, les chromosomes, la structure c&#233;r&#233;brale, les organes g&#233;nitaux, la socialisation, ou le sexe l&#233;gal qui figure sur un certificat de naissance ou un permis de conduire &#8722; mais la v&#233;rit&#233; est que ces facteurs ne jouent typiquement pas le moindre r&#244;le dans comment nous assignons des genres aux genTEs dans les situations quotidiennes. Typiquement, nous nous rattachons en priorit&#233; &#224; des caract&#233;ristiques sexuels secondaires (silhouette et taille, teint de la peau, pilosit&#233; du visage et du corps, voix, seins, etc.), et dans une moindre mesure, &#224; l'expression de genre et aux r&#244;les de genre (l'accoutrement de la personne, ses mani&#232;res, etc.). Je vais parler du genre que les autres nous assignent comme de notre &lt;i&gt;sexe per&#231;u&lt;/i&gt; (ou &lt;i&gt;genre per&#231;u&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une raison majeure pour laquelle l'acte de genrer reste invisible pour la plupart des genTEs est que, dans la tr&#232;s grande majorit&#233; des cas, notre appr&#233;ciation du genre d'une personne a tendance &#224; &#234;tre en ad&#233;quation avec son identit&#233; r&#233;elle de genre et avec les suppositions &#233;mises par d'autres personnes quant &#224; son genre. (Si les genres que nous attribuons aux individuEs diff&#233;raient r&#233;guli&#232;rement des assignations effectu&#233;es par les autres personnes, la dimension sp&#233;culative du genrement deviendrait beaucoup plus &#233;vidente.) Cependant, en tant que transsexuelle, je me suis retrouv&#233;e dans de nombreuses situations (particuli&#232;rement durant ma transition) o&#249; deux voire plusieurs personnes arrivaient simultan&#233;ment &#224; des conclusions diff&#233;rentes quant &#224; mon genre per&#231;u &#8722; c'est &#224; dire qu'une personne supposait que j'&#233;tais une femme, alors qu'une autre supposait que j'&#233;tais un homme. De tels exemples d&#233;montrent la nature sp&#233;culative du genrement. J'ai aussi trouv&#233; que les exp&#233;riences et les id&#233;es re&#231;ues des genTEs relatives au genre affectent radicalement la fa&#231;on avec laquelle illes genrent les autres personnes. Par exemple, &#224; l'&#233;poque o&#249; je m'identifiais comme un travesti, j'avais le sentiment de pouvoir &#034;passer&#034; en tant que femme assez facilement dans les zones rurbaines, mais dans les villes (o&#249; l'on pr&#233;sume que les genTEs sont plus conscientEs de l'existence des personnes variantes de genre), j'&#233;tais souvent &#034;lue&#034; comme un travesti. La plupart des cissexuelLEs restent inconscientEs quant &#224; la nature subjective du genrement, essentiellement car illes ne vivent elleux-m&#234;me pas l'exp&#233;rience d'&#234;tre r&#233;guli&#232;rement &lt;i&gt;malgenr&#233;Es&lt;/i&gt; &#8722; i.e., assign&#233;Es par erreur &#224; un genre qui ne leur correspond pas. Malheureusement, ce manque d'exp&#233;rience am&#232;ne habituellement les cissexuelLEs &#224; croire par erreur que le processus de genrement est une affaire de pure observation, plut&#244;t que de se rendre compte qu'il s'agit en r&#233;alit&#233; d'un acte de sp&#233;culation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;L'&#201;VIDENCE CISSEXUELLE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second processus qui favorise le privil&#232;ge cissexuel est &lt;i&gt;l'&#233;vidence cissexuelle&lt;/i&gt;. C'est ce qui arrive quand unE cissexuelLE &#233;met l'hypoth&#232;se courante, quoique erron&#233;e, que la relation qu'ille a &#224; ses sexes physiques et subconscients (i.e., le fait qu'ille n'est pas mal &#224; l'aise avec son sexe de naissance, ou qu'ille ne se per&#231;oit pas comme &#233;tant de &#034;l'autre sexe&#034;) s'applique &#224; toutes les autres personnes dans le monde. En d'autres mots, lae cissexuelLE proj&#232;te sans distinction sa cissexualit&#233; sur les autres personnes, ce qui transforme la cissexualit&#233; en attribut humain consid&#233;r&#233; comme acquis. Il y a l&#224; une analogie &#233;vidente avec l'&#233;vidence h&#233;t&#233;rosexuelle : la plupart des cissexuelLEs supposent que toutes les personnes qu'illes rencontrent sont aussi cissexuelles, tout comme la plupart des h&#233;t&#233;rosexuelLEs supposent que toutes les personnes qu'illes rencontrent sont aussi h&#233;t&#233;rosexuelles (sauf si, bien s&#251;r, illes ont eu preuve du contraire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'&#233;vidence cissexuelle reste invisible pour la plupart des cissexuelLEs, celleux d'entre nous qui sont transsexuelLEs en sommes terriblement conscientEs. Ant&#233;rieurement &#224; nos transitions, nous constatons que la majorit&#233; cissexuelle suppose simplement que nous nous identifions int&#233;gralement en tant que membre du sexe qui nous a &#233;t&#233; assign&#233;, ce qui rend compliqu&#233; pour nous de g&#233;rer notre diff&#233;rence de genre et d'&#234;tre attentiFVEs &#224; la fa&#231;on dont nous nous percevons. Et apr&#232;s nos transitions, nous sommes nombreuXSES &#224; constater que la majorit&#233; cissexuelle suppose simplement que nous avons toujours &#233;t&#233; membres du sexe auquel nous nous identifions, ce qui rend impossible pour nous d'&#234;tre francHEs &#224; propos de notre statut trans sans avoir constamment besoin de faire des coming out aupr&#232;s des autres. Par cons&#233;quent, alors que la plupart des cissexuelLEs n'ont m&#234;me pas conscience de l'existence de l'&#233;vidence cissexuelle, celleux d'entre nous qui sommes transsexuelLEs la percevons comme un processus actif qui invisibilise les personnes trans et leurs exp&#233;riences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;LE SENTIMENT DE L&#201;GITIMIT&#201; CISSEXUELLE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la plupart des cissexuelLEs, le fait qu'illes se sentent &#224; l'aise en habitant le genre qui leur a &#233;t&#233; assign&#233;, et le fait que les autres personnes confirment ce sentiment de naturel en les genrant correctement, les autorise &#224; d&#233;velopper un sens de la l&#233;gitimit&#233; &#224; l'&#233;gard de leur propre genre : illes se sentent autoris&#233;Es &#224; se nommer femme ou homme. Ceci n'est pas forc&#233;ment une mauvaise chose. Toutefois, en raison du fait que beaucoup de ces m&#234;mes cissexuelLEs supposent aussi &#234;tre infaillibles dans leur aptitude &#224; assigner des genres aux autres personnes, illes peuvent d&#233;velopper un sentiment exag&#233;r&#233; de &lt;i&gt;l&#233;gitimit&#233; cissexuelle&lt;/i&gt;. Cela va au-del&#224; de l'appropriation de leur propre genre, pour arriver &#224; un niveau o&#249; illes se consid&#232;rent comme les arbitres ultimes pouvant statuer sur qui a le droit de se nommer femme ou homme. Encore une fois, la plupart des cissexuelLEs sont inconscientEs de leur l&#233;gitimit&#233; de genre, parce que 1/ les proc&#233;d&#233;s qui la permettent (i.e., genrement et &#233;vidence cissexuelle) leur sont invisibles, et 2/ aussi longtemps qu'illes sont cissexuelLEs et qu'illes correspondent &#224; peu pr&#232;s aux normes de leur genre, illes ne vont &#224; priori pas &#234;tre d&#233;rang&#233;Es par le sentiment de l&#233;gitimit&#233; de genre des autres. Parce que les cissexuelLEs qui se sentent l&#233;gitimes de genre supposent qu'illes ont la capacit&#233; et l'autorit&#233; pour d&#233;terminer avec exactitude qui est une femme et qui est un homme, illes accordent en r&#233;alit&#233; un privil&#232;ge &#8722; &lt;i&gt;le privil&#232;ge cissexuel&lt;/i&gt; &#8722; &#224; celleux qu'illes genrent correctement. Pour illustrer ce point, imaginez que je sois approch&#233;e par quelqu'unE qui me semble &#234;tre un homme (i.e., que je genre homme). S'ille se pr&#233;sente ellui-m&#234;me comme &#034;Mr Jones&#034;, je lui accorderais probablement des privil&#232;ges cissexuels &#8722; ce qui signifie que je respecterais son identit&#233; masculine et que je lui accorderais tous les privil&#232;ges associ&#233;s au sexe auquel il s'identifie. Je l'appelerais &#034;monsieur&#034;, lui permettrais d'acc&#233;der &#224; un espace non-mixte hommes, trouverais cela normal quand il me dirait &#234;tre mari&#233; &#224; une femme, etc. Cependant, si j'ai un sentiment de l&#233;gitimit&#233; de genre, il pourrait y avoir certains cas dans lesquels je refuserais de lui accorder les privil&#232;ges associ&#233;s au sexe auquel cette personne s'identifie. Par exemple, si cette personne se pr&#233;sente elle-m&#234;me comme &#034;Mme Jones&#034;, mais que je choisi de consid&#233;rer le genre que j'ai initialement per&#231;u (i.e., masculin) comme &#233;tant plus authentique ou valable que son identit&#233; de femme, alors je lui refuserais le privil&#232;ge cissexuel. De la m&#234;me fa&#231;on, si je devais apprendre que &#034;Mr Jones&#034; &#233;tait transsexuel et &#233;tait n&#233; femelle, et si cette connaissance m'amenais &#224; le r&#233;assigner dans le genre f&#233;minin plut&#244;t que masculin, je lui refuserais &#224; nouveau le privil&#232;ge cissexuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La citation suivante de Germaine Greer constitue un excellent exemple de comment le sentiment de l&#233;gitimit&#233; de genre g&#233;n&#232;re le privil&#232;ge cissexuel, et de comment ce privil&#232;ge peut &#234;tre utilis&#233; pour infirmer les genres transsexuels :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;&#171; Personne ne demande jamais aux femmes si elles consid&#232;rent les hommes qui changent de sexe comme appartenant &#224; leur sexe ou si le fait qu'elles se consid&#232;rent oblig&#233;es d'accepter les transsexuels MTF comme des femmes a un impact dommageable sur leur identit&#233; ou l'estime qu'elles ont d'elles m&#234;me. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Greer, The Whole Woman, 74.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re chose que l'on se dit apr&#232;s avoir lu cette citation (en dehors du fait que cela donne envie de vomir) est que Greer a un grave sentiment de l&#233;gitimit&#233; de genre. Malgr&#233; le fait qu'elle sait que les femmes transsexuelles s'identifient comme des femmes, Greer parle de nous comme &#034;d'hommes qui changent de sexe&#034;, ce qui d&#233;montre qu'elle se sent l&#233;gitime pour nous genrer de la mani&#232;re qui lui plaira. De m&#234;me, en raison de l'&#233;vidence cissexuelle (i.e., sa croyance que la cissexualit&#233; est &#034;naturelle&#034; et qu'elle va de soi), elle ne prend pas la peine de d&#233;finir exactement ce qu'elle veut dire quand elle utilise le mot &#034;femme&#034; ; dans son esprit, il est &#233;vident qu'elle se r&#233;f&#232;re uniquement aux femmes cissexuelles. Greer accorde &#224; ces femmes un privil&#232;ge cissexuel quand elle sugg&#232;re qu'il est l&#233;gitime de les consulter pour savoir si les femmes transsexuelles devraient ou non appartenir &#224; leur sexe. Dans ce contexte, c'est particuli&#232;rement r&#233;v&#233;lateur que Greer utilise le mot &#034;demander&#034;. Apr&#232;s tout, personne dans notre soci&#233;t&#233; ne demande jamais la permission d'appartenir &#224; un genre ou un autre ; au contraire, nous sommes juste qui nous sommes et les autres personnes font en cons&#233;quence des suppositions quant &#224; notre genre. Ainsi, quand Greer utilise le mot &#034;demander&#034; et &#034;oblig&#233;es&#034;, elle ne parle pas de si les femmes trans devraient &#234;tre autoris&#233;es &#224; &#234;tre des femmes, mais si oui ou non notre appartenance au genre f&#233;minin devrait &#234;tre respect&#233;e et l&#233;gitim&#233;e de la m&#234;me fa&#231;on que celle des femmes cissexuelles. En attribuant diff&#233;rents niveaux de l&#233;gitimit&#233; aux genres dans lesquels s'identifient et vivent les gentes, en fonction de si elles sont cissexuelles ou transsexuelles, Greer produit et exerce un privil&#232;ge cissexuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;LE MYTHE DU PRIVIL&#200;GE CISSEXUEL DE NAISSANCE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;tant donn&#233; que les cissexuelLEs sont g&#233;n&#233;ralement inconscientEs du fait que leur sentiment de l&#233;gitimit&#233; de genre r&#233;sulte de l'acte de genrement et de l'&#233;vidence cissexuelle, illes se mettent souvent &#224; justifier leur croyance que leur genre est plus l&#233;gitime ou &#034;vrai&#034; que celui d'unE transsexuelLE. Le mythe le plus courant utilis&#233; pour justifier le privil&#232;ge cissexuel est l'id&#233;e que les cissexuelLEs h&#233;ritent le droit de se nommer femme ou homme en raison d'&#234;tre n&#233;E dans ce sexe pr&#233;cis. En d'autres mots, les cissexuelLEs voient leur l&#233;gitimit&#233; de genre comme un droit de naissance. Il s'agit souvent d'un acte malhonn&#234;te quand dans notre soci&#233;t&#233; beaucoup de cissexuelLEs (si ce n'est la majorit&#233;) ont tendance &#224; consid&#233;rer avec d&#233;nigrement les soci&#233;t&#233;s et cultures qui reposent sur des syst&#232;mes de classes et de castes &#8722; alors que leur m&#233;tier, statut social, situation &#233;conomique, pouvoir politique, etc., est pr&#233;d&#233;termin&#233; en fonction d'un accident de naissance. Donc si la plupart des cissexuelLEs occidentaUXLES critiquent le privil&#232;ge de naissance comme un moyen de d&#233;terminer d'autres formes de classes sociales, illes l'adoptent hypocritement quand il s'agit du genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir du moment o&#249; les cissexuelLEs supposent que leur l&#233;gitimit&#233; de genre est un privil&#232;ge de naissance, alors il devient facile pour elleux de rejeter la l&#233;gitimit&#233; du sexe dans lequel vivent et s'identifient les transsexuelLEs. Apr&#232;s tout, &#224; leurs yeux, les transsexuelLEs essayent activement de prendre &#224; leur compte un genre vis &#224; vis duquel illes n'ont aucune l&#233;gitimit&#233; (en raison du fait de ne pas y &#234;tre n&#233;Es). Cependant, en tant que transsexuelle, je trouve plusieurs failles &#233;videntes dans cet argument li&#233; &#224; un &#034;privil&#232;ge de naissance&#034;. En premier lieu, le sexe qui nous a &#233;t&#233; assign&#233; &#224; la naissance ne joue quasiment pas le moindre r&#244;le dans les interactions humaines quotidiennes. AucunE d'entre nous n'a besoin de porter son certificat de naissance autour du cou pour prouver dans quel sexe ille est n&#233;E. Et depuis que je vis en tant que femme, je n'ai pas rencontr&#233; une seule personne qui m'a demand&#233; si j'&#233;tais n&#233;e fille. En fait, l'&#233;vidence cissexuelle rend insignifiant mon sexe de naissance, et les autres supposent automatiquement que je suis n&#233;e femelle (en se basant uniquement sur le fait qu'illes m'ont genr&#233;e femme).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cissexuelLEs, avec leur sentiment de l&#233;gitimit&#233; de genre, vont probablement dire que je cherche activement &#224; &#034;voler&#034; le privil&#232;ge cissexuel en transitionnant et en vivant comme femme, mais la v&#233;rit&#233; est que je n'ai pas &#224; le faire. En r&#233;alit&#233;, j'ai constat&#233; que les cissexuelLEs distribuent facilement les privil&#232;ges cissexuels, plus ou moins sans distinction, &#224; des personnes qui leur sont totalement &#233;trang&#232;res. Chaque fois que je rentre dans un magasin et que quelqu'unE me demande &#034;Est-ce que je peux vous aider, madame ?&#034;, ille m'accorde un privil&#232;ge cissexuel. Toutefois, en raison du fait que je suis transsexuelle, le privil&#232;ge cissexuel que je vis n'est pas &#233;gal &#224; celui des cissexuelLEs car il peut &#234;tre remis en question &#224; n'importe quel moment. Il serait d'ailleurs peut-&#234;tre plus juste de le d&#233;crire comme un &lt;i&gt;privil&#232;ge cissexuel conditionnel&lt;/i&gt;, car il peut (et c'est souvent le cas) m'&#234;tre enlev&#233; d&#232;s que je mentionne, ou que quelqu'unE d&#233;couvre, que je suis transsexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cissexuelLEs se plaisent &#224; penser que leur genre est plus authentique que le mien, mais cette croyance est malhonn&#234;te et ignorante. La v&#233;rit&#233; est que les femmes cissexuelles se sentent l&#233;gitimes de se nommer femmes parce que 1/ elles s'identifient ainsi, 2/ elles vivent leur vie en tant que femme, et 3/ les autres personnes les voient comme des femmes. Tous ces crit&#232;res s'appliquent &#224; mon identit&#233; de femme transsexuelle. Dans la sph&#232;re des interactions sociales, la seule diff&#233;rence entre mon genre transsexuel et leur genre cissexuel est que mon appartenance au genre f&#233;minin est g&#233;n&#233;ralement d&#233;class&#233;e et plac&#233;e en seconde zone, comme une imitation ill&#233;gitime de la leur. Et la diff&#233;rence majeure entre mon histoire de vie de femme et la leur est que j'ai eu &#224; me battre pour mon droit &#224; &#234;tre reconnue en tant que femme, alors qu'elles ont toujours eu le privil&#232;ge de simplement consid&#233;rer ceci comme acquis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;LA FACSIMILATION TRANS ET LE D&#201;GENREMENT&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque les cissexuelLEs ont un int&#233;r&#234;t personnel &#224; pr&#233;server leur propre sentiment de l&#233;gitimit&#233; de genre et leurs privil&#232;ges cissexuels, illes s'engagent souvent dans un effort constant et concert&#233; pour &lt;i&gt;artificialiser&lt;/i&gt; les genres transsexuels. Pour arriver &#224; ce but, une strat&#233;gie fr&#233;quemment utilis&#233;e est la &lt;i&gt;facsimilation trans&lt;/i&gt; &#8722; pr&#233;senter et d&#233;crire les genres transsexuels comme des fac-simil&#233;s des genres cissexuels. Cette strat&#233;gie ne rabaisse pas seulement les genres transsexuels &#224; des &#034;contrefa&#231;ons&#034;, mais insinue que les genres cissexuels sont les versions premi&#232;res, &#034;vraies&#034;, que les transsexuelLEs copient seulement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tactique de facsimilation trans est &#233;vidente si l'on remarque la r&#233;gularit&#233; avec laquelle les cissexuelLEs utilisent des mots tels que &#034;imiter&#034;, &#034;copier&#034;, &#034;parodier&#034;, &#034;simuler&#034;, et &#034;se faire passer pour&#034; quand illes d&#233;crivent les expressions de genre et identit&#233;s transsexuelles. On peut aussi le voir &#224; la fa&#231;on dont les producteurICEs m&#233;diatiques cissexuelLEs repr&#233;sentent des personnages transsexuels r&#233;els ou fictifs en laissant imaginer qu'ils jouent et simulent les r&#244;les de genre associ&#233;s au sexe auquel ils s'identifient. Ces repr&#233;sentations de la transsexualit&#233; comme une simple simulation sabotent les vraies raisons et exp&#233;riences qui am&#232;nent les transsexuelLEs &#224; vivre avant tout comme membres du sexe auquel illes s'identifient. De plus, elles font l'impasse sur comment toutes les personnes &#8722; qu'elles soient transsexuelles ou cissexuelles &#8722; observent et imitent les autres en ce qui concerne le genre. Chez les cissexuelLEs, de telles imitations se produisent principalement durant l'enfance et l'adolescence, quand illes parodient certains comportements genr&#233;s d'un parent ou d'unE grandE fr&#232;re/soeur du m&#234;me sexe. Chez les transsexuelLEs, ce processus se produit souvent plus tard dans la vie, durant la p&#233;riode juste avant la transition, ou durant celle-ci. Dans les deux cas, l'imitation est avant tout une forme d'exp&#233;rimentation de genre qui permet de faire le tri entre les comportements qui conviennent &#224; la personne et qui &#233;taient jusqu'alors retenus, et ceux qui la mettent mal &#224; l'aise, qui g&#234;nent la perception de soi, et qu'il convient mieux de laisser de c&#244;t&#233;. &#192; partir du moment o&#249; l'on reconna&#238;t ceci, il devient &#233;vident que la facsimilation trans est un proc&#233;d&#233; flagrant qui fait deux poids deux mesures, entre d'un c&#244;t&#233; la minimisation des processus d'imitation de genre mis en oeuvre par les personnes cissexuelles (ce qui a pour effet de naturaliser leurs genres), et d'un autre c&#244;t&#233; l'exag&#233;ration des processus d'imitation de genre mis en oeuvre par les personnes transsexuelles (ce qui a pour effet d'artificialiser nos genres).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre moyen permettant de d&#233;classer les genres transsexuels comme des &#034;copies&#034;, est d'appliquer des crit&#232;res diff&#233;rents de genrement aux transsexuelLEs et aux cissexuelLEs. Cette pratique s'illustre tr&#232;s bien dans le passage suivant du livre de Pat Califia, &lt;i&gt;Le Mouvement Transgenre&lt;/i&gt; :&lt;br&gt; &lt;i&gt;&#171; R&#233;cemment, j'ai eu une exp&#233;rience tr&#232;s instructive. J'ai d&#233;couvert qu'une femme que je c&#244;toyais depuis longtemps &#233;tait transgenre. [...] Etant donn&#233; tout ce que j'avais fait pour m'informer sur la transsexualit&#233;, j'ai pens&#233; que cela ne ferait pas beaucoup de diff&#233;rence. Mais je me suis surpris &#224; la regarder d'une mani&#232;re compl&#232;tement diff&#233;rente. Tout &#224; coup, ses mains paraissaient trop grandes, son nez &#233;tait bizarre et que dire de sa pomme d'Adam ? N'avait-elle pas une voix un peu grave pour une femme ? N'&#233;tait-elle pas terriblement autoritaire, exactement comme un homme ? Et, mon Dieu, que ses avant-bras &#233;taient poilus ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Califia, Sex Changes, 116.&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Califia poursuit en expliquant que cet incident lui a fait prendre conscience de la diff&#233;rence de traitement qui existe dans la fa&#231;on dont les transsexuelLEs sont souvent per&#231;uEs. Par exemple, quand on pr&#233;sume qu'une personne est cissexuelle, on accepte g&#233;n&#233;ralement l'ensemble de son genre per&#231;u comme &#233;tant naturel et authentique, sans tenir compte des &#233;carts mineurs li&#233;s &#224; son apparence de genre. En revanche, quand on d&#233;couvre ou qu'on suspecte qu'une personne est transsexuelle, on recherche souvent activement (voire compulsivement) dans sa personnalit&#233;, ses expressions et ses caract&#233;ristiques physiques des indices du sexe qui lui a &#233;t&#233; assign&#233; &#224; la naissance. J'en ai fait moi-m&#234;me l'exp&#233;rience lors des innombrables occasions que j'ai eu de faire mon coming out en tant que transsexuelle aupr&#232;s des genTEs. Apr&#232;s avoir appris mon statut trans, la plupart des genTEs ont ce &#034;regard&#034; caract&#233;ristique dans leurs yeux, comme s'illes me voyaient tout &#224; coup diff&#233;remment &#8722; recherchant des indices laiss&#233;s par le gar&#231;on que j'ai &#233;t&#233;, et projetant diff&#233;rentes interpr&#233;tations de mon corps. J'appelle ce processus &lt;i&gt;d&#233;genrement&lt;/i&gt;, comme &#233;tant une tentative de briser le genre d'une personne trans en privil&#233;giant des d&#233;tails et &#233;carts dans son apparence de genre, qui seraient normalement minimis&#233;s ou ignor&#233;s si elle &#233;tait pr&#233;sum&#233;e cissexuelle. Le seul but servi par le d&#233;genrement est de privil&#233;gier les genres cissexuels, tout en d&#233;l&#233;gitimant les genres des transsexuelLEs et des autres personnes variantes de genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;ALLER AU DEL&#192; DES &#034;GAR&#199;ONS BIOS&#034; ET DES &#034;FILLES G&#201;N&#201;TIQUES&#034;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re &#233;tape vers le d&#233;mantelement du privil&#232;ge cissexuel est d'&#233;vacuer de nos vocabulaires les mots et concepts qui entretiennent l'id&#233;e que les genres cissexuels sont de mani&#232;re inh&#233;rente plus authentiques que les genres transsexuels. Un bon d&#233;but serait de commencer par la tendance commune &#224; se r&#233;f&#233;rer aux cissexuelLEs comme &#233;tant des hommes et des femmes &#034;g&#233;n&#233;tiques&#034; ou &#034;biologiques&#034;. Malgr&#233; son utilisation fr&#233;quente, le mot &#034;g&#233;n&#233;tique&#034; me semble particuli&#232;rement &#233;trange, en raison du fait que nous sommes relativement incapables de voir ais&#233;ment les chromosomes sexuels des genTEs. En r&#233;alit&#233;, puisque si peu de personnes font examiner leurs chromosomes, on pourrait d&#233;fendre l'id&#233;e que dans la grande majorit&#233; des cas, les genTEs ont un sexe g&#233;n&#233;tique qui reste encore &#224; d&#233;terminer. Dans les rares cas o&#249; des personnes doivent faire contr&#244;ler leurs chromosomes (comme lors des tests de sexe aux Jeux Olympiques ou dans les services de consultation pour probl&#232;mes de st&#233;rilit&#233;), on constate que la non-correspondance entre le sexe chromosomique d'une personne et son sexe assign&#233; est quelque chose qui arrive bien plus souvent que la plupart des genTEs ne peuvent expliquer.