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		<title>Comprendre le fascisme pour mieux le combattre</title>
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		<dc:date>2026-02-21T17:21:26Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>A2C Autonomie de Classe</dc:creator>


		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>
		<dc:subject>Antiracisme</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ves et luttes des classes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#034;En juin 2017, a2c a produit une brochure intitul&#233;e &#171; comprendre le fascisme pour mieux le combattre &#187;. depuis, cette brochure a &#233;t&#233; largement diffus&#233;e dans le mouvement, servant parfois de support &#224; &#233;laborer des strat&#233;gies au sein des luttes antifascistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#224; la dissolution de l'assembl&#233;e nationale en juin dernier, convaincu.es que, plus que jamais, le danger fasciste est concret, il nous a sembl&#233; essentiel de produire une nouvelle version de cette brochure, actualis&#233;e autour de deux axes manquants : la caract&#233;risation du rn comme parti fasciste, et l'&#233;laboration de perspectives strat&#233;giques diff&#233;rentes de celles port&#233;es par le mouvement antifasciste aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous reproduisons donc ici quatre textes qui nous semblent permettre de cerner pr&#233;cis&#233;ment la r&#233;alit&#233; du danger fasciste auquel nous faisons face&#8230; pour mieux combattre sa r&#233;sistible ascension.&#034;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot96" rel="tag"&gt;Antiracisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot95" rel="tag"&gt;Gr&#232;ves et luttes des classes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L98xH150/qu_est-ce_que_le_fascisme_300_pxl-83d4f.png?1781162569' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='98' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/survol_qu_est-ce_que_le_fascisme.png?1767170612&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le temps est compt&#233;, il y a un danger fasciste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La possibilit&#233; du fascisme, mouvement de masse et de r&#233;action, n'a peut-&#234;tre jamais &#233;t&#233; aussi perceptible ces d&#233;cennies pass&#233;es qu'&#224; la lumi&#232;re des derniers mois &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le constat est empirique : au printemps 2024, les partis d'extr&#234;me-droite europ&#233;ens, bien implant&#233;s dans leurs pays respectifs (s'ils ne gouvernent d&#233;j&#224;, comme aux Pays-Bas, en Italie, en Hongrie&#8230;) ont r&#233;affirm&#233; leur puissance. Ils furent d&#233;j&#224; port&#233;s en t&#234;te lors des &#233;lections europ&#233;ennes en France, Italie, Autriche ; ils arriv&#232;rent en seconde position en Allemagne, Pologne, Hollande : plus d'un quart des si&#232;ges du parlement strasbourgeois sont d&#233;sormais leurs. Les &#233;lections au Royaume-Uni d&#233;bouch&#232;rent sur une perc&#233;e historique de l'extr&#234;me-droite, Reform UK recueillant 14% des votes. En France, les l&#233;gislatives (anticip&#233;es) promurent le RN au rang de premier parti du pays. En Allemagne, l'AFD est cr&#233;dit&#233; de 20% des intentions de vote pour les l&#233;gislatives de f&#233;vrier. Galvanis&#233;s, les fascistes et les racistes se sont d&#233;cha&#238;n&#233;s durant l'&#233;t&#233;. Les &#233;meutes pogromistes au Royaume-Uni, l'avalanche d'agressions racistes, homophobes et antisyndicales en France suivant la victoire du RN aux europ&#233;ennes : si les millions d'&#233;lecteurs d'extr&#234;me-droite ne sont heureusement pas encore mobilis&#233;s, une frange d'entre eux, non-n&#233;gligeable par les d&#233;g&#226;ts qu'elle cause, passe d'ores et d&#233;j&#224; &#224; l'action de rue violente, et est pr&#234;te &#224; s'organiser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'introduction de notre premi&#232;re brochure antifasciste (2017), nous &#233;crivions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Le fascisme vient [...]. Pour qu'il arrive au pouvoir il faut au moins 2 conditions : 1&#176; Un parti de masse, se construisant de mani&#232;re en partie autonome du Capital, capable d'encadrer et discipliner, id&#233;ologiquement et physiquement la soci&#233;t&#233; et susceptible d'appara&#238;tre finalement comme un recours pour une fraction significative du Capital. 2&#176; Une crise du capitalisme, &#224; la fois &#233;conomique et politique qui exclut tout &#171; r&#232;glement &#187; pacifique des contradictions sociales dans le cadre de la d&#233;mocratie parlementaire.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, la crise pousse la classe dominante, classe politique comme patronat, &#224; envisager la solution fasciste. D&#233;j&#224; parce qu'elle se durcit elle-m&#234;me : son autoritarisme s'exacerbe, son racisme se d&#233;cuple ; elle doit, pour maintenir ses profits, &#233;craser notre classe. De ce point de vue la &#8220;d&#233;diabolisation&#8221; n'est pas seulement le fruit d'une strat&#233;gie &#8220;d'&#233;puration&#8221; du parti &#8211; strat&#233;gie &#233;lectorale, &#233;labor&#233;e sous la pr&#233;sidence Marine Le Pen, qui n'est pas sans contradiction avec la base m&#234;me du parti comme le r&#233;v&#232;le encore le travail journalistique sur le profil des &#233;lus, candidats et assistants parlementaires RN. Elle est aussi la cons&#233;quence d'une radicalisation du dehors, de l'ensemble du champ politique. Ensuite le poids du parti est tel qu'il appara&#238;t comme un interlocuteur incontournable, peut-&#234;tre capable de r&#233;soudre la crise &#224; sa fa&#231;on. Fin 2023, la &#8220;d&#233;diabolisation&#8221; est donc ent&#233;rin&#233;e : l'organisation fond&#233;e par des SS est accueillie &#224; bras ouverts &#224; la manifestation &#8220;contre l'antis&#233;mitisme&#8221; du 12 novembre. La loi Darmanin, la plus brutale et raciste de ces 20 derni&#232;res ann&#233;es, est le produit d'une collaboration sans pr&#233;c&#233;dent entre fascistes et macronistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si elle fait du RN un interlocuteur privil&#233;gi&#233;, la bourgeoisie ne lui donne pas encore son blanc-seing. Cet &#233;t&#233;, le patronat avouait qu'il se serait seulement accommod&#233; d'un gouvernement RN, face au risque NFP. Il n'&#233;tait pas encore son premier choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la crise n'attend pas et la politique s'essouffle : Macron perd pied, son bloc central se d&#233;lite, la soci&#233;t&#233; comme l'assembl&#233;e se polarisent encore plus. Les gouvernements s'encha&#238;nent, toujours plus r&#233;actionnaires que les pr&#233;c&#233;dents. Les fascistes, eux, se renforcent inlassablement. Le RN, apr&#232;s l'avoir dict&#233;, a d&#233;chu Barnier ; Bardella pavane, son livre figurant parmi les meilleures ventes de sa cat&#233;gorie. Outre-Atlantique, l'&#233;lection de Trump, &#224; la t&#234;te du mouvement fasciste MAGA &#8211; d&#233;j&#224; catastrophique en elle-m&#234;me, laissant augurer le pire des offensives racistes, antif&#233;ministes, transphobes et antisyndicales pour les &#233;tasunien.nes, et un soutien total au g&#233;nocide &#224; Gaza &#8211; pourrait convaincre par le fait la bourgeoisie fran&#231;aise encore ind&#233;cise. Alors : nouvelle dissolution ? pr&#233;sidentielles anticip&#233;es ? 2027 ? Qu'importe : il est aujourd'hui plus qu'urgent pour notre classe de se mobiliser, de briser cette progression et le temps est compt&#233;. Il est &#233;vident que le salut ne viendra pas de la classe dirigeante, &#224; l'origine m&#234;me, nous l'avons dit, des politiques racistes qui assoient la l&#233;gitimit&#233; du RN. Il nous faut donc agir par nous-m&#234;me et pour nous-m&#234;me : combattre l'organisation elle-m&#234;me, contenir, &#233;craser le mouvement qu'elle compte d&#233;velopper, et combattre tout autant les politiques qui fondent son assise id&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juin 2024, l'annonce de la dissolution, suivie de sondages annon&#231;ant Bardella &#224; Matignon, a constitu&#233; un &#233;lectrochoc pour la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise. Un antifascisme instinctif, presque atavique, a saisi la classe ouvri&#232;re : des centaines de milliers de personnes manifestent et s'organisent un mois durant contre l'extr&#234;me-droite. Des comit&#233;s antifascistes fleurissent et promettent de perdurer, conscients du danger. Puis c'est la surprise du NFP, puis c'est l'&#233;t&#233;. Puis c'est le reflux, puis c'est le non-sens : alors que des mois plus t&#244;t on appelait &#224; sa marginalisation, en octobre deux tribunes de militant.es de gauche (d&#233;colonial.es, politiques, syndicalistes, f&#233;ministes) appellent les d&#233;put&#233;.es NFP &#224; voter avec le RN pour l'abrogation de la r&#233;forme des retraites. A Paris en d&#233;cembre, on laisse les fascistes de Nemesis parader 100 m&#232;tres derri&#232;re une manifestation f&#233;ministe. Quelques tentatives de riposte sont effectivement port&#233;es : contre la venue de Bardella &#224; Marseille, contre des meetings RN &#224; Nantes, mais faut bien reconna&#238;tre que les d&#233;monstrations automnales n'ont pas &#233;gal&#233; les printani&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; faut-il chercher les causes de cette d&#233;mobilisation ? Quels sont les obstacles &#224; surmonter, pour la construction d'un mouvement antifasciste cons&#233;quent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre id&#233;e est que ces obstacles sont d'abord de nature conceptuelle. D&#233;j&#224;, sur l'essence du fascisme : La conception majoritaire, de nos jours, le pr&#233;sente comme bras arm&#233; du Capital. Il est pourtant relativement autonome et cela a des cons&#233;quences dans la mani&#232;re de le combattre (nous y revenons). Cette premi&#232;re erreur est ensuite combin&#233;e &#224; la mauvaise caract&#233;risation du RN qui, au sein m&#234;me de la gauche, a r&#233;ussi son entreprise de d&#233;diabolisation. Antifascisme atavique, disionsnous : c'est la perspective de Bardella &#224; Matignon qui a m&#251; les masses dans la rue. Alors, sous couvert &#8220;d'actualiser l'analyse&#8221;, se borner &#224; la d&#233;nonciation d'un parti &#8220;populiste&#8221;, &#8220;ultra-nationaliste&#8221;, c'est se couper de cet instinct, c'est mal reconna&#238;tre son ennemi et aucun mouvement antifasciste ne pourra se construire sans cette clarification : le RN est un parti fasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Impossible cependant d'assumer cette assertion tant qu'un autre mythe persiste : celui des &#8220;f&#226;ch&#233;s pas fachos&#8221;, celui d'un vote RN &#8220;expression du d&#233;sespoir&#8221; d'une classe ouvri&#232;re d&#233;laiss&#233;e. Cette fausse conception ne profite qu'au RN, et est v&#233;hicul&#233;e par lui. Il nous est au contraire crucial de comprendre ce vote, qui n'est pas majoritaire chez les prol&#233;taires, comme un choix conscient, traduction logique d'un racisme d&#233;complex&#233;. Seule cette analyse, suivie d'une strat&#233;gie antiraciste coh&#233;rente, nous permettra de nous attaquer au coeur du RN : son projet politique fondamentalement raciste et s&#233;gr&#233;gationniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, c'est l'illusion &#233;lectoraliste qu'il nous faut d&#233;faire. L'antifascisme ne peut se r&#233;duire &#224; une sage bataille de si&#232;ge avec le RN comme il en a &#233;t&#233; au mois de juin. Les r&#233;sultats du jeu &#233;lectoral ne pourront emp&#234;cher le parti de se construire, et donc de se pr&#233;senter encore et toujours comme une solution &#224; la classe dominante. La singularit&#233; du fascisme est de plus de mobiliser sur un terrain extra-parlementaire : c'est ici que doivent &#233;galement se d&#233;rouler nos luttes. Le NFP n'a offert qu'un sursis, par ailleurs bien trop d&#233;risoire pour qu'on daigne l'en remercier. L'enjeu d&#233;sormais, est donc de construire la mobilisation antifasciste par en-bas, de faire classe contre les fascistes : c'est &#224; dire en d&#233;veloppant la mobilisation antiraciste et sans d&#233;laisser les m&#233;thodes de luttes du mouvement ouvrier : comit&#233;s de quartier et de lieux d'&#233;tudes, manifestations, gr&#232;ves. S'agripper &#224; la &#8220;planche pourrie de la d&#233;mocratie bourgeoise&#8221; est une impasse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sente brochure se donne pour objectif de convaincre du danger fasciste imminent et de contribuer au d&#233;bat strat&#233;gique. Cela passe pour nous par la clarification th&#233;orique des sujets sus-nomm&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, il nous a paru pertinent de rassembler 3 articles pr&#233;c&#233;demment parus dans notre publication Les cahiers d'A2C.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Qu'est ce que le fascisme ? &#187; Le premier article de cette brochure, plut&#244;t que d'essayer vainement de trouver une coh&#233;rence dans les discours et les programmes fascistes (Mussolini lui m&#234;me reconnaissait que les fascistes n'avaient pas de doctrine), propose d'&#233;tudier les int&#233;r&#234;ts que les fascismes historiques ont servi et la mani&#232;re dont ils l'ont fait afin de mieux pouvoir identifier leurs &#171; &#233;quivalents fonctionnels &#187; contemporains (formule de l'historien Robert Paxton). Il propose de r&#233;pondre &#224; deux questions : &#171; Qui sont les fascistes ? Existe-t-il un danger fasciste aujourd'hui ? &#187;. Les r&#233;ponses &#224; ces questions permettent de mieux cerner notre ennemi et comprendre comment orienter notre action pour le mettre hors d'&#233;tat de nuire. Pour cela l'article aborde une question aussi essentielle que controvers&#233;e : les fascistes sont-ils de simples jouets entre les mains du capital ou ont-ils leur dynamique propre ? De nombreux marxistes consid&#232;rent les fascistes comme des laquais de la bourgeoisie. Cette vision les conduit &#224; se d&#233;sint&#233;resser des fascistes et de la mani&#232;re dont ils se d&#233;veloppent pour se concentrer uniquement sur la lutte contre la classe dirigeante. Or pour que les capitalistes aient recours aux fascistes, il faut que ceux-ci se soient constitu&#233;s pr&#233;alablement en mouvement de masse en mesure de r&#233;pondre aux besoins d'ordre et de stabilit&#233; que la bourgeoisie n'arrive plus &#224; assurer avec ses moyens habituels. Le texte invite donc &#224; prendre les fascistes au s&#233;rieux. Cela implique &#224; la fois d'analyser le d&#233;veloppement des partis fascistes (leur ancrage dans la petite bourgeoisie et leur caract&#232;re de masse) et &#224; s'opposer &#224; leur d&#233;veloppement avant qu'ils ne soient constitu&#233;s en parti de masse et ainsi retirer cette carte de la manche des capitalistes. En s'int&#233;ressant aux conditions de possibilit&#233; du fascisme, le texte donne &#233;galement des &#233;l&#233;ments pour comprendre l'actualit&#233; du danger fasciste aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'article &#171; Doit-on parler de fascisation ? &#187; pr&#233;cise la r&#233;flexion en s'int&#233;ressant au concept de fascisation de plus en plus utilis&#233; &#224; gauche pour parler de la radicalisation autoritaire et raciste du bloc bourgeois. Il se penche sur les arguments de diff&#233;rents groupes et personnalit&#233;s de gauche radicale qui l'emploient (AFA Paris Banlieue, Sa&#239;d Bouamama, Ugo Palheta) et les met en d&#233;bat avec une autre position, celle d'A2C notamment, qui pr&#233;f&#232;re parler de danger fasciste. Pour les tenants du concept de fascisation, le fascisme r&#233;sulte d'une radicalisation progressive de la bourgeoisie, oblig&#233;e de se d&#233;partir de son vernis d&#233;mocratique suite &#224; des crises qu'elle n'arrive pas &#224; surmonter par les moyens habituels. Pour nous, il n'y a pas de fascisme sans mouvement de masse fasciste port&#233; par la petite bourgeoisie et partiellement autonome de la bourgeoisie, et il est essentiel de s'organiser contre la construction de cette force fasciste avant qu'elle ne soit en mesure de s'imposer comme une alternative &#224; la bourgeoisie radicalis&#233;e en cas de crise. Ces questionnements th&#233;oriques ont des implications strat&#233;giques bien concr&#232;tes que l'article s'attache &#224; expliciter. Quelle est la meilleure mani&#232;re de combattre le fascisme : mener une lutte sp&#233;cifique contre l'extr&#234;me-droite, travailler &#224; l'union des gauches ou rester focalis&#233;s sur la lutte anticapitaliste r&#233;volutionnaire ? Quelles alliances nouer pour mener cette lutte ? Avec qui ? Par en haut ou par en bas ? Apr&#232;s avoir d&#233;pli&#233; les arguments et leurs implications, l'article propose une position pour guider nos n&#233;cessaires luttes antifascistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'article &#171; Le RN n'est pas le parti des ouvrier.es &#187; s'int&#233;resse plus sp&#233;cifiquement au RN, locomotive de t&#234;te du fascisme en France. Se penchant sur les sondages et la sociologie du vote RN, il propose une analyse de classe du vote RN qui met en avant deux caract&#233;ristiques essentielles qui viennent battre en br&#232;che deux id&#233;es fausses : le RN n'est pas le parti des ouvrier.es, c'est un vote essentiellement petit-bourgeois ; et contrairement au discours sur les &#171; f&#226;ch&#233;s pas fachos &#187;, le racisme, plus que le pouvoir d'achat ou les salaires est un d&#233;terminant essentiel du vote RN. Fort de ces constats, le texte nous invite &#224; rediaboliser le RN en tant que parti fasciste et &#224; remettre l'antiracisme au centre de nos combats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;EMIL (PARIS 20) ET MANU (ST-BRIEUC)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Qu'est-ce que le fascisme ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des ann&#233;es 1920 jusque dans les ann&#233;es 1950 environ, la question du fascisme est analys&#233;e par des militants marxistes qui cherchent &#224; le combattre. pour diff&#233;rentes raisons, le d&#233;bat se d&#233;place ensuite progressivement des sph&#232;res militantes vers les cercles institutionnels, acad&#233;miques et m&#233;diatiques, et devient un champ d'expertise, ce qui n'est pas anodin pour comprendre o&#249; nous en sommes aujourd'hui. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1950 est remise en cause l'id&#233;e qu'il serait possible de produire une th&#233;orie dite globalisante ou g&#233;n&#233;rique du fascisme, c'est-&#224;-dire une analyse qui cherche &#224; appr&#233;hender ce ph&#233;nom&#232;ne au-del&#224; des particularit&#233;s nationales. D'autres axes de r&#233;flexion sont explor&#233;s. Parmi eux, il faut souligner les r&#233;percussions importantes des analyses de la philosophe Hannah Arendt sur le totalitarisme (rappelons qu'elle y inclut le nazisme et le stalinisme, mais pas le fascisme italien) ou celles de l'historien et politologue Ren&#233; R&#233;mond sur les droites (selon lesquelles il n'y a jamais eu de vrais courants fascistes en France). Dans les ann&#233;es 1980, deux &#233;v&#233;nements, l'un dans le champ acad&#233;mique, l'autre sur la sc&#232;ne politique, vont susciter la r&#233;&#233;mergence du d&#233;bat. Le premier, c'est la parution en 1983 de l'ouvrage de Zeev Sternhell Ni droite ni gauche. L'id&#233;ologie fasciste en France, dans lequel l'auteur d&#233;fend l'id&#233;e que le fascisme puise ses origines dans des formations politiques fran&#231;aises de la fin du XIX&#232;me si&#232;cle. De nombreux historiens du monde contemporain, la plupart se situant dans la filiation de Ren&#233; R&#233;mond, vont contester de fa&#231;on virulente cette th&#232;se. Le second, c'est la perc&#233;e &#233;lectorale du Front National &#224; Dreux en 1983, puis aux &#233;lections l&#233;gislatives de 1986 avec l'entr&#233;e de 35 d&#233;put&#233;s frontistes au Parlement. Les experts sont sollicit&#233;s sur la sc&#232;ne m&#233;diatique pour analyser le d&#233;veloppement politique de ce parti. Un consensus s'op&#232;re alors entre les historiens du monde contemporain et des politologues en grande partie li&#233;s au CEVIPOF (Centre de recherches de Sciences Po) pour disqualifier l'id&#233;e selon laquelle il repr&#233;sente un danger fasciste. Ils s'accordent sur la caract&#233;risation que propose P.A. Taguieff, d'un parti &#171; national-populiste &#187;, consensus qui s'est renforc&#233; avec le temps pour s'&#233;tablir comme position majoritaire, y compris dans les milieux militants. Les r&#233;seaux qui continuaient &#224; se mobiliser contre ce danger ont d&#251; faire face &#224; une pression croissante, et l'antifascisme de masse &#8211; qui refuse de laisser les espaces publics aux fascistes &#8211; dispara&#238;tra progressivement apr&#232;s les mobilisations contre la perc&#233;e de Jean-Marie Le Pen au second tour de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle en 2002. Puisqu'il n'y a pas d'organisation fasciste en France, mais une fascisation de la politique, il faut changer de strat&#233;gie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que le fascisme ? O&#249; en est-on du danger actuellement ? Cet article se propose de donner des &#233;l&#233;ments de r&#233;ponse &#224; ces deux questions.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les caract&#233;ristiques de classe du fascisme &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous nous appuierons dans cette partie sur les analyses de trois dirigeants r&#233;volutionnaires marxistes contemporains de l'&#233;poque du fascisme italien des ann&#233;es 20 et du nazisme allemand des ann&#233;es 30 : Daniel Gu&#233;rin, L&#233;on Trotsky et Antonio Gramsci. Leurs analyses convergent sur trois aspects fondamentaux.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;UN MOUVEMENT DE MASSE&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re caract&#233;ristique du fascisme est d'avoir construit un mouvement de masse. Pas simplement en termes d'adh&#233;rents comme peuvent le faire les partis traditionnels lib&#233;raux ou conservateurs. Le parti fasciste italien compte 400 000 membres pour 38 millions d'habitants en 1922, le NSPAD allemand un million de membres pour 65 millions d'habitants en 1933. Mais si les premiers s'appuient sur les leviers id&#233;ologiques ou institutionnels traditionnels du capitalisme qui poussent &#224; la passivit&#233; de la population (comme l'&#233;cole, les m&#233;dias, l'Eglise, l'Etat, la police, l'arm&#233;e), le fascisme cherche &#224; l'enr&#244;ler, la galvaniser et la discipliner, notamment par le biais des structures parall&#232;les qu'il construit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; DE LA PETITE BOURGEOISIE&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me caract&#233;ristique est que ce mouvement de masse a son centre de gravit&#233; au sein de la petite bourgeoisie (les petits artisans, commer&#231;ants, professions lib&#233;rales, travailleurs ind&#233;pendants, etc., qui poss&#232;dent leurs moyens de production mais ne font pas le poids dans la concurrence capitaliste). Antonio Gramsci indique par exemple que : &#171; La caract&#233;ristique du fascisme consiste en ce qu'il est parvenu &#224; constituer une organisation de masse de la petite bourgeoisie. C'est la premi&#232;re fois dans l'histoire qu'une chose pareille se produit. L'originalit&#233; du fascisme r&#233;side en ce qu'il a trouv&#233; une forme d'organisation adapt&#233;e &#224; une classe sociale qui a toujours &#233;t&#233; incapable d'avoir une unit&#233; et une id&#233;ologie unitaire : cette forme d'organisation est celle de l'arm&#233;e en campagne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce caract&#232;re petit bourgeois du fascisme est un &#233;l&#233;ment essentiel pour comprendre le fascisme et son lien avec les autres classes sociales. Daniel Gu&#233;rin fait remarquer que la tradition marxiste avait &#224; tort pronostiqu&#233; la disparition de cette cat&#233;gorie sociale, prise en &#233;tau en les deux grandes classes qui s'affrontent, les capitalistes et les prol&#233;taires. Or, non seulement la petite bourgeoisie arrive &#224; se maintenir dans le d&#233;veloppement du capitalisme, mais il faut y ajouter le d&#233;veloppement des couches moyennes, qui sont d&#233;pendantes &#233;conomiquement des capitalistes, mais exercent des fonctions dirigeantes &#8211; des fonctions d'encadrement - au sein des entreprises ou des administrations et se consid&#232;rent &#171; comme &#233;tant au-dessus du prol&#233;tariat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prise en &#233;tau, cette classe sociale occupe une position contradictoire dans la soci&#233;t&#233;. Pendant les p&#233;riodes de crise &#233;conomique extr&#234;me, elle est &#233;cras&#233;e par le syst&#232;me, mais sa situation interm&#233;diaire am&#232;ne une partie d'entre elle &#224; vouloir se maintenir en faisant partie de ceux qui &#233;crasent les autres. Pour y parvenir, elle cr&#233;e son propre mouvement politique, que L&#233;on Trotsky r&#233;sume ainsi : &#171; le fascisme en tant que mouvement de masse est le parti du d&#233;sespoir contre-r&#233;volutionnaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne remet pas en question l'id&#233;e que les formations fascistes ont pu &#234;tre des &#171; attrape-tout &#187;, c'est-&#224;-dire attirer dans leurs rangs ou leur p&#233;riph&#233;rie des personnes issues d'autres classes sociales. Plus un mouvement fasciste devient important, plus il est susceptible de recruter des sections de la classe ouvri&#232;re et d'obtenir le soutien de sections de la classe dirigeante. Mais cela pointe ce qu'est le c&#339;ur sociologique de ces partis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; AUTONOME DE L'&#201;TAT ET DE LA BOURGEOISIE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me caract&#233;ristique est sans doute celle qui a &#233;t&#233; la plus d&#233;battue parmi les marxistes : l'autonomie du fascisme vis-&#224;-vis de l'&#201;tat et de la bourgeoisie. Avec la stalinisation de l'Internationale Communiste, la conception de Dimitrov est valid&#233;e lors de son VII&#232;me congr&#232;s en 1935 : &#171; le fascisme est la dictature terroriste ouverte des &#233;l&#233;ments les plus r&#233;actionnaires, les plus chauvins, les plus imp&#233;rialistes du capital financier &#187;. Les arguments de ceux (Clara Zetkin, L&#233;on Trotsky, Daniel Gu&#233;rin, Antonio Gramsci&#8230;) qui avaient insist&#233; sur la force du fascisme en tant que mouvement autonome ont &#233;t&#233; mis de c&#244;t&#233; au profit d'une analyse qui n'y voit plus qu'une cr&#233;ation du grand capital. Elle est toujours r&#233;pandue, occultant un aspect essentiel : les fascistes construisent leur mouvement ind&#233;pendamment de la volont&#233; de l'&#201;tat ou de la bourgeoisie. Cela m&#233;rite donc d'&#234;tre d&#233;velopp&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'utilisation du fascisme par la bourgeoisie repose sur des faits incontestables. Des partis fascistes ont pu acc&#233;der au pouvoir parce que la classe dirigeante leur en a donn&#233; la possibilit&#233;. Ainsi, en Italie, c'est le 30 octobre 1922 que Mussolini se voit proposer le poste de 1er ministre par le roi Victor Emmanuel III &#224; la suite de la Marche sur Rome, alors que seulement 9000 Chemises noires y ont particip&#233; ! En Allemagne, le parti de Hitler devient la premi&#232;re force &#233;lectorale &#224; partir de 1932, mais il n'obtient jamais la majorit&#233; absolue. Et alors que le 6 novembre 1932 il est en baisse (&#224; 33,1%) par rapport aux &#233;lections pr&#233;c&#233;dentes, le Pr&#233;sident Hindenburg nomme Hitler chancelier 3 mois plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si la classe dirigeante a bel et bien fait appel aux fascistes, car elle l'estimait &#234;tre le moyen de garder le pouvoir, elle ne les a jamais contr&#244;l&#233;s. A. Gramsci explique, &#224; propos de la bourgeoisie italienne, que : &#171; &#192; la base de tout, il y a le probl&#232;me m&#234;me du fascisme, mouvement qui dans l'id&#233;e de la bourgeoisie ne devait &#234;tre entre ses mains qu'un &#8220;instrument&#8221; de r&#233;action et qui, au contraire, une fois &#233;voqu&#233; et d&#233;cha&#238;n&#233; est pire que le diable, et ne se laisse plus dominer, mais avance pour son propre compte &#187;. Pour l'Allemagne, L&#233;on Trotsky, moins de six mois avant l'accession de Hitler au pouvoir, pointe le fait que &#171; les barons, les magnats du capital, les banquiers tentent, au travers du gouvernement Papen, de garantir leur situation et leurs affaires au moyen de la police et de l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re. L'id&#233;e de transmettre tout le pouvoir &#224; Hitler, qui s'appuie sur les bandes avides et d&#233;cha&#238;n&#233;es de la petite bourgeoisie, ne leur sourit pas du tout &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, si les partis fascistes ont pu b&#233;n&#233;ficier du soutien politique et financier de fractions de la classe dirigeante pour se d&#233;velopper, l'historien am&#233;ricain Robert Paxton montre que ces cas sont en r&#233;alit&#233; de l'ordre de l'exception, et donc loin de la th&#232;se selon laquelle le fascisme serait une sorte d'arm&#233;e priv&#233;e du grand capital industriel :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'examen d&#233;taill&#233; des archives de l'industrie montre que la plupart des hommes d'affaires allemands, prudents, contribu&#232;rent &#224; toutes les formations politiques non socialistes ayant la moindre chance de barrer la route aux marxistes. S'il est vrai que certaines entreprises allemandes ont aliment&#233; les caisses des nazis, elles ont toujours donn&#233; davantage d'argent aux partis conservateurs traditionnels. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, les rapports des capitalistes avec les fascistes ont &#233;t&#233; faits historiquement d'arrangements, de collusions, mais aussi d'oppositions. C'est dans ce sens qu'il faut comprendre le caract&#232;re autonome du fascisme vis-&#224;-vis de la bourgeoisie. Les fascistes rejettent l'id&#233;e que les forces &#233;conomiques sont le moteur de l'histoire. Ils mobilisent autour de la &#171; nation &#187;, de la &#171; patrie &#187;, en tentant de rassembler contre les &#233;l&#233;ments &#171; ext&#233;rieurs &#187; &#224; la communaut&#233;, que ce soit en termes de fronti&#232;res, d'origine, de culture, de religion (l'identit&#233; de cet ennemi pouvant varier selon le contexte). C'est pourquoi ils ont pu &#224; la fois constituer des milices contre les organisations ouvri&#232;res jug&#233;es ennemies d'un ordre stable, et qu'en plusieurs occasions, ils ont &#233;galement soutenu des gr&#232;ves de travailleurs contre la bourgeoisie. Ce n'est pas l'exploitation qui leur pose probl&#232;me, mais une bourgeoisie jug&#233;e trop faible ou individualiste. Cette approche permet de comprendre que les fascistes s'adressent &#171; &#224; ceux d'en bas &#187; avec un discours radical, sans compromettre pour autant les int&#233;r&#234;ts de &#171; ceux d'en haut &#187;, en assumant souvent un positionnement politique &#171; ni droite ni gauche &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paxton r&#233;sume ainsi le positionnement des capitalistes : &#171; ceux qui se sont retrouv&#233;s alli&#233;s du fascisme ont fait des choix qui ne sont pas n&#233;cessairement leurs options pr&#233;f&#233;r&#233;es, en proc&#233;dant, de choix au choix, le long d'un chemin de r&#233;tr&#233;cissement des options. A chaque bifurcation de la route, ils choisissent la solution anti-socialiste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#217; EN EST-ON DU DANGER FASCISTE AUJOURD'HUI ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux conditions semblent d&#233;terminantes &#224; la possibilit&#233; d'un retour du fascisme au pouvoir : la premi&#232;re, c'est qu'un pays se retrouve dans une situation de crise &#233;conomique, doubl&#233;e d'une crise politique, auxquelles les institutions en place semblent manifestement ne pouvoir apporter aucune solution. La seconde est que les partis fascistes ont &#224; ce moment-l&#224; d&#233;j&#224; acquis une influence majeure sur la sc&#232;ne politique, et d&#233;montr&#233; leur capacit&#233; de repr&#233;senter une alternative &#224; toutes les ressources existantes pour la bourgeoisie dans la soci&#233;t&#233; capitaliste, aussi bien en termes id&#233;ologiques que r&#233;pressifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; PROPOS DE LA CRISE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan &#233;conomique, il faut regarder l'&#233;tat du capitalisme dans des p&#233;riodes donn&#233;es tout autant que la trajectoire des diff&#233;rentes bourgeoisies dans la comp&#233;tition internationale. Comme l'explique Daniel Gu&#233;rin, ce sont les contradictions internes &#224; la classe dirigeante plus que la n&#233;cessit&#233; de combattre par des moyens radicaux la possibilit&#233; d'une r&#233;volution prol&#233;tarienne, comme le laisse entendre l'analyse stalinienne, qui fondent le recours au fascisme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les poss&#233;dants, certes, ont peur de la r&#233;volution et ils subventionnent des bandes de nervis pour tenir en respect les ouvriers. Mais ce n'est pas pour &#233;touffer la r&#233;volution qu'ils se d&#233;cident &#224; confier au fascisme le pouvoir. Ni en Italie ni en Allemagne il n'y a de p&#233;ril r&#233;volutionnaire imm&#233;diat au moment o&#249; le fascisme prend possession de l'&#201;tat. Ils recourent &#224; la solution fasciste pour se prot&#233;ger moins contre les troubles de la rue que contre les troubles de leur propre syst&#232;me &#233;conomique. Le mal qu'il s'agit de conjurer est davantage au-dedans qu'au-dehors &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan politique, l'impasse s'est caract&#233;ris&#233;e par l'incapacit&#233; &#224; prendre des mesures d&#233;cisives en faveur de l'une ou l'autre des classes sociales antagonistes, bourgeoisie et prol&#233;tariat. Ainsi, en Italie, le relatif &#233;quilibre des forces en pr&#233;sence conduit &#224; l'absence de r&#233;el gouvernement depuis f&#233;vrier 1922. 1/3 du Parlement est compos&#233; de d&#233;put&#233;s du Parti Socialiste Italien qui se dit r&#233;volutionnaire, 1/3 du parti catholique (d&#233;mocrates), et 1/3 des lib&#233;raux et conservateurs, qui feront le choix d'int&#233;grer les fascistes dans un bloc national pour obtenir une majorit&#233;. En Allemagne, apr&#232;s la crise de 1929, il n'existe aucune majorit&#233; capable de se d&#233;gager pour prendre des mesures face &#224; la crise. Le centre s'amenuise au profit des communistes et des nazis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; PROPOS DU D&#201;VELOPPEMENT DES PARTIS FASCISTES&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvent, le crit&#232;re utilis&#233; pour caract&#233;riser une organisation de fascistes fait r&#233;f&#233;rence aux discours ou aux programmes (s&#233;curitaire, raciste, liberticide, faussement social, etc.) ou &#224; un rapport particulier aux institutions et &#224; la rue (notamment l'utilisation de la violence). L'historien am&#233;ricain Robert O. Paxton a d&#233;montr&#233; qu'analyser les courants fascistes de cette fa&#231;on conduit &#224; des erreurs d'analyse. Dans Le Fascisme en action, il d&#233;veloppe l'analyse selon laquelle contrairement aux autres courants politiques, aux autres &#171; ismes &#187; (le socialisme, courant d&#233;fendant les int&#233;r&#234;ts de la classe ouvri&#232;re, le lib&#233;ralisme et le conservatisme, courants correspondant &#224; ceux de la bourgeoisie), le fascisme ne repose pas d'abord sur un socle th&#233;orique ou strat&#233;gique bien d&#233;limit&#233;. Mettre l'id&#233;ologie ou les discours au centre de l'analyse des mouvements fascistes est donc une erreur qui fige ce courant alors qu'il s'appr&#233;hende mieux &#224; partir de sa dynamique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour rendre compte des contradictions apparentes au niveau de son programme, des m&#233;thodes, et des alliances mises en &#339;uvre, il propose d'examiner le fascisme selon un cycle en 5 &#233;tapes, parce que &#171; les instruments conceptuels valables pour une &#233;tape ne seront pas forc&#233;ment aussi efficaces pour les autres &#187; : 1/ la cr&#233;ation des mouvements ; 2/ leur enracinement dans le syst&#232;me politique ; 3/ la mani&#232;re dont ils ont pris le pouvoir ; 4/ la mani&#232;re dont ils l'ont exerc&#233; ; 5/ leur dur&#233;e dans le temps, radicalisation ou entropie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela lui permet par exemple d'identifier que &#171; si les id&#233;es importent dans le fascisme &#187;, &#171; elles importent davantage &#224; certaines phases qu'&#224; d'autres &#187; (en l'occurrence, davantage dans la premi&#232;re et la derni&#232;re phase que les p&#233;riodes interm&#233;diaires) ou, lorsqu'il observe l'enracinement des organisations fascistes (la phase 2), de constater que &#171; le fait de devenir un acteur politique de premier plan implique in&#233;vitablement la perte de partisans et l'adh&#233;sion de nouveaux &#187;. C'est ce qu'il est fondamental d'int&#233;grer lorsque l'on veut comparer des courants actuels aux fascismes pass&#233;s : les programmes, les strat&#233;gies, leur composition et les alliances nou&#233;es par ces partis ont &#233;volu&#233; tout au long de leur d&#233;veloppement. Les choix pragmatiques de Hitler et Mussolini furent surtout guid&#233;s par leur d&#233;termination &#224; acc&#233;der au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, au niveau programmatique, les Fasci de Mussolini ou le NSDAP de Hitler n'ont pas h&#233;sit&#233; &#224; faire &#233;voluer leurs revendications &#224; mesure de leur d&#233;veloppement. Par exemple, Angelo Tasca, le journaliste communiste italien, fait remarquer qu'&#224; la fondation du &#171; Fasci di Combattimento &#187; (Fraternit&#233;s de combat), le programme avait un contenu radical (il r&#233;clamait entre autres le suffrage universel &#224; la proportionnelle avec droit de vote des femmes, la journ&#233;e de travail de 8h, un salaire minimum et la retraite &#224; 55 ans, l'expropriation partielle de toutes sortes de richesses gr&#226;ce &#224; un imp&#244;t lourd et progressif). Mais quelques mois plus tard, &#171; lors du premier congr&#232;s v&#233;ritable des faisceaux &#187;, &#171; tout est annul&#233; par cette formule que Mussolini y prononce : &#8220;Nous les fascistes, nous n'avons pas de doctrine pr&#233;&#233;tablie : notre doctrine, c'est le fait &#8221; &#187;. Aucun des &#233;l&#233;ments du programme ne sera appliqu&#233; une fois les fascistes au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me fa&#231;on, il est impossible d'attribuer aux fascistes des modes d'action ou une strat&#233;gie uniques. Actions violentes et processus &#233;lectoraux &#233;taient consid&#233;r&#233;s comme des tactiques compl&#233;mentaires. A. Gramsci parle ainsi de &#171; deux fascismes &#187; en tension. Par exemple, la d&#233;faite cuisante de la tentative de prise du pouvoir en 1923, avec le &#171; Putsch de la Brasserie &#187; de 1923, conduit Hitler &#224; revoir sa strat&#233;gie, en la tournant vers la participation &#233;lectorale. Il y eu des conflits internes importants chaque fois que Hitler faisait des compromis pour acc&#233;der au pouvoir. En 1931 par exemple, il interdit les violences de rue, et le refus de lui ob&#233;ir le conduit &#224; une purge de 500 SA parmi les plus radicaux. Goering dira cette m&#234;me ann&#233;e : &#171; Nous voulons prendre le pouvoir l&#233;galement. Mais ce que nous ferons de ce pouvoir, quand nous l'aurons, c'est notre affaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin de son ouvrage, apr&#232;s une &#233;tude d&#233;taill&#233;e des processus historiques de d&#233;veloppement de ces mouvements, Paxton se risque &#224; une d&#233;finition : le fascisme est&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; une forme de comportement politique marqu&#233;e au coin d'une pr&#233;occupation obsessionnelle pour le d&#233;clin de la soci&#233;t&#233;, pour son humiliation et sa victimisation, pour les cultes compensatoires de l'unit&#233;, de l'&#233;nergie et de la puret&#233; ; ses militants, des nationalistes convaincus encadr&#233;s par un parti fond&#233; sur la masse, collaborent de mani&#232;re souvent rugueuse mais efficace avec les &#233;lites traditionnelles ; le parti abandonne les libert&#233;s d&#233;mocratiques et poursuit, par une politique de violence r&#233;demptrice et en l'absence de contraintes &#233;thiques ou l&#233;gales, un double objectif de nettoyage interne et d'expansion externe &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il nous met en garde :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les bonnes questions &#224; se poser au sujet des n&#233;ofascismes ou protofascismes d'aujourd'hui sont celles qui concernent la deuxi&#232;me et la troisi&#232;me phase du cycle fasciste. S'ancrent-ils comme partis repr&#233;sentants des int&#233;r&#234;ts et des opinions essentiels et exer&#231;ant une influence majeure sur la sc&#232;ne politique ? Avonsnous affaire &#224; une crise &#233;conomique, une impasse politique ou une humiliation nationale &#224; laquelle les autorit&#233;s en place ne peuvent apparemment pas apporter de solution ? Une mobilisation politique rapide menace-t-elle d'&#233;chapper au contr&#244;le des &#233;lites traditionnelles, au point que celles-ci seraient tent&#233;es de chercher main-forte aupr&#232;s de ces mouvements afin de rester au pouvoir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en r&#233;pondant &#224; des questions de ce type, fond&#233;es sur une compr&#233;hension historique appropri&#233;e des processus &#224; l'&#339;uvre dans les fascismes pass&#233;s, et non pas en v&#233;rifiant la couleur des chemises ou en pointant les traces de la rh&#233;torique des dissidents national-syndicalistes du d&#233;but du XX&#232;me si&#232;cle, que nous pourrons peut-&#234;tre reconna&#238;tre les &#233;quivalents fonctionnels du fascisme de notre &#233;poque &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bibliographie &lt;br class='manualbr' /&gt;COLLOVALD, Annie. (2004). Le &#8220;Populisme du FN&#8221;. Un dangereux contresens. Paris : &#201;ditions du Croquant. 255 p. &lt;br class='manualbr' /&gt;GRAMSCI, Antonio. &#171; La crise italienne &#187;. L'Ordine Nuovo, 1er septembre 1924. &lt;br class='manualbr' /&gt;GRAMSCI, Antonio. &#201;crits politiques. III. 1923-1926. Paris : &#201;ditions Gallimard, 1980, 442 pages. &lt;br class='manualbr' /&gt;GRAMSCI, Antonio. &#171; Les deux fascismes &#187;. L'Ordine Nuovo. 25 ao&#251;t 1921. &lt;br class='manualbr' /&gt;GU&#201;RIN, Daniel. (2001 [1936]). Sur le fascisme : La peste brune. Fascisme et grand capital. Paris : La D&#233;couverte. 468 p. PAXTON, Robert O. (2004). Le fascisme en action. Paris : Seuil. 439 p. &lt;br class='manualbr' /&gt;PAXTON, Robert O. (2003). &#171; Les cinq phases du fascisme. &#187; Dans Le mythe de l'allergie fran&#231;aise au fascisme, de Michel DOBRY (dir.). Paris : Albin Michel. p. 323-359. &lt;br class='manualbr' /&gt;TROTSKY, L&#233;on. (1993 [1930-1933]). Comment vaincre le fascisme (&#201;crits sur l'Allemagne 19301933). Paris : Les &#233;ditions de la Passion. 240 p. &lt;br class='manualbr' /&gt;GRAMSCI, Antonio. &#171; La crise italienne &#187;. L'Ordine Nuovo, 1er septembre 1924. &lt;br class='manualbr' /&gt;GRAMSCI, Antonio. &#171; Les deux fascismes &#187;. L'Ordine Nuovo. 25 ao&#251;t. &lt;br class='manualbr' /&gt;GRAMSCI, Antonio. &#201;crits politiques. III. 19231926. Paris : &#201;ditions Gallimard, 1980, 442 pages. &lt;br class='manualbr' /&gt;GRAMSCI, Antonio. &#171; Les deux fascismes &#187;. L'Ordine Nuovo. 25 ao&#251;t 1921.&lt;br class='manualbr' /&gt;VANINA GIUDICELLI (PARIS 20)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;DOIT-ON PARLER DE FASCISATION ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sortir des impasses et construire la riposte face aux fascistes &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dissolutions de collectifs et d'associations, r&#233;pression toujours plus forte des mouvements sociaux, stigmatisation des musulman.es pour construire l'ennemi int&#233;rieur, surench&#232;re raciste et x&#233;nophobe, militarisation de la police, interdictions de manifester de plus en plus r&#233;guli&#232;res, reprises du discours de l'extr&#234;me-droite par le gouvernement&#8230; depuis plusieurs ann&#233;es en france, tout un tas d'&#233;l&#233;ments indique une radicalisation autoritaire et raciste du pouvoir en place. pour qualifier cela, une partie de plus en plus large de la gauche emploie le concept de fascisation. si le terme et sa charge symbolique forte, renvoyant aux p&#233;riodes les plus sombres de l'histoire europ&#233;enne, permettent de faire r&#233;agir, il est int&#233;ressant de regarder de plus pr&#232;s ceux qui d&#233;veloppent ce concept.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette p&#233;riode o&#249; faire reculer les fascistes est plus qu'urgent, cet article vise donc &#224; faire un &#233;tat des lieux de la question. Qui parle de fascisation et pour d&#233;signer quoi ? Quelles sont les implications strat&#233;giques de cette analyse et quelles sont ses impasses ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rant que la justesse de toute analyse politique se mesure &#224; ses cons&#233;quences strat&#233;giques et pratiques, il ne s'agit pas d'un pur d&#233;bat th&#233;orique. La question est bien d'affiner notre compr&#233;hension du ph&#233;nom&#232;ne fasciste pour mieux savoir par o&#249; s'y prendre pour le combattre et pour gagner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;////////////////////////////////////////////////////&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LUTTER CONTRE LA FASCISATION : PAR LA R&#201;VOLUTION...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sociologue et militant du Front Uni de l'Immigration et des Quartiers Populaires (FUIQP) Sa&#239;d Bouamama a donn&#233;, dans un cycle de formation marxiste, une conf&#233;rence sur le fascisme o&#249; il pr&#233;sente sa d&#233;finition du fascisme et de la fascisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Transcription &#233;dit&#233;e disponible sur acta. zone, &#8220;Comprendre et combattre le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans la droite ligne d'un certain marxisme orthodoxe, Bouamama reprend la d&#233;finition du secr&#233;taire de l'Internationale communiste Dimitrov en 1935, d&#233;clarant que le fascisme est la &#171; dictature terroriste ouverte des &#233;l&#233;ments les plus r&#233;actionnaires, les plus chauvins et les plus imp&#233;rialistes du capitalisme financier &#187;. Le fascisme est de ce point de vue la derni&#232;re carte de la bourgeoisie en temps de crise. Pour lui, &#8220;il y a donc une offre de fascisme constitu&#233;e par les organisations fascistes et une demande de fascisme constitu&#233;e par d'abord certaines fractions de la classe dominante puis par des fractions plus importantes.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compl&#233;tant cela, Bouamama poursuit en expliquant que la fascisation &#8220;est le r&#233;sultat de l'accumulation de r&#233;ponses autoritaires successives pour g&#233;rer les contestations sociales dans un contexte de crise de l&#233;gitimit&#233;&#8221;&#8220;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Crise de l&#233;gitimit&#233; et processus de fascisation : L'acc&#233;l&#233;ration par la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; o&#249; toutefois &#8220;la bourgeoisie ne se sent pas suffisamment menac&#233;e, le fascisme ne trouve pas les conditions d'un acc&#232;s au pouvoir. Cependant dans des circonstances de d&#233;veloppement et de radicalisation importantes des luttes sociales, la classe dominante n'h&#233;sitera pas &#224; emprunter au fascisme ses analyses, ses propositions et une partie de ses m&#233;thodes. Nous sommes alors en pr&#233;sence d'un processus de fascisation de l'appareil d'&#201;tat.&#8221; Bouamama conclut son expos&#233; ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Il est illusoire de combattre le fascisme en sous-estimant la gravit&#233; de la fascisation de l'appareil d'&#201;tat. Il est tout aussi illusoire de sous-estimer le combat contre les groupes explicitement fascistes. Une fois au pouvoir ces groupes ne pourront &#234;tre combattus que par la lutte arm&#233;e comme au temps du nazisme. C'est d&#232;s aujourd'hui que nous sommes confront&#233;s au double combat contre la fascisation et contre les groupes fascistes.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Adh&#233;rant &#224; cela, l'Action antifasciste Paris-Banlieues, groupe antifasciste autonome fran&#231;ais le plus connu aujourd'hui, d&#233;clare que la lutte exclusive contre l'extr&#234;me-droite est une double erreur : d'une part car cette lutte serait facilement r&#233;cup&#233;rable et vid&#233;e de sa substance par un antifascisme d'Etat et de gouvernement ; d'autre part car cela reviendrait &#224; ignorer le processus de fascisation qui permettrait au fascisme de r&#233;appara&#238;tre sous de nouvelles formes modernes diff&#233;rentes des fascismes historiques. Ainsi, pour l'AFA Paris-Banlieues, il faut aujourd'hui combattre de front et au m&#234;me titre l'extr&#234;me-droite organis&#233;e et les partis de gouvernements classiques, lib&#233;raux ou conservateurs, qui participent tous &#224; cette fascisation. Pour elleux, &#8220;la milice la plus meurtri&#232;re aujourd'hui, ce n'est pas G&#233;n&#233;ration Identitaire ou les Zouaves mais bien la police fran&#231;aise.&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;From Memory to Struggle, Intervention de l'AFA Paris-Banlieues &#224; Milan, aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le plus gros probl&#232;me ici r&#233;side dans le manque d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral port&#233; aux fascistes eux-m&#234;mes. Cette analyse de la fascisation &#233;lude compl&#232;tement la mani&#232;re dont se construisent les fascistes, &#224; savoir en cr&#233;ant un mouvement de masse, interclasse, et pas uniquement en s&#233;duisant la bourgeoisie. En effet, mis &#224; part la bataille de rue et l'autod&#233;fense physique vis-&#224;-vis des militants d'extr&#234;me-droite violents, l'antifascisme autonome met de c&#244;t&#233; la n&#233;cessit&#233; d'entraver la construction d'organisations fascistes de masse comme le FN/RN. L'antifascisme, conditionn&#233; &#224; un anticapitalisme r&#233;volutionnaire, se voit alors coup&#233; de toute une partie de notre classe qui serait pourtant dispos&#233;e &#224; mener bataille face &#224; l'extr&#234;me-droite organis&#233;e. Ces positions rel&#232;vent de moyens d'affirmer une ligne politique davantage que de se donner les moyens d'une riposte efficace. En bref, il s'agirait d'abattre le capitalisme ou rien : voil&#224; qui est bien joli sur le papier, mais pas tr&#232;s utile en r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; OU PAR L'UNION DES GAUCHES ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre registre, Ugo Palheta&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sociologue et militant anticapitaliste auteur de La Possibilit&#233; du fascisme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; analyse le fascisme comme un projet politique &#224; part enti&#232;re &#8220;de &#8220;r&#233;g&#233;n&#233;ration&#8221; d'une communaut&#233; imaginaire - en g&#233;n&#233;ral la nation - supposant une vaste op&#233;ration de purification&#8221; raciale et politique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ludivine Bantigny et Ugo Palheta, Face &#224; la menace fasciste (2021)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. A la diff&#233;rence de Sa&#239;d Bouamama, son analyse met au centre l'&#233;tude du mouvement fasciste fran&#231;ais et de son &#8220;vaisseau amiral&#8221;, le FN/RN. Palheta a bien conscience de la n&#233;cessit&#233; pour l'av&#232;nement du fascisme de la construction d'une organisation de masse capable de rassembler et de mobiliser une large partie de la population. Ainsi, il prend au s&#233;rieux l'autonomie relative dont dispose le mouvement fasciste &#224; l'&#233;gard de l'Etat et de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, lui aussi affirme que l'on fait actuellement face &#224; une s&#233;quence de fascisation, cette &#8220;phase historique d'impr&#233;gnation &#224; la fois id&#233;ologique et mat&#233;rielle&#8221; qui pr&#233;pare le fascisme &#8220;par une modification des &#233;quilibres&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;internes &#224; l'&#201;tat au profit des appareils de r&#233;pression et une l&#233;gitimation id&#233;ologique de l'entreprise de purification&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ugo Palheta et Omar Slaouti, D&#233;faire le racisme, affronter le fascisme (2022)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dans les discours et m&#233;dias dominants. Il reprend ainsi, comme le concept de fascisation le suppose, l'id&#233;e que &#171; le fascisme na&#238;t &#8220;du dedans&#8221; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;De la r&#233;publique polici&#232;re &#224; la r&#233;publique fasciste ?&#8221;, Fr&#233;d&#233;ric Lordon, 26 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , c'est-&#224;-dire de l'Etat lui-m&#234;me qui se transforme au gr&#233; des crises capitalistes, id&#233;e souvent illustr&#233;e par une citation de l'&#233;crivain Bertolt Brecht : &#171; le fascisme n'est pas le contraire de la d&#233;mocratie mais son &#233;volution en temps de crise &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, quand il s'agit de parler strat&#233;gie, Ugo Palheta &#233;voque effectivement l'id&#233;e qu'il est n&#233;cessaire d'enrayer la construction des organisations fascistes et en particulier du FN/RN, en s'opposant par exemple &#224; toute apparition publique de l'extr&#234;me droite. Mais il poursuit imm&#233;diatement en appelant &#224; &#171; la construction d'un front uni [rassemblant de multiples organisations syndicales, politiques, associatives] ciblant non seulement le FN mais toutes les politiques qui favorisent sa progression &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La possibilit&#233; du fascisme, pp. 256-257&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Front dont les &#171; vis&#233;es devraient &#234;tre &#224; la fois d&#233;fensives et offensives : cherchant &#224; stimuler et &#224; coordonner les r&#233;sistances &#224; l'extr&#234;me droite, mais popularisant dans un m&#234;me mouvement la n&#233;cessit&#233; d'une alternative de soci&#233;t&#233; passant par une rupture politique, donc par la conqu&#234;te du pouvoir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est vrai que le fascisme se d&#233;veloppe sur la faiblesse de notre camp &#224; construire une alternative politique et sociale assez forte, il est cependant illusoire de croire que celle-ci peut se construire par en-haut, en tentant d'unir les diverses organisations d&#233;j&#224; existantes. Cela conduirait &#224; diluer tout ce qu'il y a de contradictions et de d&#233;saccords politiques de fond sous pr&#233;texte de se d&#233;fendre face &#224; la menace fasciste. En r&#233;alit&#233;, cette hasardeuse proposition strat&#233;gique dilue l'antifascisme et ce que pourraient &#234;tre des perspectives d'action tr&#232;s concr&#232;tes ici et maintenant dans un appel lointain au rassemblement et &#224; l'unit&#233; des gauches. Une sorte d'antifascisme par en-haut. Mais on n'a pas le temps qu'arrive une quelconque union des gauches, il faut combattre les fascistes d&#232;s maintenant ! Il est m&#234;me probable qu'il y ait besoin d'une telle unit&#233; d'action pour construire l'unit&#233; de notre classe, par en-bas, comme cela s'est pass&#233; en f&#233;vrier 1934.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#8220;Front populaire et antifascisme de masse : quand vaincre le fascisme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DISTINGUER TRAJECTOIRE DU CAPITAL ET DANGER FASCISTE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici en somme ce &#224; quoi peuvent amener les th&#233;ories de la fascisation : brouiller la distinction entre la bourgeoisie et les fascistes, entre fascisme et capitalisme, pour appeler &#224; les combattre de front dans leur ensemble en arrimant l'action antifasciste soit &#224; une perspective r&#233;volutionnaire, soit &#224; un projet d'union des gauches et d'&#233;mancipation globale. Mais au final cela nous d&#233;sarme sur les deux plans &#224; la fois : dans la lutte anticapitaliste d'une part en minimisant la logique-m&#234;me du capitalisme raciste et autoritaire ; dans la lutte antifasciste d'autre part en minimisant la sp&#233;cificit&#233; des fascistes et leur autonomie vis-&#224;-vis de l'Etat et de la bourgeoisie. Cependant, quand Sa&#239;d Bouamama d&#233;clare que la fascisation &#171; est le r&#233;sultat de l'accumulation de r&#233;ponses autoritaires successives &#187; de la bourgeoisie en crise de l&#233;gitimit&#233;, il parle bien de quelque chose qui n'est pas le fait des fascistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette radicalisation raciste et autoritaire est bien le fait de la bourgeoisie elle-m&#234;me qui cherche &#224; tout prix &#224; maintenir sa domination et ses taux de profits. Elle a pour cela besoin d'exploiter toujours plus pour extraire davantage de plus-value (casse des acquis sociaux, baisse des salaires r&#233;els, surexploitation de la main d'&#339;uvre pr&#233;caire, etc.) et pour ce faire, non seulement de mater toute opposition mais aussi de diviser notre classe par le biais du racisme. Tout cela r&#233;pond &#224; une rationalit&#233; pr&#233;cise : c'est ce que nous appelons la trajectoire du capital.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire l'introduction de la brochure A2C Imp&#233;rialisme, la trajectoire du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Et si cette derni&#232;re conduit aujourd'hui &#224; renforcer les fascistes et &#224; ce que la bourgeoisie se destine &#233;ventuellement &#224; leur laisser le pouvoir, elle peut aussi prendre d'autres chemins pour r&#233;soudre ses crises selon l'&#233;tat des forces politiques : cooptation des r&#233;formistes, instauration d'un r&#233;gime purement autoritaire, etc. Or le terme de fascisation implique, qu'on le veuille ou non, que le processus aboutira in&#233;luctablement au fascisme si aucun renversement r&#233;volutionnaire ne se produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce qu'on parlerait de fascisation si on avait une &#233;gale radicalisation du pouvoir mais une extr&#234;me-droite inexistante ? Car si l'essentiel du probl&#232;me se trouve dans les conditions qui favorisent le fascisme, &#224; savoir la crise de l'h&#233;g&#233;monie bourgeoise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le communiste italien Antonio Gramsci a d&#233;velopp&#233; le concept d'h&#233;g&#233;monie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et la complicit&#233; des &#233;lites en place vis-&#224;-vis du fascisme, il ne faut pas rel&#233;guer au second plan un &#233;l&#233;ment essentiel : pour arriver au pouvoir, les fascistes ont besoin d'un mouvement fort et d'une organisation de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ET SI ON S'INT&#201;RESSAIT AUX FASCISTES ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si parler de fascisation vise &#224; r&#233;pondre &#224; la n&#233;cessit&#233; de saisir que le fascisme n'arrive pas du jour au lendemain, il est cependant indispensable de regarder ce que font les fascistes eux-m&#234;mes. C'est ce que l'historien Robert Paxton s'est justement attach&#233; &#224; faire en d&#233;crivant &#233;tape par &#233;tape les choix, les actes et les trajectoires des mouvements fascistes et de leurs dirigeants qui ont r&#233;ussi &#224; prendre le pouvoir pour certains (nazisme en Allemagne et fascisme mussolinien en Italie) mais aussi de ceux qui ont &#233;chou&#233; dans d'autres pays europ&#233;ens.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Robert Paxton, Le fascisme en action, 2004.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; C'est ainsi qu'il distingue plusieurs moments dans le d&#233;veloppement des mouvements fascistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour y voir plus clair, reprenons la synth&#232;se qu'en fait Vanina Giudicelli dans la revue n&#176;3 des Cahiers d'A2C :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans Le fascisme en action, Paxton pr&#233;sente les deux &#233;l&#233;ments qui ont permis aux fascistes d'acc&#233;der au pouvoir en Italie en 1922 comme en Allemagne en 1933 : le fait que la bourgeoisie se sente menac&#233;e au point d'accepter de collaborer avec eux, et un enracinement suffisamment important des organisations fascistes pour s'imposer comme partenaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le fascisme n'est pas un instrument cr&#233;&#233; par la bourgeoisie, il a un projet politique autonome (l'extermination des Juifs n'&#233;tait pas le projet de la bourgeoisie allemande, mais celui des nazis). Celui-ci, que l'on pourrait d&#233;finir par la volont&#233; de cr&#233;er un renouveau de la soci&#233;t&#233; &#224; travers le combat pour la puret&#233; et la grandeur nationale, n'est pas un projet un peu plus radical que celui de candidat&#183;es de la bourgeoisie. Le fascisme a pour sp&#233;cificit&#233; de chercher &#224; mobiliser activement de larges couches de la soci&#233;t&#233; &#8211; l&#224; o&#249; la bourgeoisie cherche plut&#244;t &#224; s'assurer de leur passivit&#233;. Le c&#339;ur de ce mouvement est la petite bourgeoisie, classe sociale qui hait &#224; la fois la grande bourgeoisie au pouvoir qui les m&#232;ne &#224; la faillite et la classe ouvri&#232;re qui r&#233;clame davantage d'acquis sociaux et politiques. [...] Mais les mouvements fascistes cherchent &#233;galement &#224; souder d'autres forces sociales autour des ennemis qu'il faut &#233;craser. La strat&#233;gie du fascisme est donc de d&#233;baucher une partie de notre classe pour l'amener &#224; s'en prendre &#224; l'autre. En ce sens, le fascisme peut int&#233;resser la bourgeoisie, s'il r&#233;ussit &#224; construire ce mouvement d'ampleur auquel il aspire, offrant des troupes et une d&#233;termination capables de &#171; r&#233;gler &#187; les blocages auxquels la bourgeoisie doit faire face. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;Les fascistes, Macron, l'Etat, c'est pas la classe&#8221;, mai 2022&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Remettre ainsi les fascistes au centre du combat antifasciste est primordial. Finalement, le d&#233;bat est tactique et porte sur &#171; o&#249; attaquer &#187;. Or quand on parle fascisation, comme on l'a vu, le risque est d'oublier les fascistes en les mettant au second plan. Il est pourtant indispensable de comprendre les sp&#233;cificit&#233;s du fascisme pour saisir en miroir la n&#233;cessit&#233; d'un combat sp&#233;cifiquement antifasciste. Manifestations contre des centres d'accueil de demandeurs d'asile ou des spectacles de drag queens, attaques de centres LGBT+, agressions de personnes trans ou de militant&#183;es de gauche, d&#233;blocages d'universit&#233;s en lutte contre la r&#233;forme des retraites, mobilisation contre les concerts de M&#233;dine&#8230; Tout cela est certes relativement tol&#233;r&#233; par le pouvoir en place, mais ce sont bien des militant&#183;es d'extr&#234;me-droite qui sont &#224; l'&#339;uvre, pas des &#233;lecteurs macronistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Construire l'unit&#233; d'action antifasciste par en-bas &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les fascistes jouent sur notre terrain : ils visent &#224; mobiliser les masses, et donc une large partie de notre classe aussi, mais contre une autre partie de notre classe. Ayons en t&#234;te qu'un r&#233;gime fasciste, ce n'est pas simplement un r&#233;gime o&#249; la police r&#233;prime davantage ; c'est un r&#233;gime o&#249; chacun&#183;e devient flic et collabore activement &#224; la r&#233;pression. C'est pourquoi la bataille que l'on m&#232;ne face aux fascistes n'est pas une course dans laquelle il s'agirait juste d'aller plus vite et plus loin ; c'est un combat de boxe qui est &#224; mener, une lutte au corps &#224; corps pour emp&#234;cher qu'ils ne recrutent et ne s'implantent davantage, qu'ils ne diffusent leur poison et enr&#244;lent une partie de notre classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Chaque village, quartier ou universit&#233; dans lesquels l'extr&#234;me-droite m&#232;ne ses activit&#233;s sans r&#233;ponse antifasciste, est un pas de plus vers la complicit&#233; g&#233;n&#233;rale de leur projet mortif&#232;re. Chaque individu qui rejoint le camp fasciste est un pas de plus vers l'an&#233;antissement de notre camp, de nos organisations, des plus r&#233;formistes aux plus r&#233;volutionnaires, mais plus profond&#233;ment de toutes nos solidarit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cet int&#233;r&#234;t commun pour faire reculer les fascistes, nombre de personnes le ressentent, bien au-del&#224; des cercles habituellement militants, cela est certain et ne peut que nous donner de l'espoir et de la force. Construire cette unit&#233;-l&#224; se joue &#224; la base et dans l'action du plus grand nombre : il faut s'y prendre par en-bas, dans son village, son quartier ou son universit&#233; et dans l'action concr&#232;te de terrain contre l'extr&#234;me-droite et ses activit&#233;s. Animer une assembl&#233;e, lancer un comit&#233;, organiser des r&#233;unions publiques pour agir collectivement est vital pour rallier et mobiliser toutes les bonnes volont&#233;s face aux fascistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si nous sommes d'accord qu'&#224; terme, la seule voie pour se d&#233;barrasser d&#233;finitivement du fascisme et de ce qui en fait le terreau fertile, c'est celle de la rupture r&#233;volutionnaire avec le capitalisme et l'imp&#233;rialisme, nous croyons aussi qu'aujourd'hui la lutte antifasciste est un pr&#233;alable, une condition &#224; l'unit&#233; de notre classe n&#233;cessaire pour la r&#233;volution. &#201;tant donn&#233; l'&#233;tat de notre camp aujourd'hui, repousser les fascistes est un objectif vital pour redonner la force, la conviction et la confiance &#224; notre classe pour aller au-del&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ERWAN (MARSEILLE)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour aller plus loin &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Strat&#233;gie antifasciste : 5 exemples historiques pour ouvrir une r&#233;flexion, par Denis Godard, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Comment faire face au danger fasciste ? l'exemple de KEERFA en Gr&#232;ce&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le mouvement antifa aujourd'hui, David Karvala, 2019&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le rn n'est pas le parti des ouvrier.es &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Depuis 2017, les r&#233;sultats &#233;lectoraux successifs du rn ont rendu la possibilit&#233; imminente de son acc&#232;s au pouvoir cr&#233;dible. mais c'est suite &#224; l'&#233;lectrochoc des europ&#233;ennes et des &#233;lections l&#233;gislatives anticip&#233;es que nombre de militant.e.s ont v&#233;ritablement pris conscience du danger. s'en est suivi une formidable mobilisation qui, bien que circonscrite &#224; la campagne &#233;lectorale, a d&#233;montr&#233; la volont&#233; de se battre d'une grande partie d'entre nous. aujourd'hui, il est donc capital de bien cerner notre adversaire pour le combattre avec la strat&#233;gie ad&#233;quate. or, nous nous heurtons &#224; gauche &#224; maintes conceptions erron&#233;es et illusions quant &#224; l'&#233;lectorat du rn et la nature de ce vote. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LES SONDAGES, UN OUTIL POLITIQUE PRODUIT PAR L'ID&#201;OLOGIE DOMINANTE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est maintenant commun&#233;ment admis que le vote RN est un vote majoritairement populaire et ouvrier, nourri par la profonde d&#233;tresse sociale dans les campagnes isol&#233;es. Cette id&#233;e re&#231;ue est abondamment entretenue par les &#233;tudes et les sondages. Or, de nombreux biais ont &#233;t&#233; mis en avant par Tiberj qui insiste sur la rigueur m&#233;thodologique &#224; avoir lorsqu'on utilise les sondages. En effet, ces derniers &#171; sont devenus un enjeu politique majeur &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vincent Tiberj, La France est-elle de droite, interview de Salom&#233; Saqu&#233;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Le choix des sujets, leur fr&#233;quence et la mani&#232;re dont les questions sont pos&#233;es orientent le d&#233;bat public. Ce n'est pas par hasard si le milliardaire St&#233;rin, dont le projet P&#233;ricl&#232;s vise &#224; installer le RN au pouvoir, cherche &#224; acheter un institut de sondage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Thomas Lemahieu, Exclusif : P&#233;ricl&#232;s, le projet secret de Pierre-&#201;douard (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Aujourd'hui, les panels sont constitu&#233;s en recrutant et r&#233;mun&#233;rant des individus volontaires sur internet. Or, cette m&#233;thodologie entra&#238;ne d'une part, une surrepr&#233;sentation de personnes d'extr&#234;me droite et d'autre part, une tendance &#224; r&#233;pondre aux questions impulsivement, sans que les conditions de passation soient connues&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vincent Tiberj, op.cit.&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Le sondage Elab du 20/12/23 commandit&#233; par CNews et Europe 1 est un exemple des contradictions de ce type d'&#233;tude : il indiquait que 71% des fran&#231;ais&#183;e&#183;s &#233;taient favorables &#224; la pr&#233;f&#233;rence nationale et que 70% &#233;taient satisfait&#183;e&#183;s du vote de la loi immigration pourtant, la CNCDH&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Commission Nationale Consultative des Droits de l'Homme&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &#233;tablissait en 2022 que pour plus de 60% des fran&#231;ais&#183;e&#183;s, l'immigration est une source d'enrichissement culturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En fonction de la formulation des questions, de leur occurrence dans le d&#233;bat public, de la m&#233;thode utilis&#233;e pour construire les &#233;chantillons, les r&#233;sultats peuvent &#234;tre diam&#233;tralement oppos&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les sondages ont donc une fonction politique. Ils ne peuvent &#234;tre utilis&#233;s qu'avec une tr&#232;s grande pr&#233;caution, notamment lorsque ceux qui produisent l'id&#233;ologie dominante s'en servent pour &#233;tablir que le vote RN serait un vote des classes populaires car comme le pointe Annie Collovald, ce n'est pas un hasard. En effet, d&#232;s les ann&#233;es 80, apr&#232;s les premi&#232;res victoires du FN, un glissement s&#233;mantique s'observe chez les historiens et sociologues. De parti fasciste, il devient un parti &#171; national-populiste &#187;. Le succ&#232;s du n&#233;olib&#233;ralisme a divis&#233; le monde social en deux, les inclus et les exclus. Pour les experts en menace d&#233;mocratique, &#171; le peuple, [&#8230; est devenu] plus un probl&#232;me &#224; r&#233;soudre qu'&#224; d&#233;fendre &#187;5, il est le coupable id&#233;al. C'est ainsi que la suspicion envers les plus pauvres et un profond m&#233;pris de classe ont permis au FN de se construire une identit&#233; respectable qui l'autorise aujourd'hui &#224; se proclamer parti du peuple. La gauche a &#233;t&#233; peu &#224; peu contamin&#233;e par ces analyses et, si c'est de mani&#232;re inconsciente, elle n'en est pas moins exempte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;UNE ANALYSE DE CLASSE INCOH&#201;RENTE POUR &#201;TABLIR LA COMPOSITION SOCIALE DU VOTE RN&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;partition choisie par les instituts de sondage pour d&#233;finir les diff&#233;rents groupes sociaux agr&#232;ge des profils tr&#232;s h&#233;t&#233;rog&#232;nes en ne tenant absolument pas compte de la position sociale r&#233;elle des individus. Dans l'analyse des &#233;lections l&#233;gislatives, Ipsos en retient&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;B. Cautr&#232;s, N. Mayer, Le nouveau d&#233;sordre &#233;lectoral, p. 189, Paris, Presses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : les cadres, les professions interm&#233;diaires, les employ&#233;s, les ouvriers et les retrait&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Aucune information n'indique ce qui motive ces choix ni les d&#233;finitions sur lesquelles ils s'appuient pour d&#233;terminer ces cat&#233;gories. O&#249; sont class&#233;s les policiers, militaires et gendarmes, c'est-&#224;-dire les professions qui ont un pouvoir coercitif ? Les commer&#231;ants, artisans, agriculteurs qui poss&#232;dent leur outil de travail ? Les chefs d'exploitations agricoles et les chefs d'entreprise ? La m&#233;thodologie choisie ne permet donc pas d'identifier les classes populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; De plus, la plupart des analyses ne tiennent pas compte de l'abstention, des votes nuls ou blancs et des non-inscrit&#183;e&#183;s. Or, &#171; les diff&#233;rences sociales d'inscription et de participation se cumulent [&#8230;] au total, sur 100 fran&#231;ais en &#226;ge de voter parmi les plus modestes, 62 ont pris part aux &#233;lections contre 88 personnes sur 100 parmi les plus ais&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ainsi, si l'on reprend les donn&#233;es de l'enqu&#234;te Ipsos malgr&#233; ces cat&#233;gories biais&#233;es et qu'on exprime les pourcentages par rapport aux inscrit&#183;e&#183;s, les conclusions sont d&#233;j&#224; beaucoup plus nuanc&#233;es : 30,78% des ouvri&#232;r&#183;e&#183;s, 25,52% des employ&#233;&#183;e&#183;s, 19,22% des professions interm&#233;diaires, 13,65% des cadres, 21% des retrait&#233;&#183;e&#183;s CSP+, 27% des retrait&#233;&#183;e&#183;s CSP-, 18,81% des 18-24 ans et 16,31% des 25-34 ans auraient vot&#233; RN. Contrairement aux id&#233;es re&#231;ues, les jeunes et la majorit&#233; des ouvri&#232;r&#183;e&#183;s ne sont pas &#171; gagn&#233;&#183;e&#183;s &#187; par l'extr&#234;me-droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si on observe les r&#233;sultats par rapport aux niveaux de vie, 21,66% parmi celleux qui gagnent moins de 1.250&#8364; votent RN et 22,08% parmi celleux qui gagnent plus de 3.000&#8364;. Les revenus ne semblent pas d&#233;terminants et se baser sur ce crit&#232;re n'est donc absolument pas op&#233;rant. Mais alors, de quoi le vote RN est-il le nom ?&lt;/p&gt;
&lt;img src=&#034;https://infokiosques.net/IMG/png/1comprendre_le_fascisme.png&#034; width=&#034;450&#034; style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px'&gt;
&lt;p&gt;UN VOTE DE LA PETITE BOURGEOISIE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dimension g&#233;ographique est l'une des donn&#233;es significatives du vote RN. En effet, sur les 10,6 millions de suffrages pour le RN et ses alli&#233;s, 7,2 proviennent des villes de moins de 10 000 habitant&#183;e&#183;s soit pr&#232;s de 70%&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Graphique &#233;tabli par l'institut Terram &#224; partir des donn&#233;es du minist&#232;re de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce sur-vote de la &#171; France p&#233;riph&#233;rique &#187; a beaucoup &#233;t&#233; comment&#233;, notamment par Piketty et Cag&#233;, mais souvent au d&#233;triment du profil de ses &#233;lecteurices. (Voir graphique ci-dessous)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour analyser leurs origines sociales, nous sommes confront&#233;&#183;e&#183;s aux m&#234;mes difficult&#233;s que pour les sondages. L'INSEE utilise 6 groupes socioprofessionnels dont l'homog&#233;n&#233;it&#233; sociale pr&#234;terait &#224; rire si le sujet n'&#233;tait pas aussi dramatique : les personnels des services directs aux particuliers (les assistantes aux personnes &#226;g&#233;es par exemple) appartiennent au m&#234;me groupe que les policiers et militaires, les enseignantes du primaire &#224; celui des cur&#233;s. Les chefs d'entreprises de 10 salari&#233;.es ou de 200 000 sont amalgam&#233;s (Voir tableau page suivante)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pouvons donc nous baser aveugl&#233;ment sur ces &#233;tudes. En revanche, nous pouvons les combiner en &#233;tudiant les sp&#233;cificit&#233;s des zones rurales, des petites et moyennes villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'INSEE a &#233;tabli que la proportion de propri&#233;taires &#233;tait beaucoup plus importante chez les CSP (Cat&#233;gories socio-professionnelles) non &#171; ouvri&#232;r&#183;e&#183;s &#187; et &#171; employ&#233;&#183;e&#183;s &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, celle-ci varie en fonction de la taille des villes (avec une concentration beaucoup plus importante dans les petites villes : allant d'environ 80% dans les villes de moins de 2000 habitant.es &#224; 35% dans les villes de plus de 500 000 hab.). De plus, les revenus du patrimoine repr&#233;sentent une part du niveau de vie bien plus &#233;lev&#233;e pour les ind&#233;pendant&#183;e&#183;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, en raison de leurs diff&#233;rences de structures &#233;conomiques, sociales et culturelles, les CSP varient elles-aussi en fonction de la taille des villes : les agriculteurs, les exploitants, les artisans, les commer&#231;ants, les petits chefs d'entreprise (c'est-&#224;-dire ceux dont les activit&#233;s sont majoritairement orient&#233;es vers les besoins locaux) et les retrait&#233;&#183;e&#183;s sont surrepr&#233;sent&#233;s dans les zones o&#249; le RN fait ses scores les plus importants. Se dessine alors un premier profil d'&#233;lecteurices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'&#233;tude, tr&#232;s fouill&#233;e, de l'institut Terram permet d'aller plus loin. Elle met en &#233;vidence le lien entre capital r&#233;sidentiel (valeur et d&#233;sirabilit&#233; du lieu dans lequel r&#233;side un individu) et vote RN. En effet, si le prix du m&#232;tre carr&#233; varie en fonction du type de bien, il est aussi intimement li&#233; &#224; sa g&#233;olocalisation : plus un bien est d&#233;sirable, plus il prend de la valeur. Or, aujourd'hui, moins la population de la commune est &#233;lev&#233;e, moins il en a. L'&#233;volution des prix du march&#233; cr&#233;e une discordance entre capital &#233;conomique et capital r&#233;sidentiel (des bien h&#233;rit&#233;s prennent ou perdent de la valeur&#8230;) et instaure une organisation spatiale qui fait appara&#238;tre un lien tr&#232;s important entre capital r&#233;sidentiel faible et vote RN &#233;lev&#233;. Les &#233;lecteurices du RN expriment &#171; leur frustration vis-&#224;-vis de leur statut de domin&#233;s dans le champ immobilier local ou leur insatisfaction de devoir vivre dans une zone de rel&#233;gation &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J&#233;r&#244;me Fourquet, Sylvain Manternach, Comprendre la g&#233;ographie du vote RN en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces donn&#233;es crois&#233;es avec les pr&#233;c&#233;dentes confirment le premier profil &#233;tabli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'&#171; &#233;lectorat [du RN] se recrut[e] dans la petite classe moyenne et les milieux populaires int&#233;gr&#233;s socialement [qui] souffrent de ne pas pouvoir vivre plus confortablement et de ne pas pouvoir acc&#233;der &#224; un mode de vie s'approchant de celui de CSP+ et des classes moyennes sup&#233;rieures &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p.16&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Il existe une corr&#233;lation entre les zones o&#249; les &#233;carts de niveaux de vie sont les plus importants et visibles et celles o&#249; le RN obtient ses meilleurs r&#233;sultats (avec quelques exceptions). Leurs &#233;lecteurices se disent &#171; trop riches pour &#234;tre aid&#233;&#183;e&#183;s mais pas suffisamment pour bien vivre &#187;. Ce constat confirme les travaux de sociologues tels que Beno&#238;t Coquard, qui ont d&#233;montr&#233; l'hostilit&#233; de l'&#233;lectorat du RN vis &#224; vis de &#8220;l'assistanat&#8221; dont b&#233;n&#233;ficie les plus modestes. Si on compare les r&#233;sultats des 3 blocs principaux, dans les zones les plus pauvres, le vote NFP est tr&#232;s largement en t&#234;te, dans les zones les plus riches, c'est le bloc pr&#233;sidentiel qui domine et dans les zones o&#249; les revenus m&#233;dians sont assez mod&#233;r&#233;s c'est le vote RN&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p.19&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le vote de gauche serait donc plut&#244;t un vote populaire, celui du centre et de la droite un vote bourgeois et celui du RN, un vote de la petite bourgeoisie. Cette classe, difficile &#224; d&#233;finir, est totalement invisibilis&#233;e dans toutes les &#233;tudes sur l'&#233;lectorat du RN. Or, tous les &#233;l&#233;ments expos&#233;s pr&#233;c&#233;demment montrent &#224; quel point, elle est pourtant celle dont le vote RN est issu. En effet, selon l'analyse marxiste, la soci&#233;t&#233; s'articule autour d'un antagonisme entre la classe ouvri&#232;re (au sens de toutes celleux qui sont exploit&#233;&#183;e&#183;s et qui ont besoin de vendre leur force de travail pour vivre) et la bourgeoisie qui l'exploite. La petite bourgeoisie quant &#224; elle est prise en &#233;taux entre ces 2 classes sociales. Elle est compos&#233;e de petits patrons, d'ind&#233;pendants, de commer&#231;ants, d'artisans, de la partie des salari&#233;s dans les entreprises qui occupent des fonctions d'encadrement, de relai des patrons et des fonctions coercitives (police, arm&#233;e, gendarmerie) &#8230; Ce ne sont ni des personnes compl&#232;tement exploit&#233;es, ni celles qui d&#233;tiennent le pouvoir de la bourgeoisie. Cette d&#233;finition correspond donc &#224; la fois &#224; ce que nous savons des &#233;lecteurices du RN (ici, elle s'&#233;loigne en plus d'une classe urbaine et racis&#233;e) et &#224; la fois aux analyses du fascisme qui se construit en autonomie de l'&#201;tat et qui s'appuie sur cette classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il ne s'agit pas de se faire plaisir et d'utiliser la th&#233;orie pour appliquer ensuite des projections qui valideraient nos hypoth&#232;ses. La classe des exploit&#233;&#183;e&#183;s n'est pas homog&#232;ne, il y existe des tensions, des contradictions et ce serait se leurrer que d'imaginer que certain&#183;e&#183;s ne votent pas RN. Toute la question est de savoir s'ils et elles sont majoritaires, s'ils et elles sont nos alli&#233;&#183;e&#183;s, s'ils et elles sont celleux &#224; qui nous devons nous adresser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Aussi, afin d'&#234;tre au plus pr&#232;s des rapports de force en pr&#233;sence, il est important de comparer les r&#233;sultats des &#233;lections l&#233;gislatives en tenant compte de la participation, du nombre d'inscrit&#183;e&#183;s et du nombre de personnes n'ayant pas la nationalit&#233; fran&#231;aise (sans tenir compte des sans-papiers) : (voir tableau page suivante)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les disparit&#233;s sont &#233;videntes mais, en r&#233;alit&#233; le RN, m&#234;me dans les campagnes, ne dispose pas de l'h&#233;g&#233;monie qu'on lui pr&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;img src=&#034;https://infokiosques.net/IMG/png/2comprendre_le_fascisme.png&#034; width=&#034;450&#034; style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px'&gt;
&lt;p&gt;UN VOTE RACISTE&lt;/p&gt;
&lt;img src=&#034;https://infokiosques.net/IMG/png/3comprendre_le_fascisme.png&#034; width=&#034;450&#034; style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px'&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat sur la base sociale du RN n'est pas le seul diff&#233;rend au sein des chercheureuses. Il en existe un autre, et de taille : les motivations de ce vote. Une partie d'entre elleux pensent qu'il s'agit d'un vote m&#251; par un d&#233;sespoir social. Pourtant, ce serait ne pas voir &#171; l'&#233;l&#233;phant dans la pi&#232;ce : la question identitaire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vincent Grimault, Racisme ou sentiment d'abandon : ce qui d&#233;termine le vote (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Pour Nonna Mayer, les d&#233;terminants les plus importants sont les attitudes : &#171; l'ethnocentrisme est en 1&#232;re position, avec le sentiment affirm&#233; de ne plus &#234;tre chez soi, suivi en 2&#232;me position de l'hostilit&#233; &#224; l'int&#233;gration europ&#233;enne, soup&#231;onn&#233;e d'encourager l'immigration, et en 3&#232;me position d'un placement tr&#232;s &#224; droite de l'&#233;chiquier politique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fabien Escalona, Extr&#234;me droite : Cag&#233;/ Piketty risquent de bercer la gauche (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Il est notable, &#224; ce titre, que les divers scandales autour de certain&#183;e&#183;s candidat&#183;e&#183;s, les revirements et contradictions du programme &#233;conomique du RN, n'aient absolument pas influ&#233; sur ses r&#233;sultats. D'ailleurs, son &#233;lectorat n'en conna&#238;t souvent qu'un &#233;l&#233;ment : la pr&#233;f&#233;rence nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on reprend les donn&#233;es de l'&#233;tude Terram, les motivations qui &#233;mergent sont tr&#232;s claires : la question de l'immigration et celle de l'ins&#233;curit&#233; (ces deux items recueillent 20 points de plus que ceux des salaires et du pouvoir d'achat)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J&#233;r&#244;me Fourquet et Sylvain Manternach, op.cit., p.13&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#171; Les entretiens qualitatifs et les reportages men&#233;s aupr&#232;s des &#233;lecteurs frontistes ont bien montr&#233; que l'ins&#233;curit&#233; culturelle qu'ils ressentaient ou m&#234;me, pour les plus radicaux d'entre eux, la crainte d'un &#171; grand remplacement &#187; qu'ils exprimaient se nourrissaient de la coexistence avec des personnes issues des immigrations arabo-musulmanes, et ce quelle que soit leur nationalit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p.14&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Les auteur&#183;e&#183;s ont cr&#233;&#233; un indice IPI (Immigration, Pauvret&#233; - pr&#233;gnance des in&#233;galit&#233;s - et Ins&#233;curit&#233;) dont l'objectif est de croiser diff&#233;rents facteurs qui expliquent le vote RN. Les r&#233;sultats sur les cartes sont troublants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p.19&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (voir page 26).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si on y ajoute les variables nombre d'habitant&#183;e&#183;s de la commune et capital r&#233;sidentiel, les exceptions disparaissent. Ainsi, &#171; tout se passe comme si, dans ces territoires limitrophes, le rejet de l'immigration se combinait avec le souci de pr&#233;server son capital r&#233;sidentiel. Le vote RN agit alors comme un moyen [&#8230;] de mettre &#224; distance les familles issues de l'immigration &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p.30&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les dynamiques de ce vote deviennent alors limpides. Il repose sur une petite bourgeoisie blanche, raciste, qui craint, en p&#233;riode de crise, le d&#233;classement et son d&#233;crochage. Peut se greffer &#224; elle, comme l'a d&#233;montr&#233; Fran&#231;ois Coquard, des individus blancs des classes populaires qui sont influenc&#233;s par des &#171; figures de r&#233;ussite &#8211; typiquement l'ouvrier qui a r&#233;ussi &#224; devenir artisan &#224; son compte [&#8230;]. En mettant un bulletin RN dans l'urne, ils n'envoient pas un message de col&#232;re ou de ressentiment li&#233; &#224; un abandon. Ils affirment au contraire leur style de vie avec fiert&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vincent Grimault, op.cit.&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ils n'ont pas de vision de classe mais une vision raciale. Si d'aucun.e veulent malgr&#233; tout s'adresser aux &#233;lecteurices du RN, ils doivent prendre conscience qu'aucun argument ne sera efficace. Quoi qu'ils puissent en dire, ce vote se construit avant tout autour des questions migratoires et du racisme.&lt;/p&gt;
&lt;img src=&#034;https://infokiosques.net/IMG/png/4comprendre_le_fascisme.png&#034; width=&#034;450&#034; style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px'&gt;
&lt;p&gt;LE RN EST UN PARTI FASCISTE, COMMENT LE COMBATTRE ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette situation o&#249; un seul r&#233;cit domine a fini par influencer la gauche et ses militant&#183;e&#183;s : le RN est majoritaire, c'est un vote populaire, donc il faudrait s'adresser &#224; celleux qui votent pour lui. Finalement, personne ne s'adresse &#224; tou&#183;te&#183;s les autres, qui sont en r&#233;alit&#233; largement majoritaire, et personne ne cherche &#224; les mobiliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fen&#234;tre d'Overton est &#171; l'ensemble des opinions qui sont consid&#233;r&#233;es comme dicibles, acceptables au sein de l'opinion publique. [&#8230;] Toute l'id&#233;e de cette fen&#234;tre, c'est qu'elle est dynamique, elle s'&#233;largit, elle se contracte, elle se d&#233;place &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vitktorovitch, &#171; Zemmour, Bannon et macronistes... Qu'est-ce que &#171; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Pendant longtemps, l'islamophobie, la th&#233;orie du grand remplacement et le vote RN n'&#233;taient pas assumables, cr&#233;ant une censure inconsciente. Qualifier le RN de parti populiste, d&#233;battre avec lui, cesser de lutter ardemment contre le racisme ont contribu&#233; &#224; et accompagn&#233; sa banalisation. &#171; La politique n'existe pas seulement lors des &#233;lections. L'enjeu, pour les syndicats, les associations et les partis, consiste &#224; y reprendre pied pour diffuser une sorte d'antiracisme ordinaire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Faury, Dans l'&#233;lectorat du RN &#171; le racisme s'articule &#224; des exp&#233;riences de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Que proposons-nous ? A qui ? Il y a une vraie n&#233;cessit&#233; aujourd'hui &#224; mobiliser les n&#244;tres, &#224; remettre la solidarit&#233; au c&#339;ur de nos interventions, &#224; changer le cadre et les questions qu'on nous impose. Il n'y a qu'une chose &#224; faire, se battre inlassablement contre l'extr&#234;me droite, la d&#233;l&#233;gitimer, ne lui laisser aucune place, nulle part. Plus que jamais, no pasaran !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CHARLOTTE PAVEZ (ROMAINVILLE)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De quel antifascisme avons-nous besoin ? l'exemple de marseille &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tout au long de cette brochure, on a pu d&#233;velopper plusieurs arguments th&#233;oriques sur la caract&#233;risation du fascisme, et du principal parti qui l'incarne en france, le rn. mais si on d&#233;veloppe tous ces arguments, ce n'est pas pour s'autoproclamer meilleur.es expert.es du fascisme, mais pour bien s'armer, pour intervenir au mieux dans le mouvement, et arracher la victoire face aux fascistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour &#231;a qu'on a d&#233;cid&#233; de conclure cette brochure avec un exemple concret, celui de marseille, qui nous para&#238;t pertinent pour incarner les lignes strat&#233;giques de l'antifascisme qu'on pense essentiel &#224; b&#226;tir. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;POURQUOI L'EXEMPLE DE MARSEILLE ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement parce que Marseille est une grande ville dans laquelle l'extr&#234;me droite est en dynamique. Il y a une polarisation forte qui s'exprime notamment sur le terrain &#233;lectoral. Lors des &#233;lections l&#233;gislatives de 2024, sur 7 circonscriptions, 4 ont &#233;t&#233; donn&#233;es gagnantes &#224; l'extr&#234;me droite, dont 3 nouvelles, et 3 ont &#233;t&#233; remport&#233;es par l'aile dite radicale du Nouveau Front Populaire. Dans les quartiers les plus populaires de Marseille, les d&#233;put&#233;s LFI Bompard et Delogu ont &#233;t&#233; &#233;lus d&#232;s le premier tour culminant &#224; 60% des voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement parce que Marseille a &#233;t&#233; &#233;rig&#233;e en symbole par tous les fachos de France. Zemmour y lance sa campagne pour les pr&#233;sidentielles fin 2021, tout comme Jordan Bardella pour les europ&#233;ennes de 2024. &#192; chaque fois, Reconqu&#234;te ou le RN ont tap&#233; sur l'ins&#233;curit&#233; en d&#233;signant Marseille comme le r&#233;sultat du laxisme de l'Etat avec leur rh&#233;torique raciste liant actes d&#233;lictueux et immigration. Aussi, cette ville devient un enjeu pour les fachos car Marseille incarne pour eux une ville &#224; reconqu&#233;rir et qui leur permet de d&#233;velopper leur rh&#233;torique du grand remplacement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement parce que, en parall&#232;le des enjeux nationaux, c'est aussi par le local que se d&#233;veloppe le danger fasciste, et le micro-parti &#171; Marseille D'abord &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le d&#233;veloppement des partis fascistes, lire dans cette brochure (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; en est un sympt&#244;me &#224; prendre au s&#233;rieux. Il est constitu&#233; autour du fasciste local St&#233;phane Ravier, ancienne figure de proue du RN marseillais, qu'il quitte en 2022 pour rejoindre les rangs de Reconqu&#234;te, qu'il abandonne aussi en 2024 et se d&#233;dier &#224; son micro-parti. Marseille D'abord allie strat&#233;gie de respectabilit&#233; (avec en ligne de mire une tentative d'union des droites pour les &#233;lections municipales de 2026) et liens avec d'autres antennes qui permettent d'&#233;largir la base militante : Hera Massilia, soi-disant f&#233;ministe, Nettoyons Marseille, pr&#233;tendument &#233;cologiste, et enfin Defends Marseille, un groupe de jeunesse actif, compos&#233; de militants identitaires.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour plus d'infos sur Marseille D'abord et sur l'extr&#234;me-droite (&#8230;)&#034; id=&#034;nh36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FACE &#192; LA MENACE FASCISTE, DES EXP&#201;RIENCES ANTIFASCISTES CONTRAST&#201;ES&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de d&#233;velopper les pistes strat&#233;giques qui nous paraissent vitales &#224; b&#226;tir, tirer les bilans des ripostes pass&#233;es nous para&#238;t essentiel. M&#234;me si l'antifascisme marseillais existe depuis bien longtemps, on a d&#233;cid&#233; de revenir rapidement sur trois &#233;pisodes r&#233;cents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En novembre 2021, Zemmour lance sa campagne pr&#233;sidentielle par une venue &#224; Marseille. Sans cadre antifasciste structur&#233; &#224; ce moment-l&#224;, la riposte s'organise quand m&#234;me et d&#233;cide de le harceler : d&#232;s le matin, un comit&#233; de r&#233;ception l'attend &#224; la gare, et le soir c'est un millier de personnes qui d&#233;filent dans les rues de Marseille contre le fascisme. Mais c'est aussi les marseillais&#183;es non militant&#183;es qui r&#233;agissent, lors de sa venue dans le quartier du Panier, tous les rideaux de fer des commerces se ferment sur son passage et les riverain&#183;es l'insultent depuis leurs fen&#234;tres. Sa visite est un toll&#233; m&#233;diatique, le d&#233;but de la perte de vitesse de sa campagne, et l'occasion pour l'Assembl&#233;e antifasciste marseillaise de se lancer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire le retour d'exp&#233;rience : &#171; Assembl&#233;e antifasciste de Marseille : une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En mars 2024, c'est cette fois Bardella qui d&#233;cide de lancer sa campagne pour les europ&#233;ennes &#224; Marseille. En deux ans, trois cadres antifascistes se sont cr&#233;&#233;s, l'Antifa Social Club Marseille (ASCM), la Jeunesse Antifasciste Aixoise (devenue depuis Jeune Garde Aix-Marseille), et la Riposte Antifasciste. Plusieurs semaines avant, les 3 collectifs lancent une interorga afin d'accueillir le RN comme il se doit. Dans l'organisation de ce weekend antifasciste, les arguments se sont oppos&#233;s, et la Riposte a essay&#233; de tenir jusqu'au bout la priorit&#233; de b&#226;tir une manifestation massive et offensive en direction du lieu de meeting. Mais on n'a pas r&#233;ussi &#224; convaincre, et l'avis g&#233;n&#233;ral, motiv&#233; principalement par un d&#233;faitisme cr&#233;&#233; par la peur de la r&#233;pression polici&#232;re, a d&#233;cid&#233; que la manifestation ait lieu &#224; des kilom&#232;tres de l&#224;, laissant bien tranquilles les milliers de fascistes qui se sont rassembl&#233;s ce jour l&#224;, quelques semaines avant une victoire &#233;lectorale &#233;crasante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous voil&#224; donc en juin 2024, suite &#224; la dissolution de l'Assembl&#233;e Nationale. Face &#224; la sid&#233;ration et &#224; la tentation g&#233;n&#233;rale de grossir les rangs du NFP, la Riposte, convaincue que ce n'est pas en d&#233;l&#233;guant qu'on vaincra le fascisme, d&#233;cide d'impulser avec l'ASCM la cr&#233;ation de Comit&#233;s de Quartiers Antifascistes &#224; travers toute la ville. D&#233;but juillet,on organise donc une assembl&#233;e de lancement qui r&#233;unit plus de 300 personnes et aboutit &#224; la cr&#233;ation d'une douzaine de comit&#233;s (tr&#232;s in&#233;gaux num&#233;rairement selon les quartiers). L'&#233;t&#233; pass&#233;, et la dynamique retomb&#233;e, le bilan est disparate, certains comit&#233;s n'ont pas vraiment vu le jour quand d'autres se sont directement implant&#233;s avec des collages, des tables &#224; des &#233;v&#232;nements de quartier&#8230; Mais ce qui para&#238;t comme une constante dans beaucoup de ces comit&#233;s, c'est la difficult&#233; &#224; s'organiser sp&#233;cifiquement sur le sujet du fascisme mais un &#233;parpillement vers d'autres sujets vus comme fascisants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'article de la brochure &#8220;Doit-on parler de fascisation ?&#8221;&#034; id=&#034;nh38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : surveillance, violence polici&#232;re, gentrification&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour des exemples des initiatives prises par les comit&#233;s : https://www.instagram&#034; id=&#034;nh39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;... S'il para&#238;t compliqu&#233; de tirer des bilans qui pourraient s&#251;rement &#234;tre propres &#224; chaque comit&#233;, deux explications g&#233;n&#233;rales se d&#233;gagent. La premi&#232;re c'est que les manoeuvres par en haut du NFP, appelant en septembre &#224; mobilisation pour voir Lucie Castets &#224; la t&#234;te du gouvernement, ont fait perdre au r&#233;el &#233;lan antifasciste de juin sa force et son autonomie, en proposant une solution d&#233;l&#233;gataire, celle que le NFP se charge de la lutte contre le RN au sein du Parlement. La deuxi&#232;me c'est que, par en bas, la Riposte n'a pas su r&#233;activer cette &#233;nergie, aller &#224; la rencontre de chaque comit&#233; pour convaincre de maintenir la mobilisation, de ne pas faire confiance &#224; cette pseudo union de la gauche pour nous &#233;pargner du danger fasciste, et de continuer &#224; mener une lutte contre le RN et toute l'extr&#234;me-droite, bien mena&#231;ante dans notre ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;QUELLES PISTES D'ORGANISATION EN TIRER ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant qu'on a vu que l'exemple de Marseille &#233;tait un r&#233;el enjeu strat&#233;gique pour les fascistes, loin d'&#234;tre gagn&#233;, mais pas hors de danger, que les bilans des derni&#232;res exp&#233;riences &#233;taient tr&#232;s contrast&#233;s, tirons-en des lignes de conduite &#224; adopter syst&#233;matiquement, &#224; Marseille comme ailleurs pour que notre antifascisme sorte victorieux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a besoin d'une lutte sp&#233;cifique contre le fascisme ! On l'a vu, ici les fascistes se d&#233;veloppent et s'organisent par la base, et ce n'est pas l'autoritarisme de l'&#201;tat qui grossit les rangs autour de Ravier. C'est qu'avec ses diff&#233;rentes antennes, celui-ci galvanise et rassemble des fachos en devenir qui, d'ann&#233;e en ann&#233;e, prennent la confiance. Marseille D'abord doit &#234;tre identifi&#233; comme une possibilit&#233; d'organisation du fascisme local, et des strat&#233;gies doivent &#234;tre d&#233;velopp&#233;es pour renvoyer ce micro-parti, Ravier et tous ses fachos aux oubliettes, quand bien m&#234;me iels se font passer pour f&#233;ministes ou &#233;colos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'antifascisme doit &#234;tre l'affaire de toustes et pas de groupes de sp&#233;cialistes ou de LFI. Les comit&#233;s de quartiers dont on a parl&#233; plus haut doivent &#234;tre saisis comme une r&#233;elle opportunit&#233; de d&#233;velopper un antifascisme par la base, r&#233;actif, qui n'ait pas pour priorit&#233; une puret&#233; politique parfois de posture, mais plut&#244;t d'aller chercher les voisin&#183;es, les commer&#231;ant&#183;es, un&#183;e par un&#183;e, pour mettre en place de la veille, s'auto-d&#233;fendre des potentielles attaques racistes ou queerphobes, organiser des rendez-vous pour partir en manif pour emp&#234;cher le prochain meeting du RN de se tenir&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le RN est un parti fasciste, pour lutter contre le fascisme il faut lutter contre le RN et pas seulement contre Reconqu&#234;te et les groupuscules. La diff&#233;rence de hauteur de r&#233;action entre les venues de Zemmour et de Bardella sont le sympt&#244;me qu'une partie de notre camp joue le jeu de la d&#233;diabolisation du RN. La peur de la r&#233;pression est une bien bonne excuse pour cacher l'absence de conviction que le RN incarne le danger fasciste, et que le combattre est une urgence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour gagner, il faut b&#226;tir une unit&#233; d'action contre le racisme et le fascisme. Parce qu'on est convaincu&#183;es qu'il faut non seulement une lutte sp&#233;cifique contre le fascisme, mais que, pour l'abattre pour de bon, il faut aussi attaquer simultan&#233;ment ce qui en fait son principal terreau, le racisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; propos de la centralit&#233; du racisme dans le danger fasciste, voir dans la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; Marseille, un grand nombre d'organisations luttent sur le front de l'antiracisme, mais l'&#233;parpillement de tous ces collectifs, comme celui des diff&#233;rents groupes antifascistes, et le manque d'articulation claire entre ces deux luttes affaiblissent notre camp et nous &#233;puisent. C'est pourquoi aujourd'hui, la construction d'un front uni contre le racisme et le fascisme est une strat&#233;gie urgente &#224; b&#226;tir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on essaye de tirer des lignes strat&#233;giques claires, ce n'est pas pour produire des injonctions. Mais c'est parce qu'on pense que, &#224; Marseille comme ailleurs, il faut &#234;tre &#224; la hauteur de la situation, que les fascistes se renforcent, que chaque victoire qu'ils arracheront leur permettra d'aller plus loin, et que, de n&#244;tre c&#244;t&#233;, chacune des d&#233;faites qu'on arrivera &#224; leur imposer nous rendra plus fort&#183;es et qu'elles sont des conditions essentielles &#224; la possibilit&#233; pour notre classe de s'organiser dans une perspective r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LOU (MARSEILLE)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://WWW.AUTONOMIEDECLASSE.ORG&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;WWW.AUTONOMIEDECLASSE.ORG&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A2C POUR L'AUTONOMIE DE CLASSE !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="https://www.autonomiedeclasse.org/brochures/brochure-comprendre-le-fascisme-pour-mieux-le-combattre-version-actualisee/" class="spip_out"&gt;Autonomie de classe&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Transcription &#233;dit&#233;e disponible sur acta. zone, &#8220;Comprendre et combattre le fascisme et la fascisation, 2021&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Crise de l&#233;gitimit&#233; et processus de fascisation : L'acc&#233;l&#233;ration par la pand&#233;mie&#8220;, 12 mai 2020&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;From Memory to Struggle, Intervention de l'AFA Paris-Banlieues &#224; Milan, aux 20 ans de la mort de Dax, militant italien tu&#233; par un fasciste&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sociologue et militant anticapitaliste auteur de La Possibilit&#233; du fascisme (2018)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ludivine Bantigny et Ugo Palheta, Face &#224; la menace fasciste (2021)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ugo Palheta et Omar Slaouti, D&#233;faire le racisme, affronter le fascisme (2022)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8220;De la r&#233;publique polici&#232;re &#224; la r&#233;publique fasciste ?&#8221;, Fr&#233;d&#233;ric Lordon, 26 juillet 2023&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La possibilit&#233; du fascisme, pp. 256-257&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire &#8220;Front populaire et antifascisme de masse : quand vaincre le fascisme devint possible&#8220; dans les Cahiers d'A2C n&#176;5, novembre 2022&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire l'introduction de la brochure A2C Imp&#233;rialisme, la trajectoire du capital, juillet 2023&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le communiste italien Antonio Gramsci a d&#233;velopp&#233; le concept d'h&#233;g&#233;monie culturelle pour mettre en lumi&#232;re la dimension id&#233;ologique de la domination bourgeoise, qui, au-del&#224; de l'emploi de la force et de la r&#233;pression, s'appuie sur le consentement actif des domin&#233;.es reproduit par tout un tas d'institutions (m&#233;dias, &#233;cole, etc.) pour se maintenir en place.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Robert Paxton, Le fascisme en action, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8220;Les fascistes, Macron, l'Etat, c'est pas la classe&#8221;, mai 2022&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vincent Tiberj, La France est-elle de droite, interview de Salom&#233; Saqu&#233;, Blast, 22/09/24&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Thomas Lemahieu, Exclusif : P&#233;ricl&#232;s, le projet secret de Pierre-&#201;douard St&#233;rin pour installer le RN au pouvoir, L'humanit&#233;, 18/07/24&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vincent Tiberj, op.cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Commission Nationale Consultative des Droits de l'Homme&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;B. Cautr&#232;s, N. Mayer, Le nouveau d&#233;sordre &#233;lectoral, p. 189, Paris, Presses de Science Po, 2004&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.ipsos.com/fr-fr/legislatives-2024/sociologie-des-electorats-legislatives-2024/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ipsos.com/fr-fr/legislatives-2024/sociologie-des-electorats-legislatives-2024/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.insee.fr/fr/statistiques/6658145#encadre2&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.insee.fr/fr/statistiques/6658145#encadre2&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Graphique &#233;tabli par l'institut Terram &#224; partir des donn&#233;es du minist&#232;re de l'int&#233;rieur&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.insee.fr/fr/statistiques/3642600&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.insee.fr/fr/statistiques/3642600&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J&#233;r&#244;me Fourquet, Sylvain Manternach, Comprendre la g&#233;ographie du vote RN en 2024, p.30, Institut Terram&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p.16&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p.19&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vincent Grimault, Racisme ou sentiment d'abandon : ce qui d&#233;termine le vote RN, 28/08/24, Alternatives &#201;conomiques&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fabien Escalona, Extr&#234;me droite : Cag&#233;/ Piketty risquent de bercer la gauche d'illusions, 23/09/23, Mediapart&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J&#233;r&#244;me Fourquet et Sylvain Manternach, op.cit., p.13&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p.14&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p.19&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p.30&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vincent Grimault, op.cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vitktorovitch, &#171; Zemmour, Bannon et macronistes... Qu'est-ce que &#171; la fen&#234;tre d'Overton &#187; ? &#187;, RTL, 23/10/24&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Faury, Dans l'&#233;lectorat du RN &#171; le racisme s'articule &#224; des exp&#233;riences de classes &#187;, Fabien Escalona, 01/05/24, Mediapart&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur le d&#233;veloppement des partis fascistes, lire dans cette brochure l'article &#8220;Qu'est ce que le fascisme ?&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour plus d'infos sur Marseille D'abord et sur l'extr&#234;me-droite marseillaise, consulter &#171; Guide Pratique : l'extr&#234;me-droite &#224; Marseille et environs &#187; produit par l'Antifa Social Club Marseille &lt;a href=&#034;https://ascm.noblogs.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://ascm.noblogs.org/&lt;/a&gt; files/2024/11/Guide-pratique.pdf&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire le retour d'exp&#233;rience : &#171; Assembl&#233;e antifasciste de Marseille : une exp&#233;rience vitale &#187; https://www.autonomiedeclasse. org/antifascisme/assemblee-antifasciste-de-marseille-une-experience-vitale/&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir l'article de la brochure &#8220;Doit-on parler de fascisation ?&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour des exemples des initiatives prises par les comit&#233;s : https://www.instagram. com/quartiers.antifascistes13/&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; propos de la centralit&#233; du racisme dans le danger fasciste, voir dans la brochure l'article &#8220;Le RN n'est pas le parti des ouvrier.es&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://www.infokiosques.net/IMG/pdf/comprendre_le_fascisme_pour_mieux_le_comprendre-pageparpage-32pa5-mars2025.pdf" length="1603887" type="application/pdf" />
		
