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		<title>Aux Insoumis de la pacification sociale</title>
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		<dc:date>2009-04-20T09:30:15Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Le vaisseau des morts</dc:creator>


		<dc:subject>Anarchismes, anarchie</dc:subject>
		<dc:subject>Migrations, luttes contre les fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>en stock</dc:subject>
		<dc:subject>Mutines S&#233;ditions (Paris)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Parce que l'exploitation, l'enfermement, le contr&#244;le, l'isolement ou la domination ne sont pas que des mots, on peut se briser les os courb&#233; sur une machine &#224; coudre, comme derri&#232;re une cha&#238;ne de montage ; on peut tourner en rond dans une cage en attendant d'&#234;tre ligot&#233; dans un charter, comme compter les jours en attendant le prochain parloir derri&#232;re l'hygiaphone ; on peut aller chercher des m&#244;mes &#224; l'&#233;cole avec l'angoisse de se faire arr&#234;ter &#224; la sortie, comme les y abandonner pour regarder tranquillement sa t&#233;l&#233; ; on peut s'entasser &#224; dix dans une cave, comme on peut se croire chanceux dans une cage &#224; poule ; on peut &#233;chapper &#224; la rafle des flics pour retomber dans les filets de la communaut&#233;, comme on peut esquiver le contr&#244;le de la BAC pour finir sous la coupe de ses grands fr&#232;res ; on peut interpeller les petits voleurs en faisant le vigile, comme on peut d&#233;noncer les incendiaires de poubelle de derri&#232;re sa fen&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour briser les cha&#238;nes de la r&#233;signation et de la peur, peu importe l'&#233;poque, il est toujours la m&#234;me heure, et il est plus que temps&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique5" rel="directory"&gt;A&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Anarchismes, anarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot35" rel="tag"&gt;Migrations, luttes contre les fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot72" rel="tag"&gt;en stock&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot87" rel="tag"&gt;Mutines S&#233;ditions (Paris)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH111/arton676-b8f56.jpg?1781160371' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='111' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff676.jpg?1240258742&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il y a de plus en plus d'ind&#233;sirables dans le monde, d'hommes et de femmes pour qui cette soci&#233;t&#233; n'a pr&#233;vu qu'un r&#244;le, celui de crever. La soci&#233;t&#233; ne nous d&#233;sire qu'ainsi : morts pour le monde ou pour nous-m&#234;mes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Parce que l'exploitation, l'enfermement, le contr&#244;le, l'isolement ou la domination ne sont pas que des mots, on peut se briser les os courb&#233; sur une machine &#224; coudre, comme derri&#232;re une cha&#238;ne de montage ; on peut tourner en rond dans une cage en attendant d'&#234;tre ligot&#233; dans un charter, comme compter les jours en attendant le prochain parloir derri&#232;re l'hygiaphone ; on peut aller chercher des m&#244;mes &#224; l'&#233;cole avec l'angoisse de se faire arr&#234;ter &#224; la sortie, comme les y abandonner pour regarder tranquillement sa t&#233;l&#233; ; on peut s'entasser &#224; dix dans une cave, comme on peut se croire chanceux dans une cage &#224; poule ; on peut &#233;chapper &#224; la rafle des flics pour retomber dans les filets de la communaut&#233;, comme on peut esquiver le contr&#244;le de la BAC pour finir sous la coupe de ses grands fr&#232;res ; on peut interpeller les petits voleurs en faisant le vigile, comme on peut d&#233;noncer les incendiaires de poubelle de derri&#232;re sa fen&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette guerre sociale sans tr&#234;ve, ce n'est pas notre mis&#232;re commune, mais la vigueur avec laquelle nous la combattons, qui nous permettra d'abattre ce syst&#232;me. Si nous nous sentons en l'occurrence solidaires des sans-papiers r&#233;volt&#233;s, ce n'est pas pour d&#233;verser un racket politique de souteneurs et cr&#233;er un &#233;ni&#232;me sujet politique qui serait vertueux de par sa condition. Et ce n'est pas non plus pour assister une &lt;i&gt;victime&lt;/i&gt; en p&#233;ril, &#224; la fa&#231;on des charognards humanitaires. Nous ne sommes pas &lt;i&gt;du c&#244;t&#233;&lt;/i&gt; des ind&#233;sirables, nous en sommes. L'entr'aide et la lutte ne peuvent ainsi se construire entre nous qu'&#224; partir de bases de r&#233;ciprocit&#233; et d'offensive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on nous vend l'image de la m&#232;re de famille &#233;levant seule ses six enfants, de l'honn&#234;te ouvrier qui &#339;uvre &#8211; pourtant &#8211; &#224; la bonne sant&#233; de l'&#233;conomie nationale, de l'enfant s&#233;par&#233; de ses parents mais entour&#233; de camarades de classe aimants, voire de l'universitaire reconnu jusque dans son bled, c'est la tactique du scandale qui pointe sa sale gueule de bonne s&#339;ur. S'indigner &#224; grand renfort d'affect sur les &#171; bons sans-papiers injustement r&#233;prim&#233;s &#187;, c'est faire comme si l'occupation polici&#232;re, les rafles, les camps, les expulsions, mais aussi les marchands de sommeil ou de sueur, &#233;taient des &#171; d&#233;rives &#187; &#224; rectifier. C'est oublier que c'est aussi une cons&#233;quence tr&#232;s &lt;i&gt;d&#233;mocratique&lt;/i&gt; d'un monde qui transforme tout et tous en marchandise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif de l'Etat n'est pas de d&#233;porter tous les sans-papiers. Les exploiter par milliers permet en effet d'abaisser le co&#251;t du travail ici (dans la restauration, le BTP, la confection, la culture saisonni&#232;re) en imposant des conditions d'exploitation g&#233;n&#233;ralement cantonn&#233;es un peu plus loin. L'enfermement et l'expulsion d'une partie d'entre eux est un des moyens d'apprendre la peur et la r&#233;signation &#224; tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette terreur &lt;i&gt;l&#233;gale&lt;/i&gt;, la gauche, aussi bien que la droite, en porte la responsabilit&#233; dans une digne continuit&#233; de l'abjection. On ne peut donc pas, m&#234;me inconsciemment, cautionner l'id&#233;e d'une &#171; gauche utile &#187; ou tra&#238;ner &#224; sa remorque. En somme, il ne s'agit pas de revendiquer une meilleure &lt;i&gt;int&#233;gration&lt;/i&gt; (que ce soit &#224; travers des papiers, un boulot ou un toit), mais plut&#244;t, en d&#233;veloppant des liens bas&#233;s sur la libert&#233; et la r&#233;ciprocit&#233; dans une lutte sans m&#233;diation, d'arracher des moyens pour reprendre sa vie en main. Aucune politique ne pourra jamais se substituer au changement r&#233;el des rapports.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, ce syst&#232;me n'est pas une grande machine abstraite qui nous laisserait uniquement la possibilit&#233; d'&#234;tre &#233;cras&#233; ou d'y participer. Il est compos&#233; de m&#233;canismes qui s'incarnent dans des hommes et des structures qui se trouvent &#224; tous les coins de rue : les gestionnaires de la domination quotidienne &#8211; l&#233;gale (administrations, banques, proprios&#8230;) comme ill&#233;gale (mafieux ou n&#233;gociants) &#8211; font de beaux exploiteurs comme de belles balances ; les prisons sont construites par des entreprises (Bouygues, Eiffage&#8230;) qui poss&#232;dent des chantiers un peu partout ; les expulsions sont effectu&#233;es gr&#226;ce au concours de compagnies (Air France, Royal Air Maroc&#8230;) et de cha&#238;nes (Accor) qui poss&#232;dent des agences ; les rafles se font avec la complicit&#233; active des contr&#244;leurs (RATP, SNCF&#8230;). Tous ont un visage, un nom, des adresses, et chacun peut &#224; sa fa&#231;on leur exprimer son d&#233;go&#251;t.&lt;br class='manualbr' /&gt;Bien entendu, la loi n'&#233;tant qu'un instrument au service des puissants, ce n'est certainement pas en la respectant qu'on pourra avancer, pas plus qu'en se d&#233;finissant contre elle : nos actes se mesurent &lt;i&gt;sans&lt;/i&gt; code p&#233;nal, &#224; l'aune de notre &#233;thique et de nos perspectives enrag&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si le probl&#232;me des papiers ne se r&#233;glera que par l'abolition de toutes les fronti&#232;res, m&#234;me si les centres de r&#233;tention, comme les autres lieux d'enfermement (prisons, locaux de garde-&#224;-vue, asiles psychiatriques, &#233;coles, bagnes salari&#233;s&#8230;), ne seront d&#233;truits qu'avec la fin de l'autorit&#233;&#8230; n'attendons cependant rien ni personne. En chemin se rencontrent aussi des complices, parce qu'en s'attaquant &#224; la libert&#233; d'un individu, c'est &#224; la libert&#233; de tous qu'ils s'en prennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour briser les cha&#238;nes de la r&#233;signation et de la peur, peu importe l'&#233;poque, il est toujours la m&#234;me heure, et il est plus que temps&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Des mutin&#233;s du vaisseau des morts&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
Mars 2009&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;mailto:mutines_vaisseaudesmorts@riseup.net&#034; class=&#034;spip_mail&#034;&gt;mutines_vaisseaudesmorts(at)riseup.net&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://www.non-fides.fr/spip.php?article181" class="spip_out"&gt;http://www.non-fides.fr/spip.php?ar...&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les Ind&#233;sirables</title>
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		<dc:date>2009-04-05T22:04:30Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anonyme</dc:creator>


		<dc:subject>Migrations, luttes contre les fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>Mutines S&#233;ditions (Paris)</dc:subject>
		<dc:subject>English</dc:subject>
		<dc:subject>Espa&#241;ol</dc:subject>
		<dc:subject>Deutsch</dc:subject>
		<dc:subject>Nederlands</dc:subject>
		<dc:subject>Oppressions de classe</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;Gli indesiderabili/Les ind&#233;sirables&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; publi&#233; la premi&#232;re fois en mars 2000 en italien et en fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;&lt;i&gt;Il y a de plus en plus d'ind&#233;sirables dans le monde. Il y a trop d'hommes et de femmes pour qui cette soci&#233;t&#233; n'a pr&#233;vu qu'un r&#244;le : celui de crever. Morts pour le monde ou pour eux-m&#234;mes, la soci&#233;t&#233; ne les d&#233;sire qu'ainsi. &lt;br class='manualbr' /&gt;Sans travail, ils servent &#224; pousser ceux qui en ont un &#224; accepter n'importe quelle humiliation afin de le pr&#233;server. Isol&#233;s, ils servent &#224; faire croire aux citoyens se pr&#233;tendant tels qu'ils ont une r&#233;elle vie commune (entre les paperasseries de l'autorit&#233; et les rayons des marchandises). Immigr&#233;s, ils servent &#224; alimenter l'illusion d'avoir des racines chez des prol&#233;taires seuls avec leur n&#233;ant au bureau, dans le m&#233;tro ou devant la t&#233;l&#233;vision. Clandestins, ils servent &#224; rappeler que la soumission salariale, n'est pas le pire - il existe aussi le travail forc&#233; et la peur qui serre le ventre &#224; chaque contr&#244;le de routine. Expuls&#233;s, ils servent &#224; renforcer, sur tous les r&#233;fugi&#233;s &#233;conomiques de l'h&#233;catombe capitaliste, le chantage du bannissement vers une mis&#232;re sans retour. Prisonniers, ils servent &#224; menacer avec le spectre de la punition ceux qui ne veulent plus de cette mis&#233;rable existence. Extrad&#233;s en tant qu'ennemis de l'Etat, ils servent &#224; faire comprendre que dans l'Internationale de la domination et de l'exploitation il n'y a aucun espace pour le mauvais exemple de la r&#233;volte.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pauvres, isol&#233;s, &#233;trangers partout, incarc&#233;r&#233;s, hors-la-loi, bannis : les conditions de ces ind&#233;sirables sont de plus en plus communes. Commune peut alors devenir la lutte, sur la base du refus d'une vie chaque jour plus pr&#233;caris&#233;e et artificielle. Citoyens ou &#233;trangers, innocents ou coupables, clandestins ou r&#233;guliers : ces distinctions des codes &#233;tatiques ne nous appartiennent plus. Pourquoi la solidarit&#233; devrait-elle respecter ces fronti&#232;res sociales, alors que les pauvres sont continuellement trimbal&#233;s de l'une &#224; l'autre ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous ne sommes pas solidaires de la mis&#232;re, mais de la vigueur avec laquelle les hommes et les femmes ne la supportent pas.&lt;/i&gt;&#034;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot35" rel="tag"&gt;Migrations, luttes contre les fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot87" rel="tag"&gt;Mutines S&#233;ditions (Paris)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot127" rel="tag"&gt;English&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot129" rel="tag"&gt;Espa&#241;ol&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot131" rel="tag"&gt;Deutsch&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot141" rel="tag"&gt;Nederlands&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot157" rel="tag"&gt;Oppressions de classe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L86xH150/arton667-b5f76.jpg?1781150605' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='86' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff667.jpg?1238975463&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il y a de plus en plus d'ind&#233;sirables dans le monde. Il y a trop d'hommes et de femmes pour qui cette soci&#233;t&#233; n'a pr&#233;vu qu'un r&#244;le : celui de crever. Morts pour le monde ou pour eux-m&#234;mes, la soci&#233;t&#233; ne les d&#233;sire qu'ainsi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans travail, ils servent &#224; pousser ceux qui en ont un &#224; accepter n'importe quelle humiliation afin de le pr&#233;server. Isol&#233;s, ils servent &#224; faire croire aux citoyens se pr&#233;tendant tels qu'ils ont une r&#233;elle vie commune (entre les paperasseries de l'autorit&#233; et les rayons des marchandises). Immigr&#233;s, ils servent &#224; alimenter l'illusion d'avoir des racines chez des prol&#233;taires seuls avec leur n&#233;ant au bureau, dans le m&#233;tro ou devant la t&#233;l&#233;vision. Clandestins, ils servent &#224; rappeler que la soumission salariale, n'est pas le pire - il existe aussi le travail forc&#233; et la peur qui serre le ventre &#224; chaque contr&#244;le de routine. Expuls&#233;s, ils servent &#224; renforcer, sur tous les r&#233;fugi&#233;s &#233;conomiques de l'h&#233;catombe capitaliste, le chantage du bannissement vers une mis&#232;re sans retour. Prisonniers, ils servent &#224; menacer avec le spectre de la punition ceux qui ne veulent plus de cette mis&#233;rable existence. Extrad&#233;s en tant qu'ennemis de l'Etat, ils servent &#224; faire comprendre que dans l'Internationale de la domination et de l'exploitation il n'y a aucun espace pour le mauvais exemple de la r&#233;volte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pauvres, isol&#233;s, &#233;trangers partout, incarc&#233;r&#233;s, hors-la-loi, bannis : les conditions de ces ind&#233;sirables sont de plus en plus communes. Commune peut alors devenir la lutte, sur la base du refus d'une vie chaque jour plus pr&#233;caris&#233;e et artificielle. Citoyens ou &#233;trangers, innocents ou coupables, clandestins ou r&#233;guliers : ces distinctions des codes &#233;tatiques ne nous appartiennent plus. Pourquoi la solidarit&#233; devrait-elle respecter ces fronti&#232;res sociales, alors que les pauvres sont continuellement trimbal&#233;s de l'une &#224; l'autre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne sommes pas solidaires de la mis&#232;re, mais de la vigueur avec laquelle les hommes et les femmes ne la supportent pas.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le r&#234;ve d'un parchemin&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans les profondeurs du fleuve o&#249; l'histoire s'&#233;coule, un r&#234;ve semble avoir r&#233;sist&#233; &#224; l'usure du temps et &#224; la cha&#238;ne implacable des g&#233;n&#233;rations. Regardez le parchemin jauni de ce code de la Renaissance, regardez sur la page ces xylographies qui nous ram&#232;nent &#224; la jeunesse d'un mill&#233;naire tout juste expir&#233;. Vous verrez les &#226;nes chevaucher des cardinaux et les affam&#233;s de toujours se noyer joyeux dans la nourriture, vous verrez les couronnes pi&#233;tin&#233;es, vous verrez la fin du monde ou &#8212; mieux encore &#8212; le monde &#224; l'envers. Le voici donc ce r&#234;ve, le voici nu qui se raconte dans une gravure vieille de cinq cent ans : tuer le monde pour pouvoir le saisir, le voler &#224; Dieu pour se l'approprier et le fa&#231;onner enfin de propres mains. Les &#233;poques lui ont ensuite pr&#234;t&#233; des v&#234;tements aux coupes toujours diff&#233;rentes. Il s'est habill&#233; en paysan pendant les insurrections du Moyen &#194;ge et en blouson noir en Mai 68, en ouvrier italien lors des occupations d'usines et en tisseur anglais aux temps o&#249; les premiers m&#233;tiers industriels &#233;taient furieusement d&#233;truits &#224; coups de masse. Le d&#233;sir de renverser le monde est r&#233;apparu chaque fois que les exploit&#233;s ont su saisir les fils qui les lient entre eux, les fils qui sont nou&#233;s et bris&#233;s par les diff&#233;rentes formes de l'exploitation. Ce sont ces formes, en effet, qui en quelque sorte &#034;organisent&#034; les pauvres : elles les concentrent dans les usines ou dans les quartiers, dans les ghettos m&#233;tropolitains ou devant le m&#234;me bureau de ch&#244;mage, en leur imposant des conditions de vie similaires et des probl&#232;mes similaires &#224; r&#233;soudre tous les jours. Arr&#234;tons-nous un instant, creusons le fond de nos m&#233;moire et faisons appel aux contes de nos p&#232;res. L'usine dans le brouillard ou la sueur des champs br&#251;l&#233;s par le soleil, le tourment d'une occupation coloniale qui t'arrache les fruits de la terre ou le rythme chaque jour plus infernal d'une presse qui, dans n'importe quel Etat &#034;communiste&#034;, te promet &#8212; pour un lendemain qui n'arrive jamais &#8212; de te d&#233;livrer de l'exploitation. Nous pouvons associer &#224; chacune de ces images de notre pass&#233; les diff&#233;rentes unions des exploit&#233;s et, donc, les bases concr&#232;tes des luttes avec lesquelles ceux-ci ont essay&#233; de renverser le monde et de supprimer l'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant que nous, fils des m&#233;moires et des r&#233;voltes si diff&#233;rentes, nous nous retrouvons c&#244;te &#224; c&#244;te, quel est-il le fil qui nous unit ? Qu'est-ce que nous a amen&#233;s ici du Maghreb ou de l'Est, d'Asie ou du c&#339;ur de l'Afrique ? Pourquoi m&#234;me celui qui a toujours habit&#233; ici ne reconna&#238;t plus cette terre, pourquoi la trouve-t-il si diff&#233;rente de celle de sa m&#233;moire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une plan&#232;te d&#233;figur&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous lisons avec attention l'histoire de ces trente derni&#232;res ann&#233;es, nous pouvons entrevoir une ligne de d&#233;veloppement, une s&#233;rie de modifications qui ont boulevers&#233; la plan&#232;te. Cette situation nouvelle est d&#233;finie commun&#233;ment par le terme de &#034;mondialisation&#034;. Il ne s'agit pas de donn&#233;es d&#233;finitivement acquises, mais de changements qui sont toujours en cours &#8212; avec des rythmes et des particularit&#233;s propres &#224; chaque pays &#8212; et qui nous permettent de tenter quelques pr&#233;visions. Brisons tout de m&#234;me, d'abord, un lieu commun sur la &#034;mondialisation&#034;. Le capital a toujours cherch&#233; &#224; l'&#233;chelle plan&#233;taire des march&#233;s &#224; conqu&#233;rir et une force de travail &#224; exploiter au prix le plus bas, ce n'est donc pas une nouveaut&#233;. Ce qui est nouveau, par contre, ce sont les instruments pour le faire : gr&#226;ce au d&#233;veloppement de la technologie, le capital peut r&#233;aliser cette tendance avec une vitesse et des cons&#233;quences inimaginables il y a encore quelques ann&#233;es. Il n'existe donc pas un point de rupture entre le vieux capitalisme et l'actuel, tout comme il n'a jamais exist&#233; un &#034;bon&#034; capitalisme qui se d&#233;veloppe sur des bases nationales et auquel il faudrait revenir &#8212; comme le laissent croire, au contraire, les nombreux adversaires du &#034;n&#233;olib&#233;ralisme&#034;. De 1973 (date qui marque conventionnellement le d&#233;but de l'&#232;re informatique) jusqu'&#224; aujourd'hui, le capital n'a jamais chang&#233; de nature, il n'est pas devenu plus &#034;m&#233;chant&#034;. Il a tout simplement quelques armes de plus, mais tellement puissantes qu'elles ont d&#233;figur&#233; la plan&#232;te. Pour une facilit&#233; d'analyse, nous lirons ce processus &#224; travers les changements qu'ont subi trois zones g&#233;ographiques diff&#233;rentes : les pays des anciennes colonies, les pays affranchis des r&#233;gimes dits communistes et ceux d'Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les enfants non d&#233;sir&#233;s du capital&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme il est connu, avec l'acquisition de l'ind&#233;pendance, les anciennes colonies n'ont nullement rompu les rapports avec leurs colonisateurs ; dans la plupart des cas, au contraire, elles les ont simplement modernis&#233;s, non sans divers sursauts. Si l'ancienne exploitation coloniale visait surtout &#224; l'accaparement de mati&#232;res premi&#232;res &#224; bas prix qui &#233;taient utilis&#233;es en Occident, &#224; partir d'un certain moment des phases enti&#232;res de la production industrielle ont &#233;t&#233; implant&#233;es dans les pays les plus pauvres, en profitant du co&#251;t tr&#232;s bas du travail. Tellement bas qu'il couvrait les frais de transport des mati&#232;res premi&#232;res, des machines, des objets finis ainsi que le prix des financements des r&#233;gimes locaux, garants de l'ordre public et du bon d&#233;roulement de la production. Pendant de longues ann&#233;es, les capitaux occidentaux ont envahi ces pays, en modifiant profond&#233;ment leur tissu social. Les anciennes structures paysannes ont &#233;t&#233; d&#233;truites pour faire place &#224; l'industrialisation, les liens communautaires bris&#233;s, les femmes prol&#233;taris&#233;es. Une immense quantit&#233; de main-d'&#339;uvre arrach&#233;e &#224; la terre, s'est retrouv&#233;e &#8212; exactement comme en Europe au si&#232;cle dernier &#8212; perdue dans les bidonvilles &#224; la recherche d'un travail. Cette situation trouvait sa brutale stabilit&#233; tant que les usines manufacturi&#232;res implant&#233;es par les occidentaux ont pu embaucher une partie cons&#233;quente des bras &#224; vendre. Mais &#224; un moment, ces usines ont commenc&#233; &#224; fermer. L&#224;-haut, au Nord, quelque chose avait chang&#233; : la force de travail &#233;tait devenue &#224; nouveau concurrentielle avec celle du Sud. Il y restait, une fois les usines ferm&#233;es, ces nouveaux prol&#233;taires, &lt;i&gt;nombreux et inutiles&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'Est, la situation n'est pas meilleure. Les r&#233;gimes soi-disant communistes ont laiss&#233; derri&#232;re eux le d&#233;sert, l'appareil productif &#8212; &#233;norme et obsol&#232;te &#8212; est rest&#233; en h&#233;ritage aux vieux bureaucrates et aux capitaux occidentaux. Ainsi, les fils et les petits-fils de ces exploit&#233;s &#8212; qui, outre l'esclavage hebdomadaire du travail salari&#233;, ont d&#251; subir aussi la rh&#233;torique dominicale des &#034;cuisini&#232;res au pouvoir&#034; et de l'internationalisme prol&#233;tarien &#8212; se sont retrouv&#233;s au ch&#244;mage : toute restructuration industrielle, on le sait, exige des licenciements. Comme cela avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; le cas avec les anciennes colonies, chaque pays occidental s'est partag&#233; ses zones d'influence &#233;conomique et politique dans les domaines de l'ex Pacte de Varsovie, en y transf&#233;rant la partie de sa production qui avait le plus besoin de main-d'&#339;uvre. Mais ce n'est qu'une goutte d'eau dans la mer, le nombre de pauvres devenus inutiles &#224; leurs ma&#238;tres &#233;tant gigantesque. &#192; l'Est comme au Sud, le chantage de la dette exerc&#233; par le Fond Mon&#233;taire International et la Banque Mondiale a acc&#233;l&#233;r&#233; de mani&#232;re d&#233;cisive ces processus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que, du Sud et de l'Est, commence la longue marche de ces enfants non d&#233;sir&#233;s du capital, de ces ind&#233;sirables. Mais pour ceux qui restent chez eux, le sort n'est pas meilleur. Les conflits sociaux provoqu&#233;s par des changements aussi &#233;normes que soudains sont int&#233;gr&#233;s dans les discours ethniques et religieux &#8212; des guerres nouvelles et toujours plus sanglantes sont au coin de la rue. Pour ceux qui choisissent la voie de l'&#233;migration, toute comme pour ceux qui restent, les seules certitudes sont la mis&#232;re et la d&#233;possession. Tout regret est vain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jusqu'&#224; hier&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre-temps, que s'est-il pass&#233; en Occident ? Moins brutal, le changement a &#233;t&#233; parall&#232;le &#224; celui du reste du monde. Les grands appareils industriels qui embauchaient une partie consistante des pauvres et qui ont longtemps d&#233;termin&#233; la physionomie des villes &#8212; donc la mentalit&#233;, la fa&#231;on de vivre et celle de se r&#233;volter des exploit&#233;s &#8212; ont disparu. En partie, parce que transf&#233;r&#233;s, nous l'avons vu, dans les pays les plus pauvres ; en partie parce qu'il a &#233;t&#233; possible de les morceler et de les r&#233;partir diff&#233;remment sur le territoire. Gr&#226;ce au d&#233;veloppement de la technologie, non seulement les cycles productifs ont &#233;t&#233; progressivement automatis&#233;s, mais ils sont devenus aussi plus adapt&#233;s au chaos intrins&#232;que du march&#233;. Autrefois, le capital avait besoin de travailleurs poss&#233;dant le savoir et la comp&#233;tence n&#233;cessaires pour ma&#238;triser, de mani&#232;re plus ou moins autonome, un fragment du cycle de produc-tion ; donc de travailleurs qui restaient une vie enti&#232;re dans la m&#234;me usine en train d'ex&#233;cuter les m&#234;mes t&#226;ches. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Les connaissances demand&#233;es sont de plus en plus r&#233;duites et interchangeables, il n'existe plus d'accumulation de savoir, chaque travail &#233;tant identique aux autres. Le vieux mythe du plein emploi est remplac&#233; par l'id&#233;ologie de la flexibilit&#233;, c'est-&#224;-dire par la pr&#233;carit&#233; et le d&#233;mant&#232;lement des anciennes garanties : il faut s'adapter &#224; tout, m&#234;me aux contrats hebdomadaires, &#224; l'&#233;conomie clandestine ou &#224; l'expulsion d&#233;finitive du contexte productif. Ces changements sont communs &#224; tout l'Occident, mais dans certains endroits ils ont &#233;t&#233; si rapides et si radicaux que le co&#251;t global du travail est devenu concurrentiel avec celui du Sud et de l'Est du monde. C'est ainsi que ce sont r&#233;alis&#233;s, d'un c&#244;t&#233;, le retour des capitaux ayant d&#233;stabilis&#233; l'&#233;conomie des pays le plus pauvres &#8212; avec comme cons&#233;quences des guerres et des migrations &#8212; et, de l'autre, la d&#233;gradation des conditions mat&#233;rielles des exploit&#233;s occidentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les r&#233;voltes &#224; venir&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair que le changement en Occident, bien que violent, est att&#233;nu&#233; en partie par ce qui reste du vieil Etat &#034;social&#034; et, surtout, par le fait qu'un bon nombre de pr&#233;caris&#233;s sont les fils des vieux prol&#233;taires et &#034;jouissent&#034; donc indirectement, &#224; travers leurs familles, des anciennes garanties. Il suffira pourtant de laisser passer encore une g&#233;n&#233;ration et la pr&#233;carit&#233; deviendra la condition sociale la plus g&#233;n&#233;ralis&#233;e. C'est ainsi que nous, fils du vieux monde industriel, serons &#233;conomiquement toujours plus inutiles, unis de fait &#224; la multitude d'ind&#233;sirables qui d&#233;barquent sur nos c&#244;tes. Avec le passage des ann&#233;es et l'ach&#232;vement de cette tendance, perdront leur sens tous les mouvements qui essaient d'apporter un soutien ext&#233;rieur &#224; une partie circonscrite des exploit&#233;s (immigr&#233;s, ch&#244;meurs, pr&#233;caires, etc.). Les conditions d'exploitation seront pour tous similaires, ouvrant ainsi les portes &#224; des luttes r&#233;ellement communes. Le voici enfin le fil qui nous lie tous, pauvres de mille pays, h&#233;ritiers d'histoires si diff&#233;rentes : le capital lui-m&#234;me a unifi&#233; dans la mis&#232;re les familles perdues de l'esp&#232;ce humaine. La vie qui se dessine &#224; l'horizon sera v&#233;cue sous le signe de la pr&#233;carit&#233;. Am&#233;nag&#233;es avec soin par l'&#233;volution de l'exploitation, voil&#224; les bases mat&#233;rielles modernes pour les anciens r&#234;ve de libert&#233;, voil&#224; le &lt;i&gt;lieu&lt;/i&gt; des prochaines r&#233;voltes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'hydre &#224; deux t&#234;tes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au sein des d&#233;mocrates radicaux et du &#034;peuple de gauche&#034;, beaucoup attribuent d&#233;sormais &#224; l'Etat un r&#244;le purement d&#233;coratif dans les d&#233;cisions prises sur nos t&#234;tes. On d&#233;finit, en somme, une hi&#233;rarchie mondiale dont le sommet est repr&#233;sent&#233; par les grandes puissances financi&#232;res et les multinationales, et dont la base est constitu&#233;e par les Etats nationaux ; ceux-ci deviendraient de plus en plus des valets, simples ex&#233;cutants de d&#233;cisions sans appel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela conduit &#224; une illusion qui est d&#233;j&#224; porteuse des pires cons&#233;quences. Nombreux, en effet, sont ceux qui essaient d'imposer un tournant r&#233;formiste et en quelque sorte nostalgique aux luttes qui se d&#233;veloppent un peu partout contre les aspects particuliers de la &#034;mondialisation&#034; : la d&#233;fense du &#034;bon&#034; vieux capitalisme national et, parall&#232;lement, celle du vieux mod&#232;le d'intervention de l'Etat dans l'&#233;conomie. Personne ne remarque, pourtant, que les th&#233;ories ultra-lib&#233;rales &#224; la mode ces temps-ci et celles keyn&#233;siennes, &#224; la mode il y quelques ann&#233;es encore, proposent simplement deux formes diff&#233;rentes d'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, on ne peut pas nier, en l'&#233;tat actuel des choses, que toute notre vie soit d&#233;termin&#233;e en fonction des n&#233;cessit&#233;s &#233;conomiques globales, mais cela ne signifie nullement que la politique ait perdu sa nocivit&#233;. Penser l'Etat comme une entit&#233; d&#233;sormais fictive, ou exclusivement comme le r&#233;gulateur des conflit sociaux (magistrature et police, pour ainsi dire), est limitatif. L'Etat, parmis les capitalistes, est celui qui assure des fonctions vitales pour tous les autres. N&#233;anmoins, sa bureaucratie, li&#233;e mais pas subordonn&#233;e aux cadres des entreprises, tend avant tout &#224; reproduire son propre pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Etat, en pr&#233;parant le terrain au capital, se d&#233;veloppe lui-m&#234;me. Ce sont les structures &#233;tatiques qui permettent l'abattement progressif des barri&#232;res du temps et de l'espace &#8212; condition essentielle pour la nouvelle forme de domination capitaliste &#8212;, en fournissant les territoires, les fonds et la recherche. La possibilit&#233; de faire circuler toujours plus rapidement les marchandises, par exemple, est garantie par les autoroutes, les voies a&#233;riennes et maritimes, le r&#233;seau du TGV : sans ces structures, organis&#233;es par les Etats, la &#034;mondialisation&#034; ne serait m&#234;me pas concevable. De la m&#234;me mani&#232;re, les r&#233;seaux informatiques ne sont rien d'autre qu'un emploi diff&#233;rent des vieux c&#226;bles t&#233;l&#233;phoniques : toute innovation dans ce secteur (communication par satellite, fibres optiques, etc.) est assur&#233;e, encore une fois, par les appareils &#233;tatiques. C'est de cette fa&#231;on, donc, que l'autre n&#233;cessit&#233; de l'&#233;conomie plan&#233;taris&#233;e (la circulation des donn&#233;es et des capitaux en quelques instants) est satisfaite. M&#234;me du point de vue de la recherche et des avancements technologiques, les Etats jouent un r&#244;le central. Du nucl&#233;aire &#224; la cybern&#233;tique, des &#233;tudes sur les nouveaux mat&#233;riaux au g&#233;nie g&#233;n&#233;tique, de l'&#233;lectronique aux t&#233;l&#233;communications, le d&#233;veloppement de la puissance technique est li&#233; &#224; la fusion des appareils industriel, scientifique et militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tout le monde le sait, le capital, de temps en temps, a besoin de se restructurer, c'est-&#224;-dire de changer les implantations, les rythmes, les qualification et donc les rapports entre les travailleurs. Souvent ces changements sont tellement radicaux (licenciements de masse, cadences infernales, r&#233;duction brutale des garanties, etc.) qu'ils mettent en crise la stabilit&#233; sociale, au point de rendre n&#233;cessaires des interventions de type politique. Parfois les tensions sociales sont tellement fortes, la police syndicale si impuissante et les restructurations si urgentes, que les Etats ne trouvent pas d'autres solutions que la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; travers cette voie, non seulement on d&#233;tourne la rage sociale vers des faux ennemis (les Autres au sens ethnique ou religieux, par exemple), mais on relance l'&#233;conomie : la militarisation du travail, les commissions d'armements et la baisse des salaires font rentabiliser au maximum les restes du vieux syst&#232;me industriel, tandis que les destructions g&#233;n&#233;ralis&#233;es c&#232;dent leur place &#224; un appareil productif plus moderne et aux investissements &#233;trangers. Pour les ind&#233;sirables &#8212; les exploit&#233;s inquiets et en surnombre &#8212; l'intervention sociale devient plus exp&#233;ditive : l'extermination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des caract&#233;ristiques de cette &#233;poque est le flux de plus en plus massif de migrants vers les m&#233;tropoles occidentales. Les politiques de l'immigration &#8212; l'alternance d'ouverture et de fermeture des fronti&#232;res &#8212; ne sont pas d&#233;termin&#233;es par le degr&#233; de sensibilit&#233; des gouvernants, mais d&#233;coulent des tentatives de faire face &#224; une situation toujours plus difficile &#224; g&#233;rer, et d'en tirer profit. D'une part, il n'est pas possible de fermer herm&#233;tiquement les fronti&#232;res, d'autre part un petit pourcentage d'immigr&#233;s est utile &#8212; surtout si clandestins et donc corv&#233;ables &#224; merci &#8212; puisqu'il repr&#233;sente une bonne r&#233;serve de force de travail &#224; bas prix. En m&#234;me temps la clandestinit&#233; de masse provoque des conflits sociaux difficilement contr&#244;lables. Les gouvernements doivent naviguer entre ces n&#233;cessit&#233;s, le bon fonctionnement de la machine &#233;conomique en d&#233;pend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme le march&#233; mondial unifie les conditions d'exploitation sans pour autant &#233;liminer la concurrence entre capitalistes, de m&#234;me il existe une puissance pluri&#233;tatique qui coordonne les projets de domination sans effacer la comp&#233;tition politique et militaire entre les diff&#233;rents gouvernements. Les accords &#233;conomiques et financiers, les lois sur la flexibilit&#233; du travail, le r&#244;le des syndicats, la coordination des arm&#233;es et des polices, la gestion &#233;cologique des nuisances, la r&#233;pression de la dissidence &#8212; tout cela est d&#233;fini au niveau international. La mise en pratique de ces d&#233;cisions revient n&#233;anmoins &#224; chaque Etat, qui doit se r&#233;v&#233;ler &#224; la hauteur. Le corps de cette Hydre sont les structures technobureaucratiques. Non seulement les exigences du march&#233; se fondent avec celles du contr&#244;le social, mais elles utilisent les m&#234;mes r&#233;seaux. Par exemple, les syst&#232;mes bancaire, m&#233;dical, policier et d'assurance s'&#233;changent continuellement leurs donn&#233;es. L'omnipr&#233;sence des cartes magn&#233;tiques r&#233;alise un fichage g&#233;n&#233;ralis&#233; des go&#251;ts, des achats, des d&#233;placements, des habitudes. Tout cela sous les yeux des cam&#233;ras de surveillance toujours plus diffuses, et parmi des t&#233;l&#233;phones portables qui assurent la version virtuelle et elle-m&#234;me fich&#233;e d'une communication sociale qui n'existe plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;olib&#233;ralisme ou pas, l'intervention de l'Etat sur le territoire et dans nos vies est chaque jours plus totalitaire, sans pour autant &#234;tre s&#233;par&#233;e de l'ensemble des structures de production, distribution et reproduction du capital. La hi&#233;rarchie pr&#233;sum&#233;e entre le pouvoir des multinationales et celui des Etats, de fait, n'existe pas, car ils op&#232;rent en symbiose mutuelle pour cette puissance inorganique qui est en train de mener une seule guerre : celle contre l'autonomie des hommes et contre la vie sur Terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[LA SUITE &lt;a href=&#034;https://infokiosques.net/IMG/pdf/les_indesirables.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ICI&lt;/a&gt;.]&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gli indesiderabili/Les ind&#233;sirables&lt;/strong&gt;, huit-pages paru en italien et fran&#231;ais, num&#233;ro unique, Pantagruel (Pont St Martin-AO) &amp; Sans Patrie (Paris), mars 2000.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>A toute allure. La lutte du Val Susa contre le TGV Lyon-Turin</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article489</link>
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		<dc:date>2009-02-22T10:59:26Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Quelques r&#233;volt&#233;s m&#233;tropolitains</dc:creator>


		<dc:subject>Ecologie radicale</dc:subject>
		<dc:subject>Mutines S&#233;ditions (Paris)</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvements sociaux</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;De 1996 &#224; fin 2005, &#233;tat des lieux de la lutte, toujours en cours, men&#233;e en Italie contre le TGV Lyon-Turin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sabotages, manifestations, blocages, occupations, actions directes, textes critiques, etc.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique5" rel="directory"&gt;A&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;Ecologie radicale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot87" rel="tag"&gt;Mutines S&#233;ditions (Paris)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot93" rel="tag"&gt;Mouvements sociaux&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L138xH150/arton489-5c0bd.jpg?1781169352' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='138' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff489.jpg?1214087831&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;APR&#200;S AVOIR SOUTENU l'incendie qui s'est d&#233;velopp&#233; &#224; partir de fin octobre dans tout le pays, d&#233;passant largement l'&#233;piph&#233;nom&#232;ne &#171; jeunes de cit&#233;s &#187; pour contaminer de larges zones du territoire, impliquer des dizaines de milliers de noctambules, et frapper commissariats, &#233;coles, bus, entrep&#244;ts et autres supermarch&#233;s, nous n'avons pu regarder que d'un oeil bienveillant la r&#233;volte du Val Susa, de l'autre c&#244;t&#233; des Alpes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CONCERNANT la population enti&#232;re de cette &#233;troite vall&#233;e situ&#233;e entre Modane et Turin, la rage explose contre les d&#233;buts de la construction d'une ligne de train fret/voyageurs &#224; grande vitesse. Bien s&#251;r il y a l'uranium et l'amiante qu'ils doivent bouffer avec les futurs travaux, bien s&#251;r il y a le bruit pour vingt ans, bien s&#251;r il y a la montagne &#233;ventr&#233;e pour le profit de quelques uns. Mais il y a surtout la volont&#233; de pr&#233;server envers et contre tout - la technologie, le progr&#232;s ou le choix des d&#233;mocrates &#233;lus - un certain rapport &#224; leur environnement et la possibilit&#233; de d&#233;cider par eux-m&#234;mes de leur vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DES SABOTAGES entre 1996 et 1998 aux marches sur les sentiers des partisans, puis des manifestations aux gr&#232;ves sauvages, des blocages de route et voies ferr&#233;es aux durs affrontements avec la flicaille pour emp&#234;cher les premiers sondages de terrain, ils ont su user en quelques mois d'une grande partie du langage de la critique pour affirmer qu'ils ne veulent pas de cette Grande Vitesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ET NON CONTENTS de f&#234;ter joyeusement en ces mois d'hiver chaque recul des techniciens venus fouiller la vall&#233;e avant de la d&#233;chirer, ils poussent en plus le comble jusqu'&#224; se confronter dans de larges assembl&#233;es, r&#233;fl&#233;chir ensemble et comploter contre ce monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SI CETTE ATTAQUE de la civilisation a su trouver une r&#233;ponse collective qui nous en rappelle d'autres (contre le nucl&#233;aire &#224; Plogoff ou Chooz par exemple), elle nous a comme premi&#232;re solidarit&#233; pouss&#233;s &#224; publier ce petit dossier en guise d'antipasto.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quelques r&#233;volt&#233;s m&#233;tropolitains&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Toujours plus vite&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Le plaisir de voyager, entendu comme aventure et d&#233;couverte, est une chose. La n&#233;cessit&#233; de se d&#233;placer le plus rapidement possible en est une autre. La Grande Vitesse n'est rien d'autre que la r&#233;ponse &#224; cette fausse n&#233;cessit&#233; : celle de parcourir le plus grand espace en le moins de temps possible. Mais de quel espace et de quel temps parlons-nous ? Vite fait bien fait de Turin &#224; Paris et de Paris &#224; Turin, agripp&#233; &#224; ses vingt-quatre heures, chacun trouvera &#224; la gare d'arriv&#233;e le m&#234;me sandwich, le m&#234;me coca et le m&#234;me ennui qu'il a laiss&#233; &#224; la gare de d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la Grande Vitesse, il sera possible de rejoindre le m&#234;me ennui, le m&#234;me coca et le m&#234;me sandwich en cinq heures plut&#244;t qu'en dix.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ben dis-donc ! C'est &#231;a le progr&#232;s dont l'id&#233;ologie arr&#234;te si souvent la critique, et qui nous rend bouche b&#233;e d'admiration ? Eh oui. Et c'est le premier mensonge qu'on doit d&#233;masquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gain de temps, qu'on nous deale comme un besoin humain que chacun devrait pouvoir satisfaire, ne r&#233;pond en fait qu'aux int&#233;r&#234;ts du capital et de sa reproduction : la r&#233;duction de la vie quotidienne &#224; une ressource de moments compl&#232;tement &#233;quivalents entre eux, une course n&#233;cessaire et rapide qui ne laisserait aucune place &#224; des pens&#233;es ou d&#233;sirs qui ne seraient pas une nouvelle marchandise &#224; consommer. Qu'il s'agisse d'un pique-nique en famille, d'une pizza entre amis ou d'une journ&#233;e de ski.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc &#231;a notre vie ? Il semblerait que oui. Paradoxalement, ce n'est pourtant que lorsque chaque instant est devenu &#233;gal aux autres, lorsque chaque endroit est devenu identique, que le fait de se d&#233;placer le plus rapidement possible est devenu une conqu&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a bien s&#251;r ceux qui se plaignent que la Grande Vitesse &#233;ventrera des vall&#233;es, d&#233;vastera des jardins, ass&#233;chera les g&#233;raniums au bord des fen&#234;tres ou tiendra &#233;veill&#233;s ceux qui auront la malchance de vivre aux alentours de son passage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vrai, mais il y a plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Grande Vitesse n'est pas seulement une attaque contre la vie de quelques vall&#233;es, mais une attaque contre le sens de la vie m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est un signe des temps sans &#233;quivoque, un temps o&#249; le mensonge est n&#233;cessaire au capital pour se maintenir. Et c'est bien &#231;a le hic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le progr&#232;s, l'&#233;conomie et la production, d&#232;s lors que leur fonction d'optimiser les ressources humaines s'est &#233;puis&#233;e, se sont maintenus en vie et tournent &#224; vide pour une foule de cr&#233;dules apeur&#233;s qui n'osent pas se lib&#233;rer. Ceux qui administrent tout cela ne sont alors plus bons &#224; rien. Pour continuer &#224; exister, ils doivent ainsi se contenter de r&#233;aliser des nocivit&#233;s : les Trains &#224; Grande Vitesse par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux-l&#224;, comme le capital, courent comme des fous sur un quai sans issue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ussirons-nous &#224; les faire d&#233;railler ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Anarchici valdostani&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;[Tract distribu&#233; &#224; la manifestation turinoise du 14 mars 1998]&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;* * * * * * * * * * *&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un pass&#233; de sabotages&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1996&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23 ao&#251;t : Deux molotovs sont lanc&#233;s pr&#232;s de Bussoleno contre la foreuse utilis&#233;e pour sonder le sous-sol. Des tags contre le Tav sont trouv&#233;s sur place. 50 000 euros de d&#233;g&#226;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27 novembre : Une cabine &#233;lectrique de la ligne ferroviaire Turin-Modane est incendi&#233;e sur les hauteurs de Bruzolo. Des tags contre le Tav sont trouv&#233;s sur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24 d&#233;cembre : Les transformateurs &#233;lectriques d'un relais de t&#233;l&#233;vision de la Rai et d'un relais de t&#233;l&#233;phone Omnitel &#224; c&#244;t&#233; sont incendi&#233;s pr&#232;s de Mompantero. Des coups de fusils sont tir&#233;s contre les deux cabines. On retrouve &#233;crit sur une &#233;glise voisine &#171; Valsusa libera &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1997&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26 janvier : Du liquide inflammable est jet&#233; sur les parties &#233;lectriques et le tableau de commande d'une foreuse &#224; Crotte di Chianocco. On retrouve sur place des tags contre le Tav et les Mondiaux de ski. 10 000 euros de d&#233;g&#226;ts&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 f&#233;vrier : Le g&#233;n&#233;rateur de courant d'un chantier o&#249; op&#232;re une foreuse saute &#224; l'aide d'un m&#233;lange de liquide inflammable et de poudre de cartouches pr&#232;s de Mompantero. Des tags contre le Tav et les Mondiaux de ski sont laiss&#233;s sur place. 15 000 euros de d&#233;g&#226;ts. Un relais de t&#233;l&#233;phone situ&#233; &#224; c&#244;t&#233; est aussi touch&#233;, sa cabine &#233;lectrique se prend des coups de fusils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18 mars : Apr&#232;s avoir p&#233;n&#233;tr&#233; de nuit dans le tunnel de l'autoroute A32 &#224; Giaglione, des saboteurs anonymes font sauter son canal de distribution &#233;lectrique &#224; la dynamite. Sans revendication.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus de 25 000 euros de d&#233;g&#226;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21 mai : Double attaque dans la zone de Mompantero. Les c&#226;bles d'un relais de t&#233;l&#233;vision Mediaset sautent &#224; la dynamite &#224; Bianco, tandis qu'une foreuse br&#251;le &#224; Moetto. Sans revendication. 35 000 euros de d&#233;g&#226;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 octobre : La maison d'Ugo Iallasse, dirigeant de la Sitaf (qui g&#232;re l'autoroute de Fr&#233;jus qui passe dans la vall&#233;e), se prend de puissants p&#233;tards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 novembre : Une explosion endommage deux relais situ&#233;s sur les hauteurs de Borgone di Susa. Leurs antennes servaient &#224; plusieurs cha&#238;nes t&#233;l&#233;s et radios, ainsi que de pont-radio pour les carabiniers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 novembre : Explosion manqu&#233;e d'un dispositif feu/bonbonne de gaz contre une cabine &#233;lectrique de blocage de la ligne ferroviaire Turin-Modane. Un tag contre le Tav qui ne semble pas r&#233;cent est retrouv&#233; sur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1998&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20 janvier : Apr&#232;s avoir d&#233;rob&#233; de l'outillage, des inconnus incendient de nuit la mairie de Caprie. Le feu, parvenu au garage municipal, provoquera une explosion causant de lourds d&#233;g&#226;ts &#224; l'&#233;difice.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;* * * * * * * * * * *&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Mais bordel, o&#249; veulent-ils donc aller si vite ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Un lieu commun voit les montagnards comme des personnes tranquilles et pacifiques. Des gens sereins qui vivent dans des endroits pr&#233;serv&#233;s. Peut-&#234;tre les montagnards du Val Susa &#233;taient-ils autrefois tranquilles et pacifiques. Depuis quelques temps en revanche, ils sont plut&#244;t enrag&#233;s. Le progr&#232;s et l'argent veulent en effet bouffer leur vall&#233;e qui, comme beaucoup d'autres endroits du monde, est d&#233;j&#224; en piteux &#233;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; travers le Val Susa que devrait passer la ligne de train TAV/TAC (Train &#224; Grande Vitesse/Train &#224; Grande Capacit&#233;, respectivement pour les passagers et les marchandises) de Turin &#224; Lyon, faisant partie d'un projet de mobilit&#233; &#171; rapide &#187; au niveau europ&#233;en. En partant de Turin, le train super-rapide devrait traverser un premier tunnel (Musin&#232;-Gravio) de 23 kilom&#232;tres de long, pour d&#233;boucher dans la Vall&#233;e Haute, o&#249; un autre tunnel de 53 kilom&#232;tres devrait r&#233;unir Venaus en Italie &#224; St Jean-de-Maurienne en France. Incroyable, pas vrai ? Ne serait-ce que par la quantit&#233; d'amiante et d'uranium qui sortira de ces gros trous, pour se d&#233;verser avec la brise du soir sur les villages de la vall&#233;e et sur Turin.&lt;br class='autobr' /&gt;
La ligne &#224; grande vitesse est pr&#233;sent&#233;e dans les m&#233;dias (en particulier par TG3 et le journal La Stampa, qui appartient &#224; Agnelli le patron de FIAT) comme une b&#233;n&#233;diction qui sauverait le Pi&#233;mont du d&#233;clin &#233;conomique. Des &#233;tudes ind&#233;pendantes ont pourtant relev&#233; que du point de vue des transports, ce projet est totalement inutile. La ligne ferroviaire d&#233;j&#224; existant est &#224; peine exploit&#233;e &#224; la moiti&#233; de sa capacit&#233;. En somme, il suffirait d'investir (et moins) pour maintenir en service la ligne pr&#233;sente. On &#233;viterait entre autre les massacres li&#233;s au manque de s&#233;curit&#233;, comme celui de Crevalcore ou, par chez nous, de Madonna dell'Olmo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident que la construction de lignes &#224; grande vitesse est un banquet exquis pr&#233;par&#233; pour les grands groupes industriels et financiers. Il suffit de rappeler que parmi les principaux int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques qui sont derri&#232;re le TAV se trouve le clan Agnelli.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les dommages environnementaux li&#233;s &#224; la construction de la nouvelle ligne de train seront &#233;normes pour le Val Susa, avec des nappes phr&#233;atiques ass&#233;ch&#233;es par les fouilles, une pollution sonore et, surtout, un million de m&#232;tres cubes extraits, contenant de l'amiante et de l'uranium.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui se traduira pour la sant&#233; des habitants du Val Susa et des turinois par des m&#233;soth&#233;liomes (un cancer de la pl&#232;vre provoqu&#233; par l'inhalation de l'amiante, mortel dans 100% des cas) et des lymphomes (pour &#234;tre clair, ce dont sont malades les militaires qui ont &#233;t&#233; expos&#233;s aux projectiles &#224; l'uranium au Kosovo).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La population de la vall&#233;e lutte depuis des ann&#233;es contre ce projet. Cette opposition tenace a fait patiner pendant des ann&#233;es les sondages &#224; partir desquels partirait la construction de la ligne &#224; grande vitesse. Au d&#233;but de l'automne, le gouvernement et les entreprises prestataires ont pr&#233;vu de donner le feu vert au d&#233;but des travaux, mais la population occupe d&#233;sormais depuis des mois les sites o&#249; devraient ouvrir les chantiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons la marche du samedi 4 juin 2005, qui a vu d&#233;filer 30 000 personnes pour dire aux chefs de bord qu'ils ne voulaient pas entendre parler de grande vitesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons aussi les nombreuses actions de sabotage contre les premiers relev&#233;s de terrain, &#224; cheval entre 1997 et 1998. Trois anarchistes furent accus&#233;s d'entre &#234;tre les auteurs, et d&#233;nonc&#233;s comme &#233;tant des &#171; &#233;co-terroristes &#187; (terme curieux qui d&#233;finit ceux qui d&#233;fendent l'environnement contre les griffes du capital). Des ann&#233;es apr&#232;s, le proc&#232;s s'est termin&#233; sans que les juges puissent prouver leurs accusations, mais deux d'entre eux, Edoardo Massari et Maria Soledad Rosas, &#233;taient d&#233;j&#224; morts en incarc&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur fin dramatique nous rend encore plus d&#233;termin&#233;s &#224; ne pas baisser la t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vendredi 9 septembre 2005, de 16 &#224; 20h,&lt;br class='manualbr' /&gt;se tiendra un banquet informatif devant la gare.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que nous sommes solidaires avec la lutte contre cette balafre suppl&#233;mentaire contre l'environnement et ceux qui y vivent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que nous sommes conscients que la grande vitesse n'est qu'une des griffes (qui se nomme ailleurs tunnels, m&#233;gas-digues,&lt;br class='autobr' /&gt;
infrastructures olympiques, antennes et pyl&#244;nes, etc.)&lt;br class='autobr' /&gt;
avec lesquelles le pouvoir attente &#224; nos vies et &#224; notre terre. Partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que nous voulons lancer un signal &#224; ceux qui mettent en place le TAV : m&#234;me en dehors du Val Susa, leur nocivit&#233; rencontrera&lt;br class='autobr' /&gt;
l'hostilit&#233; qu'elle m&#233;rite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;[Tract italien distribu&#233; simultan&#233;ment dans plusieurs villes alpines&lt;br class='autobr' /&gt;
avant le d&#233;but annonc&#233; des travaux en Val Susa]&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;* * * * * * * * * * *&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Amiante et uranium sont sur un bateau. Qui c'est qui cr&#232;ve ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'ouvrage principal de la ligne Lyon-Turin est un tunnel de 53 km sous les Alpes qui unira St-Jean-de-Maurienne &#224; Venaus. Sa port&#233;e est telle qu'il n&#233;cessite de recueillir un nombre d'informations consid&#233;rable avant d'engager le projet d&#233;finitif vers 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travaux de base portent donc principalement sur le creusement de quatre descenderies et galeries de reconnaissance &#224; Modane/Villarodin-Bourget, St-Martin-la-Porte et La Praz en France, Venaus en Italie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les descenderies sont des ouvrages souterrains de plusieurs kilom&#232;tres qui permettent de rejoindre, au c&#339;ur du massif, le niveau du futur ouvrage principal, le Tunnel de base. Au cours des diff&#233;rentes phases d'utilisation, les descenderies remplissent trois fonctions : en phase d'&#233;tudes, elles donnent acc&#232;s aux premi&#232;res galeries de reconnaissance, ce qui aide &#224; mieux conna&#238;tre la structure g&#233;ologique du terrain et &#224; pr&#233;ciser les m&#233;thodes de construction, les co&#251;ts (il est pr&#233;vu de d&#233;penser 550 millions d'euros rien que pour cette phase de reconnaissance) et les d&#233;lais d&#233;finitifs. Ensuite, viendra peut-&#234;tre le temps des travaux de r&#233;alisation du tunnel de base et, &#224; ce moment, elles donnent la possibilit&#233; de le creuser depuis les 17 points d'attaque pr&#233;vus. Enfin, une fois le tunnel r&#233;el en service vers 2020, les descenderies serviront &#224; sa ventilation et d'acc&#232;s aux &#233;quipes de maintenance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trois descenderies sont d&#233;j&#224; en travaux : apr&#232;s une premi&#232;re phase de d&#233;but 2002 &#224; juillet 2004, l'excavation de la descenderie de Modane doit reprendre fin 2005 jusque mi-2007. La descenderie de Saint-Martin-la Porte a commenc&#233; en second, d&#233;but 2003, et devrait &#234;tre achev&#233;e mi-2006. Enfin, le d&#233;but des travaux de la derni&#232;re descenderie c&#244;t&#233; fran&#231;ais, celle de La Praz (situ&#233;e sur la commune de Saint-Andr&#233;) a officiellement &#233;t&#233; inaugur&#233; le 13 octobre 2005. La galerie de reconnaissance de Venaus, en Italie, n'a toujours pas &#233;t&#233; conquise par la CMC, la coop&#233;rative &#224; la t&#234;te du consortium qui doit la r&#233;aliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, apr&#232;s ce tunnel principal qui sort &#224; Venaus, le trac&#233; pr&#233;voit ensuite de creuser 44 km &#224; flanc de montagne entre Bruzolo (Val Susa) et Settimo Torinese (p&#233;riph&#233;rie de Turin), dont 23 km de tunnel de Grange &#224; Borgone. Ce dernier s'accompagne de trois galeries secondaires (des &#171; fen&#234;tres de s&#233;curit&#233; &#187;) dans les villages&lt;br class='autobr' /&gt;
de Rivera, Caprie et Grangetta.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Val Susa, ce sont pr&#232;s de 1,15 millions de m&#232;tres cubes de roche contenant de l'amiante qui vont &#234;tre extraits et stock&#233;s un peu plus loin, &#224; Tetti S. Mauro. L'amiante est un min&#233;ral fibreux qui, r&#233;duit &#224; l'&#233;tat de poudre, en particules microscopiques, est facilement dispers&#233; par le vent avant d'&#234;tre respir&#233;. Le m&#233;soth&#233;liome, un cancer des poumons qui se d&#233;veloppe 15-20 ans apr&#232;s ces inhalations, est mortel dans 100 % des cas et conduit &#224; la mort environ 9 mois apr&#232;s le diagnostic. Quant &#224; l'uranium, r&#233;pertori&#233; depuis 1965 dans le massif d'Ambin, il sera extrait 15 millions de m&#232;tres cubes en contenant : inhal&#233;, il cause le lymphome, un cancer non moins p&#233;nible, sans compter qu'il aura l'agr&#233;able plaisir de contaminer de fa&#231;on incommensurable les nappes phr&#233;atiques d'une part, les cours d'eau qui serviront d'irrigation aux chantiers ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le meilleur argument du monde en faveur du Turin-Lyon, s'il en existait un, ne vaudra jamais ces cons&#233;quences-l&#224; sur une population.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;* * * * * * * * * * *&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;A Sar&#224; D&#252;ra (Vous allez en chier)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En 1990, le Conseil de la Communaut&#233; europ&#233;enne approuve un plan directeur de construction d'un r&#233;seau europ&#233;en de 30 000 km de lignes de train &#224; grande vitesse, afin de relier toujours plus vite les grands p&#244;les &#233;conomiques d'Europe et de faire circuler la marchandise et les riches en des temps dignes d'une soci&#233;t&#233; ultramoderne. L'axe prioritaire n&#176;6 confirm&#233; le 16 novembre 2005, part de Lyon et passe par Turin, Milan, Venise, Trieste et Budapest pour finir vers Kiev. La liaison Lyon-Turin, &#224; travers le Val Susa, inclut la r&#233;alisation d'un tunnel de 53 km. La France et l'Italie, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; retard&#233;s par des questions de gros sous depuis 1996, concluent en janvier 2001 l'accord devant mener ce projet &#224; bien. Fin 2003, l'Union Europ&#233;enne accepte de verser 20 % des 13 milliards pr&#233;vus, puis 50 % en &#233;t&#233; 2004. Les premiers travaux, apr&#232;s r&#233;cup&#233;ration des terrains expropri&#233;s, devaient donc commencer en Italie sous forme de sondages &#224; Borgone, Bruzolo, Chianoco, Bussoleno, Mompantero, Giaglone et de galerie de reconnaissance &#224; Venaus, sortie du futur tunnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2005&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 juin : La manifestation en vue de remobiliser les habitants de la vall&#233;e &#224; l'approche des sondages g&#233;ologiques sur les diff&#233;rents sites, qui sont la derni&#232;re &#233;tape avant le d&#233;but des travaux, r&#233;unit 30 000 personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20 juin : La tentative des sondeurs de venir prendre possession du site de Borgone est repouss&#233;e par la population sous l'&#233;gide de leur maire. Un journaliste de la t&#233;l&#233; r&#233;gionale TG3 est chass&#233;. La m&#233;thode pour emp&#234;cher les techniciens et leur foreuse de venir prendre possession des terrains expropri&#233;s, qui sera utilis&#233;e tout le mois, est la convocation d'un conseil municipal sur site du matin au soir appuy&#233; par un rassemblement de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21 juin : une cinquantaine de maires et conseillers municipaux sont re&#231;us par l'adjoint aux transports du conseil r&#233;gional. La r&#233;gion Pi&#233;mont accorde le lendemain un moratoire de 3 mois avant de d&#233;but des premiers sondages, pensant gagner du temps afin de &#171; convaincre &#187; ses t&#234;tus d'administr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27 juin : La tentative de venir prendre possession du site de Bruzolo est repouss&#233;e par la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29 juin : La tentative de venir prendre possession du site de Venaus est repouss&#233;e par la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 septembre : Rassemblements et informations devant les gares de plusieurs villes des Alpes occidentales en solidarit&#233; avec la lutte du Val Susa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 octobre : Le ministre des transports suspend au 31 octobre la venue de 900 flics suppl&#233;mentaires afin de reprendre les derniers terrains &#224; sonder. Le rassemblement pr&#233;vu &#224; Venaus pour s'opposer aux r&#233;appropriations des sondeurs se tient n&#233;anmoins, mais dans une ambiance moins tendue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 octobre : Dominique Perben, ministre fran&#231;ais des Transports, de l'Equipement, du Tourisme et de la Mer, inaugure les travaux de la descenderie de La Praz en Savoie dans le cadre du chantier du Lyon-Turin. Elle constitue le 3e chantier engag&#233; en Savoie par Lyon Turin Ferroviaire (LTF, soci&#233;t&#233; franco-italienne qui a en charge la partie commune aux deux pays).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30 octobre : C'est le dernier jour, selon certains crit&#232;res l&#233;gaux, pour que les sondeurs se rendent sur les diff&#233;rents sites. Toute la vall&#233;e est bloqu&#233;e par une mar&#233;e humaine, les voies d'acc&#232;s aux terrains sont barricad&#233;es. Les techniciens et leurs foreuses, prot&#233;g&#233;s par un millier de flics, ne parviennent pas &#224; forcer les routes malgr&#233; les nombreuses charges. Les quelques unit&#233;s qui parviennent &#224; passer par les sentiers d&#233;rob&#233;s de la montagne sont accueillies comme il se doit lorsqu'elles atteignent le sommet. Les trains (dont les TGV) qui relient Modane &#224; Turin sont bloqu&#233;s plus de 30 fois, plusieurs usines d&#233;brayent &#224; la sauvage. Le chef-lieu Susa est totalement blind&#233; et l'on n'y rentre qu'avec ses papiers d'identit&#233;. A 17h, la d&#233;faite du gouvernement semble consomm&#233;e, les maires n&#233;gocient le retrait provisoire des flics contre la lev&#233;e des barrages. La journ&#233;e se finit par de grandes f&#234;tes dans les villages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31 octobre : &#171; Trahissant &#187; une parole qui n'engage que ceux y croient, les forces de l'ordre prennent tous les terrains ce matin-l&#224; vers 3h, notamment la zone de Mompantero si bien d&#233;fendue la veille. Ils sont cl&#244;tur&#233;s tandis que les routes qui y m&#232;nent sont interdites &#224; toute personne. Plusieurs gares sont occup&#233;es en r&#233;action. Les maires tentent une nouvelle fois d'enliser la lutte sur le terrain l&#233;gal en bloquant sur les recours. Une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale en Val Susa ainsi qu'une nouvelle manifestation sont tout de m&#234;me d&#233;cid&#233;es en assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale pour la mi-novembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 novembre : Les flics &#8216;trouvent' un &#233;trange colis pi&#233;g&#233; laiss&#233; d&#233;samorc&#233; volontairement et accompagn&#233; d'un tract &#171; Val Susa Rossa &#187; sur la route nationale. C'est l'occasion r&#234;v&#233;e pour les flics et les journaux de ressortir leurs fables sur les anarchistes et les mensonges de 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 novembre : &#171; D&#233;j&#224; 100 possibles mises en examen (des &#233;lus, des jeunes des centres sociaux, des familles) tous possiblement inculp&#233;s pour avoir particip&#233; aux diff&#233;rents blocages qui ont eu lieu le 31 octobre. Les flics ont tap&#233; et en plus les magistrats inculpent. Le Val Susa est envahi de flics avec de continuelles provocations &#8212; les habitants de certains villages sont soumis &#224; 4 contr&#244;les voire plus pour aller au boulot. Les flics volent le bois entrepos&#233; dans les montagnes pour se chauffer aux barrages routier. Ils balancent aussi leurs salet&#233;s dans les cours de ferme. Lorsque vous avez un chien, obligation de le tenir en laisse m&#234;me &#224; la campagne. Pour ce qui est des ouvriers qui travaillent aux sondages sur les chantiers, ils sont prot&#233;g&#233;s par les flics et en plus sortent de leur travail avec une couverture sur la t&#234;te pour ne pas que les habitants de la vall&#233;e pr&#233;sent aupr&#232;s des chantiers puissent les reconna&#238;tre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 novembre : une marche aux flambeaux de nuit sur les sentiers des partisans r&#233;unit des centaines de personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16 novembre : 80 &#224; 100 000 personnes manifestent de Bussoleno &#224; Susa. La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale est largement suivie malgr&#233; le refus des grands syndicats nationaux de l'appuyer, tous les commerces ont baiss&#233; leur rideau. Des gamins aux plus vieux, tous et toutes sont dans la rue et dans la montagne. Dans une vall&#233;e qui compte 50 000 habitant-e-s, les renforts sont venus de toute la r&#233;gion et de la capitale du Pi&#233;mont, Turin. Cette manif avait aussi comme slogan la fin de la pr&#233;sence polici&#232;re : 15 000 policiers occupent en effet la vall&#233;e depuis maintenant 3 semaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28 novembre : Les flics prennent position &#224; 3h du matin &#224; Venaus pour prot&#233;ger les travaux de sondage pr&#233;alable de ce lieu choisi pour abriter l'entr&#233;e du tunnel de 53 km puis filent des coups &#224; Agnoletto et molestent 4 autres d&#233;put&#233;s europ&#233;ens venus en d&#233;l&#233;gation voir ce qui se passait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29 novembre : Alors qu'une nouvelle manifestation r&#233;unit 30 000 personnes, pr&#232;s de 5 000 autres se rendent sur le site du chantier de Venaus, &#224; 1 500 m&#232;tres d'altitude, et y chassent la flicaille. L'occupation permanente est d&#233;cid&#233;e : tentes, po&#234;les et assembl&#233;es vont la rythmer pendant une petite semaine... &#171; Les discussions entre les diff&#233;rents groupes sont parfois tr&#232;s vives. D'aucuns discutent avec les sbires pr&#233;sents sur le terrain de 4 hectares alors que d'autres veulent leur lancer des pierres. Discussions qui pourtant n'emp&#234;chent pas que le mouvement continue et s'&#233;largisse. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30 novembre : &#171; Des paysans am&#232;nent du bois avec leurs tracteurs pour renforcer les barricades que d'autres ont commenc&#233; &#224; construire, malgr&#233; le grand froid. Les discussions continuent mais le nombre de personnes discutant avec les forces de d&#233;fense du projet diminue, car l'activit&#233; se concentre sur la d&#233;fense du lieu et la concertation &#224; l'int&#233;rieur du mouvement. C'est la fin des altermoiements. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 d&#233;cembre : &#171; L'ambiance et la combativit&#233; semblent &#234;tre meilleures que le premier jour. Les flics se contentent de pousser pour essayer de d&#233;loger les manifestants mais n'y arrivent pas car ils sont bien moins nombreux. &#187; Peu apr&#232;s 22h, ils se retirent plus loin, d&#233;go&#251;t&#233;s par la rapide affluence des valsusains (600 en une heure) venus renforcer les petites dizaines d'occupants du dernier site qu'ils ne contr&#244;lent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 d&#233;cembre : Le ministre de l'int&#233;rieur d&#233;clare qu'il envoie 900 policiers suppl&#233;mentaires en Val Susa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 d&#233;cembre : C'est vers 3h30 du matin qu'un millier de policiers et carabiniers attaquent le dernier site occup&#233;, celui de Venaus. Ils matraquent &#224; tour de bras les 200 habitants qui dorment-l&#224; avant de raser tout le campement au bulldozer puis d'installer des barri&#232;res. 19 personnes sont bless&#233;es, dont deux gravement (un retrait&#233; de 64 ans a un traumatisme abdominal &#224; force de coups et un jeune de 22 ans un traumatisme cr&#226;nien) que la rumeur faisait passer pour mortes. A l'annonce de l'attaque, les habitants de toute la vall&#233;e de Venaus &#224; Turin descendent dans les rues, les &#233;glises sonnent le tocsin. Petit &#224; petit, tout s'arr&#234;te en une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale spontan&#233;e et sauvage : usines, &#233;coles, bureaux, &#233;tablissements publics, trains de banlieue...&lt;br class='manualbr' /&gt;Les manifestants bloquent l'autoroute (A32) et les deux routes nationales (S24 et 25), les voies de la ligne internationale Turin-Modane sont occup&#233;es &#224; Avigliana. Des barrages et des barricades sont &#233;rig&#233;s dans les villages de la vall&#233;e par des personnes de tous &#226;ges, des plus jeunes aux plus vieux, pour emp&#234;cher les policiers &#171; assassins &#187; de redescendre dans leur campement pr&#232;s de Turin. Un face &#224; face tr&#232;s violent se d&#233;roule entre 5 000 manifestants et la flicaille &#224; Bussoleno aux cris de &#171; Reprenons Venaus ! &#187;. La journ&#233;e se termine par des assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales qui convoquent une manifestation pour le 8 en direction de Venaus.&lt;br class='manualbr' /&gt;A Turin, le maire Chiamparino est r&#233;veill&#233; par des slogans contre le TAV puis, apr&#232;s un rassemblement devant la pr&#233;fecture, une manifestation de 2 000 personnes se rend jusqu'&#224; la gare centrale de Porta Nuova o&#249; les trains sont bloqu&#233;s. Les manifestants se rendent ensuite piazza Castello devant le si&#232;ge de la R&#233;gion Pi&#233;mont : sa pr&#233;sidente, Mercedes Bresso, est reconnue dans sa voiture et doit se r&#233;fugier pendant une demie-heure dans ses bureaux tandis qu'un conseiller r&#233;gional se prend des coups. Au passage de la manif, une vitrine de banque est p&#233;t&#233;e, deux voitures de la police municipale endommag&#233;es, un flic bless&#233;, les murs de la ville repeints et les stores d'une boutique des Jeux Olympiques arrach&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 d&#233;cembre : Un rassemblement en solidarit&#233; se tient en Suisse devant le consulat italien de Lugano et dans une dizaine de villes italiennes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 d&#233;cembre : Parties de Susa, 30 000 personnes manifestent en direction de Venaus. Alors que le gros du cort&#232;ge choisit de bifurquer vers l'autoroute pour passer par les bois, plus d'un millier d'entre elles choisit l'affrontement direct au check-point et parvient &#224; enfoncer les cordons de flics qui prot&#232;gent l'acc&#232;s au site de Venaus. Apr&#232;s plusieurs heures d'escarmouches &#224; coups de lacrymog&#232;nes contre les pierres puis d'affrontement au corps &#224; corps, les derniers 250 flics en tenue anti-&#233;meute, encercl&#233;s de toute part, l&#226;chent et le chantier est r&#233;occup&#233; pour quelques heures par des milliers de valsusains. Les engins et infrastructures y sont d&#233;fonc&#233;s, tout comme ce qui permettait aux flics de veiller sur place (algecos, mobile homes). De nouvelles barricades sont &#233;rig&#233;es. On rel&#232;ve 12 carabiniers et 4 policiers bless&#233;s.&lt;br class='manualbr' /&gt;A Rome, la c&#233;r&#233;monie pour le d&#233;part de la flamme olympique qui doit parcourir le pays est perturb&#233;e par un anti-TAV qui est mont&#233; &#224; la tribune afin de hurler sa col&#232;re au maire de Turin, Sergio Chiamparino, pr&#233;sent &#224; la c&#233;r&#233;monie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 d&#233;cembre : Rassemblement en solidarit&#233; avec la lutte en Val Susa &#224; Grenoble, devant le si&#232;ge des Verts Is&#232;re. Un autre est pr&#233;vu le lendemain &#224; Chamb&#233;ry devant la mairie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 d&#233;cembre : R&#233;union au sommet &#224; Rome entre ministres, responsables locaux des petites communes du Val Susa, un responsable des chemins de fer italien et le maire de Turin, qui accueille les Jeux Olympiques d'hiver 2006 dont plusieurs &#233;v&#233;nements auront lieu dans la vall&#233;e. A la sortie, le gouvernement italien promet d'attendre la remise d'un rapport sur l'impact sanitaire et environnemental du projet dans la vall&#233;e d'ici mai 2006 avant de lancer les travaux &#224; Venaus. De leur c&#244;t&#233;, les participants &#224; la r&#233;union ont accept&#233; de &#8221;respecter&#8221; le site pr&#233;vu des travaux et de laisser la compagnie charg&#233;e de la construction en prendre possession, selon le communiqu&#233; du cabinet de Silvio Berlusconi. L'accord est interpr&#233;t&#233; comme une &#171; tr&#234;ve olympique &#187;, deux &#233;preuves des J.O. devant se d&#233;rouler en Val Susa &#224; partir de f&#233;vrier 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 d&#233;cembre : Lors de l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale de la vall&#233;e &#224; Bussoleno, les maires des petites communes du Val Susa et les pr&#233;sidents des deux Communaut&#233;s de montagne pr&#233;cisent qu'ils n'ont rien sign&#233;, renvoyant la d&#233;cision &#224; leur conseil municipal. Au cours du d&#233;bat houleux devant 3000 personnes, ils pr&#233;cisent aussi qu'ils refusent de s'associer &#224; la manifestation du 17 &#224; Turin, lui pr&#233;f&#233;rant une &#171; kermesse culturelle &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