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lors des JO d'Atlanta de 1996, il y a eu 8 athl&#232;tes femmes sur 3387 qui ont (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'utilisation du mot &#034;biologique&#034; (et de son abr&#233;viation &#034;bio&#034;) est tout aussi inappropri&#233;e que celle du mot &#034;g&#233;n&#233;tique&#034;. Chaque fois que j'entends quelqu'unE attribuer aux cissexuelLEs le terme de femmes et d'hommes &#034;biologiques&#034;, j'interviens pour dire que malgr&#233; le fait que je sois transsexuelle, je ne suis en aucune fa&#231;on inorganique ou non-biologique. Si je demande aux genTEs d'expliquer ce qu'illes veulent dire par &#034;biologique&#034;, illes vont souvent r&#233;pondre que ce mot se r&#233;f&#232;re aux personnes ayant un syst&#232;me reproductif int&#233;gralement fonctionnel correspondant &#224; leur sexe. Bon, si c'est le cas, alors que dire des personnes qui sont st&#233;riles ou qui ont subi une ablation des organes reproducteurs pour raison m&#233;dicale ? Est-ce que ces hommes et ces femmes ne sont pas &#034;biologiques&#034; ? Les genTEs insistent souvent sur le fait que le mot &#034;biologique&#034; se r&#233;f&#232;re aux organes g&#233;nitaux de quelqu'unE, mais j'aimerais leur demander de combien de personnes ont-illes d&#233;j&#224; vu les organes g&#233;nitaux de pr&#232;s. Dix ? Vingt ? Une centaine ? Et dans la grande majorit&#233; des cas, quand on rencontre une personne enti&#232;rement habill&#233;e (et dont les organes g&#233;nitaux sont par cons&#233;quent cach&#233;s), comment savons-nous s'il faut s'adresser &#224; elle au f&#233;minin ou au masculin ? La v&#233;rit&#233; est que, quand on voit d'autres personnes et qu'on les classifie comme femmes ou comme hommes, les seuls crit&#232;res biologiques auxquels on se r&#233;f&#232;re sont les caract&#233;ristiques sexuels secondaires, qui sont eux-m&#234;me les r&#233;sultats de l'action des hormones sexuelles. &#192; partir de l&#224;, en tant que personne qui a des oestrog&#232;nes en elle depuis maintenant cinq ans, ne devrais-je pas &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une femme &#034;biologique&#034; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on les d&#233;cortique et qu'on les d&#233;monte ainsi, il devient &#233;vident que les termes &#034;biologique&#034; et &#034;g&#233;n&#233;tique&#034; sont de simples substituts du mot que les genTEs veulent r&#233;ellement utiliser : &#034;naturelLE&#034;. La plupart des cissexuelLEs veulent croire que leur appartenance au genre masculin ou f&#233;minin est &#034;naturelle&#034;, de la m&#234;me fa&#231;on que la plupart des h&#233;t&#233;rosexuelLEs veulent croire que leur orientation sexuelle est &#034;naturelle&#034;. En r&#233;alit&#233;, si on regarde le spectre complet des positions sociales et de classe, on observe une foule de genTEs essayant de &#034;naturaliser&#034; leurs privil&#232;ges d'une fa&#231;on ou d'une autre &#8722; que ce soit une personne fortun&#233;e essayant de justifier l'&#233;norme foss&#233; entre les riches et les pauvres en revisitant la th&#233;orie darwinienne de la s&#233;lection naturelle, ou que ce soit une personne blanche pr&#233;tendant &#234;tre plus intelligente ou plus comp&#233;tente qu'une personne racis&#233;e en raison de caract&#233;ristiques biologiques ou g&#233;n&#233;tiques. Quand on en vient au genre, la notion de &#034;naturel&#034; devient une carte ma&#238;tresse car elle permet de mettre en &#233;vidence les vrais enjeux &#8722; privil&#232;ges et pr&#233;jug&#233;s &#8722; et de concevoir quelles sont les places r&#233;elles et consid&#233;r&#233;es l&#233;gitimes qu'on attribue aux minorit&#233;s sexuelles per&#231;ues comme &#233;tant &#034;non-naturelles&#034; ou &#034;artificielles&#034;, et par cons&#233;quent peu dignes d'int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi je pr&#233;f&#232;re le terme &lt;i&gt;cissexuelLE&lt;/i&gt;. Il indique la seule diff&#233;rence significative entre cette population et celleux d'entre nous qui sommes transsexuelLEs : les cissexuelLEs ont simplement v&#233;cu leurs sexes physiques et subconscients comme &#233;tant align&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;L'ASSIGNATION &#192; UN TROISI&#200;ME GENRE ET &#192; UN TROISI&#200;ME SEXE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les personnes cissexuelles qui en sont aux premiers stades de l'acceptation de la transsexualit&#233; (et qui n'ont pas encore enti&#232;rement pris conscience de leur privil&#232;ge cissexuel) vont souvent consid&#233;rer que nous, les personnes trans, habitons notre propre cat&#233;gorie de genre qui serait s&#233;par&#233;e de &#034;femme&#034; et &#034;homme&#034;. J'appelle cet acte &lt;i&gt;l'assignation &#224; un troisi&#232;me genre&lt;/i&gt; (ou &lt;i&gt;l'assignation &#224; un troisi&#232;me sexe&lt;/i&gt;). Si certaines tentatives d'assignation des personnes trans &#224; un troisi&#232;me genre ont clairement pour but d'&#234;tre d&#233;gradantes ou spectaculaires (comme pour les &#034;shemale&#034;), d'autres moins offensives apparaissent souvent dans les discussions &#224; propos de personnes transsexuelles (comme &#034;ille&#034;, &#034;el&#034; ou &#034;MTF&#034;). Si le terme &#034;MTF&#034; peut &#234;tre utile en tant qu'adjectif d&#233;crivant le sens de ma transition, l'utiliser comme un nom &#8722; i.e., se r&#233;f&#233;rer litt&#233;ralement &#224; moi comme &#034;Male-To-Female&#034; &#8722; nie compl&#232;tement le fait que je m'identifie et que je vis comme une femme. Personnellement, je crois que l'utilisation r&#233;pandue des mots &#034;MTF&#034; ou &#034;FTM&#034; plut&#244;t que des mots &#034;femme trans&#034; ou &#034;homme trans&#034; (qui sont plus respectueux, plus faciles &#224; prononcer, et moins facilement confondables l'un avec l'autre) refl&#232;te un d&#233;sir conscient ou inconscient de la part de nombreuXSES cissexuelLEs de distinguer les femmes et hommes transsexuelLEs de leurs homologues cissexuelLEs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on parle de l'assignation &#224; un troisi&#232;me genre, il est crucial de faire la distinction entre les genTEs qui s'identifient elleux-m&#234;me comme appartenant &#224; un troisi&#232;me genre, et celleux qui assignent activement d'autres personnes &#224; un troisi&#232;me genre. Comme pour n'importe quelle identit&#233; de genre, quand une personne se consid&#232;re appartenir &#224; un troisi&#232;me genre, c'est que c'est ainsi qu'elle donne du sens &#224; sa vie et qu'elle se place dans le monde, et cela doit &#234;tre respect&#233;. En tant que personne qui par le pass&#233; s'est identifi&#233;e comme bigenre et gender-queer, je pense qu'il est important que nous respections et reconnaissions les identit&#233;s de genre des autres personnes, quelles qu'elles soient. Mais c'est justement pour cette m&#234;me raison que je proteste contre les personnes qui en assignent d'autres &#224; un troisi&#232;me genre contre leur volont&#233; ou sans leur consentement. Je pense que cette propension &#224; assigner d'autres personnes &#224; un troisi&#232;me genre est simplement un sous-produit du processus sp&#233;culatif et non consensuel de genrement. En d'autres mots, nous sommes tellement contraintEs &#224; genrer les genTEs en tant que femmes et hommes que quand on tombe sur une personne qui n'est pas si facilement cat&#233;gorisable de cette fa&#231;on (souvent en raison de certains aspects inhabituels de genre), on essaye de l'isoler et de la distinguer des deux autres genres. Les termes &#034;troisi&#232;me genre&#034; et &#034;troisi&#232;me sexe&#034; ont une longue histoire et ont &#233;t&#233; appliqu&#233;s aux homosexuelLEs, aux personnes intersexes et aux personnes transgenres par celleux qui se consid&#232;rent comme ayant un genre &#034;normal&#034;. Cela sugg&#232;re fortement que la tendance &#224; assigner d'autres personnes &#224; un troisi&#232;me genre provient &#224; la fois du sentiment de l&#233;gitimit&#233; de genre et &#224; la fois du sexisme oppositionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;L'OBSESSION DU PASSING&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre exemple o&#249; le langage pr&#233;suppose que les genres cissexuels et transsexuels ont par essence une valeur diff&#233;rente est l'utilisation du verbe &#034;passer&#034;. Si le mot &#034;passer&#034; sert un objectif, dans le sens o&#249; il d&#233;crit le privil&#232;ge tr&#232;s concret v&#233;cu par les personnes transsexuelles qui re&#231;oivent un privil&#232;ge cissexuel conditionnel lorsqu'elles vivent dans le genre auquel elles s'identifient, c'est un terme hautement probl&#233;matique puisqu'il insinue que la personne trans parvient &#224; se faire passer pour ce qu'elle n'est pas. Si on y regarde de plus pr&#232;s, il devient assez &#233;vident que le concept du &#034;passing&#034; est p&#233;tri de privil&#232;ge cissexuel, car il n'est jamais utilis&#233; que pour les personnes trans. Par exemple, si un vendeur de magasin disait &#034;merci, Monsieur&#034; &#224; une femme cissexuelle, personne ne dirait qu'elle &#034;passe&#034; pour un homme ou qu'elle n'arrive pas &#224; &#034;passer&#034; pour une femme ; &#224; la place, on dirait qu'elle est une femme et qu'elle a &#233;t&#233; &lt;i&gt;confondue&lt;/i&gt; avec un homme. De plus, on n'utilise jamais le mot &#034;passing&#034; pour d&#233;crire des hommes cissexuels qui soul&#232;vent des poids tous les jours pour obtenir une apparence plus masculine, ou des femmes cissexuelles qui mettent du maquillage, des jupes et des talons pour obtenir une apparence plus f&#233;minine. Pourtant, comme je suis une femme transsexuelle, si je sors de mon lit, enfile un tee-shirt et un jean, et que je me prom&#232;ne dans la rue et suis g&#233;n&#233;ralement reconnue par les autres en tant que femme (malgr&#233; le manque d'attention pour mon apparence), je peux encore &#234;tre rel&#233;gu&#233;e au fait de &#034;passer&#034; pour une femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le noeud du probl&#232;me est que les mots &#034;passer&#034; et &#034;passing&#034; sont des verbes actifs. Ainsi quand on dit qu'une personne transsexuelle &#034;passe&#034;, cela donne l'impression fausse qu'elle est la seule participante active dans ce sc&#233;nario (c'est-&#224;-dire, la personne transsexuelle travaille dur pour obtenir une certaine apparence genr&#233;e et le reste du monde se trouve passivement tromp&#233; ou pas par la &#034;performance&#034; de la personne transsexuelle). Cependant, je r&#233;pondrais que l'inverse est vrai : le public est le principal participant actif en vertu de son besoin incessant de genrer comme homme ou femme chaque personne qu'il voit. La personne transsexuelle peut r&#233;agir &#224; cette situation de deux mani&#232;res diff&#233;rentes : elle peut soit essayer de se conformer aux attentes du public concernant ce qu'est un homme ou une femme, dans une perspective d'int&#233;gration et d'&#233;vitement de la stigmatisation, soit s'affranchir des attentes du public et simplement &#234;tre elle-m&#234;me. Toutefois, si elle choisit cette derni&#232;re option, le public continuera de la juger sur les m&#234;mes bases de ce qui appara&#238;t comme masculin ou f&#233;minin et, bien s&#251;r, les autres seront toujours susceptibles de l'accuser de &#034;passer&#034;, m&#234;me si elle n'a rien fait activement pour &#231;a. Ainsi, le r&#244;le actif jou&#233; par celleux qui &#233;tablissent une distinction de mani&#232;re compulsive entre les femmes et les hommes (et celleux qui op&#232;rent une discrimination entre les transsexuelLEs et les cissexuelLEs) est invisibilis&#233; par le concept de &#034;passing&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut aussi mentionner que cette vision du &#034;passing&#034; est renforc&#233;e par l'usage de ce mot concernant d'autres questions de classes sociales. Par exemple, un gay peut &#034;passer&#034; pour h&#233;t&#233;ro, ou une personne racis&#233;e &#224; la peau claire peut &#034;passer&#034; pour blanche. Parfois les personnes travaillent dur pour &#034;passer&#034;, et d'autres fois elles n'essaient pas du tout. Dans les deux cas, la chose qui reste constante est que le mot &#034;passer&#034; est utilis&#233; pour d&#233;placer la faute des pr&#233;jug&#233;s du groupe majoritaire vers les motifs et les actions des personnes minoritaires (ce qui explique pourquoi les personnes qui &#034;passent&#034; sont souvent accus&#233;es de &#034;tromperie&#034; ou &#034;d'infiltration&#034; si on s'en rend compte).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s mon exp&#233;rience, la plupart des personnes cissexuelles sont absolument obs&#233;d&#233;es par le fait que les personnes transsexuelLEs &#034;passent&#034; ou pas. Depuis les rapports m&#233;dicaux et acad&#233;miques jusqu'&#224; la t&#233;l&#233;, aux films et aux articles de journaux, les cissexuelLEs d&#233;pensent une quantit&#233; exorbitante d'&#233;nergie &#224; satisfaire leur fascination concernant ce que les transsexuelLEs &#034;font&#034; &#8722; les proc&#233;dures m&#233;dicales, comment nous modifions nos comportements, etc. &#8722; pour &#034;passer&#034; dans leur sexe d'identification. Cette obsession du passing permet aux cissexuelLEs d'ignorer leur propre privil&#232;ge cissexuel, et sert aussi &#224; privil&#233;gier, chez les personnes transsexuelles, le sexe d'assignation au sexe ressenti et v&#233;cu, renfor&#231;ant ainsi l'id&#233;e que les genres des transsexuelLEs sont ill&#233;gitimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ironiquement, il est courant que les cissexuelLEs pr&#233;tendent que ce sont les transsexuelLEs qui sont obsed&#233;Es par le &#034;passing&#034;. De telles accusations nient le nombre incalculable de personnes transsexuelles qui ne sont pas pr&#233;occup&#233;es par la fa&#231;on dont elles sont per&#231;ues. Elles invisibilisent aussi le fait que les deux parties ont des int&#233;r&#234;ts tr&#232;s diff&#233;rents en ce qui concerne le &#034;passing&#034; transsexuel. En particulier, tandis que les cissexuelLEs n'ont aucune raison l&#233;gitime d'&#234;tre concern&#233;Es par le fait qu'unE certainE transsexuelLE &#034;passe&#034; (&#224; part pour utiliser leur privil&#232;ge cissexuelLE sur ellui), les transsexuelLEs comprennent qu'&#234;tre prisEs au s&#233;rieux dans notre sexe d'identification a des r&#233;percussions extraordinaires sur notre qualit&#233; de vie. En vivant dans ce monde extraordinairement cissexiste (et sexiste oppositionnel), les transsexuelLEs reconnaissent le privil&#232;ge cissexuel pour ce qu'il est : un &lt;i&gt;privil&#232;ge&lt;/i&gt;. &#202;tre accept&#233;Es comme des membres de notre sexe d'identification nous permet infiniment plus facilement d'obtenir un emploi et un logement, d'&#234;tre prisEs au s&#233;rieux dans nos pr&#233;occupations personnelles, sociales et politiques, et d'&#234;tre capables de nous promener dans la rue sans nous faire agresser ou harceler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les personnes cissexuelles (pas les transsexuelles) sont celles qui cr&#233;ent, entretiennent et font respecter le &#034;passing&#034; par leur tendance &#224; traiter les transsexuelLEs de fa&#231;on dramatiquement diff&#233;rente en se fondant seulement sur les crit&#232;res superficiels de notre apparence. Si unE transsexuelLE ne &#034;passe&#034; pas, les cissexuelLEs se servent souvent de cela comme excuse pour refuser &#224; cette personne le droit basique de voir son genre d'identification reconnu et respect&#233;. Parfois les cissexuelLEs se servent m&#234;me de ces situations comme si elles &#233;taient des invitations &#224; humilier ou maltraiter ouvertement des transsexuelLEs. Et ceux et celles d'entre nous qui &#034;passent&#034; effectivement sont sans aucun doute mieux trait&#233;Es par les cissexuelLEs, quoique pas n&#233;cessairement avec respect. En tant que transsexuelle qui &#034;passe&#034;, je trouve qu'il est courant que les personnes cissexuelles, lorsqu'elles d&#233;couvrent mon statut trans, me f&#233;licitent en utilisant le m&#234;me ton condescendant que les genTEs utilisent pour f&#233;liciter les personnes homosexuelles qui &#034;n'&#233;talent&#034; pas leur homosexualit&#233; (c'est-&#224;-dire, qui se comportent comme des h&#233;t&#233;ros) ou les minorit&#233;s raciales qui utilisent un &#034;fran&#231;ais correct&#034; (c'est-&#224;-dire, qui se comportent comme des blancHEs). En d'autres mots, ce sont des compliments &#224; double tranchant con&#231;us pour renforcer la sup&#233;riorit&#233; cissexuelle. Le plus courant de ces commentaires, &#034;tu ressembles vraiment &#224; une vraie femme&#034;, serait clairement pris comme une insulte s'il &#233;tait adress&#233; &#224; une femme cissexuelle. Une autre remarque fr&#233;quente, &#034;je n'aurais jamais devin&#233; que tu &#233;tais transsexuelle&#034;, me f&#233;licite essentiellement de ressembler &#224; une cissexuelle, insinuant une fois encore que les cissexuelLEs sont par essence meilleurEs que les transsexuelLEs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque le terme &#034;passing&#034; fait deux poids deux mesures entre les genres cissexuels et transsexuels, et permet un sentiment de l&#233;gitimit&#233; de genre cissexuel, nous devrions &#224; la place adopter un vocabulaire qui reconna&#238;t &#224; raison ce ph&#233;nom&#232;ne comme un produit d&#233;riv&#233; du genrement et de l'&#233;vidence cissexuelle. Par cons&#233;quent, je sugg&#232;re d'utiliser le terme &lt;i&gt;malgenr&#233;E&lt;/i&gt; lorsqu'une personne cissexuelle ou transsexuelle se fait assigner &#224; un genre qui ne correspond pas au genre auquel elle s'identifie, et le terme &lt;i&gt;genr&#233;E correctement&lt;/i&gt; lorsque des genTEs lui assignent un terme qui correspond &#224; la fa&#231;on &#224; laquelle elle s'identifie. Et, comme mentionn&#233; pr&#233;c&#233;demment, le terme &lt;i&gt;privil&#232;ge cissexuel conditionnel&lt;/i&gt; devrait &#234;tre adopt&#233; pour d&#233;crire ce qui a historiquement &#233;t&#233; connu comme privil&#232;ge de &#034;passing&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;PRENDRE SON GENRE POUR ACQUIS&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre probl&#232;me avec le mot &#034;passer&#034; est qu'il n'est g&#233;n&#233;ralement utilis&#233; qu'en r&#233;f&#233;rence au sexe d'identification d'une personne transsexuelle et pas au sexe d'assignation. Cela donne l'impression que les transsexuelLEs ne commencent &#224; g&#233;rer la perception des autres genTEs qu'&lt;i&gt;apr&#232;s &lt;/i&gt; qu'illes transitionnent. Ainsi les genTEs parleront du fait que je &#034;passe&#034; maintenant comme une femme, mais personne ne se demandera jamais combien cela devait &#234;tre difficile pour moi de &#034;passer&#034; pour un homme avant. Personnellement, je trouvais infiniment plus difficile et stressant de g&#233;rer mon genre per&#231;u lorsque les genTEs pr&#233;sumaient que j'&#233;tais un homme, que maintenant en tant que femme. Cependant, une fois que l'on commence &#224; penser en terme de personne transsexuelle malgenr&#233;e ou genr&#233;e correctement par rapport &#224; sa perception d'elle-m&#234;me (en opposition &#224; &#034;passant&#034; ou pas aux yeux des autres), alors on commence &#224; avoir une appr&#233;ciation plus pr&#233;cise et r&#233;aliste du v&#233;cu transsexuel. En fait, on pourrait dire que la plupart des transsexuelLEs ont l'exp&#233;rience d'&#234;tre malgenr&#233;Es tout au long de leur enfance et parfois pendant une bonne partie de l'&#226;ge adulte. Ce malgenrement continu durant nos ann&#233;es de construction fa&#231;onne notre relation avec le genre (et notre propre perception de nous-m&#234;mes) avec une ampleur qui ne peut pas &#234;tre sous-estim&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'ayant jamais eu qu'un v&#233;cu trans, il m'a fallu beaucoup de temps pour r&#233;aliser que je ressens et que je traite le genre tr&#232;s diff&#233;remment de la fa&#231;on dont la plupart des cissexuelLEs le font. Par exemple, quelques mois apr&#232;s que j'eus commenc&#233; &#224; vivre &#224; plein temps comme femme, un ami &#224; moi m'a demand&#233; si j'&#233;tais d&#233;j&#224; entr&#233;e dans des toilettes pour hommes par erreur. Au d&#233;but, la question m'a paru bizarre. Quand je lui ai lanc&#233; un regard perplexe, il a essay&#233; de clarifier. Il a dit qu'il ne pense jamais aux toilettes dans lesquelles il rentre, ne remarque jamais le petit symbole &#034;homme&#034; sur la porte, mais finit toujours au bon endroit. Alors, il se demandait si j'&#233;tais accidentellement entr&#233;e dans les toilettes pour hommes &lt;i&gt;par habitude&lt;/i&gt; depuis ma transition. J'ai ri et lui ai dit qu'il n'y avait jamais eu une seule fois de ma vie o&#249; je sois entr&#233;e dans des toilettes publiques &#8722; hommes ou femmes &#8722; par habitude ; toute ma vie, j'ai &#233;t&#233; atrocement consciente de chaque espace genr&#233; dans lequel j'entrais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Grandir en tant que trans &#8722; devoir g&#233;rer &#224; la fois la dissonance psychologique entre mon sexe physique et subconscient et le barrage constant &#224; &#234;tre malgenr&#233;e par les autres &#8722; a &#233;t&#233; une exp&#233;rience d&#233;chirante qui m'a pouss&#233;e &#224; me dissocier de mon propre corps et de mes propres &#233;motions. Et tandis que transitionner physiquement et vivre dans mon sexe d'identification m'a permis de finalement triompher de ma dissonance de genre, je lutte encore avec une hypersensibilit&#233; au genre (et plus sp&#233;cifiquement au genrement). N'ayant jamais eu l'opportunit&#233; d'apprendre &#224; ressentir mon genre comme quelque chose qui ne peut &#234;tre remis en question et comme une seconde nature (contrairement &#224; mon ami), je ressens encore parfois une secousse inconfortable quand des genTEs parlent de moi comme &#034;elle&#034; (m&#234;me si c'est le pronom que je pr&#233;f&#232;re). Quand je regarde des photos ou des vid&#233;os de moi, je ne peux toujours pas m'emp&#234;cher de voir le &#034;gar&#231;on&#034; dans mon visage ou de l'entendre dans le son de ma voix, quand bien m&#234;me personne ne m'a appel&#233;e &#034;Monsieur&#034; depuis plus de cinq ans. Je me sens agress&#233;e et suis extraordinairement &#233;nerv&#233;e &#224; chaque fois que je regarde la t&#233;l&#233; ou un film et que je suis d&#233;sagr&#233;ablement surprise par une blague ou un commentaire ignorant qui balaye le sexe d'identification des personnes trans ou parle d'elles en utilisant leur sexe d'assignation. Et m&#234;me si je ressens maintenant une concordance de genre, je m'appesantis encore constamment sur le genre, ce qui, bien qu'utile quand j'&#233;cris un livre sur le sujet, peut souvent &#234;tre malsain et &#233;puisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon hypersensibilit&#233; au genre me rappelle ce qu'une amie m'a dit une fois sur son rapport &#224; l'argent. Elle a grandi dans une famille o&#249; l'argent &#233;tait rare, et o&#249; des bagarres provenaient de la pression financi&#232;re qu'illes subissaient. Cela a alt&#233;r&#233; irr&#233;vocablement le rapport de mon amie avec l'argent. Si beaucoup d'entre nous qui avons grandi dans des classes moyennes voyons l'argent simplement comme un moyen d'obtenir ce qu'on veut ou dont on a besoin, pour mon amie il est aussi porteur d'un &#233;l&#233;ment suppl&#233;mentaire &#233;motionnel. M&#234;me si elle a maintenant des bases financi&#232;res plus solides, elle trouve encore qu'elle ne le m&#233;rite pas lorsqu'elle re&#231;oit de l'argent et se sent coupable &#224; chaque fois qu'elle en d&#233;pense. Cela la pr&#233;occupe encore et la remplit d'anxi&#233;t&#233; parce qu'elle n'a jamais l'impression qu'elle peut prendre cela pour acquis &#8722; elle comprend que cela peut lui &#234;tre retir&#233; n'importe quand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport de mon amie &#224; l'argent me rappelle ma propre