		<enclosure url="https://www.infokiosques.net/IMG/pdf/comprendre_le_fascisme_pour_mieux_le_comprendre-cahier-16pa4-mars2025.pdf" length="2694221" type="application/pdf" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Kazakhstan. R&#233;cits du soul&#232;vement de janvier 2022</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article2152</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.infokiosques.net/spip.php?article2152</guid>
		<dc:date>2024-12-04T23:16:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>A$AP R&#233;volution, Camarade (Toulouse), communia.blog, Comunismo de consejos y Autonomia de clase, Crimethinc</dc:creator>


		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ves et luttes des classes</dc:subject>
		<dc:subject>Insurrections, r&#233;voltes, &#233;meutes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Recueil de textes &#233;crits pendant le soul&#232;vement qui a eu lieu au Kazakhstan en janvier 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sommaire :&lt;br class='manualbr' /&gt;- Introduction (A$AP R&#233;volution et Camarade, f&#233;vrier 2022)&lt;br class='manualbr' /&gt;- Soul&#232;vement au Kazakhstan : entretien et analyse (Crimethinc, 6 janvier 2022)&lt;br class='manualbr' /&gt;- Explosion au Kazakhstan : r&#233;volte des travailleurs, jeunes ch&#244;meurs, banlieues pauvres (Comunismo de consejos y Autonomia de clase, 6 janvier 2022)&lt;br class='manualbr' /&gt;- Soul&#232;vement de travailleurs et de ch&#244;meurs au Kazakhstan (Comunismo de consejos y Autonomia de clase, 7 janvier 2022)&lt;br class='manualbr' /&gt;- Manifestations au Kazakhstan : cinq clefs pour comprendre ce qui se passe (communia.blog, 7 janvier 2022)&lt;br class='manualbr' /&gt;- Le Kazakhstan apr&#232;s le soul&#232;vement : r&#233;cits de t&#233;moins &#224; Almaty et analyse d'anarchistes russes (Crimethinc, 12 janvier 2022)&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;K&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot95" rel="tag"&gt;Gr&#232;ves et luttes des classes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot92" rel="tag"&gt;Insurrections, r&#233;voltes, &#233;meutes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L106xH150/kazakhstan-300-2dec7.png?1781185948' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/kazakhstan-150.png?1727543590&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sommaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt; (&lt;i&gt;A$AP R&#233;volution&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Camarade&lt;/i&gt;, f&#233;vrier 2022)&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.crimethinc.com/2022/01/06/le-soulevement-au-kazakhstan-entretien-et-analyse&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Soul&#232;vement au Kazakhstan : entretien et analyse&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; (Crimethinc, 6 janvier 2022)&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;strong&gt;Explosion au Kazakhstan : r&#233;volte des travailleurs, jeunes ch&#244;meurs, banlieues pauvres&lt;/strong&gt; (Comunismo de consejos y Autonomia de clase, 6 janvier 2022)&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;strong&gt;Soul&#232;vement de travailleurs et de ch&#244;meurs au Kazakhstan&lt;/strong&gt; (Comunismo de consejos y Autonomia de clase, 7 janvier 2022)&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;strong&gt;Manifestations au Kazakhstan : cinq clefs pour comprendre ce qui se passe&lt;/strong&gt; (communia.blog, 7 janvier 2022)&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.crimethinc.com/2022/01/12/kazakhstan-apres-le-soulevement-recits-de-temoins-a-almaty-analyse-danarchistes-russes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Kazakhstan apr&#232;s le soul&#232;vement : r&#233;cits de t&#233;moins &#224; Almaty et analyse d'anarchistes russes&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; (Crimethinc, 12 janvier 2022)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A l'heure o&#249; nous &#233;crivons ces lignes, l'&#201;tat russe a envahi l'Ukraine. Est-ce une continuation de la s&#233;quence ouverte par le soutien russe &#224; la r&#233;pression au Belarus, suivie en janvier 2022 de l'op&#233;ration militaire men&#233;e par l'OTSC au Kazakhstan ? Et si oui quelles sont les cons&#233;quences pour les perspectives de la r&#233;volution ? Difficile &#224; dire pour le moment. Le r&#233;gime poutinien, comme les autres &#201;tats de ce monde capitaliste, use de la guerre, de l'invasion, et m&#234;me de la menace nucl&#233;aire afin de susciter la terreur dans les populations. Il semble s'engager dans une fuite en avant autoritaire dont les cons&#233;quences sont compliqu&#233;es &#224; d&#233;terminer. Pourtant cela d&#233;note aussi d'une f&#233;brilit&#233;, d'une inqui&#233;tude grandissante devant les risques d'explosion sociale g&#233;n&#233;ralis&#233;e, dont le Kazakhstan est peut-&#234;tre un pr&#233;lude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette brochure, recueil de textes sortis pendant et apr&#232;s le soul&#232;vement au Kazakhstan, est le r&#233;sultat de r&#233;flexions et de lectures de deux groupes, A$AP R&#233;volution de Rennes et Camarade de Toulouse. Plut&#244;t que d'&#233;crire de notre main un texte &#171; par-dessus &#187; ceux d&#233;j&#224; faits par d'autres, nous avons pr&#233;f&#233;r&#233; r&#233;unir plusieurs textes de personnes sur place, qui mis ensemble s'&#233;clairent d'un jour nouveau. On trouve &#224; la fois des interviews de personnes pr&#233;sentes l&#224;-bas, qui ont v&#233;cu le mouvement et des textes de t&#233;moins proches du soul&#232;vement et connaisseurs de la situation dans la r&#233;gion, notamment des camarades russes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait n&#233;cessaire pour nous de traduire en fran&#231;ais ces textes, a&#64257;n de di&#64256;user au maximum un premier bilan&lt;br class='autobr' /&gt;
des &#233;v&#232;nements qui se sont d&#233;roul&#233;s au Kazakhstan. Entre notre situation et celle des prol&#233;taires du Kazakhstan,&lt;br class='autobr' /&gt;
gr&#233;vistes, insurg&#233;s, en lutte et en butte contre la r&#233;pression de deux Etats, il y a, malgr&#233; d'&#233;videntes di&#64256;&#233;rences,&lt;br class='autobr' /&gt;
plus qu'une similitude : une communaut&#233; de condition, celle d'exploit&#233;s. &#192; son &#233;chelle, ce soul&#232;vement participe&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; apporter des r&#233;ponses &#224; la p&#233;riode de confusion que l'on conna&#238;t aujourd'hui, en France et dans le monde.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce soul&#232;vement n'est pas un &#233;v&#232;nement isol&#233;, d&#233;connect&#233; du reste. Il entre en r&#233;sonance directe avec tout&lt;br class='autobr' /&gt;
un contexte, &#224; l'&#233;chelle r&#233;gionale et mondiale. L'histoire politique r&#233;cente de la r&#233;gion est agit&#233;e par une&lt;br class='autobr' /&gt;
lutte des classes particuli&#232;rement intense. Aussi, il para&#238;t n&#233;cessaire de revenir bri&#232;vement sur la situation historique du Kazakhstan, des pays proches ainsi que sur la situation dans l'Asie centrale en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;
&lt;p style=&#034;text-align: right;&#034;&gt;&lt;i&gt;A$AP R&#233;volution&lt;/i&gt; (Rennes) et &lt;i&gt;Camarade&lt;/i&gt; (Toulouse)&lt;br class='manualbr' /&gt;F&#233;vrier 2022&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;img src=&#034;https://infokiosques.net/IMG/jpg/soulevement-au-kazakhstan.jpg&#034; width=&#034;660&#034; style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Soul&#232;vement au Kazakhstan : entretien et analyse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un soul&#232;vement de masse, faisant suite &#224; l'augmentation du co&#251;t de la vie et en r&#233;ponse &#224; la violence du gouvernement autoritaire, a &#233;clat&#233; au Kazakhstan. Les manifestant&#183;es se sont empar&#233;&#183;es de certains b&#226;timents gouvernementaux dans plusieurs r&#233;gions, et plus particuli&#232;rement &#224; Almaty, la ville la plus peupl&#233;e du pays, o&#249; iels ont temporairement occup&#233; l'a&#233;roport, et incendi&#233; le principal b&#226;timent de l'administration municipale. Au moment o&#249; nous publions ce texte, la police a repris le centre-ville d'Almaty, en tuant au moins plusieurs dizaines de personnes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ndt : 164 mort&#183;es le 10 janvier.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, alors que des troupes de Russie et de Bi&#233;lorussie se joignent &#224; la r&#233;pression des manifestations. Nous devons aux personnes victimes de cette r&#233;pression de comprendre pourquoi elles se sont soulev&#233;es. Dans l'article qui suit, un&#183;e expatri&#233;&#183;e kazakh&#183;e nous explique dans un &lt;a href=&#034;https://fr.crimethinc.com/2022/01/06/the-uprising-in-kazakhstan-an-interview-and-appraisal#le-contexte-du-soulevement&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;entretien&lt;/a&gt; ce qui a pouss&#233; les Kazakhs &#224; la r&#233;volte &#8211; et examine les enjeux de ce soul&#232;vement pour toute la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Ce qui se passe en ce moment au Kazakhstan n'&#233;tait jamais jamais arriv&#233; auparavant.&lt;br class='manualbr' /&gt;Toute la nuit, il y a eu des explosions, des violences polici&#232;res, et des gens ont br&#251;l&#233; des voitures de police, et parfois des voitures tout court. En ce moment, les gens marchent autour des art&#232;res principales et quelque chose est en train de se passer du c&#244;t&#233; d'Akimat (le b&#226;timent du parlement). &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Le dernier message que nous avons re&#231;u de notre camarade au Kazakhstan, une anarcha-f&#233;ministe d'Almaty, peu de temps avant 16 heures (heure locale) le 5 janvier, avant que nous perdions contact.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Nous devons chercher &#224; appr&#233;hender le soul&#232;vement au Kazakhstan dans un contexte global. Il ne s'agit pas simplement d'une r&#233;action &#224; un r&#233;gime autoritaire. Les manifestant&#183;es kazakh&#183;es r&#233;pondent &#224; la m&#234;me augmentation du co&#251;t de la vie contre laquelle des gens ont protest&#233; tout autour du globe depuis &lt;a href=&#034;https://fr.crimethinc.com/2020/01/06/2019-the-year-in-review-including-a-short-report-on-our-efforts#escalating-conflicts&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;des ann&#233;es&lt;/a&gt;. Le Kazakhstan n'est pas le premier pays o&#249; la hausse des prix de l'&#233;nergie a d&#233;clench&#233; des vagues de protestations &#8211; la m&#234;me chose s'est pass&#233; en &lt;a href=&#034;https://fr.crimethinc.com/2018/11/27/the-yellow-vest-movement-in-france-between-ecological-neoliberalism-and-apolitical-movements&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;France&lt;/a&gt;, en &lt;a href=&#034;https://fr.crimethinc.com/2019/10/14/le-soulevement-en-equateur-au-sein-de-la-commune-de-quito-un-entretien-depuis-les-lignes-de-front&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#201;quateur&lt;/a&gt;, et &lt;a href=&#034;https://fr.crimethinc.com/2019/11/13/lebanon-a-revolution-against-sectarianism-chronicling-the-first-month-of-the-uprising&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;encore ailleurs&lt;/a&gt;, sous des administrations et des r&#233;gimes politiques largement diff&#233;rents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est important ici n'est donc pas le caract&#232;re sans pr&#233;c&#233;dent de l'&#233;v&#233;nement, mais qu'il implique des personnes faisant face aux m&#234;mes enjeux que &lt;i&gt;nous&lt;/i&gt;, peu importe o&#249; nous vivons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'urgence avec laquelle la Russie intervient pour aider &#224; r&#233;primer le soul&#232;vement est aussi significative. L'Organisation du trait&#233; de s&#233;curit&#233; collectives [CSTO], une alliance militaire entre la Russie, l'Arm&#233;nie, la Bi&#233;lorussie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, et le Tadjikistan &#8211; avec la Russie qui m&#232;ne la barque &#8211; s'est engag&#233;e a envoyer des forces arm&#233;es au Kazakhstan. C'est la premi&#232;re fois que le CSTO d&#233;ploie des troupes pour soutenir un &#233;tat membre ; l'organisation avait refus&#233; de venir en aide &#224; l'Arm&#233;nie en 2021, lors du conflit avec l'Azerba&#239;djan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est instructif de constater que la guerre entre l'Arm&#233;nie et l'Azerba&#239;djan n'a pas justifi&#233; l'intervention du CSTO, alors qu'un puissant mouvement de protestation, si. Comme pour d'autres projets imp&#233;rialistes, la principale menace qui p&#232;se sur la sph&#232;re d'influence russe (la &#171; Russosph&#232;re &#187;) n'est pas la guerre, mais la r&#233;volution. La Russie a consid&#233;rablement profit&#233; de la guerre civile en Syrie et de &lt;a href=&#034;https://fr.crimethinc.com/2018/12/28/la-menace-sur-le-rojava-un-anarchiste-en-syrie-parle-de-la-vraie-signification-du-retrait-des-troupes-par-trump&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'invasion turque du Rojava&lt;/a&gt;, en jouant la Syrie et la Turquie l'une contre l'autre pour s'assurer un ancrage dans la r&#233;gion. Le ralliement des patriotes russes autour des guerres en Tch&#233;tch&#233;nie et en Ukraine a &#233;t&#233; l'un des moyens utilis&#233;s par Vladimir Poutine pour rester au pouvoir en Russie. La guerre &#8211; perp&#233;tuelle &#8211; fait partie int&#233;grante du projet imp&#233;rialiste russe, de la m&#234;me fa&#231;on que la guerre a servi le projet imp&#233;rialiste &#233;tasunien en Irak et en &lt;a href=&#034;https://crimethinc.com/2021/08/16/afghanistan-the-taliban-victory-in-a-global-context-a-perspective-from-a-veteran-of-the-us-occupation&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Afghanistan&lt;/a&gt;. Comme l'a dit &lt;a href=&#034;https://www.historyisaweapon.com/defcon1/zinnwarhea14.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Randolph Bourne&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;la guerre est la sant&#233; de l'&#201;tat&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les soul&#232;vements, d'autre part, doivent &#234;tre r&#233;prim&#233;s par tous les moyens n&#233;cessaires. Si les millions d'habitant&#183;e&#183;s de la Russosph&#232;re qui croupissent sous un m&#233;lange de kleptocratie et de n&#233;olib&#233;ralisme voyaient un soul&#232;vement r&#233;ussir dans l'un de ces pays, elles s'empresseraient de suivre le mouvement. Si l'on prend en consid&#233;ration les &lt;a href=&#034;https://crimethinc.com/2021/06/30/belarus-when-we-rise-a-critical-analysis-of-the-2020-revolt-against-the-dictatorship&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;vagues de soul&#232;vement en Bi&#233;lorussie en 2020&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;https://fr.crimethinc.com/2021/01/24/lettre-de-russie-sur-les-manifestation-du-23-janvier-2021&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en Russie l'ann&#233;e derni&#232;re&lt;/a&gt;, on peut constater que de nombreuses personnes tendent vers cela, m&#234;me sans espoir de r&#233;ussite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les d&#233;mocraties capitalistes comme les &#201;tats-Unis, o&#249; les &#233;lections permettent de remplacer une bande de politicien&#183;nes &#233;gocentriques par une autre, l'illusion m&#234;me du choix permet de d&#233;tourner les gens de l'action visant &#224; apporter un changement r&#233;el. Dans les r&#233;gimes autoritaires comme la Russie, la Bi&#233;lorussie ou le Kazakhstan, cette illusion n'existe pas ; l'ordre dominant est impos&#233; par la seule force brute et par le d&#233;sespoir. Dans ces conditions, n'importe qui peut se rendre compte que la r&#233;volution est le seul moyen d'aller de l'avant. D'ailleurs, les dirigeants de ces trois &#233;tats doivent leur pouvoir &#224; la vague de r&#233;volutions qui a eu lieu &#224; partir de 1989 et qui a entra&#238;n&#233; la chute du bloc de l'Est. On peut difficilement bl&#226;mer leurs administr&#233;&#183;e&#183;s d'avoir compris que seule une r&#233;volution pourrait cr&#233;er un changement dans leurs situations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;volution &#8211; mais dans quel but ? Nous ne partageons pas l'optimisme des lib&#233;raux qui imaginent que le changement social au Kazakhstan consistera simplement &#224; chasser les autocrates et &#224; organiser des &#233;lections. Sans des transformations &#233;conomiques et sociales profondes, un simple changement politique laisserait la plupart des gens &#224; la merci du m&#234;me capitalisme n&#233;olib&#233;ral qui les jette dans la pauvret&#233; aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas, Poutine n'abandonnera pas si simplement. Un changement social r&#233;el &#8211; dans la Russosph&#232;re comme en Occident &#8211; requerra une lutte de longue dur&#233;e. Renverser le gouvernement est n&#233;cessaire mais insuffisant : afin de se d&#233;fendre contre les futures impositions politiques et &#233;conomiques, les gens devront d&#233;velopper un pouvoir collectif sur une base horizontale et d&#233;centralis&#233;e. Il ne s'agit pas d'un travail d'une journ&#233;e, ni m&#234;me d'un an, mais d'une g&#233;n&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que les anarchistes peuvent amener &#224; ce processus est l'id&#233;e que les m&#234;mes structures et pratiques que nous d&#233;veloppons dans le cadre de la lutte contre nos oppresseur&#183;ices peuvent aussi nous servir &#224; cr&#233;er un monde meilleur. Les anarchistes ont d&#233;j&#224; jou&#233; un r&#244;le cons&#233;quent dans le soul&#232;vement en Bi&#233;lorussie, et ont montr&#233; la force des r&#233;seaux horizontaux et de l'action directe. Le r&#234;ve du lib&#233;ralisme, de refaire le monde entier &#224; l'image des &#201;tats-Unis et de l'Europe de l'Ouest, s'est d&#233;j&#224; r&#233;v&#233;l&#233; vain &#8211; les &#201;tats-Unis et l'Europe de l'Ouest sont en grande partie responsable des raisons pour lesquelles les tentatives de r&#233;aliser ce r&#234;ve ont &#233;chou&#233;, au &lt;a href=&#034;https://fr.crimethinc.com/2021/12/31/soudan-anarchistes-contre-la-dictature-militaire-interview-rassemblement-des-anarchistes-soudanais&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Soudan&lt;/a&gt;, en &lt;a href=&#034;https://twitter.com/crimethinc/status/1353913438427369472&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#201;gypte&lt;/a&gt; et ailleurs. Le r&#234;ve de l'anarchisme est encore &#224; exp&#233;rimenter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;action aux &#233;v&#233;nements au Kazakhstan, certains pr&#233;tendus &#171; anti-imp&#233;rialistes &#187; radotent encore une fois l'&#233;ternel argument des m&#233;dias d'&#233;tat russes selon lequel toute opposition &#224; un r&#233;gime alli&#233; &#224; la Russie de Poutine ne peut &#234;tre que le r&#233;sultat d'une intervention occidentale. La vacuit&#233; de cet argument est particuli&#232;rement flagrante alors que la sph&#232;re d'influence russe a largement abandonn&#233; toute pr&#233;tention au socialisme, et se livre au m&#234;me type de politiques n&#233;olib&#233;rales qui ont d&#233;clench&#233; la r&#233;volte au Kazakhstan. Dans une &#233;conomie capitaliste globalis&#233;e, dans laquelle nous sommes tous&#183;tes sujet&#183;tes au m&#234;me parasitisme et &#224; la m&#234;me pr&#233;carit&#233;, nous ne devrions pas laisser les puissances mondiales rivales nous monter les un&#183;es contre les autres. Nous devrions voir clair dans cette mascarade. Faisons cause commune &#224; travers les continents, &#233;changeons tactiques, inspiration, et solidarit&#233; pour r&#233;inventer nos vies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tou&#183;tes les Kazakh&#183;es qui se sont soulev&#233;&#183;es cette semaine ont montr&#233; jusqu'o&#249; nous pouvons aller &#8211; et ce qui nous reste &#224; traverser ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le contexte du soul&#232;vement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 6 janvier au matin (fuseau horaire du Kazakhstan oriental), apr&#232;s que des pannes d'internet ont rendu impossible la conduite d'un entretien avec des personnes participant au mouvement &#224; Almaty, nous avons r&#233;alis&#233; celui-ci avec un&#183;e militant&#183;e anarchiste kazakh&#183;e vivant &#224; l'&#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pour replacer les &#233;v&#233;nements dans leur contexte, quels sont les mouvements anarchistes, f&#233;ministes, &#233;cologiques au Kazakhstan en ce d&#233;but du XXI&#232;me si&#232;cle ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a exist&#233; assez t&#244;t une opposition au premier pr&#233;sident et ex-leader communiste du Kazakhstan post-sovi&#233;tique, Nursultan Nazarbayev. A partir des ann&#233;es 1990, il s'est mis &#224; devenir plus autoritaire. Il a par exemple dissous &#224; deux reprises en 1993 [NdT : et en 1995] un parlement politiquement pluriel afin de mettre en place des d&#233;put&#233;s plus loyaux, prolong&#233; son premier mandat pr&#233;sidentiel, et modifi&#233; par le biais de r&#233;f&#233;rendums qui ont &#233;t&#233; jug&#233;s truqu&#233;s en 1995 les structures de gouvernance afin de renforcer le pouvoir ex&#233;cutif. Cela a valu &#224; Nazarbayev un large spectre d'opposants au sein m&#234;me de l'&#233;lite politique. Communistes, sociaux-d&#233;mocrates, centristes, lib&#233;raux et nationalistes ont collabor&#233; pour r&#233;clamer une constitution plus d&#233;mocratique avec une autorit&#233; pr&#233;sidentielle limit&#233;e et un parlement multipartite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne les mouvements populaires, il y avait des anarchistes, qui &#233;taient plut&#244;t dans la clandestinit&#233;, et il existait un mouvement socialiste inhabituellement fort, dont le leader Ainur Kurmanov a fini par fuir le Kazakhstan. Des nationalistes et des islamistes radicaux &#233;taient aussi pr&#233;sents, mais l&#224; encore, ils n'&#233;taient pas vraiment tr&#232;s en vue et &#233;taient eux aussi plus ou moins clandestins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux &#233;cologistes, s'iels ont b&#233;n&#233;fici&#233; d'une certaine attention du public par le biais des m&#233;dias ou de campagnes de sensibilisation, c'est surtout gr&#226;ce aux lobbies ou &#171; associations publiques &#187; comme on les appelle l&#224;-bas. Au Kazakhstan, seuls six partis politiques sont agr&#233;&#233;s par le gouvernement &#224; l'heure actuelle, et ce sont les seuls &#224; &#234;tre l&#233;galement autoris&#233;s &#224; participer aux &#233;lections g&#233;n&#233;rales ; les autres tentatives de formation de partis politiques finissent par voir leurs d&#233;marches d'enregistrement syst&#233;matiquement rejet&#233;es par le minist&#232;re. Cependant, lorsque les autorit&#233;s kazakhes proclament leur &#171; pluralisme politique &#187;, elles utilisent et mettent en avant certaines associations publiques loyales, notamment lors des &#233;lections pr&#233;sidentielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Existe t'il des partis d'opposition au Kazakhstan ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en existe pratiquement aucun qui soit consid&#233;r&#233; comme l&#233;gal. Il existait des partis politiques ind&#233;pendants qui fonctionnaient dans les ann&#233;es 1990 et au d&#233;but des ann&#233;es 2000, mais ils ont tous &#233;t&#233; dissous ou interdits par le gouvernement, tout comme la presse et les m&#233;dias ind&#233;pendants. Aujourd'hui, il y a des gens qui pr&#233;tendent repr&#233;senter l'opposition, mais iels vivent &#224; l'&#233;tranger, en Ukraine par exemple, et n'ont aucun lien r&#233;el avec la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut constater une certaine rivalit&#233; entre elleux : Je les ai toustes entendu&#183;e&#183;s s'accuser mutuellement de collaborer avec le gouvernement ou les services de renseignement. Une caract&#233;ristique typique de l'opposition contr&#244;l&#233;e au Kazakhstan est que les soi-disant oppositions essaient d'inciter les citoyen&#183;ne&#183;s m&#233;content&#183;e&#183;s &#224; faire des choses qui ne repr&#233;sentent en r&#233;alit&#233; aucune menace pour le gouvernement et qui donnent l'illusion d'apporter un changement, comme dire aux gens de s'engager dans un dialogue pacifique avec les responsables locaux ou de participer aux &#233;lections en sabotant d&#233;lib&#233;r&#233;ment leurs bulletins de vote pour &#8220;protester&#8221; - toute tactique qui donnent l'illusion de lutter contre le gouvernement, alors qu'en r&#233;alit&#233; il ne s'agit que d'une perte de temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es, ce type d'opposition a &#233;galement commenc&#233; &#224; appara&#238;tre &#224; l'int&#233;rieur du pays ; des activistes ont form&#233; des mouvements politiques et organis&#233; des piquets de gr&#232;ve sans subir aucune forme de pers&#233;cution, alors que les personnes ordinaires qui n'ont pas de relations sont toujours arr&#234;t&#233;es par la police d&#232;s qu'elles tentent de protester..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe un groupe d'opposition inhabituel &#8211; je ne peux pas dire s'il s'agit ou non d'une opposition contr&#244;l&#233;e &#8211; qui s'appelle le Choix d&#233;mocratique du Kazakhstan. Il est dirig&#233; par un ancien homme d'affaires et politicien vivant en France, Mukhtar Ablyazov. Si vous cherchez son nom, vous verrez appara&#238;tre des articles sur des affaires de blanchiment d'argent et des poursuites judiciaires. Il &#233;tait ministre dans les ann&#233;es 1990, jusqu'&#224; ce qu'il quitte un gouvernement majoritairement fid&#232;le au pr&#233;sident Nazarbayev. Il a &#233;t&#233; emprisonn&#233; par le gouvernement kazakh, mais finalement lib&#233;r&#233; ; il a fini par fuir le Kazakhstan et vivre en exil comme d'autres fonctionnaires d&#233;loyaux de Nazarbayev. Depuis lors, il est &#224; la t&#234;te de l'opposition politique la plus soutenue sur les r&#233;seaux sociaux. La plupart des personnes associ&#233;es &#224; son mouvement ont &#233;t&#233; pers&#233;cut&#233;es et arr&#234;t&#233;es, ce qui n'a pas manqu&#233; de se produire quand il a r&#233;tabli une nouvelle fois le mouvement en 2017 sur divers r&#233;seaux sociaux. Chaque manifestation qu'il a organis&#233;e depuis l'&#233;tranger a &#233;t&#233; r&#233;prim&#233;e, avec une pr&#233;sence polici&#232;re massive dans les lieux publics, et internet a parfois &#233;t&#233; partiellement limit&#233; dans tout le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tous cas, ce qui se passe actuellement au Kazakhstan est totalement inattendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quelles ont &#233;t&#233; les tensions qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; ces &#233;v&#233;nements ? Quelles sont les principales lignes de fracture de la soci&#233;t&#233; kazakhe ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut prendre Janaozen comme point de d&#233;part de l'agitation. Cette ville g&#233;n&#232;re des b&#233;n&#233;fices p&#233;troliers, et pourtant ses habitant&#183;e&#183;s sont parmi les plus pauvres du pays. La ville est connue pour les &#233;v&#233;nements sanglants de d&#233;cembre 2011, lorsqu'une gr&#232;ve a eu lieu et que les autorit&#233;s ont ordonn&#233; &#224; la police de tirer sur les manifestant&#183;e&#183;s. Bien que la trag&#233;die se soit termin&#233;e silencieusement, elle est rest&#233;e dans les esprits, notamment parmi les habitant&#183;e&#183;s de la ville. Depuis, d'autres petites gr&#232;ves ont eu lieu dans les industries p&#233;troli&#232;res - bien que celles-ci aient &#233;t&#233; pacifiques et n'aient pas donn&#233; lieu &#224; des effusions de sang. Depuis 2019, les gr&#232;ves et les protestations sont devenues plus fr&#233;quentes. Pendant cette p&#233;riode, alors que les prix du p&#233;trole chutaient dans le monde entier et impactaient l'&#233;conomie du Kazakhstan, et que la monnaie kazakhe (le tenge) devenait plus faible, le niveau de vie a baiss&#233;. Beaucoup de personnes se sont alors politis&#233;&#183;e&#183;s partout dans le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Kazakhstan conna&#238;t en outre de graves probl&#232;mes : manque d'eau potable dans les villages, probl&#232;mes environnementaux, endettement et m&#233;fiance de la population, corruption et n&#233;potisme dans un syst&#232;me o&#249; toute contestation peut facilement &#234;tre &#233;touff&#233;e. La plupart des gens se sont habitu&#233;s &#224; vivre dans ces conditions, alors m&#234;me que le syst&#232;me &#233;conomique est au service d'oligarques milliardaires li&#233;s aux responsables gouvernementaux et &#224; d'autres personnalit&#233;s publiques. Au d&#233;but des ann&#233;es 2000, les Kazakhs ont eu une lueur d'espoir, car l'&#233;conomie s'est d&#233;velopp&#233;e gr&#226;ce aux r&#233;serves de gaz naturel ; en cons&#233;quence, le niveau de vie de nombreuses personnes a augment&#233;. Mais tout a chang&#233; en 2014, lorsque les prix du p&#233;trole ont chut&#233; dans le monde entier et que la guerre en Ukraine a entra&#238;n&#233; des sanctions contre la Russie - ce qui a eu un impact sur le Kazakhstan, puisqu'il en d&#233;pend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu quelques manifestations de faible ampleur de 2014 &#224; 2016, mais elles ont &#233;t&#233; rapidement r&#233;prim&#233;es. De 2018 &#224; 2019, la contestation a gagn&#233; du terrain, notamment gr&#226;ce &#224; l'homme d'affaires de l'opposition mentionn&#233; plus haut, Mukhtar Ablyazov, qui a utilis&#233; les r&#233;seaux sociaux pour gagner en influence. Les manifestations politiques et l'activisme ont &#233;t&#233; organis&#233;s sous l'&#233;gide du Choix d&#233;mocratique du Kazakhstan. Cela a conduit M. Nazarbayev &#224; d&#233;missionner apr&#232;s avoir r&#233;gn&#233; pendant pr&#232;s de trois d&#233;cennies, mais son poste a &#233;t&#233; repris par son alli&#233; de longue date, l'actuel pr&#233;sident Kassym-Jomart Tokayev. Tokayev n'a pratiquement b&#233;n&#233;fici&#233; de la confiance d'aucun&#183;e citoyen&#183;e&#183; kazakh&#183;e ; il a &#233;t&#233; imm&#233;diatement consid&#233;r&#233; comme la marionnette de Nazarbayev, car il n'a pratiquement pris aucune mesure en faveur des r&#233;formes largement r&#233;clam&#233;es, et n'a sanctionn&#233; aucun des responsables gouvernementaux que le population m&#233;prisait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me politique kazakh et l'autorit&#233; du pr&#233;sident Nazarbayev ont fa&#231;onn&#233; la soci&#233;t&#233; kazakhe depuis l'ind&#233;pendance. J'ai d&#233;j&#224; mentionn&#233; comment Nazarbayev est devenu un dirigeant autoritaire, par divers moyens qui ont catalys&#233; l'opposition contre lui. Sous son autorit&#233;, le gouvernement kazakh n'a jamais permis &#224; un&#183;e quelconque membre de l'opposition de le d&#233;fier lors d'&#233;lections pr&#233;sidentielles ou parlementaires. Le reste des politicien&#183;nes et des partis l&#233;gaux en lice lors des &#233;lections repr&#233;sentaient simplement les m&#234;mes positions pro-gouvernementales, avec des masques diff&#233;rents. Tout cela n'&#233;tait qu'une illusion mal mise en &#339;uvre pour donner au Kazakhstan l'apparence d'un pays &#8220;d&#233;mocratique&#8221; dans lequel un homme fort et son parti au pouvoir remportent chaque &#233;lection avec une majorit&#233; de voix peu convaincante, voire surr&#233;aliste, malgr&#233; des cas av&#233;r&#233;s de fraude &#233;lectorale. Cette situation est similaire &#224; celle de la Russie, de la Bi&#233;lorussie et d'autres pays dictatoriaux post-sovi&#233;tiques. Au fil du temps, les choses se sont vraiment d&#233;t&#233;rior&#233;es avec la cr&#233;ation d'un culte de la personnalit&#233; autour de Nazarbayev. Le gouvernement a d&#233;pens&#233; des millions de dollars du budget de l'&#201;tat pour cr&#233;er et donner son nom &#224; des rues, des parcs, des places, des a&#233;roports, des universit&#233;s, des statues et &#224; la capitale Astana&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NdT : depuis le 16 juillet 2019, la ville se nomme officiellement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tout cela n'a fait qu'irriter davantage la population, et fait passer Nazarbayev pour un narcissique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation au Kazakhstan a empir&#233; apr&#232;s 2020, avec l'arriv&#233;e de la pand&#233;mie de COVID-19. Les gens ont perdu leur emploi ; certain&#183;e&#183;s se sont retrouv&#233;&#183;e&#183;s sans aucun moyen de subvenir &#224; leurs besoins, recevant tr&#232;s peu d'aides du gouvernement, tandis que les restrictions sanitaires ont rendu la population plus frustr&#233;e et m&#233;fiante &#224; l'&#233;gard du gouvernement. Et puis le prix des marchandises a augment&#233;, notamment celui des denr&#233;es alimentaires - cela s'est produit dans le monde entier, mais au Kazakhstan, l'impact a &#233;t&#233; consid&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en revenir &#224; la ville de Janaozen, dont l'histoire est entach&#233;e d'effusions de sang, le prix du gaz naturel liqu&#233;fi&#233; est mont&#233; en fl&#232;che, alors m&#234;me qu'il s'agit du lieu de production. Son prix n'avait cess&#233; d'augmenter au cours des dix derni&#232;res ann&#233;es, mais il a atteint des records lorsque le gouvernement a stopp&#233; les subventions pour laisser le march&#233; dicter le cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des petites manifestations avaient d&#233;j&#224; eu lieu &#224; ce sujet &#224; Janaozen, mais le 1er janvier 2022, le prix du gaz naturel liqu&#233;fi&#233; utilis&#233; comme carburant pour les automobiles a doubl&#233; de fa&#231;on inattendue. Cela a rendu les gens furieux. Iels ont alors manifest&#233; massivement, et les forces de l'ordre ont sembl&#233; h&#233;siter &#224; les disperser. D'autres villages de la province se sont soulev&#233;s et ont commenc&#233; &#224; bloquer les routes en signe de protestation. Puis, en quelques jours, les manifestations se sont &#233;tendues &#224; tout le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui a commenc&#233; par une protestation contre la hausse du prix de l'essence a pris de l'ampleur en raison des autres probl&#232;mes que j'ai mentionn&#233;s pr&#233;c&#233;demment. Ceux-ci ont motiv&#233; les gens &#224; se mettre en gr&#232;ve et &#224; descendre davantage dans la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Peux-tu d&#233;crire les intentions des diff&#233;rents groupes existants de part et d'autre des barricades ? Existe-t-il des factions ou des courants identifiables au sein des manifestations ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but, le gouvernement a ignor&#233; le probl&#232;me du prix de l'essence en essayant de faire en sorte que les gens s'y habituent. Les consommateur&#183;ice&#183;s ont m&#234;me &#233;t&#233; blam&#233;&#183;es pour la forte demande&#8230; Finalement, il a fait baisser les prix, mais cela n'a pas suffi &#224; arr&#234;ter les protestations. Ensuite, le gouvernement a ni&#233; son implication dans cette augmentation, mais &#224; mesure que les protestations s'intensifiaient, des concessions ont commenc&#233; &#224; &#234;tre faites pour tenter de calmer les gens. Par exemple, le gouvernement s'est engag&#233; &#224; mettre en place des politiques visant &#224; offrir une aide &#233;conomique &#224; la population, apr&#232;s avoir ignor&#233; tout le monde pendant des ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les protestations ne se sont toujours pas arr&#234;t&#233;es. Peu de gens font confiance au gouvernement ou le soutiennent. Les personnes qui manifestent veulent simplement une vie meilleure, comme elles imaginent que les gens ont dans les pays europ&#233;ens d&#233;velopp&#233;s. Bien s&#251;r, les revendications diff&#232;rent d'une personne &#224; l'autre : certain&#183;e&#183;s demandent la d&#233;mission de l'ensemble du gouvernement, d'autres souhaitent une nouvelle forme de gouvernement d&#233;mocratique, notamment une forme parlementaire sans pr&#233;sident, d'autres encore veulent plus d'emplois et d'industries et de meilleures conditions sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;meutes et les pillages les plus violents ont lieu dans l'ancienne capitale sovi&#233;tique d'Almaty, qui est aujourd'hui la capitale financi&#232;re et la plus grande ville du Kazakhstan. Les gens pillent les magasins et mettent le feu. Iels ont br&#251;l&#233; les b&#226;timents administratifs (ou akimats, comme on les appelle au Kazakhstan) situ&#233;s en face de la place centrale, ainsi que le commissariat central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon moi, le gouvernement a contribu&#233; &#224; cette situation, dans la mesure o&#249; il n'a pas r&#233;pondu &#224; la demande de la population de d&#233;missionner pacifiquement et de laisser un gouvernement int&#233;rimaire dirig&#233; par l'opposition former un nouveau syst&#232;me politique d&#233;mocratique. L'actuel pr&#233;sident du Kazakhstan, qui est un proche alli&#233; de l'ancien et premier pr&#233;sident, Nazarbayev, jette de l'huile sur le feu en refusant de quitter le pouvoir. Plus il s'accroche &#224; sa position, plus la violence sera grande, car ni le gouvernement ni les manifestant&#183;es ne feront de compromis. Tant que cela durera, les personnes qui commettent des actes violents continueront &#224; s'en tirer. Almaty est devenue une zone de non-droit ; il semble que personne ne sache vraiment qui dirige la ville, puisque la mairie a &#233;t&#233; incendi&#233;e et que le maire a disparu de la circulation. Toute la ville est barricad&#233;e et des manifestant&#183;e&#183;s arm&#233;s se baladent dans les rues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En th&#233;orie, la ville est soumise &#224; un couvre-feu, mais en pratique, les forces de l'ordre sont absentes ou se sont jointes aux protestations - la ville ressemble donc &#224; une commune [comme la Commune de Paris] d'apr&#232;s ce que j'entends. &#192; ce stade, compte tenu de la fa&#231;on dont les &#233;v&#233;nements se d&#233;roulent, je ne qualifierais pas les personnes pr&#233;sentes de manifestant&#183;e&#183;s, mais de r&#233;volutionnaires - surtout s'il y a des civils arm&#233;s sur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;action, le gouvernement, qui dirige la capitale du pays Nur-Sultan (ou Astana), a envoy&#233; diverses forces de s&#233;curit&#233; &#8220;anti-terroristes&#8221; pour prendre le contr&#244;le d'Amalty, transformant la ville d'ordinaire paisible en une zone de guerre cauchemardesque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Peux-tu pr&#233;senter une chronologie des &#233;v&#233;nements de la semaine qui vient de s'&#233;couler ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les protestations ont &#233;clat&#233; dans la ville p&#233;troli&#232;re de Janaozen le 2 janvier. D&#232;s le lendemain matin, d'autres villes et villages de l'ouest du Kazakhstan ont commenc&#233; &#224; manifester par solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les manifestations les plus massives ont eu lieu la nuit, alors que l'agitation gagnait d'autres villes, dont Almaty. Tard dans la nuit du 4 janvier, les habitant&#183;e&#183;s d'Almaty ont d&#233;fil&#233; jusqu'&#224; la place principale, devant la mairie. Des forces de police consid&#233;rables y &#233;taient positionn&#233;es. Des affrontements ont &#233;clat&#233;, mais les manifestant&#183;e&#183;s ont eu le dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Iels ont &#233;t&#233; dispers&#233;&#183;e&#183;s t&#244;t dans la matin&#233;e du 5 janvier, mais iels se sont &#224; nouveau regroup&#233;&#183;e&#183;s vers 9 heures dans le brouillard matinal. Certains membres des forces de l'ordre ont m&#234;me chang&#233; de camp et rejoint la manifestation, comme le montrent certaines vid&#233;os diffus&#233;es sur les r&#233;seaux sociaux. Finalement, les manifestant&#183;e&#183;s se sont &#224; nouveau rendus sur la place vers 10 heures et ont r&#233;ussi &#224; prendre d'assaut la mairie, mettant le feu au b&#226;timent. La direction de la police a fui Almaty, laissant la ville sous le contr&#244;le des manifestants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, le pr&#233;sident Tokayev a de nouveau envoy&#233; des troupes sur place pour tenter de reprendre le contr&#244;le via une op&#233;ration de &#8220;nettoyage antiterroriste&#8221;. Je n'ai pas connaissance du d&#233;roulement exact de tous les &#233;v&#233;nements, mais j'ai vu sur les r&#233;seaux sociaux que dans la nuit du 5 janvier ou t&#244;t le matin du 6 janvier, la situation est devenue chaotique &#224; Almaty, o&#249; les gens ont commenc&#233; &#224; piller et &#224; forcer les d&#233;p&#244;ts d'armes pour s'en procurer, et des coups de feu ont &#233;t&#233; signal&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans d'autres villes, la situation est plus calme, avec des manifestations massives sur les places centrales. J'ai entendu des informations non v&#233;rifi&#233;es selon lesquelles certain&#183;e&#183;s manifestant&#183;e&#183;s ont pris possession des bureaux des gouvernements locaux dans quelques autres villes, mais pour autant que je sache, l'ambiance est moins chaotique qu'&#224; Almaty.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la capitale, Nur-Sultan, c'est calme, mais les gens ont vu un grand nombre de policiers anti-&#233;meute entourer le palais pr&#233;sidentiel d'Aqorda. En fait, la ville est devenue une forteresse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bref, en ce moment le Kazakhstan ressemble &#224; Hunger Games. Si vous avez vu la trilogie ou si vous connaissez un r&#233;sum&#233; de l'intrigue, vous savez de quoi je parle. Des manifestant&#183;e&#183;s tentent de prendre le contr&#244;le de diff&#233;rentes villes, une par une, afin de renverser le gouvernement. Le pr&#233;sident en exercice ne veut pas c&#233;der le pouvoir, et s'il ne le fait pas, je m'attends &#224; ce que le chaos continue jusqu'&#224; ce que le gouvernement soit renvers&#233; ou que le soul&#232;vement soit brutalement r&#233;prim&#233;, ou &#224; un sc&#233;nario encore pire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Penses-tu que les participant&#8901;es &#224; ces manifestations se r&#233;f&#232;rent aux divers mouvements qui ont &#233;merg&#233;s en France, en &#201;quateur et ailleurs en r&#233;action &#224; l'augmentation des prix de l'essence ? Qu'est-ce qui inspire les tactiques qu'iels utilisent ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que bon nombre d'entre elleux sont influenc&#233;&#8901;es par les manifestations qui ont eu lieu dans les autres pays post-sovi&#233;tiques, comme la Bi&#233;lorussie ou le Kirghizistan. Il semble qu'&#224; Almaty, les habitant&#8901;es se sont inspir&#233;&#8901;es de l'exemple du Kirghizistan voisin, o&#249; les gens ont &#233;galement attaqu&#233; le gouvernement et incendi&#233; des b&#226;timents. Mais le gouvernement a &#233;t&#233; renvers&#233; plus rapidement que l&#224;-bas. De mon point de vue, c'est en partie d&#251; au fait que le Kirghizistan est un plus petit pays, avec une seule ville majeure. Le Kirghizistan a travers&#233; trois r&#233;volutions jusqu'&#224; maintenant ; consid&#233;rant sa proximit&#233; g&#233;ographique et ses liens culturels avec le Kazakhstan, et puisque les deux pays parlent des langues turques, il me semble que cet exemple a jou&#233; un r&#244;le significatif au Kazakhstan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Qu'est-ce qui peut se passer ensuite ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui me concerne, je peux imaginer quelques sc&#233;narios. Soit le gouvernement d&#233;missionne &#8211; ou est renvers&#233; &#8211; et le Kazakhstan entame un chemin vers la d&#233;mocratisation, ou alors le gouvernement r&#233;prime le soul&#232;vement par un usage massif de la force, et sans doute en impliquant d'autres pays. Un sc&#233;nario encore pire consisterait en une longue guerre civile destructrice entre le gouvernement et les kazakh&#8901;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sident du Kazakhstan, Kassym-Jomart Tokayev, demande actuellement au CSTO [Organisation du trait&#233; de s&#233;curit&#233; collective, une alliance militaire entre la Russie, l'Arm&#233;nie, la Bi&#233;lorussie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, et le Tadjikistan] l'envoi de soldats de &#171; maintien de la paix &#187;. En bref, le pr&#233;sident invite des troupes &#233;trang&#232;res au Kazakhstan pour r&#233;primer les manifestant&#183;es. Soit les manifestant&#8901;es arm&#233;&#8901;es repoussent ces forces d'une mani&#232;re ou d'une autre et le gouvernement tombe, soit les r&#233;volutionnaires abandonnent et sont &#233;cras&#233;&#8901;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Kazakhstan fait face un avenir sombre. C'est une guerre pour la libert&#233; ou la d&#233;faite, et la d&#233;faite signifierait potentiellement la perte de plus de libert&#233;s et peut-&#234;tre de souverainet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Que peuvent faire les gens en dehors du Kazakhstan pour soutenir les personnes qui participent &#224; la lutte ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule fa&#231;on r&#233;aliste d'aider depuis l'ext&#233;rieur du Kazakhstan est d'amener l'attention sur ce qui se passe et peut-&#234;tre d'organiser une aide mat&#233;rielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion : Une analyse depuis la Russie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans le texte ci-dessous, un&#183;e anarchiste russe analyse les enjeux du soul&#232;vement au Kazakhstan pour la r&#233;gion toute enti&#232;re. Un point de vue d'anarchistes bi&#233;lorusses est disponible &lt;a href=&#034;https://pramen.io/en/2022/01/colonialism-of-the-twenty-first-century/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s des d&#233;cennies de r&#233;pression, d'&#233;checs et de d&#233;faites, comment l'espoir peut-il encore et encore &#233;merger en Bi&#233;lorussie, en Russie, au Kirghizistan, et maintenant au Kazakhstan ? Pourquoi, apr&#232;s que nos proches, nos ami&#183;es et nos voisin&#183;es sont tomb&#233;&#183;es, assassin&#233;&#183;es par la police ou l'arm&#233;e, les gens continuent-ils de lutter ? Comment se fait-il que nous ayons encore la chance de vivre ce souffle d'excitation et de changement, qui nous donne un avant-go&#251;t de tout ce que nos vies pourraient &#234;tre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut entendre une &#233;bauche de r&#233;ponse dans les paroles du musicien kazakh Ermen Anti, du groupe &lt;a href=&#034;https://youtu.be/CW1c1oNY7K8&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#1040;&#1044;&#1040;&#1055;&#1058;&#1040;&#1062;&#1048;&#1071;&lt;/a&gt; (Adaptation) :&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Peu importe les balles qu'ils tirent, elles ne suffiront pas...&lt;br class='manualbr' /&gt;Peu importe &#224; quel point ils nous &#233;crasent, les graines&lt;br class='manualbr' /&gt;De la juste col&#232;re poussent quand m&#234;me&lt;br class='manualbr' /&gt;Les enfants de Prom&#233;th&#233;e, portent le feu &#224; celles et ceux qui ont froid.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Lorsque nous regardons les &#233;v&#233;nements des derni&#232;res d&#233;cennies au Kazakhstan, en Bi&#233;lorussie et au Kirghizistan, on peut se demander ce que la coop&#233;ration entre les diff&#233;rentes initiatives et mouvements de lib&#233;ration pourrait accomplir &#224; un niveau international. De telles connexions nous permettraient d'&#233;changer autour de nos exp&#233;riences politiques et culturelles et de renforcer la cause commune que les gens de ces diff&#233;rents pays pourraient partager. Cependant, et &#224; l'inverse de l'interconnexion et de l'interd&#233;pendance &#233;conomique et politique dont nos pays font preuve, les mouvement anarchistes sont d&#233;connect&#233;s les uns des autres. Le Kazakhstan peut &#234;tre un exemple de ce qui arrivera demain en Russie, en Bi&#233;lorussie, et dans d'autres pays de la r&#233;gion. Aujourd'hui, les russes craignent pour leurs vies &#224; l'id&#233;e m&#234;me d'exprimer une quelconque forme de dissidence. Mais demain, Zhanaozen et Almaty pourraient continuer de vivre dans les villes russes, bi&#233;lorusses (&#224; nouveau !), et n'importe o&#249; ailleurs. Nous pouvons oublier les affirmations selon lesquelles &#8220;cela ne pourrait pas arriver ici&#8221; &#8211; ce qui peut ou ne peut pas arriver d&#233;pend avant tout ce que nous sommes capables d'imaginer et de d&#233;sirer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque des situations comme celle &#224; laquelle nous assistons aujourd'hui au Kazakhstan se produisent, on constate &#224; quel point il est important d'&#234;tre en relation avec les autres dans notre soci&#233;t&#233;. Aujourd'hui, nous sommes surpris&#183;es &#8211; nous ne sommes souvent m&#234;me pas parmi les gens qui luttent et se d&#233;fendent ensemble dans les rues, ou qui effectuent d'autres t&#226;ches importantes en soutien au soul&#232;vement. Pour &#234;tre pr&#234;t&#183;es et connect&#233;&#183;es aux autres, nous devons &#234;tre capables de faire face aux contradictions dans nos communaut&#233;s ou dans notre soci&#233;t&#233; dans son ensemble. Nous devons &#234;tre capables de communiquer nos id&#233;es et d'amener des propositions aux personnes autour de nous dans des situations comme celle-ci. Les conflits, les d&#233;saccords et l'isolement &#233;touffent des camarades qui autrement pourraient d&#233;dier leurs vies &#224; la lutte. Quand je me demande ce qu'il faudrait pour que nous puissions nous voir dans les rues et dans nos maisons, marchant ensemble, prenant soin les un&#183;es des autres et luttant ensemble, je nous imagine nous approcher de diff&#233;rentes mani&#232;res, qui rendent possible la lutte, le d&#233;veloppement et la survie de chacun&#183;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons nous demander : que devons-nous changer dans notre fa&#231;on de nous aborder les un&#183;es le s autres ; dans notre fa&#231;on d'aborder la lutte et nos mouvements, pour en faire des sources de vie et d'inspiration qui puissent offrir aux gens de nouvelles fa&#231;ons de penser, de lutter et de vivre ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Par exemple, on peut se souvenir du mouvement f&#233;ministe au Kazakhstan, qui a pendant plusieurs ann&#233;es &#233;t&#233; au centre de l'attention. Le mouvement a port&#233; le sujet du f&#233;minisme d'une mani&#232;re in&#233;dite, notamment en publiant un magazine et en ayant mis en contact de nombreux groupes et communaut&#233;s sur les questions centrales des violences domestiques et du patriarcat. C'est un exemple de la fa&#231;on dont il est possible de se positionner pour aborder les probl&#232;mes qui nous mettent en relation avec un large &#233;ventail d'autres personnes dans nos soci&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous disposons dans les ex-R&#233;publiques Sovi&#233;tiques d'un impressionnant h&#233;ritage de r&#233;sistance et de soul&#232;vements sur lequel s'appuyer. Il est n&#233;cessaire que nous nous mettions en relation les un&#183;es aux autres pour y acc&#233;der. Force et solidarit&#233; &#224; tout&#183;es celles et ceux qui luttent au Kazakhstan et dans tout les pays post-sovi&#233;tiques. Comme le dit l'adage, les chiens aboient mais la caravane passe. Aujourd'hui, ils peuvent bien nous pi&#233;tiner la nuque, mais la lutte ne cessera pas pour autant, et celles et ceux qui sont tomb&#233;&#183;es dans les rues d'Almaty ne seront pas oubli&#233;&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&#034;text-align: right;&#034;&gt;&lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.crimethinc.com/2022/01/06/le-soulevement-au-kazakhstan-entretien-et-analyse&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Crimethinc&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;6 janvier 2022&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Manifestations au Kazakhstan : cinq clefs pour comprendre ce qui se passe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;pression des manifestations au Kazakhstan est devenue internationale : des parachutistes russes et des troupes arm&#233;niennes, kirghizes et tadjikes sous mandat de l'OTSC entrent dans le pays pour affronter les manifestants. Les agences russes parlent d'une action commune pour affronter &#171; terroristes &#187; et &#171; bandits &#187; , les am&#233;ricaines d'une tentative de Poutine d'&#171; &#233;tendre son influence &#187; . Tous deux rendent la r&#233;alit&#233; invisible : de dimanche dernier &#224; aujourd'hui, l'&#201;tat kazakh s'est effondr&#233; face &#224; une tentative de gr&#232;ve de masse qui s'est propag&#233;e dans tout le pays mais est n&#233;anmoins loin du niveau d'auto-organisation des travailleurs que l'on a vu en Iran .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que s'est-il pass&#233; ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Ni tentative de coup d'&#201;tat frustr&#233;e ni invasion russe : r&#233;pression d'une gr&#232;ve de masse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chronologie des manifestations au Kazakhstan parle d'elle-m&#234;me. Dimanche dernier, le 2 janvier, des manifestations massives ont &#233;clat&#233; &#224; Janaozen apr&#232;s que le gouvernement ait doubl&#233; les prix du gaz . Apr&#232;s les premi&#232;res tentatives de r&#233;pression, les ouvriers &#233;rigent des barricades dans toute la ville.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la nuit du 3 au 4 janvier, une gr&#232;ve sauvage a commenc&#233; chez les compagnies p&#233;troli&#232;res de Tengiz. Bient&#244;t la gr&#232;ve s'&#233;tendit aux r&#233;gions voisines. &#192; l'heure actuelle, le mouvement de gr&#232;ve a deux axes principaux : Janaozen et Aktau, deux des principaux centres des industries extractives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 4 janvier, des camions transportant des travailleurs du p&#233;trole sont arriv&#233;s &#224; Almaty et des milliers de personnes se sont jointes &#224; la manifestation, occupant le centre de la ville et manifestant devant la mairie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sident Tokayev a annonc&#233; l'&#233;tat d'urgence dans les r&#233;gions et dans la matin&#233;e du 5 janvier, il a accept&#233; la d&#233;mission du gouvernement et a propos&#233; de remplacer l'augmentation des prix de 100% par une augmentation de 50%. Dans l'apr&#232;s-midi, il a annonc&#233; avoir remplac&#233; son mentor, l'ancien dictateur Nazarbayev &#224; la t&#234;te du Conseil de s&#233;curit&#233; du pays. Apr&#232;s avoir reconnu que les manifestations s'&#233;taient &#233;tendues &#224; plus de la moiti&#233; du pays, il a annonc&#233; que des dizaines d' &#187;&#233;meutiers &#187; avaient &#233;t&#233; &#171; liquid&#233;s &#187; et que leur identification &#233;tait en cours .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la r&#233;pression, les manifestants ont continu&#233; &#224; manifester devant la mairie d'Almaty, d&#233;passant les forces de police. Le b&#226;timent a pris feu et les rassemblements se sont concentr&#233;s sur le bureau du procureur g&#233;n&#233;ral de l'&#201;tat et la r&#233;sidence officielle du pr&#233;sident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Aktobe, l'autre foyer insurrectionnel majeur, le b&#226;timent du gouvernement local a &#233;t&#233; perquisitionn&#233;, sans succ&#232;s, par les travailleurs. Les protestations au Kazakhstan &#233;taient loin d'&#234;tre &#233;puis&#233;es. La r&#233;pression a continu&#233; &#224; tuer et &#224; arr&#234;ter en masse toute la nuit. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Almaty, des manifestants ont &#233;rig&#233; des barricades et plusieurs cas de d&#233;sarmement des forces de s&#233;curit&#233; ont &#233;t&#233; film&#233;s. Face &#224; la r&#233;sistance, dans de nombreuses villes du pays, la police a dissous ou rejoint les manifestations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faire face &#224; l'effondrement auquel les manifestations au Kazakhstan avaient conduit l'&#201;tat, Tokayev a lanc&#233; des parachutistes sur les manifestants et a appel&#233; les chefs d'&#201;tat de l'OTSC &#224; envoyer des troupes pour vaincre la &#171; menace terroriste &#187;, appelant les manifestants qu'il avait tent&#233; de calmer peu avant en tant que &#171; gangs terroristes internationaux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qui sont les manifestants ?&lt;br class='autobr' /&gt; _ Ni terroristes internationaux, ni &#171; citoyens &#187; en col&#232;re : des travailleurs en lutte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les manifestations au Kazakhstan se d&#233;roulent dans un contexte plus large que celui pr&#233;sent&#233; par la presse. Comme nous l'avons soulign&#233; dans notre tour d'horizon annuel des luttes, l'un des d&#233;veloppements les plus importants de 2021 a &#233;t&#233; que du Kazakhstan &#224; la G&#233;orgie en pssant par le Donbass, les travailleurs ont r&#233;p&#233;t&#233; des formes d'affirmation de classe. Ce n'est pas une co&#239;ncidence si l'un des &#233;picentres des protestations au Kazakhstan est d&#233;sormais Janaozen. La vague de gr&#232;ves &#224; Janaozen en juillet a fait date dans toute l'Asie centrale. Le mouvement, qui, comme nous le soulignions alors, avait tendance &#224; devenir une gr&#232;ve de masse malgr&#233; les obstacles syndicaux, n'a cess&#233; depuis d' ajouter des secteurs et de rallier des effectifs, maintenant une tension constante qui a jusqu'&#224; pr&#233;sent rendu impossible une r&#233;pression brutale manifeste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand en novembre, un accident dans les mines de Karaganda a pouss&#233; les esprits des mineurs vers une nouvelle grande gr&#232;ve comme celle de 2017, les syndicats se sont engouffr&#233;s dans la br&#232;che pour freiner toute tentative de riposte . Et pratiquement au m&#234;me moment, la gr&#232;ve a &#233;clat&#233; dans les usines &#224; gaz de Mangystaumunaigaz, dans la r&#233;gion de Janaozen. La r&#233;f&#233;rence de Janaozen a transform&#233; la frustration des mineurs en terreau pour une gr&#232;ve sauvage qui a maintenant &#233;clat&#233;. C'est cette accumulation et cette confluence de luttes qui se d&#233;roulent une &#224; une &#8211; mais toutes au-dessus de la t&#234;te des syndicats ce qui explique la mobilisation rapide d&#232;s le premier jour, lorsque le gouvernement met en branle la hausse des prix du gaz pour la consommation domestique et les transports.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, d&#232;s le deuxi&#232;me jour, les mineurs de Jezkazgan, &#224; Karaganda, v&#233;ritable &#233;picentre des gr&#232;ves sauvages, ont manifest&#233; devant le b&#226;timent du gouvernement pour un abaissement de l'&#226;ge de la retraite, contre l'inflation et pour la libert&#233; de manifestation. Jusqu'au 5, au plus fort de l'effondrement de l'&#201;tat, les repr&#233;sentants politiques locaux n'ont m&#234;me pas daign&#233; r&#233;pondre aux revendications des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Pour se r&#233;chauffer, les manifestants ont allum&#233; un feu de joie et les habitants leur ont apport&#233; de la nourriture et du th&#233;. Les mineurs disent &#224; RFE/RL que la manifestation est pacifique. La police surveille la situation mais n'arr&#234;te personne. &#192; 15h00 le 6 janvier, environ 300 personnes se trouvaient pr&#232;s du b&#226;timent akimat. Selon l'un des participants &#224; l'action, il y avait beaucoup plus de manifestants hier soir et aujourd'hui, de nouveaux participants se joignent. Dans la r&#233;gion de Karaganda, comme dans d'autres r&#233;gions, Internet ne fonctionne pas, il y a des probl&#232;mes de communication cellulaire. La plupart des op&#233;rateurs signalent que seuls les appels d'urgence sont possibles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour quoi les travailleurs se battent-ils ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Ni &#171; Euroma&#239;dan &#187; anti-russe ni &#171; lutte contre la corruption &#187;, ce sont les besoins fondamentaux des travailleurs qui sont le moteur des manifestations au Kazakhstan&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;l&#233;ment d&#233;clencheur qui a finalement fait converger les gr&#232;ves et les protestations au Kazakhstan est la hausse du prix du gaz. Les op&#233;rations d'extraction sont au milieu du d&#233;sert et toutes les marchandises sont import&#233;es. La hausse du gaz pour le transport signifie une hausse g&#233;n&#233;ralis&#233;e des prix et une perte de pouvoir d'achat qui &#233;tait d&#233;j&#224; &#224; la limite en raison des bas salaires .&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Les prix du gaz, que nous produisons &#233;galement, ont atteint des sommets. Tout d&#233;pend du gaz. Si le gaz devient plus cher, tout devient plus cher. Les gens ordinaires ont d&#233;j&#224; peu de revenus et la situation va empirer. Qu'ils r&#233;duisent le prix du gaz &#224; 50-60 tenge. Ou augmentez nos salaires &#224; 200 mille tenge. Sinon, nous ne survivrons pas quand tout deviendra plus cher. Les autorit&#233;s disent qu'il n'y a pas assez de gaz, que l'usine construite il y a 50 ans est us&#233;e, d&#233;pass&#233;e. Et qu'ont-ils fait depuis 30 ans ? &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Propos d'un ouvrier, relay&#233;s par RLT.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les directeurs d'usine, les syndicalistes et le pr&#233;sident local ont tent&#233; d'&#171; expliquer &#187; aux travailleurs pourquoi ils &#171; devaient &#187; augmenter les prix. L'argument habituel : autrement, l'entreprise subirait des pertes et supprimerait des emplois, chacun devant s'en accomoder et esp&#233;rer un avenir meilleur. Les travailleurs ont r&#233;pondu que raconter des &#171; contes de f&#233;es &#187; n'&#233;tait pas une solution aux probl&#232;mes et les politiciens, les syndicalistes et les gestionnaires sont partis sans convaincre personne.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; L'ann&#233;e derni&#232;re, ces entreprises ont commenc&#233; &#224; &#234;tre optimis&#233;es &#224; grande &#233;chelle. Des emplois ont &#233;t&#233; supprim&#233;s, les travailleurs ont commenc&#233; &#224; perdre leurs salaires, leurs primes, de nombreuses entreprises sont devenues de simples soci&#233;t&#233;s de services. Lorsque la compagnie p&#233;troli&#232;re Tengiz a licenci&#233; 40 000 travailleurs &#224; la fois dans la r&#233;gion d'Atirau, cela est devenu un v&#233;ritable choc pour tout l'ouest du Kazakhstan. L'&#201;tat n'a rien fait pour emp&#234;cher ces licenciements massifs. Et il faut comprendre qu'un p&#233;trolier nourrit 5 &#224; 10 membres de sa famille. Le licenciement d'un ouvrier condamne automatiquement toute la famille &#224; la famine. Il n'y a pas d'emplois ici, sauf dans le secteur p&#233;trolier et dans les secteurs qui r&#233;pondent aux besoins des p&#233;troliers. &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;A&#239;nor Kourmanov&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les manifestations au Kazakhstan sont-elles vraiment une r&#233;volution ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Les protestations au Kazakhstan n'ont pas atteint le niveau d'une r&#233;volution, il s'agit d'une gr&#232;ve de masse qui n'est pas encore auto-organis&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#224; quoi nous assistons n'est pas une r&#233;volution, mais une gr&#232;ve de masse qui n'a pas encore port&#233; ses fruits, mais qui a n&#233;anmoins suffi &#224; faire s'effondrer l'appareil r&#233;pressif de l'&#201;tat kazakh. &#192; l'exception de quelques entreprises de Janaozen, les luttes ont converg&#233; mais pas les assembl&#233;es et les comit&#233;s &#233;lus par celles-ci. Dans l'ensemble, la lutte est encore loin du niveau d'auto-organisation ouvri&#232;re que nous avons vu en Iran . Le r&#233;sultat est que les travailleurs ont d&#233;couvert leur propre force et sont apparus comme un sujet politique d&#233;terminant au niveau national&#8230; mais ils n'ont pas la capacit&#233; d'organiser le pouvoir qui a &#233;t&#233; laiss&#233; vacant. Cette faiblesse organisationnelle des manifestations au Kazakhstan ne peut que se transformer en une faiblesse programmatique. Nous l'avons vu hier soir &#224; Aktau. Les dirigeants syndicaux ont pris la t&#234;te des protestations avec l'assentiment des forces r&#233;pressives et du gouvernement r&#233;gional, ont r&#233;affirm&#233; les revendications fondamentales auxquelles ils s'&#233;taient oppos&#233;s jusqu'&#224; r&#233;cemment et ont appel&#233; au maintien de l'ordre. De mani&#232;re tr&#232;s symbolique, ils ont plant&#233; un drapeau national &#8211; symbole de l'int&#233;r&#234;t auquel sont confront&#233;s les travailleurs &#8211; d&#232;s qu'ils l'ont pu. Les syndicats tracent le chemin de la d&#233;faite, comme partout , mais au bout du compte il y a pire qu'une nouvelle coupe salariale aux besoins fondamentaux. Renforc&#233; par les parachutistes russes et encourag&#233; par la perspective d'avoir 2 500 soldats tadjiks et kirghizes qui lui ont &#233;t&#233; promis imm&#233;diatement par l'OTSC, le pr&#233;sident Tokayev a ordonn&#233; &#224; l'arm&#233;e de &#171; tirer pour tuer &#187; les &#171; 20 000 bandits &#187; qui, selon lui, manifestent &#224; Almaty.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alors pourquoi les pays de la sph&#232;re d'influence russe envoient-ils des troupes ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Les classes dirigeantes se reconnaissent et s'unissent face &#224; leur ennemi, tout en se couvrant contre leurs concurrents face &#224; un vide de pouvoir&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les classes dirigeantes r&#233;gionales ont &#233;t&#233; claires d&#232;s le d&#233;part sur ce qui se cache derri&#232;re les protestations au Kazakhstan. Ils savent reconna&#238;tre l'ennemi de classe d&#232;s qu'ils le voient en mouvement. Il y a dix ans, ils n'ont pas h&#233;sit&#233; &#224; r&#233;primer les manifestations de Janaozen dans le sang et le feu. Les agences et les gouvernements europ&#233;ens et anglo-saxons n'ont pas non plus de doutes. Cette fois, il n'y a pas de soutiens et de messages comme en Russie, en Bi&#233;lorussie, en Ukraine, en G&#233;orgie&#8230; ou &#224; chaque fois qu'une faction bourgeoise locale fait quelque chose qui pourrait contrarier l'imp&#233;rialisme russe. L'&#171; union sacr&#233;e &#187; entre les factions de la bourgeoisie se produit automatiquement chaque fois que le prol&#233;tariat entre en sc&#232;ne. M&#234;me parmi les rivaux imp&#233;rialistes. Il suffit de rappeler Berlin en 1953 ou de Budapest en 1956. Dans ce cas, lorsque Chevron fait aussi partie des compagnies p&#233;troli&#232;res directement touch&#233;es par les gr&#232;ves de Tengiz, on ne s'attend pas &#224; autre chose. Mais ils ne cessent pas non plus de se concurrencer, ni d'essayer de tirer profit, ne serait-ce que symboliquement ou par la propagande, de ce qui est en r&#233;alit&#233; un revers pour eux tous. Il est significatif de voir comment la presse anglophone et ses &#233;chos dans d'autres langues, m&#234;me si elle n'a pas fait de la question la une des journaux, ont essay&#233; de pr&#233;senter les manifestations au Kazakhstan comme une r&#233;volte &#171; contre la corruption et les in&#233;galit&#233;s &#187; qui pourrait &#233;galement &#234;tre reproduite en Russie. Poutine sait tr&#232;s bien qu'il ne doit pas craindre l'intervention de ses rivaux imp&#233;rialistes et qu'il ne subira m&#234;me pas de nouvelles repr&#233;sailles &#233;conomiques pour avoir lanc&#233; ses troupes d'&#233;lite contre les manifestations au Kazakhstan. Mais il craint, &#224; juste titre et comme d'autres gouvernements de la r&#233;gion, les co&#251;ts &#233;conomiques et les risques politiques d'une vacance du pouvoir. Son objectif premier est d'&#233;touffer dans l'&#339;uf toute &#233;volution r&#233;volutionnaire possible des manifestations au Kazakhstan. Mais il y a plus. Contre ses rivaux imp&#233;rialistes, il veut montrer la capacit&#233; de la Russie &#224; &#171; maintenir l'ordre &#187; dans sa sph&#232;re d'influence directe. Et devant les gouvernements alli&#233;s d'Asie centrale et du Caucase, envoyant le signal qu'il est capable de les maintenir au pouvoir au cas o&#249; ils seraient confront&#233;s &#224; une mobilisation de classe comme celle qui alimente les protestations au Kazakhstan&#8230; Ce qui est vrai, mais seulement &#224; moiti&#233;, car la cl&#233; ne d&#233;pend pas de lui, mais du d&#233;veloppement de l'auto-organisation des travailleurs. Un petit pas au-del&#224; de ce que les travailleurs ont atteint jusqu'ici et les assurances de la classe dirigeante se dissiperaient.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&#034;text-align: right;&#034;&gt;&lt;i&gt;communia.blog&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;7 janvier 2022&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;img src=&#034;https://infokiosques.net/IMG/jpg/apres-le-soulevement.jpg&#034; width=&#034;660&#034; style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le Kazakhstan apr&#232;s le soul&#232;vement : r&#233;cits de t&#233;moins &#224; Almaty et analyse d'anarchistes russes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les t&#233;moignages qui suivent pourront servir &#224; d&#233;bunker toute d&#233;formation facile du soul&#232;vement de la part des autorit&#233;s du Kazakhstan, de la Russie ou des &#201;tats-Unis &#8211; ou de leurs partisans malavis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A celles et ceux qui diffusent des th&#233;ories du complot pr&#233;sentant les &#201;tats-Unis comme instigateurs d'une &#171; r&#233;volution color&#233;e &#187; au Kazakhstan, nous rappelons que les protestations ont commenc&#233; en r&#233;action &#224; la suppression des subventions du gaz, qui est produit au Kazakhstan par un monopole d'&#233;tat tr&#232;s rentable. D&#233;fendre les gouvernements du Kazakhstan et de la Russie revient &#224; d&#233;fendre des forces r&#233;pressives qui imposent des mesures d'aust&#233;rit&#233; n&#233;o-lib&#233;rales &#224; des travailleur&#8901;ses exploit&#233;&#183;es dans une &#233;conomie extractiviste. La place de celleux qui s'opposent sinc&#232;rement au capitalisme est aux c&#244;t&#233;s des travailleur&#8901;ses ordinaires et des rebelles qui s'opposent &#224; la classe dominante, pas du c&#244;t&#233; des gouvernements qui pr&#233;tendent repr&#233;senter les manifestant&#8901;es tout en les mitraillant et les emprisonnant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas de dire que les affrontements au Kazakhstan sont le fruit d'une lutte anticapitaliste unifi&#233;e, ni m&#234;me d'un mouvement de travailleur&#8901;ses. &lt;a href=&#034;https://www.opendemocracy.net/en/odr/anger-social-injustice-protest-interview-evgeny-zhovtis-kazakhstan/&#034;&gt;Les r&#233;cits les plus cr&#233;dibles&lt;/a&gt; de la composition sociale des manifestations t&#233;moignent d'une vaste diversit&#233; de participant&#8901;es, utilisant diff&#233;rentes tactiques pour arriver &#224; diverses fins. Bien s&#251;r, notre sympathie va aux travailleur&#8901;ses qui protestent contre l'augmentation du co&#251;t de la vie et nous soutenons &#233;galement les ch&#244;meur&#8901;ses et marginalis&#233;&#8901;es qui pratiquent le pillage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une crise comme celle que conna&#238;t le Kazakhstan rouvre toutes les fractures qui traversent la soci&#233;t&#233;. Tout conflit pr&#233;existant est pouss&#233; jusqu'&#224; un point de rupture : tensions religieuses et ethniques, rivalit&#233;s entre &#233;lites dirigeantes, course g&#233;opolitique pour l'influence et le pouvoir. Nous avons &#233;galement, dans une moindre mesure, observ&#233; le m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne lors du &lt;a href=&#034;https://crimethinc.com/2018/12/06/the-movement-as-battleground-fighting-for-the-soul-of-the-yellow-vest-movement&#034;&gt;mouvement des Gilets Jaunes&lt;/a&gt; en France, et aux &#201;tats-Unis lors du &lt;a href=&#034;https://crimethinc.com/2020/06/17/snapshots-from-the-uprising-accounts-from-three-weeks-of-countrywide-revolt&#034;&gt;soul&#232;vement George Floyd&lt;/a&gt;. Ces crises n'ont cependant pas &#233;t&#233; aussi loin que le soul&#232;vement au Kazakhstan, o&#249;, en raison du caract&#232;re retranch&#233; et autoritaire du pouvoir, toute lutte est de l'ordre du &#171; quitte ou double &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est vrai, &lt;a href=&#034;https://fr.crimethinc.com/2022/01/06/le-soulevement-au-kazakhstan-entretien-et-analyse&#034;&gt;comme nous l'avons avanc&#233;&lt;/a&gt;, que les manifestant&#8901;es kazakh&#8901;es s'opposent aux m&#234;mes forces que celles auxquelles nous nous confrontons partout dans le monde, alors la violente r&#233;pression de ces manifestations par les soldats de six arm&#233;es diff&#233;rentes doit nous interroger. Alors que des catastrophes politiques, &#233;conomiques et &#233;cologiques frappent les unes apr&#232;s les autres tout autour du globe, il semble que de telles &#233;ruptions deviennent pratiquement in&#233;vitables. Comment alors se pr&#233;parer et anticiper pour augmenter les chances que ces ruptures tournent en notre faveur, malgr&#233; toutes les forces qui convergent contre nous ? Dans de tels moments de potentialit&#233; r&#233;volutionnaire, comment interroger la transformation avec celles et ceux qui font soci&#233;t&#233; avec nous ? Comment concentrer le conflit sur des axes lib&#233;rateurs et cr&#233;ateurs, alors m&#234;me que nous sommes au coude-&#224;-coude avec d'autres factions, qui cherchent &#224; donner une place centrale &#224; leurs id&#233;ologies et &#224; servir leurs int&#233;r&#234;ts ? Comment &#233;viter &#224; la fois le conspirationnisme et la manipulation, &#224; la fois le &lt;em&gt;d&#233;faitisme&lt;/em&gt; et la &lt;em&gt;d&#233;faite&lt;/em&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le montage qui suit, compos&#233; en collaboration avec des anarchistes russes, nous pr&#233;sentons une analyse du soul&#232;vement survenu au Kazakhstan, dans la r&#233;gion ex-sovi&#233;tique, et partageons un entretien que nous avons men&#233; avec des anarchistes &#224; Almaty, aussit&#244;t que l'acc&#232;s &#224; Internet a &#233;t&#233; r&#233;tabli, apr&#232;s la coupure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&#034;https://infokiosques.net/IMG/jpg/kazakhstan1.jpg&#034; width=&#034;660&#034; style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;5 janvier &#224; Almaty ; photographie de Zhanabergen Talgat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La prison des nations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir du 1er janvier, ce qui avait commenc&#233; comme une simple protestation contre l'augmentation du co&#251;t de la vie s'est transform&#233; en soul&#232;vement &#224; l'&#233;chelle nationale, qui a pour l'instant &#233;t&#233; brutalement r&#233;prim&#233; par une combinaison de forces militaires nationales et &#233;trang&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;part, les manifestant&#8901;es demandaient la d&#233;mission du gouvernement, une diminution du prix du gaz, et le d&#233;part de l'ancien pr&#233;sident &#8211; Nursultan Nazarbayev, l'&#233;minence grise du Kazakhstan &#8211; de la t&#234;te du Conseil de S&#233;curit&#233; Nationale. Le slogan &#8220;Shal ket !&#8221;&#8212;&#8221;Papy, d&#233;gage !&#8221; a r&#233;sonn&#233; dans tout le pays. Alors que les manifestations prenaient de l'ampleur, les gens en sont vite arriv&#233;s &#224; ne plus vouloir rien d'autre qu'un changement complet du gouvernement, y compris du pr&#233;sident actuel Jomart Tokayev.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime a tent&#233; de r&#233;primer les manifestations. Mais les participant&#8901;es ont r&#233;ussi &#224; s'emparer de certaines armes de la police et a r&#233;pliquer en pillant des magasins et en incendiant ou en occupant des b&#226;timents municipaux. Le pr&#233;sident Tokaev a d&#233;clar&#233; l'&#233;tat d'urgence et envoy&#233; les militaires contre les manifestant&#8901;es avec ordre de tirer &#224; vue sur quiconque oserait r&#233;sister. Au m&#234;me moment, Tokayev a officiellement demand&#233; &#224; l'Organisation du Trait&#233; de S&#233;curit&#233; Collective (OTSC, alliance militaire comprenant la Russie et plusieurs autres pays voisins) de l'aide pour reprendre le contr&#244;le du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon le ministre de l'Int&#233;rieur kazakh, &lt;a href=&#034;https://www.newsweek.com/kazakhstan-stabilized-after-nearly-8000-arrested-164-killed-protests-officials-1667550&#034;&gt;pr&#232;s de 8000 personnes&lt;/a&gt; ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;es durant les manifestations, et au moins 164 ont &#233;t&#233; tu&#233;es ; depuis, des chiffres &lt;a href=&#034;https://twitter.com/bad_immigrant/status/1480826072694464515&#034;&gt;bien plus importants&lt;/a&gt; ont circul&#233;. Certain&#8901;es blogueur&#8901;ses influent&#8901;es et leaders syndicaux ont &#233;t&#233; d&#233;clar&#233;&#183;es disparu&#8901;es. Internet a &#233;t&#233; coup&#233; pendant plusieurs jours. Plusieurs personnes ont &#233;t&#233; abattues sur les places et dans les rues par des snipers ou des soldats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;pression militaire du soul&#232;vement, et l'intervention de l'OTSC, ont jou&#233; un r&#244;le majeur dans le d&#233;nouement de la crise. A partir du 10 janvier, certains reportages et t&#233;moignages qui nous parviennent du Kazakhstan font &#233;tat de l'arr&#234;t des combats &#224; Almaty et des rassemblements de masse dans les autres villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici l'analyse, publi&#233;e sur leur &lt;a href=&#034;https://t.me/s/BO_AK_reborn&#034;&gt;canal Telegram&lt;/a&gt;, d'&lt;a href=&#034;https://boak.noblogs.org/&#034;&gt;Anarchist Fighter&lt;/a&gt;, une plateforme anarchiste qui a observ&#233; les &#233;v&#233;nements depuis la Russie :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt; &lt;p&gt;1) Intervention de l'OTSC. Toutes les sources relativement fiables parmi les kazakh&#183;es y voient une intervention et une atteinte &#224; leur souverainet&#233; par &#171; Big Brother &#187;. Chaque heure de pr&#233;sence de ces forces dans le pays amplifie le m&#233;contentement et la col&#232;re ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) La r&#232;gle autoritaire n'a pas disparu. Le pr&#233;sident Tokayev a concentr&#233; encore plus de pouvoir entre ses mains, a fait intervenir des arm&#233;es &#233;trang&#232;res, a ordonn&#233; &#224; ses troupes de &#171; tirer sans sommation &#187;&#8230; Mais les kazakh&#183;es ne sont pas r&#233;sign&#233;&#183;es par la brutalit&#233; gouvernementale. Elle ne les arr&#234;te pas, et le m&#233;contentement &#224; l'&#233;gard du gouvernement ne dispara&#238;t pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Les crises &#233;conomiques ne cesseront pas sans r&#233;formes fondamentales en faveur de la justice sociale. Ce qui est actuellement mis en &#339;uvre n'est essentiellement qu'un report de l'augmentation des prix. Aucune mesure pour combattre la pauvret&#233; et diminuer les in&#233;galit&#233;s n'est promise par les autorit&#233;s. Par cons&#233;quent, le m&#233;contentement qu'ils ont cr&#233;&#233; ne s'apaisera pas.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&#034;https://infokiosques.net/IMG/jpg/kazakhstan6.jpg&#034; width=&#034;660&#034; style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Au XXIe si&#232;cle, l'ordre social dominant ne se maintient que par l'exercice toujours plus intense de la force brute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8220;Wahhabites, Terroristes, Manifestant&#8901;es&#8221; &#8212; D&#233;sinformation sur le soul&#232;vement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s le podcast d'&lt;a href=&#034;https://avtonom.org/&#034;&gt;avtonom.org&lt;/a&gt;, &#8220;&lt;a href=&#034;https://avtonom.org/news/shal-ket-vse-dedy-uhodite-trendy-poryadka-i-haosa-epizod-36-9-yanvarya-2022&#034;&gt;Trends of order and chaos&lt;/a&gt;,&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt; &lt;p&gt;Les autorit&#233;s kazakhes font tout ce qu'elles peuvent pour sauver la face et construire leur propre version de la r&#233;alit&#233;. L'op&#233;ration punitive est appel&#233;e &#171; contre-terrorisme &#187;, comme si le terme &#171; terroriste &#187; pouvait d&#233;signer toute personne s'opposant aux autorit&#233;s par des moyens violents. Les gens en r&#233;bellion sont qualifi&#233;s de &#171; militants et bandits [qui doivent] &#234;tre tu&#233;s &#187;, et la cause du soul&#232;vement est cens&#233;e &#234;tre &#224; chercher dans &#171; les m&#233;dias libres et les personnalit&#233;s &#233;trang&#232;res &#187;, selon les mots de Tokayev lui-m&#234;me. Nous assistons au d&#233;ploiement d'une propagande quasiment en direct. Quiconque refuse de croire que le noir est blanc et que la guerre c'est la paix finira au poteau. Apr&#232;s tout, personne ne plaint les &#171; terroristes &#187;, et c'est une logique que les dictateurs post-sovi&#233;tiques connaissent par c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but des affrontements les m&#233;dias, qu'ils soient kazakhs ou &#233;trangers, ont souvent affirm&#233; savoir qui &#233;taient les protestataires. Les qualificatifs ont vari&#233; de &#171; manifestants &#187; &#224; &#171; jeunes agressifs &#187; en passant par &#171; maraudeurs &#187; jusqu'aux &#171; brigades nationalistes &#187;, aux &#171; 20 000 bandits qui attaquent Almaty &#187; ou aux &#171; terroristes islamiques &#187;. S'il est vrai que de nombreux groupes et factions ont particip&#233; au soul&#232;vement, c'est m&#234;me plut&#244;t logique puisque toute la soci&#233;t&#233; &#233;tait repr&#233;sent&#233;e dans ce soul&#232;vement, avec toutes les diff&#233;rences et les contradictions que cela implique. On peut facilement imaginer que des personnes tr&#232;s diff&#233;rentes ont particip&#233; aux actions contre le r&#233;gime, y compris aux affrontements et aux pillages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s &lt;a href=&#034;https://t.me/s/BO_AK_reborn&#034;&gt;Anarchist Fighter&lt;/a&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt; &lt;p&gt;Le journaliste Maksim Kurnikov a apport&#233; quelques &#233;l&#233;ments tr&#232;s int&#233;ressants dans le podcast d'Ekho Moskvy. Il a notamment remarqu&#233; que le motif &#171; prendre des armes dans les magasins d'armes puis attaquer les forces de s&#233;curit&#233; &#187; n'est pas nouveau au Kazakhstan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'est pass&#233; exactement la m&#234;me chose dans la ville d'Aktobe en juin 2016 : plusieurs dizaines de jeunes hommes, divis&#233;s en plusieurs groupes, ont r&#233;cup&#233;r&#233; des armes dans deux magasins, se sont empar&#233;s de v&#233;hicules, et ont attaqu&#233; la Garde Nationale, qui les a vaincus. Les autorit&#233;s kazakhes se sont montr&#233;es tr&#232;s confuses &#224; propos de cette affaire. On ne sait toujours pas vraiment sur quoi se repose leur affirmation d'une &#171; connexion islamiste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kurnikov parle &#233;galement de gardes paramilitaires dans des raffineries ill&#233;gales dans l'Ouest du Kazakhstan, compos&#233;es de villageois locaux, p&#233;jorativement appel&#233;s &#8220;mambets&#8221; (fermiers collectifs) par les citadins kazakhs. Ces groupes se sont aussi parfois engag&#233;s dans des affrontements arm&#233;s avec la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que tout cela nous dit ? Bien s&#251;r, que les mots du pr&#233;sident Tokayev &#224; propos de &#171; groupes terroristes soigneusement form&#233;s &#224; l'&#233;tranger &#187; rel&#232;vent de la pure propagande et tr&#232;s certainement du mensonge grossier. Il semble &#233;galement tr&#232;s peu probable que ces cellules arm&#233;es, capable de prendre le contr&#244;le des institutions de s&#233;curit&#233; et des arsenaux, prennent soudain sous la forme d'une foule h&#233;t&#233;roclite. En outre, nous n'avons aucune preuve de l'implication de groupes islamistes ou nationalistes dans les &#233;v&#233;nements d'Almaty. Cependant, en principe, de tels groupes existent bel et bien dans la soci&#233;t&#233; kazakhe. Il est probable que les personnes engag&#233;es dans les affrontements directs avec les forces de s&#233;curit&#233; comprenaient &#224; la fois des membres de tels groupes, et des manifestant&#8901;es spontan&#233;ment auto-organis&#233;&#8901;es. On peut faire l'analogie avec le mouvement autour de la place Maidan en 2014 &lt;a href=&#034;https://crimethinc.com/2014/03/12/ukraine-how-nationalists-took-the-lead&#034;&gt;i.e., les manifestations &#224; Kiev&lt;/a&gt;], pendant lequel la d&#233;fense &#233;tait organis&#233;e &#224; la fois spontan&#233;ment par la foule, et au travers de la participation de groupes organis&#233;s qui s'y sont joints.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les all&#233;gations concernant la participation de groupes islamistes fondamentalistes aux &#233;v&#233;nements &lt;a href=&#034;https://www.opendemocracy.net/en/odr/anger-social-injustice-protest-interview-evgeny-zhovtis-kazakhstan/&#034;&gt;peuvent &#234;tre vraies&lt;/a&gt;, dans une certaine mesure. Mais il est &#233;galement certain que les autorit&#233;s utilisent toute information les concernant pour discr&#233;diter tous les autres groupes et individus impliqu&#233;s dans le soul&#232;vement. Le d&#233;sespoir &#233;conomique et les pers&#233;cutions politiques et sociales conduisent parfois au fondamentalisme, comme &#224; d'autres formes de radicalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon &lt;a href=&#034;https://t.me/s/BO_AK_reborn&#034;&gt;Anarchist Fighter&lt;/a&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt; &lt;p&gt;&#171; La question de l'&#233;quilibre r&#233;el des forces parmi les acteurs non-&#233;tatiques reste urgente :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journaliste d'opposition Lukpan Akhmedyarov a exprim&#233; sur la radio Ekho Moskvy sa conviction que les attaques arm&#233;es contre les autorit&#233;s &#224; Almaty &#233;taient l'&#339;uvre des agents de Nazarbayev. Les arguments qui fondent sa conviction ne sont pas tr&#232;s clairs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire qu'Akhmedyarov a remarqu&#233; &#224; Uralsk &#8211; la ville dont il est originaire &#8211; sur la place &#224; c&#244;t&#233; des manifestant&#8901;es, un groupes de plusieurs dizaines de personnes organis&#233;es et appelant &#224; un assaut sur l'Akimat. Un petit groupe d'&#171; instigateurs habill&#233;s &#224; l'identique &#187; a &#233;t&#233; &#233;galement remarqu&#233; &#224; Kostanai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quoi s'agit-il ? Une force rebelle organis&#233;e dans l'ombre, des groupes criminels, ou des provocateurs appuy&#233;s par les services d'&#201;tat ? Ou peut-&#234;tre une fiction &#171; non-violente &#187;, qui chercherait &#224; imm&#233;diatement &#233;tiqueter celles et ceux qui pratiquent l'action directe comme des agents de l'&#201;tat ? Il n'y a pour l'instant pas de r&#233;ponse certaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose est s&#251;re : la division des manifestant&#8901;es entre &#171; pacifistes &#187; et &#171; terroristes &#187; est une d&#233;formation de la r&#233;alit&#233;. M&#234;me avant les &#233;v&#233;nements &#224; Almaty, on pouvait voir des clips en provenance de la m&#234;me ville d'Uralsk, dans lesquels les manifestant&#8901;es lib&#233;raient courageusement des personnes arr&#234;t&#233;es par la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Permettons nous un truisme : oui c'est vrai, une protestation radicale &#171; violente &#187; ne garantit pas du tout le succ&#232;s, ni n'immunise contre les provocations d'&#233;tat. Mais dans notre r&#233;alit&#233; autoritaire, une protestation purement &#171; non-violente &#187; est condamn&#233;e par avance. &#171; Vous avez &#233;t&#233; entendu&#8901;es, nous allons r&#233;gler le probl&#232;me et nous allons emprisonner les plus violente&#8901;es d'entre vous &#187; est la r&#233;ponse syst&#233;matique du pouvoir en Russie, en Bi&#233;lorussie, au Kazakhstan&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les diff&#233;rentes rumeurs sur les conflits internes dans la structure du pouvoir au Kazakhstan et les sp&#233;culations &#224; propos des man&#339;uvres g&#233;opolitiques en jeu dans le soul&#232;vement pourraient bien &#234;tre toutes vraies. Mais leur donner une place centrale dans l'explication de ce qui est en train de se passer au Kazakhstan est un choix politique : le choix de nier l'agentivit&#233; des innombrables personnes &#171; ordinaires &#187; qui ont particip&#233; au soul&#232;vement pour leurs propres raisons. Comme dans toute th&#233;orie conspirationniste, cela suppose que les seules personnes qui peuvent avoir un effet sur la situation sont des hommes et femmes de pouvoir agissant dans l'ombre ; cela sert &#233;galement &#224; d&#233;tourner l'attention des choses &#233;videntes, que &lt;em&gt;tout le monde sait&lt;/em&gt;, comme le fait que l'&#233;lite politique kazakhe profite de l'expertise de tous et toutes..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rumeurs et sp&#233;culation servent &#224; influencer les &#233;v&#233;nements et la fa&#231;on dont nous les comprenons et nous y engageons. Vraie ou pas, chacune de ses interventions sert &#224; concentrer l'attention sur certaines figures, et &#224; diffuser un certain nombre d'assertions sur la fa&#231;on dont le monde fonctionne. Si ces th&#233;ories conspirationnistes jettent suffisamment le doute sur les participant&#8901;es au soul&#232;vement pour emp&#234;cher les gens de soutenir celles et ceux qui se l&#232;vent contre l'exploitation &#233;conomique et la domination politique, alors elles auront atteint leur objectif : faire en sorte que tout le monde, partout, reste d&#233;pendant&#8901;e des &#233;lites politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&#034;https://infokiosques.net/IMG/jpg/kazakhstan5.jpg&#034; width=&#034;660&#034; style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Un tr&#244;ne, apr&#232;s le pillage de la r&#233;sidence du pr&#233;sident &#224; Almaty.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tokayev lui-m&#234;me n'a pas h&#233;sit&#233; &#224; &lt;a href=&#034;https://twitter.com/bad_immigrant/status/1480531195742015492&#034;&gt;propager les histoires les plus surprenantes&lt;/a&gt;, affirmant que les terroristes internationaux qui auraient dirig&#233; les r&#233;voltes ne pourraient pas &#234;tre identifi&#233;s car leurs corps auraient &#233;t&#233; vol&#233;s dans les morgues. Selon &lt;a href=&#034;https://t.me/s/BO_AK_reborn&#034;&gt;Anarchist Fighter&lt;/a&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt; &lt;p&gt;&#171; Il s'av&#232;re que les terroristes ne peuvent pas &#234;tre montr&#233;&#8901;es au public, m&#234;me mort&#8901;es. Leur compagnon&#183;nes d'armes ont kidnapp&#233; les mort&#183;es directement dans les morgues !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le pire est que les autorit&#233;s kazakhes d&#233;clarent ouvertement, sans honte, que les manifestant&#8901;es radica&#8901;les se d&#233;guisent en policiers et en soldats (!!!) Maintenant, n'importe quelle atrocit&#233; peut &#234;tre attribu&#233;e aux r&#233;volutionnaires eux-m&#234;mes. Peut-&#234;tre que les manifestant&#8901;es se sont en fait fait tirer dessus par &#171; les d&#233;guis&#233;&#8901;es &#187; ? Et si maintenant il s'av&#232;re que les enfants et les journalistes se font fait tirer dessus par des hommes en uniforme, alors vous le saviez d&#233;j&#224; : bien s&#251;r, il s'agissait d'&#171; &#233;meutier&#8901;es &#187; d&#233;guis&#233;&#8901;es et pas des bourreaux des forces sp&#233;ciales de Tokayev.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Au del&#224; de poser la question de qui participe au soul&#232;vement, il faut se demander qui b&#233;n&#233;ficie de la r&#233;pression. Comme l'a formul&#233; &lt;a href=&#034;https://t.me/comradochevidnost/122&#034;&gt;quelqu'un&#8901;e dans un commentaire&lt;/a&gt;,&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt; &lt;p&gt;Poutine n'est pas un nationaliste mais un garant. Il garantit la s&#233;curit&#233; des &#233;lites post-sovi&#233;tiques et la s&#251;ret&#233; de leurs propri&#233;t&#233;s. Il ne la garantissait auparavant que dans la F&#233;d&#233;ration de Russie, mais il semble aussi faire la m&#234;me chose au Kazakhstan d&#233;sormais . Apr&#232;s tout, le capital russe est aussi pr&#233;sent l&#224;-bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regardez la liste Forbes pour le Kazakhstan. Les vrais b&#233;n&#233;ficiaires des op&#233;rations de maintien de la paix y sont list&#233;s. La liste est d'ailleurs internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux premi&#232;res places sont occup&#233;es par des homonymes kazakhs d'origine cor&#233;enne, Vladimir Kim et Vyacheslav Kim. Le premier est l'actionnaire majoritaire de KAZ Minerals, une &#8220;soci&#233;t&#233; britannique de cuivre&#8221;, selon Wikipedia. En 2021, sa fortune a augment&#233; de 600 millions de dollars. Le second Kim poss&#232;de, avec la soci&#233;t&#233; d'investissement russe Baring Vostok, une des principales banques kazakhes, la Kaspi Bank, &#233;galement c&#244;t&#233;e &#224; Londres et qui a connu une croissance impressionnante, malgr&#233; la pand&#233;mie. En troisi&#232;me place, j'ai &#233;t&#233; surpris&#8901;e de trouver un citoyen de G&#233;orgie, Lomatdze, qui est &#233;galement co-propri&#233;taire et gestionnaire de la Kaspi Bank.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vient ensuite un certain Bulat Utemuratov, qui s'est sp&#233;cialis&#233; dans le commerce international lors de sa participation au gouvernement Nazarbayev dans les ann&#233;es 90. Il poss&#232;de ForteBank, dont le chiffre d'affaire net de 2020 &#171; s'est &#233;lev&#233; &#224; 53,2 milliards de tenges &#187;(121 millions de dollars), ainsi que des int&#233;r&#234;ts majeurs chez les principaux op&#233;rateurs mobiles, 65 % de la compagnie mini&#232;re RG Gold et tout un tas d'autres actifs, dont une franchise Burger King et les h&#244;tels &#171; Ritz-Carlton &#224; Nur-Sultan, Vienne et Moscou &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cinqui&#232;mes et sixi&#232;mes places sont partag&#233;es par la fille et le gendre de Nazarbayev. Le gendre, Timur Kulibayev, d&#233;tient &#171; la majorit&#233; des parts dans la soci&#233;t&#233; Singapore's Steppe Capital Pte Ltd &#187;, qui poss&#232;de la soci&#233;t&#233; &#171; n&#233;erlandaise &#187; KazStroyService Infrastructure BV et Asset Minerals Holdings (Caspi Neft JSC, 50% de Kazazot JSC).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dinara Kulibayeva, la fille de Nazarbayev, poss&#232;de avec son mari la Halyk Bank of Kazakhstan &#8211; dont &#171; la capitalisation boursi&#232;re a atteint 3,1 milliards de livres (4,3 millions de dollars). &#187; En septi&#232;me position on trouve Timur Turlov, un sp&#233;culateur financier russe, fondateur de la &#171; Soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine d'investissement &#187; Freedom Holding Corp. &#171; D'apr&#232;s les d&#233;clarations financi&#232;res de la compagnie, ses actifs ont tripl&#233; en 2020 pour atteindre 1,47 milliards de dollars (432,5 millions en 2019), ses fonds propres ont presque doubl&#233; jusqu'&#224; 225,5 millions de dollars (131,3 millions en 2019), son b&#233;n&#233;fice net a &#233;t&#233; multipli&#233; par 10 pour atteindre 42,3 millions de dollars (4 millions en 2019). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ainsi de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de l'autre c&#244;t&#233; de la barricade, on retrouve tout&#183;es celles et ceux qui travaillent pour ce &lt;em&gt;beau monde&lt;/em&gt;[en fran&#231;ais dans le texte] pour 300 dollars par mois (salaire m&#233;dian approximatif au Kazakhstan), extraient des minerais pour les compagnies &#171; britanniques &#187; ou &#171; singapouriennes &#187; ou travaillent pour leurs concitoyen&#183;nes dans le secteur des services, qui appartient lui aussi aux personnes cit&#233;es dans la liste ; ou celles et ceux qui n'ont pas trouv&#233; de travail du tout dans les grandes et moyennes entreprises, et dont les revenus ne peuvent &#234;tre que suppos&#233;s (sans soute plus bas que le salaire m&#233;dian). Les travailleur&#183;ses, concentr&#233;&#8901;es autour des entreprises, demandent des garanties sociales (baisse des prix des services publics, soins m&#233;dicaux gratuits, hausse des salaires, etc. ). Celles et ceux qui ne travaillent pas du tout essaient simplement d'obtenir ce qu'il leur faut en brisant les vitrines des magasins et des banques et en en pillant le contenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;tant donn&#233; que les travailleur&#183;ses sont certain&#183;es d'&#234;tre &#233;ject&#233;&#183;es d&#232;s que la pression retombera, leurs actions ne peuvent pas d&#233;cemment &#234;tre qualifi&#233;es d'injustes ou d'irrationnelles.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&#034;https://infokiosques.net/IMG/jpg/kazakhstan-velo.jpg&#034; width=&#034;660&#034; style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Le centre-ville d'Almaty le 5 janvier ; photographie de Zhanabergen Talgat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un printemps retard&#233; depuis trente ans&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois, d'apr&#232;s le podcast d'&lt;a href=&#034;https://avtonom.org/&#034;&gt;avtonom.org&lt;/a&gt;, &#171; &lt;a href=&#034;https://avtonom.org/news/shal-ket-vse-dedy-uhodite-trendy-poryadka-i-haosa-epizod-36-9-yanvarya-2022&#034;&gt;Trends of order and chaos&lt;/a&gt;, &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt; &lt;p&gt;&#171; Les autorit&#233;s kazakhes et le pr&#233;sident Tokayev n'avaient pas confiance dans leurs propres structures gouvernementales et polici&#232;res. La police et l'arm&#233;e avaient d&#233;j&#224; commenc&#233; &#224; se ranger du c&#244;t&#233; des rebelles, et il &#233;tait &#233;vident que toutes sortes de sc&#233;narios &#233;taient possibles. Dans ces circonstances, Tokayev a opt&#233; pour la solution la plus extr&#234;me &#8211; en appeler aux forces punitives d'autres pays. C'&#233;tait un suicide politique : il admettait en fait &#234;tre en guerre contre son propre peuple et m&#234;me contre son propre appareil d'&#201;tat. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La situation au Kazakhstan a d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; tr&#232;s rapidement &#8211; et pas seulement les manifestations, mais aussi la brutalit&#233; avec laquelle elles ont &#233;t&#233; r&#233;prim&#233;es. Les affrontements dans les rues sont la cons&#233;quence de d&#233;cennies de mise &#224; l'&#233;preuve de la patience des Kazakh&#183;es. La soci&#233;t&#233; kazakhe a d&#233;j&#224; connu des combats et des fusillades dans les rues &#8211; en 1986, quand le gouvernement de Mikhail Gorbachev a r&#233;prim&#233; un soul&#232;vement &#224; Almaty, en perp&#233;trant un massacre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Du 17 au 19 d&#233;cembre 1986, des manifestations ont lieu &#224; Almaty en r&#233;ponse &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et en 2011, quand la police avait fait feu sur des travailleur&#183;ses en gr&#232;ve &#224; Zhanaozen , et avait tu&#233; plusieurs dizaines de personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les premi&#232;res nouvelles de l'intervention militaire int&#233;rieure sont tomb&#233;es, cela n'a pas sembl&#233; porter un coup important au soul&#232;vement. Les combats n'ont pas cess&#233; pour autant &#8211; ils se sont m&#234;me intensifi&#233;s. On a pu voir des vid&#233;os de soldats d&#233;sarm&#233;s dans la foule, acclam&#233;s pour avoir chang&#233; de camp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis Internet a &#233;t&#233; coup&#233;. Officiellement, la coupure avait pour but &#171; d'emp&#234;cher les terroristes de divers pays qui combattent &#224; Almaty de communiquer avec leurs quartiers-g&#233;n&#233;raux. &#187; A cause de cela, un manque crucial d'informations en provenance des lieux o&#249; le soul&#232;vement se d&#233;roulait s'est fait sentir, ce qui a facilit&#233; la d&#233;formation des &#233;v&#233;nements. &#192; une &#233;poque o&#249; tout est film&#233;, photographi&#233;, mis en ligne et partag&#233;, couper un soul&#232;vement social de ses moyens de communication permet de l'effacer de la r&#233;alit&#233;, et d'ouvrir un espace dans lequel les contrev&#233;rit&#233;s peuvent prosp&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&#034;https://infokiosques.net/IMG/jpg/kazakhstan2.jpg&#034; width=&#034;660&#034; style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;La police anti-&#233;meute filme les combats au Kazakhstan depuis leur poste d'observation. La guerre de l'information a toujours lieu sur un champ de bataille in&#233;gal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant l'un des &#233;v&#233;nements les plus importants a eu lieu &#224; la vue de tous et toutes : l'intervention de l'OTSC. Elle a soulev&#233; de nombreuses contradictions &#224; la fois. Officiellement qualifi&#233;e d'&#171; aide au maintien de la paix par l'Organisation du trait&#233; de s&#233;curit&#233; collective (OTSC) &#187;, l'intervention a mobilis&#233; un contingent de 200 soldats arm&#233;niens et tadjiks, 500 soldats bi&#233;lorusses (o&#249; le dictateur Lukashenko a lui aussi r&#233;cemment r&#233;prim&#233; un soul&#232;vement), un nombre ind&#233;termin&#233; de soldats kirghizes et 3000 soldats russes. Il n'est pas anodin de remarquer que les parachutistes russes qui ont &#233;t&#233; d&#233;plac&#233;s au Kazakhstan sont command&#233;s par Anatoliy Serdyukov, qui a l'exp&#233;rience des guerres de Tch&#233;tch&#233;nie, de l'annexion de la Crim&#233;e et de la guerre en Syrie. L'imp&#233;rialisme russe en pleine d&#233;monstration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Kazakhstan, le r&#233;gime s'efforce de rester au pouvoir par tous les moyens n&#233;cessaires, quitte &#224; inviter les dictatures voisines &#224; envahir le pays. Pour les Kazakh&#183;es, cela devrait signer la fin d&#233;finitive de toute l&#233;gitimit&#233; qu'iels pouvaient encore accorder &#224; Tokayev. Tout le monde dans la r&#233;gion peut constater que l'OTSC incarne l'unit&#233; des gouvernements contre leurs peuples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon &lt;a href=&#034;https://avtonom.org/news/protiv-vvoda-v-kazahstan-voysk-stran-chlenov-odkb&#034;&gt;avtonom.org&lt;/a&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt; &lt;p&gt;&#171; Un pr&#233;sident qui appelle les gens de son propre pays des &#171; groupes terroristes &#187; constitue un nadir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En astronomie, le nadir est l'oppos&#233; du z&#233;nith, par extension, le point le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, m&#234;me selon les standards des &#171; r&#233;publiques &#187; autoritaires post-sovi&#233;tiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les faits, il s'agit d'une invasion par un autre pays, effectu&#233;e au b&#233;n&#233;fice d'autorit&#233;s qui ont perdu la confiance de leur population. Cela peut conduire &#224; la perp&#233;tuation du sc&#233;nario de la &#171; Russie prison des nations &#187; et s'inscrit dans la continuit&#233; de la r&#233;pression des r&#233;volutions hongroises de 1848 et 1956, des chars dans les rues de Prague en 1968, et de l'invasion de l'Afghanistan en 1979. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&#034;https://infokiosques.net/IMG/jpg/kazakhstan-carcasse.jpg&#034; width=&#034;660&#034; style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;La carcasse calcin&#233;e d'un v&#233;hicule militaire &#224; Almaty, photographi&#233;e le 7 janvier. Aucun gouvernement n'est invincible, pas m&#234;me le plus puissant empire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De Zhanaozen &#224; Almaty : se souvenir des mort&#183;es&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;a href=&#034;https://boak.noblogs.org/&#034;&gt;Anarchist Fighter&lt;/a&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt; &lt;p&gt;&#171; Le soul&#232;vement actuel au Kazakhstan a commenc&#233; par des manifestations &#224; Zhanaozen. La ville o&#249;, en d&#233;cembre 2011, les autorit&#233;s avaient fait feu sur des travailleur&#183;ses du p&#233;trole en gr&#232;ve. La trag&#233;die de Zhanaozen a laiss&#233; sa marque sur la culture protestataire au Kazakhstan. Les gens ont honor&#233; la m&#233;moire des mort&#183;es. Le devoir des vivant&#183;es &#233;tait de continuer le travail de celles et ceux qui &#233;taient tomb&#233;&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et en janvier 2022, Zhanaozen s'est &#224; nouveau soulev&#233;e. La premi&#232;re ville du pays, un exemple pour toutes les autres. La raison officielle des manifestations &#233;tait l'augmentation des prix du gaz et des denr&#233;es alimentaires. Mais, comme l'avait relev&#233; Mikha&#239;l Bakounine, un simple m&#233;contentement vis-&#224;-vis de la situation mat&#233;rielle ne suffit pas &#224; une r&#233;volution, une id&#233;e mobilisatrice est n&#233;cessaire. Au Kazakhstan, c'est notamment la loyaut&#233; aux combattant&#183;es tu&#233;&#183;es en 2011 qui a jou&#233; ce r&#244;le. Les travailleur&#183;ses tomb&#233;&#183;es sous les balles ne verront jamais le monde qu'iels avaient r&#234;v&#233;, mais la mort au nom de ce r&#234;ve est devenu un testament pour que les vivant&#183;es continuent leur lutte. Et il n'y a donc plus de retour en arri&#232;re pour les rebelles du Kazakhstan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La culture de la r&#233;bellion kazakhe a beaucoup &#224; nous apprendre. Nous aussi devons conserver la m&#233;moire des martyrs du mouvement de lib&#233;ration en Russie et en Bi&#233;lorussie. La m&#233;moire de Michael Zhlobitsky, Andrey Zeltzer, Roman Bondarenko et des autres h&#233;ros. Ils sont morts pour nous rendre plus courageu&#183;ses et plus fort&#183;es, et nous avons une dette envers eux. Nous devons raconter comment ils vivaient et la raison pour laquelle ils ont donn&#233; leur vie. Comme le montrent les &#233;v&#233;nements au Kazakhstan, les martyrs sont capables de nous pousser &#224; la r&#233;volte. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&#034;https://infokiosques.net/IMG/jpg/kazakhstan-restes.jpg&#034; width=&#034;660&#034; style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Les restes de la r&#233;volte : Almaty &lt;a href=&#034;https://mediazona.ca/article/2022/01/10/posle&#034;&gt;apr&#232;s&lt;/a&gt; le soul&#232;vement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entretien : t&#233;moignages directs d'anarchistes &#224; Almaty&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Pour avoir plus de recul sur les &#233;v&#233;nements au Kazakhstan, nous avons contact&#233; deux anarcha-f&#233;ministes qui ont assist&#233; en direct &#224; certaines sc&#232;nes du soul&#232;vement. Elles n'&#233;taient pas en premi&#232;re ligne des affrontements, mais ce sont des militantes reconnues qui ont particip&#233; &#224; l'organisation du mouvement f&#233;ministe dans la ville depuis des ann&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kazfem, sans doute le premier mouvement f&#233;ministe au Kazakhstan depuis la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elles repr&#233;sentent donc ce qui s'apparente le plus &#224; un regard &#171; neutre &#187; sur les &#233;v&#233;nements parmi les sources dont nous disposons.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&#034;https://infokiosques.net/IMG/jpg/2021-03-08_almaty_anarchafeministes.jpg&#034; width=&#034;660&#034; style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Des f&#233;ministes anarchistes &#224; Almaty pendant la journ&#233;e internationale de lutte pour les droits des femmes, le 8 mars 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pouvez-vous vous pr&#233;senter et nous expliquer la situation dans laquelle vous vous trouvez ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes deux anarchistes originaires du Kazakstan. Nous avons particip&#233; &#224; de nombreuses activit&#233;s anarchistes, &#233;co-f&#233;ministes, pour la lib&#233;ration animale &#224; Almaty pendant les onze derni&#232;res ann&#233;es, mais nous ne sommes plus tellement actives en ce moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne peux pas citer de mouvement anarchiste au Kazakhstan au XXI&#232;me si&#232;cle. Il y a eu quelques activit&#233;s underground dans les ann&#233;es 90, mais en ce moment, rien de tel. Avant, je participais &#224; un groupe marxiste qui a organis&#233; des r&#233;unions, un groupe de lecture et quelques lectures publiques. Je ne sais pas ce que font maintenant les ex-membres de ce groupe qui sont rest&#233;&#8901;es ici. En tout cas, je n'entends plus parler d'aucun groupe &#171; de gauche &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais l'une des organisatrices de l'un des premiers mouvements f&#233;ministes ici : Kazfem. Nous avons organis&#233; de nombreuses activit&#233;s et performances, publi&#233; une revue f&#233;ministe intitul&#233;e Yudol', et organis&#233; des manifestations pour la journ&#233;e du 8 mars [Journ&#233;e internationale de lutte pour les droits des femmes].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe actuellement un mouvement de jeunesse pour les droits civils appel&#233; &lt;em&gt;Oyan Kazakhstan&lt;/em&gt; (&#171; Kazakhstan Debout &#187;). Il organise des r&#233;unions publiques, des performances, des marches, et ses participant&#183;es sont r&#233;guli&#232;rement harcel&#233;&#183;es par la police. Le mouvement a d&#233;marr&#233; apr&#232;s l'action men&#233;e par Beibarys Tolymbekov et Asya Tulesova pendant le marathon de la ville en 2019&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 21 avril, Asya Tulesova et Beibarys Tolymbekov ont &#233;t&#233; condamn&#233;&#183;es &#224; 15 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Iels ont &#233;t&#233; emprisonn&#233;&#183;es pendant 15 jours, ce qui a d&#233;clench&#233; une grande vague d'attention, particuli&#232;rement sur les r&#233;seaux sociaux, ce qui n'&#233;tait jamais arriv&#233; auparavant. Il existe une th&#233;orie complotiste &#8211; &#224; laquelle je ne crois pas &#8211; selon laquelle tou&#183;tes ces militant&#183;es seraient pro-gouvernementaux, car personne n'est emprisonn&#233; actuellement. Je connais beaucoup d'entre elleux personnellement. Iels soutiennent aussi les luttes f&#233;ministes et LGBTQ. Dans le camp oppos&#233; &#8211; principalement compos&#233; de haters sur internet et de certains m&#233;dias gouvernementaux &#8211; les gens pr&#233;tendent que ce mouvement est l'&#339;uvre de &#171; l'Occident &#187; (l'Europe et les &#201;tats-Unis).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Kazakhstan est un pays autoritaire. Nous avons eu le m&#234;me pr&#233;sident [Nursultan Nazarbayev] pendant 28 ans, et le nouveau [Kassym-Jomart Tokayev] est sa marionnette. Mais quand le premier a d&#233;missionn&#233;, les gens ont commenc&#233; &#224; envisager le changement. Le culte de la personnalit&#233; autour de Nursultan Nazarbayev n'a pas disparu apr&#232;s sa d&#233;mission. La capitale, Astana, a m&#234;me &#233;t&#233; rebaptis&#233;e &#171; Nursultan &#187;, ce qui a entra&#238;n&#233; de nombreuses protestations. Pendant les derni&#232;res ann&#233;es, et particuli&#232;rement pendant la pand&#233;mie, la situation &#233;conomique s'est empir&#233;e : inflation tr&#232;s &#233;lev&#233;e, corruption, etc. De plus, beaucoup de nos terres ont &#233;t&#233; vendues ou lou&#233;es &#224; la Chine ou &#224; d'autres pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;'a toujours &#233;t&#233; comme &#231;a, mais il y a encore dix ans, ou m&#234;me cinq, les personnes loyales au pr&#233;sident et qui ont peur de la &#171; d&#233;stabilisation &#187; &#233;taient plus nombreuses. &#192; cette &#233;poque, on pouvait encore penser que nous [le Kazakhstan] &#233;tions en train de nous &#8220;d&#233;velopper&#8221;, que les choses iraient bient&#244;t mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me au moment des &#233;v&#233;nements de Zhanaozen en 2011, lorsque les travailleur&#183;ses ont &#233;t&#233; abattu&#183;es, il y a eu peu de soutien de la part d'Almaty. De nombreuses personnes pensaient que ce qui s'&#233;tait pass&#233; &#233;tait normal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Auparavant, les manifestations &#233;taient organis&#233;es et soutenues par les g&#233;n&#233;rations plus anciennes, par les travailleur&#183;ses et les habitant&#183;es des r&#233;gions, des &lt;em&gt;auls&lt;/em&gt; (villages), et g&#233;n&#233;ralement sous la coupe de Mukhtar Oblyazov, le douteux leader de l'opposition. Mais ces trois derni&#232;res ann&#233;es, on a pu voir l'&#233;mergence de militant&#183;es issu&#183;es de la classe moyenne urbaine, surtout &#224; Almaty mais du soutien est aussi venu d'autres villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En passant, il me semble que les enjeux &#233;cologiques &#224; Almaty &#8211; o&#249; nous exp&#233;rimentons des taux de pollution extr&#234;mement hauts et qui s'aggravent d'ann&#233;es en ann&#233;es &#8211; sont la principale cause de l'engagement de la jeunesse ici. En plus du d&#233;veloppement des r&#233;seaux sociaux, bien s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pouvez-vous nous raconter ce que vous avez v&#233;cu &#224; Almaty la semaine derni&#232;re ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu de temps apr&#232;s le Nouvel An, des nouvelles &#224; propos d'un soul&#232;vement des travailleur&#183;ses de Zhanaozen ont commenc&#233; &#224; nous arriver. La protestation &#233;tait pacifique, mais les revendications assez radicales &#8211; de la baisse des prix du gaz &#224; la d&#233;mission du gouvernement. Des manifestations ont &#233;galement commenc&#233; dans d'autres villes. On a appris que des actions de solidarit&#233; auraient lieu &#224; Almaty le 4 janvier, mais on avait pas d'informations plus pr&#233;cises que cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En rentrant chez moi ce jour-l&#224;, j'ai entendu parler de manifestations dans diff&#233;rents quartiers de la ville et de l'arrestation de militant&#183;es d'&lt;em&gt;Oyan Kazakhstan&lt;/em&gt; [le mouvement de jeunesse mentionn&#233; plus haut]. Je vis un peu en dehors de la ville, dans les montagnes, et une fois arriv&#233;e &#224; la maison il &#233;tait d&#233;j&#224; clair que quelque chose de grave &#233;tait en train de se passer. Dans la soir&#233;e, toutes les connexions Internet ont &#233;t&#233; coup&#233;es. Je ne savais pas o&#249; je pouvais aller ni si je pourrais revenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos de ce qui s'est pass&#233; en ville pendant ce temps, mon camarade Daniyar Moldabekov, journaliste politique, &lt;a href=&#034;https://eurasianet.org/kazakhstan-notes-from-a-protest&#034;&gt;a &#233;crit&lt;/a&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt; &lt;p&gt;&#171; Quand les manifestant&#183;es se sont approch&#233;&#183;es de la place, la police a commenc&#233; &#224; lancer des grenades assourdissantes et des gaz lacrymog&#232;nes. Avec des milliers d'autres, nous avons &#233;touff&#233;, nos yeux et nos visages nous br&#251;laient, nous nous sentions malades, nous toussions sans cesse. C'est un miracle que je ne me sois pas &#233;vanoui. Ils ont d&#251; tirer plus d'une centaine de grenades entre 23 heures et 4 heures, quand mes coll&#232;gues ont d&#251; me ramener chez moi. Je pouvais encore entendre les d&#233;tonations depuis mon appartement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Environ une heure apr&#232;s avoir atteint la place de la R&#233;publique, la foule s'est dirig&#233;e vers la rue Abai. L&#224;, iels ont fait face &#224; un v&#233;hicule de transport de troupe blind&#233; qui se dirigeait dans leur direction. Un camion est pass&#233; avec des citoyen&#8901;es agitant des drapeaux kazakhs. Certains d'entre elleux portaient des boucliers qui semblaient avoir &#233;t&#233; arrach&#233;s &#224; la police anti-&#233;meute. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les gens ont entendu des explosions toute la nuit. Je refusais d'y croire. Le matin, les nouvelles nous sont arriv&#233;es par t&#233;l&#233;phone. Pendant une demi-journ&#233;e, j'ai appel&#233; tout le monde, j'ai entendu parler des victimes, de la lib&#233;ration des militant&#183;es. Il &#233;tait encore possible de se connecter en ligne chez des ami&#183;es. Le b&#226;timent de l'&lt;em&gt;Akimat&lt;/em&gt; (la mairie) &#233;tait occup&#233;. Tout le monde essayait de nous persuader de rester chez nous. Certaines personnes, qui pensaient que les manifestations avaient un caract&#232;re nationaliste, commen&#231;aient &#224; avoir peur (je suis d'origine russe).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y avait aucune information disponible sur qui se trouvait sur la place ou dans la ville &#224; ce moment-l&#224;. Mon ami&#183;e et moi avons d&#233;cider d'aller voir par nous-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville &#233;tait &#224; moiti&#233; vide. Des voitures arborant des drapeaux kazakhs circulaient dans les rues, leurs occupant&#183;es criant avec joie. Tout &#233;tait ferm&#233;. Sur les portes, des panneaux sur lesquels on pouvait lire &#171; nous sommes avec le peuple &#187;. Une atmosph&#232;re excitante. Alors que nous nous rapprochions de la place, il y avait de plus en plus de groupes de jeunes hommes. J'ai vu une &#233;paulette de police qui tra&#238;nait sur la route. Des gens avec des b&#226;tons se rassemblaient. C'est devenu un peu effrayant, mais personne n'&#233;tait agressif. Au monument des &#233;v&#233;nements de 1986 (le soul&#232;vement contre le r&#233;gime sovi&#233;tique), nous avons rencontr&#233; des manifestant&#183;es avec des boucliers de police. Aucun policer ou soldat n'&#233;tait en vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons alors vu l'&lt;em&gt;Akimat&lt;/em&gt; br&#251;ler. On ne pouvait pas en croire nos yeux. Les gens alimentaient des feux de joie. Tout le monde &#233;tait calme. Iels ont enfonc&#233; les portes du b&#226;timent qui fait face &#224; l'Akimat. Il y a avait des cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision et d'autres services gouvernementaux. Des hommes sont revenus vers nous : &#171; Pourquoi &#234;tes-vous venu&#183;es ? &#187; (ils voulaient dire : &#171; &#171; Pourquoi &#234;tes-vous venu&#183;es, alors que vous &#234;tes des Russes ? &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est ma ville, autant que la v&#244;tre &#187;, ai-je r&#233;pondu. Ils nous ont accueilli joyeusement. Nous n'avons ressenti aucune agressivit&#233; de leur part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons propos&#233; aux manifestant&#183;es du th&#233; chaud. L'homme nous a dit avoir &#233;t&#233; aux manifestations d&#232;s le d&#233;but et que tout avait commenc&#233; pacifiquement, jusqu'&#224; ce que les autorit&#233;s commencent &#224; utiliser des grenades assourdissantes et &#224; recourir &#224; la violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Maintenant &#187;, a-t-il dit, &#171; ils tirent sur les combattant&#183;es &#187;. Les gardes restaient seulement proches du b&#226;timent de l'&lt;em&gt;Akimat&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui et un autre homme avaient vu des personnes se faire tirer dans la t&#234;te. Ils appelaient des taxis pour emmener les bless&#233;&#183;es &#224; l'h&#244;pital. Il nous a dit qu'ils pr&#233;voyaient d'occuper l'a&#233;roport, pour que les militaires russes ne puissent pas y atterrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des bourgeois &#224; la t&#234;te du gouvernement et dans les affaires avaient d&#233;j&#224; quitt&#233; le pays sur des vols priv&#233;s. Selon certaines rumeurs, N. Nazarbaev avait lui aussi quitt&#233; le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune des personnes que nous avons vu sur la place ne ressemblait &#224; un&#183;e &#171; maraudeur&#183;se &#187; [sic].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Iels voulaient la d&#233;mission du gouvernement. Iels n'ex&#233;cutaient pas d'ordres, personne ne tirait les ficelles. C'&#233;tait un soul&#232;vement des travailleur&#183;ses &#224; l'&#233;chelle nationale. Personne n'avait peur de mourir, mais personne n'&#233;tait en col&#232;re. Iels nous ont montr&#233; des blessures caus&#233;es par des balles en caoutchouc et nous ont pr&#233;venu qu'il y aurait bient&#244;t des tirs plus s&#233;rieux, et qu'il &#233;tait pr&#233;f&#233;rable pour nous de partir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le son des explosions et des tirs est devenu de plus en plus fr&#233;quent. Nous sommes parties. Un homme nous a d&#233;pos&#233; en voiture. Pendant toutes ces journ&#233;es, les gens ont fait preuve d'une grande solidarit&#233; les un&#183;es envers les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes ami&#183;es et moi avons d&#233;cid&#233; de rester ensemble &#224; la maison. Nous &#233;tions tou&#183;tes surexcit&#233;&#183;es. C'&#233;tait avant que ne nous parviennent les informations sur les destructions, les pillages et victimes civiles. A minuit, entre le 5 et le 6 janvier, toutes les connexions internet ont &#233;t&#233; coup&#233;es. Nous avons &#233;t&#233; isol&#233;&#183;es pendant quatre jours ; on ne pouvait que passer et recevoir des appels, et cela ne fonctionnait m&#234;me pas tr&#232;s bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette nuit, toute la ville a &#233;t&#233; abandonn&#233;e par les services publics, y compris les pompiers et les services m&#233;dicaux. Les incendies ont &#233;t&#233; &#233;teints par des volontaires, et certains manifestant&#183;es et volontaires ont tent&#233; d'arr&#234;ter les &#171; voleurs &#187; [sic].&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cet article &#233;tudie cette question, m&#234;me si elle est abord&#233;e d'un point de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 7 janvier, quelques magasins et distributeurs de billets &#233;loign&#233;s du centre-ville fonctionnaient encore. Dans le centre, tout semblait tranquille &#8211; si l'on met de c&#244;t&#233; les b&#226;timents administratifs incendi&#233;s autour de la place. Certains services fonctionnaient encore. La veille, il avait &#233;t&#233; possible de rentrer dans les immeubles, personne ne les gardait. Cette fois, nous avons pris quelques photos puis nous avons entendu un coup de feu &#224; proximit&#233; et nous avons quitt&#233; la zone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le matin du 9 janvier, il est &#224; nouveau devenu possible d'&#233;tablir une connexion internet gr&#226;ce &#224; des proxy. La connexion mobile n'&#233;tait toujours pas disponible. Le 10 janvier au matin, la connexion a &#233;t&#233; r&#233;tablie partout, mais seulement jusqu'&#224; 13h, puis elle est revenue entre 17h et 19 heures 30.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On entend beaucoup parler, &#224; l'ext&#233;rieur du Kazakhstan, de ceux qui seraient &#171; derri&#232;re &#187; les manifestations. Ces accusations ont-elles une quelconque cr&#233;dibilit&#233; ? On a &#233;galement pu voir des reportages affirmant que des conflits entre factions rivales, au sein m&#234;me de la structure de pouvoir, contribuent &#224; la situation. Par ailleurs, dans quelle mesure pensez-vous que le fondamentalisme islamique est impliqu&#233; dans ces &#233;v&#233;nements ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la rumeur de sa d&#233;mission, le pr&#233;sident Tokaev est toujours au pouvoir. Actuellement, les diff&#233;rents m&#233;dias gouvernementaux diffusent &#233;norm&#233;ment de d&#233;sinformation et de propagande et il est encore t&#244;t pour tirer des conclusions. Cependant, certaines choses nous paraissent claires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout a commenc&#233; par un soul&#232;vement populaire. Oui, les gens ont incendi&#233; l'&lt;em&gt;Akimat&lt;/em&gt;, mais personne ne les dirigeait. Iels voulaient juste mettre fin au vieux r&#233;gime. Il ne s'agissait pas de &#171; criminels &#187; [sic].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s que &#231;a a commenc&#233;, d'autres forces sont apparues. Nous ne savons pas qui c'&#233;tait. Mais il est vrai qu'ils &#233;taient organis&#233;s. Mais par qui ? Il y a beaucoup de rumeurs. Certains m&#233;dias officiels disent qu'ils venaient du Kirghizstan [voisin], o&#249; plusieurs r&#233;volutions ont eu lieu depuis l'ind&#233;pendance [comme le Kazakhstan, le Kirghizstan est devenu ind&#233;pendant &#224; la chute de l'Union Sovi&#233;tique, en 1991]. Ces organes diffusent &#233;galement des informations &#224; propos de Talibans ou de djihadistes. Des gens que je connais personnellement m'ont dit avoir vu des gens dans la rue qui &#171; leur ressemblait &#187;[sic].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici au Kazakhstan, je n'ai rien entendu &#224; propos de la CIA [l'Agence centrale du renseignement du gouvernement des &#201;tats-Unis]. Je pense qu'il s'agit de propagande russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ancien conseiller du pr&#233;sident a fait &#233;tat d'une conspiration &#224; l'int&#233;rieur des structures gouvernementales, et affirm&#233; qu'avaient exist&#233; pendant plusieurs ann&#233;es des &#171; camps d'entra&#238;nement &#187; dans les montagnes et que le Comit&#233; de s&#233;curit&#233; nationale cachait cette information. Il a &lt;a href=&#034;https://www.rbc.ru/politics/07/01/2022/61d863399a7947dc8c6e8e6c&#034;&gt;d&#233;clar&#233;&lt;/a&gt; : &#8220;&#171; Je dispose d'informations exclusives selon lesquelles, par exemple, l'ordre a &#233;t&#233; donn&#233;, 40 minutes avant l'attaque sur l'a&#233;roport, de supprimer compl&#232;tement le cordon de s&#233;curit&#233; et de retirer les gardes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&#034;https://infokiosques.net/IMG/jpg/kazakhstan8.jpg&#034; width=&#034;660&#034; style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Almaty, 7 janvier 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que pouvez-vous dire des dynamiques internes du soul&#232;vement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde &#224; l'ext&#233;rieur du Kazakhstan cherche &#224; analyser ce qui se passe, m&#234;me si c'est tr&#232;s difficile &#224; faire hors contexte. Et c'est tout aussi difficile depuis l'int&#233;rieur du pays &#224; cause du manque d'informations compl&#232;tes. Je pense que m&#234;me nous &#8211; les habitant&#183;es du pays &#8211; ne comprendrons pas ce qui s'est pass&#233; avant longtemps. Outre le fait qu'il n'y a toujours pas de connexion internet stable aujourd'hui, et qu'avant cela il n'y avait m&#234;me pas d'acc&#232;s au r&#233;seau mobile, toutes les cha&#238;nes d'information sont s&#233;v&#232;rement censur&#233;es, et cela ne va faire qu'empirer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne vais pas d&#233;crire ici les diff&#233;rentes th&#233;ories qui circulent, mais elles concernent toutes les diff&#233;rentes luttes de pouvoir entre le clan Nazarbayev et d'autres clans rivaux &#8211; par exemple, il est possible que Tokayev se serve de l'assistance russe pour s&#233;curiser sa position au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est effrayant dans tout cela, c'est que des dizaines de milliers de personnes se sont impliqu&#233;es dans le mouvement, et que leurs tentatives bien intentionn&#233;es de changer les conditions politiques et sociales de ce pays pour le bien de tous&#183;tes sont maintenant utilis&#233;es par quelques personnes pour se partager les ressources du pays d'une nouvelle mani&#232;re. Tout a commenc&#233; par les revendications &#233;conomiques des travailleur&#183;ses de l'ouest du Kazakhstan, qui protestaient contre la forte hausse des prix du gaz. Puis les demandes sont devenues politiques : la d&#233;mission du gouvernement et du pr&#233;sident, l'&#233;lection des &lt;em&gt;akims&lt;/em&gt; (maires), et la mise en place d'une r&#233;publique parlementaire. Certaines revendications ont &#233;t&#233; accept&#233;es, mais pas imm&#233;diatement appliqu&#233;es, et quand elles ont &#233;t&#233; ignor&#233;es, une vague de protestation et de solidarit&#233; s'est r&#233;pandue dans toutes les villes du Kazakhstan, &#224; tel point que tout cela a ressembl&#233; de l'ext&#233;rieur &#224; un grand surgissement r&#233;volutionnaire, ce qui ne s'&#233;tait jamais produit pendant trente ans de r&#233;gime autoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pouvons rien affirmer aujourd'hui, &#224; l'exception d'une chose : cette contestation n'avait pas de leader, et les &#233;meutes et les occupations des b&#226;timents administratifs n'exprimaient pas de revendications particuli&#232;res. Mais il y a eu des meurtres et un grand nombre de victimes parmi la population, qui a souffert des affrontements d'abord avec la police, puis quand cette derni&#232;re a fui les rues, de r&#232;glements de comptes entre les gens, et enfin de tirs des forces arm&#233;es du Kazakhstan et de l'OTSC (bien que l'on nous promette aujourd'hui qu'elles ne d&#233;fendent que les installations de l'&#201;tat).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grands m&#233;dias qui ont eu l'autorisation de continuer &#224; fonctionner ont commenc&#233; &#224; nous parler de radicaux et d'islamistes, en jouant sur l'image de l'ennemi ext&#233;rieur. Avant cela, pendant les premiers jours des manifestations, il existait un discours appelant &#224; &#171; engager un dialogue pacifique avec les manifestant&#183;es &#187; &#8211; un jour plus tard, l'ordre &#233;tait donn&#233; de tirer pour tuer (dans le discours du pr&#233;sident Tokayev). Apr&#232;s l'arriv&#233;e des troupes de l'OTSC et deux jours de fusillades constantes dans les rues, Tokayev a assimil&#233; les manifestant&#183;es, les activistes et les d&#233;fenseur&#183;ses des droits humains &#224; des terroristes, et les m&#233;dias ind&#233;pendants sont devenus selon ses mots, une menace pour la stabilit&#233;. Le discours &#233;tatique se transforme continuellement dans ce processus de construction d'un ennemi : hier il s'agissait de ch&#244;meurs kirghizs soi-disant soudoy&#233;s, aujourd'hui ce sont les radicaux d'Afghanistan. Nous esp&#233;rons tous&#183;tes que demain ce ne sera pas les militant&#183;es qui, depuis trois ans, plaident pour des r&#233;formes politiques et participent &#224; des rassemblements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que pouvez-vous nous dire sur la r&#233;pression ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le musicien kirghiz Vicram Ruzakhunov a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; et tortur&#233; par les autorit&#233;s kazakhes en tant que &#171; terroriste &#187; et on l'a forc&#233; &#224; enregistrer une vid&#233;o dans laquelle il &#171; avoue &#187; ses crimes. Il est maintenant en libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journaliste local ind&#233;pendant Lukpan Akhmediyarov a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;. Un autre journaliste ind&#233;pendant, Makhambet Abjan, a envoy&#233; un message indiquant le 5 janvier que la police s'&#233;tait rendue &#224; son appartement ; aujourd'hui il a disparu. Des ami&#183;es et de nombreuses autres personnes sur les r&#233;seaux sociaux signalent aussi la disparition de leurs proches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autorit&#233;s ont d&#233;j&#224; confirm&#233; la mort de centaines de personnes, dont deux enfants. Des militant&#183;es syndica&#183;les sont port&#233;&#183;es disparu&#183;es, notamment Kuspan Kosshigulov, Takhir Erdanov, et Amin Eleusinov et ses proches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Almaty, des journalistes de Channel Dozhd' (&#1058;&#1077;&#1083;&#1077;&#1082;&#1072;&#1085;&#1072;&#1083; &#1044;&#1086;&#1078;&#1076;&#1100;), qui tentaient de prendre des images &#224; la morgue municipale se font fait tirer dessus (iels n'ont pas &#233;t&#233; bless&#233;&#183;es).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 6 janvier, des activistes sont venu&#183;es sur la place. Iels ont d&#233;ploy&#233; une banderole sur laquelle on pouvait lire &#171; Nous ne sommes pas des terroristes. &#187; La police leur a tir&#233; dessus, et a tu&#233; au moins l'un&#183;e d'entre elleux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que va changer l'arriv&#233;e des troupes russe au Kazakhstan &#224; long terme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entr&#233;e des troupes russes est tr&#232;s inqui&#233;tante. Dans le contexte de la guerre du Donbass, on peut imaginer les pires sc&#233;narios. Tout les gens que je connais sont d'accord pour dire que cette situation est inappropri&#233;e et que l'on peut l&#233;gitimement parler d'occupation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personnellement, j'ai peur que l'arriv&#233;e des troupes russes consolide l'influence d&#233;j&#224; forte de la Russie sur la politique kazakhe, et que le Kazakhstan devienne comme la Russie que nous connaissons actuellement, o&#249; des militant&#183;es sont tortur&#233;&#183;es et des affaires judiciaires sont mont&#233;es de toutes pi&#232;ces. Notre opposition politique est d&#233;j&#224; compl&#232;tement r&#233;duite au silence et la population du pays compl&#232;tement intimid&#233;e. Si l'on consid&#232;re que c'est la deuxi&#232;me fois que l'on fait tirer sur des manifestations (2011 et 2022), et que l'histoire du Kazakhstan est marqu&#233;e par la r&#233;pression brutale du soul&#232;vement contre l'URSS en 1986, et que l'information sur le nombre de personnes tu&#233;es &#224; l'&#233;poque est toujours class&#233;e&#8230; alors il n'y a aucun espoir que nous sachions dans un avenir proche combien de personnes ont &#233;t&#233; bless&#233;es ou tu&#233;es. Le compte s'&#233;l&#232;ve sans doute &#224; plusieurs milliers de personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Selon vous, que va-t'il se passer ensuite ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est encore tr&#232;s t&#244;t pour le dire, alors que nous subissons une guerre de l'information, de la propagande et de l'isolement. Je ne suis pas experte en politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est s&#251;r, c'est que la r&#233;pression va s'intensifier. Internet et les m&#233;dias vont &#234;tre censur&#233;s. Le gouvernement essaie maintenant de faire &#171; bonne figure &#187;, comme s'il &#233;tait le sauveur qui nous a prot&#233;g&#233; des terroristes. Je ne suis pas s&#251;re que &#231;a va fonctionner. Mais pour l'instant, je pense que &#231;a va rester calme, les gens sont trop effray&#233;s et choqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les personnes vivant en dehors du Kazakhstan peuvent-elles faire quelque chose pour vous soutenir, vous ou d'autres personnes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, en diffusant l'information bien s&#251;r. Il y aura peut-&#234;tre bient&#244;t plus de r&#233;pression, et certain&#183;es militant&#183;es auront besoin d'aide pour quitter le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soutien le plus important est informationnel. En 2019, apr&#232;s l'&#233;lection pr&#233;sidentielle, nous avons tou&#183;tes &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;&#183;es lors de rassemblements et les seuls &#224; en parler &#233;taient les m&#233;dias &#233;trangers et les m&#233;dias kazakhs ind&#233;pendants (qui sont tr&#232;s peu nombreux et dont les sites sont r&#233;guli&#232;rement bloqu&#233;s). Il est maintenant tr&#232;s important que le janvier sanglant au Kazakhstan ne devienne pas qu'une belle image r&#233;volutionnaire comme le d&#233;crivent de nombreuses publications de gauche, ni un acte terroriste venu de l'&#233;tranger, comme toutes les sources officielles de diff&#233;rents pays le disent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aller plus loin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt; &lt;li&gt;&#8220;&lt;a href=&#034;https://www.opendemocracy.net/en/odr/anger-social-injustice-protest-interview-evgeny-zhovtis-kazakhstan/&#034;&gt;La col&#232;re, l'injustice et la politique ont fait descendre les gens dans la rue au Kazakhstan&lt;/a&gt;&#8220;&#8212;Un compte rendu cr&#233;dible de la situation par un d&#233;fenseur de longue date des droits de l'homme &#224; Almaty&lt;/li&gt; &lt;li&gt;&#8220;&lt;a href=&#034;https://pramen.io/en/2022/01/colonialism-of-the-twenty-first-century/&#034;&gt;Colonialisme du 21e si&#232;cle&lt;/a&gt;&#8220; &#8212; Un point de vue anarchiste en Bi&#233;lorussie&lt;/li&gt; &lt;li&gt;&lt;a href=&#034;https://aitrus.info/node/5884&#034;&gt;D&#233;claration des anarcho-syndicalistes et anarchistes russes sur la situation au Kazakhstan&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;li&gt;&lt;a href=&#034;https://mediazona.ca/chronicle/seven&#034;&gt;Cons&#233;quences des protestations au Kazakhstan&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;&lt;p style=&#034;text-align: right;&#034;&gt;Crimethinc&lt;br class='manualbr' /&gt;12 janvier 2022&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ndt : 164 mort&#183;es le 10 janvier.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;NdT : depuis le 16 juillet 2019, la ville se nomme officiellement Nur-Sultan, bien que la majorit&#233; des habitant&#183;es continuent &#224; la nommer Astana.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Du 17 au 19 d&#233;cembre 1986, des manifestations ont lieu &#224; Almaty en r&#233;ponse &#224; la d&#233;cision de Mikha&#239;l Gorbatchev, alors secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du Comit&#233; central du Parti communiste de l'Union sovi&#233;tique, de renvoyer le premier secr&#233;taire du Parti communiste du Kazakhstan, depuis longtemps en poste, et de le remplacer par un fonctionnaire russe. Gorbatchev a plus tard affirm&#233; qu'il essayait d'emp&#234;cher Nursultan Nazarbayev de concentrer trop de pouvoir dans ses mains ; Nazarbayev a ensuite r&#233;gn&#233; pendant 28 ans. En 1986 comme en 2022, des rumeurs avaient couru selon lesquelles les manifestant&#183;es avaient &#233;t&#233; soudoy&#233;&#183;es avec de la vodka ou induits en erreur par des tracts.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En astronomie, le nadir est l'oppos&#233; du z&#233;nith, par extension, le point le plus bas.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://vk.com/kazfem&#034;&gt;Kazfem&lt;/a&gt;, sans doute le premier mouvement f&#233;ministe au Kazakhstan depuis la chute de l'Union Sovi&#233;tique publie la revue f&#233;ministe &lt;em&gt;&lt;a href=&#034;https://disk.yandex.kz/i/Qp-xjshBr7rCn&#034;&gt;Yudol'&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; et organise des &lt;a href=&#034;https://astanatimes.com/2017/03/kazakh-feminists-have-something-to-say/&#034;&gt;manifestations&lt;/a&gt; pour le 8 mars, journ&#233;e internationale de lutte pour les droits des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le 21 avril, Asya Tulesova et Beibarys Tolymbekov &lt;a href=&#034;https://anarchistnews.org/content/kazakhstan-anarcho-communist-sentenced-15-days-banner&#034;&gt;ont &#233;t&#233; condamn&#233;&#183;es &#224; 15 jours d'emprisonnement&lt;/a&gt;, pour avoir enfreint la loi kazakhe sur les rassemblements, apr&#232;s avoir accroch&#233; une banderole sur le trajet du marathon d'Almaty sur laquelle on pouvait lire &#171; Vous n'&#233;chapperez pas [you can't run from] &#224; la v&#233;rit&#233; &#187; &#8211; un commentaire sur les &#233;lections pr&#233;sidentielles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cet &lt;a href=&#034;https://mediazona.ca/article/2022/01/07/hotinthecity&#034;&gt;article&lt;/a&gt; &#233;tudie cette question, m&#234;me si elle est abord&#233;e d'un point de vue partisan.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Colibris pyromanes</title>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Chomeuse go on </dc:creator>


		<dc:subject>Fictions, BD</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>
		<dc:subject>Guides pratiques</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ves et luttes des classes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Un jour, il y eut un immense incendie de for&#234;t. Tous les animaux terrifi&#233;s, atterr&#233;s, observaient impuissants le d&#233;sastre. Seul le petit colibri s'activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Apr&#232;s un moment, le tatou agac&#233; par cette agitation d&#233;risoire lui dit : colibri ! Tu n'es pas fou ? Ce n'est pas avec ces gouttes d'eau que tu vas &#233;teindre le feu ! Et le colibri lui r&#233;pondit : je le sais, mais je fais ma part. &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Legende am&#233;rindienne selon Pierre Rabhi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; C'est seulement lorsque le dernier arbre aura &#233;t&#233; coup&#233;, le dernier poisson p&#234;ch&#233; et la derni&#232;re rivi&#232;re pollu&#233;e, que les humains r&#233;aliseront &#224; quel point r&#233;citer des fables indiennes est un vrai truc de bouffon. &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Banksy&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique7" rel="directory"&gt;C&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot172" rel="tag"&gt;Fictions, BD&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;Guides pratiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot95" rel="tag"&gt;Gr&#232;ves et luttes des classes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L131xH150/couv_colibris_pyromanes-dd534.png?1781147800' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='131' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/couv_colibris_pyromanes_150-150_pxl.png?1720886650&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pour lire la bd, le mieux est de consulter la version pdf en couleur :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_9861 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;101&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/pdf/colibris_pyromanes-couleur-pageparpage-mars2023-52pa5.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 45.8 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1781145455' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Colibris pyromanes - version page par page couleur
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;52 pages A5 couleur &#224; imprimer en format livret.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ou si c'est trop lourd la version noir et blanc :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_9859 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;85&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/pdf/colibris_pyromanes-nb-pageparpage-mars2023-52pa5.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 7.3 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1781145455' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Colibris pyromanes - version page par page
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;52 pages A5 &#224; imprimer en format livret.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="https://chomeusegoon.org/fables-mutines/" class="spip_out"&gt;Site de chomeuse go on&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Denain, Longwy nous montrent le chemin </title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article574</link>
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		<dc:date>2024-02-03T14:15:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Organisation Communiste Libertaire</dc:creator>


		<dc:subject>Mouvance autonome</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>
		<dc:subject>Insurrections, r&#233;voltes, &#233;meutes</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ves et luttes des classes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Publi&#233;es en suppl&#233;ment &#224; la revue &lt;i&gt;Front Libertaire des luttes de classes&lt;/i&gt; n&#176;107 (26 mars 1979), ces quelques pages reviennent sur la journ&#233;e historique du 23 mars 1979, quand la jonction entre autonomes et sid&#233;rurgistes a mis la police en d&#233;route &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sommaire :&lt;br class='manualbr' /&gt;- Du 8 mars &#224; Denain... au 23 mars &#224; Paris&lt;br class='manualbr' /&gt;- Ce qui s'est pass&#233; ce jour-l&#224;...&lt;br class='manualbr' /&gt;- Qui sont les provocateurs ?&lt;br class='manualbr' /&gt;- Manif &#224; Denain&lt;br class='manualbr' /&gt;- Notre point de vue sur la chose&lt;br class='manualbr' /&gt;- Non &#224; la r&#233;pression&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;D&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot73" rel="tag"&gt;Mouvance autonome&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot92" rel="tag"&gt;Insurrections, r&#233;voltes, &#233;meutes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot95" rel="tag"&gt;Gr&#232;ves et luttes des classes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH77/denain-longwy-300-3f240.png?1781166732' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='77' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/denain-longwy-150.png?1701387826&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Du 8 mars &#224; Denain... au 23 mars &#224; Paris&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les &#233;meutes de Denain du 8 mars, la CGT croyait pouvoir redorer son blason en promenant les sid&#233;rurgistes dans une manif traine-savate &#224; Paris. Mais &#224; Paris aussi dans la journ&#233;e du 23 mars la manif &#224; tourn&#233; &#224; l'&#233;meute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ce journal porte le titre : &#034;Denain Longwy nous montrent le chemin&#034;, c'est parce qu'il fut le cri de ralliement des &#233;meutiers du 23 mars et de leurs nombreux sympathisants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;cid&#233; la sortie de ce journal pour contrebalancer la campagne &#224; la fois grotesque et hyst&#233;rique que m&#232;nent main dans la main le pouvoir, la grande presse (&#224; l'exception de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;), mais aussi tous les syndicats, les partis de gauche et les organisations d'extr&#234;me gauche. Tous n'ont voulu voir dans les affrontements du vendredi 23 que le fait de 100 ou 200 casseurs autonomes qui seraient venus l&#224; uniquement pour piller les magasins et qui pour l'opposition auraient en plus &#233;t&#233; manipul&#233;s par les flics pour faire le jeu du pouvoir. Soyons s&#233;rieux : 116 flics casqu&#233;s, bott&#233;s et arm&#233;s ont &#233;t&#233; bless&#233;s ; cela ne s'est jamais vu depuis 68 &#224; Paris, de deux choses l'une : soit ces autonomes sont des &#034;supemen&#034; invincibles, soit plus probablement tous ces gens l&#224; vous mentent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons &#233;t&#233; tout du long de ces &#233;v&#232;nements du 23 mars, pr&#233;sents, donc t&#233;moins. C'est pourquoi nous voulons donner l'autre version des faits. Il nous semble en effet indispensable de permettre &#224; tout le mouvement en lutte qui se d&#233;veloppe actuellement en Frace (de Denain &#224; Marseille, de Longwy &#224; Nantes, mais aussi &#224; Paris, des aci&#233;ries aux lyc&#233;es, des assurances aux ch&#244;meurs, des radios libres aux basistes syndicaux) d'&#234;tre contre inform&#233; sur ces &#233;v&#232;nements du 23. Nous connaissons actuellement dans tout le pays, face &#224; l'offensive patronale, un r&#233;veil des luttes qui provoque un niveau de tension sociale rarement atteint. Quand ouvriers tirent sur des flics comme &#224; Denain, quand la col&#232;re se manifeste dans des dizaines de villes par des affrontements violents avec les mercenaires du pouvoir, quand les organisations traditionnelles sont d&#233;bord&#233;es un peu partout, il est temps pour les r&#233;volutionnaires d'&#234;tre pr&#233;sents dans ce mouvement, d'aider &#224; la prise de conscience de l'unit&#233; r&#233;elle, quoique difficile, qui existe entre toutes ces luttes &#233;parpill&#233;es. Ils cherchent &#224; monter en &#233;pingle ce sur quoi il peut y avoir incompr&#233;hension comme le cassage de vitrines. Nous devons parvenir &#224; nous expliquer entre nous, les uns et les autres, sans nous laisser influencer par le bourrage de cr&#226;ne. Quand les partis ne sont plus cr&#233;dibles et que les syndicats ne maintiennent leur pouvoir que gr&#226;ce &#224; la division des luttes, il faut &#234;tre capable de combattre pour l'expression, la confrontation et l'unification de ces luttes, directement entre elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vendredi 23, un d&#233;but d'unit&#233; s'est fait sur le terrain, c'est de cela que le pouvoir a peur, c'est pour cela que la gauche bien rang&#233;e hurle avec les loups en appelant &#224; la r&#233;pression, en qualifiant ces trublions de n&#233;ofascistes (Sarre du PS), en cherchant &#224; masquer la r&#233;alit&#233; par le vieux truc de la provocation polici&#232;re. Qu'on se rappelle comment la CGT et le PC qualifiait les barricadiers de 1968 d'agents de la CIA, comment S&#233;guy parlait des gauchistes Marcellin. Le 23 nous &#233;tions quelques milliers &#224; nous battre mais beaucoup d'autres milliers &#233;taient l&#224; en spectateurs, sympathisants mais aussi acteurs, en nous appuyant par la masse. H&#233;sitations, craintes ou manque de moyens de d&#233;fense, peu importe il &#233;taient l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;OSONS LUTTER, OSONS VAINCRE.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&#034;text-align: right;&#034;&gt;Organisation Communiste Libertaire (r&#233;gion parisienne)&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ce qui s'est pass&#233; ce jour-l&#224;...&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La f&#234;te du matin a commenc&#233; par un beau soleil, c&#244;t&#233; de Pantin. Lass&#233; de poireauter les sid&#233;rurgistes de Longwy ont d&#233;marr&#233; la marche sans attendre le discours minable du secr&#233;taire national m&#233;tallo CGT &#233;berlu&#233;. Quelques milliers de &#034;Longwy&#034; prennent la t&#234;te du d&#233;fil&#233; derri&#232;re la Sono CFDT SOS Emploi. De toute &#233;vidence, cette mani&#232;re de faire ne pla&#238;t pas du tout au S.O. (service d'ordre) c&#233;g&#233;tiste. D&#233;j&#224; &#233;m&#233;ch&#233;s par la vinasse, le pif aussi rose que le brassard, les &#034;S.O.&#034; essaient de r&#233;tablir l'ordre pr&#233;vu et la frite commence. Jusqu'&#224; la porte de Pantin, les sid&#233;rurgistes d&#233;termin&#233;s et regroup&#233;s autour de la voiture sono-radio, re&#231;oivent le renfort de banlieusards travailleurs, lyc&#233;ens, ch&#244;meurs etc. autonomes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la porte de Pantin, nouveaux heurts. Coups de poings dans la gueule, coups de pieds dans les couilles, il y en a pour tout le monde. Les CFDT, mais bien d'autres Longwy aussi, sont visiblement &#233;ceour&#233;s de voir les m&#233;thodes fascistes des gros bras parisiens CGT, surtout quand ces derniers essayent de les pousser vers quelques centaines de CRS pour se faire massacrer. L'atmosph&#232;re est &#224; l'orage. Le probl&#232;me est r&#233;gl&#233; provisoirement par la scission en deux cort&#232;ge : CFDT, sid&#233;rurgistes en col&#232;re, inorganis&#233;s et autonomes se dirigent vers la gare de l'Est, les gros bataillons CGT p&#233;p&#232;res vers le si&#232;ge national de la CGT et la gare du Nord. Regroupement avant la R&#233;publique, le p&#244;le offensif est toujours en te mais le comit&#233; d'accueil CGT est en place &#224; R&#233;publique pour recevoir &#224; sa mani&#232;re ces troublions provinciaux et banlieusards. Les trois cordons de S.O. sont quand m&#234;me franchis... non sans bagarre : d&#233;mocratie stalinienne oblige. Les cogneurs CGT se retrouvent tout cons face aux sid&#233;rurgistes et autres incontr&#244;l&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 h : pas mal de monde &#224; la R&#233;pu et tout autour. Les gars de Lorraine et du Nord surtout, qui sont en masse et assez &#233;chauff&#233;s. Chez les provinciaux les sentiments sont assez m&#233;lang&#233;s, ils sont en p&#233;tard, &#231;a c'est clair et beaucoup n'ont pas l'air de vouloir se contenter de la promenade pr&#233;vue jusqu'&#224; l'Op&#233;ra. Ils vont montrer aux parigots et au pouvoir qu'ils en veulent vraiment. En m&#234;me temps c'est la f&#234;te, le nombre et le beau-temps y sont pour beaucoup mais dans les bataillons c&#233;g&#233;tistes il y en a pas mal qui confondent les grands boulevards et es Folies Berg&#232;res et qui sont plut&#244;t bourr&#233;s. Les parisiens eux sont pas tr&#232;s nombreux 30 000 peut-&#234;tre sur les 80 000 manifestants, c'est vrai que dans la capitale les manifs syndicales ne font plus tellement recette, voir le 1er Mai o&#249; il n'y avait que 15 000 personnes dont seulement la moiti&#233; dans le cort&#232;ge syndical, mais y'a peut-&#234;tre une autre raison, c'est pas par hasard si la manif se fait vendredi, les gars qui bossent ne sont pas l&#224; &#224; part les communaux et les purs et durs du P.C., un samedi apr&#232;s-midi il est probable que pas mal de gars seraient venus pour soutenir ces sid&#233;rurgistes qui n'h&#233;sitent pas &#224; attaquer les commissariats et &#224; tirer sur les flics, mais cette solidarit&#233; l&#224; la C.G.T. n'en veut pas car c'est sa manif et elle veut tout contr&#244;ler, pour &#231;a elle a mobilis&#233; un S.O. record de 3 500 types.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a un os, c'est ce p&#244;le offensif qui s'est form&#233; depuis Pantin, il occupe le d&#233;but du boulevard St Martin &#224; peine 100 m&#232;tres derri&#232;re S&#233;guy, derri&#232;re les sid&#233;rurgistes de Longwy banderoles autonomes et communistes libertaires et drapeaux noir et rouge rassemblent un petit millier de personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les S.O. n'arrivant pas &#224; vider ces ind&#233;sirables ils appellent les flics &#224; la rescousse, vers 15 h 10 une compagnie de gardes mobiles longe la manif sous les hu&#233;es et les sifflets et charge au pas de course et &#224; la matraque sur l'os en question histoire de prendre la temp&#233;rature. Vers 15 h 30, les flics rescap&#233;s sont &#233;vacu&#233;s en catastrophe par leurs coll&#232;gues du S.O. CGT sous une pluie d'objets volants non identifi&#233;s (pierres, boulons, bouteilles, cocktails molotov et ras-le-bol, ces derniers &#233;tant de petits objets tr&#232;s utiles &#224; ceux qui en ont pr&#233;cis&#233;ment ras le bol car ils font autant d'effet que les offensives des flics). Pendant ce temps la CGT fait passer ces troupes devant par une rue lat&#233;rale pour noyer les sid&#233;rugistes en col&#232;re dans la masse et ils profitent de l'&#233;clatement du cort&#232;ge autonome et communiste libertaire pour r&#233;tablir l'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cort&#232;ge s'&#233;branle, soigneusement encadr&#233; par les chiens de garde du PC-CGT. Puisque les flics n'y suffisent pas le S.O. syndical y pourvoira efficacement ; rien n'y manque : injures racistes et sexistes, chasse au chevelus, tabassages d'&#233;l&#233;ments &#034;incontr&#244;l&#233;s&#034; et livraison de ces m&#234;mes &#233;l&#233;ments aux flics l&#233;gaux. Certains gauchistes en particulier UTCL jouent aux indicateurs (Antoine de Nancy pour ne pas le nommer).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers 16 h 30 les incorruptibles se regroupent &#224; nouveau autour du fourgon radio de Longwy, drapeaux rouge et noir en t&#234;te. Les mots d'ordre sont clairs : &#034;Longwy, Denain nous montre le chemin&#034;. M&#234;me que des c&#233;g&#233;tistes nombreux ont l'air d'appr&#233;cier. Au passage, on injurie copieusement un groupe de gros sacs ventrus, communistes et socialistes, enrubann&#233;s de leurs &#233;charpes tricolores.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; 17 h on arrive &#224; l'Op&#233;ra. Apparemment la dispersion se fait mal malgr&#233; les hurlements des sonos CGT, autour de drapeaux rouge et noir mille puis deux mille personnes se regroupent et gueulent en coeur avec les gars de Longwy qui sont encore sur le boulevard. Puis on se dirige vers les flics qui sont en nombre au pied de l'Op&#233;ra comme d'ailleurs tout autour de la place. Ils sont nombreux alors quelques uns se rattrapent sur les vitrines du caf&#233; de la Paix, puis c'est la charg&#233; sur les flics &#224; l'aide des m&#234;me O.V.N.I. qu'au d&#233;but, pendant ce temps du toit de l'Op&#233;ra un groupe de c&#233;g&#233;tistes de Denain bombardent les flics. Paniq&#233;us les flics d&#233;gagent la place &#224; coup de grenades offensives et au chlore. On se replie sur le boulevard vers le gros de la manif. Devant le S.O. CGT et autour de la sono Longwy on est un sacr&#233; paquet &#224; vouloir en d&#233;coudre, mille, deux mille trois mille, dans la fum&#233;e des lacrymos c'est difficile &#224; dire. En tout cas, le S.O. est d&#233;rbod&#233;, il a bien du mal &#224; emp&#234;cher les gars de sortir de la manif pour rejoindre la bagarre. On se dit que les flics vont en prendre pour leur matricule. Les incontr&#244;l&#233;s voient leur nombre s'accro&#238;tre en permanence, aux autonomes, communistes libertaires et sid&#233;rurgistes de Longwy viennent s'ajouter des tas de gars de la CGT, et m&#234;me des gauchistes de l'O.C.T. qui font de la figuration en formant une cha&#238;ne. C'est alors que des gars commencent &#224; casser et &#224; piller les vitrines de luxe. Les gars de Longwy gueulent : &#034;PAs les vitrines&#034;, ils ont pas l'air d'accord. Bref, charges et contre charges continuent jusqu'&#224; la hauteur du si&#232;ge de l'Huma. 18 h Bld Montmartre : une quinzaine de CRS dop&#233;s &#224; l'h&#233;ro&#239;sme nationaliste super se sont montr&#233;s z&#233;l&#233;s... et se retrouvent isol&#233;s un peu trop pr&#232;s d'un tas d'irr&#233;ductibles &#034;incontr&#244;l&#233;s&#034;. C'est la contre attaque. Chacun veut son flic. Mais faut &#234;tre rapide, un flic qui flippe, &#231;a court vite. Quatre de ces choses ont la gueule d&#233;fonc&#233;e. Un pistolet r&#233;glementaire change de main ill&#233;galement. &#192; voir les bouilles hilares aux alentours, le spectacle est tr&#232;s appreci&#233;. Un peu plus loin, un chantier RATP offre complaisamment ses madriers, arbres de fers et autres mat&#233;riaux aux nostalgiques de barricades. &#199;a d&#233;pave sec, des cha&#238;nes se forment. &#199;a y est c'est 68. 500 m&#232;tres devant la barricade, un CRS &#233;tendu raide au milieu du boulevard, c'est l'&#233;meute. Derri&#232;re la barricade le si&#232;ge de l'Huma est entour&#233; par un bon milliers de manifestants qui sifflent et insultent le PC-CGT qui ferme porte et volets devant les premi&#232;res bouteilles lanc&#233;es, devant la barricade mais sur le m&#234;me trottoirs que l'Huma, un mec se fait tabasser, on croit que c'est les c&#233;g&#233;tistes qui tapent un copain mais non c'est un flic en civil qui en prend plein la gueule et que les &#034;S.O.&#034; sauvent du lynchage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re, la CGT n'arrive pas &#224; disperser, car beaucoup de manifestants m&#234;me s'ils ne participent pas &#224; la bagarre sympathisent avec ceux qui la font.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers 18 h 15 les flics d&#233;boulent des rues transversales au coin de l'Huma et coupent l'&#233;l&#233;ment dur de la bagarre du reste de la manif. Le rapport de force n'&#233;tant pas favorable, une magnifique barricade est abandonn&#233;e. On respire &#224; l'Huma.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18 h 30. C'est la course sur le S&#233;basto. Plusieurs milliers de manifestants se sauvent paniqu&#233;s par 200 CRS. C'est triste &#224; voir. &#034;D&#233;prime&#034;. Bld de Strasbourg, des voitures sont retourn&#233;es et incendi&#233;es pour ralentir les flics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19 h. La gare de l'Est se transforme en bastion r&#233;volutionnaire ou presque. Les flics assi&#232;gent. Des copains rest&#233;s dehors assi&#232;gent les flics qui assi&#232;gent. Les bourr&#233;s re&#231;oivent des boulons dans les meules et des pav&#233;s sur la gueule, m&#234;me qu'il y en a un qui flambe. Ils courent de tous les c&#244;t&#233;s, grenadent au hasard, &#224; coups de lacrymos, des vieux, des femmes et des gosses. L'h&#233;ro&#239;sme n'a pas de limite chez les idiots. Mais les autonomes restent insaisissables. Dans la gare, y'a de bons prolos qui tuent le temps &#224; leur mani&#232;re en attendant le train ; c'est fou ce qu'on peut faire avec des barres de fer, des vitrines, des consignes automatiques et des machines &#224; vendre les billets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20 h. Les flics donnent l'assaut final... Sur les quais vides, c'est fou ce qu'ils ont l'air v&#233;x&#233;s. &#199;a continue jusqu'aux portes de Paris jusque vers 23 h mais avec moins de monde.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Qui sont les provocateurs ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; expliqu&#233; comment le S.O. CGT &#224; tout au long de la manif, collabor&#233; avec les flics, comment il a provoqu&#233; les premiers affrontements en chargeant avec les flics les &#034;incontr&#244;l&#233;s&#034; qui jusqu'alors restaient bien tranquilles derri&#232;re les gars de Longwy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la CGT monte tout un baratin sur les autonomes manipul&#233;s par les flics. Sur ce point il faut &#234;tre clair, nous ne saurions nier avec une absolue certitude qu'il puisse y avoir des flics infiltr&#233;s dans le mouvement autonome, il est normal que les R.G. fassent leur boulot l&#224; comme partout, ce qui ne signifie en rien manipulation, cependant il est bien plus facile d'infiltrer une organisation hi&#233;rarchis&#233;e qu'un mouvement sans centre de pouvoir. Que le P.C. se rappelle que dans l'entre-deux guerres, il d&#233;couvrit des flics parmi les membres du comit&#233; central et qu'aujourd'hui encore il doit y en avoir. De m&#234;me, la provocation est toujours possible, bien s&#251;r, mais n'est ce pas un provocateur, Gapone, qui d&#233;clencha la r&#233;volution russe et par l&#224; m&#234;me la naissance du P.C.F. Comme quoi les cons&#233;quences de la provocation sont impr&#233;visibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux flics en civils dans les manifs, ce n'est pas nouveau, ils y sont toujours pour jouer le r&#244;le qui est le leur, mais devient aussi de plus en plus celui des S.O. CGT, c'est-&#224;-dire rep&#233;rer les &#233;l&#233;ments radicalis&#233;s, les coincer et les remettre &#224; leurs coll&#232;gues en tenue. &#192; ce propos, il est bon de pr&#233;ciser que le flic dont parle tant la CGT n'a pas &#233;t&#233; pris et tabass&#233; par son S.O. mais par des camarades du mouvement qui l'avait vu discuter avec les flics, c'est ensuite que la CGT l'a r&#233;cup&#233;r&#233; en mauvais &#233;tat. Nous avons des t&#233;moins de cette sc&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dernier point enfin sur la pr&#233;tendue passivit&#233; des flics, il faut comprendre que ces messieurs ne sont pas des machines et que face &#224; la d&#233;termination des manifestants et &#224; la violence des affrontements, ils ont eu peu et ont &#233;t&#233; d&#233;bord&#233;s, de nombreux faits le prouvent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ceux qui malgr&#233; tout continueraient &#224; d&#233;fendre la th&#232;se de la machination polici&#232;re comme unique cause d'affrontements que le pouvoir aurait souhait&#233; &#224; la proximit&#233; des cantonales. Nous ferons remarquer que dans ce cas les arrestations de plus de 80 personnes le matin, et des 12 militants anarchistes l'apr&#232;s-midi n'ont aucun sens, que de plus le r&#233;sultat de cette provocation aurait &#233;t&#233; n&#233;gatif vu le r&#233;sultat des cantonales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous r&#233;pondrons enfin comme des milliers de manifestants vendredi : &#034;Les &#233;lections n'ont rien chang&#233;, c'est dans la rue qu'il faut frapper&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Manif &#224; Denain&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On voulait aller voir les gars de la sid&#233;rurgie depuis quelques temps d&#233;j&#224;. Les &#233;meutes des 7 et 8 mars &#224; Denain nous poussent au cul ; on y va, le samedi 10 on est &#224; Denain pour la grande manif organis&#233;e par les partis de gauches et les syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dure l'arriv&#233;e &#224; Denain : un temps gris, une ville grise, des gens gris.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Un temps gris : il neige.&lt;br class='manualbr' /&gt;Une ville grise : c&#244;te &#224; c&#244;te, sur des kilom&#232;tres s'&#233;tendent des villages dortoirs ; une banlieue sans centre ville, aplatie, des maisons toutes pareilles, sans &#233;tages, ou avec un seul &#233;tage, rarement deux, aux pied des crassiers et des hautes structures m&#233;talliques des usines, sur le mur d'une maison &#034;d&#233;fense d'uriner&#034;.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Des gens gris, &#224; cause du climat et du travail, tristes du retour &#224; la routine apr&#232;s les deux journ&#233;es d'&#233;meute du mercredi et du jeudi.&lt;br class='manualbr' /&gt;Au d&#233;cor il faut rajouter les restes des affrontements, trottoirs et chauss&#233;es d&#233;fonc&#233;s, wagonnets br&#251;l&#233;s et renvers&#233;s sur les trottoirs, vitrines cass&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au rassemblement avant la manif, tout le monde parle des affrontements, un vieil homme de plus de 60 ans porte une &#034;esp&#232;ce de casque et une pancarte sur laquelle est inscrit le seule mot : Fumig&#232;ne&#034;, dans les discussions il est fier des &#233;meutes des jours pr&#233;c&#233;dents : il y &#233;tait. Deux gars d'Usinor disent ; &#034;T'as vu, personne n'en parle des deux gars qu'on &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s pour avoir tir&#233; sur les CRS ; c'est un d'Eternit et un de Trith St L&#233;ger&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le PC est venu en force de toute la r&#233;gion. Grosse difficult&#233; pour organiser le cort&#232;ge, les pontes locaux du PC gueulent comme des fous : &#034;de l'ordre, de la discipline&#034;. La manif part, les gens du PC font la chasse aux gauchistes tout au long du cort&#232;ge. Du stalinisme &#224; l'&#233;tat pur, du fascisme ; les flics &#233;tant interdits de s&#233;jour &#224; Denain, les beaufs de la GCT et du PCF les remplacent. Une manif sinistre, le PC qui regroupe &#224; lui seul plus d'un tiers du cort&#232;ge, ces connards sont tristes, lamentables, un seul slogan est repris : &#034;Giscard, Barre, Mauroy vendus &#224; l'&#233;tranger&#034;. Faut dire que le leader du PS du Nord est dans la manif et que les &#233;lections cantonales sont proches, dans le Nord, seuls PC et PS comptent, &#224; eux deux ils ont 80% des voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette manif enterrement, tra&#238;ne savates, Bidon, le seul cort&#232;ge radical c'est les 150 gars de la CFDT de Longwy, qui gueulent surtout : &#034;Etch&#233;garray &#224; la Feraille&#034; et bien sur : &#034;Flics, Fascistes, assassins&#034;, &#034;CRS. SS&#034;. Des SO (services d'ordres) mixtes CFDT CGT d&#233;tournent la manif pour &#233;viter le commissariat ; &#224; chaque fois, en face du SO des groupes de jeunes, souvent immigr&#233;s attendent ; eux ils &#233;taient dans l'attaque du commissariat. Ils s'en vont en se disant : &#034;laisse tomber, y'aura rien, aujourd'hui c'est trop encadr&#233;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s des kilom&#232;tres, arriv&#233;e dans un stade ; la tribune est &#034;bleu blanc rouge&#034;, on ne voit que les &#233;charpes tricolores des &#233;lus du PC qui remplissent la tribune. Discours m&#233;morable du d&#233;put&#233; PC Ansart, il ne parle pas des travailleurs, il ne fait que de la pub aux &#233;lus du PC. Dans la foule les gars de Longwy et d'autres gueulent : &#034;des actions, pas de discours&#034;. Un dirigeant CGT explique qu'il faut &#233;couter Ansart, qu'il &#233;tait dans les affrontements, qu'il a respir&#233; des gaz. A partir de ce moment Ansart, &#224; chaque fois qu'il est couvert par les cris de la foule se racle la gorge, parvient &#224; tousser, comme pour dire : &#034;laissez-moi parler, j'y &#233;tais moi aussi&#034;. Lui qui deux jours avant disait : &#034;c'est une victoire, rentrons dans l'usine en chantant, on a gagn&#233;&#034;. Esp&#233;rant d&#233;mobiliser les travailleurs, il se faisait alors insulter par les gars d'Usinor. Bref quand Ansart remercie les flics, la foule crie &#034;Flics, fascistes, assassins&#034;, quand il d&#233;nonce les incontr&#244;l&#233;s, Longwy hurle : &#034;c'est eux, les incontr&#244;l&#233;s&#034; en d&#233;signant la tribune. Ecoeur&#233;s, les gars de Longwy et beaucoup d'autres se barrent en gueulant sans trop de conviction &#034;au commissariat&#034;. Juste &#224; ce moment c'est au tour du bonze CFDT de service de parler ; il voit les militants de son organisation syndicale se barrer sans l'&#233;couter. Rien que cela valait le d&#233;placement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques jours plus tard un groupe d'ouvriers &#034;de la base&#034; d'Usinor d&#233;non&#231;ait les magouilles syndicales, les lyc&#233;ens de Denain s'organisaient en comit&#233; de lutte autonome de tous partis et syndicats en disant : &#034;Quand il y a eu les &#233;meutes &#224; Denain, les syndicats ont bris&#233; la lutte&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Notre point de vue sur la chose&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but de la crise et jusqu'en mars 1978, l'&#233;ch&#233;ance institutionnelle que repr&#233;sentaient les &#233;lections et une &#233;ventuelle victoire du Programme commun avait permis aux syndicats et aux partis d'organiser la passivit&#233; et la r&#233;signation chez les travailleurs en leur faisant miroiter des lendemains qui chantent. Les luttes &#233;taient bloqu&#233;es, frein&#233;es ou men&#233;es &#224; l'impasse. De ce point de vue la liquidation des grandes gr&#232;ves des banques et des P.T.T. en 1974 est caract&#233;ristique, comme l'est l'enterrement des luttes dans les entreprises condamn&#233;es par la restructuration capitaliste, dans des occupations sans fin qui ne g&#234;ne en rien le patronat qui de toute mani&#232;re souhaitait voir ces usines fermer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les grandes gr&#232;ves brad&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'automne 74, les PTT connaissent une gr&#232;ve nationale sans pr&#233;c&#233;dent. Partie des centres de tri parisiens, elle s'&#233;tend tr&#232;s vite dans toute la France, elle durera dans certains centres plus de 7 semaines. Cependant c'est un &#233;chec, le d&#233;but de la fin pour la lutte des postiers, rappelez-vous c'est la gr&#232;ve nationale et la grande manif parisienne du 19 novembre. Vers la fin du mouvement certains postiers proposent de nouvelles formes d'actions pour relancer la lutte, vidage des centres de tri parall&#232;les, d&#233;veloppement de la popularisation, les initiatives sont bloqu&#233;es par les conf&#233;d&#233;rations syndicales. Un exemple parmi d'autres : la CFDT Paris 5 propose d'associer les usagers &#224; la lutte en assurant que les postiers achemineront &#224; la m&#234;me vitesse tous les courriers quel que soit l'affranchissement, ce qui permet &#224; l'usager une substantielle &#233;conomie. Le conseil d&#233;partemental CFDT PTT d&#233;nonce cette proposition et la fait avorter. Un mois apr&#232;s on s'aper&#231;oit que la majorit&#233; des sections &#233;taient pour la proposition de Paris 5, trop tard la dynamique est tomb&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Occupations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Un exemple parmi tant d'autres, en 75 &#224; Vitry mairie communiste de la banlieue parisienne, l'imprimerie Chauffour compte 300 employ&#233;s, elle est mise en liquidation. Occupation g&#233;r&#233;e par la FF TL - CGT, sous l'&#233;troit contr&#244;le du PC &#224; travers la municipalit&#233; qui s'occupe de tout : lits de camps pour les occupants, repas gratuits, etc. Les tentatives d'&#233;largissement : reprise de la production par les travailleurs, liaison horizontale avec les autres bo&#238;tes occup&#233;es, etc. sont bloqu&#233;s par les staliniens. 2 ans apr&#232;s ils ne sont plus que trente &#224; occuper, &#224; part les gars du PC tous les travailleurs sont partis &#233;coeur&#233;s, les licenciements sont effectifs, un patron se propose et r&#233;embauche les rescap&#233;s de la lutte. Le PC peut gueuler : On a gagn&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Un autre exemple : quand en 75 toutes une s&#233;rie de bo&#238;tes occup&#233;es &#224; majorit&#233; CFDT dont LIP, et qui ont repris la production cherchent &#224; se coordonner, la conf&#233;d&#233;ration CFDT d&#233;nonce ces liaisons extra-syndicales et sabote le mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le mirage de l'Union de la gauche et l'&#233;chec des &#233;lections ont entra&#238;n&#233; &#224; la fois une d&#233;sillusion mais aussi un d&#233;sarroi en l'absence de nouvelles perspectives. C'est ainsi que de nombreux travailleurs se r&#233;fugient dans les solutions de r&#233;sistance individuelles, comme l'absent&#233;isme, forme de refus du travail. Ce n'est donc pas par hasard si les seules luttes collectives importantes qui ont lieu avant et imm&#233;diatement apr&#232;s les &#233;lections de mars 1978 sont le fait de travailleurs immigr&#233;s (Renault en juin 1978, gr&#232;ve des loyers dans les foyers de travailleurs immigr&#233;s, en particulier Sonacotra) ; c'est bien parce qu'ils ne sont pas concern&#233;s par les &#233;lections (ils ne votent pas).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aussi se rappeler que dans une partie de la jeunesse, plus sensibilis&#233;e &#224; d'autres probl&#232;mes qu'&#224; ceux de la production, rejetant la logique institutionnelle &#233;lectorale des formes de r&#233;voltes radicales &#233;taient d&#233;j&#224; apparues (Malville : manifestation de Croissant et l'assassinat de prisonniers politiques en Allemagne, St Lazare).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Attentats&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Autonomes = Attentats = Brigades Rouges.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le pouvoir, la presse, les partis de l'extr&#234;me gauche, y compris certains libertaires d&#233;noncent la violence des autonomes et agitent le spectre des attentats et du terrorisme international ; (brigades rouges). Ils amalgament facilement la violence de masse et les attentats. Sur le probl&#232;me des attentats il faut quand m&#234;me pr&#233;ciser un ou deux points. C'est vrai que des gens du mouvement autonome ont pratiqu&#233; et pratique parfois l'attentat, mais pas n'importe lequel. Il est significatif de voir qu'en France, les attentats revendiqu&#233;s par des groupes autonomes ne se sont jamais attaqu&#233;s &#224; des personnes mais toujours &#224; des lieux, des instruments ou des symboles du pouvoir et du fric : Nucl&#233;aire EDF, &#233;picerie pour milliardaires Fauchon, casernes de CRS, tribunaux, etc. Il est tout aussi significatif de voir que ces attentats sont &#224; chaque fois revendiqu&#233;s par des groupes diff&#233;rents non sp&#233;cialis&#233;s dans ce genre de choses, groupe qui savent manier l'humour et la d&#233;rision tant dans l'explication de leurs actions que dans leur signature (smicards en p&#233;tard, No&#235;l noir pour les riches, etc.). Rien &#224; voir avec une organisation permanente et hi&#233;rarchis&#233;e, dont les dirigeants viennent du P.C. et reproduisent un discours stalinien comme les Brigades Rouges. L'esprit libertaire de Mai 68 &#224; servi &#224; quelque chose.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Depuis novembre, on assiste &#224; l'accroissement de la r&#233;sistance ouvri&#232;re face &#224; l'offensive du patronat. Offensive qui se traduit dans les faits par une vague de licenciements sans pr&#233;c&#233;dent, notamment dans la sid&#233;rurgie, en Lorraine et dans le Nord, mais aussi par la refus intransigeant de r&#233;pondre aux revendications pour l'emploi, la r&#233;duction du temps de travail, le maintien et l'augmentation du pouvoir d'achat. Face &#224; cette nouvelle phase du processus de restructuration, &#224; cette intransigeance patronale et gouvernementale, v&#233;ritable provocation &#224; l'&#233;meute, les travailleurs r&#233;agissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La violence de masse r&#233;appara&#238;t un peu partout ; ouvriers &#224; Saint-Nazaire, &#224; Saint-Chamond ; ouvriers et jeunes ch&#244;meurs &#224; Caen ; sid&#233;rurgistes, ch&#244;meurs et loubards &#224; Longwy, Denain, Sedan ; jeunes des C.E.T. et lyc&#233;es &#224; Marseille ; antifascistes &#224; Lyon ; ch&#244;meurs et anti-nucl&#233;aires &#224; Nantes ; pompiers &#224; Grenoble. Dans le m&#234;me temps les gr&#232;ves se multiplient : P.T.T., banques, assurances, S.F.P., S.N.C.F. Dans toutes ces gr&#232;ves m&#234;me si elles ne d&#233;bouchent pas sur la violence, les syndicats sont contest&#233;s, d&#233;bord&#233;s : occupation de la Bourse par les employ&#233;s de banques ; coordination extra-syndicale des centres de tri P.T.T. de la banlieue parisienne &#224; Bobigny ; tentative d'occupation dans les si&#232;ges des compagnies d'assurance ; piratage &#224; la t&#233;l&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est dans ce contexte qu'arrive l'organisation par la C.G.T. de la manif du vendredi 23 mars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi la C.G.T. organise-t-elle cette marche ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut bien comprendre qu'apr&#232;s l'&#233;chec de l'Union de la gauche, le m&#233;contentement populaire ne pouvant plus &#234;tre canalis&#233; vers un &#233;ventuel changement de gouvernement, les partis passent au second plan et les syndicats prennent la rel&#232;ve. La C.F.D.T. se &#034;recentre&#034; vers une position &#034;r&#233;aliste&#034; et donc accepter de discuter la restructuration dans le cadre d&#233;fini par le pouvoir &#224; condition d'obtenir des compensations &#034;suffisantes&#034; au niveau social, et montrer ainsi son efficacit&#233;, elle se heurte en cela aux traditions radicales d'une bonne partie de sa base militante ce qui se traduit par une certaine volont&#233; d'ind&#233;pendance des sections, U.L., et syndicats durs, une &#233;puration dans de nombreux secteurs ce qui ne se fait pas sans probl&#232;mes : apparitions de syndicats plus radicaux et ind&#233;pendants (P.T.T. Lyon, B.N.P. et autres banques parisiennes en particulier).&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Qui a oubli&#233; que le CNPF fut trop heureux de trouver en face de lui, &#224; la fin du mois de mai 68, les repr&#233;sentants des organisations syndicales et de n&#233;gocier sur nombre de points &#224; propos desquels les discussions avaient parfois tra&#238;n&#233; pendant des ann&#233;es sans progr&#232;s r&#233;els&#034; (&lt;i&gt;Syndicalisme-Hebdo&lt;/i&gt;, journal de la CFDT du 12.8.76).&lt;br class='manualbr' /&gt;&#034;Je suis le premier &#224; reconna&#238;tre que, au mois de mai, ce sont les syndicats qui, avec un courage, un sang-froid et une d&#233;termination admirable ont emp&#234;ch&#233; que les mouvements ne d&#233;bouchent sur le domaine politique, et Dieu sait combien nous avons &#233;t&#233; inquiets pour ce pays au moment o&#249; nous avons cru que les troupes leur &#233;chappaient, emmen&#233;es par je ne sais quels enrag&#233;s&#034; (Dailly, CNPF).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Devant la mont&#233;e des luttes, la C.G.T. quand &#224; elle choisit une autre voie, pour &#233;viter les d&#233;bordements elle veut se donner une image plus dure et tout en d&#233;veloppant un discours ultra nationaliste copi&#233; sur celui du P.C., laisse sa base s'exprimer : sabotage du gazoduc de Hollande &#224; Longwy, saccage de locaux patronaux, mise en place d'une radio-libre &#224; Longwy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perspective des Cantonales pousse la C.G.T. &#224; prendre une initiative centrale sur Paris entre les deux tours, elle cherche &#224; pr&#233;senter cette marche comme le seul d&#233;bouch&#233; pour les luttes dans toute la France et permet du m&#234;me coup au P.C. de faire une bonne op&#233;ration &#233;lectorale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle veut aussi montrer son efficacit&#233; et ses capacit&#233;s de mobilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vrai que le ministre du Travail Boulin vient de rappeler que les syndicats sont l&#224; pour emp&#234;cher les d&#233;bordements, &#231;a rappelle dr&#244;lement mai 1968.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La campagne pour la marche est significative de la volont&#233; de durcir sur les mots pour &#233;viter le durcissement des luttes, pour cette manif promenade les affiches sont &#233;trangement radicales, dans tout Paris sur les murs et dans le m&#233;tro on voit l'affiche C.G.T. qui copie, ce n'est pas un hasard une fameuse affiche de 68 ; sur des affichettes ce slogan peu orthodoxe &#224; la C.G.T. : &#034;brisons les cadences pour cr&#233;er des emplois&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la C.G.T. s'est surestim&#233;e et elle a sousestim&#233; le ras-le-bol. Car cette manif c'est aussi l'occasion pour toute une frange radicalis&#233;e aussi bien &#224; Denain, Longwy qu'&#224; Paris de se rencontrer et de s'exprimer. C'est l'occasion pour les sid&#233;rurgistes de venir &#224; Paris montrer leur force et leur d&#233;termination, pas forc&#233;ment celles de l'appareil syndical. Et de fait on peut parler de jonction sur le terrain entre toutes ces composantes radicales ce qui a permis le caract&#232;re de masse des affrontements de vendredi 23.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous l'objectif &#233;tait clair : on est l&#224;, on ne d&#233;clenche rien si les sid&#233;rurgistes ne font rien, mais on est l&#224; pour les soutenir et on est pr&#234;ts au cas o&#249;... Notre position l&#224; dessus est claire : personne ne doit agir &#224; la place des premiers concern&#233;s. Et de fait dans les affrontements on a pu voir m&#234;l&#233;s sid&#233;rurgistes, ouvriers et employ&#233;s parisiens, &#233;tudiants, lyc&#233;ens, apprentis, ch&#244;meurs... nous nous sommes battus c&#244;te-&#224;-c&#244;te conte les flics et parfois le S.O. C.G.T. : autonomes, inorganis&#233;s, communistes libertaires, syndiqu&#233;s C.F.D.T. ou C.G.T., non syndiqu&#233;s, voire m&#234;me des militants d'extr&#234;me-gauche, bref des incontr&#244;l&#233;s unis pour manifester leur solidarit&#233; et leur haine des flics et du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Les fant&#244;mes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Personne n'a parl&#233; de l'extr&#234;me gauche &#224; l'occasion de la manif du 23. Elle y &#233;tait pourtant parait-il. Nous avons voulu conna&#238;tre sa position ; la LCR organisait un meeting le 28, nous y f&#251;mes. Au lieu des 5 000 participants habituels, environ 700 fant&#244;mes &#233;coutaient la messe des orateurs ? Trois mots seulement sur les affrontements du vendredi pr&#233;c&#233;dent : &#034;Autonomes = Flics = Idiots&#034;. Les fant&#244;mes ont d&#233;cid&#233;ment de la merde dans les yeux... C'est peut-&#234;tre pour &#231;a qu'ils sont morts.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Si nous avions choisi de nous regrouper aupr&#232;s de la C.F.D.T Longwy ce n'est pas par hasard. Les militants de Longwy ont ces derniers mois montr&#233; leurs capacit&#233;s de lutte et de r&#233;flexion. Face aux licenciements ils ont &#233;vit&#233; le pi&#232;ge de la gr&#232;ve et de l'occupation, quand une usine risque la fermeture &#231;a ne sert &#224; rien de s'enfermer soi-m&#234;me dedans on ne fait que le jeu du patron. Mais ils ont trouv&#233; d'autres formes de lutte &#224; travers l'action directe dans la rue et en s'attaquant aux lieux du pouvoir patronal et &#233;tatique, popularisant ainsi leur action. Manifs ou occupations des locaux directoriaux d'Usinor &#224; Longwy, Valenciennes, Paris ; attaque du commissariat de Longwy puis de Denain, occupation de l'&#233;metteur de t&#233;l&#233; de Longwy, occupation de la sous-pr&#233;fecture de Briey, occupation du si&#232;ge de la Familiale filiale indirecte d'USINOR et propri&#233;taire de la majorit&#233; des logements de Longwy, manif &#224; la pr&#233;fecture de Nancy. Quant aux actions sur le terrain de la production elles ob&#233;issaient au principe de faire payer le plus cher possible au patron pour le minimum de co&#251;t pour les ouvriers. Cependant le pouvoir &#224; op&#233;rer une savante retraite lors de la gr&#232;ve de la sid&#233;rurgie du 16 f&#233;vrier il &#233;tait absent &#224; Longwy comme &#224; Denain, les flics &#233;taient invisibles, c'est &#224; Sedan que l'affrontement eu lieu. Depuis les &#233;meutes de Denain c'est clair, les zones sid&#233;rurgiques en lutte sont laiss&#233;es en paix, mais le pouvoir n'est pas l&#224;. Il est &#224; Paris, et nous pensons que si les sid&#233;rurgistes venaient en nombre &#224; Paris, beaucoup auraient dans l'id&#233;e de faire ici ce qu'ils faisaient chez eux c'est pourquoi nous &#233;tions &#224; leur c&#244;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affrontement eut lieu, avec les flics CGT qui voulaient tout d&#233;cider, tout contr&#244;ler, tout r&#233;glementer, avec les flics de l'&#201;tat qui provoqu&#232;rent, grenad&#232;rent, matraqu&#232;rent. Mais au del&#224; de la haine commune des flics et du pouvoir, au-del&#224; du d&#233;go&#251;t commun pour les bureaucrates et les gros bras de la CGT, les motivations ne sont pas les m&#234;mes : sauvegarde de leur emploi et de leur r&#233;gion pour les sid&#233;rurgistes, ras le bol du flicage quotidien et de l'&#233;talage du luxe des bourgeois pour les parisiens qui vivent dans une des villes les plus fliqu&#233;es et les plus friqu&#233;es du monde, souvenir des luttes brad&#233;es ou &#233;touff&#233;es pour les travailleurs, mis&#232;re pour les jeunes ch&#244;meurs ou lyc&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces motivations diff&#233;rentes expliquent les comportements diff&#233;rents dans les affrontements, la difficult&#233; pour les provinciaux de comprendre les cassages et les pillages des magasins de luxe du quartier de l'Op&#233;ra par les Parisiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;&#201;chos de Longwy&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Au t&#233;l&#233;phone des camarades de Longwy nous ont expliqu&#233; les r&#233;actions et la situation sur place apr&#232;s la manif : les gars sont assez d&#233;courag&#233;s, ils ont &#233;t&#233; surpris par le niveau de violence des flics. Ils sont &#233;coeur&#233;s, y compris la base c&#233;g&#233;tiste par la collaboration du S.O. CGT et des flics. Ils n'ont pas du tout appr&#233;ci&#233; les cassages de vitrines et dans ce sens ils critiquent beaucoup les autonomes en les qualifiant d'irresponsables. Quand on a appris les arrestations de gars de Longwy, la col&#232;re est mont&#233;e. L'undi soir, les jeunes voulaient monter au commissariat, mais les dirigeants syndicaux les ont calm&#233;s. La CFDT a d&#233;cid&#233; le lundi d'occuper la centrale &#224; oxyg&#232;ne et de bloquer l'alimentation en oxyg&#232;ne des aci&#233;ries. Apr&#232;s la lib&#233;ration de Mazzucatil, l'occupation a &#233;t&#233; maintenue mais la production a repris. En ce moment les gens sont assez &#233;nerv&#233;s par l'h&#233;licopt&#232;re qui brouille les &#233;missions de la radio &#034;Lorraine coeur d'acier&#034;. Les gars de la CGT sont mont&#233;s &#224; l'&#233;metteur t&#233;l&#233; pour le d&#233;brancher, les jeunes c&#233;g&#233;tistes voulaient tout casser. Par rapport aux inculpations des parisiens pour le 23, y a pas de position pour l'instant.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais ce que nous devons affirmer c'est l'unit&#233; qui s'est r&#233;alis&#233;e sur le terrain malgr&#233; les contradictions, l'unit&#233; entre provinciaux et parisiens, entre ouvriers, ch&#244;meurs et lyc&#233;ens. En eux-m&#234;mes ces affrontements ne sont pas un d&#233;bouch&#233;, m&#234;me s'ils sont les plus violents et les plus massifs que PARIS ait connu depuis 68. Mais soyons clairs, la manif tra&#238;ne savate que nous promettait la CGT n'&#233;tait pas non plus un d&#233;bouch&#233;, nous le savons tous, nous en avons d&#233;j&#224; trop fait des manifs de ce genre, sans lendemains. Seulement alors qu'une manif classique n'aurait fait que renforcer le contr&#244;le syndicale sur les luttes et donc leur &#233;touffement, les affrontements ont ouvert une autre perspective. C'est la rencontre, la coordination, l'unification de toutes les luttes qui se m&#232;nent actuellement dans tous les secteurs et qui de plus en plus n'ont pas de solution dans ce syst&#232;me. C'est l'&#233;change, la confrontation, le d&#233;bat entre toutes ces luttes. La solidarit&#233; effective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il s'agit de construire c'est un mouvement de masse clairement anti-capitaliste et anti-autoritaire dans tout le pays. Pour cela il faut &#234;tre capable de d&#233;battre entre des r&#233;ali&#233;s souvent contradictoire, mais c'est &#224; ce prix que nous vaincrons.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Suppl&#233;ment &#224; la revue &lt;i&gt;Front Libertaire des luttes de classes&lt;/i&gt;, n&#176;&lt;a href=&#034;https://archivesautonomies.org/IMG/pdf/communismelib/frontlibertaire/frontlibertaire-n107.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;107&lt;/a&gt;, 26 mars 1979 (6 pages).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les 113 num&#233;ros de la revue &lt;i&gt;Front Libertaire des luttes de classes&lt;/i&gt; sont archiv&#233;s sur le site &lt;a href=&#034;https://archivesautonomies.org/spip.php?article4&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Archives Autonomies&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>La Hague, grands soirs et petits matins</title>
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		<dc:date>2023-04-24T08:42:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Z (revue)</dc:creator>


		<dc:subject>Critiques du travail</dc:subject>
		<dc:subject>Technocritique</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ves et luttes des classes</dc:subject>
		<dc:subject>Z (France)</dc:subject>
		<dc:subject>Nucl&#233;aire et &#233;nergies industrielles</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;En mai 2015, Areva, le g&#233;ant mondial de l'&#233;lectronucl&#233;aire, annonce la suppression de quatre mille postes en France. Parmi d'autres, l'usine de La Hague est vis&#233;e. Alors que les revendications port&#233;es par les syndicats de la fili&#232;re et celles des antinucl&#233;aires peuvent difficilement e&#770;tre plus &#233;loign&#233;es, Z revient sur l'histoire d'un mouvement critique impuls&#233; par les travailleurs de La Hague et qui s'est &#233;largi aux habitants et aux antinucl&#233;aires du Cotentin dans les ann&#233;es 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Texte publi&#233; en 2015 dans le Z n&#176;9 Toulouse.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique14" rel="directory"&gt;H&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot6" rel="tag"&gt;Critiques du travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;Technocritique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot95" rel="tag"&gt;Gr&#232;ves et luttes des classes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot133" rel="tag"&gt;Z (France)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot151" rel="tag"&gt;Nucl&#233;aire et &#233;nergies industrielles&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH92/logo_lahague-14531.png?1781144693' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='92' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/logo_lahague-150-150pxl.png?1680767003&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;La Hague, grands soirs et petits matins&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lorsque les salari&#233;s de l'atome d&#233;non&#231;aient leurs conditions de travail et le nucl&#233;aire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En mai 2015, Areva, le g&#233;ant mondial de l'&#233;lectronucl&#233;aire, annonce la suppression de quatre mille postes en France. Parmi d'autres, l'usine de La Hague est vis&#233;e. Alors que les revendications port&#233;es par les syndicats de la fili&#232;re et celles des antinucl&#233;aires peuvent difficilement e&#770;tre plus &#233;loign&#233;es, Z revient sur l'histoire d'un mouvement critique impuls&#233; par les travailleurs de La Hague et qui s'est &#233;largi aux habitants et aux antinucl&#233;aires du Cotentin dans les ann&#233;es 1970.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fili&#232;re nucl&#233;aire est aujourd'hui le premier employeur priv&#233; du Cotentin. Avec l'arsenal de Cherbourg o&#249; sont construits les sous-marins nucl&#233;aires, l'usine de retraitement des combustibles us&#233;s de La Hague, les centres de stockage de d&#233;chets de l'Andra, la centrale de Flamanville et, plus r&#233;cemment, le chantier de l'EPR, cette extr&#234;me pointe occidentale est devenue en quelques d&#233;cennies l'une des r&#233;gions les plus nucl&#233;aris&#233;es au monde. Omnipr&#233;sente sur cette terre de bocages flanqu&#233;e de caps venteux et de paisibles anses, l'industrie atomique et les questions qu'elle soul&#232;ve n'en restent pas moins confin&#233;es &#224; l'int&#233;rieur des installations. Tandis que les hi&#233;rarchies syndicales d&#233;fendent le maintien de l'emploi, les professionnels de l'&#233;cologie d&#233;tiennent le monopole des diff&#233;rents sc&#233;narios de transition &#233;nerg&#233;tique et la voix des travailleurs du nucl&#233;aire, elle, se fait peu entendre. Les rencontres entre des collectifs de salari&#233;s, de riverains et d'opposants au nucl&#233;aire, tous affect&#233;s par les cons&#233;quences de cette industrie, se montrent &#8211; h&#233;las ! &#8211; aussi rares qu'infructueuses, lorsqu'elles ne tournent pas carr&#233;ment &#224; l'affrontement, comme en 1999 &#224; l'usine de La Hague. Aussi &#233;pique que sinistre, selon le point de vue, cet &#233;pisode de 1999 m&#233;rite qu'on s'y arr&#234;te un instant ; une premi&#232;re &#233;tape r&#233;trospective qui permet de mieux saisir la richesse du d&#233;bordement impuls&#233; par les travailleurs de cette m&#234;me usine quelques ann&#233;es plus t&#244;t&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cet article s'appuie sur une s&#233;rie d'entretiens men&#233;s avec diff&#233;rents (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8693 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH345/capture_d_ecran_du_2023-04-02_16-33-15-b6f1b.png?1781144693' width='500' height='345' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mardi 19 janvier 1999. Dans le brouillard hivernal aussi &#233;pais que coutumier du Nord-Cotentin, le car transportant Daniel Cohn-Bendit, en campagne &#233;lectorale pour les l&#233;gislatives europ&#233;ennes, et une demi-douzaine de Verts fran&#231;ais progresse en direction de l'usine de La Hague. La d&#233;l&#233;gation a pr&#233;vu de pr&#233;senter son sc&#233;nario de sortie du nucl&#233;aire devant une nu&#233;e de journalistes sp&#233;cialement invit&#233;s pour l'occasion &#8211; un coup m&#233;diatique op&#233;r&#233; au moment m&#234;me o&#249; l'Allemagne vient de prendre la d&#233;cision de ne plus faire traiter ses d&#233;chets nucl&#233;aires en France ; une d&#233;cision que les &#233;cologistes esp&#232;rent contagieuse aux autres pays qui envoient, eux aussi, leurs d&#233;chets hautement radioactifs &#224; La Hague.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surmont&#233;es de barbel&#233;s, les grilles, puis les imposants b&#226;timents en b&#233;ton, apparaissent bient&#244;t. Apr&#232;s que l'entr&#233;e &#224; deux premiers acc&#232;s lui a &#233;t&#233; refus&#233;e, la d&#233;l&#233;gation se dirige vers une troisi&#232;me porte. Elle d&#233;couvre l&#224; son comit&#233; d'accueil. Il est &#224; peine 15 h 30 et &#224; la vue des salari&#233;s de la Cogema rassembl&#233;s l&#224; &#8211; pr&#232;s de 400 sur 6 000 au total &#8211; une voix plaisante au fond du bus : &#171; On va avoir quelques petits probl&#232;mes. Dites-leur bien que Dany, c'est le rouquin. &#187; Dehors, l'ambiance est un peu moins riante. &#171; Cloporte, tra&#238;tre, vendu ! Retourne en Allemagne, p&#233;d&#233; ! Dehors les juifs ! On va te buter ! &#187; Chauff&#233;s &#224; blanc malgr&#233; le vent et la pluie, les salari&#233;s de l'usine ont d&#233;cid&#233; que les visiteurs &#171; ne passeraient pas &#224; l'usine comme &#224; la salle des f&#234;tes &#187;. Tandis que la d&#233;l&#233;gation progresse p&#233;niblement vers la r&#233;ception, mottes de terre, &#339;ufs et insultes fusent. De leur c&#244;t&#233;, les FLS &#8211; Forces locales de s&#233;curit&#233;, un h&#233;ritage du temps o&#249; le Commissariat &#224; l'&#233;nergie atomique (CEA) dirigeait l'usine &#8211; se montrent plus discr&#232;tes que jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois la porte du hall referm&#233;e, le directeur adjoint de la Cogema invite ses h&#244;tes &#224; monter dans un bus maison sans pr&#233;senter la moindre excuse pour l'accueil qu'ils viennent de subir. &#171; Vos m&#233;thodes sont inadmissibles ! On se croirait au Chili ! &#187;, explose un Vert. &#171; Ou dans la Gr&#232;ce des colonels &#187;, ajoute un autre apr&#232;s s'&#234;tre sommairement essuy&#233; le visage. Le rassemblement unitaire appel&#233; par les syndicats a &#233;t&#233; facilit&#233;, pour ne pas dire encourag&#233;, par la direction, qui, bonne fille, a accord&#233; l'apr&#232;s-midi &#224; ses employ&#233;s &#171; au titre des trois heures l&#233;gales d'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale annuelle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pass&#233;es ces amabilit&#233;s, la visite d&#233;marre : piscine de refroidissement des combustibles irradi&#233;s, ch&#226;teaux de plomb pr&#234;ts &#224; repartir pour l'Allemagne &#8211; trois mille tonnes de d&#233;chets allemands attendent alors d'&#234;tre retourn&#233;s, soit dix convois de &#171; castors &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Conteneur destin&#233; au transport des &#233;l&#233;ments combustibles us&#233;s et hautement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211;, atelier de vitrification des produits de fission et salle de contr&#244;le o&#249; les salari&#233;s &#224; leurs postes arborent un badge au message d&#233;frisant : &#171; &#201;cologie = nucl&#233;aire &#187;. L'&#233;change avec la direction autour du sc&#233;nario de sortie du nucl&#233;aire &#8211; alors envisag&#233;e pour dans trente ans par le d&#233;put&#233; europ&#233;en, un d&#233;lai qui lui aurait valu d'&#234;tre exclu de n'importe quel groupe &#233;cologiste quelques ann&#233;es plus t&#244;t &#8211; est vite exp&#233;di&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8695 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH307/capture_d_ecran_du_2023-04-02_16-33-48-2-3bf04.png?1781144693' width='500' height='307' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La sortie de l'usine ne se montre pas plus facile que l'entr&#233;e. &#192; la grille, des &#233;lus locaux sont m&#234;me venus renforcer les troupes avec un inspirant slogan : &#171; Cohn-ben-bite. C'est un terroriste. On l'a extrad&#233; en 1968. On devrait l'extrader en 1999. &#187; La d&#233;l&#233;gation finit par franchir les portes pour rejoindre Cherbourg, &#224; une vingtaine de kilom&#232;tres, o&#249; un meeting doit se tenir &#224; la salle des f&#234;tes. L&#224; aussi, les &#171; &#233;colos &#187; sont attendus. Les gilets CGT et FO ont &#233;t&#233; troqu&#233;s contre des tenues de camouflage, des cagoules et des manches de pioche. Il est 19 heures, la nuit est tomb&#233;e, et une coupure de courant est annonc&#233;e : &#171; Pas d'&#233;lectricit&#233; nucl&#233;aire pour les antinucl&#233;aires. &#187; Et toc ! C'est au tour des &#233;lectriciens de la CGT d'entrer en piste. Meeting annul&#233;. Le pr&#233;fet a annonc&#233; aux Verts qu'il ne pouvait en assurer la s&#233;curit&#233;. C'est sous l'escorte des CRS que le d&#233;put&#233; europ&#233;en rejoindra Paris dans la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Emploi versus &#233;cologie,rencontre impossible&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le courrier envoy&#233; aux hi&#233;rarchies syndicales de La Hague quelques semaines plus t&#244;t n'y aura donc rien fait. La d&#233;l&#233;gation en campagne s'&#233;tait pourtant montr&#233;e attentive aux int&#233;r&#234;ts des travailleurs : une sortie du nucl&#233;aire ne signifierait pas la fin de l'emploi &#224; l'usine puisqu'il faudrait retraiter les centaines de kilos de combustibles fran&#231;ais et &#233;trangers accumul&#233;s au cours des derni&#232;res d&#233;cennies. Il y aurait donc encore beaucoup &#224; faire et ce pour au moins encore trente ans. Les repr&#233;sentants de l'intersyndicale entendent la situation d'une autre oreille et refusent de discuter avec &#171; ces fossoyeurs d'emplois &#187;. Dans ses tracts, la CGT &#8211; assi&#233;g&#233;e par un inqui&#233;tant d&#233;ferlement Vert &#8211; d&#233;nonce un &#171; harc&#232;lement continu visant &#224; supprimer un maillon essentiel et indispensable de la fili&#232;re nucl&#233;aire pour mieux la discr&#233;diter et obtenir son abandon &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Cogema vient effectivement d'&#234;tre mise en examen. Deux proc&#233;dures sont engag&#233;es : en 1994, le Crilan (Comit&#233; de r&#233;flexion antinucl&#233;aire de Basse-Normandie) d&#233;pose une plainte contre le stockage ill&#233;gal de d&#233;chets nucl&#233;aires &#233;trangers sur le sol fran&#231;ais ; en 1997, une nouvelle plainte est port&#233;e par Didier Anger, militant du cru et antinucl&#233;aire de la premi&#232;re heure, cofondateur des Verts devenu conseiller r&#233;gional, pour mise en danger de la vie d'autrui. Dans un communiqu&#233; transmis &#224; la presse et distribu&#233; &#224; Cherbourg la veille de cette joyeuse journ&#233;e, la CGT vise Didier Anger en personne, accus&#233; de voir dans la mise en examen de la Cogema la possibilit&#233; d'&#171; une sacr&#233;e victoire personnelle : la fermeture de l'usine de La Hague, et la suppression au bas mot de quinze mille emplois. &#187; L'emploi versus l'&#233;cologie, voil&#224; quelques ann&#233;es que les termes du d&#233;bat entre antinucl&#233;aires et travailleurs de l'usine ne permettent plus d'imaginer une cause commune, ni m&#234;me un &#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vingt-cinq ans plus t&#244;t, Didier et Paulette Anger connaissaient pourtant bien une partie des syndicalistes de La Hague, avec qui ils partageaient une m&#234;me critique de l'exploitation, de la soci&#233;t&#233; polici&#232;re et un espoir r&#233;volutionnaire. Avec certains, ils avaient aussi partag&#233; les bancs de la m&#234;me &#233;cole. Les int&#233;r&#234;ts des uns et des autres ne semblaient alors pas si &#233;loign&#233;s. Les syndicalistes CFDT de l'usine n'h&#233;sitaient pas &#224; venir s'exprimer aux f&#234;tes antinucl&#233;aires organis&#233;es &#224; Flamanville ou &#224; Cherbourg ; le Crilan, l'union r&#233;gionale de la CFDT et Les Amis de la Terre avaient sign&#233; un accord commun contre le plan Messmer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En mars 1974, Pierre Messmer, premier ministre sous la pr&#233;sidence de Georges (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et avaient conjointement organis&#233; une manifestation de Beaumont-Hague jusqu'&#224; l'usine en juin 1976. C'est donc assez spontan&#233;ment qu'en septembre 1976, au d&#233;marrage de la plus grande gr&#232;ve que le CEA ait connue, Didier et Paulette Anger avaient soutenu l'occupation de l'usine en participant au rassemblement devant les grilles, comme pas mal de gens du coin d'ailleurs. Ils avaient m&#234;me contribu&#233; &#224; &#171; populariser le mouvement &#187;, comme on disait alors, en organisant des projections de &lt;i&gt;Condamn&#233;s &#224; r&#233;ussir&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Disponible en DVD chez Iskra Production. Ce film qui n'est plus projet&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, un film d'information sur les conditions de travail &#224; La Hague, et ce jusqu'au Japon.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8696 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH337/capture_d_ecran_du_2023-04-02_16-33-29-89825.png?1781144693' width='500' height='337' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve qui &#233;clate en 1976 est le fruit d'une dynamique marqu&#233;e par &#171; l'esprit de Mai &#187; : l'exp&#233;rience du &#171; soviet &#187; de Saclay est encore fra&#238;che, de nombreux scientifiques &#8211; dont des physiciens nucl&#233;aires &#8211; se sont montr&#233;s tr&#232;s critiques du nucl&#233;aire et se sont oppos&#233;s au plan Messmer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir au sujet de l'engagement des scientifiques dans la critique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et la CFDT est majoritaire sur plusieurs sites. Alors clairement anticapitaliste, porteuse d'une forte critique du pouvoir, de la soci&#233;t&#233; de consommation et des d&#233;g&#226;ts du progr&#232;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Syndicat CFDT, Les d&#233;g&#226;ts du progr&#232;s, Paris, Seuil, coll. &#171; Points &#187;, 1977&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la CFDT est particuli&#232;rement bien implant&#233;e &#224; Saclay et &#224; La Hague o&#249;, sur pr&#232;s de mille salari&#233;s, elle compte environ trois cent cinquante adh&#233;rents. Or, il se trouve qu'&#224; La Hague, les travailleurs sont particuli&#232;rement inquiets : avec le vieillissement des installations, la pollution radioactive qui devait rester confin&#233;e dans certaines zones s'&#233;tend. Le CEA avait imagin&#233; une usine 9 o&#249; l'intervention humaine au contact de la radioactivit&#233; ne serait pas n&#233;cessaire. La r&#233;alit&#233; est bien diff&#233;rente : les incidents techniques sont quotidiens et les interventions en milieu radioactif se multiplient. Ces op&#233;rations se r&#233;v&#232;lent en outre de plus en plus longues et fatigantes, car les installations n'ont pas &#233;t&#233; con&#231;ues pour accueillir un travail humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Critique du travail contamin&#233;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le m&#233;contentement qui commence &#224; s'exprimer dans les tracts de la CFDT au d&#233;but des ann&#233;es 1970 grandit encore &#224; la perspective de travailler dans une soci&#233;t&#233; de droit priv&#233;. Le 26 d&#233;cembre 1975, le gouvernement autorise par d&#233;cret la cr&#233;ation d'une filiale pour la gestion industrielle du cycle du combustible dont le CEA cherche &#224; se d&#233;faire. Avec la cr&#233;ation de la Cogema, entreprise d'&#201;tat dirig&#233;e par Georges Besse, la direction du CEA veut transformer cette unit&#233; prototype, d&#233;j&#224; us&#233;e, en maillon industriel mod&#232;le de la fili&#232;re nucl&#233;aire. La fili&#232;re nucl&#233;aire fran&#231;aise vise l'exportation et se pr&#233;sente comme l'unique au monde &#224; int&#233;grer toutes les &#233;tapes du cycle du combustible, de la transformation de l'uranium &#224; la gestion des d&#233;chets. Cette &#233;volution suppose une augmentation de la production et de la productivit&#233; du travail qui, les salari&#233;s le savent, se fera au d&#233;triment de la s&#233;curit&#233;. Le tonnage de combustibles irradi&#233;s a d&#233;j&#224; quasiment tripl&#233; en deux ans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est pass&#233; de 250 tonnes en 1972 &#224; 635 tonnes en 1974 (archives CFDT)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les d&#233;p&#244;ts radioactifs augmentent dans les tuyauteries et les pannes diverses exigent de fr&#233;quentes op&#233;rations en zones chaudes. Le nombre d'accidents de contamination explose : 114 accidents en 1971 pour 572 en 1975&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'activit&#233; de l'usine doit encore augmenter, laissant pr&#233;sager une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#171; Les travailleurs ne veulent pas &#234;tre de la &#8216;viande &#224; rems'&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Unit&#233; de mesure de la radioactivit&#233; utilis&#233;e &#224; l'&#233;poque et remplac&#233;e ensuite (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ils veulent la s&#233;curit&#233; et la sant&#233;, cela ne se n&#233;gocie pas &#187;, peut-on lire dans un tract de la CFDT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis Paris, au bureau du SNPEA &#8211; le Syndicat national des personnels de l'&#233;nergie atomique, affili&#233; &#224; la CFDT &#8211;, quelques francs-tireurs se d&#233;placent r&#233;guli&#232;rement dans les usines. Parmi eux se trouvent deux militants au r&#244;le d&#233;terminant : Bernard Laponche, polytechnicien et physicien nucl&#233;aire, permanent du syndicat, et Jean-Claude Zerbib, ing&#233;nieur en radioprotection, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du SNPEA, tous deux &#224; l'origine d'un ambitieux travail d'enqu&#234;te sur le fonctionnement et les risques des installations qui donnera lieu &#224; la publication d'un livre, un best-seller dans son domaine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Leur travail aboutit, en 1974, &#224; l'&#233;criture de deux brochures tr&#232;s compl&#232;tes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8697 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH331/capture_d_ecran_du_2023-04-02_16-33-58-cd513.png?1781144693' width='500' height='331' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'occasion d'une de ses visites dans le Cotentin, Bernard Laponche fait l'exp&#233;rience des conditions de travail en milieu contamin&#233; : &#171; Je suis descendu avec un ouvrier, L&#233;on Lemonnier. C'&#233;tait la premi&#232;re fois que je me retrouvais directement expos&#233; &#224; la radioactivit&#233;. Il devait intervenir en zone, on avait d&#251; mettre les tenues shadocks&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Combinaison &#233;tanche et ventil&#233;e devant permettre une protection int&#233;grale&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il devait couper un tuyau pour changer une pompe, on &#233;tait dans des esp&#232;ces de souterrains lugubres, et je me suis alors rendu compte de ce que c'&#233;tait. Tout &#233;tait tellement compartiment&#233; que la plupart d'entre nous, les physiciens, ne connaissions rien aux risques. Certains d'entre nous travaillaient dans les applications militaires, un secteur couvert par le secret, d'autres dans les usines comme &#224; La Hague ou &#224; Marcoule, d'autres encore dans la recherche fondamentale. Le nucl&#233;aire n'&#233;tait pas le probl&#232;me pour eux puisqu'ils faisaient de la physique. Moi, par exemple, j'ai fait ma th&#232;se sur le plutonium (Pu), mais je n'ai jamais &#233;tudi&#233; ou connu les risques du Pu. Je devais expliquer le sens des r&#233;sultats d'exp&#233;riences faites par d'autres ; le risque, ce n'&#233;tait pas mon probl&#232;me. On s'est aper&#231;us de tout cela au d&#233;but des ann&#233;es 1970. Chacun connaissait &#224; peu pr&#232;s ce qu'il faisait, mais n'avait aucune id&#233;e de 11 ce que faisaient les autres ni de ce qu'&#233;tait au juste cette utilisation de l'&#233;nergie nucl&#233;aire. C'est pour &#231;a qu'on a voulu faire le livre, puis que l'id&#233;e du film a &#233;t&#233; soutenue. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un film qui devient mouvement&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; La Hague, les travailleurs cherchent des moyens originaux pour faire conna&#238;tre, en dehors de l'usine, leur situation et leurs dangereuses conditions de travail. Ils pensent &#224; un film. Bernard Laponche, qui vient d'exp&#233;rimenter la &#171; promenade &#187; en tenue shadock, propose d'en parler &#224; un ami. De dr&#244;les d'oiseaux entrent alors en sc&#232;ne. C'est que l'&#233;poque est le th&#233;&#226;tre de rencontres improbables qui transforment celles et ceux qui en font l'exp&#233;rience. Aussi pr&#233;cieuse que m&#233;connue, l'histoire du film &lt;i&gt;Condamn&#233;s &#224; r&#233;ussir&lt;/i&gt; donne &#224; voir ce que cette s&#233;quence des ann&#233;es 1970 ouvre comme perspectives. Financ&#233; par la CFDT et r&#233;alis&#233; par une &#233;quipe non professionnelle, ce 52 minutes est tourn&#233; en janvier 1976. En r&#233;v&#233;lant le quotidien des ouvriers, il devient un outil au service de la gr&#232;ve autant qu'un document nourrissant la critique antinucl&#233;aire. Il est aussi un catalyseur de rencontres tant au moment de sa r&#233;alisation que lors de sa diffusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ami en question, c'est Fran&#231;ois Jacquemain. Ils se sont rencontr&#233;s dans un des clubs de jazz du c&#339;ur de Paris. Fran&#231;ois Jacquemain a alors une certaine pratique de l'agitation politique et du cin&#233;ma militant, qu'il pr&#233;f&#232;re appeler &#171; cin&#233;ma d'intervention &#187;. &#192; pr&#232;s de quatre-vingt ans, il garde aujourd'hui une certaine classe. Perfecto sur le dos, coup-de-poing am&#233;ricain, en guise de presse-papier, sur le bureau &#8211; on ne sait jamais &#8211;, la r&#233;partie reste d&#233;capante. &#171; J'ai adh&#233;r&#233; au Parti communiste en 1950. J'y ai rencontr&#233; beaucoup de sales cons de bureaucrates staliniens, mais &#233;galement des gens formidables, dockers, agriculteurs et intellectuels qui cherchaient une issue au capitalisme. &#187; Inscrit aux Beaux-Arts, il fr&#233;quente plus volontiers les bistrots de Saint- Germain-des-Pr&#233;s que l'Ecole. Il y c&#244;toie un groupe &#224; pr&#233;tention surr&#233;aliste. Des rencontres qui le vaccinent contre &#171; la connerie stalinienne &#187; ; il se fait d'ailleurs exclure du PC. Jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 1950, il peint, avec quelques succ&#232;s, mais bient&#244;t laisse tomber. Pour lui, comme pour un certain nombre de ses petits camarades, &#171; l'activit&#233; artistique ne doit plus seulement consister &#224; repr&#233;senter le monde de diff&#233;rente fa&#231;ons et par diff&#233;rents moyens ; elle doit le changer &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Bernard Laponche lui propose de faire un film, il contacte des amis d'horizons divers : &#171; L'id&#233;e de faire un film ensemble, sur un tel sujet, nous plaisait &#224; tous. Je demande toutefois que le film soit r&#233;alis&#233; en 16 mm couleur et que nous disposions d'une libert&#233; totale sur le fond comme dans la forme. Ce film, nous l'avons envisag&#233; d&#232;s le d&#233;part comme un reportage qui se placerait pour une fois du point de vue des ouvriers sur leur travail. &#187; Le SNPEA prend le film en charge financi&#232;rement en faisant une collecte g&#233;n&#233;rale aupr&#232;s de ses adh&#233;rents (ils sont &#224; peu pr&#232;s trois mille &#224; l'&#233;poque), et, comme celle-ci ne suffit pas, un compl&#233;ment est fourni par des pr&#234;ts personnels. Ni l'&#233;quipe de r&#233;alisation ni celle des com&#233;diens, compos&#233;e essentiellement par les ouvriers de l'usine, ne sont r&#233;mun&#233;r&#233;es mais, pour g&#233;rer l&#233;galement la production et la diffusion, la soci&#233;t&#233; Cin&#233; Information Documents (CID) est constitu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Laiterie d&#233;saffect&#233;e et shadocks clandestins&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Fin janvier 1976, Claude Eveno, un ami de Fran&#231;ois Jacquemain, et Jo&#235;lle Hocquard, une journaliste originaire de la presqu'&#238;le, pr&#233;c&#232;dent l'&#233;quipe parisienne pour pr&#233;parer les conditions mat&#233;rielles du s&#233;jour, organiser les contacts avec la section syndicale, les travailleurs, des habitants et des notables de la r&#233;gion. Sans surprise, la direction de La Hague refuse l'autorisation de tourner dans l'usine. Gilles Lacombe, intronis&#233; d&#233;corateur du film, parvient toutefois &#224; y entrer clandestinement avec la complicit&#233; de la CFDT et de quelques gardiens sympathisants. Puisqu'il est impossible de tourner &#224; l'int&#233;rieur, l'&#233;quipe d&#233;cide de reconstituer ailleurs l'environnement de travail. Apr&#232;s quelques h&#233;sitations, c'est une laiterie d&#233;saffect&#233;e qui est &#233;lue pour ses tuyauteries et ses escaliers m&#233;talliques qui ressemblent d'assez pr&#232;s &#224; ceux de l'usine, &#171; en plus neuf &#187;, disent les ouvriers !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8701 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH176/lahaue1-1dc6f.png?1781144693' width='500' height='176' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La section CFDT de l'usine a d&#233;l&#233;gu&#233; un certain nombre de ses membres pour participer au film. L&#233;on Lemonnier, ouvrier d&#233;contamineur originaire de Cherbourg, est d&#233;sign&#233; comme porte-parole et doit effectuer l'intervention devant la cam&#233;ra. &#171; On leur a demand&#233;, aux gars de Paris, qu'est-ce qu'ils voulaient faire comme film : est-ce que c'&#233;tait seulement sur les conditions de travail, ou est-ce que &#231;a risquait d'alimenter le mouvement antinucl&#233;aire ? raconte L&#233;on. Il fallait qu'on sache parce que &#231;a engageait autre chose pour nous que pour eux. Ils ont &#233;t&#233; clairs : pas de doute que &#231;a allait &#234;tre dur. Ils ne pouvaient pas faire un film qui ne dirait pas la v&#233;rit&#233; et ne poserait pas les bonnes questions. Nous, &#224; partir de l&#224;, on pouvait accepter ou refuser. Mais on a pris le risque. On pensait qu'on allait &#234;tre vir&#233;s de La Hague, mais on &#233;tait contents. Faut dire qu'on n'&#233;tait pas bien par rapport &#224; cette usine. &#192; partir de l&#224;, notre maison est devenue le lieu de rendez-vous de toute l'&#233;quipe. &#187; Sa femme, Anne-Marie, n'avait pas le r&#244;le le plus facile : soutenue par Jo&#235;lle Hocquard, elle assurait l'intendance pour une &#233;quipe d'hommes qui rentraient souvent au milieu de la nuit, apr&#232;s des heures de tournage. Elle en garde toutefois un souvenir au go&#251;t de piquant : &#171; Le plancher &#233;tait en mauvais &#233;tat, on planquait les pellicules dessous pour pas qu'elles soient prises par la DST. On &#233;tait sans cesse suivis par deux couillons. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le canevas du film est &#233;crit une fois l'&#233;quipe locale rencontr&#233;e : intervention d'un ouvrier en zone radioactive, relation des travailleurs entre eux, r&#233;percussions du travail sur la vie quotidienne &#224; l'ext&#233;rieur de l'usine, situation de l'usine dans la r&#233;gion, son fonctionnement et sa place dans le probl&#232;me mondial du retraitement et du stockage des d&#233;chets radioactifs. &#171; Moi, je devais jouer mon propre r&#244;le : le plouc local qui a &#233;volu&#233; et qui se pose des questions, r&#233;sume L&#233;on. J'avais des copains int&#233;rimaires qui bossaient au b&#226;timent d&#233;contamination, je leur ai demand&#233; de venir et ils sont venus faire devant la cam&#233;ra le boulot qu'ils faisaient tous les jours &#224; l'usine. On a aussi sorti pas mal de mat&#233;riel, clandestinement. &#187; Le rendu du film est si fid&#232;le que les responsables de l'usine s'y laisseront prendre lors de sa premi&#232;re projection publique &#224; Cherbourg : ils accuseront la CFDT d'avoir fait rentrer des cam&#233;ras en zone &#8211; ce qui amuse aujourd'hui encore l'&#233;quipe, qui explique que filmer dans ces endroits n'aurait pas manqu&#233; de &#171; br&#251;ler &#187; les pellicules compte tenu de la radioactivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on se souvient aussi des crispations au sein de la section CFDT de La Hague. Une partie des repr&#233;sentants &#233;taient r&#233;ticents, ils craignaient que le film v&#233;hicule un discours antinucl&#233;aire et compromette &#171; l'outil de travail &#187; ainsi que leur image &#224; l'int&#233;rieur de l'usine. &#171; Je me souviens d'un dimanche matin, en janvier, on se caillait les meules, je ne vous raconte pas ! C'&#233;tait la sc&#232;ne d'habillage o&#249; j'avais, comme par hasard, un tricot rouge ; et un permanent de la section de m'engueuler : &#8216;Pourquoi tu prends un tricot rouge ?' &#199;a le g&#234;nait que ce soit rouge, &#231;a lui &#233;voquait le communisme. Il &#233;tait un peu nerveux avec cette histoire de film. Certains avaient peur que la destin&#233;e du film leur &#233;chappe, ils avaient peur que &#231;a donne des billes aux antinucl&#233;aires. Ils &#233;taient tellement corpo ! Moi, je savais que &#231;a allait donner des billes parce que le film soul&#232;ve un tas de questions sur le nucl&#233;aire et qui concernent tout le monde ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8700 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH176/lahague2-4ba6a.png?1781144693' width='500' height='176' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est vrai que le film est antinucl&#233;aire. &#171; Pas parce que nous l'avons voulu, pr&#233;cise Fran&#231;ois Jacquemain, mais simplement parce qu'il suffit de montrer aux gens le nucl&#233;aire tel qu'il est pour qu'ils r&#233;alisent le danger qu'il repr&#233;sente. L'essentiel du film &#233;tait contenu dans le travail v&#233;cu, travail subi &#8216;pour la survie', et qui r&#233;v&#232;le visiblement sa nature ali&#233;nante et mensong&#232;re. Activit&#233; d&#233;pourvue de tout sens pour l'individu devenu le serviteur d'un syst&#232;me qu'il ne ma&#238;trise plus, activit&#233; qui l'empoisonne lentement mais sous le pr&#233;texte apparemment paradoxal de lui fournir les moyens de sa survie ; travail dans une tenue &#233;tanche qui mat&#233;rialise la s&#233;paration, la solitude et la d&#233;pendance toujours plus grande envers la m&#233;diation technologique et le syst&#232;me marchand qui la suscite. Et puis il y a le cancer, maladie sp&#233;cifique du travail dans l'&#233;nergie nucl&#233;aire, mais aussi maladie sp&#233;cifique de la soci&#233;t&#233; du capital. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De la gr&#232;ve aux assises du nucl&#233;aire&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 16 septembre 1976, alors que les agents re&#231;oivent les premi&#232;res propositions d'embauche de la Cogema, la gr&#232;ve est vot&#233;e &#224; l'usine de La Hague. Dans les jours qui suivent, elle s'&#233;tend aux autres sites &#8211; Miramas, Marcoule, Pierrelatte &#8211;, eux aussi concern&#233;s par la cr&#233;ation de la Cogema (qui les fait basculer du statut privil&#233;gi&#233; d'agents du CEA vers celui de salari&#233;s relevant du droit priv&#233;). &#192; La Hague, la gr&#232;ve est suivie &#224; 90 % et commence par une occupation de l'usine du 16 au 18 septembre, date &#224; laquelle les forces de police p&#233;n&#232;trent pour la premi&#232;re fois dans un centre de production nucl&#233;aire. Le mouvement prend ensuite la forme d'une gr&#232;ve des travailleurs affect&#233;s &#224; la production, les autres agents soutenant financi&#232;rement ces derniers, et ce jusqu'&#224; la fin du mois de d&#233;cembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lanc&#233;e contre des conditions de travail d&#233;grad&#233;es et la menace de la privatisation, cette gr&#232;ve qui dure jusqu'&#224; fin d&#233;cembre exprime aussi le besoin des travailleurs de faire sortir de l'usine les questions qui les pr&#233;occupent, comme en t&#233;moigne l'&#233;lan suscit&#233; par le film &lt;i&gt;Condamn&#233;s &#224; r&#233;ussir&lt;/i&gt;. Si une partie des syndicalistes impliqu&#233;s dans sa r&#233;alisation craignaient qu'il serve la critique du nucl&#233;aire, lorsqu'il est pr&#233;sent&#233; &#224; l'ensemble des travailleurs au cours de la gr&#232;ve, il est per&#231;u par la majorit&#233; d'entre eux comme leur film. Ils organisent &#224; eux seuls plus de 300 projections &#224; travers toute la France, une tourn&#233;e qu'ils assurent avec leurs propres moyens. De m&#234;me, les gr&#233;vistes organisent &#224; Cherbourg, les 27 et 28 novembre 1976, les premi&#232;res &#171; Assises du nucl&#233;aire &#187;, d&#233;bat populaire et contradictoire. Pr&#232;s de dix mille personnes viennent de toute la France pour des discussions, des ateliers th&#233;matiques, des concerts. De nombreuses questions sont abord&#233;es : les rapports du nucl&#233;aire avec la restructuration industrielle, l'&#233;cologie, la s&#251;ret&#233;, les conditions de travail, les besoins en &#233;nergie, la politique de l'emploi, un choix de soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8702 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L220xH293/capture_d_ecran_du_2023-04-02_16-34-45-845ab.png?1781144693' width='220' height='293' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les repr&#233;sentants de la fili&#232;re nucl&#233;aire sont (momentan&#233;ment) d&#233;sarm&#233;s par l'ampleur du mouvement, qui relance le d&#233;bat sur le traitement des combustibles us&#233;s &#224; un moment critique : il n'y a plus &#8211; hors de France &#8211; une seule usine de retraitement en &#233;tat de marche. En outre, certains pays, notamment les &#201;tats-Unis, abandonnent ou renvoient aux calendes grecques tout retraitement ; d'autres, comme la Su&#232;de, subordonnent la poursuite de leur programme &#233;lectronucl&#233;aire &#224; la certitude que leurs dangereux d&#233;chets seront bien pris en charge par l'usine fran&#231;aise. Mais alors que la pression monte au niveau international avec des contrats commerciaux menac&#233;s et qu'&#224; La Hague le mouvement de contestation prend une ampleur inqui&#233;tante &#8211; tant pour ses critiques &#224; l'encontre du programme nucl&#233;aire que pour le soutien qu'il trouve aupr&#232;s de la population &#8211;, au niveau national le syndicat se fixe de modestes objectifs : 1. l'arr&#234;t des propositions d'embauche par la Cogema et le retrait de celles d&#233;j&#224; envoy&#233;es ; 2. des n&#233;gociations sur les conditions de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la CFDT de la premi&#232;re moiti&#233; des ann&#233;es 1970 prend position contre le programme &#233;lectronucl&#233;aire, fin 1976, par la voix de ses repr&#233;sentants nationaux, elle exprime un point de vue plus &#171; r&#233;aliste &#187; : &#171; Puisque plusieurs centrales nucl&#233;aires sont d&#233;j&#224; en service et que les d&#233;chets irradi&#233;s s'accumulent, le retraitement est n&#233;cessaire &#187;, recadre Michel Rolant, num&#233;ro deux de la CFDT, dans la revue Rayonnement. &#192; La Hague, l'effervescence retombe et les troupes sont dispers&#233;es avec des propositions d'avancement pour certains et des mises au placard pour d'autres. Quelques uns sont mut&#233;s &#224; Caen, au Ganil, o&#249; se trouve l'acc&#233;l&#233;rateur d'ions lourds, d'autres sont envoy&#233;s &#224; Cadarache, dans le Sud, ou encore &#224; Saclay, aux portes de Paris. L&#233;on Lemonnier, qui avait le premier r&#244;le dans le film, est tenu &#224; l'&#233;cart. Affect&#233; &#224; un nouveau poste, il n'y rencontre pas &#226;me qui vive. D&#233;s&#339;uvr&#233;, il tire toutefois avantage de son isolement en mettant sur pied un service de radioprotection &#171; autog&#233;r&#233; &#187; destin&#233; aux travailleurs sous-traitants et aux int&#233;rimaires qui assument de plus en plus de t&#226;ches expos&#233;es sans disposer pour autant de formation, de moyens de protection ou de suivi m&#233;dical adapt&#233;s. De la section CFDT de 1976, il ne reste, &#224; la fin des ann&#233;es 1970, plus qu'un pauvre h&#232;re, Jean-Pierre Lhermitte.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8698 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH338/capture_d_ecran_du_2023-04-02_16-35-17-5afa5.png?1781144693' width='500' height='338' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tandis que le noyau le plus contestataire de la CFDT est d&#233;mantel&#233; et que la critique syndicale s'affaisse, les probl&#232;mes dans l'usine persistent. &#192; la hausse constante des imp&#233;ratifs de production s'ajoute une s&#233;rie d'incidents techniques. La pression monte et des formes de protestation inattendues font irruption. En 1979, la r&#233;v&#233;lation d'une tentative de meurtre &#224; l'atome secoue l'usine. Un chef d'atelier r&#233;put&#233; injuste et autoritaire retrouve sous le si&#232;ge conducteur de sa voiture des queusots, pi&#232;ces utilis&#233;es pour fermer les gaines qui contiennent les combustibles irradi&#233;s, et donc hautement radioactives. Quelques mois plus t&#244;t, en juin 1978, No&#235;l Leconte, 28 ans, qui n'en pouvait plus des brimades qu'il subissait &#224; l'atelier de d&#233;gainage, avait d&#233;cid&#233; de se venger avec les moyens du bord : &#171; Je me suis dit que les services m&#233;dicaux s'en apercevraient, qu'il serait fatigu&#233; et retir&#233; de ce service &#187;, d&#233;clare le jeune homme le jour de son proc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Erreur ! Pendant pr&#232;s de cinq mois, le chef d'atelier soumis quotidiennement &#224; des irradiations circule sur le site sans que le service de protection contre les rayonnements ionisants ne s'aper&#231;oive de rien. C'est dire si la dite protection est efficace. C'est finalement un accident de la route qui lui sauve la vie : une fois sa voiture &#224; la casse, il en r&#233;cup&#232;re les si&#232;ges et d&#233;couvre ce qu'il croit d'abord &#234;tre une &#171; plaisanterie &#187;. Une plaisanterie qui co&#251;tera deux ans de prison &#224; son auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Espoirs trahis et nouvelles &#233;nergies&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La direction de la CFDT a pour sa part engag&#233; une nouvelle strat&#233;gie : elle vise d&#233;sormais &#224; peser directement sur le l&#233;gislateur et pour ce faire mobilise ses relations au PSU (parti socialiste unifi&#233;) et dans la galaxie Mitterrand. Port&#233;e par Bernard Laponche pour la CFDT, mais aussi par les Amis de la Terre ou le PS &#8211; vingt deux organisations en tout &#8211;, une grande p&#233;tition nationale &#171; pour une autre politique de l'&#233;nergie est lanc&#233;e &#187;. &#171; Formidable ! Sign&#233;e par 19 toute la Gauche ! On &#233;tait s&#251;rs de notre coup, se souvient Bernard Laponche. L'espoir a dur&#233; deux ou trois mois et, en octobre 1981, Pierre Mauroy a fait un grand discours &#224; l'Assembl&#233;e pour dire que le nucl&#233;aire &#233;tait formidable. &#199;a a sonn&#233; la fin de cette p&#233;riode des ann&#233;es 1970 qui avaient &#233;t&#233; extr&#234;mement actives. Un certain nombre d'entre nous se sont alors mis dans les alternatives, l'efficacit&#233; &#233;nerg&#233;tique, les renouvelables, avec la cr&#233;ation en 1982 de l'AFME &#8211; l'Agence fran&#231;aise de la ma&#238;trise de l'&#233;nergie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que reste-t-il de la gr&#232;ve 1976 ? Progressivement, c'est un double mouvement de morcellement et d'institutionnalisation de la critique qui s'est engag&#233; : tandis qu'une partie des cadres nationaux et locaux de la CFDT se sont d&#233;plac&#233;s du terrain de la lutte syndicale vers celui de la promotion des &#233;nergies renouvelables au sein d'officines gouvernementales, d'autres se sont engag&#233;s dans la contre-expertise citoyenne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En r&#233;ponse au mensonge sur le nuage de Tchernobyl, deux laboratoires (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En parall&#232;le, avec la mort d'un manifestant &#224; Creys Malville en 1977, le mouvement antinucl&#233;aire se divise et une partie des opposants investissent la vie parlementaire en multipliant leur participation &#224; des scrutins : &#233;lections municipales en 1977, l&#233;gislatives en 1978, europ&#233;ennes en 1979 et pr&#233;sidentielles en 1981 avec Brice Lalonde comme candidat de Aujourd'hui l'&#201;cologie.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8699 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH366/capture_d_ecran_du_2023-04-02_16-35-29-4336a.png?1781144693' width='500' height='366' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des travailleurs, le bilan est mitig&#233; : le mouvement de 1976 permet d'obtenir des am&#233;nagements au contrat initialement propos&#233; par la Cogema (ce qui le rapproche de la fameuse convention de travail acquise par les &#171; soviets &#187; de Saclay, voir encadr&#233;) ainsi que la cr&#233;ation d'un comit&#233; d'hygi&#232;ne et s&#233;curit&#233; (CHS) &#233;largi dont le but est de faire le point sur les probl&#232;mes de s&#233;curit&#233; et de conditions de travail. Plus g&#233;n&#233;ralement, il permet de faire &#233;merger la probl&#233;matique des conditions de travail. Un angle &#244; combien d&#233;rangeant pour les repr&#233;sentants de la fili&#232;re, tant il montre le d&#233;calage existant entre la r&#233;alit&#233; et leur repr&#233;sentation d'un univers aseptis&#233; o&#249; ne seraient employ&#233;s que des techniciens, des ing&#233;nieurs et des &#171; savants &#187; ; un d&#233;calage soigneusement entretenu et toujours d'actualit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au sujet des conditions de travail dans l'industrie nucl&#233;aire aujourd'hui, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La gr&#232;ve et le film permettent de faire conna&#238;tre l'envers du d&#233;cor, ce qui va pour un moment nourrir la critique syndicale et celle du mouvement social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les probl&#232;mes d&#233;nonc&#233;s en 1976 restent pour autant entiers. Si aucune nouvelle tentative de meurtre &#224; l'atome n'a &#233;t&#233; recens&#233;e, les conditions de travail et leurs cons&#233;quences demeurent pour le moins pr&#233;occupantes, quoique r&#233;duites &#224; une certaine invisibilit&#233; par le recours massif &#224; la sous-traitance pour les t&#226;ches les plus p&#233;nibles et expos&#233;es &#224; la radioactivit&#233;. Ce sont d&#233;sormais des salari&#233;s d'entreprises sous-traitantes qui assument 90 % des op&#233;rations n&#233;cessaires au fonctionnement des installations nucl&#233;aires. Avec cette organisation du travail faisant reposer les activit&#233;s les plus dangereuses sur des salari&#233;s &#224; la fois peu organis&#233;s et pr&#233;caris&#233;s, les mobilisations collectives se montrent rares. Les suicides de travailleurs sous-traitants, eux, sont nombreux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En mai 2015, Thomas Souchu, salari&#233; de l'entreprise STMI (filiale d'Areva) (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. et &#224; ces disparitions brutales s'ajoutent les cancers et autres pathologies radio-induites, rarement d&#233;clar&#233;es et reconnues comme telles. S'ils ne sont pas l&#233;gion, un certain nombre de sous-traitants tentent de s'organiser. Bien que la voie de la critique soit p&#233;rilleuse tant les enjeux &#233;conomiques et politiques sont importants dans le monde de la sous-traitance et dans celui de l'industrie nucl&#233;aire a fortiori, ils se regroupent dans des associations, en marge des syndicats, pour d&#233;noncer leurs conditions de travail et obtenir la reconnaissance en maladie professionnelle de leurs pathologies. Autant de revendications peu relay&#233;es par les organisations syndicales comme par les opposants &#224; l'industrie nucl&#233;aire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Majoritaire &#224; La Hague depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1980, le syndicat CGT a pour sa part organis&#233; de nouvelles &#171; Assises du nucl&#233;aire &#187; au d&#233;but de l'&#233;t&#233; 2015. &#192; Cherbourg d'abord, au Tricastin ensuite, puis au si&#232;ge national du syndicat, &#224; Montreuil, pour terminer. Malgr&#233; la reprise de la formule de 1976, difficile de voir une filiation avec la premi&#232;re initiative. En fait de proc&#232;s, ces assises ont pris la forme d'un v&#233;ritable pl&#233;biscite de l'industrie nucl&#233;aire. Pas question ici de d&#233;bat contradictoire ouvert aux riverains et aux antinucl&#233;aires. Il est encore moins question de s'interroger sur l'utilit&#233; sociale de cette industrie ou sur ses cons&#233;quences. Et que ce soit les travailleurs de l'association normande Sant&#233;-sous-traitance-nucl&#233;aire-chimie, ou ceux du collectif des Irradi&#233;s des armes nucl&#233;aires &#224; Brest, pour la plupart syndiqu&#233;s &#224; la CGT, aucun n'a &#233;t&#233; invit&#233; &#224; ces nouvelles grandes &#171; Assises &#187;. Un simple oubli ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Encadr&#233; 1&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;DES D&#201;CHETS NUCL&#201;AIRES RECYCL&#201;S ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Construite en 1961 par le CEA dans le but d'extraire le plutonium des d&#233;chets irradi&#233;s et ainsi r&#233;pondre aux besoins de fabrication de la bombe atomique, l'usine de La Hague devient successivement la propri&#233;t&#233; de la Cogema en 1976 puis celle d'Areva &#224; partir de 2006. Elle accueille depuis plus de quarante ans tous les combustibles us&#233;s des r&#233;acteurs fran&#231;ais, mais aussi &#233;trangers. Ils y patientent quelques ann&#233;es, certains jusqu'&#224; dix ans, le temps que leur tr&#232;s forte radioactivit&#233; d&#233;croisse. Puis les deux tiers d'entre eux sont soumis &#224; un processus industriel complexe. D'abord, les fameux crayons d'uranium enrichi sont cisaill&#233;s. Puis on les trempe dans un bain d'acide nitrique o&#249; ils se dissolvent, se transformant en une solution qui contient un m&#233;lange de plutonium, d'uranium et de produits de fission. Il faut ensuite s&#233;parer l'uranium et le plutonium du reste. Puis &#233;purer et concentrer ces &#233;l&#233;ments. Une tonne de combustible irradi&#233;, une fois trait&#233;e, fournit 950 kilos d'uranium dit de &#171; retraitement &#187; et 10 kilos de plutonium &#171; s&#233;par&#233; &#187;. Les 40 kilos restants, qui contiennent produits de fission, coques et embouts (ce qu'il reste des gaines), sont consid&#233;r&#233;s comme &#171; d&#233;chets ultimes &#187; : le projet tr&#232;s contest&#233; de l'&#201;tat est d'exp&#233;dier ces d&#233;chets r&#233;calcitrants particuli&#232;rement dangereux &#224; Bure, o&#249; ils devraient &#234;tre enfouis &#224; 500 m&#232;tres sous terre pour cent mille ans au minimum. Une partie du plutonium est retravaill&#233;e afin d'&#234;tre utilis&#233;e dans un nouveau combustible, le MOX. Quant &#224; l'uranium restant, pendant des ann&#233;es 15 % de son volume a &#233;t&#233; exp&#233;di&#233; en Russie pour y &#234;tre r&#233;enrichi, tandis que le reste est stock&#233; au Tricastin en attendant des jours meilleurs.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Encadr&#233; 2&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;LES SOVIETS DE SACLAY&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur le site de Saclay, qui compte alors 10 000 travailleurs, une assembl&#233;e de 6 000 personnes vote le 20 mai 1968 la mise en place de conseils &#233;lus dans chaque service et d&#233;partement. Cette exp&#233;rience de d&#233;mocratie directe durera pr&#232;s d'un an et conduira &#224; la signature d'une convention collective tr&#232;s avantageuse pour les salari&#233;s du CEA. En instituant de nouveaux droits syndicaux, cette convention permettra, &#224; la CFDT notamment, de faire &#233;lire plusieurs permanents, qui auront &#224; c&#339;ur d'&#233;tablir des liens avec les salari&#233;s des autres sites du CEA et d'enqu&#234;ter sur les conditions de travail. Le mouvement de Saclay va cr&#233;er des possibilit&#233;s de rencontre entre travailleurs de diff&#233;rentes cat&#233;gories et, surtout, de diff&#233;rents sites. Voir &#224; ce sujet le livre de Jacques Pesquet, Des soviets &#224; Saclay ? Premier bilan d'une exp&#233;rience de conseils ouvriers au Commissariat &#224; l'&#233;nergie atomique, Paris, Maspero, 1968.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Encadr&#233; 3&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;LE CIN&#201;MA D'INTERVENTION&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Au contraire d'un cin&#233;ma de consommation passive, le cin&#233;ma dont nous parlons doit permettre la rencontre dans un m&#234;me lieu et sur un m&#234;me sujet d'individus ordinairement dispers&#233;s. Quel que soit l'angle sous lequel il l'aborde, il doit avoir pour centre la r&#233;appropriation individuelle et collective par les humains de leur propre histoire. Quel que soit le choix de l'articulation forme-contenu, il sera de qualit&#233;, reconnaissant l&#224; la dimension essentielle du plaisir. Il atteindra l'individu dans sa r&#233;flexion, mais aussi dans son &#233;motivit&#233;, percutant &#233;galement dans le rationnel et l'irrationnel. Son but essentiel est de susciter, apr&#232;s la projection, une r&#233;flexion commune et un &#233;change critique permettant une communication imm&#233;diate, non m&#233;diatis&#233;e, entre les individus r&#233;ellement pr&#233;sents et favorisant ainsi leur auto-organisation. &#187; D&#233;finition propos&#233;e par Fran&#231;ois Jacquemain lors d'un entretien r&#233;alis&#233; en 1982.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Encadr&#233; 4&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;DOCILE, LA PRESQU'&#206;LE ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le choix du Cotentin a sans doute &#233;t&#233; d&#233;termin&#233; par son exposition &#224; des vents souvent violents et &#224; des courants marins puissants permettant la dispersion rapide des effluents radioactifs. Mais aussi par son petit nombre d'habitants qui &#224; l'&#233;poque de la construction de l'usine &#233;taient, en outre, tr&#232;s mal inform&#233;s. Pour autant, la m&#233;tamorphose du Cotentin ne s'est pas faite sans heurts. Des premi&#232;res actions de blocage de convois de d&#233;chets, en 1972, au d&#233;placement progressif, dans les d&#233;cennies suivantes, de la contestation sur le terrain parlementaire et juridique ou encore sur celui de la contre-expertise citoyenne, elle s'est vu opposer les multiples visages d'une r&#233;sistance locale dont l'histoire commence &#224; s'&#233;crire. Le blocage en gare de Valognes d'un convoi de d&#233;chets en partance pour l'Allemagne en novembre 2011 par plus de 500 personnes en est l'expression la plus r&#233;cente.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="https://ladernierelettre.fr/brochure/la-hague-grands-soirs-et-petits-matins/" class="spip_out"&gt;https://ladernierelettre.fr/brochur...&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cet article s'appuie sur une s&#233;rie d'entretiens men&#233;s avec diff&#233;rents protagonistes de l'&#233;poque et sur des archives (presse locale et nationale, rapports, comptes rendus et tracts syndicaux, presse &#233;cologiste et antinucl&#233;aire). Merci aux anciens militants de la CFDT de La Hague, de Saclay, et &#224; ceux de &lt;i&gt;Condamn&#233;s &#224; r&#233;ussir&lt;/i&gt;, &#224; Antoine Costa pour avoir d&#233;pos&#233; ce film sur le chemin de cette recherche, &#224; Paulette &amp; Didier Anger, Laura Blanchard &amp; Emilie Sievert pour leur accueil..&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Conteneur destin&#233; au transport des &#233;l&#233;ments combustibles us&#233;s et hautement radioactifs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En mars 1974, Pierre Messmer, premier ministre sous la pr&#233;sidence de Georges Pompidou, lance un vaste programme de construction de centrales nucl&#233;aires.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Disponible en DVD chez Iskra Production. Ce film qui n'est plus projet&#233; actuellement a &#233;t&#233; diffus&#233; des Etats-Unis au Japon. En France, la soci&#233;t&#233; de diffusion estime &#224; pr&#232;s d'un million le nombre de personnes l'ayant vu entre 1976 et le d&#233;but des ann&#233;es 1980.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir au sujet de l'engagement des scientifiques dans la critique antinucl&#233;aire le travail de Sezin Top&#231;u et, notamment, son livre La France nucl&#233;aire. L'art de gouverner une technologie contest&#233;e, Paris, Seuil, 2013&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Syndicat CFDT, Les d&#233;g&#226;ts du progr&#232;s, Paris, Seuil, coll. &#171; Points &#187;, 1977&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il est pass&#233; de 250 tonnes en 1972 &#224; 635 tonnes en 1974 (archives CFDT)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'activit&#233; de l'usine doit encore augmenter, laissant pr&#233;sager une aggravation de la situation : les projets pr&#233;sent&#233;s en 1975 portent sur 800 tonnes de combustibles pour le d&#233;but des ann&#233;es 1980&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Unit&#233; de mesure de la radioactivit&#233; utilis&#233;e &#224; l'&#233;poque et remplac&#233;e ensuite par le sievert.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Leur travail aboutit, en 1974, &#224; l'&#233;criture de deux brochures tr&#232;s compl&#232;tes &#224; destination des salari&#233;s du CEA. Devant l'absence de toute litt&#233;rature disponible pour le &#171; grand public &#187;, l'&#233;quipe d&#233;cide ensuite de publier &lt;i&gt;L'Electronucl&#233;aire en France&lt;/i&gt;, ouvrage de r&#233;f&#233;rence tir&#233; &#224; 50 000 exemplaires en 1975, et r&#233;&#233;dit&#233; deux fois, en 1980 et 1981.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Combinaison &#233;tanche et ventil&#233;e devant permettre une protection int&#233;grale&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En r&#233;ponse au mensonge sur le nuage de Tchernobyl, deux laboratoires ind&#233;pendants de mesure de la radioactivit&#233; sont cr&#233;&#233;s en 1986 : la CRII-RAD et l'ACRO&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Au sujet des conditions de travail dans l'industrie nucl&#233;aire aujourd'hui, lire l'article d'Emma Piqueray paru dans le num&#233;ro 6 de la revue Z. Pour un traitement plus spectaculaire de la question, voir Grand Central, un film de Rebecca Zlotowski dont le synopsis s'appuie sur le t&#233;moignage publi&#233; de Claude Dubout, ouvrier d&#233;contamineur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En mai 2015, Thomas Souchu, salari&#233; de l'entreprise STMI (filiale d'Areva) qui faisait partie des premiers &#224; avoir cr&#233;e une section syndicale CGT dans une entreprise sous-traitante du nucl&#233;aire au d&#233;but des ann&#233;es 1990, s'est suicid&#233; dans le bois situ&#233; &#224; proximit&#233; de la centrale de Nogent-sur-Seine. Sa famille et ses coll&#232;gues livrent le m&#234;me t&#233;moignage : il n'en pouvait plus de ses conditions de travail et des grands d&#233;placements permanents auxquels sont contraints la majorit&#233; des travailleurs affect&#233;s &#224; la maintenance des installations nucl&#233;aires. Son nom rejoint une liste d&#233;j&#224; longue o&#249; l'on trouve ceux de plusieurs travailleurs du Cotentin&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Texte publi&#233; en 2015 dans le Z n&#176;9 Toulouse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Balade sans emploi </title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article1597</link>
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		<dc:date>2018-10-26T05:00:35Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>anonymes</dc:creator>


		<dc:subject>Critiques du travail</dc:subject>
		<dc:subject>Zanzara ath&#233;e (Paris-banlieue)</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ves et luttes des classes</dc:subject>
		<dc:subject>English</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Entre ch&#244;mage et minima sociaux, gal&#232;re de thunes et refus du travail, on n'&#233;chappe pas si facilement au contr&#244;le social... Mais l'&#201;tat ne nous &#233;crase pas si facilement non plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ils veulent nous forcer &#224; employer notre temps &#224; produire ce qui est int&#233;ressant pour eux : des marchandises dont la vente engendrera du b&#233;n&#233;fice, que ce soit des canons ou des paquets de chips, du travail qui participe &#224; la reproduction de l'ordre social pr&#233;sent, par le contr&#244;le, la surveillance, la r&#233;pression, l'encadrement.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique6" rel="directory"&gt;B&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot6" rel="tag"&gt;Critiques du travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot7" rel="tag"&gt;Zanzara ath&#233;e (Paris-banlieue)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot95" rel="tag"&gt;Gr&#232;ves et luttes des classes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot127" rel="tag"&gt;English&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L104xH150/arton1597-77977.png?1781144694' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='104' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1597.png?1538089825&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a href=&#034;https://dupainsurlaplanche.noblogs.org/post/2017/03/04/n5-balade-sans-emploi/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Balade sans emploi&lt;/a&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#192; celles et ceux qui r&#234;vent &#171; &lt;a href=&#034;https://youtu.be/s3iFQ5pgRow&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d'&#233;clater un type des Assedics&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ouais, tu parles d'une balade&#8230;.J'aurais pr&#233;f&#233;r&#233; les calanques ou une belle rando dans les montagnes de l'arri&#232;re-pays, fuir la ville au moins quelques heures. Apr&#232;s une heure et demi de marche pour aller jusqu'au fin fond du boulevard de la Valbarelle, dans une zone industrielle sordide, j'atterris dans une sorte de pr&#233;fabriqu&#233; pour une heure d'entretien qui s'annonce mortelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le seul fait de convoquer des personnes dans ces parages sonne d&#233;j&#224; comme une punition. Sur cent personnes convoqu&#233;es l&#224;-bas, un tiers peut-&#234;tre ne va pas se pointer &#224; la convocation, ne serait-ce qu'&#224; cause du trajet. Les cons&#233;quences en sont faciles &#224; deviner...&lt;br class='manualbr' /&gt;Quitte &#224; se lever t&#244;t, &#224; &#234;tre au pied du mont Carpiagne &#224; 9h30, &#231;a donne envie de continuer la marche. Mais, sacredieu, non : il y a 450 euros &#224; sauver. Un RSA&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Note de Zanzara ath&#233;e : Prestation sociale d'environ 450 euros par mois, le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;400 miettes pour le loyer, 400 miettes pour les factures, 400 miettes pour la bouffe, 400 miettes pour tout ce qu'il faut payer, tout ce qui est trop compliqu&#233; &#224; voler. Et m&#234;me vol&#233;, c'est pas gratos&#8230; Les gal&#233;rien-nes savent combien la menace de la r&#233;pression p&#232;se sur leurs ill&#233;galismes &#171; de survie &#187; : arrestations, garde-&#224;-vue, jugements, casiers judiciaires, prison&#8230; La sombre comptabilit&#233; de la marchandise et du manque d'argent. On peut aussi se coltiner un travail pourri pour 100 ou 200 euros de plus, sans compter ce qu'il en co&#251;te de devoir subir les horaires et les ordres d'un patron, et cela est incalculable. Mais quel est le choix dans cette &#233;quation merdique entre taf, taule et survie permanente ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une heure de marche, normalement &#231;a donne le temps d'imaginer plein de conneries &#224; raconter &#224; son &#171; conseiller d'orientation &#187;. Effectivement, malgr&#233; le fait qu'il y ait souvent un mois pour se pr&#233;parer, imaginer une histoire, travailler un personnage, on a souvent mieux &#224; faire, surtout quand on est au ch&#244;mage et qu'on a plein de temps, &#224; d&#233;faut de travailler &#224; temps plein.&lt;br class='manualbr' /&gt;Je peaufine donc sur la route mon &#171; personnage sp&#233;cial rendez-vous insertion &#187; : c'est quelqu'un qui n'a apparemment pas envie de travailler, et qui n'a pas vraiment envie d'expliquer pourquoi, en tout cas pas &#224; une personne pay&#233;e pr&#233;cis&#233;ment pour le mettre au travail. Un peu d&#233;motiv&#233;, ou plut&#244;t jamais motiv&#233;. Un peu lent, un peu mou, un peu muet, pas r&#233;actif, pas volontaire. Qui doit serrer les dents pour ne pas l&#226;cher un &#171; je n'ai rien &#224; d&#233;clarer &#187; comme un r&#233;flexe. Pas d&#233;prim&#233; non plus : il faut se m&#233;fier avec ces gens-l&#224;, ils seraient capables de vous coller un-e psy sur le dos. Pas compl&#232;tement d&#233;s-ins&#233;r&#233;, mais pas ins&#233;r&#233; non plus. Certainement tire-au-flanc, et assez ouvertement m&#234;me, mais avec un soup&#231;on de retenue, car d'anonymes bureaucrates peuvent coller la mention &#171; pr&#233;carit&#233; volontaire &#187; sur votre dossier et vous faire rayer des listes. R&#233;sister &#224; ce genre d'entretien s'av&#232;re &#234;tre tout un art, jamais appr&#233;ci&#233; &#224; sa juste valeur. Dans tous les cas, tout est fait pour que vous vous pliiez au jeu, un bien triste jeu : endosser le costume du/de la gagnant-e, qui en veut, qui est pr&#234;t-e &#224; donner sa vie pour d&#233;crocher un job, montrer patte blanche, qu'importe la grosseur du mensonge qu'il faut d&#233;biter de fa&#231;on cr&#233;dible. Ou alors en faire des tonnes pour justifier ses &#171; obstacles &#224; la reprise d'activit&#233; &#187;. On ressort souvent lessiv&#233;-es de ces moments faits d'hypocrisie et de faux-semblants, avec l'envie urgente d'&#244;ter ce masque hideux, de prendre une douche. Ouf ! Vite passer &#224; autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rendez-vous, quel qu'il soit, o&#249; que ce soit, durera &#224; peu pr&#232;s une heure, je le sais d'avance. Une heure d'humiliation scolaire. Quelques questions, quelques informations tap&#233;es sur un ordinateur, quelques notes pour r&#233;diger une fiche toute administrative sur &#171; mon parcours &#187;, &#171; ma situation &#187;, cerner mon &#171; profil professionnel &#187;, &#233;tablir mon &#171; diagnostic d'orientation &#187;, et me &#171; r&#233;orienter &#187; si besoin est. Ayant &#233;gar&#233; ma boussole professionnelle il y a fort longtemps, j'ai d&#251; &#234;tre &#171; r&#233;orient&#233; &#187; moult fois. Trimball&#233; d'&#171; espace insertion &#187; en P&#244;le Emploi, en passant par la longue liste des agences &#224; qui l'&#201;tat d&#233;l&#232;gue la t&#226;che de (re)faire de vous un bon demandeur d'emploi, il n'y a souvent que la couleur des cloisons qui change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quelles que soient les nuances dans le z&#232;le que mettent les &#171; agents d'insertion &#187;, les ficelles restent globalement les m&#234;mes : coups de pression, menaces de radiation, passage en &#171; commission de discipline &#187;, diminution de la somme vers&#233;e chaque mois&#8230; Un savant m&#233;lange de paternalisme, de condescendance et de culpabilisation, le tout visant &#224; vous faire sentir l'haleine br&#251;lante de l'Institution, le picotement du rappel &#224; l'Ordre et l'ombre du Contr&#244;le au dessus de votre t&#234;te. Ces crapules se donnent beaucoup de mal pour nous faire avaler leurs discours moralisateurs, nous rappeler &#224; chaque instant que la soci&#233;t&#233; ne finance pas le &#171; droit &#224; la paresse &#187;, et que l'&#201;tat ne donne rien sans contrepartie. C'est l'objet des exp&#233;rimentations faites dans certains d&#233;partements o&#249; le RSA n'est vers&#233; qu'en &#233;change de plusieurs heures de travail b&#233;n&#233;vole obligatoire (&lt;i&gt;sic&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;On s'est dit que c'&#233;tait le moment de r&#233;gler nos comptes avec la mission locale&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Note de Zanzara ath&#233;e : Organisme visant l'insertion professionnelle et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;, parce qu'elle nous a jamais propos&#233; de formation de batailles de polochons, de joggeuse sur toits d'immeubles, de strat&#233;gie &#224; papier cailloux ciseaux et de toutes ces petites choses qui rendent nos vies improductives et un peu plus palpitantes. &#192; la place, elle nous propose des jeux ennuyants desquels on sort toujours perdant.es, des formations acc&#233;l&#233;r&#233;es pour nous jeter dans les ar&#232;nes du monde du travail.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;[Bris de vitre d'une mission locale &#224; Toulouse en f&#233;vrier 2017 - Publi&#233; le 12 f&#233;vrier 2017 sur &lt;a href=&#034;https://iaata.info/Creve-la-reinsertion-et-solidarite-offensive-1867.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Iaata.info&lt;/a&gt;.]&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pris dans cet engrenage, on a souvent l'impression d'avoir affaire &#224; une machinerie bien huil&#233;e et impersonnelle. Pourtant celle-ci ne fonctionne que parce que plusieurs milliers de personnes participent &#224; la grande broyeuse, cette machine &#224; pressuriser les individus, &#224; les transformer en rouages de l'&#233;conomie. Sans eux-elles il serait impossible d'isoler, de surveiller et de punir les millions de personnes devant pointer &#224; P&#244;le Emploi, &#224; la CAF et autres administrations de la survie. Or donc, pas de piti&#233; pour les flics sociaux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Six ann&#233;es &#224; bouffer de ces rendez-vous, saupoudr&#233;s de quelques heures de travail par-ci par-l&#224;. Un long chemin &#224; esquiver les sommations et les dispositifs mis en place pour nous acculer &#224; passer nos journ&#233;es &#224; qu&#233;mander un quelconque poste &#224; un quelconque employeur pour un quelconque salaire dans une quelconque entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la culpabilisation permanente exerc&#233;e sur les personnes qui ne travaillent pas, il faut rappeler que le ch&#244;mage n'est pas l'inverse du travail, il n'est que son anti-chambre. Le-la &#171; ch&#244;meur-se &#187; d'un jour n'est souvent que le-la travailleur-se d'hier, ou de demain. Les chiffres du ch&#244;mage sont toujours utilis&#233;s pour mettre la pression sur chaque exploit&#233;-e potentiel-le, pour le-la forcer &#224; accepter n'importe quel emploi, dans n'importe quelle condition, et quel que soit le salaire. En cela, les allocations ne sont qu'une partie du salaire vers&#233; &#224; l'ensemble de ce qu'on nomme &#171; la force de travail &#187;. L'&#201;tat et les capitalistes font et refont leurs comptes : pour eux il est pr&#233;f&#233;rable de verser quelques centaines d'euros &#224; plusieurs millions de personnes, plut&#244;t que de compter plusieurs millions de personnes dans la mis&#232;re la plus noire. Le pouvoir est pr&#234;t &#224; payer ce prix pour s'assurer le maintien d'une relative paix sociale (le fameux &#171; revenu universel &#187; discut&#233; ces temps-ci ne changerait pas fondamentalement la donne). Il est tout &#224; fait dans son int&#233;r&#234;t que le mythe de l'&#201;tat providence ne s'effondre pas totalement. C'est son principal argument pour se faire accepter : &#171; Voyez comme la D&#233;mocratie sait se montrer g&#233;n&#233;reuse ! &#187; Dans le m&#234;me temps il recourt &#224; des moyens bien plus drastiques, exp&#233;ditifs et sanglants pour maintenir cette paix de cimeti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils veulent nous forcer &#224; employer notre temps &#224; produire ce qui est int&#233;ressant pour eux : des marchandises dont la vente engendrera du b&#233;n&#233;fice, que ce soit des canons ou des paquets de chips, du travail qui participe &#224; la reproduction de l'ordre social pr&#233;sent, par le contr&#244;le, la surveillance, la r&#233;pression, l'encadrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soyons irr&#233;ductibles &#224; leur id&#233;al de formatage : nous ne sommes des prol&#233;taires, des allocataires, des travailleur-ses, des producteurs, des salari&#233;-es, des &#171; collaborateurs &#187; (selon la derni&#232;re mode langagi&#232;re capitaliste) que dans une soci&#233;t&#233; r&#233;gie par le fric et l'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tendons &#224; un autre emploi du temps : &#339;uvrons &#224; la destruction de cette soci&#233;t&#233; invivable (re)produite chaque jour par le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hier, aujourd'hui, demain :&lt;br class='manualbr' /&gt;Plut&#244;t ing&#233;rables qu'agents d'insertion.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;[Sabotage] &lt;a href=&#034;https://iaata.info/Sabotage-Lettre-a-ma-conseillere-Pole-Emploi-1554.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lettre &#224; ma conseill&#232;re P&#244;le Emploi&lt;/a&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans la nuit du 18 au 19 septembre [2016], le bo&#238;tier &#233;lectrique du P&#244;le Emploi de Purpan [&#224; Toulouse] a &#233;t&#233; incendi&#233;. Fermeture du lieu pendant 3 jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bonjour,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous aviez pris rendez-vous avec moi pour ce lundi 19 septembre. &#201;tant donn&#233; que je n'avais plus aucun jour de cong&#233; &#224; malencontreusement poser sur la m&#234;me date, j'ai pris la d&#233;cision d'incendier dans la nuit votre bo&#238;tier &#233;lectrique.&lt;br class='manualbr' /&gt;Je dois vous faire une confession : je d&#233;teste le travail presque autant que je d&#233;teste la loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'esp&#232;re que ces trois jours durant lesquels le P&#244;le Emploi de Purpan aura &#233;t&#233; ferm&#233; vous permettront de mieux comprendre mes intentions, en profitant des joies d'un ch&#244;mage (technique) pay&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous prie d'agr&#233;er mes salutations les plus br&#251;lantes.&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a href=&#034;https://nantes.indymedia.org/articles/36847&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cr&#232;ve la r&#233;insertion et solidarit&#233; offensive&lt;/a&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;[Une nuit de f&#233;vrier 2017 &#224; Toulouse], en solidarit&#233; avec des compagnon.ne.s qui r&#233;sistent face &#224; la r&#233;pression, on a br&#251;l&#233; un camion de JC Decaux avec des allume-feu et attaqu&#233; la vitrine d'une mission locale &#224; coups de marteau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est bien dans ce monde de merde, c'est qu'il est facile de justifier ses cibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;JC Decaux, pas besoin de le pr&#233;senter, il nous martelle de ses pubs gerbantes au quotidien, profite de la main d'oeuvre gratuite en faisant faire des TIG. On s'est charg&#233;.e.s de le remercier de ses nombreuses ann&#233;es au service de la normalisation et de la r&#233;insertion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la foul&#233;e, on s'est dit que c'&#233;tait le moment de r&#233;gler nos comptes avec la mission locale, parce qu'elle nous a jamais propos&#233; de formation de batailles de polochons, de joggeuse sur toits d'immeubles, de strat&#233;gie &#224; papier cailloux ciseaux et de toutes ces petites choses qui rendent nos vies improductives et un peu plus palpitantes. &#192; la place, elle nous propose des jeux ennuyants desquels on sort toujours perdant.es, des formations acc&#233;l&#233;r&#233;es pour nous jeter dans les ar&#232;nes du monde du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce monde de fric, d'ali&#233;nation, d'image, de comp&#233;tition, de r&#233;signation et de servitude, on n'aime pas trop. On veut autre chose, on veut cultiver une impertinence joueuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces moments durs, on a envie de se serrer les coudes et d'exprimer notre solidarit&#233; &#224; d'autres impertinent.e.s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pense &#224; celleux qui sont touch&#233;.e.s par une vague de r&#233;pression &#224; Florence et &#224; Montreuil. Nous voulons apporter notre soutien au copain incarc&#233;r&#233; dans l'affaire de la voiture de flics br&#251;l&#233;e. Nous pensons aussi &#224; Kara Wild, d&#233;tenue depuis des mois pour la m&#234;me raison. Et &#224; celleux dont on ne conna&#238;t pas les histoires.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#192; Damien, dont l'attitude face &#224; la justice nous encourage.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#192; Gabriel Pombo Da Silva et Elisa Di Bernardo, r&#233;cemment perquisitionn&#233;.e.s chez elleux et dont les r&#233;voltes n'ont jamais pu &#234;tre &#233;touff&#233;es par le syst&#232;me carc&#233;ral.&lt;br class='manualbr' /&gt;Et &#224; toutes celleux qui ne payent pas leurs amendes &#224; JC Decaux.&lt;br class='manualbr' /&gt;Et &#224; JC lui-m&#234;me, d&#233;c&#233;d&#233; r&#233;cemment, repose en paix, t'inqui&#232;te on prend soin de tes int&#233;r&#234;ts !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Note de Zanzara ath&#233;e :&lt;/i&gt; Prestation sociale d'environ 450 euros par mois, le &#171; Revenu de solidarit&#233; active &#187; a remplac&#233; en 2009 le RMI (&#171; Revenu minimum d'insertion &#187;), qui &#233;tait en vigueur en France depuis fin 1988.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Note de Zanzara ath&#233;e :&lt;/i&gt; Organisme visant l'insertion professionnelle et sociale, notamment des jeunes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Le texte &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://dupainsurlaplanche.noblogs.org/post/2017/03/04/n5-balade-sans-emploi/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Balade sans emploi&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; initialement publi&#233; dans la feuille d'agitation&lt;br class='autobr' /&gt;
anarchiste &lt;i&gt;Du pain sur la planche&lt;/i&gt; n&#176;5 (Marseille, f&#233;vrier-mars 2017).&lt;br class='manualbr' /&gt;Contact : dupainsurlaplanche@riseup.net&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href=&#034;https://dupainsurlaplanche.noblogs.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://dupainsurlaplanche.noblogs.org/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte &lt;i&gt;Lettre &#224; ma conseill&#232;re P&#244;le Emploi&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; initialement publi&#233; sur le site&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://iaata.&lt;br class='autobr' /&gt;
info/Sabotage-Lettre-a-ma-conseillere-&lt;br class='autobr' /&gt;
Pole-Emploi-1554.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Iaata&lt;/a&gt; le 22 septembre 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte &lt;i&gt;Cr&#232;ve la r&#233;insertion et solidarit&#233; offensive&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; initialement publi&#233; sur le site &lt;a href=&#034;https://nantes.indymedia.org/articles/36847&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Indymedia-Nantes&lt;/a&gt; le 9 f&#233;vrier 2017.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les classes dans la soci&#233;t&#233; capitaliste</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article1251</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.infokiosques.net/spip.php?article1251</guid>
		<dc:date>2016-09-20T23:26:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Grupo Ruptura</dc:creator>


		<dc:subject>Gr&#232;ves et luttes des classes</dc:subject>
		<dc:subject>Anticapitalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Le Symbiote (P&#233;rigueux)</dc:subject>
		<dc:subject>Oppressions de classe</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ce qu'il nous int&#233;resse de comprendre, c'est ce qu'est le prol&#233;tariat, ce que cela implique d'&#234;tre un prol&#233;taire ou un bourgeois, c'est mieux comprendre comment fonctionne le syst&#232;me capitaliste, mais surtout, mieux comprendre comment fonctionne sa destruction : les conflits, contradictions et crises qui se produisent en son sein. Pour cela nous consid&#233;rons n&#233;cessaire de comprendre comment le capitalisme se base sur l'exploitation et la domination d'une classe par une autre, et quelles sont les caract&#233;ristiques de chacune. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; du num&#233;ro 5 de &lt;a href=&#034;https://gruporuptura.wordpress.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Ruptura&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, paru en d&#233;cembre 2009.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique7" rel="directory"&gt;C&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot95" rel="tag"&gt;Gr&#232;ves et luttes des classes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot97" rel="tag"&gt;Anticapitalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot120" rel="tag"&gt;Le Symbiote (P&#233;rigueux)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot157" rel="tag"&gt;Oppressions de classe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L106xH150/arton1251-a391c.png?1781147801' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1251.png?1460831172&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tir&#233; du num&#233;ro 5 de &lt;a href=&#034;https://gruporuptura.wordpress.com/2010/04/02/las-clases-en-la-sociedad-capitalista/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Ruptura&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; paru en d&#233;cembre 2009.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis que nous avons commenc&#233; &#224; &#233;diter &lt;i&gt;Ruptura&lt;/i&gt;, nous l'avons toujours envisag&#233; plus comme une question que comme une r&#233;ponse. Une invitation &#224; la r&#233;flexion et &#224; l'analyse plus qu'une tentative d'&#233;taler notre science, bien que tout le monde ne l'ait pas pris ainsi. C'est pour cela que nous n'avons jamais h&#233;sit&#233; &#224; exprimer nos doutes comme &#224; d&#233;fendre nos convictions. Dans le num&#233;ro 2, nous avons essay&#233; d'&#233;claircir le fait que notre revendication d'une posture de classe partait de l'intuition que cela constitue une r&#233;alit&#233; fondamentale qui d&#233;termine nos vies et le monde dans lequel elles se d&#233;veloppent, et non pas de la souscription &#224; une id&#233;ologie d&#233;termin&#233;e. Cependant, comme certains nous ont fait la critique, nous n'avions expliqu&#233; dans aucun num&#233;ro ce que signifiait en d&#233;tail, pour nous, les classes, ce que nous entendions par prol&#233;tariat et bourgeoisie, ce que signifie la lutte des classes et surtout, quelle importance nous donnons &#224; toutes ces r&#233;alit&#233;s. Dans cet article, nous essaierons de faire une premi&#232;re approche de l'analyse des classes dans la soci&#233;t&#233; capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de commencer, nous aimerions faire une s&#233;rie de pr&#233;cisions. Nous ne sommes pas int&#233;ress&#233;s par une analyse de type universitaire, ce qui ne veut pas dire non plus que nous allons nous limiter &#224; dire quatre banalit&#233;s et comme nous ne basons pas notre &#171; prestige &#187; ni notre travail sur la validit&#233; de notre th&#233;orie, nous n'avons aucun besoin de la d&#233;fendre becs et ongles si quelqu'un nous d&#233;montre que nous nous trompons. De m&#234;me, nous comprenons qu'il y a des questions importantes et d'autres qui ne le sont pas autant, ou qui ne m&#233;ritent pas que l'on s'arr&#234;te sur elles, aussi r&#233;elles soient-elles. Nous n'adh&#233;rons &#224; aucune id&#233;ologie particuli&#232;re (marxiste, anarchiste, situationniste, insurrectionnaliste, etc.) c'est pourquoi nous n'avons pas besoin de mettre des citations de tel ou tel auteur pour appuyer nos arguments, m&#234;me si nous avons utilis&#233; syst&#233;matiquement ces m&#234;mes auteurs, et si ce que nous disons ne cadre pas avec les orthodoxies, invariances ou principes, tactiques et finalit&#233;s, tant pis pour eux/elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il nous int&#233;resse de comprendre, c'est ce qu'est le prol&#233;tariat, ce que cela implique d'&#234;tre un prol&#233;taire ou un bourgeois, c'est mieux comprendre comment fonctionne le syst&#232;me capitaliste, mais surtout, mieux comprendre comment fonctionne sa destruction : les conflits, contradictions et crises qui se produisent en son sein. Pour cela nous consid&#233;rons n&#233;cessaire de comprendre comment le capitalisme se base sur l'exploitation et la domination d'une classe par une autre, et quelles sont les caract&#233;ristiques de chacune. &lt;strong&gt;Cela ne signifie pas que le capitalisme et ces conflits peuvent &#234;tre r&#233;duits aux luttes au sein du monde du travail.&lt;/strong&gt; De fait, comme nous essaierons de l'expliquer, l'aspect li&#233; au travail ou &#233;conomique, aussi important soit-il, est simplement un des aspects de la lutte des classes. Pour ces motifs, nous nous centrerons fondamentalement sur les aspects de notre r&#233;alit&#233; la plus proche en tant que prol&#233;taires, et nous consacrerons peu de temps &#224; des relations qui, bien qu'importantes pour comprendre la soci&#233;t&#233;, restent relativement lointaines &#224; l'heure de la pratique, comme par exemple les relations entre diff&#233;rents types de capitalistes, etc.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les classes sociales dans le capitalisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme est une soci&#233;t&#233; bas&#233;e sur la production et l'&#233;change de marchandises. Cela signifie en derni&#232;re instance, que pour acqu&#233;rir n'importe quel service ou objet n&#233;cessaire pour vivre, il faut avoir l'argent pour l'acheter. En principe, on pourrait penser que ce qui caract&#233;rise les diff&#233;rentes classes, c'est la fa&#231;on dont elles obtiennent l'argent : les travailleurs re&#231;oivent un salaire et les capitalistes une partie de la plus-value que ces derniers g&#233;n&#232;rent, c'est-&#224;-dire un b&#233;n&#233;fice. Cependant, ceci est bien plus une cons&#233;quence de l'appartenance &#224; diff&#233;rentes classes que ce qui les d&#233;finit. Les travailleurs re&#231;oivent un salaire parce qu'ils sont des travailleurs, et non l'inverse. Ce qui d&#233;finit les classes, c'est leur relation avec les moyens de production, et &#224; travers eux, leur relation avec le reste de la soci&#233;t&#233; et le reste des autres classes. Le prol&#233;tariat se d&#233;finit en premier lieu en n&#233;gatif, comme celui qui est &lt;strong&gt;d&#233;poss&#233;d&#233;&lt;/strong&gt; de tout moyen de production qui ne soit pas sa propre capacit&#233; de travail. Cela est &#233;videmment rendu possible par l'existence d'une autre classe, la bourgeoisie, qui est propri&#233;taire des moyens de production n&#233;cessaires pour reproduire cette soci&#233;t&#233;. L'important ici, c'est de voir ce que cette d&#233;possession nous impose au quotidien : nous les prol&#233;taires ne disposons pas des moyens et m&#233;canismes pour mener la vie que nous voulons, pour produire la soci&#233;t&#233; dans laquelle nous voulons vivre, car pour survivre dans la soci&#233;t&#233; capitaliste nous avons besoin d'argent pour acheter les marchandises que celle-ci produit. Les prol&#233;taires disposent de seulement trois mani&#232;res d'obtenir l'argent n&#233;cessaire &#224; l'achat des marchandises : en travaillant, en volant ou en mendiant. Faire telle ou telle chose est une d&#233;cision &#171; libre &#187; de chaque prol&#233;taire, &#233;tant donn&#233; que, &#224; la diff&#233;rence d'autres temps et lieux, celui des serfs et des esclaves, les prol&#233;taires sont d&#233;sormais &#233;gaux juridiquement aux bourgeois, nous ne sommes pas oblig&#233;s de travailler pour eux. Nous pouvons &#171; choisir &#187; entre leur vendre notre force de travail&#8230; ou mourir de faim. &#201;videmment cette &#171; libert&#233; &#187; et ce &#171; choix &#187; sont purement formels et cachent la n&#233;cessit&#233; de travailler pour n'importe quel capitaliste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'autre face de la pi&#232;ce, c'est que le capitaliste est &#233;galement libre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; mais m&#234;me ainsi ils ont une importance cruciale pour le fonctionnement du syst&#232;me et, comme nous le verrons plus loin, pour ses m&#233;canismes de domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, comme nous le disions, le travail salari&#233; n'est pas la seule option qu'ont les prol&#233;taires pour survivre. Demander ou prendre sont les autres mani&#232;res restantes &#224; celles et ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas trouver un travail salari&#233;. De nos jours, cela peut sembler &#234;tre de la branlette intellectuelle, vu que la majorit&#233; des gens &#171; normaux &#187; d&#233;dient leur temps &#224; travailler. Mais si on va un peu plus loin que les apparences, on peut voir que g&#233;n&#233;ralement personne ne rate une occasion de s'arranger les choses au boulot, de t&#233;l&#233;charger des films, de tricher avec la balance de fruits et l&#233;gumes au supermarch&#233;, etc., etc.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aux d&#233;buts du capitalisme, lors de la d&#233;nomm&#233;e accumulation originelle (qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que la grande majorit&#233; des prol&#233;taires ait le travail salari&#233; comme source, quasi exclusive ou majoritaire, d'argent n'est pas un motif pour faire de celui-ci ce qui d&#233;finit le prol&#233;tariat, vu que c'est l'existence du prol&#233;tariat qui, tant historiquement que logiquement, d&#233;termine l'existence du travail salari&#233;, bien que post&#233;rieurement la relation capital-travail reproduise et renforce la division entre prol&#233;tariat et bourgeois&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le principal produit de la relation capital-travail, c'est le maintien de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il est important de souligner ce point pour diverses raisons. Nous &#233;viterons ainsi de tomber dans l'ouvri&#233;risme qui r&#233;duit le prol&#233;tariat au salari&#233;, ou pire encore &#224; l'ouvrier d'usine, mais &#233;galement dans l'&#171; anti-ouvri&#233;risme &#187; (et sa mythification de la d&#233;linquance et de &#171; la d&#233;brouille &#187;) ou dans des distinctions entre &#171; int&#233;gr&#233;s &#187; et &#171; exclus &#187;. Avec la crise que l'on subit et le peu de signes de r&#233;cup&#233;ration &#233;conomique qui s'annoncent &#224; l'horizon, le nombre de gens au ch&#244;mage et/ou qui vont &#234;tre contraint &#224; des formes plus ou moins ill&#233;gales, ou aux magouilles, pour obtenir de l'argent augmenteront, et avec eux, augmenteront la r&#233;pression comme les tentatives de nous diviser. Salari&#233;, ch&#244;meur, femme au foyer, &#233;tudiant, voleur&#8230; sont les diff&#233;rentes formes que le prol&#233;tariat peut assumer dans la soci&#233;t&#233; capitaliste, mais, dans leur d&#233;filement, ils constituent dans le m&#234;me temps autant d'&#233;l&#233;ments d'une unit&#233; organique dans laquelle, loin de s'opposer, ils sont tous &#233;galement n&#233;cessaires, et cette &#233;gale n&#233;cessit&#233; est ce qui constitue la vie de l'ensemble. Comprendre que nous sommes tous membres de la m&#234;me classe, avec des int&#233;r&#234;ts communs &#224; long terme, sera crucial pour d&#233;velopper des formes et des pratiques de r&#233;sistance contre la crise.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Classe et d&#233;termination&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233; &#224; ce point, il est important de se demander ce que cela implique d'&#234;tre un prol&#233;taire ou un bourgeois. Les courants les plus d&#233;terministes, le marxisme comme l'anarchisme, ont voulu voir (ou plut&#244;t ont voulu nous faire voir) dans le prol&#233;tariat &#224; peine moins qu'un nouveau messie que le d&#233;veloppement des forces productives, ou un autre facteur comme l'&#233;ducation libertaire, s'organiser dans un syndicat, etc., am&#232;nerait &#224; s'affronter chaque fois plus directement contre la bourgeoisie et &#224; &#233;tablir le communisme (libertaire si c'est le cas)... Il est aujourd'hui &#233;vident que cela n'est pas ainsi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les relations sociales capitalistes se caract&#233;risent par le fait que les relations entre les personnes s'effectuent &#224; travers la m&#233;diation d'objets (marchandises, moyens de production, billets, pi&#232;ces de monnaie&#8230;), de sorte que ces choses acqui&#232;rent des propri&#233;t&#233;s qui appartiennent r&#233;ellement aux relations dont elles assurent la m&#233;diation. Par exemple, les choses ont un prix, une valeur du fait d'&#234;tre produites dans une soci&#233;t&#233; dans laquelle une s&#233;rie de producteurs et de consommateurs priv&#233;s socialisent la production &#224; travers le march&#233;. De m&#234;me, de l'argent de la banque produit un int&#233;r&#234;t, mais il le produit parce que la banque se charge de le convertir en capital (ce qui implique de l'investir dans une entreprise pour obtenir une part d&#233;termin&#233;e de la plus-value arrach&#233;e &#224; ses travailleurs), et non pas parce que c'est de l'argent. C'est ce que l'on appelle traditionnellement le &#171; f&#233;tichisme &#187; de la marchandise, et par extension, de l'argent, du capital, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre face de la m&#233;daille est que les gens agissent comme personnification de ces &#171; choses &#187; dans lesquelles se sont cristallis&#233;es certaines relations sociales. Quand nous entrons dans un magasin, nous ne sommes pas nous-m&#234;me pour le vendeur, mais l'argent qu'il y a dans nos poches ou sur notre compte courant. De m&#234;me, ce que nous voyons uniquement derri&#232;re le vendeur, c'est ce que nous sommes venus acheter. De la m&#234;me mani&#232;re, pour le capitaliste, nous sommes seulement de la force de travail &#224; exploiter, tout comme pour nous, il est seulement la feuille de paie qu'on doit recevoir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;videmment la r&#233;alit&#233; est plus compliqu&#233;e, vu que sur ces relations se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous le disions, appartenir &#224; une classe ou &#224; l'autre va d&#233;terminer les probl&#232;mes que nous aurons &#224; affronter dans la soci&#233;t&#233;. Si tu es prol&#233;taire, l'ensemble des relations sociales capitalistes t'oblige &#224; choisir entre travailler, voler ou mendier pour trouver l'argent n&#233;cessaire pour vivre. Celui qui d&#233;cide de voler devra d&#233;cider qui il vole, les riches ou les pauvres, et il sera confront&#233; directement &#224; la loi et aux moyens mat&#233;riels qui la d&#233;fendent, etc. Celui qui d&#233;cide de travailler pour un patron, finira t&#244;t ou tard par se confronter &#224; lui, et pas n&#233;cessairement parce que les prol&#233;taires sont toujours dispos&#233;s au conflit de classe, mais parce que l'antagonisme de classe est quelque chose d'inh&#233;rent et de n&#233;cessaire &#224; la relation entre capitalistes et travailleurs. Pour obtenir un plus grand b&#233;n&#233;fice, le patron essaiera de baisser le salaire, ou de ne pas l'augmenter, d'appliquer de plus grands moyens de contr&#244;le pour s'assurer que le travailleur ne ch&#244;me pas au travail, il essaiera d'acc&#233;l&#233;rer les rythmes de travail, etc. De m&#234;me que nous essaierons nous planquer, de travailler le moins possible et toutes les petites choses&#8230; Ce n'est pas nous qui choisissons la lutte des classes, c'est la lutte des classes qui nous choisit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit, ce que la condition de prol&#233;taire ne d&#233;termine pas &lt;strong&gt;c'est l'option&lt;/strong&gt; qui sera choisie dans chaque cas. Les d&#233;cisions que chacun prend seront le r&#233;sultat du croisement de plusieurs facteurs : culturels, traditionnels, l'&#233;ducation re&#231;ue, la situation personnelle &#224; ce moment, les exp&#233;riences ant&#233;rieures, comment r&#233;pond le reste des compagnons, la concurrence avec d'autres prol&#233;taires, etc. La &#171; somme &#187;, pour le dire ainsi, de tous ces facteurs est ce qui d&#233;terminera en dernier ressort si quelqu'un d&#233;cidera de squatter une maison, de l'acheter, de la louer, s'il volera une banque, dans la sup&#233;rette du coin, ou &#224; la sortie d'un distributeur de billets du quartier, s'il fera face suite &#224; une humiliation de la part du chef ou s'il baissera la t&#234;te, s'il d&#233;cidera de lutter pour une augmentation de salaire ou s'il cherchera un autre boulot&#8230; Nos actes ne sont ni plus ni moins que les reflets de notre position de classe. Nous ne sommes pas, nous les prol&#233;taires, les chiens de Pavlov, nous voyageons chacun avec notre propre histoire sur le dos et, en derni&#232;re instance, la synth&#232;se de toutes nos exp&#233;riences pass&#233;es et pr&#233;sentes est ce qui d&#233;cide de notre comportement face &#224; une clochette. Pour r&#233;sumer d'une mani&#232;re simple, la position de classe nous pose les questions, mais nous sommes celles et ceux qui choisissons les r&#233;ponses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien ne permet de dire qu'un prol&#233;taire va se lever glorieusement un jour et lutter pour instaurer le communisme. La seule chose s&#251;re, c'est que c'est la seule mani&#232;re de se lib&#233;rer collectivement du capitalisme et de ces ali&#233;nations, &#224; travers la r&#233;volution sociale. Que nous prol&#233;taires, d&#233;cidions de nous lib&#233;rer en &#171; d&#233;truisant l'ordre social actuel &#187; ou de continuer &#224; supporter l'exploitation et l'ali&#233;nation capitaliste est une question diff&#233;rente, en lien certes, mais diff&#233;rente et nous nous y att&#232;lerons plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va de m&#234;me pour l'autre grande classe de la soci&#233;t&#233; capitaliste. Bien que l'on repr&#233;sente parfois les capitalistes comme des m&#233;chants messieurs avec fouet et haut de forme, la r&#233;alit&#233; est assez diff&#233;rente. En fait, certains d'entre eux sont s&#251;rement de braves gens, mais s'ils veulent faire des b&#233;n&#233;fices, s'ils veulent que leur capital fructifie, il faudra bien qu'ils serrent la vis &#224; leurs travailleurs t&#244;t ou tard. Ce n'est ainsi pas du fait d'une quelconque m&#233;chancet&#233; cong&#233;nitale du capitaliste, mais parce que la concurrence du reste des entrepreneurs l'obligera &#224; cela, qu'il le veuille ou non. Bien que ce soit seulement pour clarifier, nous dirons que les moyens de production ne sont pas imm&#233;diatement du capital, et que leur possession ne transforme pas imm&#233;diatement leur propri&#233;taire en capitaliste, pour cela il est n&#233;cessaire qu'il les utilise pour obtenir une plus-value &#224; travers l'exploitation des travailleurs. Ainsi, un charpentier ou un traducteur freelance qui travaillent en ind&#233;pendants dans leur petit local ou leurs maisons, avec peu d'outils, ne sont &#233;videmment pas capitalistes de par le simple fait de poss&#233;der leurs propres moyens de production, mais ils le seraient si, par exemple, ils employaient un assistant qui travaillerait dans le m&#234;me local avec les m&#234;mes outils. Si quelqu'un a un doute &#224; ce sujet, que pense t-il que r&#233;pondrait le charpentier si l'assistant lui demandait de doubler son salaire. Le capital n'est pas un ensemble de choses, mais une relation sociale entre personnes passant par l'interm&#233;diaire de choses.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La classe comme relation sociale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il est important de remarquer que toutes ces relations qui d&#233;rivent de la propri&#233;t&#233; ou non des moyens de productions, sont des abstractions de la vie r&#233;elle et, par cons&#233;quent, elles ne s'excluent pas n&#233;cessairement entres elles. Si nous confondons les abstractions que nous construisons pour comprendre la r&#233;alit&#233; avec la r&#233;alit&#233; elle-m&#234;me, nous arrivons &#224; des conclusions erron&#233;es, la plus commune de celles-ci est d'essayer de faire rentrer chaque personne dans une classe comme si ces derni&#232;res &#233;taient des cases sociologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous nous penchons sur la r&#233;alit&#233;, nous nous trouvons face &#224; une complexit&#233; beaucoup plus grande, qui &#233;chappe &#224; ces tentatives de catalogage unilat&#233;ral typiques de la sociologie positiviste. Pour &#233;viter cela, il faut remarquer que comme toute cat&#233;gorie sociale, les classes sont des abstractions d'une relation sociale, d'un ensemble de relations sociales. L'essence du prol&#233;tariat, c'est l'ensemble des relations sociales qu'il se voit oblig&#233; d'&#233;tablir du fait de sa d&#233;possession des moyens de production. La m&#234;me chose pourrait &#234;tre dite du capitaliste. Appartenir &#224; une classe est une mani&#232;re d'&#234;tre dans la soci&#233;t&#233;, d'&#234;tre en relation avec elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, auparavant nous avons dit que la femme au foyer, le salari&#233;, le ch&#244;meur, le voleur, etc. &#233;taient diff&#233;rentes formes concr&#232;tes dans lesquelles pouvait s'exprimer le prol&#233;tariat dans la soci&#233;t&#233; capitaliste. En r&#233;alit&#233;, toutes ces cat&#233;gories n'expriment que des mani&#232;res d'&#234;tre en relation avec le reste de la soci&#233;t&#233;. On ne peut les consid&#233;rer chacune de mani&#232;re abstraite, isol&#233;es de la totalit&#233; des relations sociales. Entre autres choses, cela implique qu'on ne peut essayer de ranger chaque personne dans une de ces cases, comme si elles &#233;taient excluantes les unes des autres. Il est normal, en tant que prol&#233;taire, que nous passions de l'une &#224; l'autre au cours de notre vie (universit&#233; &#8211; ch&#244;mage &#8211; travail pr&#233;caire &#8211; ch&#244;mage &#8211; formation &#8211; travail &#8211;&#8230;) et que nous en combinions plusieurs &#224; la fois (combien de femmes peinent au foyer avant 8 heures de travail quotidien, combien essayent de d&#233;crocher un examen en m&#234;me temps qu'ils travaillent, combien touchent une allocation tandis qu'ils travaillent au noir).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela n'a pas non plus de sens d'opposer les travailleurs aux &#171; d&#233;linquants &#187;, comme si c'&#233;tait des entit&#233;s pures qui s'excluent. D'o&#249; que vienne cette id&#233;alisation, de l'ouvri&#233;risme ou de la mythification de la d&#233;linquance, elle est simplement fausse. En laissant de c&#244;t&#233; les cas les plus extr&#234;mes, la majorit&#233; des fois le prol&#233;tariat gagne sa vie en recourant fondamentalement au travail, sans m&#233;priser le vol chaque fois qu'il est possible (et surtout chaque fois qu'il est peu probable de se faire choper) : vols au boulot, petits larcins lors des achats, t&#233;l&#233;chargements sur internet, squat de maison abandonn&#233;es, etc. Derni&#232;rement, la pr&#233;carit&#233; a fait que de nombreux parents servent de matelas financier &#224; leurs enfants, en les entretenant, tandis qu'ils travaillent avant de devenir ind&#233;pendants et m&#234;me apr&#232;s, quelque chose qui, formellement du moins, ne se diff&#233;rencie pas beaucoup de la mendicit&#233; (donner de l'argent &#224; quelqu'un en &#233;change de rien).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois qu'on passe de la logique des petites cases (chaque personne rang&#233;e dans une cat&#233;gorie abstraite et pure) &#224; la logique des relations sociales (chaque personne &#171; travers&#233;e &#187; par des relations qui forment et d&#233;terminent les probl&#232;mes, les contradictions et les conflits auxquels on se confronte), nous voyons que la r&#233;alit&#233; concr&#232;te est la synth&#232;se de multiples d&#233;terminations et, par cons&#233;quent, unit&#233; du multiple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui se produit lorsqu'une m&#234;me personne se voit travers&#233;e simultan&#233;ment par deux positions de classe contradictoires, en se mettant en relation &#224; travers celles-ci avec diff&#233;rentes personnes. Par exemple, rien n'emp&#234;che que quelqu'un soit membre associ&#233; d'une entreprise &#171; &#224; mi-temps &#187;, &#233;tant par cons&#233;quent une personnification du capital et qu'elle travaille dans un bureau &#171; l'autre moiti&#233; du temps &#187;, &#233;tant par cons&#233;quent une personnification du travail, bien que cela ne soit pas le plus courant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simplement, cette personne affrontera diff&#233;rents probl&#232;mes dans les diff&#233;rentes facettes de sa vie et probablement elle fera &#224; ses employ&#233;s ce que ses chefs lui font. On pourrait dire qu'elle se trouve dans une position contradictoire. Dans ce cas concret nous ne trouvons aucun type de relations diff&#233;rentes de celles d&#233;j&#224; trait&#233;es. Face &#224; un groupe de gens, elle se trouve en relation en tant que salari&#233;e et face &#224; un autre groupe, en tant que capitaliste. Si nous nous centrons sur l'individu et que nous essayons de le classifier, il semble &#234;tre capitaliste ET travailleur (serait-il alors de la classe moyenne ?). Si nous changeons de perspective et nous nous centrons sur les relations qu'il maintient, ce que nous voyons c'est qu'il est ou bien capitaliste ou bien salari&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier exemple nous permet de changer de perspective, passant d'une conception de la classe comme un ensemble d&#233;fini d'individus &#224; la conception de la classe comme, pour le dire ainsi, un ensemble de relations sociales qui traversent les individus, les positionnant et les affrontant de mani&#232;re antagonique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En principe, il peut para&#238;tre &#233;trange de concevoir les classes sociales en termes de relations sociales et non en tant que groupes de personnes. Cependant, de m&#234;me que le capital n'est pas un ensemble de choses mais une relation sociale entre personnes passant par la m&#233;diation de choses, la classe n'est pas un ensemble de personnes mais un ensemble de relations entre personnes passant par la m&#233;diation de choses : l'argent, les marchandises, les moyens de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont ces relations ? Bien que, comme nous l'avons dit auparavant, le prol&#233;tariat ne puisse &#234;tre r&#233;duit aux travailleurs salari&#233;s, les relations qu'&#233;tablissent les prol&#233;taires entre eux et avec le reste de la soci&#233;t&#233; d&#233;pendent essentiellement de la relation entre salari&#233; et capitaliste, &#233;tant donn&#233; que, que nous le voulions ou non, la bourgeoisie obtient ses b&#233;n&#233;fices de l'exploitation bas&#233;e sur cette relation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que prol&#233;taires, les relations que nous &#233;tablissons entre nous passent par la m&#233;diation des relations qui nous mettent face aux capitalistes. Les travailleurs d'une m&#234;me entreprise s'opposent entre eux pour avoir les faveurs du chef, pour des postes &#224; responsabilit&#233;s, etc. Les ch&#244;meurs sont en comp&#233;tition avec les travailleurs pour les postes de travail. Les &#233;tudiants ne sont pas plus que de la marchandise force de travail en cours de formation pour le march&#233; du travail, ceci est l'essence de l'&#233;ducation capitaliste. Les femmes au foyer sont charg&#233;es de la reproduction priv&#233;e de la force de travail, leur d&#233;pendance par rapport &#224; leur mari est l'expression familiale d'une relation de classe d&#233;termin&#233;e. Le vol, les stratag&#232;mes, etc., sont des mani&#232;res d'&#233;viter le travail quand on ne veut pas travailler ou de le remplacer lorsqu'on ne trouve pas de job bien qu'on en cherche un.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, la grande majorit&#233; d'entre nous se situe de mani&#232;re exclusive ou fondamentale dans un des p&#244;les de ces m&#234;mes relations, ce qui permet que le concept de classe comme groupe d'individus ait une apparence r&#233;elle, c'est-&#224;-dire que si nous prenons ces individus qui personnifient uniquement le travail, nous pouvons construire avec eux un prol&#233;tariat &#171; pur et dur &#187;. Le probl&#232;me c'est que quand nous allons aux limites de cette conception, les choses commencent &#224; ne pas coller et apparaissent les probl&#232;mes typiques des conceptions sociologiques : strates interm&#233;diaires, subdivisions, devoir introduire de nouveaux crit&#232;res de classification, etc. Dans les parties suivantes, nous allons nous occuper de ces limites.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Classes moyennes &#187; ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Chaque fois qu'est pos&#233;e la question des classes sociales appara&#238;t la question des d&#233;nomm&#233;es &#171; classes moyennes &#187;, concept trompeur s'il en est. L'id&#233;e que &#171; nous sommes tous de la classe moyenne &#187; a &#233;t&#233; une des principales bombes id&#233;ologiques que la bourgeoisie a utilis&#233;e contre le prol&#233;tariat. Comme l'expression en elle-m&#234;me ne fait r&#233;f&#233;rence &#224; rien de plus qu'&#224; une position interm&#233;diaire entre deux extr&#234;mes ind&#233;finis, d&#233;pendant de l'exp&#233;rience de chacun, il est facile de se convaincre qu'un tel est de la &#171; classe moyenne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si un travailleur qui bosse depuis 20 ans dans un bureau avec un bon salaire se compare d'une part avec le travailleur pr&#233;caire de la sous-traitance du nettoyage qui est &#224; c&#244;t&#233; de lui et d'autre part avec l'architecte propri&#233;taire du bureau de l'&#233;tage du dessus, &#233;videmment il est de la classe moyenne. Si le pr&#233;caire se compare avec l'immigrant ill&#233;gal qui lui vend des CD et avec l'employ&#233; de bureau ou l'architecte, il est de la classe moyenne. Et si l'architecte se compare avec l'employ&#233; de bureau, le pr&#233;caire et l'immigrant d'un c&#244;t&#233; et, d'un autre c&#244;t&#233;, avec le banquier &#224; qui il demandera un pr&#234;t pour le prochain chantier, c'est lui la classe moyenne. Et ainsi, gr&#226;ce &#224; l'infinie variation des salaires et positions sociales au sein des diverses classes sociales ou entre elles, nous pouvons tous et toutes vivre dans le soulagement et la jalousie de celles et ceux qui sont au milieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les classes moyennes sont une esp&#232;ce de bo&#238;te &#224; tiroirs sociologique dans laquelle mettre celles et ceux qui ne cadrent apparemment pas avec un des quelconques crit&#232;res classificatoires utilis&#233;s. En g&#233;n&#233;ral, on a coutume d'englober basiquement, d'un c&#244;t&#233;, tous ces auto-employ&#233;s qui n'ont pas de salari&#233;s et les d&#233;nomm&#233;es &#171; professions lib&#233;rales &#187; (avocats, m&#233;decins, etc.), c'est-&#224;-dire la d&#233;nomm&#233;e &#171; petite bourgeoisie &#187;. D'un autre c&#244;t&#233;, tous ceux qui occupent des positions &#171; interm&#233;diaires &#187; dans la hi&#233;rarchie du travail : depuis le petit cadre jusqu'au personnel de direction embauch&#233; par l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier groupe re&#231;oit parfois le nom de &#171; vieille classe moyenne &#187; et le second celui de &#171; nouvelle classe moyenne &#187;. Dans la partie suivante, nous verrons qu'en r&#233;alit&#233; il s'agit de relations sociales diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La &#171; petite bourgeoisie &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un terme que les marxistes ont tant tripot&#233; avec leurs accusations de &#171; petit bourgeois &#187; suscite quasiment du d&#233;go&#251;t quand on l'utilise. Classiquement, il se r&#233;f&#232;re &#224; celles et ceux qui poss&#232;dent leurs propres moyens de production mais qui n'ont pas de salari&#233;s &#224; leur charge (par exemple les petits commerces ou ateliers artisanaux dans lesquels il n'y a souvent que du travail familial non salari&#233;) et par cons&#233;quent ils n'exploitent personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tiquette de &#171; classe moyenne &#187; survient parce qu'ils partagent des caract&#233;ristiques apparemment associ&#233;es &#224; la bourgeoisie (poss&#233;der ses moyens de production, une petite boutique ou un atelier, quelques outils, etc.) et au prol&#233;tariat (ce sont eux-m&#234;mes qui travaillent). N&#233;anmoins, la r&#233;alit&#233; est autre. Le capital est une relation sociale, c'est pourquoi il ne suffit pas de poss&#233;der des moyens de production, il faut les utiliser pour exploiter le travail salari&#233;, qui n'est pas simplement du travail, mais du travail qui se r&#233;alise en &#233;change d'un salaire. Un petit charpentier autonome, le propri&#233;taire d'un magasin &#171; Tout &#224; un euro &#187;, un photographe professionnel ne sont donc pas des capitalistes sauf s'ils embauchent un assistant salari&#233;. Ils ne sont pas non plus des &#171; travailleurs &#187; sauf au sens purement physique, et non social, du terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, quand nous parlons de petite bourgeoisie, nous consid&#233;rons une relation compl&#232;tement diff&#233;rente des relations capital-travail, &#233;tant donn&#233; que ce sont des petits producteurs ind&#233;pendants de marchandises, consid&#233;r&#233;s comme des restes d'un &#171; mode de production ant&#233;rieur &#187; au capitalisme, d'o&#249; le nom de &#171; vieille classe moyenne &#187;. Les relations petites-bourgeoises sont des relations confin&#233;es &#224; la sph&#232;re de l'achat-vente de marchandises diff&#233;rentes de la force de travail, des relations mercantiles entre des sujets formellement &#233;gaux. &lt;strong&gt;En tant que relation sociale distincte, la petite bourgeoisie est confront&#233;e &#224; des probl&#232;mes diff&#233;rents de ceux du prol&#233;tariat.&lt;/strong&gt; Bien que les relations mercantiles soient aussi des relations f&#233;tichistes (vu qu'elles s'&#233;tablissent &#224; travers des marchandises) et ali&#233;n&#233;es (vu qu'elles sont soumises au produit de leur propre activit&#233; ali&#233;n&#233;e, dans ce cas le march&#233;), cette ali&#233;nation est compl&#232;tement distincte de celle du prol&#233;tariat. Le salari&#233; exp&#233;rimente l'ali&#233;nation comme une imposition directe de la part du capital, que nous ressentons sous la forme de son autorit&#233; personnifi&#233;e dans nos chefs ou sous la forme de l'accablement d'&#234;tre soumis &#224; nos moyens de travail. Tandis que le petit-bourgeois exp&#233;rimente l'ali&#233;nation sous la forme de la soumission indirecte aux lois impersonnelles du march&#233;, de la concurrence des grandes multinationales, des chutes de prix, des int&#233;r&#234;ts qu'il faut payer &#224; la banque pour maintenir la boutique, etc.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des solutions ? Coop&#233;ratives, auto-emploi&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les coop&#233;ratives m&#233;ritent une mention &#224; part, surtout du fait de l'importance que leur accorde beaucoup de monde comme moyen pour changer la soci&#233;t&#233; capitaliste. Clarifions le fait que nous nous r&#233;f&#233;rons aux entreprises coop&#233;ratives tourn&#233;es vers le march&#233; et non &#224; d'autres sch&#233;mas possibles de production-consommation, dont la critique suit un autre chemin. Personnellement, nous n'avons rien contre celles et ceux qui cherchent &#224; gagner leur vie en montant une coop&#233;rative, cela nous para&#238;t &#234;tre une mani&#232;re parmi d'autres de gagner sa cro&#251;te dans la soci&#233;t&#233; capitaliste. Une mani&#232;re qui a ses particularit&#233;s propres. La majorit&#233; de celles et ceux qui optent pour l'auto-emploi, seuls ou en groupe, ont dans l'id&#233;e, surtout, de ne pas avoir de chef, de g&#233;rer eux-m&#234;mes leur temps, de gagner en ind&#233;pendance et en autonomie, etc. Le probl&#232;me est que, dans une soci&#233;t&#233; capitaliste, ils entrent en concurrence d'&#233;gal &#224; &#233;gal avec le reste des entreprises, raison pour laquelle ils sentent d'autant plus la pression de la concurrence, de telle mani&#232;re que la recherche d'autonomie et du fait de ne pas avoir de chefs se transforme au final en responsabilit&#233;s, boulots interminables, accablements divers et en ce que beaucoup de celles et ceux qui en ont souffert d&#233;finissent comme &#171; auto-exploitation &#187;. Formellement, les coop&#233;ratives endurent collectivement ce que les petits commer&#231;ants endurent individuellement, ce qui peut se traduire en probl&#232;mes collectifs internes quand la pression du march&#233; redouble ou quand il faut faire face &#224; une mauvaise passe. Les bonnes passes ne sont pas meilleures vu qu'en g&#233;n&#233;ral il n'est pas facile de faire rentrer des nouvelles personnes dans des coop&#233;ratives d&#233;j&#224; &#233;tablies&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; (&#8230;) du fait de la concurrence, la compl&#232;te domination du processus de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du fait des probl&#232;mes mentionn&#233;s, nous ne consid&#233;rons pas que l'&#233;tablissement de ce type de projets autog&#233;r&#233;s coop&#233;ratifs soit une voie utile pour le changement social, encore moins lorsqu'ils se m&#234;lent avec des projets de type politique (ce que les plus p&#233;dants du coin ont appel&#233; &#171; entrepreneuriat biopolitique &#187;), en ce que ces derniers peuvent aboutir &#224; se sacrifier aux n&#233;cessit&#233;s &#233;conomiques de la coop&#233;rative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un cas distinct que celui des usines r&#233;cup&#233;r&#233;es, abandonn&#233;es par leurs propri&#233;taires et remises en marche par leurs travailleurs. Bien que nous croyons qu'&#224; moyen et long termes elles pr&#233;sentent les m&#234;mes probl&#232;mes que les coop&#233;ratives, les usines r&#233;cup&#233;r&#233;es surgissent d'une situation extr&#234;me dans laquelle les travailleurs doivent aller de l'avant, et nous ne gagnons rien &#224; jouer les purs, critiquant pour critiquer, mais rien non plus en leur vendant la moto de l'autogestion ou l'id&#233;e qu'ils sont le germe de la soci&#233;t&#233; nouvelle. En r&#233;alit&#233;, il faudra se positionner par rapport &#224; chaque cas concret, &#233;tant donn&#233; qu'en lui-m&#234;me le fait que des travailleurs prennent les r&#234;nes de leur usine peut signifier beaucoup ou rien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par exemple, le Mouvement National des Usines R&#233;cup&#233;r&#233;es (Movimiento (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Travers&#233; par la contradiction&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le second groupe que l'on a l'habitude d'inclure dans la classe moyenne est celui que formerait tous les &#171; cadres interm&#233;diaires &#187; de la hi&#233;rarchie du travail. Suivant les crit&#232;res ou les auteurs cela inclurait depuis un responsable commercial jusqu'&#224; un haut dirigeant. Il n'est pas n&#233;cessaire d'avoir &#233;t&#233; &#224; l'universit&#233; pour voir qu'un haut dirigeant de la Banque de Santander n'est pas la m&#234;me chose qu'un responsable d'&#233;quipe chez McDonalds ou qu'un superviseur d'un &lt;i&gt;call-center&lt;/i&gt; (en anglais dans le texte &#8211; NDT). Mais il ne faut pas non plus &#234;tre tr&#232;s intelligent pour voir que, dans le fond, un chef est un chef. Cette contradiction apparente a une solution assez simple : elle repr&#233;sente une r&#233;alit&#233; qui en elle-m&#234;me est contradictoire. On s'explique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le fond, le capitaliste n'est rien de plus que la personnification d'une relation sociale, c'est-&#224;-dire qu'il repr&#233;sente un des p&#244;les de ladite relation sociale (de m&#234;me que le salari&#233; repr&#233;sente l'autre p&#244;le). En tant que propri&#233;taire des moyens de production, &#234;tre la personnification du capital implique basiquement deux choses : l'organisation et la supervision du processus de travail et la propri&#233;t&#233; des produits issus de celui-ci, en derni&#232;re instance le droit &#224; une partie de la plus-value. Le d&#233;veloppement du capitalisme a permis que ces fonctions se dissocient partiellement ou totalement : gr&#226;ce aux actions, bons, etc., on peut obtenir des b&#233;n&#233;fices sans avoir &#224; se salir les mains en supervisant un commerce (les d&#233;nomm&#233;s &#171; rentiers &#187;) et on peut superviser une affaire sans &#234;tre le propri&#233;taire de celle-ci. Ce dernier point est, sans aucun doute, la figure la plus controvers&#233;e : du responsable de base au personnel de direction. Nous laisserons de c&#244;t&#233; ces derniers&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les personnels de direction nous int&#233;ressent bien peu, vu qu'ils nous (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pour nous centrer sur ces prol&#233;taires qui occupent des positions de supervision des travaux. Rien n'emp&#234;che qu'on puisse embaucher un prol&#233;taire pour qu'il agisse comme repr&#233;sentant du capitaliste et, par cons&#233;quent, comme personnification du capital. Cela ne conduit pas &#224; ce qu'il cesse d'&#234;tre prol&#233;taire, il ne cesse pas non plus d'&#234;tre salari&#233;, simplement il se convertit en une esp&#232;ce de &#171; repr&#233;sentation salari&#233;e du capital &#187; et, comme tel, il est travers&#233; par des relations contradictoires, &#233;tant donn&#233; que face &#224; ses subordonn&#233;s il est la repr&#233;sentation du capital, tandis que face &#224; ses sup&#233;rieurs dans la hi&#233;rarchie du travail, il est la repr&#233;sentation du travail. On pourrait dire que l'exploitation du travailleur par le capital se r&#233;alise ici &#224; travers l'exploitation du travailleur par le travailleur. Qu'implique ceci dans la pratique ? Qu'il sera confront&#233; simultan&#233;ment aux probl&#232;mes qui assaillent le capital (comme obtenir une meilleure efficacit&#233;, de plus grands b&#233;n&#233;fices) et &#224; ceux qui assaillent le travailleur (avoir un sup&#233;rieur qui lui organise le travail, sentir la pression du ch&#244;mage ou celle de la comp&#233;tence d'autres prol&#233;taires, ses subordonn&#233;s, dispos&#233;s &#224; occuper son poste, etc.), devant choisir dans chaque cas de quel c&#244;t&#233; il se met&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quand dans les usines on commen&#231;a &#224; introduire les m&#233;thodes &#171; toyotistes &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre cas particulier de relations de classe contradictoires, c'est celui qui se produit avec la d&#233;nomm&#233;e &#171; financiarisation des &#233;conomies domestiques &#187;. Celle-ci se pr&#233;sente majoritairement sous deux formes : quand l'&#233;pargne est constitu&#233;e d'actifs financiers, comme des actions, des bons, etc. ou quand les fonds de pension sont priv&#233;s (quelque chose qui dans beaucoup de pays n'est pas une option mais une n&#233;cessit&#233;). Quand cela se produit, l'&#233;pargne de l'individu se convertit (ou a &#233;t&#233; convertie) en capital, ce qui fait que ce dernier se convertit en une minuscule personnification du capital qui, s'il ne voit quasiment jamais les b&#233;n&#233;fices (en r&#233;alit&#233; le peu qu'il touche compense simplement la d&#233;pr&#233;ciation de son &#233;pargne avec le temps), court toujours le risque de tout perdre au cours d'une chute boursi&#232;re. Sans doute, cela peut sembler &#224; beaucoup une simple nuance mais quand ta retraite d&#233;pend d'un fond organis&#233; par une banque, tu seras pour ou contre que l'&#201;tat vienne &#224; sa rescousse quand il est au bord de la faillite ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne signifie pas que les uns ou les autres soient de la classe moyenne, ni qu'ils appartiennent &#224; une classe distincte, mais qu'ils se trouvent travers&#233;s par des relations de classe contradictoires, relations qui sont les m&#234;mes que nous avons vu auparavant sous leur &#171; forme pure &#187; entre salari&#233; et capitaliste. Si nous essayons de faire entrer un petit cadre dans une classe ou que nous essayons de comprendre les manifestations de celles et ceux qui perdirent tout apr&#232;s la faillite de Lehman Brothers, nous nous trouverions devant les probl&#232;mes comment&#233;s auparavant, mais si nous regardons plus loin que les personnes, en direction de leurs relations sociales, ce qui semble apparemment une contradiction d&#233;montre qu'elle est r&#233;ellement une contradiction.