12 d&#233;cembre : Le parquet de Turin met sous scell&#233;s judiciaires les 35 000 m2 du site de Venaus &#171; pour faciliter le travail des enqu&#234;teurs sur les affrontements et destructions de mat&#233;riel de chantier &#187;. &#171; La mesure n'emp&#234;chera pas la reprise des travaux, il sera suffisant que les dirigeants de LTF et les mandataires du consortium CMC en fassent la demande au parquet et les travaux seront r&#233;autoris&#233;s &#224; d&#233;marrer &#187; explique le procureur Laudi, coordinateur du pool anti-terrorisme de Turin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16 d&#233;cembre : Occupation symbolique &#224; Ravenne du si&#232;ge de la Cmc qui doit construire la descenderie de Venaus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17 d&#233;cembre : Manifestation et rassemblement de 50 000 personnes &#224; Turin. Le soir, le d&#233;put&#233; europ&#233;en de la Ligue du Nord, Mario Borghezio, se prend des coups dans le train qui ram&#232;ne des manifestants anti-TAV vers Milan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19 d&#233;cembre : R&#233;union de la Conf&#233;rence intergouvernementale (CIG) qui supervise l'ensemble des travaux. Dans le m&#234;me temps, la commission europ&#233;enne aux transports nomme cinq experts internationaux (deux en transport, un en environnement et deux g&#233;ologues) pour &#171; v&#233;rifier le d&#233;roulement des travaux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22 d&#233;cembre : Le parquet de Turin met en examen 19 personnes et fait incarc&#233;rer Marco M., accus&#233;s de plusieurs explosions de col&#232;re survenues le 6 d&#233;cembre &#224; Turin (blocage de la gare de Porta Nuova, nombreux tags, attaque d'une voiture de la police municipale, quelques coups contre des banques et un magasin des JO).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23 d&#233;cembre : Incendie d'un dispositif &#233;lectrique sur la ligne TGV Paris-Lyon-Turin dans l'Yonne, qui perturbe le trafic pendant plusieurs heures, revendiqu&#233; &#171; en solidarit&#233; avec le Val Susa en lutte &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29 d&#233;cembre : Nuit des flambeaux en Val Susa. Toutes les lumi&#232;res de No&#235;l s'&#233;teignent &#224; 18h et des centaines de torches s'allument &#171; pour arr&#234;ter les projets nuisibles qui d&#233;vastent les vall&#233;es alpines &#187;. Initiative qui touche &#233;galement le val Pellice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31 d&#233;cembre : F&#234;te du nouvel an sur le terrain occup&#233; &#224; Venaus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 janvier 2006 : Manifestation &#224; Chamb&#233;ry, des milliers d'italiens y sont attendus.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;* * * * * * * * * * *&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sp&#233;ciale D&#233;dicace&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; Lyon Turin Ferroviaire (LTF), en charge de la partie commune franco-italienne apr&#232;s avoir succ&#233;d&#233; &#224; Alpetunnel-GEIE, a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e en octobre 2001 suite &#224; l'accord conclut entre les deux pays en janvier 2001. Par cet accord, devenu trait&#233;, les gouvernements des deux pays se sont engag&#233;s &#171; &lt;i&gt;&#224; faire construire (&#8230;) les ouvrages de la partie commune italo-fran&#231;aise n&#233;cessaires &#224; la r&#233;alisation d'une nouvelle communication ferroviaire mixte marchandises / voyageurs entre Lyon et Turin&lt;/i&gt; &#187;. LTF est une soci&#233;t&#233; par actions simplifi&#233;e binationale. Ses actionnaires sont R&#233;seau Ferr&#233; de France (RFF) et Rete Ferroviaria Italiana (RFI) &#224; parts &#233;gales. LTF travaille sous la responsabilit&#233; de la CIG, une Commission Intergouvernementale Franco-Italienne cr&#233;&#233;e en janvier 1996. Le dossier d'Avant-Projet Sommaire remis par LTF en d&#233;cembre 2003 ayant &#233;t&#233; valid&#233;, la d&#233;claration d'utilit&#233; publique est pr&#233;vue pour fin 2006 et sera pr&#233;c&#233;d&#233;e d'une enqu&#234;te d'utilit&#233; publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ma&#238;trise d'ouvrage du projet&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Lyon Turin Ferroviaire (LTF)&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Si&#232;ge 1091, avenue de la Boisse F-73 026 Chamb&#233;ry T&#233;l. : 4 79 68 56 66 Fax : 4 79 68 56 63&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Centre d'exposition du projet&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;(mardi-samedi, 9h30-12h/14h30-18h30)&lt;br class='manualbr' /&gt;Place du 17 Septembre 1943 F-73 500 Modane T&#233;l./Fax : 4 79 05 84 31&lt;br class='manualbr' /&gt;Pr&#233;sident, Fran&#231;ois L&#233;pine (pr&#233;fet)&lt;br class='manualbr' /&gt;Directeur g&#233;n&#233;ral, Paolo Comastri&lt;br class='manualbr' /&gt;Responsable affaires juridiques et march&#233;s, Vincenzo De Gregorio&lt;br class='manualbr' /&gt;Responsable proc&#233;dures march&#233;s, Jean-Yves Peltier&lt;br class='manualbr' /&gt;Responsable des travaux, Walter Benedetto&lt;br class='manualbr' /&gt;Responsable des travaux France, Christian Fournier&lt;br class='manualbr' /&gt;Responsable-adjoint des travaux Italie, Marco Rettighieri&lt;br class='manualbr' /&gt;R&#233;seau Ferr&#233; de France, actionnaire &#224; 50 % de RTF, est une filiale de la SNCF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si&#232;ge national 92, Avenue de France F-75648 Paris Cedex 13&lt;br class='manualbr' /&gt;Si&#232;ge Rh&#244;ne-Alpes/Auvergne Le Dauphin&#233; Part-Dieu 78, rue de la Villette F-69425 Lyon Cedex 03 T&#233;l. : 4 72 84 65 70 Fax : 4 72 84 05 79&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les quatre Descenderies&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;R&#233;alisation de la descenderie de Modane/Villarodin-Bourget&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Groupement solidaire d'entreprises&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;Razel (mandataire), Att : M. Jean Guillaume, 3, rue Ren&#233; Razel Christ de Saclay, F-91892 ORSAY. Tel. : 1 69 85 69 85. Fax : 1 60 19 06 45. E-mail : razel@razel.fr. URL : &lt;a href=&#034;http://www.razel.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.razel.fr&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;Bilfinger Berger SpA, Via Rencio, 38, I-39100 Bolzano. T&#233;l. : 0471 324 970, Fax : 0471 940263&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;Pizzarotti, Via Anna Maria Adorni, 1, I-43100 Parma (filiales &#224; Fontevivo (PR), Noceto (PR), Melfi (PZ), Lucignano (AR))&lt;br class='autobr' /&gt;
52 717 085,50 &#8364;, 7 octobre 2005&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;R&#233;alisation de la descenderie de La Praz (communes d'Orelle et St Andr&#233;)&lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Groupement solidaire d'entreprises&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;SPIE Batignolles TPCI SAS (mandataire), Att : Laurent Grall, 11 rue Lazare Hoche, F-92774 Boulogne-Billancourt. Tel. : 1 47 12 66 35. Fax : 1 48 25 14 88&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;SPIE Sotrabras SAS, route de l'Industrie, BP 8, F-73540 La Bathie&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;Ghella SpA, Piazza Cardinale Consalvi, 9, I-00196 Roma. T&#233;l. : 06 360 9441. Fax : 06 3232305&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;Cogeis SpA, Via XXV Aprile, 2/15, I-10010 Quincinetto (To), T&#233;l. : 0125 635111, Fax:0125757403&lt;br class='autobr' /&gt;
61 513 861,61 &#8364;, 7 octobre 2005&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Descenderie de Saint Martin la Porte&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Groupement solidaire d'entreprises&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;Scetauroute (mandataire)&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;Antea ing&#233;nierie, 5 place Robert Schumann, F-38025 Grenoble cedex. T&#233;l. : 4 76 70 64 82. Fax : 4 76 70 64 83 (+ 22 agences)&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;Alpina SpA, via Ripamonti 2, I-20136 Milano (Mi). T&#233;l.:02 58305010. Fax:02 58307388&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;Bureau d'&#233;tude Terrasol, 72 avenue Pasteur, F-93100 Montreuil, T&#233;l.:1 49 88 24 42. Fax : 1 49 88 06 66&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;Fondazioni Speciali SpA (sous-traitant), si&#232;ge via Goito 14, I-43100 Parma, bureaux via Canvelli 6, I-43015 Noceto (PR). T&#233;l. : 0521 621146/48. Fax : 0521 621150/51&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;GD Test Srl (sous-traitant), via Pigafetta 17, I-10129 Torino. T&#233;l. : 011 5808406, Fax : 011 5808319. E-mail:gdtest@gdtest.it, URL :&lt;a href=&#034;http://www.gdtest.it&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.gdtest.it&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
40 384 508, 95 &#8364;, 28 f&#233;vrier 2003&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;R&#233;alisation de la descenderie de Venaus&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Groupement solidaire d'entreprises&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;Coop&#233;rativa Muratori e Cementi (CMC, mandataire), via Trieste 76, I-48100 Ravenna et via Abruzzi 3, I-00187 Rome. T&#233;l. : 06 42020425. Fax : 06 42390728&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;Geotecna Progetti SpA, via Roncaglia 14, I-20146 Milano (Mi). T&#233;l. : 02 46 90 639, Fax : 02 48 19 44 30. E-mail:geotecna@geotecna.com et via Germanica 107, I-00192 Roma (Rm). T&#233;l. : 06 32 11 13 72, Fax : 06 32 64 73 58. E-mail : geotecna.roma@geotecna.com&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;Bentini SpA, via Verdi 20, I-48018 Faenza (RA). T&#233;l. : 054 62 2065, Fax : 05 46 68 66 35. E-mail:bentini@bentini.it, URL : &lt;a href=&#034;http://www.bentini.it&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.bentini.it&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;Cogeis SpA, Via XXV Aprile, 2/15, I-10010 Quincinetto (To), T&#233;l. : 0125 635111, Fax:0125757403&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;Strabag Bau-AG, Siegburger Str. 241, D-50679 Cologne. T&#233;l. : (0)221 / 8 24-01, Fax : (0)221 / 8 24-2936. E-mail : info@strabag.de. URL :&lt;a href=&#034;http://www.strabag.de&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.strabag.de&lt;/a&gt;,&lt;br class='autobr' /&gt;
84 342 414,21&#8364;, 9 f&#233;vrier 2005&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Travaux, services et &#233;tudes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;tudes techniques&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Groupement solidaire d'entreprises&lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;Geos SAS (mandataire), Att : Michel Hochard, 9 bis, rue Delerue, F-92120 Montrouge. Tel. : 1 46 12 04 04. Fax : 1 46 12 95 96&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;D'Appolonia SpA, via San Nazaro 19, I-16145 Genova (GE). T&#233;l. : 010 3625148, Fax : 010 3621078,&lt;br class='autobr' /&gt;
508 950&#8364;, 11 octobre 2005&lt;br class='manualbr' /&gt;Services d'urbanisme et d'architecture paysag&#232;re&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;SNCF-CISE (Centre d'Ing&#233;ni&#233;rie Sud Est), Att : Jean Philippe, 12, rue Bichat, F-69002 Lyon. Tel. : 4 72 40 39 29. Fax : 4 72 54 38 90, &lt;br class='autobr' /&gt;
23 000 &#8364;, 8 octobre 2005&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Services divers d'ing&#233;nierie&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;SOCOTEC SA, Att : Georges Farah, Les Quadrans, 3, avenue du Centre, F-78180 Guyancourt. Tel. : 1 30 12 80 00&lt;br class='autobr' /&gt;
1 417 000 &#8364;, 8 octobre 2005&lt;br class='autobr' /&gt;
Services relatifs &#224; l'environnement&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;SAGE Environnement, Att : Patrick Ternisien, 12, avenue du Pr&#233; de Challes - Parc des Glaisins, F-74940 Annecy-le-Vieux. Tel. : 4 50 64 06 15. Fax : 4 50 04 08 73&lt;br class='autobr' /&gt;
35 700 &#8364;, 8 octobre 2005&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Campagne de reconnaissance compl&#233;mentaire par forages&lt;/strong&gt;, 2004-France&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;Foraco SAS, Att : Fr&#233;d&#233;ric Desloges, BP 173, F-34401 Lunel. Tel. : 4 67 83 51 60. Fax : 4 67 83 51 79&lt;br class='autobr' /&gt;
370 000 &#8364;, 8 octobre 2005&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Services d'architecture&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;AR-THEME, Att : Jean-Pierre Vaysse, 18, avenue Robert Andr&#233; Vivien, F-94160 Saint-Mand&#233;. Tel. : 1 43 65 74 74. Fax : 1 43 65 76 76. E-mail : contact@artheme.com. URL : &lt;a href=&#034;http://www.artheme.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.artheme.com&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
263 690 &#8364;, 7 octobre 2005&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Services de conduite du chantier de La Praz&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;Schmidhalter &amp; Pfammatter Ingenieure AG (S.P.I.), Att : Claude-Alain Schmidhalter, Kantonstrasse 322, CH-3900 Brig Glis. Tel. : 0041 27 921 11 20. Fax : 0041 27 921 11 21&lt;br class='autobr' /&gt;
2 748 096 &#8364;, 7 octobre 2005&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Services de conseil en mati&#232;re de sant&#233; et de s&#233;curit&#233; &#224; La Praz&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;Soci&#233;t&#233; Presents, Att : M. Patrick Grossmann, 132, cours Charlemagne, F-69002 Lyon. Tel. : 4 78 38 69 69. Fax : 4 78 38 69 60. E-mail : contact@presents.fr. URL : &lt;a href=&#034;http://www.presents.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.presents.fr&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
82 890 &#8364;, 7 octobre 2005&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;blai-remblai &#224; La Praz&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;SOCCO Entreprise, Att : M. Paul Cusin-Rollet, 1, route des Creuses, F-74650 Chavanod. Tel. : 4 50 69 33 44. Fax : 4 50 69 18 69&lt;br class='autobr' /&gt;
284 342,50 &#8364;, 7 octobre 2005&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pont provisoire &#224; Modane&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;Entreprise Casarin et Fils, Att : Casarin Eric, 10, rue de la concorde, F-73500 Modane. Tel. : 4 79 05 07 48. Fax : 4 79 05 02 96&lt;br class='autobr' /&gt;
154 308 &#8364;, 7 octobre 2005&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Services d'architecture de la travers&#233;e du Val Cenischia&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;Chambre &amp; Vibert Architectes, Att : M. Daniel Vibert, 1 place de la Lib&#233;ration, F-73000 Chamb&#233;ry. Tel. : (00.33) 4 79 70.07.90. Fax : (00.33) 4 79 85 26 69. E-mail : chambre.vibert@wanadoo.fr&lt;br class='autobr' /&gt;
191 000 &#8364;, 14 juillet 2005&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Services de conseil en mati&#232;re de s&#233;curit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Groupement solidaire d'entreprises&lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;Bureau Veritas FR (mandataire), 63, avenue de Poisat, F-38320 Eybens. Tel. : + (33) 4.76.24.00.26. Fax : +(33) 4.76.62.94.14. E-mail : antoine.fuentes@fr.bureauveritas.com&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;Bureau Veritas Italia Spa&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;D'Appolonia SpA, voir plus haut&lt;br class='autobr' /&gt;
731 300 &#8364;, 1er juin 2005&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Services de gestion de projets de construction &#224; Venaus&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Groupement solidaire d'entreprises&lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;GEODATA S.p.A - Mandataire, Corso Duc Degli Abruzzi 46/E, I-10129 Torino. Tel. : (+39) 011 58 10 611. Fax : (+39) 011 59 74 40. E-mail : geodata@geodata.it&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;SNCF Direction de l'Ing&#233;nierie&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;SYSTRA SA&lt;br class='autobr' /&gt;
2 900 000 &#8364;, 13 mai 2005&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Travaux d'enl&#232;vement de gravats&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;(descenderie de Modane)&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;Granulats Rh&#244;ne Alpes SAS (GRA), 4, rue Aristide Berg&#232;s, BP 33, F-38081 L'Isle d'Abeau. Tel. : 4 74 27 59 00. Fax : 4 74 27 59 92&lt;br class='autobr' /&gt;
10 596 635,91 &#8364;, 29 septembre 2004&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Travaux de sondage et de forage de reconnaissance&lt;/strong&gt;, campagne 2003&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;Coreis SA, D&#233;partement COFOR, Att : M. Pierre Cachau, chef d'agence, 41, rue de la Fert&#233;-Alais, F-91720 Maisse. Tel. : 5 55 38 90 00. Fax : 5 55 71 22 83&lt;br class='autobr' /&gt;
808 037 &#8364;, 19 ao&#251;t 2004&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Services d'&#233;tudes d'impact sur l'environnement &#224; Venaus&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;Fenice SpA, Centro Servizi Ecologici, Att : Martino Narcisi, Direttore Operativo, Via Acqui, 86, I-10090 Cascine Vica - Rivoli (TO). Tel. : (0039) 0011 951 39 12. Fax : (0039) 011 951 36 65&lt;br class='autobr' /&gt;
1 995 623 &#8364;, 18 ao&#251;t 2004&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Services de prospection g&#233;ophysique pour le tunnel de Bussoleno&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Lots, 5 d&#233;cembre 2003&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;Geophysik GGD mbH, Att : Mme T. Raevskaia, Ehrentseintrabe 33, D-04105 Leipzig. Tel. : 00 341 58 313 33. Fax : 00 341 58 313 0.&lt;br class='autobr' /&gt;
191 718 &#8364; + 184 458 &#8364; + 55 264 &#8364;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;Geoexpert AG, Att : M. Walter Frei, Schulstrasse 5, CH-8603 Schwerzenbach. Tel. : 00 41 1 825 62 82. Fax : 00 41 1 825 62 83. E-mail : info@geoexpert.ch&lt;br class='autobr' /&gt;
42 700 &#8364;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;Geoinvest Srl, Att : Gianfranco Bruzzi, via della Conciliazione 45 / A, I-29100 Piacenza. Tel. : 00 39 05 23 59 36 22. Fax : 00 39 05 23 59 36 40&lt;br class='autobr' /&gt;
33 600 &#8364;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;tude a&#233;raulique&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Groupement solidaire d'entreprises&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;Scetauroute (mandataire), les Pl&#233;iades n.o 35, park nord Annecy, F-74373 Pringy. Tel. : 4 50 27 39 39. Fax : 4 50 27 39 40. E-mail : dir.tunnels@scetauroute.fr&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;Metropolitana Milanese S.p.A, via del Vecchio Politecnico 8, I-20121 Milano (Mu). T&#233;l. : 02 77471, Fax : 02 780033 et via De Gaspeti 55, I-80133 Napoli (Na). T&#233;l. : 081 4201206, Fax : 081 4203021 &lt;br class='autobr' /&gt;
108 710 &#8364;, 18 octobre 2003&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Services d'&#233;tudes de trafic Fret&lt;/strong&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Groupement solidaire d'entreprises&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;Nomisma Spa (mandataire), Strada Maggioire 44, I-41125 Bologna. Tel. : 051 64 83 320 345. Fax : 051 22 34 41&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;SWG Srl, via San Francesco 24, I-34133 Trieste (Ts). T&#233;l. : 040 362525, Fax : 040 635050&lt;br class='autobr' /&gt;
239 500 &#8364;, 8 octobre 2003&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Services relatifs &#224; l'exploitation des diff&#233;rentes typologies de services d'autoroute ferroviaire&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Groupement solidaire d'entreprises :&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;TRACTEBEL Development Engineering SA (mandataire), Att : Transportation Division, avenue Ariane 7, B-1200 Bruxelles. Tel. : 2 773 75 33. Fax : 2 773 79 90. E-mail : jean-marie.vandeclisse@tractebel.com&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;ITALFERR Spa, via Marsala 53, I-00185 Roma (Rm). T&#233;l. : 06 49751, Fax : 06 49752711&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;SNCF Ing&#233;nierie &lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;TRACTEBEL Ingegneria&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;SETEC TPI, Tour Gamma D, 58 quai de la Rap&#233;e, F-75012 Paris. T&#233;l. : 1 40 04 62 89, Fax : 1 43 46 89 95&lt;br class='autobr' /&gt;
348 040 &#8364;, 8 octobre 2003&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Campagne de sondages compl&#233;mentaires 2003&lt;/strong&gt; - Italie (tunnel de Bussoleno et secteurs &#224; l'air libre)&lt;br class='manualbr' /&gt;Lots, 2 octobre 2003&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;RCT S.r.l, Att : Dott. Sergio re de Paolini, 2 via G. Di Vittorio, I-20060 Liscate. Tel. : 003 90 29 54 20 01. Fax : 0039 02 95 35 0316. E-mail : rct@mi.nettimo.it&lt;br class='autobr' /&gt;
323 215,90 &#8364;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;Geotecno S.r.l, Att : Sig. Roberto Giacometti, Via Circonvallazione, 53, I-15011 Acquiterme. Tel. : 003 90 14 45 66 92. Fax : 003 90 14 45 59 68. E-mail : mfo@geotecnosrl.it&lt;br class='autobr' /&gt;
1 866 104 &#8364;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Campagne de sondages 2003 - France&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Lots, 6 septembre 2003&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;Foraco SAS, Att : G&#233;rard Fages, BP 173, ZI des Fournels, F-34401 Lunel. Tel. : 4 67 83 51 60. Fax : 4 67 83 51 79. URL : &lt;a href=&#034;http://www.foraco.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.foraco.com&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
1 322 082,45 &#8364;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;Coreis SA, Att : Pierre Cachau, Le Fraisse, F-87640 Raz&#232;s. Tel. : 5 55 38 90 00. Fax : 5 55 71 22 83&lt;br class='autobr' /&gt;
113 678 &#8364; + 969 239 &#8364;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Services de lev&#233;s hydrographiques&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Groupement Solidaire&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;EEG Simecsol (mandataire), 18, rue Troyon, F-92316 S&#232;vres. Tel. : 1 46 23 77 77. Fax : 1 46 01 35 80&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;SEA Consulting Srl, via Cernaia 27, I-10100 Torino. T&#233;l. : 011 5162939, Fax:011 5119185&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;Bureau d'&#233;tude Evelyne Baptendier, 5 rue de Verdun, F-74200 Thonon. T&#233;l. : 4 50 70 47 47, Fax : 4 50 70 47 26&lt;br class='autobr' /&gt;
79 980 &#8364;, 16 ao&#251;t 2003&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Travaux de chantier &#224; La Praz&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Groupement solidaire&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;SAS Martoia TP (mandataire), BP 37, F-74301 Ugine. Tel. : 4 79 37 38 13. Fax : 4 79 37 36 95&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;Martoia SARL, 263 rue de Guille, F-73300 St Jean de Maurienne. T&#233;l. : 4 79 64 08 09, Fax : 4 79 64 14 48&lt;br class='autobr' /&gt;
130 634 &#8364;, 18 juin 2003&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Services de prospection g&#233;ophysique&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;Compagnie g&#233;n&#233;rale de g&#233;ophysique (CGC), 1 rue L&#233;on Migaux, F-91341 Massy. T&#233;l. : 1 64 47 30 00, Fax : 1 64 47 39 70&lt;br class='autobr' /&gt;
463 557 &#8364;, 5 novembre 2002&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Services d'&#233;tudes de march&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;Price Waterhouse Coopers, largo Angelo Fochetti 28, I-00154 Roma. T&#233;l. : 6 57 08 31, Fax : 6 570 83 25 36&lt;br class='autobr' /&gt;
127 700 &#8364;, 17 octobre 2002&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Services de conseils financiers&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Groupement d'entreprise&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;Cr&#233;dit Agricole Indosuez (mandataire)&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;Intesa BCI SpA&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226;Soci&#233;t&#233; G&#233;n&#233;rale&lt;br class='autobr' /&gt;
377 000 &#8364;, 17 octobre 2002&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces informations ont &#233;t&#233; publi&#233;es dans le Ted, suppl&#233;ment au Journal Officiel de l'Union Europ&#233;enne :&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href=&#034;http://www.ted.publications.eu.int/official&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.ted.publications.eu.int/official&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;* * * * * * * * * * *&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Puisqu'il le faut bien&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cette gr&#232;ve de la vall&#233;e contre la Grande Vitesse ne sera ni d&#233;pos&#233;e ni organis&#233;e par la Cgil [CGT italienne]. Il n'y a pas d'espace pour une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale parce que je ne partage pas les raisons de cette protestation. A la Cgil, l'opinion dominante est qu'on doit faire la ligne ferroviaire Turin-Lyon. Naturellement, il faut trouver les conditions pour pouvoir le faire. &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;Vanna Lorenzoni&lt;/strong&gt;,&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la Cgil de Turin, 10/05&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a actuellement en Val Susa un m&#233;lange pr&#233;occupant de protestations populaires l&#233;gitimes, de sp&#233;culations politiques et d'intrusions subversives qui risquent d'exploser d'un jour &#224; l'autre. &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;Giuseppe Pisanu&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;ministre de l'Int&#233;rieur,&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Discours &#224; l'Assembl&#233;e, 2/12/05&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8211;&lt;strong&gt;Et sur le reste ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211;Nous sommes convaincus que la protestation italienne est erron&#233;e. Si on veut vraiment changer les choses, il faut faire un bond en avant sans avoir peur.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211;&lt;strong&gt;Et l'amiante, et les d&#233;g&#226;ts environnementaux ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211;Nous aussi nous avons de l'amiante. Mais aujourd'hui, ce n'est plus un probl&#232;me, on peut la traiter avec s&#233;curit&#233; comme &#231;a a &#233;t&#233; le cas au Gothard.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211;&lt;strong&gt;Il y a aussi le probl&#232;me des nappes phr&#233;atiques. Certains parlent d&#233;j&#224; de manque d'eau.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211;Ce sont de petits probl&#232;mes d&#233;pass&#233;s. Ce qui compte est de se battre pour bien faire les choses. C'est une chose d'&#234;tre exigeant, c'en est une autre de dire non &#224; une oeuvre importante comme la ligne Turin-Lyon. &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;G&#233;rard Leras&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;Pr&#233;sident des Verts Rh&#244;ne-Alpes&lt;br class='manualbr' /&gt;Corriere della Sera, 6/12/05&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai ouvert une table de concertation il y a un an pour qui veut des explications, pour les gens du coin. Personne n'est jamais venu. Nous, nous sommes &#224; leur disposition. Maintenant je vais aussi ouvrir un observatoire permanent &#224; Susa pour pouvoir contr&#244;ler les travaux, auquel devront participer tous les int&#233;ress&#233;s, des syndicats jusqu'aux cur&#233;s, aux gens du coin, &#224; leurs experts, &#224; tous ceux qui veulent avoir des explications sur ce chantier qui doit se faire et qui est indispensable. &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;Pietro Lunardi&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;ministre de l'Equipement&lt;br class='manualbr' /&gt;Corriere Adriatico, 7/12/05&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'esp&#232;re qu'on pourra d&#233;passer la difficile situation qu'il y a en Val Susa par le dialogue. Par le dialogue et la l&#233;galit&#233;. Le dialogue ne veut pas dire que les autorit&#233;s publiques c&#233;deront par rapport au respect de leurs propres responsabilit&#233;s. Parce qu'un dialogue qui reviendrait &#224; c&#233;der serait une capitulation et signifierait &#233;galement que ceux qui bloquent les routes ont raison. &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;Pier Ferdinando Casini&lt;/strong&gt;,&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Pr&#233;sident de la Chambre des d&#233;put&#233;s, 7/12/05&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;* * * * * * * * * * *&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Bas les pattes du Val Susa&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cela fait plus de 10 ans que la population du Val Susa, dans le Pi&#233;mont, se mobilise contre le projet d'une oeuvre monstrueuse : la ligne &#224; grande vitesse Turin-Lyon.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le train &#224; grande vitesse (TGV et Tav en italien) se veut &#224; la pointe de l'innovation ferroviaire, et est d&#233;fini comme une &#233;tape in&#233;vitable du progr&#232;s et de la technologie (aucun politicien, aucun journaliste apparu &#224; la t&#233;l&#233; ces derniers jours n'a imagin&#233; remettre en discussion le projet). Mais vu que les miracles sont rares, il faut en payer le prix : lignes enti&#232;rement nouvelles avec des quais modifi&#233;s g&#233;om&#233;triquement, une alimentation &#233;lectrique diff&#233;rente et des co&#251;ts&lt;br class='autobr' /&gt;
de manutention tr&#232;s &#233;lev&#233;s.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ceci signifierait pour les valsusains la destruction de leur terre. Des tonnes de b&#233;ton envahiraient la vall&#233;e pour construire une ligne ferroviaire qui traverserait les villages, trouant par de longs tunnels les proches montagnes o&#249; se trouvent de fortes concentrations d'amiante, d'uranium et de radon.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le tout pour faire circuler plus rapidement des marchandises et des hommes d'affaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui s'est cr&#233;&#233; au cours des ann&#233;es comme opposition au Tav a &#233;t&#233; un large mouvement qui comprend des gens &#171; ordinaires &#187;, des groupes &#233;cologistes, certaines institutions locales et des comit&#233;s de lutte. Ces derniers sont n&#233;s dans l'intention d'informer tous les valsusains du &#171; probl&#232;me Tav &#187; et de cr&#233;er ensemble des moments de lutte contre le projet.&lt;br class='manualbr' /&gt;Apr&#232;s une manifestation oc&#233;anique en juin o&#249; plus de trente mille personnes ont march&#233; dans la vall&#233;e en levant les drapeaux &#171; No Tav &#187;, les comit&#233;s populaires ont donn&#233; vie &#224; trois rassemblements permanents sur les terrains o&#249; devraient commencer les sondages dans les montagnes (premier pas vers la r&#233;alisation&lt;br class='autobr' /&gt;
des tunnels).&lt;br class='manualbr' /&gt;N&#233;s pour veiller constamment sur la zone, ce sont vite devenus des lieux de rencontre, de socialisation, de confrontation r&#233;ciproque et de passage des informations. L&#224;, jeunes, familles et anciens se retrouvent chaque jour, faisant vivre une exp&#233;rience d'autogestion qui va au-del&#224; d'un projet d&#233;vastateur. Les rassemblements ont grandi gr&#226;ce &#224; la contribution de chacun, dans la mesure et la forme de ses possibilit&#233;s : l'un fournissant les si&#232;ges, l'autre un po&#234;le &#224; chauffer, l'un cuisinant et l'autre portant un peu de bon vin. Dans ces moments, les gens se donnent la possibilit&#233; de cr&#233;er un mode de vivre non programm&#233; par la routine quotidienne, la mettant et se mettant en discussion. Des personnes qui peut-&#234;tre peu de temps auparavant ne se seraient pas salu&#233;es se parlent &#224; pr&#233;sent, r&#233;fl&#233;chissent, se disputent et programment ce qui est leur propre d&#233;fense et la survie de la vall&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vif esprit d'autogestion, d'assembl&#233;es et de rassemblements s'est trouv&#233; fort &#224; faire avec le r&#244;le de m&#233;diation des maires et des institutions locales, ou avec la poigne de fer de la r&#233;gion Pi&#233;mont et du gouvernement. Se trouvant pris entre deux feux, d'une part une population qui s'oppose au Tav sans si et sans mais et de l'autre le sommet de leur parti qui insiste &#224; plusieurs reprises pour commencer les travaux, les maires et les conseils locaux ont cherch&#233; &#224; ralentir le temps &#224; tout prix. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Extrait d'&lt;i&gt;El Salvan&#232;l&lt;/i&gt; n&#176;3, novembre 2005]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>La joie arm&#233;e</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article579</link>
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		<dc:date>2008-08-05T08:07:20Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alfredo M. Bonanno</dc:creator>


		<dc:subject>Mouvance autonome</dc:subject>
		<dc:subject>Mutines S&#233;ditions (Paris)</dc:subject>
		<dc:subject>Insurrections, r&#233;voltes, &#233;meutes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Joie arm&#233;e&lt;/strong&gt; a &#233;t&#233; &#233;crite &lt;i&gt;en 1977, au moment o&#249; des luttes r&#233;volutionnaires se d&#233;roulaient en Italie, il faut avoir &#224; l'esprit la situation de l'&#233;poque pour le lire aujourd'hui.&lt;br&gt;
Le mouvement r&#233;volutionnaire, y compris les anarchistes, &#233;taient dans une phase d'extension et tout semblait possible, m&#234;me une g&#233;n&#233;ralisation de l'affrontement arm&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D&#233;p&#234;che-toi de jouer.&lt;br&gt;
D&#233;p&#234;che-toi de t'armer.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique16" rel="directory"&gt;J&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot73" rel="tag"&gt;Mouvance autonome&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot87" rel="tag"&gt;Mutines S&#233;ditions (Paris)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot92" rel="tag"&gt;Insurrections, r&#233;voltes, &#233;meutes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L110xH150/arton579-7fc7c.png?1781169352' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='110' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff579.png?1217895208&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le texte qui suit est une nouvelle traduction de &#8220;&lt;i&gt;La gioia armata&lt;/i&gt;&#8221; d'Alfredo M. Bonanno (livre paru en 1977 aux Edizioni Anarchismo). Elle a &#233;t&#233; &#233;labor&#233;e &#224; partir de la version d'origine, en italien. Une premi&#232;re traduction &#224; partir de la version anglaise du texte a &#233;t&#233; publi&#233;e dans la revue &lt;i&gt;Asym&#233;trie&lt;/i&gt; n&#176;0, en ao&#251;t 2003.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le texte ci-dessous est une traduction de l'introduction faite par Bonanno pour l'&#233;dition anglaise (Elephant Editions, 1998).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre a &#233;t&#233; &#233;crit en 1977 au moment o&#249; des luttes r&#233;volutionnaires se d&#233;roulaient en Italie, il faut avoir &#224; l'esprit la situation de l'&#233;poque pour le lire aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement r&#233;volutionnaire, y compris les anarchistes, &#233;taient dans une phase d'extension et tout semblait possible m&#234;me une g&#233;n&#233;ralisation de l'affrontement arm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il &#233;tait n&#233;cessaire de se pr&#233;munir de la sp&#233;cialisation et de la militarisation qu'une minorit&#233; de militants voulaient imposer aux dizaines de milliers de camarades qui combattaient avec tous les moyens possibles la r&#233;pression et la tentative de r&#233;organisation - plut&#244;t inefficace il est vrai - du capital par l'&#233;tat. C'est ce qui se passait en Italie mais quelque chose de similaire avait lieu en Allemagne, en France, en Grande-Bretagne et ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semblait essentiel d'emp&#234;cher que les nombreuses actions men&#233;es chaque jour par les camarades contre les hommes et les structures du pouvoir soient int&#233;gr&#233;es &#224; la logique planificatrice d'un parti arm&#233; comme les Brigades Rouges en Italie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'esprit de ce livre. Montrer comment une pratique de lib&#233;ration et de destruction peut surgir d'une logique joyeuse de lutte, et non pas d'une rigidit&#233; morbide et sch&#233;matique dans les r&#232;gles pr&#233;-&#233;tablies des groupes dirigeants. Certains de ces probl&#232;mes n'existent plus aujourd'hui. Ils ont &#233;t&#233; r&#233;solus par les dures le&#231;ons de l'histoire. L'effondrement du socialisme r&#233;el a soudain ramen&#233; &#224; leurs dimensions les ambitions directrices des marxistes de toutes tendances - fort heureusement. D'un autre c&#244;t&#233;, cela n'a pas supprim&#233; mais plut&#244;t enflamm&#233; le d&#233;sir de libert&#233; et de communisme anarchiste qui se r&#233;pand partout et sp&#233;cialement chez les jeunes, et souvent sans avoir recours aux symboles traditionnels de l'anarchisme, ses slogans et ses th&#233;ories, tax&#233;s, dans un refus compr&#233;hensible (mais qu'on ne peut partager) de s'&#234;tre impr&#233;gn&#233; d'id&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre est encore d'actualit&#233; mais d'une autre fa&#231;on. Non pas comme la critique d'une structure monopolisante qui n'existe plus, mais parce qu'il peut montrer les capacit&#233;s potentielles des individus suivant leur chemin avec joie vers la destruction de tout ce qui les oppresse et les r&#233;gule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de finir, je dois mentionner qu'on a ordonn&#233; la destruction de ce livre en Italie. La Cour Supr&#234;me avait ordonn&#233; qu'il soit br&#251;l&#233;. Toutes les librairies qui avaient un exemplaire re&#231;urent une circulaire du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur exigeant son incin&#233;ration. Plus d'un libraire refusa de br&#251;ler ce livre, consid&#233;rant qu'une telle pratique renvoyait aux nazis ou &#224; l'Inquisition. Mais, l&#233;galement, ce livre &#233;tait interdit &#224; la consultation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la m&#234;me raison, il ne put &#234;tre diffus&#233; l&#233;galement en Italie et plusieurs camarades virent leurs exemplaires confisqu&#233;s au cours de descentes men&#233;es dans ce but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; 18 mois de prison pour l'&#233;criture de ce livre.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&#034;text-align: right;&#034;&gt;Alfredo M. Bonanno, Catania, le 14 juillet 1993&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La gioia armata&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(A Paris, en 1848, la r&#233;volution). &lt;br&gt;
C'&#233;tait une f&#234;te sans commencement et sans fin.&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
Bakounine&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;p style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;I.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pourquoi donc ces satan&#233;s gar&#231;ons ont-ils tir&#233; dans les jambes de Montanelli&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 2 juin 1977, &#224; Milan, un commando des Brigades Rouges [BR] blesse aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? N'aurait-il pas &#233;t&#233; mieux de lui tirer dans la t&#234;te ? Bien s&#251;r que cela aurait &#233;t&#233; mieux. Mais cela aurait aussi &#233;t&#233; plus grave. Plus vindicatif et plus sombre. Estropier une b&#234;te comme celle-l&#224; peut aussi avoir un c&#244;t&#233; plus profond et significatif, au-del&#224; de la vengeance, de la punition pour sa responsabilit&#233; en tant que fasciste et valet des patrons. L'estropier signifie l'obliger &#224; boiter, l'obliger &#224; se souvenir. Par contre, &#231;a aurait &#233;t&#233; un divertissement plus agr&#233;able de lui tirer dans la bouche, avec la cervelle qui lui sort par les yeux. Le compagnon qui, tous les matins, se l&#232;ve pour aller travailler, marche dans le brouillard, p&#233;n&#232;tre dans l'atmosph&#232;re irrespirable de l'usine ou du bureau, pour y retrouver toujours les m&#234;mes visages : ceux du chef d'atelier, du chronom&#233;treur, du mouchard de l'&#233;quipe, du stakhanoviste-avec-sept-enfants-&#224;-charge ; ce compagnon sent la n&#233;cessit&#233; de la r&#233;volution, de la lutte et de l'affrontement physique, m&#234;me mortel. Mais il sent aussi que tout ceci doit lui apporter un peu de joie, tout de suite, maintenant. Cette joie, il la cultive dans ses r&#234;veries tout en marchant t&#234;te basse dans le brouillard, tandis qu'il passe d'innombrables heures dans les trains ou les trams, tandis qu'il &#233;touffe sous le poids des activit&#233;s inutiles du bureau ou devant les inutiles boulons qui servent &#224; tenir ensemble les inutiles m&#233;canismes du capital. La joie r&#233;tribu&#233;e, celle que le patron lui paie toutes les semaines (week-end) ou toutes les ann&#233;es (cong&#233;s), c'est comme faire l'amour en payant. Oui, l'aspect ext&#233;rieur est le m&#234;me, mais il y a quelque chose qui manque. Des centaines de discours s'entassent dans les livres, les opuscules, les journaux r&#233;volutionnaires. Il faut faire ceci, il faut faire cela, voir les choses ainsi, les voir comme le dit tel type ou tel gars, parce que ce type et ce gars sont les vrais interpr&#232;tes des types et des gars du pass&#233;, ceux qui ont des lettres majuscules, ceux qui remplissent les volumes asphyxiants des classiques. Ceux-l&#224; aussi, il faut les avoir &#224; port&#233;e de mains. Cela fait partie de la liturgie. De ne pas les avoir est mauvais signe et &#233;veille le soup&#231;on. C'est s&#251;r que de les avoir sous la main peut &#234;tre utile, comme ils sont pesants (c'est-&#224;-dire lourds), ils peuvent &#234;tre jet&#233;s &#224; la t&#234;te de quelques casse-couilles : utilisation bien connue mais toujours agr&#233;able de la validit&#233; r&#233;volutionnaire des th&#232;ses du pass&#233; (et du pr&#233;sent). Jamais aucun discours sur la joie dans ces volumes. L'aust&#233;rit&#233; du clo&#238;tre n'a rien &#224; envier &#224; l'atmosph&#232;re que l'on respire dans ces pages. Les auteurs, moines de la r&#233;volution-de-la-vengeance-et-du-ch&#226;timent, passent leur temps &#224; comptabiliser les coups et les peines. Ces pr&#234;tres en jeans ont &#233;galement fait v&#339;u de chastet&#233;, &#224; ce qu'ils pr&#233;tendent et entendent imposer. Ils veulent &#234;tre r&#233;tribu&#233;s pour leurs sacrifices. D'abord, ils ont abandonn&#233; l'ambiance feutr&#233;e de leur classe d'origine, puis, ils ont mis leurs capacit&#233;s au service des d&#233;munis, puis, ils se sont habitu&#233;s &#224; parler un langage impropre et &#224; supporter des nappes sales et des lits d&#233;faits. Du moins, &#224; les entendre. Ils r&#234;vent de r&#233;volution ordonn&#233;e, de principes en bon ordre, d'anarchie sans turbulence. Quand la r&#233;alit&#233; prend un pli diff&#233;rent, ils crient imm&#233;diatement &#224; la provocation et hurlent jusqu'&#224; &#234;tre entendus par la police. Les r&#233;volutionnaires sont des gens pieux. Pas la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Moi, j'appelle un chat un chat.&lt;/i&gt;&lt;br&gt; Boileau&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;p style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;II.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes tous pris dans la probl&#233;matique r&#233;volutionnaire du comment et quoi produire, mais personne ne parle jamais du &#8220;produire&#8221; en tant que probl&#233;matique r&#233;volutionnaire. Si la production est la base de l'exploitation mise en place par le ca-pital, changer le mode de production signifie changer le mode d'exploitation, cela ne signifie pas &#233;liminer l'exploitation. Un chat, m&#234;me teint en rouge, est toujours un chat. Le &#8220;producteur&#8221; est sacr&#233;. On n'y touche pas. Plut&#244;t les sancti-fier, lui et son sacrifice, au nom de la r&#233;volution, et le tour est jou&#233;. &#8220;Mais que mangerons-nous ?&#8221;, se demandent les plus inquiets. &#8220;Du pain sec et de l'eau&#8221;, r&#233;pondent, de fa&#231;on simpliste, les r&#233;alistes, un &#339;il sur la marmite et l'autre sur le fusil. &#8220;Des id&#233;es&#8221;, r&#233;pondent les id&#233;alistes brouillons, un &#339;il sur le livre des r&#234;ves et l'autre sur le genre humain. Qui touche &#224; la productivit&#233; meurt. Le capitalisme et ceux qui le combattent s'assoient ensemble sur le cadavre du &#8220;producteur&#8221;, pour que le monde de la production continue. La critique de l'&#233;conomie politique est une rationalisation du mode de production &#224; moindre co&#251;t (pour ceux qui jouissent des b&#233;n&#233;fices). Les autres, ceux qui subissent l'exploitation, doivent veiller &#224; ce que rien ne manque. En cas contraire, comment vivrait-on ? Quand il sort au grand jour, le fils des t&#233;n&#232;bres ne voit rien, tout comme quand il t&#226;tonnait dans l'obscurit&#233;. La joie l'aveugle. Elle le tue. Alors, il l'appelle hallucination et il la condamne. Les bourgeois, bedonnants et faisand&#233;s, jouissent dans leur opulent farniente. Ainsi, jouir est un p&#233;ch&#233;. Cela signifie partager les tentations de la bourgeoisie, trahir les aspirations du prol&#233;tariat. Ce n'est pas vrai. Les bourgeois se donnent le plus grand mal pour maintenir en vie le processus d'exploitation. Eux aussi sont stress&#233;s et ne trouvent aucun moment pour la joie. Leurs croisi&#232;res sont autant d'occasions pour faire de nouveaux projets d'investissement. Leurs ma&#238;tresses sont autant d'informatrices au service de leurs concurrents. Le dieu de la productivit&#233; tue m&#234;me ses humbles serviteurs. D&#233;capitons-le, il en sortira un d&#233;luge d'immondices. Le mis&#233;reux affam&#233;, qui regarde le riche, entour&#233; de ses domestiques, couve des sentiments de vengeance. La destruction de l'ennemi avant tout. Mais que l'on sauve le butin. La richesse ne doit pas &#234;tre d&#233;truite, mais utilis&#233;e. Qu'importe ce qu'elle constitue, de quel habit elle se pare, et quelles perspectives elle offre. Ce qui compte, c'est de l'arracher &#224; son actuel d&#233;tenteur pour en disposer librement, tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ? Certainement, tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comment se fera la transition ? Par la violence r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Belle r&#233;ponse. Mais, concr&#232;tement, que ferons-nous, apr&#232;s avoir coup&#233; tant de t&#234;tes qu'on en aura la naus&#233;e ? Que ferons-nous quand il n'y aura m&#234;me plus un propri&#233;taire &#224; chercher &#224; la lanterne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, ce sera le r&#232;gne de la r&#233;volution. &#224; chacun selon ses besoins, &#224; chacun selon ses possibilit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compagnon attentif, l&#224;, il y a une odeur de comptabilit&#233;. On parle de consommation et de production. On reste &#224; l'int&#233;rieur de la dimension de la productivit&#233;. Dans l'arithm&#233;tique, on se sent en s&#233;curit&#233;. Deux plus deux font quatre. Personne ne pourra jamais d&#233;mentir cette &#8220;v&#233;rit&#233;&#8221;. Les nombres gouvernent le monde. S'ils l'ont toujours fait, pourquoi ne devraient-ils pas le faire &#224; jamais ? Nous avons tous besoin de choses solides, de fondations sur lesquelles construire un mur contre les tentations inqui&#233;tantes qui nous prennent &#224; la gorge. Nous avons tous besoin d'objectivit&#233;. Le patron jure sur son portefeuille, le paysan sur sa b&#234;che, le r&#233;volutionnaire sur son fusil. Ouvrez une br&#232;che critique et tout l'&#233;chafaudage s'effondre. Le quotidien ext&#233;rieur, dans sa pesanteur objective, nous conditionne et nous reproduit. Nous sommes les fils de la banalit&#233; quotidienne. M&#234;me quand nous parlons de &#8220;choses importantes&#8221;, comme la r&#233;volution, nous avons toujours les yeux riv&#233;s au calendrier. Le patron a peur de la r&#233;volution parce que &#231;a lui &#244;terait son portefeuille, le paysan fera la r&#233;volution pour obtenir de la terre, le r&#233;volutionnaire pour v&#233;rifier sa th&#233;orie. Une fois le probl&#232;me pos&#233; en ces termes, entre portefeuille, terre et th&#233;orie r&#233;volutionnaire, il n'y a aucune diff&#233;rence. Tous ces objets sont purement imaginaires, ils sont le miroir des illusions humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seule la lutte est r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle fait la diff&#233;rence entre patrons et paysans et &#233;tablit l'alliance entre paysans et r&#233;volutionnaires. Les formes d'organisation de la production sont les vecteurs id&#233;ologiques qui masquent la grande illusion de l'identit&#233; du singulier. Cette identit&#233; est projet&#233;e dans l'imaginaire &#233;conomique de la valeur. Un code en &#233;tablit l'interpr&#233;tation. Certains &#233;l&#233;ments de ce code sont aux mains des patrons. Nous nous en sommes aper&#231;us avec la consum&#233;risme. M&#234;me la technologie de la guerre psychologique et de la r&#233;pression totale sont des &#233;l&#233;ments d'interpr&#233;tation de l'&#234;tre humain &#224; condition qu'il soit &#8220;producteur&#8221;. D'autres &#233;l&#233;ments du code sont disponibles pour une utilisation r&#233;formatrice. Non pas r&#233;volutionnaire, mais simplement r&#233;formatrice. Pensons, par exemple, au consum&#233;risme social qui se substituera au consum&#233;risme d'apparat de ces derni&#232;res ann&#233;es. Mais il en existe encore d'autres. Plus raffin&#233;s. Le contr&#244;le autogestionnaire de la production est un autre &#233;l&#233;ment du code d'exploitation. Et ainsi de suite. Si jamais il vient &#224; l'id&#233;e de n'importe qui d'organiser ma vie, alors ce quelqu'un ne pourra jamais &#234;tre mon compagnon. S'il justifie sa fa&#231;on de faire avec l'excuse qu'il faut bien que quelqu'un &#8220;produise&#8221;, sinon nous perdrions tous notre identit&#233; d'humains et serions submerg&#233;s par la &#8220;nature sauvage et inculte&#8221;, nous r&#233;pondrons que le rapport nature-humanit&#233; est une illusion de la bourgeoisie marxiste &#233;clair&#233;e. Pourquoi a-t-on voulu transformer une &#233;p&#233;e en fourche ? Pourquoi doit-on toujours s'inqui&#233;ter de se distinguer de la nature ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;S'ils n'obtiennent pas ce qui est n&#233;cessaire, &lt;br&gt;
les hommes s'&#233;puisent pour ce qui est inutile.&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
Goethe&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;p style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;III.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'humain a besoin de beaucoup de choses. G&#233;n&#233;ralement, cette affirmation est interpr&#233;t&#233;e dans le sens qu'il a des besoins et qu'il est oblig&#233; de les satisfaire. On a, de cette fa&#231;on, la transformation de l'humain d'une unit&#233; bien pr&#233;cise historiquement en une dualit&#233; (moyen et fin en m&#234;me temps). En fait, il se r&#233;alise par la satisfaction de ses besoins (c'est-&#224;-dire par le travail) et est ainsi l'instrument de sa propre r&#233;alisation. Tout un chacun voit combien de mythologie se cache derri&#232;re ces affirmations. Si l'humain ne se distingue pas de la nature sans le travail, comment peut-il se r&#233;aliser lui-m&#234;me par la satisfaction de ses besoins ? Pour ce faire, il devrait d&#233;j&#224; &#234;tre humain, donc, il devrait avoir assouvi ses besoins, donc, ne devrait pas avoir besoin de travailler. La marchandise constitue en elle-m&#234;me la profonde utilit&#233; du symbole. Elle devient ainsi point de r&#233;f&#233;rence, unit&#233; de mesure, valeur d'&#233;change. Le spectacle commence. Les r&#244;les sont distribu&#233;s. Ils se reproduisent. &#224; l'infini. Sans modification digne d'&#234;tre not&#233;e, les acteurs se lancent dans leur r&#233;citation. La satisfaction du besoin devient un effet r&#233;flexe, marginal. La chose la plus importante, c'est la transformation de l'humain en &#8220;chose&#8221;, et avec lui, tout le reste. La nature devient &#8220;chose&#8221;. &#224; l'usage, elle se corrompt et corrompt les instincts vitaux des humains. Entre eux et la nature, s'ouvrent de larges espaces qu'il faut combler. C'est &#224; &#231;a que sert l'extension des &#233;changes marchands. Le spectacle s'&#233;tend au point de se d&#233;vorer lui-m&#234;me avec ses propres contradictions. La salle et la sc&#232;ne entrent en une seule et m&#234;me dimension et se red&#233;ploient &#224; un niveau sup&#233;rieur, plus vaste, de reproduction du spectacle m&#234;me, et ainsi &#224; l'infini. Qui fuit le code mercantile ne re&#231;oit pas son objectivation et tombe &#8220;hors&#8221; le champ r&#233;el du spectacle. Et l&#224;, il est montr&#233; du doigt. Encercl&#233; de fil barbel&#233;. S'il n'accepte pas la proposition d'englobement, s'il refuse un nouveau niveau de codification, on le criminalise. Sa &#8220;folie&#8221; est &#233;vidente. On ne consent pas au refus de l'illusoire dans un monde qui a fond&#233; sa r&#233;alit&#233; sur l'illusion et son r&#233;el sur le fictif. Le capital r&#233;git le spectacle sur la base de la loi de l'accumulation. Mais aucune chose ne peut &#234;tre accumul&#233;e ind&#233;finiment. Pas m&#234;me le capital. Un processus quantitatif absolu est une illusion, une illusion quantitative. Ce que les patrons ont parfaitement compris. L'exploitation prend des formes et suit des mod&#232;les id&#233;ologiques vari&#233;s justement pour garantir, de fa&#231;on vari&#233;e, d'un point de vue qualitatif, cette accumulation qui ne pouvait continuer &#224; l'infini sous l'angle quantitatif. Que l'ensemble rentre dans le paradoxal et l'illusoire, cela importe peu au capital, parce que c'est lui qui tient les r&#234;nes et fixe les r&#232;gles. S'il doit vendre l'illusion comme r&#233;alit&#233;, que &#231;a lui fait du fric, autant continuer &#224; la vendre et ne pas se poser trop de questions. Ce sont les exploit&#233;s qui en font les frais. C'est donc leur t&#226;che de s'apercevoir de l'illusion et de chercher &#224; identifier la r&#233;alit&#233;. Pour le capital, les choses vont bien telles qu'elles sont, m&#234;me si elles ont pour fondement le plus grand spectacle d'illusionnisme au monde. Les exploit&#233;s ont presque la nostalgie de cette illusion. Ils se sont habitu&#233;s aux cha&#238;nes et ont m&#234;me de l'affection pour elles. Ils r&#234;vent parfois de soul&#232;vements fascinants et de bains de sang, mais ils se laissent &#233;blouir par les mots des nouveaux leaders politiques. Le parti r&#233;volutionnaire &#233;largit encore la perspective illusoire du capital &#224; un point que ce dernier, tout seul, ne pourrait jamais atteindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois, l'illusion quantitative fait des ravages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les exploit&#233;s s'enr&#244;lent, se comptent, se rassemblent. Des slogans f&#233;roces font tressauter le c&#339;ur dans la poitrine des bourgeois. Et plus le nombre de ceux qui se comptent est &#233;lev&#233;, plus l'arrogance et les pr&#233;tentions des leaders deviennent grandes. Ces derniers font des r&#234;ves de conqu&#234;te. Le nouveau pouvoir se met en place sur la d&#233;pouille de l'ancien. L'&#226;me de Bonaparte sourit, satisfaite. Bien s&#251;r, de profondes transformations du code des illusions sont au programme. Mais tout doit ob&#233;ir au signe de l'accumulation quantitative. Les forces militantes croissent, les pr&#233;tentions de la r&#233;volution doivent cro&#238;tre. De m&#234;me, doit cro&#238;tre le taux du profit social, qui vient se substituer au profit priv&#233;. Le capital entre ainsi dans une nouvelle phase illusoire et spectaculaire. Les vieux besoins ressurgissent sous de nouvelles &#233;tiquettes. Le dieu de la productivit&#233; continue &#224; dominer sans rival. C'est beau de se compter. &#199;a nous fait croire que nous sommes forts. Les syndicats se comptent. Les partis se comptent. Les patrons se comptent. Comptons-nous nous aussi. Et tournez man&#232;ges. Et quand nous aurons fini de nous compter, nous chercherons &#224; faire que les choses restent telles qu'elles &#233;taient. Si la transformation est n&#233;cessaire, faisons-la sans g&#234;ner personne. Les r&#234;ves se laissent p&#233;n&#233;trer facilement. On red&#233;couvre la politique de fa&#231;on p&#233;riodique. Souvent, le capital trouve des solutions g&#233;niales. Alors, la paix sociale retombe sur nos t&#234;tes. Un silence de mort. L'illusion se g&#233;n&#233;ralise &#224; un point tel que le spectacle absorbe presque toutes les forces disponibles. Tout se tait. Puis, on red&#233;couvre les d&#233;fauts et la monotonie de la mise en sc&#232;ne. Le rideau se l&#232;ve sur des situations impr&#233;vues. La machine capitaliste accuse le coup. Alors, nous red&#233;couvrons l'engagement r&#233;volutionnaire. C'est arriv&#233; en 68. Tous avec les yeux exorbit&#233;s. Tous f&#233;roces. Un nombre de brochures &#224; vous faire mourir d'&#233;touffement. Des montagnes de tracts, d'opuscules, de journaux, de livres. Toutes les vieilles nuances id&#233;ologiques mises en colonne comme autant de bons petits soldats. M&#234;me les anarchistes se red&#233;couvraient eux-m&#234;mes. Et ils le faisaient historiquement, selon les exigences du moment. Tous born&#233;s. Born&#233;s, m&#234;me les anarchistes. Quand quelqu'un se r&#233;veillait du sommeil spectaculaire, regardant autour de lui, cherchant de l'espace et de l'air pour respirer, et voyant les anarchistes, il se disait &#224; lui-m&#234;me : &#8220;Enfin, voil&#224; les gens avec qui je veux &#234;tre&#8221;. Tout de suite apr&#232;s, il s'apercevait de l'erreur. M&#234;me de ce c&#244;t&#233;-l&#224;, les choses n'allaient pas comme elles auraient d&#251;. L&#224; aussi : &#233;troitesse d'esprit et spectacle. Et ce quelqu'un fuyait. Il se repliait sur lui-m&#234;me. Il se d&#233;courageait. Il acceptait le jeu du capital. Et, s'il ne l'acceptait pas, il &#233;tait mis au ban, par tous, m&#234;me les anarchistes. La machine de 68 a produit les meilleurs fonctionnaires du nouvel &#233;tat techno-bureaucratique. Mais il a aussi produit des anticorps. Les m&#233;canismes de l'illusion quantitative sont devenus visibles. D'un c&#244;t&#233;, ils se sont nourris d'une nouvelle s&#232;ve, pour construire une nouvelle vision du spectacle marchand. De l'autre, ils ont subi des &#233;gratignures. L'inutilit&#233; de l'affrontement sur le plan de la productivit&#233; est devenue &#233;vidente. Emparez-vous des usines, des campagnes, des &#233;coles, des quartiers et autog&#233;rez-les, disaient les vieux r&#233;volutionnaires anarchistes. Abattons le pouvoir sous toutes ses formes, ajoutaient-ils tout de suite apr&#232;s. Mais ils n'allaient pas plus loin, ils ne montraient pas la v&#233;ritable &#233;tendue de la plaie. Ils pr&#233;f&#233;raient la cacher malgr&#233; sa gravit&#233;, misant sur la spontan&#233;it&#233; cr&#233;atrice de la r&#233;volution. Ils voulaient seulement en attendre les r&#233;sultats tout en ayant la main-mise sur les moyens de production. Quoi qu'il arrive, quelle que soit la forme cr&#233;atrice que prendra la r&#233;volution, nous devons avoir les moyens de production en notre possession, affirmaient-ils. Sinon l'ennemi nous vaincra sur le plan de la production. Et pour ce faire, ils s'adaptaient &#224; toutes formes de compromis. Pour ne pas trop s'&#233;loigner des manettes de commande du spectacle, ils finissaient par construire une autre forme de spectacle, parfois tout aussi macabre. L'illusion spectaculaire a ses r&#232;gles. Qui veut la g&#233;rer doit s'y soumettre. Il doit les conna&#238;tre, les imposer et y pr&#234;ter serment. La r&#232;gle premi&#232;re est que la production conditionne tout. Celui qui ne produit pas n'est pas un &#234;tre humain, la r&#233;volution n'est pas pour lui. Pourquoi devrions-nous tol&#233;rer les parasites ? Nous devrions peut-&#234;tre travailler &#224; leur place ? Nous devrions aussi assurer leur survie ? Et aussi : tous ces gens sans id&#233;e d&#233;finie et avec la pr&#233;tention de vouloir n'en faire qu'&#224; leur t&#234;te, ne sont-ils pas des alli&#233;s &#8220;objectifs&#8221; de la contre-r&#233;volution ? Autant s'attaquer &#224; eux d&#232;s maintenant. Que l'on sache qui sont nos alli&#233;s et avec qui nous voulons &#234;tre. Si nous devons faire peur, faisons-le tous ensemble, encadr&#233;s et en bon ordre, et que personne ne mette les pieds sur la table ou ne se d&#233;gonfle. Organisons nos propres structures. Formons des militants qui connaissent parfaitement les techniques de la lutte dans les secteurs productifs. La r&#233;volution, seuls les &#8220;producteurs&#8221; la feront, et nous serons l&#224; pour les emp&#234;cher de faire des b&#234;tises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, tout cela est erron&#233;. De quelle fa&#231;on pourrions-nous les emp&#234;cher de faire des b&#234;tises ? Sur le plan du spectacle illusoire de l'organisation, il y a de plus gros vantards que nous. Et ils ont du souffle &#224; gaspiller. Lutte sur le lieu de travail. Lutte pour la d&#233;fense du travail. Lutte pour la production. Quand romprons-nous ce cercle ? Quand finirons-nous de nous mordre la queue ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'homme difforme trouve toujours des miroirs qui le rendent beau.&lt;/i&gt;&lt;br&gt; Sade&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;p style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;IV.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle folie que l'amour du travail !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle grande habilet&#233; sc&#233;nique que celle du capital qui a su faire aimer l'exploitation aux exploit&#233;s, la corde aux pendus et la cha&#238;ne aux esclaves. Cette id&#233;alisation du travail a tu&#233;, jusqu'&#224; aujourd'hui, la r&#233;volution. Le mouvement des exploit&#233;s a &#233;t&#233; corrompu par l'immixtion de la morale bourgeoise de la production, c'est-&#224;-dire de quelque chose qui n'est pas seulement &#233;tranger au mouvement mais qui lui est aussi contraire. Ce n'est pas un hasard si les premiers &#224; se corrompre ont &#233;t&#233; les syndicats, parce que ce sont eux les plus proches de la gestion du spectacle de la production. &#224; l'&#233;thique du travail, il faut opposer l'esth&#233;tique du non-travail. &#224; la satisfaction des besoins spectaculaires, impos&#233;s par la soci&#233;t&#233; marchande, il faut opposer la satisfaction des besoins naturels r&#233;&#233;valu&#233;s &#224; la lumi&#232;re du besoin primaire et essentiel : le besoin de communisme. L'&#233;valuation quantitative de la pression que les besoins exercent sur les humains, s'en trouve boulevers&#233;. Le besoin de communisme transforme les autres besoins et leur pression sur l'homme. La mis&#232;re des humains, objets d'exploitation, a &#233;t&#233; vue comme la base du rachat &#224; venir. Le christianisme et les mouvements r&#233;volutionnaires s'entendent &#224; travers l'histoire : il faut souffrir pour conqu&#233;rir le paradis ou acqu&#233;rir la conscience de classe qui m&#232;nera &#224; la r&#233;volution. Sans l'&#233;thique du travail, la notion marxiste de &#8220;prol&#233;tariat&#8221; n'aurait pas de sens. Mais l'&#233;thique du travail est un produit du rationalisme bourgeois, qui a permis la conqu&#234;te du pouvoir par la bourgeoisie. Le corporatisme ressurgit entre les mailles de l'internationalisme prol&#233;taire. Chacun lutte &#224; l'int&#233;rieur de son secteur. Au mieux, il &#233;tablit des contacts (&#224; travers les syndicats) avec des secteurs similaires dans d'autres pays. Face au bloc monolithique des multinationales, il y a le bloc monolithique des centrales syndicales internationales. Faisons la r&#233;volution, mais sauvons la machine, l'instrument de travail, l'objet mythique qui reproduit la vertu historique de la bourgeoisie, devenue maintenant patrimoine du prol&#233;tariat. L'h&#233;ritier des destins r&#233;volutionnaires est le sujet vou&#233; &#224; devenir consommateur et acteur principal du futur spectacle du capital. La classe r&#233;volutionnaire, id&#233;alis&#233;e comme b&#233;n&#233;ficiaire de l'affrontement de classe, s'&#233;vanouit dans l'id&#233;alisme de la production. Quand les exploit&#233;s se font enfermer dans une classe, tous les &#233;l&#233;ments de l'illusion spectaculaire ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; reconduits, ceux-l&#224; m&#234;me de la classe bourgeoise. Pour &#233;chapper au projet globalisant du capital, les exploit&#233;s n'ont que la route qui passe par le refus du travail, de la production, de l'&#233;conomie politique. Mais le refus du travail ne doit pas &#234;tre confondu avec le &#8220;manque de travail&#8221; dans une soci&#233;t&#233; bas&#233;e sur le travail. Le marginal cherche du travail. Il n'en trouve pas. Il est ghetto&#239;s&#233;, criminalis&#233;. Tout cela fait partie de la gestion globale du spectacle productif. Le capital a besoin des &#8220;producteurs&#8221; l&#233;gaux ou pas. Seulement, l'&#233;quilibre est instable. Les contradictions explosent et d&#233;clenchent des crises de diff&#233;rents types, dans lesquelles se g&#232;re &lt;br class='autobr' /&gt;