ins&#233;curit&#233; continue concernant le genre. M&#234;me si j'ai finalement atteint un point o&#249; je me sens confortable en vivant dans mon propre corps, j'ai souvent l'impression que je ne le m&#233;rite pas et je me sens souvent coupable &#224; ce sujet. Et tandis que tout le monde autour de moi semble se sentir l&#233;gitime dans son genre au point de le prendre pour acquis, j'ai toujours l'impression que le mien pourrait m'&#234;tre retir&#233; &#224; chaque minute. Et en un sens, il peut l'&#234;tre (et l'est souvent) &#224; chaque fois que quelqu'unE essaie de brandir son privil&#232;ge cissexuel face &#224; moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;FAIRE LA DISTINCTION ENTRE TRANSPHOBIE ET PRIVIL&#200;GE CISSEXUEL&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que les transsexuelLEs aient surv&#233;cu &#224; une enfance o&#249; illes &#233;taient constamment malgenr&#233;Es cr&#233;e des diff&#233;rences majeures entre nos fa&#231;ons de r&#233;agir &#224; des expressions publics d'anxi&#233;t&#233; de genre et celles d'autres LGBT. Par exemple, une de mes amies, une gouine butch cissexuelle, m'a parl&#233; d'une situation o&#249; elle avait &#233;t&#233; accus&#233;e d'&#234;tre un &#034;homme&#034; dans des toilettes pour femmes (sans doute &#224; cause de son style vestimentaire et de ses mani&#232;res masculines). La femme qui portait cette accusation l'avait interpell&#233;e, avec un sentiment de l&#233;gitimit&#233; de genre, en lui disant &#034;tu n'as pas ta place ici&#034;. Mon amie, qui &#233;tait &#233;videmment d&#233;rang&#233;e par l'&#233;v&#233;nement, a r&#233;pondu en lui pointant ses propres seins et en disant &#034;je &lt;i&gt;suis&lt;/i&gt; une femme et j'&lt;i&gt;ai&lt;/i&gt; ma place ici&#034;, ce qui a eu pour effet de plonger son accusatrice dans l'embarras et de lui faire pr&#233;senter des excuses. Si mon amie ne s'identifie pas comme transgenre, on pourrait pourtant d&#233;crire cet incident comme un exemple de transphobie (elle a &#233;t&#233; prise pour cible parce que son apparence &#034;trangressait&#034; les normes de genre). Et quand l'accusatrice s'est excus&#233;e, elle a d'une mani&#232;re frappante &#233;tendu (tardivement) le privil&#232;ge cissexuel &#224; mon amie. C'est-&#224;-dire qu'elle a reconnue mon amie comme une femme l&#233;gitime (bien que ne se conformant pas aux normes de genre) et, par cons&#233;quent, a reconnu le droit &#224; mon amie de partager cet espace non-mixte femmes avec elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je raconte cette histoire parce qu'elle est radicalement diff&#233;rente de la fa&#231;on dont certaines de mes amies femmes trans vivent de telles situations. Quand une femme transsexuelle est accus&#233;e d'&#234;tre un &#034;homme&#034; dans des toilettes pour femmes, il faut voir en toile de fond une vie enti&#232;re o&#249; elle a &#233;t&#233; malgenr&#233;e comme homme. Ainsi, plut&#244;t que d'avoir l'impression qu'elle a injustement &#233;t&#233; prise pour cible parce que ses comportements &#034;transgressent&#034; les normes de genre (ce que ressentent beaucoup d'homos cissexuelLEs), elle va plut&#244;t se sentir cibl&#233;e &#224; cause de son statut transsexuel &#8722; en d'autres mots, elle va supposer que l'accusatrice exerce du privil&#232;ge cissexuel sur elle. Et la femme transsexuelle a souvent raison de supposer cela. Apr&#232;s tout, l'accusatrice a commenc&#233; &#224; s'excuser quand mon amie gouine butch lui a dit &#034;je suis une femme&#034; (en d'autres termes, elle a &#233;t&#233; tardivement &#034;lue&#034; comme une femme cissexuelle), mais quand mes amies femmes trans disent &#034;je suis une femme&#034;, elles sont souvent encore accus&#233;es d'&#234;tre des &#034;hommes&#034; (en d'autres mots, elles sont &#034;lues&#034; comme des femmes transsexuelles et se voient refuser le privil&#232;ge cissexuel).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reconna&#238;tre la diff&#233;rence entre la transphobie (qui cible les personnes dont l'expression de genre et l'apparence diff&#232;rent de la norme) et le privil&#232;ge cissexuel (qui cible les personnes dont le sexe assign&#233; et le sexe d'identification diff&#232;rent) est important, sp&#233;cialement lorsqu'on essaie de comprendre les politiques homo/trans contemporaines. Par exemple, certains &#233;v&#233;nements et &#233;tablissements pour femmes lesbiennes et bies ont des politiques qui excluent sp&#233;cifiquement les femmes trans. Les d&#233;fenseureuses de telles politiques pr&#233;tendent souvent ne pas &#234;tre transphobes, parce qu'illes permettent &#224; certaines personnes s'identifiant comme transgenre de participer (tant qu'elles sont &#034;n&#233;es femmes&#034;). Ainsi, plut&#244;t que d'appeler &#034;transphobes&#034; ces politiques excluant les femmes trans, il est plus exact de dire qu'elles sont cissexistes, car elles refusent d'accepter l'identit&#233; de femme des femmes transsexuelles comme &#233;tant aussi l&#233;gitime que celles des femmes cissexuelles. (De telles politiques peuvent aussi &#234;tre appel&#233;es &lt;i&gt;trans-misogynes&lt;/i&gt;, puisqu'elles favorisent les personnes trans sur un spectre FTM au d&#233;triment des personnes sur un spectre MTF). De plus, on peut dire de ces cissexuelLEs &#034;n&#233;es femmes&#034; (peu importe qu'illes soient transgenres) qui choisissent de participer &#224; de tels &#233;v&#233;nements qu'illes exercent leur privil&#232;ge cissexuel (c'est-&#224;-dire, illes tirent profit de tous les privil&#232;ges associ&#233;s &#224; leur sexe de naissance). En effet, il est d&#233;cevant que la plupart des personnes cissexuelles transgenres et homos &#8722; particuli&#232;rement celles qui accusent de fa&#231;on hypocrite les transsexuelLEs d'essayer d'atteindre un &#034;privil&#232;ge de passing&#034; en transitionnant vers notre sexe d'identification &#8722; n'ont pratiquement aucune r&#233;flexion sur les mani&#232;res incalculables dont elles s'adonnent r&#233;guli&#232;rement &#224; leur propre privil&#232;ge cissexuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois que l'on comprend le privil&#232;ge cissexuel, il devient &#233;vident que beaucoup d'actes de discrimination qui &#233;taient auparavant regroup&#233;s sous le terme &#034;transphobie&#034; sont probablement mieux d&#233;crits en terme de cissexisme. Dans ce qui suit, je reconsid&#233;rerai un certain nombre de tels actes discriminatoires, en me concentrant sur les fa&#231;ons dont ils sont sp&#233;cifiquement con&#231;us pour miner la l&#233;gitimit&#233; des genres auxquels s'identifient les personnes trans plut&#244;t que pour cibler les personnes trans parce qu'elles d&#233;rogent aux normes de genre oppositionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;L'EXCLUSION DES PERSONNES TRANS&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exclusion des personnes trans est peut-&#234;tre l'exercice d'oppression envers les transsexuelLEs le plus direct et &#233;vident qui soit. Tr&#232;s simplement, l'exclusion des trans a lieu lorsque des cissexuelLEs excluent des transsexuelLEs d'espaces, de groupes ou d'&#233;v&#233;nements destin&#233;s aux personnes du m&#234;me genre que celui auquel s'identifie la personne trans. L'exclusion des trans peut aussi entrer en jeu dans d'autres cas de figure o&#249; le genre d'identification de la personne trans se trouve pass&#233; &#224; la trappe (par exemple, quand quelqu'unE s'obstine &#224; me qualifier &#034;d'homme&#034;, ou utilise intentionnellement des pronoms inappropri&#233;s en s'adressant &#224; moi). Sachant quelle &#233;norme bourde sociale constitue le fait de mal genrer quelqu'unE dans notre culture, et &#224; quel point les genTEs se r&#233;pandent g&#233;n&#233;ralement en excuses lorsqu'illes se rendent compte qu'illes ont commis cette erreur, il est difficile de voir dans l'exclusion des trans (c'est-&#224;-dire le non respect d&#233;lib&#233;r&#233; du genre des transsexuelLEs) autre chose qu'une d&#233;marche arrogante d'amoindrissement et d'humiliation des personnes trans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;L'OBJETISATION DES PERSONNES TRANS&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objetisation des corps transsexuels est tout &#224; fait corr&#233;l&#233;e &#224; l'obsession cissexuelle du &#034;passing&#034;. Alors que nos transitions physiques interviennent g&#233;n&#233;ralement sur une p&#233;riode de quelques ann&#233;es (une simple fraction de nos vies), elles dominent presque compl&#232;tement les discours cissexuels portant sur la transsexualit&#233;. La raison en est claire : la concentration presque exclusive de l'attention sur notre transformation physique permet un ancrage permanent des transsexuelLEs dans notre sexe d'assignation et transforme ainsi notre sexe d'identification en un but dont nous ne cessons de nous approcher mais que nous n'atteignons jamais compl&#232;tement. Cela a non seulement pour effet de minimiser notre exp&#233;rience de vie, tout ce qu'il y a de plus r&#233;elle, en tant que membres de notre sexe d'identification apr&#232;s transition, mais aussi de d&#233;lib&#233;r&#233;ment mettre de c&#244;t&#233; l'enjeu crucial que constitue l'oppression cissexuelle envers les transsexuelLEs (ce qui rappelle la fa&#231;on dont certainEs h&#233;t&#233;rosexuelLEs concentrent leur curiosit&#233; sur ce que les gays, les lesbiennes et les bisexuelLEs font dans leur chambre &#224; coucher &#8722; c'est-&#224;-dire de quelle fa&#231;on nous baisons &#8722; dans le but d'&#233;viter de se demander en quoi leurs propres comportements et attitudes vont dans le sens d'une oppression des gays, des lesbiennes et des bisexuelLEs).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre forme courante d'objetisation des trans intervient lorsque des cissexuelLEs deviennent fascin&#233;Es, perturb&#233;Es ou obs&#233;d&#233;Es par des &#233;carts suppos&#233;s existant entre le sexe physique d'unE transsexuelLE et son genre d'identification. Assez typiquement, ce type d'attention se porte sur les organes g&#233;nitaux de la personne trans. Ainsi l'objetisation r&#233;duit la personne transsexuelle &#224; un statut &#034;d'objet&#034;, permettant aux cissexuelLEs de nous condamner, de nous diaboliser, de nous f&#233;tichiser, de nous ridiculiser, de nous critiquer, et de nous exploiter sans &#233;prouver de culpabilit&#233; ou de remords.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;LA MYSTIFICATION DES PERSONNES TRANS&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre strat&#233;gie qui va de pair avec l'obsession du passing et l'objetisation des trans est la mystification des trans : c'est s'autoriser &#224; rester si confin&#233;E dans l'id&#233;e d'une nature taboue du &#034;changement de sexe&#034; que l'on perd de vue le fait que la transsexualit&#233; est tout &#224; fait r&#233;elle, tangible et souvent banale pour celleux d'entre nous qui en avons une exp&#233;rience imm&#233;diate. On peut lisiblement observer la mystification des trans dans les descriptions des transsexuelLEs fournies par les m&#233;dias, &#224; partir du moment o&#249; notre sexe d'assignation est souvent transform&#233; en un secret cach&#233; ou en un objet d''intrigue, tandis que notre sexe v&#233;cu se trouve pr&#233;sent&#233; comme une illusion &#233;labor&#233;e. Dans la vie r&#233;elle, lorsque je dis &#224; des genTEs que je suis transsexuelle, il arrive souvent qu'illes s'&#233;ternisent l&#224;-dessus, en me r&#233;p&#233;tant combien il leur est incroyable que j'aie autrefois v&#233;cu en tant que gar&#231;on, comme si je les avais bluff&#233;Es en usant d'un tour de passe-passe. La v&#233;rit&#233;, c'est que la transsexualit&#233; n'a rien de fascinant. Pour beaucoup d'entre nous, c'est simplement une r&#233;alit&#233;. J'effectue constamment des coming-outs aupr&#232;s de genTEs, et lorsque je le fais, aucune musique ne se met &#224; jouer en arri&#232;re-plan pour souligner le suspense. De plus, mon appartenance au genre f&#233;minin n'est pas une esp&#232;ce de production complexe qui exigerait de ma part de jeter de la poudre aux yeux : croyez-le ou non, je vis ma vie en &#233;tant seulement moi-m&#234;me et en faisant ce qui me convient le plus. La mystification des trans est uniquement une fa&#231;on de plus pour les cissexuelLEs d'en appeler &#224; &#034;l'artificialit&#233;&#034; de la transsexualit&#233;, cr&#233;ant ainsi l'impression fallacieuse que nos genres d'assignation seraient &#034;naturels&#034; tandis que nos genres d'identification, v&#233;cus, ne le seraient pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;L'INTERROGATION SUR LES PERSONNES TRANS&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'obsession du passing, l'objetisation des personnes trans et la mystification des personnes trans d&#233;l&#233;gitiment les identit&#233;s transsexuelles en se concentrant sur le &#034;comment&#034; de la transsexualit&#233;, l'interrogation sur les personnes trans se focalise quant &#224; elle sur le &#034;pourquoi&#034;. Pourquoi les transsexuelLEs existent-illes ? Qu'est-ce-qui nous engage &#224; changer de sexe ? Est-ce une affaire de g&#233;n&#233;tique ? D'hormones ? D'&#233;ducation ? Est-ce corr&#233;l&#233; au fait de vivre dans une culture obs&#233;d&#233;e par la chirurgie esth&#233;tique ? Ou peut-&#234;tre n'est-ce qu'une bonne vieille maladie mentale ? De telles questions repr&#233;sentent l'intellectualisation du processus d'objetisation des transsexuelLEs. En nous r&#233;duisant &#224; un statut d'objets d'&#233;tude et de curiosit&#233;, les cissexuelLEs se lib&#232;rent du d&#233;sagr&#233;ment de nous envisager comme des &#234;tres qui vivent et qui respirent, faisant face non seulement &#224; nos propres tendances personnelles, mais aussi &#224; la discrimination de genre ambiante, articul&#233;e autour du cissexisme et du sexisme oppositionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que je travaillais sur ce livre, en me plongeant dans les textes sexologiques et sociologiques qui tentent d'expliquer pourquoi les transsexuelLEs existent, il m'est venu &#224; l'esprit que, plut&#244;t que simplement retirer du DSM le diagnostic de trouble de l'identit&#233; de genre, nous devrions peut-&#234;tre envisager de le remplacer par le trouble de l'&#233;tiologie transsexuelle, afin de mettre en lumi&#232;re cette obsession malsaine manifest&#233;e par beaucoup de cissexuelLEs : expliquer les origines de la transsexualit&#233;. &#192; l'inverse de ces chercheurEUSEs cissexuelLEs qui trouvent passionnant et intellectuellement stimulant de se perdre en consid&#233;rations et de pontifier sur mon existence, la question &#034;pourquoi suis-je transsexuelle&#034; a toujours &#233;t&#233; pour moi une source de honte et de d&#233;go&#251;t de moi-m&#234;me. Depuis l'&#233;poque de ma pr&#233;adolescence jusqu'&#224; mes ann&#233;es de jeune adulte, j'ai &#233;t&#233; d&#233;vor&#233;e par cette question parce que, tr&#232;s franchement, je ne voulais pas &#234;tre transsexuelle. Comme la plupart des genTEs, j'acceptais l'id&#233;e qu'il &#233;tait pr&#233;f&#233;rable d'&#234;tre cissexuelLE. Au final, j'ai pris conscience du fait que s'appesantir sur le &#034;pourquoi&#034; &#233;tait une d&#233;marche st&#233;rile &#8722; le fait est que je suis transsexuelle et que j'existe, et il n'y a aucune raison valable pour que je me sente inf&#233;rieure &#224; unE cissexuelLE &#224; cause de cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois accept&#233;e ma propre transsexualit&#233;, il est devenu &#233;vident pour moi que la question &#034;pourquoi les transsexuelLEs existent-illes ?&#034; n'est pas une affaire de pure curiosit&#233;, mais bien un acte de non-acceptation, &#224; partir du moment o&#249; elle intervient sans que ne soit jamais pos&#233;e la question r&#233;ciproque &#034;pourquoi les cissexuelLEs existent-illes ?&#034;. La recherche incessante en vue de la d&#233;couverte de la cause de la transsexualit&#233; a pour utilit&#233; de figer les identit&#233;s de genre transsexuelles dans un &#233;tat perp&#233;tuellement susceptible d'&#234;tre mis en question, et fait du m&#234;me coup en sorte que les identit&#233;s de genre cissexuelles restent non-questionnables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;L'EFFACEMENT DES PERSONNES TRANS&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule chose plus perturbante que les personnes qui se demandent sans rel&#226;che pourquoi les transsexuelLEs existent, ce sont les personnes qui pr&#233;tendent sans ciller d&#233;tenir la r&#233;ponse &#224; cette question. Malheureusement, plut&#244;t que de simplement prendre acte des t&#233;moignages fournis par les personnes transsexuelles (lesquels d&#233;crivent presque invariablement une forme de conscience intrins&#232;que de ce que l'on est, ou une id&#233;e de sexe subconscient), beaucoup de cissexuelLEs choisissent &#224; la place de projeter sur nous leurs propres pr&#233;somptions &#224; propos du genre. Souvent, de telles d&#233;marches sont centr&#233;es sur les conceptions cissexuelles peu &#233;labor&#233;es ayant trait &#224; ce qu'unE transsexuelLE se trouverait &#224; m&#234;me d'acqu&#233;rir en changeant de sexe v&#233;cu : privil&#232;ges, normalit&#233;, &#233;panouissement sexuel et ainsi de suite. L'id&#233;e que nous transitionnons d'abord et avant tout pour nous-m&#234;mes, pour nous sentir en ad&#233;quation avec notre corps, n'est pratiquement jamais &#224; l'ordre du jour. Cela est d&#251; au fait que les cissexuelLEs se repr&#233;sentent souvent les transsexuelLEs comme des non-personnes : les proc&#233;d&#233;s d'objetisation des trans, de mystification des trans et d'interrogation sur les trans permettent que nous soyons vuEs non comme des personnes humaines, mais comme des objets et des cr&#233;atures de spectacle existant pour le b&#233;n&#233;fice ou la distraction des autres. La facilit&#233; avec laquelle les voix transsexuelles sont disqualifi&#233;es ou ignor&#233;es par le public r&#233;sulte du ph&#233;nom&#232;ne d'effacement des personnes trans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, si toutes les voix minoritaires se trouvent r&#233;duites au silence &#224; diff&#233;rents degr&#233;s (habituellement, en se voyant refuser l'acc&#232;s aux m&#233;dias et aux pouvoirs &#233;conomique et politique), on observe plusieurs aspects de l'effacement des trans qui &#233;tendent particuli&#232;rement l'importance du ph&#233;nom&#232;ne. D'abord, comme c'est le cas pour toutes les minorit&#233;s sexuelles, le sexisme oppositionnel conduit &#224; ce qu'il n'y ait qu'un pourcentage r&#233;duit de personnes trans qui disent qu'elles sont transsexuelles. En second lieu, celleux qui effectuent leur coming-out le font souvent en m&#234;me temps qu'illes d&#233;cident de transitionner physiquement : un processus historiquement r&#233;gul&#233; (et s&#233;v&#232;rement limit&#233;) par des gatekeepers&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#034;gatekeeper&#034; = medecins-expertEs, souvent psychiatres, &#171; gardienNEs des cl&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; cissexuelLEs. Souvent, celleux qui se voyaient d&#233;livrer la permission de transitionner &#233;taient s&#233;lectionn&#233;Es sur la base de la conviction des gatekeepers qu'illes correspondraient aux normes de genre de leur sexe d'identification et garderaient le silence &#224; propos de leur statut trans apr&#232;s leur transition. Cela a contribu&#233; &#224; assurer que la plupart des transsexuelLEs se fondent effectivement dans la population cissexuelle aussi bien avant qu'apr&#232;s transition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais peut-&#234;tre que rien ne facilite l'effacement des personnes trans plus que le genrement quotidien et l'&#233;vidence cissexuelle. Quand j'effectue un coming-out aupr&#232;s de genTEs, illes me disent souvent que je suis la premi&#232;re transsexuelle qu'illes ont jamais rencontr&#233;e. Cela sugg&#232;re que la plupart des cissexuelLEs n'ont jamais s&#233;rieusement envisag&#233; la possibilit&#233; que sur les personnes pr&#233;sum&#233;es cissexuelles qu'illes voient chaque jour, un certain pourcentage puisse &#234;tre des personnes transsexuelles. Les statistiques internationales indiquent que le pourcentage de personnes transsexuelLEs &#034;post-op&#034; varie de 1 &#224; 3 % de la population. Bien qu'il n'y ait pas de statistique rigoureuse concernant le nombre de transsexuelLEs aux Etats-Unis, les estimations fond&#233;es sur le nombre d'op&#233;rations de r&#233;assignation sexuelle r&#233;alis&#233;es sugg&#232;rent qu'au moins une personne sur 500 dans ce pays est transsexuelle (et bien plus de personnes encore sont transgenres).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un monde dans lequel les personnes sont per&#231;ues soit comme des femmes, soit comme des hommes, et dans lequel toutes les personnes sont pr&#233;sum&#233;es cisgenres et cissexuelles, celleux d'entre nous qui sont transgenres et/ou transsexuelLEs sont effectivement effac&#233;Es de la conscience publique. Cela permet aux producteurICEs des medias de nous d&#233;peindre telLEs que cela leur chante, aux universitaires d'&#233;noncer toutes les th&#233;ories qu'il leur plait &#224; notre propos, et aux m&#233;decins, psychologues, et autres &#034;expertEs&#034; auto-proclam&#233;Es cissexuelLEs, de prendre la parole &#224; notre place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;CHANGER LA PERCEPTION DU GENRE, IL NE S'AGIT PAS DE PERFORMANCE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une analyse approfondie des m&#233;canismes de genrement, du sentiment de l&#233;gitimit&#233; de genre et du privil&#232;ge cissexuel permet &#224; la fois de contester la supposition principale que les genres cissexuels sont plus &#034;naturels&#034; et l&#233;gitimes que les genres transsexuels, et &#224; la fois de remettre en question le nouveau centre d'int&#233;r&#234;t des th&#233;oricienNEs et activistes du genre qui consiste &#224; savoir comment les personnes &#034;font&#034; ou &#034;performent&#034; leur genre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La notion de &#034;faire&#034; le genre est souvent attribu&#233;e &#224; Candace West et Don H. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les diff&#233;rentes mod&#233;lisations du genre centr&#233;es sur la notion de performance peuvent varier l&#233;g&#232;rement les unes des autres, mais elles insistent en g&#233;n&#233;ral toutes sur l'id&#233;e que chacunE d'entre nous cr&#233;e activement les diff&#233;rences de genre en &#034;faisant&#034; ou en &#034;performant&#034; son genre de certaines mani&#232;res. Selon cette vision des choses, l'appartenance au genre f&#233;minin n'est pas un &#233;tat naturel, mais c'est quelque chose que l'on reproduit quand on se reconnait nous-m&#234;me femmes &#8722; quand on agit, s'habille, parle de mani&#232;res consid&#233;r&#233;es f&#233;minines &#8722; et il en va de m&#234;me en ce qui concerne l'appartenance au genre masculin. Certaines des variantes les plus extr&#232;mes de cette th&#233;orie laissent une toute petite place pour les tendances de genre individuelles, tout en penchant vers l'id&#233;e que nos identit&#233;s de genre et nos identit&#233;s sexuelles sont simplement des r&#233;p&#233;titions inconscientes de la socialisation et des normes de genres qui nous ont &#233;t&#233; impos&#233;es. &#201;tant donn&#233; que beaucoup de th&#233;oricienNEs et d'activistes voient les performances genr&#233;es comme les moyens par lesquels les privil&#232;ges, les attentes et les restrictions de genre se propagent dans notre culture, illes d&#233;fendent l'id&#233;e que la fa&#231;on la plus efficace de contre-attaquer le sexisme oppositionnel et traditionnel est de refuser toutes les identit&#233;s de genre et toutes les identit&#233;s sexuelles, ou de subvertir ces cat&#233;gories en &#034;faisant&#034; le genre de mani&#232;res non conventionnelles (par exemple : travestissement, androgynie, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de th&#233;oricienNEs et d'activistes ont adopt&#233; ces mod&#232;les centr&#233;s sur la notion de performance, louant leur potentiel pour nous lib&#233;rer des normes de genre et pour d&#233;fier l'id&#233;e que les genres straights seraient plus l&#233;gitimes que les genres queers. Mais je vois plusieurs probl&#232;mes dans de telles th&#233;ories. Je crois que le dogme central de ces mod&#232;les centr&#233;s sur la performance de genre &#8722; l'id&#233;e que le genre social provient de et est propag&#233; par la fa&#231;on dont nous &#034;faisons&#034; ou &#034;performons&#034; individuellement notre genre &#8722; est probl&#233;matique. Beaucoup d'entre nous qui avons physiquement transitionn&#233; d'un sexe &#224; l'autre comprennons que notre genre per&#231;u n'est absolument pas un produit de notre &#034;performance&#034; (i.e., expressions/r&#244;les de genre), mais beaucoup plus de notre apparence (de nos caract&#233;ristiques sexuels secondaires en particulier). C'est assez &#233;vident, si on y pense. Apr&#232;s tout, si tu ressembles &#224; une top-model, tu peux agir aussi virilement que tu veux, mais les genTEs te genreront toujours in&#233;vitablement comme femme. Et si tu ressembles &#224; un hooligan, tu peux agir de la mani&#232;re la plus f&#233;minine qui soit, mais les genTEs te genreront toujours comme homme. Si la fa&#231;on dont nous &#034;faisons&#034; le genre peut jouer sur le fait d'&#234;tre per&#231;uE comme queer ou straight, et peut influer beaucoup pour celleux qui d&#233;j&#224; au d&#233;part ont une apparence de genre ambig&#252;e, la majeure partie d'entre nous sommes genr&#233;Es en premier lieu via nos caract&#233;ristiques physiques, bien plus que via nos comportements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personnellement, j'ai pu avoir une vision du genre centr&#233;e sur la notion de performance quand je vivais en tant qu'homme et que je m'habillais pour &#034;passer&#034; en tant que femme en public. Le temps et les efforts que j'avais &#224; fournir pour alt&#233;rer mon apparence et mes comportements afin de me sentir bien pouvait ressembler par diff&#233;rents aspects &#224; de la performance. Mais quand j'ai finalement entam&#233; ma transition, je ne l'ai pas consid&#233;r&#233; comme une performance &#8722; j'ai simplement agit, je me suis simplement habill&#233;e, j'ai simplement parl&#233; de la mani&#232;re dont je l'avais toujours fait, de la fa&#231;on qui m'&#233;tais la plus confortable. Apr&#232;s plusieurs mois de traitement hormonal, je me suis aper&#231;ue que la plupart des genTEs commen&#231;aient &#224; me genrer syst&#233;matiquement comme femme, malgr&#233; le fait que je &#034;faisais&#034; mon genre de la m&#234;me fa&#231;on que je l'avais toujours fait. Ce qui m'a le plus frapp&#233;e, c'est de voir comment les genTEs interpr&#233;taient diff&#233;remment les m&#234;mes actes et mani&#232;res selon qu'illes me genraient femme ou homme. Par exemple, quand j'allais dans un bar, j'ai remarqu&#233; que si je laissais tra&#238;ner mon regard dans la salle en attendant mon verre (ce que j'ai toujours fait inconsciemment avant ma transition), les hommes commen&#231;aient &#224; me draguer parce qu'ils supposaient que je leur signifiait ma disponibilit&#233; (quand j'&#233;tais per&#231;ue comme homme, le m&#234;me acte &#233;tait simplement interpr&#233;t&#233; comme une observation de la salle). Et dans les files &#224; la caisse des supermarch&#233;s, quand lae petitE enfant dans le caddie devant moi commen&#231;ait &#224; me sourire et &#224; me parler, j'ai constat&#233; que je pouvais interagir avec ellui sans que sa m&#232;re ne devienne suspicieuse ou craintive (ce qui arrivaient souvent dans de telles situations quand j'&#233;tais per&#231;ue comme homme).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant la premi&#232;re ann&#233;e de ma transition, j'ai v&#233;cu des centaines de petits moments comme ceux-ci, o&#249; d'autres personnes interpr&#233;taient mes mots et mes actes diff&#233;remment, en se basant uniquement sur l'&#233;volution de mon sexe per&#231;u. Et ce n'&#233;tait pas simplement mes comportements qui &#233;taient interpr&#233;t&#233;s diff&#233;remment, mais c'&#233;tait tout autant mon corps : la fa&#231;on dont les genTEs m'approchaient, me parlaient, les suppositions qu'illes faisaient me concernant, le manque d'&#233;gard et de respect que j'ai souvent subis, la fa&#231;on dont les autres ont souvent sexualis&#233; mon corps. Tous ces changements se sont produits sans que je n'ai &#224; faire ou &#224; dire quoi que ce soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je soutiens l'id&#233;e que le genre social n'est pas produit et propag&#233; en fonction de la fa&#231;on nous, en tant qu'individuEs, &#034;performons&#034; ou &#034;faisons&#034; nos genres ; il r&#233;side dans les perceptions et interpr&#233;tations des autres. Je peux modifier mon propre genre autant que je veux, mais &#231;a ne changera rien au fait que les autres personnes continueront &#224; m'assigner compulsivement un genre, et &#224; me voir &#224; travers le prisme distordu de l'&#233;vidence cissexuelle et h&#233;t&#233;rosexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si aucune expression de genre ne peut subvertir le syst&#232;me de genre tel que nous le connaissons, nous sommes n&#233;anmoins toujours capables d'initier des changements dans ce syst&#232;me. Cependant, de tels changements ne se produiront pas en maniant la fa&#231;on dont nous &#034;faisons&#034; notre propre genre, mais en d&#233;mantelant notre propre sentiment de l&#233;gitimit&#233; de genre. Si nous voulons vraiment mettre un terme &#224; toutes les oppressions li&#233;es au genre, alors nous devons commencer &#224; prendre nos responsabilit&#233;s quant &#224; nos propres perceptions et pr&#233;somptions. La chose la plus radicale que chacunE de nous peut faire est d'arr&#234;ter de projeter ses croyances &#224; propos du genre sur les comportements et les corps des autres.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Greer, &lt;i&gt;The Whole Woman&lt;/i&gt;, 74.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Califia, &lt;i&gt;Sex Changes&lt;/i&gt;, 116.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lors des JO d'Atlanta de 1996, il y a eu 8 athl&#232;tes femmes sur 3387 qui ont eu un r&#233;sultat positif au test de mat&#233;riel chromosomique Y ; depuis, les JO ont mis fin aux tests g&#233;n&#233;tiques de sexe (Myron Genel, &#034;Gender Verification No More ?&#034;, &lt;i&gt;Medscape Women's Health 5&lt;/i&gt;, no. 3 (2000), &lt;a href=&#034;http://www.medscape.com/viewarticle/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.medscape.com/viewarticle/&lt;/a&gt; 408918). Les cliniques ayant des services de consultation pour probl&#232;mes de st&#233;rilit&#233; ont trouv&#233; que plus de 11% des m&#226;les azoospermiques (i.e. les m&#226;les qui n'ont pas de spermatozo&#239;des dans leur sperme) ont un caryotype XXY (Hiroshi Okada, Hitoshi Fujioka, Noboru Tatsumi, Masanori Kanzaki, Yoshihiro Okuda, Masato Fujisawa, Minoru Hazama, Osamu Matsumoto, Kazuo Gohji, Soichi Arakawa, et Sadao Kamidono, &#034;Klinefelter's Syndrome in the Male Infertility Clinic&#034;, &lt;i&gt;Human Reproduction 14&lt;/i&gt;, no. 4 (1999), 946-952)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#034;gatekeeper&#034; = medecins-expertEs, souvent psychiatres, &#171; gardienNEs des cl&#233;s &#187; de la transition (ndT)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La notion de &#034;faire&#034; le genre est souvent attribu&#233;e &#224; Candace West et Don H. Zimmerman, pour leur article &#034;Doing Gender&#034;, &lt;i&gt;Gender and Society 1&lt;/i&gt;, no. 2 (1987), 125-151, et peut aussi &#234;tre trouv&#233;e dans Kessler et Mc Kenna, Gender : &lt;i&gt;An Ethnomethodological Approach&lt;/i&gt;, 155-159. L'id&#233;e que le genre est &#034;perform&#233;&#034; est typiquement attribu&#233;e &#224; Judith Butler, bien qu'elle ait r&#233;fut&#233; cette interpr&#233;tation de son travail ; ceci est expliqu&#233; et d&#233;velopp&#233; dans Julia Serano, &#034;Putting the Feminine Back Into Feminism&#034;, &lt;i&gt;Whipping Girl, a transsexual woman on sexism and the scapegoating of femininity&lt;/i&gt;, 319-343.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Femmes trans en prison</title>
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		<dc:date>2011-07-17T11:03:43Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Collectif</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme, (questions de) genre</dc:subject>
		<dc:subject>Prison, justice, r&#233;pression</dc:subject>
		<dc:subject>en stock</dc:subject>
		<dc:subject>Les Farfadettes (Nancy)</dc:subject>
		<dc:subject>Queer, transp&#233;d&#233;bigouines</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Cette brochure tente de mettre &#224; jour la situation des femmes trans en prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le directeur est venu dans ma cellule et m'a dit &#034;Tu as un p&#233;nis ou un vagin ?&#034; J'ai dit &#034;un p&#233;nis&#034;. Il m'a dit &#034;voyons voir&#034;, alors j'ai d&#251; lui montrer. Et puis il a dit &#034;On ne va pas te soigner, ici. Il est plus que probable que tu finisses par te tuer.&#034; Il a eu un sourire narquois, il est sorti et voil&#224;. &#187; &lt;br&gt;
&#171; Le sergent est pass&#233; derri&#232;re moi, m'a touch&#233; les seins, m'a pinc&#233; les t&#233;tons avec ses doigts, les a fait rouler et m'a touch&#233; les fesses, les a serr&#233;, les a claqu&#233;. J'ai port&#233; plainte et ils sont venus me dire que je ne quitterais jamais la prison vivante. &#187; &lt;br&gt;
&#171; Ils ont mis cet homme dans ma chambre. Il m'a dit : &#034;Voil&#224; pourquoi tu es dans ma chambre : pour &#234;tre ma femme.&#034; C'est ce qu'ils veulent tous ici, ils veulent une jolie transgenre. C'est leur cerise sur le g&#226;teau. &#187;&lt;br&gt; &#171; Je me sens femme dans une prison d'hommes. J'ai des seins, un traitement hormonal, pas de p&#233;nis, mon nom officiel est f&#233;minin. Je devrais &#234;tre dans une prison pour femmes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transphobie en prison n'est que le reflet exacerb&#233; de la transphobie g&#233;n&#233;rale de la soci&#233;t&#233;. De m&#234;me, les personnes trans en prison ne font que subir, d'une mani&#232;re exacerb&#233;e par la transphobie, les mauvais traitements inflig&#233;s aux prisonnierEs en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique10" rel="directory"&gt;F&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;F&#233;minisme, (questions de) genre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot20" rel="tag"&gt;Prison, justice, r&#233;pression&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot72" rel="tag"&gt;en stock&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot85" rel="tag"&gt;Les Farfadettes (Nancy)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot125" rel="tag"&gt;Queer, transp&#233;d&#233;bigouines&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L121xH150/arton864-632fd.jpg?1780463860' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='121' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff864.jpg?1307099752&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;FEMMES TRANS EN PRISON &lt;/strong&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;INTRODUCTION&lt;br&gt; &lt;/strong&gt; (juin 2011) &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;	Cette brochure tente de mettre &#224; jour la situation des femmes trans en prison.&lt;br&gt; &lt;br&gt; Si ces textes prennent comme cadre de r&#233;f&#233;rence les USA, et que certaines situations ne sont donc pas transposables en france, le traitement global des personnes trans par les administrations p&#233;nitentiaires, les matons et les autres d&#233;tenus est sensiblement le m&#234;me.&lt;br&gt; &lt;br&gt; Le premier texte, &lt;i&gt;Cruel and Unusual&lt;/i&gt;, est une collection de t&#233;moignages publi&#233;s en 2005 dans le documentaire vid&#233;o du m&#234;me nom. Il s'agit simplement de la retranscription d'une partie des propos tenus par les diff&#233;rentes personnes intervenant dans le film.&lt;br&gt; On peut d&#233;plorer parfois l'aspect tr&#232;s pathologisant donn&#233; &#224; la transidentit&#233; par certainEs intervenantEs. Il faut cependant garder en t&#234;te que dans le cadre de combats pr&#233;cis men&#233;s par des personnes trans en prison, le seul moyen d'obtenir un traitement hormonal est de faire valider par l'administration p&#233;nitentiaire que la transidentit&#233; est une maladie. Si cette conception n'est pas satisfaisante dans le cadre d'une lutte globale contre la transphobie, elle est compr&#233;hensible dans le cadre des luttes pour les int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats des prisonni&#232;res.&lt;br&gt; &lt;br&gt; Le second texte, &lt;i&gt;Les privations auxquelles font face les d&#233;tenuEs trans dans nos prisons&lt;/i&gt;, synth&#233;tise la situation aux USA dans les ann&#233;es 2000, et a &#233;t&#233; publi&#233; dans la brochure &#171; Behind the bars, LGBTQ youth in prison &#187;. &lt;br&gt; &lt;br&gt; Le troisi&#232;me texte,&lt;i&gt; Transgenres en prison&lt;/i&gt;, est un article de 2009 faisant le lien entre le traitement en justice d'affaires impliquant des personnes trans et la situation en prison.&lt;br&gt; &lt;br&gt; Le quatri&#232;me texte, &lt;i&gt;Que fait-elle dans une prison pour homme&lt;/i&gt;, s'attarde sur la situation pr&#233;cise de Luisa Espinoza, d&#233;tenue trans incarc&#233;r&#233;e, en proc&#233;dure d'expulsion. Il a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; publi&#233; en fran&#231;ais dans une brochure des Editions des_Zentrav&#233;Es au d&#233;but des ann&#233;es 2000.&lt;br&gt; &lt;br&gt; Le cinqui&#232;me texte, &lt;i&gt;Pas de prisonnierE oubli&#233;E&lt;/i&gt;, publi&#233; en fran&#231;ais dans la m&#234;me brochure des Editions des_Zentrav&#233;Es, revient sur la situation des personnes trans en prison tout en s'attardant sur les responsabilit&#233;s de la communaut&#233; activiste.&lt;br&gt; &lt;br&gt; Enfin, le dernier texte est une simple petite mise au point sur la situation des femmes trans incarc&#233;r&#233;es en france.&lt;br&gt; &lt;br&gt; Rappelons pour finir que la transphobie en prison n'est que le reflet exacerb&#233; de la transphobie g&#233;n&#233;rale de la soci&#233;t&#233;. De m&#234;me, les personnes trans en prison ne font que subir, d'une mani&#232;re exacerb&#233;e par la transphobie, les mauvais traitements inflig&#233;s aux prisonnierEs en g&#233;n&#233;ral.&lt;br&gt; &lt;br&gt; Il y a peu de solutions satisfaisantes envisageables en dehors de l'abolition compl&#232;te du syst&#232;me carc&#233;ral et l'an&#233;antissement de la transphobie sous toutes ces formes...&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; ***&lt;/h2&gt;&lt;strong&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;CRUEL AND UNUSUAL&lt;br&gt;&lt;/strong&gt; transgender women in prison &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;...quelques fragments d'un film de Janet W Baus, Dan Hunt &amp; Reid Williams&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;YOLANDA VALENTIN &lt;/strong&gt; (prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; Ils ont mis cet homme dans ma chambre. Cette premi&#232;re nuit, il m'a dit : &#034;Regarde, voil&#224; pourquoi tu es dans ma chambre : pour &#234;tre ma femme et tout &#231;a.&#034; Il est devenu un peu violent avec moi. Il a essay&#233; de me frapper, j'ai dit : &#034;Je veux pas de probl&#232;me, je serais ta &#034;femme de prison&#034;, comme on dit ici. C'est ce qu'ils veulent tous ici, ils veulent une jolie transgenre. C'est leur cerise sur le g&#226;teau.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ANNA CONNELLY&lt;/strong&gt; (ancienne prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; C'est vraiment inhumain de mettre des gens qui vivent en tant que femmes dehors, de leur &#244;ter cette identit&#233;, et de les forcer &#224; vivre parmi des hommes qui se sentent seuls...qui sont violents...qui sont des pr&#233;dateurs sexuels. &lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
BRUCE BISTLINE&lt;/strong&gt; (avocat de Linda Thompson)&lt;br&gt; Tu peux facilement emprisonner les gens en les mettant dans un trou dans le d&#233;sert. Mais si on se pr&#233;tend une soci&#233;t&#233; civilis&#233;e, on doit faire un peu mieux. La Constitution essayait de le poser clairement. On ne va pas &#234;tre cruel avec quelqu'unE parce qu'il/elle a commis un crime.&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
***&lt;br&gt; &#171; Une caution excessive n'est pas n&#233;cessaire, ni une amende excessive, &lt;br class='autobr' /&gt;
ni une punition cruelle et inhabituelle. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
(8&#232;me amendement de la Constitution des USA)&lt;br&gt; *** &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ASHLEY&lt;/strong&gt; (prisonni&#232;re trans) &lt;br&gt;
Je me consid&#232;re comme une femme dans une prison pour hommes. Je me r&#233;veille souvent et je regarde autour de moi et je vois tous ces hommes et je me demande ce que je fais l&#224;. Je ne suis pas cens&#233;e &#234;tre l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LINDA THOMPSON&lt;/strong&gt; (ancienne prisonni&#232;re trans) &lt;br&gt;
Trois jours apr&#232;s &#234;tre entr&#233;e en prison, le directeur est venu dans ma cellule et m'a dit &#034;Tu as un p&#233;nis ou un vagin ?&#034; J'ai dit &#034;un p&#233;nis&#034;. Il m'a dit &#034;voyons voir&#034;, alors j'ai d&#251; lui montrer. Et puis il a dit &#034;On ne va pas te soigner, ici. On ne reconna&#238;t pas le transsexualisme comme une maladie &#224; prendre en compte. Il est plus que probable que tu finisses par te tuer.&#034; Il a eu un sourire narquois, il est sorti et voil&#224;. Et je me suis dit : &#034;Super, je suis dans la merde. J'y suis vraiment jusqu'au cou.&#034;&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
OPHELIA DE'LONTA&lt;/strong&gt; (prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; J'ai su que j'&#233;tais diff&#233;rente &#224; l'&#226;ge de... 7 ans. J'&#233;tais n&#233;e petite fille, mais... dans un corps de gar&#231;on. Quand j'ai su m'habiller et &#234;tre moi-m&#234;me, c'&#233;tait merveilleux d'&#234;tre la petite fille que j'&#233;tais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ASHLEY&lt;/strong&gt; (prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; J'aimais faire ce que les petites filles font, comme jouer &#224; la poup&#233;e, etc. Je ne me suis jamais sentie gar&#231;on. Jamais. Je m'identifiais en tant que fille. Jusqu'&#224; un certain &#226;ge, je pensais vraiment &#234;tre une petite fille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ANNA CONNELLY&lt;/strong&gt; (ancienne prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; Je crois que j'avais 5 ans quand on nous a attrap&#233;es avec Dolores, dehors, &#224; &#233;changer nos v&#234;tements. Ils n'ont pas compris qu'on les avait &#233;chang&#233;s, ils ont cru qu'on se d&#233;shabillait. C'&#233;tait &#034;waow, regarde, il n'a que 5 ans et il d&#233;shabille d&#233;j&#224; les filles.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GEORGE BROWN&lt;/strong&gt; (psychiatre)&lt;br&gt; Le genre est primordial, il s'agit d'&#234;tre dans un camp ou dans un autre. Et les transsexuelLEs sont dans cette zone floue qui n'existe pas dans notre culture. Le trouble du genre est consid&#233;r&#233; comme psychiatrique. Est-ce que &#231;a signifie que ces genTEs sont fouLLEs ? Absolument pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;DEAN SPADE&lt;/strong&gt; (avocat)&lt;br&gt; Le &#034;trouble de l'identit&#233; de genre&#034; est le nom d'un diagnostic, qui est dans la liste des troubles psychiatriques.&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;i&gt;***&lt;br&gt; &#034;Trouble de l'identit&#233; de genre : &lt;br class='autobr' /&gt;
Identification au sexe oppos&#233; et ressenti d'une d&#233;tresse &lt;br class='autobr' /&gt;
consid&#233;rable &#224; cause de son sexe v&#233;ritable.&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
(Manuel de Diagnostique et Statistique IV)&lt;br&gt; *** &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;DEAN SPADE&lt;/strong&gt; (avocat)&lt;br&gt; C'est controvers&#233;. Beaucoup pensent que &#231;a ne devrait pas &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un trouble psychiatrique, qu'&#234;tre transgenre, c'est quelque chose de sain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GEORGE BROWN&lt;/strong&gt; (psychiatre)&lt;br&gt; S'illes n'ont pas de probl&#232;me au travail, dans leur vie priv&#233;e et qu'illes sont heureux, et ont de bonnes relations, illes n'ont pas de trouble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;YOLANDA VALENTIN&lt;/strong&gt; (prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; Je fr&#233;quentais un transgenre FtoM, &#224; l'&#233;poque, et on s'est bagarr&#233;Es et on m'a attrap&#233;e &#224; le frapper. Il m'a dit &#034;Tu n'es qu'une autre de ces dragqueens et tu vas mourir.&#034; Ca m'a frustr&#233;e et j'ai commenc&#233; &#224; le frapper. Et je me suis faite arr&#234;ter et emprisonner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;DANA TURNER&lt;/strong&gt; (avocate de Yolanda Valentin)&lt;br&gt; Nous sommes &#224; Elizabeth, New Jersey. Nous allons au tribunal. Nous allons &#224; l'audience pr&#233;liminaire d'une femme transgenre qui est en prison depuis 15 mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;YOLANDA VALENTIN&lt;/strong&gt; (prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; J'ai &#233;t&#233; emmen&#233;e en prison, dans une prison pour femmes car ils ignoraient que j'&#233;tais transgenre jusqu'&#224; ce que je le leur dise. Et ils ont d&#251; me retirer de la cage avec les femmes pour me mettre toute seule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;DANA TURNER&lt;/strong&gt; (avocate de Yolanda Valentin)&lt;br&gt; Durant les 14 jours, elle a eu une altercation... Le garde l'a jet&#233;e &#224; terre, lui a disloqu&#233; l'&#233;paule. Ils l'ont emmen&#233;e &#224; l'h&#244;pital pour des radios et elle a essay&#233; de fuir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;YOLANDA VALENTIN&lt;/strong&gt; (prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; Cette nuit-l&#224;, j'avais pris de l'ecstasy et fum&#233;. J'&#233;tais en train d'&#233;liminer la drogue et ils m'ont emmen&#233;e &#224; l'h&#244;pital, woaw, c'est fou, ils m'ont enfil&#233; une blouse d'h&#244;pital. Donc j'&#233;tais nue sous cette blouse et l'officier est parti de l'autre cot&#233; de la pi&#232;ce, m'a laiss&#233;e pr&#232;s de la porte, je me suis sentie libre et j'ai couru.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;DANA TURNER&lt;/strong&gt; (avocate de Yolanda Valentin)&lt;br&gt; Elle a couru dehors, elle a saut&#233; d'une plateforme de chargement, et &#224; ce moment-l&#224;, l'officier qui la poursuivait a saut&#233; et s'est bris&#233; la jambe. Elle est accus&#233;e de tentative d'&#233;vasion. &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
YOLANDA VALENTIN &lt;/strong&gt; (prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; On veut juste s'&#233;chapper de tout, ne pas affronter ses probl&#232;mes, je n'ai pas r&#233;fl&#233;chi et j'ai couru.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;DANA TURNER&lt;/strong&gt; (avocate de Yolanda Valentin)&lt;br&gt; Yolanda est une MtF de 21 ans. Elle prend des hormones depuis qu'elle a 12 ou 13 ans, elle a arr&#234;t&#233; l'&#233;cole quand elle &#233;tait en sixi&#232;me, elle ne conna&#238;t pas son p&#232;re, sa m&#232;re est une drogu&#233;e en traitement... C'est une personne plut&#244;t remarquable, si on consid&#232;re la vie difficile qu'elle a eue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;YOLANDA VALENTIN&lt;/strong&gt; (prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; J'ai &#233;t&#233; prostitu&#233;e de l'&#226;ge de 10 ans &#224; 19 ans. J'avais besoin de nourriture, d'un abri, de v&#234;tements, et j'ai d&#251; le faire. Je ne connaissais pas d'autre moyen de travailler. J'ai tent&#233; d'aller &#224; l'&#233;cole, j'ai essay&#233; tous les autres moyens avant, mais c'est juste devenu un mode de vie pour moi.&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
*** &lt;br&gt;
Yolanda attend une sentence pour tentative d'&#233;vasion et blessure sur un officier de police. &lt;br class='autobr' /&gt;
On estime que 30% des personnes transgenres aux Etats-Unis ont connu la prison. &lt;br class='autobr' /&gt;
3 fois la moyenne nationale. &lt;br&gt;