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Autonomes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;nomm&#233;s &#171; travailleurs autonomes &#187; m&#233;ritent une consid&#233;ration &#224; part vu qu'ils constituent une &#233;tiquette juridique qui est une v&#233;ritable bo&#238;te &#224; tiroir de conditions et de relations sociales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon les chiffres du Minist&#232;re de Travail, en d&#233;cembre 2008, sur les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il est &#233;vident que parler de &#171; travailleurs &#187; autonomes comme une r&#233;alit&#233; suppos&#233;ment homog&#232;ne, c'est se laisser duper par des cat&#233;gories l&#233;gales qui dissimulent ce qui se produit en r&#233;alit&#233;. Nous n'entrerons pas dans les cas que nous avons d&#233;j&#224; trait&#233;s : petits entrepreneurs ou propri&#233;taires de petits commerces (boutiques, ateliers, salons de coiffure, etc.). Notre int&#233;r&#234;t se fixe sur les formes de travail salari&#233; qui se cachent sous le nom de &#171; travail autonome &#187; et les diff&#233;rentes confusions qu'elles peuvent causer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas le plus &#233;vident sont les d&#233;nomm&#233;s &#171; faux autonomes &#187;, salari&#233;s que leurs chefs enregistrent comme autonomes pour convertir une relation de travail entrepreneur-salari&#233; en une relation marchande entre entreprises, avec les avantages &#233;conomiques que cela rapporte. Il n'y a pas grand chose &#224; dire sur ce cas &#233;tant donn&#233; qu'il est consid&#233;r&#233; ill&#233;gal, cependant il existe d'autres formes de &#171; travail autonome &#187; l&#233;gales qui sont dans leur essence des formes de travail salari&#233; et, par cons&#233;quent, des formes dissimul&#233;es de relations de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re et la plus &#233;vidente, c'est celle qui a r&#233;cemment &#233;t&#233; r&#233;gul&#233;e sous la d&#233;nomination de &#171; travail autonome d&#233;pendant &#187;. Ses caract&#233;ristiques principales sont que 75% des revenus doivent provenir d'un unique client, qu'il ne doit pas y avoir de salari&#233;s &#224; charge et qu'il faut poss&#233;der une &#171; infrastructure productive et mat&#233;rielle propre &#187; qui soit &#171; &#233;conomiquement importante &#187;, c'est &#224; dire qu'il faut apporter une partie des moyens de production. En &#233;change, on leur reconna&#238;t partiellement certains &#171; droits &#187; r&#233;serv&#233;s aux salari&#233;s comme des vacances, l'indemnisation en cas de rupture injustifi&#233;e du contrat, &#234;tre sous la juridiction sociale et non la juridiction marchande, etc. C'est-&#224;-dire que d'une certaine mani&#232;re les propres lois reconnaissent qu'on se trouve dans une situation &#171; interm&#233;diaire &#187; entre le travail salari&#233; et le contrat entre entreprises ? Cependant, la r&#233;alit&#233; passe par dessus les lois &#233;tant donn&#233; que le travailleur autonome qui est dans une situation de &#171; d&#233;pendance &#187; n'a pas la capacit&#233; d'obtenir qu'on le reconnaisse comme tel, et l'entrepreneur duquel il d&#233;pend n'a aucun int&#233;r&#234;t &#224; ce qu'il en soit ainsi. Cette relation de classe dissimul&#233;e se manifeste dans le fait qu'entre l'apparition de cette figure juridique en juillet 2007 et juin 2008, seuls 1 069 travailleurs s'&#233;taient inscrits &#224; ce r&#233;gime, tandis qu'une &#233;tude de l'Association des Travailleurs Autonomes de 2005 chiffrait &#224; 400 000 le nombre de travailleurs autonomes d&#233;pendants en Espagne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sources : ,&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, nous nous retrouvons face &#224; ce que, pour la majorit&#233;, nous avons en t&#234;te quand nous parlons de travailleurs autonomes. Quelqu'un, propri&#233;taire de quelques moyens de production, qui &#171; pr&#234;te service &#187; &#224; une entreprise plus grande ou &#224; un client particulier, raison pour laquelle on pourrait apparemment consid&#233;rer cela comme une &#171; entreprise individuelle &#187;. Comme nous l'avons r&#233;p&#233;t&#233; au long de cet article, pour parler de classes, nous devons nous centrer sur les relations qu'&#233;tablissent les personnes. Bien que ce soit le m&#234;me travailleur, les relations de classe qu'il &#233;tablit sont distinctes, d&#233;pendantes du fait qu'il vende directement son travail sur le march&#233; ou s'il est en sous-traitance pour une autre entreprise, ce qui est la signification r&#233;elle de &#171; pr&#234;ter service &#187;. Dans le premier cas c'est la m&#234;me relation dont nous parlions dans la partie sur la petite bourgeoisie, une relation purement mercantile d'achat-vente, peu importe qu'on vende un produit ou un service. Dans le second, bien que puisse s'&#233;tablir &#233;galement la m&#234;me relation, les cas les plus int&#233;ressants sont ceux dans lesquels sous un suppos&#233; contrat entre entreprises se m&#234;le une relation salari&#233;e dissimul&#233;e dans laquelle le travailleur est le propri&#233;taire, r&#233;el ou formel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous disons r&#233;el ou formel parce que beaucoup de suppos&#233;s propri&#233;taires des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d'une partie des moyens de production. C'est-&#224;-dire que c'est comme si le contracteur louait, d'un c&#244;t&#233;, une partie des moyens de production et, d'un autre c&#244;t&#233;, qu'il achetait de la force de travail, en &#233;change d'un salaire au forfait, sous la forme d'une prestation de service. De cette fa&#231;on sont &#233;conomis&#233;s les co&#251;ts d'entretien d'une partie des moyens de production, qui sont &#224; la charge de l'autonome et, de plus, cela fait qu'une partie de la supervision du travail est r&#233;alis&#233;e par cet autonome. Ce type de relation est tr&#232;s utile pour des travaux qui se r&#233;alisent de mani&#232;re dispers&#233;e, o&#249; une partie des moyens de production n'est pas excessivement co&#251;teuse et, par cons&#233;quent, est assumable par le travailleur sous forme de &lt;i&gt;leasing&lt;/i&gt;, de pr&#234;t, etc. et o&#249; la productivit&#233; du travail d&#233;pend plus de la main d'oeuvre que de la machinerie. Le secteur du transport, celui de la construction et des nouveaux secteurs comme les designers, les traducteurs &#233;diteurs, les programmateurs, les op&#233;rateurs de cam&#233;ra freelance, etc., sont quelques uns de celles et ceux qui s'adaptent le mieux &#224; ces &#171; nouvelles &#187; formes de travail salari&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous mettons entre guillemets le mot &#171; nouveau &#187; parce que le syst&#232;me est, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question fondamentale est que, en &#233;tant possesseur de ses propres moyens de production, &#171; l'autonome &#187; se voit immerg&#233; dans les deux types de relations. D'un c&#244;t&#233;, il peut agir comme producteur ind&#233;pendant, par exemple si un op&#233;rateur cam&#233;ra d&#233;cide d'enregistrer un documentaire marginal qu'il essaie ensuite de vendre &#224; &lt;i&gt;Callejeros&lt;/i&gt;, ou si un historien d&#233;cide de pr&#233;parer une encyclop&#233;die sur l'art austro-hongrois qu'il essaie ensuite de placer dans une maison d'&#233;dition. Mais tant l'un que l'autre peuvent &#234;tre embauch&#233;s par l'agence de production du programme ou une maison d'&#233;ditions universitaire pour roder le programme ou pr&#233;parer la collection. Bien que le travail soit le m&#234;me, et qu'ils le fassent avec leurs propres moyens (cam&#233;ras, micros, ordinateurs), le contr&#244;le sur le processus de production et la propri&#233;t&#233; du produit final sont totalement distincts ? Ceci n'est pas limit&#233; &#224; des travaux &#171; cr&#233;atifs &#187; ou &#171; immat&#233;riels &#187;, vu que la m&#234;me chose peut &#234;tre dite &#224; propos d'&#233;lectriciens embauch&#233;s pour faire des bricoles dans les maisons de quelques particuliers ou en sous-traitance par une entreprise de construction pour r&#233;aliser l'installation du chantier. Le mal d&#233;nomm&#233; &#171; travail autonome postfordiste &#187;, appellation confuse sous laquelle se sont regroup&#233;es g&#233;n&#233;ralement des activit&#233;s pompeusement d&#233;nomm&#233;es &#171; cognitives &#187; qui ont coutume d'inclure des t&#226;ches de &#171; design &#187;, de traduction, d'informatique (programmation, maquettage&#8230;), d'enqu&#234;te, etc., ou &#171; affectives &#187;, soins aux personnes &#226;g&#233;es, aux enfants, aux handicap&#233;s, etc., peut pr&#233;senter les m&#234;mes relations de classe que des ma&#231;ons, des plombiers ou des transporteurs. Les premiers peuvent avoir une s&#233;rie de probl&#233;matiques concr&#232;tes relativement novatrices comme la &#171; domination des savoirs &#187;, la &#171; mercantilisation des capacit&#233;s affectives &#187;, l'ali&#233;nation des capacit&#233;s communicatives, la consommation excessive de coca&#239;ne ou l'arrivisme f&#234;tard, mais cela n'implique rien vu que le ma&#231;on, l'&#233;lectricien ont &#233;galement les leurs propres qui, si elles sont anciennes n'en sont pas moins importantes, comme travailler sous la pluie, &#224; moins 10 degr&#233;s en hiver, mourir &#233;lectrocut&#233;, &#233;cras&#233; ou alcoolis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelques bases mat&#233;rielles de la domination capitaliste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans cette partie nous n'allons pas traiter des m&#233;canismes r&#233;pressifs et de contr&#244;le dont il nous pla&#238;t tant de parler en tant qu'anticapitalistes. Bien qu'il soit &#233;vident que le capitalisme ne pourrait survivre sans eux, il est &#233;galement &#233;vident qu'il ne survit pas seulement gr&#226;ce &#224; eux. Ce que nous allons traiter ici, ce sont quelques bases mat&#233;rielles de la d&#233;nomm&#233;e &#171; servitude volontaire &#187;, r&#233;ellement indispensables pour le maintien de l'ordre et de la paix capitaliste. Souvent on consid&#232;re que cette servitude est la cons&#233;quence de l'id&#233;ologie dominante qu'ils nous injectent &#224; travers la t&#233;l&#233;, les m&#233;dias, l'&#233;cole, etc. Basiquement, &#171; les gens ne se rebellent pas parce qu'ils sont tromp&#233;s, ab&#234;tis, etc. &#187;. Bien que cela soit en partie certain, toute id&#233;ologie est une repr&#233;sentation partielle, superficielle de la r&#233;alit&#233;, par cons&#233;quent comprendre la base r&#233;elle sur laquelle s'assoit l'id&#233;ologie est crucial pour la combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme n'est pas seulement le centre de travail, c'est aussi le centre commercial. Ces deux sph&#232;res, production et circulation, fa&#231;onne le tout organique que constitue le capital. La relation de classe a ses bases dans la production et, de fait, c'est dans le travail qu'elle se manifeste le plus clairement mais, comme nous le verrons dans la prochaine partie, elle impr&#232;gne toutes les relations sociales. Toutefois, dans la sph&#232;re de la circulation, les choses sont diff&#233;rentes. Dans le march&#233; il n'y a apparemment pas de classes sociales. Formellement, nous sommes tous et toutes des acheteurs et des vendeurs libres. Citoyens atomis&#233;s, juridiquement &#233;gaux, avec les m&#234;mes droits. Bien que dans le capitalisme l'&#233;galit&#233; formelle des citoyens ind&#233;pendants cache l'in&#233;galit&#233; mat&#233;rielle des classes, la s&#233;paration et l'&#233;galit&#233; juridique constituent les bases mat&#233;rielles de deux des grands piliers id&#233;ologiques du capitalisme : l'individualisme et l'&#171; arrivisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas du tout certain que les gens &#171; ne se rendent pas compte &#187; ou &#171; sont tromp&#233;s &#187;&#8230; Beaucoup savent qu'ils sont des mulets qui se tueront &#224; travailler toute leur vie, et que leur chef vit bien mieux qu'eux. Conclusion : beaucoup souhaitent se convertir en chefs. Est ce que cela fait qu'ils sont moins prol&#233;taires ? Non. Celui ou celle qui veut monter sa propre entreprise ne le fait pas pour &#234;tre moins ali&#233;n&#233; ou moins exploit&#233; et cela ne fait pas non plus que le chef va moins te contr&#244;ler ou augmenter ton salaire. La question de classe reste l&#224;, ce qui change c'est la mani&#232;re que l'on a de l'affronter. Les m&#234;mes questions, des r&#233;ponses distinctes. Le capitalisme n'a pas &#233;limin&#233; ni le prol&#233;tariat, ni la contradiction entre capital et travail. Ce qu'il a fait ces derni&#232;res ann&#233;es, c'est changer radicalement la mani&#232;re de les affronter. D'une part, faire que nous cherchions fondamentalement des solutions individuelles et non collectives et que nous cherchions &#224; sauver notre cul au lieu de donner un coup de main aux autres ou que nous vivions avec l'espoir que quoi qu'il arrive (un licenciement, une expulsion, un plan de r&#233;forme int&#233;gral&#8230;), cela ne va pas nous toucher nous : d'une certaine mani&#232;re, le capitalisme nous condamne &#224; l'individualisme. D'autre part, il a r&#233;ussi &#224; faire croire que l'unique option concevable pour cesser d'&#234;tre prol&#233;taire est celle d'&#234;tre capitaliste. Comment a-t-il r&#233;ussi &#224; ce que nous avalions cette illusion ? Et bien parce que ce n'est pas une illusion, pas totalement du moins. &#192; la diff&#233;rence de l'esclavagisme ou du f&#233;odalisme, dans le capitalisme il est r&#233;ellement possible de cesser d'&#234;tre un travailleur pour devenir un entrepreneur et, a priori, c'est r&#233;ellement &#224; la port&#233;e de chacun d'entre nous, par cons&#233;quent le capitalisme nous condamne &#224; l'&#171; arrivisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre face de cette id&#233;ologie est que si quiconque peut cesser d'&#234;tre prol&#233;taire, nous ne pouvons pas cesser de l'&#234;tre tous &#224; la fois. Que si quiconque peut se convertir en entrepreneur, il faut &#233;galement &#234;tre dispos&#233; &#224; exploiter et pi&#233;tiner les autres. Ou que la majorit&#233; des &#171; entrepreneurs &#187; terminent, au bout d'un certain temps, prol&#233;taires encore plus endett&#233;s qu'avant ou qu'ils aient endett&#233; les membres de leur famille et leurs amis qui les garantissaient, renfor&#231;ant par l&#224; la domination capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre pilier dont on parle beaucoup est le consum&#233;risme. Avec le d&#233;veloppement du capitalisme, quelques secteurs du prol&#233;tariat des pays occidentaux (mais pas tous, pour ne pas parler des pays non occidentaux) ont pu acc&#233;der &#224; toute une s&#233;rie de marchandises : iPods, t&#233;l&#233;visions, machines &#224; laver, internet, voitures&#8230; qui si elles n'&#233;liminent pas la mis&#232;re vitale qu'on subit dans le capitalisme, au moins la rendent plus supportable. Personne ne th&#233;orise mieux cela que l'Internationale Situationniste. En r&#233;alit&#233; le cas du consum&#233;risme est tr&#232;s semblable &#224; ceux d'avant. On ne cesse pas d'&#234;tre prol&#233;taire parce qu'on a une t&#233;l&#233;, un walkman ou Youtube &#224; la maison, mais c'est un facteur de plus qui influera sur notre mani&#232;re de nous confronter au monde, et y compris aux contradictions de classe. Et cela peut influer des deux c&#244;t&#233;s : en amortissant le conflit de classe gr&#226;ce &#224; une vie plus confortable et plus de loisirs ou en mettant en lumi&#232;re la mis&#232;re et l'ali&#233;nation capitaliste qu'aucun type d'abondance marchande ne peut &#233;liminer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; notre avis la r&#233;volution n'essaie pas d'&#171; illuminer &#187; un prol&#233;tariat qui vit tromp&#233;. Il s'agit d'&#233;tablir des liens de communication avec lesquels d&#233;couvrir collectivement le revers de la m&#233;daille de toute id&#233;ologie capitaliste et, surtout, de mettre en pratique des alternatives collectives et solidaires d'affrontement au syst&#232;me qui soient assumables par quiconque. Cela n'a pas beaucoup de sens que nous nous limitions &#224; critiquer les syndicats et &#224; dire aux gens qu'ils sont vendus et bureaucratiques (on n'apprend rien &#224; la majorit&#233; d'entre eux) si nous ne sommes pas capables de construire des alternatives de lutte &#224; travers lesquelles les gens peuvent solutionner leurs probl&#232;mes &#224; la marge des syndicats et y compris contre eux. Cela n'a pas de sens que nous nous limitions &#224; d&#233;montrer les supercheries de la gauche progressiste et des ONG si nous ne sommes pas capables d'appuyer ces alternatives de lutte avec une pratique r&#233;elle collective, aussi minoritaire qu'elle puisse &#234;tre au d&#233;but.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'importance des classes sociales&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Reprenant sur le sujet des classes, beaucoup se demanderont quelle est l'importance r&#233;elle des relations de classe dans la soci&#233;t&#233; actuelle et, par cons&#233;quent, dans le &#171; mouvement &#187; anticapitaliste. En laissant de c&#244;t&#233;, celles et ceux qui nient directement l'existence des classes sociales, beaucoup, tout en reconnaissant l'existence des relations de classe, affirment qu'actuellement elles n'ont pas d'importance dans les conflits sociaux, par cons&#233;quent notre intervention dans ceux-ci devrait se baser sur d'autres crit&#232;res (que ce soit contre la &#171; domination &#187;, contre le &#171; d&#233;veloppementisme &#187; ou &#171; la technologie &#187;, quasiment toujours ainsi en termes g&#233;n&#233;raux). Du c&#244;t&#233; oppos&#233; sont celles et ceux qui consid&#232;rent que la lutte des classes est pratiquement tout ce qui a r&#233;ellement de l'importance et que tout autre type de conflit est quasiment de l'&#171; humanisme petit-bourgeois &#187; ou bien celles et ceux qui croient que tout est directement lutte de classe et voient, par exemple, dans les interventions militaires &#171; imp&#233;rialistes &#187; la n&#233;cessit&#233; d'&#233;craser un prol&#233;tariat local mythifi&#233;. Finalement, il est &#233;vident que la soci&#233;t&#233; capitaliste ne se divise pas exclusivement en classes : il existe des diff&#233;rences de genre, de race, d'orientation sexuelle, culturelles, d'&#226;ge, de couleur de peau, etc. Beaucoup de celles-ci donnent lieu &#224; des relations sp&#233;cifiques de domination, d'oppression ou de discrimination, et par cons&#233;quent &#224; des luttes et des r&#233;sistances : la lutte de genre, contre l'oppression raciale, les luttes LGBT, de lib&#233;ration nationale, etc. Beaucoup placent ces luttes, y compris celles de classe, les unes &#224; c&#244;t&#233; des autres, et parfois y compris les unes au dessus des autres, donnant lieu aux d&#233;nomm&#233;es &#171; politiques de l'identit&#233; &#187; ou aux &#171; nouveaux mouvements sociaux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;viter de tomber dans une de ces simplifications, il est n&#233;cessaire d'approfondir un peu plus l'essence des relations de classe. C'est seulement de cette mani&#232;re que nous pourrons d&#233;terminer son importance r&#233;elle ainsi que sa relation avec le reste des luttes mentionn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, les &#234;tres humains, nous sommes des &#234;tres sociaux, nous existons dans et &#224; travers nos relations avec le reste des &#234;tres humains et avec la nature. Ces relations sont le principal produit de notre activit&#233; th&#233;orico-pratique, de notre capacit&#233; &#224; transformer et comprendre le monde qui nous entoure. Le principal produit de la praxis humaine, ce ne sont pas seulement ses r&#233;sultats mat&#233;riels (des choses) ou mentaux (des id&#233;es, des cat&#233;gories, des concepts) mais les relations humaines et avec la nature qui fa&#231;onnent notre existence. Cependant, ces relations n'existent de mani&#232;re abstraite ou g&#233;n&#233;rique que dans notre esprit. Dans la r&#233;alit&#233;, elles se pr&#233;sentent toujours sous des formes historiques concr&#232;tes et transitoires qui d&#233;pendent des conditions mat&#233;rielles de la praxis humaine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par &#171; conditions mat&#233;rielles de la pratique humaine &#187;, nous ne nous r&#233;f&#233;rons (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les relations de classe sont, de fait, les formes historiques qu'adoptent les relations humaines en fonction de la distribution r&#233;elle et formelle des moyens &#224; travers lesquels nous, les &#234;tres humains, nous reproduisons les conditions mat&#233;rielles de la sociabilit&#233;. Concr&#232;tement, du fait de la distribution et du type de propri&#233;t&#233; des moyens de production et de subsistance dans la soci&#233;t&#233; capitaliste, les relations humaines se pr&#233;sentent sous la forme de relations sociales capitalistes, c'est-&#224;-dire f&#233;tichistes (passant par la m&#233;diation de choses), impersonnelles, ali&#233;n&#233;es et, surtout, de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette petite excursion &#171; philosophique &#187; &#233;tait n&#233;cessaire pour montrer que les relations de classe ne sont pas des relations impos&#233;es de mani&#232;re externe &#224; la r&#233;alit&#233; sociale mais que la r&#233;alit&#233; se constitue, se reproduit &#224; travers elles. Les voitures, les maisons, ce que nous mangeons, la ainsi d&#233;nomm&#233;e &#171; culture &#187;, les activit&#233;s qualifi&#233;es de loisir se produisent dans leur immense majorit&#233; &#224; travers des relations de classe capitaliste, c'est-&#224;-dire &#224; travers l'exploitation des uns pour le b&#233;n&#233;fice d'autres sur la base de l'achat-vente de la marchandise force de travail. Les conflits qui surgissent contre la &#171; marchandisation &#187; de la sant&#233;, de l'&#233;ducation, de la sexualit&#233;, etc. captent cela, mais seulement superficiellement. La marchandisation de l'existant n'est pas la cause mais la cons&#233;quence du fait d'essayer de le soumettre &#224; la logique du capital, et celle-ci peut seulement &#234;tre la logique de l'exploitation et de la lutte des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de cela, il est facile de comprendre comment la lutte des classes entre en relation avec le reste des luttes (de genre, contre la domination raciale, etc.). Les relations sexuelles, les relations entre individus g&#233;n&#233;tiquement diff&#233;rents&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans le fond les d&#233;nomm&#233;es &#171; races &#187; ne sont rien de plus qu'une des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, entre hommes et femmes, entre jeunes et vieux, entre cultures et langages distincts sont le contenu des relations humaines. Toutes ces diff&#233;rences sont des diff&#233;rences biologiques et ethnographiques naturelles dont nous faisons abstraction lorsque nous parlons de relations humaines. Quand les relations humaines se pr&#233;sentent sous la forme des relations de classe, forme et contenu se traversent : les relations de classe pervertissent, subsument et canalisent le contenu des relations humaines et celles-ci ont tendance &#224; se confondre avec la forme historique qu'elles adoptent. Par exemple, le capitalisme n'a pas invent&#233; la domination de la femme vu qu'il apparut au sein d'une soci&#233;t&#233; qui &#233;tait d&#233;j&#224; patriarcale. Toutefois l'apparition du capitalisme supposa une transformation brutale des formes sous lesquelles se pr&#233;sente la domination de la femme : la grande chasse aux sorci&#232;res, sa r&#233;duction exclusive au r&#244;le de m&#232;re reproductrice de force de travail, la destruction physique et psychologique de sa sexualit&#233; ont &#233;t&#233; des ph&#233;nom&#232;nes reli&#233;s &#224; la d&#233;nomm&#233;e &#171; accumulation originelle &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Caliban and the Witch : Women, The Body, and Primitive Accumulation (Caliban (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De m&#234;me les relations &#171; raciales &#187; ont chang&#233; au long de l'histoire en fonction des int&#233;r&#234;ts et de la lutte des classes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous mettons entre guillemets le mot &#171; race &#187; parce que nous consid&#233;rons (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est fondamental ici, c'est que le capitalisme n'est pas de mani&#232;re inh&#233;rente blanc, h&#233;t&#233;rosexuel et masculin (ou raciste, homophobe et machiste) mais qu'il est ainsi parce qu'il a surgi dans une soci&#233;t&#233; qui l'&#233;tait d&#233;j&#224;. Les relations sociales capitalistes ont surgi sur ces pr&#233;jug&#233;s mais elles les transforment durant leur d&#233;veloppement : elles les changent et, parfois, en r&#233;ponse &#224; la lutte des domin&#233;s, elles essayent de les d&#233;passer. On dit souvent que le capitalisme peut s'accommoder de ces revendications (&#233;galit&#233; de genre, &#171; raciale &#187;, entre diff&#233;rentes orientations sexuelles, etc.) en son sein, ce qui n'est qu'&#224; moiti&#233; certain. D'un c&#244;t&#233;, le fait qu'il puisse le faire potentiellement ne signifie pas qu'il puisse le faire dans chaque situation concr&#232;te. Cependant, le plus important est que le capitalisme incorpore ces revendications &#224; sa mani&#232;re, &#224; la mani&#232;re capitaliste. La d&#233;nomm&#233;e &#171; &#233;galit&#233; des sexes &#187; a &#233;t&#233; obtenue dans de nombreux cas en permettant que la femme puisse assumer des comportements d&#233;go&#251;tants traditionnellement r&#233;serv&#233;s aux hommes. L'&#233;galit&#233; n'est pas, ne peut pas &#234;tre, que d&#233;sormais &#224; la t&#233;l&#233; on voit des gars muscl&#233;s en string aux c&#244;t&#233;s des traditionnelles nanas en bikini, ni qu'une femme puisse toucher le cul d'un homme dans une discoth&#232;que, ni que les femmes doivent travailler 8 heures en dehors de la maison et autant &#224; l'int&#233;rieur. L'&#171; assimilation &#187; et la visibilisation de l'homosexualit&#233; s'est faite d'une mani&#232;re totalement commerciale, bas&#233;e sur la marchandisation et la vente de certains clich&#233;s et comportements st&#233;r&#233;otyp&#233;s, donnant lieu au d&#233;nomm&#233; &#171; capitalisme rose &#187;, et ainsi successivement&#8230; Il n'y a pas de v&#233;ritable lib&#233;ration ni de v&#233;ritable &#233;galit&#233; &#224; l'int&#233;rieur du capitalisme, la division de classe fait que l'unique chose &#224; laquelle on puisse aspirer est l'&#171; &#233;galit&#233; &#187; et la &#171; libert&#233; &#187; capitaliste, qui dans le fond cache l'in&#233;galit&#233; de classe et la soumission au travail salari&#233;. De m&#234;me qu'une v&#233;ritable politique de classe peut seulement &#234;tre f&#233;ministe, un v&#233;ritable f&#233;minisme ne peut &#234;tre que &#171; de classe &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour terminer, nous soul&#232;verons un dernier point. Face aux diff&#233;rences ant&#233;rieures (g&#233;n&#233;tiques, entre &#171; races &#187;, genre, &#226;ges, pr&#233;f&#233;rences sexuelles, etc.) qui sont des diff&#233;rences biologiques donn&#233;es, les relations de classe sont un produit ali&#233;n&#233; de notre activit&#233; sociale comme &#234;tres humains sous des conditions mat&#233;rielles d&#233;termin&#233;es. Cela implique que nous pouvons d&#233;truire les relations de classe, nous pouvons les abolir &#224; travers la transformation de nos relations sociales et la destruction des conditions mat&#233;rielles dont elles sont la cause et la cons&#233;quence. Nous les cr&#233;ons, nous les d&#233;truisons. Au contraire, nous ne pouvons pas (ni ne voulons) en finir avec les diff&#233;rences entre hommes et femmes, entre couleurs de peau ou groupes sanguins, entre homosexuels, bisexuels ou h&#233;t&#233;rosexuels, etc. Il ne s'agit pas non plus de nous &#233;galiser abstraitement &#171; en droit &#187; ou ce genre de choses, il s'agit d'apprendre &#224; vivre en acceptant la riche diversit&#233; biologique, ethnographique et culturelle comme une vertu et non comme un ch&#226;timent, vivre gr&#226;ce &#224; elle et non malgr&#233; elle. Et nous ne pouvons ni ne voulons attendre de d&#233;truire le capitalisme pour ce faire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans cet article nous avons essay&#233; de commencer &#224; exposer la structure de classe du capitalisme. Nous avons trait&#233; les relations de classe en terme &#171; objectifs &#187;, comme des formes ali&#233;n&#233;es qu'adoptent les relations humaines du fait d'une distribution, r&#233;elle et formelle, d&#233;termin&#233;e des moyens de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre principal objectif &#233;tait de tenter de comprendre les bases mat&#233;rielles des conflits au sein du capitalisme, la lutte des classes et comment ceux-ci entrent en relation avec le reste des luttes et oppressions qui cohabitent en son sein : de genre, raciales, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour des raisons d'espace et de sant&#233; mentale, nous nous sommes limit&#233;s &#224; l'exp&#233;rience individuelle des relations de classe, laissant pour plus tard leur expression collective et nous n'avons pas non plus trait&#233; les aspects &#171; subjectifs &#187; qui d&#233;coulent de ces relations. Comment &#224; partir de ces relations n&#233;cessairement antagonistes et contradictoires peuvent surgir des mouvements et des projets qui transcendent les limites du capitalisme&#8230; ou qui restent en lui, ainsi que des id&#233;ologies qui essayent de sublimer le conflit de classe et la s&#233;paration sur laquelle se base le capitalisme. Tout ceci et beaucoup plus lors d'un prochain article ennuyeux de &lt;i&gt;Ruptura&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://ablogm.com/cats/2014/01/26/les-classes-dans-la-societe-capitaliste-grupo-ruptura/" class="spip_out"&gt;Collectif Anarchiste de Traduction et de Scann&#233;risation&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'autre face de la pi&#232;ce, c'est que le capitaliste est &#233;galement libre d'embaucher ou de virer tel ou tel prol&#233;taire comme s'il &#233;tait un ma&#238;tre ou un seigneur, et il n'a aucune obligation envers ses travailleurs mais il n'a pas non plus de pouvoir direct sur eux, au del&#224; de la journ&#233;e de travail. Que l'exploitation soit men&#233;e sous la forme de l'achat-vente de la marchandise force de travail entre sujets juridiquement &#233;gaux est ce qui caract&#233;rise le capital.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Aux d&#233;buts du capitalisme, lors de la d&#233;nomm&#233;e accumulation originelle (qui aurait aussi bien pu s'appeler la d&#233;possession originelle), il d&#233;pouilla une grande partie de la population paysanne de ses moyens de vie et il d&#233;truisit tous les liens communautaires. Dans beaucoup de cas ces d&#233;poss&#233;d&#233;s n'avaient aucune mani&#232;re de gagner leur vie, dans d'autres nombreux cas ils refusaient de se soumettre &#224; la discipline du travail salari&#233;. Dans les deux cas, par choix ou par obligation, ils terminaient par mendier, beaucoup d'autres par voler et la majorit&#233; alternait entre &#231;a et le travail, vagabondant de ci de l&#224;. En Angleterre et dans d'autres pays d'Europe, il fut n&#233;cessaire d'&#233;tablir des lois sur les pauvres pour emprisonner les vagabonds dans des asiles ou les d&#233;nomm&#233;es &lt;i&gt;Work Houses&lt;/i&gt;. En Angleterre, par exemple, les lois contre les d&#233;lits contre la propri&#233;t&#233; se durcirent (entre 1660 et 1820 le nombre de crimes ch&#226;ti&#233;s par peine de mort augmenta de 190, la majorit&#233; d'entre eux &#233;tant des crimes contre la propri&#233;t&#233; ; en 1785, par exemple, la peine de mort fut appliqu&#233;e quasi exclusivement pour des d&#233;lits &#233;conomiques) et de nouvelles formes de moralit&#233; se d&#233;velopp&#232;rent, sp&#233;cifiquement destin&#233;es &#224; combattre le vagabondage, l'abandon des membres de la famille, &#224; exalter le travail manuel, etc. C'est-&#224;-dire que pour que les prol&#233;taires se consacrent au travail, un processus long, co&#251;teux et extr&#234;mement violent fut n&#233;cessaire, qui combina l'usage de la force, la modification des lois, l'&#233;volution des formes id&#233;ologiques, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le principal produit de la relation capital-travail, c'est le maintien de cette m&#234;me relation, reproduisant la division de classe au niveau individuel et collectif.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;videmment la r&#233;alit&#233; est plus compliqu&#233;e, vu que sur ces relations se superposent des relations et des sensations d'amiti&#233;, de haine, de complicit&#233;, de m&#233;fiance&#8230; c'est-&#224;-dire des relations humaines. Les meilleurs textes pour approfondir la nature f&#233;tichiste des relations sociales dans le capitalisme sont le chapitre sur &#171; &lt;i&gt;Le f&#233;tichisme de la marchandise et son secret&lt;/i&gt; &#187; du Livre Premier du Capital et la premi&#232;re partie des &#171; &lt;i&gt;Essais sur la th&#233;orie marxiste de la valeur&lt;/i&gt; &#187; d'Isaak Ilich Rubin. (le plus souvent orthographi&#233; &#034;Roubine&#034; dans la transcription fran&#231;aise du cyrillique, NdS)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#171; (&#8230;) du fait de la concurrence, la compl&#232;te domination du processus de production par les int&#233;r&#234;ts du capital &#8211; c'est-&#224;-dire l'exploitation la plus impitoyable &#8211; se convertit en une condition indispensable pour la survie d'une entreprise.&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ceci se manifeste dans la n&#233;cessit&#233;, en raison des exigences du march&#233;, d'intensifier autant que possible les rythmes de travail, d'allonger ou de raccourcir la journ&#233;e de travail, d'avoir besoin de plus de main d'oeuvre ou de la mettre &#224; la rue&#8230;, en un mot, de pratiquer toutes les m&#233;thodes d&#233;j&#224; connues qui rendent comp&#233;titive une entreprise capitaliste. Et en occupant le r&#244;le de l'entrepreneur, les travailleurs de la coop&#233;rative se voient dans la contradiction de devoir se r&#233;gir avec toute la s&#233;v&#233;rit&#233; propre &#224; une entreprise y compris contre eux-m&#234;mes, contradiction qui finit par couler la coop&#233;rative de production qui, ou bien se convertit en une entreprise capitaliste normale ou bien, si les int&#233;r&#234;ts des ouvriers pr&#233;dominent, se dissout &#187;.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;R&#233;forme et r&#233;volution&lt;/i&gt;, Rosa Luxembourg. &lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous ne citons pas ce texte comme argument d'autorit&#233; mais parce qu'il fut &#233;crit en 1899 ! Comme on le voit, nous ne sommes pas tr&#232;s originaux dans notre critique, m&#234;me s'il est clair qu'il n'est pas n&#233;cessaire de l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par exemple, le Mouvement National des Usines R&#233;cup&#233;r&#233;es (Movimiento Nacional de F&#225;bricas Recuperadas , Argentine) d&#233;clara, &#224; propos du film &lt;i&gt;The Take&lt;/i&gt; de Naomi Klein, &lt;i&gt;&#171; Nous regrettons qu'on veuille utiliser la r&#233;cup&#233;ration d'usines pour une action politique internationaliste au sein de la lutte des classes antiglobalisatrice, avec une claire teinte id&#233;ologique marxiste et tout est vue depuis cette perspective de mat&#233;rialisme dialectique. Depuis ce Mouvement nous ne sommes en accord ni avec le titre, LA PRISE, ni avec la consigne OCCUPER, R&#201;SISTER ET PRODUIRE, ni avec le sc&#233;nario du film &#187;.&lt;/i&gt; On peut voir le texte complet ici : &lt;a href=&#034;http://www.fabricasrecuperadas.org.ar/spip.php?article49&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.fabricasrecuperadas.org.ar/spip.php?article49&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les personnels de direction nous int&#233;ressent bien peu, vu qu'ils nous affectent &#224; peine dans notre pratique quotidienne. Si nous les mentionnons c'est pour clarifier toutes ces critiques qui les utilisent comme &#171; travailleur, etc. &#187;. Il faut cependant pr&#233;ciser que, dans la majorit&#233; des cas, leur &#171; salaire &#187; est une forme dissimul&#233;e de participation aux b&#233;n&#233;fices. Pour ne pas parler du fait qu'une grande partie de leur rente leur est offerte sous forme de participations &#224; l'entreprise, &#171; stock options &#187;, etc. C'est-&#224;-dire des participations au capital.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Quand dans les usines on commen&#231;a &#224; introduire les m&#233;thodes &#171; toyotistes &#187;, dans lesquelles on demandait la coop&#233;ration des travailleurs en groupe pour rendre plus efficace la production, les d&#233;l&#233;gu&#233;s qui repr&#233;sentaient le groupe face aux chefs commenc&#232;rent &#224; &#234;tre laiss&#233;s de c&#244;t&#233; et &#224; &#234;tre trait&#233;s comme des chefs, malgr&#233; le fait d'avoir &#233;t&#233; &#233;lu d&#233;mocratiquement par les travailleurs&#8230; John Holloway, &lt;i&gt;La rosa rouja de Nissan&lt;/i&gt;. On peut trouver ce texte dans &lt;i&gt;Keynesianismo : peligrosa ilusi&#243;n&lt;/i&gt;. Ed. Herramienta.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon les chiffres du Minist&#232;re de Travail, en d&#233;cembre 2008, sur les approximativement 2 150 000 autonomes &#171; proprement dit &#187;, 80% n'ont pas de salari&#233;s. Les 20% restants en ont entre 1 et 5, dont la moiti&#233; n'a qu'un unique salari&#233;. 800 000 autres sont des &#171; membres associ&#233;s de soci&#233;t&#233;s &#187; qui sont associ&#233;s &#224; diff&#233;rents types de petites et moyennes entreprises. 200 000 de plus sont des &#171; collaborateurs membres de la famille &#187; des travailleurs autonomes. Pour finir, environ 150 000 sont conseillers et administrateurs d'entreprises avec au moins un tiers du capital social de l'entreprise. La majorit&#233; de ces cas a &#233;t&#233; trait&#233; d'une mani&#232;re ou d'une autre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sources : &lt;a href=&#034;http://noticiasemprendedores.blogspot.com/2008/07/qu-es-el-trabajador-autnomo.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://noticiasemprendedores.blogspot.com/2008/07/qu-es-el-trabajador-autnomo.html&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;http://www.autonomos-ata.com/informes/INFORMEDELTRABAJADORAUTDEPENDIENTE.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.autonomos-ata.com/informes/INFORMEDELTRABAJADORAUTDEPENDIENTE.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous disons r&#233;el ou formel parce que beaucoup de suppos&#233;s propri&#233;taires des moyens de production ne le sont qu'en termes nominaux, &#233;tant donn&#233; qu'en r&#233;alit&#233; &#171; leurs &#187; moyens de production &#171; appartiennent &#187; &#224; la banque qui leur a donn&#233; le pr&#234;t pour qu'ils les ach&#232;tent et pour s'emparer d'une partie de leur travail &#224; travers les int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous mettons entre guillemets le mot &#171; nouveau &#187; parce que le syst&#232;me est, d'une mani&#232;re suspecte, semblable &#224; la d&#233;nomm&#233;e industrie domestique, g&#233;n&#233;ralement textile, des d&#233;buts du capitalisme (15&#232;me-16&#232;me si&#232;cle), appel&#233;e &#233;galement &#171; &lt;i&gt;putting out system&lt;/i&gt; &#187; ou &#171; &lt;i&gt;verlagsystem&lt;/i&gt; &#187;, dans laquelle un commer&#231;ant donnait des mat&#233;riaux &#224; des artisans ou des paysans pour qu'ils les travaillent dans leur propre maison avant de les recueillir pour les vendre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par &#171; conditions mat&#233;rielles de la pratique humaine &#187;, nous ne nous r&#233;f&#233;rons pas aux &#171; conditions &#233;conomiques &#187; et encore moins aux &#171; conditions technologiques &#187;, mais simplement aux moyens &#224; travers lesquels nous transformons le monde et survivons en son sein.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans le fond les d&#233;nomm&#233;es &#171; races &#187; ne sont rien de plus qu'une des nombreuses manifestations de la diversit&#233; g&#233;n&#233;tique humaine. Voir note 16.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Caliban and the Witch : Women, The Body, and Primitive Accumulation&lt;/i&gt; (Caliban et la sorci&#232;re : Les femmes, le corps et l'accumulation primitive). Silvia Federici. Autonomedia.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous mettons entre guillemets le mot &#171; race &#187; parce que nous consid&#233;rons qu'en grande partie c'est une construction sociale bas&#233;e sur le fait que notre perception de la r&#233;alit&#233; est fondamentalement visuelle. C'est-&#224;-dire des diff&#233;rences biologiques dans la couleur de la peau ou dans les caract&#232;res morphologiques (l&#232;vres, yeux, cheveux) qui sont des diff&#233;rences r&#233;elles produites par notre &#233;volution, qui sont regroup&#233;es en cat&#233;gories que nous appelons races, tandis que d'autres diff&#233;rences biologiques comme le groupe sanguin ou les diff&#233;rentes isoformes de l'enzyme Alcool d&#233;shydrog&#233;nase (par exemple), qui ne sont pas perceptibles &#224; la premi&#232;re vue, ne donnent pas lieu &#224; tant de controverses.&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a des exemples tr&#232;s int&#233;ressants de comment le capital interf&#232;re avec la cat&#233;gorie &#171; race &#187;. Le g&#233;nocide du Rwanda en 1994 fut d&#251; &#224; un affrontement entre l'&#171; ethnie &#187; hutu et tutsi, cependant ces &#171; ethnies &#187; partagent la m&#234;me langue, religion et couleur de peau, se diff&#233;renciant seulement dans leur stature moyenne et, de fait, eux/elles-m&#234;mes se reconnaissent incapables de se diff&#233;rencier &#224; premi&#232;re vue. Selon diff&#233;rents auteurs, bien qu'il soit possible qu'existent quelques diff&#233;rences, ce fut la colonisation belge et allemande qui alimenta et exacerba la s&#233;paration entre hutus et tutsis (pour certains ce fut m&#234;me cette colonisation qui la cr&#233;a) comme un moyen de contr&#244;ler la population autochtone, en donnant aux tutsis un r&#244;le principal dans l'administration coloniale.&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le cas contraire est celui de l'immigration irlandaise aux &#201;tats-Unis durant le 19&#232;me si&#232;cle. En ces temps l&#224;,&lt;br class='autobr' /&gt;
l'Irlande &#233;tait une colonie britannique o&#249; les irlandais &#233;taient aussi discrimin&#233;s que les noirs aux &#201;tats-Unis (avec la diff&#233;rence qu'ils et elles n'&#233;taient pas esclaves). En arrivant aux &#201;tats-Unis, ils/elles &#233;taient trait&#233;s de la pire mani&#232;re, parfois m&#234;me pire que les esclaves afro-am&#233;ricains (qui &#233;taient plus chers), en arrivant &#224; &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme des &#171; n&#232;gres blancs &#187; ou les noirs comme des &#171; irlandais fum&#233;s &#187;. Face &#224; quelques irlandais qui proclamaient l'union avec les esclaves noirs pour lutter pour l'abolitionnisme, la majorit&#233; des immigrants irlandais d&#233;cid&#232;rent de faire valoir leur &#171; blancheur &#187;, laissant de c&#244;t&#233; leur catholicisme et leur ascendance irlandaise pour acc&#233;der aux privil&#232;ges raciaux des blancs, anglo-saxons et protestants. Ce processus supposa principalement d'affronter et d'assumer sa &#171; sup&#233;riorit&#233; &#187; sur les &#171; noirs &#187; (esclaves ou libres), en se pla&#231;ant au c&#244;t&#233; des &#171; blancs &#187;. Un exemple de ce changement est que le Ku Klux Klan, le repr&#233;sentant du racisme ant&#233;rieur &#224; la Guerre Civile Am&#233;ricaine, ha&#239;ssait initialement de mani&#232;re &#233;gale les noirs et les catholiques. En plus d'&#234;tre un bon exemple du caract&#232;re social des &#171; races &#187;, c'est un cas &#233;vident de comment les exploit&#233;s sont divis&#233;s, dans ce cas sur la base de pr&#233;jug&#233;s raciaux. Plus d'info : &#171; &lt;i&gt;An interview with Noel Ignatiev &#8211; How the Irish Became White&lt;/i&gt; &#187; (Un entretien avec Noel Ignatiev &#8211; Comment les irlandais devinrent blancs). (Note du CATS : ce texte est t&#233;l&#233;chargeable ici :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://racetraitor.org/zmagazineinterview.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://racetraitor.org/zmagazineinterview.pdf&lt;/a&gt;.)&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
D'autres exemples historiques de comment les relations entre &#171; races &#187; ont &#233;t&#233; utilis&#233;es par le capital &#224; son b&#233;n&#233;fice peuvent &#234;tre trouv&#233;s dans &lt;i&gt;Une histoire populaire des Etats-Unis&lt;/i&gt; d'Howard Zinn.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>R&#233;volution bourgeoise et luttes de classes en France, 1789-1799</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article1163</link>
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		<dc:date>2015-04-08T10:02:45Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sandra C.</dc:creator>


		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>
		<dc:subject>Insurrections, r&#233;voltes, &#233;meutes</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ves et luttes des classes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'histoire grand public montre la R&#233;volution fran&#231;aise comme un moment de violence extr&#234;me et aveugle exerc&#233; par les classes populaires manipul&#233;es par des leaders r&#233;volutionnaires, tout en focalisant sur l'&#233;pisode fatidique de la Terreur vue comme une d&#233;rive regrettable. Loin de ces clich&#233;s servant des int&#233;r&#234;ts de classe, les faits montrent comment les travailleurs urbains et ruraux ont men&#233; des luttes autonomes pour un monde meilleur d&#233;passant ainsi le contenu bourgeois de la R&#233;volution, et forgeant des exp&#233;riences pour les combats &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette approche de la p&#233;riode r&#233;volutionnaire fran&#231;aise entend rappeler que la lutte des classes n'est pas un concept construit de toute pi&#232;ce. Aujourd'hui, face aux ravages du capitalisme, qui puise ses racines dans ce moment-charni&#232;re que constitue la fin du XVIIIe si&#232;cle, les prol&#233;taires d'ici et d'ailleurs ne peuvent rien attendre d'un r&#233;formisme qui n'en finit pas de nous resservir les m&#234;mes recettes miracles pour &#171; humaniser &#187; ce syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette brochure constitue la 1&#232;re partie d'un travail sur la R&#233;volution fran&#231;aise et couvre la p&#233;riode 1789-1792, de la crise de l'Ancien R&#233;gime &#224; la chute de la monarchie. La p&#233;riode qui suit la chute de la monarchie jusqu'au coup d'&#201;tat du 18 brumaire fera l'objet d'une autre publication, &#224; suivre...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique24" rel="directory"&gt;R&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot92" rel="tag"&gt;Insurrections, r&#233;voltes, &#233;meutes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot95" rel="tag"&gt;Gr&#232;ves et luttes des classes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L99xH150/arton1163-11df2.jpg?1781147801' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='99' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1163.jpg?1417763090&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;SOMMAIRE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;POURQUOI PARLER DE LA R&#201;VOLUTION FRAN&#199;AISE AUJOURD'HUI ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;mergence du capitalisme et ascension de la bourgeoisie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'int&#233;r&#234;t de la p&#233;riode r&#233;volutionnaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Divergences d'analyse, enjeux politiques et m&#233;moriels&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'interpr&#233;tation contre-r&#233;volutionnaire&lt;br class='manualbr' /&gt;La r&#233;volution bourgeoise : entre jacobinisme et marxisme&lt;br class='manualbr' /&gt;L'offensive &#171; r&#233;visionniste &#187; et le Bicentenaire&lt;br class='manualbr' /&gt;Les Jacobins sont de retour&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;LA FRANCE &#192; LA VEILLE DE LA R&#201;VOLUTION : UNE SOCI&#201;T&#201; EN CRISE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La situation &#233;conomique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La primaut&#233; de l'agriculture&lt;br class='manualbr' /&gt;La richesse d&#233;gag&#233;e par le commerce colonial&lt;br class='manualbr' /&gt;Le travail artisanal et le cadre corporatif&lt;br class='manualbr' /&gt;Les pr&#233;mices de l'industrialisation&lt;br class='manualbr' /&gt;Impossibles r&#233;formes et crise financi&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Soci&#233;t&#233; d'ordres et tensions de classes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un clerg&#233; divis&#233;&lt;br class='manualbr' /&gt;La noblesse : entre d&#233;clin et r&#233;action &lt;br class='manualbr' /&gt;Le tiers &#233;tat : mont&#233;e en puissance de la bourgeoisie et difficult&#233;s &#233;conomiques des classes populaires&lt;br class='manualbr' /&gt;La r&#233;bellion des classes populaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;lude &#224; la R&#233;volution&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Crise frumentaire et &#233;meutes&lt;br class='manualbr' /&gt;L'agitation parlementaire&lt;br class='manualbr' /&gt;Le parti des patriotes&lt;br class='manualbr' /&gt;La r&#233;daction des cahiers de dol&#233;ances et les &#233;lections&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lumi&#232;res et lib&#233;ralisme &#233;conomique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;LA R&#201;VOLUTION DE 1789 ET L' AV&#200;NEMENT DE LA BOURGEOISIE &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;volution bourgeoise : des &#201;tats g&#233;n&#233;raux &#224; la formation de l'Assembl&#233;e nationale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;volution populaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volte parisienne et la prise de la Bastille&lt;br class='manualbr' /&gt;Les soul&#232;vements ruraux et la Grande Peur&lt;br class='manualbr' /&gt;Les journ&#233;es d'octobre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;organisation institutionnelle du pays par la bourgeoisie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nouveaux principes politiques : l'&#233;tat de droit&lt;br class='manualbr' /&gt;Le triomphe de la libert&#233; &#233;conomique&lt;br class='manualbr' /&gt;La r&#233;organisation administrative et judiciaire &lt;br class='manualbr' /&gt;La vente des biens nationaux et la r&#233;organisation de l'&#201;glise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;L'&#201;CHEC DU COMPROMIS ENTRE LA NOBLESSE ET LA BOURGEOISIE ET LA RADICALISATION DE LA R&#201;VOLUTION&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La politique de compromis face aux pouss&#233;es contradictoires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les forces politiques &#224; l'Assembl&#233;e : premi&#232;res divergences au sein de la bourgeoisie&lt;br class='manualbr' /&gt;La crise &#233;conomique et sociale : les classes populaires en lutte&lt;br class='manualbr' /&gt;Le mouvement d&#233;mocratique et la politisation accrue des classes populaires &lt;br class='manualbr' /&gt;La contre-r&#233;volution s'organise&lt;br class='manualbr' /&gt;De l'unit&#233; factice de la F&#234;te de la F&#233;d&#233;ration &#224; la ruine du compromis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Fuite du roi &#224; Varennes et ses cons&#233;quences&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fuite du roi&lt;br class='manualbr' /&gt;Le massacre du Champ-de-Mars&lt;br class='manualbr' /&gt;La bourgeoisie se divise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La R&#233;volution et l'Europe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luttes et mouvements r&#233;volutionnaires en Europe&lt;br class='manualbr' /&gt;L'attitude des monarchies europ&#233;ennes : entre hostilit&#233; et passivit&#233;&lt;br class='manualbr' /&gt;Les intentions de paix de l'Assembl&#233;e, la guerre voulue par le roi et la contre-r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question coloniale : Saint-Domingue&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;LA MARCHE A LA GUERRE ET LA CHUTE DE LA MONARCHIE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La marche &#224; la guerre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les man&#339;uvres du roi et les surench&#232;res de la Gironde : la guerre &#224; tout prix&lt;br class='manualbr' /&gt;Une faible opposition &#224; la guerre&lt;br class='manualbr' /&gt;Les tensions g&#233;n&#233;r&#233;es par les difficult&#233;s de la guerre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'intensification des conflits de classes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aggravation de la crise &#233;conomique : la radicalisation des luttes &lt;br class='manualbr' /&gt;Les sans-culottes&lt;br class='manualbr' /&gt;Les progr&#232;s de la contre-r&#233;volution : question sociale et conflit religieux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Chute de la monarchie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mont&#233;e des p&#233;rils&lt;br class='manualbr' /&gt;L'insurrection du 10 ao&#251;t : la chute de la monarchie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;LA R&#201;VOLUTION FRAN&#199;AISE SELON &#201;RIC HAZAN&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;ANNEXES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chronologie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cartes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France en 1788&lt;br class='manualbr' /&gt;Paris en 1789&lt;br class='manualbr' /&gt;La fuite &#224; Varennes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Biographies&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie	&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut se procurer des exemplaires imprim&#233;s de cette brochure en &#233;crivant &#224; l'auteure : &lt;i&gt;blackbear@@@riseup.net&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Voir aussi son site web : &lt;a href=&#034;http://classesenlutte1789.noblogs.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;classesenlutte1789.noblogs.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;La R&#233;volution n'a &#233;t&#233; faite et soutenue que par les derni&#232;res classes de la soci&#233;t&#233;, par les ouvriers, les artisans, les d&#233;taillistes, les agriculteurs, par la pl&#232;be, par ces infortun&#233;s que la richesse impudente appelle canaille et que l'insolence romaine appelait les prol&#233;taires.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Jean-Paul Marat (1743-1793)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;POURQUOI PARLER DE LA R&#201;VOLUTION FRAN&#199;AISE AUJOURD'HUI ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;&#201;mergence du capitalisme et ascension de la bourgeoisie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode qui s'&#233;tend de la fin du XVIIIe au d&#233;but du XIXe si&#232;cle constitue un tournant majeur dans l'histoire avec l'instauration du mode de production capitaliste et l'av&#232;nement de la bourgeoisie. Le capitalisme jusqu'alors commercial puise ses origines aux XIVe et XVe si&#232;cles, en Italie et aux Pays-Bas, et se d&#233;veloppe &#224; partir du XVIe si&#232;cle. En effet, la d&#233;couverte puis la main mise sur les Am&#233;riques et leurs richesses, la traite des populations d'Afrique de l'Ouest, et dans une certaine mesure l'expropriation d'une partie de la paysannerie europ&#233;enne, anglaise surtout, permettant la constitution d'un prol&#233;tariat, am&#232;nent en Europe occidentale une accumulation initiale de capitaux indispensable &#224; l'industrialisation. Aussi la mont&#233;e de la bourgeoisie li&#233;e &#224; cette expansion &#233;conomique donne les possibilit&#233;s d'un d&#233;veloppement scientifique, technique et de la pens&#233;e rationnelle qui au XVIIIe si&#232;cle jettent les bases de la r&#233;volution industrielle. Celle-ci est &#224; l'origine d'une rupture historique de grande envergure qui va entra&#238;ner, surtout au si&#232;cle suivant, le d&#233;veloppement sans commune mesure avec ce qu'on a connu auparavant des moyens de production, concentr&#233;s dans les mains de la bourgeoisie, et du salariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant 1789, les fortes tensions sociales et les changements en cours dans les structures &#233;conomiques et sociales qui affectent l'Europe occidentale et l'Am&#233;rique du Nord engendrent des mouvements r&#233;volutionnaires aux &#201;tats-Unis, en Irlande, en Belgique, en Hollande, en Suisse et en Angleterre. En effet, sur le plan international, l'Atlantique est devenu un lieu d'intenses &#233;changes commerciaux et humains, assurant non seulement un immense essor des fa&#231;ades maritimes, mais aussi le dynamisme &#233;conomique et la transformation sociale des pays riverains. Ce d&#233;veloppement &#233;conomique va faire &#233;clater les anciens cadres sociaux et politiques. La fin du XVIIIe si&#232;cle est donc une p&#233;riode charni&#232;re : le conflit latent entre l'ordre ancien et la bourgeoisie ne peut se r&#233;gler dans le cadre des r&#233;gimes politiques en place, sauf bien s&#251;r l&#224; o&#249; triomphe d&#233;j&#224; une bourgeoisie organis&#233;e, comme en Angleterre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. Hobsbawm, L'&#200;re des r&#233;volutions, &#201;ditions Complexe, 2000, p.37&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui conna&#238;t depuis les ann&#233;es 1770 sa premi&#232;re r&#233;volution industrielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie dont l'existence remonte au d&#233;veloppement des villes au XIe si&#232;cle, li&#233;e &#224; l'essor du commerce et de la finance au Moyen Age, est en tant que classe du capital associ&#233;e aux mutations sociales et &#233;conomiques que traversent l'Europe et l'Am&#233;rique du Nord &#224; la veille de 1789. N&#233;e sous le f&#233;odalisme donc, la bourgeoisie en France &#224; la fin de l'Ancien R&#233;gime domine la vie &#233;conomique. Mais son ascension et le d&#233;veloppement des forces productives n&#233;cessaires &#224; l'&#233;mergence du capitalisme se retrouvent bloqu&#233;s par la persistance des structures socio-&#233;conomiques h&#233;rit&#233;es du syst&#232;me f&#233;odal. Consciente de ses talents et d'occuper une place pr&#233;pond&#233;rante dans l'&#233;conomie, impr&#233;gn&#233;e par la philosophie des Lumi&#232;res, elle aspire &#224; la gestion politique du pays, or ce projet est difficilement concevable dans le carcan que repr&#233;sente la monarchie absolue de droit divin. Ces contradictions sont alors &#224; l'origine de la R&#233;volution qui &#233;clate en 1789.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;L'int&#233;r&#234;t de la p&#233;riode r&#233;volutionnaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas fran&#231;ais n'est pas une exception. La R&#233;volution fran&#231;aise permet &#224; la bourgeoisie de s'affirmer en tant que classe dominante. Elle va utiliser des strat&#233;gies sp&#233;cifiques pour acc&#233;der au pouvoir et mettre en place les conditions n&#233;cessaires au d&#233;veloppement capitaliste dans le pays. La R&#233;volution s'inscrit dans une p&#233;riode durant laquelle &#233;mergent les structures &#233;conomiques, politiques, sociales et juridiques de la soci&#233;t&#233; dans laquelle nous vivons aujourd'hui. Son int&#233;r&#234;t ne s'arr&#234;te pas l&#224;. Ce que l'on peut qualifier &#224; juste titre de r&#233;volution bourgeoise se caract&#233;rise par le r&#244;le actif, d&#233;termin&#233; et autonome des classes populaires : prol&#233;taires urbains et ruraux, petits exploitants agricoles et petits travailleurs ind&#233;pendants pour qui la question des subsistances est cruciale face &#224; la flamb&#233;e des prix, notamment dans les mois qui pr&#233;c&#232;dent le d&#233;but de la R&#233;volution. Les &#233;meutes qui &#233;clatent un peu partout sur le territoire &#224; ce moment l&#224; constituent une cause imm&#233;diate dans le d&#233;clenchement de 1789. Les tensions de classes p&#232;sent de tout leur poids et ne concernent pas seulement l'antagonisme entre bourgeois et nobles, loin de l&#224;. En d&#233;pit d'une classe ouvri&#232;re encore embryonnaire, pas encore constitu&#233;e, la participation des travailleurs au processus r&#233;volutionnaire de 1789 &#224; 1795 est un moment important dans la mesure o&#249; elle am&#232;ne &#224; un approfondissement social de la R&#233;volution et constitue une premi&#232;re &#233;tape dans l'histoire des luttes du prol&#233;tariat. La R&#233;volution fran&#231;aise est donc un premier jalon dans la formation de la classe ouvri&#232;re en France. Il s'agit donc d'aborder la R&#233;volution sous cet aspect et comme processus induit par la lutte des classes. La d&#233;marche entreprise ici n'est pas de faire une &#233;ni&#232;me synth&#232;se sur le sujet, mais de tenter d'analyser dans les termes explicit&#233;s plus haut ce moment historique fondamental &#224; travers un r&#233;cit plus ou moins chronologique. Une seconde brochure en pr&#233;paration abordera les &#233;v&#233;nements qui suivent la chute de la monarchie (ao&#251;t 1792) jusqu'au coup d'&#201;tat de Bonaparte (novembre 1799).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; n'est pas de faire une &#233;ni&#232;me synth&#232;se sur le sujet, mais de tenter d'analyser dans les termes explicit&#233;s plus haut ce moment historique fondamental &#224; travers un r&#233;cit plus ou moins chronologique. Une seconde brochure en pr&#233;paration abordera les &#233;v&#233;nements qui suivent la chute de la monarchie (ao&#251;t 1792) jusqu'au coup d'&#201;tat de Bonaparte (novembre 1799).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Divergences d'analyse, enjeux politiques et m&#233;moriels&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution fran&#231;aise est depuis plus de deux si&#232;cles l'objet de d&#233;bats pol&#233;miques qui traduisent des enjeux politiques et sociaux de taille. Les histoires produites par les royalistes, les lib&#233;raux ou les marxistes, pour ne citer qu'eux, sont marqu&#233;es par le contexte historique dans lequel elles sont &#233;crites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'interpr&#233;tation contre-r&#233;volutionnaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Condamnant dans ses principes la R&#233;volution, dont elle est contemporaine, elle d&#233;fend une soci&#233;t&#233; hi&#233;rarchis&#233;e, immuable, ancr&#233;e dans la religion catholique et les valeurs traditionnelles. Pour les partisans de la contre-r&#233;volution royaliste, l'analyse est fort limit&#233;e : la R&#233;volution serait une manifestation diabolique ou l'&#339;uvre d'un complot franc-ma&#231;on. Dans la seconde moiti&#233; du XXe si&#232;cle, ce courant r&#233;actionnaire renouvelle son discours en faisant le parall&#232;le entre la R&#233;volution fran&#231;aise et la r&#233;volution bolchevique de 1917. Le renversement de l'Ancien R&#233;gime et la mise en place de la souverainet&#233; populaire deviennent alors la porte ouverte aux totalitarismes, pr&#233;figurant les r&#233;gimes du bloc sovi&#233;tique, et allant jusqu'&#224; faire l'analogie avec le fascisme et le nazisme. Ce type de parall&#232;le culmine lors du d&#233;bat sur le &#171; g&#233;nocide &#187; vend&#233;en, dans les ann&#233;es 1980, avec les travaux engag&#233;s par Pierre Chaunu et Reynald S&#233;cher. Ce dernier publie une th&#232;se en 1986 sur le sujet et milite toujours actuellement pour une reconnaissance officielle du &#171; g&#233;nocide &#187; vend&#233;en. Le terme de &#171; g&#233;nocide &#187; n'est nullement discut&#233; par S&#233;cher qui forge de toute pi&#232;ce une &#171; identit&#233; vend&#233;enne &#187;. En assimilant &#224; un g&#233;nocide les crimes de guerre commis par l'arm&#233;e r&#233;publicaine en Vend&#233;e, il entend &#233;videmment discr&#233;diter la R&#233;volution. Les th&#232;ses de S&#233;cher et d'autres produites par le courant contre-r&#233;volutionnaire sont reprises par une partie de la droite et par l'extr&#234;me-droite. Aussi, elles connaissent une certaine audience au moment du Bicentenaire gr&#226;ce au d&#233;veloppement de l'analyse &#171; r&#233;visionniste &#187; de la R&#233;volution propos&#233;e par Fran&#231;ois Furet, dont elles reprennent des &#233;l&#233;ments comme la d&#233;nonciation de la Terreur et de toute violence r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;volution bourgeoise : entre jacobinisme et marxisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse bourgeoise de la R&#233;volution fran&#231;aise ne doit rien &#224; Marx et puise ses origines au c&#339;ur des &#233;v&#233;nements. Contemporain de la R&#233;volution, Barnave dans son &lt;i&gt;Introduction &#224; la R&#233;volution fran&#231;aise&lt;/i&gt;, interpr&#232;te le processus r&#233;volutionnaire &#224; la lumi&#232;re des influences &#233;conomiques : &lt;i&gt;&#171; une nouvelle distribution des richesses pr&#233;pare une nouvelle distribution du pouvoir. &#187;&lt;/i&gt; On peut voir dans ses r&#233;flexions une prise de conscience de la bourgeoisie r&#233;volutionnaire. Par la suite, cette interpr&#233;tation est d&#233;velopp&#233;e sous la Restauration par des historiens bourgeois lib&#233;raux, tels que Thiers, Augustin Thierry, Guizot et Mignet. Ils analysent la R&#233;volution comme le point culminant de la longue ascension de la bourgeoisie jusqu'&#224; la position de classe dirigeante. Louis Blanc, Tocqueville ou Taine admettent aussi cette r&#233;alit&#233;. Celle-ci est reprise par Marx qui n'a pas &#233;crit de livre sp&#233;cifique sur la p&#233;riode mais fait part d'analyses sur la R&#233;volution fran&#231;aise et le r&#244;le de la bourgeoisie &#224; plusieurs reprises dans ses &#233;crits : le &lt;i&gt;Manifeste du Parti communiste&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;L'Id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le 18 brumaire de Louis-Napol&#233;on Bonaparte&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but du XXe si&#232;cle, la tradition jacobine qui s'inscrit dans une d&#233;fense r&#233;publicaine et sociale de la R&#233;volution, reprend le sch&#233;ma explicatif d'une r&#233;volution bourgeoise &#224; soutien populaire et consid&#232;re les ann&#233;es 1793 et 1794 comme un approfondissement social du processus r&#233;volutionnaire. L'int&#233;r&#234;t de cette analyse est d'&#234;tre en accord avec le pr&#233;suppos&#233; marxiste &lt;i&gt;&#171; d'une mutation n&#233;cessaire, fond&#233;e sur le changement des structures sociales et des formes de production &#224; la fin du XVIIIe si&#232;cle, autant et plus peut &#234;tre que l'&#233;volution des id&#233;es &#187;&lt;/i&gt;, comme l'explique l'historien Michel Vovelle. Cependant, ce courant est plus jacobin que marxiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jaur&#232;s dans son &lt;i&gt;Histoire socialiste de la R&#233;volution fran&#231;aise&lt;/i&gt;, publi&#233;e entre 1900 et 1903, s'int&#233;resse &#224; l'expression autonome de la paysannerie, au mouvement ouvrier, aux gr&#232;ves, aux int&#233;r&#234;ts sp&#233;cifiques des classes populaires urbaines. Par la suite, des historiens universitaires apportent d'autres &#233;l&#233;ments &#224; l'approche &#233;conomique et sociale. Le socialiste Albert Mathiez, &#224; un moment proche du Parti communiste, publie en 1927 La Vie ch&#232;re et le mouvement social sous la Terreur. Georges Lefebvre, lui aussi influenc&#233; par la lecture de Marx, s'int&#233;resse &#224; la r&#233;volution paysanne. Avant tout anticapitaliste, elle est consid&#233;r&#233;e r&#233;trograde par rapport au mouvement de l'Histoire. En 1958, Albert Soboul consacre sa th&#232;se au mouvement sans-culottes parisien. En tant que marxiste il va s'opposer &#224; la controverse lanc&#233;e par Fran&#231;ois Furet &#224; partir de 1965.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'historiographie d'inspiration marxiste domine jusque dans les ann&#233;es 1960 et jouit d'une large audience apr&#232;s la Seconde guerre mondiale. Cependant, le stalinisme p&#232;se de tout son poids dans le monde intellectuel d 'apr&#232;s guerre et certains historiens dits marxistes ont une approche tr&#232;s d&#233;terministe, allant parfois jusqu'&#224; consid&#233;rer que le prol&#233;tariat n'existait pas &#224; la fin du XVIIIe si&#232;cle ou que les travailleurs urbains et ruraux menaient des luttes d'arri&#232;re-garde. Incapables de s'autonomiser, ils ne pouvaient agir en cons&#233;quence que sous l'orbite des dirigeants bourgeois montagnards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Edward Thompson, un marxiste dissident loin du d&#233;terminisme de certains coll&#232;gues, publie en 1963 &lt;i&gt;La Formation de la classe ouvri&#232;re anglaise&lt;/i&gt;, dans lequel il consacre le premier chapitre au mouvement r&#233;volutionnaire des ann&#233;es 1790 en Angleterre. Il d&#233;veloppe l'id&#233;e que la classe sociale et la conscience de classe ne se r&#233;sument pas &#224; l'&#233;tat des rapports &#233;conomiques de production. Par &#171; conscience de classe &#187;, il d&#233;signe la mani&#232;re dont les exp&#233;riences communes sont traduites &lt;i&gt;&#171; en termes culturels et s'incarnent dans des traditions, des syst&#232;mes de valeurs, des id&#233;es et des formes institutionnelles &#187;&lt;/i&gt;.|&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Edward P. Thompson, La Formation de la classe ouvri&#232;re anglaise, Seuil, 2012&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; D'autres historiens engag&#233;s insistent sur le r&#244;le jou&#233; par les classes populaires lors de la R&#233;volution et propose une analyse de classe. Maurice Dommanget, militant au PCF puis trotskiste publie des ouvrages sur Babeuf et les Enrag&#233;s. Daniel Gu&#233;rin, militant et th&#233;oricien du communisme libertaire, montre en 1946 dans Bourgeois et bras-nus le conflit de classe entre prol&#233;taires et bourgeois montagnards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'offensive &#171; r&#233;visionniste &#187; et le Bicentenaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1965, Fran&#231;ois Furet, compagnon de route repenti du PCF, et Denis Richet s'attaquent dans &lt;i&gt;La R&#233;volution fran&#231;aise&lt;/i&gt; &#224; l'interpr&#233;tation marxiste. Ils jugent que la radicalisation &#224; partir de 1791, du fait de la participation accrue dans le processus r&#233;volutionnaire des masses populaires urbaines et paysannes, est un &#171; d&#233;rapage &#187; de la R&#233;volution. Les deux auteurs d&#233;consid&#232;rent le r&#244;le et la violence exerc&#233;e par les classes populaires en proie selon eux &#224; &lt;i&gt;&#171; la psychose collective d'un perp&#233;tuel complot &#187;&lt;/i&gt;. Ainsi, la R&#233;volution aurait pu faire l'&#233;conomie de l'intervention populaire, &#234;tre uniquement lib&#233;rale et se stabiliser au stade d'un compromis r&#233;formiste entre noblesse et bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terme &#171; r&#233;visionniste &#187; employ&#233; en 1974 par Albert Soboul d&#233;signe l'ensemble des historiens lib&#233;raux ou conservateurs qui proposent de sortir du cadre interpr&#233;tatif de la r&#233;volution bourgeoise et de r&#233;viser l'analyse marxiste et jacobine de la R&#233;volution. Ce terme est d'ailleurs mal adapt&#233; dans la mesure o&#249; le r&#233;visionnisme permet de r&#233;examiner des sources et de proposer une nouvelle interpr&#233;tation de l'histoire. La diffusion de cette interpr&#233;tation est favoris&#233;e apr&#232;s 1968 par un contexte mondial d'offensive n&#233;o-lib&#233;rale. Sur le plan id&#233;ologique l'anti-totalitarisme fustige le marxisme en le rendant responsable des r&#233;gimes r&#233;pressifs du bloc de l'Est, condamne tout projet r&#233;volutionnaire, gagne du terrain via les m&#233;dias et finit par dominer la gauche intellectuelle non communiste &#224; la fin des ann&#233;es 1970. C'est dans ce contexte que Fran&#231;ois Furet publie en 1978 &lt;i&gt;Penser la R&#233;volution fran&#231;aise&lt;/i&gt;. Pour lui le marxisme, le communisme et finalement tout projet r&#233;volutionnaire conduit n&#233;cessairement au totalitarisme. Il affirme que la Terreur n'est plus un d&#233;rapage mais un &#233;l&#233;ment constitutif de l'&#233;v&#233;nement r&#233;volutionnaire. Il s'attaque &#224; l'id&#233;e de r&#233;volution par le biais de ce qu'est devenue l'Union sovi&#233;tique : &lt;i&gt;&#8220;Aujourd'hui, le goulag conduit &#224; repenser la terreur, en vertu d'une identit&#233; dans le projet. Les deux r&#233;volutions restent li&#233;es.&#8221; Aussi ajoute-il : &#8220;1789 ouvre une p&#233;riode de d&#233;rive de l'histoire.&#8221;&lt;/i&gt; Auparavant, en 1976, il ne percevait aucune vertu ni aucune force autonome dans l'intervention des masses r&#233;volutionnaires, qui ne peuvent qu'&#234;tre manipul&#233;es par des leaders. L'interpr&#233;tation de Furet, ni plus ni moins contre-r&#233;volutionnaire, r&#233;ussit &#224; s'imposer dans le d&#233;bat comme discours dominant dans les ann&#233;es 1980 et gagne l'ensemble de la soci&#233;t&#233;. L'analyse marxiste est mise &#224; mal depuis les ann&#233;es 1970, la d&#233;cennie suivante est marqu&#233;e par la crise &#233;conomique, le reflux des luttes et une offensive id&#233;ologique qui proclame la fin de la lutte des classes. Aussi, toute une partie de la gauche adopte les th&#232;ses de Furet et contribue grandement &#224; la diffusion et au triomphe de son interpr&#233;tation. Cette entreprise de liquidation de tous projets r&#233;volutionnaires et &#233;mancipateurs permet &#233;galement &#224; des historiens conservateurs comme Pierre Chaunu, d&#233;fenseur de la sup&#233;riorit&#233; de la civilisation occidentale blanche et chr&#233;tienne, militant anti-avortement, et &#224; d'autres nourris de tout l'h&#233;ritage contre-r&#233;volutionnaire d'acc&#233;der au premier plan de la sc&#232;ne publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment des c&#233;l&#233;brations du Bicentenaire de la R&#233;volution en 1989, l'&#233;cole &#171; r&#233;visionniste &#187; et les th&#232;ses contre-r&#233;volutionnaires triomphent. Les socialistes, alors au pouvoir, artisans d'une politique d'aust&#233;rit&#233;, d&#233;clarent que la R&#233;volution n'a d&#233;sormais plus rien &#224; dire. Le premier ministre socialiste Michel Rocard affirme que l'int&#233;r&#234;t de 1789 est d' &lt;i&gt;&#171; avoir convaincu beaucoup de gens que la R&#233;volution, c'est dangereux et que, si on peut en faire l'&#233;conomie, ce n'est pas plus mal &#187;&lt;/i&gt; . Quoi d'&#233;tonnant d'entendre de tels propos, et d'assister au triomphe d'une histoire contre-r&#233;volutionnaire dans un contexte de casse des luttes. Aussi, l'&#233;clatement de l'Union sovi&#233;tique et la th&#232;se de &#171; fin de l'histoire &#187;, relanc&#233;e par Francis Fukuyama avant la chute du mur de Berlin en 1989, participent &#224; la cons&#233;cration d'une pens&#233;e au service du conservatisme social. Pour Fukuyama, le lib&#233;ralisme et la d&#233;mocratie, ind&#233;passables et en parfaite ad&#233;quation avec l'essence humaine, n'ont d&#233;sormais plus d'entraves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les c&#233;l&#233;brations du Bicentenaire, dont Fran&#231;ois Furet est le penseur et l'historien officiel, constituent un acte fonci&#232;rement id&#233;ologique. Le but est de montrer la R&#233;volution uniquement sous un angle politique et non social, mais surtout comme un moment dangereux car portant en germe la d&#233;rive de la Terreur. Pour la cause, les c&#233;l&#233;brations mettent en avant les contre-r&#233;volutionnaires, des figures consensuelles tels que Condorcet ou Madame Roland, alors que les Jacobins, les sans-culottes sont montr&#233;s comme des terroristes assoiff&#233;s de sang. La Terreur est consid&#233;r&#233;e comme un d&#233;cha&#238;nement de violences extr&#234;mes, injustifi&#233;es et les luttes men&#233;es par les classes populaires sont jet&#233;es aux oubliettes. L'id&#233;e est de marteler que tout engagement politique conduit &#224; la r&#233;volution, que celle-ci conduit &#224; la violence, et donc qu'il ne faut pas s'engager mais accepter l'ordre &#233;tabli une bonne fois pour toute. Le Bicentenaire fut une v&#233;ritable entreprise d'oubli, de propagande, de d&#233;politisation et un moyen de plus de nous faire croire que nous sommes condamn&#233;s &#224; vivre dans le monde o&#249; nous vivons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Jacobins sont de retour&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis les ann&#233;es 1990, dans un contexte mondial marqu&#233; par la crise &#233;conomique, o&#249; les luttes pour de meilleures conditions de vie persistent et contredisent la fin de l'histoire et de la lutte des classes, la version formul&#233;e par Furet dans son rejet total des facteurs socio-&#233;conomiques rencontre peu d'&#233;cho dans le milieu universitaire. Elle a cependant laiss&#233; un h&#233;ritage regrettable. L'histoire grand public diffus&#233;e par les m&#233;dias de masse n'en finit pas de ressasser les vieilles rengaines r&#233;actionnaires et continue de v&#233;hiculer une image n&#233;gative et caricaturale de la p&#233;riode r&#233;volutionnaire en insistant lourdement sur la Terreur et les violences populaires. D'une certaine mani&#232;re, les th&#233;ories contre-r&#233;volutionnaires ont fait leur chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation est tout autre dans le domaine de la recherche plut&#244;t marqu&#233;e &#224; gauche : alors que l'aspect social occupe &#224; nouveau une place essentielle, la r&#233;volution bourgeoise et la lutte des classes sont des analyses rarement utilis&#233;es, ce qui s'explique en partie par le travail de sape de Furet et consorts. La vague r&#233;visionniste n'a pas tout balay&#233; sur son passage mais l'histoire universitaire garde des s&#233;quelles, au point que lorsqu'on lit des auteurs pourtant attentifs au social, mettant en lumi&#232;re le r&#244;le important et positif jou&#233; par les classes populaires, revalorisant le concept de r&#233;volution, on reste sur sa faim. M&#234;me si entre autres Florence Gauthier, Sophie Wahnich ou les historiens proches de la Soci&#233;t&#233; des &#201;tudes Robespierristes, proposent une lecture plut&#244;t positive de la R&#233;volution, leurs analyses participent d'un retour en force de l'interpr&#233;tation jacobine dans le milieu universitaire. Il touche aussi certains milieux militants &#224; la gauche du Parti socialiste et s'explique par le contexte politique et social dans lequel le regain du r&#233;publicanisme, l'alternativisme et la d&#233;mocratie participative apparaissent comme des solutions face &#224; la crise du capitalisme. Le renouveau de la tradition r&#233;publicaine jacobine appara&#238;t donc pour certains intellectuels et militants berc&#233;s par une certaine nostalgie comme une solution face aux ravages de la mondialisation capitaliste. Il n'est donc pas &#233;tonnant que l'histoire jacobine nous pr&#233;sente les leaders jacobins de la R&#233;volution comme des parangons de la radicalit&#233; et de la justice sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce nouveau jacobinisme, &#233;manation d'une partie de la classe moyenne, entend faire l'&#233;conomie de la lutte des classes en humanisant les rapports capital-travail et en pr&#244;nant une refonte des institutions d&#233;mocratiques. Le projet de soci&#233;t&#233; formul&#233; il y a plus de 220 ans par le jacobinisme serait donc encore d'actualit&#233; face &#224; un syst&#232;me politique et &#233;conomique qui aurait perdu la raison. Bien plus, il constituerait un horizon &#224; atteindre pour rem&#233;dier aux probl&#232;mes que nous traversons ! Il y a ainsi une r&#233;cup&#233;ration politique de l'h&#233;ritage jacobin, ce qui n'enl&#232;ve rien &#224; la validit&#233; et au s&#233;rieux des travaux historiques. Le probl&#232;me r&#233;side en fait dans l'analyse du jacobinisme et dans l'exp&#233;rience de gouvernement r&#233;volutionnaire men&#233;e en 1793-1794. Robespierre et ses amis ont &#233;limin&#233; les Enrag&#233;s, mis au pas les classes populaires, r&#233;primant au passage les travailleurs en gr&#232;ve, fermant les clubs de femmes r&#233;volutionnaires et amorc&#233; ainsi la contre-r&#233;volution. Alors que les dirigeants jacobins et montagnards sont montr&#233;s comme les martyrs du 9 thermidor, moment fatidique o&#249; la R&#233;volution commence sa descente aux enfers, leur alignement sur les int&#233;r&#234;ts bourgeois est pass&#233; sous silence ou minimis&#233;. D&#233;j&#224; en 1793 le jacobinisme a r&#233;v&#233;l&#233; ses limites, nous n'avons donc rien &#224; attendre aujourd'hui d'un projet port&#233; par des bourgeois de gauche qui voudraient nous faire croire que la d&#233;mocratie et un capitalisme r&#233;gul&#233; constitueraient un horizon ind&#233;passable.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA FRANCE A LA VEILLE DE LA R&#201;VOLUTION : UNE SOCI&#201;T&#201; EN CRISE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La France, en 1789, est une monarchie absolue de droit divin. La structure socio-&#233;conomique dominante h&#233;rit&#233;e du syst&#232;me f&#233;odal ainsi que les formes politiques ne sont plus adapt&#233;es aux transformations &#233;conomiques en cours. Le pays se caract&#233;rise par la pr&#233;sence contradictoire d'&#233;l&#233;ments capitalistes en expansion sur un territoire essentiellement agricole pourvu de structures seigneuriales. Le d&#233;veloppement de l'industrie et du commerce est entrav&#233; par une multitude de r&#232;glements corporatifs et de r&#232;gles de fabrication, par une complexit&#233; de douanes int&#233;rieures, par la lenteur du commerce, des voies de communication, des &#233;volutions techniques et par l'&#233;miettement du march&#233; int&#233;rieur. Les tensions de classes, la crise &#233;conomique et le probl&#232;me financier auquel est confront&#233; le pouvoir royal, lui-m&#234;me en crise du fait de son incapacit&#233; &#224; r&#233;former le syst&#232;me, vont mener le pays &#224; la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;La situation &#233;conomique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La primaut&#233; de l'agriculture&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La terre demeure le premier signe de fortune et de puissance sociale. Les revenus agricoles et fonciers assurent l'essentiel de la richesse produite en France. Avec une population rurale de 84%, la vie quotidienne de presque tous les Fran&#231;ais est d&#233;termin&#233;e par le secteur agricole : trois quarts des actifs sont en effet des paysans. Nombre de capitaux accumul&#233;s dans le commerce colonial s'investissent dans l'achat de domaines, mais ne servent pas &#224; accro&#238;tre les zones cultiv&#233;es, par le d&#233;frichement, par exemple. De plus, les techniques agricoles &#233;voluent peu et demeurent rudimentaires, alors que la croissance d&#233;mographique intensifie la demande en terres. L'agriculture p&#226;tit surtout de son manque de b&#233;tail et de chevaux, davantage utilis&#233;s dans l'arm&#233;e, par l'aristocratie ou les transports. Le probl&#232;me essentiel demeure l'engrais, dont le seul utilis&#233;, le fumier, est insuffisant presque partout du fait du manque de b&#233;tail, lui-m&#234;me li&#233; au manque de p&#226;turages. Tout ceci entra&#238;ne des rendements agricoles trop bas, et cette cha&#238;ne de lacunes permet de comprendre dans quelle mis&#232;re agricole se trouve le pays &#224; la veille de la R&#233;volution.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fernand Braudel et Ernest Labrousse, Histoire &#233;conomique et sociale de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les paysans sont pour une majorit&#233; exploit&#233;s dans un syst&#232;me de fermage ou de m&#233;tayage. Le m&#233;tayage, forme d'exploitation la plus r&#233;pandue, caract&#233;rise les r&#233;gions les plus pauvres. Le seigneur est propri&#233;taire des terres et le paysan qui les travaille doit fournir une partie des r&#233;coltes en nature ou en argent &#224; celui-ci. Dans les pays de grande culture, comme dans les riches plaines c&#233;r&#233;ali&#232;res du Bassin parisien, des fermiers accaparent, le plus souvent au d&#233;triment des journaliers et des petits paysans, toutes les terres en location, ce qui contribue &#224; prol&#233;tariser les masses rurales. Enfin, l&#224; o&#249; les paysans poss&#232;dent leurs terres, le seigneur met &#224; profit ses droits de justice pour accaparer le produit de leur travail. Cependant, les paysans jouissent d'un droit d'usage coutumier, la vaine p&#226;ture, abondamment utilis&#233;e pour nourrir gratuitement leur b&#233;tail, et sont possesseurs tributaires de parcelles attenantes &#224; leur maison, c'est-&#224;-dire un jardin non soumis &#224; la d&#238;me. La possession collective de terres par les villageois, les communaux, permet &#233;galement un compl&#233;ment de ressource, notamment aux plus pauvres : collecte de bois, cueillette des fruits et champignons, voire mise en culture. Ainsi, lorsque des seigneurs tentent de vendre ces terres, les paysans protestent. Un &#233;dit royal de 1761 permet de clore les terres et les pr&#233;s dans le B&#233;arn, en Bourgogne, en Champagne et en Lorraine ce qui entra&#238;ne de nombreux bris de cl&#244;ture et proc&#232;s. Les paysans, dans un grand nombre de cahiers de dol&#233;ances, r&#233;clameront en 1789 le maintien ou le r&#233;tablissement de la vaine p&#226;ture et des communaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des paysans ne poss&#232;de pas de terres ou trop peu, et croule sous le poids des redevances seigneuriales, des d&#238;mes et surtout des imp&#244;ts royaux (gabelle, octrois, taxe sur le tabac) qui prennent une part consid&#233;rable et sans cesse accrue de ses revenus. La croissance des prix agricoles ne profite pas &#224; tous et les tensions autour des rentes seigneuriales et fonci&#232;res comme celles li&#233;es au partage des communaux se multiplient. Journaliers et saisonniers, qui vendent &#224; la journ&#233;e leur force de travail, constituent la part la plus pr&#233;caire du monde paysan. Ils sont particuli&#232;rement nombreux en pays de grande culture &#224; forte concentration fonci&#232;re car le besoin de main d'&#339;uvre est tr&#232;s important. La conjoncture difficile des derni&#232;res ann&#233;es de l'Ancien R&#233;gime rend leur situation particuli&#232;rement dure : les salaires diminuent, certains s'appauvrissent et les tensions s'amplifient. A la fin du XVIIIe si&#232;cle, une large proportion de la soci&#233;t&#233; paysanne est fragilis&#233;e, la ville devient alors pour beaucoup une destination oblig&#233;e. Domesticit&#233; f&#233;minine, ouvriers agricoles sans perspective d'emploi stable affluent dans l'espoir d'&#233;chapper &#224; la mis&#232;re et &#224; un horizon bouch&#233;, et de constituer un petit p&#233;cule qui leur permettra de rentrer au pays pour s'&#233;tablir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La richesse d&#233;gag&#233;e par le commerce colonial&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan commercial, la France occupe le second rang mondial apr&#232;s l'Angleterre. Le commerce ext&#233;rieur est largement fond&#233; sur le trafic colonial qui procure de substantiels b&#233;n&#233;fices et progresse jusqu'&#224; la R&#233;volution. Les Antilles et le S&#233;n&#233;gal permettent en effet un commerce fructueux et inhumain : sur la c&#244;te ouest africaine des esclaves sont &#233;chang&#233;s contre des verroteries et des &#233;toffes ; aux Antilles ils sont revendus pour travailler dans les plantations qui produisent &#233;pices, caf&#233;, sucre, cacao, tabac, m&#233;taux, coton et colorants v&#233;g&#233;taux export&#233;s vers la m&#233;tropole. Pour la bourgeoisie en qu&#234;te d'enrichissement, c'est une des fili&#232;res les plus s&#251;res et rentables de l'&#233;conomie. Aussi, le commerce triangulaire permet une accumulation de base qui va permettre &#224; la bourgeoisie de passer du capitalisme commercial au capitalisme industriel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la veille de la R&#233;volution, Saint-Domingue, premi&#232;re productrice mondiale de sucre, et les autres &#238;les sous domination fran&#231;aise importent 25 000 &#224; 30 000 esclaves par an, davantage si on prend en compte la contrebande. Cela permet de renouveler la main d'&#339;uvre qui subit une mortalit&#233; importante, de 5 &#224; 6% par an, et d'assurer le d&#233;veloppement des plantations. La bourgeoisie de Bordeaux et de Nantes s'enrichit ainsi sans scrupule. La Rochelle, Saint-Malo, le Havre, mais aussi Marseille d&#232;s 1783, sont concern&#233;s par ce commerce. Ce syst&#232;me suscite cependant, d&#232;s la seconde moiti&#233; du XVIIIe si&#232;cle, de vifs d&#233;bats quant &#224; la question de la traite et de la condition des esclaves dans les colonies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le travail artisanal et le cadre corporatif&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les corporations avec des formes tr&#232;s encadr&#233;es caract&#233;risent le travail artisanal ind&#233;pendant qui domine la production urbaine. Les conditions de fabrication et de vente sont r&#233;glement&#233;es afin d'assurer la qualit&#233; de la marchandise produite et de contr&#244;ler la quantit&#233; afin d'&#233;viter la surproduction, la concurrence et le ch&#244;mage. Le nombre de travailleurs est donc limit&#233;, ainsi que la dur&#233;e de la journ&#233;e de travail et le nombre de jours ouvrables. La bourgeoisie souhaite supprimer le syst&#232;me corporatif, consid&#233;r&#233; comme une entrave &#224; la libert&#233; &#233;conomique, ce que tente vainement le ministre Turgot en 1776.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le syst&#232;me corporatif, le ma&#238;tre d&#233;tient son moyen de production et travaille dans un atelier familial avec quelques compagnons et apprentis. Les rapports entre patrons et salari&#233;s peuvent &#234;tre empreints d'une certaine cordialit&#233; mais l'atelier n'est pas un syst&#232;me d'alliance o&#249; le patron, sa famille et les compagnons cohabiteraient dans une intimit&#233; famili&#232;re.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Arlette Farge, La vie fragile, violence, pouvoirs et solidarit&#233;s &#224; Paris au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Les conditions de vie des ouvriers au XVIIIe si&#232;cle sont difficiles, l'atelier est marqu&#233; par la mobilit&#233; des employ&#233;s et le morcellement du temps de travail : les salari&#233;s vont d'emploi en emploi, afin de rechercher de meilleurs salaires et conditions de travail, motifs fr&#233;quents de conflits. Il existe en effet un r&#233;el affrontement entre ma&#238;tres et compagnons. La situation des apprentis aussi n'est pas toujours enviable, les jeunes doivent ob&#233;ir aux ma&#238;tres, ne pas s'absenter, ne pas travailler ailleurs, et certains re&#231;oivent m&#234;me des mauvais traitements ou sont battus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres travailleurs ne sont pas int&#233;gr&#233;s aux communaut&#233;s de m&#233;tiers, tels que les manouvriers, journaliers, gagne-deniers, commissionnaires et revendeurs. Certains compagnons ne parviennent jamais &#224; devenir ma&#238;tre, car l'accession co&#251;te trop cher et les charges sont extraordinairement limit&#233;es, aussi exercent-ils leur activit&#233; &#224; leur compte et de fa&#231;on clandestine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les pr&#233;mices de l'industrialisation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre la production r&#233;glement&#233;e par le syst&#232;me corporatif, une industrie demeurant presque toujours artisanale, en dehors de quelques &#233;tablissements importants, s'est d&#233;velopp&#233;e, favoris&#233;e &#224; la fois par l'ouverture de march&#233;s nouveaux et par la croissance d&#233;mographique. Le terme &#8220;industrie&#8221; d&#233;signe au XVIIIe si&#232;cle les activit&#233;s de production et d'&#233;change. A partir des ann&#233;es 1770 sa d&#233;finition n'englobe plus les activit&#233;s agricoles et commerciales : cette mutation s&#233;mantique correspond bien &#224; l'apparition d'un nouveau mode de production.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Becchia, Modernit&#233;s de l'Ancien R&#233;gime (1750-1789), Presses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Dans de nombreuses r&#233;gions, la population vit, au moins en partie, par l'implantation de la proto-industrie rurale, d'une seconde activit&#233; non agricole, qui assure un revenu compl&#233;mentaire. Ce ph&#233;nom&#232;ne, tr&#232;s visible dans les C&#233;vennes et en Champagne, profite de la faiblesse des salaires et de l'absence de r&#232;glements corporatifs. Le n&#233;gociant fournit aux paysans la mati&#232;re premi&#232;re, r&#233;ceptionne le produit fini, et tient ainsi &#224; sa merci les travailleurs des campagnes, qui ont besoin d'un salaire d'appoint. Cela concerne surtout le textile, mais aussi la m&#233;tallurgie (&#233;pingles). La proto-industrie tient une place d&#233;terminante et croissante : &#224; Sedan, par exemple, les n&#233;gociants drainent des campagnes avoisinantes la production d'environ 10 000 ruraux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, les premi&#232;res grandes concentrations sporadiques de formes de production, pas toujours m&#233;canis&#233;es, entra&#238;nent les premi&#232;res grandes concentrations de capitaux et de main d'&#339;uvre &#224; travers les manufactures, et jettent les bases de l'industrialisation. Soustraites aux r&#232;gles corporatives, les inventions m&#233;caniques s'y d&#233;veloppent librement : &lt;i&gt;&#8220;La coop&#233;ration qui repose sur la division du travail a r&#233;alis&#233; sa forme classique dans la manufacture. Comme forme caract&#233;ristique du syst&#232;me de production capitaliste, elle a domin&#233; pendant la p&#233;riode de la manufacture proprement dite, qui, en gros, dura du milieu du XVIe si&#232;cle au dernier tiers du XVIIIe.&#8221;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Becchia, Modernit&#233;s de l'Ancien R&#233;gime (1750-1789), Presses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux p&#244;les industriels sont le textile, de loin premi&#232;re activit&#233; par le nombre de travailleurs, par son poids dans l'ensemble de la production et par son dynamisme, et la m&#233;tallurgie. Ce secteur, ainsi que le charbon, occupe Le Creusot, &#233;tablissement m&#233;tallurgique le plus important d'Europe continentale, o&#249; il existe d&#233;j&#224; une cit&#233; ouvri&#232;re. Les bassins houillers d'Anzin, de Carmaux et de la Loire sont &#233;galement pionniers, mais cette industrie lourde p&#226;tit de la faiblesse technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le secteur manufacturier qui caract&#233;rise surtout le textile conna&#238;t presque partout un mouvement de concentration : &#224; Jouy-en-Josas, non loin de Paris, Oberkampf installe sa manufacture d'indiennes et fait travailler 800 &#224; 900 ouvriers en 1789 ; en Normandie ; dans les entreprises plus modestes du Dauphin&#233; ; dans le Languedoc o&#249; la tendance g&#233;n&#233;rale est le passage de l'artisanat &#224; la manufacture. Cette tendance est &#233;galement visible dans l'industrie de la soierie &#224; Lyon. L'ouvrier en soie, dans son atelier familial, cherche &#224; conserver le droit de vendre &#224; son compte le produit de ses quelques m&#233;tiers, mais il ne peut lutter contre les marchands-fabricants, mieux organis&#233;s, plus capables de dominer le march&#233; national et international. Dans la seconde moiti&#233; du si&#232;cle, ces derniers commencent &#224; op&#233;rer un lent processus de concentration : sur 400 marchands-fabricants, une cinquantaine domine enti&#232;rement la fabrique, donne du travail &#224; plus de la moiti&#233; des ouvriers et concentre plus de la moiti&#233; de la production. A la fin du si&#232;cle, il n'y a pas encore d'usines &#224; Lyon, en raison de l'absence de machines, mais le capitalisme marchand assume d&#233;j&#224; totalement la direction de la fabrique.[P. L&#233;on,&lt;i&gt;Histoire &#233;conomique et sociale du monde, tome 3 : Inerties et r&#233;volutions, 1730-1840&lt;/i&gt;, A. Colin, 1978, p.31]]ter d'ailleurs, qu'en cette fin de si&#232;cle, c'est encore le capital marchand qui occupe le premier rang. Le d&#233;veloppement de l'industrie manufacturi&#232;re entra&#238;ne la prol&#233;tarisation des travailleurs, qui ne poss&#232;dent plus que leur salaire pour vivre. Cependant, ces prol&#233;taires demeurent minoritaires dans le monde du travail.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La Naissance de la classe ouvri&#232;re &#187;, Le Mouvement social n&#176;97, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;19% de la population travaille pour l'industrie, alors que cette part atteint 43% en Angleterre o&#249; la modernisation des techniques et des processus de production est incomparablement plus forte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres secteurs comme le b&#226;timent et les industries alimentaires (les sucreries &#224; Bordeaux) ont une importance semblable &#224; celle du textile, cependant, rares sont les industries faisant preuve de dynamisme. M&#234;me si des formes modernes d'entreprise ont modifi&#233; le paysage &#233;conomique, ces quelques r&#233;ussites ne permettent pas de parler encore de &#171; d&#233;collage industriel &#187;. De plus, dans beaucoup de provinces, en ville comme &#224; la campagne, les manufactures sont rares. A partir des ann&#233;es 1770, les difficult&#233;s agricoles entra&#238;nent une m&#233;vente des produits artisanaux et industriels et le recul de certains secteurs. Le ch&#244;mage et le sous-emploi augmentent. Les premiers effets du trait&#233; de commerce franco-anglais de 1786 qui abaissent les droits de douanes et rendent moins chers les produits britanniques, ainsi que la crise agricole qui r&#233;duit la consommation de produits manufactur&#233;s, parach&#232;vent le d&#233;sastre. Que ce soit sur les march&#233;s ext&#233;rieurs ou int&#233;rieurs, la France est incapable de r&#233;sister &#224; la concurrence de l'industrie anglaise qui a une bonne longueur d'avance. La grave crise industrielle de 1787-1789 frappe durement les &#233;tablissements textiles et entra&#238;ne un important ch&#244;mage.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Becchia, op. cit., p.425&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Impossibles r&#233;formes et crise financi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1787, le pouvoir royal est affaibli par l'&#233;chec des r&#233;formes successives propos&#233;es depuis l'arriv&#233;e de Louis XVI au pouvoir en 1774. Tout au long du XVIIIe si&#232;cle, les caisses de l'&#201;tat se sont taries et l'intervention fran&#231;aise lors de la Guerre d'Ind&#233;pendance am&#233;ricaine am&#232;ne celles-ci au bord du gouffre. L'absence de gestion financi&#232;re de la monarchie est aussi en cause. Les finances sont ruin&#233;es par des imp&#244;ts qui rentrent mal, par les d&#233;penses et les pensions de la Cour, et le pays vit une succession de crises agricoles. Les recettes proviennent aux trois quarts des imp&#244;ts, ainsi la question fiscale est au c&#339;ur de tout projet de r&#233;forme, d'autant que la moiti&#233; des d&#233;penses est affect&#233;e au service de la dette. La situation est d'autant plus tendue que la monarchie se heurte par ses maintes tentatives de r&#233;formes aux privil&#232;ges de la noblesse, classe dominante qui ne paie quasiment pas d'imp&#244;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la perspective proche de banqueroute financi&#232;re, le seul recours est l'imp&#244;t. Le tiers &#233;tat, troisi&#232;me ordre non privil&#233;gi&#233;, constitu&#233; de bourgeois, d'artisans, d'ouvriers et de paysans, se trouve &#233;cras&#233; d'imp&#244;ts, ce qui fragilise les conditions de vie des classes populaires. En ville comme &#224; la campagne, la pression fiscale provient surtout des imp&#244;ts indirects ou royaux, pr&#233;lev&#233;s par les fermiers g&#233;n&#233;raux. Charg&#233;s de leur collecte, ils conservent le produit du pr&#233;l&#232;vement fiscal, moyennant une somme d'argent, le bail, qu'ils reversent au roi. Formant une compagnie privil&#233;gi&#233;e, ces percepteurs s'enrichissent sans scrupule, et leurs abus engendrent la col&#232;re des classes populaires. Par la pression fiscale indirecte surtout, &#224; laquelle s'ajoute la d&#238;me, la paysannerie s'est appauvrie. Il est donc difficilement envisageable d'augmenter encore les imp&#244;ts et il ne peut y avoir de r&#233;forme fiscale que si le clerg&#233; et la noblesse consentent enfin &#224; payer. Mais les tentatives de r&#233;formes entra&#238;nent une r&#233;action de la part des nobles, qui ne veulent pas d&#233;roger &#224; leurs privil&#232;ges. Face &#224; cette impasse, la dette de l'&#201;tat va pr&#233;cipiter les choses. Cependant, la crise financi&#232;re n'est qu'un aspect d'une crise plus globale, et ne peut expliquer &#224; elle seule le d&#233;clenchement de la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Soci&#233;t&#233; d'ordres et tensions de classe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; d'Ancien R&#233;gime est traditionnellement divis&#233;e en trois ordres : le clerg&#233; et la noblesse, ordres privil&#233;gi&#233;s, et le tiers &#233;tat qui compose l'immense majorit&#233; de la population. Cette division juridique qui remonte au Moyen Age ne signifie nullement que la soci&#233;t&#233; ne soit pas divis&#233;e en classes. Bien au contraire, mais seule la noblesse constitue une classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un clerg&#233; divis&#233; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le clerg&#233;, premier ordre dans la hi&#233;rarchie sociale, compte environ 130 000 personnes et poss&#232;de d'importants privil&#232;ges politiques, judiciaires et fiscaux, m&#234;me s'il est soumis &#224; certains imp&#244;ts. Il per&#231;oit la d&#238;me correspondant au dixi&#232;me des r&#233;coltes, mais l'essentiel de ses ressources provient de la rente fonci&#232;re. Il poss&#232;de ainsi de nombreux immeubles dans les villes et per&#231;oit des loyers dont la valeur a doubl&#233; au cours du si&#232;cle. Ses possessions en milieu rural sont encore plus nombreuses.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Albert Soboul, La R&#233;volution fran&#231;aise, Gallimard, 1981, p.63&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Le discr&#233;dit qui p&#232;se sur lui tient pour une part au fait qu'il d&#233;tient des propri&#233;t&#233;s consid&#233;rables, jouit d'importants revenus, et d'autre part au rel&#226;chement moral. La soci&#233;t&#233; la&#239;que d&#233;pend &#233;troitement du pouvoir du clerg&#233; charg&#233; non seulement du culte, mais aussi de l'&#233;tat civil, de l'instruction, des fonctions d'assistance sociale et m&#233;dicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les in&#233;galit&#233;s de conditions de vie sont tr&#232;s sensibles : le bas clerg&#233;, cur&#233;s et vicaires, est largement issu des couches moyennes et populaires de la soci&#233;t&#233;, et parfois en proie aux difficult&#233;s mat&#233;rielles, ce qui explique que certains de ses membres se sentent proches du tiers &#233;tat, alors que le haut clerg&#233;, archev&#234;ques, &#233;v&#234;ques, abb&#233;s des grandes abbayes, se recrute en grande majorit&#233; dans la haute noblesse et m&#232;ne une vie de luxe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La noblesse : entre d&#233;clin et r&#233;action&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compos&#233;e d'environ 350 000 personnes, la noblesse jouit de privil&#232;ges consid&#233;rables : exemption de diverses taxes, droit de percevoir sur les paysans des redevances f&#233;odales, monopole d'acc&#232;s aux grades sup&#233;rieurs de l'arm&#233;e, aux dignit&#233;s de l'&#201;glise et aux hautes charges dans la magistrature et l'administration. Elle tire en grande partie ses revenus du syst&#232;me seigneurial. Lointaine h&#233;riti&#232;re du fief m&#233;di&#233;val, la seigneurie a perdur&#233; jusqu'au XVIIIe si&#232;cle et repr&#233;sente un ensemble complexe de biens et de droits qui consacrent la supr&#233;matie de la classe noble. Elle est un syst&#232;me de d&#233;pendance juridique : les seigneurs d&#233;tiennent les droits de justice qu'ils font payer aux paysans, c'est le principal revenu de la noblesse dans le Midi. Elle constitue &#233;galement un instrument de police rurale et une source de revenus : redevances exigibles sur les parcelles d&#233;tenues par les habitants, droits sur les habitants eux-m&#234;mes et sur leurs biens. Il existe une grande disparit&#233; au sein de ce syst&#232;me entre les grandes possessions et les modestes seigneuries qui assurent quelques redevances, un peu de prestige et d'autorit&#233; &#224; ses d&#233;tenteurs. M&#234;me si elle d&#233;tient son pouvoir de la terre, la minorit&#233; la plus riche, la noblesse de Cour, per&#231;oit du roi pensions, dons et sin&#233;cures. Les nobles en province, ne tirant leurs revenus que de la seigneurie, font face pour certains &#224; des difficult&#233;s mat&#233;rielles. Enfin, la noblesse de robe, issue de la haute bourgeoisie, occupe des charges administratives et judiciaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hormis &#234;tre soldat ou eccl&#233;siastique, il est traditionnellement interdit aux nobles, pour qui le travail est consid&#233;r&#233; comme une activit&#233; m&#233;prisable, d'exercer un commerce ou une profession. Aussi, le mode de production f&#233;odal et les rapports qu'il implique se cantonnent &#224; l'appropriation de la terre et du travail et ne n&#233;cessitent pas d'augmenter les profits. Ainsi, l'argent sert avant tout &#224; des d&#233;penses ostentatoires et n'est que tr&#232;s rarement r&#233;investi. Cependant, &#224; la veille de la R&#233;volution, certains nobles participent au monde des affaires, ou plus modestement exercent une activit&#233; pour pallier les difficult&#233;s financi&#232;res. En effet, leurs revenus diminuent : les d&#233;penses inh&#233;rentes &#224; leur condition sont &#233;normes et en constante augmentation du fait de la mont&#233;e des prix. De plus, ils sont rarement de bons administrateurs de leur fortune, quand ils l'administrent. Face &#224; ce sentiment de d&#233;classement et pour accro&#238;tre leurs revenus, ils s'agrippent &#224; leurs privil&#232;ges en inaugurant dans la seconde moiti&#233; du si&#232;cle un combat d'arri&#232;re-garde qui s'op&#232;re sur tous les fronts : la &lt;i&gt;r&#233;action nobiliaire&lt;/i&gt;. Au niveau du pr&#233;l&#232;vement f&#233;odal, ils demandent le r&#233;tablissement des droits f&#233;odaux et seigneuriaux tomb&#233;s en d&#233;su&#233;tude, alors v&#233;cus comme odieux par les paysans. Ainsi, soucieux d'arr&#234;ter la chute de leurs revenus, les nobles, et plus particuli&#232;rement ceux de la province, peu fortun&#233;s, entreprennent de tirer le maximum possible de b&#233;n&#233;fices des droits f&#233;odaux en extorquant de l'argent aux paysans. Les contraintes seigneuriales p&#232;sent donc de plus en plus sur les communaut&#233;s villageoises dans les deux, voire les trois d&#233;cennies pr&#233;c&#233;dant la R&#233;volution. Elles se manifestent par des r&#233;visions de terriers, les revalorisations des redevances devenues plus lourdes et l'accaparement des communaux, sur lesquels la pression n'a jamais &#233;t&#233; aussi forte. En effet, dans un contexte de croissance d&#233;mographique et de pression fonci&#232;re accrue, les communaux qui repr&#233;sentent environ 10% des terres du royaume sont un enjeu majeur. Le monde rural est alors marqu&#233; par des tensions pour maintenir ces terres collectives et les paysans doivent constamment lutter pour ne pas s'en s&#233;parer, d'autant que les communaux permettent d'apurer les dettes des communaut&#233;s villageoises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action aristocratique se traduit aussi par le fait que les nobles s'octroient constamment les hautes charges de l'&#201;tat, de l'&#201;glise et de l'arm&#233;e. Concernant les cadres sup&#233;rieurs du gouvernement c'en est fini, pour reprendre l'expression de Saint-Simon du &lt;i&gt;&#171; long r&#232;gne de vile bourgeoisie &#187;&lt;/i&gt; qualifiant ainsi l'&#233;poque de Louis XIV.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Vovelle, La Chute de la monarchie, 1787-1792, Seuil, 1972, p.26&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Dans l'arm&#233;e, un &#233;dit de 1781 ferme aux roturiers l'acc&#232;s direct aux grades d'officier. Dans leur course incessante aux charges publiques et aux postes cl&#233;s, les nobles ne font qu'exasp&#233;rer la bourgeoisie. La fermeture pour cette derni&#232;re &#224; l'acc&#232;s &#224; la noblesse aboutit &#224; un affrontement de classes sans &#233;quivoque. Cependant, les nobles provinciaux peinent &#224; trouver leur place dans l'administration et les cadres &#233;conomiques qu'ils n'ont pas les moyens d'investir, &#224; l'inverse de la haute noblesse, pr&#233;sente par exemple dans le secteur minier. Ils se sentent abandonn&#233;s par la monarchie et bloqu&#233;s entre une aristocratie de Cour qui appartient &#224; un autre monde et les anoblis par charge, la noblesse de robe, qu'ils jalousent et m&#233;prisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, cette classe montre sa sup&#233;riorit&#233; et son d&#233;dain vis &#224; vis des membres du tiers &#233;tat, y compris de la bourgeoisie, et ne tient pas &#224; se m&#234;ler &#224; eux. A Aix-en-Provence des lieux de promenades sont uniquement r&#233;serv&#233;s aux nobles, &lt;i&gt;&#171; et malheur &#224; celui d'une classe inf&#233;rieure qui s'y serait pr&#233;sent&#233;. Des rixes d&#233;plorables (&#8230;) avaient m&#234;me lieu &#224; cette occasion &#187;&lt;/i&gt;, &#233;crit un contemporain, Roux Alphand&#233;ry.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Laurent Coste, Les bourgeoisies en France, du XVIe au milieu du XIXe si&#232;cle, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le tiers &#233;tat : mont&#233;e en puissance de la bourgeoisie et difficult&#233;s &#233;conomiques des classes populaires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regroupant la paysannerie, l'artisanat, le prol&#233;tariat urbain et &#224; son sommet la bourgeoisie, le troisi&#232;me ordre est soumis &#224; de tr&#232;s fortes in&#233;galit&#233;s de revenus. A la t&#234;te de la finance, du commerce et de l'industrie, marqu&#233;e par une grande diversit&#233; en terme d'activit&#233;s et de revenus, la bourgeoisie n'en constitue pas moins une v&#233;ritable classe sociale &#224; laquelle la R&#233;volution va offrir une perspective politique. Elle comprend des marchands, des n&#233;gociants, des manufacturiers, des banquiers mais aussi des rentiers et des personnes exer&#231;ant une profession lib&#233;rale. Elle continue de fournir par ailleurs &#224; la monarchie les cadres administratifs comme les ressources n&#233;cessaires &#224; la marche de l'&#201;tat, malgr&#233; la concurrence de la noblesse dans l'acc&#232;s &#224; ces fonctions. Contrairement &#224; cette derni&#232;re, la bourgeoisie tire ses revenus, d'une fa&#231;on directe ou indirecte, d'un nouveau rapport d'exploitation bas&#233; sur la possession d'un capital, sur l'investissement qui n&#233;cessite un profit en augmentation permanente et sur le rapport salarial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;poque, comme le soulignent les dictionnaires, &#8220;les ouvriers appellent aussi Bourgeois les personnes pour qui ils travaillent&#8221;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Biard, P. Bourdin, S. Marzagalli, R&#233;volution, Consulat, Empire, Belin, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ce terme, &#224; la veille de la R&#233;volution, caract&#233;rise d&#233;j&#224; un rapport &#233;conomique. La bourgeoisie, pour reprendre la d&#233;finition de R&#233;gine Robin, est &lt;i&gt;&#171; la classe dont le statut juridique est la roture, qui &#224; la ville comme &#224; la campagne groupe tous ceux qui se situent en position de domination &#233;conomico-sociale dans la sph&#232;re des rapports sociaux capitalistes&#8230; antagoniste des privil&#233;gi&#233;s non engag&#233;s dans ces m&#234;mes rapports sociaux dans la mesure o&#249; elle postule consciemment ou inconsciemment un autre appareil d'&#201;tat et &#224; la longue (avec d&#233;calage) un autre cadre productif. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;gine Robin, La Soci&#233;t&#233; fran&#231;aise en 1789 : Semur en Auxois, Plon, 1970&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains bourgeois sont conscients d'occuper une position dominante dans les rapports de force &#233;conomiques et sociaux, mais cette conscience de classe, que les Lumi&#232;res ont contribu&#233; &#224; forger, n'est pas partag&#233;e par tous. Des hommes comme Barnave, proches des milieux d'affaires, sont tr&#232;s conscients de leurs int&#233;r&#234;ts de classe, alors que les choses sont beaucoup moins &#233;videntes chez d'autres, tels que Robespierre. En outre des bourgeois se sentent plus proches de la noblesse du fait qu'ils d&#233;tiennent des seigneuries. Le sentiment profond d'appartenir &#224; une m&#234;me classe va surtout se forger et se cristalliser au contact des exp&#233;riences que la R&#233;volution va procurer &#224; la bourgeoisie. Pour le moment, elle esp&#232;re une reconnaissance sociale qui transformerait ses membres en notables de plein droit. Mais malgr&#233; sa puissance, sa volont&#233; d'ascension sociale, sa soif de reconnaissance, la r&#233;ussite professionnelle et l'enrichissement personnel ne sont pas reconnus dans la soci&#233;t&#233; d'ordres, et la bourgeoisie se retrouve bloqu&#233;e par la difficult&#233; &#224; devenir noble du fait qu'il y a dans la seconde moiti&#233; du si&#232;cle une relative fermeture de l'acc&#232;s &#224; la noblesse. Port&#233;e par la r&#233;alit&#233; &#233;conomique et sociale, elle voit son ambition se heurter &#224; l'aristocratie et aux institutions f&#233;odales : son commerce est bloqu&#233; par les p&#233;ages, le d&#233;veloppement du salariat et de la production se heurte au syst&#232;me des corporations. La frustration est certaine pour cette classe &#224; qui la soci&#233;t&#233; ne fait pas la place qu'elle estime m&#233;riter. Son but dans les ann&#233;es 1780 n'est pas de mener une r&#233;volution sociale mais de r&#233;former les institutions du pays. D'ailleurs, les &#233;lites nobiliaires et bourgeoises sont loin de s'ignorer, les rencontres se font par les mariages, les lieux de sociabilit&#233;, dans le monde des affaires, par l'apport de capitaux, mais la noblesse conserve la premi&#232;re place. M&#234;me si une partie de la bourgeoisie cherche &#224; s'int&#233;grer &#224; la noblesse par le mariage et en devenant d&#233;tentrice de seigneuries, cela n'annule en rien le conflit de classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'immense majorit&#233; des membres du tiers &#233;tat, qu'ils soient relativement ind&#233;pendants &#233;conomiquement, semi-d&#233;pendants ou d&#233;pendants, l'&#233;volution des prix et des revenus p&#232;se lourd. L'acc&#232;s aux subsistances ne cesse jamais d'&#234;tre une question vitale m&#234;me pour les travailleurs ind&#233;pendants de l'&#233;choppe et de la boutique, les artisans et les petits exploitants agricoles. Malgr&#233; leur position ambigu&#235;, ils sont aussi sensibles que le salariat aux crises de subsistances, au ch&#244;mage et aux difficult&#233;s &#233;conomiques. Mais les salari&#233;s qui composent la majorit&#233; des milieux populaires sont beaucoup plus attentifs aux prix des denr&#233;es : compagnons et apprentis dans les professions artisanales, ouvriers, domestiques, petits exploitants agricoles, semi-ind&#233;pendants ou d&#233;pendants, pour qui la faible augmentation des salaires ne couvre pas la mont&#233;e des prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;bellion des classes populaires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agitation sociale, croissante durant le r&#232;gne de Louis XVI&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Nicolas, La R&#233;bellion fran&#231;aise. Mouvements populaire et conscience (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, contribue &#224; un d&#233;but de politisation des classes populaires. Au premier plan, l'&#233;meute de subsistance occupe la place que tiendra la gr&#232;ve au si&#232;cle suivant. En effet, l'alimentation de l'ensemble des classes populaires repose sur une consommation massive de c&#233;r&#233;ales, ainsi le pain repr&#233;sente la moiti&#233; des d&#233;penses des m&#233;nages. Aussi, dans de nombreuses professions, le textile mis &#224; part, le salaire est quasiment constant et ne suit pas du tout la courbe du co&#251;t de la vie. Les &#233;meutes pour protester contre l'augmentation du prix des denr&#233;es sont beaucoup plus fr&#233;quentes que les gr&#232;ves, la demande de taxation des subsistances est courante, alors que la revendication pour un salaire minimum reste exceptionnelle.