l'intervention r&#233;volutionnaire. Ainsi, le refus du travail, la destruction du travail, c'est l'affirmation du besoin du non-travail. C'est l'affirmation que l'homme peut s'autoproduire et s'auto-objectiver &#224; travers le non-travail, &#224; travers les sollicitations diverses et vari&#233;es que le besoin de non-travail suscite. En consid&#233;rant le concept de destruction du travail du point de vue de l'&#233;thique du travail, on reste stup&#233;fait. Mais quoi ? Tant de personnes cherchent du travail, sont au ch&#244;mage, et on parle de &#8220;destruction du travail&#8221; ? Le fant&#244;me luddite se dresse et &#233;pouvante les r&#233;volutionnaires-qui-se-sont-tap&#233;s-tous-les-classiques. Le sch&#233;ma d'attaque frontale et quantitative contre les forces du capital doit rester le m&#234;me. Les erreurs et les souffrances du pass&#233; ne comptent pas, les hontes et les trahisons non plus. Allez, en avant, mus par la foi en des jours meilleurs, en avant, toujours ! Pour &#233;pouvanter les prol&#233;taires, et les pousser dans l'atmosph&#232;re stagnante des organisations de classes (partis, syndicats et autres mouvements), il suffit de voir dans quoi se noie aujourd'hui le concept de &#8220;temps libre&#8221;, de suspension du travail. Le spectacle des organisations bureaucratiques du temps libre a tout pour d&#233;primer les imaginations les plus fertiles. Mais cette fa&#231;on de faire n'est rien d'autre qu'une couverture id&#233;ologique, un des instruments de la guerre totale qui est la base du spectacle dans son ensemble. C'est le besoin de communisme qui transforme tout. &#224; travers le besoin de communisme, le besoin du non-travail passe du moment n&#233;gatif (opposition au travail), au moment positif : disponibilit&#233; compl&#232;te de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'individu face &#224; lui-m&#234;me, possibilit&#233; totale de s'exprimer librement, rupture avec tous les sch&#233;mas, m&#234;me ceux consid&#233;r&#233;s comme fondamentaux et intouchables, notamment celui de la production. Mais les r&#233;volutionnaires sont fid&#232;les et ils ont peur de rompre avec tous les sch&#233;mas, y compris celui de la r&#233;volution, si ce dernier - en tant que sch&#233;ma - constitue un obstacle &#224; la pleine r&#233;alisation de ce que le concept promet. Ils ont peur de se retrouver totalement d&#233;s&#339;uvr&#233;s. Avez-vous jamais connu un r&#233;volutionnaire sans projet r&#233;volutionnaire ? Un projet bien ficel&#233; et clairement expos&#233; aux masses ? Quelle serait cette race de r&#233;volutionnaire qui pr&#233;tendrait d&#233;truire le sch&#233;ma, l'enveloppe, le fondement de la r&#233;volution ? En attaquant les concepts de quantification, de classe, de projet, de sch&#233;ma, de mission historique, et autres vieilleries du m&#234;me ordre, on court le risque de ne plus rien avoir &#224; faire, d'&#234;tre oblig&#233; d'agir, dans la r&#233;alit&#233;, modestement, avec tous les autres, comme des millions d'autres, qui construisent la r&#233;volution jour apr&#232;s jour, sans attendre le signal d'un grand soir. Et pour cela, il faut du courage. Avec les sch&#233;mas et les gad-gets quantitatifs, on reste dans le fictif, c'est-&#224;-dire dans le projet illusoire de la r&#233;volution, amplification du spectacle du capital ; avec l'abolition de l'&#233;thique productive, on entre directement dans la r&#233;alit&#233; r&#233;volutionnaire. Le fait m&#234;me de parler de ces choses est difficile. Parce que &#231;a n'aurait aucun sens d'en parler &#224; travers les pages d'un trait&#233;. Celui qui chercherait &#224; r&#233;duire ces probl&#232;mes en une analyse compl&#232;te et d&#233;finitive raterait le coche. La meilleure forme serait le discours sympathique et l&#233;ger, capable de r&#233;aliser cette subtile magie des jeux de mots. Parler s&#233;rieusement de la joie est r&#233;ellement une contradiction.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les nuits d'&#233;t&#233; sont p&#233;nibles. &lt;br&gt;
Dans les petites chambres, on dort mal : &lt;br&gt;
c'est la Veille de la Guillotine.&lt;/i&gt; &lt;br&gt;
Zo d'Axa&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Zo d'Axa (1864-1930), anarchiste fondateur, entre autres, du journal (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;p style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;V.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me l'exploit&#233; trouve le temps pour jouer. Mais son jeu n'est pas joie. C'est une liturgie macabre. Une attente de la mort. Une suspension du travail utilis&#233;e pour &#233;vacuer la charge de violence accumul&#233;e au cours de la production. Dans le monde illusoire de la marchandise, le jeu aussi est illusoire. On se fait croire que l'on joue, alors qu'on ne fait rien d'autre que r&#233;p&#233;ter de fa&#231;on monotone les r&#244;les assign&#233;s par le capital. En prenant conscience des m&#233;canismes d'exploitation, la premi&#232;re chose &#224; la-quelle on pense, c'est la vengeance, la derni&#232;re, la joie. La lib&#233;ration est vue comme recomposition d'un &#233;quilibre rompu par la m&#233;chancet&#233; du capital, non comme av&#232;nement d'un monde du jeu qui se substituera au monde du travail. C'est la premi&#232;re &#233;tape de l'attaque contre les patrons. La phase de la conscience imm&#233;diate. Ce qui nous frappe, ce sont les cha&#238;nes, le fouet, les murs des prisons, les barri&#232;res sexuelles et raciales. Tout &#231;a doit s'effondrer. Pour cela, nous nous armons et, pour cela, nous frappons l'adversaire, le responsable. Dans la nuit de la guillotine, les bases d'un nouveau spectacle sont jet&#233;es, le capital reconstitue ses forces : d'abord, les t&#234;tes des patrons tombent, puis celles des r&#233;volutionnaires. Il est impossible de faire la r&#233;volution seulement avec la guillotine. La vengeance est l'anti-chambre du leader. Qui veut se venger a besoin d'un chef. Un chef qui m&#232;ne &#224; la victoire et r&#233;tablisse la justice bless&#233;e. Et qui veut se venger a tendance &#224; revendiquer la possession de quelque chose qui lui a &#233;t&#233; &#244;t&#233;. Jusqu'&#224; l'abstraction supr&#234;me : l'extraction de la plus-value.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde du futur doit &#234;tre un monde o&#249; tout le monde travaille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien ! Nous aurons ainsi impos&#233; l'esclavage &#224; tous, exception faite de ceux qui devront le faire perdurer, et qui, pour cette raison m&#234;me, seront les nouveaux patrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Advienne que pourra mais les patrons doivent &#8220;payer&#8221; pour leurs fautes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien ! Nous aurons ainsi reproduit l'&#233;thique chr&#233;tienne du p&#233;ch&#233;, de la condamnation, de l'expiation &#224; l'int&#233;rieur de la r&#233;volution. Puisque les concepts de &#8220;dette&#8221; et de &#8220;payer&#8221; ont une filiation clairement mercantile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#231;a fait partie du spectacle. Quand ce n'est pas directement g&#233;r&#233; par le pouvoir, cela peut &#234;tre r&#233;cup&#233;r&#233; facilement. Un renversement des r&#244;les fait partie des techniques dramaturgiques. &#224; un certain niveau de l'affrontement de classe, il peut &#234;tre indispensable d'attaquer avec les armes de la vengeance et de la punition. Le mouvement peut n'en poss&#233;der aucune autre. C'est alors le moment de la guillotine. Mais les r&#233;volutionnaires doivent &#234;tre conscients des limites de ces armes. Ils ne peuvent se bercer d'illusions et berner les autres. Dans le cadre parano&#239;aque d'une machine rationalisante - comme l'est le capital - m&#234;me le concept de r&#233;volution vengeresse peut &#234;tre absorb&#233; dans la transformation continuelle du spectacle. Le mouvement apparent de la production se d&#233;roule sous les auspices des sciences &#233;conomiques, mais il se fonde en r&#233;alit&#233; sur l'anthropologie illusoire de la s&#233;paration des t&#226;ches. Il n'y a pas de joie dans le travail. Pas m&#234;me dans le travail autog&#233;r&#233;. La r&#233;volution ne peut se limiter &#224; une modification de l'organisation du travail, et seulement &#224; cela. Il n'y a pas de joie dans le sacrifice, dans la mort, dans la vengeance. Comme il n'y a pas de joie dans le fait de se compter. L'arithm&#233;tique est la n&#233;gation de la joie. Qui veut vivre ne produit pas de la mort. L'acceptation transitoire de la guillotine conduit &#224; son institutionnalisation. Mais, dans le m&#234;me temps, qui aime la vie n'embrasse pas son exploiteur. Sinon, il d&#233;testerait la vie et aimerait le sacrifice, l'autopunition, le travail, la mort. Dans le cimeti&#232;re du travail, les si&#232;cles d'exploitation ont &#233;rig&#233; une montagne de la vengeance. Assis sur cette montagne, il y a, impassibles, les chefs du mouvement r&#233;volutionnaire. Ils &#233;tudient le meilleur moyen de tirer profit de cette montagne. La charge de violence venge-resse doit servir les int&#233;r&#234;ts de la nouvelle caste dirigeante. Symboles et drapeaux. Mots d'ordre et analyses compliqu&#233;es. L'appareil id&#233;ologique est dispos&#233; &#224; faire le n&#233;cessaire. L'&#233;thique du travail rend possible l'instrumentalisation. Qui aime le travail veut s'emparer des moyens de production, il ne veut pas que l'on aille de l'avant &#224; l'aveuglette. Il sait, par exp&#233;rience, que les patrons ont dispos&#233; d'une puissante organisation pour rendre possible l'exploitation. Il pense que seule une organisation toute aussi puissante et parfaite rendra possible la lib&#233;ration. Que l'on fasse tout ce qui est possible, mais que l'on sauve la croissance productive. Quelle immense arnaque. L'&#233;thique du travail, c'est l'&#233;thique chr&#233;tienne du sacrifice, l'&#233;thique des patrons, sur laquelle les massacres de l'histoire se sont fond&#233;s et succ&#233;d&#233;s de fa&#231;on inqui&#233;tante et m&#233;thodique. Ces gens ne parviennent pas &#224; penser que l'on peut ne pas produire de plus-value, que tout en ayant la possibilit&#233; de le faire, on peut s'y refuser. Que l'on peut affirmer, contre le travail, une volont&#233; non productive, capable de lutter non seulement contre les structures &#233;conomiques des patrons, mais aussi contre les structures id&#233;ologiques qui traversent toute la pens&#233;e occidentale. Il est indispensable de comprendre que l'&#233;thique du travail constitue aussi le fondement du projet r&#233;volutionnaire quantitatif. Un discours contre le travail &#233;nonc&#233; par les organisations r&#233;volutionnaires n'aurait aucun sens &#224; l'int&#233;rieur de leur logique de croissance quantitative. L'esth&#233;tique de la joie, en se substituant &#224; l'&#233;thique du travail, n'est pas une entrave &#224; la vie, comme le pr&#233;tendent tant de compagnons inquiets. &#224; la question : &#8220;Que mangerons-nous ?&#8221;, on peut r&#233;pondre, en toute tranquillit&#233; : &#8220;Ce que nous produirons&#8221;. Seulement, la production ne sera plus la dimension &#224; travers laquelle l'&#234;tre humain s'autod&#233;termine, en passant dans le domaine du jeu et de la joie. On pourra produire non plus comme quelque chose de s&#233;par&#233; de la nature, qui une fois r&#233;alis&#233;, retourne &#224; celle-ci mais comme quelque chose qui est la nature m&#234;me. C'est pourquoi l'arr&#234;t de la production sera possible &#224; tout moment quand on en aura assez. Seule la joie ne saurait &#234;tre arr&#234;t&#233;e. Une force inconnue des spectres civilis&#233;s qui peuplent notre &#233;poque. Une force qui multipliera par mille l'&#233;nergie cr&#233;atrice de la r&#233;volution. La richesse sociale du monde communiste ne se mesure pas &#224; l'aune de l'accumulation de la plus-value, quand bien m&#234;me cette derni&#232;re serait g&#233;r&#233;e par une minorit&#233; qui se nommerait parti du prol&#233;tariat. Cette situation reproduit le pouvoir et nie le fondement m&#234;me de l'anarchie. La richesse sociale communiste est li&#233;e au potentiel de vie qui se r&#233;alise apr&#232;s la r&#233;volution. &#224; l'accumulation capitaliste, doit se substituer non pas une accumulation quantitative (m&#234;me g&#233;r&#233;e par unparti) mais une accumulation qualitative. La r&#233;volution de la vie se substitue &#224; la simple r&#233;volution &#233;conomique. Le potentiel productif se substitue &#224; la production cristallis&#233;e. Et la joie au spectacle. La n&#233;gation du march&#233; spectaculaire de l'illusion capitaliste imposera un autre type d'&#233;change. De l'&#233;change fictif quantitatif &#224; l'&#233;change r&#233;el qualitatif. La circulation ne sera plus bas&#233;e sur les objets ni sur leur pr&#233;tendue utilit&#233;, mais sur le sens que ces objets auront pour la vie. Et un sens &#8220;pour la vie&#8221; doit &#234;tre un sens de vie et non un sens de mort. Ces objets seront alors limit&#233;s au moment pr&#233;cis au cours duquel ils sont &#233;chang&#233;s et auront une signification toujours diff&#233;rente en fonction des situations qui d&#233;termineront l'&#233;change. Un m&#234;me objet pourra avoir des &#8220;valeurs&#8221; profond&#233;ment diff&#233;rentes. Chacun de ces objets sera particulier. &#233;tranger &#224; la production comme nous le connaissons dans le syst&#232;me du capital. L'&#233;change m&#234;me aura un sens s'il est per&#231;u &#224; travers le refus de la production illimit&#233;e. Il n'existe pas de travail lib&#233;r&#233;. Il n'existe pas de travail int&#233;gr&#233; (manuel-intellectuel). Ce qui existe, c'est la division du travail et la vente de la force de travail, c'est-&#224;-dire le monde capitaliste de la production. La r&#233;volution sera toujours et seulement n&#233;gation du travail, affirmation de la joie. Toute tentative d'imposer l'id&#233;e d'un travail qui ne serait &#8220;que&#8221; travail, sans exploitation, d'un travail &#8220;autog&#233;r&#233;&#8221;, d'un travail dans lequel l'exploit&#233; se r&#233;approprie la totalit&#233; du syst&#232;me productif, est une mystification. Le concept d'autogestion de la production reste valide seulement comme sch&#233;ma de lutte contre le capital ; en fait, il ne peut &#234;tre s&#233;par&#233; du concept d'autogestion des luttes. En dehors de la lutte, l'autogestion n'est rien d'autre que l'autogestion de sa propre exploitation. Si la lutte est victorieuse, l'autogestion de la production devient superflue, parce qu'apr&#232;s la r&#233;volution, l'organisation de la production est superflue et contre-r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tant que tu n'attrapes que ce que tu as lanc&#233; toi-m&#234;me,&lt;br&gt; tout n'est qu'habilet&#233; et gain de peu ;&lt;br&gt;
Mais quand soudain tu reprendras &lt;br&gt;
la balle qu'une partenaire &#233;ternelle&lt;br&gt;
t'a lanc&#233;e visant, dans un &#233;lan &#224; la pr&#233;cision accomplie,&lt;br&gt;
tel l'un de ces arcs de pont par Dieu lanc&#233;, &lt;br&gt;
le centre m&#234;me de toi, &lt;br&gt;
c'est alors seulement que savoir attraper&lt;br&gt;
te fera souverain, non de toi-m&#234;me, mais d'un monde.&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
Rainer Maria Rilke&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;p style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;VI.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous autant que nous sommes, nous croyons avoir fait l'exp&#233;rience de la joie. Au moins une fois, chacun de nous, a cru se r&#233;jouir dans sa vie. C'est seulement que cette exp&#233;rience de la joie est toujours &#224; la forme passive. Il nous arrive de nous r&#233;jouir. Nous ne pouvons pas &#8220;vouloir&#8221; notre joie, comme nous ne pouvons pas forcer la joie &#224; se reproduire. Tout &#231;a, cette s&#233;paration entre nous et la joie, provient du fait que nous sommes &#8220;s&#233;par&#233;s&#8221; de nous-m&#234;mes, coup&#233;s en deux par le processus d'exploitation. Nous travaillons toute l'ann&#233;e pour avoir la &#8220;joie&#8221; des vacances. Quand elles arrivent, nous nous sentons dans l'&#8220;obligation&#8221; de nous &#8220;r&#233;jouir&#8221; du fait d'&#234;tre en vacances. C'est une torture comme une autre. De m&#234;me pour le dimanche. Un jour hallucinant. La rar&#233;faction de l'illusion du temps libre nous donne &#224; voir la vacuit&#233; du spectacle marchand dans lequel nous vivons. Le m&#234;me regard absent se pose sur le verre &#224; moiti&#233; vide, la t&#233;l&#233;vision, la partie de foot, la dose d'h&#233;ro&#239;ne, l'&#233;cran de cin&#233;ma, les longues files d'automobiles, les enseignes publicitaires, les pavillons pr&#233;fabriqu&#233;s qui ont fini de tuer le paysage. Chercher la joie dans une des innombrables &#8220;repr&#233;sentations&#8221; du spectacle capitaliste est pure folie. C'est exactement ce que veut le capital. L'exp&#233;rience du temps libre, programm&#233; par nos exploiteurs, est l&#233;tale. Elle fait d&#233;si-rer le travail. On finit par pr&#233;f&#233;rer la mort certaine &#224; l'apparence de la vie. Aucune joie r&#233;elle ne peut nous venir du m&#233;canisme rationnel de l'exploitation capitaliste. La joie n'a pas de r&#232;gles fixes qui puissent l'organiser. M&#234;me si nous devons pouvoir vouloir notre joie. Sinon, nous sommes perdus. Le recherche de la joie est donc une action de la volont&#233;. Une n&#233;gation forte des conditions fix&#233;es par le capital, c'est-&#224;-dire de ses valeurs. La premi&#232;re de ces n&#233;gations c'est la n&#233;gation de la valeur du travail. Le recherche de la joie ne peut advenir qu'&#224; travers la recherche du jeu. De cette fa&#231;on, le jeu prend une signification diff&#233;rente de celle que nous sommes habitu&#233;s &#224; lui donner dans la dimension du capital. Le jeu que l'on oppose, en tant qu'oisivet&#233; sereine, &#224; la responsabilit&#233; de la vie, est une image fausse et distordue de la r&#233;alit&#233; du jeu. Dans la r&#233;alit&#233; de la lutte contre le capital, au stade actuel de l'affrontement et des contradictions relatives, le jeu n'est pas un &#8220;passe-temps&#8221;, mais une arme de lutte. Par une ironie &#233;trange, les choses s'inversent. Si la vie est une chose s&#233;rieuse, la mort est une illusion, dans la mesure o&#249; tant que nous vivons, la mort n'existe pas. D&#233;sormais, le r&#232;gne de la mort, c'est-&#224;-dire le r&#232;gne du capital, qui nie notre existence d'humains en nous r&#233;duisant &#224; des &#8220;choses&#8221;, est extr&#234;mement s&#233;rieux, &#8220;en apparence&#8221;, m&#233;thodique et disciplin&#233;. Mais son paroxysme possessif, son &#233;ternel rigorisme &#233;thique, sa manie du &#8220;faire&#8221;, cachent une grande illusion : le vide du spectacle marchand, l'inutilit&#233; de l'accumulation ind&#233;finie, l'absurdit&#233; de l'exploitation. Ainsi, le plus grand s&#233;rieux du monde du travail et de la productivit&#233; cache le plus grand manque de s&#233;rieux. A contrario, la n&#233;gation de ce monde obtus, la recherche de la joie, du r&#234;ve, de l'utopie, dans son &#8220;manque de s&#233;rieux&#8221; proclam&#233;, cache la chose la plus s&#233;rieuse de la vie : la n&#233;gation de la mort. M&#234;me de ce c&#244;t&#233; de la barri&#232;re, dans l'affrontement physique avec le capital, le jeu peut prendre des formes diff&#233;rentes. Beaucoup de choses peuvent &#234;tre faites &#8220;par jeu&#8221;. Beaucoup de choses que d'ordinaire nous faisons avec &#8220;s&#233;rieux&#8221;, en arborant notre masque de mort, celui que le capital nous a pr&#234;t&#233;. Le jeu se caract&#233;rise par une impulsion de vie, toujours nouvelle, toujours en mouvement. En agissant par jeu, nous int&#233;grons cette impulsion &#224; nos actions. Nous nous lib&#233;rons de la mort. Le jeu nous permet de nous sentir vivants. Il nous donne l'&#233;motion de la vie. Dans l'autre fa&#231;on de faire, nous prenons tout comme une t&#226;che, comme quelque chose que nous &#8220;devons&#8221;, comme une obligation. C'est dans cette &#233;motion toujours nouvelle, exact inverse de l'ali&#233;nation et de la folie du capital, que nous pouvons identifier la joie. Dans la joie r&#233;side la possibilit&#233; de rompre avec le vieux monde et d'identifier des objectifs nouveaux, des besoins et des valeurs diff&#233;rents. M&#234;me si la joie en tant que telle ne peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme le but de l'&#234;tre humain, elle est sans aucun doute la dimension privil&#233;gi&#233;e, volontairement identifi&#233;e, qui rend diff&#233;rent l'affrontement avec le capital.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La vie est si ennuyeuse qu'il n'y a rien d'autre &#224; faire que de d&#233;penser tout notre salaire dans la derni&#232;re robe ou la derni&#232;re chemise. &lt;br&gt;
Fr&#232;res et s&#339;urs, quels sont vos d&#233;sirs ? &lt;br&gt;
Vous tenir dans un drugstore, le regard &#233;gar&#233; dans le n&#233;ant, &lt;br class='autobr' /&gt;
mort d'ennui, en buvant un caf&#233; sans saveur ? &lt;br&gt;
Ou peut-&#234;tre plut&#244;t LE FAIRE SAUTER OU LE BRULER.&lt;/i&gt; &lt;br&gt;
The Angry Brigade&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Groupe de lutte arm&#233;e actif en Grande Bretagne entre 1967 et 1984. Voir The (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;p style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;VII.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le grand spectacle du capital nous a tous foutus dedans, jusqu'au cou. Tour &#224; tour, acteurs et spectateurs. Nous inversons les r&#244;les, tant&#244;t en regardant la bouche ouverte, tant&#244;t en &#233;tant regard&#233;s par les autres. Nous sommes tous entr&#233;s dans le carrosse de cristal tout en sachant qu'il s'agissait d'une citrouille. L'illusion de la f&#233;e a pi&#233;g&#233; notre conscience critique. Maintenant nous devons jouer le jeu. Au moins jusqu'&#224; minuit. La mis&#232;re et la faim sont encore les &#233;l&#233;ments moteurs de la r&#233;volution. Mais le capital est en train d'&#233;tendre le spectacle. Il entend faire entrer en sc&#232;ne de nouveaux acteurs. Le plus grand spectacle du monde nous &#233;tourdira. Toujours plus subtil et toujours mieux organis&#233;. De nouveaux clowns s'appr&#234;tent &#224; monter sur sc&#232;ne. De nouveaux fauves seront domestiqu&#233;s. Les tenants du quantitatif, les amants de l'arithm&#233;tique feront les premiers leur entr&#233;e et resteront abasourdis par les lumi&#232;res des premiers rangs. Derri&#232;re eux, les masses du besoin et les id&#233;ologies du rachat. Mais ce qu'ils ne pourront pas &#233;liminer, c'est leur s&#233;rieux. Le plus grand risque au devant duquel ils iront, c'est un &#233;clat de rire. La joie est mortelle dans le spectacle du capital. Tout y est obscur et fun&#232;bre, tout y est s&#233;rieux et convenu, tout y est rationnel et programm&#233;, parce que tout y est faux et illusoire. Au-del&#224; de la crise, au-del&#224; des contradictions du sous-d&#233;veloppement, au-del&#224; de la mis&#232;re et de la faim, le capital devra mener l'ultime bataille, celle d&#233;cisive, contre l'ennui. Le mouvement r&#233;volutionnaire aussi devra mener ses batailles. Et pas seulement les traditionnelles batailles contre le capital. Mais encore une fois, celles contre lui-m&#234;me. L'ennui le ronge de l'int&#233;rieur, le compromet, le rend &#233;touffant, inhabitable. Laissons de c&#244;t&#233; les amoureux des spectacles du capital. Ceux qui sont profond&#233;ment d'accord pour jouer leur r&#244;le. Ceux-l&#224; m&#234;mes qui pensent que les r&#233;formes peuvent r&#233;ellement changer les choses. Mais cette fa&#231;on de penser est plus une couverture qu'autre chose. Ils savent trop bien que de changer des petites choses est une des r&#232;gles du syst&#232;me. En ajustant les choses un peu &#224; la fois, on finit par redevenir utile au capital. Et puis il y a le mouvement r&#233;volutionnaire o&#249; ne manquent pas ceux qui s'attaquent verbalement au pouvoir du capital. Ceux-l&#224; font une grande confusion, ils ont recours &#224; de grandes phrases mais n'impressionnent plus personne, d'autant moins le capital. Ce sournois les utilise pour les parties les plus d&#233;licates de son spectacle. Dans les moments o&#249; il a besoin d'un soliste, il fait entrer en sc&#232;ne un de ces personnages. Le r&#233;sultat est affligeant. La v&#233;rit&#233;, c'est qu'il faut briser le m&#233;canisme spectaculaire de la marchandise, en entrant dans le c&#339;ur du capital, dans le centre de coordination, dans le noyau m&#234;me de la production. Pensez &#224; cette merveilleuse explosion de joie, &#224; ce grand bond en avant cr&#233;atif, &#224; cet objectif &#8220;d&#233;pourvu d'objectif&#8221;. Seulement, rentrer joyeusement, avec les symboles de la vie, dans le c&#339;ur du m&#233;canisme du capital est une chose tr&#232;s difficile. La lutte arm&#233;e, souvent, est symbole de mort. Non pas parce qu'elle donne la mort aux patrons et autres serviteurs mais parce qu'elle pr&#233;tend imposer les structures de la domination de la mort. Con&#231;ue autrement, elle serait vraiment la joie en action, quand elle se rendrait capable de briser les conditions structurelles impos&#233;es par le spectacle marchand, comme, par exemple, le parti militaire, la conqu&#234;te du pouvoir, l'avant-garde. Voil&#224; l'autre ennemi du mouvement r&#233;volutionnaire. L'incompr&#233;hension. La fermeture face aux nouvelles conditions du conflit. La pr&#233;tention d'imposer les mod&#232;les du pass&#233;, d&#233;sormais int&#233;gr&#233;s &#224; la gestion spectaculaire de la marchandise. La m&#233;connaissance de la nouvelle r&#233;alit&#233; r&#233;volutionnaire alimente une m&#233;connaissance th&#233;orique et strat&#233;gique des capa-cit&#233;s r&#233;volutionnaires du mouvement m&#234;me. Il ne sert &#224; rien d'affirmer que nous avons des ennemis si proches qu'il faut attaquer imm&#233;diatement, au-del&#224; des &#233;claircissements internes de nature th&#233;orique. Tout cela cache la capacit&#233; d'affronter la nouvelle r&#233;alit&#233; du mouvement, l'incapacit&#233; &#224; d&#233;passer les erreurs du pass&#233; qui ont de graves cons&#233;quences dans le pr&#233;sent. Et cette fermeture alimente tout type d'illusion politique rationaliste. Les cat&#233;gories de la vengeance, du leader, du parti, de l'avant-garde, de la croissance quantitative n'ont de sens que dans le cadre de notre soci&#233;t&#233; et il s'agit d'un sens qui favorise le maintien du pouvoir. Du point de vue r&#233;volutionnaire, c'est-&#224;-dire celui de l'&#233;limination totale et d&#233;finitive du pouvoir, ces cat&#233;gories perdent tout leur sens. En se d&#233;pla&#231;ant dans le domaine du non-lieu de l'utopie, dans le renversement de l'&#233;thique du travail, dans le ici et maintenant de la joie r&#233;alis&#233;e, on se trouve au c&#339;ur d'une structure de mouvement qui est fort &#233;loign&#233;e des formes historiques de son organisation. Cette structure se transforme constamment &#233;chappant &#224; toute tentative de cristallisation. Sa caract&#233;ristique est l'auto-organisation des producteurs, sur les lieux de travail, et l'auto-organisation simultan&#233;e des formes de lutte pour le refus du travail. Non pas appropriation des moyens de production gr&#226;ce aux organisations historiques, mais refus de la production gr&#226;ce &#224; l'&#233;mergence de structures organisationnelles qui se transforment constamment. Il en est de m&#234;me dans le domaine du travail au noir. Les structures &#233;mergent sur la base de l'auto-orga-nisation, sous l'impulsion du rejet de l'ennui et de l'ali&#233;nation. L'int&#233;gration d'un but programm&#233; et impos&#233; par une organisation n&#233;e et voulue en dehors de ces structures signifie la mort du mouvement, le r&#233;tablissement du spectacle marchand. La plupart d'entre nous est li&#233;e &#224; cette vision de l'organisation r&#233;volutionnaire. M&#234;me les anarchistes, tout en refusant la gestion autoritaire de l'organisation, ne parviennent pas &#224; abandonner leur reconnaissance dans la validit&#233; de leurs formations historiques. Sur ces bases, tous, nous reconnaissons que la r&#233;alit&#233; contradictoire du capital peut &#234;tre attaqu&#233;e avec de tels moyens. Nous le faisons parce que nous sommes convaincus que ces moyens sont l&#233;gitimes, qu'ils &#233;mergent du terrain m&#234;me de l'affrontement avec le capital. Nous n'admettons pas que quelqu'un pense diff&#233;remment de nous. Notre th&#233;orie s'identifie dans la pratique et dans la strat&#233;gie de nos organisations. Il y a beaucoup de diff&#233;rences entre nous et les autoritaires. Mais celles-ci s'effacent devant la foi commune dans l'organisation historique. On arrivera &#224; l'anarchie gr&#226;ce &#224; l'&#339;uvre de ces organisations (les diff&#233;rences - substantielles - ne surgissent que sur le plan de la m&#233;thodologie pour s'en approcher). Ce que cette foi nous indique, c'est une chose tr&#232;s importante : la pr&#233;tention de notre culture rationaliste, de s'expliquer le mouvement de la r&#233;alit&#233;, et de se l'expliquer de fa&#231;on progressive. Cette culture se fonde sur le pr&#233;suppos&#233; de l'irr&#233;versibilit&#233; de l'histoire et sur la capacit&#233; analytique de la science. Tout ceci nous permet de consid&#233;rer le moment pr&#233;sent comme la confluence de tous les efforts du pass&#233;, comme le point le plus haut de la lutte contre le pouvoir de t&#233;n&#232;bres (l'exploitation capitaliste). Ainsi, nous serions, dans l'absolu, plus avanc&#233;s que nos pr&#233;d&#233;cesseurs, capables d'&#233;laborer et de g&#233;rer une th&#233;orie et une strat&#233;gie organisationnelle qui seraient le r&#233;sultat de la somme de toutes les exp&#233;riences pass&#233;es. Tous ceux qui rejettent cette interpr&#233;tation se retrouvent automatiquement hors de la r&#233;alit&#233;, celle-ci &#233;tant, par d&#233;finition, la m&#234;me chose que l'histoire, le progr&#232;s, et la science. Celui qui refuse est anti-historique, anti-progr&#232;s, anti-science. Condamnations sans appel. Forts de cette cuirasse id&#233;ologique, nous allons dans la rue. L&#224;, nous nous affrontons avec une r&#233;alit&#233; de lutte structur&#233;e diff&#233;remment. Ces structures agissent sous le coup d'impulsions ne rentrant pas dans le cadre de nos analyses. Un beau matin, au cours d'une manifestation pacifique, et autoris&#233;e par la pr&#233;fecture, quand les policiers commencent &#224; tirer, la structure r&#233;agit, les compagnons se mettent &#224; tirer aussi, les policiers tombent. Anath&#232;me ! La manifestation &#233;tait pacifique. Puisqu'elle a sombr&#233; dans la gu&#233;rilla urbaine, il a d&#251; y avoir provocation. Personne ne peut sortir du cadre parfait de notre organisation id&#233;ologique puisqu'elle n'est pas une &#8220;partie&#8221; de la r&#233;alit&#233; mais &#8220;toute&#8221; la r&#233;alit&#233;. Au-del&#224; : c'est la folie et la provocation. Quelques supermarch&#233;s sont d&#233;truits, quelques commerces, des magasins alimentaires et des armureries sont saccag&#233;s, des grosses cylindr&#233;es sont br&#251;l&#233;es. C'est une attaque contre le spectacle marchand dans ses formes les plus &#233;videntes. Les structures &#233;mergeantes s'orientent dans cette direction. Elles prennent forme &#224; l'improviste, avec un minimum indispensable d'orientation strat&#233;gique pr&#233;alable. Sans fioritures ni grand pr&#233;alables analytiques, sans toute une th&#233;orie en renfort. Elles attaquent. On reconna&#238;t les compagnons dans ces structures. Ils refusent les organisations de l'&#233;quilibre des pouvoirs, de l'attente et de la mort. Leur action est une critique en acte de la position attentiste et suicidaire de ces organisations. Anath&#232;me ! Il a d&#251; y avoir provocation. On se d&#233;tache des formes traditionnelle du &#8220;faire&#8221; politique. On p&#232;se fortement et de fa&#231;on critique sur le mouvement m&#234;me. On utilise l'arme de l'ironie. Pas dans le confort du bureau de l'&#233;crivain. Mais en masse, dans les rues. Alors s'emp&#234;trent dans le m&#234;me genre de difficult&#233; les valets des patrons, ceux d&#233;sormais reconnus officiellement, et les guides r&#233;volutionnaires du pass&#233; lointain et r&#233;cent. La structure mentale du petit chef et du leader de groupe entre en crise. Anath&#232;me ! La critique n'est l&#233;gitime que contre les patrons et selon les r&#232;gles fix&#233;es par la tradition historique de la lutte des classes. Qui sort des sentiers battus est un provocateur. On en a la naus&#233;e des r&#233;unions, des lectures de classiques, des manifestations inutiles, des discussions th&#233;oriques qui coupent les cheveux en quatre, des distinctions infinies, de la monotonie et de la tristesse de certaines analyses politiques. &#224; &#231;a, on pr&#233;f&#232;re faire l'amour, fumer, &#233;couter de la musique, marcher, dormir, rire, jouer, tuer des policiers, tirer dans les jambes des journalistes, juger les magistrats, faire sauter en l'air les casernes de carabiniers. Anath&#232;me ! La lutte n'est l&#233;gitime que quand elle est compr&#233;hensible par les chefs de la r&#233;volution. En cas contraire, puisqu'il y a le risque que ces derniers perdent le contr&#244;le de la situation, il a d&#251; y avoir une provocation. D&#233;p&#234;che-toi compagnon, tire tout de suite sur le policier, le juge, le patron avant qu'une nouvelle police ne t'en emp&#234;che ; d&#233;p&#234;che-toi de dire non avant qu'une nouvelle r&#233;pression te convainque du fait que de dire non est insens&#233; et fou et qu'il est juste que tu acceptes l'hospitalit&#233; des h&#244;pitaux psychiatriques. D&#233;p&#234;che-toi d'attaquer le capital avant qu'une nouvelle id&#233;ologie ne le rende &#224; nouveau sacr&#233;. D&#233;p&#234;che-toi de refuser le travail avant que quelque nouveau sophiste te dise, encore une fois, que &#8220;le travail rend libre&#8221;. D&#233;p&#234;che-toi de jouer. D&#233;p&#234;che-toi de t'armer.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il n'y aura plus de r&#233;volution tant que les Cosaques ne descendront pas.&lt;/i&gt;&lt;br&gt; Ernest C&#339;urderoy&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ernest C&#339;urderoy, Hurrah !!! ou la r&#233;volution par les cosaques (1854), Cent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;p style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;VIII.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeu &#224; l'int&#233;rieur de la logique du capital est lui aussi &#233;nigmatique et contradictoire. Le capital l'utilise comme un des &#233;l&#233;ments du spectacle marchand. Ainsi, il prend une ambigu&#239;t&#233; qu'il n'a pas intrins&#232;quement. Une ambigu&#239;t&#233; qui lui vient de la structure illusoire de la production capitaliste. Le jeu devient, de cette fa&#231;on, la suspension de la production, la parenth&#232;se de &#8220;tranquillit&#233;&#8221; dans la vie de tous les jours. Il existe ainsi une programmation du jeu et une utilisation sc&#233;nique de celui-ci. En dehors de la domination capitaliste, le jeu est harmonieusement structur&#233; par son propre &#233;lan cr&#233;atif. Il n'est pas li&#233; &#224; telle ou telle repr&#233;sentation voulue par les forces productives, mais il se d&#233;veloppe de fa&#231;on autonome. Et c'est seulement ainsi qu'il est gai, qu'il procure de la joie. Il ne &#8220;suspend&#8221; pas la tristesse de la blessure caus&#233;e par l'exploitation, au contraire, il la r&#233;alise jusqu'au bout, il la r&#233;v&#232;le partie int&#233;grante de la r&#233;alit&#233; de la vie, et ainsi, s'oppose &#224; ces moyens mis en acte par la r&#233;alit&#233; de la mort, m&#234;me &#224; travers le jeu, pour rendre moins triste la tristesse. Les destructeurs de la r&#233;alit&#233; de la mort luttent contre le r&#232;gne mythique de l'illusion capitaliste, r&#232;gne qui, tout en aspirant &#224; l'&#233;ternit&#233;, se roule dans la poussi&#232;re de l'incertain. La joie de la destruction &#233;merge via le jeu de l'action destructive, par la reconnaissance de la profonde trag&#233;die que celle-ci sous-entend, par la conscience de la force de l'enthousiasme qui r&#233;ussit &#224; abattre la toile d'araign&#233;e de la mort. Ce n'est pas une opposition entre horreur et horreur, entre trag&#233;die et trag&#233;die, entre mort et mort. Mais une opposition entre joie et horreur, joie et trag&#233;die, joie et mort. En tuant un policier, on ne se pare pas de la toge du juge qui se h&#226;te de la nettoyer du sang des condamnations pr&#233;c&#233;dentes. Les tribunaux et les sanctions font toujours partie du spectacle du capital, m&#234;me quand les r&#233;volutionnaires y jouent leur propre r&#244;le. En tuant un policier, on ne soup&#232;se pas ses responsabilit&#233;s, on n'arithm&#233;tise pas l'affrontement de classe. On n'y programme pas une vision du rapport entre mouvement r&#233;volutionnaire et exploiteurs. On r&#233;pond, de fa&#231;on imm&#233;diate, &#224; une exigence qui a fait surface et structure le mouvement r&#233;volutionnaire, une exigence que toutes les analyses et toutes les justifications au monde n'auraient pas pu, par elles-m&#234;mes, imposer. Cette exigence, c'est celle de l'attaque contre l'ennemi, l'exploiteur et ses valets. Elle m&#251;rit lentement dans les structures du mouvement. Mais, c'est seulement quand elle sort &#224; d&#233;couvert que le mouvement passe d'une phase d&#233;fensive &#224; celle de l'attaque. Les analyses et les justifications morales sont en amont, et non pas en aval, pr&#234;tes &#224; faire tr&#233;bucher celui qui descend dans la rue. Elles se trouvent dans la violence syst&#233;matique que le capital exerce, depuis des si&#232;cles, sur les exploit&#233;s. Mais elles ne doivent pas n&#233;cessairement se faire jour de fa&#231;on achev&#233;e et pr&#234;te &#224; l'emploi. Cette pr&#233;tention est une forme que prennent ult&#233;rieurement nos intentions rationalisantes, notre r&#234;ve d'imposer &#224; la r&#233;alit&#233; un mod&#232;le qui ne lui convient pas. Faisons les descendre, ces Cosaques. Ne jouons pas le r&#244;le de la r&#233;action, c'est un r&#244;le qui n'est pas fait pour nous. Nous n'acceptons pas l'invitation &#233;quivoque du capital. Au lieu de tirer sur nos compagnons et sur nous-m&#234;mes, il vaut toujours mieux tirer sur les policiers. Il y a des moments dans l'histoire o&#249; la science existe dans la conscience de celui qui se bat. Dans ces moments, il n'y a pas besoin d'interpr&#232;tes de la v&#233;rit&#233;. Celle-ci &#233;merge des choses. C'est la r&#233;alit&#233; des luttes qui produit la th&#233;orie du mouvement. La naissance du march&#233; a sign&#233; la formation du capital, le passage de la forme de production f&#233;odale &#224; celle capitaliste. L'entr&#233;e de la production dans la phase spectaculaire a rendu n&#233;cessaire l'extension de la forme mercantile &#224; tout ce qui existe : l'amour, la science, les sentiments, la conscience, etc. Le spectacle a &#233;norm&#233;ment grandi. Cette deuxi&#232;me phase ne constitue pas, contrairement &#224; ce qu'affirment les marxistes, une corruption de la premi&#232;re phase. C'est une nouvelle phase. Le capital avale tout, m&#234;me la r&#233;volution. Si celle-ci ne rompt pas avec le sch&#233;ma de la production, si elle pr&#233;tend imposer une production alternative, le capital l'engloutit dans le spectacle marchand. Il n'y a que la lutte dans la r&#233;alit&#233; de l'affrontement qui ne puisse pas &#234;tre r&#233;cup&#233;r&#233;e. Certaines de ces formes, en se cristallisant en formes organisationnelles pr&#233;cises, peuvent &#234;tre int&#233;gr&#233;es au spectacle. Mais quand elles rompent avec le sens fondamental que le capital donne &#224; la production, cette int&#233;gration est tr&#232;s difficile. Le discours arithm&#233;tique et celui de la vengeance n'ont aucun sens &#224; l'int&#233;rieur de la seconde phase. Si on les rabache, ils prennent un sens m&#233;taphorique. Il faut substituer au jeu illusoire du capital (spectacle des marchandises) le jeu r&#233;el de l'offensive arm&#233;e contre le capital pour la destruction du fictif et du spectacle.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Do it yourself.&lt;/i&gt;&lt;br&gt; Manuel du bricoleur&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;p style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;IX.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est facile, tu peux le faire toi-m&#234;me. Tout seul ou avec quelques compagnons de confiance. Il n'y a pas besoin de grands moyens. Ni m&#234;me d'une grande pr&#233;paration technique. Le capital est vuln&#233;rable. Il suffit d'&#234;tre d&#233;cid&#233; &#224; le faire. Un oc&#233;an de bavardages nous a rendus obtus. Il ne s'agit pas de peur. Nous n'avons pas peur, nous sommes seulement et stupidement plein d'id&#233;es pr&#233;con&#231;ues. Nous ne parvenons pas &#224; nous en lib&#233;rer. L'&#234;tre humain qui est d&#233;termin&#233; dans son geste n'est pas courageux. C'est quelqu'un qui a clarifi&#233; ses id&#233;es. Qui s'est rendu compte de l'inutilit&#233; de tant d'efforts pour bien jouer le r&#244;le que lui a assign&#233; le capital dans la repr&#233;sentation. Consciente, son attaque est froide et d&#233;termin&#233;e. Et lui permet de se r&#233;aliser, de se r&#233;aliser dans la joie. Le r&#232;gne de la mort dispara&#238;t face &#224; lui. M&#234;me s'il cr&#233;e destruction et terreur chez les patrons, dans son c&#339;ur et dans le c&#339;ur des exploit&#233;s, il n'y a que joie et tranquillit&#233;. Les organisations r&#233;volutionnaires ont du mal &#224; comprendre tout cela. Elles imposent un mod&#232;le qui reproduit la simulation de la r&#233;alit&#233; productive. L'approche quantitative les emp&#234;che d'avoir une appr&#233;hension qualitative sur le plan de l'esth&#233;tique de la joie. M&#234;me l'offensive militaire est vue par ces organisations sur un plan quantitatif. Les objectifs sont fix&#233;s sur la base d'un conflit frontal. Le capital peut de cette fa&#231;on en contr&#244;ler tout jaillissement. Il peut se permettre d'en accepter les contradictions, d'en indiquer les formes spectaculaires oppos&#233;es, d'en exploiter les effets n&#233;gatifs sur les producteurs pour construire un &#233;largissement du spectacle. Le capital accepte l'affrontement sur le terrain quantitatif parce qu'il conna&#238;t toutes les r&#233;ponses. C'est lui-m&#234;me qui produit les r&#233;ponses, qui dispose du monopole des r&#232;gles. A contrario, la joie de l'acte r&#233;volutionnaire est contagieuse. Elle fait tache d'huile. Le jeu produit son sens sur la base de l'action dans la r&#233;alit&#233;. Mais ce sens n'est pas fig&#233; dans un mod&#232;le impos&#233; d'en haut. Il se ramifie en mille directions, toutes productives et instables. La connexion interne au jeu se tarit dans l'action de l'offensive. Mais le sens ext&#233;rieur survit, le sens que le jeu rev&#234;t pour ceux qui en restent coup&#233;s et qui veulent se l'approprier. Entre ceux qui, les premiers, acceptent de jouer et ceux qui &#8220;observent&#8221; les cons&#233;quences lib&#233;ratrices du jeu, indispensables au jeu m&#234;me. Ainsi se structure la communaut&#233; de la joie. Une forme spontan&#233;e de mise en contact, fondamentale pour la r&#233;alisation du sens plus profond du jeu. Jouer est un acte communautaire. Cela se pr&#233;sente rarement comme une action isol&#233;e. Souvent, quand il se structure ainsi, il se cache derri&#232;re les &#233;l&#233;ments n&#233;gatifs du refoulement psychologique. Ce n'est pas une acceptation positive du jeu en tant que moment cr&#233;atif d'une r&#233;alit&#233; de lutte. C'est le sens communautaire du jeu qui emp&#234;che l'arbitraire dans le choix des significations du jeu m&#234;me. En absence de rapport communautaire, le singulier pourrait imposer au jeu ses r&#232;gles et significations, incompr&#233;hensibles pour tous les autres, retransformant ainsi le jeu en une suspension temporaire des cons&#233;quences n&#233;gatives de son probl&#232;me individuel (probl&#232;me du travail, de l'ali&#233;nation, de l'exploitation). Dans un contexte communautaire, le sens du jeu s'enrichit &#224; travers le flux des actions r&#233;ciproques. La cr&#233;ativit&#233; re&#231;oit un espace plus grand via l'imagination lib&#233;r&#233;e et entretenue dans un rapport de r&#233;ciprocit&#233;. Toute invention, toute nouvelle possibilit&#233; peut &#234;tre v&#233;cue collectivement, sans mod&#232;le pr&#233;alable, et avoir une influence vitale dans le fait m&#234;me de se poser simplement comme moment cr&#233;atif, malgr&#233; les mille difficult&#233;s rencontr&#233;es dans sa r&#233;alisation. Une organisation r&#233;volutionnaire traditionnelle finit par imposer ses propres techniciens. Elle ne peut &#233;viter le p&#233;ril technocrate. La grande importance accord&#233;e &#224; l'action en tant que telle la condamne &#224; cela. Une structure r&#233;volutionnaire, qui cherche le moment de la joie dans l'action r&#233;volutionnaire visant la destruction du pouvoir, consid&#232;re les instruments avec lesquels cette destruction est r&#233;alis&#233;e comme des instruments, c'est-&#224;-dire comme des moyens. Ceux qui utilisent ces moyens ne doivent pas en devenir esclaves. Tout comme ceux qui ne savent pas s'en servir ne doivent pas devenir les esclaves de ceux qui en connaissent l'usage. La dictature du moyen est la pire des dictatures. L'arme la plus importante du r&#233;volutionnaire, c'est sa d&#233;termination, sa conscience, sa d&#233;cision de passer &#224; l'acte, sa propre individualit&#233;. Les armes concr&#232;tes sont des instruments, et, en tant que tels, ils doivent constamment &#234;tre soumis &#224; une &#233;valuation critique. Il faut d&#233;velopper une critique des armes. Nous avons vu une trop grande sacralisation de la mitraillette, une trop grande sacralisation de l'efficacit&#233; militaire. La lutte arm&#233;e n'est pas un geste qui concerne uniquement les armes. Elles ne peuvent repr&#233;senter, par elles-m&#234;mes, la dimension r&#233;volutionnaire. R&#233;duire la r&#233;alit&#233; enti&#232;re en une chose unique est dangereux. En effet, le jeu repr&#233;sente ce risque, celui d'&#233;puiser l'exp&#233;rimentation vitale dans le jouet, transformant ce dernier en quelque chose de sacr&#233; et d'absolu. Ce n'est pas pour rien que, dans les symboles de beaucoup d'organisations r&#233;volutionnaires combattantes appara&#238;t la mitraillette. Il faut proc&#233;der diff&#233;remment pour mieux comprendre le sens profond de la lutte r&#233;volutionnaire en tant que joie, pour fuir les illusions et les pi&#232;ges d'une repr&#233;sentation du spectacle marchand au travers d'objets mythiques ou mythifi&#233;s. Dans son affrontement avec la lutte arm&#233;e, le capital accomplit son ultime effort. Il s'engage sur la derni&#232;re fronti&#232;re. Pour s'aventurer sur un terrain o&#249; il ne se sent pas tant que &#231;a en s&#233;curit&#233;, il a besoin de la collaboration de l'opinion publique. D'o&#249; le d&#233;cha&#238;nement d'une guerre psychologique qui emploie les armes plus raffin&#233;es de la propagande moderne. En substance, le capital, dans son extension physique actuelle, est vuln&#233;rable vis-&#224;-vis d'une structure r&#233;volutionnaire qui peut d&#233;cider les temps et les modalit&#233;s de l'offensive. Le capital conna&#238;t parfaitement cette fai-blesse et prend les mesures n&#233;cessaires. La police ne lui suffit pas. Pas plus que l'arm&#233;e. Il a besoin d'une vigilance continue de la part des gens. Y compris de la fraction la plus humble du prol&#233;tariat. Pour ce faire, il doit diviser le front de classe. Il doit diffuser parmi les pauvres le mythe de la dangerosit&#233; des organisations arm&#233;es, le mythe de la sacralit&#233; de l'&#233;tat, le mythe de la moralit&#233;, de la loi et ainsi de suite. Indirectement, cela pousse l'organisation et ses militants &#224; jouer un r&#244;le. Or, &#224; l'int&#233;rieur d'un &#8220;r&#244;le&#8221;, le jeu n'a plus de sens. Tout devient &#8220;s&#233;rieux&#8221;, et donc illusoire, spectaculaire et marchand. La joie se transforme en &#8220;masque&#8221;. La personne devient anonyme, elle vit dans le r&#244;le, elle n'est plus capable de distinguer la r&#233;alit&#233; de l'apparence. Pour briser le cercle vicieux de la dramaturgie marchande, il faut refuser tout r&#244;le, m&#234;me celui de &#8220;r&#233;volutionnaire professionnel&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte arm&#233;e doit fuir la &#8220;professionnalisation&#8221;, la division du travail que le mod&#232;le ext&#233;rieur de la production capitaliste entend lui imposer. &#8220;Fais-le toi-m&#234;me&#8221;. Ne brise pas le contenu global du jeu par l'appauvrissement qu'entra&#238;ne le r&#244;le. D&#233;fends ton droit de te r&#233;jouir de la vie. Fais obstacle au projet de mort du capital. Celui-ci ne peut p&#233;n&#233;trer dans le monde cr&#233;atif du jeu qu'en transformant le jouant en joueur, le vivant cr&#233;ateur en mort qui croit vivre. Si &#8220;le monde du jeu&#8221; se voit organis&#233; sous une forme centralis&#233;e, cela n'a plus aucun sens de parler de jeu. En proposant notre discours sur &#8220;la joie arm&#233;e&#8221;, nous devons aussi pr&#233;voir la possibilit&#233; que le capital r&#233;cup&#232;re cette proposition r&#233;volutionnaire. Cette r&#233;cup&#233;ration peut &#234;tre mise en &#339;uvre par la gestion ext&#233;rieure du monde du jeu : en fixant le r&#244;le du joueur, les r&#244;les &#224; l'int&#233;rieur de la communaut&#233; du jeu, la mythologie du jouet. En brisant les pesanteurs de la centralisation, du parti militaire, on parvient &#224; brouiller les id&#233;es du capital, lesquelles sont en harmonie avec les r&#232;gles de la productivit&#233; spectaculaire du march&#233; quantitatif. De cette fa&#231;on, l'action coordonn&#233;e par la joie devient &#233;nigmatique pour le capital. Ce n'est rien, que quelque chose priv&#233; d'objectif, qui n'a pas de r&#233;alit&#233;. Et c'est pourquoi l'essence, l'objectif et la r&#233;alit&#233; du capital sont illusoires, tandis que l'essence, l'objectif et la r&#233;alit&#233; de la r&#233;volution sont fix&#233;s concr&#232;tement. Au code du besoin productif, on substitue le code du besoin de communisme. Les d&#233;cisions singuli&#232;res &#224; l'int&#233;rieur de la communaut&#233; de jeu ont un sens &#224; la lumi&#232;re de ce nouveau besoin. Les mod&#232;les du pass&#233;, ceux de la mort, se r&#233;v&#232;lent dans leur manque de r&#233;alit&#233;, dans leur dimension illusoire. La destruction des patrons, c'est la destruction de la marchandise et la destruction de la marchandise, c'est la destruction des patrons.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Que vole la chouette.&lt;/i&gt;&lt;br&gt; Proverbe ath&#233;nien.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;p style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;X.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Que vole la chouette&#8221;. Que les actions mal engag&#233;es arrivent &#224; bon terme. Que la r&#233;volution, tant repouss&#233;e par les r&#233;volutionnaires, se r&#233;alise au-del&#224; de leurs restes de d&#233;sirs de paix sociale. Le capital donnera le dernier mot aux cols blancs. Les prisons ne pourront durer longtemps. Les vieilles forteresses du pass&#233;, d'un pass&#233; qui ne survit que dans les r&#234;ves exalt&#233;s de quelques r&#233;actionnaires &#224; la retraite, tomberont avec la chute de l'id&#233;ologie qui se fonde sur l'orthop&#233;die sociale. Il n'y aura plus de condamn&#233;s. La criminalisation, que le capital d&#233;veloppera sous sa forme la plus rationnelle, passera par les h&#244;pitaux psychiatriques. Refuser le spectacle, cela veut dire &#234;tre ext&#233;rieur &#224; la r&#233;alit&#233;, quand toute la r&#233;alit&#233; est spectaculaire. Refuser les r&#232;gles du code marchand, cela veut dire &#234;tre fou. Ne pas s'incliner devant le dieu de la marchandise, cela vaudra l'internement psychiatrique. L&#224;, la cure sera radicale. Plus de tortures inquisitoriales, plus de sang sur les murs, ces choses font trop forte impression dans l'opinion publique, provoquent l'intervention de bourgeois bien pensants, suscitent une demande de justifications et de r&#233;parations, et causent des perturbations dans l'harmonie spectaculaire. L'an&#233;antissement total de la personnalit&#233; consid&#233;r&#233; comme unique cure radicale pour les malades mentaux, par contre, ne choque personne. Tant que l'individu lambda se sentira entour&#233; par l'imperturbable atmosph&#232;re du spectacle capitaliste, il aura l'impression que la porte de l'h&#244;pital psychiatrique ne se refermera jamais sur lui. Le monde de la folie lui sera &#233;tranger m&#234;me s'il y a toujours un h&#244;pital psychiatrique &#224; proximit&#233; de chaque usine, devant chaque &#233;cole, derri&#232;re chaque campagne, au milieu de chaque quartier populaire. Prenons garde, avec notre aveuglement critique, &#224; ne pas tracer la route aux fonctionnaires d'&#233;tat en cols blancs. Le capital est en train d'&#233;laborer la grille de lecture &#224; mettre en circulation &#224; un niveau de masse. En vertu de cette grille, l'opinion publique sera encline &#224; voir dans les perturbateurs de l'ordre patronal, dans les r&#233;volutionnaires, des fous. D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; de leur ouvrir les portes des h&#244;pitaux psychiatriques. M&#234;me les prisons actuelles, en se rationalisant sur le mod&#232;le allemand, sont en train de se transformer, d'abord en prisons sp&#233;ciales pour r&#233;volutionnaires, puis en prisons mod&#232;les, puis en pur et simple camp pour la manipulation des cerveaux, puis d&#233;finitivement en h&#244;pital psychiatrique. Cette attitude du capital n'est pas seulement dict&#233;e par la n&#233;cessit&#233; de se d&#233;fendre face aux luttes des exploit&#233;s. C'est aussi la seule r&#233;ponse possible dans le cadre de la logique interne de la loi de la production marchande. L'h&#244;pital psychiatrique est pour le capital un lieu physique dans lequel l'ensemble de la fonction spectaculaire s'interrompt. La prison cherche d&#233;sesp&#233;r&#233;ment &#224; parvenir &#224; cette interruption globale mais sans succ&#232;s parce qu'elle est bloqu&#233;e par les pr&#233;tentions de son id&#233;ologie orthop&#233;dique. Le &#8220;lieu&#8221; de l'h&#244;pital psychiatrique, au contraire, n'a ni fin, ni d&#233;but, il n'a pas d'histoire, il n'a pas la variabilit&#233; du spectacle. Il est le lieu du silence. L'autre lieu du silence, le cimeti&#232;re, a, au contraire, la capacit&#233; de parler &#224; haute voix. Les morts s'expriment. Et nos morts s'expriment haut et fort. Nos morts peuvent &#234;tre lourds, tr&#232;s lourds m&#234;me. Voil&#224; pourquoi le capital cherchera &#224; faire toujours moins de morts. Tandis qu'en parall&#232;le, le nombre d'&#8220;h&#244;tes&#8221; accueillis en h&#244;pital psychiatrique cro&#238;tra. La &#8220;patrie du socialisme&#8221; a beaucoup &#224; enseigner dans ce domaine. L'h&#244;pital psychiatrique est la rationalisation th&#233;rapeutique la plus parfaite du temps libre. La suspension du travail sans trauma pour la structure marchande. La non-producti-vit&#233; sans n&#233;gation de la productivit&#233;. Le fou peut ne pas travailler, mais, dans son non-travail, il confirme la sagesse du travail, comme inverse de la folie. Quand nous disons : ce n'est pas le moment de l'offensive arm&#233;e contre l'&#233;tat, nous ouvrons grand les portes des h&#244;pitaux psychiatriques pour les compagnons qui tentent cette attaque. Quand nous disons : ce n'est pas l'heure de la r&#233;volution, nous serrons les liens des lits de contention. Quand nous disons : ces actions sont manifestement des provocations, nous endossons la chemise blanche des tortionnaires. Au temps o&#249; le nombre des opposants &#233;tait r&#233;duit, la mitraillette fonctionnait bien. Dix morts, c'est supportable. 30 000, 100 000, 200 000, cela signerait un moment historique, un point de r&#233;f&#233;rence r&#233;volutionnaire d'une luminosit&#233; si &#233;blouissante qu'elle perturberait pour longtemps l'harmonie paisible du spectacle marchand. Aussi, le capital s'est fait plus astucieux. Le m&#233;dicament a une neutralit&#233; que le projectile n'a pas. Il a l'alibi th&#233;rapeutique. Qu'on lui jette &#224; la gueule, au capital, son statut de folie. Que l'on retourne les termes de l'opposition. La neutralisation de l'individu est une pratique commune du monde marchandis&#233; du capital. La soci&#233;t&#233; dans son ensemble est un h&#244;pital psychiatrique. Le nivellement des opi-nions est un processus th&#233;rapeutique, c'est une machine de mort. La production ne peut se r&#233;aliser dans la forme spectaculaire du capitalisme sans cet aplanissement. Et si le refus de tout &#231;a, l'acceptation de la joie face au choix de la mort, est signe de folie, cela vaut la peine que tout le monde commence &#224; comprendre le pi&#232;ge qui, cach&#233; sous tout cela, est pr&#234;t &#224; se refermer. Toute la machine de la tradition culturelle occidentale est une machine de mort, une n&#233;gation de la r&#233;alit&#233;, un r&#232;gne du fictif qui a accumul&#233; toutes sortes d'infamies et d'injustices, d'exploitations et de g&#233;nocides. Si le refus de cette logique productive est tax&#233; de folie, il faut expliquer la diff&#233;rence entre folie et folie. La joie s'arme. Son attaque est le d&#233;passement de l'hallucination marchande, de la machine et de la marchandise, de la vengeance et du leader, du parti et de la quantit&#233;. Sa lutte brise la ligne trac&#233;e par la logique du profit, l'architecture du march&#233;, le sens programm&#233; de la vie, le document final de l'archive. Son explosion bouleverse l'ordre des d&#233;pendances, la nomenclature du positif et du n&#233;gatif, la loi de l'illusion marchande. Mais tout &#231;a doit pouvoir se communiquer. Du monde de la joie au monde de la mort, le passage des contenus n'est pas facile. Les codes respectifs sont d&#233;phas&#233;s, ils finissent par s'annuler mutuellement. Ce qui, dans le monde de la joie, est consid&#233;r&#233; comme illusion, n'est autre que la r&#233;alit&#233; dans le monde de la mort, et inversement. La mort physique m&#234;me, sur laquelle on pleure tant dans le monde de la mort, est moins mortelle que la mort qui est vendue comme si c'&#233;tait la vie. D'o&#249; la grande facilit&#233; du capital &#224; mystifier les messages de la joie. M&#234;me les r&#233;volutionnaires, pris dans la logique du quantitatif, ne sont pas capables de lire pleinement le sens des exp&#233;riences de la joie. Parfois, ils bredouillent des approches insignifiantes. D'autres fois, ils se laissent aller &#224; des condamnations qui ne sonnent pas vraiment diff&#233;remment de celles lanc&#233;es par le capital. Dans le spectacle marchand, la notion g&#233;n&#233;rale du signifiant, c'est la marchandise. L'&#233;l&#233;ment actif de cette masse accumul&#233;e, c'est le travail. Au-del&#224; de ces &#233;l&#233;ments du contexte productif, il n'existe pas de signes qui puissent signifier quelque chose de n&#233;gatif et de positif en m&#234;me temps. Mais il existe la possibilit&#233; d'affirmer le non-travail, non pas comme n&#233;gation du travail, mais seulement comme sa suspension pour une certaine dur&#233;e. De m&#234;me, il existe la possibilit&#233; d'affirmer la non-marchandise, c'est-&#224;-dire l'objet personnalis&#233;, mais seulement comme r&#233;ification du temps libre, c'est-&#224;-dire comme quelque chose qui est produit comme hobby, dans les laps de temps conc&#233;d&#233;s par le cycle productif. Il est clair que ces signes - le non-travail et la non-marchandise -, s'ils sont con&#231;us comme il vient d'&#234;tre dit, sont partie int&#233;grante du mod&#232;le g&#233;n&#233;ral de la production. C'est seulement en clarifiant les valeurs de la joie et les valeurs correspondantes de la mort, comme &#233;l&#233;ments de deux mondes oppos&#233;s qui se combattent mutuellement, que nous pouvons communiquer certains des &#233;l&#233;ments contenus dans les actions de la joie, sans pour autant croire pouvoir les communiquer tous. La personne qui commence &#224; faire l'exp&#233;rience de la joie, m&#234;me dans des perspectives qui ne sont pas directement li&#233;es &#224; l'offensive contre le capital, est plus susceptible de comprendre les significations de l'attaque, tout au moins, plus que ceux qui restent li&#233;s &#224; une vision &#233;triqu&#233;e de l'affrontement, une vision fond&#233;e sur l'illusion quantitative. De cette fa&#231;on, il est encore possible que la chouette prenne son envol.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Debout tous !&lt;br&gt;
Et par le bras et le c&#339;ur,&lt;br&gt;
par la parole et la plume,&lt;br&gt;
par le poignard et le fusil,&lt;br&gt;
par l'ironie et l'impr&#233;cation,&lt;br&gt;
par le pillage et l'adult&#232;re, &lt;br&gt;
par l'empoisonnement et l'incendie, &lt;br&gt;
faisons, - sur le grand chemin des principes ou dans l'encoignure &lt;br class='autobr' /&gt;
du droit individuel - par l'insurrection ou par l'assassinat, - &lt;br class='autobr' /&gt;
la guerre &#224; la soci&#233;t&#233; !... la guerre &#224; la civilisation !...&lt;/i&gt;&lt;br&gt; Joseph D&#233;jacque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Extrait de La question r&#233;volutionnaire (1854). Joseph D&#233;jacque (1821-1864) (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;p style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;XI.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mettons de c&#244;t&#233; les attentes, les h&#233;sitations, les r&#234;ves de paix sociale, les petits compromis, les na&#239;vet&#233;s. Tout le bric-&#224;-brac m&#233;taphorique qui nous est propos&#233; dans les magasins du capital. Mettons de c&#244;t&#233; les grandes analyses qui expliquent tout, jusqu'au plus petit d&#233;tail. Les gros livres pleins de bon sens et de peur. Mettons de c&#244;t&#233; l'illusion d&#233;mocratique et bourgeoise de la discussion et du dialogue, du d&#233;bat et de l'assembl&#233;e, des capacit&#233;s &#233;clair&#233;es des chefs. Mettons de c&#244;t&#233; le bon sens et la sagesse que la morale bourgeoise du travail a enfoui dans nos propres c&#339;urs. Mettons de c&#244;t&#233; les si&#232;cles de christianisme qui nous ont enseign&#233; le sacrifice et l'ob&#233;issance. Mettons de c&#244;t&#233; les pr&#234;tres de tous ordres, les patrons, les leaders r&#233;volutionnaires, ceux moins r&#233;volutionnaires et ceux pas r&#233;volutionnaires du tout. Mettons de c&#244;t&#233; le nombre, les illusions du quantitatif, les lois du march&#233;, l'offre et la demande. Asseyons-nous un instant sur les ruines de notre histoire de pers&#233;cut&#233;s et r&#233;fl&#233;chissons. Le monde ne nous appartient pas, s'il a un patron et que ce patron est assez stupide pour le d&#233;sirer, comme c'est le cas, qu'il le prenne, qu'il commence &#224; compter les ruines en lieu et place des palais, les cimeti&#232;res en lieu et place des villes, la boue en lieu et place des rivi&#232;res, la vase infecte en lieu et place des mers. Le plus grand spectacle d'illusionnisme au monde ne nous enchante plus. Nous sommes s&#251;rs que, de notre lutte, ici et maintenant, &#233;mergeront les communaut&#233;s de la joie. Et pour la premi&#232;re fois, la vie triomphera de la mort.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le 2 juin 1977, &#224; Milan, un commando des Brigades Rouges [BR] blesse aux jambes Indro Montanelli, directeur d'un quotidien, &lt;i&gt;Il Giornale Nuovo&lt;/i&gt;. La veille, &#224; G&#234;nes, Vittorio Bruno, directeur-adjoint du quotidien &lt;i&gt;Il Secolo XIX&lt;/i&gt;, avait &#233;t&#233; bless&#233; aux jambes. Le lendemain est frapp&#233; Emilio Rossi, directeur politique du journal t&#233;l&#233;vis&#233; de la premi&#232;re cha&#238;ne publique. Ces attaques &#233;taient l'expression d'une campagne des BR contre la presse, &#8220;instrument de la guerre psychologique&#8221;.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;Toutes les notes ont &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;es pour la pr&#233;sente traduction.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Zo d'Axa (1864-1930), anarchiste fondateur, entre autres, du journal &lt;i&gt;L'En-dehors&lt;/i&gt; (1891) pour lequel il a &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; 18 mois de prison.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Groupe de lutte arm&#233;e actif en Grande Bretagne entre 1967 et 1984. Voir &lt;i&gt;The Angry Brigade (1967-1984). Documents and chronology&lt;/i&gt; paru chez Elephant Editions ainsi que des traductions de certains communiqu&#233;s sur le site de l'&lt;a href=&#034;http://apa.online.free.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;APA&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ernest C&#339;urderoy, &lt;i&gt;Hurrah !!! ou la r&#233;volution par les cosaques&lt;/i&gt; (1854), Cent pages, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Extrait de &lt;i&gt;La question r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt; (1854). Joseph D&#233;jacque (1821-1864) est le fondateur du journal &lt;i&gt;Le libertaire&lt;/i&gt; (1858-1861). Tous ses &#233;crits sont disponibles sur &lt;a href=&#034;http://joseph.dejacque.free.fr/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://joseph.dejacque.free.fr/&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pistes biblio&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Bonanno est un &#8220;auteur&#8221; prolixe. Ses &#233;crits et autres pratiques l'ont souvent conduit en taule.&lt;br&gt;
Rares sont ses textes traduits en fran&#231;ais. &#224; notre connaissance, on peut trouver :&lt;br class='autobr' /&gt;