*** &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;DEAN SPADE&lt;/strong&gt; (avocat)&lt;br&gt; Le nombre de transgenres incarc&#233;r&#233;Es est disproportionn&#233;. Ce que je veux dire, c'est que le taux d'incarc&#233;ration des transgenres est disproportionn&#233; par rapport &#224; leur nombre et au reste de la population. Et la question est : pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GEORGE BROWN&lt;/strong&gt; (psychiatre)&lt;br&gt; C'est souvent difficile d'acc&#233;der et de rester &#224; l'&#233;cole, difficile de gagner sa vie car c'est encore l&#233;gal de discriminer les transgenres, plus ou moins partout aux Etats-Unis, sauf quelques exceptions. Donc tu peux perdre un boulot, un logement. Ce n'est pas surprenant que beaucoup de ces personnes se retrouvent marginalis&#233;es, incapable de travailler, et se tournent vers des activit&#233;s &#224; dimension criminelle.&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;strong&gt;OPHELIA DE'LONTA&lt;/strong&gt; (prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; J'avais 17 ans quand j'ai vol&#233; une banque. Ce n'&#233;tait pas pr&#233;m&#233;dit&#233;, c'&#233;tait plus spontan&#233; qu'autre chose. Mon id&#233;e &#233;tait de prendre l'argent et d'aller &#224; San Francisco. Et de faire un traitement. Je savais qu'il n'y aurait pas de bless&#233;E car le fusil n'&#233;tait pas charg&#233;. J'ai &#233;t&#233; condamn&#233;e pour cambriolage de banque. Ma condamnation a &#233;t&#233; de 67 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ASHLEY&lt;/strong&gt; (prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; Je suis une gentille fille qui a mal tourn&#233;. Je r&#233;ussissais au lyc&#233;e, je suis all&#233;e en fac, je crois en l'&#233;ducation. J'ai arr&#234;t&#233; l'&#233;cole, et je me suis retrouv&#233;e &#224; faire de l'argent facile. L'un de mes premiers crimes, &#231;a a &#233;t&#233; d'aller dans une banque et d'ouvrir un compte sous un faux nom. J'&#233;tais un peu nerveuse quand je l'ai fait, mais j'avais les papiers de cette personne et je me suis faite passer pour cette personne, j'ai ouvert un compte et ils m'ont envoy&#233; un ch&#233;quier. Et j'ai fait des ch&#232;ques. Je n'aimais pas trop ce que je faisais, mais une fois que tu commences, d'une certaine fa&#231;on, tu deviens accro &#224; l'argent facile. J'ai &#233;t&#233; inculp&#233;e pour contrefa&#231;on et fraude de CB et j'ai &#233;t&#233; condamn&#233;e &#224; 25 ans de prison. Je vais devoir en faire 4 ans et demi. &lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
BRUCE BISTLINE &lt;/strong&gt; (avocat de Linda Thompson)&lt;br&gt; Nous n'avons pas A / une population totalement masculine et B/ une population totalement f&#233;minine et... autres. Donc ils doivent mettre ceTTE prisonnierE quelque part et la question est : o&#249; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GEORGE BROWN&lt;/strong&gt; (psychiatre)&lt;br&gt; Aux USA, au niveau des Etats et au niveau f&#233;d&#233;ral, les prisonnierEs sont plac&#233;Es suivant leur sexe, pas suivant leur identit&#233; de genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;***&lt;br&gt; Dans tout le pays, les femmes transgenres avec des &lt;br class='autobr' /&gt;
organes g&#233;nitaux m&#226;les sont plac&#233;es dans des prisons pour hommes.&lt;br&gt; ***&lt;br&gt;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
ASHLEY&lt;/strong&gt; (prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; Il y avait une rumeur comme quoi j'avais un vagin, parce qu'on savait que j'avais des seins. Ca ne faisait m&#234;me pas un mois que j'&#233;tais incarc&#233;r&#233;e. Et le directeur m'a convoqu&#233;e. Ils m'ont ordonn&#233; de me d&#233;shabiller, de retirer mes v&#234;tements. Je l'ai fait et j'ai demand&#233; pourquoi. Il m'a expliqu&#233; qu'il avait entendu la rumeur comme quoi je serais une femme et qu'il voulait se couvrir pour &#234;tre s&#251;r qu'il n'avait pas de femme dans sa prison. Mais durant la proc&#233;dure d'entr&#233;e, on doit se d&#233;shabiller, se montrer de face et de dos. Vous savez... alors... il est impossible qu'on ignore ce qu'on a entre les jambes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ANNA CONNELLY&lt;/strong&gt; (ancienne prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; Je travaillais &#224; l'ext&#233;rieur de la cl&#244;ture, en s&#233;curit&#233; minimale. En sortant un matin, le sergent m'avait d&#233;j&#224; fouill&#233;e et il a d&#233;cid&#233; qu'il allait le refaire, devant tout le monde. Il est pass&#233; derri&#232;re moi, m'a touch&#233; les seins, m'a pinc&#233; les t&#233;tons avec ses doigts, les a fait rouler et m'a touch&#233; les fesses, les a serr&#233;, les a claqu&#233; et s'est juste comport&#233; en pervers. Et il n'y a rien &#224; faire d'autre que de subir. J'ai port&#233; plainte et ils sont venus sur mon lieu de travail me dire que je ne quitterais jamais la prison vivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ASHLEY&lt;/strong&gt; (prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; J'&#233;tais dans la pi&#232;ce o&#249; on va chercher les uniformes. Il y a une fen&#234;tre qui donne sur le couloir. Il y avait tant de prisonniers &#224; cette fen&#234;tre que je ne pouvais m&#234;me plus voir le couloir. Toute la fen&#234;tre &#233;tait couverte. Ils tapaient, me montraient du doigt. &#034;S'ils tapent &#224; la fen&#234;tre comme &#231;a, en sortant vont-ils m'attaquer ? Me tirer dessus et dire : elle est &#224; moi, &#224; moi !&#034; ? J'avais peur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;OPHELIA DE'LONTA&lt;/strong&gt; (prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; Une fois que les gens savaient qu'une femme &#233;tait dans la prison, ils venaient tous voir. J'ai &#233;t&#233; poignard&#233;e deux fois par des gens parce que je n'ai pas voulu avoir de relations avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;YOLANDA VALENTIN &lt;/strong&gt; (prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; Les types ici pensent que je devrais les satisfaire sexuellement. Et on se sent tellement faible qu'on n'a rien &#224; redire l&#224;-dessus. Et tu ne veux pas que &#231;a se sache parce que sinon tu fais tes 25 ans au mitard, alors c'est tr&#232;s dur.&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
LINDA THOMPSON&lt;/strong&gt; (ancienne prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; &#034;Elle ressemble &#224; une fille, marche comme une fille, on se fiche de ce qu'elle a en bas. Elle a toujours un anus et elle a une bouche. Si elle ne veut pas le donner, on va le prendre. Une personne comme &#231;a ne peut rien faire.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;YOLANDA VALENTIN&lt;/strong&gt; (prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; Les gardiens ici se foutent vraiment de tout. Ils sont tr&#232;s &#034;laissez faire&#034;. Bon, s'ils voient quelque chose, ils font un rapport. S'ils ne le voient pas, ils s'en lavent les mains. Ca se passe comme &#231;a ici.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;***&lt;br&gt; Une personne sur 10 est viol&#233;e dans les prisons d'hommes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'y a pas de statistiques sur les viols subis par les prisonni&#232;res transgenres.&lt;br&gt; ***&lt;br&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;YOLANDA VALENTIN&lt;/strong&gt; (prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; Tout &#231;a n'a pas &#233;t&#233; communiqu&#233; aux psychiatres ici, personne n'en sait rien. Un jour, j'&#233;tais dans ma cellule et un des prisonniers est entr&#233;, il a ouvert la porte et il est entr&#233; et il a fait des choses, il m'a p&#233;n&#233;tr&#233;e. Sans mon consentement. Je me d&#233;battais, je lui disais : &#034;Je ne veux pas faire &#231;a !&#034; C'&#233;tait d&#233;go&#251;tant, c'&#233;tait d&#233;gradant. Ils utilisent des gants en caoutchouc et tout &#231;a, ici, pour se prot&#233;ger, donc &#231;a aurait pu &#234;tre pire, mais le viol lui-m&#234;me...sans consentement...lui qui fait ce qu'il veux...et tu n'a rien &#224; dire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PATTY LOU HAGAN&lt;/strong&gt; (ancienne prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; Les choses qui arrivent aux genTEs en prison ne sont pas les plus jolies du monde. Dans la soci&#233;t&#233;, ils ne veulent pas le savoir. Tu n'es qu'un morceau de chair, un corps, un nombre... C'est vraiment tout. J'ai &#233;t&#233; condamn&#233;e &#224; 5 ans de prison pour une bagarre dans un bar. Ils m'ont mise &#224; l'isolement. Anna &#233;tait &#224; l'isolement quand je l'ai rencontr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ANNA CONNELLY&lt;/strong&gt; (ancienne prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; J'avais donn&#233; &#224; un jeune homme une chambre chez moi. 2 jours plus tard, il est entr&#233; chez moi avec une arme. Il m'a mise en joue et m'a dit que si je ne l'emmenais pas au magasin qu'il allait voler, il allait m'abattre. Et je l'ai conduit au magasin et il a march&#233; derri&#232;re moi avec le revolver jusqu'au magasin. Il s'est retourn&#233; vers moi apr&#232;s avoir pris l'argent, il a point&#233; son arme sur moi et m'a dit : &#034;D&#233;gage&#034;. La police est arriv&#233;e et m'a arr&#234;t&#233;e pour vol &#224; main arm&#233;e. J'avais un ami avocat &#224; Brookfield, en Floride, et quand il a appris l'accusation, il m'a dit : &#034;Anna, plaide coupable, car si tu ne le fais pas, tu vas en prendre pour 20 ans, tu ne gagneras pas.&#034; Alors... j'ai d&#251; plaider coupable. Et je suis partie en prison pour 4 ans et 2 mois. J'avais 43 ans quand c'est arriv&#233;, je n'avais jamais &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;e avant, je n'avais aucune infraction sur mon casier judiciaire. 5 ans avant d'&#234;tre arr&#234;t&#233;e, ma vie &#233;tait tr&#232;s remplie. Mon enfant vivait avec moi et je dirigeais mon entreprise. Mon fils a toujours &#233;t&#233; avec moi. Il est ma fiert&#233; et ma joie. Avant que je commence la transition physique, au lieu de le mettre devant le fait accompli, ce que je faisais, c'est que lorsqu'on jouait aux jeux vid&#233;os, je prenais toujours les personnages f&#233;minins. En faisant &#231;a, il a fini par comprendre que je voulais &#234;tre une fille. Alors quand je le lui ai enfin dit, &#231;a n'a pas &#233;t&#233; une grosse surprise. Il m'a regard&#233; et il a dit : &#034;Je savais que tu voulais &#234;tre une fille, mais je ne savais pas que tu allais le faire.&#034; Je suis sortie de prison le 16 f&#233;vrier. Et aujourd'hui, c'est le 15 avril. Quand je suis sortie, je n'avais pas d'endroit o&#249; aller. Alors, Patty m'a invit&#233;e chez elle. &lt;br class='autobr' /&gt;
Toute ma vie, je me suis sentie f&#233;minine. Je n'ai jamais ressenti que j'appartenais au genre masculin. Je me suis toujours sentie femme, &#224; l'int&#233;rieur. Mon d&#233;sir de terminer ma transition est si fort que j'en viens &#224; penser &#224; peut-&#234;tre m'op&#233;rer moi-m&#234;me. J'ai toujours senti que &#231;a ne m'appartenait pas et j'en suis presque &#224; penser que de m'en d&#233;barrasser serait bien, quoi qu'il puisse en co&#251;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LINDA THOMPSON&lt;/strong&gt; (ancienne prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; J'ai &#233;t&#233; adopt&#233;e, en Suisse, par des missionnaires presbyt&#233;riens. Je crois que j'avais 3 ans. Je me souviens que quand je m'endormais la nuit, que je m'endormais et disais mes pri&#232;res, je disais : &#034;Dieu, quand je me r&#233;veillerai, faites que ce truc en bas ait disparu. Que je ressemble &#224; Suzie, la voisine.&#034; Donc d&#233;j&#224;, &#224; ce moment, je savais que j'&#233;tais diff&#233;rente. J'ai travaill&#233; sur des plateformes p&#233;troli&#232;res de 1977 &#224; 1983. J'&#233;tais toujours dans le placard. Je pouvais &#234;tre embauch&#233;e. J'avais l'exp&#233;rience des champs p&#233;trolif&#232;res. J'avais du travail sans probl&#232;me. J'ai fait mon coming-out officiel en 1991. Pendant une br&#232;ve p&#233;riode, j'ai eu deux identit&#233;s. J'allais au travail avec mon vieux nom masculin et le reste du temps, je vivais sous ma vraie identit&#233;. Ca a march&#233; un moment, mais je ne pouvais pas me supporter comme &#231;a. Je voulais vivre en tant que Linda et merde &#224; ceux qui d&#233;sapprouvaient. Chaque fois que j'essayais de trouver un travail que je savais faire, je devais montrer des papiers et on me disait : &#034;Linda Patricia Thompson ? Mais t'es un mec ! On ne veut pas de &#231;a ici.&#034; Je disais : &#034;J'ai de l'exp&#233;rience pour ce travail.&#034; On me disait : &#034;Impossible&#034;.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;***&lt;br&gt; Le Wyoming, comme la plupart des &#233;tats, n'a pas de protection l&#233;gale &lt;br class='autobr' /&gt;
contre la discrimination de l'identit&#233; de genre.&lt;br&gt; ***&lt;br&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LINDA THOMPSON&lt;/strong&gt; (ancienne prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; On m'a appris &#224; voyager sur les trains de marchandises. Alors je faisais &#231;a. &#192; cette &#233;poque, j'abusais de la bouteille. Je pouvais boire quand je voulais, faire n'importe quoi, il n'y avait aucune responsabilit&#233;. Je portais une robe sur les rails. Je ne portais pas de hauts talons, &#224; cause des rails et du gravier, mais je portais des robes, du maquillage, des faux seins bonnet FF... J'ai eu du bon temps. J'ai commenc&#233; &#224; voler. C'est comme &#231;a que je faisais mes courses, que j'achetais mes collants, etc. J'ai &#233;t&#233; emprisonn&#233;e pour vol d'aluminium, que je revendais parce que personne ne m'embauchait &#224; cause de mon nom. Je suis cens&#233;e faire quoi pour survivre ? Je ne peux pas travailler. Je n'ai pas droit aux h&#233;bergements ni aux secours missionnaires, alors ? OK, ce n'est pas bien. Je n'aurais pas d&#251; le faire mais bon... Je ne vais pas mentir sur qui je suis et ce que je suis.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;*** &lt;br&gt;
Linda a pass&#233; 7 ans dans un &#233;tablissement correctionnel en Idaho.&lt;br&gt; ***&lt;br&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CHRISTOPHER PATELLA&lt;/strong&gt; (avocat de Yolanda Valentin) &lt;br&gt;
Je me suis occup&#233; de Yolanda en octobre ou novembre 2003, environ un an et demi apr&#232;s qu'elle ait &#233;t&#233; en prison. J'ai &#233;t&#233; demand&#233; par le Projet Sylvia, pour la repr&#233;senter. Elle avait &#233;t&#233; renvoy&#233;e d'un avocat &#224; un autre et rien n'avan&#231;ait. Elle &#233;tait en prison depuis 16 ou 17 mois, sans que rien ne se passe au tribunal, &#231;a trainait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;SHERIFF RALPH FROELICK&lt;/strong&gt;&lt;br&gt; Je comprends les probl&#232;mes de Daniel Valentin et ses &#233;preuves mais il y a plein de genTEs qui ont des &#233;preuves dans notre soci&#233;t&#233;. Ces &#233;preuves ne lui donnent pas droit &#224; un traitement de faveur ou un passe-droit quand il s'agit de commettre un crime ou de fuir un officier.&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
CHRISTOPHER PATELLA&lt;/strong&gt; (avocat de Yolanda Valentin)&lt;br&gt; Son nom l&#233;gal est Daniel et son identit&#233; l&#233;gale de genre est : masculin. Et pourtant, tout chez Yolanda est f&#233;minin. Alors la question est : &#034;Que fait la prison ?&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;SHERIFF RALPH FROELICK&lt;/strong&gt;&lt;br&gt; Il y a de plus en plus de genTEs avec ce probl&#232;me, aujourd'hui, ou on le voit davantage. On doit faire des ajustements dans les &#233;tablissements p&#233;nitenciers pour touTEs les genTEs avec ce probl&#232;me. C'est indiscutable. Illes ne devraient pas &#234;tre avec les autres.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;***&lt;br&gt; Beaucoup de prisons placent les transgenres en &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;tention pr&#233;ventive pour &#233;viter la violence et les viols. &lt;br class='autobr' /&gt;
En d&#233;tention pr&#233;ventive, vous &#234;tes seulE dans une pi&#232;ce 23h par jour. &lt;br class='autobr' /&gt;
On l'appelle aussi &#034;isolement&#034;. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est une punition en plus de la punition. Parce que vous &#234;tes transsexuelLE.&lt;br&gt; ***&lt;br&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;YOLANDA VALENTIN&lt;/strong&gt; (prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; Oh, je suis all&#233;e en prison... J'ai pass&#233; environ un an en isolement 24h sur 24. C'est juste une pi&#232;ce, rien qu'une pi&#232;ce. Tu n'as rien d'autre que ton lit, ta fen&#234;tre, que tu ne peux pas ouvrir pour a&#233;rer, tu te sens comme un animal. La pi&#232;ce a une sorte de grande fen&#234;tre d'o&#249; on peut te voir. C'&#233;tait amusant pour eux, de voir cette personne, dans cette pi&#232;ce, devenir cingl&#233;e. Tout le monde rigolait, rigolait : &#034;Regarde le p&#233;d&#233; ! Regarde l'homo !&#034;&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;i&gt;***&lt;br&gt; Plusieurs proc&#232;s ont contest&#233; la pratique de l'isolement &#224; long terme. &lt;br class='autobr' /&gt;
En 1988, un tribunal f&#233;d&#233;ral a statu&#233; : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Isoler une personne ann&#233;e apr&#232;s ann&#233;e ou m&#234;me mois apr&#232;s mois &lt;br class='autobr' /&gt;
peut causer des d&#233;g&#226;ts psychologiques importants.&lt;br&gt; ***&lt;br&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;OPHELIA DE'LONTA&lt;/strong&gt; (prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; Le d&#233;partement correctionnel voulait me garder &#224; l'isolement. Soit disant pour ma s&#233;curit&#233;. Certains disaient : &#034;Je veux &#234;tre avec elle&#034;. Tout le monde disait : &#034;Je veux &#234;tre avec elle.&#034; Et quand l'administration l'a su, ils sont venus me prendre. Ils ont pens&#233; que s'ils m'isolaient des autres, les choses redeviendraient normales. C'est l&#224; que les coupures ont commenc&#233; sur mes bras. L'isolement peut &#234;tre vraiment dur. Surtout quand vous y &#234;tes pour quelque chose que vous n'avez pas fait.&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;i&gt;***&lt;br&gt; Anna a pass&#233; plus d'un an &#224; l'isolement dans une prison en Floride.&lt;br&gt; ***&lt;br&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ANNA CONNELLY&lt;/strong&gt; (ancienne prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; La premi&#232;re fois que j'ai &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;e ils m'ont retir&#233; ma cure d'hormones f&#233;minines. J'&#233;tais en descente sans soins m&#233;dicaux ou psychologiques et ils m'ont mise &#224; l'isolement pour vivre l'&#233;tat de manque des hormones toute seule.&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;i&gt;***&lt;br&gt; Certaines prisons fournissent des hormones aux personnes qui ont &lt;br class='autobr' /&gt;
une ordonnance ant&#233;rieure &#224; leur incarc&#233;ration. La plupart ne le font pas.&lt;br&gt; ***&lt;br&gt; &lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
DAINNA CICOTELLO&lt;/strong&gt; (&#233;ducatrice)&lt;br&gt; Ce que les hormones font pour les transgenres est pareil que pour nous touTEs. Ce sont les d&#233;clencheurs et catalyseurs qui font fonctionner toutes les cellules du corps. Une description des hormones pourrait &#234;tre une cl&#233; dans une serrure. Vous mettez la cl&#233;, vous tournez la serrure, vous ouvrez la porte et ce qui arrive quand la porte s'ouvre peut arriver. Ce que fera l'augmentation de l'oestrog&#232;ne &#224; quelqu'unE n&#233;E m&#226;le, c'est que l'oestrog&#232;ne va affecter les cellules du corps, la poitrine va pousser, la graisse du corps va &#234;tre redistribu&#233;e, la redistribution de la graisse va changer le visage et f&#233;miniser son apparence. Les hanches se dessineront parfois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ASHLEY&lt;/strong&gt; (prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; C'est comme si le corps modelait l'esprit. Pour l'apparence, en tout cas. C'est comme devenir le nouveau toi. C'est comme devenir ce que tu as toujours voulu &#234;tre. Comme s'&#233;chapper d'un corps que tu hais tant, avec lequel tu es n&#233;e, mais que tu rejettes. Mais quand ils vous retirent votre traitement hormonal, c'est... Ils ne comprennent pas quel changement c'est pour nous. C'est comme &#234;tre forc&#233;e d'&#234;tre quelqu'un que vous d&#233;testez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;DEAN SPADE&lt;/strong&gt; (avocat)&lt;br&gt; Les soins m&#233;dicaux pour transgenres, qui est un domaine particulier, est tr&#232;s m&#233;connu en prison. Bien qu'il s'agisse de traitements m&#233;dicaux &#233;tablis pratiqu&#233;s depuis des ann&#233;es, on se heurte &#224; un refus cat&#233;gorique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;DAINNA CICOTELLO&lt;/strong&gt; (&#233;ducatrice)&lt;br&gt; Quelqu'une qui est une transgenre MtF, surtout qui a d&#233;j&#224; pris des hormones, si vous les lui retirez brusquement, ce que vous lui faites est similaire &#224; ce qui arrive &#224; une femme cisgenre apr&#232;s hyst&#233;rectomie. Vous &#244;tez quelque chose dont le corps d&#233;pend. Vous &#244;tez une hormone dont le corps a besoin pour fonctionner correctement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ASHLEY&lt;/strong&gt; (prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; Sans les hormones, le corps fait marche arri&#232;re et les caract&#233;ristiques m&#226;les commencent &#224; reprendre le dessus. Et &#231;a peut causer de nombreux traumatismes psychologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ANNA CONNELLY&lt;/strong&gt; (ancienne prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; Quand ils m'ont &#244;t&#233; l'oestrog&#232;ne, c'&#233;tait comme si j'allais m'arracher la peau du cr&#226;ne et sortir de moi-m&#234;me. Je ne pouvais pas le surmonter. C'est une sensation tr&#232;s difficile &#224; d&#233;crire. C'&#233;tait comme une bouff&#233;e de chaleur en permanence et des maux de t&#234;te et des naus&#233;es et une tr&#232;s tr&#232;s s&#233;v&#232;re d&#233;pression. Et j'avais des douleurs aux seins. Je ne pouvais pas le supporter. C'&#233;tait comme si tout allait mal. Tout en moi allait mal. Au bout d'un moment je n'ai plus pu supporter ce qui m'arrivait et je voulais juste que &#231;a s'arr&#234;te. Et j'ai... pris le drap et je l'ai attach&#233; &#224; mon lit. Et je...me suis courb&#233;e et j'ai fait de l'hyperventilation. Je me suis relev&#233;e rapidement et j'ai nou&#233; le drap autour de mon cou et je me suis pendue avec. Ils m'ont trouv&#233;e. et... ils m'ont laiss&#233;e sur le sol de la cellule pendant...sept heures. Je me suis r&#233;veill&#233;e &#224; l'h&#244;pital 3 jours plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;OPHELIA DE'LONTA&lt;/strong&gt; (prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; Ma plainte contre le d&#233;partement correctionnel de Virginie comprend le manque de soins &#224; mon &#233;gard et leur interf&#233;rence dans un traitement que je prenais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;VICTOR GLASBERG&lt;/strong&gt; (avocat de Oph&#233;lia De'Lonta)&lt;br&gt; Ophelia &#233;tait, de fa&#231;on intermittente, sous traitement hormonal jusqu'en 1995. Et en 1995, l'ex-directeur du d&#233;partement correctionnel de Virginie, le Dr Smith, a &#233;mis un m&#233;mo dans lequel il disait : &#034;On ne fait pas d'exception. Les personnes avec un T.I.G. ne seront pas soign&#233;es. Pas de traitement pour les troubles de l'identit&#233; de genre.&#034; C'est fou. [...] &lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
PETER VIETH&lt;/strong&gt; (avocat de l'Administration P&#233;nitentiaire) &lt;br class='autobr' /&gt;