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Branciard, Soci&#233;t&#233; fran&#231;aise et luttes de classes 1789-1914, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de r&#233;guler les prix des denr&#233;es de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;, les classes populaires utilisent l'action directe en agissant sur les axes de circulation commerciale, dans les greniers o&#249; sont stock&#233;s les grains et les farines, sur les places de march&#233;s et devant les boulangeries. Leurs cibles : les personnes suspect&#233;es d'accaparement ou de fraudes diverses, tels que les gros fermiers, les marchands de grains, les meuniers, les boulangers et les maisons religieuses. La revendication est d'avoir acc&#232;s au pain &#224; un prix raisonnable ; s'il devient trop &#233;lev&#233;, les &#233;meutiers exigent alors le recours &#224; la taxation, c'est-&#224;-dire la fixation d'un prix maximal au-del&#224; duquel aucune transaction ne peut avoir lieu. La flamb&#233;e du prix des grains met dans une situation difficile les plus modestes expliquant ainsi une recrudescence des &#233;meutes frumentaires depuis 1765.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les troubles des subsistances et l'existence d'une forte solidarit&#233; entre tous les membres des communaut&#233;s villageoises am&#232;nent &#224; la formation d'une conscience sociale et g&#233;n&#232;rent des exp&#233;riences pour la r&#233;volution &#224; venir. La Guerre des farines a ainsi servi d'&#233;l&#233;ment de pr&#233;-politisation pour les classes populaires. Le 13 septembre 1774, malgr&#233; la faible r&#233;colte, le ministre Turgot &#233;tablit un &#233;dit sur la libre circulation des grains, afin que la libre concurrence garantisse des prix accessibles aux consommateurs. Or le prix du pain augmente &#224; Paris de 28% en moins de huit mois, et la disette s&#233;vit. Fin avril 1775, toute la r&#233;gion parisienne vit une flamb&#233;e d'&#233;meutes frumentaires taxatrices, dans lesquelles on retrouve en grande partie des ouvriers agricoles. 8000 manifestants vont m&#234;me jusqu'&#224; Versailles pour demander la taxation du pain. Turgot n'en d&#233;mord pas : il maintient la libert&#233; de circulation des grains et fait appel &#224; l'arm&#233;e qui r&#233;prime et fait cesser la r&#233;volte. Cependant cet appel au roi, la mise en cause de personnes haut plac&#233;es (Turgot est cong&#233;di&#233; le 12 mai) sont des faits nouveaux et avant-coureurs. Mably, contemporain de la Guerre des farines, voit dans les &#233;meutes la pr&#233;figuration possible d'&#233;v&#233;nements plus importants. En effet, elles se d&#233;roulent dans un contexte &#233;conomique et social en mutation marqu&#233; par une polarisation de la soci&#233;t&#233; agraire, et les &#233;meutiers d&#233;passent les mouvements populaires de subsistances en exprimant une critique plus vaste de la soci&#233;t&#233;,&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L' &#171; &#233;conomie morale &#187; et la guerre des farines de 1775 &#187;, Collectif, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; notamment celle de l'&#233;conomie lib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les luttes li&#233;es aux questions de subsistances, les femmes, bien avant la R&#233;volution, jouent un r&#244;le primordial. Leur participation peut recouvrir jusqu'&#224; 75% des effectifs.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Nicolas, op. cit., p. 404&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Elles sont pour la plupart travailleuses, petites boutiqui&#232;res, vendeuses de rue ou hareng&#232;res. Souvent accompagn&#233;es de leurs enfants, d'autres &#233;tant enceintes, elles savent qu'il y a un pr&#233;jug&#233; en leur faveur, et que les autorit&#233;s les r&#233;primeront moins brutalement. Cela am&#232;ne d'ailleurs &#224; une division sexu&#233;e des r&#244;les dans les &#233;meutes. Les femmes occupent le devant de la sc&#232;ne, les hommes restent &#224; proximit&#233;, et n'interviennent que si la r&#233;volte s'amplifie, usant de pierres, de briques, de haches et parfois de fusils.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p.406-407&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, la question fiscale, probl&#232;me alors au c&#339;ur des difficult&#233;s de l'&#201;tat, p&#232;se de tout son poids dans les tensions sociales. L'autorit&#233; &#233;tatique est contest&#233;e &#224; d'autres occasions : r&#233;sistance &#224; la police ou &#224; la mar&#233;chauss&#233;e, troubles dans les prisons et les d&#233;p&#244;ts de mendicit&#233;, refus des obligations impos&#233;es &#224; la soci&#233;t&#233; par l'arm&#233;e et incidents lors de l'exercice public de la justice royale. L'autre source de contestation populaire regroupe les luttes contre la seigneurie. Un des motifs de m&#233;contentement r&#233;side dans l'activit&#233; des feudistes engag&#233;s par les seigneurs pour r&#233;nover leurs terriers. Cette r&#233;novation est aussi aggrav&#233;e par la politique de l'&#201;tat qui dans certaines provinces favorise le partage des biens communaux et la cl&#244;ture des terres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le foss&#233; se creuse entre ceux qui r&#233;ussissent et s'enrichissent, ach&#232;tent des terres ou font pression sur les salaires, et les plus d&#233;munis qui subissent l'augmentation des prix, perdent leur lopin de terre ou leur maigre ind&#233;pendance, et se paup&#233;risent. Ainsi la mendicit&#233; et le vagabondage se d&#233;veloppent, tandis que d'autres ruraux prennent le chemin des villes, fournissant une domesticit&#233; bon march&#233; et une main d'&#339;uvre abondante dans les premi&#232;res fabriques qui maintiennent les salaires &#224; la baisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ville, la suppression des corporations par Turgot puis la refondation du syst&#232;me avivent des tensions anciennes entre ma&#238;tres et ouvriers. L'antagonisme entre le capital et le travail est d&#233;j&#224; pr&#233;sent &#224; la veille de la R&#233;volution&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Serge Chassagne, Le coton et ses patrons, France, 1760-1840, EHESS, 1991, p.176&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et les troubles li&#233;s aux conflits du travail augmentent durant le r&#232;gne de Louis XVI. De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, les gr&#232;ves sont fr&#233;quentes au XVIIIe si&#232;cle, et des associations ouvri&#232;res organisent le combat &#224; l'&#233;tat permanent, mais sont plus rares dans les manufactures. Contre ces premi&#232;res organisations de travailleurs, des associations patronales se forment. Certains patrons ont pour principe, dit l'un d'eux, que, &lt;i&gt;&#8220;pour assurer et maintenir la prosp&#233;rit&#233; de nos manufactures, il est n&#233;cessaire que l'ouvrier ne s'enrichisse jamais, qu'il n'ait pr&#233;cis&#233;ment que ce qu'il lui faut pour se bien nourrir et se bien v&#234;tir&lt;/i&gt;&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'industrie cotonni&#232;re, la division du travail con&#231;ue et appliqu&#233;e de fa&#231;on quasi militaire par l'entrepreneur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Serge Chassagne, op. cit., p.169-170&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; impose quotidiennement aux salari&#233;s des normes de fonctionnement bas&#233;es sur la coercition. Une discipline de fer r&#232;gne dans les manufactures et entra&#238;ne des r&#233;sistances de la part des ouvriers. Face &#224; une main d'&#339;uvre r&#233;tive, elle se renforce &#224; la fin de l'Ancien R&#233;gime par l'appui de la justice &#233;chevinale, manifestation flagrante d'une forte solidarit&#233; de classe, qui &#224; certains endroits s'accompagne de la r&#233;pression. Ainsi, &#224; Vernaison pr&#232;s de Lyon, inquiets des &lt;i&gt;&#8220;attroupements consid&#233;rables de leurs ouvriers&#8221; &lt;/i&gt;en avril 1787, des patrons n'h&#233;sitent pas &#224; faire appel &#224; la mar&#233;chauss&#233;e.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p.174-175&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Lyon, o&#249; la soierie conna&#238;t une crise depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1770, du fait de la maladie des vers &#224; soie, des gr&#232;ves &#233;clatent en 1786 et pr&#233;sentent tous les caract&#232;res des conflits capital-travail qui vont se multiplier au si&#232;cle suivant. Les prix ne cessent de monter et les salaires ne suivent pas : entre 1741 et 1785, le salaire r&#233;el a chut&#233; d'un quart. Ainsi, un compagnon gagne moins de 20 sous par jour, alors que la livre de pain est &#224; 8 sous. Comme l'&#233;crit un contemporain : &lt;i&gt;&#8220;C'est principalement au bas prix de la main d'&#339;uvre que les fabriques de Lyon doivent leur &#233;tonnante prosp&#233;rit&#233;. Si la n&#233;cessit&#233; cesse de contraindre l'ouvrier &#224; recevoir de l'occupation &#224; quelque prix qu'on lui offre, s'il parvient &#224; se d&#233;gager de cette servitude, si ses profits exc&#232;dent ses besoins au point qu'il puisse subsister quelque temps sans le concours de ses mains, il emploiera ce temps &#224; former une ligue... Il est donc tr&#232;s important aux fabricants de Lyon de maintenir les ouvriers dans un besoin continuel de travail&#8221;&lt;/i&gt;. Tout un programme donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant ce mouvement de gr&#232;ve, les ouvriers lyonnais revendiquent d'&#234;tre pay&#233;s deux sous de plus par fa&#231;on. Leur revendication est accord&#233;e, mais une ordonnance interdit &#224; toute personne, artisan, compagnon, ouvrier et gens de m&#233;tier de s'associer, de s'attrouper, de s'assembler et de s'organiser. Il est &#233;galement&#8220;interdit &#224; tous cabaretiers, aubergistes, cafetiers, traiteurs et autres, de recevoir et de favoriser ces associations. Il leur est enjoint de les d&#233;noncer sur-le-champ sous peine d'&#234;tre poursuivis et punis comme fauteurs et complices de ces attroupements et assembl&#233;es illicites.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ariane Michaloux, &#171; La r&#233;volte des deux sous (1786) &#187;, Gavroche n&#176;2, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Toute forme d'association ouvri&#232;re est donc vis&#233;e, pr&#233;figurant ainsi la loi Le Chapelier de 1791. Une dizaine de travailleurs est arr&#234;t&#233;e et accus&#233;e de s&#233;dition contre l'ordre public ; trois d'entre eux sont pendus. Quelque temps plus tard, l'augmentation obtenue par les ouvriers est annul&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tenants du lib&#233;ralisme &#233;conomique, tels que Roland, alors inspecteur des manufactures &#224; Lyon et futur d&#233;put&#233; girondin pendant la R&#233;volution, pr&#233;conisent m&#234;me d'introduire massivement les femmes et les enfants dans les ateliers afin de parvenir aux plus bas salaires possibles. En effet, le salaire des femmes est d&#233;j&#224; inf&#233;rieur &#224; celui des hommes, et les pr&#233;jug&#233;s sexistes servent de caution au besoin de main d'&#339;uvre f&#233;minine. Voici donc la vision de Roland sur les femmes : &#8220;Naturellement plus port&#233; &#224; la vie s&#233;dentaire, plus patient, plus assidu au travail, plus propre aux d&#233;tails int&#233;rieurs, plus timide, se contentant de moins, toujours sans parti, sans cabale, le sexe aura plus de propret&#233;, plus de d&#233;licatesse dans les objets de luxe dont il s'occupera : et quels qu'ils soient, il les &#233;tablira &#224; plus bas prix.(...) Que peut-il r&#233;sulter de cette interdiction du travail des femmes ? L'anarchie ou plut&#244;t les partis, les complots, les surtaxes, les travaux n&#233;glig&#233;s ou mal faits, la d&#233;bauche, les menaces de quitter un ma&#238;tre, les d&#233;parts par bandes...&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid&#034; id=&#034;nh2-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail f&#233;minin n'est pas une nouveaut&#233; apparue aux XIXe et XXe si&#232;cles. Dans les campagnes et les villes, les femmes des classes populaires, mari&#233;es ou c&#233;libataires, sont oblig&#233;es de travailler pour vivre. Celles des classes moyennes aussi : les &#233;pouses de ma&#238;tres artisans, marchands et n&#233;gociants sont associ&#233;es aux affaires. Seule une minorit&#233; ne participe pas &#224; la vie &#233;conomique. Cependant, il n'est pas question qu'elles acc&#232;dent &#224; une totale ind&#233;pendance, consid&#233;r&#233;e alors comme inacceptable. Il va donc de soi que le p&#232;re ou le mari participe financi&#232;rement &#224; la subsistance de sa fille ou de sa compagne. Les salaires des femmes sont donc moindres par rapport &#224; ceux des hommes.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Georges Duby et Michelle Perrot, Histoire des femmes en Occident, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Cependant, au XVIIIe si&#232;cle, du fait de la paup&#233;risation des classes populaires et du nombre croissant de femmes seules, le travail f&#233;minin est en forte progression. Ainsi, les jeunes femmes travaillent et circulent autant que les hommes et ne sont pas prisonni&#232;res des conventions ou des strat&#233;gies matrimoniales comme le sont les jeunes bourgeoises. Louis S&#233;bastien Mercier remarque qu'il y a &#224; Paris &#224; la fin du si&#232;cle beaucoup de femmes seules, le mariage appara&#238;t comme une institution de plus en plus pesante, &#224; &#233;viter de pr&#233;f&#233;rence.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Arlette Farge, op. cit., p.31-32&#034; id=&#034;nh2-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; En effet, m&#234;me si le droit de battre sa femme est reconnu par la plupart des anciennes coutumes, son usage semble tr&#232;s peu appr&#233;ci&#233; : la femme comme les voisins se scandalisent rapidement et la solidarit&#233; joue en faveur de cette derni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Pr&#233;lude &#224; la R&#233;volution&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Crise frumentaire et &#233;meutes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les quatre premiers mois de 1789, la question des subsistances engendre de nombreuses &#233;meutes qui constituent l'une des causes imm&#233;diates de la R&#233;volution et dans lesquelles les femmes sont fortement, voire majoritairement, mobilis&#233;es, et souvent &#224; l'origine de celles-ci. La crise frumentaire tr&#232;s mal accept&#233;e par les classes populaires, englob&#233;e dans une crise &#233;conomique g&#233;n&#233;rale, est &#224; l'origine de l'agitation sociale des ann&#233;es 1787-1789, d'autant que la libert&#233; du commerce des grains est &#224; nouveau totale depuis 1787. Le contexte m&#233;t&#233;orologique d&#233;favorable de 1787 &#224; 1789 n'explique pas tout, mais durant l'&#233;t&#233; 1788, la baisse des r&#233;coltes est estim&#233;e entre 20 et 30% par rapport aux ann&#233;es moyennes pour le froment, l'orge, l'avoine, le seigle ou le m&#233;teil. Cette crise c&#233;r&#233;ali&#232;re s'inscrit dans une d&#233;cennie marqu&#233;e par des tensions et des difficult&#233;s touchant notamment une partie des industries. A partir du mois d'ao&#251;t, la chert&#233; des grains s&#233;vit de partout, l'agitation gagne de nombreuses r&#233;gions, notamment la Provence et le Languedoc, et la foule demande en de multiples endroits la taxation.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Becchia, op. cit., p.424&#034; id=&#034;nh2-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; L'ann&#233;e 1788 se cl&#244;t sur une crise frumentaire. De plus, l'espoir suscit&#233; par la convocation des &#201;tats g&#233;n&#233;raux et la r&#233;daction des cahiers de dol&#233;ances, combin&#233;s &#224; la crise des subsistances, donne aux mouvements populaires une force et une synergie consid&#233;rables. Les &#233;lections se d&#233;roulent dans un climat d'&#233;meute sur l'ensemble du pays. La crise s'aggrave durant l'hiver 1788-1789, pr&#233;coce et rigoureux. Les cours d'eau g&#232;lent et la moiti&#233; du b&#233;tail meurt faute de nourriture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but 1789, avec une hausse de 50% des prix moyens des c&#233;r&#233;ales, le prix du pain atteint ses maxima s&#233;culaires, les salaires sont en baisse et d'autres &#233;meutes &#233;clatent. Il n'y a pas assez de c&#233;r&#233;ales, et l'attente de la prochaine r&#233;colte suscite l'angoisse. De plus, la crise de sous-production agricole entra&#238;ne une crise de sous-consommation industrielle. D&#233;j&#224;, en temps normal, les classes populaires consacrent la moiti&#233; de leur budget &#224; l'achat du pain. Avec la flamb&#233;e du prix des subsistances, c'est la fermeture du march&#233; urbain pour les produits de consommation issus de l'industrie.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Vovelle, op. cit., p.104-105&#034; id=&#034;nh2-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Les &#233;meutes se multiplient dans le Nord, en Picardie, dans le Dauphin&#233;, &#224; Besan&#231;on, en Provence, en Bretagne, dans le Lyonnais, en Languedoc. Celles des 23 et 24 mars 1789, &#224; Toulon, sont provoqu&#233;es par la chert&#233; du pain, aggrav&#233;e par une taxe municipale sur la farine, le sous-emploi chronique et le fait que l'&#201;tat n'a pas pay&#233; depuis 6 mois les ouvriers de l'arsenal. A la r&#233;daction des cahiers de dol&#233;ances, les premi&#232;res altercations &#233;clatent avec la municipalit&#233;. La foule s'en prend &#224; l'&#233;v&#234;ch&#233;, pille ses cuisines et balance son carrosse dans le port. Le 30 avril, &#224; Marseille, la foule s'empare de trois forts et tue l'un de leurs commandants. Aix et Arles se soul&#232;vent &#233;galement, puis de nombreux bourgs ruraux, o&#249; la population pille et br&#251;le les ch&#226;teaux seigneuriaux. La Provence conna&#238;t donc, en mars-avril, une v&#233;ritable pr&#233;-r&#233;volution. Des &#233;meutes &#233;clatent aussi en avril en Bretagne o&#249; des magasins sont pill&#233;s. En mars-avril, dans le Nord, des marchands de bl&#233; et des boulangeries sont attaqu&#233;s. A Besan&#231;on, des femmes taxent le bl&#233; recherch&#233; chez les notables accus&#233;s d'accaparement. La plus grande &#233;meute &#233;clate &#224; Paris contre la manufacture de papiers peints R&#233;veillon, les 27 et 28 avril 1789, suite &#224; la d&#233;cision du patron de baisser le salaire des ouvriers &#224; 15 sous par jour, alors que le prix d'un pain vient de passer &#224; 14 sous. 3000 &#233;meutiers, dont la plupart des salari&#233;s, comme ceux de la manufacture des glaces de Saint-Gobain, saccagent la manufacture R&#233;veillon dans le faubourg Saint-Antoine. La r&#233;pression conduite par la troupe fait plusieurs centaines de morts et de bless&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'agitation parlementaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 25 mai 1787, les projets de r&#233;formes pr&#233;sent&#233;s par Lom&#233;nie de Brienne sont rejet&#233;s par l'Assembl&#233;e des notables, repr&#233;sentant les trois ordres du royaume et convoqu&#233;e par Louis XVI. Le Parlement de Paris, cour de justice dans laquelle l'aristocratie poss&#232;de un moyen d'action, est alors sollicit&#233;. Il accepte la libre circulation des grains, le remplacement de la corv&#233;e royale par des prestations en argent et la cr&#233;ation d'assembl&#233;es provinciales, mais d&#233;clare le 24 juillet qu'il n'a pas la qualit&#233; pour enregistrer un imp&#244;t et r&#233;clame la convocation des &#201;tats g&#233;n&#233;raux. Bien qu'ils d&#233;fendent leurs privil&#232;ges, les parlementaires pr&#233;tendent lutter contre le despotisme royal. Lom&#233;nie de Brienne exile le Parlement &#224; Troyes mais ce dernier ne change pas sa position. Ailleurs en France, les cours souveraines sont solidaires du Parlement et soutenues par des &#233;meutes antifiscales et antimonarchiques. Lom&#233;nie de Brienne choisit en dernier recours l'emprunt, mais les parlementaires se montrent r&#233;calcitrants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aristocratie parlementaire gagne en popularit&#233;, et pas seulement aupr&#232;s des nobles, puisqu'elle entra&#238;ne &#224; sa suite l'ensemble du tiers &#233;tat. L'agitation se r&#233;pand en France, et les classes populaires frapp&#233;es par la disette rejoignent les opposants &#224; la politique du gouvernement. La Journ&#233;e des tuiles &#224; Grenoble illustre bien cette alliance contradictoire entre les parlements et les classes populaires. Dans le Dauphin&#233;, l'agitation due &#224; la crise &#233;conomique est intense. Le 7 juin 1788, la garnison intervient dans la ville face au peuple qui emp&#234;che le d&#233;part des parlementaires, voulu par le roi. Des habitants, des toits des maisons, jettent des tuiles sur les soldats. Apr&#232;s cette d&#233;fense &#233;nergique, la foule ram&#232;ne au Palais de justice les magistrats d&#233;poss&#233;d&#233;s. La port&#233;e de l'&#233;meute donne espoir aux bourgeois grenoblois, tels que Mounier et Barnave, qui prennent la t&#234;te de l'opposition. Ils r&#233;digent un programme d&#233;passant le simple soutien aux parlementaires : leur r&#233;installation est demand&#233;e, et surtout ils exigent la convocation des &#171; &#201;tats particuliers de la province &#187;, pr&#233;lude &#224; une convocation des &#201;tats g&#233;n&#233;raux. Le 21 juillet, une assembl&#233;e qui pr&#233;figure les &#201;tats g&#233;n&#233;raux de 1789, se r&#233;unit &#224; Vizille. Les trois ordres sont repr&#233;sent&#233;s, alors que la bourgeoisie domine, les classes populaires sont exclues des d&#233;bats. Cette assembl&#233;e proclame la n&#233;cessit&#233; de l'unit&#233; nationale pour cr&#233;er un ordre nouveau et rev&#234;t ainsi un caract&#232;re r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant la d&#233;claration de Vizille reste unique en son genre. Au printemps 1788, c'est surtout la noblesse qui tient le pouvoir royal en &#233;chec. M&#234;me si elle trouve appui aupr&#232;s de la bourgeoisie qui fait son apprentissage politique, r&#233;clame le vote des imp&#244;ts par les &#201;tats g&#233;n&#233;raux et lutte contre la monarchie absolue, elle a la ferme intention d'&#233;tablir son pouvoir politique et de conserver ses privil&#232;ges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le parti des patriotes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 8 ao&#251;t, face &#224; la crise que traverse le r&#233;gime, le roi se r&#233;sout &#224; convoquer les &#201;tats g&#233;n&#233;raux pour le 1er mai 1789, suscitant un grand enthousiasme au sein du tiers &#233;tat, qui jusqu'alors a suivi l'aristocratie dans sa lutte contre l'absolutisme. Mais le 21 septembre, le Parlement de Paris d&#233;cide que le vote aux &#201;tats g&#233;n&#233;raux se fera non par t&#234;te mais par ordre, situation d&#233;savantageuse pour le Tiers. La bourgeoisie rompt avec l'aristocratie, mais pas compl&#232;tement, puisqu'elle s'unit &#224; des nobles lib&#233;raux pour former le parti patriote qui r&#233;clame autant de d&#233;put&#233;s pour le Tiers que le clerg&#233; et la noblesse r&#233;unis, une constitution &#233;crite, l'&#233;galit&#233; civile, judiciaire et fiscale. Longtemps la haute bourgeoisie a eu pour but ultime l'accession &#224; la noblesse afin d'&#233;chapper &#224; la fiscalit&#233; directe, mais en 1789, l'&#233;galit&#233; des droits constitue sa revendication essentielle. La propagande s'organise dans les caf&#233;s et par le biais de brochures et de mod&#232;les de cahiers de dol&#233;ances. La litt&#233;rature politique avec pr&#232;s de 2500 pamphlets conna&#238;t un grand essor en province comme &#224; Paris et traduit les aspirations et le degr&#233; de confiance de la bourgeoisie, comme en t&#233;moigne cet extrait de &lt;i&gt;La France libre&lt;/i&gt; de Camille Desmoulins : &lt;i&gt;&#171; Oui, cette R&#233;volution fortun&#233;e, cette r&#233;g&#233;n&#233;ration va s'accomplir ; nulle puissance sur la terre n'est en l'&#233;tat de l'emp&#234;cher. Sublime effet de la philosophie, de la libert&#233; et du patriotisme ! Nous sommes devenus invincibles. &#187;&lt;/i&gt; Aussi, la brochure de Siey&#232;s, &lt;i&gt;Qu'est-ce que le Tiers &#201;tat ?&lt;/i&gt;, unifie cet ordre dans un tout d&#233;pourvu de contradictions, alors que les int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie et ceux des classes populaires sont oppos&#233;s. Il n'est pas question d'&#233;galit&#233; sociale, m&#234;me si quelques-uns, isol&#233;s, s'int&#233;ressent au sort des classes populaires, comme Duforny dans ses &lt;i&gt;Cahiers du Quatri&#232;me ordre.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Soboul, La R&#233;volution fran&#231;aise, Gallimard, 1981, p.141&#034; id=&#034;nh2-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;daction des cahiers de dol&#233;ances et les &#233;lections&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lections se d&#233;roulent &#224; la fois dans un mouvement d'enthousiasme et de loyalisme envers le roi, et dans un contexte de crise &#233;conomique et d&#8216;agitation sociale. Pour l'&#233;lection des repr&#233;sentants aux &#201;tats g&#233;n&#233;raux seuls peuvent voter les hommes d'au moins 25 ans et payant des imp&#244;ts. Les foyers compos&#233;s uniquement de femmes peuvent aussi s'exprimer. Le vote a lieu en assembl&#233;e &#233;lectorale, o&#249; les bourgeois les plus influents, orateurs habiles, en g&#233;n&#233;ral des hommes de loi, sont s&#251;rs de dominer les d&#233;bats et d'entra&#238;ner les paysans et les travailleurs urbains. Ainsi, la d&#233;putation du Tiers n'est compos&#233;e que de bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans le cadre des assembl&#233;es &#233;lectorales que sont r&#233;dig&#233;s les cahiers de dol&#233;ances. Propos&#233;s par le roi, ils doivent permettre de &lt;i&gt;&#171; faire parvenir ses v&#339;ux et ses r&#233;clamations &#187;&lt;/i&gt; et de formuler les attentes des trois ordres. 60 000 cahiers au total sont r&#233;dig&#233;s. Les privil&#232;ges de la noblesse sont de plus en plus mal v&#233;cus, notamment par les paysans, et la soci&#233;t&#233; d'ordres appara&#238;t d&#233;pass&#233;e. M&#234;me si l'on retrouve des revendications communes : demande de constitution, critique de l'arbitraire royal et de l'absolutisme, remise en question de la soci&#233;t&#233; d'ordres, &#233;galit&#233; civile, fiscale et abolition des droits f&#233;odaux, les tensions sociales ne sont pas pass&#233;es sous silence. A la campagne, le seigneur appara&#238;t comme l'adversaire principal, se profile aussi l'hostilit&#233; envers le propri&#233;taire bourgeois. De plus, les revendications opposent souvent la bourgeoisie aux travailleurs qui refusent de se soumettre aux patrons et aux n&#233;gociants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la r&#233;daction des cahiers du tiers &#233;tat, le travail de mainmise de la bourgeoisie est ind&#233;niable. A chaque niveau, la parole est port&#233;e par les notables, ce qui suscite des tensions dont t&#233;moignent les doubles cahiers issus des scissions dans les assembl&#233;es &#233;lectorales. De nombreuses dol&#233;ances &#233;manent directement des classes populaires, qui indiff&#233;rentes &#224; la r&#233;forme constitutionnelle, s'attachent &#224; critiquer les charges qui les accablent, sans &#234;tre le reflet fid&#232;le de leurs sentiments profonds. En effet, les paysans et les prol&#233;taires participent rarement aux d&#233;lib&#233;rations et les bourgeois &#233;liminent les v&#339;ux qui leur d&#233;plaisent ou qui ne les int&#233;ressent pas. Les classes populaires ne souhaitent pas seulement l'&#233;galit&#233; fiscale et l'all&#232;gement des imp&#244;ts, mais esp&#232;rent la suppression de la d&#238;me, des droits et de l'autorit&#233; du seigneur, la conservation des biens communaux, la r&#233;glementation du commerce des grains et la taxation, ce qui menace les int&#233;r&#234;ts de la noblesse et les ambitions de la bourgeoisie. Dans l'ensemble, les dol&#233;ances du Tiers expriment l'opinion de la bourgeoisie, et il est frappant de constater sa coh&#233;sion qui appara&#238;t encore presque unanime.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Vovelle, op. cit., p.116&#034; id=&#034;nh2-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans conna&#238;tre de v&#233;ritable &#171; r&#233;volution &#187; &#233;conomique, la France traverse &#224; la fin de l'Ancien R&#233;gime une p&#233;riode de grande mutation dans ses structures &#233;conomiques et sociales. Cependant, apr&#232;s des ann&#233;es d'expansion, l'&#233;conomie fran&#231;aise est en difficult&#233; : retard en mati&#232;re d'innovation agricole, difficult&#233;s dans le secteur artisanal, crise dans le secteur industriel naissant, probl&#232;mes financiers et banqueroute. La prolongation de la croissance d&#233;mographique aggrave aussi la situation, notamment en termes d'emploi, mais il est impossible d'accro&#238;tre celui-ci en absence d'un d&#233;veloppement de la grande industrie comme en Angleterre. De plus, les capitaux servent surtout dans l'achat de terres et ne sont pas utilis&#233;s dans la modernisation de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup d'historiens insistent sur le probl&#232;me de la dette financi&#232;re auquel le pouvoir royal est confront&#233;, mais la crise est bien plus profonde : &#224; la crise &#233;conomique, cause imm&#233;diate principale de la R&#233;volution, s'ajoutent les nombreuses tensions entre classes. La crise de l'Ancien R&#233;gime avec son ind&#233;niable substrat &#233;conomique et social constitue un puissant facteur de mobilisation pour les classes populaires urbaines et rurales, qui ne peuvent supporter plus longtemps de rudes conditions d&#8216;existence, m&#234;me si l'impuissance de la monarchie &#224; mettre en &#339;uvre des r&#233;formes pour surmonter notamment le probl&#232;me financier va pr&#233;cipiter les &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Lumi&#232;res et lib&#233;ralisme &#233;conomique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;es seules ne d&#233;clenchent pas les r&#233;volutions, cependant le mouvement intellectuel des Lumi&#232;res va servir de socle id&#233;ologique &#224; la bourgeoisie et les r&#233;volutionnaires vont &#234;tre marqu&#233;s par ce courant de pens&#233;e qui se diffuse en Europe tout au long du XVIIIe si&#232;cle. Ce dernier n'a touch&#233; pour l'essentiel que des bourgeois et des nobles &#233;clair&#233;s, c'est-&#224;-dire pr&#234;ts &#224; faire des concessions &#224; l'ordre ancien. Les Lumi&#232;res critiquent la religion, l'obscurantisme, les abus de l'&#201;glise et de la monarchie, et se diffusent par le biais des acad&#233;mies, des salons, des loges ma&#231;onniques et des ouvrages. L'un des plus connus, La &lt;i&gt;Grande Encyclop&#233;die&lt;/i&gt; de Diderot et d'Alembert, est un r&#233;sum&#233; de la pens&#233;e progressiste, sociale et politique, mais aussi des r&#233;alisations du progr&#232;s technique et scientifique. La foi dans les progr&#232;s de la connaissance, de la raison et de la ma&#238;trise de l'homme sur la nature tire sa force de la mont&#233;e de la production et du commerce, &#224; laquelle la pens&#233;e rationnelle, &#233;conomique et scientifique est associ&#233;e.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. Hobsbawm, op. cit., p.33-34&#034; id=&#034;nh2-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par des affirmations g&#233;n&#233;ralistes sur la libert&#233;, le progr&#232;s mat&#233;riel ou l'affranchissement du carcan religieux, les Lumi&#232;res r&#233;ussissent &#224; toucher d'autres milieux sociaux, m&#234;me si &#224; la veille de la R&#233;volution, l'analphab&#233;tisme touche environ 65 % de la population. Dans les classes populaires, la pr&#233;sence des livres augmente au cours du si&#232;cle, l'&#233;crit se diffuse par le biais de lectures collectives, et l'acc&#232;s aux id&#233;es des Lumi&#232;res passe par des ouvrages de vulgarisation, dans lesquels se rejoignent critique de l'absolutisme royal et de l'ordre social, contestation des normes sexuelles, attaques contre le mariage et la religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le XVIIIe si&#232;cle est &#233;galement marqu&#233; par la diffusion des th&#232;ses sur l'&#233;conomie politique qui sous-tendent les aspirations de la bourgeoisie. Le lib&#233;ralisme revendiqu&#233; par les philosophes des Lumi&#232;res fait de plus en plus d'adeptes &#224; partir des ann&#233;es 1750. Il se constitue m&#234;me un v&#233;ritable lobby militant de th&#233;oriciens et d'administrateurs entich&#233;s de libert&#233;s &#233;conomiques qui remet en cause le r&#244;le traditionnel de l'&#201;tat dans l'&#233;conomie et dans le fonctionnement de la soci&#233;t&#233;. D&#233;sormais, l'&#233;conomie devient un param&#232;tre important de la r&#233;flexion et de l'action politique. Les r&#233;formateurs des Lumi&#232;res pensent qu'il faudrait unifier, comme en Angleterre, le march&#233; int&#233;rieur, en supprimant les p&#233;ages, en d&#233;veloppant les voies de communication, afin d'accro&#238;tre le volume des &#233;changes, et par la suite, la richesse du pays. Les corporations sont vivement critiqu&#233;es par les &#233;conomistes, ainsi que par plusieurs philosophes tels que Voltaire et Rousseau, hostiles &#224; leur maintien.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Becchia, op. cit., p.135&#034; id=&#034;nh2-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Le projet lib&#233;ral consiste aussi &#224; &#244;ter aux pauvres tous moyens extra-&#233;conomiques de vivre : les aum&#244;nes, la propri&#233;t&#233; communale, les usages et autres ressources de la nature. D'o&#249; l'acharnement de la monarchie, puis du lib&#233;ralisme pour supprimer les f&#234;tes ch&#244;m&#233;es, trier puis liquider les biens communaux et interdire l'acc&#232;s gratuit aux derniers espaces non appropri&#233;s : landes, marais, for&#234;ts, derniers refuges de l'&#233;conomie invisible des pauvres. Tout cela sous le signe de la modernit&#233; et du progr&#232;s : &lt;i&gt;&#8220;Lorsque les fruits sont &#224; tous et que la terre n'est &#224; personne, la terre ne produit que des bruy&#232;res et des for&#234;ts&#8221;&lt;/i&gt;, affirme Jean-Baptiste Say, un des th&#233;oriciens du lib&#233;ralisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;es des &#233;conomistes et des physiocrates rencontrent un &#233;cho favorable au sein des gouvernements, et de multiples r&#233;formes sont engag&#233;es : cl&#244;ture des terres en 1767, autorisation de fabriquer librement des &#233;toffes en 1779, trait&#233; de commerce avec l'Angleterre en 1786. Les physiocrates, dont la doctrine s'impose dans les ann&#233;es 1760, sont convaincus de la toute puissance de la nature. Ils font de l'agriculture la seule source de richesse et de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re le fondement de l'ordre social. Le produit de la terre doit selon eux circuler et &#234;tre commercialis&#233; sans entraves. Avec l'exp&#233;rience de libert&#233; sur le commerce des grains, lanc&#233;e par Turgot, l'objectif est d'enrichir les propri&#233;taires terriens et les gros producteurs de c&#233;r&#233;ales, par la hausse des prix, et ainsi d'acc&#233;l&#233;rer le d&#233;veloppement des grandes exploitations. Cependant, l'&#233;chec de ces r&#233;formes entre 1774 et 1776, met en &#233;vidence la solidit&#233; du syst&#232;me &#233;conomique de l'Ancien R&#233;gime en partie marqu&#233;e par la r&#233;glementation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rares sont les penseurs qui &#233;mettent des critiques &#224; cette libert&#233; tant r&#233;clam&#233;e. Mably, d&#233;favorable aux physiocrates, voit dans l'in&#233;galit&#233; des conditions et la propri&#233;t&#233; priv&#233;e les maux de la soci&#233;t&#233;. La Guerre des farines lui permet d'approfondir sa critique de la libert&#233; &#233;conomique et de montrer le caract&#232;re de classe d'un tel syst&#232;me, dont les partisans sont pour lui des &lt;i&gt;&#171; ennemis publics &#187;&lt;/i&gt;. Il soutient les &#233;meutes populaires taxatrices et &#233;crit : &lt;i&gt;&#171; Je puis les excuser et m&#234;me les aimer parce qu'il n'est pas impossible qu'elles soient la cause et le principe d'une heureuse r&#233;volution. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Collectif, La Guerre du bl&#233; au XVIIIe si&#232;cle, op. cit., p.121&#034; id=&#034;nh2-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Morelly, partisan d'un syst&#232;me communiste d'organisation du travail et de la production, pr&#244;ne l'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, un syst&#232;me &#233;tatique organisant l'&#233;ducation, l'assistance et la solidarit&#233;, ainsi qu'un syst&#232;me de coop&#233;ration. Ces deux penseurs alimenteront les premi&#232;res r&#233;flexions th&#233;oriques de Babeuf.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA R&#201;VOLUTION DE 1789 ET L'AV&#200;NEMENT DE LA BOURGEOISIE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Devant la perspective proche de banqueroute, confront&#233; &#224; la r&#233;volte des parlements et d'une grande partie de la noblesse acharn&#233;e &#224; d&#233;fendre ses privil&#232;ges, le pouvoir royal esp&#232;re trouver dans la convocation des &#201;tats g&#233;n&#233;raux un moyen de se r&#233;former. Mais ayant perdu de sa cr&#233;dibilit&#233;, il va &#234;tre incapable de ma&#238;triser le processus qui va conduire le pays &#224; la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;La r&#233;volution bourgeoise : des &#201;tats g&#233;n&#233;raux &#224; la formation de l'Assembl&#233;e nationale &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#201;tats g&#233;n&#233;raux sont convoqu&#233;s afin de trouver une solution &#224; la crise financi&#232;re. A leur ouverture, le 5 mai 1789 &#224; Versailles, il n'est pas question pour le pouvoir royal de changer quoi que ce soit. La premi&#232;re journ&#233;e est donc d&#233;cevante pour les d&#233;put&#233;s bourgeois du Tiers qui se sentent m&#233;pris&#233;s et durant laquelle aucune allusion n'est faite &#224; la r&#233;forme constitutionnelle. Le roi dans son discours &#233;voque juste la n&#233;cessit&#233; de faire des &#233;conomies dans les finances et exprime sa crainte quant aux &lt;i&gt;&#171; innovations &#187;&lt;/i&gt;. Face au changement, la crispation du roi et de la noblesse est r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;put&#233;s du Tiers tentent d'amener les repr&#233;sentants de la noblesse et du clerg&#233; &#224; les rejoindre, alors que des comit&#233;s royalistes travaillent &#224; maintenir la s&#233;paration entre les trois ordres. Pendant ce temps &#224; Paris l'opinion publique s'enflamme, les r&#233;unions et les brochures se multiplient. Le 10 juin, le Tiers invite les privil&#233;gi&#233;s &#224; le rejoindre mais seuls plusieurs cur&#233;s acceptent. Le 17 juin, fait r&#233;volutionnaire : il se proclame &lt;i&gt;&#171; Assembl&#233;e nationale &#187;&lt;/i&gt;, et le 19 juin 149 membres du clerg&#233; rejoignent ses rangs. Le roi fait alors fermer la salle des Menus Plaisirs o&#249; se r&#233;unissent les d&#233;put&#233;s bourgeois et leurs alli&#233;s, qui parviennent &#224; se rassembler le 20 juin dans la salle du Jeu de paume. Ils pr&#234;tent alors le serment &lt;i&gt;&#171; de ne jamais se s&#233;parer et de se rassembler partout o&#249; les circonstances l'exigeront, jusqu'&#224; ce que la Constitution du royaume soit &#233;tablie et affermie sur des fondements solides &#187;&lt;/i&gt;. Le 23 juin, le roi ordonne aux d&#233;put&#233;s de se disperser, mais l'Assembl&#233;e tient t&#234;te. Louis XVI consent &#224; garantir les libert&#233;s individuelles, celle de la presse et admet le vote des imp&#244;ts par les &#201;tats g&#233;n&#233;raux. Le 25 juin, 47 nobles rejoignent le tiers &#233;tat, et le 27 le roi c&#232;de en apparence en ordonnant la r&#233;union des trois ordres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la nouvelle de cet &#233;v&#233;nement, de nombreuses villes organisent des f&#234;tes de r&#233;jouissances. La r&#233;volution juridique a fait l'objet d'une grande attention de la part du public, tant l'esp&#233;rance est grande depuis la r&#233;daction des cahiers de dol&#233;ances. D&#233;sormais la repr&#233;sentation nationale remplace l'absolutisme royal, mais cet &#233;tat de fait contribue &#224; exacerber une attente de r&#233;elle justice sociale. A Lyon, la f&#234;te c&#233;l&#233;brant la victoire du tiers &#233;tat vire &#224; l'affrontement le 30 juin : les classes populaires souhaitent en finir avec les octrois et autres imp&#244;ts synonymes de vie ch&#232;re et de mis&#232;re. Ainsi durant plusieurs jours les ouvriers lyonnais, arm&#233;s de pierres, et les soldats bourgeois s'affrontent. Le 5 juillet l'&#233;meute cesse suite &#224; une r&#233;pression f&#233;roce. Dans les autres villes, il n'y a pas de tels affrontements de classe mais l'&#233;v&#233;nement r&#233;volutionnaire n'efface pas les tensions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie sort victorieuse de cette &#233;preuve de force avec le pouvoir royal. Le 7 juillet, l'Assembl&#233;e nomme un comit&#233; pour &#233;laborer la constitution, et deux jours plus tard, elle se nomme &lt;i&gt;&#171; constituante &#187;&lt;/i&gt;, ce qui repr&#233;sente une nouvelle attaque contre le pouvoir royal. Cependant, Louis XVI et l'aristocratie, qui semblent accepter le fait accompli, d&#233;cident de recourir &#224; la force en regroupant 20 000 soldats autour de Paris et Versailles afin de soumettre le Tiers et dissoudre l'Assembl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;La r&#233;volution populaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;volte parisienne et la prise de la Bastille&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis l'ouverture des &#201;tats g&#233;n&#233;raux, l'attitude des classes populaires est vigilante. La menace aristocratique et la crise &#233;conomique contribuent &#224; leur mobilisation, d'autant que les troubles suscit&#233;s par la disette et la chert&#233; se multiplient en juillet. Le 11, le renvoi de Necker par le roi et son remplacement par un minist&#232;re ouvertement contre-r&#233;volutionnaire met le feu aux poudres. Necker, partisan des r&#233;formes et de la souplesse, vu comme un rempart contre la banqueroute, est populaire. L'&#233;meute &#233;clate &#224; Paris ; face &#224; la foule, les gardes fran&#231;aises d&#233;sertent ou rejoignent la r&#233;volte. Quasiment toutes les barri&#232;res d'octrois, responsables de l'entr&#233;e des denr&#233;es dans la capitale et de la hausse des prix, sont pill&#233;es et incendi&#233;es. Des milices bourgeoises s'arment spontan&#233;ment contre les &lt;i&gt;&#171; classes dangereuses &#187;&lt;/i&gt;. Le nouveau pouvoir municipal ach&#232;ve la mise en place les 12 et 13 juillet d'une milice bourgeoise et tente de canaliser l'&#233;meute populaire qui se r&#233;v&#232;le incontr&#244;lable. D&#232;s le 12, en effet, le peuple commence &#224; s'armer, les armureries sont pill&#233;es et des barricades sont &#233;rig&#233;es dans les rues de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 14 juillet, les &#233;meutiers exigent un armement g&#233;n&#233;ral. C'est ainsi que 80 000 Parisiens se rendent aux Invalides, s'emparent de 32 000 fusils, puis se dirigent vers la Bastille pour r&#233;cup&#233;rer d'autres armes. Cette prison d'&#201;tat symbolise l'arbitraire royal, mais ce n'est pas pour cette raison qu'elle est attaqu&#233;e. L'intervention est men&#233;e aux deux tiers par des artisans et boutiquiers du faubourg Saint-Antoine, des gardes fran&#231;aises et des bourgeois de la milice. Le gouverneur de Launay n&#233;gocie avec les assaillants, mais une suite de malentendus &#233;clate et entra&#238;ne une fusillade meurtri&#232;re qui fait une centaine de morts parmi les &#233;meutiers. Le gouverneur et quelques-uns de ses hommes sont tu&#233;s apr&#232;s la prise de la Bastille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s l'instant m&#234;me, la prise de la Bastille est per&#231;ue comme un symbole d'&#233;mancipation collective, concr&#232;tement c'est une d&#233;faite pour Louis XVI : Paris est aux mains des &#233;meutiers, la soumission de la ville risque d'&#234;tre difficile. Sur les conseils de quelques nobles lib&#233;raux, le roi annonce le lendemain le renvoi des troupes mass&#233;es autour de Versailles et de la capitale. La bourgeoisie parisienne profite de la victoire populaire pour s'emparer de l'administration de la ville, le &lt;i&gt;comit&#233; permanent&lt;/i&gt; de l'H&#244;tel de ville devient alors la &lt;i&gt;Commune de Paris&lt;/i&gt;. La Fayette, un noble lib&#233;ral, devient commandant de la milice bourgeoise qui va bient&#244;t prendre le nom de &lt;i&gt;garde nationale&lt;/i&gt;. Le 17 juillet, le roi rappelle Necker au gouvernement, reconna&#238;t la l&#233;gitimit&#233; de la Commune de Paris, et au-del&#224; le bouleversement en cours, mais une partie de la Cour comprenant bien ce qui se passe quitte le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En province, les &#233;v&#233;nements survenus dans la capitale suscitent l'enthousiasme, et la bourgeoisie s'empare presque partout du pouvoir. Cette r&#233;volution municipale s'accomplit de fa&#231;on pacifique dans la mesure o&#249; l'ancienne administration passe le relais sans probl&#232;me, mais s'accompagne &#224; certains endroits d'&#233;meutes, comme &#224; Rouen et autour de Paris : les classes populaires associ&#233;es aux manifestions de la bourgeoisie exigent une diminution du prix du pain. A Rouen et dans sa r&#233;gion, la mont&#233;e des troubles frumentaires se conjugue &#224; la crise industrielle et &#224; un fort taux de ch&#244;mage, de violentes manifestations secouent la ville de juillet &#224; octobre. Les ouvriers du textile, qui dans les cahiers de dol&#233;ances ont montr&#233; le lien entre la crise de l'emploi et l'introduction des machines dans l'industrie textile, brisent les m&#233;tiers m&#233;caniques, saccagent les manufactures et s'en prennent aux administrations. Des artisans, des cabaretiers, des soldats, des prostitu&#233;es, des blanchisseuses et des ch&#244;meurs se joignent aux &#233;meutes.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Pierre Allinne, &#171; &#201;meutes anciennes ou &#233;meutes nouvelles ? A propos des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;Par crainte d'une pouss&#233;e populaire, les nouvelles municipalit&#233;s constituent &#224; leur tour un peu partout en France des milices bourgeoises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les soul&#232;vements ruraux et la Grande Peur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les paysans, aucune des revendications formul&#233;es dans les cahiers de dol&#233;ances n'a &#233;t&#233; satisfaite, le syst&#232;me f&#233;odal est toujours en place, et l'impatience grandit. D'autant que la crise &#233;conomique renforce le m&#233;contentement : beaucoup de paysans ne r&#233;coltent pas assez pour vivre, et la crise industrielle entra&#238;ne l'augmentation du ch&#244;mage dans les r&#233;gions o&#249; s'est implant&#233;e l'industrie rurale. Ch&#244;mage et disette multiplient mendiants et vagabonds, ce qui contribue &#224; accro&#238;tre dans certaines campagnes le sentiment d'ins&#233;curit&#233; qui se cristallise par la &lt;i&gt;peur des brigands&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Soboul, op. cit., p.157&#034; id=&#034;nh2-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; L'id&#233;e de &lt;i&gt;complot aristocratique&lt;/i&gt;, d&#233;velopp&#233;e par Georges Lefebvre en 1932 pour expliquer la Grande Peur, reprise par nombre d'historiens, est une r&#233;f&#233;rence quasiment inexistante en dehors du Bassin parisien. Quant &#224; la rumeur de brigands qui &#224; la solde des nobles d&#233;truiraient les cultures, elle ne concerne que la moiti&#233; nord du pays, o&#249; des saccages de r&#233;coltes sont attest&#233;s. La peur est plut&#244;t celle de bandes de vagabonds qui &#233;cument les routes et utilisent de plus en plus la menace et la force pour obtenir aupr&#232;s des ruraux de quoi vivre.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;T. Tackett, &#171; La Grande Peur et le complot aristocratique sous la R&#233;volution (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au printemps des r&#233;voltes agraires ont &#233;clat&#233; en Provence, dans le Nord, en Picardie et en r&#233;gion parisienne. Apr&#232;s la journ&#233;e du 14 juillet, d'autres insurrections se produisent en Normandie, en Alsace, en Franche-Comt&#233;, dans la r&#233;gion de M&#226;con et visent avant tout l'aristocratie : les paysans veulent obtenir l'abolition des droits f&#233;odaux. Ces r&#233;voltes agraires pr&#233;parent et &#233;clairent le mouvement de la Grande peur, cependant Georges Lefebvre remarque que les endroits de r&#233;volte ouverte n'ont g&#233;n&#233;ralement pas connu de peur. Le mouvement qui s'&#233;tend du 20 juillet au 6 ao&#251;t finit par toucher une grande partie du pays : r&#233;voltes agraires, crise &#233;conomique, sentiments anti-aristocratiques, crainte des brigands et rumeurs produisent un effet explosif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Grande Peur contribue &#224; renforcer l'insurrection paysanne : les paysans s'arment, vont porter leurs coups contre les ch&#226;teaux des seigneurs pour exiger la destruction des archives relatives aux droits f&#233;odaux. Lorsque les nobles refusent de se d&#233;faire de celles-ci, les ch&#226;teaux sont pill&#233;s et incendi&#233;s. Des comit&#233;s paysans et des milices villageoises se forment&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Soboul, op. cit., p.158&#034; id=&#034;nh2-36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et s'emparent des pouvoirs locaux. Cette lutte de classe engag&#233;e contre la noblesse se double d'un antagonisme entre la bourgeoisie et la paysannerie. La premi&#232;re d&#233;tient des seigneuries et per&#231;oit &#224; ce titre des redevances des paysans. Menac&#233;e dans ses int&#233;r&#234;ts, elle organise dans les campagnes la d&#233;fense des droits des propri&#233;taires nobles et bourgeois en s'appuyant sur les gardes nationales. Dans le M&#226;connais, la lutte oppose paysans et milices bourgeoises : &#224; Cluny la r&#233;volte est arr&#234;t&#233;e par la bourgeoisie nouvellement au pouvoir qui fait ex&#233;cuter 33 paysans.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G. Lefebvre, op. cit., p.146&#034; id=&#034;nh2-37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; L'alliance de la bourgeoisie et de la noblesse contre la paysannerie s'affirme aussi dans le Dauphin&#233;, tandis que les sympathies populaires vont aux paysans insurg&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;pression sanglante qui s'abat sur l'insurrection n'est pas la r&#233;ponse la plus ad&#233;quate pour la bourgeoisie. L'Assembl&#233;e nationale pense un moment organiser la r&#233;pression, mais cela entra&#238;nerait la rupture avec les classes populaires, et le risque de se retrouver &#224; la merci du roi et de la noblesse. Bourgeois et nobles lib&#233;raux pr&#233;f&#232;rent donc accorder des concessions aux insurg&#233;s. Durant la nuit du 4 ao&#251;t, l'Assembl&#233;e vote l'abolition de tous les privil&#232;ges fiscaux ; la suppression des corv&#233;es, mainmortes et autres servitudes personnelles, de la d&#238;me, le rachat des droits r&#233;els et l'&#233;galit&#233; fiscale. Elle r&#233;alise en principe l'unit&#233; et l'&#233;galit&#233; juridiques, an&#233;antit en grande partie le r&#233;gime f&#233;odal et la domination de l'aristocratie dans les campagnes, l'Ancien R&#233;gime a v&#233;cu. Mais la nuit du 4 ao&#251;t ne donne pas satisfaction aux revendications paysannes. Le syst&#232;me f&#233;odal, aboli en th&#233;orie, demeure dans ses parties essentielles : les clauses du rachat des droits r&#233;els avantagent le seigneur qui n&#8216;a pas &#224; fournir la preuve de ses titres sur la terre, et l&#8216;unanimit&#233; doit &#234;tre r&#233;alis&#233;e parmi tous les membres de la communaut&#233; paysanne pour que l' &#233;mancipation ait lieu. En plus d'&#234;tre quasi impraticable, le rachat est on&#233;reux, et les paysans doivent s'acquitter des redevances jusqu'&#224; leur rachat complet. Quant aux d&#238;mes, en principe abolies, elles doivent &#234;tre encore pay&#233;es en attendant que l'&#201;tat trouve un autre moyen pour subvenir aux d&#233;penses du culte. Les seigneurs perdent peu et les bourgeois sont les r&#233;els b&#233;n&#233;ficiaires de cette transaction. La d&#233;sillusion est grande chez les paysans, qui dans certaines r&#233;gions refusent de payer les redevances, et vont imposer par la lutte l'abolition sans rachat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les journ&#233;es d'octobre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s septembre 1789, l'Assembl&#233;e vote les premiers articles de la constitution limitant le pouvoir du roi qui cependant dispose d'un droit de veto. Ainsi, il refuse d'approuver les d&#233;crets d'ao&#251;t sur l'abolition des droits f&#233;odaux. A Paris, l'agitation aliment&#233;e par le malaise &#233;conomique continue. De nombreux nobles et riches quittent la capitale, l'industrie de luxe s'effondre et entra&#238;ne un tr&#232;s fort taux de ch&#244;mage alors que le pain reste rare et cher. A ce climat tendu, s'ajoute un incident politique qui va se conjuguer &#224; la crise &#233;conomique et donner raison une nouvelle fois &#224; l'insurrection. Le 1er octobre, durant un banquet donn&#233; &#224; Versailles, des officiers nobles se livrent &#224; des propos et manifestations contre-r&#233;volutionnaires en pr&#233;sence de la famille royale. La col&#232;re monte, surtout dans les faubourgs parisiens o&#249; l'agitation est grande. Le 5 octobre, 6000 &#224; 7000 femmes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Soboul, op.cit., p.166&#034; id=&#034;nh2-38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; des faubourgs Saint-Antoine et du quartier des Halles se rassemblent afin de demander du pain et prennent la route de Versailles, entra&#238;nant derri&#232;re elles de nombreux hommes motiv&#233;s et arm&#233;s. Un peu plus tard, les gardes nationaux les rejoignent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les femmes arrivent &#224; Versailles, affam&#233;es et fatigu&#233;es, elles envahissent l'Assembl&#233;e et obtiennent du roi la promesse d'avoir du pain. Le lendemain, la manifestation tourne &#224; l'&#233;meute, la foule entre dans le ch&#226;teau, le roi est oblig&#233; de signer les d&#233;crets, c'est un nouvel &#233;chec pour la royaut&#233;. La famille royale est contrainte de rentrer sur Paris encadr&#233;e par l'immense cort&#232;ge que composent les femmes, les gardes nationaux et les d&#233;put&#233;s, suivis de chariots de bl&#233; et de farine. C'est une nouvelle victoire pour la bourgeoisie, permise gr&#226;ce au mouvement populaire, et un tournant dans la R&#233;volution : l'installation &#224; Paris de la famille royale et de l'Assembl&#233;e rend beaucoup plus al&#233;atoire une reprise en main monarchique par la force et un compromis au sommet entre nobles et bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;organisation institutionnelle du pays par la bourgeoisie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le roi, contraint de reconna&#238;tre la nouvelle situation politique, voit son pouvoir tr&#232;s affaibli face &#224; celui de l'Assembl&#233;e constituante, alors aux mains de la bourgeoisie qui domine la vie &#233;conomique. Les bourgeois pour leur part redoutent autant un retour &#224; la monarchie absolue et au f&#233;odalisme que l'intervention des classes populaires ; il est donc urgent de consolider les bases de leur pouvoir. L'Assembl&#233;e constituante entreprend alors d&#232;s la fin de 1789 de refonder les institutions du pays au profit de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De nouveaux principes politiques : l'&#233;tat de droit&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'Ancien R&#233;gime abattu, les bourgeois constituants justifient la force et la nouvelle situation politique par le droit. Ainsi, la &lt;i&gt;D&#233;claration des droits de l'homme et du citoyen&lt;/i&gt;, inspir&#233;e par la pens&#233;e des Lumi&#232;res et la R&#233;volution am&#233;ricaine, promulgu&#233;e le 26 ao&#251;t 1789, inaugure les droits de la nation et des citoyens, qui sont l'&#233;galit&#233; civile, la libert&#233;, la propri&#233;t&#233;, la s&#251;ret&#233; et la r&#233;sistance &#224; l'oppression. Il ne s'agit pas d'autoriser les insurrections &#224; venir, mais plut&#244;t de l&#233;gitimer les r&#233;voltes pass&#233;es, et surtout celles de 1789 qui ont permis &#224; la bourgeoisie de se hisser au pouvoir. La D&#233;claration, de port&#233;e universelle dans ses principes, n'en demeure pas moins la marque de la bourgeoisie. Le premier article stipule que tous les hommes sont &#233;gaux, mais l'in&#233;galit&#233; de richesse demeure. Quant au principe de libert&#233; il n'est pas appliqu&#233; aux esclaves des colonies, l'abolition de l'esclavage &#233;tant contraire aux int&#233;r&#234;ts des grands planteurs repr&#233;sent&#233;s &#224; l'Assembl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La monarchie constitutionnelle repose sur la souverainet&#233; populaire, la repr&#233;sentativit&#233; et la s&#233;paration des pouvoirs, mais le r&#233;gime &#233;lectoral exclut les classes populaires et n'accorde le droit de vote qu'&#224; ceux qui peuvent payer une contribution &#233;quivalente &#224; trois journ&#233;es de travail. Ces derniers peuvent seulement &#233;lire des &#233;lecteurs qui pourront &#224; leur tour d&#233;signer les d&#233;put&#233;s &#224; l'Assembl&#233;e, &#224; condition de payer en imp&#244;t la valeur de dix journ&#233;es de travail. Enfin, pour pr&#233;tendre &#224; un si&#232;ge &#224; l'Assembl&#233;e, il faut payer en imp&#244;t au moins 50 livres. Ces trois cat&#233;gories constituent les &lt;i&gt;citoyens actifs&lt;/i&gt;, d&#233;finis par Siey&#232;s, comme &lt;i&gt;&#171; les vrais actionnaires de la grande entreprise sociale &#187;&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p.188&#034; id=&#034;nh2-39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Les citoyens passifs, c'est-&#224;-dire les classes populaires, sont exclus de la vie politique institutionnelle et ne peuvent faire partie de la garde nationale, d'autant qu'il faut pouvoir payer son uniforme de garde. Sont aussi exclus de ce suffrage censitaire les femmes et les domestiques. Cette division en deux groupes de citoyens suscite des protestations de la part des d&#233;put&#233;s d&#233;mocrates tels que Robespierre et des journaux de la m&#234;me mouvance. Ainsi, Marat &#233;crit dans &lt;i&gt;L'Ami du peuple&lt;/i&gt; du 18 novembre 1789 : &lt;i&gt;&#171; C'est l&#224; toute une preuve frappante de l'influence des richesses sur les lois. Au reste, les lois n'ont d'empire qu'autant que les peuples veulent bien s'y soumettre ; et, s'ils ont bris&#233; le joug de la noblesse, ils briseront de m&#234;me celui de l'opulence. &#187;&lt;/i&gt; Desmoulins, dans le num&#233;ro 3 des &lt;i&gt;R&#233;volutions de France et de Brabant&lt;/i&gt;, critique avec virulence le d&#233;cret &#233;lectoral : &lt;i&gt;&#171; Les citoyens actifs sont ceux qui ont pris la Bastille, ce sont ceux qui d&#233;frichent les champs, tandis que les fain&#233;ants du clerg&#233; et de la Cour, malgr&#233; l'immensit&#233; de leurs domaines, ne sont que des plantes v&#233;g&#233;tales pareilles &#224; cet arbre de votre &#201;vangile, qui ne porte point de fruits et qu'il faut jeter au feu. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p.189&#034; id=&#034;nh2-40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La privation des droits politiques des classes populaires s'aggrave avec le vote, le 21 octobre 1789, de la loi martiale qui donne &#224; la municipalit&#233; les pleins pouvoirs en mati&#232;re de r&#233;pression et vise &#224; interdire l'action directe de r&#233;gulation des prix. Toute r&#233;union en place publique peut donc &#234;tre r&#233;prim&#233;e selon le bon vouloir du maire. Les gardes nationaux n'ont pas le droit de se soustraire ; s'ils se solidarisent avec les &#233;meutiers ou attroup&#233;s, ils sont passibles de la peine de mort. Pour d&#233;clarer la loi martiale, le drapeau rouge est d&#233;ploy&#233;, la dispersion des rassemblements se fait apr&#232;s trois sommations ; aucune n'est faite si les autorit&#233;s estiment qu'il y a agression, la garde a alors le droit de tirer. Les meneurs risquent la peine capitale si des manifestants sont arm&#233;s ou refusent de se disperser, quant &#224; ces derniers les peines peuvent aller de un &#224; trois ans de prison. Avec la loi martiale les &#233;meutes et les manifestations deviennent ainsi quasiment interdites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le triomphe de la libert&#233; &#233;conomique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi martiale est aussi un moyen de garantir la libert&#233; &#233;conomique. La bourgeoisie tient en effet &#224; ce que l'ensemble des activit&#233;s &#233;conomiques soit lib&#233;r&#233; de toute contrainte et consid&#232;re la propri&#233;t&#233; priv&#233;e comme l'une des formes les plus pr&#233;cieuses de la libert&#233;. L'individu libre, consacr&#233; par le nouvel ordre social, peut cr&#233;er, produire, rechercher le profit, en user et en abuser. Les r&#233;formes entreprises par la Constituante, telles que la libert&#233; de la production et du travail, l'unification fiscale du march&#233; int&#233;rieur, la fin des privil&#232;ges, des monopoles qui entravaient les activit&#233;s commerciales et industrielles, et l'adoption du syst&#232;me m&#233;trique lib&#232;rent l'&#233;conomie. Elles acc&#233;l&#232;rent ainsi le processus de d&#233;veloppement capitaliste en cr&#233;ant les conditions favorables &#224; l'entr&#233;e de la France dans l'&#232;re industrielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La libert&#233; de production permise par la loi d'Allarde du 2 mars 1791 supprime les corporations, consid&#233;r&#233;es comme une entrave &#224; la libert&#233; &#233;conomique. La concurrence de l'offre et de la demande doit seule r&#233;gir la production, les prix, les salaires, et le march&#233; du travail doit &#234;tre libre. Au printemps 1791, la bourgeoisie inqui&#232;te des coalitions ouvri&#232;res, notamment celle des compagnons charpentiers qui revendiquent un tarif impos&#233; aux patrons, et celle des travailleurs du b&#226;timent, riposte. Ainsi, le 14 juin 1791, la loi Le Chapelier, en proscrivant tout groupement structur&#233; ou occasionnel de compagnons ou de ma&#238;tres, interdit le droit de gr&#232;ve et de coalition, sous peine d'amende et d'emprisonnement. &lt;i&gt;&#171; Il doit &#234;tre permis &#224; tous les citoyens de s'assembler, mais il ne doit pas &#234;tre permis &#224; tous les citoyens de certaines professions de s'assembler pour leurs pr&#233;tendus int&#233;r&#234;ts communs. &#187;&lt;/i&gt; Les soci&#233;t&#233;s ouvri&#232;res d'entraide mutuelle sont condamn&#233;es, ainsi que les secours aux malades, aux indigents, aux veuves et aux ch&#244;meurs que Le Chapelier consid&#232;re comme des pr&#233;textes pour cr&#233;er &#233;meutes et d&#233;sordres. Il s'agit de casser toute solidarit&#233; entre les travailleurs et de les placer sous la coupe des patrons. Cette loi traduit la conception &#233;conomique de la grande majorit&#233; des d&#233;put&#233;s : lib&#233;rer les forces capitalistes de production en emp&#234;chant de porter atteinte &#224; la libert&#233; des entrepreneurs. Elle compl&#232;te et aggrave la loi martiale en pr&#233;voyant le recours &#224; la force en cas d'&#233;meute. La loi est vot&#233;e sans aucune opposition, m&#234;me de la part des d&#233;put&#233;s les plus &#224; gauche, comme Robespierre qui ne voit dans la pauvret&#233; qu'un probl&#232;me moral et non un rapport d'exploitation. Mais dans L'Ami du peuple du 18 juin 1791, Marat critique la loi dans laquelle il per&#231;oit surtout une entrave au droit de r&#233;union et d'association : &lt;i&gt;&#171; Ils ont enlev&#233; &#224; la classe des man&#339;uvres et des ouvriers le droit de s'assembler, pour d&#233;lib&#233;rer en r&#232;gle sur leurs int&#233;r&#234;ts. Ils ne voulaient qu'isoler les citoyens et les emp&#234;cher de s'occuper en commun de la chose publique &#187;&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p.217&#034; id=&#034;nh2-41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; laissez faire, laissez passer &#187; triomphe, la libre circulation des grains est r&#233;tablie d&#232;s l'&#233;t&#233; 1789, leurs prix sont lib&#233;r&#233;s, ce qui suscite une hostilit&#233; g&#233;n&#233;rale chez les ouvriers, artisans et paysans, confront&#233;s &#224; la hausse des prix. De 1790 &#224; 1791, cette mesure est g&#233;n&#233;ralis&#233;e aux autres produits par la suppression des barri&#232;res douani&#232;res int&#233;rieures. Par ailleurs, une grande partie de la bourgeoisie d&#233;fend r&#233;solument ses int&#233;r&#234;ts commerciaux dans les colonies : l'action du Club de Massiac, efficace dans les d&#233;bats &#224; l'Assembl&#233;e, fait suspendre la &lt;i&gt;D&#233;claration des droits de l'homme&lt;/i&gt; dans les colonies afin de maintenir l'esclavage et d'&#233;viter tout changement social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la question du partage des communaux, qui avantagerait les paysans propri&#233;taires, l'Assembl&#233;e constituante est favorable, mais pr&#233;f&#232;re par prudence ne rien entreprendre dans ce domaine. La cl&#244;ture des terres est adopt&#233;e le 27 septembre 1791, mais la vaine p&#226;ture et le droit de parcours sont maintenus s'ils se fondent sur un titre ou une coutume. Le syst&#232;me &#233;conomique lib&#233;ral, totalement oppos&#233; aux int&#233;r&#234;ts et aux aspirations des travailleurs, provoque le d&#233;veloppement in&#233;dit de r&#233;sistances populaires, comme nous allons le voir ult&#233;rieurement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;organisation administrative et judiciaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Assembl&#233;e remplace les anciennes provinces par 83 d&#233;partements en janvier 1790. Chacun est dirig&#233; par un conseil et un procureur g&#233;n&#233;ral &#233;lus et charg&#233;s de faire appliquer les lois. Les autorit&#233;s locales sont aux mains de la bourgeoisie. La Constituante opte pour une administration d&#233;centralis&#233;e, ainsi ni elle ni le roi ne peuvent contraindre les citoyens au paiement des imp&#244;ts et au respect des lois. Avec l'aggravation de la crise politique, la d&#233;centralisation va entra&#238;ner de s&#233;rieux dangers pour la R&#233;volution et l'unit&#233; du pays si le pouvoir tombe aux mains d'adversaires de l'ordre nouveau. C'est pour cette raison que la d&#233;centralisation sera remise en cause deux ans plus tard. L'Assembl&#233;e r&#233;forme aussi le syst&#232;me judiciaire en instituant des juges &#233;lus et un jury compos&#233; uniquement de citoyens actifs ais&#233;s. Ce nouveau syst&#232;me est donc &#233;galement aux mains de la bourgeoisie et soumis aux r&#232;gles du suffrage censitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La vente des biens nationaux et la r&#233;organisation de l'&#201;glise&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me financier s'est aggrav&#233; : les troubles dans les villes comme &#224; la campagne sont d&#233;sastreux pour le tr&#233;sor public, les paysans arm&#233;s refusent de payer les imp&#244;ts. Afin de rem&#233;dier &#224; la crise financi&#232;re, le 2 novembre 1789, la Constituante d&#233;cide de mettre &#224; disposition de la nation tous les biens du clerg&#233;, de salarier les ministres du culte et de pourvoir &#224; leur frais. En attendant la vente des biens du clerg&#233;, rebaptis&#233;s &lt;i&gt;biens nationaux&lt;/i&gt;, des assignats gag&#233;s sur la valeur de ces derniers sont &#233;dit&#233;s. A mesure que seraient vendus les biens de l'&#201;glise, donc que rentreraient les assignats, ces derniers seraient d&#233;truits afin d'&#233;teindre progressivement la dette. Or, rapidement les assignats deviennent un v&#233;ritable papier-monnaie, leur &#233;mission s'accro&#238;t, avec comme inconv&#233;nient majeur de se d&#233;pr&#233;cier, ce qui va amplifier l'agitation sociale. En effet, les ouvriers pay&#233;s en assignats voient leur pouvoir d'achat baisser. Par ailleurs, la vente des biens, qui constitue une vaste op&#233;ration financi&#232;re, entra&#238;ne un &#233;norme transfert de propri&#233;t&#233; qui attache ses b&#233;n&#233;ficiaires, bourgeois et paysans ais&#233;s, au nouvel ordre social. Bien rares sont les petits paysans qui peuvent acqu&#233;rir un lopin de terre, et la question agraire demeure enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, la confiscation des biens du clerg&#233; n&#233;cessite une r&#233;organisation de l'&#201;glise. Les Constituants n'agissent pas par hostilit&#233; au catholicisme et ne con&#231;oivent pas un r&#233;gime fond&#233; sur la s&#233;paration de l'&#201;glise et de l'&#201;tat, mais le m&#234;me esprit doit animer l'une et l'autre. Ainsi, &#233;v&#234;ques et cur&#233;s sont &#233;lus comme les autres fonctionnaires et consid&#233;r&#233;s comme tels. Certains croyants per&#231;oivent alors cette nouvelle organisation comme une atteinte aux principes de l'&#201;glise. De plus, la Constitution civile du clerg&#233; vot&#233;e le 12 juillet 1790 oblige les hommes d'&#201;glise &#224; pr&#234;ter serment &lt;i&gt;&#171; &#224; la nation, &#224; la loi, au roi &#187;&lt;/i&gt;, et supprime les ordres religieux. Cette nouvelle donne, ainsi que le serment constitutionnel impos&#233; aux pr&#234;tres et aux &#233;v&#234;ques, pr&#233;cipite la moiti&#233; d'entre eux dans le refus, divise le clerg&#233; et une partie des catholiques qui voient dans le serment une attaque contre la religion. Ces aspects contribuent &#224; renforcer l'agitation contre-r&#233;volutionnaire men&#233;e par les pr&#234;tres r&#233;fractaires, et engendre en retour une riposte anticl&#233;ricale : les Jacobins attaquent le catholicisme romain, d&#233;noncent le fanatisme et la superstition ; le mouvement d&#233;mocratique pointe la collusion entre le roi et les r&#233;fractaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Assembl&#233;e constituante am&#232;ne des changements profonds dans les domaines &#233;conomique, politique, administratif, judiciaire, religieux et pose ainsi les fondements d'une soci&#233;t&#233; nouvelle conforme aux aspirations et aux int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie. Ce qui attise les conflits de classes. Alors que la crise &#233;conomique continue de frapper durement les classes populaires, la pr&#233;pond&#233;rance sociale des nobles est ruin&#233;e. Derri&#232;re l'apparence de souverainet&#233; populaire, la nation se restreint dans les limites &#233;troites de la bourgeoisie poss&#233;dante qui va devoir faire face &#224; la contre-r&#233;volution et &#224; la radicalisation du processus r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#201;CHEC DU COMPROMIS ENTRE LA NOBLESSE ET LA BOURGEOISIE ET LA RADICALISATION DE LA R&#201;VOLUTION&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;La politique de compromis face aux pouss&#233;es contradictoires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le 14 juillet, les bourgeois, notamment au sein de l'Assembl&#233;e, et les nobles lib&#233;raux comme La Fayette pensent qu'un compromis est possible entre les deux classes. Encore faut-il persuader une partie de la noblesse et le roi de se rallier &#224; un tel projet. D'autant qu'en 1790, l'Assembl&#233;e constituante se retrouve face &#224; deux pouss&#233;es contradictoires : la contre-r&#233;volution qui s'organise et le mouvement populaire. La politique de compromis ne tarde pas alors &#224; se r&#233;v&#233;ler un &#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les forces politiques &#224; l'Assembl&#233;e : premi&#232;res divergences au sein de la bourgeoisie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s juillet 1789, les deux grands groupes pr&#233;sents &#224; l'Assembl&#233;e sont les aristocrates, partisans de l'Ancien R&#233;gime, et les patriotes, d&#233;fenseurs du nouvel ordre. Les bourgeois issus du n&#233;goce et de l'industrie sont peu pr&#233;sents, alors que pr&#233;dominent ceux issus des professions juridiques. Les effectifs de la noblesse vont sensiblement s'amenuiser du fait de l'&#233;migration ou tout simplement du retour en province. Des nuances apparaissent aussi au sein des patriotes. Les Constitutionnels, tels que La Fayette ou Siey&#232;s, fid&#232;les aux principes proclam&#233;s en 1789, souhaitent une monarchie constitutionnelle. Tout comme le &#171; triumvirat &#187; de Duport, Lameth et Barnave qui aspire &#224; la direction d'un gouvernement, ils redoutent plus les progr&#232;s des d&#233;mocrates et des revendications populaires que les men&#233;es contre-r&#233;volutionnaires. La politique de compromis avec l'aristocratie, pr&#244;n&#233;e par ces deux groupes qui souhaitent arr&#234;ter la R&#233;volution, entend r&#233;viser la Constitution, augmenter le cens et renforcer les pouvoirs du roi. Plus &#224; gauche, le groupe d&#233;mocrate, compos&#233; de quelques d&#233;put&#233;s, consid&#232;re que la R&#233;volution est inachev&#233;e. Il prend en compte certains int&#233;r&#234;ts des classes populaires, en d&#233;fendant leur droit d'entrer dans la garde nationale, en r&#233;clamant le suffrage universel, ou comme Robespierre depuis l'&#233;t&#233; 1789, en justifiant le droit &#224; l'insurrection et en s'opposant &#224; la r&#233;pression des mouvements populaires, notamment dans les troubles de subsistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, les patriotes se dotent d'une solide organisation politique. Apr&#232;s les journ&#233;es d'octobre, ils se r&#233;unissent au couvent des Jacobins &#224; Paris, sous le nom de &lt;i&gt;Soci&#233;t&#233; des amis de la constitution&lt;/i&gt;, ouverte aux d&#233;put&#233;s et aux bourgeois ais&#233;s. Le club des Jacobins entretient une correspondance avec d'autres clubs affili&#233;s en province, ce qui fera sa force, et devient le fer de lance du militantisme bourgeois r&#233;volutionnaire. Par la suite, nous le verrons, le club va conna&#238;tre un infl&#233;chissement d&#233;mocratique, sous le coup des divisions entre bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La crise &#233;conomique et sociale : les classes populaires en lutte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1790, la pression &#233;conomique est moins forte, la r&#233;colte est bonne, le prix du pain baisse, et &#224; Paris la disette se r&#233;sorbe. Mais les troubles des subsistances sont ininterrompus de l'&#233;t&#233; 1789 &#224; l'&#233;t&#233; 1791, avec des arr&#234;ts de convoi de grains et des taxations sur les march&#233;s. Les taxateurs r&#233;clament la r&#233;glementation du commerce, la suppression de la libert&#233; illimit&#233;e et de la loi martiale. Le probl&#232;me des subsistances touche aussi celui de la r&#233;partition des terres. Dans certaines r&#233;gions, le partage des fermes est r&#233;clam&#233; afin que les paysans sans terre ou n'en n'ayant pas assez puissent s'&#233;tablir et produire au moins en partie les subsistances n&#233;cessaires &#224; leur existence. La tension est tellement forte qu'&#224; Paris et dans certaines grandes villes, les municipalit&#233;s, afin d'&#233;viter d'incessantes &#233;meutes, s'av&#232;rent incapables d'appliquer la libert&#233; du commerce des grains. Le pain est alors tax&#233; &#224; bas prix et les boulangers sont rembours&#233;s par des subventions municipales.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Guerre du bl&#233;, p.123&#034; id=&#034;nh2-42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, l'agitation sociale est relay&#233;e dans les villes par la question des salaires. Des gr&#232;ves de compagnons tailleurs et de cordonniers ont lieu &#224; Paris durant l'&#233;t&#233; 1789, &#224; Lyon, Marseille et Caen en 1790. L'agitation reprend au printemps 1791 et &#224; partir de juillet la mauvaise r&#233;colte entra&#238;ne une remont&#233;e des prix agricoles. De plus la chute de la valeur de l'assignat constitue un autre facteur d'inflation et donc de vie ch&#232;re. La crise &#233;conomique jette sur les routes de campagnes des paysans pauvres sans autre recours pour survivre que le brigandage. La d&#233;ception des paysans est grande face aux limites des d&#233;crets issus du 4 ao&#251;t. Ils refusent de se plier au rachat des droits r&#233;els et d'acquitter champarts et d&#238;mes. Il en d&#233;coule une tension tr&#232;s forte avec des affrontements parfois violents. Des r&#233;voltes agraires &#233;clatent alors dans le Nivernais, le Bourbonnais, le Quercy et le P&#233;rigord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers parisiens s'agitent quasi continuellement tout au long de l'hiver et du printemps avec une grande vague de gr&#232;ves et d'actions collectives.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;T. Tackett, Le Roi s'enfuit, Varennes et l'origine de la Terreur, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Le ch&#244;mage ne diminue pas, les ateliers de charit&#233; qui occupent de nombreux ch&#244;meurs ferment, les industries de luxe s'effondrent du fait de l'&#233;migration et le co&#251;t de la vie augmente consid&#233;rablement &#224; cause de la prolif&#233;ration de l'assignat. Aussi en mars 1791, un grand nombre d'ouvriers sont encourag&#233;s &#224; mener leur combat suite &#224; l'abolition des corporations. De nombreux travailleurs du b&#226;timent d&#233;braient pour r&#233;clamer des augmentations de salaire ainsi qu'un salaire minimum, et les typographes parisiens sont en gr&#232;ve d'avril &#224; juin. Mais la loi Le Chapelier donne un coup d'arr&#234;t &#224; ces luttes. Les soci&#233;t&#233;s populaires et les journaux d&#233;mocrates qui soutiennent la cause des ouvriers d&#233;noncent alors la &#171; nouvelle f&#233;odalit&#233; &#187; des entrepreneurs et des n&#233;gociants. L'agitation sociale renforce ainsi l'agitation d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le mouvement d&#233;mocratique et la politisation accrue des classes populaires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement d&#233;mocratique se d&#233;veloppe gr&#226;ce &#224; la multiplication des soci&#233;t&#233;s populaires. L'action politique de rue &#233;tant devenue quasiment interdite avec la loi martiale, celle-ci se replie dans des lieux clos o&#249; le d&#233;bat acquiert tr&#232;s vite une grande qualit&#233; et permet aux travailleurs et aux femmes d'y participer activement. Dans Paris se constituent alors de nombreuses soci&#233;t&#233;s fraternelles. Elles prennent mod&#232;le sur les clubs bourgeois, mais les cotisations sont peu &#233;lev&#233;es. En f&#233;vrier 1790, l'instituteur Claude Dansart fonde la &lt;i&gt;Soci&#233;t&#233; fraternelle de l'un et l'autre sexe&lt;/i&gt; ; en avril se forme le club des Cordeliers, avec une composante aussi issue des classes populaires, mais avec des cadres de la petite et moyenne bourgeoisie tels que Danton, Desmoulins, H&#233;bert ou Marat. C'est un v&#233;ritable organe de combat : ses militants surveillent les aristocrates, contr&#244;lent les administrations, font des p&#233;titions, des manifestations, participent &#224; des &#233;meutes. Le mouvement d&#233;mocratique formule des revendications politiques et sociales, comme l'acc&#232;s aux droits politiques des citoyens passifs. Lieux d'&#233;ducation politique, les soci&#233;t&#233;s populaires correspondent entre elles, pr&#233;parent des actions politiques et deviennent le centre de la radicalit&#233; r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les villes, des assembl&#233;es de quartier, les sections, deviennent le support de l'activit&#233; r&#233;volutionnaire des classes populaires. D&#233;j&#224; au printemps 1790, les 48 sections parisiennes alors cr&#233;&#233;es s'ouvrent progressivement &#224; des cadres socialement plus modestes. Mais c'est &#224; partir du d&#233;but de l'ann&#233;e 1792 qu'elles vont devenir une structure essentielle pour le mouvement populaire. Leur r&#244;le &#233;lectoral leur permet aussi de se r&#233;unir en assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales sans avoir &#224; pr&#233;ciser sur quels sujets elles d&#233;lib&#232;rent, mais elles ne peuvent &#234;tre permanentes. A mesure que se d&#233;veloppe la politisation, l'improvisation et la spontan&#233;it&#233; se r&#233;duisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parall&#232;le, la libert&#233; de la presse favorise le d&#233;veloppement de journaux d'opinion qui connaissent un grand essor. La presse d&#233;mocrate est lue collectivement dans les soci&#233;t&#233;s populaires : &lt;i&gt;Les R&#233;volutions de Paris&lt;/i&gt; d'&#201;lis&#233;e Loustalot, p&#233;riodique auquel participe un moment Sylvain Mar&#233;chal, d&#233;nonce la mis&#232;re ; &lt;i&gt;L'Ami du peuple&lt;/i&gt; de Marat conna&#238;t du succ&#232;s et sollicite en permanence le dynamisme des travailleurs ; citons encore &lt;i&gt;Le P&#232;re Duchesne&lt;/i&gt; de H&#233;bert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La contre-r&#233;volution s'organise&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mont&#233;e du mouvement populaire est indissociable des progr&#232;s de la contre-r&#233;volution, dont la menace se pr&#233;cise. L'aristocratie s'obstine dans sa r&#233;sistance, et dans bien des r&#233;gions les r&#233;voltes agraires contre le rachat des droits f&#233;odaux durcissent ses positions. Loin de renoncer &#224; d&#233;fendre ses int&#233;r&#234;ts, les d&#233;buts de la contre-r&#233;volution alimentent ses espoirs. Alors que dans un premier temps elle est d&#233;pass&#233;e par les &#233;v&#233;nements, l'aristocratie se ressaisit et va an&#233;antir toute possibilit&#233; de compromis durable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contre-r&#233;volution s'exprime d'abord par les agissements dissimul&#233;s de la famille royale et de son entourage. Louis XVI vit la nouvelle situation politique comme une d&#233;ch&#233;ance, mais entretient avec la reine et la Cour un double jeu. Alors qu'officiellement ils multiplient les manifestations de ralliement au nouveau r&#233;gime, dans l'ombre ils rejettent totalement la R&#233;volution et n'aspirent qu'&#224; la fuite vers la fronti&#232;re afin d'&#339;uvrer &#224; la reconqu&#234;te du pouvoir perdu. Pour cela, le roi compte sur l'intervention &#233;trang&#232;re et charge des &#233;missaires de n&#233;gocier secr&#232;tement avec les puissances europ&#233;ennes. Mais le mouvement contre-r&#233;volutionnaire ne peut gu&#232;re tirer ses directives de la famille royale, elle-m&#234;me d&#233;pourvue de ligne politique claire. D'autres centres d'initiative se font jour : l'&#233;migration renforce ses effectifs et se structure, mais les premiers &#233;migr&#233;s con&#231;oivent difficilement une contre-r&#233;volution populaire et comptent sur des complots au sommet en impliquant les monarchies europ&#233;ennes. Au-del&#224; des fronti&#232;res, les &#233;migr&#233;s prennent les armes et attendent une intervention militaire que l'un des fr&#232;res de Louis XVI, le comte d'Artois, sollicite des cours &#233;trang&#232;res. Install&#233; &#224; Turin, il met en place un r&#233;seau de correspondances afin d'organiser de futures insurrections dans toutes les provinces. Les &#233;migr&#233;s pr&#233;parent ainsi un vaste soul&#232;vement dans le Midi. Le refus de l'Assembl&#233;e de reconna&#238;tre le catholicisme comme religion d'&#201;tat en avril 1790 leur fournit un argument suppl&#233;mentaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si tous ne sont pas partisans de l'Ancien R&#233;gime, les pr&#234;tres r&#233;fractaires au serment constitutionnel donnent un nouvel &#233;lan &#224; la contre-r&#233;volution, s'en font les agents et entra&#238;nent une partie de la population, notamment les paysans, dans la r&#233;action. Le retournement est progressif et s'effectue dans certaines r&#233;gions comme en Bretagne, en Vend&#233;e, en Haute-Loire et dans le Languedoc. Ainsi de nombreux facteurs concourent au d&#233;veloppement de la contre-r&#233;volution et pr&#233;parent le terrain &#224; la guerre civile. D&#232;s l'&#233;t&#233; 1790, la politique de compromis fait faillite : la r&#233;conciliation entre l'aristocratie et la soci&#233;t&#233; bourgeoise est impossible. Quant au complot aristocratique, redout&#233; par les r&#233;volutionnaires, il n'est ni une vue de l'esprit ni un mythe, mais bien une r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De l'unit&#233; factice de la F&#234;te de la F&#233;d&#233;ration &#224; la ruine du compromis &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s novembre 1789, des habitants des villes et des campagnes constituent des f&#233;d&#233;rations qui leur permettent de fraterniser et de se promettre assistance mutuelle. La f&#234;te de la F&#233;d&#233;ration du 14 juillet 1790 exprime symboliquement l'unit&#233; nationale et manifeste l'adh&#233;sion &#224; la R&#233;volution, mais c'est une mani&#232;re d'exorciser dans l'unanimit&#233; festive les risques de division politique, de conflits sociaux d&#233;j&#224; existants et de donner une l&#233;gitimit&#233; au nouveau r&#233;gime. Le roi fait m&#234;me le serment de &lt;i&gt;&#171; maintenir la Constitution &#187;&lt;/i&gt;. Alors que le but est de d&#233;clarer fermement la fin de la R&#233;volution, cette journ&#233;e suscite n&#233;anmoins un enthousiasme populaire : des centaines de milliers de personnes se r&#233;unissent au Champ-de-Mars &#224; Paris pour une c&#233;r&#233;monie grandiose cens&#233;e c&#233;l&#233;brer la concorde retrouv&#233;e. Cette unit&#233; a des limites sociales et constitue un tr&#232;s fragile &#233;quilibre sans lendemain. La Fayette, qui occupe le devant de la sc&#232;ne durant cette journ&#233;e, est l'homme du compromis entre la bourgeoisie et l'aristocratie. Il a jou&#233; un r&#244;le important au sein de la fraction lib&#233;rale de la noblesse avant et apr&#232;s les &#201;tats g&#233;n&#233;raux, et dispose depuis juillet 1789, en tant que commandant de la garde nationale, de la force arm&#233;e. Ainsi, il jouit d'une grande popularit&#233; au sein de la bourgeoisie r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'unit&#233; apparente de la f&#234;te de la F&#233;d&#233;ration cache de nombreuses dissensions. Marat &#233;crit : &lt;i&gt;&#171; Pourquoi cette joie effr&#233;n&#233;e ? Pourquoi ces t&#233;moignages stupides d'all&#233;gresse ? La R&#233;volution n'a &#233;t&#233; encore qu'un songe douloureux pour le peuple ! &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moins d'un mois apr&#232;s la f&#234;te de la F&#233;d&#233;ration se produit &#224; Nancy une affaire sanglante. L'arm&#233;e qui demeure une arm&#233;e de m&#233;tier est gagn&#233;e par le conflit social : les officiers nobles s'opposent aux soldats partisans de la R&#233;volution. En effet, l'arm&#233;e est toujours sous l'influence des aristocrates qui refusent de reconna&#238;tre le nouveau r&#233;gime et de s'y int&#233;grer. La crise qui ne touche pas de la m&#234;me fa&#231;on tous les r&#233;giments, se traduit par des d&#233;sertions et des mutineries dont la plus grave &#233;clate &#224; Nancy en ao&#251;t. La garnison se r&#233;volte en raison du non-paiement de la solde, mais le g&#233;n&#233;ral Bouill&#233;, soutenu par La Fayette, r&#233;prime violemment la mutinerie : plusieurs centaines de personnes sont tu&#233;es ou bless&#233;es. Alors que les clubs de Nancy sont ferm&#233;s et que Bouill&#233; fait r&#233;gner la loi martiale dans toute la r&#233;gion, le roi et l'Assembl&#233;e unanime adressent au g&#233;n&#233;ral leurs f&#233;licitations. D&#233;but septembre, les Parisiens expriment leur col&#232;re envers les ministres responsables de la r&#233;pression. Cette affaire ruine rapidement la politique de compromis et ach&#232;ve le prestige parmi les classes populaires de La Fayette, principal responsable de la boucherie de Nancy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;La Fuite du roi &#224; Varennes et ses cons&#233;quences&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La fuite du roi&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fuite du roi et de son entourage, minutieusement pr&#233;par&#233;e depuis 1790, n'est gu&#232;re un secret puisque Marat d&#233;nonce d&#233;but juin 1791 un d&#233;part imminent, alors qu'auparavant le 19 avril, l'Assembl&#233;e a interdit &#224; Louis XVI de s'&#233;loigner &#224; plus de 20 lieues de la capitale. La famille royale parvient &#224; d&#233;jouer le dispositif de s&#233;curit&#233; cens&#233; &#233;viter sa fuite et prend la route dans la nuit du 20 au 21 juin. Avant de partir, le roi laisse une lettre dans laquelle il renie tous ses engagements depuis le 23 juin 1789 et condamne sans appel la R&#233;volution. Le but est de gagner Montm&#233;dy sous la protection du g&#233;n&#233;ral Bouill&#233;, puis de rejoindre l'arm&#233;e autrichienne, pour avec ce soutien revenir &#224; Paris dissoudre l'Assembl&#233;e et reprendre le pouvoir. Mais Louis XVI est reconnu &#224; Sainte-Menehould par un ma&#238;tre de poste le 21 juin, et arr&#234;t&#233; &#224; Varennes. Ramen&#233; &#224; Paris le 25, il est accueilli dans un silence glacial. La fuite du roi &#233;branle profond&#233;ment la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise. Alors qu'en apparence lui et Marie-Antoinette soutiennent l 'Assembl&#233;e nationale, le couple royal poursuit depuis au moins le d&#233;but de l'ann&#233;e une politique de duperie.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;T. Tackett, op. cit., p.75&#034; id=&#034;nh2-44&#034;&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; L'id&#233;e est d'inspirer la confiance aux r&#233;volutionnaires et &#224; la population afin de mieux prendre le large.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux lendemains de Varennes, deux courants antagonistes s'affrontent &#224; l'Assembl&#233;e et entament encore plus l'unanimit&#233; de la bourgeoisie. Une partie d'entre elle et les classes populaires sont acquises aux id&#233;es d&#233;mocratiques, dont le progr&#232;s est extraordinaire. La d&#233;ch&#233;ance du roi est demand&#233;e, le club des Cordeliers et les soci&#233;t&#233;s populaires r&#233;clament l'instauration de la R&#233;publique, tandis que se d&#233;roulent plusieurs manifestations d'ouvriers qui apparaissent alors mieux organis&#233;es et plus revendicatives qu'avant. D&#233;but juillet, la garde nationale est envoy&#233;e quasi quotidiennement pour r&#233;primer l'agitation ouvri&#232;re et les tentatives de gr&#232;ves devenues ill&#233;gales depuis la loi Le Chapelier. M&#234;me si ces manifestations ne sont pas n&#233;cessairement li&#233;es aux &#233;v&#233;nements politiques, elles contribuent &#224; durcir la situation de crise et &#224; renforcer le mouvement des sans-culottes.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p.141-142&#034; id=&#034;nh2-45&#034;&gt;45&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Pour la bourgeoisie conservatrice le projet r&#233;publicain est incompatible avec ses int&#233;r&#234;ts, Barnave d&#233;clare le 15 juillet : &lt;i&gt;&#171; Un pas de plus dans la ligne de la libert&#233; serait la destruction de la royaut&#233;, dans la ligne de l'&#233;galit&#233; la destruction de la propri&#233;t&#233;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Vovelle, op. cit., p.164&#034; id=&#034;nh2-46&#034;&gt;46&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Elle tente d'innocenter le roi en faisant croire &#224; un enl&#232;vement, alors que la lettre laiss&#233;e lors de sa fuite ne fait aucun doute. Louis XVI est finalement r&#233;tabli dans ses fonctions le 16 juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le massacre du Champ-de-Mars&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que l'Assembl&#233;e absout Louis XVI, le mouvement populaire et d&#233;mocratique conna&#238;t son point culminant, avec en particulier la campagne r&#233;publicaine anim&#233;e par les Cordeliers, et suivi en retrait par les Jacobins. La fuite du roi renforce aussi la conscience nationale au sein des classes populaires, du fait de la collusion entre celui-ci et les puissances &#233;trang&#232;res. L'invasion est redout&#233;e, une d&#233;fense s'instaure aux fronti&#232;res et l'Assembl&#233;e tire de la garde nationale 100 000 volontaires. Les classes populaires se mobilisent militairement, ce qui fait redouter aux d&#233;put&#233;s la jacquerie et les mouvements de travailleurs urbains. En effet, en plus d'exiger l'instauration d'une r&#233;publique, les soci&#233;t&#233;s populaires r&#233;clament la r&#233;pudiation de l'Assembl&#233;e nationale. Les Jacobins refusent, y compris les d&#233;mocrates tels que Robespierre qui renoncent &#224; l'id&#233;e d'une p&#233;tition r&#233;clamant la R&#233;publique. Tous les jours des hommes et des femmes se rassemblent devant l'Assembl&#233;e pour protester contre la r&#233;conciliation avec le roi, accusant les d&#233;put&#233;s de trahison. Parmi ceux-ci, les mod&#233;r&#233;s, majoritaires, veulent en finir avec ce mouvement populaire et exigent que la municipalit&#233; le r&#233;prime.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;T. Tackett, op. cit., p.175&#034; id=&#034;nh2-47&#034;&gt;47&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 17 juillet, un rassemblement pour signer une p&#233;tition en faveur de la R&#233;publique a lieu au Champ-de-Mars. 6000 Parisiens s'y rendent sans armes, selon le souhait des organisateurs, signent la p&#233;tition et restent sur place afin de profiter paisiblement d'une belle journ&#233;e d'&#233;t&#233;. Mais l'Assembl&#233;e ne l'entend pas ainsi et ordonne au maire Bailly de faire disperser la manifestation. Ce dernier proclame la loi martiale. La Fayette fait mitrailler sans sommation la foule, pr&#233;textant que des individus ont jet&#233; des mottes de terre et des pierres sur les gardes nationaux. Une cinquantaine de personnes sont tu&#233;es et des centaines bless&#233;es. Par la suite, les arrestations sont nombreuses, les journaux d&#233;mocrates interdits, le club des Cordeliers ferm&#233;, et le mouvement d&#233;mocrate un moment d&#233;capit&#233;. L'Assembl&#233;e d&#233;nie aux soci&#233;t&#233;s populaires l'existence publique et leur interdit toute pression sur les autorit&#233;s constitu&#233;es. La bourgeoisie fait ainsi r&#233;gner la terreur. Malgr&#233; l'amnistie au milieu du mois de septembre, la rupture est ent&#233;rin&#233;e entre le mouvement populaire et une partie de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La bourgeoisie se divise&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; en proie avant l'&#233;t&#233; aux divergences, la bourgeoisie, apr&#232;s la crise de Varennes, se divise. En avril 1791, Duport, Barnave et Lameth alors leaders au club des Jacobins, sont en fait des r&#233;volutionnaires repentis. Ainsi Duport s'explique : &lt;i&gt;&#171; La R&#233;volution est finie. Il faut la fixer et la pr&#233;server en combattant les exc&#232;s. Il faut restreindre l'&#233;galit&#233;, r&#233;duire la libert&#233; et fixer l'opinion. &#187;&lt;/i&gt; Ainsi, les trois hommes entrent le 2 avril en contact avec la Cour et font le choix du conservatisme contre la pouss&#233;e d&#233;mocratique. C'est la rupture avec l'aile la plus avanc&#233;e des Jacobins. La cassure au sein des patriotes se durcit en mai sur la question coloniale. La R&#233;volution en se r&#233;pandant dans les colonies suscite aux Antilles les revendications des personnes libres de couleur, mais les colons ne l'entendent pas ainsi, et sont soutenus &#224; Paris par un puissant lobby, le club de Massiac, dont Barnave et les fr&#232;res Lameth sont les porte-paroles. A l'Assembl&#233;e, ils se confrontent lors d'un violent d&#233;bat &#224; Robespierre qui d&#233;nonce le maintien de l'esclavage, position alors minoritaire. L'issue se concr&#233;tise par un d&#233;cret accordant aux personnes de couleur n&#233;es de p&#232;re et m&#232;re libres les droits politiques, mais laisse de c&#244;t&#233; la question de l'esclavage. Pas pour longtemps, puisque l'insurrection des esclaves de Saint-Domingue commenc&#233;e le 22 ao&#251;t 1791 va radicalement changer la donne en mati&#232;re de politique coloniale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 16 juillet, le Club des Jacobins scissionne, les plus mod&#233;r&#233;s, dont Barnave, Duport, Lameth, soit la quasi-totalit&#233; des membres, fondent le club des Feuillants. Or les filiales du club en province ne suivent pas cette tendance. Cette fraction de la bourgeoisie pour qui la r&#233;volution est termin&#233;e va soutenir le principe monarchique. Cependant la r&#233;volution est loin d'&#234;tre achev&#233;e, au contraire, les cons&#233;quences de la fuite du roi lui font prendre un nouveau tournant. Alors que les bourgeois d&#233;mocrates, minoritaires, guid&#233;s par Robespierre, reprennent les rennes du club des Jacobins, leurs opposants conservateurs sous la houlette de Barnave, Duport et Lameth se retrouvent ma&#238;tres de la situation et font r&#233;viser la constitution afin d'en aggraver le caract&#232;re censitaire. Le roi accepte celle-ci le 13 septembre et va jusqu'&#224; jurer une fois de plus fid&#233;lit&#233; &#224; la nation. Lorsque la constitution est promulgu&#233;e le 30, l'Assembl&#233;e se s&#233;pare dans un contexte de rapports sociaux plus tendu. Les classes populaires ont gagn&#233; en conscience, ce qui ne va pas sans inqui&#233;ter les bourgeois mod&#233;r&#233;s tels que Le Chapelier qui fin septembre attaque les soci&#233;t&#233;s politiques. Il veut cantonner celles-ci &#224; une fonction d'&#233;ducation et de communication des lois, interdire leurs correspondances et les d&#233;clarer inutiles, voire nuisibles au nouvel ordre politique. Robespierre r&#233;fute ces id&#233;es et consid&#232;re au contraire que les soci&#233;t&#233;s politiques incarnent vraiment la souverainet&#233; populaire face &#224; une Assembl&#233;e qui ne respecte pas les principes qu'elle a &#233;nonc&#233;s, notamment les droits de l'homme, et qui plus est prot&#232;ge un roi tra&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;La R&#233;volution et l'Europe &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Luttes et mouvements r&#233;volutionnaires en Europe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Europe, la R&#233;volution suscite une adh&#233;sion qui ne s'explique pas par un simple engouement pour la libert&#233; et les id&#233;es des Lumi&#232;res mises en acte par les r&#233;volutionnaires fran&#231;ais, mais traduit l'aspiration des bourgeoisies europ&#233;ennes et des classes populaires &#224; un changement social. Cependant, d'un pays &#224; l'autre, la situation n'est pas toujours comparable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Angleterre, o&#249; la R&#233;volution est tr&#232;s bien per&#231;ue, sauf dans l'aristocratie, le gouvernement affronte un mouvement radical depuis 1790 et se pr&#233;occupe en effet de la contagion r&#233;volutionnaire. Il ne voit pas sans d&#233;plaisir la France affaiblie par ses luttes internes, mais veut &#233;viter la guerre qui risquerait de rompre l'&#233;quilibre europ&#233;en, base de la puissance anglaise. En 1790 et 1791, le mouvement en faveur d'une r&#233;forme parlementaire et du suffrage universel prend de l'ampleur et am&#232;ne &#224; la fondation de clubs &#224; Londres et en province. Les &lt;i&gt;Corresponding Societies&lt;/i&gt;, en majorit&#233; compos&#233;es d'artisans et d'ouvriers, progressent au d&#233;but de l'ann&#233;e 1792, s'inspirent des pratiques jacobines fran&#231;aises, multiplient les adh&#233;sions et envoient des adresses de soutien &#224; la Convention nationale, suite &#224; la chute de la royaut&#233; le 10 ao&#251;t. Par ailleurs dans un contexte &#233;conomique difficile, des troubles frumentaires et des conflits sur les sites industriels &#233;clatent. Le gouvernement sur le pied de guerre, s'appr&#234;te &#224; envoyer l'arm&#233;e en cas d'&#233;meutes ouvri&#232;res, muselle la presse, s'en prend aux lieux de r&#233;unions des d&#233;mocrates et fait arr&#234;ter ses dirigeants. L'Angleterre conna&#238;t sa premi&#232;re r&#233;volution industrielle, ce qui donne au mouvement populaire un plus grand ancrage dans une classe ouvri&#232;re plus d&#233;velopp&#233;e qu'en France. L'Irlande non plus ne manque pas de ressources en termes de potentiel r&#233;volutionnaire : r&#233;voltes agraires et insurrections contre la domination anglaise marquent les ann&#233;es 1790. Les deux pays sont au bord de la r&#233;volution, mais les &#233;v&#233;nements en France constituent un puissant repoussoir pour la noblesse et la bourgeoisie unies autour du pouvoir.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur l'Angleterre et l'Irlande voir la contribution de Marc B&#233;lissa, &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-48&#034;&gt;48&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Allemagne, la R&#233;volution suscite un grand enthousiasme parmi la bourgeoisie et les classes populaires. Alors qu'en Rh&#233;nanie les paysans refusent d'acquitter les droits seigneuriaux,&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-49&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Vovelle, op. cit., p.159&#034; id=&#034;nh2-49&#034;&gt;49&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dans certaines r&#233;gions ils vont jusqu'&#224; se partager la propri&#233;t&#233; f&#233;odale. D'importantes r&#233;voltes paysannes &#233;clatent en Saxe en 1790, et la m&#234;me ann&#233;e &#224; Hambourg se d&#233;roule une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de compagnons. Dans ce climat d'agitation sociale, des clubs s'ouvrent, celui de Hambourg d&#233;ploie d&#232;s 1792 une grande activit&#233; &#224; destination de l'Allemagne et de la Scandinavie. Le mouvement pro-r&#233;volutionnaire allemand est loin d'&#234;tre n&#233;gligeable, ainsi dans le sud du pays, les bourgeois et les paysans entravent l'effort de guerre contre la France par le sabotage des armes et la r&#233;sistance au recrutement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Autriche, la R&#233;volution permet le d&#233;veloppement d'un mouvement jacobin. Les r&#233;formes entreprises pr&#233;c&#233;demment par la monarchie am&#232;nent la petite bourgeoisie (contrairement &#224; la France, il n'y existe pas de bourgeoisie &#233;conomiquement forte) et les classes populaires &#224; revendiquer l'&#233;galit&#233; des droits politiques et sociaux, et &#224; d&#233;passer largement le cadre r&#233;formateur propos&#233; par l'empereur Joseph II. Malgr&#233; la r&#233;pression les r&#233;volutionnaires autrichiens sont actifs. Alors que les mod&#233;r&#233;s souhaitent une monarchie constitutionnelle, d'autres moins nombreux et plus radicaux, tels qu'Andreas Riedel, proche du mouvement sans-culotte ou son ami Franz Hebenstreit von Streitenfeld r&#233;clament l'expropriation des riches, la communaut&#233; de production et de consommation. Riedel incite les paysans &#224; l'action, mais son activit&#233; ainsi que celle de Hebenstreit consistent surtout &#224; r&#233;pandre leurs id&#233;es par des &#233;crits, dont beaucoup aujourd'hui sont perdus. A propos de la R&#233;volution fran&#231;aise, Riedel montrera que la bourgeoisie a fait la r&#233;volution contre la noblesse, qu'elle n'est qu'un changement d'oppresseurs et que les classes populaires restent exploit&#233;es. Les deux hommes pr&#233;pareront en 1794, chacun de leur c&#244;t&#233;, un projet de soul&#232;vement r&#233;volutionnaire mais seront arr&#234;t&#233;s.