_- &lt;i&gt;D&#233;truisons le travail&lt;/i&gt;, brochure &#233;dit&#233;e en 1995 par les &#233;ditions D&#233;s&#233;quilibr&#233; et en 2006 par Zanzara ath&#233;e. A lire sur &lt;a href=&#034;https://infokiosques.net/article.php3?id_article=362&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://infokiosques.net/article.ph...&lt;/a&gt;, &lt;br class='autobr' /&gt;
_- &#8220;La lutte antimilitariste&#8221;, article paru dans &lt;i&gt;Temps critiques&lt;/i&gt;, n&#176;3, 1991, &lt;br class='autobr' /&gt;
_- &#8220;Contre l'amnistie&#8221; (1984), article paru dans &lt;i&gt;Cette semaine&lt;/i&gt;, n&#176;94, automne 2007, disponible sur &lt;a href=&#034;http://cettesemaine.free.fr/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://cettesemaine.free.fr/&lt;/a&gt;, journal et site internet o&#249; l'on trouve de nombreuses infos et des points de vue anarchistes sur la situation contemporaine en Italie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est nettement plus ais&#233; de trouver des versions anglaises de ses &#233;crits gr&#226;ce aux Elephant Editions. Citons, par exemple, &lt;i&gt;From riot to insurrection. Analysis for an anarchist perspective against post industrial capitalism&lt;/i&gt; (1990) &amp; &lt;i&gt;The insurectional project&lt;/i&gt; (2000), deux textes qui reviennent sur le courant anarchiste insurrectionnaliste dont Bonanno se r&#233;clame. Plus d'infos sur Elephant Editions sur &lt;a href=&#034;http://www.geocities.com/elephant_editions&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.geocities.com/elephant_e...&lt;/a&gt; ou &lt;a href=&#034;https://www.alphabetthreat.co.uk/elephanteditions/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.alphabetthreat.co.uk/el...&lt;/a&gt;. Les textes anglais publi&#233;s par Elephant sont disponibles sur le site internet Killing King Abacus, regroupant des textes insurrectionnalistes :&lt;br&gt; &lt;a href=&#034;https://www.geocities.com/kk_abacus/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.geocities.com/kk_abacus/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En italien, la plupart de ses &#233;crits sont &#233;dit&#233;s chez les Edizioni Anarchismo. &lt;br&gt;
On trouve, entre autres, des r&#233;flexions :&lt;br class='autobr' /&gt;
_- sur les modes d'organisation : par exemple, &lt;i&gt;Movimento e progetto rivoluzionario&lt;/i&gt; (1977), &lt;i&gt;Affinit&#224; e organizzazione informale&lt;/i&gt; (1996) ;&lt;br class='autobr' /&gt;
_- sur la taule : &lt;i&gt;Carcere e lotte des detenuti&lt;/i&gt; (2000) ou encore &lt;i&gt;Chiusi a chiave. Une riflessione sul carcere&lt;/i&gt; (Allaria edizioni, 1997) ;&lt;br class='autobr' /&gt;
_- sur le capitalisme et autres grandes notions : &lt;i&gt;Teoria dell'individuo. Stirner e il pensiero selvaggio&lt;/i&gt; (1999), &lt;i&gt;La bestia inafferabile&lt;/i&gt; (1999), &lt;i&gt;Dissonanze&lt;/i&gt;, etc. ;&lt;br class='autobr' /&gt;
_- sur le proc&#232;s &#8220;Marini&#8221; dans lequel plusieurs anarchistes italiens ont &#233;t&#233; accus&#233;s d'appartenance &#224; une &#8220;bande arm&#233;e&#8221; : &lt;i&gt;Autodifesa al processo di Roma per banda armata, ecc.&lt;/i&gt; (prima parte, avril 2000 et seconda parte, mai 2000).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A noter, en fran&#231;ais, sur ce proc&#232;s, une brochure : &lt;i&gt;Dans le mar&#233;cage. Limites et perspectives de la r&#233;pression anti-anarchiste&lt;/i&gt;, 2000, &lt;a href=&#034;http://mutineseditions.free.fr/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://mutineseditions.free.fr/&lt;/a&gt;, o&#249; l'on trouve &#233;galement sur la r&#233;cente vague de r&#233;pression &lt;i&gt;Un &#233;t&#233; italien&lt;/i&gt; (2003).&lt;br&gt;
A signaler, la publication r&#233;cente de &lt;i&gt;A couteaux tir&#233;s avec l'existant, ses d&#233;fenseurs et ses faux critiques&lt;/i&gt;, un recueil de textes italiens dont les approches sont assez voisines de celles de Bonnano, disponible aupr&#232;s de Mutines S&#233;ditions.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le quasi-d&#233;sert ambiant, nous citons les quelques livres en fran&#231;ais existant sur l'Italie des ann&#233;es 70. Souvent, ces ouvrages ont pour plus grand m&#233;rite celui d'exister. &lt;br&gt;
Paolo Persichetti &amp; Oreste Scalzone, &lt;i&gt;La r&#233;volution et l'Etat&lt;/i&gt;, Dagorno, 2000&lt;br&gt;
Giorgio, &lt;i&gt;Profession terroriste&lt;/i&gt;, Mazarine, 1982&lt;br&gt;
Fabrizio Calvi, &lt;i&gt;Camarade P.38&lt;/i&gt;, Grasset, 1982&lt;br&gt;
&lt;i&gt;Italie 77, le &#8220;Mouvement&#8221;, les intellectuels&lt;/i&gt;, documents rassembl&#233;s par Fabrizio Calvi, Seuil, 1977&lt;br&gt;
Collectif A/Traverso, &lt;i&gt;Radio alice - radio libre&lt;/i&gt;, LSC, 1977&lt;br&gt;
Nanni Balestrini, &lt;i&gt;Les invisibles&lt;/i&gt;, POL, 1992&lt;br&gt;
Yann Collonges et Pierre Georges Randal, &lt;i&gt;Les Autor&#233;ductions. Gr&#232;ves d'usagers et luttes de classes en France et en Italie (1972-1976)&lt;/i&gt;, Bourgois, 1976&lt;br&gt;
Groupe autonome libertaire Turin, &lt;i&gt;Contributions &#224; la critique arm&#233;e libertaire. Azione Rivoluzionaria&lt;/i&gt;, 1980 (trouvable sur &lt;a href=&#034;http://apa.online.free.fr/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://apa.online.free.fr/&lt;/a&gt;.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On cite aussi quelques titres en italien o&#249; la litt&#233;rature sur la p&#233;riode est en fait relativement abondante : &lt;br&gt;
Sergio Bianchi &amp; Lanfranco Caminiti (dir.), &lt;i&gt;Settantasette. La rivoluzione che viene&lt;/i&gt;, Derive Approdi, 2004&lt;br&gt;
Nanni Balestrini &amp; Primo Moroni, &lt;i&gt;L'orda d'oro (1968-1977)&lt;/i&gt;, Feltrinelli, 2003&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Paroles de FIES</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article491</link>
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		<dc:date>2008-01-25T00:27:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Laudelino Iglesias</dc:creator>


		<dc:subject>Anarchismes, anarchie</dc:subject>
		<dc:subject>Prison, justice, r&#233;pression</dc:subject>
		<dc:subject>Mutines S&#233;ditions (Paris)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Surmonter les peurs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certainement, nous subissons des formes de contr&#244;le et de r&#233;pression&lt;br class='autobr' /&gt;
qui produisent beaucoup de peurs. Mais nous ne pouvons et ne&lt;br class='autobr' /&gt;
devons pas laisser ces peurs nous paralyser. Parce que c'est pr&#233;cis&#233;ment ce &#224; quoi vise le syst&#232;me qui nous exploite et nous opprime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La peur est subjective, chaque personne l'exp&#233;rimente et l'exprime&lt;br class='autobr' /&gt;
de mani&#232;re diff&#233;rente. Mais la peur peut &#234;tre raisonn&#233;e, ce qui nous&lt;br class='autobr' /&gt;
rend plus prudents et aiguise notre intelligence et notre imagination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour certaines personnes, la peur est un pr&#233;texte pour ne rien faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils pr&#233;f&#232;rent ramasser les miettes que le syst&#232;me leur jette et m&#233;conna&#238;tre leur dignit&#233; d'&#234;tre humain. Il leur est plus facile de s'accommoder de ces miettes et d' attendre les fruits des luttes que d'autres m&#232;nent et qui finalement am&#233;lioreront la situation de toutes et tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes tous des &#234;tres humains et nous ressentons tous la peur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais des valeurs comme la solidarit&#233; et la libert&#233; donnent &#224; beaucoup&lt;br class='autobr' /&gt;
d'entre nous la force de surmonter les peurs que nous instille le&lt;br class='autobr' /&gt;
syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mille choses peuvent &#234;tre faites, chacune, chacun selon ses possibilit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essentiel est d'&#234;tre actif dans la lutte contre le syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni leurs cam&#233;ras de surveillance, ni leurs &#233;coutes, ni leurs harc&#232;lements&lt;br class='autobr' /&gt;
policiers, ni leurs arrestations, ni leurs mauvais traitements, ni&lt;br class='autobr' /&gt;
leurs tortures, ni leurs farces judiciaires, ni leurs incarc&#233;rations, ni&lt;br class='autobr' /&gt;
leurs assassinats ne peuvent, ni ne doivent paralyser notre lutte pour&lt;br class='autobr' /&gt;
la solidarit&#233; et la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Opprim&#233;Es et exploit&#233;Es, nous sommes tous affect&#233;Es d'une mani&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
ou d'une autre. Ensemble nous vaincrons. Ne pensons pas seulement&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; ce que nous pouvons perdre, mais &#224; tout ce que nous avons &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
gagner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;truisons les murs physiques et mentaux qui nous enferment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Solidarit&#233; et Libert&#233; !!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une goutte qui d&#233;borde du vase&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique22" rel="directory"&gt;P&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Anarchismes, anarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot20" rel="tag"&gt;Prison, justice, r&#233;pression&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot87" rel="tag"&gt;Mutines S&#233;ditions (Paris)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L79xH150/arton491-4ca37.jpg?1781169352' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='79' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff491.jpg?1191257593&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;DISCUSSION AVEC LAUDELINO IGLESIAS&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Question : Qu'est-ce que tu dirais pour te pr&#233;senter ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Laudelino :&lt;/strong&gt; Je m'appelle Laudelino Iglesias, j'ai 44 ans et j'ai pass&#233; une grande partie de ma vie en prison, en tout plus de 26 ans, entre les centres de d&#233;tention pour mineurs et la prison.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis tomb&#233; la derni&#232;re fois en 1980, pour 24 ans et je suis sorti en ao&#251;t 2004. Je suis n&#233; dans une famille ouvri&#232;re de 10 enfants. Nous n'avions pas d'argent et les a&#238;n&#233;s ont d&#251; travailler tr&#232;s t&#244;t. Moi, j'ai commenc&#233; &#224; 13 ans comme coursier. J'&#233;tais tr&#232;s mal pay&#233; pour 12 heures de travail par jour. J'ai &#233;prouv&#233; tr&#232;s t&#244;t jusque dans mon corps la pauvret&#233;, la faim, et l'exploitation salariale. Comme ce que je gagnais ne suffisait pas, j'ai commenc&#233; les expropriations, de commerces, de bureaux de change etc... A 14 ans, je suis tomb&#233; pour la premi&#232;re fois, et on m'a enferm&#233; dans une maison de redressement. L&#224;, je me suis &#233;vad&#233; deux fois. A 16 ans, j'ai continu&#233; a travailler et &#224; exproprier en m&#234;me temps. Ca m'a valu 3 courtes peines de prison dont je suis sorti sous caution. En 1980, je suis retomb&#233; pour braquage avec homicide et l&#224; j'ai pris 22 ans. Selon le code p&#233;nal en vigueur &#224; ce moment l&#224;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jusqu'en 1996, selon le code p&#233;nal en vigueur depuis environ 1860 et encore (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, j'aurais pu, en faisant preuve de bonne conduite et en travaillant, faire moins de la moiti&#233; de cette peine. Mais finalement j'ai pay&#233; 24 ans parce que je n'ai pas cess&#233; de lutter pour mes droits et pour la libert&#233;. Du coup, j'ai aussi pass&#233; plus de 13 ans en FIES-1 ( C.D : Contr&#244;le Direct)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Fichero de Interno Especial Seguimento - Fichier de suivi interne sp&#233;cial (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, r&#233;gime d'isolement r&#233;serv&#233; aux d&#233;tenus consid&#233;r&#233;s comme dangereux pour leurs&lt;br class='autobr' /&gt;
tentatives d'&#233;vasion ou des violences contre la prison et son personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q : Justement, est-ce que tu peux nous parler des mouvements et des luttes de prisonniers durant ces ann&#233;es ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L :&lt;/strong&gt; Pour commencer, il faut remonter &#224; la situation sociale au moment de la mort de Franco en 1975, au moment o&#249; le r&#233;gime franquiste (r&#233;gime fasciste national-catholique) a &#233;t&#233; remplac&#233; par un r&#233;gime fasciste monarchiste &#171; d&#233;mocratique &#187;. A l'&#233;poque, un certain nombre de prisonniers se trouvaient dans les ge&#244;les espagnoles pour avoir attaqu&#233; directement le r&#233;gime franquiste : des Basques qui luttaient pour l'ind&#233;pendance et le socialisme, des communistes et des anarchistes. Quand Franco est mort, de nombreux mouvements pour l'amnistie de ces &#171; prisonniers politiques &#187; se sont d&#233;velopp&#233;s &#224; l'int&#233;rieur comme &#224; l'ext&#233;rieur, menant des luttes tr&#232;s dures qui ont fait des morts. Cela a d&#233;bouch&#233; sur des n&#233;gociations et l'&#201;tat a fini par accorder une gr&#226;ce (en 1975 : 8930 graci&#233;Es) et trois amnisties (une en 1976, 287&lt;br class='autobr' /&gt;
personnes et deux en 1977, 2029 personnes) ce qui fait qu'au total, plus de 11 000 de ces dits &#171; prisonniers politiques &#187; sont sortis. En revanche, il restait en 1978 plus de 10 000 prisonniers sociaux qui ont continu&#233; &#224; lutter contre des conditions de d&#233;tention tr&#232;s dures : nourriture d&#233;gueulasse, surpopulation, mauvais traitements et tortures. Et surtout, se consid&#233;rant eux aussi comme des produits du syst&#232;me ant&#233;rieur, ils r&#233;clamaient l'amnistie de tous les prisonniers. Comme ils ne recevaient aucun soutien de l'ext&#233;rieur, ils se sont organis&#233;s &#224; l'int&#233;rieur pour mener cette lutte pour l'amnistie totale. Ils ont form&#233; une coordination : la COPEL (coordination des Prisonniers En Lutte) et pendant 3 ans, il y a eu des mutineries et des destructions massives dans pratiquement toutes les prisons. La seule r&#233;ponse de l'&#201;tat a &#233;t&#233; la r&#233;pression. La Guardia Civil et la Police Nationale se sont charg&#233;es conjointement de r&#233;primer : tabassages, tortures, assassinats, transferts et mises &#224; l'isolement. Ceux que l'&#201;tat consid&#233;raient comme les leaders de la COPEL ont &#233;t&#233; concentr&#233;s dans les deux prisons de s&#233;curit&#233; maximales qui existaient alors : Herrera de la Mancha et Puerto de Santa Maria. L&#224;, ils ont subi une dure r&#233;pression qui a men&#233; &#224; de nombreuses morts et &#224; partir de 1980 la Copel a pratiquement cess&#233; d'exister comme groupe actif, et il n'y a pas eu de mouvement organis&#233; des autres prisonniers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1987, alors que nous &#233;tions un groupe de d&#233;tenus en isolement (r&#233;gime sp&#233;cial appliqu&#233; suite &#224; la nouvelle loi p&#233;nitentiaire de 1978), nous avons d&#233;cid&#233; de protester contre nos conditions de d&#233;tention et de reprendre les revendications de la COPEL : l'amnistie et le respect des droits fondamentaux des prisonniers pr&#233;vus dans cette m&#234;me loi. Nous avons form&#233; l'APRE (Association de Prisonniers en r&#233;gime Sp&#233;cial). Comme nous &#233;tions en isolement et pour ne pas subir de plein fouet la r&#233;pression, nous sommes d'abord pass&#233;s par la voie l&#233;gale, en faisant sortir des &#233;crits, et par des actions non-violentes comme des gr&#232;ves de la faim ou de bras ballants (brazos caidos). Apr&#232;s deux ans, voyant que nous n'obtenions rien par ce mouvement qu'un durcissement de nos conditions, nous avons cr&#233;&#233; un autre groupe qui s'appelait le Gapel (Groupe Arm&#233; de Prisonniers en Lutte) et utilis&#233; d'autres formes de lutte. La revendication principale &#233;tait la libert&#233; et le moyen de l'obtenir, l'&#233;vasion. En isolement, la seule mani&#232;re de s'&#233;vader &#233;tait de s&#233;questrer&lt;br class='autobr' /&gt;
des matons et de partir avec. &#199;a a r&#233;ussi une fois &#224; ma connaissance. Si &#231;a ne marchait pas nous nous retranchions, nous d&#233;truisions ce qui &#233;tait possible autour de nous et nous essayions de n&#233;gocier la remise des &#171; otages &#187; en &#233;change du respect de nos droits, au moment de la r&#233;dition et plus largement. Il y a eu beaucoup de tentatives de ce genre et pour&lt;br class='autobr' /&gt;
en finir avec ce mouvement, l'&#201;tat a impos&#233; une forte r&#233;pression. En 1991, une circulaire int&#233;rieure de l'Administration P&#233;nitentiaire a mis en place le r&#233;gime FIES-1. L'&#201;tat avait d&#233;j&#224; pr&#233;vu ce projet, mais il n'y a jamais eu de loi vot&#233;e l&#224; dessus. Il y a eu la conjonction de deux &#233;v&#232;nements : une mutinerie &#224; la quelle j'ai particip&#233; &#224; Valladolid et dans une autre taule, un r&#232;glement de compte entre deux prisonniers o&#249; l'un a tranch&#233; la t&#234;te de l'autre. &#201;videmment &#231;a a fait scandale et les utorit&#233;s ont profit&#233; du relais m&#233;diatique et de quelques manifs de familles de prisonniers demandant la s&#233;curit&#233; pour leurs enfants pour appliquer&lt;br class='autobr' /&gt;
imm&#233;diatement ce r&#233;gime FIES-1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q : Comment &#231;a s'est pass&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L :&lt;/strong&gt; Comme les prisonniers de la Gapel &#233;taient dispers&#233;s, ils ont commenc&#233; par nous rassembler dans deux prisons : celles de Badajoz et de S&#233;ville 2. Au d&#233;but, nous &#233;tions environ 250, car ils ont ratiss&#233; large. Ensuite, ils en ont remis &#224; l'isolement et &#224; la fin, nous &#233;tions une cinquantaine. A peine &#233;tions nous arriv&#233;s dans ces prisons, qu'ils nous enlev&#233;s tout ce que nous avions et nous nous sommes retrouv&#233;s en cale&#231;on. Comme nous refusions de porter l'uniforme de taulards - mesure qu'ils auraient ensuite pu g&#233;n&#233;raliser &#224; tous les autres -, nous sommes rest&#233;s quasiment nus. Ils nous ont mis chacun au mitard avec un matelas par terre, une assiette et une cuill&#232;re en plastique, une brosse &#224; dents sans manche et du dentifrice. Au d&#233;but, nous n'avions pas de promenade, ensuite c'&#233;tait une heure par jour, seuls. On nous changeait de cellule tous les jours avec des fouilles &#224; corps, et les menottes dans le dos. Nous ne pouvions communiquer, ni avec nos proches ni avec les avocats. Comme nous &#233;tions compl&#232;tement coup&#233;s de l'ext&#233;rieur, nous avons pens&#233; qu'il y avait peut-&#234;tre eu un coup d'&#201;tat et qu'ils allaient nous fusiller. Pourtant, et malgr&#233; les interventions des matons&lt;br class='autobr' /&gt;
sur-&#233;quip&#233;s (mat&#233;riel anti-&#233;meutes, casques, matraques etc.), nous avons continu&#233; &#224; les faire chier et &#224; r&#233;clamer ce qui nous appartenait (v&#234;tements, radio, correspondance, de quoi &#233;crire...). Au bout de 3 mois, nous avons obtenu de pouvoir correspondre - sous surveillance : 2&lt;br class='autobr' /&gt;
lettres par semaine d'une page &#233;crite en gros caract&#232;res -, ainsi que des parloirs - un par semaine de 20 mn avec hygiaphone, toujours menott&#233;s dans le dos et en pr&#233;sence d'une dizaine de matons avec nos familles et les avocats. A partir de ce moment l&#224;, nous avons commenc&#233; &#224; d&#233;noncer notre situation &#224; l'ext&#233;rieur par courrier, en envoyant des requ&#234;tes et&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;nonciations &#224; toutes les institutions judiciaires. Bien s&#251;r, nous n'avons pas re&#231;u de r&#233;ponses, mais c'&#233;tait important pour nous que &#231;a sorte. Et puis, &#231;a n'emp&#234;chait pas de faire d'autres choses. Quand les modules FIES ont &#233;t&#233; pr&#234;ts, en 1993, ils nous r&#233;partis dans les diff&#233;rentes&lt;br class='autobr' /&gt;
prisons qui en &#233;taient &#233;quip&#233;es (6 ou 7 au d&#233;but). Les transferts &#233;taient continuels de cellule &#224; cellule et tr&#232;s fr&#233;quents d'une taule &#224; l'autre. En temps normal, c'est d&#233;j&#224; terrible : on dirait des transports d'animaux. Jusqu'&#224; 20 d&#233;tenus s'entassent dans les fourgons, dans des cellules en fer minuscules : 1m60 de haut, 1m20 de long et environ 65 cm de large, parfois &#224; deux prisonniers par cellule. Il y a juste une petite fen&#234;tre et comme la plupart du temps la porte n'est jamais ouverte, les prisonniers sont oblig&#233;s de faire leurs besoins sur place. Imagine l'odeur... C'est tr&#232;s humiliant. Pour les d&#233;tenus FIES-1, c'&#233;tait encore pire. Nous &#233;tions emmen&#233;s un par un menott&#233;s dans le dos, avec des matons partout et sous forte escorte polici&#232;re, une voiture devant, une voiture derri&#232;re. Apr&#232;s chaque sortie, apr&#232;s les fouilles, nous &#233;tions amen&#233;s &#224; l'infirmerie pour faire des radios et voir si nous n'avions rien cach&#233; &#224; l'int&#233;rieur de notre corps. Ca fait une sacr&#233;e dose de radiations. Maintenant ils ont&lt;br class='autobr' /&gt;
arr&#234;t&#233;, mais tout est toujours fait pour qu'on ne puisse pas s'&#233;vader.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q : Est-ce que les autres prisonniers &#233;taient au courant de l'existence des FIES et de vos conditions de d&#233;tention ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L :&lt;/strong&gt; Au d&#233;but, non. Puis, quand les modules ont &#233;t&#233; officiellement inaugur&#233;s, ils sont devenus une menace pour les autres prisonniers : si tu te r&#233;voltes, on t'envoie en FIES-1 et de fait il n'y a pas eu de r&#233;action collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q : A quoi ressemble un module FIES ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L :&lt;/strong&gt; les modules Fies ont environ 8 cellules chacun, mais il n'y a jamais plus de 4 prisonniers par module afin qu'une cellule vide s&#233;pare toujours les cellules occup&#233;es. Cela permet &#224; la fois de r&#233;duire les possibilit&#233;s de communiquer et de changer fr&#233;quemment les d&#233;tenus&lt;br class='autobr' /&gt;
de cellule pour les fouilles. Les modules sont compl&#232;tement automatis&#233;s, les portes sont ouvertes &#224; distance par un gardien dans un box blind&#233; avec des &#233;crans t&#233;l&#233;. La fen&#234;tre et les portes de la cellule sont surveill&#233;es par cam&#233;ras. Il y a deux portes, la premi&#232;re en fer massif,&lt;br class='autobr' /&gt;
l'autre &#224; barreaux. La fen&#234;tre a aussi des barreaux de s&#233;curit&#233;, en acier renforc&#233;. Tous les couloirs, minuscules, du module sont surveill&#233;s par cam&#233;ras et &#233;quip&#233;s de d&#233;tecteurs de m&#233;taux. Les cours de promenades sont en b&#233;ton, elles font environ 8 m2 et sont compl&#232;tement vides (pas de bancs, pas de toilettes). Les murs, hauts de plus de 3 m&#232;tres, sont sur-mont&#233;s de deux rouleaux de barbel&#233;s &#224; piques. Le dessus est recouvert par une rang&#233;e de barreaux et un rouleau de grillage Il y a trois cours dans chaque module, comme &#231;a tu ne sais jamais dans quelle cour tu vas aller, ni &#224; quelle heure ou &#233;ventuellement avec qui. La cour est aussi surveill&#233;e par des cam&#233;ras et les matons communiquent par des micro. Dans les cellules, les &#171; interphones &#187; leur permettent aussi d'&#233;couter les bruits &#171; suspects &#187;. Il est interdit de parler aux autres d&#233;tenus et quand ils se rendent compte d'une communication, ils balancent du gaz lacrymo &#224; l'int&#233;rieur, mais bon, on continue. On va pas rester sans parler quand m&#234;me. Les FIES-1 sont des modules de s&#233;curit&#233; maximale, &#224; l'int&#233;rieur des prisons de s&#233;curit&#233; maximale. Ils sont con&#231;us, non seulement pour te placer &#224; l'isolement, mais surtout contre les &#233;vasions. Une autre fa&#231;on d'&#233;viter les tentatives, c'est de mettre dans le m&#234;me module des prisonniers dont on pense qu'ils sont incompatibles. C'est &#224; &#231;a que servent les &#233;tudes de comportements. Les matons arrivent aussi souvent &#224; diviser et &#224; monter les prisonniers les uns contre les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q : Ce que tu racontes, c'est ce qui se passe aussi en r&#233;gime normal dans les taules, comme partout d'ailleurs. Ce qui me parait &#233;trange, c'est que &#231;a marche avec des gens qui sont l&#224;, justement parce qu'ils se sont affront&#233;s aux matons et qui connaissent leur mani&#232;re de faire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L :&lt;/strong&gt; Ils vont tr&#232;s loin. Avant les FIES, il y a eu l'histoire du GAL carc&#233;ral. Les GAL (Groupes Antiterroristes de Lib&#233;ration) &#233;taient form&#233;s de groupes de la guardia civil, de la police nationale, de militaires et de mercenaires d'extr&#234;me-droite recrut&#233;s pour l'occasion. Leur mission consistait &#224; se d&#233;barrasser physiquement personnes impliqu&#233;es dans des groupes arm&#233;s politiques (comme l'ETA, mais aussi les Grapo etc.). Ce terrorisme d'&#201;tat a beaucoup fonctionn&#233; au pays Basque, surtout dans la partie fran&#231;aise. Il a fait plus de 40 morts (attentats, fusillades, assassinats, enl&#232;vements et tortures ), sans compter les bless&#233;s, m&#234;me si ces pratiques &#233;taient aussi utilis&#233;es par les flics contre les d&#233;linquants sociaux qu'ils enlevaient pour les obliger &#224; parler ou &#224; braquer pour eux, avant de les assassiner. A l'int&#233;rieur de la prison, l'Etat a aussi essay&#233; de monter un groupe GAL. Un jour, les maton sont venus proposer un deal &#224; ceux qui tentaient r&#233;guli&#232;rement les &#233;vasions violentes : vous &#234;tes condamn&#233;s &#224; de longues peines, vous voulez &#234;tre libres, alors on vous laisse prendre un module entier en otage, vous nous d&#233;barrassez de tel ou tel membre significatif d'ETA ou des Grapo de sorte &#224; ce que &#231;a ressemble &#224; un r&#232;glement de comptes, et en &#233;change, vous serez transf&#233;r&#233;s dans la prison de votre choix, vous pourrez progresser rapidement en deuxi&#232;me, puis troisi&#232;me degr&#233; jusqu'&#224; la libert&#233; conditionnelle. Nous les avons laiss&#233; parler pour voir ce qu'ils voulaient, mais personne n'a accept&#233;. Ensuite, nous avons averti les personnes vis&#233;es qui ont d&#233;nonc&#233; ces faits par leurs propres moyens. En FIES, la drogue a jou&#233; un r&#244;le important pour nous soumettre. D&#232;s 1991, le m&#233;decin chef est pass&#233; nous voir un par un en cellule en nous disant qu'on &#233;tait dans une situation tr&#232;s dure, qu'on ne savait pas combien de&lt;br class='autobr' /&gt;
temps &#231;a allait durer et qu'il pouvait nous filer des tranquillisants. Moi, je ne prenais pas de drogues, mais beaucoup se sont accroch&#233;s aux m&#233;docs et sont devenus d&#233;pendants de ceux qui les fournissent. Alors imagine maintenant, que la m&#233;thadone et la came sont le quotidien des d&#233;tenus et que nombreux sont ceux qui atterrissent en FIES-1 pour s'&#234;tre battus avec les matons pour des histoires de came...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q : les m&#233;decins jouent souvent ce r&#244;le en taule.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L :&lt;/strong&gt; Oui, d'ailleurs en Espagne, ils ont vraiment le statut de fonctionnaires carc&#233;raux. Certains &#233;taient d'abord de simples matons, qui ont fait la formation. Ensuite, tu les retrouves en face de toi en blouse blanche, &#224; l'occasion pour te soigner des coups que t'ont fil&#233;s leurs copains. &#199;a m'est arriv&#233; deux fois, et j'ai flipp&#233;. Ils peuvent te donner des sanctions, si tu leur parles mal par exemple, et pour eux la s&#233;curit&#233; prime sur la maladie. C'est eux qui d&#233;cident s'ils te soignent et les matons assistent toujours aux visites. En taule, beaucoup de prisonniers sont malades du HIV, d'h&#233;patite ou de tuberculose etc... C'est un vrai bouillon de culture. Plein de malades du SIDA sont en train de crever, tous seuls dans une cellule o&#249; personne n'entre, m&#234;me pas le toubib qui v&#233;rifie juste &#224; l'oeilleton s'ils sont encore vivants. Et puis il y a&lt;br class='autobr' /&gt;
ceux qu'on appelle malades mentaux, &#224; qui on se contente de filer des traitements tr&#232;s forts qui les ach&#232;vent encore plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q : Quelles cons&#233;quences a eu la cr&#233;ation des FIES sur le mouvement Gapel ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L :&lt;/strong&gt; En FIES-1, nous avons vu qu'il &#233;tait impossible de s'&#233;vader. Or c'&#233;tait la priorit&#233; pour la plupart d'entre nous. Certains ont d&#233;cid&#233; de tout faire pour sortir d'abord de ces modules et avoir ensuite davantage de possibilit&#233;s de fuite. &#199;a voulait dire avoir une bonne conduite, faire ce que les matons exigeaient de nous. Il y a eu de grosses discussions entre nous avec des points de vue qui s'affrontaient. Certains disaient, nous ce qu'on veut c'est s'&#233;vader, &#224; quoi &#231;a nous sert de rester enferm&#233;s ici pendant des ann&#233;es ? Les autres disaient, on s'est battus contre les gardiens, on va pas leur bouffer dans la main maintenant. Bref, non seulement le mouvement Gapel a cess&#233; d'exister, mais en plus il y a eu des bagarres et des ruptures tr&#232;s dures. La fonction de la taule, ce n'est pas seulement de te punir et de te contr&#244;ler pour ce que tu as fait, ils sanctionnent aussi ton comportement &#224; l'int&#233;rieur. Ils veulent briser toutes les solidarit&#233;s, faire de toi un salaud, dedans et pour quand tu sortiras. C'est la prime &#224; la collaboration, plus ou moins active et les balances sont r&#233;compens&#233;es en premier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q : Et toi, quelle a &#233;t&#233; ta r&#233;action face &#224; cela ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L :&lt;/strong&gt; Moi, je continuais &#224; chercher des moyens de m'&#233;chapper et &#224; planifier des &#233;vasions, &#231;a m'aidait &#224; tenir. A part &#231;a, vu comment je suis, c'&#233;tait impossible d'&#234;tre &#224; la botte des matons. J'ai toujours continu&#233; &#224; faire des d&#233;nonciations et &#224; tenter des formes d'actions solidaires. Ils voulaient qu'on les appelle Don machin et j'ai toujours refus&#233;, normalement je ne leur cherchais pas des noises, mais il y a avait des choses que je supportais pas, par exemple pendant les fouilles , &#224; corps ou de la cellule. Du coup, je leur r&#233;pondais, je leur disais leurs 4 v&#233;rit&#233;s et ils se sentaient offens&#233;s. Je savais ce que j'allais prendre, alors c'&#233;tait une &#233;norme tension nerveuse, apr&#232;s venaient les tabassages, puis, avec l'accord du m&#233;decin, ils pouvaient me laisser minimum deux jours allong&#233; sur un lit, les pieds et les mains menott&#233;s, avec des coups de temps en temps et des trucs plus raffin&#233;es comme m'apporter la bouffe&lt;br class='autobr' /&gt;
sans m'enlever les menottes, juste pour que je sente l'odeur. Alors, je me mettais directement en gr&#232;ve de la faim et de la soif. Une fois, apr&#232;s une bagarre avec les matons, toujours lors d'une fouille, ils m'ont aussi fait cinq injections qui m'ont laiss&#233; sur le carreau. Je ne pouvais presque plus marcher et j'ai mis des mois &#224; m'en remettre. J'ai aussi eu des p&#233;riodes de d&#233;pression tr&#232;s dures et deux fois j'ai s&#233;rieusement pens&#233; me suicider, mais &#224; la fin et c'est eux qui me tueront. Il y a eu beaucoup de morts en FIES, souvent par pendaison, parfois par overdoses. Que ce soient des meurtres maquill&#233;s en suicides ou des suicides de d&#233;tenus qui n'en peuvent plus, cela restent des assassinats de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q : En 2000, il y a eu une lutte dure des prisonniers des FIES qui a eu un retentissement assez fort, en Espagne, comme dans d'autres pays. Tu peux raconter ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L :&lt;/strong&gt; Il y avait d&#233;j&#224; eu de nombreuses gr&#232;ves de la faim de prisonniers seuls ou &#224; plusieurs, pour am&#233;liorer nos conditions de d&#233;tention et contre la dispersion. Fin 1999-d&#233;but 2000, nous avons d&#233;cid&#233; collectivement une gr&#232;ve de la faim de 30 jours pour les revendications&lt;br class='autobr' /&gt;
ni FIES, ni dispersion, lib&#233;ration des prisonniers malades et respect des droits fondamentaux de l'Homme &#224; l'int&#233;rieur des prisons. Nous savions qu'il y aurait un soutien &#224; l'ext&#233;rieur et que les informations sortiraient. Au d&#233;but, nous &#233;tions environ 200 : dans les modules FIES nous &#233;tions pratiquement tous en gr&#232;ve ; en premier degr&#233;, quelques uns nous ont soutenu et en second degr&#233; seulement deux personnes l'ont fait &#8211; dont Gabriel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gabriel Pombo da Silva, apr&#232;s ne pas &#234;tre revenu de permission et une cavale (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais, au fur et &#224; mesure certains ont arr&#234;t&#233; et &#224; la fin nous n'&#233;tions plus qu'une trentaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q : Quel a &#233;t&#233; le r&#233;sultat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L :&lt;/strong&gt; Les gr&#232;ves de la faim en tant que telles ne d&#233;rangent pas les matons. Parfois, &#231;a les fait m&#234;me rire ou ils en profitent. Au dix-huiti&#232;me jour de la gr&#232;ve, les matons sont venus me chercher. Ils ont pr&#233;text&#233; un changement de cellule et lorsque je suis sorti, ils ont commenc&#233; &#224; me frapper par derri&#232;re, ils m'ont foutu par terre et ils m'ont cass&#233; la t&#234;te. Moi, j'&#233;tais tr&#232;s faible et en plus je ne m'y attendais pas, &#231;a a &#233;t&#233; la mis&#232;re. Mais bon, mis &#224; part que nous avons eu tr&#232;s faim, ce mouvement a &#233;t&#233; pour nous un acte de r&#233;volte et de libert&#233;, une mani&#232;re d'affronter le syst&#232;me. Ca a &#233;t&#233; aussi un moment o&#249; nous avons beaucoup discut&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
et correspondu entre nous. Mais il n'y a pas eu de r&#233;sultats des revendications. Une fois de plus les sanctions sont tomb&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q : Et la solidarit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L :&lt;/strong&gt; Il n'y a pas eu tant de solidarit&#233; &#224; l'ext&#233;rieur. Toujours les m&#234;mes. Il y a eu quelques belles actions, mais dans l'ensemble la solidarit&#233; est rest&#233;e symbolique. Nous pensions que peut-&#234;tre d'autres groupes se joindraient au mouvement. Mais les groupes de la Coordination nationale de soutien aux prisonniers sont compl&#232;tement r&#233;formistes et ne souhaitent m&#234;me pas la fin des prisons. Alors tu parles, soutenir des prisonniers FIES consid&#233;r&#233;s comme particuli&#232;rement dangereux... Ce qui en rest&#233; c'est essentiellement des amiti&#233;s avec les personnes les plus engag&#233;es. Les modules FIES qui ont co&#251;t&#233; tant de thunes continuent&lt;br class='autobr' /&gt;
d'exister encore aujourd'hui et ils y mettent ceux qui les d&#233;rangent, parfois pour quelques mois, parfois pour des ann&#233;es, tu ne le sais pas &#224; l'avance. En ce moment, je crois qu'ils y enferment pas mal de ceux qu'ils appellent les islamistes int&#233;gristes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q : Est-ce que tu penses qu'il y a eu un changement dans les prisons espagnoles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L :&lt;/strong&gt; Non, les FIES continuent d'exister et de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, dans les prisons comme dans la rue, la situation est de pire en pire. Il y a de plus en plus de taules, de plus en plus de d&#233;tenuEs et de plus en plus de moyens de r&#233;pression. La construction de nouvelles prisons est d&#233;j&#224; planifi&#233;e : avec des prisons de s&#233;curit&#233; maximales et des centres de d&#233;tention pour mineurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q : Que dire des luttes en prison &#224; l'heure actuelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L :&lt;/strong&gt; Maintenant, il n'y a plus de mouvement organis&#233;. Il y a juste les prisonniers d'ETA et des GRAPO qui continuent &#224; l'int&#233;rieur de leurs organisations et quelques anciens qui poursuivent la lutte de mani&#232;re dispers&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q : Il y a quand-m&#234;me eu des mutineries, comme &#224; Cuatre Camins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L :&lt;/strong&gt; C'est un cas particulier, parce que les conditions sont un peu diff&#233;rentes dans les prisons catalanes. Sur le territoire espagnol, bien s&#251;r des individus continuent &#224; se r&#233;volter, mais dans l'ensemble c'est chacun pour soi. C'est la cons&#233;quence du code p&#233;nitentiaire qui vise&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; g&#233;n&#233;raliser la bonne conduite. Et on peut aussi parler des incidences de la drogue. Les drogues, c'est d'abord l'&#201;tat qui les fournit : avec la m&#233;thadone, les anxyolitiques, les neuroleptiques, les tranquillisants ...il veut transformer les d&#233;tenus en instruments suppl&#233;mentaires du syst&#232;me. Ensuite, il y a le trafic des matons : ils introduisent de l'h&#233;ro&#239;ne, de la coca&#239;ne, du haschisch ... qu'ils refourguent &#224; des d&#233;tenus de confiance pour les revendre. &#199;a leur sert non seulement &#224; faire des thunes, mais aussi &#224; annihiler la volont&#233; des prisonniers, &#224; faire en sorte qu'ils ne se r&#233;voltent pas et m&#234;me collaborent davantage. En les tenant par la came, ils essaient d'en faire des balances. Enfin, les prisonniers eux m&#234;mes font circuler pas mal de drogue pour se ramasser un peu de sous, dans la mis&#232;re ambiante et parce que se camer permet aussi d'oublier un peu toute cette mis&#232;re. Mais, en plus de la d&#233;personnalisation due &#224; la drogue, ce commerce cr&#233;e beaucoup de conflits entre les prisonniers qui deviennent leurs propres ennemis. Et puis les matons en profitent pour renforcer la r&#233;pression, r&#233;clamer plus de personnel et de s&#233;curit&#233; (cam&#233;ras, gazeuses etc) Tr&#232;s difficile dans ces conditions qu'un mouvement s'organise &#224; l'int&#233;rieur. C'est pourquoi, je trouve super important que les luttes contre les taules aient lieu &#224; l'ext&#233;rieur, dans la rue. &#199;a donne du courage aux prisonniers, &#231;a les aide &#224; se joindre aux luttes, tout en prenant conscience de leur condition et de l'importance de la lutte pour la libert&#233; &#224; l'int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q : Tu parles d'une prise de conscience des prisonniers de leur condition et du syst&#232;me qui la g&#233;n&#232;re, comment &#231;a s'est pass&#233; pour toi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L :&lt;/strong&gt; Quand j'&#233;tais jeune, je n'avais pas bien conscience de comment fonctionnait le syst&#232;me. Je volais, et les policiers c'&#233;taient ceux qui m'arr&#234;taient, me cognaient, me torturaient. Alors, au pays Basque, quand je voyais qu'il y avait une manif contre les flics, j'y allais et je leur&lt;br class='autobr' /&gt;
lan&#231;ais des pierres et ce que j'avais sous la main. Quand je suis tomb&#233; en 1980, c'&#233;tait apr&#232;s le mouvement de la COPEL et les destructions ; J'ai vu le r&#233;sultat et petit &#224; petit j'ai commenc&#233; &#224; lire : le R&#232;glement de la taule, la L&#233;gislation P&#233;nitentiaire, le Code P&#233;nal, la Constitution... Alors, tu commences &#224; &#233;crire, &#224; &#233;crire. Tu rencontres des gens qui sont dedans&lt;br class='autobr' /&gt;
depuis plus longtemps que toi, ils te racontes des histoires d'&#233;vasion, normal, tellement tu es mal &#224; l'int&#233;rieur. Et puis ceux qui essaient de s'&#233;vader ont une autre mentalit&#233;, et puis tu lis, des publications te parviennent, et &#224; la fin tu acqui&#232;res une conscience de prisonnier, de&lt;br class='autobr' /&gt;
prisonnier du syst&#232;me. J'ai commenc&#233; &#224; me sentir s&#233;questr&#233; par le syst&#232;me, qui me s&#233;questrait, non plus pour ce que j'avais fait, mais pour ce que j'&#233;tais &#224; ce moment l&#224;, pour ce que je Faisais &#224; l'int&#233;rieur de la prison. Pour &#231;a, ils m'ont fait payer presque 25 ans au lieu de 9 que j'aurais pu faire. Et voil&#224;, maintenant je sais ce qu'est l'&#201;tat, ce qu'est la r&#233;pression, pourquoi la r&#233;pression s'exerce et beaucoup d'autres choses. Maintenant, j'ai une grande conscience et j'ai lu beaucoup d'auteurs, des textes politiques, surtout anarchistes, ceux qui m'ont le plus plu, maintenant j'ai mes id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q : &#199;a fait maintenant 15 mois que tu es sorti, comment &#231;a va ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L :&lt;/strong&gt; &#199;a va super bien, c'est g&#233;nial de se retrouver dans la rue. Je pr&#233;f&#232;re &#234;tre l&#224; qu'en taule. Mais &#231;a a aussi &#233;t&#233; un choc tr&#232;s dur. Heureusement que les potes m'attendaient, parce que je me suis retrouv&#233; dans un milieu et une ambiance tr&#232;s diff&#233;rents. Les comportements et les attitudes ne sont pas les m&#234;mes ; par exemple dans la rue tout le monde se balance des insultes &#224; la figure, en prison si tu fais &#231;a, tu risques la baston ou m&#234;me la mort, alors tu ne r&#233;agis&lt;br class='autobr' /&gt;
pas de la m&#234;me mani&#232;re. Des fois, j'ai encore du mal &#224; me relationner avec les gens dans la rue, il faut que je me r&#233;adapte. Toutes ces ann&#233;es m'ont vraiment traumatis&#233;, je continue &#224; r&#234;ver de la taule, que je retombe. &#199;a me casse la t&#234;te. Je suis tr&#232;s en col&#232;re des dommages&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'ils m'ont caus&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q : Derni&#232;re question : comment vois-tu une lutte anti-carc&#233;rale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L :&lt;/strong&gt; Selon moi, il ne s'agit pas seulement d'une lutte anti-carc&#233;rale, mais de lutter contre ce syst&#232;me, qui a besoin de la prison pour se maintenir. A chacun-e de choisir les angles et les formes qu'elle ou il juge ad&#233;quates. Mais le plus important, c'est la solidarit&#233;, parce que sentir la r&#233;volte, aide &#224; se r&#233;volter. &#199;a change aussi la donne face &#224; la r&#233;pression pour les prisonniers en lutte. Si les matons voient qu'il y a un soutien r&#233;el, ils y r&#233;fl&#233;chissent &#224; deux fois avant de t'assassiner. Pour moi, se solidariser avec les prisonniers, c'est aussi lutter contre le syst&#232;me qui nous exploite et nous opprime. Maintenant, la rue est elle-aussi une grande prison, avec tous les syst&#232;mes de contr&#244;le qu'ils imposent. C'est une insulte &#224; l'intelligence et &#224; la libert&#233;. Nous ne pouvons pas permettre cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA PRISON N'EST PAS UNE SOLUTION !&lt;br class='manualbr' /&gt;A BAS LES MURS DES PRISONS PHYSIQUES ET MENTALES !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Novembre 2005&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt; xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx &lt;/center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;QUELQUES LETTRES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Salut Compagnons !!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fois, je vous &#233;cris depuis une cellule de ch&#226;timent du couloir de la mort (module de r&#233;gime sp&#233;cial FIES 1) du camp de concentration et d'extermination de Valence, &#224; nouveau un centre de torture, d'exploitation et d'extermination de l'&#201;tat fasciste espagnol, qui est en train, petit &#224; petit, d'infecter la P&#233;ninsule Ib&#233;rique avec des instruments de ce genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une petite cellule d'isolement, anti-mutineries (tout est fait de b&#233;ton arm&#233; et de fer, rien ne peut bouger de sa place, le lit est une &#034; brique &#034; de b&#233;ton dans un coin) : elle poss&#232;de deux portes (une grillag&#233;e, l'autre compl&#232;tement en fer) dont l'ouverture et la fermeture sont automatis&#233;es ; et deux syst&#232;mes de barreaux &#224; la fen&#234;tre, un parall&#232;le &#224; l'autre, qui emp&#234;chent m&#234;me de passer le bras, et tous sont des barreaux de s&#233;curit&#233; (sp&#233;cial anti-fuites). Le W.C n'a pas de couvercle, ni de murs qui l'isolent du reste de la cellule. Il y a un syst&#232;me de lumi&#232;re qui n'&#233;claire presque rien, pour ne pas dire rien, et l'interrupteur est hors de la cellule, sous le contr&#244;le des matons. Il y a un petit miroir en plastique fix&#233; au mur, qui refl&#232;te une image distorsionn&#233;e, d&#233;form&#233;e. La cellule est peinte en blanc (le toit et trois quarts des murs) et en vert kaki (sol, lit, reste des murs, portes, fen&#234;tres et barreaux).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les murs sont sales, et le reste de la cellule aussi. Il entre tr&#232;s peu de lumi&#232;re naturelle, la p&#233;nombre est constante. En r&#233;sum&#233;, c'est une cellule tr&#232;s oppressante et d&#233;primante, o&#249; on nous garde enferm&#233;s plus de 20 heures par jour. C'est plus ou moins ce syst&#232;me-l&#224; de cellule que ces fascistes nous ont impos&#233; avec leurs modules FIES 1 et leurs modules d'isolement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce module est tr&#232;s petit, totalement automatis&#233; (portes, grillages, etc.) et quatre cours minuscules couvertes par des poutres de fer et un filet m&#233;tallique, soit quatre mini-cages de moins de 10 m&#232;tres de c&#244;t&#233;. Quand on ne nous tient pas enferm&#233;s dans les cellules, on nous tient enferm&#233;s dans les mini-cages, tout &#231;a est tr&#232;s opprimant et d&#233;primant. Ici aussi, nos droits sont syst&#233;matiquement viol&#233;s, en toute impunit&#233;, avec l'accord des autorit&#233;s judiciaires, car tout ce qui se passe ici est d&#233;nonc&#233; pleinement. Ici, on ne nous donne que deux appels t&#233;l&#233;phoniques hebdomadaires au cas o&#249; on ne communique pas par des parloirs, et, au cas o&#249; on communique, on n'a que deux appels t&#233;l&#233;phoniques par mois... Bien s&#251;r, ils ne durent que cinq minutes. Il est clair qu'ils font tout leur possible pour nous isoler de l'ext&#233;rieur, pour nous causer le plus grand d&#233;racinement familial et social possible et par cons&#233;quent, la plus grande vuln&#233;rabilit&#233;. Ils nous isolent aussi des autres prisonniers &#224; l'int&#233;rieur de la prison. Ils m'ont enferm&#233; dans ce camp de concentration le 1er septembre dernier, je venais du module de r&#233;gime sp&#233;cial FIES 1 du camp de concentration de Villanubla (Valladolid), et depuis le jour suivant, le 2, je suis en gr&#232;ve de la faim. Et depuis le 5 en gr&#232;ve de&lt;br class='autobr' /&gt;
promenade, c'est-&#224;-dire que je ne sors plus dans les mini-cages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils commenc&#232;rent &#224; me faire les contr&#244;les m&#233;dicaux de gr&#232;ve de la faim &#224; partir du 4&#232;me jour sans manger. Lors des trois premiers contr&#244;les, ils me dirent qu'on ne leur avait pas encore envoy&#233; le m&#233;dicament qui convenait. Aujourd'hui, au 10&#232;me jour, j'ignore encore s'ils l'ont ou pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis en gr&#232;ve de faim et de promenade parce que ces fascistes ne cessent pas de s'acharner contre moi, d'une fa&#231;on ou d'une autre ils s'acharnent toujours, ils le font depuis qu'ils me s&#233;questrent, me torturent, depuis qu'ils m'ont enferm&#233; dans leurs prisons l'an&#233;antissement, cela fera 21 ans (&#224; bout de bras) le mois d'octobre prochain, les 13 derni&#232;res ann&#233;es dans divers r&#233;gimes de 1er degr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re qu'ils m'ont faite est d'une saloperie totale, je vous raconte... Apr&#232;s que j'ai r&#233;ussi &#224; tuer plus de 8 mois sans Rapports/ Sanctions dans le module de r&#233;gime sp&#233;cial FIES 1 du camp de concentration de Villanubla, finalement, le juge du Tribunal de Vigilance P&#233;nitentiaire [JAP] de Valladolid a consid&#233;r&#233; ma requ&#234;te de Plainte et par un arr&#234;t&#233;, me fit progresser en r&#233;gime ferm&#233; (dans l'actuel R&#232;glement P&#233;nitentiaire sont &#233;tablis deux r&#233;gimes de vie &#224; l'int&#233;rieur du Premier Degr&#233;, le r&#233;gime sp&#233;cial et le r&#233;gime ferm&#233;, bien qu'&#233;videmment, le r&#233;gime FIES 1 cache d'autres r&#233;gimes de vie qui ne figurent pas dans le R&#232;glement, car ils ont un ch&#226;timent suppl&#233;mentaire qu'on nous impose en toute impunit&#233;) &#224; l'encontre de l'avis des kapos mafieux de la prison de Villanubla, de la DGIP [l'AP] et de la Centrale d'Observation de la DGIP, puisque tous ceux-l&#224; s'opposaient &#224; ma progression. Dans son arr&#234;t le Juge insistait aussi pour que la DGIP me transf&#232;re &#224; la prison de Nanclares de la Oca (Vitoria) ou &#224; la Rioja (Burgos), Dueso ou L&#233;on comme Centre de destination pour me rapprocher de ma famille, puisque je suis du Pays Basque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc bien s&#251;r, non seulement ils ne m'ont pas transf&#233;r&#233; dans une des prisons qui figuraient dans l'arr&#234;t (que je sollicitai), mais en plus ils m'ont renvoy&#233; dans un module de r&#233;gime sp&#233;cial FIES 1, alors qu'il y a dans cette prison un module de r&#233;gime ferm&#233;, qui est le module n&#176;8. Ils se sont torch&#233;s le cul d'un autre arr&#234;t judiciaire et &#233;galement de mes droits. Je suis en gr&#232;ve de la faim et de promenade &#224; cause de &#231;a. J'ai d&#233;j&#224; envoy&#233; plusieurs recours de Plaintes devant le JVP de Valladolid et celui de Valence et une Plainte devant le Tribunal de Garde pour inaccomplissement d'un arr&#234;t judiciaire, on verra comment &#231;a se terminera...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute cette progression n'a pas &#233;t&#233; seulement due &#224; ce long moment que j'ai r&#233;ussi &#224; tuer sans Rapports / Sanctions ; naviguant astucieusement au milieu d'une temp&#234;te de provocations de la part des ennemis de l'humanit&#233; : elle est &#233;galement due &#224; mes textes (Requ&#234;tes, Plaintes, recours, etc.) et &#224; tous les soutiens solidaires que j'ai eus et que j'ai coutume d'avoir, si bien que c'est le succ&#232;s de tous. Maintenant, nous devons parvenir &#224; ce que les kapos mafieux de ce camp respectent et rendent effectifs mes droits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 24 ao&#251;t, ils me notifi&#232;rent l'arr&#234;t de la progression, et ce m&#234;me jour, ils me d&#233;plac&#232;rent menott&#233; &#224; l'int&#233;rieur de la prison pour une visite au parloir avec un copain : m&#234;me la progression ne m'&#233;pargna pas les menottes &#224; Villanubla. Le m&#234;me jour, la DGIP accorde mon transfert pour la maison d'arr&#234;t de Valence, accord qu'elle envoie par Fax au m&#234;me moment &#224; la prison [...] et la prison me le notifie le 27, trois jours plus&lt;br class='autobr' /&gt;
tard. Le 29 ao&#251;t, sur le coup de 8 heures et demi du matin, on m'ordonne de ramasser en vitesse mes affaires pour aller en convoi, et sur le coup de 9 heures, ils me tenaient d&#233;j&#224; enferm&#233; dans une cellulette du fourgon ; et le voyage commen&#231;a [...]. La seule nouveaut&#233; est qu'ils m'ont mis dans un convoi normal, c'est &#224; dire dans un fourgon cellulaire, avec d'autres prisonniers, bien que j'&#233;tais le seul en Premier Degr&#233; du FIES 1 ; c'est pour &#231;a que les flics sont venus me donner un traitement&lt;br class='autobr' /&gt;
sp&#233;cial de contr&#244;le direct ; ils me faisaient monter dans le fourgon, puis descendre ; le premier ou le dernier, ils m'enfermaient dans une cellulette sp&#233;cifique constamment surveill&#233;e par les flics qui se trouvaient dans la partie arri&#232;re du v&#233;hicule ; et chaque fois qu'ils me faisaient monter ou descendre, de nombreux flics et matons se groupaient au pas de la porte d'entr&#233;e/ sortie, et d'autres plac&#233;s strat&#233;giquement dans les diff&#233;rents lieux des enceintes p&#233;nitentiaires. Dans les prisons par o&#249;&lt;br class='autobr' /&gt;
on m'a fait passer, on m'a enferm&#233; aux mitards des modules d'isolement, et dans aucun d'eux on ne m'a laiss&#233; sortir dans la cour. On m'a d&#233;tenu dans la prison de Burgos (pour la nuit, pour s&#251;r, la cellule &#233;tait absolument d&#233;gueulasse, pleine de moustiques qui ne m'ont pas laiss&#233; dormir de toute la nuit), dans celle de Nanclares de la Oca (pour la nuit, pour s&#251;r la cellule &#233;tait absolument d&#233;gueulasse bien qu'il y avait peu de moustiques et j'ai pu dormir un peu), dans celle de Zuera, Saragoza&lt;br class='autobr' /&gt;
(pour la nuit, pour s&#251;r la cellule n'avait encore jamais servi, puisqu'ils viennent d'ouvrir cette macro-prison et qu'elle est toujours en rodage), ensuite on est pass&#233; par la prison de Daroca (des gens sont mont&#233;s, d'autres descendus), puis par celle de Teruel (des gens sont mont&#233;s, d'autres descendus) et finalement on est arriv&#233; &#224; cette putain de prison d'extermination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les convois normaux sont tr&#232;s longs et p&#233;nibles, ainsi on passe beaucoup de temps enferm&#233; dans une cellule de fer de 1,65 m. de hauteur et d'1 m&#232;tre de c&#244;t&#233;, et en plus super d&#233;gueulasse et puante, o&#249; tu ne peux pratiquement pas bouger, et ceux qui sont en 2&#232;me degr&#233;, ils les mettent deux par deux dans chaque cellule, autrement dit, totalement emprisonn&#233;s. Et quand ils ne nous tiennent&lt;br class='autobr' /&gt;
pas enferm&#233;s dans ces petites cellules super d&#233;gradantes, ils nous tiennent enferm&#233;s dans les cellules des prisons par lesquelles on passe (qui, pour s&#251;r, sont en g&#233;n&#233;ral super d&#233;gueulasses, puisque les gens ne font qu'y passer, alors on se passe de les nettoyer), sans sortir dans la cour de tout le transfert. Ensuite, si quelqu'un va en Premier Degr&#233; du FIES, il devra subir de nombreuses fouilles exhaustives et vexatoires, chaque fois qu'il entre et sort de chaque prison par laquelle on transite,&lt;br class='autobr' /&gt;
jusqu'&#224; la prison de destination, o&#249; se fait la derni&#232;re fouille exhaustive et vexatoire du transfert. Sous cet aspect, les convois sp&#233;ciaux sont moins p&#233;nibles, car ils te transf&#232;rent dans un petit fourgon de flics : il y a plus d'espace et une meilleure vision de l'ext&#233;rieur et ils t'emm&#232;nent directement &#224; la prison de destination [...] ; on ne subit que deux fouilles exhaustives et vexatoires, celle de d&#233;part et celle d'arriv&#233;e. Aussi, ils t'emm&#232;nent seul et normalement menott&#233;. Mais dans les deux cas, les transferts sont excessivement vexatoires, ils d&#233;gradent au maximum la personnalit&#233; humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En changeant un peu de th&#232;me et pour terminer cette lettre en vous disant que je sens que je dois vous joindre de cette mani&#232;re, mais comme vous &#234;tes une centaine de personnes autour &#224; m'&#233;crire et en vrai, je ne peux pas m'adresser autrement &#224; vous tous, ni non plus aussi rapidement qu'il me plairait et que vous le m&#233;riteriez. Mais bon, merci aux kompas [companeros] de AMAITU et &#224; d'autres kompas, petit &#224; petit je m'adresserai &#224; vous, bien que ce sera de cette fa&#231;on. En tout cas,&lt;br class='autobr' /&gt;
excusez-moi pour le retard et si je n'ai pu r&#233;pondre &#224; aucune carte. Je ferai toujours tout mon possible pour vous joindre, d'une fa&#231;on ou d'une autre.Bon, rien de plus sinon que je vous quitte avec une accolade fraternelle et libertaire en vous souhaitant toute la chance du monde dans cette lutte pour un monde meilleur. Pour un monde sans prisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sant&#233;, Anarchie et R&#233;volution Sociale ! !&lt;br class='manualbr' /&gt;A la prochaine,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laude&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P.S. : Quand mon corps s'en ressentira de trop et que je devrai abandonner la gr&#232;ve de la faim (j'ai l'h&#233;patite C, des pierres dans la v&#233;sicule biliaire, le rein droit affect&#233;, des probl&#232;mes d'estomac et de circulation sanguine, etc.) je poursuivrai ma gr&#232;ve de promenade jusqu'&#224; obtenir qu'ils me sortent du module de r&#233;gime ferm&#233; (n&#176;8). Si je l'obtiens avant, alors tant mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Extrait de la brochure #3 de&lt;/i&gt; Tout le monde dehors ! &lt;i&gt;parue en d&#233;cembre 2001&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt; xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx &lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Chers compagnons...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes six compagnons enferm&#233;s dans le couloir de la mort (d&#233;partement Fies 1-CD) de la prison d'extermination qu'est Villanueva et nous voulions vous faire savoir que samedi dernier, le 7 avril 2001, nous avons commenc&#233; la premi&#232;re gr&#232;ve de la faim d'un jour par mois, concr&#233;tisant ainsi la proposition qui s'est diffus&#233;e depuis janvier de la prison d'extermination de Dueas (Palence) : ce sont des gr&#232;ves de la faim qui se r&#233;aliseront tous les premiers samedis du mois, elles sont de dur&#233;e illimit&#233;e et continueront jusqu'&#224; ce que soient reconnus nos droits humains. L'objectif est &#233;galement qu'elles s'&#233;tendent &#224; un niveau international. Pour tous les prisonniers du monde qui voudraient relayer cette lutte, la consigne est la suivante : gr&#232;ve de la faim tous les premiers samedis du mois. De plus, nous voulons vous faire savoir que le compagnon Sergio Sampedro Espinosa est en train d'accomplir une gr&#232;ve de cour de promenade, de dur&#233;e illimit&#233;e, depuis le 19 mars 2001,&lt;br class='autobr' /&gt;
pour demander son transfert &#224; la prison de Picassent (Valence) afin d'obtenir un rapprochement familial ; sa compagne r&#233;side &#224; Barcelone et doit effectuer plus de 1 400 kilom&#232;tres pour se rendre au parloir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;loignement impos&#233; par le syst&#232;me carc&#233;ral est une forme suppl&#233;mentaire de torture, dont nous souffrons, nous, nos familles et nos amis. Cela accro&#238;t notre vuln&#233;rabilit&#233;. Par exemple, dans ce couloir de la mort aucun de nous n'est de Valladolid, trois compagnons sont de Galice, un de Euskal Herria, un de Riaja et un de Melilla.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce couloir de la mort est totalement automatis&#233; (les portes des cellules et autres portes, grilles, etc.). Les cellules sont petites (environ 2,5 m&#232;tres de large, 3,5 m&#232;tres de longueur, 2,5 m&#232;tres de hauteur), elles ont deux portes, une massive, l'autre avec des barreaux et deux syst&#232;mes de grille aux fen&#234;tres (une en forme de petite fen&#234;tre tr&#232;s &#233;troite et l'autre en forme de grillage avec des trous de 2 centim&#232;tres sur 4 centim&#232;tres). Elles sont &#233;quip&#233;es de dispositifs anti&#233;meute (le lit est un bloc de b&#233;ton, le tabouret, la table et la paire d'&#233;tag&#232;res pour mettre ses v&#234;tements sont en fer et sont scell&#233;s au sol et aux murs), les toilettes sont &#224; vue et &#224; deux m&#232;tres de la table, il n'y a pas de miroir, et&lt;br class='autobr' /&gt;
chacune des cellules a un syst&#232;me d'&#233;coute-interphone. En face de chaque porte de cellule il y a une cam&#233;ra de surveillance, cinq cam&#233;ras contr&#244;lent les fen&#234;tres des cellules de l'ext&#233;rieur, il y a deux cours de promenade (une normale et une autre plus petite, couverte de filins m&#233;talliques), avec des murs de six m&#232;tres de haut et un minimum de trois rouleaux de fil barbel&#233; avec des pointes anti&#233;vasion qui couronnent le haut des murs. Six cam&#233;ras de surveillance et deux gu&#233;rites, l'une de flics et l'autre de matons, contr&#244;lent la cour normale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les choses vont toujours aussi mal, la r&#233;pression continue &#224; se durcir : ils contr&#244;lent nos moyens de communication, gardant beaucoup de nos courriers et nous refusant toute correspondance avec nos amis, m&#234;me t&#233;l&#233;phonique, en r&#233;duisant au minimum le temps du peu de communication qu'ils nous accordent avec nos parents et nos proches. Ils continuent &#224; nous d&#233;placer menott&#233;s &#224; l'int&#233;rieur, en nous fouillant de fa&#231;on quasi syst&#233;matique et profitant de l'effet de surprise (fouille &#224; nu,&lt;br class='autobr' /&gt;
palpations, utilisation de d&#233;tecteurs de m&#233;taux, fouille de nos cellules et de nos affaires personnelles) ; ils continuent &#224; nous maintenir enferm&#233;s 21 heures &#224; 22 heures par jour dans ces cellules de punition et 2 &#224; 3 heures dans la cour ou la cage, en nous sortant un par un ou avec un seul compagnon, toujours &#224; des heures diff&#233;rentes de la journ&#233;e. Ils maintiennent les fen&#234;tres des cellules couvertes d'un syst&#232;me de grillage qui emp&#234;che la lumi&#232;re du jour de rentrer suffisamment, les cellules&lt;br class='autobr' /&gt;
sont ainsi dans une constante p&#233;nombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hormis le fait d'obstruer notre vision de l'ext&#233;rieur, ils portent pr&#233;judice &#224; notre vue et augmentent notre claustrophobie. Ils continuent &#224; nous interdire les activit&#233;s acad&#233;miques, culturelles, sportives, les loisirs. Refusant les sorties au gymnase, au terrain de foot, cin&#233;ma, th&#233;&#226;tre, biblioth&#232;que, &#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la prison, ils nous menottent pour les visites m&#233;dicales qui se d&#233;roulent &#224; travers les barreaux et en pr&#233;sence de surveillants, les soins m&#233;dicaux sont insuffisants et humiliants, ils nous donnent une soupe quotidienne peu vari&#233;e et de tr&#232;s mauvaise qualit&#233;. Ils continuent de nous refuser le droit &#224; un poste de travail r&#233;mun&#233;r&#233; et &#224; b&#233;n&#233;ficier de la s&#233;curit&#233; sociale ; ils continuent de nous provoquer et de nous faire subir des mauvais traitements, nous imposant des sanctions fond&#233;es sur la&lt;br class='autobr' /&gt;
calomnie, nous refusant la possibilit&#233; de progresser de phase et de degr&#233; ; en r&#233;sum&#233;, ils nous soumettent &#224; des vexations constantes, ils continuent &#224; violer nos droits en toute impunit&#233;, avec l'approbation&lt;br class='autobr' /&gt;
et la complicit&#233; de l'appareil judiciaire puisque ce dernier est tenu au courant de toute cette barbarie au travers de nos continuels recours, plaintes et d&#233;nonciations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce couloir de la mort, ils sont parvenus &#224; assassiner deux compagnons. On les a retrouv&#233;s pendus dans leur cellule, ils les ont pouss&#233;s au suicide, ils n'ont pu supporter ce r&#233;gime de torture et de&lt;br class='autobr' /&gt;
mauvais traitements. Il est clair qu'ils nous condamnent &#224; une privation totale de nos libert&#233;s et &#224; souffrir d'une claustrophobie caus&#233;e par ces petits cachots gouvernementaux et par la vue des grilles, des grillages, des murs hauts, des fils barbel&#233;s, des filins m&#233;talliques en guise de toit dans les minuscules cours de promenade, cam&#233;ras de surveillance, syst&#232;me d'&#233;coute, gu&#233;rites de flics et de matons. Ils nous condamnent &#224; souffrir dans un microcosme de b&#233;ton et de fer, &#224; l'architecture tr&#232;s hostile et opprimante, ils nous condamnent &#224; un contr&#244;le tr&#232;s opprimant, &#224; un isolement quasi absolu, ils nous condamnent &#224; subir la violence carc&#233;rale institutionnelle &#224; son plus haut niveau, ce qui sans aucun doute, &#224; court ou &#224; long terme, finit par nous d&#233;truire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'angoisse si cruelle que provoque la r&#233;pression, avec toutes les cons&#233;quences psychologiques n&#233;gatives qu'elle entra&#238;ne sur les personnes qui la subissent (stress chronique, hallucinations, parano&#239;a,&lt;br class='autobr' /&gt;
schizophr&#233;nie, claustrophobie, n&#233;vroses, probl&#232;mes cardiaques et respiratoires, cancers), finit par rendre malade et assassiner quiconque, surtout si la r&#233;pression carc&#233;rale est aussi brutale que celle des r&#233;gimes d'isolement et Fies de premier grade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cela, chers compagnons, nous continuerons &#224; lutter contre toute cette barbarie, nous continuerons &#224; lutter pour nos droits humains, nous continuerons &#224; lutter pour un monde sans prisons et nous vous encourageons &#224; vous joindre &#224; cette juste lutte, celle de tous les opprim&#233;s, exploit&#233;s du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans plus pour le moment, salut fraternel et libertaire.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; LAUDELINO IGLESIAS MARTINEZ, 23 ans d'enfermement, dont 13 ans en premier degr&#233;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; FARID HALIFA BALAID, 19 ans d'emprisonnement, dont 10 ans en premier degr&#233;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; JOSE SANCHEZ MARTiNEZ, 18 ans d'emprisonnement, dont un en premier degr&#233;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; JUAN CARLOS DOPICO GARCIA, 10 ans d'emprisonnement, dont 4 en premier degr&#233;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; SERGIO SAMPEDRO ESPINOSA, 8 ans d'emprisonnement en premier degr&#233;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ALFREDO SANCHEZ, 4 ans d'emprisonnement dont 3 en premier degr&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Publi&#233; dans l'&lt;/i&gt;el Borito &lt;i&gt;de juillet 2001 [Extrait de&lt;/i&gt; L'Envol&#233;e #4&lt;i&gt;, janvier 2002, p.19]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jusqu'en 1996, selon le code p&#233;nal en vigueur depuis environ 1860 et encore sous Franco, la peine maximale &#233;tait de 30 ans avec possibilit&#233; d'une &#171; r&#233;demption &#187; par le travail, suppression de la moiti&#233; de la peine pour travail et bonne conduite. En 1996, le &#171; r&#233;gime d&#233;mocratique &#187; en place a instaur&#233; un nouveau code p&#233;nal &#171; d&#233;mocratique &#187; imposant une peine maximale de 40 ans, sans r&#233;demption par le travail.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le Fichero de Interno Especial Seguimento - Fichier de suivi interne sp&#233;cial - classifie les d&#233;tenus en diff&#233;rentes cat&#233;gories. Il y a 5 types de FIES :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le FIES-1 a &#233;t&#233; mis en place pour les prisonniers sociaux consid&#233;r&#233;s comme tr&#232;s dangereux &#224; cause de tentatives d'&#233;vasions avec violence ou d'agressions sur le personnel p&#233;nitentiaire. Il est dot&#233; de modules sp&#233;cifiques de s&#233;curit&#233; maximale.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le FIES-2 est un syst&#232;me de contr&#244;le et de protection des narco-trafiquants.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le FIES-3 est destin&#233; aux bandes arm&#233;es (ETA, GRAPO, anarchistes..) Ce r&#233;gime pr&#233;voit le contr&#244;le des communications et de nombreuses fouilles. Il y aussi de nombreux cas d'isolement en premier degr&#233; et les transferts se font dans les m&#234;mes conditions qu'en FIES-1.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le FIES-4 est pour les fonctionnaires de l'Etat condamn&#233;s &#224; des peines de prison (policiers, gardes civils, matons...) C'est aussi un r&#233;gime de protection.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le FIES-5 est r&#233;serv&#233; aux d&#233;linquants sexuels pour les s&#233;parer des autres prisonniers.&lt;br class='manualbr' /&gt;A l'int&#233;rieur des diverses cat&#233;gories, existent des r&#233;gimes de diff&#233;rents degr&#233;s : le premier : isolement, le deuxi&#232;me : vie normale, le troisi&#232;me : juste avant la sortie ou une libert&#233; conditionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gabriel Pombo da Silva, apr&#232;s ne pas &#234;tre revenu de permission et une cavale de quelques mois, a &#233;t&#233; repris en Allemagne avec avec sa soeur et deux autres compagnons, apr&#232;s une course-poursuite et une fusillade avec les flics. Condamn&#233; une premi&#232;re fois &#224; 13 ans, en attente de la &#233;vasion de son proc&#232;s, il est actuellement incarc&#233;r&#233; &#224; Aachen.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>C.O.P.E.L., tunnels et autres apports des groupes autonomes</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article492</link>