Michael Stokes, sous le nom d'Ophelia, a intent&#233; un proc&#232;s, toute seule, sans avocat. Et le bureau du procureur de la Virginie a demand&#233; que notre cabinet repr&#233;sente les accus&#233;s m&#233;dicaux. Nous avons demand&#233; un non-lieu faute de preuves. Le juge, d'une certaine mani&#232;re, &#233;tait d'accord avec le fait que ce n'&#233;tait pas un droit constitutionnel d'avoir ce traitement et il a rendu un non-lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;OPHELIA DE'LONTA&lt;/strong&gt; (prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; Ce verdict m'a pouss&#233;e &#224; faire quelque chose par moi-m&#234;me. Je pensais que, peut-&#234;tre, si...je commen&#231;ais, ils devraient terminer. Je voulais m'&#244;ter les testicules pour stopper les hormones. La testost&#233;rone... De toute fa&#231;on je me disais que je n'aurais m&#234;me pas d&#251; en avoir... Alors &#231;a m'a fait envisager toutes les opportunit&#233;s pour les couper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;REBECCA GLENBERG&lt;/strong&gt; (American Civil Liberties Union - Virginia)&lt;br&gt; Quand on a commenc&#233; &#224; prendre cette affaire en main, en 2000, j'ai regard&#233; les dossiers m&#233;dicaux d'Ophelia et j'ai relev&#233; chaque incident o&#249; elle s'&#233;tait automutil&#233;e aux parties g&#233;nitales. Le 22 f&#233;vrier 1996 : automutilation du scrotum &#224; la lame de rasoir. 21 mai 1996 : 5 lac&#233;rations du scrotum, de 1 &#224; 2 centim&#232;tres et demi. 21 mai 1996, plus tard, le m&#234;me jour : automutilation du scrotum, encore. Les lac&#233;rations mesurant environ 2cm. La liste de ces incidents ne fait que continuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PETER VIETH&lt;/strong&gt; (avocat de l'Administration P&#233;nitentiaire)&lt;br&gt; Ce sont d'autres probl&#232;mes de comportement chez ce prisonnier. Ca sugg&#232;re fortement que les automutilations pourraient ne pas &#234;tre li&#233;es &#224; un trouble de l'identit&#233; de genre, mais simplement &#224; un comportement manipulateur. &#034;Voil&#224; comment je vais obtenir ce que je veux.&#034; Voil&#224; quelqu'un qui &#233;tait un prisonnier difficile &#224; beaucoup d'&#233;gards...en dehors de son probl&#232;me de genre. Ce n'est pas une conclusion &#233;vidente qu'un traitement du trouble de l'identit&#233; de genre aurait mis fin &#224; l'automutilation des parties g&#233;nitales ou que ces mutilations venaient d'un manque de ce traitement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;VICTOR GLASBERG&lt;/strong&gt; (avocat de Oph&#233;lia De'Lonta)&lt;br&gt; Mon point de vue personnel sur cette affaire, c'est que &#231;a ne fait aucune diff&#233;rence. Si l'Etat g&#232;re un h&#244;pital psychiatrique pour des prisonnierEs totalement fouLLEs furieuxSES, els ne doivent pas s'automutiler. Il est inadmissible qu'els se pendent ou qu'els torturent les autres prisonnierEs. C'est tout. La Constitution existe toujours. Et le 8e amendement stipule toujours qu'il ne peut y avoir de punition cruelle et inhabituelle. &lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
OPHELIA DE'LONTA&lt;/strong&gt; (prisonni&#232;re trans) &lt;br&gt; Ce qu'unE transsexuelLE vit...c'est d'abord un sentiment...de son identit&#233;. Et la chose la plus importante c'est que notre corps corresponde &#224; ce qu'on ressent. Rien d'autre ne compte, que notre identit&#233;. Et si je ne peux pas &#234;tre qui je suis, je pr&#233;f&#232;re &#234;tre morte plut&#244;t que d'&#234;tre emprisonn&#233;e dans un corps qui n'est pas le mien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GEORGE BROWN&lt;/strong&gt; (psychiatre)&lt;br&gt; J'&#233;tais en charge d'une affaire, en Idaho. La d&#233;tenue a essay&#233; plusieurs fois, par voie officielle, d'avoir un traitement pour trouble d'identit&#233; de genre, qui &#233;tait constamment refus&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LINDA THOMPSON&lt;/strong&gt; (ancienne prisonni&#232;re trans) &lt;br&gt;
Je connaissais des crises de d&#233;pression. Des hauts, des bas... Quand j'&#233;tais d&#233;prim&#233;e, je pensais au suicide. &lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
LEA COOPER&lt;/strong&gt; (avocate de Linda Thompson)&lt;br&gt; Elle a commenc&#233; &#224; demander un traitement hormonal. Et on le lui a refus&#233;, de mani&#232;re r&#233;p&#233;t&#233;e : &#034;Il ne s'agit pas d'un besoin m&#233;dical. Les hormones sont facultatives.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;BRUCE BISTLINE &lt;/strong&gt; (avocat de Linda Thompson)&lt;br&gt; Linda est tr&#232;s intelligente. Elle comprenait comment &#231;a devait se passer, qu'il fallait leur faire admettre que c'&#233;tait une maladie. Qu'ensuite, on pouvait demander un traitement. Elle leur a &#233;crit pour leur demander s'ils reconnaissaient le transsexualisme comme maladie. On lui r&#233;pondit : &#034;On ne reconna&#238;t pas le transsexualisme en tant que maladie. Et si j'ai mon mot &#224; dire, ce ne sera jamais le cas.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LINDA THOMPSON&lt;/strong&gt; (ancienne prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; Ca fait 10 ans que je me travestis tous les jours. Je sors hors placard depuis 7 ans. Et ils m'ont retir&#233; tout &#231;a. C'&#233;tait vraiment d&#233;primant. Pour eux, c'est un choix de vie, rien qui doive &#234;tre trait&#233;. Je n'aime pas regarder cette chose, la sentir, la laver... J'en suis venue &#224; en &#234;tre d&#233;gout&#233;e. J'ai dit aux psychiatres en 1998 : &#034;Traitez-moi ou je vais me couper ce truc.&#034; Ils disaient &#034;Ce ne sont que des mots.&#034;, &#034;Personne ne peut se la couper.&#034;, &#034;C'est pour attirer l'attention...&#034; D'accord... Le 18 mars 2000, je me suis assise et me suis coup&#233; les couilles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GEORGE BROWN&lt;/strong&gt; (psychiatre) &lt;br&gt;
La d&#233;tenue a &#233;t&#233; &#233;vacu&#233;e vers un h&#244;pital, transfusion de sang, r&#233;animation... Ca a probablement co&#251;t&#233; 50 ou 60 000 dollars pour la soigner et la remettre en prison. Et toujours aucun projet de traitement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LINDA THOMPSON&lt;/strong&gt; (ancienne prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; Quand j'&#233;tais &#224; l'isolement, le directeur et son adjoint sont venus dans ma cellule et m'ont dit : &#034;Vous avez donn&#233; un vrai spectacle, ici.&#034; Voyez le genre... &#034;Ah ah ah ah.&#034; Avec 12 flics dans ma cellule, ils rigolaient tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LEA COOPER&lt;/strong&gt; (avocate de Linda Thompson)&lt;br&gt; Ils l'ont oblig&#233;e &#224; se montrer &#224; eux pour qu'ils puissent rire de ce qu'elle avait fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LINDA THOMPSON &lt;/strong&gt; (ancienne prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; Je leur ai dit... &#034;Vous avez 365 jours pour me soigner, si vous ne le faites pas, je me coupe le reste.&#034; Ils ont dit : &#034;On ne le fera pas&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;BRUCE BISTLINE&lt;/strong&gt; (avocat de Linda Thompson)&lt;br&gt; La mentalit&#233; de la prison est &#034;Cette femme veut nous manipuler, prendre l'avantage sur nous, ne la laissons pas nous contr&#244;ler.&#034; Peut-&#234;tre qu'on peut penser &#231;a avant la premi&#232;re automutilation, mais apr&#232;s, ne doit-on pas se dire : &#034;oula, peut-&#234;tre qu'en fait&#034;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LINDA THOMPSON&lt;/strong&gt; (ancienne prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; Je me suis assise avec la lame de rasoir, sans anesth&#233;siant, ni drogue, ni rien. Pour couper ce truc. J'ai pris la lame et commenc&#233; &#224; couper. J'ai sonn&#233; l'alarme, le garde m'a demand&#233; ce que je voulais. Je le secouais comme &#231;a. Il a ouvert, je l'ai jet&#233; dans les toilettes et j'ai tir&#233; la chasse. J'ai &#233;t&#233; 5 jours &#224; l'h&#244;pital et ils m'ont remise en prison. Mais ils m'ont encore refus&#233; les hormones. J'ai coup&#233; aussi pr&#232;s de la base que j'ai pu. Et...c'est ainsi que &#231;a s'est fini. C'est tout ce qui reste. Un cm de plus et j'utilisais un tube pour pisser le reste de ma vie. J'aurais d&#251; le faire 30 ans plus t&#244;t. Quand j'ai coup&#233; ce truc, c'&#233;tait comme si 100 000 tonnes de haine et d'animosit&#233; envers moi-m&#234;me s'enlevaient de mes &#233;paules, j'aurais pu voler, j'&#233;tais l&#233;g&#232;re, heureuse, pour la premi&#232;re fois, je m'aimais. Je me regardais dans le miroir en disant : &#034;Linda, je t'aime&#034;. C'&#233;tait un sentiment si merveilleux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LEA COOPER&lt;/strong&gt; (avocate de Linda Thompson)&lt;br&gt; Linda ne pouvait pas se blesser plus, je ne sais pas comment elle a trouv&#233; la force de porter plainte. Mais c'est arriv&#233; devant les tribunaux.&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;i&gt;***&lt;br&gt; Linda a gagn&#233; son proc&#232;s contre le d&#233;partement correctionnel de l'Idaho. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle a &#233;t&#233; conduite dans un &#233;tablissement m&#233;dical &lt;br class='autobr' /&gt;
o&#249; elle a re&#231;u une aide psychologique et des hormones.&lt;br&gt; ***&lt;br&gt; &lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;BRUCE BISTLINE&lt;/strong&gt; (avocat de Linda Thompson) &lt;br&gt;
Tout au long de la proc&#233;dure, elle a insist&#233; sur le fait qu'il s'agissait de politique. Elle voulait rendre &#231;a public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LINDA THOMPSON&lt;/strong&gt; (ancienne prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; Il y a une politique m&#233;dicale &#233;tablie pour les transsexuelLEs dans l'Idaho, maintenant. Et toutes les filles qui y vont devraient le savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LEA COOPER&lt;/strong&gt; (avocate de Linda Thompson)&lt;br&gt; Le c&#244;t&#233; incroyable dans tout &#231;a, pour le contribuable, c'est que pour... quoi ? 20 dollars par mois, on aurait pu soigner Linda avec des hormones g&#233;n&#233;riques, et au lieu de &#231;a les contribuables ont pay&#233; pour 2 passages aux urgences tr&#232;s couteux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;BRUCE BISTLINE&lt;/strong&gt; (avocat de Linda Thompson)&lt;br&gt; Je pense que pour la prison, il s'agit d'une sorte d'effet dominos. &#034;Si on laisse les d&#233;tenuEs d&#233;cider, on perd le contr&#244;le. Donc c'est hors de question.&#034; L'explication est : &#034;La prochaine fois, elle voudra la chirurgie, donc pas d'hormones.&#034;&lt;br&gt;
&lt;br&gt; &lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
DEAN SPADE&lt;/strong&gt; (avocat)&lt;br&gt; C'est du pipeau, &#231;a n'est pas la vraie question, qui est : Est-ce qu'un syst&#232;me carc&#233;ral peut refuser un traitement &#224; un groupe de genTEs qu'il n'aime pas ?&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;i&gt;***&lt;br&gt; Plusieurs prisonnierEs aux USA ont intent&#233; des proc&#232;s &lt;br class='autobr' /&gt;
pour obtenir une op&#233;ration de r&#233;assignation g&#233;nitale. &lt;br class='autobr' /&gt;
En 1999, une d&#233;tenue canadienne a cr&#233;&#233; un pr&#233;c&#233;dent en obtenant &lt;br class='autobr' /&gt;
le droit d'avoir sa chirurgie. Elle a pay&#233; elle-m&#234;me l'op&#233;ration.&lt;br&gt; ***&lt;br&gt;&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;OPHELIA DE'LONTA&lt;/strong&gt; (prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt;
Beaucoup de genTEs et d'avocatEs me disaient que mon combat &#233;tait perdu d'avance, qu'illes ne pensaient pas que je pouvais gagner parce que la Virginie est un &#233;tat conservateur.&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;i&gt;***&lt;br&gt; Ophelia a gagn&#233; son proc&#232;s et a obtenu un traitement hormonal &lt;br class='autobr' /&gt;
pour traiter son &#034;trouble de l'identit&#233; de genre&#034;.&lt;br&gt; ***&lt;br&gt;&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;VICTOR GLASBERG&lt;/strong&gt; (avocat de Oph&#233;lia De'Lonta)&lt;br&gt; La d&#233;cision juridique a impos&#233; une nouvelle tr&#232;s grande obligation au d&#233;partement correctionnel, de fournir des soins m&#233;dicaux qu'il n'avait jamais fournis. Je savais combien &#231;a comptait pour elle et combien c'&#233;tait une formidable avanc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;OPHELIA DE'LONTA&lt;/strong&gt; (prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; Je pense que d'avoir &#233;t&#233; incarc&#233;r&#233;e, cette fois, c'&#233;tait pour une bonne raison, parce que maintenant, tou-te-s les transsexuel-le-s peuvent avoir le b&#233;n&#233;fice de recevoir des soins sans devoir subir ma douleur et ma souffrance. Et c'est ce qui m'a motiv&#233;e pour continuer. Et... &#231;a a march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LINDA THOMPSON&lt;/strong&gt; (ancienne prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; Je suis sortie le 21 septembre 2004. J'ai r&#234;v&#233; d'&#234;tre dans ces grands espaces pendant mes 7 ans de prison.&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;i&gt;***&lt;br&gt; Avec ses ann&#233;es d'exp&#233;rience dans les champs p&#233;trolif&#232;res, &lt;br class='autobr' /&gt;
Linda vint dans le Wyoming pour travailler.&lt;br&gt; ***&lt;br&gt;&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;LINDA THOMPSON&lt;/strong&gt; (ancienne prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; Je suis rest&#233;e 6 jours sur une plateforme et ils m'ont remplac&#233;e par un gars qui avait 2 mois d'exp&#233;rience. J'ai appel&#233; environ 300 plateformes p&#233;troli&#232;res par t&#233;l&#233;phone, dans le coin... Quand je dit m'appeler Linda, ils raccrochent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LINDA THOMPSON&lt;/strong&gt; (ancienne prisonni&#232;re trans) &lt;br&gt;
Je serai &#224; Los Angeles demain. A 23h30. Je descends du bus et je vais me prostituer. Je vais &#224; Los Angeles pour travailler comme prostitu&#233;e car le Wyoming ne veut pas de moi sur ses champs p&#233;trolif&#232;res. 47 ans, je suis finalement oblig&#233;e de me prostituer.&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;i&gt;***&lt;br&gt; 6 semaines plus tard. &lt;br&gt; ***&lt;br&gt;&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;LINDA THOMPSON&lt;/strong&gt; (ancienne prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; J'&#233;tais trop f&#233;minine pour le p&#233;trole et trop masculine pour la prostitution. Je mesure 1m 93.&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;i&gt;***&lt;br&gt; Linda a quitt&#233; Los Angeles. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;e &#224; Washington pour vol de cuivre.&lt;br&gt; ***&lt;br&gt; &lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;LINDA THOMPSON&lt;/strong&gt; (ancienne prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; Je me sens femme dans une prison d'hommes. J'ai des seins, un traitement hormonal, pas de p&#233;nis, mon nom officiel est f&#233;minin. Je ne suis pas une menace sexuelle pour les femmes. Je devrais &#234;tre dans une prison pour femmes.&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;i&gt;***&lt;br&gt; 5 mois apr&#232;s la sentence (du sursis), Yolanda attend toujours d'&#234;tre lib&#233;r&#233;e.&lt;br&gt; ***&lt;br&gt; &lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;YOLANDA VALENTIN&lt;/strong&gt; (prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; Si vous avez ce message et que vous pouvez contacter les services sociaux ou le tribunal pour savoir quand je serai lib&#233;r&#233;e, s'il vous pla&#238;t, faites-le, parce que je suis toujours ici et que je voudrais rentrer. J'esp&#232;re vous voir bient&#244;t, OK ? &lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
YOLANDA VALENTIN&lt;/strong&gt; (ancienne prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; Je suis sortie de cette prison et je me sens vraiment bien. Quand je marchais, pour sortir de l&#224;, c'&#233;tait... &#034;Oh mon Dieu&#034;... Ca semblait simplement irr&#233;el. Quand on y est depuis si longtemps, les barreaux, les cellules, et d'un coup, vous &#234;tes dans la rue, vous &#234;tes libre. Je veux une jolie maison. Vous voyez, ce genre de jolies maisons. Si paisibles, si belles, vous savez... C'est ce que j'aimerais avoir plus tard. C'est une si belle journ&#233;e, j'aime vraiment la vie, aujourd'hui...&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;i&gt;***&lt;br&gt; Linda sort de prison.&lt;br&gt; ***&lt;br&gt; &lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;LINDA THOMPSON&lt;/strong&gt; (ancienne prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; Je suis retourn&#233;e en prison pour vol de fils de cuivre. Je n'&#233;tais pas sous traitement, j'ai commenc&#233; &#224; avoir des pens&#233;es suicidaires. Je me suis faite arr&#234;ter pour &#234;tre renvoy&#233;e en prison, pour ravoir mon traitement. J'ai fait 9 mois et me voici. J'ai ce corps, je mesure 1m93, je p&#232;se 115kgs, je ressemble &#224; un mec. Peu importe le maquillage, je ressemble &#224; un mec. J'ai cette voix grave. Oui, on peut la changer... Mais aussi loin que je puisse aller, que je puisse r&#234;ver, &#231;a n'arrivera pas. Si je faisais de la chirurgie cosm&#233;tique pour amincir mon menton, mon nez, mes joues... j'ai 50 ans, vous savez. Je ne sais pas combien de temps il me reste. Alors je me dis que je vais faire avec ce qu'on m'a donn&#233;. Je ne sais pas, je pr&#233;f&#232;re simplement &#234;tre moi et vous faire savoir qui je suis. Je suis une fille qui fait un boulot d'homme. Avec des hommes. Je retourne dans les champs p&#233;trolif&#232;res. Je me suis battue trop dur pour &#234;tre l&#224; o&#249; j'en suis et je refuse de faire marche arri&#232;re.&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;i&gt;***&lt;br&gt; Un mois apr&#232;s cette interview, Linda a de nouveau &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;e.&lt;br&gt; ***&lt;br&gt; &lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;ASHLEY&lt;/strong&gt; (prisonni&#232;re trans)&lt;br&gt; Il y a tant de choses que je veux faire, je r&#234;ve au jour de ma lib&#233;ration. Oh mon Dieu... J'ai tellement h&#226;te de mettre mes propres v&#234;tements. F&#233;minins, bien s&#251;r. De me coiffer, de me faire les ongles. Tout ce que je faisais avant d'&#234;tre incarc&#233;r&#233;e. J'ai h&#226;te de retrouver ma vie. [...]&lt;br&gt; &lt;br&gt;
***&lt;br&gt; Ashley a &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e en d&#233;cembre 2004. &lt;br&gt; ***&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;***&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;LES PRIVATIONS AUXQUELLES FONT FACE LES DETENU-E-S TRANS DANS NOS PRISONS&lt;br&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;par Megan Chartier&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il est couramment admis que la plupart des d&#233;tenuEs doivent faire face a des difficult&#233;s vari&#233;es pour assurer leur bien-&#234;tre physique et &#233;motionnel pendant l'incarc&#233;ration. Cependant, les prisonnierEs trans doivent souvent faire face &#224; des difficult&#233;s suppl&#233;mentaires et/ou plus s&#233;v&#232;res en raison leur statut de minorit&#233; de genre.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Christopher Daly, du Transgendered Law Center, a t&#233;moign&#233; en 2005 devant la Comission Nationale pour l'Elimination du Viol en Prison quant aux difficult&#233;s suppl&#233;mentaires auxquelles les d&#233;tenuEs trans doivent faire face. Ses conclusions principales sont d&#233;velopp&#233;es ici.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les pr&#233;jug&#233;s sociaux contre les minorit&#233;s sexuelles ont conduit &#224; une sur-repr&#233;sentation des personnes trans, en particulier MtF, parmi la population carc&#233;rale nationale.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les discriminations dans le monde du travail sont des facteurs aggravants : les personnes trans qui se font refuser des emplois en raison de leur identit&#233; de genre rejoignent souvent l'&#233;conomie souterraine, o&#249; els travaillent dans la prostitution et le travail du sexe en ligne, ou encore acc&#232;dent &#224; des hormones et les vendent ill&#233;galement &#224; d'autres personnes trans qui n'ont pas les moyens d'acc&#233;der &#224; un traitement hormonal dans un cadre m&#233;dical l&#233;gal.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Une fois en prison, les personnes transgenres font face &#224; de nombreuses formes d'abus en raison de leur non-conformit&#233; de genre. Ce mauvais traitement provient de l'administration p&#233;nitentiaire et des matons autant que des autres prisonnierEs et varie en forme et en s&#233;v&#233;rit&#233;. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le genre social des prisonnierEs transgenres n'est habituellement pas respect&#233;. Les personnes trans pr&#233;-op&#233;r&#233;es sont incarc&#233;r&#233;es en fonction de leurs organes g&#233;nitaux, sans qu'on tienne compte des caract&#233;ristiques sexuels secondaires g&#233;n&#233;r&#233;s par les traitements hormonaux ou les implants mammaires. De plus, les prisonnierEs sont constamment et volontairement r&#233;assign&#233;Es par des noms et pronoms qui ne correspondent pas &#224; leur identit&#233; de genre. Ces r&#233;assignations sont souvent le fait de l'administration et du personnel des prisons, et essayer de les corriger est souvent puni. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En raison de leur statut de minorit&#233; de genre, les prisonni&#232;res trans sont particuli&#232;rement susceptibles d'&#234;tre victimes d'abus physiques et sexuels, autant de la part des autres prisonniers que du personnel de la prison. Leur ambigu&#239;t&#233; de genre en fait souvent des cibles populaires d'agressions sexuelles de la part des autres d&#233;tenus, pendant que les matons autorisent, participent, ou encouragent ces comportements. Parfois, pour r&#233;compenser ou payer des d&#233;tenus de la population g&#233;n&#233;rale [&lt;i&gt;en l'occurrence, les hommes cisgenres, ndT&lt;/i&gt;], les matons leur donnent &#034;libre acc&#232;s&#034; &#224; une prisonni&#232;re trans plac&#233;e en isolement pour sa &#034;s&#233;curit&#233;&#034;. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	On refuse aux prisonni&#232;res trans l'acc&#232;s &#224; des v&#234;tements (des soutien-gorges, par exemple) ou des objets (des rasoirs, par exemple) qui leur permettraient de s'habiller et de se pr&#233;parer en ad&#233;quation avec leur identit&#233; de genre.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	On leur refuse aussi souvent l'acc&#232;s &#224; des ressources pourtant disponibles pour la population g&#233;n&#233;rale de la prison, comme des traitements contre l'abus de drogue ou d'alcool, des formations professionnelles, des activit&#233;s de loisir, etc. Pour justifier ces exclusions, les raisons invoqu&#233;es sont souvent &#034;la s&#233;curit&#233; de la d&#233;tenue&#034;. Cependant, des ressources de remplacement dans un environnement s&#233;curis&#233; sont rarement fournies, et quand elles le sont, leur qualit&#233; est rarement, voire jamais, &#233;quivalente. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les prisonnierEs trans sont souvent s&#233;par&#233;Es de la population g&#233;n&#233;rale des prisons [&lt;i&gt;ici, les personnes cisgenres, ndT&lt;/i&gt;] pour &#034;assurer leur s&#233;curit&#233;&#034;. Malheureusement, le r&#233;sultat le plus r&#233;pandu de cette s&#233;paration est une augmentation de l'isolement social et la r&#233;duction de l'acc&#232;s aux services, aux ressources, aux privil&#232;ges (comme l'acc&#232;s au t&#233;l&#233;phone), et des opportunit&#233;s d'avoir m&#234;me la plus petite interaction avec d'autres personnes. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les prisonnierEs trans sont r&#233;guli&#232;rement priv&#233;Es de traitements m&#233;dicaux ad&#233;quates. Cela inclue souvent la privation de traitements hormonaux (m&#234;me si lae prisonnierE suivait un traitement hormonal avant son incarc&#233;ration), ou le manque de comp&#233;tences pour faire des ajustements de dosages et/ou conna&#238;tre les &#233;ventuelles interactions n&#233;gatives avec d'autres substances, si les traitements sont poursuivis. De plus, les d&#233;tenuEs trans sont parfois sujetTEs &#224; des examens inappropri&#233;s et d&#233;gradants de leurs organes g&#233;nitaux pour satisfaire la curiosit&#233; du personnel m&#233;dical.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les prisonnierEs transgenres ont peu de moyens pour se prot&#233;ger de ces diff&#233;rents types de mauvais traitements. Leur ambigu&#239;t&#233; de genre et leur statut de minorit&#233; de genre les met dans une position particuli&#232;rement vuln&#233;rable dans un environnement d&#233;j&#224; tristement c&#233;l&#232;bre pour son caract&#232;re s&#233;v&#232;re et abusif.