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-50&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marita Gilli, &#171; Pens&#233;e et pratique r&#233;volutionnaires &#224; la fin du XVIIIe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-50&#034;&gt;50&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la p&#233;ninsule italienne, le poids de l'absolutisme, le morcellement territorial, la pr&#233;sence d'une bourgeoisie consciente dans le Nord et &#224; Naples, ainsi que l'agitation paysanne, am&#232;nent &#224; une contestation de l'ordre ancien sur des objectifs nationaux. Malgr&#233; une r&#233;pression s&#233;v&#232;re des gouvernements qui redoutent l'influence fran&#231;aise d&#233;j&#224; &#224; l'&#339;uvre dans la soci&#233;t&#233; italienne, des clubs s'ouvrent &#224; partir de 1790 et recrutent dans la bourgeoisie intellectuelle. En Hollande, des clubs existent aussi, issus d'un mouvement radical organis&#233; et actif depuis les ann&#233;es 1780. En Belgique, la bourgeoisie s'organise autour de clubs. A Gen&#232;ve, la situation insurrectionnelle de l'hiver 1788-1789, due &#224; la crise des subsistances, permet le d&#233;veloppement d'un mouvement populaire compos&#233; de paysans, d'artisans et de salari&#233;s, organis&#233;s en cercles politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'attitude des monarchies europ&#233;ennes : entre hostilit&#233; et passivit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la contestation de l'ordre ancien qui gagne l'Europe, la r&#233;action ne tarde pas &#224; s'exprimer. Cependant, malgr&#233; leur hostilit&#233; &#224; la R&#233;volution, les monarques europ&#233;ens se gardent d'entrer en conflit avec la France. Ils voient dans la situation fran&#231;aise une d&#233;stabilisation, voire un affaiblissement du pouvoir qui pourrait leur &#234;tre profitable. En d&#233;pit de la propagande contre-r&#233;volutionnaire des nobles &#233;migr&#233;s qui d&#233;ploient une grande &#233;nergie afin de pousser les puissances europ&#233;ennes &#224; intervenir militairement contre la France, la prudence pr&#233;domine. D'autant qu'elles sont avant tout divis&#233;es par leurs rivalit&#233;s et leurs ambitions territoriales. L'Autriche et la Russie sont en guerre contre l'Empire ottoman et entretiennent avec la Prusse des vis&#233;es sur la Pologne. La Prusse, certes, souhaite la guerre, qui pourrait l'amener &#224; faire main basse sur l'Alsace, mais il est tr&#232;s difficile qu'un seul pays s'engage dans un conflit arm&#233; contre une puissance de taille telle que la France. L'Angleterre reste pour sa part dans une position de stricte neutralit&#233;, sans ambigu&#239;t&#233;, m&#234;me apr&#232;s la d&#233;claration de guerre en avril 1792. Premi&#232;re puissance &#233;conomique mondiale, en avance de par son entr&#233;e dans l'&#232;re industrielle, dot&#233;e d'un vaste empire colonial et travers&#233;e par des troubles politiques et sociaux, elle n'a aucun int&#233;r&#234;t &#224; s'engager dans un conflit. D'autant que peu d'ann&#233;es auparavant, en 1783, la guerre d'Ind&#233;pendance am&#233;ricaine s'est sold&#233;e pour elle, apr&#232;s sept ans de combat, par une d&#233;faite. Hormis les &#201;tats qui occupent une place de taille sur le plan g&#233;opolitique -Autriche, Prusse, Russie et Angleterre- les autres ne sont pas assez puissants et ne peuvent pas se passer du concours de ces derniers pour entrer en guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la fuite de Louis XVI, le roi de Prusse et l'empereur d'Autriche signent le 27 ao&#251;t 1791 la d&#233;claration de Pillnitz, texte r&#233;dig&#233; sous la pression du comte d'Artois, dans lequel les deux souverains se d&#233;clarent pr&#234;ts &#224; &#171; agir promptement &#187; contre la France. M&#234;me s'il n'est pas une d&#233;claration de guerre, ce texte exprime le souhait de voir les autres souverains d'Europe s'unir afin d'affirmer leur solidarit&#233; &#224; Louis XVI. L'intervention militaire ne peut avoir lieu que si toutes les monarchies consentent &#224; y participer, ce qui est loin d'&#234;tre le cas. Cet avertissement lanc&#233; &#224; la R&#233;volution est per&#231;u en France comme une menace et va &#234;tre instrumentalis&#233; lors du d&#233;bat sur la guerre par la propagande girondine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les intentions de paix de l'Assembl&#233;e, la guerre voulue par le roi et la contre-r&#233;volution&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Assembl&#233;e constituante reconna&#238;t le droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes et d&#233;clare le 22 mai 1790 la paix au monde. Les peuples qui en expriment le souhait peuvent &#234;tre annex&#233;s &#224; la jeune nation r&#233;volutionnaire, qui exclut cependant le droit de conqu&#234;te. L'Alsace et les territoires pontificaux d'Avignon et du Comtat Venaissin sont ainsi rattach&#233;s &#224; la France. Mais cette politique de paix est mise &#224; mal par la fuite du roi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis octobre 1789, Louis XVI sollicite secr&#232;tement l'intervention militaire des monarques europ&#233;ens. Loin d'&#234;tre le roi na&#239;f et faible qu'on nous pr&#233;sente souvent, il fait preuve d'une certaine intelligence politique et d'une grande t&#233;nacit&#233; afin de r&#233;tablir son pouvoir absolu. Pour lui comme pour les &#233;migr&#233;s, la reine et la Cour, la guerre est souhaitable car elle permettrait de restaurer l'Ancien R&#233;gime. Cependant, les &#233;migr&#233;s, divis&#233;s, sont d&#233;pourvus d'une ligne politique coh&#233;rente et par manque de moyens mat&#233;riels, ils ne sont pas &#224; la hauteur militairement pour menacer r&#233;ellement la R&#233;volution. Ce n'est pas pour rien &#233;videmment qu'ils encouragent les monarchies &#224; entrer en guerre contre la France. Leurs intentions ne doivent pas pour autant &#234;tre sous-estim&#233;es, car elles contribuent &#224; faire le jeu de ceux qui en France vont militer en faveur de la guerre. La d&#233;claration de Pillnitz change la donne, m&#234;me si elle ne constitue pas un r&#233;el danger, elle fait l'effet d'un coup de tonnerre dans l'opinion : la R&#233;volution se sent menac&#233;e, le sentiment national se renforce et la plupart des Fran&#231;ais, y compris ceux des classes populaires, sont pr&#234;ts &#224; se battre en cas de conflit ou &#224; fournir des dons patriotiques pour soutenir l'effort de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre 1791, la majorit&#233; de la bourgeoisie constituante consid&#232;re que la R&#233;volution est termin&#233;e, cependant les classes populaires r&#233;clament leur place dans la nation. Leur engagement dans la processus r&#233;volutionnaire va s'intensifier sous la pression &#233;conomique et avec la guerre. Devant la double contrainte d'un mouvement populaire de plus en plus conscient et revendicatif et de la guerre, l'unanimit&#233; de la bourgeoisie volera bient&#244;t en &#233;clats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;La question coloniale : Saint-Domingue&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Saint-Domingue, la plantation sucri&#232;re est une v&#233;ritable entreprise capitaliste esclavagiste, produisant pour l'exportation. Elle est donc une colonie essentielle, d'autant qu'elle produit coton, tabac, indigo, cacao et rhum. Les esclaves qui travaillent dans la plantation ont une esp&#233;rance de vie d'environ 10 ans tellement les conditions sont dures, aucun outillage d&#233;velopp&#233; ni traction animale n'&#233;tant mis en place par les planteurs. Il s'agit bien d'engranger le maximum de profits. D'autres esclaves r&#233;alisent des travaux qualifi&#233;s dans les sucreries, dans l'artisanat, sont domestiques ou encadrent le travail dans les plantations. C'est dans cette seconde cat&#233;gorie d'esclaves que l'instruction et l'affranchissement sont possibles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-51&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Florence Gauthier, &#171; La R&#233;volution abolit l'esclavage &#187;, R&#233;voltes et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-51&#034;&gt;51&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, comme en t&#233;moigne le parcours d'un des futurs leaders de la R&#233;volution ha&#239;tienne, Toussaint Louverture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir des ann&#233;es 1750, le renouvellement de la main d'&#339;uvre devient plus co&#251;teux pour les planteurs : &#224; la faible esp&#233;rance de vie des travailleurs des champs, s'ajoute le fait qu'il faille aller de plus en plus loin &#224; l'int&#233;rieur du continent africain pour acqu&#233;rir des esclaves, dont le prix augmente. Cette conjoncture permet de comprendre les positions de la &lt;i&gt;Soci&#233;t&#233; des Amis des Noirs&lt;/i&gt;, au nom trompeur puisqu'elle n'est nullement abolitionniste. Fond&#233;e &#224; Paris en 1788, dans laquelle on retrouve de grands d&#233;fenseurs des int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie tels que Siey&#232;s et Condorcet, elle entend persuader les planteurs d'abandonner la traite, peu rentable, au b&#233;n&#233;fice de l'&#233;levage d'esclaves sur place, dont les conditions de travail seront &#171; adoucies &#187;. &lt;i&gt;&#171; L'abolition de la traite sera avantageuse aux colons, parce que son premier effet sera d'amener cet &#233;tat de choses de forcer les Ma&#238;tres &#224; bien traiter, bien nourrir leurs esclaves, &#224; favoriser leur population, &#224; les aider dans leurs travaux par le secours des bestiaux et d'instruments qui multiplieront les travaux en les facilitant &#187;&lt;/i&gt;, &#233;crit la soci&#233;t&#233; en 1790.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-52&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p.90&#034; id=&#034;nh2-52&#034;&gt;52&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Elle n'exclut pas l'abolition de l'esclavage, mais celle-ci n 'est envisag&#233;e que dans un second temps et &#224; l'appr&#233;ciation des ma&#238;tres. L'un de ses membres, Brissot, &#233;crit en ao&#251;t 1789 : &lt;i&gt;&#171; Non seulement la Soci&#233;t&#233; des amis des Noirs ne sollicite point en ce moment l'abolition de l'esclavage, mais elle serait afflig&#233;e qu'elle f&#251;t propos&#233;e. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-53&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. Hazan, Une Histoire de la R&#233;volution fran&#231;aise, La Fabrique, 2012, p.130&#034; id=&#034;nh2-53&#034;&gt;53&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; En effet, il n'y a aucun b&#233;n&#233;fice &#224; tirer de l'abolition pour une bourgeoisie en qu&#234;te de profits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; coloniale r&#233;gie par le Code noir de 1685 ne reconna&#238;t que 2 cat&#233;gories d'individus : les libres et les esclaves, consid&#233;r&#233;s comme des &#233;trangers. Cependant, il rend possible le mariage entre colons et esclaves et autorise ainsi le m&#233;tissage dont sont issus les mul&#226;tres. Par ailleurs, la soci&#233;t&#233; coloniale est travers&#233;e depuis les ann&#233;es 1720 par des pr&#233;jug&#233;s de couleur qui justifient l'&#233;puration de la classe dominante de ses &#233;l&#233;ments m&#233;tiss&#233;s. Cette s&#233;gr&#233;gation appara&#238;t n&#233;cessaire &#224; la sauvegarde de la soci&#233;t&#233; esclavagiste, et on voit ainsi comment des pr&#233;jug&#233;s racistes servent des int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques. Les colons m&#233;tiss&#233;s et les esclaves noirs affranchis, les libres de couleurs donc, se voient ainsi refuser l'&#233;galit&#233; avec les Blancs, ce qui provoque une r&#233;sistance de la part des premiers. Parmi les m&#233;tis qu'on retrouve &#224; Paris dans la &lt;i&gt;Soci&#233;t&#233; des Citoyens de couleur&lt;/i&gt; au d&#233;but de la R&#233;volution, les positions divergent : Vincent Og&#233; r&#233;clame en septembre 1789 l'&#233;galit&#233; en droits entre ma&#238;tres blancs et de couleur afin de renforcer la coh&#233;sion de classe face &#224; une &#233;ventuelle r&#233;volte des esclaves et de contr&#244;ler le processus de suppression de l'esclavage, s'il fallait aller jusque-l&#224;. Il propose un plan d'affranchissements facilit&#233;s aux esclaves n&#233;s dans les colonies, mais rien pour les autres. Julien Raimond par contre, conscient que la s&#233;gr&#233;gation est li&#233;e &#224; l'esclavage, revendique l'abolition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Saint-Domingue, le parti s&#233;gr&#233;gationniste profite de la R&#233;volution en France pour prendre le pouvoir et cr&#233;e des assembl&#233;es coloniales r&#233;serv&#233;es aux Blancs. Alors que les libres de couleur commencent &#224; r&#233;clamer l'&#233;galit&#233; avec v&#233;h&#233;mence au printemps 1790, la situation se d&#233;grade tr&#232;s rapidement, certains sont massacr&#233;s par les Blancs, d'autres s'enfuient pour &#233;chapper aux violences. Des zones de refuge se forment dans l'&#238;le, et en octobre des esclaves commencent &#224; rallier la r&#233;sistance des libres de couleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite au d&#233;bat sur l'esclavage &#224; l'Assembl&#233;e nationale, alors dirig&#233;e par le &lt;i&gt;lobby&lt;/i&gt; colonial, et malgr&#233; les oppositions de la gauche (Robespierre, Gr&#233;goire et P&#233;tion), le d&#233;cret du 13 mai 1791 constitutionnalise ouvertement l'esclavage et le pr&#233;jug&#233; de couleur dans les colonies. Mais l'insurrection des esclaves de Saint-Domingue, qui &#233;clate dans la nuit du 22 au 23 ao&#251;t 1791, remet totalement en cause la politique de l'Assembl&#233;e et entra&#238;ne la colonie dans un processus r&#233;volutionnaire irr&#233;versible. La prosp&#233;rit&#233; de l'&#238;le est mise &#224; mal par la destruction des riches habitations des planteurs. Alors que les libres de couleur les plus politis&#233;s rejoignent l'insurrection, le pouvoir colonial, divis&#233;, est incapable de faire face &#224; la r&#233;volte.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA MARCHE A LA GUERRE ET LA CHUTE DE LA MONARCHIE &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;R&#233;unie la premi&#232;re fois le 1er octobre 1791, l'Assembl&#233;e l&#233;gislative succ&#232;de &#224; la Constituante. Elle est majoritairement compos&#233;e de bourgeois, parmi lesquels les avocats et les propri&#233;taires dominent, alors que l'aristocratie est tr&#232;s peu pr&#233;sente. La droite est majoritaire, ses d&#233;put&#233;s, membres des Feuillants, sont adversaires de l'Ancien R&#233;gime et de la d&#233;mocratie. Partisans d'une monarchie constitutionnelle, ils consid&#232;rent la R&#233;volution termin&#233;e. A gauche, dominent les Girondins, originaires pour beaucoup du d&#233;partement de la Gironde, ils sont en relation avec la grande bourgeoisie d'affaires bordelaise, nantaise et marseillaise et d&#233;fendent les int&#233;r&#234;ts des armateurs, banquiers et n&#233;gociants. Viennent ensuite les Jacobins et enfin des d&#233;mocrates plus tranch&#233;s, issus pour quelques-uns des Cordeliers mais sans grande influence sur l'Assembl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode qui couvre l'automne 1791 &#224; l'&#233;t&#233; 1792 est travers&#233;e par des luttes intenses. De l'hiver 1791 &#224; l'&#233;t&#233; 1792, les classes populaires s'engagent de plus en plus dans la R&#233;volution alors que les mouvements contre-r&#233;volutionnaires prennent de l'ampleur. Aussi l'exp&#233;rience de monarchie constitutionnelle se r&#233;v&#232;le tr&#232;s vite un &#233;chec, la guerre ext&#233;rieure contribue &#224; durcir encore les conditions de la lutte, et les divisions de la bourgeoisie s'accentuent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;La marche &#224; la guerre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les man&#339;uvres du roi et les surench&#232;res de la Gironde : la guerre &#224; tout prix&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me de la guerre se profile d&#232;s octobre 1791 dans le conflit qui oppose le roi &#224; l'Assembl&#233;e l&#233;gislative au sujet de quatre d&#233;crets. Le premier somme le comte de Provence, fr&#232;re de roi, de rentrer en France, sous peine d'&#234;tre d&#233;chu de ses droits au tr&#244;ne. Le second exige que les &#233;migr&#233;s regagnent le pays dans les deux mois, &#224; d&#233;faut ils seront consid&#233;r&#233;s comme suspects de conspiration et verront leurs biens s&#233;questr&#233;s. Le troisi&#232;me impose un serment civique aux pr&#234;tres r&#233;fractaires sous peine d'&#234;tre priv&#233;s de leur pension, voire d&#233;port&#233;s en cas de troubles. Le dernier d&#233;cret enfin invite le roi &#224; requ&#233;rir les princes europ&#233;ens, qui accueillent les &#233;migr&#233;s, &lt;i&gt;&#171; de mettre fin aux attroupements et enr&#244;lements qu'ils tol&#232;rent sur la fronti&#232;re &#187;&lt;/i&gt;. Par ces initiatives, les Girondins excitent peu &#224; peu le sentiment national, et pensent mettre Louis XVI au pied du mur en l'obligeant &#224; se prononcer pour ou contre la R&#233;volution, alors que la lettre laiss&#233;e dans sa fuite ne laisse aucun doute. Le roi oppose son veto aux d&#233;crets contre les pr&#234;tres et les &#233;migr&#233;s, mais sanctionne les deux autres, contribuant ainsi &#224; faire le jeu de la guerre. Par de telles man&#339;uvres politiciennes et par une duplicit&#233; sans faille le roi et la reine attisent les conflits latents ou existants. Louis XVI consid&#232;re qu'une guerre initi&#233;e par les r&#233;volutionnaires peut faciliter un rapprochement entre les puissances europ&#233;ennes. A partir de l'automne 1791, il exprime par ailleurs ouvertement son opinion dans le d&#233;bat sur la guerre et donne ainsi un signe apparent d'adh&#233;sion aux nouvelles institutions. Pour le roi et son entourage, la guerre am&#232;nerait &#224; une rapide d&#233;faite du pays en raison de l'indiscipline, du manque de pr&#233;paration de l'arm&#233;e, qui tr&#232;s affaiblie par l'&#233;migration de ses officiers et atteinte dans son moral, risque de ne pas pouvoir soutenir une campagne militaire. Ainsi souhaitent-ils l'intervention militaire des monarques europ&#233;ens pour &#233;craser la R&#233;volution et r&#233;tablir la monarchie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le discours belliqueux est port&#233; par les Girondins et inaugur&#233; le 20 octobre 1791 par Brissot, d&#233;clarant &#224; l'Assembl&#233;e que les &#233;migr&#233;s repr&#233;sentent une grave menace pour la R&#233;volution. Il montre que le pays est entour&#233; d'ennemis et que les monarques europ&#233;ens ne cessent de conspirer contre la R&#233;volution. Malgr&#233; un argumentaire limit&#233;, ce discours qui exalte le sentiment national est largement accept&#233; par les d&#233;put&#233;s. Les interventions suivantes prononc&#233;es par les Girondins vont &#234;tre du m&#234;me acabit et en total d&#233;calage avec la r&#233;alit&#233;, manipulant sans scrupules les faits pour parvenir &#224; leurs fins. La guerre appara&#238;t de plus en plus comme le moyen d'exporter la R&#233;volution hors des fronti&#232;res. Dans cette croisade pour la libert&#233;, les peuples sont appel&#233;s &#224; &lt;i&gt;&#171; secouer et briser leurs cha&#238;nes avec fureur &#187;&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-54&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;F. Attar, La R&#233;volution fran&#231;aise d&#233;clare la guerre &#224; l'Europe, &#201;ditions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-54&#034;&gt;54&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; En fait cette th&#233;orie de la fraternit&#233; transnationale justifie l'expansion territoriale appuy&#233;e sur le nationalisme, et &#233;vacue compl&#232;tement au passage la notion du droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes. Si les militants r&#233;volutionnaires sont au moins sinc&#232;res dans leur volont&#233; de faire partager leurs id&#233;aux &#224; leurs voisins europ&#233;ens, tel n'est pas le cas des Girondins aux intentions tr&#232;s diff&#233;rentes. Comme le d&#233;clare Brissot le 29 d&#233;cembre 1791, &lt;i&gt;&#171; la guerre est actuellement un bienfait national : et la seule calamit&#233; qu'il y ait &#224; redouter, c'est de n'avoir pas la guerre... &#187;&lt;/i&gt; .&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-55&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Soboul, op. cit., p.235&#034; id=&#034;nh2-55&#034;&gt;55&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; En fait, elle est surtout un moyen de mettre fin &#224; la contestation des classes populaires et de relancer l'&#233;conomie : produire, s'ouvrir des march&#233;s, ces arguments peuvent en effet toucher certains milieux. De plus, au niveau europ&#233;en, la baisse des changes t&#233;moigne du peu de confiance du commerce &#233;tranger pour l'assignat. La valeur du papier-monnaie perd en France 25 &#224; 35% de sa valeur et 50 &#224; 60% &#224; l'&#233;tranger. Pour mettre fin &#224; la crise financi&#232;re, relever l'assignat et les changes, les Girondins placent leurs espoirs dans la guerre.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-56&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Albert Mathiez, La Vie ch&#232;re et le mouvement social sous la Terreur, Payot, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-56&#034;&gt;56&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la guerre n'est conforme qu'aux int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie et &#224; ceux de la Cour qui pousse &#224; l'affrontement. C'est l'occasion de faire diversion aux conflits internes et de diriger le m&#233;contentement int&#233;rieur sur une cible &#233;trang&#232;re. La bourgeoisie y voit un puissant moyen de canaliser les &#233;lans des classes populaires, mobilis&#233;es comme on le sait par la situation de crise &#233;conomique et sociale. Un d&#233;put&#233; d&#233;clare au sujet de la guerre : &lt;i&gt;&#171; il la faut pour assurer la tranquillit&#233; int&#233;rieure &#187;&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-57&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;F. Attar, op. cit., p.132&#034; id=&#034;nh2-57&#034;&gt;57&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Le pays est en effet travers&#233; par d'importants conflits sociaux li&#233;s &#224; la situation &#233;conomique, et en proie aux agitations contre-r&#233;volutionnaires. Il est donc imp&#233;ratif d'en finir avec les agitateurs du dedans. De nombreux r&#233;volutionnaires pensent qu'une guerre de lib&#233;ration en Europe pourra contribuer au rassemblement patriotique de tous les Fran&#231;ais, &#224; l'affermissement de la puissance du pays et &#224; l'&#233;mancipation des peuples d'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une faible opposition &#224; la guerre&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la rh&#233;torique guerri&#232;re quelques rares d&#233;put&#233;s sont conscients du danger que repr&#233;sente la surench&#232;re des Girondins. A partir de novembre, les critiques voient le jour : Marat exprime son inqui&#233;tude quant &#224; l'&#233;ventualit&#233; d'un conflit ext&#233;rieur, &lt;i&gt;Les R&#233;volutions de Paris&lt;/i&gt; d&#233;noncent &lt;i&gt;&#171; les dangers d'une guerre offensive &#187;&lt;/i&gt;. Apr&#232;s avoir soutenu le projet belliciste, Robespierre change d'opinion &#224; partir de d&#233;cembre et s'affronte &#224; Brissot. Dans son discours du 2 janvier 1792, il d&#233;clare &#224; juste titre aux partisans de la guerre : &lt;i&gt;&#171; votre opinion n'est fond&#233;e que sur des hypoth&#232;ses vagues et &#233;trang&#232;res &#187;. Il montre que la guerre est un pi&#232;ge, &#171; bonne pour les officiers militaires, pour les ambitieux, pour les agioteurs qui sp&#233;culent sur ces sortes d'&#233;v&#233;nements ; (&#8230;) elle est bonne pour la cour, elle est bonne pour le pouvoir ex&#233;cutif dont elle augmente l'autorit&#233;, la popularit&#233;, l'ascendant ; elle est bonne pour la coalition des nobles, des intrigants, des mod&#233;r&#233;s qui gouvernent la France. &#187;&lt;/i&gt; Pour lui, le conflit arm&#233; risque de renforcer le pouvoir du roi, or la R&#233;volution a besoin de combattre ses ennemis int&#233;rieurs plut&#244;t que de perdre son &#233;nergie en de st&#233;riles d&#233;bats contre d'imaginaires dangers ext&#233;rieurs, aussi redoute-il, comme Marat, un coup d'&#201;tat au profit d'un g&#233;n&#233;ral sauveur de la nation. Il ne partage donc pas l'optimisme de ceux qui pr&#233;tendent que la guerre favorisera la lib&#233;ration des peuples : &lt;i&gt;&#171; la plus extravagante id&#233;e qui puisse na&#238;tre dans la t&#234;te d'un politique est de croire qu'il suffise &#224; un peuple d'entrer &#224; main arm&#233;e chez un peuple &#233;tranger pour lui faire adopter ses lois et sa Constitution. Personne n'aime les missionnaires arm&#233;s &#187;&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-58&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Zizek, Robespierre : entre vertu et terreur, Stock, 2008 (Sur la guerre)&#034; id=&#034;nh2-58&#034;&gt;58&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Il comprend que la Cour n'est pas sinc&#232;re en proposant la guerre, aussi il pointe les difficult&#233;s et la d&#233;sorganisation de l'arm&#233;e. Pour les r&#233;volutionnaires hostiles au conflit, celui-ci risque d'aggraver les tensions internes et de conduire &#224; la militarisation de la vie politique. Mais les discours contre la guerre deviennent de plus en plus impopulaires. Robespierre r&#233;siste quasiment seul contre le courant belliciste qui entra&#238;ne l'ensemble des r&#233;volutionnaires. En effet, les amis de Brissot prennent le contr&#244;le du comit&#233; de correspondance des Jacobins, font diffuser leurs opinions dans le r&#233;seau des soci&#233;t&#233;s affili&#233;es en province et pr&#233;sentent la position de Robespierre comme minoritaire. De nombreux journaux girondins comme la &lt;i&gt;Chronique de Paris&lt;/i&gt; de Condorcet lancent une campagne contre les opposants &#224; la guerre.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-59&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Belissa et Y. Bosc, Robespierre, La fabrication d'un mythe, Ellipses, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-59&#034;&gt;59&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ce d&#233;bat houleux porte en germe un nouvel affrontement au sein de la bourgeoisie, celui entre la Gironde et la Montagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les tensions g&#233;n&#233;r&#233;es par les difficult&#233;s de la guerre&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son ultimatum lanc&#233; le 25 mars, l'Assembl&#233;e somme l'empereur d'Autriche Fran&#231;ois II de disperser imm&#233;diatement les rassemblements d'&#233;migr&#233;s en Rh&#233;nanie, mais il refuse. Alors que son pr&#233;d&#233;cesseur L&#233;opold II ne souhaitait pas la guerre, le jeune souverain, farouchement hostile &#224; la R&#233;volution, se rapproche de la Prusse en vue d'un &#233;ventuel conflit. En d&#233;finitive le 20 avril 1792, &#224; une &#233;crasante majorit&#233;, l'Assembl&#233;e d&#233;clare la guerre &#224; l'Empereur d'Autriche, seule une dizaine de d&#233;put&#233;s votent contre. Contrairement aux attentes de ses promoteurs, que ce soit la Cour ou la Gironde, la guerre va contribuer &#224; exalter le sentiment national et donner encore plus d'impulsion au mouvement r&#233;volutionnaire. La royaut&#233; en sera la premi&#232;re victime. L'effort de guerre mobilisera une grande partie de l'&#233;nergie nationale et r&#233;orientera dans une direction patriotique la dynamique r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conflit qui selon les calculs de la Cour et des Girondins doit &#234;tre court et d&#233;cisif commence mal. Les d&#233;faites militaires s'encha&#238;nent et r&#233;jouissent les contre-r&#233;volutionnaires, alors que les p&#233;titions populaires, soucieuses de la d&#233;fense nationale, r&#233;clament &#224; l'Assembl&#233;e de prendre des mesures pour prot&#233;ger Paris et le pays. De plus, la France se retrouve diplomatiquement isol&#233;e. L'arm&#233;e est en pleine d&#233;composition, la moiti&#233; des officiers a &#233;migr&#233;, les effectifs sont r&#233;duits et le conflit politique et social oppose la troupe r&#233;volutionnaire au commandement aristocrate. Le haut commandement compos&#233; de g&#233;n&#233;raux nobles est m&#233;diocre. Ils n'exploitent pas la situation favorable &#224; la fronti&#232;re du Nord, o&#249; les Autrichiens disposent de peu de troupes pour d&#233;fendre la Belgique pr&#234;te &#224; se soulever. Une colonne fran&#231;aise devant Lille se replie et massacre son g&#233;n&#233;ral, Dillon, dont l'incapacit&#233; et les tergiversations sont manifestes. Les g&#233;n&#233;raux, comme le fait remarquer Robespierre le 1er mai, ne sont pas s&#251;rs : &lt;i&gt;&#171; je ne me fie point aux g&#233;n&#233;raux (&#8230;), presque tous regrettent l'ancien ordre des choses &#187;&lt;/i&gt;,&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-60&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Albert Mathiez, La R&#233;volution fran&#231;aise. Tome I. La Chute de la royaut&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-60&#034;&gt;60&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ce qui lui attire les foudres de la Gironde. En effet ils finissent par suspendre l'offensive qu'ils jugent impossible et demandent au gouvernement l'arr&#234;t des hostilit&#233;s. La Cour appuie ouvertement leur fronde, et La Fayette propose secr&#232;tement &#224; l'ambassadeur autrichien une suspension des combats qui lui permettrait de marcher avec son arm&#233;e sur Paris pour chasser les Jacobins et &#233;tablir un r&#233;gime autoritaire. Par ailleurs, la reine a transmis le plan de campagne des arm&#233;es fran&#231;aises &#224; l'ennemi. Dans la capitale les r&#233;volutionnaires tels que Marat et les Cordeliers crient &#224; la trahison, mais sont r&#233;duits au silence. La collusion entre les g&#233;n&#233;raux et la Cour donne une nouvelle impulsion &#224; l'&#233;lan national et &#224; la pouss&#233;e des classes populaires, tous deux ins&#233;parables. Elle accentue aussi les conflits au sein de la bourgeoisie qui se d&#233;chire notamment au club des Jacobins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'ils commencent &#224; redouter le mouvement populaire, les Girondins au pouvoir ont une attitude tr&#232;s &#233;quivoque : d'abord ils tentent de pactiser avec La Fayette, puis attaquent tous ceux qui d&#233;noncent la trahison. Mais ce dernier ignore Roland et ses amis, dont l'ouverture sur la droite &#233;choue. Tr&#232;s attach&#233;e au lib&#233;ralisme &#233;conomique, la Gironde se montre de plus en plus inqui&#232;te devant la taxation des riches pour armer les soldats volontaires, la r&#233;volte agraire, l'inflation et des troubles de subsistance en progression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'intensification des conflits de classes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conflits de classes s'amplifient face &#224; la pr&#233;&#233;minence de la bourgeoisie. Ils vont permettre &#224; une partie des classes populaires d'intervenir de plus en plus dans le processus r&#233;volutionnaire pour lui donner un contenu &#233;conomique et social propre &#224; ses int&#233;r&#234;ts, alors qu'une autre partie, d&#233;&#231;ue, se d&#233;tournera bient&#244;t de plus en plus de la R&#233;volution au profit de la r&#233;action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'aggravation de la crise &#233;conomique : la radicalisation des luttes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que la r&#233;colte de 1791 est plut&#244;t moyenne dans l'ensemble, mais vraiment m&#233;diocre dans le Midi, les prix agricoles recommencent &#224; monter. En outre, la mise en circulation de l'assignat en petites coupures, sa baisse ainsi que celle des changes entra&#238;nent le rench&#233;rissement des subsistances, particuli&#232;rement des denr&#233;es coloniales, telles que le sucre et le caf&#233;, cons&#233;cutif au soul&#232;vement des esclaves &#224; Saint-Domingue. La crise &#233;conomique &#224; la fin de l'ann&#233;e 1791 s'aggrave, d'autant que le ch&#244;mage continue de toucher une partie des travailleurs urbains dans l'industrie de luxe et du b&#226;timent en raison de l'&#233;migration. L'industrie de la soie &#224; Lyon se retrouve en difficult&#233; d&#232;s l'&#233;t&#233; 1792. La crise sociale prend une ampleur in&#233;gal&#233;e avec les troubles de subsistance de l'hiver 1791-1792. De vastes rassemblements r&#233;ussissent &#224; repousser les forces de r&#233;pression. D&#232;s janvier &#224; Paris, la hausse rapide du sucre entra&#238;ne des troubles et des &#233;meutes : les &#233;piceries qui stockent le sucre et le caf&#233; doivent livrer des produits alimentaires au prix fix&#233; par les taxateurs. Ces denr&#233;es, quoique abondantes, sont accapar&#233;es et soumises &#224; la sp&#233;culation, ce qui explique un rench&#233;rissement dont les consommateurs ne sont pas dupes. En effet, ils comprennent bien que la r&#233;volte des esclaves sert de pr&#233;texte &#224; l'augmentation des produits coloniaux.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-61&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Albert Mathiez, La Vie ch&#232;re et le mouvement social sous la Terreur, Payot, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-61&#034;&gt;61&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; De plus, Saint-Domingue n'est pas l'unique lieu de production sucri&#232;re, il existe aussi des plantations en Martinique et en Guadeloupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les campagnes la hausse du prix des bl&#233;s et le maintien des redevances f&#233;odales jusqu'&#224; leur rachat d&#233;cha&#238;nent les &#233;meutes. Les paysans r&#233;clament la suppression totale du r&#233;gime f&#233;odal. Les march&#233;s ne sont plus approvisionn&#233;s car les producteurs refusent d'&#234;tre pay&#233;s avec des assignats d&#233;valu&#233;s et les grains ne circulent plus. Les actions directes se radicalisent : il s'agit d&#233;sormais d'aller r&#233;quisitionner les grains et d'organiser des greniers de r&#233;serve populaires d&#233;fendus manu militari. Le mouvement fait aussi pression sur les municipalit&#233;s pour obtenir la taxation et la r&#233;quisition l&#233;gale. D&#232;s novembre 1791, les convois de grains et les march&#233;s sont pill&#233;s. Dans la Beauce, sous la pression des &#233;meutes populaires, les municipalit&#233;s taxent les denr&#233;es de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; et les grains. A &#201;tampes, le maire Simoneau qui refuse la taxation et s'appr&#234;te &#224; appliquer la loi martiale est tu&#233; le 3 mars 1792. De janvier &#224; avril 1792, d'&#233;normes mouvements regroupent 10 &#224; 40 000 personnes dans la moiti&#233; nord de la France, comme dans la Beauce o&#249; elles s'arment et se rendent sur les march&#233;s pour taxer les denr&#233;es de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte pour l'acc&#232;s &#224; la terre se fait de plus en plus pressante et la double revendication pour l'acc&#232;s &#224; celle-ci ainsi qu'aux subsistances s'&#233;largit consid&#233;rablement dans les couches inf&#233;rieures de la paysannerie. Les droits f&#233;odaux d&#233;clar&#233;s rachetables sont exig&#233;s des communaut&#233;s paysannes, ce qui r&#233;amorce l'hostilit&#233; contre les aristocrates. Ainsi une vaste r&#233;volte, &#171; la guerre des ch&#226;teaux &#187;, se traduit par le pillage et l'incendie des demeures nobles. Ce mouvement touche le Nord, le Quercy, le Lot, le Cantal, la Corr&#232;ze, le Morvan, et plus encore le Vivarais, le Languedoc, la Provence et une partie du Dauphin&#233;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-62&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Vovelle, op. cit., p.246&#034; id=&#034;nh2-62&#034;&gt;62&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; A la veille du 10 ao&#251;t, l'insurrection paysanne reprend et se prolonge jusqu'&#224; l'automne, alors que la mobilisation des travailleurs urbains ne faiblit pas, bien au contraire. Les troubles urbains et ruraux ne sont pas ind&#233;pendants, mais r&#233;sultent du pas d&#233;cisif que franchit la politisation des classes populaires. La question des subsistances permet aux travailleurs urbains et ruraux de poser l'enti&#232;ret&#233; la question sociale : par exemple, en Ile-de-France ils exigent la division des grands fermages, revendication &#233;nonc&#233;e d&#233;j&#224; dans les cahiers de dol&#233;ances en 1789, ou s'emparent des biens des &#233;migr&#233;s. Nous sommes donc bien en pr&#233;sence d'un profond mouvement de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces mouvements sont r&#233;prim&#233;s par la force. Cependant, la garde nationale, bras arm&#233; du nouvel ordre bourgeois, &#233;volue lors des troubles de l'hiver 1791-1792 et du printemps suivant, surtout &#224; la campagne. Des gardes se font complices des &#233;meutiers quand d'autres participent activement en leur fournissant des armes. Ainsi dans le Sud-Ouest, les paysans, souvent appuy&#233;s par les gardes nationaux, pillent et incendient les ch&#226;teaux des &#233;migr&#233;s. La bourgeoisie, d&#233;concert&#233;e par l'ampleur et la spontan&#233;it&#233; du mouvement populaire, pr&#233;f&#232;re dans un premier temps temporiser. Mais elle change d'attitude, notamment au lendemain du meurtre de Simoneau alors suivi de nombreuses arrestations, et organise des c&#233;r&#233;monies en l'honneur du maire d'&#201;tampes, &#233;rig&#233; en martyr par la bourgeoisie. Les classes populaires n'ont pas obtenu satisfaction mais ne renoncent pas pour autant &#224; la r&#233;glementation et &#224; la taxation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les sans-culottes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la poursuite des attaques contre les soci&#233;t&#233;s populaires jusqu'en 1792, leur dynamisme reprend et conna&#238;t une nette progression. En ville comme &#224; la campagne l'engagement des classes populaires gagne en maturit&#233;, s'intensifie et se caract&#233;rise par le mouvement sans-culottes. Les sans-culottes sont pour la plupart des travailleurs salari&#233;s, mais aussi des petits entrepreneurs, des artisans et des indigents, nombreux dans les faubourgs parisiens de Saint-Antoine et Saint-Marceau. Ils sont anim&#233;s par une hostilit&#233; de classe envers les aristocrates qui pour eux d&#233;signent aussi bien les nobles que les bourgeois. Ainsi, un militant de la section du Mail d&#233;clare le 21 mai 1793 que &lt;i&gt;&#171; les aristocrates, ce sont tous les riches, tous les gros marchands, tous les accapareurs, les saute-ruisseaux, les banquiers, les cours-t&#244;t de boutique, tous les gens de la chicane et tous ceux qui ont quelque chose &#187;&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-63&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A.Soboul, Les Sans-culottes parisiens de l'an II. Mouvement populaire et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-63&#034;&gt;63&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Leurs revendications portent sur la taxation des subsistances, l'&#233;galit&#233; des jouissances et la d&#233;mocratie directe qu'ils appliquent dans leurs sections. Des cadres issus de la petite bourgeoisie proposent aussi en 1792 des mesures &#233;conomiques et sociales radicales. Dolivier d&#233;fend la taxation et d&#233;nonce comme &lt;i&gt;&#171; une grande erreur &#187;&lt;/i&gt; l'appropriation individuelle du sol dans une p&#233;tition &#224; l'Assembl&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-64&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Maurice Dommanget, 1793 Les Enrag&#233;s contre la vie ch&#232;re, Spartacus, p.22-23&#034; id=&#034;nh2-64&#034;&gt;64&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Jacques Roux r&#233;clame en mai la peine de mort contre les accapareurs et Lange &#224; Lyon demande un maximum national sur le prix des grains. Le programme social de ceux qu'on appellera bient&#244;t les Enrag&#233;s, sur qui nous reviendrons ult&#233;rieurement, est d&#233;j&#224; en place &#224; la fin du printemps 1792.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La permanence des sections parisiennes est proclam&#233;e le 25 juillet, dans les autres grandes villes, ces assembl&#233;es de quartiers voient leur fr&#233;quence et leurs effectifs augmenter par l'entr&#233;e de personnes issues des classes populaires qui occupent plus que jamais la rue. Les sections au nombre de 48 &#224; Paris deviennent, lorsque les citoyens passifs y entrent en masse &#224; partir de juillet 1792, un foyer intense de la vie politique populaire et contribuent au progr&#232;s du mouvement d&#233;mocratique. La radicalisation de la R&#233;volution est manifeste aussi dans le Midi, comme &#224; Marseille et Toulon o&#249; des administrateurs bourgeois sont pendus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une partie de la bourgeoisie jacobine prend en compte la radicalisation des luttes sociales et juge de plus en plus n&#233;cessaire l'appui des classes populaires. P&#233;tion &#233;crit &#224; Couthon, en f&#233;vrier 1792 : &lt;i&gt;&#171; la bourgeoisie et le peuple r&#233;unis ont fait la R&#233;volution : leur r&#233;union seule peut la conserver... &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-65&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vovelle, op. cit., p.238&#034; id=&#034;nh2-65&#034;&gt;65&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Robespierre dans les m&#234;mes jours prononce un discours au club des Jacobins sur le &lt;i&gt;&#171; peuple... seul appui de la libert&#233; &#187;&lt;/i&gt; et propose d'armer celui des villes de piques. De m&#234;me H&#233;bert dans son P&#232;re Duchesne &#233;crit : &lt;i&gt;&#171; Aux piques, braves sans-culottes ! Aiguisez-les pour exterminer les aristocrates &#187;&lt;/i&gt;. Mais il demeure beaucoup de r&#233;ticences. Les leaders jacobins restent attach&#233;s &#224; la libert&#233; du commerce et des prix et sont divis&#233;s sur les moyens de faire triompher la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les progr&#232;s de la contre-r&#233;volution : question sociale et conflit religieux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contre-r&#233;volution remporte surtout l'adh&#233;sion dans un premier temps de la noblesse et du clerg&#233;, mais aussi peu &#224; peu de bourgeois et de paysans ais&#233;s. En cela elle se distingue de la m&#233;fiance, du m&#233;contentement voire de la haine face &#224; une r&#233;volution bourgeoise qui n'a nullement chang&#233; les conditions d'existence des classes populaires. La contre-r&#233;volution s'exprime alors surtout par des conspirations, des tentatives de soul&#232;vements et des r&#233;seaux royalistes qui deviennent de plus en plus nombreux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la vall&#233;e du Rh&#244;ne, les forces contre-r&#233;volutionnaires &#233;tablissent un plan d'action, mais rencontrent des r&#233;sistances locales, comme &#224; Arles et Aigues-Mortes, o&#249; elles ont le dessus mais finissent par &#234;tre vaincues par les volontaires marseillais. Dans l'Ouest, La Rou&#233;rie et d'autres nobles bretons travaillent depuis l'&#233;t&#233; 1791 &#224; tisser un r&#233;seau de conspirations qui s'implante dans les petites villes, mais leur projet de soul&#232;vement est d&#233;voil&#233; en juin 1792. A Jal&#232;s dans l'Ard&#232;che, un premier camp de f&#233;d&#233;r&#233;s r&#233;unit plus de 20 000 hommes en ao&#251;t 1790, et son serment au nouveau r&#233;gime atteste qu'il n'est pas contre-r&#233;volutionnaire. Cependant par la suite, le comit&#233; de Jal&#232;s conf&#232;re au camp une r&#233;orientation de d&#233;fense du catholicisme, suite aux massacres de N&#238;mes qui ravivent les querelles religieuses avec les protestants. Un deuxi&#232;me camp se r&#233;unit en f&#233;vrier 1791 et vise &#224; prot&#233;ger les catholiques contre de pr&#233;tendues men&#233;es protestantes, mais les contre-r&#233;volutionnaires minoritaires ne parviennent pas &#224; diriger le mouvement et &#224; lui donner une orientation politique. Un troisi&#232;me camp, ouvertement contre-r&#233;volutionnaire, se tient en juillet 1792 dans un contexte plus tendu, marqu&#233; par les tentatives d'application de la Constitution civile du clerg&#233; et par la crise &#233;conomique. Au printemps, la guerre des ch&#226;teaux contribue en effet &#224; attiser la peur et la col&#232;re des opposants au nouveau r&#233;gime. Une tentative d'insurrection, la conspiration du comte de Saillans, pr&#233;par&#233;e par les &#233;migr&#233;s et les organisateurs du camp de Jal&#232;s, &#233;choue faute de soutien populaire. S'ensuit la r&#233;pression men&#233;e par l'arm&#233;e patriote et la population locale m&#233;fiante vis-&#224;-vis des autorit&#233;s et dont les agissements s'inscrivent dans la continuit&#233; de la guerre des ch&#226;teaux. Les paysans peuvent &#234;tre certes hostiles &#224; la Constitution civile et prot&#233;ger les pr&#234;tres r&#233;fractaires, mais la conspiration de Saillans r&#233;v&#232;le que la majorit&#233; d'entre eux n'entrent pas dans la contre-r&#233;volution, malgr&#233; les tentatives de rapprochement de la noblesse.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-66&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fran&#231;ois de Jouvenel, &#171; Les Camps de Jal&#232;s (1790-1792), &#233;pisodes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-66&#034;&gt;66&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; En d&#233;finitive, les conflits de classe transcendent la question religieuse. L'Est et le Nord, hostiles au serment, ne passent pas pour autant &#224; la contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'une partie des classes populaires rurales se lance dans des exp&#233;ditions punitives pour combattre la contre-r&#233;volution et se rapproche du mouvement sans-culottes, une autre partie se d&#233;tourne de la R&#233;volution. L'application de la Constitution civile du clerg&#233;, &#224; partir de l'&#233;t&#233; 1791, et l'agitation des r&#233;fractaires font en effet &#233;voluer une partie de la population catholique. Les hostilit&#233;s sont ouvertes entre le clerg&#233; constitutionnel et le clerg&#233; r&#233;fractaire et ses fid&#232;les, la multiplicit&#233; des actes de r&#233;sistances de plus en plus violents physiquement donne &#224; la contre-r&#233;volution une assise inattendue parmi les classes populaires. Dans la r&#233;gion de Toulouse, un grand nombre de pr&#234;tres asserment&#233;s sont agress&#233;s, dans la r&#233;gion de Mende certains sont molest&#233;s et quelques-uns tu&#233;s.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-67&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J.C Martin, Contre-r&#233;volution, R&#233;volution et Nation en France 1789-1799, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-67&#034;&gt;67&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; En f&#233;vrier 1792, apr&#232;s une s&#233;rie de jacqueries, les r&#233;fractaires contribuent &#224; soulever les paysans de la Loz&#232;re contre les patriotes de Mende. Le sud-est du Massif Central est en effet un foyer de contre-r&#233;volution ouverte. Les paysans qui se sont engag&#233;s avec enthousiasme dans les premi&#232;res ann&#233;es de la R&#233;volution, d&#233;&#231;us par ses r&#233;sultats sur le plan social, se retournent contre elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Vend&#233;e, alors que les paysans ont plut&#244;t accueilli favorablement la R&#233;volution, la confiscation des biens de l'&#201;glise prive le clerg&#233; des moyens financiers lui permettant de remplir son r&#244;le d'assistance &#224; une population pauvre. Alors que la vente des biens nationaux profite &#224; la bourgeoisie, les paysans, confront&#233;s au rachat quasi impossible des droits f&#233;odaux, vivent dans la pr&#233;carit&#233;. Soucieux de leur salut, nombreux sont ceux qui pr&#233;f&#232;rent s'adresser aux pr&#234;tres r&#233;fractaires alors majoritaires. Les premiers conflits autour de l'opposition &#224; la Constitution civile du clerg&#233; &#233;clatent d&#232;s janvier 1791 dans l'Ouest et se traduisent, avec son application en juillet, par de nombreux actes de r&#233;sistance de la part de la population qui recourt de plus en plus &#224; la violence physique. Dans l'hiver 1791-1792, des processions arm&#233;es de ruraux sillonnent les campagnes et menacent les autorit&#233;s r&#233;volutionnaires. En r&#233;ponse, les pouvoirs locaux font usage de la force pour imposer aux populations les pr&#234;tres jureurs : les gardes nationaux sont mobilis&#233;s et les pr&#234;tres r&#233;fractaires chass&#233;s et emprisonn&#233;s. L'Assembl&#233;e l&#233;gislative prend des mesures r&#233;pressives contre ces derniers en novembre 1791. En mai 1792 un d&#233;cret permet de d&#233;porter les pr&#234;tres r&#233;calcitrants hors du territoire fran&#231;ais sur la simple demande de 20 citoyens, ce qui signifie que la religion catholique traditionnelle est identifi&#233;e &#224; la contre-r&#233;volution. Ainsi, le moyen d'&#233;l&#233;vation sociale qui consiste &#224; devenir pr&#234;tre est pour nombre de paysans menac&#233;. La question religieuse ne fait qu'exacerber les difficult&#233;s &#233;conomiques et l'hostilit&#233; aux bourgeois que nourrissent des paysans nullement partisans de l'Ancien R&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;La chute de la monarchie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La mont&#233;e des p&#233;rils&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin mai 1792, par une s&#233;rie de d&#233;crets portant sur la d&#233;portation des pr&#234;tres r&#233;fractaires, le licenciement de la garde constitutionnelle du roi et la lev&#233;e de 20 000 f&#233;d&#233;r&#233;s, la Gironde se retrouve en conflit avec Louis XVI. Dans un contexte de d&#233;faites militaires, il refuse de signer les d&#233;crets ordonnant la r&#233;pression des r&#233;fractaires et la formation d'un camp de f&#233;d&#233;r&#233;s pr&#232;s de Paris qui peut s'av&#233;rer &#234;tre une arme aux mains des Jacobins, et renvoie le minist&#232;re girondin le 13 juin. De son c&#244;t&#233;, La Fayette adresse une lettre au roi et &#224; l'Assembl&#233;e o&#249; elle est lue le 18 juin. Il y attaque violemment les Jacobins et somme les d&#233;put&#233;s de briser le mouvement d&#233;mocratique. Alors qu'ils condamnent la tentative de coup d'&#201;tat du g&#233;n&#233;ral, les Girondins, en proie &#224; leurs tergiversations, n'osent pas le mettre en accusation. Le lendemain, cependant, Brissot s'en prend vivement &#224; La Fayette tout comme le fait Robespierre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la mont&#233;e des p&#233;rils et &#224; l'ind&#233;cision de l'Assembl&#233;e, les classes populaires parisiennes vont passer &#224; l'action. Le 20 juin, les sections et les faubourgs marchent sur l'Assembl&#233;e sous pr&#233;texte de pr&#233;senter une p&#233;tition et f&#234;ter l'anniversaire du serment du Jeu de Paume. 10 000 personnes en armes entrent dans l'Assembl&#233;e et demandent aux repr&#233;sentants que la patrie soit d&#233;clar&#233;e en danger. Ils se rendent ensuite aux Tuileries pour faire pression sur le roi. Les manifestants parviennent &#224; entrer dans le palais et demandent &#224; Louis XVI d'approuver les d&#233;crets et de rappeler les ministres girondins. Mais le roi ne c&#232;de rien et cette d&#233;monstration de force est un &#233;chec. De plus, une enqu&#234;te approuv&#233;e par l'Assembl&#233;e est ouverte contre les agissements de la foule qui a os&#233; p&#233;n&#233;trer en armes dans le ch&#226;teau des Tuileries et s'adresser directement au souverain. Des militants des sections et des soci&#233;t&#233;s populaires sont emprisonn&#233;s. De province, des adresses d&#233;savouent l'attitude des manifestants du 20 juin, la situation tourne au profit de la contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action ne se fait pas attendre. La Fayette quitte son arm&#233;e pour venir &#224; l'Assembl&#233;e le 28 juin : il demande la dissolution du club des Jacobins et que les instigateurs de la journ&#233;e du 20 juin soient &lt;i&gt;&#171; punis comme criminels &#187;&lt;/i&gt;. Il est largement applaudi et une motion de bl&#226;me &#224; son encontre pour avoir quitt&#233; son poste sans autorisation du ministre de la guerre est rejet&#233;e par 339 voix contre 234. La Fayette va plus loin : il esp&#232;re entra&#238;ner la garde nationale parisienne qu'il doit passer en revue le lendemain, mais le maire P&#233;tion annule la revue. Enfin il invite le roi, qui ne le suit pas, &#224; venir le rejoindre &#224; Compi&#232;gne o&#249; il a rassembl&#233; des troupes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face au p&#233;ril r&#233;actionnaire, le mouvement populaire, d&#233;savou&#233; par les Girondins, comprend qu'il faut en finir avec la monarchie et r&#233;clame la d&#233;ch&#233;ance de Louis XVI. En juillet, l'initiative revient aux travailleurs qui stimul&#233;s par les d&#233;buts de la guerre, tiennent le haut du pav&#233;, d'autant que les F&#233;d&#233;r&#233;s, arm&#233;s, venus de tout le pays, affluent sur Paris &#224; partir du 14 juillet et souhaitent aussi la d&#233;ch&#233;ance du roi. Ce dernier et l'Assembl&#233;e cherchent &#224; &#233;loigner les F&#233;d&#233;r&#233;s de la capitale, alors que Robespierre et les d&#233;mocrates, qui r&#233;clament la d&#233;ch&#233;ance de Louis XVI et une Convention &#233;lue au suffrage universel, les invitent &#224; rester sur place. Quant aux Girondins, ils per&#231;oivent bien le danger que repr&#233;sente le roi, mais se gardent de r&#233;clamer sa d&#233;ch&#233;ance. Pour eux en effet la fin de la monarchie risque de d&#233;cha&#238;ner un mouvement incontr&#244;lable des classes populaires. Cependant, apr&#232;s des atermoiements et sur l'initiative des deux Girondins, Brissot et H&#233;rault de Seychelles, l'Assembl&#233;e proclame la patrie en danger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'insurrection du 10 ao&#251;t : la chute de la monarchie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'on se pr&#233;pare &#224; l'affrontement, l 'Assembl&#233;e est ind&#233;cise quant &#224; la d&#233;ch&#233;ance du roi et la condamnation de La Fayette. La Gironde d&#233;savoue l'id&#233;e r&#233;publicaine : Brissot d&#233;clare le 25 juillet que ceux qui tendent &#224; &#233;tablir la R&#233;publique doivent &#234;tre punis au m&#234;me titre que les contre-r&#233;volutionnaires. De leur c&#244;t&#233;, Guadet, Vergniaud et Gensonn&#233;, prennent contact secr&#232;tement avec le roi mi-juillet. La situation tourne alors &#224; l'avantage des sections parisiennes qui vont pr&#233;parer et mener l'insurrection. Des sections ne reconnaissent plus en effet Louis XVI comme souverain, une p&#233;tition &#224; l'initiative de Varlet exige sa d&#233;ch&#233;ance et une loi contre l'accaparement. Le 2 ao&#251;t, plus de 3000 citoyens signent une p&#233;tition demandant la mise en accusation de La Fayette et la destitution des &#233;tats-majors des arm&#233;es. Le lendemain, 47 sections sur 48 signent la p&#233;tition pour la d&#233;ch&#233;ance. C'est dans ce contexte tendu que le manifeste du duc de Brunswick parvient &#224; Paris. Ce texte incendiaire d&#233;clare que s'il est fait le &lt;i&gt;&#171; moindre outrage &#224; la famille royale &#187;, l'arm&#233;e prussienne fera une &#171; vengeance exemplaire, en livrant la ville de Paris &#224; une ex&#233;cution militaire et &#224; une subversion totale, et les r&#233;volt&#233;s aux supplices qu'il auront m&#233;rit&#233;s... &#187;&lt;/i&gt;. Ce manifeste accro&#238;t la fureur populaire. Le 9 ao&#251;t se constitue &#224; l'H&#244;tel de ville, sans que l'Assembl&#233;e soit pr&#233;venue, une &#171; Commune insurrectionnelle &#187; form&#233;e des d&#233;l&#233;gu&#233;s des sections parisiennes, qui se substitue &#224; la commune l&#233;gale. L'Assembl&#233;e acquitte La Fayette, ce qui la discr&#233;dite aux yeux des sections. Un ultimatum est alors lanc&#233; &#224; ses repr&#233;sentants : si le 9 ao&#251;t &#224; 11 heures du soir &lt;i&gt;&#171; justice et droit n'est pas faite au peuple par le corps l&#233;gislatif, le tocsin sonnera &#187;&lt;/i&gt;. La coupe est pleine, les sections consid&#232;rent la Cour en &#233;tat de contre-r&#233;volution et affirment que le peuple &lt;i&gt;&#171; s'irrite lui-m&#234;me de sa longue patience &#224; supporter les trahisons du pouvoir ex&#233;cutif &#187;&lt;/i&gt;. Les F&#233;d&#233;r&#233;s et les sans-culottes des faubourgs prennent d'assaut les Tuileries gard&#233;es par 2 &#224; 3000 hommes, alors que le roi et sa famille se r&#233;fugient &#224; l'Assembl&#233;e nationale. Pendant ce temps, les insurg&#233;s fraternisent avec les gardes nationaux, mais les gardes suisses et les aristocrates qui d&#233;fendent le palais sont toujours l&#224;. La bataille dure deux heures et fait du c&#244;t&#233; des insurg&#233;s et des F&#233;d&#233;r&#233;s environ un millier de morts et de bless&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ces derniers c'est une victoire, cependant ils r&#233;clament que justice soit faite rapidement contre les crimes du 10 ao&#251;t, dont sont responsables le roi, les aristocrates et leurs complices. Aussi, consid&#232;rent-ils l'Assembl&#233;e coupable. Cependant ni la d&#233;ch&#233;ance du roi ni la R&#233;publique ne sont proclam&#233;es. Le suffrage universel masculin est conc&#233;d&#233;, mais Robespierre demande en vain l'&#233;lection directe des d&#233;put&#233;s par les assembl&#233;es primaires au lieu d'un syst&#232;me &#224; deux degr&#233;s. Le 11 ao&#251;t, le roi et sa famille sont conduits &#224; la prison du Temple. L'Assembl&#233;e reconna&#238;t le pouvoir r&#233;volutionnaire de la Commune insurrectionnelle, d&#233;clare enfin la d&#233;ch&#233;ance de Louis XVI, et une nouvelle assembl&#233;e, la Convention, sera &#233;lue et charg&#233;e de r&#233;diger une nouvelle constitution. La Fayette appelle son arm&#233;e &#224; marcher sur Paris pour r&#233;tablir la constitution et le roi, mais les soldats volontaires refusent de le suivre. Le 19 ao&#251;t il se r&#233;fugie aupr&#232;s de l'arm&#233;e autrichienne qui le fait prisonnier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de rendre justice aux insurg&#233;s du 10 ao&#251;t et &#224; la demande de la Commune, l'Assembl&#233;e cr&#233;e un tribunal criminel. Mais les proc&#233;dures sont longues et insuffisantes face aux attentes populaires, m&#234;me si elles autorisent les visites domiciliaires qui commencent le 30 ao&#251;t et aboutissent &#224; l'arrestation de 3000 suspects. La lutte entre la Commune et la Gironde, elle-m&#234;me en conflit avec les Jacobins, va durer jusqu'&#224; la fin de l'&#233;t&#233;. A c&#244;t&#233; du Conseil ex&#233;cutif provisoire, o&#249; si&#232;gent entre autres Roland et Danton, un double pouvoir s'instaure : celui de la Commune et celui de l'Assembl&#233;e l&#233;gislative. La derni&#232;re cherche en vain &#224; liquider la premi&#232;re mais les vainqueurs du 10 ao&#251;t sont r&#233;solus &#224; imposer leurs volont&#233;s et celles des classes populaires. De plus, la conjoncture est d&#233;sormais fragile pour l'Assembl&#233;e qui, domin&#233;e par les Girondins, est largement discr&#233;dit&#233;e aux yeux des travailleurs parisiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1789, les classes populaires ont gagn&#233; en maturit&#233; et en autonomie. La direction de la R&#233;volution &#233;chappe de plus en plus &#224; la fraction de la bourgeoisie qui esp&#233;rait l'impossible compromis avec la noblesse. Celle-ci, incarn&#233;e par les Feuillants et d&#233;sireuse d'arr&#234;ter la R&#233;volution, finit par &#234;tre totalement d&#233;pass&#233;e, puis sombre d'elle-m&#234;me. Compromis avec la Cour, les Girondins ont tent&#233; d'arr&#234;ter l'insurrection du 10 ao&#251;t, alors que pour la bourgeoisie montagnarde, la survie de la R&#233;volution est impossible sans l'appui des classes populaires. Cependant, les concessions accord&#233;es &#224; ces derni&#232;res, le suffrage universel et l'entr&#233;e dans la garde nationale, sont bien maigres.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La R&#233;volution fran&#231;aise selon &#201;ric Hazan &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Une Histoire de la R&#233;volution fran&#231;aise&lt;/i&gt;, paru en 2012, aux &#233;ditions de La Fabrique, &#201;ric Hazan propose une autre lecture de la fin de l'Ancien R&#233;gime et de la R&#233;volution fran&#231;aise. Il donne une vision positive aux luttes des masses laborieuses dans le processus r&#233;volutionnaire, cependant au moins trois points posent probl&#232;me et montrent les limites de son analyse. Hazan postule d'abord qu'il n'y a pas de classes sociales dans la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise &#224; la veille de la R&#233;volution. Ensuite, selon lui, les conflits sociaux et les luttes entre les diff&#233;rentes tendances politiques ne sont pas le fruit de la lutte des classes. L'autre &#233;l&#233;ment critiquable est le caract&#232;re radical qu'il pr&#234;te aux dirigeants montagnards tout en niant leur appartenance de classe. Alors qu'ils constituent l'aile gauche de la bourgeoisie, ces derniers se retrouvent &#224; la t&#234;te du gouvernement r&#233;volutionnaire, en 1793 et 1794, au moment de la phase la plus radicale de la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une soci&#233;t&#233; d'Ancien R&#233;gime sans classes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La noblesse, classe dominante de la soci&#233;t&#233; d'Ancien R&#233;gime, ne forme, pour Hazan, ni une classe ni m&#234;me vraiment un ordre mais &lt;i&gt;&#171; un ensemble de castes disparates et souvent hostiles entre elles &#187;&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-68&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ric Hazan, Une Histoire de la R&#233;volution fran&#231;aise, La Fabrique, 2013, p.31&#034; id=&#034;nh2-68&#034;&gt;68&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Certes elle ne constitue pas un groupe social parfaitement unifi&#233;, il y a en effet d'&#233;normes disparit&#233;s de fortune entre ses membres, mais la composition majeure des fortunes nobles, qui sont les plus &#233;lev&#233;es &#224; la veille de la R&#233;volution, est d'origine f&#233;odale. Aussi, un sentiment d'appartenance &#224; la m&#234;me classe traverse les nobles du fait qu'ils partagent les m&#234;mes privil&#232;ges, tels que, entre autres, l'exemption de certains imp&#244;ts, le droit de chasse ou la perception de droits f&#233;odaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, la r&#233;action nobiliaire prouve que la noblesse se sent et se veut une cat&#233;gorie particuli&#232;re de la nation. Elle entend en effet avoir la pr&#233;dominance dans l'acc&#232;s aux charges politiques, ainsi que dans l'arm&#233;e et l'&#201;glise. Des postes encore plus nombreux qu'au XVIIe si&#232;cle sont donc r&#233;serv&#233;s &#224; la noblesse. Il y a m&#234;me des mesures contre les anoblis, comme par exemple dans l'acc&#232;s aux &#233;coles militaires pour lequel il faut justifier de quatre quartiers de noblesse. Aussi, les nobles se dressent de fa&#231;on v&#233;h&#233;mente contre les maints projets de r&#233;formes propos&#233;s par l'&#201;tat, qui remettraient en cause leur privil&#232;ge devant l'imp&#244;t. Tous ces aspects de la r&#233;action nobiliaire, dont Hazan ne traite pas, concourent &#224; exasp&#233;rer les bourgeois, et montrent bien que les nobles constituent une classe consciente d'elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie non plus n'existerait pas en tant que classe &#224; la veille de la R&#233;volution. A la place, l'auteur d&#233;crit diverses cat&#233;gories sociologiques avec en t&#234;te celle des financiers, puis celle des n&#233;gociants et des manufacturiers, et enfin un groupe qu'il d&#233;nomme &#171; professions lib&#233;rales &#187; et &#171; intellectuels &#187; : ce sont les cadres r&#233;volutionnaires montagnards tels que Robespierre, Danton, Desmoulins, tous trois avocats, ou le Girondin Brissot, &#233;crivain et journaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur l'inexistence de cette classe, Hazan &#233;voque la raison &#171; s&#233;mantique &#187; : parce que les r&#233;volutionnaires n'utilisent que rarement le terme &lt;i&gt;bourgeois&lt;/i&gt;, alors la classe bourgeoise n'existe pas : &lt;i&gt;&#171; Cette raret&#233; du mot a une signification qui me semble claire : elle traduit l'absence de la chose. La bourgeoisie comme classe n'existait pas. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-69&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p.78&#034; id=&#034;nh2-69&#034;&gt;69&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ainsi, les faits n'existent pas en dehors du langage, et toute production langagi&#232;re remplace la r&#233;alit&#233; des faits. Chemin faisant, Hazan d&#233;cide donc de ne pas poser la question de savoir si la R&#233;volution est bourgeoise, puisque celle-ci n'a au fond aucun sens.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-70&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p.78&#034; id=&#034;nh2-70&#034;&gt;70&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; En effet, selon lui, la r&#233;volution bourgeoise n'est pas une r&#233;alit&#233;, mais un concept marxiste, alors que les premiers &#224; utiliser le terme de &lt;i&gt;r&#233;volution bourgeoise&lt;/i&gt; sont des historiens lib&#233;raux et bourgeois, tels que Guizot ou Augustin Thierry &#224; partir des ann&#233;es 1820.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout, une telle analyse est compl&#232;tement a-historique et d&#233;tach&#233;e des faits. Groupe social qui se constitue en opposition au pouvoir seigneurial &#224; partir du XIe si&#232;cle, en Europe, la bourgeoisie a en 1789 une longue histoire derri&#232;re elle. Celle-ci est d'ailleurs marqu&#233;e par des luttes. Le mouvement communal, au Moyen Age, am&#232;ne des villes &#224; s'affranchir de l'espace politique f&#233;odal. Au XIVe si&#232;cle, dans une soci&#233;t&#233; f&#233;odale en pleine crise, un marchand, &#201;tienne Marcel, se retrouve &#224; Paris &#224; la t&#234;te de la premi&#232;re r&#233;volution bourgeoise ; une autre - mais avec davantage de soutien populaire- &#233;clate dans la capitale au d&#233;but du XVe si&#232;cle.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-71&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;gine Pernoud, La Bourgeoisie, Puf, 1985, pp. 43-48&#034; id=&#034;nh2-71&#034;&gt;71&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au XVIIIe si&#232;cle, les aspirations des bourgeois &#224; plus de stabilit&#233; mat&#233;rielle et de prestige, en entrant dans la noblesse, se trouvent bloqu&#233;es. Alors qu'ils poss&#232;dent le pouvoir &#233;conomique, en se trouvant &#224; la t&#234;te de la finance, du commerce et de l'industrie et assistent &#224; l'accroissement prodigieux de leur richesse durant le si&#232;cle, ils voient se fermer devant eux les carri&#232;res militaires, la haute administration et essuient en prime des humiliations.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-72&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alors que sous le r&#232;gne de Louis XIV, des bourgeois exer&#231;aient de hautes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-72&#034;&gt;72&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; De plus, le r&#233;gime seigneurial est v&#233;cu comme une v&#233;ritable entrave &#224; la libert&#233; &#233;conomique &#224; laquelle ils aspirent. Comme le r&#233;sume si bien l'historien Ernest Labrousse : &lt;i&gt;&#171; le bourgeois de 1788 est un refoul&#233; social &#187;&lt;/i&gt;, et c'est dans ce contexte de profonds changements &#233;conomiques et sociaux, mais aussi de blocage social, et par l'opposition qu'elle rencontre, que la bourgeoisie acquiert une conscience de classe.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-73&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Pernoud, op cit, p.74&#034; id=&#034;nh2-73&#034;&gt;73&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conscience s'aiguise aussi en s'affirmant de fa&#231;on violente dans le secteur de l'industrie naissante, o&#249; la bourgeoisie rencontre l'opposition des travailleurs. Lors des gr&#232;ves, de plus en plus fr&#233;quentes &#224; partir des ann&#233;es 1770, la r&#233;pression se fait brutale : en 1786 &#224; Lyon, trois ouvriers sont pendus. Le patronat interdit tous moyens qui permettraient aux salari&#233;s de se r&#233;unir.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-74&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ariane Michaloux, &#171; La r&#233;volte des deux sous (1786) &#187;, Gavroche #2, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-74&#034;&gt;74&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Lors de l'&#233;meute qui &#233;clate &#224; la manufacture de papiers peints R&#233;veillon, &#224; Paris, en avril 1789, la r&#233;pression se solde par des centaines de morts et de bless&#233;s. Si des organisations ouvri&#232;res voient le jour, les patrons aussi se constituent en organisations et font pression pour obtenir des diminutions de salaires. En 1775, les ma&#238;tres-marchands lyonnais se coalisent pour faire baisser les salaires, et celui qui refuse se voit forc&#233; de quitter l'industrie. Cela leur permet ainsi de maintenir constamment les ouvriers dans un syst&#232;me de d&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une R&#233;volution sans lutte des classes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hazan montre que la R&#233;volution est travers&#233;e par des conflits sociaux, tels que la Grande Peur qui se r&#233;pand dans les campagnes durant l'&#233;t&#233; 1789. A ce moment les paysans attaquent et incendient des ch&#226;teaux et veulent en finir avec les droits seigneuriaux. Ainsi il r&#233;sume la situation en citant un membre de l'Assembl&#233;e constituante :&lt;i&gt;&#171; C'est la guerre des pauvres contre les riches &#187;&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-75&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. Hazan, op cit, p.71&#034; id=&#034;nh2-75&#034;&gt;75&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Il relate aussi, &#224; plusieurs reprises, des &#233;meutes, des insurrections ouvri&#232;res et paysannes. Il montre comment, &#224; la fin de l'ann&#233;e 1789, les poss&#233;dants et leur repr&#233;sentants s'&#233;vertuent &#224; tenir &#224; l'&#233;cart le &#171; bas peuple &#187; en organisant la r&#233;pression, en man&#339;uvrant pour revenir sur les maigres concessions accord&#233;es. Pourtant, Hazan r&#233;fute l'analyse en termes de lutte des classes, et contribue ainsi &#224; brouiller la compr&#233;hension du processus r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, les causes de la R&#233;volution se r&#233;sument pour lui au seul et unique probl&#232;me de la crise financi&#232;re : &lt;i&gt;&#171; Au cours des ann&#233;es 1780, malgr&#233; les tensions, malgr&#233; les conflits, tout aurait pu continuer pendant longtemps si le Tr&#233;sor royal ne s'&#233;tait pas retrouv&#233; &#224; sec, si la France n'avait pas &#233;t&#233; au bord de la faillite &#187;&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-76&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p.37&#034; id=&#034;nh2-76&#034;&gt;76&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Cette affirmation pr&#233;somptueuse pose en effet probl&#232;me et permet une fois de plus &#224; Hazan de passer aux oubliettes la mont&#233;e en puissance de la bourgeoisie, son antagonisme avec la noblesse, et les autres tensions de classe renforc&#233;es par la crise &#233;conomique qui engendre ch&#244;mage, gr&#232;ves et &#233;meutes frumentaires. Le pays est d&#233;j&#224; au bord de l'explosion,&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-77&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour comprendre le climat social fran&#231;ais &#224; la veille de la R&#233;volution, voir (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-77&#034;&gt;77&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;se lan&#231;ant dans des exp&#233;ditions punitives, et le probl&#232;me financier ne fait que pr&#233;cipiter les choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, selon lui, la bourgeoisie n'a pas d&#233;truit la f&#233;odalit&#233;, mais c'est Louis XIV qui lui porte le coup fatal&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-78&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. Hazan, op cit, p.77&#034; id=&#034;nh2-78&#034;&gt;78&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce dernier a confisqu&#233; le pouvoir politique aux nobles, mais le syst&#232;me seigneurial reste tr&#232;s ancr&#233; &#224; la veille de la R&#233;volution et c'est bien la bourgeoisie qui lui donne le coup de gr&#226;ce, avec le concours actif des paysans durant l'&#233;t&#233; 1789 (d'ailleurs qu'auraient fait les bourgeois, pendant la R&#233;volution, sans l'aide des masses populaires urbaines et rurales ? Pas grand chose...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les conflits entre les diff&#233;rentes tendances politiques au cours de la R&#233;volution, Hazan rejette encore toute analyse de classe. A commencer par l'antagonisme entre Girondins et Montagnards, qui selon l'auteur, &lt;i&gt;&#171; n'&#233;tait pas fond&#233; sur une extraction sociale diff&#233;rente &#187;&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-79&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p.190&#034; id=&#034;nh2-79&#034;&gt;79&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Bien que ces deux courants politiques recrutent leurs membres au sein de la bourgeoisie, les Girondins repr&#233;sentent avant tout la grande bourgeoisie commer&#231;ante et industrielle, alors que les Montagnards refl&#232;tent les aspirations des petits commer&#231;ants et artisans et des professions intellectuelles. Les premiers ne supportent aucune entrave &#224; la libert&#233; &#233;conomique, et refusent toute alliance avec les classes laborieuses, ce qui n'est pas le cas pour les Montagnards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la mise au pas du mouvement populaire, auquel participent les sans-culottes, des petits travailleurs ind&#233;pendants et des salari&#233;s qui souhaitent des mesures sociales allant dans leurs int&#233;r&#234;ts et la d&#233;mocratie directe, Hazan r&#233;fute l'analyse de Daniel Gu&#233;rin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-80&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Gu&#233;rin, Bourgeois et bras nus 1793-1795, Gallimard, 1973&#034; id=&#034;nh2-80&#034;&gt;80&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui voit justement une lutte de la bourgeoisie contre &#171; les bras nus &#187;. Aussi, refuse-t-il de qualifier de &#171; bourgeois &#187; Robespierre et les autres dirigeants montagnards, qui, selon lui, ne d&#233;fendent pas leurs int&#233;r&#234;ts de classe mais veulent juste r&#233;tablir l'ordre et gagner la guerre.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-81&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. Hazan, op cit, p.308&#034; id=&#034;nh2-81&#034;&gt;81&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ces derniers, durant le printemps 1794, font preuve d'une certaine conscience de classe, lorsqu'ils se confrontent aux Cordeliers, et cela n'a rien d'une &lt;i&gt;&#171; construction historique bien fragile &#187;&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-82&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p.337&#034; id=&#034;nh2-82&#034;&gt;82&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; L'aile la plus &#224; gauche des Cordeliers (ce club tout comme celui des Jacobins est d'ob&#233;dience montagnarde, mais a une audience plus populaire), les H&#233;bertistes qui ne souhaite pas l'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, a tout de m&#234;me des revendications sociales plus pouss&#233;es. Celles-ci sont redout&#233;es par les Jacobins et les Dantonistes, car elles rencontrent une forte adh&#233;sion aupr&#232;s des salari&#233;s et des petits artisans. Le risque est de se trouver face &#224; un mouvement populaire d'ampleur qui pourrait faire obstacle &#224; la r&#233;alisation des aspirations bourgeoises. Quant aux divergences entre Jacobins et Dantonistes, elles illustrent bien les divisions de la bourgeoisie, dont les membres, comme tous ceux d'un groupe partageant objectivement les m&#234;mes int&#233;r&#234;ts, ne sont pas exempts. Le fait qu'ils soient divis&#233;s sur des questions strat&#233;giques ne justifie en aucun cas la pr&#233;tendue inexistence d'une classe bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La radicalit&#233; fantasm&#233;e des Montagnards&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Montagnards appartiennent de par leur mode de vie, leurs revenus et leurs aspirations &#224; la bourgeoisie. Leur attitude, et celle particuli&#232;rement des Jacobins, note Hazan, &#233;volue sur la question &#233;conomique &#224; partir du d&#233;but de l'ann&#233;e 1793. En effet, &#224; ce moment l'agitation sociale, aviv&#233;e par la crise &#233;conomique, est grande. &lt;i&gt;&#171; &#201;branl&#233;s dans leurs convictions lib&#233;rales &#187;&lt;/i&gt;, &#233;crit l'auteur, ils se rapprochent des positions d&#233;fendues par les sans-culottes. Cette &#171; radicalisation &#187; n'a rien d'une profession de foi, et la suite des &#233;v&#233;nements le confirmera. Cet extrait d'un rapport &#233;crit par un dirigeant de la Montagne, Jean- Bon-Saint-Andr&#233;, alors en mission dans le Sud-Ouest, est parlant : &lt;i&gt;&#171; Il faut tr&#232;s imp&#233;rieusement faire vivre le pauvre, si vous voulez qu'il vous aide &#224; achever la R&#233;volution &#187;&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-83&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p.224&#034; id=&#034;nh2-83&#034;&gt;83&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Lorsque Hazan relate les attaques des Montagnards, puis la r&#233;pression contre les Enrag&#233;s, il pr&#233;f&#232;re ne pas expliquer la cause profonde de celles-ci : les premiers d&#233;fendent les int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie, alors que les seconds, le courant le plus radical du moment, revendiquent l'&#233;galit&#233; des biens, remettent en cause la propri&#233;t&#233; et critiquent la d&#233;mocratie parlementaire alors en place.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-84&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les Enrag&#233;s : Claude Guillon, Deux Enrag&#233;s de la R&#233;volution : Leclerc (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-84&#034;&gt;84&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'ils d&#233;cident d'abord de mesures sociales (qui ne sont pas toutes appliqu&#233;es), les Montagnards le font sous la pression populaire. Il leur faut aussi trouver un appui de taille afin de mener et de gagner la guerre contre les monarchies europ&#233;ennes. Le conflit arm&#233; constitue d'ailleurs un moyen de d&#233;tourner le m&#233;contentement et les aspirations populaires. En prenant des mesures telles que le maximum sur le prix des denr&#233;es de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;, les Montagnards &#233;vitent ou retardent l'explosion sociale, et s'assurent le soutien du grand nombre que constituent ouvriers et petits artisans. Ils ne veulent en aucun cas construire une r&#233;publique &#233;galitaire, mais entendent juste assurer la paix sociale. M&#234;me les d&#233;crets de Vent&#244;se, en f&#233;vrier 1794, qui pr&#233;voient &lt;i&gt;&#171; qu'il y e&#251;t des terres pour tout le monde &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-85&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. Hazan, op cit, p.348&#034; id=&#034;nh2-85&#034;&gt;85&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; n'enl&#232;vent rien au contenu bourgeois de la R&#233;volution. Cette mesure est vue comme tr&#232;s radicale par Hazan et d'autres historiens, alors que son instigateur, Saint-Just, est oppos&#233; &#224; la loi agraire, tout comme Robespierre qui d&#233;fend la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Une fois que la bourgeoisie s'est appropri&#233;e la majorit&#233; des terres, gr&#226;ce &#224; la vente des biens du clerg&#233;, cela ne lui co&#251;te gu&#232;re de redistribuer des petits lopins de terres aux plus pauvres. De plus, dans un contexte o&#249; la guerre aux fronti&#232;res fait encore rage, et o&#249; la conjoncture &#233;conomique peut encore faire redouter une explosion de m&#233;contentement, il faut calmer les esprits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Hazan parle des Montagnards et des Jacobins, il s'agit surtout des &lt;i&gt;&#171; hommes de gouvernement &#187;&lt;/i&gt; qui &lt;i&gt;&#171; tent&#232;rent de changer les r&#233;partitions, les relations et les formes de vie. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-86&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p.391&#034; id=&#034;nh2-86&#034;&gt;86&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; C'est leur pr&#234;ter de bien louables intentions et une radicalit&#233; qu'ils n'ont pas. Ces hommes, dont il s'agit, sont fortement compromis, comme nous l'avons vu, dans les int&#233;r&#234;ts qu'ils d&#233;fendent, et par l'exercice du pouvoir et de la Terreur, en tant qu'outil de r&#233;pression se retournant contre les &#233;l&#233;ments les plus r&#233;volutionnaires et comme &#233;l&#233;ment contribuant &#224; concentrer de plus en plus le pouvoir. Hazan fait l'impasse sur cet aspect du terrorisme de l'an II, m&#234;me s'il rappelle justement qu'il y a une construction id&#233;ologique autour de la Terreur, apr&#232;s Thermidor, afin de disqualifier les aspects les plus radicaux de la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, il y a des Montagnards plus avanc&#233;s, tels que Buonarroti, Babeuf et d'autres qui participeront &#224; la Conspiration des &#201;gaux, en 1796. Mais il n'en n'est pas question ici, puisque Hazan cl&#244;t son r&#233;cit de la R&#233;volution au 9 Thermidor.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-87&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;27 juillet 1794, date &#224; laquelle furent renvers&#233;s les robespierristes alors (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-87&#034;&gt;87&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Pour lui, cette date repr&#233;sente une rupture et la fin de &lt;i&gt;&#171; la phase incandescente &#187;&lt;/i&gt; de la R&#233;volution. Ce moment est bien une &#233;tape de franchie dans le processus contre-r&#233;volutionnaire, mais ce qu' oublie de dire Hazan est que celui-ci a d&#233;but&#233; des mois auparavant avec l'&#233;limination des Enrag&#233;s, la mise au pas du mouvement populaire, la fermeture des clubs de femmes, etc. Robespierre et ses compagnons souhaitent terminer, et si possible rapidement, la r&#233;volution. En t&#233;moigne le dernier discours non prononc&#233; du 9 thermidor de Saint-Just&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-88&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Saint-Just, &#171; Discours du 9 thermidor an II &#187;, &#338;uvres compl&#232;tes, Gallimard, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-88&#034;&gt;88&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui va dans le sens de la conciliation et de la mesure afin de parachever les institutions de la R&#233;publique. Aussi, pr&#233;c&#233;demment, ce dernier a &#339;uvr&#233; de son mieux &#224; la r&#233;conciliation entre les comit&#233;s. Cela traduit bien l'urgence qu'ont les bourgeois de trouver un minimum de base commune pour asseoir les acquis de la R&#233;volution, finir la guerre et trouver ensemble une issue valable, apr&#232;s les &#226;pres divisions du printemps 1794.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une Histoire de la R&#233;volution fran&#231;aise&lt;/i&gt; est une r&#233;futation de la lutte des classes qui ne s'appuie pas sur les faits historiques, mais sur un discours id&#233;ologique dont le but est d'en finir avec l'analyse marxiste, r&#233;duite d'ailleurs volontairement au &lt;strong&gt;&#171; marxisme de caserne &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-89&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. Hazan, op cit, p.77&#034; id=&#034;nh2-89&#034;&gt;89&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est-&#224;-dire l'Union sovi&#233;tique, le Parti communiste et le stalinisme. Pour Hazan, &lt;strong&gt;&#171; il y avait bien des riches et des pauvres &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-90&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p.78&#034; id=&#034;nh2-90&#034;&gt;90&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais pas de classes. En effet, son analyse de la soci&#233;t&#233; &#224; la fin du XVIIIe si&#232;cle passe sous silence le rapport capital-travail. Le probl&#232;me r&#233;siderait donc dans une mauvaise r&#233;partition des richesses et non dans les rapports de production. Ainsi, il n'y aurait pas des exploit&#233;s, mais seulement des opprim&#233;s, majoritaires, parmi lesquels les int&#233;r&#234;ts des salari&#233;s et de la classe moyenne convergeraient, face &#224; quelques financiers. Cette analyse est tr&#232;s symptomatique de la p&#233;riode que nous vivons et refl&#232;te bien le niveau des luttes actuelles. Pour Hazan il n'y a pas plus de lutte des classes en 1789 qu'en 2013, et c'est bien l&#224; le probl&#232;me. En niant le contenu bourgeois de la R&#233;volution, Hazan, se fait l'&#233;cho de Fran&#231;ois Furet et autres historiens lib&#233;raux ou &#171; r&#233;visionnistes &#187;, qui soutiennent que la R&#233;volution n'est pas le fruit d'une lutte des classes entre la bourgeoisie et la noblesse. Ces derniers d&#233;fendent aussi l'id&#233;e que l'&#233;volution de la R&#233;volution &#224; partir de 1791 correspond &#224; un &#171; d&#233;rapage &#187;, d&#251; &#224; l'intrusion dans le processus r&#233;volutionnaire des masses laborieuses. Au contraire, Hazan pense que la participation de ces derni&#232;res &#224; la R&#233;volution a &#233;t&#233; positive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, en &#233;rigeant les dirigeants montagnards en champions de la radicalit&#233;, il se situe dans la droite ligne de l'historiographie jacobine et finalement du jacobinisme et de ses avatars actuels qui n'ont rien d'autre &#224; proposer qu'un r&#233;formisme d&#233;mocratique, dont le but n'est en aucun cas de supprimer les contradictions inh&#233;rentes &#224; la soci&#233;t&#233; de classes, mais bien de pr&#233;server cette derni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;CHRONOLOGIE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La chronologie apr&#232;s le 10 ao&#251;t 1792 est parfois sommaire, elle sera compl&#233;t&#233;e dans la seconde brochure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1787&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22 f&#233;vrier : R&#233;union de l'Assembl&#233;e des notables (renvoy&#233;e le 25 mai)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juin : &#201;dits r&#233;formateurs de Lom&#233;nie de Brienne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16 juillet : Le parlement de Paris en appelle aux &#201;tats g&#233;n&#233;raux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 ao&#251;t : Exil du parlement de Paris &#224; Troyes, puis son rappel (4 septembre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1788&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Printemps et &#233;t&#233; : &#201;meutes en province, r&#233;sistance des parlements &#224; la r&#233;forme judiciaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 juin : Journ&#233;es des tuiles &#224; Grenoble&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21 juillet : Assembl&#233;e de Vizille&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 ao&#251;t : Convocation des &#201;tats g&#233;n&#233;raux pour le 1er mai 1789&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24-25 ao&#251;t : Rappel de Necker, les droits des parlements sont r&#233;tablis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 octobre : Seconde Assembl&#233;e des notables&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1789&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Janvier : &#201;meutes en Bretagne, nombreuses brochures (Mirabeau, Desmoulins, Robespierre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#233;vrier-Mars : R&#233;daction des cahiers de dol&#233;ances par ordre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mars : &#201;lections aux &#201;tats g&#233;n&#233;raux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mars &#224; mai : R&#233;voltes agraires en Provence, Cambr&#233;sis et Picardie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27-28 avril : &#201;meutes contre R&#233;veillon, patron d'une manufacture de papier peints employant 300 ouvriers au faubourg St Antoine &#224; Paris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30 avril : Formation du club breton qui deviendra le club jacobin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 mai : Ouverture des &#201;tats-g&#233;n&#233;raux &#224; Versailles en pr&#233;sence des d&#233;put&#233;s du clerg&#233;, de la noblesse et du tiers &#233;tat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17 juin : Les d&#233;put&#233;s du tiers &#233;tat, qui se voient refuser le vote par t&#234;te (1 vote par d&#233;put&#233;) au nom du vote par ordre, se proclament &#171; Assembl&#233;e nationale &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20 juin : Serment du Jeu de Paume (serment de ne pas se s&#233;parer sans donner une constitution &#224; la France)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23 juin : Le roi ordonne aux d&#233;put&#233;s de se disperser ; refus d'obtemp&#233;rer des d&#233;put&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27 juin : Le roi engage le clerg&#233; et la noblesse &#224; se r&#233;unir au Tiers (r&#233;union des 3 ordres)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 juillet : L'assembl&#233;e se d&#233;clare Assembl&#233;e nationale constituante&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 juillet : Louis XVI renvoie Necker et fait rappeler la troupe, troubles dans Paris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 juillet : Troubles parisiens au Palais-Royal ; charge du Royal-Allemand&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 juillet : Prise de la Bastille&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 juillet : La Fayette prend la t&#234;te de la garde nationale parisienne (milice bourgeoise)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du 15 juillet &#224; la fin du mois : &#171; R&#233;volution municipale &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16 juillet : Rappel de Necker ; le roi renvoie la troupe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20 juillet : D&#233;but de la Grande Peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;t&#233; : &#171; Grande Peur &#187;, les paysans s'attaquent aux ch&#226;teaux et br&#251;lent les actes seigneuriaux, constitution de municipalit&#233;s et de gardes nationales dans toute la France&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 ao&#251;t : L'Assembl&#233;e nationale ent&#233;rine l'abolition du r&#233;gime f&#233;odal et de certains droits seigneuriaux&lt;br class='autobr' /&gt;
24 ao&#251;t : Libert&#233; de la presse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26 ao&#251;t : Vote de la &lt;i&gt;D&#233;claration des droits de l'Homme et du Citoyen&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1er octobre : Banquet des gardes du corps et du r&#233;giment de Flandres qui provoque la col&#232;re du peuple &#224; cause de leurs propos contre-r&#233;volutionnaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5-6 octobre : Marche des femmes sur Versailles, le roi et l'Assembl&#233;e sont ramen&#233;s &#224; Paris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19 octobre : Fondation du club des Jacobins&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21 octobre : Vote de la loi martiale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 novembre : Les biens du clerg&#233; sont mis &#224; disposition de la nation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 d&#233;cembre : Cr&#233;ation des d&#233;partements (fix&#233;s le 26 f&#233;vrier 1790)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1790 &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Janvier : Jacqueries en Quercy, P&#233;rigord, Bretagne, Versailles, Auvergne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 f&#233;vrier : Fondation par Claude Dansart de la premi&#232;re Soci&#233;t&#233; fraternelle des deux sexes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 f&#233;vrier : Interdiction des v&#339;ux monastiques perp&#233;tuels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avril-juin : Troubles dans le Sud-Est, bagarres &#224; N&#238;mes (6 avril-13 juin) et Montauban (10 mai) entre protestants et catholiques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 mars : Abolition des droits seigneuriaux (sous condition de rachat)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17 avril : L'assignat re&#231;oit cours de monnaie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27 avril : Cr&#233;ation du club des Cordeliers&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29 avril : Libert&#233; du commerce des grains&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 mai : Organisation de la vente des biens nationaux (biens du clerg&#233; puis plus tard des &#233;migr&#233;s)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21 mai : L'Assembl&#233;e se divise Paris en 48 sections&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10-12 juin : Soul&#232;vement en Avignon en faveur du rattachement &#224; la France&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 juillet :Vote de la Constitution civile du clerg&#233;, les pr&#234;tres doivent pr&#234;ter serment &#224; la Constitution&lt;br class='autobr' /&gt;
14 juillet : F&#234;te de la F&#233;d&#233;ration&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18 ao&#251;t : Premier camp de Jal&#232;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31 ao&#251;t : A Nancy, les soldats suisses r&#233;volt&#233;s (le 6 ao&#251;t) de Ch&#226;teauvieux sont massacr&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 septembre : &#201;meutes du pain et r&#233;pression &#224; Angers (51 morts)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29 octobre : Les mul&#226;tres se r&#233;voltent &#224; Saint-Domingue, 25 novembre soul&#232;vement des esclaves noirs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 d&#233;cembre : Lettre de Louis XVI au roi de Prusse pour demander un Congr&#232;s europ&#233;en des puissances face &#224; la R&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1791&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 mars : La loi d'Allarde supprime les corporations&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 mars : Le pape condamne la Constitution civile du clerg&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 mai : La municipalit&#233; de Paris interdit aux ouvriers de se rassembler&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7-15 mai : D&#233;bat sur les colonies et les droits des hommes de couleur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 juin : La loi Le Chapelier interdit les coalitions ouvri&#232;res et les gr&#232;ves&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20-21 juin : Fuite du roi et de sa famille, arrestation &#224; Varennes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin juin : Campagne pour la d&#233;ch&#233;ance de la monarchie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16 juillet : Les &#171; Feuillants &#187; se s&#233;parent du club des Jacobins&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17 juillet : Massacre du Champs-de-Mars, o&#249; 20 000 Parisiens se sont rassembl&#233;s pour demander la R&#233;publique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin juillet : R&#233;pression du mouvement d&#233;mocratique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22 ao&#251;t : Radicalisation de la r&#233;volte des Noirs &#224; Saint-Domingue&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27 ao&#251;t : D&#233;claration de Pillnitz, mise en garde des puissances europ&#233;ennes contre la R&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 septembre : Vote de la premi&#232;re constitution fran&#231;aise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1er octobre : Ouverture de l'Assembl&#233;e l&#233;gislative&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16 octobre : Troubles en Avignon, massacre de la &#171; Glaci&#232;re &#187; en r&#233;ponse &#224; l'assassinat d'un patriote&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 novembre : D&#233;cret de l'Assembl&#233;e contre les &#233;migr&#233;s (veto royal)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29 novembre : D&#233;cret contre les pr&#234;tres r&#233;fractaires (veto royal)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 d&#233;cembre : Formation d'un minist&#232;re feuillant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 d&#233;cembre 1791-2 janvier 1792 : Discours de Robespierre contre la guerre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1792&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23 janvier : Troubles &#224; Paris contre le prix du sucre et du caf&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#233;vrier-mars : Taxations sur les march&#233;s et troubles agraires dans les campagnes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 f&#233;vrier : Les biens des &#233;migr&#233;s sont d&#233;clar&#233;s biens nationaux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin f&#233;vrier-d&#233;but mars : Troubles contre-r&#233;volutionnaires en Loz&#232;re, en Dauphin&#233;, conspiration de la Rouerie dans l'Ouest&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23 mars : Minist&#232;re girondin avec Roland et Clavi&#232;re (renvoy&#233; le 12 juin)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20 avril : La guerre est d&#233;clar&#233;e au &#171; roi de Boh&#234;me et de Hongrie &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28-29 avril : Revers &#224; la fronti&#232;re, le g&#233;n&#233;ral Dillon est tu&#233; par la troupe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16 mai : Pourparlers secrets de La Fayette avec les Autrichiens, arr&#234;t de fait des hostilit&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 juin : Projet de lev&#233;e de 20 000 f&#233;d&#233;r&#233;s (veto royal)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20 juin : Le peuple parisien envahit les Tuileries et demande les d&#233;crets sur les F&#233;d&#233;r&#233;s et contre les pr&#234;tres r&#233;fractaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 juillet : L'Assembl&#233;e d&#233;clare la &#171; Patrie en danger &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17 juillet : A Paris, les F&#233;d&#233;r&#233;s demandent la suspension du roi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25 juillet : Manifeste de Brunswick, qui menace Paris de repr&#233;sailles exemplaires si le roi et sa famille se voyaient inqui&#233;t&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 ao&#251;t : 47 sections sur 48 demandent la d&#233;ch&#233;ance du roi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 ao&#251;t : Prise des Tuileries par le peuple de Paris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 ao&#251;t : La famille royale est enferm&#233;e &#224; la prison du Temple. D&#233;cision de l'&#233;lection d'une Convention nationale au suffrage universel masculin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 ao&#251;t : Partage des communaux, mise en vente des biens des &#233;migr&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23 ao&#251;t : Capitulation de Longwy&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 septembre : Capitulation de Verdun&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2-5 septembre : Massacres de pr&#234;tres, nobles et suspects dans les prisons de la capitale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20 septembre : Victoire de Valmy, loi sur le divorce&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21 septembre : Ouverture de la Convention nationale. Sous la pression populaire, elle abolit la monarchie et proclame la R&#233;publique. Le 22 l'an I de la r&#233;publique est proclam&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1er octobre : Cr&#233;ation du comit&#233; de s&#251;ret&#233; g&#233;n&#233;rale et de surveillance&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 octobre : Rupture entre Girondins et Jacobins&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Octobre-d&#233;cembre : S&#233;rie de victoires de l'arm&#233;e fran&#231;aise (Jemmapes, Belgique...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 d&#233;cembre : Proc&#232;s de Louis XVI&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1793&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21 janvier : Louis XVI est guillotin&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1er f&#233;vrier : D&#233;claration de guerre &#224; l'Angleterre et la Hollande&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23 f&#233;vrier : Lev&#233;e de 300 000 hommes. Ce d&#233;cret provoque des soul&#232;vements dans les campagnes, notamment en Vend&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25-27 f&#233;vrier : pillage d'&#233;piceries &#224; Paris pour protester contre le prix du savon et du sucre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1er mars : La Convention d&#233;cr&#232;te l'annexion de la Belgique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 mars : D&#233;claration de guerre &#224; l'Espagne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 mars : Cr&#233;ation du tribunal r&#233;volutionnaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 mars : D&#233;but de la guerre de Vend&#233;e, les difficult&#233;s &#233;conomiques s'aggravent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21 mars : Cr&#233;ation des Comit&#233;s r&#233;volutionnaires de surveillance dans les communes et les sections&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 avril : Cr&#233;ation du Comit&#233; de Salut public&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 mai : Premier maximum sur le prix des grains&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20 mai : La Convention d&#233;cr&#232;te un emprunt forc&#233; sur les riches d'un milliard de livres&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29 mai : Les Lyonnais mod&#233;r&#233;s prennent les armes contre la municipalit&#233; jacobine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31 mai : Insurrection contre les Girondins &#224; Paris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 juin : Sous la pression des sans-culottes, arrestation des d&#233;put&#233;s Girondins &#224; la Convention&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 juin : R&#233;voltes f&#233;d&#233;ralistes &#224; Marseille, Toulouse et N&#238;mes contre la Convention en soutien aux Girondins&lt;br class='autobr' /&gt;