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		<dc:date>2007-12-07T14:35:36Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Quelques dingues incontrol&#233;-e-s</dc:creator>


		<dc:subject>Prison, justice, r&#233;pression</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvance autonome</dc:subject>
		<dc:subject>Mutines S&#233;ditions (Paris)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;R&#233;cup&#233;rer l'histoire, notre histoire et sortir de l'oubli la part qui servira &#224; notre lutte quotidienne. La partie qui a &#233;t&#233; soigneusement tue et punie. Se souvenir, non pour comm&#233;morer le bon vieux temps mais pour attaquer efficacement notre ennemi, mieux le conna&#238;tre, le d&#233;masquer lors des conflits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'int&#233;r&#234;t et la m&#233;connaissance qu'il y a entre nous de ces luttes contemporaines, nous avons retranscrit une discussion men&#233;e par des copains durant l'hiver 2003 dans un local anarchiste aujourd'hui expuls&#233;. Nous nous sommes permis quelques adaptations pour le rendre lisible sans en changer le contenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; tous ceux et celles qui quelque part, &#224; un moment donn&#233;, ont tout donn&#233; pour la libert&#233;&#8230; &lt;br class='manualbr' /&gt;Que &#231;a ne soit pas en vain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quelques dingues incontrol&#233;-e-s&lt;br class='manualbr' /&gt;Valence, printemps 2004&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;sommaire :&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8211; C.O.P.E.L, tunnels et autres apports de Groupes Autonomes&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8211; Groupes Autonomes de Valence durant la seconde moiti&#233; des ann&#233;es 70&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique7" rel="directory"&gt;C&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot20" rel="tag"&gt;Prison, justice, r&#233;pression&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot73" rel="tag"&gt;Mouvance autonome&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot87" rel="tag"&gt;Mutines S&#233;ditions (Paris)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L123xH150/arton492-3c024.jpg?1781169367' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='123' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff492.jpg?1191258281&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;R&#233;cup&#233;rer l'histoire, notre histoire et sortir de l'oubli la part qui servira &#224; notre lutte quotidienne. La partie qui a &#233;t&#233; soigneusement tue et punie. Se souvenir, non pour comm&#233;morer le bon vieux temps mais pour attaquer efficacement notre ennemi, mieux le conna&#238;tre, le d&#233;masquer lors des conflits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'int&#233;r&#234;t et la m&#233;connaissance qu'il y a entre nous de ces luttes contemporaines, nous avons retranscrit une discussion men&#233;e par des copains durant l'hiver 2003 dans un local anarchiste aujourd'hui expuls&#233;. Nous nous sommes permis quelques adaptations pour le rendre lisible sans en changer le contenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; tous ceux et celles qui quelque part, &#224; un moment donn&#233;, ont tout donn&#233; pour la libert&#233;&#8230; &lt;br class='manualbr' /&gt;Que &#231;a ne soit pas en vain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quelques dingues incontrol&#233;-e-s&lt;br class='manualbr' /&gt;Valence, printemps 2004&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;i&gt;seconde traduction et mise en page par TypeMachine (Belgique)&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;i&gt;C.O.P.E.L, tunnels et autres apports de Groupes Autonomes&lt;/i&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; Bon, il me semble, corrigez-moi si je me trompe, que la raison de&lt;br class='autobr' /&gt;
cette r&#233;union, &#224; part la paella, le plaisir d'&#234;tre ensemble et tout &#231;a, c'est&lt;br class='autobr' /&gt;
cet esp&#232;ce d'int&#233;r&#234;t n&#233;gatif par rapport &#224; la taule, n'est ce pas ? &#171; Les&lt;br class='autobr' /&gt;
prisonniers dans la rue &#187;, &#171; Destruction des prisons &#187;, etc.&#8230;En th&#233;orie,&lt;br class='autobr' /&gt;
en plus de faire quelque chose ensemble, m&#234;me peu, on peut aussi&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;fl&#233;chir &#224; la question. Aujourd'hui, ce ne sera pas une causerie, mais&lt;br class='autobr' /&gt;
un rappel, comme illustration, en principe, d'histoires v&#233;cues il y a un&lt;br class='autobr' /&gt;
bail, dans les ann&#233;es 70 et 80&#8230; Des histoires d'ici, de Valence, de gens&lt;br class='autobr' /&gt;
qui luttaient contre les taules avec les moyens dont ils disposaient. Un&lt;br class='autobr' /&gt;
copain qui a particip&#233; &#224; beaucoup de choses durant ces ann&#233;es est&lt;br class='autobr' /&gt;
venu, il n'aime pas beaucoup parler en public, je raconterai donc en&lt;br class='autobr' /&gt;
quoi consistaient ces histoires. Apr&#232;s, si vous voulez, vous pouvez lui&lt;br class='autobr' /&gt;
poser des questions. En partie, j'ai aussi v&#233;cu ces histoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces histoires&#8230; concr&#232;tement dans les ann&#233;es 70, il y avait une lutte,&lt;br class='autobr' /&gt;
en partie dans la rue et en partie des partis politiques, pour l'amnistie,&lt;br class='autobr' /&gt;
l'amnistie politique. Ce que recherchaient les bureaucraties politiques&lt;br class='autobr' /&gt;
et syndicales, c'&#233;tait leur part du g&#226;teau d&#233;mocratique. Ils se&lt;br class='autobr' /&gt;
contentaient d'une amnistie politique qui sauverait les apparences&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;mocratiques de l'&#233;poque : pour les d&#233;lits d'opinion, politiques&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les libert&#233;s qui sous Franco constituaient un d&#233;lit ont donc cess&#233; de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'&#234;tre et les gens prisonniers pour ces m&#234;mes d&#233;lits n'avaient plus qu'&#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#234;tre lib&#233;r&#233;s. Il y avait beaucoup de monde surtout en prison, et dans&lt;br class='autobr' /&gt;
les quartiers leurs amis et leurs relations, &#224; qui &#231;a semblait bien peu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils pensaient qu'en plus de l'amnistie politique, il devait y avoir une&lt;br class='autobr' /&gt;
gr&#226;ce g&#233;n&#233;rale pour ceux qu'on appelait les prisonniers &#171; sociaux &#187;,&lt;br class='autobr' /&gt;
vu que s'ils s'&#233;taient retrouv&#233;s au trou dans une situation socio-politique&lt;br class='autobr' /&gt;
qui suppos&#233;ment &#233;tait en train de changer radicalement et de&lt;br class='autobr' /&gt;
s'am&#233;liorer, il fallait &#233;galement leur donner une chance. Concr&#232;tement,&lt;br class='autobr' /&gt;
ce type d'actions&#8230; Lors des manifs et des mobilisations, pour l'amnistie, nous &#233;tions nombreux &#224; r&#233;clamer une amnistie g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les gens criaient &#171; les prisonniers &#224; la rue &#187;, nous autres on y&lt;br class='autobr' /&gt;
rajoutait les droit-commun, on faisait des pancartes et ainsi de suite.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les quartiers, &#224; Valence, &#224; Madrid, &#224; Barcelone et ailleurs, il y&lt;br class='autobr' /&gt;
avait des clubs de jeunes (bon, vous pourrez lui demander plus tard&lt;br class='autobr' /&gt;
ce dont il s'agissait). Dans ces lieux et d'autres, il y avait les comit&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
de soutien &#224; la COPEL qui se consacraient &#224; la solidarit&#233;, par la propagande ou par d'autres moyens dont nous reparlerons, avec le mouvement des prisonniers, concr&#232;tement avec la COPEL. Et puis, il y&lt;br class='autobr' /&gt;
avait d'autres groupes de gens qui ne faisaient pas forc&#233;ment partie de&lt;br class='autobr' /&gt;
ces comit&#233;s ou qui ne s'identifiaient pas exclusivement &#224; la COPEL,&lt;br class='autobr' /&gt;
car ce n'&#233;tait qu'un aspect de la situation, et ils faisaient d'autres choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, ils jetaient des cocktails Molotov sur des banques&lt;br class='autobr' /&gt;
quand il se passait des choses dans les prisons. Ici &#224; Valence, comme&lt;br class='autobr' /&gt;
dans d'autres villes, diff&#233;rents groupes de quartier se coordonnaient&lt;br class='autobr' /&gt;
et au jour et &#224; l'heure convenus ils br&#251;laient simultan&#233;ment 10 ou&lt;br class='autobr' /&gt;
12 banques. Ces actions se firent pour diverses raisons, entre autre&lt;br class='autobr' /&gt;
en solidarit&#233; avec les luttes des taulards. Les banques n'avaient pas&lt;br class='autobr' /&gt;
de vitres blind&#233;es &#224; l'&#233;poque, on jetait les cocks directement sur les&lt;br class='autobr' /&gt;
vitres et tout cramait, c'&#233;tait un r&#233;gal (hi, hi, hi). On peut causer de&lt;br class='autobr' /&gt;
ces actions parce qu'il y a maintenant prescription. Elles eurent lieu&lt;br class='autobr' /&gt;
pendant un p&#233;riode appel&#233;e la &#171; transition &#187;, une p&#233;riode d'affrontement direct avec l'&#201;tat et de d&#233;sob&#233;issance, qui a dur&#233; un ou deux ans dans son climax, sa partie la plus importante. Quand ce mouvement s'est termin&#233;, si on peut appeler &#231;a un mouvement, ce fut la d&#233;faite suivie de ses cons&#233;quences. Alors, les gens qui avaient particip&#233; &#224; tout &#231;a se sont fait emprisonner, quelques uns de ceux qui y avaient particip&#233; de l'int&#233;rieur des prisons ont &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;s. Ceux qui n'ont pas&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;t&#233; lib&#233;r&#233;s sont non seulement rest&#233;s enferm&#233;s mais ont d&#251; subir la&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;pression pour leurs actes dans les quartiers d'isolement de premier degr&#233; (aujourd'hui appel&#233;s FIES&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fichier Interne de Suivi Sp&#233;cial. Le FIES est un r&#233;gime sp&#233;cial institu&#233; en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Le FIES n'est pas une invention r&#233;cente mais il a toujours exist&#233;, c'est la prison dans la prison. &#192; l'&#233;poque, l'article 10 du r&#232;glement de l'Administration P&#233;nitentiaire, qui&lt;br class='autobr' /&gt;
est encore en vigueur &#224; l'heure actuelle, fut cr&#233;&#233; pour l&#233;galiser ce&lt;br class='autobr' /&gt;
qui avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; fait contre le mouvement des prisonniers contre&lt;br class='autobr' /&gt;
les prisons. C'est-&#224;-dire qu'avant m&#234;me que soit promulgu&#233;e cette&lt;br class='autobr' /&gt;
loi, quasiment tous ceux qui avaient particip&#233; aux mutineries, aux&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;vasions et aux luttes de l'&#233;poque avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; mis &#224; l'isolement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les prisons de haute s&#233;curit&#233; n'existaient pas, c'&#233;taient des vieilles&lt;br class='autobr' /&gt;
taules de premier degr&#233;, bien diff&#233;rentes de celles d'aujourd'hui, mais&lt;br class='autobr' /&gt;
qui avaient des d&#233;partements d'isolement dans lesquels on trouvait&lt;br class='autobr' /&gt;
des r&#233;serves permanentes de flics anti-&#233;meute charg&#233;s de recevoir les&lt;br class='autobr' /&gt;
prisonniers ayant lev&#233; la t&#234;te dans tout le pays et qui venaient recevoir&lt;br class='autobr' /&gt;
au minimum un tabassage quotidien pour leur apprendre. &#199;a, &#231;a&lt;br class='autobr' /&gt;
se passait d&#233;j&#224; en 1978 et 1979. Beaucoup d'individus qui s'&#233;taient&lt;br class='autobr' /&gt;
battus dans la rue, en somme beaucoup de ceux qui avaient soutenu&lt;br class='autobr' /&gt;
la lutte des prisonniers, se retrouvaient eux-m&#234;mes prisonniers, peu&lt;br class='autobr' /&gt;
sont rest&#233;s &#224; l'air libre. Ici &#224; Valence, comme dans le reste du pays, ces&lt;br class='autobr' /&gt;
gens se r&#233;unissaient pour&#8230; ils n'avaient pas le choix vu que beaucoup&lt;br class='autobr' /&gt;
de leurs camarades &#233;taient emprisonn&#233;s, alors ils continu&#232;rent &#224; lutter&lt;br class='autobr' /&gt;
contre les prisons, et ils tent&#232;rent de les tirer de l&#224;. Et pas que leurs&lt;br class='autobr' /&gt;
copains d'ailleurs, car la lutte avait commenc&#233; contre les prisons en&lt;br class='autobr' /&gt;
g&#233;n&#233;ral, c'&#233;tait une de ses caract&#233;ristiques importantes, et ils n'ont&lt;br class='autobr' /&gt;
pas entrepris d'actions visant seulement &#224; faire sortir les potes, mais &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
favoriser toutes les &#233;vasions. Qu'ont-ils fait ? Par exemple, ils contribuaient au percement de tunnels, &#224; des tentatives d'&#233;vasions men&#233;es de l'int&#233;rieur vers l'ext&#233;rieur. Ils fournissaient les outils et organisaient l'infrastructure pour ces cavales si elles se produisaient, ce qui n'a pas toujours &#233;t&#233; le cas. Lorsque tout cela est devenu plus dur &#224; cause de l'&#233;volution de la situation p&#233;nitentiaire (ce qui n'a pas tra&#238;n&#233;), ils se sont mis &#224; creuser des tunnels du dehors au dedans. Imaginez, ici &#224; Valence, un grand groupe de personnes dispers&#233;es dans toute la ville ; qui se connaissent bien, comme c'est peut-&#234;tre le cas ici-m&#234;me, qui &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
un moment donn&#233; se mettent &#224; faire un tunnel tous ensemble pour&lt;br class='autobr' /&gt;
sortir les gens de la taule. Eh bien, c'est arriv&#233;, ce fut tent&#233; mais &#231;a a&lt;br class='autobr' /&gt;
foir&#233;. &#192; Valence, de par les caract&#233;ristiques de cette histoire &#224; laquelle&lt;br class='autobr' /&gt;
allait participer beaucoup de monde, c'&#233;tait un truc tr&#232;s ouvert. &#199;a&lt;br class='autobr' /&gt;
a &#233;t&#233; critiqu&#233; par de nombreuses personnes d'ailleurs, mais c'est une&lt;br class='autobr' /&gt;
critique qui a &#233;t&#233; aussi une justification de leur passivit&#233; car il n'y avait&lt;br class='autobr' /&gt;
pas moyen de le faire autrement. &#199;a a foir&#233; parce que la police l'a su&lt;br class='autobr' /&gt;
avant qu'on atteigne la prison. C'&#233;tait une course de vitesse, essayer&lt;br class='autobr' /&gt;
d'arriver avant d'&#234;tre d&#233;couvert et si on &#233;tait d&#233;couvert, ben on avait&lt;br class='autobr' /&gt;
au moins essay&#233;. Ici, &#224; Valence, &#231;a a &#233;chou&#233;. Les m&#234;mes personnes ont&lt;br class='autobr' /&gt;
aussi tent&#233; le coup &#224; G&#233;rone o&#249; des copains s'&#233;taient retrouv&#233;s au&lt;br class='autobr' /&gt;
trou, pr&#233;cis&#233;ment pour avoir mont&#233; des braquages pour financer des&lt;br class='autobr' /&gt;
projets de lib&#233;ration de compagnons prisonniers. Ils &#233;taient tomb&#233;s &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
G&#233;rone. Donc, ces personnes se sont gliss&#233;es en tenue de plong&#233;e dans&lt;br class='autobr' /&gt;
les &#233;gouts pour creuser mais les copains ont &#233;t&#233; transf&#233;r&#233;s. Du coup,&lt;br class='autobr' /&gt;
ils ont remis &#231;a &#224; Barcelone. L&#224;-bas, ils ont lou&#233; un rez-de-chauss&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; c&#244;t&#233; de la prison Modelo et ils se sont remis &#224; creuser. Comme ils&lt;br class='autobr' /&gt;
ne pouvaient pas faire autrement, il a fallu stocker la terre dans l'appartement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y en avait tant que les murs ont quasiment explos&#233;. Et&lt;br class='autobr' /&gt;
alors le voisin d'&#224; c&#244;t&#233; s'est demand&#233; : &#171; Mais enfin, qu'est-ce qui se&lt;br class='autobr' /&gt;
passe ici ? &#187; et il a appel&#233; la police. Et bon, ils avaient eu le temps de&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;guerpir, mais la police a affirm&#233; que comme il y avait des r&#233;sidences&lt;br class='autobr' /&gt;
militaires proches, c'&#233;tait ETA qui faisait un tunnel pour y placer une&lt;br class='autobr' /&gt;
bombe, ce qui a &#233;t&#233; repris par la presse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon, un autre aspect des choses de l'&#233;poque ; c'&#233;tait les gens qui&lt;br class='autobr' /&gt;
avaient r&#233;ussi l'&#233;vasion ou qui s'&#233;taient enfuis de l'arm&#233;e ou encore&lt;br class='autobr' /&gt;
qui &#233;taient en cavale pour X raisons. Il fallait leur trouver des planques&lt;br class='autobr' /&gt;
ou les aider &#224; sortir du pays. &#192; l'&#233;poque c'&#233;tait plus simple de falsifier&lt;br class='autobr' /&gt;
des papiers ; et de leur en fournir&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B.&lt;/strong&gt; &#192; l'&#233;poque, les taules &#233;taient plus pr&#232;s des villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; La taule &#233;tait juste sur l'all&#233;e Petxina, dans le vieil &#233;difice qu'on&lt;br class='autobr' /&gt;
aper&#231;oit : &#171; La prison Modelo &#187;, ok ? Il y avait aussi des &#233;meutes,&lt;br class='autobr' /&gt;
les gens qui s'y int&#233;ressaient et l'entendaient accourraient imm&#233;diatement.&lt;br class='manualbr' /&gt;La tactique la plus utilis&#233;e &#233;tait de grimper sur les toits pour&lt;br class='autobr' /&gt;
y d&#233;ployer une banderole, et foutre le feu &#224; la taule, ce qui &#233;tait joli &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
voir. &#199;a pour ceux de l'int&#233;rieur. Dans les rues autour de la prison, il&lt;br class='autobr' /&gt;
y avait de temps en temps des affrontements avec les flics qui &#224; l'&#233;poque&lt;br class='autobr' /&gt;
chargeaient directement. On &#233;levait des barricades, par exemple&lt;br class='autobr' /&gt;
de pneus enflamm&#233;s. Bon, voil&#224; en quelque sorte l'&#233;bauche des &#233;v&#233;nements dont on est suppos&#233; causer. &#192; partir de l&#224;, il vaut mieux que&lt;br class='autobr' /&gt;
vous posiez des questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G.&lt;/strong&gt; La COPEL dont tu as parl&#233;, en quoi &#231;a consistait ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.&lt;/strong&gt; La COPEL na&#238;t &#224; partir des premi&#232;res remises de peine accord&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt;
par Franco, aux prisonniers politiques ; il y en a eu aussi pour les&lt;br class='autobr' /&gt;
droit-commun mais tr&#232;s petites. Alors, au fur et &#224; mesure des gr&#226;ces&lt;br class='autobr' /&gt;
qui oublient les droit-commun, ceux-ci commencent &#224; se coordonner,&lt;br class='autobr' /&gt;
surtout &#224; Carabanchel et na&#238;t la Coordination des Prisonniers En Lutte, la COPEL. D'apr&#232;s ce que je sais, car je n'&#233;tais pas en taule &#224; l'&#233;poque, &#231;a d&#233;bute &#224; Madrid et petit &#224; petit, avec les transferts subis en repr&#233;sailles aux &#233;v&#233;nements de Carabanchel, les gens se dispersent dans toutes les taules d'Espagne et des embryons se cr&#233;ent partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait le temps des mutineries qui revendiquaient l'amnistie pour&lt;br class='autobr' /&gt;
tous, parce qu'on ne la donnait qu'aux politiques &#8211; et en effet tous les&lt;br class='autobr' /&gt;
prisonniers politiques sont sortis. Ils commenc&#232;rent &#224; se mutiner et &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
cr&#233;er l'organisation. Il y avait certes une organisation mais en m&#234;me&lt;br class='autobr' /&gt;
temps, tous les prisonniers qui voulaient lutter ou se battre &#233;taient&lt;br class='autobr' /&gt;
des prisonniers en lutte. Je veux dire par l&#224; que quand il y avait une&lt;br class='autobr' /&gt;
mutinerie et que les gens montaient sur les toits, ils &#233;taient tous de&lt;br class='autobr' /&gt;
la COPEL &#224; partir de cet instant, bien qu'&#224; Valence, &#224; l'&#233;poque, il n'y&lt;br class='autobr' /&gt;
avait que deux ou trois personnes de la COPEL (A. conna&#238;t mieux&lt;br class='autobr' /&gt;
les d&#233;tails) mais lorsqu'on montait sur le toit, ceux qui l'occupaient&lt;br class='autobr' /&gt;
revendiquaient pour l'ensemble des prisonniers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; Une parenth&#232;se : la COPEL n'&#233;tait pas une organisation proprement dite. Elle surgit &#224; Madrid et c'&#233;tait une des mani&#232;res de se faire entendre, une liste de revendications&#8230; Les gens s'y identifiaient et des groupes se revendiquaient COPEL. Mais par exemple, ici &#224; Valence,&lt;br class='autobr' /&gt;
dans les ann&#233;es o&#249; j'y &#233;tais&#8230; &#224; l'&#233;poque qui suivit &#171; Dueso &#187;, quand&lt;br class='autobr' /&gt;
la COPEL avait &#233;mis un communiqu&#233; largement diffus&#233; disant qu'il&lt;br class='autobr' /&gt;
fallait faire confiance au directeur de l'Administration P&#233;nitentiaire&lt;br class='autobr' /&gt;
d'alors. Alors nous n'&#233;tions plus dans la mouvance COPEL car ils&lt;br class='autobr' /&gt;
avaient opt&#233; pour une tactique que nous jugions r&#233;formiste. Nous&lt;br class='autobr' /&gt;
avons donc foutu le feu &#224; la taule et on emmerde la COPEL ! Ce que&lt;br class='autobr' /&gt;
je veux dire c'est que la COPEL n'&#233;tait pas le mouvement des prisonniers, c'&#233;tait un de ses aspects particuliers, significatif, qui a eu de l'influence tant positive que n&#233;gative. C'&#233;tait bien une minorit&#233; de petits&lt;br class='autobr' /&gt;
malins, de dirigeants, qui n&#233;gociaient, qui se nommaient repr&#233;sentants sans autre mandats que leur bon vouloir, sans passer par aucune assembl&#233;e.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ils ont eu un r&#244;le pour le moins ambivalent, au d&#233;but tr&#232;s positif,&lt;br class='autobr' /&gt;
de d&#233;tonateurs vers une lutte g&#233;n&#233;ralis&#233;e, puis n&#233;gatif, de syndicalistes,&lt;br class='autobr' /&gt;
c'est-&#224;-dire de d&#233;mobilisateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G.&lt;/strong&gt; Si je comprends bien, la COPEL c'&#233;tait surtout des droit-commun ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; Absolument.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G.&lt;/strong&gt; Et puis, il y avait les politiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.&lt;/strong&gt; Non, &#224; ce moment, il n'y en avait pratiquement pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G.&lt;/strong&gt; Ils avaient &#233;t&#233; amnisti&#233;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.&lt;/strong&gt; Exactement, Ils avaient tous &#233;t&#233; amnisti&#233;s, les seuls politiques &#233;taient ceux qui &#233;taient entr&#233;s apr&#232;s l'amnistie, des prisonniers d'ETA et du GRAPO&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;GRAPO : Groupes de R&#233;sistance Antifascistes Premier Octobre. Groupe arm&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui fit son apparition &#224; l'&#233;poque. Tous ceux qu'il y avait avant, ceux d'ETA, du GRAPO, du FRAP&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;FRAP : Front R&#233;volutionnaire Antifasciste et Patriotique. Group&#233; arm&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les anarchistes, tous avaient &#233;t&#233; amnisti&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G.&lt;/strong&gt; Y avait-il une nette diff&#233;rence entre politiques et droit-commun ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.&lt;/strong&gt; Oui, en effet. Quand je suis tomb&#233; ils faisaient encore la diff&#233;rence. Concr&#232;tement, &#224; Carabanchel, il y avait des droit-commun d'un c&#244;t&#233; et des politiques de l'autre. &#192; mon arriv&#233;e, j'&#233;tais toujours plac&#233; dans une coursive de droit-commun, on me demandait si j'&#233;tais un prisonnier politique ou un prisonnier social et moi je r&#233;pondais que j'&#233;tais&lt;br class='autobr' /&gt;
un prisonnier normal ; je ne me suis jamais d&#233;fini comme un prisonnier&lt;br class='autobr' /&gt;
politique. Toutefois jusqu'en 1984/1985, ils &#233;taient diff&#233;renci&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
dans les taules, surtout l&#224; o&#249; il y avait beaucoup de politiques. J'ai &#233;t&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
enferm&#233; longtemps &#224; Valence et j'&#233;tais pratiquement seul, au mieux on&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;tait trois ou quatre, l&#224; il n'y avait pas de distinctions, on &#233;tait tous des&lt;br class='autobr' /&gt;
prisonniers un point c'est tout. &#192; Barcelone ou &#224; Madrid, &#224; Carabanchel,&lt;br class='autobr' /&gt;
il y avait une diff&#233;rence entre les droit-commun et les politiques,&lt;br class='autobr' /&gt;
surtout avec l'ETA, le GRAPO, la CNT&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; Ce n'est pas que les prisonniers politiques aient eu un statut sp&#233;cial, explicite, reconnu mais ils &#233;taient nombreux. Ils se serraient les coudes en prison comme &#224; l'ext&#233;rieur et luttaient pour &#234;tre reconnus en tant que prisonniers politiques. Il y avait bien des pr&#233;sum&#233;s politiques qui ne jouaient pas &#224; &#231;a, nous ne jouions pas ce jeu, nous ne faisions pas de distinctions, nous nous opposions aux autres et nous critiquions le fait qu'ils se revendiquent politiques. Nous ne les suivions jamais dans&lt;br class='autobr' /&gt;
leurs histoires et c'est justement pour &#231;a qu'on s'affrontait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.&lt;/strong&gt; Non, mais le fait est que les prisonniers politiques &#224; Carabanchel,&lt;br class='autobr' /&gt;
lors de mon passage (au d&#233;but des ann&#233;es 80), avaient des privil&#232;ges. Ils les avaient conquis, c'est entendu, mais ils &#233;taient privil&#233;gi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; Car ils avaient le pouvoir de se retrouver, par exemple 150, comme les Milis, ou 80 ou 60 comme les Polimilis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ETA (Euskadi Ta Askatasuna) se divise en 1973 entre ETA-militaire (les &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou les GRAPO et d'agir&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; l'unisson en ayant derri&#232;re eux toute une organisation &#171; terroriste &#187; qui pouvait menacer les gardes ou des choses du genre. De plus, ils&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;fendaient leurs privil&#232;ges et leurs int&#233;r&#234;ts face aux autres prisonniers.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#199;a cr&#233;ait donc une situation de toutes pi&#232;ces. Bien s&#251;r, il y a toujours eu discr&#232;tement une politique sp&#233;ciale pour les prisonniers politiques. Aujourd'hui, il y a les FIES pour les prisonniers accus&#233;s de terrorisme, c'est-&#224;-dire un statut sp&#233;cial pour les politiques. &#192; l'&#233;poque ce n'&#233;tait pas explicite mais &#231;a existait en pratique. Bon, de nos jours, c'est comparable, les FIES ne sont qu'une circulaire qui, en pratique, est devenue loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.&lt;/strong&gt; Tu n'as pas fait le rapprochement entre les FIES et Herrera. Je&lt;br class='autobr' /&gt;
les comparerais ; ce qu'&#233;tait Herrera &#224; l'&#233;poque, ce serait les FIES&lt;br class='autobr' /&gt;
d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; Les FIES de l'&#233;poque, c'&#233;taient Oca&#241;a, el Puerto, Burgos et Huesca, les quartiers d'isolement soumis &#224; un r&#233;gime sp&#233;cial o&#249; on envoyait les gens souffrir ; o&#249; il y avait des compagnies d'anti&#233;meutes en permanence.&lt;br class='manualbr' /&gt;Tu arrivais et &#224; peine descendu du fourgon, o&#249; on t'avait&lt;br class='autobr' /&gt;
tra&#238;n&#233; sans crier gare, dans un bloc, tu devais traverser une haie d'anti&#233;meutes et de matons qui te trimballaient dans tout le centre de&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;tention &#224; coup de matraques. Normalement, il y avait un couloir&lt;br class='autobr' /&gt;
comme &#231;a, puis un autre, etc. On te tra&#238;nait d'abord dans un coin, on&lt;br class='autobr' /&gt;
te d&#233;shabillait, on te giflait, on te faisait faire des pompes, tout &#231;a &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
coup de matraques, pas vrai ? Apr&#232;s on te conduisait &#224; ta cellule situ&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; l'autre bout du b&#226;timent, de la m&#234;me mani&#232;re. Ainsi, tu apprenais le&lt;br class='autobr' /&gt;
fonctionnement. Le tabassage quotidien n'&#233;tait jamais oubli&#233; dans les&lt;br class='autobr' /&gt;
pires moments. C'&#233;tait ce qui se passait dans les quartiers d'isolement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Herrera, c'&#233;tait comme qui dirait une exp&#233;rience pilote qui commen&#231;ait&lt;br class='autobr' /&gt;
ainsi et qui finissait par faire passer les gens par ce qui, &#224; l'&#233;chelle du syst&#232;me p&#233;nitentiaire, aurait &#233;t&#233; les degr&#233;s de traitement. C'est de l&#224; que sont parties les bases de la r&#233;forme p&#233;nitentiaire. Tu d&#233;boulais en&lt;br class='autobr' /&gt;
premier degr&#233;, tu recevais plein de coups tous les jours et s'ils venaient&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; bout de toi (car les gens p&#233;taient les plombs, l&#224;, on le sait par des&lt;br class='autobr' /&gt;
copains qui y ont &#233;t&#233;), tu passais &#224; la deuxi&#232;me phase, &#224; la troisi&#232;me, &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
la quatri&#232;me, et tu finissais en deuxi&#232;me degr&#233;. Y compris, tu pouvais&lt;br class='autobr' /&gt;
sortir en r&#233;gime ouvert mais je suppose que normalement on t'avait&lt;br class='autobr' /&gt;
bris&#233; quelque chose &#224; l'int&#233;rieur, ainsi qu'&#224; l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G.&lt;/strong&gt; En parlant d'Herrera, tu te r&#233;f&#232;res &#224; la taule ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; Oui, &#224; celle d'Herrera de la Mancha.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G.&lt;/strong&gt; C'&#233;tait un r&#233;gime sp&#233;cial ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.&lt;/strong&gt; &#192; Herrera, on mettait les indomptables des taules, c'est-&#224;-dire, les chahuteurs, et puis surtout les bagarreurs et ceux qui avaient particip&#233; aux mutineries.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; Les indomptables des taules allaient &#224; Oca&#241;a, au Puerto ou &#224; Burgos, les fous &#224; Huesca, avant l'ouverture d'Herrera. Lorsque Garc&#237;a&lt;br class='autobr' /&gt;
Vald&#233;s a ouvert Herrera, en 1979, ils ont continu&#233; &#224; remplir ces taules.&lt;br class='autobr' /&gt;
Seuls quelques cas sp&#233;ciaux allaient &#224; Herrera. Toujours pour diviser.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand il y avait des &#233;meutes, sur dix prisonniers, un allait &#224; Oca&#241;a, un&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; Burgos, un au Puerto, et de ceux-l&#224; un sur dix allait &#224; Herrera. Par&lt;br class='autobr' /&gt;
exemple, ceux qui avaient &#233;t&#233; t&#233;moins de la mort d'Agustin Rueda,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; le Rat &#187; et ces gens l&#224; qui, &#224; chaque fois qu'ils &#233;taient transf&#233;r&#233;s &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
Herrera, &#233;taient tortur&#233;s et oblig&#233;s de revenir sur leurs d&#233;clarations.&lt;br class='autobr' /&gt;
De retour &#224; Carabanchel, ils portaient plainte et d&#233;non&#231;aient leurs&lt;br class='autobr' /&gt;
tortures devant le juge, et &#171; je maintiens ma d&#233;claration initiale &#187;, alors&lt;br class='autobr' /&gt;
on les re-transf&#233;rait &#224; Herrera et on s'occupait &#224; nouveau d'eux et ainsi de suite. C'&#233;tait une prison pilote o&#249; ils envoyaient des gens tri&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
sur le volet qu'ils voulaient briser compl&#232;tement avec un nouveau&lt;br class='autobr' /&gt;
syst&#232;me. Oca&#241;a, el Puerto&#8230; c'&#233;tait &#224; l'ancienne, tandis qu'Herrera,&lt;br class='autobr' /&gt;
c'&#233;tait le paradigme de la r&#233;forme, concentrant tous les traitements de&lt;br class='autobr' /&gt;
la nouvelle loi p&#233;nitentiaire dans l'espace et dans le temps. Bon, c'est&lt;br class='autobr' /&gt;
pas vraiment le th&#232;me de la discussion d'aujourd'hui, mais on pourrait&lt;br class='autobr' /&gt;
en reparler une autre fois&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G.&lt;/strong&gt; Ce qu'on aurait voulu savoir, c'est comment vous faisiez pour faire parvenir ce que vous faisiez dehors &#224; ceux qui &#233;taient dedans, comment s'organisait la communication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.&lt;/strong&gt; Ici nous n'&#233;tions pas nombreux. Nous &#233;tions des gens autonomes, ind&#233;pendants, nous ne militions pas dans un parti communiste ni m&#234;me &#224; la CNT. On se connaissait du quartier, notre quartier c'&#233;tait Orriols, on &#233;tait un groupe de potes. &#192; part ce groupe d'amis qui se connaissant du centre de jeunes, on fr&#233;quentait d'autres centres plus ou moins proches de nous, ici, &#224; Benicalap, Benimaclet, Quart ou Mislata.&lt;br class='manualbr' /&gt;Au niveau personnel, on pouvait se retrouver &#224; 20 ou 30, sensibilis&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
et participants au soutien &#224; la lutte des prisonniers. On organisait des&lt;br class='autobr' /&gt;
festivals, de la propagande, on mettait une pancarte sur la Vierge l&#224;-bas,&lt;br class='autobr' /&gt;
on faisait des d&#233;bats, des colloques et en m&#234;me temps des activit&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
plus combatives comme l'a racont&#233; A., des jets de cocktails Molotov,&lt;br class='autobr' /&gt;
un engin explosif aux tribunaux&#8230; On soutenait au niveau du fric, de&lt;br class='autobr' /&gt;
la propagande et des avocats. On avait une amie avocate qui &#233;tait tr&#232;s&lt;br class='autobr' /&gt;
impliqu&#233;e et puis quelques autres. Par la suite, on a commenc&#233; &#224; se&lt;br class='autobr' /&gt;
radicaliser un peu, surtout &#224; partir du moment o&#249; des copains avec qui&lt;br class='autobr' /&gt;
on faisait des choses sont tomb&#233;s, pour&#8230; bon, avec des armes et tout&lt;br class='autobr' /&gt;
&#231;a. Et bien, fallait les sortir de l&#224;. C'est alors qu'on a commenc&#233; &#224; voir&lt;br class='autobr' /&gt;
certaines choses. Le probl&#232;me c'est qu'on manquait d'exp&#233;rience, on&lt;br class='autobr' /&gt;
n'avait que de la bonne volont&#233;. On a commenc&#233; &#224; faire des choses, je&lt;br class='autobr' /&gt;
vous les raconterai plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; Les contacts avec ceux qui luttaient de l'int&#233;rieur et les infos sur&lt;br class='autobr' /&gt;
ce qui se passait l&#224;-bas, au d&#233;but &#231;a passait par des avocats, c'est-&#224;-dire, par cette femme assise l&#224;, si silencieuse, ce qu'il y a c'est qu'elle ne veut pas parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.&lt;/strong&gt; Par exemple, &#224; l'int&#233;rieur ils ont fait un tunnel pour se barrer. Pour creuser, il leur fallait des outils et &#224; cette &#233;poque, on pouvait faire&lt;br class='autobr' /&gt;
passer des trucs par les avocats. On leur a pass&#233; des pics et m&#234;me un&lt;br class='autobr' /&gt;
talkie-walkie pour &#234;tre en liaison. Nous on &#233;tait dehors, en contact&lt;br class='autobr' /&gt;
avec eux pour qu'au moment de la sortie on leur file un coup de main.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout &#233;tait tr&#232;s informel, des histoires de connaissances et d'affinit&#233;s, il&lt;br class='autobr' /&gt;
n'y avait aucune organisation ou quoi que ce soit qui y ressemblait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G.&lt;/strong&gt; Bien s&#251;r, tout par les avocats&#8230; Les familles aussi, non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; &#192; Barona, il y avait ce club, le 14/17&#8230; au d&#233;but, c'&#233;tait juste un&lt;br class='autobr' /&gt;
club paroissial, un truc du temps de Franco. Dans tous les villages et&lt;br class='autobr' /&gt;
les quartiers il y avait des clubs qu'on appelait les &#171; clubs-t&#233;l&#233;s &#187;. &#192;&lt;br class='autobr' /&gt;
l'&#233;poque, personne n'avait la t&#233;l&#233;vision et ils l'ont mise dans des locaux&lt;br class='autobr' /&gt;
appartenant &#224; l'&#201;glise, &#231;a attirait la jeunesse, pour leur bourrer le cr&#226;ne&lt;br class='autobr' /&gt;
ou quelque chose comme &#231;a. Mais, avec le temps, ils ont perdu compl&#232;tement le contr&#244;le. Au d&#233;but les chr&#233;tiens de base se r&#233;unissaient l&#224;, ceux de l'HOAC, de la JOC (des organisations ouvri&#232;res catholiques plus ou moins combatives), etc. parce que c'&#233;tait dans des quartiers prolos, et puis aussi l'extr&#234;me gauche, les trotskistes, les maos, la LCR, le FRAP, AC, etc. Dans beaucoup de ces clubs ce sont d'abord les cur&#233;s puis les bureaucrates qui ont perdu le contr&#244;le et en fin de compte, il n'y restait que ceux qui les faisaient fonctionner, qui formaient une sorte d'assembl&#233;e. D'un c&#244;t&#233; il fallait maintenir le local et tout &#231;a, et de l'autre on s'impliquait dans les luttes du quartier. Dans les quartiers il y avait beaucoup de gens qui &#233;taient des d&#233;linquants, qui volaient, par exemple, qui entraient et sortaient de taule ; par leur interm&#233;diaire, on avait pas mal de contacts. Il y avait pas mal d'&#233;vad&#233;s et l&#224;-bas on leur donnait un coup de main. Puis, nous avons commenc&#233; &#224; aller nous-m&#234;mes en taule. On avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; dans les groupes de soutien &#224; la COPEL, etc. et on connaissait des gens l&#224;-bas qui &#233;taient cens&#233;s &#234;tre de la COPEL. En fait, tout &#231;a &#233;tait tr&#232;s relatif, ce n'&#233;tait pas une organisation, c'&#233;tait des groupes de gens &#224; un moment donn&#233;. Par&lt;br class='autobr' /&gt;
exemple, &#224; Madrid, ils &#233;taient en contact avec un groupe de jeunes&lt;br class='autobr' /&gt;
avocats, ils ont r&#233;ussi &#224; monter une histoire qui a eu de grosses r&#233;percussions dans les m&#233;dias, mais aussi en taule, et &#231;a a servi d'exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gens le suivaient et s'identifiaient &#224; la COPEL. Toutefois, ceux&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'on a rencontr&#233;s en prison n'&#233;taient pas vraiment de la COPEL.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'y en avait que quelques-uns qui venaient de Madrid et avaient&lt;br class='autobr' /&gt;
particip&#233; &#224; sa fondation. Quand nous sommes arriv&#233;s, ceux qui &#233;taient&lt;br class='autobr' /&gt;
plus ou moins dispos&#233;s &#224; lutter s'&#233;taient retranch&#233;s dans la quatri&#232;me&lt;br class='autobr' /&gt;
coursive et s'autog&#233;raient. Mais il y avait une certaine ambigu&#239;t&#233; entre&lt;br class='autobr' /&gt;
ceux qui agissaient et ceux qui ne foutaient rien. Il y avait une menace&lt;br class='autobr' /&gt;
permanente de mutinerie. Les matons n'&#233;taient pas rassur&#233;s par la&lt;br class='autobr' /&gt;
situation, et encore moins par les directives envoy&#233;es par Jes&#250;s Hadad&lt;br class='autobr' /&gt;
(directeur g&#233;n&#233;ral de l'Administration P&#233;nitentiaire, &#233;limin&#233; peu de&lt;br class='autobr' /&gt;
temps apr&#232;s par les GRAPO) qui menait une politique incoh&#233;rente.&lt;br class='autobr' /&gt;
Donc, dans certaines parties de la prison, les prisonniers avaient pris&lt;br class='autobr' /&gt;
le pouvoir. Il y avait des assembl&#233;es mais surtout, ces espaces &#233;taient&lt;br class='autobr' /&gt;
entre les mains des taulards Un certain groupe se revendiquait de la&lt;br class='autobr' /&gt;
COPEL mais on ne peut pas dire qu'ils y appartenaient. C'&#233;taient&lt;br class='autobr' /&gt;
les meneurs. Par exemple : s'il y avait des abus entre prisonniers, c'est&lt;br class='autobr' /&gt;
eux qui allaient demander des comptes aux profiteurs. Quand on est&lt;br class='autobr' /&gt;
tomb&#233;s, ils ne nous ont pas mis dans la quatri&#232;me coursive, l&#224; o&#249; &#231;a&lt;br class='autobr' /&gt;
bougeait, mais deux dans la premi&#232;re et deux dans la troisi&#232;me. On a&lt;br class='autobr' /&gt;
donc commenc&#233; par une gr&#232;ve de la faim pour &#234;tre r&#233;unis. On a gagn&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
et on est all&#233; &#224; la quatri&#232;me. Et c'est l&#224; qu'on a commenc&#233; &#224; creuser le&lt;br class='autobr' /&gt;
tunnel dont vous a parl&#233; E. Des potes &#224; lui ont obtenu les outils et ont&lt;br class='autobr' /&gt;
commenc&#233; &#224; creuser dans leur cellule, et les autres s'y sont joints. La&lt;br class='autobr' /&gt;
coursive &#233;tait pleine de terre, toutes les cellules des personnes impliqu&#233;es, les couchettes &#233;taient bourr&#233;es de terre et une mouche n'aurait pas pu voler. On contr&#244;lait la coursive et ceux qui &#233;taient pr&#234;ts &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
chauffer, on les calmait parce qu'on voulait se tailler. Par ailleurs, on&lt;br class='autobr' /&gt;
contr&#244;lait le vin et on le r&#233;partissait. C'&#233;tait ambigu, l&#233;g&#232;rement mafieux&lt;br class='autobr' /&gt;
mais &#231;a avait un c&#244;t&#233; tr&#232;s combatif et courageux, on &#233;tait pr&#234;ts &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
tout. Il y avait aussi beaucoup de personnalisme, un groupe dominant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Beaucoup en avaient ras-le-bol qu'on essaye de les contenir. L'accord,&lt;br class='autobr' /&gt;
c'&#233;tait que si le tunnel &#233;tait d&#233;couvert, la taule br&#251;lerait. Et c'est ce&lt;br class='autobr' /&gt;
qui est arriv&#233; : on a &#233;t&#233; d&#233;couvert et on a mis le feu &#224; la prison, on a&lt;br class='autobr' /&gt;
fait une mutinerie de tous les diables. C'&#233;tait &#231;a la COPEL &#224; Valence&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; cette &#233;poque. En fait, aucun de ceux qui avaient des contacts avec la&lt;br class='autobr' /&gt;
COPEL originelle n'ont particip&#233; &#224; tout &#231;a. Ils &#233;taient dans d'autres&lt;br class='autobr' /&gt;
coursives et suivaient les directives de Madrid ou des diverses prisons&lt;br class='autobr' /&gt;
o&#249; avaient &#233;t&#233; transf&#233;r&#233;s les membres de la premi&#232;re COPEL.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la COPEL de Carabanchel, un autre groupe du m&#234;me nom a&lt;br class='autobr' /&gt;
surgi &#224; Barcelone et disons que dans tout le pays il y a eu des mouvements revendicatifs qui se sont identifi&#233;s &#224; ce sigle. Pendant quelques mois, surtout en 1977, il y avait des mutineries toutes les semaines, tous les jours, et partout ; des &#233;meutes, des automutilations, des gr&#232;ves de la faim&#8230; En r&#233;alit&#233;, les gens de base rejoignaient le mouvement car ils y voyaient la possibilit&#233; de sortir avec la revendication de gr&#226;ce g&#233;n&#233;rale. Par la suite, le ph&#233;nom&#232;ne COPEL a &#233;t&#233; habilement manipul&#233; par Garc&#237;a Vald&#233;s, le directeur g&#233;n&#233;ral arriv&#233; apr&#232;s l'ex&#233;cution&lt;br class='autobr' /&gt;
de Jes&#250;s Hadad, ainsi que par Tavera. Du temps de Hadad, ils avaient&lt;br class='autobr' /&gt;
mis tous les soi-disant meneurs au Centre de Dueso, en passant par&lt;br class='autobr' /&gt;
Burgos. L&#224;, ils les tabassaient, ils leur piquaient tout, les foutaient &#224; poil,&lt;br class='autobr' /&gt;
leur rasaient la t&#234;te, leur collaient une combinaison et les envoyaient&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; Dueso. L&#224;-bas, ils &#233;taient enferm&#233;s en quartier d'isolement et recevaient des coups. Ce que c'&#233;tait qu'un quartier d'isolement, c'est une&lt;br class='autobr' /&gt;
longue histoire, un peu macabre mais c'&#233;tait un endroit o&#249; quand ton&lt;br class='autobr' /&gt;
pied mordait la ligne, on te tapait dessus. Lorsque Vald&#233;s est arriv&#233; &#224; la&lt;br class='autobr' /&gt;
t&#234;te de l'Administration P&#233;nitentiaire, avec sa r&#233;putation de juriste d&#233;mocrate et progressiste, il s'est pr&#233;sent&#233; &#224; Dueso ; auparavant ils avaient sorti tout le monde du quartier d'isolement et proclam&#233; l'autogestion ; ils leur ont m&#234;me donn&#233; l'administration de l'&#233;conomat. Apr&#232;s est venu le coup de n&#233;gocier la r&#233;forme p&#233;nitentiaire. Quelques-uns se sont fait avoir et d'autres, je suppose que &#231;a les arrangeait bien. C'est alors qu'un communiqu&#233; est sorti, comme sortaient les communiqu&#233;s de cette &#233;poque : par exemple, quelqu'un recevait par courrier un livre &#224; la couverture cartonn&#233;e dont une partie avait &#233;t&#233; &#233;vid&#233;e et dans le trou se trouvait un papier, un communiqu&#233; authentifi&#233; par des signatures. Ce papier disait alors qu'il fallait faire confiance &#224; Garc&#237;a Vald&#233;s pour la r&#233;forme p&#233;nitentiaire. Notre r&#233;action ainsi que celle de la majorit&#233; de la quatri&#232;me coursive a &#233;t&#233; de dire qu'on ne voulait pas&lt;br class='autobr' /&gt;
d'une cage dor&#233;e, qu'on voulait la libert&#233;. Qu'ils aillent se faire foutre&lt;br class='autobr' /&gt;
avec leur r&#233;forme, ce n'est pas r&#233;former les prisons qu'il faut faire, c'est&lt;br class='autobr' /&gt;
les d&#233;truire. Nous avons donc rompu compl&#232;tement avec tout &#231;a et&lt;br class='autobr' /&gt;
nous avons continu&#233; avec nos histoires ; et on a mis le feu &#224; la prison&lt;br class='autobr' /&gt;
quand la COPEL avait demand&#233; qu'on ne le fasse plus. &#192; partir de ce&lt;br class='autobr' /&gt;
moment s'est produit ce que les criminologues appellent la bifurcation&lt;br class='autobr' /&gt; : les m&#233;chants vont au FIES et les gentils en r&#233;gime ouvert. Que les m&#233;chants pourrissent en taule et que les autres pourrissent dehors,&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'ils s'institutionnalisent et passent par les escroqueries de la r&#233;adaptation qui n'est qu'un processus de d&#233;gradation et d'humiliation. &#199;a a commenc&#233; avec ceux qui &#233;taient soi-disant de la COPEL, les gens qui bougeaient, les plus intelligents ou imp&#233;tueux. Ceux qui s'adaptaient, qui n&#233;gociaient, qui ont march&#233; dans les propositions de &#171; cogestion &#187; men&#233;es dans divers centres p&#233;nitentiaires, ont &#233;t&#233; les premiers &#224; sortir ; les autres allaient &#224; Oca&#241;a, &#224; Burgos, &#224; Huesca et finalement &#224; Herrera. Voil&#224; ce qui s'est pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G.&lt;/strong&gt; C'&#233;tait quoi les comit&#233;s de soutien &#224; la COPEL ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.&lt;/strong&gt; Nous n'&#233;tions pas vraiment un comit&#233; de soutien &#224; la COPEL,&lt;br class='autobr' /&gt;
nous soutenions la lutte des prisonniers. Ce qu'il y avait alors &#224; l'int&#233;rieur, en th&#233;orie, c'&#233;tait la COPEL. Donc, va pour la COPEL. Nous,&lt;br class='autobr' /&gt;
on sortait un canard o&#249;, plut&#244;t que des articles &#224; nous, on mettait des&lt;br class='autobr' /&gt;
textes provenant de prison, des coupures de presse et on appelait &#231;a &#171; &lt;br class='autobr' /&gt;
Ceux qui n'ont jamais eu la parole la prennent maintenant &#187;. On l'a&lt;br class='autobr' /&gt;
repris d'une revue de Barcelone ou de Madrid. Avec &#231;a on faisait un&lt;br class='autobr' /&gt;
peu de fric qu'on faisait parvenir via les avocats &#224; des personnes bien&lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;cises, avec qui on avait des contacts, des gens du quartier. &#192; l'&#233;poque des mutineries, &#224; ceux qui &#233;taient au mitard, on leur faisait passer des choses, de la bouffe, des habits&#8230; souvent par l'interm&#233;diaire de Presen, une prof ' qui donnait des cours &#224; la prison pour femmes puis&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; celle pour hommes. Elle faisait partie de notre groupe de rue qui se&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;unissait toutes les semaines pour faire des choses plus ou moins l&#233;gales : des autocollants, des brochures, des revues, des festivals, des d&#233;bats&#8230; la prof ' &#233;tait avec nous pour tout &#231;a. C'&#233;tait une nana passablement impliqu&#233;e qui a donn&#233; un coup de main, assez l&#233;gale et assez bien. C'&#233;tait une fonctionnaire et tout ce qu'on peut en dire, c'est plut&#244;t bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; Tu peux nous raconter comment ont commenc&#233; les jets de cocktails ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.&lt;/strong&gt; C'est parti &#224; l'anniversaire des cinq derni&#232;res ex&#233;cutions sous Franco, celles du 27 septembre 1975.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; Je croyais que &#231;a avait commenc&#233; avec l'ex&#233;cution de Puig Antich&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.&lt;/strong&gt; Ben, nous, on a commenc&#233; pour l'anniversaire du 27 septembre,&lt;br class='autobr' /&gt;
en 1976. C'est &#224; partir de l&#224; qu'ont commenc&#233; les histoires de lutte&lt;br class='autobr' /&gt;
des droit-commun, jusque l&#224; il n'y en avait pas eu. Ensuite ce fut en&lt;br class='autobr' /&gt;
soutien aux luttes des prisonniers, comme disaient les communiqu&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'on ne signait pas : &#171; &#192; bas les murs des prisons ! &#187; Comme disait A.,&lt;br class='autobr' /&gt;
en une nuit, il y avait 30 ou 40 personnes qui lan&#231;aient des cocks &#224; la&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me heure. Par exemple, on disait &#171; &#224; minuit &#187; et &#224; minuit il y avait&lt;br class='autobr' /&gt;
10 ou 15 banques qui cramaient, deux ou trois personnes par banque,&lt;br class='autobr' /&gt;
pour attirer l'attention et envoyer un communiqu&#233;, nous n'avions pas&lt;br class='autobr' /&gt;
d'autre intention. Ok, changer un peu le type de lutte, c'est-&#224;-dire la&lt;br class='autobr' /&gt;
radicaliser. La lutte des droit-commun &#233;tait totalement ignor&#233;e par les&lt;br class='autobr' /&gt;
partis et les syndicats, seuls quelques petits groupes d'extr&#234;me gauche&lt;br class='autobr' /&gt;
et de CNT y prenaient part et encore, ils se contentaient de passer&lt;br class='autobr' /&gt;
les communiqu&#233;s dans leurs publications. Mais lors des mutineries,&lt;br class='autobr' /&gt;
lorsque les gens se manifestaient, etc., personne ne participait. Nous,&lt;br class='autobr' /&gt;
on a fait quelques appels pour des manifs et on s'est retrouv&#233;s 50 au&lt;br class='autobr' /&gt;
maximum. Alors on se donnait rendez-vous entre nous, les gens du&lt;br class='autobr' /&gt;
quartier et des environs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G.&lt;/strong&gt; Quelle &#233;tait la relation entre les droit-commun et les politiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; &#192; l'&#233;poque, au d&#233;but, il n'y avait plus de prisonniers politiques&lt;br class='autobr' /&gt;
parce qu'ils &#233;taient sortis &#224; la derni&#232;re amnistie. L&#224;, il faut distinguer deux choses : l'amnistie et la gr&#226;ce. L'amnistie signifie que ce qui&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;tait auparavant consid&#233;r&#233; comme un d&#233;lit ne l'est plus, et c'&#233;tait&lt;br class='autobr' /&gt;
alors le cas pour les d&#233;lits d'opinion, d'association, etc., qui n'existaient&lt;br class='autobr' /&gt;
plus quand la dictature devint &#171; d&#233;mocratie &#187;. La gr&#226;ce, c'est&lt;br class='autobr' /&gt;
quand on supprime la peine &#224; quelqu'un bien que la conduite pour&lt;br class='autobr' /&gt;
laquelle il avait &#233;t&#233; puni continue &#224; &#234;tre condamn&#233;e en g&#233;n&#233;ral.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'amnistie touchait exclusivement les prisonniers politiques. Les&lt;br class='autobr' /&gt;
droit-commun luttaient pour une gr&#226;ce g&#233;n&#233;rale en consid&#233;rant&lt;br class='autobr' /&gt;
discriminatoire que l'on pardonne aux politiques parce que la situation&lt;br class='autobr' /&gt;
politico-sociale avait chang&#233; sans leur donner, &#224; eux, une&lt;br class='autobr' /&gt;
deuxi&#232;me chance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.&lt;/strong&gt; &#192; l'&#233;poque, dehors, il y avait l'Association des Parents des Prisonniers Politiques, la FAP. Puis, ceux du FRAP avaient la leur,&lt;br class='autobr' /&gt;
l'AFAPE, mais rien pour les droit-commun, les parents &#233;taient l&#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
au niveau personnel. Bien s&#251;r, il n'y avait pas de coordination entre&lt;br class='autobr' /&gt;
eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G.&lt;/strong&gt; Alors quelle &#233;tait la relation, &#224; l'int&#233;rieur de la prison, entre ceux&lt;br class='autobr' /&gt;
qui avaient du soutien ext&#233;rieur et les autres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.&lt;/strong&gt; Je ne peux pas parler du temps des mutineries, je n'&#233;tais pas enferm&#233;. Je peux causer des ann&#233;es 80, quand j'y &#233;tais et en g&#233;n&#233;ral il&lt;br class='autobr' /&gt;
y avait effectivement des diff&#233;rences. Les politiques restaient entre&lt;br class='autobr' /&gt;
eux et les sociaux aussi. Il y avait tr&#232;s peu de communication. Sauf&lt;br class='autobr' /&gt;
exceptions, ils ne se m&#233;langeaient pas aux droit-commun. Ils se&lt;br class='autobr' /&gt;
comportaient comme s'ils &#233;taient d'une autre classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; En g&#233;n&#233;ral, les politiques, tant &#171; d&#233;mocrates &#187; que &#171; terroristes&lt;br class='autobr' /&gt; &#187; m&#233;prisaient les droit-commun. Et par exemple, les GRAPO en arrivaient &#224; dire : &#171; lorsqu'on sera au pouvoir, on vous enverra construire des autoroutes &#187;. Seuls quelques f&#234;l&#233;s, comme nous, s'en foutaient d'&#234;tre des politiques et passaient plus de temps avec les droitcommun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.&lt;/strong&gt; Il y avait une diff&#233;rence de fond, au niveau social, entre des gens qui ont du temps pour penser, des personnes dont la vie est toute trac&#233;e, et puis des gens qui volent pour survivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; Il faut distinguer, par exemple, un prisonnier politique du PC ou&lt;br class='autobr' /&gt;
des Commissions Ouvri&#232;res ou issu d'un parti ou d'un syndicat &#171; d&#233;mocratique &#187;, qui &#233;taient la majorit&#233; &#224; la mort de Franco et qui sont&lt;br class='autobr' /&gt;
sortis en 1976, de ceux qui se trouvaient l&#224; pour des actions arm&#233;es,&lt;br class='autobr' /&gt;
qui sont sortis un peu plus tard (les derniers fin 1977) et qui n'ont&lt;br class='autobr' /&gt;
cess&#233; d'y retourner par la suite. Ce genre de &#171; d&#233;mocrates &#187; appartient&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;videmment &#224; la bourgeoisie, ce sont des gens du Capital, il ne faut&lt;br class='autobr' /&gt;
pas s'y tromper. Des gens du Capital pour lesquels &#224; ce moment, malheureusement, les circonstances politiques &#233;taient d&#233;favorables &#224; leurs chefs. &#192; l'arriv&#233;e de la d&#233;mocratie, tous les politiques non catalogu&#233;s &#171; terroristes &#187; sont sortis rapidement car leurs partis avaient besoin d'eux et ils sont all&#233;s se partager le g&#226;teau avec les autres. Il restait les membres d'ETA, du GRAPO, du FRAP qui ont une vision autoritaire, &#233;tatiste, ils ne sont aucunement ennemis du syst&#232;me carc&#233;ral, c'est-&#224;-dire qu'ils sont partisans de l'&#201;tat et de la r&#233;pression et ne font preuve d'aucune solidarit&#233; avec les droit-commun. Pour eux, les&lt;br class='autobr' /&gt;
droit-commun n'ont rien de comparable avec eux. Ils d&#233;fendent leurs&lt;br class='autobr' /&gt;
privil&#232;ges un point c'est tout. J'ai vu des Grapos, &#224; Carabanchel, attraper&lt;br class='autobr' /&gt;
un jeunot qui leur avait vol&#233; un radiocassette et le lyncher ;&lt;br class='autobr' /&gt;
ils voulaient le jeter du troisi&#232;me &#233;tage. On disait, &#224; l'&#233;poque, que ce&lt;br class='autobr' /&gt;
genre de choses se passait dans les commissariats, et bien les Grapos&lt;br class='autobr' /&gt;
aussi savaient le faire. Dans la troisi&#232;me coursive de Carabanchel vivaient au troisi&#232;me &#233;tage les politiques, au deuxi&#232;me un m&#233;lange et au&lt;br class='autobr' /&gt;
premier les communs. Quand on a vu la sc&#232;ne, les gens sont mont&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
furieux et il allait y avoir un affrontement bestial. R&#233;sultat : le gamin est&lt;br class='autobr' /&gt;
parti au mitard ; c'&#233;tait le lyncher ou le d&#233;noncer. Cet exemple permet&lt;br class='autobr' /&gt;
de se faire une id&#233;e. D'autres ont une vision diff&#233;rente, celle-ci c'est&lt;br class='autobr' /&gt;
la mienne. J'ai eu des embrouilles et des bagarres avec les membres&lt;br class='autobr' /&gt;
de GRAPO ou d'ETA &#224; ce sujet. &#192; Carabanchel, comme les etarras&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;taient en majorit&#233;, ils n&#233;gociaient avec la direction ce qui leur passait&lt;br class='autobr' /&gt;
par la t&#234;te et nous-autres, la mac&#233;doine politique, les autonomes ou&lt;br class='autobr' /&gt;
ceux de la CNT, ou nous faisions ce qu'ils avaient d&#233;cid&#233; ou nous faisions&lt;br class='autobr' /&gt;
ce qu'ils avaient d&#233;cid&#233;, voil&#224; l'alternative qui nous restait selon&lt;br class='autobr' /&gt;
eux. Et ils poussaient cela &#224; l'extr&#234;me, par exemple : ils avaient d&#233;cid&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
de nettoyer par tours successifs, selon les blocs, nous on avait d&#233;cid&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'on ne nettoierait pas en taule, plut&#244;t crever ! Lorsque c'&#233;tait notre&lt;br class='autobr' /&gt;
tour, ces fils de putes venaient nous obliger &#224; nettoyer et il fallait se&lt;br class='autobr' /&gt;
battre avec eux pour dire non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; Faut voir que tout &#231;a (les tunnels du dehors au dedans), ce fut, disons, une r&#233;adaptation de toute ces choses dont on a parl&#233;, du quartier, des clubs, des comit&#233;s de soutien &#224; la COPEL &#8230; &#224; une autre histoire, &#224; une autre sorte de travail, &#224; faire un tunnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.&lt;/strong&gt; &#199;a a commenc&#233; par votre tunnel qui a plus ou moins foir&#233; en juin&lt;br class='autobr' /&gt;
1978. Puis, en &#233;t&#233; il y a eu ce que tu as racont&#233; sur G&#233;rone. Les gens&lt;br class='autobr' /&gt;
de G&#233;rone sont tomb&#233;s et ils nous ont fait passer le mot que c'&#233;tait&lt;br class='autobr' /&gt;
jouable par les &#233;go&#251;ts. On est rest&#233;s l&#224; plusieurs mois pour tenter le&lt;br class='autobr' /&gt;
coup mais &#231;a n'a pas &#233;t&#233; possible. En fait, je me suis trouv&#233; sous la&lt;br class='autobr' /&gt;
prison dans un &#233;go&#251;t tr&#232;s &#233;troit mais c'&#233;tait impossible d'y travailler&lt;br class='autobr' /&gt;
ou de faire quoique ce soit. On n'avait pas les moyens car on &#233;tait &#224; Barcelone et un copain et moi, qui &#233;tions ceux qui travaillaient le plus&lt;br class='autobr' /&gt;
sur cette histoire&#8230; eh bien, il fallait qu'on fasse le voyage &#224; G&#233;rone&lt;br class='autobr' /&gt;
en train, avec la tenue de plong&#233;e. Imaginez&#8230; pour aller &#224; G&#233;rone,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#231;a allait encore mais le retour avec l'odeur d'&#233;go&#251;ts et en train&#8230; On&lt;br class='autobr' /&gt;
ne pouvait pas continuer comme &#231;a. On n'avait pas d'appui sur place.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous sommes venus de Valence et c'est alors qu'on a &#233;tudi&#233; les possibilit&#233;s d'agir ici. On a parcouru les &#233;go&#251;ts proches de la prison, du&lt;br class='autobr' /&gt;
c&#244;t&#233; du fleuve et on a finalement vu la possibilit&#233; de creuser quelques&lt;br class='autobr' /&gt;
50 m&#232;tres de galeries, on s'est mis &#224; bosser, on a travaill&#233; deux ou trois&lt;br class='autobr' /&gt;
mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; Vous avez boss&#233;&#8230;qui, &#224; combien, comment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.&lt;/strong&gt; On est partis &#224; quatre ou cinq, mais il y en avait qui abandonnaient. Il manquait donc du monde. On a pr&#233;venu des personnes proches. Il n'y avait aucun type d'organisation ni rien de ce genre. On le proposait et la majorit&#233; des gens &#233;tait d'accord pour participer. Certains venaient un jour, d'autres plusieurs jours, et ainsi de suite&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; Combien de personnes en sont venues &#224; travailler l&#224; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.&lt;/strong&gt; &#192; Valence peu de gens, peut-&#234;tre une douzaine de personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; Et combien soutenaient ? Combien de personnes &#233;taient au courant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.&lt;/strong&gt; Ben, en th&#233;orie, les participants. Sauf, s'ils n'ont pas su tenir leur&lt;br class='autobr' /&gt;
langue et d'autres le savaient, mais th&#233;oriquement, rien que les participants&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G.&lt;/strong&gt; Et quelqu'un a trop parl&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.&lt;/strong&gt; Non, la chute, n'est pas venue de l&#224;, c'est venu d'ailleurs, en v&#233;rit&#233; on ne le sait pas encore avec certitude. Ils &#233;taient en contact avec un droit-commun. Le fr&#232;re de ce dernier travaillait avec nous. En fait, il&lt;br class='autobr' /&gt;
a &#233;tudi&#233; l'affaire depuis le d&#233;but et y a boss&#233; jusqu'&#224; la fin. S'il n'a pas&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;t&#233; pris, c'est parce que le jour o&#249; ils nous ont arr&#234;t&#233;, il n'&#233;tait pas l&#224;. Il&lt;br class='autobr' /&gt;
semblerait que la m&#232;re de ce gars et de son fr&#232;re prisonnier avait une&lt;br class='autobr' /&gt;
relation avec un sergent de la Garde Civile d&#233;tach&#233; &#224; la prison. Il y en a&lt;br class='autobr' /&gt;
pour affirmer que c'est venu de l&#224;. En fait, deux ou trois jours avant de&lt;br class='autobr' /&gt;
nous arr&#234;ter, ils nous attendaient. Non pas l&#224; o&#249; nous entrions et sortions des &#233;gouts normalement mais dans un rayon de deux kilom&#232;tres totalement quadrill&#233; par la Garde Civile. Deux ou trois jours avant ils avaient fait une fouille tr&#232;s pouss&#233;e dans la prison. D'apr&#232;s moi, l'info est sortie de prison, des prisonniers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; Mais avant la fouille, nous, on &#233;tait dans la quatri&#232;me coursive, on attendait le jour J. Un jour, des gens de la troisi&#232;me sont venus me&lt;br class='autobr' /&gt;
trouver et m'ont dit : &#171; Dis-donc, qu'est-ce qui se passe ? Il y a une&lt;br class='autobr' /&gt;
rumeur sur un tunnel&#8230; &#187; J'ai fait un tour dans la troisi&#232;me pour causer&lt;br class='autobr' /&gt;
avec les uns et les autres et il y avait bien une vague rumeur qui&lt;br class='autobr' /&gt;
courrait. Ils ne savaient rien mais se doutaient de quelque chose. Avant&lt;br class='autobr' /&gt;
les arrestations, il y a eu une fouille g&#233;n&#233;rale dans la quatri&#232;me, pas&lt;br class='autobr' /&gt;
dans la troisi&#232;me, une fouille vraiment pouss&#233;e, et bien s&#251;r, ils n'ont&lt;br class='autobr' /&gt;
rien trouv&#233;. Ces jours-l&#224; X est tomb&#233;, il parlait trop : chaque fois qu'il&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;tait arr&#234;t&#233;, il y en avait trente-six qui tombaient avec lui. Je ne pense&lt;br class='autobr' /&gt;
pas qu'il en ait parl&#233; au commissariat mais &#224; son arriv&#233;e &#224; la taule, il l'a&lt;br class='autobr' /&gt;
racont&#233; &#224; des gens de la troisi&#232;me. Parce que tous les durs et les soidisant membres de la COPEL &#233;taient dans la troisi&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.&lt;/strong&gt; Deux fr&#232;res de X travaillaient au tunnel et ce mec s'est refait choper alors qu'il venait &#224; peine de sortir. Ses frangins lui en auront sans doute touch&#233; un mot et il en aura parl&#233; en prison, &#231;a pourrait bien &#234;tre l'explication. Pour notre d&#233;fense, je veux dire que du c&#244;t&#233; des participants, y compris avant, &#224; l'&#233;poque des jets de cocktails, il n'y a eu aucune fuite, c'&#233;tait un groupe plut&#244;t s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; C'&#233;tait tr&#232;s ouvert comme truc et il n'y a jamais eu aucun probl&#232;me, car c'&#233;taient bas&#233; sur des relations personnelles, avec des gens de confiance, qui s'aimaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.&lt;/strong&gt; C'&#233;taient des gens qui sortaient de l'&#233;poque franquiste, habitu&#233;s aux r&#232;gles de la clandestinit&#233;, &#224; ne pas se vanter, &#224; se taire. Je crois que &#231;a a bien fonctionn&#233;. En fait, les choses qui nous ont fait tomber ne sont&lt;br class='autobr' /&gt;
jamais arriv&#233;es par mouchardage, &#231;a a &#233;t&#233; par hasard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; Des membres de la CNT disaient que ce n'&#233;tait pas tr&#232;s s&#233;rieux,&lt;br class='autobr' /&gt;
que trop de gens &#233;taient au courant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.&lt;/strong&gt; Ben ouais, je l'ai aussi entendu dire et c'est peut-&#234;tre m&#234;me vrai en partie. Mais comment pouvait-on faire autrement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; Je crois que ce qu'ils font, c'est juste se justifier a posteriori parce&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'&#224; l'&#233;poque au lieu de prendre des risques, c'&#233;tait plus facile de dire :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Bah ! Quelle bande de bord&#233;liques ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G.&lt;/strong&gt; Et o&#249; se trouve l'endroit par lequel vous avez essay&#233; de faire le&lt;br class='autobr' /&gt;
tunnel ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.&lt;/strong&gt; On a commenc&#233; en direction de Mislata, &#224; c&#244;t&#233; du fleuve, avec la&lt;br class='autobr' /&gt;
prison &#224; notre gauche. Dans la rue qui va en droite ligne &#224; Mislata, l&#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
au milieu il y a une bouche d'&#233;go&#251;t. De l&#224; on rejoint Mislata par les &#233;go&#251;ts puis il n'y a plus d'autres &#233;go&#251;ts jusqu'&#224; la taule. C'est l&#224; qu'on&lt;br class='autobr' /&gt;
a commenc&#233; le tunnel. Et on avait creus&#233; huit ou dix m&#232;tres avant&lt;br class='autobr' /&gt;
notre arrestation. On entrait au Campanar, au milieu d'un jardin, par&lt;br class='autobr' /&gt;
une trappe et on devait marcher deux kilom&#232;tres pour y parvenir. On&lt;br class='autobr' /&gt;
entrait tr&#232;s tr&#232;s loin de la taule. La nuit o&#249; ils nous ont chop&#233;s, la Garde&lt;br class='autobr' /&gt;
Civile &#233;tait l&#224;-bas, ils nous attendaient depuis deux ou trois jours. Ils&lt;br class='autobr' /&gt;
avaient mobilis&#233; tout le corps pour nous attendre. Ils ne savaient pas&lt;br class='autobr' /&gt;
par o&#249; on entrait, ils connaissaient l'emplacement du tunnel car ils&lt;br class='autobr' /&gt;
l'avaient probablement vu avant de nous arr&#234;ter mais ils ne savaient&lt;br class='autobr' /&gt;
pas o&#249; nous serrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G.&lt;/strong&gt; Qui devait s'&#233;vader ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.&lt;/strong&gt; En principe, c'&#233;tait pr&#233;vu comme une &#233;vasion g&#233;n&#233;rale ; essayer&lt;br class='autobr' /&gt;
que le maximum de personnes s'arrache. Mais je voulais que mes&lt;br class='autobr' /&gt;
potes sortent en premier. Un copain &#233;tait tomb&#233; avec A. et il &#233;tait &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
Oca&#241;a, j'ai dit &#224; A. de lui faire passer le mot. Pour qu'il se d&#233;brouille&lt;br class='autobr' /&gt;
pour se faire transf&#233;rer &#224; Valence. Bon, &#224; part &#231;a, l'id&#233;e, c'&#233;tait que&lt;br class='autobr' /&gt;
nous &#233;tions contre les prisons et pour la libert&#233; des prisonniers, donc&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;vasion g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; Le tunnel &#233;tait pour la quatri&#232;me coursive. C'est l&#224; qu'&#233;taient mis&lt;br class='autobr' /&gt;