&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; -&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;source :&lt;br&gt; &lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Behind the bars , brochure &#233;dit&#233;e par SMYRC, Portland (2007)&lt;br&gt;
&lt;a href=&#034;http://qzap.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://qzap.org&lt;/a&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;***&lt;br&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;TRANSGENRES EN PRISON &lt;/strong&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;par Alex Davidson (mai 2009)&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les plaignantEs emploient beaucoup de strat&#233;gies pour faire condamner les accus&#233;Es, utilisant tout, de la preuve solide, comme l'ADN [&lt;i&gt;en l'occurrence, l'exemple est foireux puisque la &#034;solidit&#233;&#034; de la preuve ADN a &#233;t&#233; maintes fois contest&#233;e, ndT&lt;/i&gt;], &#224; des &#233;l&#233;ments moins fiables comme des t&#233;moignages visuels. Mais qu'en est-il de l'utilisation de l'identit&#233; sexuelle de quelqu'unE contre el-m&#234;me ?&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Un groupe qui a &#233;t&#233; injustement trait&#233; par l'incapacit&#233; de notre justice &#224; prendre en compte l'&#233;poque moderne est la communaut&#233; transgenre, compos&#233;e principalement de personnes racis&#233;es provenant de milieux &#224; faibles revenus. Selon le Transgender, Gender Variant and Intersex (TGI) Justice Project &#224; San Francisco, au moins une personne transgenre sur deux a &#233;t&#233; emprisonn&#233;e au cours de sa vie. Ce groupe, qui b&#233;n&#233;ficie de peu de protection par les lois locales et f&#233;d&#233;rales, est ainsi sujet &#224; tous les virages et toutes les chicanes que peut prendre le syst&#232;me de justice am&#233;ricain.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Alexander L. Lee, directeur l&#233;gal du TGI Justice Project, dit qu'on &#233;tudie bien trop peu le rapport entre les condamnations &#224; tort et l'utilisation de la transphobie pour faire condamner ses clientEs. Cela conduit &#224; ce que les personnes LGBT n'aient pas droit &#224; des proc&#232;s &#233;quitables &#224; cause de l'homophobie, de la transphobie, et de la mauvaise conduite des plaignantEs.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#171; J'ai eu des clientEs qui &#233;taient confront&#233;Es, dans leurs proc&#232;s, &#224; des strat&#233;gies d'accusation homophobes et transphobes. J'ai eu un client qui &#233;tait un homme transgenre, et il &#233;tait accus&#233; d'un crime impliquant de la fraude. Son statut transgenre a &#233;t&#233; utilis&#233; contre lui au proc&#232;s, les victimes et l'accusation argumentant devant le juge que le fait qu'il vivait en tant qu'homme &#233;tait une &#171; preuve &#187; qu'il &#233;tait un menteur inv&#233;t&#233;r&#233;. J'ai eu d'autres hommes trans parmi mes clients dont l'expression de genre, durant leur proc&#232;s, &#233;tait transform&#233;e en probl&#232;me par les plaignantEs qui cherchaient &#224; ce que mes clients aient l'air plus &#171; pr&#233;dateurs &#187; devant les jur&#233;s. &#187;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Alors, quelle est la situation dans votre &#201;tat ? Il n'y a pas de politique uniforme sur la fa&#231;on de traiter les personnes transgenres dans les prisons, mais partout on utilise les organes g&#233;nitaux comme moyen de d&#233;terminer le sexe de quelqu'unE lorsqu'il faut d&#233;cider si on lae met dans un &#233;tablissement pour hommes ou pour femmes. Cela veut dire que les femmes trans qui ne sont pas op&#233;r&#233;es (ce qui est le cas de beaucoup car la chirurgie est tr&#232;s ch&#232;re) sont trait&#233;es comme des hommes m&#234;me si elles ont v&#233;cu en tant que femme durant des d&#233;cennies. M&#234;me chose dans l'autre sens pour les hommes trans.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Examinons un &#201;tat : la Californie. Le docteur Lori Kohler, un professeur de Clinical Family and Community Medicine &#224; l'Universit&#233; de Californie &#224; San Francisco, estime qu'il y a 400 femmes trans (MtF) d&#233;tenues en Californie, et seulement un homme trans (FtM). La population carc&#233;rale totale de l'Etat est de 175 000 d&#233;tenuEs. Kohler, qui dirige un r&#233;seau de projets de sant&#233; dans les prisons californiennes sp&#233;cifiquement destin&#233;s aux personnes trans, dit qu'il n'y a pas de bonne r&#233;ponse pour d&#233;terminer comment g&#233;rer les d&#233;tenuEs trans.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#171; La vraie difficult&#233; est que l'on peut parfois satisfaire certaines personnes, mais on ne peut pas supposer que les prisons pour femmes soient le meilleur endroit pour les femmes transgenres. Il y en a beaucoup qui voudraient avoir une cellule individuelle et n'&#234;tre qu'avec d'autres femmes transgenres, certaines qui voudraient &#234;tre dans les prisons pour femmes, et il y en a aussi qui pr&#233;f&#232;rent &#234;tre dans la population g&#233;n&#233;rale [J'en d&#233;duis que c'est chez les mecs ?, ndT]. Tout d&#233;pend du choix de vie que les personnes ont d&#233;velopp&#233; en prison. &#187;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Quelque soit l'endroit o&#249; la population trans de Californie est plac&#233;e, le r&#233;sultat n'est pas bon. Une &#233;tude, r&#233;alis&#233;e en 2007 par la docteur Valeria Jenness de l'Universit&#233; de Californie &#224; Irvine, a conclu que 59% des prisonnierEs transgenres de Californie ont rapport&#233; avoir &#233;t&#233; agress&#233;Es sexuellement, contre 4% de la population carc&#233;rale g&#233;n&#233;rale. Le California Department of Corrections, qui a financ&#233; l'&#233;tude, n'a pas r&#233;fut&#233; ces r&#233;sultats.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Un effet de ces &#233;tudes a &#233;t&#233; le California Assembly bill 382, la loi sur la s&#233;curit&#233; des prisonnierEs LGBT, qui est pass&#233; le 11 mai 2009 dans la chambre basse de l'&#201;tat avec 64 voix contre 9. Le projet de loi, introduit par le membre de l'Assembl&#233;e Tom Ammiano (D&#8211;San Francisco) et soutenu par Equality California, vise &#224; emp&#234;cher les violences contre les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et trangenres dans le syst&#232;me carc&#233;ral de l'&#201;tat. &#171; Tout le monde a droit aux protections de base &#8211; et cela inclut celleux qui purgent leur peine dans les prisons de notre Etat &#187;, dit Ammiano. &#171; AucunE d&#233;tenuE ne devrait craindre pour sa vie ou &#234;tre la cible de s&#233;vices &#224; cause de son orientation sexuelle ou de son identit&#233; de genre. &#187;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ce projet de loi ne r&#233;soudra peut-&#234;tre pas tous les probl&#232;mes de haine contre les personnes trans, mais c'est un d&#233;but. Quant &#224; Lee, directeur l&#233;gal du TGI Justice Project, il montre comme exemple aux responsables de ces politiques la Nouvelle Galles du Sud en Australie. L&#224;-bas, la politique carc&#233;rale vis &#224; vis des personnes trans est d'utiliser l'identit&#233; de genre comme l'&#233;l&#233;ment principal de classification, plut&#244;t que les organes g&#233;nitaux. Cela veut dire que, op&#233;r&#233;es ou pas, les femmes trans sont trait&#233;es comme des femmes, il n'y a pas de doute.&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; -&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;source :&lt;br&gt; &lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://news.change.org/stories/transgender-in-prison&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://news.change.org/stories/transgender-in-prison&lt;/a&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;***&lt;br&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;QUE FAIT-ELLE DANS UNE PRISON POUR HOMME ? &lt;/strong&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Oblig&#233;e de marcher &#224; moiti&#233; nue, viol&#233;e, gard&#233;e en isolement. La vie d'une prisonni&#232;re transgenre &#224; la prison du comt&#233; de Sacramento est tout simplement un enfer.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Une fois par semaine, les matons de Luisa Espinoza l'obligeaient &#224; marcher sous les moqueries et les rires des hommes qui regardaient avec insistance ses seins et hurlaient des insultes. On la traitait de &#034;p&#233;dale&#034; et on la mena&#231;ait de viol. &#034;C'&#233;tait terrible. Les d&#233;tenus et les matons se moquaient de moi, riaient et faisaient des blagues homophobes&#034; dit-elle. [...]&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Espinoza est transgenre. Elle est n&#233;e biologiquement m&#226;le. Mais depuis sa petite enfance, elle s'est toujours consid&#233;r&#233;e comme femme. Elle s'habille, parle et se coiffe comme une femme. Ses cheveux sont maintenant longs et blonds d&#233;color&#233;s, bien qu'ils aient repouss&#233; sur plusieurs centim&#232;tres de leur couleur ch&#226;tain naturelle pendant sa d&#233;tention en prison, depuis que les services d'Immigration et de Naturalisation font tout ce qu'ils peuvent pour l'expulser. Et, comme vous l'avez sans doute remarqu&#233;, Espinoza veut qu'on utilise le pronom f&#233;minin &#034;elle&#034; quand on parle d'elle.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il y a deux ans, elle commence ce qu'on appelle une transition. La transition implique bien plus que l'op&#233;ration du &#034;changement de sexe&#034; au cours de laquelle un p&#233;nis est remplac&#233; par un vagin. Espinoza est transsexuelle pr&#233;op&#233;r&#233;e, encore &#224; des ann&#233;es de la chirurgie. Elle a adopt&#233; un nom et des v&#234;tements f&#233;minins. TouTEs les transsexuelLEs sont l&#233;galement oblig&#233;Es d'avoir un suivi psychologique pendant au moins deux ans pour &#234;tre s&#251;rEs qu'illes veulent vraiment s'engager dans la transition. Espinoza suit &#233;galement un traitement d'hormones femelles qui aident son corps dans la transition vers le genre qui est le sien depuis longtemps. [...]&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Espinoza a quitt&#233; le Nicaragua &#224; cause des violations des droits humains et demande asile aux Etats-Unis. Au Nicaragua, il est ill&#233;gal d'&#234;tre gay, lesbienne ou transsexuelLE. &#034;Ils tuent les transgenres dans mon pays&#034;, t&#233;moigne t-elle. D'apr&#232;s les r&#233;clamations d&#233;pos&#233;es par Espinoza et d'autres co-d&#233;tenuEs transgenres au &#034;Sacramento County of Supervisors&#034;, le d&#233;partement du sheriff de Sacramento viole aussi r&#233;guli&#232;rement les droits des transgenres. Ces plaintes sont les pr&#233;curseurs de poursuites civiles et soulignent les nombreux exemples de discriminations, d'insultes de la part du personnel de la prison et de harc&#232;lements sexuels contre Espinoza et d'autres co-d&#233;tenues transgenres. Tout &#231;a donne une id&#233;e de la vie des transgenres qui sont mises &#224; l'&#233;cart et subissent des punitions cruelles et inacceptables dans la prison principale de Sacramento.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Prenons par exemple l'humiliation qu'est &#034;la lessive&#034; quand on demande &#224; tous les d&#233;tenus de la prison des hommes de quitter leur cellule, en ne portant qu'une simple serviette, afin d'&#233;changer leur uniforme orange sale contre un propre.&lt;br&gt; Espinoza et une autre d&#233;tenue transgenre pr&#233;op&#233;r&#233;e, Jackie Tates, ont protest&#233; aupr&#232;s des autorit&#233;s de la prison parce qu'on leur refusait &#224; toutes deux l'utilisation de brassi&#232;res. La prison fournit r&#233;guli&#232;rement des brassi&#232;res aux d&#233;tenues femmes de la prison, mais Espinoza et Tates sont consid&#233;r&#233;es comme des hommes par les autorit&#233;s de la prison parce qu'elles ont toutes les deux encore un p&#233;nis. Tates d&#233;clare qu'un des sergents lui a simplement dit &#034;tu es un homme, il n'y a aucune raison que tu aies un soutien-gorge&#034;. Elle affirme qu'elle avait pourtant avec elle un document m&#233;dical sign&#233; d'une des infirmi&#232;res de la prison qui demandait &#224; ce qu'un soutien-gorge lui soit donn&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, pour Espinoza et Tates, le moment de la lessive signifiait &#234;tre expos&#233;es aux moqueries et insultes des autres d&#233;tenus. &#171; Ils se mettaient &#224; crier &#034;h&#233; salope !&#034; ou &#034;regardez ce type, il a des seins !&#034; &#187; d&#233;clare Tates. Toutes deux disent que les gardiens se joignaient aussi &#224; plusieurs occasions aux railleries.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L'&#233;preuve de la lessive ainsi que d'autres hostilit&#233;s ont commenc&#233; &#224; jouer sur le moral de Tates dit-elle. &#034;J'ai commenc&#233; &#224; avoir des pens&#233;es suicidaires. J'ai commenc&#233; &#224; d&#233;tester le fait d'&#234;tre transgenre.&#034; La plainte d&#233;pos&#233;e par Tates mentionne qu'en d&#233;pit du fait qu'elle ait rapport&#233; les nombreuses fois o&#249; elle a &#233;t&#233; harcel&#233;e sexuellement et maltrait&#233;e, les autorit&#233;s de la prison ont ignor&#233; ses requ&#234;tes. Espinoza et Tates ont toutes les deux racont&#233; que la prison a r&#233;cemment chang&#233; sa politique et leur donne, la plupart du temps, des soutien-gorges, et a arr&#234;t&#233; de leur demander de quitter leur cellule torse-nu. Toutes deux pensent que c'est &#224; cause de la pression exerc&#233;e par leurs avocatEs et &#224; cause de l'attention r&#233;cente port&#233;e sur des maltraitances beaucoup plus s&#233;rieuses sur des d&#233;tenues transgenres &#224; l'int&#233;rieur de la prison -des maltraitances qui vont bien au-del&#224; des insultes ou des railleries. &lt;br class='autobr' /&gt;
Par exemple, une ancienne d&#233;tenue transgenre, Kelly McAllister, d&#233;clare que des autorit&#233;s n&#233;gligeantes l'avaient mise dans une cellule avec un autre d&#233;tenu qui l'a viol&#233;e. Ceci s'est pass&#233; en d&#233;pit de ce qu'elle croyait &#234;tre la politique de la prison, c'est &#224; dire de s&#233;parer les d&#233;tenuEs transgenre du reste de la population. Et Tates d&#233;clare, il y a deux ans, que les autorit&#233;s avaient rendu plus facile son viol par un autre d&#233;tenu.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Dans la grande majorit&#233; des prisons de Californie et des Etats-Unis, les personnes transgenres pr&#233;op&#233;r&#233;es sont &#034;class&#233;es&#034; en fonction de leurs organes g&#233;nitaux. Celles qui sont femmes sont consid&#233;r&#233;es comme particuli&#232;rement vuln&#233;rables aux insultes et aux viols. Ainsi, la plupart des institutions ont des logements prot&#233;g&#233;s pour les personnes transgenres. Dans certaines prisons, il y a des unit&#233;s sp&#233;ciales install&#233;es &#224; part et dans lesquelles les d&#233;tenuEs transgenres sont incarc&#233;r&#233;Es ensemble. Dans le syst&#232;me carc&#233;ral californien, presque touTEs les d&#233;tenuEs transgenres sont log&#233;Es dans le Centre M&#233;dical de Californie &#224; Vacaville parce qu'on consid&#232;re que le statut des transgenres rel&#232;ve du domaine m&#233;dical.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Espinoza est nerveuse depuis quelques jours. Pendant une r&#233;cente interview &#224; la prison, &#224; travers l'&#233;paisse vitre du parloir, elle sursautait clairement &#224; chaque fois qu'un gardien passait derri&#232;re elle, chose qu'ils font fr&#233;quemment. [...]&lt;br&gt; Espinoza quitte le Nicaragua en 1987, apr&#232;s avoir rencontr&#233; des membres d'un mouvement naissant pour les droits des gays et des lesbiennes dans ce pays et devient convaicue qu'elle sera plus heureuse aux Etats-Unis. Elle vit l&#233;galement pendant deux ans &#224; New York o&#249; elle est serveuse dans des restaurants, avant de d&#233;m&#233;nager &#224; San Francisco. Mais apr&#232;s un moment elle arr&#234;te de se d&#233;clarer aux services d'Immigration et de Naturalisation et arr&#234;te de travailler &#224; cause de son statut ill&#233;gal. Cela fait 12 ans que Espinoza vit ill&#233;galement aux Etats-Unis quand elle est arr&#234;t&#233;e et condamn&#233;e pour vente de marijuana. Elle ne fait que 45 jours dans la prison de San Francisco, mais son crime attire l'attention des services d'Immigration et de Naturalisation, qui attendent que sa d&#233;tention &#224; San Francisco soit termin&#233;e. Puis, elle entre dans le monde obscur de la &#034;d&#233;tention provisoire&#034;, pendant que les services d'Immigration commencent la proc&#233;dure de d&#233;portation vers son pays d'origine, le Nicaragua. &lt;br class='autobr' /&gt;
On dit &#224; Espinoza que les services d'Immigration et de Naturalisation utilisent trois prisons dans cette partie du Nord de la Californie pour incarc&#233;rer les d&#233;tenuEs qui sont dans son cas : Oakland, Yuba County et Sacramento. &#192; ce moment-l&#224; Espinoza souffre de probl&#232;mes de sant&#233; et demande &#224; &#234;tre envoy&#233;e &#224; Sacramento parce qu'elle a entendu que la prise en charge m&#233;dicale est meilleure. Mais Espinoza dit qu'on s'est tr&#232;s peu occup&#233; d'elle &#224; la prison de Sacramento. Espinoza, qui est s&#233;ropositive, a aussi port&#233; plainte contre la prison au niveau f&#233;d&#233;ral pour ne pas lui avoir donn&#233; ses m&#233;dicaments comme il convient. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle se bat contre sa d&#233;portation par l'interm&#233;diaire de la Convention Internationale Contre la Torture. Espinoza d&#233;clare qu'elle a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;e plusieurs fois au Nicaragua sous le coup de la loi anti-sodomie de ce pays et qu'elle a &#233;t&#233; battue, tortur&#233;e et m&#234;me, une fois, viol&#233;e par la police de Managua. [...]&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Cependant, la plupart du temps, Espinoza, tout comme Tates, est maintenant gard&#233;e presque totalement isol&#233;e, enferm&#233;e dans sa cellule 23 heures par jour, avec seulement une heure pass&#233;e dehors pour la &#034;promenade&#034;. Elle est dans ce que les autorit&#233;s de la prison appellent &#034;une s&#233;paration totale&#034;. Ce qui est g&#233;n&#233;ralement r&#233;serv&#233; aux d&#233;tenuEs qui ont eu des probl&#232;mes disciplinaires. Mais dans le cas de Espinoza et de Tates, leur isolement tient seulement au fait qu'elles sont transgenres. On leur dit que &#034;l'isolement total&#034; leur est impos&#233;e pour leur propre s&#233;curit&#233;. Les deux femmes se sont plaintes qu'elles ne peuvent pas parler ni entre elles ni aux autres d&#233;tenus et que, en dehors du fait qu'elles s'ennuient ferme &#224; force d'&#234;tre confin&#233;es dans une cellule toute la journ&#233;e, en isolement total, elles ont &#224; peine le temps de se doucher et de passer des coups de t&#233;l&#233;phone. Chris Daley, avec le &#034;Transgender Law Center&#034; &#224; San Francisco, d&#233;clare qu'il n'est m&#234;me pas s&#251;r que l'isolement total pour les prisonnierEs transgenres soit l&#233;gal. &#034;&#199;a n'est pas s&#233;rieux. Il s'agit tout simplement de p&#233;naliser quelqu'unE &#224; cause de son identit&#233; transgenre&#034;, dit-il.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Une des avocates de Espinoza, Dani Williams, qui est elle-m&#234;me transgenre MtF, raconte que la politique de la prison de Sacramento &#224; propos de l'incarc&#233;ration des transgenres va dans le mauvais sens. &#034;Quand je les regarde, je vois des femmes. R&#233;duire la situation &#224; savoir si elles ont un p&#233;nis est compl&#232;tement ridicule&#034;, d&#233;clare Williams. Elle propose que les d&#233;tenues qui s'identifient comme des femmes devraient &#234;tre incarc&#233;r&#233;es dans la prison du c&#244;t&#233; des femmes. Quand on lui demande si elle pense que les d&#233;tenues femmes cisgenres s'opposeraient &#224; une telle mesure, Williams r&#233;pond que c'est possible mais qu'une telle politique serait meilleure pour la s&#233;curit&#233; des d&#233;tenues transgenres. &#034;Si nous devons faire une erreur, il faudrait mieux que ce soit dans le sens d'une plus grande protection des personnes qui ne peuvent se prot&#233;ger elles-m&#234;mes&#034;, dit-elle.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les d&#233;fenseureuses des droits des transgenres, et des droits des prisonnierEs en g&#233;n&#233;ral, disent que beaucoup d'institutions correctionnelles ont du mal &#224; prot&#233;ger les personnes transgenres, gaies ou les hommes h&#233;t&#233;ros des agression sexuelles. Selon l'organisation &#034;Stop Prison Rape&#034;, 25% des personnes en d&#233;tention dans les prisons pour hommes sont agress&#233;es sexuellement.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Chris Daley, l'avocate du Transgender Law Center, d&#233;clare que les statistiques concernant les agressions sexuelles et les maltraitances sur les d&#233;tenuEs transgenres sont presque inexistantes, mais que pendant la seule ann&#233;e pass&#233;e, elle a re&#231;u des douzaines de plaintes. &#034;Je suis stup&#233;faite par l'intensit&#233; des attitudes et de la haine transphobes que je rencontre. Et ce n'est que la partie visible de l'iceberg&#034;, dit-elle.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; -&lt;br&gt;
Publi&#233; initialement en anglais en 2003.&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Source :&lt;br&gt;&lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.newsreview.com/sacramento/whats-she-doing-in-the-mens-jail/content?oid=14229&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.newsreview.com/sacrament...&lt;/a&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;***&lt;br&gt;&lt;/h2&gt;&lt;strong&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;PAS DE PRISONNIER-E-S OUBLIE-E-S&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;par Kevin Weaver&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;LE COMBAT POUR LES PRISONNIER-E-S TRANSGENRES &lt;/strong&gt;&lt;br&gt; &lt;br&gt; En tant qu'activistes voulant r&#233;former la prison, des droits des prisonnierEs, et/ou abolitionnistes, nous trouvons souvent que notre &#233;nergie et notre travail va dans le sens de pr&#233;server et combattre pour les droits et les acquis que nous avons obtenus, pendant que les forces d'oppression sont constamment en train d'essayer de les d&#233;truire. A beaucoup d'&#233;gards, notre activisme est souvent d&#233;pens&#233; pour pr&#233;server le statu quo &#224; la place d'aborder le syst&#232;me punitif/carc&#233;ral de nouvelles mani&#232;res et &#224; partir d'angles nouveaux. Nous, pour la plupart, sommes continuellement dans un combat d&#233;fensif pour stopper de nouvelles attaques contre les droits des prisonnierEs et celleux qui s'int&#233;ressent &#224; elleux. R&#233;cemment, ces attaques ont constitu&#233; en l'annulation de visites pour certainEs prisonnierEs, l'assaut sur l'intimit&#233; avocatE/clientE, et l'interdiction pour les m&#233;dias et les enqu&#234;teurices des droits humains d'interviewer les prisonnierEs. Mais si cela peut sembler d&#233;courageant de r&#233;aliser que pr&#233;server un statu quo inad&#233;quat est trop souvent notre axe de lutte, cela reste un combat n&#233;cessaire que nous devons entreprendre pour bloquer les assauts suppl&#233;mentaires &#224; l'encontre des droits des prisonnierEs. Cependant, tout espoir n'est pas perdu, et certainEs activistes abordent le complexe carc&#233;ro-industriel de nouvelles mani&#232;res qui donnent des r&#233;sultats.&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