24 juin : Adoption de la constitution de 1793&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26-28 juin : Pillages dans Paris provoqu&#233;s par le prix du savon&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 juillet : Renouvellement du Comit&#233; de Salut public, Danton est exclu&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 juillet : R&#233;volte de Toulon contre la Convention&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 juillet : Assassinat &#224; Paris de Marat par Charlotte Corday&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17 juillet : Abolition de toutes les redevances f&#233;odales&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27 juillet : &#201;lection de Robespierre au Comit&#233; de Salut public&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 ao&#251;t : 20 000 hommes sont envoy&#233;s contre Lyon insurg&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23 ao&#251;t : Lev&#233;e en masse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 septembre : Pression populaire sur la Convention et d&#233;but de la Terreur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 septembre : Arrestation de Jacques Roux, principale figure des Enrag&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 septembre : Maximum sur le prix des grains&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17 septembre : Loi sur les suspects&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29 septembre : Loi sur le maximum g&#233;n&#233;ral des denr&#233;es de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; et des salaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 octobre : Prise de Lyon par les troupes fid&#232;les &#224; la Convention&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 octobre : D&#233;cret d&#233;clarant que &#171; le gouvernement est r&#233;volutionnaire jusqu'&#224; la paix &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16 octobre : Ex&#233;cution de la reine Marie-Antoinette&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24-31 octobre : Proc&#232;s puis ex&#233;cution des dirigeants girondins&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 novembre : D&#233;but officiel de la d&#233;christianisation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20 novembre : D&#233;but de la campagne des Indulgents (Danton et Desmoulins)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21 novembre : Discours de Robespierre contre l'ath&#233;isme et la d&#233;christianisation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 d&#233;cembre : Organisation du gouvernement r&#233;volutionnaire (entre le Comit&#233; de Salut public et le Comit&#233; de S&#251;ret&#233; g&#233;n&#233;ral)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1794&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 f&#233;vrier : Abolition de l'esclavage dans les colonies&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 f&#233;vrier : Suicide de Jacques Roux en prison&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 Mars : Arrestation de H&#233;bert et de ses partisans&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26 f&#233;vrier au 3 mars : D&#233;crets de vent&#244;se sur les suspects, confiscation de leurs biens au profit des pauvres et des volontaires de l'arm&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30 mars : Arrestation des Indulgents, dont Desmoulins et Danton&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 avril : Discours de Saint-Just r&#233;clamant un accroissement des pouvoirs du Comit&#233; de Salut public&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 mai : Rapport sur les moyens d' &#171; extirper la mendicit&#233; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 juin : F&#234;te de l'&#202;tre Supr&#234;me&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 juin : Loi de prairial. D&#233;but de la &#171; Grande Terreur &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26 juin : Victoire de Fleurus, le territoire est lib&#233;r&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27-28 juillet (9 Thermidor an II) : Robespierre, Saint-Just et leurs partisans sont arr&#234;t&#233;s et guillotin&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 novembre : Fermeture du club des Jacobins&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 d&#233;cembre : Retour &#224; la Convention des d&#233;put&#233;s girondins exclus le 2 juin 1793&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24 d&#233;cembre : Abolition du maximum&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1795&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 mars : Arrestation et mise en accusation des Montagnards Bar&#232;re, Billaud-Varenne et Collot d'Herbois&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1er-2 avril : Insurrection populaire de germinal &#224; Paris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 avril : Loi d&#233;sarmant les terroristes et les assignant &#224; r&#233;sidence&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 mai : Massacre des Jacobins emprisonn&#233;s &#224; Lyon&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20-23 mai : Journ&#233;es insurrectionnelles de prairial &#224; Paris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 juin : Massacre des Jacobins &#224; Marseille&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22 ao&#251;t : La Convention adopte la Constitution de l'an III qui r&#233;tablit le suffrage censitaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 octobre :Tentative de coup d'&#201;tat royaliste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31 octobre : Mise en place du Directoire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16 novembre : Ouverture du Club du Panth&#233;on (Babeuf)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1796&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19 f&#233;vrier : Fin des assignats&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28 f&#233;vrier : Bonaparte ferme le Club du Panth&#233;on&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mars : D&#233;but de la Campagne d'Italie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30 mars : Formation du &#171; comit&#233; insurrecteur &#187; des &#201;gaux par Babeuf et ses amis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 mai : Arrestation de Babeuf et de ses amis, &#233;chec de la &#171; conjuration des &#201;gaux &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 septembre : Affaire du camps de Grenelle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1797&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 f&#233;vrier : Retour officiel au num&#233;raire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27 mai : Ex&#233;cution de Gracchus Babeuf&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 septembre : Coup d'&#201;tat antiroyaliste de fructidor&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1798&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 mai : Suite aux &#233;lections, invalidation massive des &#233;lus n&#233;o-jacobins&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1er juillet : L'arm&#233;e fran&#231;aise sous la conduite de Bonaparte d&#233;barque &#224; Alexandrie en &#201;gypte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 septembre : Loi sur la conscription&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1799&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 juillet : Fondation du club jacobin du Man&#232;ge &#224; Paris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24 ao&#251;t : Bonaparte quitte l'&#201;gypte pour rentrer en France&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9-10 novembre : Coup d'&#201;tat du 18 Brumaire par Napol&#233;on Bonaparte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 novembre : Trois consuls provisoires dont Bonaparte sont d&#233;sign&#233;s&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http: //classesenlutte1789.noblogs.org" class="spip_out"&gt;http: //classesenlutte1789.noblogs.org&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;E. Hobsbawm, &lt;i&gt;L'&#200;re des r&#233;volutions&lt;/i&gt;, &#201;ditions Complexe, 2000, p.37&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Edward P. Thompson, &lt;i&gt;La Formation de la classe ouvri&#232;re anglaise&lt;/i&gt;, Seuil, 2012&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fernand Braudel et Ernest Labrousse, &lt;i&gt;Histoire &#233;conomique et sociale de la France 1660-1789&lt;/i&gt;, PUF, 1970, p.155&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Arlette Farge, &lt;i&gt;La vie fragile, violence, pouvoirs et solidarit&#233;s &#224; Paris au XVIIIe si&#232;cle&lt;/i&gt;, Hachette, 1986, p.127-128&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Becchia, &lt;i&gt;Modernit&#233;s de l'Ancien R&#233;gime (1750-1789)&lt;/i&gt;, Presses universitaires de Rennes, 2012, p.79&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Becchia, &lt;i&gt;Modernit&#233;s de l'Ancien R&#233;gime (1750-1789)&lt;/i&gt;, Presses universitaires de Rennes, 2012, p.79&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La Naissance de la classe ouvri&#232;re &#187;, &lt;i&gt;Le Mouvement social&lt;/i&gt; n&#176;97, octobre-d&#233;cembre, 1976, p.12&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A. Becchia, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p.425&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Albert Soboul, &lt;i&gt;La R&#233;volution fran&#231;aise&lt;/i&gt;, Gallimard, 1981, p.63&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Vovelle, &lt;i&gt;La Chute de la monarchie&lt;/i&gt;, 1787-1792, Seuil, 1972, p.26&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Laurent Coste, &lt;i&gt;Les bourgeoisies en France, du XVIe au milieu du XIXe si&#232;cle&lt;/i&gt;, A. Colin, 2013, p.10&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M. Biard, P. Bourdin, S. Marzagalli, &lt;i&gt;R&#233;volution, Consulat, Empire&lt;/i&gt;, Belin, 2009, p.19&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R&#233;gine Robin, &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; fran&#231;aise en 1789 : Semur en Auxois&lt;/i&gt;, Plon, 1970&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Nicolas, &lt;i&gt;La R&#233;bellion fran&#231;aise. Mouvements populaire et conscience sociale 1661-1789&lt;/i&gt;, Gallimard, Folio, 2008&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Branciard, &lt;i&gt;Soci&#233;t&#233; fran&#231;aise et luttes de classes 1789-1914&lt;/i&gt;, Chronique sociale de France, 1967, p.11&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; L' &#171; &#233;conomie morale &#187; et la guerre des farines de 1775 &#187;, Collectif, &lt;i&gt;La Guerre du bl&#233; au XVIIIe si&#232;cle. La critique populaire contre le lib&#233;ralisme &#233;conomique au XVIIIe si&#232;cle&lt;/i&gt;, Les &#201;ditions de la Passion, 1988&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Nicolas, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 404&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p.406-407&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Serge Chassagne, Le coton et ses patrons, France, 1760-1840, EHESS, 1991, p.176&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Serge Chassagne, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p.169-170&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p.174-175&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ariane Michaloux, &#171; La r&#233;volte des deux sous (1786) &#187;, &lt;i&gt;Gavroche&lt;/i&gt; n&#176;2, F&#233;vrier-mars, 1982&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Georges Duby et Michelle Perrot, &lt;i&gt;Histoire des femmes en Occident, XVIe-XVIIIe si&#232;cles&lt;/i&gt;, Plon, 1991, p.29&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Arlette Farge, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p.31-32&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A. Becchia, op. cit., p.424&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M. Vovelle, op. cit., p.104-105&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A. Soboul, &lt;i&gt;La R&#233;volution fran&#231;aise&lt;/i&gt;, Gallimard, 1981, p.141&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M. Vovelle, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p.116&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;E. Hobsbawm, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p.33-34&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A. Becchia, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p.135&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Collectif, &lt;i&gt;La Guerre du bl&#233; au XVIIIe si&#232;cle, op. cit.&lt;/i&gt;, p.121&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Pierre Allinne, &#171; &#201;meutes anciennes ou &#233;meutes nouvelles ? A propos des bris de machines textiles &#224; Rouen pendant l'&#233;t&#233; 1789 &#187;, &lt;i&gt;Annales de Normandie n&#176;31, mars 1981&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A. Soboul, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p.157&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;T. Tackett, &#171; La Grande Peur et le complot aristocratique sous la R&#233;volution fran&#231;aise &#187;, &lt;i&gt;Annales historiques de la R&#233;volution Fran&#231;aise&lt;/i&gt; n&#176;335, 2004&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A. Soboul, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p.158&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G. Lefebvre, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p.146&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A. Soboul, &lt;i&gt;op.cit.&lt;/i&gt;, p.166&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p.188&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p.189&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p.217&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Guerre du bl&#233;&lt;/i&gt;, p.123&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;T. Tackett, &lt;i&gt;Le Roi s'enfuit, Varennes et l'origine de la Terreur&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2004, p.121&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-44&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-44&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;T. Tackett, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p.75&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-45&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-45&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;45&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p.141-142&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-46&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-46&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;46&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M. Vovelle, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p.164&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-47&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-47&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;47&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;T. Tackett, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p.175&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-48&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-48&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;48&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur l'Angleterre et l'Irlande voir la contribution de Marc B&#233;lissa, &#171; R&#233;voltes et r&#233;volution en Angleterre et en Irlande, 1773-1802 &#187;, &lt;i&gt;R&#233;voltes et r&#233;volutions de 1773 &#224; 1802, Europe, Russie, Am&#233;riques&lt;/i&gt;, &#233;ditions du Temps, 2004&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-49&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-49&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-49&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;49&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M. Vovelle, op. cit., p.159&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-50&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-50&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-50&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;50&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marita Gilli, &#171; Pens&#233;e et pratique r&#233;volutionnaires &#224; la fin du XVIIIe si&#232;cle en Allemagne &#187;, &lt;i&gt;Annales litt&#233;raires de l'Universit&#233; de Besan&#231;on&lt;/i&gt;, vol.285, 1983&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-51&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-51&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-51&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;51&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Florence Gauthier, &#171; La R&#233;volution abolit l'esclavage &#187;, &lt;i&gt;R&#233;voltes et r&#233;volutions de 1773 &#224; 1802 Europe, Russie, Am&#233;riques&lt;/i&gt;, &#201;ditions du Temps, 2004, p.88&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-52&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-52&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-52&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;52&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p.90&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-53&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-53&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-53&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;53&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;E. Hazan, &lt;i&gt;Une Histoire de la R&#233;volution fran&#231;aise&lt;/i&gt;, La Fabrique, 2012, p.130&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-54&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-54&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-54&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;54&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;F. Attar, &lt;i&gt;La R&#233;volution fran&#231;aise d&#233;clare la guerre &#224; l'Europe&lt;/i&gt;, &#201;ditions Complexe, 1992, p.124&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-55&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-55&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-55&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;55&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A. Soboul, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p.235&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-56&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-56&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-56&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;56&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Albert Mathiez, &lt;i&gt;La Vie ch&#232;re et le mouvement social sous la Terreur&lt;/i&gt;, Payot, 1927, p.45&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-57&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-57&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-57&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;57&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;F. Attar, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p.132&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-58&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-58&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-58&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;58&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;S. Zizek, &lt;i&gt;Robespierre : entre vertu et terreur&lt;/i&gt;, Stock, 2008 (&lt;i&gt;Sur la guerre&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-59&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-59&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-59&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;59&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M. Belissa et Y. Bosc, &lt;i&gt;Robespierre, La fabrication d'un mythe&lt;/i&gt;, Ellipses, 2013, p. 61&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-60&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-60&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-60&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;60&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Albert Mathiez, &lt;i&gt;La R&#233;volution fran&#231;aise. Tome I. La Chute de la royaut&#233; (1787-1792)&lt;/i&gt;, A. Colin, 1958, p.201&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-61&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-61&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-61&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;61&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Albert Mathiez, &lt;i&gt;La Vie ch&#232;re et le mouvement social sous la Terreur&lt;/i&gt;, Payot, Paris, 1927, p.32-33&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-62&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-62&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-62&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;62&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M. Vovelle, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p.246&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-63&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-63&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-63&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;63&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A.Soboul, &lt;i&gt;Les Sans-culottes parisiens de l'an II. Mouvement populaire et gouvernement r&#233;volutionnaire (1793- 1794)&lt;/i&gt;, Seuil, 1968, p.26&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-64&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-64&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-64&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;64&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Maurice Dommanget, &lt;i&gt;1793 Les Enrag&#233;s contre la vie ch&#232;re&lt;/i&gt;, Spartacus, p.22-23&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-65&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-65&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-65&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;65&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vovelle, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p.238&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-66&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-66&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-66&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;66&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fran&#231;ois de Jouvenel, &#171; Les Camps de Jal&#232;s (1790-1792), &#233;pisodes contre-r&#233;volutionnaires ? &#187;, &lt;i&gt;Annales historiques de la R&#233;volution fran&#231;aise&lt;/i&gt; n&#176;337, juillet-sept 2004&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-67&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-67&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-67&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;67&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J.C Martin, &lt;i&gt;Contre-r&#233;volution, R&#233;volution et Nation en France 1789-1799&lt;/i&gt;, Seuil, 1998, p.122-123&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-68&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-68&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-68&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;68&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;ric Hazan, &lt;i&gt;Une Histoire de la R&#233;volution fran&#231;aise&lt;/i&gt;, La Fabrique, 2013, p.31&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-69&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-69&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-69&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;69&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p.78&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-70&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-70&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-70&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;70&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p.78&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-71&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-71&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-71&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;71&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R&#233;gine Pernoud, &lt;i&gt;La Bourgeoisie&lt;/i&gt;, Puf, 1985, pp. 43-48&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-72&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-72&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-72&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;72&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alors que sous le r&#232;gne de Louis XIV, des bourgeois exer&#231;aient de hautes fonctions, jouissaient de reconnaissance, connaissaient un r&#233;el &#233;panouissement et pouvaient &#234;tre anoblis.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-73&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-73&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-73&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;73&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Pernoud, &lt;i&gt;op cit&lt;/i&gt;, p.74&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-74&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-74&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-74&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;74&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ariane Michaloux, &lt;i&gt;&#171; La r&#233;volte des deux sous (1786) &#187;&lt;/i&gt;, Gavroche #2, f&#233;vrier-mars, 1982&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-75&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-75&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-75&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;75&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;E. Hazan, &lt;i&gt;op cit&lt;/i&gt;, p.71&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-76&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-76&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-76&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;76&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p.37&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-77&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-77&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-77&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;77&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour comprendre le climat social fran&#231;ais &#224; la veille de la R&#233;volution, voir &lt;i&gt;La r&#233;bellion fran&#231;aise&lt;/i&gt; de Jean Nicolas, Gallimard, 2008, qui recense de 1765 &#224; mai 1789 : 3350 &#171; &#233;motions populaires &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-78&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-78&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-78&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;78&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;E. Hazan, &lt;i&gt;op cit&lt;/i&gt;, p.77&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-79&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-79&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-79&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;79&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p.190&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-80&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-80&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-80&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;80&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Gu&#233;rin, &lt;i&gt;Bourgeois et bras nus 1793-1795&lt;/i&gt;, Gallimard, 1973&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-81&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-81&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-81&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;81&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;E. Hazan, &lt;i&gt;op cit&lt;/i&gt;, p.308&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-82&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-82&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-82&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;82&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p.337&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-83&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-83&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-83&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;83&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p.224&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-84&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-84&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-84&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;84&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur les Enrag&#233;s : Claude Guillon, &lt;i&gt;Deux Enrag&#233;s de la R&#233;volution : Leclerc de Lyon et Pauline L&#233;on&lt;/i&gt;, La Digitale, 1993 et &lt;i&gt;Notre patience est &#224; bout, 1792-1793, les &#233;crits des Enrag&#233;(e)s&lt;/i&gt;, Imho, 2009&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-85&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-85&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-85&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;85&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;E. Hazan, &lt;i&gt;op cit&lt;/i&gt;, p.348&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-86&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-86&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-86&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;86&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p.391&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-87&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-87&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-87&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;87&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;27 juillet 1794, date &#224; laquelle furent renvers&#233;s les robespierristes alors au Gouvernement r&#233;volutionnaire&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-88&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-88&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-88&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;88&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Saint-Just, &#171; Discours du 9 thermidor an II &#187;, &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Gallimard, p.769&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-89&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-89&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-89&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;89&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;E. Hazan, &lt;i&gt;op cit&lt;/i&gt;, p.77&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-90&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-90&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-90&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;90&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p.78&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Crise, totalitarisme, luttes sociales et de classe en Gr&#232;ce</title>
		<link>https://www.infokiosques.net/spip.php?article1123</link>
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		<dc:date>2014-09-12T11:30:23Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Collectif anarchiste Cercle de Feu</dc:creator>


		<dc:subject>Anarchismes, anarchie</dc:subject>
		<dc:subject>Squat, logement</dc:subject>
		<dc:subject>Communismes</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ves et luttes des classes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Apr&#232;s la r&#233;volte de d&#233;cembre [2008] et au milieu d'une&lt;br class='autobr' /&gt;
crise g&#233;n&#233;ralis&#233;e du syst&#232;me, il est indispensable pour les anarchistes de diffuser le plus largement possible leur discours et leurs positions, &#224; travers leur pr&#233;sence politiquement distincte et leur intervention dans les luttes sociales et de classe, dans le but de contribuer &#224; la radicalisation de ces derni&#232;res, &#224; leur connexion ainsi qu'au renforcement des ruptures que celles-ci sont capables de cr&#233;er avec le r&#233;gime. Mais cette pr&#233;sence et cette intervention ne doivent pas &#234;tre momentan&#233;es et occasionnelles ; elles doivent &#234;tre durables et organis&#233;es. Pour contribuer &#224; la cr&#233;ation d'un mouvement r&#233;volutionnaire massif capable de renverser l'Etat et le capital, ouvrant le chemin vers l'Anarchie et le Communisme. &#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique7" rel="directory"&gt;C&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Anarchismes, anarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot5" rel="tag"&gt;Squat, logement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot14" rel="tag"&gt;Communismes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot95" rel="tag"&gt;Gr&#232;ves et luttes des classes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L106xH150/arton1123-054a8.jpg?1781147801' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1123.jpg?1403173463&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;ENTRETIEN&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand le collectif Cercle de feu s'est-il cr&#233;&#233; et dans quels champs intervient-il ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : Le collectif politique anarchiste Cercle de feu &#171; loge &#187; dans le squat de Lelas Karagianni, le plus ancien squat de Gr&#232;ce qui date de 1988. L'histoire du collectif est &#233;troitement li&#233;e &#224; celle du squat. Le Cercle de feu s'est cr&#233;&#233; en 2006. Il est issu de la rencontre du groupe anarchiste qui existait d&#233;j&#224; dans le squat avec des compagnons de l'Assembl&#233;e Ouverte d'Anarchistes/Anti-autoritaires de l'&#233;poque. Il tire son nom du magazine Cercle de feu qui &#233;tait publi&#233; par le collectif Cercle d'anarchistes &#224; la fin des ann&#233;es 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C : Le noyau de pens&#233;e politique de ce groupe remonte &#224; tr&#232;s loin et le collectif d'aujourd'hui est form&#233; de compagnons qui se sont rencontr&#233;s dans des luttes et des processus collectifs auxquels les gens du squat participent depuis pas mal d'ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi le d&#233;finissez-vous comme &#171; collectif politique anarchiste &#187; ? Un collectif anarchiste n'est pas de facto politique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : Non. Il y a aussi des approches anti-politiques qui ne se r&#233;f&#232;rent pas &#224; l'anarchie en terme de mouvement. En revanche, nous &#8211; comme d'autres compagnons &#8211; nous soutenons qu'un mouvement anarchiste le plus fort possible est indispensable. Un mouvement qui peut se trouver en interaction, inspirer, s'inspirer et puiser dans les luttes sociales et de classe, tout en gardant sa pr&#233;sence politique distincte, sans s'auto-dissoudre dans le social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il s'agit de ce que l'on appelle &#171; anarchisme social &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : Non, nous n'acceptons pas ce terme, car nous consid&#233;rons que l'anarchisme s'adresse de facto &#224; la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C : Nous, nous parlons de r&#233;volution sociale. Le terme d' &#171; anarchistes sociaux &#187; n'est pas le n&#244;tre. C'est celui qu'emploient les individualistes pour se distinguer de nous.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les fronts de lutte qu'on ouvre, les fronts auxquels on participe et dans lesquels on investit nos forces, ont beaucoup &#224; voir avec l'histoire des gens qui forment ce groupe. En effet, parmi nous, il y a des compagnons qui ont une grande exp&#233;rience des luttes du pass&#233;. De nombreuses questions dont on s'occupe maintenant avaient &#233;t&#233; d&#233;j&#224; pos&#233;es depuis longtemps, m&#234;me si ce n'&#233;tait pas avec l'intensit&#233; d'aujourd'hui.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il y a d'abord la question de l'antifascisme. La question des r&#233;sistances de classe et du renforcement de structures comme les syndicats de base. L'intervention dans les quartiers avec la contribution &#224; la cr&#233;ation et au renforcement d'assembl&#233;es locales, comme c'est le cas de l'Assembl&#233;e de R&#233;sistance et de Solidarit&#233; Kypselis-Patission.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il y a aussi la question du pillage de la nature et la collaboration avec d'autres compagnons sur des fronts diff&#233;rents li&#233;s &#224; cette question, comme celui du mont Parnitha&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le mont Parnitha, &#224; c&#244;t&#233; d'Ath&#232;nes, a subi les cons&#233;quences n&#233;fastes de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le front de la lutte contre le d&#233;tournement et la construction de barrages du fleuve Ach&#233;lo&#252;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le projet pharaonique de d&#233;tournement de l'Ach&#233;lo&#252;s et de construction de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ou encore celui de la lutte des habitants du Nord-Est de la Chalcidique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La lutte des habitants des villages de Ierissos et Megali Panagia, en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; contre l'installation de mines d'or.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ensuite, il y a la mobilisation autour de structures auto-organis&#233;es comme celles des squats et leur d&#233;fense dans le cadre de la lutte anarchiste et antiautoritaire plus large, et cela particuli&#232;rement depuis d&#233;cembre 2008, depuis que ces lieux auto-organis&#233;s se trouvent &#224; la pointe de l'attaque r&#233;pressive de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : Il y a 2-3 semaines, il y a eu une invasion polici&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'invasion polici&#232;re au squat de Lelas Karagianni a eu lieu le 15 janvier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ici, dans le squat de Lelas Karagianni 37, apr&#232;s l'expulsion violente de deux autres squats, ceux de Villa Amalias et de Skaramanga. Et nous avons imm&#233;diatement r&#233;occup&#233; le b&#226;timent, ce qui nous permet d'ailleurs de parler en ce moment ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C : Il y a d'autres domaines dans lesquels des compagnons du collectif s'impliquent, comme celui de l'art, de l'expression artistique auto-organis&#233;e. Et il y a aussi la question de la solidarit&#233; avec la lutte des zapatistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : Ce squat est un squat anarchiste. Nous sommes anarchistes et squatteurs. Pour nous, le squat constitue un moyen de notre lutte plus large en tant qu'anarchistes, et non pas un but en soi. Car il y a aussi une autre conception des squats, compl&#233;tement auto-r&#233;f&#233;rentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C : On participe quotidiennement &#224; des mouvements de lutte, &#224; des mouvements de solidarit&#233; avec des militants pers&#233;cut&#233;s, avec des immigr&#233;s, que ce soit &#224; notre initiative ou &#224; celle d'autres compagnons. Nous sommes un collectif ayant une analyse sur les questions sociales, mais en m&#234;me temps un collectif activiste qui intervient continuellement dans le champ social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment entendez-vous le terme &#171; crise &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : La question de la crise est une question &#233;norme. Nos r&#233;ponses sont le r&#233;sultat d'une discussion et d'un &#233;change d'id&#233;es au sein du groupe, mais conservent toujours une dimension personnelle. Parce qu'il s'agit de quelque chose qui &#233;volue, qui r&#233;sulte de la r&#233;alit&#233; elle-m&#234;me de la vie et de la lutte. La discussion sur la crise est un processus en continuelle &#233;volution. A mon avis, l'usage lui-m&#234;me du mot &#171; crise &#187; et la fa&#231;on dont on con&#231;oit ce mot d&#233;signe un certain choix politique pour analyser la r&#233;alit&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est &#233;vident que pour les travailleurs, les ch&#244;meurs, les pauvres, les exclus, c'est-&#224;-dire pour notre classe, la &#171; crise &#187; signifie l'apog&#233;e de la guerre sociale et de classe de la part des dominants. On parle de la crise d'ensemble d'un syst&#232;me qui se trouve en d&#233;composition et qui s'efforce de conqu&#233;rir tout aspect du social afin de continuer &#224; se reproduire lui-m&#234;me.&lt;br class='manualbr' /&gt;Notre conception de la crise pr&#233;suppose la reconnaissance du capital en tant que rapport social, et pas simplement en tant que valeur &#233;conomique. La production, la consommation, la vie sociale, les mentalit&#233;s et les conceptions sociales r&#233;sultent du mode d'organisation sociale dominant. Les manifestations de la crise constituent le produit d'une r&#233;alit&#233; sociale fond&#233;e sur le fait d'imposer l'in&#233;galit&#233; sociale et de classe. De ce point de vue, la crise est avant tout une crise des rapports sociaux et de classe qui sont form&#233;s par le monde de l'&#201;tat et du capital. C'est-&#224;-dire que c'est le r&#233;sultat des conditions qui sont impos&#233;es par la distinction primordiale entre dirigeants et dirig&#233;s, exploitants et exploit&#233;s.&lt;br class='manualbr' /&gt;Cette crise d'ensemble se manifeste dans tout champ de l'activit&#233; sociale, c'est-&#224;-dire dans le champ &#233;conomique, politique, dans le champ de la nature et de l'environnement, dans celui des id&#233;es et des valeurs. Elle se manifeste tant sur un plan local que sur un plan international.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le mot &#171; crise &#187; signifie, entre autres, l'apparition intense du sympt&#244;me d'une maladie. Dans la terminologie sociale et politique, ce que l'usage de ce terme d&#233;signe est en r&#233;alit&#233; l'apparition accrue de la contradiction qui r&#233;git le monde de l'&#201;tat et du capital, celle entre les possibilit&#233;s sociales r&#233;elles et la r&#233;alit&#233; telle qu'elle est form&#233;e par le fait d'imposer l'in&#233;galit&#233; sociale et de classe.&lt;br class='manualbr' /&gt;Sur un plan th&#233;orique, les marxistes mettent surtout l'accent sur le foss&#233; qui r&#233;sulte de l'appropriation individuelle des moyens de production et sur les restrictions que cette derni&#232;re impose sur le d&#233;veloppement des possibilit&#233;s sociales productives r&#233;elles. Moi, je consid&#232;re que cela constitue une partie importante de la contradiction d'ensemble. Malgr&#233; tout, je ne n&#233;glige pas l'importance d'une s&#233;rie de restrictions qui ne concernent pas seulement la domination de la bourgeoisie sur le prol&#233;tariat, mais aussi une s&#233;rie de rapports de pouvoir, comme par exemple ceux de s&#233;parations sexu&#233;es ou raciales, des rapports qui sont li&#233;s &#224; l'organisation elle-m&#234;me de la soci&#233;t&#233; par l'&#201;tat, c'est-&#224;-dire &#224; la distinction entre dominants et domin&#233;s. C'est une distinction qui, dans tous les cas, emp&#234;che la lib&#233;ration sociale et le d&#233;ploiement des possibilit&#233;s sociales r&#233;elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A : Les marxistes &#8211; du moins les marxistes traditionnels &#8211; sont exclusivement centr&#233;s sur le champ &#233;conomique et plus pr&#233;cis&#233;ment sur la contradiction entre forces productives et rapports de production, une contradiction qu'ils consid&#232;rent comme dominante et dont ils saisissent le d&#233;nouement de mani&#232;re d&#233;terministe. C'est-&#224;-dire qu'ils consid&#232;rent que, d'une mani&#232;re ou d'une autre, &#224; un certain moment, elle sera tellement accrue que son d&#233;nouement sera in&#233;luctable.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans un tel sch&#233;ma, ce n'est pas la lutte des travailleurs, des ch&#244;meurs, des femmes, des immigr&#233;s qui joue un r&#244;le primordial dans le processus de lib&#233;ration sociale. Il s'agit plut&#244;t des &#171; r&#233;actions in&#233;vitables &#187; des opprim&#233;s, r&#233;actions qui ob&#233;issent aux &#171; lois &#187; de cette contradiction.&lt;br class='manualbr' /&gt;En revanche, pour nous en tant qu'anarchistes, ce qui a une importance particuli&#232;re c'est la dynamique sociale qui se d&#233;veloppe quand les opprim&#233;s d&#233;passent les r&#244;les pr&#233;determin&#233;s impos&#233;s par le r&#233;gime et d&#233;ploient une richesse de r&#233;sistances collectives, de luttes et de r&#233;voltes, indicative de leur possibilit&#233; de renverser l'&#201;tat et le capital. Et ce d&#233;passement peut plus facilement se r&#233;aliser et se g&#233;n&#233;raliser dans une &#233;poque de crise, puisque c'est dans de telles &#233;poques que de plus en plus de gens perdent confiance dans les institutions dominantes et sont plus ouverts aux projets d'auto-organisation, de r&#233;sistance et de solidarit&#233;, si, bien s&#251;r, ils se rencontrent avec ces forces politiques qui promeuvent dans les faits ces projets.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous, nous entendons la crise comme une crise du syst&#232;me dans son ensemble, en consid&#233;rant ses diff&#233;rentes dimensions (&#233;conomique, politique, environnementale, crise de valeurs) comme un produit de la contradiction accrue du syst&#232;me existant d'organisation sociale. Il s'agit de la contradiction entre les besoins sociaux r&#233;els et les rapports sociaux et de classe qui imposent leur mutilation et rendent impossible leur satisfaction. C'est d'ailleurs pourquoi, la crise, au moins en Gr&#232;ce, appara&#238;t avant tout comme une crise de l&#233;gitimation du syst&#232;me, ce qui oblige l'&#201;tat &#224; se r&#233;former et &#224; se cuirasser pour l'affronter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C : Ce n'est pas un hasard si le mod&#232;le de reproduction du r&#233;gime politique qui &#233;tait en vigueur depuis presque 40 ans, depuis la chute de la dictature &#8211; mod&#232;le bas&#233; sur l'alternance au pouvoir de deux grands partis politiques, la Nouvelle D&#233;mocratie et le parti socialiste (PASOK) &#8211; a &#233;t&#233; renvers&#233; et si on est entr&#233;s dans une p&#233;riode de modifications continuelles et de maintien du r&#233;gime &#224; travers des alliances de partis tr&#232;s &#233;ph&#233;m&#232;res. Le r&#233;gime utilise toutes ses r&#233;serves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : S'il y a un terme qui puisse traduire la r&#233;alit&#233; d'aujourd'hui, c'est celui de totalitarisme moderne. Pour nous, il signifie la mobilisation de tout m&#233;canisme de la domination, soit officiel comme le m&#233;canisme judiciaire et policier, soit non officiel comme les groupes fascistes, ou encore le m&#233;canisme m&#233;diatique qui reproduit la propagande du r&#233;gime et contribue &#224; la diffusion du cannibalisme social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avant d'aller plus loin, pouvez-vous expliquer ce que vous entendez par le terme &#171; cannibalisme social &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C : Dans ses grandes lignes, c'est l'effort de l'&#233;lite politique et &#233;conomique du r&#233;gime pour d&#233;tourner la col&#232;re sociale vers l'int&#233;rieur de la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : C'est-&#224;-dire pour transformer la guerre de classe en une guerre entre pauvres, en une guerre au sein de la classe des exploit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C : Et cet effort a des r&#233;sultats concrets et pr&#233;cis, comme par exemple ce que l'on appelle &#171; automatisme social &#187;, c'est-&#224;-dire le fait de dresser un secteur de travailleurs contre l'autre pour annihiler toute r&#233;sistance. Cela passe aussi par la revalorisation du ph&#233;nom&#232;ne fasciste et son encouragement pour que les fascistes s'attaquent aux immigr&#233;s, en tant que la partie la plus faible des exploit&#233;s, ainsi qu'aux militants. Et un troisi&#232;me point, c'est l'accentuation des conditions d'exploitation d'une partie de la population, &#224; tel point qu'apparaissent en son sein des ph&#233;nom&#232;nes de violence anti-sociale, c'est-&#224;-dire que les faibles se retournent contre les plus faibles, en int&#233;riorisant la hi&#233;rarchie sociale de pouvoir et en reproduisant la logique du darwinisme social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : La base id&#233;ologique de cette condition r&#233;side depuis des ann&#233;es dans la question de l'individuation, dans la dissolution de tout esprit collectif de ceux d'en bas. Cette condition a &#233;t&#233; promue et maintenant que s'intensifient toutes sortes d'attaque du r&#233;gime, elle s'intensifie elle aussi et prend la forme du cannibalisme social. C'est-&#224;-dire que l'existence individualis&#233;e s'&#233;vertue &#224; &#233;craser celui qui est &#224; c&#244;t&#233;, puisqu'elle a &#233;t&#233; impr&#233;gn&#233;e par l'id&#233;e de la concurrence. La concurrence ayant pour but l'ascension sociale prend maintenant la forme du cannibalisme social, puisque ce qui est en jeu c'est la survie elle-m&#234;me.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour revenir &#224; la question plus large du totalitarisme moderne, je veux dire qu'il y a une s&#233;rie de ph&#233;nom&#232;nes qui est &#233;vidente, m&#234;me si leur connexion n'est pas toujours simple car l'attaque men&#233;e par l'&#201;tat est en &#233;volution. Par exemple, la pauvret&#233; augmente, le foss&#233; entre les riches et les pauvres augmente, la taille et les possibilit&#233;s des forces r&#233;pressives augmentent. Le cadre juridique devient de plus en plus rigide (lois &#171; anti &#187;terroristes, ADN, etc), des limitations constitutionnelles et juridiques qui existaient tombent en d&#233;su&#233;tude. Les salaires diminuent, la force de travail est d&#233;valu&#233;e, il y a des licenciements. L'extr&#234;me droite et le fascisme montent, les m&#233;dias jouent un r&#244;le particulier, la propagande &#233;tatique est continuellement retransmise. C'est tout cela qu'on appelle en r&#233;alit&#233; totalitarisme moderne. C'est-&#224;-dire pauvret&#233;, mis&#232;re, r&#233;pression, tout cela ensemble forme, essaie de former une nouvelle soci&#233;t&#233;. C'est finalement le but de tout cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C : Graduellement, pas &#224; pas, toute forme de r&#233;sistance est mise hors-la-loi. On se vit d&#233;j&#224; dans une &#233;poque o&#249; il y a un &#233;tat d'urgence permanent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : Le r&#233;gime fait tomber en d&#233;su&#233;tude toute limitation juridique et constitutionnelle entravant son mouvement. Ces limitations, en r&#233;alit&#233;, &#233;taient le r&#233;sultat du repli de l'&#201;tat face aux luttes sociales et de classe qui ont eu lieu en Gr&#232;ce jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 1970. A travers ces luttes que l'&#201;tat a affront&#233;es tant avec la r&#233;pression qu'avec l'assimilation avaient &#233;t&#233; conquises certaines choses qui sont maintenant supprim&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C : Il y a principalement deux &#233;l&#233;ments id&#233;ologiques utilis&#233;s pour promouvoir le totalitarisme moderne. D'abord, celui de l'int&#233;r&#234;t national, du salut du pays qui se pr&#233;sente comme une voie &#224; sens unique. Et ensuite celui de la &#171; guerre des extr&#234;mes &#187; et de la d&#233;fense de la l&#233;galit&#233;. Par la diffamation, ils s'efforcent de d&#233;former les caract&#233;ristiques des luttes sociales et de classe au nom de la d&#233;fense de la d&#233;mocratie bourgeoise contre les &#171; extr&#234;mes &#187;. Il s'agit l&#224; d'un des modes de valorisation des fascistes par l'&#201;tat. Tous ceux qui r&#233;sistent sont pr&#233;sent&#233;s comme appartenant &#224; des &#171; groupes d'extr&#233;mistes &#187; et sont mis sur le m&#234;me plan que les bandes fascistes. De cette fa&#231;on, l'&#201;tat se pr&#233;sente comme arbitre entre les &#171; extr&#234;mes &#187;, protecteur de la soci&#233;t&#233; et garant de la l&#233;galit&#233;. D'une l&#233;galit&#233; qui change continuellement en s'avan&#231;ant rapidement vers la fascisation de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : En r&#233;alit&#233;, il n'y a pas deux extr&#234;mes, il y a deux mondes antagonistes. Il y a, d'une part, l'&#201;tat et le capital qui collaborent avec les fascistes pour d&#233;fendre le r&#233;gime, quelle que soit la forme de sa gestion politique. Un &#233;l&#233;ment commun de base qui les unit c'est la confrontation avec ceux qui luttent. C'est-&#224;-dire que ces derni&#232;res ann&#233;es, il y a une alternance entre des attaques fascistes meurtri&#232;res contre des gens et des lieux de la lutte et des invasions polici&#232;res, des op&#233;rations r&#233;pressives, des attaques polici&#232;res tr&#232;s dures contre des blocs de manifestants, des tortures, des arrestations, des d&#233;tentions pr&#233;ventives. Ainsi, un compagnon, membre de l'Assembl&#233;e de R&#233;sistance et de Solidarit&#233; Kypselis-Patission, a failli mourir apr&#232;s une attaque meurtri&#232;re des flics pendant une manifestation ayant eu lieu le jour d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale.&lt;br class='manualbr' /&gt;Un autre exemple caract&#233;ristique, ce sont les tortures inflig&#233;es aux compagnons arr&#234;t&#233;s le 30 septembre 2012, quand une manif &#224; motos antifasciste a affront&#233; dans la rue et avec succ&#232;s des fascistes qui faisaient un pogrom contre des immigr&#233;s. Les forces de r&#233;pression sont alors intervenues, elles ont arr&#234;t&#233; des antifascistes, elles les ont tortur&#233;s dans le B&#226;timent de la S&#233;curit&#233; et les compagnons arr&#234;t&#233;s ont &#233;t&#233; accus&#233;s avec de lourdes charges. Et cela n'est pas un &#233;v&#233;nement isol&#233;, mais fait partie d'une attaque r&#233;pressive g&#233;n&#233;ralis&#233;e o&#249; des membres des assembl&#233;es de quartier sont battus par la police quand les assembl&#233;es descendent en cort&#232;ge dans la rue, o&#249; les photos des arr&#234;t&#233;s prises par la police sont diffus&#233;es par les m&#233;dias, etc.&lt;br class='manualbr' /&gt;Et tout cela va de pair avec les attaques contre les gr&#232;ves. Un exemple caract&#233;ristique c'est celui de l'usine de Halyvourgia&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La gr&#232;ve aux aci&#233;ries de Halyvourgia &#224; Aspropyrgos, d&#233;clench&#233;e le 30 octobre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; o&#249; les ouvriers faisaient gr&#232;ve depuis presque neuf mois, qui a &#233;t&#233; envahie par la police et qualifi&#233;e par l'&#201;tat de &#171; foyer d'anomie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Anomie : absence de lois. Le terme &#171; foyer d'anomie &#187; a &#233;t&#233; aussi utilis&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il y a aussi l'attaque r&#233;pressive contre des ouvriers du nettoyage en gr&#232;ve &#224; l'Universit&#233; de Thessalonique, la r&#233;quisition r&#233;cente des gr&#233;vistes du m&#233;tro et l'intervention de forces sp&#233;ciales de la police dans le d&#233;p&#244;t occup&#233; par les gr&#233;vistes. Et ces attaques sont accompagn&#233;es d'une rh&#233;torique qui prend souvent un caract&#232;re de guerre civile de la part du gouvernement lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : Ici, il faut dire qu'il y a d'une part une longue tradition d'importantes luttes sociales et de classe, de luttes tr&#232;s massives et embl&#233;matiques ; et d'autre part, il y a une longue tradition de violence et de r&#233;pression &#233;tatique, une tradition de formes de gestion politique qui n'avaient rien &#224; voir avec ce que l'on appelle la &#171; d&#233;mocratie bourgeoise &#187; dans toute la p&#233;riode entre la Guerre Civile et l'instauration de la dictature militaire. Et cela est utilis&#233; comme une menace de la part des dominants. Pour le dire simplement, ils disent aux gens : &#171; soyez sages, parce que si vous n'aimez pas la situation qui existe maintenant avec la pauvret&#233;, les licenciements, etc., il y a aussi l'autre solution &#187;. La solution d'une dictature formelle ou informelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est-&#224;-dire que l'&#201;tat utilise la menace de la Guerre Civile ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : Non, il n'utilise pas la menace de la Guerre Civile, il utilise la menace de la dictature ou plut&#244;t la menace de sa victoire dans une guerre civile.&lt;br class='manualbr' /&gt;Concernant le r&#244;le des fascistes et de l'&#201;tat, ajoutons qu'il ne s'agit pas seulement d'un usage en alternance des bandes fascistes et des forces r&#233;pressives contre ceux qui r&#233;sistent. Il y a parfois une collaboration ouverte entre forces r&#233;pressives et fascistes, surtout en ce qui concerne les attaques contre des immigr&#233;s, peut-&#234;tre parce qu'ils pensent que l&#224; ils sont plus l&#233;gitim&#233;s pour le faire.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ici, on d&#233;crit une r&#233;alit&#233; tr&#232;s dure. Or, il est bon de pr&#233;ciser que celle-ci r&#233;sulte du fait que l'&#201;tat n'est pas parvenu &#224; &#233;liminer les r&#233;sistances en Gr&#232;ce et c'est pourquoi il a recours &#224; toutes ces formes de r&#233;pression brutale. C'est-&#224;-dire qu'il ne s'agit pas l&#224; de l'omnipotence de l'&#201;tat, mais de la crise de sa l&#233;gitimation sociale. Il y a eu des luttes tr&#232;s importantes, des r&#233;voltes, des mobilisations massives et dynamiques : la r&#233;volte de d&#233;cembre 2008 qui &#233;tait un moment de manifestation d'une dynamique sociale mena&#231;ante pour le r&#233;gime et ses &#233;quilibres, ainsi qu'une s&#233;rie de mobilisations combatives les jours de vote des m&#233;morandums.&lt;br class='manualbr' /&gt;Un exemple caract&#233;ristique de l'instabilit&#233; politique cr&#233;&#233;e par l'impossibilit&#233; du syst&#232;me d'assurer le consensus social, c'est le fait qu'en une p&#233;riode tr&#232;s courte, depuis octobre 2011 jusqu'&#224; juin 2012, deux gouvernements tri-partitaires diff&#233;rents ont &#233;t&#233; form&#233;s. Parce que la situation sociale &#233;tait explosive. Par exemple, le 12 f&#233;vrier 2012, jour de vote du deuxi&#232;me m&#233;morandum, 400 000 personnes sont descendues dans les rues et la disposition &#224; l'affrontement avec les forces de l'ordre &#233;tait majoritaire. Ce jour-l&#224;, ils tenaient vraiment avec difficult&#233; le contr&#244;le de la ville, car il y avait beaucoup de manifestants dans les rues, dont une partie s'affrontait avec la police et une autre partie les soutenait, ne se dispersait pas, mais restait dans la rue au milieu des affrontements. Et cela n'est pas tomb&#233; du ciel. Ce jour a &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;d&#233; par des rassemblements massifs et combatifs, comme celui du 29 juin 2011 qui a eu lieu avant le vote du programme des mesures d'aust&#233;rit&#233; pr&#233;vues par le m&#233;morandum.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour reprendre depuis le d&#233;but, suite &#224; la r&#233;volte de d&#233;cembre 2008, le gouvernement de la Nouvelle D&#233;mocratie est tomb&#233; apr&#232;s avoir eu recours &#224; des &#233;lections anticip&#233;es en octobre 2009. A cette &#233;poque-l&#224;, la crise en Gr&#232;ce &#233;tait encore sous-jacente. Une partie des gens qui &#233;taient descendus dans les rues en d&#233;cembre vivait d&#233;j&#224; ses cons&#233;quences &#8211; les ch&#244;meurs, les travailleurs pr&#233;caires, etc. Certes, la situation d'alors n'a rien &#224; voir avec l'intensit&#233; et l'&#233;tendue de la crise qu'on vit aujourd'hui.&lt;br class='manualbr' /&gt;En 2009, le parti qui gagne les &#233;lections avec une majorit&#233; forte est le PASOK, un parti disposant d'une tradition d'int&#233;gration des luttes. C'&#233;tait un choix important de la part des patrons, un gouvernement-commando pour faire passer tout ce que n'importe quel autre gouvernement n'aurait pas pu faire, en mettant le pays sous la tutelle du FMI, de l'UE et de la BCE. Non seulement le gouvernement du PASOK n'a pas pu r&#233;sister longtemps, mais le parti lui m&#234;me a failli dispara&#238;tre. Non seulement il n'a pas pu jouer le r&#244;le de m&#233;diateur, mais &#224; un certain moment il s'est m&#234;me affaibli au point de devenir un petit parti. Et cela est d&#251; au fait qu'il y avait une situation diffuse d'agitation sociale dans les rues, des manifestations, des attaques contre des politiciens du gouvernement, etc., une situation de tension continuelle et de mobilisation.&lt;br class='manualbr' /&gt;Apr&#232;s la crise du gouvernement PASOK &#8211; qui a abouti &#224; l'annonce par le premier ministre d'un r&#233;f&#233;rendum sur l'approbation du deuxi&#232;me m&#233;morandum et qui l'a amen&#233; finalement &#224; d&#233;missionner &#8211; ils ont essay&#233;, en novembre 2011, la solution du premier gouvernement tri-partitaire sans avoir recours &#224; des &#233;lections, la solution d'un gouvernement pr&#233;sent&#233; comme consensuel et issu de la collaboration PASOK/ND/LAOS dirig&#233; par un banquier. Eux non plus ne sont pas parvenus &#224; perdurer en tant que gestionnaires politiques et &#224; assurer le consensus sur une politique de vote de mesures de plus en plus dures. C'est devenu manifeste avec les &#233;v&#233;nements de la manifestation massive et combative du 12 f&#233;vrier qui a conduit &#224; l'usure de ce gouvernement et a oblig&#233; le r&#233;gime &#224; avoir recours &#224; des &#233;lections. C'est exactement dans cette p&#233;riode que le discours &#233;tatique sur les &#171; foyers d'anomie &#187; s'est intensifi&#233;, les immigr&#233;s ont &#233;t&#233; de plus en plus cibl&#233;s, l'Aube Dor&#233;e (Chryssi Avgui) s'est renforc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A : Bien entendu, la crise du syst&#232;me politique, la remise en question du parlementarisme, n'am&#232;ne pas &#224; elle seule &#224; la lib&#233;ration sociale, elle peut aussi amener &#224; la fascisation de la soci&#233;t&#233;. Et certes, pour le r&#233;gime il est pr&#233;f&#233;rable que la crise se manifeste dans ces termes plut&#244;t que de conduire &#224; l'accentuation des luttes sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cat : C'est pourquoi le renforcement de l'Aube Dor&#233;e par &#171; l'&#201;tat d&#233;mocratique &#187; fait partie d'une strat&#233;gie de contre-insurrection ou de contre-r&#233;volution, en particulier apr&#232;s la r&#233;volte de d&#233;cembre 2008 et dans des conditions de crise : d'une part, les fascistes servent au syst&#232;me en tant que groupe d'attaque contre des gens en lutte, contre des anarchistes, des gr&#233;vistes, des immigr&#233;s, avec des attaques sanglantes et meurtri&#232;res successives qui sont r&#233;alis&#233;es soit en collaboration soit sous couverture de la police ; et d'autre part, ils sont utilis&#233;s pour la gestion de la col&#232;re sociale, des impasses et du d&#233;sespoir, de sorte que celle-ci se retourne contre les faibles et pas contre l'&#201;tat et les patrons. Pour que la soci&#233;t&#233; s'aligne avec l'&#201;tat m&#234;me dans sa forme la plus totalitaire. C'est leur r&#244;le historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A : Les fascistes sont une des r&#233;serves du r&#233;gime, un des moyens qu'il utilise pour s'attaquer aux gens qui luttent. Et en tant que tels, ils sont consommables, dans le sens o&#249; si leur action ouverte ne s'av&#232;re plus utile &#224; l'&#201;tat, ce dernier n'h&#233;sitera pas &#224; les d&#233;noncer en continuant toujours de les utiliser pour imposer son totalitarisme &#224; la soci&#233;t&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En septembre 2013, apr&#232;s qu'ait eu lieu cet entretien, quand les fascistes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : Il faut ajouter que, de l'autre c&#244;t&#233;, dans l'espace de la m&#233;diation, appara&#238;t une nouvelle force, SYRIZA, qui tente de contr&#244;ler les mouvements, de les assimiler, de les int&#233;grer dans la sc&#232;ne politique dominante, s'effor&#231;ant d'&#233;quilibrer une situation qui cr&#233;e des perturbations importantes dans le syst&#232;me politique. Il y a une force dans les rues qui est &#8211; jusqu'&#224; un certain point &#8211; incontr&#244;lable. Et ils essaient de l'affronter, soit &#224; travers la r&#233;pression, soit &#224; travers la diffusion d'une illusion : la possibilit&#233; d'une autre gestion politique bas&#233;e sur le faux dilemme m&#233;morandum ou contre-m&#233;morandum. De cette mani&#232;re, la raison de la crise - qui est l'existence du syst&#232;me &#233;tatique et capitaliste lui-m&#234;me - est dissimul&#233;e. Et on parle de crise de la dette, de l'effort d'en effacer une partie, d'une approche diff&#233;rente de l'Union Europ&#233;enne. Le but est de canaliser la contestation sociale diffuse de sorte qu'elle soit inoffensive pour le syst&#232;me.&lt;br class='manualbr' /&gt;Certes, c'est aussi li&#233; au mode d'organisation de ceux d'en bas, &#224; leurs limites. Il est vrai que toutes ces luttes importantes avaient une limite : l'absence d'auto-organisation des masses qui descendaient dans la rue, sur un plan quotidien, social, de classe, politique. Il y a eu de tr&#232;s grandes explosions, particuli&#232;rement les jours pr&#233;c&#233;dant le vote des mesures. Mais quand les mesures &#233;taient vot&#233;es, c'&#233;tait la d&#233;ception. Et c'est sur ce terrain de la d&#233;ception qu'a travaill&#233; la social-d&#233;mocratie, le r&#233;formisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cat : Les limites de ces luttes ne sont pas strictement organisationnelles. Elles sont aussi li&#233;es &#224; la question de savoir jusqu'&#224; quel point l'indignation diffuse est accompagn&#233;e d'une vision sur la mani&#232;re dont la soci&#233;t&#233; pourrait vivre diff&#233;remment, sans &#201;tat ni patrons. C'est-&#224;-dire, au moment du rejet des politiques impos&#233;es et de l'affrontement avec les gestionnaires politiques, que la soci&#233;t&#233; ne d&#233;pose pas son sort entre les mains du prochain &#171; sauveur &#187;, qu'elle prenne sa vie en main. Le projet de la r&#233;volution sociale qu'on a choisi pour accompagner toujours nos mots d'ordre, nos affiches, nos banderoles dans ces manifestations massives r&#233;sume le but pour lequel on lutte, celui du renversement total de l'&#201;tat et du capital, mais aussi nos valeurs dans cette lutte, nos projets dans le pr&#233;sent pour la cr&#233;ation de la soci&#233;t&#233; de demain. C'est-&#224;-dire, m&#234;me dans les conditions de mis&#232;re cr&#233;&#233;es par la crise, l'entraide contre la r&#233;signation et l'individuation, la solidarit&#233; contre le racisme et le cannibalisme social, l'auto-organisation des r&#233;sistances et besoins sociaux contre toute forme de m&#233;diation.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'objectif du nouveau gouvernement tri-partitaire qui est issu des &#233;lections de 2012, avec en t&#234;te le parti de la Nouvelle D&#233;mocratie, &#233;tait d'&#233;liminer toute r&#233;sistance et d'attaquer les couches pl&#233;b&#233;iennes de la soci&#233;t&#233;. Cette nouvelle phase a &#233;t&#233; inaugur&#233;e avec l'invasion de la police dans l'usine de Halyvourgia, et elle a &#233;t&#233; suivie par l'op&#233;ration polici&#232;re contre les immigr&#233;s appel&#233;e par euph&#233;misme &#171; Xenios Zeus &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Xenios Zeus : dans la mythologie, c'est ainsi qu'on qualifiait Zeus de dieu (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, leur enfermement dans des centres de r&#233;tention et des descentes polici&#232;res dans des lieux de lutte occup&#233;s.&lt;br class='manualbr' /&gt;Quant &#224; l'attaque des squats, il faut dire qu'elle avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; annonc&#233;e quelques mois apr&#232;s d&#233;cembre 2008 par le procureur g&#233;n&#233;ral de l'&#233;poque, ce qui t&#233;moignait de la d&#233;termination du syst&#232;me &#224; d&#233;raciner les lieux de lutte qui constituent les points de r&#233;f&#233;rence visibles d'un mouvement qui a jou&#233; un r&#244;le catalyseur dans la r&#233;volte, de sorte que ne se reproduise jamais quelque chose de semblable, surtout dans les conditions explosives de la crise. A cette &#233;poque-l&#224;, en 2009, cette op&#233;ration a &#233;t&#233; provisoirement stopp&#233;e par la mobilisation en solidarit&#233; avec les squats, certes dans le climat plus large de tension sociale qui pr&#233;dominait peu apr&#232;s la r&#233;volte de 2008. Dans les ann&#233;es qui ont suivi, avec l'instabilit&#233; politique qu'on a d&#233;j&#224; d&#233;crite, une telle op&#233;ration aurait &#233;t&#233; risqu&#233;e pour l'&#201;tat et elle &#233;tait toujours remise &#224; plus tard. Mais m&#234;me aujourd'hui, alors que l'&#201;tat croyait peut-&#234;tre qu'il se d&#233;barrasserait plus facilement de ce front de lutte, et dans des conditions d'une apathie sociale apparente, on a vu qu'apr&#232;s les expulsions de squats la lutte de solidarit&#233; multiforme et combative d&#233;clench&#233;e par la r&#233;occupation de Villa Amalias, l'occupation des locaux du parti de la Gauche D&#233;mocratique, et la manifestation de 10 000 militants &#224; Ath&#232;nes &#233;taient le pr&#233;texte pour qu'une dynamique sociale reprenne le devant de la sc&#232;ne, une dynamique sociale qui, bien s&#251;r, d&#233;borde de loin la question des squats. Ainsi, apr&#232;s l'&#233;chec de l'expulsion du squat Lelas Karagianni&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 20 d&#233;cembre 2012, la police a proc&#233;d&#233; &#224; l'&#233;vacuation du squat Villa (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, cette offensive a &#233;t&#233; provisoirement enray&#233;e.&lt;br class='manualbr' /&gt;En tout cas, pour nous, ce qui continue d'&#234;tre en jeu c'est le renforcement du front social et de classe sur tous les points o&#249; se manifeste l'attaque de l'&#201;tat et des patrons, de sorte que ce front puisse non seulement emp&#234;cher cette attaque, mais aussi cr&#233;er les conditions d'une contre-attaque. La question est de savoir comment se rencontreront, dans des processus de lutte et dans les rues, tous ceux qui, &#233;tant touch&#233;s par la pauvret&#233;, le ch&#244;mage, l'exploitation intense et la r&#233;pression, luttent sur des fronts diff&#233;rents, et auxquels l'&#201;tat choisit de s'attaquer s&#233;par&#233;ment en misant sur leur diffamation et leur isolement afin qu'ils restent fragment&#233;s, limit&#233;s et finalement inoffensifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : Et c'est ici qu'appara&#238;t l'importance du politique, de la pr&#233;sence des anarchistes dans toutes ces luttes avec leurs caract&#233;ristiques politiques, en tant qu'anarchistes c'est-&#224;-dire. Parce que contre les conceptions r&#233;formistes de m&#233;diation, on travaille de fa&#231;on durable depuis des ann&#233;es sur la diffusion du projet anti-&#233;tatique et anti-capitaliste. En m&#234;me temps, en ce qui concerne l'offensive du r&#233;gime, &#224; la fois &#224; travers la r&#233;pression &#233;tatique et les bandes fascistes, on d&#233;montre leur caract&#232;re unifi&#233; et, dans les rues, avec des rassemblements, des manifestations, des patrouilles, on s'efforce et on parvient souvent &#224; dresser un mur contre eux.&lt;br class='manualbr' /&gt;Un exemple, c'est l'effort des fascistes pour s'implanter place d'Am&#233;rique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quartier proche du centre d'Ath&#232;nes o&#249; se situe le squat de Lelas Karagianni.&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; apr&#232;s l'avoir fait dans le quartier d'Agios Panteleimonas. Nous avons fait une s&#233;rie de mobilisations qui avaient les caract&#233;ristiques d'un front social et de classe des gens d'en bas, de sorte que les fascistes ne puissent pas s'implanter sur la place d'Am&#233;rique. Pour donner une image, cette confrontation est aussi une confrontation &#171; territoriale &#187;, aussi &#233;trange que cela puisse para&#238;tre. En particulier, en ce qui concerne le centre de la ville, c'est un conflit continuel o&#249; &#224; chaque point o&#249; les fascistes s'efforcent de s'&#233;tendre, nous nous effor&#231;ons de notre part de les arr&#234;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C : En mobilisant toutes les forces sociales qui sont antagonistes aux fascistes en termes de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : Et en mettant en avant des caract&#233;ristiques pr&#233;cises, anti-institutionnelles et horizontales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C : Et en mettant aussi en avant dans notre discours, non pas simplement la solidarit&#233; avec les immigr&#233;s, mais surtout les luttes communes avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : Pour nous, les luttes communes avec les immigr&#233;s, c'est un enjeu essentiel. Dans une s&#233;rie de fronts sociaux et de classe, qu'il s'agisse de luttes antifascistes, de gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales, de luttes de communaut&#233;s locales, ou de luttes pour la d&#233;fense de la nature, il y avait une pr&#233;sence d'anarchistes avec un discours qui chaque fois liait le partiel, l'objectif de ce moment-l&#224;, au global. Et &#231;a, c'est quelque chose qui, justement parce qu'il a lieu depuis longtemps dans plusieurs luttes, a donn&#233; des fruits et a rendu l'effort d'assujettir ou d'assimiler toutes ces luttes encore plus difficile pour les dominants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C : Plus pr&#233;cis&#233;ment, on pourrait dire que l'intervention des anarchistes a comme r&#233;sultat le fait que des couches sociales plus larges s'approprient leur mode d'action, tel que les luttes dynamiques, les affrontements dans la rue, mais surtout le projet d'auto-organisation et la cr&#233;ation de structures de r&#233;sistance et de lutte, de structures stables. Et cette influence sociale des anarchistes est devenue visible surtout &#224; partir de la r&#233;volte de d&#233;cembre 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : Il y a deux points importants &#224; signaler ici. Le premier, c'est l'histoire des luttes sociales et de classe des quarante derni&#232;res ann&#233;es en Gr&#232;ce, c'est-&#224;-dire de la p&#233;riode qui a commenc&#233; avec la chute de la dictature militaire en 1974. Le deuxi&#232;me, c'est la rencontre de l'histoire de ces luttes avec celle du courant des anarchistes/anti-autoritaires qui a &#233;merg&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Plus pr&#233;cis&#233;ment, en ce qui concerne la p&#233;riode d'apr&#232;s-guerre, la premi&#232;re (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et qui a commenc&#233; &#224; cro&#238;tre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rappelons que le d&#233;but des ann&#233;es 1980 a &#233;t&#233; marqu&#233; par l'arriv&#233;e au pouvoir (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; au sein de ces luttes.&lt;br class='manualbr' /&gt;D'une part, apr&#232;s la chute de la dictature et jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 1970, on a une vague de gr&#232;ves extr&#234;mement dynamiques dans les usines, des gr&#232;ves sauvages qui rev&#234;tent le caract&#232;re d'une r&#233;volte contre la dictature du patronat et constituent les premi&#232;res tentatives des ouvriers de s'organiser directement sur les lieux de travail. On a des moments importants de r&#233;sistance ouvri&#232;re au d&#233;but des ann&#233;es 1990. On a les longues gr&#232;ves-occupations dans les mines de Mantoudi et dans l'industrie textile Piraiki-Patraiki contre la restructuration et les licenciements massifs. Par la suite, il y a eu des luttes qui n'avaient plus la forme de gr&#232;ves longues et dures, mais d'une r&#233;sistance sur les lieux de travail, c'est-&#224;-dire des gr&#232;ves et des mobilisations massives surtout contre toute tentative de l'&#201;tat de proc&#233;der &#224; une r&#233;forme des retraites et de la s&#233;curit&#233; sociale. C'est ainsi qu'on peut expliquer par exemple le fait que l'attaque dans le domaine de la s&#233;curit&#233; sociale en 2001 s'est heurt&#233;e &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale tr&#232;s massive o&#249; tout a &#233;t&#233; paralys&#233;, obligeant l'&#201;tat &#224; se replier, ne serait-ce que provisoirement. C'est-&#224;-dire que l'&#201;tat et le capital, dans leurs efforts continuels de s'attaquer aux travailleurs, se heurtent &#224; des obstacles puissants y compris sur les lieux de travail. Cela ne signifie pas qu'ils ne parviennent pas &#224; remporter aussi des victoires &#8211; ce qui est largement d&#251; aux directions syndicales vendues, ainsi qu'aux positions et au r&#244;le de la gauche de r&#233;gime.&lt;br class='manualbr' /&gt;En m&#234;me temps, dans cette p&#233;riode, on a &#8211; &#224; part les luttes de classe &#8211; des luttes sociales fortes. Des r&#233;sistances contre les plans de restructuration du syst&#232;me &#233;ducatif qui se d&#233;ploient dans les ann&#233;es 1990 et 2000. De grandes mobilisations d'&#233;l&#232;ves accompagn&#233;es d'affrontements durs avec la police, des mobilisations d'&#233;tudiants qui acqui&#232;rent aussi une forme dynamique. Je me r&#233;f&#232;re ici aux mobilisations de 2006-2007, quand presque toutes les universit&#233;s du pays ont &#233;t&#233; occup&#233;es et qu'une mobilisation continue dans les rues a abouti &#224; des affrontements durs avec la police devant le Parlement.&lt;br class='manualbr' /&gt;On a aussi des r&#233;sistances de communaut&#233;s locales contre les plans de l'&#201;tat et du capital visant &#224; la destruction de r&#233;gions enti&#232;res au nom du d&#233;veloppement. Un des exemples les plus importants est celui de la lutte intransigeante des villages de Varvara et d'Olympiada en Chalcidique contre l'installation de mines d'or dans les ann&#233;es 1990, une lutte qui a oblig&#233; la compagnie multinationale TVX Gold &#224; abandonner ses plans. Un autre point o&#249; des luttes se sont d&#233;ploy&#233;es est celui de la destruction de la nature, avec l'exemple repr&#233;sentatif de la destruction du mont Parnitha et du d&#233;tournement du fleuve Ach&#233;lo&#252;s.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans toutes ces luttes, petites et grandes, sociales et de classe, des compagnons anarchistes &#233;taient toujours pr&#233;sents &#8211; ce qui a une importance particuli&#232;re. Ils y participaient ou y &#233;taient solidaires tout en tenant leur propre discours qui d&#233;passait les limites &#233;troites de revendications corporatistes. Leur discours et leurs positions ont &#233;t&#233; diffus&#233;s : l'organisation des luttes par en bas, la promotion d'un esprit collectif et la confrontation dynamique l&#224; o&#249; l'&#201;tat et le capital essaient de s'imposer. Cela signifie que pas mal de gens, en plus des anarchistes eux-m&#234;mes, &#233;taient d&#233;j&#224; familiaris&#233;s avec la logique de l'auto-organisation, de la cr&#233;ation d'un esprit collectif au sein des luttes et de l'affrontement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et de quelle mani&#232;re cela s'est-il manifest&#233; en d&#233;cembre 2008 ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : En d&#233;cembre 2008, quand un &#233;l&#232;ve de 15 ans, Alexandros Grigoropoulos a &#233;t&#233; assassin&#233; &#224; Exarchia, un lieu embl&#233;matique &#224; la fois pour les anarchistes et pour une partie de la jeunesse, c'est tout un monde qui s'est insurg&#233;. Un monde qui avait particip&#233; aux luttes qu'on a d&#233;crites auparavant, qui avait derri&#232;re lui l'histoire des luttes de metapolitefsi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Metapolitefsi : terme d&#233;signant la p&#233;riode qui s'ouvre avec la chute de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui a saisi cet assassinat comme un coup contre lui et non pas comme un incident isol&#233; et a d&#233;cid&#233; d'y r&#233;pondre. Et sa r&#233;ponse a &#233;t&#233; &#224; la fois massive et offensive. On parle d'une situation o&#249; dans presque toutes les villes de Gr&#232;ce, notamment &#224; Ath&#232;nes qui est le centre m&#233;tropolitain, des &#233;l&#232;ves, des ch&#244;meurs, des travailleurs, et bien s&#251;r les anarchistes sont descendus dans les rues. Il y a eu de grandes manifestations et des affrontements tr&#232;s durs avec les forces de la r&#233;pression. Des lieux universitaires ont &#233;t&#233; occup&#233;s, des assembl&#233;es ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;es. Des assembl&#233;es ayant un caract&#232;re anti-hi&#233;rarchique et incontr&#244;lable, dans le sens o&#249; elles n'&#233;taient pas contr&#244;l&#233;es par un centre politique li&#233; &#224; n'importe quel parti de gauche qui aurait permis &#224; l'&#201;tat d'ouvrir un dialogue afin de pouvoir assimiler la r&#233;volte de d&#233;cembre.&lt;br class='manualbr' /&gt;Un signal de contre-attaque a &#233;t&#233; donn&#233;, contre-attaque qui d&#233;passait l'indignation et la col&#232;re contre l'assassinat de Grigoropoulos et qui puisait dans la col&#232;re contre l'oppression quotidienne, sociale et de classe. Et cela a &#233;t&#233; clairement exprim&#233; en termes de position politique par les anarchistes. Dans toutes les mobilisations, quelle que soit la forme qu'elles aient rev&#234;tue, il y avait une participation massive et une acceptation de la part de larges franges de la soci&#233;t&#233;. Et pour que cela puisse avoir lieu, la pr&#233;sence des anarchistes avait une importance particuli&#232;re, car &#224; part le fait qu'ils ont donn&#233; le signal initial de la contre-attaque &#8211; ils &#233;taient les premiers &#224; descendre dans les rues d'Exarchia et &#224; s'affronter aux forces de l'ordre d&#232;s le premier moment apr&#232;s l'assassinat, ce qui a dissip&#233; la paralysie et la peur d'autres parties de la soci&#233;t&#233; &#8211; ils ont aussi contribu&#233; &#224; la formation du contenu de ce mouvement pour qu'il puisse &#234;tre socialement compr&#233;hensible, que soient compr&#233;hensibles ses causes et ses objectifs. Et cela avait aussi de l'importance parmi les r&#233;volt&#233;s. C'est-&#224;-dire qu'une orientation claire a &#233;t&#233; donn&#233;e, contrairement &#224; d'autres r&#233;voltes o&#249; la logique de confrontation &#224; l'int&#233;rieur de la classe n'&#233;tait pas absente. Cela n'a pas eu lieu en d&#233;cembre 2008, parce qu'&#224; travers une logique politique, anarchiste, il a &#233;t&#233; clairement d&#233;fini qui &#233;tait l'ennemi : l'&#201;tat, ses structures et ses appareils, le capital et ses symboles. Et cette logique &#233;tait particuli&#232;rement diffuse parmi ceux qui participaient &#224; la r&#233;volte. C'est-&#224;-dire qu'il &#233;tait d&#233;fini &#224; qui on s'attaque et pour quelle raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pensez-vous que d&#233;cembre 2008 a influenc&#233; les mobilisations de la p&#233;riode post&#233;rieure ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : Il est clair que la r&#233;volte de d&#233;cembre a influenc&#233; ceux qui y ont particip&#233; et qui n'&#233;taient pas peu nombreux. Il a laiss&#233; derri&#232;re lui un mode de pens&#233;e sur la base duquel des initiatives organisationnelles ont &#233;t&#233; prises et il y a eu une multitude de squats, de locaux, d'assembl&#233;es de quartier. Apr&#232;s d&#233;cembre 2008, les luttes qui avaient lieu &#233;taient clairement influenc&#233;es par cette r&#233;volte, tant en ce qui concerne leurs contenus qu'en ce qui concerne leurs formes. Un exemple repr&#233;sentatif est celui de la lutte dans le parc Kyprou et Patission, o&#249; la d&#233;cision du maire de l'&#233;poque de d&#233;truire le parc pour le transformer en parking a conduit &#224; des affrontements avec les forces r&#233;pressives. C'est une lutte qui, sous une autre forme, continue jusqu'&#224; aujourd'hui&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Apr&#232;s sa destruction, le parc Kyprou et Patission a &#233;t&#233; r&#233;investi, par des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Oui, d&#233;cembre 2008 a clairement influenc&#233; les mobilisations de la p&#233;riode post&#233;rieure. Surtout les jours de vote des mesures d'aust&#233;rit&#233; pr&#233;vues par les m&#233;morandums, il y avait une mobilisation intense, des b&#226;timents publics &#233;taient occup&#233;s, des rues &#233;taient bloqu&#233;es, des attaques massives contre les forces de r&#233;pression avaient lieu. &#201;videmment, c'est aussi li&#233; &#224; la violence des mesures ainsi qu'&#224; l'histoire des luttes sociales qu'on a &#233;voqu&#233;e auparavant. Ce n'est pas non plus un hasard si, apr&#232;s d&#233;cembre, l'id&#233;e de l'auto-organisation a commenc&#233; &#224; s'&#233;tendre socialement &#224; tel point qu'il y a eu un effort pour l'assimiler en la vidant de son sens politique. Je me r&#233;f&#232;re ici au mouvement des indign&#233;s apparu en 2011, m&#234;me si, &#224; cette &#233;poque-l&#224;, la pratique de l'auto-organisation a r&#233;ellement fonctionn&#233; dans les quartiers. Au sein de ce mouvement, il y a eu un effort d'en maintenir la forme en en &#233;liminant le contenu, c'est-&#224;-dire en &#233;liminant la critique de l'&#201;tat et du capitalisme. Un exemple caract&#233;ristique de la grande influence des id&#233;es de l'auto-organisation, c'est que tous s'y r&#233;f&#233;raient quand ils descendaient dans les rues. C'est-&#224;-dire qu'on voyait m&#234;me des partis de gauche parler de l'auto-organisation en essayant de l'investir de leurs propres caract&#233;ristiques politiques, des caract&#233;ristiques r&#233;formistes et pacifistes, sans plus avoir la possibilit&#233; de dire ouvertement &#171; nous sommes un parti &#187;. Ils avaient un projet politique, mais ils ne se pr&#233;sentaient pas comme un parti, ils se pr&#233;sentaient comme des individus.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le mouvement des indign&#233;s a rencontr&#233; ses limites les 28 et 29 juin 2011, quand le rassemblement pacifiste des indign&#233;s s'est transform&#233; en champ de bataille o&#249; l'auto-organisation a trouv&#233; ses vrais caract&#233;ristiques, o&#249; un esprit de soutien mutuel, de solidarit&#233; a &#233;merg&#233; et la station de m&#233;tro de Syntagma&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Place Syntagma : litt&#233;ralement, place de la Constitution. Place o&#249; se trouve (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a &#233;t&#233; occup&#233;e. Il faut dire bien s&#251;r que ces jours-l&#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale avait &#233;t&#233; d&#233;clar&#233;e. Et quand la manifestation appel&#233;e &#224; la suite de la gr&#232;ve a rencontr&#233; le rassemblement des indign&#233;s &#224; Syntagma, la partie la plus radicale de la manifestation a donn&#233; ses caract&#233;ristiques &#224; cette rencontre, des caract&#233;ristiques qui ont &#233;t&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;es. Ce n'&#233;tait pas une minorit&#233; qui s'affrontait avec les forces de la r&#233;pression, mais beaucoup de gens qui soit participaient aux affrontements, soit les approuvaient, des gens de tous &#226;ges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A : Mais, comme on l'a d&#233;j&#224; signal&#233;, ces moments d'explosion sociale ont des limites, dans le sens o&#249; ils sont en fin de compte r&#233;cup&#233;rables par le syst&#232;me, posant ainsi une question de perspective politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : A travers d&#233;cembre 2008 et &#224; travers ces luttes auparavant &#233;voqu&#233;es, &#224; travers notre pr&#233;sence et notre intervention dans ces luttes, on a constat&#233; que notre mode d'organisation n'&#233;tait pas suffisant et que, tant sur un plan politique que sur un plan social et de classe, on a besoin d'organisations de base qui puissent fonctionner en commun. J'entends par l&#224; qu'il y a maintenant beaucoup de monde, que les conditions ont chang&#233;, que les personnes qui participent &#224; ces luttes sont tr&#232;s nombreuses. Et toutes ces personnes ne peuvent pas s'organiser en groupes affinitaires. On a besoin d'autres formes d'organisation qui gardent le caract&#232;re de l'auto-organisation et le caract&#232;re anti-hi&#233;rarchique, mais qui r&#233;pondent en m&#234;me temps aux nouvelles donn&#233;es o&#249; de grandes masses de gens ont besoin, cherchent, essaient de s'exprimer contre le r&#233;gime et doivent avoir un mode de rencontre sur une base permanente.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est &#224; travers ce processus qu'ont en r&#233;alit&#233; &#233;merg&#233; entre autres les assembl&#233;es de quartier, alors que des syndicats de base avaient d&#233;j&#224; commenc&#233; &#224; se cr&#233;er. Les squats, les locaux et les espaces occup&#233;s se sont multipli&#233;s dans tout le pays. Particuli&#232;rement en ce qui concerne les anarchistes, il y a eu l'id&#233;e et le besoin de cr&#233;er une organisation anarchiste qui, selon un cadre politique issu d'un accord commun et sur une base durable, s'efforce d'intervenir sur un plan politique central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A : Aujourd'hui, cinq ans apr&#232;s la r&#233;volte de d&#233;cembre et au milieu d'une crise g&#233;n&#233;ralis&#233;e du syst&#232;me, il est indispensable pour les anarchistes de diffuser le plus largement possible leur discours et leurs positions, &#224; travers leur pr&#233;sence politiquement distincte et leur intervention dans les luttes sociales et de classe, dans le but de contribuer &#224; la radicalisation de ces derni&#232;res, &#224; leur connexion ainsi qu'au renforcement des ruptures que celles-ci sont capables de cr&#233;er avec le r&#233;gime. Mais cette pr&#233;sence et cette intervention ne doivent pas &#234;tre momentan&#233;es et occasionnelles ; elles doivent &#234;tre durables et organis&#233;es. Pour contribuer &#224; la cr&#233;ation d'un mouvement r&#233;volutionnaire massif capable de renverser l'&#201;tat et le capital, ouvrant le chemin vers l'Anarchie et le Communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ath&#232;nes, f&#233;vrier 2013&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le mont Parnitha, &#224; c&#244;t&#233; d'Ath&#232;nes, a subi les cons&#233;quences n&#233;fastes de l'offensive &#233;tatique et capitaliste (construction d'un casino, installation d'antennes, de radars et de bases militaires, construction urbaine, etc.). En 2007, un incendie provoqu&#233; par les pyl&#244;nes de l'Entreprise Publique d'Electricit&#233; a d&#233;truit une partie de ses for&#234;ts et br&#251;l&#233; vifs les animaux qui s'y trouvaient. Mais &#171; le casino a &#233;t&#233; heureusement sauv&#233; &#187;, selon les d&#233;clarations officielles du ministre de l'Ordre Public de l'&#233;poque. Le 29 juillet 2007, le casino a &#233;t&#233; attaqu&#233; symboliquement &#224; coup de peinture par 27 militants et militantes, acte qui a mobilis&#233; un grand nombre de forces polici&#232;res terrestres et a&#233;riennes pour les poursuivre dans la for&#234;t. A la m&#234;me p&#233;riode, des marches contre le pillage de Parnitha et des blocages de la route menant au casino ont eu lieu, et depuis 2008, un camping et des manifestations annuels sont organis&#233;s contre la destruction de la montagne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le projet pharaonique de d&#233;tournement de l'Ach&#233;lo&#252;s et de construction de barrages hydro&#233;lectriques sur ce fleuve, l'un des plus grands du pays, entra&#238;nera la disparition de vall&#233;es, d'&#233;cosyst&#232;mes et de villages. La lutte a d&#233;but&#233; en 1990 quand les habitants de Messochora, l'un des villages menac&#233; d'&#233;vacuation, ont occup&#233; le chantier de construction du barrage de l'Entreprise Publique d'Electricit&#233; et se sont affront&#233;s &#224; la police. Depuis 2008, des interventions-manifestations, telle que la marche vers le barrage de Messochora, ont lieu chaque &#233;t&#233; dans la r&#233;gion, &#224; l'initiative de la &#171; Rencontre Autonome de Lutte &#187; constitu&#233; par des collectifs de compagnons d'Ath&#232;nes et d'autres villes du pays.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La lutte des habitants des villages de Ierissos et Megali Panagia, en Chalcidique, contre le projet de la multinationale Eldorado Gold d'installer des mines d'or dans la r&#233;gion, remonte &#224; 2009. Ce projet implique la contamination du sol et du sous-sol par de grandes quantit&#233;s de substances toxiques n&#233;cessaires &#224; l'extraction de l'or. Dans les ann&#233;es 1990, une lutte similaire dans des villages voisins avait men&#233; &#224; la r&#233;volte, obligeant une autre compagnie, la TVX Gold, &#224; abandonner ses plans d'installation de mines d'or dans la r&#233;gion. La lutte massive et dynamique de Ierissos et Megali Panagia s'est confront&#233;e &#224; une r&#233;pression f&#233;roce, notamment &#224; des invasions polici&#232;res et &#224; des arrestations d'habitants accus&#233;s de sabotage.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'invasion polici&#232;re au squat de Lelas Karagianni a eu lieu le 15 janvier 2013, un peu avant que l'entretien ait lieu.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La gr&#232;ve aux aci&#233;ries de Halyvourgia &#224; Aspropyrgos, d&#233;clench&#233;e le 30 octobre 2011 contre la r&#233;duction des heures de travail accompagn&#233;e d'une r&#233;duction de 40 % des salaires, fut la plus longue gr&#232;ve d'usine en Gr&#232;ce : elle a dur&#233; neuf mois. Malgr&#233; les difficult&#233;s financi&#232;res &#233;normes, les licenciements continus et les attaques r&#233;p&#233;t&#233;es de briseurs de gr&#232;ve qui ont essay&#233; d'entrer dans l'usine, la lutte n'a pas fl&#233;chi. Le 20 juillet 2012, juste apr&#232;s la formation du gouvernement issu des &#233;lections de juin, la police a envahi l'usine et arr&#234;t&#233; des gr&#233;vistes, premier acte de la politique r&#233;pressive du nouveau gouvernement qui se poursuivra, entre autres, avec l'attaque des squats et des lieux auto-organis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Anomie : absence de lois. Le terme &#171; foyer d'anomie &#187; a &#233;t&#233; aussi utilis&#233; dans le discours gouvernemental essayant de l&#233;gitimer l'op&#233;ration r&#233;pressive contre les squats et les lieux de lutte auto-organis&#233;s. Ce terme t&#233;moigne de la volont&#233; de l'&#201;tat de d&#233;truire tout espace &#233;chappant &#224; son contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En septembre 2013, apr&#232;s qu'ait eu lieu cet entretien, quand les fascistes ont assassin&#233; Pavlos Fyssas, l'&#201;tat a proc&#233;d&#233; &#224; des arrestations de cadres du parti n&#233;onazi Aube Dor&#233;e, en se pr&#233;sentant comme protecteur de &#171; la l&#233;galit&#233; d&#233;mocratique &#187; et en utilisant cette affaire pour l&#233;gitimer l'application de lois d'urgence qui seront par la suite utilis&#233;es contre ceux qui luttent. Voir Les fascistes sont des sections d'assaut de l'&#201;tat et des sbires des patrons. Le monde de la r&#233;sistance les &#233;crasera, eux et leurs protecteurs, tract du Cercle de feu traduit en fran&#231;ais sur le site &lt;a href=&#034;http://squathost.com/anar_gr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;squathost.com/anar_gr&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Xenios Zeus&lt;/i&gt; : dans la mythologie, c'est ainsi qu'on qualifiait Zeus de dieu de l'hospitalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le 20 d&#233;cembre 2012, la police a proc&#233;d&#233; &#224; l'&#233;vacuation du squat Villa Amalias qui a &#233;t&#233; r&#233;occup&#233; symboliquement le 9 janvier 2013 par un grand nombre compagnons. Ce m&#234;me jour, apr&#232;s l'intervention des forces polici&#232;res et apr&#232;s des arrestations massives, tandis que d'autres compagnons occupaient les locaux de la Gauche D&#233;mocratique, qui &#224; l'&#233;poque participait au gouvernement, la police a expuls&#233; un autre squat, celui de Skaramanga. Plus de 10 000 personnes ont particip&#233; &#224; la manifestation du 12 janvier appel&#233;e par les squats, signe d'une dynamique sociale inqui&#233;tante pour le gouvernement. Trois jours plus tard, la tentative d'&#233;vacuer le squat de Lelas Karagianni fut un &#233;chec : apr&#232;s l'op&#233;ration polici&#232;re, le b&#226;timent a &#233;t&#233; imm&#233;diatement r&#233;occup&#233; par de nombreux compagnons rassembl&#233;s &#224; l'ext&#233;rieur du squat pour manifester leur solidarit&#233;. Cela a marqu&#233; la suspension provisoire de l'op&#233;ration r&#233;pressive contre les squats et les lieux de lutte auto-organis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Quartier proche du centre d'Ath&#232;nes o&#249; se situe le squat de Lelas Karagianni.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment, en ce qui concerne la p&#233;riode d'apr&#232;s-guerre, la premi&#232;re pr&#233;sence d'anarchistes est li&#233;e aux &#233;v&#233;nements de la r&#233;volte de l'&#201;cole Polytechnique de 1973, un peu avant la chute de la dictature. La participation de compagnons anarchistes &#224; cette r&#233;volte a &#233;t&#233; tr&#232;s importante, pas en raison de leur nombre mais en raison de leur contribution politique particuli&#232;re, dans le sens o&#249; ils ne se limitaient pas &#224; des slogans contre la dictature, mais, au contraire, ont adopt&#233; des caract&#233;ristiques politiques plus larges, anticapitalistes et anti-&#233;tatiques. Cela a marqu&#233; l'histoire et l'&#233;volution du mouvement anarchiste/anti-autoritaire, un mouvement qui, dans les ann&#233;es 1970, constituait la composante la plus radicale d'une dynamique sociale et politique remettant en question le passage de la dictature militaire &#224; la d&#233;mocratie parlementaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rappelons que le d&#233;but des ann&#233;es 1980 a &#233;t&#233; marqu&#233; par l'arriv&#233;e au pouvoir du PASOK (PS) et par l'assimilation de luttes sociales. Par opposition aux gauchistes, les anarchistes ont &#233;t&#233; les seuls &#224; ne pas &#234;tre assimil&#233;s par le r&#233;gime. En 1985, apr&#232;s l'assassinat par la police dans le quartier d'Exarchia du jeune de 15 ans Michalis Kaltezas, ils ont &#233;t&#233; &#224; l'origine d'une multitude de r&#233;sistances combatives, voire m&#234;me de r&#233;voltes qui ont elles-m&#234;mes constitu&#233; un terrain de rencontre entre les anarchistes et la jeunesse sauvage. A partir du d&#233;but des ann&#233;es 1990, l'intensification de l'offensive de l'&#201;tat et du capital, au nom de la modernisation et de la restructuration, a donn&#233; lieu &#224; une s&#233;rie de luttes de travailleurs et d'&#233;tudiants, cr&#233;ant parfois de nouvelles formes d'intervention anarchiste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Metapolitefsi&lt;/i&gt; : terme d&#233;signant la p&#233;riode qui s'ouvre avec la chute de la dictature militaire en 1974, caract&#233;ris&#233;e par un esprit d'agitation sociale particuli&#232;rement intense qui est le signe d'une dynamique sociale et politique d&#233;bordant largement le cadre d'un passage pur et simple de la dictature militaire &#224; la d&#233;mocratie parlementaire. Mettre fin politiquement &#224; cette p&#233;riode a longtemps constitu&#233; &#8211; et sous certains aspects constitue encore &#8211; un enjeu majeur pour l'&#201;tat, et ce quelle que soit la forme de sa gestion politique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Apr&#232;s sa destruction, le parc Kyprou et Patission a &#233;t&#233; r&#233;investi, par des habitants du quartier et des solidaires, et est devenu un foyer d'activit&#233;s sociales auto-organis&#233;es. Le maire actuel, apr&#232;s avoir coup&#233; l'eau pour obliger en vain l'Assembl&#233;e de R&#233;sistance et de Solidarit&#233; Kypselis-Patission &#224; l'abandonner, tente de le r&#233;cup&#233;rer en pr&#233;textant sa r&#233;novation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Place Syntagma : litt&#233;ralement, place de la Constitution. Place o&#249; se trouve le Parlement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>A bas les restaurants</title>
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		<dc:date>2012-11-26T18:49:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>prole.info</dc:creator>


		<dc:subject>Critiques du travail</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ves et luttes des classes</dc:subject>
		<dc:subject>Anticapitalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Fuck may 68 fight now ! (Marseille)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Y'en a marre ! Ce sera le dernier client chiant. Le dernier connard de g&#233;rant. La derni&#232;re engueulade avec un coll&#232;gue. Le dernier plat puant de moules. La derni&#232;re fois que tu te br&#251;les ou te coupes parce que tu es dans le speed. La derni&#232;re fois que tu te promets que tu donnes ta d&#233;mission demain et que tu te retrouves &#224; promettre la m&#234;me chose, deux semaines plus tard. Un restaurant est un endroit mis&#233;rable.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Notre lutte n'est pas contre le geste de couper des l&#233;gumes, de laver la vaisselle, de verser de la bi&#232;re ni m&#234;me de servir de la nourriture &#224; d'autres personnes. Elle est contre la fa&#231;on dont tous ces actes se rassemblent dans un restaurant, s&#233;par&#233;s d'autres actes, pour faire partie de l'&#233;conomie et faire cro&#238;tre le capital. Le point de d&#233;part et de fin de ce processus est une soci&#233;t&#233; de capitalistes et de personnes oblig&#233;es de travailler pour eux. Nous voulons une fin &#224; cela. Les luttes des travailleurs de restaurant visent ultimement &#224; cr&#233;er un monde sans&lt;br class='autobr' /&gt;
restaurants et sans travailleurs.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Abolish Restaurants&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; publi&#233; en 2006 sur le site am&#233;ricain &lt;a href=&#034;http://prole.info&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;prole.info&lt;/a&gt;. D&#233;j&#224; traduit dans une dizaine de langues, nous avons voulu diffuser ce texte en version fran&#231;aise.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?rubrique5" rel="directory"&gt;A&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot6" rel="tag"&gt;Critiques du travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot95" rel="tag"&gt;Gr&#232;ves et luttes des classes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot97" rel="tag"&gt;Anticapitalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.infokiosques.net/spip.php?mot113" rel="tag"&gt;Fuck may 68 fight now ! (Marseille)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH106/arton563-002dd.jpg?1781147801' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='106' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff563.jpg?1351623559&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Abolish Restaurants&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; publi&#233; en 2006 sur le site am&#233;ricain &lt;a href=&#034;http://prole.info&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;prole.info&lt;/a&gt;. D&#233;j&#224; traduit dans une dizaine de langues, nous avons voulu diffuser ce texte en version fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour toutes remarques, suggestions et sollicitations, ou bien &lt;strong&gt;si vous souhaitez diffuser ce bouquin (imprim&#233; &#224; plusieurs milliers d'exemplaires)&lt;/strong&gt;, un petit mail &#224; &lt;a href=&#034;mailto:vinaigre_at_riseup_._net&#034; class=&#034;spip_mail&#034;&gt;vinaigre&lt;/a&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte &#034;brut&#034; est &#224; t&#233;l&#233;charger &lt;a href=&#034;http://infokiosques.net/IMG/rtf/ar_fr_text.rtf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A lire, &#233;galement de PROLE.INFO,&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href=&#034;http://infokiosques.net/spip.php?article992&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Guerre de classe&lt;/a&gt; !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2158 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_01.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_01-2d456.jpg?1781147801' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2159 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_02.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_02-8d648.jpg?1781147801' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2160 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_03.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_03-be2ad.jpg?1781147801' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2161 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_04.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_04-2f55c.jpg?1781147801' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2162 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_05.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_05-8fc13.jpg?1781147801' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2163 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_06.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_06-b9bee.jpg?1781147801' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2164 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_07.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_07-f9569.jpg?1781147801' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2165 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_08.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_08-0dfb5.jpg?1781147801' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2166 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_09.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_09-b96c4.jpg?1781147801' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2167 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_10.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_10-60646.jpg?1781147801' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2168 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_11.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_11-8e021.jpg?1781147801' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2169 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_12.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_12-5f1e9.jpg?1781147801' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2170 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_13.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_13-c61f1.jpg?1781147802' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2171 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_14.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_14-b88a2.jpg?1781147802' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2172 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_15.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_15-a80d6.jpg?1781147802' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2173 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_16.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_16-ce1e1.jpg?1781147802' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2174 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_17.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_17-61b46.jpg?1781147802' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2175 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_18.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_18-eb2ed.jpg?1781147802' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2176 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_19.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_19-cc992.jpg?1781147802' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2177 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_20.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_20-6383b.jpg?1781147802' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2178 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_21.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_21-3625d.jpg?1781147802' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2179 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_22.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_22-daf29.jpg?1781147802' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2180 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_23.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_23-b4059.jpg?1781147802' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2181 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_24.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_24-a0192.jpg?1781147802' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2182 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_25.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_25-a9c74.jpg?1781147802' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2183 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_26.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_26-6d5c4.jpg?1781147802' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2184 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_27.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_27-19112.jpg?1781147802' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2185 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_28.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_28-87f4a.jpg?1781147802' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2186 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_29.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_29-d9b38.jpg?1781147803' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2187 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_30.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_30-b8b21.jpg?1781147803' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2188 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_31.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_31-3ed5b.jpg?1781147803' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2189 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_32.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_32-e12a0.jpg?1781147803' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2190 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_33.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_33-38177.jpg?1781147803' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2191 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_34.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_34-55e9f.jpg?1781147803' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2192 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_35.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_35-9d553.jpg?1781147803' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2193 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_36.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_36-3552b.jpg?1781147803' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2194 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_37.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_37-94ce8.jpg?1781147803' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2195 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_38.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_38-60b91.jpg?1781147803' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2196 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_39.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_39-5de2a.jpg?1781147803' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2197 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_40.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_40-1f07a.jpg?1781147803' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2198 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_41.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_41-ef65a.jpg?1781147803' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2199 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_42.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_42-83757.jpg?1781147803' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2200 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_43.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_43-69c72.jpg?1781147803' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2201 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_44.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_44-688b2.jpg?1781147803' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2202 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_45.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_45-e1b50.jpg?1781147803' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2203 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_46.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_46-96d89.jpg?1781147803' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2204 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_47.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_47-f15d9.jpg?1781147803' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2205 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_48.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_48-d65d8.jpg?1781147804' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2206 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_49.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_49-68225.jpg?1781147804' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2207 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_50.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_50-914ce.jpg?1781147804' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2208 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_51.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_51-46bf7.jpg?1781147804' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2209 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_52.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_52-fc040.jpg?1781147804' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2210 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_53.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_53-06a65.jpg?1781147804' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2211 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_54.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_54-602f0.jpg?1781147804' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2212 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_55.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_55-d6f4a.jpg?1781147804' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2213 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_56.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_56-46b05.jpg?1781147804' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_2214 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.infokiosques.net/IMG/jpg/ar_fr_57.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH658/ar_fr_57-53c86.jpg?1781147804' width='500' height='658' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
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