tous les punis des &#233;meutes pr&#233;c&#233;dentes. De la troisi&#232;me, en principe, personne n'allait sortir mais de la quatri&#232;me tout le monde devait sortir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et puis, dehors, il y avait des gens comme elle, par exemple, qui nous&lt;br class='autobr' /&gt;
aurait pass&#233; un tank, si n&#233;cessaire. Parce qu'alors, les parloirs avec les&lt;br class='autobr' /&gt;
avocats se faisaient &#224; travers des grillages, et elle prenait tous les risques pour passer par l&#224; tout ce qu'il fallait. Des infos par-ci, par-l&#224;, pour garder le contact, tout quoi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G.&lt;/strong&gt; Et vous, vous bossiez avec les droit-commun, non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; Bien s&#251;r ! Nous, on n'&#233;tait pas des politiques, on &#233;tait contre ces&lt;br class='autobr' /&gt;
divisions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.&lt;/strong&gt; Le tunnel qu'ils ont creus&#233; vers l'ext&#233;rieur, tout le monde y a&lt;br class='autobr' /&gt;
particip&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; Oui, ce sont Cefe, Crespo, Palomares et Chacon qui l'ont d&#233;marr&#233;. Nous, on l'a su apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G.&lt;/strong&gt; Mais vous, vous &#233;tiez des prisonniers politiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; Pas nous, non. On &#233;tait comme des droit-commun. Ils savaient&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'on avait quelque chose de politique mais on n'en voulait pas. Nous,&lt;br class='autobr' /&gt;
les quatre qui sont tomb&#233;s en 78 &#224; Valence, on ne s'est jamais pr&#233;sent&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
comme des prisonniers politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G.&lt;/strong&gt; Ouais, mais, vous &#234;tes tomb&#233;s pour une histoire politique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; On est tomb&#233; parce qu'on s'est fait avoir b&#234;tement et qu'ils nous&lt;br class='autobr' /&gt;
ont pris avec des armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G.&lt;/strong&gt; Bon, mais &#231;a faisait une diff&#233;rence dans la taule. M&#234;me si tu ne te&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;finissais pas comme un prisonnier politique, en r&#233;alit&#233;, tu savais que&lt;br class='autobr' /&gt;
tu &#233;tais l&#224; pour une histoire politique, n'est ce pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; La diff&#233;rence, c'est qu'ils avaient un peu peur de nous parce qu'ils ne savaient pas &#224; quoi s'attendre&#8230; Nous &#233;tions quatre, alors les deux plus jeune, ils nous ont mis dans la premi&#232;re galerie, r&#233;serv&#233;e aux mineurs, les deux autres dans la troisi&#232;me. Mais c'&#233;tait dans la quatri&#232;me que &#231;a se passait. D&#232;s le d&#233;but, on voulait &#233;videmment rester ensemble et puis se faire transf&#233;rer &#224; la quatri&#232;me coursive, parce que c'&#233;tait l&#224; que &#231;a se passait ; ailleurs on jouait aux cartes et nous, on voulait s'&#233;vader ou foutre le feu &#224; la prison ou les deux. Nous avons entam&#233; une gr&#232;ve de la faim pour exiger le regroupement, et comme ils ne nous &#233;coutaient pas, quand l'occasion s'est pr&#233;sent&#233;e, on s'est &#233;chapp&#233;s et r&#233;fugi&#233;s dans une cellule de la quatri&#232;me o&#249; nous nous sommes barricad&#233;s.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ils nous ont fait sortir de force et nous ont tabass&#233;s et nous ont&lt;br class='autobr' /&gt;
envoy&#233;s au mitard o&#249; nous sommes rest&#233;s 23 jours en gr&#232;ve de la faim ;&lt;br class='autobr' /&gt;
et puis finalement, ils nous ont mis dans la quatri&#232;me. L&#224;, on connaissait&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;j&#224; des gens, voyons voir&#8230; Ce groupe qui d'une part &#233;tait plus&lt;br class='autobr' /&gt;
ou moins pr&#234;t &#224; lutter et d'autre part jouait un r&#244;le de dirigeants, y&lt;br class='autobr' /&gt;
compris de manipulateurs dans un certain sens, entre une avant-garde&lt;br class='autobr' /&gt;
et une mafia. Ils nous respectaient en tant qu'anarchistes et en tant&lt;br class='autobr' /&gt;
que braqueurs, &#224; l'&#233;poque il y avait encore tr&#232;s peu de braqueurs. Ce&lt;br class='autobr' /&gt;
n'&#233;tait pas une question d'&#234;tre politiques ou non, on ne se revendiquait&lt;br class='autobr' /&gt;
pas du tout politiques. Ce que nous cherchions, c'&#233;tait les gens&lt;br class='autobr' /&gt;
que nous connaissions du dehors, untel ou untel avec qui on avait d&#233;j&#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
eu des contacts, ce qu'on cherchait, c'&#233;tait de vivre avec eux, d'aller l&#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
pour continuer la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G.&lt;/strong&gt; Avant, il y avait aussi beaucoup de drogue en prison ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; Avant et maintenant. Mais dans les ann&#233;es &#233;voqu&#233;es, il y avait moins de dope, en prison comme dans la rue. Le premier junkie est entr&#233; &#224; la taule de Valence pr&#233;cis&#233;ment en 78. C'&#233;tait une chose &#233;trange. Et&lt;br class='autobr' /&gt;
c'&#233;tait un pote &#224; nous. On insistait aupr&#232;s du boiteux (le psychiatre&lt;br class='autobr' /&gt;
de la prison) pour qu'il lui donne un traitement ou quelque chose&lt;br class='autobr' /&gt;
comme &#231;a. Puis, dedans comme dehors l'h&#233;ro&#239;ne a fait sont entr&#233;e &#224; fond. Au d&#233;but il y avait ceux qui allaient en Tha&#239;lande et qui la ramenaient. C'&#233;tait un truc d'initi&#233;s, d'une petite minorit&#233;, qui jouaient&lt;br class='autobr' /&gt;
aux hippies qui go&#251;tent &#224; tout, ils se tapaient les voyages, l'aventure,&lt;br class='autobr' /&gt;
quoi&#8230;le pi&#232;ge. &#192; un moment donn&#233;, c'est la Garde Civile qui a commenc&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; introduire de grandes quantit&#233;s d'h&#233;ro&#239;ne au Pays Basque, en Andalousie, partout ; par l'interm&#233;diaire d'indics. Pourquoi ? Eh bien, parce ce que &#231;a a justement commenc&#233; par les endroits o&#249; les gens luttaient le plus. Parce que, par exemple en Euskadi, il y avait une&lt;br class='autobr' /&gt;
situation explosive avec des combats de rue quotidiens et pas pr&#233;cis&#233;ment pour des raisons nationalistes. Une d&#233;sob&#233;issance g&#233;n&#233;ralis&#233;e, des ouvriers qui ne voulaient pas &#234;tre ouvriers mais qui voulaient donner du fil &#224; retordre et qui cherchaient la bagarre tous les jours. Beaucoup ont fini junkies, beaucoup sont morts, d'autres en taule. Et on en revient &#224; l'histoire des politiques et des droit-commun. En fait, c'est une diff&#233;rence compl&#232;tement bidon. C'est l'&#233;poque o&#249; commence&lt;br class='autobr' /&gt;
une vague de braquages de banques, en 78, 79, 80&#8230; Jusqu'alors, personne n'en faisait &#224; part des professionnels, des gens qui venaient de l'&#233;tranger&#8230; tr&#232;s peu de gens osaient faire des braquages. Et puis, &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
un moment donn&#233;, ils se sont rendu compte que c'&#233;tait facile. Et&lt;br class='autobr' /&gt;
c'est parti dans tout le pays, des hold-up, des braquages, comme s'il&lt;br class='autobr' /&gt;
en pleuvait. &#199;a, ce n'est pas de la d&#233;linquance commune contrairement&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224;&#8230; c'est un mouvement &#224; mon sens politique, un mouvement&lt;br class='autobr' /&gt;
d'expropriation, un mouvement contre la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, un point&lt;br class='autobr' /&gt;
c'est tout ! En plus, ces gens ne le faisaient pas avec une &#233;thique&lt;br class='autobr' /&gt;
typique de truands, de &#171; moi, j'ai du pognon et&#8230; &#187;. Car en r&#233;alit&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
ces gens qui avaient plein de fric gr&#226;ce aux braquages, qui &#233;taient pr&#234;ts&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; tout, &#224; un moment donn&#233;, ils faisaient aussi des choses comme celles&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'on vient de raconter. Ils &#233;taient pr&#234;ts &#224; aider leurs potes &#224; s'&#233;vader,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; les couvrir s'ils y arrivaient par leurs propres moyens, &#224; soutenir&lt;br class='autobr' /&gt;
la lutte par tous les moyens. Par exemple, il y a eu un truc appel&#233; la&lt;br class='autobr' /&gt;
GAPEL, les Groupes de Soutien aux Prisonniers en Lutte&#8230; Tous les&lt;br class='autobr' /&gt;
mouvements, y compris celui auquel on avait particip&#233;, ont dur&#233; tr&#232;s&lt;br class='autobr' /&gt;
peu. Ils ont agi comme un d&#233;tonateur au sein d'un mouvement plus&lt;br class='autobr' /&gt;
large, avec d'autres caract&#233;ristiques, plus complexe. Ce type de comportements, ces tendances et ces aspirations, qui comprenaient la lutte autonome des prisonniers, n'ont pas perdur&#233;. Et pas seulement entre les prisonniers, si en taule, un sur dix allait au mitard, et de ceux-l&#224;, un sur dix allait &#224; Herrera ; dans la rue, un sur dix allait en taule, c'&#233;tait aussi simple que &#231;a. Les prisonniers sont issus d'un groupe social pr&#233;cis, ils sont un &#233;chantillon pr&#233;cis. Ce qui se produit dehors n'est pas&lt;br class='autobr' /&gt;
s&#233;parable de ce qui se passe dans les prisons. Et la composition de la&lt;br class='autobr' /&gt;
population p&#233;nitentiaire n'est pas s&#233;parable des conditions de vie de&lt;br class='autobr' /&gt;
la population en g&#233;n&#233;ral. Par exemple, jusqu'en 1978, la majorit&#233; des&lt;br class='autobr' /&gt;
prisonniers sont l&#224; pour avoir fait ceci : avoir vol&#233; une 1430 (mod&#232;le&lt;br class='autobr' /&gt;
de voiture) l'avoir encastr&#233;e contre un magasin d'&#233;lectrom&#233;nager et&lt;br class='autobr' /&gt;
en avoir sorti des articles pour les revendre (ou une affaire semblable).&lt;br class='autobr' /&gt;
Trois ans auparavant, ceux qui faisaient &#231;a appartenaient &#224; des bandes&lt;br class='autobr' /&gt;
de quartier qui s'affrontaient entre elles dans les discoth&#232;ques pour&lt;br class='autobr' /&gt;
marquer leurs territoires. Mais quatre ans plus tard, ceux qui n'&#233;taient&lt;br class='autobr' /&gt;
pas morts ou en taule, ceux qui ne s'&#233;taient pas mis &#224; travailler dans le&lt;br class='autobr' /&gt;
b&#226;timent ou bien mari&#233;s&#8230; Eh bien, ceux-l&#224; &#233;taient devenus des braqueurs. Et &#231;a, c'est pas de la d&#233;linquance, c'est un secteur du prol&#233;tariat qui agit d'une mani&#232;re pr&#233;cise, qui d&#233;sob&#233;it d'une mani&#232;re pr&#233;cise.&lt;br class='manualbr' /&gt;Et qui n'est pas moins digne qu'une autre forme de d&#233;sob&#233;issance, y&lt;br class='autobr' /&gt;
compris c'est plus radical ou plus fort que d'appartenir, je sais pas moi,&lt;br class='autobr' /&gt;
aux Commissions Ouvri&#232;res, par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G.&lt;/strong&gt; Je pense que quand tu finis par sortir de la prison, que tu bosses, pour en revenir aux gens qui travaillaient dans le b&#226;timent, s'il y a un braquage&#8230; Est-ce qu'ils ne viennent pas te chercher d'abord pour te remettre en taule sans savoir si c'est toi, ou comment &#231;a se passait ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; Surtout sous Franco, &#231;a se faisait beaucoup d'attraper un &#226;ne, et&lt;br class='autobr' /&gt;
lui faire avouer la mort de Manolete&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manuel Laureano Rodr&#237;guez S&#225;nchez dit &#171; Manolete &#187; &#233;tait un c&#233;l&#232;bre matador (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comme ils n'attrapaient pas le&lt;br class='autobr' /&gt;
taureau, ils s'en prenaient &#224; l'&#226;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G.&lt;/strong&gt; Une question que je voulais vous poser &#224; tous les deux. Je ne sais pas si vous connaissez la situation des prisons pour femmes &#224; l'&#233;poque. Tout ce que vous avez abord&#233;, je crois que &#231;a faisait r&#233;f&#233;rence aux prisons pour hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.&lt;/strong&gt; Je peux parler un peu de mon &#233;poque ici &#224; Valence. En fait, il y avait tr&#232;s peu de femmes, peut-&#234;tre entre quatre et dix. &#192; Valence, il n'y a rien eu de comparable avec la COPEL chez les hommes. Il me semble&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'il y a eu quelque chose &#224; Barcelone, o&#249; il y avait plus de prisonni&#232;res.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais dans les prisons, il y avait vraiment peu de prisonni&#232;res&lt;br class='autobr' /&gt;
en ce temps-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; Les prisons pour femmes &#233;taient g&#233;r&#233;es par des religieuses. C'est pas qu'elles &#233;taient meilleures que celles des hommes, mais il y avait un truc tr&#232;s paternaliste, de contr&#244;le, et &#231;a te bouffait le moral. C'&#233;tait comme un couvent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G.&lt;/strong&gt; C'est-&#224;-dire que c'&#233;tait plus de la r&#233;pression psychologique que&lt;br class='autobr' /&gt;
physique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; Ouais, je pense, c'est l'id&#233;e que j'en ai. Dans le bouquin de Muturreko, celui des appels de S&#233;govie, il y a une histoire sur la prison de Trinidad&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comunicados de la Prisi&#243;n de Segovia y otros llamamientos a la Guerra Social (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.&lt;/strong&gt; Oui, mais c'est post&#233;rieur, c'est des ann&#233;es 80. &#192; la fin des ann&#233;es 70, il y avait vraiment peu de prisonni&#232;res, l&#224; o&#249; il y en avait le plus c'&#233;taient &#224; Yeserias, &#224; Madrid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; Aujourd'hui, il y a 60 000 prisonniers et prisonni&#232;res, il y en avait&lt;br class='autobr' /&gt;
alors douze ou treize mille et le pourcentage de femmes &#233;tait bien&lt;br class='autobr' /&gt;
moindre. Depuis, il n'a fait qu'augmenter, m&#234;me s'il reste relativement&lt;br class='autobr' /&gt;
bas. Mais &#224; l'&#233;poque c'&#233;tait encore moins. Dans les prisons pour femmes,&lt;br class='autobr' /&gt;
on ne respectait ni les droits humains ni la dignit&#233;, il y avait des&lt;br class='autobr' /&gt;
mauvais traitements et tout ce que vous pouvez imaginer, mais le style&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;tait celui-ci : un couvent o&#249; les bonnes soeurs &#233;taient des ge&#244;li&#232;res.&lt;br class='autobr' /&gt;
On trouvait &#231;a &#224; la Trinidad de Barcelone et ici aussi, je crois&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.&lt;/strong&gt; Imagine qu'&#224; Valence il y avait 800 prisonniers et 8 ou 10 prisonni&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; Puis &#231;a a &#233;volu&#233;. Mais les prisonni&#232;res ont beaucoup de probl&#232;mes sp&#233;cifiques, comme la maternit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G.&lt;/strong&gt; Je pense qu'ils faisaient avant tout ressentir aux femmes qu'elles&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;taient des femmes sc&#233;l&#233;rates et &#233;gar&#233;es, cat&#233;goriquement mal vues&lt;br class='autobr' /&gt;
pour avoir abandonn&#233; leurs enfants. Des marginales qui passaient la&lt;br class='autobr' /&gt;
nuit &#224; faire la noce et qui avaient oubli&#233; leurs devoirs de femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G.&lt;/strong&gt; Il s'agissait plut&#244;t d'une punition pour le fait d'&#234;tre femme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.&lt;/strong&gt; De nos jours, dans les prisons pour femmes, on trouve encore ce&lt;br class='autobr' /&gt;
genre de sch&#233;ma.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;i&gt;(Quelqu'un parle du c&#244;t&#233; positif de certaines exp&#233;riences men&#233;es
&#224; Valence, d'alternatives &#224; la prison, d'appartements en milieu
ouvert pour que des m&#232;res prisonni&#232;res puissent vivre avec leurs
enfants. On n'entend quasi rien sur la cassette&#8230;)&lt;/i&gt;&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; Mais c'est impossible. C'est comme des br&#232;ches faites pour &#234;tre&lt;br class='autobr' /&gt;
combl&#233;es. Le but de ces appartements, c'est de tenir les femmes par&lt;br class='autobr' /&gt;
l&#224; o&#249; &#231;a leur fait le plus mal, c'est-&#224;-dire leur enfant. C'est de la barbarie.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'autre part, si on prend le cas des hommes, des prisonniers en&lt;br class='autobr' /&gt;
g&#233;n&#233;ral, plus de la moiti&#233; sont des prisonniers volontaires, faut bien le&lt;br class='autobr' /&gt;
reconna&#238;tre. La taule est une chose tr&#232;s large, c'est comme un cercle : la&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;pression est tr&#232;s concentr&#233;e sur le noyau central, puis elle est diffuse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus tu te trouves &#224; la p&#233;riph&#233;rie, plus la prison d&#233;pend de la subjectivit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
de celui qui la subit, il est son propre ge&#244;lier. Ceux qui ne vont pas&lt;br class='autobr' /&gt;
en prison c'est pour deux raisons, soit parce qu'ils ne se font pas prendre, et &#231;a c'est la minorit&#233;, soit parce qu'ils respectent la loi, et ceux&lt;br class='autobr' /&gt;
qui respectent la loi n'ont pas besoin de ge&#244;lier puisqu'ils le portent&lt;br class='autobr' /&gt;
en eux. Mais bon, allez E. raconte nous l'histoire de Barcelone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.&lt;/strong&gt; Mais avant, je pense que le plus int&#233;ressant ce serait de faire le lien avec notre situation pr&#233;sente. Quelqu'un a demand&#233; ce qu'on faisait comme soutien et je pensais &#224; ce qu'on faisait, &#224; part la propagande. Ben, nous &#233;tions quelques uns &#224; faire ceci : on montait des braquages pour payer des cautions, pour envoyer de l'argent aux prisonniers et en plus du soutien aux luttes de l'int&#233;rieur par des actions symboliques comme les jets de cocktails ou les engins explosifs, on planquait les &#233;vad&#233;s ou les gens recherch&#233;s par la police ; il y avait une infrastructure au niveau personnel, au niveau relationnel, de gens autonomes qui &#233;taient en d&#233;saccord avec le genre de lutte politique d'alors, celle men&#233;e par les partis. Qu'est ce qu'on pourrait faire maintenant ? Ce qui se faisait &#224; l'&#233;poque &#233;tait-il valide et le serait-il maintenant ? Serait-il possible&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; Ou ad&#233;quat. Tout d'abord, ce n'&#233;tait pas valide &#224; l'&#233;poque. Il ne s'agit donc pas de savoir si ce qui se faisait alors serait valide aujourd'hui. Ce qu'on vous raconte, ce n'est pas une gu&#233;guerre, en fait, c'est presque une suite de d&#233;faites. Presque rien ne s'est bien termin&#233;, on avait beaucoup de c&#339;ur mais en r&#233;alit&#233; peu de&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.&lt;/strong&gt; Mais si, il y a eu des bonnes choses. On a extrait des balles des corps de copains bless&#233;s lors d'affrontements avec la police car on avait des potes m&#233;decins. Il y avait des potes en tous genres qui ne faisaient peut-&#234;tre rien d'autre mais que tu pouvais aller voir en disant : &#171; j'ai besoin de planquer quelqu'un &#187; et il n'y avait pas de probl&#232;me, il y avait des baraques pour cacher n'importe qui. Ou un toubib, m&#234;me peu exp&#233;riment&#233;, qui &#233;tait pr&#234;t &#224; essayer d'extraire une balle pour ne pas devoir amener un bless&#233; &#224; l'h&#244;pital. Et on a fait des hold-up pour avoir du pognon pour &#231;a, pour avoir certaines choses pr&#233;par&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; Il y avait une attitude de r&#233;sistance tr&#232;s prononc&#233;e, une habitude d'aller contre la loi car on avait tous grandi sous le franquisme, et sous Franco tout &#233;tait interdit. Et si tu voulais vivre, tu devais entrer dans la clandestinit&#233; d'une mani&#232;re ou d'une autre. Il y avait aussi plus d'imagination, car elle n'&#233;tait pas encore aussi colonis&#233;e par le capital, pour le dire d'une certaine mani&#232;re. Tout ce qui nous passait par la t&#234;te&#8230; On avait une immense zone d'ombre et une fois pass&#233;e la ligne, tu te trouvais l&#224;, sans limites, pour l'explorer. De nos jours ce n'est plus comme &#231;a. De nos jours la domination agit avec la m&#234;me brutalit&#233;, mais en y ajoutant des moyens plus sophistiqu&#233;s, sur la subjectivit&#233; de chacun depuis l'enfance. Et aujourd'hui, d'une part&#8230; le contr&#244;le des corps, des comportements, des mouvements de chacun&#8230; avant, le filet du contr&#244;le avait des trous grands comme &#231;a, tandis que maintenant, ils sont si petits qu'on ne les voit plus et les mailles sont si serr&#233;es qu'il est difficile de bouger sans &#234;tre contr&#244;l&#233;. Et puis aussi, il se trouve que lorsque tu veux arriver quelque part, &#224; une position de r&#233;sistance, &#224; une attitude de d&#233;sob&#233;issance, &#224; une activit&#233; ill&#233;gale et que tu y parviens, l'ennemi occupe le terrain depuis d&#233;j&#224; longtemps. Tu vois ce que je veux dire ? Tu arrives l&#224;, et cet espace, ce comportement est d&#233;j&#224; contr&#244;l&#233; et ce que tu allais faire est d&#233;j&#224; pr&#233;vu. Et pourquoi donc ? Parce qu'&#224; l'&#233;poque&#8230; et c'est certainement vrai, m&#234;me s'il faudra en discuter pour le d&#233;montrer. Mais dans les ann&#233;es 60 et 70, il y a eu tout au moins une vague de d&#233;sob&#233;issance, y compris d'agressivit&#233; contre le syst&#232;me, qui toucha toute l'Europe, l'Italie, la France, l'Allemagne, le Portugal, l'Espagne, la Pologne, la Tch&#233;coslovaquie, la Hongrie, les &#201;tats-Unis&#8230; et qui a vraiment mis en difficult&#233; les ma&#238;tres du monde. Il y eu alors des batailles d&#233;cisives et, malheureusement, ce mouvement de d&#233;sob&#233;issance fut vaincu. Et il ne fut pas seulement vaincu en tant que sujet qui s'opposait, les conditions mat&#233;rielles dans lesquelles ce sujet avait eu ses origines et s'&#233;tait d&#233;velopp&#233; furent alt&#233;r&#233;es, ou m&#234;me supprim&#233;es, au point que les mani&#232;res de se situer dans le monde d'alors, les id&#233;ologies, les visions strat&#233;giques d'alors, se convertissent actuellement en pi&#232;ges car l'espace o&#249; elles peuvent &#234;tre appliqu&#233;es a &#233;norm&#233;ment chang&#233;. D'autre part, une des principales armes utilis&#233;e pour vaincre ce mouvement a &#233;t&#233; la mise en pratique d'un des principes essentiels de la domination qui est que l&#224; o&#249; se trouve un territoire avec une population domin&#233;e, mise en mouvement selon des crit&#232;res et une id&#233;ologie identifiables, il y aura toujours des questions en suspens, des facteurs incontr&#244;lables par nature. Mais, m&#234;me incontr&#244;lables, ils restent identifiables en tant que facteurs. Le principe consiste donc &#224; ce que lorsqu'on d&#233;tecte l'&#233;mergence d'un mouvement, d'une force pouvant se r&#233;v&#233;ler p&#233;rilleuse, il vaut mieux la faire avorter, ou plut&#244;t la faire na&#238;tre pr&#233;matur&#233;ment pour garder l'initiative, pour la diriger en sous-main, comme manipulateur, comme policier, comme militaire&#8230; Il s'agit de convertir les r&#233;volutionnaires en agents et les agents en r&#233;volutionnaires. Ce n'est pas de la po&#233;sie, c'est une chose tr&#232;s difficile &#224; expliquer car pour &#231;a il faudrait faire un bilan historique d&#233;taill&#233;, c'est-&#224;-dire, non seulement avec certaines th&#232;ses strat&#233;giques &#8211; car pour moi, racont&#233; comme &#231;a, &#231;a n'a aucune utilit&#233; &#8211; mais en racontant l'histoire comme histoire de la lutte des classes, et en outre, en y apportant des d&#233;tails ; et chaque d&#233;tail bien d&#233;montr&#233; et document&#233;, d'une mani&#232;re r&#233;aliste. Sans &#231;a, ces affirmations auront du mal &#224; vraiment donner du sens. Mais c'est n&#233;cessaire. Si pour moi &#231;a a un certain sens de venir ici raconter des histoires du pass&#233;, c'est justement pour &#231;a ; parce que vous et nous, les vieux, nous ne sommes pas si diff&#233;rents, il n'y pas tant de choses qui nous s&#233;parent, ni m&#234;me tant d'ann&#233;es. Et pourtant, vous ne saviez pas grand chose de ce qu'on vous a racont&#233;, hein ? &#199;a s'est pourtant produit ici il n'y a pas si longtemps. On peut le consid&#233;rer comme une anecdote, comme une histoire parmi tant d'autres qui n'&#233;tait pas connue, et si on ne la conna&#238;t pas&#8230; Qu'est-ce que &#231;a peut faire ? Si on ne sait rien de tout &#231;a, ce ne sera pas bien grave. Mais si tout comme on ne sait rien de tout &#231;a, on en sait encore moins, pour prendre un exemple, sur l'&#233;volution des taules depuis lors. Une &#233;volution qui en a fait une machine (quoique tous ceux qui ont eu affaire &#224; la prison savent que c'est une merde) qui fonctionne tr&#232;s mal, mais qui, pour la finalit&#233; qu'elle a r&#233;ellement en tant qu'appareil, fonctionne &#224; merveille. Et elle s'est &#233;norm&#233;ment sophistiqu&#233;e, elle a atteint un degr&#233; d'efficacit&#233; extraordinaire depuis le temps o&#249; nous faisions toutes ces choses. En fin de compte, le premier objectif de la prison est de conditionner des &#234;tres humains au point de les convertir en personnes pr&#233;visibles &#224; cent pour cent qui ne feront jamais rien contre le syst&#232;me, m&#234;me si ce sont des d&#233;sob&#233;issants pr&#234;ts &#224; enfreindre la loi. Il n'y a rien qui n'ait &#233;t&#233; pr&#233;vu, pour lequel le syst&#232;me n'ait une r&#233;ponse, y compris une r&#233;ponse sophistiqu&#233;e, par laquelle il parvient &#224; ce que les actes de cette personne se retournent contre elle-m&#234;me et lui b&#233;n&#233;ficient. Je ne sais pas si je me fais comprendre mais le syst&#232;me en arrive ainsi &#224; faire croire qu'il est l&#224; depuis toujours et qu'il est &#233;ternel. Mais c'est faux, les choses ne sont pas les m&#234;mes qu'il y a vingt ans, elles ont &#233;volu&#233; malgr&#233; l'opposition de bien des gens qui avaient diverses consciences et plus ou moins de lucidit&#233; et qu'on a mentionn&#233; au cours de cette discussion. Elles ont &#233;volu&#233; malgr&#233; leur opposition, en luttant contre eux et en les mettant en d&#233;route lors de ces batailles. Et le monde tel qu'il est, s'est form&#233; sur ces victoires. En connaissant ces histoires, on conna&#238;t mieux ce syst&#232;me, &#231;a offre un point de vue sur l'essence de quelque chose : quand, o&#249;, &#224; partir de quoi, comment c'est n&#233; et &#231;a s'est d&#233;velopp&#233; pour en arriver l&#224;. Une autre perspective est celle d'explorer le pr&#233;sent. Enfin, le fait d'&#234;tre contre la prison&#8230; Dans cette mouvance, que je ne sais nommer, on parle beaucoup d'&#234;tre contre la prison, je suppose qu'on sent qu'on est contre les prisons. Mais imaginons que la prison soit un ennemi, un monstre, avec des dents, des griffes, une bouche pour te bouffer, un estomac pour te dig&#233;rer et un cul pour te chier, quelque chose de mena&#231;ant, qu'on puisse maudire, &#224; qui on peut lancer des petits cailloux mais que &#231;a ne d&#233;range pas, contre lequel on ne peut rien. Et pourtant, ce n'est pas la r&#233;alit&#233;, c'est une vision distordue, un produit de la suggestion. Ce monstre n'a ni dents, ni griffes, rien de rien, ce n'est qu'une machine sociale d&#233;termin&#233;e, avec des m&#233;canismes et une mani&#232;re de fonctionner d&#233;termin&#233;e et avec des failles et des faiblesses, des points vitaux attaquables. Il y a une diff&#233;rence entre l'attaquer symboliquement, verbalement, d'une mani&#232;re quelque peu d&#233;sesp&#233;r&#233;e, mais avec un d&#233;sespoir light. Il y a une diff&#233;rence entre &#231;a et l'attaquer v&#233;ritablement, m&#234;me modestement, m&#234;me si ce n'est pas de mani&#232;re d&#233;cisive, m&#234;me en menant une petite gu&#233;rilla, en harcelant un ennemi que tu ne peut pas achever, mais en ne lui laissant pas toujours l'initiative, en ne le laissant pas dominer ta vie, mais en la prenant de temps en temps en main et en en expulsant la domination. Bon, on peut combler cette distance, on peut s'attaquer au monstre et de diverses mani&#232;res, mais il faut se donner la peine de faire des efforts ad&#233;quats. Pas l'effort pour l'effort, personnellement je m&#233;prise la militance, le sacrifice, l'abn&#233;gation, l'h&#233;ro&#239;sme, je me fous de tout &#231;a. Mais moi, passionn&#233;ment, pour &#234;tre heureux, j'ai besoin de croire en la possibilit&#233; que ce qui m'emmerde vraiment, ce qui m'emp&#234;che de dormir, peut &#234;tre vaincu. Et ce n'est pas quelque chose qui nait comme par enchantement ou d'un truc id&#233;ologique, st&#233;r&#233;otyp&#233;. Il faut mener un affrontement lucide et concret, ouvert, en face &#224; face avec le monstre pour l'&#233;tudier et chercher sinc&#232;rement, sans pr&#233;textes ou justifications o&#249; on peut l'attaquer. Aujourd'hui, c'est plus difficile qu'&#224; l'&#233;poque car la situation est plus complexe, la domination plus forte, entre autre parce qu'elle n'a eu personne face &#224; elle pendant quelques ann&#233;es. On assiste au r&#233;veil de bien des th&#232;mes qui sont rest&#233;s enfouis longtemps en cons&#233;quence de cette d&#233;faite, mais c'est pour l'instant un r&#233;veil qui n'a pas encore r&#233;veill&#233; grand chose. C'&#233;tait d&#233;j&#224; difficile d'affronter un monstre alors plus faible moins coordonn&#233; avec la vie sociale en g&#233;n&#233;ral. La soci&#233;t&#233; &#233;tait bien moins carc&#233;rale qu'aujourd'hui, ils peuvent toujours mettre les prisons hors des villes, les villes ressemblent &#224; des prisons, la prison ainsi que le contr&#244;le sont &#224; domicile bien plus qu'avant&#8230; Et c'est le propos de cette rencontre. Il faut bien s&#251;r regarder vers l'avant, mais aussi regarder en arri&#232;re pour ces raisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.&lt;/strong&gt; Et il faut voir qu'actuellement, il y a plus de gens qui bougent et qui luttent de mani&#232;re autonome qu'&#224; l'&#233;poque o&#249; nous &#233;tions trois pel&#233;s. Les gens qui participaient &#224; des choses &#233;taient des militants issus de groupes ou de partis politiques, totalement dirig&#233;s ou t&#233;l&#233;guid&#233;s. Aujourd'hui, nous sommes beaucoup plus nombreux. La r&#233;pression aussi a compl&#232;tement chang&#233;, &#224; l'&#233;poque c'&#233;tait de la force pure, et tr&#232;s forte en plus. Nous par exemple, la police a mis sur pieds, sp&#233;cialement pour nous, un groupe de mouchards qui lan&#231;aient aussi des cocktails Molotov la nuit pour entrer en contact avec nous et nous attraper. De tous les gens qui ont particip&#233; &#224; ces choses, nous avons &#233;t&#233; trois pel&#233;s &#224; payer, concr&#232;tement huit ou dix d&#233;tenus contre lesquels ils avaient des preuves et c'est tout. Nous n'avons jamais entra&#238;n&#233; une cascade d'arrestations. Ils en sont arriv&#233; &#224; cr&#233;er une organisation appel&#233;e le GAR, Groupe Anarchiste R&#233;volutionnaire, qui lan&#231;ait des cocktails sur des banques pour entrer en contact avec nous, parce qu'ils savaient qu'il y avait des gens qui lan&#231;aient des cocks toutes les semaines et ils n'arrivaient pas &#224; les localiser. &#199;a les emp&#234;chait de dormir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; Comme notre forme d'organisation &#233;tait bas&#233;e sur des relations personnelles, c'&#233;tait tr&#232;s difficile de l'infiltrer, parce que, nous, on fonctionnait avec le c&#339;ur. Qu'auraient pu faire cette bande de mouchards, de d&#233;lateurs, de chiens, m&#234;me pas professionnels&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(Fin de la bande)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;* * * * * * * * *&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Groupes Autonomes de Valence durant la seconde moiti&#233; des ann&#233;es 70&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, dans ces ann&#233;es-l&#224; il y eut une grande quantit&#233; de groupes&lt;br class='autobr' /&gt;
autonomes en tous genres, r&#233;partis, sans consid&#233;rer d'autres&lt;br class='autobr' /&gt;
zones (Portugal, Italie, France, Allemagne, etc.), sur tout le territoire&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'&#201;tat espagnol. Des groupes de gens unis par des relations d'amiti&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
ou par des int&#233;r&#234;ts communs plus ou moins subjectifs : des projets&lt;br class='autobr' /&gt;
de vie en commun, d'activisme social et politique, d'une mani&#232;re de&lt;br class='autobr' /&gt;
vivre diff&#233;rente de la dominante&#8230; Leur existence fut plus ou moins&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;ph&#233;m&#232;re. Par exemple, beaucoup d'entre eux, ou certains individus&lt;br class='autobr' /&gt;
qui les formaient, renonc&#232;rent &#224; leur autonomie en participant &#224; la&lt;br class='autobr' /&gt;
reconstruction pr&#233;cipit&#233;e de la CNT &#224; la mort de Franco, en s'int&#233;grant&lt;br class='autobr' /&gt;
dans d'autres syndicats ou dans des groupuscules avant-gardistes&lt;br class='autobr' /&gt;
d'extr&#234;me gauche ; d'autres devinrent accro &#224; l'h&#233;ro&#239;ne, form&#232;rent des&lt;br class='autobr' /&gt;
coop&#233;ratives ou se firent musulmans ; d'autres encore devinrent de&lt;br class='autobr' /&gt;
simples voleurs ou trafiquants, des travailleurs normaux, ou des p&#232;res&lt;br class='autobr' /&gt;
et m&#232;res de famille. Parmi ceux qui continu&#232;rent &#224; r&#233;sister, beaucoup&lt;br class='autobr' /&gt;
se retrouv&#232;rent en taule, et quelques-uns furent tu&#233;s par la police, les&lt;br class='autobr' /&gt;
matons, la drogue, la maladie ou des accidents de voiture ; quelques&lt;br class='autobr' /&gt;
autres se suicid&#232;rent&#8230; Enfin, certains suivirent, simultan&#233;ment ou&lt;br class='autobr' /&gt;
successivement, une somme plus ou moins grande de ces destins ou&lt;br class='autobr' /&gt;
d'autres similaires ; je ne sais pas si ce fut le r&#233;sultat ou la cause de la d&#233;faite du mouvement auquel ils avaient particip&#233;, ou les deux &#224; la fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que la violence ou la &#171; lutte arm&#233;e &#187; ne f&#251;t pas la seule mani&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
d'agir ni la plus importante, certains de ces individus et de ces&lt;br class='autobr' /&gt;
groupes recouraient occasionnellement, plus ou moins fr&#233;quemment,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; des actions plus ou moins violentes, en utilisant parfois des armes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des vols, des braquages, des sabotages, des attentats contre des banques, des casernes, des commissariats, des tribunaux, des maisons de redressement, des prisons, des agences pour l'emploi, des grandes surfaces, des infrastructures capitalistes&#8230; Mis &#224; part les &lt;i&gt;Commandos Autonomes Anticapitalistes d'Euskadi&lt;/i&gt;, qui, bien qu'avec des propositions th&#233;oriques et pratiques tr&#232;s ressemblantes, surgirent dans un contexte diff&#233;rent, la majorit&#233; de ces groupes, de par leur choix, leur mani&#232;re de penser et d'agir, leurs relations et certaines des personnes qui les int&#233;graient, &#233;taient dans la lign&#233;e, par exemple, des &lt;i&gt;Groupes Autonomes de Combat&lt;/i&gt; et du &lt;i&gt;MIL&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Mouvement Ib&#233;rique de Lib&#233;ration&lt;/i&gt;). Ceux-ci furent actifs &#224; Barcelone, de 71 &#224; 73, comme tentative de critique th&#233;orique et pratique contre l'avant-gardisme et le r&#233;formisme de la &#171; gauche du capital &#187;, et d'appui &#224; l'autonomie des luttes ouvri&#232;res, dont les partisans &#8211; depuis les &lt;i&gt;commissions ouvri&#232;res&lt;/i&gt; et d'autres tentatives d'auto-organisation surgies &#224; partir de celles-ci &#8211; avaient d&#251; livrer un combat in&#233;gal contre la manipulation stalinienne et d'autres bureaucraties gauchistes. D'autres groupes encore se pla&#231;aient dans la continuit&#233; des &lt;i&gt;GARI&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Groupes d'Action R&#233;volutionnaire Internationalistes&lt;/i&gt;) qui agirent sur le territoire fran&#231;ais et belge, en 74, en r&#233;ponse &#224; l'assassinat l&#233;galis&#233; de Salvador Puig Antich et en d&#233;fense des autres prisonniers du &lt;i&gt;MIL&lt;/i&gt; sur lesquels pesait aussi une menace d'ex&#233;cution. Ou de la multitude de groupes autonomes sans nom fixe qui surgirent au cours des campagnes contre la r&#233;pression des pr&#233;c&#233;dents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Groupes Autonomes Libertaires&lt;/i&gt; est le nom que la police utilisa, et&lt;br class='autobr' /&gt;
dont la presse se fit l'&#233;cho, pour &#233;tiqueter certaines personnes qui furent arr&#234;t&#233;es &#224; Madrid, Barcelone et Valence en 1978, accus&#233;es de&lt;br class='autobr' /&gt;
braquages, d'attentats et de d&#233;tention d'armes et d'explosifs. Apr&#232;s,&lt;br class='autobr' /&gt;
quelques-unes d'entre elles, plus d'autres qui les rejoignirent &#224; mesure&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'elles &#233;taient arr&#234;t&#233;es, sign&#232;rent du nom de Groupes Autonomes&lt;br class='autobr' /&gt;
quelques appels &#233;crits lanc&#233;s depuis la prison. &#192; la fin de 1980, quand&lt;br class='autobr' /&gt;
fut publi&#233; pour la premi&#232;re fois un recueil de ces communiqu&#233;s, il y&lt;br class='autobr' /&gt;
avait dans les prisons de l'&#201;tat espagnol quelques trente personnes qui,&lt;br class='autobr' /&gt;
regroup&#233;es par affinit&#233; personnelle, avaient effectivement r&#233;alis&#233;, entre&lt;br class='autobr' /&gt;
75 et 79, des actions comme des jets de cocktails Molotov contre des&lt;br class='autobr' /&gt;
banques, des agences pour l'emploi, des grandes surfaces, des commissariats, des casernes de la Garde Civile et des objectifs similaires,&lt;br class='autobr' /&gt;
par exemple, en r&#233;ponse &#224; l'assassinat de Salvador Puig Antich, ou aux&lt;br class='autobr' /&gt;
dates anniversaires de celui-ci et des derni&#232;res ex&#233;cutions du franquisme (en septembre 75), en r&#233;ponse au massacre de Vitoria en 76, ou pour les assassinats de la police dans les rues d'Euskadi d&#233;but 77.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 77, une s&#233;rie d'attentats &#224; la bombe ou avec des cocktails, contre&lt;br class='autobr' /&gt;
des entreprises allemandes quand plusieurs prisonniers de la &lt;i&gt;RAF&lt;/i&gt; apparurent suicid&#233;s, contre des entreprises fran&#231;aises contre l'extradition de Klaus Croissant &#8211; l'avocat de quelques-uns de ces derniers &#8211; et durant la gr&#232;ve de la faim d'Apala pour &#233;viter son extradition, furent r&#233;alis&#233;s parfois simultan&#233;ment &#224; Madrid et &#224; Barcelone, d'autres fois aussi &#224; Valence, ou encore en coordination avec des groupes fran&#231;ais. &#192; la mi-78, &#224; l'occasion de la visite de Giscard d'Estaing en Espagne, il y eux des engins explosifs et des jets de cocktails contre des entreprises fran&#231;aises en Espagne et contre des entreprises espagnoles en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces actions se voulaient &#234;tre une riposte solidaire internationaliste&lt;br class='autobr' /&gt;
contre la r&#233;pression sans fronti&#232;res du Capital. Le soutien aux luttes&lt;br class='autobr' /&gt;
ouvri&#232;res autonomes se manifesta par des attentats contre les succursales et les installations des entreprises : &#224; Barcelone en 76, aux gr&#232;ves de &#171; Roca &#187; et des transports &#171; Mateu Mateu &#187; ; &#224; Madrid, aux gr&#232;ves de la construction de 76, de &#171; Roca &#187; la m&#234;me ann&#233;e et celle du Metro en 77 et, d&#233;but 78, &#224; nouveau contre le Metro et la hausse de ses tarifs. En soutien &#224; la lutte des prisonniers, &#224; Barcelone, &#224; Madrid et &#224; Valence, tout au long de 77 et d&#233;but 78, de nombreux attentats furent commis contre des banques, des tribunaux, des prisons, des maisons de redressement et des tribunaux pour mineurs. En outre, un grand nombre&lt;br class='autobr' /&gt;
d'expropriations devaient servir &#224; acheter des armes et d'autres ustensiles dont ils avaient besoin pour maintenir et &#233;tendre leur activit&#233; ; &#224; formuler une critique directe de la propri&#233;t&#233; bourgeoise et &#224; abolir&lt;br class='autobr' /&gt;
imm&#233;diatement le travail salari&#233; au moins dans leurs propres vies. Il&lt;br class='autobr' /&gt;
n'y eut jamais de &#171; dommages collat&#233;raux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la pratique, ces groupes &#233;taient effectivement autonomes, y&lt;br class='autobr' /&gt;
compris ceux d'une m&#234;me ville entre eux. Chaque individu et chaque&lt;br class='autobr' /&gt;
groupe d&#233;cidait lui-m&#234;me de ses actions sans accepter aucune autorit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
ni hi&#233;rarchie. Ils se mettaient d'accord pour des actions concr&#232;tes et&lt;br class='autobr' /&gt;
partageaient aussi bien les armes et les autres moyens mat&#233;riels que les techniques et les informations n&#233;cessaires. Entre eux, tout cela &#233;tait&lt;br class='autobr' /&gt;
socialis&#233;, &#224; la disposition de tout groupe proche pr&#234;t &#224; &#171; se mettre de&lt;br class='autobr' /&gt;
la partie &#187;, c'est-&#224;-dire, &#224; agir &#224; ses risques et p&#233;rils, et &#224; qui on pouvait&lt;br class='autobr' /&gt;
faire confiance, ce qui &#233;tait &#233;valu&#233; &#224; partir des relations personnelles&lt;br class='autobr' /&gt;
et de la participation commune aux luttes du moment. Mais ils ne&lt;br class='autobr' /&gt;
form&#232;rent jamais une organisation fixe et le nom de groupes autonomes&lt;br class='autobr' /&gt;
comme le mot autonomie &#233;taient &#224; peine utilis&#233;s, m&#234;me dans la&lt;br class='autobr' /&gt;
revendication publique des actions et dans les discussions internes des&lt;br class='autobr' /&gt;
groupes. Je crois qu'il &#233;tait courant de penser que plus quelqu'un parlait&lt;br class='autobr' /&gt;
d'autonomie &#8211; ou d'anarchie &#8211; ou pr&#233;tendait la repr&#233;senter, moins&lt;br class='autobr' /&gt;
il y avait de chances qu'il l'atteigne r&#233;ellement et plus il &#233;tait probable&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'il devienne son ennemi. L'id&#233;e de &#171; propagande par l'action &#187; ne&lt;br class='autobr' /&gt;
leur &#233;tait pas &#233;trang&#232;re, mais ils ne faisaient pas les choses en vue de&lt;br class='autobr' /&gt;
leur r&#233;percussion spectaculaire. En effet, ils n'utilis&#232;rent jamais de sigle&lt;br class='autobr' /&gt;
ni de nom fixes et il y avait des actions qu'ils ne revendiquaient m&#234;me&lt;br class='autobr' /&gt;
pas. &#199;a ne les int&#233;ressait pas que le Spectacle les identifie en leur&lt;br class='autobr' /&gt;
accordant une importance dans son monde manipul&#233;, comme il put&lt;br class='autobr' /&gt;
le faire apr&#232;s les avoir arr&#234;t&#233;s. Ce qu'ils recherchaient, c'&#233;tait &#224; exprimer&lt;br class='autobr' /&gt;
leur rejet du syst&#232;me capitaliste &#224; travers des actions significatives,&lt;br class='autobr' /&gt;
pour que ceux qui pensaient et sentaient la m&#234;me chose sachent qu'ils&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;taient l&#224;, dans l'espoir de les rencontrer dans la lutte. D&#233;montrer,&lt;br class='autobr' /&gt;
comme le proposait le &lt;i&gt;MIL&lt;/i&gt;, que le niveau de violence par lequel on&lt;br class='autobr' /&gt;
pouvait, et par cons&#233;quent devait, r&#233;pondre &#224; la violence capitaliste&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;tait bien plus &#233;lev&#233; que ce que l'on croyait commun&#233;ment. Il ne&lt;br class='autobr' /&gt;
s'agissait pas d'une option id&#233;ologique, mais d'une tendance pratique,&lt;br class='autobr' /&gt;
dont l'un des aspects principaux &#233;tait la critique th&#233;orique et pratique&lt;br class='autobr' /&gt;
de toute id&#233;ologie, la tentative de th&#233;oriser leur propre pratique et de&lt;br class='autobr' /&gt;
mettre en pratique leurs id&#233;es et projets. Telles &#233;taient les caract&#233;ristiques concr&#232;tes de certaines actions concr&#232;tes, dont l'exp&#233;rience concr&#232;te entra&#238;na une mani&#232;re d'appr&#233;hender l'action et de s'organiser, et m&#234;me de vivre, dans laquelle il n'y avait pas de s&#233;paration d&#233;finitive entre le politique et le personnel. Et, surtout, il s'agissait de d&#233;fendre cette fa&#231;on d'agir et de vivre face aux impositions et manipulations en tout genre, c'est-&#224;-dire, d'une attitude plut&#244;t n&#233;gative : anti-capitaliste, anti-&#233;tatique, anti-bureaucratique, anti-autoritaire, anti-hi&#233;rarchique, anti-avant-gardiste, anti-dogmatique&#8230; La partie affirmative, cr&#233;ative, &#233;tait plut&#244;t laiss&#233;e &#224; l'impr&#233;vu, &#224; la libert&#233; de chaque groupe et de chaque personne et, surtout, &#224; l'auto-organisation de chaque lutte dans un processus de dialogue direct et de d&#233;cision permanente entre les int&#233;ress&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre question &#233;tait celle de l'autonomie des luttes qui d&#233;ferl&#232;rent&lt;br class='autobr' /&gt;
alors sur tout le territoire de l'&#201;tat espagnol, une autonomie sur laquelle nous misions nos attentes r&#233;volutionnaires, que nous voulions soutenir et &#224; laquelle nous d&#233;sirions nous joindre, pas lui dire comment elle devait &#234;tre ou ce qu'elle devait faire. En ces ann&#233;es-l&#224;, prolif&#233;raient les gr&#232;ves sauvage au cours desquelles les travailleurs s'auto-organisaient en assembl&#233;es obligeant les patrons et l'&#201;tat &#224; n&#233;gocier directement leurs revendications avec des d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;lus par ces m&#234;mes assembl&#233;es et r&#233;vocables &#224; tout moment, laissant hors jeu les bureaucraties syndicales, franquistes ou d&#233;mocratiques, et autres interm&#233;diaires professionnels. Souvent, ces gr&#232;ves s'&#233;tendaient spontan&#233;ment, gr&#226;ce &#224; la solidarit&#233; et en s'organisant en coordinations de d&#233;l&#233;gu&#233;s, jusqu'&#224; se g&#233;n&#233;raliser et d&#233;passer le cadre revendicatif o&#249; elles avaient d&#233;but&#233;. Elles en arriv&#232;rent &#224; constituer un probl&#232;me politique d'une grande magnitude : une conception pratique de la d&#233;mocratie totalement oppos&#233;e &#224; celle que pr&#233;tendait alors imposer la coalition de politiciens franquistes et &#171; d&#233;mocrates &#187; qui entendaient se partager le g&#226;teau r&#233;sultant de la tentative de modernisation du r&#233;gime de domination. Au m&#234;me moment, les attentats directs &#224; la propri&#233;t&#233; capitaliste se multipliaient, particuli&#232;rement les braquages de banques, des actions tendant &#224; se lib&#233;rer imm&#233;diatement du travail ali&#233;n&#233;, &#224; r&#233;cup&#233;rer une partie du pouvoir que le Capital nous prend ; pendant que les prisonniers sociaux, revendiquant une gr&#226;ce g&#233;n&#233;rale, &#233;taient en train de litt&#233;ralement d&#233;truire les prisons, par des incendies, des mutineries et des &#233;vasions, et s'auto-organisaient eux aussi en assembl&#233;es et au sein d'une &lt;i&gt;Coordination de Prisonniers En Lutte&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;COPEL&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup d'autres mouvements revendicatifs voyaient de la m&#234;me&lt;br class='autobr' /&gt;
mani&#232;re la pratique de la d&#233;mocratie, dans les quartiers, dans les asiles&lt;br class='autobr' /&gt;
d'ali&#233;n&#233;s, dans les universit&#233;s et les lyc&#233;es, dans la rue&#8230; d&#233;bordant de&lt;br class='autobr' /&gt;
toutes parts les pr&#233;visions du parti de l'ordre. Tout cela joua un r&#244;le&lt;br class='autobr' /&gt;
non n&#233;gligeable dans la f&#234;lure du contr&#244;le social qui se produisit alors.&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;sob&#233;issance se propageait, la gouvernabilit&#233; devenait impossible,&lt;br class='autobr' /&gt;
politiciens et journalistes se lamentaient tous les jours sur l'instabilit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
sociale et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux alentours de 1976, il y avait &#224; Valence un certain nombre&lt;br class='autobr' /&gt;
de personnes d'origines tr&#232;s diverses : des ouvriers, des &#233;tudiants et&lt;br class='autobr' /&gt;
des gens qui n'avaient rien du tout, des individus et des groupes unis&lt;br class='autobr' /&gt;
par affinit&#233; personnelle et par une mani&#232;re commune d'appr&#233;hender&lt;br class='autobr' /&gt;
la participation aux agitations sociales et politiques du moment et&lt;br class='autobr' /&gt;
l'action en g&#233;n&#233;ral. Pour la plupart, nous pr&#233;f&#233;rions nous lib&#233;rer d&#232;s&lt;br class='autobr' /&gt;
maintenant du travail salari&#233; par nos propres moyens plut&#244;t que d'attendre une hypoth&#233;tique r&#233;volution qui, d'ailleurs, ne nous paraissait&lt;br class='autobr' /&gt;
pas vraiment imminente &#224; l'&#233;chelle de toute la soci&#233;t&#233;. En effet, nous&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;tions quelques-uns &#224; partager l'id&#233;e que les opportunit&#233;s de &#171; frapper&lt;br class='autobr' /&gt; &#187; qu'offrait l'instabilit&#233; d&#233;coulant de la &#171; Transition &#187; n'allaient&lt;br class='autobr' /&gt;
durer que quelques ann&#233;es, et nous avions l'intention d'en profiter&lt;br class='autobr' /&gt;
tant que nous pouvions et de partir au Mexique, un peu avant que&lt;br class='autobr' /&gt;
ce d&#233;lai n'arrive &#224; son terme, pour &#233;chapper, au passage, au service&lt;br class='autobr' /&gt;
militaire. Pour nous, la r&#233;volution qui comptait, c'&#233;tait celle que nous&lt;br class='autobr' /&gt;
arriverions &#224; faire tous les jours dans nos propres vies et dans nos relations personnelles. Pour la plupart, nous en avions marre du dogmatisme id&#233;ologique et des m&#233;thodes autoritaires et manipulatrices des groupuscules d'extr&#234;me gauche et, bien que la moyenne d'&#226;ge fut tr&#232;s basse, beaucoup gardaient en m&#233;moire les &#233;chos de la r&#233;cup&#233;ration des &lt;i&gt;commissions ouvri&#232;res&lt;/i&gt; aux mains du &lt;i&gt;PCE&lt;/i&gt;, ou celle des commissions et des assembl&#233;es de quartier, et les tentatives post&#233;rieures d'organisation autonome des luttes ouvri&#232;res, comme les plateformes anticapitalistes, r&#233;cup&#233;r&#233;es elles-aussi par des groupuscules avant-gardistes, ainsi que des exp&#233;riences de lutte arm&#233;e autonome comme celles du &lt;i&gt;MIL&lt;/i&gt; et des &lt;i&gt;GARI&lt;/i&gt;. Les groupes de quartier foisonnaient, dont certains par exemple, s'&#233;taient d&#233;velopp&#233;s, &#224; travers la participation &#224; des luttes de quartiers, par le d&#233;bordement des clubs paroissiaux, locaux o&#249; l'&#201;glise tentait de faire du pros&#233;lytisme juv&#233;nile dans les quartiers ouvriers et dont les cur&#233;s, comme les bureaucrates gauchistes, finirent par perdre compl&#232;tement le contr&#244;le. Parmi ces gens, certains &#233;taient des travailleurs avec de l'exp&#233;rience en mati&#232;re de gr&#232;ves et de conflits du travail, d'autres &#233;taient d&#233;serteurs ou fugitifs, d'autres vivaient au jour le jour en tentant d'&#233;chapper au travail, en survivant &#224; base de magouilles, de vols dans des supermarch&#233;s, etc., d'autres participaient depuis un certain temps &#224; des actions de solidarit&#233; avec les prisonniers autonomes, d'autres aux &#171; comit&#233;s de soutien &#224; la &lt;i&gt;COPEL&lt;/i&gt; &#187; ou &#224; diverses activit&#233;s solidaires avec la lutte des prisonniers contre la prison, d'autres &#233;taient sortis de taule depuis peu o&#249; ils avaient particip&#233; aux luttes du moment, d'autres &#233;taient en cavale&#8230; On peut dire que nous fuyions tous quelque chose : le service militaire, l'usine, le chantier, les salles de cours, la famille, la religion, l'id&#233;ologie, la prison, la soci&#233;t&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les manifs et les mobilisations en tout genre qui abondaient&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; l'&#233;poque, nous &#233;tions toujours les derniers &#224; nous retirer de la rue et&lt;br class='autobr' /&gt;
les premiers &#224; affronter la police, les fachos ou les services d'ordre des&lt;br class='autobr' /&gt;
bureaucraties politiques et syndicales de la gauche. Au cours de cellesci&lt;br class='autobr' /&gt;
et des f&#234;tes qui suivaient presque toujours, nous nous rencontrions&lt;br class='autobr' /&gt;
et faisions connaissance. Nous nous reconnaissions surtout par nos&lt;br class='autobr' /&gt;
attitudes antibureaucratiques, tendant &#224; d&#233;border les consignes mod&#233;r&#233;es des &#171; forces d&#233;mocratiques &#187;, qui pr&#233;tendaient &#224; tout moment&lt;br class='autobr' /&gt;
canaliser dans les termes de la nouvelle l&#233;galit&#233; les &#233;nergies des conflits&lt;br class='autobr' /&gt;
sociaux, personnels, politiques, etc., survenant alors tous les jours et&lt;br class='autobr' /&gt;
partout et s'organisant presque toujours en assembl&#233;es, pour les amener aux Mairies, aux Parlements, aux tables de n&#233;gociation, aux pactes de &#171; consensus &#187;, et autres institutions &#171; d&#233;mocratiques &#187;. Nous voulions, au contraire, que ces conflits continuent &#224; se poser dans la rue,&lt;br class='autobr' /&gt;
dans les prisons, dans les quartiers, dans les usines et sur les chantiers,&lt;br class='autobr' /&gt;
jusqu'&#224; leurs ultimes cons&#233;quences, sans que les assembl&#233;es et les individus ne perdent leur pouvoir. Pendant qu'eux veillaient au civisme&lt;br class='autobr' /&gt;
des masses et applaudissaient la police, nous leurs lancions des pierres&lt;br class='autobr' /&gt;
et des cocktails Molotov, ainsi qu'aux banques, aux grandes surfaces et&lt;br class='autobr' /&gt;
autres objectifs. Pendant qu'eux se contentaient de l'amnistie partielle&lt;br class='autobr' /&gt;
pour les mod&#233;r&#233;s de leur bord, nous, nous exigions une amnistie totale&lt;br class='autobr' /&gt;
incluant les condamn&#233;s pour des d&#233;lits violents &#8211; parmi lesquels il y&lt;br class='autobr' /&gt;
avait encore des gens du &lt;i&gt;MIL&lt;/i&gt; et de groupes autonomes post&#233;rieurs,&lt;br class='autobr' /&gt;
la solidarit&#233; avec eux &#233;tant aussi un facteur d'unit&#233; pour nous. Pendant&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'eux rejetaient les &#171; prisonniers communs &#187;, nous exigions une&lt;br class='autobr' /&gt;
gr&#226;ce g&#233;n&#233;rale et nous soutenions la destruction des prisons que les&lt;br class='autobr' /&gt;
prisonniers eux-m&#234;mes &#233;taient en train de r&#233;aliser. Pendant qu'eux&lt;br class='autobr' /&gt;
criaient &#171; &#224; bas la dictature &#187; et &#171; libert&#233;s d&#233;mocratiques &#187;, nous criions&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; mort au capital &#187; et &#171; pouvoir ouvrier &#187;. En somme, pendant qu'eux&lt;br class='autobr' /&gt;
(syndicats, partis d'opposition, groupuscules de gauche, etc.) essayaient&lt;br class='autobr' /&gt;
en &#233;troite collaboration avec le reste des forces de l'ordre de rediriger&lt;br class='autobr' /&gt;
ou de couper court &#224; toute initiative pr&#233;tendant aller au-del&#224; du projet&lt;br class='autobr' /&gt;
de d&#233;mocratisation du franquisme pactis&#233; entre le r&#233;gime et l'opposition,&lt;br class='autobr' /&gt;
nous exprimions et affirmions notre rage de libert&#233; et notre d&#233;sir de destruction de tout ce qui visait &#224; nous exploiter ou &#224; nous manipuler. En m&#234;me temps, nous cherchions ceux qui pensaient, sentaient et agissaient comme nous pour nous unir &#224; eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de l&#224;, nous avons commenc&#233; &#224; nous coordonner, par exemple, pour des jets de cocktails contre des banques, des agences pour l'emploi et des objectifs similaires : un m&#234;me jour, &#224; une m&#234;me heure, &#224; diff&#233;rents points de Valence, parfois pour une raison, d'autres fois pour une autre, aux moins dix ou quinze groupes de deux ou trois personnes lan&#231;aient quelques cocks, mettant le feu &#224; leurs objectifs. En plusieurs occasions, nous nous sommes aussi coordonn&#233;s avec des gens de Madrid, de Barcelone, de France&#8230; tout comme nous l'avons racont&#233; au d&#233;but. Des actions comme celles-ci, nous ont permis de nouer des relations, de d&#233;velopper des habitudes et des modes de fonctionnement pour nous mettre d'accord sur des initiatives qui voulaient aller plus loin que le d&#233;bordement impulsif des appels &#171; d&#233;mocratiques &#187;. Avant, pendant et apr&#232;s, nous avons connu des gens plus exp&#233;riment&#233;s, qui nous ont appris des techniques comme l'utilisation d'armes et d'explosifs, la falsification de documents, le crochetage et le vol de voitures, etc. Nous avons commenc&#233; &#224; faire des braquages, nous avons appris &#224; poser des engins explosifs, notre action s'intensifiait. Mais au m&#234;me moment, pratiquement sans que nous ne nous en rendions compte, la situation sociale avait commenc&#233; &#224; changer et le sol commen&#231;a &#224; se d&#233;rober sous nos pieds. &#192; mesure que nous nous faisions arr&#234;ter &#8211; ce qui commen&#231;a &#224; arriver au d&#233;but de 78, quand, &#224; la suite de l'affaiblissement du mouvement g&#233;n&#233;ral, nous sommes devenus de plus en plus isol&#233;s, tandis que la police et son arm&#233;e d'indicateurs pouvait nous pr&#234;ter beaucoup plus d'attention &#8211; les compagnons qui restaient en libert&#233;, &#224; Valence et ailleurs, et quelques-uns qui arriv&#232;rent &#224; s'&#233;vader, se donn&#232;rent pour objectif prioritaire la lib&#233;ration des prisonniers. Plusieurs tunnels furent creus&#233;s, du dehors au dedans et du dedans au dehors, il y eut des tentatives de lib&#233;ration durant les comparutions et les transferts aux proc&#232;s ou dans les h&#244;pitaux, et d'autres actions dont le pourcentage de succ&#232;s ne fut pas tr&#232;s &#233;lev&#233;, de sorte que des gens tombaient, au cours de ces tentatives ou pendant les expropriations n&#233;cessaires &#224; leur financement, plus vite que les prisonniers n'arrivaient &#224; sortir. Au bout du compte presque tout le monde finit entaul&#233; ou grill&#233;, tandis que le mouvement en g&#233;n&#233;ral se retrouvait d&#233;finitivement vaincu. C'est ainsi que nous nous plonge&#226;mes dans les noires ann&#233;es 80, des ann&#233;es de d&#233;sabusement et d'isolement pour nous et de toute-puissance du Capital et de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous, outre la destruction de l'&#201;tat et de tous ses instruments&lt;br class='autobr' /&gt;
de violence et d'oppression, la r&#233;volution consistait principalement&lt;br class='autobr' /&gt;
en l'abolition du travail salari&#233;. Plut&#244;t que de fantasmer sur comment&lt;br class='autobr' /&gt;
se produirait un futur processus de lib&#233;ration du travail (ce n'est pas&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'on ne le fit pas aussi de temps en temps), nous t&#226;chions de nous&lt;br class='autobr' /&gt;
lib&#233;rer tout de suite des rapports d'exploitation en g&#233;n&#233;ral, en vivant,&lt;br class='autobr' /&gt;
par exemple , de vols, petits et grands, dont nous partagions autant&lt;br class='autobr' /&gt;
les &#233;motions et les risques que les produits. Quant au futur, la r&#233;volution&lt;br class='autobr' /&gt;
devait &#234;tre pour nous le d&#233;but d'un processus permanent d'auto-transformation de la soci&#233;t&#233; par la participation libre et &#233;gale de tous les impliqu&#233;s &#224; toutes les d&#233;cisions et les activit&#233;s qui constituent la&lt;br class='autobr' /&gt;
vie sociale, de cr&#233;ation constante des conditions de la libert&#233;, la lib&#233;ration de la partie p&#233;nible du travail et la participation libre &#224; la partie&lt;br class='autobr' /&gt;
cr&#233;ative, &#224; la construction du monde humain. Comment cela se ferait,&lt;br class='autobr' /&gt;
ceux qui le feraient devraient en d&#233;cider &#224; partir du moment o&#249; ils&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;cideraient de le faire. C'est ce que nous tentions, &#224; l'&#233;chelle de nos&lt;br class='autobr' /&gt;
propres vies, en partant de nos petites communaut&#233;s et en cherchant&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; nous coordonner avec d'autres semblables qui surgissaient ici et l&#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
et que nous pouvions rencontrer, comme le mouvement ouvrier assembl&#233;aire et les autres mouvements d&#233;sob&#233;issants dont nous avons&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;j&#224; dit qu'ils constituaient pour nous un d&#233;but de r&#233;volution. L'autonomie de fait, c'est-&#224;-dire, les actes, les attitudes, les proc&#233;d&#233;s comme les gr&#232;ves sauvages, les assembl&#233;es de gr&#233;vistes, les commissions de d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;lus et r&#233;vocables &#224; tout moment par celles-ci, la solidarit&#233;, les piquets, les groupes d'affinit&#233; ou les accords spontan&#233;s pris dans le feu de l'action, alors qu'on y co&#239;ncidait, tout cela &#233;tait devenu une habitude pour beaucoup de gens, mais leurs ennemis &#233;taient nombreux et bien organis&#233;s. Il &#233;tait difficile que ces &#171; bonnes habitudes &#187; s'imposent contre les proc&#233;d&#233;s des organisations bureaucratiques, dirigistes et manipulatrices, qui &#224; tout moment tentaient de l'emporter&lt;br class='autobr' /&gt;
sur elles, puisque les organisations de la gauche, les partis et les syndicats, devaient d&#233;montrer leur pouvoir de mobilisation, et surtout, de d&#233;mobilisation, leur contr&#244;le des masses ouvri&#232;res, pour avoir quelque chose &#224; vendre en &#233;change de leur part du g&#226;teau &#171; d&#233;mocratique &#187;, et ils pouvaient compter sur tous les moyens du pouvoir dominant, depuis le monopole et la manipulation de l'information jusqu'&#224; l'intervention de la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L' &#171; autonomie &#187; &#233;tait alors un ensemble d'habitudes, de m&#233;thodes,&lt;br class='autobr' /&gt;
de tactiques, adopt&#233;es spontan&#233;ment dans les luttes concr&#232;tes qui&lt;br class='autobr' /&gt;
se produisaient dans la rue, sur les chantiers, dans les usines, dans les&lt;br class='autobr' /&gt;
prisons, dans les quartiers, etc., en appliquant directement, souvent&lt;br class='autobr' /&gt;
intuitivement, les le&#231;ons du pass&#233; imm&#233;diat, sans que la majorit&#233; de&lt;br class='autobr' /&gt;
leurs protagonistes se demandent pourquoi ils faisaient les choses ainsi.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#199;a tombait sous le sens, il n'y avait pas d'autre mani&#232;re de les faire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le principal d&#233;faut fut peut-&#234;tre bien ce manque d'une conscience&lt;br class='autobr' /&gt;
claire de ce qui se faisait, comment et pourquoi, de quels &#233;taient les&lt;br class='autobr' /&gt;
ennemis de cette mani&#232;re d'agir et des proc&#233;d&#233;s qu'ils utilisaient pour&lt;br class='autobr' /&gt;
s'opposer &#224; elle. Spontan&#233;it&#233; inconsciente, absence de th&#233;orie critique,&lt;br class='autobr' /&gt;
d'un mode de penser strat&#233;gique suffisamment &#233;tendu. D'un autre&lt;br class='autobr' /&gt;
cot&#233;, les gens dispos&#233;s &#224; une lutte sans merci &#233;taient une minorit&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
le reste appartenait &#224; ce que l'on appelait alors la &#171; majorit&#233; silencieuse&lt;br class='autobr' /&gt; &#187;, qui s'identifiait passivement avec le projet &#171; d&#233;mocratique &#187;,&lt;br class='autobr' /&gt;
compl&#232;tement &#233;blouie par l'illusion de l'&#171; &#201;tat-providence &#187; et de la&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; soci&#233;t&#233; de l'abondance &#187;, sans se rendre compte que la soci&#233;t&#233; espagnole parvenait trop tard &#224; tout cela, alors que c'&#233;tait d&#233;j&#224; en pleine d&#233;composition. Il se peut qu'il n'y ait jamais eu un v&#233;ritable &#171; mouvement &#187;, un grand nombre de gens luttant d'un commun accord pour des objectifs communs qui leurs &#233;taient propres. La majorit&#233; de ceux qui se mobilisaient, et m&#234;me beaucoup de ceux qui d&#233;fendaient les&lt;br class='autobr' /&gt;
assembl&#233;es, le faisaient pour des am&#233;liorations de leurs conditions de&lt;br class='autobr' /&gt;
travail et de consommation et autres revendications &#171; particuli&#232;res &#187;,&lt;br class='autobr' /&gt;
parfaitement traduisibles au langage de l'&#201;tat et du Capital. Peut-&#234;tre&lt;br class='autobr' /&gt;
que la situation n'&#233;tait pas aussi &#171; r&#233;volutionnaire &#187; que nous l'aurions&lt;br class='autobr' /&gt;
voulu. Pourtant, on peut dire que la vague assembl&#233;aire de 76-78 fut&lt;br class='autobr' /&gt;
d'une grande force, en arrivant &#224; conditionner tout le d&#233;veloppement&lt;br class='autobr' /&gt;
de la &#171; Transition &#187;, et cr&#233;ant, tant qu'elle dura, une situation ingouvernable, s'&#233;tendant du travail &#224; beaucoup d'autres cadres et mettant en danger &#224; tout moment les b&#233;n&#233;fices du Capital. De telle sorte que toute la &#171; Transition &#187; peut se voir comme un affrontement entre ceux qui voulaient canaliser les &#233;nergies lib&#233;r&#233;es par l'affaiblissement du r&#233;gime franquiste dans les cours &#171; d&#233;mocratiques &#187; et nous qui voulions&lt;br class='autobr' /&gt;
les d&#233;border.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces perspectives rebelles furent battues, ici comme dans le&lt;br class='autobr' /&gt;
reste de l'Europe, par l'action combin&#233;e de la violence polici&#232;re, du&lt;br class='autobr' /&gt;
leurre politique et syndical et de la s&#233;duction spectaculaire. Puisque la&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;volution ne gagna pas, la contrer&#233;volution triompha. Comme une&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;ponse ironique &#224; notre refus du travail, le Capital nous donna la&lt;br class='autobr' /&gt;
reconversion industrielle, le ch&#244;mage, le travail au noir et l'emploi&lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;caire, la restructuration de la production, un reconditionnement&lt;br class='autobr' /&gt;
du territoire social bas&#233; surtout sur des crit&#232;res de contre-r&#233;volution&lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;ventive. Le Capital, le &#171; devenir monde de la marchandise &#187;, a&lt;br class='autobr' /&gt;
aujourd'hui plus de vigueur que jamais. Outre le degr&#233; de d&#233;veloppement qu'atteint la stupidit&#233; consum&#233;riste, le travail salari&#233; continue d'&#234;tre l'esclavage, la servitude de notre temps ; le fait concret, actuel, de l'ali&#233;nation ; le mode de relation sociale d'exploitation par lequel nous perdons la libert&#233; en vendant notre &#233;nergie pour que le Capital produise et reproduise avec elle, selon ses propres mod&#232;les et int&#233;r&#234;ts, son monde-march&#233; dans lequel nous sommes forc&#233;s de vivre sans avoir la moindre chance de l'alt&#233;rer ou de lui donner forme selon nos propres d&#233;sirs et besoin. Le d&#233;veloppement technologique, diminuant l'importance de la force de travail humain dans le processus productif, a rendu le travail salari&#233; de moins en moins n&#233;cessaire. De cette mani&#232;re, il a pris la forme et le contenu d'une domination qui n'a de sens que pour elle-m&#234;me, ceux de la toute-puissance, du sadisme des exploiteurs, et de la servitude volontaire quant aux exploit&#233;s. L'ennui, c'est que nous continuons &#224; &#234;tre ses prisonniers, comme nos parents et nos grands-parents, mais que nous ne disposons plus de la force qu'avait la classe ouvri&#232;re d'antan, qui d&#233;coulait de sa position dans le mode de production ainsi que de sa conscience de classe. Nous continuons &#224; d&#233;pendre du Capital tandis que celui-ci d&#233;pend de moins en moins de nous. Il n'y a plus aucun crit&#232;re humain effectif qui puisse juger et alt&#233;rer le cours de l'histoire, c'est le courant du Progr&#232;s qui juge et d&#233;cide de tout. La m&#233;gamachine exploiteuse, renforc&#233;e technologiquement, r&#232;gne totalitairement comme un pouvoir parasitaire sur la vie, comme la substance absolue constitutive de toute r&#233;alit&#233;, emp&#234;chant d'infiniment de mani&#232;res la formation de tout sujet individuel ou collectif qui puisse s'y opposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais qu'il soit clair que ce r&#233;cit n'a pas pour but de servir&lt;br class='autobr' /&gt;