LA TRANS/HOMOPHOBIE PARMI LA COMMUNAUT&#201; ACTIVISTE DES PRISONS&lt;br&gt;&lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br&gt; Une des nouvelles mani&#232;res dont des activistes abordent le syst&#232;me est de demander des droits pour les prisonnierEs transgenres. Illes sont une classe de prisonnierEs qui a toujours exist&#233; mais qui, comme les prisonnierEs gays, biEs, lesbiennes, ont &#233;t&#233; ignor&#233;Es, maltrait&#233;Es et opprim&#233;Es, m&#234;me parmi les prisonnierEs. L'animosit&#233; montr&#233;e envers ces prisonnierEs et la tentative de les invisibiliser va bien au-del&#224; des murs des prisons et transpara&#238;t dans la soci&#233;t&#233;, o&#249; elles sont acceptables sous des formes de blagues st&#233;r&#233;otyp&#233;es sur la prison, mais pas vues comme concernant des &#234;tres humainEs avec des droits. Malheureusement, la communaut&#233; activiste des prisons a aussi jou&#233; un r&#244;le dans ce probl&#232;me inh&#233;rent au syst&#232;me judiciaire dans son entier, et dans la mani&#232;re dont il se comporte vis &#224; vis des prisonnierEs &#034;queers&#034;. Cela peut &#234;tre une chose de d&#233;fendre le fr&#232;re dans le couloir de la mort, mais les &#034;p&#233;dales, camionneuses et tantouses&#034; sont livr&#233;es &#224; elles-m&#234;me ou n'existent pas.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Une partie du probl&#232;me dans la communaut&#233; des droits des prisonnierEs est son homophobie et sa transphobie incontestables. Beaucoup d'entre elleux pensent qu'illes sont au-del&#224; de &#231;a, quand en r&#233;alit&#233; illes n'y ont m&#234;me pas r&#233;fl&#233;chi. Une part du probl&#232;me r&#233;side dans les ancienNEs prisonnierEs qui font sortir le manque de respect envers les prisonnierEs queers, qu'illes ont appris ou perp&#233;tu&#233; en prison, &#224; l'ext&#233;rieur dans la communaut&#233; activiste qui &#224; son tour les regarde comme des barom&#232;tres id&#233;ologiques sur comment l'activisme sur les prisons devrait avancer.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ceci pourrait ais&#233;ment &#234;tre appris de l'exemple pass&#233; d'Eldridge Cleaver, dont le livre &#034;Soul on ice&#034; a donn&#233; naissance &#224; une nouvelle g&#233;n&#233;ration d'activistes qui &#233;taient touTEs de trop bonne volont&#233; pour ignorer sa haine d&#233;complex&#233;e des &#034;queers&#034; et ses attitudes sexistes. Bien que c'&#233;tait &#224; l'&#233;poque, les choses ont chang&#233; doucement et c'est seulement avec la pression ext&#233;rieure que les attitudes se sont att&#233;nu&#233;es. Mais la d&#233;fi continue, quand nous avons vu des activistes pour les prisonnierEs queers sommer la c&#233;l&#233;brit&#233; du couloir de la mort, Mumia Abu Jamal, et l'organisation de Philadelphie MOVE de publier un communiquer sur leurs sentiments envers les queers apr&#232;s qu'il fut mis en &#233;vidence que MOVE avait une id&#233;ologie h&#233;t&#233;rosexiste.&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
LA R&#201;VOLUTION PAR L'ACTIVISME POUR LES PRISONNIER-E-S TRANS&lt;br&gt; &lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br&gt; Ce qui est excitant pour les activistes combattant pour les droits des prisonnierEs transgenres est que nous sommes en train de frapper le syst&#232;me carc&#233;ral sur un point aveugle, sur lequel il n'a jamais eu &#224; se d&#233;fendre avant. Les directeurs de prison se sont toujours permis le luxe d'ignorer les prisonnierEs queers parce que dans le pass&#233; personne ne s'est int&#233;ress&#233;E &#224; elleux, et s'ils les reconnaissent parfois c'est pour les utiliser comme des pions dans le cadre des politiques carc&#233;rales.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Auparavant, il n'y avait pas de mouvement ext&#233;rieur pour les droits civiques des LGBT posant des revendications. Il n'y avait pas de loi sur la famille ou d'article contre la discrimination concernant le logement et le travail, et assur&#233;ment il n'y avait pas mention, jusqu'&#224; maintenant, des droits des transgenres, s&#233;par&#233;Es des lesbiennes et des gays, qui font face &#224; un m&#233;lange de harc&#232;lement sexuel et d'h&#233;t&#233;rosexisme. Quand le mouvement de lib&#233;ration sexuelle a chang&#233; pour inclure la &#034;lib&#233;ration de genre&#034; ; il a commenc&#233; &#224; p&#233;n&#233;trer tous les aspects de la soci&#233;t&#233;. C'est maintenant que les forces r&#233;pressives et r&#233;actionnaires communes dans la soci&#233;t&#233; font face &#224; un nouveau cri pour la libert&#233;, qu'elles vont aussi avoir &#224; combattre dans la lutte grandissante pour la v&#233;ritable lib&#233;ration humaine.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Alors que la population carc&#233;rale a explos&#233;, surtout en Californie et au Texas, le nombre de personnes travaillant en prison a fait de m&#234;me. Beaucoup de ces prisons sont situ&#233;es dans des zones rurales qui ont incontestablement une culture de droite et qui sont dirig&#233;es par des gens de ces communaut&#233;s. Il y a, si vous voulez, un clash des civilisations quand les travailleurs de la prison de ces zones sont confront&#233;s &#224; tout type de personnes de tout type de communaut&#233;. Ainsi, une pr&#233;sence activiste visible en faveur d'une population dont la plupart de ces travailleurs n'a jamais rien su, ou voulu ne jamais rien savoir, a certainement des impacts. Exercer une pression pour les droits des prisonnierEs transgenres et queers ne travaille pas seulement pour &#233;tendre et prot&#233;ger les droits humains de touTEs les prisonnierEs, mais fait conna&#238;tre des demandes id&#233;ologiques dans la communaut&#233; en dehors des murs pour faire savoir qu'il y a une r&#233;alit&#233; au-del&#224; des r&#244;les genr&#233;s binaires. Ces id&#233;es subversives sont amen&#233;es dans ces maisons rurales, involontairement et &#224; contre-coeur, par les prisonnierEs et le staff de la prison plus efficacement que les proclamations &#233;manant des activistes lib&#233;raux de la ville.&lt;br&gt; &lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;LE SYST&#200;ME DE SANT&#201; EST LA CLEF&lt;br&gt; &lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br&gt; Silencieusement, en ce moment, beaucoup de combats ont lieu tout autour du monde concernant les droits des prisonnierEs trans : o&#249; devrait-illes &#234;tre enferm&#233;Es, quels sont leurs besoins physiques ou psychologiques, quelle protection leur doit le syst&#232;me, etc. D'une mani&#232;re non remarquable, beaucoup de ces combats se passent dans des pays avec des syst&#232;mes de sant&#233; socialistes comme l'Australie, la Grande Bretagne et le Canada. Peut-&#234;tre que c'est &#224; cause du seul facteur que les prisonnierEs queers dans ces pays n'ont aucun droit du tout. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Cependant, ce sont les services m&#233;dicaux qui restent une des priorit&#233;s pour les prisonnierEs transgenres. Souvent, si ce n'est toujours, les prisonnierEs transgenres qui ont pris des traitements hormonaux dans la rue en sont arbitrairement priv&#233;Es d&#232;s qu'illes entrent dans le syst&#232;me carc&#233;ral. Pour unE prisonnierE transgenre, cela peut signifier une d&#233;t&#233;rioration des changements corporels qui ont &#233;t&#233; fait, ce qui affecte sa sant&#233; physique et mentale. Des directeurs de prison &#034;efficaces&#034; cherchent &#224; satisfaire les prisonnierEs &#224; travers diff&#233;rents stimulants comme les visites conjugales, l'acc&#232;s aux radios, et le droit de porter des habits civils pendant la nuit et les week-ends, esp&#233;rant ainsi &#233;viter les &#233;meutes dans la prison et les suicides.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Un gardien ou unE fonctionnaire m&#233;dical &#034;comp&#233;tent&#034; verrait que les prisonnierEs transgenres recevant des services m&#233;dicaux et de sant&#233; mentale appropri&#233;s (par exemple : l'acc&#232;s aux hormones, un rel&#226;chement du code vestimentaire, des opportunit&#233;s de transfert vers une prison sp&#233;cifiquement genr&#233;e de leur choix) pourraient pr&#233;venir des situations o&#249; illes pourraient se rebeller.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Etant donn&#233; que la communaut&#233; transgenre en prison repr&#233;sente toujours un petit pourcentage de la population carc&#233;rale, l'&#233;meute comme moyen de s'exprimer n'est pas une option, donc beaucoup de prisonnierEs transgenres s'&#244;tent la vie &#224; force de frustration et de fatigue. Cependant, bien que lae prisonnierE soit transgenre, chaque suicide de prisonnierE affecte le moral de la population carc&#233;rale dans son ensemble. Malheureusement, la plupart des directeurs de prison &#233;chouent toujours &#224; en venir aux prises avec cette situation.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les transgenres repr&#233;sentent aussi un bon pourcentage de prisonnierEs vivant avec le VIH/SIDA. La pr&#233;occupation vis &#224; vis de la sant&#233; des prisonnierEs s&#233;ropositifVEs varie d'Etat &#224; Etat, mais tous les Etats partagent le manque d'un syst&#232;me de sant&#233; carc&#233;ral ad&#233;quat. Souvent, dans les prisons avec des unit&#233;s VIH, celles-ci sont dirig&#233;es par des m&#233;decins et des infirmierEs qui ne sont pas des sp&#233;cialistes du VIH et n'ont pas de connaissances du dosage ou des effets des m&#233;dicaments. Beaucoup d'entre elleux ont &#233;t&#233; r&#233;primand&#233; dans le monde ext&#233;rieur et sont en libert&#233; surveill&#233;e pour des raisons comme le harc&#232;lement sexuel ou la n&#233;gligence m&#233;dicale. Le staff m&#233;dical dans ces prisons joue souvent le double r&#244;le de gardien de prison et de fournisseur de services m&#233;dicaux. Cette dualit&#233; m&#232;ne souvent &#224; des n&#233;gligences m&#233;dicales si s&#233;v&#232;res qu'on a vu des prisonnierEs dans diverses institutions tomber comme des mouches &#224; cause du manque d'attention m&#233;dicale. CertainEs sont mortEs &#224; cause d'abc&#232;s qui auraient pu &#234;tre &#233;vit&#233;s si lae prisonnierE avait seulement eu acc&#232;s &#224; du savon et de l'eau. CertainEs, comme Jennifer Sutton &#224; la Prison d'Etat de Californie - Corcoran, sont mortEs &#224; cause de la rupture d'un rein qui aurait pu &#234;tre &#233;vit&#233;e, m&#234;me apr&#232;s que des activistes aient alert&#233; le staff de la prison du nombre important de prisonnierEs avec des estomacs distendus.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les prisonnierEs transgenres vivant avec le VIH font face &#224; une double stigmatisation : &#233;vit&#233;Es par les prisonnierEs et le staff &#224; cause de leur statut VIH, moqu&#233;Es et d&#233;nigr&#233;Es &#224; cause de leur identification de genre. Les m&#233;decins mentent ou sont ignorants quand ils r&#233;pondent &#224; des prisonnierEs s&#233;ropositifVEs transgenres qui leur demandent un traitement hormonal que les s&#233;ropositifVEs ne peuvent pas prendre d'hormones. CertainEs r&#233;v&#232;lent juste la vraie raison et disent &#034;elles sont trop ch&#232;res, vous n'en avez pas besoin&#034;. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	M&#233;decins et infirmiers, comme le reste du staff de la prison, ont quelquefois &#233;t&#233; au centre de cas d'abus sexuel. Une femme transsexuelle op&#233;r&#233;e enferm&#233;e &#224; l'Etablissement pour Femmes de Californie Centrale a essayer de se suicider &#224; cause du grave harc&#232;lement qu'elle subissait de la part des matons. Sur son lit d'observation, son psychiatre lui a demand&#233; de se d&#233;shabiller pour pouvoir juger d'elle. La logique de la prison est &#034;prenons ces m&#233;decins qui ont &#233;t&#233; r&#233;primand&#233; dans le monde ext&#233;rieur pour agression sexuelle et embauchons les en prison pour qu'au moins personne ne puisse d&#233;noncer l'agression quand cela arrive. Et si cela arrive, nous pr&#233;tendrons juste que rien n'est arriv&#233; parce que h&#233;, le prix est correct !&#034;&lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'ABUS EST R&#201;EL&lt;br&gt;&lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br&gt; Le staff ne joue pas un r&#244;le positif, ou tr&#232;s peu, dans la question du respect des prisonnierEs transgenres (ou de leur visiteureuses !), autant dans les &#233;tablissements p&#233;nitentiaires pour hommes que pour femmes. En effet, c'est souvent leur incitation et leur harc&#232;lement des prisonnierEs transgenres qui cause un harc&#232;lement accru venant d'autres prisonnierEs, dont beaucoup n'avaient pas de probl&#232;mes avec les transgenres. Les types d'abus et de harc&#232;lements sont vari&#233;s, allant du nom utilis&#233; &#224; la violence physique. Dans mes interviews, j'ai entendu des prisonnierEs &#224; qui on faisait porter des v&#234;tements insultants (blouses d'h&#244;pitaux quand illes ne sont pas malades), appel&#233;Es de tous les noms de &#034;&#231;a&#034; &#224; &#034;p&#233;d&#233;&#034;, fouill&#233;E &#224; nu devant un parterre de prisonnierEs et de gardes, forc&#233;Es d'accomplir du sexe oral, forc&#233;Es de se d&#233;shabiller et de danser pendant que le maton se masturbe, forc&#233;Es d'&#234;tre dans une cellule individuelle quand d'autres prisonnierEs &#233;taient enferm&#233;Es dans un dortoir de 8 personnes, extraitEs de cellules (encha&#238;n&#233;Es, gaz&#233;Es et battuEs jusqu'&#224; la perte de connaissance), et viol&#233;Es.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il n'y a pas de justice pour beaucoup de ces prisonnierEs, vu que les plaintes qu'els d&#233;posent contre le staff pendant qu'els sont en prison sont &#034;perdues&#034; et par cons&#233;quent ne re&#231;oivent jamais aucune r&#233;ponse. Et bien s&#251;r, les repr&#233;sailles sont la r&#232;gle pour avoir parl&#233;, donc les prisonnierEs trans ont des choix s&#233;rieux &#224; peser en prenant ces risques. Dans le cas d'un viol, lae prisonnierE pourrait &#234;tre &#233;tiquett&#233;E comme balance si el le d&#233;nonce, et balancer est une sentence de mort de facto. Il est tr&#232;s rare que des prisonnierEs puissent r&#233;gler un litige avec succ&#232;s sans l'aide d'unE avocatE, et beaucoup d'avocatEs ne veulent pas travailler gratuitement, &#224; moins qu'il n'y ait une bonne chance d'obtenir un r&#232;glement cons&#233;quent apr&#232;s. Ces accords finissent, selon mon opinion, par blesser le mouvement pour les droits des prisonnierEs trans, car ils sont en r&#233;alit&#233; l'argent &#034;du silence&#034; et ne r&#233;clament aucun changement profond.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Un avis l&#233;gal ici au USA concernant la souffrance des prisonnierEs, incluant les prisonnierEs transgenres, est la d&#233;cision Farmer contre Brennan. Dans cette d&#233;cision, la Cour Supr&#232;me a statu&#233; que l'administration de la prison pour hommes o&#249; Dee Farmer, une femme transgenre, avait &#233;t&#233; incarc&#233;r&#233;e, avait agi avec une &#034;indiff&#233;rence d&#233;lib&#233;r&#233;e&#034; apr&#232;s qu'elle ait rapport&#233; avoir &#233;t&#233; viol&#233;e par d'autres prisonniers. Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e sur parole, elle a poursuivi l'administration de la prison en justice pour ne pas avoir mis fin aux viols qu'elle subissait, viols dont le staff de la prison avait connaissance et contre lesquels il n'a rien fait. Cependant, les seules preuves d'abus n'&#233;taient pas suffisantes pour aller plus loin que la d&#233;cision Farmer contre Brennan car il aurait fallu prouver que le staff de la prison avait montr&#233; une indiff&#233;rence d&#233;lib&#233;r&#233;e apr&#232;s avoir su et ignor&#233; les faits. Ainsi, pour les prisonnierEs transgenres, ce type de proc&#233;dure est presque impossible &#224; prendre pour att&#233;nuer l'abus dont els souffrent en prison.&lt;br&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;QUE FAIRE ?&lt;br&gt; &lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br&gt; Tout d'abord, nous devons garder les personnes transgenres hors de prison. Combattre pour les droits des prisonnierEs trans est une lutte, mais ce serait moins dur si nous n'avions pas tant de prisonnierEs au d&#233;part. Nous devons nous battre contre la condamnation minimum obligatoire, la criminalisation des drogues, la criminalisation de la prostitution, et l'accroissement des condamnations qui servent &#224; garder les pauvres enferm&#233;Es plus longtemps que leur peine. Nous devons avoir des prisons &#034;transparentes&#034; et se r&#233;server le droit d'inspections surprises. Tous les travaux internes du Department of Corrections et de ses institutions doivent &#234;tre ouverts en vue d'examen minutieux par les m&#233;dia, des groupes de citoyenNEs, et des agences gouvernementales. Nous devons abolir tous les instruments de torture dans les prisons tels que la peine de mort et les unit&#233;s d'enfermement s&#233;curis&#233;es.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Nous devons mettre en question la politique des prisons &#224; l'int&#233;rieur de notre propre communaut&#233; et ne pas avoir peur de prendre des positions controvers&#233;es, m&#234;me si nous sommes les seulEs &#224; en parler. Nous devons devenir actifVEs dans notre syst&#232;me judiciaire et d&#233;noncer la corruption et la bigoterie &#224; l'int&#233;rieur des cours de tribunal. Nous devons surveiller la police et la tenir responsable des crimes qu'elle commet. Et bien s&#251;r, nous devons pr&#233;senter &#224; toutes les occasions une alternative au syst&#232;me carc&#233;ral, une qui rencontre un &#233;cho chez les genTEs, qui a du sens, et qui ne d&#233;nie pas la faillibilit&#233; de nos comportements.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le choix de son genre social doit &#234;tre un droit prot&#233;g&#233; et reconnu comme une libert&#233; ind&#233;niable autant que le droit d'aimer qui vous voulez et de dire ce que vous voulez. Nous devons amener cette conscience sur nos lieux de travail pour que personne ne puisse &#234;tre discrimin&#233;E &#224; cause de son identit&#233; de genre ; qui a cause de la discrimination se tourne vers l'&#233;conomie ill&#233;gale de la rue pour survivre. Nous devons rendre nos &#233;coles s&#251;res pour les enfants queer et transgenres afin qu'illes puissent apprendre &#224; lire et &#233;crire et &#234;tre leurs propres meilleurs avocatEs.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Pour finir, nous devons nous investir dans l'activisme de terrain sur les prisons, que ce soit en conduisant des enqu&#234;tes sur les droits humains, en plaidant en faveur d'unE prisonnierE, en &#233;crivant &#224; des prisonnierEs, en envoyant des livres &#224; des prisonnierEs, en s'opposant &#224; des constructions de prisons, en informant les prisonnierEs ou les lib&#233;r&#233;Es sur parole de leurs droits, et en manifestant devant les prisons ou le Department of Corrections en temps de crise.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le syst&#232;me parie sur le fait que les prisonnierEs seront toujours des parias sociaux et que le monde ext&#233;rieur ne s'y int&#233;resse pas. Au sein du complexe carc&#233;ro-industriel, dans les esprits des souteneurs de la pauvret&#233;, tant qu'il y a des prisonnierEs, il y a du travail. Nous voulons que ces genTEs aient du travail, mais pas au d&#233;pend de nos soeurs et de nos fr&#232;res. Pour chaque prisonnierE sur les deux millions que nous avons maintenant, il doit y avoir une personne &#224; l'ext&#233;rieur qui exige que s'ille doit purger sa peine, ille devrait la purger sans la brutalit&#233; et la torture qui sont pr&#233;sentes dans les prisons aujourd'hui. Nous devons demander que s'ille a &#224; la purger, nous en tant que communaut&#233;, autant que les prisonnierEs, devons b&#233;n&#233;ficier de leur &#034;temps libre&#034; et qu'une vraie justice soit rendue, pas le simulacre de justice qui se r&#233;pand dans le syst&#232;me judiciaire am&#233;ricain.&lt;br&gt; &lt;br&gt; C'est alors qu'aucunE prisonnierE, peu importe son identit&#233; de genre, ne sera oubli&#233;E.&lt;br&gt; &lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; -&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Source :&lt;br&gt; &lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Publi&#233; en anglais sur &lt;a href=&#034;http://zinelibrary.info/no-prisoner-left-behind&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://zinelibrary.info/no-prisoner...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;***&lt;br&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;LA SITUATION EN FRANCE EN 2010... &lt;/strong&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les femmes trans sont incarc&#233;r&#233;es dans les prisons pour hommes.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Fleury M&#233;rogis, une petite zone du quartier des hommes est pr&#233;vue pour quelques d&#233;tenues trans. Mais avant d'y atterrir, ces femmes passent du temps avec les hommes, dans des prisons d'hommes.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Globalement, les traitements hormonaux sont refus&#233;s, tout comme l'acc&#232;s &#224; des chirurgies.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Caen, une femme se bat depuis des ann&#233;es pour obtenir un traitement hormonal et une chirurgie de r&#233;assignation g&#233;nitale, en vue d'int&#233;grer une prison pour femmes.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les agressions de la part des autres d&#233;tenus sont la plupart du temps ignor&#233;es, voir encourag&#233;es par la transphobie des matons. Lorsqu'elles sont prises en compte, l'administration p&#233;nitentiaire &#034;r&#232;gle le probl&#232;me&#034; en isolant la victime &#034;pour sa s&#233;curit&#233;&#034;.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune mesure n'est prise pour &#233;viter les agressions de la part des matons et de l'administration p&#233;nitentiaire.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'existe pas non plus de protection l&#233;gale contre les discriminations de l'identit&#233; de genre. La transphobie n'est pas reconnue officiellement.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;***&lt;br&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;... FEMMES TRANS EN PRISON &lt;/strong&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Trois jours apr&#232;s &#234;tre entr&#233;e en prison, le directeur est venu dans ma cellule et m'a dit &#034;Tu as un p&#233;nis ou un vagin ?&#034; J'ai dit &#034;un p&#233;nis&#034;. Il m'a dit &#034;voyons voir&#034;, alors j'ai d&#251; lui montrer. Et puis il a dit &#034;On ne va pas te soigner, ici. [...] Il est plus que probable que tu finisses par te tuer.&#034; Il a eu un sourire narquois, il est sorti et voil&#224;. Et je me suis dit : &#034;Super, je suis dans la merde. J'y suis vraiment jusqu'au cou.&#034; &#187;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; [...] Le sergent m'avait d&#233;j&#224; fouill&#233;e et il a d&#233;cid&#233; qu'il allait le refaire, devant tout le monde. Il est pass&#233; derri&#232;re moi, m'a touch&#233; les seins, m'a pinc&#233; les t&#233;tons avec ses doigts, les a fait rouler et m'a touch&#233; les fesses, les a serr&#233;, les a claqu&#233; [...]. Et il n'y a rien &#224; faire d'autre que de subir. J'ai port&#233; plainte et ils sont venus sur mon lieu de travail me dire que je ne quitterais jamais la prison vivante. &#187;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ils ont mis cet homme dans ma chambre. Cette premi&#232;re nuit, il m'a dit : &#034;Regarde, voil&#224; pourquoi tu es dans ma chambre : pour &#234;tre ma femme [...].&#034; Il est devenu un peu violent avec moi. [...] C'est ce qu'ils veulent tous ici, ils veulent une jolie transgenre. C'est leur cerise sur le g&#226;teau. &#187;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les types ici pensent que je devrais les satisfaire sexuellement. Et on se sent tellement faible qu'on n'a rien &#224; redire l&#224;-dessus. Et tu ne veux pas que &#231;a se sache parce que sinon tu fais tes 25 ans au mitard, alors c'est tr&#232;s dur. &#187;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oh, je suis all&#233;e en prison... J'ai pass&#233; environ un an en isolement 24h sur 24. C'est juste une pi&#232;ce, rien qu'une pi&#232;ce. Tu n'as rien d'autre que ton lit, ta fen&#234;tre, que tu ne peux pas ouvrir pour a&#233;rer [...]. La pi&#232;ce a une sorte de grande fen&#234;tre d'o&#249; on peut te voir. C'&#233;tait amusant pour eux, de voir cette personne, dans cette pi&#232;ce, devenir cingl&#233;e. &#187;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je me sens femme dans une prison d'hommes. J'ai des seins, un traitement hormonal, pas de p&#233;nis, mon nom officiel est f&#233;minin. [...] Je devrais &#234;tre dans une prison pour femmes. &#187;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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