aujourd'hui d'exemple &#224; qui que ce soit. Au contraire, dans la narration&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me de ce que nous pensions, ou de ce que je pense maintenant&lt;br class='autobr' /&gt;
que nous pensions alors, on peut distinguer certaines b&#234;tises et illusions id&#233;ologiques sans autre fondement que l'ali&#233;nation &#8211; qui consiste au bout du compte en un &#233;loignement de la r&#233;alit&#233;, m&#234;me forc&#233; &#8211;, et dans notre pratique beaucoup de faiblesses et quelques stupidit&#233;s. Par exemple un certain f&#233;tichisme des pistolets, une esp&#232;ce d'activisme arm&#233;, qui nous menait fr&#233;quemment &#224; confondre la violence avec la radicalit&#233;, et nous &#233;loignait, de par la sp&#233;cialisation en actions et dynamiques clandestines, des luttes sociales r&#233;elles qui, &#233;videmment, se d&#233;roulaient dans un champ beaucoup plus ample. Un contre-culturalisme imm&#233;diatiste qui, en mettant trop l'accent sur le quotidien personnel, nous faisait n&#233;gliger la recherche de perspectives sociales, historiques, strat&#233;giques. Un certain spontan&#233;isme autosuffisant qui nous faisait oublier la n&#233;cessit&#233; de coordination pratique concr&#232;te des diff&#233;rentes luttes et de ceux qui luttaient. En r&#233;alit&#233;, nous conservions encore une grande partie de la foi d&#233;terministe dans le fait que le prol&#233;tariat devait fatalement faire sa r&#233;volution sociale, de telle sorte que nous pouvions le laisser faire, pendant que nous nous d&#233;diions &#224; notre r&#233;volution personnelle. Tout cela jouait en faveur des tendances dominantes sur tous les terrains &#8211; politique, travail, quartier, antir&#233;pression, etc. &#8211; qui, par la suppression de toute m&#233;thode ou occasion de dialogue direct, de r&#233;flexion, de d&#233;cision, d'auto-organisation et d'action collectives, &#224; commencer par les assembl&#233;es, et leur substitution par les m&#233;canismes de m&#233;diation &#233;tatiques, marchands et finalement technologiques, et la r&#233;clusion de chacun dans sa vie priv&#233;e, laissaient les individus, &#224; commencer par nous-m&#234;mes, isol&#233;s et &#224; la merci de la police et du march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui &#233;tait alors d&#233;j&#224; erron&#233;, parce que d&#233;lirant et illusoire, le serait bien plus encore maintenant, vingt-cinq ans plus tard, dans une&lt;br class='autobr' /&gt;
situation beaucoup plus difficile et complexe et compl&#232;tement diff&#233;rente&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; certains &#233;gards essentiels. Il ne faut rien mythifier, ni personne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toute cette histoire n'a de sens que si elle sert &#224; ceux qui la liront de&lt;br class='autobr' /&gt;
mat&#233;riel pour comprendre le pass&#233; imm&#233;diat tel qu'il a contribu&#233; &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
construire le pr&#233;sent, c'est-&#224;-dire, dans la mesure o&#249; vous serez capables de juger de ce qui est dit ici, et de ce qui n'est pas dit, ce qui&lt;br class='autobr' /&gt;
suppose que vous disposiez de concepts construits par vous-m&#234;mes &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
partir de votre propre exp&#233;rience pratique qui, s'ils servent &#224; quelque&lt;br class='autobr' /&gt;
chose, doivent aussi servir &#224; la juger&#8230; Dans un monde o&#249; toutes les&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; r&#233;alit&#233;s &#187; et surtout la &#171; r&#233;alit&#233; &#187; en g&#233;n&#233;ral, se constituent d'apr&#232;s ce&lt;br class='autobr' /&gt;
que dicte le f&#233;tiche marchandise, pr&#233;cis&#233;ment ce qui appara&#238;t comme&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;el est par d&#233;finition faux, un &#233;l&#233;ment du mensonge dominant. Postuler&lt;br class='autobr' /&gt;
une v&#233;rit&#233; diff&#233;rente implique de d&#233;fier celle qui nous est impos&#233;e, ce qu'il ne convient pas de faire si l'on ne dispose pas de forces suffisantes. Il faut d'abord construire cette force. Sinon, la d&#233;faite est assur&#233;e et les &#171; r&#233;alit&#233;s &#187;, petites et partielles, qui se d&#233;clarent contre le Capital, sont vaincues d'avance, et se convertissent aussi en marchandises, ou en f&#233;tiches et en rituels, cons&#233;cration de l'impuissance, acclimatation, falsification de la r&#233;volte. L'ennemi a aussi beaucoup d'avance sur nous sur le plan de la conscience, il conna&#238;t beaucoup mieux que nous un territoire qui est le sien, et il nous conna&#238;t aussi mieux que nous ne nous connaissons nous-m&#234;me. Tout cela suite &#224; la d&#233;faite et &#224; la cons&#233;cutive dispersion d'un mouvement r&#233;volutionnaire qui fut interrompu durant des ann&#233;es, &#233;tant vaincu comme sujet, en m&#234;me temps qu'&#233;taient supprim&#233;es les conditions mat&#233;rielles, objectives, de son existence. La reprise de ce mouvement n'est pas une simple question de Foi, id&#233;ologique, sentimentale ou quelque chose comme-&#231;a. Il ne suffit pas non plus de la d&#233;sirer, il faut reconstruire une conscience critique collective, reprendre une pratique consciente, entamer un processus de communication bas&#233; sur le rejet du mode de vie capitaliste et sur le d&#233;sir et la lutte pour la libert&#233;, la justice et la dignit&#233;, et trouver par cela de nouvelles bases pratiques, des leviers mat&#233;riels pour faire face au Capital. Il faut aussi bien prendre le temps de r&#233;fl&#233;chir sur les v&#233;ritables r&#233;sultats de la lutte arm&#233;e comme affrontement direct avec l'&#201;tat de la part de groupes de plus en plus s&#233;par&#233;s et militaris&#233;s, dans la &#171; contre-r&#233;volution &#187; de la fin des ann&#233;es 70 et des ann&#233;es 80, surtout en ce qui concerne les manoeuvres de manipulation et de d&#233;formation, et sur les changements strat&#233;giques qui ont eu lieu depuis lors sur le terrain de la guerre sociale. Agir d'une mani&#232;re ou d'une autre sans avoir fait cela, en imitant de mani&#232;re acritique et sans aucune pr&#233;paration des attitudes qui, dans beaucoup de cas, furent d&#233;j&#224; erron&#233;es en leur temps, c'est rendre la t&#226;che trop facile &#224; l'ennemi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fichier Interne de Suivi Sp&#233;cial. Le FIES est un r&#233;gime sp&#233;cial institu&#233; en 1991, dont le but &#233;tait de mettre fin &#224; la constante agitation dans les prisons espagnoles. C'est un r&#233;gime d'isolement tr&#232;s s&#233;v&#232;re qui connait plusieurs variantes. Le FIES-1 est appliqu&#233; aux prisonniers sociaux consid&#233;r&#233;s comme tr&#232;s dangereux, ils sont enferm&#233;s dans une sorte de bunker. (NdT)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;GRAPO : Groupes de R&#233;sistance Antifascistes Premier Octobre. Groupe arm&#233; marxiste-l&#233;niniste cr&#233;&#233; en 1975 et li&#233; au PCE(r).(NdT)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;FRAP : Front R&#233;volutionnaire Antifasciste et Patriotique. Group&#233; arm&#233; marxistel&#233;niniste. (NdT)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ETA (Euskadi Ta Askatasuna) se divise en 1973 entre ETA-militaire (les &#171; milis &#187;) et ETA-politico-militaire (les &#171; polimilis &#187;). (NdT)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Manuel Laureano Rodr&#237;guez S&#225;nchez dit &#171; Manolete &#187; &#233;tait un c&#233;l&#232;bre matador espagnol, il fut gri&#232;vement bless&#233; dans l'ar&#232;ne et est mort des suites de ses&lt;br class='autobr' /&gt;
blessures les 29 ao&#251;t 1974. (NdT)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Comunicados de la Prisi&#243;n de Segovia y otros llamamientos a la Guerra Social&lt;/i&gt; publi&#233; par Muturreko Burutazioak (avril 2000). Le communiqu&#233; relatif &#224; la prison de Trinidad ne fut pas repris dans les Appels de la Prison de S&#233;govie publi&#233;s par Champ Libre en 1980.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Retour sur les ann&#233;es de braise</title>
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		<dc:date>2007-12-02T14:23:52Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Collectif &#233;ph&#233;m&#232;re</dc:creator>


		<dc:subject>Nadarlana (Montpellier)</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvance autonome</dc:subject>
		<dc:subject>Mutines S&#233;ditions (Paris)</dc:subject>
		<dc:subject>Agitations arm&#233;es</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#192; l'occasion de la campagne pour la lib&#233;ration des membres d'Action&lt;br class='autobr' /&gt;
Directe (AD), certains s'interrogent sur cette organisation&lt;br class='autobr' /&gt;
anticapitaliste, ses origines, son id&#233;ologie. Quelques documents&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;veloppent ces questions, quelques versions journalistiques ou&lt;br class='autobr' /&gt;
polici&#232;res/&#233;tatiques, des &#233;crits et des interviews de membres d'AD. Le&lt;br class='autobr' /&gt;
manque r&#233;el de mati&#232;re et d'&#233;l&#233;ments de comparaison rend difficiles la&lt;br class='autobr' /&gt;
compr&#233;hension et l'appr&#233;ciation de cette histoire, de ces moments de&lt;br class='autobr' /&gt;
lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, des ann&#233;es 1960 aux ann&#233;es 1980, des centaines de personnes ont r&#233;pondu &#224; la violence de l'&#201;tat, du patronat, du capital, en pratiquant une violence politique lors d'actions de lutte arm&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Contrairement &#224; l'id&#233;e v&#233;hicul&#233;e par les m&#233;dias ou les romanciers,&lt;br class='autobr' /&gt;
inform&#233;s par la police politique, AD n'avait pas le monopole ou la&lt;br class='autobr' /&gt;
direction de cette forme de lutte. Cette organisation n'&#233;tait qu'une&lt;br class='autobr' /&gt;
composante de ceux (communistes, anarchistes, libertaires, r&#233;volt&#233;s sans &#233;tiquette...) qui ont commis des actes de lutte arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ed. du CRAS, Toulouse, mars 2005.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique24" rel="directory"&gt;R&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot68" rel="tag"&gt;Nadarlana (Montpellier)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot73" rel="tag"&gt;Mouvance autonome&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot87" rel="tag"&gt;Mutines S&#233;ditions (Paris)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot91" rel="tag"&gt;Agitations arm&#233;es&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L116xH150/arton490-6d46c.jpg?1781169367' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='116' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff490.jpg?1191256986&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Nous consid&#233;rons que l'heure est venue de passer de la p&#233;riode d'affirmation &#224; la p&#233;riode d'action et de joindre &#224; la propagande verbale et &#233;crite dont l'inefficacit&#233; a &#233;t&#233; d&#233;montr&#233;e la propagande par le fait et l'action insurrectionnelle.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Congr&#232;s de l'Internationale antiautoritaire, Londres, juillet 1881&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je ne crois pas que l'ill&#233;galisme puisse affranchir l'individu dans la soci&#233;t&#233; pr&#233;sente. Si par ce moyen il r&#233;ussit &#224; s'affranchir de quelques servitudes, l'in&#233;galit&#233; de la lutte lui en suscite d'autres encore plus lourdes, avec, au bout, la perte de la libert&#233;, de la mince libert&#233; dont il jouissait et, parfois, de la vie. Au fond, l'ill&#233;galisme consid&#233;r&#233; comme acte de r&#233;volte est plut&#244;t affaire de temp&#233;rament que de doctrine. C'est pourquoi il ne peut &#234;tre d'aucun effet &#233;ducatif sur l'ensemble des masses laborieuses. J'entends d'un bon effet &#233;ducatif.&lt;/i&gt; &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;Alexandre Marius Jacob, anarchiste, cambrioleur, ayant effectu&#233; 23 ans de bagne, d&#233;claration du 4 septembre 1948&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;* * *&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'occasion de la campagne pour la lib&#233;ration des membres d'Action Directe (AD), certains s'interrogent sur cette organisation anticapitaliste, ses origines, son id&#233;ologie. Quelques documents&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;veloppent ces questions, quelques versions journalistiques ou polici&#232;res/&#233;tatiques, des &#233;crits et des interviews de membres d'AD. Le manque r&#233;el de mati&#232;re et d'&#233;l&#233;ments de comparaison rend difficiles la compr&#233;hension et l'appr&#233;ciation de cette histoire, de ces moments de lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, des ann&#233;es 1960 aux ann&#233;es 1980, des centaines de personnes ont r&#233;pondu &#224; la violence de l'&#201;tat, du patronat, du capital, en pratiquant une violence politique lors d'actions de lutte arm&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Contrairement &#224; l'id&#233;e v&#233;hicul&#233;e par les m&#233;dias ou les romanciers, inform&#233;s par la police politique, AD n'avait pas le monopole ou la direction de cette forme de lutte. Cette organisation n'&#233;tait qu'une &lt;br class='autobr' /&gt;
composante de ceux (communistes, anarchistes, libertaires, r&#233;volt&#233;s sans &#233;tiquette...) qui ont commis des actes de lutte arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est de la naissance et de la constitution de cette organisation en 1978-1979, on peut se procurer, dans les r&#233;seaux militants, deux textes qui effleurent ce sujet : &#171; &#201;l&#233;ments chronologiques &#8213; Action Directe &#187; et &#171; Interview du collectif des prisonniers d'AD &#187;. Ils comportent des affirmations tant approximatives que contestables. Pour r&#233;ajuster certains propos contenus dans ces textes et avant d'en citer des extraits, il est n&#233;cessaire de revenir sur cette p&#233;riode d'effervescence r&#233;volutionnaire que furent les ann&#233;es 1960-1980, sur la particularit&#233; du mouvement autonome, sur des groupes qui agissaient en France et au pied des Pyr&#233;n&#233;es des deux c&#244;t&#233;s de la fronti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre souci, au travers de ce texte, est de restituer quelques fragments de ces &#233;v&#233;nements et en partie le parcours des groupes &#233;voqu&#233;s par AD dans les deux textes pr&#233;cit&#233;s, en apportant des&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;clairages, en rappelant quelques faits historiques et &#233;crits d'&#233;poque de quelques groupes autonomes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pr&#233;tendons pas par ce document avoir r&#233;dig&#233; l'histoire du mouvement autonome ou des groupes autonomes. Cela demanderait un travail plus important sur chaque pays, plus explicite sur le contenu id&#233;ologique de chaque tendance gravitant dans ce mouvement, plus fouill&#233; et critique sur l'activit&#233;, sur le comportement des groupes ou individus drap&#233;s du costume r&#233;volutionnaire et arm&#233;s de la critique radicale. Sans oublier d'analyser la r&#233;elle influence du mouvement et de ses id&#233;es, aupr&#232;s des exploit&#233;s, sur la soci&#233;t&#233; et sur le capital. Nous abordons ici bri&#232;vement ce pass&#233; &#224; partir de la fin des ann&#233;es 1960, en l'orientant sur l'activit&#233; et la pens&#233;e de groupes ou individus ayant&lt;br class='autobr' /&gt;
pratiqu&#233; des actions de lutte arm&#233;e. Ce texte reste une contribution parcellaire. Pour enrichir le d&#233;bat et transmettre ces exp&#233;riences, nous souhaiterions que d'autres s'expriment sur cette p&#233;riode et nous fassent part de leur critique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Du mouvement autonome et des groupes d'action&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;[...] Tout au long de l'histoire de la lutte des classes, il y a des exemples de luttes autonomes. Les groupes autonomes naissent, non par d&#233;cret ni par nostalgie des temps pass&#233;s, mais par n&#233;cessit&#233; r&#233;volutionnaire, par la somme de nos propres v&#233;cus, de notre pratique quotidienne. La lutte r&#233;volutionnaire est jalonn&#233;e par la pr&#233;sence de ces groupes. [...] il y a toute une r&#233;alit&#233; pratique que nous recueillons, non pas comme une ligne ou une doctrine, mais d'un point de vue critique, comme des exp&#233;riences dont il faut profiter, des moments historiques qu'il faut savoir d&#233;passer [...] &lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Extrait de : &#171; &lt;i&gt;Le pourquoi des groupes autonomes&lt;/i&gt; &#187;, sign&#233; : &lt;i&gt;Groupe Autonome Incarc&#233;r&#233; &#224; la Modelo&lt;/i&gt; (prison de Barcelone) &lt;i&gt;ao&#251;t 1978&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En janvier 1978, ils sont quatre, hommes et femmes, de ce groupe libertaire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, paru dans la brochure &#171; Insurrection - organe d'expression de groupes et d'individus autonomes d'action &#187;, publi&#233;e en France en 1979.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;senter l'autonomie et le mouvement autonome n'est pas une chose facile. Cela peut m&#234;me para&#238;tre os&#233;, devant le risque de r&#233;duire et d'uniformiser une telle diversit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terme autonomie vient du grec &lt;i&gt;autos&lt;/i&gt; (soi-m&#234;me) et &lt;i&gt;nomo&#239;&lt;/i&gt; (lois), &lt;i&gt;autosnomos&lt;/i&gt; : qui se donne &#224; soi-m&#234;me sa loi. Ce qui d&#233;signe pour un individu, un groupe ou un peuple la capacit&#233;, la libert&#233;, d'&#233;tablir ses propres r&#232;gles, de se &#171; gouverner &#187; soi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le bouillonnement de la fin des ann&#233;es 1960, toutes les couches de la soci&#233;t&#233; sont confront&#233;es &#224; l'id&#233;e d'une transformation radicale du monde. La r&#233;volution redevient plus qu'un possible, une &#233;vidence, une n&#233;cessit&#233; pour un grand nombre.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est dans ce contexte qu'appara&#238;t au cours des ann&#233;es 1970, aux quatre coins de l'Europe de l'Ouest, la d&#233;nomination de mouvement ou de groupes autonomes dans les courants r&#233;volutionnaires antiparlementaires.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le mouvement autonome, plus ou moins pr&#233;sent dans certains pays, n'est pas une organisation au contour bien d&#233;fini. Il renvoie plus &#224; un courant d'id&#233;es qu'&#224; une ligne politique ou &#224; une id&#233;ologie. Il se compose d'individus et de groupes qui se revendiquent libertaires, anarchistes, communistes, communistes libertaires, alors que certains font le rejet total de toute &#233;tiquette. Nombreux sont ceux qui ont pr&#233;f&#233;r&#233; se d&#233;finir par leurs actes ou leurs &#233;crits, refusant de parler au nom des autres. Tous ont grandi dans le vivier des luttes anticapitalistes, dans le refus de toute forme d'&#201;tat, de pouvoir impos&#233;, avec l'id&#233;e d'une soci&#233;t&#233; g&#233;n&#233;r&#233;e et conduite par des assembl&#233;es de base dans les lieux de vie qui &#233;lisent lorsque cela est n&#233;cessaire des d&#233;l&#233;gu&#233;s (r&#233;vocables &#224; chaque instant).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lignes communes du mouvement sont multiples :&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8213; r&#233;appropriation du pouvoir sur sa vie avec l'intention de vivre son quotidien (rapports sociaux, familiaux, affectifs et amoureux...) au plus pr&#232;s de ses aspirations et id&#233;aux ;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8213; r&#233;appropriation des richesses que nous produisons (ce qui est derri&#232;re les vitrines nous appartient) ;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8213; refus de l'&#233;conomie de profit bas&#233;e sur l'exploitation de l'homme par l'homme ;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8213; refus des types d'organisations bureaucratiques, hi&#233;rarchis&#233;es (&#201;tat, partis, syndicats...) ;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8213; combat contre les variantes du communisme autoritaire (L&#233;nine, Staline, Mao...) ;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8213; rejet des doctrines, religions, morales ;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8213; remise en cause, par la critique, par la pratique, de la soci&#233;t&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
capitaliste dans ses fondements, ses formes d'organisation (argent, salariat...) et dans les modes de vie qui en d&#233;coulent ;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8213; cr&#233;ation d'espaces de contre-pouvoir et leur occupation par des activit&#233;s socialement utiles ;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8213; l'internationalisme, un monde sans fronti&#232;res ;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8213; ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les individus se croisent lors de manifestations ou au sein de structures associatives, &#233;conomiques et politiques existantes, s'unissent au gr&#233; des affinit&#233;s. Ils produisent de la r&#233;flexion, des textes, des affiches, des journaux, des brochures, &#233;ditent des livres. Ils agissent en fonction du contexte, de l'histoire du pays, de la r&#233;alit&#233; locale... Ils organisent parfois des assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales pour des luttes ou des actions plus larges. Ces assembl&#233;es, ces individus, ces groupes, se d&#233;finissent comme&lt;br class='autobr' /&gt;
antiautoritaires. Les d&#233;cisions se prennent d'un commun accord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement s'attaque aux patrons, aux formes d'exploitation li&#233;es au travail, aux tenants de l'&#233;conomie, aux multinationales, &#224; la soci&#233;t&#233; techno-industrielle (nucl&#233;aire...), &#224; tous les corps r&#233;pressifs (arm&#233;e, police, justice, administration p&#233;nitentiaire...), aux outils de contr&#244;le social (fichage informatique, surveillance &#233;lectronique...), aux organes de propagande id&#233;ologique (&#233;cole, m&#233;dias...), aux institutions piliers de la soci&#233;t&#233; capitaliste (gouvernement, partis, syndicats...), &#224; la soci&#233;t&#233; patriarcale, au racisme, au fascisme, aux dictatures, au sexisme... Il d&#233;veloppe la r&#233;appropriation d'espaces (squats, occupations diverses...), de moyens d'information (journaux, radios pirates...), du temps travaill&#233; (refus du salariat, cr&#233;ation de structures &#233;conomiques autog&#233;r&#233;es). Il pratique les autor&#233;ductions sur le logement, les transports, l'&#233;nergie, la culture...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein du mouvement, certains individus ou groupes r&#233;alisent diverses actions dont des actions arm&#233;es. Elles se pr&#233;parent et se r&#233;alisent en &#233;vitant toute sp&#233;cialisation. Chacun recherche les moyens n&#233;cessaires &#224; ses actions et les revendique ou pas, selon les circonstances. Ces actions prennent diff&#233;rentes formes, diff&#233;rentes cibles. Elles sont vari&#233;es en fonction de la particularit&#233;, de la sensibilit&#233; des individus, des groupes dans lesquels ils ou elles &#233;voluent. Ils d&#233;veloppent l'action directe diversifi&#233;e, du tract aux actions arm&#233;es, le sabotage (&#224; la main, avec l'allumette, au cocktail Molotov ou &#224; la dynamite), l'affrontement et la destruction de mat&#233;riel lors de manifestations, le vol ou l'expropriation (&#224; l'&#233;talage, en razzia, en cambriolage ou en braquage)... et, &#224; de rares exceptions, l'ex&#233;cution cibl&#233;e de personnages li&#233;s au pouvoir &#233;conomique, politique, comme l'ont pratiqu&#233;e certains groupes autonomes du Pays Basque &#171; espagnol &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le mouvement, &#224; travers ses moyens d'expression, le d&#233;bat et la critique sont permanents, anim&#233;s et virulents sur le contenu de tel texte, sur la pratique de tel individu ou tel groupe. &#201;galement autour du bien-fond&#233; de la lutte arm&#233;e, des ex&#233;cutions politiques, de l'utilisation de la violence, des moyens et des formes d'action, de l'ill&#233;galisme, de l'implication dans les mouvements sociaux, du fait de se poser en avant-garde r&#233;volutionnaire... Les positions sur toutes ces questions sont diverses ; par exemple, nombreux sont ceux et celles qui rejettent les formes de lutte violentes et groupusculaires. Ils consid&#232;rent que ces actes sont suicidaires, qu'ils renforcent l'appareil d'&#201;tat et qu'ils sont s&#233;par&#233;s du mouvement social r&#233;el (celui du monde du travail ?)...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En France.&lt;/strong&gt; L'id&#233;e de r&#233;volution reprend de l'ampleur dans les ann&#233;es 1960, au travers de diverses luttes contre l'arme atomique, pour la d&#233;colonisation du peuple alg&#233;rien ou vietnamien, dans quelques universit&#233;s, dans certains lieux d'exploitation... Elle est port&#233;e par divers groupes de r&#233;flexion et d'expression th&#233;orique comme Noir et Rouge, Socialisme ou Barbarie, l'Internationale Situationniste, Informations et Correspondances Ouvri&#232;res...&lt;br class='manualbr' /&gt;En Mai 68, la r&#233;volte &#233;tudiante et le mouvement des occupations d'usines lanc&#233; par des milliers d'ouvriers (contre l'avis des directions syndicales) provoquent une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale illimit&#233;e. On &lt;br class='autobr' /&gt;
assiste alors :&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8213; &#192; une r&#233;volte sociale &#233;mancipatrice d'essence libertaire, &#224; d'importantes manifestations, &#224; des barricades, &#224; des lancers de pav&#233;s, &#224; des assembl&#233;es dans les rues, &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale sauvage&lt;br class='autobr' /&gt;
(ill&#233;gale), qui vont &#233;veiller de nombreuses consciences.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8213; &#192; la riposte de l'&#201;tat qui envoie sa police et envisage l'intervention des blind&#233;s de l'arm&#233;e. Les forces de l'ordre vont r&#233;primer violemment, bestialement, les manifestants, en interpeller des milliers et les mettre en fiche.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8213; Aux comportements contre-r&#233;volutionnaires des organisations de gauche (syndicats, PC et autres partis socialistes), qui oeuvrent pour le r&#233;tablissement de l'ordre et de l'&#201;tat. Des organisations qui d&#233;bord&#233;es dans les premi&#232;res semaines reprennent possession des usines ou des &#233;lecteurs. Des partis qui tentent d'orienter les r&#233;volt&#233;s vers les urnes (&#233;lections l&#233;gislatives de juin 1968). Des syndicats (CGT, CFDT...) qui s'emparent des seules revendications (salariales et conditions de travail) acceptables des gr&#233;vistes et qui n&#233;gocient des miettes aux patronats et &#224; l'&#201;tat pour remettre les exploit&#233;s &#224; la production. La base tout en conspuant les d&#233;l&#233;gu&#233;s syndicaux cessera le mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui s'est pass&#233; en mai pr&#233;figure l'ambiance et le niveau d'affrontement id&#233;ologique et physique des ann&#233;es 1970. Un &#201;tat policier certes, mais surtout des organisations de gauche et des syndicats dont le seul souci est de d&#233;fendre l'&#201;tat, de g&#233;rer le capitalisme et de pacifier les conflits sociaux. Ce n'est pas nouveau. Mais des g&#233;n&#233;rations le d&#233;couvrent, aux travers des luttes, &#224; la lecture de nombreux documents critiques &#233;dit&#233;s ou r&#233;&#233;dit&#233;s &#224; cette &#233;poque sur la r&#233;volution russe ou&lt;br class='autobr' /&gt;
espagnole, sur le front populaire, sur la guerre d'Alg&#233;rie, sur Mai 68... Ils le vivent au fil des &#233;v&#233;nements, en &#233;tant matraqu&#233;s et gaz&#233;s lors de manifestations par les forces de l'ordre ou par les services d'ordre du PCF (parfois de l'extr&#234;me gauche) ou de syndicats comme la CGT.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les chefs de ces organisations justifient le maintien de l'ordre :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;Nous ne voulons pas de nouveaux mois de mai. Nous sommes pr&#234;ts &#224; faire face &#224; toute aventure qui emm&#232;nerait le pays au d&#233;sordre, car nous savons le prix que peuvent co&#251;ter &#224; la classe ouvri&#232;re les actions irr&#233;alisables, f&#233;briles ou romantiques.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Georges S&#233;guy, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CGT et membre du bureau politique du PCF, dans le Monde du 18 mai 1971.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;Je pose la question : est-ce qu'on va recommencer &#224; nouveau comme en 1968 ? Je r&#233;ponds non, cela ne doit pas recommencer.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;D&#233;claration en 1973 de Georges Marchais, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du PCF, lors des imposantes manifestations lyc&#233;ennes contre la loi Debr&#233; (Michel Debr&#233; &#233;tait ministre de la D&#233;fense nationale)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s Mai 1968 et dans les ann&#233;es qui suivent, on peut sch&#233;matiquement faire ce constat :&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8213; Une partie de la jeunesse est d&#233;go&#251;t&#233;e par l'attitude du Parti communiste fran&#231;ais (tr&#232;s influent &#224; ce moment-l&#224;) qui ne cesse de d&#233;nigrer, de freiner, de combattre, l'aspect r&#233;volutionnaire de toute &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;volte. Elle souhaite lutter et ne refuse pas la hi&#233;rarchie, elle va rejoindre les diff&#233;rentes organisations communistes d'extr&#234;me gauche, mao&#239;stes, trotskistes, etc. Des organisations concurrentes dont l'un des r&#234;ves est de remplacer le PCF dans le coeur des masses populaires. &lt;br class='manualbr' /&gt;&#8213; Une autre partie de la jeunesse va rejoindre le courant d'id&#233;es qui pr&#244;ne l'autonomie des luttes et qui a &#233;t&#233; tr&#232;s pr&#233;sent au coeur de l'agitation lors des &#233;v&#233;nements. Dans les ann&#233;es 1970-1980, on retrouve ce courant d'id&#233;es dans des groupes de quartier ou divers comit&#233;s, dans quelques luttes sur les lieux de travail, au sein des tentatives communautaires (vivre autrement &#224; la campagne et en ville), au sein de certaines universit&#233;s, du mouvement antimilitariste (groupes d'insoumis ou d'objecteurs au service militaire, manifestations lyc&#233;ennes et &#233;tudiantes contre la loi Debr&#233;, ou au Larzac contre l'extension du camp militaire en 1974...), du mouvement antinucl&#233;aire (groupes locaux, manifestations contre la construction de centrales d&#232;s 1971 &#224; Bugey...), du mouvement anticarc&#233;ral, du mouvement antisexiste... C'est de l'int&#233;rieur de cette mouvance critique que surgissent les groupes autonomes qui vont privil&#233;gier l'action directe et revendiquer leurs actes avec des sigles de circonstance (parfois fantaisistes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant les &#233;v&#233;nements de Mai 68, pendant et au cours des ann&#233;es qui suivent, dans cette effervescence r&#233;volutionnaire, influenc&#233;s par les id&#233;es anarchistes, communistes libertaires, conseillistes, situationnistes..., des individus font connaissance et se lient d'amiti&#233;. De mani&#232;re spontan&#233;e, des groupes autonomes apparaissent dans plusieurs villes de France sans que cela soit d&#233;cid&#233; par un quelconque comit&#233; central. Certains se coordonnent comme par exemple l'Union des Groupes Autonomes Libertaires (UGAL, 1970-1971)... Estimant que les manifestations, les protestations, ne suffisent pas pour contrer les projets funestes du capital, quelques-uns envisagent des actions de sabotage et n'&#233;cartent pas l'hypoth&#232;se d'utiliser les armes. C'est la continuation d'une certaine forme d'ill&#233;galisme (r&#233;f&#233;rence aux compagnons de la fin du xixe si&#232;cle et d&#233;but du xxe) avec des expropriations et de la propagande par le fait. Apr&#232;s Mai 68, des premiers groupes interviennent &#224; Bordeaux et &#224; Paris. &#192; Bordeaux, c'est un groupe de jeunes travailleurs qui est emprisonn&#233; et d&#233;f&#233;r&#233; devant la Cour de s&#251;ret&#233; de l'&#201;tat. De juin &#224; juillet 1968, ils ont attaqu&#233;, avec des cocktails Molotov, une annexe de la facult&#233; de droit, divers commissariats, un local d'un parti de droite. &#192; Paris, en d&#233;cembre 1968, un autre groupe fait exploser quelques fa&#231;ades d'&#233;tablissements bancaires, &#224; l'aide de charges artisanales d&#233;pos&#233;es dans les bo&#238;tes aux lettres. Au d&#233;but des ann&#233;es 1970, d'autres groupes vont se former et entrer en sc&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Dans le foisonnement des groupes actifs &#224; cette p&#233;riode...&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'activit&#233; de certains groupes va permettre, lorsque la situation l'exigera &#8213; comme l'arrestation en Espagne en septembre 1973 de membres de l'ex-Mouvement Ib&#233;rique de Lib&#233;ration (MIL), d'envisager une solidarit&#233; concr&#232;te et d'agir.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Proches de l'ex-MIL, amis de Puig, les camarades directement concern&#233;s firent appel, dans le cadre de d&#233;marches d'intervention entreprises par eux, &#224; d'autres groupes autonomes. &#192; la suite de cette rencontre, accord se fit pour que soient mis en commun nos capacit&#233;s, nos moyens. Cette&lt;br class='autobr' /&gt;
rencontre ne se fit pas par hasard ; les conflits divers qui soudent entre eux des individus les conduisent aussi &#224; reconna&#238;tre d'autres prol&#233;taires qui ont les m&#234;mes int&#233;r&#234;ts. Comme nous, refusant le faux dilemme organisation bureaucratique = impuissance, ces groupes s'&#233;taient naturellement c&#244;toy&#233;s et avaient affirm&#233; la possibilit&#233; d'une coordination &#224; d&#233;finir concr&#232;tement.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Extrait du texte &#171; Un groupe ayant particip&#233; &#224; la coordination GARI &#187;, f&#233;vrier 1975&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le MIL, dont l'activit&#233; va durer de 1971 &#224; 1973, est une organisation (non hi&#233;rarchis&#233;e) compos&#233;e de communistes (tendance conseilliste) et de libertaires. Les membres sont de nationalit&#233; espagnole ou fran&#231;aise. Ils agissent en Espagne, surtout en Catalogne, ou dans le sud de la France (Toulouse...). Sous la dictature franquiste, ils contribuent &#224; la redynamisation d'un projet r&#233;volutionnaire. Ils &#233;crivent et publient divers textes et r&#233;alisent quelques attaques de banques.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le MIL s'est autodissous lors d'un &#171; congr&#232;s &#187; qui s'est tenu &#224; Toulouse en ao&#251;t 1973 et il pr&#233;cise dans son texte d'autodissolution :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;... Parler d'action arm&#233;e et de pr&#233;paration &#224; l'insurrection est la m&#234;me chose : il est maintenant inutile de parler d'organisation politico-militaire ; de telles organisations ne sont que d'autres d&#233;chets politiques. Pour toutes ces raisons, le MIL s'autodissout comme organisation politico-militaire et ses membres se disposent &#224; assumer l'approfondissement des perspectives communistes du mouvement social. &#187; Il faut pr&#233;ciser que dans le post-scriptum certaines formes d'action, dont le sabotage, n'&#233;taient pas exclues et il est &#233;crit : &#171; ... L'organisation est l'organisation des t&#226;ches, c'est pourquoi il est n&#233;cessaire que les groupes se coordonnent pour l'action. &#192; partir de telles constatations, l'organisation, la politique, le militantisme, le moralisme, les martyrs, les sigles, notre propre &#233;tiquette, font partie du vieux monde.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Si le MIL a cess&#233; d'exister en tant qu'organisation, les individus l'ayant compos&#233; vont continuer le combat. En septembre 1973, en Espagne, &#224; la suite de l'attaque &#224; main arm&#233;e d'une banque, deux&lt;br class='autobr' /&gt;
auteurs (ex-MIL) sont appr&#233;hend&#233;s par la Guardia Civil. Cela va entra&#238;ner, en Catalogne, une s&#233;rie d'arrestations de membres de l'ex-MIL. Le 8 janvier 1974, l'un d'entre eux, Puig Antich, est doublement condamn&#233; &#224; mort pour sa participation &#224; une fusillade avec les forces de l'ordre lors d'une attaque &#224; main arm&#233;e revendiqu&#233;e par le MIL et pour avoir mortellement bless&#233; par balles un inspecteur de la police politique, lors de son arrestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En janvier 1974, une coordination de groupes compos&#233;e pour l'essentiel d'ex-MIL, de libertaires fran&#231;ais ou espagnols se met en place. Pour tenter de bloquer l'ex&#233;cution de Puig, l'enl&#232;vement d'une personnalit&#233; espagnole est au programme. &#192; la suite d'arrestations, l'action est retard&#233;e et, malheureusement, le 2 mars 1974 dans la cour de la prison de la Modelo &#224; Barcelone, Puig Antich est garrott&#233; (un collier de fer serr&#233; par une vis &#233;trangle la victime tout en lui broyant les vert&#232;bres &lt;br class='autobr' /&gt;
cervicales). Deux autres membres de l'ex-MIL risquent &#224; leur tour la peine de mort lors d'un prochain proc&#232;s (ils seront finalement condamn&#233;s &#224; des peines de prison en juillet 1974). Pour ces interventions, cette coordination va prendre pour sigle GAI (Groupes Autonomes d'Intervention)&lt;br class='autobr' /&gt;
et devenir par la suite GARI (Groupes d'Action R&#233;volutionnaire Internationalistes).&lt;br class='manualbr' /&gt;Les GAI effectuent le 22 mars 1974, dans le sud de la France, une s&#233;rie de sabotages &#224; l'explosif sur des voies de communication (ponts et voies ferr&#233;es) allant vers l'Espagne. Ils la revendiquent comme suit :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;... Nous ne sommes pas la branche militaire d'un parti, ni des terroristes ou des militants professionnels, mais des individus qui savent que la r&#233;volution est avant tout sociale et qui refusent le syst&#232;me l&#224; o&#249; ils travaillent et l&#224; o&#249; ils vivent. En g&#234;nant les communications entre la France et l'Espagne, nous intervenons sur les &#233;changes &#233;conomiques entre les classes capitalistes des deux pays d'une fa&#231;on partielle et momentan&#233;e, persuad&#233;s que les prol&#233;taires peuvent arr&#234;ter la production d'une fa&#231;on durable et efficace sur les lieux de travail, pour leur propre &#233;mancipation... Des prol&#233;taires qui sont condamn&#233;s &#224; &#234;tre des objets sans passion, &#224; se prostituer pour survivre avant d'&#234;tre tu&#233;s sans &#233;clat sur les lieux de leur travail... Protester contre les gouvernements lib&#233;raux, d&#233;mocrates ou &#171; socialistes &#187; qui brandissent le symbole de l'Espagne dictatoriale pour prouver qu'ils sont libres et humains, contre les d&#233;mocrates et gauchistes qui hurlent au crime quand Puig Antich est assassin&#233; et crierait victoire si on lui avait permis de crever &#224; petit feu entre quatre murs et se taisent alors que Pons et Sol&#233; risquent la peine de mort, et passent sous silence que onze membres du MIL, dont deux en France, risquent de lourdes peines... Seule une action r&#233;volutionnaire doit-&#234;tre actuellement men&#233;e...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les GARI d&#233;fraient la chronique en mai 1974 en kidnappant &#224; Paris B. Suarez (directeur de la Banco Bilbao) et commettent divers attentats en juillet et ao&#251;t pour exiger entre autres la lib&#233;ration des ex-MIL et emp&#234;cher de nouvelles condamnations &#224; mort. De mai &#224; d&#233;cembre 1974, &#224; Paris, Avignon, au Pays Basque fran&#231;ais et en Haute-Garonne, des membres de cette coordination sont arr&#234;t&#233;s et emprisonn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Nous ne sommes ni l'avant-garde du prol&#233;tariat ni le parti r&#233;volutionnaire. Nous ne repr&#233;sentons que nous-m&#234;mes. Nous sommes nous-m&#234;mes, rouages d'une soci&#233;t&#233; qui nous exploite et nous opprime et nous voulons VIVRE ET COMPRENDRE.&lt;br class='manualbr' /&gt;Et l'essentiel de notre carri&#232;re c'est d'avoir tent&#233; de VIVRE en essayant de changer dans notre vie quotidienne les rapports st&#233;r&#233;otyp&#233;s, hi&#233;rarchis&#233;s, artificiels entre individus. Cela nous a conduits &#224; une tentative de compr&#233;hension plus large de notre situation dans la soci&#233;t&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Cela nous a conduits &#224; lutter contre tout ce qui nous ali&#232;ne (le capital, son &#201;tat tentaculaire, et tout ce qui lui est soumis : partis et groupuscules politiques, bureaucraties syndicales, etc.). Cela nous a &#233;galement conduits &#224; essayer r&#233;ellement de secourir les amis menac&#233;s de mort en employant exceptionnellement des moyens particuliers correspondant &#224; cette situation concr&#232;te (et non dans l'intention de privil&#233;gier &#224; l'avenir et dans l'absolu ce genre de m&#233;thode).&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Extrait d'un texte de novembre 1974, sign&#233; &#171; Les dynamiteurs basques &#187;, un groupe du Pays Basque nord ayant particip&#233; &#224; la coordination des GARI, dont deux membres croupissaient &#224; ce moment-l&#224; &#224; la prison de la Sant&#233; &#224; Paris (Le groupe n'avait pas de nom particulier, la signature est en r&#233;f&#233;rence au titre de l'article du journal Sud-Ouest qui relatait leur arrestation.)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les GARI n'ont pas &#233;t&#233; d&#233;mantel&#233;s par la r&#233;pression, ils se sont autodissous fin ao&#251;t 1974. &#192; partir de cette date, aucune action n'est revendiqu&#233;e GARI. Le sigle va perdurer dans les m&#233;dias &#224; cause de l'incarc&#233;ration de quelques membres. L'autodissolution &#233;tait pr&#233;vue d&#232;s la constitution du groupe et il n'a jamais &#233;t&#233; question de cr&#233;er une organisation de lutte arm&#233;e. Un texte de f&#233;vrier 1975 sign&#233; &#171; Un groupe ayant particip&#233; &#224; la coordination GARI &#187; en donne les raisons.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;... Nous ne voulons pas ici perp&#233;tuer un sigle, un moment de lutte. Ce serait faire le contraire de ce que nous pensons. Parce qu'une lutte n'a ni d&#233;but ni fin, parce qu'une r&#233;volution n'a ni d&#233;but ni fin, hormis pour qui d&#233;termine le temps en fonction de son accession au pouvoir. Parce que tout nous d&#233;montre qu'une organisation qui se fige finit par avoir trop de choses &#224; perdre : un sigle, une repr&#233;sentation, pour &#234;tre vraiment un moyen de lutte ; elle devient fin en soi, se veut un interlocuteur valable, et cela contre ceux qui refusent ses tactiques politiciennes, frontistes. Contre les prol&#233;taires eux-m&#234;mes, tous devenus provocateurs, d&#233;linquants... les GARl, n'existent plus comme coordination de groupes. Demain, une autre coordination se fera sur d'autres objectifs ou sur les m&#234;mes ; avec d'autres groupes autonomes ou avec les m&#234;mes. D'autres sigles se feront jour, puis dispara&#238;tront. Pour nous, la v&#233;ritable constante c'est le groupe autonome, constitu&#233; de prol&#233;taires r&#233;unis sur labase d'une affinit&#233; r&#233;elle, ayant l'habitude de vivre, de lutter, de discuter, de critiquer ensemble. Les accords provisoires contract&#233;s avec d'autres groupes sont pour nous une des conditions essentielles pour &#233;viter le militantisme et la bureaucratie, pour &#233;viter que les gens se d&#233;responsabilisent individuellement et collectivement au sein d'une structure fig&#233;e, s&#233;curisante.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous connaissons trop le r&#244;le des bureaux politiques, d'une organisation, d'une f&#233;d&#233;ration, d'un groupuscule, pour nous fier &#224; une coordination permanente. Quand la base s'est donn&#233; une repr&#233;sentation permanente, parti, f&#233;d&#233;ration, syndicat, coordination, la bureaucratie s'installe,&lt;br class='autobr' /&gt;
chefs, d&#233;l&#233;gu&#233;s, permanents, se cr&#233;ent, s&#233;cr&#233;t&#233;s par un appareil dont l'&#233;paisseur inerte n&#233;cessite une division de t&#226;ches. Ces t&#226;ches deviennent sp&#233;cialisation. Cette sp&#233;cialisation devient hi&#233;rarchie de fait...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En 1975 et 1976, d'autres groupes se manifestent, &#224; Paris, dans le centre ou dans le sud de la France et revendiquent des actions de sabotage coordonn&#233;es ou pas. C'est &#224; cette &#233;poque que les organisations d'extr&#234;me gauche, en perte d'effectif, disparaissent ou perdent de l'influence,&lt;br class='autobr' /&gt;
notamment au sein des facult&#233;s, et que des individus et des groupes provenant de ces organisations se joignent &#224; la sph&#232;re du courant autonome. C'est le cas des NAPAP (Noyaux Arm&#233;s Pour l'Autonomie Prol&#233;tarienne) organisation en rupture avec le courant mao&#239;ste comme ils le pr&#233;cisent en octobre 1977 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;... Nous n'avons plus rien &#224; voir avec l'&#233;tiquette mao&#239;ste que la presse nous a coll&#233;e. S'il est vrai que d'anciens maos appartiennent aux NAPAP, ce n'est pas seulement &#224; partir du bilan de la liquidation de la Gauche Prol&#233;tarienne ou de Vive la R&#233;volution que nous nous sommes form&#233;s...&lt;br class='manualbr' /&gt;Il est clair que nous ne sommes ni le parti combattant de quoi que ce soit, encore moins une nouvelle bande &#224; Baader. Nous avons tir&#233; le bilan des pratiques politico-militaires &#233;trang&#232;res qui m&#232;nent des combattants &#8220;sp&#233;cialistes&#8221; &#224; une lutte solidaire et suicidaire face &#224; l'appareil d'&#201;tat moderne. Notre pratique s'inscrit dans l'&#233;dification de l'autonomie ouvri&#232;re organis&#233;e au sein du mouvement populaire. Notre but n'est pas d'appeler &#224; la formation de 1, 10, 100 NAPAP r&#233;gis par une direction centrale style &#233;tat-major de la violence populaire potentielle. Nous abordons une autre &#233;tape qui consiste &#224; nous fondre dans la dynamique du mouvement et non pas &#224; chercher &#224; en prendre la t&#234;te d'une fa&#231;on officielle ou magouillarde...&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Extrait du &#171; Texte de mise au point des NAPAP &#187;, octobre 1977&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En 1977, la seule ann&#233;e de leur activit&#233;, les NAPAP revendiquent divers attentats et sabotages, ainsi que, le 24 mars, l'ex&#233;cution de Jean-AntoineTramoni. En f&#233;vrier 1972, &#224; l'entr&#233;e de l'usine Renault de Billancourt, lors d'un affrontement entre des militants de la Gauche Prol&#233;tarienne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Gauche Prol&#233;tarienne (GP) est une organisation politico-militaire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et des vigiles de l'entreprise, le vigile Tramoni a tir&#233; et abattu Pierre Overney. Pour cet assassinat Tramoni est condamn&#233; par la justice fran&#231;aise &#224; quatre ans de prison ferme et lib&#233;r&#233; au bout de dix-huit mois.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De la coordination CARLOS &#224; la naissance d'Action Directe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En mai 1977, les trois derniers emprisonn&#233;s ayant particip&#233; aux interventions sign&#233;es GARI, sont lib&#233;r&#233;s. Ils vont r&#233;int&#233;grer les groupes autonomes et, par l&#224; m&#234;me, un des r&#233;seaux libertaires existants. Leur incarc&#233;ration &#224; la prison de la Sant&#233; leur a &#171; permis &#187; de prendre contact avec des groupes communistes proches de l'autonomie parisienne. &#192; partir de l&#224;, ce r&#233;seau libertaire et ces courants politiques communistes vont plus ou moins se c&#244;toyer et s'entraider, sans pour cela que tous les points de vue politiques soient vraiment abord&#233;s, &#233;chang&#233;s ou approfondis. Toutefois, cet acquis relationnel se concr&#233;tise par &#171; la nuit bleue antinucl&#233;aire &#187; du 19 novembre 1977, une s&#233;rie d'attentats &#224; l'aide d'explosifs dans diverses villes visant entre autres des structures d'EDF. Ces destructions sont revendiqu&#233;es par CARLOS (Coordination Autonome des R&#233;volt&#233;s en Lutte Ouverte contre la Soci&#233;t&#233;). Cette coordination CARLOS est compos&#233;e de groupes et d'individus&lt;br class='autobr' /&gt;
autonomes, libertaires ou d'ob&#233;dience communiste r&#233;volutionnaire (ex-membres de la Gauche prol&#233;tarienne, ex-NAPAP ou de la mouvance de l'autonomie parisienne, issue du courant Camarades)... Cette intervention ne se situe pas seulement dans un registre antinucl&#233;aire mais dans une lutte anticapitaliste comme on peut le constater en lisant le communiqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le d&#233;veloppement forcen&#233; actuel de l'&#233;nergie nucl&#233;aire est un choix irr&#233;versible que le capitalisme nous impose. De par son fonctionnement, sa nature, l'&#233;nergie nucl&#233;aire est la caricature d'un univers hi&#233;rarchis&#233;, technocratis&#233;, militaris&#233;, o&#249; nous n'intervenons en rien. L'&#201;tat ne respecte m&#234;me plus sa propre l&#233;galit&#233; pour la construction des centrales nucl&#233;aires, l'ouverture des mines d'uranium, l'extension des usines de retraitement des d&#233;chets, etc. Le choix de l'&#233;nergie nucl&#233;aire, de par la concentration des moyens &#233;conomiques, technologiques, humains, est l'occasion r&#234;v&#233;e pour le capitalisme de p&#233;renniser sa domination sur nos vies. Une centrale nucl&#233;aire, une fois construite, ne peut &#234;tre d&#233;truite avant 20 ans. C'est ici qu'un moratoire limit&#233; appara&#238;t clairement comme d&#233;magogique. La valse h&#233;sitation du PS est bien dans la lign&#233;e r&#233;cup&#233;ratrice, d&#233;magogique, de ce parti attrape-tout. Refuser l'&#233;nergie nucl&#233;aire serait remettre en cause radicalement le capitalisme, ce qui fait sourire quand on voit la bousculade des cadres socialistes, dans la d&#233;bandade forcen&#233;e de leur app&#233;tit de pouvoir. Ne nous trompons pas : nous aurons une bombe &#224; gauche, une &#233;nergie nucl&#233;aire &#224; gauche, avec des flics de gauche et des enterrements d&#233;mocratiques. Quant au PC, avec ses vues totalitaires et bureaucratiques, il ne peut que cautionner le d&#233;veloppement d'une &#233;nergie nucl&#233;aire dont il aurait le contr&#244;le.&lt;br class='manualbr' /&gt;Par ailleurs, le d&#233;veloppement actuel des recherches sur l'&#233;nergie solaire, s'orientant vers de grosses unit&#233;s de production, montre que l'int&#233;r&#234;t du capital r&#233;side dans la concentration de l'&#233;nergie, pour garder le contr&#244;le de sa redistribution. La lutte contre le d&#233;veloppement de l'&#233;nergie nucl&#233;aire ne peut se cantonner dans l'opposition l&#233;galiste des partis et syndicats. De m&#234;me, il est &#233;vident que les manifestations antinucl&#233;aires et &#233;cologiques ont r&#233;v&#233;l&#233; l'existence d'une contestation profonde de cette soci&#233;t&#233; sur les bases d'un refus de tout centralisme, toute hi&#233;rarchie, contre le travail salari&#233; et la consommation &#224; outrance, ces rassemblements ne peuvent suffire &#224; stopper le pouvoir. Il est indispensable d'intensifier les actions de sabotage qui touchent directement le pouvoir dans ses int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques et permettent de retarder, voire de stopper la construction des centrales, mines, usines li&#233;es au nucl&#233;aire. Quoi qu'il en soit, le nucl&#233;aire n'est qu'un des aspects les plus apparents de l'exploitation g&#233;n&#233;ralis&#233;e du capitalisme qui ne peut &#234;tre mis en &#233;chec que par l'auto-organisation des individus et par la prise en main de tous les aspects de notre vie quotidienne.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Communiqu&#233; sign&#233; CARLOS (&lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; du 22 novembre 1977)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;cisons que les groupes agissant &#224; ce moment-l&#224; en France n'ont pas tous accept&#233; de prendre part &#224; cette soir&#233;e ou connu l'existence du projet de cette &#171; nuit bleue &#187;. Ce qui veut dire que la&lt;br class='autobr' /&gt;
coordination CARLOS ne regroupait pas l'ensemble des groupes libertaires ou autres qui pratiquaient en France des actes de lutte arm&#233;e. Pour des raisons de s&#233;curit&#233; ou de clandestinit&#233;, tous les groupes ayant ce type d'activit&#233;s ne se connaissaient pas ou ne souhaitaient pas se conna&#238;tre. La pratique d'actions ill&#233;gales entra&#238;ne certaines mesures de s&#233;curit&#233;, la discr&#233;tion, le cloisonnement entre groupes... N'oublions pas que la r&#233;pression est omnipr&#233;sente &#8213; filatures, &#233;coutes t&#233;l&#233;phoniques, vols de courrier, intimidations diverses, perquisitions, interrogatoires, s&#233;vices, incarc&#233;rations, enl&#232;vements de militants par la police politique (dans les ann&#233;es 1980, &#224; Bordeaux, &lt;br class='autobr' /&gt;
Lyon, Toulouse, Paris...) &#8213; pour obtenir sous la pression des informations sur des personnes recherch&#233;es ou responsables d'actions de lutte arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin de l'&#233;t&#233; 1978 marque la rupture entre divers groupes autonomes pr&#233;sents au sein de ce r&#233;seau coordination CARLOS.&lt;br class='manualbr' /&gt;Certains, enthousiasm&#233;s par la &#171; puissance de feu &#187; des groupes autonomes, par un mouvement social qui localement (les mineurs et les sid&#233;rurgistes &#224; Denain, Longwy...) r&#233;agit violemment aux restructurations capitalistes, pensent que la p&#233;riode est favorable pour radicaliser et structurer le mouvement. Ils d&#233;cident la constitution d'une organisation arm&#233;e. Ils veulent passer &#224; un niveau sup&#233;rieur d'affrontement qui suppose aussi des ex&#233;cutions cibl&#233;es comme le pratiquent certaines organisations de lutte arm&#233;e en Allemagne, en Italie ou en Espagne. C'est de ce courant que va na&#238;tre l'organisation Action Directe.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les autres groupes refusent l'organisation pour diverses raisons. Tous les individus n'ont pas la m&#234;me analyse de la situation, la m&#234;me conception, la m&#234;me strat&#233;gie sur le combat &#224; mener. Concevoir une organisation permanente qui s'affirme en guerre contre l'&#201;tat va &#224; contre-courant de leur pens&#233;e et de leur mode d'organisation. Ils restent sur des bases mouvementistes et assembl&#233;istes. L'organisation rompt avec la pratique de groupes issus de mouvements diffus, organis&#233;s de mani&#232;re horizontale. Ils sont pour la multiplication des groupes affinitaires o&#249; les individus du groupe d&#233;cident en assembl&#233;e de leur propre action et limitent ainsi les possibilit&#233;s d'infiltration polici&#232;re. La permanence d'un sigle, en plus d'attirer la r&#233;pression, permet &#224; la justice, en cas d'arrestation, d'accumuler les charges (le dossier p&#233;nal des GARI en &#233;tait la d&#233;monstration). Ces groupes sont d&#233;j&#224; tr&#232;s critiques sur les orientations avant-gardistes des organisations marxistes-l&#233;ninistes de lutte arm&#233;e style Brigades Rouges (Italie), Rote Armee Fraktion (Allemagne). Ils s'opposent &#224; l'h&#233;g&#233;monie de ce type d'organisation sur le mouvement. Ils sont conscients que ce &lt;br class='autobr' /&gt;
n'est pas en tuant des tenants du capital qu'un contre-pouvoir peut gagner du terrain et faire lever un mouvement social. Le capital se fout que l'un de ses serviteurs soit ex&#233;cut&#233;. Pour lui, les hommes ne comptent pas, mais par contre le sabotage de l'outil de travail qui bloque la production lui fait perdre du temps et de l'argent. Une transformation sociale ne peut reposer sur la seule utilisation des armes et des explosifs. La lutte arm&#233;e ou les actions arm&#233;es ne sont pas une finalit&#233;, les formes d'intervention sont (et seront) multiples et vari&#233;es. Cr&#233;er une arm&#233;e, qu'elle soit rouge ou noire, induit une clandestinit&#233; permanente et le repli sur cette seule forme de lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Action Directe va appara&#238;tre m&#233;diatiquement le 1er mai 1979 en revendiquant une s&#233;rie d'attentats &#224; Paris, puis va poursuivre sa route, commettre d'autres attentats. L'organisation va s'allier avec la Rote Armee Fraktion (RAF) &#224; partir de 1985... En France, elle va tenter d'ex&#233;cuter, en 1985, le g&#233;n&#233;ral Blandin, contr&#244;leur g&#233;n&#233;ral des arm&#233;es, et, en 1986, le pdg de la branche armement de l'entreprise Thomson, Guy Brana. Elle va abattre, en 1985, le g&#233;n&#233;ral Audran, l'un des responsables&lt;br class='autobr' /&gt;
au minist&#232;re de la D&#233;fense des affaires internationales, dont les ventes d'armes... et, en 1986, Georges Besse, pdg de Renault.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les groupes autonomes vont, eux, perp&#233;trer divers attentats ou sabotages et organiser de nouvelles coordinations qui agiront &#224; la fin des ann&#233;es 1970, notamment en 1978 et 1979, en solidarit&#233; avec des autonomes libertaires incarc&#233;r&#233;s en Espagne et pendant les ann&#233;es 1980 sur le terrain anticarc&#233;ral, antinucl&#233;aire (sur ce th&#232;me, voir &lt;i&gt;Golfech, le nucl&#233;aire : implantation et r&#233;sistances&lt;/i&gt;, &#233;dit&#233; par le CRAS en 1999)...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis l'ann&#233;e 1968, des centaines d'actions de lutte arm&#233;e ont &#233;t&#233; revendiqu&#233;es ou pas par les groupes autonomes. &#192; notre connaissance, aucune ex&#233;cution de personne n'a eu lieu, except&#233; l'acte de l'anarchiste autonome Jean Bilski. Le 14 mai 1976, &#224; Paris, Bilski arm&#233; d'un P38 abat Jacques Chaine, pdg du Cr&#233;dit Lyonnais et se suicide imm&#233;diatement apr&#232;s avec la m&#234;me arme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La constitution de l'organisation Action Directe vu par Action Directe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Voici les extraits de deux textes &#233;manant d'Action Directe qui abordent la gen&#232;se de l'organisation. Ils n&#233;cessitent quelques mises au point. Le contenu de ces textes est int&#233;ressant ; ceux qui souhaitent en savoir plus sur cette organisation peuvent se renseigner et &#233;ventuellement se procurer ces documents aux adresses indiqu&#233;es en fin de document.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier est un extrait d'&#171; &#201;l&#233;ments chronologiques &#8213; Action Directe &#187; paru dans &lt;i&gt;Cahier Front&lt;/i&gt;, n&#176; 6, non dat&#233; mais vraisemblablement publi&#233; vers la fin des ann&#233;es 1990.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;1977-1978 : L'ann&#233;e 1977 est marqu&#233;e par l'&#233;mergence du mouvement autonome europ&#233;en et par sa liaison avec les offensives de la gu&#233;rilla en Allemagne et en Italie. En France, des militants r&#233;volutionnaires issus de nombreuses et diverses exp&#233;riences fran&#231;aises et &#233;trang&#232;res, depuis 1968, initient un processus pratique de convergence. Et ils &#233;tablissent une coordination politico-militaire, interne au mouvement autonome. Dans cette coordination se retrouvent ainsi d'anciens membres de groupes arm&#233;s, de la r&#233;sistance antifranquiste &#8213; MIL (Mouvement Ib&#233;rique de Lib&#233;ration) et GARI (Groupes d'Action R&#233;volutionnaire Internationalistes) &#8213;, des membres de groupes autonomes n&#233;s apr&#232;s la dissolution de la Gauche Prol&#233;tarienne, comme les Noyaux Arm&#233;s Pour l'Autonomie Prol&#233;tarienne, mais aussi de nombreux militants ayant rompu avec les politiques l&#233;galistes et parasyndicales de l'extr&#234;me-gauche groupusculaire. Durant pr&#232;s de deux ans, cette coordination m&#232;nera de nombreuses actions de sabotage et de pr&#233;paration &#224; la lutte arm&#233;e. Des nuits bleues comme celle contre la construction de la centrale de Malville, 23 attentats sur tout le territoire revendiqu&#233;s carlos (Coordination Autonome Radicalement en Lutte Ouverte contre la Soci&#233;t&#233;). Une nuit bleue en riposte &#224; l'extradition de Klaus Croissant vers l'Allemagne et de nombreuses actions apr&#232;s l'assassinat dans leurs cellules des camarades de la RAF Andreas, Gundrun et Karl... mais aussi des actions contre les nouveaux n&#233;griers et la flexibilisation du travail, telles les op&#233;rations de la CACT (Coordination Autonome Contre le Travail) &#224; Toulouse contre les ANPE et les agences d'int&#233;rim...&lt;br class='manualbr' /&gt;1979 : Au cours de l'hiver 1978-1979, la coordination d&#233;cide de faire le saut &#224; l'organisation de gu&#233;rilla. Le 1er Mai, elle scelle cette d&#233;termination en attaquant les armes &#224; la main le si&#232;ge du patronat (CNPF, Conseil National du Patronat Fran&#231;ais).&lt;br class='manualbr' /&gt;Action Directe n'est pas apparue par g&#233;n&#233;ration spontan&#233;e. Des individus ou des groupes ayant eu des exp&#233;riences diverses de propagande arm&#233;e ont ressenti la n&#233;cessit&#233;, au-del&#224; d'actions&lt;br class='autobr' /&gt;
ponctuelles ou de campagnes politiques (comme en 1977...), de se donner un instrument afin de promouvoir une strat&#233;gie communiste...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le second est un extrait d'&#171; Interview du collectif des prisonniers d'AD &#187;, publi&#233; en 2001 sous forme de brochure par Anarchist Black Cross de Gand (Belgique) qui a r&#233;alis&#233; cette interview entre le printemps 1999 et l'&#233;t&#233; 2000. Vingt questions sont pos&#233;es au &#171; Collectif des prisonniers d'AD &#187;. Dans la formulation de la premi&#232;re question, il est affirm&#233; que le MIL et les GARI sont pr&#233;sents lors de la constitution d'AD. Dans sa r&#233;ponse le collectif confirme.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Anarchist Black Cross de Gand (Belgique) : &#171; &lt;i&gt;Avant d'entrer dans l'histoire d'AD propre, nous voudrions parler de la &#171; pr&#233;histoire &#187; d'AD. Pr&#233;histoire qui est rest&#233;e largement sinon non &#233;crite en tout cas m&#233;connue et donc assez importante en soi. Pr&#233;histoire qui est d'ailleurs, &#224; notre avis, aussi importante pour comprendre l'histoire interne d'AD. Donc, AD est n&#233;e, en 1979, d'une coordination de diff&#233;rents groupes arm&#233;s, comme le MIL, les GARI, les BI ou les NAPAP, dans un temps marqu&#233; par l'autonomie. Pourriez-vous en dire plus sur ces groupes et sur la coordination autonome elle-m&#234;me ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Collectif des prisonniers : &#171; &lt;i&gt;Depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1970, de nombreux groupes tentaient de r&#233;soudre dans la pratique la question de la contre-violence r&#233;volutionnaire, agissaient sur la lanc&#233;e du mouvement des barricades, des occupations d'usines, des luttes &#224; la base... Constitu&#233;s en&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;seaux d'autod&#233;fense, ils portaient toute la r&#233;solution de l'ill&#233;galisme de masse dans les grandes mobilisations qui se sont succ&#233;d&#233; lors de ses ann&#233;es d'effervescence antagoniste. Concr&#232;tement, ces r&#233;seaux formaient ce que la GP (Gauche Prol&#233;tarienne), &#224; son &#233;poque, avait appel&#233; de tous ses voeux : les bases de la r&#233;sistance populaire arm&#233;e &#224; la dictature. Au printemps 1977, la coordination autonome, en se formant, d&#233;passa le cadre groupusculaire gauchiste. En particulier, elle sortait des clivages id&#233;ologiques pour unifier sur le terrain des luttes clandestines, la tendance mao, &#224; celle surgie de Mai, faite d'une mosa&#239;que de groupes anar, anarco-communistes, d'ultra-gauche, clandestins ou non. Il y avait donc l&#224; des groupes arm&#233;s mao comme les Brigades Internationales, des autonomes tels les Noyaux Arm&#233;s Pour l'Autonomie Populaire ou encore l'organisation Camarades et l'ancienne coordination antifranquiste des groupes autonomes qui formaient les MIL-GARI (Movimiento Ib&#233;rico de Liberaci&#243;n et Grupos de Acci&#243;n Revolucionaria Internationalistas)...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Mise au point&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pouvons partager l'interpr&#233;tation que fait Action Directe des &#233;v&#233;nements qui se sont d&#233;roul&#233;s au cours des ann&#233;es 1977, 1978 et 1979. AD est n&#233;e d'une coordination d'individus et de diff&#233;rents groupes arm&#233;s dont la plupart sont issus de la mouvance autonome. Cela personne ne peut&lt;br class='autobr' /&gt;
le contester, m&#234;me G. Debord qui affirmait dans la pr&#233;face d'&lt;i&gt;Appels de la prison de S&#233;govie&lt;/i&gt;, Champs Libres, 1980, que cette organisation &#233;tait une &#233;manation de l'&#201;tat. Mais, on ne peut m&#234;ler &#224; la cr&#233;ation d'AD, le MIL et les GARI (comme il est dit dans l'interview r&#233;alis&#233;e par ABC Gand). On en voit les raisons id&#233;ologiques dans notre document avec en particulier l'autodissolution du MIL et des GARI en ao&#251;t 1973 et 1974. Que des individus aient travers&#233; certaines de ces exp&#233;riences (MIL et GARI) et participent &#224; la constitution d'AD c'est ind&#233;niable ! C'est le cas de l'un d'entre eux. &#192; la cr&#233;ation d'AD, il n'y a qu'une personne de l'ex-MIL. Combien de membres de l'ex-GARI ? Deux, trois ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans la &#171; coordination &#187;, que nous appelons plut&#244;t r&#233;seau, de 1977-1978, il y avait plusieurs ex-MIL et ex-GARI, mais tous n'ont pas souhait&#233; prendre part &#224; la cr&#233;ation de cette organisation. Ce n'est pas la coordination qui d&#233;cide de cr&#233;er AD, mais certains groupes et individus pr&#233;sents dans cette coordination.&lt;br class='manualbr' /&gt;AD affirme &#224; tort : &#171; &lt;i&gt;... Au fil des mois, les groupes arm&#233;s ont converg&#233; dans l'&#233;lan du mouvement autonome qui avait la coordination pour &#233;pine dorsale. Puis ils s'en sont lentement d&#233;tach&#233;s pour assurer leur v&#233;ritable r&#244;le comme organisation de gu&#233;rilla...&lt;/i&gt; &#187; (p.7 et 8 de la brochure &#171; Interview du collectif des prisonniers d'AD &#187;) ou &#171; &lt;i&gt;... la coordination d&#233;cide de faire le saut &#224; l'organisation.&lt;/i&gt; &#187; (&#171; &#201;l&#233;ments chronologiques &#8213; Action Directe &#187;) puisqu'un certain nombre de groupes et d'individus ayant agi dans cette coordination r&#233;seau ne vont pas participer &#224; l'activit&#233; d'AD.&lt;br class='manualbr' /&gt;En ce qui concerne les membres des BI&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Brigades Internationales sont une organisation communiste de tendance (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, des NAPAP et autres protagonistes qui auraient &#233;t&#233; pr&#233;sents &#224; la constitution d'AD, c'est &#224; eux d'en parler et d'&#233;clairer le mouvement sur leur position.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand AD pr&#233;sente ou sous-entend la &#171; coordination &#187; comme une organisation structur&#233;e, c'est un peu rapide. Rassembler tous ces groupes ou individus qui &#233;taient en contact sous le label &#171; &lt;br class='autobr' /&gt;
coordination &#187; est contestable. Pour certains de ceux qui ont form&#233; AD c'est une coordination politico-militaire (&#171; &#201;l&#233;ments chronologiques... &#187;). Cette formulation (marxiste-l&#233;niniste) laisse entendre que l'organisation est d&#233;j&#224; en place. Pour nous, c'&#233;taient des relations inter-groupes (autonomes de pens&#233;e et d'action). La coordination n'a pas &#233;t&#233; une organisation arm&#233;e traduisant en actes les aspirations d'une mouvance ou d'un appareil politico-militaire structur&#233; au sein du mouvement autonome. M&#234;me si quelques individus se r&#233;unissant &#224; Paris ont tent&#233; durant cette&lt;br class='autobr' /&gt;
p&#233;riode de le mettre en place. Ce n'est pas facile de militariser des libertaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand AD &#233;crit : &#171; &lt;i&gt;Durant pr&#232;s de deux ans, cette coordination m&#232;nera de nombreuses actions de sabotage et de pr&#233;paration &#224; la lutte arm&#233;e. Des nuits bleues...&lt;/i&gt; &#187; (&#171; &#201;l&#233;ments chronologiques... &#187;), ce n'est pas tout &#224; fait exact. Cette &#171; coordination &#187; ne va pas durer &#171; pr&#232;s de deux ans &#187;, mais &#171; &#233;clater &#187; au bout d'un an &#224; la suite des d&#233;saccords concernant la cr&#233;ation d'une organisation arm&#233;e. Et sans que pour cela leurs actes soient d&#233;cid&#233;s par un quelconque appareil &#171; politico-militaire &#187;, des groupes et individus reli&#233;s &#224; cette coordination r&#233;seau vont commettre en octobre et novembre 1977 divers attentats contre des objectifs li&#233;s &#224; l'&#233;conomie allemande en r&#233;ponse aux &#171; assassinats/suicides &#187; d'Andreas Baader, Jan Carl Raspe et Gudrun Ensslin, membres de la RAF incarc&#233;r&#233;s &#224; la prison de Stammheim/Stuttgart (Allemagne). Quant &#224; la nuit bleue contre l'extradition de l'avocat allemand Klaus Croissant, nous n'en avons pas connaissance, bien qu'il y ait eu beaucoup d'actions de solidarit&#233;. Par contre, en novembre 1977, ce r&#233;seau va &#234;tre &#224; l'origine de la nuit bleue antinucl&#233;aire revendiqu&#233;e CARLOS. Actions pas seulement contre la centrale de Malville, comme il est &#233;crit dans &#171; &#201;l&#233;ments chronologiques... &#187;. La coordination n'est pas &#224; l'origine des sept attentats &#224; l'explosif commis &#224; Toulouse, dans la nuit du 4 au 5 mars 1978 contre des ANPE et des agences d'int&#233;rim. Il s'agit d'une coordination toulousaine de divers groupes dont certains avaient particip&#233; &#224; la soir&#233;e CARLOS.&lt;br class='manualbr' /&gt;Au cours de ces ann&#233;es on ne peut parler d'une coordination, mais de plusieurs r&#233;seaux o&#249; chaque groupe (ou individu) a ses propres contacts en fonction de ses affinit&#233;s... On peut percevoir cela comme des cercles qui parfois s'entrelacent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AD ne peut r&#233;duire l'activit&#233; du MIL et des GARI &#224; de la &#171; r&#233;sistance antifranquiste &#187; (voir &#171; &#201;l&#233;ments chronologiques... &#187;) :&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;Le MIL n'est pas n&#233; de la volont&#233; de lutter contre le franquisme car la dictature n'en fut pas le d&#233;tonateur. L'objet de sa lutte &#233;tait le capital, sous tous ses aspects.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Santi Soler, membre de l'ex-MIL, mars 1985&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &lt;i&gt;... notre combat n'est pas politique mais bien plus total global. Nous ne luttons pas seulement contre le franquisme, contre le fascisme, qui ne sont que des formes du capital, mais contre le capital lui-m&#234;me qui domine la France d&#233;mocratique comme l'Espagne fasciste... Et si les attentats commis n'ont pas fait de victimes c'est que nous avons pris les pr&#233;cautions n&#233;cessaires. Nous agissions pour tenter de sauver des vies humaines non pour tuer...&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Extrait d'un texte de novembre 1974, sign&#233; &#171; Les dynamiteurs basques &#187;, un groupe du Pays Basque nord ayant particip&#233; &#224; la coordination des GARI&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D'hier &#224; aujourd'hui&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Actuellement, sur Action Directe, nous n'avons connaissance que de la situation p&#233;nale, des conditions de d&#233;tention et de l'&#233;tat de sant&#233; des membres incarc&#233;r&#233;s. Depuis 1987, aucune action de lutte arm&#233;e n'a &#233;t&#233; revendiqu&#233;e par AD.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Notre arrestation en 1987 faisait suite &#224; d'autres. Elle mit fin &#224; l'activit&#233; politico-militaire de notre organisation. Depuis nous nous effor&#231;ons &#224; travailler politiquement malgr&#233; les conditions, nous discutons par &#233;crit avec d'autres prisonniers r&#233;volutionnaires, nous participons &#224; une publication (Front), aussi en traduisant des textes de discussions ou d'actions, en particulier du mouvement r&#233;volutionnaire europ&#233;en. Le sens reste de ne renoncer &#224; rien du combat nous ayant conduit ici : &#192; travers un processus de guerre r&#233;volutionnaire prolong&#233;e, penser n&#233;cessaire et possible la r&#233;volution des Conseils mettant en place de nouveaux modes d'organisation sociale et politique...&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Extrait d'un texte de 1997 r&#233;dig&#233; par des prisonniers d'Action Directe&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu, que de multiples groupes autonomes pratiquant des actes de lutte arm&#233;e se sont constitu&#233;s depuis 1968. Certains se sont &#233;vapor&#233;s apr&#232;s une courte existence, le temps d'une ou deux actions. Quelques-uns ont dur&#233; plusieurs ann&#233;es. On peut v&#233;rifier qu'&#224; la fin des ann&#233;es 1980&lt;br class='autobr' /&gt;
l'activit&#233; des groupes d'action arm&#233;e est en nette r&#233;gression. Pour conna&#238;tre les raisons de leur silence, il faudrait poser la question &#224; des centaines d'actrices et d'acteurs, clandestins &#224; l'&#233;poque, et que nous ne connaissons toujours pas aujourd'hui. Chaque groupe a sa propre histoire ; contrairement &#224; la l&#233;gende, elles ne sont pas toujours li&#233;es &#224; la r&#233;pression. On ne peut nier que des groupes ont &#233;t&#233; d&#233;mantel&#233;s par les services de la gendarmerie ou de la police, que les arrestations et&lt;br class='autobr' /&gt;
l'enfermement ont d&#233;truit des relations affinitaires ou bris&#233; des individus... Mais bien que nous soyons nombreux &#224; avoir franchi les portes des prisons, d'autres ont su ou ont pu les &#233;viter. Par exemple, personne n'a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; pour les multiples actions explosives revendiqu&#233;es par les groupes suivants qui ont utilis&#233; plusieurs fois le m&#234;me sigle : Solidarit&#233; R&#233;volutionnaire Internationale (1975-1977), Gdansk-Bakounine (1981-1983), Groupes d'Action Anarchiste (Toulouse 1982-1983), CLODO, alias Comit&#233; Liquidant et D&#233;tournant les Ordinateurs (r&#233;gion toulousaine, 1980-1984), G&#233;ronimo (r&#233;gion parisienne, 1982-1985), Black War (r&#233;gion parisienne, 1985-1988)), Gracchus Babeuf (r&#233;gion parisienne, 1989-1990)...&lt;br class='manualbr' /&gt;L'amiti&#233;, l'affinit&#233; politique, le plaisir &#224; l'action, la complicit&#233;, parfois la mise en commun des moyens de survie, sont les carburants d'un groupe affinitaire, de r&#233;flexion, d'action, voire d'action arm&#233;e. Lorsque ses &#233;l&#233;ments ne s'embo&#238;tent plus, pour cause de s&#233;parations affectives, de d&#233;saccords politiques, de retour au salariat, de repli sur la famille, de r&#233;volte qui s'&#233;mousse, d'usure psychologique provoqu&#233;e par le combat clandestin..., le groupe r&#233;duit ses activit&#233;s ou dispara&#238;t. Nous pourrions parler &#224; ce sujet de notre propre exp&#233;rience. L'&#233;clipse de ces groupes est donc due &#224; de multiples facteurs : &#224; l'absence de mouvements sociaux radicaux ; au d&#233;clin de la p&#233;riode r&#233;volutionnaire que certains situent en 1973, d'autres en 1977 ou au d&#233;but des ann&#233;es 1980 ; &#224; la situation politique, bien s&#251;r.&lt;br class='manualbr' /&gt;La fin des ann&#233;es 1980 et les ann&#233;es 1990 sont marqu&#233;es par l'apparition d'une violence men&#233;e par des int&#233;gristes islamiques (soutenus par des &#201;tats) qui permet aux tenants de l'ordre social de faire l'amalgame entre un acte li&#233; &#224; la lutte des classes et celui qui vise n'importe quel individu, n'importe quelle foule (terrorisme aveugle). Cette situation a amen&#233; les groupes en activit&#233; ou en formation &#224; tenir compte de ce pi&#232;ge et &#224; repenser leur forme d'intervention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, en ce d&#233;but de si&#232;cle, nous constatons que les individus et groupes autonomes continuent &#224; agir et que ce courant anti-capitaliste n'a pas &#233;t&#233; &#233;radiqu&#233;. Il existe toujours diverses structures autonomes de r&#233;flexion et d'action. L'activit&#233; des groupes autonomes pratiquant des&lt;br class='autobr' /&gt;
actes de lutte arm&#233;e est quasiment inexistante (&#224; des degr&#233;s moindres dans le reste de l'Europe). Mais des actes de r&#233;sistance offensive ont toujours lieu dans plusieurs pays europ&#233;ens : interventions contre la soci&#233;t&#233; marchande, contre les dirigeants du monde, contre la soci&#233;t&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
techno-scientiste-industrielle (saccages de cultures OGM, actions antinucl&#233;aires...), contre la r&#233;pression et ses structures (actions anticarc&#233;rales...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pour un monde sans classes sociales et un bonheur sans fin.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Collectif &#233;ph&#233;m&#232;re, mars 2005&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;* * *&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Solidarit&#233;&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Inhumaine, la prison est un outil de r&#233;pression sociale au service des dominants. Elle enferme principalement les pauvres et les r&#233;volt&#233;s. L'un des points du programme r&#233;volutionnaire est sa destruction et, ainsi, la lib&#233;ration de tous les prisonniers, hommes, femmes et enfants. Ce point n'a pas l'assentiment de tous, nous savons que ce n'est pas demain la veille qu'il sera appliqu&#233;, mais il reste l'un des fondements de notre utopie. Dans un premier temps, nous soutenons les &lt;br class='autobr' /&gt;
revendications des prisonniers, abolition de l'isolement, des longues peines, lib&#233;ration imm&#233;diate des d&#233;tenus malades et de tous ceux qui peuvent b&#233;n&#233;ficier d'une lib&#233;ration conditionnelle...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Situation p&#233;nale des membres ou ex-membres d'AD encore incarc&#233;r&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Arr&#234;t&#233; le 15 mars 1984, R&#233;gis Schleicher (d&#233;tenu &#224; la centrale de Clairvaux, Aube) a &#233;t&#233; jug&#233; &#224; diverses reprises en 1987 et 1988, et condamn&#233; &#224; la r&#233;clusion criminelle &#224; perp&#233;tuit&#233; assortie d'une peine de s&#251;ret&#233; de 15 ans. Il a droit &#224; la libert&#233; conditionnelle depuis l'automne 1999.&lt;br class='manualbr' /&gt;Arr&#234;t&#233;s le 21 f&#233;vrier 1987, Jean-Marc Rouillan (d&#233;tenu &#224; la centrale de Lannemezan, Hautes-Pyr&#233;n&#233;es), Georges Cipriani (d&#233;tenu &#224; la centrale d'Ensisheim, Haut-Rhin), Nathalie M&#233;nigon (d&#233;tenue &#224; la centrale de Bapaume, Pas-de-Calais) ont &#233;t&#233; tous les trois, apr&#232;s divers proc&#232;s, &lt;br class='autobr' /&gt;
condamn&#233;s &#224; la r&#233;clusion criminelle &#224; perp&#233;tuit&#233; assortie d'une peine de s&#251;ret&#233; de 18 ans. Ils ont droit &#224; la libert&#233; conditionnelle depuis f&#233;vrier 2005.&lt;br class='manualbr' /&gt;Arr&#234;t&#233;e le 21 f&#233;vrier 1987, Jo&#235;lle Aubron, condamn&#233;e aux m&#234;mes peines, a &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e le 14 juin 2004 pour raison m&#233;dicale. [ Elle est d&#233;c&#233;d&#233; le mercredi 1er mars 2006. ]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ceux de &#171; L'affiche rouge &#187; et de la &#171; branche lyonnaise d'AD &#187;&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce groupe est issu de l'une des scissions survenues au d&#233;but des ann&#233;es 80 au sein d'AD. Dans un premier temps, le groupe va revendiquer ses interventions au nom de &#171; l'Affiche rouge &#187; ; puis, quelques ann&#233;es plus tard, sans renouer avec AD, il va de nouveau signer AD. &lt;br class='manualbr' /&gt;Arr&#234;t&#233; le 10 octobre 1984, &#201;mile Ballandras (d&#233;tenu &#224; la centrale de Clairvaux, Aube) a &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; la r&#233;clusion criminelle &#224; perp&#233;tuit&#233; assortie d'une peine de s&#251;ret&#233; de 16 ans. Il a droit &#224; la libert&#233; conditionnelle depuis 2000.&lt;br class='manualbr' /&gt;Arr&#234;t&#233; le 28 mars 1986, Andr&#233; Olivier (d&#233;tenu &#224; la centrale de Saint-Maur, Indre) a &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; la r&#233;clusion criminelle &#224; perp&#233;tuit&#233; assortie d'une peine de s&#251;ret&#233; de 18 ans. Il a droit &#224; la libert&#233; conditionnelle depuis 2004.&lt;br class='manualbr' /&gt;Arr&#234;t&#233; le 28 novembre 1987, Max Fr&#233;rot a &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; la r&#233;clusion criminelle &#224; perp&#233;tuit&#233; assortie d'une peine de s&#251;ret&#233; de 18 ans. Il aura droit &#224; la libert&#233; conditionnelle fin 2005.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si vous souhaitez en savoir davantage sur les prisonniers d'AD :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;fense Active 80, rue de M&#233;nilmontant 75020 Paris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Collectif Ne laissons pas faire !&lt;br class='manualbr' /&gt;Courrier : NLPF c/o LPJ, 58 rue Gay-Lussac 75005 Paris&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href=&#034;http://nlpf.samizdat.net&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://nlpf.samizdat.net&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;mailto:nlpf(((A)))samizdat.net&#034; class=&#034;spip_mail&#034;&gt;e-mail&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Abonnez-vous &#224; notre &lt;a href=&#034;http://listes.samizdat.net/wws/subrequest/nlpf-infos&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;lettre d'infos&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Campagne internationale pour la lib&#233;ration des militantes et militants d'Action directe :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.action-directe.net&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.action-directe.net&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ABC c/o Maloka BP 536 21014 Dijon cedex&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus d'infos sur les prisonniers r&#233;volutionnaires en France, en Europe et dans le monde :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://apa.online.free.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://apa.online.free.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;* * *&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Reproduction vivement conseill&#233;e&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour toutes critiques&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour obtenir ce document&lt;br class='manualbr' /&gt;(prix libre, pr&#233;voir frais de port)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;ditions du CRAS BP 51026 31010 Toulouse cedex 6&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En janvier 1978, ils sont quatre, hommes et femmes, de ce groupe libertaire de Barcelone, &#224; &#234;tre incarc&#233;r&#233;s et inculp&#233;s d'attaques &#224; main arm&#233;e et d'attentats &#224; l'explosif contre des &#233;difices publics. Au cours de la m&#234;me ann&#233;e en Espagne, plusieurs groupes autonomes pratiquant la lutte arm&#233;e sont atteints par la r&#233;pression (voir Appels de la prison de S&#233;govie, Champs Libres, 1980).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La Gauche Prol&#233;tarienne (GP) est une organisation politico-militaire communiste, de tendance mao&#239;ste, cr&#233;&#233;e en 1969. Elle s'autodissout en 1973. Au cours de ces ann&#233;es, elle va pratiquer des &lt;br class='autobr' /&gt;
actions de lutte arm&#233;e et, en 1970, elle cr&#233;e son bras arm&#233; la Nouvelle R&#233;sistance Populaire (NRP).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les Brigades Internationales sont une organisation communiste de tendance marxiste-l&#233;niniste, cr&#233;&#233;e en 1973, apr&#232;s le coup d'&#201;tat militaire au Chili. La plupart de ses membres proviennent de la Gauche Prol&#233;tarienne. De 1974 &#224; 1977, les BI vont se concentrer sur la situation internationale et sur la solidarit&#233; en ex&#233;cutant ou blessant gri&#232;vement, &#224; Paris, des diplomates &#233;trangers (ambassadeurs, attach&#233;s culturels ou militaires) pr&#233;sents en France.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>qcq Mutines S&#233;ditions (Paris)</title>
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		<dc:date>2007-10-23T15:37:38Z</dc:date>
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		<dc:creator>Mutines S&#233;ditions</dc:creator>


		<dc:subject>Mutines S&#233;ditions (Paris)</dc:subject>

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&lt;p&gt;Mutines S&#233;ditions a commenc&#233; en f&#233;vrier 2001 par un double recueil intitul&#233; &#034;Anti-mondialisation&#034;, activisme et... capitalisme, quelques mois avant G&#234;nes. Elles s'appelent dor&#233;navant lutines s&#233;ditions. &lt;br class='autobr' /&gt;
Contact : Lutines S&#233;ditions c/o Biblioth&#232;que Libertad 19, rue Burnouf 75019 Paris lutineseditions[([a)])riseup.net &lt;br class='autobr' /&gt;
Voir aussi le site de Lutines S&#233;ditions.&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique75" rel="directory"&gt;Mutines S&#233;ditions&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot87" rel="tag"&gt;Mutines S&#233;ditions (Paris)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mutines S&#233;ditions a commenc&#233; en f&#233;vrier 2001 par un double recueil intitul&#233; &lt;i&gt;&#034;Anti-mondialisation&#034;, activisme et... capitalisme&lt;/i&gt;, quelques mois avant G&#234;nes. Elles s'appelent dor&#233;navant lutines s&#233;ditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contact :&lt;br class='manualbr' /&gt;Lutines S&#233;ditions&lt;br class='manualbr' /&gt;c/o Biblioth&#232;que Libertad&lt;br class='manualbr' /&gt;19, rue Burnouf&lt;br class='manualbr' /&gt;75019 Paris&lt;br class='manualbr' /&gt;lutineseditions[([a)])riseup.net&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir aussi &lt;a href=&#034;https://lutineseditions.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le site de Lutines S&#233;ditions&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Oui, mais au fond, qu'est-ce que vous voulez ?</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article486</link>
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		<dc:date>2007-10-03T06:51:19Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Adesso</dc:creator>


		<dc:subject>Anarchismes, anarchie</dc:subject>
		<dc:subject>Prison, justice, r&#233;pression</dc:subject>
		<dc:subject>Mutines S&#233;ditions (Paris)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ces quelques lignes ont &#233;t&#233; &#233;crites en juillet&lt;br class='autobr' /&gt;
2004 par un anarchiste italien. Frapp&#233; par la&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;pression comme d'autres compagnons &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
travers tout le pays, il se trouvait alors incarc&#233;r&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; la prison de Trento.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au cours de ce s&#233;jour qu'il en a profit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
pour jeter sur le papier ces br&#232;ves r&#233;flexions,&lt;br class='autobr' /&gt;
destin&#233;es &#224; donner une premi&#232;re r&#233;ponse &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
tous ceux qui, inlassablement, finissent par&lt;br class='autobr' /&gt;
demander &#171; Oui, mais au fond, qu'est-ce que&lt;br class='autobr' /&gt;
vous voulez ? &#187;. Elles ont ensuite &#233;t&#233; publi&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt;
dans une feuille de critique sociale du coin,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Adesso&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni br&#233;viaire du petit anarchiste contemporain&lt;br class='autobr' /&gt;
comme se plaisent &#224; en imprimer quelques&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;diteurs (un march&#233; s'est semble-t-il r&#233;ouvert&lt;br class='autobr' /&gt;
depuis les &#233;meutes de G&#234;nes en juillet 2001),&lt;br class='autobr' /&gt;
ni guide &#224; conserver chez soi entre deux&lt;br class='autobr' /&gt;
auteurs tr&#232;s 19e si&#232;cle comme on les aime&lt;br class='autobr' /&gt;
dans certaines organisations, il s'agit au&lt;br class='autobr' /&gt;
contraire d'un texte qui, tout en se revendiquant&lt;br class='autobr' /&gt;
d'une &#233;thique anarchiste, cherche &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
poser en quelques lignes la vie pour laquelle&lt;br class='autobr' /&gt;
nous nous battons, &#171; &lt;i&gt;conscient que ce que&lt;br class='autobr' /&gt;
nous voulons ne peut que &#8220;porter la panique &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
la superficie des choses&#8221;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme des pierres jet&#233;es sur l'eau et dont les&lt;br class='autobr' /&gt;
cercles s'agrandiraient &#224; l'infini.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduit de l'italien.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;Adesso&lt;/i&gt;, feuille de critique sociale - Rovereto, 6 septembre 2004, num&#233;ro 19.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique21" rel="directory"&gt;O&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Anarchismes, anarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot20" rel="tag"&gt;Prison, justice, r&#233;pression&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot87" rel="tag"&gt;Mutines S&#233;ditions (Paris)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L113xH150/arton486-a35b7.jpg?1781169352' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='113' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff486.jpg?1191191965&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8220;Oui, mais au fond, qu'est-ce que vous voulez ?&#8221;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce num&#233;ro d'&lt;a href=&#034;http://guerrasociale.altervista.org/adesso.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Adesso&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; sera diff&#233;rent des autres. Nous tenterons de r&#233;pondre &#224; une question qui nous est souvent pos&#233;e : &#8220;oui, mais au fond, qu'est-ce que vous voulez ?&#8221;. Certains s'&#233;tonneront peut-&#234;tre du choix d'un sujet aussi g&#233;n&#233;ral en cette p&#233;riode o&#249; la r&#233;pression s'&#233;chauffe, avec les derni&#232;res incarc&#233;rations d'anarchistes &#224; Trento et dans le reste de l'Italie. Les choses &#224; dire sur tout cela ne manquent certes pas, et nous les dirons au plus vite. D&#233;sormais, m&#234;me les aveugles devraient se rendre compte que le pouvoir frappe de fa&#231;on toujours plus ouverte toute forme de dissensus. Cependant, la r&#233;pression ne doit pas nous couper le souffle en nous for&#231;ant &#224; ne suivre que ses temporalit&#233;s. Le r&#244;le des &#233;ternels Cassandre ne nous pla&#238;t pas. C'est peut-&#234;tre pour cela que nous avons senti l'exigence -pourquoi maintenant ?, ce n'est pas facile &#224; dire- d'&#233;crire quelques lignes sur la vie pour laquelle nous nous battons, au-del&#224; des luttes et des &#233;pisodes particuliers, et en d&#233;pit des policiers, des procureurs, des journalistes et des matons. Les probl&#232;mes que nous soulevons -comme par exemple celui d'une soci&#233;t&#233; sans prison- seront pour ainsi dire &#224; peine effleur&#233;s. Il nous faudrait pour cela bien autre chose qu'un num&#233;ro d'Adesso. Nous avons pourtant envie d'essayer, m&#234;me dans les limites &#233;troites de notre feuille de critique sociale. Mais d'o&#249; partir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons qu'il est impossible d'aller au fond de nos d&#233;sirs, qui sont litt&#233;ralement &lt;i&gt;sans fond&lt;/i&gt;. En m&#234;me temps, nous n'&#233;prouvons aucune difficult&#233; &#224; admettre que nous avons un id&#233;al. Pour nous, un id&#233;al est un mode quotidien de vivre et en m&#234;me temps la pr&#233;figuration du monde dans lequel nous voudrions habiter. Id&#233;e, id&#233;al sont des concepts qui renvoient, &#233;tymologiquement, &#224; la capacit&#233; visuelle, &#224; la &lt;i&gt;vision&lt;/i&gt;. Il s'agit d'une facult&#233; imaginative, de pr&#233;figuration, justement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;figurer ne signifie pas construire de minutieuses architectures de mondes alternatifs, des cartes d&#233;taill&#233;es de la terre d'Utopie. C'est aussi impossible, parce que cela renverrait &#224; une id&#233;e de soci&#233;t&#233; oppos&#233;e &#224; celle que nous voulons : ce serait une soci&#233;t&#233; planifi&#233;e par quelques uns dans l'intention d' &#8220;am&#233;liorer l'humanit&#233;&#8221;, m&#234;me contre&#8230; sa propre volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous, la pr&#233;figuration est une image qui traverse l'esprit, une image dans laquelle l'exp&#233;rience se m&#234;le &#224; la tension et l'esp&#233;rance, dans laquelle les possibilit&#233;s du pass&#233; rencontrent la rupture du pr&#233;sent. Cette image se nourrit de luttes et de valeurs, de techniques et de savoirs, d'espaces et de temps. Voil&#224; de quoi il sera question dans ce num&#233;ro, conscients que &lt;i&gt;ce que nous voulons&lt;/i&gt; ne peut que &#8220;porter la panique &#224; la superficie des choses&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comme des pierres sur l'eau&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes avant tout des individus. Les d&#233;finitions, lorsqu'elles ne sont pas des cages, sont comme des pierres jet&#233;es sur l'eau : elles cr&#233;ent des cercles toujours plus vastes, sans qu'aucun d'entre eux ne r&#233;ussisse &#224; contenir enti&#232;rement notre individualit&#233;. Conscients de cela, les mots ne nous font pas peur. Pourquoi sommes nous anarchistes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que nous voulons un monde bas&#233; sur la r&#233;ciprocit&#233; et sur l'entraide, et non pas sur la domination et l'exploitation. Un monde sans Etat et sans argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous reconnaissons la n&#233;cessit&#233; d'accords -ou, si on pr&#233;f&#232;re, de r&#232;gles- pour vivre ensemble ; mais, pour nous, les seuls accords dignes de ce nom sont ceux cr&#233;&#233;s et d&#233;finis librement et r&#233;ciproquement, et non pas ceux impos&#233;s unilat&#233;ralement par ceux qui ont le pouvoir de faire les lois et la force militaire pour les faire respecter. R&#232;gles et lois ne sont pas du tout synonymes. La loi est un mode bien particulier -bas&#233; sur la coercition- de concevoir la r&#232;gle. Dans la limite des possibilit&#233;s, nous avons jusqu'&#224; pr&#233;sent cherch&#233; &#224; vivre sur la base du libre accord, refusant qu'une autorit&#233; d&#233;cide pour nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes pour l'entraide, parce que nous savons que l'&#233;quit&#233; ne suffit pas si elle n'est pas accompagn&#233;e d'un sentiment de solidarit&#233; conscient et volontaire. Contrairement au mod&#232;le lib&#233;ral qui voit dans la libert&#233; de l'autre une limite &#224; la sienne, nous sentons que notre libert&#233; s'&#233;tend &#224; l'infini &#224; travers la libert&#233; des autres. Contrairement au communisme autoritaire, nous savons que l'&#233;galit&#233; est la s&#339;ur du despotisme si elle n'est pas l'espace dans lequel exprimer les diff&#233;rences individuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mode diff&#233;rent de concevoir les r&#232;gles d&#233;termine aussi une mani&#232;re diverse d'affronter les conflits. Tout d'abord, pour nous chacun r&#233;pond uniquement de la violation de r&#232;gles qu'il a lui-m&#234;me d&#233;fini et partag&#233; -et non pas de lois que d'autres ont fix&#233; en son nom ; en second lieu, ces m&#234;mes conflits sont affront&#233;s sur un mode non r&#233;pressif, comme des signaux d'accords inad&#233;quats, comme l'exp&#233;rimentation de nouveaux rapports. Dans tous les cas, la solution aux d&#233;saccords ne doit pas &#234;tre institutionnalis&#233;e dans des organes r&#233;pressifs -comme les prisons et les s&#233;gr&#233;gations en tout genre- qui ne feraient rien d'autre que recr&#233;er ce pouvoir oppressif et arbitraire dont nous connaissons tous la nature et les cons&#233;quences. En bref, la &#8220;justice&#8221; ne doit jamais &#234;tre s&#233;par&#233;e de la communaut&#233; qui l'exprime, en s'incarnant dans des organes sp&#233;cialis&#233;s qui tendront avant tout &#224; se reproduire, eux et leurs privil&#232;ges. Aucune recette, &#233;videmment, seule une sensibilit&#233; anti-autoritaire &#224; affiner sur les ruines de toutes les prisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de pouvoir d&#233;cider ensemble sans pouvoir centralisateur, il est n&#233;cessaire de pouvoir dialoguer de mani&#232;re directe et horizontale. La soci&#233;t&#233; pour laquelle nous nous battons est une soci&#233;t&#233; du face &#224; face. Une civilisation de masse, comme la civilisation industrielle, sp&#233;cialise &#224; l'extr&#234;me les t&#226;ches, cr&#233;e partout des hi&#233;rarchies et rend les individus incapables de comprendre le produit de leurs relations sociales. Parce que la pens&#233;e n'est unie &#224; l'action que dans l'individu -les forces sociales sont toujours aveugles-, il est n&#233;cessaire que l'activit&#233; accomplie soit directe, contr&#244;l&#233;e et comprise par les individus eux-m&#234;mes. Le travail salari&#233; est en revanche bas&#233; sur l'exact contraire : quelques dirigeants organisent pendant que la masse ex&#233;cute, incapable de ma&#238;triser et de r&#233;parer les machines -dont on devient ainsi un simple appendice-, ni de comprendre le produit de sa propre activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est que dans les esprits autoritaires que l'universel et le local s'opposent, dans une telle vision il n'y aurait pas d'issue au gigantisme des villes et des appareils productifs. En r&#233;alit&#233;, ou nous r&#233;ussirons &#224; r&#233;inventer une vie sociale sur des bases plus modestes -du petit au grand &#224; travers des unions horizontales-, sur des techniques plus simples, ou nous nous dirigerons toujours plus vers la d&#233;sint&#233;gration de toute autonomie individuelle et vers le chaos &#233;cologique. Il est urgent de dissoudre les liens massifi&#233;s -sources de conformisme, de pollution et d'angoisse existentielle- pour en exp&#233;rimenter d'autres, plus adapt&#233;s aux besoins et aux d&#233;sirs de chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; la vision du progr&#232;s qui nous est impos&#233;e, dans laquelle l'histoire est une sorte de ligne droite qui va des cavernes au Fond Mon&#233;taire International, l'humanit&#233; a v&#233;cu pendant des mill&#233;naires dans des communaut&#233;s sans Etat et sans pouvoir centralis&#233;. Aujourd'hui, il ne s'agit certes pas de r&#234;ver &#224; un mythique &#226;ge d'or, mais plut&#244;t de red&#233;couvrir dans le pass&#233; quels rapports et quelles techniques peuvent nous aider &#224; transformer le pr&#233;sent. Pour nous, la red&#233;couverte d'une nouvelle autonomie (alimentaire, &#233;nerg&#233;tique, m&#233;dicale, etc.) est indissociable d'un processus r&#233;volutionnaire de destruction de l'Etat et du d&#233;mant&#232;lement de la soci&#233;t&#233; industrielle. R&#233;inventer un rapport entre la solitude et la rencontre, la for&#234;t et le village, la campagne et le bourg, n'est pas seulement une tension &#233;thique : c'est une n&#233;cessit&#233; vitale. Le capitalisme attaque les sources m&#234;mes de la vie -la nourriture, l'air, l'eau- en les transformant en marchandises. Il est pour nous illusoire de penser se retirer dans une quelconque r&#233;serve de ce gigantesque supermarch&#233;. Elargir les espaces d'autonomie -en exp&#233;rimentant des formes de vie et de rapports autres- et subvertir le pr&#233;sent ordre des choses, r&#233;p&#233;tons-le, sont des aspects ins&#233;parables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; la propagande technologique, pour laquelle tout ce qui est techniquement efficace devient socialement positif, nous pensons que les techniques ne valent que soumises &#224; des consid&#233;rations &#233;thiques et sociales, et que l'on doit faire marche arri&#232;re lorsqu'une pr&#233;tendue efficacit&#233; technique s'obtient gr&#226;ce &#224; une plus grande sp&#233;cialisation, un pouvoir plus puissant ou un appauvrissement g&#233;n&#233;ral des rapports humains.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8220;Et donc ?&#8221;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Certaines de ces r&#233;flexions sont d&#233;sormais banales pour beaucoup de personnes, r&#233;volutionnaires ou m&#234;me seulement critiques. Ce qui nous caract&#233;rise comme anarchistes, c'est que nous consid&#233;rons les fins ins&#233;parables des moyens, parce que les m&#233;thodes de lutte laissent d&#233;j&#224; entrevoir la vie pour laquelle nous nous battons. En d&#233;pit du machiav&#233;lisme dominant, nous savons qu'en refusant d'employer certains moyens on refuse aussi certaines fins, justement parce que ces derni&#232;res sont toujours contenues dans les premiers. On sait, et les exemples historiques foisonnent, o&#249; a port&#233; la logique de l'opportunisme, des exceptions tactiques et strat&#233;giques, de la &#8220;transition vers le communisme&#8221; (qui ne finit jamais mais justifie tout). &#224; des dictatures impitoyables ou &#224; des social-d&#233;mocraties assassines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelqu'un disait qu'on ne peut combattre l'ali&#233;nation avec des formes ali&#233;n&#233;es. On ne peut reproduire dans ses propres rapports et dans ses pratiques les m&#234;mes dynamiques que celles de la domination qu'on combat. Ainsi, nous sommes pour l'auto-organisation des luttes, c'est-&#224;-dire pour une autonomie face &#224; toutes les forces partidaires et syndicales, pour la conflictualit&#233; permanente avec le pouvoir, ses structures, ses hommes et ses id&#233;ologies. Ainsi, de m&#234;me que nous refusons l'imbroglio &#233;lectoral -par lequel la dictature du capital est occult&#233;e- , nous refusons en m&#234;me temps les leaders, les hi&#233;rarchies, les comit&#233;s centraux, les porte-parole m&#233;diatiques (soit les futurs chefs politiques).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attaquer le pouvoir plut&#244;t que de le reproduire, en d&#233;serter les institutions plut&#244;t que d'en mendier les subventions, sont des m&#233;thodes qui, dans l'imm&#233;diat, peuvent sembler peu efficaces et s'accompagner d'un certain isolement (bien pr&#233;par&#233; par le lynchage m&#233;diatique permanent). A cela, on peut r&#233;pondre que le sens de ce qui est fait se saisit dans l'activit&#233; elle-m&#234;me, et non pas avec en en mesurant les r&#233;sultats quantitatifs ; on ne peut mesurer les forces sociales &#224; coup de recensements, notamment parce qu'elles sont impr&#233;visibles : ce que nous percevons, au fond, ne sont que les premiers cercles form&#233;s par les pierres que nous lan&#231;ons. D'autre part, la recherche de la coh&#233;rence est la force qui contient toutes les autres, et ceci non pas par adh&#233;sion sacrificielle &#224; une doctrine, mais pour le plaisir procur&#233; lorsque l'esprit est en accord avec lui-m&#234;me. C'est dans l'union de la pens&#233;e et de l'action, disait Simone Weil, que se renouvelle le pacte de l'esprit avec l'univers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, ce qui peut sembler du &#8220;purisme&#8221; (comme disent de fa&#231;on d&#233;pr&#233;ciative les &lt;i&gt;r&#233;alistes&lt;/i&gt;) est en fait un mode bien concret de palper l'existence, &#8220;dans le fier plaisir de la bataille sociale&#8221;. Nous ne croyons pas aux soleils radieux de l'avenir qui surgissent des calculs faits dans les arri&#232;re-boutiques. Le monde dans lequel on voudrait habiter doit &#234;tre le plus possible contenu dans ses propres rapports et comportements. Enfin, en ne collaborant pas avec les institutions, personne ne pourra jamais nous jeter &#224; la figure de cracher dans la soupe -et &#231;a aussi, &#231;a compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auto-organisation dont nous parlons n'est pas une simple vue de l'esprit. C'est une exp&#233;rience humaine qui existe depuis la nuit des temps, un grand arsenal th&#233;orique et pratique que le pass&#233; a transmis au pr&#233;sent. Beaucoup de ce qu'on appelle th&#233;ories ont &#233;t&#233; sugg&#233;r&#233;es par la r&#233;alit&#233; des luttes, par les exp&#233;rimentations communautaires tout comme par les r&#233;voltes audacieuses et solitaires de ceux qui ont eu la d&#233;termination de d&#233;fier le pouvoir, les habitudes et les pr&#233;jug&#233;s de leur &#233;poque, de ceux qui ont attir&#233; sur eux les foudres de tous les juges antiques et modernes. Du Moyen-Age &#224; aujourd'hui, les exemples de communaut&#233;s qui ont aboli la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et l'Etat, en une tentative passionn&#233;e de r&#233;aliser sur Terre le bonheur que les religions ont toujours enferm&#233; au royaume des cieux, sont innombrables. Mais nous n'avons pas besoin d'un pass&#233; dans lequel chercher des justifications &#224; nos d&#233;sirs. L'auto-organisation est une r&#233;alit&#233; qui existe dans le monde actuel, soit comme pratique sociale lors des explosions insurrectionnelles (pensons aux assembl&#233;es de quartier en Argentine ou aux &lt;i&gt;aarch&lt;/i&gt; en Alg&#233;rie), soit comme m&#233;thode de lutte lors de conflits plus sp&#233;cifiques (pensons aux r&#233;cents blocus des nettoyeurs des trains, celui de Scansano Jonio ou de la Campania, aux gr&#232;ves sauvages des conducteurs de trams et bus). Des milliers d'exploit&#233;s font l'exp&#233;rience de l'action directe non par id&#233;ologie, mais parce que c'est le seul mode pour arracher quelques am&#233;liorations r&#233;elles aux patrons. Cette critique anticapitaliste que les intellectuels serviles trouvent vaine, d&#233;pass&#233;e ou criminelle, de nombreux exploit&#233;s la mettent en &#339;uvre dans leurs luttes parce qu'ils exp&#233;rimentent le capitalisme sur leur peau. Et nous, dans tout cela ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'ayant aucune mentalit&#233; avant-gardiste, nous donnons simplement notre contribution, partout o&#249; nous y r&#233;ussissons, pour favoriser des pratiques d'auto-organisation et d'action directe. Lorsque c'est possible, nous initions en notre nom des situations de lutte sociale, autrement nous intervenons, sur nos bases, dans des luttes men&#233;es par d'autres. N'&#233;tant pas des sp&#233;cialistes, nous n'avons aucun champ d'intervention exclusif, notamment parce que cette soci&#233;t&#233; a d&#233;sormais atteint un tel degr&#233; d'interd&#233;pendance entre ses secteurs qu'il n'est possible d'en modifier en profondeur aucun aspect significatif sans remettre l'ensemble en discussion. M&#234;me la requ&#234;te d'une nourriture non empoisonn&#233;e signifie pour &#234;tre satisfaite -comme quelqu'un l'a d&#233;j&#224; &#233;crit- le d&#233;mant&#232;lement de l'ensemble du syst&#232;me de production, d'&#233;change et de transport existant. Du probl&#232;me de la d&#233;vastation de l'environnement &#224; celui de la guerre, la critique se retrouve face &#224; la soci&#233;t&#233; toute enti&#232;re et &#224; ses chiens de garde lorsqu'elle veut aller au fond des choses. Bien s&#251;r, certaines questions nous tiennent plus &#224; c&#339;ur que d'autres, et notamment parce que nous pensons qu'elles sont moins r&#233;cup&#233;rables -c'est-&#224;-dire neutralisables- que d'autres par la domination. Si on peut concevoir qu'un pouvoir produise moins d'incin&#233;rateurs ou certaines technologies hautement nuisibles, il n'est pas concevable qu'un pouvoir fasse moins de prisons, de la m&#234;me fa&#231;on qu'il n'a jamais exist&#233; de fossoyeurs de r&#233;volutions qui n'en aient reconstruit. Pourtant, &#224; bien y regarder, le probl&#232;me m&#234;me de la prison renvoie &#224; celui de l'autonomie des d&#233;cisions et de ce que chacun a besoin pour vivre. Tant que nous n'apprendrons pas &#224; pr&#233;f&#233;rer le libre accord &#224; l'imposition, la solidarit&#233; &#224; la comp&#233;tition avilissante, la logique du ch&#226;timent reconstruira ses cages et ses horreurs. Nous sommes pour la rupture r&#233;volutionnaire parce que nous savons que les mentalit&#233;s serviles ont besoin d'une violente secousse au m&#234;me titre que les institutions sociales, mais nous savons aussi qu'une insurrection est seulement le d&#233;but d'un changement possible et non pas une panac&#233;e. Pr&#234;ts &#224; nous unir &#224; quiconque souhaite vraiment abattre la domination actuelle, nous d&#233;fendrons aussi bec et ongles notre possibilit&#233; de vivre sans imposer ni recevoir d'ordres d'une autorit&#233;, d'un parti ou d'un comit&#233; central. L'exp&#233;rience historique nous a appris que les pires oppresseurs peuvent endosser l'habit du r&#233;volutionnaire, et nous ne voulons certainement pas nous retrouver alli&#233;s avec les &#233;trangleurs de toute spontan&#233;it&#233; subversive et de toute libert&#233;. Pour nous, l'unique violence acceptable est celle qui lib&#232;re et n'asservit pas, celle qui d&#233;truit le pouvoir et ne le reproduit pas, celle qui d&#233;fend &#224; chacun la possibilit&#233; de vivre &#224; sa fa&#231;on. Imposer la libert&#233; est un contre-sens. Si je devais dresser l'&#233;chafaud pour vaincre, disait Malatesta, je pr&#233;f&#233;rerais alors perdre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que le ch&#339;ur des intelligences soumises r&#233;p&#232;te qu'une r&#233;volution est impossible ne nous impressionne ni ne nous &#233;tonne. N'est-ce pas ce que les trente tyrans r&#233;p&#233;taient aux d&#233;mocrates ath&#233;niens, les aristocrates aux bourgeois, les latifundistes aux paysans mexicains, les d&#233;mocrates aux anarchistes espagnols, les bureaucrates staliniens aux insurg&#233;s hongrois, les sociologues aux enrag&#233;s du mois de Mai ? &#8220;Celui qui fait la r&#233;volution &#224; moiti&#233; creuse sa propre tombe&#8221;. C'est le seul enseignement que nous voulons tirer de ceux qui nous ont pr&#233;c&#233;d&#233; sur la route d'une r&#233;volution anarchiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous consid&#233;rant comme des exploit&#233;s aux c&#244;t&#233;s des autres exploit&#233;s, nous pensons que notre impatience, notre d&#233;termination &#224; attaquer ici et maintenant font aussi partie du conflit de classe. Nous n'admettons pas de hi&#233;rarchie fond&#233;e sur les risques pr&#233;vus par le code p&#233;nal : un tract a la m&#234;me dignit&#233; qu'un sabotage, parce que pour nous l'action directe ne s'oppose pas &#224; la diffusion des id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es &#224; venir seront lourdes de conflits, certains difficiles &#224; d&#233;chiffrer, d'autres clairs parce que nets comme les barricades. Le terrain de l'acquiescement et de la soumission se fissure, de nombreux signes d'insatisfaction le r&#233;v&#232;lent. L'auto-organisation reviendra cogner avec force &#224; la porte de la guerre sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos complices sont et seront tous les individus dispos&#233;s &#224; se battre pour conqu&#233;rir la libert&#233; avec les autres, et pr&#234;ts aussi &#224; risquer la leur.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&#034;text-align: right;&#034;&gt;	Prison de Trento, 23 juillet 2004&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://guerrasociale.altervista.org/adesso.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Adesso&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;br&gt;
CP 45&lt;br&gt;
38 068 Rovereto (TN)&lt;br&gt;
Italie&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Traduit de l'italien.&lt;br&gt;
&lt;a href=&#034;http://guerrasociale.altervista.org/adesso.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Adesso&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, feuille de critique sociale - Rovereto, 6 septembre 2004, num&#233;ro 19.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Negrisme &amp; Tute bianche : une contre-r&#233;volution de gauche</title>
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		<dc:date>2004-09-15T22:34:36Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Collectif</dc:creator>


		<dc:subject>Mutines S&#233;ditions (Paris)</dc:subject>
		<dc:subject>Contre-sommets</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Critique de la gauche mondiale en devenir. Antonio Negri, les centres sociaux italiens, &lt;i&gt;Multitudes&lt;/i&gt;, les d&#233;sob&#233;issants... pseudo-radicalit&#233; du discours, r&#233;formisme et dissociation politique.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique20" rel="directory"&gt;N&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot87" rel="tag"&gt;Mutines S&#233;ditions (Paris)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot94" rel="tag"&gt;Contre-sommets&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH95/arton193-22fe7.png?1781158466' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='95' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff193.gif?1128977595&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Si vous pensez que &lt;i&gt;&#171; la prochaine gr&#232;ve sera la gr&#232;ve sur Internet &#187;&lt;/i&gt;, que &lt;i&gt;&#171; la d&#233;mocratie &#233;conomique est sans doute le r&#233;gime d'accumulation le &#8220;moins mauvais possible&#8221; &#187;,&lt;/i&gt; que le revenu universel de citoyennet&#233; permettrait enfin &#171; la mobilit&#233; sectorielle, la &lt;i&gt;&#8220;souplesse&#8221; des cr&#233;ations d'entreprise, l'investissement dans les secteurs &#224; haute technologie &#187;,&lt;/i&gt; qu'&#224; G&#234;nes &#171; la multitude des photos se r&#233;v&#232;le une arme bien plus ac&#233;r&#233;e qu'une matraque &#187;, que Chirac a &#233;t&#233; &#233;lu par &lt;i&gt;&#171; le vote de la multitude &#187;,&lt;/i&gt; vous &#234;tes peut-&#234;tre un negriste qui s'ignore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vous pensez que les Tute bianche (aujourd'hui Disobbedienti) sont de sympathiques jeunes des centres sociaux italiens qui luttent pour changer le monde et non pas des balances, des r&#233;cup&#233;rateurs et des pacificateurs ; si vous estimez que Toni Negri est un grand penseur qui essaie de tracer des perspectives antagoniques pour le mouvement et non pas qu'il est le th&#233;oricien de la dissociation politique, de la soumission &#224; l'ordre et aux nuisances capitalistes ou l'ap&#244;tre de la collaboration avec les institutions, vous &#234;tes certainement un negriste qui ne s'ignore pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux autres, nous proposons un bref tour d'horizon qui va de Barbares (analyse et critique d'Empire) aux pratiques des Tute bianche &#224; Rome ou &#224; G&#234;nes, en passant par un portrait de Negri, des extraits de textes de ses &#233;pigones fran&#231;ais et une pr&#233;sentation de leurs id&#233;es en guise d'introduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Quatri&#232;me de couverture]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Premier article de la brochure, ce texte est sur &lt;a href=&#034;http://mutineseditions.free.fr/negrisme/negrindex.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le site de Mutines s&#233;ditions&lt;/a&gt;. Les autres aussi.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La contre-r&#233;volution negriste en France&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi publier une brochure autour des th&#233;ories d'Antonio Negri , de sa branche activiste en Italie (les &lt;i&gt;Tute bianche&lt;/i&gt; devenues &lt;i&gt;Disobbedienti&lt;/i&gt; apr&#232;s G&#234;nes en juillet 2001) et de ses acolytes fran&#231;ais ? L'auteur d'Empire est peu connu ici, bien que certains de ses concepts comme pr&#233;cis&#233;ment l'Empire ou le revenu garanti se r&#233;pandent de plus en plus. Le fait est que ce vieux routier des c&#233;nacles universitaires &#233;labore actuellement, avec tous ses disciples, ses associ&#233;s et ses propagateurs, le programme de gauche du capital en proposant un kit alternatif &#224; la subversion des plus instructifs puisqu'il nous parle &#224; la fois des craintes de la domination et des r&#233;formes contre-r&#233;volutionnaires susceptibles d'endiguer une r&#233;volte qui parviendrait &#224; se faire contagieuse, &lt;i&gt;avant qu'il ne soit trop tard.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous n'avons pas l'illusion de penser que des th&#233;ories puissent influencer unilat&#233;ralement des mouvements, nous pensons par contre que celles de Negri correspondent aux int&#233;r&#234;ts de la domination, c'est-&#224;-dire redonner une stabilit&#233; &#224; cet &#8220;Empire menac&#233; de partout&#8221;. A travers de nouvelles m&#233;diations (le pouvoir constituant et ses porte-paroles m&#233;diatiques), un contr&#244;le social plus raffin&#233; (revenu garanti et nouvelles technologies), des r&#233;formes &#233;conomiques (un nouveau New Deal) et politiques (une &#8220;d&#233;mocratie europ&#233;enne&#8221;, de &#8220;nouveaux droits universels de citoyennet&#233;&#8221;), les negristes tentent en effet de forger, malgr&#233; leur usage abscons du langage, de nouveaux outils pr&#233;ventifs pour garantir l'ordre social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les textes de cette brochure ont tous &#233;t&#233; &#233;crits par des compagnons italiens et publi&#233;s soit directement l&#224;-bas, soit comme notes destin&#233;es &#224; pr&#233;ciser la feinte radicalit&#233; dont les negristes sont parfois porteurs au-del&#224; des Alpes : le &#8220;portrait crach&#233;&#8221; de Negri a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; &#224; l'occasion de la publication de la traduction de &lt;i&gt;Barbari&lt;/i&gt; (livre italien qui analyse, critique et r&#233;pond &#224; Empire) aux Etats-Unis, o&#249; ses ann&#233;es de prison conf&#233;raient une aura au personnage, et l'article sur les pratiques des &lt;i&gt;Tute bianche&lt;/i&gt; lors d'une manifestation &#224; Rome a &#233;t&#233; &#233;crit pour un journal parisien de pr&#233;caires, au moment o&#249; ces bouffons en blanc -&lt;i&gt;v&#233;ritables balances para-institutionnelles&lt;/i&gt;- jouissaient d'une r&#233;putation de radicaux, notamment forg&#233;e par le r&#233;seau antifasciste liberto&#239;de No Pasaran&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qui a leurr&#233; jusqu'aux animateurs du journal Cette Semaine, alors en qu&#234;te (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nous avons simplement rajout&#233; &#224; ces diff&#233;rents textes un recueil de citations de negristes fran&#231;ais extraites de publications qui se sont implant&#233;es ici dans les bonnes biblioth&#232;ques universitaires et dans les poches des partisans du pr&#234;t-&#224;-penser qui fait intelligent.&lt;br&gt;
S'il reste tout un travail bien plus complet &#224; mener sur toutes les cons&#233;quences pratiques du negrisme en Italie (dont la diffusion de la dissociation politique, le r&#244;le de pacification sociale dans les villes &#224; travers les centres sociaux, de constitution d'une base &#233;lectorale pour une gauche italienne en faillite, d'auxiliaires de police lors des manifestations), revenons &#224; pr&#233;sent sur les &#233;pigones fran&#231;ais du th&#233;oricien de Padoue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme en Italie, o&#249; les negristes sont issus politiquement des groupes de l'Autonomie ouvri&#232;re de la fin des ann&#233;es 70&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une analyse d&#233;taill&#233;e, voir Claudio Albertani, &#034;Toni Negri et la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, une partie des negristes fran&#231;ais &#233;tait d&#233;j&#224; active &#224; la m&#234;me &#233;poque dans la sph&#232;re de l'autonomie parisienne. &lt;br&gt;
Si on suit par exemple le fil rouge de la revendication pour &#8220;un revenu minimum garanti&#8221;, un Laurent Guilloteau (aujourd'hui activiste &#224; AC !, dans la coordination Ile-de-France des intermittents du spectacle et membre du comit&#233; de r&#233;daction de Multitudes) ou un Yann Moulier-Boutang (aujourd'hui aux Verts, professeur &#224; sciences-po et directeur de publication de &lt;i&gt;Multitudes&lt;/i&gt;) militaient d&#233;j&#224; ensemble dans les premiers collectifs de ch&#244;meurs en 1978-79&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par Moulier-Boutang lors d'une interview in &#034;L'art de la fugue&#034;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; avant de promouvoir le revenu garanti au sein de la revue CASH (1984-1989) puis du Collectif d'agitation pour un revenu garanti optimal (CARGO, n&#233; en 1994, aujourd'hui dissous) avant de participer &#224; la r&#233;daction de dossiers sur ce th&#232;me dans &lt;i&gt;Vacarme&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Chim&#232;res&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Multitudes&lt;/i&gt;. C'est donc un travail de longue haleine qui a &#233;t&#233; entrepris pour le promouvoir, &#224; la fois th&#233;orique en &#233;puisant tous les arguments possibles -jusqu'&#224; d&#233;fendre la relance de la consommation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Yann Moulier-Boutang, &#034;Pour un nouveau New-Deal&#034;, paru notamment dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;- et pratique, en s'investissant dans les luttes de ch&#244;meurs -jusqu'&#224; signer un appel pour un revenu garanti stipulant que chaque b&#233;n&#233;ficiaire devrait s'engager &#224; ne pas refuser plus de deux offres d'emploi (CASH) ou infiltrant AC ! &#224; Paris par un activisme n&#233;o-l&#233;niniste forcen&#233; (CARGO)-. &lt;br&gt;
Finalement, cette longue marche des petits soldats du n&#233;o-keyn&#233;sianisme et du contr&#244;le accru de l'Etat a abouti &#224; placer de petites louches de revenu garanti chez ...une partie de la mouvance libertaire organis&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple les articles favorables au revenu garanti comme : &#8220;Pour un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, toujours en qu&#234;te de &#8220;mesures concr&#232;tes&#8221; &#224; d&#233;fendre &#224; d&#233;faut de se fondre dans les r&#233;voltes subversives, ou chez les Verts, avant d'&#234;tre r&#233;appropri&#233; par une multitude jusqu'alors bien ingrate. Car c'est surtout la reprise du slogan &#8220;un revenu c'est du d&#251;&#8221; par une partie du mouvement des ch&#244;meurs et pr&#233;caires de fin 1997 qui fut leur plus grand succ&#232;s, en terme de visibilit&#233; du moins (l'occupation de l'&#233;cole Normale Sup&#233;rieure le 14 janvier 1998 qui a d&#233;bouch&#233; sur la premi&#232;re Assembl&#233;e de Jussieu le 19 janvier s'&#233;tait de m&#234;me faite sous les auspices d'une grande banderole riv&#233;e &#224; la toiture proclamant &lt;i&gt;&#8220;ch&#244;meurs pr&#233;caires travailleurs &#233;tudiants / assembl&#233;e des luttes / revenu garanti pour tous&#8221;&lt;/i&gt;), parce que malgr&#233; leurs appels r&#233;p&#233;t&#233;s &#224; la gauche, ils n'ont toujours pas &#233;t&#233; entendus. Le gouvernement Jospin avait r&#233;gl&#233; la question en 1998 &#224; coups de matraques et de miettes, mais il n'est pas dit que le r&#233;servoir d'alternatives que constituent les negristes reste toujours ainsi inemploy&#233;. La &#8220;dialectique avec les institutions&#8221; peut parfois prendre un peu plus de temps que pr&#233;vu avant le retour de balancier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les braves promoteurs de la multitude ne perdent pas tout et poussent l'abn&#233;gation jusqu'&#224; exp&#233;rimenter la formule, puisque l'Etat, bon prince, veut bien parfois leur garantir un revenu. Certains forment par exemple les cadres de demain : Yann Moulier-Boutang est professeur d'&#233;conomie &#224; l'universit&#233; de Compi&#232;gne et &#224; sciences-politiques Paris, quand il n'est pas intervenant &#224; l'ENA dans un &#8220;&lt;i&gt;s&#233;minaire portant sur les mouvements sociaux et le terrorisme&lt;/i&gt;&#8221; (1985), &#224; l'&#233;cole d'architecture de Versailles (1993) et l'&#233;cole sup&#233;rieure des beaux-arts de Bourges (2000), ou consultant pour le Bureau International du Travail (1981-82), la CEE (1986) ou l'OCDE (1993-94). Pour ses recherches, il a &#233;t&#233; sous contrat des minist&#232;res des Affaires Etrang&#232;res, des Affaires Sociales, du minist&#232;re de l'Industrie et celui de l'Equipement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Informations de la base de donn&#233;es Matisse (Universit&#233; Paris 1/CNRS)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour compl&#233;ter ceci et certainement acc&#233;l&#233;rer le mouvement du capital qui n'entend rien aux r&#233;formes que les negristes lui sugg&#232;rent si aimablement, il a &#233;t&#233; consultant pour la &lt;i&gt;Commission de modernisation de la Conf&#233;d&#233;ration des Entreprises Marocaines&lt;/i&gt; et intervenant &#224; leur journ&#233;e du 11 d&#233;cembre 1997 portant sur le &#8220;management de l'entreprise marocaine, r&#233;alit&#233;s et d&#233;fis&#8221;. Plus r&#233;cemment (2004), il s'est rendu &#224; une r&#233;union du Centre des Jeunes Dirigeants (CJD), syndicat patronal, qui l'avait invit&#233; afin de &lt;i&gt;&#8220;r&#233;agir &#224; leur th&#232;me de rapport qui porte sur l'homme fluide&#8221;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre exemple est celui d'Anne Querrien, membre du comit&#233; de r&#233;daction de &lt;i&gt;Multitudes&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;Chim&#232;res&lt;/i&gt;, et qui non contente d'&#234;tre membre de la CFDT, est &#233;galement sociologue-urbaniste &#224; l'universit&#233; et r&#233;dactrice-en-chef des &lt;i&gt;Annales de la Recherche Urbaine&lt;/i&gt;, &#233;dit&#233;e par le minist&#232;re de l'Equipement. &lt;br&gt;
Ce genre de parcours de conseiller du prince et collaborateur officiel des patrons ou de l'Etat trouve son mod&#232;le chez le ma&#238;tre lui-m&#234;me, puisque les affres de l'exil en France entre 1983 et 1997 ont &#233;t&#233; adoucis pour Negri par des s&#233;minaires dispens&#233;s &#224; l'Ecole Normale Sup&#233;rieure, dans les universit&#233;s de Paris VII et VIII ou au Coll&#232;ge International de philosophie, parall&#232;lement &#224; un travail de recherches sociologiques pour le compte de diff&#233;rents minist&#232;res et institutions. Depuis sa mise en semi-libert&#233; en 1999 et la sortie d'Empire en 2000, il a publi&#233; pas moins de quatre livres en fran&#231;ais et enseigne &#224; nouveau &#224; Paris, cette fois &#224; la Sorbonne : le s&#233;minaire 2004-2005 a pour objet la &#8220;&lt;i&gt;Transformation du travail, du pouvoir (s) et crise de la comptabilit&#233; nationale et d'entreprise&#8221;&lt;/i&gt;. Enfin, sa pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre, Essaim, sera jou&#233;e en juin 2005 au th&#233;&#226;tre de la Colline &#224; Paris. On comprend d&#232;s lors mieux leur concept analytique &#224; la base de la revendication pour un &#8220;salaire social garanti&#8221;, le &#8220;travail immat&#233;riel&#8221; qui veut que le capital nous exploite &#224; plein temps m&#234;me lorsqu'on ne lui est pas directement soumis comme salari&#233; : tout le temps qu'ils ne passent pas &#224; servir directement l'Etat comme fonctionnaires de la domination est tout de m&#234;me employ&#233; &#224; la consolider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces efforts sont ensuite r&#233;guli&#232;rement r&#233;compens&#233;s, puisque le n&#176;15 de leur revue &lt;i&gt;Multitudes&lt;/i&gt; sur l'Art a re&#231;u une subvention de la direction r&#233;gionale des affaires culturelles (Drac) du minist&#232;re de la culture qui pourrait m&#234;me &#234;tre doubl&#233;e &#8220;&lt;i&gt;sur un num&#233;ro hors s&#233;rie qui pourrait &#234;tre consacr&#233; &#224; l'architecture et aux m&#233;dias&lt;/i&gt;&#8221; (compte-rendu de l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale de l'association Multitudes du 17 janvier 2004) et que &#8220;&lt;i&gt;Yann [Moulier-Boutang] fait part d'un projet d'extension-relookage du site pour lequel nous aurions le soutien de la Direction des arts plastiques du Minist&#232;re de la culture&lt;/i&gt;&#8221; (compte-rendu de l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale du 24 mars 2004). De m&#234;me, l'ours de la revue &lt;i&gt;Alice&lt;/i&gt; (n&#176;2, hiver 1999), un des anc&#234;tres de &lt;i&gt;Multitudes&lt;/i&gt;, annon&#231;ait la perception d'une aide de la fondation Nestl&#233;.&lt;br&gt;
On comprend &#233;galement &#224; pr&#233;sent mieux les notions de &#8220;contre-pouvoir&#8221; ou de &#8220;pouvoir constituant&#8221; r&#233;pandues dans les num&#233;ros de &lt;i&gt;Multitudes&lt;/i&gt; (cr&#233;&#233;e en mars 2000 et faisant suite &#224; &lt;i&gt;Futur Ant&#233;rieur&lt;/i&gt;, 1989-1998), &#8220;&lt;i&gt;partie prenante du r&#233;seau mondial autour de Toni Negri et Michael Hardt et de leurs livres :&lt;/i&gt; Empire &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; Multitude&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;Qu'est-ce que Multitudes ?&#8221;, autod&#233;finition sur&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : il s'agit d'&#234;tre tout contre le pouvoir afin non plus de s'y substituer comme au temps o&#249; Negri ne jurait que par L&#233;nine, mais de l'alimenter en r&#233;flexions riches sur le mouvement (on a pu par exemple croiser la branche activiste de &lt;i&gt;Multitudes&lt;/i&gt; dans les luttes de ch&#244;meurs, des intermittents, autour des comit&#233;s Persichetti ou Battisti), de servir de m&#233;diation entre la multitude et les minist&#232;res de l'asservissement, de constituer un contre-feu pr&#234;t &#224; l'emploi afin d'aider &#224; mater les r&#233;voltes non int&#233;grables contre cet &#8220;Empire&#8221;. En somme, ce sont des auxiliaires entretenus par la r&#233;pression &lt;i&gt;en cas de besoin&lt;/i&gt;, si G&#234;nes vous dit quelque chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains, plus ing&#233;nus sans doute, ont cependant d&#251; s'exposer plus que n&#233;cessaire pour mieux co-g&#233;rer l'ordre de l'existant. C'est par exemple le cas de Giuseppe Caccia (un des porte-parole des centres sociaux du nord-est d'Italie et &#233;lu Vert au conseil municipal de Venise) ou de Yann Moulier-Boutang (directeur de &lt;i&gt;Multitudes&lt;/i&gt; et membre de la Commission &#233;conomique des Verts fran&#231;ais). Le Professeur italien qui a th&#233;oris&#233; la dissociation hier, lui n'a pas besoin de ces politicailleries-l&#224;, il expose directement sa contre-r&#233;volution de gauche aux dirigeants de multinationales et chefs d'Etat dans les colonnes de leur magazine, celui du Forum Economique mondial de Davos (WEF)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Antonio Negri et Michael Hardt, Why we need a multilateral Magna Carta (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &lt;br&gt;
&#171; &lt;i&gt;32. La multitude fournit une deuxi&#232;me source d'orientation des voix qui protestent contre l'&#233;tat actuel de guerre et la forme pr&#233;sente de la mondialisation. Ces manifestants dans les rues, aux forums sociaux et dans les ONG pr&#233;sentent non seulement des griefs contre les &#233;checs du syst&#232;me pr&#233;sent, mais encore de nombreuses propositions de r&#233;forme allant des propositions institutionnelles &#224; la politique &#233;conomique.&lt;br&gt;
33. Il est clair que ces mouvements resteront toujours antagoniques aux aristocraties imp&#233;riales et, de notre point de vue, c'est bien ainsi. N&#233;anmoins, il serait dans l'int&#233;r&#234;t des aristocraties de consid&#233;rer ces mouvements comme des alli&#233;s potentiels et une ressource pour formuler la politique globale d'aujourd'hui. &lt;br&gt;
34. Une version des r&#233;formes demand&#233;es par ces mouvements et quelques moyens d'incorporer la multitude globale comme force active sont ind&#233;niablement indispensables pour la production de richesse et la s&#233;curit&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est d&#232;s lors plus besoin de beaucoup en rajouter sur les intentions de ces petits Machiavel qui, lorsqu'ils th&#233;orisent pour la multitude lui pr&#233;sentent toutes les dominations et ali&#233;nations comme le fruit de ses propres conqu&#234;tes (voir &#8220;Barbares&#8221;, le premier texte de cette brochure), et conseillent aux puissants d'un autre c&#244;t&#233; de voir en elle des &#171; &lt;i&gt;alli&#233;s potentiels&lt;/i&gt; &#187; &#224; &#171; &lt;i&gt;incorporer&lt;/i&gt; &#187; pour se renforcer. Pr&#244;nant aux uns la r&#233;signation et la d&#233;fense de l'ordre social puisque le capitalisme contient d&#233;j&#224; en lui le communisme et aux autres une meilleure exploitation de cette formidable &#171; &lt;i&gt;ressource&lt;/i&gt; &#187;, ils se posent -eux- en meilleurs agents de la pacification comme garants de &#171; la production de richesse et la s&#233;curit&#233; &#187;.&lt;br&gt;
Alors que ce monde techno-industriel d'exploitation, de domestication et de contr&#244;le est plus que jamais &#224; d&#233;truire -avec ses nuisances qui bouleversent jusqu'aux fondements biologiques de nos existences, de la g&#233;n&#233;tique au nucl&#233;aire en passant par les pollutions-, en un temps o&#249; le pouvoir r&#233;clame sans cesse plus de participation individuelle et collective &#224; sa propre servitude volontaire, &#224; l'heure o&#249; on n'aurait d'autre libert&#233; que celle de choisir la moins pire mani&#232;re de crever, le negrisme et ses avatars garantistes, citoyennistes ou collaborationnistes est identifi&#233; pour ce qu'il affirme lui-m&#234;me &#234;tre : une id&#233;ologie qui rassemble des th&#233;oriciens de la domination et des flics sociaux dont le destin ne pourra &#234;tre que celui que les insurg&#233;s r&#233;serveront &#224; ces esclaves de tous les pouvoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Introduction de la brochure &#034;&lt;i&gt;Negrisme &amp; Tute bianche : une contre-r&#233;volution de gauche&lt;/i&gt;&#034; (&#233;d. Mutines S&#233;ditions, 36 p., ao&#251;t 2004)]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://mutineseditions.free.fr/" class="spip_out"&gt;Mutines s&#233;ditions&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Qui a leurr&#233; jusqu'aux animateurs du journal &lt;i&gt;Cette Semaine&lt;/i&gt;, alors en qu&#234;te de textes de la mouvance radicale, et qui ont publi&#233; un communiqu&#233; de &#8220;camarades de Milan&#8221;, en fait le centre social Leoncavallo et Ya Basta ! (&lt;i&gt;Cette Semaine&lt;/i&gt; n&#176;76, jan/f&#233;v 1999, p.7).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une analyse d&#233;taill&#233;e, voir Claudio Albertani, &#034;Toni Negri et la d&#233;concertante trajectoire de l'op&#233;ra&#239;sme italien&#034;, &lt;i&gt;A contretemps&lt;/i&gt; n&#176;13, septembre 2003, pp. 3-18 (chez Fernand Gomez, 55 rue des Prairies, 75020 Paris)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; par Moulier-Boutang lors d'une interview in &#034;L'art de la fugue&#034;, &lt;i&gt;Vacarme&lt;/i&gt; n&#176;8, mai 1999&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Yann Moulier-Boutang, &#034;Pour un nouveau New-Deal&#034;, paru notamment dans &lt;i&gt;Chim&#232;res&lt;/i&gt; n&#176;33, printemps 1998 et &lt;i&gt;Alice&lt;/i&gt; n&#176;1, automne 1998&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir par exemple les articles favorables au revenu garanti comme : &#8220;Pour un revenu minimum garanti &#233;gal au Smic&#8221; (couverture de &lt;i&gt;Courant alternatif&lt;/i&gt;, journal de l'OCL, n&#176;79, octobre 1988), Christophe Souli&#233; &#8220;Le revenu garanti : un autre futur ?&#034; (&lt;i&gt;La Griffe&lt;/i&gt; n&#176;11, octobre 1998), d'innombrables articles dans &lt;i&gt;No Pasaran&lt;/i&gt;, dont les militants se battent par exemple pour &#8220;un revenu d&#233;cent pour toutes et tous&#8221; (&lt;i&gt;No pasaran&lt;/i&gt; ,n&#176;53, janvier 1998) ou &#8220;un revenu garanti individuel permettant de vivre dans la dignit&#233;&#8221; (&lt;i&gt;No Pasaran&lt;/i&gt; n&#176;64, f&#233;vrier 1999).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Informations de la base de donn&#233;es Matisse (Universit&#233; Paris 1/CNRS)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8220;Qu'est-ce que Multitudes ?&#8221;, autod&#233;finition sur &lt;a href=&#034;http://multitudes.samizdat.net/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://multitudes.samizdat.net/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Antonio Negri et Michael Hardt, &lt;i&gt;Why we need a multilateral Magna Carta&lt;/i&gt; [Pourquoi nous avons besoin d'une &#8220;Grande Charte&#8221; multilat&#233;rale], Global agenda, 2004,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.globalagendamagazine.com/2004/antonionegri.asp&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.globalagendamagazine.com/2004/antonionegri.asp&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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